(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Revue de Champagne et de Brie"



:ii?;■;r^ 







1 



REVUE 



DE 




CHAMPAGNE 



ET 



|)K BRIE 



HISTOIRE — BIOGRAPHIE 
ARCHÉOLOGIE — DOCUMENTS INÉDITS — BIBLIOGRAPHIE 

BEAUX-ARTS 



VINGTIÈME ANNÉE - DEUXIEME SÉRIE 

TOME SEPTIÈME 

H< — 

A R Cl s - s U R " A U B E 

LÉON FRÉMONT, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 

PLACE DE LA HALLE 




1895 







REVUE 



DE 



CHAMPAGNE & DE BRIE 



Ai'cis- sur- Aube. — Imprimerie Léon Frcmont. 



REVUE 



DE 



CHAMPAGNE 



ET 



DE BRIE 



HISTOIRE — BIOGRAPHIE 

ARCHÉOLOGIE — DOCUMENTS INÉDITS — BIBLIOGRAPHIE 

BEAUX-ARTS 



•H« 



TOME SEPTIEME 

VINGTIÈME ANNÉE — DEUXIÈME SÉRIE 



ARGIS-SUR-AUBE 
LÉON FRÉMONT, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, PLACE DE LA HALLE 

18 9 5 



REVUE DE CHAMPAGNE ET DE BRIE 



LISTE DES ECHEVINS 
DE LA VILLE DE TROTES 



Le présent travail n'a d'autre valeur et d'autre intérêt que 
de présenter la mise en œuvre et la facile juxtaposition de 
listes incomplètes ei dispersées, pour en former une liste 
unique et complète. 

On a l'intention de compléter cette liste par une élude sur 
l'institution de l'échevinage, l'éleclion des échevins, leurs 
attributions, etc., et en outre, par un travail héraldique sur 
les principales familles sorties de l'échevinage (et par consé- 
quent du commerce) qui se sont élevées aux grandes charges 
de la robe et de l'épée, comme les Mole, Hennequin, de 
Mesgrigny, de Mauroy, de Ménisson, le Bey, Guillaume de 
Chavaudon, Paillot, Angenoust, Boucherai, Polerat, Girardin, 
Le Mairat, Largenlier, Péricard, Nivelle, Le Marguenat, de 
Corberon, et autres, devenues par la suite indubitablement 
nobles et ayant fourni des branches titrées, des présidents aux 
cours souveraines, des officiers généraux, des évêques, etc. 

Il est à noter qu'aux environs de 1730, le nombre de quatre 
échevins reparait, mais que dans cette liste on ne donnera 
généralement aux années postérieures que les noms des deux 
membres nouveaux promus à l'échevinage et entrant en 
fonction avec les deux élus de l'année précédente. 

A. DE M. 



LISTE DES ECHKVINS 



15 



1519. 



15' 15. — Pierre Mérille, prêtre. 

Jean de la Viezville, id. 

Claude de Marisy. 

Nicole Clément, prêtre, 
au lieu de Jean Henne- 
quin. 
15 16.— Claude de Marisy. 

Edmond le Boucherat. 

Jean Percin. 

Jean Moslé. 
1517.— O.dard Hennequin, cha- 
noine. 

Jacques Luillier, avocat. 

Pierre Pion, marchand. 

Christophe Chevalier, id. 

Gilles Guillaume^ prêtre, 
promoteur. 

Philippe de Toul, cha- 
noine. 

Pierre Bury, marchand. 

Nicolas Pinette, id. 

François Séguin, cha- 
noine. 

M"^ Jean Acarie, avocat. 

Denis le Vallot, mar- 
chand. 

Jean Daniel, maître du 
collège de la Bouche- 
rie. 
1520. — Nicolas Prunay, abbé de 
Saint-Loup. 

Nicole Angeno*:, cha- 
noine de Saint- Pierre. 

Claude le Tartier, mar- 
chand. 

Jacques Ménisson, rece- 
veur des tailles. 

Philippe de Villemort, 
prêcre, administrateur 
de l'Hôtel- Dieu -le - 
Comte. 

Etienne de Montsaujon, 
avocat. 

Nicolas Demeures, s'' de 
Nuisement, mort en 
15225 puis_, après son 
décès, Jacques Dori- 
gny, s'" de Fontenay. 

Henrion Dorey, mar- 
chand. 

Charles Vacher, chanoine 
de Saint-Pierre. 

Etienne Maquart, curé 
de Saint-Aventin. 

Nicolas Léger^ s"" de Che- 
villèles, marchand. 

Denis Clérey, marchand. 



1521. 



1522. 



1523. — Pierre Jehanson, prêtre, 
curé de. . . 

Germain Emery, écuyer, 
avocat. 

Guillaume Hennequin, 
marchand. 

Claude Jonchère, mar- 
chand. 
1524.— François Lesprivier, les- 
né, marchand. 

Jean Dorigny , marchand . 

Jean Largentier, mar- 
chand. 

Nicolas Bouillerot, tan- 
neur. 

1525. — Pierre Gombault, avocat. 

Jacques de Chatorup, 
escuyer. 

Jacques de Pleurs, mar- 
chand. 

Nicolas Coiffard, escuyer. 

1526. — Jean Aubry. 

Guillaume le Mercier. 
Claude de Mesgrigny, 

marchand. 
Lambert le Jeune. 

1527. — Pantaléon le Peltrat, avo- 

cat. 

Robert de Chantalot, s"" 
de Baires. 

Pierre Corrard , mar- 
chand. 

Sébastien Mauroy. 
1528.— Antoine Maillet^ mar- 
chand. 

Christophe Ménisson, md. 

Charles de Vitel, mar- 
chand. 

Alain Bouillerot, mar- 
chand tanneur. 
I5;29. — M« Jean Huyard, s' de 
Presles. 

Jacques le Marguenat. 

Nicolas Boyau. 

Guillaume de Pleurs. 
I5;30. — Guyot Cornuat, apothi- 
caire. 

Claude Moslé, le jeune. 

Nicolas Dorigny, lesné. 

Claude Lejeune, mar- 
chand. 
1531. — Antoine Guerry_, s"" de 
Lirey. 

Nicolas Largentier. 

Pierre Maillet. 

Jean Ménisson^ marché, 
et bourgeois. 



DE LA VILLE DE TROYES 



1532. — Pierre de Pleurs. 

Huguenin le Jeune. 

Vincent Neveler. 

Jean ÎVIuet. marchand, et 

Christophe Ménisson , 

après sa mort. 

1533. — Me François .Mauroy, ad- 

vocat. 
François de Villeprouvée, 

escuyer. 
Nicolas Hennequin. 
Edmond Largentier. 

1534. — Jean Mérat, lesné. 

Claude Michelin. 

Jean Gouault. 

Lupien le Tartier, mar- 
chand bourgeois. 
1535'. — Claude (alias Nicole) de 
Villemort. 

Nicolas Dorigny, le jeune. 

Bernard Lesprivier. 

François Chapelain. 
1536. — Guillaume de Pleurs, au 
lieu de Nicolas Dori- 
gny, mort le 3 octo- 
bre. 

Nicolas (alias Bernard) 
Lesprivier. 

Pierre Daubeterre. 

Guyon Piétrequin. 

Jacques le Tartier. 
1537. — Bernard de Brion. 

Me Marc Champy. 

Nicolas Mauroy, lesné. 

Jean le Bé. 
1538. — Nicolas Fay. 

Edmon Griveau. 

Nicolas Loupvat. 

Pierre Belin. 
1539. — M« Philippe Belin. 

Me Claude de Villeprou- 
vée. 

Nicolas Riglet. 

Jean Paillot. 
1540. — Eustache de Pleurs. 

Nicolas Mauroy, lejeune, 
fils de Pierre. 

Pierre Aubry. 

Jean Factet, marchand. 
1541. — Augustin Liboron. 

Jean de Mallerois. 

Jullien Pérignon. 

Robert Angenost. 
1^42. — Jean Dosmey. 

Christophe Lefebvre. 

Louis Gouault. 

Jacques Mauroy. 



Jean Dautruy, licencié es 

lois. 
Jean Duchat, id. 
Jacques .Angenost. 
Guyon Mérat. 
Charles Format (ou Cor- 

nuat). 
Pierre Belin le jeune. 
Nicolas Largentier. 
Guillaume le Bey. 
Claude le Boucherat. 
Christophe Angenoust. 
Jean Mauroy. 
Jean le Tartier. 

Michel de Villemort. 
Nicolas de Corberon. 
Pierre Boucher. 
Je in le Tartier. 
Nicolas Drouot. 
Iv'icolas Bizet. 
Jacques Boyau. 
Jean Jossier. 
Louis Guérin. 
Nicolas Ludot. 
Jean Roslequin. 
Jean Debargues, marchd, 
François Hennequin. 
Pierre Gouault. 
Pierre Corrard. 
Pier'"e Péricard. 
Jacques .Aubry. 
Nicolas Lamy. 
Jean Mauroy, le jeune. 
Jacques Vestier. 
Jacques Drouot. 
Hugues Cofl'ey. 
Claude Clérey. 
Nicolas Charlemagne. 
Guillaume Boursier. 
Martin de Saint-.Amour. 
Guillaume Dare. 
.Anthoine Hennequin. 
Jean de Vassan. 
Jean Morisc. 
Pierre Nevelet. 
Jacques Dautruy. 
Jean de Marisy, s"' de 

Cervel. 
François Girardin, 
Nicolas Hennequin. 
Laurent Daultruy. 
Nicolas dAuxerre. 
Claude Jossier. 
Hugues iVjauroy. 
Jean Gombault. 
1557,— François PalUot, 



1543 — 



1544- 



i?4^ — 



1546. 
1547- 



1548. 



1549.— 



1550.— 



1551.- 



1552.- 



I553-- 



>5)4- 



1555- - 



1556.- 



LISTE DES ECHEVINS 



Anthoine Aubin. 

Robert le Bey. 

François Bouillerot. ^S^9- — 

1558. — Claude Guillemet. 

Edmon fou Simon) Mar- 
guiti. 

Biaise de Failly. 

Jacques Dorigny. 
1559. — Denis le Bey. 

Guillaume de Meures. 1570. — 

Nicolas de la Ferté. 

Simonnet Bouillerot. 
1560. — Jacques Péricard. 

Claude le Tartier. 

Jean Paillot. 1571. — 

Jean le Mercier. 

1561. — Pierre Mauroy, s'' de 

Vaulcharsis. 

Aiithoine de Marisy, s"' 

de Cervel. 1572. — 

Guillaume Desrieux. 

Claude le Mercier. 

Ces trois derniers, hugue- 
nots, remplacés le 18 
août 1562, par Jean le 
Tartier, mercier, Jean 
Gombault et Jacques 1573. — 
Aubry, marchands. 
1562.: — Estienne Camusat. 

Laurent Chantreau (ou 
Chauveau). 

Jean Lescot. i574' — 

Benoist le Gras. 
1J63. — Pierre Mauroy, fils de 
Nicolas. 

François Verdier (ou Ves- 
tier). 

Laurent Milet. i575' — 

Nicolas Soret, marchands 
156.4. — Kemy Laurent. 

Philippe Factet. 

Pierre Morillon. ^$7^' — 

Jean de Coussy. 
1565. — Pierre Largentier lesné. 

Nicolas Godier. 

Claude Huez. 

Nicolas Ludoc. I577- — 

1566. — Anthoine Allen. 

Robert Largentier. 

Jean Léger. 

Pierre Legras. 
1567 — Jean Nervost, lesné. 

Nicolas I.ebey. 

Louis le Mérat. 

Edmon Maillet. 1578. — 

1568. — Jean Destampes, 

Kvrat Pérot. 



Claude Desrieux. 

Nicolas de Machicourt. 

Jean de Marisy, gréne- 
tier. 

Pierre Bonnot (ou Bru- 
not). 

Nicolas de Saint-Aubin. 

Claude Mosley, s"" de 
Villy. 

Jean Milot lesné, advo- 
cat. 

François Dauxerre. 

Jacques Camusat. 

Vincent Nevelet. 

Nicolas Mauroy, conseil- 
ler. 

Simon Nivelle. 

François de Gaspard. 

Pierre Daubeterre. 

Simon de Vitel, s'' de 
Chaussepierre. 

Christophe Mauroy. 

Nicolas le Marguenat. 

Pierre le Mairat. puis, 
après son décès, Emon 
Maillet. 

Nicole Guichard, lieute- 
nant. 

Jean le Cornuat. 

Odard Péricard. 

Odard Dorigny. 

Odard Mosley (ou Mole), 
chanoine. 

Claude Jacquot, prévôt. 

François de Marisy, s"" de 
Machy. 

Nicolas Dauxerre. 

Pierre le Noble. 

Jean Daubeterre. 

Jean Daultruy. 

Nicolas Largentier. 

Jean Foret^ conseiller. 

Nicolas de Haie, rece- 
veur. 

Claude Lardot, 

Pantaléon Cornuat. 

Anthoine Bruchié, no- 
taire royal. 

Claude Chevalier, puis, 
après son décès, Jean 
d'.Aubeterre, s"" de Vil- 
lechétif. 

Louis Ludot. 

Jean le Mairat. 

Jean le Boucherai, Esleu, 

Jacques Vestier, le jeune. 

pierre Daniel, 



DE LA. VILLE DE TROYES 



9 



ï579- 



1581. 



1582 — 



1583. 



Edme le Marguenat, 

Benoît Tourtat } conseil- 
ler au Bailliage. 

Michel Drouût. 

François le Mercier. 

Odard Perrignon. 
1^80. — Jean Coiffard, s^ de Ver- 
moise. 

Pierre Largentier, le )"''. 

François Dolet. 

Anthoine de Vienne, gref- 
fier du Bailliage. 

Balthazard Bailiy, cons""" 
au Bailliage et Prési- 
dial. 

Jacquinot, maître des 
Eaux et Forêts. 

Michel Girerdin, rece- 
veur du domaine. 

Nicolas Pinette, mar- 
chand. 

Hierosme Jourdin, es- 
leu. 

Simon Saigeot. 

Adam le Noble, 

Jean Hennequin. 

Geoffroy Coiffard, con- 
seiller au Bailliage et 
Siège présidial. 

Nicolas Foret. 

Denis Angenost(ou Ange- 
noust). 

Nicolas Péricard. 

Simon le Boucherat, gref- 
fier en l'Election. 

Nicolas Hennequin, fils 
de François. 

Claude Nortasj s'' de Vir- 
loup. 

Nicolas Jacquot, 
■ Louis de Villeprouvée, 
président en l'Election. 

Edme le Gas, s'' d'Er- 
rey. 

Nicolas Dare. 

Joseph Gombault, mar- 
chand. 
1586. — Claude Dautruy. 

Jean Fauveau. 

Jacques Angenost (ou 

.Angenoust), esleu. 
Nicolas Hennequin. 
Nicolas Gauthier, con- 
seiller. 
Vincent Dautruy. 
Lambert Bouillerot. 
Nicolas Dorieux. 



1584. 



1^85. 



1587.- 



1588. — Pierre de Villeprouvée, 
conseiller. 

Philippe Factet, esleu. 

Guillaume Bourgeois. 

Nicolas Ludot, receveur 
des tailles. 
1588. — Nicolas Gauthier, con- 
seiller au Bailliage et 
Présidial. 

Vincent Dautruy. 

Nicolas Ludot, receveur 
des tailles. 

Jean Domino. 
1588. — Jean Thierry. 

Louis Douynet. 

Denis Latrecey. 

Pierre le Bey. 
1589 — Yves le Tartier, doyen 
de Saint-Urbain. 

Gilles de la Court. 

Laurent Daultruy. 

Sébastien Mauroy. 
1590. — Jean Milot, advocat. 

Christophe Lefebvre, s"" 
de Sompsois. 

Gabriel le Feley. 

Nicolas Huez. 
159T. — Jean Mégnan, doyen de 
Saint-Etienne et curé 
de Saint-Jean. 

Nicolas Rousseau, avo- 
cat. 

Jean Colinec. 

Pierre le Roux. 

1592. — Jean Andry. 

Jérémie Michelin. 
Jean Paillot. 
Antoine Collet. 

1593. — Jean de Vitel, conseiller. 

Nicolas Lejeune. 

Jean Barat. 

Guillaume Dare. 
1594. — Odard Hennequin, do- 
yen. 

Jean Mauroy, conseiller 
au Bailliage et Prési- 
dial. 

Pierre Ar.dry. 

Nicolas Paillot. 
1^95. — Jean Bazin, conseiller au 
Bailliage et Présidial. 

Pierre Nevelet, secrétaire 
du Roy, bailly d'Isles. 

Jacques Péricard. 

François Girardin. 
1596. — Thomas Allen, bourgeois. 

Hubert Jossier, marché. 



10 



LISTE DES ECHEVINS 



Charles Maillet, tainctu- 
rier. 

Christophe Angenoust, 1607. — 
marchand. 
1597. — FrançoisdeGaspard, lieu- 
tenant en la Prévôté. 

Pierre Corrard, conseil- 
ler au grenier à sel. 

Jean Nivelle. 

Jacques le Bey. j6o8. — 

1598. — Nicolas Favier, cons<^''. 

Anthoine Pithou, s'' de 
Luyères. 

Louis Gouault. 1609, — 

Jacques Corrard, bour- 
geois. 
1599. — Denis Gombault, con- 
seiller. 

Jean de Vienne, con- 
seiller en l'Election. 1610. — 

Nicolas Breyer, 

Jea.-. Vigneron, marché*. 
1600. — Anthoine Allen, conseil- 
ler. 1611. — 

Pierre Dare. 

Edme Guillaume. 

François Laurent, mar- 
chands. 
1601. — François le Febvre, advo- 
cat du Roy. 

Guillaume Doë. 1612. — 

François Féloix. 

Nicolas Martin. 
1602. — Anthoine de Vienne, con- 
seiller au Bailliage et 
Présidial. 1613. — 

Pierre le Jeune. 

Louis Morise. 

Nicolas Aubry. 
1603. — Claude Angenoust, es- 
leu. 

Jean le Mercier. 

Je.ui le Jeune. 1614. — 

Jean Vestier. 
1604. — Pierre le Courtois, con- 
seiller esdits sièges. 

Jean Lesprivier. 

Nicolas Denise. 

Claude Corrard. 
1605. — Josias Pailiot, conseiller. 1615. — 

Joseph de Vienne, esleu. 

Jean Poterat. 

Jacques Rouaire. 
1606. — Jacques le Boucherat, 

esleu. 1616. — 

Guillaume Hennequin. 

René Chifallot, 



Charles Cornuat, bour- 
geois. 

Sébastien Fauveau, con- 
seiller au Bailliage et 
Siège présidial. 

Maurice le Cornuat, pré- 
sident en l'Election. 

Edmon Denise. 

François Girardin. 

Enoc Michelin. 

Guillaume Journée. 

Claude Merrey. 

Jacques Langlois. 

Bonaventure Bailly, avo- 
cat. 

Romaric Lescot. 

François Becel. 

Jacques de Marisy, bour- 
geois. 

Pierre Michelin. 

Charles Léger. 

Pierre Pailiot. 

Nicolas le Tartier le j"^. 

Nicolas Guichard, con- 
seiller au Bailliage et 
Présidial. 

Nicolas Drouot. 

Samuel de Pleurs. 

Pierre Gombauld, mar- 
chands. 

Jean Cheviliard, gréne- 
tier. 

Jean Léger. 

Claude Barat. 

Nicolas Clerget, march»!. 

Jacques Péricard, advo- 
cat. 

Jacques Dorigny, rece- 
veur du Taillon. 

Odard Péricard. 

Anthoine Pailiot, bour- 
geois. 

Joachim Bazin, conseiller 
au Bailliage et Siège 
présidial. 

Isaac Maillet. 

Edme Michelin. 

Urbain Morise , bour- 
geois. 

Baptiste Dorigny, s' de 
Fouchères. 

Nicolas Vestier. 

Claude Dare. 

Jean Nivelle, le jeune. 

Nicolas le Marguenat, 
advocat. 

Nicolas Dorieux, advocat. 



DE LA VILLE DE TROYES 



11 



Marc Courcier. 
Nicolas Lejeuiie, le jn^. 
i6i7. — Nicolas Drouot, advocat. 
Pierre Chevillard. 
François Dieure (Dirut r) 
Nicolas Hérault, bour- 
geois. 

1618. — Moïse Riglet, s"" de 

' Moiitgueux. 

Pierre Girardiii. 

Jacques le Bey. 

Daniel de la Huproye^ 

bourgeois. 

1619. — Philippe de Vitel, s"" de 

Chaussepierre, advoc'. 

Jean Bouillerote. 

Henry Camusat. 

François Tarder, bour- 
geois. 
1620. — François Nervost. 

Laurent Dautruy, lesné. 

Louis Guillaume. 

Odard Vestier, bour- 
geois, 
1621. — Pierre Bel, conseiller et 
esleu. 

Pierre Tetel, advocat. 

Pierre Landreau (Landi- 
veau ?) 

Claude Cornuat, bour- 
geois. 
1622. — Pierre Potherat, s"" de 
Viélaines (Poterat). 

Pierre Fay. 

Nicolas Huez. 

Joseph Colinet. 
1623. — Edouard Dautruy, lieute- 
nant en la Prévôté. 

Louis de Vienne, s' de 
Presles, Bailly d'Isles. 

Vincent Dautruy. 

Estienne Le Jeune, bour- 
geois. 
1624. — Odard de la Ferté^ advo- 
cat. 

Jacques Maillet. 

Pierre Dare. 

Pierre Barac, le jeune. 
1625. — Abraham Quinot, advo- 
cat. 

Jérémie Rouget. 

Jean Desrieux. 

Anihoine Charier, bour- 
geois. 
1626. — Didier Barbette, advocat. 

Michel Baubey. 

Louis Morise. 



Constantin Corrard. 
1627.— Louis Vosdey, conseiller 
en Prévosté. 

Jean Olive. 

Jacques Laurent. 

Anthoine Blampignon. 
1628. — Louis de Vienne, con- 
seiller au Bailliage et 
Présidial. 

Jean Lejeune. 

Nicolas Doë. 

Etienne Colinet, bour- 
geois. 
1629. — JosephQuinot, conseiller 
èsdits sièges. 

Nicolas Coulon, notaire. 

Pierre le Roux. 

Nicolas Martin. 
1630. — Louis Gombault, conseil- 
ler èsdits sièges. 

Claude Thiénot, apothi- 
caire. 

François Courcier, mar- 
chand. 

François Huez, marché. 
163 1. — Nicolas de Corberon, na- 
guère lieutenant par- 
ticulier aux Bailliage et 
Présidial. 

François Mauroy. 

Nicolas Maillet. 

Simon Loisson. 
1632. — Odard i alias Edouard). 

Denis, prévôt de Troyes. 

Claude Lejeune. 

Thomas Maillet. 

Jean Huez, marchands 
et bourgeois. 
1633. — Louis Legrand, conseiller 
au Bailliage et Siège 
présidial. 

Jacques Martin. 

Claude Serqueil. 

Jean Maillet, le 
marchands et 
geois. 
1634. — Pierre Denise, lieutenant 
en la Prévôté. 

Laurent Bertrand. 

Jean Béguin. 

Louis Lafille, bourgeois. 
1635. — Pierre Gossement, gréne- 
tier et bailly de Ville- 
mort. 

Nicolas Bourgeois, apo- 
thicaire. 

Chude Camusat, 



jeune, 
bour- 



12 



LISTE DES EGHEVINS 



Nicolas Denise, le jeune, 1645'. — 
fils de Nicolas. 

1636. — Pierre Ludot, esleu. 

Joachim de Nevelet, s' 
du Ruisseau. 

Hiérosme Petitpied. 

Guillaume Doë, 1646. — 

Nevelec n'a exercé la 
charge ni prêté ser- 
ment. 

1637. — Nicolas Moreau. 

Louis Michelin. 

Nicolas Morel. 1647. — 

Nicolas Langlois, mar- 
chands. 

1638. — Nicolas Allen, conseiller 

au Bailliage et Siège 
présidial, 

Pierre Journée. 1648. — 

Jean Lombard, 

Jean Corrard, bourgeois 
et marchands. 
1639, — Jean Vigneron. 1649. — 

Denis Maillet. 

Nicolas Denise (fils d'Ed- 
mond). 

Jean Michelin (alias Jac- 
ques), marchand. 
1640. — Claude Régnier, conseil- 1650. — 
1er en la Prévosté. 

Jean Leroux, advocat. 

Nicolas Vaulthier. 

Pierre Laurent. 
164 1. — Jean de Marisy, s"" de 

Cervel, esleu. 16^1. — 

Biaise Mégard, médecin. 

Jean Le Muet. 

Gilles Gouault, marchd^ 

1642. — Jean Tetel, conseiller au 

Bailliage et Siège pré- 1652. — 
sidial. 

Jean Gauthier, apothi- 
caire. 

Edme Bonnot, teinturier. 

Nicolas Camus, marché. 

1643. — Louis de Vienne, con- 1653.— 

seiller èsdits sièges. 

Etienne Belin (alLis Mi- 
chelin). 

Claude Lejeune, marchd. 1654. — 

Jean Borgne. 

1644. — Simon Coppois, conseil- 

ler esdits sièges. 
Pierre Paillot, marchand, 
Louis Bourgeois. 
Nicolas Daultruy, mar- 1655. — 

chand. 



Pierre Gallien, conseiller 
es dits sièges. 

Jacques Hugot. 

Hiérosme Amand. 

Anthoine Taffignon, mar- 
chands. 

Louis Bailly, ;uge-ma- 
yeur royal des Portes 
et Fauxbourgs. 

Nicolas Péricard. 

Nicolas Tassin. 

Nicolas Laurent, marchd^. 

Jacques Nivelle, con- 
seiller au Bailliage et 
Siège présidial. 

Simon Corrard. 

Nicolas Baubey. 

Claude Boyau, marchd. 

Pierre Rémond, esleu. 

Charles Béguin. 

Claude Dare. 

Louis Paillot, marchand. 

Jacques Angenoust, ad- 
vocat. 

Toussaint Camusat. 

Jacques de la Huproye. 

Jérémie Michelin, mar- 
chand. 

Louis Huez, conseiller au 
Bailliage et Siège pré- 
sidial. 

Adam Milet. 

Pierre Marceau. 

Nicolas Gilbert, marchd. 

Bonaventure Tartel, ad- 
vocat. 

François Véron. 

Baptiste Mercier. 

Louis Morise, marchand. 

François Denis, advocat 
et greffier du Bailliage 
et Présidial. 

Pierre Boilletot. 

Nicolas Soret. 

Nicolas Mauroy. 

Nicolas Lorey, advocat. 

Nicolas Berthelin, marc". 

Gilles Camusat. 

Jean Domballe. 

Nicolas Vigneron, advo- 
cat du Roy en l'Elec- 
tion. 

Edme Charpy. 

Nicolas Courcier, 

Edme Lhoste. 

Bonaventure Bailly, ad- 
vocat. 



DR LA VILLE DE TROYES 



u 



Nicolas de Marisy, mar- 
chand. 

Henry Camusat. 

Nicolas Huez, marchand . 
16)6. — Claude Denise, lieutent 
en la Prévosté. 

Pierre Guillaume, lieute- 
nant criminel en l'Elec- 
tion. 

Barthélémy de la Porte. 

Edme Gaulard. 
1657. — Nicolas Bareton, prési- 
dent en l'Election. 

Nicolas Gouault. 

Pierre Aubrun, le jeune. 

Nicolas Maison. 
1658. — Anthoiae Clerget, asses- 
seur et premier esleu. 

Jean Corps. 

Anthoine de la Huproye, 
marchands. 

Elle Michelin, tanneur. 
1659. — Nicolas Doë, lesné^ con- 
seiller au Bailliage. 

Pierre Jeanson. 

Remy Legrin. 

Jacques Aubry, lesné, 
marchands. 
1660. — Joseph Gombault, esleu. 

Alexandre Legrand, bour- 
geois. 

Claude Thénot^ (izlias 
Chérot), marchand. 

Pierre Langlois, le jeune. 
i66r. — Nicolas le Bey, conseiller 
au Bailliage. 

Louis Michelin. 

Jean Gallien. 

Jean Chémery, mar- 
chands. 

1662. — François Desmarets, ad- 

vocat. 

Etienne le Clerc. 

Anthoine Corps. 

Edme (ou Etienne) Boil- 
letot, marchand, ledit 
Boilletot, morten 1662. 

1663. — Louis de Villeprouvée^ 

non entré en charge, 
déchargé par le lieute- 
nant-général , bénéfi- 
cier et chapelain. 

Nicolas Largentier. 

Nicolas Lombard. 

Joseph Michelin, mar- 
chands. Ledit Largen- 
tier, déchargé, et Jac- 



ques Nortas, le plus 
haut en voix après lui, 
condamné à faire la 
charge. 
1664. — Jean Gallien (alias Gras- 
sin), conseiller. 
Nicolas Oudot, impri- 
meur et libraire. 
Nicolas Jeanson. 
Nicolas Lerouge^ mar- 
chands. 
1665. — Denis Tetel, advocat du 
Roy au Bailliage. 
Pierre Michelin. 
Jacques Blampignon. 
Jean Léger, marchands. 
1666. — Jean Angenoust, conseil- 
ler. 
Isaac Maillet. 
Louis Denise. 
Nicolas Gilbert, fils de 
Nicolas, marchands. 
1667. — Nicolas le Virlois, con- 
seiller. 
Henry Langlois. 
Nicolas Cercueil. 
Antoine Michelin, md». 

1668. — Jean -Baptiste le Muet, s"" 

de Jully, esleu. 
Louis Camusat. 
Michel Drouot. 

Nicolas Morel, mar- 
chands. 

1669. — Nicolas Belin, médecin. 

Nicolas Jourdain. 

Claude Vigneron. 

François Roslin, mar- 
chands. 
167J. — Denis Tetel, conseiller. 

Laurent Maillet. 

Anthoine Taffignon. 

Germain Régnier, mar- 
chands. 
1671. — Nicolas Denise, avocat. 

Jean Goujon. 

Claude Benoist. 

Pierre Morel, marchJ'. 
1672. — Georges Rémond, con- 
seiller. 

Pierre Courcier. 

Nicolas Lemuet. 

Nicolas Paillot. 
1673. — Alexandre Legrand, avo- 
cat. 

Nicolas Péricard. 

Pierre Boilletot. 

Nicolas de la Huproye. 



14 
1674.— 

1675.— 

1676. — 

1677.— 



LISTE DES ECHEVINS 



1678.— 
J679.— 
1680. - 
1681.— 

1682.— 

1683.— 
1684.— 



Louis Quinot, écuyer, 
conseiller. 

Jean Daultruy. 

Michel Taffigi;on. 

Jean Vaulthier, march"^'. 

Pierre Paillot, conseiller 
au grenier à sel. 

Nicolas Michelin. 

Jacques Jourdain. 

Jacques Camusat. 

Jacques Corrard, con- 
seiller. 

Eustache Gouault. 

Edmond Michelin. 

Hiérémie le Clerc. 

Henry- François de Mau- 
roy, escuyer^. s"" de 
Moulinons, advocat au 
Parlement, m"^ des Re- 
questes ordin. de la 
Reyne. 

Louis Véron . 

Jean Fénard. 

Antoine Taffignon , le 
jeune. 

Jacques Laurent, con- 
seiller. 

Claude Maillet. 

Louis Paillot. 

François Barbette. 

Nicolas Paillot, lieute- 
nant en lElection. 

J.-B. Ménegault. 

Pierre Oudinot. 

Edme Gaulard. 

Claude Courcier, con- 
seiller au Bailliage. 

Jean Camusat. 

Nicolas Camusat. 

.AntoineBlampignon,md5. 

Claude Gallien, lieute- 
nant en la Prévôté. 

Jacques Boilletot. 

Nicolas Courcier. 

Nicolas Berthelin, mar- 
chands. 

. . Colinet, conseiller. 

Jacques Dutour. 

J.-H. Legrin. 

François Michelin, mar- 
chands. 

Joseph Vigneron, prévost. 

Nicolas Chapelot. 

Nicolas Vaulthier. 

Kdrne Nortas, march''*. 

Louis Huez, conseiller. 

Jacques Truelle. 



Nicolas Tassin. 

François Berthelin, mar- 
chands. 
1685. — Pierre Gallien, avocat. 

Antoine Maillet. 

Nicolas Flobert. 

Nicolas Baubey, mar- 
chands. 
1686. — Vincent Olive, conseiller. 

Antoine Drouot. 

Antoine de la Huproye. 

François Tassin, mar- 
chands. 
1687. — Jacques Jeanson, avocat. 

Pierre Boilletot. 

Jacques de la Huproye, 
marchands. 

François de Mauroy. 
x688. ^ Jacques Kémond, con- 
seiller. 

Louis Bonnot, teinturier. 

Georges Poupot. 

Hiérosme Maillet, mar- 
chands. 
1689. — Claude Laurent, avocat. 

Henry Lejeune. 

Nicolas Camusat. 

Nicolas Jeanson, mar- 
chands. 
1690 — Pierre Pictory, conseiller. 

Louis Blampignon. mar- 
chand de ters. 

François Flobert. 

Nicolas Sorin, marchd% 
1691. — Claude Tetel, avocat. 

J.-B. Legrin, le jeune. 

Nicolas Maillet. 

Joseph Michelin^ mar- 
chands. 
1692. — Jacques Doë, conseiller. 

Edme Charpy, march<^. 

Je.in de la Huproye, 
marchand épicier. 

Nicolas Langlois, march^. 
1693. — Nicolas Lyon, procureur 
du Roy. 

Jean Fénard, conseiller 
du Roy, assesseur. 

Nicolas Camusat, aussi 
assesseur. 

Joseph Lombard, mar- 
chand et bourgeois. 
1694. — Nicolas Dutour, asses- 
seur et marchand. 

Abraham Uacolle^avocat. 

Jean Boilletot, îmarchand 
de ters. 



DE LA VILLE DE TROYES 



tb 



Jean Lebé (ou Lebey) , 1705,— 

marchand de soies. 
1695. — Pierre Camusat^ coiis'^''. 
Jacques Jourdain, m'*. 
Nicolas Lemaire, id. 1706. — 

Henry Langlois, fils de 

Pierre. 
1696 — Jean Gauthier, médecin. 

Louis Gaulard, marchd. 1707. 
Toussaint Gouault, id. 
Joseph Gallieri, id.^mort 

ancien maire. 1708. — 

1697. — Edme Baillot, conseiller. 
François Camusat, mar- 
chand. 
Henry Langlois, fils de 1709. — 

Louis. 
Kdme Jeanson, marchd. 
1698. — Pierre Poterat, élu. 

Pierre Rolin, marchand, 1710. — 

plus tard maire. 
Jean Gouault, marchand, 

mort en 1731. 
François Gallien, marchd. 
1699. — Edme Nortas, conseiller 

assesseur. 
François Régnier. 
Remy Bertrand. 
Jean Gaulard, m^rchds. 
1700. — ... Michelin, conseiller. 171 1. — 
Pierre Camusat, marchd. 
Jean Matagrin, id. 
Gabriel Taffignon, id. 
1701. — Gabriel de la Chasse, 

avocat du Roy. 
Pierre Boilletot, marchd. 1712. — 
Jean Jourdain l'aîné, id. 
Antoine de la Huproye, 

id. 1713- — 

1702. — Louis Paillot, conseiller. 
Nicolas Lhoste, marchd. 
J.-B. Camusat, id. 
Claude Mataguin, id. 
1703. — Jean Legrin, assesseur. 1714- — 
Jacques de la Huproye, 

s'' de la Cumine, con- 
seiller du Roy^ asses- lyij- — 

seur de robe courte. 
Jean Jourdain, marchd. 1716. — 
Pierre Maillet, id. 
1704. — H n'y a pas eu de nomi- I7i7- — 

nation, le Roy ayant 

créé des charges d'éche- 

vins^ et réduit leur 1718. — 

nombre à deux, par ar- 
rêt du Conseil du 21 

juin 1704. 



Joseph Lombard, con- 
seiller du Roy, asses- 
seur. 

Claude de Mauroy. 

Pierre Gallien, conseiller 
au Bailliage. 

Nicolas Calabre, mar- 
chand. 

— Jean de xMontmeau, le 
jeune. 

Edme Charpy, le jeune. 

— Odard Angeiioust de Vil- 
letie, conseiller au Bail- 
liage. 

Louis Roslin, le jeune. 

— Gabriel Taffignon, con- 
seiller du Roy, asses- 
seur. 

Louis de Montmeau, md. 

— Nicolas Calabre. 
J.-B. Jeanson, bourgeois. 
(Suivant une de nos listes, 

il n'y aurait pas eu d'é- 
lections en 1710^ le roi 
ayant créé des charges 
d'échevins qui ont été 
exercées, par commis- 
sion, par les s'^^ Parisot 
et Hussot.) 

Claude-Nicolas Compa- 
rot, conseiller au Bail- 
liage et Siège pré^idiai^ 
président en l'Election. 

Jean Matagrin, marchd, 
capitaine de la milice. 

Jean Fénard, conseiller 
du Roy. 

Antoine Camusat, m'. 

Jean Quinot, écuyer, con- 
seiller au Bailliage et 
Siège présidial. 

Toussaint- Nicolas Gou- 
ault. 

Joseph Porcherat, asses- 
seur. 

Louis de Mauroy, l'aîné. 

Edouard Pictory, Elu. 

Augustin Gauthier. 

Claude Meallet. 

Pierre de Montmeau. 

Jean Paillot, procureur 
du Roy en l'Election. 

Pierre le Miiet, marchd. 

Pierre Laurent, marchd. 

Louis-Nicolas Berthelin, 
marchand, trésorier de 
France. 



16 

I7I9- 

1720. 
1721. 

1722. 
1723. 



LISTE DES ECHEVINS 



1724 

1725.- 
1726. ■ 

1727. 
1728. 

1729. 
1730. 

1731. 
1732. 

1733- 
1734- 

1735- 
1736. 



Jean Labrun, Elu. 

Jacques Camusat, mar- 
chand. 

Nicolas Truelle, marchd. 
Louis Gaulard, id. 

— Claude-J .-B . Gallien, 

lieutenant en la Pré- 
vôté. 
J.-B. Legrin, le jeune. 

— Pierre Langlois. 

Edme Massey, marchds. 

— Il n'y a point eu de no- 

minations, le Royayant 
créé des charges de 
maire et d'échevins, 
qui ont été réunies à 
Ihôtel de ville. 

— J.-B. Angenoust, écuyer, 
s"" de Villechétif, con- 
seiller au Bailliage et 
Siège présidial. 

Pierre Boilletot, march^. 

— Vincent Truelle, marchd. 
J.-B. Vaulthier, id. 
Nicolas Lefebvre, avocat 

et juge-garde de la 
Monnaie. 

Edouard Berthelin^ mar- 
chand. 

Nicolas Jeanson. 

Eustache Gouault. 

Nicolas CoUinet, conseil- 
ler au Bailliage et Siège 
présidial. 

Jean de Mauroy. 

Jean Berthelin. 

Joseph le Maire. 

Nicolas Rémond^ con- 
seiller au Bailliage et 
Siège présidial. 

Joseph de Mauroy. 

Nicolas le Maire. 

Gabriel Tatfignon. 

Louis Gallien, conseiller 
au Bailliage et Siège 
présidial. 

Nicolas Vauthier. 

Jean Gaulard. 

Benoist de Mauroy. 

Louis Gallien, Nicolas 
Vauthier, Jean Gau- 
lard, Benoist de Mau- 
roy sont en charge, 
Edme-Nicolas Lefebvre^ 
avocat. 

Joseph Legrin. 

Claude Gaulard. 



Nicolas Boilletot. 

1737. — Pierre-Edouard Pictory, 

conseiller au Bailliage 
et Siège présidial. 
Gilbert de Mauroy. 

1738. — Pierre Langlois. 

Joseph Gallien. 
ly^^. — Jean Comparot, président 
en l'Election. 

Jean Jeanson. 
1740. — Remy Bourrotte. 

Nicolas Camusat, le jne. 

1741. — Pierre-Jean Paillot, écu- 

yer, avocat. 
Jacques Camusat. 

1742. — Nicolas Gombault,raîné. 

Joseph-Pierre Bertrand. 

1743. — Nicolas Corps, conseiller 

au Bailliage et Siège 
présidial. 
Toussaint-Nicolas Camu- 
sat. 

1744. — Nicolas Belin. 

Jacques Charpy. 

1745. — Claude-Nicolas Comparot 

de Bercenay, conseil- 
ler au Bailliage et Siège 
présidial. 
Pierre Camusat. 

1746. — Jacques Semillard. 

Georges-Gabriel Charpy. 

1747. — Louis Tetel, prévôt de 

Troyes. 
Nicolas Camusat de Mar- 
moret. 
1748. — François Jourdain. 

Charles Lerouge. 
1749. — Anthoine Paillot de Mon- 
tabert, élu. 
Pierre-Louis le Miiet. 
1750. — Jacques Truelle-Moreau. 

Claude Ledhuys. 
1751. — Claude Huez, conseiller 
au Bailliage et Siège 
présidial. 
Gilbert Benoît de Mont- 
meau. 
1752. — Nicolas Poupot. 

Eustache- Nicolas Gou- 
ault. 
1753. — Jean-Louis Labbé. 
Antoine Gombault. 
1754. — Jacques Gaulard. 
Jacques Gouault. 
1755. — Nicolas Huez, avocat. 

François Camusat de 
Riancey, écuyer. 



DE LA VILLE DE TROTES 



17 



1756. 

1757- 



1758. 
1759- 

1760. 
1761. 



1762. — 



1703. 
1764. 
1765. 



1766. 
1767. 



1768.- 

1767.- 

1770.— 

1771.— 



1772. 
1773- 
1774- 



Edme-Jean Berchclin. 
François Meallet. 
Claude-Louis Huez de 
Viilebarot, conseiller 
au B.iiliiage et Siège 
présidial. 
Claude-Jacques de Mau- 
roy de Viliemoyenne. 
Louis de M .uroy-Godot. 
Pierre François Boilletot. 
Nicolas Bourote, élu. 
Louis de Mauroy-Vaul- 
thier. 
Nicolas Bajot. 
Jacques Sémillard fils. 
Edme-Gaspard Calabre, 

avocat. 
Louis-Nicolas Berthelin. 
Pierre-Jean From.igeot, 
rapporteur du Point 
d'honneur. 
Nicolas-Jean Truelle. 
Les mêmes. 
Les mêmes. 
Dereins, lieutenant-'Ti- 

minei. 
Vaulthier^. m« particulier 

des Eaux et Forêts. 
Rapault, directeur de la 

Monnaie. 
Letebvre, juge-garde de- 
là Monnaie. 
Les mêmes. 

Vauthier, m« particulier. 
Rapault, lieutenant des 
maréchaux de France. 
Garnier de Montreuil. 
Guénin. 

Cocquart, conseiller au 
Bailliage e: Présidinl. 
Jacquin. 

Gouault (Jacques). 
Chastel. 
Claude Carré, avocat au 

Parlement. 
Maillet (Edouard-Fran- 
çois). 
Doé (Louis)j receveur des 

Tailles. 
Pierre-Jean Fromageot, 
rapporteur du Point 
d'honneur. 
Les mêmes. 
Les mêmes. 
Louis Doé, receveur des 

Tailles. 
Eustache-Nicolas Gou- 



1775- 
1776. 

1777- 



1778. 



1779.— 
178). — 

1781,— 

1782.— 

1783.- 

1784.— 
1785.- 



1786. 
1787. 



ault- Jeanson^ négo- 
ciant. 
Claude Huez , ancien 
conseiller au Bailliage. 
Charles Rapault^ ancien 
directeur de la Mon- 
naie. 
IJ. 
Id. 

Huez. 
Rapault. 
De Mauroy. 
Colinet. 
Colinet, avocat. 
De Mauroy- Vauthier. 
Camusat-Bonnemain . 
Chatel. 

Camusat-Bonnemain. 
Châtel. 
Bonnemain. 
Le Maire-Le Muet. 
Bonnemain, 
[ e Maire-Le Muet. 
Guérard, président en 

l'Election. 
Etienne Lerouge. 
Guérard, président en 

l'Election. 
Etienne Lerouge. 
Dessaint, procureur du 

Roi en la Monnaie. 
Jeanson-Lejeune. 
Guérard^ président en 

l'Election. 
Desaint,procurcurdu Roi 

en la Monnaie. 
Jeanson-Lejeune. 
Pasteloc. 
Dessaint. 
Jeanson-L ejeune. 
Dubourg, ancien officier 

de mousquetaires. 
Fromageot, procureur- 
syndic. 

— Jeanson-Lejeune. 
Dubourg. 
Lombard-Petit. 
Gauthier. 

— Dubourg. 
Lombard-Petit. 
Gauthier. 
Lemuet. 

— Les mêmes. 

— Lomb.ird-Petit. 
Gauthier, conseiller au 

Bailliago. 
Lemuet. 2 



18 LISTE DES éCHEVINS 

Deneslee, procureur du Denesles. 

Roi eu l'Election. Comparût de Lougsols, 

1788. — Gauthier, eau Bailliage. conseiller au Bailliage. 

Le Muet. 1790. — Denesles, 

Denesles. Fromageot. 

Fromageot. Comparot de Longsols. 

1789. — Le Muet. Jeanson-Bajot, 



LE CARTULAIRE 

DU 

PRIEURÉ DE LONGUEAU 



Les nombreux titres formant le fonds de Longueau', autre- 
fois partagés entre Reims et Chàlons- sur-Marne, appar- 
tiennent aujourd'hui exclusivement aux archives départemen- 
tales de la Marne. 

L'histoire de ce prieuré n*a jamais été publiée. Les maté- 
riaux, certes, ne manquent pas, et m'adressant aux érudits à 
la portée des sources, je ra'étonoe que l'abondance des docu- 
ments n'ait pas suscité une œuvre qui eût été pleine d'intérêt. 

Mes rares loisirs ne me permettant pas d'aborder un travail 
aussi considérable, je me propose uniquement d'étudier le 
cartulaire de Longueau, qui est encore inédit. Il en existe 
trois textes (série H, boite 1, liasse 1), qui p.iraissent copiés 
l'un sur l'autre. 

L'une de ces copies forme un cahier de 42 feuillets, écriture 
du xviii^ siècle; elle comprend 110 chartes, de l'an 1140 
à l'année 1248 inclusivement. La plupart de ces instruments 
ont été analysés, et les autres, en raison de leur importance, 
seront reproduits in extenso. 

J'ai en outre restitué l'ordre chronologique qui fait défaut 
dans le manuscrit. 



1 . Sources à consulter : 

Bibl. nat., Coll. de Champ. 

Arch. de la Marne, ionds de Longueau. 

Varin. Arch. adm. et législatives. 

Dom Marlot. Hit, t. de lieims. 

Tarbé. Essai sur lieims. 

Duchesne. Hist. de la maison de Chdlilton. 

Dom Noël. Les cantons de Chatillon et de Dormans. 

Dr Remy. Hist. de Chûtdlon-sur- Marne, 

Givelet, Jadart et Demaison. Répert. arch. de l'arr. de Reims. 

Abbé Chevallier. Notice sur les églises du canton de Chdlillon. 

Matton. Dict. top. Je l'Aisne. 

Longnon. Dict. top. de la Marne. 

Id. Le livre des vassaux du comté de Champagne. 
Poinsiguon. Hist. de la Champagne. 



20 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

Le prieuré de Longueau, de l'ordre de Fonlevrault, situé à 
euviron 1 ,oOO mètres au sud-ouest de Baslieux-sous-Ghâlilloii, 
sur la rive droite du rù de Belval, fui fondé par Gaucher II 
de Châtillon, au commencement du xn'' siècle. C'est du moins 
l'opinion du savant dom A. Noël, à la délicate obligeance 
duquel je suis redevable de précieux renseignements qui ont 
largement aidé la rédaction de mon travail. Grâce aux géné- 
reuses aumônes des seigneurs de Châtillon, ses puissants voi- 
sins, cette maison aurait pu prétendre à une longue prospé- 
rité exemple de toute inquiétude, si les malheureuses guerres 
dont la Champagne fut le théâtre au xvi"^ et au xviP siècle 
n'eussent porté de graves atteintes à son régulier accroisse- 
ment. Aussi voyons-nous, en 1622, les timides religieuses 
abandonner leur couvent, tour à tour pillé et incendié, et 
se retirera Reims, dans la rue du Jard, où elles possédaient 
une maison de refuge. 

A partir de cette date, l'histoire de l'antique monastère se 
confond avec celle de la nouvelle communauté établie à Reims, 
où il faut désormais suivre sa destinée. 

Les constructions de l'ancien Longueau existaient encore en 
1864 ; le sanctuaire et les deux premières travées de la cha- 
pelle ont survécu jusqu'en 1892. Le marteau démolisseur vient 
d'en faire disparaître les derniers vestiges'. Lors de la Révolu- 
tion et à la suite d'une adjudication publique faite au district 
d'Epernay, le 15 octobre 1791, le baron Guyot de Chenizol- 
se rendit acquéreur de partie des biens de Lougueau, et le 
surplus du domaine, consistant en bâtiments d'habitation et 
d'exploitation, partie de la chapelle, cours, enclos fermés de 
murs, terres labourables, prés, chenevières, pâtures, vignes et 
autres dépendances, fut adjugé à M^ Anne-Etienne-Louis 
Gaussarl, avocat au bailliage de Châtillon. 

Après le décès de ce dernier, M. Louis-Marie Gaussart, son 
fils, alors colonel au 18"^ régiment d'infanterie légère, officier 
de la légion d'honneur, et depuis maréchal de camp, commau- 
mandant la place de Rayonne, se rendit cessionnaire des 
parts et portions de Marie-Jeauue-Frauçoise Guérin, sa mèie, 
et de ses deux frères; puis en 1811, il vendit, moyennant la 
somme de 3U,0(J0 francs, le domaine de Longueau, à M. et 

1. Le portail laléral i ord de la chtpe'ile a été transforté dans la cour 
intérieure du prieuré de Binsou. 

2. Celle famille l.iit l'objel d'uuc notice qui paraîtra ultéricuremeut daus 
la Revue de Chainiiagnc. 



DE LONGUEAU 21 

Mme Hédoiu-Chopin, de Baslieux-sous-Châtillon, bisaïeuls de 
l'auteur de cette notice; ceux-ci le transmirent par succession 
à leurs enfants qui, étrangers au pa3-s, vendirent leurs lots en 
détail, à divers particuliers. 

Actuellement, l'emplacement de l'ancien prieuré, ainsi que 
la belle garenne qui Tavoisine. appartiennent à Madame veuve 
Beliot, propriétaire du château de Guisles. 

Nous allons faire précéder le cartulaire d'un état des reve- 
nus du prieuré, dressé le 31 janvier l(io8, et dont le texte 
se trouve dans l'inventaire de l'archiviste Lemoine, rédigé en 
1780. 

Cette pièce mérite d'autant plus d'accueil qu'avec une 
notice succincte sur l'origine du couvent, elle nous fournit, au 
moment de son apogée, les détails les plus précis sur ses nom- 
breuses possessions, ses revenus, ses charges et son person- 
nel. En outre, elle occupe ici sa place k propos pour trouver 
un contrôle naturel dans le cartulaire qui lui fait suite. 

Paul Pellop. 



I 

Estât et déclaration du revenu temporel, chai;;ïes, réparations et 
autres dépenses accoustumés estre faictes chacun an, ensemble le 
nombre des religieux que fournissent et mettent r>ar devant vous 
Madame Jeanne Baptiste de Bourbon, fille légitiaiée de France, 
abbesse chef et généralle de l'ordre de Fontevrault, immédiatement 
subjecte au sainct siège apostolique, vos filles^ prieure, et couvent 
de Nostre Dame de Longueau, estably dans la ville de Reims, 
membre despendanc de vostie dit ordre, pour satisfaire à vostre 
ordonnance en datte du septiesme jour de décembre mil six cens 
soixante sept ; pour ledict estât estre fourny à Sa Majesté, par vous 
madicte dame abbesse^ à la descharge de vostre dict prieuré et cou- 
vent, en conséquence des arrests sigiiiffiez le vingt deuxiesnie juin 
MVl'^ soixante sept, par Richart, huissier royal audict Reims, et le 
susdict estât mis es mains du R. père Jean Virdoux, prestre proffes 
de t'ostre dict ordre et vostre vicaire anticque dépputté par vous 
mad. dame et commissaire comme il nous est apparu par la lecture 
de vostre commission par luy faicte en nostre parloir ordinaire en 
datte du septiesme décembre MVI'- soixante sept signée de vostre 
main et du scel de la ville^ vostre secrétaire et scellé de vos armes. 

Premier représentent vos dictes filles, que ledict couvent a esté 
fondé en un lieu scitué en la province de Champagne, proche Chas- 
tillons sur Marne, appelle Longueau, où elles ont tousjours 



22 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

demeuré jusques en l'année 1634, qu'il a pieu au feu Roy Louyes 
treisiesme lors régnant leurs accorder, par ses lettres patentes du 
mois d'octobre en laditte année, et scellée du grand sceau de 
cire verte en las de soie verte et rouge, la translation dudict cou- 
vent en la ville de Reims où elles sont establie, du consentement 
universel de tous les habitant, avec agrément tant de Monseigneur 
l'archevesque duc de Reims que de Monseigneur l'évesque de Sois- 
sons, au diocèse duquel ledit lieu de Longueau est stitué, ne peu- 
vent pieusement cotter le temps de laditte fondation, n'en ayant 
aucune cognoissance, d'autant que tous leurs anciens titres, 
papiers, bâtiments et meubles les plus précieux ont esté pillées 
et bruslées pendant les guerres des Huguenots, au moins la 
plus grande partie, toutes la preuve quelles ont desdicts voir, 
et incendie est par des lettres monitoires quelles ont obtenue 
de nostre sainct Père Paul troisiesme, Pape, lan sept de son Ponti- 
ficat ; pour avoir révélation de ceux qui avoient commis plusieurs 
vols audit couvent, et encor par un contract de l'an 1572 portant 
quelles ont pris cent livres à constitution de rente de Messieurs les 
Doïens chanoines et chapitres de Sainct Simphorian, pour aider à 
restablir les bastiments de leurs couvent, qui avoit esté pillés 
et bruslées quelque temps auparavant par les gens de guerres, 
et par un compte qui a esté rendu pour les années 1569 et 1570, 
arresté le vingt un juin 1571 par le Révérend Père Visiteur et de 
luy signé, par lequel il paroit que vos dittes filles, estant dispersées 
et sortie dudict couvent à cause des troubles, sy sont rassemblées 
esdictes années et qu'il a esté emprunté pareille somme de cent 
livres pour faire leur labourage et acheter des bœufs, au lieu de ceux 
qui leur avoient esté pris par les huguenotz, et ledict contract de 
rente est passé par devant Villers et Frontigny notaires royaux en 
datte du sixiesme novembre. 

Et pour preuve de lantiquité dudict couvent, vos dictes filles 
représentent comme cy devant quelle n'ont le tiltre de la fonda- 
tion, mais elles font apparoir d'une ratitfication de lan mil cent 
quatre vingt treize par laquelle Gaucher de Chastillon^ connestable 
de France^ confirme, loue, et ace jrde tout le don et aumosne que 
Gaucher de Chnstillon son aïeul leur a fait du lieu ou In maison 
conventuelle dudict Longueau est fondé, et tout ce qu'il avoit 
audict lieu, qu'il explique consister en bois, eaue,prés^ et terre^ avec 
le moulin de Nuisement, une charue de terre à Blaigny, et une à 
Antuenay ce qui justitlie suffisament que ledict couvent a estéesta- 
bly avant ladicte année 1198. 

Représentent aussy vos dictes tilles quil leur appartient une métai- 
rie seize audict Longueau, qui esc de lancien domaine, et qui leura 
esté donné, lors de la fondation, par ledit Gaucher de Cliastillon, 
ainsy qu'il appert par les dictes lettres de ratiffication de lan 1198, 
dont il est taict mention cy dessus, ladite maiterie consistante 
en une maison de fort grande estendue et eu cent soixante un 
arpens, tant terre, prés, maraiz, vigne que garenne, le tout donné 



DB LONGUBAU 23 

à ferme y compris un pressoir sciz a Bailleux, déppendant de la sei- 
gneurie dudit Bailleux par baille du septiesme janvier 1666, passé 
par devant Leleu et Roland notaire royaux à Reims, duquel elles 
font apparoir, moiennant mil livres de pension par chacun an et sy 
il y a une église audict lieu de l.ongueau où elles tont célébrer une 
messe par chacune semaine, pourquoy elles donnent quarente livres 
de rétribution qui se paie par le fermier outre et par dessus la pen- 
sion portée par ledict bail, estant à remarquer que tous les héri- 
tages quelles possèdent audict lieu sont exemptes de dixmes par- 

M 1 
tant, cy "" '• 

Plus il leur appartient la terre et seigneurie de Bailleux et Melle- 
roy les Chastillons, consistante en justice haulte moienne et basse, 
deux maisons tenantes ensemble, cent soixante arpens ou environs, 
tans terres, prez, maraiz, que vignes et pressoir banal, laquelle sei- 
gneurie, avec partie desdictes terres, prez, marais et vigne, leur a 
esté donné parMilo d'Anthenay, du consentement de sa femme et 
de ses enirans et de M. Gaucher de Nanteuil par donation de l'an 
1209 quelles représentent scellées du sceau dudict sieur Gaucher de 
Nanteuil, pour n'avoir ledit Milo d'Anthenay point de sceau, les- 
quelles terres^ prés, maraiz, et vignes déppendantes dudict 
Milo d'Antenay sont exempte de dixmes, et le restant desdictes 
terres prés, maraiz, procédant d'acquisitions quelles ont taict 
en plusieurs temps, de divers particuliers, les contracts départies 
desdictes acquisitions dattées des 14 décembre 1604, dernier féb- 
vrier 1606. 22 fébvrier 1607, et 5 novembre 1613, qu'elles repré- 
sentent ne pouvant représenter les autres pour les raisons rapportées 
au premier article du présent estât, toutces lesquelles maisons, 
prez, terres, vignes et maraiz non compris les droits seigneuriaux, 
rend de pension, par chacun an, suivant le bail représenté, datte du 
onze mars 1662, passé par devant Roland et Le Leu, notaires royaux 
à Reims, la quantité de cent trente neuf septiers de grains, 
par moitié iroment et avoyne, qui valent par année commune cent 
solz le septier froment, et quarente solz chacun septier avoyne, 
cy, froment LXIX s. II q. 

Avoine LXIX s. II q. 

Remonstrent vos dictes filles quelles jouissent par leurs mauis 
des droictz seigneuriaux qui leur appartiennent en ladicte seigneurie 
de Bailleux Melleroy et deppendances, qui valent communément 
trente cinq à quarente livres quelles font recevoir par une personne 
préposée de leur part, suivant les registres ceuilleretz quelles repre- 
santent, non compris les droictz de ventes quelles reçoivent, qui 
peuvent valoir vingt livres par ans, cy ^^ '• 

Plus il leur appartient deux petitz clos, contenant sjizante et onze 
verges ou environs, sciz audict Bailleux, lieudict Melleroy, dont 
elles ne jouissent présentement y ayent procès indécis par devant 
M. le Bailly de Vermandois à Reims pour rentier en la jouissance. 

Néant, 
partant, cy 



24 LE CARTULAIRE DU PRIEURE 

Plus il leur appartient procédant de la dicte donation de Milo 
d'Anthenay une pièce de bois, audict terroir de Bailleux, appelle le 
bois Banisson, contenant trente six arpens quarente deux verges, à 
laquelle pièce elles ont joint deux arpens quatre vingt quinze verges, 
acquis de Jean Guerin escuier seigneur de Brular et consors, par 
ccntract du premier octobre 1659, signé Lamblet et Feval, n9taires, 
sy représenté, desquelz bois_, aussy bien que dune autre pièce, 
appellée anciennement en grosse œuvre, et a présent La Cohette, 
qui leur appartient en conséquence de certain eschange quelles ont 
faict lan 1300, le jeudy après la Purification, avec M. Gaucher de 
Chastillon, connestable de Champagne, par lequel eschange appert 
ledict bois n'estre en la grurie et grairie du Roy^ lequel eschange 
elles représentes avec une copie d'un extraict tiré de la Chambre 
des Compfes de certain dénombrement donné au Roy par dame 
Marguerite de Chastillon en l'an 1511^ elles ont jouy paisiblement 
et sans trouble, sinon depuis quelques années quelles ont esté 
inquiétées et poursuivies, à requeste M. le Procureur gênerai 
du Roy, en la Chambre des Comptes, par devant M"'» les commis- 
saires députées par le Roy, pour la liquidation du domaine délaissé 
a Monsieur le Duc de Bouillon, prétendent que tous lesdits bois sont 
de l'ancien domaine de Chastillon, et pouvoient lesdits bois 
leur rapporter de revenu par an, lors quelles en estoient en jouis- 
sance, la somme de six vingt livres et a présent, cy Néant. 

Plus leur appartient audict Bailleux, une petite censé et métairie 
consistante en vingt huit arpens, tant jardins, terres, que prez, 
quelles ont acquis de divers personnes, par plusieurs tiitres et con- 
tracts cy représentées, dattées des troisiesme febvrier 1660, signez 
Lamblet, vingtiesme juillet et douziesme décembre audict an, signé 
Le Leu et Roland, vingt quatriesme janvier 166 1, vingt quatre 
febvrier audict an, signé Feval, sixiesme avril audict an 1661, signé 
Petit et Bonne entant, quatorziesme juin audict an, signé Lamblet 
et Bonne enfant, et vingt deuxiesme avril 1663, signé Feval et Le 
Febvre, et sixiesme avril 1665, aussy signé Feval et Bonnenfant, 
laquelle censé et métairie vauld par an vingt un septier de grains, 
moitié froment et avoyne, suivant le bail qui en a esté passé 
le vingt huitiesme avril 1662, par devant Roland et Le Leu 
notaires, sy représenté, qui valent par année commune cent solz le 
septier de froment, et quarante solz le septier avoyne, cy 

Froment X s. II q. 

Avoyne X s. II q. 

Il leur appartient aussy plusieurs pièces de terres en savart, qui 
estoient cy devant en bois, et faisantes parties de ladicte pièce 
eschangée dont il est cy dessus parlé, appelle présentement la 
Cohette, qui sont donné a louage, par bail soulz escriture privée du 
dix sept febvrier 1664, à Charle Bautray de Bailleux, à charge de 
rendre compte par ihacun an, un septier deux quartelz froment, et 
un septier deux qunrtelz avoyne, lequel bail elles représentent, cy 



DE LONGUEAU 25 

Froment I s. II q. 

Avoyne I s II q. 

Plus il leur appartient six arpens six verges de terres scizesaudict 
Bailleux, quelles ont acquis de Jean Bonnenfant et Elisabeth Gos- 
sart, sa femme, par contract du vingt deuxiesme aoust 1664, passé 
pardevant Roland et Le Leu, notaires royaux a Reims, à la charge 
d'entretenir le bail qui avoit esté' faict des dictes terres, par ledict 
Bonnenfaut, qui est de six septiers de grains, moitié froment 
et moitié avoyne par an, lequel contract elles représentent, cy 

Froment III s. 

Avoyne II[ s. 

Il leur appartient une maison audict Bailleux acquise de Jean 
Gaussart et consors par adjudication qui leur en a esté faicte en la 
justice de Chastillon le neufviesme avril 1663, signé I.amblet, 
de laquelle elles font apparoir, partie de laquelle maison est dor.né 
à louage à Claude Clouet demeurant audict Bailleux, moiennant 
trente livres par an par bail du troisiesme may 1663, signé Feval 
et Bonnenfant, et l'autre partie qui estoit en musure a esté aban- 
donnée pour la somme de six livres par an pour trente ans a Louis 
Rouelle mareschal audict Bailleux à la charge de taire bastir de neut 
sur ladicte masure une maison logeable suivant qu'il est plus 
amplement rapporté par le bail qui en a esté passé par devant Roland 
et Leleu, notaires, le vingt deuziesme janvier 1664 quelles repré- 
sentent, cy XXXVI I. 

Et sy elles ont droit de prendre et lever la dixme sur certaines 
terres qui estoient cy devant de l'ancien domaine dudict Bailleux, et 
qui ont esté vendues il y a fort longtemps dont pourtant elles nont 
cognoissance, duquel droict de dixme elles sont en bonne et paisible 
possession et l'abandonnent depuis quelques années a l'agent de 
leurs affaires audict Bailleux, pour luy tenir en quelque taçon 
lieu de recompence et peut valoir ledict droict soixante solz ou 
environ par an, cy III 1. 

Comme aussy elles possèdent sans aucun trouble une censé seize 
à Anthenay consistante en une maison et soizante huict arpens ou 
environ tant terres prés quemaraiz, laquelle maison avec cinquante 
arpens ou environ tant terres prez que maraiz, faisant partie des- 
dictes soizante huict arpens, procédant de la donation faicte par 
Gaucher de Chastillon rapportée au second article du présent estât, 
et le surplus d'acquisitions et eschanges quelles ont faict ainsy 
quelles font apparoir de plusieurs personnes par contractz des vingt 
quatriesme febvrier 1659, premier septembre 1660, et sy il leur 
appartient audict lieu d'Antenay seuUes et pour le tout les grosses 
dixmes d'un triege appelle la petite dixme, en lieu la haye des reli- 
gieuses et tiers dans tout le reste du terroir, tant par donations 
quelles en ont eu que acquisitions et eschanges quelles ont taict de 
plusieurs particuliers suivant les contracts des donations et acquisi- 
tions par elles représentées et dattées du mois de juillet 1220, de 



26 LE CARTULAIRB DU PRIEURÉ 

l'an 1234, 1236 et 1237 et du mois d'avril 1629, ensemble de Tamor- 
tissement desdictes dixmes faict au profit dudict couvent par Jean 
Conte de Roucy lan 1269, le lendemain de la feste de Nostre D-ime 
a mars et scellé, touttes lesquelles choses sont comprise dans un 
raesme bail qui en a esté passé pardevant Roland et Le i eu, 
notaires royaux a Reims le septiesme janvier 1660 a charge d'en 
rendre de pension six vingtz un septier deux quartelz de grains 
moictié froment et avoyne par chacun an lequel bail elles repré- 
sentent, cy 

Froment LX s. III q. 

Avoyne LX s. III q. 

Plus elles ont droict suivant la transaction du vingt troisiesme 
janvier 1630 passé par devant Nivert et Vassier, notaires à Chas- 
tillon sur Marne cy représenté de prendre sur la seigneurie d'Ante- 
nay trente six septiers deux quartelz avoyne dont elles jouissent par 
leurs mains qui peuvent valoir par année commune quarente solz 
le septier, cy 

Avoyne ' XXXVI s. II q. 

11 appartient aussy a vos dictes filles une cernse a Romigny 
qui leur provient partie en conséquence d'un traicté et transaction 
taicte le dix septiesme avril 1493 entre elles et M Nicolas Raulin. 
chevalier chancelier de Bourgogne, et le surplus d'acquisition 
taicte de Jacques Lefranc et consors demeurant a Reims par con- 
tract du treisiesme avril 1662, lequel traicté et contract elles repré- 
sentent avec le bail de hdicte censé qui en a esté passé le ving- 
tiesme juin 1663 par devant Roland et Le Leu, notaires, moiennant 
vingt deux septiers de grains moictié froment et moictié avoyne, cy 

Froment XI s. 

Avoyne XI s. 

Plus il leur appartient une censé seize a Cuchery consistante en 
maison couverte de thuilles, terres, prez, aulnies et vignes conte- 
nant soizante dix sept arpens et deray ou environ et ce en conséquence 
d'un contract deschange du vingt troisiesme décembre 1614 passé 
par devant Clouet, notaire royal demeurant a Chastillon presens 
tesmoins entre lesdictes religieuses et Nicolas de Vendière, escuier, 
seigneur de Feuille, laquelle censé rend par chacun an la somme de 
de deux cent livres suivant le bail quelle représentent du troisiesme 
janvier 1662 par devant Roland et Le Leu, notaires, cy II': 1, 

Plus une censé appelle la censé de Naple quelles ont acquis de 
Henry Mingot et sa femme moiennant la somme de cinq mil trois 
cens quarante cinq livres, par contract du vingt quatriesme may 1661 
passé par devant Le Leu et Roland, notaires quelles représentent, 
de laquelle censé elles sont en bonne et paisible possession et 
est affermé par chacun an. trente huict septiers de grains moitié fro- 
ment et avoyne par bail du vingt huictiesme janvier 1664 passé par 
devant lesdicts Roland et Le Leu, notaires, ly représenté 



DE LONGUEAU 27 

Froment XIX s. 

Avoyne XIX s. 

Et sy il leur appartient un surcens de quatorze sol six deniers a 
prendre scavoir. dix sol sur une maison seize a Cliaumuzy et quatre 
solz six deniers sur une chenevière seize audict lieu, ladite chene- 
viere détenue par les héritiers Pierre Landragin et Nicolle Bailletet 
ladicte maison par Jacque Breton demeurant audict Chaumuzy qui 
se sont reconeuz debteurs dudict surcens par deux contractz passé 
pardevant Aubry, notaire royal demeurant a Ville en Tardenoisen 
datte des sixiesme juin et huictiesme aoust 1666, cy représentés, cy 

XIII s. VI d. 

Plus il leur appartient le quart aux grosses et menues dixmes de 
Ste Vaulbourg, en conséquence de la donation quelles représentent 
et qui leur en a esté taicte au mois de septembre de l'an 1223 par 
Gérard, chevalier de Mondioel et Guise sa temme lequel quart de 
dixme est affermé par bail du vingt sixiesme mars 1665 passé par- 
devant lesdicts notaires pour six ans moiennant six vingt livres par 
an outre quoy il est obligé les acquicer de trois septiers froment 
quelles sont tenues en conséquence de ladicte donnation de donner 
par chacun àti aux Religieux d'Eslan, cy VI^'^ . 

Plus le tier des grosses et menues dixmes et des novalles du ter- 
roir d'Olizy, Violaine, la Maquerel, et autres deppendance dudict 
terroir d'Olizy, ni^ peuvent vos dictes filles représenter les tiltres en 
vertu desquelz elles jouissent desdictes dixmes, mais elles en sont 
en bonne et paisible possession y ayant esté maintenu par arrest de 
nos seigi;eurs de Parlement quelles représentent datte du seiziesme 
tebvrier 1528, lesquels dixmes sont affermés la quantité de trente 
six septiers par chacun an moitié froment et avoyne par bail soulz 
escriture privée du dix huictiesme juillet 1667 quellesrepresentent,cy 

Froment XVIII s. 

Avoyne XVIII s. 

Item il leur appartient le tier des dixmes du terroir de Vendiere 
en conséquence de la donation qui leur en a esté faicte au mois de 
mars 1213 par Gaucher de Chastillon, conte de Saint Paul quelles 
représentent avec le traicté du onziesme tebvrier 1634 passe 
par devant Moreau, notaire demeurant a Chastillon, présent tes- 
moins, entre Lsdictes religieuses de Longueau d'une part, et 
M''" Remy Mignon, prestre curé dudict Vendiere d'autre, ledict 
traicté approuvé par vous Madame le treiziesme tebvrier 1635, et 
sy il leur appartient cy devant six quartiers de vignes audict Ven- 
diere qui ont esté des un long temps reduictes en terres labourables 
dont elles ne peuvent représenter les tiltres, mais elles en sont 
en plaine et paisible jouissance estantes comprises au bail quelles 
ont faict desdictes dixmes le vingt quatricsme tebvrier 1663 par 
devant Roland et Le Leu, notaires, moiennant soizante septiers de 
grains moitié froment et avoine, duquel bail elles tont apparoir, 
par lequel bail le fermier est obligé les acquiter de dix huict livres 



28 LE CA.RTULA1RE DU PRIEURÉ 

par an dont elles sont redevables vers le sieur curé dudict Vendiere 
suivant le traicté dudict jour onziesme febvrier 1634 cy dessus 
cotté, cy 

Froment . XXXVII s. 

Avoyne XXXVII s. 

Plus le tier de touttes les dixmes d'Aguisy et Bertenay qui leur 
appartient en conséquence des tiltres quelles représentent qui con- 
siste en une donation faicte par Thomas de Forzy, escuierau mois 
de mars 1215, de tout ce qui luy appartenoit es dictes dixmes, 
ladicte donation estant en parchemin scellé du sceau dudit Forzy 
et en une acquisition faicte de la part desdictes dixmes que le 
nommé Odo, escuier y avoit, le contract de ladicte acquisition 
datte du mois d'octobre 1221 scellé du sceau dudict Odo, et sy il 
leur appartient audict lieu d^Agnisy une pièce de pré contenant 
trois quartiers qui est compris dans le bail de la censé d'Anthenay 
dont est parlé cy dessus^ la propriété de laquelle pièce de pré elles 
justifient par une sentence rendu par le juge de Chastillon le dou- 
ziesme septembre 1601, signé Petit, et au resgars desdictes dixmes 
elles sont donné a louage par bail du seiziesme avril i66j moien- 
nant quarente quatre septiers de grains moitié froment et avoyne 
quelles représentent, passé et signé desdicts Roland Leleu, notaires, cy 

Froment XXII s. 

Avoyne XXII s. 

Comme aussy il leur appartient la moitié de touttes les grossns 
et menues dixmes du terroir d'Ogny qui rendent par chacun an la 
somme de deux cens trente livres comme il appert par le bail 
quelles en represententent passé par lesdits Roland et Le Leu 
notaires le douziesme janvier 1662, ne pouvant vos dictes filles 
pour les raisons rapportées au premier article du présent estât faire 
voir les tiltres en vertu desquelz elles jouissent desdictes dixmes, 
mais elles justifient quelles en sont en possession de temps im.né- 
morial par plusieurs baux anciens datte l'un du dix septiesme 
septembre 16 14, signé Taret et Flavignon, un acte du 28 aoust I532_, 
signé Le Dieu et Frontigny, un autre du vingt sept janvier 1550, 
signé Le Jeune, et un autre du sixiesme juillet 1658, en la jouissance 
desquelles dixmes elles ont esté nouvellement maintenu par arrest 
de nos seigneurs du grand conseil contradictoirement rendu contre 
le sieur Dogny et les habitants dudict lieu les vingt deuxiesme avril 
mil six cent soixante quatre et vingt quatriesme aoust 1666, duquel 
elles font apparoir, cy II<^ XXX 1. 

Plus il leur appartient le tier aux grosses dixmes de Chambrecy 
qui leur a esté donné par Julio lors doïen de l'église de Reims 
a charge d'en jouir par son neveu sa vie durant, ainsy qu'il appert 
par un vidimus de Monseigneur l'archevesque Duc de Reims estant 
en parchemin signé du sceau dudict seigneur archevesque datte du 
Dimanche fait l'an de l'Incarnation 1178 et par un autre acte du 
mois de septembre 1201 aussy estant en parchemin portant l'aban- 



DE LONGUEAU 29 

don fait au profit dudict couvent de Longueau par Robert, neveu 
dudict Julio du droict qu'il avoit audictes dixmes sa vie durant et 
de sa femme moiennant trois septiers froment par an que ledict cou- 
vent se seroit obligé de leur donner, depuis lequel temps elles ont 
paisiblement et sans trouble jouy dudict tiers de dixmes qui est a 
terme trente septiers de grains moitié froment et avoyne comme 
appert par le bail du quatriesme may 1666 passé par lesdicts Roland 
et Le Leu notùres, quelles représentent, cy 

Froment XV s. 

Avoyne XV s. 

Il appartient aussy a vos dictes filles les deux tiers des dixmes du 
terroir de Chastiilon et bas Mallemont et un tiers au hault Maile- 
mont sans quelles puissent déclarer dou leur procède ledict droict 
de dixme n'en aians trouvé aucun tiltres, papiers, ny recogiioissance, 
sinon une sentence du quatriesme aoust 1546 estant en parchemin 
signé Legrand rendu par le lieutenant en la justice de Chastiilon 
sur Marne entre vos dictes filles de Longueau demandresses 
et damoiselle Anthoinette Germaine femme de Gilles de Nizart 
escuier sieur de Cuil et consors, deffendeurs^ p.ir laquelle elles ont 
esté maintenue en leur possession et les defTendeurs condamnées 
les laisser jouir des deux tiers desdictes dixmes, et sy elles ont 
recouvert plusieurs baux quelles représentent dattes du vingt un 
juillet 1526, sixiesme may 1534, neufviesme may 1549, vingt cin- 
quiesme tebvrier 155 1, huictiesme juillet 1564, vingt deuxiesme 
juin 1568, quinziesme novembre 1600, et neufviesme juin 1639, qui 
justifient suffizament la possession desdictes dixmes qui rendent de 
pension par chacun an la somme de quatre vingt seize livres, niusy 
qu'il appert par le bail qui en a esté passé par devant lesdicts Roland 
et Le Leu notaires, le quatriesme tebvrier 1663, et outre ce est 
obligé de les acquicter de trois cacques de vin quelles doivent par 
chacun an au curé de Chastiilon, cy IIII^'' XVI 1. 

Plus elles ont droict de prendre et recevoir par chacun an sur le 
hallage de Chastiilon la quantité de sept septier de grains par tiers 
froment, tier seigle et tier avoyne duquel droict elles ont tousjou>'s 
paisiblement jouy sinon depuis quelque années que Monsieur le 
procureur général en la Chambre des Comptes prétendant que ledict 
droict estoit de l'ancien domaine de Chasteau Thiery, elles ont esté 
assignées de l'autorité de Messieurs les commissaires depu;é par le 
roy pour la liquidation du domaine délaissé en eschange à Mon- 
sieur le Duc de Bouillon, par devant lesquelz commissaires il y 
a procès indécis ou vos dictes filles ontproduict toutes les pièces 
justificatives de leur droict quelles n'ont peu retirer jusques a pré- 
sent, portant cy Néant. 
Plus il leur appartient le douziesme de touttes les dixmes de 
Lagery par donation qui leur en a esté faicte au mois de septembre 
1204 par Gaucher escuier de Lagery, de laquelle donation estant en 
parchemin et scellé elles font apparoir, aussy bien que du bail qui a 



30 LE CARTULAIRE DU PRIEURE 

esté passé le deuxiesme juin 1663 par devant lesdicts Le Leu 
et Roland notaires dudict douziesme des dixmes moiennant cin- 
quante livres par an, cy L 1. 

Il leur appartient aussy au mesme lieu une pièce de terre conte- 
nant un arpent ou environ dont elles sont en paisible jouissance 
nen ayant aucun tiitre par éscrit quoy que ce soit elles nen ont pu 
recouvrer, laquelle pièce de terre est loué trente sol par an suivant 
le bail du douziesme janvier 1662 passé par devant les mesme 
notaire^ cy XX.X s. 

Et sy il leur appartient le demy tier de touttes les dixmes du 
hault et bas Veriieuil, tant par deux donations qui leurs ont 
esté faictes en lannée 1207, par Jeanescuier seigneur de Mareuil et 
par la Contesse de Bourgone^ quelle vous représentent estantes en 
parchemin scellé des sceaux desdictz seigneurs et dame, que par 
l'acquisition quelles en ont faicte de Gérard de Haorgue en l'année 
1211, ratifEé en l'année 12 12 par Madame qui estoit pour lors 
abbesse de Fontevraux^ desquelles acquisition et ratification estant 
en parchemin elles font pareillement apparoir, ensemble le bail 
dudict demy tier de dixme en datte du quatcrziesme may 1664 
passé par devant les susdicts notaires, a la charge d'en paier cent 
cinquante quatre livres par an et de les acquiter enver le curé de 
Verneuil de vingt quatre livres trois solz par an pour partie de la 
portion congrue, cy CLIIII 1. 

Plus il leur appartient le tier de touttes les dixmes tant grosses 
que menues du terroir d'Aubilly dont elles sont en bonne et pai- 
sible possession, le plus ancien tiitre quelle en représentent est une 
transaction de l'année 1295 estant en parchemin et scellé ladicte 
transaction passé entre Monsieur l'archevesque Duc de Reims, les 
Religieux d'Auvillers et vos dictes filles du couvent de Longueau, 
d'une part, et le sieur curé de Mery qui est curé d'Aubilly d'autre, 
par laquelle se recognoit quelles ont part auxdictes dixmes, avec 
laquelle transaction est attaché un bail en parchemin du vingt 
uniesme juillet 1540 qui a esté faict dudict tier de dixme a Marc Le 
Bel meusnier demeurant à Aubilly, ensemble un arrest du grand 
conseil du vingt sixiesme juin 1663 signé sur le reply Herbin rendu 
allencontre de M. Christophe de Conflans conte de Vezilly, 
par lequel ledict sieur de Conflans a esté condamné se désister au 
profit des demandresses des susdictes dixmes qui sont affermée soi- 
xante livres par an, suivant le bail passé par lesdicts Roland et 
Le Leu notaires le vingt huictiesme avril 1665 quelles représentent, 
par lequel le fermier est obligé de les acquiter de dix septier de 
grains par moitié froment et avoyne pour le tier du preciput 
du sieur curé dudict lieu, cy LX 1. 

Une pièce de pré seize a Saincce Eufraize contenante dix quar- 
telz, communément appelle le pré l'Abbé, de laquelle elles sont en 
possession en conséquence d'une sentence rendu par le Lieutenant 
à Chastillon sur Marne le dixiesme juillet 1560 signé Petit, de 



DE LONGUEAU 3j 

laquelle elles font apparoir, comme aussy de plusieurs baux datte 
des dix neufviesme janvier 1561, quinziesme décembre 1601, 
dixiesme novembre 1608, septiesme avril 1616, treiziesme décembre 
1632 et treiziesme may 1639, laquelle pièce de pré est présente- 
ment affermé par bail du huictiesme juin 1663 passé pardevant les- 
dicts notaires la somme de trente livres, cy XXX 1. 

Plus vos dictes filles vous remonstrent qu'il leur appartient 
le quart de touttes les dixmes tant grosses que menues et novalies 
du terroir de Pourcy qui rendent par an la somme de soi- 
xante quinze livres comme il appert par bail du vingt troisiesme 
may 1665 passé par lesdicts Roland et Le Leu notaires, et ce en con- 
séquence de la donation qui leur en a esté faicte par le sieur Guil- 
laume de Germaine, de laquelle donation elles ne peuvent faire appa- 
roir pour les raisons rapportées au premier article du présent estât, 
mais elles justiffient de la ratiffication en parchemin qui a esté 
taicte de laditte donation par Madame qui estoit pour lors abbe.sse 
a Fontevrauld, ensemble d"un esentence arbitralle du treiziesme 
tebvrier 15^41, homologués par Mons"" le prevot de Paris ou son 
Lieutenant le dix huictiesme janvier 1^42 quelles vous repré- 
sentent, cy LXXV 1. 

Il leur appartient aussy une pièce tant terre que pré seize au ter- 
roir de Bouilly qui avoit esté donné cy devant a surcens a Arnoult 
Charpentier dudict Bouilly moiennant sept solz par an par contract 
de Tannée 1279 duquel elles font apparoir, en laquelle elles sont 
rentrées depuis ledict surcens expiré, laquelle pièce tant terre que 
pré est donné a ferme moiennant cent solz par par an bail du 
troisiesme may 1665 passé par devant lesdicts notaires, quelles 
représentent, cy C s. 

Plus il leur appartient vingt neuf hommées et demy tant vignes 
que terre, ensemble deux hommées de terre y compris un petit 
bout de bois contenant deux verges cinq pieds, eschangé avec un 
petit jardin qui appartenoit audict couvent, desquelles terres vignes 
et jardin elles jouissent paisiblement et sans trouble quoy quelles 
nen puissent représenter aucun tiltre que les baux anciens datte du 
vi-igt septiesme décembre 1532^ vingt septiesme décembre 1558, 
vingt septiesme décembre 1 541, vingt huictiesme avril 1633, et troi- 
siesme novembre 162T, dont elles tont apparoir, ensemble de l'es- 
change dudict jardin avec lesdictes deux hommées de terre datte du 
dix septiesme juillet 1663, touttes lesquelles choses sont donné à 
terme par baiLdu quinziesme décembre 1661 passé par devant les- 
dicts notaires, à la charge d'en rendre huict livres par an, lequel 
bail elles vous représentent cy VIII I. 

Comme aussy il leur appartient quatre arpent de pré et deux 
arpent de terre qui estoient cy devant en vignes scizes au terroir 
d'Esparnay ou de Mardeuil proche ledict Esparnay, la propriété 
desquelles terres et prez elles justifient par les acquisitions que Ber- 
terand de Verzelay a fait de certaines vignes a Mardueil et la doua- 



32 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

tion que leJict Verzelay en a faict au Prieuré de Longueau par 
coiitract et vidimus des années 1239 et 1241, et encor par baux des 
vingt neufviesme mars 1596, dixiesme avril 1650. et quinziesme 
avril \6^6. quelles représentent avec le bail a louage desdictes 
terres et prez passé par devant notaires le vingt cinquiesme feb- 
vrier 1667 moiennant vingt huicc livres par an, cy XXVIII 1. 

Pius trois pièces de prez seize au terroir de Faverolles contenant 
ensemble quatre a cinq arpens suivîiis larpentage du sixiesme 
novembre 1649, quelles représentent avec des anciens baux dattées 
du vingt sixiesmf novembre 1527, dernier décembre 1555, vingt 
neufviesme décembre 1564, et troisiesme avril 161 8 nayant trouvé 
autres tiltres dans leur cartulaire nonobstant touttes les recherches 
quelles en ont taict et sont lesdictz prez présentement affermé 
la somme de cent livres par an suivant le bail quelles représentent 
du huictiesme mars 1665 passé par devant lesdictz Roland et 
I.e Leu notaires à Reims, cy Cl. 

Plus il leur appartient par concession et donation du mois d'avril 
i30i,a elles faictes par Hugo conte de Rethel, quelles représentent 
en parchemin scellé du sceau dudict seigneur conte de Rethel, 
la somme de douze livres dix solz, à prendre sur le hallage dudict 
Rethel, cy XII 1. X s. 

La somme de quatre livres de surcens perpétuel, à prendre 
sur une vigne seize au terroir de Cuil, contenant un demy arpent 
lieu dict la Galopane, détenu par Gilles de U Moste, vigneron 
demeurant audict Cuil, par bail du vingtiesme septembre 1661 
passé par devant Bonnentant notaire royal demeurant a Chastillon, 
présent tesmoins dont elles font apparoir, cy IIII 1. 

La somme de sept livres qui leur est dû par chacun an par Mes- 
sieurs du Chapitre de l'Eglise Nostre Dame de Reiras, a prendre sur 
une quantité de bois ainsy qu'il appert par une sentence de Mes- 
sieurs des Requestes du palais du dixiesme may i 550 quelles repré- 
sentent, cy VII 1. 

La somme de douze livres dix solz de rente, moiennant deux cent 
livres en principal qui leur sont deus par la succession de feu 
Mr Luc Petit^ vivant Président en l'Election de Reims, suivant cer- 
taine sentence arbitralle du troisiesme mars 1643 quelles repré- 
sentent signé Dailler, cy XII 1. X s. 

Plus la somme de six livres cinq solz de rente, à prendre par cha- 
cun an sur la seigneurie d'Aguisy, suivant le contract du vingt 
sixiesme aoust 1621, faict à leur profict par Monsieur François Picot, 
baron de Couvay, par devant Nivart notaire royal, présent tes- 
moins, duquel contract elles font apparoir^ ey VI l. V s. 

La somme de trois livres deux solz six deniers de rentes, à elles 
deue par contract de constitution de rente, du vingt huictiesme 
avril 1616, faict à leur profit, par Charle Moreau et Louyse Le Gras, 
sa femme, demeur.int a Vendière, pardevant Clouet et Frontigny, 



DE LONGtJEA.U 33 

notaire!!, laquelle rente iMr Charle Moreau prestre, demeurant 
a Vendière c'est recognu debteur pour les causes rapportées en 
l'acte de recognoissance qui en a esté passé le treiziesme novembre 
1658^ pardevant Feval et Lamblet, notaires a Chastillon, repré- 
sentent, cy III 1. Ils. VI d. 

Plus la somme de cent cinquante livres de rente^ deue par 
M'' Lespacgnol, moiennant trois mil livres en principal, parcontract 
du vingt huictiesme décembre 1662, passé pardevant Roland et Le 
Leu, notaires, quelles représentent, cy CL 1. 

Pareille somme de cent cinquante livres de rente, deue par 
M'' Coquebert, moiennant trois mil livres en principal, parcontract 
quelles représentent, passé pardeva:it lesdicts notaires, le dix huic- 
tiesme aoust 1664, cy CL 1. 

Deux surcens de vingt cinq solz chacun, à prendre l'un sur une 
maison seize a Reims, rue du Terra, appartenant a l'abbaye Sainct 
Estienne dudict Reims, et l'autre à prendre sur une autre maison 
seize audict Reims, rue de l'Epicerie, appartenant a Ihautel Dieu, 
desquelz surcens elles sont en possession suivant plusieur anciens 
comptes par elles représentées, cy L s. 

Plus deux rentes montantes ensemble a la somme de trois livres 
deux solz six deniers par an, constitué à leur profit par Messieurs les 
Lieutenant et gens du Conseil de la ville de Reims, par deux con- 
tracts séparés passé pardevant Vaurouart et Rogier notaires royaux 
audict Reims, le sixiesme avril 1554 quelles représentent, cy 

III 1. II s. VI d. 

Plus il leur appartient une maison seize audict Reim^ rue de la 
Grande Boucherie, quelles ont acquis de Marie Motha veufve 
de Rigobert Soyer, moiennant la somme de quatre mil quatre cens 
livres, par contract du vingt neutviesme octobre 1664, passé parde- 
vant Roland et Leleu notaires, quelles représentent avec le bail a 
louage de ladite maison faict ledict jour pardevant les mesmes 
notaires, moiennant cent soixante quinze livres par an, cy 

CLXXV 1. 

Remonstrent vos dictes filles que peu de tciiips après leur transla- 
tion et establissement en cette ville, elles achetèrent quantité de 
petites maisons et mazures joignantes leur maison, partie des- 
quelles maisons et mazures elles ont joinctes et enfermés dans leur 
dicte maison, et le surplus montant a cinq tort petites maisons sont 
occupés par pauvres personnes de qui elles retirent présentement de 
louage la somme de cent quatre livres par an, duquel louage il ny 
en a aucun bail par escrit dautant que lesdictes maisons sont iort 
caduques et ruineuses^ et quelles sont en volonté de les taire démo- 
lir, cy CIIII 1. 

Somme totalle de tout le revenu cy dessus monte en argent a la 
somme de deux mil huict cent quatre vingt sept livres quatre solz 
six deniers tz. 



34 LE CARTULA.IRE DU PRIEURE 

Et en grains en la quantité Je deux cens soixante sept septiers un 
quartel froment qui peuvent valoir par anné commune, a raison de 
cent solz le septier, la somme de treize cent trente six livres cinq 
solz tz. 

Etenavoynela quantité de trois cent trois septiers trois qnartelz 
qui peuvent valoir, a raison de quarente solz le septier, la somme de 
six cens sept livres dix solz tz. 

Outre ce que dessus vos dictes filles jouissent présentement 
de plusieurs pensions viagères, sçavoir : 

De la somme de cent cinquante livres, pour la pension de sœur 
Simonne Cocquebert, a présent prieure, ne peuvent vos dictes filles 
représenter le contract ne se treuvent, mais justifient quelles en 
jouissent par plusieurs comptes, cy CL 1. 

De la somme de quatre vingtz livres, pour la pension de sœur 
Catherine Michon, religieuse^ par contract du seiziesme juillet 
1618, signé Clouet notaires, présent tesmoins, cy IIII'^^ 1. 

De la somme de cent cinquante livres, pour la pension de sœur 
Appoline Frizon^ religieuse, par contract du vingt septiesme 
octobre 161 8, passé par devant Clouet notaires en la prevosté de 
Chastillon, présent tesmoins. duquel elles font apparoir, cy CL 1. 

De la somme de cent livres pour la pension de sœur Rennette 
Cocquebert religieuse, comme elles justifient par contract signé 
Moreau, notaire demeurant à Chastillon, présent tesmoins, quelles 
représentent, cy C 1. 

De la pension de six vingt livres, pour la pension de sœur Jeanne 
Gilbault^ religieuse, comme appert par contract du cinquiesme 
novembre 1639, passé pardevnnt Taillet et Roland, notaires royaux 
à Reims, dont elles font apparoir, cy CXX 1. 

De la somme de deux cent livres, pour la pension de sœur Anne 
Parent, religieuse, par contract passé par devant Taillet et Roland^ 
notaires royaux à Reims, datte du septiesme janvier 1641, quelles 
repre.sentent, cy II'- 1. 

De la somme de cent cinquante livres, pour la pension de sœur 
IMagdelaine Amé, religieuse, par contract du septiesme janvier 165 i, 
passé pardevant Roland et Le Leu, notaires, dont elles font appa- 
roir, cy CL 1. 

De la somme de cent cinquante livres, pour la pension de sœur 
Margueritte Oudinet, religieuse, ainsy quelles justifient par contract 
du neufviesme juin 165:9, passé pardevant Roland et Le Leu, 
notaires, dont elles font apparoir, cy CL I. 

De la somme de cent cinquante livres, pour la pension de sœur 
.Anne Coquebert, religieuse, comme appert par contract du ciou- 
ziesmff septembre 1664, passé par devant Roland et Le Leu, 
notaires, quelles représentent, cy CL 1. 

De la somme de deux cens livres, ])our la pension de sœur Marie 
de Bar, religieuse, par contract du premier octobre 1664 passé par 



DE LONGUEAU l-{5 

devant Roland et Le Leu, notaires à Reims, quelles représentent, cy 

II- 1. 

De ia somme de cent cinquante livres^ pour la pension de 
sœur Jeanne Hachette, novice, comme appert par contract passé 
par devant Le Leu et Augier, notaires à Remis, le vingt neuf- 
viesme janvier 1667, cy CL 1. 

Total de touttes les dictes pensions seize cent livres 1600 1. 

Qui font avec les sommes cy dessus en argent et avoyne, non 
compris le froment qui se convertit en pain pour la nouriturc dudict 
couvent, la somme de cinq mil quatre vingt quatorze livres qua- 
torze solz six deniers 5^94 '• ^4 s. 6 d. 

Sur quoy vient a déduire les charges qui ensuivent. 

Premier ne taut faire estats des deux cent soixante sept septiers 
un quartel froment, dont a esté faict recepte cy dessus, d'autant 
quil s'emploie à la nourriture de la maison et qu'il ne s'en 
faict aucun profict. 

Vos dictes filles vous représentent avec tout respect quelles sont 
au nombre de trente sept professes du cœur, une novice et 
huict sœurs converses, et que pour leur nouriture et entretient 
de tout vestements et linges, ensemble pour les nourriture de 
vos vicaires lors quil viennent en visites, de deux touriers, un jar- 
dinier quelles ont dordinaires et des fermiers et laboureur qui cha- 
rient leurs grains vins et bois, lors qui! font lesdicts charrois, elles 
dépensent par année commune suivant quil appert par les deux der- 
niers comptes représentées et examinées par les commissaires quil 
a pieu a vostre Altesse de députer, la somme de six mil sept 
cens livres, cy VI» VU- 1, 

Plus elles ont un confesseur ordinaire, qui célèbre tout les jours la 
messe en leur chapelle auquel elles ne irouraissent aucune nourriture 
et luy donnent pour toutes rétribution par chacun an la somme de 
deux cent trente livres, cy II'- XXX 1. 

Plus elles ont un chappelain qui, outre la messe dudict con- 
fesseur, célèbre touttes les festes et dimanches une messe basse, 
et sert de diacre lors quil en est besoing, pourquoy elles luy paient 
la somme de soixante livres par an, cy LX 1. 

Pour les gages d'un enfant qui sert de clerc, la somme de dix 
livres^ cy X 1. 

Pour l'entretient des ornements de leur chapelle en cette ville que 
de l'église et chapelle de Longueau leur maison, du linge, meubles 
et argenterie de l'église et sacristie, ensemble du luminaire, par 
année commune, la somme de cinq cens livres, cy V*^ J. 

Llles nont aucuns officiers^ procureurs, receveurs, ny sergens 
auquel elles donnent gages, mais seulement un agent a Longueau 
qui a esgard à leurs bois et agist en leurs affaires, auquelles 
elles donnent par an trente livres de gages et quatre septiers de fro- 
ment qui sojit compris dans Testât du froment partant, cy XXX 1. 



36 LE cartulairE du prieuré 

Pour les gages ordinaires des deux tourrieres, soizante huict livres 
outre leur nourriture, cy LXVIII l. 

Pour les gages dn jardinier, aussy outre ses nourritures, cinquante 
six livres, cy LVI 1. 

Pour les gages du médecin tant ordinaires que extraordinaires, 
cinquante livres L 1. 

Le chirurgien, par anné commune, nayant aucun gages ordinaire, 
la somme de quarente livres, cy XL 1. 

Pour les drogues de l'appoticaire par anné commune, la somme 
de cent livres C 1. 

Pour les réparations des bastimens tant de leur maison conven- 
tuelle que de quatorze maisons en cette ville et en campagne, qui 
leur appartiennent, d'un pressoir, et des cœurs etcancelles de douze 
églises, pour les partz dont elles sont tenues a proportion de ce quelles 
perçoivent de dixmes dans les paroisses desdictes églises, par estima- 
tion et année commune, la somme de douze cens livres^ cy XII'~ 1. 

Pour plusieurs frais qu'il convient faire a la poursuite des procès 
tant en demandant que deffendant, pour la conservation de leur 
biens et avoir payement de leurs debtes, tant auxadvocatz procu- 
reur, sergens, et autres officiers en justice, par année commune, la 
somme de trois cent livres UT 1. 

Pour les frais des voiages de ^Monsieur le vicaire qui faict la visite, 
il se donne dordinaire la somme de vingt livres non compris les frais 
de nouritures qui sont emploiée dans la dépense commune, cy XX l. 

Plus pour les subcides quelles doivent par chacun an, a vous 
Madame, la somme de six livres, cy VI 1. 

Pour le voiage d'un homme qui s'envoye exprès a Fontevraux, 
pour avoir vostre confirmation, après lelection qui se taict tous 
les trois ans de la prieure, la somme de quarante cinq livres, 
qui est par an la somme de quinze livres, cy XV 1. 

Pour les décimes tant ordinaires que extraordinaires, frais des 
assemblés par année commune la somme de soizante livres, cy LX 1. 

Plus elles vous remonstrent que quelque temps après leur esta- 
blissement en cette ville, ayent besoin d'un plus grand logement 
estendue de place pour y bastir, elles eschangerent une maison 
a elles appartenante, appelle communément la maison deLongueau 
a quatre maisons seize audict Reims, deux d'icelle rue du Jard, et 
les deux autres rue de Venise^, par contract deschange faict entre 
elles et Messieurs du Chapitre de l'église Nostre Dame de Reims le 
vingt huicticsme septembre 1638, passé par devant Taillet et Le 
Leu notaires a Reims, ausquelz sieurs de Chapitre pour soûl dudicc 
eschange, elles se sont obligées de paier la somme de deux cens 
livres de rente foncière et surcens perpétuel non racheta ble porté 
par ledict contract représenté, cy IL I. 

Plus elles ont aussy faict eschange par contract du dixhuictiesme 
avril 1639, passé pardevant Taillet et CopiUon, notaires, avec Mes- 



DE longueau 37 

sieurs les chappelains de l'ancienne Congrégation, qui leur ont aban- 
donné une maison et jardin a eux appartenante, joiiict à la maison 
conventuelles de vos dictes filles, lesquelles en contre eschange se 
sont obligé par ledict contract de paier audicts Chappelains la 
somme de vingt sept livres de surcens perpétuel non rachetable, 
comme il est porté par ledict contract, cy XXVII 1. 

Plus a Monseigneur l'archevesque Duc de Reims, la somme de 
cinquante huict solz, deux deniers, pour les cens et surcens, qui luy 
sont deue sur leur maison conventuelle, et les autres maisons 
quelles ont acquises, pour entermer dans leur dicte maison, lors- 
quelles ont faict bastir, le tout suivant quelles en estoient chargés 
par les contracts d'acquisitions, cy LVIII s. Il d. 

A mondict seigneur l'archevesque, la somme de dix livres 
de rente, par chacun an, a laquelle il a esté traicté, pour demeurer 
quitte de l'indamnité qui luy estoit deue, à cause des maisons par 
elles acquises, dans le détroict de la seigneurie de mondict seigneur 
l'archevesque, duquel contract elles font apparoir cy X 1. 

La somme de vingt sol, pour un surcens deue au sieur Hierome 
Moet, a cause des dictes acquisitions, cy XX s. 

Et a Messieurs les Religieux de Sainct Denyes, la somme de dix 
solz de surcens^ aussy a cause desdictes acquisitions^ cy X s. 

Finalement vos dictes filles remonstrent, avec touttes l'humilité 
et respect quelles doivent a vostre Altesse, que depuis leur esta- 
blissement en cette ville, elles ont travaillé et usé toutte l'économie 
possible pour bastir leur maison qui ne l'est encore entièrement et 
n'ont que une chapelle et un cœur de fort petite estendue nestant 
en pouvoir quand a présent de les agrandir, ainsy que vous Madame 
poura recognoistre par le présent estât qui contient vérités en tous 
ses poincts. 

Et pour bastir une église et achever les bastimens réguliers qui 
manquent a leur maison il conviendroit desbourcer jusques a cent 
cinquante mil livres au moiiig. 

Somme delà dépense ordinaire et extraordinaire est neuf mil six 
cens quatre vingtz six livres huict solz deux deniers tz non compris 
le froment emploiez comme dict est cy dessus 9686 I. 8.2 

Les dictes Religieuses ont droict d'usage en la forest de Vassy dy 
prendre du bois mort pour le chaufTige dudict prieuré et du 
bois vif pour les réparations et bastiment nécessaires d'icelluy, par la 
donation qui leur en a esté faicte par le conte Palatin l'an 1198, 
scellé quelles représentent, et dautant quelles nont jouy dudict droict 
depuis un long temps, cy Néant. 

Disent au surplus vos dictes filles que vostre maison et prieuré 
est composée de trente sept Religieuses du cœur, d'une novice, et de 
huict sœurs converses dont les noms ensuivent : 

Premier Sœur Simonne Cocquebert prieure, 

Sœur Jeanne de Boant, 

Sœur Catherine Miclion, 



38 LE CARTULAIRE DU PRIEURE 

.sœur Appoline Frizon, 
Sœur Remiette Cocquebert, 
Sœur Klizabeth Levesque, 
Sœur Jeanne Gilbault, 
Sœur Appoline Chantreau, 
Sœur Remiette Viscot, 
Sœur Anne Parent, 
Sœur Margueritte Coquebert, 
Sœur Elizabeth de Paris, 
Sœur Charlotte de Sugny, 
Sœur René Lespagnol, 
Sœur Jeanne Coquebert, 
Sœur Marie de Paris, 
Sœur Anthoinette Lespagnol, 
Sœur Jaqueiine Coquebert, 
Sœur Marie Boucher, 
Sœur Jeanne de Gomont, 
Sœur Jeanne Rogier, 
Sœur Elizabeth Chalon, 
Sœur Charlotte de la Rivière, 
Sœur Magdelaine Ame, 
Sœur Françoise de Malval, 
Sœur Jeanne Evangeliste Coquebert, 
Sœur Jeanne Hachette, 
Sœur Jeanne Baptiste Rogier, 
Sœur Simonne Angélique Coquebert, 
Sœur Simonne Séraphique Coquebert^ 
Sœur Jeanne de Malval, 
Sœur Margueritte Oudinet, 
Sœur Marie Le Gris, 
Sœur Izabelle Lespaignol, 
Sœur Anthoinett.' Coquebert, 
Sœur Anne Coquebert, 
Sœur Marie de Bar, 
Et Sœur Jeanne Hachette, novice. 
f es Sœurs converses : 
Sœur Marie Gntinet, 
Sœur Claire Ligner, 
Sœur Nicolle Brice, 
Sœur Klizabeth Beaupere, 
Sœur Simonne Champenois, 
Sœur Elizabeth de la Croix. 

Faict et arresté le présent estât en vostre dict prieuré, le trente un 
et dernier jour du mois de janvier mil six cens soixante huict 

Signe : Sœur .'^imonne Cocquebert. Prieure -j-, 

Sœur Jeanne DE BOHAN, mère du 
cloistre, 

Sœur Catherine Michon, discrète, 



DE LONGUEAU 39 

Sœur A. Frizon, discrette, 
Sœur Jeauiie GiLLEBAULT, dépositaire. 
Sœur Apoline Chantreau, celeriere, 
Sœur Remiette VISCOTTE, Boursière, 
Sœur Margueritte COQUEBERT, por- 
tière. 
Aujourdhuy troisiesme febvrier mil six cens soixante huict, Nous 
frère Jean Virdoux, prestre profex de l'ordre de Fontevrault, vicaire 
antique et commissaire en cette partie de très illustre et religieuse 
princesse dame Jeanne Baptiste de Bourbon, fille légitimée de 
France, par sa commission en datte du septiesme décembre mil six 
cens soixante sept, signée de sa main^ et de Delaville, son secrétaire, 
et scellé de son scel portant entre autres choses pouvoir de 
nous transporter au prieuré de Longueau estably a Reims, membre 
deppendant dudict ordre^. pour en nostre présence estre dressé lestât 
du revenu temporel dudict prieuré et du nombre de relligienses, 
charges ordinaires et extraordinaires, et pour iceluy estât estre 
à nostre diligence envoyé a madicte dame. Nous sommes trans- 
portez audict prieuré de Longueau ou estant arrivé nous avons 
demandé la mère prieure, a laquelle ayant faict scavoir la teneure 
de nostre commission, nous l'aurions priée et requise de faire assem- 
bler la communaulté au parloir ordinaire en la manière accoustu- 
mée pour en faire lecture. Et aussy tost la cloche sonnée, lesdictes 
Relligieuses, Prieure et couvent sestant trouvées audict parloir, et 
lecture faicte de nostre dicte commission, nous auroient touttes 
unanimement déclaré estre disposées a y satisfaire et y obéir^ 
et qu'a cest efFect elles alloient faire apporter tous leurs tiltres et 
papiers justifficatifs de lestât cy dessus, et ayant appelle avec 
nous pour les certifîîer et veriflîer discrette personne .Vlr* Daniel 
Esgand, prestre docteur et professeur en théologie et contesseur des- 
dicces relligieuses dudict prieuré, M'"'^ André .Augier et Anthoine 
Le Leu notaires royaux audict Reims, ledict estât et lesdictes pièces 
estans apportées, nous les avons ensemble veriffiés sur iceluy pen- 
dant lespace de deux jours que nous avons pris pour y travailler et 
y avons travaillé, ce que nous avons trouvé contorme et véritable. 
En foy de quoy nous avons faict et dressé ce présent procès verbal 
pour icelluy estre rapporté a madicte Dame avec ledict estât et y 
estre pourveu ainsy que de raison. Donné et taict par nous com- 
missaire susdict, audict lieu de Longueau^ les jour et an que dessus, 
et ont signé avec nous les nommez cy dessus appeliez par nous pour 
ladicte veriffication. 

Signé : L. Jean ViRDOUx, commissaire, 
Daniel Egan, 
Augier, 
Leleu. 

[A suivre.) 



m 



Dnrj,iD 




m 



n 



ji 



Répertoire des fiefs ^ offices^ terres et produits divers, 
biens et domaines nationaux du département des Ardennes, 
7nis en vente dans les AFFICHES DE REIMS de Havé, 
de ill2 à il92. 



Olizy. — Vente par M" Louis- Alexandre le Fournier, baron 
d'Équaucourt, seigneur d'Holizy, et son fils, de la terre et seigneu- 
rie d'Olizy, par contrat passé devant M<'* Gobert et Sauvaige, 
notaires à Paris, le 6 janvier 1773, niO)^ennant 9"â,000 livres. 
(/;> février 1113.) 

Orfeuil. — A vendre bonne auberge sise au village d'Orfeuil', 
entre Sompi et Machault, sur la route qui conduit de Verdun à 

Reims et en Picardie, consistante en bâtimens jardin, etc. 

Celte auberge est la seule qui se trouve dans le lieu, et est 

exempte des frais royaux, corvées et milice S'adresser au s^ 

July, propriétaire et aubergiste. (23 janvier 1186.) 

Pargny, moulin à eau, sis à Vaux-Montreuil -, avec les bâti- 
mens en dépendans, appart. ci-devant à l'abbaye de Saint-Pierre 
de Reims, estimé 4,340 liv., mis au prix de 4,951 liv. 4 s. (4 avril 
1191.) 

Pargny, ferme sise au terroir de Château-Porcien 3, apparte- 
nante ci-devant à l'abbaye de la Piscine, cousist. en bâtimens, 
jardins, terres et prés, louée 2,400 l., 10 liv. pour préciput, et 81 
septiers i quarlels de froment, mise au prix de 51,024 liv. 12 s. 
{25 avril 1191.) 

Pargny, ferme divisée en deux parties, sise au terroir de Châ- 
teau-Porcien, appartenante ci-dev. à l'abbaye de la Piscine, louée 
2,410 liv. et 81 sepi. 2 quartels de froment. La vente s'en fera à 
la folle enchère de Jean Collet, bourgeois de Rethel, et Lambert 
Jolly*, laboureur à Doux, qui l'ont acquise moyenn. 71,000 liv. 
(21 novembre 1191.) 

• Voir paf^e 801, tome VI de la Revue de Champagne. 

1 . Hameau actuel de ia commune de Semide. 

2. Ancienne propriété de la famille Fricolleaux qui en s pris le nom. 

3. Ecart de Château- Porcien, près du Canal des Ardeones. 

4. La ferme de Pargny est encore la propriété de la famille Joly. 



TOPOGRAPHIE ARDENNATSE 41 

Pérouzelle. — Vente par le sr Pierre-Joseph Desalliot, sei- 
gneur en partie de Coipelle, elc tous demeurants à Charle- 

ville, à Messire Antoine-Nicolas-Bernard de Vigneau, chevalier, 
seigneur de Barbaize, chevalier de S'-Louis, colonel d'infanterie, 
ingénieur en chef et commandant en second de l'Ecole Royale du 
Génie à Mézières, et dame Louise-Charlotte-Élisabeth Boiiettrie 
de la Boissière son épouse, d'un corps de ferme appelle Pérou- 
zelle^^ situé au terroir de Launoy moyennant 16,000 liv., 

selon le contrat passé devant M* Guillaume, notaire à Mézières, le 
jer décembre 1772. {i janvier 1113.) 

Piscine (La). — A louer les domaines de l'abbaye de Chau- 
mont la Piscine -, pour entrer en jouissance en 1790 et 1791, 
savoir les fermes de Flay, Trion, Pargny, du Lutteau, les dixmes 
de Logny, les censés de la Croix, Brice-Bolle, la Motte aux Cail- 
loux, Delvincourt, Liberette, les prés et dixmes de Chaumont, les 
fermes d'Adon, Remaucourt, Saint-Fergeux et Avançon, les 
dixmes d'Adon, Dommeli, Givron, Pagan, Wadimont, Rubigni, 
Vaux, Remaucourt, Begni, les bois de Saint-Fergeux, les moulins 
du Lutteau et de Logny, les vignes d'Herpy, et trois maisons sises 
à Reims, rue du Cadran-S'^-Pierre. S'adresser a M. Saluer de Ber- 
lize, à Châieau-Porcien, à M"^ Laignier, greffier au grenier à sel 
de cette ville, ou à 3/» Vigno7i, notaire et procureur à Chau- 
mont. (9 juin 1788.) 

Piscine (abbaye de La). — Mise en vente des fermes apparte- 
nant à la manse abbatiale. Censés de Brice-BroUe ou la. Barique, 
Censé Delvincourt, Censé de la Croix, sises à Ghaumont-en-por- 
cien. {i8 janvier 1191.) 

Piscine (La), l'église et les bâtimens composans les menses 
abbatiale et conventuelle de l'abbaye, avec leurs dépendances, 
estimés 9,300 liv. compris le terrain sur lequel ils sont situés, et 
six arpens de jardins, clos, vergers et terrein, estimés 210 liv. de 
loyer, mis au prix de 23,010 liv. 14 s. (i mai 1191.) 

Piscine (abbaye de La), vente du jeu d'orgues qui se trouve 
dans Téglise des ci-devant Prémontrés ^; l'adjudication s'en fera 

1 . Dépendance actuelle de Launois-sur-Vence. 

2. Ancienne abbaye de Prémonlrés, fondée à Chaumonl-Porcien en 1147, 
transférée à La Piscine, près Remaucourt, en 1623, démolie presque entiè- 
rement depuis la Révolution. 

3. Les autres objets précieux de La Piscine se trouvent répartis entre 
quelques églises des environs : un superbe autel en marbre dans l'église du 
Thuel (Aisne), un grand tableau de J. Wilbault représentant la Prédication 
de saint Berlhauld dans l'église du Thour (Ardennes), d'autres grands 
tableaux dans l'église de Rethel, et une pierre lombale daus l'église de 
Remaucourt, Consulter au surplus la Notice sur l'abbaye de Saint- Berthauld 
de Chaumonl-Porcien publiée par l'abbé Lannois, curé de Tbugnj, à 
Retbel, chez Beauvarlet, 1880, br. in-S" de ^& pp. 



42 TOPOGRAPHIE ARDENNAISE 

le l^' septembre, à Rethel, dans le réfectoire des Capucins de lad. 
ville. (22 août 1791.) 

Ponceau (Le) ou La Rozière, corps de ferme sis au terroir 
de Roci]iii?ni ', appart. ci-dev. aux Religieux de la Piscine, loué 
■180 livres; mis au prix de 3,394 liv. 12 s. (23 avril 1791.) 

Pont-des-Aulnes (Le), corps de ferme sis à Chevriere % 
appartenant ci-devant aux Religieux de Bonne-Fontaine, consis- 
tant en bàtimens et 229 arp. de terre, loué 900 liv. en argent, 300 
quartels de froment, etc., outre 720 liv. payées pour pot de vin, 
mis au prix de 28,645 liv. 2 s. (28 mars 1791.) 

Presle (ancien prieuré de La), corps de ferme sis au terroir de 
Juzancourt^, consist. en environ 73 arpens de terre, 2 arpens de 
prés, un surcens sur un canton de vignes au terroir d'Aire, et un 
autre surcens d'un quartel de seigle par arpent sur plusieurs piè- 
ces de terre d'un canton du terroir de Villers-devant-le-Thour, 
estimés Ollj liv. l!j s. de loyer, mis au prix de 10,068 livres G s. 
{9 mai 1791.) 

Puiselet (Le), belle ferme sise au terroir de Baalon près Lau- 
nois^, consistant en bàtimens, jardin planté, 500 arp. de terre, 
prés, bois le tout loué 700 liv, (28 mai 1792.) 

Puiseux. — Vente par D' Jeanne Gueriot, veuve de M^e God.- 
François Baron de Chourse, chevalier de S' Louis, capitaine de 
cavalerie, seigneur de Puiseux -•, etc de terres par adjudica- 
tion devant M" Moreau, notaire au Grand-Montreuil ", le 18 mars 
1781. {13 avril 1782.) 

Quatre- Champs. — A vendre belle terre et seigneurie de 
Qualre-Champs, située dans la vallée de Bourcq, à une lieue de 

Vouziers consistante en toute justice, droits de chasse et 

pèche, château, deux cours, colombiers, vivier, pressoirs, moulin, 
tuilerie, vignes, 804 arpens de bois, 313 de terre, 100 fauchées de 
prés. Le seigneur de Quatre-Champs l'est aussi en partie de iNoir- 
vai, Ballai et les deux Mesnils. S'adresser à M'' Rivart, notaire à 
Reims. {16 juin 1777.) 

Quatre-Champs. — Vente par M-^^ Louis-François de Mussan, 
chev. seign. de Vigneux et S'-Clérnent, dem. à Quatre-Champs, et 
D<^ Charlolte-Louis3 de Belfroy, veuve de Mr^ iNicolas de Bohan, 

1. La Rozière, hameau de la commune de Rocquigny. 

2. Erreur, le Pout des Aulnes est un écart de Sevigny-Waleppe. 

3. Erreur, le prieuré de Lî Presle était situé à proximité de Juzancourt, 
mais sur le ler.-oir d'AsfeM. Voir une étude sur ce prieuré et l'analyse de 
son cartulaire, publiée par M. l'abbé Carré dans la Reoue de Champagne et 
de Bric, années 189i-93-94. 

/i. Les Puisilels, écart de la commune de Bâlon.^ canton d'Omont. 
îi. Commune du canton de Novion-Porcien. 
ti. Probablement pour Vaux-Montreuil. 



TOPOGRAPHIE ARDENNAISE 4'-} 

chev. seign. de Quatre-Champs, dem. aud. lieu, de maison, etc., 
pardevant M'' Coche, notaire à Vonc, le 9 décembre \1H1. (-i mai 
/76'.9.) 

Radois (Le), corps de ferme au terroir de Fraillicourt ', appar- 
tenant ci-devant au Chapitre de l'église de Reims, consist. en 100 
arp. de terre, loué 3")0 iiv., mis au prix de S, 098 iiv. (2S mars 
1791.) 

Raillicourt, terre seigneuriale près Jandiin, maison de fer- 
mier, -loO jours de terre, 40 arpens de prés, 117 arpens de bois. 
S'adresser à M. Paie, dem.. à S^-É tienne- ks-Dames, à Reims. (H 
février 1791.) 

Rethel. — A vendre l'auberge de Fieur-de-Lys, située à 
Rethel-Mazarin. fauxbourg de S. Nicolas... appartenante au s"" G. 

Deshaie S'adresser à M' Miroy le jeune, avocat à llethel. 

(2i février 1772.) 

Rethel. — A vendre beaux peupliers d'Italie de la meilleure 
espèce, de l'âge de deux ans, ayant 8 à 9 pieds de haut, à 10 Iiv. 
le cent pris à Rethel, et 11 Iiv. rendus à Reims. S'adresser chez 
le S'" Hibcrt, nv^ de bois à Rethel. {13 avril '1772.) 

Rethel. — Il se trouve au chantier de S. Lazare -, proche le 
dernier pont de Rethel-Mazarin, de très-beaux peupliers d'Italie à 
vendre. S'adresser à M. Hibert. {23 novembre 1772.) 

Rethel. — Le s'- Hibert, négociant à Mazarin, fera arriver une 
flotte considérable de bois de chauffe, au prix de 16 Iiv. lO s. la 
corde rendue à Rethel. On trouvera aussi à son chantier des 
tables de cuisine en bois de hêtre de 4 pouces d'épaisseur, etc. 
(3 mai 1773.) 

Rethel. — M"' Crozat, Bourgeois et Lombard, venant d'établir 
à Mazarin un dépôt de bois flotté, offrent de le vendre à raison de 

10 Iiv. 10 sols (9 août 1773.) 

Rethel. — A vendre charge de Lieutenant de l'Election de 
Mazarin, dont était revêtu M. Tiercelet de Métayer, rapportant 

3'7 I. de gages S'adresser à M. Solder, président de lad. 

Election, son gendre. (23 août 1773.) 

Rethel. — A vendre charge de conseiller en i'Klection de 
Rethel-Mazarin. S'adresser à M^ Monnot, notaire royal en lad. 
ville, (l'^'' novembre 1773.) 

Rethel. — A vendre quantité de peupliers d'Hollande, de huit 
à dix pouces de tour et de moindre grosseur, à dix livres le cent. 
S'adressera .W^ veuve Bruslé-Sarlel, à Rethel. (S octobre 1781.) 

\ . Hameau dî la commune de Fraillicourt, situé près de la route de 
Rozoy. 

2. Emplacement d'une ancienne maladrerie, sur la route de Reims, au 
faubourc; des Minimes. 



44 TOPOGRAPHIE ARDENNAISE 

Rethel. — A vendre l'auberge du Mouton blanc, sise à Relhel 
sur la place basse de la ville, la seule en état de recevoir des 
équipages. S'adresser à Me Willemel, avocat et notaire à Retliel. 
{3 mars I7S3.) 

Rethel. — A vendre une grande et belle maison sise à Rethel, 
rue du grand Pont', occupée par M""* Zénard, avec un beau jar- 
din planté par le célèbre Lenautre-^ conten. euv. 15 arpens 
côtoyés par la rivière d'Aine La seigneurie de la Maison- 
forte de Trugny ^, consistant eu château, droits ferme 

bois, lieudit Triaum.ont^ etc S'adresser à j/« Willcmct, 

notaire à Relhel. {13 septembre 178-i.) 

Rethel. — A vendre le fond et la superficie d'un magnifique 
jardin sis t Relhel-Mazarin, baigné dans toute sa longueur par la 
rivière d'Aine, planté de beaux arbres de près de 80 ans, char- 
milles et vei'gers, contenant env. 14 arpens, avec une belle basse- 
cour, etc.*. S'adresser à AJ' W'illemet, notaire royal, qui en fera 
l'adjudication le 27 décembre 17 Si. {13 décembre 17 Si.) 

Rethel. — Le s"" Lombart, M= en chirurgie, dem. à Rethel, 
tient en dépôt de la farine pectorale du s'' Gongaut, M' en phar- 
macie, de la Rochelle, annoncée dans le journal de Ronillon. 
{6 juin I7S'6.) 

Rethel. — On trouve chez le s'' Migny, libraire à Rethel, des 
exemplaires delà Justification de M. Necker, ou réponse au der- 
nier mémoire de M. de Calonne. {29 septembre 1788.) 

Rethel, vente de l'église et des maison et dépendances appar- 
tenans ci-devant aux Capucins, estimés 13,976 livres; — des bâti- 
mens appelles le Prieuré el environ 66 verges de potager, appart. 
ci-dev. à TArchevêché de Reims, estimés 1,787 livres 10 s. ; — 
des moulins à eau, fouleries, magasins à sels, appartenant ci- 
devant aux religieux de Novi, estimés 20,000 livres. [26 septembre 
1791.) 

Roche (censé de), près Attigni % apparten. cidev. à l'abbaye 
royale de S. Etienne de Reims, mise au prix de 34,200 livres. 
(24 janvier 1791.) 

Rocroi. — A vendre une partie de bois, fonds et surpeficie, 

1 . Aujourd'tlui rue Colberl. 

2. Od attribue à Le Nôtre une infinité de jardins postérieurs à sa vie 
(1613-1700). 

3. Trugnij, section de Thugny, conserve l'ancienne maison forte trans- 
formée en maison de culture. 

4. Triaumont, bois en partie défriché entre Rethel et Novion-Porcien. 

5. Ces terrains ont été longtemps appelés les Grands Jardins et sont 
aujourd'hui occupés par des quartiers neufs jusqu'à la gare. 

0. Roche, section actuelle de la commune de Chuffilly, est indiqué sur 
la carte de Cassini sous le nom de Hameau el chûleau de la Roche. 



TOPOGRAPHIE ARDENNAISE 45 

dans laquelle il y a une fosse d'ardoises, siluée au Griplei\ près 

de Rocroi, conlenanl environ 80 arpens S'adresser à M. Le 

Blanc, à Rocroi. {IS janvier 1779.) 

Rocroi. — A vendre la charge de prévôt royal de la ville de 
Rocroi. S'adresser au propriélaire, actwilement chez M. Lara- 
mée, curé de Sainl-Marcel-les-Clavi, à deux lieu, s de Char lé- 
ville. (4 aoûl 1783.) 

Rocroi. — Vente par les S""* Jean-Louis Rolland, peintre et 
professeur de dessin, et Jean-Hugues-Fr. Lebarbier, peintre du 
Roi, et D"° Charlotte Roland, son épouse, dem. à Paris, héritiers 

de M" Jean-Louis Rolland, procureur en la prévôté de Rocroi 

d'immeubles en la justice de Rocroi, du iO nov. 17S7. (2,ï février 
1788.) 

Rocroi. — Vente par le Sr Gaspard Mongé (sic), membre de 
l'Académie des Science^, demeurant à Paris-, et D'ie Marie-Cathe- 
rine Huart, son épouse, créancier de J -8. Rolland, majeur, 
dem. à Strasbourg, seul héritier de Jean-Louis Rolland, perru- 
quier, dem. à Rocroi, et de Marie-Anne [.edouble, sa femme, de 
maisons moyenn. ],3'60 liv. par adjnd. en la prévôté de Rocroi, le 
10 oct. dernier. (28 décembre 1789.) 

Ronce (La), ferme sise au terroir d'Asfeld-^. appart. ci-dev. 
aux Religieux de Saint-Martin-de-Laon, consist. en terres, prés et 
bois, louée 700 liv., mise au prix de 11,396 liv. (28 mars 1791.) 

Rozière (La), voir Ponceau (Le). 

Sablons (la censé des), sise au terroir de S'-Germain-Mont *, 
appart. cidev. aux Chanoines de la S'^'^-Chapelle de Paris, consist. 
en 160 jours de terre environ, 3 jours env. de prés et un surcens 
de 3 livres, louée 1,300 1. et autres clauses, mise au prix de 
2l,16i liv. (2 mai 1791.) 

Saint- Clément-à- Ames. — A vendre belle ferme située aux 
terroirs de Saint-Clément et circonvoisins, sur la rivière d'Arne^ 
à un lieue de Machaux, consistante en 187 septiers de terres 

labourables S'adresser au s'' Galichct, im^ de bois à Reims. 

(20 janvier 1772.) 

Saint-Germainmont. — A louer les droits et domaines de S. 
Germain-mont, en Porcien ; savoir, la recette d'une rente seigneu- 
riale de 20 muids de froment et de 12 liv. parisis en argent ; un 

1 . 11 n'y a pas acluellemeot d'ardoitière exploitée sur le terroir de Rocroi. 

2. 11 s'agit ici du célèbre Mouge, qui s'était marié à Rocroi, à l'époque 
où il était professeur à l'Ecole du Géuie de Mézières, le 12 juin 1777. 

3. Cette ferme n'a pas de bâtiments, mais un lieudit du terroir d'AsI'eld 
en conserve le nom, section de la Maladrie. 

i. Censé sans bâtiments, propriété de RL Godart-Souëf, de Goraont, 
siluée à proximité de la sucrerie de Saiul-Germaiumont. 



4G TOPOGRAPHIE ARDEJNNAISE 

moulin à eau seigneurial, 2o arpens de bois, G6 de terres et 1 de 
prés. Se retirer vers J/e Hiiet, notaire à Reims. {31 janvier 1785.) 
Saint-Lambert. — Vente par M''e Félicité de Contlans, com- 
les.se douairière de Maulde, dame de compagnie de Mesdames de 
France, marquise de Saint-Lambert, v« de Mre Louis-François, 
comte de Maulde, etc., dem. à Paris, de la terre et seigneurie de 
Saint-Lambert près d'Attigny moyennant 2i5,000 liv. par contrat 
devant M^ Garnier, notaire au Châlelet de l'aris, le 28 mai 1777. 
(i août /777.) 

Saint-Laurent. — A vendre maison et bien de campagne au 
village de S, Laurent de la principauté et à une lieue de Cbarle- 
viiie Le village de S. Laurent est en bon air, exempt de cor- 
vées et de toutes impositions quelconques, mêmes personnelles ; 
les habitans ont part aux bois commuas. S'adresser à M. Coche- 
let, avocat y encrai au bailliage, à CharleviUe. (4 décembre 1786.) 
Saint-Léger, petite censé sise au terroir d'Houdilcourt ', 
apparl. ci-devant aux Religieux de St-iNicaise de Reims, louée 
240 liv , mise au prix de 3,907 liv. 4 s, (2 mai 1791.) 

Saiut-Loup-Champagne. — Adjudications devant ]\F Des- 
moulins, notaire à Saint-Loup [en Champagne], détails 

{23 mars 1772.) 

Saint-Loup-Terrier. — A vendre la terre et seigneurie de 
Saint-Loup-aux-bois, relevante du duché de Mazarin, consistante 
en un château, logement de fermier, moulin, 2Û0 arpens de bois, 

vignes, terres, prés la terre et seigneurie de Manimont -.. . . 

tous ces objets produisent 7,000 liv. de rente. Il y a en outre plus 

de 2,000 peupliers d'Italie S'adresser à M. Dubois d'Ècor- 

dal, propriétaire, dem. à CharleviUe. {30 octobre 1786.) 

Saint-Loup-Terrier. — A vendre la terre, seigneurie . et 
baronie de Saint-Loup-aux-Bois, à 4 lieues de Mézières et de 
Relhel, consistant ea très beau château, droits seign., moulins, 
terres, prés, le tout produisant o.lio liv. 19 s. de revenu. — De 
lad. terre relève en plein fief la terre et seigneurie de iManimont, 

— Les biens roture consistent en clos, prés, terres, 203 verges de 
vignes sises à Maubaterne, produisant d'excellent vin paillet, bois, 
le tout loué 1,384 liv., non compris le château estimé 21,094 liv. 

— Entre l'avenue et les charmilles du château, coule un ruisseau 
dont l'eau est limpide et propre à dilïérentes usines — Moi- 
tié de la terre, seigneurie et baronie de Terrier ', décorée pour la 
totalité du litre des quatre baronies de France, qui ont le droit 
de porter le dais au sacre des Rois, ayant la collation d'une cha- 
pelle caslralle ; droits seign., prés, bois, produisant 778 livres de 

1. Celle commune u'u pas d'ccarl de ce uom. 

2. Magninioiil esl ludique sur la carte tie Cassiui à l'étal de molle au 
conilueal do doux ruis.seaux, uou loin el au uord de Saint-Loup. 

3. CLàleuu tuUc Saiul-Loup el Cuiucourl, voir l'uiticle suivant. 



TOPOGRAPHIE ARDKNNAISE 47 

revenu — Ces deux terres appartiennent à la succession de 

M'''" Jean-Louis Du Bois, baron dssd. lieux. S'adresser à jyJe [a 
baronne Du Bois d'Ecordal. à Charleville, ei a M" Anccaux, 
nolnire royal, à Rethcl. (1 janvier I78S.) 

Saint-Loup-Terrier. — Vente par les héritiers Du Bois 
d'Écurdal {dont la liste est donnée) de la moitié des terres et sei- 
gneurie de Terrier ', devant W Mauroy notaire à Tourteron, le 
30 janvier 1180. (i mai 1189.) 

Saint-Loup-Terrier. — Vente par la famille Dubois d'Ecor- 
dal de garennes à Saint-Loup-aux-bois, pardev. HI'= Vuillemet, 

notaire à Rethel, le 4 oct. 1188. (/o et 22 mars 1790.) 

Saint-Michel, censé sise à Resson-, appartenant ci-devant 
à iMM. de la Sainte-Chapelle", consistante en 18 arpens de terre 
et (j quartels de prés, louée 150 livres, mise au prix de 2,442 liv. 
(31 janvier 1791.) 

Saint-Morel. — A vendre moitié de la terre et seigneurie de 
Saint-Morel, près Vouziers avec la qualité de premier sei- 
gneur, terres, bois, prés, château, vignes S'adresser à M^** de 

Sainl-Morel, propriétaire, en son château. (7 avril 1777.) 

Saint-Morel. — A vendre jolie maison de campagne sise à 

S.-Morel, à une lieue de Vouzières le tout entouré d'un clos 

et formant environ six arpens. Plus une portion de la seigneurie, 
donnant un banc dans l'église, !es droits honorifiques accoutumés, 
celui de chasse sur un terroir de plus de deux lieues de circonfé- 
rence, et droit de pêche. S'adresser à M. Lcclerc, à S.-Morel. 
{30 avril 1787.) 

Saint-Pierre-à-Arnes. — A vendre ou à louer la ferme sei- 
gneuriale de S.-Pierre-à-Arne, appart. à M. le chevalier Charles.. 

de Thuisy S'adresser a M. Coilot, concierge au château de 

S'-Souplet '. {26 avril 1790.) 

Saint-Pierremont. — Vente du château avec ses dépendan- 
ces, par M. Pierre-Louis de Finfe, ancien seigneur du lieu, officier 
au régiment de Royal-Marine, et D' Philippine-Claudine-Louise de 
Beaumont, son épouse, demeurans à Charleville, moyennant 
8,b00 livres, par contrat devant M' IVlansart, notaire à Sommauthe, 
le 12 avril 1791. — Le dit château était échu aux vendeurs par 
donation de M""^ Claude de Chartogne, leur tante. {A juillet 1791.) 

Saint- Quentin-le-Petit. — A vendre ferme située aux ter- 

1. Terrier, seclion de Saint-Loup, est indiqué sur la carie de Cassini 
sous le nom de Terrier- Cliquet avec un château. t 

2. Le château de Ressca, commune de Pargny- Resson, domaine de la 
lamille de Chabrillan, avait une chapelle sous le vocable de ^aint-Michel, 
dite Saini-Michel (VArson-le-Feiu. 

3. La Sainte-Chapelle de Paris possédait, depuis 1642, la meuse abba- 
tiale de l'abbaye de Saint- Nicaisc de Reims. 

4. Canton de Beine, Marne. 



48 TOPOGRAPHIE ARDENNAlSK 

roirs de S. Quentin et voisins, contenante 22 arpens. louée au s-" 
Lointier, moyennant 8 septiers 1/2 de froment. (2i lévrier 1772.) 

Saint-Vincent, corps de ferme au terroir de Novi ', consist. 
en ;ii jours de terre et 17 fauchées de prés, appart. ci-dev. aux 
Religieux de Novi, loué 200 liv. et 20 septiers de froment, mis au 
prix de 6,bl2 liv. (i/ mais 1791.) 

Sainte-Vaubourg (prieuré de), censé apparten. au ci-devant 
prieuré, consist. en grand corps de logis, écurie, bergerie, cha- 
pelle, terrain vague, clos, 115 arp. de terre à la roie, 38 fauchées 
de prés 12 arp. de pâturage, louée 3,000 liv., etc., mise au prix 
de 75,100 liv. {21 mars 1791.) 

Saulces-Monclin. — A vendre beau chantier de bois de char- 
pente et de scierie, sis à Saulce aux-bois, sur la route La 

vente s'en fera le 7 sept, prochain. (25 aoûl 1788.) 

Sault les-Rethel, vente de fermes appart. ci-dev. aux Reli- 
gieux et Religieuses de Rethel, Reims et Charleville. {31 janvier 
1791.) 

Sedan. — A louer une Savonnerie occupée ci-devant par 
M. Bechet, Père et Compagnie à Sedan, et appartenante mainte- 
nant à M. Lucas, m'' Orlèvre, consistant en une très belle usine... 
S'adresser audit s^ Lucas. L'avantage attaché à cette Savonnerie, 
est que les savons fabriqués à Sedan, vont partout le Royaume 
avec un seul Passavant. {.3 février 1772.) 

Sedan. — Lundi 21 décembre 1772, il sera procédé en l'Hôtel 

de Ville de Sedan à Taliénation de l'ancien octroi établi par 

le conseil souverain du dit Sedan le 13 décembre {6o4 , et le 

lendemain Mardi, à l'adjudication des droits dont la perception 

a été ordonnée par arrêt du Conseil du 20 octobre 1769 

S'adresser à M. Hiisson, maire, ou au greffe (/4 décembre 

1772.) 

[A suivre.) Henri Jadart. 

I. Il n'y a plus de ferme habiléu de ce nom au lenoir de Novy. 



NÉCROLOGIE 



M. l'abbé Oudry, curé de Lagiiy (Seine-et-Marne), est décédé le 
mardi il décembre dernier, à l'âge de 85 ans. Il était né à Fro- 
menlières (Marne), le 23 mars 1809. 

D'abord vicaire de Fontainebleau, puis doyen de Morot, il avait 
été préposé en iSol à l'imporlante cure de Lagny. 



Nous avons le regret d'apprendre le décès du D"" Thierrard, un 
des doyens de la médecine à Reims; cet excellent bomme était 
entouré de la considération de tous et particulièrement des 
habitants du troisième canton, qui garderont de lui le meilleur 
souvenir. Il était à£ré de 72 ans. 



M. le commandant d'artillerie Douradou, qui a résidé longtemps 
à Châlons, vient de mourir à Dijon, où il était directeur d'artillerie, 
à l'âge de 49 ans. 



Nous apprenons !a mort du vénérable M Goulet-Leclercq, décédé 
à Reims dans sa 81'^ année. 

M. Goulet appartenait à une des plus honorables familles du 
vieux Reims. Il a longtemps compté parmi les négociants notables 
de la place. Sa situation lui eût permis de prétendre aux fonctions 
publiques; mais, tout en s'intéressant aux affaires de la ville, il 
déclina toujours l'honneur et le péril de les diriger. 

En 1873, la mort prématurée de son tils René, sur lequel il 
fondait les plus brillantes et les plus légitimes espérances, fut pour 
M. Goulet une cruelle épreuve. Il se retira alors des affaires, 
emportant dans sa retraite, avec son deuil, l'estime et la sym- 
pathie universelles. 

Bienveillant pour tous, il aimait les pauvres; sa main volontiers 
s'ouvrait pour donner et sa charité avait ce double mérite d'être 
discrète et généreuse. 

M. Goulet-Leclercq était un chrétien convaincu, un homme de 
foi, et sa fin très pieuse, qui a fait l'édification et la consolation 
des siens, n'a été que le digne couronnement de toute une longue 
vie de travail, d'honneur et de vertus. 



50 NÉCROLOGIE 



M'"e la marquise de Ferreux est récemment décédée à Paris, à 
l'âge de 69 ans. Elle n'avait plus d'enfants et a légué sa fortune à 
l'une de ses cousines, M""^ la comtesse de Saint-Georges. 

L'inliumalioii a eu lieu à Ferreux (Aube), dans le caveau de la 
famille des marquis de Ferreux. 



On annonce de Vitry-le- François la mort de M"^"^ du Mont de 
Signéville, née Haudos de Possesse, décédée le 24 décembre dernier, 
à Fâgc de 89 ans. 

Les obsèques ont eu lieu le 29 décembre, en l'église Notre- 
Dame, au milieu d'une nombreuse assistance 

Nous adressons l'expression de notre respectueuse sympatbie à 
sa tille, M'-"" la vicomtesse Gustave de Ponton-d'Amécourt, veuve 
du savant et regretté numismate qui a laissé un nom si estimé 
dans notre pays'. 

i. ncuue de Cltampayne, 1. XXIV (1888), p. 215. 



ËIBLIOGRAPHIE 



Napoléon, son caractère, son génie, son rôle historique, par Mabii s Sepet, 
Paris, Perrin, 1894, in-S» de 192 p. 3 fr. 50. 

Dans un élégant in-octavo de petit format, M. Marins Sepet 
donne une étude sur Napoléon l'"'. C'est une œuvre impartiale, 
d'un style attachant — l'auteur y a habitué ses lecteurs — dans 
laquelle M. Marius Sepet fait connaître sa pensée : on y retrouve 
l'historien de Jeanne d'Arc; il y a des pages sévères, d'autres qui 
reflètent un véritable enthousiasme. Pour M. Sepet, Napoléon fut 
une personnalité d'ordre supérieur au reste des humains, créé 
pour rétablir l'ordre en France. Il eût été parfait et l'heureux 
génie du pays s'il avait pu mettre un frein à son égoïsme, à son 
despotisme, à son mirage de domination universelle. Fatalement 
les grandes intelligences sombrent lorsqu'elles dépassent lo but 
de leur mission : Jeanne d'Arc fut victime de cette loi. M. Sepet 
témoigne une vive reconnaissance à Napoléon à cause du Con- 
cordat; je confesse que je considérerais celui-ci comme « un acte 
chrétiennement et héroïquement sauveur » si l'Empereur n'y 
avait pas vu un moyen de dominer. On trouve dans ce livre des 
détails saisissants sur le meurtre du duc d'Enghien, sur le divorce 
avec Joséphine qui parait avoir été prononcé contre toutes les lois 
civiles et religieuses. L'auteur termine en exposant quelle serait 
la forme idéale du Gouvernement de ses vœux. — Cette étude, 
remplie d'idées généreuses, chaleureusement exposées, fait passer 
au lecteur des heures aussi agréables que proiitables. 

A. DE B. 



Henri Jadart. — Essai d'une bibliographie relhéloise. Rethel, impiimerie 
G. Beauvarlel, in-8° de 88 p. 

Il serait à désirer que dans chaque ville ou bourg d'une certaine 
importance, l'on pût compter sur un travailleur qui, à l'exemple 
de M. Henri Jadart, se consacrât à réunir les éléments d'une 
bibliographie locale. M. Jadart vient, pour son compte, de 
publier, sous le titre modeste d'Essai d'une bibliographie relhé- 
loise, un opuscule de haut intérêt pour ceux qui s'occupent de 
l'histoire du coin de terre française que le patient chercheur a eu 
pour objectif. Deux cent trente-trois publications, y compris divers 
manuscrits, ont été réparties sous onze rubriques. Comme tous les 
bibliographes consciencieux, M. Jadart ne se fait pas d'illusion : il 
a la conviction de n'être ni parfait ni complet. Une critique d'ordre 
typographique, c'est-à-dire secondaire : les notes explicatives qui 



b2 BIBLIOGRAPHIE 

suivent la plupart des énonciations bibliographiques eussent gagné 
à être imprimées en caractères diiîérents et en retrait. 

(Polybiblion.) 
* 

Dans un récent opuscule, Jeanne d'Arc champenoise, dont il a 
été parlé ici-même, M. l'abbé Misset, résumant le long débat 
relatif à la nationalité de la Pucelle, concluait, on s'en souvient, 
en faveur de l'origine française de l'immortelle héroïne. — Dans 
le même temps, un érudil de Nancy, M. Léon Mougenot, mettait 
la dernière main à un important Essai sur le même sujet. 

Son intéressant travail, Jeanne d'Arc, le duc de Lorraine et le 
sire de Baudricourt, qui vient de paraître sous la forme d'un 
luxueux petit in-4''_, aboutit, sous certaines réserves, aux mêmes 
conclusions que celles de son devancier. — S'appuyant sur un 
ensemble de preuves historiques, géographiques ou même fis- 
cales, l'auteur s'attache à établir que « Jeanne d'Arc est née dans 
une chaumière barroise et que sa. paroisse dépendait du diocèse 
lorrain de Toul. Toutefois, il est amené à reconnaître, qu'en 
raison do « l'entrecours >■ déterminé par le ruisseau qui coule à 
Domrémy-de-Greux, Jeanne est, en réalité, née sujette du roi de 
France et non du duc de Lorraine ». 

Les détails, ou très peu connus ou inédits, que M. Léon Mou- 
genot révèle sur Robert de Baudricourt, châtelain de Vaucouleurs, 
et sur le duc Charles II, ajoutent à son livre un surcroît d'intérêt. 
Enfin, et ce n'est pas la partie la moins curieuse de son travail, il 
fait justice de la fable d'après laquelle une femme inconnue aurait 
été substituée à Jeanne sur le bîlcher de Rouen. Par suite, il 
démontre péremptoirement l'imposture des deux « fausses 
Pucelles », Claude, que l'on prétend être devenue femme du sire 
des Armoises, et Jeanne, du village de Sermaize, qui finit après 
maintes aventures, par épouser le roturier Jean Douillet. 

{Journal des Débals.) 



Sommaire de la Revue d'Ardenne et dWrgonne. — Janvier- 
février 1895 : 

Dr. J. Jailliot, Cinq lettres de Dumouricz. — S. Leroy, Notice armo- 
riâtes et généalogique sur la maison de Bouillon (suite). — H. Bour- 
GuiGNAT et P. CoLLiNET, Excuisiou épigraphiquc : De Mèzicres à 
Sigmj-r Abbaye. 

Impressions.— G. Deleau, L De Berlrix à Libramont ; IL Benonchamps • 
III. Wiltz. 

Variétés. — E. Henry, Biographie ardennaise : Un officier ardcnnais à 
l'armée vendéenne. — André Donnav, Le chêne des Mouches. 

Bibliographie. — Annales de Dom Oanneron. par M, P. Laurent — Excur- 
sion dans l'Argonnc, par un Rémois (H. JaJarl). 



BIBLIOGRAPHIE o3 



Sommaire de la Revue historique, janvier-février ISOii : 

H. Sée. Etude sur les classes seiviles en Champagne, du si' au xiv" siècle 
{suite et fin), p. 1. — A. Taphanel, Saint-Cyr el la Beaumelle, p. 22. 
— H. PiRENNE, l'origine des conslilutions urbaines au Moyen-Age [suite], 
p. 57. — G. MoNOD, articles nécrologiques sur James Darmesleler el Victor 
Duruy, p. 99. 



CHRONIQUE 



Sociétl: Af.ADiiMiQUE DE l'Auiie (Séaucc du 21 décembre i89i), 
— Présidence de M. de la Boullaye, président. 

M. le président fait connaître que M. Félix Fontaine vient d'être 
nommé membre du Conseil supérieur du commerce, et il lui 
adresse les félicitations de la Société. 

Correspondance 

M. le docteur Finot est proclamé membre résidant pour la 
section des arts. 

MM. Renaudat, Defay, Gabut et Gillet, sont proclamés, le pre- 
mier, membre associé, et les trois autres membres correspon- 
dants. 

M. Guiberl, de Balignicourt, fait don à la Société de manuscrits 
précieux, notamment un inventaire des titres de la seigneurie de 
Longsols et des documents généalogiques relatifs à la famille de 
Corberon ; il s'y trouve des autograplies intéressants. 

M. Albert Babeau annonce le don à la Société, par M. Truelle 
Saint-Evron, membre correspondant, de vingt-quatre ouvrages 
pour sa bibliothèque. Tous sont de grande valeur et intéressent 
notre pays. Dans le nombre figurent: un exemplaire des Sermons 
de saint, Bernard, imprimé en 1493; le premier livre des Mémoires 
des Comtes héréditaires de Champagne et de Brie. Ce dernier 
devra être remis à la Bibliothèque de la Ville, à qui on en a 
soustrait un semblable, si elle ne l'a pas déjà remplacé. D'autres 
volumes ont appartenu à Grosley et portent sa signature. 
M. Truelle Saint-Evron offre également le Voi/afjc arcliéologique, 
d'Arnaud, et le Portefeuille archéoloçjiquc, de Gaussen, en très 
bel état. 

M. l'abbé Diette communique une Noie sur le Cimetière antique 
de Grange-sur- Aube. 

M. Le Clert fait connaître que M"" Garnier mère lui a remis de 
précieux ouvrages de M. dWrbois de Jubainville et les fiches de 
M. l'abbé Garnier sur l'onomastique. M. Vachette ajoute que 
M'"' Garnier remettra à la Société tous ceux des papiers de son 
fils qui pf-uvent l'intéresser. 

Travaux des Socn'rrÉs correspondantes 
Journal des Savants : Article de iM. Camille Jullian à propos du 
Catalogue des inscriptions du Musée de Lyon, Musée qui renferme 
le plus ancien monument épigraphique où soit relaté le nom de 
notre ville. MM. Allmer et Dissart. ont fait de ce catalogue une 
véritable étude de l'organisation municipale de la Gaule. 



CHRONIQUE Si) 

« Mémoires de la Société d'agriculture, commerce, sciences et 
arts de la Marne » •. Le conventionnel Courtois et les souvenirs de 
Marie-Anloinetle, par M. Auguste Nicaise. 

Romania : M. Gaston l'aris y publie une étude fort intéres- 
sante des mémoires du sire de Joinville. La partie historique a 
été rédigée la première et constitue de véritables mémoires; le 
récit se rapporte, en effet, constamment à la personne de Join- 
ville; ce sont des souvenirs personnels. L'autre partie est un pané- 
gyrique écrit beaucoup plus tard, à la demande de la reine Jeanne 
de Champagne, pour la glorification de saint Louis. Joinville a fait 
de ses mémoires le noyau de son récit, mais il était déjà très âgé 
lorsqu'il y a ajouté ce complément qui ne présente plus les mêmes 
caractères d'exactitude. 

Lectures et Communications des Membres 
M. Le Clert donne lecture de son rapport sur le travail de 
M. Gabut, qui lui a été renvoyé: Archéologie préhistorique et 
gallo-romaine dans la vallée de la Nosle; il conclut à son dépôt 
dans les archives de la Société. C'est une étude bien écrite, bien 
coordonnée^ mais trop souvent en désaccord avec les faits tels 
qu'ils résultent des documents les plus authentiques. 

M. Det rend compte du travail de M. Louis Morin : L s Com- 
munautés des cordonniers, basanters et savetiers de Troyes. Ces 
trois catégories d'artisans ont été, tout d'abord, indépendantes 
l'une de l'autre. M. Morin, malgré la pénurie des documents, a 
su les faire revivre pour le lecteur, et il raconte, d'une façon plai- 
sante, les rivalités des cordonniers et des savetiers. 

Elections 
M. Paul Rabel et M. le docteur Plicot, sont élus membres cor- 
respondants. 

Séance du 28 décembre 1894. — Présidence de M. de la Boul- 
laye, président. 

Sur l'invitation de M. le président, les secrétaires des quatre sec- 
tions font connaître lacomposition de leurs bureaux pour 189o, telle 
qu'elle résulte des élections auxquelles il vient d'être procédé. 

Agriculture. — Président, M. Chadenet; vice-président, 
M. Marcel Dupont; secrétaire, M. le comte de Launay. 

Sciences. — Président, M. d'Antessanty ; vice-présidenl, M. Briard; 
secrétaire, M. le docteur Hervey. 

AuTs. — Président, M. Vachette; vice-président, M. Albert 
Babeau; secrétaire, M. le docteur Finot, 

Belles-lettres. — Président, M. More; vice-président, M. Det; 
secrétaire, M. le docteur Lutel. 

Election d'un Vice-Président 
M. Albert Babeau est élu vico-président pour l'année 18f>o, en 



56 CHRONIQUB 

remplacement de M. Félix Fontaine, qui passe de droit prési- 
dent. 

Election des Membres du Bdreau 

Sont élus pour cinq ans: 

Secrétaire:^. d'Antessanly; 
Secrétaire-adjoint : M. Henri Renaud. 
Archiviste : M. Le Clert. 
Trésorier: M. Savetiez. 

Election d'un Membre de la Commission du Ai usée 
M. Vachette est élu en remplacement de M. l'abbé Garnier. 
M. le président propose de nommer M. Piat, conservateur hono- 
raire du Musée des Arts décoratifs fondé par lui. Cette- motion est 
adoptée à l'unanimité. 

Election des Membres de la Commission de Publication 
MM. Det, Marcel Dupont, Forest et Pron, membres sortants, 
sont réélus. 

Les deux faits les plus importants de Tannée, pour la Société, 
ont été l'ouverture du Musée des Arts décoratifs, dû à la générosité 
de M. Piat, qui va susciter les vocations artistiques dap.s notre 
région, et l'installation de la Société dans le pavillon qu'elle doit 
à la munificence de M. et M"" Joseph Auditfred et de la Ville de 
Troyes. 

* * 

La section de Melun de la Société d'archéologie, sciences, 
lettres et arts de Seina-et-Marne, a tenu sa séance ordinaire le 
dimanche 9 décembre 1894, à l'Hôtel de Ville. 

L'ordre du jour était ainsi conçu : 

Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret (suite), par M. G. Liôret, 

Notice sur Vaux-le-Pénil (suite), par M. G. Leroy. 

Découverte d'une sépulture de l'époque néolithique, à Saiiit- 
Mammès, par M. Eug. ïoulouze. 

Le général baron Jacquinol, né à Melun, étude biographique, 
par M. Ch. Rabourdin. 

Un conte de Noél, en vers, par M. Vavasseur. 

Le sauvage du roi, à Firicy, par M. R. de Crèvecœur. 



CiiATEAU-TuiERRY. — La Société historique a procédé au renou- 
vellement de son bureau. 

Voici la composition du bureau pour l'année 1893 : 

MM. Vérette, président; de Larivière, vice-président; Moulin, 
secrétaire perpétuel; Josse, vice-secrétaire; Renaud, trésorier; 
Poinsier, bibliothécaire; Harant, conservateur des collections, etc. 

Voioi rallociitiuii prononcée par M. Vérette à la suite du vote : 



CHRONIQUE 57 

Messieurs et chers collègues, 

Je ne veux pas attendre la prochaine entrée en fonction du Bureau, que 
vous venez, par un vote unanime, de constituer pour l'année 1895. 

Laissez-moi vous dire, dès aujourd'hui, toute ma reconnaissance pour 
l'honneur que vous me faites en m'appelant pour la troisième fois depuis 
trois ans au fauteuil de la présidence. 

Ce n'est pas une distinction vulgaire, mes chers collègues, d'être placé 
à la tête d'une Société comme la nôtre; c'est présider une ■ Association 
formée d'hommes intelligents et honnêtes qui consacrent au développement, 
à l'augmentation de la richesse artistique, littéraire, scientifique de la France, 
ce qu'ils peuvent avoir de loisirs, ce qu'ils ont de connaissance acquise, 
d'amour de l'art, de bonne volonté, de patriotisme; qui cherchent, au 
milieu d'appétits grossiers, souvent criminels dont nous avons fréquem- 
ment sous les j'eux le triste et scandaleux spectacle, qui cherchent la pure, 
douce, délicieuse et noble jouissance de l'esprit. 

Vous me donnez donc bien le droit d'être fier de vos suffrages ; même un 
petit, un tout petit grain d'amour-propre satisfait, d'orgueil presque légi- 
time me serait pardonné, si, consultant mon esprit et mes forces, je me 
sentais consciencieusement nanti de titres réels et solides à votre bienveil- 
lance. J'ai beau chercher, je n'en trouve qu'un, qu'un seul, incontestable, 
assurément, que personne de vous ne songe à me disputer, c'est mon acte 
de naissance avec le millésime de 1810. 

C'est quelque chose, sans doute, c'est beaucoup, c'est beaucoup trop, et 
ce n'est pas assez; mais votre saint respect pour tout ce qui porte l'em- 
preinte du temps, vous a fait fermer les yeux sur l'absence à mon dossier 
de pièces plus recommandantes, et vous avez donné l'investiture présiden- 
tielle à votre doyen d'âge, instinctivement, avec autant de discrétion du 
reste que de délicatesse, vous avez fait acte d'archéologues, je vous en 
remercie; d'autant plus que vous avez eu soin d'entourer votre président 
d'auxiliaires vigoureux et dévoués dont l'appui rendra sa marche moius 
claudicante et plus facile. 

Voyez à sa gauche un vice-président, M. de Larivière, un coadjuteur 
jeune, actif, ami de l'étude, prouvant par son exemple que la Finance et 
l'Histoire ne sont pas sœurs ennemies, et que les graves occupations de 
l'une ne sont pas un obstacle aux sérieuses et agréables distractions de 
l'autre; à sa droite un infatigable marcheur à travers les ruines du passé 
qu'il sait faire revivre et parler avec autant d'art que de succès. 

Mais je ne veux dire de notre intrépide secrétaire perpétuel, rien de tout 
ce que je pense, rien de tout ce que nous pensons tous ; il est des épreuves 
qu'on doit savoir épargner à sa modestie. 

Voici maintenant le sévère et fidèle gardien de notre trésor. C'est l'exac- 
titude, c'est la régularité, c'est la comptabilité modèle ; un sesterce, un quart 
de sesterce ne sort point de notre œrarium sans un exeat bien et dûment 
revêtu de toutes les formes réglementaires. Or, nous le savons tous, le 
nummus joue un grand rôle aussi bien dans les Sociétés les plus modestes 
que dans les Etats les plus puissants ; c'est, on l'a dit, il y a longtemps, 
le nervus rerum agendarum; avec de tels auxiliaires, avec un secrétaire 
adjoint qui ne demande pas mieux que de suivre son chef de file, avec des 
travailleurs comme les Henriel, les Corlieu, et d'autres que l'avenir nous 
réserve, avec un conservateur zélé de nos précieuses reliques, avec un 
bibliothécaire dont l'érudition n'est pas douteuse, le fauteuil de la pré- 
sidence est bien moelleux, la fonction dont il est le symbole est bien douce 
et bien facile. 



58 CHRONIQUE 

Du reste, mes chers collègues, si je ne puis "uère vous être utile à 
d'autres litref, du moins par ma bonne volonté, par mon dévouement à tout 
ce qui peut toucher aux intérêts moraux, intellectuels et matériels de notre 
Société, je ne négligerai rien pour ne pas vous être inutile. 

Un dernier mol: c'est celui du cœur. Nous entrons à peine dans une 
nouvelle année; puisse- t-elle, mes bien chers collègues, c'est le vœu bien 
sincère que forme votre vieux président, puisse-l-elle être pour chacun de 
vous une période entière de santé et de tout ce qui procure ce qui s'appelle 
le vrai bonhfur ici-bas, bonheur pour vous, bonheur pour vos familles, bon- 
heur pour tout ce qui dans vos atTcclions occupe la première place. 



Simon Vouet et l'Eglise de Neuilly-Saint-Front. — Lecture 
faite par M. Frédéric Henriet à la séance de la Société historique 
de Château-Thierry, le 8 janvier 1895. 

I 

L'église paroissiale de Neuilly-Saint-Front est très intéressante 
par ses origines, par son histoire liée étroitement à l'histoire de 
l'ancien château dans le périmètre duquel elle s'élève. Elle est 
curieuse aussi par les divers styles de son architecture, par les 
nervures compliquées de ses voiites, ses chapiteaux, ses deux 
gracieux portails renaissance qui déternainent la date extrême de 
sa reconstruction, et par sa tour romane de l'époque secondaire, 
seul débris des deux chapelles primitives de saint Sébastien et de 
saint Front qui furent englobées, vers ioOO, dans l'édilice actuel 
et sont devenues les deux chapelles latérales à droite et à gauche 
du sanctuaire'. 

Mais il ne s'agit pas pour nous présentement de refaire une 
monographie que notre regretté collègue Eugène Nusse nous a 
donnée aussi complète que possible dans le Bulletin de notre 
Société, année 1873, et si nous vous conduisons aujourd'hui dans 
la modeste église de Neuilly, .c'est pour appeler votre attention 
sur un tableau que l'on s'étonne d'y rencontrer. 

Par suite de quelles vicissitudes ce tableau est-il venu s'échouer 
dans cet humble coin du Valois? On est malheureusement réduit 
à de vagues conjectures, car les archives municipales ou parois- 
siales sont absolument muettes à cet égard. Ce tableau, qui mesure 
2 m. 30 de haut sur 1 m. 70 de large, est signé : Simon Vouet pinxit 
Hi.'iS. Il représente le roi Louis XIII agenouillé au pied de la croix 
et faisant hommage, à Jésus crucifié, de son sceptre et de sa cou- 
ronne. Dans la partie gauche du tableau, la sainte Vierge, sou- 

1. Cartier, dans son Histoire du Valois, tome I, pages 504 et suivantes, 
explique très clairement la position de les deux chapelles parallèles que l'on 
réunit, eu construisant entre elles deux le chœur et le sanctuaire. On 
employa à cette construction les matériaux du château, ruiné par les 
Auglais, sis à la place où se trouve aujourd'hui le presbytère. 



CHRONIQUE 59 

tenue par saint Jean et Madeleine, semble intercéder en faveur 
du roi très chrétien. Cette peinture était, il y a quelques mois 
encore, dans un état de dégradation lamentable. La toile était 
balafrée, déchirée du haut en bas, et la couleur, qui adhérait mal 
à la toile élimée, s'écaillait en maints endroits. Heureusement les 
avaries avaient épargné les têtes, c'est à-dire les parties essentielles 
du tableau. Celui-ci n'en était pas moins voué à une destruction iné- 
vitable et prochaine, si M. le doyen Desmier d'Olbreuse, aidé du 
concours de ses généreux paroissiens, ne s'était décidé à le confier 
à M. Ch. Mercier, restaurateur à l'Ecole des Beaux- Arts, qui a déjà 
fait ses preuves dans notre église Saint-Crépin, puisque c'est ce 
praticien habile que notre digne archiprêtre et son Conseil de 
fabrique ont chargé de remettre en état notre tableau de Joseph 
Vivien, Le Baptême du Christ. 

L'œuvre de Simon Vouet, que nous avions vue si malade, est 
revenue récemment à Neuiily, consolidée, rajeunie, méconnais- 
sable. L'église a été tout heureuse de pouvoir s'en parer pour la 
fêle de la Toussaint, et les fidèles n'ont pas été moins surpris 
qu'enchantés de la résurrection d'une toile que beaucoup d'entre 
eux considéraient comme perdue. 

Ne vous attendez pas pourtant à un de ces chefs-d'œuvre devant 
lesquels il n'y a qu'à admirer. Il s'agit d'une page très intéressante 
par le sujet qu'elle représente, par les observations qu'elle suggère 
et par le nom de son auteur qui a joui de son vivant d'une répu- 
tation considérable. Vouet est le premier en date de la grande 
école académique du xvii^ siècle, il compta parmi ses élèves Le 
Brun, Mignard, Lesueur, pour ne citer que les plus illustres. Ce 
fut lui qui introduisit en France le goût italien, — ce dont ses 
contemporains lui firent un mérite et la postérité un reproche; — 
car il engageait notre école dans des voies qui lui eussent été 
funestes si Poussin et Lesueur ne l'avaient ramenée à ses tradi- 
tions véritables. Et ce furent des Italiens déjà décadents qu'il 
étudia de préférence à Rome : Le Caravage, Lanfranc, Beretlin', 
Le Guide. 

Désireux d'utiliser, au profit de la France, un artiste d'un talent 
aussi universellement reconnu, le roi le rappela en 1627, le logea 
au Louvre et le combla de faveurs. Vouet se vit bientôt surchargé 
de commandes, et pour satisfaire à toutes, il abusa de sa prodi- 
gieuse facilité, adopta une manière expéditive, brillante, mais 
superficielle (le contraire précisément du Poussin qui conçoit for- 
tement et qui creuse), avec des rondeurs à la Guide, des draperies 
boursoutlées et des partis-pris de clair obscur si uniformément 
répétés qu'ils deviennent un de ses procédés habituels. 

Toutefois, le tahleau de Neuilly, qui suivit de peu d'années son 
retour de Rome, est encore de sa bonne époque. Si l'on y trouve 
déjà en germe les défauts qui devaient s'exagérer plus tard, si 
l'anatomie du Christ est molle et dépourvue d'accent, il faut 



60 CHRONIQUE 

reconnaître que la têle du Sauveur est d'un très beau sentimenl. 
C'est, à notre avis, le morceau le plus remarquable du tableau. 
Le roi, engoncé dans son énorme fraise et insuffisamment cons- 
truit sous l'ample manteau du Saint-Esprit qui nous dérobe ses 
jambes, n'est pas d'un style très élevé; mais le relief de toute 
cette figure est saisissant et marque francbement le contraste 
entre la personne réelle et tangible de Louis X!1I et les figures 
idéales qu'évoque son ardente prière. En somme, l'aspect général 
du tableau est satisfaisant. 11 le serait plus encore, à ce qu'il nous 
semble, si le premier plan avait été tenu dans une tonalité un peu 
plus blonde, de façon à rendre plus sensibles les différences des 
valeurs du ciel et du terrain. Le restaurateur a cru évidemment 
suivre les indications du tableau. Nous nous demandons seule- 
ment, sans insister autrement, s'il s'en est bien exactement rendu 
compte. 

II 

C'est improprement qu'on a appelé ce tableau Le vœu de 
Louis Xni, car le fait historique, connu sous ce nom, est pos- 
térieur de cinq ans. Le tableau de Vouet est, comme nous l'avons 
dit, daté de 1633, et ce n'est que le 18 février 1638, que le roi 
consacra solennellement son royaume à la Sainte-Vierge. Le 
Mercure français^ tome XXII, donne le texte de la déclaration 
royale, qui est fort belle et mériterait d'être reproduite in extenso, 
à titre de leçon pour nos démocraties qui prétendent ne relever 
que d'elles-mêmes et ne veulent plus de Dieu parce que, s'il est 
un guide et une lumière, il est en même temps pour elles un 
frein et une limite. Le roi se tient dans des termes généraux, 
priant le Ciel d'exaucer les vœux qu'il lui adresse pour le bien de 
l'Etat; mais il ne formule pas d'une manière expresse le vœu qui 
était alors dans sa pensée comme dans le cœur de tous ses sujets. 

Après vingt-deux ans d'une union stérile, dont plusieurs de 
froideur réciproque, qui avait abouti à une séparation de fait 
entre les époux, le bruit de la grossesse de la reine commençait à 
transpirer et tout le monde souhaitait que le Ciel accordât un 
prince à la France. Le Ciel entendit cette prière unanime et 
donna à Louis XIII le fils qui devait porter à son apogée la gloire 
de son nom. 

Si nous en croyons M™« de Motteville ' et le marquis de Mont- 
giat-, c'est une certaine nuit de décembre 1637 (que ne précisent- 
ils laquelle, puisqu'ils ne demandent pas mieux que de mettre les 
points sur les i ?), c'est une nuit de décembre, disons-nous, 
qu'aurait eu lieu un rapprochement inattendu, par suite de cir- 
constances toutes fortuites où la tendresse n'entrait que pour une 

1 . Nouvelle collection des mémoires pour servir à l'hisloire de France, 
publiés par Michaud el Poujoulat. Paris, 1838, 2« série, tome X; pages 34 
el suivantes. 

2. Mvme colleclion, S' série, tome V, page 01. 



CHRONIQUE 6) 

part infinitésimale. Ecoulons Montglat : c Un soir que le roi était 
« venu visiter M"« de La Fayette au couvent des filles de Sainte- 
« Marie de la rue Saint-Antoine, il survint une pluie si grande et 
« un vent si impétueux que toute la campagne fut inondée et que 
« les hommes et les chevaux ne pouvaient aller... Cet accident 
« embarrassa fort le roi, à cause que sa chambre et son lit et ses 
« officiers de bouche étaient à Saint-Maur. Il attendit longtemps 
« pour voir si le temps changerait; mais voyant que le déluge ne 
« passait point, l'impatience le prit, et comme il dit qu'il n'avait 
« point de chambre au Louvre tendue, ni d'officiers pour lui 
« accommoder à souper, Guitaut, capitaine des Gardes, qui était 
« fort libre avec lui, répondit qu'il envoyât demander à souper et 
« à coucher à la Reine. Le l{oi renvoya bien loin celte proposition 
« comme fort contraire à son inclination, et s'opiniâtra dans l'es- 
« pérance que le temps changerait; mais voyant que l'orage aug- 
« mentait loin de diminuer, Guitaut au hasard d'être encore 
(( rebuté, lui fit la même proposition qui fut un peu mieux reçue 
« que la première fois. Sa aiajesté se rendant à ses raisons, il 
« partit en diligence pour avertir la Reine. Elle reçut celle 
« nouvelle avec une joie extrême d'autant plus grande qu'elle ne 
« s'y attendait pas, et ayant donné ses ordres pour que le ro 
K soupât de bonne heure, ils couchèrent ensemble, et cette 
« nuit la reine devint grosse du Dauphin qui fut depuis le roi 
« Louis XIV. » 

En sorte, dit finement M""» de Motleville, que M"'^ de La Fayette, 
tendre objet des attentions platoniques du roi, « fut la cause seconde 
de la grossesse de la Reine •>. 

A quoi tiennent les destinées de ce monde! Cet orage provi- 
dentiel n'est-il pas un nouvel exemple du rôle que jouent souvent 
les petites causes dans le gouvernement des choses d'ici-bas! 

Par la même déclaration, donnée « à Saint-Germain-eu-Laye, le 
dixième jour de février de l'an de grâce 1638 », le roi s'engageait 
à consacrer dans le sanctuaire de Notre-Dame de Paris le souvenir 
de son vœu solennel ; « afin, disait-il, que la postérité ne puisse 
« manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et 
« marque incontestable de la consécration présente que nous 
« faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de 
« l'église-cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui 
« tienne, entre ses bras, celle de son précieux fils descendu de la 
« croix, et où nous serons représenté aux pieds du fils et de la 
« mère comme leur olTrant notre couronne et notre sceptre, » 
ordonnant de plus que tous les ans, les jour et fête de l'Assomp- 
tion on fit une procession, après Vêpres, à Notre-Dame de Paris 
et dans toutes les églises du royaume en mémoire de cette consé- 
cration. 

Louis mourut, en 1643, sans avoir pu mettre la main au monu- 
ment qu'il avait projeté. 



62 CHRONIQUE 

Louis XIV se chargea d'acquitter la dette de son père et dépassa 
encore ses intentions par le développement qu'il donna au plan 
primitif, et la magnificence qu'il déploya à cette occasion. Les 
travaux, commencés en 1699', interrompus durant la période de 
nos revers, étaient à peine terminés à la mort de Louis-le-Grand, 
Robert de Cotte en donna les dessins et les meilleurs artistes de 
répoque y concoururent. 

On trouvera dans la Description des curioyilés de l'église de 
Paris de C. P. Gueffier, pages 60 et suivantes (1763), un exposé 
complet de cette décoration grandiose. Sur des placages de 
marbre qui recouvraient les six piliers de pourtour du sanctuaire 
et montaient jusqu'à la galerie supérieure, on voyait se détacher 
quantité de statues de marbre ou de bronze, ainsi que de nom- 
breux bas reliefs de trophées et de métal doré appliqués sur les 
pilastres et les tympans des arcades. 

Une grande partie des figures qui composaient cet ensemble ont 
été détruits en 1793. Quant aux revêtements de marbre qui ne 
laissaient pas de dénaturer le caractère architectural du choeur, 
ils ne pouvaient trouver grâce devant MM. Lassus et VioUet-le- 
Uuc, chargés, à la suite de leur rapport au ministre compétent 
(Paris, imp. Lacombe, 1843) de la restauration de la basilique. 
Ils les firent disparaître pour rétablir l'édifice dans son unité 
gothique, et de celte décoration somptueuse, il ne reste 
aujourd'hui, — mais c'est précisément ce qu'il importait de 
conserver — que la « Pieta » de l'autel des « feries » due au 
ciseau de Nicolas Coustou, la statue de Louis Xill ofïrant sa cou- 
ronne à la mère de Dieu, œuvre de Guillaume Coustou, et celle de 
Louis XIV qui est de Coysevox. Ces deux statues, après avoir trouvé 
un refuge pendant la crise révolutionnaire au Musée des monuments 
français, tour à tour au Louvre et au Musée de Versailles, sont venues 
reprendre à Notre-Dame leur vraie place, la seule où elles aient 
toute leur signification. 

III 

Tel est, tout au long — trop au long, et je m'en excuse — l'his- 
torique du Vœu de Louis XIII. Le tableau de Simon Vouet ne 
répond donc pas exactement à ce programme que, plus tard, 
Ingres réalisera de point en point dans un tableau fameux. Mais 
il n'est pas douteux qu'avant de prendre corps, cette pensée de 
foi et d'hommage hanta longtemps le cerveau du roi. Dans toutes 
les conjonctures difficiles de son règne — et elles ne lui furent pas 
épargnées — ce devait être la première inspiraûon de ce pieux 
monarque d'implorer les lumières den haut, demandant à Dieu, 
selon la belle parole de la déclaration, « de ne point sortir des 
voies de la grâce qui conduisent k celles de la gloire ». Rien 

1. Le cardinal de Noailies, archevêque de Paris, en posa la première 
pierre, le 7 décembre 1699. 



CHRONIQUE 6^ 

d'étonnant à ce que Simon Vouet ait traduit^ par anticipation en 
quelque sorte, les sentiments bien connus du roi, soit qu'il ait 
peint son tableau de sa propre initiative, soit — ce qui est plus 
probable — qu'il en ait reçu la commande de son protecteur cou- 
ronné. 

Ce besoin de se tenir en communication avec Dieu, pour solli- 
citer son secours ou le remercier de ses faveurs, est si bien entré 
dans les habitudes de Louis XIII qu'aussitôt la naissance du 
Dauphin (o sept. 1638^ un graveur de talent, Grégoire Huret, 
burinait une composition où le roi et la reine — votis primis 
solniis — présentaient à la Vierge, en témoignage d'actions de 
grâces, l'enfant royal, hxredem. 

J'ai parlé du tableau d'Ingres. Le Vœu de Lows X.JII, qui parut 
au Salon de 1824 et se trouve dans la cathédrale de Montauban, 
patrie du peintre. Il est intéressant de le comparer (il a été gravé 
par Calamatta) à celui de Simon Vouet. Il y a entre les deux œuvres 
des analogies qui tiennent à la similitude des sujets; car il est peu 
probable qu'Ingres ait eu connaissance du tableau de Neuilly. 
D'ailleurs, quand Ingres empruntait, c'est à Raphaël qu'il 
s'adressait; et de fait, le groupe de la Vierge et de l'enfant Jésus 
qui fait la beauté du tableau d'Ingres rappelle beaucoup, avec son 
cortège d'anges et de chérubins, la Vierge aux candélabres du 
peintre d'Urbin. Quant au roi, les deux peintres l'ont drapé dans 
le même manteau fleurdelysé; mais Vouet l'a placé à droite, de 
prolil, offrant à Jésus les insignes royaux déposés au pied de la 
croix, et Ingres Fa mis à gauche, les bras levés et tendant vers 
la Vierge les mêmes insignes. Il est à noter qu'Ingres s'est 
imposé une bien singulière difficulté. Réservant, dans sa com- 
position, la place d'honneur à la Vierge qui nous apparaît de 
face au milieu du tableau, il s'ensuit que Louis XIII, prosterné à ses 
pieds, tourne le dos au spectateur. Mais Ingres a pensé que le roi 
joue, dans la conception de son œuvre, un rôle trop important pour 
qu'il lui fût permis de le réduire, en nous dérobant son visage, à 
l'état de figure épisodique, et afin de nous montrer quand même 
son profil étriqué, il lui a infligé un torticolis aussi pénible pour 
le personnage que pour le spectateur. Les deux tableaux d'Ingres 
et Vouet ont donc cela de commun que, ni dans l'un, ni dans 
l'autre, la figure du roi n'est à l'abri de tout reproche. 

Quant à l'authenticité du tableau de Neuilly, elle est hors de 
conteste, bien que cette composition n'ait été reproduite par 
aucun des graveurs habituels de Vouet : Pierre Daret, Michel 
Dorigny, etc. Si quelqu'un pouvait émettre des doutes à cet 
égard, nous le renverrions à un autre tableau de Vouet qui a des 
rapports évidents avec le nôtre. Peint à peu près à la même 
époque, il représente la Vierge, saint Jean et .Madeleine au pied 
de la croix. (Pierre Daret, graveur, pro regc (aciebai, 1638.) 
L'anatomie du corps de Jésus, le goût des draperies, l'allure des 



64 CHRONIQUE 

personnages el jusqu'à l'effet général de la scène offrent des res- 
semblances trop sensibles avec notre tableau pour que les deux 
œuvres ne soient pas du même artiste. Nous pourrions en dire 
autant des autres Christ connus de Simon Vouet, qui ont avec 
celui de Neuiliy une parenté indéniable. 

Comment expliquer maintenant la présence de Tœuvre de Vouet 
dans cette modeste église de campagne? Une tradition locale rap- 
porte qu'elle lui vint de la chapelle du château de Passy-en-Valois, 
vendu en 1792 comme bien d'émigré. N'oublions pas d'ailleurs que 
Meuilly-Saint-Front faisait partie du duché de Valois qui appartint 
toujours à des princes de sang royal ; que nos rois avaient une rési- 
dence tout près de là, à Villers-Cotterets; que Louis XllI donna le 
Valois à son frère Gaston d'Orléans après une de ces soumissions 
qui suivaient de près, chez ce frère inquiet et versatile, ses tenta- 
tives avortées de révoltes. Entre autres gages d'oubli et de pardon, 
Gaston a pu recevoir du roi la toile de Simon Vouet et l'apporter 
dans quelque château de son apanage. 

Que ce soit, d'ailleurs, comme on le croit, de Passy ou de tout 
autre château de la contrée qu'il nous vienne, c'est bien certaine- 
ment une épave recueillie pendant la tourmente révolutionnaire, 
au même titre sans doute que la copie ancienne de la Belle jar- 
dinière de Raphaël accrochée dans la sacristie, et le magnifique 
portrait d'une dame de la cour de Louis XIV, représentée avec les 
attributs de sainte Catherine, qui se trouve dans le salon du pres- 
bytère. Celte dernière peinture, digne du pinceau de Mignard, a 
été restaurée il y a quelques années. H serait intéressant de pou- 
voir établir l'identité du personnage. Quant à la Belle jardinière, 
elle a, elle aussi, un urgent besoin de réparation, et nous souhai- 
tons vivement qu'encouragés par le résultat des sacrifices qu'ils 
ont faits pour le tableau de Simon Vouet, les paroissiens de 
Neuiliy tiennent également à honneur d'orner leur église d'un 
tableau qui n'est, à la vérité, qu'une copie, mais une copie qui a 
pris à l'original quelque chose de sa grâce ineffable et de son 
charme souverain. 

(Journal de Chdteau-Tliierry.) Frédéric He.nriet. 



MmSO.N BABITÉE PAU LE B. J.-B. DE La SaLLE et BEnCEAU DE 

L'iNsrnuT DES Frères. — Il y a cinq ans, nous avons cherché à 
désigner la maison qu'occupait le B. J.-B. de La Salle, quand il 
jeta les premiers fondements de l'institut des Frères des Ecoles 
chrétiennes. (Voir la brochure imprimée en 1889, chez M. Bugg.) 
A l'aide d'un document que nous avait communiqué M. Duché- 
noy, nous prouvions que le père du Bienheureux, Louis de La 
Salle, le 23 mai it)G4, avait acheté « une maison, sise à 
« Ueims, rue Sainte-Marguerite, faisant coin, en laquelle lesdits 
« vendeurs du denKMirant. tenant à Mathieu Ruvnart et à Jean 



CHRONIQUE 65 

« Oudin par la rue de la Grue, moyennant 7,600 livres. » (André 
Augier, notaire, archives de la Ville.) 

Nous avons démontré que le fondateur de l'Institut des Ecoles 
chrétiennes avait habité celte maison; qu'il avait loué celle de 
Mathieu Ruynart, devenue vacante au moment où, d'après les 
mémoires du temps, « fondateur des Frères, il loua une maison 
«t voisine de la sienne, pour y mettre les nouveaux instituteurs. » 

Ceci se passait à Noël de l'année 1B79. Alors les disciples 
venaient manger chez leur fondateur, c'est-à-dire dans la maison 
qu'il avait héritée de ses parents. Sa mère étant morte le 19 juillet 
1671, ils y logèrent définitivement le 24 juin 1681. 

S'il pouvait subsister un doute à cet égard, nous pouvons fournir 
une nouvelle preuve de notre assertion, découverte par hasard. 
Nous croyons devoir la signaler, car il est d'un intérêt très grand 
de pouvoir désigner d'une manière précise l'endroit où J.-B. de 
La Salle a donné naissance à l'œuvre qui est si glorieuse pour lui 
et pour la cité. 

D'après les mémoires du temps, le B. J.-B. de La Salle, à l'âge 
de vingt et-un ans, prit la direction de la maison que lui laissaient 
ses., parents et se chargea de l'éducation de ses frères qui demeu- 
rèrent avec lui (Légende du Bréviaire, propre de Reims). Savoir, 
par un titre authentique, où demeurait l'un de ses frères, c'est 
savoir où lui-même habitait. C'est ce document qui vient de nous 
tomber'sous la main. 

Le saint fondateur avait un frère, appelé Louis. Tous ses parents, 
tous ses amis le supplièrent de résilier, en sa faveur, la prébende 
qu'il avait à la Cathédrale. Son cœur inclinait vers ce choix. Mais, 
toute réflexion faite, il fit agréer, pour son successeur, l'abbé Fau- 
bert (1683). Louis de La Salle approuva les motifs qui firent agir 
son frère. Dieu l'en récompensa, car Mfr Letellier, quelque temps 
après, spontanément, le gratifia de la 14e prébende canoniale 
(1694), devenue vacante, u Je vous fais ce présent, dit le prélat en 
souriant, afin de réparer la folie de M. de La Salle, qui a donné 
son bénéfice à un autre qu'à son frère. » Louis de La Salle, en 
mourant, légua 2,000 livres à la Cathédrale, pour la confection 
de deux croix en argent doré. Déjà il avait fait don de deux 
livres, Epitre et Evangile, (fu'il commanda à Paris et qui étaient 
enrichis d'ornements en argent. 

Quelle demeure Louis de La Salle habitait-il à Reims? Lacourt 
nous l'apprend; parlant des pavés en mosaïque que l'on décou- 
vrait de temps en temps dans la cité, il dit : 

« On en trouva un très bien conservé, en travaillant, en 1711, 
<c dans un jardin de la maison de M. de La Salle, chanoine; il 
« était à sept pieds de profondeur et s'étendait dans le jardin 
« d'une autre maison voisine, dont la porte fait face à la rue de 
t la Grue. » (Varin, arch. adm., t. F, p. 723.) 

5 



66 CHUONIQUE 

Cette maison^ c'est la maison paternelle, celle qu'habita J.-B. de 
La Salle, où il éleva ses frères, où il réunit ses premiers disciples. 
Il la donna ou la céda sans doute à Louis son frère, quand, en 
1684, il donna ses biens aux pauvres. Du reste, il ne l'habitait plus 
en 1682, puisqu'en cette année il avait loué, rue Neuve, donnant 
sur la rue de Contrai, une vaste maison dont il devint propriétaire 
en 1700, et où sont maintenant les Frères. 

(Courrier de la Champagne.) Ch. Cerf. 



L'Architecte Jean Bonhomme et la construction de l'Hôtel de 
Ville de Reims (1C2T-1634). — Le nom de Bonhomme vient 
d'être donné à une nouvelle rue de Reims, et à cette occasion 
nous reproduisons les renseignements récemment communiqués à 
l'Académie sur la construction de notre Hôtel de Ville. 

Le Conseil de Ville de Reims décida, au commencement de 
l'année 1027, qu'il serait fait emploi d'une somme de 22,000 livres, 
due à la Ville par le duc de Guise, pour la construction d'un nouvel 
Hôtel de Ville. On se mit à l'œuvre immédiatement. 

Au mois de mai, des marchés furent passés devant notaires par 
les Lieutenant et Gens du Conseil pour des extractions de pierres 
à Crugny, à Sarzj, à Unchair, à Hourges et à Lagery. Il fallait les 
employer. Dans la séance du 28 du même mois, lu délibération 
porta sur « les ouvrages de massonnerie qu'il convient faire pour 
la confection d'ung pavillon pour commencer ung Hostel de Ville. » 

C'était le pavillon de la rue des Consuls, par où débutait l'en- 
treprise. A cet effet, intervint un architecte, nommé Jean Bon- 
homme, qui n'était pas l'un des deux maiti-es des ouvrages de la 
Ville, Jacques Novice et Oudart Chastelain^ mais un architecte ou 
plutôt un maître maçon rémois, dont on retrouve le nom dans les 
travaux exécutés à l'abbaye de Saint-Remi en 1639, et dont les 
autres architectes du même nom, au xviiie siècle, nommés Jean, 
Jean-Baptiste et Nicolas Bonhomme, sont vraisemblablement les 
proches descendants. D'après les archives, nous savons que 
Jean II Bonhomme construisit le cloître de Saint-Remi en 1707, 
et que Nicolas Bonhomme exécuta de grands travaux à la Cathé- 
drale en 1737, puis bâtit la Porte-Neuve ou des Promenades en 
1740. Mais revenons à l'auteur de cette dynastie d'architectes. 

Voici en quels termes Jean Bohomme fut agréé avec ses plans 
parle Conseil de Ville, dans la séance du 28 mai 1627: « Il est 
ollerl à Jean Bonhomme, maitre-masson, demeurant audit Reims, 
la somme de trois mille tournois pour les façons dudit pavillon, 
suivant et conformément au desseing par luy faict. » Voilà donc 
son projet adopté eu principe. Après qu'il eut accepté verbalement 
les oiïres, « conclud a esté qu'il sera contracté avec ledit Bon- 
homme pour faire lesdits ouvrages, suivant et conformément à 



CHRONIQUE 67 

son desseiiig... et pour en passer le marché sont nommés lesdils 
sieurs Fremin,Moël, etc.. » 

Le marché fut conclu devant notaires, le lendemain 2'J mai^ et 
ce marché contient en tèle les détails les plus minutieux sur l'ar- 
chilecture du nouvel édifice, selon le projet, en plus ou en retran- 
chement du plan de Bonhomme. 

Pour l'exécution de la convention, Jean Bonhomme se présen- 
tait le premier, ayant été le seul agréé la veille; mais comparais- 
saient après lui, comme co-traiLants, « Nicolas Gendre, Jehan Gen- 
tillastre et Guillaume Jeunehomme, maitres-massons demeurans à 
Reims. » 

Ils s'engageaient tous, solidairement et à la fois, comme co-en- 
trepreneurs, « de faire et parfaire bien et duement, tous et chacun, 
les ouvrages de massonnerie pour la construction du pavillon, 
conformément aux desseins et plans quy en sont dressez. » 

Le même jour, 29 mai, un traité intervenait entre « Laurent 
Regnart, croier à Reims, et les membres du Conseil de Ville, en 
présence de Jean Bonhomme, maitre-masson », pour la four- 
niture des craies et pierres nécessaires pour les fondations. D'autres 
traités pour la chaux et pour des fournitures de pierres se succé- 
daient sans relâche. 

Le vendredi 18 juin suivant, la première pierre de THôtel de 
Ville fut posée par M. Lespagnol, lieutenant des habitants, à six 
heures de relevée, en présence de MM. du Conseil. Cette première 
pierre fut assise au « pavillon neuf, sur le coin de la rue en retour- 
nant aux Escrevées ». Alors furent sonnées « les trompettes qui 
estoient au dôme de l'ancienne Hôtel de Ville », et tirés « deux 
douzaines de pétards qui furent mis sur la piatte forme de Porte 
Mars ». 

La construction suivit son cours. Tandis que Jean Bonhomme et 
ses associés bâtissaient les murs, le Conseil de Ville passait des 
marchés pour la charpente et la couverture du pavillon, qui 
étaient en dehors de l'entreprise (6 et 14 juillet 1627j. Les 
planchers donnèrent lieu à de nouvelles conventions (31 janvier 
et 10 avril 1628). En même temps, des marchés étaient passés, 
sous la surveillance de Jean Bonhomme, pour de nouveaux achats 
de pierres à Bourges et à Unchair (8 juin 1628), alors que la menui- 
serie, les portes et fenêtres du même pavillon étaient directement 
confiées par le Conseil de Ville ou ses délégués à Pierre Marol, 
menuisier à Reims (9 juin I628j. 

11 résulte de cette dernière pièce que la construction du gros 
œuvre du pavillon de la rue des Consuls, qui était l'amorce et le 
modèle de l'édifice tout entier, fut exécutée par Jean Bonhomme, 
de concert avec ses associés, dans l'intervalle d'un an. Il put être 
couvert et habité vers la tin de l'été 1628. 

On poursuivit sans retard les travaux pour l'achèvement du plan 
primitif, et la façade s'éleva jusqucs et y compris la porte d'entrée 



68 CHRONIQUE 

avec son dôme, quatre à cinq ans au plus tard. La série des 
marchés indique toute la suite des travaux qui se prolongèrent 
jusqu'en 1634. 

Dès le 13 juin 1628, on traitait « pour les fondations de la salle 
et entrée principale », pour celles « des larresses et de i'escaillier ». 
La maçonnerie, comme pour le pavillon, fut adjugée le lendemain 
(14 juin 1628) à Jean Bonhomme et à ses trois premiers associés, 
en plus à deux nouveaux : « Jehan Doriot et Pierre Pinart, mai- 
tres-massons demeurans à Reims. » 

ils s'engageaient d'abord à démolir l'ancien bâtiment de l'Hôtel 
de Ville, qui occupait la place de la salle d'attente actuelle, puis à 
poser les bases des nouvelles constructions, « jusques à la porte et 
principale entrée ». Tous ces ouvrages devaient être rendus « faits et 
et parfaits dans le lo^ jour d'octobre prochain )>, c'est-à-dire dans 
l'espace de quelques mois. Les marchés pour les fournitures de 
pierres se succédèrent à Lagery, à Sarzy, à Unchair (pour les 
colonnes), et toujours sous la seule inspection de Jean Bonhomme. 
La menuiserie continuait à être adjugée par le Conseil de Ville à 
Pierre Marot (i" septembre 1628). 

Lorsqu'on arriva à la partie décorative de la façade, le plan de 
Bonhomme ne suffit plus, car il s'agissait surtout d'une œuvre de 
sculpture, et l'on décida que « l'avancement où sera la porte se 
fera sur le dessin qui en a esté faict par Nicolas Jacques, 
maître sculpteur » (19 décembre 1628). Les maîtres-maçons édi- 
fièrent le gros œuvre de la devanture et des côtés pendant l'année 
1629, et tous les détails des figures, des armoiries, des balustrades 
et des trophées furent entrepris par Nicolas Jacques. On poursuivit 
de concert les travaux de charpente et de couverture (6 février, 
28 avril, 15 juin, 27 juin 1629). On bâtissait encore au milieu de 
l'année 1629, car de nouvelles pierres furent encore acquises à 
Lagery (6 juillet 1629). 

Là convention pour la cloche de l'horloge, faite l'année suivante 
avec un fondeur de Reims (5 mars 1630), marque probablement la 
lin des travaux pour la maçonnerie et la couverture de cette partie 
de l'édifice. Les doubleaux. les planchers, la charpente et la 
menuiserie du dôme, dont on avait modifié le dessin, s'achevè- 
rent dans le courant de 1630 (6 avril, 12 juin et 27 juillet 1630). 
L'ensemble était alors terminé, et livré probablement aux ser- 
vices publics, ensemble incomplet puisqu'il s'arrêtait au milieu de 
la façade, mais il fallut arriver au 19 juillet 1634, pour voir confier 
à Nicolas Jacques la sculpture de la statue équestre de Louis XIII 
qui couronnait le fronton, et des captifs qui l'accompagnaient sur 
les côtés. Ce travail dura deux ans et fut payé à l'artiste au prix 
de 1,200 livres tournois, le 3 juin 1636. 

L'inscription de dédicace, composée par Nicolas Bergier et 
reproduite de nos jours au fronton du milieu, porte la date de 
cette dernière année. 



CHRONIQUE 69 

Les ressources étaient sans doute alors épuisées et l'installation 
regardée comme sutfisante, car nulle tentative ne se lit jour pour 
finir l'édifice sous l'ancien régime. 1! était réservé aux administra- 
teurs modernes de terminer l'œuvre des édiles rémois du xviie siècle, 
à mesure que la ville allait s'agrandissant. La façade entière sur la 
place se complétait en 182o, mais sa décoration n'était sculptée 
qu'en 18o4. L'aile sur la rue de Mars était commencée vers 1834. 
La cour intérieure ne fut mise en œuvre que quarante ans plus 
tard, car le bâtiment du fond porte la date de \S~'6. Enfin l'aile 
sur la rue des Consuls et le grand escalier vinrent terminer l'en- 
semble cinq ans après. On lit, en efTet, sur un marbre dans la 
cour, entre les belles cariatides de Ghavalliaud, ces deux dates 
extrêmes : 1627-1880, qui unissent glorieusement le passé au 
présent. (Courrier de la Champagne.) 



Musée de Reims, — Voici un état sommaire des dons recueillis, 
pendant l'année 1894, parle Musée de Reims : 

Musée de peinture et de scîUplure, dessins, gravures. 

Par M. Michaud, libraire. — Planche sur cuivre, gravée en 177o, 
du Plan de Reims au moment du Sacre de Louis Xll. 

Par MM. Varin (Adolphe et Eugène), graveurs, — Lot de vingt- 
cinq gravures modernes dont ils sont les auteurs, comprenant 
notamment: La Paix, La Guerre, Tobie, d'après Rembrandt, la 
Messe sous la Terreur, VOrage, la Veillée de Noël, la Veille des 
Noces, le Printemps, les Pigeons de Venise, le Récit du Mission- 
naire, le Concert aux avant-postes, d'après Neuville, le Petit 
Architecte, les Dragées du Baptême, la Grand' Mère, le Vert- 
Galant, la Fvte du Bourgmestre, d'après Moreau, etc. 

Par M. Dennery (commandant), au nom du Souvenir français. 
— Portrait du général llurault de Sorbée, né à Reims. — Photo- 
graphie Braun. — Encadrement doré. 

Par M. Menu, employé à la Bibliothèque. — Portraits de Blanc- 
Gillet et à-'AugiiSte Fauvel. — Profil de la Cathédrale, plomba- 
gine, par Maquart. — Portrait de A. Génicot, par Bézu, 1858. 

Par M. Lepage, employé au Bureau d'hygiène. — Crands dessins 
encadrés de la reconstitution archéologique de l'église Saint-iNi- 
caise. 

Par MM. H. Parmentier et H. Michel. — Grands dessins sur 
châssis. — Plans et coupes de l'ancienne bibliothèque des Jésuites, 
actuellement lingerie de l'Hôpital-Général. 

Par M. Dulhoit (Paul), peintre. — Tableau sur toile, encadré, 
ayant figuré à l'exposition de la Société des Amis des arts de 
Reims, VOrpheline, placé provisoirement dans la chapelle de 
l'Hiipital-Général. 



7(1 CHRONIQUE 

Musée rétrospecLif. — Mèdaillea et Monnaies. 

Par M. Brunesseaux-Forget, Reims. — Collection de 2o médailles 
obtenues à des concours agricoles et autres, dont une en or, trois 
en vermeil, onze eu argent, le reste en bronze. 

Par M. Warnier-David, à Reims. — Dix-sept pièces, monnaies ou 
jetons de diverses époques, trouvées à Reims, rue Werlé. 

Par M. Menu (Henri). — Jeton d'arpenteur, médaille de 
Louis XVIII, jeton du lavoir public, jeton de l'Asile de nuit. 

Par M. C. Guyot, ingénieur, Reims. —Trois monnaies romaines 
en bronze^ l'une fruste, trouvées rue de Venise. 

Par un anonyme. — Médaille en bronze, à l'effigie de Jules 
Méline. — Association agricole. 

Objets divers d'antiquité ou de curiosité. 

Par M. Walbaum (Auguste), président honoraire de la Chambre 
de commerce de Reims. — Presse spéciale, machine ayant servi à 
frapper les bons fiduciaires émis à Reims en 1870-1871, avec quatre 
coins en cuivre. Spécimens des bons de la Solidarité Rémoise et 
du Syndicat Rémois, avec notice explicative. 

Par M. Menu (Henri). — Divers fragments trouvés dans des 
sépultures à Reims. Diverses plaques en tôle pour enseignes, etc. 
Série de 14 boutons de livrée de la garde nationale de Reims, du 
Salon de Lecture, de Courriers de la Poste, de cocardes, tleurs de 
lys, décorations diverses, aigle, bouteille en fusion de l'incendie 
de Prouilly en 1842; empreintes sur cire de 24 sceaux du moyen- 
Age, deux lunettes d'étain, écran-éventail Pommery, cuir gaufré 
en couleur du xviii" siècle_, panneau médaillon de Lelevain, curé 
de Vitry-le-François, etc. 

Par M. Wendel (J.), Reims. — Clef du xvii« siècle, trouvée dans 
sa maison, 31, rue des Moulins. 

Par M. Soullié-Hubert. Reims. — Peigne de la reine Pomaré. 

Par M. Liénard, serrurier, rue du Grand-Cerf. — Grille d'appui 
en fer forgé, travail ancien. 

Musée lapidaire. 

Par M. Morel (Léon). — Sculpture antique trouvée rue des 
Tapissiers, en 1892, consistant en une tête et quelques lettres. 

Par M. Vuibert, peintre. — Stèle gallo-romaine; figure d'un per- 
sonnage avec inscription. 

Capucins (Les), de Reims. — Stèle gallo-romaine, avec figure et 
inscription, débris de colonnes, pilastres et chapiteaux trouvés dans 
leur terrain, à Clairmarais. 

Par M. Gozier, arcbitecte. — Trois épitaphes en marbre du 
xvin<" siècle, trouvées à Reims, rue de Taileyrand. 



CHRONIQUE 7 1 

A la séance de l'Académie de Médecine, du 18 décembre dernier, 
M. le D'' Eugène Doyen (de Reims) a lu une note sur les résultats 
des opérations qu'il a pratiquées pour des affections non cancé- 
reuses de l'estomac. L'opération pratiquée est la gastro-enléro- 
tomie, c'est-à-dire l'abouchement de l'estomac dans l'intestin 
grêle. Vingt-cinq malades ont été opérés; onze avaient du 
rétrécissement du pylore et l'opération s'imposait; sur les qua- 
torze autres, six avaient de la dyspepsie sans ulcère apparent, 
huit présentaient des ulcères de la portion pylorique de l'estomac 
ou du duodénum. Tous les malades ont cessé de soulFrir aussitôt 
après Topération, et les douleurs n'ont plus reparu; il semble 
donc qu'elles étaient dues à la stagnation des aliments dans l'es- 
tomac. 

* 

V ¥ 

Nous avons également à mentionner, dans l'étal-major châ- 
lonnais, au nombre des récentes nominations dans Tordre de la 
Légion d'honneur, celle du général Lafouge, à la dignité de 
grand-officier; et celles du général Kessler et de l'intendant 
général Raizon, au grade de commandeur. 

Sont nommés officiers : MM. Coudeviile, colonel de la B"" légion 
de gendarmerie, et Mollin, officier principal de l'Intendance. 



Parmi les nouvelles promotions au grade d'officier de l'Instruc- 
tion publique faites à l'occasion du nouvel an, nous relevons les 
noms de MM. le docteur Bourgeois, médecin oculiste à Reims; le 
docteur Lécuyer, médecin, maire de Reaurieux (Aisne), président 
de la délégation cantonale; Mallat de Bassilan, publiciste à Paris, 
sous-bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale ; Morez, chef de divi- 
sion à la préfecture de l'Aube; Planlié, sous-préfet de Provins; 
Vjrally, professeur honoraire, délégué cantonal à Sens. 

Au nombre des officiers d'académie figurent également M"*! Cor- 
mier, institutrice privée à Meaux; M.M. Dessein, président du Tri- 
bunal de commerce de Langres, membre du bureau d'adminis- 
tration du Collège; Det, conservateur de la bibliothèque de 
Troyes; l'abbé Dodin^ curé de Montsaon (Haute-Marne); François, 
adjoint au maire de Vienne-le-Chàteau (Marne), délégué cantonal ; 
Henrot, président de la délégation canlonaledu 3'= canton de Reims; 
Mii-^ Herment, institutrice libre à Meaux; MM. Houzeau, conseiller 
d'arrondissement, conseiller municipal à Reims, délégué can- 
tonal; Jolly, conseiller d'arrondissement à Sézanne (Marne), 
délégué cantonal; Lallier, maire de la Ferté-sous-Jouarre, délé- 
gué cantonal; Lamy, maire de Rocroy (Ardenues), délégué can- 
tonal; Lebrun, ancien instituteur, secrétaire de la mairie de 
Rozoy-en-Brie (Seine-et-Marne); Lutel, docteur-médecin à Troyes; 
Mallet, conservateur de la bibliothèque de Châlons-siir-Marne ; 



72 CHRONIQUE 

Malot, libraire-imprimeur à Reims; Pelletier, avoué, publiciste 
à Provins; Perrin, publiciste à Vassy (Haute-Marne); Ponsinet, 
ancien président du Tribunal de Sainte-Menehould), doyen de 
l'Académie de Reims; Port, maire de Bourbonne-lesBains (Haute- 
Marne); Robert, conseiller municipal, conseiller d'arrondissement,, 
délégué cantonal à Nouart (Ardennes); Weber, directeur des pos- 
tes et télégraphes de l'Aube à ïroyes. 



Le dimanche 4 novembre dernier a été inaugurée à Périgny-la- 
Rose (Aube), une cloche de 328 kilogrammes, sortie des ateliers 
de M. Robert, fondeur à Nancy. M. l'abbé E. Defer, curé-doyen 
de Villenauxe, présidait la bénédiction à laquelle prirent part 
MM. les curés de Crancey, de Gélannes, de la Villeneuve et de 
Barbuise. 



Une trouvaille vient d'être faite à Baye (Marne), dans un champ, 
par M. Jeanneaux, propriétaire, de 250 pièces de monnaie, cuivre 
et argent, du xiii» siècle. 



Au Lyciîe de Reims. — Nous n'en sommes plus à compter les 
transformations successives qui ont fait du vieux Lycée d'autrefois, 
à l'aspect si triste et si sévère, un séjour aussi agréable que confor- 
table où l'on serait presque heureux de recommencer ^ses études. 
Les jeunes générations, qui n'ont jamais connu le vieux Lycée que 
par les récits de leurs parents, ne s'imaginent pas tout ce qu'on a 
fait pour elles. 

Nous nous souvenons encore de cette longue galerie froide et 
humide qui conduisait à la cour des « moyens ». Les champi- 
gnons y poussaient, l'été c'était une véritable glacière, et nous fris- 
sonnons encore rien qu'en y pensant. 

C'est cette sinistre galerie dont M. le Proviseur vient de changer 
fort heureusement l'aspect, au commencement de l'automne der- 
nier, en en faisant la galerie d'honneur dans laquelle se trouve 
installé un véritable petit Musée. Obéissant à une heureuse ins- 
piration, M. Bazin de Bezons a voulu mettre sous les yeux des 
élèves, qui ne pourront qu'en profiter, des spécimens de la scul- 
pture et de l'architecture de toutes les époques. 

Voulant rendre un hommage public à M. l'Inspecteur de l'Aca- 
démie et à l'Admnistration municipale qui l'ont aidé dans son 
entreprise, à M. Brunette qui a fait tous les travaux d'installation, 
M. le Proviseur avait convoqué, le 29 septembre 1894, toutes les 
notabilités de la ville h assister à l'inauguration officielle du nou- 
veau Musée d'art. 

A trois heures, les invités se réunissaient dans le parloir; nou-î 



CHRONIQUB 73 

citerons parmi eux MM. Diancourt, sénateur; le docteur Langlet, 
ancien député; le Sous-Préfet; le docteur Henri Henrot, maire de 
Reims; Jolly, adjoint; plusieurs membres de l'Académie de Reims ; 
plusieurs conseillers municipaux; M. Courmeaux, bibliothécaire de 
la ville; M. PouUot, président de la Chambre de commerce; M. le 
général Percin, commandant la place de Reims, et plusieurs ofTi- 
ciers supérieurs de la g-arnison. 

M, le Proviseur, après avoir remercié en termes chaleureux 
M. l'Inspecteur de l'Académie, la Municipalité et M. Brunette qui 
l'ont aidé dans son œuvre, fit d'une façon très agréable l'histo- 
rique et la description de tous les moulages qui composent le 
Musée et qui tous reproduisent des œuvres remarquables de toutes 
les époques. C'est ainsi qu'avec l'architecture et la sculpture égyp- 
tienne et assyrienne nous remontons à près de cinq mille ans avant 
notre ère, pour passer successivement à l'art grec dans toute sa 
splendeur, à l'art romain, à l'art roman, à l'art gothique qui lui 
a succédé, pour arriver peu à peu jusqu'à nos jours. 

L'art contemporain n'est pas encore représenté, mais M. le Pro- 
viseur annonce qu'il le sera tout prochainement, grâce à un artiste 
de talent dont on ne nous dévoile pas le nom aujourd'hui, mais 
dont nous pourrons bientôt admirer l'œuvre. 



Par décision ministérielle du 24 décembre 1894, M. Marchand, 
de Vitry-le-François, capitaine d'artillerie en 1", professeur 
adjoint du cours d'artillerie militaire à l'école d'application de 
l'artillerie et du génie, a été désigné pour remplir les fonctions 
de professeur titulaire. Le capitaine Marchand est le beau-frère de 
M. Gabriel Arbeaumont, le sympathique horticulteur. 



M. Tabbé Floquet, aumônier de l'établissement des Sœurs de la 
Doctrine chrétienne à Epernay, et possesseur du domaine de Jus- 
secourt-Minecourt (Marne), vient d'être élevé à la dignité de cha- 
noine honoraire du roi de Grèce. 

Les insignes de cette dignité correspondent à ceux d'un abbé 
mitre. 



Le dernier numéro (janvier-février 1895, n° 260) du Bulletin d'au- 
tographes publié par la maison Charavay frères contient quelques 
pièces relatives à notre province, que nous nous empressons de 
signaler. 

— DoMMARTiN (Elzéar-Auguste), général d'artillerie, un des héros 
des campagnes d'Italie et d'Egypte, né à Dommartin-le-Franc 
(Haute-Marne), tué en 1799, à l'âge de 31 ans. — Lettre auto- 



74 . CHRONIQUE 

graphe signée à Chanlairc; Alexandrie, 17 fructidor an VI, \ p. 
in-folio, lêle imprimée. Rare. 

Intéressante lettre où il mande qu'il n'a pas le temps de s'en- 
nuyer en Egypte. « Il n'y a plus dans toute rp]gypte d'autre mame- 
louks qu'environ cinq cents hommes qui, avec Murât Bey s'enfuient 
vers les cataractes. Pour ce qui est des Anglais, vous apprendrez 
par leurs papiers puhlics la manière dont ils ont traité notre 
escadre, » (Il s'agit du désastre d'Ahoukir.) 

— Dubois (Paul), statuaire, membre de l'Institut, né à Nogent- 
sur-Seine (Aube). — Lettre autographe signée; Paris, 22 novemlire 
1865, 1 p. 1/2 in-8°. 

Belle lettre dans laquelle il parle de son fameux Chanteur flo- 
rentin. 

— Aube (département de 1"). — Lettre autographe signée de 
Claude, abbé de Clairvanx, à M. Pillard, orfèvre à Paris; Clair- 
vaux, 27 juin 1649, 2 p. in-4", cachet. 

Très curieuse épître où il déplore la mort de Pillard père, qui 
avait été chargé par l'abbé de faire un tabernacle pour l'abbaye 
de Clairvaux, Il rappelle au fils comment ce tabernacle devait 
être fait et orné et il lui demande s'il se chargera de l'achever. 



La béatification de Jeanne d'Arc. — Le procès de non cuUk, 
c'est-à-dire l'information canonique destinée à savoir si un culte 
public avait été rendu à Jeanne d'Arc avant que l'Eglise l'ait 
déclarée « bienheurease », vient d'être terminé à Orléans et le 
" procès de béatification » va commencer. 

Dans la séance du 7 janvier. M?'' Touchet, évêque d'Orléans, a 
prononcé sa sentence définitive, à savoir que, d'après les témoi- 
gnages recueillis, aucun culte ecclésiastique et public n'a été 
rendu, dans le diocèse, à Jeanne d'Arc; puis il a publié les actes 
du procès. 

Cette transcription faite, la copie a été collationnée avec l'ori- 
ginal par les deux notaires assermentés, MM. Filiol, chancelier de. 
l'évèché, et Billard, secrétaire de l'évêché, en présence du Tribunal 
et de l'un des sous-promoteurs. Les actes du procès et ses annexes 
comprennent trois cent sept feuillets et la copie deux cent cin- 
quante. C'est cette copie qui est destinée à la Congrégation des 
Hites. 

La Congrégation aura alors à se prononcer prochainement sur 
cette question : An senlenlia judicis delefjati... sit C07ifirmanda, 
vcl non? Y a-t-il lieu de confirmer ou non la sentence du juge 
délégué, es diocèse d'Orléans, pour l'instruction du procès de non 
ciiUu? 

Enfin, dans sa séance du f4 janvier, la copie des actes a été 
placée sous enveloppe scellée et remise officiellement à l'évêque 



CHRONIQUE 75 

d'Orléans, qui s'est chargé sous serment de la transmettre k la 
Congrégation des Rites. 

Si. comme il y a lieu de l'espérer, la Congrégation confirme la 
sentence des évêques d'Orléans et de Saint-Dié, le procès de béa- 
tification suivra son cours conformément aux règles canoniques. 

Ajoutons, à ce propos, que Mr Pagis, évêque de Verdun, a e.xposé, 
dans son voyage ad limina à Rome, que son état de santé ne lui 
permettait pas d'assurer le fonctionnement de l'Œuvre de Jeanne 
d'Arc à Vaucouleurs. Le Pape a ratifié le choix, comme directeur 
de cette œuvre, de M. l'abbé Le Nordez, chanoine titulaire de la 
cathédrale de Verdun. (Temps.) 



M. le colonel Philippe, du génie, vient d'être promu général de 
brigade et nommé gouverneur de Bayonne. 

Il est fils du colonel d'état- major Philippe, qui s'était allié à 
l'honorable famille Deullin, et qui fut maire de Chàlons-sur-Marne 
de 18GI à 1868. 

Le nouveau général a lui-même deux fils, sortis la même année 
de Saint-Cyr comme sous-lieutenants. 

Dans la nouvelle promotion nous remarquons également M. le 
général Jlathis, qui a longtemps appartenu à l'état-major du 
6^ corps. M. Mathis^ né en 1840, est originaire de Verdun. 



M. le général comte Duhesme vient d'être nommé au comman- 
dement de la 6" division de cavalerie, à Reims, en remplacement 
du général de Jessé, appelé au commandement de la l""" division 
à Paris. 

Le général Duhesme est petit-fils du général Duhesme, tué à 
Waterloo, et fils du général Duhesme, mort pendant la campagne 
de 1870. 

Il a épousé la fille du maréchal Niel. 



Le colonel Palle. — On a récemment annoncé que le colonel 
Palle serait très probablement désigné pour commander l'artillerie 
à Madagascar. A cette occasion, la France militaire publie une 
biographie de cet officier supérieur: peu de carrières furent aussi 
brillantes. 

M. Palle est un de nos compatriotes, étant né à Damery, le 
3 novembre 1843. Il a pour frère M*^ Palle, avocat bien en vue du 
barreau de Reims. 

Elève à l'Ecole polytechnique de 1802 à 18G4, dit la France 
militaire, à l'Ecole d'application de l'artillerie et du génie de 



76 CHRONIQUE 

1864 à 1866, il fut nommé lieutenant le !«'■ octobre 1866, et placé 
au 8® régiment d'artillerie. 

Quand vint la guerre franco-allemande, le lieutenant Palie 
appartenait à la 9" batterie dudit régiment, qui fit partie de la 
réserve d'artillerie du 4' corps d'armée. 

Blessé à Tavant-bras gauche par un éclat d'obus, le 18 août 1870, 
M. Palie fut nommé chevalier de la Légion d'honneur, le 14 sep- 
tembre suivant. 

En 1871, M. Palie fut affecté aux 3« et 22"^ régiments de l'arme. 
Le 30 novembre de cette même année, il fut promu capitaine et 
attaché à la direction d'artillerie de Constantine.il quitta ce poste 
quelques mois après, pour venir remplir les fonctions d'officier 
d'ordonnance auprès du gouverneur général civil de l'Algérie 
(décision du 20 février 1872). 

En 1876, le capitaine Palie fut détaché à Tétat-major de l'Ecole 
d'application de l'artillerie et du génie, à Fontainebleau ; puis, 
pendant près de quatre ans^ il commanda la 9^ batterie du 8^ 
d'artillerie, batterie avec laquelle il avait fait la campagne de 
1870. 

De 1881 à 1884, cet officier servit, comme aide de camp, auprès 
du général de brigade de Contamine, commandant l'artillerie à 
Versailles; il prit ensuite le commandement de la 11"= batterie du 
12' d'artillerie. 

Chef d'escadron le 10 juin 1884, M. Palie fut mis à la disposition 
du général commandant le corps expéditionnaire du Tonkin, qui 
lui confia le commandement du parc d'artillerie. 

Le 7 juillet 1885, le commandant Palie reçut, en récompense 
de ses services de guerre, la rosette d'officier de la Légion d'hon- 
neur. 

Rentré en France^ cet officier supérieur fut adjoint à la direction 
de Versailles. Mais bientôt il s'embarqua de nouveau pour l'Ex- 
trême-Orient, afin de prendre le commandement d'un bataillon 
du 4° régiment de tirailleurs tonkinois. 

Lieutenant-colonel le llj avril 1890 et laissé à la disposition du 
gouverneur général de l'Indo-Chine, M. Palie passa ensuite au 11« 
régiment d'artillerie, puis à l'atelier de construction de Vernon. 

Le 11 octobre dernier, M. Palie a été promu au grade de colonel 
et maintenu à son poste. 



Monnaies romaines découvertes a Troyes. — Une importante 
découverte a été faite, ces jours derniers, dans une petite com- 
mune du département, à Plessis-barbaise, par un cultivateur 
occupé à extraire des pierres de son champ. On parlait d'abord 
d'un trésor considérable, mais le trésor se réduit à environ deux 
cents pièces de monnaie romaines en cuivre. 



CHRONIQUE 77 

Ces monnaies, dont les plus anciennes remontent à Auguste 
et les plus récentes à Constantin le Grand, sont, par leur dia- 
mètre et leur épaisseur, à peu près semblables à nos pièces de 1 fr. 
Toutes, sans exception, sont d'une conservation surprenante; on 
croirait que les effigies, les attributs symbi^liques et les inscrip- 
tions datent à peine d'un demi-siècle. 



La calse [)U B. de La Salle a Reims. — Nous lisons dans le 
Bulletin du diocèse de Reims : 

« La cause du B. de La Salle vient de faire un nouveau pas. Des 
miracles opérés par l'intercession de cet admirable éducateur des 
enfants du peuple ont été officiellement reconnus par la Sacrée- 
Congrégation. On sait qu'il faut au moins trois miracles bien cons- 
tatés pour procéder à la canonisation. » 

* 

Le ministre des Beaux-Arts vient de classer, parmi les monu- 
ments historiques, une statuette de la Vierge mesurant O'"60 de 
hauteur et conservée aujourd'hui dans l'église de Braus-le-Comle 
(Aube). Celte statuette représente la Vierge debout, tenant l'en- 
fant sur son bras droit; dans ses mains le divin enfant tient une 
serviette remplie de raisins. Cet objet en bois peint, du xvi^ siècle, 
a été trouvé dans le grenier du presbytère par M. le curé, à son 
arrivée à Braux en 1889. 



Mariage. — Le 12 décembre 1(S94 a été célébré le mariage de 
noire compatriote, M. Amédée Michelet, de Vitry-le-P>an-çois, avec 
M"*^ Alice Métairie, d'une honorable famille de la Nièvre, fixée à 
Forgeneuve, près Nevers. 



MÉLANGES 



L'histoire d'un clochkh. — Sous ce titre, M. Lucien Morel, sous- 
bibliothécaire départemeulal, à Troyes, a publié récemmeol la page sui- 
vante qui intéressera certainement nos lecteurs : 

Quand on- traverse en toute saison quelqu'un de nos gais vil- 
lages de France, il n'est pas rare d'y saluer au passage quelque 
vestige des anciens temps. Ici c'est un pan de mur à demi écroulé, 
tout festonné de lierre et d'herbes folles, là un reste de pont ten- 
dant son moignon d'arche au-dessus d'un clair ruisseiet, plus loin 
une niche lépreuse où achève de pourrir une statue mutilée, une 
croix de pierre éhréchée, un pigeonnier ventru, d'allure féodale; 
que sais-je? 

Le bourg tout entier est constellé des débris d'une autre époque 
et le temps, cet autre Petit Poucet fantaisiste, s'est complu à 
semer les siècles de ces épaves dont plusieurs ne sont guère plus, 
hélas! que d'informes cailloux. 

Partout — ou presque — un monument, au moins, défiant les 
années, en dépit de leurs morsures, est resté debout : l'église. 

Avec son petit cimetière d'herbe. et de fleurs, et ses modestes 
lombes, semblables de loin à des oiseaux blancs qui viennent de 
s'abattre sur le sol, elle symbolise à elle seule toute la vie passée 
du liameau, puisque les ancêtres, aujourd'hui défunts, n'ont 
bégayé leurs premiers cris sous ses voûtes que pour venir dormir 
plus tard à l'ombre de ses murs. 

Donc, toutes ces épaves, éminemment éloquentes, émeuvent et 
font rêver. Qui de nous, passant devant elles, ne s'est surpris à se 
dire : Avant les habitants actuels, avant la vie ainsi réglée qui 
.s'agite autour de ces chaumes, dans les siècles antérieurs, il y a 
eu d'aulres habitants, hantés de mêmes désirs, assaillis de mêmes 
nécessités, assujettis à de mêmes tribulations, en butte à de mêmes 
peiues, favorisés de mêmes bonheurs. Ces gens-là, comme leurs 
descendants, travaillaient, se mariaient, plaidaient, traliquaient. 
Ils étaient soumis à des chefs, ils payaient leur tribut à l'impôt et 
tiraient leurs chapeaux à des seigneurs. 

Où donc était alors le château de ces beaux sires? Qui le bâtit, 
quand disparut-il? Quelle prison recelait les vagabonds et les mal- 
faiteurs? On se réunissaient les braves gens pour discuter entre eux 
de leurs intérêts? Qui donc était curé à telle date, maire à telle 
autre, échevin au moment de tel événement? Quel généreux 
donataire a fait cadeau de celte grosse cloche qu'on entend de si 
loin? D'où proviennent donc telle coutume bizarre, tel usage sin- 
gulier?. .. 



MÉLANGES 79 

Mon Dieu, je conçois, dans loule sa sincérité, le plaisir — mêlé, 
il e.'^l vrai, des peines et des angoisses du travailleur — le plaisir, 
dis-je, qu'a dû éprouver M. l'abbé Pétel, en écrivant sa récente 
histoire d'Essoyes, et la joie profonde qu'il a certainement res- 
sentie en donnant le « bon à tirer » sur la dernière épreuve. 

Pour celui qui y est né, la plus humble bourgade conserve tou- 
jours une physionomie captivante de capitale. 

La moindre pierre, le plus obscur tournant de route prend pour 
les yeux de celui qui les considère depuis sa naissance, les propor- 
tions intéressantes d'une personnalité. Tel nom, tel fait même 
banal, même d'un relief relatif, deviennent tout un poème pour 
l'initié, et il n'est pas un coin de terre, pas un lopin de vignes 
ou de pré qui ne semble un personnage, si quelque tradition de 
famille, si quelque pièce d'archives authentique affirme que, en 
telle année, il appartenait à un gros seigneur des environs, ou 
que le manant un tel y a promené sa charrue pour le compte des 
bons moines de tel couvent. 

Quand celte curiosité, instinctive, se double de l'acharnement du 
labeur, c'est véritablement une nouvelle vie qui vient ranimer 
tout ce passé défunt. Et ce n'est pas un mince mérite pour 
l'crudit consciencieux que de retracer en de copieuses pages aux 
yeux de leurs descendants, toute l'histoire des peines, des joies, 
des habitudes et des mœurs de ceux qui les ont précédés sur le 
sol où ils triment à leur tour. 

Je n'ai pas l'intention de faire ici l'analyse de VHisloirc 
d'Iissoyi'.s. J'aurais trop peur de m'embrouiller dans les rameaux 
toulfus de sou arbre seigneurial et de m'égarer dans les Longvy, 
les Guillaume d'Anglure, les Lenoncourt, les Bondoire, etc. 

Je n'ai pas non plus à apprécier sa valeur historique; d'autres 
le feront avec plus de compétence. 

Mais, je ne sais plus quel chroniqueur évoquait récemment en 
termes subtils tout le cliarme mystérieux qui réside dans ces 
vieilles pierres, dans ces coins de rues ou ces porches délabrés 
que soulignent d'un trait les fabricants de « Guides de voyage ». 

Même si l'art en est absent, ils plaisent. Car ils ont clé des 
témoins, des témoins muets et sourds de faits accompli-,, d'évé- 
nements fameux, et à ce titre seul, nous les regardons déjà, en 
dépit de leur stupidité de matière, avec les yeux émerveillés dont 
nous couvons un voyageur qui arrive de loin et garde dans sa cer- 
velle mille impressions grandioses. 

C'est ainsi, et c'est pour cela que j'ai lu l'ouvrage de M. l'abbé 
Pétel. Comme d'autres l'ont fait pour 'l'royes et pour d'autres 
coins du département, son livre met en quelque sorte une idée, 
un souvenir, une date, une étiquette sur les mille et une choses 
dont se compose l'histoire d'une ville et c'est une intelligente 
façon de la faire mieux aimer. 



80 MÉLANGES 

En le lisant cet hiver, devant la flannbée, les compatriotes de 
l'auteur, retrouvant au long des pages les noms de leurs aïeux à 
côté des tilres honorifiques et des mentions flatteuses, le remer- 
cieront certainement du fond du cœur, au nom de toute cette 
dynastie de braves gens, et le féliciteront, comme j'ose le faire, 
de son culte pour le passé de son pays natal et du généreux zèle 
qui lui a permis de mener à bonne fin une si vaillante et si méri- 
toire entreprise. 

(Croix de l'Aube.) Lucien Morel. 



L'Imprimeur Géraol, 

Léon F RÉMONT. 



UN BUDGET 



DE LA 



CHATELLEiME DE MOUZON 

[i5i5-i5i6] 



Il existe à la Bibliothèque nationale, Fonds français, 11573, 
un registre très intéressant, sur la première page duquel a été 
tracée l'indication suivante : € Compte de la Terrkkt UEVEtiVE 
DE LA Chastellenie DE MousoN, trouvé en la prinse de la 
ville Et envoyé par mons'' le Conte de Nassou, en sep^''^ 
A^'XV'XXI d Tempère'' et après par sa ma'"- envoyé par mons"^ 
le Trésorier gnal de ses /ïaances en la chambre des Comptes à 
Bruxelles pour Illecq y estre gardé. « Le compte est celui de 
l'année 1515-lol6, présenté par Guillaume Vaillant, Receveur 
pour le Roy de la terre et revenue de la Chastellenie de Mou- 
zon, Messire Gralien d'Aguerre étant alors gouverneur. Nous 
n'avons pas trouvé comment ce précieux manuscrit, porté de 
Mouzon à Paris par Vaillant lui-même, puis rapporté à Mou- 
zon, enlevé avec les archives du gouverneur de Montmort et 
adressé à Bruxelles, e^t finalement rentré à la Bibliothèque 
du roi, à Paris. Quoi qu'il soit de ses pérégrinations, qui sou- 
Hgnent et rappellent des faits mémorables de notre histoire 
nationale, il nous a semblé qu'il méritait, sinon une reproduc- 
tion intégrale, du moins une analyse détaillée des nombreux 
renseignements historiques, topograpbiques et économiques 
qu'il renferme. En éliminant les longueurs d'expressions, les 
détails inutiles de certaines dates, les renvois à des pièces jus- 
tificatives sans intérêt, les conversions de monnaies parisis en 
tournois, les redites, les tautologies nombreuses, nous avons 
pu condenser en quelques pages la substance de ces « six 
vingt seize feuillets de parchemyn du compte escript et gros- 
soyé » par notre verbeux receveur. 

La valeur et le prix des choses et la rémunération du travail 
ont surtout attiré notre attention. Malheureusement, très peu 
d'objets figurent et sont cotés au compte ; ils y sont, comme 

6 



82 UN BUDGET DE LA CHATELLENIE 

ordinairement ailleurs, trop mal définis pour qu'on puisse les 
mesurer, les apprécier et les comparer avec ceux qui leur 
correspondent dans la vie actuelle, et enfin poser des conclu- 
sions absolument péremploires quant à la valeur relative et k 
la puissance de l'argent. Néanmoins, il y a quelques indica- 
tions précieuses à tirer du compte sous ce rapport, et voici 
comment nous les formulerons. 

Le compte lui-même nous apprend : 1'^ que le muid de grain 
vaut 12 setiers, le selier 2 mines ou 4 minois ou quartels ; 
2» que pour l'évaluation, le blé est estimé, à Mouzon, 12 sols 
tournois et, hors Mouzon, 9' 8'^; l'avoine 4 sols et 3^ 4'*. On 
sait, d'autre part, que le quartel, qui contenait 10 pots, devait 
en blé peser 40 livres. Or, il a été vérifié, ou il était convenu, 
pour les opérations du marché, qu'un poids de 220 livres fai- 
sait ce que, ily a 30 ou 40 ans encore, on appelait le sac aux six 
(lisez 6 mesures dites quarlels), valant 150 litres*. On déduit 
aisément de là que le setier de grain contenait 109 Ulres, et le 
pot 2^72. Fmalemenl, notre hectolitre de blé vaut, en loi 5-1 51 6, 

à Mouzon, il sols, et, hors Mouzon, 8" 10''— L'hectolitre d'a- 
voine vaut 3' 8"* et 3^ Nous relevons, sur une cote de mar- 
ché aux grains, qu'aujourd'hui, l'hectolitre de blé vaut sensi- 
blement 1 4 francs, et un hectolitre d'avoine, à peu près 8 francs. 
De là résulterait, en prenant les prix de Mouzon, que, relative- 
ment au blé, le sou de 1515 vaut — == 1 fr. 27 et, à l'avoine, 
-^ = 2 fr. 18. En réalité, le marc d'or valait, en 1507, 

3 2/3 ' ' 

150' 3» 4'^; le prix était le même en 151t), où le cours de l'escu 
d'or à 23 karats, pesant 2 deniers 16 grains, était de 40 sols. 
Ce qui met le gramme d'or à 12' 4'^. De présent, le gramme 

vaut 3 fr. 44; par suite, le sou de 1515 vaut j^^ = fr. 28. 

, 1 27 

Donc la puissance de 1 argent, -—]-, était environ 4 Yj fois 
plus grande qu'aujourd'hui, si on part du blé ; et '^„^ = 7 % 

fois, si on part de l'avoine. Si l'on avait tenu compte que les 
payements en grain sont • moietables », c'est-à-dire se font 
moitié blé moitié avoine, il y aurait eu lieu de prendre la 
moyenne de ces deux puissances, qui est sensiblement 6, 
chiffre auquel on parviendrait avec les prix voisins de 20 fr. 

1. Â la densité 0,75, qui est celle le plus ordinairemeut doaaée au bulle- 
tin des marchés, 150 litres pèsent 112 k. ?î. Et 220 livres valent 107 k. 70, 
presque notre quintal métrique. 



DE iVJOUZON 83 

et 6 fr. l'heclolitre de ble et d'avoine, il y a 30 aus. D'après 
cela, le sou peut doue èlre évalué, eu monnaie d'aujourd'hui, 
0,28 X 6, à peu près l fr. 05, et la livre, 1,65 X 20 = 33 fr. : 
c'est la valeur donnée ordinairement sous Louis XII, et cal- 
culée sur le prix du blé (V. Chéruel, Dictionnaire des Insti- 
tutions). Cette valeur tombe à 1 fr, 83 sous François P"" : ce 
qui prouve : 1° que le prix du grain avait augmenté, 2° que 
la puissance de l'argent avait diminué. On sait, en effet, com- 
bien capricieuses et réitérées furent les variations de la 
valeur attribuée à la livre tournois. 

La journée d'un manœuvre était payée 2*^ 4^*. Pour acquérir 
un hectolitre de blé, il fallait donc que cet ouvrier travail- 
lât-^^ = 4 5/7 jours. Aujourd'hui, le manœuvre gagne 

3 francs, et doit travailler 14/3=4 -/s jours pour se procurer 
la même quantité de blé. En face de sa nourriture, l'ouvrier 
est donc également payé aux deux époques, son salaire n'a pas 
changé. jSous tirerions la même conclusion pour le maçou 
payé 3' 4^^ et 4 fr. 25. Ici, 2 1/3 sols valent 3 francs, le 
sol revient donc à 1 fr. 28, qui est bien la valeur déjà trouvée 
en évaluant ledit sou en blé. 

Les autres denrées de notre compte, moins facilement 
appréciables et comparables, ne peuvent plus rien nous 
apprendre d'aussi certain. Ainsi, le prix d'une poule est 
de IG-i ; aujourd'hui, il faut au moins porter ce prix à 2 fr. 50, 
ce qui met le sou à 3 francs. De sorte que, à ce compte, notre 
manœuvre gagnait 2 1/3 fois plus en 1515 qu'eu 1893, et 
la puissance de l'argent était plus de 10 fois plus grande. Une 
anguille cotée 20 deniers serait-elle payée 3 francs aujour- 
d'hui? Si oui, le prix du sol se fait à 1 fr. 80, la puispance de 
l'argeut se réduit presque à 6, Un pot de vin de 3'24 étant 
compté 22 1/2 deniers, le litre se paie 7 deniers. L'ouvrier de 
1513 peut en gagner 4' par jour; celui de 1893, payé au 
même tarif, devrait payer le vin à raison de 0,75 le litre : 
selon toute apparence, c'est plus que ne vaut aujourd'hui le 
vin en question, et si c'est de vin de pays qu'il s'agit, fr. oO 
sérail un prix raisonnable. Ce qui met le sou à fr. 85, et la 
puissance de l'argent à 3. Nous noterions encore bien que 
le demi-feuillet de parchemin, écrit et grossoyé, est compté 2 
sols et demi : mais nous ne pouvons rien décider, ne sachant 
pour quelle somme compte le travail du scribe : consta- 
tons seulement que 145 journées de manœuvre paieront 
les deux cahiers de parchemin noircis par Guillaume \ aillant. 



84 UN BUDGET DK LA CHATELLENIE 

La réfection des âtres de four a coûté 16^ 8^ à Beaumont : 
pour combien compte la matière première? Nous ne le voyons 
pas, mais uous pouvons dire que la dépense totale équivaut à 
5 journées de maçon. On a refait un pont (de quelle impor- 
tance?) et placé une chesné (gouttière ou chesueau) pour 
108 sols. Le détail manque, tout comme pour le 1er à moulin, 
payé 32 sous, dont nous ne savons ni la taille ni le poids. Par- 
lerons-nous, avec plus de précision, du dîner de six personnes, 
qui a coûté 10 sous, c'est-à-dire, à nos prix actuels, 3 francs 
par tête? Que comportait le menu? 

Dans la réparation des écluses, la journée d'un domestique, 
avec cheval et tombereau, est cotée 5 sols. Mais le cahier 
de Vaillant enregistre ici une erreur; car, d'après le total de 63 
sous pour 7 journées, il semble que l'on a porté la journée à 9 
sous. Nous avons trouvé, dans des comptes de la ville de 
Rethel, le même prix de 5 sous pour le même travail, à 
la même époque : à 1 fr. 65 le sol, cela fournil 8 fr. 25 pour 
une journée que l'on compterait peut-être 10 francs au plus 
aujourd'hui. Un peut donc admettre que la rémunération 
est encore sensiblement égale aux deux époques. 

Un messager à pied a été payé à raison de 5 sols par 
jour, qui représentent plus de 8 francs de notre temps. Il 
était, en somme, chargé de commissions qui demandaient 
intelligence et savoir : peut-être serait-il payé à ce taux 
aujourd'hui, pour une besogne équivalente. Quant au rece- 
veur, se rendant à Paris pour régler ses comptes, on lui donne 
une livre par jour, soit une trentaine de francs pour voyager, 
séjourner et vivre à Paris : c'est acceptable ; mais aujourd'hui, 
les 24 livres ou environ 800 francs pourraient, grâce à nos 
moyens de locomotion et de communication, être abaissés à 50 
ou 60 francs, parce qu'il n'y aurait plus lieu à voyage, mais a 
expédition. 

Relevons encore la paie des sergents à cheval ; elle est 
de 12' U'% soit environ 400 francs. Or, ces sergents, qui sont 
officiers du roi, sont les employés du prévôt, s'il s'agit de 
police ou de justice, du receveur, s'il s'agit de taille ou d'im- 
pôts. En somme, ils fout presque l'office de nos gendarmes : 
ils sont deux fois moins payés, malgré la petite indemnité 
qu'on leur alloue pour recueillir les cens. Le sergent à verge 
de Beaumont touche 15 deniers sur les revenus du roi : c'est 
(}uelque chose comme le garde-champêtre ou urbain de Beau- 
mont ; il est payé par la ville, et nous n'avons ici qu'une faible 
part de son traitement. On pourrait en dire autant du garde 



DE MOUZON Sri 

forestier du Dieulet, qui reçoit 7y sous ou 120 francs : quoique 
officier du roi, il est peu payé, mais sa rétribution est très pro- 
bablement proportiouuelle à l'élendue des triages qu'il sur- 
veille. Le concierge de la prison louche o livres ou 160 francs : 
sa fonction mérite-t-elle plus? 

Les officiers d'un grade plus élevé reçoivent, le procureur, 
36 livres ou près de 1,000 francs, le receveur, 40 livres ou plus 
de 1,300 francs, Ces chiffres sont certainement inférieurs à 
ceux qui aujourd'hui couviendraiem à des positions à peu près 
analogues : le percepteur de Mouzon actuel est payé le triple 
au moins du receveur de 1515. 

Nous réservons le gouverneur, qui louche 300 livres, pas 
loin de 10,000 francs. Si nous nous représentons bien la fonc- 
tion, c'est largement, trop grassement payé. Mais il faut 
aussi considérer que l'octroi d'un gouvernement est une 
récompense, un témoignage de gratitude donné à quelque 
serviteur dont il faut reconnaître ou la supériorité ou le dévoue- 
ment. Or, Messire Gralien d'Aguerre est un personnage d'im- 
portance, homme de guerre valeureux, seigneur puissant 
et riche, capitaine de cent lances de la grande ordon- 
nance, conseiller amé et féal des rois Louis XI, Charles VIII 
et Louis XII : il est propriétaire, et il cumule les emplois et 
les pensions. Il a servi jadis les ducs de Lorraine, qui lui 
ont donné, en 1477, pour prix de ses signalés services, 
les seigneuries de Damvillers, de Chauvency, qu'il restituera 
plus tard, contre une reconnaissance de 30,000 livres, valant 
plus d'un million daujourdhui, et garantie par les seigneuries, 
baronnies, villes, châteaux et châlellenies de Rumigny, 
Aubenton, Any, Martigtiy, Ivoy*. Comme conseiller, des 
reçus encore existants à la BB. nationale, dossier d'Aguerre ou 
fonds Glairambaull, nous attestent qu'il jouissait d'une pen- 
sion de 1.2O0 livres eu 14b4, et de 1,800 livres en Uyl. 
Il a guerroyé longtemps en Italie ; aussi, Louis XII lui fait-il 
le royal cadeau de 2,000 écus, 3,500 livres, près de 120,000 fr., 
pour l'aider « à entretenir son estât à son service, soutenir les 
grands frais, mises et dépenses qu'il a faits ci-devant au ser- 
vice du roi Charles, pour la conquesle du royaume de Sicile, 
où d'Aguerre l'accompagna et demeura longtemps après lui, 
pour le récompenser euûu de ses estais et pensions du temps 

l. Carignan. En février 1487, Graliea d'Apuerre et Robert de la Marck 
attaquèrent Ivoy, occupée par les troupes de Maximilien d'Autriche, époux 
de îJarie de Bourgogne, dans Tapana^e de qui se trouvait Ivoy. Un sait 
que Koberl trouva la mort dans cette entreprise. 



86 UN BUDGET DE LA CHATELLENIE 

qu'il est demeuré par delà » . Il touche, comme capitaine, 20 sols 
par lance et par mois : sa compagnie est réduite parfois à 45 ou 
50 lances, ses reçus portent 54u liv. en 1491, 600 en 1493 et 
141^9. Celte compagnie est fournie et, le 24 août 1498. il reçoit 
25 haruois complets, 50 brigaudines, 50 salades fournies de 50 
bannières, etc. Les nombreuses revues qu'il a passées à Mou- 
zon', et dont ou conserve, au même lieu, les états, seraient 
très intéressantes à étudier pour le personnel, principalement 
navarrais et basque, qu'elles exhibent : qu'il nous suffise de 
relever que deux des hommes d'armes ont leurs noms couchés 
à notre compte, et ont fourni matière à un article sur le droit 
d'aubaine. En résumé, en dehors de ses revenus personnels, 
notre gouverneur touchait annuellement plus de 3,000 livres, 
qui représentent le joli chiffre de 100,OuO francs, lequel paie- 
rait deux ou trois de nos généraux chefs d'armée. 
Gela dit, voici le résumé de notre compte. 



RECETTES 



CH. I. Rentes fixes ou non muables. 

I. MOUZON. a. Cens et chevaiges deus au Roy, ensemble les 
Bourgeoisies d'Yoncq (7' !« 4^). — b. Bourgeoisies foraines, 
2 s. par bourgeois (néant). — c. Censés dites les Ceiisines, 
valaient jadis deux muys, reçu seulement 3 setiers (24^). — 
d. Maison du roi à la porte Bernard (14' T^)'- 

1 . L'une de ces revues est détaillf'e dans les Mémoires de Fleuranjïes. 
Les compagnies de Robert de la Marck et de d'Apuerre nous offrem des 
noms tiès connus de noire histoire loi;aIe : les Mendy, seigneurs d'Artaise ; 
les de Saint- Vincent, qui s'établissent à ce moment dans nos cantons ; les 
d'Ambly ; la dynastie des d'Aguerre, bâtards ou légitimes ; les d'Anglure, 
les Boutillac, d'Estivaux, de Failly^ de Castres, de Louville, de Mire- 
mont, etc. 

2 Ces recettes se faisaient sur le pont du marché (ou Saint-Nicolas), en 
présence du Procureur du roi (Ponce Gobert), du garde des sceaux de la pré- 
voslé (Idcnri Hichier), du tabellion royal (Nicolle Flory) et autres sergeos à 
ce comtiiis. — Les cens variaient suivant la manière dont se louai ni les 
tourn-'lles et les fermt's, l*our l'année 1515, une partie des lieux, places, 
cours ou ja'dius qui les doivent ayant été employés à faire des aisances, 
boulevanls et fortiûcutions, il n'a été rien perçu, maljiré l'entière recelte 
ancienne de 7' 1* S'* qu'on annulera plus lard aux deniers rendus. 

Au manuscrit on lit < ville do donc » : c'est une erreur du copiste, qui 
devait mettre « ville d'Onc » pour la ville d'Yoncq actuelle. 



DE MOUZON 87 

2. Beaumont. Rentes en deniers deus au Roy (4' lo";. — Cens 

des prés (50") '. 

3. Lesta.vNE. Rentes (i '3 est aux hommes de fief) (8*). — Cens 

des prés, payé par le maire (1/3 aux hommes de ûei) (j2s). 

4. La Bezace. Rentes et revenues (28s). — Cens des prés (30*). 

5. DOUZY. Cens et Rentes (34'). — Cens des prés (8»), 

6. Francheval. Rentes (40'). — Cens des prés (12»). — Pillon 

(pour l'huile ?) (2* 6d). 

7. Villers-SarnaY. Rentes (32s). — Cens des prés (16^). 

8. Balant, Rentes (5^). — Cens des prés (j'), 

9. Fli.nGneul. Rentes (4'). — Cens des prés (js), 

10. FloinG. Sougnies (cens, taille, chevage, capitation (15*)-. 
XI. S*-MenGE. Rentes (j«). — Cens des prés (j^). 
13. Vignes du Roy à Mouzon, 7 arpents 97 verges (i4'). 
Le contrôleur inscrit en total ; 451 3s 4<it'. 

a. Chevaige, capitatioa ou impôt par tête. 

b. Uoe franchise était attachée à ces bourgeoisies. 

d. « A présent a Thomas la Mocque. j Tenue jadis par Le moyne Per- 
mentier, et antérieurement par Jean Coquibus (34' 8''„). Henry Person a 
présenté une lettre du Roy, 4 mars 1381, qui lui donnait, comme héritier de 
la sœur de Coquibus, femcae d'un nommé Barlanery (1435), le droit d'être 
à l'ancien cens. 

1. Reçues par Guillaume Gobert sergent à cheval, muni de la commis- 
sion de Gralien d'Aguerre, pour recevoir tous les cens rentes saulvemeats 
de toutes les villes, terres et seigneuries de Mouzon. A cause des guerres, 
de 16' 10'', on n'a touché que 4' 10't, 

2. Nous trouvons la définition de ce droit au Cartulaire de S'-Médard 
de Soissous, 1320 : « Tous ceux qui sont possesseurs et détenteurs de cer- 
taines maisons et hériiaiges situés et assis à Donchcnj et s^mbldblementtous 
les hobitans et manans des villes de Vngne-Meuse^ Villelte et Donc sont 
tenus et redevables dudit droit de Sougnies. ... Cest assavoir de labourer, 
cultiver et semer chacun an trois pièces de terre arables appartenant audit 
prieur (de Donchery) et sont tenus scier et taucher les dépouilles, etc.... « 
Cette redevance est ici convertie en argent ; elle est du reste commune en 
Champagne, et signifie à peu près la même chose que chevage ou capitation. 

3. L'étendue de ces vignes est sensiblement de 3 hectares, et le revenu, 
évalué en monnaie actuelle, serait d'environ 3U0 francs. Ce qui met l'hec- 
tare à cent francs de cens — On voit, par le détail du compte, que Us vignes 
sent fort diminuées depuis cent ans, qu'une gr<jnde partie est restée en « jache 
et triocts », quo . les a délaissées parce qu'elles sont t gaslées et en bruyne ». 
Le Rôle des tenanciers, certifié de Gobert, Hichier et Flory, porte les noms 
suivants : Hussou Vaillant, Oudart Jatîquemart, Jacquemin Dommaige, 
Jehan Robert, V= Collet Jacque, Jehan Caquette, Bertrand Thierou, Jehan 
de la Bes-tace, Tumas Coisonnel, CoIsoq Hamel, Jehannin Moismot, Colson 
de Pouron, J-han (iuillet, Gérard Croch-t, Poucelei Andrieu, Jehan Perro- 
tin, Jehau Procevil'.e, Jehan DetFousauU, Jehan Brescheville, François 
Lausena, Jehan Brizelon, Guillcmin de German, Henry de Maubourg, 



88 UN BUDGET DK LA CHATELLENIB 



CH. II. Domaines et Rentes muables. 

1. MOUZON. a. Fermage delà pescherie en Meuze. Bail 1513- 

15 16 à Petre Beschet (46'). — h. Foires, N. D. en sep- 
rembre et S'-Michel, où on percevait un quartel de sel par 
chaque nef ou basteau venant par la rivière (néant). — 

c. Moulins du Roi. Bail 1^5-1518 à Jehan Pasquis,à raison 
de 25 muys 9 setiers grain, moitié blé moitié avoine, suivant 
toutes les redevances en grains non autrement indiquées. Les 
grains en provenant vendus à Didier-Lourdel (123^ 12s). — 

d. Fermage de la FouUerie, taisant partie des Moulins, baillée 
aussi à Jehan Pasquis 13^ 10*). — e. 2j anguilles fournies 
par le même Fermier, à i6d pièce (41* 8). — /. Debvoir des 
Boullengers vendans pain à Mouzon (45*). — g. Rente deue 
par les taverniers qui font crier vin à plus haut prix de 18 
denieis parisis le pot, affermée à Jacquemin le Pardonnier 
(60^)'. 

2. Beaumont. a. Terraiges, affermés à Collet Didier; le roy 

n'en touche qu'au delà de 52 muys. Les vins entièrement à 
lui (néant), b. Vins (35'). — c. Tonlieu de la ville (néant). — 
J. Vins (néant). — e. Four. Bail de 1510-1522 à Jupins Maçons, 
Le roi ne touche que la moitié, et les francs vins en totalité 
(66^ 8). Le duc de Bar a le reste, soit 13 s. 4 d. — /. Moulin. 
Bail de ij 15- 15 23 à Richard le Royer, au prix de 24 setiers 
de grain moietable ; le roi a les deux tiers, vendus à Jehan 
Fagot (66' 8) ; l'autre tiers est au duc de Bar. — g. Vin. Il 
est eii entier au Roi et calculé à raison de 2^ s. par muy sur 
le bail, ici 25 x 2 = 50 s. - 

Didier fils Richard, Jacquemin Alardin, Messire Jehannot, Jehannot Bre- 
tancourt, Riquesson Vaillant, Jacquemin Alardin, flenry /?jc/iier, Simonne 
fille Jthan le Cordier, Jehan Bryon, vefve Cacquet, Jehan Dardamme, 
Geofiroy Michault, vefve Drohier, Jacquemin Rosselet, Jacquemin Mouson 
et vefve Jehan Veau. 

D'une manière générale, les revenus sont fort amoindris ; le receveur rap- 
pelle les anciens revenus, qui auraient fourni au moins 175 livres au lieu de 45. 

1. f. Chaque Boullenger payoit par trois fois un pain de 15 deniers. 
Ils étaient douze : Colinet Cordier, Jehan Regaault, Jehan Drohier, Jehan 
Pierrat, Jehan Gerin, Marion Royard, Husson Jolys, Jehan Jacquet, Poncelet 
de Courfaul (Curfoz ?), Jaisson le paticier, Jehan Charlier, Jacquemyn 
Drohier. 

2. h. Le roy a toujours le droit complet du Vin : le Vin ou les francs 
vins sont une sorte de cens perçu sur les baux oa marchés. Ici, on prend 
20 à 25 sous par muids de grain. On a dit depuis, et on disait encore 
récemment « donner des épingles ». Les Ordonnances de Sedan les défen- 
daient pour tout marcné ne montant pas à cent livres. — c. Le loulieu était 
ordinairement un droit de place dans les foires et marchés, ou de juridiction 
sur les mesures. Oaiis riîtal des revenus de l'Archevêque de Reims, souve- 



DE MOUZON 89 

•ç. Lestanne, u. Terraiges : sont aux hommes de fief; le roy ne 
touche que passé 6 muys. Affermés 4 muys à Remy de 
Waime (de la Wame) (néant). — b. Vin (loo'), — c. Ponton- 
nage de la Meuse (néant). — d. Vin (néant). — <;. Pièce de 
pré à l'abordage du Ponthon. Bail i<fo6-i5i3 à Baudouyn 
Charlier {12^}. — /, Fours (néant). — g. Vins (néant). — 
h. iMouIin et fbullerie. Bail 1512-1518 à Thomas Hostellar 
(100*) compris les francs vins. — ;. Huit faulchées au pré du 
Vivier, baillés à Jehan Protin (8') '. 

4. La Besace, a. Terraiges. Moitié pour le Roy. Fermier Médard 

Dour, 6 muys (23' 8s;. — Vais (6') à 20^ par muy. — 
c. Four. Moitié pour le Roy. Bail 1511-1522 à Jehan le 
Doulx. 

5. VILLERS-s-Meuze. Maierie de la Ville. Bail 1 5 15- 1 518 à 

Jacquemin le Pardonner (44'). — b. Four. Moitié au Roy 
(32s). Baillé à Jehan Regnauld. — c. Pontonnage. Bail 
1514-1517 à Thomas de Rouffy (66s) -. 

6. Vignerons les Mallades. Censé de la maison (néant) 3, 

7. Moulins. Terraiges (néant)*. 

8. DOUZY. a. Terraiges (1/2) Affermés à Henry le Davoudel 

(29I IV 6cl). — b. Vins (7' 11^ 8d). — c. Four (1/2) Baillé à 
Jehean !e Tourne (9'). — d. Moulin. Bail 1515-1518 à 
Hieblot de Douzy (104s) ^. 

9. FranchevaL. a.. Terraiges (1/2). Affermés à Jehan le Messin 

(22I 2s). — b. Vin (113* 4). — c. Four (1/2). Affermé à 
Jacquemin Bichot (64*). — d. Accensissement de la place ou 
étoit le moulin (32^ 9**). Baillé à Jehennot Husson". 
10. Villers-Sernay . Terraiges (1/2). Affermés à Guillaume 
Gobert (11' i^)- — Vin : (56* 8) — Four (1/2). Affermé à 
Jehan Depin (53»). 

rain de Mouzod, le toolieu à Beaumont figurait pour 10 1. 3 s. 4 d., en 
t375. Ici il est nul. — d. Le duc de Bar a le tiers du principal, soit 13 s. 4 d. : 
les francs vins comptent donc pour 40 s. •— En 1375, les fours donnaient 
16 1. lO s. p. ; les moulins 4 m. 7 setiers. 

\. c. Personne n'a voulu prendre la location du pont, depuis longtemps 
en ruyne ; on passe à Pouilly. — e. Situé au lourt de la i^ue ; c'est là 
que séjournoient gens et bestes attendant le passage. — En 1375, le four 
donnait 64 sp. et a la Bezace 4 livres sp. 

2. Des lettres patentes de François I" nomment le Pardonner receveur 
de Wouzon, en 1522. 

3-4. Les terres qui devaient terraiges étaient alors plantées de bois. Para- 
vant, valaient demi-muy à Vigneron, 6 setiers à Moulins. 

5-6. Les familles Devoudelle et Messin sont encore dans le pays. — 
Noter que, pour les villes de la rive droite de la Meuse, le roi n'a ordinaire- 
ment que moitié des revenus : le reste est à l'évèque de Liège ou rempla- 



90 UN BUDGET DE LA CHA.TELLENIE 

11. Ballant. Terraiges (i/6). Affermés à Guillaume Marchant 

(117^). — Four (1/2). .A François Didier (12'). 

12. FlingneuL ec S»-Menge. u. Terraiges (1/3). Fermier Jehan 

Jacquemin (loo^ 9^), — b. Four (1/2). En rouyne (néant). 
— c. Moulin de S*-Menge (1/4). A Jehan Parisot (15'). — 
d. Oyseaulx (1/2). à Guillaume Marchant (4' 12s). — ^. Terres 
de Compans et Champeaux. A Raoulin Hubiii (22^ 6d) . — 
/. Prés, terres d'.Arson et d'.Andières. Bail 1 505-1609 è Jehan 
Servais (75*). — g. Prés des Compains et Champeaux, à 
Pruche de Basourt (8' 11^ 6) '. 
Ctotal du contrôleur: 468' i" iid.) 

CH. III. Saulvements. 

Saulvements en avoyne, gelines et argent levés par Guillaume 
Gobert sergent à cheval sur les villes suivantes qui sont en la 
« sauvegarde et tuicion du roy » : 

Bazailles (19 setiers, 19 poulies). — Balant (10, 10). — Sedan 
(9,9). — Illy (8,9). — Daigny (10, 10). — Pourru Saint Remy (9,18). 
— Pourru dessus (ou aux bois, 8,8). — Munault (8, 16). — Tetaigne 
(21,21, 20 deniers). — Euilly (22, 22,22). — Vaulx (22, 22, 22). — 
Pouilly (11,22). — Rubecourt (0,0). — Nevant, Quincy, la Mon- 
celle, Lamecourt n'ont pas vouUu payer. 

En tout 13 muids un septier à 40 sols le muy. 
185 poulies à 10 deniers chacune poulie. 
Et 7 livres 14. sols a deniers. 

CH. IV. Espaves. aubeynes et forfaitures^ 

I . De Philippe Dandouesse -, chevalier, lieutenant général de la 
C" de Messire Gratien Djguerre, gouverneur de Mouzon^ pour une 
petite maison plate, advenue au roi par aubenage, par le trespas et 
décès de Lopes de Mougne, natif d'hspaigne, de ladite compaignie, 
et depuis pir ledit sieur donnée audit Dandouesse (40 s.). 

1. b. Les ofliciers do \l. de Liège, « qui a la moictié, n'v veuUent rien 
faire ». — d. Droits ou privilèges des iraucs hommes, ou des Oyseaux, ou 
dfs Oyseliers de la Prevosté de Mouzon. (V. notre Histoire de Mouzon.} 

2. Philippe d'Andueza figure à la revue passée de la Ci)mpagQie Ddguere, 
à Mouzon, le 22 mai l5l7l. (BU. nat. F. Fr. 215o7, n» ll'i) Ou le retrouve 
sous les ordres de \l. de .\Joulmort, Louis d'IIaugtst, gouverueur de Mou- 
ton, au siège de 1S21, où il délendit le pa.'^sage de la Meuse à la lêie de sa 
compagnie et de 3UU hommes diutaiiterie (du B liay). — Lopez de \Jiuuue. 
homme d'armes de lu même coiupaguie, est é la moutre faite à Mouzon le 
3 avril 1493. — Daudouesee n'est encore qu'archer. — Le droit d'aubaine 
ou de succesBiou aux biens d'un aubain, c'esl-a-dire d'un étranger non natu- 
ralisé : c'est le souverain qui recueille cette succession. 



DE MOL'ZON 01 

2. Vente des biens de feuejehanne de Bastogne, femme de Loys, 
le Meusnier de Beaumont ; laquelle, natifve du Luxembourg, est 
allée de vie a trespas sans hoirs de son corps, et estoit partant 
espave (55')- 

CH. V. Marchés (néant). 



CH. VI. Ventes de Bois' et Paisson. 

1. Paisson du Bois de Dueillet. Bail 1515-1518 à Henry Sunruyn 
(33'). 

2. Paisson du Boys de Séneval. Baillée à Guillaume Gobert (4'). 

3. Pai?son du Boys de Fay dessus Villers sur Meuze. A Guil- 
laume Marchant (60^). 

4. Paisson du Chesnoy. A Guillaume Gobert (40*). 

CH. VÎI. Prouffit et émoluement des prez. 

1. 18 faulchées au Pasquis du Jardin. Bail l'^o^-i^-^i à damp 
Jehan Davell (9' p). , 

2. Huit vingts (160) verges ù la Plate Pierre. Affermé à G™» 
Gobert (20^). 

■5. 12 faulchées séant à la bouche de Chier, A Jehan Martin (9' 18). 

CH. VII. Divers. 

1. Exploits de la Prévosté. Bail 1515-1518 à Guillaume Germain 
(61'). 

2. Tabellionnage de la ville de Mouzon. Bail 1513-1515 (22'). 

3. Amendes au pardessus du droit du prevost (néant). 

4. Rachapts, reliefz et quincts deniers, accensissements, engage- 
ments et transactions (néant). 

5. Rapports de boys (néant). — De rivière (néant). 

6. Terres tenues en la main du Roy : a. Cinq faulchées de pré au 
ban de Lestanne (non baillées, néant). — b. Cinq faulchées de pré 
en vielr Meuse. Bail à Regnault Murgaut (4'). 

CH. VIII. Autre recepte. 

De ce qui pouvait apetir et appartenir à Regnault de Saulx 

1. Le Dieulel, au sud de Beaumonl; — Séneval, défriché, maintenant 
ferme accolée aux Flaviers ; — Fay, uu autre est en face d'Alma ; — Ches- 
nois, au nord de Brouhan et d'Autrecourt. 



92 UN BUDGET DE LA GHATELLENIE 

escuier, en la terre et seigneurie de Villers advenue au roi nre sgr. 
le 2oe jour de mai 145:1. Ces terres, prés ont été en frisches et non 
valloir durant les années précédentes et jusques à naguères ; et enfin 
mis en la main du roi et réunis à son domaine, on en fait la recepte 
suivante du prouffict et revenuz diceux : 

1 . Terres à présent appellées « la Censé du Roy » à Villers sur 
Meuze. Bail 1515-1524 à CoUesson Berthollet, pour 6 muys 9 
setiers (26' 6^ 6<i). 

2. Quinze faulchées de pré seans au ban de Mairy et d'Ambli- 
mont (néant). 

3. Cinq faulchées de pré seans à la Petite Presie aux Sauix 
(néant) '. 

4. Douze faulchées nommés les Prés de la Rosche. Affermé pour 
l'année du compte à Percevens de Urset, à 16 s. 6 d. la faulchée 

5. Masure et jardin à Autrecourt, de l'acquisition de Regnault de 
Saulx^mais étant de la seigneurie de Villers, se trouvent comprises en 
l'art. I. (Néant). Baillée jadis à lehannot Percier, demeurant 
à Autrecourt. 

6. Saulcis de Villers tenant un pré dit à la Grant Presie (néant) 
pour la même cause. 

7. Certains bois à Villers-sur- Meuze (néant), même cause. 

8. Certaines terres, qui sont plaines de bois et savard (néant), 
même cause. 

9 . Douze faulchées de pré estants à la CuUée Rasse. Affermées à 
Perigault de tocys, à 19 s. 7 d. la faulchée (11' 15 s.). 

10. Seize faulchées de pré seaas à la Grant presie, en la main du 
roy par faulte de reliefs et quincts, lesquelles turent à Rasse et Bas- 
tien de Villers. Affermées à Jehennot Desevrat à 10 s. la faulchée 
(8'). 

11 . Quatre faulchées de pré appellées les Aruttes de Presles et de 
Villers, des dits Rasse et Bastien, assis sur le Russel de faise 
(Ruisseau de fâche). Affermées à Guillaume Gobert à 22 s. la faul- 
chée (4' 8^). 

Une autre recepte est indiquée à cause de plusieurs terres bois et 
saulsaies qui appartindrent à feu messire Regnault de Saulx, et assis 
au territoire de Villers sur Meuse. Ces terres et bois estoient long- 
tems a « à ayrans, triocts et savart )> et n'en avoit le Roi aucun 
prouffif. Ils ont esté au lieu acoustumé de Mouson et en l'église de 

1. Les 20 faulchées ont été seulement mises en la main du roi, qui n'en a 
affermé que 12, à Collesson BerlhoUel, qui déjà les avait tenues comme le 
montre un bail rappelé à l'art. I et unissant en 1507, à la charge de les 
« savarder et mettre en valleur 1. En sorte que le cens de ces prés est en 
quelque sorte ad|oint à cellui des terres, — Pour les 8 autres, voir art. 4, 
où le receveur dit que « néantmoins on a retrouvé douze faulchées », 



DE MOUZON 93 

Villers baillez à la chandelle au plus offrant et dernier enchérisseur 
à 20 d. le cent de terre et pré de cens annuel et perpétuel, à dater 
de S. J. Baptiste 1505. 

1. Mathieu de Neufville, dem' à Villers, 12 cens de terre (ao'). 

2. Gi.le de la Rouer, à Villers, 4 cents et demy (7' 6d), 

3. Jehan Oudart, à Villers, 13 cents et demy (22* 6'^). 

4. Jehanne de Neufville, à Villers, 8 cents et ung quarteron 
(13* 9d). 

5. Hieblot de Neufville, à Villers, 6 cents et ung quarteron 
(lo* jd). 

6. Pierrart de Gaudines, à Villers, 3 cents et trois quarterons 
(4' jd). 

7. Colson Barthollet, à Villers, 3 cents et demy (5" lod). 

8. Jehan Serva, à Rouffy, 2 cents (3* 4J). 

9. Hoirs Argnault Gontier 1, accensissement de i6^ 

10. Raoulin fils le Bastard de Villers, 2 cens et ung quarteron 
(2« 9% 

11. Jacques et Jehan Thomas, à Villers, masure (16"). 
la. Les mêmes, 2 cents et demy de terre (4* a"). 

13. Jehan d'Offaigne, à Villers, 3 quarterons (15''). 

14. Evrard Rollin, a Villers, 3 cents et aemi (5* 10). 

15. Henry le Clerc, à iVIouzon, masures, jardins, terres et prés 
(19^9^). 

16. Jacquemart de Neufville, à Villers, 2 cens et demy (4" 2''). 

17. Jehan Blancharc, à Villers, ^20 verges (S** 8"). 

18. Jehan Arnoult, à Villers, 5 quarterons (2*^ 1*). 

19. Jehan Ondoier, à Villers, demy cent (10'). 

20 . Gobert Huille, à Rouffy-lès-led. Villers, pour le Saulcis dudit 
Villers (6^ ii^. 

21 . Ysabeau la Besne, à Villers, 3 cens 3 quarterons (6' 3'). 
32. Jehan Collin, à Villers, demy cent (10'). 

23. Jehan Bladoret, pour la place ou jadis souUoit estre le mou- 
lin (la^) '. 

1 . Tenaient plusieurs heritaiges. On a trouve par les surcens que Regnault 
avait accensé aicunes teneure, tant maisons prés que terres ; et ces herilaiges 
estoient de nulle valleur a l'occasion des guerres qui ont esté par ci devant. 
Depuys les héritiers ont requis que raccens-issement leur fut baillé et délivré 
pour le même prix. Les dits herilaiges ayant esté criez à Villers et à Mou- 
zon, et personne n'ayant mis plus hault prix que celui fait à Arnault Gon- 
lier, ils ont été baillez aux dils héritiers, 

2. Le contrôleur donne pour total : Summa lotalis Receplœ presenlis 
Compatis 819' 16' Ui''. Dans l'Etal dressé en l'31lj, il est du que la prevosté 
de Mouson suloit valoir (à l'archevêque Thézard) la somme de 1,200 francs, 
et à présent (sous Richard Pique) vaut 800. 



94 UN BUDGET DE LA CHAÏELLENIE 

DÉPENSES 

CH. I. Despense a heritaige. 

1. MOUZON '. J. Aux hoirs de feu Pierre de Dj-igny^ qui n'ont pu 

fournir les preuves de leurs droits (néant). 

b. A Colhrr de FilUers, sgr de Sy, et Loys de Noire- 

fontaine à cause de leurs femmes Harman- 
galles et Mariete, filles de Henry de Voul^y^ 
héritiers de feu François lospiralier^prédéces- 
seur de feu Pierre le Guinaudel (7I 4^*). 

c. Aux hoirs ou aians cause de feu Guiot de Vuitry^ 

chastellain de Mouzon, et Jekan Compaignon^ à 
cause de damoiselle Allemande sa mère, tante 
du dit chastellain, 39 setiers. qui ont appar- 
tenu à Ambiete, fille de Jean Labbé (6 1/2), à 
Claude Tardif (6 1/2), à cause de damoiselle 
Meline^ S3 mère, fille de Jehan Labbe\ et encore 
a Claude Tardif (26), fils de Simon Tardif, 
chastellain à cause d'icelle chastellenie. Sont 
à présent à Jehan de Pouilly (3 1/2), Jehan 
Robert (15 3/4), Jehan Fagot (9 3/4)... (23' 8^). 

d. Aux religieux de S'-Denis de KeimS; quittance 

signée Jehan Massiot, religieux et prevost 
(16''). Sur les 46 setiers que l'on prend, 40 
servent ici, les 7 autres sont portés en fiefs et 
aumônes de Beaumont. 

e. Au curé de Mouzon (i^'') pour un setier de blé- 

froment. 
/. Aux religieux et trésoriers de N. D. de Mouzon, 

quittance signée de Bertrand Loisel^ trésorier 

(54*) pour 4 setiers et demi de froment. 
g. A la Maladrerie de Mouson (3') pour un quar- 

tel de froment. 

2. Beaumont*. û. Aux Eglises de Beaumoiu et Ligney en Bar- 

rois (néant). 
b. Aux religieux de S'-Denis, 2 muys sur les mou- 
lins ; quittance de six setiers, signée Massiot, 
compris dans les 46 de l'article /(39s), 

1. Le Chapitre 1 ne comporte que des fiefs elaumosnes. Ed ce qui touche 
Mouzon, les redevances se prélevaient sur les Moulins du Roy, 

2. Le roy ne prend et ne doil rien si les terrages ne dépassent 52 muys. 



DE MOUZON 95 

3. DOUZY. a. Aux hoirs 7f/tj'2 Vmc/f. 4 setiers sur les terrages, 

jion payés fuulte de devoirs non fai^ (néant). 

b. A Gober t d'Artai^e, au lieu et place de Jeh^n Bour- 

geois dit Prêtre, héritier de feu Jacques d'Q'-geau^ 
escuier, chastellain de Villers^ pour 2< setiers et 
demi sur les terrages (81 5* 9''). 

c. A Jehan Grosyeulx^ sgr de Villiers, au lieu de 

Jacquemin Lambinec et au lieu de feu François 
Languille. pour 8 setiers sur les terrages, à cause 
de Catherine, fille de feu Boudain et du Momel 
sa mère ()2S). 

d. Au curé de Douzy, pour un quartel de blé et un 

d'avoine (3* 3^). 
e. Aux charités de N.-D. de Mouzon, 5 setiers blé 
3 avoine sur les terrages ; quittance de damp. 
Jacques Besquel. prieur et religieulx de l'abbaye 

4. Francheval. Au curé, 9 setiers blé et 9 avoine, plus 3 setiers 

pour le marglier (marguillier), sur les terrages 

5 . ViLLERS'Cernay. a messire Robert de la Marche^ sgr de Sedan, 
deux muys sur les terrages, part du Roy, 
au lieu de messire Gerosme de Braque- 
mont (7I 16**). 
6. LaBEZACE. a. Au curé, 12 septiers blé, 9 avoine, en ce com- 
prins 3 septiers blé pour le marglier, sur les 
terrages (7' 6^). 
b. D'anciens comptes apprennent que Guillaume 
de Braquemont prenait, au lieu de Gilles de 
Barbençon^ 8 setiers de vin, 4 du meilleur et 4 
de moien tout creu au diocèse de Reims, huit 
poulies à 3 sols parisis. De présent la chose 
compete et appartient à Messire Robert de la 
Marche^ fils et héritier de Jehan de la Marche. 
Les terrages ayant été de nulle valeur, il y a 
néant pour ce compte. 
4. Divers. Au chapitre de la Magdeleine de Verdun, sur la Mairie 
de V Hier s sur Meuse (37' 10*). 
h. Aux héritiers de feu Guiot de Vuitry, chastellain 
de Mouzon, et de sa tante, 50 sols parisis sur la 
recette de Beaumont. (Néant), pour ce que les 
recettes sont de trop petite valeur. 

c. Aux quatre sergents à cheval, sur les mêmes 

rentes, 8 sols p. (Néant, pour même motif). 

d. Au forestier du boys de Dueillet^ deux sols p, sur 

lesdites rentes (2*^ 6*). 



96 UN BUDGET DE LA CHATELLENIE 

e. Au sergent à verge de Beaumont^ 12 deniers p. qui 

se prennent sur lesd. terraiges et rentes (15'). 

/. A Monsgr le Duc de Bar, un tiers au demourant 

d'icelles rentes, (néant), étant de nulle valeur. 

5. FRANCHEVAL. Guillaume de Braquemont au lieu de Gilles de 

Barbençon souUoit prendre, en quatre termes, 

41 sols parisis sur Francheval. La chose^ de 

présent, compecte et appartient à Messire 

Robert de la Marche. (Néant) pour ce que le 

tonlieu est de nulle valeur*. 



CH. II, Gaiges d'officiers. 

1. A messire Gratien Daguerre^i chlier sgneur d'Aubenton et de 
Rumigny, conseiller du roi et gouverneur de Mouzon, pour ses 
gaiges ordinaires (300'). 

2. A Guillaume Vaillant, receveur ordinaire de Mouzon (40'). 

3. A maistre Jehan Triquet, procureur du Roy (50'). 

4. A Guillaume Marchand, Henry le Clerc-, Guillaume Gobert, 
Regnault Murgaut, sergents à cheval du Roy (50'). 

5. A Collet Dubouscheust. courier portier du château (100*). 

6. A Robin Bonvallet, commys et forestier du boys de Deuillet, 
appartenant au roy (75*) ^ 

CH. III. Œuvres et Reparacîons fêtes à Mouzon 
et ailleurs. 

î . Aux fermiers des fours de Beaumont, Douzy, Francheval 
et Villiers Sernay (46' 8"). Pour un astre neuf à chacun desdits 
tours : Beaumont (16' 8"), Douzy (10"), Francheval 10') et Villiers 
Sernay (10'). 

1. Un aveu et dénombrement de Roberl de la Marck, tourni en 1477 
(V. Histoire de Mouzon, Chûlelleuie) , mentionne toutes les redevances pré- 
cédentes le concernaat. 

Le contrôleur a inscrit à la tin de ce chapitre : Summa feodoium et ele- 
mosinarum (total des fiefs et aumosnes) 25' 16' 3". — Les fiefs sont des renies 
parfois perpétuelles, quelquefois viagères, et même de durée définie, que le 
seigneur paie à des laïques. Les aumônes sont des rentes faites aux com- 
munaulés religieuîes. Cps fiels et revenus ne sont pas ordinairement pris 
sur le revenu net, mais sur les sources mêmes du revenu, précisées et dési- 
gnées par le seigneur, et perçues direclcmenl par le bénéficiaire : « G. a 
coutume de prendre. » 

2. Fils du dernier maître de la monnaie de Mouzon, 

3. En 1375, outre le « prepositurus n, on trouve de même les « guber- 
nalor, receplor, servientes preposili (aergculs du prévôt), servieates nemo- 
rum archiepiscopalium (forestiers), portarius caslri Mosomensis », 



DE MOUZON 97 

2. A Jehj.n Paris ec Therion Feraiges, charpentiers (io8'), pour 
avoir retait le pont du Moulin de IMouzoa et avoir mys a la toiture 
dicelle une chesné (gouttière). 

3 . A Jehannot le Mureschal (32'), pour avoir reffaict et rechaussier 
le fer du grant moulin. 

4. A Richarc Coinctignon et Jehan Coinciignon^tnaçons demou- 
rans à iMouson (10' 13' 4''), pour avoir besongné de leur mestier au 
reversis des écluses des moulins, par le temps et espace de chacun 
trente deux journées, à trois sols 4 deniers tournois chacune 
journée. 

5. A Jehan Servay, voicturier demeurant à Mouzon (63';, pour 
avoir charié de la pierre pour le reversis des écluses, par le temps ec 
espace de 7 journées à cinq sols. 

6. A Jehan le Morenne^ Jehan Goàart et Henry Daremy^ manou- 
vriers demourans à Mouzon 1^7' 8"), pour avou- servy les m:içons aux 
reversis des écluses, et repesché des pierres qui estoient clieues des- 
dits reversis. Chacun 20 journées, à 2 s. 4 d. la journée. 

7. A Jehan HauberLon, manouvrier demourant à Mouson (42'), 
pour avoir servy les maçons aux reversis des esc) uses du Moulin, 
18 journées, 

CH. IV. Frais de justice. 

Néant. 

CH. V. Voyaiges et Tauxations. 

1. A Guillaume Va'dlanc, receveur (12''), somme taxée et ordon- 
née par Messgrs les Trésoriers de France, pour peines. siUaires et 
vaccations d'estre venu de Mouson à Paris par devers les dits Tré- 
soriers. 

2. A Jehan le Chùtnre^ messaigier à pied (4' 5'), somme tauxée 
par lesd. Trésoriers pour peines, sallaires et vaccacions. 17 jours de 
voyaige et séjour à 6 s. par jour'. 



CH, V. Deniers payés au trésor. 

I . Au trésor, par descharge diceluy compte (200') escripte le 6 
mars 15 16 par maistre Morelet du Museau^ commys à faire le paye- 
ment des officiers de l'ostel du Roy. 



1. Ce messaiger fut chargé de porter les missives des Irssoiiers et des 
receveurs de Mouzoq, Virton, Sle Menehouat, ordonnant que le présent rece- 
veur n'eût à payer aucuns gaiges d'olficiers pendant l'année du compte 
ensuyvant selon le mandtment de Madame d'Angoulême régente en ['""rancc 
(Louise de Savoie, mère de François !•=', régente pendant la campagne 
d'Italie) envoyé aux trésoriers. 

7 



os UN BUDGET DlC LA CH ATEI.I.ENIË 

2. Au trésor, par autre descharge escripte le 3 mars i5>6par Vin- 
cent Gelée^ clerc payeur des envoies du Roy (150'). 



CH. VI. Deniers rendus et non reçus. 

Ce sont les deniers mis en recettes aux cens et chevaiges de iMou- 
zon (59' 2') pour les places qui ont esté pièca prinses, mises 
et employées es aisances, boulevars et fortiffications de la vile. 
Détail en ung roolle soubz le seel royal, de la seigneurie, celui de 
Gratien Daguerre et les seings manuels de (Ponce?) Pierre Gobert, 
procureur du roy et Nicolas Hory, tabellion royal. 

a. De lehan d'Artaize, aisance à la tour de U Cj-illette' (lo"). 

b. De lacquemin le Tilleul, jardi 1 sur les esclu^es {j' 6'). 

c. De Thomas la Mocque, jardin devant la p?rte Benard (lo")- 

d. De Bertrand François, aisance de la tour de U Mauclerc (2* 6^). 

e. De Jehan Hogine^ aisance de la tour C oulloe {Cow^ÀWotte}) 

derier S' Mirtin la parroc/ie (20" 10''). 
/. De Jehan Daulphin, aisince de la tour de U D.iulp/une^ joi- 

gn'ant les Azes ( 15"). 
g. De Jehan Tonnelier, jarJii à la por.e S' Denis (2' 6') 
Total : <r9' 2\ 



CH. VII. Despence commune. 

1 . Disner au prevost, procureur du roy^, sergens à cheval et autres 
officiers du roy, le jour des Cendres (100 s. p.). Quittance des pré- 
cédents, oultre plus le prevot d'église, le tourier, qui se sont tenus 
peur contents (li somme en blanc). 

2. Despens de Guillaume Gobert, sergent a cheval (20'), pour 
peines, sallaires et vaccacions divoir esté recepvoir les cens reiites 
et saulvenens en p'u-ieurs villes. 

-5. Soupper de Nicolas B :)nvalle:, garde des sceaux roy.iulx de la 
prevosté, Guillaume Gobert. com.nis à recepvoir le- cens re t^s et 
chevaiges à Mouson sur le pont du Marché, Henry le Clerc, Guil- 
laume Marchant et Rcgneaiilt Murgaut, sergens royaulx, et Nicolas 
Flory, tabellion et notaire roy il (ic). 

4 Aux sept eschevins, une anguille du prix de 16 d. p. ; 20 s. t. 
— Néant, cir le; fermes des moulins doivent payer cecte dépe:ise. 

<. .Au curé er clercs de Mouzon (6' 3^), pour chanter messe, 

1. Alias Caillolc. Ou voyait aussi la Grosse tour, la tour do la Dau!- 
phine. la tour do l'Aliluye, la Tour d'Estn^e?, la tour de l'Eperon, la tour 
S'-Jérôrae. — La Caillelle, ou Couaillote, était derr èrj IVglise S'- Martin, 
aujourd'hui démolie : l'abréviation de l'Drlicle désigne donc la Caillolte. 



DE MOUZON 09 

matines et sespres la vigil'e et jours de Saiiict Michel, en la chap- 
pelle apparte.iant au Roi. 

6. Pour ce présent courte avoir escript et grossoyé en parchemyn 
par deux tois, contenant en tout 136 feuillets de parchemin qui au 
feur (prix) de 2 s. 6 d. pour chjscun feuillet valent 17 livres. 

7. Pour le voiaige et des,-7ense de ce présent recepveur venu de 
Mouzon à Paris distant de 51 lieu;s rendre ce pré;cnc compte et les 
deux précédens ; en quoy taisant il a vacqué attendant son expédition 
comprins son retour par l'espace de 24 jours eatiers tauxé par 
messgrs ù 24 1. 

8. Vaccation de Loys Deschamps, procureur du receveur pour 
avoir assistéà la red Jition et closture du présent c 3:npte et av jir prins 
les arrêts (10 Lt.) '. 

9. A maisrre Morelet d i Museau, pour les gaiges et droicts de 
messieurs les presidens conseillers et autres ofiiciers de la Chimbre 
des Comptes (150 livres) '. 

Audittis et clausus... . Le co n )te est cIjs le 7 août 1518, en pré- 
sence des s" J. Nicolay e: J. B.iconn.'z, milites^ de J. Buiron, 
J. Badouillier, Luillier, de Caul.-rs et de ilarl.is, mfi'-rcs des 
Comptes. 

Les visa et contrôle-, exprimés en latii, sont s'gnés Andr ult. 

N. GOFFART. 

1 . En marge « Nichil », le co .Irôleur a bilIé la dépense. 

2. Le contrôleur réduit c lie somnne à 3u' 11" 1". En additionnant les 
dépenfcs du chapitre dans ces condilioris, on trouve bien : s Snaima 
espensis communis 80' 12' â"*. », en comprenant toutefois les 100 s. p, do 
de l'arlicle 1, cva'ués par cr cur .' 5". au lieu de 6' 5". dai'S l'ariiule même. 



w 



D 




i 



PINM 



Répertoire des fiefs, offices, terres et produits divers, 
biens et domaines nationaux du département des Ardennes, 
mis en vente dam les AFFICHES DE REIMS de Havé, 
de i712 à 1792. 



Serauy. — A vendre bien situé à Semuy, dans la vallée de 
Hourcq ', sur la rivière d'Aine, consislanl en une Maison divisée 
en appartement de MaiUc et corps de logis pour fermier ; le pre- 
mier ayant une belle vue sur la rivière et la prairie 

S'adresser du z M. Guérin, avocat à Reims (27 janvier 1772.) 

Seinuy. — A vendre belle et agréable maison sise à Semuid, 

bâtie en pierre près l'église en belle vue, jardins, verger, 

vignes S'adresser à Sedan, à M" Robert, avocat, et à Vonc, à 

M. Robert, conlrôkur des domaines. {31 mars et 28 avril 1783.) 

Seinuy (prieuré de), ferme appart. ci-devant au prieur de l'ab- 
baye de Saint-Pierre d'Hautvillers -, consistante en maison, terres, 
prés et vignes, louéo 700 livres, mise au prix de 10,384 livres. 
\li février 1791.) 

Senicourt, corps de ferme sis au terroir de Renneville ^, 
apparten. ci-dev. à l'Évêché de Laon, consist. en terres et prés, 
loué ?,300 liv , mis au prix de 37,444 liv. (21 mars 1791.) 

Seuuc. — A louer les revenus du prieuré de Senuc, consistans 

en dixmcs sur les terroirs d'Autri, Ardeuil, etc les fermes 

d'Avrognc \ Domplrien '' et du Prieuré, les prés de Buzanci, les 
moulins et pressoirs bannaux de Senuc S'adresser à 



• Voir paf^e 40, tome VU de la Revue de Champagne. 

1. La vallée de Bourcq est une région qui s'étend d'Alligny jusqu'au 
delà du villa;ie de Bourcq. 

2. Canton d'Ay, Marne. 

3. Entre Renneville et Hannogno, la carte de Gassini indique une croix 
qui pourrait être l'emplacemeut de Senicourt, que l'on croit avoir été un 
village. On a trouvé en cet endroit des lombes et des vestiges d'habitation 
f-ignalés par Jean Hubert dans la Géographie des Ardennes, 1856, p. 'lli. 

4. Avrogne, auj. disparu, est indiqué sur la carte de Carsini non loin du 
coniluent de l'Aire et de l'Aisne. 

5. Donlrien (?), commune du canton de Heine (Marne). 



TOPOGUAPHIli AUDENNAISK lUl 

M. l'abbé de la Laurencie de Charas, prieur dud. Senne, qni ij esl 
préiicntcmenl. (2o octobre 1784.) 

Seriaine (ferme de), sise aux terroirs de Vouziers et Biaise ' ; 
appartenant ci-devant aux Religieux de S. Rémi de Reims, con- 
sislant en terres, prés et bois, à vendre le 12 février 1790, sur la 
mise au prix de 20,0-20 livres. (7 février 1791.) 

Sery. — A vendre la terre et seigneurie de Seri, distante de 2 
lieues de Rethel-Mazarin, consistante en château bien bâti, jardins, 
vignes et cbenevière, terres, prés et bois. S'adresser à M"«- Le 
Fevre, près la Poste aux lettres, à Relhel ; à M. le Baron de 
Saiiit-Loiip, en sa terre à Arnicourt, ou à M. de Bellecoiirt, à 
Vilri-le-François. {6 juillet 1778.) 

Sery. — A vendre un quart dans la seigneurie de Seri, con- 
sistant en un château et dépendances droits seigneuriaux. . . 

un quart dans la seigneurie de la Malmaison -, proche Sery, ter- 
res, prés et bois. S'adresser à Rethel, chez M. de Biarnois, rece- 
veur particulier des finances, ou à M. le baron de Saint-Loup, 
en son château à Arnicourt. [7 avril 1783.) 

Sery. — A vendre biens provenant de la succession de M. de 
Montrouge, consistant en une belle maison avec grande cour, 

jardin, vigne, etc 114 arpens de terre, 32 de prés, 26 arpens 

de bois. S'adresser à M^*' de Montrouge à Seri. (21 mai 1792.) 

Si gny l'Abbaye. — A louer biens dépendant de l'abbaye 
royale de Signi, savoir : la ferme du bois de Chappes, la censé 
Nivelle, la ferme de Rlancmont, la ferme de la Vigne, les censés 

du Viage et de la Cour, les prés, etc S'adresser à Mézières, à 

M' Guillaume, avocat, et à Signy, à M. Alexandre, notaire. 
{26 janvier 1789.) 

Signy-le-Petit. — A vendre partie de la seigneurie de Signy- 
!e-Petit, consistante en droits seigneuriaux Seigneurie suze- 
raine de la terre de Brognon ^, avec droits de chasse, pêche, 

bois S'adresser à M. Baudart, marchand à Relhel-Mazarin- 

(19 décembre 177 i.) 

Signy-le-Petit. — A vendre la 22* partie de la seigneurie de 
Signi-le-Petit en Thiérache, terre suzeraine de celle de Brognon, 

avec pareille portion des droits seigneuriaux 190 arpens de 

bois, etc. S'adresser à M. Baudart, marchand à Rethel-Mazarin. 
(16 mars 1778.) 

Signy-le-Petit. — Vente par les s'^ Philippe-Joseph et Pierre- 
François Lallouette, maîtres de forges à Signi-le-Petit de terres 

1 . Syrienne, écart de la commune de Condé-lez-Vouziers. Voir la notice 
publiés sur son histoire par M. le D' Vincent dans la Revue hislorique 
ardennaise, 1894, i"> année. 

2. Ferme du terroir de Sery. 

3. Commune du canton de Signy-le-Pelit. 



102 TOPOGRAPHIE ARDKNNAISK 

pat- devant M« Cochon, notaire à Runiigny le 10 avril 1786. 
(o juin 1786.) 

Singly. — A vendre partie de bien-fonds et droits seigneu- 
riaux dans la terre et seigneurie de Singli, près Omont, prod. 400 
liv. do renie. S'adressa^ à M. Simonnet, chanoine de Braux, el à 
M" PoterloL noi. royal à Wasigni. (Il aoûl 1788.) 

Son. — A vendre le douzième de la seigneurie de Son, proche 
Rethel, consistant en terres, prés, etc. loués 20 septiers de fro- 
ment et 200 liv. d'argent S'ad)esse)' à Château- Vorcien, à 

M" Laiiinihre, notaire. (/*-'' avril 1776.) 

Sorbon. — A vendre un tiers dans la Terre et Seigneurie de 

Sorbon, à une lieue de Helhel-iMazarin Il consiste en haute, 

moyenne et Ijasse justice indivise avec les co-seigneurs, 73 jours 

de terre, 9 arpens 1/2 de prés, plus de 100 arpens de bois Il 

n'y a ni bâtiments lY entretenir, ni aulres charges. S'adresser à 
M. Viellart, avocat à Reims. (18 janvier 4773.) 

Sorcy. — Biens à vendre. Grande et belle terre, située à 2 
lieues de Rethel-Mazarin et presque sur le bord du grand chemin. 
Elle consiste en un château très solide, bâti à la moderne et 

entouré de grands fossés pleins d'eau, avec jardins, parterre 

moulin à eau, 800 arpens de bois, 4 étangs, terres labourables, 
vignes, prés, beaucoup de fruits à cidre mouvance considéra- 
ble et le produit de 12,000 liv. par an. Le château est nouvelle- 
ment meublé et près de l'église'. S'adresser à Paris, à M" 
Ve7iard, notaire (17 août 1772.) 

Sorcy. — Vente de Meubles. Cette vente se fera le 1"^ novem- 
bre, fin de la messe paroissiale, et jours suivants, au château de 
Sorcy, village à deux lieues de Uethel-Mazarin. Elle consiste en 

toutes sortes de meubles et généralement tout ce qui garnit 

un château qui faisait la demeure des Seigneurs. {26 octobre 1772.) 

Sorcy. — La vente des meubles et effets saisis sur les S"" et D* 
de Collorgues, seigneurs de Sorcy, près Rethel-Mazarin, s'ouvrira 
le dimanche 7 février 1773, par l'adjudication des gros meubles, 
foins, statues, piédestaux, que leur poids n'a pas permis de trans- 
porter audit Rethel. Le lundi i3, on procédera sur la place publi- 
que de lad. ville à la vente des autres meubles.... cristaux, pen- 
dules, tapisseries, commodes, lustres, glaces On vendra aussi 

un Phaëton de bon goût, propre pour une seule personne et le 
conducteur. (I"' février 1773.) 

Sorcy. — A vendre sept parts dont dix forment la totalité des 
terres et seigneuries de Sorcy el Bauthémonl*, appartenantes à 
M" Antoine-Roch-Dampmarlin Cabot de Collorgues. (/>"■ juillet 
1776.) 

J. Il s'agit ici du château de Sorcy, dont le mobilier allait être mis en 
vdite quelques mois plus tard. 
2. Section de la oommuu> de Sorcy. 



TOPOGifAPHIK ARDENNAISE 103 

Sorcy. — A vendre biens consistants en la perception du 
dixième dans les terrés et seigneiiries de Sorci et Bautémonl, 

droits, cens, surcens, terres, prés, bois, le tout loué au s'' 

Mercier, m*' aud. Sorci, moyennant 90U liv. S'adresser à M^ Hcn- 
rat, notaire royal à Cliarbogne. (1^" seplcmbre 1777.) 

Sugny. — A vendre la terre, seigneurie et vicomte de Sugn', 
située à une petite lieue de Vouzieres, et dans le meilleur sol de 
la vallée de Bourq, consistante en droits de toute justice, château 
nouvellement reconstruit et dans le meilleur goùl, jardins, fossés 
très poissonneux, cent arpens de bonnes terres, prés, 4 à a,000 

peupliers, ormes moulin le tout relève en plein lief du 

duché de Mazarin. Et les 3 cinquièmes dans la terre et seigneurie 
de Sain(e-Marie-sous-Bourq. S'adresser à M. le vicomlc de Sugni, 
à SugnJ, et à M. Lcfebvre, notaire royal et juge desd. terres, à 
Vouzieres. [i août 1788.) 

Sy. — A vendre les terres et seigneuries de Sy, les grandes 
Armoises et Slonne, consistantes en très beau château et étangs 

sis aud. Sy ', bois, terres, prés S'adresser à M. de Broyé, 

comte d'Autry, ou au s^ Lcscouel, notaire royal à Sy. {30 mars 
1789.) 

Tailly. — Vente par D'' Anne-Françoise de Moûy de 

Sons, dame de 'failli, y demeurannt, s""^ de Louis Darodes, cheva- 
lier, et M" Louis-Nicolas de Gruthus, chevalier, seigneur de Lef- 

fincourt, Tailli, elc de fermes, terres et bois à Tailli, par 

contrat devant M" Davanne, notaire à Bayonville, le 21 mai 1184 
(6 septembre 1784.) 

Terrier, baronnie. — Voir Saint-Loup-Terrier. 

Tiiorin, ferme sise à Écli ^, appartenante ci-devant à rEvêché 
de Laon \ consistante en bâtimens, terres et prés, louée 4,000 liv. 
et 62 sept, de froment ; mise au prix de "a, 203 1. 16 s. [21 fcvrier 
1791.) 

Thour (Le). — Vente par très-haut et très-illustre prince, 
Charles-Henri-iNic. Olhon, prince d'Orange et de iNassau-Sieghen, 
dem^ à Paris, de la baronnie, terre et seigneurie du Thour et de 
Villers-devant-le-Thour, située en Champagne, pour ce qui 
appartient aud. seigneur, et des lief, terre, seigneurie et vicomte 
de Lasseau*_, aussi situés en Champagne, ainsi que de la ferme, 
métairie, terres, prés, bois, pâtures, rentes foncières et consti- 
tuées à prix d'argent qui appartiennent aud. seigneur sur le terri- 

1 . Le château de Sy est enlièrement détruit. Il était des plus remarquables. 

2. Écart de la commune d'Écly, ferme imporlanle au-dessus de la vallée 
de la Vaux. 

3. Ancien domaine de l'abbaye de Saint-Martin de Laon, dont l'évêque 
de celte ville avait uni à perpétuité la mente abbatiale à son évôché en 1701. 

4. Las:aux ou La Saulx, ancien cbàleau eul:èrement détruit entre Le 
Thour et Lor (Aisne). 



104 ïOPOGRAPHIb; AHDENNAISE 

loire de Haiiogiic el autres lieux, inoyeiiuanl 112,200 1. par cou- 
Irat passé le 27 oclobrc 177:j, déposé an greffe le 2 novembre sui- 
vant. (6 décembre 1773.) 

Thugny. — On trouvera dans le parc du cbâleau de Tugoy 

une pépinière garnie de très-bonne quantité d'arbres 

S'adresser à M. Forcst, régisseur au chdleeiu de Tufiny. (28 
novembre 177 i.) 

Toges (tuilerie de), appartenant ci-devant aux Religieax de 
Landève-, consistant en bùtimens, t2 quartels de terre et 4 de 
préP,louée 1(34 ]iv.,rencbère sera portée à 2,728 liv. [lAmars 1791.) 

Touly\ — Vente par M" Gb. -Louis d'Aguisi, chevalier, sei- 
gneur de Crand-Cbamp et de Touli, et D'Agnès-Alex. Décloue de 
firandChamp, son épouse, demeurans à Touli près Sedan, du llef 
de Touli sur le territoire de Louvergny, moyennant 20,000 livres, 
par contrat devant M* Guillaume, notaire ;i Paris, le 20 juillet 
1785. (7 novembre 1785.) 

Tourteron, terre. — Voir Guincourt. 

Traudemont, iief. — Voir Condé-lez-Herpy. 

Tremblaux (Les), corps de ferme, sis au terroir de Villers 
devant le Tour *, appartenant ci-devant aux Religieux de Saint- 
Martin de Laon, consistant en buit corps de bàtimens, envir. 96 
verges de jardin et 872 jours de terre en une seule pièce; loué 42 
asnées de froment, Oo de seigle, 60 d'avoine et 900 liv. en argent, 
et autres clauses, mis au prix de 58,632 liv. 4 s. — L'adjudication 
s'en fera au Bureau du district de Retbel le .S! mars 1791. (21 
mars 1791.) 

Trembloi (terre du), consistante en cbâteau et dépendance*, 
vendue par le s'' Jacques-.Maximilien Détobert, chevalier de S. 
Louis, dem au Chàtelet, moyenn. 17,000 liv., par contrat passé 
dev. M* Mailfait, notaire à S'-Jean-aux-Bois, le 2 août 1791. (/7 
octobre 1791.) 

Tremblot, ferme. — Voir Tremblaux (Les). 
Trion, corps de ferme appartenant ci-devant à l'abbaye de 
Chaumont"', loué 3,200 livres, mis en vente au district de Rethel. 
(17 janvier 1791.) 

1 . Le parc du cbâleau de Thugny a été conservé dans son enEcmble, 
comme le château lui-même, domaine de la famille de Chabrillan. 

2. Deux luileries se trouvent en avant de Toges sur la carie de Cassini, 
et ont disparu sur la carie de l'Elal-major. 

3. Aujourd hui chàleau, commune de Louvergny. 

4. F/imporlant domaine, d'une contenance de 500 hectares environ, 
appelé aujourd'hui Tremblot, écart de Viilers-devant-le-Thour, après 
avoir appartenu longlem[)s à la famille d'Héricourt, est depuis vingt-deux 
ans la propriété de M. Linard, fabricant de sucre à Saint-Germainmont, 
maire de celle commune el député de l'arrondissement de Rethel. 

^. Ferme, écart actuel de la commure de Cbaumont-Porcien. 



TOPOGRAPHIE Ar.DlCNNA.ISK 105 

Trugny, maison forte. — Voir Rethel. {I.i septembre 1784 ) 

Val-Roi (abbaye de La), corps de fermes sis sur les terroirs de 
Saint-Quenlin et de La Val-Roi *, à vendre, savoir: La Croix des 

Moines, la Ferme Guérin, la Boucerie, la Censé neuve, etc. , 

mise au prix totale de 172,902 livres ;i4 s. (SI janvier i~i)L) 

Val-Roi (La). — A vendre l'église et tous les bàtimens de 
l'abbaye avec toutes leurs dépendances, ensemble 15 arp. et demi 
de clos et jardin, le tout fermé de murs, estimé, savoir lad. église 
et les bàtimens, compris le terrein sur lequel ils sont situés, 2,500 
liv. et les clos et jardins S45 liv. de loyer, mis au prix de 3:^,872 
liv. 12 s. {imai il9l.) 

Vauxboizon (ferme de), sise au terroir d'Asfeld -, consistant 
en bàtimens, terres et bois, apparl. ci dev. aux Religieux de la Pis- 
cine, loué 300 liv., mise au prix de 4,004 1. (2i janvier 1791.) 

Vaux-Champagne. — A vendre les seigneuries de Vaux en 
Champagne et Montmarin% situées sur la rivière d'Aine, distante 

l'une de l'autre d'environ une lieue La seigneurie de Vaux 

consiste en haute, moyenne et basse justice, chasse, pêche, droits 
seigneuriaux, château bien situé, entouré de fossés d'eau vive, 
corps de logis composé d'un vestibule, antichambre, salle à man- 
ger, beau sallon, huit apparlemens de maîtres et autres, jardin.... 

terres, bois Cette seigneurie a un co-seigneur qui n'est point 

bâti, il n'a qu'une ferme qui se nomme Ramisson ^. La seigneurie 
de Montmarin consiste en haute, moyenne et basse justice, chasse, 
pêche, et redevance de 18 liv. sur le moulin dud. lieu, Ces deux 
seigneuries sont situées en coutume de Vitri, et relèvent du duché 

de Mazarin, le revenu est au moins de il, 000 liv S'adresser 

à M. le chevalier de Courtin, propriétaire desd. terres, dcm. au 
château de Vaux... (26 mars 1781 ) 

(Cette annonce est réitérée dans le n° du 17 février 1783.) 

Vaux- Champagne. — A vendre les terres et seigneuries de 
Vaux en Champagne et Montmarin,... formant 5,000 liv. de rente 
sur une seule tête âgée et intirme. (3 juin 1786.) 

Vaux-Champagne. — A vendre les terres et seigneuries de 

1. Il n'y a plus de terroir du nom de La Val-Roi, mais le terroir de 
Saint-Quentin comprend les écarts de La Valleroy, La Bouverie et La Mai- 
son-Neuve. — Il ne reste absolument rien de l'aocienne abbaye que quel- 
ques pierres éparses. Voir la Revue de Champagne et de Brie, \'' séiie, 
table. 

2. Celte ferme est un écart actuel du terroir d'Asfeld, près la route de 
Saulx-Saint-Remi. Eu égard à son importance, les chilTres donnés ici pour 
sa location et son prix de vente nous paraissent erronés. 

3. Village détruit dont il ne subsiste que l'église sur le terroir de Givry, 
canton de Rethel. 

4. fiam/cAoït est indiqué comme second château près de Vaux, sur la 
carte de Caseini, 



100 TOrOQlUPHlE ARDKNNAISIS 

Vaux en Champagne et de Monl-Mariii, formant 5,000 liv. de 

rente, en une propriété, assise sur une seule tête âgée et infirme. 
S'adressera M" Gerdré, à Reims. (8 juin 1789.) 

Vieil-Saint-Remi, fermes au terroir de ce lieu appelées 
Lanzi\ la Préoôté, la maçonnerie, la censé Damé et la petite 
censé de la Prévôté, appart. ci-dev. à. rArchevêclié de Reims -, 
mises au prix total de 29,094 liv. {18 avril 1791.) 

Vignacourt. — A vendre beau bien, composé de 4 fiefs 
réunis sous le nom de Vignacourt ^.^ relevant de M"*' la Duchesse 

de Mazarin, située à Château Porcien maison seigneuriale 

vaste et bien bâtie, jardin, maison de fermier, terres, bois, droits 

de chasse S'adresser à AI" Villain, notaire à Reims. {6 77\ars 

1775.) 

Vigne (censé de La), corps de ferme sis à Chappes^, consist. 
en bàtimens, terres et prés, appart. ci-dev. à l'abb. de Signi,loué 
2,000 liv., mis au prix de 32,b60 liv. (7 mars 1791.) 

Villaine, ferme sise à Cliappes ^, appart. ci-dev, à Tabbaye de 
Signi, consist. en bàtimens et dépendances, 238 arpens 9 verges 
tant en terre que prés, 4 arpens 3î> verges de prés au terroir de 
Justine, louée 2,b00 liv,, mise au prix de 40,700 livres. (18 avril 
1791.) 

Viile-sur-Vence. — 22 septembre 1788. — Grand bailliage 
de Chàlons. Présidial de Rethel. — Nota : Ville-sur- Vanze est du 
ressort de Rethel et non de Reims ; c'est une ferme isolée, dépen- 
dante du village de Bouizicourt. {Note insérée à propos de la nou- 
velle organisation judiciaire, qui ne {ut d'ailleurs qu'éphémère.) 

Villers-devant-le-Thour, seigneurie. — Voir Thour (Le). 

Vivier-au-Court, — A vendre la 9° partie des droits seigneu- 
riaux de Vivier, Tendrecourt et ïumécourt, villages situés près 
Sedan et Donchery, appartenant à M. De Régnier, seigneur de 
Rocan et Chéhéri ", officier au régim, de royal-Dragons. Droits de 

cliasse S'adresser à M. De Régnier, à soji régiment. . . {20 

mars 1780.) 

Voncq. — A vendre la terre et seigneurie de Vonc, dans la 
vallée de Rourq. S'adresser à M" Giiespercau, not"" à Paris. (10 
mai 1773.) 

1. Lanzy, hameau de Vieil-Saint-Remi. 

2. Ce sont d'anciens domaines de l'abbaye de Saint-Remi dont la mense 
abbatiale avait été réunie à î'archevêcbé de Reims. 

3. Il existe encore à Châleju-Porcieu une maison dite VignacûUrt, près 
de l'ancienne porte de Retbel, portant la date de 1550. 

4. La Vigne, écart actuel de la commune de Chappes, 

5. Vilaine est un écart actuel de la commune de Chappes. 

0, Hocan, ferme et château de la commune de Chéhéry^ canton de Sedan. 



TOPOGRAPHIK ARDENNAISE 107 

Voncq. — Vcnle par les sieurs Jacques Taine ', niarcliaiid, 
Nicolas Taine, garçon majeur, dem. à Mazarin, el Marie Taine, 
fille majeure dem. à Reims, de vignes au terroir de Voncq, 
moyen. 216 liv., devant M' Hubert, notaire royal à Mazarin. (27 
mai 1716.) 

Voncq. — A vendre la terre cl seigneurie de Vonc, près 
Relhel-Mazariî), sur la rivière d'Aîne, consistante en toute justice, 
droits de chasse et de pêche,.. .. 342 arpens de bois, 2H de 
terre, 62 de prés, 7 de vignes et 4 dozeraye ; celle terre est dans 
la plus belle situation, et son soi est excellent. Il y a peu de bûti- 

mens, elle est allerniée 9,000 livres S'adresser à Vonc, à 

M. Coche, procureur fiscal, à Paris, à M. Foacier, notaire, el à 
M. Giiyot, avocat. (9 juin 1777.) 

(Voir une nouvelle mise en vente, n" du 21 décembre 1778.) 

Voncq. — Vente par M""' Charles-Théophile de Béthizy de 
Mézières, chevalier non profès de l'ordre de S. Jean de Jérusalem, 

seij^ueur de Vonc, dem. à Paris, de vignes par devant 

M' Coche, notaire, le 18 oct. 1777. (27 septembre 1779.) 

Vouziers. — A vendre belle tannerie sise au bourg de Vou- 

ziers, le tout app.irtenant au s"' Chanzy, tanneur - 11 y 

a à Vouziers foire et marchés tous les samedis, dix bouchers qui v 
résident, et quinze y viennent étaler. (18 décembre 1780.) 

Vouziers. — Le nommé Charles-Louis Thomain, plafonneur, 
ayant fait son apprentissage chez M* Lambert à Reims, est établi 
depuis quelques années à Vouzieres, sur le quarré de la halle, 
proche la Vicomlé ^ ; il prévient le public qu'il a un secret souve- 
rain pour détruire les punaises, sans jamais en revoir aucune, 
avec peu de dépense. ( 12 janvier 17 8A.) 

Vouziers. — A louer biens el revenus de la Commanderie du 

Temple de Reims, consi?tans en moulins de Vouzieres et de 

Grand-Champ, terres épilées à Elfincourt*, le Chêne, dixmes 

à Sugny, Semide, Seez^ Liri, Montois, S. .Morel, Savigny-sur- 

Aine S'adresser à M" Huguin, notaire ii lieims. (3 mai 

1784.) 

Wagnon. — Vente par U« Marie-Claude Carlel de la Rozière ", 

1. Il s'agit dans cet acle de membres de la famille du célèbre écrivain 
H. Taine, né à Vouziers, mort à Paris en 181)3. Sa famille était originaire 
de Rethcl. 

'2. Le nom de Chanzy a été de tout temps répandu dans l'arrondisse- 
ment de Vouziers, dont la famille du général Chanzy est originaire. 

3. La vicomte formait généralement un fief pour les droits de stellage. 

4. Leffincourt. 

0. Sçay, écart de Semide, 

G. Le village de Wagnon prit en 1775 le nom de l.a liozière, qui était 
celui du seigneur. Le cliîlteau n'existe plus. (Géographie du département 
des Ardennes, par Jean Hubert, 18!i6, p. 290.) 



108 TOPOGRAPHIE ARDKNNAISE 

veuve de François-Fiacre Polel de Monlbaillard, chevalier de S. 
Loui«, lieutenant colonel au corps royal d'artillerie, dem. à 
Semur, d'immeubles devant M' Habert, notaire à Charleville, le 
7d mars 1780. (22 janvier tlHl ) 

Warigny. — Vente par M'' J-B. Corvisart, capitaine d'infan- 
terie, demeurant à Avenay, d'héritages ?is au terroir de Warigni ', 
par contrats devant M* Vallart, notaire à Saint-Flienne-àArne, le 
20 juillet 1778. (6 mars 11 Si.) 

Warnécourt. — Vente par M"^* Hyacinthe-Hugues-Timoléon 
de Cossé-Brissac, et D' Marie- Charl.-Fr.-Const.-Louise-Ant. de 
Wignacourt, son épouse, demeurants à Paris, des terres et sei- 
gneuries de Warmecourt et partie d'Évigny et Modigny^, moyen- 
nant 128,331 liv.. par contrat passé devant M' Lhéritier, not" au 
Chàlelet, du 28 juin 1774. (29 août 7774.; 

Warniforêt. A vendre la terre et seigneurie de Voirniforesl^, 
près Beaumonl en Argonne, relevant de la baronnie de Stonne.... 
consistant en une ferme louée 305 liv. S'adresser à M" Mansart, 
nolaire à Sainnaiite, par Sedan. ( 13 septembre 1779.) 

"Wasigny. — Le s"" Poterlot, de Wasigny, va faire conduire 
incessamment à son chantier de Rethel une quantité de bûches au 
prix de 24 livr. la corde, mesure de Rethel, et 26 livr. à crédit au 
terme de la S. Martin 178o. (20 décembre l7Si.) 

Wasigny. — A vendre un sixième dans la terre et seigneurie 
de Wasigni, à trois lieues de Rethel, consistant en droits de toute 

justice, chasse, S'adresser à M^ Failli), notaire à Chdlons. 

(17 avril 1786.) 

Wasigny. — A vendre la terre et seigneurie de Wasigni en 

Champagne, consistante en droits seigneuriaux terres, prés, 

bois, moulin bannal, un beau fief avec château, autre château 
seigneurial^; le produit est de 12,000 liv. S'adresser à M. Dan- 
theny, notaire à Ikthel. {19 mars I7S7.) 

Wignicourt, pressoir. — Voir Mairie (La), 

1. Warigny ou ]'uarigmj, localité disparue, dont la famille Ganelle avait 
pris le nom. 

2. Noms estropiés : Warmecourt pour Warnécourt, et Modigny po r 
Mondigny. 

3. Hameau de La Besace, canton de Raucourt. 

4. Le château de Wasigny existe encore, avec son ancienne enceinte, 
dans un vallon pittoresque, dominé par une garenne de superbes châtai- 
gniers. 



TOPOGRAPHIE ARDENNAISË 



109 



TABLE ALPHABETIQUE 

DES FAMILLES ET DES PERSONNES i 



Aiiuisfj (d"), voir Mainbressy , 

Toiily. 
Anceaux, notaire, w Monte houël. 

Faudarl, marchand, \.Si(jny-le- 

Petit. 
Baudelot (G.-A.j^. v. Mézù'res. 
Beaumont (de), v. Cerleau (La). 
Béchct. V. Sedan. 
Beffroi (de), v. Charleville, Qua- 

tre-Champs. 
Béthizy de Mézières, v. Vonry. 
Biarnois (de), v. Sery. 
Bohan (de), v. Quatre -Champs. 
Boisgeiln (de), v. Chaumonl- 

Porcien. 
Broyé (de), v. Sy. 
Buirette, v. Murtin. 

Cabot de Collorgues, v. Sorcy. 
Carlet de la Bozière. v. \Va- 

gnon 
Cauvin (J.), V. Corbon. 
Chanzy (lamille), v. Vouziers 

(18 décembre \7S0). 
Charas (de), prieur, v, Senuc. 
Chartogne (famille de), v. Char- 

togne, Saint- Pier remont. 
Coche, notaire, v. Voncq. 
Cochelet, v. Charleville. 
Condé (pnace de), voir Antheny. 
Corvisart, v, Condé-lez-Herpy, 

Maubert-Fontaine, Warigny. 
Cossé-Brissac (de), v. Ecordal, 

Waî^nécourt. 
Courtin (de), v. Vaux-Champa- 
gne. 
Covaruvias de Leiva, v. Bogny 

et Charleville. 
Crozat. V. Rethel. 

Dargent (L.-G), v. Cerleau{La). 



Darodes, v. Tnilly. 

Demeaux (J.), v. Neuville-les- 

Wasig)iy ([0 juillet [786). 
])erobert, v. Trembloi (Le). 
Tfessaulx (chevalier), v. Ballay. 
Dez/rasset de Sueves, v. Xou- 

vion-sur-Meu.-;e. 
Dubois d' Ecordal, v. Guincourt, 

Saint-Loup-Terrier. 
Duhan. v. Jandun. 
iJumesnil de Chamblage,\.Mar- 

quigny, Mézières. 

Ecquevilly (d'), v. Grandpré. 
Erby-Obrieu (F. d'), v. Charle- 
ville. 

Feret (famille), v, Ecordal. 
Finfe (de), v. Bussy, Grangette 

(La), Saint-Pierremont. 
Fougères (de), v. Antheny ^Aure. 

Guérin, v. Semuy. 
Gueriot. v, Puiseux. 

Hangest (d"), v. Broises-Hautes. 

Xeuville-aux-Tourneurs. 
Henrat, notaire, v. Ecordal, 

Sorcy. 
Hibert, marchand, v. Rethel. 
Hassan, maire, v, Sedan. 

.loi y, V. Pargny. 
Joyeuse (famille de), v. Grand- 
pré. 

La Charrière, v. Monthardré. 
Lagrive, v. Donchery. 
Laignier (famille), v.Hauteville, 

Neu/lize, Son. 
]jillo)iette, maître de forges, v. 

Signy-lc-Pctit. 



1. La lettre v indique qu'il faut voir l'article de la Topographie ardennaise, 
auquel on renvoie par le nom de lieu. 



110 



TOPÔGRAPHrK ARDENNxlSK 



Lambert (L.), v. Donchcry. 

La Ramée, v. ChampUtt et Ro- 

croi. 
Lebarbier (Fr.), peintre, v. Ro- 

croi. 
Le Chanteur (J.-B.)) v. Fves- 

71 ois. 
Leclerc, v. Saint-Morel. 
Le Fournier, v. Olizy. 
Le Nôtre (André), v. Rethel [13 

septembre 1784). 
Lescouet, notaire, v. Sy. 
Lesciiyer, \. Haijnicourt, Monti- 

Lombart, chirurgien, v. Rethel. 

Maillard de Land reville, v, Chà- 
tillon-sur-Bar , Forge-Mail- 
lard, Laiinois, Malma.iso)j{La), 
Neiwizy. 

Mardi (de la), v. Xovioii-Por- 
cien. 

Margiiet, chirurgien_,v. Chdteau- 
Porcien. 

Maulde (comte de), v. Saint- 
Lambert. 

Maznrin (duchesse de),v. Viyna- 
court. 

Migny, libraire, v. Rethel. 

Monge (Gaspard), géomètre, v. 
Rocroi. 

Monnot, v. Rethel. 

Monlrorige (de), v. Sery. 

Mussan (de), v. Aoirval, (Jiia- 
trc-Champs. 

Nassau (prince de), v. Thour 

(Le). 

Piette (famille), v. ^Mothe (La). 
Folel de Montbaillard, v, Wa- 

gnon. 
Poterlot, rnarcliand,v. Wasiguy. 

Raulin (Ant.), v. Flize. 



Regnault, v. Montgon. 

Régnier (dc),v. Vivier-au-Court. 

Robert (famille), v. Semuy, 

Voncq. 
Roche Gude (de), v. Écly. 
Rogier (famille), v. Monclin. 
Rolland (famille), v. Rocroi. 
Roze (J.-Ev.), V. Barby. 

Saillans (de)^ v. Herbigny. 

Saint-Loup (baron de), v. Sery. 

Saint-Morel (M'"'^ de), v. Saint- 
Morel. 

Salse (de), v. Apremont. 

Simonitet, chanoine, v. Singly. 

Sohier, v. Château- Porcien, Re- 
thel. 

Sons (de Mony de), v. Malmai- 
son {La)., Tailly. 

Sugny (vicotnlc de), v. Sugny. 

Tai)ie (famille), v. Voncq {27 

mai 1776). 
Tavernier de Boullogne, v Bu- 

zancy. 
Thuisy (de), v, Challerange, 

Saint-Pierre-à-Arnes. 
Tiercelet, v. Rethel. 

Yiellari, avocat, v. Sorbon. 
Vigneau (Bernai d de), v. Pé- 

rouzelle. 
Villiers (de\ v. Corbon, Juzan- 

court. 

Watellier (famille), v. Neuville- 
les- Wasigny, Novion-Porcien. 

Wignacourt (Ant. de), v. \Var- 
ni'court. 

Wilh'inct (famille), v. Neufîize, 
Neuville- les- Wasigny, Re- 
thel. 

Zcnard (1)"'^), v Rethel. 



Henri Jadart. 



LE MARQUISAT DE PLANCY 

Sous la famille de Guénégaud 



M. le baron G. de Plancy vent bien nons communiquer les bonnes 
feuilles d'un cbapitre tiré dn livre qu'il va faire paraître sur le 
Marquisat de Plancij cl ses seigneurs. 

Ce beau volume, luxueusement édile chez Frémont. tiré à petit 
nombre, et qui ne compte pas moins de 32 planches en gravure 
et en phololypie (cartes, plans, vues, portraits et fac-similé), 
abonde en documents curieux et pour la plupart inédits .'ur cette 
ancienne et importante seigneurie de Champagne, illustrée suc- 
cessivement par les maisons de Hangest, de Neufchâtel, de I.a 
Croix, de Guénégaud et d'Aucour. 

L'extrait qu'on va lire est consacré au passage à Plancy, de iGoi- 
à 1714. de Henri I de Guénégaud, qui fut secrétaire d'Etat et 
garde des sceaux du roi Louis XIV, et de Henri II de Guénégaud, 
son fils. 



I 

La famille de Guénégaud. — Henri de Guénégaud, 
secrétaire d Etat. 

Eu 16o4, lorsque la s^eigueurie di; Plancy passa dans les 
mains de la famille de Guénégaud, elle se trouvait t ucorc en 
la possessioQ de Claude de La Croix. Ce genlilhommc devait 
avoir des affaires fort embarrassées, car ses biens fiu-enl saisis 
par suite du nou-payement d'une rente qu'il avait, de concert 
avec sa femme, daine Marie Largenlier, consentie à un bour- 
geois de Paris, nommé Saiulon. 

Ce Sainlon étant mort, c'est à la requête de sa veuve, damoi- 
selle Julienne Harlol, que la saisie fut opéiée avec la désigna- 
tion ci-dessous et que fut adjugée à messire Henri de Guéné- 
gaud, comme plus offrant et dernier enchérisseur, « la terre et 
« barouuie de Plancy, consistant en maison de château sei- 
« gueurial, où il y a plusieurs logemens, comme chambres 
« basses, chambres hautes, salles, greniers, granges, colom- 



il2 LE MARQUISAT DE PLANCt 

« hier; le tout couvert de ihuilles et ardoises, fermé de mu- 
a railles, tours, pout-levis et fossés et environs de la rivière 
« d'Aube; haute, moyenne et basse juslice, cens, rentes, 
« guets et gardes, bois, garenne, prés, vignes, étangs, moulins 
« banaux lournans, aires à bois, péages, droits de banvin, 
a rivières, grueries, fiefs et arrière-liefs, terres labourables et 
« non labourables. » 

Le procès-verbal de saisie est fort intéressant en ce qu'il 
nous montre l'attachement que les habitants de Plancy por- 
taient alors à leur seigneur, attachement également professé 
par le personnel de sa maison. Cependant le caractère de Claude 
de La Croix, et celui de Nicolas, son prédécesseur, ne devaient 
pas être des plus doux, et Ihurneur qu'ils éprouvaient de 
l'état de leurs affaires devait être singulièrement aigrie, si 
l'on en juge par les lettres du maréchal Fabert qu'on lira plus 
loin. 

Toujours est -il que la signification de saisie opérée par 
ordre du roi échoua devant la résistance locale, comme le 
constate le curieux extrait ci-dessous, tiré du procès-verbal : 

Il ... A l'égard du fief de la Perte, où il y avait autrefois 
« un village et où il n'y a plus rien, ledit sergent auroit mis 
« et apposé un panonceau contre le premier et le plus gros 
a arbre dudit lieu ; et pour ce qui est de la terre et seigneurie 
« de Plancy, n'ayant pu mettre ou apposer de panonceaux à 
(I la porte du château et démonstration de la saisie réelle de 
« ladite terre et baronnie de Plancy, pour avoir trouvé le pont- 
« levis d'icelle levé, auroit été mis et apposé un panonceau 
« contre le principal potteau de la halle dudit bour de Plancy, 
« elc . . . 

« Ladite saisie et établissement de commissaires par ledit 
« sergent, ledit joir dix-neuf octobre audit an mil six cent 
(( cinquante-et-un, signifiée ou dûment fait assavoir audit 
« sieur baron de Plancy, en parlant à un de ses domestiques 
« qui sortoit dudit château de Plancy, et après lequel le pont- 
et levis d'iceluy auroit été relevé, qui n'auroit voulu dire son 
(I nom... Comme ledit sergent donuoit ledit exploit audit 
« vallel, auroit été à sa clameur fait plusieurs viollances 
'< audict sergent par plusieurs habilans dudict Plancy, caval- 
(' liers el gens incogneus, ce qui auroit obligé ledict sergent 
« se retirer au plus vitte, qui auroit couru risque de la vye et 
« ainsy que plus au long est sur ledit exploit du procès-verbal 
a de rébellion . . . 

« El attendu que c'étoit impossible de pouvoir faire la 



sous LES GUÉNÉGAUD 1 1 lî 

Il cryée de ladite terre de Plancy. vu les choses cy-dessus. el 
Il qu'il ne se Irouveroit sergens qui les voulussent eutrepreu- 
« dre, à cause des viollauces dudit baron de Plancy. . , » 

Combien furent différentes, un siècle et demi plus tard, les 
dispositions de la population de Plancy à l'égard de ses sei- 
gneurs; c'est ce que le cours de cette étude ne nous montrera 
que trop. 

Claude de La Croix, le dernier de sa famille qui ait possédé 
Plancy, avait épousé dame Catherine-Guyonne de Saint- 
Biaise, ainsi qu'il résulte d'un extrait des registres du Parle- 
ment du 23 mai I606, réglant l'emploi d'une somme d'argent 
qui appartenait à ses enfants mineurs. Cet acte porte les 
signatures de Claude de Choiselat, lieutenant des eaux et 
forêts au bailliage de Sézanne ; de Nicolas de Condé, de Donon 
de Saint-Dizier. d'André Lefèvre d'Ormesson, d'Henri de 
Guénégaud, seigneur du Plessis ; de La Croix, baron de Plancy ; 
de Sainl-Blaise, sa femme ; de Charles Largentier, chevalier, 
son oncle ; du baron d'Osquillon, du marquis de Colleux, 
d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, d'Olivier Lefèvre d'Ambreville, 
conseiller du roi, commissaire ordinaire de son hôtel, el de 
Simon Lefèvre, conseiller au grand Conseil, cousin du côte 
paternel dudit La Croix ; puis de Jacques de Saiot-Blaise, 
chevalier, vicomte de Coigny, aïeul maternel desdits enfants; 
du baron de Changy, de Barthélémy de Gaulne, du baron 
de Congy, de Nicolas d'Auglebelle et de Jean-Jacques du 
Pouget, de 'Vilflize, « tous parens maternels d'iceulx enfans », 
et encore de Guénégaud, à cause de la dame de La Croix, sa 
femme. 

La femme de Claude de La Croix, Catherine de Saint-Biaise, 
était veuve en premières noces, sans enfants, de Denis Ber- 
ihelémy, de son vivant seigneur de Bucamp, conseiller du roi 
en sa chambre des comptes, avec lequel elle avait été mariée 
par contrat du 29 janvier 1581. 

C'est elle qui apporta aux La Croix les biens importants 
qu'ils possédaient à Meudon et qui devinrent la propriété de 
Marie de La Croix, fille de Claude de La Croix, mariée à 
Gabriel de Guénégaud. Ces domaines, agrandis encore par les 
Guénégaud, s'étendaient jusqu'au village de Fleury-sous- 
Meudon, ainsi que le constate l'inventaire des titres de Meudon, 
conservé aux Archives nationales. 

On voit Gabriel de Guénégaud donner, en 1618, une décla- 
ration d'une propriété qu'il avait acquise des héritiers de 

8 



114 LE MARQUISAT DE PLANCY 

messire Guillaume Feydeau, qui consistait en un hôtel entouré 
de cours, en jardins, bois et prés, le tout d'une contenance de 
18 arpens environ. 

Un autre hôtel, non moins imporlaot et qui existe encore 
aujourd'hui à Meudou avec son ancienne apparence, était échu 
à Henri de Guéuégaud, ministre d'Élat, dans la succession de 
François de Guéuégaud, son frère, président aux enquêtes, 
pour une estimation de 23,000 Uvres. Henri de Guéuégaud 
possédait, de plus, à Meudou, un moulin et nombre de terres 
labourables, prairies et bois. 

Il est donc probable, d'après ces indications, que Meudou 
fut le céjour préféré des Guéuégaud, saus doute à cause du 
voisinage de Paris et des résidences de la cour. Aussi, le 
vicomte de Grouchy, Tinfatigable chercheur de documents 
historiques, n'a-t-il pas négligé de consacrer aux La Croix et 
aux Guéuégaud une mention dans VHistoire du château de 
Meudon, qu'il vient de faire paraître dans les publications de 
la Société de VHistoire de Paris et de l'Ile-de-Fra7ice. 

Lorsque les Guéuégaud commeucèrent à se ruiner, c'est à 
Louvois qu'ils cédèrent leurs biens de Meudon, vers 1680. 

Déjà, au commencement de l'année 1647, Claude de Plancy 
se trouvait dans l'obligation de songer à vendre sa terre de 
Plancy. Le maréchal Fabert, appelé en Champagne par les 
événements de guerre, auxquels il prit une part si impor- 
tante, et qui d'ailleurs était originaire de Sedan, songea à s'en 
rendre acquéreur, mais, eu présence du prix élevé qui lui en 
était demandé, il négocia une demi-année cette acquisition 
sans la consommer. 

Fabert semble, dans cette affaire, avoir été quelque peu 
joué par Gabriel de Guéuégaud et par sa femme, déjà proprié- 
taire de la seigneurie de Saint-Just, et à qui, par conséquent, 
celle de Plancy devait spécialement convenir. M. le colonel 
d'état-major Bourely a écrit la vie du maréchal Fabert, en 
partie d'après des lettres de cet homme de guerre, conservées 
aux Archives nationales. Nous extrayons de ces lettres, 
adressées à M. de Chavigny, secrétaire d'État, les passages 
suivants relatifs à Plancy : 

De Sedan, le 13 janvier 1647. 

... Je ne puis aller à Plancy. En cas que vous jugiez que je le 
doive pour en faire l'arquisitiou, je crains que l'on puisse aug- 
menter la terre, comme l'on l'ait ordinairement de celles dans les- 
quelles les maîtres n'ont pas demeuré. Mais si M. le baron de 
Plancy se met à la raison pour le prix, je passerai par dessus cette 



sous LES GUÉNÉGAUD Î15 

considération, la terre estant près de Pons et pas bien loing de 
Sedan. 

De Sedan, le 16 mars 164'7. 

Si je ne suis pas riche et baron de Plancy, ce ne sera pas faute 
en vous de boutez pour nioy et de promptitude à trouver les 
moyens de me faire voir ce qui m'est nécessaire pour cela. En 
vérilé, Monseigneur, j'eusse cru qu'il fallait plus d'un mois pour 
faire ce qu'en arrivant à Paris vous avez achevé^ et jene puis vous 
dire combien ces extraordinaires obligations me donnent de cou- 
fusion quand je considère combien j'en suis indigne ; mais avec 
cela je serais désespéré si M. du Plessis Guénégaud avait perdu 
l'opinion qu'il a de vous faire plaisir en m'aidant à traiter de 
Plancy. J'ay plus de joye en pensant que cela pourra être ma 
retraite et que quelquefois vous serez à Pons, que je n'en ay 
jamais reçu de quoy que ce soit qui me soit arrivé, et pour par- 
venir à cela il n'y a effronterie que je ne sois capable de commettre 
envers vous uy somme d'argent que je ne donne volontiers. 

De Sedan, le 9 may 1647. 
Monseigneur, 

J'ai reçu, hier, par M. de Mayenne, celle qu'il vous a plù me 
faire l'honneur de m'escrire sur le subject de Plancy. Je ne doupte 
point que quatre-vingt-dix mille escus ne soit le prix raisonnable 
de la terre. Mais si, comme beaucoup de gens croient, elle peut 
être augmentée, je n'aurai point de regret d'en payer davantage. 
Ce ne sera pas trop cher, ce me semble, de donner les quatre- 
vingt-dix mille escus et les vingt mille livres que le seigneur en 
demande. Je ne sais pour combien les deux petits (?j sont engagés, 
c'est encore de largent qu'il faudra donner pour les ravoir. Le 
logement n'est pas beau, mais aura cet avantage, n'y ayant rien 
auprès de Pons de quoy je puisse m'accommoder. Quand bien je 
donnerais de Plancy vingt mille livres plus qu'il ne vault certaine- 
ment, ce seroit le bien de mes enfans et c'est à quoi je doibs avoir 
la principale considération, ce me semble... 

De Troyes, le 14 may 1647. 

Je suis enfin entré dans le château de Plancy après que le sei- 
gneur m'a fait attendre six heures pour cela. Il y a de quoi loger 
commodément et pour peu de chose il peut être accommode 
passablement. 

La basse-cour nest pas de même, car il y faut tout faire. Les. . . 
elles sont en si mauvais estât que cela n'est pas convenable. 
Il y faut faire de la despense pour les réparations nécessaires. 

Il est vrai que cet argent donnera intérêt et qu'il y a apparence 
que le revenu augmentera par là. Ainsy, je ne vois pas que j'aye 
subject de changer la résolution en laquelle j'ay esté jusqu'à main- 
tenant de prendre cette terre mesme au prix que M. du Plessis se 
résoult de la mettre. 



116 LE MARQUISAT DE PLANCY 

Par la suspectalion que j'ay faite, je crois que la terre peut 
valoir deux cent quatre-vingt-dix mille livres ; ainsi il n'y auroit 
que les droits seigneuriaux qu'il faudroit payer au-delk du seul 
prix à quoy je me résous. 

CVst à M. d'Angoulesme qu'ils appartiennent, à cause de Sézanne, 
et le baron de Plancy dit qu'il me les fera avoir bon marché si je 
le laisse faire. Les terres aliénées sont près, qui valent 300 livres 
de rente sur lesquels il a pris douze cents escus ; et les deux vil- 
lages, dont il demande 20,00U livres, sont loin de la baronnie et 
n'en dépendent pas, mais il en jouyt. Votre bonté pour moy me 
fait prendre la liberté de vous dire tout ce menu détail et que, si 
vous l'avez agréable, je passerai outre au marché commencé à mon 
retour de Bourbon, si vous êtes à Paris, ou bien. Monseigneur, 
quand il vous plaira. Le baron de Plancy se rendra à Paris quand 
l'on luy mandera, à ce qu'il m'a dit,.. 

Do Paris, le 12 juin 1647. 
Pour Plancy, je n'ai nulle impatience, je souhaite seulement de 
l'avoir à cause qu'il est près de Pons et que cela me donnera les 
moyens, quand vous y serez, de vous y aller adseurer de la fidé- 
lité avec laquelle je suis toute ma vie, plus que personne au monde 
et avec la recognoissance que je suis obligé, Monseigneur, votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

De Sedan, le 15 septembre 1647. 
. .. Vous approuverez, s'il vous plaît, que je rompe le traité de 
Plancy, puisqu'on n'a pas voulu le donner à 283 mille livres qui 
est prix du denier vingt-cinq. Je suis honteux qu'on vous ait im- 
portuné de la venue de mes enfans et encore plus de ce que je ne 
puis espérer de pouvoir vous témoigner, etc. . . 

C'est ainsi que Gabriel de Guénégaud. devenu prapriétaire 
de la seigneurie deSaiut-Just, entra en possession de celle de 
Plancy. 

Gabriel de Guénégaud, seigneur du Plessis-Belleville, était 
trésorier de l'Epaigue. Il avait, ainsi que nous l'avons dit plus 
haut, épousé Marie de La Croix, dont il avait eu trois fils et 
quatre filles. 

1" Henri, seigneur du Plessis, qui épousa Mlle de Choiseul- 
Praslin. 

2° Claude, d'abord trésorier de l'Epargne, puis conseiller 
du roi en ses conseils et secrétaire de Sa Majesté. Il avait 
épousé Galherine-Alpbousiue Martel. 

3° François, président aux enquêtes du Parlement, seigneur 
de Louzat. 

4° Madeleine, mariée à Gésar-Pbébus d'Albret, qui devait 
être plus lard le célèbre maréchal d'Albret. 



sous LES GUÉNÉGAUD 117 

5" Jeanne, prieure de l'Hôlel-Dieu de Ponloise. 

6" Marie, épouse de Claude Leloup, seigneur de Belle- 
neuve. 

7° Renée, mariée à Jean de Sève. 

Gabriel de Guénégaud mourut en 1G48; sa femme, Marie de 
La Croix, lui survécut. 

Il eut pour successeur, à Sainl-Just et à Plancy, son fils 
aîné Henri de Guénégaud, seigneur du Piessis, comte de Mont- 
brison, qui avait épousé Elisabeth de Choiseul, tille de Charles 
de Choiseul, seigneur du Plessis-Prasiin, maréchal de France, 
mort en 1626, et de Claude de Cazillac. 

Claude de Cazillac était normande par sa mère, Claude de 
Dinleville. 

Elisabeth de Choiseul mourut le 9 août 1677, une année 
après sou mari, à qui elle avait donné huit enfants : 

1° Gabriel de Guénégaud, comte de Moutbrison, tué en 
Candie, et qui était âgé de 2y ans eu décembre 1068. 

2° César-Phébus de Guénégaud, mort jeune. 

3° Roger de Guénégaud, marquis de Plancy, mestre de camp 
de cavalerie, mort au château de P'resnes au retour de l'armée, 
le 7 septembre 1672. 

4° Henri de Guénégaud de Cazillac. marquis de Plancy, 
guidon des gendarmes de Flandre, chevalier de Malle, qui 
épousa Marie-Anne-Françoise de Mérode, seconde fille de 
Claude-François, baron, puis comte de Mérode, marquis de 
Treston, comte de Beaucarmes, baron d'Aigenleau, et de 
Dieudounée de Fabert. 

H mourut sans enfants le 22 mai 1722, âgé de 81 ans, et sa 
veuve le suivit dans la tombe un an après, le 21 janvier 1723, 
âgée seulement de 43 ans. 

5° César de Guénégaud, vicomte de Semoine, mort à 19 ans, 
en 168«. 

6° Emmanuel de Guénégaud, chevalier de Malte, capitaine- 
lieutenant de chevdu-légers de Bourgogne, maréchal des 
camps et armées du roi, mort en avril 17U6, 

H était ordinairement appelé le chevalier de Plancy, ainsi 
qu'il résulte des notes lais&ées par un curé de celle localité, 
dans lesquelles il est fait meuliou de l'enterrement de sou valet 
de chambre, à la date du 2U janvier liU5. Il t-xi&ie de lui un 
fort beau portrait gravé dont les exemplaires sont rarissimes. 

70 Glaire-Bénédicte de Guénégaud, qui épousa Juste-François- 



118 LE MARQUISAT DE PLANCY 

Joseph d'Ancenuze, duc de Gaderousse eu Gomtat-Venaissin, 
et mourut eu décembre 1675. 

8" Elisabeth-Angélique de Guénégaud, mariée, le 12 janvier 
1671, à François III, comte de Boufflers, lequel avait reçu 
150,000 livres de dot; à sa mort, survenue en 1710, il fut 
enterré en l'église Saint-Sulpice de Paris. 

Henri de Guénégaud, qui nous occupe spécialement comme 
seigneur de Plancy et de Saiut-Just, était né en 1609. 

En i6^i3, il était secrétaire d'Etat, chargé du département 
de la maison du roi, garde des sceaux et surintendant des 
deniers. La charge de garde des sceaux avait été désunie de 
celle de chancelier le 24 décembre 1656, ce qui fut ratifié par 
Louis Fouquet, évoque d'Agde, chancelier des ordres après 
Basile, son frère, le 26 juin 16o9. Getle charge fut de nouveau 
réunie à celle de chancelier le 29 décembre 1661. 

En 1644, les attributions des secrétaires d'Etat étaient ainsi 
réparties* : 

Le comte de Brienne avait les pays étrangers, la marine du 
Levant et du Ponant, les pensions ; Phély peaux de La Vrillière, 
les affaires de la religion réformée ; Le Tellier, la guerre tant 
au dedans qu'au dehors du royaume; du Plessis de Guénégaud, 
la maison du roi. 

Dans ces importantes fondions, Guénégaud possédait la 
confiance du cardinal Mazarin, à qui il rendit d'immenses ser- 
vices, ainsi qu'à la royauté, particulièrement au moment des 
guerres de la Fronde. 

Henri de Guénégaud passait pour avoir accru considérable- 
ment son patrimoine par des spéculations heureuses, ce qui 
lui permit de venir en aide au roi pendant les troubles de 
la Fronde et assura sa faveur. 

Celte malveillante appréciation du motif du crédit dont 
jouissait Guénégaud est contredite par le récit détaillé de tous 
les actes de Guénégaud , et du rôle joué par ce ministre pendant 
la Fronde, récit que nous a laissé sou secrétaire Dubuisson- 
Aubenay, dans son très curieux ^journal des Guerres civiles, 
Ges mémoires nous montrent la prodigieuse activité de Guéné- 
gaud, et le dévouement avec lequel il poursuivit l'œuvre d'a- 
paisement des troubles suscités contre l'autorité royale, ainsi 
que la consolidation de la monarchie française. 

M. Gustave Saige, dans la préface dont il a accompagné 

1 . Comte de Luçay, les Secrétaires d'Elai. 



sous Les GUÉNÉGAUD 119 

cette publication, nous donue d'inléressanls détails sur les 
agissements de Guénégaud pendant la Fronde. C'est, en effet, 
par ce secrétaire d'Elat que la plupart des actes accomplis à 
cette époque, comprise entre les années 1G48 et 1652, durent 
passer pour leur exécution, et comme Guénégaud joignait à 
son gouvernement de la maison du roi celui de Paris, c'est 
lui qui prit la plupart des décisions graves du ministère. 

Dubuisson-Aubenay, le secrétaire dévoué de M. de Guéné- 
gaud, dut travailler avec ce ministre pour la préparation de la 
plupart des actes dont il s'agit ; et, dans le Journal des Guerres 
civiles^ M. de Guénégaud est cité à chaque instant. 11 est éga- 
lement souvent question de lui dans les Lettres du cardinal 
Mazarin, publiées dans la collection des Mémoires relatifs à 
r Histoire de France. 

Dire comment Dubuisson-Aubenay était entré dans l'inti- 
mité de Guénégaud n'est pas s'écarter de notre sujet. C'est par 
la famille d'Etampes que Dubuisson pénétra dans celle de 
Choiseul, puis enfin chez Guénégaud lorsque celui-ci épousa 
Elisabeth de Choiseul en 1642. En effet, la maréchale de 
Choiseul-Praslin eut deux enfants dont l'un, le marquis de 
Praslin, fut tué à la bataille de la Marfée en 1641 ; l'autre, une 
fille aînée, avait épousé Jacques d'Etampes, marquis de La 
Ferté-Imbault. Au mois de mai 1646, Dubuisson-Aubenay 
était chez la maréchale de Praslin. en Champagne, le maréchal 
étant bailli de Troyes. Se rendant aux eaux de Bourbon- 
l'Archambault, très fréquentées à cette époque, il s'arrêta à 
Troyes, où une fille de la maréchale était abbesse de Notre- 
Dame, après avoir profité de la circonstance pour visiter 
quelques-unes des propriétés de son maître, la seigneurie de 
Saint-Just entre autres, et le « gros château de Tigecourt, à 
corps de logis et à pavillon ardoisés », près de Montrairail, 
que Guénégaud avait acheté sur décret à son grand-oncle 
Maurice de La Croix, frère du vicomte de Semoine. 

Dubuisson-Aubenay avait d'ailleurs une sympathie particu- 
lière pour la femme de Guénégaud, Elisabeth de Choiseul, dont 
il avait été précepteur et à qui il avait enseigné le latin. Elisa- 
beth était, comme on le verra par la suite de cette élude, une 
femme d'uu rare mérite. En outre, une liaison très étroite s'était 
établie entre Dubuisson-Aubenay et la mère de Guénégaud, 
Marie de La Croix. Aussi voyons-nous Dubuisson-Aubenay, 
installé chez Guénégaud, dans son hôtel de la rue des Francs- 
Bourgeois, se transporter avec lui à l'hôlel de Nevers, lorsque 
ce secrétaire d'Etat s'y élabht au printemps de 1652. Il suivit 



120 LE MARQUISAT DE PLANCY 

ëgalemeul Guéûégaud dans quelques-uns des déplacements 
que celui-ci fil avec la cour, notamment à Amiens; lorsque 
ce ministre se rendit avec elle en Guyenne, Dubuisson- 
Aubenay, resté à Paris, servit d'intermédiaire pour donner et 
transmettre les nouvelles entre les officiers de Gaston d Orléans, 
les employés de Guénégaud, restés à Paris, et ceux qui avaient 
suivi le roi, Anne d'Autriche et Mazarin. 

C'est de ce voyage qu'il est question dans les Lettres du 
cardinal Mazarin, publiées par Chéruel : 

« Les députés du Parlement de Paris ont dépesché ici à 
« M. de Guénégaud, d'Augoulême où ils étaient encore, pour 
(i savoir s'il n'était point arrivé ici de dépesché pour eux de 
« leur Compagnie; on a fait" répondre par ledit sieur de Gué- 
« négaud qu'il n'y en avait point. » 

M. Gustave Saige, à qui j'ai emprunté une grande partie des 
renseignements qui précèdent, ajoute que, vers la fin du mois 
d'août 1655, bien qu'absent ds Paris, Guéoégaud dirigeait, à 
l'aide de sa femme, Elisabeth de Choiseul, qui y était restée, 
les agents qui organisaient secrètement la réaction contre les 
excès de la Fronde, réaction dont le centre était à l'hôtel de 
Nevers, où se groupaient les hommes d'ordre amis de la paix, 
et qui travaillaient pour le parti royaUste. 

Le carton des Archives nationales où sont renfermées les 
lettres du maréchal Fabert contient un parchemin revêtu de 
la signature de Guénégaud. C'est un décret enregistrant, 
« pour le Roy et la Reine Régente sa mère présente », l'entrée 
au conseil accordée par le roi au prince de Condé, avec les 
pouvoirs d'en être le chef en l'absence du duc d'Orléans. 

A la mort du cardinal Mazarin, survenue le i ! mars 1661, 
Henri de Guénégaud était au nombre des quatre secrétaires 
d'Etat d'alors qui se présentèrent au roi Louis XIV. pour lui 
demander à qui ils devraient s'adresser désormais afin de 
prendre les ordres relativement à la conduite des affaires de 
l'Etat. 

Tout le monde connaît la célèbre réponse du souverain qui 
devait mettre en pratique, si brillamment d'ailleurs, les règles 
du pouvoir absolu : « L'Etat, c'est moi. C'est à moi que vous 
« devez vous adresser. Je me servirai de ceux qui ont des 
« charges pour agir sous moi selon leurs fonctions. » 

A cette date de 1661 remonte la publication d'un petit livre, 
très rare et très curieux, publié à Paris, chez Gabriel Quinet, 
et que l'auteur de cette étude possède eu sa bibliothèque. Cet 



sous LES GUÉNÉGAUD 121 

ouvrage intitulé : « Le cabinet du roi Louis XI », coutienl 
un certain nombre de pièces politiques concernant le règne 
du monarque : il est dédié à Messire Henri de Guénégaud, 
marquis de Plancy, vicomte de Semoine, baron de Saint- 
Just, du Plessis et de Fresue, commandeur et garde des 
sceaux des ordres du roi, conseiller de Sa Majesté en tous ses 
conseils, secrétaire d'Etat et de ses commandements. Il est 
orné d'une gravure aux armes de Guénégaud, dans laquelle 
l'auteur, Lhermite de Soliers, est représenté, offrant à 
genoux son ouvrage à Guénégaud, revêtu d'un riclie costume 
de l'époque de Henri III. 

Après la mort de Mazario, Guénégaud jouit encore quelque 
temps de la faveur du roi Louis XIV, ainsi que le constate une 
magnifique gravure, conservée également par l'auteur de cette 
étude, et qui reproduit avec une rare netteté les traits du 
secrétaire d'Etat. Au-dessous de cette gravure, ou lit : « Henry 
« de Guénégaud, marquis de Plancy, vicomte de Semoine, 
« baron de Sainl-Just, du Plessis-Belleville et de Fresne, con- 
« seiller du Roy en tous ses conseils, secrétaire d'Etat et des 
« commandements de Sa Majesté et garde des sceaux de ses 
« ordres, fils de Gabriel de Guénégaud, conseiller du Roy en 
« ses conseils et trésorier de son épargne, et de Marie de la 
« Croix, dame du Plessis-Belleville. Fut premièrement pourvu 
« de la charge de trésorier de l'Epargne l'an lti37 en survi- 
« vance de son père, lequel étant mort au commencement de 
« l'année suivante, qui était celle de son exercice, il en fit la 
« fonction et s'en acquitta si dignement qu'il mérita l'estime 
a et l'amitié du Roy. Ce monarque qui connaissait parfaite- 
« ment bien les talens des hommes, jugea le sien si propre 
pour les plus grandes aft'aires de son royaume, qu'il agréa 
« fort volontiers la démission que Monseigneur le comte 
« de Brienne fit l'an 1643 en sa faveur de la charge de secré- 
« taire d'Estat : il l'exerça depuis ce temps-là avec une appro- 
« ballon si universelle qu'il n'y a personne qi'i ne publie son 
(( habileté et sa courtoisie. Il a espousé Isabelle de Choiseul, 
a fille de Charles de Choiseul, marquis de Praslin, maréchal 
« de France, chevalier des ordres du Roy, gouverneur et 
« lieutenant général pour Sa Majesté en Saintonge et pais 
« d'Aunis ; et de Claude de Cazillac. 

(.( A Paris, chez F. Jollain. » 

Une marque de la faveur dont jouissait Guénégaud fut 
l'érection delà baronnie de Plancy en marquisat, qui eut lieu 
en 1656, en faveur de lui, ses hoirs et ayant cause : celle 



122 LE MARQUISAT DE PI.ANCY 

mesure, prise à l'occasioû du Irailé des Pyrénées, fut étendue 
aux trois autres secrétaires d'Etat. 

Ses armes étaient écartelées aux l"' et 4'' d'azur, à une croix 
d'or chargée d'un croissant montant de gueules, qui est La 
Croix ; au 2" de Courlenay ; au y d'argent à deux pals de 
sable, qui est de Ilarlay ; sur le tout de gueules au lion d'or, 
qui est de Guénégaud. 

Comme Fouquet, son ami, Guénégaud aimait les arts, et il 
faisait de sa fortune un noble usage. .Son nom fut donné à une 
rue de Paris où il avait fait construire par Mansard un magni- 
fique hôtel. Cette rue s'appelle encore aujourd'hui rue Guéné- 
gaud et longe l'Hôtel de la Monnaie. 

Le comte de Luçay dit que c'est lui qu'il faut reconnaître 
dans VAlcandre des samedis de M"« de Scudéry. 

Mais, comme Fouquet, Guénégaud devait aussi éprouver 
les revers de la fortune. Enveloppé dans la disgrâce du fameux 
surintendant, il vit confisquer ses biens et fut jeté en prison. 
On l'accusa, pour le perdre, d'avoir, d'entente avec son pre- 
mier commis, Nicolas RoUet, falsifié les rôles et les acquits 
des années 1654 et 1657. 

La publication du Journal d' Olivier dOrmesson^ faite par 
M. Chéruel, nous donne le récit très intéressant des épreuves 
qu'eut à subir, pendant son long procès, cet homme d'Etat, 
qui avait cependant rendu tant de services. 

Avec l'honnêteté qui perce dans ses notes, d'Ormesson 
laisse entrevoir toute l'iniquité de ce procès, attisé par des 
envieux, dont le véritable but était de s'approprier la charge 
de Guénégaud. 

Il m'a paru particulièrement intéressant de transcrire ici des 
passages de ce récit au jour le jour : 

« M. de Guénégaud a preste dimanche [22 février 1643] le 
« serment entre les mains du Roy de la charge de secrétaire 
a d'Estal, qu'il avoit achetée de M. de la Ville-aux-Clercs, 
a moyennant sept cent cinquante mille livres. Tout le monde 
« l'accuse de faire une faute de quitter la charge de trésorier 
« de lespargne pour être secrétaire d'Estat, n'y ayant aucune 
« nourriture et perdant une charge lucrative, ayant acheté en 
(i un an Fresnts cent mille écus, Juilly et autres terres ; il est 
« vrai qu'il en donne la charge à l'un de ses frères, néanmoins 
« personne ne croit qu'il puisse subsister longtemps. » 

Voici Guénégaud tombé en disgrâce et, le 8 mars 1 664 , d'Or- 
messon se rend chez Mme de Guénégaud « pour l'exécution de 



sous LES GUÉNÉGAUD 123 

« l'arrest et faire Tinventaire de ses papiers. Elle y fui pré- 
ci seule, Iravaillanl aa boul de la table, el me parut fort iiilel- 
« ligente eu affaires el disant en riant des vérilés à M. de Gha- 
« millart. L'on agit avec hayne contre elle dans ces affaires, 
« el Foucauli me dit que je ferois plaisir de travailler d'abord 
« chez M"'*' de Guéaégaud ; et il se voit en toutes choses 
« qu'on a de l'aversion contre elle. » 

M. de Ghamillart, procureur générai, paraissait fort moulé 
contre M. et Mme de Guénégaud, et il déploya dans tout 
ce procès un véritable acharnement. Mme de Guénégaud 
devait en éprouver une profonde irritation, étant donnés la 
grandeur de la famille à laquelle elle appartenait, son mérite 
personnel et son énergie. Tout d'abord, M. de Guénégaud vou- 
lut résister aux poursuites auxquelles il était en but, et 
refuser tout examen de comptes. 

M. de Ghamillart, écrit d'Ormesson, se plaignait « du retar- 
« dément de M. de Guénégaud à représenter les minutes des 
« rôles de l'année 1654 dont il avoil compté, et il parla de 
« sorte que chacun connust qu'il esloit ému ; dit la confé- 
a rence qu'il avoit eue avec M. de Guénégaud sur cela, et sa 
« responce qu'il avoit bruslé la minute de ses rôles de ltjo4, 
« etc.. » 

(I M, le chancelier demanda l'r.vis à M. Pussort, qui fut 
« d'avis d'ordonner que M. de Guénégaud représenteroit 
c( les minutes des rôles de 1657 ; el,à l'esgardde ceux de 1654 
« joindre au procès. » 

« Le lundi 1'^'' juin 1665, à l'Arsenal; l'on mit le soit mons 
« tré sur la requête de M. de Guénégaud pour avoir conseil. 

« Le mercredi 3 juin, je fus dès le malin à l'Arsenal, parce 
« que Mme de Guénégaud craignoil que l'on entrast par sur- 
« prise de bon matin pour faire juger la requeste de M. de 
« Guénégaud pour avoir conseil. Néanlmoius, M. le chance- 
« lier n'y entra qu'à l'heure ordinaire. M. Ghamillart ayant 
« demandé à parler, dit qu'il avoit pris communication d'une 
I requeste présentée par M. de Guénégaud, par laquelle il 
« demaudoil un conseil libre et à sou choix; qu'il avoit 
« cru devoir remoustrer à la chambre l'importance de celte 
a demande... Après, il conclut à débouler M. de Guénégaud 
« de sa requeste. » 

Le vendredi 12, « M, Poocet fil rapport de l'affaire de M. de 
fl Guénégaud ; il parla une heure el demye fort bien : mais sur 
« la fin il esloit trop languide, et il ne fut pas assez réservé, eu 



124 LE MARQUISAT DE PLANCY 

« sorte qu'il parut appuyer trop les raisons du procureur 
1 général, les établissant comme des vérités certaines. 

« Le raercredy l'^'" juillet, le matin, à la chambre de justice, 
<i M. Poncet rapporta deux requestes pour M. de Guénégaud. 
« Dans Tune il se plaignoit que le procureur général agissoit 
« dans cette affaire avec grande aigreur ei contestoit les choses 
« les plus justes et les plus triviales. M. Ghamillart ayant 
« demandé d'estre entendu, après avoir parlé du fond des reques- 
a tes, il s'est plaint de la licence de M. de Guénégaud dans ses 
« requestes et a dit qu'il estoit très important de la réprimer 
(1 pour l'honneur du Roy, de la justice et de la chambre... 

« M. Poncet a été d'avis d'ordonner que M. de Guénégaud 
« en useroit avec plus de modération... J'ai esté d'avis de ne 
« rien ordonner par arresl; qu'il estoit mieux de le faire dire 
(I à M. de Guénégaud... » 

« Lelundy 13 juillet, à la chambre de justice, j'appris que l'on 
« avoit exclu M . de la Baulme du procès de M. de Guénégaud 
« sous prétexte de l'envoyer à Vaux faire le recollement des 
« meubles, au lieu que ce travail regardoit M. de Sainle- 
« Hélène, rapporteur. » 

« Le mardy 14 juillet, M. Poncet rapporta le procès-verbal 
« de la capture des feuilles des escritures que M. de Guéné- 
« gaud faisoit imprimer ; et, parce que par ces feuilles il parais- 
« soit que Delende, domestique de M. de Guénégaud, et 
« son dénonciateur, estoient fort mal traités, M. Poncet se 
« récria fort... 

« L'imprimeur, qui s'estoit retiré dans le Temple et conti- 
« nuoit à y travailler, fut pris par le bailiy et conduit au 
« Petit Chastelet. » 

L'auteur du présent travail possède la requête dont il s'agit, 
et sur laquelle figurent les corrections de la main même 
de Guénégaud. 

Dans cette longue défense, le ministre réfute tous les points 
de l'odieuse accusation intentée contre lui. 11 dit entre autres 
choses qu'il a représenté ses rôles lorsque l'apurement de ses 
comptes a été arrêté au conseil en mai 16ti0, puis à la 
Chambre des Comptes en 1660; que dans l'un et l'autre 
de ces temps, ils ont élé regardés comme véritables. Or, 
depuis ce moment, ils se sont trouvés perdus à la Chambre 
des Comptes, où ib étaient demeurés, et comme on sait qu'ils 
n'existent plus en nature, ou s'inscrit ainsi en faux contre 
eux, et on lui demande d'en faire une troisième représentation. 



sous LES GUÉNÉGAUD 125 

« Je suis prêt », dil Guénégaud, « à jurer par serment 
« devant Dieu et les hommes que je ne les ay point et ne les 
« dois point avoir. » 

Il explique, en outre, qu'il est impossible que des feuilles 
aient été, comme on le lui reproche, ajoutées après coup aux 
rôles pour y inscrire de faux articles de voyages et de menus 
dons, notamment pour une somme de 70 à 80 mille livres ; car 
les quittances de ces voyages et menus dons ont été signées, 
reçues et datées par devant notaires. 

a Qu'on interroge, dit-il, « tous les sages qui ont l'usage de 
« la libre raison. et qu'on leur demande s'il est croyable (îu'un 
a trésorier de l'Epargne ait été assez Lâche et assez imprudent 
« pour écrire et contrefaire de sa propre main 272 signatures 
fl de parties prenantes dans 155 acquits ! Qu'on leur demande 
«. s'il est cro3'able que le suppliant, qui écrit très ma! et a la 
« vue fort courte, eût été propre à faire un si grand nombre 
« de faussetés ? » 

Guénégaud avait donc été arrêté sur la dénonciation d'un 
domestique, et ou lui refusait tout conseil, toute défense ! 

« Le jeudy matin, 23 juillet, à la chambre de justice », 
« ajoute d'Ormessou, j'appris que Buré, avocat, qui faisoit les 
« escrilures pour M. de Guénégaud, avoit esté mené à la Bas- 
« tille, et que le scellé estoit chez luy avec garnison. Ce pro- 
€ cédé est fort mal reçu. Je ne sais quelles suites il aura. » 

a Le jeudy 13 aoust, le chancelier parla fort contre la lou- 
« gueur de la defîense de M. de Guénégaud; dit qu'il ne 
« lui falloit pas osier sa defîense, mais qu'il falloit finir 
« et trouver des moyens. » 

« Depuis le mardy 22 jusques à ce jour vendredy 2o sep- 
t lembre, la chambre de justice a travaillé au procès de M. de 
« Guénégaud avec un retardement affecté du costé de la cour, 
« quoyque M. le chancelier tesmoigne tous les jours que le 
« roy veut qu'il finisse. » 

a Le jeudy 17 décembre, le matin, au Petit Arsenal où la 
a chambre de justice s'assembla chez M. Clapisson..., M. le 
« chancelier estant arrivé, l'on discourut de la forme de vérifi- 
t cation des abolitions. M. le chancelier demanda à M. Cha- 
« millart, qu'on fit entrer pour y estre présent, comme il 
t devoit en user... Enfiu, M. de Guénégaud, vestu de noir, 
« s'étant avancé au devant du barreau, M. le chancelier luy a 
« fait lever la main et prester le serment de dire vérité. 
« Ensuite, le greffier luy ayant dit de se mettre à genoux, il 



126 LE MARQUISAT DE PLANCY 

« S y est mis un genou à l^rre seulement. M. le chancelier 
« ayant dit qu'il falloit y mettre les deux genoux, il les y a mis, 
« et M. le chancelier lui a demandé s'il avoit obtenu des 
« lettres d aboliiiou, a dit que ouy ; si elles conteuoieut vérité, 
« a dit que ouy ; s'il vouloit s'en servir, a dit que oui. » 

On voit par quelles humiliations les ennemis de Guénégaud 
se plurent à le faire passer, après que cependant il eut été 
gracié par le roi, moyennant toutefois des confiscations et une 
amende. Aussi Guénégaud se hàta-t-il de se démettre de toute 
fonction. 

D'Ormessou écrit encore : « Le lundy 11 février [1669], 
« j'appris que M. Duplessis- Guénégaud avoit donné sa démis- 
<i sion au Roy, et que sa charge estoit donnée à M. Golbert, 
« moyennant six cent mille livres, et qu'il en devoit prester le 
(I serment le lendemain mardy. Personne n'a été surpris de cette 
« nouvelle ; car dès que le procès a esté commencé contre 
« M. Duplessis, on a cru que c'estoit pour avoir sa charge. » 

L'amertume que Guénégaud éprouva de son arrestation fut 
extrême. 11 se vit ruiné, un instant il put se croire voué à 
la mort. Aussi, désabusé de tout, après tant d'épreuves, il ne 
pensa plus qu'à sa fin dernière : il rédigea, en 1672, son tes- 
tament, qui a pu être retrouvé dans les archives de la terre de 
Plancy, et qu'il nous a paru curieux de reproduire ci-dessous 
in extenso. Ce document tout à fait inédit nous montre de quelles 
idées de piété Guénégaud était pénétré, quel amour il ressen- 
tait pour sa femme, qui l'avait toujours si énergiquement sou- 
tenu, quel attachement il avait pour sa famille et pour ses 
biens, notamment Plancy et Fresnes. Il se trouve en un mot 
tout à fait expUqué par les récits que d'Ormesson nous a con- 
servés de la disgrâce imméritée du ministre. 

Teslame?U de M. Henry de G-uénégaud, déposé à M^ Simonnet^ 

notaire, le 28 avril 1676. 

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, un seul Dieu 
en trois personnes. 

« Je, Henri de Guénégaud, misérable pécheur, considérant 
que la pensée de la mort est la plus salutaire à un chrétien, 
dont l'heure nous est inconnue, ce qui nous oblige à toujours 
veiller et à nous préparer à ce dernier moment qui, faisant la 
séparation de notre âme avec le corps, doit déterminer notre 
élernilé bienheureuse ou malheureuse, suivant nos années 
pendant cette vie, et pour être plus dégagé de tous les troubles 
que causent ces biens périssables que nous possédons icy bas, 



sous LES GUÉNEGA.UD 127 

et qui attaquent plus fortement ceux qui ont un nombre d'en- 
fants, quand ils oublient et méprisent les ordres nécessaires 
pour établir la paix et runiou, j'ai cru ne pouvoir mieux faire 
qu'à présent, jouissant d'une sanlé parfaite du corps et de l'es- 
prit, que de disposer de mes biens par ce mien testament que 
j'ai voulu tout écrire de ma main et signer comme l'ouvrage de 
ma pure, libre et déterminée volonté que je veux être suivie 
après ma mort. 

« Premièrement, je rends grâce à Dieu, tout bon, tout 
puissant et tout miséricordieux, de ce qu'il m'a fait naître 
dans l'église catholique, apostolique et romaine, de père et de 
mère catholiques, qui m'ont élevé dans leur créance dans 
laquelle je veux vivre et mourir. J'espère par les mérites de la 
très sainte et glorieuse passion de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, par l'intercession de la Sainte Vierge Marie, sa mère, 
de l'Archange Saint Michel, de mon Ange gardien, de saint 
Jean-Baptiste, saint Joseph, saint Roch et saint Henry, mon 
patron, saint Victor de Plancy, saint Thomas, sainte Made- 
laine, sainte Thérèse, et tous les saints et saintes du Paradis, 
j'espère, dis-je, par leur intercession, obtenir la rémission de 
mes péchés et la vie éternelle. 

« En second lieu, je rends grâce à Dieu de ce qu'il m'a 
donné une femme selon mon cœur, dont je ne puis assez 
louer les mérites et la vertu ; je commande à mes enfants 
de l'honorer, de l'aymer, la respecter, de suivre ses advis 
et conseils, en tout ce qu'ils voudroient f ure et entreprendre, 
et de ne lui désobéir jamais à peine d'encourir ma malédiction. 

« Je désire d'être inhumé dans l'église collégiale de Saint- 
Laurent de Plancy, dans la cave qui y sera faite, s'il n'y en a 
déjà une, pour les seigneurs de Plancy. 

« Pour l'ordre de mes funérailles, j'en laisse le soin à 
ma femme et à l'exécuteur de mon testament, lesquelles je les 
prie de faire sans aucune pompe, ni cérémonie, mais seule- 
ment de faire force prières pour le salut de mon âme. 

« Je veux que mes dettes soient entièrement payées et les 
torts que je puis avoir faits entièrement réparez. 

a Je désire que l'on fasse dire mil messes au jour et dans la 
huitaine de mon décès, et pour cela et pour les aumônes 
du jour et enterrement, quinze cents livres. 

« Je veux que l'on employé deux mille livres, ou plus s'il 
les faut, en achapts de fonds d'héritages pour faciUter l'éta- 
blissement d'une cure à Longueville, séparée de celle de 
Gharny. 



128 LK xMAKQUISAT DK PL.^NCY 

f Je donne et lègue la somme de dix neuf mille livres à tous 
mes domestiques, tant de Paris que de Fresnes et autres, fai- 
sant le mémoire cy-joint, remettant à elle pour en faire la dis- 
tribution, qui leur sera payée, oulre leurs gages de l'année de 
mon décès, et un habit de deuil à chacun. 

« Le chapelain, fondé par Madame de Fresues-Forget pour 
dire tous les jours une messe dans la chapelle de Saint-Pierre 
de l'église paroissiale de Fresnes, ne pouvant pas subsister de 
sa fondation qui ne monte en tout qu'à deux cents hvres, 
Monsieur l'Evêque de Meaux a réduit le nombre de ces messes 
à 4 par semayne, par sou ordonnance limitée pour un tems 
que s'il plaît à mon dit seigneur Evèque de les réduire à 
4 pour toujours, en ce cas, et non autrement. 

« Je fonde à perpétuité, par ce présent teslamenl. deux 
messes basses par semaine pour être dites par le même chape- 
lain et non par un autre, dans la chapelle de Notre-Dame du 
château de Fresnes, aux jours qui seront les plua commodes 
aux seigneurs de Fresnes, pour avec les quatre autres de 
la fondation de Madame de Fresnes, réduites par Monsieur 
l'Evêque de Meaux, en dire (j par semayne au lieu de 7, les- 
quelles deux messes, célébrées dans la chapelle du cbasteau 
de Fresnes, serout dites pour le salut de mou âme, pour celle 
de ma femme et de tous mes enfants vivants et décédés ; pour 
laquelle fondation je veux qu'il soit payé de la somme de cent 
livres par an, à prendre sur les revenus de ma terre de 
Fresnes, pour, avec les deux cents livres fondées par ladite 
Dame de Fresnes- Forget que je suis obligé de payer, faire la 
somme de trois cents livres en tout pour chacun an payable 
également par quartier ; le chapelain sera logé où il est à pré- 
sent ou en tel autre lieu du village de Fresnes qui lui soit com- 
mode, aux dépens du seigneur de Fresnes. 

(1 Les dits seigneurs de Fresnes entretiendront la chapelle 
du château d'ornemens, luminaires, de paiu et vin nécessaires 
pour y célébrer lesdites messes. 

« Au cas qu'au jour de mon décès je ne fusse plus seigneur 
de Fresnes, la présente fondation demeurera nulle. 

« J'ai toujours eu intention de rétablir les chanoines de 
l'église collégiale de Saint-Laurent au château de Plat)cy, dont 
je suis fondaieur-collateur layque et doyen, comme ilséloient 
lors du concordat fait avec eux et Messire Claude de La Croix, 
chevalier, baron de Plaucy, mon ayeul, passé à Plancy, le 
sixième jour de ma}^ l'an quinze cent vingt, alin que Dieu 
soit adoré et le service divin y soit fait tous les jours aux 



sous LKS GUKNKGAUD I^O 

heures cauouiales, suivant ledit concordat ; c'est pourquoi je 
donne et lègue par ce présent testament la somme de dix-huit 
mille livres qui seront employées, savoir : douze mille livres 
en achapls de fonds de terre dans l'étendue de mon marquisat 
de Plancy ou aux environs, lesquels héritages seront mis à 
perpétuité à la manse des chanoines, atiu qu'il y ait assez dj 
revenu avec celui dont ils jouissent à présent pour y entretenir 
quatre chanoines-prestreset deux peiils clercs qui leur ayde- 
rout à faire le service, et les six mille livres restans seront 
employées au rétablissement de l'église, à la coustruclion 
d'une sacristie, à fair^ la cave pour ma sépulture, pour achever 
la maison des chanoines, en achapts d'ornemens et autres 
choses nécessaires en ladite église. 

(A suivre.) Baron G. de Plancy. 



NECROLOGIE 



M. Jean Rathier, député de l'Yonne, secrétaire de la Chambre 
des députés, est mort subitement, le 6 janvier, dans son domicile 
de l'avenue de Tourville, à Paris. Il était âgé de 3o ans. 

M. Rathier a été chef-adjoint au cabinet du ministre des Postes 
et des Télégraphes, sous les ministères de Freycinet et Goblet. Il 
fut chargé à cette époque de missions à Berne et à Berlin pour 
l'étude de diverses questions postales, notamment le payement des 
mandats-poste à domicile. 

Il fut aussi délégué à Bruxelles pour la signature de la première 
convention téléphonique internationale entre la France et la Bel- 
gique. 

Député de Tonnerre, il s'occupait plus spécialement des questions 
viticoles et agricoles. 

Le corps du défunt a été inhumé à Chablis (Yonne) dans un 
caveau de famille. 



Le 7 janvier ont eu lieu, à Epernay, les obsèques de M. Buc- 
quet, ancien adjoint au maire, membre du Conseil d'arrondisse- 
ment, directeur de la Caisse d'épargne et président de la Caisse 
des écoles. 

MM. Puisard, Fleuricourt, Vallée, Gérard et Chevauchez ont pris 
la parole au cimetière, et rendu hommage aux qualités du défunt. 

Bibliophile délicat et éclairé, M. Bucquet avait réuni une belle 
collection de livres de littérature et d'histoire dont il aimait à faire 
les honneurs. A. T.-R. 



Nous apprenons avec regret la mort de M. Henri Jolicœur, décédé 
à Reims, le 16 janvier, à l'âge de 56 ans. 

Cette fin prématurée était malheureusement prévue depuis 
longtemps : c'est à force de soins attentifs et incessants que 
notre honorable concitoyen a pu prolonger une existence toute 
de souffrances, depuis plusieurs années déjà. 

M. le D"" Jolicœur s'est fait connaître, non seulement par sa 
bienfaisance et son aménité, mais aussi par des travaux scienti- 
fiques très appréciés. Nul plus que lui n'a étudié les maladies si 
nombreuses qui ont atteint nos vignobles champenois. Il est l'au- 
teur d'une magnifique publication de ce genre, éditée par la librai- 
rie Michaud : Les Itavarjeurs de la ^igne. 

Ses obsèques ont eu lieu le 18, au milieu d'une affluence nom- 



NÉCROLOGIB 131 

breuse et recueillie. Un piquet du iZi" de ligne rendait les hon- 
neurs militaires. 

Au cimetière, cinq discours ont été prononcés. Le premier par 
M. le docteur Henrot, remplaçant M. Neveux malade, au nom de 
l'administration des Hospices; le second par M. le Dr Luton, direc- 
teur de l'Ecole de médecine; le troisième par M. le D"" Langlet, au 
nom de la Société médicale de Reims; le quatrième par M. Jules 
Henrot, au nom de la Société d'horticulture et du Comice agri- 
cole, et le cinquième par M. Velpry, au nom des habitants du 
4« canton. 



iNous avons à signaler la mort de M. Beaujard, officier de cava- 
lerie en retraite, chevalier de la Légion d'honneur, commissaire 
de surveillance administrative à la gare de Reims. 

L'inhumation a eu lieu le 17 janvier à Rambercourt (Meuse). 



Un artiste rémois de mérite, M. Gustave Bazin, est décédé le 19 
janvier à Paris, dans sa 59^ année. 

Gustave Bazin a, depuis quarante ans, tenu une large place dans 
la vie active de cette ville. Fils d'un ancien professeur de seconde 
au Collège des Bons-Enfants, il embrassa, ses études faites, la car- 
rière musicale et devint rapidement un artiste distingué. Il a .eu 
pour maîtres François Bazin et Gounod. et pour camarades 
d'études Massenet et Léo Delibes, qui étaient restés ses amis. 
Gounod l'avait en particulière affection. 

Tenté par les chances de réussite qu'offre le commerce, Bazin 
essaya d'entrer dans l'industrie; mais il avait de l'artiste les qua- 
lités et les défauts. Ses essais furent infructueux. 

Bazin reprit la carrière artistique. 

Il fonda à Reims la première Société chorale : la Sainte-Cécile. 
Bientôt après, il fut nommé chef de la Musique municipale. Per- 
sonne n'a déployé plus de science, plus d'habileté, plus de per- 
sévérance et de volonté, dans la direction d'une Société de ce 
genre. Aussi en fit-il la première musique civile de France, ainsi 
que l'a établi le grand Concours international de 1889, à Paris. 

Auparavant, il avait organisé à Reims les grands Concours de 
1860 et 1878. 11 avait fondé le Cercle des arts, dirigé ['Union Cho- 
rale. 

Il y a quelques années, il avait donné sa démission de chef de 
la Musique municipale; mais bientôt après, il ressentait l'irrésis- 
tible besoin de reprendre en main le bâton de chef d'orchestre, 
et c'est ainsi qu'il prit la direction de la Fanfare des Tonneliers, 
qu'il avait rapidement transformée et dont il rêvait de faire une 
Société hors ligne. 

Bazin était officier d'Académie. 



lo'i NÉCROLOGIE 



Le 24 janvier ont été célébrées, en l'église Saint-Jean de Châlons, 
les obsèques de M. l'abbé Lecocq, ancien professeur au Petit-Sémi- 
naire de Saint-Memmie. 

Une centaine de prêtres, accourus de tous les points du diocèse, 
avaient tenu à rendre un dernier hommage à celui qui avait passé 
plus de la moitié de son existence à former aux vertus sacerdo- 
tales et à initier aux dilticultés des sciences ceux qui. plus lard, 
devaient devenir ses confrères et quelquefois ses supérieurs. 

En effet, l'humilité du saint prêtre n'avait jamais voulu accepter 
d'autre poste que celui d'éducateur des petits. 

Un délégation très importante des élèves du Petif-Séminaire 
suivait le convoi de leur ancien et si cher professeur. 

Les jeunes filles de la paroisse Saint-Jean, très nombreuses, 
avaient revêtu leurs habits blancs pour escorter le vieu^ prêtre qui 
avait consacré son reste de santé et de forces à les instruire des 
vérités chrétiennes, à porter partout les paroles de paix et de con- 
solation. 

Après l'absoute, le cortège s'est dirigé vers le cimetière de Saint- 
Memmie où M. l'abbé Lecocq a été inhumé. 



Nous avons le regret d'apprendre la mort de M. Challe, sous- 
intendant militaire de première classe en retraite, officier de la 
Légion d'honneur. 

M. Challe, qui avait résidé jusqu'à ces derniers temps à Châlons, 
est décédé à Auxerre, le 14 janvier, dans sa 61^ année. 

Il laisse une brillante et nombreuse famille : l'un de ses fils est 
capitaine breveté d'état-major, un autre élève à l'Ecole militaire 
de Saint-Cyr. Il était beau-père de M. d'Amade, capitaine de 
cavalerie, et de M. Lorrain, capitaine breveté d'infanterie, attaché 
à l'état-major de la 12"^ division, à Reims. 



On annonce la mort de la marquise douairière de Colbert, 
décédée en son château de Canet, dans le département du Var. 
Elle laisse un fils et trois filles mariées, les marquises de Rougé 
et de Thézan, et la comtesse Aiban de Villeneuve. 

La branche des Colbert établie en Provence, et à laquelle se rat- 
tachait la marquise défunte, descend directement de l'illustre 
ministre de Louis XIV. 



BIBLIOGRAPHIE 



Suite de feuillets détachés de l'histoire de Rebâ.is-en-Brie, par 
V. Leblond, interne des hôpitaux. Pari?. H. Jouve, 1893, ia-12, 
153 p. 

Ce travail est la seconde étape d'une œuvre dont nous avons 
déjà signalé le début^. Moire collaborateur, M. Leblond, enfant 
de Rebais, amasse en etîet les matériaux nécessaires à ia rédac- 
tion d'une histoire de cette petite ville, riche en souvenirs qui 
méritent d'être mis en lumière. Une partie du Parlement de Paris 
fut exilée à Rebais en 1*7 1. Une école royale militaire y fut établie 
en 1776 et resta jusqu'à la Révolution Fune des dix maisons de pro- 
vince où se recrutait l'élite de nos officiers. Mais la principale 
renommée de Rebais se tire de sa vieille abbaye bénédictine, 
fondée en 635 par Dagobert, et dont saint Aile fut le premier 
abbé. C'est sur l'histoire de celte abbaye, liée pendant longtemps 
à celle du bourg même, qu'ont dû se porter surtout les conscien- 
cieuses recherches de iM. Leblond. 

La brocbure se compose de dissertations, au nombre de dix, 
dont plusieurs onl élé déjà publiées par la Revue de Champagne, 
mais qu'il est utile de trouver réunies. Elles ont trait à des sujets 
différents dont voici l'énumération : Une liste des abbés de Rebais- 
en-Brie; la messe du lépreux et la maladrerie de Rebais ; associa- 
tion de prières et rouleaux des morts; les verriers de Rebais; 
Bossuet, évêque de Meaux, et l'abbaye de Rebais; note sur l'em- 
placement du prieuré de Beaulieu; un maître d'école en 1695 : 
profils et charges; la bulle Unigenitus et l'exil de Dom Louvard 
à Rebais; les débuts de la Révolution, — le maire de Rebais en 
1790 , la vente des biens de l'abbaye. 

Au cours des siècles, l'abbaye do Rebais subit le sort commun à 
beaucoup de monastères. Elle fut tour à tour incendiée et ravagée 
par les Normands, par les Anglais et, sous la Ligue, par les Fran- 
çais même, aux ordres du maréchal de Biron^ Elle eut encore 
une période de prospérité après son union à la Congrégation de 
Sainl-Maur en 1661. Elle jouissait depuis longtemps d une sorte 
de juridiction épiscopale lorsque ce privilège lui fut enlevé en 
1696, par suite d'un procès avec Bossuet, évê(|ue de Meaux. Cette 
lutte judiciaire, dont M. Leblond relrace 1res lùen les péripéties, 
est l'un des épisodes les plus curieux de l'hisloire de l'abbaye. 

Au surplus, par sa clarté, son style sobre et la variété des élé- 

1. Revue de Champagne, année 1889, p. 59. 

2. D. Du Plessis, Histoire de l'église de Meaux, p. 405. 



134 BIBLIOGRAPHIE 

ments qu'elle renferme, l'étude de M. Leblond est faite pour 
éveiller l'intérêt de toutes les classes de lecteurs. Mais elle n'est 
encore que l'avant-goût d'un travail plus vaste que l'auteur entend 
consacrer à sa ville natale : 



Voilà Rebais, charmant séjour, 
Bâti près d'un couvent, au vieux pays de Brie, 
C'est mon village et ma patrie : 
Je dirai son histoire un jour. 

Ce dernier vers d'une poésie composée par M. Leblond en guise 
de préface, est une promesse dont nous attendons avec confiance 

la réalisation prochaine. E. V. 

* 

Manuscrits légués à la Bbliothèque Nationale par Armand Durand, notice 
par LÉOPOLD Delisle, extrait de la Bibliothèque des Chartes, année 
1894, t. LV. In- 8» de 34 pages. 

Sous ce titre étranger en apparence à la Champagne, nous 
signalons les plus curieux renseignements sur l'abbaye de Signy 
et sa fondation par saint Bernard en 1134. Dans la Bibliothèque 
de l'Ecole des Chartes, t. 55, 627 et seq., parmi les précieux docu- 
ments légués à la Bibliothèque nationale par Armand Durand, 
ancien professeur aux lycées Louis-le-Grand et Bonaparte, ligure 
une ï Chronique de l'abbaye de. Signy » que Marlot avait connue. 
Celte fois, nous sommes en présence d'un texte authentique, 
xiiie et xiv siècles, qu'il ne faut pas confondre avec la Chronique 
de Signii ou de Mézières dont M. Aug. Longnon a fait justice dans 
le XI" fascicule de la Bibliothèque de VEcole des Hautes-Etudes. 
Dans le texte publié par M. Delisle on trouve la mention de 
démêlés entre Philippe-Auguste et Raoul, seigneur de Château- 
Porcien. On n'ignore pas que ce personnage appartenait à une 
branche cadette des comtes de Grandpré que André Duchesne 
rattachait, par erreur, à la maison de Châlillon. H. J. 



Mémoires de Jean-François Thoury, 1789-1830, publiés par Charles Boy. 
Paris, Pion, 1895, ia-18 de 321 pages. 

L'intérêt de ce volume pour la bibliographie champenoise, c'est 
que son auteur, né à Inaumont (Ardeiines) en 1766, habitait Châ- 
lons-sur-Marne au début de la Révolution. 11 y avait été le témoin 
des événements si tragiques du retour de Varennes et de l'invasion 
prussienne, il raconta plus lard ce qu'il avait vu, et le fit à bâtons 
rompus, mais en relatant des détails que l'on note avec intérêt 
et avec sécurité, car Thoury paraît sincère. Il était le protégé de 
l'inlorluné Jean-Evangéliste Roze, qui joua un rôle important dans 
le département de la Marne et fut ensuite guillotiné. Comme lui 



BIBLIOGRAPHIE 1 3 

royaliste, et plus que lui téméraire, Thoury avait été emprisonné 
et avait dû s'enfuir en Hollande dès 1793. Plus tard, il se réfugia 
en Russie, et il en resta Tliote pendant près de quarante ans. Il 
mourut en 1833, exerçant la profession de libraire à Millau, en 
Courlande. Ses mémoires sont écrits avec une touchante ingénuité. 

H. J. 
* * 

Sommaire de la Revue ardennaise. — ?' année, l" livraison 
(janvier-février 1895). 

I. Souvenirs archéologiques de l'abbaye de Belval, par Roger Grappin. 

II. La maison noble et les anciens châtelains de Mézières, par 
C.-G. Roland, 

m. Mélanges. — Embarcations en usage sur la Setnoy au XVI II' siiclC) 

par Louis Demaison. 
Le droit de gite à Amagne en 1218, par Henri Lacaille. 
Testament de Catherine de Harange, comtesse de Grandpré (1597), par le 

D' H. Vincent. 
Devises d'anciens cadrans solaires : à Signy-V Abbaye, Lalobbe, Neuflize, 

Château- Porcien et Acy-Romance, par H. Jadart. 
Note biographique sur Claude-Joseph Roland, curé de Sorcy (1652-1695), 

par Paul Pellot. 

IV . Bibliographie. — Jadart, Notice sur Adrien Duchénoy. — Alexandre^ 
Histoire de Saint-Loup-Terrier. — Cerf, L'Eucharistie dans les arts^ 
dans l'ancienne province de Champagne. 

V. Chronique. — Une copie des Mémoires de Fleur ange. — Les Ardennes 
à l'Académie de Reims, en 1894. — Un jeton de Louis de la Trémoiile, 
gouverneur du Mont-Olympe. 

VI. Planche. — Carreaux émaillés provenant de l'abbaye de Belval 
(xiii» et XVI' siècles). 



CHRONIQUE 



Société académique de l'Aube {Séance du 18 janvier 1895). 
— Présidence de M. Albert Babeau, président. 

M. Babeau remercie ses collègues de l'avoir de nouveau appelé 
à la vice-présidence. Il adresse les félicitations de la Société à 
MIM. Det et Lutel, nommés officiers d'Académie; à M. Fréminet, 
membre associé, qui vient d'être nommé chevalier de la Légion 
d'honneur, et à MM. Natalis Rondot et Paul Nancey, membres cor- 
respondants, chevaliers du Mérite agricole. 

Correspondance 
MM. Rabel et Plicot sont proclamés membres correspondants. 
.M. Piat remercie la Société de l'avoir nommé conservateur hono- 
raire du Musée des Arts décoratifs fondé par lui. 

Ouvrage offert 
Par M. Thévenot, membre correspondant : Une affaire mysté- 
rieuse à Vinets, en 1783. Il s'agit d'une cause célèbre, vol, la nuit, 
avec effraction. Trois accusés, retenus cinq ans dans sept prisons 
successives, condamnés par sept tribunaux au supplice de la roue, 
ont finalement été reconnus innocents et acquittés, grâce au zèle 
persistant d'un défenseur dont le nom ne nous a pas été conservé. 

Lectures et Communications des Membres 

M. Le Clert fait connaître les dons offerts au Musée de Troyes et 
à la Société, dans lesquels figurent : 

Par M. Natalis Rondot: Quatre ouvrages différents; 

Par M. Julien Gréau : Les bronzes antiques, catalogue de sa col- 
lection. 

M. Pron, appelé à rendre compte de l'étude de M. Marguillier 
sur un maître inconnu du xv* siècle, Michel Pacher, a fait une 
dissertation des plus intéressantes sur l'œuvre de ce maître, à la 
fois peintre et sculpteur, en décrivant, d'après M. Marguillier, ses 
principaux chefs-d'oeuvre. Leur exécution témoigne d'une foi pro- 
fonde et d'une sincérité naïve. 

M. de la BouUaye expose que la Revue des questions historiques 
renferme un article des plus élogieux de M. le comte de Luçay, à 
propos d'un ouvrage ae M. Albert Babeau : La province sous l'an- 
cien régime. La modestie de notre éminent collègue le lui a fait 
passer sous silence. M. de Luçay a suivi l'auteur pas à pas ; il a 
montré comment les provinces se sont constituées, comment ce 
sont les peuplades qui ont donné leurs noms aux territoires occu- 
pés par elles; chaque province avait son autonomie, qui s'est con- 



CHRONIQUE ^ 137 

servée surtout pour la répartition des impôts. Le rùle des gouver- 
neurs et lieutenants-généraux institués par François I*^'' s'est 
rapidement réduit à l'autorité militaire. Après avoir étudié les 
intendants, l'auteur en arrive à l'unification de l'organisation 
française. 

M. Babeau signale l'existence à la Bibliothèque nationale, dépar- 
tement des manuscrits, Collection de Champagne, de sept à huit 
volumes sur Troyes; l'un d'eus contient des notes de Lévesque de 
la Ravallière sur les Troyens célèbres, Grosley entre autres. On y 
trouve des procès-verbaux intéressant les diverses corporations, 
notamment celle des bouchers; M. Babeau cite une enquête pré- 
sidée par le lieutenant général Morel, en 1739, à l'efTet de recher- 
cher s'il y avait des mouches dans les boucheries de Troyes. Elle 
est des plus curieuses; Aufauvre l'a relatée dans son Album pit- 
loresque. 

Une autre notice a trait aux emplacements réservés pour les 
marchés des diverses denrées à Troyes. 

Présentations 

SIM, Fernand Gervais, fabricant de bronzes à Paris, rue des 
Filles-du-Calvaire, et Maurice Pelit-Sénéchal, juge-suppléant au 
Tribunal civil de la Seine, sont présentés comme membres corres- 
pondants. 

Le fauteuil de M. l'abbé Garnier, membre résidant, section des 
Arts, est déclaré vacant ; l'élection aura lieu à la séance de février. 



Société d'Histoire et d'Archéologie de l'arrondissement de 
Provins (Séance du jeudi 29 novembre i894). — Présidence 
de M. Berquier, vice-président. 

Sont élus: 

Président, M. Jules Cousin, conservateur du Musée Carnavalet. 

Vice- Présidents, MM. Berquier et Bourquelot^ 

Secrétaire, M. l'abbé Bonno; 

Vice- Secrétaire, M. l'abbé Braichotte; 

Trésorier, M. Detousches ; 

Archiviste, M. Soleil; 

Délégués, MM. Delondre et Maurice Lecomte. 

M. Maurice Lecomte lit une « note d'onomastique à propos d'une 
très vieille opinion, récemment renouvelée sur le nom de lieu 
Alhis, Athie, Athies et à tort appliqué à Atliis, canton de Bray-sur- 
Seme ». C'est la critique d'une communication faite à la Société 
d'Archéologie de Melun, séance du 14 octobre dernier, par 
M. l'abbé Garnier, curé de Lusigny (Aube), qui conclut : « que le 
nom d'Athis dérive du gentilice ou nom de famille, Atleius ou 
Atcius, un gallo-romain possesseur primitif des cases ou maisons 



138 CHRONIQUE 

dites Atleias ou Aleias; — que ce petit domaine a dû être cons- 
titué vers la fin du iii« siècle ou le commencement du iv«. » 

L'existence du gentilice en question est hypothétique et supposée ; 
les recueils d'inscriptions et les auteurs latins ne mentionnent pas 
ce nom, mais on y trouve celui à'Attius ou Accius. 

M. Garnier renouvelle la théorie émise au xvii« siècle par Adrien 
de Valois, et, plus récemment, par M. d'Arbois de Jubainville, les- 
quels se séparent sur un point. 

Valois tire Athis el Alhies d'un composé (?) renfermant un 
gentilice AUeius et le suffixe gallo-romain — acus exprimant une 
idée de possession : Allei-acus (fundiis), domaine ou fonds de 
terre d' AUeius. — Mais Altei-acus aurait logiquement donné 
Atty et y h ne s'expliquerait pas. Cette opinion a aussi contre elle 
d'acieunes formes avec h que nous citerons plus loin. 

M. d'Arbois explique Athies par Atheias pour (??) Atleias, 
féminin pluriel accusatif d'un gentilice Atteins. 

M. Garnier renouvelle ces opinions peu solides et place l'origine 
d' Athis au iii^ ou iv^ siècle. C'est trop de précision. En matière de 
noms de lieu, on ne peut fixer aussi précisément la date de nais- 
sance, puisque tel mode de formation des vocables topographiques 
a été usité pendant plusieurs siècles; surtout lorsqu'un nom de 
lieu est un nom commun bas lalin employé au sens topogra- 
phique, ce qui est le cas pour Alhis, Athies, Athie. 

M. Lecomte, se basant sur d'anciennes orthographes qui sont 
absolument contraires au système d'Adrien de Valois et de 
MM. d'Arbois de Jubainville et Garnier, reconnaît comme étymo- 
logie seule rigoureusement possible et logique, de Athis, Athies, 
Athie, le terme bas latin Àttegia, parfois écrit Attigia oaAlhegia 
(voir Du Gange, Glossarium), qui, suivant Juvéna! et Pappias le 
jurisconsulte, désignait les cabanes des Maures et aussi des huttes 
de soldats. Ce mot appartenait au latin populaire., passa en Gaule 
avec lui par les militaires et commerçants romains et fut appliqué 
parfois aux localités primitivement formées par une agglomération 
plus ou moins importante de cabanes de bergers, loges de vigne- 
rons, huttes de bûcherons ou abris de pêcheurs, ce qui serait plu- 
tôt l'origine historique de Athis-sur -Seine, canton de Bray. 

Le mot Atlegia explique : 1° par son accusatif singulier Atte- 
giam, Atligiam, Athegiam, Athie; 2" par son accusatif pluriel 
Attegias, Athefjias, Athies, Athis. 

Athis (S.-et-O.) est appelé : Athcgia dans l'histoire latine des 
translations du corps de sainte Geneviève qui ont eu lieu au 
IX* siècle au temps des invasions normandes {Gallia Chrisliana, 
t. VU, col. 704); et Athegias dans les lettres de Gilduin, premier 
abbé de Saint- Victor de l'aris, antérieures à 11»3. 

Suivant une règle de phonétique, le g inlervocal de Athegiam 
ou Athegias ton)be el donne la forme Atheiam ou Atheias, celle-ci 
prise à tort pour l'accusatif féminin pluriel de Atteins. 



CHRONIQUE 1 31t 

Alliis (S.-et-O.) esl d'ailleurs appelé /l(eifl5 dans la « Viladomni 
Burcardi » d'Eudes de Sainl-Maur (xc siècle — manusciil latin 
3778 delà Bibliothèque Nationale — Edition Bourelde laRoncière, 
chapitre IX). 

L'opinion de Valois, renouvelée par MM. d'Arbois de Jubainville 
et Garnier, ne paraît certainement pas aussi logiquement soute- 
nable au double point de vue historique et philologique. 

Après cette lecture, M. Lecomte parle, en quelques mots, de 
l'intéressante brochure de notre collègue M. Quesvers, Gastins en 
(Idtinais? et insiste particulièrement sur la frontière orientale, 
dès le commencement du ixe siècle, du pays de Melun, qu'il faut 
distinguer de la limite du doyenné de Montereau. M. Lecomte 
signale une thèse allemande dont il a fait récemment la traduc- 
tion et qui a pour sujet le patois de Provins au xni"= siècle, et pour 
auteur Adolf Gottschalk, de Cassel (1893). — Gottschalk a fait 
cette étude d'après des manuscrits de la Bibliothèque de Provins 
et de la Bibliothèque Nationale. — M. Lecomte relève quelques 
fautes de lecture dans le déchiffrement de certains passages du 
Cariulaire de la Ville de Provins. — Il est juste de rappeler 
qu'en 1869, l'historien de Provins, F. Bourquelot, a également 
étudié le langage de la région de Provins au moyen-âge. — Mais 
l'état embryonnaire de la science philologique il y a vingt-cinq ans 
n'a pas permis au regretté savant de fournir une étude assez pré- 
cise ni des résultats assez décisifs. — La thèse de (Gottschalk 
répond en somme au plus récent état de la science philologique, 
bien que son auteur semble avoir encore beaucoup à faire pour 
devenir un philologue. 

Les nouvelles rues de Reims. — Le Conseil municipal de Reims s'est 
réuni récemment en comité secret, après la séance publique, pour discuter 
le rapport de M. Neveux sur les noms à donner aux nouvelles rues de la 
ville. 

Voici le résultat de cet examen : 

i" A Ja rue qui vient d'être ouverte entre le boulevard Lundy et 
la rue Savoye, le nom de rue Â'ellermann, en souvenir du vain- 
queur de Valmy, qui ouvrit la brillante série des triomphes que 
les armées françaises, dans leur lutte héroïque pour la défense de 
l'indépendance nationale, devaient remporter sur les coalisés. 

2° A celle ouverte entre la rue Gérés et la rue de Monsieur, 
formant presque le prolongement de la rue Notre-Dame-de l'Epine, 
le nom de rue Bonhomme, pour perpétuer la mémoire de M. Jean 
Bonhomme, qui fut l'architecte de l'Hôtel de Ville de Reims, et 
dont le fils construisit le cloître de l'Hôtel-Dieu. 

3° A la rue qui vient d'être ouverte parallèlement à la rue de 
Fismes et dénommée rue Négrier par ses habitants, le nom de rue 
Magneux, pour honorer la mémoire de M'"' Barbe-Martin, veuve 



14U CHRONIQUE 

de ÏNicolas Colbert. seigneur de Magneux, qui a fondé en J631 
THôpital ou Hospice de Sainte-Marthe, dite aussi « des Magneu- 
ses M, où se trouve aujourd'hui le Lycée des jeunes filles, et l'a 
doté non seulement de cette importante demeure, mais encore 
de nombreux héritages sis à Reims, Lucquy, Germigny et Che- 
vrières, dont les revenus assuraient son entretien à perpétuité — 
Cet Hôpital a été annexé à l'Hôpital Général, le i''"" prairial an VII, 
et celte annexion a été confirmée par décret impérial du 3 janvier 
1812. — L'œuvre des Magneuses s'est perpétuée à l'Hôpital Général 
et douze jeunes filles y sont encore élevées gratuitement pour 
former, suivant le vœu de iM"" de Magneux, d'intelligentes et 
honnêtes servantes et de bonnes ouvrières. 

4° Sur le chemin de Reims à Courcelles : 

Première rue ou plutôt impasse : Impasse de Courcelles. 

Deuxième rue : rue Hellarl, pour perpétuer le souvenir de 
quatre peintres rémois de ce nom, dont notre Musée possède 
plusieurs œuvres distinguées. — Le plus célèbre de ces peintres 
fut Jean Hellart, qui obtint le titre officiel de peintre de la Ville 
et qui organisa à Reims une école ou Académie de peinture et de 
sculpture, l'une des premières, en date, de France. — La Fontaine 
a placé chez lui la scène du conte intitulé : t Les Rémois ». 

Troisième rue : rue Saubinet, en mémoire de M. Etienne Sau- 
binet, ancien gérant de la Société des Déchets, qui a donné 
20,000 fr. aux Hospices pour la fondation de deux lits au profit 
d'ouvriers en laine, dont l'un pour un aveugle et l'autre pour un 
paralytique, et qui a laissé à l'Ecole de Médecine un magnifique 
herbier, et à la Ville une partie de ses livres et une curieuse col- 
lection de tableaux et de gravures intéressant Reims. — Sa famille 
était alliée aux Colbert et aux Tronsson. 

5» Sur la rue Alexandre-Henrot viennent aboutir quatre rues : 

La premièfe, du côté de Courcelles, est dénommée par les habi- 
tants, rue de Thil. Elle conservera ce nom, car elle est tracée dans 
la direction de ce village. 

La deuxième, appelée aujourd'hui rue Antonin-le-Pieux, prendra 
le nom de rue de Villers-Franqueux. 

La troisième^ qui n'est que la rue de Merfy prolongée, s'appel- 
lera rue de Merfy. 

La quatrième, qui n'est également que la rue des Trois-Fon- 
taines prolongée, et qui commence à la rue Géruzez, et traverse 
la rue Alexandre-Henrot pour continuer dans les champs vers 
Saint-Thierry, s'appellera rue des T rois-Fontaines. 

6" Entre la rue de Saint-Thierry et la rue de Cormicy, des deux 
côtés de la cité l'oirot: 

Première rue, du côté de Reims, rue des Maretz., du nom de la 
propriété des Maretz qui se trouve dans sa direction. 

Deuxième rue, du côté de Saint-Thierry, rue de Baslieux, du 



CHRONIQUE 141 

nom de la ferme des Baslieux, située en face de celle rue et for- 
mant le centre des travaux d'irrigation pratiquée avec les eaux 
d'égout de la Ville. 

7* Cité du Vieux-Coq, deux rues : 

La première, formant actuellement la rue de la Cité, s'appellera 
rue du Vieux- Coq: 

La deuxième, située en avant de la Cité, du côté de Reims, 
prendra le nom de la rue de Chenay. 

8» La rue ouverte entre la rue de Marziily et la rue dHermon- 
ville conservera le nom de la rue du Vieux-Colombier, appellition 
sous laquelle elle est actuellement connue et désignée. 

9" Entre la rue de Bourgogne et la rue Danton, deux rues : 

La première, du côté de l'avenue de Laon, sera dénommée rue 
Rivart- Propilé lie, du nom de M"' Rivart-Propliétie, qui est 
décédée récemment, instituant pour son légataire universel le 
Bureau de bienfaisance de la Ville de Reims, et laissant aux 
Hospices une maison sise à Reims, boulevard de la République, 
n» 3, et 13,000 fr. à la Maison de Retraite; 

La deuxième, du côté du chemin de Courcy et qui n'est actuel- 
lement qu'à l'état d'impasse, prendra le nom de rue Jeunehom'ne, 
en mémoire: 1" d'un maire de Reims qui a occupé ce poste pen- 
dant deux ans; 2° de M, Gabriel Jeunehomme, qui a légué au 
Musée de Reims vingt-cinq œuvres dont la majeure partie était 
signée des maîtres hollandais et flamands, notamment une fête 
de village par David Téniers, plusieurs tableaux de l'école fran- 
çaise et quantité de copies anciennes d'oeuvres du xviii* siècle. 

10° Entre la rue Gosset et le chemin de Bétheny, des deux côtés 
de l'établissement des lits militaires, deux rues : 

La première, vers Reims, s'appellera rue Hurlaut, du nom 
d'un ancien professeur de droit, qui fut pendant trois ans maire 
de Reims; 

La deuxième, vers Bétheny, sera dénommée rue l'ronssoii-Le- 
conle, en souvenir de M. Tronsson-Leconte, issu d'une vieille 
famille de Reims qui a donné plusieurs illustrations à ce pays. Le 
choix de ses concitoyens, à une époque où les fonctions du maire 
étaient électives, le porta à la tête de TAdministration municipale, 
où il resta cinq ans. Il fut appelé en 1808 au Corps législatif, reçut 
en 1810 le brevet de chevalier de l'Empire, et en 1814 fut nommé 
officier de la Légion d'honneur. Il fit longtemps partie de l'admi- 
nistration des Hospices et du Bureau de bienfaisance. C'est sous 
son administration, en 180!s, que fut décidée l'installation de la 
Bibliothèque publique dans les bâtiments de l'Hôtel de Ville. 

H° La rue désignée actuellement sous le nom de rue du Bel- 
Air conservera cette dénomination. 

12° Entre le cimetière de l'Est et le Tir : 

Une rue venant aboutir sur la route de Givet à Orléans sera 



U2 CHRONIQUE 

désignée sous l'appellatioii de rue du Tir, à raison de son voisi- 
nage avec l'Ecole de tir. 

13° Le chemin des Courtes-Martin s'appellera rue des Courtes- 
Martin, en souvenir du hameau de ce nom, depuis longtemps 
disparu. 

14" Le chemin conduisant de la route de Givet aux docks, for- 
mera la rue Galloteau,, du nom de M. Galloleau-Chapron. qui fut 
trois fois et pendant quatre ans maire de Reims, devant cette hono- 
rable fonction aux suffrages de ses concitoyens, 

15" Devant les cités ouvrières, rue aboutissant à la route de 
Cernay : 

Elle s'appellera rue Pierrard-Parpaile , du nom de M. Pierrard- 
Parpaite, qui fut manufacturier à Reims, membre du Conseil muni- 
cipal, chevalier de la Légion d'honneur, fondateur et président de 
là Société de secours mutuels dite de Saint-Eloi. Il créa à Reims 
la première fonderie de fer du département et aida puissamment 
au développement des progrès de l'industrie lainière dans cette 
ville. Il se livra avec beaucoup d'intérêt à l'étude des questions 
relatives au bien-être de la classe ouvrière et occupa toujours dans 
ses ateliei's de nombreux travailleurs. 

l6o L'ancien chemin de Beine, par les Ras, longeant l'une des 
casernes de la brigade de cavalerie, sera nommé rue du Général 
Carré. — Ce général est né à Reims, le 19 février 1770; il mourut 
maréchal de camp en 1845. Soldat dans la garde nationale pari- 
sienne, il passa en 1791 au 105' de ligne. Il fut blessé plusieurs 
fois et eut un cheval tué sous lui à la bataille de Krasnoé, où il 
était colonel-major du 6« tirailleurs. Il fut nommé chevalier de la 
Légion d'honneur et baron de l'Empire. 

17° La rue entre les deux casernes de cavalerie s'appellera rue 
Verrier, en souvenir de noire concitoyen Marie-Claude-Bernard 
Verrier, maréchal de camp d'artillerie, officier de la Légion 
d'honneur, chevalier de Saint-Louis, décédé à Reims le 7 décem- 
bre 1837. 

19" Le chemin Vert s'appellera rue du Chemin- Vert. 

20° Le chemin longeant le groupe de maisons construites à côté 
du chemin Vert, s'appellera rue Coulier-Marion, du nom d'un 
ancien maire de Reims qui occupa pendant deux ans ce poste 
qu'il devait à l'élection. 

21° Le chemin de Saint-Nicaise sera désigné sous le nom de rue 
Lanson, en souvenir de M. Lanson aîné, ancien adjoint au maire 
de Reims et ancien vice-président de la Commission des Hospices. 

22' Le chemin de la Terrière, allant de la rue de Mulhouse au 
chemin de Bezannes, s'appellera rue Mnrlin. - Marlio fut pen- 
dant vingt ans vice-pré-ident de la Commission des Hospices de 
Reims, du 12 janvier 1797 au 18 janvier 1817. 11 rendit aux Hos- 
pices les plus grands services dans les revendications pour la 



CHRONIQUE 143 

reconstitution de leur patrimoine, et dans les répétitions pour 
obtenir les indemnités auxquelles ils avaient droit pour les soins 
donnés pendant les guerres du premier Empire, tant à nos soldats 
malades qu'aux nombreux prisonniers de guerre qui furent traités 
dans le couvent de Saint-Remi, alors hôpital militaire. 

Il remplit avant la Révolution les fonctions de juge, d'abord 
comme conseiller au Tribunal de l'élection, et ensuite comme 
président du Tribunal des traites foraines jusqu'à sa suppression. 
Il fut membre du Collège électoral du département, du Conseil 
d'arrondissement et du Conseil général de la commune. 

23° Le chemin dit u des Maraîchers », qui va de la rue de Gour- 
lancy à la chaussée Saint-Martin, sera dénommé rue des Maraî- 
chers. 

24° La voie qui du pont de Soissons se dirige vers Saint-Charles, 
en longeant le chemin de fer du côté de Muire, recevra le nom de 
rue du Bois-d' Amour. 

25» La voie qui du pont de Soissons conduit au fossé des égouts 
et à Saint-Charles, en longeant le canal, prendra le nom de rue 
de Saint-Charles. 

26* Enfin le chemin limitrophe du champ de manœuvres, sur 
la route de Châlons, se dirigeant de cette route vers le canal, sera 
dénommé avenue Hoche, en souvenir de l'illustre général en chef 
des armées de la République française, pacificateur de la Vendée. 

, Courrier df ht. Chtoiipat/iie.) 



On nous écrit : 

Unienville, 4 décembre 1891. 

« Mon cher Monsieur Frémont, 
Je suppose que les lecteurs de la Revue de Champagne et de 
Brie ne seront pas fâchés d'avoir quelques détails sur les Mon- 
tangon et les d'AUichamp, pour compléter les « Notes historiques 
et généalogiques sur Chaumondel et Pisseloup ' ». 

1 . Maison ue Montangon 

Trois membres de cette famille ont porté le nom de Charles : 

1° Charles de Montangon /«r, fils de Jean de Montangon et de 

Françoise du Fay, chevalier, seigneur de Crépy, Béard, Rouvray, 

etc. Il décéda au château de Rouvray, le 8 septembre 1620. Il avait 

épousé, par contrat passé au château de Rouvray, le 31 janvier 

1592, Philberte de Bridot, fille de Pierre, seigneur de La Motte et 

d'Atlencourt, et de Françoise de Champarl, Il en eut deux fils, 

Louis et Charles. 

2» Charles II de Montangon, fils de Charles le"-, né vers 1585, 

t. (Revue de Champagne, juillel-aoùt 1894, page 563, note 3.) Il y a à 
Dienville une contrée appelée Pisseloup. 



144 CHRONIQUE 

fut élevé page de la grande écurie du duc de Lorraine. 11 épousa 
Madeleine de Bretel,^\\\e de Pierre, écuyer, seigneur de Brebant, 
et d'Annbroise de Marisy, dame de Valeatigny. Elle décéda le 21 
février 16o4. On voit encore son épitaphe dans l'église deCrépy; 
elle est ainsi conçue : « Cy gist le corps de deffuncte damoiselle 
Magdelaine de Bretel, vivante femme et espouse de Charle de 
Montangon, escuyer seigneur de Rouverel et de Crespy en partie, 
laquelle dicte damoiselle décoda le vingt uniesme de febvrier 1634. 
priez Dieu quil niestre son ame en bon repos ». Au-dessus de cette 
inscription, les armoiries des Rlontangon : un écu gironné de 10 
pièces. 

Louis de Montangon, frère de Charles II, repose aussi dans 
l'église de Crépy. Sa tombe est au-dessus de celle de Madeleine 
de Bretel. On y lit cette inscription : « Cy gist messire Louis de 
Montangon vivant seigneur de ce lieu, Petit-Mesnit. Seru-Cloix. 
Guinnicourt, capitaine dune compagnie de chevalierie mestre de 
camp dun régiment d'infanterie pour le Roy, lequel deceda le 30 
septembre 1643. Requiescat in pace. » 

3» Charles III de Montangon, fils de Louis qui précède et d'An- 
toinette de Sancierre', était chevalier, seigneur de Crépy, Béard, 
Epagne, le Petit-Mesnil et Chaumesnil. 11 naquit au château de 
Béard, le 7 décembre 1621 ; son parrain fut Charles, duc de Lor- 
raine, et sa marraine, Marguerite de Gonzague, épouse du duc. 
Un papier-terrier du château de Dienville nous donne connais- 
sance « d'un transport fait par Charles de Montangon à Louis de 
Montangon son frère, d'un contrat de constitution de 413 1. de 
principal portant rente de 25 1. 18 s. 9 d. Cette rente avait été 
établie par demoiselle Nicole le Bégat, femme de l'Evecque, 
écuyer, d' à Louvemont, et Charles de Montangon l'avait eue en 
contrat de mariage de défunt //onore d'Allichamp, son beau-père 
(29 octobre 1629). On trouve aussi dans ce papier-terrier plusieurs 
acquisitions et échanges : !<> un arpent et demi acquis de Nicolas 
de Creney es étangs du Petit-Mesnil, moyennant 13o livres (3 avril 
l6o6). — 2° un arpent et demi es étangs du Petit-Mesnil, achetés 
120 livres (7 août 1656). — 3° échange entre Charles de Montangon, 
Charles de Bossancourt, Gaspard de Bossancourt, Jeanne de Rom- 
mecourt, veuve de François de Bossancourt (tant en son nom que 
comme mère et tutrice de ses enfants mineurs), Claude du Gruy (en 
fîOn nom et comme ayant la garde noble des dits mineurs), demoi- 
selle Claude de Bossancourt, veuve de Charles de Ballidart, demoi- 
selles Elisabeth et Claude de Bossancourt, tous seigneurs et dames 
du Petit-Mesnil et Chaumesnil. Cet échange consiste en ce que les 
dits sieurs et dames de Bossancourt et le dit s^ de Gruy cèdent au 
s"" de Montangon sept fauchées et demie de prés au-dessous de 



1 . Il eut de ce mariage deux enfants : Charles et Louis, Après la mort 
d'Antoinette, il épousa Marguerite de Chastenay, veuve de François de 
Bezanne, s' de Guignicourt. 



CHRONIQUE 141) 

l'étang vieil et en contre-échange le s' de Montangon abandonne 
aux s""* de Bossancourt un contrat de constitution de rente qu'il a 
retiré des mains des héritiers de défunt François Navarre de Jau- 
court à qui les s"* de Bossancourt étaient débiteurs comme héri- 
tiers de Jean de Bossancourt, leur père ; le dit contrat montant à la 
somme de o80 livres, et passé le 10 janv. 16*22 (fév. 16j7). — 
40 Vente par François du Mesnil d'Arrentière à Charles de iMon- 
tarfgon et à Charlotte, sa (seconde) femme, d'nn arpent es 
étangs du Petit-Mesnil, moyennant 90 livres. Dans cette somme 
est comprise la rente du dit arpent d'eau et prés, depuis l'acqui- 
sition ci-devant faite par Louis de Montangon, père du s"" 
Charles, des héritiers de feu Jean de Bossancourt et de Char- 
lotte de la Bergère, son épouse (2 décembre 16o9). Charles III de 
Montangon avait épousé, en premières noces, Marguerite (TAlli- 
champ, fille d'Honoré d'Allichamp et de Jeanne du Mesnil-Cham- 
bourg; et en secondes noces, Charlotte-Marguerite Dessalles (ou 
de la Salle), v« d'Edme de Fumel, s'' de la Coste. — Marguerite 
d'Allichamp est inhumée au milieu du chœur de l'église de Crépy ; 
voici son épitaphe : « Cy gist le corps de deffunte dame Margue- 
ritle Dalichamp dame de Crespy et de Pachieu et autre lieux 
femme et espouse de mon"' Charle de Montangon viv. seigneur 
des dit lieu laquelle ditte dame est décédée le 18 de mars 16o4. 
Dieu veule mestre son ame en repos. )> [Au bas, les armoiries des 
d'Allichamp : un chevron accompagné de trois quintefeuilles, 2 en 
tête et 1 en pointe. 

II. M.-viso.\ d'Allichamp 

Le François d'Allichamp mentionné dans la Revue de Cham- 
pagne^ est François-Honoré d'Allichamp, fils d'Honoré d'Alli- 
champ et de Jeanne du Mesnil-Chambourg. Il épousa, par contrat 
du 5 janv, 1684, A7iiie de Guigne, fille de Nicolas, seigneur de 
Humaine et de Frampas, et de Jeanne Legoux. 11 était seigneur 
d'Epagne et de Balnot-le-Châtel. 

Le papier-terrier de Dienville nous parle d'une donation faite par 
Jacques-Anne de Montangon à François-Honoré d'Allichamp, siîi- 
gneur d'Epagne, « de tout ce qui lui appartient à Epagne, droits 
seigneuriaux, accin (6 arpents), enclos, 1 fauchée de prés, 14 denrées 
de vignes, une maison, cour, jardin (2 arpents), un gagnage consis- 
tant en "li journaux et 6 fauchées de prés à Morvilliers, 30 livres 
de rente — 36 arpents de bois au finage du Petit-Mesnil, au bois 
de Niselle, à charge par le dit donateur de payer 200 liv.-es par an 
de pension viagère (a mai 1692). » 

François d'Allichamp et Anne de (iuigne ont laissé six enfants : 
!• François-Honoré d'Allichamp. 2® Jean-Georges d'Allichamp. 
30 Charlotte d'Allichamp, mariée à Claude-Martin de Bochebonne, 

1 . Ibid., p. 584, par. 1. 

10 



140 CHRONIQUE 

seigneur de Balnot, Epagne et autres lieux. 4° Catherine d'Alli- 
champ', mariée à Seiganot, écuyer. o" Anne-Antoinette d'AUi- 
çhamp, baptisée le Î4 déeennbre 1700. 6° Jeanne d'Allichamp, 
mariée à Claude-Louis du Pons ne Bourneuf, chevalier, seigneur 
de Pons et de la Neuville. 

Honoré d'Allichamp et Anne de Guigne, son épouse, ont été 
inhumés au chœur de l'église d'Epague. l'un, le 30 septembre 
1710, et l'autre le 31 juillet 1704. Leurs tombes ont disparu; mais 
on voit, au milieu du sanctuaire, au pied de l'autel, la tombe 
A' Honoré d'Allichamp, père de François-Honoré; et à droite, la 
tombe de leurs enfants, François-Honoré et Jean-Georges. Celle 
d'Honoré iVAUicliamp porte cette inscription: « Cy gi Honore 
Dalichamp escuyer seigneur d'Epagne, filz de René Dalichamp 
escuyer seigneur de Briel Flamer(ecourt) 1667. » 

La tombe des enfants porte l'inscription suivante : « Cy gis 
François-Honoré Dalichamp âgé de Irois ans et trois mois fil de 
feu Honoré Dalichamp vivant escuyer seigneur d'Epagne et autres 
lieux et de diimoiselle Jeanne de Guigne son espouse qui deceda 
le XV^ jour du mois de février 1663. — Cy gis encore Jean George 
Dalichamp fil du dict feu Honore Dalichamp et de la dilte damoi- 
selle Irere du dict François Honoré âgé de six ans un mois qui 
deceda le 30 avril 1670. Prie Dieu pour eux. )^ 

On voit dans l'église de la Ville-au-Bois (près d'Amance) les 
tombes de Gaspard de Pons, d'Anne de Comble^ son épouse, et 
A' Antoine de Mertrus, proches parents de Claude-Louis de Pons 
de Bourneuf, dont nous avons parlé ci-dessus-. On y lit ces ins- 
criptions : « Cy gis... Gaspard de Pons chevalier seigneur de la 
Villaubois qui décéda à Troies 2 de juin 1683. Priez Dieu pour son 
âme. » 

« Sous cette tombe est inumé dame Anne de Comble espouse de 
messire Gaspard de Pons qui desséda le trante may mil six cent 
septente. prié Dieu pour son ame ». 

« Cy gist messire Antoine de Mertrus chevalier seigneur de la 
Villaubois et d'Esclance qui décéda le 25 avril 1700. priez Dieu 
pour le repos de son ame s. Au-dessus, les armoiries des Mertrus : 
un lion couronne. 

Veuillez agréer, etc. P. Cuauvet, 

Curé d'Unienville. 



INous enregistrons avec plaisir parmi les noms qui ont été l'objet 
d'une distinction honorifique, comme officiers d'Académie, celui 
de M. Henri Matot, le jeune et sympathique imprimeur-éditeur de 
Reims. 

M. Matot est à la tète d'une des plus importantes imprimeries du 

1. Galherine-Gabrielle, baptisée le 31 mars 1702. 

2. Claude-Louis est le frère d'Antoine de Mertrus. 



CHRONIQUE 147 

Nord-Est. 11 est l'éditeur de nombreuses publications intéressantes 
sur la Marne. TAisne et les Ardennes ; pour n'en citer que deux, 
nous mentionnerons : 

V Annuaire Malot-Braine et son Almanach hislorique. admi- 
nistra lif et commercial de la Champ igne. 

Cet Almanach-Annuaire a été honoré, en 1800, d'une médaille 
d'or par l'Académie Nationale de Reims. 

En 1892, M. H. Matot prenait l'initiative d'organiser l'Exposition 
historique et militaire du Centenaire de Valmy. 

Celte exposition, créée de toutes pièces en vingt-cinq jours, eut 
d'abord lieu à l'Hôtel de Ville de Châlons-sur-Marne, et ensuite, 
du 9 au 26 octobre, à l'Hôtel de Ville de Reims où elle reçut en 
dix-huit jours 73,000 visiteurs. 

Un nombre considérable d'exposants avaient répondu aux appels 
des organisateurs, secondés par la presse locale. 

La réussite de cette Exposition historique a été complète; il 
était donc juste que M. le ministre de l'Instruction publique se 
souvînt du nom de l'organisateur dévoué qui avait tant contribué 
par son initiative intelligente, son zèle infatigable, au vif succès de 
la patriotique exposition du Centenaire de Valmy. Nous l'en féli- 
citons bien vivement. {La Papeterie.) 

Un habitant de Merfy, petite commune de l'arrondissement de 
Reiras, canton de Bourgogne, collectionneur de tableaux, vient 
de découvrir une toile qu'il attribue à Rembrandt. 

La peinture étant recouverte, en certains endroits, d'un vernis 
qui en rend l'examen assez difficile, cet amateur la lait dévernir 
en ce moment et ne tardera pas à soumettre l'ceuvre à la compé- 
tence des experts. 

* * 

M. Ritt, receveur général, vient d'être nommé gouverneur géné- 
ral de Monaco en remplacement de M. de Farincourt. 

M. Ritt n'est pas un étranger pour nous: il a exercé pendant 
plusieurs années les fonctions de receveur particulier à Epernay, 
où il a laissé d'excellents souvenirs. 



Par décret en date du 15 janvier 1895, a été promu au grade 
de chevalier de la Légion d'honneur, M. Marie-Henri-Viclor 
Guerlet, de Reims, consul de première classe, rédacteur à la 
direction des affaires commerciales, au ministère des Affaires 
étrangères. 

La Revue hislorique de l'Ouest ifév. et mars iBdo) contient un 



148 CHRONIQUE 

article de M. le vicomte Odon du Hautais, consacré à l'illnslration 
de la famille Lagier dans l'Eglise catholique La famille Lagier pré- 
tend descendre d'Eiiclier de Lageri et d'I>abelle de Châtillon. A elle 
se rattachent le cardinal Eudes I.agier (il 00), Bertrand Lagier, 
évèque de Glandèves, aussi cardinal (1320-1392), Gilbert-Antoine 
Lagier, supérieur des Frères-Prêcheurs (1718-1770^; cette famille 
est étninte en 1873 dans la personne de Calherine-Aimée Lagier, 
femme du baron Philibert-Victor Travot. 



La Bibliothèque de l'Ecole des Charles (nov.-déc. 1894, p. 573- 
o98) publie un article de M. H. Lacaille sur la vente de la baronnie 
de Coucy, en novembre 1400. 



M. Henri Sée vient de faire paraître dans la Revue historique, 
livraisons de novembre 1894 à février 189b, une intéressante htude 
sur l-'S classes servîtes en Champagne, du XI" au XI V^ siècle, qu'il 
nous a paru utile de résumer ici. 

Ce travail, fort bien documenté, grâce aux nombreux cartulaires 
que nous possédons pour cette période, et strictement limité aux 
frontières de notre province, présente cet intérêt particulier que 
les comtes de Champagne ayant con«ervé longtemps leur indé- 
pendance, enrichirent par là-même cette région en y développant 
le commerce et l'industrie, facilitant ainsi aux classes serviles les 
moyens de s'élever à une condition supérieure. 

L'auteur prend le serf dans le domaine seigneurial, où s'écoule 
son existence tout entière, domaine issu de l'antique villa gallo- 
romaine, exploitée par une population d'esclaves ou de colons 
soumis à l'autorilé absolue de leur maître. 

Aux ix« et x^ siècles, la villa s'appelle mansus indominicatus, 
les esclaves et colons sont des serfs, toujours assujettis au sol, 
ayant reçu chacun un lot de terre, manse ou parcelle de manse. 
Ainsi la tenure du serf se distingue désormais de l'ensemble de la 
villa, dans laquelle jadis elle se confondait. 

Dès la fin du x* siècle, s'établit une nouvelle forme de propriété, 
le fief; on distinguera désormais, relativement à une même terre, 
les droits domaniaux et les droits féodaux qui pèsent sur elle. 

Les droits seigneuriaux du xi^ au xni'^ siècle vont se détaillant, 
se morcelant de plus en plus; mais le domaine continue à garder 
assez nettement son intégrité préventive; son centre, le manstis 
iiidominicalus, siège et résidence du seigneur, est le chateau-fort, 
d'oîi s'étend l'autorité dominicale sur toutes les propriétés ou 
tenures serviles qui constituent toujours l'ensemble du domaine. 

On ne distingue plus, comme au ix<^ siècle, des manses libres 
et des manses serviles; la dimension de toutes les manses se 
diversifie à l'infini : chacun vit sur le lopin de terre qu'il cultive 



CHRONIQUE 149 

et pour lequel il doit à sou seigneur des redevances de toute 
sorte. 

Encore aujourd'hui, dit avec raison M. Sée, le territoire de la 
commune ou tout au moins de la paroisse, représente assez exac- 
tement la circonscription de l'ancienne villa. J oulefois, au cours 
du moyen âge, les domaines seigneuriaux se morcelèrent consi- 
dérablement; les héritages, mutations, donations pieuses contri- 
buèrent beaucoup à ce démembrement progressif des fiefs sei- 
gneuriaux. 

Au début du moyen-âge, la grange, le four et le moulin ne sont 
que des appendices de la villa; plus tard, leur existence devient 
en quelque sorte indépendante, ces exploitations forment avec les 
terres qui les entourent des manses nouveaux ou se subdivisent à 
leur lour en parcelles de manse. 

Au ix« siècle, les esclaves fendent de plus en plus à se confondre 
avec les colons, et dès le xi* siècle, il n'y a plus qu'une seule caté- 
gorie de cultivateurs, appelés serfs ou hommes de corps, expres- 
sions qu'on retrouvera pendant plus de deux siècles, jusque dans 
le courant du xiv^ siècle. 

La naissance surtout semble déterminer la condition servile. Le 
fils du serf naît serf comme le fils du propriétaire naît proprié- 
taire; cependant, suivant Li drois et couslumes de Cliampuiyne, 
recueil de décisions judiciaires formé par quelque praticien, au 
xiv^ siècle, on peut encore devenir sert par mariage ou par rési- 
dence sur une terrre servile. 

D'autres fois, ce sont des hommes libres qui, par dévotion, s'en- 
gagent volontairement dans la servitude^ et se donnent comme 
serfs à des abbayes. Aux abords du xiv« siècle, ces sortes d'obla- 
lions sont assez fréquentes. 

Le serf, en fait^ est un pur objet de propriété; dans l'inventaire 
du domaine seigneurial, on le cite à côté des prés, des bois, des 
rivièies ou étangs. C'est avant tout une source de revenus; de sa 
vente on retire une certaine somme, qui représente sa valeur. 

Bien que le serf soit le plus souvent inséparable de la parcelle 
de terre sur laquelle il est établi, les droits qui portent sur la terre 
et ceux qui portent sur les serfs peuvent être fori bien séparés : 
on peut céder un domaine en garJant les hommes qui vivent 
dessus, ou céder les hommes en gardant le fonds. 

Généralement les cessions de serfs sont faites à des églises ou à 
des monastères; on offre à un établissement religieux une famille 
entière, ou plusieurs groupes de familles ou même les serfs de 
toute une villa. Parfois cependant des dons de cette nature, sont 
faits par nos comtes à des laïques, par exemple pour récompenser 
les services d'un fonctionnaire dévoué. 

Les échanges de serfs déjà communs au xiie siècle, se multiplient 
auxiu"; il en de même des ventes, qui comprennent également 



1 50 CHRONIQUE 

tantôt des individualités isolées, tantôt des familles ou des 
groupes de familles, ou la totalité des habitants d'une villa. 

Les prix varient suivant la qualité des individus, l'étendue de la 
lenure, l'importance des droits auxquels ils sont soumis. Ici un 
homme se vendra cinquante livres; là trois hommes seront adjugés 
pour quarante sous. 

Une famille vaut 160 livres, alors qu'un lot de quarante-six 
ménages n'est estimé que 40 livre? tournois. 

11 va sans dire que les seigneurs ne témoignent pas toujours 
pour leurs serfs les ménagements que réclamerait la simple 
humanité. Les serfs ecclésiastiques eux-mêmes ne sont guère à 
l'abri des inqualifiables violences dont usent à l'égard des serfs 
laïques les seigneurs, au cours de leurs rivalités perpétuelles. Les 
scènes de pillage et de massacre ne sont pas rares; les prévôts des 
comtes de Champagne eux-mêmes, les avoués des abbayes, chargés 
de protéger leurs serfs respectifs, sont la plupart du temps les 
premiers à les molester. 

Pourtant, malgré ces misères inhérentes à leur humble condi- 
tion et aux rudes mœurs du temps, les serfs de Champagne ont 
une famille et un patrimoine très nettement constitués. 

La famille des serfs existe au même titre que la famille seigneu- 
riale : le père a pareille autorité sur sa femme et sur ses enfants. 
Dans les ventes ou donations on ne sépare point les membres 
d'une même famille. 

La tenure servile jouit d'avantages comparables à ceux d'une 
véritable propriété : c'est un patrimoine, lieredUas, et la terre ou 
mesnic (du latin mansus) est transmissible par le père à ses 
enfants. Le mot mesnic. ou mesniée désigne tantôt la tenure de 
l'homme de corps, tantôt sa famille. 

Fermier héréditaire ou, si l'on peut dire, usufruitier à perpé- 
tuité, il ne peut être déplacé par le maître. Il a une maison 
léguée par ses ancêtres, et peut même construire sans en 
demander l'autorisation du seigneur. Ce seul fait, remarque fort 
ju.slenient M. Sée, nous explique déjà les futures revendications 
de la classe servile. 

De môme que l'esclave antique, disposant librement de son 
pécule, l'homme de corps peut posséder en toute propriété des 
biens meubles et immeubles, s'enrichir par son travail et son 
économie, doter sa fille; son lot de culture peut être plus ou moins 
considérable, suivant que les circonstances le favorisent. 

Il arrive que des mariages se concluent entre les deux classes : 
serfs et hommes libres. 

Les Coutumes de Champagne prévoient le cas où une femme 
noble épouse un serf; à sa mort les enfants perdent le fief de leur 
mère et redeviennent serfs, à moins de renoncer à la lignée 
paternelle. Au contraire, la serve qui épouse uu homme libre suit 
la coadition de son mari. 



CHRONIQUE 151 

Les alirancbissemenls, qui se multiplient au xiii" siècle, contri- 
luient à la transformation progressive des classes serviles. 

La grande caractéristique des serfs proprement dits, c'est qu'ils 
sont taillables à merci, c'est-à-dire soumis, en matière de rede- 
vances, à l'arbitraire du seigneur; ils sont encore astreints rigou- 
reusement au formariage et à la main-morte : pour contracter 
mariage hors du domaine, il leur faut payer une taxe onéreuse; 
meurent-ils sans enfants, leur patrimoine fait retour au seigneur. 

Celui-ci vit des revenus de ses domaines, c'est-à-dire de l'exploi- 
tation des serfs, qui se fait par l'intermédiaire d'agents subal- 
ternes, sortes d'intendants dont le principal est le maire {major 
ou viUicus) dont l'origine paraît remonter au viUicus romain. 

On trouve encore le sous-maire (sub majcr), le qrenelier, 
commis aux granges, et quelquefois le messier, qui surveille les 
moissons et les récoltes. 

Ces officiers, presque toujours de race servile, et choisis parmi 
les habitants de la viUa, soumis à la justice domaniale comme de 
simples serfs, jouissent pourtant de nombreux privilèges, reçoivent 
fréquemment l'affranchissement, sont exemptés de maintes rede- 
vances, du moins tant qu'ils sont dans l'exercice de leurs fonctions, 
sortes de charges vénales dont le seigneur sait toujours tirer bon 
protit. 

Mais ces mêmes charges, étant fort souvent viagères et môme 
héréditaires, arrivent à constituer une véritable classe de fonc- 
tionnaires qui s'enrichit, acquiert des domaines et peut-être 
même des fiefs, et s'achemine ainsi lentement vers la noblesse. 

Dans les grands domaines féodaux, les maires sont subordonnés 
au prévôt, personnage déjà important, parfois né serf, mais ten- 
dant bien vile à s'élever plus haut : il régit le domaine, centralise 
les revenus, rend la justice, lève les contingents militaires fournis 
par les hommes de corps. 

L'exploitation du domaine comprend les redevances, les bana- 
lilés et la justice. Redevances personnelles, portant sur la per- 
sonne du serf; redevances réelles, attachées à la terre. Les pre- 
mières seules sont constitutives du servage : ce sont principale- 
ment la capitalion, la laitle, la mainmorte, le formariage et les 
corvées. 

La taille, en certains cas, peut être réelle, exigible par exemple 
pour des hommes qui ont quitté le domaine, mais y possèdent 
encore des terres : le droit qui pesait sur le cultivateur est alors 
reporté sur la terre qu'il cultive, 

La mainmorte Qi le formariage sont susceptibles d'atténuation; 
pour retenir les serfs qui commencent à se déplacer, le seigneur 
consent, moyennant une certaine somme, à laisser les héritiers 
reprendre la terre sur laquelle ils avaient perdu leurs droits; 
deux seigneurs voisins s'entendent pour permettre de façon 
générale tout mariage entre leurs serfs respectifs : les enfants 



1 52 CHRONIQUE 

issus de ces mariages mixtes seront seulement répartis entre les 
deux maîtres. 

Les corvées, innombrables, contribuent pour une forte part à 
l'exploitation domaniale. 

En outre, les serfs sont astreints au service militaire, soit au 
profit de leur propre seigneur, soit, lorsqu'ils appartiennent à 
une terre d'église, au profit du seigneur laïque sous la protection 
duquel ils se trouvent. 

Le comte de Champagne, par exemple^ lève une grande partie 
de son armée sur les domaines ecclésiastiques de son ressort. 

Du reste, la plupart des seigneurs s'engagent à ne convoquer 
leurs paysans que dans les cas de nécessité grave, et ;\ les tenir 
quittes de tout service à l'époque de la moisson. Le serf est tenu 
de concourir à la défense du domaine seigneurial, mais il s'en écarte 
peu d'ordinaire, et sa participation aux grandes luttes féodales est 
généralement assez faible. 

Les redevances réelles concernent exclusivement la terre, sans 
considération de la condition du possesseur. C'est d'abord le cens, 
impôt foncier qui porte principalement sur la terre et les maisons; 
il représente comme le prix du fermage, et se paie en argent et à 
terme fixe. 

Il y a aussi les coutumes, proprement dites, acquittées en 
nature : terrages ou champarts (portion d'avoine ou de froment), 
]es gélines (nombre déterminé de volailles: oies et poules), les 
vinages (mesure de vin), les charruages (impôt sur les bêtes de 
trait, qui se paie en nature ou en argent), etc. 

Toutes ces redevances, d'abord payées en nature, finissent par 
être à peu près uniquement estimées à prix d'argent, et cela dès 
le xiiie siècle. 

Toute mutation foncière donne encore lieu à une redevance; 
c'est ce qui constitue le droit de loch et ventes, de taux variable, 
déterminé par la coutume ou lixé par le seigneur. 

Les dîmes sont perçues par les abbayes et les chapitres; ce sont 
des redevances en nature qui portent sur tous les produits de la 
terre: céréales, fourrages, légumes, vins, bestiaux, etc. Ces der- 
nières taxes sont évaluées, non à la dixième, mais à la treizième 
partie des récoltes. 

Les terres des établissements religieux étant placées presque 
toujours sous la protection d'un seigneur laïque, notamment sous 
celle du comte de (Champagne, les serfs doivent acquitter les frais 
de cette luition ei. payant des droits de sauvement et de garde, 
redevances en nature qui portent aussi sur le blé et l'avoine. 

De là découle également le droit de gUe, pour lequel le seigneur, 
les gens de son escorte, ses officiers et agents doivent recevoir 
l'hospitalité partout où il; passent. Parfois la redevance pécu- 
niaire qui remplace cette obligation donne naissance à une rede- 



CHRONIQUE 1S3 

vance personnelle dite fouage, perçue en céréales ou en argent, à 
tanl par feu; souvent d'ailleurs le gîte et le fouage sont exigibles 
simultanément. 

L'exploitation seigneuriale s'étend à tout ce qui est d'un usage 
commun aux habitants de la villa. Le seigneur laisse générale- 
ment à ses serfs, au prix d'une redevance, l'usage des forêts et 
des terres en friche : ils y prennent « le mort bois pour ardoir et 
le vif pour édifier » ; ils y recueillent !e miel et la cire des abeilles; 
ils y mènent paître leurs porcs moyennant une taxe spéciale ou 
droit de pasnage, pasnadium. 

Le droit de pêche est également l'objet d'une concession parti- 
culière. 

Le seigneur a de même le monopole de toutes les banalités : 
moulins, four, pressoirs, foires, marchés, etc.; les contraventions 
sont rigoureusement punies d'amendes. 

Dès le xii"* siècle, les foires de Champagne constituèrent pour 
les seigneurs, et notamment pour les comtes de Troyes, une 
source fort importante de revenus; au xin« siècle, leur vogue 
était immense dans toute la chrétienté, et le commerce qui s'y 
faisait vraiment considérable. 

Dans les bourgs de quelque importance, et même dans de 
simples villages, un marché se tenait chaque semaine, dont le 
seigneur tirait bon profit, ne fût-ce que par la location des stalles. 

Les droits de justice sont aussi partie essentielle du domaine 
seigneurial. Cette justice s'exerce à la façon des autres rede- 
vances, et constitue un objet de propriété analogue aux terres, 
bois, prés et serfs qui forment le domaine. Elle peut se décom- 
poser, d'ailleurs, comme la villa; non seulement le mansus indo- 
minicatiis et le cloître de l'abbaye, mais encore la grange, le 
four, le moulin ont souvent leur justice spéciale. On peut aliéner 
tout ou partie de la juridiction d'un même domaine, ou vendre 
ce domaine en s'en réservant les droits de justice. 

Une distinction assez nette est établie entre les droits de justice 
attachés à la possession de la terre, et les droits de justice atta- 
chés à la possession des hommes. 

La justice domaniale comprend la haute et la basse justice, 
presque toujours distinguées l'une de l'autre. Elle est rendue au 
moyen d'assises régulières ou plaids; elle est souveraine et 
absolue; toutefois, la coutume tend de plus en plus à régler et à 
modérer son exploitation dans ce qu'elle pourrait avoir de trop 
arbitraire. 

Du reste, si aux xe et xi« siècles l'immense majorité des paysans 
est soumise au se''vage absolu, au xii» le mouvement d'émancipa- 
tion commence, et au xiii« un grand nombre ont déjà bénéficié de 
l'affranchissement. A mesure que les cadres territoriaux se relâ- 
chent, que le domaine seigneurial se désagrège, que les mutations 
s'accroissent, les affranchissements se trouvent favorisés d'autant. 



154 CHRONIQUE 

C'est pour les seigneurs une occasion de lucre et un moyen de 
retenir les hommes sur leurs terres. 

L'affranchissement ne porte guère que sur les redevances per- 
sonnelles, et encore est-il rarement complet. Lhomme franc paye 
une taille réglée, somme déterminée et versée à des dates fixes, en 
vertu d'un quasi contrat; mais il demeure souvent astreint à la 
main-morte, par exemple^ et au formariage, aussi hien qu'au ter- 
rage, au cens, etc. 

Franc ou serf, l'habitant ne cesse pas d'appartenir au seigneur; 
qui peut à son gré le céder ou le vendre. 

Au xii« siècle,^ les affranchissements sont surtout individuels; au 
XIII*, ils deviennent fréquemment collectifs, et s'étendent aux serfs 
de tout un village, voire de toute une région. Ils résultent souvent 
d'un pariage conclu entre deux seignelirs. 

L'Eglise dut prendre évidemment une certaine part à ces éman- 
cipations collectives, mais il ne semble pas que les évêques et 
abbés aient accordé leurs privilèges à un taux moins onéreux que 
les seigneurs laïques; ils 5ont avant tout propriétaires, et comme 
tels, jaloux de leurs intérêts et de leurs droits. 

A côté des francs proprement dits, il est plusieurs catégories de 
paysans qui échappent plus ou moins à la servitude. Les sex'fs 
domestiques paraissent jouir d'une situation privilégiée : dans les 
monastères, ils suivent les exercices spirituels des religieux, ont 
droit de sépulture dans leur cimetière, sont exempts des plus 
lourdes redevances. 

Les hôles possèdent des terres distinctes dans le domaine, qui 
portent le nom à'hoslises, bénéficient de certaines exemptions, 
ne sont pas attachés à la terre, ont la faculté de faire le com- 
merce, etc. Ce sont des sortes de fermiers, tels qu'on en rencontre 
d'ailleurs quelques exemples, en Champagne, au moyen-âge. 

On y trouve des paysans affranchis qui possèdent une certaine 
fortune et régissent des exploitations rurales d'importance parfois 
considérable. On voit des tenanciers engager des procès contre le 
seigneur pour la défense de leurs droits, et en obtenir ainsi une 
diminution de taille. 

Dès lors, le mouvement d'émancipation s'accentue et se géné- 
ralise. Les paysans' s'accoutument à soutenir en commun leurs 
intérêts, se déplacent plus aisément d'un domaine à l'autre, au 
moyen de mariages mixtes, d'arrangements amiables convenus 
avec les seigneurs. Il y a aussi les désertions qui deviennent de 
plus en plus fréquentes, à ce point que les seigneurs sont amenés 
à prendre des mesures spéciales pour arrêter cet abus. Les comtes 
de Champagne sont les premiers à s'inquiéter de cette tentation 
qu'éprouvent les serfs de leurs domaines d'émigrer dans les 
grands domaines voisins, et ils signent à cet égard des conven- 
tions expresses avec les ducs de Lorraine, les comtes de Luxem- 
bourg, les comtes de Bar-le-Duc et les rois de France eux-mêmes. 



CHRONIQUE lur» 

Pour échapper à leur condition, les serfs cherchent à gagner les 
villes neuves et les communes ; car, au bout d'un an et un jour, s'ils 
n'ont pas été réclamés, ils deviennent bourgeois. 

L'entrée dans les ordres est encore un moyen de sortir de la 
classe servile. De même que l'on peut citer des clercs assez élevés 
dans la hiérarchie ecclésiastique dont les parents sont des serfs, 
de même on voit des serfs entrer dans les monaf.tères, au moins à 
litre de frères convers, sans l'autorisation de leur maître. 

Des seigneurs eux-mêmes prennent l'initiative d'autoriser de 
semblables recrutements, et ces privilèges ne tardent pas à 
entraîner avec eux de graves abus, des serfs du comt{' de Cham- 
pagne prenant le costume de clercs et se faisant lonsurer pour 
échapper au service du comte et vivant ensuite à la manière des 
laïques, sauf à se réclamer de l'autorité ecclésiastique dès qu'il 
s'agit d'acquitter les droits réclamés par le seigneur. 

Il arrive enfin que des serfs affranchis pénètrent dans la classe 
noble par l'obtention de fiefs que leur concèdent leurs seigneurs ; 
d'autre part, quelques fonctions confèrent la noblesse à leur titu- 
laire : tels les sergents et prévôts des comtes de Champagne, la 
plupart d'origine servile. Ces cas sont sans doute exceptionnels, 
mais ont pour effet de surexciter l'ambition des classes servîtes. 
Comme tous les grands seigneurs féodaux, les comtes de 
Champagne contribuent aux progrès d'une émancipation contre 
laquelle toute lutte serait du reste impuissante. A la fin du 
xiii® siècle, presque tous les serfs ont obtenu l'affranchissement ; 
ils échappent à la taille arbitraire, aux droits les plus vexatoires ; 
ils se groupent entre eux, affluent vers les villes neuves et les 
comm.unes, et marchent avec confiance h l'assaut des conditions 
supérieures, collaborant ainsi « à la création de cette classe bour- 
geoise qui doit un jour absorber les ordres privilégiés ». 

A. Ï.-H. 



Mariage. — Le 24 janvier a eu lieu à Paris, en l'église Sainte- 
Geneviève, le mariage de M. Charles Senart, licencié en droit, 
notaire à Châlons-sur-Marne, avec M"^ Jeanne Péchenet, fille de 
M. le docteur Péchenet. 

La famille Péchenet, propriétaire du château de Brières, près 
Vouziers, où elle habite durant l'été, compte beaucoup d'amis 
dans les départements de la Marne et des Ardenues. 



MÉLANGES 



Le Tombeal' de Taine. — C'est presque au bord du lac d'An- 
necy, près de Menthon-Sainl-Bernard, où il passait tous ses étés, 
que Taine est enseveli. Je suis allé à sa tombe qui se dresse, soli- 
taire, dans la campagne et qu'on aperçoit de très loin, un diman- 
che de septembre dernier. On y monte par un petit sentier plaqué 
contre le Roc de Chère, et tandis qu'on gravit la pente, on a devant 
soi la grande muraille nue des rochers de la Tournette et des dents 
de Lanfon, tristes d'avoir l'air de vieilles tours en ruines, déta- 
chant leurs créneaux sur le bleu clair du ciel. 

Comme je m'étais égaré, mes yeux s'attardant à la contemplation 
du paysage, je vis venir à moi un vieux paysan, tout voûté et cassé, 
descendant péniblement le coteau. Je lui demandai mon chemin : 

— Savez-vous où est le tombeau de M. Taine? 

— Bien sûr; là tout près, vous obliquerez à gauche. 
A tout hasard, je lui posai cette question : 

— Vous l'avez connu? 

— Oui, me dit-il, on le rencontrait quelquefois sur la route. 
Jadis, il arrêtait volontiers les gens pour les faire parler de leurs 
affaires; à la fin, il avait toujours l'air occupé ; quand on le saluait, 
il répondait poliment, mais il vous voyait à peine. 

Rt le paysan conclut, tout en continuant sa route : 

— C'était un bien brave homme; j'ai été au Conseil municipal 
du Menthon avec lui, autrefois: il connaissait tout... 

Quelques instants après, j'arrivai au tombeau. C'est un monu- 
ment carré un peu massif, peu élevé, très simple, que surmonte 
une petite croix; les pierres en sont très belles, presque blanches, 
elles n'ont point la tristesse des choses funéraires. Un petit jardin, 
clos d'une grille, entoure le monument, et ses roses blanches, de 
pauvres roses de septembre presque détleuries, embaumaient 
cette terre de mort. Je franchis la grille pour en cueillir quel- 
ques-unes, tant je désirais emporter un souvenir de ma visite à ce 
coin de sol où dort à jamais celui qui fut une des plus hautes intel- 
ligences du siècle. Puis je m'approchai du tombeau: à travers les 
barreaux de la porte de fer qui le scelle, on lit cette inscription : 
Hippo'yle Taine, né le 21 avril 1828', décédé le 5 mars 1893. A 
côté l'inscription funéraire d'une parente. Au fond, des cou- 
ronnes, l'une de branches de lierre, l'autre de fleurs blanches. 
Et je me pris à regretter, je ne sais pourquoi, que l'écrivain ne 
fût point isolé dans cette demeure dernière : il faut peut-être aux 

1 . A V'ouziers (Ardennes). 



MELANGES 157 

génies des tombes solilaires, afin que leurs fervents puissent y 
venir chercher leur pensée et vénérer leur mémoire sans être 
troublés par la présence d'un autre mort. 

Du tombeau, la vue était magnifique. Il faisait une de ces 
radieuses journées d'automne où les contours des choses s'impré- 
cisent dans une vapeur rose tljtfant sur tout le paysage, et l'air 
était d'une telle douceur, qu'on avait de la joie rien qu'à le res- 
pirer. A mes pieds, je voyais la courbe harmonieuse de l'anse de 
Menthon, et les maisons perdues parmi les feuillages, et la villa 
tout enlierrée où Taine venait se reposer de Paris et travailler 
dans le calme et la paix; puis, c'était le château de Menthon, fier 
et dominateur au-dessus des masses confuses de la forêt qui le 
cerne, et l'ouverture de la vallée de Thônes, limitée par de hautes 
montagnes rocheuses. Mais les yeux s'arrêtaient surtout à la con- 
templation des eaux bleues et vertes du lac tout frissonnant de 
lumière : elles paraissaient vivantes, ce? eaux, en leur frémisse- 
ment très doux et prolongé où tremblait la splendeur du ciel. La 
nature était en liesse, et la joie de vivre semblait éparse parmi 
l'air lumineux; le chœur des choses heureuses chantait l'éternelle 
jeunesse du monde dont se renouvelle la vie. Et, comme pour 
symboliser la joie des hommes, parmi le silence arrivaient 
jusqu'à moi des boutfées de musique, venues des orchestres de la 
fête patronale de Menthon. Ainsi l'hymne de bonheur montait dans 
le calme de l'heure douce et tiède. 

C'était un de ces paysages de fête que le grand mort aurait 
aimés. Le charme de la nature caressait et vivifiait sa pensée 
amoureuse des belles formes, car Taine fut de ceux « qui n'ont 
point perdu leur foi première en étudiant le mécanisme de l'ad- 
miration »; il garda le pouvoir de sentir, tout en analysant. Aux 
splendeurs sauvages et passionnées des Pyrénées, aux lignes 
molles et caressantes des paysages italiens, il reposait son rêve 
de connaître les causes et d'ériger les lois du monde. Sans doute, 
sa sensibilité, selon l'expression de M. Paul Bourget, était philo- 
sophique, et l'art et la nature l'intéressaient surtout comme 
signification d'une époque ou d'une contrée; sans doute, il 
remontait toujours des choses aux idées générales, et du haut 
de ces idées générales, il regardait défiler, pour employer ses 
termes mêmes, le cortège des événements. Mais dans toute sa 
philosophie se retrouvent cette jouissance de la vie qu'on éprouve 
à la contemplation de la nature et de la beauté, et cette félicité 
de l'équilibre des facultés humaines en leur emploi normal. 

La volupté de vivre — de vivre pour connaître et savoir — qui 
se pressent à travers son œuvre, semble donner tort à ceux — 
Bourget et Barrés sont du nombre — qui voient le pessimisme 
émaner de ses pages. La vie lui paraissait trop curieuse à fouiller 
pour en rechercher les mystérieuses origines et les buts mysté- 
rieux, il était trop artiste dans sa dissection patiente de l'huma- 



198 MÉLANGBS 

nité pour que ce désir de connaître ne lui parût pas à la joie de 
vivre une raison suftisante. 

Et dans la splendeur de ce paysage d'automne où s'attardait la 
lune des étés, devant celte vie latente des choses silencieuses, des 
feuillages à peine remués par la brise et des vagues du lac fris- 
sonnant doucement, en écoutant venir de là-bas, de Menthon en 
fête, ces bouffées de mélodies heureuses, à côté de ce tombeau à 
peine fermé auprès duquel flottait encore peut-être — du moins 
mon souvenir l'évoquait avec respect — la pensée du grand mort, 
je repassais en ma mémoire toutes les pages de son œuvre qui 
débordent de celte joie de connaître, et qui attestent la croyance 
en la bonté de l'existence, où il y a tant de choses à voir et à 
savoir, et il nie semblait que sa pensée était en harmonie avec 
cette nature aux couleurs trop riches et trop belles, toute baignée 
de soleil, cette clarté de vie. , . 

Je suis retourné au tombeau de Taine le mois dernier. Décem- 
bre avait répandu ses brumes sur le paysage triste, et comme le 
soir tombait à l'heure oîi j'arrivais vers la tombe, l'ombre de la 
nuit et l'ombre des nuages s'unissaient pour mêler les contours 
et les lignes des choses. En bas, le lac agité se brisait contre les 
grèves, et sa plainte attristait le recueillement de la nature. 

Il n'y avait plus de roses autour du tombeau; les dernières s'en 
étaient allées éparpillées au vent d'automne, avec les feuilles 
mortes. Il n'y avait plus de joie dans l'air. Et moi qui venais 
demander à cette tombe de me redire les paroles .qui font aimer 
la vie et qui font croire, j'ai senti le découragement descendre 
sur mon cœur^ comme cette obscuiité du soir qui descendait de la 
montagne, enténébraic les sapins blancs de neige et s'en allait, de 
vallée en vallée, assombrir l'espace. 

iN'y eut-il jamais de découragement dans cette vie d'une si 
magnifique unité, qui n'eut qu'un but et qu'une idée directrice : 
la science et la méthode scientifique dans le domaine de l'huma- 
nité? Le philosophe néprouva-l-il jamais l'amertume du doute, 
cette amertume qui prend quelquefois l'artiste au cours de son 
œuvre, qui prend l'amant à certaines heures d'amour? Quand il 
écrivait, sans nul souci de plaire ou de déplaire, avec le seul 
scrupule de la vérité qui le hantait, son livre des Origines de la 
France contemporaine, qui devait tant soulever de colère dans 
tous les clans politiques, songeait-il que sa pensée et son expé- 
rience, si longuement mûries par l'étude des hommes et des 
sociétés, ne serviraient guère à former la raison des autres 
hommes? Il avait montré dans notre régime moderne le trop 
grand développement de la puissance publique, ia société orga- 
nisée d'après les principes abstraits et non d'après l'expérience, la 
suppression de la vie communale et provinciale par suite d'une 
centralisation excessive. Ayant affiché ses goûts d'aristocratie, il 
avait été mis en suspicion pai notre époque démocratique qui 



MÉLANGES 159 

faisait fêle à sa gloire Jadis, et qui n'éleiidait point, sans qu'on 
puisse en comprendre les motifs, la même réprobation à Henan 
plus aristocrate que lui-même. Fondateur du positivisme, enfin 
il voyait, dans le domaine de l'art, ses doctrines reprises et 
dénaturées par les réalistes qui ne comprenaient point toute sa 
pensée. 

Oui, il eut ses heures de tristesse, et bien qu'il cherche toujours 
dans ses œuvres à être, selon le mot de Flaubert, comme Dieu 
dans sa création, présent partout et visible nulle part, cette 
tristesse frissonne dans certaines phrases, notamment dans celle-ci 
de Thomas Graindorcjc : « Le meilleur fr;:it de notre science est 
la résignation froide qui, pacifiant et préparant l'àme, réduit la 
souffrance à la douleur du corps. » 

C'est donc là toute la félicité que devait apporter la Science! 
Elle devait éclairer non seulement le monde, mais l'âme humaine; 
malgré la grandeur de ses découvertes, elle a tourné vainement 
autour du monde moral qu'elle ne peut supprimer. A l'heure 
actuelle, dans les âmes vacillantes il n'est plus de volonté et plus 
de but de vivre, et cette anarchie intellectuelle, c'est elle qui l'a 
enfantée sans le vouloir et sans le savoir. Les hommes d'aujour- 
d'hui, ne sachant sur quelle étoile se guider, se tournent, inquiets, 
vers ceux qui, dépositaires de la pensée humaine, peuvent leur 
donner le secret de l'existence. Mais ceux-là aussi hésitent au 
carrefour des chemins trop nombreux. Zola prêche la religion du 
travail : agir sans jamais s'arrtHer pour réfléchir sur la vie, comme 
si notre pensée pouvait supprimer en elle les désirs et les rêves qui 
l'ennoblissent, et s'arrêter un seul moment de vouloir comprendre 
et connaître. 

Anatole France se contente d'expliquer l'existence humaine par 
la philosophie nihiliste de ce refrain populaire : 

Les petites marionnettes 
Font, font, font 
Trois petits tours 
Et puis s'en vont. 

Anxieux de sa foi perdue, Pierre Loti s'enfonce « dans l'infini du 
désert rose », pour s'en aller jusqu'à la ville sainte, jusqu'à cette 
Jérusalem qui peut-être lui rendra une croyance; et Paul Bourget, 
déjà chrétien de désir, écoute en Amérique, oîi il contemple sur 
place le travail des forces qui fabriquent un monde nouveau, et 
peut-être notre société future, les paroles de \\e<^ Ireland lui 
disant que la religion est maîtresse des durées. Nul, cependant, 
de tous ceux-là et de bien d'autres ne nous donne par son affir- 
mation l'illusion de la foi véritable. 

Il faut aller vers les tombes demander aux morts qu'ils brisent 
notre scepticisme et nous fassent croire. 

Là-bas, sur le promontoire où brise la mer de Bretagne, en 
face de l'immensité, du ciel et des eaux, dort Chateaubriand. 



1,60 MÉLANGES 

Celui-là réveilla dans toute une génération la foi qui dormait. 
Puis, comme la croyance s'ébranlait chez les hommes oublieux, 
un autre homme, celui-là même dont les restes reposent au bord 
du lac d'Annecy, celui-là qui, au dire du paj'san de Savoie, con- 
naissait tout et qui peut à bon droit incarner à nos yeux la reli- 
gion de la science — vint dire que la raison humaine pouvait 
livrer les mystères du monde : et les hommes, avides de croire, 
acceptèrent celte nouvelle foi. 

Et voici que la science s'arrête aujourd'hui devant le monde 
invisible de notre pensée et de notre désir. Et, désabusés, les 
hommes d'aujourd'hui s'orientent tour à tour, sans élan et sans 
enthousiasme, vers ces deux pôles de la Science et de la Foi. 
dont l'avenir démontrera peut-être le rapport, et regardent tour 
à tour ces deux tombes illustres, dont l'une se dresse mélanco- 
lique, en face de la mer infinie, tandis que l'autre est bornée dans 
son horizon par les montagnes trop rapprochées. . . 

{Fifjnro.) Henry Bordeaux. 



L'Imprimeur -Gérant, 

Léon FREMONT. 



CHARTES 



DU 



PRIEURE DE LONGUEAU 



II 

Sans dale (vers 11 iO). 

Le chapitre do Tliglise de Reims donne au couvent de 
Longueaii sa terre de iMellcray ', à charge de lui payer, chaque 
année, à la fête de la Dédicace, 12 sols de monnaie proviuoise. 

Témoins : Bosou et Barthélémy-, archidiacres; Diogou*, 

* Voir pa^e 19, torae VII de la Revue de Champagne. 

1 . llamsau dépendant de Bdslieux-sous Châtillon ; on disait autrefois 
Mesleroy-Bailleux. : les dames de Longueau, après leur transfert à Reims, 
en étaient seigneurs avec l'abbé d'Hautvillers. Le 2 noverab:e 1771. suivant 
acte passé devant Lemaître, notaire à Ctiàlillon-sur-Marue, Marguerite d3 
Coindom, veuve de M"^" Thomas, baron de Cuniiif^ham, demeurant au château 
de Veroeuil-sur- Marne, agissant en qualité de légataire de M'" Henry 
Hyacinthe, comte de Manse, chevalier, seigneur, vicomte des Haut et Bas- 
Verneud, tant en son nom personnel, que comme se portant fort po ir les 
héritiers dud't comte de Manse, vendit, moyennant le prix principal de 
10t) livres, à M^ Louis-François Vol, conseiller du roi, président, lieutenant 
général du bailliage de ChàliUou, y demeurant, le fief de Mesleruy relevant 
de la terre et vicomte des Haut et Bas-Verneuii, et qui cousislait en 
« plusieurs terres, prés, maison et masure, avec 12 arpents de menus bois 
(( en grairie, le tout plus amplement déclaré aus aveux et dénombrenicnt-j 
« des 2 juillet 1512 et mai 1715. > 

Il résulte d'un autre acte dressé le 22 décembre 1775. par Lar.gevin, 
notaire à Châtillon, que M. Louis-François Vol de Mesleroy, écuyer, 
seigneur de Mesleroy, demeurant à Courdemauge, paroisse de Haslieux, et 
M" Claude -François-Armand de Mézières, chevalier, soigne:jr ilu Fresne, 
Fleury-la-Rivière et autres lieux, demeurant au château de Beanrepaire, 
paroisse de Fleury-la-Uivicre, vendirent à M. Edouard François Mouy, 
seigneur de Mœurs, demeurant à Sézanne-en-Brie, tous leurs droits dans les 
seigneuries de Connantray et Œuvy, moyennant le prix de -i.OO'i livres, pour 
la part du chevalier de Mézières, et celui do -,t)UU livres pour la [lart de 
M. Vol de Mesleroy 

2. Barthélémy et Boson figurent dans les cartulaires de Sain'.-Remy, de 
lionne- P'ontaine, de Saint-Symphorien, de Saint-Thierry et de Saint - 
Nicaise, de 114t) à 1162. Barthélémy fut élu cvêque de Beauvais, suivant la 
chronique de Robert du Monl. 

3. Drogon paraît dans un cartulaire de SaintRemy, de 1l4i à 1178, et 
dans l'obiluaire de Saint-Symphorien, le 6 des Ides de novembre 1178. 

Il 



162 LE CAUTULAIRK DU PRIEURK 

prévôt; Léon ', doyen; Gervais', chaulre ; Hcuri et Grégoire, 
prêtres; Hugues de Châtillou, Geoffroy, diacres; Ségard et 
Roger, sous-diacres; Adam, doyeu de Gliàlillon; Philippe, 
chapelain de Longucau; Gaucher, moine de Pontigay ^ 

11 00. 

Henri *, comte palatin de 'J'royes, donne aux nonnes de 
Longueau 60 sols, à prendre chaque année, au jour de la fête 
de Saint-Remy, sur le lonlieu de Châlillon. 

Témoins : Gérard de Ghautemerle, Eudes de Pougy^, 
Pierre Bursaud ^ Mathieu le Lorrain, Geoffroy Maréchal, 
Gervais de Châtillou ', 

Fait à Châlillon par Guillaume, notaire, sous le règne de 
Louis, roi des Francs, et sous l'épiscopat d'Ansculphe '. 

Sans date (après 1170). 
Simon de Moutaigu ' donne à la maison de Longueau trois 

1 . Léon, neveu Ju chantre Richer, doyen et écolâtre, est nomuié en la 
charte de Renaud II pour les relif^ieus de Saint-Remacle, puis en 1166 et 
en 1143 dans la charte de l'archevêque Samson pour l'abbaye de Signy. Il 
était aussi chef des écoles, suivant la bulle d'Adrien IV. 

2. Gervais est cité aux années 1130-1137-1144 dans le cartulaire de 
Saint-Nicaisc. Il fut depuis relig'eux de Saint-Denis. Son nom est marqué 
le 1'' des Calendes d'avril en l'obituaire. 

3. Pontigny (Yonne;, arrondissement d'Auxerre; abbaye cistercienne 
fondée en 1114. 

4. Henri I le Libéral, 12' comte de Champagne, fils de Thibault II le 
Grand, et de Malhilde, mourut à Troyes le 16 mars 1181. II avait épousé 
Marie de France, fille du roi Louis VIL 

5. Pougy, Poyerium (Aube), canton de Ramerupl. Eudes de Pougy, 
connétable de Champagne jusqu'en 116'J, époque à laquelle il eut pour 
successeur Guillaume I, comte de Dampierre. (D'Arbois de Jubainville, 
Hist. des Comtes de Champagne, p. 124.) 

6. Pierre Bursaud, chambrier du comte Henri avant 1160. 

7. Gervais de Châlillon, auteur des seigneurs de Bazoches, laissa de son 
mariage avec Hadivide : Nicolas, seigneur de Bazoches et de Vauxéré ; 
Guy, chanoine de Soissons ; Milon, abbé de Saint-Médard de Soissons, et 
Fauque, épouse de l^enaud de Courlandon. 

8. Ansculphe, plus connu sous le nom d'Ancoul, fils de Nivelon de 
Pierrefonds et d'Avize de Montmorency, succéda à Joslein de Vierzy. Il 
assista au concile des provinces de Reims, Sens, Bourges et Tours, tenu 
à Soissons, et fonda l'abbaye de Saint-Jeaa-aux-Bois, près Compiègoe. Il 
mourut en 1158 et fut inhumé à Locgpont. 

9. MoQtaigu (Marne), château aujourd'hui détruit, commune de Bisseuil, 
canton d'Ay ; il est cité dans les Feoda Campaniœ. Simon de Montaigu 
figure avec Payen de Monligny en la charte de 1146, par laquelle 
Gaucher II de Châtillon fit, avant son départ pour la croisade, de nombreux 
dons au prieuré et à l'église de Châtillon, 



DE LONGUEAU 163 

muids de viu el trois seliers de frotneul a Ad facicndum obia- 
iiones quibus Christi corpus conficitur », à preudre auuuelle- 
meut sur la ferme de Tincourl i, pour le repos de sou âme, de 
celle de sou père, de sa mère, de tous ses amis vivants el 
morts, el surtout pour les âmes « piœ recordationis » de Guy el 
Gaucher de Châtillou. 11 doune en outre 10 livres de mouuaie 
forte. Eu cousidéraliou de ce bienfait, les religieuses lui accor- 
dent de participer à perpétuité aux vigiles el à toutes autres 
prières qui seraient dites dans leur maison. De plus, un propre 
sera récité chaque jour à son intention. 

Témoins : Mahaul, prieure de Longueau ; Billiard, épouse 
dudil Simon; Payen, son frère-; Nicolaî, Simon, Vaucher, 
ses {ils ; Jean de Béron, Guillaume, Ancel, Adam ^, Jacques, 
Hugues de Dormans, Guillaume, prieur de Longueau; Jean, 
chapelain; Raoul, pécheur de JNeuville^; Roger, prieur de 
Neuville ; Arnould et Ingelranne, moines. 

Hb8. 
Henri, comte palatin de Troyes, à la prière de son iidèle el 
amé Gaucher de Ghàtillon, donne à perpétuité, aux pauvres non- 
nes de Longueau, tout ce qu'elles possèdent et pourront acqué- 
rir dans son fief de Champagne et de lirie, soit par vente, soil 
par donation, franc el libre de tous impôts présents et à 
venir. 

Témoins : Thibault, comte de Blois ^ ; Guillaume de Dam- 

1. Tincourl (Marne), hameau dépendant de Venleuil, canlon d'Epernay. 
Les anciens seigneurs et les droits seigneuriaux de ce hameau auront une 
large part dans la notice que je publierai incessamment sur la famille Guyot 
de Chenizol. 

2. Payen de Montigny est nommé parmi les témoins de la charte de 
1162, en vertu de laquelle Guy II de Ghàtillon donne au prieuré de 
Châtillon 7 muids de vin de la montagne de Reims. 

3. Guillaume, maréchal de Champagne, Anseau II, bouteillier de Cham- 
pagne, seigneur de Traicel, et Adam Bridaine, tous trois témoins de la 
charte de fondation du prieuré d'Igny-le-Jard en 1178. 

4. Neuville, aujourd'hui château avec ferme, dépendant de la commune 
de Sainte-Gemme, canton de Chàlillon-sur-Marne. Le château <lc Neuville 
appartient actuellement à la famille d'ilauterive. En 1710, M"' Jacques 
Bodelol, prêtre, prieur de Sainte-Gemme, était décimalcur des grosses dimes 
de Villers-Agron, conjointement avec les dames du Val-de-Gràce et le 
commandeur du Temple de Reims. 

0. Thibault, comte de Blois, ftère de Henri le Libéral, épousa Alix, fille 
de Louis VII. 



164 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

pierre, Hugues de Plaucy', ThibauU de Mutry^, Pierre 
Bursaud, Geoffroy Maréchal. 

Fait à Troyes par Guillaume, notaire, le 12 des calendes 
d'août ; Louis, roi des Francs; Ausculphe, évèque deSoissons. 

1178. 

Guillaume 3, archevêque de Beitns, légat du Saint-Siège, 
atteste ce qui suit : 

« Foulques', d'heureuse mémoire, doyen de l'église de 
Reims, a acheté à Gervais de Chaumuzy ^ le tiers de la dime 
de Ghambrecy " et l'a donné à l'église de Longueau, sous la 
condition que Robert, clerc, sou petit-neveu, en jouirait sa 
vie durant, et (ju'après le décès de celui-ci celte libéralité 
retournerait au couvent de Longueau, dans lequel sa sœur 
Marie est religieuse. 

Témoins : Thomas', chantre de l'église de Reims; Milon de 
Lagery, Nicolas d'Epernay, Foulques et Léon, ch moines de 
l'église de Reims, et autres; Alexandre ', chancelier. 

t . Huf^ue-, seigneur de Plancy, au comté de Champagne, laissa pour 
fild Miles de l'iaiicy, sénéchtil de Jérusalem et seigneur de Montréal, à 
cauye de Eliennelte, sa femme, qui était tille de î^hilippc de Millv, prince 
de Naplouse et de Montréal. (Voir 0. de Poli, Inventaire des litres de la 
maison de Mdhj. Par-s, 1S88, p. C7-6S.) 

Les seifzneurs de Plancy contribuèrent largement à la dotation des Bons- 
hommcs de l'abbaye de Machejet. En 1181, Hugues de l^laucy leur aumôiia 
le Tour banal ilo ctttc localité, et Hodoalde, veuve de Gilon de Plancy. du 
consentement de Philippe et Guy, ses lils, leur donnait, en 1206, une rente 
de 3 scliers de grain sur les moulins de Clesles. (E. de Barthéleiny, Charles 
de l'abbaye de Madicrcl.) 

"2. Mulry (Vlarue), commune de Tauxières-Mutry. 

3. Guillaume I de Champagne, dit aux Ulanches-Mains, (ils de ThibauU H 
le Grand, 11' comte de Champagne, et de Mathilde, évèque de Chartres, 
archevêque de Sens, prit possession du siège de Reims en 1175. 11 assista au 
concile de I.alrau en 1179 et sacra, à Reims, Phili[>pe-Auguste, son neveu, 
qui le cré.i duc de Reims, premier pair fcclésiastique <le France, et lui 
conl'éra le litre de régent avant de. partir poiir la troisième croisade. 
Guillaume mourut à Laon eu {"Mi, et (ut inhumé dans la cathédrale de 
Reims. 

4. l''ouli]UCS souscrivit en la char.e du comte de Roucy qui se trouve au 
cartulairc de Siint-Remy. Alexandre III lui adressa plusieurs commissions 
en 1 \iyj. 

o. Chamuzy (Marne), canlon de \i.le eu-Tardcnois. 

6. Charabrecy (Marne), même canton. 

7. Thomas .'•igna la cliarle de l'archevêque Henry pour l'accord des 
ahbé.s de Signy et do Saint-Nicaisc en 1172; il est cité en IlSo dans le 
curtulaire de l'Hôpital. 

ci. Alexandre était encore chancelier fu 1182. 



DE LONGUEaU ir>:j 

ilSH. 
Hearii, comle palaliu de Tioyes, confirme l.i donalion failc> 
par Gaucher de (>hàlilloD -, avec le conseulemenl de sa femme 
el de ses enfauls, à l'église de Longueau, de 10 livres de reule 
annuelle, à prendre sur le tonlieu de Chàlillou. pour l'entre- 
lieu de deux chapelaios chargés de célébrer à perpétuité le 
Saint-Sacrifice pour le repos de son âme; ladite renie payable 
moitié à la fête de saint Jean-Baptiste, et l'autre tjioilié à Noël. 

1189. 

Henri, comte palatin de Troyes, ratifie le don consenti par 
son père, le comte Henri, de bonne mémoire, à son filleul 
Henri, tils de GeofTroi d'Euilly ", de 20 sols de rente annuelle, 
à prélever sur le tonlieu de Chàtillon, el que ledit Henri a 
transportés aux moniales de Longueau pour servir de dot à sa 
sœur qui y prenait le voile. 

Donné à Provins par la main du chancelier Haiciet. Vu 
par Guillaume. 

1. Henri II le Jeune, 13' comte de Champagne, roi de Jérusalem, (i s 
aîné de Henri le Libéral et de Marie de Fiance, marié le 5 mai 1192 à 
Isabelle, sœur de Baudoin \^ loi de Jérusalem. 

2. Gaucher III de Châlillon, fils de Guy II et de Alix de Dreux, comte 
de Saint-Paul, seigneur de Châtillon, Troissy, Crécy, Pierrefcuds, l^ont- 
Sainl-Moixent, sénéchal de Bourgogne, bouleiller de Champagne, etc., 
suivit le roi Philippe-Auguste en Terre-Sainte, où il se signala au siège 
d'Acre. 11 prit part à la conquête du duché de Normandie en 120,3 el 12Ui, 
et suivit le comle de Montfort contre les Albigeois. Le roi lui donna en 
Flandre le commandement de son armée, avec laquelle il occupa Touruay 
et se distingua à la bataille de Bouvines en 1214. Il se croisa contre les 
Albigeois en 1219, et mourut avant le mois d'octobre de la même année. 11 
avait épousé Elisabeth, comtesse de Saint-Paul, fille de Hugues, dit 
Campdavoine, comle de Saint-Paul, et de Yolande de Hainaut, dont il eut: 

1" Guy I, comte de Saint-Paul; 

2» Hugues I, comte de Saint-Paul, auteur de la branche des comtes de 
Saint-Paul et de Blois ; 

3" Eustacbe, mariée à Daniel, seigneur de Bélhuue ; 

4" Elisabeth de Châtillon, alliée à Aubert de Hangest, seigneur de Genlis, 
morte en 1233. 

3. Œuilly (Marne), canton de Dornans. Le 8 janvier 1717, suivant acte 
de Lesueur, notaire a Châtillon-sur-Marne, M" Cba'les de Haudoiu, 
chevalier, seigneur et vicomte de Passy, agissant comme tuteur des eofanls 
nés de son mariage avec défunte dame Charlotte d'Alligret, douua à bail, 
pour neuf années, moyennant une redevance de six cent cinquante livies 
par an, à Anne Antoine, veuve de Pierre .\lajol, vivant maître des postes à 
Port-à-Binson, la moitié appartenant à ses enfants dans les terres et sei- 
gneuries dEuilly, Misy et le Mesuil, qui consistaient en maisons seigneu- 
riales, bâtiments et lieux en dépendant, terres, prés, bois, aulnaies, peu- 
pliers, haies, buissons, vignes, oseraies, cens, surcens, droits seigneuriaux, 
lods, ventes, \êtiires, saisines et amendes. 



166 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

Guy de Chàlillon ' et Gaucher son frère, du consealeraent 
de Robert, aussi son frère, donnent aux religieuses de Longueau 
40 sols, 11 seliers de grains et 8 muids de vin, à prendre sur 
Orquigny -, chaque année, à la Saint-Remy. S'ils revieuneni 
de la croisade, ils leur concèdent dès à présent la moitié de 
leur vivier, et la lotahté après leur mort, quitte et libre de 
toute redevance. Ils défendent sévèrement à quiconque de 
pêcher dans ce vivier, sauf aux pécheurs des religieuses. 
A leur retour, ils pourront reprendre ce vivier comme aupa- 
ravant, et déchargent de toute responsabilité leur homme, 
Hugues de Biuson. 

Témoins: Guy, prieur deBinson ; Milon deSorcy^, Geoffroy^, 
clerc de Beauvai.-;; Pierre de Villenauxe ^, Milon de Sorcy et 
Hébert son lils, Eudes Leuoir d'Orquigny. 

1191, février. 
Yidimus du testninoil de B. d'Hnutvillers^. 
« L., remensis ecclesiœ decanus, et magister F. ejusdem eccle- 
sifp canonicus, omnibus qui présentes literas inspexeriut in 

1 . Guy III de Chàlillon, seigneur de Montjay, se croisa avec Philippe- 
Auguste, ainsi que ses deux frères. 

2. Orquigny (Marne), section de Binson-Orquigny, canton de Châlillon- 
sur-Marne. (Sur la prieuré de Binson, consulter Dom Noël et D"' Remy, 
op. cil.) 

3. Sorcy (Aisne), hameau aujourd'hui disparu de Villers-en-Prayères, 
canton de Braisne. Le nom est conservé actuellement par le ruisseau de 
Sorcy, aflluenl de l'Aisne. 

4. Du Chesne dit que Geoffroy était chanoine de l'église de Beauvais, 

5. Villenauxe (Seine-et-Marne), arrondissement de Provins. 

6. Je dois à l'extrême courtoisie et aux connaissances héraldiques de 
M. le vicomte O. de Poli l'indication de nombreuses sources sur le lignage 
d'Hautvilters au sujet duquel je me bornerai à citer les noms suivants. Je 
me fais un devoir de lui adresser ici la légitime expression de ma recon- 
naissance pour les services et les encouragements qu'il a si largement 
prodigués à mon égard. 

Vers 1172, Rogier de Ahautviler, Paien de Hautviler et Guilliaumes 
d'Auviler, tous trois nommés au Livre des vassaux de Champagne . 

1222, août. Etienne de Hautvillers, enquêteur pour le Roi en la baillie 
Cépoi. (L. Delisle, Actes de Ph. Auguste, n" 2169.) 

1230. « Johannes de Alto Villari. » (B. N. ms latin 11004, Cart. de Vahb. 
de Saint-Jean des Vignes de Soissons.) 

ISOT. Scel d'Eudes de Mautvilliers pendant au testament de Robert II, 
duc (le Bourgogne. (Dom PJanchet, llist. de Bourgogne, tom. I. Preuves, 
p. %.) 

l2!Kt. (I Fratar Gernrdus de Alto-Villari. servieus iu domo de Nova-Villa », 



DE LONGUEAU 107 

Domino salutem '. Noverilis quod nos originale islius Iraascripli 
vidimus et perlegimus ; forma siquidem ipsius lulis erat : 
Ego G.-, Sparnacensis ecclesiee miuister humilis, el couvenlus 
nosler, prœsenlibus el fuluris nolum facimus quod B. miles 
de Altovillari ad sepulchrum Domini, Deo volenle, profec- 
lurus, leslamentum islud, sicut scriplum hic habetur, in 
prœsentia noslra fecil : Garino fratri suo, lerram suam de 
Agniaco ^ et Teschœlle de Indrolio ^ et illam parlera viuese 
suœ de Disi ^ quam a paire suo habuil, et campum de 
Tournoi", el bomines suos de Carapania', et campum de 
Moncello Ledewi *, et .^ilvam suam de Pœlli^, in elemosiuam 
dédit; sorori sute de Sparnaco, el sorori suce de Turribus '°, 
medielalem vineee sute de Campobrunel et campos de Warin- 
val ; sorori suse de Portechacre", vineam suam de Sarches •- ; 
Helewidi sorori sute, doraum suam; sorori sute de Ogier'^, 
prata sua, mobile, et orlum cum vinea; sorori suée de Allo- 
ville, lerram de Valle, el campum Villesent '^, el campum de 

reçu templier; baillie de Chàlons, (Michelet, Procès des Templiers, tom, I, 
p. 407.) 

1346, 25 mars. Scel de Jehan d'Auviler, receveur de Vermandois. (Pièces 
originales : Doss, de There en Normandie, p. 3 ) 

1355. Scel de Gile d'Auviler, écuyer de Vermandois. (Clairaœbault, 
Tii. scel, reg. 40, p. 2961.) 

1. Léon II, successeur de Pierre. (Voir la charte ci-après du mois de 
septembre 1201.) 

2. Guy, abbé de 1186 à 1198 de l'abbaye de Saint-Martin d'Epernay, 
ordre de Saint-Auguslin, fondé en 1032 par Eudes, comte de Champagne. 

3. Aigny (Marne), canton de Châlons. 

4. Léchelle (Marne), hameau de Reuil, canton de Chiitillon-sur-Marne. 

5. Dizy (Marne), canton d'Eperna}'. 

G. Tournai (Marne), hameau de Favresse, canton de Thiéblemont. 

7. Champagne (Marne), section de Champigneul, canton d'Ecury-sur- 
Coole, à moins que ce ne soit Champillon, village voisin d'Hauvillers. 

S. Woncel-sur- la -Livre, aujourd'hui le Moncet (Marne), commune 
d'Avenay, canton d'Ay. 

9. Poilly (Marne), canton de Ville-en-Tardenois. 

10. Tours- sur-Marne, canton d'Ay. 

11. Oger (Marne), canton d'Avize. 

12. Vers la même époque, Roger de Portechacre donne à l'Hùlel-Dieu de 
Reims le quart de la dîme de Taissy, et il ordonne qu'à son anniversaire 
un repas soit offert au Chapitre et à sis pauvres. 

13. Sarcy (Marne;, canton de Ville-en-Tardeuois. 

14. Villesaint (Marne), écart de la commune de Boursault, canton de Dor- 
mans. 



'jG8 le cautulaire du prieuré 

L.ivcna ' ; ?ororibus suis de Aveiiiaco-, 11 modios vini, 
quandiu vixerinl ; leprosis de Allovillari, campum de Bruin- 
val ; malri sua", vinagia sua, (]uandiu vixeril, el posl mor- 
lem ejus domiuabus de Lougua Aqua, ad auuiversariuai 
suum faciendum, in feslo sancli Nicholai ; Joiranno'' abbali, 
suam vaunam. quandiu vixeril, posl morleni ejus ecelesiae 
AUovillaris*; ipsa aulem vanna débet canonicis de Sparnaco, 

X anguillas. in prima dominica ; X libras, canonicis de 

Sparnaco; X libras luron, sauclimouialibus de Aveniaco; 
X libras luroneusium, sacerdolibus de AUovilia, ceulum 
solidos, priori de AUovilia ; centuin solidos Pbilippo comili ; 
XL solidos. Simoni Labole; XL solidos, Theob. medico; 
XL solidos, Renardo de Blaine'. Hiec aulem omnia, ul scrip- 
lura habelur, singulis in elemosiuam dedil. Quod ne valeal 
oblivione deleii pra^seuli scriplo commandalum esl el sigilli 
lioslri apposilione firmalum. Aclum anno incarnali Verbi 
MCXCL mense lebruarii. » 

1198. 

Thibault °. comte palatin de Tro;yes, donne en perpétuelle 
aumône, à l'église de Longueau. lUO sols de rente annuelle, 
à prendre sur le tonlieu de Châtillon, savoir : 40 sols à la fêle 
de Sainl-Remy, et GO sols à Pâques, à charge, toutefois, par 
les religieuses, de faire célébrer tous les ans l'anniversaire de 
sa mère, la comtesse Mathilde. 

Fait par Gaucher, chancelier, avec le signe de Pierre. 

1198. 

Thibault, comte palatin de Troyes, donne aux nonnes de 
Longueau un droit d'usage dans sa forêt de Vassy ', pour y 
prendre le bois vif dont elles ont besoin pour leurs construc- 
tions, et le bois mort nécessaire à leur chauffage. 

1. Lavannes (Marne), écart d'Epernay. 

'2. Aveuay (Marne), canton d'Ay. Abbaye de l'ordre de Saint-Benoît. 
fondi?e vers GOO par sainte Berthe, épouse de saint Gombert. 

."î. Joranne, 28» abbé d'ilaulvillers , mourut le 28 décembre 1180. 

4. L'abbaye d'Hautvillers, de l'ordre de Saint-Benoît, fut fondée par 
saint Nivard, vers tJ6U. 

.^). Blij^ny (Marne), canton de Ville-en Tardenois. 

C. 'l'iiibault 111, 14' comte de Champagne, frère de Henri 11 le Jeune, 
décédé le 2i mai 1201, à l'îlge de vingt-deux ans, avait épousé, le 
l" juillet 1199, Blanche, ûUe de Sancbe le Sage, roi de Navarre. 

7. la grande forêt de Vassy couvre le territoire d'Igny-le-Jard, à l'angle 
sud -est, el le sépare des communes d'Orbais, Suizy-le-Franc, Mareuil-en- 
Brie et le Baizil. Le hameau de N'assy, situé sur la route qui conduit de 
Doimaus à la forêt, fait partie de cette dernière commune. 



DE LONGUEAU 169 

1198. 
Gaucher de Nanleuil ' conlirme aux religieu.'^es de Lougiieau 
lout ce qu'elles oui reçu en sou fief, savoir : de Gaucher-, sou 
père, lîi livres de revenu aunuel sur le loulieu de Chàlillou, 
moitié à preudre à la Saiul-JeauBaplisle. el moitié à Noël, 
pour dotation de deux chapelains chargés de céléhrer la messe 
à perpétuité pour le repos de son âme, avec uu demi muid de 
blé à preudre sur le four de Lhéry ^, el aulanl que Guy \ sou 
oncle, leur a octroyé au même lieu plus 20 sols de Irécens à 
FaveroUes^ à recevoir, eu l'octave de l'Epiphanie, d;ms sa 
grange d'Esclem '^; 4 setiers de froment à Tramery ', 8 muids 
de vin de Milon Gordon, à Tram.ery ; o aulres muids pour la 
dotation de sa fille religieuse ; le tiers du moulin de Eaverolles 
avec le service dû à ce moulin; 1 muid de blé sur le four de 
Bligny"; une prairie el deux pièces de terre pour la dotation 
de ses deux nièces qui ont pris le voile. En don de Thomas de 
Savigny^, un autre tiers du moulin de FaveroUes, avec un 
pré voisin, pour la dotation de sa fille religieuse; en don des 
frères Girard el Eudes do Lagery '", 27 setiers et une mine de 
blé, dont 7 à preudre sur le moulin de l'endroit, et le reste 
sur la dime du village, pour la dotation de deux religieuses ; en 
don d'Hugues du Plessier ". 4 setiers de froment à prendre 

1. Gaucher II de Nanteuil, fils de Gaucber I de Nanteuil, el d'Helvide, 
décédé au mois de mai 1224, eaterré à Iguy, épousa en premières noces 
Sophie, comtesse de Chevigny, el ensuite Alix de Courlaudou, dont il eut 
Gaucher III de Nanleuil, seigneur de Nanteuil, Suippes, FaveroUes et 
Treslon. 

2. Gaucber I de Nanteuil était ûls de Gaucher II, seigneur de Chaiil- 
lon, Troissy et Montjay, et de Ade de Roucy. Il mourut eu 1187, el Ilel- 
vide sa femme eu 1190; tous deux ont été enterrés à l'abbaye d'Igny. 

3. Lhéry (Marne), canton de Ville-en-Tardcnois. 

4. Guy II de Cbâtillon. 

îj. FaveroUes (Marne), canton de ViUe-en-Tardenois. 

6. Eclin (Marne), commune de Chaumuzy, situé sur le penchant d'une 
colline à l'entrée du bois de Gourion, au sud du territoire du villaj:e. 

7. Tramery (Marne), même canton. 

8. Bligny (Marne), même canton. 

9. Savigny-sur-Ardre (Marne), même canton. 

10. Lagery (Marne), même canton. 

11. Le Plessier (Marne;, ferme dépendant d'Aougny, nnême canton. Guy 
du Plessier, chevalier champenois, se croisa avec le comte 'l'hibault en 1198. 
Claude du Plessier, écuyer, seigneur d'Ogny et du Fort Chasteldu Plessier 
avait épousé, vers 1551), FerreUe de Bussy, lille de Jehau, écuyer, seifiueur 
d'Ogny et Rougnac, et de Jehanneton de .\liremout. (Le baron E. du Pin 
de la Guérivière, Ascendanls et alités de la Mai<!on du Pin de la Guért- 
viére, Reims, Irap. modfrne. 1894.) 



170 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

sur sa grauge, pour la dot de sa fille; en don d'AUard de 
Sarcy ', à Tramer}^, 1 niuid de vin à prendre sur ses vignes. 

Sans date (vers 1198). 
Gaucher de Nanleuil confirme la donation faite aux nonnes 
de Longueau, par Guy son frère, de 28 sols à prendre à per- 
pétuité, sur les trécens de Faverolles, dans l'octave de l'Epi- 
phanie. Il reconnaît en outre que l'église de Longueau lui a 
accordé la possession héréditaire de ce qu'elle avait reçu de la 
terre de Milou Chardon de Gourville et Ville-eu-Tardenois, et 
qu'en échange il a abandonné à ladite église seliers de 

froment à Anlhenay. 

1198. 

Gaucher de Châtillon - confirme aux religieuses de Longueau 
tout ce qu elles tiennent du don et aumône de ses prédéces- 
seurs et d'autres, savoir ; de Gaucher'^, sou aïeul, le lieu où 
est bâtie la maison conventuelle avec tout ce qu'il possédait en 
cet endroit, notamment le bois, l'eau, les prés et les champs, 
avec le moulin de Nuisement \ une charrue de terre à Bligny ^, 
une autre à Anthenay"; de Guy', son père, deux parts dans 

1. Sarcy (Marne), même canton. 

2. Gaucher III, comte de Saint-Paul. 

3. Gaucher II, seigneur de Châtillon, de Troissy et de Moatjay, fils de 
Henri I de Châtillon, et de Ermeugarde de Montjay, accompagna le roi 
Louis le Jeune au voypge de la Terre-Sainte ; en passant par les montagnes 
de Laodicée, il fut tué par les Sarrazins, le 19 janvier 1147. Il avait épousé 
Ade, fille de Hugues, dit Cholet, comte de Roucy et d'Aveline, dont il eut 
plusieurs enfants, entre autres : 

Guy II de Châtillon, 

Et Gaucher I, auteur de la branche de Nanteuil. 

4. Nuisement (Marne), canton d'Ecury-sur-Goole. 

5. Bligny (Marne), canton de Ville-en-Tardenois. 

6. Antheuay, canton de Châtillon-sur-Marne. 

1084. M" Jean Beaudier, sieur d'Anthenay, garde du corps du roi, 
demeurant à Châtillon. 1765. Pierre-Jean Bocquet, écuyer, sieur d'Anthenay. 

7. Guy II, seigneur de Châtillon, Troissy. Montjay et Crécy, fils de 
Gaucher II et d'Ade, vivait en 1170 et laissa, d'Alix de Dreux, sa femme, 
fille de Robert de France, comte de Dreux, et d'Avoise d'Evreux : 

1» Gaucher III, comte de Saint-Paul ; 

2* Guy III de Châtillon, seigneur de Montjay, mort au siège d'Acre, 
en 1191 ; 

3" Robert, évoque de Laon, qui se trouvait ù la bataille de Bouviues, en 
1214, et mourut en 1215 ; 

4° Marie, alliée à Renaud, comte de Dammartin, et ensuite à Jean III, 
comte de Vendôme ; 

5" Alix, dame de Clichy- la-Garenne, mariée à Guillaume, seigneur de 
Garldude ; 

6° Amicie de Chfttillon, qui élail mariée, en 1185, à Baudoiu du Donjon. 



DE LONGUEAU 171 

les deniers, aux trois solenailés, à Gourville', de noble darne 
Ade de ChùlilloQ -, le moulin de la Chaussée", le moulin de 
Bligny et 20 sols àBrugny*, de sa tante maternelle, Ermen- 
garde, trois sols et un demi muid de blé sur le moulin d'Or- 
quigny ; de Pierre Poix, 20 sols de rente sur Brugny, à 
prendre à Binson ; de Dodon de Mesleroy, un muid de blé et 
un muid de vin, un demi-muid de blé à prendre sur sa grange 
de Troissy '■, avec tout ce que les religieuses possèdent de sur- 
plus en rente et cens dans l'étendue de son domaine, 

1199. 

Guillaume, archevêque de Reims, cardinal-prêtre du litre 
do Sainte-Sabine, confirme la donation faite aux pauvres 
nonnes de Longueau, membre deTabbaye de Fontevrault, par 
Maurice de Belrain°, son fidèle et amé chevalier, de dix setiers 
de grain, à prendre annuellement sur les moulins de Chau- 
muzy, moitié froment, moitié orge. 

Fait par Mathieu ', chancelier. 

1 . Courville (Marne), canton de Fismes. 
"2. Ade de Châtillon, femme de Gaucher II. 

3. La Chaussée (Marne), lieudit de Vauciennes, canton d'Epernay. 

4. Brugny (Marne), canton d'Epernay. 

0. Troissy (Marne), canton de Dormans. 1708. — Anciens seigneurs : 
M" Charles-Bernard de Pastour, écuyer, seigneur de Troissy. 1720. M'* 
Philippe-Gaspard de Castille, chevalier, marquis de Chenoise, seigneur, 
baron de Troissy, vicomte de Nesle-le-Repons, Try et autres lieux, lieute- 
nant du Roi an gouvernement de Champagne et Brie, demeurant au châ- 
teau de Chenoise. Le 26 février 1721, il donna à bail à Nicolas Coutelet, 
marchand à Reuil, et Marguerite Niverd, sa femme, et à Philippe Legendre, 
meunier à Cuisles, le revenu des terres et seigneuries de Troissy, Nesla et 
Try, consistant en « le château de Troissy et ses dépendances, les terres 
labourables, les droits seigneuriaux, la tuilerie, le moulin de Nesle.le mou- 
lin de Troissy, 32 arpents de bois taillis, au bois du Crochet, à la forêt de. 
Bouquigny, au bois de la Goulenne et à la forêt de Nesle ; le bac de la Mai- 
son Rouge, la nacelle passante et tournante à Try ; les terras, prés et ver- 
saines, pressoirs de Troissy, Bouquigny ei Nesle ; rentes, haute, moyenne 
et basse justice, cens, surcens, défauts, amendes, droit d'afforage, hallage, 
mesurage, droit de place aux jours de foire et marché, greffe de la justice 
de Troissy, Nesle et Try, et généralement tous droits dépendant des terres 
et seigneuries de Troissy, Bouquigny, Try et Nesle, moyennant une rede- 
vance annuelle de 3,2o0 livres, et à charge de fournir chaque année aux 
dames religieuses de l'Amour- Dieu 8 setiers de blé, mesure de Troissy, et 
un poinçon de vin clairet. » 

C. Belrain (Meuse), canton de Pierrefitte. 

7. Mathieu succéda à Lambert, devenu évêque de Thérouanne; il est indi- 
qué au cartulaire de Saint-Nicaise et de Saint-Denis, sous les années llil-i, 
1199 et 1200. 



172 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

1200. 

Maurice, chevalier rémois, donne, avec le consenlemenl de 
Lucie, sa femme, en perpétuelle aumône, douze seliers de fro- 
ment, à la mesure de Fismes, sur Unchair', aux dames de 
Longueau, qui ont reçu sa fille Marguerite dans leur commu- 
nauté, et ce, avec faculté de rachat, en payant trente livres 
provinoises, dans le délai de deux ans à compter du jour de 
Pâques. 

1200. 

Gaucher de Nanteuil doime à Helvide, sa mère, la grange 
d'Ecliu, avec ses dépendances, tant eu jardins, terres labou- 
rables et prés, qu'en cens d'Espilly- et de Chaumuzy, avec 
l'avoine, et le petit bois voisin de ladite grange^, à charge de 
payer un cens annuel de douze deniers, à la Saint-Remy. Jl 
lui donne aussi une part du Moulin Hardy avec les prés en 
dépendant, et le droit d'usage et de pâture des Bâtis de Nan- 
teuil. Il accorde également à sa mère le droit d'acquérir depuis 
la Planchette* jusque vers le haut de Chaumuzy, jusqu'à sept 
sols de cens, les terres et prés nécessaires pour l'établissement 
d'une grange. 

1200. 

Confirmation de la charte qui précède, par Gaucher de Châ- 
tillon. 

1200, novembre. 

Confirmation de la même charte par Guillaume, archevêque 
de Reims ; fait par Mathieu, chancelier. 

120O, décembre. 
Troisième confirmation de ladite charte par le comte Thi- 
bault de Champagne. Fait à Ghâtillon. 

i200. 
Gaucher, seigneur de Nanteuil, donne à l'église de Lon- 
gueau deux setiers do froment et deux setiers d'orge, mesure 
de Reims, livrables chaque année à la fête de Saint- Remj-, 
pour l'emplacement d'un moulin situé à Tréloup^, que la 
prieuresse et le chapitre de Longueau lui avaient concédé à 

1. Unchair (Marnn), canton de Fismes. 

2. Espilly (Marne), hameau de Chaumuzy. — 1700. Marc de Cossoq» 
écuyer, demeurant à Spilly, près Ciiaumuzy. — (l'aul Pellot. Une prise 
de voile, en 1714, à l' Amour- Dieu-les-Troissy. Sainl-Amand, imp. Deste- 
nay, 189ÎJ.) 

3. La grange du Moyen-Age était ce que nous appelons une métairie. 

4. Planchette, petit pont en bois sur un ruisselât. 

5. Tiéloup (Aisne), canton de Condé. 



DE LONGUEAU 173 

perpétuité. La jouissance viagère de cette aumône est laissée à 
sa sœur Agnès de Reims, ci- devant prieuresse de Longueau, 
pour retourner après son décès à l'église dudil lieu. 

1201, septembre. 
Léon', doyen, Hémart-, chantre de l'église de Ueims, 
et Foulques, chanoine de ladite église, attestent ce qui suit : 
Robert d'Aulnay^, clerc, eu présence de Richard, prieur de 
Longueau, reconnaît avoir vendu le profit de sa dime de 
Chambrecy qui, après son décè3, devait retourner à l'église de 
Longueau, moyennant dix livres de monnaie de Provins, 
payables aux religieuses du monastère dans le délai de trois 
ans. Il a eu outre été convenu que Marie, sa sœur, religieuse 
du couvent, prendrait sa vie durant, sur cette dime, trois 
setiers de froment chaque année. 

1204, septembre. 
Baudoin*, prévôt, P. ', doyen. H., chantre, et autres frères 
du chapitre cathédral de Reims, font savoir que Gaucher 
de Lagery", chevalier, a donné k l'église de Longueau le dou- 
zième lui revenant dans la dime de Lagery, sauf dix setiers de 
grains que l'église de Saint-Denis avait le droit de prendre 
sur cetie dime. Adam île Lagery'', chevalier, confirme cette 
aumône. Eu considération de ce bienfait, le couvent de Lon- 
gueau reçoit en religion la (iile de Gaucher, et fait remise à ce 
dernier des quatorze setiers de grains qu'il devait chaque 

année. 

I20i, octobre. 

Blanche", comtesse palatine de Troyes, confirme la dona- 

1. Léon II figure dans le carlulaire de Sainl-Nicaise, et fui depuis reli- 
gieux de Saint-Denis de Reims, suivant l'obiluaire, le 8 des ides d'octobre, 
•2. Ilémart, évêque de Soissons en i'iOl , d'après Albéric. 

3. Aulnay (Marne), ancien village détruit, aujourd'hui simple ferme, 
commune de Ville-en-Tardenois. 

4. Baudoin fut l'un des trois candidats à l'archevÙLhé, après le décès de 
Guillaume de Champagne, mais il y eut opposition. 11 mourut le 2 des ides 
de septembre, suirant l'obituairs de Saint-Timothée, et fat enterré au 
cloître du monastère d'Jgnj. 

5. Billiard, neveu de Boson, archidiacre de Champagne. 

6. Gaucher de Lagery, (ils d'Adam, seigneur de Lagery, et d'Ade, 
épousa Hersinde dont il eut G'^rard, chevalier, seigneur de Lagery en 1219. 
— (Comte E. de Barthélémy. La famille d'Urbain II.) 

7. Adam de Lagery était liU d'Eudes et d'Aelis, arrièrc-pelit- neveu du 
pape Urbain II. — (E. de Barthélémy, op. cil.) 

S. Blanche, fille de Sanche le .Sage, roi de Navarre, avait ép;)usé, le 1" 
juillet ll'JO, Thibault III, comte de Champagne ; elle est dé éJée eu VlVi . 



174 LE CARTULAlkE DU PRIEURÉ 

liou l'aile par Roger de Cramaul ', à la maison de Loûgueau, de 
rjuaranle sols de revenus, qu'il tenait d'elle en fief sur le 
péage d'Kpernay, à prendre chaque année à la fête de la Nati- 
vité. 

Fait à Uzy-, par Gaucher, chancelier, avec le signe de Jean. 

1205, juin. 
Ermengarde-^, abbesse de Saint-Pierre de Reims ^, et le cou- 
vent dudit lieu, déclarent que Marguerite, femme de feu Bau- 
doin Esloul, a donné aux Sœurs de Longueau vingt sols 
de Irécens qu'elle possédait sur la maison de Cauchon de 
Moutlaurenl"', située contre la maison de Hugues le Cornier, 
et qu'elle avait achetés de ses deniers durant son veuvage, à 
prendre annuellement, moitié à la fête de Saint-Remy, et 
l'autre moitié à Pâques, à charge d'un anniversaire pour son 
mari à la fête des apôtres Simon et Jude, Il est convenu que 
Marie, sœur de Marguerite, percevra ce trécens sa vie durant, 
et qu'après son décès, il retournera libre aux Sœurs de Lon- 
gueau. 

1205. 

B.6, prévôt, B.', doyen, H., chantre et autres frères de 
l'église de Reims, attestent que Ytburge, religieuse de Lon- 
gueau, a donné à ce monastère la moitié de sa maison proche 
la porte du cloître des Chanoines, tenue par Robert le gantier, 
sous un trécens annuel de 30 sols, et vingt et un de cens, sur 
un étal au marché. Ytburge réserve la jouissance de cette libé- 
ralité pendant sa vie et celle de sa lille Garsie. Lors de leur 
décès, ce revenu servira à acheter du charbon pour chauffer la 
communauté après les matines, et au réfectoire. 

1200, janvier, 
B. prévôt, B. doyen, H. chantre et autres frères de l'église 

1. Cramant (Marne), canton d'Avize. Koger de Cramant, homme-lige, a 
son article sous le n» 2851 du Livre des Vassaux du comte de Champagne. 

2. Uzy (Yonne), commune de Domecy, canton de Vézelay. 

3. Ermcngardc n'est pas citée par la Gallia Christ,, parmi les abbcsses 
de Saint-Pierre de Keims. Elle doit venir après Ludivide, qui mourut en 
janvier 1101, et avant Elisabeth II, qui transigea en 1211, avec Raoul, comte 
de Porcien. 

4. Abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, fondée à Reims, au vu« siècle, 
par sainte Bove, lille du roi Sigebert. 

5. Montlaurent (Ardennes), canton de Rethel. 

6. Beaudoin II, prévôt de Reims, de 1192 à 1200. 

7. Beaudoin, 16» doyen de Reims, de 1204 à 1210- 



DK LONGUEAU 175 

de Ueims, déclarent que Hugues dX^uchair», chevalier, et 
Pentecôte, sa femme, louches de la pauvreté de la maison de 
Lougueau,dans laquelle ils ont deux filles au service de Dieu, 
ont donné à l'église de ce couvent, du consentement de Geof- 
froy, leur lils, 24 setiers de grains, moitié blé d'hiver, moitié 
blé marsois', à la mesure de Fismes, à prendre chaque année, 
sur la dime d'Unchair, et en cas de déficit, sur le moulin de 
Vandières^, ou sur leur ahauage* d'Unchair. 

1207, leiideinaiti de l'Epiphanie. 
Hugues ^ comte de Relhel. et Félicité, sa femme, du con- 
sentement de Hugues, leur fils, donnent aux dames de Lon- 
gueau un muid de froment, à prendre tous les ans, à la fête de 

1. Uncbair (Marne), canton de Fismes. Hugues de Lapery, seigneur 
d'Unchair, élail fils de Guillaume de Lagery, et eut pour fils Geoffroy, né 
de son union avec Pentecôte, et vivant en 1210. 

"2. Marciagium, marlium ou trimestre frumentum. En français, mars, 
marsis, marsois. marsage. « Ils doivent pour chacun slier de bled un denier 
parisis et pour chacun slier de marsage une obole » (Statuts de l'échevinage 
de Mézières-sur-Meuse, Ardennes). Marsaige, en la charte communale de 
Mézières, octroyée par Hui^ues lil, comte de Rethel, en 1233. 

3. Vandières (Marne), canton de Châlillon-sur-Marne. Anciens sei- 
gneurs : 1700. Jean Lévêque, écuyer, seigneur dudit lieu et de I*ouilly, con- 
seiller du roi, ancien lieutenant des habitauts de Reims. — (Givelel. Armo- 
riai des Lieutenants des habilanls de Reims.) 

1756. Charles Drouart de Vandières, e'cuyer. 

1761. Simon-Eléonore-Hubert, oificier du roi. 

J768. Madeleine-Claude de Soisy, veuve de M" Gédéon-Charles de 
Conquérant, à laquelle Jean-Martin Robert, écuyer, demeurant à Reims, 
rend foi et hommage, le 26 septembre de ladite année, à cause du lief de 
Barbonval, relevant de la terre de Vandières. 

1776. Marie-Louis-Jacques Goudin de la Bor}', ancien officier au régi- 
ment de Champagne, et François-Guillaume de Sauville de la Presle, 
écuyer, conseiller du roi honoraire en la Cour des Monnaies. 

1789. Charles Magonet, brigadier des gardes du corps du roi. 

(Voir Hist. de Vandières, par J.-B. Legras. Reims, Imp. coop., 1877.) 

4. Ahenagium, ahanagium, ahenage, a/iawage comprend tous les pro- 
duits des champs cultivés. En vieux français : ahan, peine, labeur, partie 
qu'on ne cultive pas sans mal. Ahanage et ahenage s'emploient encore pour 
désigner non seulement la culture do la terre, mais la terre arable elle- 
même. On dit aussi ahennier pour laboureur. [Ducange, verbo ahenagium.) 

5. Hugues III, comte de Rethel, seigneur de Mézières, Arches et Châ- 
teau- Regnault , décédé en 1228, épousa : 1° en 1191, Félicité de Broyés ; 
2" Félicité de Beaufort. Il était fils de Manassès V, et de Mahaut de Lor- 
raine. 

En 1220, il prit parti pour le comte de Champagne, et fut chargé de gar- 
der le pont de Port-à-Binson, mais n'ayant pu résister, il prit la fuite. 



176 LE CARTULAlRIi DU PRIEURÉ 

Saint-Denis, sur le Chàlelct',à la mesure dudit lieu, à charge 
de faire célébrer après leur morl, à perpétuité, uu auniver- 
saire pour eux el pour leurs prédécesseurs, le lendemain de 

la fêle de Saint-André. 

1207. 

M. -, comtesse de Bourgogne, veuve de H. de Oisy, donne, 
sa vie durant, aux religieuses de Longueau, la moitié de la 
dinie (ju'elle possède à Verueuil\ 

1207. 

Jean, seigneur de Montmirail '', donne à l'église de Longueau 

tout ce qui lui a[)pnrtienl, de son chel', dans la moitié de la 

dime de Verneuil. 

1-208, mai. 

Hugues, comte de Rcthel, notifie le traité suivant : 

llelvide de Mont de Jeux '" doit 80 livres rémois à Guyonue, 

du chef d'Henri, son mari. Elle a assigné pour re.xlinclion 

de celte dette tous ses revenus de Mont-de-Jeux, excepté le 

four banal et la menue dime. Guyonne el Gérard, son mari, 

1. Le Cliàtclel-sur-Kelouine (Ardeinies), canton do Janivile. 

"2. Mar:;uerite de Blois, décédéc cti 1230, (ut mariée : 1° avec IIupuis 
d'Oi^y III* du nom, seifi;ueur de Monlmirail, vicomle de la Ferté et cbâlt- 
lain de Camhroy ; 2" à Olhon, comte de la haute Bourgogne, frère de l'empe- 
reur Henri VI, et (ils de Frédéric barberousse ; 3° avec Gautier II, seigneur 
d'Avesnes, dont elle eut Marie d'Avesnes, comtesse de Blois, seconde femme 
de Hugues 1 de Cbàlillon. comte de Saint-Paul. — {P. Anselme, t. II. p- 8ifî.) 

3. Verneuil (Marne), canton de Dormans. Seigneurs : 

1683. Marie-Angélique Dumesnii de Saint-Simon, veuve de M" Gas- 
f.ard de Baradat, chevalier, vicomle de \erneuil. 

1720. Pierre-François Le Gorlicr, seigneur de Verneuil, demeurant à 
Châlons. 

1777. M" Paul le Cordelier, chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, maître 
de camp de cavalerie, seigneur en partie des haut et bas Verneuil. 

Fn 1781), il existait à Verneuil une importante manufacture de faïence et 
de porcelaine, ainsi que l'atteste un traité passé devant Ilacquart, notaire à 
Cbàtillon sur-Marne, le \" novembre de la même année. Par cet acte, le 
sieur Pierre-Antoine Hamon, manufacturier à Verneuil, se rend acquéreur 
des parts el portions appartenant, dans cet établissement, à M" Charles- 
Louis-Philippe de Salperwick, chevalier, marquis de Grigny, grand bailli 
d'épée héréditaire des ville et bailliage royal d'Iiesdin, demeurant à Eser- 
val, province d'Artois, el à M"'" Hélène-Jeanne- Louise Mouck d'Erguy, 
épouse de M'e Louis-Antoine MouUart, chevalier, Eeigneur du grand Moulin, 
demeurant à Montreuil-sur-Mer, 

4. Montmirail, chef-lieu de canton, arrondissement d'Epernay. 

Jean de Montmirail, fondateur de la MaiscuDieii de Mécringes, en 1208. 
;>. Mont-de Jeux (Ardennes), section de Saint-Lambert, canton d'At- 



DK I.ONOUEAU 177 

ont stipulé 'le ne recevoir des revenus d'Helvide la valeur de 
deux sols qui ne soit portée eu compte et déduite de la créance 
totale. Deux hommes du village percevront ces revenus qu'ils 
remettront à (niyonue, et les feront porter en compte par 
Gilon' de Saint Lambert. Le blé sera vendu dans la quinzaine 
de la Saint-Remy, ou dans la suivante, à moins que Guyonnc 
ne consente à un autre délai. 

Témoins cautions et assermentés, chacun pour dix livres : 
Hugues de Sorcy ■, Raoul de Cuneilletir, Gervais de Vienne, 
N. d'Ârlhalia, Renaud, son frère, Guy d"llai:teville ^ Mathieu 
de Suzanne'' et Jehan de Suzanne. 

Témoins uon assermentés : Guy de Befforl"', pour dix livres, 
lequel, pour être quitte, abandonne ce qu'il possède au ilont 
de Jeux ; Geoffroy de Goucy ''' a répondu pour dix livres. Gilon 
de Sainl-Lamberl, qui tient le Moulde-Jeux dans sa mouvance 
et a confirmé tout ce que dessu?, répondra à quiconque atta- 
querait Guyouue. 

1209, janvier. 

Albéric de Humbert notifie ce qui suit : 

Gérard de Mont de Jeux, chevalier, a doté noble dame 
Guyouue, sa femme, de la moitié de la terre qu'il a héritée de 
ses père et mère, ainsi que de sou château. En outre, comme 
ladite Guyonne avait prêté une forte somme d'argont audit 
Gérard, celui-ci lui abandonne en retour une vigne et un jarJm 
au Mont-de-Jeux, avec les vitiages du lieu, pour en jouir sa 
vie durant, et quatre muiJs de griins. moitié froment, moiiic 
avoine, à percevoir chaque année, et dont elle pourra disposer, 
à son gré, pour le repos de son âme et de celle de son maii. 

1209. 
Gonfirmation de la charte qui précède par le chapitre de 
l'église de Reims. 

I . Gilon de Soint- Lambert est cité sous les u" 30^ et 305 du Rue des 
Ficfs comme possédant du chef de sa Cemm»'. à Oiry, vinj^t journaux et 
quatoizc fauchées de lerie,la justice, trois (|i artels de vigne, six livres partie 
pour le four et partie pour le charroi. Tous ces dioits sont de la inouvauie 
de Roger d'Oiry, qui tient la justice dudit lieu. 

2. Sorcy (Ardennes), canton de Novion-l'orcien. 

3. Hautoville (Ardennes), canton de Château-l'orcien. 
i. Suzanne (Ardennes), canton de Tourteron. 

5. BtlTort (Marne), village aujourd'hui détruit, sur le lerritore de Bazaii- 
courl^ canton de Bourgogne. 

G. Coucy (.\rdeDncs), caulon de H( ihel. 

12 



178 I-E CAUTULAlKli DU PBlliUUE 

1200, juin. 

MiloQ ' d'Aulheuay, chevalier, clouae aux uoiuies de Lou- 

gaeau, du coiisenlemeut de la comtesse sa femme, de Gilbeil 

el de Renaud, ses eufanls, tous les avantages, produits, terres, 

prés, bois, renies, hommes el autres biens qu'il possède à 

J3aslieux et à Melleray, après avoir, pour la validité de la 

disposition, obtenu le consentement de Gaucher de Naaleuil, 

sou suzerain, 

1201), juillet. 

Sophie-, dame de Nanleuil, renonce à rusufiuU que son 
mari lui avait réservé sur des biens donnés à Longuean, 

ti EgoSophia, Domina de Nautolio, uotum bicio, priesenlibus 
el futuris, quod ego, saluti propriie consulens, religiosorum 
bominum consilio, coucessi ecclesiiu de Loogua A.qua, ut 
ipsa possideat pacibce, sive vivam, sive moriar, elemosinam 
illam qiia' ipsi Ecclcsiie facli fuit marili mei et meo assensu, 
quando ipse peregriuacionem adversus Albigenses herelicos^, 
Concossi quidem, quantum ad me perlinel, attendens debili- 
lalem corporis mei, el maximee eegriludinis eminens pericu- 
lum, quoniarn iu primi coucessione, quum dominus meus 
viam, sicut prœJiclum est, arripuil, quandiu viverem, ipsa 
clemosiua ad ecclesiam deveuire non polerat, uude rogo 
Dominum et maritum meum, ut amore Dei et pauperis ec- 
clesiiB istud sine molestacioue ecclesiie leneal. Aclum post- 
quam Dominus meus recessit pro via Albigensium, anno 
Domini MCGIX, mense julio. » 

lio'.t, y juillet. 
Fauque, dame de ^'ézilly *, alors veuve, donne à l'église de 
Longueau, de l'ordre de Fontevraull, diocèse de Soissoos, six 
seliers de froment à prendte chaque année à la fête de Saint- 
Martin d'hiver, sur sa terre de Vézilly. 

1. 'Vers 1172, NJilou d'AuUie :ay, appelé aussi Miles du Plessier, lient 
fiels à Anlhenay, au Plessier, à Igliy, à Baslieux et à Villers-AgroQ. 
(LoDgnon, Vos^aux de Champagne., n°' 1374-1375.) 

2. Sophie, comless'3 de Chevigny, première femme de Gaucher H de 
Nanteuil. 

3. Il y u uu mol de passé dans le manuscrit. 

.'i. Vézilly (Aisue), canton de Fère-en-Tardeuois. Fauque, mariée à 
Henuud de Courlandou et ensuite à liaoul de Serv, était fille de Gervois de 
Châtirion, seigneur de Bazoches. — Le 24 février 16o9, Jacob de Conflan,«, 
chevalier, seigneur et baron de Vézilly, et dame Magdeleine Levesque, sa 
femme, donnent une quittance à honorable homme Etienne Dclalain, 
licencié ès-lois, avocat au siège présidial de Laon. 



DE l.OiNGUEAU 179 

I2il. 
Giiard de llourges ', avec rassenlimenl de son épouse, de 
ses frères el de leurs femmes, donue à l'église de Lougueati, sa 
dime de Verneuil, mais pour ce bieufait ladite église lui aban- 
donne caritalive quinze livres de monnaie de Provins. Donné 
sous le sceau de tîaucher da Nanleuii, en présence dudil. 
Gaucher cl de Régnier de Guisles. 

1212, oclobre. 
Blanche, comlesse palatine de Troyes, compatissant à la 
pauvreté de la maison de Longueau, confirme la donation 
faite par son fidèle el amé Maurice do B^lrain, au profit de 
celte église, de 40 seliers de grain, moitié froment, moite 
avoine, à prendre sur Anthenay, el qu'il tenait du don du 
comte Henri, mais en tant seulement que celle fiumôue ne 
louchait en rien à son fief de Bligny. 

1212, oclobre. 
A'.béric -, archevêque de Reims, dénonce le traité suivant : 
Maurice de Beîrain el Hamaide, sa femme, ont donné aux 
rcdigieuses de Longueau, pour en jouir après leur décès, tout 
ce qu'ils ont acquis dans la paroisse de Bligny, excepté le pré 
Baudoin el une maison qu'ils. ont donnée aux religieuses de 
Saint-Pierre de Reims. Ils ont donné en outre, au couvent de 
Longueau, un pré situé à Vorcelles ^ el une vigne, sise à 
Villers, qui venait du clerc Pierre, frère de Maurice, à charge 
de célébrer un anniversaire pour ledit Pierre. Les religieuses 
ont rétrocédé aux donateurs, leur vie durant, la grange de 
Bligny, qui, après leur décès, retournera au monastère, avec 
moitié du mobilier la garnissant; Maurice el sa femme pour- 
ront disposer à leur gré de l'autre moitié du mobilier. 

Sans date (vers 1200). 
;S . . . ', évèque «le Soissous, notifie que Roberl de 

1. Hourges (Marne), canton de Fismes. 

En 1202, Gérard de Hourges accorde à Julien, abbé d^Igny, pour les 
bestiaux de l'abbaye, un droit d'usage dans ses pâtures. {Hid. de l'abbaye 
d'igny, par l'abbé l'.L. Péchenard. Reims, Imp. coop. 1883.) 

2. Albéric de Humberl ou de Hautvillers, archidiacre de Paris, fut sacré 
le 8 juillet 1207 et jeta les fondements de la cathédrale actuelle. Il assista 
en 1213 au quatrième concile de Latran, se croisa en 1217 pour la Syrie, et 
mourut à Pavie le 24 décembre 1218. 

3. Vorcelles, aujourd'hui moulin sur le territoire de Villers sous- 
Châlillon. 

4. Nivelon de Chérisy assiste au concile de Latran eu llT'J. Il prend part 



180 LE CARTULA.IRE DU PRIEURÉ 

Cury *, chevalier, du consenlemenl de Aelis, sa mère, et de 

Nicolas, sou frère, a dounéen aumône, à l'église Sainte-Marie de 

Longueau et aux religieuses y servant, en affection de sa sœur 

religieuse en ce couvent, 20 selierô de froment à prendre. 

chaque annéd, dans sa grange et sur les lerrages de Dhuizel -. 

Témoins : Gaucher de Cury, Alain de Roucy, Baudoin de 

Gueux\ 

\-2\:\, mai. 

Raoul Plonquet*. seigneur de Vaudières, reconnaît qu'il 

doit aux nonnes de Longueau, pour échange d'une vigne et 

d'un savart contre la vigne qu'elles avaient à Vandières, au 

milieu du village (le surplus de celte charte est 

perdu). 

{4 suivre.) Paul Pellot. 

à la croifade piêcbée par Foulques de Neuill}', devient archevêque de 
Thes^aloniqiie, un des douze pairs qui nomnaenl Baudoin empereur de 
(Jonslantinople. Il rapporte à Soissous un grand nombre de reliques dont il 
enrichit les églises, et meurt au retour d'une mission en laveur de la croisade, 
le 14 septembre 1207, à Barri, en Italie. 

1. Cuiry-les- Chaudardes (Aisne), canton de Craonne. 

2. Dhu zel (Aisne), canton de Btaisne, à trois lieues au sud ouest ae 
Cuiry. 

3. Baudoin de Gueux affianchit sa commune per une charte de l'an 1212. 

4. Raoul, dit Plonquet, reçut en 1193, du comte de Champagne, le fief 
de Vandières, et à ce titre il devait l'hommage lige et la garde du chàlcau 
de Châlillon. (Pom Nocl, Le canton do CliûliUon.) 



LE MARQUISAT DE PLANCY 

Sous la famille de Guénégaud* 



a Moyennant la présente fondation, lesdits clianoines seront 
obligés de dire à perpétuité pour le salut de mou àme, pour 
celle de ma femme et de tous mes enfans, décédez et vivants, 
une messe basse chaque jour avec un De Profundis à la fin 
d'icelle; et deux services par an, l'an au jour de mou décès, et 
l'autre au jour du décès de ma femme. Cette fondation sera 
faite après mon décès, au cas que je sois prévenu de la mort, 
ayant intention de la faire aussitôt que j'aurai entièrement 
payé mes dettes, 

« lit d'autant que par mon contrat de mariage, Mme Isa- 
belle de Choiseul de Praslein, ma femme, n'a point de commu- 
nauté avec moy, et que je croirois manquer de recounoissauce 
de ses soins, de sa sage conduite et de sa prudente économie, 
à laquelle je dois une partie de mes biens que j'ai acquis 
depuis notre mariage, je lui donne et lègue tous les biens- 
immeubles que je possède et qui sont en pays de droit escrit, 
et que je posséderai au jour de mon décès, savoir : le domaine 
et châlellenie de Monbrisou, circonstances et dépendances ou 
pays de foresls. 

« De plus, je lui donne et lègue vingt-deux mille huit cent 
livres de rentes, constituées sur l'Hôtel de Ville de Marseille, 
employées dans l'Estat des Gabelles de Provence, pour en 
jouir aussitôt par elle en toute propriété. Ce que je faits pour 
lui donner des marques de ma recounoissauce et pour lui 
témoigner en quelque manière l'extrême amour que je lui 
porte et l'estime particulière que j'ay pour elle et aussi pour 
lui donner le moyen de vivre selon sa dignité et la grandeur de 
sa naissance. Je la conjure de tout mou cœur de l'avoir 
agréable et de ne pas la considérer par son peu de valeur, 
mais de la recevoir comme uu témoignage de ma bonne 
volonté. Et eu cas que je sois dépossédé par le Roy, durant 

• Voir pafje 111, tome VU de la Reoue de Champagne. 



182 LE MARQUISAT DE PLANCY 

ina vie, du domaine de Moubrisou et des rentes de Provence, 
je veux et entends que l'argent qui en proviendra soit employé 
eu autre fonds, au choix de ma femme, lequel fonds lui appar- 
tiendra eu pleine propriété après ma mort. 

« Mais s'il arrive que Sa Majesté me dépossède du domaine 
de Monbrison et renies de Provence, sans me donner de rem- 
boursement, ou qu'elle les prenne en payement pour la taxe 
des rentes rachetées, en ce cas je donne à ma femme tout 
ce que je puis lui donner en Brelaigne par- la coutume, non 
seulement de ce que je possède acluellemenl, mais encore des 
acquisitions que je pourrai faire pendant ma vie; sinon, je 
veux et entends que ma femme puisse prendre sur tous mes 
biens la somme de deux cent mille livres, qui est beaucoup 
moins que ledit domaine de Monbrison, lesdiles vingt-deux 
mille huit cent livres de renies sur les Gabelles de Provence ou 
des acquisitions en Bretaigne, le lout à son choix. 

■4 Et au cas que Henry de Guéuégaud, mon fils ayné, que 
j'establis pour ce présent testament mon seul et unique héri- 
tier, n'y voulût consentir, et voulût disputer à ma femme 
la donation que je luy faits, en ce cas je veux et entends que 
tous mes biens soyeut distribués entre mes deux garçons 
et mes deux filles selon les coutumes des lieux où ils sont 
situés, sans ((ue mon dit fils ayné Henry se puisse prévaloir 
de l'avantage que je lui donne sur mes autres enfans par ce 
mien teslanient, ains je veux que mes deux garçons et mes 
deux filles, Bénédicte et Angélique, partagent entre eux 
tous mes biens, comme si le testament n'avoit pas élé fait; 
lequel teslament sera valable pour le surplus qu'il contient, et 
ma femme aura tout ce que je puis lui donner sur mes biens 
de Brelaigne el ailleurs, suivant les coutumes. 

« Je donne et lègue à mon second fils, Emmanuel, cheva- 
lier de rOrdre de Malte, une pension viagère de huit mille 
livres sa vie durant, seulement à commencer du jour de mou 
décès. 

« Puis, je lui donne et lègue la somme de vingt mille livres 
pour armer et équiper une gallère ou vaisseau, laquelle somme 
sera payée comptant quand il aura fait ses courses ordinaires, 
afin qu'il puisse parvenir aux honneurs de l'Ordre. 

« Plus je veux et entends que, s'il vient à être pris par les 
iulidelles ou d'autres en guerre, que Henry de Guéuégaud, 
mou fils ayné et mon unique héritier, paye sa rançon à quoy 
qu'elle puisse monter, jus(]u'a la somme de vingt mille livres 
uéanlmoins. 



sous LES GUENKGAUD 1 8S 

« Mais s'il arrivoil que mou dit fils Emmanuel ne veuille 
pas demeurer dans la religion de Mallhe, je luy donne cl lègue 
pour tout ce qu'il peut prétendre dans ma succession la 
somme de deux cent mille livres une fois payée, moyennant 
quoi la pension de huit mille livres sera éteinte; et s'il a /oit 
reçu quelque chose pour l'armement du vaisseau ou gallère 
ou pour sa rançon, ce qu'il aura reçu sera déduit et rabattu 
sur les dits cent cinquante mille livres. 

« Je veux et entends que ladite pension de huit mille livres 
soit afl'ectée sur une de mes terres sans que mon fds le cheva- 
lier soit obligé de faire des poursuites pour en être payé. 

« Ma fille Bénédicte, duchesse de Caderousse, se contentera 
de ce que je lui ny donné par son contrat de mariage et sera 
payée comptant de ce qui peut lui être dû de rente sans rien 
prétendre de plus, d'autant que je lui ay donné beaucoup plus 
([u'elle ne peut espérer dans le partage de ma succession. 

« Le Roy me retenant plus d'un million de livres de bien, 
il m'a réduit nu point de ne pouvoir donner à mes enfans 
puisnés autant que j'ai donné à ma fille la duchesse de Cade- 
lousse ; c'est pourquoy ma fille Angélique, comtesse de Bouf- 
llers, se contentera de ce que je luy ai donné par son contrat 
de mariage, mais je donne à Henry, comte de Boufflers, sou 
fils et mon filleul, soixante mille livres et, au cas qu'il meure 
sans enfans du vivant de sa mère, je les donne à sa mère, ma 
fille Angélique, pour qu'elle en jouisse aussi sa vie durant et 
le fonds desdits soixante mille livres retournant à mon fils 
ayné. 

« Je déclare que le présent testament est le seul que j'a}- 
fait jusques à présent. Je déclare Henry de Guénégaud, mon 
fils ayné, mon seul et unique héritier, et le faits mon légataire 
universel de tous mes biens que je posséderay au jour de mon 
décès, tant immeubles que meubles, en quelques lieu^ que le 
tout soit situé, à la charge de satisfaire à tout ce qui est donné 
et légué dans ce présent testament et, outre, à la charge 
de restituer par ledit Henry de Guénégaud, mon héritier 
et légataire universel, mes terres de Champagne qui sont 
le marquisat de Plancy avec ses circonstances, dépendances et 
annexes, les terres de Longueville, Semoyue et Kstrelles, la 
baronnie de Saint-Just en l'Angle et ses annexes, les paroisses 
de Glesle, Baigneux et Sauvages, au fils aine qui naîtra 
de son légitime mariage et aux descendans mâles dudit aine 
auxquels je substitue lesdites terres par une ^ubslitution gra- 
duelle, perpétuelle et infinie, en gardant iiéanlmoins l'ordre 



1S4 LE MARQUISAT DK PLANCT 

enlre eux su-'cessivemenl de masle en inasle el d'aiiié en aiiié, 
du premier au second, troisième et aulres masles, préférant 
toujours les aînés et leurs descendans aux cadets. 

« Que si mon dit fils Henry ne laissoit aucuns enfans 
masles, je veux que mes dites terres de Champagne cy devant 
dénoncées appartiennent à Emmanuel de Guénégaud, mon 
second fils, et après lui à son fils aisné et descendans masles 
dudit aisné, successivement, ou au défaut de l' aisné dudit 
Emmanuel, à son second lils masle, troisième et autres masles 
et leurs descendans masles que je substitue à perpétuité, gar- 
dant toujours le môme ordre de degré et d'ainesse. 

a Et au cas qu'il n'y eût aucuns enfans et descendans ie 
mes deux fils Henry et Emmanuel de Guénégaud, je substitue 
mes dites terres de Champaigne cy dessus dénoncées au 
fils ayué qui proviendra de la fille aynée dudit Henry et ses 
descendans masles : au défaut de l'aîné, au second, troisième 
et autres masles et leurs descendans masles, et au défaut des 
masles de la fille aînée, aux enfans masles de la seconde 
et des autres filles dudit Henry, en gardant toujours le même 
ordre de substitution graduelle et d'aînesse entre les masles. 

« Et aucuns cas qu'il n'y eût point de masles provenant de 
toutes les filles de Henry, 

« Je substitue mes dites terres de Champaigne cy dénom- 
mées au fils aîné de la fille aînée dudit Emmanuel, mon 
second fils, et cà ses descendans masles, au detîautde l'ainé au 
second, au troisième et autres masles et leurs descendans 
masles; et au deffaut des masles de la fille aînée, aux enfans 
masles de la seconde et des autres filles dudit Emmanuel, en 
gardant toujours le même ordre de substitution graduelle et 
d'aînesse entre les masles. 

« Que si les filles aisnées ou autres filles de mes deux fils, 
Henry et Emmanuel, n'avoyent aucuns enfans masles, je veux 
que la substitution cy-dessus de mes dites terres de Cham- 
paigne soit partagée entre mes deux iilles, Bénédicte, duchesse 
de C-aderousse, et Angélique, comtesse de Boufflers, de telle 
sorte que ma fille de Caderousse aura le marquisat de Plancy 
et ses annexes, les terres de Longueville et de Semoyne, et 
ma fille Bouffi rs, la baronuie de Saint-Just et ses annexes 
de ClesU'S, Baigneux et Sauvage et la terre d'Estrelles, pour 
chacune d'icelles en jouir durant leur vie, et après leur décès 
lesdiles portions de terre dites substituées au fils aîné de cha- 
cune d'icelles de masles eu masles, et au defîaut des masles 
descendans de l'aîné, au second ou troisième à l'infini, et 



I^H' 





t'act^ d^ t hujt^l deCarUy 



Far'aih" de lliôtrl ilo Coiity dont la porto a (''ti- liâtin par Frai)(;ois Man-;ai-t. 
devenu l'hôtel de (iui'iK'Liaud. l'ue Cnénétraiid à l'aris. 




CHATK.Al' lir. l'I. \.\CY 
Cùtr Su.l. 



/f 




HENRY DE GVRNE 

Plane 1/, yt comte de Semoine, Baron cte 
Corto'^ du I^oy en toiu ueu ConjiScc 



K r.^i^if^Ap^jj MARQjnS DE 

'Jujl,du Plcjlij EelUuilU.etdeFrej' 



^i'c^itat, et ce^i comanoe 



• ua c Ha ' 



et Garde 9e^i Jeaux. de Jeo ordres FiL de Gohriel de Guen^aud Con'''^du Kotf enjcJ 
CoTu'"'. et îJreJorier de ^aiz (T^fparffne Et de^Uarie ae La Croix Dame ou Ptcujlu Belle 
ville Put prcniercm' pourueu de la charae de ffre^oricr de l'euparone l'an jo^j. enuur- 
uiaance de jon. perc lequel eflant mort au comencem^ de l'année uuiuanie oui éditait Cflle 
de uon eJzerctce.Ml enjit LajoncHon et j'en aequitia ui dionem^ qu'il mérita l'euhme el l'amXt 
du R^oy, Ce ^Uonnrq qui eonnoDoit parfaitem': bien. Lc^i talcnLi pej hôme^itiaca le Jicn 
Si propre p^. leu ■ pluj arandcj ajfatrej de uon. Royaume qu'd aareajortvolontiem 
la acm'iBion que^ilonjK le Comte de Briennejit l'an jô^y,. cnjaiaueur de [a charge de Sec'y 
d'CJtat^L l'exerce depuui ce icmpj la auce ime approbâon ji runiuerjclle qu'd r.'ua peruSne 
qai ne pubLr^on hahilcte ctua caurtoijLe;£l a ejpoujeSliaheUe de Clwuculjilla de Charles 
de Choueul^ltnrquu de Prajlin^itar~dejrance CMiir dtuj ordre/ du Roy Gouucrrf.etLieulcn 
gnroL po.ja^Ma^^en Xainton^e et paL> dtiwnijj et de Clause de Ccrillac 



^ Rrtj- C/ia^ F Jû//atn 



D'après Philippe de Ciiaiiipa^uo. 



l' 







r-xjZEZÊfciJ-^c.^â 



^^^~- '^"^'aw -fwir^tTt 



CJAue et iPerfpectuw du ( hajhdu tL Jrcftuj iL ccfte J^s Sfjr-Ji 

Apiiaitenant à Henri de Guéiiégaud. 







If^ts^. ' 



Appartenant à Henri de Guém'gaud. 



sous LES GUÉNÉGAUD 185 

au defî.uil des masles descendaus de ma fille Caderousse, 
je veux el ordoune que les terres de Plaocy, Longueville 
et bemûyue revienneuL au masle qui survivra alors desceo- 
danl de ma fille de Boufflers, pour coulinuer la subslilulioQ 
à riDfiui de toutes les diles terres rejointes. 

« J'ordonne aussi la même substiluliou de la baronnie 
de Saint Just et annexes et Eslrelles en faveur des masles de 
ma fille de Ca-lerousse, en cas que ma fille de Boufflers viat 
à décéder sans enfans masles. 

« Toutes Isquelles subslilulions cy dessus, en faveur des 
enfans masles descendans des filles de mes deux fils et de mes 
deux filles, sont par moy fuites à la charge et condition 
expresse, qu'arrivant le fait de la subslilulion, les dits enfans 
masles descendans des filles de mes deux fils ou de mes deux 
filles seront tenus de porter le nom de Guénégaud et mes 
armes conjointement avec le nom cl les armes de leur père, à 
peine de déi.héance de la piésenle substitution. 

« Je désire que mon fils aisné soit comme le père de 
son frère el de ses sœurs, qu'il les assiste en toutes occasions, 
et aussi que mes enfans l'honorent et l'aiment comme le chef 
de la maison. 

« Je veux que s'il survient queljue différend entre eux sur 
l'exécution de mou présent testament, qu'ils s'en rapportent à 
ma femme ou à quelques-uns de leurs amis (ju'ils choisiront 
pour l'avis de ma femme. 

« Je nomme pour exécuteur de mon testament M. Issales, 
advocat au Parlement ; connaissant comme je faits la vertu, 
probité, capacité et l'affection qu'il m'a toujours témoignée, 
je le prie d'en prendre la peine el de vouloir accepter pour 
marque d'amitié cent marcs de vaisselle d'argent de la valeur 
de trois mille livres à son choix. 

« Et au cas que mon dit sieur Issales ftlt décédé avant moy 
ou bien que par maladie ou autrement il ne pût pas accepter 
cette charge, en ce cas je prie ma femme de faire choix 
de telle personne qu'il lui plair.i pour êlre exécuteur du pré- 
sent testament ; auquel sera donné le même présent de la val- 
leur de trois mille livres. 

« J'ai, Henry de Guénégaud, tout escrit et signé de ma 
main ce présent testament que je veux être suivi et exécuté 
après mou décès comme estant ma dernière volonté. 

9 Fait à Paris, en mon hùtel du Plessis de Guénégaud, 



186 Lli MARQUISAT DE PLANCY 

le vingt- septième jour de septembre, l'an mil six cent soi- 
xante-douze. 

« L'an mil sept cent soixante-sept, le 7 avril, coUaliou du 
préseul testament a élé faite par les notaires du Roy au 
Châtelel de Paris soussignés sur l'original audit testament 
demeuré en la possession de M^ Arnaud, l'un des notaires 
soussignés comme successeur aux offices et pratiques de 
M'' Hachette cy devant notaire, lequel se trouvoit avoir l'office 
dudit M® Simonnet aussi oy devant notaire. » 

Le IG mors 1(j76, Guénégaud expirait à l'âge de G7 ans et 
était inhumé dans l'église de Saint-Paul de Paris, d'où sou 
corps dut être extrait plus lard pour être conduit à sa sépul- 
ture définitive, dans l'église Saint-Laurent de Plancy. 

Mois ses restes n'y devaient pas reposer eu paix, car 
au moment de la Révolution de 1793, les habitants de Plancy, 
oublieux de tout ce qu'il avait fait d'utile non seulement pour 
l'Etal, mais pour leur piospérité, se ruèrent sur l'église 
Saint-Laur.^nl, la saccagèrent et profanèrent le?, tombeaux 
qu'elle contenait. Trois cercueils en plomb, dans lesquels 
était renfermée la dépouil q mortelle des Guénégaud, furent 
fondus pour être convertis en balles de fusil, et les ossements 
qu'ils contenaient jetés au vent. 

Elisabeth de Choiseul ne survécut pas plus d'une année à 
son mari. 

II 

Plancy sous les Guénégaud. — Routes et Ponts 
du marquisat. — Création de la navigation de 
l'Aube. 

Quelque absorbé qu'il eût été pendant une grande partie de 
sa vie par les affaires publiques, Guénégaud sut administrer 
ses biens, et en particulier le marquisat de Plancy, avec une 
intelligence et une activité égales à celles qu'il avait consa- 
crées au service de l'Etal. 

'i'out d'abord sa préoccupation se porta sur les communica- 
tions par voie de terre, les plus indispensables de toutes. 

Une requête qu'il adressa au P»oi, en 1G61, et qu'il nous a 
paru intéressant de reproduire en entier, montre à quel point, 
lorsqu'il prit possession de son marquisat, il le trouva ruiné 
par les guerres qui, depuis des siècles, n'avaient cessé de 
fondre sur la province de Champagne. 



sous LES GUÉNÉGAUD 18 7 

« AU Roy et à Nos Seijneurs de son Conseil. 

« Sire, 
« Henry de Guénégaud, chevalier, mirquis de Plaiicy. 
« baron de Saint-Just, seigneur du Plessis, Fresnes el autres 
« lieux, conseiller du Roy, en Vos Conseils, secrélaire d'b^lal 
« el des commaudemens de Voire Majeslé, 

« Lui soil renrionlré 1res humblement qu'ayanl acquis en 
« l'année 1G54 la dile lerre el marquisal de Plancy en Chaui- 
« pagne, il auroil trouvé, outre très grandes ruines causées en 
« icelle par les fréquens passages des gens de guerre, garni- 
« sous continuelles, tous les ponts el la plus grande partie 
« d'une chaussée qui y esl de toute ancienneté ruinés, ce qui 
« rendant le lieu inaccessible, non seulement les habitaus 
« d'icelle terre, mais tous ceux du voisinage el les marchands 
. el voituriers lui iiyaut fail leur plainte de l'incommodité 
fl qu'en recevoit le public, particulièrement les marchands, 
« d'autant que le pont qui étoil au bourg d'Arcy sur la rivière 
(. d'Àube qui e.-.t la même qui arrose aussi la terre de Plancy, 
« étoil aussi ruiné par la rupture du pont, le dit suppliant lit 
« diesser par le bailly dudit marquisal un procès- verbal de 
. l'état desdits ponts el chaussées et des ouvrages qu'il y 
« convenoil faire pour le rétablissement d'iceux, el ensuite à 
« la grande sollicitation el empressement qui lui étoieut faits 
« par les dits habitans, marchands el voituriers, présente sa 
a requête à Votre Majesté tendant cà ce qu'il lui plût pourvoir 
« au rétablissement desdits ponts, sur laquelle faisant droit 
. par arrêt de Votre Conseil du 28 juin I608, Elle permît au 
« suppliant de les faire rétablir cl d'avancer la dépense qu'il 
. conviendroil faire pour cet eftet, sauf après le rélablisse- 
« ment d'iceux être pourvu par Votre Majeslé à sou rembour- 
« sèment ainsi que par Elle il y seroil avisé ; eu déduction du 
« quel arrêt le suppliant ayant avec beaucoup de soui, Irais et 
. dépenses, fail rétablir les dits ponts au nombre de cinq, 
a savoir deux grands, un sur la rivière d'Aube, joignant 
« le bourg de Plancy, l'autre sur la rivière de Barbuise au vil- 
« lage du Bachot, distant d'environ de demie heue 1 an 
« de l'aulr?, el trois autres plus petits entre iceulx aux 
« endroits où pendant l'hiver il y a des débordemens d eaux 
« qui y croupissent et les rendent inaccessibles, après ces 
. ouvrages ainsi achevés el par ce moyen le commerce ayant 
« commencé à se rétablir, ne resloit plus que le rélablisse- 
« ment du pavé de ladite chaussée pour la rendre libre en 
« toute saison, el icelui suppliant après avoir présente .-a 



188 LK MARQUISAT DE PLANCY 

« requête à Voire Majesté lendante à ce qu'il lui plût 
« ordonner que les dits ponts seroient vus et vérifiés et les 
« ouvrages estimés par telles personnes qu'il lui plairoitcom- 
« mettre qui en dresseroient leur rapport ensemble de i'élat 
« de la chaussée, pour être vu et considéré en Votre Conseil, 
« être pourvu à son remboursement et au rétablissement delà 
I. dite chaussée. Sur laquelle requête Elle auroit ordonné par 
« arrêt rendu en son Conseil le a may 1661 que par l'un des 
« trésoriers de France eu la généralité de Chàlons, avec 
u des experts qui seroienl par lui nommés d'office, il seroit 
« fait descente sur les lieux pour voir et visiter lesdils ponts 
(I et estimer la dépense faite pour le rétablissement d'iceux et 
« celle qui est cà faire pour le rétablissement de ladite chaus- 
« sée, ensemble de l'état d'icelle dont seroit fait procès-verbal 
« pour, icelui vu et rapporté en Votre dit Conseil, être pourvu 
« par Votre Majesté au remboursement du suppliant et au 
((. rétablissement de ladite chaussée. Pour l'exécution duquel 
arrêt icelui suppliant s'étant pourvu par devant les trésoriers 
« de France à Chàlons, ils auroient commis par leur ordoQ- 
« nance du 3 octobre au dit Arlhus Guillaume de Saint-Julien, 
« premier président au bureau desdits trésoriers de France 
(/ établi à Chàlons, U'quel en vertu de ladite commission, 
« accompagné du procureur de Votre Majesté audit bureau et 
(1 du greffier, seroii le 22 du même mois arrivé audit Plancy ; 
Il auquel lieu, après toutes formalités ordinaires et accou- 
« tumées observées, il auroit été procédé par experts nommés 
« par Votre dit procureur à l'estimation de la dépense faite 
« par ledit suppliant pour le rétablissement et la construction 
« desdils ponts, dont il auroit dressé procès-verbal, par lequel 
« il se voit que l'estimation de la dépense faite pour la cons- 
« truction desdils ponls monte à 18.489 livres, et que les 
(I ouvrages nécessaires et restant à faire à ladite chaussée ont 
a élé estimés devoir monter à la somme de dix-sept mille neuf 
« cent livres. 

a A ces causes, Sire, et qu'il vous appert de ce que dessus 
li par le procès-verbal du bailly dudil Plancy, du 13 novembre 
« 1657, du 28 juin 16b8 et aulre arrêt, et commission sur 
11 icelui du Li mai 1660, et pour ledit procès-verbal de prisée 
« et estimation du 22 octobre audit an, plaise à Votre Majesté 
« faisant droit sur icelle ordonner que le dit suppliant sera 
a remboursé des deniers de votre Epargne ou sur tels fonds 
« (lu il lui plaira lui accorder de la dite somme de ^8,429 
a livres par lui déboursée et avancée pour la consiruclion des- 



sous LliS GUENÉOAUD 18'.» 

« dits poDls au désir du susdit arrèl du 28 juin iGbS, m 
(I mieux, Il ne plaisoil à Volro dite Majesté lui perniellre de 
« percevoir et lever sur lesdils pouls un péage pareil à celui 
n qui s'élève sur le ponl de Méry pour passer la rivière 
« de Seine et outre faire fonds pour le rétablissement de la 
« chaussée, sans quoi les dits ponts resteroieut inutiles 
« et le commerce pour le transport des vins de Bourgogne et 
I. des marchandises de la ville de Troyes en celle de... et 
« Cbâlous, dans la Lorraine et Allemagne, demeureroicnl 
1 entièrement ruinés, l'autre passage qui était cy-devanl au 
« Bourg d'Arcy étant comme dit est à pré-ent inaccessible par 
« la ruine entière desdils ponts et chaussées qui y étaient, 
« et le suppliant continuera ses prières pour la prospéiiié 
« et la sauté de Votre Majesté. » 

Ce vœu si prévoyant fut entendu et, par ordonnance du Uoi 
eu son conseil tenu à Fontainebleau le 5 mai I6tjl, il fut 
décidé renvoi d'un des trésoriers de la généralité de Chà'onsà 
Plancy, pour faire la reconnaissance dont il s'agit. 

L'arrêt cul pour conséquence l'autorisation accordée à M. de 
Guénégaud de continuer à percevoir le péage du jionl de 
Plancy, comme le faisaient de toute ancienneté les seigneurs 
de Plancy, qui avaient la charge de l'entreiien des ponts, 
moyennant le péage qu'ils percevaient à cet efTjt sur lesdils 
ponts et chaussées. 

Le seigneur de Plancy percevait également le péage de 
la chaussée, car, dit un arrêt du conseil du Roi de 1705, 
« si l'entretien des chemins appelés royaux est à la charge du 
» Koy, celui des chemins appelés péagers est à la charge des 
« seigneurs qui y lèvent le péage, ce qui est le cas pour 
« la chaussée du Bachot, et le seigneur y levoit uu péage 
« à raison duquel les aveux et dénombrements de Plancy 
« portent qu'il était obligé d'entretenir la chaussée, d 

Le pont de Plancy élait en bois et s'élevait sur l'Aube, 
à quelques toises au-dessous des moulius banaux du sei- 
gneur, à l'endroit même qu'occupe le pont en fer posé der- 
nièrement par l'adminislralioii, et en face d'une chaussée 
à laquelle il communiquait directement, cette chaussée se ter- 
minant à un autre pont sur la rivière du Bachot. 

Plus tard, le pont tomba en ruines et devint gênant pour la 
navigation : les seigneurs de Plancy en construisirent alors uu 
autre au-dessus de leurs moulins, qui fut encore rétabli ix 
neuf en 1755, aux frais de l'un de ces seigneurs. Le nouveau 



190 LE MARQUISAT DE PLANCY 

pout élàil leur propriéié. el l'usage u'eu était laissé au public 
que par pure tolérance, eu sorte qu'il u'étail sujet à aucuu 
péage. 

Mais, comme par suite de la reconslrucliou de celui du 
Bachot, une grande circulation se faisait sur le pout des mou- 
lins, qui en éprouvait beaucoup de fatigue, uu des successeurs 
de Guénégaud, M. d'Aucour, demanda au roi Louis XV que 
les habitants de Plancy fissent rétablir leur ancien pont péager 
au-dessous des moulins, faute de quoi il se verrait obligé d'in- 
terdire le nouveau, à moins toutefois que ces habitants ne 
préfèrent demander au roi le rétablissement d'un péage pro- 
portionnel aux dépenses de construction et d'entretien, d'au- 
tant qu'ils prenaient aussi l'habitude de traverser le chcàleau et 
le parc, pour s'en aller à Rhèges, ce qui créait une véritable 
servitude et fatiguait les ponts du parc. 

Un aveu et dénombrement de lb08, vérifié à Sézanne, 
indique l'existence d'un autre pont antérieur à la canalisation 
de l'Aube, et par lequel communiquait le château avec le 
village, à la hauteur de la place qui se nomme encore place dii 
Ghâtel. Il y esl dit : « Il y a un autre bras qui descend du 
« bras cy-dessus el se prend dès un pout appelé le pont 
Il Boissy, et (ourne iceluy bras cà l'enlour de la rosière du dit 
(( château de Plancy, et rentre en la dite rivière d'Aube 
<> au grand pont dudit Plancy. » Ce bras y rentrait encore, il 
y a peu de temps, par un caniveau qui disparut lors de la rec- 
tification de l'entrée du village, en 188;). 

(Juanl au pont du Bachot, il ue devait pas au début 
être très brillant, si l'on en juge par une réclamation faite un 
siècle plus lard, en 1664, par les habitants de Charny et du 
Bachot, devant M*" Hugues Huguenot, inlendant des affaires 
do M. Henry de Guénégaud. Ces habitants déclarèrent, en 
effet, que lôrsqu'en 1644, ils avaient reconnu à Messire Henry 
de Guénégaud leur obligation d'entretenir le pont, comme ils 
l'avaient fait toujours antérieurement, ce pont, du temps des 
prédécesseurs de M. de Guénégaud, n'était que de « trois tra- 
« vées et couvert de fascines, d'autant que pour lors il n'y 
a passoit que la rivière de Barbuize sur laquelle étoit ledit 
« pont, et qu'à présent la rivière dAube ayant été jointe 
« à icelle et par ce moyen agrandi son lit, le dit seigneur a été 
t obligé de faire un pont de dix travées de chêne qui ne pput 
« être que de grand entretien, sur lequel passent quantité de 
« harnois, auquel entretien la dite commune ne pourra pas 



sous LES GUÉNKGAUU 191 

« subvcuir, sup[)lieûl MoQseigueur leur faire droit sur cet 
« arlicle. » 

De quelque ulililé qu'ail été pour lescommaues la créaliou 
de ces pouls, celles-ci ne cessèreul jamais d'essayer de s'atl'rau- 
chir de l'obligaliou de les eulrelenir, et les archives du châ- 
teau coalienueul, entre autres documeiils sur ce ^ujel, une 
assigualiou de l'au lOGl, faite aux habitauls de Plaucy 
« d'avoir à réparer et remaltre eu bou étal le poat dit des 
« Champs, faute de quoi il sera permis au seigneur de 
« faire bailler les dites réparations au rabais, et qu'exécutoire 
« sera délivré solidairement du prix de l'adjudicaliou et outre 
« les dits habitants condamnés eu tous dommages et inlé- 
« rets. » 

Lk pont du Bachot devait d'ailleurs èlre, plus lard encore, 
entièrement reconstruit, et un extrait des registres du Conseil 
d'Etat du siècle dernier nous apprend que celle reconstruction, 
ainsi que les réparations nécessaires au pont de Bouiages, 
furent faites sur le devis dressé le 12 avril 1768, par le sieur 
Demoulrocher, sous-inspecteur des ponts et chaussées à 
Troyes. nommé à cet effet par le sieur Rouillé d'Orfeuil, inten- 
dant el commissaire départi en la province et frontière de 
Champagne, moyennant la somme de 8,000 livres pour le pont 
du Bachot, el 2,8o0 livres pour celui de Bouiages, les trois 
quarts de la dépense étant payés par les communes de Charny- 
le-B.ichot, Plancy el l'Abbaye, et l'autre quart par celles 
de Salon, Champtleury el Semoiue, et pour le pont de Bou- 
iages, les deux tiers par Faux-Fresnay, el l'autre lieis par 
Courceniaiu et Longueville. Le pont était prêt en 1770, et la 
reconstruction en avait été faite par un sieur Collot, charpen- 
tier ?. Méry, qui, l'ayant rendu eu bon état, fut payé do 
son travail par le produit de l'imposition indiquée ci-dessus. 

Les péages des ponts et chaussées dont nous venons de 
parler conlinuèrent à être perçus jusqu'en 1778, ainsi que le 
constate une déclaration des habitants de Plaucy et- des 
villages circonvoisins, intéressante en ce qu'elle nous donne 
les noms d'un certain nombre de personnes notables de 
l'époque : 

Thomas le Jeune, lieutenant au bailliage de Plancy ; 

Lefebvre, procureur fiscal de Plancy ; 

La Balme, notaire et greffier ; 

Bouzol, notaire royal el procureur ; 

Joly, notaire el procureur ; 

Pothier, chapelain de Plancy ; 



192 LE MARQUISAT DE PI.ANCY 

Clygny, avocat; 

L'Abbé de Vauval, vicaire géucral de Saiul-PMour ; 

HoDzelot, curé de Plancy ; 

Guillon, curé de l'Abbaye-sous-Plancy ; 

Patenôlre, juge de Boulages ; 

Piobiu. éeuyer, scelleurde la Grande Chancellerie de France ; 

Du Bois, ancien recleur d'école de Plancy. 

C'est au roi Louis XVI qu'est due l'initiative de la suppres- 
sion des péages sur les roules et les ponts. Je ne jjuis résister 
au désir de ciler un fragment de l'admirable ordonnance par 
laquelle y procéda ce monarque si profondément bon, si arJem- 
meol épris de l'amour du peuple, et qui devail payer si cher 
cette bouté poussée jusqu'aux dernières limites delà faiblesse. 

Un arrêt du Conseil d'Llat du Roi, en date du 13 août 1779, 
dit en effet : 

« Le Roi, s'occupant avec intérêt des moyens de b'eu- 
« faisance envers ses peuples (]ue le relour de la paix pourra 
« leur procurer, croit devoir ordoiuier à l'avance les recherches 
« et les travaux propres à seconder l'exécution de ses désirs. 
« Entre les principaux objels de ce genre qui ont fixé son 
« attention, le Roi a fortement à cœur de délivrer la nation de 
« ces nombreux péages établis à la fois, et sur les grandes 
« routes et sur les rivières navigables. Sa Majesté est instruite 
« que cette perception ariêle et fatigue le commerce ; que, 
;( n'étant point réglées pir des tarifs uniformes, leur cotnpli- 
« cation et leur diversité exigeoienl une véritable étude de la 
« part des marchands, voituriers, etc. . ; que tous ces droits 
« enfin, nés pour la plupart des malheurs et de la confu- 
« siou des anciens temps, formoienl autant d'obstacles à 
« la facilité des échanges, ce puissant encouragement de 
« l'agriculture et de l'industrie. 

« Sa Majesté a été surtout frappée de la partie considérable 
« de ces droits dont la navigation des rivières est surchargée, 
« qui a souvent contraint le commerce à préférer les roules de 
« terre. Cet abus d'administration a paru à Sa Majesté d'au- 
'. tant plus important, (jue son excès ne tendroil à rien moins 
« qu'à rendre inutiles celte diversité et celle heureuse dispo- 
« sition des rivières, si propres à contribuer essenliellemenl à 
« la prospérité du Royaunr.e, bienfait précieux de la nature 
« dont le gouvernement doit d'aulanl plus faciliter la jouis- 
« sancc qu'il présente l'avantage inestimable de ménager les 
« grandes routes, de diminuer la nécessité des corvées ou des 
« conliibutions qui les remplacent, et d'arrêter les progrès de 



sous LES GUÉiNÉGAUb l'J3 

« ce nombre excessif d'animaux de transport qui partagent 
(I avec l'homme les fruils de la terre. 

' Sa Majesté, pour ne pas étendre trop loin les rembourse- 
« ments quElle auroit à faire, ne comprend point, dans 
« les péages qu'ElIe a dessein de supprimer, ceux établis sur 
I les canaux ou les parties de rivières qui ne sont navigables 
« que par des écluses ou autres ouvrages d'art, puisque 
<■<■ ce sont des navigations pour ainsi dire acquises et couser- 
« vées au prix d'une industrie, dont la rétribution, bien loin 
« d'être un sacrifice onéreux pour le commerce, est la juste 
« récompense d'une entreprise utile à l'Etat, etc.. » 

C'est par suite de celte distinction que, si le péage des 
chaussées fut supprimé en !780, celui de la rivière d'Aube 
fut maintenu. 

L'œuvre capitale du passage de Guénégaud à Plancy fut la 
création de la navigation de l'Aube. 

J'extrai? d'un mémoire présenté « au Roy et à nos sei- 
gneurs en son conseil », par M. d'Aucour, vers 1780, l'histo- 
rique suivant de cette navigation : 

« Ce fut sous l'administralion de Colbeit, le successeur de 
« M. de Guénégaud au secrétariat d'Etat. (]ue Louis XIV, 
« dont les grandes vues s'élendoient sur tout et particulière- 
« meut sur le commerce qui devoit être la source des 
« richesses, proposa des encouragements pour forniîr dans ses 
« Etals une navigation intérieure, au moyen de laquelle les 
« différentes provinces pussent communiquer entre elles et se 
« porter leur supeiilu ; on s'empressa de toute part de 
« répondre à des vues si sages. Un des effets de cette pensée 
« en ce qui concerne la Champagne et jiarliculièrement la 
« rivière d'Aube, ce furent les lettres patentes données à 
« Saint-Germain-en-Laye, au mois de novembre 1676, et 
« enregistrées au Parlement le 6 août 1677, portant permis- 
« sion de rendre navigables les parties des rivières de Seine, 
« de Marne et autres y dénommées qui ne l'avaient paa été 
« jusqu'à présent. » 

Nous possédons un exemplaire de ce document ainsi couru : 

« Louis, nar la gr.Tce de Dieu roi de France et de Navarre, 
« à tous présents et à venir, salut ! Hector Boutheroûe de 
« Bourgneuf nous auroit présenté uu placet, tendant à ce 
« qu'il plût lui accorder la ])ermissiou de rendre à ses frais et 
« dépens, navigables et flottables les rivières de Seine, Marne 

13 



194 LE MARQUISAT Dli l'LANCY 

« et Aube, daus les lieux qui ue l'onl point clé jusqu'à pré- 
» seul, etc.. « Signé : Louis. 

« De par le Roi : 

« COLBERT. » 

M. de Guénégaud se lit céder par M, de Boui'gneuf sa con- 
cession daus l'élendue de son marquisat, aiusi que le moulre 
le Qîémoire de M. d'Aucour, qui poursuit eu ces termes : 

« M. de Guénégaud, pénétré du même zèle patriotique que 
« le Roi, entreprit à Plancy d'y rendre l'eau navigable à 
« toutes sortes de bateaux, en ouvrant au commerce une uou- 
« velle route par l'Aube jusqu'à la ville d'Arcis pour l'appro- 
a visionnement de la capitale, en quoi il remplit complète- 
a ment l'objet des dites lettres patentes de 1676. » 

« Pour juger des mérites des ouvrages d'art faits à Plancy à 
« l'effet d'ouvrir cette navigation, il est bon de savoir qu'avant 
« M. de Guénégaud, le terroir n'étoit qu'étangs et que marais 
« comme il eu reste plusieurs encore aujourd'hui, à travers 
« une partie desquels l'Aube, se répandant et environnant 
« d'un côté et circulairement le Bourg, alloit joindre de l'autre 
« côté la Barbuize par des bas-fonds à présent dénommés 
(I rivière du Bâtard, de façon que ce qui passoit réellement de 
« l'Aube à Plancy n'étoit que par un petit canal particulier 
« servant aux moulins banaux du seigneur, sans lit qui 
« fût propre, et l'Aube qui, répandue en de vastes marais, ne 
« présentoit aux environs de ce bourg que de grandes 
c( étendues d'eau qui de temps immémorial avoient été les 
« vastes réservoirs de ses moulins, mais le peu de profondeur 
« de ces eaux stagnantes ne pouvoit nulle part servir à 
« une navigation de quelque importance, ce n'étoit que 
(I roseaux », comme le constatait le proverbe: Fort comme 
Plancy enloîiré de roseaux. 

« Ce ue fut donc qu'après des ouvrages d'art considérables, 
« faits à grands frais par M. de Guénégaud pour rassembler 
« toutes ces eaux éparses, que l'xlube, resserrée de mains 
« d hommes daus le ca'ûal qui lui servit de nouveau lit, et 
« soutenue par une grande écluse de plus de 125 pieds de 
« longueur, devint navigable à toutes sortes de bateaux et de 
Il marchandises jusqu'à Arcis, un des principaux greniers de 
« la capitale, sans lesquels ouvrages d'art ladite ville d'Arcis 
« n'auroit ni navigation, ni commerce. » 

L'écluse dont il s'agit, et qui porte le nom de Bâtard d'Eau, 
était eu fort mauvais état en 1757 et il fallut pourvoir à 



SOÙS LKS GUKNÉGAUD 19o 

sa réparation. A celle occasion, la descriplion ci-dessUS uous 
eu a élé laissée : 

« L'écluse conslruile aux fias de souleuir l'eau pour le 
« canal qui passe audit Plaucy, laquelle écluse est composée 
« de deux éperons et un réservoir qui est au milieu d'iceulx, 
« icelle écluse faite eu charpente avec enquiètemeuls remplis 
« de craye, située sur la rivière d'Aube, distante d'une demi- 
i( lieue environ dudil Plaacy, étant entièrement ruinée et usée 
« de vétusté, il est indispensable d'en faire la réparation pour 
a ainsi dire totale, afin d'éviter une rupture et ruine entière 
Il d'icelle que l'état actuel menace, et prévenir cet accident qui 
« sans dilficultés inlerromproit et iuterdiroit généralement le 
« commerce et navigation sur ladite rivière d'Aube, pour les 
« provisions de Paris. » 

Le mémoire continue : 

« M. de Guénégaud, après avoir desséché des étangs, des 
« marais, des bas-fonds et fait à grands frais de mains d'hom- 
« mes un canal à l'Aube, tant à travers son paix que sur des 
« terrains nouvellement acquis par lui à cet effet, après avoir 
Il détruit s ='S moulins de Plaucy (des titres de 11 00 prouvent 
« en effet que déjà à cette époque ces moulins existaient) et 
« les avoir remplacés par une grande vanne pour le passage 
« de toute sorte de bateaux, et supprimé ses autres mouhns à 
« Charny, à Longueville, sur la Barbuise, sur le Livon, dont 
« il retenait les eaux pour la navigation à Plancy, se trouva 
Il avoir dépensé, pour cette navigation, une somme qui monta, 
Il avec celle que dépensèrent par la suite les seigneurs de 
e Plancy, ses successeurs, à plus de 150,000 livres. » 

Les actes de ces acquisitions de M. de Guénégaud sont con- 
servés dans les archives de la terre; ils montrent sur quels 
terrains furent établis le canal de navigation et le chemin de 
halage, dont, par la suite, et à la faveur de tristes circons- 
tances, certains riverains du nouveau lit de TAube voulurent 
s'emparer, sans songer qu'ils priveraient la commune d'un 
chemin aussi utile qu'agréable. Ces titres furent tous fournis à 
l'administration, lorsque, le 24 novembre 1811, le gouverne- 
ment s'empara définitivement de la navigation, par un traité 
passé avec le comte de Plaucy, et à la demande de celui-ci. Le 
chemin de halage dont il s'agit était la seule voie par laquelle 
les chanoines de l'église Saint-Laurent, qui, depuis des cen- 
taines d'années, occupaient la maison Bail^y, pouvaient se 
rendre à une saussaie qui leur appartenait, et s'appelait la 
Saussaie de la Demoiselle-Nieps. 



196 LE MARQUISAT DE I LANCt 

Parmi les acles d'acquisilioQ de lerraius sur lesquels coule 
l'Aube aujourd'hui, nous n'eu citerons que deux qui nous ont 
paru intéressants au point de vue historique. L'un, du 30 no- 
vembre 1666, est un « contrat passé devant les notaires du 
« marquisat, par lequel le sieur de Guénégaud a échangé avec 
« Antoinette Cochery, veuve Guyot, un arpent de terre labou- 
(I rable |sis près de la chapelle Saint-Victor, au travers et 
« milieu duquel a été fait le canal ou rivière nouvelle, faite de 
« la part dudit seigneur, etc. » 

L'autre est un contrat passé le 29 novembre 1 66ii, par lequel 
« le sieur de Méral, seigneur de la Garde, commissaire ordi- 
« naire à Paris, et aide-lieutenant pour le vol du héron de la 
(< grande fauconnerie du Roy, demeurant ordinairement 
« à Paris, et de préseul en sa maison à Plancy, a vendu à 
« M* Henry de Guénégaud, chevalier, marquis de Plancy et 
« autres lieux, secrétaire des commandements de Sa Majesté 
« et commandeur de ses ordres, certains terrains pour, former 
« le nouveau canal de navigation de la rivière d'Aube, dans 
« lesquels terrains ledit canal ou rivière nouvellement faite 
« par ledit sieur de Guénégaud pour l'utilité et bien, prend 
« son embouchure et entre en la rivière d'Aube pour descendre 
« à Plancy. » 

Profilant des efforts et des sacrifices de M. de Guénégaud, 
M. Grassin, le seigneur d'Arcis, put faire remonter la naviga- 
tion jusqu'à cette ville, et le seigneur d'ànglure, M. de 
Comerfort, à qui elle devait tant profiler, se borna à contribuer 
à la réparation du vannage de ses moulins pour la somme de 
15.000 livres. Un arrêt du Conseil d'Etat, du l'^'' août 1741, 
autorisa néanmoins M. de Comerfort, pour se couvrir de celte 
dépense, à percevoir un péage sur les bateaux à Anglure '. 

Pour indemniser M. de Guénégaud des dépenses considé- 
rables dont il venait d'assumer la charge, le roi l'autorisa à 
percevoir sur la navigation un péage à la grande vanne du 
pertuis de Plancy, conformément à un tarif inséré dans les 
lettres-patentes de 1076 qui règlent cette navigation. Plus 
tard, un arrêt du Conseil d'Etal du roi, en date du 8 juin 1781, 
portant la signature du ministre Gravier de Vergennes, et 
contresigné par Gaspard- Louis dOrfeuil, chevalier, grand'- 

1 . H existe encore dans les boiseries du château d'Arcis un joli portrait 
ovale de M. de Grassin dont il est question ci-dessus, ainsi qu'un de sa 
femme. M. de Grassio fut le bienfaiteur d'Arcis. Son château, après être 
devenu la propriété d'un notaire qui le légua au comte de Trévise, appartient 
aujourd'hui au comte Annaud. 



sous LES GUÉNÉGAUD 197 

croix, maître des cérémonies ordinaires de l'ordre royal el 
militaire de Saiul-Louis, conseiller du roi eu ses conseils, 
maître des requêtes de son hôtel, iutendanl de justice, police 
et finances en la province et frontière de Champagne, confirma 
a le seigneur Godard d"Aucour dans la propriété, possession et 
(1 jouissance de ces droits de péage sur les bateaux, denrées 
a et marchandises passant sur la rivière d'Aube. » Ce péage 
fut perçu jusqu'en 1793, époque à laquelle le gouvernement 
s'empara de tous les droits de péage et autres, et se mit à les 
percevoir à son profit. 

Il nous a paru intéressant de reproduire le tarif des droits 
de péage en question, parce qu'ils nous indiquent le mouve- 
ment du commerce sur la rivière d'Aube dans les deux derniers 
siècles. 

Ce tarif est ainsi conçu : 

« 1" Par chacun muids de vin, jauge de Paris, quinze sols 
« tournois; sur les autres vaisseaux, à proportion de leur 
v( contenue; 

«i 2'» Pour chacun septier de blé et autres grains, mesure de 
« Paris, un sol; 

« 3° Par chacun cent toises de solives de cinq el sept pouces 
« et du bois quarré à la même raison à revenir, par supputa- 
t tion au compte des marchands de Paris, sept livres; 

« 4" Pour chacun cent toises d'ais de moison et autres, de 
« largeur de dix à douze pouces et un pouce d'épaisseur, trois 
a livres ; et des autres à proportion ; 

« 5*^ Pour chacun millier de merrains ou bufferic, à propor- 
« lion, six livres; 

« G° Pour chacune corde de bois à brûler, trente sols ; 

«; 7'' Pour chacun cent de fagots en colterets, six sols ; 

(I 8'^ Par chacun millier d'échalas, lattes larges et étroites, 
au compte des marchands de Paris, vingt sols; 

« y» Pour chacun poinçon de marchand de bois, trois sols; 

« 10"^ Pour chacun poinçon de charbon de pierre ou de terre, 
» trois sols , 

« 11° Pour chacun poinçon de cendre commune, six sols; 

« 12'^ Par chacun poinçon de cendres appelées gravelées, 
« trois livres; 

a 13" Pour chacun cent pesant de chanvre, fil, lamés, 
a étoffes, toiles et généralement toute sorte de marchandises 
« et de denrées non spécifiées, huit sols ; 



198 LE MAEQUISAT DE PLANCY 

« 14"^ Pour chacun ceul pesaul de pierres, vingt sols ; 

a lî)" Pour chacun cent de carpes, truites, brochets et 
« autres poissons, huit hvres; 

« A l'ouverture de chaque porte d'écluse, pertuis ou vanne, 
« il sera payé un sol par toise de chaque bateau, bascule ou 
<i boutique à poisson, échiseau, train ou bresle de boii, les- 
<i quels péages et le sol cy-dessus seront payés par les mar- 
(( chands à qui les marchandises appartiendront. 

« Fait Sa Majesté deffeuces à toutes personnes, sous quelque 
« prétexte que ce soit, de débarrer les susdites écluses, pertuis, 
a portes ou vannes et de se soustraire au payement desdits 
« droits, à peine d'amende. 

« Autorise Ba Majesté les fermiers ou receveurs desdits 
« droits à refuser l'ouverture desdites vannes, écluses, portes 
« ou pertuis à ceux qui ne les acquitteront pas avant ladite 
•i ouverture et conformément au tarif. 

« Ordonne, en outre, Sa Majesté que ladite navigation de 
« l'Aube à Plancy jouira des mêmes prérogatives que celle 
(I d'Anglure au sujet des grains et autres marchandises 
« chargées pour les hôpitaux, et eu conséquence que l'arrêt 
Il rendu contradicloirement entre le seigneur d'Anglure, d'une 
« part, et les administrateurs des hôpitaux de Paris, d'autre 
« part, le 22 décembre 1761, qui assujettit les grains et toutes 
(I autres marchandises indistinctement, destinées pour les 
« hôpitaux de ladite ville, au payement des droits de péage 
« audit Anglure, sera commun pour le péage de la vanne de 
« Plancy. 

« Ledit arrêt publié et affiché par ordonnance de Mgr l'In- 
« tendant de Champagne, du 13 juillet 1781. » 

A l'origine de cette navigation, un bureau fut établi sur les 
bords du nouveau canal pour percevoir les droits affectés à son 
entretien. Ce bureau était installé dans la maison qui subsiste 
encore sous le nom de Maison Bailly. En 1793, on voyait 
encore au-devant de cette maison, sur la rive du canal, un 
petit enfoncement où les bateaux se trouvaient à l'abri du 
courant pendfint la perception des droits. Guénégaud avait 
confié la conduite de ses atTaires à un ecclésiastique nommé 
Lenfant, qui lui servait en même temps de chapelain et qu'il 
avait chargé de la perception du nouveau péage. Mais au bout 
de quelques années, Guénégaud afferma le droit de péage avec 
le moulin, et, depuis lors, le meunier resta toujours chargé 
des deux objets. 



sous LES GUÉNÉGAUD 199 

L'abbé Lenfaut, resté régisseur de la terre, garda son habi- 
tation dans la maison Bailly, et Guénégaud ayant, plus lard, 
{Dris un chapelain particulier pour régir sa conscience, le logea 
avec son confrère. Ces abbés transformèrent bientôt en potager 
les terrains environnant leur demeure, et jusqu'aux levées et 
chaussées du canal, dont il n'existait plus aucun vestige en 
l'an 1793, bien qu'elles fussent déterminées par les lettres- 
patentes de 107G. 

Guénégaud s'occupa également de faire reconstruire et 
agrandir la halle de Plancy. Cette halle avait une grande im- 
portance pour la ville, eu ce que c'est là que la plupart des 
contrats étaient passés, que les publications ou criées se 
faisaient, que les affiches étaient apposées, que se recouvraient 
les droits de halage, de mesurage, de minage, d'étalonnage, de 
boucherie ; ces derniers consistant à tuer et à vendre la viande 
sous la halle. C'était là aussi qu'était établi l'auditoire de la 
justice du seigneur. 

Aussi nous a-t-il paru curieux de reproduire l'acte d'acquisi- 
tion ci-dessous de douze carreaux de terre attenant à la halle : 

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Pantaléon 
« Bruche, écuyer, licencié es loix, avocat en Parlement, bailli 
a de Plancy et garde des sceaux au contrat de la baronuie 
Il dudit Plancy pour haut et puissant seigneur messire Henry 
« de Guénégaud, chevalier, seigneur marquis de Plancy, 
« baron de Saint- Just, Plessis-Belleville, Fresne, vicomte de 
« Semoine, Longueville, Etrelle et autres lieux, conseiller du 
fl Roy eu tous ses conseils, secrétaire d'Etat et des comman- 
« déments de Sa Majesté, commandant et garde des sceaux des 
« ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, salut! Scavoir 
« faisons que par devant maître Claude Courgeut et maître 
(I Pierre Haunier, clercs, notaires jurés, établis en ladite ba- 
« ronnie de par mondit seigneur, fut présent en sa personne 
« messire Claude Oudiuet, prèlre, curé de Saint-Liés, Panis 
« et Pavillon, ses secours étant audit lieu de Plancy, lequel 
« a reconnu et confessé que, pour contribuer au dessein que 
« Mgr le marquis de Plancy a eu de faire construire une halle 
« audit bourg de Plancy, plus grande et plus spacieusejque 
« celle qui y étoit lors de l'incendie arrivé audit lieu au mois 
« de décembre iGbO, qui fut consommée par le feu, il auroit 
« volontairement offert audit seigneur une place qui joiguoit 
« ladite halle et qui n'étoit séparée d'icelle que par un pelit 
I espace de terre qui servoit à faire écouler les eaux de la 
« halle, etc.. 



2UU LE MARQUISAT DE PLANCY 

tt Fait el passé au château dudit Plancy, le 23'' jour du mois 
Il de novembre 16.'i8, avaut midy. » 

Les occupalious politiques de Guénégaud ne lui permettant 
pas, toutefois, de régir directement ses biens et les droits qui 
s'y rattachaient, malgré qu'il vint cependant souvent à Plancy, 
ainsi que de nombreux baux le montrent, et eu particulier un 
bail dans lequel il précise que les fermiers devront entretenir 
le jardin et le fournir des herbages nécessaires pour la maison 
dudit seigneur et de maiame son épouse et de leurs gens, il se 
décida à affermer les terres et les revenus de la terre, qui 
depuis restèrent loués sous tous ses successeurs jusqu'à la 
révolution de 179o. 

Ces baux nous le font voir résidant aussi à Paris, d'abord, 
notamment eu 1666, dans son hôtel, sis sur le quai de la Porte 
de Nesle, paroisse Saint-André ; puis, à la fin de sa vie, dans 
son hôtel du quai Malaquais, paroisse Saint -Sulpice, ([u'il 
s'était fait construire par Mansart. 

Les uns concernent le loyer des garennes de la Perthe, sous 
la condition, entre autres redevances, de fournir à M. de Gué- 
négaud quatre douzaines de lapins par au, en son hôtel, à 
Paris. 

Les autres, concernant le péage et les moulins, montrent 
les grands soins que l'on avait de la rivière de l'Aube et la 
précaution qu'on prenait d'eu débarrasser le lit de la moindre 
herbe. Certains d'entre eui , se rapportant à la location du droit 
de halage, qui demeura affermé jusqu'à la Piévolulion, portent 
les dates de 1606, 1719, etc.. 

Un bail de 1658 nous apprend qu'à celte date le fondé de 
pouvoirs de M. de Guénégaud, à Plancy, était messire Anthoine 
Rivet, prêtre. 

Deux autres baux portent que « les preneurs seront tenus 
« de faire instruire à leurs frais et dépens les procès criminels 
Il et cas civils, jusqu'à sentence définitive du juge du lieu, et 
Il nourrir les prisonniers qui seront ès-i)risons dudit Plancy 
« pour crimes, e(c... » 

Le 9 novembre 1645, dame Elisabeth de Choiseul, épouse 
de messire Ilenty de Guénégaud, baron de Saiut-Just, Lou- 
gueville, etc., loue au nom et « comme fondée de la procu- 
« ration de sou mari, à Robert Rerthier, marchand, demeu- 
II rant aux Grèves, paroisse de Bagneux, le revenu de la terre 
Cl, (le Longueville, consistant en maison seigneuriale, enclose 
« de fossés, et les circonstances el dépendances, terres labou- 



sous LES aUÉNÉGAUD 201 

« rables, prés, cens, routes, rivières, droits de lods et ventes 
« de terie eu roture, frauclies et ceusuelles, deffauts et 
« amendes, greffe, tabeliionnage, rouage, péage, coutumes et 
« travers, garenne, le moulin à veni, la vigne dite de Pre- 
« mierfail, le droit de chasse de canards, alouettes et cailles, 
t et autres gibiers non défendus, la coupe des émondes des 
« saules et peupliers, avec les bois de la garenne, à la réserve 
Il des bordages, si aucun il y a, comme aussi du fief du 
« Mesuil-les-Granges sur Aube, de Froide -Paroix et Hacque- 
« ville, sis à Boulage, sans eu rien excepter ni réserver, et de 
« la vicomte de Semoine, avec moulins à eau et à vent, et 
« tous les droits dépendant de la vicomte, pendant cinq 
« années. » 

Le 20 juillet 1C80, le fils d'Henri de Guénégaud louait à 
Jacques Guéret, seigneur du Breuil, le château et maison sei- 
gneuriale de Longueville, avec l'enclos, consistant en cinq 
arpents d'héritages ou environ, avec le greffe et la ferme des 
deffauts et amendes de la seigneurie de Longueville, pour une 
année. 

L'ancien château de Longueville n'existait plus en 1776, 
car à cette époque remonte un bail par lequel M. Godard 
d'Aucour louait « l'emplacement du château, non compris, 
« toutefois, les pierres dures ou tendres qui peuvent encore 
a être sur l'emplacement dudit château ou dans les fonda- 
« lions. » 

Dans un bail de 1649, Henri de Guénégaud, à ses qualifica- 
tions habituelles, ajoute celle de seigneur de Jailly, la Garnache 
et Beauvoir-sur-Mer. 

Parmi les titres de propriété relatifs à des pièces de prés, 
appelées Pâtures-Douces, se trouvent deux actes intérsssants 
en raison des personnages avec lesquels ils furent conclus. 

Le premier, qui nous apprend les noms des chanoines de 
Saint-Laurent à une époque ancienne, est ainsi conçu : 

(.( Le 21 mars 1648, avant midj, par devant les notaires au 
« baillage de Plancy, ont comparu haut et puissant seigneur 
« Claude de la Croix, chevalier, baron de Plancy, d'une part, 
(I et messire Charles Ricard, prêtre et chanoine de l'église 
« Saint-Laurent, fondée au châlel de Plancy, messire Claude 
« Mailler, messire Jean Moret, messire Nicolas Lenfanl, mes- 
(1 sire Rémy de Choiselat, bailly de Plancy, soy faisant et 
« portant fort pour messire Choiselat, d'autre part, tous cha- 
« noiues de ladite église Saint-Laurent, lesquelles parties ont 



202 LE MARQUISAT DE PLANCY 

Il reconnu avoir fait l'échange qui suit : savoir que ledit sei- 
« gneur baron de Plancy a donné à jouir dès à présent et à 
« toujours à l'avenir auxdits chanoines, ce acceptant, six 
« arpeus de prés, fermés de fossés, sur lesquels fossés il y a 
« de petits arbres popelins, assis en la prairie dudil Plancy, 
« vulgairement appelée le Pré de la Corvée... et pour contre 
« échange lesdils chanoines ont donné k jouir au seigneur 
« baron de Plancy, ce acceptant, d'une pièce de pré -appelée le 
« Pré de Droupt, assis en la prairie de Saint-Vilre .. » 

Le second porte que le « 2^° jour du rnoi.-3 de mars, avant 
'( midy, de l'an 1637, sous la halle de Plancy, par devant les 
« notaires en la baronnie de Plancy, à l'assemblée tenue 
Il par les habilans, furent préseuls messire Antoine Morel, 
« lieutenant au bailliage de Plancy, maître Paul Deguerrois, 
« procureur fiscal en ladite baronnie, elc... 

Il Lesquels habilans ont reconnu avoir vendu dès mainte- 
« nant et à toujours à honoré seigneur, Alexandre Scipion 
« d'Arnoult, seigneur de Fleury, chevalier, gentilhomme 
« ordinaire de monseigneur le duc d'Angoulème, demeurant à 
« l'Hermitle, paroisse des Essarts, prèsSézaune, à ce présent, 
Il deux tiers de toutes les pâtures, laut de la Pâture-Douce 
Il que d'autres, sises en la prairie de Saint-Vitre...; celte 
« vente faite franc et quitte, excepté verls et déverts quand il 
« échet, et moyennant le prix et somme de neuf mille livres 
« en principal, que lesdils vendeurs ont confessé avoir reçu 
« dudit seigneur acquéreur, et dont laquelle somme ont dit 
« être pour être employée, tant au payement des tailles et 
fl contributions ([ui leur sont demandées et envoyées par 
« MM. les élus de Troyes, pour subsistance du régiment de 
« Navarre, logé en garnison audit Troyes, que pour autres 
« tailles et réparations de leurs ponts et murailles du bourg 
« dudil Plancy, etc.. » 

On ne peut s'empêcher d'être frappé du nombre de personnes 
notables qui avaient des biens k Plancy, antérieurement à l'an 
1700. Ainsi, en 1650, Guénégaud achetait des prés à honorable 
homme Isaac d'Allemaigne, maître chirurgien, demeurant à 
Saint-Germain-des-Prés, rue de Seine. 

En outre, il résulte des lettres -patentes rendues à la suite 
de réclamations de pâtures asagères par la commune de 
Plancy, que le comte et la comtesse de Bélhune possédaient 
certaines de ces pâtures et cédèrent leurs droits sur ces pro- 
priétés à Henri de Guénégaud, avant 1607. 

D'aulre part, ainsi qu'il résulte d'une déclaration du S avril 



sous LES GUÉNÉGAUD 203 

1078, les habilanls de Plancy avaient engagé une partie de 
prés proche la jN'oue-Meunière, faisant partie de p;Uures com- 
munes à Plancy, Charuy et le Bachot, contenant dix arpens et 
appelée Pâture de La Grange, « au nommé François de Mathieu, 
« écuyer, sieur de La Grange, lieutenant de cavalerie au régi- 
« ment de Grandmont, moyennant une somme de 4Go livres 
« empruntée à messire de Larron de Guinereaux, capitaine au 
B même régiment, duquel ledit sieur de La Grange avait les 
« droits cédés par obligation. » 

Ces pâtures ne cessèrent guère de donner lieu, tant du temps 
d'Henri de Guénégaud et de sou fils, que de leurs successeurs, 
à des réclamations dont nous entretiendrons subséquemment 
le lecteur. Lans une requête au roi, Henri de Guéoégaud se 
plaignait des difficultés qui lui étaient faites malgré qu'il eût 
acquis le marquisat de Plancy par acte solennel fait au Parle- 
ment, et le roi lui ordonnait « de mettre l'instance en élat d'être 
« jugée par devant M. de Caumarlin, commissaire départy en 
Il Champaigne. » 

Quant à « Messire Heury de Guénégaud de Cazillac, cheva- 
lier, marquis de Plancy, fils aîné et légataire universel de 
defîunt M''' Henry de Guénégaud, conseiller du Roy en ses 
conseils 9, il adressait une « requête à monseigneur de Miro- 
« ménil, maître des requêtes ordinaire de l'hôtel du Roy et 
« intendant de justice, police et finances pour Sa Majesté en 
« la généralité de Châlons, au sujet de prés aliénés par les 
« habitants de Plancy en 1 obîi, et dont les seigneurs de Plancy 
« ont toujours rendu leurs aveux au Roy en lb49 et 1G21, 
« notamment entre autres un pré de douze arpeus appelé 
« Carrons, désigné dans les anciens titres sous l'appellation 
« de pra(a vacantia sive prata carentia domino. » 

Un acte de lGt)7, passé devant Claude Lefebvre, seigneur 
d'Armilly, conseiller du roi-général en sa cour des Monnaies 
et garde des sceaux royaux aux contrats des bailliages et châ- 
tellenies de Pout-sur-Seine, montre Henri de Guénégaud sti- 
pulant en son absence par son receveur, Paul Pajot, seigneur 
d'Isles et de la Cour. 

Un autre acte de la même année désigne Jean Richomme, 
praticien au bailliage de Plancy, comme agent pour monsei- 
gneur le marijuis dudit lieu. 

(A suivre.) Baron G. de Plancy. 



NECROLOGIE 



Lks restes de l'explorateur Ernest Millot. — Le 4 février, 
une imposante cérémonie, qui était en même temps une louchante 
manifestation de sj'mpatliies en faveur d'une honorable famille 
du pays, avait lieu à Aix-en-Othe (Aube). Voici k quelle occasion : 

On sait que l'explorateur Ernest Millot, chevalier de la Légion 
d'honneur, second de Jean Dupuis dans l'expédition du Fleuve- 
Rouge en 1873, est mort subitement à Ben-Thuy (Annam}, le 
29 mai 1891. il s'agissait de rinhumation de ses restes, qui 
viennent d'être ramenés en France par le Chandernagor, trans- 
port des Messageries maritimes, et cette cérémonie avait attiré, 
malgré les rigueurs de la saison, une très nombreuse assistance. 

M"" Hermance Millot, qui survit seule aujourd'hui à sa famille, 
suivait le char funèbre, où le cercueil, en bois de fer, disparaissait 
sous les Heurs et les couronnes. Les décorations, médailles et 
insignes du défunt étaient portés sur un coussin, tandis que 
d'autres grandes couronnes étaient portées à la main devant le 
char. 

Le deuil était conduit par M. Arsène Thévenot, membre de la 
Société des gens de lettres, cousin-germain du défunt. 

L'explorateur Jean Dupuis, retenu en Algérie par sa santé, 
n'avait pu accompagner les restes de son ami. 

La musique municipale d'Aix-en-Othe précédait le cortège en 
jouant une marche funèbre; elle était accompagnée par l'Orphéon 
portant également sa bannière crêpée de deuil. 

Devant le caveau de famille où a eu lieu l'inhumation, M. Cou- 
drol, juge de paix, s'est fait l'éloquent interprète des sentiments 
de toute la population en rendant un juste tribut d'hommages et 
de regrets à la mémoire du défunt, dont il a retracé la vie si 
active et si utilement remplie, en infatigable pionnier de la civi- 
lisation et du progrès. 

L'hommage suprême d'estime et de respect qui nous réunit aujourd'hui 
autour de la dépouille mortelle de M. Ernest Millot, décédé dans l'Annam, 
depuis bientôt quatie ans, a certainement, aux yeux des nombreux amis de 
la l'amille, le caractère d'une dette de cœur que, non seulement les compa- 
triotes du regretté défunt étaient désireux de payer à sa mémoire^ mais 
encore tous ceux qui s'inléressent à l'expansion de notre génie national, en 
dehors des limites étroites de la mère-patrie. Cette dette sacrée, nous qui 
avons connu Krnest Millot, nous ses amis et ses compatriotes pour qui son 
affection ne s'est jamais démentie, nous sommes heureux et fiers de venir 
l'acquitter au nom de tous, en adressant un chaleureux, témoignage de 



NÉCROLOGIE 205 

patriotique sympathie à ce vaillant eofaut de la France qui est tombé 
là-bas, sur cette terre mainteoant française oii, l'un des premiers, il a eu 
l'honneur d'arborer le drapeau de notre patrie. 

Le cadre nécessairement restreint d'un éloge funèbre nous oblige de con- 
denser en quelques lignes les détails émouvants de cette existence tout 
entière vouée à l'action €t à la lutte. Tempérament d'initiative, prompt 
dans ses décisions, doué d'une volonté et d'une énergie à toute épreuve, 
et avec cela d'une bonne humeur inépuisable et vraiment française, Ernest 
Millot s'est senti nat'irellement porté vers d'audacieuses entreprises qui 
auraient etTrayé des hommes moins bien trempés que lui. Commerce, 
inlustrie, explorations lointaines, diplomatie, administration, sciences tt 
études géographiques, il a tout abordé avec son ardeur native, et, en toute 
circonstance, son esprit de suite, sa persévérance, sa profonde connaissance 
des hommes, l'ont conduit à des résultats inespérés. Il est de notre devoir. 
Messieurs, de prononcer ici un nom, le nom de Jean Dupuis, et de le saluer 
avec tout le respect et la sympathie qu'on doit à l'honnêteté, au désintéres- 
sement, au labeur noblement accompli. 

Tout à l'heure. Messieurs, je m'efforcerai de vous parler, autant qu'il me 
sera permis, de l'œuvre dont M. Millot a poursuivi la réalisation, mais avant 
tout, il importe à la stricte justice de mettre en relief la physionomie virile 
de celui qui a été le véritable initiateur de celte oeuvre dont les conséquences 
eussent pu être si fécondes en heureux résultats pour la France. M. Jean 
Dupuis, l'explorateur bien connu, cet homme aux vues largement patrio- 
tiques, avait sa discerner dans M. Millot les aptitudes particulières qu'exi- 
geait l'exécution de ses hardis desseins. Aussi se l'associa-t-il dans cette 
entreprise véritablement prodigieuse de la conquête pacifique du Tonkin 
qui, selon lui, devait avoir pour conséquence immédiate l'épanouissement 
dans ces contrées de notre prospérité commerciale et industrielle et de notre 
génie national. Dupuis et Millot, ces noms resteront indissolublement unis. 
Ils resteront unis, nous l'espérons, dans le jugement impartial de l'équitable 
avenir. 

Ernest Millot naquit à Aix-en-Ollie, le 26 juillet 1836; il était le lils 
cadet de celle honorable famille si connue dans notre région par la bien- 
faisance et le dévouement de ses membres. Après avoir fait ses études au 
lycée de Troyes, il embrasse la carrière commerciale et débute à Troyes 
dans une maison de bonneterie. Le champ forcément limité où lo confinait 
ce genre d'industrie, ne put convenir longtemps aux élans de son esprit 
entreprenant et avide d'activité. Dès qu'il eut acquis la pratique des affaires 
commerciales, M. Millot forme le projet de se livrer au commerce d'expor ■ 
talion, et quitte la France eu 1804, pour aller se fixer à Sang-Ha'i, ville 
chinoise de la province de Kang-Son ; là, il ouvre, au mois de janvier 1863, 
un comptoir pour l'importation de nos produits, et l'exportation des divers 
produits chinois. Son installation dans la concession française de Sang-IIa'i 
iut féconde en heureuses conséquences pour la colonie ; la maison Millot 
et C'' acquiert bientôt, sous l'active impulsion de son fondateur, une 
importance considérable; M. Millot se recommande à ses concitoyen,s par 
son expérience des affaires, sa grande loyauté, son esprit d'équité, et, 
comme gage de leur estime, reçoit b enlôl d'eux le mandat de conseiller 
municipal, puis de président du conseil d'administration, ou maire de la 
concession française de cette grande ville industrielle. M. Millot occupa 
ces fonctions pendant quinze ans, et, psndant ce long laps de temps, il ne 
cessa de se consacrer tout entier à la prospérité, à la sage aduiinistralioa 



206 MÉCROLOGIE 

de la colonie. Ses bervices, à ce point de vue, furent remarqués par le 
GouvernemenL de la iMétropole; à la date du 12 juillet 1880, M. Ernest 
Millet reçut la croix de la Légion d'honneur « pour services rendus à la 
France et à la colonie ». 

Ce n'était là, Messieurs, que la première étape, en Exliême-Orient, de 
notre infatigable compatriote. Loin de nous la pensée de vouloir grandir, au 
vain éclat de louanges posthumes, la proportion des acteurs qui vont entier 
en scène. Les faits | arleut ici plus éloquemment que tous les discours, et 
nous louchons aux événements les plus extraordinaires de cette vie toute 
vibrante d'activité. M. Ernest Millot accompagne "M. Jean Dupuis, en 
qualité de second, dans celte merveilleuse expédition, à travers le Tonkin, 
par la voie du Song-Koï, ou Fleuve Rouge. Jean Dupuis organise à ses 
frais une véritable tlotlille, composée de deux canonnières, montées en 
trois mais, et trois autres navires d'un plus faible tirant d'eau; vingt- 
cinq Européens et cent vingt-cinq Asiatiques forment les équipages de 
ces navires. Tout le monde a encore présentes à la mémoire les phases 
mouvementées de celle audacieuse et intéressante entreprise. Que de 
péripéties dans celte tentative véritablement héroïque! Il ne faut pas 
oublier, pour apprécier à sa juste valeur la courageuse initiative de ces 
explorateurs, qu'ils avaient contre eux, à côté de difficultés matérielles 
sans nombre, l'hostilité sournoise des mandarins annamites qui, à cette 
époque encore, écrasaient de leur tyrannie et de leurs exactions la popula- 
tion douce et paisible du Tonkin. En quelques mois ces difficultés sont vail- 
lamment surmontées, la cauteleuse résistance des mandarins échoue devant 
la décision, servie au besoin par la force, des deux intrépides chefs de 
l'expédition. Les places fortes et les citadelles qui bordent le Fleuve 
Rouge, tombent en leur pouvoir, les populalions autochtones saluent en 
eux des libérateurs et sont prêtes, à leur signal, à secouer le joug dégr..dant 
qui les opprime pour reconquérir leur ancienne autonomie. Cela ne vous 
rappelle-l-il pas, Messieurs, les exploits de ces anciens capitaines qui 
prenaient des terres inconnues au vol capricieux de leurs agiles caravelles? 

Voilà, en quelques traits rapides, l'œuvre accomplie par MM. Dupuis et 
Millot. Ce qu'il importe de proclamer ici bien haut, c'est que tous deux 
n'ont eu jamais au cœur d'autre souci, d'autre pensée que la gloire et la 
grandeur de la France. Des avantages considérables leur ont été pro- 
posés par des étrangers pour mener à bonne fin leur expédition qui pro- 
mettait les plus beaux succès matériels, mais toujours leur patriotisme 
opposa un refus indigné à des otTres qui auraient pu compromettre 
l'avenir colonial de la France dans cette région de l'Asie. Et, Messieurs, 
permettez-moi de terminer ce court récit par ces lignes éloquentes de 
M. Millot dans son intéressant ouvrage sur le Tonkin; elles vous feront 
saisir, mieux que je ne saurais le faire, la haute et patriotique inspiration 
qui a présidé à leurs durs labeurs : 

« Chaque fois, dit ^L Millot, que Jean Dupuis et moi, nous remettons 
« le pied sur cette terre à laquelle nous attachent tant de souvenirs et qui 
« est pour nou.s noire seconde patrie, nous ressentons une émotion profonde, 
« excitée par la mémoire ravivée du beau rêve que nous y fîmes jadis, et 
« dont nous avions pu croire alors la réalisation si proche pour la gloire et 
« la prospérité de la France 1 » 

Je m'arrête sur ces lignes, Messieurs, elles fout le plus grand honneur à 
celui qui les a écrites; elles donnent aussi la noie précise et caractéristique 
des sentiments et des aspirations qui guidaient, avant tout et par-dessus 



NlicKOLOtilE 207 

toul, M.\J. Dupuis el NJillol dans les enlieprises l'^iulaiiics où ils ont 
prodigué sans compter leur énergie et leur fortune ! 

A la suite de celle périlleuse expédition, M. Millot revint en France un il 
eut la faiisfaclion de recueillir de la part des hautes personnalilés, dans les 
sciences el dans le gouvernement, l'éloge justement dû à son mérile ; il l'ut 
accueilli par de nombreuses Sociélés savantes qui tinrent à honneur de le 
compter parmi leurs membres, uotammeul par la Société de géographie où 
il fut admis le 7 mai 1880. M. Millot profila de sou séjour en France pour 
lépandre, parlout où sa parole put se faire entendre, les renseignements qu'il 
avait élé à même de réunir s.r le bassin du Fleuve Rouge, qu'il considérai', 
comme une terre prédestinée, par ses produit: de loules sorles el ses richesses 
naturelles, à notre colonisation. 

M. Millot reparlil pour le Tonkin el l'Aunam eu 188J; il ne devait plus, 
hélas! revoir celle terre française qui lui était si chère, ni ceux pour lesquels 
son cœur brûlait de la plus tendre alfectiou. Une mort foudroyante le lerrassa 
le 29 mai 1891, au milieu des travaux qu'il avait entrepris à Beu-Tliuy, 
dans l'Annam, pour la création d'exploitations forestières. 

Vous savez tous, Messieurs, quel dévouement à toute épreuve, quel 
fraternel amour unissait les membres de la famille Millot. M. Jules 
Millot, quoique plus âgé que son frère Ernest, eut lu douleur de lui 
survivre, mais vous savez aussi par quelle touchante démarche se traduisit 
sou affection pour ce frère bien-aimé. Les restes mortels des trois frères 
Millot vont, selon leurs vœux les plus chers, se trouver réunis désormais 
dans la même tombe, à côté de leurs père el mère; c'est grâce, mademoiselle, 
à votre zèle pieux, pour la mémoire des vôtres, que ce vœu sacré a été réa- 
lisé! Si nous ne connaissions votre cœur, et la force de son attachement 
pour les disparus, nous pourrions plaindre votre destinée qui vous laisse 
seuk, à côté de leur tombe, pour veiller sur leurs cendres vénérées ; mais 
non, votre respect, grandi par l'élévation de vos sentiments, doit se 
manifester d'une autre façon; nous ne devons considérer que la touchante 
mission que vous vous êtes imposée, pour nous incliner respectueusement, 
el devant ceux qui reposent ici, et devant la gardienne jalouse de leur 
mémoire, la sœur tendre et dévouée qui ne vit plus que par le souvenir du 
passé ! 



Nous apprenons la mort de M. Prosper-Théophile Soullié, 
décédé le 8 février 1893, à l'âge de 79 ans. C'était un homme de 
bien et un savant modeste dont l'érudition était aussi vaste que 
variée. 11 fut longtemps professeur de rhétorique au lycée de 
Reims et ses anciens élèves se souviennent encore de la facilité 
avec laquelle il leur citait par cœur à tout propos de longues 
tirades des poètes grecs et latins. 

M. Soullié avait, du reste, un véiùtable culte pour les belles- 
lettres et, plus d'une fois, ses amis ont pris un malin plaisir à le 
lancer dans des dissertations et des aperçus littéraires auxquels il 
se complaisait volontiers. 

Lorsqu'il dut quitter l'Université, il se tixa délinitiveinent à 
Reims, où le retenaient de nombreuses relations de famille et 
d'amitié. Dans sa retraite, il continua à travailler et s'adonna 
sans réserve à son goût pour l'étude; il devint l'un des membres 



208 NÉCROLOGIE 

de l'Académie les plus actifs et les plus écoutés; il fit même 
paraître plusieurs ouvrages qui témoignent de sou savoir et de 
son goût pour les recherches les plus délicates et les plus minu- 
tieuses. 

M. Souillé était agrégé de l'Université, docteur ès-lettres, offi- 
cier de l'Instruction publique et, comme nous le disons plus haut, 
membre de rAcadémie de Reims, qui ressentira vivement sa perle. 

Les obsèques de M. Prosper Soullié ont eu lieu le 11 février. Le 
service funèbre a été célébré à l'église Saint-Jacques. 

Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Duchàtaux et 
H. Jadart, au nom de l'Académie; par M. le Censeur du Lycée, 
représentant l'Université; M. A. Mareschal, ancien notaire. 

Dans la nombreuse assistance, on remarquait MM. Albert 
Benoist, président de l'Académie de Reims; Jollv, adjoint; Hue, 
inspecteur des écoles primaires; Henry Mennesson, etc. 

Au cimetière, M. Henri Jadart, secrétaire général de l'Académie, 
a prononcé l'allocution suivante : 

Les liens qui unissent M. Profper Soullié à l'Académie de Reims sont 
les plus forts et les plus doux qui se puissent contracter au sein des Sociétés 
savantes : ni l'absence rendue inévitable par sa carrière universiiaire', ni la 
vieillesse n'avaient pu les rompre; la mort elle-mêine sera impuissante à les 
anéantir, consacrés qu'ils sont par le temps, l'eslime et l'affecticn réci- 
proque. 

Membre de la Compagnie depuis quaraule-deux ans (18o3-18y5), ancien 
secrétaire-archiviste (185^-1860), ancien président (1882-1883), collabora- 
teur habituel des séances et des mémoires pendant une longue période, 
resté jusqu'à la lin membre de ia Commission ou rapporteur infatigable des 
concours de poésie, voilà ses litres inelfaçables à la gratitude de l'Académie 
et à ses regrets particulièrement douloureux à celte heure. 

L'unité de la vie a été parfaite en notre confrère, sous tous ies aspects. 
Parmi nous, il fut le représentant autorisé des belles-lettres, le tenace 
défenseur de la probité littéraire, le classique par excellence qui célébrait 
ses auteurs sur ses vieux jours avec l'enthousiasme de la jeunesse. 

Te venienle die, le decedenie cancbaL 

L'âge, par un heureux privilège, n'avait arrêté ni son élan plein d'une 
rare et parfois rnde i'-anchise, ni sa verve si expressive en son tour original. 
11 nous faudrait les souvenirs et la compétence de M. Loriquel, son lidèle 
ami, pour détailler son œuvre en prose et en vers dans toute son étendue, 
citer ses comptes-rendus, ses analyses, ses traductions alternant de Théo- 
crite à Isaïe, ses éludes variant de Racine à La Fontaine, de Gresset à 
Lamartine. Ce dont nous pouvons rendre témoignage, c'est qu'il commu- 



1. Nr à Ri'iiiis on l.Hir>, élc\e ilii Collège royal dp i-otto villo ih- ISÎ? a ISoJ. il olilinl 
le prix (l'Iionnpur de pliilosopliie, fut rci.-ii le |irciuipr â l'ajîri'ïï.tlioii de sraininaiie. >p lit 
recevoir agréso pour les Ipllre?, puis licencié et docleur. Il enseigna successivement dans 
les collèges et lycées de Marseille, d'Aucli, d'Angers, de Moulins, de Grenoble, de Reims 
(18J6-186U), d'Angoulème, du Saint-Quentin, et jirit sa retraite dans sa Tille natale en l^^OS 
avec le titre d'otlicier de l'Inslruclion publique. 



NÊCBOLOGIÉ 200 

niqua ses deruiers travaux à nos séances avec un égal empressement, et 
s'il fil à l'Académie des infidélités, c'était pour porter aux enfants des 
écoles et même aux prisonniers le fruit de ses lectures et de ses observa- 
tions. 11 ne dérogeait point en cela, il profitait au contraire du savoir qu'd 
avait acquis pour remplir le devoir social dans sa plus noble mission, celle 
qui s'adresse aux pauvres et aux déshérités. 

C'est qu'en elTel M. Soullié ne voyait pas seulement la forme dans le,-; 
beaulés littéraires, il en exprimait à merveille la valeur morale, la leçon 
pratique pour la science de bien vivre. Chrétien convaincu, il ne renia 
aucun des chefs-d'œuvre de l'antiquité, mais il en rapprocha les maximes 
les plus pures des préceptes de la Bible, et composa ce recueil des Sentences 
et I roverbes qui semble avoir été son livre de prédileclion, bien qu'il l'ait 
mis au jour avec sa modestie Inbitiielle, sans appel au public ni le moindre 
retour sur lui-même. 

Dans ce domaine des hautes pensées et de l'abnégation, d'où son âme 
s'élevait de plus en plus vers le bien absolu, il est consolant de lui adresser 
l'adieu de la terre, car son talent généreux, son amour patient du travail, 
fa charité, y resteront comme des modèles de sagesse et des exemples de 
vertu. 

( Coiinh'r lit; l/i CliiijiipKiinc.) 



M. le docteur Mohen, ancien inspecleiir de l'Assislaiice pu]jli(}ue, 
membre honoraire de la Société d'agriculture de la Marne, est 
décédé à ChTilons le 14 février 189b, dans sa soixante-dix-huitième 
année. 

M. Mohen a dirigé pendant trente ans le service des enfants 
assistés du département de la Marne, 

Excellent dessinateur, il avait formé plusieurs albums des vues 
de la plupart des églises de la Marne, au nombre de LioO. Il se 
plaisait aussi, dans ses dernières années, à faire des reproduc- 
tions, par la sculpture sur bois, des monuments publics et avait fait 
don à la Ville de la curieuse collection ainsi constituée. 

Ses obsèques ont eu lieu le 16 février, en l'église Notre-Dame. 



Le dimanche 17 février, à huit heures du matin, avaient lien, à 
l'hôpital de Vilry-leFrançois, les obsèques d'une femme que tout 
le pays vitryat, souflVant, malheureux, a estimée et aimée. 

C'était Tenlerremcnt de Mi'<^ Rose-Caroline Blava, décédée à 
l'âge de 81 ans. 

Les malheureux l'appelaient « la tante >•, témoignant ainsi par 
celle appellation familière toute la sympathie dont ils entouraient 
celle femme modeste cl dévouée qui, pendant 65 ans, avait donné 
à plusieurs générations tout son dévouement et tout son cœur. 

Elle adorait surtout les enfants, celte généreuse vieille, elle qui 

14 



210 NÉCROLOGIE 

n'en avait jamais eu! Comme elle les doiioUiit, à rhùpilall 
Comme elle souriait doucemeut à ceux qu'elle rencontrait dans la 
rue! 

Brave femme! elle s'en est allée dans la tombe, sans avoir vu 
briller sur sa vaillante poitrine la distinction que tant de courage 
ignoré, tant de dévouement simple mais sublime, lui avaient mille 
fois méritée. 

L'administration bospilalière lui a fait de magnifiques funé- 
raillles, non par le luxe étalé, — à celle humble, c'eût été de trop, 
— mais par la sympathie qui l'a conduite jusqu'à sa dernière 
demeure. 

En l'absence de M. le Maire, retenu par un autre deuil, M. Lam- 
bert, premier adjoint, représenlait l'administration municipale. 

M. Lemoine, ancien notaire, vice-président de la Commission 
administrative de l'hôpital, entouré de plusieurs membres du 
Conseil d'administration, M. le capitaine Adnet, M. Nicaud, etc., 
accompagnaient le modeste cercueil. 

M. Justinart, administrateur de VlndépciidaiU i émois, neveu par 
alliance de M""= Blava, conduisait le deuil. 

Sur la tombe, au cimetière, M. Nicaud, économe, a prononcé des 
paroles émues et retracé la vie, toute de sacrifices, de M"e Blava. 

(Joaniat de La Maine.) 

* 

Une quasi-centenaire. — Vers le milieu de février, mourait à 
Raillicourl (Ardennes), M™" veuve Garot, âgée de quatre-vingt- 
dix-neuf ans. Quelques mois encore, et cette pauvre vieille attei- 
gnait sa centième année. Malgré son grand âge, la veuve Garot 
avait conservé, jusqu'au dernier moment, toute sa lucidité d'esprit. 
Chose rare, elle possédait encore toutes ses dents et n'avait pas un 
seul cheveu blanc. 

Naguère encore, elle se livrait, sans trop de fatigue, aux travaux 
des champs. Elle n'a dû succomber qu'aux dures étreintes de l'hiver 
si rigoureux. 



Le 20 février, à dix heures^ ont eu lieu, en l'église Notre-Dame 
de Chàlons, les obsèques de M. Memmie Varlet, décédé le 18, à 
l'âge de qualre-vingt-un ans. il avait succédé comme avoué à 
M. Sellier. Longtemps membre du Conseil municipal de Châlons, 
il représenta de 1871 à 1876 le canton d'Avize au Conseil général 
de la Marne. 11 fut également membre de la Commission adminis- 
trative de l'Asile départemental d'aliénés de la Marne. 

La fille de M. Varlet a épousé M. Paul DeuUin, négociant en 
vins de Champagne à Epernay. 

M. Varlet avait ua fils, mort prématurément, juge au Tribunal 
de Reims. 



NÉCUOLOGIE 21 



Le même jour avaient lieu, dans la chapelle de Sainte-Puden- 
lienne de Chàlons, les obsèques de iM. Brémont, mort à l'âge de 
84 ans. 

Une nombreuse assistance conduisait à sa dernière demeure 
l'homme de bien universellement connu et estimé de tout le 
quartier Sainle-Pudeotienne depuis qu'il s'y était retiré. 

M. Brémont, depuis longtemps professeur au Collège de Vitry- 
le-François, avait demandé celui de Chàlons pour se rapprocher 
de sou fils, l'abbé Brémont, vicaire de Notre-Dame. Ce jeune 
prêtre mourut à la tleur de l'âge en 1870. Brisé par celte épreuve, 
M. Brémont abandonnait peu après la carrière universitaire. Mais 
il ne devait pas cesser de se dévouer à la jeunesse qu'il aimait 
toujours. 11 la retrouva dans un autre milieu et la servit sous une 
autre forme tout le reste de sa vie. 

H y a une quinzaine d'années, des chrétiens généreux, voyant 
l'importance toujours croissante du quartier Sainte-Pudenlienne, 
entreprirent d'y construire un patronage semblable à celui de la 
rue Saint-Nicaise, où la jeunesse trouverait avec d'honnêtes récréa- 
lions une sauvegarde contre les entraînements de son âge. 

La direction de ce patronage fui contiée à M. l'abbé Thuillier, 
depuis peu vicaire de la cathédrale et spécialement attaché à la 
chapelle Sainle-Pudentienne. Le vieux professeur fut heureux de 
se faire 15«uxiliaire du jeune prêtre et, jusqu'à ces derniers temps, 

lui donna un concours précieux. 

[Journal tic In Marne.) 

* 

Le 20 février ont eu lieu, à Orbais-l'Abbaye (Marne), les obsèques 
de Mme veuve Blondiol, mère de M. Camille Blondiot, le sympa- 
thique directeur des postes du département de la Marne. 

De nombreux assistants avaient tenu à rendre les derniers hon- 
neurs à cette respectable dame, et à donner par leur présence une 
marque d'estime et de condoléance à noire compatriote, M. Blon- 
diot, dont chacun a pu depuis longtemps apprécier l'obligeance et 

l'affabilité. 

* 
* * 

M. Auguste Philippoteaux, avocat, député de rarrondissement 
de Sedan, est mort en cette ville, le jeudi 21 février, dans sa 
soixante-quatorzième année. 

Docteur en droit, juge suppléant au Tribunal de la Seine, après 
avoir occupé pendant de longues années, sous l'Empire, les fonc- 
tions de maire de Sedan, sa belle conduite pendant la guerre de 
1870 lui valut d'être élu en 1871 membre de l'Assemblée nationale 
où il siégea sur les bancs du centre gauche. 
En 1870, 10,426 voix le nommèrent député de Sedan. Uéélu en 



212 NÉCROLOGIB 

1877, après la dissolulion, el devenu vice-présideiil de la Cbambre, 
il fut nommé de nouveau en 1881, mais échoua en 188ij el ne se 
présenta pas, en 1889. 

Les élections de 1893 où il était en concurrence avec le can- 
didat ouvrier, M. Lassalle, lui donnèrent 898 voix de majorité. 

M. Philippoleaux était officier de la Légion d'honneur. 

Les obsèques du regretté député de Sedan ont eu lieu à Sedan, 
le dimanche 24 février, au milieu d'une atiluence considérable. 

Les cordons du poêle sont tenus par MM. Lardin de Musset, 
préfet des Ardennes; Drumel, sénateur; Isaac Villain, maire de 
Sedan; Millet, président du Tribunal; Bacot, ancien maire; Ch, 
Bertèche, président du Tribunal de commerce. 

Le deuil était conduit par M. Auguste Philippoleaux fils, par les 
frères du défunt et les autres membres de la famille. Puis venaient 
les délégations des Sociétés, el enfin l'immense cortège des assis- 
tants. 

Le convoi s'arrête à l'église Saint- Charles, ou va se célébrer le 
service funèbre. 

Ceux qui pénètrent dans l'église se rappellent qu'en 1870, là fut 
une ambulance, où moururent maints blessés de Bazeilles, de 
Lamoncelle et de Floing. Le maire de 1870, qui y vint si souvent 
alors pour secourir les malheureux, y est entré aujourd'hui pour 
la dernière fois et c'est avec une profonde émotion que l'on 
évoque le passé. 

Au cimetière, des discours ont été prononcés par M.M. Lardin de 
Musset, au nom du gouvernement; Lamour de Léocourt, au nom 
du barreau de Sedan; Urumel, sénateur; de Wignacourt, au nom 
de la députation des Ardennes; Isaac Vilain, représentant de la 
Municipalité ; Bertèche, président de la Société de secours 
mutuels; Adrien Parent, président de la Caisse de retraites; Gairal, 
au nom de l'Association de anciens élèves du Collège Turenne. 

Voici la liste des dons faits par M. A. Philippoleaux dans son 
testament olographe : 

Société de secours mutuels , Fr. 4.800 » 

Société de retraite des ouvriers 2.400 » 

Société de charité maternelle 2.400 » 

Caisse de rrtraile des sapeurs-pompiers 2.400 ï 

Société des orphelines 1 .200 » 

Crèche de la place d'Alsace-Lorraine 1 .200 » 

Société de SHint-Vincent-dc-Paul 1 .200 )> 

Société de la reconstitution de la famille 1 .000 )> 

A l Hospice civil 4.800 » 

Au Bureau de bienfaisance 2.400 » 

Société amicale des anciens élèves du Collège de Sedan 6.000 » 

A la Caisse des insliluleurs de l'arrondissement de Sedan 600 » 

A l'église Saint-Charles, de Sedan 6.000 » 

Société de Saiut-Blaise l'Union 1 .000 » 



NECROLOGIE 213 

En outre, il main lient l'oin-e faite de 1U,0U0 fr. pour la démolition de la 
halle, à condition que le monument patriotique soit construit sur cet empla- 
cement; et celle de 4,000 l'r. pour la construction d'un chalet-kiosque à éta- 
hlir sur l'alignement entre le Musée et la rue de Metz. 

Ces deux derniers dons, de 10,000 fr. et de 4,000 ir., faits avec la con- 
dition restrictive : que les travaux soient effectués dans le délai de deux 
années, à dater du jour du décès du donateur. 



Parmi les trop nombreuses victimes de ce pénible hiver, nous 
avons à enregistrer les noms suivants : 

M. l'abbé Dazy, curé-doyen de Juniville (Ardennes), décédé le 

17 janvier; ordonné prêtre en 1850, curé de Villedommange pen- 
dant sis ans, de Montigny-sur-Vesle pendant onze ans, il adminis- 
trait depuis quinze ans la paroisse et le doyenné de Juniville; 

M. le D"" Carré, décédé à Margerie (Marne), le l""' février, à l'âge 
de 95 ans; 

M. l'abbé Bébin, curé d'Avenay (Marne) depuis 1850, décédé le 
6 février dans sa soixante-dix-huitième année ; 

M. E. Doyen, médecin-vétérinaire à Hermonville (Marne), 
décédé le 1 février, dans sa cinquante-deuxième année; 

M. le D^ Henri-Alfred Chevalier, décédé à Verzenay (Marne), le 

18 février, dans sa cinquante-troisième année; 

M. l'abbé Jacqueminet, curé de Muizon et de Courcelles-Sapi- 
court (Marne), décédé le 20 février, à l'âge de 46 ans; 

I.a vénérable Sœur Julie (née Julie-Catherine Mauclair), fille de 
la Charité, décédée le 20 février à l'Hùtel-Dieu de Châlons, dans sa 
soixante-quinzième année et la cinquante-cinquième de sa vocation ; 

M. Ferdinand Lemaire, l'agronome distingué qui avait réalisé 
tant de merveilles de culture au domaine des Maretz, près Reims, 
pour l'exploitation des eaux-vanaes; 

M. le D'' Hutin, ancien maire de Cernay-en-Dormois (Marne); 

M. Fulgence Linard, ancien industriel, frère aine de M. Désiré 
Linard, député, décédé à Haybes (Ardennes) ; 

M""* Collet, mère de M. Collet, maire de Vitry-le-François ; 

M""* Guy, veuve de M. Guy, ancien directeur de l'Ecole nationale 
des Arts-et-Métiers de Châlons; 

M"* Georges de Saint-Genis, née Stéphanie Ragon, décédée à 
Vitry-le-François, dans sa cinquante-troisième année; 

M. le comte Alfred de Noailles, père de M'"'= la vicomtesse de 
Bruneteau de Sainte-Suzanne, propriétaire du château d'Ecury- 
ie-Grand, près Champigneul (Marne) ; 

M. l'abbé Hypolile, ancien curé de Saint-Amand (Marne), retraité 
depuis 1874 à Levallois-l'erret (Seine), décédé à l'âge de 89 ans. 



BIBLIOGRAPHIE 



Léonce Lex. Eudes, comte de Blois, de Tours, de Chartres, de Troyes 
et de Meaux (995-1037) et Thibaud son frère (995-1004). Troyes, 
Dufour-Bouquot, 189-2, in-S" de 200 p. 

Ce que l'on pourrait reprocher à ce travail, c'est la dispropor- 
tion des différentes parties qui le composent. Après une introduc- 
tion bibliographique de dix pages, l'étude historique proprement 
dite en comprend trente-cinq seulement. Viennent ensuite, 
répartis sur les cent quarante pages qui composent le reste du 
volume, une série de notes fort substantielles et documentées, 
destinées à éclaircir tel ou tel détail de la thèse, naguère sou- 
tenue avec succès à l'Ecole des Chartes; d'appendices consacrés à 
la diplomatique et à la numismatique d'Eudes; un catalogue rai- 
sonné de ses actes \ des pièces justificatives, des additions et cor- 
rections, de précieux index des noms de lieux, de personnes et 
d'auteurs cités au cours de l'ouvrage. 

Il semble, à première vue, devant cette abondance de documents 
annexes, que l'étude qui les a fait réunir et présenter à sa suite dût 
comporter elle-même un plus long développement, une exposition 
des faits plus riche et plus fournie. Mais les renseignements 
complets et précis ne sont pas nombreux sur ces époques du haut 
moyen-âge, demeurées encore assez obscures, et l'auteur était trop 
soucieux de l'exactitude et de la conscience historiques pour donner 
place, dans son livre, à toute autre préoccupation que celle de la 
précision et de la netteté. Il a tenu avant tout à nous présenter, 
dans cette brièveté rigoureuse et tant soit peu aride, ce que l'on 
connaît de ces personnages en l'état actuel de la science, et 
d'après les données les plus récentes de la critique historique. 
Dans la rédaction de ce travail, M. Lex a procédé avec une 
méthode très prudente et 1res sûre, discutant pas à pas chaque 
fait et fortifiant chaque assertion par des commentaires érudits et 
de minutieuses indications de sources. 

Nous n'aurons pas la prétention d'entrer ici dans la discussion 
de tant de points où l'on se borne forcément encore à des conjec- 
tures; nous nous contenterons de rendre justice aux rares qualités 
d'historien dont l'auteur a fait preuve dans l'examen des questions 
iélicates qu'il avait à traiter, dans le soin apporté à la critique des 
texte?, à l'identification des lieux, entln dans la publication de vingt- 
huit cliarles inédites sur les trente-quatre reproduites par lui. 

A. T.-R. 



BIBLIOGRAPHIE 2111 

La vente de la Bat'onnie de Coiicy. — Sous ce litre, M. Henri 
Lacaille vient do publier une étude tirée à part de la Bibliothèque 
de l'Ecole des Charles (t. LV, ISOi), pleine de renseignements iné- 
dits sur le sort de rimportant domaine de Coucy, après la mott 
du dernier sire de Coucy, lue à Brousse en 1397. Le partage qui 
s'en fit donna lieu à des débats prolongés dont le Parlement 
connut en dernier lieu. Le duc Louis d'Orléans, déjà comte de 
Porcien, devint, en 1400, acquéreur de la terre de Coucy, que ses 
enfants recouvrèrent définitivement et transmirent plus tard au 
domaine de la couronne. Les pièces justificatives nous fout 
assister aux péripéties du procès et des débats judiciaires remplis 

d'interminables incidents. H. J. 

* 

¥ » 

Un avocat-journaliste au XVlIh siècle, Linguet, par Jean Cbuppi. 
Paris, Hachette, 189o. 1 vol. in-12 de 398 pages. 

La Revue des Deux-Mondes, dans sa livraison du le"" mars 1895, 
contenait un article d'un magistrat de la Cour de cassation, 
M. Jean Cruppi, sur Linguet et le Procès du chevalier de La Barre. 
Cette étude approfondie, fruit de recherches dans les Archives 
judiciaires, remet en cause cette affaire trop célèbre et trop mal- 
heureuse pour qu'elle devienne jamais hors de propos. 

L'article de la revue était l'avant-coureur d'un livre sur Linguet, 
auquel M. Cruppi a longtemps et minutieusement travaillé, pièces 
en mains, comme l'on dit au Palais. Nous l'avons vu s'asseoir dans 
ce but parmi le public des lecteurs de la Bibliothèque de Reims, 
scruter ses manuscrits, faire exécuter de nombreuses copies d'une 
correspondance inédite. Il en aura agi de même à Paris, et 
ailleurs, sans doute, car Linguet a touché par ses actes et ses 
œuvres à tant de lieux et à tant de personnes qu'il faut une 
longue enquête pour aboutir à juger l'ensemble de sa personna- 
lité. El encore M. Cruppi n'éludie-l-il pas l'homme entier dans ce 
premier volume, il étudie l'avocat-journaliste jusqu'à sa radiation 
du tableau, c'est-à-dire jusqu'à la fin de sa vie judiciaire en 1773. 

Il débute en remarquant, ce qui est exact pour beaucoup d'autres 
personnages, que l'histoire ne retient souvent que le nom des 
hommes célèbres et le titre de leurs livres. Pour Linguet, c'est le 
titre de son seul ouvrage sur la Bastille que la postérité a surtout 
retenu. On lui doit pourtant bien d'autres productions, fruits de 
luîtes mcessantes et d'aventures sans pareilles. M. Cruppi ne 
recule pas devant cet examen multiple et approfondi, il en sor- 
tira un jugement plus équitable. 

Naturellement, les premières pages de l'auteur sont consacrées 
à la famille, au berceau du grand homme, à son éducation dans 
l'Université de Paris et aux premiers succès du brillaut humaniste. 
Une fois entamée, la lecture poursuirra .son cours sous le rharnje 
du style et de la netteté du lérit. Nous ne voulons pas distraire le 
lecteur. H. J. 



210 BIBLIOGRAPHIE 

L'Anncaiue Hkmois. — M. Margiiin, imprimeur à Reims, vient 
de faire paraître sous (^e titre un volume consacré spécialement à 
la ville (le Reims et contenant vingt mille adresses. 

Kn tête est un plan complet de la ville, puis viennent les ren- 
seignements généraux sur l'administration, la garnison et les 
difi'érentes Sociétés de Reims. Ensuite se trouve la liste de tous 
les commer(;anls et des principaux habitants, d'abord par rue, 
puis par ordre alphabétique, et enfin par profession. 

A la tin du volume est une liste de toutes les communes du 
département avec tous les renseignements relatifs au service pos- 
tal, télégraphique, téléphonique, et à celui des chemins de fer. 

('.et Annuaire, que l'auteur se propose de rééditer chaque année 
avec, toutes les modifications et améliorations nécessaires, est 
appelé à rendre de grands services. 



Un de nos collaborateurs a transcrit, dans les archives notariales 
et dans les anciens registre? d'état civil des arrondissements de 
Rethel et de Reims, in extenso ou par extrait, plus de 2,000 
pièces qui intéressent les généalogies de plusieurs familles, telles 
que les Villelongue, les Brodart, les Symonnet, les Leseur de 
Reyne, les Watelet, etc. Par des circonstances de santé, ce zélé 
collectionneur, ne pouvant désormais utiliser ces documents, 
désirerait s'en détaire de manière à être indemnisé des dépenses 
qu'il a dû faire. Les personnes qui seraient tentées de saisir cette 
bonne occasion peuvent s'adresser à M. Frémont, qui s'empressera 
de servir d'intermédiaire. 

Sommaire de la Revue historique Ardennaise. — Mars-avril 1895: 

I. Epigraphie des comtes et des ducs de Rethel-Masarin, par N. A. 

II. Mélanges. — La fièvre populaire à Charleville, en l699, par 

J.-B. Brincocrt. 
Les Vendanges à Château-Porcien, en 1401, par L.-H. M. 
Les étaux des bouchers de Mézières sur le pont d'Arches, en 1551, par 

Henri Lacaille. 
L'ancienne cloche d'IIannogne-Saint-Remi, dédiée au nouveau Josué 

français, La Fayette, par Henri Jadakt. 
m. Bibliographie. — Pellot, L Héritage de Claude de Moy, comtesse 

de Chaligmj. — Histoire des Quatre fils Aymun. — De Gourjault. 

Mémoires du maréchal da Saint-Paul [Dom Noël). 

IV. Chronique. — Don de la Cfironi(jue de Sigebert de Gemllou.r à la 

Bibliothèque Nationale. — Thèse de M. Goubaux sur Robert II de 
la Marck, seigneur de Sedan, mort en 1530. — Un Syndical, dans 
les Ardennes, pour l'héritage de Jean Thiéry, en 1782. 

V. Planche hors texte. — Fac-similé d'une reliure de l'Histoire des 

Quatre fils Aijmon, 



BIBr.IOGIÎAPHIR 21' 



Sommaire de la Revue d' Ardenne et iV Ai^gonne. —Udvsavr'd 1895: 

Ch. Houiv, Excursions : Dans PAt'dennc orientale : De Gérolstein li 
Clervattx. — H. BoiROuiciNAT, Documents inédits sui- la bataille de la 
Marfée (1GH). — S. Leroy, Notice armoriale et généalogique sur ta 
Maison de Bouillon (suite). 

Variétés. — I. Chronique, — II. P. Collinet, Acte de mariage de 
Nicolas-Louis d'Kstagniol, député de la noblesse en 1789. 

Bibliograpliie. — Mémoires du viaréclial de Saint-Paul, par le marquis 
O. de Gourjault. — Histoire dEcordal, par Désiré Boizet — L'Ardenne, 
par Jean d'Ardenne. 



CHRONIQUE 



Société Historique et Archéologique de Chatead-Thierry 
(Séance du 5 février 1803). — Présidence de M. Poinsier. 

I. — M. l'abbé Marsaux, membre correspondant, envoie trois 
communications intéressantes. 

La première est un document émanant de Valentine Visconti, 
femme de Louis d'Orléans. Mandement daté du 23 janvier 1397 à 
Villers-Cotterêts, à la Chambre des comptes de Blois, de donner 
quittance à Pierre Poquet, receveur de ses finances « de 90 liv, t., 
reste de 1,500 liv. t, pour distribuer aux dames, damoiselles et 
autres femmes de nos très cbiers et très amez enffans Charles et 
Philippe d'Orléans. Ces 90 liv. ont servi à contenter aucunes des 
dittes femmes de nostre dit hostel et compaignie et de nos diz 
enffans qui petitement avaient esté au temps passé salariées de 
leurs dites pensions, selon ce que de servy avaient >', 

La seconde est un rôle de paiement, donné par Charles de Lon- 
gueval, écuyer, commandant pour le Roi au château de Villers- 
Cotterêts, de quatre mois de gages de la garnison de Villers-Cot- 
terêts, composée de douze hommes d'armes et d'un sergent sous 
les ordres de Ch. de Longueval, 15 janvier 1594. 

La troisième concerne la tombe d'un abbé (xni« siècle) dans 
l'église d'Essùmes — reproduite par Adolphe Varin. Au-dessous de 
la gravure, on lit : Cette statue formait la partie supérieure du 
tombeau de l'abbé fondateur de l'abbaye d'Essômes. Deux anges 
— en partie brisés — disposent un coussin sous la tête du per- 
sonnage. Celui-ci tient dans ses mains un missel où il est repré- 
senté aux pieds de la Vierge. L'hérésie qui se voit à ses pieds est 
figurée par un formidable dragon dont la tête a disparu. 

IL — Le secrétaire rappelle ensuite les derniers travaux dus aux 
membres de la Société : la belle publication historique de son 
vice-président, M. Ch. de Larivière, Catherine II et la Révolution 
françai$e, première partie d'un important travail entrepris sur la 
grande tzarine, d'après sa correspondance; les études consacrées 
au passage de Jeanne d'Arc à Château-Thierry; la réédition des 
mémoires du baron Séruzier, décédé dans cette ville en 1826; la 
notice de M. Minouflet sur la commune de Saulchery; la mono- 
graphie du Collège de Château-Thierry par M. Gorlieu; la note 
de M. de Crouchy sur la maison de Fiacine à Paris; celles de 
l'abbé Marsaux, curé doyen de Chambly, sur les anlependia de 
l'Hùtel-Dieu et les sculptures du grand-orgue de Saint-Crépio, à 
Château-Thierry, etc. 



CHRONIQUE 21'.l 

SociÉTK DES Sciences et Arts de Vitry-le-Fra.\çois (Séance du 
14 février t895). — M. Devèze s'excuse de ne pouvoir donner 
lecture du travail qu'il avait annoncé sur la construction de Vitry. 
Il n'a pas encore réuni assez de documents aux Archives munici- 
pales. Il remplace ce travail par la lecture d'un « Essai de classi- 
iication des édifices religieux de la Marne ». 

La base de celte classsification scientifique, c'est la voîite, qui a 
joué un si grand rùle dans l'architecture du moyen-Tige. 

M. Devèze énumère les dilTérents genres de voûte employés par 
les architectes champenois et marque les différences qui séparent 
les monuments de l'époque romane de ceux de l'époque précé- 
dente — mérovingienne et carlovingienne — qui ont disparu 
dans notre département. 

M. Devèze continuera la lecture de son travail dans une pro- 
chaine séance. 

Récents travaux d'art exécutés dans les églises de Reims. — 
Peinlures de la chapelle Saint-Joseph à la Cathédrale. 

Une seule chapelle de la Cathédrale n'avait pas de peintures 
murales : on se réservait. La chapelle de Saint-Joseph n'a pas 
perdu pour attendre. 

Les travaux ont été confiés à M. Lameire, décorateur. La direc- 
tion, l'approbation des tons, les essais sur place ont été donnés 
par M. Darcy, architecte. L'exécution a été surveillée par M. Thiérot. 
Ces trois noms en disent assez. 

Deux parts sont à faire dans ces travaux de peinture. Celle de 
M. Lameire, qui, on plus du plan, a confié à M.M. Rochet et 
Lequien, ses élèves, la décoration des arcatures du bas; les orne- 
ments proprement dits : la clef de voûte, une grande lylhe ornée 
à hauteur des chapiteaux des petites colonnes, les enroulements 
et les brûle- parfums des tympans. 

Celle de M. Paul Simon, auquel le grand artiste de Paris n'a pas 
craint de confier le reste du travail : préparations, peintures de 
fond, ornements de la voûte, des murs; les appareils, les tracés, 
les dorures. On est toujours heureux de trouver le nom d'un 
Rémois dans l'exécution de travaux d'art de celte importance. 

Toutes les peintures sont traitées avec soin, préparées à ladre, 
pour obtenir une matité égale partout, en conservant cependant 
aux tons leur puissance de reflet, et pour donner plus de solidité. 

il sera facile de constater que les tons de cette chapelle sont 
fins, doux, moins rudes que ceux des autres chapelles. Ils gagne- 
ront encore, quand un généreux bienfaiteur voudra bien inscrire 
pour toujours son nom dans cette chapelle, en offrant des ver- 
rières qui, parleur présence, exciteront les fidèles à prier pour lui. 

Qui sait même si un jour nous ne verrons pas remplacer l'autel 
actuel par un autre, qui cadrera mieux avec celui de la chapelle 



220 CHRONIQUE 

du Sacré-Cœur, et ne sera pas hors de proportion avec la clia- 
pelle. 

Grâce aux libéralités des iidôles, la Fabrique a fait le plus dif- 
ficile. 

Vitraux de l'église Sainl-Jean-Baptiste. 

Le peintre verrier doit être décorateur à distance et peintre de 
près. Ces données sont parfaitement remplies dans les vitraux que 
M. Vermonet vient de placer dans le transept (côté de l'épître), de 
l'église Saint-Jean-Baptiste, 

Ces vitraux sont d'un grand efTet; ils sont vraiment décoratifs : 
chaleur de tons, variété de couleurs, richesse sans profusion de 
nuances. De plus, ils supportent l'examen de près, car on y 
trouve le précieux et rare assemblage d'un dessin pur et correct. 

Ce vitrail, en plein soleil durant une grande partie de la journée, 
couvrant une surface de plus de quarante mètres, avait besoin, 
pour son exposition et ses proportions, d'être traité d'une façon 
vigoureuse; ce qui n'empêche pas que les scènes sont encadrées 
dans une très riche mosaïque et entourées de bordures très 
agréables à l'œil. 

Les motifs sont de compositions nouvelles. Dans la baie du 
milieu, consacrée à saint Joseph, on voit le saint patriarche dans 
son atelier avec l'Enfant et sa mère : admirable exemple offert aux 
ouvriers: il expire; il est glorifié. Dans le Ciel autour de lui, on 
voit les patrons de la famille du donateur : sainte Barbe, saint 
Louis, sainte Mathilde, saint Edouard, saint Alfred, sainte Mar- 
celle, sainte Marthe, sainte Eléonore, sainte Emilie. Au-dessous, 
le Saint-Père, Léon XIII, et Son Em. M?"" le Cardinal Langénieux, 
dont la ressemblance est frappante: derrière eux. des peuples de 
races difTérentes, et dans le fond l'église de Saint-Pierre de Rome. 

Dans les deux fenêtres de côté se voit la légende de saint Jean- 
Baptiste : naissance du précurseur; son père écrit sur une tablette ; 
— il prêche dans le désert; il baptise Notre-Seigneur. Elu regard : 
saint Jean reproche à Hérode sa conduite; — pour cela, il est déca- 
pité; — du haut du ciel, il bénit les ouvriers de la vigne. 

Au premier plan, à droite du spectateur, le dégorgeur, le doseur, 
le boucheur, le museleur et le rangeur de bouteilles; le tout pris 
d'après nature. 

Au second plan, des vignes, des vendangeurs et des vendan- 
geuses, 

11 est facile de voir dans cette dernière scène une allusion au 
donateur et aux nombreux ouvriers de la Corporation des Tonne- 
liers, 

Ils avaient, il est vrai, autrefois pour patron saint Jean l'évan- 
géliste devant la Porte-Latine, modèle de celui qui poHc la Une. 
Depuis quelques années, ils ont préféré saint Jean- Baptiste, quoi 
qu'il ne buvait ni vin ni bière, ni rien de ce qui enivre. 



CHRONIQUE 221 

Au bas des feuôlres, on trouve une iuscriplioii rappelant qu'elles 
ont été ofFertes par M. le comte et M™^ la comtesse Werlé, et les 
armoiries des donateurs à gauclie et à droite. 

M. le comte et Mme ]a comtesse Werlé doivent être heureux 
d'avoir été si bien compris. Ils ont donné certainement une des 
plus belles verrières, pour ne pas dire la plus belle, sorti»*, des ate- 
liers rémois. 

Chapelle provisoire de SaiiU-Bciioit. 

On avait demandé à M. Thiérot, pour le quartier de Saint- 
Thomas, une chapelle provisoire en attendant la construction 
indispensable d'une seconde église; il a l'ail une construction dont 
se contenteraient définitivement bien des communes de village. 

La chapelle de Saiul-Henoit est vaste, bien comprise. C'est un 
grand parallélogramme, terminé à l'intérieur, dans le haut, par un 
ensemble de menuiserie, soutenu par des poteaux. L'autel placé 
dans le fond est en bois. Au-dessus se trouve un vitrail offert par 
M. Haussaire. 

Les fenêtres, garnies de belles grisailles, la rose du portail, les 
armoiries de Mf' le Cardinal, ont été exécutées par le donateur, 
M. Vermonet. 

Le devant de la chapelle est sans prétention. Un édicule en 
pierre attend la cloche Benoîte, offerte par M. Tabbé Léonardy. 
{Courrier de la Champagne.) Ch. Cerf. 



Petits PORTRAITS. — Arthur Chuquet^ . — Le maréchal Canrobert 
réclamait naguère, pour l'histoire de nos désastres de l'année ter- 
rible, un Jérémie, un Bossuet, un Tacite. A défaut de nouvelles 
lamentations, à défaut d'un nouvel aigle de Meaux, nous avons du 
moins un Tacite : Arthur Chuquet. 

Coïncidence étrange, le jour même de la mort du héros de Saint- 
Privat paraissait un livre qui, par l'indépendance de son auteur, 
eût été pour lui une grande joie : la Guerre de 1870-71. 

Arthur Chuquet, bien qu'apprécié à sa valeur par les mandarins 
des lettres, est peu connu du grand public. Un universitaire pur 
sang. Il fut à l'Ecole normale le condisciple des Burdeau, des 
Strehiy, des Chamberland. Docteur es lettres en 1S87. Ses thèses : 
De Ewaldi Kleislii vila cl scripds, La campagne de IWrgonne. 
Successivement professeur d'allemand à Saint-Louis, à l'Ecole 
normale, il occupe, depuis 1893, au Collège de France, la chaire 
de langues et littératures d'origine germanique. 

Ses œuvres : les Guerres de la Révolution, la Première inva- 
sion pru&sienne, Valmy, etc. Cette série qui comprend dix 
volumes lui valut deux fois le grand-prix Goberl (Académie fran- 

1. Né à Rocroy, le 1" mars 1853. 



222 CHRONIQUE 

çaisej, et le grand-prix Audiffred (scieuces murales et politiques). 
Le Générai Chanzy fut également couronné. 

Préparé par ces travaux antérieurs, Chuquel a su résumer, en 
trois cents pages, l'tiistoire de la guerre franco-allemande et faire 
un monument définitif. Nous avons eu la prétention de le corn- 
parer à Tacite. Comme lui, il parle à l'àme, à l'imagination^ à 
l'esprit. Son caractère fier d'Ardennais affirme la race; la pensée 
est juste et raisonnable, !e style alerte et vigoureux. C'est un véri- 
table historien national. 

Il n'est pas décoré. 
(Journal.) M. 

Nous lisons dans un journal parisien les lignes suivantes : 
« Il y a à Châlons-sur-Marne une vieille dame quinquagénaire 
qui a vendu les 40,000 volumes de la bibliothèque de son mari, 
sauf un volume qui appartint à Marie-Antoinette, un livre à la 
vérité précieux et que ses larmes mouillèrent : VOffice de la 
divine Providence, qu'elle avait dans la prison du Temple. Ce qui 
donne à cet ouvrage un inestimable prix, ce sont ces mots écrits 
sur la première page, de la main de celle qui allait mourir : 

« Ce i6 octobre, à 4 h. 1/2 du matin! Mou Dieu, ayez pitié de moi. 
« Mes yeux n'ont plus de larmes pour prier pour vous, mes pauvres 
« enfants, adieu, adieu! <£ Marie- Antoinette. » 

La dame qui possède ce livre, et vit dans le souvenir de Marie- 
Antoinette, n'a pas voulu qu'un tel livre eût des rivaux. Mais en 
pouvait-il avoir? i> 

» ♦ 

Une lettrk inédite de Kellerma.nn. — M. Ernest Jovy, profes- 
seur de rhétorique au Collège de Vitry-le-François, communique 
au Temps une lettre inédite de Kellermann qu'il a trouvée aux 
archives de Vitry-le-François. 

Voici cette lettre écrite sous l'impression de la victoire de Valmy : 

« Du quartier général de Dampierre- 
« sur-Auve, le 23 septembre 1792, 
« l'an IV de la Liberté, 1" de l'Ega- 
« lité. 
« J'ai ret.u, monsieur, !a lettre que vous m'avez fait l'bonneur de m'écrira, 
par laquelle vous m'annoncez l'arrivée d'un convoi de poudre et de car- 
touches dans votre ville. Je vous prie, aussitôt la présente reçue, de le faire 
partir pour l'envoyer par Frêne (le Fresue), ici. 

« J'^i eu, au lendemain de mon arrivée, une affaire avec les Prussiens. 
Malgré leur grande supériorité de forces, je leur ai résisté et je les ai 
repoussé (sic) après une canonnade qui a duré douze heures de suite. J'ai 
perdu aux environs de 300 hommes, tant de tués que de blessés, et mon 
cheval a reçu sous moi une forte blessure d'un bouUet {sic) de canon à la 
cuisse, lequel a emporté le pan de mon surtout et de ma housse. 



CHRONIQUE 223 

(( Si pat hasard ils [sic] se présenlaieul (sic) dans vos enviruus fjuelques 
hussards ennemis, il ue faut pas vous en ellrayer el tenir ferme dans votre 
ville, que vous pourriez faire renforcer par des volontaires que vous deman- 
deriez a Chàlons. 

« Le général en chef de l'armée du Cen're, 
« Kellebmann, 
« A Messieurs le maire el officiers municipaux du dislr.cl, à Vilry. » 

(Arch. muuicip. de Vitry-le-François, division II, u" I i, dossier 

3.) (La Vérité.) 

* 

.M. Laurent, archiviste du département des Ardennes, doit 
publier prochainement une notice historique sur le général Pierre 
Jadart Du Merbion, plus connu sous le nom de Du Merbion, né à 
Montmeillanl (canton de Chaumont-Porcien), en 1737. Cette 
notice, divisée en trois paragraphes, comprendra : la généalogie 
de la famille Jadart; la biographie de neuf membres de cette 
famille qui ont fait partie de Tarmée; et enfin la biographie du 
général, où il est question de ses rapports avec Bonaparte. 

Des documents inédits, conservés dans la famille du général, 
seront publiés ou analysés à la fin de cette notice, comme pièces 
justificatives; nous signalerons notamment : 

I. — Campagne d'Italie : Instructions remises a Du Merbioa, par l^obes- 
pierre jeune, comme général eu chef d'Italie; — légende d'un plan du fort 
de Saorgio; — note de service de Du Merbion sur 31 généraux de division 
et de brigade de l'armée d'Italie. 

II. — Comptabilité : appointements du général. 

III. — Diplômes de civisme délivrés à Du Merbion par le Club patrio- 
tique de Toulon, la Société populaire d'Antibes et la Commission munici- 
pale de Nice, 

IV. — Retraite de Du Merbion : certificat des médecins de l'arméd 
d'Italie; états de services. 

V. — Lettres sur la campagne d'Italie adressée à Du Merbion, posté - 
neuremeot à sa mise à la retraite, par les généraux Gaultier et Rochon, et 
les oldciers Mares, Chabran, Belin et Clausade. 

VI. — Fragment d'uu cahier de correspondance de Du Merbion, eu 
retraite à Montmeillant. 

M. Laurent exprime le vœu, qu'à Toccasion du prochain cen- 
tenaire de la mort du général Du Merbion (25 février 1807), on 
accorde une sépulture plus convenable à ses ossements relégués, 
depuis une trentaine d'années, dans le grenier du presbytère de 
Montmeillant. 

r.ette notice sera publiée dans la Revue historique ardennaise, 
mais il en sera fait un tirage à part; les personnes qui désirent 
recevoir celte brochure (franco, 2 fr. 50), sont priées d'en informer 
M. Laurent, à Mézières. 

(Courrier des Ardennes.) 



224 CHRONIQUE 

La PREMiÉRE LiTHOGnAPHiE FRANÇAISE. — Il y a enviroii un siècle 
que ]a lithographie fui inventée et, à l'occasion de ce centenaire, 
on organise pour le mois d'avril, dans un des palais du Champ-dc- 
Mars, une exposition où l'on verra chronologiquement classés les 
produits de cet art dans lequel s'est illustré Charlet. 

On pourra ainsi suivre pas à pas les progrès réalisés par la litho- 
graphie depuis le jour où le Bavarois Senefelder en tit la décou- 
verte par hasard, en inscrivant le compte de sa blanchisseuse sur 
une pierre de Solenhofen, jusqu'à notre époque. Mais en atten- 
dant les documents intéressants que nous promettent les organi- 
sateurs de l'Exposition du Champ-deMars, VArt français nous en 
donne un dans son dernier numéro qui est bien curieux et mérite 
d'être signalé. C'est la reproduction de la première lithographie 
laite par un artiste français qui ne fut autre que le général 
Lejeune, un des meilleurs officiers de Napoléon Ie^ 

Voici dans quelles circonstances le général Lejeune fut appelé à 
dessiner sur la pierre qui devait faire la fortune de Senefelder et 
comment, le premier, il fil connaî'.re en France le nouveau pro- 
cédé : 

Le général, rentrant à Pans après la bataille d'Austerlitz, s'était 
arrêté à Munich pour saluer le roi Maximilien-Joseph. Au cours de 
la visite qu'il lui fit, ce souverain parla de l'invention de Senefelder 
en termes si élogieux que notre compatriote voulut se rendre dans 
les ateliers de l'inventeur. 

Là, malgré ce qu'on lui montra, lofficier resta incrédule à tel 
point que Senefelder lui dit : 

— Savez-vous dessiner? 

— Oui. 

— Eh bien ! faites un dessin quelconque et une heure après 
vous en aurez des épreuves. 

Le général Lejeune, piqué par la curiosité, mais toujours scep- 
tique, consentit, bien qu'il fût sur le point de partir et que sa voi- 
ture l'attendit à la porte. 11 fit dételer et se mit aussitôt à l'œuvre. 

Au bout d'une demi-heure, il rendait à Senefelder la pierre que 
celui-ci lui avait remise, ornée d'un dessin qui représentait un 
cosaque à cheval, la lance au poing. Sur ce, le général artiste 
s'en fut déjeuner avec la conviction qu'il n'aurait pas de sitôt la 
reproduction de son œuvre. Quel ne fut donc pas son étonnement 
de voir arriver, avant qu'il eût terniiné son repas, un ouvrier qui 
lui remettait cent épreuves de son cosaque! 

Le général Lejeune partit eiithousiasmé et son premier soin en 
arrivant à Paris fut de parler de l'invention nouvelle à l'empereur 
qui l'écouta avec le plus vif intérêt. 

C'est le cosaque dessiné en 180)i par le général Lejeune que 
VArl français a reproduit d'après une des cent épreuves tirées à 
Munich dans les circonstances que nous venons do rapporter. 



CHRONIQUE 22o 

Celle épreuve^ la seule peul-êlre qui existe encore, appartient 
au docteur Jolv, de Sedan, dont le père, le professeur Joly, de 
rinslilut, connut beaucoup le gcnéral Lejeune. Celui-ci, après la 
Révolalion de Juillet, quitta l'armée et se retira à Toulouse, où il 
devint directeur de l'Ecole des Beaux-Arts et de l'Ecole industrielle 
de cette ville. [Petit Journal.) 

Concours rkgional de Reims. — Exposition rétrospective de 
ISOij. — Appel collectif aux amateurs de la région. 

Tous ceux qui ont pris part aux belles fêles du Concours régio- 
nal, tenu à Reims en 1876, en ont gardé un souvenir plein de 
charme et de reconnaissance envers les organisateurs. Aussi, à 
l'annonce du nouveau Concours qui se tiendra dans notre ville au 
mois de juin prochain, un désir unanime de reproduire les fêles et 
les expositions d'il y a près de vingt ans, se fit jour dans la popu- 
lation et se manifesta sans relard sous l'action de l'Administration 
municipale, gardienne vigilante des bonnes traditions et de la 
renommée hospitalière de la cité. 

Laissant ici de côté tout ce qui concerne le Concours agricole 
proprement dit et ses annexes horticoles et viticoles, si attrayantes 
par leurs produits champenois, laissant de même aux associations 
compétentes le soin de parler des expositions de l'industrie et du 
commerce de Reims, nous venons énoncer simplement ce que l'on 
prépare et ce que l'on compte faire voir au public en fait d'anli- 
quilés, de curiosités historiques, de spécimens choisis de l'art 
ancien et de la première moitié du siècle. Il s'agit, en effet, de 
grouper au Palais de l'Archevêché tous ces souvenirs si intéres- 
sants du mobilier et de la décoration de nos pères dans un 
ensemble très spécial, fourni par les collectionneurs et les ama- 
teurs obligeants de la ville et de la région. Les Musées de l'Hôtel 
de Ville continueront à ouvrir toutes grandes leurs portes aux 
visiteurs qui afflueront vers ses sculptures, ses tableaux, ses col- 
lections d'antiquités, ses mosaïques et ses toiles peintes. C'est aux 
particuliers qu'il appartient de créer un Musée temporaire non 
moins curieux, empruntant sa valeur et son attrait k son carac- 
tère de spontanéité, de bon vouloir patriotique cl d'amour-propre 
local. 

A cet égard, rien de comparable au succès de l'Exposition rélro.-.- 
peclive de Heims en 1870. Organisée, sous l'action de l'autorité 
municipale, par un Comité que présidait l'honorable M. \dolphe 
Dauphinot, elle atteignit, par le concours de tous les amateurs 
éclairés, une splendeur et un degré de perfection dont l'image ne 
peut s'effacer de nos mémoires. Encadrée dans la belle ordon- 
nance de rappartemenl royal et historique du Palais de l'Ar- 
chevêché, elle engloba dans ses galeries et ses salons des séries 
innombrables et des collections merveilleuses d'objets antiques, 



2'2(j CHROMOUE 

de chefs-d'œuvre de l'arl les plus brillants et les plus appréciés. 
Rappeler le conliiigent qu'y fournirent, avec tant d'empresse- 
ment, les niodesles amateurs, comme les plus riches collection- 
neurs, ce serait refaire le catalogue si scrupuleusement dressé par 
MM. l'abbé Cerf, Daulreville, Ch. Givelel, Th. Peliljean et leurs col- 
lègues. Citons seulement ici, parce qu'elles sont devenues depuis 
parties intégrantes des richesses de la Ville, les admirables suites 
d'objets antiques, de céramiques françaises et de bibelots japonais 
exposés par Mn>« Pommery, par M""' Gerbault et par M. Alfred 
Gérard. Le reste marchait de pair avec ces merveilles. Pourquoi 
ne reconstituerait-on pas un pareil spectacle, si honorable pour 
notre ville aux yeux des étrangers, si plein de promesses pour son 
avenir artistique? 

Aujourd'hui, le même cadre s'offre à nous qu'en 1876, les mêmes 
efforts tendent à une aussi pleine réussite. Sur la demande de 
l'Administration municipale, qui a obtenu une allocation spé- 
ciale du Conseil pour couvrir tous les frais, et de concert avec 
l'Académie de Reims, un Comité d'organisation a été constilué. 
Le Cardinal Archevêque de Reims lui a accordé les mômes locaux 
qui lui avaient été concédés précédemment. Ce Comité, offrant 
toutes les garanties, est composé des hommes les plus compétents 
et les plus connus par leurs goûts éclairés pour les arts et par la 
valeur de leurs propres collections. 

Il agit sous les auspices du Cardinal Archevêque, du Général 
commandant d'armes, du Préfet de la Marne, du Maire de Reims 
et du Président de l'Académie. M. Léon Morel, l'archéologue si 
apprécié, a accepté la charge de commissaire général (Reims, ■?, 
rue de Sedan). 

C'est à l'abri de telles notabilités, et sous leur protection, que 
des appels particuliers ont été adressés à ceux de nos concitoyens 
connus pour posséder des œuvres d'art ou des curiosités dignes de 
fixer l'altentioa du public, ^'ous adressons ici un appel collectif et 
général à tous nos compatriotes, afin qu'il n'y ait aucune personne 
de bonne volonté qui puisse se dire tenue à l'écart. 

Le détenteur du moindre objet d'art peut le faire connaître au 
Commissaire général, qui l'accueillera avec la même gratitude 
que s'il venait des grands collectionneurs invités personnellement 
par le Comité. 

La demande qu'ils ont reçue est accompagnée du Règlement de 
l'Exposition : il est identiquement celui que l'on adopta en 187(1 et 
qui inspira alors tant de sécurité aux possesseurs de trésors artis- 
tiques. Les conditions du prêt, sa durée, l'assurance en cas d'in- 
(^endie, le retour des objets, tous les détails y sont suffisamment 
précis et (lairs, nous l'espérons, pour dicter une réponse favo- 
rable aux collectionneurs les plus méticuleux. Nous demandons 
aussi que celle réponse soit prompte, afin de permettre un clas- 
sement favorable et au gré des amateurs, la confection immédiate 



CHRONIQUE 297 

du catalogue el l'ouverUire dos salons an jour dit, c'esl-à-dire au 
1" juin prochain. En pareil cas, les tergiversations, les hésitations 
et les doutes doivent être bannis. I^oint de scrupules, quand il ne 
s'agit que d'un déplacement temporaire, dans un local fort bien 
clos et facile à surveiller nuit et jour. En retour de ce léger 
sacrifice, l'initiative de chacun est appelée à affirmer la vitalité 
artistique de la Champagne, but généreux et d'un intérêt pratique 
dans un moment où il est partout question de décentralisation. 

Que l'on se rende compte, en effet, de la nécessité où sont les 
villes, à notre époque, de maintenir leur renommée dans toutes 
les circonstances notables, par une manifestation digne de leur 
situation actuelle et de leur passé. Faute de ce déploiement 
d'efforts dans leur propre sein, c'est la déchéance qui s'ensuivrait 
pour elles. L'exemple a été donné autour de nous depuis 181(3 : 
Châlons a organisé plusieurs expositions, notamment celle du 
Souvenir Français l'an dernier; Epernay a récemment tenu les 
visiteurs sous le charme de son exposition horticole, et Charle- 
ville a créé tout d'une pièce une exposition d'art et d'industrie. 
Dans le même laps de temps, en dehors des remarquables expo- 
sitions de la Société des Amis des .\rts, la ville de Heims n'a oll'ert 
aux regards des étrangers que deux expositions bien réussies, mais 
improvisées et partielles, la première lors de la visite du Président 
de la République, et la seconde à l'occasion du Centenaire de 
Valmy. 11 est temps d'agrandir le cadre de ces efforts afin de 
remonter au niveau d'il y a vingt ans. 

Une question capitale, celle de l'enseignement du dessin et de 
la vulgarisation des modèles d'art industriel, s'ajoute aux raisons 
d'ordre général pour presser l'ouverture et garantir le succès 
d'une semblable exposition dans une ville cijmme Reims, centre 
manufacturier essentiellement intéressé au développement du 
goût public. 

Les plus heureuses conceptions se font jour d'ailleurs dans le 
sein du Comité, et présagent des attractions d'un caractère neuf,, 
original et opportun. On projette l'installation, dans la chapelle 
haute de l'Archevêché, d'une série d'art religieux rétrospectif, à 
l'aide des trésors des églises et des hospices. Le Musée lapidaire 
de la chapelle basse_, 0'"i est le tombeau de Jovin, serait ouvert en 
môme temps que l'on réunirait dans les salons contigus les col- 
lections préhistoriques, gauloises et gallo-romaines les plus 
célèbres de la région. En outre, il est question d'offrir aux yeux 
un tableau vivant et pittoresque de l'histoire médicale de Reims, 
par le groupement des portraits de ses docteurs les plus célèbres 
et de leurs publications les plus saillantes. — On étudie la mise 
en scène des souvenirs reconnaissants cousaci'és par les âges suc- 
cessifs à Jeanne d'Arc. — On prépare la collection d'œuvres de 
peintres de toutes les époques, môme modernes, et spécialement 
de l'œuvre des peintres rémois, Lié-Louis et Alphonse Perin, si 



228 CHRONIQUE 

estimés, l'on comme miniaturiste, et l'autre comme auteur des 
fresques de Notre-Dame de Lorette à Paris. — On voudrait, 
d'autre part, présenter l'ensemble de l'histoire de la typographie 
à Reims, depuis ses origines au xvi^ siècle jusqu'à nos jours. — 
Enfin, on parle même, sujet tout dill'érent, mais actuel à tous les 
points de vue, d'une exposition historique coloniale, c'est-à-dire 
d'une réunion d'objets provenant des colonies françaises, et inté- 
ressant le public à ces questions vitales pour l'intluence de notre 
patrie dans le monde. 

Si ces points du programme aboutissent au gré des organisa- 
teurs, ou si du moins leurs vœux principaux sont réalisés, l'Expo- 
sition prochaine sera instructive autant que variée. Elle s'adres- 
sera à tous les sentiments élevés et patriotiques, dans le domaine 
de l'art comme dans celui de l'histoire. Mais il faut joindre pour 
cela un élément indispensable à l'action du Comité; cet élément, 
c'est le concours entraînant, conliant et dévoué de tous nos com- 
patriotes et de tous nos voisins intéressés à nos elTorts. Isolé, le 
Comité ne peut que tracer des plans et ouvrir des vitrines; mais 
accueilli par la faveur publique, secondé par les apports des ama- 
teurs, il pourra exécuter ses divers projets, procurer à tous les plus 
nobles jouissances, et ajouter une nouvelle page, ouvrir un essor 
nouveau à l'activité artistique et intellectuelle de la région. 

H. Jadart, 
Secrétaire du Comité. 



M. René de Saint-Marceaiix, le distingué statuaire rémois, vient 
d'être chargé d'exécuier le buste de M. Félix Faure, le nouveau 
président de la République. 

L'Etat vient de faire don au Musée de Reims d'un grand tableau 
de Palma ayant pour sujet la Conversion de saint Paul. 



La MUsini'E A Reims. — La Société philharmonique de Reims, 
une des meilleures, assurément, de la province, vient de donner 
la première audition d'une œuvre très importante d'un jeune 
compositeur alsacien, fixé à Reims, M. J.-A. Wiernsberger. C'est 
une légende en trois parties pour soli, chœurs et orchestre, mti- 
tulée : le Camp d'.iUila; le poème est dû à M. Fernand Moch. 
M. Wiernsberger était déjà avantageusement connu par diverses 
compositions dramatiques exécutées en Belgique et dans les 
grandes villes du Nord. Son nouvel ouvrage paraît marquer 
encore un progrès sur les précédent?, et la presse rémoise a été 
unanime à louer les qualités de puissance et d'inspiration qui le 
caractérisent. L'exécution, sous la direclioii de l'auteur et avec le 
concours de M. et de M""" Auguez, a été très satisfaisante. C'est là 



CHRONIQUE 229 

une tentative nouvelle de décentralisation artistique dont on ne 
saurait trop savoir gré à la Société philharmonique de Reims, 

(Débals.) 

La Veillée de Jeanne d'Arc, tel est d'autre part le titre d'une 
composition nouvelle de M. Ernest Lefèvre, scène lyrique pour 
soprano, chœur d'hommes et orchestre, éditée fort élégamment 
par M. Emile Mennesson. 

Le livret est d'un poète bien connu à Reims, et qui a déjà su se 
faire un nom parmi les esthètes parisiens^ M. P.-R. Ghensi. 

La Veillée de Jeanne d' Arc sera prochainement exécutée comme 
intermède musical au grand théâtre de Reims, par les soins de 
M. Viliefranck, et c'est très probablement iM"" Blanc, l'excellente 
cantatrice récemment applaudie à la Philharmonique et au 
dernier concert de la Musique Municipale, qui tiendra le rôle de 
Jeanne d'Arc. Les chœurs seront chantés par l'Union Chorale 
sous la direction de l'auteur, et l'orchestre du théâtre accompa- 
gnera. 

Cette (Huvre est dédiée au Président de l'Union Chorale de 
Reims, M. A. Renard. 

Dans le courant de l'année 1894, M. Thévenin, cultivateur à la 
ferme de Queulx, écart de la commune d'Ambrières (Marne), 
occupait un terrassier au nivellement d'un terrain, sis à une petite 
distance des bâtiments de la ferme, quand la pioche de l'ouvrier 
mit à découvert des armes anciennes, un crâne ainsi que des 
ossements. M. Thévenin recueillit le tout et le mit en lieu siir. 

Dernièrement, ces objets étaient présentés à M. l'abbé Fourot, 
professeur au Collège de Saint-Dizier (Haute-Marne), qui a 
reconnu que l'origine de ces armes remontait au v« ou vi* siècle. 
Ce sont deux scramasaxes, ou poignards francs : l'un mesure une 
longueur de quarante huit centimètres, l'autre une longueur de 
quarante-deux; enfin un fer de lance de vingt-six centimètres, à 
douille, avec un reste de hampe. 

En attendant que l'avenir fasse surgir de nouvelles découvertes, 
M. Thévenin-Garnier a abandonné gracieusement les objets dont 
nous venons de parler à la Société des Sciences, Arts et Agricul- 
ture de Saint-Dizier, et ces armes, appropriées par les soins de 
de M. l'abbé Fourot, figureront prochainement dans le Musée de 

cette ville. 

* 

On vient de découvrir, dans le département de la Côte-d'Or, 
une sépulture antique, construite en pierres sèches et contenant 
une épingle à cheveux en bronze qui ne mesure pas moins de l'>7 
centimètres de longueur. 

Cette magnifique épingle, parfaitement patinée, dite à enroule- 



230 CHRONIQUE 

ments, est jusqu'ici, [tarmi celleô qui ont été recueillies sur le sol 
de l'ancienne Gaule, la seule qui atteigne ces proportions phéno- 
ménales. 

La sépulture renfermait en outre, indépendamment d'un ban- 
deau d"or vendu immédiatement à un orfèvre, trois bracelets de 
bronze ciselés, treize anneaux de même métal et une sorte de 
crochet ayant servi d'attache à une ceinture; de plus, des débris 
de fibules et de pendeloques. 

Les dents verdies par l'oxyde de cuivre semblent indiquer, par 
leurs formes et leur fraîche conservation, que la personne inhumée 
avait à peine atteint l'âge adulte. 

M. Léon Morel, l'archéologue bien connu, s'est rendu acquéreur 
du mobilier de cette remarquable sépulture que l'on pourra admi- 
rer à l'exposition rétrospective qui aura lieu à Reims, en juillet 
prochain, pendant les fêtes du Concours régional agricole. 



M. Pol Neveux, sous-bibliothécaire à l'Ecole des Beaux-Arts, pré- 
cédemment attaché à la Bibliothèque Mazarine, et qui récemment 
encore faisait partie du cabinet de M. Georges Leygues, au minis- 
tère de l'Instruction publique, vient d'être nommé sous-chef de 
cabinet de M. Poincaré, ministre de l'Instruction publique. 

M. Pol Neveux est le fils de M. Neveux, conseiller municipal de 
Reims. 

L'un de nos compatriotes rémois les plus distingués, M. Henri 
Thuillier, vient de remporter un véritable succès, avec ses vins 
d'Algérie, au Concours général agricole de Paris. Voici les nom- 
breuses et très sérieuses récompenses qui lui ont été décernées : 

Vins blancs de coteau. — Diplôme de médaille d'or. 
Vins He liqueur de coteau. — Diplôme de médaille d'argent. — Diplôme 
de médaille de bronze. 

Vins blaucs mousseux. — Médaille d'or. 
Eaux-de-vie d'Algérie. — Diplôme de médaille d'or. 

C'est là un brillant succès dont il convient de féliciter Tintelli- 
gent et persévérant colonisateur. 

D'autre part, toute une importante série de récompenses ont été 
attribuées à l'Association syndicale des propriétaires récoltants de 
Champagne, dont le siège est ii Damery. Cette Association a pré- 
sentement pour président M. Yvonnet, et pour secrétaire M. Dela- 
ruelle. Le jury a rendu justice aux diverses qualités de nos vins, 
et quarante exposants syndiqués ont obtenu quarante-trois récom- 
penses. En voici la liste relevée sur le catalogue officiel : 

Vins blancs de la Marne. 
Médaille <rargent, Association syndicale de Cbampagne, à Damery, 



CIIKONIQUE 2;{1 

PRr.MlKUK Caïkgorie 
MéJailie d'or, M. Aiif^ugle Gilmer, à Oger. 
Médaille d'or. NJ. Wif^non-Duval, à Ay. 
Médaille d'or, M. Ernest Quenardel, à Verzenav. 
Médaille d'or, M. Pierre de Saint-Juan, au Mesnil-siir-Oger. 
Médaille d'or, M. Albert Valet, à Mareiiil-sur-Ay, 
Mf'daille d'argent, M. Désiré Aimé, à Mailly. 

DfCxiÈiis Catkgorie 
Médaille d'argent, M. Louis Bourdon, à Mareuil. 
Médaille d'argent, M. Bourdon-Mary, à Mareuil. 
Médaille d'argent, M. Coutelas- Morel, h Reuil. 
Médaille d'argent, M. Delaruetle, à Damery. 
Médaille d'argent, M. Grandamy-Bradier, à Reuil. 
Médaille d'argent, M. Théophile Hanin, à Damery. 
Médaille d'argent, M. David Hubert, à Reuil. 
Médaille d'argent, M. Mary-Jobin, à Mardeuil. 
Médaille d'argent, M. Hubert Lernoine, à Reuil. 
Médaille d'argent, M. Lévêque-BardeauJ. 
Médaille d'argent, M. Firmin Mannebarlh, à Damery. 
Médaille d'argent, M. Marchai-Marmot, à Damery. 
\'édaille d'argent, M. Marlier-Lemanche. à Van lières. 
Médaille d'argent, M. Mary-Mothé, à Mf-rdeuil. 
Médaille d'argent, M. Paul Mathieu, à Reuil. 
Médaille d'argent, M. Bertrand Naïaur. à Damer}'. 
Médaille d'argent, NJ. Denis Pcssenet, à Reuil. 
Médaille d'argent, M. Poissinet-Morel, à Reuil. 
Médaille d'argent, M. Tallot-Cornet, à Reuil. 
Médaille d'argent, M. Vignon-Oudard, à Reuil. 
Médaille de bronze, M. Hanin-Guyot, à Damer\'. 
Médaille de bronze, M. Mihéru-Savoye, à Œuiily. 
Médaille de bronze, M. Jules Rém}', à Vandières. 
Médaille de bronze, M. Yvonnet, à Damery. 
Médaille de bronze, M. Dourdon-Pessenet, à Reuil. 

Vins rouges. 

Médaille d'or. M. Marchal-Marmol, à Damery. 
Médaille d'argent, M. Hanin-Guyot, à Damery. 
Médaille d'argent, M. Paroissien-Guillaume, a Damery. 
Médaille d'argent, M. Tarlant (Hérault), à Qvjilly. 
Médaille d'argent, M. Yvonnet, à Damery. 
Médaille de bronze, M. Narcisse Canet, à Monligny. 
Médaille de bronze, M. Delaruelle, à Damery. 
Médaille de bronze, M. Delorme, à Damery. 
Médaille de bronze, M. Théophile Hanin, a Damery. 

O grand succès de l'Association .syndicale des vignerons pro- 
ducteurs de la Marne doit les encourager à persévérer dans leur 
œuvre. lis se sont ouvert des débouchés directs par leurs vins 
rouges et blancs non travaillés {nature, puisque c'est le mot 
adopté; et leurs vins champagnisés sous la surveillance du Comité 
de l'Association. En février seulement, la vente de ces vins s'est 
élevée au chiffre considérable de 12,000 barriques cliaitipcnoises. 



232 CHRONIQUE 



Le Conseil municipal de Mouzon (Ardehnes) a décidé d'élever 
un monument à la mémoire des soldais morts_, en 1870, à l'am- 
bnlancc de Mouzon. 

Le monument sera érigé au cimetière, sur l'emplacement de la 
tombe où ont été déposés les corps des soldats. 



La Société amicale do la Marne donnait le 22 lévrier au soir, 
chez Corazza, son premier banquet de l'année, sous la présidence 
de M. le D'' Duguet. 

On remarquait dans l'assistance : MM. Diancourt, sénateur ; 
Vallé et Bertrand, députés; Th. Dubois, de l'Institut; Clairin, 
conseiller municipal; Tantet, maire du .3'' arrondissement; 
Aulier, inaire de Sainte-Menehould ; Maurice, conseiller général 
de la Marne; Person, Pizard, Haussaire, Dagonet, Pilet, Cordier, 
Dallier, etc., etc. 

Après une courte et spirituelle allocution, M. le D"^ Duguet a fait 
réloge de notre compatriote M. Guârlet, attaché au ministère des 
all'aires étrangères, nouvellement promu chevalier de la Légion 
d'honneur. 

La parole a été ensuite donnée à M. Haussaire, professeur au 
lycée Charlemagne, qui, tout en se défendant de vouloir faire 
une conférence, a tenu l'auditoire sous le charme de sa parole 
avec (( Les vieilles Légendes ». 



Le même jour a eu lieu le premier banquet des Haut-Marnais de 
Paris, sous la présidence du poète Edmond Haraucourt. 

Dans la nombreuse assistance figuraient MM. Emile Richebourg, 
le romancier connu; Paillardin, Xavier Borssat, avocat à la Cour; 
le marquis de Pimodan, duc de Rarécourt; Hanoteau, adminis- 
trateur des forges du Val d'Osne; Albert Arnal, avocat à la Cour; 
Maynard, avoué à la Cour; le comte Ducos, propriétaire de l'an- 
tique abbaye de Septtontaines; le docteur Rabert, Jamin, le 
peintre Gabriel Guérin, Keller, Roger, ingénieur; Dutailly, avocat 
à la Cour; Eugène Roussel, Lambert de Posange, etc., etc. 



On écrit de Vertus (Marne) au Courrier de la Champagne : 
« La ville de Vertus a vendu son diadème! Ainsi en a décidé le 
Conseil municipal. 

La superbe promenade dite Allée des Soupirs, composée de VM) 
beaux ormes deux fois séculaires, est livrée à la hache. Ces beaux 
arbres sont très sains et ne demandaient qu'à vivre et à continuer 
de servir, pendant les chaleurs, aux promenades des jeunes 



CHRONIQUE 233 

enfants, aux récréations des garçonnets, de square où la musique 
se faisait entendre. 

Le produit en sera de ;!,()0N fr., d'ot'i il faudra déduire 1,000 fr. 
pour la replantation. 

Qui sait si cette belle ceinture de géants ne protégeait pas la 
population contre certaines maladies épidémiques? 

Les étrangers de passage, grand nombre d'habitants, des natifs 
qui se disposaient à revenir au pa)'s, tous regrettent hautement ce 
vandalisme. » 

Le docteur Henri Jolicœur, de Reims, mort récemment, n'a pas 
oublié dans son testament les divers établissements hospitaliers 
de cette ville dont il avait étudié les besoins avec une si vive sol- 
licitude. 

il laisse 20,000 fr. à la Maison de Retraite; lO^UOO fr. à l'Hôtel- 
Dieu; 10,000 fr. à rHûpital-(;énéral ; 10,000 fr. à l'Hôpital Saint- 
Marcoul; 2,000 fr. au Bureau de bienfaisance; "ù.OOO fr. aus 
Petites Sœurs des Pauvres; l,oOO fr. à l'Ecole de Médecine; en tout, 
une somme de 58,000 fr. consacrée ainsi à des œuvres philanthro- 
piques. 

* 

* *• 

M. Ritt, ancien receveur particulier des tlnances à Epernay, 
ancien trésorier-payeur général du département de l'Aude, vient 
d'être promu au grade d'oflicier dans l'ordre de la Légion 
d'honneur. Chevalier depuis le 14aoiit iHQl, il compte aujourd'hui 
trente années de services. 

M. Ritt est actuellement gouverneur de la principauté de 
Monaco. 

* ♦ 

Le nouveau ministre de la marine, l'amiral Besnard, est par 
son mariage allié à une des plus honorables familles rethéloises. 

11 a épousé ]V1"'= Laurence, fille de M. Laurence-Duval et petite- 
fille de M. Duval-Rousseau, chef de la maison de banque bien 
connue et très estimée dans les Ardennes : Duval, Rousseau et C»'. 

M""" i'amirale Besnard est la nièce de nos sympathiques compa- 
triotes M. et M"' Purnot-Duval, de Rethel. 

M"* Laurence était déjà, à Rethel, un peintre très distingué. 
Elève de Chaplin, elle a du exposer plusieurs fois au Salon. 



Nos COMPATRIOTES A Mada(;ascar. — M. Godin, sous-intendant 
militaire de la iZ' division d'infanterie — qui réside depuis sept 
ans à Reims, où il s'est très justement acquis de nombreuses 
sympathies — vient d'être désigné pour faire partie du corps 
expéditionnaire de Madagascar, comme sous-intendant du quartier 
général. 



234 CHUONIQUE 

La disLincLion dont M. (iodin est l'objef. est d'autant plus tlal- 
teuse, que cet officier si-périeur n"a pas sollicité son envoi à Mada- 
gascar. Il a été choisi et désigné par le chef des services adminis- 
tratifs, M. Thouniazou, sous les ordres duquel M. Godin a déjà servi 
en Tunisie. 

M. Thoumazou a également fait la campagne de Flndo-Chine, 
et sa haute compétence nous garantit que le service des ravitaille- 
ments, si difficile dans un pays comme Madagascar, ne laissera rien 
à désirer. 

M. Godin, qui est allié à une famille chàlonnaise, était, avant 
d'entrer dans l'intendance, un brillant officier d'infanterie. Il fit 
comme oflicier au 74'" de ligne la campagne de 18"0, et se dis- 
tingua au combat de Wissembourg. 

— Le docteur Lepage, médecin principal en second à l'hôpital 
de Bordeau.x, vient d'être désigné pour être médecin en chef d'un 
hôpital d'évacuation à Madagascar. 

M. Lepage partira prochainement avec 2o infirmiers de l'hôpital 
de Bordeaux, qui ont demandé à faire partie du corps expédi- 
tionnaire et dont les notns ont été désignés par le sort, tant était 
grand le nombre des demandes. 

Le docteur Lepage, chevalier de la Légion d'honneur en 18*0, 
est officier depuis cinq ans; déjà il compte de très nombreuses 
campagnes tant en Algérie qu'en Tunisie. 

Le docteur Lepage est de Vitry-le-François. Les meilleurs vœu.x 
de ses compatriotes l'accompagnent dans sa nouvelle et lointaine 
canjpagne. 

Un très beau portrait du regretté Gustave Bazin est e.vposé en 
ce moment chez M. L'Hosle, rue de Talleyrand, à Reims. 

Il est dû au talent justement apprécié de M. Lamare. C'est un 
grand pastel fait d'après une excellente photographie de M. Bor- 
deria. 

M. Lamare est un artiste habile et consciencieux dont les ceuvres 
méritent tout particulièrement d'être recommandées. 



Dans les premiers jours de février, M. Elle Durey, cultivateur au 
Plessis-Barbuise (.4ube), était occupé à l'extraction de roches situées 
près du passage à niveau du chemin de fer desservant cette com- 
mune, lorsque son pic heurta des pierres superposées, maçonnées 
avec art, — indiquant clairement qu'il se trouvait en présence de 
fondations remontant à une époque fort reculée, car la tradition 
locale est muette sur leur existence. 

Encouragé par la quantité de pierres qu'il rencontrait, il pour- 
suivit ses fouilles et mit successivement k découvert des fragments 
de poterie d'une confection assez grossière, d'autres, d'un, toucher 



CHRONIQUE 23lj 

et d'une finesse que ne répudieraient point la plupart de nos 
artistes d'aujourd'liui; des tuiles, (jui semblent faites à la méca- 
nique et s'adaptent les unes aux autres avec une justesse merveil- 
leuse; une lampe en terre, etc. 

Mais la partie la plus inléressanle de son travail commence à la 
découverte de la cheminée d'une des pièces explorées, munie de 
dalles en terre cuite parfaitement conservées. 

A cùté de cette cheminée — dans une minuscule construction 
mesurant m. 80 de profondeur, m. 40 de largeur, et m. i") 
à m. 20 de hauteur, faite en carreaux de terre, — il mit à jour, 
empilées les unes sur les autres, plus de deux cents pièces de 
monnaies romaines, dont les plus anciennes remontent à Auguste, 
et les plus récentes à Constantin le Grand. Toutes sont en cuivre, 
et. sans exception, d'une conservation surprenante ; on croirait 
que les effigies, les atlribuls symboliques et les inscriptions datent 
de cinquante ans. 

» * 

Mariages. — Le [> février 1895 a eu lieu le mariage du comte 
Gérard de Rohan-Chabot, propriétaire du domaine de Vindey 
(Marne), avec M'"" Cécile Aubry-Vitet_, tille aînée de M. Eugène 
Aubry-Vitel, et nièce de feu M. Vitet, de l'Académie française. 



Le même jour a été célébré, en l'église Saint-Honoré-d'EyIau, à 
Paris, le mariage de M. Jules Deperthes, architecte, premier second 
prix de Rome, avec M"*^ Valentine Jouvin, fille de M H. Jouvin, 
membre du Conseil de surveillance du Figaro. 

.M. Jules Deperthes est le fils du sympathique rémois, M. Deper- 
thes, architecte de l'Hôtel de Ville de Paris. 



Le 12 février a été célébré, en l'église d'Ay (.Marne), le mariage 
de 1M"« Aubert, fille de M. Auguste Aubert, négociant, avec 
M. Henri Velly, d'Epernay, notaire à Château-Thierry. 



Le mariage du comte Charles-Henri de Lenzbourg, capitaine 
d'état-major dans l'armée suisse, avec M'" Marguerite de Pleurre, 
fille de la marquise de Pleurre, a été célébré à Paris, le 20 février, 
en l'église Saint-François-.\avier, au milieu d'une brillante assis- 
tance. 

Les témoins étaient : pour le fiancé, le comte de Nugent, son 
oncle, et M. de Mérignac, son beau-frère; pour la fiancée : le comte 
de Méré et le comte du Fou, ses oncles. 

M. l'abbé Gardey, curé de Sainte-Clolildc, a donné la bénédic- 
tion nuptiale, et M. l'abbé de Rréon, oncle de la mariée, a dit la 
messe. 



230 CHRONIQUE 



Le même jour avait lieu en l'église Saint-Pierre de Chaillot, le 
mariage de M"" Thérèse Le Conte avec M. Adrien fiéliot, proprié- 
taire du château de Saint-Martin-d'Ablois (Marne). 

La veille avait eu lieu le mariage civil. 

W^"- Thérèse Le Conte esi rarrière-pelite-fille de M"' Purnot, la 
petite-fille de I\l"'° Eugène Gallice et la fille de M. Paul Le Conte, 
de Châlons, ancien magistrat, propriétaire du château deDonnans. 

Ce mariage unit donc de très honorables et très honorées 
familles d'Epernay et du département. 

M. Céliot, dont on a pu déjà constater à Saint-Martin d'Ablois 
l'esprit bienfaisant, trouvera dans sa jeune femme une gracieuse 
et active auxiliaire. 

D'abondantes distributions ont été faites aux indigents, à l'occa- 
sion du mariage. 



MÉLANGES 



Une relation inédite de l'exécdtion de Louis XVI. — Le p;oùt 
actuel est aux mémoires, aux correspondances de la Révolution et de 
l'Empire. Avec les écrits venus des grands acteurs de l'épopée napoléo- 
nienne, des maréchaux et des généraux, nous avons en les journaux de 
marche des simples officiers, sous-officiers et soldats, frappés des formi- 
dables événements auxquels ils étaient appelés à prendre part, et soucieux 
d'en transmettre le souvenir à leurs descendants. 

Il n"esl pas jusqu'aux plus humbles citoyens, artisans des villes ou labou- 
reurs des campagnes, que celte préoccupation n'ait inspirés et dont quel- 
ques-uns n'aient tenu à écrire les choses qu'ils avaient vues — leurs sou- 
venirs de la « grande époque ^>. 

L'abondance des documents de cette nature a pu faire naitre dans quelques 
esprits le soupçon de supercheries littéraires ; on a alfecté de croire que plu- 
sieurs de ces Mémoi es avaient dû être fabriqués après coup, pour satisfaire 
à la curiosité toujours croissante du public. La vérité est que ces sortes 
d'autobiographies militaires, que ces mémoriaux d'anciens soldats existent 
en beaucoup plus grand nombre qu'on ne pourrait le supposer. Voici que, 
de tous côtés, sortent de la poussière des archives familiales, sous forme de 
pauvres cahiers jaunis, maculés ou déchirés, ces Aclcs modestes qu'on reli- 
sait le soir à la veillée, qu'on se léguait pieusement de père en tils, dans 
les maisonnettes des faubourgs, sous le toit moussu des chaumières. Pour 
peu que l'on regarde attentivement autour de soi, on découvrira bien vite 
quelque spécimen encore inédit de ces véritables confessions populaires dont 
M. Alfred Darimon vient de nous donner un modèle si caractéristique dans 
les Mémoires du sergent François Lavaux, 

C'était un Champenois, lui aussi, que ce Pierre-Joseph Joly auquel est 
emprunté le' récit qui va suivre. Né à Reims, le 17 juin 1770, dans une 
condition fort ordinaire, il vint à Paris chercher fortune, à peine âgé de 
vingt ans. La Révolution commençait: il assista aux scènes les plus terii- 
fiautes et les plus pathétiques du drame. Puis, gagné à son tour par la 
fièvre belliqueuse qui, peu à peu, s'emparait de tous les esprits, il s'en- 
gage, le 10 mai l793, comme volontaire, fait campague en Vendée, en 
Italie, aux îles du Levant, où il tombe entre les mains des Russes et des 
Turcs. Bientôt relâché, il rentre en Italie et, de là, va combattre, après 
maintes marches et contremarches, en Autriche, en Allemagne et en 
Pologne. Assiégé dans Danlzig, avec le petit corps d'armée de Rapp, par 
les troupes de Barclay de ToUy, à la suite d'une longue et héroïque défense, 
après avoir subi les misères de la faim et de la maladie, essuyé le feu d'un 
effroyable bombardement, Joly est compris dans la capitulation de la place 
(29 novembre 1813) et envoyé en Russie dans le gouvernement d'Orel. Là, 
il trompe les ennuis de sa captivité en observant les mœurs du pays, notant 
soigneusement les monuments, les costumes qu'il rencontre sur son pas- 
sage. Un petit carnet de poche, conservé précieusement par sou pelit-fils 
renferme une quarantaine de dessins, sépias et aquarelles pris par lui au 
cours de ses voyages ; on y voit des (leurs délicatement coloriées, des types 
d'Albanais, de Juifs petits Russiens. de Polonais, de Cosaqucsdu Hon, des 



238 MÉLAÎSGËS 

scènes d'intérieurs en Lilhuanie et en Podolie,- où le geste et l'attitude des 
personnages sont souvent croqués avec naturel et bonhomie. 

Ici s'arrête la carrière militaire de notre héros. Libéré au coramencement 
de l'automne de 1814, il a consigné minutieusement dans un feuillet les cent 
dix-sept étapes de son retour. Hentré dans ses loyers, Joly se maria et vécut 
encore de longues années d'un petit emploi qu'on lui avait procuré dans 
l'administration des hospices de sa ville natale. Ainsi retraité avec !e 
grade de capitaine, la croix de la Légion d'honneur et la médaille de 
Sainte Hélène, le vieux brave est mort à Heims, It 30 août 1861, dans sa 
quatre-vingt-douzième année. 

Le récit que nous publions ci-après de l'exécution du Roi, à laquelle Joly 
assista, le 21 janvier 1793, se dislingue par quelques menus détails des 
versions reproduites par le marquis de Beaucourt, dans son beau livre sur 
la Captivilé cl les derniers moments de Louis XVI (Paris, Picard et (ils, 
1892, 2 volumes iu-8"). A. Taissehat-Kadel. 

... Pendant ces temps, raconte Joly, j'ai vu des choses que je 
dois décrire. 

La première fut une fête en l'honneur des Suisses. C'était une 
fêle républicaine. Il y avait un char sur lequel quarante Suisses 
devaient monter, mais ils eurent la modestie de marcher der- 
rière. Je ne me rappelle pas trop le motif de celte fêle. Ensuite 
je vis la Fédération du 14 juillet 1192 ; elle eut lieu au Champ de 
Mars, qui est une place qui va de la rivière de la Seine à l'Ecole 
Militaire. Cette place est immense; les côtés avaient des talus pour 
les spectateurs, le milieu était occupé par les troupes. II y en avait 
une grande armée. Au centre était un monticule ayant plusieurs 
marches, sur lequel s'élevait une pyramide chargée de tous les 
blasons et armoiries de la France, et entourée de paille à laquelle 
le lîoi; suivie d'une partie des seigneurs de sa Cour, fut con- 
traint de mettre le feu, indiquant par là la suppression de toute 
noblesse. 

Il ne put rester jusqu'à la fin de celte cérémonie, qui aurait été 
réellement belle sans la triste circonstance qui y avait donné lieu. 
Les troupes défilèrent, après diverses évolutions; l'artillerie, qui 
était au bord de la rivière, faisait un bacchanal d'enfer; la foule 
était innombrable. Enfin, ce fut une fête de premier ordre. 

Le 10 aoi'it suivant fut d'un autre genre : ce n'était plus une fête, 
mais un massacre. Ce jour fut terrible ; la description en ferait hor- 
reur. Le peuple, acharné contre la Cour, assiégea le château des 
Tuileries, égorgea Ions les Suisses qui défendaient le Roi. J'ai vu 
de mes yeux, et j'en frémis encore, jeter tout vivants, par les fenê- 
tres, des malheureux qui s'étaient cachés dans des réduits; des 
monstres se tenaient au pied des murs, la pique haute, pour les 
recevoir ou les percer : les rues avoisinant le palais étaient jon- 
chées de cadavres. Je frémissais de ces choses; la curiosité m'en- 
trainait, mais j'avais horreur de ce que je voyais. 

Le Roi, dès le commencement de ces épouvantables scènes, 
avait été conduit dans le sein de la Convention, assemblée légis- 



-MlÎLANaLCS- ■1?)'} 

lativc qui s'était etnpuréc du pouvoir. Il y resta, ainsi ijue los 
princes et princesses, jusqu'au lendemain qu'on les conduisit, 
comme des criminels, au Temple, où ils furent enfermés. 

Les journées des 2 et 3 septem])re suivant furent aussi affreuses, 
mais d'une autre nature, l'ne foule de forcenés allèrent dans toutes 
les prisons de la ville et égorgèrent la presque totalité des prison- 
niers. Je vis, en passant sur le pont au Change, qui se trouve en 
face du Chàtelet, une montagne de cadavres qui y étaient agglo- 
mérés : le sang qui en découlait couvrait les pieds des passants; 
on enleva ces morts par voitures pour les jeter plus loin dans la 
Seine. La cour du Palais de Justice en avait autant; à la Force, il 
on était de même, ainsi qu'à la Salpêtrière. La princesse de I-am- 
balle fut une de ces victimes que leur rage poursuivit de la rnanit're 
la plus féroce; car, après l'avoir assassinée, on lui coupa la tète 
que l'on mit au bout d'une pique. Son corps fut ouvert tel qu'on 
ouvre un porc; on lui déchira les entrailles, on la lia par les pieds, 
et nue, comme un vil animal qu'on traîne à la voirie, on la traina 
sur le pavé par toutes les rues de la ville. Il y avait un de ces 
assassins qui tenait son cœur et son foie ainsi que la fressure 
d'un veau, et en frappait les curieu.x qui regardaient cet abomi- 
nable spectacle. Je travaillais alors rue Thévenot et près de la rue 
Montorgueil; attirt- par les cris, je sortis et je vis de mes yeux ce 
cortège de canniliales. 

Dans ce temps, je quittai le quartier de la Porle-Saint-Martin 
pour aller loger chez un maître de dessin, dans l'intention d'ap- 
prendre l'architecture, et je vis, au commencement de 1793, le 
complément de toutes les horreurs. Le Roi fut jugé et condamné 
à mort. Ce fut le 21 janvier qu'eut lieu cette e.xécution. Je l'avoue, 
quoique tout frissonnant de ce que je voyais journellement, j'étais 
jeune et curieux; je me rendis seul sur la place d'exécution. Elle 
était déjà remplie de gardes nationales, tant cavalerie, qu'infan- 
terie et artillerie. Toutes les issues étaient défendues par deux 
pièces de canon chargées jusqu'à la gueule; cependant je parvins 
à passer, quoique sans armes; il n'y avait que les corps armés 
qui y pouvaient rester. 

Il y avait, à peu de distance de l'échafaud, de vastes bassins qui 
servaient aux maçons pour fondre leur chaux. Je me jetai dedans, 
où je vis déjà deux ou trois personnes qui s'y étaient réfugiées, 
et, dans cette position, j'attendis le moment qui devait couvrir 
la France de la plaie la plus sanglante qu'elle eut jamais et qu'il 
y a lieu de croire qu'elle aura jamais. 11 faisait un brouillard hor- 
rible. Enfin, sur les dix heures et demie du malin, on entendit 
une confusion de vois qui criaient: « Le voilà! » Alors je me 
perchai sur l'angle de ce bassin dans lequel j'étais enfermé, cl 
vis arriver le triste cortège. Le Hoi descendit de la voiture, et fut 
dépouillé au pied de l'échafaud : il eut les mains liées derrière le 
dos et les cheveux coupés. Il était en vestfc de molleton, el quand 
il fut sur l'échafaud, il passa à gauche de la guillotine et pronomja 



240 MÉLANGES 

quelques paroles d'une voix forlc (que je crois entendre encore), 
mais qui fut aussitôt rouverte par les tambours qui étaient au 
pied de se triste théâtre, lesquels tirent un roulement, jur le 
signal du fameux Sanlerre, commandant alors la garde nationale 
de Paris. Ensuite, les exécuteurs prirent ie Roi, le couchèrent sur 
la bascule, et en un clin d'œil la tête tomba. Un aide la saisit et 
la montra à la foule, qui fit entendre les cris de : « Vive la Répu- 
blique ! » 

Autant que je puis me rappeler, j'ai entendu au bout des 
Champs-Elysées un coup d'arme à feu qui partit de ce côté. 

A peine l'exécution finie, je vis une infinité de personnes se 
présenter au pied de l'échafaud pour recueillir quelques gouttes 
du sang de cette victime. J'ignore dans quel but elles cher- 
chaient à en avoir; je n'en fus pas instruit. Les troupes se reti- 
rèrent, et je fus moi-même un des premiers à en faire autant. Je 
trouvai des connaissances qui m'entraînèrent à la Commune, où 
je pus pénétrer; et là, j'entendis lire le testament du Roi par le 
nommé Manuel, qui se servit de cette expression ironique et tri- 
viale : « Voici le testament de saint Louis le Cadet! » 

(Figaro.) Pierre-Joseph Joly. 



Dans les Mélanges Jalicn Havcl, publiés récemment par les 
amis de cet aimable et regretté savant, il y a un mémoire dû à la 
plume de M. Paul Durrieu sur l'Origine du manuscrit célèbre dit 
le Psautier d'Vlrecht. Ce maiiuscrit, depuis longtemps déjà, 
exerce la sagacité des érudits. On l'a successivement considéré 
comme originaire d'Orient, d'Alexandrie, d'Angleterre : l'origine 
anglo-saxonne était celle qui ralliait le plus de partisans. M. Dur- 
rieu, en appuyant son opinion sur la paléographie et le style des 
dessins, propose de donner au Psautier d'Utrecht une origine 
rémoise. Il insiste surtout sur ce fait que certaines lettrines 
ornées et certaines miniatures du Psautier d'Utrecht, oft'rent une 
analogie frappante avec des types d'Evangéliaires d'origine 
rémoise, particulièrement de l'Evangé.iaire d'Ebbon, conservé à 
la Bibliothèque d'Epernay. 



L'Imprimeur- Gérant, 

Léon FRÉMONT. 



LE MARQUISAT DE PLANGY 

Sous la famille de Guénégaud* 



III 

État du domaine de Plancy sous Henri I 
de Guénégaud. 

De sou vivant, le secrétaire d'Etat Heuri de Guéuégaud 
avait fait au roi l'aveu et dénombrement complet de ses .sei- 
gneuries. De ce volumineux document ressorleut clairement 
l'étendue de la terre et de ses vassalités, ainsi que la nature 
des droits qui y étaient attachés au xvii^ siècle. A ce titre il ne 
pouvait être qu'intéressant pour l'histoire de la seigneurie d'en 
citer les extraits qui suivent, quelque longueur qu'ils puissent 
ajouter à ce travail. 

Copie d'un aveu et dénombrement de la. terre de Pla.ncy, 
rendu pau m. de guénégaud. 

« Henry de Guéuégaud de Cazillac, chevallier, marquis de 
Plancy, comte de Rieux. vicomte de Semoine, baron de Saint- 
Just, seigneur du Plessis, Fresnes et autres lieux, fils aîné, 
légataire universel de défunt messire Henry de Guénégaud, 
chevalier, commandeur des ordres du Roy, conseiller en ses 
Conseils, secrétaire d'Etat et des commandements de Sa 
Majesté, à tous qu'il appartiendra, salut ! Sçavoir faisons que 
nous tenons et avouons tenir du R.oy noire Sire, à titre de foi 
et hommage, nuement et prochemenl à cause de son comté de 
Champagne, notre terre et marquisat de Plancy, et membres 
en dépendant ou y annexés situés dans le bailliage de Sézaune, 
desquelles choses le dénombrement s'en suit. 

« Premièrement : La terre de Plancy éloit cy-devanl baron- 
nie, depuis, par lettres du mois de may mil six cent cinquante- 
six, érigée en marquisat, qui est composée de fiefs, villes et 

* Voir page 181, tome Vil de la lievue de Champagne. 

10 



242 LK MARQUISAT DE PLANCt 

villages de Plaiicy, Longiieville. Cliaruy le Bachol, Saiul- 
Vitrc, La Perlhe, Champfleury, Bouuevoisioe, l'Abbaye-sous- 
Plancy, Semoine, Yiàpres-le-lirand. Ffoide-Paroix et leurs 
dépendances, dont une cy-devanl fief et membres dépendant 
dudit lieu de Plancy, les autres y ont été réunies et annexées 
par lesdites lettres d'érection à moi accordées par Sa Majesté 
audit an mil six cent cini[uante six, pour être tenus de Sa 
Majesté de sou comté de Champagne, dans le ressort de Sé- 
zanne, à une seule tb}^ et hommage, conformément aux lettres 
du Roy Philippe de l'an mil trois cent dix-neuf. 

« Duquel marquisat le chef lieu et principal manoir est 
l'ancien château de Planry, assis en une isle que fait la 
rivière d'Aube, et est ledit chcàteau fermé de murailles, pont- 
levis et grosses tours, avec grands et larges fossés doubles 
plains d'eau de la rivière, autour desquels il y a un rempart, 
boulevard et autres deffences telles qu'à forteresse peut appar- 
tenir, comme aussi est ledit château garni de poterne, lanterne 
où se doit mettre une cloche pour faire le guet ; auquel sont 
sujets tous mes vassaux hommagers tenant fiefs de moy et de 
mondil châtel de Plancy, chacun à proportion de ce qu'il en 
est pour la tenue de son fief, et pareillement y sont sujets tous 
les demeurants es paroisses, villes et lieux qui en suivent, 
c'est à sçavoir : Plancy, Charny le Bachot, Longueville. 
l'Abbaye-sous-Plancy, la Perlhe, Froide-Paroix, Salon, Cour- 
semain, Boulage. Gharaptleury. Bonnevoisine, Viâpres-le- 
Petit, Saint- Vitre, Rège et la Ville-Neuve-aux-Ghênes, et 
sont tenus de venir en personnes faire guet, garde de porte au 
châtel, selon l'ordonnance, toutes les fois que le capitaine les 
fait appeler sans qu'ils puissent s'excuser pour quelque raison 
que ce soit à peine de defïaut et amende, et y a sentence de se 
rendre au bailliage de Sézanne le (juinzième décembre mil six 
cent trente t^ix contre les habitants de Plancy et autres, dudit 
jour contre les habitants de Champlleury et autres. Au- 
devant duqut'l château il y a cour, basse-cour, maison sei- 
gneuriale, gros pavillon sur la porte, grandes écuries avec 
plusieurs logements au-dessus, grange, colombier, plusieurs 
autres bâtiments et une église fondée de huit chanoines et 
deux enfants de chœur en l'église de Saint-Laurent avec deux 
chapelles de Notre-Dame et Saint-Nicolas, pour y dire et célé- 
brer la messe et autres services suivant ladite fondation; des- 
quelles huit prébendes, chapelles et enfants de chœur j'ay la 
collation et totale disposition à moy appartenant de plein droit 
de patronage laïc, et par privilège ex{)rès de ladite fondation 



sous LES GUÉNÉGAUD 241^ 

toutes et quautes fois qu'il y a vaccation desdits manbres, 
tous lesquels sont en la correction de moy et de mon bailly, 
exempts de toutes autres personnes et juridiction ; et quand 
j'assiste en personne au service en ladite chapelle ou aux pro- 
cessions, j'ai droit dédouble distribution comme doyen, patron, 
fondateur et réformateur de ladite église, et le puis prendre, si 
bon me semble ; et ont à présent lesdites prébendes leur loge- 
ment dans une maison que j'ai fait bâtir depuis peu dans ma 
basse-cour du Belle ou Barle, où sont mes vergers ou jardins, 
laquelle basse-cour est vis-à-vis l'entrée de mon château, dont 
elle n'est séparée que par mes fossés, qui la fermeut d'un côté, 
et la rivière d'Aube de tous les autres côtés. 

« Pareillement, j'ai de plein droit, et à moy appartient par 
privilège exprès la collation et donation de l'hôpital de Plancy, 
celle de la maladrerie dudit lieu, celle de l'hôpital de Charny 
et celle de la chapelle t'ainl-Vitre, assis à. Saint-Vitre près 
Plancy et dans lesdites églises, de même que dans celle de 
Plancy et dans tous les autres églises, paroisses, chapelles et 
monastères de moudit marquisat; j'ay et à moi appartient 
comme à seigneur patrou, fondateur et souverain, tous droits 
honorifiques, prérogatives, prééminences, droit de banc, éle- 
vées ou autres, sans que personne autre que moy puisse y 
avoir ni prétendre aucun desdits honneurs ny marque d'iceux 
sans ma permission. 

« Item, j'ai droit de gruerie, ressort et souveraineté audit 
Plancy pour refforrnatiou en matière de gruerie, voirie, chemin, 
eaux, bois et forêts dans l'étendue de raondit marquisat, pré- 
vantivement à tous autres, comme aussy ai droit de haute, 
moyenne et basse justice qui s'exerce audit Plancy par bailly, 
lieutenant, assesseur, greffier, tabellion, notaires, sergens et 
autres officiers à ma nomination, par devant lesquels sont 
tenus et sujets y ressortir et répondre es jours ordinaires et 
autres par appel ou autrement, en toutes matières civiles et 
criminelles, tous et chacun les habitants et demeurant es dites 
ville et lieux de Plancy, Gharny-le-Bachot, Froide-Paroix, 
Longueville, Abbaye-sous-Plaucy, la Perthe, Champfleury, 
Bonnevoisine, à partir de Viâpres-le-Grand; et peuvent aller 
les sergents dudit Plancy exploiter sans commissions par tous 
lesdits lieux et villages ; et sont tous de mon territoire en ma 
garde et de ma terre ressortissant à même dudit lieu de 
fAbbaye-sous-Plancy, auquel j'ai tous droits de haute, 
moyenne et basse justice, gruerie et souveraineté ; et sont 
tenus les officiera du prieur de ladite abbaye de venir et com- 



244 LE MARQUISAT tiE PLÀNCY 

paroir aux assises, par devant mon bailly ou son lieutenant, 
de mesme les autres ofticiers inférieurs des dépendances de 
mondit marquisat; et en signe de souveraineté, ressort et 
juridiction supérieure, j'ai fourches patibulaires à quatre pi- 
liers et autres, telles qu'appartient et peut appartenir et avoir 
seigneur marquis. 

« Item, j'ai droit de prévôté ou mairie es lieux c}- dessus 
nommés et puis y faire exercer, en chacun d'iceux, la haute, 
moienne et basse justice, eu première instance civile ou crimi- 
nelle, par un maire ou prévosl, lieutenant, greffier et autres 
officiers, dont les appellations ne peuvent ressortir ailleurs 
que par devant mon bailly de Plancy ou son lieutenant. 

« Item, j'ai droits d'amende, tant simple que fol appel et 
autres qui se peuvent décerner, tant en mesdits maires qu'en 
mondit bailliage et gruerie qui m'appartient, de telle sorte en 
toute l'étendue de mondit marquisat, que même en cas d'appel 
à Sézanne, s'il est dit bien jugé, lesdiles amendes sont à moy 
et non point aux fermiers des amendes de Sézanne, 

« lteni,]dL\ des greffes tant du bailliage et gruerie dudit Plancy 
que des mairies et prévôtés y ressortissantes, ensemble le 
greffe des assises qui sont à moy en pleine propriété. 

i< Item, le tabellionnage et sceaux aux contrats dudit mar- 
quisat et lieux en dépendant, qui est de quatre deniers par 
chacun scel payable au garde de mesdits sceaux et en outre 
le droit de signature comme au tabellion. 

« Item, j'ai droit de faire et créer des notaires, contrôleurs, 
arpenteurs jurés, priseurs et crieurs, sergens et autres officiers 
de justice par toutes mesdites leires, voiries et chemins de 
mondit marquisat. 

« Item, j'ai droit de bourgeoisie, tutelles et curatelles sur 
tous les demeurans en l'étendue de mondit marquisat, des- 
quelles les officiers de Sézanne ne peuvent avoir connaissance, 
non plus que do toutes matières civiles et criminelles, sinon 
en cas d'appel de mon baill^^ ou son lieutenant, dont y a eu 
arrêt contradictoire à mon protit, sur enquêtes respectives, le 
23 août 1644 ; suivant lequel aussi mes ot'Qciers, bailly, lieu- 
tenant, maire, prévôt et autres, tant dudit Plancy que des 
terres indépendantes, ne sont tenus assister ni eux représenter 
auxdiles assises de Sézanne. 

« Item, j'ai droit d'épaves, aubaines, bâtardises, confisca- 
tions, déshérances et tous autres droits et profits qui à seigneur 
marquis et haut justicier peuvent appartenir dans toute l'élen- 



sous LES GUKNEGAUD 240 

(lue de moudil marquisat de Plaucy, Abbaye-sous-Plancy el 
autres terres en dépendantes. 

« Item^ j'ai les isles et assablissemens qui se font par crue 
d'eau ou autrement es rivières de Plancy, le Bachot, Gharny, 
Longueville, Barbuise et autres de moudit marquisat, parce 
que toutes lesdites rivières sont à moy, comme aussi tous les 
gords et fossés, et n'y a personne qui ayt droit d'en avoir que 
moy, comme aussi m'appartiennent les fonds, bords et rives 
desdites rivières, gords ou étangs, et puis planter des saules en 
iceux et empescher que d'autres n'y en plantent ny puissent 
embarrasser lesdites rivières; de quoy la connoissance appar- 
tient aux officiers de magruerie prévantivement à tous autres 
et des délits commis sur lesdites eaux. 

a La rivière de Plancy, en haut, vers le Saige de Viàpres-le- 
Grand, à l'endroit où finissent les pâtures dudit Viàpres et 3' 
attenant la prairie de Saint- Vitre; et dure jusqu'à l'endroit du 
pré de la prairie de l'Abbaye-sous-Plancy, à l'endroit d'une 
fosse et cours qu'on appelle les Roches; de ladite rivière y a 
un bras qui descend par dessus le batardeau dudit Plancy et a 
cours par les prairies dudit Plancy jusqu'au village du Bachot, 
d'où elle passe dans une autre rivière qu'on appelle la Noue- 
Franche, proche le fossé des Chàtelliers. 

« Il y a encore un autre bras qui descend du bras dessus dit 
et se prend dès un pont appelé le pont Bailly, et tourne à l'en- 
lour de la rosière du château de Plancy et rentre en la grande 
rivière qui est celle d'Aube, proche le grand pont dudit 
Plancy. 

« Plus la rivière de Barbuise, à la prendre vis à vis de Pièges 
jusqu'au Bachot, où elle se mêle avec le bras cy-dessus, d'où 
se tiroil autrefois une autre rivière, appelée la Rivière-Neuve, 
qui passoit par mon étaug de Longueville, jusqu'au fînage 
d'Etrelles et servoit à faire tourner mon moulin audit lieu de 
Longueville, mais à présent le moulin est une ruine et ladite 
rivière assablée. 

« Lesdites rivières en plusieurs autres fossés et gords ; et 
sont toutes à moy, en propriété fonds, les rives avec droit de 
pèche bannale, c'est-à-dire que nul n'oseroit y pêcher, ni rien 
mettre ou rien prendre, autre que le seigneur ou ceux ayant 
charge de ; laquelle pèche peut par moy être affermée à tous 
engins et toutes sortes de personnes. 

« hem, ai droit de rouage ou rouissage dans toutes lesdits 
rivières et eaux, el tel que nul ne peut y mettre rouir, dé- 



246 LE iMARQUISAT DE PLANCY 

Irempei' chauvres ou autres denrées sans ma permission ou de 
mes fermiers, à peine d'amende ou confiscation desdites 
denrées ; et toutes les personnes meltaus rouir ou détiemper 
dans lesdites eaux et rivières avec ladite permission, et seule- 
ment aux endroits à ce destinés, me doivent par chacun au une 
livre de chanvre mâle et une livre de femelle, de quelque 
qualité et condition qu'ils soient... 

« Item, ai la ferme de l'oiselerie, qui est de pouvoir chasser 
et affermer la chasse des alouettes, merles, pluviers, van- 
neaux, cailles et autres petits oiseaux à toutes sortes de 
personnes. 

« Hei)i, ai droit de chasse à tous autres bêtes et gibiers au 
poil et à la plume, soies et autres, par toutes mesdiles terres. 

« Item^ ai droit de suye et colombier et de garennes par 
toutes mesdites terres, avec deffences à toutes persoûnes d'y 
en avoir, même au prieur de l'Abbaye-sous-Plancy, contre 
lequel mes prédécesseurs ont toujours fait leurs protestations 
toutes les fois qu'il a prétendu faire garenne, parce qu'il n'a 
aucun droit de chassé, n'ayant que basse justice, et puis faire, 
ruiner ses garennes, sy aucunes il avoit, comme n'étant 
jurées, et y poursuivre les lapins ci outres besles, parce qu'il 
est de ma terre et ressort. 

« Item, ai droit de pressoir bannal, tant audit lieu de Plancy 
qu'en tous les autres cy-dessus dépendant de mondit mar- 
quisat. 

« Item, ai droit de four bannal audit Plancy et tous les autres 
lieux sus-nommés en dépendant, pour lequel tous les habitans 
desdits lieux me doivent et sont tenus payer chacun an quatre 
sols parisis, payables au jour de Saint-Kemy. 

« Item, ai droit de corvée sur tous les habitans de mondit 
marquisat, comme il sera dit cy-après à l'endroit du dénom- 
brement particulier de chaque paroisse. 

(t Item, ai droit de maîtrise à boulanger et autres métiers, 
qui est tel que nul artisan ne peut ouvrir ny tenir boutique 
dans ma ville et marquisat de Plancy sans mes lettres et 
permission. 

« Item, ai droit de chevallerie ou taille es quatre cas accou- 
tumés, mariage et autres, pour nous, nos enfans et succes- 
seurs, à toujours prendre sur tous les habitans dudit lieu de 
Plancy, Abbaye- sous-Plancy et autres villages dudit mar- 
quisat, charrois, haruois et chevaux, pour mener en ost ou 
chevauchée, prendre aussi bled, vin, bœuf, avennes, bêtes et 



sous LKS (iUÉNÉGAUD 247 

viiMuailles nécessaires, et avoir pàt et gile annuels Os dils 
villages, y mener chiens el chevaux à séjour. 

« Item, ai droit de main morte, de formariage, sur plusieurs 
hommes et femme?, de condition servile tant audit Plancy 
qu'à Longueville, Charny et autres villages de mondil mar- 
quisat ; la plupart desquels me doivent ladite siervitude quoi- 
qu'ils soient maiumorlables, de meubles, héritages, el de 
poursuites, el de formaringe, ol laillables à volonté envers moj' 
de toute manière. 

« lient, ai droit de lods et ventes sur toutes les maisons el 
héritages sois et au dedans de mon marquisat, et membres en 
dépendans, ([ui se payent a raison de trois sols quatre deniers 
pour livre, parce que tous lesdits héritages, s'ils ne me payent 
censives, ne laissent pas de me devoir vesl et devest, t^mpoi- 
tanl lods et ventes à toute par vente, échange, dounatiou, 
mutation, ou autrement par tout autre moyen, excepté par 
succession et directe et de père à tils; et y a amende selon la 
coutume du bailliage de Meaux tant sur le vendeur que sui' 
l'acquéreur, faute de payer lesdits droits de vesl et devest, qui 
sont... Et s'entend lesdits droits de vest el devest de manière 
que, par le contrat de ver le, le vendeur est réputé se déveslir 
de son bien el le remettre eu mes mains pour en revestir 
l'acquéreur qui ne peut être censé véritable propriétaire que 
du jour que je l'ai revêtu desdits biens par mon ensaisine- 
meut et payement de lods et vente, dont y a sentence contre 
Guillaume Bazin, rendue au Chàtelet le vingt-deuxième août 
mil cinq cent quarante-quatre, confirmée par arrêt du vingt- 
troisième janvier mil- cinq cent quarante-cinq. Et ny a aucune 
terre dans mondil marquisat exempte desdits droits. 

« Item, ai droit de censives sur plusieurs terres, prés, vignes, 
maisons et aires à bois autant audit lieu de Plancy, qu'autres 
lieux en dépendans, tant en argent el grains, que poules, 
chapons et autres redevances payables à certains jours cy- 
après désignés dans ces dénombremens particuliers de chacune 
paroisse ; et à défaut d'être payées auxdits jours désignés, elles 
portent défauts el amendes de deux sols six deniers, sy elles 
ne sont payées au bout de quinze jours, et trois livres sy on 
ne les paye dans l'année ; et portent aussy lesdites censives et 
redevances le droit de lods et ventes à toute mutation, aux- 
quels ne laissent d'être sujets les autres héritages non censuels, 
comme est dit cy-dessus avec deffauls el amendes; et sont 
tous lesdits héritages censuels el non censuels sujets au droit 
de retenue ou de retirait féodal à mon prolil, le cas y échéant. 



'248 LE MARQUISAT DE PLANCY 

« lum^ ai droit de foires et marchés, de hallage, étalage, 
pesage, auhiage et inesuiage, sur toutes les denrées qui se 
débitent daus les lieux de mondit marquisat, nul autre que 
moy u'y eu peut avoir ny prétendre. 

a Ittm, j'ai et à moy appartenant tous les grands et petits che- 
mins et voirie de mondit marquisat de Plancy, et membres en 
dépendant en fonds et superficie, dans toute leur longueur, lar- 
geur et étendue ; et ai droit d'3^ planter noyer et tous autres arbres 
que bon me semblera pour en faire mon profit comme de mou 
domaine propre, et sy autres y plantaient lesdits arbres, sont à 
moy aussi bien que les fruits, esmondes et dépouilles d'iceulx. 

* Hem, j'ai dans l'étendue de mondit marquisat dix-huit 
cent et deux mil arpens de prés aj)pelés les Usages, en diverses 
pièces es quelles les habilans de Plancy, du Bachot, Longue- 
ville, La Perthe, Champfleury, Bonnevoisine et Saint-Vitre, 
prétendent avoir avec moy leurs usages et pâtures pour leurs 
bestiaux en commun, es chacun desdits lieux en particulier^ 
sur aucunes desdites pièces; et me sont de uulle valeur, 
excepté que j'y ai droit d'usage pour moy et mes fermiers et 
tous leur.s bestiaux, et que les habitans du Bachot et de 
Charny m'en payent par chacun feu une obole tournois tous 
les ans, pour avoir liberté d'y pâturer et principalement dans 
une pièce appelée la Pâture-aux-Mailles, qui est de mon 
domaine propre et de mon usage. 

« Et est la prairie 'le Plancy, Saint-Vitre, le Bachot et 
Charny, tous en un tenant entre lesdits villages, bornée d'un 
coslé par la rivière d'Aube et mes prés, d'autre costé par la 
Barbuise et les villages de Charny et du Bachot et finage 
d'iceulx, d'un bout par le finage de Viâpres-le-Grand et d'autre 
bout par le finage de l'Abbaye-sous-Plancy. 

tt Et la prairie et pâturage de Longueville tient d'un bout au 
finage de Plancy et à une noue appelée Noue-Franche, d'autre 
bout au finage, pâture et prairie d'Etrelles, d'autre part au 
finage de Longueville et dudit Etrelles, et d'autre part aux 
pâtures de Boulages et aux pâtures et prairies de l'Abbaye- 
sous-Plancy. 

« Outre lesquels droits généraux de mondit marquisat j'ai 
encore, en chacune paroisse et membres en dépendant, autres 
droit?, biens et revenus, dont les dénombremens particuliers 
s'en suivent, c'est-à-dire : 

PLANCY 

« J'ai ma ville de Plancy sur la rivière d'Aube, fermée de 



sous LES GUÉNÉGAUD '219 

profonds fossés, murailles, tours, poal-levis, boulevards el 
autres défences. comme à ville appartient, que j'ai droit de 
faire édiflier et augmenter quand bon me semblera, comme à 
moy appartient de donner congé à entrer l'eau es dits fossés 
quand bon me semblera. 

« Dans laquelle ville y a église paroissiale où j'ai seul tous 
les droits honoriûques et de patronage comme à seigneur fon- 
dateur ; il y a aussi en ladite ville un hôpital pour les pauvres 
malades de ma dite ville et marquisat, dont j'ai fait depuis peu 
réédiffier tout à neuf l'église ou chapelle dédiée à saint Julien 
et saint Jean, où à moy seul appartient de nommer un maître 
ou économe qui doit me rendre compte des revenus del'Hôtel- 
Dieu et de l'emploi d'icelui sur lesquels j'ai tous les ans à 
prendre une corvée, les autres droits; et consistent lesdits 
revenus en une grande pièce de terre sur laquelle est bâti ledit 
Holel-Dieu de ladite ville et un gagaage de... arpens de terres 
ou prés dans le finage de Plaucy ; pareillement y avoil cy- 
devant une maladrerie dans ladite ville qui étoit à ma collatiou 
et disposition, mais n'eu reste plus aucun bâtiment, seulement 
y a un petit gagnage et quelques héritages sur lesquels me 
sont dûs sept sols demy de censives et une corvée par chacun 
an, avec un dîner le Jour et feste de saint... et quand le 
maître de la maladrerie meurt, ses immeubles sont à moy. 

« Item, sur plusieurs maisons, terres, prés, aires à bois el 
autres héritages assis audit Plancy et finage dudit lieu, me 
sont dûs plusieurs censives payables chacun an au jour et feste 
Saint-Jean-Baptiste, Saint-Remy et Noël : et peuvent monter 
environ dix livres environ en argent et quarante-quatre tant 
de poules que chapons, portans deffauts et amendes par faute 
de payer au jour qu'elles sont dues ; et portent aussi lods et 
ventes de trois sols quatre deniers pour livre desdits héritages, 
toutes les fois qu'elles changent de détempteurs par chaque 
contrat, échange ou autre moyen que ce soit, si ce n'est en 
succession ou en donation de père à fils, es quels seuls me 
sont dûs lods et ventes, parmy lesquels héritages il y en a 
plusieurs pièces de terres baillées à charge de faire vignes et 
non autrement. 

« Item, ai plusieurs rentes foncières sur plusieurs héritages 
assis tant audit Planée' qu'en son territoire, qui peuvent valoir 
par chacun an cent sols tournois. 

« Item, la rente sur Robert Darnelle, de Plancy, de vingt- 
trois sols, plus vingt sols tournois sur Nicolas Lhuillier, trente- 
huit sols tournois sur Jean Hénin, dudit Plancy, el dix-sept 



250 LE MARQUISAT DE l'LANCY 

sols six deniers sur Guillaume Le Moiue, dudil Plaucy, el en 
outre plusieurs autres semblables rentes. 

« llem, tous les habitans dudil Plancy et fiuage de ladite 
paroisse me doivent chacun an deux corvées de bras et de 
chevaux à Pasques et à la Saint-Remy. 

a llem^ ai droits de trois moulins et un à fouler avec van- 
nage sur la rivière d'Aube, mais n'en est présentement que 
deux à bled tournans sur ladite rivière, à l'endroit où elle 
sépare madite ville d'avec mon cbàtel et basse-cour ; au bout 
de laquelle basse-cour sont situés lesdits moulins, avec loge- 
ment et pour le meunier et pour ses bestiaux, et tout proche 
un petit verger, lesquels moulins sont bannaux el sont tenus 
d'y apporter et moudre toutes leurs graines et foulouailles 
tous et un chacun des paroisses, tant de Plancy, Saint-Vitre, 
l^a Perthe etChampfleury, que de Gharny, le Bachot, l'Abbaye- 
sous-Plaucy et Longueville, de quelque qualité et condition 
qu'ils soient, à peine d'amende de soixante sols tournois et 
confiscation de leurs graines, farines, foulouage, chevaux et 
harnois ; et ai coutume d'affermer avec lesdits moulins la 
pêcherie du vannage el fosse du devant tout ensemble et par 
un même bail, quoique j'en puisse faire différents baux. 

« Hem, ai le péage de la rivière et passage de sa vanne, lequel 
droit est tel que tous poissons, grains, vins, bois et autres 
denrées passant par la vanne desdits moulins ou par la rivière, 
tant dessus que dessous, tant en montant qu'en descendant, 
je puis et je suis en possession de prendre et lever à raison de 
deux pièces de poisson sur chacune botte de l'échantillon qu'il 
se trouve et sur les batleaux, boutiques ou bresles qui sonl 
composées de plus ou moins grand nombre de bottes à 
proportion, et sur chacun seplier de grain deux quarts, sur 
chacun coupon de bois deux pièces, et sur les autres denrées 
et marchandises à proportion, de quelque nature et qualité 
que [soient] lesdits poissons ou autres denrées, et ceux qui les 
foni passer; et y a amende de soixante sols et confiscation de 
la marctiandise sur les défaillaus de payer le droit soit en 
espèce soit en argent, suivant l'évaluation qui en a été faite 
autrefois par mes prédécesseurs avec les marchands trafiquant 
ordinairement tant sur ladite rivière et pour leur commodité : 
dont a été dressé tarif qui s'observe de toute ancienneté et est 
apposé par affiche en fer-blanc aux piliers dudil vannage. En 
outre doit chacun batteau cinq sols pour l'ouverture de la 
vanne tant en montant qu'en descendant ; et s'il y arrivait 
rupture par la faute desdits batleaux, sont tenus les marchands 



sous LES QUKNÉGAUD 2Î51 

el leurs marchandises réparer le dégâl avec lous dépens, dom- 
mages et intérêts. 

« Item, le péage de la chaussée de Plaucy et travers de la 
Perlhe, qui est tel que chacun charriot passant par ladite 
chaussée de Plaucy ou travers de la Perlhe me doit quatre 
deniers, la charrette deux deniers tournois, la beste de somme 
ou bât un denier, le cheval ou le bœuf pour vendre quatre 
deniers, la jument ou vache deux deniers, le pourceau et 
toutes autres bestes, soit à laine soit à cornes ou autre, une 
obole tournois, et y a soixante sols d'amende et contiscatiou 
sur les défaillaus de payer ledit péage et travers. 

« Ilem, j'ay et à moy appartient la chaussée de Plancy, à 
commencer au grand pont dudit lieu jusque? au pont du 
Bachot. Et est la largeur de ladite chaussée du costé de la 
pâture, deux perches outre l'étendue du pavé ; et de l'autre 
costé, ce qu'il y a de terre jusqu'à un fossé par où s'écoule 
l'eau de la rivière d'Aube tout le long de ladite chaussée; la 
mesure de deux perches doit être au moins de huit pieds et 
demy de Chàtelet, le pied portant douze pouces ; et ai droit de 
planter saules et tous autres arbres que bon me semblera, 
de même que sur lous les autres chemins de mon marquisat. 

u Ite^n, ai droit de foires et marchés audit Plancy, soavoir 
trois foires par an et jour de Saint-Sébastien, vingt-unième 
janvier. Sainle-Madelaine, vingt-deuxième juillet, et Saint- 
Laurent, dixième aoust, et deux marchés pour chacune 
semaine les jours de mardy et veudredy, et puis lesdites foires 
et marchés affermer à mou profit. 

Il Itan, ai audit Plancy droit de hallage, étallage, pesage, 
aulnage et mesurage sur toutes denrées qui se débitent es 
foires et marchés dudit lieu. 

« Item, la ferme de la boucherie et étaux à vendre chair 
audit Plancy où nul n'en peut luer ny vendre, ny suif, ny 
cuirs sans mon congé, soit tous les jours de foires et marchés, 
soit autres, à peme d'amende arbitraire et confiscation desdiles 
marchandises ; et m'appartient et m'apparlienuent aussi les 
langues de lous les bœufs qui se tuent. 

« Ilem, j'ai droit de ban vin audit Plaucy qui est tel que, 
depuis le jour de Pasques premier coup de messe sonnant 
jusqu'au jour de Saint-Remy, nul ne peut et lui est loisible 
vendre vin en détail audit Plancy sans congé de moy ou de 
mon fermier dudit ban vin, à peine de soixante sols tournois 
et confiscation dudit vin, tant et quenles fois que le cas y 
échoit. 



252 LE MARQUISAT DE PLANCY 

« he)n, la pèche de deux gords dudit Plaucy et des fossés 
adjacents comme est la fosse aux Nouains, la fosse de la 
Chaussée qui est et qui s'étend tout le long de ladite chaussée, 
la fosse du Marais, la fosse Dame Isabeau et autres. 

« Item, deux petits étangs assis en ladite ville de Plancy, 
appelés le Grand et le Petit-Joigne, contenant environ quatre 
arpeus assablés et remplis, 

« Ifem, un autre étang appelé Marais de Joigne, qui est en 
total ruiné, assis entre Saint-Vitre et Planc}^ et souloit être 
tenu eu fief par Gaucher Dizoy, avec les fossés et viviers en 
dépendans. 

« Uetn, audit lieu de Plancy ai une maison appelée de la 
Bouverie et un jardin au lieu dit de la rue des Bordes, conte- 
nant six denrées; un autre jardin au bout du grand pont, le 
long de la chaussée, et le jardin Messire Didier. 

« Item, la censé appelée la Maison des Bois dans laquelle y 
a plusieurs chambres et logeraens pour le fermier, granges, 
écuries, bergeries, laiteries et autres bàtimens tous fermés de 
murs ; laquelle censé est au bout de mou parc, et on y va par 
une grande allée plantée de peupliers et autres arbres qui 
commence proche mon chàtel et dure jusqu'à ladite Maison 
des Bois, traversant par le milieu de mondit parc qui contient 
plus de cent arpeus enclos de la rivière d'Aube d'un côté, 
et de l'autre côté par des fossés et bras qui en dérivent et le 
ferment comme une île dont partie est en labour et autre 
partie en pré, et le reste est en buisson et plans dont la meil- 
leure partie s'afferme dans ladite Maison des Bois, où l'on ne 
peut aller de quelque côté que ce soit que par des ponls-levis 
qui sont aux trois flancs de ladite isle. 

« Item, la censé de Riverelle à un quart de lieue de Plancy, 
consistant en un grand corps de logis, granges, étables, four- 
nies et colombier, tout en un tenant fermé de fossés dans les- 
quelles entre l'eau de Riverelle; et est ladite censé au milieu 
d'un enclos de cinquante arpens dans lesquels il y a vergers 
et plans d'aunelles et autres arbres; ledit enclos fermé de 
marais, étangs et autres eaux dudit Riverelle ; lesquels marais 
sont de part et d'autre et contiennent cinq arpens, et ledit 

étang de Riverelle proche de ladite censé contient environ 

arpens, outre quoi il y a le gagnage appelé de Riverelle qui 
dépend de ladite censé et contient environ cent arpens. 

« Item, la censé de la Perthe ou de Hondevilliers, aussy à 
un quart de lieue de Plancy, consistant en un grand corps de 
logis pour le fermier, granges, étables, bergeries et colombier, 



sous LES GUÉNÉGAUD 253 

tout eu uu leuanL fermé de murs, réparés à neuf, avec plu- 
sieurs vergers et plans d'arbres aux environs, et le grand ga- 
gnage de la Perthe dépendant de ladite censé qui conlienl 
quatre cents arpens. 

« Item, la garenne de la Perthe, sise au lieu où était autre- 
fois le village de la Perthe sur les maisons duquel village et 
sur les terres aux environs je soulois avoir plusieurs droits, 
tant de ceusives, coutumes et corvées que de terrages et 
autres redevances ; lesquels sont demeurés éteints au moïen 
de ce que pour icelles lesdites terres et héritages me sont 
donnés après avoir été ruinés par les guerres ; et contient 
ladite garenne environ vingt-six arpens, que j'ai gagnés en- 
semble avec tout le terroir et reste des terres de la Perthe, 
contre le prieur de l'Abbaye-sous-Plancy et habitans dudit lieu, 
par arrest du Parlement des neuvième mars 1524 et treizième 
décembre 1547, et arrêt du grand Conseil du deuxième avril 
1548. 

i< Item., un autre gagnage, contenant (rente-deux arpens de 
bois ou environ, assis au-dessous de ladite garenne et au milieu 
du gagnage du Grand Bois. 

(.< Item, une autre garenne, assise au-dessus des vignes de 
Plancy, contenant dix arpens, 

« Item,, ai plusieurs aires à bois audit terroir, finage et pa- 
roisse de Plancy, lesquelles se vendent et coupent de quatre 
ans en quatre ans, sçavoir l'aire du gord à présent assablée, 
l'aire de Sainl-Oulph et l'aire Boyau, audit lieu, l'aire de la 
Rive Didier, plus trois aires faisant partie du grand gagnage 
de Plancy ; outre quoi j'ai encore plusieurs autres aires à bois, 
tant aux environs de mon bâtard d'eau que de l'enclos de 
mon parc, je ne puis autrement donner les tenans et abou- 
tissaus. 

« Item, j'ai le grand gagnage de Plancy, auquel il y a deux 
cent quatre-vingt arpens de terres labourables ou environ, 
l'arpent contenant huit denrées et la denrée quatre-vingts 
perches, la perche huit pieds et demy de Chàlelet et le pied 
douze pouces, qui est l'ancienne mesure de Plancy, à laquelle 
le domaine des prés, terres et bois a été mesuré de toute an- 
cienneté ; duquel gagnage souloient être trois pièces de pré 
de seize, onze et huit arpens. assises au lieu dit Es Grands 
Prés. 

« Item^ uu autre gagnage appelé le Gagnage du Grand Bois, 
contenant trois cent soixante arpens de terres labourables en 
une pièce. 



254 LE MARQUISAT DE PLANCY 

« Item^ le petit gagnage de la Perthe, cy-devanl arrenlé à 
plusieurs particuliers, que l'on abandonne pour les redevences, 
environ trois cents arpens. 

« Item, le gagnage de la iNivoie, consistant en qualre-vingt- 
six arpen"^ de terres labourables ou environ et quatre arpens 
de prés. 

. « Item^ un autre gagnage appelé le Gagnage du Petit Bois, 
contenant cent trente arpens de terres labourables en diverses 
pièces, et une pièce de pré contenant dix arpens et demy, sise 
es prés dessus. 

« Item, le gagnage des Nouains , de quatre-vingt-cinq 
arpens de terres labourables et quatre arpens et demy de 
prés. 

« Item, une pièce de pré partie en labour, partie en l'auchai- 
son, appelée la Pàlure-Douce, contenant soixante- quatorze 
arpens. 

« Item, une autre pièce de pré, partie en labour, appelée 
le Pré de Droupt, contenant huit arpens. 

« Item, une autre pièce de pré en ce même lieu, appelée le 
Pré Happé, contenant environ vingt arpens; près lequel est le 
pré Piemy Hardy, depuis peu acquis des seigneurs demoiselles 
Dangilliers. 

« Item, une autre pièce de pré au bout de la susdite pièce, 
appelée le Pré des Epiuettes, contenant vingt-quatre arpens 
fermés de fossés oîi il y a des saules plantés à Tentour. 

« Item, une autre pièce de pré au bout de la susdite pièce, 
appelée le Pré Brûlé et Prés des Chanoines et Prés de la Rose , 
contenant sept arpens. 

« Item, une autre pièce de pré proche le même lieu et 
attenant la susdite, appelée le Pré Lépreux, contenant vingt 
arpens. 

« Item, une autre pièce de pré, appelée Vagans, contenant 
vingt-sept arpens. 

« Item, deux pièces appelées le Petit et le Grand Joncherel, 
contenant vingt arpens. 

« Item, une autre pièce de pré, appelée la Pâture aux Cailles, 
contenant sept arpens et demy. 

« Item, une autre pièce, appelée le Fief des Noues, contenant 
sej)t arpens. 

« Item, une autre pièce de pré, appelée les Prés de Grands 
et Petits Baillys, contenant vingt-six arpens. 



sous LES GUENEGAUD "ibo 

'■i Item, uue auLi-e pièce de pré, appelée la Noue Meunière, 
coulenaut vingt- six arpens. 

« Item, le Pré de la More, de ciiKj arpens, el le Pré Carre', 
de cinq arpens. 

« Item, le pré de Derrière la Haye, de vingL-qualre arpens, 
la pièce de Monty, de quatre arpens, la pièce des Vieux Prés 
Neufs, cini] arpens, la pièce de la Vigne, huit arpens, le pré de 
la Roye, un arpent, le petit marais de la Planche l'Erraitle, 
cinq arpens, le pré de la Rozière, dans l'enclos du parc, dix- 
sept arpens, el plusieurs autres pièces qui seront trop long 
de nommer, montant tous ensemble à plus de cinq cents 
arpens dont à la vérité il y a quelques petites parties eu 
labour. 

« Item, ay onze arpens de vignes scis au terroir dudit 
Plancy qui sont présentement en labour et valeur, outre les 
vignes nommées de Côte Pellée, outre plusieurs arpens qui 
sont en friche, et quelques autres que mes prédécesseurs ont 
donné à rente à la charge d"y entretenir ou faire plants de 
vigne. 

« Le fmage de PJaucy, du côté devers les champs laboura- 
bles, commence devers l'Abbaye-sous-Plancy, à uue borne 
de pierre laquelle est nu-dessous de Plancy, faisant sépara- 
tion dudit fiuage d'avec celui de l'Abbaye-sous-Plancy, tirans 
à travers les champs jusques à un chemin, lequel est proche 
de la Justice à piliers et fourches patibulaires dudit Plancy, 
qui se nomme le chemin pour aller de Fouges à Viàpres-le- 
Grand ; et fait aussi ledit chemin séparation dudit finage de 
Plancy et d'un petit finage Bicouart, lequel est de la seigneurie 
de Salon; et fait aussi ledit chemin séparation du fin âge de 
Champfleury eu tirant à Saint -Vitre où finit ledit chemin qui 
commence par les fossés qu'on appelle aux Nonaius, et conduit 
à la chapelle dudit Saint-Vitre par les marais dudit Plancy 
qui font aussi séparation dudit Saint-Vitre ; et ledit finage de 
Plancy tient au long au cours de la rivière d'Aube non com- 
prise eu ce bornement et prairie et pâturage dudit Plancy; 
laquelle prairie avec gras pâturages s'étend presque à un 
tenant entre les villages de Charny, le Bachot, Planc}', Saint- 
Vitre, rt lient d'une part à la rivière d'Aube qui passe par 
ledit Plancy, d'autre part à la Pâture Douce et aux fiuages de 
Charny et du Bachot, au finage de Viâpres-le-Grand, Saint- 
Vitre et Règes, et d'autre bout au finage de Longueville et 
l'Abbaye-sous-Plancy. 



256 LE Marquisat de plancy 



SAINT-VITRE 



« La ville de Saint-Vitre éloit autrefois assez grande, et y 
avoit plusieurs maisons et demeurans à une demy-lieue au- 
dessus de Plancy sur la rivière, mais depuis longtemps parle 
fait des guerres elle est tombée en totale ruine, et u'y reste 
plus aucun édifice que celui de l'église qui étoit autrefois une 
paroisse dépendant de moi en patronage de laïc, et présente- 
ment est une chapelle à ma nomination au même titre ; 
laquelle chapelle j'ai depuis peu fait rétablir et réparer à mes 
dépens et à la place de ladite ville ou paroisse n'y a plus que 
jardins, bois, broussailles et buissons, qui me sont demeurés 
faute d'habitans et de payement des rentes. 

« Item, ai un jardin de trois arpens nommé les Courtes 
Royes, et un autre jardin d'un arpent, à présent planté eu 
bois, audit lieu Fontaine-Chicaut. 

« Item^ une aire à bois contenant un arpent assis derrière 
Saint- Vitre et plusieurs autres morceaux de terre et aires à 
bois audit finage, vers le bâtard d'eau ; et sont les dites aires 

bois au nombre de douze contenant environ 10 arpens. 

« Item^ la garenne de Saint-Vitre, nommée le Gros Buisson, 
qui est garenne jurée et contient. ... arpens avec droit de 
chasse. 

« Et tous autres droits seigneuriaux partout le dit finage 
et iustice, comme à Plancy. 

« Item, les censives du finage montant à quatre livres 
tournois sur plusieurs jardins, aires à bois et autres héritages 
censuels dudit finage, et sur les autres censuels droits de vest 
et devest par lods et ventes et droit de retenue, comme 
à Plancy. 

« Item^ un gagnage appelé Saint-Vitre auquel y a environ 
cent arpens de terres labourables en diverses pièces, et des 
appartenances duquel y a un petit jardin assis au dit Saint- 
Vitre contenant deux arpens et demy et une denrée, et six 
petites aires à bois contenant environ trois arpens. 

« Iiem, une pièce de pré contenant vingt arpens assis audit 
finage, au lieudit les Prés d'Aube. 

« Item, une autre pièce contenant quatre fauchées au lieu- 
dit les Prés dessous, en laquelle le seigneur de Salon prenoit 
autrefois le tiers partie. 

« Item, un gord assis sur la rivière d'Aube, appelé le Grand 
Gord de Saint-Vitre. 



sous LES GUÉNÉGAUD 2o7 

« Itemy la prairie et pâture de Saint- Vitre, où j'ay donué 
permission à ceux de Viàpres-le- Grand d'avoir pâturage, que 
je leur puis ôler quand bon me semblera, parce que la 
dite prairie n'est pas usagère, mais m'appartient en propre. 

« Hem^ tout le dit fmage est en ma justice qui s'exerce par 
mou bailly, et ay droit de taire exercer par un maire ou prévôt 
particulier dont les appellations ressortissent par devant mon 
dit bailly, et puis affermer la dite mairie qui s'appelle la Ferme 
des exploits de Saint- Vitre. 

« Ledit linage de Saint-Vitre est borné, sçavoir d'un bout 
par le cours de la rivière d'Aube, d'autre bout parle finage 
de Gharapfleury ; d'une part tient à une censé faisant sépara- 
lion d'entre ledit finage et celui de Viàpres-le-Grand, et d'autre 
part au finage et marais dudil Plancy et au finage dudit 
Champfleury. 

VIAPKES-Ll£-GKANU 

« Ilem,]Q, liens dudil seigneur Roy, sous mou marquisat de 
Plancy. un gagnage au lieu de Viàpres-le-Grand contenant 
cent soixante-dix arpens de terres labourables, avec un jardin 
de demy arpenl assis au dit lieu. 

u lUm, un autre jardin appelé l'Ucbe du Four, contenant 
trois denrées dix-sept carreaux, 

(' Hem, une pièce de pré contenant dix-sept arpens, appelée 
les Prés vacans. 

■ Item, une autre pièce assise au même lieu, contenant deux 
arpens, deux denrées ou environ, et une autre de deux arpens 
et demy au même lieu. 

t( Item, ai plusieurs aires à bois au dii finage, eu plusieurs 
morceaux dont je ne puis quant à présent donner le dénom- 
brement le plus précis, parce que je n'ai ici mes lilres qui sont 
en mes archives de Planc^'. 

« Ilem^ ai plusieurs censives audit \ iàpres montanl a envi- 
ron sept livres, y compris quatre livres, ciu(j sols, et sept 
poules que me doivent les héritiers ou bien tenaus de Bernard 
du Verne et Gillette des Bièvres, pour sept arpens et deux 
denrées de bois appelés les Grandes aires ou Bois Mordiable, 
qu'ils tiennent de moi entre le Grand et le Petit- Viàpres. 

a Hem, tous el chacun les habilaus du dit Viâpres-le- 
Grand me doivent chacun an le jour et leste de Saint-Remy, 
sçavoir ceux ayant charriie entière (jui est de deux chevaux, 

17 



2h8 LE iMAUQUlSAT DE PLANCY 

la quantité de deux boisseaux aveiue à la grande mesure, et si 
duivent guet el garde à mon château. 

« Et tous les héritages cy di ss'is, tant de mon domaine non 
tieffé que du tieffé scis au finage de Vicàpres-le-Graud, soni de 
terre et seigneurie 'et justice que je puis aussi faire exercer par 
un maire ayant appel particulier, avec appel devant mon b.iilly 
de Plancy. 

« Item, ai trente un sols »ix deniers de renies sur Noël 
Viart, du lirand-Viàpres, et plusieurs autres rentes toncières 
el seigneuriales au dit lieu. 

CHAMPFLEUHY 

K Item, j'ai la terre el paroisse de Champlleury avec tous 
droits de souveraineté premièrement l'église, haute moienne 
et basse justice que je puis 1 ùre exercer par un maire parti- 
culier, avec ressort devant mon bailly de Plancy, qui exerce 
actuellement la dite justice, et ai droit de greffe et tous autres 
profils de juridiction comme a Plancy, défauts et amendes. 

« Uem, ai au dit lieu de Champtleury droit de foire tous les 
ans le jour de Saint-Loup premier septembre. 

« Jtem, ai au dit lieu de Champtleury un gagnage conleuaut 
environ trois cents arpens de terres labourables dont la plu- 
pari est présentement eu friche par le malheur des guerres. 

« llem, ai une garenne jurée audit Champtleury, contenant 
environ trente arpeus. 

« Item, tous les habitans de Champtleury me doivent cha- 
cun an deux corvées de bals et de chevaux à Pâques et à 
la .Saiul-Remy, et eu outre une poule et douze deniers audit 
jour de Saint-Reray, à peine de défaut et amende. 

(I Item^ j'ai plusieurs au 1res redevances et censives audit 
lieu de Champtleury à moy dues en argent, et aucune portant 
lods et ventes, défauts et amendes, de pareille nature qui est 
cy-devanl déclaré, comme aussi tous les héritages non cen- 
suels audit tiaage me doivenl, à toute nuilatiou hors de père à 
fils, droit de vest et devest, portant lods et ventes, défauts 
el amendes comme dessus. 

« Itcm^ j'ai (|uarante-six sols tournois de renies sur Ciui. 
gnot-Coguot, et plusieurs autres rentes seigneuriales sur diffé- 
rents particuliers et héritages dudit Champtleury. 

« Et est borné le iinage dudit Champfleury, d'une pari 
tenant au linage de Saint-Viire, Viâpres-le-Grand et Bonne- 
Voisine, d'autre pari au iinage de Salon, d'un bout au linage 



sous LES GUÉNÉCtAUD 259 

de Plancy el l'Abbaye-sous-Plaucy, el d'autre bout au iiuage 
dudil Salon. 

BON NE VOISINE 

« Le tief, terre et seigneurie de Bouuevoi&ine, dans laquelle 
j'ai tous droits de seigneurie avec haute, moïenue et basse jus- 
lice, et mairie dudit lieu où je puis mettre oilicier pour l'exercer 
avec défauts et amendes. 

« Le lieu où étoit anciennement le village el paroisse de 
Bonnevoisine, qui est entièrement ruiné, et m'est demeuré 
faute d'habitans et sans maisons sur lesquelles mes prédéces- 
s;eurs avoient plusieurs droits de censives, terrages, rentes, 
champarts, lods et ventes et autres qui sont présentement 
éteints, faute de tenanciers et payement des dites redevances, 
aussi bien que les terres des champs. 

« [lem, ai le grand gagi.age du dit lieu, contenant envirou 
trois cents arpeus dont la plupart est en friche. 

« llem, le petit gagnage, contenant environ deux cents 
arpens de terres labourables presque toutes en friche. 

« llem, un bois et garenne appelé le Gros Buisson de Bonne- 
voisine, qui est aussy garenne jurée, avec tous droits^ de 
chasse et autres seigneuriaux sur tout le finage. 

« Item-, vingt sols tournois de rente seigneuriale sur Nicolas 
Lhuillier, pour l'héritage qu'il lient audit finage de Bonne- 
voisine, el quelques autres rentes. 

« Lequel finage et territoire de Bonnevoisine tient, d'une 
part aux finages de Champileury et de Salon, d'autre part aux 
finages de Villablé et Herbisses, d'un bout au finage de 
Semoine, et d'autre bout sur les fins de Viàpres-le-Grand 
et Saint- Vitre. 

SEMOINE 

« Hem, le vicomte de Semoine, qui s'étend sur tout le 
bourg et finage de Semoine, dont tous les habilans sont sujets 
à ma justice sans qu'il n'y en ait aucun exempt ; et s'exerce 
ladite justice par un maire, jirocureur fiscal, greffier, sergent 
et autres officiers à ma nomination, lesquels ont droit de con- 
uoître de tous faits et matière de police civile et criminelle 
et des abus qui se commettent dans le débit des denrées, 
poids et mesures d ycelui, parce que j y ai seul le droit de hal- 
lage, étalage, pesage, aulnage, minage el mesurage, à cau^-ede 
ma dite vicomte. 

« Hem, j'ai audit lieu droit de foire, qui se tient chacun au 



'260 LE AlARgUlSAT DE PLANGY 

le jour Saiule-Croix quatorzième septembre, el marché, qui 
se tieut tous les lundy de chacune semaine. 

« lieniy ai droit de travers et péages audit oemoiue, qui est 
tel que chacun charriot doit quatre deniers, charetle trois 
deniers, cheval de bât ou autres deux deniers, le bœuf et 
vaches deux deniers, le pourceau, mouton et autres, soit 
à laine, soit à cornes, un denier. 

« Item, ai droit de rouage et rouissage, qui est tel que per- 
sonne ne peut mettre rouir ou tremper chanvre ny autre chose 
dans le ruisseau de Bucheret, autrement dit le Gourganson, 
sans notre congé ou permission, parce que ledit ruisseau nous 
appartient en tout sou cours, fonds et rives, depuis son com- 
mencement qui est proche de Semoine, et sur nos terres jus- 
qu'à Gourganson : et pour ledit droit chacun habitant faisant 
chanvre m'en doit deux livres, une de mâle et l'autre de 
femelle. 

« Item, ai droit de banaUlé pour mou mouliu à Teau trcis 
sur ledit ruisseau proche de Semoine, appelé le moulin 
Bucheret, auquel tous les habilaus dudit lieu et tinage de 
Semoine sont tenus venir moudre tous leurs grains à peine de 
l'amende de soixante sols el confiscation, dépens, dommages 
el intôrèts ; auprès duquel moulin y a logement couvert de 
tuiles pour le meunier et ses bestiaux, et ai le tout fait réparer 
à neuf depuis trois ans, après avoir renouvelé ladite banalité 
avec lesdits habitans par acte passé avec tous les habitans 
dudit lieu, le cinquième février mil six cent soixante-treize, 
homologué par arrêt. 

« llem, ai aussi un mouliu à veut auprès dudit lieu de 
Semoine, aupi'ès duquel y a aussi un logement pour le meu- 
nier, un jardin et des prés qui en dépendenl. 

« Ue)7i, ai droit de coutume et une corvée de chevaux sur 
chacun desdils habilans ayant charrue et sur ceux qui n'en 
ont point une de bras seulement. 

« llem, ai la motte du château dudit Semoine avec droit de 
colombier à pieds, droits honorifiques d'église, et autres sei- 
gneuriaux. 

« Le iinage de Semoine tient d'une part à celui de Bonne- 
voisine, d'autre part à celui de Villiers, d'un bout à celui 
de Gourganson, d'autre bout à ceux de Salon, Coursemain et 
Boulages. 



sous LKS (iUKNEGAUD 2(11 

SALON, (lOUliSllMAIX ET BOULAGES 

« Ite^n^ j'ai plusieurs renies Ibncières, censives, couluines, 
autres droits es lieux et tinages de Salon, lioulages et Course- 
main, et es environs, qui se payent en argent et aveine, et la 
plupart desdites redevances s'appellent les Ouches portant 
lods et ventes, défauts et amendes. 

« Item, ai au finage de Boulages un gaguage appelé le 
gagnage de Hacqueville, qui s'étend aussy dans le finage 
de Longueville, Abbaye-sous-Plancy et finages voisins, conte- 
nant quatre-vingt-quinze arpeus et plus, tant terres labou- 
rables que prés mazeaux et bois. 

L ABBAYE-SOUS-PLAXCY 

« La maison du prieuré, le prieur et toutes les personnes y 
demeurantes sont en ma garde et de mou territoire et de mou 
ressort en toutes causes civiles et criminelles, et ai droii 
de réformation sur le prieur de ladite abbaye, lequel est tenu 
faire audit prieuré plusieurs services comme de tout tems est 
accoutumé pour les seigneurs dudit Plancy, fondateurs de 
ladite abbaye, dans laquelle je dois avoir les honneurs à l'église 
et ailleurs, ainri qu'il a été jugé par airest du Parlement 
des 27 août et 19 novembre 1547 ; et me doit ledit prieur les 
devoirs de garde et ressort pour la conservation desquels mes 
prédécesseurs se sont de tout temps opposés aux entreprises 
desdits prieurs, et notamment par actes faits au greffe de la 
Chambre à Paris et au greli'e de .Sézanne le vingt-deuxième 
janvier 1546, pour empêcher la réception d'une déclaration 
baillée par ledit prieur qui ne disoit pas la vérité. 

t llem, tout le iinage de l'Abbaye -sous-Plancy et dépen- 
dance est semblablement de ma terre en ma garde souveraine, 
et tous les habitans y demeurans de même que le prieur sont 
de mon territoire, de mon ressort en toutes causes ; sçavoir, 
pour les criminelles matières degruerie ou police, inventaires, 
tutelles et curatelles, elles viennent directement en première 
instance par devant mon bailly ou son lieutenant et mes 
autres officiers, et pour les autres causes elles y viennent 
immédiatement par appel, parce que le prieur de ladite abbaye 
n'a que basse justice ressortissante nuement à la mienne, et 
ses officiers sont tenus comparoir en mes assises à peine 
d'amende et deffaut, ainsi qu'il a été jugé par arrêt du 
28 juillet 1548, et peuvent mes sergents y faire tous exploits 
sans prendre commission desdits officiers de l'abbaye, et 



2ùZ LK MAR(JUISAT DE PLANCY 

quaud le prieur y meurt, mes officiel'.- seul:^ oiU droit de faire 
l'inventaire de ses biens après sou décès. 

« Jiem, tous les isahilaus de ladite abbaye nie doivent tous 
les ans deux corvées de bras et de chevaux à Pasques et à la 
Saint- Reuiy. 

« liem, ai droit de .taille es quatre cas accoutumés de che- 
vallerie et autres sur tous les liabitaus dudit lieu et fiuage de 
l'abbaye et dépendances. 

« Ite7)i, ai droit de chasse sur la rivierre de rabba3-e, et ne 
peut avoir le prieur ny aucune autre jurée, et si aucune il 
avait, je puis la faire ruiner et poursuivre mes lapins et le 
gibier dedans icelle. 

« Hem, ai droit de j)èche eu toutes les rivierres de ladite 
abbaye, tant celles du prieur que des habitans, pour y pécher 
et faire pêcher à tous tels engins et filets que bon me semble 
et toutes les fois qu'il me plaît sans faire appeler ledit prieur 
uy habitant. 

« liein, ai droit de banalité à four et à moulin sur tous 
habitans de ladite abbaye qui sont tenus venir moudre à mes 
moulins de Plan(;y comme tous mes autres sujets, tant qu'il 
n'y a point de moulins bâtis dans la rivierre de ladite abbaye, 
et quand lesdits moulins sont subsislans et travaiilans lesdits 
habitans peuvent y aller moudre, mais aussi j'ai droit de 
prendre sur îesdits moulins par chacun an au jour de feste 
Saint-Jean-Baplisle ou de Noëi douze grands septiers de blel, 
seigle, mesure de Piancy, bon bled loyal et marchand, sans 
que je sois tenu d'aucunes réparations ou autrement desdits 
moulins ; et est tenu ledit prieur de l'abbaye me les payer 
auxdils jours à peine de soixante sols d'amende envers moy 
seigneur de Piancy. avec les frais et dépens qui en seroieut 
faits tant de moy que de mes gens et charettes qui iront pour 
recevoir et prendre lesdits bleds es moulins ; est tenu aussi 
ledit prieur livrer et faire livrer, maintenir et entretenir bon et 
suffisable passage et vannage auxdils moulins, pour passer 
tant à monter qu'à descendre toùttes nacelles et batteaux par 
le cours de la rivierre desdils moulins et par autre aussi com- 
mode, à ses dépens, sans aucun retard ny pour ce prendre 
aucune chose desdits batteaux et nacelles. 

« Item, ai une pièce de pré audit finage présentement 
en labour, appelée la Pâture de l'Abbaye sous Piancy, conte- 
nant vingt-sept arpens fermés de fossés. 

« Item, une autre pièce audit Image, appelée la Pièce des 



sous LES GUKNÉGAUD -JOli 

Vieux Moulins de l'Abbaye proclie les angles, cunlenanl 
six arpeus aussi préseuleiiienl eu labour, sois enlre Boulages 
el ledit lieu de l'Abbaye. 

« Item, la pièce de Salon préseulemeal en labour, coulenaiil 
buil arpecs, ou euviron, scis audit fiuage. 

« Item, ai plusieurs rentes foncières et seigneuriales audit 
lieu de l'Abbaye sous Plaucy, sçavoir, sur Nicolas Camus 
vingt-deux sols huit deniers, sur Noël Grifïarl un sol six 
deniers, el plusieurs autres. 

'i Le Image de ladite Abbaye sous Plaucy tient d"nne part ;i 
ceux de Champlleury et de Salon, d'autre par à ceux de 
Loûgueville et Charuy, d'un bout à celui de Boulages, et 
d'autre bout à ceux de Plancy, Uharuy et le Bachol par 
les pâtures. 

CHARNY ET LE BACHOï 

« Les villes de Charny et le Bachol, assises sur la rivierre 
de Barbuise, sont aussy membres et fiefs de mon dit marqui- 
sat, el m'appartiennent avec tout leur territoire en tout droit 
de justice haute, moyenne et basse, (jue je puis faire exercer 
par un maire ou prévôt particulier dont les appellations vont 
devant mon bailly qui exerce piésentemeut ladite justice. 

« Itenî, y avoit audit Charny un hôpital qui est présente- 
ment ruiné, doiùt la maîtrise étoit en ma nomination et ledit 
hôpital en ma totale disposition et correction, et ai dans 
les autres églises de Charny préémiuances et droits hono- 
riiiques tels qu'à patron peuvent appartenir. 

' Item, ai droit de foire par chacun au audit Bachol le 
lendemain de la Fenlecôte, et puis l'affermer à mon profit. 

« Item, ai droit de four banal audit lieu du Bachot et 
de Charny, el mon four souloit être audit Bachot en ma place 
nommée le Pélôt ; se paye ledit droit comme à Plaucy. 

« Item, ai droit de chevallerie ou taille es quatre cas sur tous 
les habilans desdits lieux et villages, de quelque qualité 
qu'ils soient. 

" Item, ai droit de corvées de bras et de chevaux à Pasques 
el à la Saint-Rémy sur tous les habilans desdits villages 
et de leurs finages. 

« Item, ai droit de censives sur plusieurs héritages ceusuels 
portant lods et ventes comme dessus, et les héritages non ceu- 
suels me doivent aussi lods et ventes à toute mutation, hors 
celle de père à fils avec vest et devest partout ledit finage. 



2tj4 LK MARQUISAT DE PLANCY 

« El pariny lesdiles censives est celle de Jeau Fescaïu à un 
deuier de censive, et uu pigeon pour un colombier que je lui 
ai donné congé d'avoir, en façon de volière, sur une chambre 
près la porte de l'acciu dudit Fescaïa scis à Charny, et à 
la charge que ladite volière ne pourra être mise uy édiffiée 
ailleurs ny en autre forme et aux autres conditions et devoirs 
portés par mes lettres dudit congé. 

" It'jni. ai plusieurs renies foncières et seigneuriales auxdils 
lieux de Charny et Bachot, sçavoir, sur Pierre Danton, de 
(Jharuy, quarante sols tournois de rente à la Saint-Remy 
et soixante sols tournois de renie ;ï Noël ; sur Danton, six 
livres tournois ; sur Louis Méral, de Charny, trente sols tour- 
nois, et bur ijlusieurs autres. 

« Jlem. in plusieurs honunes et femmes de main morte es dits 
lieux de Charny el du Bachot, de pareille servitude que ceux 
de Plancj' ; dont y a procès il y a plus d'un siècle. 

Il Jtetii, chacun desdits ha bilans de Charn}- et du Bachot me 
doivent chacun jour et fête de Saint-Remy une obole tournois. 

« Ilem, chacun habitant demeurant au Bachot faisant feu 
et ménage entier, de quelque état el condition qu'il soit, 
prêtre ou noble ou autre, me doit huit boisseaux d'aveiue 
payable à la grande mesure de Troyes rendu es greniers dudit 
Plancy, et le demy ménage quatre boisseaux qui est dem}- 
septier aussi livrable es greniers de mon dit châtel, le jour et 
fête de Saint-Remy, à peine de cinq sols tournois d'amende 
faute de payer audit jour ; et sapelle ledit droit sauvement. 
dont ils ont passé condamnation aux Requêtes à Paris, le 
vingt-deuxième juin mil cinq cent vingt. 

« Iteni^ les demeurans et habitans dudit Bachot sont tenus 
faire et entretenir de toutes réparations quelconques, tant 
dedans eau que dehors, avec lisses et autres bois, fer et maté- 
riaux nécessaires, le pont du Bachot Sans que je sois tenu y 
contribuer aucune chose quoi qu'il m'appartienne, et ai le 
droit de travers qui se lève dessus ; et doivent chacun les cor- 
vées de bras et chevaux pour cet effet ; dont ai eu plusieurs 
jugemens, sçavoir aux Requêtes, le deuxième décembre mil 
cinq cent viugl-qualre, au bailliage de Sézanne les septième 
aoust et pénultième janvier mil cinq cent trente- trois, et au 
Parlement, arrêt du quatrième décembre mil cinq cent trente- 
quatre. 

« Item., droit de chasse, pêche, rouissage sur toutes les 
terres el audit tinage. 



sous LES GUÉNKGAUD 265 

« Hem, un g:ord assis sur la rivierre de Charuy a présent 
ruiné el assablé, mais le puis réparer quaud bon me semblera, 
et un autre gord assis sur la rivierre du Bachot, que j'ai gagné 
aux Requêtes contre les chanoines de Plaucy, le vingt-cin- 
quième juin mil cinq cent Irente-ueuf. 

(' He>n, tous les autres gords, eaux, fossés et rivierre* des- 
dits lieux et finages de Gharny et Bachot et Barbuise, et 
de Robert Aubry et autres. 

« Item, le marais de Charny. qui ost une pièce de pré 
de quatre cents arpens audit finage. 

« Kem, le gagnage des Babelons, sois audit finage du 
Bachot, contenant cinquante arpens de terres labourables en 
trois pièces : et y a sentence des Requêtes rendue à mou profit 
contre Madelaiue le Prince, veuve Christophe le Clerc, qui 
lavoit usurpé pendant les criées et décret de ma dite terre. 

« Et est le finage desdits Charny et Bachot borné, sçavoir, 
d'une part à la grande prairie de Plancy et Bachot cy devant 
déclarée, d'autre part tient au finage de Règes et Droupt- 
Sainte-Marie, d'un bout audit finage de Règes, et d'autre bout 
au finage de Longueville. 

LONGUEVILLE 

« Plus je tiens dudit seigneur Roy en mon dit marquisat 
de Plancy, la ville, finage et territoire de Longueville, où j'ai 
seul tous droits de haute seigneurie, droits honorifiques, préé- 
rainance et patronage d'éghse. haute, moyenne et basse jus- 
tice que je puis faire exercer par un prévôt heutenant, procu- 
reur fiscal el greffier, notaires, sergens et autres officiers dont 
les appellations ressortissent en premier lieu par devant mon 
bailly de Plancy directement et indispensablement. Et ai aussi 
droit de bourgeois et bourgeoisie jurée audit lieu. 

« Item, ai droit de foire audit lieu, le jour de chacun 

an, et de marché le jour de mercredy de chacune semaine 
avec droit de passage, aulnage, mesurage et étallage. 

« Item,, le travers dudit Longueville, autrement dit le 
péage, qui se prend et lève sur toutes denrées et marchan- 
dises ainsi el selon que le péage dudit Plancy, qui peut vallùir 
montant et avallaut soixante sols tournois, et confiscation de 
la marchandise sur les défaillans. 

« Item, ai droit de garenne, chasse, pèche et autres seigneu- 
riaux sur toutes les teires et eaux dudit finage de Longue- 
ville, 



200 LE MAHQUISAT DE PI,ANCY 

(I Item, ai la rivierre de Longueville qui dure dès le lluage de 
Charuy jusqu'au finage d'Eslrelles et s'appelle TElang de 
LoDgueville ; el rivierre dudil ; et y avait sur la rivierre dudit 
Longueville un moulin à Teau que mes prédécesseurs avoient 
fait bâtir el l'ont fait démolir dès Tan mil cinq cent quaranle- 
sept, parce qu'il ue valloit rien; au milieu duquel j'ai un 
moulin à vent bâti sur le finage d'E^lrelles, pour le laisser là 
tant qu'il me plaira, et sans préjudice à la banalité à laquelle 
lesdits habitans de Longueville sont sujets envers moj" et mes 
moulins de Plancy ; et y a proche lesdits moulins une maison 
pour loger le meunier, et uii arpent et dem^' de terre labou- 
rable. 

Item, ai droit de four banal audit Longueville comme 
à Plancy, ai droit de deux corvées semblables et plusieurs 
autres droits contenus es lettres royaux de l'an mil trois cent 
dix-neuf. 

« Item, ai droit de lods et ventes, deffauts et amendes, 
retenue féodale, vest el devest sur toutes les maisons, héri- 
tages el terres dudit finage, censuels ou non censuels, à rai- 
son de trois sols qualre deniers par livre du prix de la chose 
vendue ; dont y a jugement contre Buellerol aux Requêtes du 
Palais du vingt-qualrieme janvier mil cinq cent quarante-six, 
confirmé par arrêt du dixième décembre mil cinq cent qua- 
rante-sept. 

(I Item, ai droit de censives sur plusieurs héritages dudit 
Longueville payable à la Saint-Remy, Saint-Jean et autres 
jours, sçavoir, en argent quatre livres et plus, en aveine deux 
grands septiers, et quatre chapons et autres redevances. 

« Itern^ ai plusieurs rentes foncières et seigneuriales, sça- 
voir, sur Nicolas Aveline, le jour de Pasqu?.s, sept livres qua- 
torze sols huit deniers, et sur Nicolas Bertaut, Claudin "Vinot 
et consorts, de Longueville, trois livres six sols huit deniers 
tournois et quelques autres moindres. 

« Htm, ai la molle du fief de Longueville, laquelle n'est 
donnée à ferme. 

« Item, ai le châlel et la maison forte d'Elrelles, encloste- 
ment et pourpris d'icelui, fermé de grands fossés avec les 
dépendances, contenant en prés, terres, bois, deux cents 
arpens ou environ tout en un tenant, proche ledit lieu de 
Longueville; et est ledit chàtel et fief d'Eucastre avec sa 
basse-cour, colombier, garenne el jardins, vergers, terres, 
grèves et pâtures mouvantes de mon dit marquisat de Plancy, 



sous LES (iUKNKGAUD -JO / 

et arrière lief dudil comté de ('hampagne non réuny à ma 
table. 

« Item, ai audit tlnage un gaguage appelé le Grand (laguage 
de Longueville, auquel il y a soixante et dix arpens de terres 
labourables ou environ eu plusieurs et diverses pièces, avec 
dix-huit arpens de prés eu une pièce, tenant au prieur 
de l'Abbaj-e-sous-Plancy d'une pari, et d'autre à plusieurs. 

Uem, un autre gaguage appelé le Petit Gagnage de 
Longueville, auquel il y a vingt-cinq arpens de terres labou- 
rables en plusieurs et diverses pièces, et environ trois arpens 
de prés en trois pièces. 

« ]lem^ un autre gagnage audit Longueville, appelé le 
Gagnage des Terres Vacant, auquel il y a cinquante-huit 
arpens de terres labourables eu diverses pièces, avec cinq 
arpens et demy de prés. 

« Ilem, partie du gaguage de Hacqueville, contenant eu tout 
quatre-vingt-quinze arpens. 

« Item, un autre gagnage que j'ai depuis peu acquis de 
Jacques Regnard et sa femme, lequel contient quarante arpens 
un quartier, tant terres que prés en divers pièces, situées 
partie au finage de Longueville, partie en celui d'Etrillés, et 
n'ay point réuny ledit gaguage ny ne l'entend réunir à la 
table de mou domaine, mais icelui posséder, séparément, tant 
qu'il me plaira. 

« Ikm, j'ai encore audit lieu et finage de Longueville et 

Etrelles deux autres gaguages contenant arpens, tant 

terres que prés et bois eu différentes pièces, que j'ai aussi 
depuis peu acquises du sieur Pveiuet de May et que je n'entend 
aussy joindre ou réunir cà la table de mon domaine. 

« Item, audit lieu et village de Longueville, trois chenne- 
vières en trois différens lieux et pièces. 

« Hem^ une autre pièce de pré contenant trente arpens, scis 
audit finage, lieudit En la Queue Poussin. 

« Uem^ une autre pièce appelée le Grand Pré, lieudit le Pré 
des Grandes Ferrures et le Fourdoux. 

« ]Um, une autre pièce de pré appelée le Pré des Coquettes. 

« Hem, une autre pièce de pré contenant douze arpens une 
denrée, scise au lieudit les Prés 'Vaccans. 

« iLem, plusieurs pièces scises en la prairie de Longueville 
dont une de six arpens et demy appelée le Pré des Pointes, 
autre d'un demy arpent appelé le Pré au Sergent, autre de 
cinq arpens et demy et une denrée, appelée le Pré de la Noue. 



•208 LE MAKOUISAT DE PLANCY 

Il Ilem, un demy arpeul de pré au lieudiL la Voye de l'Ab- 
baye et un autre de deux arpens au lieudit le Pont des Prés, 
scis audit finage de Longueville. 

« Lequel finage tient d'un bout aux pâtures et prairie dudii 
Longueville, d'autre bout au finage de Méry et Droupt-Sainte- 
Marie. d'uue part au finage de Charuy et le Bachot et d'autre 
part aux finages d'Elrelles et Saint-Oulph. 

FROIDE-PAROIX 

« hem, j'ay et à moy appartient la terre et seigneurie de 
Froide-Paroix, fief de mondil marquisat; et y avoit autrefois 
un village et paroisse audit lieu de Froide-Paroix, lequel est 
du tout en ruines depuis plusieurs années, et n'y a plus que 
l'église paroissiale, dont je suis palrou et fondateur et y ai 
toutes prééminences et droits honorifiques avec tous autres 
droits de haute seigneurie et justice haute, moyenne et basse 
que je puis faire exercer par un maire, lieutenant, greffier, 
procureur fiscal et autres officiers à ma nomination dont les 
appellations ressortissent par devant mon bailly de Plancy. 

« Hem, j'avois droit de chevallerie et droit de deux corvées 
à bras et à chevaux par chacun an sur tous les habitans de - 
meurant audit village de Froide-Paroix, avec plusieurs cen- 
sives sur lesdittes maisons et héritages dont présentement je 
ne retire rien, aUendu qu'il n'y a plus aucuns édifices ny de- 
meuraus audit lieu où il y avoit jadis plus de cinquante ména- 
ges, et les masures et places me sont de nulle valeur. 

• Item, avois audit lieu et village droit de coutume et ban- 
nalilé à pressoir, four et moulins, en sorte que lesdits habitans 
étaient sujets à venir moudre à mes moulins de Plancy et à me 
payer le droit de four bannal de quatre sols par ménage comme 
ceux de Plancy et autres vassaux de mondit marquisat, ce qui 
m'est à présent de nulle valeur faute d'habitans. 

« Ilem, ai un gagnage audit lieu contenant environ trois cent 
arpens de terres qui me sont demeurées faute d'habitans et 
payement de redevances. 

« hem, y avoit audit Froide-Paroix la quantité de six cent 
autres arpens de terres de mon domaine qui ont été arrentés 
et baillés à cens et renies par mes prédécesseurs à différeus 
particuliers, pour huit grands septiers mesure de ïroyes par 
moitié seigle et aveiue, et autres charges, droits et devoirs 
seigneuriaux par chacun an. 

« Hem, j'ai deux arpens ou environ de vignes scises au vil- 
lage de Premierfait, proche ledit lieu de Froide-Paroix. 



sous LES GUÉNÉGAUD 269 

« Le tioage de Froide- Paroix lient d'une part au tinage de 
la Chapelle- Valon. d'autre aux terres des Grandes Chapelles 
et à la vigne Saint-Martin et autres, d'un hout au iiuage de 
'Vaudry et d'autre bout au tinage de Règes. 

« Plancy, Champlleury. Saint-Vitre, le Bachot, TAbbaye- 
sous-Plancy, Longueville, Froide-Paroix et Semoine et partie 
de Viàpres-le-Grand ne font qu'une terre et composent niondil 
marquisat, dans l'étendue duquel n'y a aucun qui ait droit de 
prendre censives, rentes ni autres droits en deniers ou autres 
choses sur les terres dépendantes de mon marquisat, qui n'est 
chargé ni redevable de quoi que ce soit sinon de l'hommage 
envers le Roy notre Sire, à cause de son dit comté de Cham- 
pagne. 

« Ilem, j'ai audit Sézanue une vigue contenant plus d'un 
arpent, nommée d'ancienneté les Peleux de Plancy. 

« Iie7n, j'ai droit à cause de mondit marquisat de prendre 
sur les revenus du douiaiue dudit Sézaune deux grands sep- 
tiers treize boisseaux de froment et neuf grands septiers 
mines d'aveine payable le jour de la Madelaine, qui s'appelle 
la rente du gant, et a cessé de in'ètre payée depuis que 
ledit domaine a été aliéné par engagement, quoique j'ai été 
maintenu en la possession de ladite rente, par différentes 
lettres et jugemens, et not imment par arrèis de la Chambre des 
Comptes. 

" J'ai aussi droit d'usage à toujours pour mon chAlel de 
Plancy en la forêt de la Traconne, où j ai droit de prendre les 
hois nécessaires pour la réparation de mcndit chàlel sans rien 
payer que la façon de couper lesdils bois eu tous tems, et de 
même pour mes autres nécessités et user de mondit chàtel, 
droit de chauffage en bois mort et mort bois et autres, ce qu'il 
m'en convient ; sans rien payer de même, et y en a plusieurs 
lettres et jugemens, entre autres deux rendus aux Eaux et 
Forêts, les treizième may mil cinq cent trente-six et dix- 
huitième décembre mil cinq cent trente-huit. 

MESNIL-LES-GRANGES 

« Item, j'ai et à moy appartient le fief du Mesnil-les-Granges, 
scis en la paroisse de Granges-sur-Aube ; lequel fief est mou • 
vaut de Plancy en arrière fief du comté de Champagne, que je 
tiens présentement sans l'avoir réuny ny entendre le réunir à 
mondit marquisat, ni table de mou domaine non fiefé, mais 
pour le posséder séparément et le pouvoir mettre hors de mes 



270 LK MAROUISAT DK PLANCY 

inaiub quaud bon me temblera ; et consiste eu tout droit de 
haute seigneurie et justice haute, moïeune et bas.-^e que je puis 
taire exercer par maite, lieutenant, procureur fiscal, greffier, 
sergens, notaires et autres officiers à ma nomination dont les 
appellations doivent ressortir par devant mon bailly de Planc}". 

« Kern, ai la motte dudit fief, scise près la rivière d'Aube, 
proche laquelle est un grand bois de haute t'ulaye conte- 
nant 

« Ilem, ai droit de chasse et garenne jurée par toute madite 
terre, à toutes bètes et oiseaux. 

Il Item, j'ai la coutume de la charine, qui est que tous ceux 
(}ui mettent pâturer en la pâture audit lieu, me doivent deux 
deniers tournois au jour de Saint-Remy, tant ceux demeurans 
en madite seigneurie que ceux de dehors, à cause dudit pâtu- 
rage qui m'appartient en propre et dont les habitaus n'ont 
l'usage que par souffrance. 

'I llejn, ai et à moy appartient la rivière dudit lieu (jui est 
celle d'Aube, à la prendre d'un bout par haut à la rivière des 
Quartiers, appartenant au seigneur d'Anglure, et est affermé 
avec la chasse aux canards, grues et autres oiseaux de rivière, 
avec la fosse Rade et autres qui m'appartiennent toutes dans ma 
seigneurie, la somme de douze livres en argent, deux plais de 
poissons et dix poulets. 

« Item, ai droit de censives sur toutes les terres et héritages 
assis au dedans de madite seigneurie, qui me doivent toutes 
un denier tournois au moins, payable à la Saint-Remy; et y 
en a qui sont chargées de plus grands devoires, sçavoir les 
biens tenant de Thomas ïhiery doivent par chacun an à la 
>Sainl-Remy quarante-huit livres en argent et un chapon, les 
biens lenans de Aupie Bessard, deux sols six deniers et une 
poulie sur le jardin au Buisson; et plusieurs autres doivent 
d'autres censives, qui monte à vingt-six sols en argent, six 
chapons et six poulies, toutes lesquelles censives portent lods 
et ventes, delTauls et amendes comme à Plancy, avec droit de 
retenue sur tous les héritages vendus pour le prix de leur 
vendilion. 

« Ilem, ai droit d'aubaines graves, bâtardises, confiscation 
el autres seigneuriaux, et nul ne peut avoir colombier ni vol- 
lière en madite terre du Mesuil sans ma permission. 

Il lte7n, ai le gagnage dudit Mesnil, qui contient vingt-six 
arpens de terre ou environ, tenant d'une pari à un chemin 
appelé la Haute Voye, d'autre au fief du colombier de Ga- 



sous LES GUÉNÉGAUU 271 

guage aboulissanl d'un bout d la rue du Mesnil el d'autre boul 
à la seigneurie de Marcliaug^-. Et quaud ledit tief du Mesuil- 
les-Grauges est possédé par autre que raoy, il doit à mon 
chàtel de Plauc}' guet et garde et hommage lige. 

■' llei/i., à cause de uioudil marquisat et chàtel de Plancy 
sont teuus et mouvaus eu pleins llefs plusieurs autres terres 
et seigneuries dont aucunes sont scituées dans l'étendue des 
paroisses cy-dessus déclarées, membres de moudil marquisat ; 
et les autres sont scituées hors desdites paroisses et même 
plusieurs en lieux assés éloignés de mondit chàtel, toutes les- 
quelles sont fiefs liges relevant de moy uuemenl et prochement 
et me doivent chacun an guet et garde en personne à leurs 
dépens, quand bon me semble, ou au capitaine de mou château 
en mon absence de, l'orJouuer tant en paix qu'eu guerre; et 
en défaut de ce après le commandement fait, je puis saisir et 
faire les fruits miens jusqu'à ce qu'ils ayent fait ledit guet et 
garde eu personne et non par substitution, 

« Et si me doivent lesdils tiefs plusieurs autres droits el 
devoirs portés par les lettres de leurs baillys et aveux d'iceux; 
des quels fiefs le dénombrement en suit, el premièrement de 
ceux situés en dedans de chacune paroisse de mondit mar- 
quisat. 

Fiefs sis a Plancy 

« Le fief appelé Pisse-Loup avec le champ de la Croix, joints 
el leuans ensemble proche Plancy, contenant environ dix 
arpeus de terre labourable que tiennent lei hoirs de Jean le 
Coq Thibaut, Mesmin el autres. 

« Hein, le fief de Mondefruit, contenant cinq arpeus de prés 
assis audit lieu de Mondefruit, el pour raison duquel me sont 
dus quarante jours de guet et garde de mou chàtel de Plancy. 

FiEFS SIS EN 6alon kï Boulages 

« Les terres et seigneuries de Boulages et celles de Cour- 
cemaiu dont sont possesseurs de présent et détempleurs les 
sieurs de Torlépée et de Connigis, qui, à cause desdits tiefs, 
rae doivent cent dix jours de garde en mon chàtel de Plancy. 

« Les fiefs de Torlépé^;, autrement dit rivière de Vare, que 
lient ledit sieur Torlépée, avec lequel j'ai aliernativemenl le 
droit dé pêcher ladite rivière et autres droits sur icelle. 

« La terre el seigueurie de Salon en Champagne, que 
tiennent à présent les hoiis ou ayaus cause du sieur de Cusigny, 
pour raison de laquelle étaient dus autrefois soixante jours de 



272 LE MARQUISAT DE PLANCY 

garde audit chàtel de Plaucy, mais en a été remis viûgl audil 
seigneur de Salon en récompense de ce qu'il céda à mes pré- 
décesseurs la tenue féodale et mouvance de Champlleury, qui 
au moyen de ce ne relève plus dudit Salon, mais seulement de 
Plancy. 

« Item, la terre et seigneurie de , que tient et possède à 

présent Jean de Couday, et est tenu faire vingt jours de garde 
en mondit châtel. 

Fiefs sis a l'Abbaye- sous-Plancy 

« Le tief d'Anthenay ou de Pradines, scis au lieu de l'Abbaye- 
sous-Plancy en ma haute justice, qu« tiennent les hoirs de 
Guillaume Corrard qui à cause de ce me doivent, en mondit 
chàtel, quarante jours de garde. 

« [tem, le fief appelé de l'Abbaye- sous-Plaucy, scis audil 
lieu en ma haute justice que tiennent les hoirs de Pierre 
Bureau, pourquoi me sont dûs aussi quarante jours de guet et 
garde. 

FiKFs SIS A Charny et au Bachot 

« Le tief de Marne, assis audil lieu de Charny-le-Bachol, 
possédé par les hoirs ou ayans cause de Nicolas Drouot, con- 
sistant en maison, accin et plusieurs héritages proche la rivière 
en laquelle néanmoins lesdils tenans ne peuvent Avoir droits 
de pèche, gords, ponts, justice quelconque ny sur les autres 
héritages ny droit de colombier ; et pourtant me doivent quatre 
vingt jours de garde chacun an à leurs dépens et en personne 
suivant les jugemens que j'en ai des Requêtes du troisième 
septembre mil cinq cent trente-neuf, confirmé par arrêt du 
quatorzième aoust mil cinq cent quarante, dix-neuvième mars 
mil cinq cent quaranle-six et premier décembre mil cinq cent 
quarante- sept. 

« Item, le llef du grauJ acciu de Charny, contenant environ 
deux arpeus, que tiennent les héritiers de Guillaume le Moine. 

(I Item, le fief de Verrine, assis audit finage de Charny le 
Bachot, y compris un bout de rivière, que tiennent les héritiers 
de Chauveau à cause duquel me sont dûs quarante jours de 
garde ; et en ai sentence du ... décembre mil cinq cent trente- 
huit, confirmée par arrêt du dernier février mil oitui cent 
l renie-neuf. 

« Item, le fief du pré Souin, consistant en une grande pièce 
de pré scise entre Charny et le Bachot, que tiennent de moy les 
héritiers Nicolas Chauveau. 



sous LES GUÉNÉGAUD 27?. 

« Item, une rricaisou sise à Charûy que tiennent les héritiers 
Fleury-Millot, tenant d'un bout aux Drouot et d'autre bout à 
la rue commune. 

a lietn, le fief de Vaubaudry, consistant en deux arpens de 
terre assis au tinage de Gharny, que tenoient cy devant les 
héritiers de Pierre Pételard. 

« lieJH, le fief de Breuil, consistant en deux arpens do pré 
assis au finage de Gharny, que tenaient les héritiers Antoine 
Féloix. 

Fiefs sis a Longueville 

« Ilem, le fief de Peugny, consistant en sept arpens de prés 
eu une pièce scise en la prairie de Longueville, que tiennent 
les hoirs Michel Drouet. 

« Item, le fief de Verrine, scis audit finage de Longueville, 
lequel a été parti d'avec d'autres nefs du même nom scis à 
Gharny et Bachot, que tiennent les hoirs de Jean de Verrine, 
pour lequel me sont dûs quarante jours de garde. 

n Item, le fief de Fouges, consistant en six fauchées de pré scis 
en la prairie de Longueville, que souloit tenir Guillaume de 
Fouges ; pour lequel me sont dûs quarante jours de garde. 

i Item, le fief du pré de Breuil, consistant en pré scis en la 
prairie de Longueville ; pour lequel me sont dûs quarante jours 
de garde. 

« Item, le fief du pré Martin, consistant en sept denrées de 
prés assis audit finage de Longueville, lieudil le Bout des Prés 
Vaccans. 

« Hem, le fief Ragnier. consistant en onze arpens et demy de 
pré scis en la prairie de Longueville; pour lequel m'est dû 
aussi le droit de guet et garde, de même que pour tous les 
autres cy dessus auxquels je n'ay point spécifié et employé 
ledit droit. 

« He^n, le fief Greffart, consistant en une fauchée de pré scise 
en la prairie de Longueville, que tenoient les héritiers Antoine 
Féloix. 

« Item, le fief Varies, consistant en plusieurs héritages scis 
audit finage de Longueville, pour lequel m'est dû droit de 
guet et garde comme cy-dessus. 

Autres fiefs situés hors de mon marquisat 

a A Rhèges ai le fief Arroste, mouvant de raoy, pour lequel 
sont dûs quarante jours de garde» 

18 



274 LE MARQUISAT DE PLANCY 

« A Elrelles j'ai le fief du four baunal dudit lieu qui me doit 
quarante jours de garde. 

« A Sainl-Martin et Saint-Remy-sur-Barbuise j'ai le fief 
des seigneuries desdils lieux et de l'étang que lesdils seigneurs 
y tiennent. 

c( A Nozay, la totalité de la seigneurie relève de moy, en fief, 
pour lequel m'est dû soixante jours de garde. 

Il A Viàpres-le-Pelit j'ai et relève de moi le four bannal et 
un autre fief appelé le fief de Bièvre, scis audit lieu, et cy- 
devant relevait aussy de moy la totalité dudit Viâpres-le- 
Petit. 

« Aux AUibaudières j'ai en fief qui relève de moy la moitié 
de la terre et seigneurie dudit lieu et justice d'Orme, avec 
deux étangs et quelques terres scises audit lieu, que tiennent 
les héritiers Louis Picot, et me doivent quarante jours de 
garde. 

« Au Fresnoy, proche Troyes, ai en fief qui relève de moy 
la terre et seigneurie dudit Fresnoy scis au bailliage de Troyes, 
que tient à présent le seigneur de Marolle, pour lequel m'est 
dû quarante jours de garde. 

« A Fouchères-sur-Seine, les grandes dixmes du lieu, avec 
quelques censives, terres et prés et vines et autres héritages, 
que tiennent et possèdent présentement, partie les héritiers 
du sieur de Lenincour, partie le sieur Jean de Vienne, et partie 
le sieur Le Tanneur, pour lesquelles me sont dûs vingt jours 
de garde et autres devoires. 

« A Rumilly-les-Vauldes le lief du Moulin Cotlerel, maison, 
censives, terre et prés en dépendans, que tiennent à présent, 
partie le sieur de Marolle, et partie le sieur de la Rocatelle, 
pour lequel m'est dû vingt jours de garde. 

« Item, au finage du Fresnay j'ai le fief des étangs du 
Fresnay, dont l'un coulicnl vingt arpens et l'autre moins, avec 
une carpière derrière la chaussée dudit étang, ensemble la jus- 
tice haute, moyenne et basse sur lesdits étangs et carpière, que 
tiennent les héritiers Jean Bellavoine, qui me doivent quarante 
jours de garde. 

« A Montespreux, le iief, terre et seigneurie de Montes - 
preux, que lient à présent M. de Laune, qui me doit quarante 
jours de garde. 

« A Broissise-en-Brie, la terre, fief et seigneurie d'Echauffe- 
rie et dépendance, que tient messire Le Fèvre, seigneur de 
Ghaumartin. 



sous LES GUÉNÉGAUD 275 

« A Chaœpigny, le fief du moulin dudit lieu, que tieuuent 
présentemeut les héritiers du sieur Varsaud. 

« Protestant augmenter ou diminuer le présent aveu, si 
besoin est et s'il vient à ma counoissance. » 

La lecture attentive du volumineux dénombrement relaté 
ci-dessus montre à quel point le pays qui fait l'objet de notre 
travail était autrefois boisé et cultivé ; presque partout on y 
faisait pousser la vigne; les cinq ou six villages aujourd'hui 
disparus qui étaient disséminés sur sa surface, ajoutés à ceux 
qui subsistent encore actuellement, devaient apporter à la 
contrée un important contingent de travailleurs. Il ne s'y 
voyait pour ainsi dire point de friches : celles-ci n'apparurent 
qu'à la suite des guerres qui ravagèrent le territoire et nive- 
lèrent l'emplacement des villages, justifiant l'appellation de 
Pouilleuse appliquée désormais à une partie de la province de 
Champagne si cruellement dévastée à maintes reprises. 



IV 

Henri II de Guénégaud. — Aliénation du marquisat 
de Plancy. 

Henri P"" de Guénégaud étant mort, comme nous l'avons vu 
plus haut, en 1676, eut pour successeur son fils Henri II de 
Guénégaud, marié à Anne -Françoise de Mérode, et qui mourut 
le 22 mai 1722, âgé de soixante-quinze ans, sans postérité. 

Le quatrième fils d'Henri de Guénégaud avait hérité de la 
seigneurie de Saint-Just, qui passait en 1714 dans la famille 
de M. Moreau et dont M. Moreau faisait l'aveu et le dénom- 
brement, le 15 octobre 1714, à François do Bouthillier, 
évêque de Troyes, Saint-Just étant, comme nous l'avons vu 
au cours de ce récit, dans la vassalité de l'évéché de Troyes. 

Le passage d'Henri II de Guénégaud marqua peu à Plancy. 
A peine trouvons-nous dans les papiers de la terre quelques 
baux passés par lui, notamment l'un de 1672 où il est dé- 
nommé Henri de Guénégaud de Cazillac, chevalier, marquis 
de Plancy, comte de Rieux, et se rend acquéreur de pièces de 
pré appartenant « à messire Antoine d'Argillières, chevalier, 
seigneur de Règes, en partie, et à la demoiselle Anne d'Auluay, 
par devant Pantaléon Brussie, écuyer, bailly de Plancy et 
garde des sceaux aux contrais dudit bailliage pour M. le 
marquis de Plancy ■» ; un autre du 23 juin 1698, par lequel il 



276 LE MARQUISAT DE PLANCY 

loue la ferme de Champfleury et de Boimevoisiue avec les 
buissons de Bonnevoisine. 

C'est eu l'année 1698 que fut siguée la paix couclue entre la 
France, l'Espagne, l'Angleterre, la Hollande, la Savoie, l'Em- 
pereur et l'Empire. Des notes laissées par un curé de Plancy 
sur les événements marquants qui s'étaient produits dans 
celle localité nous apprennent que Plancy célébra la nouvelle 
de la paix par un feu de joie que le bailli, le lieutenant, le 
procureur fiscal et le maire avaient allumé eux-mêmes. 

Comme nous l'avons vu dans un des chapitres précédents, 
la fortune d'Henri V'' de Guénégaud, diminuée par les confis- 
cations qui accompagnèrent sa disgrâce, par le partage de ses 
terres et seigneuries entre ses nombreux enfants, devenait in- 
suffisante pour assurer, malgré le vœu ardent de son testa- 
ment, la conservation de la seigneurie de Plancy dans la main 
de celui de ses fils qui en avait hérité. Sans doute aussi les 
dépenses de luxe qu'imposait aux Guénégaud leur haute 
situation augmentèrent-elles leur embarras. C'est ce que 
montre un bail des revenus du marquisat de Plancy passé en 
1713 par « Jean Moreau, écuyer, secrétaire du roy, contrôleur 
« généi'al de la grande chancellerie, fondé de procuration de 
« MM. les directeurs et créanciers de M. de Guénégaud, 
a marquis de Plancy. » 

Ainsi Guénégaud n'était plus mailre de sa fortune, et l'an- 
née suivaute un de ses fournisseurs devait provoquer la saisie 
de Plancy, ainsi qu'en témoigne l'acte ci-dessous : 

« Le 2ô octobre 1744, sur la poursuite de Denise Perrier, 
u veuve de Nicolas Ruelle, vivant mailre sellier et carrossier 
« à Paris, faute de payement d'une somme de 4838 livres 
« 18 sols, due par messire Henry de Guénégaud, avoir élé 
« adjugé à messire Jean Moreau, écuyer, secrétaire du roi, le 
« marquisat de Plancy, sis dans l'élendue du baillage de 
u Sézanne en Brie, et ledit ancien château, séparé de la ville de 
« Plancy par la rivière d'Aube, fermé de murailles et grosses 
« tours entourées de fossés pleins d'eau, ladite rivière avec 
« pont-levis en ruine, ayant droit de guet, garde et droits 
« honorifiques, etc.; plus la chaussée de Plancy à commen- 
« cer au grand pont d'icelui jusqu'au pont du Bachot, avec 
« droit de planter saules et autres arbres ; plus deux petits 
Il étangs contenant 4 arpens ou environ, presque assablés et 
« remplis; plus un autre vieil étang appelé le Marais de 
« Joigne, entièrement ruiné ; plus une censé appelée la Maison 
« des Bois, étant au bout du parc dudit Plancy, cy devant 



sous LES GUÉNÉGAUD 277 

« consistant en plusieurs bàtimeus et de présent démolie, 
« feriuée de murs, el un parc de la consistance de plus de 
« cent arpents, enclos d'un côté de la rivière d'Aube, et d'autre 
« c<)té par des fossés et bras qui en dérivent et forment une 
« isle, etc.. i- 

L'adjudication avait été précédée d'une criée, pour permettre, 
suivant l'usage, aux oppositions qui pourraient s'élever contre 
la déclaration de l'étendue et de la nature des biens ou droits 
du marquisat de se manifester. Dans les archives de la terre 
est conservé l'acte de déclaration du procès-verbal des saisies 
réelles et décrets volontaires qui furent faits « par affiches 
t avec panonceaux royaux tant à Paris qu'aux lieux saisis 
« réellement et endroits nécessaires et accoutumés, par quatre 
« criées, quatre quatorzaines et subhastations suivant la cou- 
a tume du baillage de Meaux, des fonds, trèsfouds, propriété, 
« possession et jouissance desdites seigneuries et marquisat 
« de Plancy, vicomlé de Semoiue, terres et seigneuries de 
4 Longueville, du Mesnil-les- Granges, de Hacqueville et 
« droits en dépendant, faites au-devant des principales portes 
« et entrées des églises paroissiales de Saint-Julien de Plancy, 
« Saint-Etienne de Charny-le-Bachot, Saint-Pierre de Lon- 
« gueville, Saint-Leu et Saint-Gilles de Champfleury, Saint- 
« Maurice des Granges, Saint-Martin de l'Abbaye-sous-Plancy, 
« Saint-Pierre et Saint-Paul de Boulages. Saint-Leu et Saint- 
a Gilles du Grand-Viàpres, Saint-Pierre et Saint-Paul de 
t Semoine, Saint-Maurice de Gourganson, Saint-Pierre et 
« Saint-Paul de Villenauxe, Saint-Séverin de Chantemerle, 
f Saint-Barlhélemy du Plessis, Saint-Denis de Sézaune, et en 
« la place publique du marché de ladite ville ; les procî's- 
« verbaux des trois criées, proclamations, subhastations, de 
« trois quinzaines et quarantaines prescrites par U coutume 
'i de Sens, des fonds, tréfonds, propriété, superficie, posses- 
« sion et jouissance de la baronnie. terre et seigneurie de 
'I Sainl-Just, terre et seigneurie d'Étrelles, faites au-devant 
« des principales portes et entrées des églises paroissiales de 
« Saint-Just du bourg de Sainl-Just, de Saint-Sulpice et 
« Saint-Antoine de Glesle, de Sainl-Médard de Bagneux. de 
« Noire Dame d'Etrelles, et au-devant de celle de Samt- 
" Mesmin de la ville de Sens et encore au pylori des puits de 
« la halle de Sens; les procès-verbaux des trois criées, elc..., 
« requises par la coutume du baillage de Troyes, des fonds, 
« etc., des héritages dépendant de ladite seigneurie d'Etrelles, 
a situés sur le linage de Saint-Oulph, régis par la coutume 



278 LE MAEQUISAT DE PLANCT 

« de Troyes, au-devanl des principales portes et entrées des 
c( églises paroissiales de Saint-Pierre des Chapelles-Valon , de 
« Saint-Oulph, et de l'église royale et collégiale de Saiut- 
« Etienne de Troyes, etc. )> 

Des oppositions furent élevées contre le décret de saisie par : 
1° messire Jean de Gabanel, écuyer, secrétaire du roi hono- 
raire, baron d'Anglure ; '2° François Picot, chevalier, marquis 
de Dampierre, pour distraction de moitié de la terre et sei- 
gneurie de la Tibaudière, et de deux champs compris en la 
saisie réelle comme faisant partie de la terre de Plancy ; 3° de 
Edouard Dauchin de Beaurepaire, chevalier, seigneur des 
Barres, Champigny, Viâpres-le-Petit, en partie, etc., pour le 
moulin de Champigny qu'il prétend être de la mouvance du 
roi à cause de son comté de Sézanne ; 4° plus de l'opposition 
de dom François Henry, religieux bénédictin de la congréga- 
tion de Saint-Maur, prieur titulaire au prieuré de Notre-Dame 
de l'Abbaye-sous-Plancy, en qualité de seigneur spirituel et 
temporel du village de l'Abbaye, et seigneur du village de 
la Perthe, dont ledit seigneur prieur se prétend haut justicier. 

Le fils d'Henri de Guénégaud mourut peu de temps après 
la vente de ses propriétés de Plancy à M. Moreau, c'est-à-dire 
vers 1722. L'auteur de cetouvage possède en effet un mémoire 
de l'année 1723 concernant sa succession et dans lequel le 
marquis de Gaderousse se prétend son seul héritier bénéfi- 
ciaire et demande en conséquence la délivrance de ses papiers. 

Baron G. de Plancy. 



CHARTES 



DU 



PRIEURÉ DE LONGUEAU* 



1213, mai. 

Albéric, archevêque de Reims, déclare que Gilard de Sarcy, 
chevalier, a donné en aumône, à l'église des religieuses de 
Longueau, vingt setiers, moitié froment, moitié avoine, mesure 
d'Aougny '. 

Agnès, sa femme, a loué celte aumône, ainsi que Girard de 
Milly % chevalier, en qualité de suzerain. Albéric ratifie éga- 
lement en retenant la libre disposition de quatre setiers de 
froment pour les besoins et la vie durant de la fille de Gilard, 
religieuse à Longueau. 

1213, août, 

Hugues 3, comte de Rethel, à la prière de Mathilde, sa mère, 

• Voir page 161, tome VII de la Revue de Champagne. 

1. Aougny (Marne), canton de Ville-en-Tardenois. 

2. Les Milly de Champagne et de Brie sont issus des Milly de Beau- 
voisis, qui occupaient, dès l'année 1019, les emplois les plus distingués à 
la cour des comtes de Champagne. En 1074, Sagalon de Milly donne l'église 
de Ghamery à l'abbaye de Saint-Martin d'Eperuay. Ce noble lignage, neuf 
fois séculaire, est fréquemment cité dans le chartrier d'Igny. En 1219, 
Gérard de Milly, que nous venons de nommer, et Mathilde, sa femme, rati- 
fient la vente par Robert de Milly, chevalier, du consentement d'Aveline, sa 
femme, à l'Abbaye d'ign}', de treize arpents de terre lieudit Savart, jouxte 
le bois de Vilerzcl. Le 8 seiitembre 1226, Gérard et Robert de Milly ap- 
prouvent et piègent la vente par Thomas de Milly, chevalier, leur frère, au 
profit de ladite abbaye, de 21 arpents du bois de Milly, près Villerzel. Au 
mois de janvier 1228, Gérard, Régnier, Thomas et Robert de Milly, cheva- 
liers, reconnaissent avoir vendu à l'abbaye d'Igoy 14 Journels de terre à 
Chézelles, paroisse de Fismes, tenus de Guillaume de Fismes, chevalier; 
approuvé par Eustachie, femme de Régnier, Armand Chrestiea et Perettc, 
sa femme, Clarembaud, clerc, Marie, femme de Thoma?, Anceline, femme 
de Robert, Marguerite et Richilde, filles de Gérard. (Vicomte O. de Poli, 
Inventaire des litres de la maison de Millij. Paris, 1888. Consulter égale- 
ment l'érudite notice sur celle famille, publiée par le même auteur dans la 
Revue de Terre-Sainte.) 

3. Hugues IV, iils aîné de Hugues III, et de Félicité, mourut en 1241 
sans postérité. Il avait succédé à sou père en 1228. Il épousa, eu premières 
noces, Mabille d'Iprès, et, en secondes noces, Jeanne de Dampierre. C'est 
lui qui, en 1233, octroya la charte communale de Mézières. 



280 LE CARTULAIRE PU PRIEURÉ 

du consentement de Félicité, son épouse, et de Hugues, son 
lils, donne à l'église des religieuses de Longueau, trois muids 
de froment et trois muids de farine à prendre, chaque année, 
sur les terrages de Tagnon ', à la mesure dudit lieu. 

1213, mars. 

Gaucher de Ghâtillon, comte de Saint-Paul, confirme et 
garantit, comme piège, la donation faite par Milon de Van- 
dières, à la maison de Longueau, de la dîme entière qu'il pos- 
sédait à Vandières par héritage, sous la condition que les reli- 
gieuses lui laisseront, ainsi qu'à sa femme, en cas de mariage, 
la jouissance viagère de sa maison de Baslieux et dépendances, 
excepté le bois de la Cohette ^, le Sart ^, la vigne de sa sœur 
Marie et la moitié de la récolte des noyers croissant sur 
Cuisles*, au delà du ruisseau de Baslieux. 

Pierre de Bazoches a approuvé cette aumône qui relevait de 
son fief et s'en est porté garant, sous la foi du serment, contre 
la remise de vingt livres de Provins. 

1214, septembre. 
Hugues, comte de Rethel, et Félicité, son épouse, donnent 
aux religieuses de Longueau la dixième partie des grains qui 
rentrent chaque année dans leurs greniers jusqu'à la Toussaint 
sur les chàtellenies de Rethel et du Ghàtelet, à la charge de 
célébrer dans l'église de Longueau, à l'intention des donateurs • 
1° chaque année, un service à perpétuité; 2° aussi chaque 
année, tant que ceux-ci vivront, une messe du Saint-Esprit ; 
3° après leur décès, chaque jour, une messe des défunts pour 
le repos de leur âme. 

1 . Tagnon (Ardennes), canton de Juniville. 

2. La Cohette, bois eitué au nord de Baslieux, couvrant la partie sep- 
tentrionale de celte commune et la partie méridionale des communes de 
Jonquery, Champlat et La Neuville-aux-Larris. 

3. Le Sart. C'est probablement la ferme actuelle des Grands-Essarts, sise 
sur le territoire de Vandières. 

A. Cuisles (Marue), canton de Châtillon-sur-Marne. Anciens seigneurs: 
1564, Luc de Saluoue ; 1633, Claude de Salnoue ; 1680, Joseph-Remy de 
Livrou, cheTalier, maître de camp de cavalerie ; 17i7, M" Jean Tapin, 
écuyer, conseiller du roi, lieutenant criminel de robe courte ; 1762, M'' Claude- 
René de Laulne, greffier au Parlement de Paris. Le 'J novembre 1763, il 
rendit foi et hommage au duc de Bouillon à cause de la terre et seigneurie 
de Cuisles, donnée en mariage à Jeanne Tapin, sa femme, par Jean Tapin, 
père de celle-ci, suivant contrat passé devant Marchand, uoltirc à Paris, le 
24 juillet 1762. 



DE LONGUEAU 281 

l^li), mars. 
H... ', évèque de Soissoiis, annonce que Thomas de Fère ^ 
chevalier, a donné à l'église de Longùeau toule la dirae qu'il 
possédait à Aiguizy^, avec devêture entre les mains de Guy 
de Violaine \ chevalier, en qualité de suzerain, et qu'en suite 
de la résignation faite par ce dernier, l'évèque en a investi la 
prieure de Longùeau, au nom de sou église. 

1213, juillet. 
Blanche, comtesse de Troyes, scelle l'accord suivant entre la 
prieuresse et les religieuses de Longùeau, d'une part, et son 
iidèle Guy de Treslon ', d'autre part. Guy et ses héritiers 
devront, pour la part que les religieuses avaient dans les mou- 
lins de Hamois^ leur rendre chaque année, dans l'octave de la 
Nativité, un muids de grain, à la mesure de Dornians, moitié 
froment, moitié trémois, de la provenance de ces moulins ; 
mais si leurs produits font défaut, les religieuses devront s'en 
tenir à la couture appelée Varennes. 

1216, janvier. 
Maître Bon. officiai de M« H...', archidiacre de Reims, 
notifie le traité suivant : M""^ Jean, chapelain' de l'église de 

1. Haymard de Provins, nommé en 1208, acheva la construction de la 
cathédrale de Soissons et assista à la consécration de 1 "église abbatiale de 
Saint- Yved de Braisne. Il prit l'habit à Saint-Jean-des-Vignes, où il 
mourut le 20 mai 1219. 

t. Fère-en-Tardenoiô (Aisne), chef-lieu de canton. 

3. Aiguizj (Aisne), hameau dépendant de Villers-Agron, canton de Fère- 
en-Tardenois. 1716, M'' Charles-Nicolas de Martin, chevalier, seigneur 
d'Aiguizy, demeurant au château dudit lieu. 

\. Violaine (Marne), section d'Olizy, canton de Chàtillon-sur-Marnc. 
Guy de Violaine (de Villanis), à cause de sa maison forte dudit lieu, devait 
rhomœage-lige au comte de Champagne, 

5. Treslon (Marne), canton de Ville-en-Tardenois. Guy de Chàtillon, 
seigneur de Treslon, tils de Gaucher de Chàtillon, seigneur de Nanleuil, et 
d'Helvide. 

ô. Hugues de Bourgogne, grand archidiacre, nommé en divers carlu- 
laires de 1212 à 1243, mourut le 5 des calendes d'avril. 

7. Dans les églises cathédrales ou collégiales il y avait des messes 
fondées à acquitter; on avait pour ce service désigné un certain nombre «le 
prêtres. Ainsi, dans la cathédrale de Reiras, rayonnaient autour de l'abside 
une vingtaine de chapelles, à l'autel de chacune desquelles était attaché un 
prêtre, dit chapelain, chargé d'acquitter les messes incombant à cet autel. 
Son bénéfice ou revenu, variable suivant la fondation, s'appelait Chapellcnie. 
Certains chapelains avaient en outre des prières à dire et des psaumes ou 
antiennes à réciter. A lieims, les chapelains étaient si nombreux qu'ils 
formaient un petit collège, et même, avec le temps, ils s'étaient multipliés 
au xiT» siècle de fa(,0Q à former deux cougrégalious distinctes. 



282 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

Reims, a donné à Garsile, religieuse de l'église de Longueau, 
et à prendre chaque année sa vie durant, dix sols de cens, sur 
une maison située dans la rue de la Tournelle, près la maison 
d'Aelis de Soissons ; après le décès de Garsile, cette aumône 
reviendra à l'église de Longueau. 

1218, janvier. 

Maître Bon. officiai de H..., archidiacre de Reims, dénonce 
l'accord suivant : 

Robert et son fils Jean abandonnent à l'église de Longueau 
la paisible propriété d'une vigne située sur le territoire de 
Fisraes, lieudit Mont, sur laquelle il y avait contestation, et 
qu'ils réclamaient du chef de leur frère, prêtre d'Anthenay. 

1218. 
Clémence, épouse d'Alain de Roucy ', du consentement de 
Baudoin, Maurice et Alain, ses fils, donne à l'église de Lon- 
gueau 30 setiers de froment sur ses revenus de Villers-devant- 
le-Thour -, mesure de Reims, à prendre tous les ans à la fêle de 

Saint-Remy. 

1219, mai. 

Blanche, comtesse palatine de Troyes, confirme la donation 
faite aux dames de Longueau par llier du MesniP, en raison 
de l'entrée en religion de sa fille, de vingt setiers de blé à 
prendre annuellement sur le moulin du Mesuil, moitié fro- 
ment, moitié avoine. 

1219, juillet. 

M« Bon. officiai de H... de Bourgogne, archidiacre de Reims, 
dénonce ce qui suit : 

1 . Roucy (Aisne), canloa de Neufchàlel. 

Alain de Roucy tenait le village de Boursault en lief du comte de Cham- 
pagna, et un grand nombre d'autres domaines dans Télendue de la chàtel- 
Icnie de Châtillon. 

2. Villers-devant -le-Thour (Ardennes), canton d'Asfeld. 

3. Mesnil-Hutier (Marne), écart de la commune de Festigny, canton de 
Dormans. Ce hameau est fort ancien. Dans le rôle de la châtellenie de 
Châtillon, rédigé vers 1172, ce petit fief appartenait à Eudes Aaron, qui le 
tenait du comte de Champagne et lui devait l'hommage-lige, avec trois 
mois de garde au château de Châtillon. Il a pris aujourd'hui le nom de son 
principal piopriélaire. 

Anciens seigneurs : 1600, Jacques d'Averlon, écuyer, seigneur du Mesnil, 
épousa Anne Le Carlier, enterrée dans l'église de Mareuil-le-Port, le 
30 septembre 1612, dont : 

1» Marguerite d'Averton, mariée à Mareuil, le 30 janvier 1617, à Nicolas 
de Longueville, écu^-cr ; et 2° Madeleine d'Averlon, qui épousa, le 28 novem- 
bre 1626, Louis de Brunetaut, écuyer. 



DE LONGUEAU 283 

L'église de Longueau ayant assigné devant lui, Ernauld, fils 
de Robillard d'Hermonville ', au sujet de vingt sols de cens 
qu'elle prétendait lui avoir été légués sur la maison de ce 
dernier, située à la porte de Valois, il est convenu avec l'as- 
sentiment de Gillette, sa femme, que ledit Ernauld lui don- 
nera, pendant deux ans, un cens de vingt sols, monnaie de 
Reims, payable à la fête de Saint-Jean-Baptiste, à Reims, ou 
dans tout autre lieu de son voisinage. Ernauld pourra, s'il le 
préfère, payer, au lieu du cens précité, une somme de vingt 
livres en monnaie de Reims. 

1219, septembre. 
Elisabeth, comtesse de Saint-Paul, Guy- et Hugues 3, ses 
enfants, chevaliers, reconnaissent qu'ils sont tenus de fournir 
chaque année, à perpétuité, aux religieuses de Longueau, à la 
fête de Saint-Remy, vingt livres de monnaie de Provins, 
savoir : moitié sur la taille de Troissy, et moitié sur la taille de 
Brugny, que leur a données Gaucher de Ghâtillon, comte de 
Saint-Paul, pour acheter des chemises. 

1. Hcrmonville (Marne), canton de Fismes, 

2. Guy I de Châlillon, comte de Saint-Paul, seigneur de Montjay, fils 
aîné de Gaucher III de Chàtillon, suivit le roi contre les Albigeois et fut tué 
au siège d'Avignon le 15 août 1226. Le roi Louis VIII lit enfermer son 
corps dans un cercueil de plomb qui tut déposé dans la chapelle de Lon- 
gueau. Il épousa, en 1221, Agnès, dame de Donzy, comtesse de Nevers, 
d'Auxerre et de Tonnerre, hllc d'Hervé IV, seigneur de Donzy, et de 
Mahaud de Courtenay, comtesse de Nevers, dont il eut : 1» Yolande de 
Ghâtillon, mariée à Archambault, IX' sire de Bourbon; 2° Gaucher de 
Ghâtillon, seigneur de Montjay et de Donzy, qui suivit saint Louis en 
Terre-Sainte en 1248, se signala à Damielte et à Massoure, et fut tué à 
Phatanie, le 5 avril 1251, à l'âge de 28 ans, sans laisser d'enfants de son 
union avec Jeanne de France, comtesse de Bologne, de Dammartin et 
d'Aumale, qu'il avait épousée en 1245. 

3. Hugues 1 de Ghâtillon, comte de Saint-Paul et de Blois. seigneur de 
Ghâtillon et de Crécy, bouteiller de Champagne aprè? son père, deuxième 
fils de Gaucher III de Ghâtillon et d'Elisabeth, comtesse de Saint-Paul, 
mourut le 9 avril 1248, alors qu'il se disposait à faire le voyage de Tcrre- 
Sainle. Il avait épousé : 1° N... de Bar. tille du comte de Bar, dont il n'eut 
pas d'enfants ; 2" Marie d'Avesnes, comtesse de Blois ; 3° Mahaul de 
Guvnes, décédée sans postérité. De sa seconde femme, Hugues laissait : 
1" Guy, qui a fait la branche des comtes de Blois et de Saint- Paul ; 
2" Hugues, seigneur de Châlillon, auteur de la branche des comtes de 
l'orcien; 3° Jean de Châlillon, comte de Blois, de Chartres et de Dunois, 
seigneur d'Avesnes, marié en 1234 avec Alix de Bretagne, mère de Jeanue 
de Châlillon, accordée en 1263 à Pierre de France, comte d'Alençon, lils 
puîné de saint Louis. 



284 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

1219, septembre. 
Guillaume, archevêque de Reims, à la demande de noble 
dame Elisabeth, comtesse de Saint-Paul, et de Guy, son fils, 
aine, confirme l'aumône que noble seigneur Gaucher de 
Châtillon, comte de Saint-Paul, a faite aux religieuses de 
Longueau, selon la teneur de la charte qui précède. Fait à 
Epernay, sixième férié avant la fête du bienheureux saint 
Michel. 

1220, juillet. 

Jacques ^ évêque de Soissons, annonce que Raoul de 
Méry - a donné sa dîme d'Anthenay à l'église de Longueau, et 
que Foulques, prieur du couvent, en a été investi. Gontirma- 
lion par Raoul, de Ville-en-Tardenois, comme suzerain. 

Témoins : Régnier de Guisles, chevalier, Thibault de Misy ^, 
Mcolas de Reuil et le chapelain de Venteuil. 

1. Jacques de Bazoclies, de la maison de Châtillon et neveu de Nivelon 
de Chérisy, fut nommé eu 1219 et sacré à Reims en 1220. Il assista eu 
1223 aux obsèques de Philippe-Auguste à Saint-Denis, et sacra à Reims 
saint Louis le 1" décembre 1226. Il consacra l'église abbatiale de Longponl 
eu 1227, fonda l'abbaye de femmes de Saint-Etienne-lès-Soissons, admit 
à Soissons les religieux de Saint-François-d'Assise et mourut le 8 juillet 
1223. 

2. Méry-Premecy (Marne), canton de Ville en-Tardenois. 

3. Misy (Marne), ferme de Leuvrigny, canton de Dormans. C'était autre- 
lois le chef-lieu de la paroisse. Le pouillé soissonnais du chanoine HouUier, 
de 1783, cite : Leuvrigny, autrefois Notre-Dame-de-Mizy. 

Suivant acte passé devant M" Guiotin, notaire à Porl-à-Binson, lei 12 mai 
1674, la seigneurie de Misy fut partagée entre : 1° ivl" Charles d'Alligret, 
chevalier, seigneur d'Œuiliy, Misy, Leuvrigny et le Mesnil-Hutier, pour 
moitié, fils et principal héritier de M"'* Charles d'Alligret, son père, cheva- 
lier et seigneur desdits lieux, ce dernier héritier de M" Pierre d'Alligret, 
son père, vivant aussi seigneur des mêmes lieux, et de dam'' Marguerite 
d'Argillers; 2" M"' Pierre de Monamy, chevalier, seigneur de Sainlras, y 
demeurant, province de Bourbonnois, au nom de dame Catherine de Baudier. 
sa femme, veuve de M" Georges de Regnard, chevalier, seigneur des 
Bordes, d'Œuiliy, Misy, Leuvrigny et le Mesnil-Hutier, en partie, père et 
mère de Georges et Charles-Joseph de Regnard, mineurs, héritiers de 
défunt Georges de Regnard, seigneur desdits lieux; 3° Charles de Regnard, 
écuyer, seigneur de Puiseaux, des Bordes et des lieux précités, en partie, 
demeuraQt aux Bordes, paroisse d'Auxon , 4° M'' Edme-Eléonore de 
Coqueborne, écuyer, seigneur de Courcenay-les- VauUerons, baron de 
Villeneuve -au-Chemin, demeurant audit Villeneuve, à cause de dame An- 
géliquc-Elconore de Regnard, sa femme; lesdits M"» Georges de Regnard, 
Charles de Regnard et Angélique- Eléonore de Regnard, entants et héritiers 
de défunte Anne d'Alligret, leur mère, femme de M'' Olivier de Regnard, 
chevalier, .seigneur de Puiseaux, ladite dame tille et héritière de défunt 
M" Pierre d'Alligret et de dame Marguerite d'Argillers. 



DE LONGUEAU 285 

1220, juillet. 

M*^ Bon. officiai de H... de Bourgogne, archidiacre, certifie 
qu Odeline et Raoul Bordin, son défunt mari, ont légué aux 
nonnes de Longueau, pour faire célébrer chaque année leur 
anniversaire, un cens de 40 sols, sur une maison située place 
du Marché à Reims, proche la maison de Simon l'orfèvre, à 
prendre annuellement après le décès de ladite Odeline, le 
dimanche où on cha.nle Invocavit me. Approuvé par Helisende, 
Isabelle et Helvide, sœurs de Raoul. 

1220, septembre. 
Gérard de Mont-de-Jeux ', chevalier, et Guyonne. sa femme, 
donnent à l'église de Longueau les dîmes, tant grosses que 
menues, qui leur appartiennent à Sainte-Vaubourg', excepté 
3 seliers de grains, moitié froment, moitié avoine, auxquels 
l'église d'Elan ^ a droit dans cette dime. 

1220, septembre. 
Confimation de la charte qui précède par Vaucher de Liry *, 
chevalier, en qualité de suzerain. 

1221, janvier. 

M^ Bon. officiai de Messire H... de Bourgogne, archidiacre 
de Reims, notifie la convention suivante : 

Agnès et Eudes de Marcelot^ son défunt mari, ont décidé 
depuis longtemps que si les deux enfants de Gillette, leur fille, 
c'est-à-dire Gillot et Poncette, décédaient sans postérité, ils 
donneraient aux lépreux de Reims la moitié de la maison par 
eux acquise en cette ville, proche la maison de Simon d'Ivoy *, 
et aux nonnes de Longueau l'autre moitié, à charge, par les 
donataires, de payer aux héritiers de Eudes une somme de 
20 livres, chacun par moitié. 

1221, juin. 
Guillaume', archevêque de Reims, déclare que Clémence, 

1. Monl-de-Jeux (Ardennes), commune de Saint-Lambert, canton d'At- 

2. Sainte-Vaubourg (Ardennes), canton d'Atligny. 

3. Elan (Ardennes). Abbaye de Torde de Citeaux fondée le 1" août 1148 
par Witier, comte de Relhel, en expiation de ses fautes. 

4. Liry (Ardennes), canton de Monthois. 

!j. Marcelot (Ardennes), commune des Alleux, canton du Chesne. Il y a 
eu autrefois dans ce hameau une maladrerie très importante dépendant de la 
Tille de Reims. 

6. Aujourd'hui Carignan (Ardennes), chef-lieu de canton. 

7. Guillaume II de Joinville, évêque de Langres, transféré à l'archevSché 



286 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

femme de Alain de Roucy ', a donné, en perpétuelle aumône, 

à l'église de Longueau, 30 setiers de froment, à prendre 

chaque année, à VilIers-devant-le-Thour, à la mesure dudit 

lieu, et payables à la fête de Saint-Remy, ainsi que sa part 

dans une maison située à Reims, et provenant de Pierre de 

Courville -. 

1221, octobre. 

Jacques, évêque de Boissons, certifie que Eudes de Grugny ^, 
chevalier, a vendu, avec l'acquiescement de Ledève, sa 
femme, à l'église de Longueau, sa part dans la dîme de Ber~ 
thenay* et, en échange des droits dotaux qu'elle avait sur 
cette dîme, Eudes lui a cédé une vigne située à Grugny, der- 
rière sa maison. Robert de Fismes a approuvé cette vente, qui 
relevait de son fief, et Miles, frère de Longueau, a été investi 
de la dîme précitée, au nom de son église ^ 

1222, février. 
Baudoin*^ de Reims, seigneur de Gueux, donne, après son 
décès, aux nonnes de Longueau, ses prés de Boursault' et sa 
vigne de Vaucieunes* : qu(P Clmtsum vocaiur. Il confirme 
également le testament qu'il a fait au domicile de son parent 
Baudoin*, prévôt de Reims, lequel testament est revêtu du 

de Reims en 1219, assembla, en 1223, un concile à Paris, pour préparer 
une nouvelle croisade contre les Albigeois. Il sacra, le 6 août 1223, 
Louis VIII et Blanche de Castille, sa femme. Il se croisa ensuite contre les 
Albigeois, mourut de la peste à Saint-Flour, le 8 novembre 122ri, et fut 
inhumé Tannée suivante, à Clairvaux. 
\. Roucy (Aisne), canton de Neufchâtel. 

2. En 1644, Gabriel de Lizaine, é'-.uyer, sieur de Phorian, était capitaine 
du château de Courville ; sa ûlle, Catherine de Lizaine, épousa Louis 
d'Aguerre, écuyer, seigneur de Cours et Villette. 

3. Grugny (Marne), canton de Fismes. 

4. Berthenay (Aisne), ferme dépendant de Villers-Agron, canton de 
Fère-en-Tardenois. 

5. Vers 1250, Robert de Fismes vend à Pierre, abbé d'Igny, deux par- 
celles situées près de Vorsins. — Péchenard, loc. cit. 

G. Baudoin de Reims et Aélide, sa femme, raliGèrent comme suzerains, la 
charte par laquelle, en 1217, Philippe de Soupir, chevalier, attribuait à Pré- 
montré la moitié de la terre qu'il avait sur le Mont de Soupir et lui vendait 
le reste, en présence de Henri, Jacques, Bertrand et Elisabeth, ses enfants, 
et d'Ade, sa femme, qui la lui avait apportée en dot. — [Bull, de la Soc. 
Arch. de Soissons, tome XIX, p. 246.) 

7. Boursault (Marne), canton de Dormans. 

8. Vauciennes (Marne), canton d'Epernay. 

9. Baudoin II souscrivit à plusieurs chartes des années 1219, 1222, 1224. 
Le Martyrologe de saint Timothée en lait mention le troisième des calendes 
de février. Il fut enterré à Igny, devant le Chapitre. 



DB LONGUBAU 287 

sceau dudit prévôt et de Martin, chapelain à l'église de Reims. 
Fait à Paris. 

1222, février. 

B. \ abbcsse de Fontevrault, approuve le don consenti au 
profit de l'église de Longueau, par noble homme Messire Bau- 
doin de Reims, de 15 livres de monnaie, pour la fondation 
d'une chapellenie* et h célébration, à perpétuité, d'une 
messe pour le repos de son âme et pour les âmes de Gaucher 
de Chàtillon, de son père, de sa mère et de ses ancêtres. Elle 
confirme également aux chapelains, chargés de célébrer celte 
messe quotidienne, cent sols de reute sur Try % à prendre tous 
les ans, à la fête de Saint-Remy, pour le vêtement et la nour- 
riture. 

1222, avril. 

Hugues de Chàtillon, fils de leu Gaucher, comte de Saint- 
Paul, confirme la donation de Messire Baudoin de Reims, che- 
valier, à la maison de Longueau, de sept livres dix sols, à per- 
cevoir annuellement sur Try, à la fête de Saint-Remy, pour la 
fondation d'une chapellenie. 

1222, avril. 
Hugues de Chàtillon, fils du feu comte de Saint-Paul, con- 
firme la donation faite par Messire Baudoin de Reims, sou 
vassal, à la maison de Longueau, de sept livres dix sols sur 
Try, payables à la fête de Saint-Remy, pour l'entretien d'une 
chapellenie, 

1222, avril. 

Gaucher, seigneur de Nanteuil, confirme la donation con- 
sentie à la maison de Longueau, par Baudoin de Reims, 
chevalier, seigneur de Gueux, son vassal, d'un muid de fro- 
ment à prendre, chaque année, à Jonquery, à la fête de 
Saint-Remy, pour une chapellenie. 

1222, mai. 
Baudoin de Reims, chevalier, dit seigneur de Gueux, donne 

1. Berlhe, prieure en 121", abbesse en 12iu, mourut le i\° jour des 
calendes de janvier, ainsi que l'atteste le Martyrologe de Fontevrault : 
Migravit felicis memoritc domina Berla, Deo devota, carissima mater noslra, 
Fontis-ebraldi venerabilis abbatissa, qua^ guberualionem suam per longum 
temporis spatium exteudit priorissa, et in illo oŒcio pro ecclesia sua mira- 
biliter laboravit, atque fiJeliter decertavit, postea vero divina gratia provi- 
dente, concordiier et in pace facta abbatissa persona fuit vilu) laudabilis, 
honestate morum perspicua. — {Gallia Chrisliana, t. II, col. i:i2l.) 

2. La chapellenie consistait en un legs pieux sur un lieu dcHerminé, pour 
la rémunération de messes à acquitter à un autel spécialement désigné. 

3. Try (Marne), hameau dépeadant de Dormans. 



288 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

à l'église de Longueau, pour l'enlrelien d'une ehapellenie 
et pour le repos de l'àme de sa mère, Clémence, et de s s 
parents : 1"* du consentement de Hugues de Chàtillon, son 
suzerain, sept livres et demie, à prendre sur Try,près Troissy, 
à la fête de Saint-Remy ; 2" du consentement de Gaucher de 
Nanteuil, un muid de froment, à Jouquery ^; 3° du consente- 
ment de Thibault, comte de Champagne, vingt muids de vin 
sur ses revenus de Gueux. 

12'25, septembre. 
Maîtres Guillaume et Th., chanoine et officiai de Reims, 
annoncent que Vaucher de Liry, chevalier, a confirmé, comme 
suzerain, la donation faite aux nonnes de Longueau, de la 
dime de Sainte-Vaubourg, par Messire Gérard de Mont- 
de-Jeux, chevalier, et Guise, son épouse. 

1222, décembre. 

Guillaume, archevêque de Reims, légat du Saint-Siège, 
déclare ce qui suit : 

Gérard de Mont-de-Jeux, chevalier, et Guyonne, sa femme, 
ont résigné entre ses mains les grosse et menue dîmes de 
Sainte-Vaubourg, près Altigny, et il en a investi la prieure 
de Longueau, au nom de son église, à charge de payer à 
l'église d'Elan trois setiers de grains, moitié froment, moitié 
avoine, que celle-ci percevait habituellement sur cette dîme. 
Approuvé par Hugues, comte de Rethel, Hugues, son fils aîné, 
et Gaucher de Liry, chevalier. 

Fait à Reims par Hugues, chancelier. 

I22'2, décembre. 
Hugues, comte de Rethel, du consentement de Hugues, sou 
fils aîné, confirme la donation en faveur des religieuses de Lon- 
gueau, par Gérard de Mont-de-Jeux et Guyonne, pa tante 
maternelle, des grosse et menue dîmes de Sainte-Vaubourg. 

{A suivre.) Paul Pelt.ot, 

1. Jonquei'v (Marne), canton Je Cliâtillou-siir-Marne, 



NÉCROLOGIE 



Nous apprenons la mort de M. Charles Savetiez, notaire hono- 
raire, décédé à Troyes, le 7 mars, à l'âge de 65 ans, des suites de 
IMntluenza. 

M. Savetiez avait été notaire à Dampierre (Aube), où il a con- 
servé une propriété dans laquelle il venait de temps en temps se 
reposer. 

Il était trésorier de la Société Académique de l'Aube et menibre 
de plusieurs autres Sociétés savantes. 

M. Savetiez collaborait depuis longtemps à la Revue de Cham- 
pagne et de Brie, dans laquelle il a publié difTérents articles, 
entre autres un travail important sur son pays, intitulé : Dam- 
pierre de l'Aube et ses seigneurs. 

La dépouille mortelle de M. Savetiez a été ramenée à Dampierre 
pour y être inhumée dans le cimetière de cette commune. 

Les obsèques de M, Savetiez ont eu lieu le 9 mars. Sur sa tombe, 
M. de La Boullaye a prononcé le discours suivant : 

Messieurs, 

Le suprême hommage que la Société Académique de l'Aube vient reudre 
à ceux de ses membres qui lui sont enlevés est toujours empreint d'un sen- 
timent de profonde tristesse. Sa douleur est plus grande encore quand elle 
se voit privée d'un de ceux qui lui ont rendu d'importaats services et qui, 
comme le collègue regretté que nous venons saluer une dernière fois aujour- 
d'hui, lui apportaient chaque jour le dévouement le plus complet et le plus 
absolu. En me faisant, au nom de notre président, que sa santé empêche 
de s'acquitter de cette douloureuse lâche, voire interprète, mes chers col- 
lègues, je dois rappeler ici quelques détails de la vie si honorable de 
M. Charles Savetiez. 

Né à Dampierre de l'Aube, le 28 juillet 1829, il appartenait à une très 
ancienne famille de la bourgeoisie troyenne, dans laquelle l'exercice du 
notariat était héréditaire depuis de longues générations. Dès les premières 
années du xvi' siècle, Sébastien Savetiez remplissait à Troyes l'oflice de 
notaire royal, tandis qu'un de ses proches occupait celui de procureur et 
était chargé des intérêts de nos principales abbayes. Une des branches de 
celle maison était allée se fixer à Dampierre, et c'est dans la charge de 
notaire qu'y avaient occupée son père et son aïeul, que M. Charles Savetiez 
continua les traditions de carrière de ses ancêtres. 

Cette continuité familiale des mêmes fonctions, devenue trop rare main- 
tenant, n'avait pas seulement pour effet le perfectionnement de la science 
et de l'expérience professionnelles, elle amenait aussi la réunion et le 
développement de toutes les quahtés nécessaires pour remplir dignement 
l'emploi que chacun occupait. Ces qualités. Messieurs, Charles Savetiez les 
réunissait toutes : la circonspection, la prudence, le calme, la discrétion, 

19 



290 NÉCROLOGIE 

enCn une inébranlable intégrité ainsi nue le profond respect de soi-même et 
de son ministère, qui seuls inspirent la confiance et mettent en honneur la 
charge aussi bien que celui qui l'exerce. 

Mais, eu outre des devoirs de sa profession, notre collègue avait été, de 
longue date, attiré par l'étude des lettres, de l'archéologie et des questions 
historiques; elles étaient pour lui un précieux délassement à ses occupations 
habituelles. 

L'amour profond qu'il portait à son pays natil où, suivant son désir, sa 
dépouille mortelle ira reposer, avait dirigé de longue date ses recherches 
sur cette ancienne commune de notre département. L'histoire de Dampierre 
pt de ses seigneurs, dont la plus grande partie a paru, et qu'il nous laisse à 
peu près terminée, est une étude savante, précise, consciencieuse, qui res- 
tera l'œuvre capitale de notre estimé collègue. Elle lui avait ouvert les portes 
de la Société Académique, où il était entré en 1885, comme Membre associé. 
Après son relour à Troyes, au berceau de sa famille, il était devenu Membre 
résidant en 1890, et avait été appelé presque immédiatement aux fonctions 
de trésorier. 

Malgré celte occupation, il recopiait toutes les pièces intéressantes des 
archives du château de Dampierre, qu'il avait enfin été mis à même de com- 
pulser, et continuait ses travaux personnels, nous donnant entre autres une 
excellente Table décennale des Annuaires de l'Aube, une notice sur les 
valeurs appartenant au prince de Saxe et trouvées à Pont-sur-Seiue à 
l'époque de la Révolution, enfin, la correspondance inédite du général de 
Dampierre avec son grand-père, qui témoigne des sentiments d'estime et 
d'amitié qui unirent toujours ces deux familles. 

A côté de cette part active prise à notre mouvement intellectuel, j'ai 
aussi à rappeler le zèle et le dévouement infatigables montrés par notre 
trésorier pendant le temps qu'il a rempli ces délicates fonctions. 11 a apporté, 
dans l'administralioa de uod liuances, l'esprit d'ordre et de méthode qui le 
caractérisait, et c'est à lui que revient, dans uue large part, l'honneur d'avoir 
amélioré la situation de nuire Société, 

Et maintenaut, Messieurs, permettez aussi à l'ami d'ajouter aux paroles 
du président un juste éloge des vertus privées, de redire encore une fois la 
sûreté des relations, la droiture du caiactère, la rectitude du jugement de celui 
qu'accompagnent ses douloureux regrets. D'une modestie trop grande et 
d'une timidité excessive, M. Saveticz cachait sous ces dehors îe cœur le 
meilleur et le plus délicat. Ses qualités lui avaieut créé des amitiés dévouées 
qui connaissaient toi't ce que valait cette nature chez laquelle le sentiment du 
devoir tenait toujours la première place. Homme de bien par excellence, 
soutenu par des convictions religieuses qu'il ne redoutait pas d'affirmer, 
M. Charles Savetiez s'est éteint avec le calme des âmes droites, qui voient 
venir sans crainte l'approche de l'éternité. Son souvenir restera parmi nous, 
entouré de la plus profonde estime et de la reconnaissance que la Société 
Académique lui conservera à jamais. 



Le 8 mars oui eu lieu, à .Nogent-sur-Aube (Aube), au milieu 
d'uue aftluence recueillie, les obsèques du docteur Emile Ber- 
Iraud, président du Conseil d'arrondissement d'Arcis. M. le sous- 
préfet et M. le docteur Gauthier, d'Arcis, ont porté la parole sur 
sa tombe, et fait l'éloge des vertus du défunt. 



NÉCROLOGIE 291 



Les obsèques de M. Percebois, président du Tribunal civil de 
Sainle-Menehould, ont eu lieu le 13 mars au milieu d'une foule 
considérable qui avait voulu honorer jusqu'au dernier moment cet 
homme de bien. 

La levée du corps a été faite par M. le curé-doyen de Sainte- 
Menehould, entouré d'un nombreux clergé. 

Le cercueil ne portait comme ornement qu'un simple bouquet 
de réséda, selon le modeste désir du défunt. 

Les cordons du poêle étaient tenus par M. le général RouUel, 
commandant la 5^ brigade de cuirassiers, M. le député Bertrand, 
M. le sous-préfet de Sainte-Menebould, .M. le maire de la ville, 
iM. Lambert, ancien procureur de la République, actuellement 
juge à Reims, et M. le docteur Simon, ami personnel du défunt. 



Le Courrier de la Champagne du 16 mars 189;; annonçait le 
décès de M. le baron Elizée de Montagnac, chevalier de la Légion 
d'honneur, commandeur de Saint-Grégoire-le-(irand;, qui venait 
de succomber aux suites d'une longue et cruelle maladie. La 
famille de Montagnac tient un haut rang à Sedan et dans les 
Ardennes depuis le commencement du siècle. Celui de ses mem- 
bres qu'elle vient de perdre est trop connu par ses travaux d'his- 
torien pour le faire connaître aux lecteurs de la Revue de Cham- 
pagne. Leurs vifs regrets sont acquis à l'auteur de cet ouvrage 
monumental, qui restera comme un titre d'honneur pour l'écri- 
vain qui l'a réalisé, Les Ardennes illustrées, vaste recueil édité 
par Hachette, composé par la plume des Taine, des Théophile 
Gautier, des Ch. d'Héricault, et embelli par le crayon des Gustave 
Doré, etc. Galeries de portraits, de monuments, de sites pittores- 
ques, les quatre volumes dont il se compose constituent une 
œuvre d'ensemble des mieux réussies et des plus utiles. — Les 
autres publications de M. le baron de Montagnac ont trait à des 
recherches sur la chevalerie, les ordres militaires et la noblesse. 

H. J. 



Une femme de bien vient de mourir à Reims, laissant aux 
pauvres une partie de sa fortune. M""' Alavoine-Herbulot, née à 
Razancourt (Marne), s'était retirée à Reims il y a environ neuf 
ans, après avoir perdu son mari, ancien négociant à Bohain 
(Aisne) et ancien conseiller général de ce département. 

Ayant habité Reims dans sa jeunesse, M"" Alavoine avait voulu 
y finir ses jours. Veuve, sans enfants, elle vivait sans bruit, faisant 
le bien et augmentant sa fortune pour pouvoir laisser davantage 
aux personnes et aux iostitutions qu'elle préférait. 



292 NECROLOGIE 

Elle est décédée à Reims, le 22 mars, laissant par testament : 

Au Bureau de bienfaisance de Bazancourt Fr. G. 000 

Aux écoles de cette même commune, pour être distribué comme 

prix aux élèves 4 .000 

Au Bureau de bienfaisance de Reims, sa maison, avenue de 

Laou, 218 »» 

A la Société pioleclrice do l'Enfance 2.000 

Aux Hospices civils de Reims 5.000 

A rOrphelioal de Saint-Thomas, de Reims 2.000 

Aux Petites Sœurs des i'auvres, de Reims, son mobilier »» 

A l'Asile de nuit 2.ÛÛ0 

A la Ville de Reims 1 .000 

Les populations de Reims et de Bazancourt s'uniront dans un 
sentiment de regret pour cette honorable femme, qui a eu en 
mourant une double pensée : l'une en faveur de son pays natal, 
et particulièrement des enfants méritants de l'école, l'autre en 
faveur des institutions les plus utiles qui protègent l'enfance et 
soulagent la misère. 



M. A. Sauvage, artiste peintre, né à Possesse (Marne), ancien 
élève de l'Ecole des Beaux-Arts, vient de mourir à Paris à l'âge 
de 51 ans. M. Sauvage était un peintre de nature morte. 

Sa dépouille mortelle a été inhumée à Possesse. 



Ces jours derniers est mort, à Londres, un homme apparenté aux 
meilleures familles de France, le comte du Chaflaut. 

M. du Chaffaut, d'une famille originaire de la Bourgogne, était 
maire de Sens, au moment de la guerre. Il possédait alors une 
grosse fortune — plusieurs millions — qu'il a dépensée en inven- 
tions. 

Il versifiait assez facilement, et avait écrit un poème héroïque 

qui n'a pas été publié. 

* 

M"» veuve Jacob, qui vient de mourir à Flize (Ardennes), a laissé 
à cette commune une somme de 20,000 fr. pour la construction 
d'une école maternelle, un titre de rente de 600 fr, pour assurer 
le traitement de la directrice, 3,000 à convertir en titre de rente 
pour distribuer des prix aux élèves de l'école et 12,000 fr. pour le 
Bureau de bienfaisance. 

M"» Jacob, dit-on, laisse une somme très importante à la ville 
de Sedan, où elle doit être inhumée. 

On annonce également la mort : 



NÉCROLOGIE 293 

De M. Henri-Victor Quinquet de Montjour, missionnaire aposto- 
lique, novice de la Congrégation du Saint-Esprit, décédé, dans sa 
26'' année, le lîi février dernier, à la mission catholique de Mro- 
goro, au Zanguebar (Afrique orientale). 

Le jeune missionnaire était fils de M. Quinquet de Montjour, 
juge au Tribunal civil de Reims. 

La famille Quinquet de Montjour est originaire d'Oulchy-le-Chà- 
teau (Aisne), 

— De M. le capitaine Cohet, rapporteur près le Conseil de 
guerre du 6e corps. Fixé depuis plusieurs années à Châlons, il s'y 
était acquis de nombreuses sympathies. 

— De M. Alexandre Rogiet, sous ingénieur des Ponts-et-Chaus- 
sées, chevalier de la Légion d'honneur, décédé à Sézanne (Marne), 
le 6 mars 1895, dans sa soixante-deuxième année. 

11 était né à Thibie, près Châlons, le 5 mars 1834. 

— De M. l'abbé Descôtes, de Servon (Marne), décédé le 10 mars, 
à l'âge de 72 ans. 

Né à Sainte-Ménehould en 1822, il avait été précédemment curé 
de Rouvroy, et desservait Servon depuis 1873. Ses obsèques ont 
été célébrées le 14 à Sainte-Ménehould, où trois semaines aupara- 
vant, il accompagnait le corps de son frère aîné, membre de la 
Compagnie de Jésus, décédé à Reims, à l'âge de 84 ans. 

— De M. le commandant de Lavaux, du Mio" de ligne, décédé 
à Lérouville (Meuse), à l'âge de 4o ans, et inhumé à Villers-Agroii 
(Aisne), son pays natal. 

— De la Sœur Marie-Angèie, de l'Immalée-Conception, décédée 
à Sarry (Marne), dans la soixante-neuvième année de son âge et la 
cinquante-deuxième de sa vocation religieuse. 

— De M. Charles-Edouard Gallois, administrateur de la Com- 
pagnie des chemins de fer de lEst, officier de la Légion d'hon- 
neur, décédé à Paris le H mars, inhumé à Reims le lô mars 1895. 

— De M. le capitaine Lapersonne, officier en retraite, chevalier 
de la Légion d'honneur, médaillé de Crimée et d'Italie, doyen de 
l'Association rémoise de la Légion d'honneur, décédé à Reims le 
13 mars 1893. 



BIBLIOGRAPHIE 



Une famille noble de Champagne. La Maison de Beffroy, par M. le baron 
Ch Remy, membre de plusieurs Sociétés littéraires. — Reims, Matot- 
Braine, 1895. Gr. ia-8 de 40 pages. 

L'histoire des anciennes familles a toujours occupé une très 
grande place dans l'histoire régionale. La famille de Beffroy, si 
ancienne et si respectable, a compté et compte encore des repré- 
sentants ou des alliés dans beaucoup de localités de la Champagne, 
notamment dans les Ardennes et à Reims, où l'un de ses membres, 
M. Charles-Louis de Beffroy, rend tous les jours tant de services 
dans les œuvres de bienfaisance et de charité. Récemment décoré 
de la croix de Saint-Grégoire-le-Grand, il continue vaillamment 
les traditions de ses ancêtres dont M. le baron Ch. Remy nous 
retrace les principales figures avec quelques branches de leur 
généalogie. H. J. 



Jeanne d'Arc champenoise, élude crilique sur la véritable nationalité de la 
Pucelle, d'après les documents officiels de son époque et les plus récentes 
publications, par E. Missbt, ancien professeur à l'Ecole des Carmes, 
Directeur de l'Ecole Lhomond. — Pans, Champion : Orléans, Jlerluison , 
1895. Grand in-8 de 80 pages, 

(Jbluvre d'un lettré et érudit champenois, celte étude a eu et aura 
du retentissement. C'est une revendication chaleureuse et savante 
à la fois en faveur de la nationalité française de Jeanne d'Arc, ou 
si l'on veut, un plaidoyer pour la cause champenoise à l'enconlre 
des prétentions lorraines. Aussi, l'étude en elle-même et ses con- 
clusions seront l'objet de l'attention générale. Nous n'y insistons 
pas. Nous ne voulons signaler ici qu'une seule adhésion donnée à 
la thèse de M. l'abbé Missel, parce qu'elle a un poids prépondé- 
rant : c'est celle de M. Léopold Delisle qui écarte le moindre 
doute, et trouve la question replacée sur son véritable terrain 
par notre compatriote. (Voir le journal Le Vosgien du 6 mars 
1895.) H. J. 



LÉON MouGENOT. — Jeanne d'Arc, le duc de Lorraine et le sire de 
Baudricourt, contribution à l'histoire de la Pucelle et de la région 
lothai ingique. {Ut vincat veritas.) Nancy, Imprimerie Berger-Levraull, 
1895, beau volume petit in-4* de 158 pages. 

Voici un ouvrage imprimé avec un soin remarquable et géné- 
reusement consacré par l'auteur à dégager de l'obscurité plusieurs 
points importants de l'origine de Jeanne d'Arc. Sous une forme 



BIBLIOGRAPHIE 295 

animée de récits et de dialogues, il s'écarte des légendes et des 
textes erronés. II adopte les solutions historiques ou s'en rap- 
proche. H. J. 

* 

Annuaire du i.épartembnt de ia Marne pour l'année 189"). Châlons, 
in-12 de plus de 700 pages; se trouve chez l'Editeur, à Vl'nion repu- 
blicaine de la Marne, rue d'Orfeuil. 27. — Prix : 2 l'r. 50. 

Cet ouvrage important se compose de trois parties : 

La première comprend, outre les renseignements généraux sur 
l'organisation politique et gouvernementale, les détails les plus 
complets sur toutes les administrations du département, des sous- 
préfectures, des mairies, sur l'organisation judiciaire, les adminis- 
trations financières, les corps constitués et enseignants, les Sociétés 
de toutes natures, etc. 

La seconde partie comprend : les services départementaux de la 
Marne, c'est-à-dire la situation de tous les travaux et opérations 
diverses exécutés par l'administration préfectorale pendant 
l'année ; — notices historiques et biographiques sur Charles VII 
et, la dauphine Marguerite d'Ecosse (4 mai-l8 août 144b), par 
Henri Menu; — sur les principales Illustrations militaires 
rémoises, par Ch. Remy; — sur les anciens droits seigneuriaux, 
etc.; — un bulletin nécrologique, par Ch. Remy; — des Ephémé- 
ridcs chdlonnaises et déparlemenlales. 

La troisième partie comprend la liste des commerçants des villes 
et des principales communes du département; la liste des messa- 
gers qui viennent à Châlons, Epernay et Vitry-le-François, et des 
hôtels où ils descendent; la nomenclature des foires et marchés 
du département et un grand nombre de renseignements géné- 
raux. 



■^; 



CHRONIQUE 



Société d'Histoire et d'Archéologie de l'arrondissement de 
Provins (Procès-verbal officiel de la séance du jeudi / / janvier 
1895). — Présidence de M. Berquier, vice-président. 

Après une longue discussion au sujet du Bulletin, M. Maillé lit 
une notice très documentée sur les Seigneuries de la Bertauche et 
du Ghâtel de Nangis. 

La Bertauche ou Bretêche, aujourd'hui ferme, était jadis une 
maison fortifiée dépendant du châtel ; des tourelles, des fossés, on 
retrouve quelques vestiges assez importants. Le chàtel avait une 
église dédiée à saint Eustache et à sainte Madeleine; elle a dis- 
paru; le cimetière est actuellement un jardin; la cure du doyenné 
de Montereau et du diocèse de Sens, était à la nomination de l'ar- 
chevêque. En 1198, le curé du Châtel avait à prendre chaque année 
2 boisseaux de grain sur la grange des Frères hospitaliers de Ram- 
pillon. 

La paroisse du Châtel dépendit longtemps de Montereau pour 
l'administration civile : elle en supportait la taille et d'autres 
charges en proportion du nombre de ses habitants et ses mili- 
ciens y tiraient au sort. On connaît les procès-verbaux des tirages 
au sort pour 1748-1759, des miliciens des paroisses réunies de 
Saint-Nicolas et Saint-Maurice de Montereau, Saint-Jean de Cour- 
beton et du Châtel-lès Nangis. 

En 1775, les gens du Châtel se plaignent de contribuer dans une 
trop forte proportion au paiement des tailles de Montereau : un 
arrêt du Conseil d'Etat les modère à la 18" partie de leur taille. 

Au point de vue féodal, le Cliâlel avait comme arrière-fiefs ; ceux 
de Vienne (La Croix-en-Brie), du Mesnil-les-Nangis, de Chartrettes 
et de Sermaises près Melun et de Changy-Courcelles, près Mon- 
tereau. 

Parmi les seigneurs du Châtel, M. Maillé signale surtout : Pierre 
de Courtry, chevalier qui, en 1234, transige sur les droits seigneu- 
riaux avec les moines de Saint-Martin de Tours, barons de Donne- 
marie; en 1236, donne aux hospitaliers de La Groix-en-Brie des 
bois moyennant une messe quotidienne et perpétuelle pour tous 
les défunts de sa famille; en 1253, Jean du Chastel, marié à la 
fille de Pierre le Bouteiller, maître d'hôte! ordinaire de saint 
Louis et seigneur de Lizines; Symon du Chastel et Jeanne de 
Primai, sa femme, sur lesquels M. Maurice Lecomte possède 
plusieurs documents inédits et de fort curieux renseignements; 
Jean II du Chastel; Henry du Chastel, fils du précédent, marié 



CHRONIQUE 297 

à une demoiselle de Trainel; en l3o8, Liénore du Chaslel, dame 
de Vitry-en-Brie, douairière du château de la Moite de (iurry. 

Le fief du Chastel passe au siècle suivant dans la famille de 
Charles de Louviers, seigneur de Changy et de Courccllcs, qui en 
1544 consent à la clôture de la ville de \angis et en laGO est repré- 
senté à la rédaction de la coutume de Melun par les enfants de 
Raguier. Le nom de Raguier est mêlé pendant un siècle environ 
à l'histoire du Châtel et de iNaugis; puis Louis Fauste de Bri- 
chanteau réunit le fief du Châtel à la seigneurie de Nangis. Le 
Ghàtel devint une ferme et son moulin banal, dit de la Trappe, 
fut brûlé en 1815 par les alliés. 

M. Maurice Lecomfe, de Donnemarie, dépose sur le bureau deux 
travaux de géographie historique dont il est l'auteur: 

1° Idenlification de deux ateliers monétaires mérovingiens de 
l'Auvergne : Vaddonnaco et Vaddinnaco, Vatunaco : Gannay et 
Gannat (Allier). Etude publiée dans la Revue numismatique, 
4« trimestre 1894. 

2o L'extension sud-est du pagus Meldensis ou civitas Mel- 
dorum au VIl^ siècle, à propos d'un passage de la chronique 
mérovingienne de Frédégaire. M. Lecomte développe sous les 
yeux de ses collègues une grande carte de la région de Crécy-en- 
Rrie (Crideciaco), Coulommiers (Columbario), Angers (Albiodero) 
à l'époque mérovingienne et établit indiscutablement à l'aide de 
documents du vi» et du vii« siècle et du passage de Frédégaire 
qu'il faut considérer comme limite sud- est du Pagus Meldensis 
(pays de Meaux) au vii« siècle, l'Aubetin depuis Amillis jusqu'à sa 
source. 

Ce travail qui réforme les opinions jusqu'alors admises par la 
science historique française et allemande a paru dans la Revue du 
Moyen-Age Qsin\\er i89o). 

M. Maurice Lecomte présente au nom de MM. Bergeron et Gui- 
tonneau, membres de la Société, la relation, avec dessins, des 
fouilles faites par eux du 8 avril au '2'2 septembre 1894 pour l'ex- 
ploration d'un cimetière gaulois sur le terroir de Montigny-Len- 
coup. La lecture de cette intéressante relation, en raison de 
l'heure avancée, est renvoyée à la séance du 4 avril. 



Société Historiqce et Archéologique ije Cu.vteau-Thierrt 
(Séance du 5 7nars 1895). — Présidence de M. Ch. de Larivière, 
vice-président. 

M. Corlieu a adressé un mémoire sur la Corporation des Chirur- 
giens de Paris et le château de Marigny-en-Orxois. 

François de la Peyronie, chirurgien du roi Louis XV, comblé 
d'honneurs, de titres et de fortune, étant célibataire, légua, par 
son testament du 18 avril 1747, sa terre de Marigny avec le 



298 CHRONIQUE 

château, à la communauté des maîtres en chirurgie de Paris. Sa 
sœur, Mme issert, peu satisfaite de la générosité de son frère, atta- 
qua !e testament, au Ghâtelet de Paris, puis au Parlement. La sen- 
tence prononcée ayant été favorable aux maîtres-chirurgiens, la 
corporation devint définitivement propriétaire du château de 
Marigny. L'administration d'un tel domaine causait de véritables 
embarras aux chirurgiens; aussi le vendirent-ils à Louis XV, 
moyennant deux cent mille livres, le ±2 septembre 1740. 

L'intention du Roi n'était point d'augmenter, par celte acquisi- 
tion, les domaines de la Couronne; aussi fit-il insérer dans l'acte 
de vente qu'il se réservait d'aliéner la terre et le château de Mari- 
gny dans un délai de dix ans; réserve faite t afin d'éviter les 
indemnités qui pouvaient être dues aux seigneurs dans la mou- 
vance desquels ladite terre se trouve située ». Louis XV usa bientôt 
de ce droit; car, au mois de janvier l'oO, il donnait le domaine de 
Marigny à François Poisson, père de Jeanne-Antoinette Poisson, 
marquise de Pompadour, sa maîtresse depuis cinq ans. 

A la mort de François Poisson, en 17o4, Marigny échut à son 
fils, Abel Poisson, duc de Vendières, directeur et ordonnateur 
général des bâtiments de Sa Majesté, jardins, etc., académies et 
manufactures royales; la même année, cette terre fut érigée en 
marquisat. 

Abel Poisson la vendit en 1780 au marquis de Ménars. Ici s'ar- 
rêtent les recherches de .^L Corlieu; espérons que notre collègue, 
M. Bigorgne, voudra bien nous faire connaître comment du 
marquis de Ménars le domaine de Marigny est devenu la propriété 
de sa famille. 

Séance du 2 avril 1893 (Exlrait du procès-verbal). — Pré- 
sidence de M. Vérette, 

I- — Deux notes ont été fournies par M. l'abbé Marsaux; la 
l'" relative aux fondations faites par le B. Pierre Fourier à 
Soissons, Laon et Château-Thierry ; la 2^ a trait au démêlé et à la 
réconciliation de Thibaut de Champagne avec Pierre de Bretagne, 
et à l'entrevue des deux seigneurs qui devait avoir lieu à Val-Secret, 
à l'ellet d'arrêter les conditions du mariage de Thibaut avec la fille 
de Pierre. Cette réunion, d'après l'injonction du roi, n'eut pas lieu, 
et, selon Joinville, Thibaut s'en retourna à Château-Thierry. 

II. — M. Corlieu était bien jeune lors du passage du roi Louis- 
Philippe à Château-Thierry, le juin 183i ; il en a cependant con- 
servé un souvenir vivace et se plaît à raconter les fêtes qui se sont 
succédé pendant le séjour du monarque. Il rappelle également 
les discours prononcés par les autorités : M.M. Poan de Sapincourt, 
maire; Néral de Lesguizé, sous-préfef; baron de Sainte-Suzanne, 
préfet; et Marprez, curé de la ville. Ce dernier, qui avait servi 
comme militaire avant son entrée dans les ordres, sous le maré- 
chal Sjult, fut nommé chevalier de la Légion d'honi,eur au mois 



CHRONIQUE 299 

d'août 1832. MM. de Sapincourt elNcrat avaient reçu cette distinc- 
tion le lendemain du départ de Sa Majesté. 

III. — M. Minouflet, de Romeny, a recueilli à Grigny — ancien 
oppidum situé sur la voie romaine de Château-Thierry à Soissons, 
près dOulchy-le-Chàteau, — entre autres objets anciens, des mon- 
naies gauloises. Aidé des conseils de M. Anatole de Barthélémy, 
membre de l'institut, il a donné de ces pièces, qui forment 18 
types diiïérents, une description qui ne laisse rien à désirer. 

IV. — Comme complément de la note lue à la dernière séance 
sur la fête de la Raison et l'honorabilité de la personne qui remplit, 
à contre-cœur, le rôle de déesse à Château-Thierry, M. Moulin 
donne lecture d'un passage du livre de M. de Vertus {Histoire de 
Coincil, P^e^ ^t)- Trois jeunes filles du bourg appartenant à de 
bonnes familles, avaient été désignées par la municipalité pour 
remplir le rôle de déesse dans cette « triste comédie »; elles se 
résignaient diflicilement à « jouer cette farce», notamment Made- 
moiselle X. . . 

L'auteur ajoute que, dans les villages voisins de Coincy, les fêtes 
de la Raison et de l'Etre suprême ne furent pas célébrées; cinq 
jours après le décret du 11 prairial i'i\)o, l'exercice public du culte 
catholique eut lieu dans nos campagnes. 



Soc.iÉTK ACAUÉMinUK DE l'Auîîe ( Séancc du 15 mars I8'J5). — 
Présidence de M. Félix Fontaine, président. 

BiiUelin archéologique du Comité des Travaux historiques. — 
11 y est fait mention du travail de M. Le Clert sur des torques en 
bronze, conservés au Musée de Troyes, dont il vient de faire hom- 
mage à la Société. 

Revue historique et archéologique du Maine. — Mémoire de 
de Martin Berruyer, évêque du Mans, pour la réhabilitation de 
Jeanne d'Arc. 

Mémoires de la Société académique de l'Oise. — Notice de 
M. F'aul Pérot, contenant des détails qui peuvent intéresser la ville 
de Troyes. L'auteur y fait une élude sur la noblesse de Jean Juvé- 
nal des Ursins, successeur de Cauchon sur le siège de Reauvais. Les 
Juvénal des Ursins se targuaient d'appartenir à l'illustre famille des 
Orsini. M. Paul Pérot conteste celte origine et prouve, par divers 
documents que Jean Juvénal des Ursins serait simplement le lils 
d'un marchand-drapier de Troyes, habitant une maison de la rue 
Cbampeaux. ('e n'est que vers 14.17 ou I i.iS que la famille Jou- 
venel aurait modifié son nom, et l'évêque de Hcauvais ne portail 
que le nom roturier de Jean Jouvenel, quand il fui inironisé 
évêque de Beauvais, en 1 i3'2. 

Lectuues kt Commiunications des Membres 
A l'occasion des recherches de M. Paul Pérot sur Juvénal des 



300 CHRONIQUE 

Ursins, M. Le Clert dit qu'il a fait, lui aussi, des recherches sur la 
famille Juvénal des Lrsiiis ; il a trouvé beaucoup de familles portant 
le nota de Juvenel, il ne sait à quelle époque les Juvenel ont pos- 
sédé l'hôtel des Ursins; il suppose que c'est au commencement du 
xve siècle; il pense qu'ils ont pris le nom de leur hôtel après l'avoir 
acheté. Cet hôtel venait peut-être des Orsini. 

M. de la Boullaye communique, au nom de M. Vallée, sous-pré- 
fet de Bar-sur-Aube, une lettre de Claude, abbé de Clairvaux au 
xvii« siècle, adressée à M. Piiliard hls, troyen. — Cette lettre parle 
d'un objet d'art qui se trouvait à l'abbaye de Clairvaux, le taber- 
nacle, et donne sur lui de curieux détails. Cette lettre pourrait 
figurer dans VAnnuaire ou dans les Mémoires. 

Séance du 19 mai fS95. — Présidence de M. Félix Fontaine, 
président. 

Ouvrages offe;pts 

Par M. Truelle Saint-Evron, membre correspondant : Observa- 
tions sur rilalic et, les Italiens, par Crosley, 4 volumes; 

Le Bibliophile troyen, exemplaire richement relié, ayant appar- 
tenu à Louis Ulbach; 

Les livres populaires, No'éls et cantiques, imprimés à Troyes, 
par Alexis Socard; 

La Satire Ménippèe, elzévir de 1077, en état exceptionnel. 

Lectures et Commuisications des Membres 
M. Des Guerrois, à qui avait été renvoyé le volume de poésies de 
M. Charles Gros, Sous l'étoile, lit une étude complète sur cette 
œuvre qui se présente sous un noble pavillon. 11 y constate l'abon- 
dance lyrique et les riches images au service des belles idées. La 
première partie, Aines d'ancêtres, présente des imitations très 
heureuses de Boccace et de Chaucer; la seconde. Vie èparse, a 
quelque chose de plus personnel et de plus d'intérêt par consé- 
quent; c'est une poésie plutôt souriante que lugubre. Fleur- 
d'Epine, le canton de Franche-Comté où le poète a vécu, lui rap- 
pelle de doux souvenirs; c'est une des perles du volume. La pièce 
qui a pour titre ce seul mot : Hymne, grand dans sa simplicité, 
est un magnifique souvenir de Dante. Le nouveau Rhin emporte 
le lecteui dans un ordre d'idées, plus austère et de moins de 
charme. La troisième partie, Homo, est belle de passion militante 
et farouche, mais elle nous met brutalement en face de perspec- 
tives attristantes; il faut écarter ces menaces et s'en tenir à ce 
dernier vers où se peint mieux le cœur du poète : 

La foi des jours meilleurs sera la charité. 

.M. Le Clert fait savoir à la Société que son attention est attirée 
par les fouilles qui se font actuelletnent dans les rues de la ville 
pour l'installation des eaux. Un employé de l'Administration sur- 
veille les découvertes que ces louilles pourraient amener. Un a 



CHRONIQUE 301 

trouvé déjà une vieille mesure en bronze, une clé gothique du 
commencement du xiii« siècle et des monnaies; si l'on découvre 
d'autres objets, M. Le Clert se propose de les recueillir pour le 
Musée. 

Elections et Présentations 

L'ordre du jour appelle rélectioii d'un membre résidant dans la 
section des Lettres, en remplacement de M. Savetiez, décédé. 11 est 
donné lecture des propositions faites par la section, on procède 
ensuite au scrutin, et M. Tenting, ayant obtenu la majorité 
absolue, est élu membre résidant dans la section des Lettres. 

M. Paul Audigé est élu membre correspondant. 

MM. le docteur Gustave Lorey, Gabriel Cabat, sous-chef de 
bureau au Ministère des Finances, et Gaston Barthélémy, sont 
proposés comme membres correspondants. 

Pendant le scrutin, M. l'abbé Nioré signale, dans un numéro 
de la Romania, qui lui a été renvoyé au cours de la séance, un 
article de M. Gaston Paris sur l'origine de la Danse macabre. Le 
mot macabre est un nom propre ; il serait le même que mackabee; 
ce serait le nom d'un français vivant au xiv siècle. Peut-être est-ce 
celui du peintre qui a le premier représenté une danse lugubre dans 
laquelle la Mort appelle tour à tour les humains de toute condi- 
tion. 

La séance est levée à cinq heures. 

■ » » 
Château de Belleaucourt-Coulommes, 6 avril 1895. 

< Monsieur, 

Je viens de lire, dans la Revue de Champagne de novembre 
dernier, l'intéressante Topographie ardennaise, extraite par 
M. Jadart des affiches Havé, mine trop peu explorée jusqu'ici. 

Je suis à même de fournir quelques renseignements complétifs 
sur les deux fiefs de Bro/iville (et non Browville) et du Griffon, sis 
au terroir de Terron-sur-Aisne : car ils ont appartenu à quatre ûe 
mes ascendants, Nicolas, Philippe et Jean Moët, tous trois succes- 
sivement écuyers, seigneurs de Brouillet, puis Jean Moët, écuyer, 
seigneur de Louvergny, fils de Jean précité. Grâce à ce fait, je 
possède sur ces deux fiefs des chartes originales. 

Nicolas Moët est parfois qualifié écuyer, seigneur de liranville 
(acte de partage du il décembre 1593 par ex.). Ce titre se trouve 
par la suite continué dans la branche issue de son fils Thierry 
Moët, marié à Anne le Bel; d'où la branche Moct dite de bronoille 
(voir Caumartin). 

Philippe Moët, né vers l.'i.oO, décédé en ItilO, fils de Nicolas, 
avait une sœur Jeanne, mariée à Jean Cauchon, écuyer, seigneur 
de Muison, et du /ief de Griffon (sans doute du chef de sa femme). 

Lors de la mort de sa sœur, Philippe hérita de la seigneurie du 



3U2 CHRONIQUE 

Griffon, et en 1C02 il en donna un dénombrement à Henry de 
Mazancourt, chevalier, gentilhomme de la Maison du Roi, seigneur 
du Plessié, et des Grandes-Armoises. 

Il est bon de remarquer que Jeanne Moët était sœur de Philippe, 
mais d'un premier lit. Avant d'épouser Guillemette de l'Hospilal, 
Nicolas s'était marié en premières noces à une demoiselle N. Coque- 
bert : j'ai relevé dans mes papiers certains indices de cette double 
alliance, et elle se trouve confirmée par la présence des écussons 
Moët-Goqueberl, accolés au-dessus d'une cheminée en Ihôtel du 
vicomte Werlé, rue du Marc, à Reims, ancienne résidence de 
Nicolas, comme en l'ait foi notre charlrier. 

Pour en revenir au dénombrement en question, il relate l'an- 
tique maison forte du Griffon, déjà entièrement démolie à celte 
époque, sans doute à la suite de la mise à sac de 1591. Il me 
semble qu'on pourrait s'en aider pour retrouver sur les lieux 
Ccmplacemenl de la Molle féodale. 

Ci-dessous le résumé de cette pièce : 

Desnombrement du Griffon pour noble Homme Phle de Mouet (sic), 
escuyer, procureur du Roy à Reims. 

C'est l'adveu et desnombrement que Phélippe Moet, escuier, sieur de 
lîrouillet, Procureur du Roy N. S. aux baillage de Vermandois, siège 
Royal et Présidial de Reims, baille à honoré seigneur Henry de Mazan- 
court, escuier, sieur du Plessié et des Grandes Armoizes, des liéritaiges que 
il tient en fief, f'oy et hommaige, dudict seigneur, à cause de son chastel 
desdictes Armoizes : Assavoir : la raoiclié par indivis, parlissant contre 
Pierre Lecguisé, petit filz et seul héritier de feu Jean Gauchon, vivant 
escuier, sieur de Muison, des héritages du fief de Bronville et du Grifj'on, 
assis au terroir de Vendy et Terron sur Ayae, à moy advenu par la suc- 
cession de feu damoiselle' Jeanne Moët, ma soeurs, vivant, femme dudict 
Jeau Gauchon, sieur de Muison. Premier : une place où soulloit estre 
antiennement ung cliasteau fermé de fossés, appelle la forteresse du 
Griffon, contenante environ six quarteles. Item ung jardin derrière ladicle 

forteresse. Item deux (lacune)... de maison appelle la maison de 

'Bronville avec la tenant à icelle maison. Item un jardin appelle le 

Courtil Dame Gilles etc 

(ici une énumération de terres sans intérêt) Une autre pièce appelle le 

Cloux, piès \e jardin du ' rijfon royé le Prévost d'Escharson d'une part et 
le ruisseau de Vendy d'aultre part, budant d'un bout au ruisseau du Moulin, 
et d'aultre au chemin des Prez, contenante cincq fauchées au jardin du 

Griffon etc. . . Pour lesquelz héritaigss cy dessus spécifiez luy 

peuvent valloir par commune année la somme de cincquante Livres 

En tesmoing de quoy j'ai signé le présant desnombrement de mon nom et 
signe manuel et icelluy scellé de mon scel et armoyrie de mes armes à 
Rbeims ce 1!j» jour de novembre, mil six cens et deux. 

Ainsi signé : Mouet {sic). 
H. Gallot. 
[illisible.) 

Conlrescellé et contresigné par Messire IlENay de Mazancourt. 

Les noms des principaux propriétaires riverains mejilionnés dans 
l'acte complet sont ceux des danioiselles d'Aultrecourt et du Lorry. 



CHRONIQUE 303 

Les entants de Jean Moët se partagèrent sa succession par acte 
en date du 23 juin 1693 (où Jean Maillefer représente « Messire 
Jean-Baptiste de la Salle, prestre^ docteur en théologie, demeu- 
rant à Paris »), et, selon la coutume du Verniandois, le Griffon 
fut attribué, moitié par préciput à l'aîné, Nicolas Moët de Brouillet, 
et moitié à tous les autres co-liériliers. 

Mais, par vente du 20 février ltj98, MM. de la Salle et Maillefer 
abandonnèrent à MM. Mot-t de Dugny et Jean Moët de Louvergny, 
frères cadets du précédent, leurs parts de fief de Brouillet, Terron- 
sur-Aisne et Dugny. Depuis lors le nom du Grifton ne se rencontre 
plus dans les papiers de la famille .Moët. 

Eu me laissant entraîner à une communication d'une pareille 
longueur, j'ai été guidé par l'espoir peut-être téméraire d'être 
assez heureux pour fournir un renseignement utile aux érudits de 
la région; et quoi qu'il en soit, Monsieur, je vous prie de vouloir 
bien agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués. » 
Baron bu Pin de la Guérivière, 
Membre du Conseil Héraldique de France. 



Centenaire du Baptême de Clovis a Reims. — De grandes fêtes 
seront données l'an prochain sur l'initiative de S. E. le cardinal- 
archevêque Langénieux, en mémoire du baptême de Clovis à 
Keims. 11 s'agit, dans la pensée de l'archevêque de Reims, de 
commémorer le quatorzième centenaire de la conversion de la 
France au Christianisme. Le projet de célébrer cet anniversaire a 
été accueilli partout avec enthousiasme. Pouvait-il en être autre- 
ment dans uu pays comme le nôtre et pour une cause aussi patrio- 
tique? Un encouragement est venu de plus haut encore. Sa Sain- 
teté Léon XIll a béni le projet et a daigné accorder la faveur d'un 
jubilé dont les précieux avantages pourront être recueillis pendant 
six mois. 

Le programme des fêtes n'est pas encore arrêté, mais des Com- 
missions ont été nommées et travaillent à son élaboration. 

On peut prévoir dès maintenant que le 16 janvier \X% la célé- 
bration habituelle de la fête de saint Rémi sera comme l'annonce 
de la prochaine ouverture des solennités du centenaire. Le jubilé 
accordé à la France par le Pape commencera à Pâques. A partir 
de ce jour, des pèlerinages venus des divers points de la France 
se succéderont au baptistère de la cathédrale de Reims et au 
tombeau de Saint-Remi. Les divers Congrès de piété et d'œuvres 
sociales qui se tiennent chaque année en France seront invités ù 
choisir Reims pour théâtre de leurs assises en 1896. 

De grandes fêtes auraient lieu le l'"^ octobre, à l'occasion de la 
translation des reliques de saint Renii et, le 25 décembre, eu 
mémoire du baptême de Clovis et de ses guerriers. 



304 CHRONIQUE 



Dans un article sur la Cathédrale de Reims, publié par Y Univers^ 
et reproduit par un journal de Reims, le 23 février nous lisons : 

«... Autour du chœur existait encore une clôture en pierre, remarqua- 
blement sculptée. 

L'art du sculpteur avait épuisé tout son génie pour broder, festonner, 
ciseler, découper à jour, denteler cette pierre. » 

Jusqu'au xive siècle, le chœur n'avait eu qu'une simple clôture 
massive, à hauteur d'appui. La multiplicité des fondations et des 
offices obligeant le clergé à rester longtemps dans l'église, donna 
naissance à de hautes fermelures. 

En 1390, l'archevêque P'erri Cassel, par testament, légua un 
coffret en dépôt à Saint-Remi, avec 1,000 livres, pour faire au 
chœur une clôture semblable à celle de Notre-Dame de Paris. Le 
projet ne fut pas exécuté. 

Les nmrs de clôture étaient massifs, avec quelques ouvertures, 
en forme d'arcades, soutenues par des piliers. 

« A coslé de l'autel de la Magdeleine, dit Cocquault, de part et d'autre 
en la clôture sont ouvertures faites par arcades, au nombre de six de 
chaque côté, portant un pied de roy et plus, avec petits piliers au milieu 
de cet ouvrage, pour voir l'élévation du Saint-Sacrement en la messe. 

« Comme de mesme, au grand-autel, où sont ouvertes en la muraille de 
la closture du chœur, comme dit est dessus, mais plus grandes, au nombre 
de douze d'une part et neuf de l'autre. » (Cocquault, Description de Noire- 
Dame.) 

Le côté où il n'y avait que neuf ouvertures était vraisemblable- 
ment celui où était placé le Sacrarium. 

Contre cette muraille, percée d'ouvertures, on suspendait à l'in- 
térieur les magnifiques tapisseries offertes par les Archevêques de 
Reims. 

A l'extérieur, cette clôture en pierre, dit M. L. Paris, était ornée 
de peintures historiques. Rien ne prouve l'assertion du savant his- 
torien. 

Le chœ,ur était fermé par-devant par un admirable jubé de 1417, 
d'une très grande richesse. Seul, il était sculpté, « comme une pâte 
jetée en moule, » dit Lacourt. 

[CouîTier de la, Champagne.) Cli. Cerf. 



Le maire de Troyes a présidé, le 31 mars, la distribution des 
prix fondés par M. Doublet, en faveur des ouvriers et ouvrières 
qui ont dignement élevé leurs familles : 

M-" veuves Dernois, Colin, Wenizerger, Nell et Jergelot, MM. Biaise, 
Burg, Muller, Tonuelot et Kauifmanu ont obtenu des prix de 000 fr. ; 



CHRONIQUK 30;j 

\iiin» veuves Banhallazer et Gremout, MM. Suinot, Strassel, Albert 
Fabvay, Crevot et Raie, îles prix de 300 (r. 

Particularité à signaler : M'"'= Dernois a eu vingt-sept enfants. 



Une délicieuse pensée sur Jeanne d'Arc, tirée du Vei'fjev philo- 
sophique d'Anatole France, dans VEcho de Paris : 

Sur Jeanne d'Arc. 

Elle est sortie de la poésie populaire et chrélieune, des litanies de la Vierge 
et de la Légende dorée, des merveilleuses histoires de ces épouses de Jésus- 
Christ qui mirent sur la robe blanche de la virginité la robe rouge du mar- 
tyre. Elle est sortie des sermons fleuris dans lesquels les fds de saint 
François exaltaient la pauvreté, la candeur et l'innocence; elle est sortie 
de la féerie éternelle des bois et des fontaines, de ces contes naïfs des 
aïeules, de ces récits obscurs el frais comme la nature qui les inspire, où 
les filles des champs reçoivent des dons surnaturels ; elle est sortie des 
chansons de la terre des chênes, où vivaient d'une vie mystérieuse Viviane 
et Merlin, Arthur et ses chevaliers; elle est sortie de la grande pensée qui fit 
épanouir la rose de l'eu au-dessus des portails des églises ; elle est sortie 
des prophéties par lesquelles les pauvres gens du royaume de France pres- 
sentaient un avenir meilleur; elle est sortie de l'extase et des larmes de tout 
un peuple qui, dans les jours de misère, vit, comme Marie d'Avignon, des 
armes dans le ciel et n'espéra plus qu'en sa faiblesse. 

Elle est pétrie de poésie, comme le lis de rosée; elle est la poésie vivante 
de cette douce France qu'elle aima d'un merveilleux amour. 



[/actualité est aux hommes de la Révolution. 

Une curieuse polémique s'est élevée, ces jours-ci, entre histo- 
riens, à l'effet d'établir une fois pour toutes, si le célèbre conven- 
tionnel Danton a fait exhumer, à son retour de Belgique, le cadavre 
de sa première femme, la pieuse (Jabrielle Charpentier, morte 
pendant son absence. 

M. G. Lenôtre, le savant auteur de Paris révolutionnaire, vient 
de découvrir, à ce propos, un document précieux qui règle la 
question d'une façon définitive. 

C'est le catalogue des ouvrages de pemlure et de sculpture 
exposés au Salon du Louvre, le 10 aoîit 1793. Le chapitre de la 
sculpture porte, en ell'et, au n" 78 : « Un buste-portrait de la 
citoyenne Danton, exhumée et moulée sept jours après sa mort, 
par le citoyen Deseine, sourd et muet. » 

Qu'en pensent les farouches historiens qui, refusant au conven- 
tionnel toute ombre de sentimentalité, s'évertuent à démontrer 
que Danton professait le matérialisme le plus irréductible? 

C'est là une erreur absolue, ainsi que le constate Michelet lui- 
même dans son histoire, dont un des chapitres nous montre le 

20 



306 CHRONIQUE 

fameux conventionnel se remariant dans une famille royaiisle 
ei devanl un prêtre. (Gaulois.) 

* * 

M. Charles Rabourdin, d'Héricy-sur-Seine (Seine-et-Marne), s'est 
livré, depuis dix ans, à un travail considérable, qu'il vient de ter- 
miner et de présenter aux membres du Conseil supérieur de la 
Société nationale d'encouragement au bien. 

Il s'agit d'un dictionnaire biographique des personnages illustres 
du département de Seine-et-Marne. 

On comprend de suite les utiles services que peut rendre un tel 
ouvrage pour tous ceux qui auront des recherches à faire sur les 
événements et les personnages — et ils sont nombreux — qui se 
rattachent à la Seine-et-Marne. Peu de départements offrent une 
telle réunion d'hommes illustres, grâce à Melun, qui fut le Ver- 
sailles des premiers Capéiiens; Fontainebleau, qui devint à son 
lour la résidence préférée du plus grand nombre de nos rois; 
Provins, où la dynastie des Thibaut, rois de Navarre, comtes de 
Champagne et de Brie, tenaient leur cour. Ces trois villes ont vu 
s'accomplir une grande partie des événements les plus marquants 
de notre histoire et défiler dans leurs murs ou résider dans leur 
voisinage, en dehors du cortège habituel de souverains, des illus- 
trations de tous genres et de tous pays. 

L'œuvre de M. Rabourdin, commencée en 1884 et terminée ces 
jours derniers, est des plus désintéressées; l'auteur s'est contenté 
de la rédiger et d'en remplir 10 volumes manuscrits qu'il n'a pas 
fait imprimer. Il en fera don aux archives du département, où les 
chercheurs pourront les consulter et en tirer un utile profit. 

M. Rabourdin a droit à la gratitude des chercheurs futurs; nous 
nous faisons un plaisir de signaler son dictionnaire biographique 
des personnages illustres de Seine-et-Marne, et de le féliciter de 
son travail qui devrait, dans les autres départements, être égale- 
ment entrepris. (L'Abeille de Fontainebleau.) 

* 

¥ ♦ 

Les travaux de la nouvelle église de Neufchâtel-sur-Aisne (Aisne) 
touchent à leur fin. Le maitre-autel est posé, les deux sacristies 
sont à peu près terminées; il n'y a plus que le carrelage et l'on 
s'en occupe activement ; les sculpteurs travaillent aux chapiteaux 
du porche, tous les vitraux sont posés. M. le curé bénira l'église 
prochainement pour pouvoir dire la première messe le jour de 
Pâques. 

L'église, de style Renaissance, pourra être classée parmi les plus 
belles de noire diocèse, elle fait honneur aux habitants de Neuf- 
châtel et surtout à l'insigne bienfaitrice, M"»* Hourlier-Fournaise, 
de Reims. 



CHRONIQUE 307 

* 

La maquette au dixième du monument de Carnot, destiiu' à la 
place de l'Hôtel-de-Ville de Chàlons, est terminée. 

Une modification a été apportée au projet primitif: le soldat 
qui montait la garde au pied du groupe principal sera placé au 
pied de la colonne de Matignicourt. 

Une nouvelle maquette va être faite au tiers de la grandeur 
d'exécution, c'est Talfaire de trois ou quatre mois; pour terminer 
l'œuvre définitivement, il faudra neuf à dix mois. Le moulage et 
la fonte demanderont au minimum un délai de trois ou quatre 
mois. 

C'est donc au plus tôt à la fin d'août 189C, lors de la réunion du 
Conseil général, que le monument pourra être inauguré, s'il ne 
survient ni retard, ni obstacle imprévu. 



Découverte archéologique a Reims. — Un sarcophage d'origine 
gallo-romaine a été découvert récemment à Reims, sur l'emplace- 
ment que doit occuper la Maison de convalescence. Cette décou- 
verte, appelée à enrichir les collections du Musée de Reims, est 
due aux patientes et intelligentes recherches de JVl. Habert, conser- 
vateur, et d'un habile ouvrier, M. Jules X. . ., qui le seconde. 



M. Léon Harmel, du Val-des-Rois, près Warmériville (Marne), 
a fait, le 28 mars, à Rome, une conférence applaudie sur la ques- 
tion sociale ouvrière, chez les Pères Augustins de l'Assomption, 
en présence des cardinaux Vaughan, Schonborn et Macchi, et de 
300 personnes. 

M. Harmel a rendu compte des progrès réalisés en France par 
l'action sociale catholique et il a constaté l'union entre les œuvres 
de la religion de l'Est et celle du Nord. 



Le dimanche 24 mars, sur la gracieuse invitation de M. Appert- 
Pérardel, de l'Epine, MM. Bosteaux, de Cernay-les-Reims, et 
Schmidt, de Chàlons, correspondants de l'Ecole d'anthropologie 
de Paris, se sont rendus au plateau du mont Thonié, près l'Epine, 
où le propriétaire leur signalait un cimetière gaulois. 

Grâce au bienveillant concours de leur hôte, malgré les bour- 
rasques chargées de pluie, malgré la fouille antérieure déjà 
ancienne d'une partie des sépultures qui furent mises au jour, les 
ardents investigateurs s'en retournèrent munis d'intéressants spé- 
cimens de l'époque marnienne. 



308 CHRONIQUE 



On peut voir en ce moment à la vitrine de M. Michaud, libraire 
à Reims, rue du Cadran-Saint-Pierre, une fort belle reconstitution 
de la grande rosace de la cathédrale. Ce travail archéologique est 
l'œuvre de M. Paul Simon, de Reims, qui se propose de l'envoyer 
à l'Exposition des Beaux-Arts des Champs-Elysées, ofi il sera cer- 
tainement remarqué. 



Nous sommes heureux d'apprendre que, par décret du 16 mars, 
M. Burlin, colonel du 89'^ de ligne, a été promu général de brigade 
et désigné comme adjoint au commandant supérieur de la défense 
des places du groupe de Belfort. 

M. le général Burlin est originaire de Fumay (Ardennes). 



Parmi les sous-officiers d'artillerie admis à suivre l'Ecole mili- 
taire d'artillerie et du génie en 1895-1896, il nous faut citer le 
nom de M. François Willième, maréchal des logis au 4« bataillon 
d'artillerie à pied, qui ligure sur la liste avec le n° 3 sur 80 can- 
didats admis. 

M. Willième fait partie de la o« batterie qui compte six sous- 
officiers ardennais. 11 est originaire de Warcq, oii habite encore 
sa famille. 



Par arrêté en date du 27 février 1893, M. Piquet, directeur de 
l'Ecole normale de Varz» (Nièvre), a été nommé directeur de 
l'Ecole normale de Châlons sur-Marne, en remplacement de 
M. Mathieu, qui a reçu une autre destination. 



Un jeune officier originaire de Vitry le-Fi'ançois, le lieutenant 
Henri Moll, frère du lieutenant Xavier Moll, tué au Tonkin, il y a 
deux ans, vient de se signaler, au Tonkin également, en désarmant 
par un hardi coup de main une bande de partisans. Cinq d'entre 
eux ont été faits prisonniers. Le lieutenant a eu son képi troué de 
balles et a tué de sa main un de ses adversaires. 

* 

M. Etienne Krier, élève de l'Ecole régionale des Arts industriels 
de Reims, vient d'être admis à l'Ecole nationale des Beaux-Arts 
de Paris, section de peinture, au concours de février dernier, 

* 



CHRONIQUB JO^ 

Dans sa dernière séance, le Conseil municipal de Châlons a 
refusé l'offre de M. le docleur Mohen qui, dans son leslament, 
déshéritait ses enfants au prolit de la ville de Châlons; mais il a 
accepté les dons faits par les enfants du docteur, M. et M"e Vincent, 
d'Avize, et qui comprennent une collection de monuments sculptés, 
un christ en ivoire et divers objets d'art. 



La musique a Reims. — La Société rémoise de musique clas- 
sique et moderne a déjà donné cette année trois séances, d'au- 
tant plus assidûment suivies des amateurs que le programme, fort 
attrayant et très brillan)ment exécuté, comportait à côté des 
œuvres de maîtres tels que Beethoven, Chopin, etc., des compo- 
sitions d'artistes rémois, MM. Théodore Dubois, J.-A. Wiernsber- 
ger, et Ernest Lefèvre. 

— Une de nos charmantes compatriotes rémoises. M"' Marthe 
Desmoulin, qui a obtenu l'an dernier le premier prix de piano au 
Conservatoire, s'est fait entendre avec succès en divers concerts 
donnés, dans ces derniers temps, chez M™e Rosine Laborde, le 
célèbre professeur du Conservatoire, à l'amphithéâtre de la Sor- 
bonne, et enfin à la salle Pleyel, le 20 mars dernier, 

M'l« Desmoulin est la fille de M. Auguste Desmoulin, le sympa- 
thique écrivain et amateur d'art, qui est allié à l'une des plus 
honorables familles de l'arrondissement de Reims, et s'est établi 
depuis quelques années à Paris. 

— Le 14 mars a été donnée au théâtre de Reims la première 
représentation de deux œuvres rémoises : La Veillée de Jeanne 
d'Arc, une scène lyrique de M. Ernest Lefèvre, paroles de 
M. J.-B. Gheusi, et une comédie en vers, Le Nid, premier essai 
d'un jeune poète de notre ville, M. G. Périn. 

Sans avoir l'importance et les développements du Prieur de 
Saint-Basle, composition étincelante de jeunesse, de fraîcheur et 
de poésie, par laquelle M. Ern. Lefèvre a pris rang parmi les 
musiciens de mérite et d'avenir, la Vnllée de Jeanne d'Arc s'en 
rapproche par plus d'un trait de ressemblance. La scène se passe 
à peu près à la même époque et dans les mêmes lieux. Il s'agit 
dans l'une et l'autre composition d'un épisode de la guerre de 
Cent Ans, épisode glorieux pour Reims. 

Dans le Prieur de Saint-Basle, l'action se déroule à Verzy; 
cette fois, c'est à Sept-Saulx, tout près de là, que Jeanne d'Arc 
passe ea prières, dans une humble église de village, la veille du 
sacre de Charles VIL Dans tous les deux, les personnages se 
♦■rouvent la nuit à l'entrée d'une église, au milieu d'un camp. 

Le poète et le compositeur nous transportent dans l'église de 
Sept-Saulx pendant la nuit du 16 au 17 juillet 1420. Au pied de 
l'autel rustique, sous la lueur d'une veilleuse, Jeanne d'Arc prie, 



310 CHRONIQUE 

drapée de blanc. Les portes ouvertes toutes grandes sur le village 
endormi, laissent apercevoir un ciel étincelant d'étoiles et l'im- 
mense plaine de Reims, fumeuse des bivouacs du Roi victorieux, 
qui sera sacré le lendemain dans la basilique. Une sentinelle veille 
à l'entrée de l'église. Des rondes passent, qui s'enfoncent dans la 
nuit, le bruit de leur marcbe décroît et se perd dans le lointain. 

Jeanne d'Arc, plongée dans la méditation et la prière, est saisie 
d'une triste prévision du sort tragique qui l'attend. Voici, dit-elle, 

Voici le seuil de mon jardim des Oliviers ! 

Soudain le camp semble se réveiller. Un va-et-vient de torches 
parcourt la plaine. Des fanfares annoncent l'arrivée des Rémois, 
qui viennent apporter au Roi les clefs de la ville. Les soldats se 
portent à leur rencontre. Gagnée à leur enthousiasme, Jeanne 
d'Arc chasse les sinistres visions et salue l'aurore de ce jour glo- 
rieux qui doit éclairer le sacre de Charles VII et couronner ainsi sa 
mission libératrice. 

Arrivent, au bruit des acclamations et des fanfares, les envoyés 
de Reims, escortés par les soldats du Roi. 

Jeanne d'Arc apparaît sur le porche de l'église. Devant la Vierge, 
toute rose de la lueur des torches, les Rémois reculent avec une 
crainte respectueuse. La vaillante Lorraine leur dit, avec une 
modestie louchante, qu'il ne faut voir en elle 

Qu'une tille des champs par le Seigneur élue 
Pour rendre le bonheur à la France abattue. 

Rémois et soldats l'acclament avec enthousiasme. Jeanne d'Arc 
les remercie au nom du Roi, et, en les congédiant, saisit sa ban- 
nière, et d'une voix inspirée ; 

Haut les cœurs! avec assurance 
Dressez les pennons de combat ! 
En proie à l'étranger, la France se débat : 
Volez au secours de la France! 

Et le chœur répond avec un chaleureux élan : 

Les cœurs sont grands, les bras sont forts! 

Et Jeanne d'Arc et les chœurs répèlent à l'unisson : 

L'aurore réveillée aujourd'hui par nos chants 
Verra surgir des cités et des champs 
L'âme sublime de la France! 

Voilà le canevas de l'œuvre. 

Elle ne met en œuvre qu'un seul personnage, Jeanne d'Arc, et 
des chœurs. Mais Jeanne d'Arc avait pour interprète M"« Blanc, 
une excellente cantatrice applaudie aux derniers concerts de la 
Société philharmonique cl de la Musique municipale, cl leschduirs 
n'étaient autres que l'Union Chorale, dirigée par le maître lui- 



CHRONIQUE 311 

même, avec accompagnement de l'orchestre du théâtre. Le succès 
a été très grand. 

— M. Edmond Missa, le compositeur rémois bien connu, a 
obtenu de M. Marcel Prévost l'autorisation de faire la musique 
d'une pièce tirée de son roman les Demi-Vierges: le titre futur : 
Maud. 

Il écrit en outre une partition pour les Trois Bossus, farce 
lyrique en trois actes, de MM. Adenis frères. 

— La Société musicale de la Marne a donné^le 23 mars, dans les 
salons du Grand-Hôtel, à Paris, un magnifique concert suivi de bal. 

Le concert, donné sous la présidence de notre éminenl compa- 
triote M. Théodore Dubois, de l'Institut, a permis aux assistants 
d'applaudir un bon nombre d'artistes rémois: M, Rothier, élève 
du Conservatoire; M""^ Douaillier Joly, femme de l'ancien bary- 
ton-solo de Notre-Dame de Paris; M. Douaillier, de l'Opéra; 
M"^ Marthe Desmoulin, etc. 



Festival Musical a Reims bn 1896. — Cesl dans ua an que se célè- 
brent à Reims les grandes fêtes du quatorzième centenaire du baptême de 
la France. Toutes les bonnes volontés sont dès maintenant invitées à 
prendre part à ces manii'estatious patriotiques. La musique ne peut et ne 
doit demeurer étrangère à ce généreux mouvement, et c'est pourquoi l'on a 
pensé qu'un Festival musical devait être organisé pour la circonstance. 

Dans ce but, le Comité décide de promouvoir la composition «le deux 
grandes œuvres musicales qui seraient exécutées — non en plein air — 
mais à la Catbédrele et à la basilique de Saint-Remi de Reims. 

I 

Section instrumentale. 

Le premier sujet mis au concours est une grande Fantaisie 
pour Fanfares et Harmonies, en l'honneur de Jeanne d'Arc. 
Comme genre, on peut choisir une marche triomphale, une 
ouverture, etc., avec addition ou insertion de motifs rappelant les 
Voix de Jeanne ou autres épisodes de sa vie. 

La durée du morceau devra être d'environ 20 minutes. Cette 
fantaisie — titre au choix de l'auteur — sera exécutée par toutes 
les Sociétés instrumentales réunies. 

11 

Seclio7i vocale. 

Le deuxième concours comporte la composition d'une Cantate 
sur Jeanne d'Arc, pour orphéons d'hommes seuls et grand orgue, 
d'une durée variant entre .10 et 40 minutes Quelques solos et duos 
sont autorisés. Le sujet (imposé) est une Ode couronnée en I8b3 
par l'Académie nationale de Reims. 11 est permis au compositeur 
de supprimer quelques strophes de la poésie^ pourvu queil'en- 
semble ne manque pas de suite et d'unité. 

Tous les orphéons réunis devront exécuter cette cantate. 



312 CHRONIQUE 

m 

Dispositions générales 

Le concours sera clos le 20 septembre 1895, date à laquelle tous 
les manuscrits auront dû être expédiés franco à M. l'abbé Bon- 
naire, curé de Witry-lès-Reims, secrétaire général du Comité de 
direction. Les manuscrits seront anonymes et porteront une 
devise répétée sur un pli cacheté contenant le nom et l'adresse 
de l'auteur. 

Les œuvres présentées au concours devront être inédites et 
n'avoir jamais été exécutées en public. 

Le jugement sera rendu par un jury spécial choisi parmi les 
notabilités musicales de Paris. 

M, Emile Mennesson, éditeur de musique à Reims, s'est otTert 
pour éditer les partitions et parties séparées des œuvres primées. 

L'auteur dont l'œuvre aura été couronnée sera invité à diriger 
lui-même l'exécution à Reims, en 1896. 

Pour se procurer le livret de la cantate et les conditions du 
concours, s'adresser soit à M. l'abbé Bonnaire, curé de Witry-lès- 
Reiras, soit à M. Emile Mennesson, 10^ rue Carnot, à Reims. 



Le statuaire Noël qui doit exécuter le buste de M. Faure, pré- 
sident de la République, n'est pas un étranger pour le départe- 
ment de l'Aube. 

Le père de M. Tony Noël est né à Ramerupt. Ses parents étaient 
originaires de ce chef-lieu de canton, où leur maison existe encore. 
Des membres de la famille habitent les environs. 



Le Conseil municipal de Vitry-lès-Reims a, dans sa séance du 
30 mars dernier, décidé que le monument commémoratif des 
soldats de Vitry, décédés au service militaire depuis la Révolution 
de 1792, serait érigé dans le cimetière et non sur la place publique, 
contre laquelle les habitants ont élevé une vive protestation una- 
nime. 



Voici le détail des monnaies et objets qui, à notre connaissance, 
ont été trouvés jusqu'à présent dans les terres des fortifications de 
Vitry-le-François, actuellement en cours de démolition : 

Monnaies d'argent de l'époque de Clémenl VIU (Aldohrandiui) — 1592- 
1605. 

Monnaies d'argent de l'époque de Charles Conli, légal, évêque d'Aucune 
(Italie). 

Une pièce d'argent époque Henri IV, du Dauphiné. 

Monnaies d'argent du règne de Charles IX. 



CHRONIQUE 313 

Deux moaaaies d'argent aux armes de Charles X, roi de la Ligue. 

Cinq monnaies d'argent à l'effigie d'Henri IV, roi de France et de 
Navarre. 

Une monnaie d'argent de Henri, duc de Lorraine et de Bar (1608-1626). 

Deux écus d'argent du règne de Louis XIV. 

Un bout de fourreau d'épée en bronze, dont la belle ciselure représente 
une femme aux attributs allégoriques. 

Une assez grande quantité de monnaies de bronze, tournois et doubles 
tournois du règne de Louis XIII, ont aussi été trouvées dans les remparts. 



Mariage. — Le mars, a été célébré i Ajaccio (Corse), ie 
mariage de notre distingué compatriote et collaborateur M. Henri 
Stein, archiviste aux Archives nationales, avec M"« Lucie Vico, fille 
de M. Jean Vico, ancien inspecteur des Forêts. 



MÉLANGES 



Le Camp de Chalons. — M. Dumazal raconte ainsi dans le Temps la 
création du camp : 

Le camp de Châlons passa longtemps pour une idée superbe ; il 
naquit au lendemain de la guerre de Crimée; on avait alors cons- 
taté que les camps de Boulogne et de Saint-Omer (Helfaut) étaient 
insuffisants pour permettre la réunion et surtout l'exercice de 
grandes masses de troupe. Aussi reprit-on, en 1857, un projet du 
duc d'Orléans, tendant à édifier un camp dans la Champagne 
pouilleuse, où les terrains sont immenses et à bas prix, il ne 
s'agissait au début que d'un camp d'essai pour la garde impériale. 

Sa création et son histoire viennent d'être racontées par le com- 
mandant Espitallier, hier encore chef du génie au camp. C'est une 
page fort intéressante, car elle montre dans l'organisation un 
souci réel et constant des besoins de l'arniée. 

En 1857, on était loin de posséder des transports aussi faciles 
qu'aujourd'hui : les chemins de fer étaient peu nombreux, on ne 
pouvait prévoir l'énorme extension du réseau; il fallait chercher 
un emplacement où les approvisionnements fussent faciles et la 
Champagne pouilleuse n'est pas précisément abondante en toutes 
choses : on devait donc améliorer les relations avec les pays voi- 
sins : le Vallage, où l'on irait chercher les 100,000 hectolitres de 
blé nécessaires chaque année; Reims et Sainte-Menehould, où 
l'on devrait acheter les légumes; les vallées de la Marne et de 
l'Aisne pour en tirer des fourrages. TArgonne et les Ardennes qui 
enverraient les bois. Quant au charbon, il fallait le demander dans 
l'Est: la pierre devait venir des Vosges ou de la Meuse, etc. 

Un camp de celte nature et en tel pays pouvait s'écarter des 
données ordinaires ; les sources ^ont rares, on ne peut se servir 
que de puits; pour les chevaux, on devait employer l'eau peu 
abondante du ruisseau du Cheneu; l'arlillerie et la cavalerie furent 
donc établies à proximité. 

Au début, le camp se composait de Lentes, sauf l'installation 
particulière de l'Empereur, formée d'un chalet et de quelques 
baraques. M. Godillot compléta cet ensemble par un autel assez 
élevé qu'il envoya de Paris, pour qu'on pût y célébrer, le diman- 
che, le service religieux devant les troupes assemblées. Peu à peu 
cet ensemble se moditia; on remplaça les tentes par des baraques. 
L'ingéniosité du soldat aidant, des jardinets égayèrent bientôt la 
ville de planches; dans ces jardins on plaça des « œuvres d'art » 
taillées dans la craie; on n'avait qu';! la recueillir sur place. C'était 
une profusion de statues, de colonnes, d'obélisques, de petits 



MÉLANGES r!15 

temples, ébauches naïve? qui donnaient au camp le plus curieux 
aspect. L'Empereur s'engoua de ces tentatives; il donna des prix 
aux œuvres les plus remarquables, et tout le monde voulut devenir 
sculpteur. 

On espérait bien, dit le commandant Espitallier, que le temps consacré à 
l'art serait autant de pris sur les séjours à la cantine. Seulement, à force 
de vouloir faire mieux que ses voisins, on s'écarta du but : les chefs de 
corps présidèrent au travail; on Ct des plans; on mit à part les sculpteurs 
de profession ; chaque corps voulut avoir un monument qui écrasât tous les 
autres. Les sculpteurs, dispensés de service, se consacrèrent tout entiers à 
leur art, travaillant plusieurs semaines. Il y eut ainsi des œuvres remar- 
quables, mais malheureusement fugitives comme les beaux jours, car les 
premières gelées les ruinaient, et les habitants du pays achevaient de les 
démolir pour se procurer des moellons. 

Et les sculpteurs novices, désespérant d'atteindre à la hauteur 
où parvenaient les artistes, retournèrent à la cantine. 

On ne s'en tint pas aux seuls arts plastiques. L'exemple de la 
Crimée et des théâtres de la tranchée, qui avaient rendu de si 
grands services en maintenant le moral du soldat, était trop 
récent pour qu'on ne dotât pas les tristes horizons de la Cham- 
pagne pouilleuse de semblables scènes. Presque chaque régiment 
avait son petit théâtre, où zouaves et grenadiers se hasardaient à 
jouer les jeunes premières. Une scène un peu plus noble était aux 
frais de l'Empereur et donnait chaque année quelques représen- 
tations. Toutefois, les raffinés trouvaient que ça manquait de' 
femmes, parmi les comédiens ordinaires de Sa Majesté: on voulut 
combler cette lacune. Un jour, les officiers du génie apprirent 
avec effarement qu'ils devaient construire un chalet pour trois 
actrices. Or, rien, dans les programmes et les études de l'Ecole 
polytechnique ne les avait préparés à édifier des boudoirs, et la 
nomenclature, la fameuse nomenclature, en dehors de laquelle 
tout n'est qu'abomination de la désolation, ne prévoit aucun 
meuble ou objet féminin. Heureusement pour le corps du génie, 
les traditions ne furent violées que sur le papier, le chalet ne 
s'éleva jamais de terre. 

Par contre, le quartier impérial, installé en partie par M. Codillot, 
reçut des logements destinés à l'Impératrice, aux dames de sa suite 
et aux souverains étrangers invités aux manœuvres ou plutôt aux 
parades, les prises d'armes du camp de Châlons ne méritant guère 
d'autre nom. (Courrier de La Champagne ) 



L'œuvre du peintre russe Vasnetsoff, par le baron de liaye. — M. le 
baron J. de Baye, a donné le 8 lévrier, dans la graude salle de rArclicvêi.lié 
de Heims, siège habituel des séances de l'Académie, une intérestaute Con- 
férence sur le peintre russe V'asnetsolf et son œuvre. 

La séance était présidée p;ir S. Em. Mif le Cardinal, assisté par 
M. Albert Benoist, président annuel. 



316 MÉLANGES 

M. Albert Benoist présente le conférencier, M. le baron de Baye, 
archéologue distingué, membre de la Société des Antiquaires de 
France. Délégué naguère au Congrès de Moscou^ il a profilé de 
son séjour en Bussie pour étudier sur place l'art national, et nous 
avons la bonne fortune d'entendre sur ce sujet intéressant, « les 
Beaux-Arts en Bussie », un homme dont la compétence est univer- 
sellement reconnue. 

M. le baron de Baye prend la parole. 

11 donne un aperçu général sur la peinture en Russie et le 
caractère des principales écoles qui ont fourni jusqu'alors bon 
nombre de toiles remarquables; mais, à son avis, aucun peintre 
n'a égalé celui dont il veut nous entretenir. Victor Vasnetsolï est 
un zélateur et un apôtre de l'Ecole moderne; il est de son temps 
et de son pays; il voit tout, conçoit tout, peint tout, au point de 
vue russe. On l'a appelé le Gustave Doré de la Russie; mais le 
conférencier — toute nationalité mise à part — semble donner la 
préférence à Vasnetsoff. 

Cet artiste s'est d'abord appliqué à représenter les scènes de la 
vie préhistorique — l'âge de pierre. 

Grâce aux projections lumineuses qui accompagnent le récit et 
la description du conférencier, nous voyons passer sous nos yeux 
la reproduction de tableaux d'un grand effet. 

Mais Vasnetsolf est surtout un peintre religieux; c'est dans ce 
genre que se manifeste lu toute-puissance de son génie. 

On lui doit la décoration des coupoles et des murailles de la 
cathédrale de Kiew, dédiée à saint Wladimir; les fresques s'éten- 
dent sur une superiicie de 4,627 mètres carrés. 

Dans l'abside, à la partie centrale, se détache l'image de la 
Madone, qui mesure huit mètres de haut. On trouve dans cette 
peinture une expression de douceur et de bonté incomparable. La 
Vierge porte dans ses bras l'Enfant-Jésus dont les mains étendues 
semblent bénir et protéger le monde; tout autour, des anges à la 
physionomie très caractéristique forment un décor ravissant, plein 
de charme et de grâce. 

Nous admirons ensuite le groupe des Prophètes. Moïse les 
domine tous de sa haute taille, et à ses côtés, on voit Isaïe, 
Jérémie, Daniel, etc. 

Puis, dans un panneau voisin, les Pères de l'Eglise universelle : 
saint Basile, saint Grégoire, saint Chrysostome, le pape Clément, 
saint Atlianase, etc. A ce panneau fait pendant le panneau repré- 
sentant les Pères de l'Eglise russe : saint Antoine, samt Serge, etc. 
(lette dernière peinture est absolument remarquable; on sent que 
l'artiste y a mis toutes les ardeurs de sa foi chrétienne et de son 
amour national. 

l-es fresques de la Coupole représentent le Ciel, où l'auteur a 
placé les neuf béatitudes. 



MELANGES 317 

Au premier plan, et au centre, on aperçoit les trois archanges : 
saint Gabriel, saint Michel et saint Raphaël, dont l'image mer- 
veilleusement belle, se détache sur un fond étincelant d'or et de 
lumière. 

De chaque côté, convergeant vers le centre, on distingue la 
foule des élus qui vont entrer au Paradis. 

Ce sont, à gauche, le bon larron portant sa croix, avec sa figure 
expressive de criminel repentant; Adam et Eve, guidés par un 
ange aux ailes déployées ; Madele'ne l'Egyptienne et Marie-Made- 
leine, la pécheresse convertie; enfin sainte Sophie accompagnant 
ses trois filles, qui subirent avec leur mère le martyre par le glaive. 

A droite, des anges apportent sur leurs bras sainte Barbe et 
sainte Catherine, et, derrière ces deux vierges, dont la physio- 
nomie se détache sur un fond blanc d'une exquise pureté, on 
distingue un grand nombre de saints personnages, dont les noms 
sont particulièrement vénérés en Russie. 

Sur les murailles latérales du temple^ l'artiste a représenté un 
grand nombre de saints, dont chacun garde un caractère spécial 
qui établit entre eux des contrastes saisissants. Ce sont saint 
Alexandre, sainte Madeleine et sainte Olga, et enfin saint Wla- 
dimir, le Clovis de la Russie. 

Four terminer, le conférencier fait passer sous nos yeux l'image 
d'une autre madone. Elle a laissé tomber le livre où elle vient de 
lire les prophéties qui annoncent les douleurs et la Passion de son 
Fils, sa tète est inclinée, et il semble qu'une larme va s'échapper 
de ses yeux presque fermés; l'Enfant-Jésus indique par son atti- 
tude qu'il a ressenti les appréhensions et les craintes de sa mère, 
et à la vue de cette délicieuse peinture, on sent qu'il y a dans 
l'âme de la mère et de l'enfant une profonde douleur unie à une 
invincible résignation. 

Nous restons quelque temps en contemplation devant ce chef- 
d'œuvre, qui nous donne une si parfaite idée de celle qu'on 
appelle Mater admirabilis. 

Nous n'avons qu'un regret, c'est que la photographie ne nous 
permette pas d'apprécier le coloris, qui doit donner à toutes ces 
peintures un attrait incomparable. 

(Courrier de la Chainpu(jiii'.) 



On a donné, le 19 février, à l'Opéra-Comique, la première repré- 
sentation d'un opéra-comique en quatre actes et cinq tableaux, 
dont les paroles sont de MM. André Lenéka et Arthur Bernède, la 
musique de M. Edmond .Missa-Duval, le jeune compositeur rémois 
bien connu. Cette œuvre a pour titre : Xmon de Lenclos, épisode 
lyrique. 

Le livret comporte trois personnages principaux : Ninon de 



318 MÉLANGES 

Lenclos, le poète chevalier de Bussière, et une jeune fille du nom 
de Chardonneretle. Celle-ci est aimée de Bussière, mais Ninon de 
Lenclos jette son dévolu sur le poète et réussit à se l'attaclier. Au 
dernier acte, Bussière revient à ses premières amours; mais Char- 
donnerelte, blessée au cœur, meurt entre ses bras. Il y a là une 
scène qui rappelle la Dame aux Camélias ou la Traviata. 

Voici les appréciations fort diverses de la presse parisienne aux- 
quelles la partition de M. Edmond Missa a donné lieu : 

Du Malin : 

« M. Edmond iVJissaestun élève de Massenet. 11 a obtenu, il y a quelques 
années, le second prix de Rome. 

M. Massenet est, comme l'on sait, l'un des meilleurs professeurs du Con- 
servatoire. Il donne un enseignement très large II n'enseigne pas seulement 
à ses élèves la fugue et le contrepoint. Il leur fait connaître les maîtres 
anciens et les maîtres modernes. 

M. Edmond Missa a mis à profit les leçons de M. Massenet et si le leit ■ 
moliv qui revient dans Ninon de Lenclos n'est pas d'une originalité absolue, 
il y a des pages des plus intéressantes. Dans le second acte, la chanson de 
la Chardonneretle, dite par M. Leprestre et par M"« Fernande Dubois, a 
obtenu un grand succès. Les deux artistes ont dû la bisser, i 

De VEsla/elte : 

« Il y a dans Ninon de Lenclos un grand nombre de pages charmantes, 
d'une clarté remarquable, d'une couleur fraîche et agréable. On sent que !a 
partition a été écrite par un musicien qui a .fait des études sérieuses; 
M. Missa est maintenant au nombre des compositeurs sur lesquels l'Ecole 
française peut compter. » 

Du Petil Parisien : 

t Partition aimable, claire, mélodique, d'une facture savante toutefois, 
mais avec discrétion, bien construite, et c'est par là qu'elle est intéressante. » 

De la Peiite République : 

« La musique de M. Missa ne manque ni de grâce, ni d'élégance. La 
partition est sans doule un peu monotone et manque d'élévation, mais elle 
est fort agréable à entendre, » 

Du Figaro : 

« La partition de M. Edmond Missa est supérieure aux ouvrages pré- 
cédents du jeune compositeur et elle a plu dans beaucoup de ses parties; 
toutefois, il se rencontre trop de pages négligées, ou paraissant telles. 

M. Missa possède, comme ses collaborateurs, un très juste sentiment du 
théâtre : toute sa musique de scène, ses chœurs dialogues des seigneurs 
sont traités avec une exquise délicatesse; un piquant morceau du troisième 
acte : « 11 faisait nuit, très nuit », est spirituellement enlevé. Au dernier 
acte, la pénétrante chanson de Chardonnerette : « Comme un oiseau qui 
cherche le soleil », est une trouvaille mélodique d'une irrésistible expres- 
sion. Une belle scène de Ninon, au premier acte, quand elle voit s'éloigner 
bras dessus, bras dessous, Chardonnerette et de Bussière, qu'elle aime déjà; 
d'autres pages sont encore à citer. Nous aimons moins la chanson du baiser, 
de Ninon, et les airs de ténor du chevalier, qui sont jetés dans un moule 
assez banal. 



MELANGES 319 

La partie la plus belle de la composition de M. Wissa est l'orchestration, 
qui est souvent, sinon trop chargée, &u moins trop épaisse, confuse; ce jeune 
musicien fait du bruit avec les instruments les plus doux. Il est vrai que 
l'exécution des instrumentistes de l'Opéra-Comique n'est pas de nature à 
dissimuler les erreurs des compositeurs. 

Par une bizarrerie dont ils ont peut-être attendu quelque effet, les auteurs 
du livret ont écrit en prose le texte des morceaux de musique. » 

Du Rappel, : 

<i M. Edmond Missa est depuis longtemps un compositeur de mérite. Il 
l'a prouvé hier soir; il l'aurait sans doute prouvé il y a plusieurs années si 
nos théâtres lyriques étaient moins accaparés par les compositeurs étrangers. 

La partition de Ninon de Lenclos est bien française; la mélodie y coule 
de source, peut-être même trop abondamment. Mais trop vaut mieux que 
pas assez. 

M. Edmond Missa étant à l'âge heureux où l'on ne sait pas se modérer, 
a aussi abusé des leitmolivs. Ses phrases qui caractérisent Ninon et Char- 
don neretle reviennent jusqu'à l'obsession, développées en force ou en 
douceur, selon que grandit la passion de la courtisane ou la tristesse de 
l'abandonnée. Mais ce détail ne saurait nuire à l'effet général d'une œuvre 
touchante ou gracieuse, et traversée par un beau souffle de jeunesse. » 

De ÏEclio de Paris : 

f De la musique de M. Missa, l'on sait déjà ce qu'il faut penser. Ce ilôt 
gris charrie du Gounod et du Massenet, avec des bagatelles d'archaïsme et 
toute sorte de préciosités. L'orchestre, assez soigné de détail, s'encombre de 
dessins ordinaires. Aucun relief de symphonie. Tour à tour la sonorité est 
neutre ou commune jusqu'à la grossièreté. » 

Du Journal : 

c Cette chose, en quatre actes et cinq tableaux, modestement baptisée 
« épisode lyrique », présente l'originalité d'être laminée en un long ruban 
de prose qui supporte fragmentairement la musique de M. Missa. 

Ninon risque de ne point s'éterniser à la scène: nous pensons, toutefois, 
que mainte jolie page de la partition réserve à l'œuvre une vogue de salon 
qu'il ne vient à la pensée de personne de dédaigner. 

Nous avons eu l'occasion de parler du talent de M. Missa lors de la repré- 
sentation, l'an dernier, de sa comédie lyrique Dinah, sur le théâtre de la 
Comédie-Parisienne. 

Le style de Ninon, plus précieux, d'une étoffe mélodique plus souple, est 
parsemé d'imitations souvent réussies des rythmes et des formes eu usage 
au xvu» siècle. 

Au début de l'ouvrage, le chœur : Chers oiseaux, chanté sous les ton- 
nelles fleuries du jardin de l'hôtel des Tournelles, a obtenu un franc succès. 
Le décor est du reste charmant. 

Quelques éclats du duo du deuxième acte entre Ninon et Bussière; le 
récit de Guérigny au troisième acte: // faisait nuit, à ce même acte, le 
trio de Ninon, Bussière et Chardonneretle, construit sur une situation ana- 
logue à celle du quatuor de Higolelto ; enlin, au dernier acte, lair de Char- 
donneretle : Comme un oiseau qui cherclie le soleil, ont reyu bon accueil. 

Pourquoi faut- il que la présence de Ninon nous fasse subir l'obsession 
d'un trait en tire-bouchon que l'orchestre ressasse à l'état de rosalie dans 
le cours entier de l'ouvrage? > 



320 MÉLANGES 

Du Temps : 

« M. Edmond Missa connaît certainement son métier; mais il l'a appris 
avec un maître dont la marque est trop reconnaissable en lui : j'ai nommé 
M. Massenet. La musique de M. Massenet est comme ces parfums forts, 
très capiteux et très musqués, dont les dames réellement distinguées se 
garderaient bien d'arroser, sans précautions, leurs vêtements et leur per- 
sonne : ils entêtent, ils durent, et ils désignent. Au fond, nul ne peut pré- 
tendre à écrire de la musique de M. Massenet mieux que l'auteur du Roi de 
Lahore ; il est donc préférable de se dégager de cette influence, de chercher 
autre chose, de se chercher soi-même : M. Missa ne s'est pas encore trouvé. 

Il faut, d'ailleurs, tenir compte à M. Missa de ce qu'en écoulant sa iVinon 
on était trop tenté de songer à Manon. C'est à peu près à la même source 
d'inspiration lyrique que le maître et l'élève sont allés puiser. Comment 
s'étonner que le verre de l'élève fût plus petit et fût tenu plus gauchement? 
Comment s'étonner si l'élève a recueilli même quelques gouttes restées au 
fond du verre de son maître? Il perle a la fin du premier acte de Ninon 
quelques mesures — moins que cela : quelques notes — où passe le sou- 
"venir de l'aérien menuet de Manon, 

Ce qu'il faut le plus reprocher à M. Missa, c'est d'avoir suivi, sans 
envolée, la prose rythmée qu'il devait illustrer en musique. N'a pas qui 
veut des ailes; mais enfin le compositeur était tenu de nous donner autre 
chose que celte fluente mélodie pas assez souvent relevée de quelque inven- 
tion notable. L'obsédant leitmotiv de Ninon, cent fois répété, n'est pas très 
plaisant : il a pour lui de ressembler — d'assez loin — au thème de Kundry 
dans Parsifal. Si M. Missa l'avait fait exprès, l'idée, discutable en soi, 
serait assez claire : elle voudrait signifier que Ninon est une des incarnalions 
de la Femme, l'être de délices et de perdition que Wagner a personnifié en 
Kundry. Mais u'insistons pas sur cdtie hypothèse. 

Les connaisseurs ont remarqué que l'harmonie de M. Missa est parfois 
adroile et que ce compositeur a le sens des « pages d'album ». M. Missa 
marie agréablement les timbres. Il use et il abuse de toutes les ressources 
langoureuses de l'orchestre. Flûtes, harpes et clarinettes sont souvent 
requises d'étendre sur l'idée musicale le sirop le plus pur de leurs accords. 
Mais tous les moments ne sont pas à la douceur , et M. Missa paraît un peu 
plus embarrassé quand l'émotion grandit et quand il s'agit d'accentuer le 
drame. 11 se tire d'affaire par le bruit. Des cris, des crescendos vertigineux 
comme à la fin du second acte d'Esvlarmonde, des fanfares orchestrales qui 
dissimulent la maigreur de l'inspiration. Et puis, tout à coup, le Ilot s'apaise, 
pour la même raison qu'il avail grossi — pour rien. 

Nous devions ces critiques à un homme qui n'est pas le premier écolier 
venu et qui peut mieux faire, à condition de ne pas se fier aux habiletés 
acquises ou aux procédés trop connus. Il s'agit, api es tout, de l'avertir bien 
plus que de le gourmander. 11 y a, dans la partition de M. Missa, quelques 
phrases de musique de scène, d'une excellente tenue, et qui nous donnent 
le droit d'être difficiles et d'espérer. Il y a aussi un gracieux duo au deuxième 
acte ; c'est plus « opéra-comique » qu' « épisode lyrique », mais c'est bien; 
il y a surtout au dernier acte l'air de Chardonnerette; il y a d'autres petites 
pages intéressantes. » 

L'Imprimeur-Gérant, 

Léon FRÉMONT. 



UNE 

ÉGLISE RURALE 

Du moyen âge jusqu'à nos jours 



ViLLERS-DEVANT-LE-THOUr. ET JUZANCOURT 

Son Annexe 
Canton d'ASPELD (Arclennesj 



PRÉAMBULE 

Les campagnes en France ont été conslarameut les réserves 
du pays loul entier, autant pour maintenir le développement 
de la population en général que pour garantir la base de la 
fortune publique. Les villes ont, dans tous les temps, renou- 
velé leurs familles au sein des villages, leur empruntant leurs 
meilleurs éléments de régénération avec leurs plus sûres 
ressources en vue de l'augmentation du crédit et de la 
richesse. Ce phénomène, constaté au moyen âge', se reproduit 
et s'accentue de nos jours dans nne proportion qui peut 
paraître inquiétante'. On constate avec effroi la diminution 
progressive du nombre des habitants dans les campagnes et la 
baisse non moins sensible en beaucoup d'endroits de la valeur 
des biens ruraux sous toutes les formes. Les meilleurs esprits, 
les plus clairvoyants économistes, sans pouvoir conjurer le 
péril qu'ils proclament les premiers, s'efforcent d'y apporter 
des remèdes, de proposer des compensations, soit en déchar- 
geant l'impôt, soit en assurant aux populations rurales les bien- 
faits de l'épargne, de l'assinance et des secours cà domiciles 

1. L'immigration à licims, de 1351 à 1300, par P. Tliirion, dans les Tra- 
vaux dt l'Accdémie de lieims, t XCIV, p. 2l 1. 

2. La population de l'arrondissement de Iktlicl (Ardei.nes;, communica- 
tion au Congcès de l'Association française pour lavancemeul des sciecces, 
Reims, 1880, in-S". 

3. Loi du 15 juillet 1893 sur l'assistance publique obligatoire dans les 
campagnes, son examen par Georges Michel dans L Economi>>te français, 
journal hebdomadaire, du samedi '25 mai 1893, p. 663-05. 

21 



3'i2 Unk église ruralk 

La lâche des historiens esl loulo autre : ils ne peuvent 
prendre une part efticace à la solution de ces difficiles problè- 
mes, fi ce n'est par des études rétrospectives, par des compa- 
raisons et des données certaines qui éclairent le passé et 
peuvent jusi]u'à un cerlain point fournir des indications sur 
Tétai du présent el sur les probabilités de l'avenir. Ils ont 
au^si une autre mission, celle-là exclusivement spéculative el 
morale, qui consiste à raviver les plus consolantes traditions, 
à garantir contre l'oubli le souvenir des ancêtres et des bienfai- 
teurs, en un mot à perpétuer Tamour de la patrie, petite ou 
grande. Si l'on savait clairement dans chaque village ce que 
les générations précédentes ont souffert depuis des siècles, 
contre quoi elles ont lutté, comment elles ont triomphé par la 
patience et l'endurance des obstacles de la nature, des intem- 
péries, et, ce qui est pis encore, des iléaux souvent réunis de 
la guérie, de la peste et de la famine, les difficultés de cha- 
que jour s'aplaniraient, le courage reviendrait aux moins 
résolus, et l'espoir vers un meilleur avenir se trouverait cen- 
tuplé. L'attachement au sol natal se réveillerait de son côté, il 
stimulerait ce sentiment naguère si énergique et si vivace qui 
se traduit par ce mot magique, l'amour du clocher. 

C'est le clocher, en effet, qui marque le mieux et qui 
caractérise les étapes de la vie rurale dans l'espace des siècles : 
autour de lui, on s'est groupé dès les âges lointains du haut 
moyen âge, car nous te remonterons pas aux temps primitif» qui 
n'ont plus de rapports avec notre civilisation. Mais à l'époque 
carolingienne, notre village actuel se forme autour de l'église 
rustique établie dans l'ancien domaine gallo-romain'. Il n'en 
reste plus de traces matérielles, mais les érudits le recon-tituent 
par les textes des chroniqueurs-. Avec l'époque capétienne, 
apparaissent nos plus vieux édifices ruraux, ces église^ roma- 
nes si simples et si obscures au xi" siècle, el qui s'agrandis- 
sent, s'éclairent et s'embellissent, à l'exemple des églises 
urbaines, aux xii*^ et xiii° siècles. En scrutant leurs murailles 



1. Le Correspondant, u«~ des 10 lévrier et 25 février IS'JÛ, daus l'étude 
sur Les Curés avant 1789, par l'abbé Sicaru, cite ce passaj^e : « De même 
que le villafçe moderne esl dérivé souvent d'un ancien domaine, de même 
l'église paroissiale esl dérivée Irôs souvent de la chapelle privée d'un grand 
propriétaire. » Fustel de Coulanges, Hist dfS institutions politiqups de 
l'ancienne France : la monarchie f>anque, iS'^S, pp. 518-519. — Cf. du 
même auteur, L Alleu et le domaine rural, 1^89, pp. 229-231. 

2. De ecclesiis rusticanis œlate carolingica, par P. Imbarl de la Tour. 
Bordeaux, 1890, in-8". (Thèse pour le doctorat ès-lettres, très remarquée 
el très iûstructiVî.) 



UNE ÉGLISE RURALE 323 

et en exaininanl les rares documents qui nous renseignent sur 
leur fondation, l'enquèle se poursuit et il en résulte une vue 
plus nette du sort des populations qui vivaient à leur ombre. 
Elles ont été constituées en paroisse avant d'être une portion 
d'un domaine fi;odal, avant de devenir une communauté 
d'habitants ayant ses droits propres et sa personnalité. Un lien 
religieux a suffi pour unir les habitants du moindre village. 
On devine le moteur qui y a développé et soutenu la vie morale, 
souvent proposé la culture intellectuelle, assuré du moins la 
dignité et la vertu dans la famille et daus l'individu'. A la fin 
du moyen âge, avec la guerre de Cent Ans, l'ordre est ébranlé 
eu tous lieux, on soutire de calamités que n'avaient point 
connues les générations précédentes : les registres de visites 
mentionnent partout des ruines dans nos églises rurales, 
ruines qui durent jusqu'à la lin du xv"^ siècle, et que le com- 
îtiencement du xvi*" siècle voit enfin réparer sur tous les points. 
De nouvelles luttes surviennent, les guerres de religion, qui 
ramènent la désolation et de nouveaux ravages jusqu'au dernier 
hameau. Au siècle suivant, les troubles de la Fronde ne sont 
pas moins désastreux pour la plupart de nos villages, et il faut 
de longues années pour guérir ces plaies et retrouver l'abon- 
dance avec la sécurité. 

Voilà le tableau en raccourci de l'histoire de nos communes 
rurales : elle se Ut sur les murs de leurs éghses, comme sur 
les pièces de leurs archives échappées à la destruction. Un 
sentiment partir;ulier d'affection et d'attachement nous a poussé 
à réunir ces pièces en ce qui concerne l'histoire d'une église 
de campagne, comme ou l'a déjà fait pour beaucoup d'autres 
aux environs. Nous les reproduisons avec l'espoir d'aider à sa 
conservation, d'y intéresser les esprits et d'y ratlacher les 
cœurs. Les faits dont elle a été le témoin ne sont point nota- 
bles par eux-mêmes, mais de l'ensemble se dégage une 
appréciation assez précise des bienfaits et des maux du passé, 
des conditions de vie successives des habitants, de leur foi 
active, de leur laborieuse persévérance, scène d'un étroit 
horizon qui ne manque pourtant ni de poésie, ni de grandeur. 
Aux ruines, à la stérilité de certaines périodes a toujours 

1 . L'É(jlise el les Carnpa/jnts au moyen âge, par Gi.'3tave-A. Phevost, 
Paris, Champion, 18'J2, gr. in-S" de vii-292 pa-es. — Excellent ouvra^-e 
puisé sinon aux sources, du moins dans les meilleurs auteurs, écrit avec clarté 
et méthode, décrivant en quatorze chapitres tout ce qui concerne la hiérarchie 
ecclésiastique, le curé de campagne, l'église rurale, le paysan, la charité, 
l'enseignement, la justice, le droit d'asile et la vie privée uu moyen àgc. 



324 UNE ÉGLISE RURALE 

succédé une époque de résurrection et de paix, uue ère de 
progrès qui a duré et s'est maintenue, grâce à la simplicité des 
mœurs et au travail ininterrompu. N'est-ce point un enseigne- 
ment pour le présent, un réconfortant présage pour l'avenir? 
Nous allons essayer du moins de le montrer en déroulant ces 
modestes annales dans leur cadre historique, dans l'ordre 
chronologique du moyen âge jusqu'à nos jours ; nous les 
ferons suivre des documents originaux qui valent encore mieux 
dans leur naïf langage que tous nos commentaires et nos 
éclaircissements. « Le document, disait-on récemment, con- 
tient toute l'histoire, le fond, la forme et la couleur, car il 
nous met en contact immédiat avec les personnagt's des épo- 
ques les plus lointaines ; grâce à lui, nous devenons les témoins 
directs des événements, et nous racontons l'histoire comme si 
elle se passait vraiment sous nos yeux : il communique enfin 
au style l'énergie et la précision que donne toujours la vision 
nette de la réalité '. » On ne pouvait mieux dire, et tout notre 
désir est d'implanter de la sorte la vérité dans les âmes par les 
plus sûrs témoignages. 

Henri Jadart. 

Reims, le 12 mars 1895. 



1. De l'usage des docuinenls originaux dans les éludes hislorii/ues, par 
Raymond Devèze, professeur au collège d-; Vitry-le- l''rançois, 1894, p. 9. 



(Kk, 




YILI.EIlS-DKVANT-LK-TiiOr 
Houle (rAsfrll 



UNE EGLISE RURALE 325 



VILLERS-DEVANT-LE-THOUR ET JUZANGOURT 



Chapitre I^' 

Origines, Monuments et Antiquités diverses, Églises 
des deux localités. 

Ces deux villages forment actuellement deux communes du 
canlou d'Asfeld, la première comptant environ 6b0 habitants 
el la seconde yrès de 200, l'une et l'autre essentiellement agri- 
coles et pourvues d'éléments de pro-périté parla nature pro- 
ductive de leuj- sol parfaitement cultive. Situées à proximité 
de la vallée de i'Aisue et d'une importante sucrerie, il ne leur 
manque pour faciliter leurs communications que d'être reliées 
par une voie ferrée assez prochaine aux villes de Relhel et de 
Reims, qui sont depuis des siècles les centres d'approvisionne- 
ment de la contrée. 

Ce simple coup d'oeil jeté sur la situation et les besoins 
actuels de ces localités, nous remontons, sinon à leurs origines 
qui nous échappent sur bien des points, du moins aux plus 
anciens renseignements qui les concernent. Leurs noms indi- 
quent des fondations de l'époijue franq'ie ou germanique, tout 
au plus, car le terme Villare désigne une station agricole 
comme l'origine de Villers, mais un établissement bien posté- 
rieur à l'occupation romaine; le suffixe Curtis ou Cor lis, 
accumpagnant le nom encore indéterminé d'un possesseur 
primitif, marque également pour Juzancourt une création 
mérovingienne ^ La découverte, en 1873, d'un cimetière de 
cette période sur le terroir de cette commune, au lieudit Les 
Tombes, est un indice des groupements d'habitations qui se 

1 . Le nom commun ViHare, désignant une dépendance de la Villa 
(vaste domaine rural, formant une sorte de village], était un sjnonyme de 
notre mot administratif « écart ». Il est devenu le nom propre d'un grand 
nombre de communes. — Sur les sens respectifs des mots Cortis, synonyme 
de Villa et Villare, son diminutif, voir le Dictionnaire lopographique du 
département de la Marne, par A. Longnon, introduction, pages IX à XI. 
— On compte 124 localités du nom de Villers dans le Dictionnaire des 
communes de France par Gindre de Mancy, 1890. 



3.2G UNE ÉGLISE RURALE 

formèrent alors sur les plateaux fertiles qui dominent en cet 
endroit les bois et les prairies du bassin de l'Aisne'. 

A l'époque féodale, les deux communes furent comprises 
dans le ressort de la baronnie du Thour, puissante seigneurie 
du moyen âge dont les annales uécessiLeraient une histoire 
spéciale -. ViUers fut constamment uni comme seigneurie au 
domaine du Thour, c'est-à-dire qu'il appartint successivement 
à cet égard aux maisons de Soissons, de Châtillon, Cauchon 
de Maupas, de Goligny, de Mailly et de Nassau-Siegen '. 
Depuis l'année 164), l'Hôtel-Dieu de Paris avait possédé moi- 
tié de la seigneurie par suite de la donation qui lui eu avait 
été faite par M"" Régnier du Doré, co-propriélaire par indivis 
avec la famille Cauchon'. C'est ce qui explique pourquoi il 
n'y eut jamais de château, ni de résidence de noblesse à 
Villers, si ce n'est au xyu" siècle celle d'un membre de la 
famille Gondaillier, qui s'intitulait sieur de la Fleur, et habitait 
l'ancienne maison de la famille Priilieux, vieille demeure assez 
caractéristique de cette époque, démolie et reconstruite eu 
l873 presqu'entièreraent. 

A Juzancourt, plusieurs familles nobles coexistèrent et 
même résidèrent à partir du xyi*^ siècle dans les deux châteaux, 

1 . La découverte de ce cimelière eut lieu vis-à-vis l'ancienne carrière, 
sur la gauche de la route de Juzancourt à Gomont. M. Jacquard père, 
propriétaire à Herpy,y mit au jour, dans le cours de fouilles assez complètes, 
plusieurs tombes eu pierre dont l'une avec un couvercle décoré de sculp- 
ture, des vases en terre cuite de différentes formes, etc. Plusieurs de ces 
objets, notamment le sarcophage mérovingien, sont conservés à Herpy par 
M. Jacquard fils, mais la sculpture en est malheureusement fruste et 
détpriorée par l'humidité. 

2. La baronnie du Thour comprenait les communes et dépendances de 
Bannogne, Hannogne, Juzancourt, Le Thour, Saint-G-rmainmont et 
Villers-devant-le- 1 hour, plus des portions de seigneuries à Grandchamp, 
à Amagne et Saint- Fergeux. — Cf. Coutumes du Dailliage de Vilry-en-Per- 
Ihois, avec un cninnienlaire... par Maître Estienne Durand, avocat... 
Chûlons, Claude Bouchard, Mi"!, in-f», p. 616. 

3. Voir sur le dernier baron du Thour un ouvrage tout récent, Un paladin 
au XVllh siècle. Le prince Charles de Nassau-Siegen, d'après sa cor- 
respondance originale inédite de 1784 à 1789, par le marquis d'Aragon. 
Pans, IHon, 18U3, in-8 de 396 pp. — Le prince Charles de Nassau vendit 
la baronnie du Thour en 1773 à Jacques Lenoir, conseiller du roi, notaire à 
Paris, dont la Hévolution vint bientôt anéantir les droits féodaux. Mais ses 
droits de propriétés se transmirent à la petite-nièce du notdire Lenoir, née 
de Lo;tauge, vicomtesse de Virieu, dont les enfants vendirent au détailles 
possessions vers ISSO. 

4. L'Hôlel-Dieu de Paris ht dresser en 180G le plan de ses propriétés et 
les vendit quelque temps après. 



UNE KGLISE KUKALE 327 

maisons d'ailleurs fort «impies qui subsislenl encore, quoique 
lransrorn:iées en maisons de culture; cilons les noms des 
ramilles de La 1,'ayc, de Hézecques, Dubois d'Ecordal, de 
Coucy, de Villiers, etc., dont les noms se retrouvent sur les 
registres paroissiaux. Le plus ancien de ces châteaux, appelé 
Châteav d' en-haut (propriété actuelle de M. Manteau-Dian- 
courl), est probablement celui qui apparaît dans des actes 
comme une construction élevée en 1644 aux frais de Messire 
^'icolas de La Haye, chevalier, seigneur et vicomte de La 
Saulx, La Neuville et Juzancourl '. L'autre château, entouré 
de larges fossés, situé au bord de la prairie et désigné pour 
cela sous le nom de Château (Ven-bas (propriété de M. Ernest 
Thiébeaux), date seulement du xviii'^ siècle. Il ofîre une habi- 
tation pourvue d'appartements dans le goût du temps ; une 
rampe d'escalier eu fer forgé, des boiseries et une fort belle 
console de salon, y rappellent les décorations qui lembellis- 
saient autrefois. J^a grande porte de la cour porte au revers de 
la façade la date de 17ri4, qui s luble être celle de la création 
de ce domaine où résidèrent, en notre siècle, MM. de Burtin 
et de Villiers. D'autres seigneurs de Juzancourt, sans résidence 
sur les lieux, figurent dans des actes et sur des plans du 
xviii" siècle, notamment la famille Bidet, de Reims-. 

Ces détails sur les vestiges peu saillants des antiquités, ne 
nous font pas perdre de vue la description des édifices de ces 
villages, ni les détails historiques qui s'y rattachent et forment 
de beaucoup les plus intéressantes pages des annales du pays. 
Si haut que l'ou remonte dans le passé, on trouve les églises 
de Villers et de Juzancourt unies, cette dernière à litre d'an- 
nexé ou de chapelle de secours. Elles apparlenaieut l'une et 
l'autre au doyenné de ï^ainl-Germainmonl, démembrement de 

1. 8 novembre 1644. — « Pierre Favreau et Nicolas Wibert, maîlres- 
massoDS a Reims, conviennent avec Messire Nii-olas de La Haie, chevalier, 
seigneur et vicomte de La Saulx, la Neuville, Juzancourt, de faire tous les 
ouvrages de raassonnerie en une place où ledit sieur vicomte prétend faire 
un chasteau audit lieu de Juzancourt, savoir une porterie de pierre de 
taille, etc.. etc. v 

3 décembre 1649. — « Jean Héuon, charpentier à Reims, convient avec 
'Messire Nicolas de La flaye, vicomte de Lassauix et de Juzancourl, do 
faire un escalier de deux eslages de hauteur en la maisou de Juzan- 
court, etc.. » Minutes de André An'jitr, notaire à i<e/ms, années 16iï et 
1649, copies de \'. A. Ducbénoy. 

2. 6 septembre 1717. — Procès- verbal d'arpentage par Pierre Defer, 
des biens appartenant à Maître Claude Bidet, conseiller du roi, seigneur de 
Juzancourt en partie, en présence de Louis Bidet, conseiller du roi, avo.-at 
au Parlement, lieutenant des Eaux et Forêts, son iils, demeurant à Reiras, 



328 UNE ÉGLISE RURALE 

l'ancien Pagus Porcensis ou comlé de Porcieu à l'époque 
carolingienne'. Les comptes des décimes du diocèse de 
Picims au xiV^ siècle ne metiliounenl que le lilre de la paroisse 
principale, sans faire raenlion de JuzancourL-. Mais les procès- 
verbaux de visiles du doyenné, conservés aux Archives de 
Reims, mentionnent la paroisse et son secours au milieu du xv*^ 
siècle, avec quelques détails fort curieux qui en sont, pour 
ainsi dire, les premiers documents officiels 3. 

11 y a d'ailleurs dans ces deux monuments ruraux, inégaux 
comme dimensions et peu importants en eux-mêmes, dignes 
toutefois de l'allenlion de l'historien, des simihtudes qui indi- 
quent leur communauté d'origine. Malgré les mutilations et 
les; ravages du temps, il suffit d'observer l'arcliitecture du 
portail de chaque église pour leur attribuer une époque de 
construction absolument concordante, la fin duxir sièrle ou le 
commencement du xiii'^ siècle : même archivolte, même tym- 
pan, même encadrement et mêmes colonneltes. Il n'en reste à 
Jui.ancourt qu'une portion bien délabrée, et le surplus de 
l'édifice a été rtmanié à plusieurs reprises et enfin entière- 
ment modernisé. Néanmoins ce qu'on en voit suffit pour fixer 
aux deux. édifices une origine contemporaine, pour ainsi dire 
simultanée '. 

La similitude dans l'architecture des deux édifices provient 
non seulement de h constante union des deux localités sous le 
rapport religieux, mais encore de la présence des mêmes 
décimateurs principaux chargés de la construction ou de 
l'entretien des églises, à savoir le chapitre métropolitain de 
Reims, le patron nommé par l'archevêque et le curé. Eu 

1. Éludes sur les Vagi de la Gaule, par Auguste Longnon, élève de 
l'École des Hautes Eludes. Iieuxième partie, Les Pagi du diocèse de Reims, 
avec quatre cartes. Paris, librairie A. Franck, 1872. Gr. ia-8 de 143 pages. 
Ce qui concerne le doyenné de Saint-Germaintnont se trouve aux pages 3, 
8 et 81. 

2. XIV 1. Presb. de Villari anle Turnum, XLV s. — XLV 1. Perrochia 
de Villare ante Turnum, l'undata iu honore Beati Remigii. — Patroous 
capitulum reraense et quidam alius cui D. remensis conf'ert patronagium. 
Archives administratives de la ville de Reims, par P. Varin, t. II, p. 1065 
et lOtiG — Les pouillés des siècles suivants donneat les détails relatifs à 
Juzancourt comme à Villers, comprenant le chiffie des communiants, des 
revenus, de la taxe aux décimes, etc. Ibidem, eu note. 

3. Voir ces documents donnés in extenso dans l'appendice I. 

4. Statistique monumentale du diocèse de Reims, déparlement des 
Ardtnnes, par Jean Hubert, dans les Travaux de l'Académie de '■Reims, 
1853, t. XVIII, p. 258-59, description de l'église de Villerâ-devanl-le- 
Thoui'. 




J^<'I-ISK DE VlLLKUS-DEVAXT-LE-TnouU 
l'ur d'cnscinblc 



UNE ÉGLISE RURALE 320 

outre, il y avail à Villers une part des dîmes attribuée aux 
abbayes de la Valroy et de Vauc'.erc ', aiusi qu'au prieuré de 
Neuville-. — A Juzancourt, c'était l'abbaye de Sainl-Nicaise 
de Keiais qui partageait avec les autres gros décimateurs. Dans 
les deux localités, le cbapitre de Reims dut avoir la part pré- 
pondérante pour la construction, devoir dont il s'est acquitté 
dans uc très grand nombre de villages de la région avec une 
véritable supériorité due au talent de ses architectes et au 
taux de ses ressources^. 

L'église de Villers, telle qu'elle se présente encore à nous, a 
conservé toute sa physionomie de l'époque gothique primitive, 
très simple, très rustique, mais bien en rapport avec une 
communauté rurale d'une certaine importance : une nef à cinq 
travées, dont les arcades en arc brisé reposent sur d'énormes 
piles rectangulaires sans autre ornement qu'une moulure 
saillante; — autant de fenêtres également en arc brisé s'ou- 
vraient des deux côtés (malheureusement bouchées depuis) 
et éclairaient la nef*; la fenêtre surmontant le portail à l'ouest 
a été démesurément agrandie, probablement à la fin du xvii^ 
siècle; — cette nef principale était accompagnée de bas-cô es, 
sans doute très bas à l'origine pour ne pas gêner l'ouverture 
des fenêtres; — un arc triomphal, de même style, mais d'une 
architecture plus riche (ses chapiteaux et ses deux colonnes 

1. La Valroy et Vauclerc, abbayes cisterciennes, l'une au diocèse de 
Reims, aujourd'hui anéantie ; l'autre au diocèse deLaon.dont il subsiste des 
ruines et une magnifique grange ou grenier d'abondance en style gothique. 

2. ^^euville, canton de Craonnc (Aisns), appelé aussi Xeuville-en- 
Laonnois, prè-; Corbeny. Le prieuré de Saint-Julien de Neuville avait été 
fondé par l'abbaye de Saint- Vincent de Laou en tio3 dans le château du 
lieu. Celui-ci relevait de la chàtellenie de Montaigu. liéperloire archéolo- 
gique de l'Aisne, par Maiton, archiviste. — Cf. Archives départementales 
de l'Aisne, H. 280-320. 

Il83. — Dîmes à Villers-devant-le-Thour, concédées par Simon de Mon- 
taigu à l'abbaye de Saint-Vincent. 

Juin 1222. — Alain de Roiicy reconnaît avoir injustement troublé les 
moines de Neuville dans la possession ae ces dîmes. 

3. Citons les églises de Pévy, de Boult-sur-Suippe, de Bétheniville et 
d'HfUtrégiville (Marne). — A Villers-devaut-le-Thour le chapitre percevait, 
outre les dîmes, une redevance foncière « d'un quartel de seigle pour chaque 
jour d'héritage ». Voir la liasse relative à ces droits, contenant des cueille- 
rets et des baux, déclarations, sentences, etc., de 1575 à 178U. Archives de 
Heims, l''onds du Chapitre. 

4. La nef n'a jamais été recouverte de voûtes ; il est probable que les 
combles de la charpente étaient visibles et que le plancher qui la surmonte 
ne date que des derniers siècles. 



330 UNE ÉGLISE RURALE 

ont élé eu partie refaits récemment), ouvrani sur le fond de 
régli?e ; — un transept à deux croisillons et un chevet carré 
votîlédans toute son étendue avec nervures arrondies reposant 
sur des faisceaux de colonnettes manies de chapiteaux à 
crochets assez bien conseivés. 

Dans celte partie de l'édifice, un changement considérable a 
élé opéré au début du xvi" siècle : le croisillon sud. formant 
chapelle latérale, a été entièrement construit, s'il n'en existait 
pas auparavant, ou reconstruit à neuf et percé de deux belles 
fenêtres flamboyantes à un meneau. Le croisillon nord est 
resté dans l'état primitif, recouvert d'une voûte dont les ner- 
vures reposent sur des consoles sans figures (une portion de 
la voûle menace ruine actuellement au-dessous du pignon). 
Celle chapelle esl éclairée par deux étroites fenêtres en arc 
briL^é (l'une d'elles refaite symétriquement de nos jours pour 
se trouver au-dessus de l'autel). Quant au carré du transept 
et au chevet terminé par un mur plat, ils ont gardé toutes leurg 
lignes primitives dans les voûtes et les faisceaux de colonnettes 
supportant les nervures, sauf les bases qui ont élé refaites récem- 
ment. Le mur du fond esl percé au sommet d'une rosace très 
simple à redenls, et les deux fenêtres qui s'ouvraient au- 
dessous sont bouchées par le grand retable du maître-autel. 
Les fenêtres latérales primitives, étroites et en arc brisé, ont 
été l'une et l'aulre agrandies dans un style opposé et à une 
époque différente : celle du côté de l'Evangile le fut au xvi** 
siècle et dans le goût de la Renaissance, dont elle ofïre un beau 
spécimen en plein cintr(\ avec meneau et oculus au sommet, 
l'intrados garni de moulures et de sujets variés, têtes d'anges 
et têtes d'hommes (probablement les apôtres saint Pierre et 
saint Paul), pointes de diamants, feuillages sous différentes 
formes, le tout d'un relief accentué ' : — lii fenêtre du côté de 
l'Epilre a élé refaite seulement en 1880. dans le genre gotbi- 
que, avec un meneau la divisant en deux baies surmontées 
d'un oculus au sommet. 

Sauf ces modifications, l'édiiice a conservé à l'intérieur son 
caractère primitif que les restaurations futures devront lui 
ménager. A l'extérieur, il a été davantage remanié et déiïguré 
-à cause du mauvais état des murs en blocailles, de la cous- 



1 . Nous avons observé des décorations analogues dans les fenêtres de 
Téglise de Villedommanpe, qui a élé conïtruiie en lîj'27, en même temps que 
la tour centrale de slj'ie gothique. On bâtissait donc et l'on décorait simul- 
tanément le même édifice en slyle pothique et en style l^enaisfance. 



UNE ÉGLISE RURALE 331 

Iruclion des bas-cùlés à la fin du xvn« siècle et des réparations 
modernes aux baies et aux pignons des chapelles. Quant au 
clocher, dont on trouvera plus loin une description spéciale, il 
a été reconslruit en charpente, sans doute au xvr siècle, sur 
la première travée de la nef, sans qu'il soit resté de traces du 
clocher primitif. Bien n'indique l'existence d'une ancienne 
tour centrale élevée sur le carré du transept; et l'on peut 
conjecturer que les cloches étaient à l'origine suspendues à une 
arcade campanaire surmontant le pignon du transept'. L'en- 
cadrement du portail, dont le porche a disparu, est intact 
presqu'entièrement avec sa curieuse décoration de figures 
bizarres, alternant avec les chapiteaux à crochets des colon- 
nelles supportant l'archivolte-. 

L'église de Juzancourt. sur de bien moindres proportions, 
reproduisait l'église de Villers, ainsi que nous l'avons déjà 
remarqué à propos des débris de son portail en arc brisé. La 
face de la nef vers le nord offrait encore naguère la trace des 
arcades de travées analogues à celles de Viilers, et qui 
avaient probablement à l'origine été ouvertes de ce côté sur 
une nef latérale^ La chapelle du même côté (transformée 
actuellement en sacristie) formait le croisillon nord du tran- 
sept qui n'a jamais été complété. Le fond de l'édifice est formé 
d'une construction en craie qui date de 1 Sou environ, n'offrant, 
pas plus que la muraille du côté sud, le moindre caractère 
archéologique. Un petit clocher en charpente surmonte le 
pignon du portail, refait lui-même sans aucun style ni caractère 
d'époque. 

Si nous avons insisté sur l'origine et la description de ces 
églises du xiir siècle, c'était surtout pour- noter la persistance 
des vieux monuments quand la pioche ne les anéantit pas tout 
entiers, et affirmer l'intérêt et le charme qu'il y aura toujours 
à constater dans un village l'existence d'un éditice du moyen 
âge '. Nous allons maintenant parcourir les procès-verbaux 

1 . Il en reste des exemples aux églises de Magneux el de Muizon 
(Marne). 

2. La pierre du tympan du portail a été enlevée bien à tort, vers 18oi, 
pour permettre la pose d'un vitrail. 

3. L'ouverture récenie de fenêtres avec encadrements de briques a fait 
disparaître presque totalement les arcades de ces anciennes travées du 
moyen âge. 

4. Trop souvent, de nos jours, l'existence d'une église rurale de celte 
époque est mise en cause pour un état partiel de délabremect. On ilécidesa 
démolition totale sans songer à la perte qu'elle causera pour l'histoire, et 
trop souvent on remplace un vieil édifice aux murs épais et massifs par une 



332 UNE ÉGLISE RURALE 

de visites qui sigoalenL leurs ruiues partielles aux époques 
désastreuses de la guerre de Cent Ans et de la Fronde. 



Ch APURE II 

Procès-verbaux de visites du XV^ au XVIIIe siècle, 
relations sur l'état du pays et des églises. 

Par une rare bonne fortune, il subf-isle aux Archives de 
Reims (Fonds de l'Archevêché, Visites) tout un ensemble de 
procès-verbaux de visites pour le doyenné de Saint-Germain- 
mont, allant du milieu du xv'' siècle à la fin du xviii«. On 
peut ainsi juger des époques et des successions d'événements 
bien divers dans ces documents reproduits en entier eu appen- 
dice, et que nous analysons brièvement ici pour la facilité du 
lecteur. 

La période du xiii'^ sièclç fut favorable aux campagnes ; on 
y construit partout beaucoup d'églises, ce qui indique un 
accroissement dans le nombre des habitants '. Le xiv« siècle 
tut calamileux, et le xv^ désastreux. En 1451 , c'est-à-dire àla 
suite des fléaux de la guerre de Cent ans, l'église de Villers 
est indiquée comme ruinée ea partie : le chœur est découvert 
à moitié ; le pignon surmontant l'autel au levant est ébranlé 
jusqu'aux fondations ; les fenêtres manquent de vitres. Les 
habitants, ajoute la relation, sont redevenus assez nombreux, 
mais il y en a peu qui s'occupent de réparer l'église, à moins 
qu'ils n'y soient contraints'. Cependant, on remarque que le 
cimetière est bien clos et que le mobilier du culte, le linge, les 
ornements, les vases sacrés, les livres anciens sont en bon 
ordre. Les revenus des terres de l'église montent à seize sols 
parisis et à neuf mesures d'huile. Le service divin est toute- 
fois suspendu, sans doute à raison des réparations urgentes. 
Quant au presbytère, il u y reste qu'une petite chambre habi- 
table, et la grange en bois n'offre aucune solidité. Ce sont des 

couslruclioa svelte et éléf^anle, mais sans assises suffisantes ni lourds con- 
treforts, incapable par conséquent de durer des siècles comme sa devan- 
cière. 

1. « Vilers-devaal-le-Thour. — Domini, J. de Verm... et Colardus de 
H&rsis. Foci XLII. » Liste des dépendances de la Sergenlerie de l>orcien, 
vers 1300, pièce des Archives nationales reproduite dans V Essai sur [iozoïj- 
siir-Serre, par G.-A. Martin, 1863, t. I, p. 609-612. 

2. « Plures sunt habitantes, sed pauci sunt qui curent de eccletia, nisi 
cogautur aat compellantur. » Appendice I. 



UNE ÉGLISE RURALE 333 

chapelains ou le curé de Lor qui desservent le lieu en l'absence 
du curé. L'église de Juzancourl a moins souffert ou a été res- 
taurée, son mobilier est convenable ou du moins suffisant. 

En 1475, les ruines ont disparu du chœur, mais on signale 
le mauvais état de deux piliers de la nef sur !a gauche et des 
vitraux des fenêtres de celte nef. Le mobilier, les livres, 
les vases sacrés, les fonts ne laissent rien à désirer. Le cime- 
tière est clos de toutes parts de murs en pierre reconstruits 
depuis qualre ans. Le presbytère, au contraire, est toujours à 
l'état de ruine; on couslale qu'il avait élé édifié à l'ori- 
gine d'une manière grandiose'. A Juzancourt, il y a à refaire 
une muraille entre le chœur et le pignon de la nef; on signale 
la présence d'ornemenls assez nombreux pour le service de 
trois autels, de deux calices en vermeil et de livres de chants 
très décents pour un secours. Le cimetière e^eul est en fâcheux 
élat de clôture. La richesse el l'abondance paraissent remplacer 
la détresse des années précédentes. 

En ir)12, il n'est plus question de ruines à l'église ni 
au presbytère de Villers, le cimetière est toujours bien elos, le 
mobilier bien tenu. On donne les noms des coùtres ou mar- 
guiliers, ce sont ; Jacques Turpin el Jean le Tourneur, aux- 
quels on ordonne de se procurer une armoire pour le linge. — 
A Juzancourt, pareil bon élat du mobilier. Les coùtres s'ap- 
pellent Herbin Favreau et Dominique Fessarl, auxquels on 
enjoint de pourvoir l'église de ce qui est nécessaire à la célé- 
bration de l'office de la dédicace, sous peine d'une amen le de 
vingt el un sols parisis. Il résulte de ces constatations qu'au 
début du xvi" siècle, les édifices étaient en bon état de répa- 
ration et que, par conséquent, le bon ordre el une prospérité 
relative régnaient dans les campagnes. 

Partout à celte époque fleurissent les arls du peintre verrier 
el du sculpteur, et ce qui prouve, à cet égard, une certaine 
aisance dans les revenus, c'est le marché passé en 1541, avec 
Jean Beuvry, menuisier à Pteims, pour la confection d'une 
clôture du chœur de l'églir.e de Villers. I^a balustrade que 
cet arli:^le posa fut embellie et décorée, moyennant cent dix 
sols tournois, par un autre menuisier de Reims, Gobin Terre, 
qui se chargea de la « parachever selon le devis de moderne et 
fasson françoise'. » Ces termes iudi juenl une décoration dans 

1 . « Domus presLilerali?, que ab anliquo fuit pole;.ler edilicata, est pro 
majori parle tleslrucla. » Appendice 1. 

2. Marché du 'J septembre 1541, conservé dans les miaules de M Mau- 
drou, notaire à Reims, el donné dans l'appendice II. 



334 UNE ÉGLISE RURALE 

le goùl de la Renaissance, probablement contemporaine de la 
fenêtre du sanctuaire, percée sur la gauche et décorée dans 
le même style. Celte clôture, dont il ne reste aucune trace ni 
souvenir, devait se trouver en avant du chœur et supportait 
sans doute le Crucifix et les deux statues de l'arc triomphal, 
dont il ne reste pareillement aucun débris dans l'église ^ Ce 
riche ensemble, qui masquait le fond de l'édifice, aura proba- 
blement disparu pour ce motif au siècle dernier, à moins que 
le piteux état où fut réduite l'église pendant les guerres de la 
Fronde, n'ait contribué à sa destruction. 

Nous arrivons, en effet, à ces jours calamileux du milieu du 
xviie siècle, à ces luttes qui paraissent avoir bien autrement 
ravagé la contrée que les guerres de religion. Les villages de 
la baronnie du Thour furent pillés, saccagés el pour ainsi 
dire anéantis par la soldatesque et les bandes d'étrangers, aussi 
bien que par les troupes françaises. La guerre avait alors un 
caractère barbare, sans mrrci pour les populations rurales, res- 
tées pourtant bien éliaogères aux querelles des princes. Les 
documents contemporains sur ces événements sont des pièces 
navrantes en elles-mêmes, par les renseignements qu'elles don- 
nent sur la réalité des ruines et des désastres, pièces déjà publiées 
et suffisamment connues -. Mais nous avons à insister sur le 
sort réservé à l'église dans le village de Villers, entièrement 
brûlé en 1653, « n'y étant resté que 4 maisons, dit un témoin 
oculaire », et les gens du pays, contiuue-t-il, « n'habitant à 
présent encore (en 1657), que dans des huttes et dans leurs 
forts autour de l'églize^. » Il est donc constant que cet é lifice 
devint le refuge de tous les malheureux habiiants et leur lieu 
d'asile dans leur détresse inexprimable ; des abris furent cons- 
truits par eux, tout autour dans le cimetière, pour loger 
pêle-mêle leurs familles entassées dans un étroit espace, avec 
ce qu'elles avaient pu sauver de leur mobilier et de leurs 
bestiaux. Les objets précieux avaient été serrés dans des 
coffres établis sur des planchers, dans l'église même. Ou 

1. Ou rencouire, dans le haut du village, sur le mur de la grauge de la 
maison de la famille Marby, deux statues mutilées de la Sainte Vierge et 
de saint Jean, qui pouiraienl provenir de cet endroit. 

2. Les Guerres de la Fronde dans la Baronnie du Thour en Cham- 
pagne (1G49-57), relations contemporaines annotées et publiées dans la 
lievue de Champagne et de Brie, octobre 1885, brochure de 24- p. in-8", 
tirée à part de la Revue, 1885. 

8. Registre de M. de Terruel, officier au service du maréchal Fabert, qui 
parcourut toule la contrée en 1657, pour dresser un projet de cadastre en vue 
du soulagement des impôts. (Voir l'appendice III.) 



UNK église ItUliALK ^3b 

devine ce que deviiii l'édifice et ce qu'il eut à souffrir d'avoir 
été Irausfortné eu l'orleresse peudaul dix aus euviroii. 

On lit, dans une autre relation, émanant aussi d'un témoin 
oculaire, el dressée par le délégué de Robert de Y, grand 
archidiacre de Reims, dans sa vi.'^iie du 22 juin 1G(J3 : « Dans 
le cemitier, il y a plusieurs maisons du reste de la guerre.., il 
Y a plusieurs réparations à faire en l'église, et [on y voit] des 
coffres sur des planchers. Nous avons ordonné dedesmolir les 
maisons qui sont dans le cemitier, de faire au plus tôt réparer 
l'église, et d'oster les coffres incessamment'. » Ce fut encore 
un état de ruines que constatait, eu 167G, l'archevêque de 
Reims, le vigilant Maurice Le Tellier, quand il ordonnait aux 
décimateurs d'effectuer sans retard les grandes réparations 
urgentes dans la nef, el prescrivait aux habitants de refaire la 
clôture du cimeiière"-. Ce fut à la suite de ces pressantes 
injonctions que les murailles de la nef principale auront été 
consolidées, le.' fenêtres hautes bouchées, les bas-c(')tés actuels 
construits dans toute leur étendue. Le pavé fut renouvelt^ dans 
le même temps, comme nous l'établirons plus loin, et les portes 
de l'édifice, avec leurs jolies ferrures fleurounées, sont aussi 
contemporaines de ces restaurations de la fin du xyu"^ siècle. 

La sollicitude de Maurice Le Tellier no se bornait pas aux 
édifices : il fit dresser, en 1G79, un inventaire des biens 
meubles et immeubles des églises de Villers et de Juzancourt, 
qui nous révèle une foule de particularités sur les mœurs 
et l'état général du pays. On y trouve, outre le détail des 
terres louées à Jacques Pbelippot, une ii^te des possesseurs 
d'héritages, qui devaient un cens annuel, très minime rede- 
vance perçue en deniers, en grains de méteil ou de froment, 
même en huile et en charbon. Parmi ces propriétaires, se voit 
le nom de la famille de La Salle, de Reim^^ qui avait sur le 
terroir une ferme assez importante et une maison d'exploita- 
tion dans le village, contigut' au cimetière et enclavée aujour- 
d'hui dans la vaste cour de culture de M. Fossier. Beaucoup 
d'autres noms des principaux habitants du village sont rela- 
tés dans le même document, ainsi que les mentions des rues 
d'alors, des lieux-dits, des officiers de justice et des notaires '. 

1. Pièce donnée dans l'appendice IV. 

2. Procès-verbal de visite du 13 juin 1(>76, donné dans l'appendice V, 

3. Voir sur la généalogie et les divers merabres de la famille de La Salle, 
les notices publiées dans la R vue de Champagne et de Brie, octobre 1888 
et septembre 1892. 

4. Document donné dans l'appendice V'I. 



336 UNE ÉGLISE RURALE 

Les procès-veibaux de visites du doyen de Saint-Germaia- 
mont abondent pour la fin du xvii° siècle et le commencement 
du suivant. On possède d'abord les réponses faites, eu 161^0, à 
un questionnaire en iil articles sur l'élal des églises, leurs 
revenus, leur entretien, les écoles, les dîmes, le curé, Pierre 
Vuilcq, et la chapelle Saint-Marc. Les visites indiquent aussi 
une quantité de détails qui se trouvent répétés à peu près les 
mêmes, dans les procès-verbaux de 1710, 17 T^, 1716 et 1722. 
Leur lecture n'en est pas moins fort instructive '. 

Au milieu du xviir siècle, un document spécial se présente, 
c'est la visite faite au nom de Son Altesse le prince de Rohan, 
archevêque de Reims, par son délégué, Hyacinthe le Pappe 
de Kervilly, docteur en Sorbonne et chanoine de Reims. Le 
cérémonial de cette visite, du 26 juin 1743, est minutieuse- 
ment décrit pour Villers et Juzancourt, offrant toute une térie 
de renseignements sur la tenue matérielle des églises, les 
comptes des fabriques, etc. Les données recueillies semblent 
toutes satisfaisantes et témoignent de l'excellente administra- 
tion du curé Marc-Antoine Bidault, et aussi de l'assiduité 
à l'église comme de la bienveillance des habitants, dont 
les principaux signèrent le procès-verbal". 

Nous arrivons au dernier recensement de la paroisse avant 
la Révolution, dressé en 1774. par le curé Nicolas Dumont, et 
donnant, en réponse à un vaste questionnaire transmis par 
l'archevêché de Reims, les plus amples détails que Ton puisse 
désirer sur la situation matérielle et morale des deux com- 
munes à cette époque. Un tel ensemble ne s'analyse pas, et il 
faut y recourir dans le texte original, pour connaître la statis- 
tique des habitants, la tenue des écoles, l'état de l'église, son 
entrelien satisfaisant en général, les revenus et les dîmes 
encore exactement perrus, ainsi que tous les petits rouages de 
l'administration locale •\ Cette pièce termine la longue série 
des procès- verbaux de visites, entamés au xv^ siècle et pour- 
suivis avec une remarquable régularité jusqu'à la fin de l'an- 
cien régime. 

[A suivre.) Henri Jadart, 

1. Questionnaire cl procès-verbaux donnés dans Tappeûdice VI(. 

2. DocLimenl donné en entier, appendice VllI. 

3. Document déjà commenlé et en partie reproduit à la fin d'une notice 
sur Nicolas Dumont, dans la licvue de Champagne et de Brie, janvier 
188o, p. 16 à 20, cl publié ici en son ejtier, appendice IX. 



CHARTES 



DU 



PRIEURÉ DE JLONGUE-^U 



\-l-2\i, avril. 

Hugues de Chàlilloa, fils du feu comie de Sainl-Paul, 
donne au couvent de Longueau viugl-cinq livres de Provins, 
sur ses tailles de Ghàlillon, payables annuellement à la fête de 
fcainl-Remy d'octobre, pour acheter des chemises, des pelisses 
et des chaussures. 

Fait à Bruguy, en présence de Milon \ évêque de Beauvais. 

de Guy, son frère, comte de Saint-Paul, et de Gaucher de 

Nanteuil. 

I2'23, décembre. 

M*^ Godiu,. chanoine, et Jean de Berzy, officiai de Reims, 
annoncent qu'il y avait procès entre l'église de Longueau 
et Alix, dame de Gueux, au sujet d'un four situé à Gueux, et 
légué par Messire Baudoin, sou défunt mari, à ladite église. 
La prieuresse du couvent, Alix, et Messire Bertrand, son 
second mari, conviennent que l'église de Longueau aura 
la moitié du four, et Alix, l'autre moitié sa vie durant, à 
charge de payer annuellement au monastère une somme 
de deux deniers, pour aveu de concession temporaire. 

]-22't. avril 
Alain de P>oucy% chevalier, Eustachie, sa femme, et Pierre, 
son fils, pour fournir aux religieuses de Longueau les trente 

* Voir page 279, tome VII de la llcvue de Champagne. 

1 . Peudaal la croisade contre les Albigeois, et pour suppléer à l'absence 
d"Albéric de Humberl, le souverain pontife proposa à l'administration du 
diocèse de Reiras, Milon de Nanleuil, prévôt de la Métropole, cvêque élude 
Beauvais. Ce dernier était (ils de Gaucher I de Nanteuil et d'Helvide. 

2. Alain le jeune, écu3'cr, seigneur de Roucy, et Eustachie, sa femme, 
accordèrent, vers la même époque, à Nicolas II, abbé d'Ignj-, une charte par 
laquelle ils louaient et ratifiaieut les libéralités faites à l'abbaye, par Ver- 
mond de CLàlillon, et continnaienl toutes les autres acquisitions à Savigny 
et à MoDihazia. — [La Vallée de l'Ardres, par l'abbé Chevallier. Reims. 
Mulot- Braine, 1S92.) 



338 Le CARTULAiiiii du î'rieukk 

setiers de froment, sur ViHers-deva:il-le-Thour, à elles léguées 
par Clémence, mère dudil Alaiu, leur cèdent en échange trente 
setiers de froment, à prendre tous les ans, à la fêle de Saint- 
Denis, à la mesure de Chàlillon, savoir ; dix sur leurs revenus 
de Pareuir, dix sur les rentes de Boujacourt-, et les dix 
autres sur Chambrecy. 

Sans date (vers 1224;. 

Jacques de Villers, chevalier, lègue à l'église de Lougueau, 
du consentement d'Eustachie, sa mère, Je Guy, de Baudoin et 
de Joyeuse, femme do Guy, sept muids de vin, à prendre 
chaque année, sur les viuages de Pargnan% à la mesure dudit 
lieu et, en cas de déficit, sur le vin des vignes de Pargnan ou 
sur tous autres revenus de cette terre. 

Témoins : Milon de Loyseio, Jean Milon de Coucy, 

1224, mai. 

Gaucher II de ^auleuil, avec le consentement d'Aélide, son 

épouse, et de Gaucher, sou fils, donne, en perpétuelle aumône, 

au couvent des pauvres religieuses de Lougueau, pour acheter 

des chemises, des pelisses et des chaussures, trente-cinq 

livres proviuoises, sur ses assises de Coulommes% de Méry et 

de Prémecy, à prendre chaque année, à la fêle Saint-Remy 

d'octobre. S'il y a déficit, le reste sera pris sur les ventes de 

ses bois de Nanleuil. 

Fait à Lougueau. 

1224, mai. 

Gaucher, seigneur de Nanteuil, approuve le legs en faveur 

de l'église de Lougueau, par Sophie, comtesse de Chevigny ^, 

sa femme, de tout ce qu'elle avait acquis en propre, à 

Damery". 

1. Pareuil, hameau de Passy-Grigny, caatou do Châlillon-sur-Marne. 

2. Boujacourt, hameau de Chainplat, même canton. 
."}. Pargnan (Aisne), canton de Craonne. 

4. Coulommes (Marne), canton de Ville-en-Tardenois. 

Ti. Chevigny (Marne), canton de Vertus, à 3 ou 4 lieues au sud-est de 
Nanteuil. 

6. Damery (Marne), caulon d'Kperuay. Itî4.'5. — M'« François de Bara- 
dat. ch'-'valier, seigneur de Damery, Artby. Montor^fueil, Fleury, Curaières 
et autres lieux, premier gentilhomme de la Chambre du Roy. et son pre- 
mier fcuy»*r, demeurani à Damery. Son fils, Jean de Baradat, était, à la 
môme époque, abbé couimendalaire de Siptny. 

1720. — M'° Antoine-Alexandre le Vaillant, chevalier d» Saint-Lazare et 
deN.-D. du Mont-Carmel, seigneur de Damery, Arihy, Fleury, la Kivière 
t Cumières en partie. 



DE LONGUEAU 339 

1224, mai. 
Gaucher de Nauleuil contirme la donation faite par Helvide, 
sa mèr«î mourante, aux religieuses de Loogueau, des biens 
qu'elle tenait de lui, avec pouvoir d'en disposer librement, 
savoir : la grange d'E^cleim, avec ses dépendances, consistant 
en jardin, terres labourables et prés, ainsi que la censé d'Es- 
pilly et Chaumuzy, avec l'avoine et le petit bois voisins de 
ladite grange. 

i2'24, mai. 

Milon, évèque de Beauvais, approuve également la donation 
faite par Helvide, sa mère, au couvent de Longueau, de la 
grange d'EscleirrTet de ses dépendances. 

l22o, avril. 
M' Bon. officiai de M"^ Hugues de Bourgogne, archidiacre 
de Reims, atteste ce qui suit : Henri le cuisinier, bourgeois de 
Reims, exécuteur testamentaire de feu Vaucher, son frère, 
affirme, sous la foi du serment, que celui-ci, par ses dernières 
volontés, a légué à Isabelle, sa sœur, religieuse de Longueau, 
sa vie durant, un étal de cordonnier sur le marché de Reims. 
Juliette et Helvide, sœurs d'Hert)ert, également religieuses de 
Longueau, auront ledit étal pendant leur vie et celle de la survi- 
vante, chacune pour moitié. Après leur décès, il reviendra de 
droit eu totalité à l'église de Longueau, et son revenu ou sa 
location sera affecté à la pitance des nonnes. 

l22iJ, août. 
Guy de Châtillon, fils aîné du comte de Saint-Paul institue 
quatrième chapelain, dans l'église de Longueau, pour célébrer un 
chaque jour le Sainl-Sacrifice. Il donne, en conséquence, au 
couvent, pour celte chapellenie, quinze livres de bons provi- 
nois, monnaie léale, sur les ventes de ses bois de Brugny, 
à prendre, savoir : huit livres à la fête de Saint-Jean-Baptiste, 
et sept livres à la Nativité de Noire-Seigneur, jusqu'à ce qu'il 
ait assigné quinze livrées de terre en dîmes ou autres valeurs, 
à prendre au lieu et place des susdites i^uinze livres de Provins. 

J227, février. 

Simon, dit Pied de Loup, chanoine et officiai de l'église de 
Reims, notifie l'accord suivant : 

Le chevalier Gautier, seigneur de Liry, abandonne toute 
revendication relative à la dîme de Sainte- Vaubourg, qui était 
dans sa mouvance, et que le chevalier Girard, seigneur de 
Mont-de-Jeux, d'accord avec Guyonne, sa femme, ont donné à 
l'église de Longueau, pour le repos de leur àme. D'autre part. 



340 LK CARTULAIKE DU PRIEURE 

Girard du Mout-de-Jeux se con&Utue témoin responsable 
de ladite donation, et s'oblige à garantir Téglise de Longaeau 
contre Gautier et ses héritiers, s'il y a lieu. 

1227, mars, '6'' férié après Isti siinl dies'. 

Simon, dit Pied de Loup, chanoine et officiai de Reims, 
atteste que Gilles de Villedommange. bourgeois de Reims,, et 
Sybille, sa femme, ont donné en aumône, au couvent de Lon- 
gneau, pour Tenlrelien de la cuisine commune, tout ce qu'ils 
possédaient et pourraient acquérir par la suite, à litre d'échange, 
de vente ou autrement, sur le moulin d'Onrézy, retenant toute- 
fois l'usufruit viager de ce moulin, sur lequel le couvent pren- 
dra chaque année, la vie durant des donateurs, un relier 
de froment, à la fête de Saint Remy chef d'octobre. En recon- 
naissance de ce bienfait, la prieuresse de Longueau promet 
aux donateurs un anniversaire annuel après leur mort, dans 
son église. 

1229, juin, jour de la fêle de Saint-Jean-Baptisle. 

Les abbés d'Hautvillers' et de Toussaints en l'isle de 
Ghâlous', notitienl qu'Isabelle, épouse de Pierre de Villers\ 
chevalier, Pétroniile, sa mère, Gaucher et Thomas, chevaliers, 
et Alain, damoiseau, ses frères, ont confirmé la vente, par 
ledit Pierre, au monastère de Lougueau, de soixante sols 
de Provins, à prendre annuellement sur le tonlieu de Chàlillon, 
moyennant le prix de quarante livres provinoises. 
1229, juin, vendredi avant la Pen'ecôte. 

Thibault ', comte palatin de Champagne et de Brie, confirme 

1 . l.e dimauche hli sunl dics est celui de la Passion, ainsi nommé, non 
pas de Vlnlroïl, comme c'est l'ordinaire, mais du premier répons des Matines . 

Ce dimanche n'avait pas de messe aatrelois, à cause de l'ordiualion du 
samedi; la messe actuelle est prise au mercredi suivant, et dans beaucoup 
d'églises, on en a fait une nouvelle. De là vient qu'au moyen-âge il se diffé- 
renciait des autres dimanches par Tappellalion du premier répons des 
Matines : hli surd dtes. 

•2. Raoul IV, 33= abbé d'HaulvUlers, de l'214d 1232, donna à Blanche de 
Na'varre, comtesse de Champagne, le village d'ArgensoUes, pour y londer 
la célèbre maison de cisterciennes qni y a ileuri depuis. 11 mourut vers le 

mars. 

3. Monaslèie de chanoines réguliers de l'Or Ire de Saint-Augustin, fondé 
en 10(53. par l{o-er II, évêque de Chalons Celle maison était située dans 
une île lormée par les replis de la .Marne L'abbé dont il est ici queslion^nest 
connu que par l'initiale de son nom, meulionuée dans une charte de 1235. 

4. Villersaux-Corneillcs (Marne), canton d'Ecury-sur-Coole. 

r. Thibault IV, le chunsonnie:-, 15" comte de Champagne, roi de Navarre, 
décédé à Farai.elune, le \', juillet 12.53, hU de Thibault III et de Blanche. Il 



DE LONGUE AU 341 

la vente faite par Pierre de Yillers, aux nounes de Longueau, 

de soixante sols de revenu annuel, sur la lonlieu deChâtillon, 

avantage que lui et ses héritiers sont tenus de garantir aux 

religieuses. 

1230, août. 

H. de Moth.'. officiai de Messire Hugues, archidiacre de 
Reims, certifie que Pierre -, vicomte de Saviguy, a reconnu le 
legs, en perpétuelle aumône, par feu Hodierne, son épouse, à 
l'église de Longueau, de cinq sols de Provins et deux setieis 
d'avoine, un ras et un comble, à prendre sur Berthenay et à 
toucher de Martin et consorts. 

1230, septembre, jeudi avant la f^'le de Saint-Michel. 
Renard^, seigneur de Dampierre\ et Béatrix, sa femme, 
lèguent à leurs filles et aux nonnes de Longueau, dix livres 
parisis, à prendre annuellement sur le tonlieu de Rethel, pour 
célébrer chaque année leur anniversaire. 

1231, mars, lendemain de Invocavit me. 

Simon Pied de Loup et Maître Raoul de Chartres, chanoine 
et officiai de l'église de Reims, notifisnt la convention sui- 
vante : 

Juliard de Villedommange et Sybille, sa femme, ont donné 
à l'église de Longueau un moulin à Ourézy, pour en disposer 
après le décès du survivant. Son mari étant mort, Sybille 
abandonne purement et simplement ce moulin, à compter de 
la prochaine fête de Saint-Jean-Baplisle. 

épousa: 1" Agnès de Beaujeu, cousine germaine du roi Louis VIII; 2" Mar- 
guerite de Bourbon, décédée le 12 avril 1258, dont il eut : Thibault V, 16« 
comte de Champagne, marié à Isabelle, fille du roi saint Louis ; Henri 111 le 
Gros, M' comte de Champagne, marié, en 1269, à Blanche d'Artois, dont 
la fille, Jeanne, épousa Philippe-le-Bel, et réunit la Champagne au 
domaine de la couronne. 

1 . Hugues de Motheya déclare, dans une charte du mois de juin 1226, 
que Milon d'Amagne a légué, au prieuré de Novy, un demi-muid d'avoine 
perç-i sur le grenier du prieur, et 17 setiers de blé à Lucquy et à Faux. — 
(E. de Barthélémy, Le Cartulaire du Frieuré de Novy. Paris. Aug. Aubry, 
1867.) 

2. En 1215, Pierre de Savigny donna en aumône, à l'abbaye d'Igoy, sa 
terre de Félancourt, y compris la justice et tous les revenus. 

En 1203, Hodierne, sa femme, lègue à l'abbaye d'Igny 3 setiers de grains 
à prendre au territoire de FaveroUes. — Péchenard, loc. cit. 

3. Renard III, croisé, mort avant 1233, marié à Béatrix de Trichatel ou 
Thil-Chatel, était fils de Renard II et de Helvis de Reihel, châtelaine de 
Vilry. — (E. de Barth>^lemy, Recueil des Charles de l'abbaye de Cheniinon. 
Paris. Champion, 1883.) 

4. Dampicrre-le-Chàteau (Marne), canton de Dommartin-sur-Vèvre. 



X.42 LE CARTULAIRE DU PKIEURK 

1231, avril. 
Hugues, comte de Rethel. coufirrae le don de Renard, che- 
valier, seigneur de Dampierre, aux nonnes de Longueau, de 
dix livres, monnaie de Reims, à prendre aniiuellement sur le 

loulieu de Relbel. 

1223, avril. 

Guy de Châlillon. époux d'Agnès, fils aîné du comte de 
Saint- Paul, donne au couvent des pauvres religieuses de 
Longueau, pour acheter des chemises, des pelisses et des 
chaussures, vingt livres de Provins, à prendre annuellement à 
la fêle de Saint-Remy d'octobre, sur ses tailles de Brugny. 

t233, juin. 

Simon, dit Pied de Loup, chanoine et officiai de Reims, 
annonce ce qui suit : 

Girard Asgrennos, le jeune, citoyen rémois, reconnaît à 
Téglise de Longueau, sur sa maison, située sous le marché de 
Reims, et provenaol de Thomas Aygrennos, son feu père, un 
surcens aunuel et perpétuel de vingt sols, payable par moitié, 
à la fête de Saint-Martin et à Pâques. La prieures-e de Lon- 
gueau, sœur de Girard, aura l'usufruit viager de ces vingt sols 
qui, après son décès, serviront à acheter du charbon à l'usage 
des religieuses. Girard se réserve le droit de reprendre cette 
rente en l'asseyant sur un autre fonds d'égale valeur in loco 
competenti et siifficienli. 

1233, juillet. 

Nicolas ', seigneur de Bazoches, du consentement de Robert, 
chevalier, sou fils, confirme la donation faite aux nonnes 
de Longueau, par Nicolas, son père, pour sou anniversaire, 
d'un demi-boisseau de blé d'hiver, à percevoir chaque année, 
sur son moulin de Coulouges', à la fête de Saint-Martin et, 
par sa mère, de trois .setiers de blé, sur le même moulm. pour 
le salut de son àme et celui de noble dame Agnès, son épouse. 

1233, décembre. 
Simon Pied de Loup, chanoine, et Maître de Blois", officiai 

i. Nicolas II (le Cliâtillou, seigneur de Bazoches, Vauxéré et Coulonges, 
fils de Nicolas 1 et de Aguès de Chérizy, marié à Aguès de Quierzj, dont 
il eut : Nicolas 111, croisé ea M'iï ; Alilon, chanoine et évGque de Soissons ; 
Girard, chanoine, évêque de Noyon, et Robert, seigneur de Bazoches. 

2. Coulonges (Aisne), caulou de Fère-en-Tardenois. 

3. Jean de Blois devint archidiacre de Champagne ; il est nommé au caj- 
tulaire de Saiul-Nicaise, en 1250 el 1255, ayant oflicin!; il mourut le 4 
juillet, suivant l'obituaire. 



DE i.ongueau 34*^ 

de Reims, dénoucenl Taccord suivant : Malhilde de Sarcy, 
veuve d'Eudes de Sarcy. recouL'ail avoir donné : 1<* à l'église 
de Lougueau, dix seliers de froment, à la mesure de Reims, 
sur les moulins de Sainl-Hemy-sous-Pruuay ', à prendre 
dans les vingt setiers qu'elle tenait en fief de l'église de Saint- 
Bable^; 2" à celle d.rnière église, les dix autres seliers et 
tous ses droits sur les moulins et l'eau. L'abbé de Saint-Basle' 
approuve celle auniôue, et il pourra conserver pour son monas- 
tère les dix seliers allribués à Lougueau, en payant uq revenu 

équivalent. 

1234, juin. 

Clément, doyen de la chrétienté de Cbâlillon, fait savoir ce 
qui suit : 

Simon, dit Tbyois, de Guisles, et Laure, sa femme, ont, 
reconnu avoir engagé, moyennant dix livres fortes, envers 
l'église de Lougueau, sept seliers de blé, dont quatre d'hiver, 
et trois de Irémois, dans leur part de dîme sur Anlheuay. Il a 
été convenu qu'en cas de remboursement, avant la fête des 
apôtres Philippe et Jacques, chef de mai, ladite église ne pour- 
rait rien réclamer dans la dîme précitée, mais que, faute 
de paiement à cette époque, elle percevrait la dlme l'année 
suivante. Confirmé par Simon, Jean, Marie et Lucie, enfants 

des débiteurs. 

123i, juin. 

Jean de RetheH, chevalier, seigneur de Saint-Hilaire", con- 
firme la donation autrefois consentie par Hugues, comte de 
Relhel, à l'église de Longueau, de la dixième partie des blés 
dépendant de sou domaine eu la châtellenie du Cbâlelel. 

1. Pruuay (\larue), caulOQ de Beiae. 

Les Ttmpliers possédaient à Hrunay ua domaine qui, en 1357, était loué 
moy-nnaut une redevance annuelle de 140 seliers de grains. — (Arch. nat. 
S.5U38. Su|jpl. n" ?'2.) 

2. Saint Bdsle, abbaye de l'Ordre de Saint-Beuoll, l'ondée sur le terri- 
toire de 'Verzy (Marne), à la lin du vi" siècle. — (Consulter Saint-Basle et 
le Monastère de Vtrzy, par l'abbe Queulelot, prêtre du prieuré de Binson.) 

3. Evrard, abbé de Saint-Basle, mort en 1238, d'après dom Marlot, 
aurait vécu jusqu'en 1244, suivant la Gallia ChrisUana. 

4. Jean I", comte de tîethel, troisième fils de Hugues III et de Félicité, 
décédé en l'2ol, sans postérité, épousa : 1" Marie d'Oiidfnarde, qui lui 
apporta la terre d'Ooiont et, en secondes noces, Marie de Noyon, tille de 
Jfun, cLâteiain de Noyou, Il succéda à son frère Hugues IV, et partit en 
Terre- baïute avec le roi saint Louis. 

Son Irère Gautj'uer, archiiiacre Je Liège, eut le titra de comte de Rethel 
apiès lui, et octroya la charte de Ketbel en 1253. 

■j. Saint-Hilaire-le-Grand 'Marnft), eanton de Suippes. 



?»4 4 LE CARTULAIUK DU PRIEURÉ 

1236, mars. 

Maître Jeai),dil Géi-in, chanoine de Sainl-Pierrc el officiai de 
Soissons, déclare qu'Hersende. veuve de Pierre de Troissy, a 
donné à l'église de Longueau toute la dime qu'elle avait en la 
paroisse d'Anthenay, de Nogent' et du Chemin-. 

Approuvé pai' Hugues de Vaudières, chevalier, son frère. 

1237, mai. 

Fr. J.', abbé de la Charmoye^, annonce qu'il a abandonné 
à la maison de Longueau tout ce que sa Communauté possé- 
doit dans la dime d'Anthtnay du don de feu Henri de Vau- 
dières, chevalier, et que, d'autre part, la prieuresse et Simon, 
prieur de Longueau, ont cédé, en échange, ce que leur couvent 
avait sur la dime de Lucy'"', près le Baizil", du don de feu 
Messire Branlard, chevalier. 

1237, juin. 

Maîtres Jean et Jean de Blois, chanoine et officiai de Reims, 
notifient la couventioo qui suit : 

Jacques de la Rouelle' reconnaît avoir vendu, pour le prix 
de six livres provinoises, payées comptant, à l'église de Lon- 
gueau, un revenu annuel de dix quartels de froment, sur 
le moulin d'Onrézy% qu'il avait achetés, savoir : Cinq à Jean 
de la Rouelle et à Emeline, sa femme, et les cinq autres 
à Juliard Le Monteix de Villedommange. 

1238. .Samedi avant la Purification de la Bienheureuse 
Vierge Marie. 
Maître Henri de Louvain, officiai de Messire Hugues de 
Sarqueux^, archidiacre de Reims, annonce que Rogelet, dit 
Léger, el le prieur de Longueau ont ainsi transigé : 

1 . Nogent (Marne), hameau aujourd'hui détruit de la commune d'Anthenay. 

2. Chemin (Marne;, hameau dépendant d'Anthenay. 

3. Jean II, 7» abbé de la Charmoye, est nommé en 1235, dans la charte 
d'ArgeusoUes [Gallia Christiana, t. IX, col. 972). 

4. La Charmoye, abbaye de l'Ordre de Cîleaux, annexe de la Celle-sous- 
Chantemerle, dont la fondation est attribuée à Henri I". La Charmoye est 
aujourd'hui un hameau de la commune de Monlmort (Marne), situé dans le 
bois à l'est du village. 

5. Lucy (Marne), canton de Montmort. 
0. Le Baizil, même canton. 

7. La Rouelle (Aisne), hameau de Concevreux, canton de Neufchâtel. 

8. Ourézy (Marne), commune de Bouilly, canton de Ville-en-Tardenois. 
Le moulin élait situé sur le ruisseau des Vasseurs. affluent de l'Ardre. 

9. Hugues de Sarqueux, grand archidiacre, figure, en l'obituaire de l'église 
(le Reims, le 12 des calendes de janvier. — (Marlot, op. cit., t. I, p. 041.) 



DE LONGUE AU .'{45 

L'église de Lougueau aura la moitié de la maison venant de 
Jean Lareslc, située près de la rue des Bouchers ; Kogelel 
prendra l'autre moitié, provenant de Blanche et, s'il meurt 
sans hoirs procréés de son corps, sa moitié reviendra au cou- 
vent de Louguear. En outre. Sybille, veuve de Jean Lareste, 
acquitte tout ce qui avait été jugé contre elle au profit de 
l'église de Longueau. 

1239, juillet. 

Maître Jean de Blois. chanoine et officiai de Reims, dénonce 
le don, par Messire Simon de Guignicourt ', chevalier, à l'église 
de Lougueau, pour faire, chaque année, son anniversaire, de 
vingt sols, à prendre sur ses cens de Guignicourt, et qui seront 
employés au repas des nonnes le jour de son anniversaire, 
exceptant toutefois la dot de Fanchetle, sa femme, qui a 
approuvé celte convention. 

1239, octobre. 
Ph. Hérit, prieur de Gbàtillon-sur-Marne, du consentement 
de Henry et Guy, moines, ses confrères, ratifie le traité 
par lequel Jacquier le tanneur, bourgeois de Ghdlillon, sou 
homme, a cédé aux religieuses de Longueau une pièce de terre 
située au lieudit FonleniUe-, au milieu de la culture du cou- 
vent qui tient au Marlemotit ^, en échange d'une autre parcelle 
située au-dessus de ladite culture, 

1239, décembre. 
J.', doyen de Soissons, et Maître P., prêtre de Braisnes, no- 
tifient que, pour assoupir et terminer le procès au sujet des 
dîmes que le couvent de Coincy '^ prétendait avoir sur les terres, 
prés et vignes de la maison de Longueau, aux territoires de 
Châlillon, Cuisles, Melleray et Montigny, les parties, sous peine 

1 . Guignicourt (Aisne), canton de Neufchàtel. 

2. Foûtenille, lieudit sur le territoire de Châtillon, situé au nord-est, 
presque en face de Longueau. 

3. Marlemoat (le Grand et le Petit), hameau disparu, situé sur la com- 
mune de Cliâtillon. 

4. J., I2f>8 et 1239. Peut-être le même que Jean de Vailly, noté le 29 mars 
en l'obiiuaire {Gallia Chrisiiana, t. IX, col. 328). 

5. Coincy (-Visne), canton de Fère-en-Tardenois. Prieuré de l'Ordre de 
Saint-Benoit, membre de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons. 

Parmi les prieurs de Coincy, vivant au xiu» siècle, M. de V'ertus, dans son 
Hist. de Coincy, Fère et Oatchy, cite les noms suivants : 

1209. Etienne; 1217. Foulques; 1230. Albert; 1272. GeoH'roy. 



34G LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

de quarante livi-es, ont tran'iigé ainsi qu'il suit, eu présence 
des prieurs de Coiucy et de Biuson ' : 

Le couvent de Longueau paiera chaque année, au prieur de 
Binson, à la fêle de Saint- Hemy, huit seliers de blé et autant 
d'avoine, ainsi qu'un muid de vin blanc, mesure de Châiillon, 
et s'il acquiert ultérieurement d'autres biens, par donation, 
vente ou autrement, sur le territoire des villages précités, il 
sera tenu d'en pa3^er la dîme au couvent de Goincy, suivant 
l'usage. 

1239, mai. 

Maître Henri de Louvain, olficiai de Messire Hugues de Sar- 
queux, archidiacre de Reims, atteste que damoiselle Ade 
d'Olizy ' et Oudard, son fils, ont reconnu la donation faite par 
Messire Nicolas, père défunt de ce dernier, aux nonnes de 
Longueau, de la dime qu'il percevait sur leurs terres d'Olizy, 
ce don fait tant en aumône que pour l'abandon des corvées 
qu'il devait au village d'Olizy, et dont l'église de Longueau 
l'avait déchargé. Ils abandonnent aussi les reportages sur ces 
terres aux religieuses, soil qu'elles les cultivent elles-mêmes, 
soit qu'elles les cèdent à bail. 

1. Le prieuré de Binson possédait des dîmes à Baslieux, Orq'iigoy, Mon- 
tigny, Troissy, Œuilly, Cuisles et Anthenay. En 1723, les bâtiments du 
prieuré, ainsi que les terres et prés en dépendant sur les territoires de Bin- 
son et Châii'ion, étaien' alFermés, moyennant une redevance de 710 livres 
en argent, 3 livres des cire, 12 livres de beurre frais ou fondu, 1S quartels 
de blé et 15 quartels de méteil. 

Un bail dressé par Lesueur, notaire à Châlillon-sur-Marne, le 3 février 
1714, constate que le prieur, Pierre Chailes. avocat en Parlement, diacre 
du diocèse de Bourges, depuis co'iseiller au bureau ecclésia-^lique de la 
prévôté de Bourges et prêtre olûcial de la Pnmalie de celte ville, avait loué 
pour neuf années la moitié des dîmes de Baslieux, consistant en grains, 
vins, poules, poulets, dindons, oies, porcs et autres animaux, moyennant 
200 livres d'argent, 1 livre de cire et 2 chapons. 

Les actes de notaire mentionnent encore, parmi les prieurs de Binson ; 
M'" Etieîine Barré, prêtre, docteur en théologie de la Sorbonne, arch, diacre 
de l'église Sainte-Croix d'Orléans en 1684, et Jean Barré, demeurant à 
Bourges en 17U9. 

2. Olizy (Marne], canton de Cbâlillon. Anciens seigneurs : 

1700. Michel Larcher, chevalier, marquis d'Olizy, seigneur d'Olizy, Bou- 
jacourt, Nogenlet le Chemin, bailli de Vermandois. 

1710. Michel Larcher, sou neveu, président en Chambre des Comptes, 
demeurant à Paris, et Pierre Larcher. son petit-neveu, baïUi de Verman- 
dois, cunseiUer du roi au Châtolet de Paris. 

17i7. Antoine G àllot, marquis de Sainl-Chamant. marié à Marie-Louise 
Lar.her. 

1776. Michel-Archange du \'al-du-Manoir. 



DE LONGUEAU 347 

1243, octobre, 4* férie après la fêle de Sainte-Lucie. 
Maître Michel de Saint-Deuis, chanoiue el officiai de Reims, 
auuonce que Bertrand de ^'ezelay ', coûlre de l'église de Reims, 
a douné à l'église de Loogueau toutes les vigues qu'il avait 
achetées à un colon, sur le territoire de Mardeuil-, el situées, 
savoir : la première, lieudit Rocherel, au-dessus de Mardeuil, 
près de la vigne de Marguerite de Mardeuil ; la seconde, au 
même lieu, près de la vigne d'Henri de l'Orme ; la troisième, 
en lieudit Rarey ; el la dernière, eu lieudit les Grèves, entre 
la vigne de Jean, fils de Marguerite, et le champ d'Agnès. 

1243. 
M'^ P. de Vicenobns, officiai de Messire Hugues de Sar- 
queux, archidiacre de Reims, notifie le Uaité suivant : Mar- 
guerite, veuve de Girard Asgrenous, avait un surcens annuel 
de vingt so's, payable en quatre termes, savoir : cinq sols à la 
Nativité de Saint-Jean-Baptiste, cinq sols à la 6aint-Remy, 
chef d'octobre, autant à la iSativilé du iSeigneur, et le reste à 
Pâ ]ues, fcur deux maisons coutiguës, sises à Reims, au chevet 
de l'église de Sdut Symphorien, dans le quartier Jean de 
Vaux, contre la maison Grosse de Juniville^, appartenant à 
Haïe Noël, et la maison de Suzanne, veuve de Guérin le 
inégis>ier, appartenant à Gerbert le maçon. L'église de Lon- 
gueau possède un surcens de vingt sols sur une autre maison 
de Marguerite, située à Reims, entre celle de feu Pierre de 
Marfaux^ d'une pari, et celle de Gautier Boirou el de Pierre 
Btrcelain, d'autre part. Le procureur de ladite église. Messire 
Pierre Asgrenous ', chanoiue de Reims, el Howard de Saint- 
Pierre, bourgeois de Reims, exécuteurs testamentaires de 
Marguerite, conviennent amiablemenl devant Th. de. . . clerc 
juré, délégué à cet effet, que le monastère de Longueau pren- 
dra le surcens ce vingt sols dont jouissait Marguerite sur les 
deux maisons contiguës, mais que l'autre maison sera libre du 
surcens dont elle était tenue envers l'église de Longueau. 

1243, juillet. 
Th. du Mont, chanoine et officiai de Soissons, dénonce 

1. Vézelay (Vonnej, arrondissement d'Avallon. 

2. Mardeuil (Marne), canton d'Epernay. 

3. Juuiville (Ardeuuesj, chel'-lieu de canton. 

4. Marfaux (Marne), canton de Ville-eu-Tardenois. 

5. Pierre de Grenous uu Asgrenous, concéda aux Templiers, eu décembre 
12i7, une gianjre situ(*e à Tours-sur .Marne, qui fut l'ofigine de leur 
domaine dans celle localité. — (ûom Noël. L'Ordre de Malte dans le dio- 
cèse de Reims.) 



348 LE CARTULAIRE DU PRIEURÉ 

la reconnaissance, par Guillaume do Cuisles, chevalier, du legs 
de Régnier de Cuisles, chevalier, son père, à l'église de Lon- 
gueau, d'une renie annuelle de cent sols, à prendre sur la 
maison de Guillaume, sise à Cuisles, et à distribuer par 
la prieuresse du cloître, pour la pitance des religieuses le jour 
de l'anniversaire de Régnier. 

1245, septembre. 

Marguerite confirme le don, 'par Evrard Chaciaus, son mari, 
de vingt sols de rente, povr la pitance du couvent. 

Magisler Lucas de Gifo, officialis domiui Gomecii, archidia- 
coni remensis, omnibus praesentes literas visuris, in domino 
salutem. Noverint universi, quod cum Evrardus Chaciaus, 
volens ad partes Iransmarinas profîcisci, dederit et conlulerit, 
in perpetuam elemosinara, ecclesiw de Longua Aqua, XX soli- 
des annui reddilus, pro pilancia conventui ejusdem ecclesise, 
in Pascha facienda, Margarila, relicla ipsitis Evrardi,coram me 
conslituta in jure, volens animfp ipsius Evrardi et suœ pro- 
videre, dictam donalionem et coUalionem laudavit et appro- 
bavit, et diclos XX solidos, super quandam domum quam 
habebat, ut dicebat, Remis, silam in vico sancli SymphoridUi, 
inter domum quandam Theobaldi Auiieis, ex una parte, et 
domum Mairaude, sororis dicise Margarila?, a dicla ecclesia in 
perpetuum percipiendos, singulis annis, ad dominicam qua 
canletur Lœlare Jérusalem assiguavil. In cujus rei testi- 
monium, prsesentes lileras sigillo curige domiui mei feci com- 
muuiri. Datum anno domini MCCXLV raeuse seplembri. 

lîiô, septembre, 3'= férié après la fêle de Saint Mathieu, apôtre. 

Me* Jean de Blois, chanoine, et Gérard de Meuet, officiai de 
Reims, dénoncent ce qui suit : 

Feu Jean Crassin ', bourgeois de Reims, a légué à l'église de 
Longueau huit sols et demi de surceus, sur la maison d'Helvide 
Lachaude d'Eperuay, à prendre chaque année, à la fête de 
Sainl-Remy, chef d'octobre, ainsi qu'il appert des lettres de 
religieuse personne Nicolas-, abbé de l'église Saint-Martin 

1. Jean Crassin figure au mois d'avril 1230, avec Hélie et Jean, prieurs 
du Mout-Dieu et du Val-Saint- l'ierre, dans le vidimus d'une charte de 12'29, 
par laquelle Guillaume, évêque de Comrninges et recteur de Sauve- 
Majeure, notifie l'accord intervenu entre l'abbaye d'Elan et le prieuré de 
Novy, au sujet de pâturages et de limites, lieudit la Rosière. — (E. de 
Barthélémy, Cartulaire de Novij.) 

2. Nicolas, 12» abbé des chanoines réguliers de Saint-Martin d'Epernay, 
est connu par des chartes de 1239 et do 124;i. (Gai. Christ., t. IX, col. 285.) 



DE LONGLEAU 3^9 

d'Epernay, el Alix, sa veuve, a reuoucé à toute roclamatiou 
sur cette aumône. 

1246, décembre. Traasaclion entre le comte de lietkel 
et le pi-ieuré de Longueait. 
Je Jehans cuens de Reslel fas asavoir à louz ceus qui suut 
et ki à venir serunt, ki ces présentes lettres verrunt, ke des- 
cors esioit entre moy, d'une part, et la prieuse et le couvent 
de Longueaue, d'autre part, de ce keles disoient que li cuens 
Hes mes pères et la comtesse Félicitas, ma mère, lor douè- 
rent en aumonne perpétuel la disime partie de tous les bleds 
qui venoient en lor greuiers de la chastelerie de Restet, ei de 
ce elles avoieul lor lettres scellées de lor seaus, et par celé 
reson eles me demandoient ce blet devant dit et disoient que je 
estoie tenus au rendre. A la par de fin je, d'une part, et 
la prieuse et li couvent, d'autre part, par conseil de bones 
gens nos acccordasmes et feimes pais de ces choses en tel 
manière que pour toutes ces choses je lor ay octroyé trente 
selire de froment bon et loyal et un selere desoile à la mesure 
de Machou, à penre chacun an perpetuelnient à touz jors, 
en la ville de Machou, en la si?e de mes bleds ke on me 
doit en celé ville de Machou à la fesie Saint-Remien octombre, 
et s'il n'en avoit tant eu celle assise, je serois tenu à astoir la 
deffaule en seslelage de celle ville de Machou. El parmi cela 
la prieuse et le couvent devant dit ont quitté moi et mes oirs 
à louz jors de celle disine partie de ces bleJs de Restai ci 
devant dite et de tout ce keles me demandoient el povent 
demander par la raison dou don de rnou père et de ma mère 
devant diz de tant couiine il appartient a ce disime des bleds de 
Reslet devant ditle, et les lettres qu'elles avoient dou don de 
ce di&ime ellf.s m'ont vendues. En lesmoignagede celte pais et 
par cette pais cy devant dite el en lesmoignage de ces choses, 
je et la comtesse Marie, ma femme avons donés ces lettres scellées 
de nos seau>: et i avons aloiés nos et nos hoirs à tenir cette pais 
fermement à tous jors pei'manablement el voulons et octroyons 
et requeruus ke mesire li rois de Navarre, cuens de Champagne 
el de Brie palalins confirme cet asenement et celle pais de ces 
choses cy devant dites par ses lettres, si corn soverains sires dou 
lieu où cib bleds est assis. El en lesmoignage de ces choses, jo 
el Marie, ma femme, comtesse de Restet, avons pendus nos 
saiaux à ces lettres en l'au de l'Iucarnacion MCC el XL sis au 
mois de décembre le jour de h.'st') Saint Thomas devant Xoi'I '. 

1 . Cf.l instrumenl est fort détiiruré ; cerluiiis mots trop modernes attebleiil 
!d malndresse du scribe qui a lu l'ori-rinal. 



350 LE CARTtJLAIRE DU PRIKLRE 

1247, février, jeudi avant Eslo mihi'. 

Jean de Blois et G. de Menêt, chanoine et officiai de Reims, 
anononcenl l'accord suivant : Damoiselle Luigar Je de Balham% 
veuve de Baudoin de Son, tutrice d'Oudiueite, Isabelle el 
Agnès, ses enfants, a donné à l'église de Longueau un muid 
de grain à la mesure de Châleau-Porcien, moitié conseiP légal, 
moitié avoine, à prendre annuellement le lendemain de la 
Toussaint, dans la grange de ses enfants, à Son *. 

Si le grain de ladite grange ne suffit pas pour fournir la 
rente dont s'agit, le déGcit sera pris sur Thérilage des enfants. 
S'il arrive, d'aulre pari, que les chariots de l'église de Lon- 
gueau soient obligés d'attendre plus d'un jour avant de rece- 
voir la rente au complet, les enfants supporteront les frais de 
séjour, mais ou ne comptera pas le jour de l'arrivée. 

Agnès, fille de Luigarde, jouira de celte rente sa vie durant. 
En outre, Luigarde promet de faire nolifi,er les présentes par 
ses entants, OudineUe et Isabelle, lors de leur majorité. 

Approuvé par Oudard. écuyer, oncle paternel des enfants ; 
Huard, oncle maternel, en présence de Guillaume de Chau- 
mont", clerc juré de la Cour de Reims, à ce délégué, Huard de 
Tagnon, écuyer, oncle maternel, s'est constitué piège. 

1248, juillet, lundi dans la quinzaine des apôtres Saint Pierre 
et Saint Paul. 

Mathilde", comtesse de Nevers, donne aux religieuses de 
Longueau, pour célébrer chaque année l'anniversaire de sa 
fille et de la fille de celle dernière, dix livres de monnaie auxer- 
roise, à prendre tous les ans, sur sa censé d'Auxerre, dans 
l'Octave de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie, 
pour la pitance des religieuses qui assisteront à cette céré- 
monie. 

Fait à Donzy. 

Paul Pellot. 

1. Dimanche de la Quinquagéaime. 

2. Balham (Ardennes), caat.on d'Asfeld. 

3. Consialum ou Consegale est une espèce de blé mêlé de seigle qui, en 
Champagne, s'appelle consccle, conseil. 

4. Son (Ardennes), canton de Château -Porcien. 

3. Chaumont-Porcicn (Ardennes), chef-lieu de canton, arrondissement de 
lUlhel. 

6. Mahault ou Mathilde de Courtenay, mère de Agnès de Donzv, femme 
de Guy de Chàtillon. 



Éloje académique d'Hippolyte Taine 



Par M. Albert SOREL 



M. Albert '"orel, ayant été élu par l'Académie française à la 
place vacante par la mort de M. Taine, y est venu prendre 
séance le jeudi 7 février et a prononcé le discours suivant que 
nous sommes heureux de reproduire ici, avec sa gracieuse 
autorisation. 

Messieurs, 

En me recevant dans votre Compagnie, vous avez comblé toute 
mon ambition. S'il était possible d'ajouter quelque chose à cet hon- 
neur, vous l'auriez fait en m'appelant à parler devant vous d'un 
homme que j'admirais beaucoup, lorsque je ne connaissais encore de 
lui que ses écrits, et que j'ai admiré bien davantage lorsque j'ai eu 
le rare privilège d'être admis à son amitié. 

Hippolyte Taine a été Tun des plus puissants originaux de ce siè- 
cle. Aucune carrière n'a été plus directe, aucune œuvre plus homo- 
gène, aucun caractère plus constant que le sien. Cepe.idait cette 
œuvre et ce caractère semblent pleins de contrastes. Systématique 
jusqu'à la symétrie, dans son architecture, il se plaît, dans la déco- 
ration, aux saillies éclatantes, aux peintures passionnées. Le plus 
réservé et le plus tolérant des hommes dans le commerce de la vie, 
il est rude et cassant dans ses expressions : il éblouit, il heurte, il 
renverse, il écrase. Il établit le déterminisme absolu dans la con- 
ception de l'univers ; il conclut à la justice et à la liberté dans le 
gouvernement dir-s choses humaines. Or, tout se tient dans cette 
tissure, et les écrits de Taine s'engendrent les uns les autres. Il a 
consacré sa vie, — et quelle vie de travail fécond et acharné — à 
vérifier et à prouver les idées qu'il avait conçues spontané nent dans 
sa jeunesse. Sa méthode fait l'unité et la magnificence intellectuelle 
de son œuvre. 

Cette méthode, chez lui, c'est l'homme même. Elle opère en lui, 
avant qu'il la connaisse, et, lorsqu'il l'expose, il ne fait qu'analyser 
l'opération naturelle de son esprit. « Chacun, a-t-il dit, prescrit à 
la sciencj les habitudes de sa pensée. . . » « Ma forme d'esprit est 
française et latine : chsser les idées en files régulières, avec pro- 
gression, à la façon des naturalistes. » 

Au service de cette forme d'esprit, une extraordinaire puissance 
d'attention et d'adaptation. Il accumule, il triture, il dissout les 



352 ÉLOGE ACADÉMIQUE 

faits récoltés et les notions acquises. Il laisse la dissolution déposer, 
se clarifier, se prendre et s'accroître^ en structures précises et rigi- 
des, selon une loi d'affinité, qui est la loi même de son intelligence. 
Sa pensée se forme comme se forme le cristal. 

Et ce cristal est diaphane : merveilleusement doux, aux surfaces_, 
glissant et résistant ù qui veut l'entamer, froid à qui le touche, 
perçant en ses pointes, coupant en ses anajles, mais nettement, sans 
déchirure ni plaie envenimée ; si la lumière tombe sur ses arêtes, 
elle s'y disperse en gerbes irisées ; si elle traverse ses pr.smes, elle 
se répand en nappes splendidcs de couleurs. Taine est un savant qui 
voit la nature avec les yeux d'un peintre, un dialecticien qui écrit 
comme un poète. 

Il naquit à Vouziers, dans les Ardennes, le 21 avril 1828. Sa 
mère était la tendresse et la raison mêmes ; son père, esprit très 
iin et très cultivé, lui donna les rudiments du latin. Taiiie reçut 
ainsi, et à mesure que naissait sa pensée, l'empreinte de cette langue 
qu'il considérait comme « l'art vivant d'écrire et de penser ». Un 
oncle, qui avait beaucoup voyagé, lui enseigna l'anglais. L'âme 
anglaise devint, dès l'enfance, sa seconde âme. Shakespeare, plus 
tard, lui découvrit la figure mouvante et passionnée du monde. H 
lui révéla le génie de la Renaissance. Taine s'en éprit ardemment, 
et pour toujours. 

La première impression de la nature,! celle que le reste de la vie 
achève et ne dissipe plus », lui vint de la torét voisine, humide, 
silencieuse, pleine de rêves étranges. La forêt demeura la grande 
berceuse de sa vie. De très bonne heure, il y cherchait à leur naissance 
et dans leur mystère, sous les mousses et sous les rochers, « les 
gr.uides sources dont notre petite existence n'est qu'un flot ». Il y 
développa une disposition singulière à découvrir, dais leur genèse, 
les mythes primitifs ; à deviner. « derrière la légende humaine, la 
majesté des choses naturelles » et le chœur universel des arbres, des 
fleuves et des mers. Ce fut là son trait d'union avec Goethe ; c'est 
par ce détour qu'il atteignit l'âme antique, et ce n'es: pas sans 
intention qu'il a réuni, dans l'une desétuJes où il a le plus livré 
de lui-même, la vision de la forêt des Vosges et l'évocation de la 
piété pa'ienne : Sainte Odile et Ip/iige'nie. 

Enfin, de l'existence laborieuse et honorée, dans un intérieur de 
province, il garda le respect du bon sens, l'amour de l'ordre et de ce 
qu'il appelait les « choses salutaires ou nécessaires » : la tamille et 
le mariage ; le culte de la liberté individuelle, le vœu d'un gou- 
veriiement tempéré, aux mains d'hommes compétents et s.iges. 

En 1848, il fut reçu à l'Ecole normale, le premier d'une promo- 
tion fameuse. Il trouva dans l'école tout le feu de l'intelligence et 
toutes les joies de l'amitié. Il lisait tout, mais déjà le » pli primitit 
et permanent » de son esprit s'accusait. « L' Histoire de la civilisu- 
lioii de M. Guizot, disait-il plus tard, m"a donné la première 
grande satisfaction de plaisir littéraire, à cause des classifications 
progressives. » 



i) HÎPPOLYTE TAINE ÔO.Î 

Lue amitié de collège lui procura l'occasion d'être présenté à 
l'illustre historien. M. Guizot était indulgent et encourageant à la 
jeunesse. Tant de force dans l'essor du génie et tant de candeur 
d'àme rattachèrent d Taine. Il lui voua une estime qui, l'Académie 
le sait, ne se démentit jamais. J'ai eu le bonheur, au' même âge, 
sans mériter le même incérér, d'ootenii' la même bienveillance; j'ai 
connu cette hospitalité de la pensée, plus précieu5e et plus libérale 
encore que l'hospitalité du foyer ; ec, aujourd'hui, disciple suivant 
de loin la trace de ces grands maîtres, il m'est doux de les associer 
dans ma reconniissance. 

La génération de Taine arrivait à u i t )urnant inquiétant de l'his- 
toire. Ces recrues vaillantes co;nmençaient leur campagne au lende- 
main d'une déroute. « La démocratie instituée excitait leurs ambi- 
tions sans les satisfaire, la philosophie proclamée allumait leur 
curiosité sans la contenter. » Puis venait la question, poignante à 
cet âge. où l'homme est encore plus impatient de bonheur, qu'il 
n'est avide de gl jire : que sera pour nous la vie r S'ils interrogeaient 
les poètes, de Chateaubriand à Lamartine, de Byron à Heine, ils 
n'entendraient qu'un concert de lamentations : « le bonheur déclaré 
impossible, la vérité inaccessible, la société mal faite, l'homme 
avorté ». Taine se détourna, l'amertume au cœur, il maudit l'en- 
thousiasme, il réprouva l'éloquence, tous les prestiges qui font de 
la raison la dupe éternelle des passions. Faute de pouvoir tenter 
l'épreuve de la vie, il en demanda le secret au roman, et le roman 
lui sem.^ila d'autant plus véridique qu'il était plus desséchant ou 
plus, flétrissant pour l'humanité. C'est le moment où Stendhal, 
qu'il proclamera « le plus grand psychologue du siècle et des siè- 
cles précédents », va s'emparer de l'aine ; c'est le moment où 
Balzac lui apparaît comme « le Shakespeare vivant et moderne » et 
lui ouvre « le plus grand magasin de documents que nous ayons 
sur la nature humaine s. ia notion de l'homme procède de cette 
terrible pathologie, de même que sa notion de la politique procède 
de l'écroulement d'hommes et d'idées qui se donnait alors en spec- 
tacle à Paris. D'où son pessimisme fondame;ital ec ces formules qui 
sont la clef de son optique sociale : l'homme est fou, comme le 
corps esc malade, par nature ] la perception est une hallucination 
vraie ;.la santé de notre esprit, comme la santé de nos organes, 
n'est qu'un bel accident ; le bon gouvernement n'est qu'une excep- 
tion et qu'un répit dans le cours des choses humaines. 

Il descendit alors « au fond du scepticisme » Mais il était toute 
volonté e. toute intellig.nce. Le néant ne pouvait le retenir long- 
temps et il se releva très tort. Spinoza le rendit à lui-même. Il 
s'exalta d'une sorte de piété sombre pour un Dieu qui se confond 
avec l'univers et se démontre par raisonnement géométrique. Ii n'y 
eut plus de vérité peur lui que dans l'ordre universel : toute sa 
tache fut dp le comprendre, tout son devoir de s'y conformer. En 
cette persuasion seulement, se dit-il, on trouve « le repos absolu de 

23 



354 ÉLOliE ACADEMIQUE 

l'ârne, qui exclut tout doute et qui enchniiie l'esprit comme avec 
des nœuds d'airain ». Il avait vingt et un ans quand il écrivait ces 
lignes. Les nœuds d'airain ne s;? desserrèrent p'us.Il s'enferma dan* 
sa tour de granit ; il n'y laissa vers le ciel qu'une ouverture étroite 
et voilée, et par échappées seulement, durnnt quelque nuit d'été 
très pare et très chire, il se Inissi encore aller à soulever le voile 
et à contempler, au-d-'là du temps et de l'tspace, la formule créa- 
trice, « l'indifTérente, l'immuable, l'éternelle, la tou'e-puissante », 
devant laquelle, lorsqu'il la découvre d.ms sa sérénité sublime, 
l'esprit de l'homme se ploie «consterné d'admiiation et d'horreur ». 
Spinozi lui commandait l'obéissance ; MarcAurèle lui enseigna la 
résignation. « Je lis Musset et iVlarc-Aurèle, écrivait il à un ami. 
Je trouve dans l'un tous les e lnui^, dans l'autre le remède univer- 
sel .. C est mo 1 catéchisme, c'est nous-mêmes... La lumière de l'es- 
prit produit la sérénité du cœur. " 

Une telle conception de la vie conduit à consacrer la vie à la 
science. Etudier l'ame en elle-même, dans l'œuvre des hommes de 
génie, dans l'histoire des sociétés humùnes; voir l'homme tel qu'il 
est, ni avorton, ni monstre, qu'on ne vante ni ne diffame ; le 
remettre à sa place dans la nature ; montrer que tout en lui et 
autour de lui se ramène à un faisceau de lois, et que l'iJéal auquel 
se suSr)endent toutes ses aspirations est aussi la fin à laquelle con- 
courent toutes les forces de l'univers, telle e.st la tâche que Taiiie se 
proposait dès sa sortie de l'école. 

Mais il fallait vivre, et paur ceux qui voulaient penser librement, 
c'était^ en ces années-là, une chose difficile que de vivre dans l'Uni- 
versité. Taine l'éprouva à tou» les degrés : un refus à l'agréga- 
tion, qui fit scandale, un envoi en province, qui n'était que l'ap- 
prentissage de la disgrâce. Il connut la sottise dans l'injustice, la 
perbécution hypocrite, « ces premiers crève-.-œur de la jeunesse » 
qui assombrissent à tout januisla vie, et ce qu'il apprit alors à 
nommer « la dureté ordinaire du commerce des hommes ». En 
miins d'une année, il tomba d'une supp éance de philosophie à 
Toulon à une suppléance de sixième à Bc-sançon. Il se révolta et 
parât pour Paris, sans autie ressource que sa plume. 

Ce Paris studieux de 1853, qui, dans une sorte d'effervescence 
sourde de mine et de laboratoire, couvait u le révolution dans la 
science et dans les lettres françaises, était fait pour développer, 
mais aussi pour pousser aux extrêmes, du côté où il penchât, l'es- 
prit d Hippolyte Taine. On y travaillait, on y pensait, sans autre 
objet que la vérité, sans souci des conséquences pratiques; que di.<- 
je, avec le mépris de ces conséquences. 

C'est alois que Taine se lia avec Wœpke. qui compléta ses con- 
naissances maihématiquc^s et l'i litia à la philologie ; avec Doré, 
qui l'introduisait dans le monde des artistes, tanJis que Marcelin, 
San ami d'e.ifance, lui apprenait à démêler l'histoire dans les estim- 
pes. Il faisait de la chimie et de la physiologie ; il fréquent lit la 



d'hippoltTe taine 3ob 

Salpétrière, tachant de découvrir, à travers les grossissements et 
les déformations de l'intelligence malade, le passage mystérieux de 
la sensation à l'image, et de l'image à la perception. Entre temps, 
il commençait d'écrire à la Revue de l'instruction publLjuc^ aux 
Débats^ à la Revue des Deux Mondes. Et, partout, entier à son étude 
présente, il allaif, interrogeant les hommes spéciaux, les témoins 
vivants ; choisissant de préférence ceux auxquels il attribuait à la 
tois le sens très aigu et un parti pris très sceptique ; poursuivant, 
sous k forme la plus concise, l'opinion la mieux prouvée, « les 
impressions personnelles, exactes et crues », les mots caractéristi- 
ques de; hommes illustres, les petits détails significatifs des grands 
événements. CepenJant il avait hâte de rentrer dans sa retraite de 
l'île Saint-Louis. Aux hommes récalcitrants ou importuns il pré- 
férait les livres, moins lourds et moins longs à feuilleter. La vie 
réelle, la vie brutale même l'attirait à titre d'expérience et de cli- 
nique sociale. Mais il n'aimait à l'étudier que dans Saint-Simon ou 
dans Bilzac, comme les monstres, les tauves et les oiseaux de 
prcie, au Muséum, derrière les grilles, le matin, quand les arbres 
sont encore frais de la rosée ei que les allées sont encore vides 
d'oisifs. Il redoutait de perdre son temps et d'encombrer sa mémoire. 
Enfin, il ne savait pas s'ennuyer. S'il voulait le secret des choses, 
il ne se résignait point à le guetter longtemps, aux seuls endroits 
peut-être oii ce secret se décèle entre les propos interrompus, les 
anecJctes rabâchées, les confidences fallacieuses, le bavardage des 
hommes obsédés d'eux-mêmes, qui cherchent à tuer le te nps, à 
tromper l'attente, à se tenir en scène les uns devant les autres, se 
méfiant des questions, mais laissant parfjis échapper, par surprise 
de vanité, ou de passion, le mot révélateur : les antichambres des 
hommes d'Etat, les bureaux de rédaction des journaux, les cou- 
loirs des assemblées, les foyers de théâtres, toutes les salles de pas- 
perdus. 

Et comme il compulse, dépouille, regarde, analyse et note à 
Paris, il voyage en Angleterre, en Italie, dans les Pays-Bas, en 
France. Assidu aux archives, chez les savants et chez les hommes 
techniques, commentant les musées par les bibliothèques. 

Il s'exerce et s'anime à la science nouvelle Ici, en historien^ à 
coups de pioche tt de mines, rudes et durs, dans le sol résistant, la 
chaussée ciinentée, les massits monuments de l'histoire romaine : 
c'est l'HssjL sur Tite-Live. Ailleirs, en psychologue, s'efTorçant de 
dégager les traces de Condiilac, ensevelies sous les programmes 
d'ttat : c'est le livre des Philosophes. Ce livre tut sa prise de la Bas- 
tille. Taine n'a rien produis, pis même les notes de Thomas Grain' 
dorge^ ce La Bruyère positiviste de la Yie parisienne., où il ait 
déployé plus de fantaisie avec plus d'abandon : une verve endia- 
blée, un mélange d'irrévérence sjrcastique et de flamme à la DiJe^ 
rot ; un talent encore inconnu dans nos lettres, pour rendre les 
abstractions vivantes^ l'analyse colorée, la dialectique pittoresque^. 



356 ÉLOGE ACADÉMlQtE 

le sophisme ridicule, l'évidence spirituelle; pour glisser des croquis 
délicieux de paysage, dans des encadrements noirs de tableaux de 
mathématiques ; toute une psychologie qui s'atflrme, toute une 
philosopliie de l'histoire qui se déborde, toute une métaphysique 
qui s'envole ; par-dessus tout l'exubérance, les ailes de la jeunesse. 
Il projette en ses ouvrages, conçus en même temps, publiés coup 
sur coup, les idées directrices de ses oeuvres capitales. H les lance à 
brûle-pourpoint, assaillant le lecteur par la thèse, l'empoignant pir 
la démonstration. Il aimait, il aima toujours, les débuts impérieux 
à la Beethoven. 

Au cours de ses études sur Racine, Saint-Simon, La Bruyère, I,a 
Fontaine, Mme de Lafayette, il se fut une notion du caractère 
français, qu'il reprendra sans cesse, l'étendant et la complétant, et 
qui exerce sur le rythme de son œuvre autant d'influence que sa 
notion primordiale de l'homme infirme par naissance et de la 
société malade par nature. C'est l'esprit classique ; il e;i déduira sa 
théorie de la Révolution française, et cette idée deviendra l'idée 
maîtresse des Origines de la France contemporaine. 

On s'explique, dès l'abord, ce qu'il comprendra dans ce livre et 
ce qu'il en exclura. On voit venir de la même allure, et se supposer 
les uns sur les autres, la tragédie classique et les Droits de riiomme^ la 
monarchie absolue et la démocratie. C'est la grande route royale 
et nationale de l'histoire à tr-U'ers les plaines et les vignobles de la 
France moyenne ; mais cette route s'arrête au pied des montagnes 
couvertes de neiges éternelles ; aux grèves où l'Océan, qui se perd 
dans l'infini, étale ses nappes mouvantes sur le sable morne ; aux 
rochers, où les vagues perpétuellement troublées se brisent en 
écume, sous un ciel lourd de tempêtes. La France est le pays des 
contrastes. Sa Chanson de geste abonde en merveilles ; et n'est-ce 
point découper d'une main trop tranchante en son histoire que d'en 
écarter à titre de digressions, tant de glorieuses aventures et d'hé- 
ro'iques épreuves, cet appétit de l'impossible et ces longs abatte- 
mcius coupés de lièvres, la folie d^ la croix et la folie de la liberté, 
la voie épique, qui va de Jérusalem à Fleurus, du cycle de Charle- 
magne ù relui de Napoléon .' Ce sont pour Taine de^ rayons diver- 
gents. Il s'interdit de les suivre, comme il s'interdit l'clévation vers 
ie mystère et l'ascension vers la métaphysique. 

Il avait entrepris d'appliquer en grand sa méthode, d'écrire l'his- 
toire d'une littérature et d'y chercher la psychologie d'un peuple. 
Il avait choisi l'Angleterre, parce qu'il retrouvait, dans la littéra- 
ture anglaise, à tous les âges, l'homme passionné, concentré, inté- 
rieur, qui est l'Anglais d'aujourd'hui. Taine, dans ce livre, donna 
sa mesure. Par «.e coup de maître, il ne se plaça pas seulement au 
premier rang de nos écivains, il fit grand honneur, en Europe, à la 
littéra.ure française. 

La méthode avait fait ses preuves ; Taine en présenta, dans l'in- 
troduction de la Littérature anfilaisc. un exposé magistral, tlle se 



D HIPPOLYTE TAINE ?>0 , 

ramène, en réalicé, à quelques données simples : touces les choses 
humaines, que ce soit le génie d'un artiste ou le génie d'un homme 
d'Etat, la lit:ér.iture d'un peuple ou ses institutions, ont leurs cau- 
ses, leurs conditions et leurs dépenda.'ices. Pour l'homme et pour le 
peuple, il y a une disposition initiale maîtresse et supérieure, qui 
dirige toutes les idées et tous les actes, tlle procède de trois fortes 
primordiales, la race, le milieu, le moment. 

Taine devait beaucoup à Sainte-Beuve et il aimait à le pro- 
clamer. Toutefois, pour cette conception fondamentale, il relevait 
d'un autre maître. « Mon idée, disait-il, traîne par terre depuis Mon- 
tesquieu, je l'ai ramassée, voilà tout. » 

Nous reconnaissons les fameux « rapports nécessaires qui dérivent 
de la nature des choses »; mais, en les constatant, n'oublions pas 
que la nature des choses, ici, c'est la nature humaine. En histoire, 
c'est l'homme qu'il faut rechercher partout et partout remettre en 
son rang, car partout on le reconnaît. Qu'est-ce, en effet, que la 
race, dans le développement de la civilisation, si ce n'est l'ensem- 
ble des caractères héréditaires imprimés par la famille aux généra- 
tions ? Qu'est-ce que le milieu, si ce n'est l'humanité accumulée 
depuis les origines, les traditions, les croyances religieuses, les 
chants populaires, les lois, tout ce qui façonne les individus, lie le 
passé et l'avenir, supprime la mort dans les nations et tait que 
l'homme tient à sa patrie comme la plante tient au sol d'où elle tire 
sa sève, sa fleur et sa semence ? La destinée d'un peuple, ainsi con- 
sidérée, se réduit aux iaits permanents de son histoire. Les peuples 
demeurent, dans les conditions naturelles imposées à la vie 
humaine, les artisans de leur destinée. Les formules que nous en 
donnons sont de pures créations d; notre esprit, et elles ne mènent 
pas plus les affaires du monde que les formules des astronomes ne 
mènent le cours des astres. Mais dans le spectacle de l'humanité 
errante^ souffrante et travaillant toujours à mieux voir, à mieux 
penser, à mieux agir^ à diminuer l'infirmité de l'être humain, à 
apaiser l'inquiétude de son cœur, la science découvre une direc- 
tion et un progrés : elle ajoute, à l'intérêt émouvant du drame, 
ridée d'une harmonie supérieure dont ce drame est l'expression. 

Pour expliquer les faits, Taine les lie ; pour les montrer, il les 
arrête. Son histoire, ainsi enchaînée et groupée, est immobile; mais 
il supplée, par l'animation du style, au mouvement du récit qu'il 
supprime. Il n'eut jamais d'hésitation sur la méthode ; il en tut sur 
le style, et aussi des retours. Il ten,îit que la faculté de représenter 
les choses est la puissance même de penser. Il s'y appli,]ua, mais 
sans parti pris ni efforts dans les premiers temps ; plus tard, par 
procédé et par tension. Entre sa première manière, les métaphores 
tout intellectuelles^ les aquarelles aux teintes claires du Lj. Font^ini: 
et des Philosophes et l'imagination véhémente du Voyage en Italie^ 
il y a plus qu une différence de degré. On passe d'une école à une 
autre. Dans Paris, tel que l'a fait la vie moderne, Stendhal est cité 



3;)8 K/.OGE ACADÉMIQUE 

sans être lu, Condillac n'est ni lu ni cité. Montesquieu est relégué 
au cabinet des médailles. Taine se déclire pour les coloristes. Il fixe 
sur ses carnets, en notes aiguës et parfois frémi,ssantes jusques à la 
douleur, les « taches que font les objets sur sa réiine ». Mais il se 
reprocherait de chercher l'impression pour l'impression même. Il 
veut que la représentation de l'idée, tout intense qu'elle soit, demeure 
une idée éclairée et approfondie ; plus signifiante, plus pénétrante à 
l'esprit parce qu'elle frappe plus tor ement les sens ; mais toujours 
démonstrative, jamais fantasque, encore moins inexacte. Il fit plus 
d'une fois, sur cet article, troublant pour lui, son examen de cons- 
cience. « Depuis dix ans, écrivait-il en 1862, mon idée fondamen- 
tale a été : Il faut peindre l'homme à la façon des artistes, et, en 
même temps, le construire à la façon des raisonneurs : l'idée est 
vraie, elle produit des effets puissants, je lui dois mon succès, mais 
elle démonte le cerveau. . . Je lutte entre les deux tendances, celle 
d'autrefois et celle d'aujourd'hui. « Il se partagea : la traduction 
<L littérale et spontanée des sensations », pour les notes de voyage 
en Angleterre et sur Paris, la classification colorée pour la philoso- 
phie et pour l'histoire. C'est en cette dernière manière qu'il écrit 
son Essai sur la. sculpture en Grèce^ d'une verve si légère, d'une 
lumière si transparente ; son Traité de l'idéal dans Van, si sain, par 
l'élévation perpéiueile vers le vrai et Li belle doctrine de la bienfai- 
.sance des caractères ; son Traité de l'intelligence^ où il complète et 
mène à ses fins la p-sychologia esquissée dans les Philosophes . 
C'est son œuvre la plus méditée ; et peut-être est-ce son œuvre la 
plus parfaite. 

Ce livre marque l'apogée de son talent et aussi de son influence. 
Il est désormais à côte de Renan, son ami. l'un des chefs reconnus 
de la génération nouvelle. Taine avait été un précurseur. Son public 
était venu. Les jeunes gens, qui avaien"". alors de vingt à trente ans, 
très Français en leur évolution même, las des mots creux, de la phi- 
losophie de commande et de la philosophie importée, des ballons 
captifs et des ballons dégonflés, avides de science à défaut de l'ac- 
tion qui leur était interdite, exigeaient, dans la pensée et dans l'art, 
la vue positive des choses, la précision nourrie de réalité. Elèves de 
Pasteur à l'Ecole normali^, de Quicherat à l'Fcole des chartes, de 
Claude Bernard, de Berthelot, de Havet au Collège de France, lec- 
teurs de V Ancien Régime de Tocqueville et de la Cité antique de Fus- 
tel de Coulanges, Leconte de Lisle leur révélait les âmes barbares 
et la poésie des races disparues; ils allaient avec le roman, de Bal- 
zac à Flaubert ; au théâtre, ils applaudissaient le Demi-Monde et 
les Effrontés ; puis, rentrés au logis, ils sentaient leur cœur battre 
et leur àme s'élever avec les Stances de Suliy PruJhomme. Il y 
avait Lntretous ces hommes et toutes ces œuvres, des liens et des 
rapports que es jeunes gens devinaient et qu'i.s ne s'expliquaient 
pas. laine les leur fa comprendre. Il fut leur conscience iii;ellec- 
tuelle, leur maître à penser et leur maître à écrire. Il leur apprit à 



D HlPPOI.YrK TAINE 350 

voir et à vouloir, à fouiller et à construire. Influence austère en ses 
horizons fermés, mais virile et tortifiante en se» nobles exhortations au 
labeur dési itérasse de la civilisation. 

Les professionnels disputaient encore entre eux, s'il convenait de 
le classer parmi les pantliéistes ou parmi le^ positivistes, s'il fallait 
le rattacher à Comte ou à Spinoza, sous quel nom il était opportun 
de le consacrer, ou sur quel chef il convenait de l'excommunier, que 
déjà, ne fût-ce même par l'écho ou le cnoc en retour des c avertis- 
sements » et des réfutations, sa méthole avait gagné le grand 
public. Ses tormules : milieu, race, moment, idée maîtresse_, série 
de groupes, états d'àmes, hallucmition vraie, souvent incomprises 
et détjrquéeS; cour.iient les éc îles, les revues, les ateliers, les jour- 
naux. C'est â cette sorte d'étiage que ?e mesure l'alluvion des grands 
penseurs. Psychologie, liis oire, critique d'art et critique littéraire, 
études de la nature et paysages écrits ; le roman consulté a titre 
de document, et se construisant désormais à coups de documents ; 
l'm* esrigation minutieuse de l'homme da.s sa naissance, dans ses 
habitudes, dans ses entouis ; la descriptijn, l'inventaire même du 
mobilier et des accessoires de la vie humaine, on peut dire que par- 
tout, de la chaire des universités à la presse mondaine et anecdoti- 
que, l'influence de Taine se fit ressentir : dans aucune branche de 
l'activité intellectuelle il n'a laissé les choses au point où il les avait 
prises. 

Son œuvre, telle qu'il l'avait conçue, comportait encore des étu- 
des religieuses et des études politiques. Il était déjà loin du temps 
où il n'apercevait, dans la religion, « qu'un beau poème tenu pour 
vrai », relevant de la seule littérature. Depuis son voyige en .Angle- 
terre, il entrevoyait dans un christianisme très large, tout imprégné 
de l'esprit moderne, une conciliation possible entre l'esprit scienti- 
iique et une discipline morale qui lui paraissait la meil.eure de tou- 
tes pour développer, dans l'homme, par un appel direct à la cons- 
cience, « la réforme volontaire et l'empire de soi-même ». Il y 
songeait souvent, mais il se trouvait, sur ce chapitre, trop loin de 
compte avec la majorité de ses concitoyens. « J'ai bien u i idéal en 
po iti lUe et en religion, écri/ait-il en 1862 ; mais je le sais impas- 
sible en Fiance, c'est pourquoi je ne puis avoir qu'une vie spécula- 
tive, point politique. Si, ajoutait-il, le protestantisme libre, comme 
en .Allemagne sous Schleiermacher, ou à peu près comme aujour- 
d'hui en Angleterre, si les libertés locales, comme aujourd'hui en 
Belgique, en Hollande, en Angleterre, aboutissaient à une représen- 
tation cen'rale. . . » Toutefois, il avait crayonné le Projet d un livre 
sur lu religion et la société en France. Il voulait l'écrire « à la manière 
de .Vlachia\el, sans iac.i.ier dans un sens ou dans un autre, traitant 
h ch )se comme un état physiologique ». Il avait ajourné ce dessein. 
Quand il le reprit, les te:nps étaient ch'iigés, et ces temps d'épreu- 
ves tragiques avaient amené Faine à un état d'esprit bien éloigné de 
celui de Machiavel. 



:i60 Kr.OGE ACADÉMIQUE 

Il vit ce que, saut' quelques Jiommes avertis du s;cretdes affaires 
eu Europe, notre génération considëraic comme la chose impossi- 
ble. Nous étions nourris de ce qu'on nomme nu dehors la grande 
illusion française. Les étrangers la raillent, mais nous n'en parlons, 
nous, que les larmes aux yeux, parce que cette illusion-là est la loi 
de notre histoire, le lien de notre société, iiotre principe et notre mis- 
sion dans le monde. Dans ce siècle des nationalités, la France, qui 
avait payé. de son sang la résurrection des peuples, a été frappée 
dans sa conscience nationale. Ramenée à ses limites traditionnelles, 
elle nous y paraissait doublement sacrée, par le droit et par l'his- 
toire :^ car ceux qui vivaient dans cette frontière d'élection, s'étaient 
unis en légitime mariage, pir leur consentement libre, pour la 
bonne et pour la mauvaise fortune, contre la maladie et contre la 
mort ; car la France avait pris pour sa maxime d'Etat cette décla- 
ration qui semblait la metfe au-dessus des querelles : « J'aime, 
donc je suis ! » faisant ainsi de la nition une àme qui se survit tou- 
jours et qui ne se divise pas. 

Il ne suffit point à Taine de protester contre les conditions de la 
paix et d'opposer à la France selon les Allemands, la France véritable: 
il sentit que désormais le savant ne pouvait plus, comme naguère, 
répondre au politique, qui lui reprochait d'établir la révolution ou 
le désespoir dans l'esprit des Français : « Est-ce qu'il y a des Fran- 
çais ? » Il y en avait et ils étaient malheureux, et ils étaient trou - 
blés. Chacun se devait à tous. Tout, dans notre démocratie, dépend 
du mouvement des masses, et les masses ne sont mues que par les 
déplacements sourds des infinimencs petits. C'est dans ces profon- 
deurs seulement que peuvent opérer les réformes efficaces, les 
actionsélé mentaires. qui, par leur poussée lente et continue, arrivent 
à modifier les conditions générales de l'histoire : le milieu socia' 
et les dispositions héréditaires de la race. Dans ce dessein, pour 
défricher d'abord les avenues et tormer les pionniers, Taine aida 
de toute son ardeur son ami M. Boutmy, grand éducateur d'hommes? 
à fonder l'Ecole des sciences politiques, e Pour voter, écrivait 
Taine en 1849, il me faudrait connaître l'état de la France, ses 
idées, ses mœurs, ses opinions, son avenir. » Cette idée reprise 
vingt-cinq après, a produit les Origines de la France contemporaine. 
Estimant que les périls de la France provenaient d'une grande 
aberration : la conception abstraite des droits de Vliomme^ et d'une 
constitution funeste : les institutions de l'an VIII ; que l'une et 
l'autre provenaient d'un pli héréditaire, imprimé par l'ancien 
régime, Taine résolut de les attaquer par la réfutation de leurs 
principes et par le spectacle des maux qu'elles avaient causés. 

Il pose d'abord et très fortement les bornes de son ouvrage. Il ne 
prétend p.is expliquer l'ensemble des affaires françaises pendant ia 
Révolution. Il exclut les finances, l'Eglise, les négociations, les 
armées, le contre-coup des menaces et des convoitises de l'Europe, 
les nécessités et les entraînements de la guerre, qui emportent les 



d'hippolyte ïaine 31)1 

Français, de la lutte pour l'indépendauce, à la propaganJe et à la 
conquête. Il laissait à d'autres le soin d'ea faire Ihistoire. 

Je suis de ceux qui se sont hasardés dais une des parties de ce 
vaste champ, que Taine s'étnit fermé. Mes recherches m'ont con- 
duit, sur des points même que Taine avait traités, à des jugements 
très sensiblement ditiérents des siens. Vous le saviez, messieurs, 
lorsque Vous avez accordé à mon livre celui de vos prix qu'un his- 
torien français est le plus fier de recevoir. Taine était alors des 
vôtres, et nul n'entrait avec plus de liberté d'esprit dans votre 
large façon d'envisager les choses. Je manquerais étrangement de 
mémoire, si je ne le rappelais pas aujourd'hui ; mais, à y insister 
davantage, je manquerais assurément de discrétion. 

Taine n'a qu'un objet : montrer, à travers l'histoire de l'esprit 
public et des pouvoirs publics, comment le Français de l'ancien 
régime est devenu le Français d'aujourd'hui. Celui-lii, à ses yeux, 
est un malade par dispositions héréditaires, malade aussi de ses 
médecins, qui, par le jrs saignées, leur antimoine, leur régime d'hôpi- 
tal militaire, l'ont énervé et détraqué. Taine dénonce cette théra- 
peutique déplorable ; il cherche l'hygiène future et, selon sa 
méthode, il la cherche dans l'étude du malade. Il va au club des 
Jacobins, comme il allait autrefois à h Salpétrière. Il ne s'occupe 
pas de ce qui a fait vivre les Français durant cette crise; il s'in- 
quiète de qui aurait pu les tuer. Il n'écrit pas l'histoire de la Révo- 
lution française, il fait la pathologie mentale du Français penda it 
la Révolution. 

Avec quelle patience et quelle conscience il poursuit son énorme 
enquête, ceux-là seuls qui l'ont vu travailler, ceux d'entre vous qui 
lui ont ouvert leur trésor, peuvent le dire, et nul ne le saurait dire 
sans témoigner de son estime. .Mais plus Taine s'enfonce dans cette 
réalité démente et sinistre, plus il s'émeut, s'emporte, se livre. Il 
dépouille le détachement superbe du savant; il entre en bataille 
pour lui-même, comme au temps de sa lutte contre les éclectiques; 
plus sombre toutefois, plus impétueux, muni de tous les projec- 
tiles ec de tous les explosifs modernes. Par moments, on se croirait 
à la cour d'assises^ que dis-je, au tribunal révolutionnaire, le len- 
demain des journées de proscriptions. Toutes les factions se pous- 
sent dans te prétoire et s'y étouffent les unes sur les autres. Taine 
instruit le procès, interroge les témoins, requiert, juge et condamne 
toujours. La splendeur du style décuple l'effet des tableaux : les 
métamorphoses surgissent, grossissantes et lumineuses comme les 
projections des physiciens, mais en même temps furieuses et 
emportées, d L'artiste, disait-il, est une machine électrique chargée 
de foudre ; sa grandeur consiste dans la grandeur de sa charge ; 
plus ses nerfs peuvent porter, plus il peut faire. » 

L'Ancien Régime, où l'explosion couve, est, avec la Littérature 
anglaise et l'Intelligence, sa troisième œuvre maîtresse : l'Académie la 
salua par une élection, que ratifia toute l'Europe lettrée. Les volumes 



362 ÉLOGE ACADÉMIQUE 

de la Révolution où la mine éclate, soulevèrent autant d'admira- 
tions^ mais beaucoup plus de critiques. Le livre était plei i de pas- 
sion, les pnssioH'^ s'en empirèrent. Il se produisit dans le public, 
entre chacune des parties de l'ouvrage, une série d'évolutions, ana- 
logues à celles du chœur, dans les tragédies grecques. Avec sa 
conscience de penseur sincère et d'écrivain lucide, Taine s'étonnait 
d'être si méconnu dans ce qu'il avait dit et si fort attaqué pour ce 
qu'il ne disait pas. 

Lorsqu'on lui reprochait de négliger les grands côtés de l'époque, 
il n'aurait eu qu'à ouvrir son livre aux pages où se dépl ne l'essor 
de la nation en 1792, sorte de marche héro'ique et sacrée, d'une 
magnifique envolée de clochi's, de chants et de clairons II n'aurait 
eu encore qu'à reprendre, dans sa Littéruture anglaise^ cette apos- 
trophe^ jetée à un détracteur illustre de notre génie national : « Ces 
ouvriers, ces Jacques sans pain, sans habits, se battaient à la tron- 
tière pour des intérêts humanitaires. Ils sont dévoués à la vérité 
abstraite^, comme vos puritains à la vérité divine ; ils ont combattu 
le mal dans la société, comme vos puritains dans l'àme ; ils ont 
eu, comme eux, un héroïsme, mais sympathique, sociab.e, prompt à 
la propagande, et qui a rétormé l'Lurope^. pendant que le vôtre ne 
servait qu'a vous. » Il se contentait de dire : « Ce n'est pas mon 
sujet. » Quant aux admirateurs nouveaux et parfois un peu trop 
zélés, que lui valaient ses coups de bélier contre les Droits de 
Vhomme et ses coups de massue aux Jacobins, « je les attends », 
disait-il, avec son sourire fin et résolu, et cette manière qu'il avait 
de conclure d'un ton doux et péremptoire, ponctuant la phrase, 
scandant les mots : « Je les attends à Napoléon. » 

Il n'attendit pas longtemps, et l'effet dépassa son attente. Jus- 
que-là, lorsqu'il était aux prises avec un penseur^ un poète, un 
artiste, et qu'il arrivait a l'élément irréductible, au passage de la 
formule ù la vie, Taine, penseur et poète lui-même, suppléait l'im- 
puissance de l'analyse par la divination de son propre génie. Mais, 
ici, cette divination lui faisait défaut. Il l'a^-ait dit à piopos de 
Guizot et de Cromwell : i Pour écrire l'histoire politi ]U', il faut 
avoir manier 'es affaires d'Etat. \jn littérateur, un psychologue, un 
artiste se trouve hors de chez lui. » L'Ltat était pour Taine le der- 
nier des monstres scolastiques, qu'il avait rés.)lu d'anéantir : il était 
absolument réfractaire à la raison d'Etat. C'est pourquoi, comme 
naguère le Comité de salut public, Napoléon lui demeura étranger. 
Il tut beau remplir le creuset, broyer et chauffer à outrance ; la 
flambée eut des éclats surprenants, mais l'affinité manquait et le 
bronze ne se forma point. 

Avec le Régime moderne, Taine revint à son objet direct. Il a tait 
la part de la fatalité héréditaire ; il fait maintenant celle de la jus- 
tice. Justice sociale, pour lui, est synonyme de liberté civile et 
politique, et il n'y a de liberté féconde que celle qui garantit les 
droits de l'individu. 1 iberté. justice, ces mots, ainsi entendus, im- 



d'hii'POlyte taine 303 

pliquent l'actioa volontaire et l'agent responsable. « L.i persuasion 
que riiomme est avant tout une personne maraleet libre, et qu'ayant 
conçu seul, dans sa conscience et devant Dieu, la règle de si con- 
duite, il doit s'employer tout entier à lappli juer à lui, hors de lui, 
absoluiiient, obstinément, inflexiblement, par une résistance perpé- 
tuelle opposée aux autres, et par une contrainte perpétuelle exer- 
cée sur soi ». voil'i, disait Taine, « la grande idée anglaise ». 
Disons : la grande idée de tout peuple qui prétend vivre et qui ne 
veut ni se dessécher dins les déserts, ni sombrer dans les bas- 
toiids. Sans cette donnée, sans ce que Taine appelle les deux idées 
maîtresses de la civilisation moderne, l'honneur^ par où l'homme 
s'attribue des Jroifs dont rien ne peut le priver, la conscience, par 
où il conçoit la justice absolue, le livre des Org nés ne serait qu'une 
apocalypse de notre décaJen_e et le livre du Rt-gime moderne qu'une 
stérile lamentation. Ni l'une ni l'autre. 

Le plus délicat des hommes sur l'article de l'honneur, le plus 
scrupuleux sur l'article de la conscience, Taine a vécu en homme 
responsable et libre, il a écrit pour des hommes responsables et 
libres, capables de le comprendre et de profiter de ses enseigne- 
ments. A ceux qui l'accusent de dissoudre l'ame humaine en une série 
plus ou moins flottante d'états d'âme, on peut répondre, et par sa 
doctrine de la facu<té maîtresse, qui concentre et gouverne toute 
l'àme durant toute sa vie, et par l'exemple de son âme, la plus 
identique à soi-même qui ait jamais été. Il a mieux tait que d'écrire 
ce traité de la Volonté qui devait former le complément de son 
livre sur Vlntellige/ice ; il a montré, par ses actes, ce que valait, 
contre les épreuves du dehors et pour la saine activité humaine, 
une volonté tenace et réfléchie. 

Parmi les soutiens que, dans cette lutte de tous les jours, exige 
l'infirmité de l'homme, il inclinait de plus en plus^ dans les der- 
nières années de sa vie, à placer la religion chrétienne. L'expérience 
et l'iiistoire l'avaient conduit, envers le christianisme, de l'intelli- 
gence à la sympathie et au respect. Il ne disait pas, avec les liber- 
tins d'Ltat: Il faut une religion pour le peuple. Il n'admettait point 
cette nuance de mépris dans une atiaire qui est l'affaire la plus 
intime du cœur humain. H savait que tout le monJe est peuple 
devant la soutlrance, l'énigme de la destinée, les contrariétés de la 
justice, le déchirement de la mort et l'inquiétude de l'espérance. 
Toutetois, s il réclama pour les croya.its la liberté de conscience la 
plus large avec toutes ses conséquences et toutes ses conditions; s'il 
reconnut dans l'Evangile « le meilleur auxiliaire de l'instinct 
social »; s'il en vint à admirer la toi, comme un au-delà de l'intelli- 
gence et de la raison, nul ne peut dire qu il rompit les nœuds d'ai- 
rain qu'il s'était librement forgés. Franchit-il jamais cet abime. que 
le croyant franchit d'un coup d'aile, et qui sépare la soumission à 
des lois nécessaires et universelles, de la confiance en la bonté infi- 
nie d'un Père ? S'il resta, pour son compte, un stoïcien, il le fit de 
dessein prémédité, mais aussi par modestie. On doit savoir se bor- 



364 ÉLOGE ACADÉMIQUE 

lier, disait-il, « être conteur d'avoir pu contempler et penser le 
monde, croire que cela vaut la peine de vivre ». Mais, c^ qu'il s'in- 
terdisait à lui-même, il ne se défendait point de l'attendre d'au- 
trui, « Chaque génération, écrit-il, lira quelques pages du grand 
livre qui ne finit pas »... « Si je m'arrête, c'est par sentiment de 
mon insuffisance ; je vois les limites de ma pensée^ je ne vois pas 
celles de l'esprit humain. » 

C'est le moment où un grand artiste, qui sait peindre les hom- 
mes comme Taine savait les comprendre, Fa représenté, vieillissant 
déjà, mais dans la plénitude de son être moral : imposant, tomme il 
apparaissait, à ceux qui l'apercevaient du dehors; vénérable, comme 
il l'était à ceux qui l'approchaient^ ce partaicement aimable, comme 
il savait l'être pDur tous ceux qu'il recevait à son foyer. Très clair, 
sur un fond très sombre, il se détache et semble venir à nous de 
son pas mesuré. Le front découvert, bombé, comme trop plein et 
pesant sur le corps ; le visage creusé et pâli ; toute l'aspiration, tout 
le flux de la vie montant vers ce iront souverain et insatiable ; la 
bouche droite, volontiers silencieuse, s'ouvrant aux questions 
directes, aux réponses nettes; mais bien plus volontiers encore sou- 
riante à l'amitié, bienveillante à la jeunesse, dure seulement au 
mensonge et impitoyable à la présomption. Les yeux se tiennent à 
demi baissés, sous les verres qui les couvrent. Le regard, quand il 
se lève, est perçant comme un éclair qui passe sur une lame aiguë ; 
mais, plus habituellement, il se voile. On sent que Taine, malgré 
sa passion pour la couleur, préférait encore à la vision éblouissante 
du monde, la vie intérieure, celle qu'il avait dirigée une fois pour 
toutes_, vers les grandes idées simples, parles grandes lignes pré- 
cises et continues. 

IL avait restreint sa tâche; il avait encore trop présumé de ses 
forces. Il ne passait, dans les dernières années, que quelques mois à 
Paris, impatient de retourner à sa maison du lac d'Annecy, près de 
laquelle il avait décidé de reposer toujours : il y avait trouvé le seul 
bonheur véritable, le bonheur tel qu'il l'avait conçu, tel qu'il le 
méritait. Il marcha tant qu'il put marcher : là-bas, sur les rives 
incessamment rafraîchies par les grands courants d'air des monta- 
gnes ;[à Paris, sur les bords de la Seine, où sa jeunesse avait connu 
l'angoisse de vivre et « le ravissement de penser > ; de préférence à 
sou cher Jardin des Plantes. Il y ressentait comme une impression 
vivifiante de ses matinées d'autrefois, au mois de mai, quand il 
avait vingt ans : « Le soleil brillait au travers des herbes, et je 
voyais cette vie intérieure, qui circule dans les minces tissus et les 
dresse en tiges drues et fortes ; le vent soufflait et agitait toute 
cette moisson de brins serrés, d'une transparence merveilleuse ; 
j'ai senti mon cœur battre et toute mon âme trembler d'amour, 
pour cet être si beau, si calme, si étrange, qu'on appelle nature ; je 
l'aimais; je l'aime; je le sentais pirtout, dans le ciel lumineux, 
dans l'air pur, dans cette forêt de plante-î vivantes et inanimées, et 
surtout dans le souffle vif et inégal de ce vent de printemps. j> 



D HIPPOLTTE TAINE 36o 

iMais chaque saison la vie devenait plus lourde, la marche plus 
pénible ; les étapes étaient plus courtes, les haltes plus prolongées. 
Jamais cependant sa pensée n'avait été plus alerte, son imagination 
plus féconde. <c Cette pensée, dont tu es si fier, lui disait autre- 
fois Prévost-Paradol, que tu la veux d'une nature unique et supé- 
rieure à l'univers », cette pensée l'épuisait de si créatioir pro- 
digue et incessante. Au lieu de la suivre avec allégresse, il devait 
désormais rompre la chaîne des idées et dissiper les Fantômes des 
images. Il connut ce supplice, le plus cruel pour un homme de son 
génie, réfréner ce génie même et le bâillonner. Mais il ne )e mau- 
dit point et ne murmura jamais. Dans cette misère de la condition 
humaine, ce grand et douloureux penseur se relevait encore par sa 
souffrance : « Toute la dignité de l'homme est dans la pensée. » 

Puis vint le jour où il ne sortit plus et ne reçut plus que quel- 
ques intimes, pour quelques instants : toujours affable, toujours 
intéressé à leurs travaux, soucieux de leurs espérances, ne parlant 
que de leurs affaires, jamais des siennes et de la plus poignante de 
toutes. On le voyait s'amincir et se courber, mais il semblait que 
l'homme intérieur grandissait toujours ; et lorsque la main pieuse 
qui veillait sur ses forces défaillantes, indiquait que le temps était 
venu de le quitter ; que l'on partait en se demandant si le lende- 
main on le retrouverait encore ; que l'on songeait avec désespoir 
à cette grande lumière jetée sur le monde et dont la source allait 
disparaître, on se réconfortait en considérant que l'on assistait à un 
grand spectacle et qu'il n'y avait vraiment plus ni proportions ni 
commune mesure, entre cette pensée, qui s'élançait toujours plus 
forte, plus sereine, plus dégagée vers l'idéal, et ce corps qui s'en 
allait toujours plus débile, s'évanouisiant vers la terre. 

11 lisait, il lut jusqu'à la fin : du César ou du Salluste, revenant 
au latin, comme l'homme épuisé revient au lait qui a nourri son 
enfance, reposant sa pensée indocile, sur les mots nets et pleins, 
dans l'avenue des idées alignées. Il se faisait lire Sainte-Beuve, qui 
lui donnait l'illusion de la vie dans ce qu'il avait le plus goûté au 
monde ; la libre conversation sur les choses de Tintelligence, avec 
les gens d'esprit. Enfin il méditait Marc-Aurèle, r-\sté son livre de 
chevet. De ses sentences, « cris étouffés d'un enthousiasme con- 
tenu... paroles brisée-;, qu'on prononce à voix basse », il s'était fait 
une sorte de liturgie. Au commerce de cetta àme. selon lui, « la 
plus noble qui ait vécu », il s'exhortait à la résignation : « Conso- 
lez-vous donc, jiauvres hommes, à cause de votre faiblesse et à 
cause de votre grandeur, par la vue de l'infini d'où vous êtes exclus 
et par la vue de l'infini où vous êtes compris. » 

Ainsi mourut Hippalyte Taine. Il est un des raies hommes qui 
ont contribué à changer la figure et à modifier l'allure intellec- 
tuelle de leur siècle. Il a fait avancer, par sa méthode, l'étude, et, 
par ses livres, la connaissance des ch'jses humaines ; il a jeté un 
éclat i;icomparable sur nos ietires, et, après avoir fondu quelques- 



366 ELOGE ACADÉMIQUE 

unes des plus belles statues de l'art français, il en laisse à ses suc- 
cesseurs le moule profond, solide et délicat ; enfin, il a donné, par 
l'ad Tiirable tenue de son existence, un modèle de l'art de vivre à 
qui se propose de vivre pour la science et pour la vérité. 

Voici maiutenaut la seconde partie de la réponse de M. le 
duc de Broglie, dans laquelle l'érninenl hislorieu apprécie à sou 
leur l'œuvre critique de Taine, 

Votre éminent prédécesseur était déjà arrivé à plus de la moitié 
de sa carrière et rien ne paraissait pouvoir être ajouté à l'éclat de 
sa réputation, quand il donna au public la première partie de ses 
vues sur les Origines de lu France contemporaine. Il avait traité les 
sujets les plus divers avec une supériorité égale et marqué partout 
son passage par une abondance de vues originales qui, aussi admi- 
rées par les uns que contestées par d'autres, donnaient à tout ce 
qui était sorti de sa plume un grand retentissement. Mais aucun de 
ses écrits n'a jamais causé autant d'émoi ni provoqué à l'échange 
d'autant de contradictions passionnées que le livre mémorable dont, 
malgré la sévérité de la forme, le succès est devenu si rapidement 
populaire. Le seul fait d'être sorti des consi lérations philoso,)hi- 
ques ou littéraires pour entretenir la France de son pas^sé récent et 
de son avenir incertain a suffi, malgré tout lesjin qu'il .ivait mis 
à se tenir à l'écart de la politique c )urante, pour»jeter à l'instant 
son nom dans la mêlée de la presse et dans I arène des partis. 

A la vérité, ce qui rendit la sensation encore plus profonde, c'est 
qu'un peu de surprise y fut méiée. On crut remarquer en're cette 
production nouvelle et celles qui avaient déjà illustré son auteur, 
sinon une contradiction directe, au moins quelque divergence de 
sentiments et de tendances. On l'avait vu attaquer sans ménage- 
ment bien des croyances traditionnelles contre la Révolution elle- 
même. On crut à un changement survenu dans ses convictions. 
Vous nous dites que cette impression de la première heure était 
erronée et que rien n'était changé chez M. Taine : il avait procédé 
dans cette étude comme dans les précédentes, par la même méthode, 
l'application des mêmes principes, le jeu des mêmes formules ; la 
matière seule sur laquelle il avait opéré était differene : rien de 
plus. Je veux vous croire et j'en crois aussi M. Taine. qui était la 
sincérité même, et tjui est resté convaincu qu'il n'avait en rien 
altéré sa manière ni de penser ni d'écrire. Et puis, je sais que lors- 
qu'on essaie ("ce qui fut, je crois, Terreur de ce noble esprit) d'ap- 
pliquer la logi ]ue aux faits qui ne la comportent pas, on est sou- 
vent conduit, jiour ne pas trop s'écaiter dà b redite^ d'élargir les 
principes d'une manière qt^i éloigne sensiblement le point d'arrivée 
d'un raisonnement de son point de départ. Mais le public n'emre 
pas dans ces finesses, il juge sans réflexion d'après ce qui frappe ses 
regards : il ne vit qu'une chose, c'est que dans le passage de ses 
premiers écrits au plus récent, M. Taine avait causé aux disciples 



D HlPPOLYTE TAINE 3h7 

qui l'avaient suivi jusque li quelque déception et à ses contradic- 
teurs une satisfiction sur laquelle ils ne comptaient pas. Il en con- 
clut tout simplement qu'à l'exemple de beaucoup de maîtres en 
tout genre ^à qui il n'en fait pas un reproche) il s'était éclairé ou 
modilié par Tcxpérience ; en un mot qu'il y avait deux Taine 
comme il y a eu deux Raphaël. Jetai-; comme le public, monsieur, 
et on trouvera naturel que, des deux manières de ce grand artiste, 
ce soit la seconde que je préfère à la première. 

Il faut que ma préférence vienne de motifs qui me tiennent fort 
au cœur, pour que je ne me laisse pas séduire par le récit que 
VOU-; avez fait de ce que j'appelle la première phase de la vie de 
M. Taine : car rien n'est piquant comme de voir ce jeune écrivain, 
inconnu et maltraité la veille, emporter d'assaut pour ses pr mièies 
armes un établissement philosophique qui disposait de toutes les 
situatiois otûciellcs. De l'enthousiasme que cette brillante campa- 
gne causa à la jeune génération à qui le régime impérial ne lais- 
sait d'autre champ d'activité que le domaine des idées, vous 
avez taie une peinture pleine d'éclat. Me permettez-vous de regret- 
ter que, pour la réalité et l'exactitude, vous ne l'ayez pas mêlée 
d'un peu d'ombrer C'est un point sur lequel, ni vous ni moi, nous 
ne sommes des juges pleinement compétents. Vous étiez trop jeune 
pour vous renJre bien compte de ce mouvement, et moi je ne l'étais 
déjà plus assez pour y prendre parc. J'userai du privilège de mon 
âge en rappelant que l'entraînement ne tut pis si général que vous 
le di:es, et sur quel fondement s'appuyèrent les résistances sérieu- 
ses qu'il rencontra et qui ne méritent pas d'étie oubliées. Je le 
fer?i avec la même liberté que si je m'adressais à M. Taine lui- 
même. C'était son mérite d'accepter la contradiction aussi simple- 
ment qu'il la bravait. Des hommages qui ne seraient pas re idus 
avec une pleine ffanchise offenseraient au lieu d honorer sa mémoire. 

L'école philosophique que M. Taine battit en brèche par un feu 
si bien nourri avait un grand tort ; elle prév'alait en France depuis 
un quirt de siècle. Je ne crois pas qu'aucun système de philosophie 
puisse subir impuné;nent cette épreuve. Comme il n'en est aucun 
qui n'ait ses points faibles, aucun i]ui puisse résoudre par la voie 
ration lelle (la seule dont la philosophie dispose) tous les problènes 
qui pèsent sur la destinée de l'homme, — aucun auquel il ne faille 
rappeler avec Bossuet que la sagesse humaine est toujours courte 
par quelque endroit, — on s'aperçoit aisément, quand on a eu 
le temps de faire le tour de la place, que bien des postes sont 
sans détense,et c'est par là que l'ennemi, quand il survient, pénètre 
toujours assez aisément. Il n'y a pas lieu d'être surpris si la phi- 
losophie que M. Taine trouviit au pouvoir, et dont il eut le 
droit de se plaindre, n'a pas échappé à cette condition commune. 
Elle 'j était même d'au ant plus exposée qu'elle eut plus qu'aucune 
autre, je le crains, la prétentiim de paraître suffisante quand elle 
ne l'était pas, détournant ainsi les disciples qui la prenaient pour 
guide de chercher d'autres lumières et d'autre secours que ceux 



368 ÉLOGE ACADÉMIQUE 

qu'elle leur promettait sans pouvoir leur tenir parole. C'est le péché 
de présomption que M. Taine lui fit durement expier. Mais il ne 
la dépouillait pas de ce qui fat son véritable mérite : c'est d'avoir 
relevé et rétabli dans leurs droits, après les superficielles négations 
dn siècle précédent, les vérités qui ont fait de tout temps l'espoir et 
l'honneur de l'humanité : Dieu, sa providence, sa bonté, la sain- 
teté du desoir, la distiiiction du bien et du mal, de l'esprit et de 
la matière. Je vous assure, monsieur, que ce n'était là ni mots 
creux, ni ballons gonflés, ni philosophie de commande, c'était tout 
simplement le concert rétabli avec les belles âmes et les grands 
génies de tous les âges 

Et que nous offrait donc la doctrine nouvelle en échange de ce 
qu'elle nous > emandait de quitter ?* Vous l'avez dit : une piété som- 
bre envers Dieu si bien confondu avec l'univers qu'il ne se distinguait 
pas du néant, et un pessimisme systématique, n'ayant pour conso- 
lateur que Marc-Aurèle, qui ne préi.he pas tellement la résigna- 
tion qu'il ne conseille au besoin de sortir de la vie, si on la trouve 
trop pénible. On était excusable en venté de ne pas renoncer faci- 
lement aux bonnes raisons qu'on croyait avoir pour ne pas le suivre 
dans des régions sans espoir, conduisant à des abîmes d'ombre et 
de silence. 

Les générations d'ailleurs passent vite, et dans le cours moyen 
dune langue existence on en voit plusieurs se succéder. Une nou- 
velle n.ût en ce moment à l'intedigence et au raisonnement pour 
qui M. Taine est déjà un ancêtre et qui le juge, lui et son œuvre, 
avec la liberté toujours grande dont la jeunesse aime à user avec ses 
devanciers. Se montre-t-elle bien reconnaissante envers ceux qui 
ont tenté de ne lui laisser d'autre culte qu'une contemplation mé.ée 
de terreur devant « l'indifférente, immuable et éternelle nature » ? 
Je m'en rapporte aux plaintes et aux aveux que des voix éloquentes 
nullement suspectes ni hostiles à M. Taine font entendre cliaque 
jour au nom de ces nouveaux venus. 

Et quant aux portraits d'une si mordante ironie qu'il fit des chefs 
principaux qu'il combattait, j'ai bien peur d en avoir souri comme 
d'autres et d'autant plus gaiement que, connaissant plusieurs des 
modèles, je n'ignorais pas leurs faiblesses. Et pourtant, réflexion 
faite, était-ce bien la peine de railler la gra\ité de Royer-Coliard, 
la candeur de Jouffroy, l'éloquence de Cousin, pour aboutir à quoi .- 
C'est encore vous qui l'avez dit : à exhumer Condillac. Gagnait- 
on beaucoup au change .- 

Enfin, vous le savez, il est un pjint pirticulier sur lequel vint se 
concentrer, avec une vivacité croissante d'intérêt et d'émotion, 
toute la p)lémique suscitée par la doctrine philos )phique de 
M. Taine Ce fut l'assimiLition qu'il se plaisait à faire en toutes 
choses encre le monde moral et le monde matériel, dont la consé- 
quence extrême ét.iit de retirer à la personne humaine toute liberté, 
en la déchargeant par là de toute responsabilité. Ce fut le grand 



DHIPPOLtTE TAINE 3tj9 

ch.imp de bataille de la controverse. C'est là, c'est contre cette 
résurrection indirecte da la tatalitë antique que s'élevèrent, des 
points les plus divers, mais les plus élevés, des voix très graves, 
plus inquiètes encore que sévères. Far leur bouche a'était-ce pas 
la mora.e elle-mé.ne qui réclamait, menacée dans ses fondements, 
dès qu'en lui ôtant la puiss.ince de se taire obéir on lui était aussi 
le droit de se faire entendre? Car, quoiqu'on tasse, morale et 
liberté seront toujours sœurs, puisque nul ne peut être coupable, 
s'il n"a pas la liberté de ne l'être pas. Où l'urie périssait, l'autre ne 
pouvait longtemps survivre. On avait bien quelque sujet de ne pas 
se résigner à un système qui pouvait c nduire, par un chemin assez 
direct, à priver l'homme de la plus noble de ses prérogatives, en 
l'affranchissant du frein de tous les devoirs. 

Vous paraissez croire ici encore que ce jugement fut précipité, 
cjr vous convenez que M. Taine avait établi le dérerminisme 
absolu dans la conception de l'univers, et vous faites ensuite remar- 
quer que, par un contraste dont vous ne contestez pas la singula- 
rité, il a fini par conclure à la justice et à la liberté dans le gou- 
vernement des choses humaines et par donner à ses concitoyens 
des conseils qui, pour être suivis, supposent qu'ils sont libœs et 
respon ables. Mais vous ne nous avez pas sutfisa nment expliqué par 
quelle porte il avait pu fure entrer la liberté dans un monde où 
la fatalité règne. L'avez-vous trouvé ce passage? Je le cherche et 
ne puis le découvrir. D'ailleurs, M. Taine e:i répondait à ses cen- 
seurs ne prit nul soin de l'indiq ier. L'identité des lois de l'ordre 
moral et de l'ordre matériel parut, au coMcrsirc, être le but cons- 
tant auquel il tendait par la rigueur de son raisonnement aussi bien 
que par la hardiesse de ses méaphorcs. Il n'y a pas jusqu'à sa théo- 
ne historique, que vous avez si bien exposée, qui ne fût, dans les 
termes où il la présentait, incompatible avec toute i iée de liberté. 
Car ces trois conditions nécessaires, ces trois forces primordiales, 
qui président suivant lui au développement de tjut être humain, — 
la race, le milieu et le moment, — il ne les considérait pas seule-, 
ment comme de simples influences dont chacun de nous pourrait 
s'affranchir par l'exercice de la conscience ou de la raison. Réduite, 
à ces termes, la proposition eut été incontestable^ mais elle n'aurait 
pas eu le mérite de la découverte : non, il les legarde comme des 
tacteursmathématiqu- s concourjiuà constituer la personne humaine, 
au même titre et suivant le même procédé que les atomes de diver 
ses substances se combinent pour opérer, par la voie de l'affinité chi- 
mique, la composition d'un produit. C'est dans ce caractère absolu 
que consistât en réalité toute l'originaiité de so;i système. 

l'.t puis cependant, vous avez r.nso:i ; bien que .M. Taine n'cit 
jamais laissé apercevoir sur ce point le plus vive.nent contesté de 
sa doctrine la moindre déviation de ses idées premières, il n'en est 
pas moins vrai que, soit inconséquence volontaire^, soit détour logi- 
que dont il n'avait pas fiit confidence à ses lecteurs, son grand ce 



dernier ouvrage parut écrit sous une inspiration difléreiue. Tout y 
est pénétré d'un soufflj de liberté généreuse ec d'un austère sentimêtU 
de la responsabilité morale. Venant de sa part, rien p'était moins 
attendu que ce désiveu implicite de ses doctrines. Pour la cause du 
droit et de la justice, dont celle du libre arbitre est inséparable, 
ni rétractation formelle ni réfutation en règle n'aurait produit un 
effet égal. 

Pour comprendre combien on fut heure ix de trouver ce qu'il 
n'était pas naturel de prévoir, il suffit de se représenter ce qu'au- 
rait dû être l'œuvre historique qu'il avait entreprise si, conséquent 
jusqu'au bout avec lui-même, il eût écarté de son exposé toute 
intervention de la liberté humaine. 

L'histoire étant régie, à ses yeux, par des lois non seulement 
pareilles mais identiques à celles de la nature, d )nt la constance est 
le carac'ère, afin de la f.iire ressembler au modèle, il aurait fallu 
commencer par l'enfermer dans un cadre d'une fixité rigide. L'en- 
semble des causes ainsi déterminé, oi aurait vu les effets en 
découler^ tombant en quelque sorte de leur propre poids, avec une 
vitesse calculée d'avance comme celle de la chute d'un corps que la 
gravitation attire. Tous les acteuis auraient paru se mouvoir sous 
l'empire et par le mécanisme d'une faculté dominante. Le récit, 
dès lors_, devrait être froid, co.nme tout ce qui procède du raison- 
nement sjul et du calcul. Les désordres même que le narrateur 
avilit à dépeindre n'auraient pu l'émouvoir parce qu il aurait recher- 
ché et aurait cru découvrir la persistance de la règle, sous l'irrégu- 
larité apparente. L'orage n'a point de terreur mystérieuse pour le 
savant qui connaît de quel dégagement d'électricité la foudre est le 
produit Les voiles que l'éclipsé jette sur l'éclat du soleil n'étonnent 
pas l'astronome qui a calculé l'heure de son apiarition Mais ce 
qu'on devait le moins attendre d'un dét rmmiste obstiié à ne pas 
se démentir, c'était, mis en face du crim.', quel qu'en fût l'excès ou 
la nature, un jugement sévère et un acce it d'indignation. A quel 
titre condamner ce qui n'est pas volontaire.-^ et à quoi bon s'irriter 
contre la nécessité ! Il fallait donc se préparer à voir tous les atten- 
tats qui ont souillé l'époque révolutionnaire, déjà souvent pallies 
par de vains prétextes, justifiés cette tois systématiquement et en 
principe, comme la résultante d'un état social et le produit d'une 
fatalité héréditaire. 

Est-ce donc là le spectacle, auquel^ dans ses Ofigines de la Franci' 
contemporaine^ M. Taine nous a fût assister.'' Non, vous l'avez dit 
par une expression qji répond complètement à ma pansée, quand 
vous avez remar]ué que, dans cette peinture de l'époque révolu- 
tionniire, M. Taine avait, bon gré mal gré, dépoui lé le détache- 
chement superbe du savant. Effectivement, à la place d'une sorte 
de théorème historique, marchant, avec une allure didactique, vers 
une démonstration préconçue, nous avons vu apparaître u le sui e 
de scènes qui, n'ayant pas la même continuiti d'un récit, nous font 
passer par des secousses violentes et qui ne nous donnent pas le 



D HIPPOLÎTE TAINE 37 i" 

temps de penser ni de respirer. Les personnages qui auraient dû 
être jftés dans le même moule, puisqa'i.s sont tous les produits de 
Li même rice, venant au jour dans le même milieu, au même 
mo nent, sont au coitraire dessinés d'après les types les plus divers, 
oJieuv, admirables ou g otesques. Partout l'animation et l'émotion 
débordent : nous entenJcns rugir la foule, les victimes gé nir, les 
tribuns décla ner, et gronder tous les bouillonnements qui montent 
à la surface d'une société remuée dans ses profondeurs. Mais sur- 
tout nous avons vu se dresser devant nous toute l'horreur du crime 
dépeinte trop au naturel pour ne pas avoir été personnellement res- 
sentie. On ne communique en ce genre que ce qu'on éprouve, et 
Torateur ne fait passer le frisson dans la toule qui l'écoute que si le 
frémissement l'a traversé lui-même. Aussi l'impression fut celle 
qu'aurait produite la réalité même. Ce fut la Terreur qui reparut, 
dépouillée de tous les voiles qu'avaient essayé de jeter sur son 
etlroyable vérité des apologies complaisantes. Les taches de sang, 
partout empreintes, dont le temps avait fait pâlir la teinte, repri- 
rent leur sombre éclat, comme si elles venaient de dégoutter de 
léchafauJ, 

Pour expliquer cette tranformation, oserai-je emprunter q'iel- 
ques-unes des expressions tavorites de M. Taine et les appliquer à 
lui-même, en disant que trois facteurs avaient concouru à cons- 
tituer cette nature originale : la faculté d'analyse d'un philosophe, 
l'imagination d'un artiste et la conscience d'un homme de bien. Ce 
fut l'art et la conscience qui firent taire la philosophie. C'est le don 
proDre de l'artiste quand il veut reproduire les faits passés et les 
hommes qui ne sont plus, de les évoquer devant ses yeux, tels 
qu'ils ont été ou agi, non tels qu'il pourrait les rêver pour com- 
plaire à sa fantaisie ou les faire rentrer dans son système. Les 
acteurs qu'il met en scène ne sont ni des mannequins qu'il habille, 
ni des modèles dont il étudie la structure : ce sont des écres de 
chair et d'os qui passent devant ses yeux, portant da.ns leurs 
regards l'expression de leur âme ; ils sont là : ils vivent, et la vie 
c'est la liberté. Mais c'est le propre aussi d'une conscience honnête 
de ne pouvoir supporter le contact ni même le spectacle du mal, sans 
un tressaillement de révolte involontaire qu'aucun parti pris ne 
peut contenir. Jean-Jacques Rousseau, dans un passage fameux de 
la profession du vicaire savoyard, rappelant que l'antiquité avait 
dressé des autels à des dieux adultères ou meurtriers, se demande 
comment on a pu compter parmi leurs adorateurs tant d'hommes 
vertueux et d^ femmes pures. C'est, dit-il avec éloquente, que la 
sainte voix de la coiscience, plus forte que celle des dieux, relé- 
guiit dans le ciel le crime avec les coupables. Quelque chose de 
par.il arrive aux âmes droites qui ont eu le malheur de mettre en 
doute la liberté dont elles savent si bien user Devant le crime à 
commettre ou seule nent à justifier, elles reculent, et la voix tou- 
jours sainte de la conscience relègue les subtilités qui les ont éga- 
rées dans le ciel nuageux de la métaphysique. 



372 ÉLOGE ACADÉMIQUE 

Vous avez, monsieur, non seulement connu personnellement 
M. Taine, mais vécu dans son intimité. Il vous appartient donc 
d'attester, avec plus d'autorité que je ne puis le taire^ que, si dans 
ses derniers écrits il a dérogé à la rigueur de ses théories qui sem- 
blaient mettre en question la liberté et la responsabilité morales, 
toute sa vie leur a donné un démenti plus complet encore. Jamais 
esprit ne fut plus fermement conduit par la volonté au but qu'il se 
proposait d'atteindre ; jamais âme ne fut plus maîtresse d'elle- 
même. M. Taine ne s'est pas contenté de la part si riche de dons 
qu'il tenait de la nature ; il l'a constamment fécondée par une 
intensité de travail et un scrupule auxquels on peut attribuer le pro- 
grès, si remarquable dans tous ses écrits, de la justesse des idées et 
de l'élévation des sentiments. Le progrès en tout genre est la 
preuve et la récompense de l'efTort, 

Parmi les développements que cette intelligence d'élite a dus au 
noble et \iril emploi de ses facultés, je n'hésite pas à compter le 
retour a^sez peu attendu que vous avez signalé, et qui le fit passer 
de ses préjugés de jeun sse et d'école à la sympathie et au respect 
pour la source pure et l'efTet social des vertus et des véri'és chré- 
tiennes. Les dernières pages signées de sa main mourante donnent 
à ce sentiment si nouveau pour lui une expression touchante. Je 
ne veux rien exagérer, je sais que l'adhésion ne fut jamais com- 
plète et resta tempérée par la réserve de ses convictions person- 
nelles; je n'oublie pas non plus qu'après avoir constaté que rien 
n'avait pu jusqu'ici remplacer la foi religieuse non seulement pour 
affermir les bases, mais pour élever le niveau moral d'une société, 
il n'en a pas moins continué à la croire peu compatible avec les exi- 
gences de la science, laissant ainsi le lecteur qui pose son livre dans 
une incertitude dont il ne l'a pis aidé à sortir. Mais, si la question 
n'était pas tranchée, l'œuvre non plus n'était pas achevée, et la 
conclusion qu'il n'a pas donnée, personne n'a le droit de la faire en 
son nom. Il reste permis de croire qu'il n'était pas résigné à ter- 
miner par un doute suprême une vie de labeur toute consacrée à 
la recherche de la v rite. Quand, sur uns tombe prête à s'ouvrir, 
l'ombre, au lieu de s'épaissir, s'éclaire d'une lumière encore flot- 
tante et indécise, ce n'est pas le crépuscule de la nuit qui tombe, 
c'est l'aube du jour qui se lève. 



NÉCROLOGIE 



Le 4 avril ont eu lieu, à l'église Saint-André, les obsèques de 
M Lallement, receveur de l'enregislrement, à Reims, décédé 
dans sa 61° année, après une courte maladie. 

Le deuil était conduit par ses deux fils. MM. Maurice Lallement, 
ingénieur-inspecteur de l'Associa ion des industriels de France, 
et André Lalloinent, lieutenant au 120" régiment d'infanterie, et 
par son frère, le général Lallement, officier de la Légion d'hon- 
neur, commandant la 00= brigade d'infanterie, à Annecy. 



M. Prin, avocat à la Cour d'appel de Paris, conseiller général 
de la Marne, chevalier de la Légion d'honneur, décédé le 6 avril 
à Paris, dans sa 75* année. Son corps a été inhumé à Dormans 
dans un caveau de famille. 

Les obsèques religieuses ont été célébrées à Dormans en grande 
pompe et au milieu d'une aftluence considérable. 

Au cimetière, cinq discours ont été prononcés par M. le Préfet 
de la Marne, M. Vallé, au nom du Conseil général, M. le maire 
de Dormans, M. l'inspecteur primaire, et M. Juget, maire de 
Troissy, au nom des municipalités du canton. 



Nous apprenons la mort de M. Léon Godart, maire de Juvigny 
(Marne), décédé le 22 avril, à l'âge de 68 ans. 

M. Godart était fils de M. Godarl, ancien maire et député de 
Chàlons. 



On nous annonce également la mort, à l'âge de 80 ans, de 
M""" Martin, veuve de M. T. Martin, ancien imprimeur et directeur 
du Journal de la Marne. 

Nous adressons à MM. Martin frères et à leur famille, l'expres- 
sion de nos vives condoléances. 



M"« Louise Boucquemont, professeur à l'Ecole normale d'Oran, 
vient de mourir de la lièvre typhoïde, pendant une excursion en 
Tunisie qu'elle faisait avec son frère. 

M"« Boucquemont était fille d'un ancien et honorable instituteur 
de Châlons. 



NECROLOGIE 



Le 17 avril, est décédé à Vavray-le-Grand (Marne), après une 
courte maladie, M. Théodule Bergeron, propriétaire, âgé de 54 ans, 
veuf sans enfants. 

Le défunt a fait un don de 100,000 fr. à la Fabrique de l'église 
de sa paroisse. 

* * 

Le 16 avril dernier ont eu lieu, à Avaut-lès-Ramerupt (Aube), 
les obsèques de M. Désiré IMorizot, instituteur en retraite, décédé 
à l'âge dé 79 ans. 

M. Morizot était arrivé à Avant en 1836. Depuis cette époque il 
n'avait cessé de remplir jusqu'à sa mort la fonction de choriste. 11 
a donc été chantre pendant b9 ans dans la même église. 11 était, 
de plus, président du Conseil de fabrique. 

Toute la population a vivement regretté la perte de cet excellent 
homme qui pendant de longues années avait rendu de grands 
services à la coinmune et à la paroisse. 

* 

* ï 

Le mardi 30 avril, à dix heures du matin, avaient lieu, à Mézié- 
res, les obsèques du général de division en retraite Alfred Teissier, 
décédé à Paris. 

La carrière militaire du défunt est des plus brillantes. 

Sorti sous-lieutenant dans l'arme du génie de l'Ecole pol3'tech- 
nique en 1839, il fut nommé capitaine en 1843, lieutenant-colonel 
en 18(J4, colonel en 1867, général de brigade en 1875, et enfin 
général de division en 1879. il passait dans le cadre de réserve, le 
n août 1883. 

Il possédait à son actif les campagnes de Cochinchine et de 
"Crimée. 

Chevalier de la Légion d'honneur en 18.51, officier en 18.^4, com- 
mandeur en 1870, il avait été promu grand-officier, le 9 juin 1883, 

à la veille de sa retraite. 

* 

On annonce également la mort du baron Alexandre-Charles 
Davout, tils du général baron Davout, décédé en son château de 
Poinson-Iès-Grancey (Haute-Marne), à l'âge de 81 ans. Il avait 
repris du service en 1870 pour commander une compagnie de 
mobiles de la Haute-Marne. 



BIBLIOGRAPHIE 



Maurice Roy. Un épisode dt la Fmnde. Rencontre du 9 janvier lôSS 
au Chesnoij, près de Sens. Sens. impr. Ducliemin, 1893. In-8° de 46 pp. 

Le curieux épisode dont il est question dans cette étude se 
réfère à l'époque où Mazarin, rappelé d'exil par l.i cour établie 
alors à Poitiers (novembre l6ol), opérait une marche hardie à 
travers la Champagne, en dépit de l'effervescence produite à 
Paris par la nouvelle de son retour. 

Arrivé le 24 décembre à Sedan, le cardinal y fut reçu par 
Faberi et rejoint par le maréchal d'Hocquincourl qui prit le com- 
mandement de sa petite armée. Le t"-"'' janvier 1652, Mazarin était 
à Reims; dès le lendemain, passant la Vesie à Sept-Saulx, il vint 
coucher à Kpernav. Le 6, il se trouvait à Arcis-sur-Aube, d'oVi il 
gagna le 8 Rléry-sur-Seine. 

Le Parlement, acquis en majorité au parti de la Fronde, avait, 
dés le 29 décembre 1651, mis à prix la tAle du premier ministre, 
et enjoint à toutes les populations de s'opposer de vive force à son 
passage. 

Deux conseillers connus par leur zèle ardent pour la faction fron- 
deuse, François Hitaut et Jacques de Géniers, furent chargés de se 
rendre dans la région que Mazarin devait traverser, afin de pro- 
clamer partout l'arrêt de proscription et d'animer le peuple contre 
le cardinal. Partis de Paris le dimanche 7 janvier, à 7 heures du 
matin, accompagnés seulement de quelques domestiques, les deu.x. 
mandataires du Parlement arri\èrent à la nuit tombante à Melun, 
et logèrent à l'hôtellerie de la Perle. Le lendemain, après avoir 
duement instruit le maire, les échevins et le lieutenant général de 
ce qu'ils avaient à faire, les dignes magistrats se tendirent à Mon- 
lereau-fault-Yonne, où ils tinrent le même langage aux autorités; 
puis le lendemain 9, de grand matin, ils faisaient leur entrée à 
Punt-sur- Yonne. 

Avertis par la petite garnison du lieu quun gros de cavaliers 
inconnus avait été aperçu la veille, à deux heures de là, sur la 
route de Sens, les commissaires du Parlement jugèrent prudent 
de gagner cette ville par une autre voie, de l'autre côté de la 
rivière. En elfet, bientôt, dans la plaine, se montrèrent au delà 
de l'Yonne, trois escadrons de cavalerie suspecte. C'étaient les 
premières troupes de l'avant-garde du maréchal d'Hocquincourt. 

Un détachement d'éclaireurs cravates, traversant l'eau aux pre- 
miers bateaux qu'ils rencontrèrent sur la rive, se disposèrent 
promptement à aller aborder les voyageurs qui, inquiets, accueil- 



/i/l) BIBI.lOanAPHIE 

litent les premiers soldats par quelques décharges de mousquetons, 
et se détournèrent de leur chemin pour se jeter dans un étroit 
vallon situé sur leur droite. Rejoints par quatre cavaliers, près de 
la ferme de la Cassiiie (commune de Nailly), on parlementa, et 
après de vagues explications, les cavaliers se retirèrent en se 
confondant en excuses; mais un peu plus loin, près du château 
du Chesnoy, les quatre cavaliers, grossis de quatre autres, repa- 
rurent derrière eux, gravirent au trot, et le mousquet au poing, 
la petite colline que domine le donjon féodal du Chesnoy. De part 
et d'autre, une mousqueterie éclate, le cheval de Bilaut est traversé 
par une balle, et le con-eiller roule à terre; un de ses domestiques 
est tué, les autres prennent la fuite. 

Ou côté des assaillants, l'oflicier avait péri. Bitaut, tombé entre 
leurs mains, fut ramené prisonnier, en piteux état, à Pont-sur- 
Vonne,et présenté le soir mê :!0, à onze heures de nuit, au maré- 
chal d'Hocquincourt, qui en informa aussitôt le cardinal. iMazarin 
voulait relâcher le malheureux conseiller, mais son entourage lui 
persuada de le conserver comme otage'. Il le convoya donc à sa 
suite jus(ju'ii Loches {i'.\ janvier), oii il le fit eiifermer dans le 
célèbre donjon, tandis que lui-même partait, quatre jours après, 
pour aller relrnuver la cour à Poitiers. De là, peu de temps après, 
il le faisait mettre en liberté et renvoyer à ses collègues parisiens. 

De son côté, Jacques de Géniers, réfugié à Sens, et recueilli, 
d'abord à Tbôtellerie du GrifTon, puis dans le propre logis archi- 
épiscopal s'échappait déguisé, le 13 janvier, à la faveur des ténè- 
bres, pour se soustraire aux recherches dirigées contre lui par 
Hocquinconrt, devenu maître de la ville, et trouvait successive- 
ment un asile en diverses gentilhommières des environs, à la 
Houssaye (commune de Malay-le-Vicomte), à Dilot, à Saint-Mards- 
en-Otbe, et enfin à Brienon, où l'archevêque tint à le recevoir 
dans sa résidence. Il en partait le 19, pour aller se reposer de son 
odyssée à Champigny, dans sa famille; après quoi il rentra le 27 à 
Paris, et reprit séance en Parlement, le 7 février, où il relata, 
devant le duc d'Orléans, les émouvantes péripéties de sa mission 
malencontreuse. L'auteur, M. Maurice Roy, qui habite le même 
manoir du Chesnoy, près duquel eut lieu la fameuse escarmouche 
avec les royales cravates, a puisé les éléments de son travail dans 
une relation du temps dont les Archives des AlFaires Etrangères, 
le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale et le Dépôt 
de la guerre possèdent également des copies. 

!,e récit, bien documenté à l'aide de pièces fournies par nos 
grandes collections publiques, et pourvu de notes abondantes 
prises aux sources imprimées et notamment aux innombrables 
factums du tenips, nous donne un aperçu des plus piquants sur la 

1 . Conlié à la garde de Colbeil, qui aceompaf^nait Mazariu en qualité de 
secrétaire, lo consniller liilaul prenait ses repas avec lui. {Lettre de Colbert 
il Le Tellier.) 



BIBLIOGRAPHIE 



physionomie de l'époque et raf,filatioii produite autour de Pari^; 
par les troubles de la Fronde. A. T.-R. 



Hrnbi Stein. Mélanges de Bihlioqraphie {première série). Paris, Téchener. 
1893, in- 8° de 49 p. 

Parmi ces Mélanges, consacrés aux questions les plus diverses 
de l'histoire de l'imprimerie à Paris et dans les provinces, cinq 
articles intéressent spécialement la bibliographie de notre région. 

Le premier est relatif à la condamnation de Nicolas Trumeau, l'un 
des premiers typographes établis à Reims en \'6'6i. 

L'opinion de M. Claudin, qui a étudié, à la suite de RI. Henri 
Jadart, les origines de l'imprimerie rémoise, tendait à établir 
d'après l'unique pièce peu importante sortie de ses presses au 
cours de cette même année, que Trumeau avait alors quitté Reims, 
au moment de la mort de son père, pour retourner à Troyes diri- 
ger l'stelier paternel jusque vers 1560. Or, il semble que ce soit 
François Trumeau, son frère^ qui ait continué à diriger la maison 
troyenne. au moins jusqu'en 1574, tandis que Nicolas demeurait à 
Reims, où la pièce trouvée aux Archives nationales par M. Stein 
nous le montre en 1563, poursuivi sans doute pour crime d'hérésie 
et de propagation de livres contraires à la doctrine catholique. 

— Un autre article est consacré au premier séjour que lit à 
Paris, de 1607 à 1610, d'abord chez Robert Estienne, puis ensuite 
à son propre compte, Jean Jannon. l'un des plus habiles typo- 
graphes protestants du xviie siècle, créateur de la « Petite Seda- 
noise », et dont l'œuvre à Sedan avait été précédemment étudié 
par M. J.-B. Brincourt. On sait que .Jannon est cité à la fin d'une 
anthologie des poésies de Martial, qu'il imprima chez Estienne en 
l'année 1607; bientôt, avec l'aide de son ancien patron, l'habile 
ouvrier s'établissait à son tour, à l'enseigne de la Rose rouge, rue 
de Saint-Jean-de-Latran, à quelques pas de la rue Jean-de Beau- 
vais où il venait de faire ses premières armes. 

Trois volumes imprimés en 1609 et un quatrième en 1610 sont les 
seuls témoins de sa production parisiennej les deux derniers por- 
tent l'indication du nouveau domicile et de la nouvelle enseigne 
choisis par l'imprimeur, rue du Foin, à l'enseigne du Janus, vis-à- 
vis les Mathurins. Dans cette même année 1610, sur l'invitation de 
Henri de la Tour, prince de Sedan, Jean Jannon quittait Paris 
pour aller msialler ses presses sur les bords de la Meuse. 

Il avait alors .'{Q ans, et le premier livre qu'il imprima à Sedan 
est daté de 1611 . 

— Inversement c'est de Sedan que vint s'établir a Laon, en 
1661, le premier typographe connu, Angrand RennessoQ. Le nom 
atteste à coup sûr une origine ardennaise. On voit figurer fort tard 
des membres de cette famille sur les registres paroissiaux, notam- 
ment à Cheveuges en 1781. 



378 BIUr.IOGRAPHIK 

— Les papeteries établies dans la vallée du Grand -Morin jouis- 
sent depuis plusieurs siècles d'une réputation fort méritée. Userait 
temps, observe très justement M. Stein, d'étudier de près leurs 
origines. Le plus ancien de ces établissements paraît être celui de 
]a Ferté- Gaucher, qui doit remonter au xvi« siècle. Dans tous les 
cas, des lettres royales, données à Compiègne en mai t624, accor- 
dent à l'Université de Paris le droit de prendre dans les villes de 
Troyes et de la Ferté- Gaucher les quatre ouvriers papetiers qu'elle 
ne trouve plus à Corbeil et à Essonne, et concèdent aux artisans 
qu'elle choisira les privilèges accordés aux autres officiers de 
l'Université. 

Courtalain, établissement situé dans la commune de Pommeuse, 
et le Marais, dans la commune de Jouy-sur-Morin, eurent tous deux 
grande vogue à la fin du xyiii* siècle. Le Marais est le plus célèbre 
aujourd'hui, pour ses papiers de luxe et la matière qu'il fournil à 
la fabrication des billets de banque. M. Steiti a retrouvé, aux 
Archives de Seine-et-Marne, un état du matériel constituant cet 
établissement au mois d'avril 1680, avec les estimations. 

Les moulins à papier de la Planche et de la Fontaine, mention- 
nés dans cet acte, devinrent plus lard moulins à blé et à huile, et 
furent rendus depuis à ce qui avait été leur première destination. 

C'est au moulin de la Fontaine, nous apprend M. Stein, que 
fonctionna la seconde machine à papier montée en Fiance; la 
première avait été établie chez Didot. 

— Le cinquième et dernier article se réfère à des descentes de 
police qui furent faites en décembre 1764 chez Cazin, libraire à 
Reims, rue des Tapissiers, dont les mignonnes et élégantes édi- 
tions sont demeurées célèbres, pour recel de livres prohibés, cen- 
surés et condamnés, dont plusieurs ballots se trouvèrent saisis en 
eifet, tandis que ses registres attestaient les fournitures de nom- 
breux ouvrages pareillement suspects, faites à crédit à de nombreux 
clients recrutés dans le voisinage. Ces indications curieuses se 
retrouvent dans les notes prises par l'inspecteur de police Joseph 
Dhémery, conservées aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, où 
M. Stein les a utilisées à notre profit. Cazin était en relations 
suivies avec Luc Trousseau, libraire à Bouillon, Thésin, libraire à 
Charleville, et Jacquemart, libraire à Sedan, qui furent comme 
lui l'objet de perquisitions semblables. 

A. T. -H. 



Sommaire de la Revue hislorique ardennaise (mai-juin 189.')): 

I. Noies inédites sur le général Du Mcrbion et la famille militaire Jadart, 
par Paul Lalbent. 

II. Mélanges. — La ligne de défense de la Semoy, à la pn du XVII' siècle, 
par N. A. 

Tiobert, peintre, né à Sery, en 1686, par Pacl Pellot. 



BIBLIOGRAPHIE 379 

III. BiBLioGRAi'HiE. — Mémoires de Jean François Tlioury, (l'Inaimonl. 
— S^e, Elude sur les dasses servîtes a Champagne. 

IV. Chronique. — Impression de Vlnvenlaire sommaire des Archives 
historiques de CharleviUe — Transfert de la Bibliothèque municipale de 
Sedan au Gollèife Turenne. 



CHRONIQUE 



Société d'histoire eï d'archkologik de l'arrondissement de 
Provins {Séance du 'i avril 1805). — Présidence de M. Berquier, 
vice- président. 

Ouvrages offerts : 

Par M. Maurice Lscomte : Notice sur quelques noms de lieux 
des déparlements de l')onne et de Seine-et-Marne, dont le nom 
primitif est un souvenir des langues et populations ibère et 
ligure; 

Par M. l'abbé Lapierre, curé-doyen de Donnemarie : Notice sur 
Notre-Dame du Puy à Sig;/. 

Sont déposés sur le bureau : 

Par M, Buisson : 1» 28 pièces en argent trouvées à Montigny- 
Lencoup : pièces d'Etienne, évêque an Meaux, de Thibaut, comte 
de Champagne, et de Louis Vlil 

Par M. l'abbé Bonno : 1° une hachette-amulette en jadéite, trouvée 
à Chenoise par M. Paul Moreau; 2^ une charte de 1381, rapportant 
la translation des reliques de saint Thibaut d'Auxerre à Provins 
(M. l'abbé Bonno fait remarquer que le saint Thibaut d'Auxerre 
n'a rien de commun avec le saint Thibaut de Provins) ; 3" une 
autre charte de 1304, se rapportant à la consécration des autels 
de l'église Saint-Quiriace de Provins. 

M. Bergeron lit un compte-rendu très intéressant de ses fouilles 
dans le cimetière gaulois de Montigny-Lencoup. 

M. l'abbé Bonno continue son étude sur le déparlement de 
Seine-et-Marne au point de vue anthropologique, et lit ce qui 
concerne le canton de Provins. 

Après avoir donné la géologie et la topographie de la contrée, 
M. Bonno signale des traces de l'homme chelléen des plateaux à 
Rouilly. de l'homme moustérien au Breuil de Chenoise et à Sainte- 
Colombe; quant aux traces des hommes solutréens et magdalé- 
néeub, elles manquent dans le canton de Provins. 

Les traces de l'homme robenhausien se rencontrent sur la pente 
qui regarde les sources de Durteint, sur le plateau de Mortery, 
entre les villages de Saint-Loup et du Haut-Courton, à Provins 
près IHôpital général, à la ferme du Chanoy près Cucharmoy. Les 
environs de la forêt de Chenoise possèdent plusieurs ateliers de 
silex : la Brosse-Champigny, le Breuil, Comble, Sennetru. 

M. l'abbé Lapierre donne ensuite lecture d'une notice de M. Mau- 
rice Lecomte, intitulée : « Attribution de trois monuments funé- 
raires des églises de Saint-Loup-de-Naud et de Rampillon. » — 



CHRONIQUE 381 

Ces notes fournissent, entre autres renseignements, le contenu de 
cinq charte? inédites, dont les originaux se trouvent aux Archives 
nationales et qui intéressent particulièrement la seigneurie du 
Chàlel-lès-N!angis et les relations entre les Hospitaliers de la 
Croix en-Brie, Rampillon et cette seigneurie. M. l.ecomte fournit 
des arguments sérieux en faveur de Tattribution do deux monu- 
ments funéraires de Rampillon à un seigneur du Châtel et à sa 
femme. 

M. Herquier, vice- président, constate les travaux de restaura- 
tion qui ont été exécutés aux remparts de Provins et propose à 
la Société de voter des félicitations à M. le maire et à MM; les 
membres du Conseil municipal. Les Membres présents s'associent 
de tout cœur à la motion de M. le vice-président et encouragent 
la ville de Provins à continuer cette œuvre qui, tout en servant la 
cause historique et archéologique, sert en même temps et phis 
encore les intérêts de la Ville. 

La Société décide de faire coïncider son excursion annuelle de 
juillet avec l'inauguration de la plaque consacrée à la mémoire du 
général Dupré. M. Buisson, de Montigny Lencoup, est nommé 
commissaire général pour l'organisation de cette solennité. 

M. le vice-président fait en quelques mots émus l'éloge funèbre 
de MM. Bessin et Prin, décèles membres de la Société. 



AcAUtiMiE uE Heim?. — Pendant le premier semestre de l'année 
1894-95, l'Académie a continué la tenue de s'îs séances de quin- 
zaine sous la j)résidence de M. Albert Benoist, manufacturier, 
ancien élève de l'Ecole polytechnique, son président annuel. Elle 
a entendu successivement les communications suivantes : Les 
Âspions anglais à licims au XVI' siècle^ — J.es Gaillemiles et 
leur jondaicur, — Jeanne d' Arc devant l'opinion et la litléra- 
liire anglaise, par M. l'abbé Haudecœur, professeur au Petit- 
Séminaire; — Arles gallo-romain, par M. Bazin, proviseur du 
Lycée; — Documents inédits sui- Notre-Dame de l'Epine, par 
M. L. Uemaison; — La Machine volante d'Hiram Maxim, par 
M. A. Benoist; — I.e Testament de Guy de Royc et son codicilc, 
par M. Léon Le Grand, archiviste aux Archives nationales; —Les 
récents travaux de M. l'abbe Misset sur Jeanne d'Arc, rapport. p^r 
M. le président Ponsinet; — La Question monétaire et le bi-mêtal- 
lismc, par M. Th. .Maldan; — Nécrologie de M. Prosper Souillé,- 
— Chronique rémoise des Affiches de H avé, — et Jean Bonhomme^ 
architecte de l'Hôtel de Ville de Reims, par M. Jadart, secrétaire^ 
général. 

En outre, l'Académie a tenu deux conférences publiques très 
appréciées des auditeurs l'uuo par M. le baron de Baye sur ie 
peintre russe Vasnetzof et son. œuvre, avec projections; — ^^ l'autre, 
par .M. C. Blondel, agrégé de l'Université, membre de la Société 



382 CHRONIQUK 

d'Economie sociale, sur les Questions sociales a l'étranger et 1rs 
moyens de les résoudre. Chacune dans leur genre, ces deux inté- 
ressantes études ont vivement attiré rallenlioii du public rémois, 
et nous aurons à revenir sur leur importance dans le compte-rendu 
des Travaux de l'année. 

Enfin, l'Académie a consacré une large part de ses séances et 
des réunions d'une Commission spéciale à la préparation d'une 
Exposition rétrospective, qui doit s'ouvrir au 1" juin i<S9o dans les 
salles historiques du Palais de l'Archevêché, à l'occasion des fêles 
du Concours régional agricole tenu à Reims à la même date. Sou 
organisation est coniiée à un Comité dont M. Léon Morel a été élu 
d'une voix unanime le commissaire général. 

H. J. 



L'Ecole dks Arts-et-Métiers dk Chalons. — Au sujet de riucendie 
qui a détruit récemment une partie notable des bâiimeiits de l'Ecole des 
Arts-el-Méiiers de Châlcins. un journal parisien, VEclair, lait un intéres- 
sant historique de cet établissemeut : 

Cette catastrophe, dit-il, aura un profond retentissement dans 
le monde des Arts industriels. L'Ecole de Châlons comptait comme 
une des premières. L'incendie ne suspendra son action que le temps 
matériel de relever les ruines; mais qui nous rendra les chefs- 
d'œuvre du métier créés patiemment avec la collaboration des 
générations et du temps? 

Celte Ecole remonte au commencement du siècle. Elle est née 
du principe qu'avait mis en pratique au château de Compiègne le 
duc de La Rochefoucauld l.iancourt. Vers la fin de 1805, Napoléon, 
visitant les camps de Compiègne et de Boulogne, s'arrêta au 
château de Compiègne, examina avec intérêt tout le casernement 
de TEcole et assista aux exercices des élèves dans les classes et 
dans les ateliers. Mais, considéiant que la résidence de Compiè- 
gne était appelée à devenir un des plus beaux apanages de sa liste 
civile, il eslima que l'Ecole n'était pas à sa place, sous les lambris 
d'or d'un palais. Le 5 septembre de l'année suivante, il mit à sa 
disposition l'ancien Grand-Séminaire de Châlons, 

Il fallut que l'Ecole déménageât tambour battant, au pas de 
course, avec celle instantanéité que l'Empereur savait faire 
apporter à Texéculion de ses décisions rapides. 

pendant que l'Ecole se constituait, la guerre se déchaînait avec 
vigueur, le commerce s'étiolait, les manufactures languissaient, 
l'industrie ne trouvait qu'une alimentation pénible et un écou- 
lement restreint. C'était un triste début pour une Ecole d'Arls-et- 
Métiers. Ne pouvant faire des artisans, elle fit des soldats. Tenue, 
discipline, instruction, tout était militaire. En pouvait-il être 
autrement? 

En 1815, quand la ville de Châlons fut attaquée, les élèves de 
l'Ecole, organisés en compagnie d'artilleurs, se portèrent sur les 



CHRONIQUE 38J$' 

remparts et aidèrent la pupulation dans ses etlorts pour la défense. 
Au moulin Picot, hors des inurs, une division d'élèves se fitéchar- 
per [)ar les envahisseurs. 

Ces souvenirs héroïques avaient créé un esprit de gloriole assez 
fâcheux qui confinait, la paix venue, à cette indiscipline particu- 
lière des armées sans emploi. La Restauration ne devait pas 
ramener l'ordre à l'Ecole par une sage application des anciens 
règlements. Elle se borna à gratter sur son fronton les armes de 
l'Empire. Le duc de La Rochefoucauld, facilement conquis aux 
idées nouvelles, pour faire rentrer les élèves dans une discipline 
plus en harmonie avec le présent état de choses, s'efTorra de 
détruire l'esprit militaire. 

En dépit de ses recommandation.'-, l'Ecole ne rentra pas dans 
les limites industrielles qu'on voulait lui tracer. Les élèves mur- 
murèrent quand on suf>prima les exercices du soldat. Aussi, avec 
quel enthousiasme saluèrent-ils, en iS.iO, la révolution. Avec 
quelle fièvre ils arrachèrent les boutons tleurdelysés de leur uni- 
forme, et au drapeau blanc substituèrent le drapeau tricolore 
reconquis! La Révolution de Juillet rendit à l'Ecole ses clairons, 
ses tambours, sa musique militaire. L'uniforme belliqueux reparut 
avec le shako. 

On voyait en ces temps-là des élèves ajusteurs passer six mois, 
un an, sur un compas, sur une règle, sur des travaux qu'un habile 
ouvrier n'eût pas été embarrassé d'exécuter en quelques heures. 

On songea un instant à licencier cette école tapageuse qui don- 
nait de si piètres fruits; puis l'on patienta et l'on fit peut-être bien. 
L'esprit d'ordre et de discipline régna sous l'empire d'une direc- 
tion plus ferme. On élabora un règlement mélhodif{ue qui dura 
jusqu'en 1840, époque du remaniement de l'Ecole. L"Elat lui fit 
quelques commandes. 

Depuis, les ateliers de Châlons, pourvus, comme ceux d'Angers, 
d'un moteur à vap<'ur et munis d'outils modernes, ont livré à 
l'Etat et au commerce des travaux bien compris. 

De nombreuses machines à vapeur, des marteaux à pilons, des 
tours et des machines-outils, des roues hydrauliques et des appa- 
reils de filature, de papeterie et de meunerie, des modèles-types 
pour les collections du Conservatoire, montraient depuis plusieurs 
années que l'intelligence et l'habileté pratique des élèves étaient 
autrement exercées qu'à l'époque où l'Ecole, délaissant toute 
industrie, ne songeait qu'à jouer au soldat. 

L'incendie vient de suspendre les progrès véritables que cette 
Ecole accomplissait. Les cours ne seront pas repris de sitôt. Les 
élèves en congé sont priés de rester chez eux. Il va falloir rebâtir 
l'édilice détruit, édifice qui ne laissera que peu de regrets. La 
chapelle seule avait quelque caractère artistique. 

Quand les nouveaux murs seront édifiés, que l'Ecole sortira de 
ses cendres toute neuve, par une coïncidence assez bizarre, elle 



384 CHRONIQUE 

.sera juste en élal do célébrer son centenaire, c'esl-à-dire Je cen- 
tenaire du jour où la Révolution consacra officiellement l'œuvre 
de La Rochefoucauld- IJancourt. Nom de gentilhomme resté si 
étroitement associé aux progrès industriels qu'à l'une de ses pre- 
mières visites au faubourg Saint-Antoine, M. Félix Faure trouvait, 
au milieu des ouvriers, un La Rocliefoucauld-Liancourt pour, au 
au nom du passé, lui souhaiter la bienvenue. 



Nous recevons la coramuiiicalion suivante, louchant le XIV' Centenaire 
du Baptême de Clovis et de la France, el les grandes fêles qui seront 
données, à Keitns, l'an prochain, à cette occasion : 

Le XIV" Centknaire du 13aptème ue Cluvis a Reims. — La 
France chrétienne se prépare à célébrer, en 1896, le XIV*^ Cente- 
naire de son Baptême. 

C'est eti 496, le jour de Noël, que Clovis et ses Francs ont trouvé 
la foi au lendemain de la victoire. De ce jour date vraiment la 
nation généreuse et magnanime qui traversera les siècles comme 
le soldat de l'Eglise et le champion de Dieu. 

C'est à Reims qu'a eu lieu cet événement mémorable. C'est ;\ Reims 
que saint Rémi baptisa Clovis et son armée. C'est à Reims que la 
nation française devint la fille aînée de l'Eglise. 

C'est donc à Reims que doivent naturellement se développer, 
pendant l'année 1896, les manifestations patriotiques et chrétiennes 
<]u'appelle cet anniversaire quatorze fois séculaire. 

L'antique cité conserve religieusement le tombeau de saint Rémi, 
l'apôtre de la France; son culte y est populaire, et c'est autour de 
ce tombeau glorieux et vénéré que viendront, l'an prochain, se 
grouper de nombreux pèlerinages nationaux. 

Dans une lettre pastorale qui précédait le Mandement de Carême 
de lS91, Son Eminence le Cardinal Langénieux s'exprimait en ces 
termes : « Il est bien évident que cette manifestation conservera 
son caractère essentiellement religieux et patriotique; c'est avec 
un désir sincère de concorde et de pacification que Nous en jetons 
l'idée dans le cœur de tous ceux qui mettent au-dessus des luttes 
des partis un amour désintéressé du pays. » 

Et en etl'et, tout Français comme tout chrétien le re,;onnaitra : 
c'est au baptistère de Reims que la France naquit et reçut sa 
mission providentielle. De son pacte avec Dieu résulte, avec la loi 
de son histoire, le secret de sa grandeur et de sa puissance. C'est 
à Reims que s'ouvre le livre merveilleux des Gestes de Dieu par les 
Francs: Gesla Dei per Fraiiccs. 

Tous ceux qui croient en Dieu et aiment leur pays sont don.- 
conviés à venir affirmer leur croyance et leur patriotisme au lieu 
même oii la France a obtenu, avec la foi, son unité nationale et 
le vrai titre de sa supérioritr sur tous les autres peuples. 



CHRONIQUE 38b 

A tous les pèlerins qui se rendront à Reims dans ces sentiments, 
en 1896, le Souverain Pontife Léon XIII a daigné accorder la faveur 
d'un Jubilé. 

D'autre pari, des Congrès de diverses sortes tiendront à Reims 
leurs assises au cours\de celte même année, et des Sociétés lit- 
téraires, scientifiques et artistiques ont promis de venir s'associer 
à ces Kêtes qui resteront oti'erles à Ions avec leur caractère vrai- 
ment patriotique et national. 

Près du tombeau de saint Rémi, iui baptislère de la Krancc, 
sous les voûtes de l'incomparable calliédrale qui vit prier Jeanne 
d'Arc, ce que viendront chercher les foules, c'est un renouvelle- 
ment de l'esprit français et chrétien, gage précieux, — nous le 
voulons espérer, — d'union et de prospérité pour la Patrie, 

Pour organiser et diriger ce mouvement, un ("<omité supérieur 
a été instilué sous le patronage de Son Eminence le Cardinal Lan- 
génieux, et, diverses Commissions se partagent le travail de propa- 
gande et d'action. 

A partir du !"■ juillet 1893, un bulletin bi-mensuel, dont le 
Xuméro-Spécimen paraîtra prochainement, sera publié jusqu'en 
1896. On y trouvera les souvenirs de Reims, son histoire à travers 
les siècles, la description de ses monuments, etc.; l'organisation 
des pèlerinages, des Congrès, des fètcs religieuses et patriotiques, 
avec leur compte-rendu, en un mot tout ce qui peut intéresser le 
lecteur au glorieux Centenaire du Raptème de Clovis et de la 
France. 

Au uom de la Commission de publicité el de propagande : 

Le Secrétaire, Le Présidenl, 

L. Deliizanne, E. Cauia, 

Vicaire g<înéral, 
Prolonotaire apostolique, 



CoMSlissioN MKiEonoLOGiQUt;. - La Commission départementale 
de météorologie de la Marne a tenu, le 22 avril, à quatre heures 
et demie du soir, dans un des salons de riiôlel de la Haute-Mère- 
nieu, à Chàlons-, sa séance annuelle. 

M. Reboul, secrétaire général de la Préfecture, présidait. 

M. le D' Giraux, président de la Commission, a passé en revue 
les travaux les plus saillants et les phénomènes météorologiques 
les plus remarquables qui ont eu lieu dans l'année écoulée. Il a 
lo-.:t naturellement parle de l'hiver rigoureux que nous venons de 
subir, et s'est etlorcé d'en faire Fliistorique au point de vue de 
notre département et d'en rechercher les causes. 

Le 28 janvier a été le jour le plus froid de l'hiver. Les observa- 
teurs ont relevé : 

A Sainle-Menehould, ■21": 



'^m CSRONIQtE 

A Aulnay-rAitre, 19"; 
A Courtisols, 19°; 

A Fismes et Bassuet, IK». el dans les autres communes, de M" a l^-t". 
C'est à Venus que le f roi 1 s'est le moins fait sentir ce jour-la : le baro 
mètre n'est pas descendu au-dessous de 1 !° 

D'après ces (abipaux, il résulte que si l'on partage le départe- 
ment par une ligne qui irait du Nord au Sud en passant par 
Cliàlons, on trouverait, en regardant le Nord, qud les stations les 
plus froides sont à droite de cette ligne et les moins froides à 
gauche, à l'exception de Fismes, toutefois, dont la température 
est sensiblement la même que celle de Bassuet el de Givry-en- 
Argonne. 

Dans un ordre d'idées contraires, Sainte-Menehould aussi fait 
exception à la règle formulée depuis longtemps par M. Renon, 
directeur de l'Observatoire du Parc Saint-Maur, que la tempéra- 
ture des villes e>i plus élevée que celle des campagnes. 

Bien qu'il sache que la loi de Gay-Lnssac ne soit pas applicable 
dans notre département à cause des accidents de terrain trop peu 
accentués, M. le président n'a pas moins eu la curiosité de com- 
parer la température de nos stations entie elles au point de vue 
de l'altitude. 

Il a constaté cette bizarrerie que Vitry-en-Perthois, qui est situé 
à 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, avait, le t"' février, 
23° o', tandis que Sainte-Menehould, qui est à 137 m. bO d'éléva- 
lijn, n'a eu que 22° 7b ce jour-là. 

L'écart est encore plus sensible entre Vilry-en-Perthois et ^ erzy, 
qui est à 160 m. et dont la tempe-rature était le l"" février de 16". 
Cette anomalie se remarque également entre Fismes, à 80 m., et 
Givry-en-Argonne, à 175 m de hauteur, qui ont eu le même 
jour, i"' février, l'un 18" et l'autre 19° 9, c'est-à-dire le même 
degré Ihermométrique. 

M. le D' Giraux a fait ensuite connaître les récompenses accor- 
dées aux observateurs. 

M. le Ministre de l'instruction publique a accordé une médaille 
d'argent à M. Barguet, instituteur à Fismes. 

La Commission a accordé, en outre, comme témoignage de 
satisfaction, des ouvrages scientifiques à MM. les observateurs 
dont les noms suivent : 

MM. 

Appert, instituteur à Givry eu-Argoune. 
Boiteux, instituteur à Saiute-Menetiould. 
Bouy, insli'uieur a Verzy. 
Brelon, inslilulrur à Bourgogne. 
Buguot, instituteur à Ba-lieiix les-Fismes. 
CuviHier, instituteur à Vavray-le- t'élit. 
Davesne, instituteur à Vertus. 
Démange, instituteur à Pierry. 



CHRONiOot 38: 



(jallot, iiisliluteur a Courtisols. 
Henriot, instiivileur à Sézaime. 
Lbfdyette, insliluteur à Sermaize. 
Leblanc, insliluteur à Bassuet. 
Lejeuu^, instiluleur à l'assy-Griguy. 
Maurupt, iustiluleur à Moivre. 
Nominé, instituteur à Tbiéblemonl. 
l'egnlloul, instituteur à Moiilmirail. 
Kemion, instituteur à Vitry-en-Perlhois. 
Tbonaas, instituteur à Heims. 
Despocq, propriétaire à Vauault-le-Chàtel. 
Perot, propriétaire à Vanault-les-Dames, 
Perard, propriétaire à Veruancourt. 



A Chàlons, la foire dite des Sannea s'est ouverte comme de cou- 
tume, le 30 avril, lioisième mardi après Pâques. Nous trouvons 
dans rexoelleiite Topographie liislorique du regretté Louis 
Grignon, l'élymologie de ce nom et d'ititéressauts détails sur la 
fêle : 

Depuis 1825, la ioire annuelle, anciennemect dite des Sannes, a lieu 
sur le marché au blé. On a beaucoup argumenté sur le nom qui lui a été 
douué et qui lui vient de ce qu'elle se leuait peu de jours après le synode 
annuel du diocèse; ici, le mot Saunes signifie Synode et pas autre chose. 
Bou nombre de contrats du xvi" sièile pour mise à bail de qiiel(]ues cures 
par les bénéficiaires eoiil passas pour une période de quelques années, ( à 
commencer du Saiiit-Sa7me prochain venant d (1544-1560), c'tst-à-d.re du 
synode. 

La Ibire des Sannes a occupé divers emplacements que nous résumons 
ici. Ou préleud que, jusqu'en 1136, elle eut lieu sur le parvis de l'égli-e 
Soint-Alpin, jadis plu? spacieux, l'église étant beaucoup moins grande j 
qu à partir de celle époque^ elle l'ut transférée daus la halle aux draps, rue 
d'Oifeuil; vers la fia du xvi» siècle, sans que nous puissions préciser la 
date, les forains s'iuslailèreut daus la salle basse de l'Hôtel de Ville et aux. 
aburJs du monument. Eu 1772, lors de la cou&lruclion de l'Hôtel de Ville 
actuel, elle lut transpuriee rue du Collège, puis sur les quais de Noire- 
Dame et de la Comédie. Eu 1778, il tut ordouué qu'elle aurait lieu désor- 
mais sur la place même de l'Hôlel de Ville. Pendant la Kévoluiion, elle 
fut reportée rue du Col ège. En 1793, on décida qu'elle se tiendrait sur les 
quais, mais ce changement ne paraît s'être elfectué qu'en 17ii7. En 18U5, 
elle revint sur la place de rilôlel de Ville et enfin fut transférée, en 1825, 
sur la place du Manhé. Depuis plusieurs années, l'emplacement qui lui est 
atleclé est devenu insulfisanl, et un certain nombre de ma^chand^ torains, 
tiis, saltimbanques, sont obliges de siu&laller sur la place du Cbâteau-du- 
Marcbé et le boulevard du Jord. 



M. iMinoutlet, de Romeny, a communiqué une note intéressante, 
à la dernière séance de la Société liistorique et archéologique de 
f'.li'Ueau- Thierry, sur les découverle.s par lui faites à (irigny, 



388 CHRONIQUE 

ancien oppidum situé sur la voie romaine de Ciiàteau-Thierrj à 
Soissons, près d'Oulchy-le-Cliâleau. 

il a recueilli, entre autres objets anciens, des monnaies gau- 
loises, dont la plupart sont rares et curieuses ; il a donné de ces 
pièces, qui forment dix-huit types différents, une description qui 
ne laisse rien à désirer. 



Il y a quelques jours, M""' veuve IMiltat-Hesse, coquetière à Plivot 
(Marne), en bêchant son jardin, a trouvé une magnifique pièce 
en or de 48 fr. , à l'effigie de Louis XV[ et datée de 1786. La pièce 
est fort bien conservée, et elle acquiert par cela même une grande 
valeur. 

Mais la découverte de ce trésor emprunte à son histoire un 
cachet de réelle originalité : les gens du pays se souviennent parfai- 
tement qu'il y a soixante ans, la pièce en question fut perdue par 
un certain Frapart, dit Colas-Malin, qui, à cette époque, était bien 
vieux déjà, et qui, obéissant à l'on ne sait quelle manie, avait adapté 
le louis d'or à sa veste en guise de bouton. 

Perdue un jour où il bêchait la (erre, la fameuse pièce lut avide- 
ment recherchée; on raconte même que Colas-Malin cribla, à l'aide 
d'un tamis, la terre qu'il avait remuée dans la journée. Il ne 
retrouva rien, et le souvenir de l'écu de 48 livres s'était depuis 
longtemps elfacé, lorsque M""-' Miltat fit sa découverte, à l'endroit 
même où, il y a soixante ans, la lerre avait été fouillée... 



Par décret en date du 14 avril I89u, M. Herment, capitaine 
adjudant-major au \ 16« régiment d'infanterie, vient d'être nommé 
chef de bataillon au 137^. 

M. Georges Herment est un enfant de Vitry-le-François. Son père, 
lieutenant-colonel aux turcos, s'est bravement fait tuera la bataille 
de Solférino et a un monument commémoratif dans le cimetière. 
Resté orphelin tout jeune, le nouveau commandant, après avoir 
passé quelques années au Collège de Vitry, finit ses études au 
Lycée de Reims, et s'engagea de bonne heure au 74*^ de ligne, un 
ex-régiment paternel, oiï il conquit ses premiers grades. 

La guerre de 1870 le trouva sergent-major; fait prisonnier à 
Wissembourg et emmené au fond de rAllemagne, il essaya de 
s'échapper, mais tut repris au moment où, avec quelques cama- 
rades, il allait Iraiiclùr la frontière autrichienne. Rentré en 
France, il fut "bicntùt nommé sous-lieutenant, et depuis quelques 
années occupa des garnisons de l'Ouest, Vannes, Auray, Belle- 
Ile-en-Mer. Son nouveau régiment siège à Fontenay-le-Comte 
(Vendée). 



CHRONIQUE 389 

Le Ministre de rinlérieiii' vient d'accorder, dans le personnel de 
l'enseignement primaire du département de la Marne, les récom- 
penses suivantes : 

Ua rappel de ni<*daiUe d'or- à M. Vatlpe (Germain), professeur à l'Ecole 
normale d'insliluleurs de la Marne, secrétaire de la Sociélé de secours 
mutuel des inslituleurs et institutrices de la Marne; 

Une mpdaille d'argent à M. Billerey (Charles), instituteur à Saint-Vrain, 
administrateur de la même Sociét.j ; 

Une médaille de bronze à M. Hue (Ferdinand), inspecteur de l'Enseigne- 
ment primaire à Reims, administrateur de la même Sociélé. 



A ce moment oit l'on recherche, pour les préserver de toute 
destruction, les œuvres d'art civil ou religieuse, nous croyons 
devoir signaler comme un travail tout à t'ait remarquable, à notre 
humble avis, le buste en bois de sainte Anne, que possède l'église 
de Cunijn (Aube). Ce buste était placé, avant la Révolution, dans 
la chapelle de Sainte Anne, distante de deux kilomètres du village, 
chapelle érigée, croit-on, au xi^ siècle, par le B. Simon de Bar. 

Le visage, d'un bel ovale, a une attitude gracieuse; le regard est 
très doux, un peu mélancolique : certaines personnes, d'une ima- 
gination un peu trop sensible, prétendent que la physionomie de 
la sainte change selon les circonstances. La tête est couverte d'un 
voile qui descend en plis légèrement ondulés, pour se croiser sur 
la poitrine, en formant un revers de chaque côté : au-dessus du 
croisement du voile, les larges plisse dessinent d'un vêtement qui 
monte jusqu'au col de la sainte. L'ensemble est du meilleur efTet. 

A quelle époque remonte cette statue? Aucun document ne nous 
permet d'indiquer une date. 

* » 

Ms' Meignan, archevêque de Tours, a présidé, le 23 avril, les 
fêles qui avaient lieu à Saitite-Catherine de Fierbois en l'honneur 
de Jeanne d'Arc et pour l'inauguration de la statue de l'héroïne. 
On sait que c'est à Sainte-Catherine de Fierbois que fut trouvée 
l'épée dont Jeanne devait se servir pour « bouter les Anglais hors 
de France ». 

Le vénérable cardinal de Tours était assisté de JNN. SS. Renou, 
évêque d'Amiens ; Pagis, évêque de Verdun; Delaborde, évêque 
de Blois. La messe pontificale a été célébrée à dix heures et demie 
par Mg"" l'Lvêque d'Amiens. Le soir, à deux heures et demie, a eu 
lieu la réception des autorités civiles et militaires. 

Le vaillant évêque de Verdun a prononcé, à trois heures, le 
panégyrique de J.;anne d'Arc, qui a été suivi d'un salut solennel 
et de la bénédiction de la statue. 



MELAiNGES 



Jeanne d'Arc Champenoise. — Une discus^sion s'est élevée eolrc 
M'' Turinaz, évêque de Nancy, et M. l'abbé Misset, auteur de la brochure 
Jeanne d'Arc Champenoise. Elle peut intéresser nos lecteurs: nous en don- 
aons les parties principales. 

Ceux qui voudraient la suivre avec lo is ses développements la trouveront 
dans les deux numéros de VUnivcrs des 19 et 24 déctmbre. 

M"' Turinaz consacre la première partie de sa lettre à se défendre d'avoir 
rajeuni un argument et a en faire ressortir la Vdleur : 

<< 1° Après avoir rappelé qu'un descendant de la famille de la 
Pucelîe, M. Pierre Lanéry d'Arc, a imprimé que l'élude de 
M. Chapellier (affirmant i'oiigine lorraine) était « magistralement 
faite » et « Irancliait à Jamais le débat sur la question », vous 
dites que vous êtes obligé de reprendre aujourd'hui celte question, 
et vous ajoutez : « D'autant plus que, du plus haut de la chaire de 
'< vérité. M?"" Turinaz. qui parlait, il faut bien le dire, à Nancy, 
« soutint la thèse de M. Chapellier avec toutes les ressources de 
' son éloquence entraînante. Il crut même devoir rajeunir, pour 
' la circonstance, un vieil argument sans portée, mais qui produit 
'( toujours sur les foule- un certain efiet : « Les voix de Jeanne. 
■< s'écria-t-il, lui répétaient • « Fille de Dieu, va en France!... - 
« donc elle n'y était pas. 

» Vous prétendez que je rajeunis un vieil argument. Pour moi, 
qui crois avoir lu la plupart des ouvrages qui traitent de Jeanne 
d'Arc, je n'ai jamais rencontré cet argument. Mais celte affirma- 
Uon, que vous donnez absolument sans preuves, était utile à votre 
•aqse. Ceci a, d'ailleurs, une importance tout à fait secondaire. 

» Vos lecteurs croient sans doute que tout mon argument se 
borne aux paroles que vous citez. Or, voici quelles ont été mes 
paroles : <t Ecoutez les déclarations qu'elle (Jeanne) répèle 
plusieurs fois devant ses juges : « Pour ce qui est de ce que j'ai 
'< fait depuis que j'ai pris le chemin de la France, je jurerai 
« volontiers... Je ne vins en France que sur l'ordre de Dieu... 
>' J'aimerais mieux être tirée à quatre chevaux que d être venue 
' en France sans la peî'mission de Dieu... Quand j'eus appris 
« que je devais venir en France, je me mêlai peu aux jeux et aux 
« promenades. - 

» Vous l'entend -z, la jeune bergère devait a'Ier en France, elle 
n'y était donc pas : elle ne considérait pas comme français le 
village de Domrémy où elle était née. 

» Et au-dessus de l'autorité de Jeanne, voici celle de l'arcliange 
qui l'envoie secourir et sauver la France : « C'est cette voix qui 



MKI.ANtifeS 391 

(« me dil qu'il élail nécessaire que je vinsse eu France... Ueu.x 
" ou Irois lois par semaine, celte voix nie disait : « Pars en 
<< France, il le faut » El encore : » La voix me disait : Va en 
a France!... Et je ne pouvais plus durer où j'étais. » 

» Je demande si le texte que vous avez cité comme étant le 
mien a une valeur qui se ra(»proche, même de loin, des alfirma- 
tions miilliples de Jeanne d'Arc et de l'archange saint Michel que 
j'ai citées. Donc, sur ce point, évidemment pour le besoin de votre 
cause, vous avez amoindri, et de beaucoup, l'argument que j'ai 
produit. 

» 2" Vous poursuivez en ces termes : « Or, est-ce seulement 
u lorsqu'elle était à Dumremy que Jeanni- voulait aller en France? 
« Elle le voulait quand elle était à Méhunsur-Vèvre, en plein Berrv, 
u à la cour de Charles VII; elle le voulait quand les hommes 
« d'armes l'entraînaient contre son gré, contre l'ordre de ses 
« voix, au siège de la Charité-sur Loire, dans le Nivernais, Elle 
« le dit elle-même, en toutes lettres à se- juges : Respondit quod 
a ipsa vok'biil venire ùi Franclam. W de .Nancy osera-l-il con- 
« dure : Donc en Berry, donc en Nivernais, Jeanne d'Arc n'était 
« pas en France, puisqu'elle voulait y aller"? Ignorerait-il qu'au 
'< moyen-àge il existait une ville de Paris en douce France, et une 
« abbaye de Saint-Denis-en-F'rance ainsi nommées parce qu'elles 
« étaient situées en Ile-de-France? » 

1) Vous ne citez qu'un texte pour lequel vous renvoyez à Qui- 
cherat, 1"='" vol., p. loi». Je reconnais loyalement que ce texte peut 
olfrir une difliculté. Mais enlève-t-il leur autorité aux textes nom- 
breux que j'ai cités plus haut, je ne le pense pas. 

» Votre réponse se résume en ceci : Quand Jeanne d'Arc et les 
Voix parlaient à Uomremy de venir en France, il s'agissait » de 
» la ville de Patois en douce France et de l'abbaye de Saint-Denis- 
« en-France, ainsi nommées parce qu'elles étaient situées en Ile- 
i< de-France, n 

M Misset répond ; 

«... J'avais dit dans mon travail que Votre Grandeur avait 
rajeuni « un vieil argument sans portée » lorsqu'on 1890 elle 
s'était écriée à Nancy : « La jeune bergère voulait aller en France, 
'< elle n'y était donc pas; elle ne considérait pas comme français 
« le village de Ooniremy où elle était née. » Vous ne voulez pas 
avoir rajeuni un vieil argument, je le comprends. « Pour moi, 
« dites-vous, qui crois avoir lu la plupart des ouvrages qui 
«' traitent de Jeanne d'Arc, je n'ai jamais rencontré cet argu- 
» nient. » 

>' Etes-vous aussi sûr, Monseigneur, de la ndélité de votre 
mémoire que de i'mimeiisité de vos lectures? Or, ici, remar- 
quez-le, je II ai aucun intérêt à ne pas concéder votre posluiolunx. 
En ellel. jeune ou vieux, découvert ou simplement rajeuni par vous, 
l'argument, en tant qu'argument, reste le même. Par malheur, il 



392 MKL.\NGES 

y a quelque part, en Lorraine, iiii chevalier du Saint-Sépulcre, 
M l'abbé .Mourol. Il se lïiclierait avec raison, et me pourfendrait, 
et nie convaincrait d'ignorance, ?i je ne reconnaissais pas que la 
paternité de l'argument lui appartient plutôt qu'à vous Dès 1880. 
dix ans par conséi|uent avant Votre Grandeur, il avait eu l'idée 
que vous deviez avoir et imprimé le raisonnement que vous deviez 
croire vôtre. Mais hélas! même alors, l'idée était-elle neuve? Je 
ne le pense pas. Car M. Athanase Renard, qui ne manquait ni 
d'érudition, ni d'esprit, répondait textuellement: •< M. le curé de 
i< MonIhureux-le-Sec croit trouver un argument décisif en faveur 
« de sa thèse dans une manière de parler commune aux habitants 
u de la contrée, même aux Français qui s'y trouvaient dépaysés et 
'i réduits à dire, quand ils la quittaient, qu'ils allaient en France. 
« La même manière de parler a longtemps subsisté dans plusieurs 
"■ de nos anciennes provinces, même après leur incorporation au 
(( royaume. C'est ce que M. l'abbé Barthélémy de Beauregard, 
« auteur d'une histoire de Jeanne d'Arc, explique très bien. » 
Or, si Votre Crandeur se rappelle avoir lu l'ouvrage de M. Bar- 
thélémy de Beauregard, elle sait qu'on y trouve, au tome \, à la 
page 49, la phrase qui suit : « La voix disait à Jehanne de partir 
« pour la France. » Et en note : « Le nom de France n'était 
« donné qu'à la partie du royaume qui avait formé le domaine 
u de Hugues Capet : c'étaient la Picardie, l'Ile-de-France, l'Or- 
« léanais, le Berry et la Touraine. » Vous le voyez donc, l'argu- 
ment n'était pas neuf, la réponse n'était pas neuve, car l'abbé 
Barthélémy de Beauregard a composé sa Jeanne d'Arc en 1847! 

" Mais si l'argument n'est pas neuf, du moins a-t-il, comme le 
bon vin et la bonne amitié, gagné en vieillissant? J'ai peur du 
contraire. Vous citez, il est vrai, à quatre reprises, les paroles 
de Jehanne d'Arc, disant que, lorsqu'elle était à Domremy, elle 
voulait venir en France Vous placez ensuite par trois fois dans 
la bouche de saint .Micliel. l'ordre lui même : « Il est nécessaire 
d'aller en France, pais en France, va en France! " Et, toute triom- 
phante, en présence de celte multitude — une peu factice — de 
textes qu'il s'agit précisément d'interpréter, Votre Grandeur me 
dit : K Vous ne citez qu'un texte. Enlève-l-il leur autorité aux textes 
<( nombreux que, )''ai cités plus haut? » — Je le pense, Monseigneur. 
Quand Jeanne d'Arc à Méhun-sur-Yèvre, en Berry, veut aller en 
France (et c'est ce que dit le texte que j'ai cité), elle donne au 
mot « France » un autre sens que vous. Méhun-sur-Yèvre n'était 
pas hors du royaume, Domremy n'était pas hors du royaume! Et 
lors même que mon texte de Méhun-sur Yèvre, qui renverse rint(;r- 
prétalion que vous faites des textes de Domremy, n'existerait pas, 
qui ne sait aujourd'hui ce qu'on désignait par le mot « France » 
à l'époque de Jeanne d'Arc? Ce n'était pas seulement l'Ile-de- 
France, comme Votre Grandeur voudrait me le faire dire, c'était 
aussi, comme je l'ai dit, le Berry où se trouvait Charles Vil, 
l'Orléanais où se trouvait Orléans dont Jeanne devait fai^e lever 



MÉLANGES 393 

le siège. Votre drandeui' n'est donc pas autorisée'à conclure que, 
dans ma pensée, « quand Jeanne d'Arc et ses voix parlaient à 
(■ Domremy de venir en France, il s'abaissait seulement de la ville 
c de Paris en douce France et de l'abbaye de Sainl-Denys en 
« France. » Vous aviez dit en 1890 : Les voix ordonnaient k 
.leanne d'aller en France, donc elle n'y était pas, donc elle était 
en Lorraine, hors du royaume, hors de l'autorité du roi, dans nn 
pays soumis à un duc qni était alors l'ennemi du roi. 

B Je vous ai répondu : Non, elle était dans un pays qui, adniinis- 
trativement, fiscalement, judiciairement, politiquement, géogra- 
phiquement était situé au royaume et en Champagne. « Il serait 
« inutile de rappeler les textes établissant que non seulement des 
« bords de la Meuse, mais de provinces aussi rapprochées de la 
« capitale que le Berry, l'on donnait le nom de France à l'Ue-de- 
« France, et aux pays limitrophes réputés comme le cœur du 
« royaume, parce qu'elle dit être venue en France. » Ce n'est 
pas moi, monseigneur, qui vous ai fait cette réponse, c'est le 
dernier historien de Jeanne d'Arc, le R. P. Ayrolles, de la Société 
de Jésus. Vous l'avez évidemment lue dans sa Vraie Jeanne d' Arc , 
tome II, p. 147. » 

La deuxième partie de la difcussiou porte sur l'analyse et le sens d'un 
discours prononcé par M-' Turinaz le jour de la lete de l'inauguration, à 
Nancy, d'une statue de Jeanne d'Arc. Celte partie est d'un intérêt moins 
historique; nous la laissons. 

Lu fin de la lettre épiscopale place la question sur le terrain national et 
mérite d'être, avec la réponse, intégralement citée : 

(( Mais ne pourrions nous pas, ne devrions-nous pas porter ce 
débat sur un autre terrain, ou plutôt le restreindre, vous et moi 
et tous ceux qui étudient l'origine de Jeanne d'Arc, à celle 
question : « La bergère de Domremy est-elle Lorraine, Cham- 
penoise ou Barrisieime? » sans paraître contester, même quant au 
mot lui-même, dans aucune de ces hypothèses, son titre de Fran- 
çaise? Nous prendrions le litre de Française dans un sens plus 
large et beaucoup plus exact. 

» En eflet, à l'époque de Jeanne d'Arc, les Bourguignons et les 
Bretons, pour ne pas citer les habilants d'autres provinces, 
quoique gouvernés par leurs ducs comme les Lorrains et les 
Normands soumis à l'Angleterre, n"élaient-ils pas Français? 
Pourquoi donc les Lorrains ne l'étaient-ils pas? La soumission 
au roi de France établissait-elle à elle seule la nationalité fran- 
çaise? Je ne le pense pas. La défaite ou la victoire, la séparation 
ou l'aonexion d'une province lui enlèvent-elles ou lui donnent- 
elles sa nationalité? Français d'aujourd'hui, nous pouvons l'ad- 
mettre moins que jamais. Après plus d'un siècle de servitude et 
d'épreuves, la Pologne est-elle russe? Faut-il dire que les diverses 
provinces ou régions de notre pays n'ont été françaises que du 
jour où elles ont été soumises à la couronne de France, et que 



'.,9 i ■ MKI. ANGES 

demain, au g(é des événements, elles pourront n'êli'e plus fran- 
raises? Ce serait amoindrit' à tous égards, dans la plus déplorable 
mesure, notre histoire nationale, briser les chaînes des plus anti- 
ques et des plus glorieuses Iradilions, et autoriser, contre notre 
nationalité, les plus odieux attentats. 

» Donc, abaissons et restreignons le débat, afin d'élever et 
d'unir tous les cœurs dans l'adfniration pour Jeanne d'Arc, et 
dans les aflirmations du patriotisme. Que telles ou telles pro- 
vinces revendiquent la gloire d'avoir donné le jour à Jeanne, mais 
que toutes reconnaissent que la libératrice de la France est Fran- 
çaise. » 

Voici la réponse de M. Misset : 

« Malheureusement, Monseigneur, on ne porte par un débat où 
l'on veut; on est forcé de le prendre où il se trouve. Si la Cham- 
pagne et l'Ile de France, si la Champagne et le Berry se dispu- 
taient Jeanne d'Arc, la chose serait de médiocre importance : la 
nationalité française de la Pucelle ne serait pas en jeu ! Entre la 
Champagne et la Lorraine, entre la Champagne et le Barrois, 
qu'on le veuille ou non, le terrain du débat est tout dilférent. 
PiKjnanl lermini, comme disaient les vieux logiciens. 

» Et la concession que Votre Grandeur me demande est préci- 
sément le point important du litige. 

I) La Lorraine du xv siècle, le Barrois du xv^ siècle, même dans 
leur partie mouvante, étaient pays indépendants et par consé- 
quent étrangers. Je ne vous en citerai qu'une preu/e, l'article 72 
de la coutume champenoise et française de Vitry qui, d'accord 
avec Joinville, avec les rois de France, avec les ducs de Bar, 
désigtie sous le titre de Nobles e.HraïKjcrs « les Nobles natifs et 
demeurans aux pays d'Allemagne, Lorraine, Brabant, B irrois, ou 
ailleurs hors du royaume. » Cet assemblage de mots révolte sans 
doute aujourd'hui notre patriotisme; il ne froissait personne; il 
était l'absolue vérité cent ans encore après la naissance de Jeanne 
d'Arc, quand on rédigea la coutume de Vitry en l'an I5U9. Et ne 
croyez pas, monseigneur, que lextranéité de la Lorrame et du 
Bairois, même dans leur partie mouvante, soit une opinion his- 
torique, discutable en droit. Elle a force de chose jugée, sans 
appel possible. La cause a été plaidée dans votre ville épiscopale 
devant la première Chambre de la Cour royale de Nancy. Elle a 
donné lieu à un chef-d'œuvre d'éloquence judiciaire et d irrésis- 
tible logique; et celui qui l'a prononcé était un Lorrain, si je ne 
me lrom()e, une des gloires, en tous cas, du vieux barreau français, 
y\. Troplong, avocat général près la Cour de Nancy. Dans les ques- 
tion de nationalité, le sentiment, surtout à certaines époques, ne 
peut qu'égarer la raison, et nous aurions tort de nous placer en 
face de nos pères, à l'époque où le duc de Lorraine laissait fouler 
aux pieds, par ses soldats d'empire, le drapeau de la France dans 
sa ville de NeufchAteau, k l'époque où le duc de Bar poursuivait. 



MKLANGKS SO'i 

Uaqiiail sans inerci les derniers Armagnacs de Champagne, tuait 
à Sermaize, dans l'arméo de La Hire, le cousin germain de Jeanne 
d'Arc, faisait alliance avec les Anglais contre Charles Vli le jour 
même où Jeanne d'Arc donnait l'assaut à Orléans. Là est la vérité. 
Votre Grandeur me demande si « les diverses contrées de notre 
« pays n'ont été françaises que du jour où elles ont été soumises 
(1 à la couronne de France. )> — Je le crains, Monseigneur, La 
Savoie n'était pas française avant 1860, le Barrois et la Lorraine 
ne l'étaient pas avant leur réunion à la France. 

)' Vous me demandez si, « après plus d'un siècle de servitude 
M et d'épreuves, la Pologne est devenue russe. >> J'ai grand peur 
que la Pologne soit non seulement russe, mais encore autrichienne 
et prussienne! J'ai peur qu'il n'y ait plus de Pologne! Seulement, 
permetlez-nioi de vous dite que l'assimilation ici n'est pas abso- 
lument heureuse. Les Lorrains aujourd'hui entendent être Fran- 
çais, si les Polonais n'entendent pas être Russes! Les Lorrains 
sont fiers, avec raison, de posséder à Naticj la statue de celle qui 
incarne l'idée de la patrie française. Elle est sans doute un contre- 
sens si l'on regarde le passé, elle est notre plus chère espérance 
si l'on regarde l'avenir. Vous dites : « Abaissons le débat afin 
« d'élever tous les cœurs. » 

y> Je dis : 

« Laissons au débat toute son élévation, et que tous les cœurs 
s'élèvent à la hauteur du débat. Vous êtes la preuve vivante, Mon- 
seigneur, qu'un Français d hier, ne le cède à personne dans l'amour 
de noire vieille France et dans l'admiraiion de nos vieilles gloires. 
Laissez à notre vieille France ce qui lui appartient! Laissez-nous 
Jeanne d'Arc, car elle est notre : Johanna noslra est! Elle est née 
à Uomremy de Greux, en terre de France, en province de Cham- 
pagne, d'un père Champenois né à Celfonds, d'une mère Cliam- 
peiioise née à Voulhon-le-LJas. Son village relevait (les juges de 
Rouen nous le disent) de la prévôté de Montéclair-et-Andelot, au 
bailliage de Chaumonl, de Champagne. Au point de vue adminis- 
tratif, fiscal, judiciaire, politique, géographique, Jeanne était 
Chamj>enoise et non Lorraine. Reconnaissez-le loyalement, Mon- 
seigneui, non pas, si vous le voulez, pour la Champagne, mais 
pour la France et pour la vérité. 

« Daignez agréer, Monseigneur, l'hommase de mon profond 
respect. 

{Journal de la Marne. i E. Misset. » 



Il y a ln SiiicLii. — Arrestation d'-s Terroristes à Reims, le 
lîi avril l79.'i. — Sur l'ordre du représentant Albert, la nouvelle 
Municipalité décrète l'arres^lation des personnes connues à Reims 
comme terroristes. 

Dans les huit sections de la ville, il y eut quarante-quatre ar.-es- 
lations, parmi lesquelles celle de Couplet, dit Beaucourt. La liste 



39fi ' MÉLANGES 

(Voir les Annales de la RêvoluUon, imprimerie Bugg, 1883) fut 
lue en pleine séance, devant un fort détachement de la garde 
nationale et nombre de curieux. Des patrouilles parcourent les 
rues, pour empêcher les jacobins de causer quelques soulèvements. 
Le même jour, d'après deux pièces manuscrites revêtues de 
signatures autographes, et que nous possédons, il y eut à Reims 
des perquisitions chez : 

Trislant, rue Maurice. (On sait que les saints n'avaient plus alors droit 
de cité en France.) 

Gérome père, liaison des Minimes. 
Pillière Beuge, boulanprer, place Remj'. 
Talabot, tisseur, rue Neuve. 
Lambert, tisseur, rue Chaniraine. 
Génin, tisseur, rue Tournebonneau. 
Lebœuf, tisseur, rue des Quatre-Chals. 

En exécution de la loi du 21 germinal de l'an III de lu Répu- 
blique, qui ordonne le désarmement de ceux qui ont participé aux 
horreurs commises sous la tyrannie qui a précédé te neuf ther- 
midor : 

« De l'arrêté du représentant du peuple Albert, en mission dans 
le département de la Marne, en date du 24 germinal, relatif à 
la dite loi. 

Et de l'arrêté du district de Reims, en date du 20 du même 
mois, 

Le Conseil général de la commune de Reims a nommé le citoyen 
Assy-Villain, olFicier municipal, et Clicquot-Vuatelet, notable, 
lesquels sont chargés sous leurs responsabilités d'aller exécuter 
la loi et procéder an désarmement des citoyens Tristan, Gérôme, 
Pillière-Beuge, Talabot, Lambert, Génin et Lebceuf, ci-dessus 
désignés. 

Autorisant lesdits commissaires par nous nommés à prendre 
tous les moyens que leur prudence leur dictera et même de se 
faire accompagner par la force armée, si besoin est. 

A Reims, le trente germinal, an .'{" de la République une et 
indivisible. 

Pinchart, maire; P. Godinot, Benoist, Guélon, Le Grand David, 
Gérard, Champagne-Clicquot, Dessain. 

Ce jourd'hui trente germinal, l'an trois de la République une et 
indivisible, nous Assy-Villain, officier municipal, et r.licquot-Va- 
telet, notable, en exécution de la Commission à nous déléguée 
par le Conseil général de cette commune, datée de ce jour, afin 
du désarmement de ceux qui ont participé aux horreurs commises 
sous la tyrannie qui a précédé le 9 thermidor, nous sommes trans- 
portés chez les citoyens ci-après nommés et à nous désignés par 
ladite commune : 

1" Ch«z le citoyeu Jacques Trislaut, rue Maurice, où perquisition iaile 



MÉLANGES 397 

nous avons Irouvé une pique, un pelil sabre doré déniant et un iusil et 
sabre qu'il uous a déclaré provenir de la lorinalion des canotiers. 

2» Chez le citoyen Pillière-Beugé, place Remy, où perquisition faite nous 
avons trouvé une pique. 

3" Chez le citoyen Noël Cénin, tisseur, rue Tourneiiormeau, où perquisi- 
tion faite nous avons trouvé une pique et un sabre. 

1° Chez le citoyen Lambert, tisseur, rue Cbanlraine, oii perquisition faile 
nous avons tiouvé un fusil et une pique. 

5" Chez le citoyen I ebœuf, rue Jean, où perquisition faite nous avons 
trouvé une pique. 

6" Chez le citoyen Thalabo, rue Neuve, à la Barbe d'or, où perquisition 
faile uous avons trouvé une pique et un sabre. 

( hez le citoyen Gérosme père, maison des Minimes, perquisition laite 
nous n'avons trouvé aucune espèce d'armes. 

Lesdiles visites ou pei-qui.silions faites, nous avons sommé, au 
nom de la loi, les citoyens Tristant, Pillière, Génin, Lamberl, 
Lebœuf et Talabo de transporter de suite à la maison commune, 
au bureau militaire, les armes désignées d'autre part, à quoi ils 
ont promis d'obtempérer sur-Ie- -hamp, et nous étant nous-mêmes 
rendus à ce bureau militaire, à la maison commune, nous avons 
reconnu : 

1" Que le citoyen Tristant a déposé audit bureau une pique, un fusil et 
un sabre ; 

2° Le citoyen Pillière, une pique; 
30 Le citoyen Noël Génin, une pique et un sabre; 
4 Le citoyen Lambert, un fusil et une pique; 
0" Le citoyen Lebœuf, une pique ; 
6" Le citoyen Talabo, une pique et un sabre. 

Toutes lesquelles armes ont été étiquetées pour être par le 
Conseil général ordonné ce qu'il appartiendra. » 
Reims, le 30 f^erminal an 3' susdit. 

Cliûjlot-Vl-atelet. AssY-Villain. 

(Courrier de hi ChampcKjiic.) <- Ckri-. 



Lv,- Mi^:MoiKt.^ m ^omik Bkk.not. - Quelle bonne inspiratioti 
M. le comte Albert Beugnot a eue de reéditer les Mémoirn do son 
grand-pèi^e. Jacques-Claude Beugnot, ministre sous l'Empire, 
minisire d'Etat, député et pair de France sous la Restauration! 
La seconde édition, parue en 1866, était depuis longtemps introu- 
vable et c'était grand dommage, car notre littérature moderne, si 
ricbe en Mémoires, compte peu de livres ausM intérosants, aussi 
remplis de fails tragiques ou amusants, que ces souvenirs d un 
homme desprit qui savait regarder et qui a toujours été en bonne 
place pour voir. Dans un ordre d'idées différent, les Mémoirei^ de 
Beugnot sont au moins aussi attrayants que ceu.x de Marbot. C est 
tout dire. 



.)98 MKLANGES 

Nous n'avons pas la prétention d'analyser les Mémoires de 
Beugnot; de pareils livres ne s'analysent pas : il faut les lire de la 
page à la dernière, et, quand on a fini, on recommence. Nous nous 
contenterons donc, simplement, de glaner quelques anecdotes, dont 
plusieurs sont connues, mais que l'on a toujours plaisir à retrou- 
ver. 

Nous passerons rapidement sur l'alTaire du CoUicv de la reine 
dans laquelle, — ce n'e^t pas le côté le moins étrange de cette 
affaire, — Beugnot, alors simple avocat au barreau de Bar-sur- 
Aube, a été mêlé de la façon la plus active et dont seul il a connu 
tous les dessous. Il nous suffira de dire que le jeune robin, né 
malin, sut admirablement se tirer d'un mauvais pas qui aurait pu 
l'arrêter net dans sa carrière. Mais avec de l'esprit on se sauve de 
tout, même en restant honnête homme, ce qui est le cas de notre 
héros. De cette partie de son récit nous ne retiendrons qu'un 
tableau de la société de l'ancien régime Unissant qu'on croirait 
peint d'hier: « Celui qui n'a pas vécu pendant les années qui ont 
précédé la Révolution ne sait pas ce que c'est que la douceur de 
vivre )>, disait Talleyrand. Avocat au Parlement, déjà mis en 
lumière par des procès retentissants, amoureux de toutes les 
choses de l'esprit et mêlé à la société la plus choisie de son temps, 
Beugnot se laisse aller, lui aussi, à cette douceur de vivre. « Un 
air de contentement, écrit-il, animait d'un charme nouveau nos 
lieux de réunion, nos spectacles, nos sociétés de famille; il sem- 
blait qu'on respirât dans ce beau pays de France le parfum de la 
félicité publique. . . r^ Mais aussi que d'ombres au tableau ! La cour 
et la ville délaissaient les chefs-d'ojuvre de la scène française pour 
courir à des spectacles « déjà trop bas pour la populace ». Caglios- 
tro règne en souverain L'agiotage prend des proportions inouïes. 
Des coupons d'actions de mines d'or et de mille autres Sociétés 
fantastiques inondent le marché, les faiseurs ne peuvent sulfire à 
contenter les dupes qui se ruenl avec frénésie sur les morceaux 
de papier qu'on leur vend à des prix fauuleux. La .spéculation 
trouve, dès son berceau, des adeptes qui en eussent remontré à 
ceux d'aujourd'hui (Beugnot s'avance peut-être beaucoup) et voilà 
le Gouvernement réduit à tren^bler devant ce nouveau Moloch. » 
Enfin l'esprit de vertige a gagné jusqu'aux chefs de notre armée. 
Ils ne rêvent plus que l'eKcrcice à la prussienne « et entreprennent 
de bonne foi de soumettre le soldat français à un régime appro- 
prié de longue main à des automates allemands ». En vérité, l'his- 
toire n'est qu'un recommencement. 

11 va sans dire que, comme tout le monde à son époque, Beugnot 
a été piqué de la tarentule politique. Il fut candidat aux électio.îs 
de la Constituante et le récit qu'il nous donne de la période élec- 
torale est d'un comique achevé. A l'en croire, le droit de suffrage 
aurait été, dès sa naissance, aussi incohérent et aussi fécond en 
surprises qu'il l'est devenu en vieillissant. Témoin la bonne plai- 
santerie faite par les électeurs de Bar-sur-Aube. Un certain nombre 



d'enire eux a\aiL eu l'idée, par pur badinage, déposer la candida- 
ture d'une espèce de hrule douée d'une force musculaire extraor- 
dinaire, surnommé Gomlierl-le-Chevaux parce que le peuple, 
trouvant rjue ce n'étail pas assez de lui rendre justice en le dési- 
gnant sous le nom de (ioml>ert-le-Clieval. avait appelé le pluriel 
au secours de ce singulier qui était visiblement trop faible pour 
un homme si fort. Gumberl-le-'Jhevaux vit son nom sortir 
triomphant de l'urne électorale. Lui seul ne fut pas étonné de son 
succès. A noter aussi un curieux néologisme qui figurait dans les 
cahiers de Chàteauvillain : « Donnons pouvoir à nos députés de 
solliciter, du seigneur roi, son consentement à nos demandes... 
dans le cas où il refuserait, de le déroiter. >-> La Convention s'est 
chargée de ce soin. 

Dénoncé comme suspect, il resta pendant plusieurs mois à la 
Conciergerie et à la Force, attendant chaque jour son arrêt de 
mort. La mort de Robespierre le rendit à la liberté. 11 est impos- 
sible de rien détacher du tableau qu'il a tracé avec une entente du 
pittoresque et un art merveilleux des prisons de Paris sous la Ter- 
reur. C'est une des pages les plus saisissantes de notre histoire, et, 
il faut le reconnaître, il en est peu qui donnent une si haute idée 
du courage moral de l'ancienne société à tous ses degrés, car, à la 
Conciergerie, toutes le? classes étaient confondues. Ces gens-là ont 
su mourir; mais, ce qui est plus rare, ils ont su supporter les plus 
atroces souffrances avec une sérénité et un stoïcisme souriant qui 
confond l'imagination. Les femmes surtout ont été subli nés, les 
duchesses aussi bien que cette malheureuse fille de carrefour qui, 
après avoir dit vertement son fait au pré-ident du Tribunal, <( sauta 
sur la charrette avec la légèreté d'un oiseau ». Quel contraste entre 
l'ironie hautaine des victimes et la brutalité de leurs bourreaux! 
« Eh bien ! citoyens, disait le délégué de la Commune, comment 
cela va-t-il? L'appétit est-e//e bonne? — Oui, citoyen municipal, 
mais la soupe il est mauvais. — Ah! dame! c'est qu'il ne faut pas 
être nachcux, voyez-vous. » 

Et ce qui frappe surtout dans ce sombre récit, c'est combien 
l'amour de la patrie était enraciné dans le cœur de ces prisonniers 
dont la vie et les occupations avaient été, pour la plupart, si fri- 
voles. Pour mon compte, je n'avais jamais compris avec quelle 
docilité insouciante ces hommes et ces femmes qui auraient pu 
facilement se dérober, par la fuite, aux fureurs du Comité de 
salut public, restaient exposés au danger. Non seulement on 
restait^ mais des émigrés revenaient se faire juger, c'est-à-dire se 
faire condamner par le Tribunal révolutionnaire. Beugnot nous 
donne la clé de celte énigme. Depuis longtemps, il se savait sous 
le coup d'une arrestation : il pouvait fuir et déjà il avait pris ses 
dispositions, mais il voulut dire un dernier adieu à Paris. Il dirigea 
sa promenade du côlé de Jardin des Plantes, et gravit le labyrinthe. 
Un beau soleil couchant éclairait la ville qui paraissait tranquille et 
souriante, a Je ne sais alors, écrit-il, ce qui se passa dans mon âme, 



400 MÉLANGES 

mais une l'oule d'objels que j'avais regardés, avec indifférence, 
vinrent se peindre à ma pensée sous une forme louchante. Je les 
parcourais, je les détaillais, je ne pouvais plus m'en arracher... 
Oui, il y a une patrie. Je ne fuirai pas. » Et, tranquillement, il 
rentra chez lui. Le lendemain, il était arrêté par deux commis- 
saires ivres comme la bourrique à Robespierre. 

(Débats.) Georges Clément. 



1. Imprimeur- Géra Dl, 



Lkun FREMONT. 



PAGES D'HISTOIRE CORPORATIVE 



Un cas de pression électorale à Trof es 



EN 1728 



Eti 1728, les Troyeus avaient à procéder à diverses élec- 
lious : celle de deux adjoints le mardi de la deuxième lerie de 
Pâques, et, le 1 1 juiu, jour de Saint- Barnabe, celle d'un nou- 
veau maire en remplacement de Pierre Rolin — Le décès du 
sieur Le Blond, voyer de la ville, nécessitait également son 
remplacement. 

Les corporations d'arts et métiers concouraient à ces élec- 
tions par l'envoi de délégués, leurs maitres-gardes générale- 
ment, en nombre variant de deux à seize, selon leur impor- 
tance. Ce dernier chiffre était fourni j)ar la corporation des 
m.irchauds. 

Voici un modèle des billets d'invitation qui leur étaient 
envoyés : 

De rOrdonuance de Messieurs les Maire et Echevins 

de ia Ville de Troyes. 

Sont avertis 

de s'assembler et choisir de leur Communauté, 

pour assister mercredi prochain, onzième du présent mois de juin, 
jour de Saint-Rarnabé, à huit heures du matin à l'Hôtel de ladite 
Ville, à l'Assemblée générale qui se tiendra pour élire un Maire 
dans le nombre de Messieurs les Conteillers de Ville, au lieu et 
place de Monsieur I^AiLLOT, Ecuyer, dont l'exercice finit audit jour. 
Fait au [jureau de l'Echeviiiage de l'Hôtel de ladite Ville, le neuf 
juin mil sept cent trente- deux '. 

Deux partis se disputaient alors le pouvoir municipal : les 
officiers de police, représentant le roi, qui cherchait souvent à 
imposer des candidats de son choix, et les bourgeois ou mar- 

1. Archives muiiicipale;^, dans le I^o^. Q. 1". — Billet imprimé, grand 
ia-1G. 

26 



402 UN CAS DE IMiESSION ÉLECTORALE 

chauds, qui leuaieuL d'aulaul [)1ijs ci leur droit d'éleclioii quo 
la ville avait dû racheter, pour de fortes sommes, l'office de 
maire créé par l'Etat dans des moments de gène financière ' . 
Tous les moj'ens étaient bons pour empêcher le succès des 
concurrents. La Bibliothèque de Troyes a conservé le docu- 
ment ci-dessous, curieux échantillon d'une littérature toute 
spéciale. 

AdvJs salvtaire avx Troyens-. 

Us ne sont pas beaux ny bons 

l^es doublons. 
Les Doublets, iiy leur lignage, 
Ce sont des Monopoleurs 

Et voleurs, 
Qui briguent l'Echevinage 
l'our vu de leur parenté, 

Eueulé, 
Qui se promet de faire rage 
Contre le corps des Marchans, 

Donc sachaus, 
Qu'ils meltroient tout au pillage, 
D'vu las de Siciliens, 

Tous Troyens, 
Euitfz le brigandage, 
Ne nommant pour Echeuins 

Mascarins, 
Ny gens de leur parentage. 

Un écho de ces luttes subsiste encore dans un Placet adressé 
au Roi par Morel, lieutenant général au bailliage de Troyes, 
contre les Maire et Echevins de cette ville, « au nombre de 
quatre ou cinq marchands », qui avaient osé, par une ordon- 
nance publique, faire des défenses d'exécuter une autre 
ordonnance rendue par les officiers de Sa Majesté, «jqui sont 
leurs supérieurs en ressort ». Ces ordonnances concernaient 
les puits et communs de la ville. Les officiers de police avaient 
ordonné que les crochels desdits puits fussent marqués d'une 
fleur de lis, et la Municipalité y avait fait substituer les 
armes de la Ville. Le lieutenant Morel profite de l'occasion 
pour dénoncer « les brigues dans les élections des officiers 
municipaux » '. 

1. Arcbives de l'Aube, C I84-5. — Des créations de ce genre eurent lieu 
en 1692, 1722, 1733 et 1771 ; elles furent successivemeut supprimées en 
1714, 17-24 et 1764. 

2. Canard contre la famille Doublet. Bibl. de Troyes. 

3. Bibliothèque Nationale, F" F 3, 11.679. — La même Bibliothèque 
conserve, dans le volume 101 de la Colleclion de Champagne, de nombreux 



A TUOYliS 40.^ 

La lu lie était vive parfois ; les électeurs, dirigés par des 
meueurs intéressés, obéissaieut plus souvent à des impulsions 
qu'ils ne consultaient leur conscience. A diverses reprises, et 
cela dans toutes les villes, on se plaignit que nombre d'arti- 
sans se laissaient corrompre par brigues et par argent '. C'est 
un fait de ce genre que nous allons raconter. 



Dans une assemblée consulaire tenue le vendredi 26 mars 
1728, « à la manière accoutumée et suivant l'usage pour la 
réconsiliation. . . », avis fut donné qu'il y avait lieu de rem- 
placer deux des quatre échevins adjoints au maire. Ceux dont 
le mandat finissait étaient les sieurs Le Febvre et Edouard 
Bertbelin; les deux autres avaient nom Nicolas Jeansou et 
Eustache Gouault. 

L'assemblée générale pour procéder à cette élection fut fixée 
au mardi 30 mars, deuxième férié de Pâques, date habituelle 
de toute ancienne