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Full text of "Revue archéologique"

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HANDBOUND 
AT THE 



UNIVERSITY OF 
TORONTO PRESS 



REVUE 



ARCHÉOLOGIQUE 



JANVIER-JUIN 1916 



Droits de traduction et de reproduction réservés. 



ANORRS. IMP. OMINTALE A. BDRDIN BT G'«, 4, RDI fiARNlBR. 



REVUE 



ARCHÉOLOGIQUE 



PUBLIÉE JSOUS LA DIRECTIiON 



DE MM. 



E. POÏTIER ET S. REINACH 



MEMBRES DE L INSTITUT 



CINQUIÈME SÉRIE. — TOME III 



JANVIER-JUIN 1916 



PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1916 




9011002 



ASTUOLOGICA 



Les célèbres « Heures du duc de Berry )), conservées à Chan- 
tilly, contiennent une grande miniature hors texte, page d'une 
étrange beauté, où, comme le remarque M. Paul Durrieu*, 
interprète érudit de ce manuscrit précieux, « l'artiste a su 
ennoblir et rendre séduisante une représentation ingrate en 
elle même » : un personnage le corps couvert des signes du 
zodiaque (fig. 1). M. Durrieu se demande dans son commentaire 
comment cette image, qui ne se trouve dans aucun autre livre 
d'heures antérieur à l'invention de l'imprimerie, a pu se glisser 
dans celui que les plus habiles miniaturistes du temps illus- 
traient pour le duc de Berry quand celui-ci mourut en 1416; 
il suppose qu'elle a dû être empruntée à quelque traité d'astro- 
logie judiciaire. 

Il n'est pas douteux que cette hypothèse soit exacte. L'as- 
trologie étant aujourd'hui une science un peu délaissée, peut- 
être ne sera-t-il pas superflu d'expliquer ce qu'a voulu repré- 
senter l'auteur de cette composition et quels éléments 
traditionnels il a mis en œuvre, en leur prêtant un charme 
inconnu avant lui. 

Au centre, sur un fond bleu pâle, où se détachent de petits 
nuages dorés et argentés, est figuré un jeune homme, debout en 
pleine lumière ; sur son corps nu sont disposés les douze 
signes du zodiaque. Derrière lui se tient un personnage sem- 
blable, vu de dos. Le fond représentant évidemment la voûte 
céleste, on pourrait supposer que le cristal de la sphère reflète 
comme un miroir la première figure, mais celle-ci a les che- 

\. Paul Durrieu, Us Très Hiches Heures de Jean de france^ duc de Herry, 
Paris, 1904, pi. XIII et p. 29. 

V*' .SÉRIE, Ti ill i 



r 



2 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

veux blonds, l'autre les cheveux bruns, et la position du bras 
droit est différente. Il semble donc que l'addition du second 
jeune homme soit un simple embellissement de la composition, 
dû au désir du peintre de montrer son habileté à modeler le 
nu, de dos comme de face. 

La bordure, qui dessine deux arcs s'entrecoupant, est com- 
posée de trois bandes concentriques. La plus large, au milieu, 
est occupée par une nouvelle représentation du zodiaque. Les 
douze signes, délicatement dessinés, occupent des écussons, à 
côté desquels une banderole porte leurs noms. A l'extérieur, 
sont indiquées les subdivisions de chaque signe en trente 
degrés; à l'intérieur, les mois durant lesquels le soleil par- 
court successivement chacun d'eux, ces mois étant partagés en 
vingt-huit, trente ou trente et un jours. 

Enfin, dans les angles de la page, près des armoiries du duc 
de Berry ou de son chiffre, VE enlacés, se lisent les inscriptions : 

Aries, Léo, Sagittarius siint calida et sicca, collerica, mascu- 
lina, orientalia. 

TauriiSy Virgo, Capriconiiis sunt frigida et sicca, melanco' 
7iica, feminina, occidentalia. 

Gemini, Aquarius, Libra sunt calida et hiimida, masculina, 
sanguinea, meridionalia. 

Cancer, Scorpius, Pisces sunt frigida et humida, flemmatica , 
feminina, septentrionalia. 

Ces légendes suffiraient, à elles seules, à nous indiquer le 
caractère astrologique de toute la composition. Les signes qui 
sont « en aspect trigone », c'est-à-dire, qui forment sur la sphère 
les sommets d'un triangle équilatéral, y sont groupés trois par 
trois et, suivant une doctrine héritée des mathematici anti- 
ques*, chacun de ces quatre trigones est considéré comme 



1; Ptolémée, Tétrabible, î, c. 16; Vettius Valens, lî, 1; Antioôhus dans 
Cat. codd. astroL, I (Florentini), p. 146, etc. ; cf. Bouché-Leclercq , Astrologie 
grecque, 1899, p; 199, 202. — C'était aussi une doctrine courante à la Renais* 



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Fig. 1. — Le Zodiaque des Très Riches Heures du duc de Berry. Musée Couaé. 



4 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

possédant certaines propriétés : il est chaud ou froid, sec ou 
humide, masculin ou féminin, et il est mis en rapport avec un des 
quatre points cardinaux et avec un tempérament de l'homme, 
hïVieux (cholericus), mélancolique, sanguin ou phlegmatique. 

L'opinion, émise par M. Durrieu, que cette image astrolo- 
gique n'a pas la même origine que les miniatures précédentes, 
ornant les mois du calendrier, est confirmée par un détail qui 
paraît lui avoir échappé. Le procédé de marquer la correspon- 
dance des mois et des signes du zodiaque par deux cercles con- 
centriques, divisés l'un en jours, l'autre en degrés, est fréquem- 
ment employé dans les ouvrages d'astronomie ou d'astrologie ', 
et il a été adopté pour les illustrations du calendrier comme pour 
notre composition. Seulement cette correspondance n'est pas 
la même des deux côtés. Tandis que le calendrier indique avec 
une certaine précision, pour l'entrée du soleil dans les divers 
signes, une date qui varie de mois en mois du 10 au 16 *, et qu'il 
tient compte par conséquent, en l'exagérant, de l'inégalité de 
vitesse dans la marche apparente du soleil aux différents 
moments de l'année', l'auteur de la miniature astrologique 
place tout uniment le premier degré de chaque signe en face du 
15 de chaque mois. Cette indication grossière in medio mense 



âànce; cf. par éxeniple Gregfôr. fteisch, Màrgarita phitosophica (Strasbourg, 
15b4), lib. VII, tract. II, cap. 2. 

1. On en trouvera un exemple dans le Paris, latin. "7351, f. 13*^. 

2. Plus précisément : entrée du Soleil dans les Poissons le 10 février, dans 
le Bélier le 12 mars, dans le Taureau le 12 avril, dans les Gémeaux le 13 mai, 
dans le Cancer le 14 juin^ dans le Lion le 15 juillet, dans la Vierge le 16 août, 
dans la Balance le 15 septembre, dans le Scorpion le 15 octobre, dans le Sagit- 
taire le 14 novembre, dans le Capricorne le 14 décembre. Si l'on pouvait tirer 
argument d'indications aussi imprécises et qu'on considérât comme exacte la 
date donnée pour le Bélier (équinoxe du printsmps), c'est-à-dire le 12 mars, 
l'original reproduit par le copiste daterait du xm" siècle ; cf. infra. 

3. D'après l'Annuaire du bureau des longitudes pour 1913, l'entrée du Soleil 
dans les signes du zodiaque a lieu aux dates suivantes : Verseau, 21 janvier; 
Poissons, 19 février; Bélier, 21 mars ; Taureau, 21 avril ; Gémeaux, 22 mai; 
Cancer, 22 juin; Lion, 23 juillet; Vier^^e, 24 août; Balance, 24 septembre; 
Scorpion, 24 octobre, Sagittaire, 23 novembre; Capricorne, 22 décembre (je 
néglige l'indication des heures). 



ASTROLOGICA 3 

est donnée dans le De temporum ralione de Bède le Vénérable ', 
ouvrage qui jouit, on le sait, d'une grande autorité au moyen 
âge, et les astrologues, qui étaient souvent plus devins qu'astro- 
nomes, ont pu s'en contenter *, bien que la légère inexacti- 
tude du calendrier Julien, qui mettait celui-ci en retard d'un 
jour tous les 128 ans, rendît cette approximation de plus en 
plus erronée. Au commencement du xv^ siècle, quand furent 
peintes les « Très Riches Heures )) du duc de Berry, l'entrée du 
soleil dans le Bélier se produisait, en réalité, non le 15, mais le 
11 mars. 

L'interprétation de la figure étrange qui forme le centre de 
la composition, n'est pas douteuse. Les astrologues grecs met- 
taient déjà chaque signe du zodiaque en relation avec une par- 
tie du corps humain ^ Cette doctrine avait surtout une applica- 
tion médicale, les planètes malfaisantes ou la Lune menaçant 
tel ou tel membre ou organe lorsqu'elles se trouvaient dans le 
signe correspondant. Il règne un accord assez général sur la 
répartition des influences astrales entre les divers membres; 
Manilius* a déjà sur ce sujet des vers qui pourraient presque 
servir de commentaire à la page de notre manuscrit de Chan- 
tilly, et l'on peut suivre la tradition de cette « mélothésie » zodia- 
cale, pour lui donner son nom technique, jusqu'à la fin de l'an- 
tiquité'. C'était encore une des croyances de la secte des Pris- 



1. Bède, De lemp. rat.^ c. 16, dans Migne, Tair. lat.t CXVl, p. 360. 

2. Georges Midiatès indique de même la date uniforme du 11 pour tous les 
mois. Cf. infra. 

3. BouchéLeclercq, op. cit.^ p. 319 ss. 

4. Astronom., II, 454 sqq. : 

Aries caput est ante omnia princeps 
SorlituSy censusque sui pulcherrima colla 
Taurus, et in G^minos aequali brachia sorte 
Scribuntur connexa humeris, peclusque locatum 
Hub Cancro est, lateru/n regnum scapulaeque Leonis ; 
Virginis in propriam descendunt ilia sortem ; 
Libra régit dunes, et Scorpios inguine gaudel ; 
Centauro femina accedunl, Capricornus utrisque 
imperitat genibus, crurum fundentix Aquari 
arbitrium est, Piscesque pedum sibi iura reposcunt. 

5. VeUius Valens, H, 36, p. 109 Kroll ; Sextus Empiricus, Adv. Astrol. 21 



6 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

cillianistes, condamnées par l'orthodoxie *, et, en 563, le 
concile de Braga lança contre elle un anathème' : Si gui 
duodecim signa, guae malhemalici observare soient, per sin- 
gula animae vel corporis membra disposita credvnt et nomini- 
bus patriarcharum adscripta diciint, anathema sit. Mais les 
foudres de l'Église ne parvinrent pas à détruire une vieille 
superstition, qui reprit un ascendant nouveau sur les esprits 
quand, au xiii® siècle, l'astrologie recommença à être cultivée 
en Europe. 

Suivant cette théorie, qui se justifie par des associations 
d'idées plus ou moins forcées', au Bélier, chef du zodiaque, 
appartient la tête, au Taureau, le cou — un « cou de taureau » est 
encore proverbial — ; les épaules et les bras, membres géminés, 
sont soumis aux Gémeaux; la poitrine dépend du Cancer, dont 
la carapace rappelle la forme de la caisse thoracique; les flancs 
sont attribués au Lion à la robuste musculature, auquel on 
donnait aussi le cœur; la Vierge, conçue comme féconde, 
règne sur le ventre, siège de la maternité ; les hanches et les 
fesses, qui se font équilibre, sont réservées à la Balance — Tau- 
teur de notre peinture, s'écartant de la doctrine traditionnelle, 
a placé la Balance sur le bas ventre — . Le Scorpion est le 
maître des parties génitales, et le Sagittaire, coursier rapide, 
des cuisses ; le Capricorne, qu'on figurait agenouillé, a le patro- 
nage des genoux et le Verseau des jambes pour une raison mys- 
térieuse. Enfin, les deux pieds sont sous l'influence des Poissons, 
qui en sont, il est vrai, dépourvus, mais qui vivent dans les 
régions inférieures de notre monde. 

Les manuscrits figurent la mélothésie zodiacale par deux 



(p. 73i, Bekker); Porphyre, Introd., p. 198; Firmicus Maternus, II, 24; Paul. 
Alexandrin. Introd., c. 1; Schol in Aratum, 545 (Maas, Comment, in Arat., 
p. 446); cf. Catal. codd. astroL, Il (Veneti), p. 47 (cod. 7 cap. por;') et III (Me- 
diolan.), p. 14 (cod. 22, f. 339^). 

1. August., Adv. Haeres., 70; Orose, Commonitorium, dans Migne, Patr. 
lat., XLII, col. 677. 

2. Concil. Bracarense, çan. 10, dans Mansi, t. IX, p. 775. 

3. Bouché-Leclercq, /. c. 



ASTROLOGICA 



sortes de compositions, que le peintre des « Riches Heures » 
semble avoir connues et combinées. 

Parfois, le personnage nu est représenté au milieu des douze 




* Mf^ 













Fig. 2. — Première page du Paris, grec 2419. 



signes disposés en cercle autour de lui. L'homme microscome 
est placé au centre de la bande zodiacale, comme la terre, sui- 
vant la cosmographie des anciens, est suspendue au centre du 



8 REVUE AHCHÉOLOGIQUE 

monde. L'un et l'autre sont soumis aux mêmes influences stel- 
laires, et ce parallélisme est souvent exprimé dans les textes qui 
traitent de la mélothésie *. Je reproduirai, comme exemple d'une 
de ces figures, assez nombreuses', un dessin qui, d'après 
son style et d'après l'écriture des inscriptions qui l'accompa- 
gnent, est du XV® siècle. Il orne la première page du Parisiniis 
grec 2419, immense recueil astrologique compilé par Geor- 
ges Midiatès ' (fig. 2). Les douze signes sont groupés en deux 
séries parallèles, dont l'ordre est indiqué par la numérotation 
Aov^ Bo^ etc. ; à côté de chacun d'eux, se trouve une notice 
indiquant à quelle date le soleil y entre*, à savoir le 11® jour 1/2 
de chaque mois. Cette indication, qui, en réalité, ne peut être 
uniforme pour tous les mois*, est probablement valable pour 
le Bélier, pris comme point de départ, ce qui nous reporterait 
aux environs de l'an 1300 pour l'original du dessin, dont les 
inscriptions auraient été reproduites textuellement par le 
copiste. De chaque signe part un trait, qui atteint la partie qui 
lui est soumis du personnage placé au centre; la signification 
en est expliquée par les légendes suivantes : 

Ao^. '0 Kpioç ï%iyzi TYîV xsçaXyjv — B^^. Taîjpoç • èxé'/et xov xpayYjXov 
— Fo^. A{S'j[jt.ot • apx^t TO'jç co[jLouç — A^^. Kapxtvoç* ap>(£t io (7ty;6oç — 
Eo^. AéwV apyei TY)V xapBiav — CT^^. Ilapôévoç • apysi xov c':ô\).<xyo') xal 

T/;v xotX{a^ — Z^v. Zu^ôç • ojtoç IrAy^ti xoùç Suo y^ouxcùç — H»^. Sxop- 
7Ç10Ç • ap5(£t xc atSiov (1. alâoTov) — ©o^. ToÇotyjç • OLç^yt'. xoùç Suo |J.vjpouç 



1. Hermès Trismégiste dans Olympiodore, Sur l'art sacré, § 51 (Berthelot et 
Ruelle, Alchimistes grecs, 1, p. 101, cf. p. 106). Cf. Catal. codd. astrol., VI 
(Vindubon.), p. 83, etc. — Le Bélier est capvt mundi\ cf. Bouché-Leclercq, 
Astrol. gr., p. 129, n. 1. 

2. Cod. Parisin, graec. 2180, s. XV, f. 108 ; Cod. Ambrosianus 1030, f. 253>' 
{— Cat. codd. astrol. III [MeUolan, p. 15, etc.) — On retrouve une figure ana- 
logue dans Greg. Reisch, Murgarita philosophica, Strasbourg, 1504, livre Vil, 
tract. I, capit. II {De principiis astrologiae) . 

3. Cat. codi. astral. VIII (Parisini), pars I, p. 8, n° 4 (sous presse). 

4. Ainsi A°^. Stlp^eTat ô ("HXto;) xov Kptbv àiro xà; [àito rà;] ta' (r\\).ia\)) toO 
Mapxtou Iw; ta; la' (riiAiCTuI toO *AicptXX(îov). Môme formule pour les autres mois, 

5. Supra, p. 4 



ASTROLOGICA i) 

(compléter : xàç '/M^\).olz) — 113°^, Ix^^Ç • ^^yo'jQr. tsùç ivôoaç y.axd). 

Au contraire, dans d'autres manuscrits astrologiques, le per- 
sonnage est représenté portant sur son corps même les douze 
signes à l'endroit sur lequel chacun d'eux exerce son influence. 
Je reproduis ici (fig. 3), à titre d'exemple, une miniature assez 
grossière d'un manuscrit du xiv« siècle conservé à la Biblio- 
thèque Nationale et qui a déjà été signalé à M. Durrieu par 
Léopold Delisle, le Parisinus lat. 7351 (f. 2)*. Sur le fond bleu 
d'un ciel constellé d'étoiles rouges à rayons verts, se détache 
l'image d'un homme barbu, debout, les bras écartés. Il porte, 
répartis sur son corps, les signes du zodiaque, auxquels le 
peintre a donné une couleur plus ou moins appropriée à leur 
nature. La disposition est la même que dans les « Riches 
Heures », sauf que les Gémeaux sont placés non derrière les 
épaules, mais sur les mains et que le copiste a confondu en un 
seul signe la Vierge et la Balance. De plus, il a gauchement 
transformé le Scorpion en un lézard vert. L'enluminure bru- 
tale ne dispose que de quatre tons, le brun, le rouge, le vert et 
le violet. 

Au-dessous de cette figure, on remarque un écu avec trois 
fleurs de lys d'or sur champ d'azur, armes de la maison de 
France. Il n'est pas impossible que ce Parisinus 7351, manu- 



1. Une traduction française du comput de Pierre de Dacia^ conservée à 
Copenhague, contient un dessin semblable, mais plus soigné (Abrahams, Des- 
cription des mss, français de Copenhague, p. 55 [fonds Thoth, n» 240, du 
XV* siècle] et planche II). Piper, Mythologie der Christlichen Kunst, 1851, t. II, 
p. 289, cite plusieurs calendriers inaprimés à Augsbourg de 1481 à 1495, à Erfurt 
en 1505, à Zurich enl508, où la même figure est reproduite. — Par contre, les 
figures dites « de l'homme anatomique », dont l'introduction près du calendr er 
« est devenue une tradition à peu près constante dans les livres d'Heures... 
édités à Paris à dater des dernières années du xvi* siècle >» [Durrieu] se rap- 
portent à une autre doctrine astrologique. Elles illustrent la mélolhésie, non 
zodiacale, mais planétaire (cf. Bouché-Leclercq, op. cit., p. 320 ss.). Elles sont 
d'ailleurs empruntées aussi à la tradition manuscrite; cf. p. ex. Cat. codd, 
aslr. IV (Italici), p. 4^, cod. 18, f. 311. 



10 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

scrit latin et français du xiv® siècle ayant appartenu à quelque 
prince de la famille royale, soit un de ceux qui ont inspiré 
rillustration des Riches Heures. Si, dans celles-ci, la Balance a 
été distinguée de la Vierge, elle a improprement été placée au- 




Fig. 2. — Miniature du Paris, lat. 7351. 

dessous d'elle, position contraire h la véritable tradition astro- 
logique : il y a donc une erreur commune, bien qu'elle soit 
différente. Si vraiment le modèle que nous reproduisons a été 
imité par le miniaturiste du duc de Berry, rien ne montrerait 
mieux avec quel art il a su transformer une figure hideuse en 



ASTROLOGIGA 1 1 

une composition d'un charme singulier, dont le coloris harmo- 
nieux a pu être comparé par M. Durrieu à celui d'un émail. 



II 



L'astronomie, qui devint au moyen âge une des branches du 
giiadriviitm, faisait déjà partie dans l'antiquité de l'enseigne- 
ment ordinaire; toute école convenablement montée possé- 
dait une sphère céleste, mobile autour de son axe'. Mais les 
anciens savaient aussi projeter sur un plan la voûte concave du 
ciel, aussi bien que la surface convexe de la terre. Les manus- 
crits nous ont conservé un certain nombre de ces planisphères*, 
où les constellations boréales, placées au centre, sont entourées 
par le zodiaque, autour duquel lés constellations australes 
prennent place à la périphérie du cercle. 

En 1899, M. Franz Boll a publié pour la première fois une 
figuration du ciel divisé, ainsi que le font nos cartes modernes, 
en deux hémisphères \ Il l'avait trouvée dans un manuscrit de 
Ptolémée, le V aticamis i29i, chef-d'œuvre de la calligraphie 
byzantine du ix« siècle. Malheureusement, les phototypies de 
ces miniatures, aux couleurs pâlies, sont presque indistinctes, ce 
qui est d'autant plus regrettable que l'illustration de ce Vati- 
canus — leur éditeur le démontre avec certitude — repro- 
duit des originaux remontant à la seconde moitié du iii^ siècle. 

Mais ce livre grec n'est pas le seul, comme le croyait M. Boll, 
qui contienne des images des deux hémisphères célestes. Deux 
manuscrits latins, datant l'un et l'autre du ix" siècle et étroite- 



1. Cf. Saglio-Pottier, hict. des antiiquités. s. v. « Zodiacus ». 

2. Ils sont énumérés par Thiele, Antike Himmelsbilder, 1898, p. 162 ss. Cf. 
Boll, Sphaera, 1903, pi. I. — En Orient, on rencontre des planisphères où c'est 
au contraire le pôle sud qui occupe le centre, ce qui oblige à le laisser vide, les 
anciens ne connaissant pas les constellations qui l'environnent; cf. Nau, Jour- 
nal asiatique, IX* série, t. Vlll, 1896, p. 155 ss. (planisphère syriaque). 

3. Franz Boll, Beitrdge zur Oeberlieferungsgesck. der griech. Astrologie 
und Astronomie, â&n» Sitzungsb. Ahad. MUnchen, 1899, p. 120, 



12 . REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

ment apparentés, nous les ont aussi transmises : ce sont le 
Dresde?ms 183, f. 7 S et le Parùimis lat. nouv. acq. 1614, 
f. 81, qui, malgré son antiquité: n'a pas été étudié jusqu'ici \ 




Fig. 4. — Hémisphères célestes {Paris. lat., n. acq. 1614) 

1. Maas, Commentar. in Aratum reliquiae, 1898, p. 14o, cf. p. xxi. 

2. 11 n'a été dépouillé ni par Maas, pour les « Commentaires d'Aratus », ni 



ASTROLOGICA l3 

Après un court morceau intitulé Descriplio duorum semisphc- 
riorum, ils donnent les figures que nous reproduisons (fîg. 4) 
d'après la copie de Paris \ 

Malgré la gaucherie du dessin, gage de sa fidélité relative, la 
signification des diverses parties n'est pas douteuse. 

Les hémisphères, qui sont coupés, non suivant Téquateur, 
comme on a coutume de le faire de nos jours, mais suivant le 
colure des équinoxes, ont été à tort rattachés Tun à l'autre par 
le dessinateur, car ils ne se continuent pas, le pôle nord étant 
placé dans chacun d'eux à la partie supérieure. Ils sont divisés 
en segments par des lignes parallèles, qui représentent inexac- 
tement et incomplètement l'équateur, les tropiques et les cercles 
polaires, et ils sont traversés de haut en bas par le colure des 
solstices. La bande oblique (Xo;oç xuxXoç) du zodiaque y dessine 
des arcs tournés en sens opposés. 

Dans le premier hémisphère on reconnaît sans peine les six 
signes septentrionaux, ceux du printemps et de l'été : Bélier, 
Taureau, Gémeaux, Cancer, Lion, Vierge. Au nord, sont repré- 
sentées cinq constellations : Persée tenant la tête de Méduse, le 
Cocher (Auriga), dont le fouet est devenu un glaive, le Dragon, 
la Grande Ourse et, ce semble, la Chevelure de Bérénice ^ Au 
sud, on voit à gauche Orion, la Baleine (Cetos) et Éridan, qui a 
pris l'apparence du Capricorne; à droite, l'Hydre, portant le 
Corbeau et la Coupe (Cratère), Procyon, le navire Argo, orné 
de deux boucliers', le Chien bondissant et la partie postérieure 
du Centaure, que nous retrouverons sur le second hémisphère. 

Celui-ci est traversé par l'autre moitié du zodiaque avec les 
signes de l'automne et de l'hiver : Balance, Scorpion, Sagit- 
taire, Capricorne, Verseau, Poisson; seulement, au Scorpion, le 

par Thiele pour ses « Himmeisbilder ». tl a été invèntofiè sortûtiialrement par 
Delisle {Catalogue desfonis Libri et Barrois, p. 68), qui montre que les 99 feuil- 
lets dont il se compose ont été soustraits par Libri à un manuscrit considérable 
de Saint-Martin de Tours. 

1. F. 8lv. Le (iiamètre de (îhaqtie hémisphère est de 13 centirnètresi 

2. Cf. Boll, neilratje, p. 123 ss. 

3. ma., p. 121. 



14 HEVUÈ ARCHÉOLOGIQUE 

copiste a par erreur substitué le Serpentaire {Ophiuchus), qui 
en est voisin. Au nord prennent place, à gauche, le Bouvier 
(Bootes), très défiguré, Hercule avec la massue et TAigle; à 
droite, Pégase, le Dauphin, méconnaissable, Cassiopée, assise 
sur son trône, Andromède entre deux rochers, et Céphée, qui, 
confondu avec le Serpentaire, est debout sur le Scorpion. Près 
du pôle s'étend la queue du Dragon. Au sud du zodiaque le 
Centaure porte un lièvre suspendu à son thyrse et tient de la 
main droite un autre gibier', et le Poisson Austral vient boire 
l'eau que répand le Verseau. Au-dessous, ce qui semble l'extré- 
mité d'un corps de reptile ne peut être que la queue de la 
Baleine. 

Ces dessins maladroits n'enrichissent pas de types inédits 
l'iconographie du ciel. Leur intérêt est autre. Les traités 
astronomiques contenus dans le manuscrit de Paris, comme 
l'Arithmétique de Boèce qui les précède, ont servi à l'enseigne- 
ment de l'école pendant l'époque carolingienne ^ Ils repro- 
duisent, avec quelques altérations, des traductions en latin bar- 
bare d'originaux grecs, faites en Gaule à la fin du vii« ou au 
commencement du viii® siècle ^ et notre codex, qui provient de 
Saint-Martin-de-Tours, est peut-être resté dans la ville même où 
originairement il était mis entre les mains des étudiants dési- 



1. Cf. Boll, Sphaera, p. 144 ss. 

2. Voici la iisle de ces opuscules : F. 1-77. Aritiimétique de Boèce. — F. 77. 
Arati ea quae videntur {= Maas, Comment, in Aratumreliquiae, 1898, pp. 102- 
126), — Jpparcus de magnitudine et positione errontium stellarum (= Maas, 
pp. 136-144). •— F. 80. Alia descriptio praefationis (= Maas, pp.i05-i23). — 
F. 81. Descriptio duorum smdspheriorum (= Maas, pp. 145). — F. 82. Arati 
genus {=. Maas, p. 146-150). ~ F. 82^. De caeli positione {= Breysig, Germa- 
nici Aratea cum scholiis, 1867, pp. 104-7). — De stellls fixls et stantibus [I . erran- 
tibus] ( = Breysig. pp. 221-4). — F. 83. Jnvolutio spherae {= Maas, p. 105; 
Breysig, p. 224). Incomplet, un feuillet arraché. — F. 84. [Arati latini recen- 
sio interpolata] {= Maas, p. 180-277, 286, 290-295). — F. 93. Excerptum de 
astrologia {= Maas, pp. 307-312). — F. 95. De ordine ac positione stellarum 
per signa (cf. Maas, p. 312). Le texte est coupé f. 99^ après le paragraphe sur 
Argo... gubernaculo usque ad malum figuratur. — Pour le contenu presque 
semblable du Dresdensis, cf. Maas, op. cit., p. xxi. 

3. Maas, op. cit., p. xliii. 



ASTROLÔGrCA 15 

reux de s'initier aux rudiments de Tastronomie. Les esquisses 
grossières qui y accompagnent le texte semblent presque des 
caricatures, mais elles imitent certainement, dans la mesure où 
la maladresse du dessinateur le lui permettait, des miniatures 
antiques beaucoup plus soignées, semblables à celles du Vaiica- 
7UIS de Ptolémée. Elles achèvent ainsi de prouver que nos 
figures modernes des deux hémisphères célestes ont des ascen- 
dants qui remontent jusqu'à l'époque romaine, probablement 
même jusqu'à l'époque alexandrine. 

Outre ces figures des hémisphères, le vieux manuscrit de 
Tours contient une illustration abondante, dont rien n'a été 
publié jusqu'ici, mais qui se rattache à un groupe connu 
d'images des constellations*. Elle mériterait cependant d'être 
examinée de plus près. Sans entrer dans les détails, je me 
bornerai à faire observer que nous trouvons dans le Parisinus 
une double série de dessins, qui ont manifestement une origine 
différente ^ La première, où les étoiles ne sont pas marquées 
dans les personnages, animaux ou objets traditionnels de 
l'uranographie grecque, provient d'un traité illustré de mytho- 
logie stellaire racontant une série de « catastérismes », ou trans- 
lations de héros parmi les astres\ La seconde, au contraire, 
accompagnait un catalogue d'étoiles, indiquant la position de 
celles-ci dans chaque astérisme; par suite, le dessinateur n'a 
pas omis de marquer leur place dans chacune de ses figures *. 

1. Celui que Thiele, Himmelsbilder, p. 160, appelle la classe de Sainl-Gall. 

2. Cf. ce que dit Thiele, p. 144, à propos des inss. de Germanicus. 

3. En voici l'inventaire : les noms imprimés en petites capitales sont inscrits 
comme légende, près du dessin, les autres se trouvent seulement dans le texte 
voisin. F. 84 : Arcturus maior. — 84v : Arcturus minor. —85: Serpens l^TKR 
AMBAS ARCTUROs. Hercules. Corona. Serpentarius. — 85^ : ScoRPius. Bootcs. 
Virgo. — 86r : Gemini. Cancer. Léo. Agitator. — 8Gv : Taurus. Cepheus. Cassio- 
pea. — 87 : Andromeda. Eguus. Arles. — 87v : Triangulum. Pisces. Perseus. 
(La moitié du feuillet 88 est déchirée ; il manque les figures suivantes, au recto : 
Plciades. Lyra. Cygnus. Aquarius. Capricornus, et au verso : Sagitlarius. 
Aquila. Delphinus. Orion). — F. 89 : Canis^ Lepus, Navis. — F. 89' : Cetus, 
Pluvius, Piscis magnus. Sacrarium. — 90»" : Centaurus, ilydra^ Anticanis. — 
F. 92' et 9i ; les figures de la Lune et du Soleil, conservées dans le DresdensiSt 
manquent, quoique leur place ait été laissée en blanc par le copiste du texte. 

4. On les trouve f. 95 ss. {De or Une ac positione stellaram per signa). En 



IG REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Sous un autre rapport encore, le recueil contenu dans notre 
manuscrit est digne d'attention. On y voit persister cette alliance 
étroite de Tastronomie et de l'astrologie qui existait sous l'em- 
pire romain. On sait que la divination astrale, proscrite par 
l'Église, fut extirpée dans les pays latins à la fm de l'antiquité 
et ne devait revivre en Europe qu'avec l'introduction de la 
science et de la pseudo-science arabes au moyen âge. Mais la 
tradition scolaire était si fortement enracinée qu'on voit l'as- 
trologie s'y maintenir encore à l'époque carolingienne. C'est ce 
que prouvent non seulement certaines interpolations systéma- 
tiques dans les textes conservés par le Parùinus\ mais des mor- 
ceaux entiers, comme celui De steliis fixis et erranlibiis (t. 82''), 
où sont résumées les notions essentielles sur les influences et 
les aspects des planètes, la nature et les propriétés des signes 
du zodiaque. 



m 



La condamnation dont l'Église frappa l'astrologie amena, 
au moins en Occident, la disparition de presque tous les ouvrages 
qui traitaient de cette science réprouvée. Une abondante litté- 
rature périt ainsi presque toute entière. Deux écrivains échap- 
pèrent seuls aux rigueurs de la censure ecclésiastique : Manilius, 
dont le génie poétique sauva les Astronomiques, et Firmicus 
Maternus, dont la Mathesis fut épargnée sans doute à cause 
d'une conversion qui fît de lui l'auteur du De errore profanarum 
reli'jionum. Mais, si l'on excepte ces deux œuvres de valeur 
très inégale, il n'existe pour ainsi dire aucun manuscrit latin 

face du titre était dessiné un grand planisphère, qui a été découpé par un lec- 
teur. — Fol. 95 : Arcturus maior. Arcturus minor. Serpens. — F. 95^ : Her- 
cules. Corona. Serpentarius . — Fol. 96 : Scorpius. Bootes. Virgo. — F. 96^ : 
Gemini. Cancer. Léo. (Le feuillet 97 est arraché; manquent les figures : Auriga. 
Taurus. Gepheus. Cassiopea. Andromeda. Equus). — F. 98 : Aries. Triangulus. 
Perseus. — 98v : Lyra. Cygnus. Aquarius. Capricornus. — 99 : Sagittarius. 
AquU.a. D>^lphlnus. — 99^ : Orion. Ganis. Lepus. Navis. — Le reste fait défaut» 
1. Dans l'opuscule (f. 90^) publié par Maas, op. cit., p. 274. 



ASTHOLOGIGA 17 

relatif à Taslrologie qui soit antérieur à la seconde moitié du 
xii^ siècle, époque où commencent à se multiplier les traduc- 
tions de ^arabe^ 

Un volume provenant de Notre-Dame de Paris fait exception 
à cette règle, et il se recommande immédiatement à notre atten- 
tion par son antiquité. L'écriture de ce Parisiniis 17.868 est, 
sans aucun doute possible, du x® siècle, et les erreurs paléo- 
graphiques, qui sont nombreuses dans le texte, prouvent que 
celui-ci est une copie d'un archétype plus ancien. Il contient, 
entre autres extraits astrologiques, un petit traité attribué 
au « philosophe Alchandreus » (f. 2)\ Ce nom, comme on Ta 
supposé, est une fausse transcription de celui d'Alexandre, 
tel qu'il était orthographié dans les langues sémitiques. C'est 
bien le roi de Macédoine qui est élevé ici à la dignité de « phi- 
losophe » et d' (( astrologue )), car il est expressément cité 
comme tel, au début du second livre (f . 1 1 ) et ailleurs dans l'ex- 
posé (f. 10). « Alchandreus )), sous une forme de plus en plus 
défigurée, jusqu'à devenir « Arkandam » ou « Carcandreo )), 
continue à être cité durant tout le moyen âge, et son opuscule, 
souvent reproduit, a même été traduit en français et en anglais\ 
Mais alors qu'auparavant on n'en connaissait aucune mention 
antérieure au xii® siècle*, notre manuscrit reporte son origine 

1. Le Parisinus lat., 7028, du xi« siècle, contient (fig. 154), après une figure 
où le Soleil apparaît entouré des Signes du zodiaque et des Quatre Vents, 
quelques indications sur chacun de ces signes « secundum philosophorum deli- 
ramenta ». Mais ce ne sont que des notes de mythologie astrale, analogues à 
celles qu'on trouve, par exemple, dans les scholies au De natura rerum de 
Bèrie le Vénérable (Migne, Pair, lat., XG, p. 233). •— Dans le Parisinus lut., 
12999, du xii« siècle, un petit traité « Sur le monde et l'homme » est suivi 
(f. 6^) d'un « Galendalogium » et f. 7v de la Sphaera Pythagorae, puis de for- 
mules magiques. Mais ce n'est pas là, à proprement parler, de l'astrologie. — Au 
contraire dans les Parisini lat. 16208 et Nouv. acq. lat. 229 de la seconde 
moitié du xii» siècle, on constate déjà l'introduction des doctrines arabes. 

2. Les renvois aux feuillets trouvent leur justification dans la description du 
ms. donnée plus bas. 

3. Steinschneider, Zeitschr. der deulschen Morgenl. Gesellschafl, XVIII, 
1864, p. 135 ss ; cf. Die hebr. Vebersetzungen des Mittelalters, 1893, t. H, 
p. 869. 

4. Steinschneider, /. c. « Das àUeste Zrugniss istwohl eine bekannte Stelle in 

V« SÉRIE, T. m. 2 



18 HEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

à l'époque carolingienne, et Timportance en est singulière- 
ment accrue, car il devient le plus ancien ouvrage où se mani- 
feste l'influence de l'astrologie arabe dans l'Europe latine. 

11 suffit en eiïet de le parcourir pour s'apercevoir que son 
auteur, à côté de morceaux puisés à des sources helléniques, en a 
emprunté d'autres aux auteurs arabes : il cite les Saraceni (f. 14) 
et les Ismaelitae{i. 10), il a un chapitre sur l'influence des vingt- 
huit mansions lunaires (f. 5), théorie d'origine orientale qui 
est étrangère à l'astrologie grecque*, et les noms donnés à ces 
mansions sont arabes, de même que ceux qui ailleurs sont indi- 
qués pour les signes du zodiaque (f. 14 : Arabica lingua). 

La surprise qu'on éprouvera à constater l'introduction de ces 
doctrines en Occident dès une époque aussi reculée, diminuera 
si l'on examine le manuscrit de plus près. Bien qu'au début le 
Christ soit dévotement nommé (f. 2), il n'est guère douteux que 
l'auteur soit un Juif, peut-être converti; il énumère les noms 
hébreux des signes du zodiaque aussi bien que leurs noms latins 
(f. 1 et 4) et, pour les planètes, il prend même soin d'écrire ces 
noms en caractères hébraïques avec une transcription (f. 'è"), 
enfin il cite à plusieurs reprises les Hehrad ou les Hebraeorum 
matheimilici (fï. 1, 3% f. 14'). Nous devons donc voir en lui un 
des ancêtres de cette innombrable lignée de traducteurs juifs 
qui au moyen âge ont fait passer dans toutes les langues de 
l'Europe la sagesse, parfois frelatée, de l'Orient. 

Tel quel, ce livre, compilation confuse, qui jouit plus tard 
d'une étrange fortune, mériterait à ce titre d'être publié, et une 
analyse de ses sources, si elle était possible, donnerait des résul- 
tats intéressants. Je me bornerai à une seule observation : l'au- 
teur, qui vivait probablement en Gaule au viu® ou ix« siècle, n'a 

Wilhelm von Malmesbury {f 1142) ùber Gerbert^ von welchem es heisst dass er 
lien Alcandreus in der Kenntnissvon der Entfernung der Slernen ûbertroffen 
habe. » 

1. Cf. Bouché-Leclercq, Astrol. grecque, p. 463, n. 2, et Steinschneider, 
l. c, p. 140, qui suit avec une grande érudition la transmission de cette tiiéorie 
au moyen âge. Le plus ancien exposé qu'on en possède est celui que nous 
trouYons dans notre Parisinus. 



ASTROLOGIGA 19 

pas consulté, ce semble, directement des écrits arabes, mais il 
les a connus par l'intermédiaire d'une traduction syriaque : 
c'est ainsi qu'il a cru être syriaques les noms arabes des man- 
sions lunaires (f. 5 et 6)'. Le « livre du philosophe Alexandre » 
aurait donc été apporté en Europe par un membre d'une de ces 
colonies syriennes qui furent si nombreuses en Italie et en 
Gaule durant le haut moyen âge*. 

En attendant une édition complète, il ne sera pas inutile d'in- 
diquer brièvement le contenu de ce livre curieux» : 

F. 2. — Ingipit liber Alchandrei philosophi. Luna est frigidae naturae et 
argentei coloris, Mercurius siccae naturae, coloris plumbei, Venus naturae tepi- 
dae, coloris stagnei, lovis (sic) frigidae naturae, coloris electri. Mars calidae 
naturae, aerei coloris, Sol calidae naturae, coloris aurei, Saturnus naturae 
frigidae, coloris ferrei — Anno a creato mundo IIII. DCGGGLV iuxta Hebraeos 
natus est secundumcarnemd(omin)us noster Ihs Xps, iuxta alios vero Y. G 
XGVIIl... 

Série des lettres onciales grecques avec leurs équivalents numériques en 
chiffres romains. 

Sur le zodiaque. Inc. : « Zodiacus perlongum et latum in XII divisus signis. . . » 
Noms hébreux et latins des signes. Domiciles des planètes, leurs exaltations et 
dépressions. 

F. 2, — Notions élémentaires sur le cours des planètes avec une figure. 

F, 3*. — Per has autem septem planetas, ut diximus et adhuc probabimus, 
humana fata disponuntur. Begulam certam demus qua, in quo signo quidque 
fit, pernoscatur: In quo Mars: Annisab initie mundi per senarium divisis...» 

F. 3. - Ordo pianetarum iuxta naturam et nomina eorum secundum 
Hebraeos.Sol dicitur iuxta Hebraeos hama(sic)... Les noms sont ensuite donnés 
en lettres hébraïques avec la transcription en latin — De diverso sexu — De 
divers© cursu eorundem. 

F. 4. — Descriptio XII signorum et nomina secundum latinos. — Suivent 

1. Les Syriens n'eurent pas de noms dans leur langue pour ces mansionâ 
avant Bar Hebraeus, qui leur en donna, et ils durent jusqu'au xiii* siècle se 
servir des appellations arabes. Gf. Nau, Journ. asiatique^ IX" série, t. VIIî, 
1896, p. 155 ss et Le Livre de l'Ascension de VEsprit de Bar- Hebraeus ^ (Paris, 
1900), Irad. p. lit. 

2. Bréhier, Les colonies d'Orientaux en Occident au commencement du moyen 
âge, dans Byzantin. Zeitschr., XII, 1903, p. l ss. 

3. J'ai corrigé tacitement l'orLliographe souvent fautive. Le latin reste très 
incorrect. 



20 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

les noms hébreux. — Divisio XII signorum secundum IIIlo"' cliuiala et Illlof ele- 
menta mundi : Cutn sint signa XII in zodiaco cumque secundum mathematicos 
per eorum diversissimas potestates fata hominum ita voleHte sapientissimo 
Deo disponunlur... 

Dispositio horarum (attribution des heures aux signes du zodiaque et aux 
planètes). 
F. 5. — Ordo diurnalis totius hebdomadis. 

Haec sunt nomina XXti VlIIto mansionum : Aries habet mansiones Alnaït 
et Aldraia atque in partem Albotaim, Taurus vero duas parles de Albolaim et 
Aldebram et Almiscen duas partes... 

Haec de XII signorum mansionibus Syriace temulenta nomina sic trans- 
tulit latina soUertia : Alnait cornu, Albotam venter, Aldoraia cervix... 

F. 6. — Influence de chacune des vingt-huit mansions. Inc. : Qui nascitur 
prima parle Arietis superiori hemispherio se inferente, quae pars Syriace Alnait, 
bona inveniet, quaepetierit inveniet [superscr. : accipiet), subniger, populi prin- 
ceps aut amplo corde adversus palriae vel inimicorum suorum civium... Et 
ainsi de suite pour les autres mansions. 

F. 9. — Influence des planètes, de la tête et de la queue du Dragon. Vénus 
est appelée « Stella Soli8,KOKA SHAMA » (= kokab samas). Il est dit à propos 
de Saturne (f9») : Et hoc notandum sumraopere est quanta omnibus rébus 
Saturnus dominetur polestale '. Illo namque inter XII signa spatiante, quaodo 
astra ignea intraverit, siccitate omnia constringit, si in lerrea, grandine omnia 
percutit, si in aeria, venti asperitate disperdit; cum autem in aquatica, aqua- 
rum inundatione laborant cuncla. 

F. 10. — Thème de géniture du monde : Sol creatus est in Leonis XV parle, 
Luna in Cancri XV parte... Haec est sententia universorum Aegyptiorum\ 
Hismaelitae {sic) vero et Chaldaei alio modo sentiunt ; dicunt quidem Solem in 
prima parte Arietis creatum, Saturnum in prima parte Capricorni... 

Confins (opial des planètes. — Domination des planètes — luxta Alcxan- 
drum Macedonem Draco quasi oclava planeta... 

Caractères moraux et physiques de ceux qui naissent sous chacune des pla- 
nètes. 
F. 10^. — Série de courts préceptes — Trois formules magiques *. — Enfin un 



1. Sur la prééminence assignée à Saturne par les anciens Chaldéens, doc- 
trine dont nous retrouvons ici un écho; cf. Bouché- Leclercq, Astrologie 
grecque, p. 94, n. 2. 

2. Cf. Bouché-Leclercq, p. 185 ss. 

3. Voici le texte de ces brèves formules : De constellationk [I. consultationel]. 
Si quid de rebus incertis quaesieris, hac ratione investigare poteris : Aequinoc- 
tio imminente, solis luce prima noctis [noc^es ms.l parte observante, stans super 
argillam die contra orientem, meridiem, septentrionem ter : Fros. Posteaque 



ASTROLOGICA 21 

paragraphe : Quomodo possit sciri cuius similitudinis sit homo qui rem ali- 
quam furatus est '. 

F. H. — Ingipit liber segundus. Régi Macedonum Alexandro aslrologoet 
universa philosophia perfectissimo Argafidaus, servus suus conditione,et nation© 
ingenuus Chaideus, professione vero secundum Sabillo (?) astrologus artem 
suam... 

Attributions des heures aux sept planètes et influence de celles-ci durant 
chacune d'elles : Si in parle prima cui praeest Soi ad te quaerendi gratia... 

F. 13. Incipit epistula Petosiris de SphaeraV Petosiris Nechepso régi salu- 
tem. De his quae a me ad humanae vitae cautelam inventa sunt... 

F. 13^. — Série de courts paragraphes. Une demi-page vide. 

F. 14. — Inc. : Quicumque nosse desiderat legem astrorum necesse est ut XII 
quae in astrifero (circulo) continentur signa eorumque certam dispositionem 
atque schematum diversissimas qualilates... Les noms hébreux et arabes de ces 
douze signes sont indiqués (quae Arabica lingua sic vocantur). Dans la suite du 
morceau on trouve, f. 14, un calcul u iuxta Hebraicam supputationem, et plus 
loin « Hebraeorum mathematici unum asserunt esse caelestem Draconem. « 
Les noms des vingt-huit [mansions lunaires [sont données [selon les Arabes 
(quae Saraceni nuncupant ita). 

F. 15v. — Série de données astronomiques plutôt qu'astrologiques, p, ex, 
sur les cercles de la sphère céleste, les colures, etc. 

F. 16^. — Figures astrologiques divinatoires. 

F. 17. — Incipiunt proportiones. Lettres cabalistiques. 

In exordio omnis creaturae herus uranicus inter cunota sidéra XII mali ut 
signa fore determinans certis nuacupationibus... 

De copulatione mulieris ». Sin autem velis tibi aliqua copulatione coniungere 
mulierem et vissoire si id prospère adverseve proventurum sit, banc sume pro- 
portionem, Primum quidem calcula tuum nomen genitricisque suae... 

ita : Vis aeterna, innumerabilis potenlia, vera rerum praescientia, suppiex 
posco tuam clementiam ut cuiuscuraque rei dubiae simul cum hac terra, quae 
subdita est meis pedibus, coram hac stola (? stolla ms.) posuero, iliius excédât 
dubietas et per inelTabile notnen tuum veritatis non retardet eventus. 

Ad LiBRAs (?) Ortos, fros, bolan tene contra. 

Ad aquam. Adiuro te, aqua, per eum qui te huic terrae elemento coniunxit, ut 
fecunda fieret, ut cito dissolvas hanc terram, ita tamen ut quod falsum est 
relineas et veritatis quod est initium nobis emittas. 

1. Question souvent posée, cf. p. ex. Cat. codd. aslrol. Qfraec., IV, p. 89 ;Co(i. 
Parisinus yr., 2506, f. 10 1^ et parmi les Arabes le Liber novem indicum, 
p. 506, éd. Liechtenstein, Bâle, 1551. 

2. Cf. Migne, Patrol. lat., XC, p. 963 et Catal. codd. astrol., IV {Italici), 
p. 120; VIII {Parasini), pars III, p. 76, etc. 

3. La question est fréquemment traitée par les astrologues grecs (Héphes- 
tion, III, tO ; cf. Cat. codd. astr., VI, p. 13 [Cad. Vindob., \, f. 285»J, etc.) 



22 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

F. 17. — De quadripertita signorum natura. 

F. I7v. _ De septem planetis quae fuerunt masculinae et quae femininae. 

De amicitate {sic) planetarum. 

De contratrielatibus planetarum *. 

Le texte est interrompu au milieu de la page et paraît donc 
être incomplet. 

Franz Cumont. 

1. Cf. p. ex. Cat. codd. astr., V (Romani), pars I, p. 61 {cod. 2, f. 61) : 
flep\ TYjç çtXt'a; xai tyjç ex8pac tÛv àdTéptov. 



LKS MONUMENTS ANTIQUES FIGURÉS 

DU MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DE MILAN 



Milan, détruit par Attila, ne possède presque pas de ruines 
romaines. Des monuments somptueux que vit Ausone et qui 
le remplirent d'admiration, tout a disparu, sauf une colonnade, 
de 9 mètres de haut, près de l'église Saint-Laurent*. 

Au XII® siècle, la ville, démantelée par Frédéric Barberousse, 
élargit son enceinte romaine et la porta du Canal Seveso au 
Naviglio. On utilisa pour la construction des nouveaux rem- 
parts les matériaux de ceux qu'ils remplaçaient, parmi lesquels 
des débris sculptés de toute sorte. La démolition de la Porte 
Orientale, en 1819, fit retrouver quelques-uns de ces débris. 
Dessinés au moment de leur découverte par l'architecte Carlo 
Amati % ils furent recueillis par l'Académie des beaux-arts, 
dans une des salles du palais Brera, et constituèrent le premier 
fonds du Musée Archéologique actuel, dont la création toute- 
fois ne remonte qu'à l'année 1862. 

En un demi-siècle, ce Musée s'est notablement accru par des 
achats ou par des dons. Ce fut d'abord la libéralité du comte 
Giuseppe Archinto, qui fît passer, en 1865, dans les collections 
municipales, un grand nombre de sculptures, dont quelques- 
unes provenaient de la démolition, au xvii« siècle, des églises 
de Saint-Barthélémy et de Sainte-Marie in Araceli\ Puis, en 

1. Selon M. Ugo Monneret de Villard, cette colonnade serait un reste du 
palais de Maximien {Côllegio degli ingegneri ed architetU [de Milan]; Atti, 
48' année, 1915, fasc. 7). 

2. Antichita di Milano. Milan, 1821 ; in-8, p. 26 et sniv. 

3. La collection avait été formée par Ottavio Archinto, un des soixante-dix 
décurions de Milan. 



24 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

avril 1868, Tacquisition au marquis Pietro Araldi Erizzo, qui en 
avait hérité, d'une cinquantaine d'inscriptions trouvées en 
majeure partie dans les environs de Côme, de Crémone et de 
Brescia, et réunies, depuis 1788, dans la villa de Torre Pice- 
nardi ^ Ensuite, en décembre de cette même année 1 868, la dona- 
tion par la comtesse Carolina Borromeo, veuve du docte orien- 
taliste Castiglioni, d'une nouvelle série très importante de 
vieilles pierres, retirées principalement du cloître de Sainte- 
Valérie et de l'ancienne basilique Naborienne. Enfin, quelques 
jours plus tard, en janvier 1869, la donation également, par 
l'ingénieur Luigi Parrocchetti, d'un nombre assez élevé de 
stèles et de fragments architectoniques que son père avait 
déterrés au Castel Seprio. Quelques découvertes locales se sont 
aussi produites. En 1869, la construction du palais de la Caisse 
d'épargne procura de précieux débris des époques romaine et 
longobarde. 

Ainsi, le musée archéologique de Milan, installé depuis peu 
d'années au Castello Visconteo Sforzesco, admirablement res- 
tauré par M. le sénateur Beltrami, a pu se constituer une collec- 
tion de448 inscriptions sur pierre. Publiées, non seulement pres- 
que toutes dans le Corpus, mais aussi, plus tardivement, avec 
des dessins, par M. Emilio Seletti», ces inscriptions sont assez 
connues pour qu'on n'ait pas besoin d'en reparler, à moins qu'il 
ne s'agisse de reproduire les sculptures qui les accompagnent. 
Il n'en est pas de même delà plupart des monuments figurés dont 
quelques-uns ne sont pourtant pas sans mérite. Heydemann ^ 



1. Cette collection épigraphique a été décrite par Isidore Bianchi, Marmi Cre- 
monesi ossia ragguaglio délie àntiche iscrizioni che si conservano nella villa 
délie Torri de' Picenardi. Milan, 1791: in-folio. 

2. Marmi scritti del Museo archeologico ; catalogo. Milan, 1901 ; in-8», 348 p. 
L'ouvrage est en vente au Musée. Les inscriptions chrétiennes viennent de 
faire l'objet d'une publication particulièrement soignée due à M. Ugo Monneret 
de Villard. Elle a pour titre : Catalogo délie iscrizioni cristiane anteriori al 
secolo XI (Milan, 1915; in-8, 96 pages, 47 similigravures). 

3. Miitheilungen aus den Antikensammlungen in Ober-und Mittelitalien, 
1879, in-8. 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 25 

Wieseler^ et surtout Dûtschke ^ en ont bien signalé une 
dizaine; malheureusement, les notices de Dûtschke n'ont pas 
de gravures. Il n'existe, d'autre part, aucun Catalogue mis à la 
disposition des travailleurs. Le seul document officiel qu'ils 
puissent se procurer est un Guide sans images, édité en 1906, 
où les marbres et les bronzes sont décrits en moins de quatre 
pages '. 

Jusqu'ici, M. Carlo Romussi est le seul qui ait reproduit, 
dans la dernière édition d'une étude sur Milan, à peu près la 
moitié de ces diverses pièces*. Mais, outre, qu'il se contente 
presque invariablement de les citer sans les décrire, le travail 
qu'il a fait paraître est, en France, extrêmement rare. La Biblio- 
thèque nationale ne l'a pas. 

Frappé de ces circonstances, j'ai pensé qu'une publication 
illustrée des sculptures antiques du Castello Sforzesco ne serait 
pas inutile. Grâce à la courtoisie du Conservateur des Musées, 
M. le sénateur Beltrami, et du Directeur de la collection archéo- 
logique, M. Carlo Vicenzi, à qui j'exprime tous mes plus vifs 
remerciements, il m'a été possible de préparer les notices 
sommaires qui vont suivre. Je veux espérer qu'elles seront 
favorablement accueillies. 

MARBRES GRECS 

Fig. 1. — Autel découvert à Lodi Vecchio et entré au Musée 
le 14 juillet 1871. Un moulage partiel est au Musée de Saint- 
Germain. Hauteur, O'^jdO; largeur, 0"^,20; épaisseur, O'",^. 

\{QydiQmd.ïiïi, Drittei Hallisches Winckelmannsfestpr., p. 313; — 
Dûtschke, Antike Bildwerke, V, p. 398, n'> 970; — Romussi, Milano, 

1. Cité pour mémoire. Il ne m*a pas été possible de consulter directement les 
gravures et notices de Wieseler. 

2. Antike Bildwerke in Oberitalien, tome V. Leipzig, 1882; in-8. 

3. Arturo Frova, Guida sommaria dei civici Musei archeologico ed artistico 
nella corte ducale dell Castello Sforzesco. Milan, 1906; in-8, 32 pages. Ce 
petit guide a remplacé un document de même nature publié, en 1900, par 
Carotli. 

4. Milano ne' suoi monumenti, 3* édition. Milan, 1912, in-8« i(l"« édit. en 
1875). 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 27 

p. 62 (gravures); — Sant*Ambrogio, Lodi Vecckio, p. 7 et pi. I; — 
S. Reinach, Catal. somm., p. 21; Bépert. de reliefs, 111, p. 60; — 
Seletti, Marmi, p. 7 (gravure) ; — Frova, Guida^ p. 10; — Calderini, 
Ara graeca dedicatoria agli Dei inferi (Milan, 1907 ; in-8°), pi. I, 2; 
— Bonnard, La navigation intér, de la Gaule, p. 143 (gravure); — 
C. I. Gr., 2380. 

Sur une face, rinscription : 

Sur la face opposée, Charon, vêtu d'une exomis, est debout 
dans une barque voguant sur le Styx et, des deux mains, tient 
une rame. Le personnage est barbu et a des cheveux longs. 
Mercure psychopompe et Pluton, tous deux montés sur un 
petit gradin, sont représentés sur les faces latérales. Mercure 
a les épaules et le bras gauche couverts d'un manteau agrafé 
du côté droit. Le dieu, coiffé du pétase ailé, tourne la tête vers 
la droite; il porte de la main gauche un gobelet, de l'autre main 
baissée une baguette. Pluton est drapé dans un manteau, les 
bras nus. Il est barbu, a de longs cheveux et s'appuie de la 
main gauche sur un sceptre. Dans sa main droite baissée sont 
des objets peu reconnaissables, probablement deux têtes de 
pavot. Ce monument est le seul exemple connu d'une dédicace 
aux 0£o{ 'AOLTQLyiiG^ioi accompagnée de leurs images. 

Fig. 2. — Stèle trouvée en Sardaigne et donnée au Musée par 
le professeur Giuseppe Bertini. Hauteur, 0°',93 ; largeur, 0™,42; 
épaisseur, 0™,09. 

Conze, Vorlegebldtter, VII, p. 108; — Dûlsclike.^n^ Bildwerke, V, 
p. 423, n'1021 ; — Seletti, Marmi, p. 8 (gravure); — Frova, Guida, 
p. 11. 

Monument funéraire. Le défunt est représenté debout, 
drapé, de face, dans une niche, entre deux pilastres; il est 
chaussé de caligae et tient de la main droite un pan de son 
manteau. De l'autre main baissée le personnage portait un 
objet dont il ne reste plus que des traces. Au-dessus de la niche 
sont les restes d'une inscription. Bien que trouvé en Sardaigne, 
ce marbre paraît plutôt originaire de la Grande-Grèce. 



28 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 




Fig. 2. -, Stèle funéraire. 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 29 

Fig. 3. — Fragment de tablette de provenance inconnue. 
Hauteur, 0^31; largeur 0"^,22; épaisseur, 0°^,03. 

Dutschke, Ant. Bildwerke, V, p. 425, n° 1027. 




Fig. 3. — Procession de dieux. 

Procession de dieux. Il s'agit d'Hermès, vêtu d'une chlamyde 
flottante, et d'Athéna drapée, la poitrine parée du gorgonéion, 
portant son casque et sa lance. Ce marbre est une réplique d'un 
bas-relief de la villa Albani. Athéna y est suivie d'Apollon et 
d'Artémis, et les quatre personnages se dirigent vers un autel. 
(Cf. S. Reinach, Répert. de reliefs, III, p. 129 et 189j. 



30 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Fig. 4 — Fragment de tablette de provenance inconnue. 
Hauteur, 0",72; largeur, 0"°,84; épaisseur 0'",06. 

Heydemann, MittheU. (1^79), p. 31 ; — Dutscbke, Ant. Bildwerke, 
V, p. 406, D»983; — Romussi, Milano, p. 114 (gra,vure); — Frova, 
Guida, p. 10. 




Fig. 4. — Muses (?) 

A droite, une femme assise, dont la tête et le bras gauche 
ont disparu. Devant elle une femme debout joue de la lyre ; 
l'instrument, formé d'une écaille de tortue, est posé sur un 
cippe. A gauche, un homme debout, en partie détruit, la main 
droite au-dessus de la tête, est près d'une lyre placée sur le sol. 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 31 

Les trois personnages sont drapés, les bras nus. La scène est 
indéterminée ; peut-être domestique. On y a vu Apollon parmi 
des Muses. 

MARBRES GRÉCO-ROMAINS 

Fig. 5. — Base triangulaire de candélabre retirée à Milan, en 
1895, par le peintre Luigi Rossi. d'un tombereau chargé de 
matériaux de démolition. Hauteur^, 0°",64 ; largeur de chaque 
face, 0"',32. 

Attilio De Marchi, Real Insiituto lombardo, rendiconti, 2^ série, 11 
(1896), p. 994; — G. Carotli, Archivio storico lombardo, VU (1897), 
p. 395; — Romussi, Milano, p. 55 (gravures); — Seletti, Marrni, 
p. 41 (gravures); — Frova, Guida, p. 9. 

Cette base est à rapprocher de celle d'un candélabre de 
marbre que possède le Musée du Vatican *. Chaque face est 
décorée d'un tableau encadré de feuilles d'eau. Trois sphinx 
assis supportent les tableaux, dont les angles supérieurs sont 
occupés chacun par une tête de bélier dans laquelle pénétrait le 
pied correspondant d'un trépied Sur le dessus de la base, 
entre les têtes de béliers, est une tortue. L'un des tableaux 
contient l'inscription : Mercurio ; Sex{ius) Verociliits, Sex{ii) 
f{ilius), Ouf {entùia tribu) ^ Priscus, quattuorvir i{uri) d(icundo) ex 
voto don(iim) ded(it) dracones aureos iiôr(arum) quinque, adiectis 
ornament[is) {e)t cortina. Dans les deux autres sont des attri- 
buts de Mercure. A droite, on remarque un hermès imberbe à 
cheveux courts et bouclés, voilé d'une draperie dont un des 
pans est supporté par un arbre. Entre cet arbre et Thermes 
passe un bélier marchant vers la gauche. Devant ce bélier, 
d'abord un caducée, puis une bourse posée sur un rocher. A 
gauche est encore un hermés, mais%barbu, placé de même 
près d'un arbre, accompagné d'une palme. Devant lui est une 
table supportant une aiguière et, xîontre cette table, un cer- 
ceau. Le mot cortina désigne sans doute un vase de cuivre qui 

i. S. Reinach, RéperU de reliefs, III, p. 353. 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 



33 



couronnait le candélabre. On ne voit pas qu'il puisse s'agir 
d'un trépied d'Apollon. Les serpents, probablement dorés, 
paraissent de même sans rapport avec le culte de ce dieu. Il ne 




Fig. 5 bis. — Baae de candélabre. 



faut y trouver vraisemblablement que des génies préposés à la 
garde du temple dont le luminaire offert par Veracilius consti- 
tuait l'un des ornements. 

V« SÉRIK, T. ni. 3 



34 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Fig. 6. — Tête de provenance inconnue. Hauteur, 0'",72. 

Dûtschke, Ant. Bildwerke, V, p. 401, n° 977; — Romussi, Milano, 
p. 45 (gravure). 




Fig. 6. —Tête de Jupiter. 

Jupiter. Le type est celui de la tête d'Otricoli. L'œuvre est 
romaine, mais inspirée de l'art grec. Le nez de cette tête est 
restauré. 

Fig. 7. — Stèle de provenance régionale. Hauteur, i/",03; 
largeur, 0"^,53; épaisseur, 0"^J4. 

Heydemann, Mittheil. (1879), p. 32; — Diilschke, Ant. Bildwerke, 
V, p. 413, n° 1001; — Peter, dans la Lexicon der MythoL, 1, p. 1291. 
Il» 9; — Romussi, Milano, p. 105; — Salomon Reinach, Epona, 
p. 40 (= Revue archéoL, 1895, I, p. 201); Répert. de reliefs^ Hl, 
p. 60. 

Déesse debout, de face, drapée et voilée, dans une niche 
entre deux poulains qui la regardent; elle tient de la main 
gauche levée un objet peu reconnaissable, de l'autre main 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 35 

baissée une patère. Au-dessous de la niche sont quelques traces 
d'une inscription. Il peut s'agir d'Epona; mais cette attribu- 




Fig. 7. - EpoDa (ï) 



lion n'est pas certaine. Il y a toutefois une similitude, déjà 
signalée par M. Salomon Reinach, entre ce bas-relief et le 



36 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



monument d'Epona découvert à Naix {Recueil des bas-reliefs, 
VI, n° 4650). 

Fig. 8 et 8^'. — Cuve cylindrique trouvée à Erbusco, près de 
Brescia, en 1878. Hauteur, 0^,68; diamètre, 0™,71 ; épaisseur, 
0^,10. 




Fig. 8. — Cuve cylindrique. 

Attilio De Marchi, Bullettino dei civici musei di Milano, 11 (1907), 
p. 15 (gravure); — Frova, Guida, p. 11. 

D'un côté sont figurés deux Tritons barbus, les épaules cou- 
vertes d'un manteau, entre deux Attis. Les monstres marins 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 



37 



tiennent d'une main une même coquille, de l'autre les infulae 
d'une tête de taureau qui les sépare. Du côté opposé est une 
guirlande à lemnisques flottants supportée par deux bu- 
crânes; un rameau de lierre l'accompagne. A la partie supé- 




Fig. 8 a. — Cuve cylindrique, 

rieure est une frise formée de casques, de lances, de poi- 
gnards, de cuirasses et de boucliers. Une bordure de feuilles 
d'eau complète la décoration. La cuve n'est pas entière; il doit 
manquer un tambour de colonne qui contenait la partie infé- 
rieure des personnages. Cette sculpture est de basse époque, 



38 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



mais les bucrânes et la guirlande paraissent inspirés d'un mo- 
nument du premier siècle. 

Fig. 9. — Colonnette trouvée à Crémone. Hauteur, O'^JO; 
diamètre, 0™,38. 
Frova, Guida, p. 9 




Fig. 9. — Colonnette. 

Danse bachique. Un satyre obèse et barbu, complètement nu, 
le corps penché en arrière, joue de la double flûte. Deux autres 
satyres dans une attitude différente l'accompagnent. 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSEE DE MILAN 



39 



Fig. 10. — Statuette de provenance inconnue. Hauteur, 
0«^,30. 

Frova, Guida, p. 11. 







Silène nu, chauve, barbu, couronné de lierre, à demi couché 
sur une peau de lion, les yeux clos, la tête appuyée sur une 
amphore qu'il tient de la main gauche. La main droite manque, 
ainsi que la majeure partie de la jambe du même côté. La 
jambe gauche est repliée et le genou est ramené contre l'am- 
phore, sans la toucher. Celle-ci n'est supportée que par l'une 



40 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

des pattes du lion ; elle paraît de la sorte à peine soutenue. La 
pose du satyre est naturelle et la flaccidité des chairs indique 
un habile ciseau. L'œuvre pourrait être inspirée d'un modèle 
gréco-romain, mais ne dater que de la Renaissance. 




Fig. 11. — Vénus. 

Fig. 11. — Statue de provenance inconnue. Hauteur, l"*,!!. 

Diitschke, Ant. Bildwerke, V, p. 418, n° 1012; — Romussi, Milano, 
p. 49 (gravure); — F ro\ a., Guida, p. 11. 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSEE DE MILAN 



41 



Vénus debout, accompagnée d'un dauphin. La déesse n'a pour 
vêtement qu'une draperie nouée par devant à hauteur des 
cuisses. Les jambes sont nues. Les bras et la tête manquent. Le 
mouvement des épaules semble indiquer que la pose était 
celle des anadyomènes. La sculpture est gracieuse. Copie ou 
variante d'une œuvre grecque du iv* siècle avant J.-C. 




Fig. 12. — Vénus. 



Fig. 12. — Statue de provenance locale. Hauteur, 1 mètre. 
Vénus nue, debout. Le mouvement des épaules semble carac- 
tériser l'attitude dite pudique. L'œuvre est inspirée d'un origi- 



42 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



nal grec de la seconde moitié du iv® siècle. Elle a été travaillée 
avec beaucoup de soin ; malheureusement le marbre est telle- 
ment dégradé, qu'on ne peut juger que très imparfaitement de 
sa beauté primitive. Sur la cuisse gauche sont les restes d'un 
tenon qui reliait peut-être la déesse avec un dauphin. (Cf. Salo- 
mon Reinach, Réperl., II, p. 355 et 356). 




Kig. 13. — Venu?. 

Fig. 13. — Fragment de statue de provenance locale. Hauteur, 
0"^,60. 

Vénus nue, debout. Médiocre copie d'un original grec. 



Fig. 14. — Fragments de statues découverts à Milan, en 1905, 
en creusant pour la construction d'une maison, entre les rues 
Santa Margherita et San Dalmazio. Hauteur de la déesse, 0'",98. 

Bullettino dei civici musei di Milano^ I (1906), p. 11 et pi. I; — 
Romuftsi, Milano, p. 50 (gravure); — Rassegna d'arte, 1907, p. 100 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSEE DE MILAN 



43 



(gravure);— S. Keinach, Répert,, IV, p. 225, n° 9 (d'après le Bull, 
dei civici musei) et p. 233, n° 4 (d'après la i2as*e^nrt d'arte); — Frova, 
Guida, p. 10. 




Fig. 14. — Vénus. 



Vénus pudique. La tête, les bras et les jambes depuis le 
genou ont disparu. Quelques mèches de cheveux couvrent le 
dos. Un Amour ailé, découvert en même temps, était groupé 
sans doute avec la déesse. Le petit personnage, dont la tête, les 



44 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



bras et une notable partie des jambes font aussi défaut, tenait 
devant lui, des deux mains, une coquille. Sur son dos est la 
queue d'un dauphin. On ne saurait dire si T Amour était monté 
sur le dauphin ou debout devant lui. Des deux hypothèses, la 




Fig. 15. — Vénus ou Nymphe. 

première cependant paraît préférable. La figure de Vénus pen- 
chée en avant, tout le poids du corps portant sur Tune des 
jambes, rappelle un peu TAphrodite de Gnide. Un arrachement 
du marbre, à la partie interne de la cuisse gauche, peut n'indi- 
quer que la position du bras ; mais il est aussi permis de sup- 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 45 

poser qu'il a été produit par la rupture de Tétai que paraissent 
avoir formé de toute façon le dauphin et TAmour. Or, Tétaye- 
ment est un des caractères des sculptures de Praxitèle. Ce ne 
sont pas, du reste, les seuls rapprochements qui se présentent 
à l'esprit. Vues de face, la Gnidienne et la Vénus de Milan, par le 
modelé des chairs, paraissent répondre à une même sensibilité, 
à une même pensée. Assurément la Vénus de Milan n'est pas un 
original de Praxitèle. On ne peut y voir qu'une copie, peut-être 
même assez tardive, d'une œuvre grecque du iv® siècle. Mais je 
crois bien que c'est de Praxitèle que s'est inspiré l'auteur de 
cette copie. En tout cas, l'œuvre est remarquable et la patine 
ambrée qu'a prise le marbre ajoute encore à sa beauté. Cette 
Vénus, dont les reproductions ne peuvent donner qu'une faible 
idée, est, de beaucoup» la pièce capitale du Musée archéolo- 
gique de Milan. 

Fig. 15. — Statue de provenance locale. Hauteur, 0™,46. 
Romussi, Mitano, p. 119 (gravure). 

Vénus ou Nymphe à demi drapée, debout, les jambes croi- 
sées, s'appuyant^du bras gauche sur une urne couchée, portée 
par un autel. Ce marbre, de peu de valeur, est déparé par de 
nombreuses mouchetures. Les formes du corps sont étriquées ; 
les plis de la draperie tombent lourdement. L'œuvre paraît 
néanmoins inspirée d'un original grec d'assez bonne époque. 

Fig. 16. — Torse découvert à Milan, en 1827, sous une mai- 
son de la place Pasquirolo (anciens thermes). Hauteur, 1™,22. 

Heydemann, MittheiL , p. 32 ; — Datschke, Ant. Bildwerke, V,p. 412, 
no 999; _ Romussi, Milano, p. 54 (gravure) ; — Frova, Guida, p. 9. 

Hercule au repos ; la musculature du personnage ne laisse 
pas de doute sur le sujet représenté. L'œuvre est inspirée de 
l'art grec. Bien que la pose fasse penser à l'Hercule Farnèse, je 
ne crois pas qu'il s'agisse d'une copie du chef-d'œuvre de 
Glycon. Le prototype de ce torse paraît beaucoup plus ancien. 
Volontiers je le ferais remonter jusqu'au iv® siècle. 






bu 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 47 

Fig. 17. — Fragments de statuettes. Hauteurs, 0'",39 et 0"^,33. 

1. — Homme nu; peut-être Bacchus. — 2. Apollon ; le dieu 
était accompagné d'un griffon placé à sa gauche. Une statuette 
du Musée de Dresde reproduit le même type i^Salomon Reinach, 
Hépert., II, p. 404, n° 3). — Les deux fragments paraissent pro- 
céder d*œuvres grecques qui pourraient dater de l'école de 
Praxitèle. 




Fig. 18. — Apollon (?) 



Fig. 18. — Torse de provenance locale. Hauteur, 0"™,57. 
11 peut s'agir d'Apollon, la poitrine couverte d'un léger man- 
teau noué sur l'épaule droite. L'œuvre est de type connu et 



48 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



procède, comme les précédentes, de l'art grec. (Cf. S. Reinach, 
Bépert., Il, p. 103, n^ 3). 

Fig. 19. — Statuette de provenance locale. Hauteur, 0",39. 




Fig. 19. — Esculape. 

Esculape ; la tête et Tavant-bras gauche, qui étaient rappor- 
tés, n'existent plus. Le serpent est figuré à la droite du dieu. 
Cette statuette, sobrement drapée, pourrait reproduire un ori- 
ginal grec de bonne époque. On en possède d'autres répliques. 
(Cf. surtout Salomon Reinach, Répert,, II, p. 33, n** 3). 

Fig. 20. — Statuette de provenance locale. Hauteur, 0'",21. 

Satyre agenouillé. Les bras manquent. Bien que la pose 
rappelle vaguement celle du Scythe écorcheur de Florence, je 
ne crois pas que cette statuette ait quelque rapport avec 
Marsyas. Le personnage, du reste, levait la main gauche. 





V" SÉRIE, T. III 



50 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

L'œuvre et»t nettement mauvaise et ne semble pas inspirée de 
l'art grec. 

Fig. 21. — Statue de provenance locale. Hauteur, 0'",66. 

Personnage drapé, gros et court ; à sa gauche est une capsa. 
Le Musée archéologique de Milan possède une seconde statue, 
beaucoup plus dégradée, du même genre. Il s'agit de portraits 
de facture médiocre, ceux peut-être de personnages lettrés. 




fig. 22. — Sacrifice. 

Fig 22. — Stèle découverte à Angera, près de l'église de la 
Vierge et transportée à Milan par Philippe Archinto. Hauteur, 
1",06 ; largeur, O'^JS; épaisseur, 0"^,25. 

Gruter, Inscript, ant., p. ^(X)7 (gravure) ; — Rosmini, Istoria di 
Milano. I, p. 1 (gravure); - CoUeci. OU. Archinti, p. 52 ; — Dutschke, 
Ant. Bildwerkey V, p 403, n° 980 ; — Romussi, Milano, p. 47 (gra- 
vure);— Sel etti, J!/armi, p. 18, no 16 (gravure); — C. I. L., V, 5472 
(bibliographie plus complète). 

Sur la face principale est un sacrifice en l'honneur de Jupi- 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 51 

ter. Un prêtre, drapé et voilé, tient de la main gauche un rou- 
leau et, de l'autre main, verse le contenu d'une patère sur la 
flamme d'un trépied servant d'autel. Trois personnages drapés 
l'accompagnent. Un de ces personnages porte un coffret rempli 
d'encens ; un autre joue de la double flûte; le troisième, placé 
de profil, se bouche l'oreille. Un serviteur barbu ou victimaire, 
le torse nu, pousse un petit veau vers l'autel. L'animal, n'ayant 
pas de cornes, ne peut pas être un taureau de proportions 
réduites. Au-dessus du bas-relief est l'inscription : l{ovi) 
o(ptimo) m[aximo) ; P{ublius) Qurtius, P[ublii) f{i/his), Victor^ 
P(uhliiis) QurtiuSy P{iiblh) f{iiius), Primiis, sevir[i) iim(iores). 
Du côté opposé, la pierre est décorée d'un aigle posé sur un 
globe. Enfin, des deux faces latérales, celle de gauche contient 
un foudre, celle de droite une plante stylisée sortant d'un vase. 
Les caractères de l'inscription paraissent du second siècle. (Sur 
les severi seniores et iuniores, cf. H. de Ruggiero, Dizion., s. v. 
An g us taie s). 

Fig. 23. — Statue et statuette mutilées, de provenance locale. 
Hauteurs, 0'",68 et 0"^,31. 

1. — Femme drapée; probablement un portrait. La tête 
manque, ainsi que l'avant-bras gauche qui était rapporté. 

2. — Femme drapée, mais de façon particulière, une bande 
d'étoffe autour du cou, finissant en pointe sur la poitrine, une 
autre entourant le corps à la façon d'un baudrier. Vraisembla- 
blement une divinité. 

Fig. 24. — Buste d'hermès. Hauteur, 0"\33. 

Jeune femme, les cheveux ceints d'une large bandelette 
dont les bouts retombent, de chaque côté, sur les épaules. 
L'œuvre est de bon style et sûrement inspirée d'un modèle 
grec. Il peut s'agir d'Ariadne. 

Fig. 25. — Fragment de stèle découvert à Milan, en 1900, en 
creusant les fondations de la maison portant le numéro 9 de la 
rue Giuseppe Verdi. Hauteur, l'",12; largeur, (»"',75; épaisseur, 
0'^,36. 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSEE DE xMILAN 



53 



Attilio De Marchi, Bullettino dei civici musei di Milano, II (1907), 
p. 13 et pi. I et IL 

Monument funéraire. Ce qu'on en possède paraît indiquer 
que la décoration était symétrique par rapport au buste du 




Fig. 25. — Monument funéraire. 

mort placé dans une niche. Au-dessous de ce buste, entre deux 
colonnes torses avec chapiteau, était une plante stylisée. Entre 
les bords de la stèle et les colonnes, de chaque côté, se trouvait 



54 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



sans doute un Attis : il ne resterait, de celui de gauche, que la 
partie supérieure, Tautre manquerait tout à fait. Le buste était 
placé entre des tableaux superposés figurant au bas un satyre, 
à la partie supérieure un Amour volant, tenant une torche. La 
stèle avait une frise composée de deux griffons gardant une 
urne et de deux panthères tenant chacune un thyrse enrubanné. 
Elle était aussi pourvue d'un couronnement, peut-être décoré 
d'une scène de sacrifice ; on aperçoit, en effet, au-dessus de la 




Fig. 26. — Urne double. 

frise les restes d'une figure de bovidé. Deux autres griffons 
gardant une urne et une plante stylisée sont superposés du côté 
gauche. 

Fig. 26. — Urne double autrefois à Rome, dans les jardins du 
pape Jules III ; plus tard à Florence, chez les Médicis. Acquise, 
en 1893, d'un marchand. Hauteur, 0™,23 ; largeur, 0™,56; 
épaisseur, 0™,30. 

Boissard, Antiquit. roman. ^ sexta pars (1602), p. 113; — Gruter, I, 
p. 1145, n» 6; — Gori, Inscript, ant., l (1727). p. 284 ; — Muratori, 



LES MONUMENTS ANTrQUES DU MUSÉE DE MILAN 55 

in,p.4408, n« 6; — Carotti, Arch. stor, Lombardo (1894), p. 138; — 
Seletti, Marrni, p. 171 (gravure); — C. J. L., VI, 27155. 

La décoration se compose de deux guirlandes de fruits à 
lemnisques flottants, suspendues d'un côté à une tête de bélier, 
de l'autre à un même bucrâne. Huit oiseaux (quatre par 
guirlande), sculptés dans des attitudes symétriques, becquètent 
les fruits. Un lézard est au milieu et se dresse vers le bucrâne. 
L'espace, au-dessus de chaque guirlande, est occupé par un car- 
touchecontenantuneépitaphe. Celle de gauche est ainsi conçue: 
Terentiifs Acihis T'itiae Tyche conjiiyi curissimae. L'autre, un 
peu plus longue, est la suivante: Terentius Acti{us) vix(u) 
aanos LXXXV \ fpcit Terentia Thallum patrono bene merentt 
suo. Des deux compartiments de l'urne, celui de gauche a donc 
servi le premier pour la femme d'un personnage appelé 
Terentius Actius, qui lui-même a fait graver l'épitaphe. A la 
mort de ce Terentius, ses cendres ont été déposées dans le 
second compartiment par les soins d'une affranchie. 

Fig. 27. — Stèle trouvée à Crémone et donnée au Musée, 
en 1868, par Carlo Venino. Hauteur, r,70; largeur, 0'",80; 
épaisseur, 0'",20. 

Daischke, Ant, liUdw., V, p. 417, n° 1010; — Seletti, Marmi, 
p. 95 (gravure); — Frova, Guida, p. 11; — C. /. Z., V, 5663. 

Portraits, drapés de face, d'une femme et de deux hommes 
imberbes dans une niche. Un fronton triangulaire, supporté par 
deux pilastres avec chapiteau, contient un masque de iMéduse 
ailée, entre deux dauphins. H est placé lui-même entre une 
hache et un hachoir, qui sont peut-être les intruments profes- 
sionnels d'un boucher. Au-dessous de la niche est l'inscription : 
M(arco) Ase/lio, M(arci), l(iberto), ClemeyUi; Statiae Slatullae^ 
uxori; M(arco) AseUio Latino l(iberto) ; M(arcus) AselHus, 
M(arci) l{ibertus), Clemens l(estamento) f{ieri i{umt). L'un 
des deux hommes était l'affranchi et, sans doute, le fils 



56 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 




Fig. 27. — Stèle funéraire. 



LES M0NUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 57 

adoptif de l'autre. La coiffure de la femme, aussi bien que la 
forme des lettres, paraissent indiquer le premier siècle. 

Fig. 28. — Stèle de l'ancienne collection Archinto, décou- 
verte en creusant les fondations du monastère de Saint- 
Ambroise (hôpital militaire). Hauteur, 0"^,98; largeur, 0"',87; 
épaisseur, 0"^,28. 




Fig. 28. — Stèle funéraire. 

Collectanea antiquit. in domo Comm. Octavii Archinti, p. 69 ; — 
Diilschke, Anf. /Hldw,, V, p. 114, n" 1004; — Seletli, Marmù 
p. 128 (gravure); — Romussi, Milano, p. 115 (gravure); — C. 1. A., 
V, 6036. 

Portraits drapés, de face, de deux époux se donnant la main, 
dans une niche. L'homme tient de la main gauche des tenailles. 
Dans le fronton de la stèle est un masque de Méduse, entre un 
marteau et d'autres tenailles. Une cassure de la pierre a fait 
disparaître la partie supérieure, et probablement les ailes du 



58 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

masque. L'inscription suivante, en partie elîacée, est au-des- 
sous de la niche : Sex(tus) Magiiis, Sex(n) l[iberliis), Liciniits, 
sibi et Sex[lo) Magio, Sex(li) l[iberto), Titrpio^ patrono, et 
Basso et Céleri lib{erti.s) ; [testà\men[to] fierl iufi[sit]. 




Fig. 29. — Personnage assis. 

Fig. 29 et 29 a. — Statuette mise au jour en 1908, en creu- 
sant les fondations, via Bocchetto, du nouvel édifice de la 
Banque d'Italie. Pierre commune. Hauteur, 0"',40. 

Rendiconti delV Istit. lomhardo, 1908, p. 736 (gravure, d'où Salo- 
mon Reinach, Répp.rt.y IV, p. 356, n° 7) ; — Attilio De-Marchi, 
Bullett. dei civici Musei, IV (1908), p. 29. 



LKS MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MfLAN 59 

Personnage assis sur le sol, l'air hébété, la bouche ouverte. 
De la main gauche ramenée sur le genou du même côté, ce 
personnage paraît tenir un fruit dans lequel il a mordu, et dont 
on voit peut-être entre ses dents la partie détachée. La tête est 
énorme. Elle a été séparée du buste par une cassure; mais la 
reconstitution du sujet ne fait aucun doute. M. Attilio De-Mar- 
chi suppose que cette statuette représente au naturel un type 
ethnique primitif, ce qui la daterait d'une époque extrêmement 




Fig. 29 his. — Inscription sous le socle de la statuette précédente. 

ancienne. Il est bien difficile de se prononcer à cet égard. La 
statuette est d'ailleurs rendue encore plus énigmatique par des 
signes ou des lettres gravées sous le socle. Les quatre ronds sui- 
vis de quatre barres qu'on y remarque ne pourraient être une 
indication pondérale que s'il s'agissait d'une œuvre de métaL 
M. Attilio De-Marchi, qui en fait la remarque, note toutefois 
que le poids de l'objet est de 7 kilogr. 760 grammes. 

Fig. 30. — Fragment de relief découvert en 1864 à Milan, 
via Hovello. Hauteur, 0'",44; largeur, 0™,47; épaisseur, 0"',13. 
Romussi, Milano, p. 112 (gravure). 



60 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



Restes d'une femme drapée et d'un guerrier nu dont les 
cheveux longs sont retenus par une bandelette. Ce guerrier a 
le bras droit au-dessus de la tête et, sur son épaule gauche, une 
draperie. Son épée apparaît de ce même côté. Ce fragment 
pourrait provenir du devant d'un sarcophage. Le sujet qu'il 
représente n'est pas expliqué. 



fegl^ 




■■ if^ ■ç,il,,^^M^B 




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Fig. 31), — Iragiiieut de bas-relief. 



Fig. 3i. — Fragment de provenance locale. Hauteur, l'^jOl ; 
largeur, 0", 94; épaisseur, 0", 31. 

Romussi, Milano, p. 79 (gravure) ; — Frova, Guida, p. 41. 

Sur ce fragment, qui peut avoir formé l'angle inférieur 
droit d'une stèle funéraire de soldat, sont représentées, entre 
deux enseignes, deux jambières séparées par une lance. La 
forme des enseignes est à noter. 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 61 




Fig. 31. — Lance, enseigne, jambières. 

Fig. 32. — Buste de provenance inconnue. Hauteur, O'^jSS. 
Romussi, MUano^ p. 46 (gravure). 




Fig. 32. — Jupiter. 



62 HEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Jupiter couronné de laurier. Le style de cette œuvre, dont 
l'antiquité ne semble faire aucun doute, la rapproche singuliè- 
rement des figures de la Renaissance représentant le Christ. 

Fig. 33. — Fragment de frise découvert au Carrobio, en 1877. 
Hauteur, 0"™,58; largeur, 0'",76; épaisseur, 0'",59. 

Romussi, Milano, p. 113 (gravure). 




Fig. 33. — Amour et cerf. 

Amour ailé dans un rinceau de vigne qu'il tient de la main 
droite. Le petit personnage est nu et marche vers la gauche; 
ses cheveux sont retenus par une bandelette ; le bras gauche 
manque. Derrière cet Amour est un animal, probablement un 
cerf, galopant vers la droite. L'œuvre est inhabile et de peu 
d'intérêt. 

Fig. 34. — Chapiteau de provenance locale. Hauteur, 0"^,42. 
Sur chaque tailloir, au-dessus de palmettes et de coquilles 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 



63 



doublant une première rangée de feuilles d'acanthe, sont deux 
dauphins affrontés, séparés par la tête barbue d'une divinité 
marine. Ce chapiteau est sans élégance, mais curieux. Peut-être 
provient-il d'un temple de Neptune ? 




Fig. 34. — Chapiteau. 

Fig. 35. — Sarcophage découvert à Lambrate, près de Milan, 
en 1905. Hauteur, 1°^,99; longueur, 2°^,51 ; largeur, r,20. 

Nothie degli scavi^ 1905, p. '/6; — Rendiconti deW Islituto lom- 
bardo, XXXVIH, fasc. 8 et 9 ; — /Uvista archeol. lombarda, I (1905), 
fasc. 1 ; II (1906), fasc. i; —Il Polilecnico, avril 1905 ; — Lega lom- 
harda, 2 et 3 avril 1905 ; — Frova, Guida, p. 12; — Moretti, La 
conservazione dei monumentiin Lombardia (Milan, 1908, 10-8°), p. 48. 

La cuve de ce sarcophage est décorée par devant, sous une 
arcade supportée par deux pilastres, d'une Orante et d'un Bon 
Pasteur, montés chacun sur un gradin. Une sorte de fronton, 
supporté de même par deux pilastres, limitant une surface des- 



64 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

iinée à contenir une inscription qui n'a jamais été gravée, 
mais peut avoir été peinte, sépare les deux figures. Sur la face 
latérale droite est un homme assis devant une table, paraissant 
écrire. Une tunique est suspendue à la paroi. Ce bas-relief 
semble se rapporter à la profession du défunt. Le couvercle du 
sarcophage, pourvu d'acrotères, a la forme d'un toit. Par 



Fig. 35. — Sarcophage. 

devant, l'un des acrotères contient le buste drapé d'un vieillard 
barbu, sans doute un portrait. Sur l'autre acrotère est un pain. 
On remarque, du côté gauche, un poisson. 

Fig. 36. — Sarcophage autrefois à Milan, près de l'église 
Saint-Denis, détruite en 1783. A fait partie de la collection 
Castiglioni. Hauteur, 1"^,07; longueur, 2"',30; largeur, ^^16. 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSEE DE MTLAN 



65 



Datschke, Antike Bildwerke, V, p. 416, n» 1009; — Seletti, Marmi, 
p. 79, n" 106 (gravnre) ; — Frova, Guida, p. 10; — C. /. L., V, 5894 
avec une abondante bibliographie de l'inscription). 




La décoration de ce sarcophage, dont le couvercle manque, 
rappelle de près celle du précédent. L'Orante et le Bon Pasteur 

W SKRIE, T. llf. 5 



66 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

y sont remplacés par deux personnages drapés ; celui de 
droite tient un rouleau. Sur la face latérale droite, un person- 
nage, assis sur un siège élevé, paraît haranguer deux hommes 
debout placés devant lui. Tous les trois sont drapés La scène 
est inexpliquée et peut faire allusion à la profession du défunt. 
Du côté gauche, un autre personnage est à demi-couché sur 
un lit ; un serviteur lui apporte une cassette. Au-dessus ou au- 
dessous de chaque bas-relief est le mot Eudromi\ on lit, à 
droite, Constanii eùSpoi^et. Par devant, le sarcophage portait cette 
inscription, qui a été rasée, et dont il ne reste plus aujourd'hui 
que la formule initiale : D{iis) M[anibus) [C{au) Valeri{ï) 
Petroniani, deciirionis, pontificis, sacerdotis iuvenuni mediola- 
ne?isiuin, causidici, quinquies gratiiito legationihns iirbicis et 
peregrinis pro republica sua fimcti; vixit annis XXI II, mensibus 
IX, diebus XIY ;C{aius) Valerius Euty chiantis, sévir augustalis, 
pater^ filio incomparabili et sibi] . Les lettres D XIII, gravées 
dans le fronton triangulaire, sont modernes. 

Fig. 37. — Stèle trouvée à Milan, près du couvent de Saint- 
Antoine qui la recueillit, et d'où elle passa, en 1654, dans la 
collection Archinto. Hauteur, 0"',75; largeur, 0™,29 ; épais- 
seur, 0°^,08. 

Datschke, Antike Bildwerke, V. p. 422, n» 4018 ; — Romussi, 
Milano, p. 101 (gravure); — Seletti, Marmi,^. 87 (gravure); — 
C. I. L.y V, 5933 (avec une bibliographie de Tinscription). 

Gladiateur secutor debout, de face, tenant de la main droite 
une épée, de Tautre main un bouclier; son costume se compose 
du cinquhim et d'un petit manteau jeté sur l'épaule gauche. 
Devant le personnage est son casque, coiffant un pieu planté 
verticalement dans le sol. Un chien assis, levant la patte droite, 
regarde son maître. Le bas-relief est accompagné de cette 
inscription qui est intéressante à divers titres : D{iis) M{ani- 
bus); Urbico, secutori, primo palo naCion{e) Florentin{o) , qui 
pugnavit XIIJ, vixsit ann{is) XXII ; Olympias filia quem reli- 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 67 




Fig. 37. — Gladiateur. 

qiiit m€(n)si V; et Fortunesis filiae\ et Lauricia, uxsor, mariio 
bene merenti cum quo vixsit a)in(is) Vil. 

Te moneo ut quis quem vic[e]nt occidat. 

Colent Mânes amatores ipsius. 

Fig. 38. — Buste de provenance inconnue. Hauteur, 0",50. 
Romussi, Milanoy p. 80 (gravure) ; — Frova, Guida, p. 9. 



68 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



Portrait militaire. Le personnage a la barbe courte ; sa cui- 
rasse faite d'écaillés imbriquées, est décorée d'une tête de 
Méduse ailée avec serpents noués sous le menton. Un manteau 




Fig. 38 —Portrait militaire. 

est agrafé sur l'épaule gauche. On a cru reconnaître dans ce 
buste l'empereur Gallien. L'hypothèse est vraisemblable. 

Fig. 39. — Buste de provenance inconnue, venu de l'an- 
cienne collection Archinto. Hauteur, 0"',67. 

Romus?i, MUano^ p. 78 (gravure); Frovn, Guida, p. 9. 





a. 

•g- 

te 

73 






70 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Agrippine mère (cf. Bernoulli, Bom. Ikonogr., II, p. 248 
et pi. XV). L'œuvre est soignée et peut compter parmi les meil- 
leurs portraits de la petite-fille d'Auguste. 

Fig. 40. — Tête mutilée de provenance inconnue. Hauteur, 
0°»,24. 

La physionomie de cette tête est fort expressive; il s'agit 
certainement d'un portrait et l'hypothèse d'une impératrice 
n'est pas impossible. 

Fig. 41 . — Le Musée archéologique de Milan possède d'autres 
têtes de marbre, de provenance inconnue. Toutes sont des 




Fig. 40. — Portrait de femme- 

portraits ; mais leur identification n'est pas faite. Quelques-unes, 
de mérite très inégal, sont du premier siècle. Il peut s'agir par- 
fois de personnages impériaux. Une tête de femme diadémée 
rappelle les images connues de Julia Domna (cf. Bernoulli, 
Bum. Ikonogr., II, p. 39 et pi. XVI); une autre est sans 
doute un portrait d'Auguste ; une troisième fait penser à 




l'ig. 4i. — Portraits. 



72 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 






Fig. 41. — Portraits. 



LES MONUMENTS ANTIQUES DU MUSÉE DE MILAN 73 

Galigula. Sauf celle-ci, publiée par Romussi (Milano, p. 77), 
aucune de ces lêles n'a été décrite. 

Au nombre des fragments qui décorent les parois de la salle 
des antiques et ne peuvent pas être photographiés commodé- 
ment, j'ai noté : les restes d'une Amazone et de son cheval ; une 
tête de cheval; à peu près le tiers du devant d'un sarcophage 
où l'on remarque la partie supérieure de deux cavaliers et 
d'autres traces de figures qui indiquent une chasse; un débris 
de stèle avec femme drapée et homme barbu, le torse nu; 
enfin, le haut du corps d'une lyricine, les bras nus, près du 
torse d'une seconde femme complètement drapée. 

{A suivre.) Emile Espérandieu. 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 



I 

ÉROS JOUANT AVEC UN MASQUE DE SILÈNE 



Un Éros, le haut du corps caché par un immense masque de 
Silène, passe iUne main à travers la bouche de celui-ci, et 
cherche à effrayer un ou deux de ses compagnons debout devant 
lui. C'est là, on le sait, un motif que les artistes grecs et 
romains ont souvent répété'; en voici quelques répliques : 

Reliefs. 

Sarcophage èfattei. La main de l'Éros, qui passe par la bouche du Silène, 
tient un serpent, dont il effraye l'Éros placé seul devant lui. Tout autour, des 
Éros luttent et jouent avec de grands récipients de vin. — Matz-Duhn, n» 2755: 
S. Reinach, hépert. de reliefs, III, p. 295, 3. 

Sarcophage Albani. Jeux divers d'Éros : lutte, ouverture de la ciste ba- 
chique, etc. ; à gauche, l'Éros caché par le masque effraye un de ses cama- 
ra les. — Helbig-Toutain, Guide dans les musées d'arch. classique de Rome, 
1893, II, p. 74, n« 825. 

Sarcophage de Garthage. Éros ivre soutenu par un compagnon, Éros tenant 
la syrinx et la torche renversée, Éros au masque de Silène effrayant deux 
camarades. — Comptes -rendus de VAcad. des Insor.^ 1906, p. 405-6, 425 sq., 
pi.; Reinach, op. /., II, p. 3, n» 3; Rev. hist. des rel, 1906, LIV, p. 323. 

Fragment de sarcophage de Genève. Il n'en subsiste plus que le motif de 
rÉros au masque de Silène, effrayant deux camarades. Musée d'art et d'his- 
toire, ancienne collection Fol. — Catalogue descriptif (Musée Fol), I, 1874, 
p. 295, n° 1352; Nos anciens et leurs œuvres, 1909, p. 14, fig. 5; Arndl- 
Amelung, Einzelaufnahmen^ VII, 1913, n® 1896; G. Nicole, Catalogue des 
sculptures grecques et romaines du musée de Genève, 1914, p. 9, n* 1896, 
pi. VI. 

1. Pottier et Reinach, Nécropole de Myrina, p. 344, note 1 (référ.). 



NOTES ABCHÉOLOGIQUES 75 

RONDE-BOSSB. 

Albani. « Un enfant qui s'est caché le haut du corps derrière un grand 
masque barbu, passe sa main gauche par l'ouverture de la bouche pour effrayer 
un compagnon que nous devons nous figurer se tenant debout devant lui ». — 
Heibig-Toutain, op. /., II, p. 92, n° 852. 

Capitale. « Un enfant s'amuse à mettre sur sa figure un gros masque de 
Silène, qui égale presque le tiers de sd taille. Le plaisir sincère avec lequel il 
joue ainsi, et la peine qu'il a à se rendre maître du masque qui est bien lourd 
pour lui, sont exprimés de la façon la plus plaisante. En outre, le masque, 
avec sa figure de vieillard morose, fait un contraste très piquant avec la phy- 
sionomie souriante de l'enfant. » — Ibid.^ I, p. 382, n° 519. 

M. G. Nicole mentionne une statuette semblable qui se trouvait autrefois à 
Borne, Istiluto di S. Alessio. — Photographie Moscioni, 11337; Catalogue des 
sculptures grecques et romaines du musée de Genève^ p. 10. 

Peinture. 
Ihrculanum. Le masque n'est plus celui de Silène, mais un masque imberbe 
aux traits menaçants. Des deux Eros effrayés, l'un tombe à la renverse, 
l'autre lève les bras au ciel. — Saglio-Pottier, Dict. des ant.^ s. v. Ltidi, 
p. 1359, fig. 4639. 

Un sujet étroitement apparenté au précédent est celui où 
rÉros tient un masque en main, mais ne s'en sert plus pour 
effrayer ses camarades. Cet Éros apparaît sur le couvercle d'un 
sarcophage du Palais des Conservateurs, où il est assis au pied 
du lit funèbre', sur un sarcophage de Berlin ^ sur une pierre 
gravée de Centorbi (Sicile)', et dans de nombreuses terres 
cuites funéraires, de Myrina et d'ailleurs*. 

Sur un relief de Vienne \ Éros est agenouillé au milieu de 
trois masques et lève les bras en signe d'effroi. 

Enfin on sait que l'association des Éros et des masques, 
sans qu'il y ait un lien spécial entre eux, est très fréquente 



1. S. Reinach, hépert. de reliefs^ III, p. 194, i. 

2. Comptes-rendus Acad. Inscr.^ 1906, p. 406. 

3. L'Éros tient dans l'autre main le Ihyrse dionysiaque, tftid., p. 406; Bull. 
Imt., 1867, p. 216. 

4. Pottier et Reinach, Nécropole de Myrina, p. 3i2 8(\., pi. XVIII (autres ex., 
p. 343, note 8). 

5. S. Reinach, Hép, de reliefs, II, p. 147, 4. 



76 ttEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

dans Tart gréco-romain, dans les scènes dionysiaques et sur les 
reliefs des sarcophages*. 

On connaît le rôle funéraire du masque, apotropaion puis- 
sant', déposé dans les tombes et apparaissant dans Tornemen- 
tation des sarcophages. Si, dans la nécropole de Myrina, les 
Éros qui tiennent un masque ont un sens funèbre, M. Heuzey 
signale déjà ce sens du motif parmi les terres cuites primitives 
de Chypre'. Bien plus, il est possible que, sur des reliefs grecs 
et romains, les personnages qui tiennent des masques, ou, 
assis devant eux, les contemplent pensivement, ne soient pas 
tous *, comme on le prétend d'ordinaire, des poètes drama- 
tiques caractérisés par un attribut du théâtre ^ mais des mor- 
tels quelconques, même des défunts, tenant ou regardant un 
symbole de l'au-delà. Les personnages tristement assis sur les 
reliefs de la villa Albani ^ et de Naples ' contemplent un masque 
placé devant eux, qui semble leur suggérer d'amères réflexions. 
Le prétendu Ménandre du relief du Latran^ les « poètes » 
des reliefs d'Aquilée ^ de Lynne Park *•, tiennent en main un 

1. Ex. : Trésor de Berthouville, flép., I, p. 73; vase d'argent de Pompei, 
ibid,, I, p. 227, 4; Éros tenant une torche renversée, et masque, ibid.^ III, 
p. 231, 4 ; Éros tenant le médaillon du défunt, au-dessous duquel trois masques, 
ibid., III, p. 111, 2; Éros, guirlandes et masques, motif très fréquent de la 
décoration funéraire, ibid., Ilf, p. 327,1; 185,3; 385-6 (Saint-Rémy) ; Robert, 
Die Masken der neueren attischen Komoedie, p. 1, fig. 1, etc. 

2. Masques de Silènes, de Gorgones, comme apotropaia : Harrison, Prole- 
gomena to Greek religion^ p. 138; A. Reinach, Le Klappersteiriy p. 49, note 5; 
Heuzey, Figurines antiques de terre cuite, p. 159, etc. 

3. Heuzey, op. /., p. 159. 

4. Enumérés par Krùger, Reliefbild eines Dichters, in Alh. Alilt., XXVI 
1901, p. 126 sq. 

5. Ce n'est pas à dire que ce ne soit parfois le cas. Ex. : relief de Smyrne, 
Euripide tenant un masque que lui présente la Scène personnifiée : à droite Dio- 
nysos. Les inscriptions désignent clairement les personnages {Réperl. de 
reliefs, II, p. 172, 1). 

6. Reinach, Répert. de reliefs, III, p. 150, A:Ath. Mitt., 1901, p. 132, fig. 4. 

7. Ibid., m, p. 93, 1; Ath. Mitt., 1901, p. 133, fig. 2. 

8. Ibid., III, p. 283, 1 ; Robert, op. /.. p. 78, fig. 96. 

9. Ibid., II, p. 38, 2; Ath. Mitt., 1901, p. 136, fig. 3. 

10. Jbid., II, p. 520, 3; Robert, op. /., p. 110-1, fig. 127. Autres ex. ; Ath. 
mu., 1901, p. 136 sq. 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 77 

masque qu'ils regardeat; ailleurs, quelque comparse le leur 
présente*. Mais, dira-t-on, les Muses remplissent parfois cette 
fonction sur les sarcophages ^ et elles accompagnent le poète 
qui, assis ou debout au milieu d'elles, tient aussi le masque. 
Leur présence ne permet nullement d'affirmer que ce mortel 
soit un auteur dramatique, pas plus que les nombreux sarco- 
phages qu'elles ornent ne sont nécessairement ceux d'individus 
ayant exercé une pareille profession*. Les Muses ont un sens 
funéraire plus général. On pensait jadis que le sarcophage 
Chigi * montre les Muses entourant le poète; il est plus vrai- 
semblable d'admettre, avec Diitschke % que la jeune femme 
assise, absorbée par la lecture d'un diptyque et tenant une 
lyre, est la morte'; ses parents assis la contemplent triste- 
ment, tandis que les Muses conversent entre elles ou s'effor- 
cent de les consoler. Le culte de ces déesses est souvent associé 
à celui des défunts, sans rapport avec leur profession, et il est 
même vraisemblable qu'en divers cas la défunte a été identifiée 
à une Muse\ Et leur présence, l'instrument de musique que 
tient la jeune morte du sarcophage Chigi, nous rappellent les 
Sirènes musiciennes, les scènes funéraires de l'art grec, où 
apparaissent des personnages portant un instrument de 
musique, ou en jouant près du tombeau, dont M. Delatte a expli- 
qué récemment le sens symbolique \ 

1. Tombe près de Tivoli, qui serait celle d'un montreur de bêles ou d'un 
auteur dramatique; un serviteur, devant le défunt, lui présente un masque 
barbu {Répert. de reliefs, III, p. 153, 2); stèle grecque de Vérone {ibid., III, 
p. 440, 2). 

2. Londres, Répert. de reVefs, II, p. 499, 3; Londres, sarcophage de Sera- 
proniusNicokratès, i6ii., II, p. 485,2; Mattei, iHd., III, p. 300, 2; 301; Pise, 
ihid., III, p. 117, etc. 

3. Sarcophages aux Muses, dans Roscher, Lexikm, s. v. Musen, p. 3269 sq. 

4. i6i(i., p. 3255 sq. 

5. Jahrbuck des arch. Inst., 1912, p. 129 sq.; Ren. arch., 1913, I, p. 324. 

6. Sa petite taille, par rapport à celle des Muses, la désigne clairement 
comme mortelle. Sur ce procédé connu, cf. mon article La monstruosiié de 
puissance, in Rev. des études grecqfies, 1915. 

7. Collignon, Les statues funéraires dans l'art grec, p. 323 (référ.). 

8. La musique au tombeau dam Vantiquité, in K^'V. arch., 1913, I, p.318sq. 



78 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

,Ge masque posé devant l'homme assis qui le contemple pen- 
sivement, on le rapprochera de la tête humaine isolée qui, sur 
bien des monuments, symbolise l'âme du mort'; bouche 
grande ouverte comme celle des masques, elle a parfois devant 
elle un personnage qui, penché vers elle et diptyque en main, 
s'apprête à noter les paroles prophétiques qui vont en sortir; 
c'est le diptyque qui est souvent donné aux(( poètes ))des reliefs 
cités plus haut2. On se rappellera les nombreuses légendes de 
l'antiquité et des temps modernes, concernant les têtes coupées, 
souvent abandonnées par le carnassier infernal, qui prophé- 
tisent et racontent ce qu'il y a aux Enfers». 

Enfin, un motif équivalent est celui de certaines pierres gra- 
vées : un campagnard, un personnage tenant un livre, regar- 
dent devant eux une tête de mort *. 

Déjà Ton peut supposer que regarder le masque, la tête 
humaine isolée, la tête de mort, c'est tout un : c'est contempler 
une vision de l'au-delà. 



L'Éros au masque de Silène apparaît sur les sarcophages au 
milieu d'autres motifs funèbres. Sur celui de Carthage, il est 
suivi d'un Éros renversant la torche, motif funéraire qui, aimé 
de l'art antique ^ est le symbole de la vie humaine qui s'éteint*. 



1. Roscher, Lexikon^ s. v. Psyché, p. 3219 sq. Psyché als blosser Kopf. Cf. 
relief Albani, Alcaménès assis tenant et regardant le buste en cire de son fils 
mort, sur lequel il va graver Velogium (?) A droite, sa femme (?) offrant de 
l'encens, Répert. de reliefs, III, p. 149, 1. Noter l'analogie avec les reliefs des 
prétendus poètes. Cf. tête coupée d'Orphée, rendant des oracles qu'un éphèbe 
assis transcrit sur un diptyque, Répert. des vases, I, p. 493, 2. 

2. Sarcophage de Berlin, Muses et poète ; homme regardant pensivement un 
masque et tenant un rouleau dans la main gauche; près du masque un diptyque, 
Ath. Mitt.f 1901, p. 131, n° 1; rehef Albani, l'homme de gauche, qui regarde 
le masque, tient en main un rouleau, Répert. de reliefs, III, p. 150, 4; cf. 
trésor de Berthouville, ibid., I, p. 75 (au bas), 76, 

3. Cf. mon article Baubo, in Rev. de Vhist. des religions, 1914, LXIX, 
p. 198 sq. 

4. Roscher, Lexikon, s. v. Psyché, p. 3235. 

5. Collignon, op. l., p. 330 sq. 

6. Éros à la torche et masques, Répert. de reliefs, III, p. 231, 4. 



NOTES ARCHEOLOGIQUES 79 

Sur le sarcophage Mattei, la main de TÉros qui passe à traders 
le masque tient un serpent, dont le rôle chthonien est bien 
connu*. De plus, on retrouve l'association d'Eros, du masque 
tragique et du serpent, qui cette fois entoure une stèle, sur un 
relief de Trêves'; celle de l'enfant et du serpent dans le groupe 
symbolique des enfants à Toiseau de Vienne' ; et celle du Silène 
infernal, du serpent chthonien et de Toiseau, sur un cratère apu. 
lien"; tous ces motifs, qui ont des éléments communs, sont 
apparentés et ont un sens analogue. 






L'Éros au masque est le plus souvent groupé avec d'autres 
scènes dionysiaques, par exemple, sur le sarcophage de Car- 
thage, avec un Éros ivre que soutient un compagnon. Étrange 
motif à sculpter sur la tombe, insulte même à la douleur des 
survivants, s'il n'avait un sens mystique qui en voilait le carac- 
tère trivial. Cette vigne, dont les enfants cueillent le raisin, 
puis le foulent au pied pour en faire sortir le suc enivrant*, 
c'est celle que vendangent les Satyres et Silènes sur tant de 
reliefs gréco-romains % et qui déchaîne les orgies du thiase bac- 
chique ; c'est la vigne de Dionysos, ou plutôt c'est Dionysos 
lui-même, dont les fidèles s'assimilent le sang divin. Ainsi, 
chez les Zapotèques, le prêtre était tenu de s'enivrer à une cer- 
taine fêle, et, dans cet état, de s'unir charnellement; incarnant 

1. Répert. de rdiefs, II, p. 90, 4; cf. sur une amphore grecque funéraire, 
i'eidolon, petit personnage ailé, identifié plus tard aux Eros funèbres, avec le 
serpent, Reinach, Répert. des vases , I, p. 165, 1. 

2. Cf. Éros effrayé par le serpent sortant de la ciste mystique, sarcophage 
de Pise, Répert. de reliefs^ IV, p. 112, n. 2. 

3. Cf. mon article, Le groupe d'enfants autrefois à la Bibliothèque de Vienne, 
in Rev. arcA., 1913, I, p. 301 sq. 

4. Crusius, Pcstschrift fur Overbeck, p. 103, fig. B. Silène, debout devant le 
sphinx, tient dans la main droite l'oiseau, vers lequel se dresse le serpent; sujet 
analogue à celui du groupe de Vienne. 

5. On sait combien nombreuses sont dans l'art romain ces scènes de ven- 
danges où apparaissent des enfants et des Éros. Le motif de l'Éros ivre est très 
fréquent sur les sarcophages (Reinach, R'ipert. de reliefs^ II, p. 171, 2; 405, 
1; 407, 1; 469, 1;526, 5-6, etc.). 

6. Cf. en particulier les reliefs en terre cuite dits Campana. 



80 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

le dieu dont il était plein, il transmettait au fidèle par cet acte 
les vertus divines : ainsi encore, au Mexique, c'était un rite 
religieux que d'enivrer les enfants pour les mettre sous la pro- 
tection du dieu*. 

Ces scènes dionysiaques ne se passent pas sur terre; elles 
sont dans l'au-delà, où jouent ces Éros funèbres qu'on a volon- 
tiers assimilés aux âmes des morts'. Sur le sarcophage de Ber- 
lin', des Éros s'amusent avec de grands récipients de vin, avec 
des corbeilles de fruits; l'un d'eux, s'approchant de la petite 
morte qui, immobile au milieu d'eux, semble encore mal éveil- 
lée à sa nouvelle existence, lui offre une grappe et l'invite à 
goûter au raisin divin. Marcio semper ebria dit, sur la pierre 
tombale du boucher Julius Vitalis, une inscription vantant la 
perpétuelle ivresse du paradis dionysiaque *. 

Mort et ivresse ! Deux termes que l'art, à partir de l'époque 
hellénistique, a aimé associer sous la forme la plus réaliste, 
sous celle de ces squelettes qui, couronnés de fleurs, jouent de 
la lyre, de la flûte, dansent, s'enivrent, au milieu de divers 
attributs bachiques ^ On aurait tort de ne voir là qu'une invi- 
tation à jouir des plaisirs terrestres avant qu'il soit trop tard, 
comme on le faisait en Egypte où, montrant un squelette de 
bois dans les festins, on disait : « A la vue de ce squelette de 
bois, divertis-toi, car une fois mort, tu lui ressembleras" ». Les 
gobelets de Boscoreale affirment certes ce sens épicurien; mais 



1. Réville, Les religions du Mexique^ de r Amérique centrale et du Pérou, 
p. 170, 225; De la Grasserie, De la psychologie des religions^ 1899, p. 148. 

2. Collignon, op. l.y p. 332. 

3. Répert. de reliefs, JI, p. 17, 4. 

4. Ibid., Ilï, p. 154, 2. 

5. Cf. L'archéologie^ sa valeur, ses méthodes, III, p. 381 sq. ; Dict. des ant., 
s. V. Larvae, p. 951 sq. ; Dugas, Sur les gemmes représentant la fabrication d'un 
squelette, in Rev. des él. anciennes, XIII, 1911, p. 62 sq. ; Maury, Rev. arch., 
1848, V, p. 287 sq.; Li danse des morts sur un canthare antique, in Rev. 
arch., 1903, I, p. 12 sq.; Le Blant, De quelques objets antiques représentant 
des squelettes, in Mélanges de Rome, 1887, p. 251 sq.; Gobelet d'Olbia, danse 
de squelettes, Arch. Anzeiger, 19U, p. 229, fig. 37; E. Caetani Lovatelli, Diuna 
piccola larva conviviale in bronza, in Monutn. antichi, V, 1895, p. 5 sq., etc. 

6 Hérodote, H, 78. 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 81 

sur d'autres monuments antiques apparaît la frappante analo- 
gie avec l'art du moyen âge, oii le squelette devait avertir le 
mortel non pas tant de jouir du présent que de se préoccuper 
de la vie future'. Sur plusieurs gemmes antiques, Tâme, sous 
la forme d'un papillon, se pose légère sur la tête de mort". 
Émouvant symbole! Ne signifiait-il pas que l'âme triomphe de 
la mort matérielle, et, telle le papillon, s'envole vers l'au-delà? 
Et l'on croirait volontiers que les squelettes aux attributs ba- 
chiques qui, notons-le, tiennent en main des masques et qui ne 
décorent pas uniquement les vases à boire, mais les lampes 
sépulcrales, rappellent, tout comme les Éros vendangeurs et 
ivres des sarcophages, les joies dionysiaques qui attendent le 
fidèle dans l'au-delà. 

*** - 

M. Perdrizet a montré que tel est, en effet, le sens de bien des 
ornements dionysiaques qui apparaissent dans l'art gréco- 
romain, en particulier dans la décoration funéraire, et qui rap- 
pellent le paradis auquel croyaient les fidèles de Bacchus'. « Il 
leur apparaissait principalement comme un dieu d'outre- 
tombe. Ils attendaient de lui la résurrection. Il donnait l'assu- 
rance d'une survie aux âmes simples à qui l'idée de la mort est 
insupportable ». Déjà Renan disait : « Quelques-uns des thiases, 
surtout ceux de Bacchus, avaient des doctrines relevées et cher- 
chaient à donner aux hommes de bonne volonté quelque con- 
solation... On y enseignait l'immortalité sous de gracieux sym- 
boles ))*. Ces nombreuses scènes de vendange de l'art gréco- 
romain commémoraient les bienfaits du dieu-raisin que l'on 
voit, sur une peinture de Pompei, ou sur des fioles de terre 
cuite, figuré sous l'aspect d'une grappe anthropomorphisée '. 
(( Pour ses initiés, Dionysos-Botrys était le raisin mystique, par 

1. Cf. V archéologie, III, p. 381. 

2. Roschpr, Lexikony s. v. Psyché, p. 3235. 

3. Perdrizet, Cultes et mythes du Pangée, p. 95 sq. 

4. Cité par Perdrizet, l. c. 

5. Ihid., pi. III-IV. 

V* SÉRIE, T. ni. (i 



S2 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

lequel ils devaient être sauvés, soit qu'ils en bussent le jus 
« dans les cymbales », soient que le prêtre le « coupât devant eux 
en silence », comme le hiérophante faisait pour Tépi à Eleusis. 
Au troisième siècle de notre ère, à Tépoque même où se prati- 
quaient les mystères de Racclms-raisin^ les chrétiens imagi- 
nèrent la symbolique analogue du raisin rapporté de la Terre 
promise par les espions de Moïse, symbolique qui, en se déve- 
loppant au Moyen âge, devait produire l'étrange thème icono- 
graphique du Christ au pressoir* ». Le pressoir mystique, l'art 
gréco-romain le connaît, puisque sur les nombreux reliefs en 
terre cuite ou sur ceux des sarcophages, le joyeux thiase ba- 
chique des Satyres et des Silènes, ou la nuée des .petits Éros, pro- 
cèdent à toutes les opérations de la vendange, cueillent le grain, 
le transportent sur des chars, puis le foulent au pied. De la 
liqueur divine qui sort du pressoir, le sang même du dieu, ils 
s'enivrent, communiant ainsi avec le dieu lui-même qui, tel 
celui des chrétiens, semble leur dire : « Prenez, ceci est 
mon sang ». M. G. Leroux a repris pour son compte l'exégèse 
symbolique de M. Perdrizet, en étudiant l'ornementation des 
lagynoi hellénistiques ^ Lui aussi admet que ces attributs dio- 
nysiaques, masques, couronnes, amphores, n'ont pas le sens 
banal et sensuel qu'on veut trop souvent leur donner, que ce 
ne sont pas de simples allusions à la gaieté des festins. « Ces 
ornements bachiques sont les emblèmes d'une véritable reli- 
gion qui n'est pas la religion du plaisir ». Ce sont « les signes 
sacrés dont se sert la foule des dionysiastes pour affirmer ses 
espérances et sa foi », les mêmes sur les vases de table et sur 
les tombes'. 

Cette interprétation symbolique n'a pas été admise par 
M. Picard dans ses recherches sur la céramique hellénistique*. 

1. Perdrizet, op. l., p. 89 sq. 

2. Lagynos^ p. 117-8. 

3. CF. Perdrizet, op. l., p. 100, à propos du décor des stèles thraces : 
« C'était aa vrai des symboles d'espérance, comparables en un sens à la croix 
dont les chrétiens ornementent les tombes de leurs morts «. 

4. Rev. arch., 1913, II, p. 177 sq. 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 83 

Avant de songer à la mort, dit-il, les Alexandrins songeaient à 
la vie joyeuse. Les poèmes de V Anthologie contiennent-ils la 
moindre trace d'aspirations à l'immortalité? « Pour tant de 
souvenirs de fêtes et de beuveries, qui citera la moindre médi- 
tation mystique, une réflexion sur l'au-delà plein de hasards ?. . . 
Je conseille donc qu'on relise les épigrammes d'un des plus 
anciens poètes de la cour d'Alexandrie, Callimaque, dont plus 
d'un vers dionysiaque trouve son commentaire archéologique 
dans la céramique ou la glyptique de l'époque; on verra com- 
bien la joie matérielle des banquets s'y réserve déjà une place 
exclusive ». Mais les épigrammes légères des poètes hellénis- 
tiques reflètent-elles toute la mentalité et les croyances des 
Grecs d'alors? Connaîtrait-on l'âme de la France d'aujourd'hui, 
ses hautes aspirations, par la seule lecture de ses poètes badins 
et de ses romanciers? Dénier aux Grecs d'autrefois toute pen- 
sée profonde, les croire uniquement occupés à chanter et à se 
divertir, à repousser l'obsession de l'au-delà qui a toujours 
tourmenté l'homme, à quelque pays, à quelque époque qu'il 
appartienne, les juger uniquement d'après les produits litté- 
raires d'une élite intellectuelle, blasée et frivole, en négligeant 
les pensées ignorées des humbles, plus croyants et même 
superstitieux, cette conception me semble une dérision. C'est 
un des corollaires de l'antithèse qu'on a voulu établir — très 
anciennement déjà — entre le christianisme, épris d'idéal, re- 
cherchant la vie spirituelle au détriment de la beauté corporelle, 
peignant sur les figures les sentiments les plus émouvants, et 
l'antiquité, gardant une sérénité que rien ne peut ébranler, ne 
trahissant aucune passion sur les visages de ses statues, n'ayant 
d'autre aspiration que la vie d'ici-bas, heureuse et facile. Anti- 
thèse dont on a montré ailleurs la fausseté S puisque l'art, 
reflet de l'âme antique, a passé par les mômes vicissitudes que 
l'art chrétien, et que, comme ce dernier, à partir de l'époque 
hellénistique, il a connu les états d'âme les plus troublés. 

1. l'archéologie, sa valeur, ses méthodes, I, p. 97 et suiv.; in,p. 129 et suiv. 



84 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Ce fut un lieu commun pour nos littérateurs que cette notion 
superficielle d'une âme grecque riante, exclusivement attachée 
à la vie, et négligeant Tau-delà. Pour Renan, le sentiment pro- 
fond de la destinée humaine manqua toujours aux Grecs : (( En 
vrais enfants, ils prenaient la vie de façon gaie ». Pour Taine, 
le Grec ressemble à un bel animal; chez lui l'âme et le corps 
sont en parfaite harmonie, sans que l'esprit l'emporte sur la 
matière, comme dans le triste christianisme. Boutmy s'écrie : 
« Être jeune, beau, vigoureux, sage, conserver ces dons par la 
tempérance, avoir de beaux enfants, servir sa patrie, mourir 
dans la gloire et être chanté par les poètes, voilà le bonheur le 
plus élevé que les Grecs aient rêvé, leur horizon finit là. L'in- 
fini, les rêveries mystiques sont l'affaire de quelques philo- 
sophes ; encore oublient-ils cette poésie au sortir du gymnase 
ou de l'exèdre » *. Le paradoxal Oscar Wilde suit docilement la 
tradition : « Les Grecs furent une nation d'artistes, parce que 
le sens de l'infini leur fut épargné » ^ Et les archéologues font 
écho : (( Mais une chose distingue le Grec de l'homme moderne 
et chrétien, sa foi se renferme dans les bornes de la vie ter- 
restre et humaine, telle qu'il l'a connue et pratiquée ))K La 
civilisation hellénistique, en particulier, pourtant si complexe, 
nous apparaît surtout au travers des poètes frivoles de ï Antho- 
logie, Les anciens dieux sont morts, et ce sont les dieux des pas- 
sions sensuelles, Aphrodite, Dionysos, Eros, qui triomphent, 
dans cette époque de luxe et de galanterie raffinée. Les disci- 
plines scientifiques et littéraires ont fait certes d'énormes pro- 
grès, mais la vie morale n'existe plus. En un mot, c'est à une 
Grèce de cuistres et de courtisanes que voudrait parfois nous 
faire croire l'archéologie. 

Il n'en est rien. A parcourir la littérature grecque, dès les 
temps les plus anciens, on constate combien il est erroné de 



1. Philosophie de l* architecture en Ùrèce, p. 6^ 

2. Intentions, trad. Rebell, 1906, p. 174. 

3. Pottier, Les statuettes de terre cuite^ p. 304-^ 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 85 

penser que les Grecs, gens naturellement optimistes, aient 
recherché les plaisirs terrestres pour ne point songer à la vie 
future*. Dès les poèmes homériques ^ l'humanité a conscience 
de sa misère ; ce sont souvent des plaintes douloureuses dont 
les modernes n'ont pas dépassé la force pathétique. Théognis 
souhaite de n'être point né*. Mimnerme peut chanter les dou- 
ceurs de la vie : a Que serait la vie, quel charme aurait-elle sans 
Aphrodite aux cheveux d'or; que je meure le jour où je ne me 
soucierai plus de ses baisers, des doux présents et des lits clan- 
destins ». Mais, aussitôt après, il oppose à ses brefs plaisirs les 
souffrances, la vieillesse qui anéantit la beauté*. Le refrain 
mélancolique des vicissitudes du sort termine plus d'un drame 
d'Eschyle ^ Euripide lui donne un accent particulier, en répé- 
tant que la vie humaine n'est que douleur, que la fortune est 
instable, que l'amour n'est que souffrance'. Comme Mon- 
taigne, il se demande si la vie et le sommeil de la mort ne sont 
pas une seule et même chose : o Qui sait si vivre n'est pas mou- 
rir, et si mourir n'est pas vivre pour ceux qui sont dans les 
enfers )) \ Et comme saint Paul, il considère la mort comme un 
gain : « Quand un enfant vient de naître, on devrait se réunir 
pour pleurer sur lui, en songeant à tous les maux qui l'atten- 
dent ; au contraire, quand un homme est délivré par la mort des 
peines de l'existence, il faudrait le féliciter de son sort, et lui 
faire un cortège de joie jusqu'à sa dernière demeure (Cres- 
phonte) ». (( Mieux vaudrait ne pas naître »; à cette maxime, 
qui est déjà un lieu commun chez les poètes antérieurs ^ se 
complaisent Sophocle et Euripide ^ Mais qu'on se rappelle 



1. Cf. Girard, Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à Eschyle. 

2. Ibid., p. 73, 85. 

3. Ibid., p. 160. 

4. Couat, Poésie alexandrine, p. 174. 

5. Ibid., p. 168. 

6. Decharme, Euripide et l'esprit de son théâtre, p. 104 sq. 

7. Girard, op. /., p. 383. 

8. Decharme, op. l., p. H9, 

9. Ibid., p. 113, 119, 122, etc. 



86 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

encore les cultes graves et tristes de la Grèce*, les enseigne- 
ments sur l'au-delà des mystères éleusiniens^.. 

Assurément, jusqu'à la fin du v« siècle, l'idéalisme fort et 
robuste du patriotisme hellénique réfrène ces tendances décou- 
ragées, enseignant à l'homme à se vaincre lui-même, à maîtri- 
ser ses passions. Mais, dès les dernières années du v® siècle, et 
au IV®, par suite des circonstances politiques changées, et sous 
l'influence toujours croissante du théâtre d'Euripide dont les 
enseignements répondent mieux à la mentalité nouvelle, l'indi- 
vidualisme commence à se donner libre carrière, pour épanouir 
sans frein ses passions à l'époque hellénistique. Ces poètes 
hellénistiques qui, dit-on, ne songent qu'à la joie des banquets, 
sont mélancoliques; les tristesses de la vie leur sont à charge. 
Posidippe reprend les plaintes de Théognis, de Sophocle, 
d'Euripide : a Quelle route choisirez-vous dans la vie? Sur la 
place publique, ce ne sont que disputes, affaires, ennuis; à la 
maison, des inquiétudes; aux champs, beaucoup de fatigues; 
sur la mer, l'épouvante; sur la terre étrangère, des craintes 
continuelles si vous avez quelque chose, et quels tourments, si 
vous n'avez rien ! Ètes-vous mariés, vous ne serez pas exempts 
de chagrin. N'êtes-vous pas mariés, vous vivrez seuls. Les 
enfants sont une charge, la vie sans enfants est incomplète. La 
jeunesse est frivole, la vieillesse aux cheveux blancs débile. Il 
ne reste donc qu'à choisir entre ces deux choses : ou n'être 
jamais né, ou mourir en naissant » ". Eux aussi, la mort les 
hante et leur apparaît comme une délivrance : « Réjouis-toi, dit 
Astydamas, si l'on se réjouit sous terre ; et je le crois. . . , car il y a 
lieu d'avoir de la joie quand on a oublié les maux*. » Elle est 
un repos : « Encore quelques jours, malheureux, et nous aurons 
la grande mort pour nous reposer » \ 

C'était une opinion courante que celle-ci : « L'art chez les 

4. Girard, op. /., p. 190, 195. 

2. Foucart, Les mystères d'Eleusis, 1914. 

3. Couat, op. /., p. 187. 

4. De Hidder, De ridée de la mort, p. 4. 

5. Asklépiade. Cf. Groiset, Hist. de la littérature grecque, V, p. 168. 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 87 

Grecs était chaste, sévère et toujours calme. Il semble que 
les anciens n'aient pas connu la tristesse et la mélancolie » '. 
Mais Tart hellénistique exalte les passions de toute sorte, et 
surtout la tristesse. C'est alors qu'on voit paraître ces dieux 
douloureux, ces Hercules fatigués, ces Zeus tristes comme un 
Christ païen, a-ton dit, ces visages noyés de mélancolie. Par- 
tout, c'est l'expression d'une âme angoissée par les incertitudes 
de ce monde et par celles de l'au-delà, que trahit l'ornementa- 
tion funéraire renouvelée : « Ces symboles revêtent un aspect 
nouveau, conforme au caractère de la société grecque, moins 
serein et moins tranquille dans ses espérances d'immortalité... 
Ce sont des Éros voilés et comme enveloppés de crêpes sombres, 
d'autres appuyés sur une torche renversée, et surtout de plain- 
tives et lugubres Sirènes, se frappant la poitrine ou s'arrachant 
les cheveux. On s'aperçoit que l'âme humaine, en présence 
d'un si grand mystère, est devenue craintive, remplie d'incer- 
titudes et de troubles » ^ Et Ton sait l'immense vogue des cultes 
orientaux, qui préparèrent la venue et le triomphe d'un de 
ceux qui leur ressemblait fort, le christianisme, parce qu'ils 
répondaient plus que les anciennes religions officielles à cette 
âme sensible, et calmaient ses angoisses à la pensée du grand 
mystère qui attend tous les humains. 

La thème dionysiaque de TÉros au masque de Silène a donc 
une signification funéraire et se rattache à la religion des mys- 
tères de Bacchus. On peut aller plus loin encore, montrer que 
l'effroi des petits Éros, à la vue du grand masque porté par 
leur camarade, est un effroi religieux : ils ont devant eux une 

vision du monde souterrain. 

* 

On a signalé plus haut le sens funéraire et infernal du masque 
ou de la tête que contemplent certains personnages; on peut 

1. David d'Angers; cf. Canal, La Renaissance de la Grèce antique, p. 262. 

2. Potlier, op. L, p. 168. 



88 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

préciser ici le sens analogue du masque de Silène. Dans Tart 
antique, le suivant de Dionysos est souvent associé au sphinx, 
génie funèbre, et remplace Œdipe devant lui'; sur le vase 
Vagnonville, deux Silènes sont occupées à démolir le tertre que 
surmonte le sphinx*. Mais Silène symboliserlui-même le monde 
infernal. Sur des peintures de vases grecs, Héraklès tire au bout 
d'une corde un monstre dont le profil de Silène surgit, langue 
pendante, d'une sorte de caverne ' : c'est la transposition du 
mythe du chien infernal. Cerbère, enchaîné par Héraklès. Sur 
des stèles bolonaises, un gigantesque profil de Silène apparaît 
sur l'un des côtés, à droite et à gauche de la stèle, en face d'un 
personnage plus petit, assis ou debout, qui est le mort; parfois 
on aperçoit sur le bras de Silène l'image d'un petit cavalier : 
c'est l'Enfer vainqueur qui se prépare à engloutir le défunt. 
Pour MM. Ducati et Grenier, en effet*, l'énorme tête de Silène 
est le symbole du monde infernal, de VOrcus. a Le vase attique 
représente, comme une anecdote, le vilain tour joué par un 
héros sympathique à l'odieux démon d'outre-tombe; ici, au 
contraire, c'est l'Enfer vainqueur qui attire à lui et se prépare 
à engloutir l'être humain, simple mortel dont les ossements 
reposent au-dessous du monument. Le motif mythologique 
grec est devenu un motif funéraire étrusque ^ » Tel est aussi le 
sens qu'on peut donner au masque de Silène tenu par l'Éros 
funèbre, et ce dernier, pour bien faire comprendre à ses petits 
compagnons qu'ils ont devant eux, sous l'aspect du Silène 
androphage, l'Enfer qui dévore les trépassés, laisse sortir par 

1. Crusius, Silen und Sphinx, in Festschrift f. Overbeck, p. 102 sq.; Dict. 
des ant., s. v. Sphinx, p. i437 ; Répert. de vases, I, p. 459, 4 (prétendues 
Lamie et monstre femelle). 

2. Durm, Der Tumulus auf der Fase Vagnonville in Florenz, in Wiener 
Jahreshefle, 1910, p. 210 sq. ; Engeimann, Noch eimmal die Vase Vagnonville, 
ibid., 1907, p. 103 sq., 117 sq., Beiblatt; Pfuhl, Der Klazomenische Folyxm- 
sarkophag und die Vase Vagnonville, in Jahrbuch des arch. Instiluls, 1914, 
p. 33 sq. — Cf. aussi Vanodos de Koré, sortant du monde infernal entre deux 
Silènes ou deux Pans, Répert. de vases, I, p. 2, 46, 8; 348, 1, 3-4; 485, etc. 

3. Répert. de vases, I, p. 490. 

4. Grenier, Bologne villanovienne, p. 449-451 (référ.). 

5. Ibid., p. 451. 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 89 

la bouche du masque sa main, seul reste de son corps qui paraît 
déjà englouti. 

* 

C'est une idée universelle d'assimiler l'Enfer, ou la tombe, le 
sarcophage a mangeur de chair », à un être vivant se nourris- 
sant de la chair du mort. Les textes bibliques disent des tom- 
beaux : (( La bouche du puits l'a dévoré »; les Todas de l'Inde 
s'écrient dans leurs incantations : « Ouvre-toi, grande bouche 
du sépulcre ))^ ! Les Polynésiens pensent qu'après leur mort ils 
seront mangés par leurs dieux ^ Sans doute faut-il rattacher à 
une telle croyance les antiques légendes de Kronos dévorant 
ses enfants, dont on trouve des parallèles un peu partout % et 
celles des ogres, des croquemitaines. Dante a créé un roi des 
Enfers tricéphale, dont chaque bouche est toujours occupée à 
dévorer un traître \ Bien plus, l'artiste moderne reprend la 
vieille formule, peut-être sans s'en douter, quand il anthropo- 
morphise la tombe : une énorme tête barbue, proche parente 
de celle de Silène, ouvre ses mâchoires pour engloutir la jeune 
morte qu'un personnage tout de noir vêtu porte vers elle (flg. 1 ), 
ou une tête de mort laisse pendre des coins de sa bouche les 
jambes de l'humain qu'elle dévore ^ 

Le plus souvent, toutefois, le monstre androphage revêt 
l'apparence d'un animal, qui varie suivant les pays, conception 
sans doute inspirée par le fait que les morts sont parfois aban- 
donnés aux fauves et aux oiseaux de proie sacrés. Au Thibet, 
les chiens sacrés mangent les cadavres, et c'est le plus flatteur 
des ensevelissements^; en Perse, c'était l'habitude, mentionnée 

1. E. Reclus, Les primitifs^ p. 252. 

2. Réville, Les reiiyions des peuples non civilisés, II, p. 94, 152. 

3. Cumont, Recherches sur le manichéisme^ l, p. hb sq. (référ.). 

4. Inf., XXXI V. De ogni bocca dirompea co denti 

Un peccatore a guisa di maciulla. 
Cf. Maury, Essai sur les légendes pieuses du moyen âge, p. 137, noie 2; j'ai 
rattaché ce motif au carnassier androphage et au dieu tricéphale celtiques, 
Études d'archéologie et d'art, 1914, p. 9. 

5. Dessin de Karl Itschner, de Kùssnacht (Suisse). Die Schweiz, 1914, 
planche, p. 464 (La Fontaine de Jouvence). 

6. (]arlailhac, La France préhistorique ^ 1889, p. 291. 



90 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



par Hérodote, de faire dévorer les morts par les chiens et les 
oiseaux de proie, et Ton connaît en Inde les tours du Silence 
où se continue ce rite '. 

Le soleil qui meurt chaque jour pour renaître au matin, est, 
dans la symbolique infernale de l'Egypte, un dieu entrant par 
la queue du serpent des ténèbres, pour en sortir par la gueule *, 
ou passant à travers une poutrelle ornée à chaque extrémité 
d'une tête de taureau \ C'est encore le monstre mangeur des 




Fig. 1, — Das Grab (dessin d'un artiste munichois contemporain.) 

trépassés, formé de trois animaux, crocodile, lion, hippopo- 
tame *. 

Dans l'Inde védique, c'est au travers de la tête du cheval 
Dadhyana qu'il faut passer pour pénétrer dans l'Enfer \ 



1. Cumont, Mithra. I, p. 7. 

2. Rev. hist. des reliqions, XVIII, 1888, p. 37; Jéquier, Le livre de ce quHl 
y a dans l'Hadès^ p. iS'i. 

3. Rev. hist. des religions, XVIII, 1888, p. 57-8; 1905, 52, p. 25; cf. Nut 
le ciel, en forme de vache, parcourue par la barque du soleil, Délia Seta, Reli- 
gione e arte figurata^ fig. 14, etc. 

4. E. Naville, La religion des anciens Égyptiens^ p. 160. 

5. De Gubernatis, Mythologie zoologique, iraid. Regnaud, 1, 1874 ,'p.355, 362. 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 91 

En Grèce, le dieu des morts est conçu tout d'abord comme un 
chien ou un loup, et Cerbère est le « mangeur de chair crue »* ; 
en Lydie, Candaule est le lion androphage '^ ; en Étrurie, le même 
rôle est dévolu au loup'. M. S. Reinach a étudié le motif du 
carnassier androphage, chien ou loup '\ qui apparaît très fré- 
quemment dans Tart celtique et gallo-romain, et Ta rattaché à 
un ancien motif ionien et lydien. On ne peut que renvoyer à ces 
études', ainsi qu'aux travaux analogues de MM. H. Hubert*, 
Welter ^ Grenier \ A. Reinach", etc. *^, où l'on trouvera 
d'autres détails et 1 indication des monuments où apparaît le 
carnassier androphage. 

Ce motif persiste dans l'art du moyen âge ^^ en particulier 



1. Cf. stèle gréco-phénicienne d'Ascalon : le mort étendu sur un lit, que 
va dévorer l'animal androphage, Reinach, Répert. de reliefs^lly p. 411, 1. 

2. Hev. des et. grecques, 1913, p. 358 sq.; Solmsen, Zeilschrift fur verglei- 
chende Sprachforschung auf dem Gebiete d. indogerman. Sprache, 1912, XLV; 
cf. les travaux cités de S. Reinach. 

3. Ducati, Rendi conti dei Lincei, XIX, 1910, p. 161 sq.; Anziani, Mélanges 
de Rome, XXX; Grenier, Bologne villanovienne, p. 102, note 1 ; Rev. hist. des 
religions^ 1911, 63, p. 120; Rtv. des et. grecques, 1913, p. 359. En étrusque, 
le radical lup, que l'on retrouve dans le nom de Venus Libilina, évoque l'idée 
de mort. 

4. Le chien et le loup infernaux, étant de même nature, se confondent sou- 
vent; cf. S. Reinach, /. c. En Egypte, Anubis, dieu infernal, était à proprement 
parler un dieu-chien; Ouapouaitou était un dieu-loup; or, les Égyptiens les 
représentent tous deux sous la forme du chacal, qui présente avec le chien et 
le loup de grandes affinités. Cf. Sourdille, Hérodote et la religion de l'Egypte, 
p. 97, note 2; p. 394, note 5. 

5. Les carnassiers androphages dans l'art gallo-mmain, in Cultes^ mythes et 
religions, I, p. 279 sq. ; Rev. arch., 1904, IV, p. 138. 

6. Notes d'archéologie et de philologie celtiques, Gweil-gi, VOcéan et le car- 
nassier androphage, in Rev. celtique, XXXIV, 1913, p. 1 sq.; id., Compte- 
rendu du nV* Congrès inlernational d'anthropologie et d'archéologie préhis- 
toriques, Genève, 1914, II, p. 220 sq., Le carnassier androphage et la repésen- 
tation de COcéan chez les Celtes. 

7. Rev, arch , 19ll, I, p. 55 sq. 

8. Bologne villanovienne , p. 375, 383, 385. 

9. Bulletin de correspondance hellénique, 1910, p. 279; Les têtes coupées, 
p. 32, note 1 ; Le Klapperstein, p. 20; Rev. des et. grecques, 1913, p. 358 sq. 

10. Cf. Deotina, Etudes d'archéologie et d'art, Genève, 1914, p. 9. 

11. Cf. S. Heinach, /. c. ; monstre cornu androphage, cathédrale de Nevers, 
Cdbanès, Mœurs intimes du passé, III, p. 24, (ig. ; Maeterlinck, Le genre sati- 
rique dans la peinture flamande^ p. 18-9, Mg. 17-8 (2* éd.), etc. 



92 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

dans la décoration des cathédrales, et trouve son écho jusque 
dans Tœuvre de Dante. 

Mais l'iconographie chrétienne le connaît encore sous 
d'autres aspects, elle qui, se rappelant le mythe de Jonas avalé 
par le monstre marin, figure dans les scènes du Jugement der- 
nier TEnfer comme une gueule immense s'ouvrant pour rece- 
voir les damnés. Sur une fresque de Salamine, les poissons de 
la mer, dauphins, baleines, rejettent au Jugement dernier les 
membres humains qu'ils ont dévorés, têtes ou jambes '. Sur une 
mosaïque de Torcello, qui représente le même sujet, c'est Amphi- 
trite entourée de monstres marins, dont chacun rend par la 
bouche un cadavre, comme le font des lions et d'autres bêtes 
féroces». Déjà l'Apocalypse disait : « La mer rendra les morts 
ensevelis sous les eaux. » L'Office des Morts supplie : « Libéra 
me^ Domine, de are leonh », délivre-moi de cette gueule du lion 
androphage, symbole de l'Enfer et du diable M Ainsi encore, à 
l'abbaye de Saint-Riquier, on voit, aux pieds de la statue du 
saint, des lions et des loups, images du mal *, dévorant de 
jeunes enfants ^ De nombreuses représentations, où un animal 
engloutit un humain, doivent être rattachées, de près ou de 
loin, à l'idée du monde infernal dévorant; tel est sans doute le 
cas pour la guivre de Milan, serpent debout sur sa queue, 
engoulant un enfant, dans laquelle A. Blanchet, par une hypo- 
thèse peu convaincante, veut voir une adaptation des repré- 
sentations antiques d'Ophe]tès^ 

Passant à travers le corps de l'animal androphage, le défunt 
participe à la nature de celui-ci, s'assimile ses vertus, renaît à une 
vie nouvelle. Tel est aussi le sens de ces rites bizarres où l'on pas- 
sait à travers le corps d'un animal coupé en deux, ou à travers 



1. Didron, Uist. de Dieu, p. 361. 

2. Mém. Acad. Inscr., XXVIII, 1874, II, p. 86, noie 1. 

3. Maury, op. l., p. 157. 

4. Loup infernal au moyen-âge, ibid., p. 162. 

5. J6i(i.,p. 164. 

6. Note sur la guivre de Milan^ in Mém. et notes de numismatique , III, 1909, 
p. 367 sq. 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 93 

la peau de la victime divine ', comme on le faisait et comme on 
le fait encore au travers des pierres percées, des arbres, etc., 
rites de passage qui confèrent à ceux qui les subissent une nou- 
velle naissance ^ 






La tête du Silène infernal que tient TEros semble avoir 
dévoré celui-ci et n'en avoir plus laissé que la main, apparais- 
sant encore dans la bouche. Souvent, en effet, le dieu andro- 
phage laisse au corps de sa victime un membre, la tête, qui 
peut vaticiner, les jambes ', ou encore la main seule, comme 
sur le relief de Scy-les-Metz *. Suivant Artémidore, un malade 
avait prié Sérapis de lui secouer la main droite, s'il devait 
guérir; il rêva qu'il se trouvait dans le temple du dieu, et que 
Cerbère vint lui arracher la main; peu après il était mort\ 
En revanche le même auteur raconte qu'un autre individu 
rêva qu'il avait été lié à un poteau dans un cirque, et qu'un 
ours lui avait mangé la main, ce qui fut, on ne sait trop pour- 
quoi, interprété comme un présage favorable '. M. S. Reinach 
a récemment étudié un curieux passage de Glaudien \ où cet 
auteur raconte un prodige survenu près de Milan en 401. 
Honorius avait été assailli par deux loups ; ceux-ci, tués, lais- 
sèrent échapper de leur corps deux mains humaines, dont les 



\. Cf. mon article, La monstruosité de puissance in Eev. des et. grecques^ 
1915 (référ.) ; iôid., 1913, p. 359, note 2 ; passage de l'homme à travers la peau 
de la victime assimilée au dieu, Rev. hist. des religions, 1908, 57, p. 97; des 
enfants à travers la peau du lion, Renei, Les religions de la Gaule avant le 
christianisme, p. 170. Contes populaires, entrer par une oreille d'un animal et 
en sortir par l'autre, Gubernatis, op. /., I, p. 318 sq., etc. 

2. Van Gennep, Rites de passage, 1909 ; id., De quelques rites de passage en 
Savoie, in Rev. hist. des religiom, 1910, 61, p. 37, 183, 323 ; Harrison, Themis, 
p. 19, 21, etc. 

3. Vases peints ioniens, situles italiques, etc. 

A.Rev.arch., 1904, V, p. 139, fig. ; Cultes, mythes, I, p. 189, fig. 11. 

5. Le Blant, Mém. Acad. Inscr., XXXVIII, 1901, II, p. 21. 

6. Ibid., p. 94. 

7. Les loups de Milan, in Rev. arch,, 1914, I, p. 237 sq.; ibid,, 1913, II, 
p. 275; Rev. hist. des rel., 1913, 68, p. 410; Comptes-rendus Acad. Inscr., 
1913. p. 349; Journal des Savants, 1913,. p. 430. 



94 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

doigts étendus paraissaient vivants. J'ai rattaché ailleurs' au 
type du carnassier androphage un épisode de la légende de 
saint Thomas en Inde, qu'illustrent certains vitraux du moyen 
âge : on y voit un chien tenant dans sa gueule une main. La 
légende raconte que le saint, ayant pénétré, sans être prié, dans 
la salle où se donnait un festin nuptial, Téchanson Tinjuria; 
mais une fois que celui-ci fut sorti pour s'acquitter de sa fonc- 
tion, un lion le tua, des chiens le déchirèrent, et l'un d'eux 
apporta sa main dans la salle en la tenant dans sa gueule. Dans 
la légende Scandinave, le dieu de la guerre, Tyr, sacrifie une 
de ses mains au loup infernal Fenrir, et permet ainsi aux autres 
dieux de tuer le fauve; le même détail se retrouve dans la 
légende du dieu celte Nuadu \ 

Pourquoi, dans tous ces cas, où l'animal, chien ou loup, est 
le carnassier infernal, la main seule intervient-elle? Tout 
comme la tête et d'autres organes du corps humain, elle est le 
siège de l'âme, et l'on a pu parler d'une « âme manique » \ Ce 
n'est pas le lieu de rappeler ici le grand rôle de la main isolée 
et ses nombreux emplois dans les mythologies et les croyances *. 
Ne symbolise-t-elle pas la divinité qui protège et guérit, et 
n'est-ce pas sous sa forme encore qu'on représentait Dieu dans 
l'iconographie chrétienne primitive, avant qu'il n'eût revêtu 
l'aspect entièrement humain^? En Suède ^ la main de l'esprit 



1. L'erreur et Villusion^ sources de nouveaux thèmes artistiques^ 1913, 
p. 68-9. 

2. Hubert, Rev. celtique, 1913, p. 6; Sep^erstedt, ISordiska Vapengudar 
dans Skrifter tillàgnade Pehr Eklund, 1911; cf. Rev. hist. des religions, 1913, 
68, p. 84; Krohn, La main droite de Tyr, in Mélanges offerts à Feilberg, 1911 ; 
cf. Rev. hist. des religions, 1913, 67, p. 384. 

3. Rev. d'ethnographie et de sociologie^ 1913, p. 217; Dussaud, Introduction 
à rhtstoire des religions, p. 41 

4. Nombreux détails dans Weinreich, Antike Heilungsvmnder; Goblet 
d'Alviella, Migration des symboles, p. 33, la main de Dieu ; Siltl, Die Gebdrden 
der Griechen und Rnmer, p. 324 sq. 

5. Dieu du Yucatan, représenté ordinairement sous la forme d'une main 
rouge. Réville, Les religions du Mexique, de l'Amérique centrale et du Pérou, 
p. 228. 

6. Gollin de Plancy, Dict, infernal (6" éd.), 1863, p. 504, s. v. Ondins, 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 95 

des eaux est la seule partie visible de son corps, et, bien 
avant les matérialisations des spirites, nombreuses sont les 
légendes de mains apparaissant seules •. 

La main funèbre joue un grand rôle dans les croyances et les 
superstitions de tous les pays, de l'antiquité comme de nos 
jours; elle guérit, donne la richesse, protège du mal; en un 
mot, c'est un amulette puissant. La main desséchée des morts 
est portée comme talisman par divers peuples demi-civilisés'; 
chez les Todas de l'Inde, faisant passer les animaux du trou- 
peau devant le défunt, on lève sur chaque bête le bras raidi et 
on lui fait toucher le front de l'animal'. Pline raconte que la 
main du mort, tout comme celle du dieu, guérit*. Dans les 
superstitions modernes, son imposition efface les taches de 
naissance ^ ; la main ou le bras d'un fœtus humain donne à celui 
qui les porte l'invisibilité et lui permet de découvrir des tré- 
sors % et la main du pendu, tenant une chandelle de composi- 
tion spéciale, immobilise les gens \ La « main de gloire » que 
faisait trouver le démon Nabérus enrichit magiquement son 
possesseur \ Faut-il encore rappeler les légendes où la main du 
mort saisit et pince son adversaire ^ et le curieux conte où 
Maupassant s'en est inspiré? 

1. Sébillot, Légendes et curiosités des métiers^ Tailleurs^ p. 27; Lavandières, 
p. 3. 

2. Australie : Mathews, Beitrdge zur Ethnographie der Australierj in Mitt. 
d. Anthropol. Gesell. in Wien, XXXVII, 1907, p. 18; L'Anthropologie, 1897, 
p. 118 ; 1907, p. 691 ; Goblet d'Alviella, Migrationdes symboles^ p. 35, note 2. 

3. E. Reclus, Les primitifs, p. 254. 

4. Hist. iVa«., XXVIII, 11. 

5. Cabanes, Remèdes d'autrefois, p. 48. 

6. Ihid., p. 48.9. 

7. Collin de Plancy, op. /., p. 435. 

8. Ibid,, p. 486. Cyrano de Bergerac met en scène un magicien qui énumère 
ses titres : « Je fais trouver la main de gloire aux misérables que je veux enri- 
chir. »Cf. Masson, La sorcellerie et la science des poisons au XVIT* siècle^ 1904, 
p. 53. Sous F'rarçois P', un boulanger possédait, disait-on, une main de gloire 
à laquelle il devait de s'être enrichi (Sébillot, Légendes et curiosités des métiers, 
p. 12). La main de gloire, le plus souvent une main humaine desséchée, est 
parfois aussi une racine de mandragore (Dulaure, Des divinités génératrices^ 
1805, p. 226, note). 

9. Mélusine, VIII, p. 57. 



96 HEVUE ARCHÉOLOGIQUE 






Le masque du Silène infernal cache le corps deTÉros et n'en 
laisse paraître que les jambes. Ses petits compagnons, qui le 
contemplent, croient avoir devant les yeux une tête énorme 
montée sur deux jambes et sans corps. Une telle monstruosité 
rappelle les figurines du type dit « Baubo », dont on a étudié 
ailleurs le sens, et que Ton a rattaché pour divers détails au 
symbolisme infernal'. 

On comprend maintenant l'émoi des Éros devant cette funè- 
bre évocation. Leurs gestes sont significatifs. Sur la peinture 
d'Herculanum, qui semble ne donner qu'un sens décoratif à ce 
motif, l'un d'eux tombe à la renverse; mais sur les sarcophages 
oii il a toute sa valeur symbolique, les attitudes, plus sobres, 
ont une valeur rituelle. En général, le premier Éros lève la 
main ouverte, geste connu de prophylaxie et d'imploration de 
la protection divine, que font entre autres les figurines dites 
de Baubo, et certaines figurines apotropaïques où les membres 
sont inversés les uns par rapport aux autres'. L'Éros, qui voit 
s'avancer vers lui le monstre androphage, lève contre lui la 
main, et semble dire, comme le défunt d'une de ces nom- 
breuses stèles funéraires où sont sculptées des mains levées ^ : 
Manus levo contra deum qui tne innocentem sustidii *. 

Si le second Éros du sarcophage de Garthage recule effrayé, 
celui du sarcophage de Genève, les mains jointes sur la poi- 
trine, dans une attitude tranquille, semble résigné et soumis \ 

1. Rev,hist. des religions, 1914, LXIX, p. 193 sq. et suiv. {Baubo). 

2. Ibid., et Une erreur de dessin sur une coupe antique du Musée de Genève^ 
in Revue des études grecques, 1914, p. 59. sq.. 

3. SittI, Bie Gebàrden der Griechen und Rômer, p. 306 sq. ; Gazette arch., 
1876, p. 119 sq.; Ath. Mitt., XIX, p. 318 (Noack); Rev. arch., 1901, I, 
p. 168 (Gonstantinople) ; Bulletin de correspondance hellénique, 1912, p. 277- 
8^ 351-2; Rev. hist. des religions, 1910, 61, p. 130 (référ.) ; Comptes rendus 
Acad. Inscr.y 1913, p. 696 (Salonique) ; Mélusine, VIII, p. 57 sq. 

4. Gruter, Inscr., 820, 1 ; Orelli, 4793 ; SittI, /. c. 

5. Les bras croisés sur la poitrine ou le venire, en particulier dans les figu- 
rines d'acteurs comiques, expriment la réflexion, l'embarras, la tristesse et 
l'ennui (Pottier et Heinach, Nécropole de Myrina, p. 476, référ.). 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 97 

Ces deux gestes apparaissent unis sur d'autres monuments. Sur 
un sarcophage de Rome, Deucalion (?) lève la main droite 
ouverte, et Pyrrha (?), à ses côtés, croise les mains sur son 
ventre*. Le relief du Capitole, représentant une scène d'initia- 
tion, est plus caractéristique encore' : un jeune satyre lève la 
main droite ouverte; deux autres satyres se tiennent debout 
derrière lui, dans une attitude respectueuse, pieds joints » et 
bras croisés sur le ventre, comme TÉros du relief de Genève ; 
autour, on voit un hermès de Priape, le thyrse et la ciste mys- 
tique; et au-dessus, une jeune femme assise, une Muse (?), 
regarde un masque barbu qu'elle tient sur ses genoux, motif 
dont nous avons cherché plus haut à préciser le sens. On 
retrouve donc dans ce relief les attitudes, les gestes et la con- 
templation du masque, éléments du sujet que nous étudions. 

En résumé, les Éros qui jouent avec le masque de Silène ont 
dans la symbolique des sarcophages un sens profond, en 
intime relation avec les autres motifs dionysiaques parmi les- 
quels ils apparaissent. Le masque est celui du Silène infernal, 
que Tart romain a peut-être reçu de la Grèce par l'intermé- 
diaire de rÉtrurie; il semble avoir dévoré TÉros qui s'amuse à 
le porter, et n'avoir laissé de lui que la main, tenant parfois le 
serpent chthonien \ Devant le monstre sans corps, à tête énorme 
sur jambes, d'autres Éros regardent avec effroi et soumission 
cette évocation de l'au-delà. 

(A suivre.) W. Deonna. 

1. S. Reinach, Répert. de reliefs^ III, p. 199, 2. 

2. Ibii., III, p. 207, 2. 

3. Deonna, L'archéologie, If, p. 214. 

4. Sarcophage Maltei. 



V» SÉRIE, t. lil. 



LES COLLECTIONS D'OBJETS D'ART 

DU MOYEN-AGE ET DE LA RENAISSANCE 



Quel que soit le prix que nous attachions aujourd'hui à une 
châsse en émail de Limoges ou à une salière en faience Henri II, 
il ne faudrait pas croire que les œuvres de cette nature aient 
toujours connu pareille faveur. Les variations du goût en 
matière de collections ont été infinies et les grands amateurs 
de la Renaissance (ou même du règne de Louis XV) seraient 
extrêmement surpris de voir où vont aujourd'hui nos préfé- 
rences. Sans qu'on puisse ériger cette observation en axiome, 
il semble que, d'une façon générale, la faveur des curieux se soit 
en tout temps partagée entre deux catégories d'œuvres bien dis- 
tinctes : celles que mettait en valeur leur éloignement, soit 
dans le temps, soit dans l'espace, œuvres antiques ou œu,vres 
exotiques, et, d'autre part, les œuvres tout à fait contempo- 
raines, dont la valeur dépendait en grande partie de la faveur 
accordée par le public à tel ou tel artiste vivant. Ce qu'on a 
toujours sacrifié, ce sont les œuvres des générations de la 
veille : la mode nous fait haïr violemment ce que nous venons 
de quitter et si nous mettons un tel empressement à brûler ce 
que nous avons adoré, c'est que nous en sommes assez près 
pour risquer de l'adorer encore. C'est la mode qui nous dicte 
nos amours comme nos haines; les œuvres de l'époque de nos 
grand'-mères sont assez voisines de nous pour tomber encore 
sous la juridiction de cette mode : de quel droit, au nom de la 
mode d'aujourd'hui, irions-nous juger une sculpture égyp- 
tienne? 

Le Moyen-Age ne connut pas de collections d'objets d'art. 
L'idée même de la collection ne paraît pas avoir beaucoup 



LES COLLECTIONS d'oBJETS d'ART DU MOYEN-AGE 99 

tourmenté ceux là mêmes à qui leur fortune et leur rang 
eussent rendu facile ce délassement. Pourtant, de deux côtés, 
nous voyons poindre le désir de réunir des objets précieux, 
presque toujours au reste des objets de l'art contemporain : je 
veux parler des trésors des princes et des trésors des églises. 
Si les premiers, par le hasard des successions, échappaient dif- 
ficilement à la dispersion et au pillage, les seconds, grâce au 
respect qui protégeait les sanctuaires, furent assurés d'une cer- 
taine perpétuité; ils devinrent de véritables musées et, à 
mesure que les œuvres qu'ils renfermaient vieillissaient, ils 
propagèrent le goût des objets anciens. 

Vint la Renaissance et, avec elle, la passion des antiques. 
En Italie surtout, il n'y eut seigneur ni évêque qui ne se crut 
tenu de former un musée : rien de plus instructif, à cet égard, 
que la lecture, pour Rome, du commentaire de M. Salomon 
Reinach sur l'Album de Pierre Jacques ou, pour Venise, de 
l'Anonyme de Morelli, avec les éclaircissements de M. Frizzoni. 
Ce dernier ouvrage, surtout, nous permet de saisir sur le vif ce 
qui constitue l'essence de toute collection : l'union de l'antique, 
recherché pour son ancienneté, et du moderne recherché pour 
sa beauté artistique, l'époque intermédiaire, les âges encore 
proches étant sacrifiés par déférence pour les caprices de la 
mode. 

Il y eut donc au seizième siècle des collections d'objets de la 
Renaissance réunis par des admirateurs des artistes de cette 
époque, commandés directement à ces artistes. C'est à titre 
d'œuvres contemporaines et non comme objets de curiosité 
que l'on achetait des coupes de Cellini et des émaux de Léonard 
Limosin. La preuve en est qu'au siècle suivant personne ne 
continua à les recueillir. S'ils figurent encore dans les inven- 
taires de certains cabinets — voir notamment les inventaires 
des objets précieux de Louis XIV publiés par M. Guifîrey — 
c'est, neuf fois sur dix, en raison du prix de la matière, or 
émailléou cristal de roche. Pendant tout le dix-septième siècle, 
nous ne voyons pas que les œuvres du seizième (en dehors 



100 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

bien entendu des tableaux et des dessins) aient été recherchées 
comme objets de collection. 

Cela n'est pas moins vrai du dix-huitième siècle. Aucun des 
grands amateurs de cette époque, ni les Mariette, ni Quentin 
de Lorangère, ni Gaignat, ni La Vallière, ni le prince de Conti, 
ni le duc de Ghoiseul, ni le duc d'Aumont, ni même Caylus ou 
M"^« de Pompadour ne donnèrent place dans leurs cabinets 
à des objets d'art du Moyen-Age ou de la Renaissance. Ils ne 
fermèrent pas leur porte aux antiques, mais ils réservèrent 
leurs tendresses aux œuvres exotiques, aux porcelaines de 
Chine surtout et — qui l'eût cru? — aux coquillages flamboyants 
des mers du Sud. 

On peut parcourir, plume en main, les deux mille catalogues 
de vente publiés entre 1730 et 1800 et dont feu G. Duplessis a 
dressé la liste', sans y trouver plus que quelques mentions 
éparses d'objets médiévaux isolés. Les bibliophiles accumu- 
laient déjà les incunables et les gothiques français, sans consen- 
tir à recueillir les bibelots des quinzième et seizième siècles. 

Une seule exception est venue à notre connaissance et c'est 
précisément d'un bibliophile qu'il s'agit : en 1780, à la vente 
d'un sieur Picard, figurèrent, à côté de livres en caractères 
gothiques et de manuscrits sur vélin, quelques objets go- 
thiques, peu nombreux encore, mais dont la réunion, comme 
on peut s'en convaincre par la lecture du catalogue, atteste un 
goût très marqué pour ce genre de curiosités. 

Il faut d'ailleurs ajouter que les érudits du xviii^ siècle, au 
cours de leurs nombreuses recherches sur le moyen-âge français, 
avaient jeté dans l'âme des amateurs des semences fécondes. 
Gomment ne pas collectionner les objets gothiques quand on 
a feuilleté les portefeuilles de Gaignières '^ ou les cinq volumes 
des Monuments de la monarchie française d'un Montfaucon? 

1. Où les trouver? M. Jacques Doucet lui-même, en vingt ans, à coup de 
billets de banque, en a réuni à grand peine le tiers. 

2. Nous connaissons fort mal les collections d'œuvres d'art de Gaignières. 
Si on en retrouvait des inventaires, on constaterait peut-être chez lui l'âme d'un 
précurseur. 



LES COLLECTIONS d'obJETS d'aRT DU MOYEN-AGE 101 

Quant aux œuvres d'art de la Renaissance, le premier ama- 
teur qui semble les avoir appréciées, à titre d'objets de collec- 
tion, fut un Anglais, Sir Andrew Fountaine, qui séjourna à 
Paris vers l'époque de la mort de Louis XIV et qui y forma une 
collection très intéressante. Avec une sûreté de coup d'œil 
presque inexplicable à cette date, il sut acquérir, peut-être seul 
au monde à les rechercher, les plus belles faïences italiennes, 
les plus beaux Palissy, les plus beaux émaux de Limoges que 
l'on puisse imaginer, sans parler de trois merveilleux spéci- 
mens de la terre de Saint-Porchaire. Tout cela demeura enfoui 
pendant cent trente ans au château de Narford, dans le Nor- 
folk, jusqu'à ce que son homonyme, Andrew Fountaine, vers 
1850, vint remettre ces trésors au jour et rendre hommage à la 
perspicacité de son ancêtre. 

On jugera du mérite de ce cabinet en se rappelant seule- 
ment le chandelier Henri II du Musée Dutuit et le plat en émail 
du Festin des Dieux, par Léonard Limosin, dans le cabinet 
Edouard de Rothschild. 

Pendant tout le dix-huitième siècle, les amateurs anglais, 
au reste, se montrèrent bien plus éclectiques que leurs con- 
frères du Continent. Les érudits des provinces britanniques 
recherchèrent les épaves du mobilier des établissements ecclé- 
siastiques supprimés au seizième siècle * et les décrivirent dans 
leurs publications. Les jeunes seigneurs qui se livraient aux 
douceurs du « Grand Tour » ne dédaignaient pas, d'autre part, 
de recueillir quelques bronzes, faïences et émaux de la Renais- 
sance. On est, il est vrai, fort mal renseigné à cet égard et l'on 
sait mal à quelle époque remontent les premières acquisitions 
de ce genre, faites par de grands amateurs comme Lord Spen- 
cer ou Lord Warwick. Ce qui est certain, c'est que, vers 1780, 
Horace Walpole avait admis dans ses collections de Strawberry 
Hill un bon nombre d'objets de la Renaissance, énumérés 
dans le catalogue de sa vente, qui eut lieu en 1842. 

1. Kn France et en Allemagne, les églises et couvents conservèrent intacts 
leurs trésors jusqu'à la Révolution. 



J02 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

On sait que la mode, dans le monde de la Curiosité, est en 
grande partie réglée par l'abondance de la matière collection- 
nahle. En France et en Allemagne, jusqu'aux premières années 
du xrx« siècle, à part de rares œuvres préservées dans des 
demeures seigneuriales, presque tous les objets mobiliers que 
nous avait laissés le Moyen-Age devaient leur conservation à 
leur présence dans les sacristies et les cloîtres. Pendant 
trois siècles, ils y étaient demeurés ensevelis sous la poussière, 
heureusement oubliés des innovateurs dont le zèle artistique les 
aurait joyeusement sacrifiés. La Révolution les fît entrer en 
masse, non dans les salons des grands amateurs qui les igno- 
rèrent longtemps encore, mais dans la boutique des revendeurs, 
dans les maisons des campagnards et, hypothèse la plus favo- 
rable de toutes, dans les cabinets obscurs de quelques curieux 
de province dont l'éclectisme prenait pour excuse — il en fal- 
lait une pour recueillir un « champlevé » — la modestie de leurs 
ressources. 

D'un presbytère rural jusqu'aux musées nationaux, la route 
fut longue. Même un Alexandre Le Noir, avec des intuitions de 
génie, fit aux objets mobiliers une place bien moins considé- 
rable qu'à la sculpture architecturale dans son Musée des Monu- 
ments français. Et quand Le Noir disparut, ce musée même ne 
lui survécut guère : c'est un vrai bonheur que tant d'épaves de 
cette collection subsistent encore dans nos Musées nationaux. 

La Restauration, avec sa réaction violente contre le classi- 
cisme napoléonien, avec le goût assez aveugle des romantiques 
pour l'âge de la chevalerie, devait tout naturellement s'intéres- 
ser aux arts du Moyen-Age. Charles X, qui eut le bon esprit 
d'enrichir le Louvre de collections égyptologiques hors ligne, 
fut non moins heureusement inspiré quand, en 1827, il fît l'acqui- 
sition de la collection Révoil. 

Le Moyen-Age français, la Renaissance française reçurent 
ainsi une consécration artistique définitive, s'étendant cette fois 
à des œuvres trop longtemps méprisées, comme les faïences et 
les émaux. 



LES COLLECTIONS d'oBJETS d'ART DU MOYEN AGE 103 

A cette époque, il n'était pas besoin d'être millionnaire pour 
former un cabinet précieux. Rien n'est plus instructif à cet 
égard que la lecture de quelques catalogues de vente de l'époque 
qui s'étend de 1810 à 1840. Un bel émail de Limoges valait de 
dix à vingt francs. Parmi les cabinets formés alors, il faut 
noter, outre celui du peintre Revoit, constitué surtout dans la 
vallée du Rhône, celui d'un Rouennais, le baron de Monville, 
utilisé pour les publications de Willemin, celui de Brunet- 
Denon, vendu en 1846, celui de Préaux, dispersé en 1849, ceux 
surtout de Du Sommerard et de Debruge-Duménil. 

La collection Du Sommerard, acquise en 1843 par TÉtat au 
prix de 600.000 francs, a formé le splendide noyau du Musée de 
Gluny. Elle était extraordinairement précieuse, non seulement 
à cause de la valeur individuelle des objets qui la composaient, 
mais aussi à cause même de leur nombre et de l'abondance 
d'objets volumineux qui effrayaient par leurs dimensions le col- 
lectionneur ordinaire. 

Non moins remarquable était le cabinet de Debruge-Duménil, 
formé par un amateur très éclairé et très soucieux de constituer 
des séries. Son gendre Labarte trouvait toute préparée dans les 
vitrines de son beau-père son Histoire des arts industriels au 
Moyen-Age ; les objets les plus précieux, bijoux, émaux, faïences 
s'y pressaient en si grand nombre qu'il fallut plusieurs ventes 
considérables rien que pour disperser les doubles de la collec- 
tion. Une vente ultime, en 1850, acheva le démembrement de 
ce merveilleux ensemble dont la partie la plus précieuse 
demeura encore quelque temps réunie, le prince Soltykofï ayant 
acquis en bloc, pour 200.000 francs, le contenu des deux der- 
nières vacations. 

L'art italien de la Renaissance était encore peu connu en 
France ; pourtant la vente des cabinets de Vivant Denon (1826) 
et du baron Roger (1841) permirent à nos collectionneurs d'en 
goûter les charmes. Un seul collectionneur français, le comte 
de Pourtalès-Gorgier, paraît vraiment l'avoir apprécié, comme 
on put le constater à sa vente, en 1865. Mais ce ne furent plus 



104 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

les prix du règne de Louis-Philippe : entre temps, les million- 
naires s'étaient mis de la partie. 

C'est, en effet, au milieu du xix® siècle que le nom des Roths- 
child fait son apparition dans les annales de la curiosité. On 
écrirait un volume entier sur les trésors d'art réunis par les 
membres de cette famille, trésors d'autant moins connus des 
historiens de l'art que leurs possesseurs, méprisant toute osten- 
tation de richesses, se sont en général peu souciés de les faire 
connaître par des publications. 

On aime à se figurer les Rothschild du xviii^ siècle sous les 
traits de ces banquiers que nous dépeignent les Flamands de la 
Renaissance, alignant sur leurs tables, à côté des écus et des 
florins, des sébiles de pierres précieuses et des coupes en or 
émaillé. De tout temps, les princes en mal d'argent ont mis en 
gage leur orfèvrerie : tous ne la dégageaient pas et une légende 
piquante représente un Rothschild de jadis vendant au plus 
offrant ces mêmes hanaps que ses descendants devaient payer 
si cher. Il était inévitable que cette connaissance purement pro- 
fessionnelle des objets en métal précieux se changeât peu à peu 
en une appréciation éclairée de leur mérite artistique. Il n'en 
subsista pas moins un goût extrêmement vif pour toutes les 
œuvres où le prix de la matière venait s'ajouter à l'habileté de 
l'artiste. C'est chez les Rothschild que l'on trouve depuis long- 
temps réunis les plus beaux bijoux de la Renaissance, les plus 
magnifiques cristaux de roche italiens, les plus somptueux 
exemples de l'orfèvrerie allemande. 

C'est vers 1820 que l'on trouve les premiers renseignements 
sur les collections Rothschild : dès cette époque, la Laitière de 
Greuze, léguée en 1899 au Louvre par la baronne Nathaniel, 
appartenait à un membre parisien de la famille et, deux ou 
trois ans plus tard, un Rothschild de Francfort achetait en bloc 
la collection de médailles d'or romaines connue sous le nom 
de cabinet Schellersheim. 

Les Rothschild anglais semblent avoir donné l'exemple à 
leurs cousins de Paris. En 1842 à la vente Walpole, en 1849 à 



LES COLLECTIONS d'oHJETS d'aRT DU MOYEN AGE 105 

la vente Préaux, nous voyons apparaître parmi les acheteurs 
Lionel de Rothschild (père de Lord Rothschild, récemment 
décédé à Londres) et Anthony (plus tard Sir Anthony) de Roths- 
child, dont les collections sont aujourd'hui dispersées*. Peu 
après, de 1860 à 1880, Mayer de Rothschild réunit à Mentmore de 
grandes collections, aujourd'hui chez son gendre Lord Rosebery. 
Quant à Ferdinand de Rothschild (héritier du cabinet d'Anselme 
de Rothschild, de Vienne), sa précieuse réunion d'objets de la 
Renaissance est depuis 1896 au Rritish Muséum (Waddesdon 
bequest), sa sœur, la baronne Alice, ayant conservé, avec le 
château de Waddesdon, les œuvres du xviii' siècle et l'impor- 
tante bibliothèque. 

En France, le premier grand amateur de la famille fut le 
baron James, mort en 1868 et père des barons Alphonse, Gus- 
tave, Edmond et Salomon. Le baron James eut rarement le loisir 
de « bibeloter » : il recueillit pourtant quelques beaux bijoux de 
la Renaissance, en 1850, à la vente Debruge-Duménil. Ses col- 
lections furent en partie divisées à sa mort; la portion conser- 
vée par sa veuve ne fut partagée qu'en 1886, après le décès de 
cette dernière. 

Chacun des quatre fils collectionna pour son compte : le baron 
Salomon, mort jeune en 1864 et dont la veuve a conservé 
intact à Paris le cabinet, avait un goût marqué pour l'art alle- 
mand de la Renaissance. Le baron Edmond, le seul qui soit 
encore du monde des vivants, n'a recueilli de Fart de la Renais- 
sance que quelques exemples isolés, d'ailleurs hors pair, consa- 
crant tous ses loisirs à l'art antique et plus encore à l'art du 
dix-huitième siècle français. Le cabinet du baron Gustave (mort 
en 1911) était, au contraire, d'une extraordinaire richesse, tant 
en bronzes italiens et en majoliques, qu'en émaux limousins et 
en faïences françaises. Cet ensemble extrêmement considérable 
est par malheur aujourd'hui dispersé et, si le fils du défunt, le 

1. Un certain nombre des objets les plus précieux sont entrés par héritage chez 
MM. Alfred et Léopold de Rothschild, de Londres ; le reste, après la mort de 
Lady Anthony, il y a deux ou trois aas, fui vendu à des marchands» 



106 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

baron Robert, a tenu à en conserver les pièces capitales, il fau- 
dra désormais chercher les autres à Bruxelles chez la baronne 
Lambert, à Londres chez Sir Philip Sassoon à Paris, enfin, chez 
les enfants du baron Emmanuel Leonino. 

De l'avis unanime, le cabinet le plus précieux de tous était 
celui du baron Alphonse (mort en 1905). Doué d'un coup d'œil 
extrêmement sûr et d'un goût très raffiné, il ne voulut acheter 
que des chefs-d'œuvre et ne recula devant aucun sacrifice pour 
les acquérir. Pendant quarante ans, il ne laissa passer aucune 
occasion d'enrichir ses vitrines, si bien que les collections qu'il 
a léguées à son fils, le baron Edouard, peuvent compter parmi 
les plus prodigieuses qu'un amateur ait jamais possédées : 
seule la Wallace Collection pourrait nous en présenter le pen- 
dant. Six albums magnifiques, dont la Bibliothèque de l'Institut 
possède un exemplaire, reproduisent un choix de ses émaux de 
Limoges, de ses faïences françaises et de ses hanaps allemands. 

Des deux Rothschild de Francfort, un seul eut vraiment Fâme 
d'un collectionneur. Les œuvres réunies par le baron Guillaume 
(le baron Willy, comme on l'appelle d'ordinaire) sont encore à 
Francfort chez sa veuve. Elles sont bien moins considérables 
par le nombre que celles accumulées pendant un demi-siècle 
par le baron Charles, mort à Francfort en 1886 et qui posséda 
à lui tout seul autant d'orfèvrerie allemande de la Renais- 
sance qu'aucun musée du monde Les collections du baron 
Charles furent partagées également entre ses cinq filles : 
Lady Rothschild (de Londres), la baronne Salomon (de Paris), 
la baronne James (de Paris), la duchesse de Grammont et la 
duchesse de Wagram. Ces deux dernières parts sont en partie 
dispersées aujourd'hui, Porfèvrerie échue en héritage à la 
duchesse de Wagram, ainsi que les bijoux de la Renaissance, 
ayant été l'objet, il y a quatre ans, de deux ventes publiques 
à Paris. 

La baronne James de Rothschild, veuve du célèbre biblio- 
phile, a autorisé M. Jones à publier un somptueux catalogue 
des collections qu'elle possède. Ses enfants, le baron Henri de 



LES COLLECTIONS d'OBJETS d'aRT DU MOYEN ACE 107 

Rothschild et la baronne David Léonino, se sont partagé les 
collections de leur grand'mère paternelle, la baronne Nathaniel 
de Rothschild, qui légua en 1899 au Louvre ses tableaux italiens. 
Un fils de la baronne Nathaniel, le baron Arthur de Rothschild, 
a laissé au Louvre en 1904 une partie de ses tableaux et le reste 
à son neveu le baron Henri. Celui-ci, à son Abbaye des Vaux- 
de Cernay, a su former récemment une jolie réunion d'objets 
d'art du Moyen-Age, la seule qu'ait constituée un membre de 
sa famille. 

Il n'y a plus de Rothschild à Naples : le baron Adolphe, der- 
nier représentant de cette branche, a légué vers 1900 ses objets 
d'art religieux au Louvre et tout le reste de ses trésors à sa 
veuve; celle-ci, par son testament, les a transmis (1907) au 
baron Maurice, fils cadet du baron Edmond. Cette collection, 
formée à Paris de 1870 à 1890, surtout avec l'aide de Spitzer et 
d'Escosura, est une des plus riches qui existent pour les cristaux 
de roche et les bijoux de la Renaissance; elle n'est pas moins 
heureusement fournie pour les autres branches de la curiosité. 

Je manque de détails précis sur les cabinets des Rothschild 
de Vienne; je sais seulement que les importantes collections du 
baron Albert et du baron Nathaniel appartiennent aujourd'hui 
en majeure partie aux barons Eugène et Alphonse, l'un et l'autre 
amateurs enthousiastes. 

Les Rothschild n'eurent pas de rivaux, mais ils eurent des 
imitateurs. C'est à Paris que nous trouvons les plus brillants, et 
tout d'abord le baron Achille Seillière qui, lors de la vente en 
1861 du cabinet du prince Soltykofï, acheta sous main, avant 
les enchères, toute la collection, s'assurant ainsi, lors de la mise 
sur table, la possession incontestable des pièces auxquelles il 
tenait le plus. Seillière mourut vers 1873 et ses trois enfants, la 
princesse de Sagan et les barons Franck-Florentin et Raymond 
Seillière, dispersèrent petit à petit les collections du château de 
Mello, soit à l'amiable, soit en des ventes successives (1890 et 
1910). 

C'est également vers 1860 que prirent naissance les cabinets 



108 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

non moins importants et analogues comme caractère du Russe 
Basilewski, acheté vers 1885 par l'Ermitage de Pétrograd, des 
frères Dutuit, légué en 1902 à la ville de Paris, de la comtesse 
Iza Dzialynska*, légué par son fils, vers 1913, au prince Gzarto- 
ryski Dans toutes ces collections, Tart français du Moyen-Age 
et surtout de la Renaissance forme le fonds le plus important 
des grandes séries. 

A côté de ces Mécènes fortunés qui ne redoutaient pas le feu 
des grandes enchères et qui estimaient souvent le plus les pièces 
qui leur coûtaient le plus cher, il faut placer la longue série des 
amateurs aux ressources plus modestes qui connurent la joie 
suprême de la trouvaille et pour qui chaque chef-d'œuvre acheté 
représentait une longue patience et une véritable conquête Le 
protagoniste de ces collectionneurs fut Sauvageot qui, ayant 
pour tout revenu un traitement de trois mille francs, donna en 
1856 au Louvre d'incomparables trésors. Citons parmi ses imi- 
tateurs le Lyonnais Chalandon (dont le fils conserve intactes les 
vitrines) ; un autre Lyonnais, Carrand, qui légua les siennes en 
1889 au Bargello; Ducatel, dont le cabinet fut vendu en 1890, 
toute la série enfin des amateurs d'émaux de Limoges, comme 
Germeau, comme Texier, comme le D'^ Michelot, de Provins, 
comme Lafaulotte, comme Cottreau, comme Odiot (vente en 
1889) ou, plus loin de nous, Didier Petit, de Lyon (1843), Sou- 
lages, dont le cabinet fut acquis en 1856 par le musée naissant 
de Kensington, ou encore l'érudit Victor Gay dont le Louvre, 
en 1909, sut écrémer Pintéressant héritage. 

Entre temps, les amateurs français avaient découvert l'art 
italien. Laissant aux millionnaires les majoliques où la beauté 
technique dissimule mal la paurreté de l'invention artistique, 
quelques collectionneurs d'un goût très fin surent comprendre 
tout ce que les arts plastiques de la Renaissance italienne pré- 
sentaient de délicat et de spontané. Les bouleversements poli- 
tiques de l'Italie, de 1850 à 1870, facilitèrent l'exode d'innom- 

1. D'abord à l'Hôtel Lambert, plus tard au château de Goluchow, près de 
Poser). 



LES COLLECTIONS d'oBJETS d'aRT DU MOYENAGE 109 

brables œuvres d'art, sculptures, terres-cuites, bronzes, médailles 
et plaquettes. Tout cela venait à Paris et les habiles n'avaient 
qu'à faire leur choix. 

A leur tête se plaça Eugène Piot, amateur-marchand, lui- 
même savant distingué et qui rapporta d'Italie plus d'un chef- 
d'œuvre. A sa vente, en 1864, le peintre Timbal enrichit de plus 
d'une pièce capitale l'incomparable collection d'art italien qu'il 
céda en 1870 à cet excellent homme qu'était Gustave Dreyfus, 
dont le monde des arts déplore la disparition récente (1914). 
Gustave Dreyfus, en quarante ans, avait singulièrement aug- 
menté ce précieux noyau : pour les médailles et les plaquettes ita- 
liennes, son cabinet était peut-être le premier du monde. A côté 
de Piot, à côté de Timbal (dont la deuxième collection est entrée 
au Louvre), il faut citer le délicat amateur qu'était His de La Salle 
(vente à Londres en 1881) et son savant rival le baron Charles 
Davillier, collectionneur d'un goût raffiné, dont le cabinet, légué 
au Louvre en 1883, nous a enrichis de véritables merveilles. 

A cette école, prirent leur essor deux collections qui perpé- 
tueront en France le nom de celles qui nous les ont données : le 
Musée Jacquemart-André, dont il est à peine utile de rappeler 
aux Parisiens la prodigieuse richesse, et l'ensemble exquis 
dont la marquise Arconati-Visconti a promis récemment d'en- 
richir un jour le Louvre. Par bonheur, cette digne patronne des 
lettres et des arts vit encore au milieu de nous. De même, un 
vétéran de la curiosité, M. Edmond Foule, dont la collection de 
bronzes italiens fait le désespoir de tous ses rivaux'. 

De 1870 à 1890, un antiquaire viennois, Frédéric Spitzer, 
grand fournisseur des Rothschild, trop habile, disaient les mau- 
vaises langues, à restaurer les objets détériorés, forma à Paris 
un véritable musée de la haute curiosité, dont la dispersion aux 
enchères, en 1893, produisit neuf millions. 

Cette vente eut pour directeur occulte un savant du plus 
rare mérite, dont les défaillances mêmes mériteraient d'être 
narrées en détail. Emile Molinier fut l'un des premiers à exa- 

1. [M. Foule est mort le 28 janvier 1916, à l'âge de 88 ans. — Héd,] 



HO REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

miner scientifiquement des bibelots que les salons des riches 
dérobaient trop souvent à Tétude des universitaires. Il appli- 
quait à l'archéologie de la Renaissance les belles méthodes de 
la philologie et de l'archéologie classiques. Sa compétence et 
sa complaisance étaient également universelles ; toute une géné- 
ration de collectionneurs et de marchands lui doit une impul- 
sion féconde et ce mercantilisme qu'on lui a tant reproché ne 
paraît jamais lui avoir fait perdre de vue ses grands devoirs de 
probité scientifique. Le triomphe de Molinier fut l'exposition 
rétrospective de l'art français en 1900, au Petit-Palais des 
Champs-Elysées. On put juger combien avait été heureuse son 
influence sur le monde des collectionneurs français. 

Au premier rang des collections nouvelles dont la vente 
Spitzer marque en quelque sorte l'origine, il faut placer celle 
de M. Martin Le Roy. C'est peut-être celle où l'art du Moyen- 
Age a reçu la place la plus libérale. Que l'on feuillette seule- 
ment le beau catalogue, dû en majeure partie à l'érudition de 
son gendre M. Marquet de Vasselot, en n'oubliant pas que 
M. Martin Le Roy a préparé pour la Galerie d'Apollon une 
vitrine de chefs-d'œuvre. 

A côté, prendront tout naturellement place le précieux cabi- 
net, presque inconnu encore, de M. Henri Heugel; celui, plus 
modeste peut être, mais infiniment séduisant, de M. Rémi Gar- 
nier ; la riche collection du Lyonnais Chabrières-Arlès, dont la 
veuve vient seulement de mourir; quelques vitrines du legs 
Isaac de Camondo; la série de bronzes italiens formée par feu 
Ferdinand Bischofïsheim et appartenant à sa petite-fille; le 
riche musée de sculpture de M. Barthélémy Rey; deux vitrines 
bien remplies chez M. Georges Dormeuil; deux salons non 
moins bien garnis chez M. Hector Economos, vingt autres que 
j'oublie et non des moindres, comme M. Mège, M'"*^ Louis Stern, 
M. Alphonse Kann, M. Julien Chappée, M. Max Lyon, M. Jules 
Porgès, le baron Arthur de Schickler, M. Albert Lehmann, 
M. Théodore Mante, M. Gulbenkian, M. d'Allemagne, la com- 
tesse de Béarn, la marquise de Ganay née Ridgway. 



LES COLLECTIONS D*OBJETS D*ART DU MOYEN-AGE Hl 

Et je ne parle ici que des cabinets existant encore, puisque le 
comte Gaston Ghandon de Briailles s'est séparé de ses champ- 
levés, que les héritiers d'Edouard Aynard ont dispersé son cabi- 
net et que Georges Hoentschel a cédé à feu Pierpont Morgan 
deux collections également remarquables, glorifiant l'art 
médiéval français dans ce qu'il avait de plus caractéristique. 
Déplorons aussi la dispersion du précieux cabinet de M. Sigis- 
mond Bardac, arraché à la France par l'insatiable Amérique. 

La liste des grandes ventes de ces vingt dernières années me 
fournirait encore plus d'un nom : Vaïsse, Fau, Bonnafïé, Gavet, 
Emile Gaillard, le sculpteur russe Marc Antocolsky, le duc de 
Dino, Armand Queyroi, de Moulins, le baron Jérôme Pichon, 
Maurice Kann..., sans oublier les marchands comme Boy, 
comme M""® Lelong, comme Chappey, Lowengard, ou le savant 
expert Charles Mannheim. 

L'Angleterre, avec sa large décentralisation rurale de la vie 
opulente, a toujours été la terre bénie des collections privées, 
il a déjà été question des véritables musées formés par les 
Fountaine, par Walpole et par les divers Rothschild anglais. A 
côté de ces noms, il en est d'autres qui ne méritent pas moins 
d'être cités. Le premier en date est celui de Ralph Bernai dont 
la vente, en 1855, fut une révélation : il n'est point de branche 
de la curiosité où cet amateur, bien oublié aujourd'hui, n'ait su 
choisir avec une véritable prescience les œuvres vraiment 
dignes d'être recueillies : tant pour le xviii*' siècle que pour la 
Renaissance, le marquis d'Hertford et les Rothschild ne firent 
(sans doute inconsciemment) que marcher sur les traces de 
Bernai. Tout ce qu'ils achetèrent à sa vente était de premier 
ordre et le Musée de South Kensington, que l'on fondait alors, 
eut aussi le bon esprit de profiter de cette occasion. 

En 1857, à Manchester, et en 1802, au Kensington, deux im- 
portantes expositions rétrospectives mirent en valeur la 
richesse prodigieuse des cabinets anglais en trésors de la 
Renaissance. La deuxième surtout, organisée par Sir Charles 
Robinson, donna une étonnante impulsion à 1 activité des ama- 



i\î REVUE ARCHÉOLOGIQtJÉ 

leurs anglais. C'est à cette époque que prirent naissance les col- 
lections plus ou moins considérables du duc d'Hamilton, 
gendre et héritier de William Beckford, de George Field, de 
Joseph Mayer, de Samuel Addington, de Cheney, d'Octavius 
Goope, de ce John Malcolm de Poltalloch, enfin, que conseilla 
si bien Sir Gharles Robinson. Un peu plus anciens sont les cabi- 
nets de Lord Londesborough, celui de Hollingworth Magniac, 
vendu en 1892, et celui du marquis d'Hertford où la Renais- 
sance occupait une place fort honorable. 

Depuis 1880, une série ininterrompue de ventes a dispersé 
la plupart de ces collections : d'autres se sont formées pour 
être dispersées à leur tour, comme celles de Sir T. D. G. Carmi- 
chael et de J. E. Taylor, ou pour être léguées à des musées, 
comme l'admirable réunion de chefs-d'œuvre que George Sal- 
ting a si généreusement laissée au Kensington. 

L'Angleterre renferme plus d'un cabinet qu'elle ne montre 
guère; chaque exposition rétrospective nous révèle l'existence 
de trésors insoupçonnés. Si les noms de Sir Edgar Speyer, d'Otto 
Beit et de M. Fairfax Murray, pour ne citer que ceux-là, sont 
relativement familiers aux érudits, combien connaissent les 
émaux duRev. SanxayBorradaile? Quand un nouveau Waagen 
refera le tour des châteaux anglais, il y retrouvera plus d'un 
chef d'Œuvre momentanément disparu. 

Pendant longtemps, l'Allemagne (comme encore l'Espagne 
et l'Italie) ne fut qu'une terre de chasse pour les amateurs 
anglais et français. Depuis une vingtaine d'années, grâce sur- 
tout à l'influence personnelle du Dr. Bode, les amateurs ger- 
maniques ont formé de grandes et belles collections. L'exemple 
fut donné, dès 1885, par Oscar Hainauer dont les Duveen 
achetèrent vers 1907 le riche cabinet, et fut suivi peu après 
par le baron Oppenheim de Cologne qui vendit ses objets d'art, 
aussi vers 1907, à M. Jacques Seligmann, ainsi du reste 
que le HambourgeoisWencke'. Le cabinet d'un autre Hambour- 

1. Ces trois amateurs furent parmi les acheteurs de la vente Spit^er. 



LES COLLECTIONS d'oBJETS d'aRT DU MOYENAGE 113 

geois, Campe, est également dispersé; mais, avant la guerre, on 
avait plaisir à visiter à Berlin les importantes collections de 
M. James Simon (qui a donné son premier cabinet au Musée 
de Berlin), de M. Max von Gutmann, de M. Léopold Pannwitz, 
de M. Eduard Oppenheim, et à Munich les salons de M. Prings- 
heim, pour ne citer que quelques noms et ne pas encombrer 
ces pages par l'énumération de collections dispersées^ 

L'Autriche, qui a perdu récemment son plus grand amateur, 
le baron Lanna de Prague, conserve encore à Vienne les cabi- 
nets de deux Rothschild, celui de M. Figdor, celui de M. Benda 
et celui du baron Miller von Aichholz. 

La Russie, qui a laissé partir les émaux byzantins de Zwieni- 
gorodskoi, acquis par Pierpont Morgan, se consolera avec 
ceux, plus inégaux, du cabinet Botkine, avec le cabinet Tchou- 
kine et un ou deux autres. 

En Espagne, le duc de Valencia et M. d'Osma, en Italie 
quelques familles isolées comme les Corsini et les Caetani, ont 
conservé leurs trésors ; mais que de richesses ont pris le chemin 
l'étranger! Où sont les cabinets des Barberini et des Torri- 
giani? Les majoliques d'Olivieri sont depuis plus d'un siècle au 
musée de Pesaro, mais celles de Gastellani furent vendues à 
Paris en 1878 et 1884. Quant aux collections des Demidofî de 
San Donato, on sait combien de ventes il fallut pour en achever 
la dispersion. 

L'Amérique, en matière de curiosité, montra longtemps peu 
d'initiative. Les amateurs d'outre-Atlantique, depuis un demi- 
siècle, ont acheté ce qu'on leur a apporté : s'ils ont fait une si 
large place sur leurs murs aux Bouguereau, aux Breton et aux 
Rosa Bonheur, c'est qu'ils ne trouvaient pas autre chose chez 
leurs fournisseurs habituels. Aussi, pendant bien des années, 
ne se soucièrent-ils ni du Moyen-Age, ni la Renaissance. 

Les premiers collectionneurs qui sortirent des chemins battus 

1. Richard Zschille, Oppler, Beckeralh, Arco-Zinneberg, Kuppelmayr, le 
baron von Parp.irt (de Thun), etc. 

V« SÉRIE, T. lU. 8 



114 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

furent Henry Marquand, un des grands bienfaiteurs du Metro- 
politan Muséum, et l'illustre bibliophile Robert Hoe, dont les 
débuts doivent remonter à 1880 environ. Benjamin Altman, 
qui a légué depuis au Metropolitan son incomparable collection, 
se singularisait quand, en 1893, à la vente Spitzer, il fit acheter 
par Henry Duveen les plus beaux cristaux de roche de ce célèbre 
cabinet. Pendant quelques années encore, il eut peu d'imita- 
teurs. 

C'est vers 1900 que Pierpont-Morgan, jusqu'alors amateur de 
porcelaines de Chine, donna le ton à toute l'Amérique en ache- 
tant coup sur coup des collections entières d'objets gothiques 
ou du XVI® siècle : le premier cabinet Hoentschel, oii tout le 
Moyen-Age était représenté, puis les ivoires et les champlevés 
limousins réunis par le même amateur; les bronzes italiens de 
M. Jacques Seligmann et de la collection Pfungst; la collection 
Mannheim tout entière, le cabinet Oppenheim, les majoliques 
de Gavet, les montres de Marfels, les objets mérovingiens de 
Stanislas Baron, les séries céramiques de M. Lebreton, les 
tapisseries de Lord Sackville, les armures du duc de Dino, pour 
ne citer que quelques-unes des acquisitions les plus impor- 
tantes. 

Pierpont Morgan a eu dans son pays un nombre considérable 
d'imitateurs : beaucoup d'entre eux sont encore inconnus, 
même des spécialistes. On me saura peut-être gré d'attirer l'at- 
tention sur les cabinets de M. Philip Lehmann (art italien), de 
M. Mortimer L. Schifï (faïences italiennes de la collection 
Bardac), de M. William Salomon, de M. Jules Bâche, de 
M. George Blumenthal, de Mrs. Collis P. Huntington, de 
M. Otto H. Kahn, de Mrs. Blair (art français du Moyen-Age), de 
M. Charles P. Taft de Cincinnati (émaux de Limoges), de 
M. Henry Walters de Baltimore, de feu P. A. B. Widener de 
Philadelphie, etc. ', auxquels il faut ajouter le Musée de la His- 
panic Society, formé à grands frais par M. Archer Huntington. 

1. Parmi les cabinets déjà dispersés, il faut citer ceux de H. Marquand, de 
Hobert Hoe, de Mrs. Rita Lydig, etc. 



LES COLLECTIONS d'oBJETS d'aRT DU MOYEN-AGE 115 

Pour la fin de cette note, j'ai réservé les spécialistes, ceux 
qui se particularisent en telle ou telle branche de la curiosité, 
soit qu'ils aient collectionné les chaussures, comme Jacque- 
mart (au Musée de Cluny), les médailles italiennes (Greene de 
Wincfiester, Metzler de Francfort, etc.), les bagues, comme feu 
Guilhou, les étoffes, comme M. Besselièvre, les broderies, 
comme M. Georges Seligmann, les ferronneries, comme Lesecq 
des Tournelles, les montres, comme MM. Garnier et Marfels, 
enfin et surtout les armes et armures, comme Richard Wallace 
(acquéreur des épées réunies par Spitzer), comme Meyrick, 
comme Napoléon III, comme le duc de Dino (collection achetée 
par Pierpont Morgan), comme M. Riggs enfin, dont le cabinet, 
le plus important de tous, fruit de soixante années de recherches, 
est entré récemment au Metropolitan de New-York. 

Il m'a fallu être bref et je le regrette ; mais puisse cette 
courte énumération ouvrir les yeux des historiens de l'art sur 
l'importance des collections privées et de leur histoire! Depuis 
près d'un siècle les philologues s'attachent à rédiger les annales 
des cabinets de manuscrits ; n'écrira-t-on pas aussi un jour 
une histoire raisonnée des collections d'objets d'art ? 

Seymour de Ricci. 



LES 

FALLACIEUX DÉTOURS DU LABYRINTHE 



{Suite, 



Puisque le disque de Phaistos m'a conduit en Etrurie, je ne 
quitterai point cette autre Hellade : le tombeau de Porsenna et 
le vase de Tragliatella y relient les labyrinthes de Tirynthe et 
de Cnosse au graffîte pompéien et aux mosaïques romaines. 
Aussi bien, ce n'est point par hasard que j'ai refait sur les nefs 
du temps le chemin jadis accompli par les audacieux ancêtres 
des Tarquins. 

Le tombeau de Porsenna était, selon toute vraisemblance, 
construit sur un souterrain analogue à celui de la Tholos d'Epi- 
daure : inque basi quadrata intus labyrlnthum inextrica- 
bilem (Varron, dans Pline, loc. cit.). En tout cas, il n'a rien 
de mythique, malgré la description un peu ridicule de Varron : 
le tombeau dit d' « Arnus », près de Laricia, est évidemment 
très semblable ^ 

Le vase de Tragliatella' est une œnochoé à quatre zones, pro- 

1. Voy. la Rev. arch. de septembre-octobre et novembre-décembre 1915. 

2. Duruy, Hist. des Romains^ t. ], fig. à la p. 175 ; cf. Lenormant et Babelon, 
op. ci^, t. V, fig. à la p. 6S. — Voir la restitution conjecturale de Quatre- 
mère de Quincy, Recueil de dissertations archéologiques, Paris, 1836, p. 52, 
pi. ; cf. Martha, op. cit., p. 206 sq. 

3. S. Reinach, Rép. de vases, t. I, p. 345 ; Krause, Die nordische Hcrkunft 
der Trojasage, bezeugt durch den Krug von Tragliatella, Glogau, 1893; 
Benndorf, Kunsthistorischê Ergànzungen zu § 4 {vom Trojaspiele) de Budin- 
ger, Die rômischen Spiele und der Patriciat, in S. B. der philos. -hist. Classe 
der K. Ak. d. Wiss., Wien, 1890, t. IV (GXXKI), p. 47 sq. ; Deecke, Le 
iscrizioni etrusche del vaso di Tragliatella, in Ann. deW Insl., t. LIII, 1881, 
p. 160 sq. 



LES FALLACIEUX DÉTOURS DU LABYRINTHE 117 

venant de l'ancienne collection Tommaso Tittoni. Au col, on 
voit un homme conduisant un bouc, deux oiseaux (oies ou 
canards), un groupe formé par un homme et une femme, — 
probablement Thésée et Ariane (cf. les personnages de la zone 
centrale), le vaisseau solaire (v. supra), un bouc (sous l'anse). 
Sur la zone centrale, au-dessous d'une série d'ornements tra- 
pézoïdaux, le cavalier divin (Hélios ; épisème du bouclier : 
oiseau), suivi d'un cavalier porteur de lance (Kastor; épisème 
du bouclier : oiseau), sort d'un labyrinthe à svastika, nommé 
Truia (Troie)' par l'artiste. Comme à Grumentum et Abizar', 
il porte en croupe un Eros nu, — l'Enfant-dieu qu'une mosaïque 
de Dougga invoquera encore ainsi : Eros omnia per te \ * 



1. Cf. trois autres inscriptions étrusques où truial, truials, truies désigne 
Troie ou des Troyens (Deecke, op. cit., p. 161). Deecke en a déduit que le 
labyrinthe du vase représentait le plan de la ville de Troie ! 

2. Pour la stèle de Grumentum, v, Reinach, Rép. de la Stat., II, 1909, 
p. 532, n» 1 ; Duruy, Hist. des Rom., t. I, p. 595, fig. et n. 1, où il exprime 
son inquiétude : « Est-ce un souvenir de l'organisation par les Romains, devant 
Capoue, du corps de cavaliers dont chacun prenait un fantassin en croupe et 
qui aurait été rappelée dans un ex-voto ?» — La stèle libyque d'Abizar (près 
Tizi-Ouzou) est au musée d'Alger; v. Recherche des antiq. dans le Nord de 
l'Afrique, Paris, 1890, p. 60, fig. 21. — Voir encore une kylix apode à figures 
noires du Céramique (Collignon et Couve, Cat. des vases du Musée nat. 
d'Athènes, Paris, 1902, p. 211, n» 687 : « Avant-train de cheval sur le cou 
duquel est posé un petit singe ») et une amphore à figures rouges de Milo, au 
Louvre (Lenormant et Babelon, op. cit., t. I, fig. à la p. 53) : Gigantomachie; 
Eros, à genoux sur le dos d'un des chevaux du quadrige d'Hélios, tire de l'arc ; 
— dessin, geste, attitude : je ne sais rien de plus exquis. Cf. quelques bractées 
Scandinaves (Worsaae, Les empreintes des bractéates en or, in Mém. de la 
Soc. des Antiq. du Nord, 1866-1871, p. 349 et pi. 20); le petit « satyre » 
ityphallique qui accompagne le cavalier tricéphale d'un relief d'Izvor (Seure, 
Etude sur quelques txjpes curieux du Cavalier thrace (Extr. de la H. des Et. 
anc.,t. XIV, 1912, p. 32, f. 4 et p. 34) et les nombreux monuments où le vol 
d'un Eros précède le Cavalier divin (Froehner, op. cit., p. 291, n« 1628 
[amphore à f. r.] ; G. Save et Ch. Schuler, Le groupe équestre de Grand au 
Musée Lorrain, in Mém. de la Soc. d'arch. lorraine, t. XLIX, Nancy, 1899, 
pi. p. 5; etc.). Il faudrait également citer les stèles — il en existe partout des 
séries entières ; v. par ex. au Musée d'Athènes — sur lesquelles Eros-Thana- 
tos pleure auprès du Cheval solaire portant le mort divinisé, rappeler l'histoire 
d'Eros et celle de son culte (v. par ex. Pausanias, II, 4, 7 ; cf. Hartland, 
Primitive Paternily, Loodon, 1909, p. 91) ; ici encore, je ne puis insister. 

3. Poinssot, Nouvelles inscriptions de Dougga, in Archives des missions se, 
t. XVIil, 1899, p. 168. Cf. Théognis, v. 1275; Eschyle, Dan. (Didot, p. 204, 



118 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

— qui symbolise le renouvellement de sa force féconde et 
explique les scènes de coït figurées immédiatement après'. — 

fr. 108). ~ Gomme ailleurs M. Collignon (v. n. 60), M. S. Reinach {loc. cit.) 
traite ici Eros de « singe ». 

1. Cf. les monuments où le svastika marque le sexe (v. Lichtenberg, Die 
àgàische Kultur, Leipzig, 1911, p. 95; Déchelette, op. cit.^ t. II, p. 435, f. 178; 
p. 436, f. 179), l'épithète de quelques cavaliers solaires thraces : revtxw 'Atî6X- 

Xwvi ©ew 'Aiï6XXa)vt yevtaxô) (Seure, op. cit.^ p. 48 sq.) et les pierres à 

cupules ou à bassins : celles-ci paraissent bien offrir une représentation du 
kteis (B. de Paniagua, La divinité néolithique, Paris, 1914, p. 5sq.; cf. Héro- 
dien, V, 3, 10 et Dict. des Ant., t. I, 1885, p 644, v° Bœlylia [Lenormanl]) 
qu'il convient de rapprocher des menhirs phalliques (Eros de Thespies : Pau- 
sanias, IX, 27, 1). J'imagine que les pierres à bassin sont les réservoirs où 
Teau de pluie était puisée pour les libations rituelles versées sur les pierres à 
cupules. Celles-ci sont en effet parfois reliées par des rigoles qui vont jusqu'au 
bord de la pierre, comme à Garréploué (Paniagua, op. cit., pi. 10). Mais sou- 
vent il n'en est pas ainsi (Déchelette, op, cit., t. II. p. 615, f. 248); elles ont 
alors pour simple objet de multiplier l'image du sein fécondé de la Terre, 
comme d'autres mégalithes multiplient celle du pouvoir fécondant. Voir ; 1« un 
mégalithe du Cloître, Finistère (Paniagua, fîg. à la p. 12); la « table d'offran- 
des » de Phaistos (!•' palais ; Pernier, Scavi...., tav. 36) ; les 10 bassins sur 
chariot d'Hiram (III Rois, VII, 27 sq.); la base de la statue d'Apollon au 
sanctuaire du Cynthe à Délos (Paniagua, p. 3 et f. p. 4); le chariot de bronze 
de Judenburg (S. MuUer, op. cit., p. 131, f. 113 : au centre, très haute figure 
de femme, la poitrine nue, supportant un grand bassin sur sa tête; aux quatre 
angles, cavalier solaire; en avant et en arrière, trois personnages tenant une 
tête de cerf [CernunnosJ; derrière eux, précédant et suivant immédiatement la 
déesse, un Eros ithyphallique et nu brandit une hache.) — Cf. S. Reinach. Rép. 
Stat., t. II, p. 451 nM ; t. IV, p. 291 n» 4 ; Lichtenberg, op, cit., p. 106, f. 58 
[épingle de Mycènes] et p. 107, f. 59 [peinture d'une caisse de momie du Louvre]; 
le rite situlaire et ses chariots (cf. S. Reinach, op. cit., t. IV, p. 280 n" 1 : on 
voit que l'expression consacrée « culte de la situle », est totalement dénuée de 
sens]); deux trépieds étrusques en bronze (Martha, op. cit., p. 64 f. 59; p. 101, 
f.97); 

2® Quatre bassins à coupelles sur chariot, tous étrusques (Mus. arch. de Flo- 
rence, Vetulonia, Salle IV ; Martha, op. cit., p. 66-62; p. 81, f. 72 ; Perrot, 
Hist., t. IV, p. 335-336, f. 175-176) qui fixent la relation des deux formes. — 
Je rappelle que la Scandinavie a seule donné des fibules cupulaires (Undset, 
Petites études sur le dernier âge du fer en Norvège, in Mém. de la Soc. des 
Ant. du Nord, 1890-1895, p. 44). 

Une pierre d'Ilkley, comté d'York (Déchelette, op. cit., t. II, p. 617, f. 249), 
éclaircit et résume ce qui précède : les cupules sont ici le centre de cercles- 
labyrinthes et réalisent l'association (phallus-kteis, yoni hindou) qui deviendra 
le bétyle (v. Dict. des ant., t. I, p. 642 sq., v° Bœtylia [Lenormant]). Cf. 
Munro, op. cit., p. 33, pi, VII, n° 15 et les phiales à ombilic (Perrot, Hist., 
t. II, p. 743, f. 407 ; p. 601, f. 291 ; Martha. op cit., p. 129, f. 110), — celle à 
fond étoile d'un moule de serpentine lydien, (Perrot, t. V, p. 300, f. 209). 
Dans l'Inde, il faut, pour éviter la sécheresse, arroser sans cesse le phallus 



LES FALLACIEUX DÉTOURS DU LABYRINTHE 119 

Ariane (cf Homère, IL, XVIII, 590 sq.)danse devant des idoles 
plates semblables aux nombreux exemplaires du musée 
d'Athènes —Ariane ([xiôecraOct?)* tend un peloton de fil à Thésée 
([ji,ta[ji.vaapx£?) qui d'une main en tient déjà un et de l'autre guide 
une petite Hélène (|j,i;r£X£va). — Un personnage ithyphallique 
muni d'un bâton ou d'une lance conduit sept danseurs porteurs 
d'un bouclier (épisème : cheval) et de trois lances. — Sur la zone 
inférieure, un chien au galop et un lièvre courant; ces deux 
images, extrêmement fréquentes sur les reliefs et vases funé- 
raires, résument en quelque sorte les premières scènes de la 
zone centrale : le chien, animal chthonien, est un symbole de 
mort; le lièvre, un symbole de vie et d'amour. C'est pourquoi 
tous deux se trouvent réunis dans les représentations d'Orion, 
le « Chasseur sauvage ^ » 

On notera ici la restitution d'une forme de la légende primi- 
tive de Thésée; Iphigénie aurait été la fille d'Hélène et de 
Thésée et Aïthra, mère de Thésée, la suivante ou la servante 
d'Hélène*; c'est Hélène la brillante, la sœur de Kastor, une 



de la statue du dieu Mahâdeva (Grooke, The popular religion and folk- 
lore of Northern India, Westminster, 1896, t. I, p. 76); cf. Genèse^ XXVIII, 
18: Exode, XXIV, 4 ; le culte de saint- Foutin à Embrun (Dulaure- Van Gennep, 
DfS divinités génératrices chez les anciens et les modernes^ Paris, 1905, p. 205). 
— J'ai jadis (R. de Launay, Le temple hypèlhre^ in Rev. arch., 1912, 1. 1, p. 28 
et 29 du tirage à part) accepté sans hésitation l'explication que donne Pausa- 
nias de l'huile et de Teau respectivement répandues sur le Zeus d'Olympie et 
l'Athéna Parthénos (V, 11, 10). Je me demande aujourd'hui si nous n'avons 
pas là plutôt la trace d'un rite archaïque incompris et en voie de disparition 
(cf. Pausanias, X, 24, 6). 

Il est sans doute légitime de retrouver l'association bétylique dans les formes 
ellipsoïdales de nombreuses figurations solaires (labyrinthes, disques, bou- 
cliers, etc.) 

1. Peut-être Athena. Cf. la coupe d'Aison, la coupe de Nola, le lécythe et 
le skyphos d'Athènes cités par Wolters ; Denys, VII, 72, et Krause, Tuisk.y 
p. 405 sq. {Sulis- Minerve; Pallas-Athené). 

2. Voir Ciaceri, Culti e miti nella storia deW antiqua Siciliay Catania, 1911, 
p. 100 sq. Cf. Krause, Tuisk., p. 158 sq. {Orion). 

3. Pausanias, II, 22, 6; V, 19, 2; X, 25, 2-3; Hérodote, IX, 72; Apollo- 
dore, III, 10, 7 ; Homère, //., HI, 144. - V. Krause, Tuisk., p. 459 »i\.{Helena 
und ihre nordischen Gcgenbilder) ; cf. Renel, L'évolution d'un mythe : Acvins 
et Dioscures, Paris, 1806, p. 249. — Les vers d'Homère déjà cités (//., XVIII, 
590 sq.) contiennent une allusion à la danse d'Ariane, doublet d'Hélène; cette 



120 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

vierge solaire * qui vient à peine de renaître et dont le peintre 
du vase a fait naïvement une enfant, que le héros arrache à la 
froide et sombre prison. Après Creuzer, M. Pottier^ a bien 
reconnu que Thistoire des enfants athéniens et la cruauté de 
Minos étaient une seconde version athénienne du mythe pré- 
historique, destinée à donner une allure patriotique à l'entre- 
prise d'un roi vénéré, et relativement récente (vi® s.); l'auteur 
du vase de Tragliatella (fin vu® s. ou début vi«) paraît en effet 
l'ignorer. Mais je veux insister encore sur ce nouvel exemple 
de l'inséparable union du labyrinthe et de sa danse. Son nom 
{Trnia) donne le sens et l'origine du ludvs Trojœ; d'après la 
description de Virgile {Aen., V, 553 sq.) ainsi contrôlée, les 
exécutants — trois groupes de douze cavaliers — portent une 
couronne de feuillage et un torques d'or ; ils ont deux javelots : 

Inde alios ineunt cursus aliosque recursus 
Adversis spatiis, alternosque orbibus orbes 

Impediunt 

Ut quondam Creta ferlur Labyrinthus in alta 
Parietibus textum cœsis iter ancipitemque 
Mille viis habuisse dolum, qua signa sequendi 
Falleret indeprensus et irremeabilis error ; 
Haud alio Tcucrum nati vestigia cursu 
Impediunt, texuntque fugas et prœtia tudo 
(v. 583 sq.) 

Le (( jeu » correspond exactement, selon l'affirmation du 
poète, à la danse du ylpavoç créto-délienne, en sorte que le cor- 
tège de l'œnochoé peut représenter l'un ou l'autre. Je crois 

danse suppose sa délivrance (cf. Plutarque, loc. cit.). Remarquer que le lever 
diurne de la couronne d'Ariane annonce l'hiver — son lever nocturne, le prin- 
temps (Columelle, XT, 2) et qu'elle lient la place de la Balance au calendrier 
liturgique de la Panaghia Gorgopiko d'Athènes {Dict. des ant., t. I, p. 824, 
f. 1030, v° Calendarium [Ruelle]). 

\. Faut-il rappeler que, dans les traditions nordiques, c'est une vierge qui 
personnifie le soleil, et qu'en allemand l'astre est féminin? 

2. Creuzer-Guigniaut, Religions de V antiquité, t. III, Paris, 1838-1841, 
p. 1080 ; Pottier, Pourquoi Thésée fut Vami d'Hercule, in Rev. de l'art anc. et 
moderne, 1901, t. t, p. 9 sq. — Sur l'élaboration de la légende de Thésée, cf. 
Plularque, Thés., 19, et Pausanias, I, 2, 1. 



LES FALLACIEUX DÉTOURS DU LABYRINTHE 121 

d'ailleurs qu'il a un sosie dans la religion romaine : il est diffi- 
cile de lire les vers de Virgile sans songer aux Saliens et à 
leurs chants, incompris dès le temps de Varron {De l. lat., 
VII, 3), mais oii les mots aniroare, redaîitruare désignent, 
d'après Festus (éd. cil., p. 9, 334, s. v'^), les mouvements des 
conducteurs et la reprise de ceux-ci par les autres danseurs*. 



VI 



En Grèce, entre les vieux sanctuaires de Cnosse et de Tirynthe 
et la Tholos d'Epidaure, le lien semble également continu, mais 
établi par une tradition plus hésitante. La danse du yspavoç 
paraît un rite spécial, moins populaire et moins répandu que 
leLudtis Trojœ. La tradition présente tantôt des déformations : 
— je viens de signaler celle que Tionisme triomphant du 
VI® siècle a infligée à la légende de Thésée —, tantôt des fluc- 
tuations. L'une des plus intéressantes est décelée par deux vases 
que P. Wolters a mis en lumière, sans les interpréter ^ Le 
Minotaure lutte encore contre son vainqueur; Athéna est à 
droite; mais, au lieu du labyrinthe attendu, c'est une tour 
décorée de zones de méandres et de spirales qu'on rencontre. 
Or, cette tour est la prison de la vierge solaire dans des 
variantes célèbres : c'est celle de Danaé, mère de Persée, le 
héros libérateur', et d'Ethne, la fille du cyclope Balor*. Du 

\. Benndorf [op. cit., p. 55) a reconnu sur le vase le Ludvs Trojœ par l'effet 
d'un simple rapprochement matériel, sans discerner rorigine, ni comprendre la 
signification des scènes. Dire que le Ludus Trujae y figure, équivaut à peu 
près à cataloguer l'œnochoé, comme s'est contenté de le faire Dumont (C^ram., 
t. I, p. 269 n. \) : il reste à expliquer le « jeu » lui-même. 

2. Darstellungen des Labyrinthus, in Sb. d. Bayer. Ak. d. W., 1907, Hefl I, 
pi. II (l«^cylhe d'Athènes) et III (skyphos de l'Acropole). 

3. Apollod., H, /i. — Cf. Creuzer-Guigniaut, op. cit., t. III, p. 493 : « S'il 
[le labyrinthe] était, ainsi qu'on Ta pensé, ouvert par le haut, il n'en ressem- 
blait que mieux à mainte construction de ces vieux siècles pélasgiques et il 
rappelait, entre autres, la prison souterraine de Danaé qu'y vient féconder la 
pluie d'or de Jupiter ». 

\. D'Arbois de Jubainville, Le cycle mythol. irlandais et la mythologie cel-* 



122 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

labyrinthe primitif, l'image a cependant gardé un souvenir : 
sa décoration, méandres et spirales. Par contre c'est bien une 
déformation que nous offrent trois autres vases, également 
cités par Wolters {op. cit., p. 120, f. 1 ; p. 121 f. 2; pi. I) : la 
coupe d'Aison, à Madrid, une coupe de Vulci et une coupe de 
Nola ; — remarquez encore l'origine de ces deux dernières. La 
scène est semblable (sur la coupe de Vulci, Athéna ne paraît 
pas); mais le piège antique n'a plus rien de redoutable; c'est 
un palais — le palais d'Evans — dont la décoration dit seule 
le véritable nom. Sur le mur qui s'étend derrière le prodomos, 
l'artiste a dessiné des méandres enfermant un svastika et des 
damiers. 

Ces coupes et ces vases fourniraient, en effet, s'il en était 
besoin — et entre mille autres je pense surtout à une urne villa- 
novienne du Predio Arnoaldi, au Museo Civico de Bologne 
(salle X) — des preuves directes de l'origine du svastika, de 
la spirale et du méandre. Celui-ci dérive d'une figure assez 
récente, le labyrinthe sur plan carré; méandre et spirale 
apparaissent ainsi comme des stylisations semblables, équiva- 
lentes et parallèles*. De même, le « chevron » multiplie les 
rayons qui étoilent l'astre au centre des disques sacrés, des 
boucliers, etc.'^ En outre, les peintures étudiées par Wolters 
illustrent l'erreur commise par l'antiquité classique en appe- 
lant Labyrinthe le palais de Minos, — erreur que les fouilles 
d'Evans ont incité les archéologues d'aujourd'hui à partager 



tique, 1884, p. 205 sq. Cf. M. Muller, Nouvelles études de mythologie, 1898, 
p. 385, et Pineau, Les vieux chants populaires Scandinaves, 1901, p. 524. 

1. Elderkin l'a contesté, contre toute vraisemblance {Notes on Greek vase 
paintings. 1. Meander or Lahyrinth, in Amer. J. of arch. , t. XXVII, 1911, p. 190). 
Les exemples probants abondent : v. un vase de Butmir (Lichlenberg, op. 
cit., p. 60, f. 16) ; le col d'un vase de Camiros du Louvre {Burlington Magazine , 
t. XIV, 1908, p. 140, pi. II); un sarcophage de Clazomène (Perrot, Hist., 
t. IX, p. 271, f. 125) et surtout les monnaies de Cnosse citées supra. 

2. V. Déchelette, op. cit., t. II, p. 416, f. 167; Munro, op. cit., p. 19, 
pi. III, n. 18; p. 151, pi. XVIII, n. 18; Gapart, Les débuts de Vart en Egypte, 
Bruxelles, 1904, p. 103, f. 71; Perrot, Hist., t. V, p. 300, f. 209; p. 332, 
f. 240; t. IV, p. 8 pi. II no 20. 



LES FALLACIEUX DÉTOURS DU LABYRINTHE 123 

et qu'un détail permet de toucher du doigt en quelque sorte : 
les coupes citées, en figurant le palais du Minotaure, rééditent 
les damiers que montre à Gnosse la fresque dite « du Sanc- 
tuaire » (Lagrange, op. cit., p. 58, f. 29). Le fait atteste peut- 
être la force des souvenirs minoens ; dans ce cas, il explique- 
rait pourquoi Torgueil d'Athènes a relié la légende solaire de 
Thésée (Thésée-Hélène) à sa légende Cretoise (Thésée, vain- 
queur de Minos). 

Une remarque s'impose encore : tous les vases cités pro- 
viennent de tombes. Les pierres en S du dolmen de Kervihan 
tracent un dessin également proche de la spirale et du laby- 
rinthe. Sur le labyrinthe de Glusium s'élève un tombeau ; un 
tumulus recouvre ceux de Guoynen et du Noterio et c'est une 
tombe qui renfermait le labyrinthe d'Hadrumète. L'inscription 
de ce dernier : Hic inclustis vitam perdit — , celle du Musée 
lapidaire de Lyon (Durand, Arin. arch., t. XVII, 1857, p. 126) : 
Me caput aprilis ex hoc rapint laberinto prebitum, — une coupe 
publiée par Tischbein [Collection of engravings from ancient 
vases, t. I, Naples, 1791, pi. 25) où, à côté de Thésée triomphant 
du Minotaure, Ariane tend au mort, nu et le strigile embléma- 
tique en main, le peloton de fil qui le conduira à la lumière 
immortelles assimilent parfaitement la destinée humaine à 
celle de l'astre du jour et justifient la définition de Greuzer {op. 
cit., t. III, p. 501) : (( Le labyrinthe est une figure du monde et 
delà vie, un symbole de la course du soleil et de celle des âmes 
à travers tous les signes ». Voici donc, après ceux d'Eros et de 
toutes les images solaires — cheval ou cavalier, vaisseau, cha- 
riot, etc. — un nouveau témoignage de l'union réalisée par 
la pensée aryenne entre Hélios, la Vie et l'Amour, et la Mort. 
Le labyrinthe et la tombe sont deux prisons où l'Hiver et la 
Mort attendent l'astre de lumière et l'homme. Mais la Vie, 
l'Aurore et le Soleil printanier renaissent éternellement de la 
Mort, de la Nuit et de l'Hiver (cf. Piper, op. cit , t. II, p. 333). 

1. Cf. Millin, Gai. mylhol., t. If, pi. 131, n. 492, et S. Reinach, Hép. de 
vases, t. Il, p. 285. 



124 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Ainsi rattachée aux plus profondes racines de l'âme et deux 
fois sainte, la conception d'où est né le labyrinthe apparaît 
partout et toujours, vivante et féconde. Longtemps elle impo- 
sera à la fois aux demeures des vivants, des morts et des dieux 
porteurs de rayons, ces fondations circulaires qui ne disparaî- 
tront jamais complètement devant le plan rectangulaire ou 
carré, spécifiquement asiatique *. Les tombes à coupole ibé- 
riques et créto-mycéniennes, les chambres rondes de nombreux 
dolmens armoricains et nuraghes sardes, plusieurs sépultures 
asiatiques (tombeaux « de Tantale » et « d'Alyatte ») et afri- 
caines (Medracen, 55 km. de Batna; Tombeau de la Chrétienne, 
7 km. de Tipaza), les temples d'Aphrodite etd'Aphaiaà Egine, 
le sanctuaire thébain des Cabires, peut être les premiers temples 
de Delphes, les petites nécropoles de Vélanidezza et de Vourva, 
les mausolées de Csecilia Metella, d'Hadrien, de Théodoric à 
Ravenne, les temples de la Piazza délia Bocca, à Rome, et de 
Tivoli, représentent une tradition gardée jusque par delà l'âge 
classique 2. Peut être a-t-elle dérivé les plans elliptiques du 
navire solaire ; l'harmonie des correspondances m'engage 
cependant à assigner à ceux-ci une autre origine : le Kteis béty- 
lique (v. suprà.)\ Quoi qu'il en soit, les curieuses maisons 
d'Orchomène* marquent le passage au plan rectangulaire 

1. Cf. Tsounlas and Manatt, op. cit., p. 246 sq. ; S. Muller, op. cit., 
p. 68 sq. ; Pfiihl, Zur Geschichte des Curvenbau, in Ath. Mitth., t. XXX, 1905, 
p. 330 sq. ; Taramelli, Nuraghe de Fonte e Nota, m Archivio stor, sardo, 
t. IV, Gagliari, 1908, p. 224 sq. 

2. lo Paribeni, Mon. ant. di Lincei, t. XIV, 1905, p. 709, n. 5. — 2o II est 
clair qu'un monument comme le trésor d'Atrée, par exemple, est une adapta- 
tion, assez maladroite d'ailleurs, et non un type original (cf. Taramelli, I pro- 
hlemi archeologici délia Sardegna, Memnon, 1908, p. 28). — 3» Martin, op. cit.^ 
p. 89 sq. — 4» Taramelli, Nuraghe..., loc. cit. — 5» Perrot, Hist., t. V, p. 49, 
f. 15; p. 277, f. 177; p. 319, f. 218. — 60 Gsell, Guide arch. des environs d'Al- 
ger, Alger, 1896, p. 157 sq. — 7° Pour le temple d'Aphaïa, l'hésitation de 
Furlwângler (Aegina, Text, Munich, 1906, p. 22 et 159) l'a conduit à une 
erreur (cf. Tafel XXXI et IX, 3). — 8° Ath. Mitth., t. XIII, 1888, p. 89 et 
pi. II. — 9° Pausanias, X, 5, 9. - 10° Perrot, Hist., t. VIII, p. 74, f. 45- 
p. 76, f. 47. 

3. Cf. Montelius, op. cit., p. 302, f. 417 et 418; du Chaillu, The Viking Age, 
London, t. I, 1889, p. 307, f. 719 (cimetière de Hjortchammar). 

4. Bulle, Orchomenos, t. I, die âlteren Ansiedelungsschichten (Abh. d. h. 



' Les fallacieux détours t)u labyrinthe 125 

qu'ignorent encore le vieil « autel de Zeus » à Olympie, les 
temples de Thorikos, de Thermon et de Pastum'. 

Nous en savons assez pour dégager dès maintenant un pre- 
mier résultat. La patrie du labyrinthe est évidemment celle des 
récits qui lui a donné naissance, c'est-à-dire la région des 
hautes latitudes où le « char bleu » dessine des cercles de plus 
en plus étroits ; c'est là que le cycle des légendes, — l'ensemble 
des monuments les plus reculés, puisqu'ils s'élèvent dans l'âme 
des peuples, — apparaît le plus considérable, le plus intact, le 
plus persistant, le plus répandu. Inconnu en Assyrie et en 
Egypte, — notez que le svastika et la spirale y sont rares et 
d'importation relativement récente, — il ne vit en Egéide qu'à 
l'état d'adaptations parfois malhabiles ou de souvenirs souvent 
fragmentaires : aux rives méditerranéennes, le soleil n'est 
jamais prisonnier. Il l'est si peu qu'on y maudit ses ravages. 
Les troubles excités par la réforme religieuse d'Aménothès IV 
font présumer que Typhon, ce « frère malfaisant du soleil », a 
précédé Râ-Osiris, et que les malédictions dont les Memphites 
chargeaient la statue de l'Hiver, au temple de Phtah, sont étran- 
gères'^ Réville {op. cit., t. I, p. 175; t. Il, p. 226) a mis en 
relief qu'en Afrique, le soleil n'est à peu près l'objet d'aucun 
culte ; en Chaldée Sui l'emportait sur Shamash, « dieu destruc- 

hayer. Ak.^phil. hist. Kl), 1907, p. 48 sq., p. 35, f. 9; cf. Karo, Arch. Anz., 
1913, p. 99. — Cf. quelques tombes armoricaines (Martin, op. cil., p. 100 et 
103) et Nuraghes sarcles (La Marmora, op. cit., t. Il, p. 38). — Des tombes 
Scandinaves (du Ghaillu, op. cit., p. 307 sq. ; Gustafson, G. R. Ac. Inscr., 
1908, p. 389 sq. ; Brunn, Dalvik'Fundet Eu gravplads fra Hedenkabets Tid pd 
Island, in Aarborger for Nordisk Oldkyndighed og Historié, t. XXV, 1910, 
p. 162 sq.) et des tombes de l'Altis (Leroux, Bulletin de l'Art, t. XI, 1909, 
p. 144) sont en tous cas certainement naviformes. 

1. Thiersch, Ovaltempel in Pdstuml in Arch. Anz., 1913, p. 428 sq. — Gf. 
l'excellente observation d'Orsi, Due villaggi del primo periodo siculo, in Bull, 
paletn. it., t. XXXVI, 1910, p. 191 : ... qui (Sicile), casa e tomba sono in pre- 
valenza circolari; là (Grèce), circolare il sepolcro, quadrangolare l'abilazloyie. 
— Le mot nuraghe vient du nordique nur : roche (Norrember^, \^as bedentvt 
Nordl in Globus, t. LXXVIII, Braunschweig, 1900, p. 24). 

2. Hérodote, II. 121 ; v. Lenormant et Babelon, op. cit., t. II, p. 209 sq,; 
Maspero, Hist., 1909, p. 251 sq. — Gf. Hérodote, IV, 184 ; Mêla, I, 43 ; 
Pline, H. N., V, 45; Diodore, III, 9 ; Strabon, XVII, 2, 3. 



126 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

teur ; dans rastrologie indienne, le soleil est le chef des planètes 
malfaisantes, le Mal, comme la Lune est le Dieu » (Bouché 
Leclercq, op. cit., p. 44, n 1). Les fêtes célébrant le retour des 
chevaux de feu et leurs bienfaits ne sont pas nées sur les bords 
criblés des flèches mortelles que la Grèce mettra dans la main 
pourtant secourable de l'Apollon dorien. J'estime ces raisons 
plus décisives qu'une discussion de dates forcément incertaines. 
Il est en outre significatif que les labyrinthes helléniques aient 
oublié le nom de Troie, perpétué par le Liidus Trojœ en Italie ; 
ce n'est donc pas Troie qui a donné son nom aux labyrinthes 
du Nord — elle l'aurait d'abord donné à ceux du Sud — , mais 
bien ceux-ci qui ont donné le leur à Troie. Au reste, il suffît de 
jeter les yeux sur une carte pour voir du même coup que le 
nombre des labyrinthes du Sud est très faible, celui des laby- 
rinthes du Nord, très élevé et que les routes qui les relient 
sont celles, aujourd'hui reconnues (N.-S. : N.-O.-S.-E.), des 
grandes migrations aryennes. Le labyrinthe, symbole solaire 
indo-germanique, a suivi les directions générales selon les- 
quelles ses protagonistes voyagèrent à la conquête de la cha- 
leur et de la lumière ^ 

{A suivre.) Robert de Launay. 



1. Cf. Ratzel, Ani/iropog'eog'mp/iie, Stuttgart, 1882, p. 325 : « Die meisten 
Vôlkerwanderungen, welche die Geschichte kennt, haben sich ans kdUeren 
nach wdrmeren Regionen bewegt... So ist ihnen auch im Allgemeinen e'me 
nordsudliche Richtung oder eine âquatoriale Tendent zuzuerkennen ». 



LE PUITS DU GÉVAUDAN 



A la fin de 467 ou au commencement de 468, Sidoine Apol- 
linaire, étant à Glermont-Ferrand, envoya le recueil de ses 
mauvais vers à son ami Félix Magnus, fils de consul et, 
comme dit Tillemont, « personne de la première qualité selon 
le monde »'. Félix résidait à Narbonne. Sidoine fait mine de 
s'adresser à son livre, non pas tant pour lui indiquer avec détail 
le chemin à suivre, mais — je cite encore Tillemont^ — « pour 
lui marquer ceux de ses amis à qui il devait s'aller faire lire et 
à qui sans doute il en envoyait des copies ». En rhéteur qu'il 
est, Sidoine intitule Propempticon, autant dire « Envoi », le 24® 
et dernier poème de son recueil, qui se compose de 101 hendé- 
casyllabes. Tillemont est indulgent en le traitant d' « assez 
joli »; mais la forme doit nous occuper ici moins que le fond. 

L'itinéraire du livre, qui ne suit pas les grandes voies 
romaines — Sidoine lui recommande, dès le début, de les éviter 
— est jalonné par quelques indications qui sont claires pour 
nous et par d'autres qui ne le sont nullement. Les voici : 

1« Chez Domitius, homme austère, première étape. On sait 
seulement que la villa de Domitius devait se trouver entre Gler- 
mont et Brioude; cela ressort du texte. 

2" A Brioude, l'agréable Brivas, oii Sidoine signale les 
reliques de S. Julien. 

3"* Le livre doit ensuite mettre une journée à franchir des 
montagnes (certainement la chaîne de Margeride, sur la rive 
gauche de l'Allier); 

4" Puis il passera le Triobris aux eaux jaunâtres, qui est cer- 
tainement la Truyère, affluent du Lot ; 

1. Tillemont, Mémoires, t. XVI, p 430. 
i. ïbid., p. 216. 



128 IREVUE ARCHÉOLOGIQUE 

5° Il arrivera dans le pays neigeux des Gabales, c'est-à-dire 
sur le plateau du Gévaudan, et là il verra quelque chose dont 
nous parlerons avec détail à l'instant. 

6*^ De là chez Justin et son frère. On ne sait où ces person- 
nages demeuraient. 

7° De là à Trevidon, près d'une montagne voisine des Bu- 
tènes, c'est-à-dire du Rouergue. D'Anville suppose qu'il s'agit 
de Trêve, sur la petite rivière nommée Trevesel, et que la mon- 
tagne voisine est le mont Lesperou. Simples hypothèses. 

8*^ En vue du mont Lesora (Lozère). 

9° En vue du Tarn. 

10° A Voroangus, en se détournant des montagnes. On ne 
sait ce que c'est. 

11° A Gottion. On ignore où est ce lieu. 

12° Chez Fidulus, dont Sidoine n'indique pas le domicile; 

13° Dans une localité inconnue appelée Très Villae. Enfin, 

14° A Narbonne. 

Ce voyage des Carmina de Sidoine a, comme bien on le 
pense, fort occupé les géographes; mais rien ne les a plus 
embarrassés que la cinquième station. Voici le texte : il n'y a 
pas de variantes notables dans les manuscrits : 

Tum terrant Gabalum salis nivosam 
Et quantum indigenae votunl putari 
Sublirnem in puteo videbis urbem. 

Littéralement : « Alors (après avoir franchi la Truyère), tu 
aborderas le pays assez neigeux des Gabales et, en tant que les 
indigènes veulent le faire croire, tu verras une ville très élevée 
dans un puits. » 

A ces vers qui n'ont pas de sens apparent, on a fait effort 
pour en trouver un. 

Du Gange a émis l'opinion que Sidoine n'avait pas voulu par- 
ler d'un puits, mais d'une montagne, puy. Du temps de ce 
grand homme, la grammaire et l'étymologie des langues 
romaines étaient dans l'enfance; il est certain aujourd'hui qu'il 



LE PUITS DU GÈVAUDÀN l29 

a fait erreur. Puy, montagne, du temps de Sidoine, se disait 
podium, provençal /??^e^, italien poggio. Le puits où Ton puise 
est un tout autre mot : c'est puteus, provençal polz^ italien 
pozzo. Ce qui se comprend mal, c'est que cette erreur ait été 
reprise et aggravée en 1878 par l'inspecteur général Eugène 
Baret, dans son édition de Sidoine, autrefois critiquée, pour 
bien d'autres manquements, par M. Emile Châtelain'. « L'au- 
teur, écrit Baret, joue sur le double sens du mot puteiis ». 
Et il qualifie à'inepte la traduction de Grégoire et Colombet : 
« Ici, comme les indigènes le veulent faire accroire, tu verras 
dans un puits une ville magnifique )). Dans cette traduction, le 
mot magnifique rend mal subtimis ; mais elle est bien préférable 
à celle de Baret lui-même, publiée en 1887 dans la collection 
Nisard : « Tu verras une ville située sur le sommet d'un puy, si 
l'on en croit les habitants ». On conçoit, à la rigueur, que les 
indigènes du Gévaudan aient voulu faire croire aux voyageurs 
qu'à défaut de belles villes sur leur plateau neigeux ils en possé- 
daient une au fond d'un puits ; mais où serait la justification 
du scepticisme et de la raillerie de Sidoine s'il s'était agi d'une 
ville au sommet d'une montagne ? Je n'insiste pas d'ailleurs sur 
l'impossibilité absolue de traduire le moi puteiis par puy. 

Ces contre-sens sont autant de pas en arrière ; Baret eut des 
prédécesseurs plus éclairés. Ainsi Caix, écrivant à Marvejols 
en 1826, voulait identifier la ville dont parle Sidoine à Maizieu : 
« Elle est, dit-il, dans un vallon assez agréable et assez profond, 
renfermé entre des montagnes de tous les côtés »'. Il pensait 
donc que Sidoine avait plaisanté : le plateau du Gévaudan étant 
situé à une grande altitude — environ 1.000 mètres — une 
ville entourée de montagnes pouvait être dite à la fois très 
élevée et dans un puits'. Pour confirmer cette opinion, on pour- 



1. Ke\)uè critique, 1870, I, p. 298. 

2. Mém. de la Soc. des Antiquaires, VII, p. 100. Walckenaer, en 1815, avait 
fait valoir le même argument pour placer la ville des Gahales à Antérieur 
(Mém. de la Soc. des Antiq., V^ p. 400). 

3. Aufeiner AnhOhe ineinemtiefen Bergkessel (Forbiger, Geogr., III, p. 166). 

V« SÉRIE. T. Tlf. 9 



130 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

rait citer aujourd'hui un passage remarquable d'un voyage 
dans l'Amérique du Sud par James Bryce, publié en 1912'; il 
s'agit de la ville de La Paz : « Être enfermé entre deux chaînes 
élevées et deux déserts, vivre au fond d'un trou et cependant 
presque au niveau du sommet des Montagnes Rocheuses et de la 
Jungfrau, sont des conditions étranges pour un lieu habité )). 

Lorsque le hasard me fit rencontrer ce passage, il y a trois ans, 
je crus un moment y avoir trouvé l'explication définitive du 
texte de Sidoine ; mais j'ai bientôt reconnu qu'il restait inexpli- 
cable. 

Que l'on identifie la ville en question — qui n'est pas néces- 
sairement le chef-lieu des Gabales — à Javols, à Malzieu, à 
Antérieux, à Mende ou à toute autre localité de cette région*, il 
est sûr qu'aucune d'elles ne présente un aspect qui justifierait, 
même de loin, les lignes de Sidoine. Aucune d'elles n'est, 
comme La Paz, dans un trou; une ville n'est ni dans un trou 
ni dans un puits parce que des collines, d'une ou deux centaines 
de mètres de hauteur, en bornent l'horizon. Mais il y a plus. Si 
Sidoine avait voulu dire que la ville des Gabales est à la fois 
très élevée [sublimis) et dans un puits, il aurait parlé ainsi en 
son nom, comme l'a fait Bryce pour La Paz; il se serait exprimé 
en observateur ami de l'antithèse, mais n'aurait pas mis en 
cause la véracité des habitants. Or, le vers précédent, quantum 
indigenae votu?ii putari, est aussi clair que le suivant est obscur : 
Sidoine dénonce et réfute une opinion d'autrui à laquelle il 
n'ajoute pas créance et qu'il ne précise pas, sans doute parce 
que ses lecteurs gallo-romains devaient le comprendre à demi- 
mot^ 

On pourrait être tenté de chercher une explication dans le 

1. Cf. The Athenaeum, 1912, II, p. 370. 

2. Cf. Cari Muller dans son éd. de Ptoléaiée (Didot), t. I, p. 206. 

3. Racontanl à Heronius, en 467, son voyage à Rome {Epist. 17), Sidoine 
écrit qu'en atteignant le Pô il s'est amusé (nst) des sœurs de Phaèton « et des 
larmes prétendues du métal arborescent », c'est-à-dire de la fable de l'ambre, 
larmes des sœurs de Phaéton transformées en peupliers. On voit que son 
ironie pédante s'exerçait même en voyage. 



LE PUITS DU GÉVAUDAN 131 

nom même de la ville, Anderitum. Le préfixe ande, fréquent 
dans les noms géographiques en Gaule (Andecavi^ Andematun- 
num, etc.), a un sens admiratif ou majoratif, répondant, à la 
rigueur, à celui de suhlimis. Mais ritum signifie « passage » et 
n'a jamais signifié « puits » ; alors même qu'on voudrait sou- 
tenir que l'idée de passage implique celle d'ouverture et qu'un 
puits est une ouverture, il resterait que Sidoine ne parle pas 
d'une ville qui se nommerait sublimis puteus, mais d'une ville 
sublimis dans un puits, in puteo. Enfin, si l'on s'obstinait à 
chercher une solution de ce côté, il faudrait changer, au vers 
précédent, putari en vocari. Tout cela est impossible. Même en 
abandonnant tout espoir d'y voir clair, on doit s'en tenir à notre 
double constatation : Sidoine marque une croyance qu'il ne 
partage pas, mais que les indigènes cherchent à faire admettre 
des voyageurs ; il a opposé, par antithèse, sublimis à puteus, ce 
qui exclut toute interprétation de sublimis au sens figuré. 

Guidé par l'assurance que Sidoine vise une hâblerie locale, 
un prétendu privilège d'un pays aussi mal partagé d'ailleurs 
que le Gévaudan, je prends sublimis au sens primitif, celui de 
(( céleste », je corrige uribem en orbem, ce qui n'implique qu'une 
erreur d écriture insignifiante, et je traduis librement ainsi : 
« Alors tu verras le pays neigeux des Gabales ; tu verras aussi 
— du moins les indigènes voudront te le faire accroire — le 
globe céleste dans un puits ». 

Sublimis orbis peut désigner l'un ou l'autre des globes 
célestes, le soleil ou la lune; je pense qu'il s'agit de la lune, 
comme dans le Roman de Renart et la fable de La Fontaine 
(XI, 6) : 

... Un soir il aperçut 
La lune au fond d'un puits : l'orbiculaire image 
Lui parut un ample fromage. 

La Fontaine croit, ou fait semblant de croire, que la lune 
peut être vue au fond d'un puits par un renard de nos pays, 
gascon ou normand. Kn réalité, ce phénomène ne se produit 
jamais en France. « On peut, m'écrit un astronome, voir la 



l32 REVUE ARCHÉOLOGIOUË 

lune par réflexion au fond d'un puits seulement si elle passe au 
zénith ou très près du zénith, surtout si l'eau est à 30 mètres 
de profondeur; mais, dans nos climats, la lune ne passe 
jamais au zénith. Gela ne peut arriver que dans la zone torride, 
un peu élargie cependant. De même pour le soleil, qui ne 
passe au zénith que dans la zone torride. C'est ainsi qu'Eratos- 
thènes observait le soleil au zénith à Syène en Egypte, à l'aide 
de son image réfléchie dans les puits. » 

Sidoine a donc eu raison, si j'ai raison moi-même en l'in- 
terprétant, d'être sceptique. Les Gabales prétendent posséder 
un puits — sans doute un puits sacré — où la lune se mire; ce 
serait là, en effet, une grande curiosité, bien digne d'être 
montrée aux voyageurs. Plus d'un sans doute, allant de Cler- 
mont à Narbonne, s'y était laissé prendre, comme Pausanias, 
pour ne citer que cet exemple, passant la soirée sur les bords 
de la rivière voisine de Clitor, en Arcadie, afin d'y entendre 
chanter les poissons, qui ne chantèrent point ce soir-là*. 
Sidoine sait que ses lecteurs sont au courant de cette histoire 
du puits des Gabales; il y fait allusion pour les divertir. 

Évidemment, les Gabales n'avaient jamais vu la lune dans 
un puits ; mais il a dû exister dans leur pays, qui a vu éclore 
bien d'autres légendes ^ une légende à ce sujet. Cette légende 
devait même être répandue, puisqu'on en trouve l'écho dans le 
Homan de Heiiart. Ce qui est certain, c'est qu'elle n'était pas 
isolée dans le folklore. « L'ancien proverbe : Montrer la lune au 
puils, dans le sens d en faire accroire, écrit Sébillot^ est vrai- 
semblablement fondé sur une allusion à un conte qui figure 
dans diverses versions du Roman de Renari et que les écrivains 
qui l'ont mis en œuvre avaient probablement trouvé dans la 
tradition populaire. Le renard amène le loup au bord d'un 



1, Pausanias, Vîli, 21. 

2; Grégoire de Tours parle d'un lac sacré du Gévàudan où la poj^ulatioû 
jetait chaque année des offrandes (Gt'or. conf., 2). Cf. Longnon, Géoqr. de la 
Gaule, p. 528. 

3. Sébillot, Lg folklore de France, t. II, p. 326. 



LE PUITS DU GÉVAUDAN 133 

puits et, lui montrant au fond Fimage de la lune, lui fait 
accroire que c'est un fromage ». Le même auteur nous 
apprend qu'au cap Sizun, où la lune passe pour projeter, 
après le coucher du soleil, un venin dans l'eau, on recouvre 
les puits d'un toit en pointe pour les préserver de cette mau- 
vaise influence. Il est souvent question de démons qui se logent 
dans les puits et essayent d'y entraîner les femmes et les 
enfants par l'apparence d'objets brillants qu'il font voir au 
fond *. Dans la mythologie Scandinave, Odin, qui serait le soleil, 
a caché son œil dans le puits de Mimir, qui serait le génie des 
eaux*. A Bethléem, suivant Grégoire de Tours, on montrait 
un puits oia la Vierge avait puisé de l'eau et où l'on disait que 
les personnes pures de cœur pouvaient contempler l'étoile des 
mages. « J'ai connu, dit Grégoire, quelques personnes qui 
affirmaient l'avoir vue* ». Le même fait a été allégué en 1180 
par Pierre Comestor, en 1211 par Gervais de Tilbury ; Dom Rui- 
nartditqu'on montrait encore le puits aux pèlerins de son temps. 
Quant à l'assimilation de l'image de la lune à un fromage 
blanc, ce n'est pas une plaisanterie de clerc*; elle se trouve 
déjà dans Raschi, rabbin de Troyes mort en 1105, et nous 
savons par Politès qu'elle appartient aussi à la mythologie 
populaire de la Grèce moderne*. A l'autre extrémité de l'Europe, 
un conte danois dit que la lune est un fromage fabriqué avec 
le lait de la Voie lactée. Il n'y aurait rien de surprenant qu'un 
conte analogue eût existé chez les Gabales, car il se trouve 
précisément que ce peuple était renommé pour la fabrication 
des fromages et qu'on les exportait, au i^' siècle, jusque sur le 
marché de Rome : laus caseo Romae^ dit Pline», ?iemausensi 
praecijjiiay Lesurae Gabalicique pagi . 



1. Sébillot, ibld., p. 310. 

2. Mogk, ap. Paul, Grundriss der german. Philol,, \, p. 1047. Le texte est 
dans l'Edda, Voluspa, 22. 

3. Gre^. Tur., De glor. conf.^ I. 

4. Cf. Sudre, Sources du Roman de Renart, p. 233. 

5. Cf. Roscher, Stlene^ p. 119. 
0. Pline,'Aa/. Hist., XLIf, 11. 



134 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Un savant à qui j'ai soumis mon hypothèse m'a fait observer 
que les Gabales, au dire de Strabon (IV, 2, 2), exploitaient des 
mines d'argent et m'a rappelé que la voûte étoilée peut se voir, 
en plein jour, du fond d'un puits de mine, ce que les anciens 
savaient déjà. Il se demandait si Sidoine n'aurait pas fait allu- 
sion à ce phénomène. Je ne puis admettre cela, pour deux rai- 
sons : 1° Si sublimis or bis peut, désigner un des globes célestes 
— encore n'en ai-je pas trouvé d'autre exemple — il me semble 
impossible d'entendre par là la voûte étoilée ; 2<^ s'il s'était agi 
de la voûte étoilée vue du fond d'un puits, c'eût été un fait de 
constatation facile, et Sidoine n'aurait pas écrit que les habi- 
tants voulaient s'en faire accroire en le relatant. Pourtant, 
l'existence de mines d'argent chez les Gabales peut avoir exercé 
quelque influence sur la légende du Puits de la lune, car l'ar- 
gent est le métal de la lune, comme l'or est celui du soleil, et 
puisque l'argent se trouve au sein de la terre, il a pu sembler 
aux Gabales que la lune, se mirant à certains jours dans l'eau 
d'un puits très profond, pouvait présider à la naissance du 
métal blanc. 

Salomon Reinach. 



BULLETIN MENSUEL DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 



SEANCE DU 1" OCTOBRE 1915 

M. Héron de Villefosse communique une note de M. le D' Carton, correspon- 
dant de l'Académie, sur une trouvaille de petits objets en cristal de roche pré- 
sentant un intérêt particulier à cause de la rareté de cette matière. Le plus 
curieux est une petite coupe supportée par des arcades reposant sur des 
colonnes cannelées; M. le D' Carton y voit un brûle-parfum, mais les dimen- 
sions et la matière semblent s'opposer à cette identification. On y remarque 
deux autres coupes dont l'une est décorée de poissons, d'un lion assis et d'un 
dauphin. Ces précieux objets ne sont plus en Tunisie et l'on ignore ce qu'ils 
sont devenus. — M. Babelon présente quelques observations. 

M. de Mély communique une note sur la tombe de Charlemagne à Aix-la- 
Chapelle. — MM. Maurice Prou et Durrieu présentent quelques observations. 

SÉANCE DU 8 OCTOBRE 19!5 

M. Maspero, secrétaire perpétuel, donne lecture d'une lettre de M. le Ministre 
de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, transmettant à l'Académie les 
remerciements que S. M. le roi d'Italie lui adresse, par l'intermédiaire de son 
ambassadeur en France, à propos de son élection en qualité d'associé étranger 
de l'Académie. — Il communique ensuite deux lettres annonçant la mort, sur 
le champ de bataille de Champagne, de M. André Foucart. 

M. Chavannes, président, dit que l'Académie tient à s'associer au deuil de 
M. Paul Foucart et informe l'Académie qu'un autre de ses membres, M. Paul 
Durrieu, a été frappé dans la personne de son beau-frère, M. le colonel 
Duchaussoy, qui a été tué en Champagne, à la tête de son régiment. 

M. Théodore Reinach fait une communication sur l'origine du nom grec des 
Scythes et de leur nom national, Scolotes, transmis par Hérodote. Il estime 
que le texte de l'historien a été altéré et qu'il n'y a jamais eu de roi, même 
légendaire, du nom de Scolotes. Hérodote faisait allusion à Scythes, fils d'Her- 
cule. 

M. Fougères rend compte des publications et des travaux de l'Ecole française 
d'Athènes pendant l'année 1914-1915. 

M. Salomon Reinach donne lecture d'un mémoire de M. Seymour de Ricci 
sur la jeunesse de Shakespeare. Depuis quelques années, les recherches faites 
dans les archives ont permis d'éliminer bien des légendes qui s'étaient créées 
autour de la vie du grand écrivain : rien ne prouve qu'il ait jamais été bracon- 
nier et poursuivi comme tel, ce qu'on répétait depuis le xvin* siècle ; toutefois, 



136 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

il reste avéré qu'en 1585 il abandonna femme et enfants pour aller chercher 
fortune à Londres ; le poète avait épousé, sans le consentement de ses parents, 
une femme plus âgée que lui de huit ans. 

SÉANCE DU 15 OCTOBRE 1915 

M. Chavannes, président, annonce la mort de M. Wolfgang Helbig, associé 
étranger de l'Académie, décédé à Rome le 5 octobre. 

M. Pottier communique quelques chapitres d'un livre sur l'histoire du dépar- 
tement des Antiquités orientales au Musée du Louvre. Il fait d'abord l'histo- 
rique des découvertes de Botta en Assyrie, de Saulcy et du duc de Luynes, 
de Renan et de Clermont-Ganneau en Phénicie et en Palestine, de Guillaume 
Rey et du marquis de Vogué dans l'île de Chypre, qui ont constitué les sections 
assyrienne, phénicienne, judaïque et chypriote. Il aborde ensuite la consti- 
tution du Musée chaldéen avec les fouilles de Sarzec et de Gros, celle du Musée 
élamite et perse avec les travaux de la mission Dieulafoy et de la mission de 
Morgan, du Musée ibérique avec les recherches en Espagne d'Arthur Engel et 
de Pierre Paris. Il montre ce qu'est devenu, en moins d'un siècle, un départe- 
ment qui, vers 1817, possédait un seul monument oriental et qui en compte plus 
de 30.000 aujourd'hui. — MM. Babelon, Clermont-Ganneau et Maspero présen- 
tent quelques observations. 

M. A. Moret, conservateur du Musée Guimet, communique l'interprétation 
d'une inscription hiéroglyphique récemment découverte. Elle provient d'un 
fonctionnaire du Moyen Empire thébain, qui raconte comment il a consti- 
tué une maison de commerce et une exploitation agricole avec ses ressources 
personnelles. Ce texte présente de l'intérêt pour l'histoire de la propriété en 
Egypte. — M. Maspero présente quelques observations. 

SÉANCE DU 22 OCTOBRE 1915 

M. Pottier achève sa communication sur l'histoire du département des Anti- 
quités orientales au Musée du Louvre. Il insiste sur les avantages multiples 
que présente, pour un musée, la voie des enrichissements par le moyen de 
fouilles scientifiques, plutôt que par des achats dans le commerce. — MM. Cuq, 
Babelon et Mgr Duchesne présentent quelques observations. 

M. Bernard Haussoullier étudie la guerre et la suspension des tribunaux 
dans la Grèce antique. Il montre combien la guerre a peu troublé la vie des 
tribunaux, à Athènes, où ils étaient pourtant si nombreux et où tous les citoyens 
devaient le service militaire de 18 à 60 ans. I! n'en allait pas de même dans 
d'autres cités, notamment à Delphes, où les tribunaux étaient fermés quand les 
deux tiers des citoyens servaient hors des frontières, et en Béotie où le cours 
de la justice fut si souvent et si longtemps interrompu dès la fin du nV siècle 
a. C. 

SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1915 

M. Durrieu signale un superbe missel romain qu'il a jadis étudié à la 
Bibliothèque de Munich. Ce missel, copié en Italie en 1374, renferme des 
peintures signées du miniaturiste Niccolo di Giacomo. M. Durrieu a découvert 



BULLETIN MENSUEL DE l'aGADÉMIE DES INSCRIPTIONS 137 

qu'en 1402 ce manuscrit se trouvait en France, chez le duc Jean de Berry, 
frère du roi Charles V. Puis il a reconnu que des armoiries du duc de Berry, 
qui se voient en lêle du texte, recouvraient un blason plus ancien, blason du 
premier possesseur pour qui le manuscrit fut enluminé. Enfin, grâce à une 
mention d'un des inventaires du duc de Berry, il a retrouvé le blason primitif, 
qui est celui de Pierre d'Estaing, archevêque de Bourges depuis 1367, cardinal 
en 1370 et mort en 1377. — M. Durrieu rappelle en outre que Dante a immor- 
talisé un miniaturiste de son temps, Oderisi da Gubbio; or, un des très rares 
documents d'archives où l'on trouve le nom d'Oderisi est relatif à des manus- 
crits que trois Français, étudiants à Bologne, firent expédier de Bologne à 
Paris en 1369. 

M. Omont donne lecture d'une étude sur les missions remplies en Orient, 
de 1840 à 1855, par Minoïde Mynas, chargé par Villemain, alors ministre de 
l'Instruction publique, de rechercher des manuscrits dans les couvents de 
Salonique, de Serrés, du mont Alhos et de Trébizonde. Les missions de Mynas, 
dont le nom reste attaché à la découverte des manuscrits des Fables de Babrius 
et du traité de la Gymnastique de Philostrate, eurent pour résultat Tenvoi de 
près de 200 manuscrits grecs à la Bibliothèque nationale. 

M. Moïse Schwab lit une note sur une coupe portant une inscription magique 
chaldéenne, de la collection de M. le D' Pozzi. 

SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1915 

M. Héron de Villefosse communique, de la part du lieutenant Louis Châte- 
lain, actuellement au Maroc, le texte d'une inscription latine découverte à Volu- 
bilis. Elle concerne un personnage appelé M(arcus) Valerius Severus, com- 
mandant des troupes auxiliaires envoyées contre Aedemon, alï'ranchi du roi 
Ptolémée. Aedemon avait soulevé la Maurétanie pour venger la mort de son 
maître, assassiné par ordre de Galigula. On savait seulement, par une phrase 
de Pline, que cette révolte avait eu lieu au commencement du règne de Claude. 
Le nouveau texte fait connaître le nom du vainqueur d'Aedemon, de celui qui 
rétablit le calme dans la province. A la suite d'une mission auprès de l'empe- 
reur Claude, M. Valerius Severus avait obtenu pour les habitants de Volubilis 
le droit de cité romaine, le connubium avec des femmes étrangères et une immu- 
nité temporaire pour les détenteurs de certains biens. Fils d'un indigène qui 
portait le nom punique de Bostar, il était devenu citoyen romain et était inscrit 
dans la tribu Galeria. 

M. Héron de Villefosse fait ensuite connaître, de la part de M. H. Rouzaud, 
le texte d'une épitaphe récemment extraite du mur de l'hôlel de ville de Nar- 
bonne et concernant un négociant romain de cette localité. 

M. Paul Durrieu termine sa communication sur le Missel du cardinal d'Es- 
taing. 

SÉANCE DU 12 NOVEMBRE 1915 

M. Edouard Chavannes, président, annonce la mort de M. Valois, membre 
ordinaire de l'Académie depuis 1902, décédé le 11 novembre. 

La séance est levée eu signe de deuil. 



138 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

SÉANCE DU 26 NOVEMBRE 1915 

M. Edouard Chavannes, président, retrace brièvement la vie et les œuvres 
de M. Noël Valois, membre ordinaire de PAcadémie. Il annonce ensuite la mort 
de M. Michel Bréal, membre ordinaire de l'Académie depuis 1875, décédé le 
25 novembre. 

La séance est levée en signe de deuil. 

SÉANCE DU 3 DÉCEMBRE 1915 

M. JuUian communique les résultats des travaux de M. Commont, directeur 
d'école à Saint-Acheul. Avec l'aide de la municipalité d'Amiens et de M. Piquet, 
sénateur et maire, il a mis au jour un puits gallo-romain de dimensions inusi- 
tées (8 m. 50 d'ouverture et 37 de profondeur). 

M. Collignon lit un travail sur l'emplacement du hiéron de Cécrops à l'Acro- 
pole d'Athènes. Les inscriptions relatives aux travaux de TErechtheion le 
signalent dans le voisinage immédiat du portique des Corés. Les travaux de 
la Société archéologique d'Athènes pour la restauration de l'Erechtheion ont 
permis d'arriver à plus de précision. Certaines particularités de construction 
dans le mur ouest témoignent que l'architecte du temple avait subi la nécessité 
de respecter un petit monument qu'il ne pouvait ni détruire ni déplacer. C'était, 
selon toute vraisemblance, un tombeau ancien datant de l'époque mycénienne, 
et que la tradition identifiait avec la sépulture de Cécrops, le premier roi légen- 
daire d'Athènes. Le nom de Cécropion désignait à la fois le tombeau et une 
enceinte consacrée, limitée d'un côté par le Pandroseion et de l'autre par le 
soubassement de l'Hécatompédon. 

M. Héron de Villefosse entretient l'Académie des fouilles que son correspon- 
dant, leR. P. Delattre, poursuit dans une vaste basilique chrétienne, qui ne 
comportait pas moins de sept nefs. Il est problable qu'il est sur l'emplacement 
d'une des basiliques de saint Cyprien, celle dont parle Procope, qui avait été 
occupée par les Vandales. Les noms relevés sur certaines épitaphes tendraient 
à le faire croire. Dans le sous-sol il a rencontré quelques inscriptions païennes: 
l'une d'elles, qui a un caractère votif, mentionne un temple de la Sécurité et 
permet de croire que la basilique chrétienne fut construite sur l'emplacement 
de ce temple païen. 

M. George Foucart, directeur de l'Institut français d'archéologie orientale 
du Caire, lit une note sur les travaux et publications de cet institut durant 
l'année 1915 et les projets que l'on essaiera de réahser en 1916, dans la 
mesure oij le permettront les événements. 

{Revue critique.) Léon Dorez. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 



MICHEL BRÉAL 

Né en 1832 à Landau, de parents français, Michel 
Bréal est mort à Paris, le 25 novembre 1915, dans 
sa quatre-vingt quatrième année. Alourdi par l'âge 
et marchant avec peine, il avait renoncé, depuis dix 
ans, à ses chaires du Collège de France et de l'École 
des Hautes-Études en faveur de son brillant élève 
M. Maillet: mais il restait, du moins en titre, secré- 
taire de la Société de Linguistique, fondée en 1864, 
dont il était déjà secrétaire, avec Bergaigne comme 
adjoint, en 1868. Tant que sa santé lui permit de 
sortir, Bréal ne manqua pas une séance. Déjà vieux, 

il m'écrivait un jour : «Impossible d'aller à votre conférence, ce que je regrette; 

mais il y a Soc. de Ling., chose sacrée. » 




I 

Après avoir fait ses premières études à Wissembourg et à Metz, Bréal 
entra au lycée Louis-le-Grand pour se préparer à l'École Normale. Il y fut 
admis, avec Perrot, Benoist, Goumy et Wescher, en 1852. J'ai déjà raconté 
ici* comment il manqua n'y point entrer. On était alors en pleine réaction. 
Quelques semaines avant le concours, Perrot et Bréal, s'étonnant de ne point 
recevoir de lettre de convocation, allèrent aux renseignements; ils apprirent 
q;je l'Université « ne désirait passe recruter parmi les protestants et les juifs » 
(Bréal était Israélite, et Perrot protestant). Heureusement, Bréal avait un protec- 
teur qui alla trouver le ministre Fould, Israélite lui-même, dont le Prince Prési- 
dent était l'obligé; Fould intervint d'urgence et fit envoyer des lettres aux 
candidats. Sans lui, l'Université de France et la science française eussent été 
privées d'un Perrot et d'un Bréal. 

L'École Normale, jusqu'au ministère de Duruy, resta suspecte au pouvoir ; 
Bréal n'avait pas conservé que des souvenirs agréables du séjour qu'il y fit et 
de l'enseignement qu'il y reçut. 

3 avril 1909 : « Je ne cesse de me mettre en rage contre ceux qui, vera 1851, 
ont prétendu discipliner l'Université et « réprimer les curiof^ilés intliscrètes. » 
C'est sur mon année à l'École Normale, sur celle de Perrol et dHt'Uz«y, que le 
système a été inauguré. Le résultat, vous le connaissez. Une certaine entente de 



1. Rev. archéol., 1914, II, p. 122. 



140 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

l'art d'écrire, c'est tout ce qu'on voulait nous laisser. 11 fallait être d'une foi 
résistante, comme Fustel de Goulanges, pour survivre à, un tel régime. On ne 
saura jamais au juste les forces qui se sont perdues, » 

12 janvier 1881 : « Je n'ai jamais pu lire deux pages de suite d'une grammaire 
dogmatique. La grandeur de Darwin est d'avoir apporté l'histoire dans la zoolo' 
gie et dans la botanique. Une des choses qui rendaient l'étude d'une sécheresse 
rebutante au temps de ma jeunesse, c'est que le professeur s'appliquait à con- 
vaincre ses élèves que tout était trouvé et quil était bien permis d'apprendre, 
mais défendu de chercher. C'est la même idée qui a régné chez les Orientaux et 
qui donne à leur philosophie et à leur poésie un fond de tristesse et de décou- 
ragement. » 

Un caprice du ministre Forloul fit cependant que Bréal apprit à l'École l'exis- 
tence d'une science qui s'appelait la grammaire comparée. 

« En 1852, une chaire de grammaire comparée fut érigée à la Sorbonne. 
C'était une science d'origine allemande, dont le ministre d'alors, M. Fortoul, 
avait vaguement entendu parler. Qui pouvait-on prendre pour l'enseigner? La 
chose n'était pas douteuse. N'avait-on pas M. Hase, helléniste illustre, grammai- 
rien émioent, qui résumait en lui toute la science allemande? On avait oublié 
une seule chose : c'est que la grammaire comparée avait été créée longtemps 
après que M. Hase eut quitté l'Allemagne et que celui-ci, occupé d'autres études, 
n'avait probablement jamais lu les ouvrages où elle était exposée. M. Hase se 
soumit à la décision du ministre : il commença à soixante-douze ans un ensei- 
gnement nouveau, ou portant un titre nouveau, et dans un cours qui ne man- 
quait ni d'intérêt ni de charme, il apprit à ses auditeurs beaucoup d'excellentes 
choses, philologie, épigraphie, paléographie, qui ne sont pas absolument étran- 
gères à la grammaire comparée. » 

J'extrais ces lignes d'un joli article de Bréal sur la jeunesse de Hase*. En 
1913, je mis la main sur un résumé, écrit par Diibner, des volumineux 
mémoires manuscrits de Hase (qui ont disparu) et je communiquai à Bréal 
quelques lignes qui le concernaient — je les donnerai plus loin. Bréal me 
répondit : 

« Ce bon M. Hase! Comme il a dû se moquer de nous, avec cet air naïf qui 
répondait si bien à l'idée qu'on se faisait des bons Allemandsl 

Mais comme il a dû souffrir aussi en voyant méconnues et méprisées toutes les 
belles choses qu'il avait apprises à Gœttingne et qu'il enseignait à un auditoire 
indifférent ! 

Et tout de même il ne les a pas enseignées en vain, puisque son goût de la 
philologie s'est retrouvé en moi et qu'il s'est retrouvé ensuite chez vous et chez 
beaucoup d'autres 

Tout de même, si l'on pense à l'École d'Athènes, à celles de Rome, d'Alger, de 
Hanoi, nous pouvons soutenir la comparaison. Je vois venir le temps où les étu- 
diants de Gœttingue viendront se perfectionnera Paris. » 

Ce « bon M. Hase » était un vilain bonhomme, cynique, égoïste, bas adu- 
lateur ; mais il est certain qu'il a joué un rôle important dans l'histoire de 



1. Revue des deux Mondes, 15 mars 1883, p. 366. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES EÎ CORRESPONDANCE 141 

la philologie française en y maintenant la tradition des études grecques et en 
ramenant de Goettingue à la Sorbonne « notre ancienne science française, qui 
est devenue la science allemande*. » On sait qu'arrivé tout jeune à Paris et 
protégé par Villoison, il avait été précepteur des fils de la reine Hortense; 
d'abord employé, puis conservateur à la Bibliothèque, il devint professeur à la 
Sorbonne en 1852 et le resta jusqu'à sa mort (1864). 

Les Normaliens de 1852 ne pouvaient pas passer l'agrégation à la fin de la 
troisième année d'École ; ils devaient d'abord faire un stage dans l'enseigne- 
ment. Ce stage accompli, Bréal fut reçu agrégé (1857) et partit pour l'Alle- 
magne, afin d'apprendre le sanscrit, le zend et la grammaire comparée à 
l'école de Bopp et de Weber. Entre autres savants d'avenir, il connut à Berlin 
Sophus Bugge; voici un extrait d'une lettre oùil parle de lui (11 juillet 1907) : 

« J'apprends par votre lettre le départ de mon vieux compagnon d'études, 
mon commililo de 1858, Sophus Bugge, pour qui j'avais un véritable respect 
depuis le jour oùil nous est arrivé au cours de M. Albrecht Weber, déjà précédé 
d'une réputation de philologue. Il était de deux ou trois ans plus jeune que moi. 
Il avait déjà publié des articles osques et ombriens dans le Journal de Kuhn. 
Pour un élève frais émoulu de la rue d'Ulm, nourri de la bonne direction de 
M. Nisard et de M. Jacquinet, c'était prodigieux! Mais il n'y avait pas de bluff. 
11 avait rétincelle qui faille savant. Aussi a-t-il toujours choisi les tâches diffi- 
ciles... Le caractère était à la hauteur de l'intelligence. Gaston Paris, qui l'avait 
vu à Christiania, en avait été frappé. Il nous a raconté plusieurs fois comment 
il avait été reçu par lui et comment il l'avait vu pleurer en parlant des désastres 
de la France. Le voilà disparu, lui aussi! Ascoli, G. Paris, Bugge, les avertisse- 
ments se succèdent en se rapprochaut. Ma consolation est de penser que je lais- 
serai, pour défendre à l'occasion ma mémoire, un ami comme vous... » 

Revenu à Paris, Bréal publia un article sur les livres sacrés de la Perse, 
sujet qu'il ne perdit jamais de vue et dont il inspira le goût à son élève James 
Darmesteter, maintenant ainsi, dans la science française, la tradition d'Anque- 
til-Duperron et de Burnouf. 

27 décembre 1893 : « Le morceau « sur la composition des livres zends » a paru 
dans le Journal asiatique de 1862. C'a été mon premier travail. Si, comme je le 
suppose, vous rendez compte du livre de Darmesteter, prenez garde, n'allez pas 
trop loin à sa suite! Il a été obligé de dire que tout était moderne. C'est une 
exagération. Je vais traiter cette question dans le Journal des Savants. » 

Le 18 mars 1863, Bréal fut reçu docteur avec deux thèses, l'une sur Hercule 
et Cacus, l'autre sur les noms perses chez les écrivains grecs (De Persicis nomi- 
nibus apud scriptores grœcos). Voici la note que Hase, un de ses juges, écrivit 
le soir de la soutenance ; je la donne comme spécimen de cet abrégé de 
m.émoires rédigés en grec *. 

1. Bréal, lettre du 3 avrit 1909. 

2. Il est impossible de publier intégralement ces extraits à cause de leur basse 
obscénité. Ils sont de la maiu de DUbner, élève préféré de Hase, qui parait sur- 
tout avoir copié les passages scabreux et malveillants. — Sur la fausseté et l'in- 
gratitude de Duboer, inspiré des mômes principes que son maître, voir les détails 
donués par D. iNi^ard, Souvenirs biographiques^ t. Il, p, 14 et suiv. 



142 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

18 Mars 1863. 'EÇÉTadi; toO SoxTopl^ovxo; Bréal. Ilaprjarav Leclerc, Wallon, 
Egger, Patin, Himly. Ka\ ï6r\^oi., çeO, àvà xpàro;. *0 Egger ax^ooy àvuTcoGpopyjxo;. 
Ilaprjdav 6è wç ôeaxat Renan, Stanislas JuUien, Adolphe Régnier. 'EXcixcoÇa ôà 
açoSpûç jjSTa^ù Ttbv èÇeTacrecav. 

II 

Bréal était alors employé à la Bibliothèque impériale. L'année suivante, Hase 
étant mort, la chaire de grammaire comparée fut transférée de la Sorbonne au 
Collège de France; Bréal fut chargé de cet enseignement à titre provisoire, puis 
titularisé en 1866. 

Cette année même, il commença à prendre une part active à la rédaction de 
la Revue critiqué, où il a écrit un grand nombre d'articles de philologie indo- 
européenne et dont il fut, de 1872 à 1878; un des directeurs. 

En 1868, lors de la création de l'École des Hautes-Études par Duruy, Bréal 
devint un des directeurs de la section de philologie et d'histoire. Il travaillait 
alors à son ouvrage le plus considérable, la traduction de la Grammaire comparée 
de Bopp (1867-1872), augmentée de remarquables introductions. On est d'accord 
pour reconnaître que Bréal a fort amélioré son modèle ; dans la mesure res- 
treinte où Bopp est encore cité, c'est à l'édition française que l'on renvoie. 

L'influence de l'exégèse mythologique de Kuhn et de Max Mùller avait ins- 
piré la thèse française de Bréal ; elle n'est pas moins dominante dans son long 
mémoire sur le mythe d'OEdipe, publié dans la Revue archéologique de 1863. 
Cet écrit, comme la thèse sur Hercule et Gacus, est rempli de choses excel- 
lentes qu'on aurait tort d'oublier; mais Bréal reconnut bientôt lui-même com- 
bien le système Kuhn-Muller était outré. Il n'aimait pas beaucoup qu'on lui 
parlât de ces œuvres de jeunesse et je ne sais à quel moment précis il revint 
de ses erreurs ; toujours est-il qu'il se garda d'y retomber. Un service qu'il 
rendit à la science française, par ces deux écrits, fut de décréditer le symbo- 
lisme de Creuzer. Ce n'est donc pas sans surprise qu'on a dû lire dans le 
TempSy au lendemain de la mort de Bréal : « Dans ses premiers essais appa- 
raît rinfluence du professeur Kreuzer {sic), dont le regretté Guigniaut tradui- 
sait alors, très patiemment, l'obscure Symbolique. » C'est exactement le contre- 
pied de la vérité. Le Max-muUérisme a été tué par H. Gaidoz et A. Lang; mais 
c'est Bréal, en France du moins, qui tua le Creuzérisme, et il faut lui en savoir 
quelque gré, bien qu'il l'ait abattu aux pieds d'une idole qui n'était pas plus 
solide et s'est maintenue debout encore moins longtemps. 

Après la guerre de 1870-1871, Bréal, sans négliger la linguistique, s'occupa 
beaucoup de questions d'enseignement; son petit livre. Quelques mots sur ^ins- 
truction publique en France (1872), fut très lu et exerça une influence considé- 
rable sur les réformes alors en cours. Son activité philologique se portait de 
préférence sur les dialectes de l'Italie ancienne; il publia, en 1875, un ouvrage 
important. Les tables Eugubines (texte, traduction et commentaire), qui con- 
tinue à faire autorité et lui valut le titre inattendu de v citoyen d'honneur de 
Gubbio. » Bréal n'a jamais cessé de se tenir au courant des découvertes épigra- 
phiques relatives aux parlers anciens de la péninsule et leur a consacré de nom- 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 143 

breux mémoires*; lors de la publication du grand ouvrage de Corssen sur la 
langue étrusque, il fut le premier à démontrer la fragilité d'une méthode d'in- 
terprétation qui faisait de l'étrusque « du latin mal prononcé » «. Élu membre 
de l'Académie des Inscriptions en 1875, à la place de Brunet de Presle, il 
publia, deux ans après, les Mélanges de mythologie et de linguistique, précieux 
recueil de ses travaux les plus importants • ; on doit regretter qu'il n'ait pas 
donné d'autres volumes de Mélanges, car la dispersion de ses écrits est extrême 
et il faut avoir sous la main un très grand nombre de brochures, de Mélanges 
un tel et de périodiques * pour y recueillir l'expression, toujours élégante et 
spirituelle, de ses idées. Sa correspondance ne mériterait pas moins d'être 
recueillie, et, sinon imprimée de notre temps — car il écrivait avec beaucoup 
de franchise — du moins mise en lieu sûr pour l'instruction et l'agrément 
de l'avenir. 

III 

Bréal ne ménageait pas sa peine quand il s'agissait de créer ou de déve- 
lopper des institutions utiles, de rendre service à des débutants, d'instruire la 
jeunesse des Ecoles ou le corps enseignant à tous les degrés. 11 fut un des fon- 
dateurs de la Société de l'enseignement secondaire (1879), de VÉcole alsacienne 
et du Collège Sévigné (enseignement secondaire des jeunes filles), où il me fit 
confier, en 1885, une chaire de l'histoire de l'art. Allié, par son mariage, à des 
banquiers opulents, il sut user de son crédit auprès d'eux dans l'intérêt des 
desseins élevés qu'il poursuivait. 

Parmi ses nombreux élèves, nul ne lui fut plus cher que James Darmesteter, 
dont la courte et rayonnante carrière a été retracée par lui avec émotion ^. 
MM. Meillet, Sylvain Lévi, l'auteur de ces lignes et bien d'autres encore ont 
éprouvé les effets de sa bienveillance, autant que la libéralité de son savoir. En 



1. Le chant des Arvales, la table de Bantia (Afém. Soc. ling., t. IV) ; trois ins- 
criptions italiennes, 1876; inscriptions péligniennes, 1877; la plus ancienne 
inscription latine, 1882, etc. Il s'occupa aussi, à plusieurs reprises, de textes grecs 
dialectaux : déchiffrement des inscriptions chypriotes, 1877; texte de loi de Crète, 
1878 ; inscription de Naupacte, 1879. 

2. Revue critique, 1874, II, p. 321 ; 1876, I, p. 81. 

3. Hercule et Cacus ; le mylhe d'OEdipe ; la géographie de l'Avesta ; la légende 
du Brahmane converti par Zoroastre ; la composition des livres zeuds ; la 
méthode comparative appliquée à l'étude des langues; la forme et la fonction des 
mots; les progrès de la grammaire comparée; les idées latentes du langage; 
quelle place doit tenir la grammaire comparée dans l'enseignement classique ; 
l'enseignement de la langue française; les racines indo-européennes. 

4. Journal des Savants. Journal Asiatique, Revue critique, Revue archéologique, 
Mélanges de Rome, Mémoires et Bulletin de la Société de Linguistique, Comptes- 
rendus de l'Académie des Inscriptions, Revue des Deux-Mondes, Revue de Paris, 
Revue Bleue, Revue du Palais, etc. Il écrivit aussi au Temps, aux Débats et dans 
d'autres journaux. Sa bibliographie complète (à moins qu'il n'en ait laissé les 
éléments) ne sera pas facil<; à dresser. 

5. L'œuvre sciunlifique de James Darmesteter, dans V Annuaire de C École des 
llautes^Eludes, 1895. 



144 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

1879, pendant que j'étais à l'Ecole Normale, Bréal obtint du directeur, Ernest 
Bersot, l'autorisation de faire, à litre gracieux, une douzaine de leçons sur la 
phonétique indo-européenne. Comme chef de section, j'avais mission de les 
rédiger, de recevoir le professeur à la porte de l'Ecole et de l'y reconduire. 
C'était une occasion de causer; je ne la perdis point. L'amitié de Bréal ne m'a 
jamais fait défaut pendant trente-cinq ans. En 1880, il annonça mon Manuel de 
Philologie dans la Revue critique, avec une indulgence tempérée de quelque 
ironie, mais qui me parut d'autant plus encourageante que Charles Graux, 
moins aimable, avait fait suivre l'article de Bréal d'un « éreintement ». Long- 
temps après, quand parut son livre sur Homère, Bréal me rappela son article de 

1880, en me demandant de le critiquer à mon tour. Il voulut, vers 1886, me 
faire confier, à l'Ecole des Hautes-Études, une conférence d'Introduction à la 
philologie, projet très raisonnable que l'opposition de Tournier fit échouer, 
non qu'il me fût hostile, mais parce qu'il condamnait, chez les philologues, 
toute prétention au savoir encyclopédique. Je ne suis plus candidat, mais je 
continue à croire que cet enseignement fait défaut à Pariset qu'il devrait y être 
institué, non moins que celui de l'histoire générale de l'art. 

A la différence de son maître Hase, Bréal n'était pas prodigue de compli- 
ments et, comme il avait l'esprit caustique, il mêlait volontiers un grain de 
poivre à ses éloges. J'en pourrais tirer des exemples amusants de ses articles 
imprimés; j'aime mieux recourir à sa correspondance, fût-ce à mes dépens. 

12 janvier 1881 : « Vos étymologies me démontrent qu'une étude prolongée et 
sérieuse de la phonétique vous fera le plus grand bien. La phonétique ne s'em- 
porte pas d'as?aut... C'est là le côté dangereux de ce panorama de cours qu'on 
fait défiler devant les élèves de lÉcole Normale. Ils croient avoir vu les pays 
étrangers, quand ils n'ont vu qu'une toile bien éclairée pendant un instant sous 
un verre grossissant. » 

Je venais de lui envoyer Alluvions et cavernes, sujet qui ne l'intéressait 
guère : 

11 août 1889 : « Je ne vous comparerai pas à l'autruche qui avale des cailloux et 
digère des ressorts de montre : la comparaison serait peu obligeante. Mais la 
chimie moderne fait de la vanille et du sucre avec des substances inorganiques ; 
ainsi vous transformez les bâtons et les silex en une sorte de philologie •, » 

Je lui annonçais ma candidature à l'Académie : 

Octobre 1895 : « La « masse de vos travaux » doit être diminuée de quelques 
étymologies, qui peuvent compter comme contre-poids. » 

Répondant à une question, je lui avais proposé un schéma de je ne sais 
quoi : 

20 novembre 1895 : « Les schémas (quel mot!) étant généralement destinés à 
obscurcir ce qui est simple et clair, le vôtre ne laisse rien à désirer. » 



1. Critique très juste d'un livre qui a les allures d'un manuel d'antiquités 
gréco-romaine?, alors qu'il s'agit de choses toutes différentes —comme les pre- 
miers vapeurs conservèrent la silhouette des voiliers. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES Et CORRESPONDANCE 145 

Une fois de plus j'avais hasardé des étymologies : 

2 février 1903 : « Je vous trouve étonnant. SI vous étiez bon étymologiste, que 
vous manquerait-il donc? » 

Quand la critique s'exprime avec tant de grâce, quel balourd pourrait s'en 
offenser? 

En 1879, Bréal fut nommé inspecteur de l'enseignement supérieur, emploi 
qui fut supprimé avec raison quelque temps après. Il fit des voyages fatigants 
et alla entendre des leçons dans diverses Facultés. Je m'imagine qu'il dut alors 
prodiguer les « très bien >. à la manière de Hase et garder son opinion pour 
lui. Mais revenons à son activité philologique qui, vers cette époque, allait entrer 
dans une nouvelle voie. 

IV 

Bréal était un linguiste philosophe; l'étymologie ne lui semblait pas, 
comme à Pott, l'objet suprême de la science des langues. De bonne heure, 
comme le prouvent ses essais Delà forme et de la fonction des mois (1866), Les 
idées latentes du langage (1868), il prouva qu'il attachait autant et plus d'im- 
portance aux sens qu'aux sons. Lorsque l'édifice construit par Bopp commença 
d'être battu en brêclie et que la phonétique, grâce à Saussure (1879), entra 
dans une voie plus étroite et plus hérissée, Bréal, sans cesser de la cultiver 
— car il la considérait comme un garde-fou indispensable — s'appliqua de pré- 
férence à l'étude de l'évolution des sens, branche de la philosophie du langage 
créée par Reisig (1839) sous le nom rébarbatif de sémasiologie. Bréal y subs- 
titua le joli mot de sémantique, qui a fait fortune, et écrivit sur cette science un 
livre charmant (1897 ; 5« éd., 1915). Arsène Darmesteter avait déjà traité de la 
« vie des mots » ; mais cette conception des mots vivants recelait une trace de 
mysticisme qui répugnait à l'esprit cartésien de Bréal, imbu des traditions du 
xvru* siècle et plus voisin de Gondillac que des frères Grimm. Il regrettait 
un jour, traitant de la loi d'i Grimm, « le grain de mysticisme que l'auteur de 
la Deutsche Grammatik portait en toutes ses recherches. » Écartant les idées 
germaniques sur le développement spontané des langues et des mots, Bréal 
insista, au contraire, sur le rôle conscient de l'homme, pliant la langue à 
l'expression de ses pensées, ainsi que sur les influences sociales, l'école, la 
littérature, le langage des classes dirigeantes*. Profondément pensé, admira- 
blement écrit, ce livre contient déjà en germe VHomère de Bréal : c'est une 
réaction contre toutes les théories de 1' « inconscient ». 

S'amusant de la sémantique, comme d'un enfant de sa vieillesse commen- 
çante, Bréal écrivit beaucoup de petits articles pour en appliquer les principes : 

•< Vous qui lisez tout, lisez-vous la Revue Bleue? J'y fais des Variétés philolQ- 
ffiques dont je vous envoie un spécimen. C'est Je la graine jetée un peu au 
hasard. Gela germe quelquefois mieux qu'eu serre chaude. » 

Ges Variétés philologiques ne portent pas seulement sur la sémantique; 

1. Cf. Meillet, Hevue critique, 1898, I, 141. 

V« SÉRIE, T. m "10 



146 REVUE AftCHÉOLOGIQUE 

dans le nombre, il y a un article devenu célèbre sur la loi de Grimm (1907), où 
Bréal ne fut pas loin de conclure que les Germains, comme les Ibères et les 
Ligures, avaient adopté une langue indo-européenne, sans être Indo-européens 
eux-mêmes; mais il jeta cette idée hardie sans s'y arrêter*. 

La pédagogie n'avait jamais cessé de l'intéresser. Il publia des Souvenirs d'un 
voyage scolaire en Allemagne (1875), des Excursions pédagogiques (1882), des 
brochures et articles sur l'enseignement des langues vivantes (1889), sur la 
nécessité de garder le latin (1898), sur la réforme de l'orthographe, qu'il vou- 
lait surtout faite de tolérance (1889), etc. Il composa aussi, avec Person et 
Bailly, quelques ouvrages solides pour l'enseignement secondaire, Les mots 
latins (1881), Dictionnaire étymologique latin (1885, encore utile), Grammaire 
latine (1888). 

2 novembre 1887 : « Savez-vous à quoi j'ai passé mes vacances? A rédiger une 
grammaire latine pour les classes. Je vous ai lu, j'ai lu Havet, Guardia, Riemann, 
tous les Lhomond, et ma conclusion est que ce qu'il y aurait de mieux à faire 
serait de prendre Burnouf. Il avait un peu trop de propension pour les abstrac- 
tions philosophiques, ce que vous lui reprochez avec raison. Mais pour la dis- 
position des matières et le choix des exemples, il est difficile de faire mieux. Si 
on avait continué de pratiquer Burnouf dans les classes, en le perfectionnant peu 
à peu, comme on a fait en Allemagne pour le Zumpt, les études latines s'en 
trouveraient mieux aujourd'hui. Mais là aussi il y a eu solution de continuité et 
la grammaire latine est devenue chez nous un terrain mouvant sur lequel rien ne 
tient plus debout. » 

De 1880 à 1896, Bréal fut un des membres les plus actifs du Conseil supé- 
rieur de l'Instruction publique, où il avait été appelé par Jules Ferry. Avec 
une persévérance infatigable, il y soutint la cause des études classiques et 
combattit des réformes qui, bien que se réclamant parfois de ses Quelques m.ols, 
lui semblaient porter atteinte à l'enseignement des humanités. « En 1896, lors 
d'un renouvellement du Conseil supérieur, un ministre raya le nom de Michel 
Bréal de la liste des conseillers à sa nomination*. » Cette injustice ne l'em- 
pêcha pas, en 1899, de se présenter en accusateur devant la commission d'en- 
quête parlementaire présidée par M. Ribot. « Il signala publiquement les fautes 
commises et dégagea sa responsabilité, demanda le retour, pour l'enseignement 
sans lalin, aux conceptions de Duruy, protesta contre l'idée d'amputer encore 
de grec les études classiques, critiqua le monopole de fait dont jouissait l'alle- 
mand, de par les programmes des grandes écoles, montra l'impossibilité d'intro- 
duire en France, à la place du baccalauréat, le système de l'examen intérieur, 
demanda des programmes allégés et pour les lycées plus d'autonomie effec 
tive »». Malheureusement il ne fut point écouté; il le sera peut-être demain. 

Dans ses réponses à Frary, Lemaître et autres, qui songeaient à la suppres- 

1. Bréal connaissait très bien les origines germaniques (Influences de Rome sur 
le monde germanique, 1889) et la littérature allemande du xvm^ siècle {Deux 
éludes sur Gœlhe, 1898). 

2. H. Bernés, L'Enseignement secondaire, nov.-déc. 1913, p. 77. 

3. Jbid. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 147 

sion du latin, Bréal insistait sur la valeur éducative de Ja pensée des anciens, 
saisie sans intermédiaire, sur ces éternels lieux communs de la sagesse — mépris 
de l'argent, respect de la parole donnée — qu'ils sont seuls capables d'enseigner 
et d'imprimer dans les âmes. Bréal avait fait sienne cette opinion de Renan : 
« La langue ancienne subsiste comme une forme antique dans laquelle la 
pensée moderne devra venir se mouler, au moins pour le travail de l'éduca- 
tion ». Partageant sa conviction sur la valeur éducative de la littérature 
romaine, je choisis en conséquence les exemples et les courtes phrases de ma 
troisième grammaire latine, Cornélie. Il m'écrivit à ce sujet (12 octobre 1912) : 

« C'est une idée féconde et vraiment humaine d'associer l'éducation morale à 
la philologie. C'est aussi le retour à la tradition et aux origines. Le fait est que 
j'ai été souvent affligé de lire les exemples insignifiants et pitoyables dont sont 
remplies nos grammaires. Quelle meilleure occasion pourtant de graver — sans 
en avoir expressément l'intention — de belles pensées, d'utiles et salutaires 
maximes dans Tesprit des enfants ? J'espère que votre petit livre fera école et 
marquera comme un modèle à suivre chez nos grammairiens, trop exclusivement 
occupés soit de phonétique, soit d'étymologie ou de règles d'accord. » 

Bréal suivit de f)rès mes travaux d'histoire religieuse et d'exégèse mytholo- 
gique; il m'écrivit souvent pour les approuver ou les critiquer. Mais lui, qui 
avait débuté par ces études, leur avait dit un adieu définitif. S'il s'intéressait 
toujours aux recherches de folklore, écrivant la préface de la réédition du livre 
de Maury sur les légendes, lisant et admirant les écrits du grec Politès, s'em- 
ployant à trouver des souscriptions pour la publication posthume de (a Flore de 
Rolland, il s'abstint de toute intervention dans les controverses suscitées par le 
modernisme et la nouvelle école d'exégèse mythologique. Sa philosophie reli- 
gieuse était celle du xviii* siècle; il condamnait tous les fanatismes, même le 
fanatisme incroyant. J'ai lieu de penser qu'il ne resta pas étranger au mouve- 
ment moderniste (il connut au moins quelques écrits de M. Loisy), mais il se 
retranchait derrière son « ignorance » quand on lui demandait son avis sur ces 
choses-là. Quelques extraits de ses lettres viendront à l'appui de ce que j'écris. 

30 octobre 1907 : « Je voudrais surtout aller aux séances oh l'on nomme ou 
propose des correspondants. J'ai un candidat, un Grec d'Athènes, qui, par 
extraordinaire, ne fait pas d'archéologie. Il s'appelle N. G. Politès; il est, je crois, 
professeur à l'Université d'Athènes. Je ne le connais pas et il ne se doute cer- 
tainement pas que je lis ses ouvrages. Mais je suis dans l'admiration de sa 
science. Je ne connais pas en ce moment un second folkloriste de sa force. » 

2 août 1904 : « Ne vous attendez pas à trouver en moi un docteur en Écriture 
sainte. Je suis particuUèrement ignorant eu cette matière, un vrai am-koorez, 
comme disait une vieille tante à moi. Il faut vous dire que j'ai été exclusivement 
uourri de vers latins. J'ai reconnu plus tard les inconvénients de ce régime 
échauffant et peu fortifiant, mais il était trop tard pour y porter remède. » 

26 juillet 1902 : « Le Saint Office est peut-être mort, mai» son esprit n'est pas 
près de disparaître. » 

29 juillet 1908 : « Je viens de lire votre article sur naquisition d'Espagne. Ne 
croyez pas qu'elle ne pourrait revenir. Elle pourrait très bien revenir, quoique 
sporadiquemeut et pour peu de temps. Nous avons des journaux qui font de leur 



148 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

mieux pour en préparer le retour... Mais ce sont des prévisions qu'il faut 
écarter. » 

8 février 1908 (il s'agissait du prix Lefèvre-Deumier, dont l'attribution souleva 
des controverses qui eurent un écho indiscret dans la presse; cf. Cultes, mythes, 
t. IV, p. 444 et suiv.j « Je proposerais qu'on votât d'abord sur Loisy, auquel je 
suis prêt à donner ma voix. S'il n'a pas de majorité, je serais disposé à proposer 
Mélasine. » 



J'en viens à rimporlant ouvrage sur Homère qui, préparé par toute une 
série d'articles et de notices, marque le terme de l'aclivilé scientifique de notre 
maître et ami. Bréal ne pouvait qu'éprouver de la méfiance à l'égard des théo- 
ries, très en faveur au temps de sa jeunesse, qui faisaient des poèmes homé- 
riques l'expression quasi inconsciente du génie grec encore au berceau. Il relut 
Homère, Vlliade surtout, et se fit une opinion toute différente. Mais je vais, 
le plus possible, le laisser parler. 

3 février 1903 ; « Vous allez recevoir une épreuve de mon article sur Homère 
[Revue de Paris]. Faites-moi toutes les critiques que vous jugerez à propos, 
mais surtout avertissez-moi s'il y a des erreurs matérielles. » 

8 février 1903 : « Je vous remercie pour vos observations qui m'ont toutes paru 
fondées et dont j'ai pu encore profiter. Le dernier mot m'a récompensé de mes 
trois mois de travail... J'ai lu ce Paley que vous m'avez fait connaître. H a du 
bon sens, comme eu général les Anglais quand ils suivent leur propre instinct. » 

8 mars 1905 : « Je vois bien que j'ai tort de ne pas être archéologue ; mais que 
voulez-vous ? Gela tient à mon âge. L'objet que je m'étais proposé surtout dans 
ce second article était de montrer comment un tel amas de poésie (16.000 vers) 
pouvait s'expliquer. Je l'explique : 

1° Par la supposition d'un sanctuaire. Je substitue une corporation à l'idée 
d'un poète isolé; 

2» Par la supposition d'envois successifs et obligés. Ce ne sont pas des suites 
bénévoles, comme quand Gœthe a fait son Achilléide. De cette façon s'expliquent 
certains morceaux qui sont de véritables pensums. Il fallait fournir quelque chose 
de nouveau pour la fête annuelle et quinquennale... Je ne sais si mon idée est 
neuve. Mais elle fait comprendre l'existence et la conservation par écrit de ces 
grandes compositions... Je ne demande pas mieux que d'être juste pour la civi- 
lisation égéenne. Mais je la connais encore trop peu pour en parler... Où pour- 
rais-je me renseigner sur ce Dipylon qui fait tant parler de lui et qui m'a l*air 
d'être un parent éloigné du Pirée ? >; 

15 avril 1905 : « Je vois que vous avez de la peine à digérer les sanctuaires 
d'Egypte. J'ai eu le tort, en effet, de parler de ce que je ne connais pas ou de ce 
que je connais mal. Mais ne croyez pas que j'aie pris mon mince savoir chez X... 
Mon respect pour la science égyptienne remonte plus loin : eu cherchant bien, je 
crois que cela vient en ses premiers commencements d'une pièce fugitive de 
Schiller. Ce que racontent les Grecs de la sagesse égyptienne ne pouvait que me 
confirmer dans cette opinion. Après tout, cela n'est-il pas plus près de la Grèce 
que les visions stolides et grossières des indigènes de l'Amérique et del'Océanie? 
Si c'est de là que doit nous venir la lumière, je cède la parole... » 

Pour mieux connaître Homère parut en novembre 1906. Bréal désirait que 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 149 

j'en rendisse compte à la Revue critique; mais je lui objectai que cet honneur 
revenait à My (Mondry-Beaudouin), dont l'excellent article ne tarda pas à 
paraître {Rev. crit., 1907, I, p. 96-99). My fit surtout des réserves sur la date 
trop basse proposée par Bréai, le début du vii« siècle : 

« 11 faut qu'Homère ait été séparé de Pisisirate de plus de 150 ans si récriture 
était en usage, si peu même que ce fût, pour que, dans ce court espace de temps, 
l'origine, la personnalité, la vie d'un personnage si universellement respecté, 
admiré, imi'é, aient totalement diï^paru de la mémoire des hommes... J'ajoute que 
dans ces poèmes « composés pour faire partie du programme des jeux et des 
fêtes dans le pays de Lydie », il est à peiue question de la Méonie... » 

Mon compte-rendu — plus bref — parut dans la Revue des Études grecques 
(l907, p. 99). J'y rendais surtout hommage à la partie grammaticale, le nou- 
veau et aimable Lexilogus. Bréal en fut un peu froissé, mais son mouvement 
d'humeur, que j'aurais dû prévoir, ne dura point : 

« Je vois bien que vous me renvoyez à ma grammaire. Je suppose que ce sera 
le ton général de la presse, au moins de la presse universitaire. C'est toujours 
l'objection qu'on fait à un homme qui a été classé. Un grammairien se permettre 
un jugement en histoire, en littérature!... Mais cela m'est égal. Je crois que 
l'avenir me donnera raison, » 

« Je me rappelle que vous m'avez donné, il y a quelques années, une liste de 
savants anglais et américains s'intéressant au grec. Je voudrais faire la même 
chose pour la question homérique. Mais comme il peut y avoir eu des change- 
ments, je viens vous demander de me donner une édition révisée et complétée 
de votre liste de scholars capables de juger, disposés à approuver et — ce qui 
ne vaudrait pas moins — à combattre les conclusions que je propose... J'ai vu 
hier ce bon Jullian qui m'a fait bien plaisir en me disant qu'il était absolument 
dans les mêmes idées. Faisons la guerre aux légendes, combattons la supersti- 
tion sous toutes ses formes ! » 

9 octobre 1907 : « Avez-vous vu, dans la Neue Philologische Rundschau, un 
article sur VHomere de votre serviteur? Un éreinlement ! J'espère que mainte- 
nant les autres vont venir, et qu'on sera plus équitable. » 

En général, la critique allemande fut peu bienveillante et surtout trop som- 
maire ; mais les éloges d'un helléniste comme Gildersleeve (dans V American 
tournai of Philology) et d'un archéologue comme son vieux camarade Perrot 
(dans le Journal des Savants) durent être sensibles à Bréal. On dit souvent, et 
fort à la légère, qu'un ouvrage « fait époque » ; je suis convaincu qu'on ne le 
dit pas en vain de celui-là, en dépit de ses exagérations et de ses lacunes. 
C'est à la critique française de veiller désormais à ce que les idées neuves de 
Bréal ne nous reviennent pas démarquées du dehors, comme cela c'est déjà vu. 
Mais il sera juste de ne pas oublier que cette nouvelle exégèse homérique, 
dégagée de tout mysticisme ethnique, était, comme on dit, « dans l'air » ; il 
peut y avoir rencontre sans emprunt*. 



1. Pendant qu'il imprimait son livre, Bréal reçut la visite d'un célèbre savant 
allemand et lui exposa sa thèse. — « Mais c'est ce que uous enseignons, dit le phi- 



150 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

VI 

Bréal n'avait rien d'un athlète — une tête puissante juchée sur un petit 
corps, des jambes et des bras trop courts. Mais il aimait beaucoup le sport chez 
les autres et l'encouragea tout d'abord dans sa famille. En 1896, lorsque la 
tradition des jeux olympiques fut reprise en Grèce, il offrit la coupe de Mara- 
thon et eut même un instant le projet de la remettre lui-même au vainqueur. 

9 mars 1896 : « Je vous serais bien obligé de me dire si votre luteution est de 
vous trouver à Athènes pour le commencement des jeux olympiques. Vous 
devinez que c'est pour la coupe de Marathon^ que je voudrais confier à vos soins, 
avec prière de la remettre là-bas à M. Bikelas. J'ai encore réfléchi au voyage 
d'Athènes et je me suis convaincu que le temps dont je pourrais disposer serait 
trop court pour m'imprégner l'esprit et les yeux comme je voudrais le faire. Je 
remets ceci (c'est peut-être un vain espoir dont je me berce) à un autre moment. » 

Ce moment ne devait jamais venir. Pourtant, pendant neuf ans encore, 
Bréal ne sentit guère les atteintes de la vieillesse; c'est depuis 1905 seulement 
qu'il cessa de fréquenter régulièrement l'Académie et la Société de Linguis- 
tique. 

15 août 1905 : « Ma santé, qui avait été (sauf le mal de genou) excellente jus- 
qu'à présent, a l'air de vouloir se déranger et m'oblige à des ménagements. » 

30 octobre 1907 : « Ne croyez pas qu'il ne m'en coûte pas de devenir si rare à 
l'Institut. Mais tous les mouvements chez moi sont difficiles ... Descendre de voi- 
ture est toute une affaire... » 

On vit encore Bréal, de loin en l©in, aux jours d'élection; mai? sa démarche 
lente et pénible faisait pitié. L'intelligence resia intacte, sinon jusqu'à la fin, 
du moins beaucoup plus longtemps que les facultés motrices. Bréal s'est éteint 
doucement, entouré de soins affectueux. Veuf depuis vingt-cinq ans, il laissa 
deux fils et une fille; un de ses fils s'est fait connaître par de bons livres sur 
Rembrandt et sur Vélasquez; un autre a fait des efforts tenaces, secondés par 
l'opinion, pour simplifier le style de la procédure. Combattre le jargon et le 
verbiage, c'était là une tâche digne d'un Bréal *. 

Salomon Reinach. 



lologue. — Alors, répartit Bréal, c'est dans votre enseignement ésotérique, car 
ceux de vos livres que j'ai lus disent tout autre chose ». — Qui nous donnera une 
histoire de la critique homérique depuis les fouilles de Schliemann, moins exclu- 
sivement allemande et plus lisible que les Jahresberichte de Bursian et autres, 
attachant autant et plus d'importance aux articles qu'aux livres, puisqu'un livre, 
au moment où il paraît, est déjà en retard? 

1. On a discuté sur l'origine du nom de Bréal qui ne se retrouve pas en dehors 
de la famille de ce savant. Peut-être n'est-ce qu'une mauvaise lecture du nom 
Bruel (Brûl), due à un greffier alsacien d'autrefois qui savait à peine le français. 
Les noms Bigart, Biguart, Picquart ne sont de même que des variétés du nom 
Picard, mal articulé ou mal transcrit. Je dois cette hypothèse à l'obligeance de 
M. Jacques Bigart. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 151' 
CHARLES AVEZOU 

Un nouveau deuil atteint l'École française d'Athènes, après la mort de Gabriel 
Leroux, et alors que l'absence de nouvelles de A. J.-Reinach, de J. Paris el 
de G. Blum prête aux plus graves inquiétudes. Charles Avezou, membre de 
quatrième année de TÉcole, a été tué à l'ennemi en Serbie. Depuis le début 
de la guerre, Avezou avait montré la plus brillante bravoure. Sergent d'infan- 
terie, il est cité à l'ordre du jour « pour ses qualités exceptionnelles de sang- 
froid et de décision sous le feu ». Blessé en Artois, le 18 septembre 1914, il 
reçoit la médaille militaire; à peine guéri, il rejoint son régiment; il est blessé 
une seconde fois en Picardie, et promu sous-lieutenant. Chargé de former 
une compagnie de volontaires hellènes, il est ensuite nommé lieutenant au 
2" régiment étranger. Il commandait en Serbie une compagnie de zouaves, 
lorsqu'il fut tué d'une balle au front, à Kosturino, en entraînant ses hommes 
pour repousser une contre-attaque bulgare. C'est à la fois avec douleur et fierté 
que l'École d'Athènes enregistre dans son histoire la mort héroïque d'Avezou. 

Entré à l'École Normale en 1907, il n'avait pas tardé à manifester sa vocation 
pour des études qu'il avait le désir de poursuivre en Grèce. Agrégé en 1910, il 
était, la même année, admis à l'École d'Athènes. Il avait au plus haut degré les 
qualités de l'archéologue militant, le goût de la vie active et des voyages. En 
1911, il explorait l'île de Thasos avec son collègue, M. Ch. Picard, et l'aidait à 
y ouvrir un premier chantier de fouilles. Il resta son collaborateur très actif 
dans les deux campagnes de 1912 et de 1913, et signa avec lui des rapports 
adressés à l'Académie des Inscriptions sur le dégagement de l'enceinte de la 
ville, des portes ornées de bas-reliefs, et sur la découverte du Prytanée [Comptes- 
rendus, 1912, p. 360; 1913, p. 276). En 1911, il avait été chargé par M. Hol- 
leaux, directeur de l'École, de diriger, en collaboration avec son collègue, 
M. Plassart, l'exploration du gymnase de Délos qu'il poursuivit dans les années 
suivantes. On lui doit la découverte et l'interprétation de l'inscription gravée 
en l'honneur du légat C. Valérius Triarius, qui fixe un point important de la 
topographie de l'île. Ces recherches ont fourni la matière d'un article signé par 
lui et par Gh. Picard dans les Mélanges Holleaux (1913). Il avait mis en œuvre 
les résultats de ses fouilles déliennes dans un mémoire sur les établissements 
gymnastiques, soumis à l'Académie des Inscriptions; le rapporteur, M. Pottier, 
le jugeait assez complet pour former un fascicule de l'ouvrage consacré aux 
Fouilles de Délos. Des mains amies le publieront sans doute. Mais bien d'autres 
espérances, que justifiaient les qualités d'esprit et de caractère de Ch. Avezou, 
sont anéanties par une mort prématurée. 

Max. COLLIONON. 

SIR JOHN RHYS 

Principal de Jésus Collège à Oxford, Sir John Rhys est mort à Oxford le 
17 décembre 1915, à l'âge de 75 ans. Cet éminent celtiste était gallois et parlait 
le gallois comme l'anglais. Né dans le Cardiganshire en 1840, il eut des débuts 
humbles et difficiles ; il débuta dans l'enseignement primaire et ce ne fut pas 



152 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

sans peine qu'il réussit à se faire admettre comme étudiant à Oxford. En 1869, 
il obtint à l'élection le titre de fellow de Merton Collège, qui lui assurait 
quelques ressources. De 1868 à 1871, il suivit des cours à la Sorbonne, au 
Collège de France, puis à Heidelberg, à Leipzig et à Gôttingen. A son retour, 
il fut nommé inspecteur des écoles du pays de Galles. Depuis 1877, il occupa 
à Oxford la chaire de celtique qu'il a illustrée. Ses mérites, universellement 
reconnus (d'Arbois faisait le plus grand cas de Rhys et avait pour lui une vive 
amitié), lui valurent la situation enviée de principal d'un collège, les titres de 
chevalier (1907) et de conseiller privé (1911). Au cours de ces dernières 
années, Rhys a fait de nombreux voyages en France et en Italie pour exami- 
ner sur place les inscriptions celtiques dont il a publié un Corpus dans les 
Proceedings de l'Académie Britannique. C'est aujourd'hui le point de départ 
obligé de toute étude sur ces textes difficiles; les commentaires de Rhys, 
souvent hardis, attestent à la fois sa science profonde et sa parfaite loyauté. 
Comme d'Arbois, il avait une âme candide ; les souvenirs de ces deux savants 
hommes de bien resteront étroitement associés*. 

S. R. 

NOËL VALOIS 

Membre de l'Académie des Inscriptions, où il succéda en 1902 à Jules 
Girard, Noël Valois est mort subitement à Paris au mois de novembre 1915. 
Après avoir fait ses études au Lycée Louis-le-Grand, il était entré, en 1875, à 
l'École des Chartes; docteur ès-lettres avec une thèse remarquée sur Guillaume 
d'Auvergne, conseiller de Saint-Louis, il fut nommé, en 1881, archiviste aux 
Archives Nationales. En 1889, il recevait le grand prix Gobert,qui lui fut attribué 
de nouveau en 1896 pour sa monumentale Histoire du grand schisme d'Occi- 
denty terminée en 1902. A d'autres travaux, tous relatifs à l'histoire de l'Église 
et de la papauté au moyen-âge, Valois ajouta, depuis son entrée à l'Institut, 
d'importantes contributions à VHistoire littéraire de la France (t. XXXIV). Il 
s'occupa aussi, avec sa conscience ordinaire, du procès de Gilles de Rais; j'ai 
dit ici même qu'il s'inscrivit en faux contre la réhabilitation que j'ai tentée de 
ce personnage, tout en ajoutant des faits nouveaux au dossier déjà si lourd 
de ses accusateurs (cf. Rev. archéoL, 1913, 1, p. 447). 

Valois était le petit-fils du sculpteur Achille Valois et se rattachait, par sa 
mère, aux familles des peintres Halle et Drouais. Son oncle, le peintre Timbal, 
dont la très importante collection, formée en Italie, appartient en grande partie 
aux héritiers de Gustave Dreyfus, lui avait légué un admirable tableautin de 
Fra Angehco, que Valois publia, avec un commentaire excellent, dans le volume 
du Cinquantenaire des Antiquaires de France (p. 411 et pi. 24; au trait dans mon 
Rép. des peintures, t. Hl, p. 203). Il tenait de famille un goût très vif pour les 

1. Lectures on Welsh philology, 1877; Cellic Britain, 1882; Cellic Ueathendom, 
1886 ; Studies in ihe Arthiirian legend, 1891 ; Inscriptions and language of the 
Northern Picts, iS92; The Welsh peoplê, 1900; Cellic Folklore, 1901 ; Ogam- 
inscribed stones in Dublin^ 1901 ; Studies in early Irish History, 1903 ; Celtae and 
Gain, 1905; Celtic inscriptions of France and Italy, 1906 et suiv. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 153 

belles choses et n'était indifférent à aucun raffinement de l'esprit. C'était, dans 
toute la force du terme, un homme de forte culture, doublé d'un spécialiste de 
haute valeur et universellement estimé. S. R, 

PABLO BOSCH 

Le 19 octobre est mort à Madrid l'excellent amateur Pablo Bosch, un des 
Espagnols qui connaissaient le mieux les monnaies et les médailles de la 
péninsule et le plus expert des collectionneurs de tableaux flamands primitifs 
dans ce pays. Il m'a dit souvent que la belle galerie formée par lui était destinée 
à sa ville natale de Barcelone. Entre autres œuvres importantes, elle contient 
une Vierge et Enfant de Gérard David {Les Arts, 1903, n» 22, p. 22), une autre 
de Melsys {ibid., p. 19), la plus belle Sainte famille connue de B. van Orley 
{Jahrbuch Pr. K. S., 1909, p. 9), un Christ en croix de Rog\ev {Burlington 
Magazine, IX, p. 186). Il possédait aussi un Morales {Les Arts, ibid., p. 20) et 
un curieux portrait delà fille du Titien par Paul Véronèse {ibid., p. 21). Bosch 
était un homme aimable et libéral, qui rendait volontiers service aux travail- 
leurs. Il fut de ceux qui essayèrent d'empêcher l'exportation du Van der Goes 
de Monforte et qui ressentirent cruellement cette blessure faite par des 
germanisants à l'amour-propre et au patrimoine artistique de l'Espagne. 

S. R. 

SALOMON SCHECHTER 

Avec S. Schechter, mort le 19 novembre 1915, la science anglo-saxonne a 
perdu un hébraïsant qui était peut-être le plus éminent de son époque. Né en 
Roumanie en 1847, il étudia à Vienne et à Berlin, puis se fixa en Angleterre 
(1882), où il devint lecturer in Talmud à l'Université de Cambridge (1890). 
En 1896, il découvrit le premier feuillet du texte hébreu de V Ecclésiastique ; 
une mission en Egypte lui permit de compléter ses recherches et il revint du 
Caire avec toute une cargaison de manuscrits tirés des favissae des vieilles 
synagogues. Ces documents sont conservés à Cambridge. Les fragments 
recouvrés de V Ecclésiastique hébreu furent publiés par Schechter et Tylor en 
1899. En 1901, Schechter s'établit aux États-Unis, comme président du sémi- 
naire de théologie israélite, où il enseigna jusqu'à sa mort. On lui doit, entre 
autres, l'article Talmud du Dictionnaire de la Bible de Hastings et nombre 
d'articles importants dans la Jewish Encyclopaedia*. 

S. R. 
ADRIEN KREBS 

Ancien professeur, puis préfet des études à l'Ecole Alsacienne, Adrien Krebs 

nst mort à Paris au mois de janvier 1916. On lui doit de solides articles dans 

le IHctionnairii des Antiquités-, il connaissait fort bien les institutions de la 

Grèce. Depuis plusieurs années, il était un des directeurs de la fl«v«drfes Revues, 

annexée à la Bévue de Vhi'ologie. 

S. R. 

1. Voir une nécrologie anonyme «le Schechter, écrite avec une émotioa élo- 
quente, dans Itjs B'nai Britk News, Chicago, déc. 1915, p. 8-9. 



154 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

PAUL PIERRET 
Né à Rambouillet en 1836, Paul Pierret fut attaché en 1867 au Musée égyp- 
tien du Louvre; nommé conservateur en 1873, il prit sa retraite en 1905. Il est 
mort à Versailles, où il avait fixé sa demeure, à Tâge de 79 ans, le 10 janvier 
1916. Sans avoir été un savant de premier ordre, Pierret a rendu de réels ser- 
vices à la science par des travaux bien informés et lucides, notamment son 
Dictionnaire d'archéologie égyptienne (1875), son Panthéon égyptien (1881), sa 
traduction du Livre des morts (1882) Ml fut aussi, pendant de longues années, 
professeur d'archéologie égyptienne à PEcole du Louvre. C'était un excellent 
homme, serviable, paisible, et qui s'acquitta toujours avec conscience de ses 
fonctions. 

S. R. 

FRANGESGO NOVATI 

La science vient de faire en Italie une perte considérable par la mort de 
Francesco Novati, professeur d'histoire comparée des littératures néolatines à 
l'Académie royale de Milan, ancien président de cette Académie, mort à San 
Remo, le 27 décembre dernier. Novati était né à Crémone, le 10 janvier 1859, 
et avait fait ses études à l'Université de Pise sous Alessandro d'Ancona, dont 
il resta l'élève préféré et dont il hsait l'an dernier aux Lincei la commémora- 
tion funèbre (séance du 17 janvier 1915). C'est sous la direction de d'Ancona 
qu'il entreprit ses recherches sur l'œuvre et le temps du chancelier de Florence, 
Goluccio Salulati, qu'il devait poursuivre toute sa vie, à travers une carrière 
laborieuse, remplie des travaux les plus variés {La giovinezza di Cololuccio 
Salutaii, Turin, 1888; Epistolario di G. S., Rome, 1891-1911, quatre volumes 
formés presque entièrement de textes inédits et d'une annotation portant sur 
près de cinq cents personnages, publication capitale pour l'histoire de l'huma- 
nisme après Pétrarque). Novati avait aussi profondément étudié le moyen-âge, 
comme en témoignent, par exemple, ses leçons sur VInflusso del pensiero latino 
sulla civiltà italiana del medio evo, ses Freschi e minii del Dugento (Milan, 
1909) et le volume des Origini en cours de publication dans la grande histoire 
littéraire de l'éditeur Vallardi. 

Après avoir inauguré la chaire de littératures néolatines à l'Université de 
Palerme.en 1886, Novati a enseigné à l'Université de Gênes en 1889, et, depuis 
1890, à l'Académie de Milan, où il est devenu ordinario en 1892, ei préside 
en 1903. Il a formé de nombreuses générations de travailleurs qui se sont 
réunis pour le fêter solennellement en 1909, et ont publié à cette occasion une 



4. Études égypto logiques, 1873-78,3 vol.; Recueil d'inscriptions inédites du 
Louvre, 1874-78,2 vol.; Vocabulaire hiéroglyphique, 1875; Catalogue de la salle 
hisloiique du Louvre, 1877; Le décret de Canope, 1881; ErpLication des monu- 
ments de VEgypLe et de l'Ethiopie, 1885 et suiv. Pierret a publié de nombreux 
articles égyptologiques dans la Grande Encyclopédie. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 155 

bibliographie de ses ouvrages, précédée d'une préface de Mi Henry Cochin. 
Elle ne compte pas moins de 420 numéros, nombre qui s'est augmenté depuis. 
Novali dirigeait depuis 189i une Biblioteca storica délia lelteratura italiana 
(inaugurée par son volume sur la ISavigatio âe S.Brendanen ancien vénitien), 
la Collezione Novati, fondée en 1902 pour la reproduction soignée de manus- 
crits précieux et qui n'a publié que deux volumes, la collection des Studi medie- 
vali^ le bulletin de la Società bibliografica italiana, qui a pour titre II Libro e 
la stampa. Il avait eu une grande part dans la rédaction de VArchivio storico 
lombardo. Mais le plus important périodique auquel son nom reste attaché 
est le Giornale storico délia Ittleratura italiana, qu'il avait fondé dès 1883 
avec Renier et Graf, et dont il demeurait en ces derniers temps l'unique direc- 
teur. Novati ne dédaignait pas d'écrire quelquefois pour le grand public ; il avait 
réuni quelques essais dans le volume intitulé A ricolta (Bergame, 1907), où se 
trouve une étude exquise sur son ami Gaston Paris. Son dernier travail Sten- 
dhal e ranima italiana (Milan 1915), est précieux à un double titre pour les 
Français, par le sujet traité de la façon la plus neuve et par la dédicace qui 
rappelle, au milieu de la guerre présente, la fraternité indestructible de nos 

deux pays. 

Pierre de Nolhag. 

JEAN POTTIER 
Uu des directeurs de cette Revue a été cruellement éprouvé. Jean Pottier, fils 
unique de M. Edmond Pottier, jeune homme voué aux lettres et qui donnait 
de belles espérances, a été tué le 21 décembre en Alsace, à la tête de sa sec- 
tion. Il est mort en brave officier, conscient de son devoir. Les lecteurs de la 
Revue prendront leur part des regrets qu'éveillent cette fin prématurée et ce 
noble deuil. îs- R. 

Montaigne et la Bataille de Platées.. 

A M. Edmond Pottier, 
Mon cher Directeur, 

Gomme moi, vous avez jugé que deux extraits des Essais de Montaigne 
feraient une manière d'épilogue à la belle étude technique du Colonel Boucher 
parue dans le dernier fascicule de la Revue. 

Michel de Montaigne, loin de se donner pour un helléniste, confesse la 
médiocrité de ses connaissances en la langue « grégeoise ». Néanmoins on 
peut dire que, comme tous les seizièmistes, il l'aimait passionnément, et 
qu'aussi bien que les plus érudits contemporains, il en comprenait les beautés 
et en pénétrait l'esprit sans abandonner rien de sa nerveuse originalité. 

Dans la première citation *, — que nous intitulerons : Pendant la Bataille^ — il 
raconte l'épisode-type du combat en traçant par quelques lignes piquantes une 
bataille de la Marne, — en miniature si l'on envisage le nombre des combat- 
tants, — d'importance égale si l'on envisage les conséquences : 

'< Plusieurs nations très belliqueuees se servoyent, en leurs faicta d'arme», de la 
fuyte, pour advantage principal, et raontroyeut le dos à l'euneray plu» dauge- 

1. Livre 1, chapitre XII, Ue la Constance, p. 48 et 49, édition Maigeou. 



156 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

reusement que leur visage : les Turcs en retienaent quelque chose. Et Socrates, 
en Platon, se mocque de Lâchés qui avoit definy la fortitude, « Se tenir ferme 
en son reng contre les ennemis « : Quoy, feit-il, seroit-ce doncqnes lascheté de 
les battre en leur faisant place? et luy allègue Homère, qui loue en Aeneas la 
science de fuir. Et, parce que Lâchés se r'advisant advoue cet usage aux Scythes 
et entin généralement aux gents de cheval, il lui allègue encores l'exemple des 
gents de pied lacédémonieus, nation sur toutes duicte à combattre de pied ferme, 
qui, en la journée de Platées, ne pouvant ouvrir la phalange persienne, s'advisérent 
de s'escarter et sier arrière; pour, par l'opinion de leur fuyte, faire rompre et 
dissouldre cette masse en les poursuivant, par où ils se donneront la victoire ». 

Gomme s'il n'était pas satisfait de ce polyptique où sa verve s'étale en brefs 
appels à la Fable ou à rplisloire et où sa thèse de la fuyte s'appuie sur des 
exemples piquants, il revient à la victoire sur les Perdes qui a changé du tout 
au tout l'évolution mondiale pour parler de la vertu et des manifestations guer- 
rières de ce sentiment. 

Si je joins cette deuxième citation qui traite moins directement de la Grande 
Bataille elle-même, c'est que le Colonel A. Boucher, dans son œuvre principale 
sur Xénophon et l'art grec de la guerre, étudie le courage en sa technicité mili- 
taire et qu'il y a là, en ce trait de la mort volontaire d'Aristodème, qui seul 
s'était sauvé du combat des Thermopyles, quelque chose comme un paradoxe 
sublime dont notre France a donné des exemples. 

Dénommons cet extrait : Après la Bataille. 

« En cette grande battaille de [Platées], que les Grecs soubs Pausanias gaiguèrent 
contre Mardonius et les Perses, les victorieux, suyvant leurcoustume venants à 
partir entre eu'x la gloire de l'exploict, attribuèrent à la nation Spartiate la pré- 
cellence de valeur en ce combat. Les Spartiates, excellents juges de la vertu, 
quand ils vindrentà décidera quel particulier [de leur nation] debvoit demourer 
l'honneur d'avoir le mieulx faict en cette journée, trouvèrent qu'Aristodème 
s'estoit le plus courageusement hazardé ; mais pourtant il ne luy en donnèrent 
point de prix, parce que sa vertu avoit esté incitée du désir de se purger du 
reproche qu'il avoit encouru au faict des Thermopyles, et d'un appétit de mourir 
courageusement pour garantir sa honte passée* ». 
En respectueuse sympathie, 

Votre 
P. R. DU Costal. 

Un récit sumérien du Déluge et de la Chute. 

M. Steph. Langdon a publié à Philadelphie {Sumerian Epie ofParadise, the 
Flood and the Fait of Man) le texte et le commentaire d'un texte sumérien de 
Nippur où l'éditeur croit reconnaître ce qui suit : le Déluge aurait eu lieu 
avant la Ghute; le survivant du Déluge, Tagtug, aurait mangé de la cassia et 
perdu ainsi l'immortalité qui était son partage. 



1. Livre I, chap.'XXXVI, Du jeune Caton, p. 264. Montaigne a écrit par méprise 
Potidée au lieu de Platées. Toutes les éditions mentionnent ce lapsus, mais le 
conservent pieusement;j'ai cru devoir le corriger et le signaler en note. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 157 

Un long article critique de la Nation (1915, II, p. 597-598), probablement de 
M. Jastrow, rappelle les sumérologues à la prudence. L'interprétation du sumé- 
rien, qui a fait des progrès notables, reste très incertaine. Le critique met en 
évidence certaines traductions de M. Langdon auxquelles on en peut opposer de 
toutes différentes. Il y a là de quoi faire sourire la galerie des non-sumérisants 
et, mieux encore, de quoi leur inspirer quelque scepticisme. En réalité, suivant 
le critique américain, il n'est question ni de Paradis, ni de Déluge, ni de 
Chute; Tagtug est une lecture arbitraire, et le reste à l'avenant. « Et pourtant, 
ajoute le critique, le D' Langdon a répandu à travers la presse la nouvelle 
sensationnelle que c'est TagLug-Noé, et non Adam, qui mangea le fruit 
défendu. » L'article est très poli, mais la conclusion qui s*en dégage obligera 
M. Langdon à répondre. 

S. R. 
L'Eros de Lemnos. 

La première statue découverte à Lemnos l'a été par une compagnie du corps 
expéditionnaire français, au mois d'octobre 1915, sur l'emplacement de Palaeo- 





Fig. \. — L'Eros du Louvre (Campana) et l'Eros de Lemuos. 



polis (Héphestia). L'Illustration du 6 novembre (p. 189) a publié une photogra- 
phie avec la légende : UEros de Palaeopolis au milieu du groupe de poilus qui 
l'ont découvert. Bien que le hasard (ou une retouche du cliché) ait fait disparaître 
toute trace du sexe, il s'agit non seulement d'un Eros (les attaches des ailes 
sont visibles), mais d'une réplique du motif bien connu d'Eros meliéphèbe ban- 
dant son arc, dont l'original a été attribué à Lysippe. Je donne ici un croquis 
du nouvel Eros juxtaposé à celui d'une des répliques restaurées (fig. 1). 

S. B. 

Antiquités de Vlonie. 

La vieille Société des Dileltanti annonce la publication d'une cinquième par-» 
tie (supplément à la troisième partie) des Antiquities of lonia» Les planches ont 



158 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

été gravées entre 1820 et 1840, d'après des dessins remontant à 1811 ; elles 
avaient été complètement oubliées lorsque, en 19i2, une collection d'épreuves 
fut donnée à la Société qui retrouva les cuivres et se décida à les faire connaître 
par les soins de M. VV.-R. Lethaby. Ce volume (coûtant 3 livres 3 s. avant la 
publication, 4 livres 4 s. après) comprend les chapitres suivants : temple d'Ar- 
témis à Magnésie; théâtre et tombes de Myra; tombes de Telmessos, d'Anti- 
phellos, de Phellos et de Lindos. Le frontispice est une excellente gravure 
d'après un bas-relief autrefois à Rhamnus qui, transféré par un certain Deering 
en Angleterre, y a disparu comme le puteal de Lord Guilford. 

S. R. 

Le « Muséum Journal » de Philadelphie. 

On peut regretter, au point de vue des convenances bibliographiques, la mul- 
tiplication des périodiques destinés à enregistrer les acquisitions des Musées 
des États-Unis; mais il est impossible d'en faire abstraction, car les documents 
qu'ils nous offrent sont souvent de la plus grande importance. A cet égard, je 
signalerai particulièrement le Muséum Journal dedéc. 1913 (vol. IV, n» 4), On y 
trouve notamment : !<> une très belle collection de verrerie antique (392 pièces), 
acquise à Jérusalem, publiée avec d'excellentes reproductions; 2° la pre- 
mière publication photographique d'un grand relief romain de Pouzzoles 
(p. 143), connu seulement par une esquisse du Rép. des reliefs (t. IJ, p. 208); 
au revers est une inscription latine entièrement martelée (phot. à la p. 145), où 
il semble qu'on pourrait discerner quelques mots en dehors de PVTEOLANA 
(4« ligne av. la fin); 3° une série de fragments de vases provenant d'Orvieto, 
quelques-uns de très bonne qualité (voir notamment le type polygnoléen, p. 157 
et l'archer scytheavec cheval, p. 158); 4° une cylixà figures rouges où l'on voit 
un éphèbe tenant un goret de la main dr., un objet comparable aux « cornes de 
consécration » de la main g. ; 5o la statue de Dionysos assis (tête moderne), 
autrefois propriété des Gaetani (Gultrera, Dioniso e il leone, Rome, 1911). L'au- 
teur de l'article aurait dû donner cette indication bibliographique (et d'autres) ; 
il aurait dû aussi s'abstenir d'appeler « palais Oldtemps » ce qui est le palais 
AUemps (Matz-Duhn, ÏII, p. 296). 

S. R. 

Statues enclouées. 

On a beaucoup écrit sur la statue en bois d'un général allemand, où les 
Berlinois sont admis à enfoncer des clous moyennant finances. L'Intermédiaire 
publie à ce sujet une note qui intéresse le folklore : 

L'histoire des Suisses fournit un rapprochement qui n'a pas été, que je sache , 
signalé jusqu'à présent. Il s'agit de la « Mazze », célèbre dans le Valais. 

La « Mazze » était un bois rustiquement taillé en forme de figure humaine, 
qui représentait la justice offensée. Les agitateurs populaires promenaient cette 
image, en cas de tumulte, et ceux qui croyaient avoir des griefs à venger y 
venaient enfoncer des clous. 

Les gens du Haut- Valais sont de race et de langue allemandes, pour la plu- 
part. La levée de la « Mazze » dérivait sans doute d'une ancienne coutume germa- 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 159 

uique dont l'origiue peut bieu se retrouver daus le paganisme, mais qui s'est 
transformée comme tant d'autres. Je ne crois pas que la statue du maréchal de 
Iliudenburg représente, pour les Prussiens, « le \ieux dieu allemand », dont on 
parle beaucoup chez nous aujourd'hui, mais plutôt ce que les Valaisiens 
voyaient dans la « Mazze », et je pense qu'ils y enfoncent des clous dans le 
même esprit. (Hyrvoix de Landosle.) 

X. 

Vinfluence de la littérature sur les mythes. 

A la fin de septembre 1914, VEvening News publia une courte nouvelle inti- 
tulée « les Archers », dans laquelle l'auteur, un Gantois devenu journahste à 
Londres, racontait qu'un « Tommy », pendant la retraite qui suivit la bataille 
de Gharleroi, songea tout à coup, au milieu de la mêlée furieuse, à l'image 
d'un saint Georges que portaient les assiettes d'un restaurant végétarien de 
Londres. Au même instant, ce « Tommy » entendit des voix criant : « Saint 
Georges! Saint Georges! » et d'autres voix implorant : « Ah! Messire, ah! 
donne-nous prompte délivrance! » — « Monseigneur saint Georges, secourez- 
nous! » Le soldat anglais vit, de l'autre côté des tranchées, « une longue ligne 
de formes entourées d'un rayonnement » et lançant un nuage de flèches vers 
les masses allemandes. Les Germains tombèrent par milliers et l'on constata 
que leurs cadavres ne portaient pas de blessures apparentes. En somme, c'était 
là un conte comme il s'en publie beaucoup actuellement et qui révèle chez son 
auteur certaines qualités d'imagination. Telle quelle, cette fantaisie frappa 
vivement le directeur de la Revue occulte, qui demanda au conteur ce qui avait 
servi de base à son histoire, quel fait l'avait inspiré. L'auteur des « Archers » 
répondit qu'il n'y avait aucun fait et que c'était là un simple produit de son 
imagination. Des journaux paroissiaux sollicitèrent alors l'autorisation de repro- 
duire son histoire ; des éditeurs lui proposèrent de la publier en brochure, avec 
une préface dans laquelle il citerait « ses sources ». L'heureux écrivain accepta, 
mais déclara loyalement qu'il n'avait pas de « sources » à citer. On lui répliqua 
(' qu'il devait se tromper », que le fait des « Archers » devait être véridique, 
qu'il avait dû se borner à présenter une histoire vraie. 

Les choses n'en restèrent pas là. L'auteur avait beau se défendre, la légende 
se créait, évoluait, se propageait, enflait. Des versions nouvelles étaient pro- 
duites. C'était un officier qui avait invoqué saint Georges avec succès; les 
Allemands tués portaient réellement des blessures produites par des flèches; 
c'était un « nuage » resplendissant qui s'était interposé entre les soldats 
anglais et les Allemands. Et Ton finit par trouver des témoins : \&Revue occulte 
publia le témoignage d'un soldat ainsi conçu : « Ceux qui pouvaient voir virent 
un rang d'êtres resplendissants entre les armées. » On discuta ces témoignages 
dans les journaux et les périodiques; on chercha des explications scientifiques 
des visions ; on parla de la théorie de l'hallucination sensorielle. La légende des 
« Anges de Mons » existait et rien ne pourra désormais la tuer dans l'esprit 
populaire anglais. 

Le plus curieux de l'atîaire, c'est que seul l'auteur du conte qui y donna nais- 
sance ne veut pas croire au miracle. Son succès fait son malheur. Très flatté 



160 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

d'abord, il commence à en être prodigieusement agacé, car on va jusqu'à lui 
contester tout le mérite de son œuvre : en effet, certaine version prétend qu'il 
tint son récit — dactylographié — des mains d'une dame d'honneur de la Cour I 
Les « croyants » s'en prennent durement au pauvre écrivain, trop honnête 
pour se prêter â un mensonge, fût-il pieux, et il est obligé de discuter tous les 
« témoignages » qui chaque jour sont produits dans les formes les plus caté- 
goriques, comme celui d'une infirmière, miss Phillis Campbell, qui déclare tran- 
quillement que « tous ceux qui ont combattu de Mons à Ypres » ont vu les 
anges, que tous en sont d'accord et qu'ils n'ont aucun doute quant à l'issue 
finale de leur intervention i. 

{Temps, 4 décembre 1915). 

Roland de Mares. 

The Antiquary. 

Après une carrière de 36 ans, principalement consacrée à l'archéologie 
médiévale, The Antiquary cesse sa publication; le dernier numéro est celui de 
novembre-décembre 1915. Il est à prévoir que l'appauvrissement général, résul- 
tat de la tourmente déchaînée par l'Allemagne sur le monde, aura pour con- 
séquence la disparition de bien des recueils qui avaient déjà quelque peine à 
faire leurs frais. Le mieux serait de « fusionner », comme on dit aujourd'hui, 
des Revues ayant le même horizon, et alors on pourrait dire que le mal aurait 
produit quelque bien. J'ai déjà souvent préconisé l'idée d'un congrès de biblio- 
thécaires destiné à mettre obstacle à la multiplication des périodiques ; en des 
temps meilleurs, il y faudra revenir. 

La Revue archéologique s'associe aux archéologues anglais et américains qui 
ont enregistré avec regret la disparition de V Antiquary et adresse ses condo- 
léances au rédacteur en chef, qui occupait son poste depuis dix-sept ans. 

S. R. 

Opinions téméraires. 

J*extrais celles-ci d'un ouvrage qui n'est pas sans mérite et que j'ai lu avec 
intérêt, bien qu'il tourne trop souvent à l'énumération (Florian-Parmenlier, 
Histoire contemporaine des lettres françaises de 1883 à I9iâ, 2^ éd., Paris 
Figuière, 1915) : 

P. 38 et suiv. « La vérité historique, la voici. Plus de vingt siècles avant 
notre ère, Galls bruns et Kymris blonds (qu'il ne faut pas confondre avec les 
Gimbres ou Gimmériens du Pont-Euxin, émigrants beaucoup plus tardifs), 
revenant de l'Inde qu'ils étaient allés peupler lors de l'engloutissement diluvien, 
s'établirent dans le N.-O. de l'Europe et fondèrent la Gaule, d'où ils s'éten- 
dirent successivement... {En note : On ignore généralement que ces mêmes 
Galls, qui établirent leurs cités sur le Rhin, y changèrent leur nom en celui de 
Francs avant leur retour en Gaule). Nos aïeux parlaient la langue celtique, et 

(1) Sur cette même affaire si instructive des « Anges de Mons », voir The 
Nation (New-York), 1915, II, p. 455. — S. R. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 161 

leur influence fut telle que de leur alphabet primitif sont sortis tous les 
alphabets européens. (En note : M. Loth, professeur à l'École de France [sic]. 
Rapport à l'Académie des Inscriptions [sic]). En Italie les Ramnenses et les 
Titienses eux-mêmes avaient adopté la langue celtique, lorsque survint, vers 
1200 av. J.-C, du fond de l'Asie-Mineure, une colonie sémite, les Rhasénas, 
qui modifia le parler des Italiotes. .. Se peut-il qu'il y ait encore des gens pour 
prétendre que notre langue est celle des conquérants? Ignore-t-on vraiment que 
tous les mots latins ayant de la sonorité, de la couleur, de la vie, ont une éty- 
mologie celtique? (En note: V. Quintilien. V. aussi Pezron)i. A-t-on oublié 
que le latin que nous nous sommes incorporé est le latin populaire propagé par 
les soldats celtes de l'Italie septentrionale? Et faut-il demander à quelle époque 
le peuple franc a parlé latin ? Ne sait-on pas qu'il laissa cette fantaisie à ses 
prieurs et à ses pédagogues ?... Aussi comprendrais-je qu'on pensât obliger 
l'écrivain à étudier le celte et le sanscrit {En note : La parenté entre le français 
et le sanscrit n'est plus un mystère pour personne). Mais, du latin, n'en 
saura-t-il pas toujours assez, s'il n'en est pas tout à fait ignorant? » 

Puisqu'on peut imprimer de pareilles choses, il s'en faut que les œuvres 
de d'Arbois, de Jullian et de Déchelette, pour ne point parler de beaucoup 
d'autres, aient encore produit sur les lettrés l'effet salutaire qu'on en attend. 

S. R. 

A Gallipoli. 
On lit dans i'Atkenaeum (25 déc. 1915, p. 485) ! 

« La présente guerre a fourni ce qui est sans doute le premier exemple d'un 
archéologue honoré d'un ordre militaire pour avoir montré du courage au 
cours de fouilles. Cette distinction méritée est échue au P. Dhorme, professeur 
au collège de S. Joseph à Beyrouth, qui, pendant plusieurs semaines, a sauvé 
des tranchées de Gallipoli, sous la fusillade et les obus, une collection de vases 
et de statuettes helléniques. 

« Comme les troupes avaient déjà mis la main sur des antiquités, le général 
français et le P. Dhorme décidèrent de commencer des fouilles, avec l'aide de 
quatre poilus {sic) dont un tomba malade et d'autres furent blessés. Le 
P. Dhorme n'en persévéra pas moins dans ses recherches. Outre des statuettes 
et des vases, il a découvert au moins cinq sarcophages', une belle coupe 
ornée de guerriers et de cavaliers et quelques bijoux. » 

*^» 

Couteaux à trancher. 
Aux renseignements sur les couteaux à trancher réunis par V. Oay dans son 
Glossaire archéologique doit s'ajouter un article de M. A. van de Put {Notes 

i. Quintilien n'a jamais rien dit de tel. Pezron était un peu fou; il mourut 
d'ailleurs en 1706. 

2. Splendid sarcophagi, dit le texte. Les photographies que J'ai vues ne per* 
mettent pas de maintenir cette épithète. 

V« SÉRIE, T. m ^^ 



162 BEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

and Queries, 15 janvier 1916, p. 41 sq.), qui concerne particulièrement les 
n"" d 38-140 de la collection Wallace. Le n» 140 porte, dit-on, les armoiries du 
sire de Daucourt, grand maître de l'artillerie de Philippe le Bon (vers 1440). 
Ce sire de Daucourt est très peu connu. M. Van de Put établit que le 
couteau en question a été fabriqué non pour Daucourt, mais pour Gaucourtde 
Picardie et que les armoiries portent témoignage du mariage de Charles I" 
de Gaucourt avec Agnès de Vaux. Daucourt ne serait qu'une erreur de trans- 
cription pour Gaucourt. 

S. R. 

VAthenaeum et la Revue critique. 

VAthenaeum, fondé en 1828, va devenir mensuel au lieu d'hebdomadaire 
qu'il était. On en donne, entre autres, cette raison que des comptes-rendus 
rapides des livres courants paraissent aujourd'hui dans les journaux quoti- 
diens, et qu'il faut aux rédacteurs de Revues plus de loisir pour analyser des 
livres importants ou des groupes d'ouvrages sur le même sujet. A quoi je me 
permettrai d'objecter que les comptes-rendus publiés dans les quotidiens, 
fussent-ils excellents, sont rarement conservés dans les bibliothèques, alors 
qu'on y conserve VAthenaeum. Espérons donc que l'on continuera à examiner 
un grand nombre de livres dans VAthenaeuniy dût-on consacrer parfois des 
articles très développés à un seul. 

L'année 1915 a vu s'opérer sans bruit, dans la Revue critique, une modifica- 
tion fort intéressante. Pour la première fois, il y a été rendu compte de romans, 
à tendances ou, du moins, à prétentions philosophiques. C'était le rêve de Gas- 
ton Paris de voir la Revue critique élargir son horizon et, comme VAthenaeum 
et VAcademy d'autrefois, essayer de renseigner ses lecteurs sur tout ce qui 
mérite d'être lu, sur tout ce qui se découvre, se pense de considérable ou de 
nouveau, S. R. 

Un collaborateur de la « Revue » à l'ordre du jour. 

Nos lecteurs auront apprécié à sa valeur l'excellent article de M. le colonel 
Boucher sur la bataille de Platées dans \di]Hevue de novembre- décembre. L'Of- 
ficiel du 10 janvier 1916 rend justice, dans les termes que voici, à d'autres 
mérites de l'auteur : 

Arthur Boucher, colonel, commandant une brigade : ayant repris du service 
malgré son âge (soixante-neuf ans) dès le début de la campagne, a fait preuve 
au feu, dans des situations difficiles, des plus solides qualités de chef. S'est 
dépensé sans compter jusqu'à l'extrême limite de ses forces, ne cessant de rendre 
les services les plus appréciés et donnant à tous un magnifique exemple de 
dévouemeût au devoir militaire et au pays. 

(Le colonel Boucher avait été; après la bataille d'Ypres, ofi il commandait une 
des deux divisions territoriales qui se sont particulièrement distinguées eu Bel- 
gique, l'objet de la citation suivante à l'ordre de l'armée : « A commandé sa bri- 
gade, et pendant quelque temps une division avec la plus grande distinction et 
la plus belle énergie. A rendu les plus éminents services au cours des derniers 
combats. ») 



BIBLIOGRAPHIE 



W. Deonna. Les lois et les rythmes dans Vart^ Paris, Flammarion, 1914. 
In-8, 187 p. — On ne peut accuser l'auteur d'être infidèle à ses doctrines ; quand 
il ne les réitère pas, il les résume*. C'est sous cette forme, d'ailleurs, qu'elles 
se présentent avec le plus d'avantage, parce que la concision, en archéologie, 
est décidément une bonne chose. M. Deonna, on le sait, croit avoir découvert un 
principe plus général qui englobe tous les principes qui dirigent la marche de 
l'art : c'est que l'ensemble de l'évolution artistique se déroule suivant un rythme 
semblable et, dans chaque art, passe par plusieurs phases dont l'ordre de suc- 
cession est constant. 11 faut certes tenir compte des différences, et nul ne pré- 
tend à une répétition identique des mêmes formes d'art (je cite textuellement 
et je le dis, non seulement par honnêteté, mais parce que j'ai ma manière d'énon- 
cer les choses, qui n'est pas celle^de M. Deonna). Il n'en est pas moins vrai qu'au- 
dessus des divergences individuelles, il y a de fortes ressemblances, qui s'ex- 
pliquent par les lois psychologiques de l'esprit humain. ~ Suit un exposé du 
parallélisme entre l'évolution de l'art grec jusqu'à la fin du vi* siècle et de l'art 
chrétien jusqu'à la fin de l'époque romane. Toute part faite aux différences, 
cela est exact en gros, mais peut-on en conclure (p. 153) à la « parfaite identité 
de l'esprit qui anime l'art du v« siècle grec et celui du xiW siècle chrétien »? 
Est-il vrai de dire que ces arts, rationnalistes, spéculatifs, idéologues, s'adres- 
sent uniquement à l'intelligence, alors que ceux du iv» comme du xiv* siècle 
s'adressent à la sensibilité'! Est-il vrai que l'art minoen ressemble à l'art 
hellénistique, comme ce dernier à l'art du xv" siècle et à celui du xviu*? Assu- 
rément, il y a des analogies et dont l'intérêt a été mis en lumière par 
M. Deonna; mais cela dit, l'étude des différences, dues à la religion, aux insti- 
tutions, aux mœurs, est beaucoup plus fructueuse que celle des analogies. 
Et comment M. Deonna peut-il voir dans ce « perpétuel recommencement de 
formules déjà connues » la découverte d'une formule qui met fin à la confusion 
de l'évolution artistique ? Gomment peut-il écrire (p. 183) :« L'histoire de 
l'art, ainsi envisagée, perd son caractère chancelant pour revêtir une forme 
austère, pour devenir l'histoire même des idées » ? 

Je comprends tout ce qu'écrit M. Deonna ; je l'approuve même en grande 
partie ; mais je ne vois pas toujours « où il veut en venir » et ne saisis pas bien 
nettement sa conclusion. 

S. R. 



1. Je profite de l'occasion pour signaler deux article» forts Intéressants concer- 
n.mt les théories de l'auteur : G. Leroux, Revue des Éludes anciennes, 1913, 
p. 213 sq.; M. CoUignon, Journal des Savants^ nov. 1915, p. 481. 



164 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Eugrénie Etrong. Apotheosis and afterlife... Certain phases of art and 
religion in ihe Roman Empire. Londres, Constable, 1915 In-8, xx-293p., avec 
nombreuses gravures. — Né de leçons professées aux États-Unis, cet aimable et 
brillant volume traite d'un sujet qui, bien que souvent abordé depuis dix an?, 
est loin d'être encore épuisé : le symbolisme sépulcral dans l'art antique, en parti- 
culier dans l'art romain. On sait que l'autrice connaît fort bien l'art romain de 
Rome; nous voyons ici qu'elle n'est pas moins familière avec l'art provincial 
et qu'elle le traite avec une singulière indulgence î « La beauté du dessin (il 
s'agit du monument d'Igel près de Trêves) est une surprise pour ceux qui se 
figurent l'art des provinces romaines comme un art décadent, ou même pire. Par 
exemple, les putti exquis qui ornent les montants sur les quatre faces ne 
seraient pas indignes d'un maître àa quattrocento toscan » (p. 230). C'est affaire 
de goût; on peut être d'un avis contraire. Mais que cette sculpture romaine, 
pour insipide qu'elle soit souvent, présente un vif intérêt par les clartés qu'elle 
répand sur les idées religieuses, la vie de famille, l'activité commerciale, etc., 
c'est ce que tout le monde sera disposé à concéder. Bien plus, on n'ignore 
plus, depuis Wickhoff (qui a pourtant exagéré bien des idées justes), que l'art 
romain n'est ni une stagnation, ni un recul, mais une phase dans l'évolution 
d'où l'art du moyen âge et de la Renaissance devait sortir. 

Les notes ne sont pas moins instructives que le texte et contiennent une 
foule d'indications et d'observations bonnes à retenir. Les illustrations repro- 
duisent en partie des monuments peu connus. Il y a une très éloquente et 
touchante dédicace à un jeune officier de l'armée française, Christian Mallel*. 

S. R. 



E. Naville, E. Peet, H. R. Hall, K. Ha idon. The cimeterie$ of Aby- 
dos. Part I (Egypt Exploration Fund, XXXIII). Londres, Kegan Paul, 1914. 
In-4, xii-54 p., avec 21 planches. — Le cimetière E d'Abydos, souvent mis au 
pillage depuis Mariette, a été fouillé par M. Peet; M. Naville, qui a surveillé 
les fouilles, en tire des conclusions graves. El n'hésite pas à admettre que des 
tombes pharaoniques ont été usurpées par des indigènes, des Anu, qui ont 
introduit là, en pleine civilisation égyptienne, leur barbarie retardataire et leurs 
rites primitifs, par exemple l'ensevelissement dans l'attitude accroupie. Assuré- 
ment, il ne nie pas le « préhistorique » ou le « prédynastique » égyptien, mais 
sa manière de voir se rapproche de celle que M. Maspero opposait autrefois à 
Amélineau et à J. de Morgan ; il ne faut pas qualifier, hic et nwnc, de préhis- 
torique, en impliquant par ce mol une date, ce qui peut n'être qu'indigène ou 
arriéré, parfois superposé à des éléments plus évolués par suite de retours dus 
à des commotions politiques. Quant à la classification de la poterie suivant une 

1. M^" Strong ne présume-t-elle pas trop de la patience humaine quand elle 
prescrit aux étudiants (p. 252) de read through la Mythologie de Gruppe? Qui, 
sauf l'auteur, a jamais pu faire cela?— P. 260, l'ouvrage de E. Pottier sur les 
lécythes blancs n'a pas paru dans les Mélanges des Écoles, etc. Il y a d'ailleurs 
bien peu de lapsus de ce genre. 



BIBLIOGRAPHIE 165 

loi d'évolution stricte et précise, c'est une .thèse tout à fait chimérique de 
M. Flinders Pétrie. Rien de plus individuel, de plus capricieux que la poterie; 
à la même époque, deux villes peu éloignées du même pays, comme Athènes et 
Sparte, fabriqueront des poteries toutes différentes; la poterie faite à la main a 
survécu à la poterie faite au tour, puisqu'on fabrique encore de cette dernière eu 
certaines régions. La prétention de dater une couche quelconque d'un point 
quelconque de l'Egypte par les types et les particularités techniques de la céra- 
mique qu'on y recueille, est une erreur fondamentale de méthode; les tessons 
ne sont pas des « fossiles directeurs » ; il faut en tenir compte, mais sans 
négliger d'autres éléments. « Pour la poterie, la seule classification vraie n'est 
pas chronologique î elle est géographique, ou plutôt locale... L'histoire ne peut 
pas se reconstituer avec des tessons seulement ». On attendra avec curiosité la 
réponse de M, Flinders Pétrie à M, Naville. 

S. R. 

Morris Jastro^v. Hebrew and Babylonian traditions. Londres, Fisher 
Unwin, 1914. In-8, xv-376 p, — On a beaucoup insisté sur les influences 
exercées par les Babyloniens sur les Hébreux. M. Jastrow ne les nie pas, mais 
il se demande avec raison pourquoi, ces influences admises, Hébreux et Baby- 
loniens ont suivi, à tous égards, des routes si différentes. C'est sans doute que 
les Hébreux ont subi de bonne heure des influences particulières, que nous 
connaissons mal ou sur lesquelles on n'insiste pas assez, comme celles des 
Arabes nomades, des Cananéens agricoles, des Égyptiens. Le but des leçons de 
M. Jastrow, réunies dans ce volume, est de mettre en lumière les différences 
entre les mythes, les croyances, les usages des Babyloniens et « la forme fina- 
lement assumée par les traditions hébraïques correspondantes ». L'auteur n'a 
pas étendu ses recherches à l'ensemble des domaines qu'occupent la vie intel- 
lectuelle des Babyloniens et celle des Hébreux î il s'occupe des mythes de la 
création, du sabbat, des idées sur la vie future, de la morale. Dans un appen- 
dice, il a traité avec détail, d'après les découvertes les plus récentes, des tradi- 
tions hébraïques et babyloniennes sur le déluge ; c'est à ce chapitre qu'il faudra 
se reporter, jusqu'à nouvel ordre, quand on abordera cet important et difficile 
sujet. Assurément, il y a une source mythique commune, mais qui a été colo- 
rée, en traversant la pensée juive, par une préoccupation dominante des idées 
de piété, de moralité, de justice. L'histoire du déluge biblique, comme celle de 
la chute de l'homme, est un sermon (p. 364). Nous savions cela déjà, mais 
M. Jastrow l'a exposé à son tour avec des détails et une insistance qui ne sont 
pas du tout superflus. 

S. R. 

Henri Graillot. Le culte de Cybèle, mère des Dieux, à Rome et dans 
VEmpire romain. Paris, Fontemojng, 1912 (publié en 1915). Gr. in-8, 602 p., 
avec 12 planches. — Ouvrage très considérable, fruit de longues années de tra- 
vail, la thèse de M. Graillot prend rang parmi les meilleures monographies 
mythologiques qu'ait produites l'érudition française; on aura sans cesse recours 
à ce trésor de faits et d'idées, quand on touchera à l'une quelconque des prO' 



166 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

vinces du vaste domaine que l'auteur n'a pas craint d'embrasser. L'analyse 
détaillée d'un pareil ouvrage serait impossible, du moins dans celte Revue, où 
l'espace est mesuré aux comptes-rendus ; il serait d'ailleurs peu équitable de 
n'en discuter que des détails. Il y a un index assez étendu et une table des 
matières trop sommaire. Voici l'économie du livre, dont l'introduction expose 
les origines du culte métroaque : L L'introduction du culte à Rome. IL Le 
culte à Rome sous la République. III. Le culte public sous l'Empire. Fêtes 
phrygiennes du printemps à Rome. IV. Tauroboles et mystères. Diffusion du 
taurobole au ii« siècle. V. La doctrine métroaque au iii» siècle. Gybèle et Attis, 
dieux tout puissants, VI. Le clergé et le personnel des temples. VII. Les con- 
fréries. VIII. Les Galles. IX. Sanctuaires de la Magna Mater, à Rome et à 
Ostie. X. Le culte en Asie Mineure à l'époque impériale. XI. L'expansion du 
culte en Italie et dans les provinces. XII. Le culte dans l'Europe orientale et les 
provinces d'Afrique. Xlll. Le culte au iv* siècle; la résistance au Christianisme. 
XIV. Conclusions. « Le culte d'une Mère divine est l'un des plus anciens que 
nous connaissions dans le bassin de la mer Egée. Sa protohistoire commence 
pour nous dans le palais minoen de Cnossos et sur les cîmes de l'Ida crélois... 
Dans la Grèce hellénique, la Grande Mère aux lions fut supplantée par Démê- 
ler; en Asie Mineure, elle est demeurée au premier rang des divinités natio- 
nales. Les divers conquérants du sol l'ont tour à tour adoptée. [Ce culte] fut l'un 
de ceux en qui le paganisme gréco-romain mit ses dernières espérances. Nous 
pouvons suivre ainsi le cours de ses destinées pendant près de vingt siècles, dont 
six appartiennent à l'histoire de Rome. » Et plus loin : « Ce succès, Cybèle et 
Altis ne le devaient pas seulement à la protection de Rome et au fanatisme de 
leurs zélateurs. Ils ont aussi conquis le monde par leurs propres vertus. Ils 
l'ont conquis, selon les cas, par ce qu'il y avait de plus grossièrement primitif 
dans leur vieux fonds de naturalisme, et par ce qu'il y avait de plus moderne 
dans le spiritualisme doctrinal de leur mystique... Ce qui nous intéresse aujour- 
d'hui, c'est de voir l'effort constant du vieux culte pour s'affranchir du natura- 
Hsme original et pour s'élever aux formes supérieures de la dévotion ». Ces 
judicieuses observations, présentées en un boR langage, valent aussi pour le 
culte d'Eleusis ; il est à propos de le rappeler. 

S. R. 

H. C. Butler, E. Littmano, D. Magie, D. R. Stuart. Haurân Plain 
and Djebel Haurân {Princeton University Expéditions to Syria, 1904-1909, 
Division II and III, Section A, Part 5). Leyde, Brill, 1915. In-4, p. 297-358, 
avec nombreuses planches et gravures. — On est heureux de voir progresser 
régulièrement la magnifique publication de la Princeton University sur la Syrie. 
En dehors de la géographie, des itinéraires, des textes syriens, safaïtes et 
arabes, il ne reste plus à publier que les trois sections de Sî, Ledjâ et Djebel 
Simân. Le présent fascicule contient nombre de planches d'architecture très 
intéressantes, d'après les dessins et les lavis de H. C. Butler ou d'après des 
photographies donnant les états actuels. « M. de Vogiié, dit l'auteur, a décou- 
vert les merveilles architecturales du Djebel Haurân; ses planches, reprodui- 
sant une vingtaine de monuments antiques, sont d'autant plus importantes que 



BIBLIOGRAPHIE 167 

tant d'édifices ont disparu depuis ou ont été ruinés plus complètement. » Pour 
les inscriptions, le recueil de Waddington reste toujours l'œuvre capitale. 
L'expédition américaine s'est surtout proposé de vérifier et de photographier 
ce que les explorateurs précédents avaient signalé ; mais il ne njanque pas de 
nouveautés, tant dans la partie architecturale que dans la section épigraphique. 
Les inscriptions sont publiées en fac-similé, transcrites, traduites et commen- 
tées avec soin. Toutes les difficultés n'ont pas été résolues, mais aucune n'a été 
esquivée; c'est de la bonne besogne. 

S. R. 

F. Haverfleld. Roman Britain in 49 ii. Londres, Milford, 1915. In-8, 
68 p., avec gravures. — Ce rapport, très richement illustré, est divisé en trois 
parties : 1«> découvertes faites en 1914; 2® inscriptions latines trouvées en 
Grande-Bretagne au cours de la même année ; 3® livres et articles relatifs à la 
Bretagne romaine. Les trouvailles ont été moins abondantes qu'en 1913 ; la 
plus importante peut-être est celle de la fabrique de tuiles et de poterie de la 
20« légion, explorée à Holt, à 8 milles au S. de Ghester, par M. Arthur Acton. 
Il a été possible de restituer un plan en relief de cet important établissement 
(fig. 9). Parmi les poteries, il faut signaler particulièrement des tessons estam- 
pés d'un rouge pâle, avec une décoration originale dont on ne connaissait pas 
encore d'exemple ; des têtes de profil, encadrées dans un ovale, ont été obtenues 
au moyen d'une bague avec chaton gravé. On a découvert au même endroit un 
poinçon avec tête de Silène en relief. 

Incidemment, M. Haverfield parle du manque de soin très fréquent chez Hûb- 
ner, « d'où il résulte que le septième volume du Corpus est très inférieur au 
reste de la série ». Mais n'oublions pas que c'est un des plus anciens. 

S. R. 

O. Schlumberger et A. Blanchet. Collections sigillographiques. Paris, 
Picard, 1914. In- 4, ix-228 p., avec 28 pi. — Les auteurs ont mis en commun, 
pour les publier, 690 sceaux et bagues, reproduits sur de très bonnes planches 
et expliqués dans des notices précises, le tout complété par un index qui paraît 
fait avec soin. « En dépit de recherches longues et ardues, disent MM. S. et R., 
plus d'une matrice reste énigmatique. Gela est vrai surtout lorsqu'il s'agit 
d'un sceau étranger à la France. Nous avouons sans honte que des spécialistes 
de divers pays trouveront sans doute des identifications qui nous ont échappé : 
nous aurons du moins le mérite d'avoir fait connaître des monuments qui 
eussent peut-être été perdus ». On lit, sur beaucoup de sceaux, les noms latins 
de villes ou de villages, ce qui est intéressant pour la toponymie et l'élymolo- 
gie des noms de lieu ; ce recueil fournirait de bonnes additions au Trésor cel- 
tique de llolder. Quelques-unes de ces légendes locales présentent de grandes 
difficultés de lecture. Que faire (p. 39, n. H 7) de celle-ci : S.CVRIE SCI 
ROMITICAST? Les auteurs n'expliquent pas S. liomiti Castri^ qui me semble 
inadmissible. Sur la photographie, je crois qu'on peut lire S. Homoli Castrif 
qui ferait songer à S. Romole ou Romble, abbé berrichon. L'attention du lec- 
teur aurait pu être attirée plus expressément sur ces points obscurs. Ainsi 



168 lîEVUÈ AHCHÉOLOGIQUË 

(p. 47), on nous dit bien que Dovaria est Le Jan ; mais on ne nous dit rien sur 
Aganticwn (p. 46)*, sur Auffegives (p. 47), etc.; on ne nous dit pas (p. 48) 
que Boucheviler est peut-être Bouchevilliers (Eure), alors qu'on nous avertit 
(p. 51) de l'existence de différents Givry. Joanne m'apprend que le château de 
la Bourgonnière est en Maine-et-Loire; mais j'aurais voulu apprendre cela, 
sans ouvrir Joanne, à propos du sceau de Jacques Gautier, chevalier de ce lieu 
(p. 66)2. X. 

A. Merlin. Guide du Musée Alaoui. Tunis, au Musée, 1915, 2e édition. 
In-12, 74 p., avec gravures. — Joli petit guide, élégamment et discrètement 
illustré. On sait que le Musée de Tunis, fondé sous le règne d'Ali-Bey (1882- 
1902), auquel il doit son nom, comprend deux sections, l'une d'art antique, 
l'autre d'art arabe; la première est la plus considérable et, depuis qu'elle a reçu 
les bronzes de Mahdia, provenant du Pirée, a pris rang en tête des musées 
d'antiques de second rang. Le Musée Alaoui est d'ailleurs le plus riche du 
monde en mosaïques et promet de s'accroître encore, vu le nombre et le luxe 
des pavements romains en Tunisie. Rappelons que La Blanchère et Gauckler ont 
publié en 1897 un catalogue scientifique du Musée, complété par quatre supplé- 
ments, en vente au Musée (1907-1910)». S. R. 

A. Farault. Réptrtoire des dessins archéologiques légués par A. BouneauU à 
la Bibliothèque de Niort. Niort, Clouzot, 1915. Gr. in-8, xi-253 p. avec une 
planche. — Ernest-Alexandre-Arthur BouneauU (1839-1910), ancien conserva- 
teur du musée lapidaire de Niort, a relevé pendant de longues années, avec une 
ardeur infatigable, les sculptures du département des Deux-Sèvres qui présentent 
un intérêt archéologique (blasons, monogrammes, initiales, devises, inscriptions , 
tombeaux, croix, chapiteaux, clefs de voûte, caissons, cheminées, enseignes, 
etc.). La collection de ses 2.681 dessins, entrée en 1910 à la bibliothèque muni- 
cipale de Niort, a été inventoriée avec une pieuse précision par M. A. Farault, 
conservateur-adjoint de la bibliothèque, qui a fait suivre sa nomenclature des 
pièces (classées par ordre géographique et alphabétique) de deux excellents 
index des noms de personnes et de choses (ce dernier improprement qualifié 
de table de matières). Le dessin du portail N. de l'Église N.-D. de Niort (détail 
de la balustrade), reproduit en tête de l'ouvrage, donne une idée avantageuse 
de la manière de l'auteur, dessinateur habile, ferme et sobre. Ce Répertoire 
sera souvent consulté par les archéologues de tous pays en quête de rapproche- 
ments et de parallèles. On espère qu'il leur sera toujours facile d'obtenir des 
photographies des originaux ; la municipalité pourrait traiter, à cet effet, avec 
un photographe local, qui consentirait un prix uniforme, par exemple celui de 
5 fr. par cliché 13 X 18 (prix du Musée de Saint-Germain). S. R. 

1. Ancien nom de Ganges (Hérault). 

2. P. 197, n. 667, la légende du précieux sceau latin de Mitylène forme un 
pseudo-hexamètre, ce qui était à dire : Mutiliana tuum servato libéra decus. 

3. Une déplorable habitude, qui se généralise, consiste à ne pas imprimer de 
titre au dos dôs livres. Comment veut-on alors qu'on les retrouve sur les 
rayons? 



L'ALESSANDRO DI CIRENË 




Una brève campagna di scavi, condotta 
a Girene nel giugno-luglio 1914, sul luogo 
ove casualmente era tornata in luce 
TAfrodite, haconseguito esito, oltre ogni 
aspettativa, fortunato. Un notevole grup- 
po di sculture è andato cosi ad arric- 
chire il sorgente museo di Bengasi e, fra 
queste, una statua colossale diAlessandro 
Magno, priva soltanto délie braccia. 

Il rigoroso riserbo che, da qualche 
tempo, si sono imposto quegli archeo- 
logi, ai quali il Governo italiano ha affî- 
dato i servizi per le antichità, non per- 
mette agli altri — archeologi di vocazione 
L'Aiessandro di cirene. — d'intervenire prima délie relazioni 
ufficiali. E questa la ragione del ritardo con oui mi accingo a trat- 
tare una questione, che interessai miei recenti studi su Lisippo. 
L'identificazione délia statua trovata a Girene, come ritratto 
di Alessandro il Macedone, non è messa in dubbio da chi ha 
jjotuto esaminarla direttamente. Dopo le riproduzioni pubbli- 
cate dai Lincei, neppure noi troveremmo ragioni per incertezze 
tra Tidentificazione in Alessandro e quelFaltra, che legittima- 
mente suggeriva la notizia del restauro, per cura di Adriano, 
delTedificio nel quale avvenne il trovamento : il nome di An- 
tinoo era anche suggerito dal soggetto di giovane divinizzato, 
e Taspetto délia figura, dall'ampio torace, sembrava confer- 
rnarlo. 
Gol nome di Alessandro è tornata in discussione la supposta 

V" SÉHIK, T. m. 12 



170 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

possibilità che la statua sia copia del celebrato Alessandro con 
la lancia, bronzo di Lisippo. È questa un'opera, per la quale ho 
proposto un'ipotesi, in quel mio libro su Lisippo, che ha avuto 
l'onore di venir presentato al pubblico in questa rivista, dal suo 
illustre Direttore * ; onore che mi compensa ad usura del silen- 
zio che lo circonda in patria. La mia ipotesi, riguardante TAles- 
sandro doriforo, pu6 essere sembrata arrischiata, maio ritengo 
di poterla mantenere ed anche rafïorzare con un'altra signifi- 
cativa testimonianza, di cui dire in fine. 

In queste mie parole è implicito che non credo TAlessandro 
di Girene replica délia nota opéra di Lisippo. Non lo crede 
neanche il prof. L. Mariani, Direttore générale per i servizi 
archeologici délia Libia% va anzi fîno ad ammettere che 
Lisippo non sia Fautore delForiginaie; ma, seguendo una nota 
scuola di archeologi, non si mostra completamente negativo 
nella sua esclusione e lascia la via aperta all'opposta ipotesi. Il 
Mariani, parlando di Lisippo e délie principali questioni che 
concernono Fattività di queU'artista, non crede di dover pren- 
dere in considerazione il mio studio, non solo, ma non vi fa 
neanche il più lontano accenno, tanto che un lettore superfî- 
ciale potrebbe perfîno credere che lo ignori, quattordici mesi 
dopo la pubblicazione. 

Non seguirù Fesempio; anzi, prima di venire al mio contri- 
buto, dovendo — in omaggio al buon metodo — riassumere lo 
stato délia questione, lo farô nel modo più fedele, riportando 
le parole stesse délia relazione ufficiale : 

(( La robusta persona planta suUa gamba sinistra, come se 
si fosse in quel momento arrestata, la gamba destra è ancora 
mossa airindietro... Il braccio destro pendeva inerte e sulla 
coscia è rimasto Tattacco per la mano. Il braccio sinistro... 
stringeva in alto la lancia di cui rimane la meta inferiore attac- 
cata al tronco di sostegno... L'opéra è di fattura un pu grosso- 
lana, decorativa e si rivela subito per una copia... L'esecuzione 

1. Revue archéologique^ 1914, II, p. 157. 

2, Rendiconti délia R. Ace. dei Lincei, 1915, p. 93. 



l'alessandro di cirene 171 

délia copia è tuttavia buona... lutto fa pensare che non si tratli 
di una copia fredda e meccanica dei tempi romani, ma bensi 
di unareplica ellenistica... L'impianto délia figura, la sua pon- 
derazione, le proporzioni svelte del corpo corrispondono aile 
concezioni délia scuola di Lisippo..., ma la modellatura del 
torace e la rigida frontalità di lutta la figura ricordano invece 
molto le opère policletee ». Lo studio su Lisippo « applicato 
all'Alessandro di Cirene non ci saràpermesso se non sulForigi- 
nale... Intanto si puô dire che con Tapoxyomenos non ha 
comune la sveltezza délie proporzioni, la libertà del motivo 
plaslico e la finezza e varietà di modellatura... Dovremo anche 
in questo caso pensare ad un Alessandro di Euphranor ?... 
Quanto al ritratto lisippico celebrato col nome di Alessandro 
con la lancia... mi sembra che la composizione non corris- 
ponda a quella descritta... Non mi pare si nasconda in questa 
concezione plastica la personalità superiore, quale doveva 
essere Lisippo e neanche quella d'uno dei minori, ma più noti 
scultori contemporanei, che sappiamo aver eseguito ritratti di 
Alessandro... È, a mio avviso, la statua di Cirene replica di 
una statua di Dioscuro di stile tardo-policleteo, rianimata con 
la testa di Alessandro. « 

Devo, anzitutto, rilevare délie inesattezze nella descrizione, 
e me ne dispiace, perché arrischio di disporre maie a mio 
riguardo il lettore, al quale devo confessare di conoscere la 
statua soltanto attraverso le riproduzioni dei Lincei, per non 
citare quelle altre insufficienti dei giornali, mentre poi lo 
stesso lettore s'immaginerà che il Direttore générale per i ser- 
vizi archéologie! délia Libia, pur non avendo veduto la statua, 
disponga di fotografie dettagliate e, magari, di qualche calco. 
Dovro afïrontare la taccia di presunzione, dicendo che l'asta, a 
sinistra délia figura, non mi ha Taspetto di una lancia perché 
è troppo grossa e, soprattutto, perché aU'estremità inferiore 
non ha il calce (craupwiVjp^ che vediamo diligentemente ripro- 
dotto in moite pitture vascolari, malgrado le modeste propor- 
zioni loro. Qui in un'opera plastica, di grandezza maggiore 



172 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

del vero, la mancanza del calce è sufficiente per farci respin- 
gere l'interpretazione data e credere che si tratti d'uno sceltro. 

Altra inesattezza vedo neirinterprelazione del residuo sulla 
gamba destra. Non mi sembra un attaco per la mano, ma un 
pezzo lavorato, spezzato superiormente e non di lato, come 
dovrebbe essersi spezzato se fosse un attacco per la mano. 
Credo, invece, che si tratti del residuo dell'oggetto sostenuto 
dal braccio. 

Per chiarezza d'esposizione vengo, senz'altro, ad enunciare 
la mia ipotesi interpretativa e ricostruttiva : rappresenta, 
secondo me, un Alessandro-Helios con la cornucopia nella 
destra, lo scettro nella sinistra. La protome equina è da attri- 
buire al copista, che lo tradusse dal bronzo. 

Gioverà ch'io rifaccia, per il lettore, la strada che mi ha con- 
dotto ad una simile interpretazione. 

Dal mio lavoro sugli Attribud dei soUegià nella statuaria 
antica risulta che le protomi equine', fréquent i con statue di 
Dioscuri, sono date anche ad una statua di Helios. È questa il 
marmo del Louvre nel quale il Sole è rappresentato come 
auriga, cosi che le due protomi di sostegno furono interpretate 
come un abbreviato délia quadriga; possono, invece, rappre- 
sentare il carro solare tirato da due cavalli, come vediamo in 
qualche pittura vascolare^ Lo Helios in questione ha nella 
destra una cornucopia. 

Appurato che la cornucopia è moderna e che, in ogni caso, 
TAlessandro di Cirene non è rappresentato come auriga, avrei 
dovuto deporre l'idea di mettere in relazione le due statue ed 
accettare, con gli altri, l'identifîcazione in Dioscuro. Senonchè 
a questa si oppongono troppi ostacoli, a cominciare dallo scettro 
in luogo délia lancia, per finire con la difficoltà di ammettere 
che una personalità splendidamente isolata, come Alessandro 
il Macedone, sia stata idealizzata in un concetto divino, che 
comprende due individui gemelli. Mentre, aU'incontro, l'ipotesi 



1. ilôm. Mitteilungen, 1913, p. 88. 

2. Roscher, Lexikon^ Helios, p. 2007, figura. 



173 

deiresistenza di ritratti di Alessandro, divinizzato in Helios è 
tanto probabile, che è già stata proposta in altre occasioni. 
Nel nostro caso, in favore del ravvicinamento tra la statua del 
Louvre e quella di Cirene stanno le teste, notevolmente affini. 
Ho continuato, allora, sulla stessa via, le mie ricerche e sono 
giunta alla persuasione che FAlessandro di Cirene sia realmente 
un Alessandro-Helios ; persuasione che spero di poter comu- 
nicare ai lettori. 

L'ipotesi di Alessandro, divinizzato in Helios, credo rimonti a 
W. Helbig*, a proposito délie teste del tipo capitolino e 
Barracco. 0. Bernoulli^ riassumendo la questione, conclude 
col dire che, pur non esistendo fonti scritte relative ad un 
Alessandro-Helios, le ricerche nel dominio dell'arte fîgurata 
non sembrano escluderlo. Non è certoche il piccolo bronzo del 
Louvre, proveniente dal Delta del Nilo, raffîgurante il Sole con 
nimbo radiato, rappresenti Alessandro, ma è possibile che tra 
i piccoli bronzi si trovino riproduzioni di Alessandro con 
attributi solari. Difatti G. Blum ^ fra bronzi e teste ne ha 
messe insieme parecchie. 

Fin qui lo stato présente délia questione relatîva ad un 
Alessandro Helios; dopo il trovamento di Cirene, credo che taie 
questione possa riprendersi. 

Lo scettro dà alla statua di Cirene carattere regale, ma che 
Alessandro vi sia rappresentato nella sua umana regalità lo 
esclude la nudità ed il non lieve ostacolo dcU'attributo, che 
dobbiamo supporre nella mano destra. La ricerca resta, dunque, 
circoscritta nell'ambito délia regalità divina. 

La protome ci dà Tinterpretazione del copista, il quale 
intendeva certo designare la statua come cavalière; quindi 
anche la cerchia di divinità maggiori, che si possano caratte- 
rizzare come cavalieri, si restringe tanto, da non lasciar posto 
che ad una sola interpretazione : Helios. So bene che anch'essa 

1. Monumenti antichi dei Lincei, 1895, p. 12. 

2. Die erhaltenen Darstellungen Alexanders, p. 69. 

3. Revue archéologique, 1911, l[, p. 295 ; 1914, Il . 95. 



i74 REVUE ARCHÉOLOGÎQUE 

non si raccomanda a prima vista e che devo portare, elemento 
per elemento, le ragioni necessarie. Non se ne dovrà conclu- 
dere, perù, che l'Alessandro di Cirene sia caratterizzato corne 
Helios in modo inusitato al pubblico, al quale la statua era desti- 
nata; le difficoltà d'interpretazione sorgono per noi, che non 
abbiamo punti di riferimento con altre figure di Helios. 

Dipinti vascolari e rilievi greci e greco-romani ci presentano 
costantemente Helios sulla sua quadriga, ad eccezione dei sar- 
cofagi col mito di Faetonte, dove è seduto in atto di ascoltare il 
figlio prima, il messaggio délia sua morte poi. Le statue sono 
rarissime ed io non ho presenti che quella, già citata, del 
Louvre ed una statua di Berlino*, con dedica a Zeus-Helios, 
trovata sopra una tomba egiziana. Ci sarebbero, poi, quel 
bronzetto di Berlino, in cui vedono una replica del famoso 
Golosso del Sole di Rodi, opéra di Ghares*, qualche testa ed 
altri piccoli bronzi, identifîcabili in Helios o in ritratti imperiali 
divinizzati in Helios, per il nimbo radiato. 

Disgraziatamente questo materiale serve a poco. Le grandi 
statue sono prive degli attributi o li hanno di restauro; negli 
altri monumenti figurati, non ho potuto trovare un Helios con 
lo scettro; quanto alTattributo délia mano destra, escluse, per 
Timpossibilità di conciliarle col frammento restato sulla gamba, 
la frusta, la fiaccola, la patera, non resta che la cornucopia-. 
Ritengo, perciô, che sulla gamba sia rimasta l'estremità infe- 
riore délia cornucopia. 

Nella statuaria la cornucopia è fréquente con tipi femminili 
di Fortuna, Cibele, Cerere, Iside; con tipi maschili di Fiumi, 
di Genî, di Serapide e d'Arpocrate. Sulla scorta dei numerosi 
esempi, non è difficile ricostruire laposizione délia cornucopia 
nella statua di Girene : suppongo il braccio destro, che la 
sorregge, abbassato lungo il fianco; la mano disposta in modo 



1. Arch. Zeitung, XIX, tav. 145. 

2. Schreiber, Studien ûber das Bildnùa Alexanders, tav. XI. 

3. Millin, Galerie mythologique, tav. XXVII, n. 83 : Sarcofago di Faetonte a 
Villa Borghese. 



l'alessandro di girene i75 

da lasciarne scendere Testremità; la cornucopia stessa deviata 
verso la linea esterna délia figura, tanto da lasciar libère la 
spalla e la parte superiore del braccio ', quella appunto che 
resta nelFAlessandro. 11 taglio netto del braccio, nella statua di 
Cirene, sembra confermare la mia ipotesi : la cornucopia e la 
parte superiore del braccio, che vi aderiva, sarebbero state 
lavorate a parte, a causa délia sporgenza del pezzo dalla massa 
délia figura, e forse, anche per il minuto lavoro che richiedeva 
la cornucopia. 

Passiamo ora al campo délia tradizione scritta. 

Koipavo; y.apzwv chiama il Sole Nonnos '^ : sovrano signore dei 
frutti. Scettro e cornucopia traducono in plastica, in modo 
perfetto, taie concetto divino. Resta a vedere perche non ho 
trovato esempi, nell'arte figurata, di Helios con scettro. Anzi- 
tutto va rilevato che il culto del Sole è poco difïuso nella Grecia 
dei tempi storici \ Secondo la genealogia greca, Helios non è 
divinità olimpica, ma è figlio del titano Iperione e di Theia : 
Èk'.£'!7.cac; àOavaToicî'.v è detto negli Injii, oa(|;.(i)v in Pindaro. Il 
culto del Sole era forse difïuso in Grecia, prima dei tempi sto- 
rici, vi resto poi, sporadicamente localizzato, fino alTetà 
ellenistica, in cui rifîori; si mantenne nell'età romana. Gli hni 
or/ici testimoniano del carattere di divinità primaria del Sole, 
in quella cerchia religiosa; in essi è detto : 7,oa;j.QxpaTa)p, osarÔTYiç 
■Ai7[j.o'j. A taie divinità conviene lo scettro. Potremo spiegarci la 
mancanza di taie attributo nelle raffigurazioni di Helios, che 
finora conoscevamo, pensando ehe Tarte ellenistico-romana 
ereditava dall'arte greca classica il tipo sulla quadriga e gli 
altri, che lo designano coma divinità secondaria. Non è ancora 
giunto il momento per esporre la ragione, che deve aver mosso 
l'autore greco di questo tipo di Helios a scostarsi dalle consue- 
tudini più note délia religioneedell'arte greca; per il momento 



1. Reinach, Répertoire de la statuaire, II, 498, 8 ; 499, 5 ed allre. 

2. Dionysiaca, VI[, 291. 

3. Saglio, Dictionnaire des antiquités, Sol ; Roscher, /. c. 



17G REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

mi basta di peter afïermare la possibilità d'identificare con 
Helios una figura scettrata. 

Un elemento significative neiridentificazione è una partico- 
larità délia testa, che non credo possa altrimenti spiegarsi che 
accettando Tipotesi d'un Alessandro-Helios. La testa délia statua 
non è lavorata nella meta posteriore, ed il Mariani suppone che 
fosse coperta da un elmo o da un ttTXo; di métallo Lasciamo 
andare che sarebbe molto strano, se lo scultore délia statua in 
questione, che pure non ha esitato a fare in marmo lo scettro, 
avesse creduto necessario riportare in métallo Telmo o il xTXoc; 
resterebbe sempre che la parte di testa, soltanto sgrossata, non 
corrisponde a quella che un qualunque copricapo celerebbe : 
comprende, infatti, tutta la parte posteriore fino al collo, e 
non comincia che a meta del cranio, dietro le orecchie. Esatta- 
mente là, dove si dovrebbe collocare il nimbo radiato in una 
testa del Sole. Particolare questo che, eseguito in marmo, 
avrebbe mancato il suo effetto e che perciù dobbiamo supporre 
gli artisti aggiungessero in métallo dorato. Dietro il nimbo, 
non era visible la testa délia statua, collocata in una nicchia — 
ai piedi délia qualeèstata rinvenuta — e il copistapoteva tras- 
curarla. 

Ho già dovuto dire che la protome equina, introdotta dal co- 
pista, caratterizza il soggetto come cavalière ; ciù ha bisogno di 
delucidazione, essendo noi assuefatti aconsiderareilSolecome 
auriga. Anche senza arrivare, sulla scorta del Roscher, ai 
Veda, dove il dio solare è un cavalière, ci possiamo fermare 
alla cerchia, cui anche la statua di Alessandro appartiene, cioè 
a quelle epigrafi, fra le quali una di Pergamo*, dove .si legge : 
''HXtov ko ixTuo). Siamo con ciù perfettamente autorizzati a 
mantenere Tinterpretazione di Alessandro-Helios per un 
soggetto caratterizzato come cavalière. 

Un notevole appoggio trova la mia identifîcazione délia statua 
di Cirene nella possibilità di mettere in luce le ragioni, che 

1. Saglio, /, c, p. 1376, nota 10, 



177 

potevano muovere un artisla a raffigurare Alessandro in 
sembianza di Sole. 

Conquistato l'Egitto, Alessandro, nel 331 av. Cr., si fece 
consacrare figlio di Amun-Ra, entrando cosi nella série de! 
Faraoni, i quali erano considerati successive reincarnazioni di 
Ra, il Sole*. Possiamo quindi ammettere, con la maggiore 
verisimiglianza, Tesistenza di ritratli di Alessandro-Helios, 
dopo il 331 av. Cr.. Tanto piu saremo disposti ad ammetterne 
Tesistenza su territorio egiziano, di cui Girene fu parte. Si traita, 
dunque, d'una creazione statuaria greca, che esce perù dal 
mondo puramente greco per Tavvenimento storico che l'ha 
motivata e forse anche per il pubblico al quale era destinata. 
Ciù spiega, a suffîcienza, la singolarità di questo tipo di Helios, 
in rapporto aile raffigurazioni comuni al mondo greco, 

Passiamo ora alla questione stilistica. 

Nella ricerca deU'autore d'un ritratto statuario di Alessandro, 
Lisippo si présenta subito alla nostra mente. Peraltro, diffîcoltà 
non trascurabili sorgono a prima vista : mancano le caratte- 
ristiche piii spiccate dello stile di Lisippo. La figura, infatti, 
non è liberamente mossa nella spazio : è in posa; il torace, 
specialmente nelle spalle, ha tutta Tampiezza e larigidezza che 
notiamoin Policleto: proprio Topposto délia tendenza di Lisip- 
po di restringere il torace, spingendo avanti le spalle. 

Ma, nella ponderazione délia figura troviamo una prima 
traccia di Lisippo : la gamba alleggerita è allontanata di lato e 
tocca il suolo con Pestremità del piede obliquo. Feci altrove 
notare corne taie ponderazione segni un progresse di Lisippo 
su Policleto. L'aver noi riscontrato questa caratteristica — 
tutt'altro che fréquente nelle statue maschili — in un'opera 
nella quale siamo autorizzati a ricercare lo stile di Lisippo, 
prima ed a preferenza di qualunque altro, costituisce un ele- 
mento significative. A favore di IJsippodepongono anche le 
proporzioni : è il canone policleteo, corretto in modo da far 
apparire più alta la figura. 

i. Saglio, /. c, p. 1385. 



178 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Percio, se a questo punto del nostro esame dovessimo trarre 
la conclusione, dovremmo dire che abbiamo présente un Ales- 
sandro con caratteri stilistici policletei e lisippei insieme. 

Ma noi sappiamo che Lisippo si dichiarava alunno del Dori- 
foro di Policleto, ed io ho potuto altrove mettere in luce corne 
ciô corrisponda alla realtà nelle statue che possiamo con fon- 
damentoattribuirgli. Dunque, poichè i caratteri policletei di un 
ritratto di Alessandro, per ragioni cronologiche, non sono rife- 
ribili che ad un seguace di quel maestro, non forzeremo la con- 
clusione, ammettendo che quel seguace possa essere Lisippo 
stesso, e TAlessandro-Helios un'opera sua, più legata a Policleto 
di quelle altre che, fmora, avevamo potuto identificarè. 

Certo, nessuno si sarà mai illuso di aver afîerrato nella sua 
totalità, attraverso Tesiguo numéro di statue, per le quali si è 
potuto, fondatamente, fare il nome di Lisippo, la figura artis- 
tica deiroperoso e longevo bronzista. Perciù possiamo accon- 
sentire, senza sforzo, a che la cerchia délia produzione lisippea 
si allarghi, per accogliere qualche altro tipo che, pur avendo 
in comune col primo nucleo di attribuzioni caratteri essenziali, 
se ne discosti per altri. Tanto più facilmente potremo accon- 
sentirvi, quando questi caratteri siano proprio gli stessi del 
maestro che Lisippo si attribuiva. 

La data che ho già fissato come termine posi quem, il 331 av. 
Cr., e Tetà dimostrata da Alessandro non consentono la spiega- 
zione più ovvia, quale sarebbe quella di accogliere la statua di 
Cirenetra i primi lavori di Lisippo; ma c'è un buon argomento 
per poter accettare Tidea che il grande scultore, già in pieno 
possesso del suo caratteristico stile innovatore, abbia creduto 
di dover fare qualche passo indietro, verso la tradizione, 
quando casuali esigenze lo richiedessero. E l'Alessandro di 
Cirene costituirebbe uno di tali voluti ritorni parziali; ritorno 
che il soggetto di moMale divinizzato gli consigliava. 

La statuaria greca del tempo di Alessandro aveva, per il tipo 
divino, una tradizione, cho non sarebbe stato facile, ne oppor- 
tunoscuotere. Era stala fissatada Fidia con quelle suemaestose 



l'alessandro di cirene 179 

composizioni che, dopo tre secoli, riempivano ancora di reve- 
rente stupore i conquistatori romani. Narrano, infatti, che 
Paolo Emilio, entrando nel tempio di Olimpia, ebbe l'impres- 
sione di trovarsi alla presenza dello stesso Giove. Dopo simili 
imponenti esempi, agli artisti greci non restava che imitare, 
e Lisippo — c'è da crederlo — non puù aver misconosciuto che, 
sostituendo le sue nuove, agili creazioni, liberamente mosse 
nello spazio, aile gravi figure dal movimento misurato, espres- 
sione perfelta di serenità inalterabile e veramente divina, 
avrebbe compromesso la comprensione, da parte del pubblico, 
delTessere superiore. 

La folla umana che si afîaccenda nella via, ecco il campo 
che airarte di Lisippo indicé Eupompo, secondo Taneddoto; 
e Lisippo stesso, infatti, con la nota espressione*, fissava il 
proprio contributo alla statuaria greca, nella rappresentazione 
degli uomini. Poseidone,personifîcante il mare,Ermete, araldo 
degli dei, offrivano con la loro spéciale fisonomia divina, 
queH'instabilità che Lisippo potè con effîcacia far esprimere 
dalla propria arte ; ma, fuori di tali casi, era assolutamente 
necessario attenersi aile esigenze del sentimento religioso e 
délia conseguente tradizione artistica. Tanto più necessario, 
volendo rappresentare un mortale in sembianze divine. 

Quindi, per parte mia, non solo posso ammettere che Lisippo, 
dopo il 331 av. Cr., abbia potuto plasmare un Alessandro- 
Helios di stile tradizionalmente severo, quale ci è ofïerto dalla 
statua di Cirene, ma giungo fîno a credere che Tartista, il 
quale si fosse diversamente regolato, avrebbe mancato il suo 
scopo : quello di far apparire Alessandro simile ad un dio. 

Detto ciù è appena necessario ch'io rilevi come le obiezioni, 
mosse dal Mariani alTattribuzione a Lisippo, non costituiscano 
ostacoli per me, ed anzi qualcuna sia decisamente favorevole. 
Bisogna tener présente che Lisippo, per il prof. Mariani — il 
quale ha dimostrato di non voler prendere in considerazione i 

. Maviglia, Vattività artistica di Lisippo, p. 42. 



180 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

miei recenti studi — è ancora l'autore deirApoxyomenos del 
Vaticano. Le ragioni contrarie del Mariani sono le seguenti : 
(( La modellatura del torace e la rigida frontalità di lutta la 
figura ricordano molto le opère policletee ed hanno un carat- 
tere di stile più severo, più arcaico délie opère lisippiche »; 
(( con Tapoxyomenos non ha comuni la sveltezza délie propor- 
zioni, la libertà del motivo plastico e la fînezza e varietà di 
modellatura »; « somiglia molto alla statua Rondanini, nella 
qnale ormai si riconosce Alessandro di scuola attica )). 

Contro la prima obiezione ho già detto abbastanza. 

Contro la seconda, non devo far altro che riafîermare quanto 
scrissi altrove : cioè, che convengo con P. Gardner nel ritenere 
l'autore deirApoxyomenos del Vaticano posteriore a Lisippo ; 
e perciù, mentre sotto certi aspetti esso risulta più evoluto, 
sotto certi altri ci apparisce meno osservante délia buona tra- 
dizione greca, mi riferisco alla soverchia libertà del motivo 
plastico ed al canone diverso da quello di Policleto, perfezio- 
nato da Lisippo. 

Contro la terza, ripeto che T Alessandro Rondanini présenta 
unacosiimpressionante somiglianza di struttura con TApoxyo- 
menos di Firenze — ch'io credo copia dell' originale di 
Lisippo — da confermare Topinione di quegli archeologi che a 
Lisippo lo attribuirono. E fra questi ce ne sono due* che il 
Mariani ha, altre volte, mostrato di tenere nella piii alta consi- 
derazione. Il Furtwangler' credo sia stato il primo ad opporsi 
airattribuzione a Lisippo, ma, infine, egli si limita va a negare 
che la statua Rondanini sia di stile lisippeo. Negava, in altre 
parole, che la statua Rondanini sia dello stesso autore deirApo- 
xyomenos del Vaticano. Precisamente quanto ho ripetuto e 
ripeto anch'io. 

Gli scrittori delF impero ci tramandano di un editto di Ales- 
sandro, nel quale si proibiva ad altri che a Lisippo di ritrarlo 
in bronzo. E la statua diCireneè copia d'un originale in bronzo, 

1. Brunii, Glyptothek, 153; E. Loewy, La scultura greca, p. 114. 

2. Glyptothek, 298. 



l'alessandro di girene 181 

ce ne dà fede il goffo sostegno. Ma gli stessi scrittori ci danno, 
poi, notizia di ritratti di Alessandro, anche in bronzo, opéra 
di altri artisti \ Sono : Euphranor di Gorinio, contemporaneo di 
Lisippo; Euthycrates, figlioe scolaro di Lisippo; Chaereas, che 
secondo Tipotesi di W. Helbig, accolta anche dal Furtwângler-, 
da S. Reinach* e da Th. Schreiber*, s'identifica con Chares, 
autore de! Colosso di Rodi. Leochares di Atene esegui un gruppo 
criselefanlino délia famiglia di Alessandro. 

Nella nostra ricerca delFaulore delFAlessandro di Girene, 
possiamo subito escludere Euphranor, perché us6 un canone 
dal corpo troppo esile, in confronto délia testa, délie braccia e 
délie gambe troppo sviluppate*. Di Leochares si parla soltanto 
per una composizione criselefantina, sappiamo peraltro che 
lavoro in bronzo; tuttavia, corne attico, non si puù prendere 
in esame per la statua di Girene, di stile decisamente argolico. 
Restano Euthycrates e Ghares. Del primo, non avendo punti di 
riferimento, non potremmo parlare con cognizione; è certo, 
pero, che la statua di Girene, essendo una copia, eseguita per 
un edificio molto sontuoso, ed in proporzioni maggiori di 
quelle délie altre statue, venute in luce nello stesso luogo, 
l'autore del suo originale va, senza dubbio, cercato fra gli autori 
in grande fama Passo dunque a Ghares. 

Ecco la questione : Ghares, autore del famoso Golosso del 
Sole, puù essere Tautore del nostro Alessandro-Helios? 

W. Helbig ascrisse a Ghares la testa del tipo capitolino di 
Alessandro-Helios, e l'attribuzione, anche a me, come già al 
Reinach ed allô Schreiber, sembra verosimile : quella patetica 
testa puù ben mettersi ail' inizio délia scuola di Rodi, che ci 
ha dato il Laocoonte. Lo Schreiber va oltre, ed in due piccoli 
bronzi di Londra e di Parma ha riconosciuto il tipo statuario, 



1. Bernoulli, /. c, p. 13. 

2. Berl. phUoL Wochemchrift, 1896, p. 15l7 

3. Gazette des Beaux-Arts, 1902, I, p. 156. 

4. L. c, p. 75. 

5. Plinio, XXXV, 128. 



182 kËVUE ARCHEOLOGIQUE 

al quale apparterrebbe la testa capitolina. Non posso giudicare 
dalla piccola riproduzione, che ci ha presentato lo Schreiber, 
se egli è nel vero; in ogni modo, questa statuina di carattere 
prassitelico non ha nuUa di comune con TAlessandro di Girene, 
e se dobbiamo credere che rappresenti proprio un Alessandro 
di Ghares, ce n'è abbastanza per escludere che la statua di Girene 
appartengaailostesso maestro. Gomunque, pur fermandoci alla 
testa capitolina ed aile altre, che ripetono quel tipo, non resta 
nessuna probabilità per Tattribuzione a Ghares délia statua di 
Girene. Quella testa violentemente piegata, agitata, artificiosa 
nel sapiente disordine dei capelli, non ha nulla di comune con 
la testa severa, dai capelli naturalisticamente arruffati, délia 
statua di Girene. E, fermandoci a questi capelli, vi cogliamo 
una spiccata caratteristica di quell'artista che si era distinto 
per le capigliature : Lisippo. 

Non mi resta che concludere e lo faccio aiïermando che, in 
base aile nostre cognizioni, a Lisippo, più di qualunque altro, 
conviene Tattribuzione délia statua di Girene, e che, pertanto, 
fino a prova contraria, mi sento autorizzata ad ascriverne a lui 
l'originale. 

Gol trovamento delF Alessandro-Helios di Girene il nostro 
patrimonio statuario si è notevolmente arricchito; vorrei chiu- 
dere augurando che nella stessa misura, riescano ad avvantag- 
giarsene i nostri studi archeologici. 

* * 

Ho detto, nelle prime pagine, di aver trovato un nuovoargo- 
mento per sostenere la mia ipotesi, che il celebrato Alessandro 
con la lancia, di Lisippo, si lasci intravedere attraverso il Posei- 
done di Milo, come ho esposto altrove. Alludevo al piccolo 
bronzo del Gabinet des Médailles, trovato a Reims*, riprodu- 
cente Alessandro in trono. 

Le armi date aile sue mani sono moderne, ma la mossa del 

1. Schreiber, l. c, p* 114; Bernoulli, /. c. p. 116» 



L^ALESSANDRO DI CiRENE 183 

braccio destro e Telmo attestano Tesattezza délia reintegrazione 
délia lancia. Ebbene, chi guardi questo Alessandro, con la 
lancia nella désira, avendo présente il Poseidone di Milo, non 
puù non restare colpito dall' identità dei due panneggiamenti; 
tanto più, traitandosi di schéma non comune di panneggia- 
mento e di due statue, seduta Tuna, stante Taltra. 

Secondo 0. Bernoulli, TAlessandro di Reims è la fusione di 
un tipo di Zeus e di un altro di Ares. Sto anch' io per la fusione, 
ma, al posto di Zeus, melto un Alessandro-Zeus, al posto di 
Ares, un Alessandro simile al Poseidone di Milo : ossia il cele- 
brato Alessandro con la lancia, secondo la mia ipotesi. 

Roma. Ada Maviglia. 



LES ISIAQUES DE U GllJLË 



Dans les deux articles que j'ai déjà donnés à cette Revue*, j'ai 
eu à m'occuper d'antiquités isiaques trouvées sur les bords du 
Rhône. Le hasard des découvertes attire maintenant l'attention 
sur des objets égyptiens rencontrés dans le bassin de la Saône. 

M. Bidault de Grésigny, qui fait d'intelligentes recherches 
dans le lit de cette rivière, a ramené plusieurs vases en bronze 
d'un très beau style. Leur forme indique qu'ils étaient destinés 
à contenir du vin, ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'ils étaient 
utilisés dans les environs de Ghalon. 

L'un d'eux est orné d'une très gracieuse figurine d'Horus-Bac- 
chus : l'index de la main droite montre la bouche, geste caracté- 
ristique du fils d'isis, et la gauche tient une coupe. Il n'y a pas 
d'autres attributs, mais ce que nous voyons est bien suffisant 
pour déterminer nettement cette charmante statuette, (fig. 1). 

M. Bidault do Grésigny avait déjà trouvé dans la Saône un 
Horus en bronze sans tête, tenant la corne d'abondance. 

Le 5 mai 1914, M. Janton présenta à l'Académie de Mâcon 
un petit Osiris égyptien en bronze (fig. 2), trouvé dans les 
sables de la Saône à Sermoyer (Ain). Cette statuette est 
munie de deux bélières, une dans le dos, l'autre à côté du pied 
droit; c'est un type de basse époque égyptienne et je ne crois 
pas qu'on ait encore clairement expliqué l'usage de la boucle 
qui accompagne le pied. 

Le 16 décembre 1913, M. Gadant présentait à la Société 
Eduenne une petite figurine en faïence verte représentant la 
déesse Sechet (Sechmet) à tête de lionne surmontée du disque 
solaire. C'est une amulette d'un beau travail égyptien. Elle a 

1. Voy. la Revue archéologique^ 1900, I, p. 75; 1912, ÎI, p. 197. 




Fig. 1. Bronze découvert daos U Saône. 



LES ISIÀQUES DE LA GAULE 



185 




été trouvée dans un jardin voisin de la gare d'Autun, apparte- 
nant à M. Laurin, à une profondeur assez grande en faisant des 
travaux de défoncement. 

On pourra lire la savante communication 
de M. Gadant dans le tome XLII des Mé- 
moires de la Société Éduenne, (fig. '^). 

Ce n'est pas la première fois que Ton 
découvre à Autun des objets égyptiens. En 
1868, le célèbre égyptologueChabas publiait 
dansle sixième volume de la Société Éduenne 
un travail important sur une trouvaille faite 
à Autun. Chabas explique que les pièces qui 
lui sont soumises sont au nombre de huit, 
savoir : 

Trois statuettes funéraires égyptiennes; 
Trois statuettes d'Osiris infernal; 
Une statuette d'Isis allaitant Horus; 
Une statuette de femme. 

Ces figurines appartiennent au Musée d'x4utun ou à la col- 
lection G. BuUiot. 

Elles ont été trouvées dans le sol d'Autun ; 
pour celles de terre cuite, on connaît même 
l'endroit précis de leur découverte, sur le bord 
de la grande voie romaine qui traversait la 
ville, delà porte d'Arroux à la porte de Rome'. 
L'égyptologue montre d'abord le sens des 
trois oiishabtis ixxnévdiivQS. Ces explications ont 
déjà été données bien des fois et il n'est pas un 
touriste des bords du Nil qui ne connaisse 
parfaitement le rôle de ces petits personnages 
que l'on mettait dans les tombeaux pour aider 
le défunt dans les travaux agricoles de l'Amenti. 

1. El) 1855, on voyait encore sous la porte d'Arroux le pavé romain en gros 
blocs, avec les ornières creusées dans la pierre par les chars depuis l'époque 
romaine. 

V^^ SÉKlEjT. 111. 13 




186 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Puis il décrit ceux qu'il a sous les yeux. 

« N°^ 1 et 2 (fig. 4). Deux figurines de terre cuite vernissée, 
toutes les deux brisées par le bas, et complétées en ciment. La 
main gauche tient la houe; la droite, la pioche et le sac à 
semence (dont on ne voit que la corde de suspension) qui pend 
derrière l'épaule. Le n^ 2 n'a pas d'inscription; le n^ 1 était 
décoré d'une légende verticale contenant le nom et les titres 
du défunt. La cassure a enlevé la fin de ce petit texte et l'on 
n'y lit plus que : U sir is prophète, chef des fantassins. Ce titre 
d'Osiris signifie simplement « le défunt ». 

(( N^ 3 (Musée d'Autun, n*' 441 du catalogue). Figurine en bronze 
représentant le défunt sous ses bandelettes; les mains tiennent 
deux sacs aux semences. Celui qui passait sur l'épaule droite 
n'est plus distinct; probablement il n'a jamais été figuré; on 
n'en voit que la corde de suspension. Au dessous du sac qui se 
distingue sur l'épaule gauche, est une petite fleurette d'orne- 
ment composée de huit points saillants formant cercle et d'un 
point central; ce même ornement est répété à l'endroit corres- 
pondant de l'épaule droite et six fois sur le pilier d'appui de la 
statuette. 

(( Une ligne d'inscription garnit le devant de la statuette; on 
y lit en assez médiocres hiéroglyphes : 

« Pour que ce texte devienne intelligible, il faut admettre 

que le graveur a confondu \J] avec Cl et y^^ avec ^*' , ce 
qui n'est pas absolument invraisemblable, s'il a transcrit un 
modèle hiératique. On pourrait traduire dans ce cas : « Illumi- 
nation de rOsiris Am-ap-neter - snou Ouah - het - phra fils de 
la dame Touha. » 

« Ouah - het - phra* est le nom égyptien dont les Grecs ont 
fait Apriès. Je ne connais pas d'exemple du nom de femme 
Touha. 

1. On pourreit corriger cette lecture de Chabas en celle de Ouah*àb* 
Râ = Apriès. 



LES ISIAQUES DE LA GAULE 187 

« Quant au titre sacerdotal x\m-ap-neter-snou, qui signi- 
fie celui qui est V organe des deux dieux, j'en ai rencontré un 
autre exemple sur une jolie statuette de porcelaine appartenant 
au cabinet de M. Emile Guimet de Fleurieu. Ce petit monument 
est en apparence d'exécution irréprochable et cependant Tins- 
cription en est criblée de fautes grossières. Nous devons 
attendre des documents moins corrompus pour disserter sur 
la fonction religieuse dont nous venons de parler. 

« Les statuettes funéraires en métal sont extrêmement rares. 
Le savant conservateur du British Muséum, M. S. Birch, exclut 
le métal de la liste des matières qui pouvaient servir à confec- 
tionner ces figurines mystiques. Le Musée du Louvre en pos- 
sède une qui serait de l'époque de Ramsès IL Mais on doute de 
son authenticité. 

(( En définitive toutes celles de métal sont suspectées de faus- 
seté. Le spécimen du Musée d'Autun ne peut qu'accroître les 
soupçons des égyptologues : la gaucherie des hiéroglyphes, 
l'incorrection du texte, l'état incomplet d'un des sacs à semence, 
enfin l'ornementation exceptionnelle du pilier, tout porte à 
croire que ce petit monument est une inintelligente imitation 
d'un modèle en terre cuite de l'époque saïte. » 

On voit que le savant est en défiance. Il flaire le faussaire. 
Eh bien, tous les détails qui le font douter de l'authenticité 
me confirment, au contraire, dans la pensée que cet oushabti 
de bronze est d'un travail gallo-romain. A plusieurs reprises 
j'ai dit, écrit, imprimé, que lorsqu'il s'agit de ces objets 
douteux quoique antiques, il ne faut pas parler de faussaires. 
Ils n'ont pas été fabriqués pour tromper les naïfs collection- 
neurs, ils ont été commandés par les Isiaques qui, lorsqu'ils 
n'avaient pas sous la main pour placer dans les tombeaux des 
figurines venant d'Egypte, en faisaient faire des imitations plus 
ou moins exactes. 

Parmi les défauts signalés par Ghabas sur cette figurine, il 
parle du second sac à semences qui manque sur l'épaule droite. 
Ce n'est pas une erreur. Ges « répondants » ne tenaient qu'un 



i88 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

sac sur l'épaule gauche, et il y est. Si ron voit une corde devant 
répaule droite, c'est là Terreur. Il faudrait vérifier si ce que 
Ton prend pour une corde n'est pas un manche de pioche. Mais 
pour faire cette vérification, une grande difficulté se présente : 
cette statuette n'est plus au Musée d'Autun; elle a disparu, elle 
est perdue. 

Comment? Pourquoi? Les conservateurs l'ignorent. 

Je crois pouvoir raconter ce qui a pu se passer. 

Un jour, un savant « autorisé » a visité le Musée d'Autun; 
il a vu la statuette, a reconnu qu'elle n'est pas égyptienne et 
s'est écrié : 

tt — Voilà une pièce fausse dont il faut vous débarrasser; 
elle déshonore votre belle collection! » 

Et le document a été jeté à la rivière ou porté au fondeur. 

Combien de fois j'ai eu à lutter contre des spécialistes qui 
voulaient absolument me faire retirer de mes vitrines des spé- 
cimens précieux, authentiques, trouvés dans des tombeaux 
romains, mais qui n'étaient que des imitations maladroites, 
faites pour des Isiaques, et par conséquent tout à fait sincères. 

Lorsque j'ai parlé à l'Académie des Inscriptions de Vlsis 
romaine, je disais : « Les documents mis au jour sont dédaignés 
ou détruits. Si ce sont des pièces d'origine égyptienne, elles 
trouvent leur place dans les séries de l'Egypte antique, et la 
provenance européenne est vite oubliée ; si ce sont des objets 
imités à l'époque romaine, on les déclare faux et on les brise. » 

11 faut dire un mot des a petites fleurettes d'ornement com- 
posées de huit points saillants formant cercle et d'un point 
central », qui ornent le dos de la statuette. C'est un symbole 
bien connu qui représente le soleil au milieu des étoiles. On 
le trouve fréquemment sur les enveloppes de momies et sur les 
linceuls d'Antinoë avec le sens de lumière, de vie future, d'éter- 
nité; il est adopté à la fois par les derniers Isiaques et les pre- 
miers chrétiens. Sa présence sur le monument qui nous occupe 
est mieux qu'un renseignement, c'est une date. Elle nous 
apprend que cet oushabti de bronze, copié, ainsi que l'indique 




Fig. 4. 



190 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Chabas, sur une figurine de Tépoque saïte, a été fabriqué pro- 
bablement au iii'^ siècle. 

Après rétude des oushabtis, Chabas s'occupe des statuettes 
d'Osiris : a Ces figurines, dit-il, représentent Osiris dans l'atti- 
tude des statuettes funéraires dont nous venons de parler. Au 
lieu d'instruments d'agriculture, le dieu tient le fléau et le 
pediim\ il est coifïé du diadème atef qui se compose de la haute 
tiare conique terminée en boule, flanquée de deux plumes, 
attributs de la vérité. A l'heure de la mort, tous les justes 
devenaient des Osiris ; ils avaient à subir les mêmes épreuves 
que ce dieu et devaient, à son exemple, triompher de la mort 
et reprendre l'existence. 

(( Aussi les figurines d'Osiris infernal sont-elles extrêmement 
multipliées; elles étaient employées dans les cérémonies 
publiques et privées du culte des morts. On les plaçait dans 
les chapelles domestiques, on les portait comme insignes dans 
les fêtes à exode et, pour ce motif, on les trouve tantôt munies 
d'un tenon d'emmanchement, tantôt placées sur un socle du 
même jet que la figurine; d'autres sont munies de bélières. 

(( Les trois statuettes de cet ordre qui appartiennent au Musée 
d'Autun sont en bronze; l'état de conservation est médiocre. 

(( Le n« 1 ne présente rien de particulier (n<^ C 442 du cata- 
logue). 

« Le n« 2 est muni de deux bélières ; sous la base on distingue 
encore la naissance d'un tenon qui a été coupé. Cette figurine 
était portée au bout d'un bâton et quelque sorte d'ornement y 
était suspendu au moyen des bélières. (Cabinet de M. G. Bul- 
liot) (fig. 5). 

(( Le n^ 3 offre aussi les restes du tenon ; sa coiffure est sur- 
montée du disque solaire, symbole du dieu Râ (le soleil) dont 
Osiris n'est qu'une forme dérivée. (Cabinet de M. G. Bul- 
liot.) » 

Je me permettrai de faire observer que l'on n'a pas encore 
rencontré d'Osiris-Soleil. Si le personnage représenté est momi- 
forme avec un disque sur la tête, c'est Phtah. Il faudrait véri- 




titi. 5. 



192 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

fier s'il lui manque le fouet et le pedum dOsiris et s'il tient à 
deux mains un long sceptre devant lui. 

Mais on se heurte à une impossibilité comme pour Toushafati 
de bronze; les n^» 1 et 3 ne figurent plus au Musée d'Autun. 
Seul s'y trouve le n" 2, reproduit dans la figure 5 ; le n<^ B 346, 
inscrit sur le socle, indique en effet qu'il a fait partie de la 
collection Bulliot. 

A propos de la statuette d'Isis allaitant Horus (fig. 5 ; Cabinet 
de M. Bulliot, B 345), Ghabas explique le mythe d'Isis et conclut : 
(( La déesse est toujours dans l'attitude d'une femme assise, 
même lorsque, ce qui est le cas le plus fréquent, le siège ne 
fait pas partie du groupe. Les pieds portent généralement sur 
un socle carré, au dessous duquel on voit souvent les restes du 
tenon d'emmanchement. 

(( Dans le monument d'Autun, les pieds et le socle ont disparu, 
mais un tenon encore visible montre que la statue d'Isis avait 
dû être fixée sur un siège. Ce petit groupe est d'un bon style, 
quoique le travail n'en soit pas très finement achevé. » 

Puis Chabas s'occupe d'une statuette de femme en bronze 
(Musée d'Autun, C 440). «C'est, dit-il, un pommeau creux déta- 
<îhé du manche d'un ustensile qui n'a pas été conservé. » Cet 
objet est encore un de ceux qui ont disparu de la collection, 
probablement parce qu'il n'était pas purement égyptien. 

Pourtant la pièce devait être intéressante, car A. de Longpé- 
rier, qui l'a vue, la compare à des statuettes de bronze du Musée 
de Florence et ajoute que pour la dimension et l'aspect plat, 
la statuette d'Autun ressemble assez exactement à certaines 
figures de terre noire servant de supports aux coupes à quatre 
pieds que l'on recueille en grand nombre en Etrurie. 

En somme, il s'agit d'un ornement égyptisant qui n'a sans 
doute joué aucun rôle isiaque. 
Chabas conclut ainsi : 

(( Les huit statuettes que je viens de décrire ont été trouvées 
dans le sol d'Autun; il se pourrait donc que quelques-uns de 
ces antiques eussent été apportés h Autun dès l'époque de la 



LES ISIAQUES DE LA GAULE 193 

conquête romaine. Mais, à quelque date reculée que puisse 
remonter cette importation, on n'est pas fondé à en tirer la 
moindre conséquence historique. Les ustensiles du culte d'Isis 
et de Sérapischez les Romains n'ont qu'un rapport très éloigné 
avec ceux du culte égyptien ; ils ne comprennent ni statuettes 
funéraires^ ni figures d'Osiris infernal. Nous avons donc affaire 
ici à des objets de curiosité recueillis par des voyageurs en sou- 
venirs de leurs excursions lointaines. » 

Je me souviens des discussions que j'ai eues avec le savant 
égyptologue lorsqu'il a publié cette phrase dans laquelle j'ai 
souligné quelques mots qui, à mon avis, n'étaient pas accep- 
tables. 

Les oushabtis, lui disais-je, ne sont pas des objets du culte 
des temples. En Egypte, comme en Gaule, on les trouve dans 
les tombeaux. Les Osiris se rencontrent dans les laraires et 
dans les tombes. J'ai dans mon Musée un fort bel Osiris, don 
du docteur Hamy, qui a été trouvé dans un laraire à Pompéï. 
L'hypothèse des amateurs à' objets de curiosité ne peut expli- 
quer la quantité considérable d'objets isiaques que l'on ren- 
contre sur le sol de toute l'Europe et presque toujours dans 
des sépultures... Je dois avouer modestement que je n'ai pu 
arriver à modifier l'opinion de Chabas, 

A propos des découvertes faites à Autun, Chabas parle d'ob- 
jets qui auraient été trouvés dans les environs de Clermont- 
Ferrand. Ce renseignement est précieux; malheureusement je 
n'ai pu en vérifier l'exactitude; jamais, pour les raisons que 
j'ai développées, les Musées ne conservent les objets isiaques 
trouvés en Gaule. 

Je cite le passage : 

(( Le Musée de Clermont-Ferrand possède, ainsi que celui d' Au- 
tun, un certain nombre de figures égyptiennes, dont M. Pognon 
a rendu un compte sommaire dans les Mélanges d' Archéologie 
égyptienne et assyrienne (t. III, p. 65). On y remarque princi- 
palement une statuette d'Osiris en bronze, haute de 18 centi- 
mètres, du modèle des oushabti. On l'a considérée comme une 



194 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

imitation gallo-romaine d'un original égyptien. D'autres anti- 
ques égyptiens, conservés dans des collections particulières, 
sont supposés venir de la même localité, c'est-à-dire de Puy-de- 
Gorent, mine féconde d'armes, de pierres taillées et polies et 
de monuments gaulois et romains. L'origine des pièces de types 
égyptiens attribuées à Corent me paraît exiger sérieuse vérifi- 
cation. Mais il n'y a aucun doute à entretenir sur celles de plu- 
sieurs statuettes d'Osiris, en métal, ni sur une Isis-nourrice, 
qui rappellent les petits monuments d'Autun, et qui ont été 
trouvées à Clermont même, près de la caserne de cavalerie et 
au faubourg Saint-Allyre. La présence de ces objets égyptiens 
dans le sol d'Autun et de Clermont s'explique par des circons- 
tances qui ne devaient pas être de rare occurence, mais qui 
ne paraissent pas avoir d'importance au point de vue archéo- 
logique. » 

J'ai déjà dit que les explications du savant égyptologue ne 
concordent pas avec les faits que Ton constate sur tous les 
points de l'Europe; il y aurait eu vraiment à l'époque romaine 
trop de Cook-toiiristes venant du Nil, trop d'amateurs de curio- 
sités égarant leurs collections, et auxquels on vendait des faux 
laborieusement fabriqués pour les tromper. 

Je dois faire remarquer, à propos de Clermont, que je suis 
allé bien souvent dans cette ville et que jamais on n'a pu me 
montrer, ni au Musée, ni chez des particuliers, le moindre objet 
égyptien. Ainsi voilà des trouvailles parfaitement constatées, 
Chabas le prouve, et dont il n'y a plus trace. Tout a disparu. 

Si le conservateur du Musée de Clermont peut remettre la 
main sur l'un de ces antiques, il sera fort aimable de me le 
faire connaître. 

Je copie la note de M. Pognon : 

« Il y a au Musée de Clermont-Ferrand quelques figurines 
égyptiennes trouvées à différentes époques dans le pays même. 
M. Douillet, directeur du Musée, m'a permis de les examiner 
de près et d'en donner communication aux lecteurs du Recueil. 

1^ Un Osiris en bronze, recouvert d'une belle patine et mesu- 



LES ISIAQUES DE LA GAULE 195 



rant 0™,18 de hauteur. 11 est coiffé du diadème atef, m^, tient 

le fouet, /\, de la main droite, et le sceptre h>q, |, de la 
gauche, à la manière des statuettes funéraires. Sur le devant, 
et à la place du chapitre VI, on voit un grand triangle coupé à 
l'intérieur par trois lignes horizontales, et des signes de conven- 
tion séparés par deux traits horizontaux. Entre les deux épaules, 
il y a un triangle dont la pointe supérieure est légèrement 
arrondie, de manière à figurer le sac à semences traditionnel; 
au milieu du triangle, il m'a semblé voir des caractères très 
effacés et dont je n'ai pu constater la nature. Cette statuette 
est de travail antique : elle a dû être fabriquée dans la Gaule à 
l'époque romaine sur un modèle égyptien (cf. ce qu'en dit 
l'abbé Croizet, son premier possesseur, dans les Annales de 
l'Académie de Clermont, t. XXVI, p. 483). Elle a été trouvée 
en 1858 sur le plateau du Puy de Corent, emplacement d'une 
ville antique où l'on a recueilli en quantité des débris gaulois 
et romains. 

2*^ Plusieurs Osiris en métal, coiffés du diadème atef\ sem- 
blables pour l'aspect aux statuettes funéraires, mais de très 
petite taille et sans inscription. Ils ont été trouvés à Clermont- 
Ferrand auprès de la caserne de cavalerie, avec un assez grand 
nombre d'objets de l'époque romaine. 

3° Statuette en métal de même provenance, hauteur 0"",055 
environ. C'est une Isis assise, mais sans siège; elle allaite Horus 
et porte sur la tête le disque solaire entre les deux cornes. 

4*^ Un Osiris en métal, semblable aux précédents, de 0'",05 
de hauteur environ, sans inscription, mais avec une bélière à 
la jambe droite. Il a été trouvé dans le faubourg Saint-Allyre à 
Clermont-Ferrand )) 

Il y a encore au Musée d'Autun une statuette de style égyp- 
tien en terre cuite blanche et que Chabas n'a pas vue (fîg. 5). 
Elle représente une Isis- Vénus. Est-elle égyptienne ou romaine? 
On ne connaît pas sa provenance. 

Je ne dois pas quitter Autun sans mentionner le bel Osiris en 



196 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 




Fig. 6. 



LES ISIAQtTES DE LA GAULE 



197 



pierre verte que possède M. R. Gadant. Le travail en est très 
pur et tout à fait égyptien. Il a été trouvé à Aulnay-en-Bajois 
dans les fouilles qui furent faites, il y a une quinzaine d'années, 
pour les fondations des murs du cimetière (fîg. 6). 




Fig. 7. 



Nous avons au Musée Guimet de Paris une figurine trouvée à 
Belleville-sur-Saône et représentant un singe, très probable- 
ment Thot cynocéphale. Le disque qu'il portait sur la tête a été 
brisé ou plutôt enlevé afln que le dieu ne soit plus qu'un objet 



198 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

artistique. Malgré une certaine allure et la vivacité de Texpres- 
sion, le travail n'est pas égyptien. Les bras, les mains, les 
jambes et les pieds sont plus humains que simiesques. Le 
monument est en terre cuite (fig. 7). Je sais qu'il a été trouvé 
dans un jardin, à une certaine profondeur. Je n'ai pas pu avoir 
d'autres renseignements. 

A Trévoux (Ain), jolie ville sur les bords de la Saône, on a 
reconnu l'emplacement d'un cimetière de légionnaires romains, 
dont la plupart étaient isiaques. 

Le fait se rencontre assez souvent et je citerai particulière- 
ment la nécropole de Salzbourg qui a livré un certain nombre 
de beaux oushabtis conservés au Musée de la ville. 

Le cimetière de Trévoux est situé sur une moraine de l'époque 
glaciaire, composée de sable et de cailloux roulés. Cette colline 
est exploitée par des sablonniers et, à mesure qu'ils entament 
lagravière^ils éventrent des sépultures antiques; les ossements 
roulent avec les cailloux et aussi le mobilier placé dans les 
tombes. C'est ainsi qu'on a recueilli souvent des objets égyp- 
tiens qui n'ont pas été conservés. 

Un samedi soir je rencontrai à la gare de la Croix-Rousse 
M. Guigue, archiviste de la ville de Lyon. 

(( — Je vais à Trévoux, me dit-il, avez-vous des commissions ? 

« — Oui, lui répondis-je en plaisantant, apportez-moi un 
oushabti égyptien. » 

Deux jours après, il présentait à l'Académie de Lyon l'objet 
antique que je lui avais demandé et racontait comment il se 
l'était procuré : 

Il avait été à la gravière et, s'adressant au sablonnier : 

(( — Avez-vous de ces figures comme vous m'en avez montré? 

« — Justement j'en ai ramassé une il y a quelques jours. 
Femme, où as-tu mis la petite Sainte- Vierge dont je t'ai fait 
cadeau ? 

« — Je l'ai donnée au « gosse ». 

« — Dis donc, gamin, qu'as-tu fait de la poupée qu'on t'a 
donnée? 



LES ISIAQUES DE LA GAULE 



199 



« — J'sais pas. 




Fig «. 



Tâche de te souvenir. 

Ah, je Tai jetée sur le fumier. » 



âOO REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

On va voir et l'on recueille l'intéressant monument avant 
qu'il ait été enseveli sous le crottin des chevaux. 

La figurine est en faïence blanche, ce qui est assez rare (fig. 8). 
Certainement elle est venue d'Egypte. 

J'ai vu à Trévoux un autre oushabti. Il faisait partie de la 
collection de M. Valentin Schmit, magistrat distingué qui s'oc- 
cupait d'archéologie. Il avait trouvé l'objet dans la pouape de 
Riottier, sur les bords de la Saône. Cette montagne artificielle 




Fi- 9. 



contient beaucoup de silex taillés et, à différentes époques, elle 
a servi de cimetière. 

La statuette de 10 centimètres de haut était en faïence ver- 
dâtre. Elle avait une inscription. 

A la mort de M. Schmit, ses héritiers firent don de sa collec- 
tion à une maison d'éducation et à M. le curé de Mionnay. 
Il m'a été impossible, au pensionnat, de trouver trace de la 
figurine. Quant au curé de Mionnay, très gracieusement, il mit 
à ma disposition tous les objets qui lui venaient de M. Schmit. 
Mais l'oushabti n'y était pas. 

Encore un document disparu ! 

Trévoux n'est pas le seul endroit du département de l'Ain 



Les isiaques de la &aule 



201 



qui ait révélé des stations isiaques. A Bourg, devant la mer- 
veilleuse église de Brou, on a trouvé un joli bœuf Apis, en 
bronze, la tête ornée du disque. Les jambes ont été cassées 
(fîg. 9). 




Fig. 10. 



Fig. 11. 



A Pont-d'Ain c'est un petit Osirîs en bronze (flg. 10). Au lieu 
'In t(;nir le fouet et le crochet, il a deux fouets et, en plus, le 
grand bâton de main. Ces inexactitudes dans les attributs 
indiquent que la pièce n'a pas été fabriquée en Egypte. Les 

V- SÉKIK, T. Ul 14 



202 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



plumes de la coiffure manquent et sont remplacées par deux 
petits tenons qui devaient fixer des plumes en argent ou en 
matières précieuses. 

Ce type incorrect se rencontre assez souvent dans les trou- 
vailles faites hors d'Egypte. 

A Vésine, rive gauche de la Saône, il faut noter un Osiris en 
bronze de travail égyptien assez grossier (fig. H). 




Fig. 12. 



Dans un village du Bugey qu'on n'a pu me désigner, quatre 
Osiris en bronze de types différents et d'origine égyptienne 
ont été découverts (fig. 12). 

Je mets dans ce groupe une plaquette en bronze provenant 
de Conliège et conservée au Musée de Lons-le-Saunier (fig. 13). 
Dans un encadrement assez profond on a voulu figurer un Osi- 
ris. Il est coiffé ùe la tiare ornée de plumes. Mais au lieu d'être 



LES ISFAQUES DE LA GAULE 



203 



momiforme il est représenté nu, tenant de sa main droite le 
dnkh à boucle ronde, à la mode au début du christianisme, et 
de la main gauche, le grand sceptre à tête de coiicoupha. C'est 
évidemment un travail gaulois. 




Fig. 13. 



Fig. U. 



Lyon est un centre important d'antiquités romaines. Dans 
les fouilles nombreuses qui ont été faites on a dû rencontrer 
des objets isiaques; mais, selon l'usage, on les a dédaignés et 
il n'en reste aucun souvenir. 



204 



REVUE archéologique: 



Par le plus grand des hasards je causais archéologie avec 
M. Bruyère, l'habile relieur, digne successeur des Grolier du 
XVI* siècle ; il me dit : 

(( — J'ai un jardin à Fourvières où je trouve très souvent des 
pièces égyptiennes. » 

Et il me montra son petit'musée. 




Fig. 15. 



Il fit mieux. Il me donna toute sa collection, pensant avec 
sagesse que s'il la gardait elle serait tôt ou tard dispersée tan- 
dis que, en un Musée, elle serait conservée. Je ne puis assez 
dire combien j'ai été touché de sa générosité. 

C'est exactement près du cimetière de Loyasse que ces objets 
ont été trouvés; très probablement sur l'emplacement d'un 
ancien cimetière romain. 

La sénie se compose de neuf objets : 



LES ISIAQUES DE LA GAULE 



205 




Fig. 16. 



* 





1-iff. 17. 




v\^. 18. 



Fig. 19. 



4 



206 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



Un oushabti en faïence, avec une inscription que M. Moret lit : 
(( L'Osiris mâ-chrou Horges-n-(i)? né de Tatneferhers )> (fig. 14). 
Un oushabti sans inscription. 
Un fragment d'oushabti sur lequel on voit la fin d'un texte, 

I ((le directeur des soldats Ouza-s (fig. 15). 




Hg. 20. 

Trois scarabées (fig. 15). 

Coiffure du dieu Nofer Toum en faïence. Elle est formée d'une 
fleur de lotus surmontée de deux plumes droites. 

Une amulette (fig. 16) représentant la moitié d'une monait 
(cymbale égyptienne). 

Un œil Ouzaen faïence (fig. 17). 



LES ISUQUES DE LA GAULE 



207 



M. Bruyère me dit que ses voisins rencontraient aussi dans 
leurs jardins des antiquités venues d'Egypte, surtout des bœufs 
Apis en bronze. Mais il ne put m'en procurer. On ne savait plus 
ce qu'ils étaient devenus. 




Fig. 21. 



U obtint pourtant deux Osiris en bronze, l'un découvert à 
Fourvière (fîg. 18), l'autre, un peu ébréché, provenant de la 
rue des Macchabées (fîg. 19). 

Je dois signaler un petit Horus que j'ai acheté chez un mar- 
chand de Lyon. Ce bronze n'est pas égyptien. Il n'est même 
pas romain. S'il est ancien, on lui a enlevé sa patine et il semble 



208 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



tout à fait neuf. Mais alors, dans quel dessein a-t-on pris la peine 
de fondre une statuette qui ne ressemble à aucun modèle 
antique? 

Les faussaires sont plus adroits que cela (fig. 20). 

Le personnage, de sa main droite montre sa bouche. Sa coif- 
fure a une forme insolite et la tresse est remplacée par un noeud 
de franges. 





Fig. 22. 



Je le publie, espérant qu'on me donnera des explications^ 

Devant Téglise Saint Georges, on a retiré de la Saône la moi- 
tié d'un assez bel oushabti en faïence de travail égyptien (fig. 21). 

Des sablonniers vinrent un jour me vendre trois petits Osi- 
ris en bronze qu'ils avaient recueillis en déchargeant une drague 
(fig. 22). 

Ces ouvriers ne se sont pas aperçu qu'il y avait, avec ces 



LES ISIAQUES DE LA GAULE 



209 



figurines, d'autres pièces égyptiennes, car une égide de Pacht 
est restée attachée le long d'un des Osiris (fig. 23). 

Je donne la reproduction d'une de ces égides (fig. 24) afin 




Fig. 23. 



que l'on comprenne la forme de ce qui reste de l'ornement, 
qui était probablement une agrafe qu'on portait sur l'épaule. 

Ces mêmes sablonniers m'apportèrent une autre fois une 
nouvelle trouvaille. C'était une poignée d'amulettes égyptiennes 



210 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

en faïence, auxquelles s'ajoutait un bâton assyrien en obsidienne, 
orné d'une inscription cunéiforme. Ces bâtons se tenaient 
cachés dans la main pendant que Ton prononçait certaines 
prières. 

M. Guigue m'avait dit qu'on en avait trouvé plusieurs à Anse, 
dans le lit de l'Azergue. Ce lot très intéressant m'a échappé. 
Les hommes m'en demandaient un prix qui me parut exagéré; 
comme je croyais être le seul à m'occuper de ces objets, je 




Kig. 2i. 

refusai, pensant bien que les sablonniers finiraient par accepter 
ma proposition. Mais ils ne revinrent pas. Ils avaient vendu le 
lot à M. Récamier, membre de la Société littéraire de Lyon. 

Malgré mes démarches, il m'a été impossible de retrouver ces 
petits monuments. Si des héritiers de M. Récamier étaient 
encore en possession de ces antiques, je leur serais bien recon- 
naissant de m'en aviser. 

Ah! le beau Musée que l'on pourrait faire avec les anti- 
quités égyptiennes trouvées en Gaule, reconnues, déterminées, 
bien constatées... et disparues! 

Fleuribu, 20 octobre 1914. 

E. GUIMET. 



OUTILS EN FER 

DU MUSÉE DE SAINT-GERMAIiN 



Dans tous les Musées d'antiquités, on s'est plus occupé des 
armes que des outils et des outils en bronze que des outils en 
fer. Ces derniers ont été fort délaissés des antiquaires, bien 
qu'un certain nombre de spécimens figurent sur les planches de 
Mongez et de Grivaud de la Vincelle, bien que la Technologie 
de Blûmner, le Dictionnaire de Saglio, le Manuel de Déchelette 
et quelques autres ouvrages, en particulier ceux de M. Frémont, 
aient fait une place à l'étude de ces objets (voir aussi l'article 
de Louis Lindenschmit dans les Alterthûmer unsrer heidnichen 
Vorzeit, t. V, 1906, pi. 46, p. 255-264). 

Depuis quelque temps, les outils de fer du Musée de Saint- 
Germain, provenant principalement des villas romaines de la 
forêt de Compiègne, ont été presque tous réunis, dans des 
vitrines, au voisinage immédiat des bas-reliefs qui concernent 
les arts et métiers de la Gaule. La plupart de ces outils avaient 
passé sous les yeux d'Abel Maître, directeur des ateliers du Musée 
de 1867 à 1896, qui en indiqua la désignation en vue de l'ins- 
cription sur le registre d'entrée ; mais toute cette nomenclature 
était à reprendre à loisir, par un technicien expérimenté. Devant 
décrire ces objets dans le catalogue illustré {sous presse) des 
deux étages inférieurs du Musée, j'ai prié M. Champion, direc- 
teur des ateliers, de les examiner avec soin. Non seulement il a 
procédé à cette étude avec la conscience et la compétence qu'on 
lui connaît, mais il a classé et dessiné au trait tous les types 
d'outils, en précisant leur emploi. Il ne pouvait me convenir de 
profiter, dans mon catalogue, d'un travail aussi personnel, sans 
avoir laissé à l'auteur le soin et l'honneur de le faire connaître 



212 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

d'abord au public savant. Les planches publiées et commentées 
ci-dessous renseigneront assez complètement nos lecteurs pour 
que tout commentaire ultérieur soit superflu'; mais je veux 
être le premier à féliciter M. Champion de l'achèvement d'une 
tâche difficile devant laquelle les archéologues professionnels 
auraient reculé. 

S. R. 



Travail du bois (PI. I) *. 
Ciseaux en fer. 

9520 Ciseau plat, à soie, pour menuisiers, sculpteurs, tailleurs de pierre 

tendre. Orange (Vaucluse). 
9520 A Ciseau plat, à tête, pour percussion (tailleurs de pierre, charpentiers, 
menuisiers). Orange. 
15903 Large ciseau plat, à très long manche (bisaiguë),pour charpentiers i. 
Compiègne (Oise). 

15907 Ciseau plat, à soie, pour charrons, menuisiers, tailleurs de pierre 

tendre. Compiègne. 

15908 Ciseau plat, à douille fermée et un seul biseau, pour charpentiers, 

menuisiers. Compiègne. 
15908 A Ciseau plat, à douille fermée et un seul biseau, pour charpentiers, 

menuisiers. Compiègne. 
15908 B Ciseau plat, à douille fermée et un seul biseau, pour charpentiers, 

menuisiers. Compiègne. 
15908 C Ciseau plat, à douille fermée et un seul biseau, pour charpentiers, 

menuisiers. Compiègne. 
159J0 Ciseau plat, à tête, pour percussion, pierre tendre, pour charpentiers, 

menuisiers. Compiègne. 
15911 Ciseau plat, à un biseau, pour tailleur de pierre dure 2. Compiègne. 
15911 A Ciseau plat, à tête pour percussion, pour tailleur de pierre dure ^. 

Compiègne. 
15913 Ciseau plat, à douille carrée (bisaiguë), pour charpentier. Compiègne. 



1. Les numéros sont ceux de l'inventaire d'entrée du Musée; l'astérisque 
indique que l'objet est un moulage. Les notes concernant les planches sont 
imprimées à la suite du texte de chacune d'elles. 




Hi,. L — Outils pour le travail du bois. 



214 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



15972 Ciseau plat, à soie, double biseau, pour menuisiers, sculpteurs, tailleurs 
de pierre tendre. Compiègne (Oise). 

16100 Ciseau plat, à douille ouverte, à double biseau, pour menuisiers, char- 
pentiers, tailleurs de pierre *. Compiègne. 

16205 Ciseau plat, à douille fermée, pour menuisiers, charpentiers, tailleurs 

de pierre. Beuvray (Saône-et-Loire). 

16206 Ciseau plat, à douille ouverte (bisaiguë), pour charpentiers. Beuvray, 
17390 Ciseau plat, à douille, pour charpentiers, tailleurs de pierre tendre 

(Seine-Inférieure). 
27883 Ciseau plat, à douille ouverte (bisaiguë), pour charpentiers. Cimetières 

de la Marne. 
28986 Ciseau plat, à soie, double biseau, pour menuisiers, sculpteurs, 

tailleurs de pierre tendre. Compiègne (Oise). 
28986 A Ciseau plat, à douille fermée, à un biseau, pour charpentiers, menui 

siers. Compiègne. 
28999 Large ciseau plat, à douille ouverte (bisaiguë). Compiègne. 
29051 Ciseau plat, à douille ouverte pour tailleurs de pierre. Compiègne. 
29051 A Ciseau plat, à douille fermée pour charpentiers, menuisiers. Compiègne 
29051 B Ciseau plat, à tête à percussion pour charpentiers, menuisiers. 

Compiègne. 
50671 Large ciseau plat, à douille, avec très long manche de bois (bisaiguë); 

coll. Torcy, Dijon (Côte-d'Or). 
50847* Large ciseau ou hache à manche droit, origine de la bisaiguë (Salle 

XIII). AHse 1 (Côte-d'Or). 
60958 Ciseau plat, à soie, pour charrons, menuisiers, tailleurs de pierre tendre. 

Alise. 

1. Voir Déchelette, Manuel, t. IIL p. 1359. 

2. Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens^ pi. XXIIbi», 3. 

3. Ibid., pi. XX1IW«, 6. 

4. V. Cauchemé, Fouilles de Compiègne, fasc. II, pi. XIV. 



Outils en fer, servant à travailler le bois (PI. II), 



1524 Hache de sabotier. Lozère (Seine-et-Oise). 

10347* Grande hache de charpentier pour équarrissage et dressage des bois ; 
les sabotiers se servent également d'un type semblable, un peu 
plus petit. Environs de Mayence. Musée de Mayence. 

12603 Petite hache en fer, à panne carrée, pour servir de marteau. Champ- 
Dolent (Seine-et-Oise). 




Pl. II. — Outils pour le travail du bois. 



âl^ REVtJE AnCHÉOLOGÎQUfe 



15835 Hachette en fer, pour petits travaux. Verneuil (Seine-et-Oise). 
15859 Hache à panne carrée, outil de charpentier, tonnelier. Compiègne 

(Oise). 
15859 A Hache à panne carrée, outil de charpentier, tonnelier, charron. 

Compiègne. 
15859 B Hache à panne carrée très petite. Compiègne. 
15859 C Hache merlin, pour abatage, outil de bûcheron. Compiègne. 

15859 D Hache merlin, pour abatage, outil de bûcheron 3. Compiègne. 

15860 Herminette en fer à soie, type rare ^ Compiègne. 

15860 A Herminette marteau à panne ronde, outil de charpentier, tonnelier. 

Compiègne. 
15860'JB Herminette à marteau à panne carrée, outil de charpentier, tonnelier. 
Compiègne. 

15861 Herminette, ciseau et gouge, type rare, outil de tonnelier. Compiègne. 
16737 Hachette, outil de charpentier, charron, tonnelier, bûcheron. Lac de 

Paladru (Isère). 
18046* Hache à douille renforcée, outil de bûcheron. Musée de Rouen. 
18173* Hache avec un appendice très allongé, forme rare *. Saint-Marlin-en- 

Campagne, près de Dieppe. 
19405* Hache d'abatage, outil de bûcheron, sabotier, type rare. Sauiles 

(Marne). 
20217 Hache de charpentier, tonnelier. Alise (Côte-d'Or). 

23797 Hache de charpentier pour dresser et équarrir. Provenance inconnue. 

23798 Hache avec panne à bec, forme rare, pour charpentier, bûcheron ; 

trouvée au Luxembourg, à Paris. 

28990 Hachette de dressage pour charron, etc. Compiègne (Oise). 

28991 Hache merlin pour abattre et fendre le bois. Compiègne. 
28991 A Hache merlin pour abattre et fendre le bois. Compiègne. 
28991 B Hache merlin pour abattre et fendre le bois. Compiègne. 

28991 C Hachette de charron et de bûcheron 2. Compiègne. 

28992 Herminette marteau à panne ronde, pour charpentier, tonnelier *. 

Compiègne. 

35463* Hache à douille carrée, anneaux pour la ligature avec le manche ; type 
rare trouvé à Uchizy près de Tournus (Saône-et-Loire). 

35464* Herminette à panne carrée, trouvée à la Truchère près de l'embou- 
chure de la Seille (Saône-et-Loire). 

46341 Hache, type allongé à panne carrée pour petits assemblages ; outil de 
charpentier, de charron. Dragages de la Seine, aux Andelys 
(Eure). 

46357 Hache, outil de charpentier, de bûcheron. Dragages de la Seine, aux 
Andelys (Eure). 



i 



OUTILS EN FER DU MUSEE DE SAINT-GERMAIN 21 Î 

46365 Hache d'équarrissage, outil de charpentier. Dragages de la Seinp. 

La Garenne. 
50824 Herminette-gouge à soie, outil de tonnelier. Alise (Gôte-d'Or). 
60957 Petite hachette, outil de charron, de tonnelier. Alise. 
63271 Herminette à panne carrée. Abbeville (Somme). 
63648 Hache-pic pour travaux de démolition (?), type rare. Abbeville. 
63661 Hache- ciseau pour assemblage, outil de charpentier. Sources du Puy 

d'issolud, à Vayrac (Lot). 

1. Cf. Cauchemé, Les fouilles de Compiègne, fasc. H, pi. XIV. 

2. Cf. Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens, pi. LIV, i. 

3. Cf. Déchelette, Manuel, t. III, fig 594. 

4. Cf. Mongez, Antiquités de l'Encyclopédie y Paris, 1804, pi. 329, 1. * 



Outils pour le travail du bois (PI. III). 

1297 Serpe à soie pour émonder, à crochet pour tirer le bois coupé. Vesvres 

près de Vitteaux (Côte-d'Or). 
2961 Couteau-fendoir pour débiter le bois en languettes, lattis, etc. Envi- 
rons de Mayence. Musée de Mayence. 
2961 A Couteau-fendoir pour débiter le bois en languettes, lattis, etc. Envi- 
rons de Mayence. Musée de Mayence. 
8994 Serpe à soie à tranchant droit. Don de M. de Saulcy. Prov. inconnue. 

10361* Couteau-fendoir à manche courbe, trouvé dans les environs de 
Mayence. Musée de Mayence. 

12666 Serpe à douille, à tailler les haies, munie d'un crochet pour le bour- 
rage des branches coupées dans les trous des haies. Champ - 
Dolent (Seine-et-Oise). 

15883 Plane à deux poignées, outil de charron, de tonnelier. Compiègne. 
(Oise). 

15885 Couteau-fendoir à double tranchant, outil de charron, de tonnelier. 
Compiègne. 

15890 Couteau-fendoir à douille, outil de charron, de tonnelier. Compiègne. 

15890 A Petite serpe en forme de hachette à douille (usage inconnu). Corn • 
piègne, 

15894 Serpe à tailler les haies, avec crochet de bourrage *. Compiègne. 

15894 A Serpe à émonder, à douille sur très longue tige. Compiègne. 

15894 B Serpe à douille pour tailler les haies, avec crochet de bourrage. 

Compiègne. 

15895 Serpe à douille forme couperet, à manche court. Compiègne. 
15900 Serpe à douille à tailler les haies, avec crochet de bourrage. Compiègne 

(Oise). 

v« SHKiK, T. ni. 15 







laois 



ta 3<f 



Pi.. JII. — Outils pour le travail du bois. 



OUTILS EN FER DU MUSÉE DE SAINT-GERMAIN 



219 



15911 Coin à fendre le bois, servant également aux tailleurs de pierre pour 

fendre les blocs. Compiègne. 
16210 Coin à fendre le bois, servant également aux tailleurs de pierre pour 

fendre les blocs. Beuvray (Saône-et-Loire). 
25808 Serpe à soie, avec appendice en forme de hachette, outil de bûcheron, 

d'éiagueur. Vichy (Allier). 
29005 Serpette à soie. Compiègne (Oise). 
29039 Grande plane à deux poignées, outil de charron et de tonnelier, ou 

pour écharner les peaux. Compiègne. 
29042 Serpette à soie, outil de bûcheron. Compiègne. 
29042 A Serpette à soie, outil de bûcheron. Compiègne. 
29073 Serpe à douille, outil de bûcheron. Compiègne. 
39913 Longue serpe avec appendice en forme de hachette, outil de bûcheron, 

élagueur. Breny (Aisne). 
46366 Doloire de tonnelier. S'emploie de la même façon que la hache et sert 

pour dresser les parements des bois. Dragages de la Seine. 
46368 Serpe à douille à tailler les haies, avec crochet de bourrage. Outil de 

bûcheron. Dragages de la Seine. 
50671 Serpe à soie à tranchant courbe, outil de bûcheron. Environs de Dijon 

(Côte-d'Or). 
50855* Serpe à douille pour émonder, appendice en forme de hachette. Alise 

(Côte-d'Or). 
56091 Grande serpe à douille pour très gros manche manié à deux mains. 

Dragages de la Seine, à Evry (Seine-et-Oise). 
63645 Plane à deux poignées, dont une coudée; outil de charron et tonnelier. 

Abbeville (Somme). 

1. Voir Déchelette, Manuel, t. III, G g. 614, 1. 2. 



Outils pour le travail du bois (PI. IV). 



2956 Levier arrache-clous ^. Bords du Rhin, à Mayence. 

6350 Vrille ou mèche torse en fer. Chassey (Saône-et-Loire). 
15892 Vrille ou mèche. Compiègne (Oise). 

15892 A Petite vrille ou mèche avec soie pour fixera un manche. Compiègne. 
15902 Poinçon à tête carrée pour percussion. Compiègne. 

15908 Bédane de menuisier, à douille. Compiègne. 

15909 Bédane de menuisier. Compiègne. 

15912 Fragment de tarière, outil de charpentier *. Compiègne (Oise). 
15912 A Grande gouge à tête pour percussion, outil de charpentier*. Compiègne, 



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Pl. IV. — Outils pour le travail du bol». 



OUTILS EN FER DU MUSÉE DE SAINTGERMAIN 221 

15912 B Petite gouge à tête pour percussion, outil de menuisier *. Compiègne. 
15912 C Petite gouge à tête pour percussion, outil de menuisier i. Compiègne. 
15912 D Petite gouge à tête pour percussion, outil de menuisier. Compiègne. 
15912 E Petite gouge à douille, outil de charpentier '. Compiègne. 
15912 F Petite gouge à soie, outil de menuisier. Compiègne. 

15912 G Petite gouge à percussion, outil de menuisier. Compiègne. 

15913 Outil pour donner la voie aux scies (dit tourne à gauche) 7. Carrière 

du roi près Compiègne.' ^ 

15916 Scie en forme de couteau 3. Compiègne. 
15972 Poinçon carré à soie (dit pointe carrée à ferrer). Compiègne. 
25809 Gouge avec tranchant à angle droit, à soie, outil de menuisier. 

Vichy (Allier). 
28997 Gouge de menuisier. Compiègne. 

29047 Ciseau ou bédane à soie, outil de menuisier. Compiègne. 
29050 Outil de charpentier, tarière pour percer les trous de chevilles 2. 

Compiègne. 

29050 A Outil de charpentier, gouge à tête pour percussion s. Compiègne. 

29051 Outil de charpentier et de menuisier, gros bédane à douille. 
Compiègne. 

29051 A Outil de menuisier, gros bédane à douille, Compiègne. 

29051 fi Outil de menuisier, gros bédane à douille. Compiègne. 

29052 Outil de menuisier, poinçon rond à soie. Compiègne. 

29059 Outil de charpentier, de menuisier, scie à deux bords dentés (type 

rare). Compiègne. 
29059 A Outil de bûcheron et de charpentier. Grande scie à débiter {passe- 

partout). Compiègne. 
29065 Compas à clavette de serrage *. Compiègne. 
29073 Petit [e\ier pied de biche pour arracher les clous, à soie pour fixer un 

manche. Compiègne. 
38146 Scie à guichet 3 (Salle XI). Presles-Saint-Audebert (Aisne). 
46324 Petit compas. Dragages de la Seine. Coll. Caméré. 
50116 Scie à guichet (Salle XI). Presles-Saint-Audebert (Aisne). 
50818* Scie à cheville, ou à métaux (Salle XIII). Alise (Côte-d'Or). 
50830 Tarière de charpentier 2, s (Salle XIll). Alise. 
60959 Poinçon rond à soie (Salle XIII). Alise (Côte-d'Or). 
61330 Scie à cheville, outil de charpentier (Salle XIII). Alise. 

1. Voir Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens, pi. LUI, 4, 5, 6. 

2. Ibid., pi. LUI, 7. 8. 

3. Ibid., pi. LUI. 7. 

4. Ibid., pi. XXII. 8. 

5. Ibid., pi. XXlIbi», 5, 



222 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

6. Ibid., pi. LVII, 2. 

7. V. Cauchemé, Les fouilles de Compiègne, fasc. II, pi. XIV. 

8. V. Déchelette, Manuel, t. III, fig. 609, 17, 16. 



Outils pour le travail des métaux (pi. V), 

8630* Enclume de cloutier i. Dragages du pont d'Annecy. Musée d'Annecy. 

13607 Très petit marteau d'orfèvre ou de repousseur ^. Cimetières des envi- 

rons de Châlons (Marne). 

13608 Petite tenaille de forge s. Cimetières des environs de Châlons. 
13608 A Petite tenaille de forge. Cimetières des environs de Châlons. 
15868 Marteau de forge ou de repousseur. Compiègne. 

15864 Marteau de forge pour chaudronnier. Compiègne. 

15865 Marteau à emboutir pour chaudronnier i*. Compiègne. 
15868 Marteau à emboutir pour chaudronnier. Compiègne. 
15887 Petite enclume carrée (tas). Compiègne. 

15887 A Petite enclume carrée (tas). Compiègne. 

15901 Mèche ou foret à métaux à langue d'aspic, avec soie carrée pour 

vilebrequin 3. Compiègne. 
15901 A Mèshe ou foret à métaux à langue d'aspic, avec soie carrée pour 

vilebrequin 3. Compiègne. 
15901 B Mèche à téton pour métaux, avec soie carrée pour vilebrequin 3. 

Compiègne. 
15911 Burin ou ciseau à froid pour couper le métal. Compiègne. 

15911 A Burin ou ciseau à froid pour couper le métal. Compiègne. 

15912 Poinçon à section carrée (pointe carrée, équarrissoir), pour agrandir 

les trous 6. 7 Compiègne. 

15913 Lime à section demi-ronde. Compiègne. 

15913 A Tranchet d'enclume, pour couper les métaux ^. Compiègne. 

15929 Petite tenaille de forge 9. Compiègne. 

15929 A Petite tenaille de forge. Compiègne. 

15929 B Petite tenaille de forge à triple usage, ou pince de verrier pour le 

travail du verre à chaud. La forme des extrémités des deux 

poignées est particulière et semble indiquer cet usage s. 

Compiègne. 
16099 Marteau de chaudronnier. Camp d'Attila (Marne). 
16197 Enclume à queue (tas). Compiègne (Oise). 
16199 Marteau à emboutir pour chaudronnier. Mont-Beuvray (Saône-et- 

Loire). 
16213 Enclume à queue (bigorne) s. Mont-Beuvray. 




Pi^. V. — Outils pour le trarail des métaux. 



224 ItEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

19591 Pince de forge. (Saône-et-Loire). 

24012 Manche de marteau, en bois avec coin d'emmanchement. Baie de 

Guérande. 
24012 A Manche de marteau, en bois avec coin d'emmanchement. Baie de 

Guérande. 
25802 Petit marteau à manche de fer, repousseur ou garnigseur. Vichy 

(Allier). 
25804 Petite tenaille de forge. Vichy. 

28993 Petit marteau pour divers usages, semblable aux marteaux de vitrier; 

le manche est en fer et l'extrémité est taillée en ciseau ou levier. 
Compiègne. 

28994 Petit marteau d'orfèvre ou de repousseur. Forêt de Compiègne. 
28994 A Marteau de forge. Compiègne. 

28994 B Marteau de forge. Compiègne. 

28996 Tas carré à queue. Compiègne. 

28986 A Tranchet pour couper les métaux (tranche à froid). Compiègne. 

29051 Mèche ou foret à métaux, à pointe en langue d'aspic et soie carrée 

pour vilebrequin. Compiègne. 
29051 A Mèche à téton et soie carrée pour vilebrequin 3. Compiègne. 
29069 Petit marteau d'orfèvre ou de repousseur. Mont-Chyprès, forêt de 

Compiègne. 
29073 Mèche à métaux, à pointe en langue d'aspic s. Forêt de Compiègne. 
29073 A Mèche à métaux, à pointe en langue d'aspic 3. Forêt de Compiègne. 
46317 Petite pince à métaux. Dragages de la Seine, Andelys (Eure). 
49838 Enclume carrée avec trou pour faire les clous ou pour tranchet 

d'enclume i, 5, lo. Le Chatelet, près Saint- Dizier (Hautes 

Marne). 
49840 Gros marteau de forge. Le Chatelet près de Saint-Dizier. 

49840 Gros marteau de forge. Le Chatelet près de Saint-Dizier. 

49841 Gros marteau de forge. Le Chatelet près de Saint-Dizier. 

56790 Mèche à pointe en langue d'aspic 3 (Salle XIII). Alise (Côte-d'Or). 
60954 Mèche à pointe en langue d'aspic 3 (Salle XIII). Alise. 
60954 A Mèche à pointe en langue d'aspic 3 (Salle XIII). Alise. 



1. Voir Frémont, Le clou, Paris, 1912, p. 21. 

2. Ibid., p. 25, 26. 

3. Du même. Origine et évolution des outils, Paris, 19i3, p. 74. 

4. Déchelette, Manuel, t. lïl, p. 1373. 

5. Jbid., p. 1376. 

6. Ibid., p. 1372. 

7. Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des qnciens. pi. LXVII, 1. 

8. ibid., pi. LX VI, 20. 

9. Ibid., pi. LIX, 1; LVIIÎ, 7. 



OUTILS EN FER DU MUSÉE DE SAINT-GERMAIN 225 



10. Ibiçt.^ pi. LVIII, 6. 
U. Ibid., pi. LVIII, 3. 



Outils pour le travail de la pierre (PI. VI). 

1528 Martelet de maçon. Lozère (Seine-et-Oise). 

9520 Ciseau court à large tranchant pour tailler de la pierre ; on en utilise 
aussi de semblables pour la taille des limes. Orange (Vaucluse) . 

12930 Spatule coudée de stucateur ou de maçon pour faire les joints. Cime- 
tières de la Marne. 

14584 Poids de fil aplomb 6. Vaison (Vaucluse). 

14586 Marteau de tailleur de pierre {têtu), marteau de maçon. Vaison 
(Vaucluse). 

15858 Marteau de tailleur de pierre (têtu). Compiègne (Oise). 

15862 Marteau de tailleur de pierre {polka). Compiègne. 

15862 A Marteau de tailleur de pierre {polka). Compiègne. 

15863 Marteau de tailleur de pierre, petit. Compiègne. 
15863 A Marteau de tailleur de pierre, petit. Compiègne. 
15863 B Marteau de tailleur de pierre, petit. Compiègne. 

15866 Marteau de tailleur de pierre tranchant des deux bouts. Compiègne. 

15867 Marteau de tailleur de pierre tranchant des deux bouts. Compiègne. 
15881 Truelle de maçon, à soie', 3_ Compiègne. 

15903 Large ciseau à tête carrée pour percussion, outil de tailleur de pierre, 

charpentier s. i. Compiègne. 

15904 Large ciseau à double tranchant, pour piquer la pierre en tenant l'outil 

par le milieu s. Compiègne. 

15905 Ciseau plat à large tranchant et tête ronde pour pierre tendre 5. Com- 

piègne. 
15911 Ciseau plat à tôle carrée pour pierre dure *. s Compiègne. 
15911 A Ciseau plat à tête carrée pour pierre dure*, s. Compiègne. 
15911 B Ciseau plat pour tailleur de pierre *. Compiègne. 
15911 G Ciseau plat pour tailleur de pierre *. Compiègne. 
15911 D Ciseau plat pour tailleur de pierre *. Compiègne. 
15913 Ciseau à trois dents, à douille pour tailleur de pierre {gradine). 

Compiègne. 
16200 Marteau-pioche de maçon. Mont-Beuvray (Saône-et-Loire). 
25792 Truelle de maçon à soie, avec manche de bois. Vichy (Allier). 
25798 Martelet de maçon. Vichy. 

28994 Marteau de tailleur de pierre à deux tranchants. Compiègne (Oise), 
58994 A Matsse de carrier à fendre Içs blocs de pierre. Compiègne. 






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Pl. VI. — Outils pour le travail de la pierre. 



OUTILS EN FER DU MUSÉE DE SAINT-GERMAIN 227 

28994 B Pic double de tailleur de pierre. Compiègne. 

29051 Ciseau plat de tailleur de pierre pour pierre dure. Compiègne. 

29051 A Riflard de maçon pour gratter, couper, dresser les surfaces et les 

angles. Compiègne. 

29052 Pointe à tailler le marbre ou la pierre dure. Compiègne. 

60955 Ciseau plat de tailleur de pierre dure (Salle XIII). Alise (Côte-d'Or). 

60956 Ciseau à douille, à trois dents pour travailler la pierre tendre (Salle 

XIII). Alise. 
60961 Gouge à angle droit (burin), avec un manche semblable à ceux des 

spatules employées par les stucateurs et les plâtriers (Salle XIII) 

Alise. 
63664 Spatule coudée de stucateur, ou de maçon pour faire les joints *. 

Abbeville (Somme). 

1. Voir Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens, pi. LUI. 
2.lhid., pi. LVII, 1. 

3. Ibid., pi. XXXIV, 1. 

4. md., pi. XXXIV, 7. 

5. Cauchemé, Descriptions de fouilles de Compiègne, 1902, fasc. II, pi. XIV. 

6. Mongez, Antiquités, Paris, 1804, pi. 328, 3, 4. 

Outils pour travaux de terrassement, défrichement 
et défoncement des terrains (PI. VII). 

10335* Pioche-pic (binette). Weisenau, environs de Mayence. 
10337* Pioche à défricher 2. Weisenau, environs de Mayence. 
10338* Pioche-pic pour défoncement de la terre, terrassement. Environs de 

Mayence. 
10339* Pic pour défoncement de la terre, terrassement. Environs de Mayence. 
14587 Pioche à long pic pour défoncement de la terre, terrassement. Vaison 

(Vaucluse). 
15869 Pioche et bident, forme serfouette, pour défrichement, sarclage. 

Compiègne (Oise). 
16244 Pioche en forme d'herminette (sap^*), pour défrichement, sarclage '. 

Alise (Côte-d'Or). 
17806 Pelle à douille à manche droit. Provenance inconnue. 
19592 Pioche-pic. Collection Lefèbvre à Mâcon (Saône-et-Lojre). 
19731 Pioche en forme d'herminette à douille carrée {sape). Oppidum de 

rimpepnat à Luzech (Lot). 
25797 Pioche en forme d'herminette {sape) *. Vichy (Allier). 
29021 Pelle (garniture de), à manche coudé. Compiègne. 

1. Grivaud de la Vincelle, Les arts et métiers des anciens, pi. XXIV, 5, 6. 

2. Mongez, Antiquités, Paris, 1804, pi. 334, 4. 



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30 



?u VII. — Outils pour travaux de terrassemeut. 



OUTILS EN FËtl ÙV MUSEE DE SAlNT-GEtlMAlN ^29 

Outils pour le travail de la terre (PI. VIII). 

1478 Soc de charrue en fer de lance • ^ Gôte-d'Or. 

1481 Faux courte ou faucille. Côte-d'Or. 

10187 Serpette à ailerons. Mont-Beuvray (Saône-et-Loire). 

10190* Faux courte. Collection Desor *. Prov. inconnue. 

10192* Grande faucille. Dragages de la Saône. 

15477 Serpette à douille. Murcent (Lot). 

15888 Faux avec nervure de renforcement du métal sur le bord extérieur. 

Compiègne. 

15889 Enclume à battre les faux i. Compiègne. 

15926 Ciseaux ou forces pour tondre les moutons (divers usages) 3, 6 Com- 
piègne. 
15947 Couteau qui précède le soc de charrue {contre), Compiègne. 

16201 Marteau à battre les faux. Mont-Beuvray (Saône-et-Loire). 

16202 Marteau à battre les faux. Mont-Beuvray, 

16222 Faucille à soie, à denture semblable aux scies; peut-être une scie? 

Mont-Beuvray. 
18010* Soc de charrue en fer de lance. Liffremont près de Roucherol ^. Musée 

de Rouen. 
21477' Faucille à soie coudée et denture oblique. Neuchâtel (Suisse). 
25794 Soc de charrue. Acheté à Vichy (Allier). 
25803 Enclume à battre les faux, avec aileron pour empêcher l'enfoncement 

dans la terre. Vichy (Allier). 
25995 Eoclume à battre les faux *. Compiègne. 
28781 Pierre à aiguiser les faux, en schiste. Compiègne. 
28781 Pierre à aiguiser les faux, en schiste. Compiègne. 
28998 Coutre de charrue à douille ouverte. Compiègne. 
29020 Fourche-trident, pour enlever le fumier. Compiègne. 
29020 A Fourche-trident, à douille. Compiègne. 
29023 Fourche-bident à douille. Compiègne. 
29036 Faux avec nervure de renforcement. Compiègne. 
29047 Dent de râteau avec soie pour la fixer. Compiègne. 
29047 A Dent de herse à soie. Compiègne. 
50145 Serpette à longue pointe courbe. Est aussi un instrument pour tra' 

vailler le cuir s (Salle VI). Tumulus de Celles (Cantal). 
56790 Serpette avec anneau de suspension (Salle XIll). Alise (Côte-d'Or;. 
50839* Ciseau pour tondre la laine (Salle Xlll) «. Alise (Côte-d'Or). 
63^54 Serpette à douille ». Abbeville (Somme). 

1. Voir Grivaud de la Vincello, Arts et métiers des anciens, pi. XXIV, 7. 




Pl. VllI. — Outils pqur |e travail 4e la terre. 




PI. IX. — Outils pour le travail de la terre. 



232 REVtJE ARCHÉOLOGIQtJÈ 

2. Ibid.y pi. XXV, 3, 5. 

3. Ibid., pi. XXXVII, 5. 

4. Déchelette. Manuely t. III, fig. 613, 6. 

5. /6îd., fig. 614, 5. 

6. Ibid., fig. 554 et 555. 

7. Mongez, Antiquités, Paris, 1804, pi. 333. 

8. I6R, pi. 334, 8. 



Outils pour le travail de la terre (PI. IX). 

1153 Coupe-chardon à douille. Sépulture gallo-romaine de Menneval 

(Eure). 
2780 Grande houe à lame triangulaire, Strasbourg. 

18171* Garniture de bêche en fer (forme du louchet). Forêt de Bord (Seine- 
Inférieure). 
15550 Coupe-chardon à douille. Forêt de Compiègne. 
15877 Pioche à sarcler. Compiègne. 
15880 Sarcloir à lame triangulaire en fer, Compiègne. 

15880 A Sarcloir à lame triangulaire en fer i. Compiègne. 

15881 Sarcloir à lame triangulaire en fer. Compiègne. 
15914 Garniture de bêche en fer i. Compiègne. 
15914 A Garniture de bôche en fer. Compiègne. 

15914 B Garniture de bêche en fer i. Compiègne. 
16104 Coupe-chardons droit, à douille. Camp d'Attila (Marne). 
17387 Bêche en fer à douille. Fouilles de l'abbé Cochet (Seine-Inférieure). 
29000 Sarcloir en fer à lame triangulaire *. Forêt de Compiègne. 
29021 Garniture de bêche en fer. Forêt de Compiègne. 
29021 A Garniture de bêche en fer. Forêt de Compiègne. 
29043 Coupe-chardon coudé à douille. Forêt de Compiègne. 
32868 Houe en fer pour labourage à la main, peut-être moderne? Trouvé 
dans la Vingeanne (Haute-Marne). 

1. Voir Cauchemé, Les fouilles de Compiègne, 1902, fasc. Il, pi. XIV. 



Outils du foyer (PI. X), 

lui Grappin oU fourchette à chaudron, trident à douille en fer. (Eure). 
1134 Grappin ou fourchette à chaudron, bident en fer à usage de cuisine. 

Menneval (Eure). 
10869 Grappin en bronze, bident à douille, servant aux teinturiers pour 
manier les étoffes dans les duves de teinture, d'où l'emploi du fer 



ÔÙtiLS EN PERS DU MUSÉE DE SAINT-GERMAIN 233 

doit être exclu en raison de ses propriétés réductrices sur cer- 
taines couleurs qui pourraient s'altérer au contact des sels formant 
le bain de teinture. Abbeviile (Somme). 

13495 Grande poêle à frire en fer, à manche pliant. Saint-Etienne-au-Temple 
(Marne). 

15536 Chandelier en fer, à pointe plate pour le fixer aux murs. Forêt de 
Gompiègne. 

15536 A Chandelier en fer forme tabouret. Forêt de Gompiègne. 

15853 Briquet en fer. Forêt de Gompiègne. 

15856 Petite cuillère en fer s à usage de cuisine. Forêt de Gompiègne. 

15872 Grande fourchette en fer, trident. Forêt de Gompiègne. 

15873 Grande fourchette en fer, bident, à usage de cuisine et aussi pour 

tisonner le feu. Forêt de Gompiègne. 
15884 Raclette coudée en fer, pour ramonage ou nettoyage de pétrin '. Forêt 

de Gompiègne. 
15918 Grille à rôtir. Forêt de Gompiègne. 

16104 Fragment d'un chenet en fer (tête de bœuf). Gamp d'Attila (Marne). 
25795 Grande crémaillère en fer, à deux crochets de suspension 3. Vichy 

(Allier). 
25799 Grande cuillère à chaudron avec crochet ^. Vichy. 
29012 Briquet en fer. Forêt de Gompiègne. 
29012 A Briquet en fer. Forêt de Gompiègne. 
29041 Raclette coudée en fer, pour ramonage, ou pour racler la pâte dans 

le pétrin. Forêt de Gompiègne. 
290i3 Ghandelier en fera pointe, pour fixer aux murs. Forêt de Gompiègne. 
2J043 A Ghandelier en fer à pointe, pour fixer aux murs. Forêt de Gompiègne. 
25043 B Raclette droite en fer, pour nettoyer le pétrin. Forêt de Gompiègne. 
29060 Trépied de foyer en fer 2. Forêt de Gompiègne. 
63663 Grand chenet en fer, à tête de bœuf *. Forêt de Gompiègne. 

1. Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens, pi. XXVIII, 8. 

2. Ibid., pi. XXVllI, 6. 
S.lbid., pi. XXVIII, 3. 

4. Déchelette, Manuel, t. III, fig. 630, 2. 

5. Ibid., p. 1425. 



Ustensiles et outils du foyer (PI. XI). 

15895 Grand couperet à dépecer, avec soie. Forêt de Gompiègne. 
15895 A Grand couperet à dépecer, avec soie. Gompiègne. 
15895 B Grand couperet à dépecer, avec douille. Gompiègne. 
15897 Grand couteau droit à dépecer, avec douille «. Gompiègne. 

y SÉRIE, T. m. IG 




Pl. X. -- Outils du foyer. 




Pl.IXI. — Outil» du foyer. 



236 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

15915 Longue pelle à soie, pour la préparation des aliments dans les chau- 
drons, ou petite pelle de foyer, Compiègne. 

15915 A Pelle de foyer i. ^. Compiègne. 

15915 B Pelle de foyer à long manche en fer. Compiègne. 

28987 Tisonnier à palette triangulaire, avec douille *. Compiègne. 

28987 A Tisonnier, à palette triangulaire. Compiègne. 

28987 JB Pelle ou palette pour la préparation des aliments dans les chaudrons. 
Compiègne. 

28987 G Pelle ou palette pour la préparation des aliments dans les chaudrons. 
Compiègne. 

28987 D Pelle de foyer, à manche torse. Compiègne. 

29001 Grand couperet à dépecer, avec douille *. 6. Compiègne. 

29037 Couperet à dépecer, avec douille. Compiègne. 

29037 A Couperet à dépecer avec douille. Compiègne. 

29337 B Petit couperet à dépecer avec douille. Compiègne. 

29037 G Petit couperet à dépecer avec douille 6. Compiègne. 

29037 D Petit couperet à dépecer avec douille. Compiègne. 

29037 E Petit couperet à dépecer avec douille. Compiègne. 

29037 F Petit couperet à dépecer avec douille ^. Compiègne. 

2903S Petit couperet à dépecer avec soie *. Compiègne. 

1. Déchelette, Manuel, t III, p. 1426. 

2. Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens, pl. XXVIII, 1. 

3. Ibid., pl. XXVIII, 5. 

4. Ibid., pl. XXXI, 3. 

5. i6î(i., pl.XXXI, 5. 

6. Cauchemé, Description des fouilles de Gompi'gne, 1902, fasc. II, pl. XIV. 

Objets en fer provenant d'Alise Sainte Reine 

{Salle Xni){?lX\\). 

50:0i* Cuillère à grappin poir usages de cuisine *. 

50822* Couperet à dépecer, 

50831* Grande bêche à douille, avec bords relevés sur les deux faces, type 

rare. 
50838* Couperet à dépecer. 
50840* Garniture de bêche à tranchant rond . 
50841* Cuillère en forme de cuvette trapézoïdale, pour cuisson de pâtisseries 

sur le foyer. Le manche devait être assez long pour éviter la 

chaleur. 
60953 Couperet à dépecer. 
60980 Cuillère demi-sphérique, à couvercle dé même forme monté à charnière 

iut la partie fixe, pour cuisson de gâteaux ou pâtisseries; le 




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Pl. XII. — Objets provenaul d'AlUe-Silule-Ueitiei 



238 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

manche devait également être très long pour éviter de brûler les 
mains pendant l'opération. 
61C04* Double cuillère pour cuire les pâtisseries, gâteaux ou biscuits sur le 
foyer. Même disposition que pour les deux objets semblables 
50841 et 60980. 

1. Déchelette, Manuel, t. III, p. 1425. 

Objets du tumulus de Celles (Cantal). Fouilles de 
M Pagès-Allary [Salle VI) (Pi. XIII). 

Tous les objets figurés ici sont du premier âge du fer ; nous les donnons à 
titre de comparaison, à cause de leur analogie avec les autres outils gallo- 
romains décrits précédemment. Ils sont d'une perfection et d'une finesse qui 
dépassent ou égalent pour le moins l'outillage gallo-romain ; on est un peu 
surpris de trouver dans une même trouvaille un ensemble aussi parfait, à une 
époque où l'outillage bien daté est fort rare et le plus souvent grossier. 

Cet outillage se rapporte au travail du cuir et à sa décoration. Les scies et 
limes étaient employées pour la préparation des parties de bois ou de métal qui 
en étaient des éléments accessoires ou qui servaient de supports. 

50141 Petite plane en fer à tranchant courbé; a pu servir pour préparer de 

petits objets en bois, ou pour écharner des cuirs * . 

50142 Couteau cintré pour le travail du cuir, 

50143 Lime à tailles plates et parallèles d'un seul côté, avec manche à soie 

coudée {écouenne) 2. 

50143 A Lime à tailles plates et parallèles sur les deux côtés, avec soie droite, 

destinées à limer des matériaux qui pouvaient encrasser les tailles 
d'une lime ordinaire, tels que plomb, étain, bois et cuirs {écouenne), 

50144 Outil à tranchant en demi-lune, pour couper et parer les cuirs (dit 

pied, cornette^ etc.). 

50145 Couteau serpette *. 

50146 Petit compas de proportion ; il manque une branche 2, 

50149 Petite scie à métaux en forme de couteau. 

50150 Petit marteau en fer pour ajustements d'ouvrage; l'extrémité a été 

transformée postérieurement en y faisant quelques dentures 
pour servir de ciselets (ornementation de matières diverses, métal 
ou cuir). 

50151 Scie à métaux ou bois, à denture double croisée 2. 

50152 Petit marteau à forme triangulaire. 

50153 Lime en forme de couteau avec soie s, 7. 
50551 Lime carrée longue avec soie'. 



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Pl. XIII. — Objets du tumulus de Celles. 



240 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

50156 Crochet à douille ; l'extrémité qui est brisée devait être un outil eiil 

forme de grattoir. 

50157 Petit ciseau à tranchant plat, avec douille, pour l'ornementation du 

cuir ou la sculpture. 

50158 Petit emporte-pièce à soie, ou outil pour estamper des empreintes 

circulaires dans la décoration 3. 

50159 Petite gouge en fer, à soie, outil de sculpteur ou pour l'ornementa- 

tion du cuir. 

50159 A Fragment d'une gouge. 

59160 Petit ciseau à tranchant plat et oblique à soie {nez-rond)^ pour l'orne- 
mentation du cuir ou la sculpture. 

50170 A Petit ciseau à tranchant plat et droit à soie, pour l'ornementation du 
cuir ou la sculpture. 

50161 Poinçon rond, grosse alêne à soie. 

50161 A Poinçon carré, équarissoir à soie pour agrandir les trous dans le cuir, 

le bois ou le métal 3. 
50161 B Poinçon carré, équarrissoir à soie. 
50161 C Poinçon carré, équarrissoir à soie. 
50161 D Poinçon carré, équarrissoir à soie s, 

1. Déchelette, Manuely t. III, p. 1370. 

2. Ibid., p. 1375. 

3. Ibid.,p. 1372. 

4. I6id.,fig. 614, 5. 

b. Le Tumulus de Celles {L'Anthropologie, 1903, I, p. 396-397, fig. 21,22,23). 

6. Dans l'article de L'Anthropologie, les stries parallèles ont été prises pour 
des empreintes d'un tissu très fin autour d'un couteau ; mais ce n'est pas 
autre chose que les tailles de la lime. 

7. Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens^ pi. LVIII, 3; LIX, 2. 

Instruments divers (PI. XIV). 

1531 Grand paroir de sabotier. Lezère (Seine-el-Oise). 
11811 Couteau à lame mince, sans tranchant, pour malaxer les couleurs ou 

pâtes analogues. Provenance inconnue. 
12873 Serpette à douille, utilisée par les bourreliers pour couper les cuirs. 

Saint-Etienne-au-Temple (Marne). 
15761 Etrille fragmentée. Forêt de Compiègne. 
15878 Peigne de tisserand s. Compiègne. 
15883 Plane cintrée; a pu servir aux tonneliers, mais plus probablement à 

écharner les cuirs 1. 12. Compiègne, 
15886 Outil à parer et à couper les cuirs (pied-droit) 2, 12. Compiègne. 
15893 Outil en demi-lune à soie, denté sur le pourtour' servant à marqueir 



OUTILS EN FER DU MUSÉE DE SAINT-GERMAIN 241 

la place des points à coudre sur les cuirs ; outil de bourrelier 

(marque-points) i*. Compiègne. 
15893 A Étrille en forme de raclette, outil (de) maçon semblable à ce qu'on 

appelle la truelle bretteUe pour dresser et gratter les surfaces 

des enduits ^. Compiègne. 
15913 Couteau ou plane à écharner les cuirs. Compiègne. 
15930 Pince en fer {presselle) pour orfèvre ou travaux d'ajustement ^o. 

Compiègne. 
15972 Étrille. Compiègne. 

16852* Étrille à manche avec douille. Lac de Paladru (Isère). 
17317 Grand creuset en terre réfractaire. Rouen (Seine-Inférieure). 
17590 Filtre en terre cuite, avec canaux intérieurs pour l'écoulement des 

liquides; a pu servir pour la préparation des produits d'émaillage. 

Mont-Beuvray (Saône-et-Loire). 
22497 Outil servant à couper et à parer les peaux avec soie (pied droit) 2. 

Saint-Barthélemy-de-Beaurepaire (Isère). 
24093 Emporte-pièce à soie. Lozère (Seine-et-Oise). 
24220 Creuset de forme ovoïde. Mont-Beuvray (Saône-et-Loire). 
26128 Trousse de petits tranchets. Instruments de médecins ou de vétéri- 
naire; flammes ou lancettes pour la saignée ou la castration des 

animaux (porcs) 3. Dragages de la Seine. 
Voir dans la salle VII (vitr. 7) une trousse semblable (13535) provenant 

de Saint-Elienne-au-Temple (Marne). 
27895 Outil à deux pointes {pied de biche) pour travaux de décoration sur 

métal ou sur cuir ^. Cimetières de la Marne. 
29003 GafTe à douille, outil de batelier ii. Forêt de Compiègne. 
29009 Poids de balances romaines 9. Forêt de Compiègne. 

29038 Grand couteau à lame très mince, usage incertain (découpage de 

viande?). Forêt de Compiègne. 

29039 Marque-points, outil semblable au no 15893 *2. Forêt de Compiègne. 
29079 Pince en fer (presselle)^ pour travaux d'orfèvre ou d'ajustement *5. 

Forêt de Compiègne. 
31355 Petit ciseau à manche en os orné semblable à nos tournevis moderne?. 

Provenance inconnue. 
32115 Instrument en fer en forme de croissant, dit e^/egue, servant encore 

actuellement aux potiers dans l'opération du tournasse sur la terre 

demi-sèche (Voir n° 61003). Trouvé sur le territoire de La Guerche 

(Camp de la Chapelle) «5. 
32919 Marque à chaud en fer, pour le bois. Pupillin (Jura). 
36015* Raclette courbe à douille, d'usage incertain. Détartreur de tonne* 

lier (?) 5. Mortt-Beavray (Saùne-et-Loire). 




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Pi,. XIV. — Instrumeots divers, 



OUTILS EN FER DU MUSÉE DE SAINT-GERMAIN 243 

38001 Croissant en fer tranchant sur le bord (rasoir ou tranchet?) Presles- 
Saint-Audebert (Aisne) « (Salie XI, vitrine 9).. 

46325 Grattoir ou racloir en forme de plane à tranchant courbe. Bronze. 
Cet objet ressemble beaucoup à la camarre ou au caveçon qu'on 
employait aux xiv" et xviii» siècles pour réduire les chevaux 
vicieux. Les Andelys (Eure). 

46808* Couteau portant sur le côté une pièce de réglage, semblable aux cou- 
teaux à peler modernes (Salle XI, vitrine 9). Presles-Saint- 
Audebert (Aisne). 

50815* Grande plane à deux longs manches, couteau à écharner les cuirs 
(Salle XIII). Alise (Côte-d'Or). 

50821* Peigne de tisserand » (Salle XIII). Alise. 

50823 Moitié d'un instrument rayé de canelures en travers, avec nœud d'ar- 
ticulation; devait servir, étant chauffé, à la façon des fers à ondu- 
ler ou à gaufrer pour cheveux ou bordures d'étoffe, ou encore 
pour broyer les tiges du chanvre après le rouissage (Salle XIII). 
Alise. 

60828 Creuset à couvercle en terre réfractaire (Salle XIII). Alise. 

61003 Outil en forme de croissant, tranchant sur le bord extérieur. Estèque 
(voir le n« 32115) (Salle XIII) 7. Alise. 

63665 Peigne de métier à tisser ; les petites chevilles qu'on voit en haut, sur 

le dessin, sont les tiges entre lesquelles passaient les fils de chaîne 
de l'étoffe en fabrication. Forêt de Compiègne. 

63666 Gaffe à douille. Abbeville (Somme). 

63667 Couteau courbe, à taille analogue aux limes et aux faucilles sur uu 

seul côté du tranchant. Abbeville. 
63668* Fer à souder en fer et cuivre. Nièvre. 

1. Décheletle, Manuel, t. Ilf, p. 1370. 

2. Ibid., p. 1368 et pi. III. 

3. Ibid., p. 1369, objet semblable des environs de Nevers et un autre dv 
Mont-Beuvray. 

4. Ibid., p. 1272, objets du même genre employés dans la toilette. 

5. Ibid., p. 1369. 

6. Ibid., p. 1279. 

7. Ibid.^ fig. 390, 15. 

8. Grivaud de la Vincelie, Arts et métiers des anciens^ pi. XLV, fig. 1. 

9. Ibid., pi. XXXIV, fig. 3, 4, 10. 

10. Ibid., pi. LXVI, fig. 19. 

11. Gauchemé, Des>)ription des fouilles de Compiègne, fasc. IV, pi. V, 6, 

12. Ibid., fasc. II, pi. XIV. 

13. Mém, Soc, Antiq. du Centre, 1889, I, p. 16, pi. I, 3. 



244 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



C Utils servant aux potiers (PI. XV). 



I 

1 



Outils de formes particulières ressemblant à des spatules, employés pour 
rader, couper et terminer un vase sur la terre ayant déjà perdu une certaine»! 
quantité d'eau (terre demi-sèche), opération que les potiers nomment le <owr-l| 
nassage. Pour cela le vase est remis une deuxième fois sur le tour; puis, avec 
des outils tels que ceux qui sont figurés ici, on enlève de petits copeaux de terre 
jusqu'à ce qu'on ait obtenu la forme désirée avec tout le détail des moulures. Ce 
travail ne peut se faire qu'avec des outils coupant ou raclant la terre, qui, à ce 
moment, n'a plus de plasticité. 

Le Musée de Saint-Germain possède un assez grand nombre de ces outils; 




Pl. XV. — Outils servant aux potiers. 

tous ont un aspect général semblable, mais l'examen montre qu'ils sont 
différents par la forme de la palette, qui est le tranchant de l'outil et cor- 
respond à différentes courbures, autrement dit le pas de roulil^ comme on le 
remarque dans les gouges et les ciseaux. 

12929 Sorte de fourchette, servant à rayer la terre de hachures sur les par- 
ties qui doivent être collées ensemble au moyen de bouillie de 
terre pour favoriser l'adhérence. Provenance inconnue. 
15542 Spatule de potier pour tournassage. Compiègne. 
15542 A Spatule de potier pour tournassage. Compiègne. 
5542 B Spatule de potier pour toUirnaSsage. Compiègne; 




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Pl. XVI. — Oulil» diveri. 



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246 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

16104 Pivot de tour de potier. Camp d'Attila (Marne). 

29076 Spatule de potier pour tournassage (voir pi. XIV, n» 61003}. Coi 

piègne. 
29066 A Spatule de potier pour tournassage. Compiègne. 
29076 B Spatule de potier pour tournassage*. Compiègne. 
20076 C Spatule de potier pour tournassage *. Compiègne. 
52083 Crapaudine de tour de potier sur laquelle s'appuie le pivot du tour, 

placé verticalement. Caillou quartzeux. Lezoux (Puy-de-Dôme). 

1. Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens, pi. XXXIV, 6. 



Outils divers figurés à des échelles diverses (PI. XVI). 

8275 Emporte-pièce sculpté sur une stèle en pierre. Musée d'Autun 
(Saône-et-Loire). 

15571 Trousse de médecin ou de vétérinaire (voir pi. XIV, n® 26128). Mont 
Berny (Forêt de Compiègne). 

15891 Lame de rabot avec rayures parallèles formant des dents sur le tran- 
chant. Compiègne (Oise). 

It913 Grosse aiguille ou broche à rôtir. Compiègne (Oise). 

15950 Poinçon de vannier. Mont Berny. Forêt de Compiègne. 

16203 Outil de maçon {polka), trop petit pour avoir été utilisé; c'est plutôt 
un emblème de métier (il n'a que 0™,06 de long, c'est presque 
un jouet). 

29073 Pivot ou arbre de tour. Compiègne. 

29083 Aiguille courbe à chas. Compiègne. 

46219 Outils sculptés sur une pierre; équerre, compas, ciseau, herminette, 
niveau équerre, maillet. Musée d'Arles (Bouches-du-Rhône). 

52733 Maillet sculpté sur la stèle d'Apinosus à Entrains (Nièvre). 

B. Champion. 



mosaïque de carthage 

REPRÉSENTANT LES JEUX DU CIRQUE 



Cette mosaïque a été trouvée au mois de mars 1915 sur la 
colline de TOdéon, à Garthage. Nous avons pu Tétudier dès le 
mois suivant, au Musée du Bardo, où M. Alfred Merlin, direc- 
teur des Antiquités et Arts de Tunisie, l'avait fait aussitôt trans- 
porter. C'est lui qui nous a confié le soin de la faire connaître 
et nous a très obligeamment communiqué la photographie 
que nous reproduisons ci-contre (fig. 1). 

L'emplacement exact de la trouvaille esta 100 m. au sud de 
rOdéon et à 100 m. à Test du théâtre, au bas du terrain de 
Dahr-Morali. Sur la carte de V Inventaire des Mosaïques^ il se 
situe entre les rues 9 et 10, au sud-est du groupe 653-657 et au 
nord-est du groupe 651-652. 

La mosaïque, qui mesure 2™, 70 sur 2'^,25, pavait une petite 
salle appartenant à un ensemble encore mal déblayé. 

Cette salle, d'après ses dimensions, ne pouvait guère servir 
que de vestibule : deux seuils y donnaient accès, l'un ouvert 
sur celui des longs côtés où le pavement figure une façade à 
portique, l'autre sur le petit côté à gauche de celui-là. 

La mosaïque est en plusieurs couleurs. Elle est composée de 
cubes irréguliers, variant entre O'^jlO et 0™,05 de côté : les plus 
grands sont en marbre, les plus petits en verre, employé 
surtout pour les couleurs bleue et verte. La bordure, large 
de 0™,20, est divisée en trois zones de largeur à peu près 
égale, celle du milieu étant occupée par une bande blanche et 
une noire, les deux autres par des grecques. Dans le tableau 

1. Cf. Inventaire des mosaïques de la Gaule et de l'Afrique, I!, Supplément 
par A. Merlin, p. 78-79. 



Mosaïque de garthage 249 

ainsi encadré est figuré un cirque, animé d'une course de chars. 
Pour projeter sur le sol une vue de Tintérieur du monument, 
le mosaïste a adopté une perspective forcément convention- 
nelle : profitant de ce que la salle à décorer avait deux entrées, il 
a combiné les points de vue de Tune et de l'autre; cela lui a per- 
mis de figurer en hauteur trois faces du monument sur quatre. 

On possédait déjà trois mosaïques offrant la représentation 
du cirque et d'une course de chars : ce sont celles d'Italica', 
de Lyon' et de Barcelone'; elles ont beaucoup servi à la con- 
naissance du cirque et des jeux qu'on y pratiquait. Celle-ci 
vient s'ajouter à la série et nous apporte sur certains points 
un supplément d'information très appréciable. 

On admet avec vraisemblance que les mosaïques trouvées 
dans les grandes cités provinciales reproduisent les cirques 
qui existaient dans ces cités* ; il est naturel que l'auteur de notre 
mosaïque se soit inspiré du cirque de Garthage. Aussi, malgré 
le caractère forcément schématique des représentations de ce 
genre, sommes-nous en droit de lui demander quelques indica- 
tions sur un monument dont on voyait encore des ruines au 
siècle dernier, mais dont tout vestige a disparu aujourd'hui % 

L'enceinte. — La mosaïque représente, sur un côté, la façade 
extérieure du cirque. Cette façade est percée de trente-deux 
ouvertures voûtées, réparties en deux étages, que sépare une 
corniche marquée par une double ligne de cubes blancs. 

Le Circus Maximiis, h Rome, si l'on en croit des monnaies 
de Trajan et de Caracalla% ne présentait en façade qu'un seul 
portique, surmonté d'un grand mur plein. 

1. Cf. A. de Labordej Description d'dû pdvê en mûsdique trouvé,., à Italica^ 
Paris, 1802. 

2. Cf. Artaud, Mosaïque représentant les jeux du cirque, Lyon, 1806; Saglio, 
Bict. des Antiquités, art. Cmcas, fig. 1523. 

3. Cf. Hubner, dans Ann. dell'lnst. dicorrisp. arch. 1863 (XXXV), p. 135^ 
172 et pi. D; Saglio, ibid., fig. 1520. 

4. Cf. Hubner, /. c. p. 137. 

.5. Cf. Audolient, Garthage romaine, p. 305-307, et les références indiquées. 
6. Cf. Cohen, Monnaie?, impériales, II, Trajan, 493-494; III, Caracalla, 439^ 
440; Saglio, ibid., fig. 1516. 

?• SÉRIE, T. 111 17 



250 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

On remarquera, au bas du portique inférieur, une zone large 
de 0",12, avec des tons dégradés du rouge sombre au rose; la 
même chose se retrouve à chaque extrémité de la façade : le 
mosaïste a évidemment voulu signifier de cette manière l'ombre 
portée sur le sol par le monument. Le soleil est donc du côté 
opposé à la façade représentée. Les ombres portées par les 
quadriges et par les personnages debout dans Tarène pré- 
cisent cette indication : le tableau est éclairé de biais, par la 
gauche. C'est ici le lieu de se souvenir que la dépression de 
terrain qui marque aujourd'hui l'emplacement du cirque de 
Carthage, entre la Malga et Douar ech Chott, est orientée du 
Nord-Ouest au Sud-Est *. Si nous orientons notre mosaïque 
d'après ces données, nous sommes obligés de placer la façade 
extérieure au Levant, sous peine de voir le tableau éclairé 
par le Nord : dès lors, on constate que le moment choisi 
par l'artiste correspond aux premières heures de l'après- 
midi. 

Cette indication va nous aider à interpréter un détail fort 
important. Dans l'espèce de filet qui règne au-dessus de la 
façade et sur chacun des petits côtés, on ne saurait voir autre 
chose que la représentation d'une tente destinée à mettre les 
spectateurs à l'abri du soleil. Il n'y en a pas sur le quatrième 
côté, soit que l'artiste ait renoncé à la figurer pour mieux 
découvrir les gradins, soit plutôt qu'il ait voulu signifier que 
du côté sud-ouest, protégé par la hauteur du monument, la 
tente n'avait pas été déployée. 

La mosaïque de Carthage est, à notre connaissance, le pre- 
mier monument qui témoigne de l'usage du vélum dans les 
cirques. Il est certain qu'il ne peut être question, pour des monu- 
ments de cette dimension d'un vélum couvrant l'arène : on ne 
pouvait songer qu'à abriter les spectateurs rangés sur les gra- 
dins. La disposition même du réseau de cordes figuré sur la 
mosaïque, si on la rapproche de certains faits mis en lumière 

1. Cf. Mia?, arch, de la Tunisie^ 3* lîvrâiéoti, La Marsa^ XXII. 



MOSAÏQUE DE CARTHAGE 251 

par des recherches récentes*, montre d'une façon assez précise 
comment on y réussissait. Des cordes transversales, allant d'un 
bord à l'autre du vélum, se répartissent à intervalles égaux sur 
toute la périphérie; en outre, un câble divise le vélum en deux 
parties dans le sens de la longueur. Le mosaïste a marqué d'une 
façon très apparente les trois points d'attache des cordes trans- 
versales, en particulier le point central et celui du bord externe : 
il devait y avoir, en ces deux points, un anneau dans lequel 
glissaient les cordes transversales : on pouvait de la sorte, en 
les tirant ou en les relâchant, plier ou déployer la tente. Cette 
manœuvre se faisait, apparemment, à l'aide de poulies suspen- 
dues à des mâts qui se dressaient au sommet du mur d'enceinte, 
comme ceux dont on retrouve le souvenir au Colisée. On ima- 
gine aisément que d'autres mâts, plantés dans les gradins infé- 
rieurs, comme ceux dont le théâtre d'Arles conserve la trace, sup- 
portaient le vélum, tandis que des cordages attachés en divers 
points de la cavea contribuaient encore à l'assujettir. 

Le côté long qui est dépourvu de tente offre la vue des 
gradins sur lesquels les spectateurs prenaient place. On remar- 
quera les sept ouvertures représentées en noir au bas de la 
cavea. Il est clair qu'il y a une de ces ouvertures pour deux 
arcades du portique extérieur : à celui-ci nous avons compté 
seize arcades, mais on ne doit pas faire entrer en ligne de 
compte l'arcade de chaque extrémité, le mosaïste ayant repré- 
senté la façade sur une plus grande longueur que les gradins, 
afin d'en indiquer la courbe. Les sept ouvertures figurent donc 
des vomitoria : ainsi il n'y avait qu'une porte sur deux qui 
conduisît au rez-de-chaussée de la cavea; l'autre menait direc- 
tement, par un escalier, au premier étage, à moins qu'elle ne 
fût une fausse entrée, servant de boutique ou de magasin. 
Les gradins sont dominés par deux édifices tétrastyles à fron- 

1. Cf. Formigê; némarqaen divetm stif Uè ihUtrH fomai'ns à propos de 
ceux d'Arles et d'Orange (Mém. présentés par divers savants à l'Ac. des ïnsc. 
et Belles- Lettrés i t. Xlll), p. 38-39 ; 0. Navarre, dans le DicU des Antiq., 
art. Vélum. 



â52 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

ton, OÙ Ton reconnaît des temples. On a prétendu récemment 
voir dans les falae, dont nous parlent certains textes, de hautes 
tours de bois érigées à l'extérieur du cirque et dominant les gra- 
dins les plus élevés, de façon à procurer un supplément de place 
avec l'avantage d'une vue étendue ' . Mais, outre qu'il nous paraît 
impossible d'abandonner l'opinion traditionnelle qui place les 
falae sur la spina, ce ne sont point des tours que l'auteur de 
notre mosaïque a représentées : il s'agit, sans doute possible, de 
monuments à colonnes et à fronton. Un monument semblable 
est représenté sur des monnaies de Trajan et de Caracalla figu- 
rant le Grand Cirque : Cohen n'hésite pas à y voir un temple '. 
On sait, d'ailleurs, qvie les Romains plaçaient volontiers dans 
les cirques des sanctuaires de leurs dieux : Vulcain avait son 
temple au Circus Flaminius '. 

On remarquera que le mosaïste, tout en représentant de face 
les colonnes et le fronton de ces temples, en a représenté le toit 
comme s'il était vu de trois quarts : il a rendu visible une des 
pentes de la toiture et figuré le faîte en perspective. Y a-t-il là 
une pure convention? C'est possible; on retrouve une anoma- 
lie du même genre dans une mosaïque de Dougga qui offre une 
vue fragmentaire du cirque : l'artiste, représentant la loge du 
président des jeux, en a fait voir la toiture*. Cette convention 
se justifie, les objets figurés sur le pavement étant supposés 
vus d'en haut. Mais on s'étonnera avec raison que l'auteur de 
notre mosaïque ait montré la pente droite des toits, au lieu de 
celle qu'était supposé voir un spectateur arrivant, face aux huit 
arcades, par le petit côté de gauche^ sur lequel, nous l'avons vu, 
s'ouvrait une porte. Aussi est-il possible que les temples aient 
até réellement posés de biais, dans le sens indiqué par l'artiste. 



1. Cf. Pollack dans Pauîy-WissoWa, Èedl-Ëncyclopàdiey âft. Pala^ 

2. Cf. Cohen, o. c, /. /. 

3. Cf. L. A. Constans, dans le Dict. des Antiq.i art. .Vulcanus. 

4. Cf. A. Merlin, Mél. de l'Ecole fr. de Rome, 1902, p. 69 s. et pi. III ; Rei); 
archéoL, 1902, p. 400 et pi. XX; Gati du Musée Alaoui, Supplément^ p. 19, 
n* 262 et pi. VlII. 



MOSAÏQUE DE CARTHAGE 253 

Ils auraient été alors orientés à l'Est, et le souci d'une orienta- 
tion exacte peut justifier, à tout prendre, un plan aussi singu- 
lier. 

Les huit arcades que Ton voit sur le petit côté de droite repré- 
sentent les portes des carceres ou remises*. Elles sont réparties 
en deux groupes égaux que sépare un large passage : celui-ci 
est libre, tandis que les huit portes sont fermées par des bar- 
rières à claire-voie. Les carceres du cirque de Garthage se trou- 
vaient donc à l'extrémité nord-ouest du monument; c'est du 
même côté que se trouvaient ceux du Grand Girque. A l'extré- 
mité opposée, ceux qui ont vu les ruines du cirque de Garthage 
signalent les traces d'une porte; elle faisait face à celle qui 
sépare les carceres, et correspondait à la porta triumphalis du 
Grand Girque. 

La spina. — Le milieu de la mosaïque est occupé par la spina. 
Seule la partie droite en est convenablement conservée. L'extré- 
mité est creusée en demi-cercle, disposition commune, qui 
avait peut-être quelque rapport avec le culte du dieu Gonsus». 
En avant de ce demi-cercle se dresse une borne, la meta secimda, 
ornée de trois cônes terminés par des boules, semblables à 
ceux que l'on voit sur mainte autre représentation du cirque'. 
Les monuments figurés sur la spina rappellent d'assez près ceux 
de la mosaïque de Barcelone. Pas plus que sur celle-ci, on ne 
trouve sur notre mosaïque l'obélisque qui ornait le milieu de la 
spina au Grand Girque et au cirque de Lyon : le centre est 
occupé par une statue de Gybèle assise sur un lion. Semblable 
image de cette déesse orne la spina de tous les cirques : depuis 
qu'on institua en son honneur les ludi Megalenses (204 av. J.- 
G.), les courses de chars paraissent avoir été placées sous sa pré- 
sidence. La tête de la déesse est effacée, mais il reste quelques 

1. Cf. J. L. Pascal, dans le Bict. desAntiq. art. Circds, p. 1189; ajoutez la 
mosaïque de Dougga, A, Merlin, II. ce. 

2. Cf. J. L. Pascal, /. /. p. 1191V 

3. Cf. Dict. des Antiq,, fifif. 1520, 1521, 1523; ajoutez la mosaïque de Gafsa, 
Oauckler, Cat, du Musée Alaouiy I, p. 12, n" 19. 



254 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



traces de la couronne tourelée qu'elle portait; elle tient dans la 
droite un sceptre, tandis que la gauche est étendue. Le geste de 
la déesse paraît désigner une ligne tracée sur le sol de la spina; 
dans la mosaïque de Barcelone, le geste est le même, sauf qu'au 
lieu de la ligne on voit deux prisonniers enchaînés * et un pal- 
mier. Sur le relief de Foligno', la déesse n'a pas ce geste, mais 
elle regarde un point de la spina oh s'élève un palmier et à la 
hauteur duquel se tient un magistrat portant une palme. Il faut 
voir dans la ligne figurée sur la mosaïque de Garthage l'indica- 
tion de la caix ou creêa, qui, prolongée en travers de l'arène, 
indiquait le terme de la course'. Elle est figurée à la même 
hauteur sur la mosaïque de Lyon, mais là elle traverse l'arène, 
tandis que notre mosaïque se contente d'en marquer la place 
par un trait sur la spina. 

De l'autre côté de cette ligne s'élève une colonne que sur- 
montait une statue aujourd'hui effacée ; d'après les autres 
monuments, il n'y a pas de doute que ce ne fût une Victoire; 
on voit d'ailleurs des traces de son bras, qui tendait dans la 
direction de la creta une couronne. Au-delà, on remarque deux 
colonnes dont la partie supérieure est effacée; elle supportaient 
certainement une architrave ornée de sept dauphins, destinés à 
indiquer aux spectateurs, par leur position, le nombre des tours 
accomplis * ; on distingue en effet, entre les colonnes, des filets 
verticaux par quoi le mosaïste a représenté l'eau que crachaient 
ces dauphins. Il faut restituer, de l'autre côté de la spina, en 
pendant, une architrave semblable, portant sept œufs mobiles, 
dont un était retiré à chaque tour. 

Entre les dauphins et l'extrémité de la spina, on remarque 
un pavillon hexagone, à toit pointu. Un édifice du même genre, 
mais à deux étages, occupe la même place sur la mosaïque de 



1. Cf. Hûbner, l. c, p. 160. 

2. Cf. Ann. delVInst. di corrisp. arch., 1870 (XLII), tav. L. M. 

3. Cf. Bussemaker et Saglio, dans le Dict. des Antiq, art. Girgus, 
p. 1194'. 

4. Cf. J, L. Pascal, /, l. p, 1191. 



I 



MOSAÏQUE DE GARTHAGE 255 

Barcelone; on en retrouve l'équivalent sur le relief de Foligno. 
Hûbner pense, pour la mosaïque de Barcelone, à un petit 
temple'. Il nous semble qu'il faut voir dans ces constructions 
les falae dont nous parlent plusieurs auteurs. On appelait ainsi, 
par analogie avec les tours élevées sur Yagger dans les travaux 
de siège, des tours de bois construites sur la spina*. Elles 
étaient, dit expressément Servius, entre Veuripe et les bornes. 
Si on appelle eiiripe, comme cela est vraisemblable % le bassin 
qui recevait Teau versée par les dauphins, la place des pavillons 
hexagones correspond exactement à celle des falae. Servius 
indique que ce nom fut choisi parce que les falae du cirque 
servaient, dans les combats qu'on y donnait, au lancement 
des traits. Nonius* donne sur leur usage une indication qui 
ne concorde pas avec celle de Servius : il dit qu'elles ser- 
vaient aux spectateurs, et, de fait, on voit sur des plaques de 
terres cuites ' et sur une lampe du Musée de Naples^ des person- 
nages juchés dans ces tours. Il est probable que lorsque ces 
falae, d'installations provisoires qu'elles étaient d'abord' devin- 
rent des constructions définitives, on les utilisa, pendant les 
jeux qui ne comportaient point de combat, en y logeant des 
spectateurs. 

La course. — Quatre chars sont figurés dans l'arène. Trois 
tournent autour de la spina de droite à gauche : c'est dans ce 



1. Hûbner, l. c, p. 164, n« 16; cf. p. 158, n» 4. 

2. Qu'elles fussent sur la syina, c'est ce qu'indiquent assez un commen- 
taire de Servius, Aen. IX. 702, divisiones inter euripum et metas, et un vers 
de Juvénal, Sat. VI, 590, cunsulit ante falas delphinorumque columnas. 
C'est ce que marque aussi Je nom même de ces tours : il ne faut pas 
perdre de vue, en effet, que la spina était appelée agger (cf. Juvénal, /. c. 
588). 

3. J. L. Pascal, /. /. p. 1192; cf. Gassiodore, Var. lil, ep. 51 {56), 

4. Nonius Marcellus, 114 M. 5. 

5. Cf. Gampana, Ant. opère in plastica, pi. XGIII. 

6. Cf. Henzen, Bull. delC Inst. di corr. arch., 1863, p. 68; Zanpemeister, Ann. 
deir Inst. 1870 (XLII), p. 261 et pi. N. Henzen pensait à des spectateurs ; Zange- 
meister proposait de voir dans ce pavillon une chapelle avec quatre bustes de 
divinités. 

7. Servius, /. c. : constructis ad tempus turribus. 



256 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

sens que se faisaient toujours les courses. Le quatrième va en 
sens inverse; il a terminé; le cocher vainqueur tient dans la 
main gauche une palme. Il est coiffé d'un casque à large cimier 
(on distingue mieux la forme de ce casque sur la tête de Tau- 
rige voisin). Il reste peu de chose de la casaque, dont quelques 
cubes bleus indiquent assez la couleur; de cette casaque sort 
une manche blanche. Les chevaux sont richement harnachés : 
un collier, une large courroie sous le ventre, et, au front, un 
panache de plumes. Un homme à cheval, vêtu d'un manteau 
flottant, précède le char : il faut reconnaître dans ce cava- 
lier un jubilator ^ ou hortator ^, personnage chargé d'encou- 
rager l'aurige par ses gestes et ses cris, et de célébrer sa 
victoire. 

Des trois autres chars, deux sont encore en pleine course; 
l'autre s'arrête, ayant dépassé la ligne blanche qui continuait 
sur le sol de l'arène le trait que nous voyons marqué sur la 
spina. Si l'on rapproche les données de cette mosaïque de celles 
qui nous sont fournies par le bas-relief de Foligno, on obtient 
sur la règle des courses des précisions intéressantes. On sait 
que le missits comprenait sept tours ' : un char était vainqueur 
quand, après avoir tourné sept fois autour de la borne la plus 
éloignée des carceres ou meta prima, il franchissait le premier 
la creta, marquée sur l'arène à la hauteur de la moitié de la 
spina, comme en témoignent clairement notre mosaïque et celle 
de Lyon. Les chars ne faisaient donc pas, en réalité,, sept tours 
complets, puisque le dernier tour n'était fait qu'aux trois quarts. 
On comptait un spatiiim, ou curricuhim, chaque fois que la 
meta prima était contournée : c'est ce qui ressort clairement 
du texte de Cassiodore : septem metia certamen omne peragitur. 
Une fois la creta franchie, le char vainqueur faisait encore un 
demi-tour de piste pour aller, de l'autre côté, recevoir la palme 
du triomphe. Nous savions déjà que les juges se tenaient à la 

1. Cf. Bussemacker et Sao^lio, l. l. p. 1194. 

2. Cf. C. I. L. VI, 10074, 10075, 10076. 

3. Cf. A.Gftil., Noct.Att.^m, 10, 16;Giissiofl„ /.c.;Isid., Eiym., XVIII, 37. 



MOSAÏQUE DE CARTHAGE 257 

hauteur de la creia *. Il est permis de préciser davantage : s'il y 
avait, à n'en pas douter, des arbitres attentifs au point même 
où se terminait la course, c'est de l'autre côté de la spina que 
se tenait le magistrat chargé de couronner le vainqueur. Le 
bas-relief de Foligno est très net à ce sujet : comme les carceres 
sont figurés à gauche, c'est de l'autre côté de la spina, au 
second plan, que se trouve le point d'arrivée : on voit deux 
jubilatores encourager du geste l'aurige qui va franchir le pre- 
mier la ligne; au premier plan, devant la spina, à la hauteur 
de la statue de la Cybèle, se trouve un magistrat tenant la 
palme. C'est à cet endroit qu'il faut placer le tribunal judiciim 
dont parle une inscription d'Algérie'. 

Une fois que le vainqueur avait reçu le prix de sa victoire, il 
faisait demi-tour pour rentrer aux carceres\ puis il tournait une 
fois encore, mais, cette fois, de gauche à droite, autour de la 
meta secunda, afin de gagner les remises réservées aux chars 
sortant de course, à gauche de la grande porte d'entrée ^ Ce 
mouvement est clairement indiqué sur notre mosaïque. L'au- 
rige se penche en arrière, retenant l'élan de ses chevaux; en 
même temps, il se tourne vers la droite et semble regarder atten- 
tivement de ce côté : le geste du cocher qui s'apprête à prendre 
un tournant a été saisi par l'artiste avec beaucoup de vérité. 

Le cocher qui arrive deuxième, ayant déjà dépassé le but, 
retient ses chevaux ; c'est, évidemment, afin de pouvoir entrer 
directement dans une des quatre remises qui sont en face de 
lui. Un homme à pied, campé devant l'attelage, l'invite du geste 
à s'arrêter : il tient dans la main gauche un fouet, et, de la 
droite, élève une amphore à larges anses. Nous reconnaîtrons 



1. Cf. Bussemaker et Saglio, /. l. p. 1194'; Henzen, Acla frat. Arv.y p. 37, 
et dans C. L L. VI, 1, p. 571, v. 7-8. 

2. C. 7. L.,VIII, 9065. 

3. Sur cette destination particulière de chaque groupe de carceres à droite et 
à gauche de la porte, cf. Becker, De Romae vet. mûris atque partis, p. 84 sq. 
Son opinion a été généralement adoptée depuis : cf. Bussemacker et Saglio, 
/. /. p. H95,note 45, et Friedlander, dans Mommsen et M&rquurdt, Manuel des 
Antiq. Romaines {trad. Humbert), t. XIII, 2, p, 285, note 1. 



258 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

sans hésiter dans ce personnage un morator ludi^. Son rôle 
est d'arrêter le quadrige qui a terminé la course, de donner aux 
bêtes les premiers soins nécessaires et de les guider vers l'écu- 
rie. On retrouve ce palefrenier, toujours muni d'une amphore, 
sur plusieurs monuments, en particulier sur le bas-relief de 
Foligno ^ sur la mosaïque de Barcelone % sur une peinture 
antique de Rome '. Ce dernier monument indique à quoi ser- 
vait l'amphore : on y voit, en effet, un palefrenier qui saisit 
d'une main les naseaux d'un cheval, tandis que l'autre tient 
l'amphore; il s'apprête évidemment à rafraîchir les naseaux 
de la bête. 

Un personnage, dont il ne reste plus que les jambes, se tient 
à l'autre extrémité de l'arène, devant le dernier quadrige : sans 
doute était-ce aussi un morator. Il arrête le char avant qu'il ait 
achevé la course, parce que son retard ne laisse plus espérer 
qu'il puisse changer de rang. Le cocher lève le bras droit d'un 
geste découragé; bien qu'il tienne un fouet, il suffît de com- 
parer son mouvement à celui de l'aurige qui le précède pour 
voir qu'il ne s'apprête pas à frapper l'attelage. Au contraire, 
l'aurige qui arrive troisième, séparé de celui qui le précède par 
une moins longue distance, et, du reste, se croyant peut-être 
serré de près par celui qui le suit, fouette ses chevaux avec 
ardeur. Les têtes des chevaux sont gâtées, sauf celle du che- 
val de gauche. La tête de l'aurige a disparu; le bras droit, cou- 
vert d'une manche blanche, brandit le fouet; la casaque est 
rouge. Le quatrième, comme on en peut juger aux quelques 
cubes qui subsistent, portait une casaque verte. Le vainqueur, 
nous l'avons vu, appartenait à la faction des bleus; il est donc 
sûr que le deuxième, bien que le corps soit efïacé, représentait 
les blancs. 

Il est impossible de se prononcer avec certitude sur l'âge 

1. Cf. G ruter, inscrip^ antiquae,p. cccxxxix, 3] ibid. b=C.l.L.,Vl, 10046. 

2. Cf. Zangemeister, l. c, p. 257 et pi. LM. 

3. Cf. Hiibner, l. c, p. 170 et pi. D; Zangemeister, l. c, p. 258 et note 1. 

4. Cf. Braun, Ann. deW Jnst. dicorr. arch., 1839 (XI), p. 245 et pi. M, 2. 



MOSAÏQUE DE CARTHAGE 259 

de cette mosaïque. Elle est d'un bon style, qui ne permet pas 
de descendre au-delà du m® siècle. On ne saurait d'ailleurs tirer 
argument du nombre des carceres pour la dire antérieure à 
Domitien, car s'il est admis que cet empereur porta le nombre 
des carceres du Grand Cirque de huit à douze*, rien n'oblige à 
penser qu'on ait suivi cet exemple dans les provinces. 

L. A. CONSTANS. 

\. Cf. Bussemacker et Saglio, /. i. ; Friedlànder, l, L 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 



II» 

ANTÉFIXES GALLO-ROMAINES 



Déchelette a publié, il y a dix ans, une antéfîxe en terre 
cuite du Musée de Moulins (Allier) : on y voit une palmette au- 
dessous de laquelle une tête de taureau posée de face est enca- 
drée par une feuille de palmette à double volute et par deux 
rosaces (fig. l)^ Les antéfîxes portant parfois l'emblème de la 
légion qui les fabriquait, et ce monument provenant peut-être 
de Néris, siège de la Legio VIll Angusta, dont la tête de taureau 
était l'emblème, Déchelette admet que l'animal de Tantéfixe est 
bien celui de cette légion, et comme il n'a rencontré nulle part 
ailleurs en Gaule le même modèle, il le considère comme spé- 
cial à ses ateliers. Remarquons toutefois que la provenance 
Néris, qui est absolument nécessaire pour prouver l'identité de 
la tête de taureau de l'antéfîxe avec l'emblème légionnaire, 
n'est pas certaine. L'inventaire du Musée attribue cette pièce à 
Varenne (Allier), et ce serait une autre antéfîxe à palmette et 
tête de face qui aurait été découverte à Néris. Aussi Déchelette 
suppose-t-il que le rédacteur a dû intervertir par mégarde les 
indications de provenance'; il se peut, mais ce n'est qu'une 
supposition, qui permet déjà de douter de l'identification pro- 
posée. 

1. Voy. la Remie archéologique, janv.-fév. 1916. 

2. Déchelette, Une antéfîxe de la huitième légion découverte à Néris^ in 
Comptes-rendus Acnd, Inscriptions, 1905, p. 597 sq., fig. 

3. Z/)id.,p,601. 



Notes archéologiques 264 

Dans son étude sur le Klapperstein de Mulhouse, M. A. Rei- 
nach reproduit et commente une antéfixe de Brumath, près de 
Strasbourg, qui présente avec la précédente certaines analo- 
gies (fîg. 2, 1). On y retrouve la palmette qui surmonte la tête 
et la volute qui lui sert de base. Mais l'apparence animale de 
l'élément central est atténuée. Ce n'est plus une tête de taureau : 
c'est un masque humain grimaçant, dont le front est orné de 
cornes et dont la moustache et la barbe sont stylisées en spi- 




Fig. 1. — ADtéfixe de Néris. 

raies, analogues, dit l'auteur, à la chevelure serpentiforme des 
Gorgones. M. A. Reinach voit une double paire de cornes, les 
unes au-dessus du front étant celles du taureau, les autres, à la 
hauteur des sourcils, celles du bélier ; il met cette tête mons- 
trueuse en relation avec les divinités gauloises cornues, dieux- 
taureaux et dieux-béliers, en particulier avec Gernunnos'. Je 
ne crois pas à cette double présence, car les cornes de bélier 
ne paraissent être que les oreilles de l'animal, à leur place 
habituelle'. 

4. Le Ktappérstein, le Gorgoneion et V Anguipèdct in Bulletin du Musée hii» 
torique de Mulhouse, XXXVII> I9i3, p. 10, pi. I, 1, du tirage à part. 
2. Cf. les oreilles du taureau sur ranléHxe de Néns. 



262 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Une troisième antéfîxe, provenant de Pfaiïenhofen près de 
Brumath, supprime toute bestialité (fig. 2, 2). Encadrée par la 
volute végétale, accostée à la hauteur des tempes par deux 
rosaces, c'est une tête barbue aux traits majestueux, que cou- 
ronne le chêne et que surmonte la palmette. Quelque type de 
divinité fluviale, dit M. A. Reinach, aurait inspiré ce type, que la 
présence de la couronne, et celle de petits glands dans la barbe, 
font désigner comme un génie du chêne*. 

Sur une antéfîxe du Musée de Genève, provenant de Versoix^ 
(fig. 3), la tête humaine, très grossière et quelque peu triangu- 
laire suivant une convention fréquente due à l'inexpérience de 
l'ouvrier', est encore surmontée de la palmette rayonnant en 
éventail. Deux grosses saillies en relief rappellent la volute qui, 
dans les exemplaires précédents, est à la base de la tête. 

Deux autres antéfîxes du Musée de Genève, trouvées à Genève 
même, dans les fouilles du quartier des Tranchées * (fig. 4), 
montrent la dégénérescence du motif, car si les volutes de la 
base sont reconnaissables, la tête n'a plus rien d'humain et n'est 
plus qu'une saillie piriforme, une sorte de vase d'où s'échappe 
la palmette. 

Citons encore une antéfîxe de Xanten, avec un gorgoneion 
que surmonte la palmette\ 

* * 
On ne cherchera pas à allonger cette liste et à grouper toutes 
les antéfîxes gallo-romaines de type semblable. Nous avons dès 
maintenant tous les éléments nécessaires pour en donner Tin- 
terprétation. 

1. Le Klapperstein, pi. I, 2, p. 13 sq. 

2. Musée de Genève, G. 850. 

3. Sur cette convention, Deonna, L'archéologie^ sa valeur^ ses méthodes^ II, 
p. 142 sq. 

4. Musée de Genève, G 164 et G 1639. 

5. Le Klapperstein, p. 18 ; Bonner Jahrbûcher^ GXXII, pi. LV, p. 390 ; 
sur ces antéfîxes de Xanten qui portaient peut-être, comme ce serait le cas 
pour celle de Néris au dire de Déchelette^ les emblèmes des légions, cf. 
A. Heinach, op. /., p. 18, note 1 (référ.). 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 



263 



Bien que chacun de ces monuments diffère des autres, puisque 
rélément central est la tête de taureau, la tête humaine à 
cornes, la tête entièrement humaine, et même un motif anico- 
nique qui en paraît dérivé, la parenté qui les unit est indé- 
niable, car il y a de Tun à l'autre quelques éléments constants. 
Partout la tête est surmontée de la palmette qui, dans les 
exemplaires de Néris, de Pfaffenhofen, de Versoix, de Genève, 




« y^y'\ ' M 'A-. 



^^ 



Fig. 2. — Antéfixes de Brumath et de Praffenhofeu. 



n'est pas simplement posée sur le crâne, mais semble en faire 
partie intégrante et en jaillir ; partout aussi on retrouve la volute 
végétale qui soutient la tête. Enfin, si les exemplaires de Genève 
en sont privés, ceux de Pfaffenhofen et de Néris montrent 
deux rosaces symétriquement disposées, tantôt à l'intérieur de 
la volute, tantôt à l'extérieur, et l'on remarquera que sur celui 
de Brumath, la moustache s'allongeant à droite et à gauche se 
termine en une boucle qui leur ressemble, et que la palmette 
de la tête porte dans ses branches supérieures deux disques. 



Ce n'est pas dans l'art indigène qu on cherchera l'origi 



ne de 



â64 ftEVUÈ ARCHÉOLOGIQtJË 

cette composition, mais dans Tart gréco-romain, où la décora- 
tion architecturale l'emploie fréquemment pour les antéfixes, 
les acrotères, les plaques ornementales. On ne citera que quel- 
ques exemples qu'il serait aisé de multiplier. 

De nombreuses antéfixes italiques ont une tête humaine, fémi- 
nine ou masculine, parfois un masque, un gorgoneion de sens 
solaire connu*, posés sur la volute d'acanthe et coiffés d'une 
palmette rayonnante ^ (fig. 5). C'est donc absolument la disposi- 




Fig. 3. — Antéfixe de Versoix. 

tion de nos antéfixes gallo-romaines. Sur les plaques de revête- 
ment, où l'artiste dispose de plus de place, le motif s'enrichit. 
Le gorgoneion couronné d'une palmette, au-dessus de la volute, 
est placé entre deux griffons, les animaux du soleiP. Ailleurs, 



1. Le Klapperstein, p. 15 sq. 

2. Ex. Genève, Musée d'art et d'histoire : Coll. Fol, Gâtai, descriptify î, 
p. 171, n° 800, fig. (fig. 5); Le Musée Fol, Etudes d'art et d'archéologie, I, p. 46, 
fig. K, tète féminine à Stéphane. — Même motif, C. 1640. — Coll. Fol, n« 796 ; 
Catal. descriptif, I, p. 170, n° 796; Etudes d'art et d'arch., I, pi. XII, p. 48 sq. 
(Bacchus, dit le Gâtai. ; plutôt masque). -- Goll. Fol, n» 797; Catal., I, p. 170, 
n» 797, boule sur double volute, surmontée d'une palmette, etc. 

3. Musée de Genève, Le Musée Fol, Etudes d'art et d'arch., pi. XX Vil, 1, 
p. 64 sq. 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 26S 

le buste d'Isis émerge de l'acanthe et porte sur sa tête la fleur 
du lotus, tandis que les sphinx qui l'accostent terminent leur 
queue par le lotus* : on retrouve près de celles-ci les deux 
rosaces de nos antéfîxes'. Voici Niké au milieu de gracieux rin- 
ceaux que développe la volute végétale sur laquelle elle s'élève; 
elle porte sur sa tête une belle palmette ou une corbeille de fleurs 




Fig. 4. — Autéfixe de GeDève. 

et de fruits, et elle est accostée elle aussi par deux rosaces, 

fleurs qui terminent les enroulements des rinceaux* (fig. 6). 

C'est en somme, avec diverses variantes de détails, le motif 

bien connu que l'art gréco-romain répète à satiété, en relief 

1. S. Reinach, Hépert. de reliefs, II, p. 296, 1. 

2. Même motif, avec Bès remplaçant Isis, lôirf., p. 296, 1; Musée Fol^ 
Études d'artet d'arnh., I, pi. XXVII, 2 (mais la tète du dieu n'est pas surmon- 
tée du lotus). 

3. /bid., p. 270, 3; 271, 1. 

V" SI'lRIE, t. III. 18 



266 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



comme en ronde-bosse : celui du personnage, entier, réduit au 
buste ou à la tête seule, qui émerge de la collerette ou du bou- 
quet de lotus ou d'acanthe, parmi de légers rinceaux, que ce soit 
une divinité du panthéon égyptien, Isis, Bès, Harpocrate *, ou du 
panthéon gréco-romain, Niké, Eros', Dionysos', Ariane, etc. 
On sait que ce thème — et les dieux et les animaux comme le 
lotus l'indiquent déjà — est d'origine égyptienne, et qu'il s'est 
répandu partout dans le monde antique dès une époque très 
ancienne, aussi bien en Phénicie qu'en Grèce, à Rome ou en 

Inde : c'est celui du divin Horus qui 
naît de la fleur du lotus, image du 
soleil levant*. L'art gréco-romain, le 
répétant parfois intégralement % le 
plus souvent l'a modifié à son goût ; il 
a remplacé Horus par d'autres divinités 
égyptiennes, ou lui a substitué des 
dieux nationaux; il a uni le lotus à 
l'acanthe, ou l'a remplacé complète- 
ment par cette dernière, qui est son 
équivalent symbolique*. 

Le sens solaire de la palmette est 
bien connu et nous n'y insisterons 
pas; elle équivaut, elle aussi, au lotus qu'elle remplace sou- 
vent : la queue des animaux du soleil, sphinx, griffons, pour 
indiquer leur nature ignée \ peut aussi bien se terminer par 




Fig. 5. 
Aotéfixe gréco-romaiae. 



1. Répert. de reliefs, III, p. 126, 4 (chapiteau). 

2. Répert. de reliefs, II, p. 177, 3, p. 259, 1; Le Musée Fol, Etudes d'art et 
d'arch., I, pi. XXX, 2; tête seule, ibid., pi. XXX, 1. 

3. Répert. de reliefs, II, p. 274, 2 ; 276, 3. 

4. Clermont-Ganneau, Études d'arch. orientale, I, p. 138, La naissance 
d'Horus; Journal asiatique, 1883, I, p. 127, note 1; Rev, hist. des rdigions, 
1913, LIX, p. 51 et suiv.; 1914, LXX, p. 51 sq. M. Clermont-Ganneau pense 
que ce prototype a inspiré la croyance populaire à l'enfant né du chou. 

5. Horus sur le lotus, comrae amulette, Delatte, Etude sur la magie grecque, 
in Musée belge, 1914, p. 49 (tirage à part). 

6. Rev. hist. des religions, 1913, LIX, p. 350 sq. et suiv. 

7. Sur la queue enflammée des renards de Samson et les rites agraires ana- 



Notes archéologiques 



267 



une'palmette* que par le lotus*, et la tête du personnage 
être surmontée de l'un ou Fautre végétal. On ne s'étonnera pas 
que de telles images décorent les antéfixes et les acrotères qui, 
étant des opotropaia , les paratonnerres religieux de l'édifice en 
quelque sorte, portent très souvent des symboles célestes, ceux 
du soleil et de la foudre \ 

Notons encore que Tassociation de la palmette et des deux 
rosaces d'origine solaire est, elle aussi, très ancienne, et qu'elle 
est banale, par exemple, sur les stèles funéraires de la Grèce *. 




Fig. 6. — Relief de lerrt^ cuite gréco-romaiu. 
(S. Reioacb, Réperl de reliefs, 11, p. 210, 3.) 

Si telle est l'origine et le sens primitif du motif rencontré 
sur les antéfixes gallo-romaines, il semble cependant qu'en 

logues, que traduit en art la queue terminée par un lotus ou par une palmette, 
cf. LHomme 'préhistorique, 1913, p. 316. 

1. Sarcophage romain, griiïons, Reinach, Répert. de reliefs^ II, p. 196, 2. 

2. Ibid., p. 296, 1, etc. Queue de la nébride terminée en lotus épanoui, en 
Kgypte, Moret, Mystères égyptiens, p. 70, note 1. 

3. Cf. Rev, hist.des religions, 1915 (Le soleil dans les armoiries de Genève), 
p. 20. 

4. Reinach, Rcpert. de reliefs, II, p. 395, 7 ; 398, 4 ; 411, 4, etc.; 'souvent 
les deux rosaces seules, sur des stèles grecques, romaines, etc., ex. ibid.^ 
p. 395, 411, 2 ; 532, 1, 3; 97, 4, etc. 



268 HEVUE AËCHÉOLOGIQtJE 

pénétrant en Gaule et en Germanie, il s'est confondu avec 
un autre motif de sens et d'aspect analogues, qui, très en 
faveur dans ces contrées, remonte à une époque reculée : celui 
de la barque du soleil, dont Déchelette a étudié l'histoire et 
suivi la dégénérescence ornementale'. A considérer certaines 
deses représentations, on voit tout de suite leur analogie avec 
l'ornementation de nos antéfixes : la barque, le plus souvent 
stylisée et presque méconnaissable, dont la proue et la poupe 
recourbées sont ornées ou non des protomés du cygne solaire, 
décrit une volute analogue à celle qui sert de base aux têtes 
humaines ou animales ; elle est souvent accompagnée de l'équi- 
valent des deux rosaces, de deux disques solaires disposés 
symétriquement, soit à l'intérieur de la courbure*, comme 
dans l'antéfixe de Pfaffenhofen, soit à l'extérieur \ comme dans 
celle de Néris; et si la volute végétale des antéflxes contient 
en son milieu la tête humaine ou animale, la barque renferme 
à la même place l'image du soleil, sous son aspect aniconique, 
disques concentriques, disques crucifères, disques radiés, spi- 
rales ou signes en S*, ou, sous l'aspect humain, celui de deux 
petits personnages debout côte à côte, à la chevelure radiée '\ 

Il semble donc que la tête de taureau de l'antéfixe trouvée 
peut-être à Néris n'est pas tant l'emblème de la huitième légion ** 
que la tête du dieu, conçu sous son aspect animal. Elle est 
accompagnée des rosaces ? Mais, dès l'antiquité égéenne, cette 
association da taureau sacré et des rosaces n'apparaît-elle pas 

\. Déchelette, Manuel, II, p. 418 sq., 426 sq. 

2. Ibid,,'^. 424, fig. 171, 2. 

3. Ibid., p. 433, fig. 176. 

4. Le sens solaire du signe celtique en S est bien connu; cf. Déchelette, 
Manuel, II, p. 466, lig. 156. 

5. Le bizarre moiif qui occupe le centre de la barque sur un couteau Scan- 
dinave ne serait-il pas la stylisation de la tête de taureau, posée de face comme 
sur l'antéfixe de Néris? (Déchelette, Manuel, II, 3, p. 424, fig. 171, 2). 

6. A moins que la tête du taureau cosmique n'ait été assimilée à l'emblème 
de la légion. 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 269 

dans le monument bien connu de Mycènes*? A Théroon de 
Trysa, les protomés de taureau n'alternent-elles pas avec le 
gorgoneion et les rosaces solaires'? Rappellera-t-on le sens 
cosmique du taureau ou de ses abrégés, la tête ou les cornes 
seules de Fanimal, dans la religion celtique'? Dans les autres 
antéfîxes citées, le symbole animal s'atténue, car si la tête gri- 
maçante de Brumath est encore cornue*, celle de Pfaffenhofen, 




Fig. 7. — Détail d'un bol gallo-romain à relief?, au musée de Genève, 
proveuant de Genève. 



dépouillant toute bestialité, a la beauté idéale des dieux 
Immains 



1. Stais, ColUction mycénienne, p. 37, n. c8i; Décl.eelle, Manwl, II, 
p. 470 ; la tête de l'animal est souvent accompagnée d'autres symboles 
solaires, tels que la croix, etc.. ihi.d. 

2. Reinach, llépert. de reliefs, I, p. 444. 

3. Déchelelle, ManueL M. Le taureau et les cornes sacr.'es. p. 470 sq. 

4. Remar(|uer sur le front, entre les cornes, la bandelette dentelée des deux 
côtés, qui rappelle certaines amulettes préhistoriques à double rang de dents; 
cf. Rev hist. des religi.om, 1915, p. 59 61 ; cf. aussi la chevelure hérissée de 
la Gorcrone.des gf^niesdu feu, sur les réchauds gréco-romains, etc., Ilev. hi^t. 
des religions, 1915, p^ 27 8. 



270 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



1 



Les languettes de la palmette qui sort du crâne, ce sont, 
comme dans les monuments gréco-romains cités plus haut, les 
rayons qui jaillissent du soleil lui-même; elles lui forment 
comme une immense chevelure auréolée, alors qu'ailleurs, 
pour exprimer le même rayonnement, la chevelure peut être 
hérissée, radiée, ou même incurvée en forme d'S solaires*. 

Expliquons maintenant dans ce sens la belle antéfîxe de Pfaf- 
fenhofen (fig. 2, 2). La volute qui circonscrit le motif et qui ne 
trahit que par endroits son origine végétale, peut être facile- 
ment assimilée à la barque du soleil, fendant les flots du fleuve 
Océan. Elle porte la tête du dieu qui est couronnée de chêne, et 
dont la barbe et la moustache, découpées en feuilles, cachent 
deux petits glands, union du végétal et de Têtre humain dont 
divers monuments antiques fournissent des exemples\ Serait- 
ce un génie du chêne, comme le pense M. A. Reinach? Mais on 
sait que le chêne est par excellence l'arbre de la foudre, et que 
son rôle cosmique est avéré depuis un temps très reculé^ Il 
n'y a donc rien d'étonnant que le dieu céleste soit ici revêtu de 
ses feuilles et de ses fruits, Les deux rosaces qui sont les disques 
du soleil l'encadrent, et, jaillissant de son crâne*, ce sont les 
rayons de la palmette solaire. 

1. Sur ces différentes chevelures solaires, cf. Le soleil dans les armoiries de 
Genève, in Rev. hist. des reliyions, 1915, p. 29-31. Le signe celtique en S, qui 
serait un demi-svastika, uni à la tèle huaiaine dans l'ornementation celtique 
et gallo-romaine, s'est assurément identifié à la double spirale des palmettes 
gréco-romaines, qui, parfois employée seule, accompagne souvent une tête 
humaine, masque, gorgoneion, tête d'Éros sortant du bouquet d'acanthe, etc.; 
ex. Etudes d'art et d'arch., Musée Fol, I, pi. XXX, 1 (tête d'Eros dans l'acanthe, 
noter la double spirale indépendante à droite du motif) ; ibid.., p. 61, fig. 2 
(double spirale renfermant dans chaque œil un masque comique) ; gorgoneion 
et double spirale unie à la palmette, Répert. de reliefs, II, p. 265, 1. 

2. Ex. dans mon mémoire sur Le Soleil dans les armoiries de Genève, in 
Rev. de l'hist. des religions, 1915, p. 31. 

3. A. Reinach, Le K^apperstein, p. 15, 38, note 3. 

4. Fowler, Le chêne et le dieu du tonnerre, in Archiv. f. Religionswiss., 
XVI, 1913; Wagler, Die Eiche in aller und neuer Zeit, Diss. Wurzbourg, 
1H91 ; S. Reinach, L^ chêne dans la médecine populairCf in L'Anthropologie, 
1893, t. IV, p» 32 sq» 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 271 

Ainsi, dépouillée du barbare symbolisme animal, Tantéfîxe 
de Pfaiïenhofen est la magnifique expression de la très vieille 
religion solaire qui a laissé tant de traces dans nos contrées. 
Il nous semble voir nos aïeux vénérer le soleil alors qu'il des- 
cend lentement à Thorizon, et que, posé sur la barque à la sur- 
face de rOcéan, il lance un dernier étincellement, avant de 
continuer, la nuit venue, son invisible voyage. 

Un tel motif, qui apparaît encore dans la céramique gallo- 
romaine à reliefs (fig. 7) avec ses éléments caractéristiques, 
barque réduite à une courbure demi-circulaire, deux rosaces, et 
symbole du soleil (aigle dans le disque)*, ne s'éteint pas avec le 
paganisme; l'art barbare du haut moyen-âge en a hérité, et on 
a montré ailleurs qu'on peut en reconnaître la dégénérescence 
dans divers monuments, agrafes, plaques de ceinturons, du 
christianisme primitif de nos pays". 

{A suivre.) W. Deonna. 



1. Ce motif est fréquent dans la céramique, où il peut n'avoir plus qu'une 
valeur décorative. 

2. Le Soleil dans les armoiries de Genève, in Rev. hist, des Rellg. 1915, p. 22 
sq. 



L4 VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE 

ET LA VILLE DE LYON 



La Vierge an Donateur (fîg. 1) dont il va être question, est le 
précieux panneau qui se trouve au Louvre dans la petite salle 
XXIX des Flamands, et qui porte le n^ 1986. Dans le cartouche 
du bas on lit l'inscription suivante : 

Jean van Eygk, vers 138Û-tl440'. École flamande. 
La Vierge au Donateur. 

Il semblera peut-être extraordinaire qu'il puisse être utile, 
alors qu'on veut parler de ce joyau de nos collections natio- 
nales, de se croire obligé de l'identifier avec autant de précision. 
Mais d'abord, et tout dernièrement, un des maîtres de l'histoire 
de l'art, en parlant de cette admirable peinture, l'appelait 
« Saint Luc peignant la Vierge de Van Eyck, qui est aujour- 
d'hui au Louvre »; puis, si tous ceux qui l'ont étudiée s'enten- 
dent parfaitement pour reconnaître qu'elle vient d'Autun, ils 
ne sont nullement d'accord sur l'église oii elle demeura depuis 
le moyen âge jusqu'à son entrée au Louvre, au commencement 
du XIX® siècle. 

En effet, Gourtépée, au xviii^ siècle, dans sa Description du 
Duché de Bourgogne^ la signale dans la chapelle de l'église où 
fut enterré Rolin; Vallet de Viriville^ la place dans la sacristie 
de la collégiale de Notre-Dame; mais M. Kleinclauz^ écrit 

1. Il esl permis de faire remarquer que dès 1849, Laborde, dans ses Bues 
de Bourgogne (Preuves , t. I, p. cm), donnait la date exacte de juillet 1441 pour 
la mort de Jean van Eyck. 

2. Dijon, 7 vol. in-S^ 1774-1785, t. III, p. 451. 

3. Biographie Didot, v° Rolin (Mcolas). 

4. Revue de l'Art, 1905/(2), p. 258. 



LA VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 273 

qu'elle se trouvait dans l'église Saint-Lazare ; enfin Filhol *, 
Gruyer ^ et Bouchot ' disent qu'elle était dans la Cathédrale. En 
réalité, sous ces noms difîérents, il ne s'agit que de deux 
églises : la collégiale de Notre Dame, fondée par le chancelier 
Rolin où il fut enterré en 1462, et la Cathédrale, qui est sous le 
vocable de Saint Lazare. 

Seulement, comme il y avait également à Autun un autre 
délicieux tableau, une Nativité, donnée par le cardinal Jean 
Rolin à la Cathédrale, qui de la sacristie fut transportée à 
l'Évêché où la loi de séparation l'a prise pour la déposer au 
Musée de la ville, il est arrivé plusieurs fois que les deux pan- 
neaux ont été l'objet d'une confusion assez nexplicable, puisque 
tous les deux représentent une Vierge devant laquelle est 
agenouillé un Rolin. 

Enfin, sur l'identification du paysage qui forme le fond du 
tableau, les historiens d'art ont disserté sans se convaincre et, 
chacun faisant des rapprochements, qui, avec la Vierge au 
Chartreux du baron Gustave (aujourd'hui Robert) de Rothschild 
(fîg. 2) et celle du Musée de Berlin fig. 4), qui, avec une minia- 
ture des Heures de Jean de Danois (fig. 5), qui, enfin, avec les 
Vierges de saint Luc de Brunswick, de Munich (fig. 3), de Saint- 
Pétersbourg et du comte Wilczeck, y découvre une ville diffé- 
rente : Bruges, Lyon, Londres, Liège, Maëstricht, Marmande, 
La Réole, Bazas. 

Bref, on n'est jamais parvenu à s'entendre; alors d'autres 
critiques, très prudents, admirent le paysage, mais ne se pro- 
noncent pas ; la question reste donc en suspens. 

Comme tout ce qui touche à cette merveilleuse œuvre d'art 
ne saurait nous laisser indifférents, il n'est pas inutile d'ap- 
porter sur ce dernier point quelques précisions qui n'ont pas 
encore été présentées. 

1. Galerie du Musée Napoléon, Paris, Gillé, 1813, in-4. t. IX, 578. 

2. Voyage autour du Salon Carré du Musée du Louvre, Paris, 1890, in-4, 
p. 312. 

3. Le Paysage chez les Primitifs, dans la Gaxelle des Heaux-Arts, 1907, II, 
p. 471, 



2Î4 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



i 






Ici encore, comme dans la fameuse question de Tenfant à 
la dent d'or, soumise à l'Académie de Suède au xviii« siècle, 
sur laquelle on discuta pendant des mois jusqu'au moment 
où l'un des académiciens eut l'idée d'aller regarder la bouche 
de l'enfant, dans laquelle d'ailleurs il ne découvrit rien, tout ce 
qui a été dit sur le paysage fut simple affirmation, sans aucune 




Fig. 1. — Foad du tableau ]de la Vierge au donateur (Musée du Louvre).] 

pièce à l'appui. On écrivit de belles pages littéraires sur le 
sujet, mais on ne crut pas nécessaire de faire le moindre 
rapprochement avec les vues cavalières des villes proposées, 
que nous pouvons cependant trouver dans les ouvrages 
anciens. Ce sont les vieux plans conservés au Cabinet des 
Cartes de la Bibliothèque Nationale que je voudrais aujourd'hui 
rapprocher des affirmations sur lesquelles, chacun suivant son 
sentiment personnel, vit avec sécurité. 



LA VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 275 

Reprenons d'abord ce qui a été écrit sur le tableau. 






Au XVIII® siècle, Gourtépée, dans sa Description du Duché de 
Bourgogne, veut y voir Bruges avec plus de deux mille figures. 
Quand Filhol, en 1813, publie la Galerie du Musée Napoléon, il 
donne une description du tableau que nous devons reproduire, 
car c'est une des plus exactes qui aient été écrites : 




Fig. 2. — FoQii du tableau de la Vierge au Chartreux 

(CollectioQ du baron R. de Rothschild). ^« 

« Dans une magnifique galerie pavée de marbre précieux, 
décorée de colonnes, et d'une architecture dont le genre se 
rapproche du genre moresque, un homme superbement vêtu 
d'une robe de soie et de brocard à larges manches et bordée 
d'une fourrure, est à genoux devant un prie-Dieu recouvert 
d'un riche tapis, et a devant lui un livre ouvert posé sur un 
coussin doublé d'une étoffe également opulente. Il semble rece- 
voir la bénédiction que lui donne l'Enfant Jésus assis sur lei 



276 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



genoux de sa Mère. La Vierge, couverte d'un long et large 
manteau, dont la bordure est brodée, est assise sur une espèce 
de trône ou fauteuil en marqueterie, doublé d'une tapisserie ou 




Fig. 3. — Foud du tableau de la Vierge de sainl Luc que les critiques d'art 

croient identique au paysage de la VierCje au donaleur. 

(Pinacoltièque de Munich'. 



étoffe à fleurs. Ses^cheveux, ceints d'un diadème étroit, tombent 
négligemment sur ses épaules. Derrière elle, un ange, les ailes 
éployées et vêtu d'une mante qui l'enveloppe tout entier, sou- 
tient une riche couronne au-dessus de sa tête^ Au delà de la 



LA VIERGE AU DONAÎEtR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 277 

colonnade du fond, on aperçoit sur une terrasse deux hommes 
qui se promènent. Sur le mur de revêtement un paon, et entre 
ce mur et la colonnade, la cime de quelques arbres qui décorent 
sans doute un jardin supérieur; plus loin et dans la perspective, 
sur les rives d'un grand fleuve, dont le cours est traversé par 
un pont et va se perdre dans le lointain, l'on aperçoit les édi- 
fices d'une grande ville; enfin dans le fond, la cime des Alpes, 
blanchie par la neige. On regrette de ne pas savoir quel est le 
personnage important que van Eyck a représenté dans ce 
tableau; on croit reconnaître Lyon dans cette ville dont il nous 
ofTre la vue et spécialement le chevet de la cathédrale de 
Saint-Étienne, ainsi placésur les bordsdela Saône S'il en était 
ainsi, il faudrait en conclure que ce peintre'a voyagé et que peut- 
être il a franchi les Alpes qu'il a introduites dans son ouvrage. . . » 

En 1860, M. Bigarne, le décrivant de nouveau, ajoute : « Ce 
tableau sur bois représente dans le lointain la ville de Bruges 
et une infinité de personnages ' ». 

En 1866, Emile Michiels *, le premier, rapproche le paysage 
de la Vierge au Douah'ur de ceux de la Vierge au Chartreux 
Rotshchild et de la Vierge de saint Luc de Munich. 

La description du tableau par M. F. -A. Gruyer (1890) ne 
doit pas être oubliée : 

(( Le jardin du palais avec les parterres de lis et de roses où 
se promènent les paons et les oiseaux rares. Une terrasse gar- 
nie de créneaux les domine du côté de la campagne, et de petits 
personnages d'une étonnante vérité animent ce rempart. Au 
delà s'étendent à perte de vue les lumineuses perspectives, 
une rivière d'où émerge une île commandée par un château- 
fort : sur une des rives, une ville avec ses quais, ses rues, son 
église et son port fortifié et, pour fermer l'horizon, une chaîne 
de montagnes dont les cîmes se perdent dans la pâle clarté 
d'une aube matinale' ». 

1. Élude historique sur le Chancelier Roiin. Beaune, 1860, iri*8, fig. 

2. Gazette des Beaux- Arts, 1866, II, p. 362. 

3. Gruyer, Salon Carré, p. 312. 



278 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



En 1905, M. Amédée Pigeon ', voyant là le portrait du roi 
Charles VII agenouillé devant la Vierge, ajoutait : 

(( L'architecture de la chapelle pourra, je crois, servir un 
jour à identifier la ville qui se voit dans le fond du paysage. 

(( Les historiens de Charles VII disent qu'en 1441 Charles VII 




Fig. 4. — Fond du tableau de la Vierge au Charlreux, 
(Galerie royale de Berlin). 



fit un voyage en Guienne pour battre les Anglais qui assié- 
geaient Tartas, qu'en 1442 le roi soumit Marmande et la Réole 
en Bazadois. 



1. Les Arts, n° 37 (t* IV), p. 14, et n» 41, p. 32. 



LA VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 279 

« Ne serait-ce pas Tune de ces villes qui serait là représentée, 
ou est-ce Lyon comme on Ta dit déjà ? 

« Le portrait fut-il fait dans quelqu'une des villes du midi 
(Tarbes, Marmande ou la Réole en Bazadois) ? Fut-il fait à Lyon 
dans la vieille église de Fourvières? Où le peintre la peignit-il? 
Je l'ignore. » 

Mais voilà que M. K. Voll * ayant fait, sans citer Em. 
Michiels, le rapprochement du paysage de la Vierge au Doiia- 
teur et de celui de la Vierge au Chartreux Rothschild, 
M. Rosen dans Die Nat'ur in der Ktmst et M. Fierens Gevaert 
dans sa Renaissance septentrionale, y voient Liège; opinion que 
M. J. Weale* accepte en 1908, en rappelant toutefois en même 
temps Maëstricht et en reconnaissant, dans l'église centrale, 
Saint-Paul de Londres. C'est lui qui rapproche encore du 
paysage la petite miniature du Livre d'Heures de Jean, comte de 
Dunois, propriété de M. Yates Thompson (fîg. 5). 

A partir de cette date, l'identité de tous les fonds dont nous 
venons de parler étant admise, nous pouvons résumer les 
opinions et en discuter la valeur. 

Il semble tout d'abord inutile d'insister sur la fantaisie, sur 
l'inexactitude de ces descriptions, écrites cependant par des 
historiens d'art d'une compétence évidente. Malheureusement, 
elles rappellent celles du Rétable de Beaune, oii, au grand 
étonnement de ceux qui regardent eux-mêmes et examinent 
les choses de près, on voit signaler sur les panneaux les per- 
sonnages les plus inattendus, revêtus de cuirasses étincelantes, 
dont il n'y a nulle trace, suivis de diables grifïus et cornus qui 
n'existèrent jamais que dans l'imagination de ceux qui avaient 
charge de nous instruire. 

Ici, nous devons immédiatement constater qu'il n'y eut 
jamais « plus de deux mille personnages ». 11 y en a H2, ce qui 
est déjà fort intéressant ; les « oiseaux rares », dans les par- 



1. Gazette des Beaux-Arts, 1001, I, p. 215. 

2. Hubert and .fohn van Èyck, Londres, 1908, in-4, p» H6 et 88. 



280 



ftEVtJE ARCHEOLOGIQUE 



terres fleuris, sont deux pies. Il est vrai que sur la muraille il 
y a deux paons, mais ce ne sont ni les aras, ni les perroquets 
de la Vierge de la Victoire de Mantegna par exemple, que la 
description pourrait nous faire attendre. 

Quant au rapprochement des paysages signalés, quel rapport 
y a-t-il vraiment entre le fond à^la Vierge au Donateur (fig. i) 
et la Vierge au Chartreux Rothschild (fig. 2) ? Une ville, une 




Fig. 5. — Miniature des Heures de Jean de Dunois. 
(Collection Yates Thompsou). 



rivière avec un pont : c'est tout. Derrière sainte Claire est une 
ville, entourée de murailles, baignées par une rivière de face, 
dans laquelle nagent des cygnes : ce qui indique que nous 
sommes dans le Nord. Au premier plan on aperçoit une église, 
qui peut certainement être rapprochée de Saint-Paul de Londres 
(voir la fig. 8). Cette église n'existe pas dans la Vierge au 
Donateur. Dans la ville on ne voit que cinq clochers ; dans 
la Vierge au Donateur, il y en a quatorze. Sur le pont est un 
petit édicule, au fond une colline boisée, qui ne sont pas dans 



LA VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 281 

le tableau du Louvre : Tîle du milieu du fleuve manque ; enfin 
la rive droite ne se voit pas. 

Si nous regardons la Vierge de saint Luc de Munich (fig. 3), 
cela devient beaucoup plus étrange; comment a-t-on jamais 
pu faire un pareil rapprochement? 

Sur une terrasse, qui semble au milieu de la rivière, il y a 
un homme et une femme qui regardent sur la gauche la cour 
d'un grand château, suivie d'une rue de village. A droite, au lieu 
d'une ville, une île, aux rives basses, sans aucun pont, avec trois 
arbres, derrière lesquels on aperçoit l'extrémité d'un château. 

Regardons-nous la Vierge au Chartreux de Berlin (fig. 4) ? 
Le fleuve est une très modeste rivière lointaine qui traverse 
une petite ville bourgeoise, aux rues plantées d'arbres, qui 
s'étend alors vers la gauche jusqu'à la plaine oii l'on aperçoit un 
moulin à vent. Point d'églises, aucune montagne dans le fond; 
sur la droite, une simple colline garnie d'arbres. 

Quant aux Heures de Dwiois (fig. 5), on voit en effet sur la 
rivière un pont, mais il n'a que six arches au lieu de sept, et 
s'il y a également une île, un seul bonhomme la regarde du 
haut des remparts qui bordent, non pas une terrasse fleurie, 
mais une route, puisqu'un paysan y passe à califourchon sur 
son âne 

Le simple examen des reproductions photographiques mon- 
tre ainsi, mieux que toutes les critiques, la fantaisie de rap- 
prochements faits un peu trop légèrement. 

Mais puisque nous constatons que la ville de la Vierge au 
Donateur est absolument particulière et qu'elle n'a aucun rap^ 
port avec le fond des tableaux dont il vient d'être parlé, nous 
devons rechercher si elle se rapproche d'une des villes propo- 
sées : Bruges, Londres, Liège, Maëstricht, Marmande, laRéole, 
Bazas ou Lyon. 

De môme qu'il a été possible naguère, grâce à d'anciennes 
vues, d'identifier Bourges, du célèbre manuscrit des Heures de 
Laval' enluminées par Fouquet, Besançon, des Commentaires 

1. Mély, Gaz. des Beaux- irts, 1913, II, p* 19. 

ve SÉRIE, T. Ul. 19 








(]liché Mély. 

Fig. 6. — Plan de Bruges, d'après la Racco/ta di le piu illustri Cilta (wr- s.). 




Fig. 7. — Londrep, d'après la Raccolta (xv-i» s,). 



LA VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 283 

des Guerres galliques, de Godefroid le Batave*, Bruges, du 
tableau de Barlholomeus Rubeus à Pise*, Anchin du Retable 
de Bellegambe*, comme aussi Home et Paris des Très riches 
Heures du duc Jean de Berry*, Paris du Bétable du Parlement^ 
et d'autres encore, on doit être à même, grâce à Georgius 
Braun, grâce à la Baccolta di le piu illustri fam.ose citta di tutto 
il mundo, beaucoup plus exacts que la Chronique de Nurenberg , 
laquelle, pour quatre ou cinq villes, répète si souvent la même 
gravure, de tenter une identification. Il ne s'agit que de les 
réunir et de rapprocher chacune d'elle du paysage de la Vierge 
au Donateur. 

Voici donc Bruges {?\g. 6), ville tout en rond, entourée de 
fossés, sillonnée de canaux, au milieu d'une plaine très plate. 
Est-il un seul point de rapprochement à faire avec notre ville? 

Londres (fig. 7) est-elle davantage le paysage cherché? La 
courbe du fleuve vers Chiswick pourrait prêter à un rappro- 
chement; mais derrière Chiswick, il n'y a aucune colline et le 
pays s'étend au loin très plat. Et Saint-Paul (fig 8), ressem- 
ble-t il en quoi que ce soit, dans son plan cruciforme, à l'église 
de notre tableau? D'ailleurs, il est beaucoup plus éloigné 
du fleuve que la grande église de la Vierge au Donateur, et 
autour il n'y a pas cette quantité de clochers qui nous frappe. 

Liège (fig. 9) pourrait se discuter. Mais la ville, dominée par 
les collines, est toute sur la rive droite du fleuve. La rive gauche 
est une île où se trouve seulement une église, Saint-Nicolas, 
derrière laquelle s'étend la plaine; quant au pont, il était cou- 
vert de constructions au nombre desquelles était la chambre 
des arbalétriers et la chapelle Sainte-Barbe, tandis que sur le 
pont du tableau du Louvre, il y a seulement au milieu une 
petite croix; d'ailleurs, la courbe de la rivière est inversée. 



1. Mély, les Primitifs et leurà signatures i Paris, I9l3, in-fol., p. 373. 

2. Mély, Revue de l'Art, 1907, I, p. 303. 

3. Mély, Ibid., 1P08, II, p. 97. 

4. Mélv, Primitif!^, p. 118 et 147. 

f). Mélv, Hevue de CArt, 191 4, 11^ p. 24, 



284 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



Pour Maëstricht (fîg. 10), que ne traverse aucun fleuve, il ne 
saurait en être question, pas plus que de la Réole qui s'étend 
d'un^seul côté de la Garonne, ou Bazasj très petites' villes, dont 
il m'a paru inutile de reproduire ici les plans. 

Voilà donc toutes les villes passées en revue. Une seule reste 
à examiner, Lyon ; nousjallons chercher si les'plus vieilles vues 
de la ville autorisent à nous y arrêter. 



1 




Cliché Mély. 
Fig. 8. — Saint-Paul de Londres, d'aprèg Dugdale (restitution du clocher 
détruit vers 1563, par HoUar ). 






Quelques mois avant la guerre, je feuilletais un soir, sous la 
lampe, dans le hall d'un château des bords de la Saône, un très 
bel ouvrage récemment paru : Vieilles pierres lyonnaises, et j'y 
lisais ces lignes '. 

(( A l'Ouest, ce sont les montagnes du Lyonnais aux ondula- 



1. Vingtrinier (Emm.), Lyon, 1911, in-4, p. 2. 



LA VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 285 

tiens latines; au Nord, le mont Cindre, le mont Thou et ses 
forts, les rives de la Saône aux luxuriants ombrages et l'île 
Barbe, pareille dans Tembrasement du soleil couchant à un 
grand navire pavoisé de verdure; à TEst, la ville nouvelle cou- 
chée dans la plaine des Brotteaux, ses longs faubourgs jalonnés 
de cheminées d'usines ; plus loin, les Balmes viennoises, tout 




Fig. 9. — La ville de Liège eD 1572, 



Cliche^Mely 



à l'horizon quand se dissipe Ua brume, la {longue chaîne des 
Alpes étincelantes de blancheur; au Sud, la masse isolée du 
Pilate, gardien de la vallée du Rhône et le large ruban d'argent 
du grand fleuve se déployant entre les collines de la plaine, 
miroitant dans le lointain. » 

Telle est la vue qu'on a des hauteurs de Fourvières qui domine 
tout le cours de la Saône. 

Aussitôt le paysage de la Vierge au Donateur dont, je l'avoue, 



286 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



je n'avais jamais songé à me préoccuper particulièrement, me 
revint à l'esprit. 

Remplaçons, en eiïet, simplement « les cheminées d'usines » 
par « les nombreux clochers d'antan » ; ne semble-t-il pas 
que nous lisions la meilleure des descriptions du fond du 
tableau de la Vierge au Donateur, qui n'a certainement pas 
cependant préoccupé M. Emm. Vingtrinier quand il écrivait 
ces lignes? D'autant plus qu'elles sont accompagnées d'une vue 




Cliché JMély. 
FJg. ir. -— La ville de Mnestricht, d'aprcsila RaccoUa, 



cavalière de Lyon où les clochers du xviP siècle (fig. 11) 
tiennent la place des cheminées d'usines actuelles. M. Drevet, 
en plus, a pris des clochers de Saint- Jean, entre les entre- 
colonnements des fenêtres des tours, une vue qui est presque 
exactement, mais un peu plus à droite, celle du tableau du 
Louvre. 

Sur ce point de départ, qui n'est plus une hypothèse, mais 
une constatation irrécusable, on est en droit de commencer 
une recherche, d'après les plans cavaliers de Lyon* qui nous 

1. Je donne ici seulement des plans cavaliers, parce que le fond du tableau 



LA VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 287 

ont été conservés. En voici un du xvii« siècle (fig. 12) qui nous 
paraît tout à fait caractéristique et grâce auquel nous pouvons 
identifier les monuments. D'abord, c'est très exactement la 
courbe de la Saône; derrière le pont, c'est l'île Barbe (beaucoup 
plus lointaine certainement, mais dans un instant nous en 
expliquerons le rapprochement). Au milieu, c'est le pont de 
pierre avec ses sept arches. Il est vrai que les plans du 
xviii^ siècle indiquent au milieu une chapelle que nous ne 
voyons pas ici; mais c'est que l'édicule fut élevé seulement en 
1700 pour y placer une petite Vierge faite par Mimerel et 
donnée par P. Grand. 

Sur la rive droite, car la rivière coule vers le spectateur, 
derrière le pont, c'est Saint-Paul et un peu plus haut Saint-Bar- 
thélémy; en arrière, le mont Cindre et les montagnes du Lyon- 
nais; sur la rive gauche, à travers les créneaux, on aperçoit une 
tour, l'Arsenal, puis les quais : derrière la tête de l'Enfant, les 
Jacobins; lagrande église, c'est Saint-Nizier placé, comme dans 
le plan du xvii^ siècle, presque au milieu de Perrache, avec un 
seul clocher, car le second ne fut construit qu'au xvi® siècle : 
au dessus de la tête de l'Enfant, c'est la Platière, détruite à la 
Révolution. La colline, c'est la Croix-Rousse, sans fortifications 
naturellement, puisqu'elles ne furent élevées qu'en 1512 sur 
les dessins de Germain Chauveau et d'Yvonnet le jeune, 
peintre : sur le haut de la colline à droite, c'est Saint-Sébas- 
tien, auquel vinrent s'attacher plus tard les remparts. 

Puis, constatation très curieuse, sur le penchant de la Croix- 
Rousse, au dessous de Saint-Sébastien, on aperçoit comme un 
point d'interrogation blanc : c'est une route qui avait cette 
forme et qui existait encore à la fin du xvii® siècle, comme on 
peut le voir sur le plan : au bas se trouvait Saint- Vincent, un 
peu plus haut, les Carmélites, et elle redescendait vers les Char- 
treux (fig. 1 5) que nous ne pouvons voir, puisque leur couvent ne 

du Louvre est une vue cavalière. Les artistes qui représentent les choses qu'ils 
voient par les yeux de leur imagination y introduisent forcément une liberté qui 
n'existe jamais dans un plan par terre. 




Drevet del. 

Fig. 11. — Vue cavalière de Lyon au xviie siècle, d'après l'ouvrage 
de M. Emm. Vingtrinier. 



LA VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 289 

s'éleva qu'au xvi® siècle. Le plateau qui s'étend vers rhorizon, 
au dessus de la Croix-Rousse, c'est la Dombe, au dessous de 
laquelle est l'île Barbe, et le château qu'on aperçoit sur la 
deuxième falaise, c'est Rochetaillée, dont voici une ancienne 
gravure (fig. 13). Dans le fond enfin, ce sont les Alpes qu'on 
voit des hauteurs de Fourvières, ainsi que le signale M. Ving- 
trinier. 




Gliclié Mély. 
Fig. 12. — Plan cavalier de Lyou du coiumeucement du xvii« siècle. 



Voilà donc les principaux monuments indiscutablement 
identifiés par leur emplacement. Nous devons alors examiner 
quelques-uns de leurs détails, absolument nécessaires pour con- 
firmer l'identification. 

Il nous faut tout d'abord constater qu'entre le chevet actuel 
de Saint-Nizier et celui du tableau la différence est notable; 
l'explication est facile à donner. Au xv® siècle Saint-Nizier 
fut réédifié par Jean Joly, en style ogival, tel que nous le 
montre cette photographie si difficile à prendre dans une rue 
qui n'a pas huit mètres de largeur et que je dois au docteur 



290 



HEVUE ARCHEOLOGIQUE 



Birot (fig. 14). Mais le sanctuaire, construit en mauvaise 
pierre, menaçant ruine, l'abside fut refaite en 1470 : c'est 
celle que nous voyons aujourd'hui. Or, au fond du chœur 
refait, on peut encore retrouver du côté de l'épître, pris dans 
la muraille nouvelle, un contrefort de l'ancien chevet qui 
montre que toute l'église était bien entourée de contre-forts très 
élancés, comme ceux du côté dont nous donnons la photogra- 
phie. 




Fig. 13. 



Cl elle Birot. 

Le chûteau de Rochetaillée au xvni« siècle. 



Une objection peut être faite : la façade de Saint-Nizier est 
tournée vers la Saône ; dans le tableau elle est tournée vers le 
Rhône, puis l'île Barbe est beaucoup trop près. 

Mais il ne faut pas oublier que si les artistes du moyen-âge 
reproduisaient bien les monuments qu'ils voyaient, ils ne s'at- 
tachaient guère à les situer avec exactitude; ils cherchaient à 
en tirer le meilleur effet esthétique. Dans le Paris des Très riches 
Heures, Montmartre, Notre-Dame, la Sainte-Chapelle sontpar- 
taitement reconnaissables, mais leur orientation est absolument 



LA VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 291 

fausse. Dans la vue de Bourges des Heures de Laval, que per- 
sonne ne songe à contester, la Sainte-Chapelle est inversée par 
rapport à la Cathédrale. Dans le plan de Rome des Très riches 
Heures, remplacement des monuments est assez exact : ici une 
tour, là une statue, plus loin une église, mais l'artiste ne se 
préoccupe nullement de leur orientation. Un des exemples les 
plus curieux de cette liberté d'artiste est assurément la vue de 
Besançon des Commentaires de la Guerre galUque. Alors que 
la ville se présente le long du Doubs, ayant derrière elle les 
deux monts, Chaudannes et Brégilles, Godefroy le Batave a 
trouvé beaucoup plus artistique de mettre la ville au second 
plan, de façon à former avec les deux monts, transposés au 
premier plan, un encadrement artistique. 

Ces licences sont en quelque sorte de tradition. M. Et. 
Michon, ne nous montrait-il pas, il y a quelques années, sur 
le sarcophage de Proserpine conservé à Aix-la-Chapelle, la 
suite des scènes de la légende absolument intervertie, expli- 
quant combien la composition gagnait ainsi par Teiïet de 
groupes mieux balancés? Avant lui, E. Le Blant avait expliqué 
déjà quelle place les conditions esthétiques, ou tout au moins 
visuelles, tenaient dans les monuments auxquels on pourrait 
les croire les plus étrangers : les sarcophages chrétiens. 

Aussi les paysages des primitifs sont-ils très souvent en 
quelque sorte une simple synthèse, dont l'artiste cherche 
à tirer le meilleur effet artistique. C'est ce qui a pu faire croire 
à Eug. Mùntz, qui n'en avait pas soupçonné les motifs, que 
le moyen-âge fut impuissant à représenter les choses telles 
qu'elles sont réellement et qu'il s'ingénia à substituer aux 
formes véritables des formes uniquement conventionnelles. 

Ici, il était impossible de reculer le clocher des Jacobins qui 
aurait disparu derrière la tête de l'Enfant; dès lors, le clocher 
de Saint-Nizier eût été tout à côté, et le vide, au-dessus de 
l'église, n'eût pas été rempli. 

N'oublions pas d'attirer l'attention sur les acrotères qui 
se trouvent à chaque clocher : ils sont en réalité une des 



292 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



caractéristiques de Tarchitecture religieuse du Lyonnais; nous 
ne les voyons pas dans la Vierge au Chartreux Rothschild. 
Enfin, on ne saurait trop rappeler que l'Ile Barbe, proba- 




Cliché Birot. 

Fig. 14. — L'Église de Saint-Nizier, à Lyon (état actuel). 



blement le plus ancien monastère du diocèse de Lyon, et 
Rochetaillée, qui appartenait au Chapitre de Saint-Jean, sont 
assurément la synthèse de la Saône. 



* 
* * 



Maintenant, ne pouvons-nous essayer de déterminer en quel 



LA VIERGE AU DONATEUR DU LOUVRE ET LA VILLE DE LYON 293 

lieu l'artiste a exécuté son œuvre? Avec les documents que 
nous avons, la chose ne paraît pas impossible. 
Si, en effet, du pavé central du bas du tableau, qui est le 




Pig. 15. — Secteur de 35» eur le plan par terre de Lyon au xvi« siècle, corres- 
pondant exactement à la vue de la loggia de la Vierge au Donateur. 



point visuel, nous traçons deux lignes qui joignent. Tune le 
chevet de Saint-Paul à gauche, sur le bord de la Saône, l'autre 
Saint-Sébastien, à l'extrême droite, au haut de la Croix-Rousse, 



294 ftEVtJE AfiCHÉOr.OGiQt'E 

nous formons ainsi un angle de 35 degrés. Si nous le reportons 
sur le plan de Drevet, qui nous donne exactement le cours de 
la Saône, nous tombons alors presqu'à la pointe de Perrache, 
au monastère d'Ainay (fîg. 15) dont les beaux jardins sont si 
visibles sur le plan de Simon Maupin; et alors, dans le champ 
visuel, nous trouvons tout ce qui est dans le tableau (fig. 1); 
de cet endroit, Saint-Jean et Saint-Etienne restent forcément 
en dehors, car on ne peut apercevoir leurs clochers, cachés 
qu'ils sont par la muraille de gauche de la loggia, comme 
aussi, sur la droite, la partie de Bellecourt, du côté du Rhône. 

Et voilà qu'alors, puisque nous nous trouvons conduits à 
Ainay, il nous faut faire une très curieuse constatation : sur les 
chapiteaux de la loggia, nous retrouvons exactement les sujets 
des chapiteaux qu'on voit aujourd'hui dans l'église d' Ainay; 
seulement, ces derniers sont du xii® siècle; mais vraiment on 
ne saurait s'étonner que l'artiste du xv« siècle, qui a peint le si 
précieux panneau, n'ait pas reproduit, tels qu'il les voyait, le 
Péché originel, l' Apparition du Seigneur, L'Expulsion du Paradis 
terrestre, le Meurtre d'Abel dont les naïves représentations 
furent exécutées en H07. Mais la coïncidence est en tout cas 
assez curieuse pour qu'il soit nécessaire de la mentionner. 

Il semble donc bien, maintenant que nous avons pu apporter 
ces nouveaux renseignements, qu'on devra reconnaître, dans 
le fond de la Vierge au Donateur, la ville de Lyon, vue ou du 
moins repérée comme toutes les vues cavalières, d'un point 
élevé, supposé ici au-dessus de l'abbaye d'Ainay. 

F DE iMÉLY. 



LES 

FALLACIEUX DÉTOURS DU LABYRINTHE 



{S ni te'). 



VII 

J'arrive enfin à un monument à propos duquel la discussion 
reste ouverte et dont le plan souterrain reproduit identique- 
ment celui de Tédifice de Tirynthe : la Tholos d'Épidaure. 
M. Lechat a vu là je ne sais quelle machinerie hydraulique, 
bien que rien — texte, fouilles, ruines — ne vienne au secours 
de cette subtile hypothèse et n'explique le jeu effarant auquel 
se serait livré Polyclète (Defrasse et Lechat, Épidaiire, Paris, 
1895, p. 98 sq ). Je crois une discussion inutile. M. Cavvadias 
qui, jadis, penchait, par analogie, à attribuer à la Tholos d'Épi- 
daure une destination semblable à celle des Pry tanées athéniens 
(Fouilles d'Épidaure, t. I, Athènes, 1893, p. 15), paraît avoir 
reconnu l'incertitude de cette comparaison et n'ose plus se 
prononcer *. Or, on sait que l'inscription qui relève les comptes 
du monument l'appelle 6u|i.£Xa (Cavvadias, Fouilles, p. 100, 
n« 242, 1. 125 et 162). Staïs, son premier éditeur, dès 1892 
('ExiYpa^rj è? 'ExtSaupou, 'Eçyjîji.. àp^., 1892, col. 69 sq.), et Herr- 
lich en 1898 (Àrch. A71Z., 1898, p. 123), ont bien senti que ce 
mot portait une clef de l'énigme. Mais alors que Staïs (op. cit., 
col. 89sq.;cf. Dôrpfeld und Reisch, Das g riech. Tkeater, Athen, 

1. Voy. la Rev. arch. de sept«mbrft-oclobre, novembre-décembre 1915 et 
janvier-février 1916. 

2. Congrès iVarch. classique, 2« session, Le Caire, 1909, p. 207 (cf. A. Hei- 
nanh, Rev. arch., 1909, t. H, p. 434). — Il nomme du moins le souterrain de 
son vrai nom : .,. « une espèce de labyrinthe » (Fouilles. .., p. 14). 



296 REVUE ARGHÉOLOCÎIQtJË 

1896, p. 278) ne lui donnait que sa signification religieuse, ou 
plus exactement son sens primitif, — celui d'autel, Herrlich 
remarquait justement que le terme désigne ici le lieu où se 
placent les 6u[j.£Xao{ et d'où ils tirent leur nom*. Il rappelait 
qu'on trouve des thymélés hors des théâtres (p. 124), — ce qui 
d'ailleurs n'a rien de surprenant, puisqu'une thymélé scénique 
est une simple plate-forme, un ISaçoç Upov selon la définition 
d'Hésychius*. Il concluait : « Ich glaube also dass eine Thymele 
aiich eine Feslstàtte fur musische Agone bezeichnen kann, die in 
keinerlei Verbmdung mit einem Theatergebàude stehi » et regar- 
dait la Tholos comme l'abri des concours musicaux des Askle- 
pieia. 

Son opinion, vivement combattue par Wilamowitz-Môllen- 
dorf, B. et P. Graef, Schrader, Diels {Arch. Anz., loc. cit.) a été 
reprise par Thiersch etPomtow'. Elle a soulevé les mêmes cri- 
tiques (Cavvadias, Die Tholo% von Epidauros^ in S. B. der Berl. 
Ak. d, W , 1909, t.I, p. 540 sq. et pi. II). Fiechter {Arch. Anz., 
1912, p. 18) termina les siennes en proposant de voir dans la 

1. Vitruve, De arch,, V, 8, 2 : Ideoqve apud eos (Grœcos) tragici et comici 
adores in scena peragunt, reliqui autem artifices suas per orchestram prœstant 
actiones. Itaque ex eo scenici et thymelici grœce separatim nominantur. — 11 y 
a quatre siècles, on avait compris ce passage {v. l'édition de Philander, Lug- 
duni, 1552, p. 196). — Pour les textes (Varron dans Isidore, Or., XVIII, 47 ; 
PoUux,IV, 123; Suidas et Elym. M., s. v° ax-^vv)) et les références, v. Oehmi- 
chen, Das Biihnenwesen der Griechen und Rômer, 1890, p. 242. — Peut-être 
le parallélogramme dessiné au centre de Torcheslre du théâtre de Dionysos 
(Fougères, Athènes, Paris, 1912, f. p. 113) est-il un souvenir de l'ancienne 
thymélé ? 

2. V. Dôrpfeld, loc. cit. : Insbesondere ist die OuîxéXy) der Platz des Floten- 
blàsers (vgl, Kaibel, Epigramm. p. XIII, 474 a [Sparta]). Aber nicht nur die 
Musiker, sondern aile musischen Kiinste haben an der eufjilX-o ihren PlatZy 
auch die Rhapsoden (^Kaibel, Epigramm. 101) und die Paroden (Athen. XV, 
699 a). Wo der Altar einer grôsseren Standstufe ermangelte, konnte daneben 
ein besonderes pr){xa aufgestellt werden, auf das, wie es scheint, ebenfalls der 
Name ^\)\iil-f\ iiberlragen wurde. Eine eu(xéXyi kann natùrlich auch dort 
errichtet werden wo kein Schauspielhaus, keine Skene besteht (Plut. SuUa, 19 ; 
Kaibel, Epigramm. 781). — Cf. Gow, On the meaning of the word OurxIXr)' 
in Journ. of. hell. St., t. XXXII, 1912, p. 233 sq. 

3. Arch. Anz., 1907, p. 491 ; Zft. f. Gesch. d. Archit., t. II, 1909, p. 27 sq., 
p 67 sq.; Congrès arch. du Caire, loc. cit.; Zft. f. Gesch. d. Archit., t. III, 
1910, p. 97 sq. 



Les fallacieux détours du labyrinthe Î91 

Tholos une salle de banquets rituels, selon la première pensée 
de Cavvadias ; Gow, qui l'appelle un foyer sacré(o;?. cit,, p. 232), 
se rapproche de cette hypothèse. L'identification d'Elderkin 
{Am. Joiirn. ofarch., t. XXVII, 1911, p. 161 : la tholos aurait été 
rabaton) n'est pas défendable; M. Frickenhaus {Arch. Anz,, 
1912, p. 140) Ta montré sans peine. M. Svoronos, d'après 
quelques monnaies, reconnaît dans le monument un temple 
d'Hygie*. Hitzig-Bluemner (Pausanias, t. I, 1896, p. 612), 
MM. Kd.vo (Arch. yl/is., 1909, p. 111; Bull, de corr. helL, 
t. XXXIV, 1910, p. 220) et Fougères (Grèce [Guides Joanne], 
1911, p. 417) hésitent également. 

Les contradicteurs d'Herrlich ont bien montré l'impossibilité 
de quelques conceptions de détail — la caisse de résonance de 
Thiersch, par exemple - mais n'ont pas atteint l'essentiel de son 
sobre exposé, qui demeure intact. En fait, aucune des explica- 
tions produites ne peut être retenue, — à l'exception de celle-ci. 
Cavvadias a lui-même abandonné la sienne; Fiechter (Arch. 
Anz., 1912, p. 19, n. 1) observe que, d'après Pomtow, un banc de 
pierre d'environ 0"^,60 de hauteur et 1"*,12 de largeur courait 
le long du mur, à l'intérieur de la cella de la tholos de Mar- 
maria : « also ganz deutlich eine Einrichtung fur ein Lectister- 
?iium )) ; il est difficile d'être de son avis. Il faut tenir pour abso- 
lument certain que l'appellation ^'j\)AXol donne au monument 
une destination scénique; il y a là une notion parfaitement 
claire que toutes les logomachies du monde n'auraient pas dû 
pouvoir obscurcir. Notion que précisent nettement Varron et 
Vitruve : une thymélé est réservée aux chanteurs et aux ins- 
trumentistes. La thymélé d'un théâtre, c'est la place d'une 
partie du chœur; une thymélé... sans théâtre, c'est le théâtre 
de chants sans tragédie, — des « combats de rhapsodes en 



1. Die polykletische Tholos in Epidauros, in J. intern. d'arch. numism.^ 
t. IV, 1901, p. 15; cf. Congrès d'archéologie du Caire, p. 207. Je dois à l'ai- 
mable obligeance de M. Svoronos des empreintes de ces monnaifes. — 
M. Svoronos a commodément rassemblé la plupart des hypothèses {die 
Tholos..., p. 7 sq.). 

V« SÉRIE, T. III. 20 



298 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

rhonneur dudieud'Épidaure» dont parle Socrate (Platon, Ion), 
Dôrpfeld {loc. cit.) a remarqué avec sa pénétration ordinaire : 
(( Hàiifig werden Oupi.éÂYj und QY.t\^r\ als die. Wahrzeichen von 
Musik (im weitesten Sinne) und Dramatik einander gegenûber 
gestellt » ; Tépigramme funéraire composée pour Sophocle pari 
Simmias de Thèbes {Anth. Palat. ,YU, 21) lui donne pleinement 
raison. Je m'en tiens là. 

Il est remarquable que la Tholos et le Théâtre d'Epidaure 
soient dus au même architecte; peut-être ont-ils été commandés, 
voire commencés en même temps pour répondre à deux besoins 
de même ordre'. Il était naturel qu'en élevant une scène pour 
les représentations dramatiques, les Épidauriens songeassent à 
doter d'une thymélé les jeux musicaux des Asklepieia (v. Cavva 
dias, Fow27/e^,p.ll5,no272;cf. Bull.decorr.nell.,i.XXll,iS^S; 
p. 598). Il était naturel encore que la partie — la thymélé - 
désignât le tout, c'est-à-dire l'édifice. Gow {op cit., p. 215 sq. ; 
cf. Homère, 11, IX, 220) a montré en effet que ôueiv a signifié; 
originairement brider et 6j[jLrAY], la place du feu, le foyer; avant 
l'idée générale de sacrifice, ces deux mots ont exprimé l'idée 
particulière du sacrifice, — du sacrifice par excellence, celui 
qu'agrée la flamme. Or, durant leur séjour dans le bassin de 
rindus, les Aryens ont appris à confondre dans la même ado- 



1. Christ (Geàc/i. d. gr. Litt.^ 1889, p. 335) admet avec Grole que tous les 
dialogues de Platon sont postérieurs à la mort de Socrate, sans mécon- 
naître (p. 336) qu'il faut distinguer la date de l'entretien et celle de sa 
rédaction. Or, dans le Ion, les premiers mots de Socrate indiquent que les 
jeux musicaux d'Epidaure étaient institués depuis peu ; ils doivent donc dater 
des dernières années du v* siècle (Socrate f 399 ; Platon f 348). L'activité de 
Polyclète le Jeune paraît s'être précisément étendue de 410 à 365 (B. Keil, die 
Rechnungen ûber den Epidaurischen Tholosbau, in Ath. Milth., t. XXX, 1895, 
p. 111). La construction de la Tholos et du Théâtre peut être également com- 
prise entre ces deux dates, Gavvadias {Fouilles^ p. 93) indique v, 350; Fou- 
cart {Sur les sculptures et ta date de quelques édifices d'Epidaure^ in Bull, de 
corr. hell.', t. XIV, 1890, p. 594) a montré que la tholos est postérieure au 
temple pour lequel il propose la date de 375 ; c'est d'après lui sans doute que 
M. Fougères {Grèce, p. 417) admet pour la tholos celle de 360. — Ces dates, 
qui sont celles des inscriptions, doivent être entendues, il me semble, non du 
début, mais de l'achèvement ou du cours de la construction ; celle-ci a duré 
au moins 40 ans (Cavvadias, Fouilles, p. 100). 



LES FALLACIEUX DÉTOURS DU LABYRINTHE 299 

ration Hélios et Agni'. C'est pourquoi les sanctuaires con- 
sacrés à Hestia ou à Vesta ont si souvent le plan circulaire de 
la Tholos des prytanes athéniens. Et c'est pourquoi le vocable 
qui désigna d'abord la place sainte du feu a pu servir à nom- 
mer ensuite des monuments tout pénétrés de l'esprit de Phoibos. 

Car ces jeux diserts et ces chants, ces fêtes de l'intelligence 
et de la sensibilité, appartiennent au royaume du Porte-lyre. 
Les liens qui unissent Apollon et Asklépios sont trop connus 
pour qu'il soit nécessaire de rappeler comment le dieu de la 
musique et de la poésie se trouvait chez lui à Épidaure. Presque 
tous les sanctuaires d'Asklépios sont en dehors de la Grèce, 
dans des villes doriennes ; en Grèce, dans le Péloponnèse et la 
région du Parnasse; au temple de Tithorée, la Phocide entière 
l'adorait sous l'appellation d'Archégète (Pausanias, X, 32, 12)'. 
Rhodes avait un téménos commun à Apollon, Asklépios et 
Aphrodite (5w//. de corr. helL,i. IV, 1880, p. 139 et 143); dans 
le temple d'Asklépios à Sicyone, Apollon avait une chapelle 
(Pausanias, II, 10, 2) ; dans celui de Messène, il trônait, accom- 
pagné des Muses (Pausanias, IV, 31, 10); dans l'un des deux 
sanctuaires de Mégalopolis, un Apollon colossal semblait pro- 
téger encore le dieu-enfant (Pausanias, VIII, 32, 5). A Epi- 
daure même, une tradition mêlait le (( Beau Dieu » à la fonda- 
lion du hiéron et le pèlerin pieux n'aurait pas franchi le seuil 
du temple avant d'avoir gravi le Kynortion pour sacrifier sur 
le saint autel d'Apollon Maleatas. Je ne doute point qu'Apollon 
n'ait eu sa part d'honneur, la plus considérable peut-être, 
dans les concours de la Tholos, et qu'il ne soit légitime de 
demander une confirmation de ma pensée sur l'édifice aux 
enceintes qui lui furent consacrées. 

Le Ptoïon me l'offre, aussi complète que possible. M. HoUeaux 
s'y est trouvé aux prises avec une difficulté singulière. D'une 



1. Cf. «yvo; et le surnom porté, justement à Sparte, par Asklépios : Agnilas 
(Pausanias, III, 14, 7). — L'explication du Périégète me laisse un doule. 

2. V. Saglio, Dict. dea Ant., t. I, 1873, p. 123 sq., v» Aesculapius {Rob'iou) ; 
Ferdrizet, Inscription (TAmphissa, in Bull, de corr, hell.^ t. XIX, 1895, p. 387. 



300 hEVtJE ARCHÉOLOGIQUE 

part, les textes épigraphiques affirment que les Ptoia, pentaété- 
riques comme les Asclepieig,, étaient célébrés dans un théâtreJ 
— £v Tw OeaTpG) — voisin du temple et situé au dessous de lui; 
de l'autre, les fouilles attestent que le sanctuaire ne possédait' 
aucun théâtre'. M. Holleaux ajoute (loc. cit.) : a Les catalogues 
agonistiques (on les trouvera un peu plus loin) mentionnent 
uniquement des concours musicaux, jamais de représentations 
dramatiques, ce qui concorde exactement avec le titre de Ou-j.s- 
XvAoç àym que portent les jeux Ptoïa ». C'est pourquoi je serais 
aussi surpris de rencontrer au Ptoïon un théâtre proprement 
dit que de n'y point trouver de tholos. Mais cette tholos existe, 
sur la terrasse inférieure précisément. Je n'imagine point qu'on 
ait cherché ailleurs le théâtre des Ptoïa. Il est clair qu'avec le 
temps et dans le langage courant, en Grèce, comme toujours 
et partout, le sens de certains vocables a gagné quelque élasti- 
cité. Un odéon est une thymélé, du point de vue traditionnel 
et religieux, — remarquez l'expression rappelée par M. Hol- 
leaux : 6u[j.£A'.xoç àytov — ; c'est un théâtre, du point de vue archi- 
tectural et profane; notre langue actuelle use de synonymes ou, 
si l'on veut, de confusions analogues. (( Dass aile Odeen auch 
als ôéaxpa hezeichnet werden konnen, ist bekannt », écrit Hiller 
[Die athenischen Odeen und der Tupoaywv, in Hermès^ t. VII, 
1873, p. 400) ; pour n'en citer qu'un illustre exemple, Plutarque 
[Pericles, 13) permet d'identifier avec certitude ts ôiaipov to 7:ava- 
GYjvav/.ôv d'une inscription athénienne de 330' et l'Odéon de 
Périclès. 

(.4 suivre.) Robert de LaunaY. 

1. Holleaux, Fouilles au temple d'Apollon Ptôos, in Bull, de corr. hell , 
t. XIV, 1890, p. 60 sq. (les textes y sont cités) ; t. XV, 1891, p. 662. 

2. Dittenberger, Sijlloge inscr. gr,, 1883, p. 183, n« ill, I. 17. Ditten- 
berger, comme Curtius, accuse gratuitement le lapicide d'erreur. 



BULLETIN MENSUEL DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 



SÉANCE DU 10 DÉCEMBRE 1915 

M. Paul Monceaux communique un mémoire sur les recensious africaines du 
Libergenealogus. Il montre comment cette chronique a été composée en Italie 
ou en Gaule vers la fin du iv" siècle, comme elle a été remaniée à Carthage 
vers 406 par un donatiste, et comment quatre recensions successives en ont 
été données par d'autres donatistes en 427, en 445 et en 463. 

M. Henri Omont fait la seconde lecture de son mémoire sur Minoïde Mynas 
et ses missions en Orient. 

M. Henri Cordier commence la lecture d'un travail intitulé : Annales de Vhàtel 
de Nesle {Collège des Qualre-Nations — Institut de France). 

Après un comité secret, M. Cha vannes, président, annonce que l'Académie 
a élu M. Paul Fournier membre de la commission de l'histoire littéraire de 
France et M. Antoine Thomas membre de la commission des Chartes et diplômes, 
en remplacement de M. Paul Viollet, décédé. 

SÉANCE DU 17 DÉCEMBRE 1915 

M. Henri Cordier continue la lecture de son mémoire intitulé : Annales de 
l'hôtel de ISesle {Collège des Quatre Nations-Institut de France). 

M. Seymour de Ricci communique, d'après un manuscrit qui lui appartient, 
le texte d'une lettre de 1327 montrant comment un prince de famille française 
préparait ses sujets à résister à une agression germanique. Robert d'Anjou, 
auteur de celte lettre, justifie d'abord la nécessité d'une guerre défensive. Il 
dénonce le danger des armements et des préparatifs de Louis de Bavière et 
invite les habitants de Naples à constituer une sorte de comité de Salut public 
où prendront place autour du prince les délégués de la ville, du clergé et des 
communes. 

SÉANCE DU 24 DÉCEMBRE 1915 

M. Collignon rend compte d'une note adressée par M. Philadelpheus sur les 
fouilles qu'il a dirigées en 1915 à Nicopolis d'Epire. Elles ont dégagé une 
église byzantine dont le pavement est formé de mosaïques remarquables par 
le sujet et par l'exécution. Les découvertes antérieures avaient mis à jour les 
fondations du temple dédié par Auguste après la bataille d'Actium. 

M. Camille Jullian rend compte des éludes et fouilles de MM. Cassaët et de 
Laubadère à Eauze (Gers). Ils ont relevé {'oppidum de Lesberons, à une demi- 
lieue de la ville. C'est ?ans aucun doute la capitale des Elusates, qui résistèrent 
à César. Woppidum avait 40 hectares ; il était à double plateau, et le rempart, 
qui s'élevait parfois à ISmètres^ était en terre et pierres rapportées, analogue 



302 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

semble-t-il, à tous les oppida des bords de la Somme, si improprement appelés 
« camps romains ». La ville d'Eauze, à l'époque de la conquête romaine, des- 
cendit dans la plaine (comme Gergovie à Glermont, Bibracte à Autun). C'est 
l'emplacement du château de La Cieutat, près de la gare. Plus tard, dans le 
haut moyen âge, la ville remonta sur la butte légèrement mamelonnée qui porte 
l'Eauze actuelle. Eauze offre ainsi le type, très rare en France, d'une Wlle à 
trois emplacements successifs. 

Le P. Scheil fait une communication sur un texte sumérien publié et étudié 
par M. Langdon, professeur à Oxford, Ce document fort ancien (2000 ans a. C.) 
rappelle les premiers chapitres de la Genèse, avec cette différence que les faits 
se suivent dans un autre ordre : Paradis terrestre. Déluge, Manducation d'un 
fruit fatal, Châtiment. Le P. Scheil s'attache à expliquer, d'après ce texte, de 
quelle nature sont les peines consécutives à la manducation du fruit. Ce sont 
huit peines physiques atteignant l'homme dans ses biens et dans ses princi- 
paux organes. Cependant les créateurs de l'humanité n'abandonnent pas la 
créature : huit divinités nouvelles sont aussitôt produites, qui ont pour mission 
de lui venir en aide. 

M. Edouard Cuq fait une communication sur un fragment de relief en marbre 
blanc qui représente une scène d'affranchissement par la vindicte à Rome, au 
1" siècle p. C. Ce relief, plusieurs fois publié depuis le xvi* siècle, est diverse- 
ment interprété. On y voit généralement le rite final de l'affranchissement, 
celui qui consiste à faire pivoter l'esclave sur lui-même, après que le licteur l'a 
frappé de sa baguette. Mais ce rite n'a aucune valeur juridique, et, d'après 
Appien, il précède l'affranchissement. Puis la participation du licteur à la libé- 
ration de l'esclave est, au i" siècle p. C, un anachronisme. — M. Cuq montre 
que la scène figurée sur le relief est le rite initial de l'affranchissement par la 
vindicte. Au premier plan est un esclave prosterné aux pieds de son maître 
pour accomplir la formalité de la suppUcatio : il sollicite le maître de compa- 
raître en justice et de prendre part au procès fictif qui sert à réaliser l'affran- 
chissement. Au second plan, l'esclave est debout ; un ami du maître procède à 
la manus adsertio devant le magistrat assisté d'un licteur. Le magistrat manque 
dans le fragment, mais sa présence est révélée par l'attitude du licteur. Il y a 
une concordance parfaite entre l'œuvre de l'artiste ainsi comprise et les textes 
juridiques et littéraires qui font connaître les formes de l'affranchissement sous 
la République et le haut Empire. 

M. Moret, conservateur au Musée Guimet, communique l'interprétation 
d'une inscription hiéroglyphique de la VI' dynastie apportant de nombreux 
renseignements sur la biographie d'un grand personnage qui semble être le 
vizir Dâou, déjà connu par d'autres documents. 

SÉANCE DU 29 DÉCEMBRE 1915 

M. Maspero, secrétaire perpétuel, annonce que M. le duc de Loubat, associé 
étranger de l'Académie, fait don d'une somme de 40.000 francs aux œuvres 
hospitalières de l'Institut de France. 

M. Ghavannes, président, annonce la mort de M. le sous-lieutenant Jean 



BULLETIN MENSUEL DE l'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 303 

Pottier, tué à l'ennemi, et adresse les condoléances de l'Académie à M. Edmond 
Pottier. 

L'Académie procède à la désignation d'un membre du Conseil de perfection- 
nement de l'École nationale des Chartes, en remplacement de M. Noël Valois, 
décédé. — M. Paul Fournier est désigné à l'unanimité. 

L'Académie procède à la nomination de son bureau pour 1916. — Sont élus : 
M. Maurice Croiset, président ; M. Antoine Thomas, vice-président. 

L'Académie procède à l'élection des commissions suivantes. 

Travaux littéraires : MM. Senart, Paul Meyer, Héron de Villefosse, Alfred 
ijroiset, Clermont-Ganneau, R. de Lasteyrie, Collignon, Gagnât. 

Antiquités de la France : MM. Paul Meyer, Héron de Villefosse, R. de Las- 
teyrie, l'abbé Thédenat, Omont, Jullian, Prou, Fournier, 

Écoles françaises d'Athènes et de Rome : MM. Heuzey, Foucart, Paul Meyer, 
Collignon, Cagnat, Pottier, Haussoullier, Prou. 

École française d'Extrême-Orient : MM. Senart, Barth, Pottier, Chavannes, 
(^ordier, le P. Scheil. 

Fondation Garnier : MM. Senart, Barth, Gordier, le P. Scheil. 

Fondation Piot : MM. Heuzey, Héron de Villefosse, R. de Lasteyrie, Homolle, 
Collignon, Babelon, Pottier, Haussoullier, Durrieu. 

Fondation De Clercq : MM. de Vogué, Heuzey, Babelon, Pottier, le P. Scheil. 

Fondation Dourlans : MM. Cagnat, Châtelain, Haussoullier, Cuq. 

Commission administrative centrale : MM. Alfred Croiset et Cagnat. 

Commission administrative de l'Académie : MM. Alfred Croiset et Cagnat, 

Nouvelle fondation du duc de Loubat : MM. Heuzey, Senart, Paul Meyer, 
Schlumberger. 

Prix Gobert : MM. Héron de Villefosse, Morel-Fatio, Durrieu, Fournier. 

M. Maxime Collignon communique en seconde lecture son mémoire sur l'em- 
placement du Cécropion à l'Acropole d'Athènes. 

M. Gordier communique en seconde lecture son mémoire intitulé : Annales 
de Vhôtel de JSesle [Collège des Quatre nations — Institut de France). 

SÉANCE DU 7 JANVIER 1916 

M. Edouard Chavannes, président sortant, et M. Maurice Croiset, président 
pour 1916, prononcent les allocutions d'usage. 

L'Académie procède à l'élection des commissions de prix qui restent à nom- 
mer. Sont élus : 

Prix ordinaire ou du budget : MM. Meyer, Omont, Prou, Morel-Fatio. 

Prix Duchalais (numismatique du moyen âge) : MM. de Vogué, Schlum- 
berger, Héron de Villefosse, Babelon, 

Prix Bordin (études orientales) : MM. Senart, Clermont-Ganneau, Barth, le 
P. Scheil. 

Prix Louis Fould : MM. R. de Lasteyrie, Collignon, Durrieu, DiehI. 

Prix Delalande-Guérineau : MM. Élie Berger, Paul Durrieu, Prou, Morel- 
Fatio. 

Prix Stanislas Julien : MM. Senart, Barth, Chavannes, Gordier. 



304 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Prix de La Grange : MM. Paul Meyer, Emile Picot, Omont, Morel-Fatio. 

Prix du duc de Loubat (histoire, géographie, archéologie, ethnographie et 
linguistique du Nouveau-Monde) : MM. Senart, Barth, Léger, Gordier. 

Prix Saintour : MM. Alfred Groiset, Gagnât, Bouché-Leclercq, Haussoullier. 

Prix Auguste Prost : MM. Gollignon, Omout, Elie Berger, le P. Scheil. 

Prix Henri Lantoine (500 fr. une fois donnés, à l'auteur d'un travail sur 
Virgile, étude ou édition) : MM. Havet, Gagnât, Ghatelain, Monceaux. 

Médaille Paul Blanchet : MM. Héron de Villefosse, Gagnât, Babelon, Mon- 
ceaux. 

M. Maurice Groiset, président, annonce ensuite que M. Maspero a été 
nommé, à l'unanimité, membre de la commission du prix Volney, en rempla- 
cement de M. Bréal, décédé. 

SÉANGE DU 14 JANVIER 1916 

M. Héron de Villefosse communique une lettre du R. P. Delattre, corres- 
pondant de l'Académie à Garthage, qui annonce la découverte, par M. l'abbé 
Munier, sur le Koudiat-Zâteur d'une sépulture de l'époque chrétienne. Le 
29 décembre dernier, M. l'abbé Munier rencontrait, au cours de travaux de 
culture, trois grandes pierres portant des inscriptions funéraires chrétiennes 
et un bas-relief de marbre — la partie droite d'un sarcophage — où l'on voyait 
quatre personnages debout, sculptés à une époque assez basse. Gette sculpture 
reposait sur une grande dalle de marbre qui était le couvercle d'un sarcophage. 
Lorsqu'on leva ce couvercle, on aperçut un squelette, sans doute celui d'une 
femme. Le corps avait été déposé dans le sarcophage avec une parure de 
bijoux d'or ; au cou, un collier, rehaussé d'émeraudes et de rubis : sur les 
épaules, deux grandes agrafes ornées de cabochons ; près du cou, une épingle 
à ressort ; sur le bassin, une boucle en or massif. Toute la partie supérieure 
du squelette avait été couverte de petites appliques en or, quelques-unes por- 
tant des pierres fines enchâssées, et de petits tubes également en or, destinés 
sans doute à être enfilés et cousus sur le vêtement. G'est la première fois que 
l'on rencontre à Garthage une sépulture chrétienne renfermant des bijoux, sur- 
tout une parure aussi riche. — M. Héron de Villefosse rappelle, à ce propos, 
que le Musée du Louvre possède des ornements de vêtements en or, trouvés à 
Kertch dans un tombeau et acquis en 1889, qui offrent une grande ressem- 
blance avec les appliques et les petits tubes signalés par le R. P. Delattre. 

M. l'abbé Ghabot fait une communication sur les inscriptions puniques de la 
collection Marchand au Musée du Louvre. — MM. Gagnai et Glermont-Gan- 
neau présentent quelques observations. 

A la suite d'un Gomité secret, M. Maurice Groiset, président, annoncé que 
l'Académie vient de décider d'ajourner à six mois les élections aux places 
vacantes dans la Gompagnie. 

M. Gamille JuUian signale une théorie pangermanique qui s'est introduite 
dans les livres de l'érudition allemande depuis quelques années. Jusqu'ici, 
tous les historiens étaient d'accord sur ce point, que l'Empire fondé par Pos- 
lume en Gaule en 258 (au temps de l'anarchie militaire) avait un caractère 



BULLETIN MENSUEL DE l'aGADÉMIE DES INSCRIPTIONS 305 

uniquement romain. Postume portait des noms et des titres latins: sa politique 
a été toute romaine ; son œuvre a consisté surtout à écarter les Germains de 
la frontière. Changeant tout cela, l'érudition allemande a fait de Postume un 
empereur à la façon germanique (c'est son expression). Elle le considère 
comme un héritier d'Arioviste ou un précurseur d'Alaric. Or, il est absolument 
impossible de trouver un seul texte, une seule inscription, une seule monnaie 
en faveur de cette hypothèse, inventée de toutes pièces par les professeurs des 
Universités allemands à l'appui de leur germanisme rétrospectif — MM. Salo- 
mon Reinach et Babelon présentent quelques observations, 

SÉANCE DU 21 JANVIER 1916 

M. Théodore Reinach signale la publication du XI* volume des Papyrus 
d'Oxyrhynchus par MM. Grenfell et Hunt. Il analyse et traduit des textes grecs 
inédits que renferme ce volume: textes d'Hésiode, de Bacchylide, de Calli- 
maque, d'Antiphon, etc., et propose des corrections à quelques passages. En 
terminant, il rappelle qu'une partie des papyrus d'Oxyrhynchus donnés parles 
savants d'Oxford à la Belgique a péri dans l'incendie de la Bibliothèque de 
Louvain allumé par les Allemands. 

M. Paul Monceaux communique, de la part de M. Gsell, une inscription 
métrique chrétienne récemment découverte par M. Joly dans les fouilles de 
Khamissa (département de Constantine, au Sud-Ouest de Souk Ahras). Cette 
inscription, dont le rédacteur s'était inspiré d'un passage de saint Cyprien, 
avait un caractère doublement prophylactique : talisman contre le mauvais œil, 
préservatif contre le Diable. — MM. Théodore Reinach, Bouché-Leclercq, 
Gagnât, Clermont-Ganneau et Thomas présentent quelques observations. 

M. Edmond Pottier expose les résultats des fouilles pratiquées à l'extrémité 
de la presqu'île de Gallipoli par le corps expéditionnaire d'Orient, dans la 
nécropole de l'ancienne ville grecque d'Eléonte. Il résume un rapport très 
détaillé de MM. Chamonard et Courby. Les généraux Gouraud, Bailloud, 
Brulard, le colonel Girodon ont pris intérêt à ces recherches et ont donné les 
instructions nécessaires pour les organiser. Le premier qui fut désigné pour 
cette besogne est le R. P. Dhorme, aujourd'hui sergent à l'armée d'Orient, cité 
à l'ordre du jour pour sa belle conduite. D'autres travaillèrent avec lui ou 
après lui, M. Chamonard, M. Courby, membres de l'École d'Athènes et 
mobilisés, le lieutenant Leune. Les tombes appartiennent à une période qui va 
du VI" siècle au ii" a. C. ; les objets ont beaucoup d'affinité avec ceux qu'on 
avait trouvés à Myrina sur la côte d'Asie. 

SÉANCE DU 11 FÉVRIER 1916 

M, Omont, au nom de M. Georges Guigne, archiviste du Rhône, donne 
quelques détails sur une récente découverte de documents historiques qui sont 
venus enrichir les Archives départementales. Au cours de réparations à la toi- 
ture de l'une des chapelles de la cathédrale de Lyon, des ouvriers ont fortuite- 
ment mis au jour, cachées sous des débris de toute sorte, quatre caisses de 
bois renfermant de nombreuses liasses de parchemins et papiers des archifes 



306 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de Tancien chapitre métropolitain. Parmi les plus importants de ces documents, 
il faut signaler le Grand Cartulaire de 1350, jusqu'ici considéré comme perdu, 
et surtout plus de 700 pièces originales, du ix* au xviii* siècle, bulles de papes, 
diplômes d'empereurs et de rois de France, etc., en faveur de l'église de Lyon. 
La plus ancienne de ces chartes est un diplôme original, le seul connu, avec un 
sceau admirablement conservé, de Charles, roi de Provence, fils de l'empereur 
Lothaire I" (861). — MM. Babelon et Prou présentent quelques observations. 

M. Henri Gordier annonce que la commission du prix Loubat a décerné un 
prix de 2.500 francs à M. Henry Vignaud pour son ouvrage sur Amêric Ves- 
puce, et une récompense de 500 francs à M. Gallegari, de Vérone, pour l'ensemble 
de ses études américaines. 

M. J. Lolh fait une communication sur le gaulois petru et son évolution 
au point de vue du sens. Wright a recueilli dans son dictionnaire dialectal 
anglais le mot comique peddrack qui figure dans le mot peddrackmow. Mow 
est anglais et signifie meule ; peddrack qualifie la meule. Or, d'après la défini- 
tion de Wright, la meule ainsi désignée a le même diamètre dans tous les sens ; 
elle est absolument ronde, sauf qu'elle se contracte au sommet. Peddrack 
accentue donc l'idée de rondeur et semble signifier ici rond, parfaitement rond. 
Or, son sens réel est carré, à quatre côtés. Le gallois pedrag a le sens de carré^ 
et, en même temps, de parfait, complet. Ce sont des dérivés de petr — , gau- 
lois petru — « quatre », en composition, de môme origine et de même sens 
que le latin quadru-Petru, lequel apparaît dans le mot Peiru-decameto, « qua- 
torzième », qui se trouve dans l'inscription latine (de l'époque gauloise) de 
Gélignieux (Ain), et aussi dans les noms de peuples et de lieux, comme 
Petro — mantalum. — Le nombre « quatre » est arrivé, chez les Geltes insu- 
laires, à prendre, à une époque très ancienne, un sens intensif et perfectif. 
L'idée de perfection attachée au nombre « quatre » explique peut-être, au 
moins en partie, la faveur extraordinaire dont ont joui en Armorique, lors de 
la première introduction du métal en ce pays (vers 1700 ou 1800 a. G.), des 
vases à quatre anses signalés déjà par M. Loth. Il en a été de même en Gorn- 
wall, à une période plus avancée de l'âge du bronze. On conçoit assez facile- 
ment que l'idée de perfection se soit attachée au carré aussi bien qu'au cercle. 
Chez les Geltes, le cercle donne [plutôt l'idée de l'exactitude, de l'achèvement, 
et le carré une idée de symétrie. — M. Alfred Groiset présente quelques obser- 
vations. 

M. Paul Durrieu signale un souvenir de la bataille de Marignan (14 sep- 
tembre 1515). Au commencement de 1516, Louise de Savoie eut l'idée de 
faire paraphraser en français le psaume XXVII : Dominus illuminatio mea, 
en appliquant chaque verset à une action, passée ou future, de François I", et 
en joignant à chaque verset une illustration. Le petit volume qui renferme le 
texte et les vingt médaillons circulaires dessinés à la plume est conservé à la 
Bibliothèque nationale. Les dessins sont d'une rare délicatesse, et MM. Durrieu 
a déjà proposé d'y reconnaître la main de Godefroy le Batave. — M. Salomon 
Reinach et Antoine Thomas présentent quelques observations. 

{Revue critique.) Léon Dorbz. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 



LE COMMANDANT GROS 

M. Léon Heuzey a annoncé à l'Académie des Inscriptions, le 2 juillet 1915, 
que le commandant Gros, continuateur des fouilles de Sarzec en Ghaldée, avait 
été tué au nord d'Arras. Né Alsacien, «Gros était un entraîneur d'hommes, nature 
enthousiaste, dont la droiture de cœur égalait Tintelligence et la souriante 
intrépidité » (Heuzey). Le 19 juin 1914, M. Heuzey avait présenté à l'Acadé- 
mie le dernier fascicule de l'ouvrage de ce brave soldat archéologue, Les nou- 
velles fouilles de Tello. Gros, blessé une première fois et cité à l'ordre du jour, 
pendant la bataille de la Marne, avait été promu au rang de colonel et comman- 
dait une brigade de la division du Maroc lorsqu'il obtint de rentrer en France, 
pour participer à la lutte pour l'indépendance des peuples qui se poursuit au 
milieu de deuils, mais avec un invincible espoir, à la honte éternelle de ceux 
qui l'ont déchaînée*. 

S. R. 

G. A. M. FENNELL 

Un des meilleurs philologues de l'Angleterre, G. A. M. Fennell, est mort le 
6 janvier à Cambridge El a publié les Oo^es de Pindare (1883), la Afidtenne (1897) 
et un savant ouvrage sur les sonantes et consonnes indo-germaniques (1896). 
On lui doit aussi un grand travail sur les éléments étrangers de la langue 
anglaise (1892). De nombreux articles critiques, dus à Fennell, ont paru dans 
V Athenaeum* . 

X. 

MARCEL HÉBERT 

Après avoir professé la philosophie à l'École Fénelon et brillamment dirigé 
cette École, Marcel Hébert sortit de l'Église au moment de la crise moderniste 
(1901) et enseigna quelque temps à la nouvelle Université libre de Bruxelles. 
Revenu à Paris, il y publia des travaux originaux d'histoire et de philosophie 
religieuses et collabora à diverses Revues, notamment au Cenobium (Lugano) 
et à la Revue d'histoire et de littérature religieuse de M. Loisy. 11 s'intéressa 

1. J'ai connu trop de savants allemands civilisés à la latine pour ne pas être 
sûr que beaucoup pensent comme nous, maudissent les reîtres qui ont mis le 
feu à l'Europe, mais se taisent ou hurlent avec les loups, pour ne pas avoir l'air 
d'être de mauvais Germains. Isf/ue habitas animorum fuit, dit Tacite, ut pessi- 
mum facinus auderent pauci, plures vellenl, omnes paterenlur, 

2. Voir V A Ihenaeum, janvier 1916, p. 8. 



308 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

aussi vivement à la préhistoire et accepta, du moins en partie, les idées de 
l'école géologique belge sur l'homme tertiaire. Sans pouvoir entrer dans le 
détail de son œuvre, qui sort presque entièrement de notre cadre, je veux dire 
ici la haute estime qu'inspiraient sa science et son caractère; on n'écrira pas 
l'histoire de la pensée en France, dans les premières années du xx« siècle, sans 
tenir compte de la personnalité et de l'influence de Marcel Hébert. Il est mort à 
64 ans, le 11 février 1916, des suites d'une opération chirurgicale, dans une 
maison de santé à Paris*. 

S. R. 

ERNEST-CHARLES-BABUT 

Élève de l'École normale en 1896, membre de l'Ecole de Ronle en 1899, 
E. Ch. Babut a été tué à l'ennemi le 28 février 1916; il avait le grade de 
sous-lieutenant depuis le mois de novembre 1914 et était décoré de la Légion 
d'honneur*. 

Peu de pertes aussi cruelles que celles-là ont été infligées à la science fran- 
çaise depuis deux ans, Babut, appartenant à une famille où les études reli- 
gieuses sont de tradition, avait porté dans ces recherches une intelligence for- 
tement préparée et une perspicacité qu'attiraient et stimulaient les questions 
difficiles. Heureusement, au cours d'une vie laborieuse et si tragiquement bri- 
sée dans sa fleur, il a eu le temps d'écrire plusieurs livres et un grand nombre 
d'articles; grâce à l'obligeance d'une personne de sa famille, je peux en donner 
ici la liste». En des temps meilleurs, il faudra songer à réunir ses mémoires, 
où il y a toujours quelque chose de personnel et de neuf à retenir. 

J'adresse à la mémoire du jeune historien l'expression émue de mes regrets. 

S. R. 

1. Peu de jours avant l'opération qui devait lui être fatale, Hébert écrivait ces 
mots : « Je veux que le pasteur Wilfrid Mouod ou le rabbin Lévy ou tout autre 
libre croyant dise quelques mots à cette cérémonie (de l'incioératioD), pour 
attester que saus adhérer au protestantisme libéral ou à toute autre confession, 
je n'ai pas voulu d'une inhumation matérialiste et que je meurs croyant et 
espérant, » Les volontés de Hébert out été suivies au Crématoire du Père- 
Lachaise; le pasteur W. Mouod a prononcé un éloquent discours qui a profondé- 
ment ému le « petit troupeau » venu pour rendre un dernier hommage à Hébert. 

2. CMrncu/Mw : Pensiounuire à la Koudation Thiers, 1900; professeur suppléant 
au lycée Coudorcet, 1903-4; professeur à Valencieunes, 1904-5; à Laon, 1905-6; 
chargé d'un cours d'histoire du christianisme à la Faculté de Montpellier, 1906; 
professeur-adjoint, 1909; professeur-titulaire, 1910, 

3. Le Concile de Turin, Essai sur les Églises provençales au v* siècle, Paris, 1904 
(thèse); La plus ancienne décrélale, Paris, 1904 (thèse); La date du Concile de 
Turin et le développement de l'autorité pontificale [Rev. hist., 1905); Trois 
lignes inédites de Su/pice Sévère {Le Moyen Age, 1906 ; Paulin de Noie, Sulpice 
Sévère^ S. Martin {Annales du Midi, 1908) ; L'authenticité des canons de Sardique 
{Intern. Congress of the Uistory of Religions, Oxford, 1908); Priscillien et le pris- 
cillianisme, Paris, 1909; S. Paulin de Noie et Priscillieyi {Rev. d'hist. et de iitt. 
relig., 1910); S. Martin de Tours, Paris, 1912; Les origines de lUniv. de Montpel- 



Nouvelles arcëéolôgiOues Et correspondance 309 

UGO BALZANI 
Le 28 février 1916 est mort subitement à Rome un des connaisseurs les 
plus érudits de Tltalie du moyen âge et de la Renaissance, le comte Ugo Bal- 
zani. Né en 1847, il était membre de l'Académie des Lincei et président de la 
Societd romana di storia patria-, l'Université d'Oxford lui avait décerné le titre 
de docteur. Ayant épousé une Irlandaise et habité l'Angleterre à plusieurs 
reprises, Balzani parlait et écrivait parfaitement l'anglais; il n'était pas moins 
familier avec notre langue et comptait beaucoup d'amis dans les cercles scienti- 
fiques français. C'était un homme d'un commerce très agréable et universelle- 
ment apprécié. L'Italie perd en lui un éveilleur d'esprits et de vocations — un 
animatore, un suscitatore di énergie, comme écrivait le Giornale dltalia en 
annonçant sa mort'. 

S. R. 

HENRI-FRANÇOIS SECRÉTAN (1856-1916) 
Né à Neuchâtel, élève de l'Université de Lausanne et médecin avant d'être 
historien et économiste, H. F. Secrétan a publié quelques ouvrages qui tou- 
chent à l'antiquité : La Dépopulation de l'Empire romain et les invasions 
(1908) ; La Fin de l'Empire d'Occident (1910) ; La Propagande chrétienne et 
les Persécutions {\ 9 i5). D'une érudition fort étendue, très porté aux idées géné- 
rales et travaillant avec critique et conscience, Secrétan manquait un peu des 
dons de l'exposition ; la composition de ses ouvrages laisse parfois à désirer. 
Ce n'en sont pas moins des livres durables, fondés sur une connaissance per- 
sonnelle des textes et remplis d'aperçus ingénieux, souvent profonds. 

S. R. 

AUGUSTE BURDIN 

L'imprimeur de la Revue, Auguste Burdin, est mort à Angers le 20 mars 1916. 
C'est avec un bien sincère regret que je donne cette nouvelle à nos lecteurs ; 
ceux d'entre eux qui collaborent à la Revue partageront mon sentiment, car 
Burdin, à l'exemple de son père, n'était pas seulement le directeur d'une 
imprimerie : il s'intéressait aux manuscrits qui lui passaient par les mains et 
à leurs auteurs. Né en 1866 à Coulommiers, il était le troisième des quatre 
fils d'André Burdin qui, en 1878, acquit l'imprimerie Laine frères d'Angers 
et la transforma complètement, tant par l'extension des bâtiments que par 
l'acquisition d'un matériel considérable pour les impressions orientales (voir la 
Notice publiée par André Burdin à Angers, avril 1886). En 1900, à la mort 
d'André Burdin, Auguste prit la direction de la maison. Comme le disait son 

lier, 1200-1400, Montpellier, 1912; Une pièce fausse dans un registre royal du 
XIII''- siècle {Mélanges Bémont, 1913); Rech. sur la garde impériale et le corps 
d'officiers de l'armée romaine aux IV*» et V* siècles [Rev. hisl., nov. 1913, juin 
1914); S. Julien de Brioude {Rev. d'hist. et de litt. relig., mars 1914). — Nom- 
breux articles critiques, entre autres dans la Revue des livres nouveaux. 

1. (Euvres principales : Le cronache italiane del medio evo; il Regeslo di Farfa\ 
il Chronicon Farfense ; The Popes and the Ihhenstaufen, etc. 



310 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

père, c'était un « enfant de la balle ». Sauf quatre années de service militaire 
qu'il accomplit en grande partie à Tunis, il n'a jamais quitté la maison pater- 
nelle ; il y fit son apprentissage et passa successivement par tous les services 
de l'imprimerie; c'était, m'écrit un de ses collaborateurs, un ouvrier accompli 
et qui forma de nombreux élèves. Grâce à eux, nous espérons que la maison 
Burdin continuera à représenter dignement les bonnes traditions de l'impri- 
merie française. 

S. R. 

La tombe royale de Solokha. 

Nos lecteurs n'ont pas oublié l'excellent mémoire de M™* Sophie PolovtsofF 
sur la tombe royale, d'une exceptionnelle richesse, qui fut découverte en 1913 
dans l'énorme tumulus de Solokha, à 25 kil. au sud de Nikopol (Tauride)*. 
M. Svoronos, reprenant l'étude de ce trésor", a essayé de deviner qui étaient 
les hôtes de cette magnifique sépulture et quels événements historiques rap- 
pellent les objets d'art qui en ont été exhumés. Avec une grande dépense d'in- 
géniosité et de savoir, mais une mise moindre de awçpoduvY), il aboutit aux 
résultats suivants : 

1° A Solokha ont été enterrés deux rois, contemporains et de la même 
famille, les rois Spartocides du Bosphore, Spartocos II et Parisadès I, qui 
étaient frères (349-343, puis 343-309) ; la première tombe daterait de 343, la 
seconde de 309. 

2° Le cavalier surmontant le peigne d'or est Miltiade, fils de Gimon, tyran 
de laChersonèse de Thrace. « On ne peut nullement douter que ce magnifique 
bijou de fabrique attique ait été exécuté dans un but politique et commercial 
se rapportant à la Grèce, pour être olîert à un des rois indigènes de la Russie 
du sud »... C'est à Miltiade, le seul Grec qui, dans l'affaire du pont du Danube 
en 513, ait voulu être utile aux Scythes « et qui ensuite, par sa grande vic- 
toire de Marathon, délivra les Scythes de la peur qu'ils avaient de la revanche 
perse — que se rapportent les figures de ce peigne d'or que la diplomatie athé- 
nienne offrit à un roi Scythe. » Si ce cavalier porte des anaxyrides barbares, 
cela importe peu, car Miltiade, dans son rôle de chef des barbares indigènes, 
pouvait être représenté ainsi et, d'ailleurs, le cavalier thrace, figuré sur la 
coupé d'Oxford avec l'acclamation Miltiades kalos, n'est autre que Miltiade 
lui-même, alors qu'il vivait, tout jeune encore, à Athènes, auprès de son père 
Cimon. 

3® Le vase d'argent orné de reliefs dorés représente, aux yeux d'archéologues 
bornés, une simple scène de chasse ; mais les animaux chassés sont des sym- 
boles de villes, comme l'établissent les revers des monnaies ; il s'agit ici des 
luttes victorieuses des princes Spartocos II et Parisadès I, fils de Leucon, 
contre les villes de Panticapée et Théodosie de la Chersonèse taurique, vers 

1. Revue archéoL, 1914, I, p. 164-190, pi. 1-Xi. 

2. Journal international d'archéologie numismatique^ t. xVir, 1915, p. 1-51, 
avec 4 planches. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 311 

'iïb av. J.-G. Il est vrai que sur les stalères de Panticapée on voit un lion 
•ornu, tandis que sur la scène de chasse, c'est une lionne ; mais c'était là, 
pour le rusé ciseleur athénien, une manière de dire que Panticapée était la 
métropole, la mère des autres villes milésiennes du Bosphore. Il faut ici laisser 
parler M, Svoronos : « La routine archéologique dira, comme toujours, que 
ces animaux sont desimpies ornements... Moi, je dis que mon ancêtre, l'artiste 
athénien qui cisela ce vase destiné à être offert aux deux rois spartocides, 
multiplia sur ce vase les emblèmes de ces rois. » 

4° Sur le goryte d'argent sont figurées les luttes des mêmes princes frères 
contre les Sindes et les Maiotes. 

5° L'inscription énigmatique de la phiale d'or EAEY0EPIA H HPMÛN 
ANTIS0ENEI doit se restituer : (Tà)'EX£uôêpia "Epixwv 'AvridOlvec (eSwxev) et se 
traduire : « Cette phiale a été donnée par Hermon à Antisthène pour avoir 
sauvé la liberté de la patrie commune. » Or, en 411, un éphèbe anonyme, 
d'accord avec son chef le péripolarque Hermon, commandant de Munychie, tua 
en pleine agora le tyran Phrynichos. Supposons que cet éphèbe se nommât 
Antisthène ; alors, comme par magie, tout s'explique : w La phiale d'or qu'Her- 
mon offre à Antisthène comme I>.eu9épia — ces sortes de cadeaux n'étaient 
offerts qu'aux tyrannicides —nous apprend pour la première fois le vrai nom du 
jeune TrepîuoXo; de la compagnie des éphèbes athéniens d'Hermon... Les trois 
motifs qui ornent la phiale peuvent être expliqués de la manière suivante : 
l» les deux lions attaquant un chevreuil peuvent être l'emblème d'Harmodios 
et d'Aristogiton ; 2° le lion et la lionne peuvent être reroblème d'Harmodios 
avec Leaina tuant Hipparchos ; 3° le lion qui saule sur le dos d'un cerf est, je 
crois, l'emblème de notre Antisthène tuant Phrynichos. Je crois même que les 
deux grands groupes archaïques de l'Acropole qui représentent, l'un deux 
lions terrassant un taureau, l'autre une lionne tuant un veau, ne sont autres 
que des uTtopLVT^jiaxa, l'un d'Harmodios et d'Aristogiton, l'autre de Leaina, exter- 
minant tous les trois la tyrannie des Pisistratides. Oh ! je sais fort bien que la 
doctrine archéologique courante trouvera plus que hardies ces hypothèses... 
Les prétendus archéologues qui pensent ainsi n'ont compris et ne compren- 
dront jamais un monument grec. » 

Un de ces <i prétendus archéologues », prié de juger les hypothèses de 

M. S«roronos, se contenta de cette réponse, laconique sinon attique : « Cela 

est fort savamment déraisonné. » 

S. R. 

Vases retrouvés. 

Le célèbre vase du « Retour du printemps », publié en 1835 dans les 
Monumenli deW Instiluto (t. H, pi. 24), avait disparu depuis de longues 
années. Nous apprenons aujourd'hui, par un article de M. Waldhauer, qu'il a 
passé de la collection Gourieff, où il se trouvait en 1835, dans celle d'Abasa, 
qui fut ministre des finances en Russie; à la mort de ce dernier, le vase en 
question, avec d'autres objets de prix, fut acquis par l'Ermitage de Pélrograd, 
oiî il est désormais en sûreté. 



312 t^.EVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Puisque Toccasion s'en présente, je réunis ici quelques renseignements sur 
des vases récemment sortis de l'obscurité. L'amphore panathénaïque [Monum. 
t. I, pi. 22, 6) est au Musée métropolitain de New-York {Bulletin of Ihe M. M., 
•1915, p. 101). ■— Le vase Monum., t. XI, pi. 42, J, est au Musée de Boston. 
— Le vase Anna/f, 1830, pi. H, est chez James Loeb. — Le vase Annali, 1865, 
pi. P, Q, est au Musée Ashmoléen d'Oxford. — Le vase Annali, 1868, pi. L, 
M, doit être vendu avec la collection Bolkin à Pétrograd. — Le vase d'Euthy- 
midès, de l'ancienne coUeciion Bazzichelli {Annali, 1870, pi. 0, P), est au 
Musée de Turin; il a été bien publié par M. Hoppin, Journ. Hell. Stud., 
1915, pi. 5-6. — Le vase Bull. napoL, VI, pi. 2, est à Berne. — Le vase 
Gerhard A. V., 1 est à Boston; Gerhard 39 et 172 sont au Musée Ashmoléen 
d'Oxford; Gerhard 56, 2 et 59, 60 sont à Compiègne; Gerhard 99 et 110 sont 
à Boulogne-sur-Meri Gerhard 138 et 180 sont au Victoria and Albert Muséum ; 
Gerhard 141, 1 et 2 est à Bologne, ainsi que G. 158. 

On continue à manquer absolument d'informations sur les vases de Deepdene; 
les savants anglais devraient nous renseigner à cet égard. 

S. R. 

Art and thè Huns. 
Antiquities dug from the trenches. 

Liltlehas so far transpired of German policy and administrative acts relating 
to art and antiquities in the occupied régions of France and in Belgium. The 
removal, to the prehistoric section of the Berlin Muséum, of a collection of 
antiquities unearthed as a sequel to trench-digging near the château of Bucy- 
le-Long, east of Soissons, is, however, an accomplished fact. An illustrated 
account of the find, by Professor Dr. Schuchhardt, appears in the recently 
issued report {Amtliche Berichte) of the Prussian Royal Art Collections for the 
month of September last. The first object, a bronze neck-ring, was laid bare 
early in February, 1915, by a captain of Engineers, from which date till the 
beginning of April excavations were carried on by a fifth-semester student 
named Niggemann, who was serving as a volunteer. 

Professor Schuchhardt is, it may be noted, perfectly candid in his statement 
of the circumstances of thèse excavations : their inception, he says, was pro- 
moted [gefôrderi) by Ihe trenching having eut through some of the inhuma- 
tions. The area to which Herr Niggemann's scientific ardour in the cause of 
the enemy civilisation was directed forms a rectangle 60 paces long by 25 broad. 
It was found to contain some 32 graves, or remains of graves, The âge to 
which the « finds » belong is the second La Tène period (about b.c. )V. cen- 
tury). They comprised, beside human, animal and vegetable remains, blackish 
earthen vases of fine shape and techique, and bronze rings of varions sizes ; 
spear-heads, theonly weapons, Were discovered in one grave only. 

The Germans siill live in the pre-Napoleonic era. A propos of this Bucy-le- 
Long transaction, one cannot help fecalling the words written to a friend in 
September, 1914, by the great French prehistorian, Joseph Déchelette, who was 
killed, a territorial officer, at the Aisne on Ôctober 3 : 

V I do not doubt that this battle of the Marne, fought on the site of great 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 313 

Gallic nécropoles, has given you, as it did me, a patriotic and consoling vision. 
Whether with La Tène sword or 1886 pallern rifle, it is ever the same struggle 
of the Geltic soûl with brutal German aggression... » 

Meanwhile, the Fatherland's professors are sharpening their wits upon such 
problems as that Dr. Karl Voll debates (in « Die Kunst ») : Whether they 
ought to remove paintings from Belgium to the German collections? Dr. Wil- 
helm von Bode (of wax-bust famé), as, in view of probable eventualities, befits 
a Director-General of the Royal Prussian Muséums, has pronounced against the 
confiscation of works of art in Belgium, proposed by Dr. Emil Schâffer (in 
Kunst und Kùnstler). 

Dr. Voll, a not very sane critic of the art of the Van Eycks, who professes 
art-history at Munich, cites with approval the doctrine that the artistic pro- 
perty of nations remains guaranteed from confiscation during war. The plai- 
doyer is, of course, upon strictly utilitarian grounds. It would be a great mis- 
take to deprive humanity of the spectacle of the remaining works of the Fle- 
mish or South Netherlandish school in their native setting. He recalls the fact 
that the Belgian galleries, though rich generally, are not conspicuously so in 
native primitives of the first order, such as, perhaps, Berlin can show. Dr. Voll, 
therefore, cornes to the conclusion that even in the light of the axiom : « En 
guerre où est le profit n'est point de honte » (which he quotes from Anatole 
France's « Joan of Arc »), the division between, say, six German muséums of 
the two dozen gems of the first waler remaining to litlle Belgium would not 
surpass the spectacle afforded by the same works in their own milieu. (The 
Germans, it appears, still intend to travel after the war.) 

The Professor hopes that, in présent circumstances, it may be possible to 
prevail upon the ecclesiastical authorities to facilitate the juxtaposition of the 
différent portions of the Van Eyck's famous Ghent retable, which was unhap- 
pily prevented on the occasion of the Bruges Exhibition in 1902. Ttie sugges- 
tion is a peculiar one, for has not Berlin the major portion of the shutters of 
the polyptych, two panels of which Brussels holds, if the centre is at Ghent? 
Dr. Voll does not suggest that the Berlin panels should travel to Flanders for 

the purpose. 

(The Observer^ 16 janvier 1916.) 

Une chaire d'hébreu rahbinique à l'Université de Madrid. 
Par décret du 7 décembre 1915, le D' Abraham Salom Yahuda, sujet anglais, 
a été nommé professeur ordinaire de langue et de littérature rabbinique à l'Uni- 
versité de Madrid. Le véritable objet du nouvel enseignement est l'histoire et 
la littérature des Juifs d'Espagne. Le savant espagnol qui s'est de plus active- 
ment employé à la création de cette chaire est le P. Fidel Fita, président de 
l'Académie d'histoire, membre de la Société de Jésus*. 

S. R. 

1. On a fait observer que l'édit royal de 1492, baunissant les juifs de ['Espagne, 
n'a jamais été révoqué. Le dernier professeur juif en Espagne, avaut l'expulsiou, 
fut le mathématicien Abraham Zacuto, qui mourut exilé, eu Turquie, vers 1510, 
après avoir euseigué aux universités de Salamanque et de Sarugosse, 

V« SKHIE. T. m. 21 



314 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Le plus ancien pont. 

C'était, nous apprend M. L. W. King {A history of Babylon^ 1915), celui qui 
réunissait, à travers l'Euphrale, les deux grands quartiers de Babylone. Chose 
curieuse et qui mérite d'être retenue parmi les survivances d'ordre religieux : 
les piles de ce pont étaient naviformes, conservant le type des bateaux qui 
supportaient une passerelle antérieure (cf. The AthenaeurUy 1915, II, p. 477). 

X. 

Hannibal fils Hamilcar. 

Une inscription punique récemment découverte en Sardaigne est l'ex-voto 
d'un personnage qui se dit fils d'Hannibal et petit-fils d'Hamilkath (Hamilcar). 
On s'est demandé s'il n'appartenait pas à la plus illustre des familles carthagi- 
noises 1. X. 

Le cratère Médicis et la suppliante Barberini, 

M. Svoronos est un savant ingénieux et d'une érudition surprenante ; il 
vient encore de le prouver dans deux mémoires écrits en français {Journal 
internat, d'archéol., t. XVI, 1914, p. 213-278). 

1" Le cratère Médicis est encore inexpliqué {Rép. des reliefs, III, p. 24). On 
sait aujourd'hui qu'il a été fortement restauré; M. Hauser a pu en déterminer 
aves exactitude les parties nouvelles. Ce qui reste d'antique comporterait, à la 
rigueur, l'interprétation d'Otto Jahn : les rois achéens réunis autour de Cas- 
sandre pour juger le sacrilège d'Ajax. M. Svoronos, dès 1886, alors qu'il était 
élève de M. C. Robert, avait songé à une scène de jugement sur l'acropole 
d'Athènes; il propose maintenant avec assurance l'interprétation suivante : 
Céphale, meurtrier de Procris, qu'on voit aux pieds de la staïue d'Athéna 
Areia, est jugé par Ares ; à g. de Céphale, Amphitryon, Panope, Heleios ; à 
droite d'Ares, Érechthée, Boules. Le cratère Médicis n'est qu'une copie alexan- 
drine, un abrégé; dans la scène originale, figurant sur un grand cratère athé- 
nien dû peut-être à Praxitèle le jeune, il y avait encore, à droite de Boutés, quatre 
personnages (connus par un dessin) ; Praxithea, Procné, Philomèle, Pandion. 
Incidemment, M. Svoronos propose aussi de voir Céphale, Lailaps (chien) et 
Procris sur la coupe en argent de Bari {Rép. des reliefs, III, p. 5). Je n'admets 
pas du tout cette dernière interprétation. Quant à celle du vase Médicis, elle 
boîte pour plusieurs raisons, dont la plus grave, à mes yeux, est que Céphale (?) 
n'a pas l'attitude d'un accusé, ni Ares (?) celle d'un juge. Mais les développe- 
ments où est entré l'auteur n'en sont pas moins (à quelques témérités près) fort 
intéressants. 

2* La Suppliante Barberini ne serait pas une figure funéraire, pas plus qu'une 
Didon ou une Pythie, mais une excellente copie de la Callisto percée de la 
flèche d'Artémis qui était attribuée, sur l'acropole d'Athènes, à Déinoménès. 
L'explication se fonde sur des monnaies arcadiennes où Callisto est figurée 

1. The Athenaeumi 11 déc* 1915, p. 444. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 31 

dans une posture analogue. Je ne dis pas qu'elle lève tous les doutes, mais elle 
est sérieuse et fait honneur à M. Svoronos, que son grand savoir de numisma- 
tiste a, une fois de plus, bien servi. 

Puisque j'ai parlé de la Suppliante, je veux dire aussi que M. Six a fort heu- 
reusement rapproché la draperie de cette statue de celle de l'Aurige de Delphes ; 
la Suppliante est, suivant lui, VAlgouméné de Galamis, la Dolorosa, dont le 
nom, défiguré par les copistes de Pline (XKIV, 71), a été restitué à tort par les 
éditeurs en Alcmena {.ïahrb. des Inst.t 1915, p. 74-95). 

S. R. 

Les théories de M. Ettore Pais. 

M. Pais est un écrivain très difficile à suivre, parce qu'il a peu de souci 
de la forme littéraire et qu'il ne s'interdit jamais les longues digressions. 
Mais c'est un critique original et puissant, dont les idées, même les plus aven- 
tureuses, méritent d'être généralement connues. Il faut donc savoir gré aux 
savants français qui les ont mises, en y introduisant de la clarté et de l'ordre, à la 
portée des érudits qu'effraye la lecture des originaux (Bloch, Journal des 
Savants, 1901, p. 748; 1902, p. 16; Piganiol, ibid., 1916, p. 548, à propos de 
la Storia critica di Roma, t. I et K, 1913, 1915 et des Ricerche suUa storiae 
sul diritto pubblico di Roma, 1915). Voici la conclusion de M. Piganiol : 
« M. Pais demeure le critique qui aura le plus contribué à prouver l'incertitude 
des Fastes du v* siècle et l'inauthenticité des XII Tables. Sa tentative de 
reconstruction nous paraît avoir prouvé surtout qu'on ne fera que multiplier 
les hypothèses indémontrables tant qu'on ne substituera pas aux raisonnements 
par analogie une méthode comparative très stricte ». A plusieurs reprises, 
M. Piganiol reproche à M. Pais de faire abstraction des données nouvelles 
fournies par l'archéologie : « De l'accord entre les données des anciens et les 
découvertes des préhistoriens on possède maintenant des exemples frappants. 
Ainsi on a découvert à Rome des tombes contemporaines des tombes albaines 
récentes : préhistoire et légende s'accordent donc à dire que Rome est une 
colonie albaine. » On peut remarq ler, à ce propos, que la critique des textes 
tend à refuser toute valeur aux traditions légendaires et que l'exploration du 
sous-sol tend, au contraire, à les remettre en honneur, sinon à la lettre, du moins 
— et c'est l'essentiel — dans leur esprit. Gela s'est déjà vérifié en Grèce, en 
Italie et même en Palestine. L'archéologie est une discipline conservatrice, qui 
s'oppose au radicalisme philologique : in média stat virtus» 

S. R. 

Divinités celtiques à Avenches. 

Les textes ont déjà révélé, à Aventicum, la déesse Avenlia, les Lugoves^ 
Mercurius Cissonius^ les Sulevix, Mars Caisivus. A ces noms s'ajoute main- 
tenant celui d'Anextlomara (il semble y avoir un / et non un i), alors qu'on 
connaissait déjà, en Angleterre et en France, un Apollon Anextlomarus et un 
gentilice Aneœtlus', 

S. R. 

n II II I I « i ii i« » . ,m^mmmmmÊ^^,m^i i ■ i ■■ ■ i u I 

1. Indic. d'antiq. suisses, 1915, p. 271 (W. Gart). 



316 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Commment les trésors du Louvre sont partis pour Toulouse. 

La Renaissance a publié et plusieurs journaux du 18 février ont reproduit 
un procès-verbal suivi d'une apostille ministérielle. Voici ce document : 

Procès-verbal de la séance tenue le 25 août 1914 par le Comité des conservateurs 
des Musées nationaux. 

Le Comité des conservateurs des Musées nationaux, consulté sur l'opportunité 
d'évacuer en province les principales œuvres du Musée du Louvre, croit devoir 
faire respectueusement remarquer qu'il a déjà pris, durant ces trois dernières 
semaines, en vue de l'éventualité d'un bombardement, le maximum des mesures 
de sécurité que permettaient les circonstances, sur Tordre du gouvernement. 

Les sculptures ont été mises à l'abri derrière les murs les plus résistants ; les 
objets d'art, enfermés dans des caisses, ont été transportés dans des cachettes 
protégées par d'épaisses murailles; neuf cents tableaux environ ont été enfermés 
dans'des couloirs pratiqués entre de gros murs ou dans des réduits voûtés. 

Le déménagement de toutes ces œuvres, s'il fallait les transporter à Toulouse 
ou à Pau, exigerait donc une nouvelle et longue manipulation, pour laquelle 
l'intervention d'emballeurs expérimentés serait indispensable, et, — d'après les 
renseignemeuts déjà pris, — non moins irréalisable : « Équipe du Louvre mobi- 
lisée presque en totalité; deux hommes seulement chez l'emballeur des Musées 
nationaux, etc. » 

Eu outre, aux points d'arrivée, elles seraient de nouveau manipulées par un 
personnel inexpérimenté, ce qui constituerait un nouveau et très grave danger. 

D'ailleurs, s'il s'agit de mettre nos trésors nationaux à l'abri de la rapacité de 
l'étranger — ce qui ne pourrait se produire que dans le cas de suprême défaite, — 
la précaution paraît inutile. L'ennemi, en effet, est parfaitement informé de 
tout ce que possèdent nos musées nationaux, et s'il devait faire entrer nos chefs- 
d'œuvre dans la rançon de la France, la liste en est déjà dressée. 

Dans ces conditions, le Comité des conservateurs, prêt à exécuter, dans la 
mesure oii cette exécution serait possible, les ordres qui lui seront donnés, croit 
devoir faire observer que les mesures proposées ne 'constitueraient qu'un danger 
supplémentaire pour les œuvres dont il a la garde. 

11 ne lui appartient pas d'apprécier si l'opinion publique, inévitablement infor- 
mée de ces mesures, n'en serait pas dangereusement alarmée. 

Le directeur des Musées nationaux, 
Henry Marcbl. 
Les conservateurs : A. Héron de Villefosse, Gaston Migeon, E. Pottier, 
P. Leprieur, Etienne Michon, André Michel, E. Haraucourt, G. Bénédite. 

A adhéré après communication : M. Léonce Bénédite. 

M. Albert Sarraut ne jugea pas que les mesures prises fussent suffisantes. 
En marge du procès verbal, il écrivit : 

Il sera passé outre à cet avis. 

Ordre de préparer immédiatement V évacuation. 

A. Sarraut. 

Le Temps du 19 février ajoute ce qui suit : 

Nous avons demandé à M. Dalimier, sous-secrétaire d'État aux beaux-arts, 
quelques détails complémentaires au sujet du transfert des chefs-d'œuvre du 
Louvre à Toulouse : 



^^OUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 317 

— Je u'ai pas encore pris connaissauce, nous dit M. Daiiraier, de l'article publié 
par la Renaissance. Tout ce que je puis dire, c'est que la besogne écrasante qui 
consistait à déménager de notre grand musée 717 tableaux et un nombre consi- 
dérable d'objets d'une valeur inestimable, a été accomplie en trois jours, grâce 
au dévouement des conservateurs et du personnel. Ajoutez les tapisseries de 
Reims, de ChantiUy, de Compiègne, des meubles, des statues, et vous aurez une 
idée du labeur accompli. Or, tout est arrivé à destination en parfait état. Des 
bruits ridicules ont couru, contre lesquels il est à peine besoin de protester. N'a- 
t-on pas raconté que des tableaux de Raphaël étaient rongés par les rats? La 
vérité, c'est qu'à Toulouse, les tableaux, sous la surveillance de gardiens du 
Louvre, n'ont subi aucune détérioration. 

A l'appui de cette déclaration, voici les extraits d'un rapport adressé par 
M. Leprieur, conservateur du musée du Louvre, le 21 septembre 1915, à M. Al- 
bert Sarraut : 

« J'ai la grande satisfaction de vous annoncer que diverses vérifications m'ont 
permis une première constatation importante en prouvant qu'aucun accident 
quelconque ne s'était produit à Toulouse depuis l'arrivée et qu'il n'était résulté 
et ne semblait pouvoir résulter aucun risque pour l'avenir du séjour dans le local 
choisi, si prolongé qu'il pût être, dans les conditions où nos œuvres d'art s'y 
trouvaient conservées et placées. 

De même que pour les tapisseries, je n'ai pas trouvé trace d'accidents récents, 
j'ai pu constater pour les tableaux, soit dans les voitures, soit dans les caisses 
vériliées, qu'il n'y avait pas la plus légère apparence d'humidité, qui est pour eux 
le danger perfide et grave. Non seulement aucune œuvre n'en montrait même 
le plus minime symptôme, mais comme preuve supplémentaire, la fibre employée 
dans les voitures ou dans les caisses s'était conservée partout absolument sèche. 

« L'expérience d'une année de séjour se trouve donc après vérification absolument 
rassurante; et on peut envisager l'avenir avec d'autant plus de tranquillité que 
ces garanties excellentes de sécurité viennent d'être encore renforcées par les 
précautions nouvelles qui ont été prises conformément à vos ordres. 

«Tout enm'occupant spécialement des tableaux, j'ai cru devoir prendre égale- 
ment des précautions préventives pour les tapisseries de Cluny et du Louvre 
contenues dans nos voitures, qui étaient les seules œuvres d'art pouvant aussi 
courir des risques. 11 est rassurant de constater qu'elles ne semblaient pas avoir 
gouffert du séjour à Toulouse depuis un an. Il m'a paru prudent toutefois d'ajou- 
ter à leurs chances de bonne conservation, en les faisant nettoyer à fond, pour 
en ôter toute la poussière dangereuse. Elles ont été, de plus, après nettoyage, 
abondamment saupoudrées de camphrosine, produit employé depuis de longues 
années avec pleine satisfaction pour les tapisseries du Mobilier national — dont 
j'avais emporté une provision de Paris. Ainsi protégées, les tapisseries du Louvre 
ont été remises dans leur caisse, et celles de Cluny, qui étaient hors caisse, ont 
été en outre empaquetées pièce par pièce dans une enveloppe de toile imper- 
méable qui achève de les garantir contre tout risque... 

« La totalité de nos précieux envois de peinture est donc actuellement, dans la 
mesure de la prévoyance la plus minutieuse, à l'abri de tout danger. 

Ainsi, le public peut être rassuré. Nos trésors d'art sont gardés, dans la ville 
de Clémence Isaure, par des conservateurs, des gardien» du Louvre et des terri- 
toriaux. Bonne garde est faite nuit et jour. » 

Commentaire : le procès-verbal de la séance du %b août 1914 n'a été publié 



318 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

que par suite d'une indiscrétion. Il est inutile d'en rechercher les motifs, qui 
seraient peut-être faciles à démêler. En des temps meilleurs, on écrira l'histoire 
documentée du Louvre pendant la semaine noire d'août 1914; pour l'instant, 
mpienti sat, 

S. R, 

La question du Mont Saint-Michel, 

L'association des « Amis du Mont Saint-Michel » adressait, le 5 octobre 
1915, une lettre à M. Sembat, ministre des travaux publics, au sujet de la 
suppression des digues qui amènent l'enlizement, lent autrefois et maintenant 
rapide, du célèbre rocher. 

Cette lettre, signée de M. Léon Bérard, ancien sous-secrétaire d'Etat aux 
beaux-arts, suivait de quelques mois un voyage effectué au Mont Saint-Michel 
(en juin de l'an dernier) par MM, Sembat et Dalimier, et reproduisait les argu- 
ments exposés à diverses reprises en faveur d'une prompte intervention des 
pouvoirs publics. Les« Amis du Mont Saint-Michel» concluaient en ces termes, 
après avoir protesté contre « les déplorables atermoiements qui compromettent 
l'efficacité des solutions adoptées » : 

En prévision des charges immenses et des entreprises d'une autre nature, mais 
d'une nécessité non moins impérieuse qui, après la guerre, absorberont les res- 
sources de la nation et Tactivité des travailleurs, et, d'autre part, pour mettre 
à profit une occasion unique née des circonstances présentes, nous nous per- 
mettons de proposer d'affecter à ces travaux la main-d'œuvre des prisonniers 
de guerre allemands, ce qui aura pour double effet de faciliter l'exécution rapide 
et économique des ouvrages, et de faire du môme coup contribuer à la sauve- 
garde d'une des plus précieuses richesses d'art, un ennemi qui n'a cessé de 
s'acharner à la destruction de toutes celles qu'il a eues à sa portée. 

La question est posée. Voici maintenant quelques précisions à ce sujet. 

En 1907, après un voyage de M. Dujardin-Beaumetz au Mont Saint-Michel, 
une conférence interministérielle étudiait les moyens les plus propres à sauve- 
garder l'insularité du Mont. En 1911, quatre ans après, le Ministre des Tra- 
vaux publics prescrivait une étude technique des améliorations à réaliser. Au 
mois d'août de cette même année 1911, un premier projet des ponts et chaus- 
sées était établi. Ce projet prévoyait une coupure de la digue à 236 mètres des 
remparts, ainsi que l'établissement d'une passerelle reliant l'extrémité de l'ou- 
vrage à la porte d'entrée du Mont. 

Le 2 février 1912, la commission des monuments historiques se ralliait au 
principe d'une coupure, mais repoussait, comme antiesthétique, l'idée d'une 
passerelle. 

Quelques mois plus tard, le conseil général des ponts et chaussées, ému du 
progrès continu des atterrissements, concluait au dérasement de la digue de 
Roche-Torin, destiné à favoriser l'écoulement et l'action de « nettoiement » des 
deux rivières, la Sée et la Sélune. Le 27 juillet 1912, le sous-secrétaire d'Etat 
aux beaux-arts donnait son adhésion à ce projet nouveau, mais insistait sur 
l'idée d'une coupure pratiquée dans la digue insubmersible, en indiquant 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 319 

omme possible la construction d'un tunnel. Le conseil général des ponts et 
chaussées objecta le prix élevé des travaux, évalués à 21 millions, et proposait, 
) la place du tunnel, une chaussée pavée construite sur l'emplacement delà 
ligue supprimée et ouverte aux piétons ainsi qu'aux voitures, sauf aux heures 
!e pleine mer. Le sous-secrétaire d'Etat aux beaux-arts acceptait ce projet. 

Mais, en février 1913, le Ministère des Travaux publics soulevait des objec- 
tions de détail et revenait à l'idée d'un dérasement partiel de la digue, « assu- 
rant le dégagement des tours du Roi et de l'Arcade, qui éviterait la suppres- 
sion des communications pendant plusieurs heures chaque jour et réserverait 
l'avenir ». 

Le sous-secrétaire d'Etat accepta ce projet sous réserves, et sans renoncer 
expressément à la suppression totale de la digue. Les avant-projets commu- 
niqués le 19 janvier 1914 par le département des travaux publics se confor- 
ment à cette entente. Ils prévoient l'aménagement, sur la digue insubmersible, 
d'une pente inclinée à 215 mètres de l'abbaye. Ce travail, évalué à 300,000 fr., 
se compléterait par un « dérasement prudent » de la digue de Roche-Torin. 

La commission des monuments historiques, le 27 février 1914, approuvait 
ces propositions, sous la réserve déjà formulée par le sous-secrétaire d'Etat 
aux beaux-arts. Le 24 avril 1914, l'ingénieur en chef du service maritime était 
invité par le Ministre des Travaux publics à fournir divers renseignements sur 
la durée des travaux et les dépenses à prévoir. A la même date, des instruc- 
tions étaient données au préfet de la Manche pour l'ouverture des enquêtes sur 
place et les conférences réglementaires. Au mois d'août, la guerre éclatait; l'en- 
quête d'utilité publique devenait impossible par suite de la mobilisation des 
intéressés. 

Il semble urgent, d'après l'avis des techniciens, de faire exécuter les tra- 
vaux décidés, et d'arrêter un ensablement ou plutôt un envasement tellement 
rapide que, s'il n'est pas vaincu, on peut prévoir pour le Mont Saint-Michel le 
destin du Mont-Dol, désormais isolé de la mer. 

{Le Temps, 29 mars 1916). 

Projet d'échange d*antiquités entre Vltalie et le Louvre. 

L'Administration des Beaux-Arts fut saisie, le l*"" juillet J914, par les soins 
du Président du Conseil, Ministre des Affaires étrangères, d'un projet d'échange 
d'objets sculptés anciens, proposé, au nom de son gouvernement, par l'ambas- 
sadeur d'Italie. 

Il s'agissait en l'espèce, d'échanger une base de colonnette en marbre pro- 
venant des catacombes de Priscilla et qui se trouve actuellement au musée du 
Louvre, contre un bas-relief représentant l'histoire de Jonas. 

La direction des musées nationaux, consultée, émit à ce sujet un avis très 
favorable. 

Aux termes de la législation, les pièces qui font partie de nos collections 
nationales ne pouvant sortir du patrimoine de l'État sans l'assentiment préalable 
des Chambres, un projet de loi a été soumis à l'approbation du Ministre de 
l'Instruction publics et des Beaux-Arts le 14 mars courant. 



320 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

L'exposé des motifs nous apprend que le fragment de base de colonnette où 
se lisent les noms des martyrs Félix et Philippe, fils de sainte Félicité, inhumée 
dans les catacombes de sainte Priscille, provient d'un don fait au Louvre en 
1896 par feu Edmond Le Blant, membre de l'Institut. 

Le bas-relief représentant l'histoire de Jonas a été reconstitué en 1908 par 
la commission italienne d'archéologie sacrée, avec l'appui financier du roi 
d'Italie. 

Voici le texte de l'article unique du projet de loi : 

« Est autorisé l'échange proposé par la commission italienne d'archéologie 
sacrée au musée du Louvre d'un fragment de sarcophage représentant l'his- 
toire de Jonas, contre un fragment de base de colonnette ne présentant qu'une 
moulure très simple, sur la face complète de laquelle sont gravés les noms des 
deux martyrs Félix et Philippe, inhumés dans la catacombe de Sainte-Priscille, 

[Le Temps.) 

L'épreuve du vin sur l'eau. 

Le professeur Laveran,au nom de M. A. Trillat, de l'Institut Pasteur, a pré- 
senté à l'Académie des Sciences (mars 1916) une étude concernant l'explica- 
tion de textes d'Hippocrate et de Pline l'Ancien relatifs à une méthode colori- 
métrique utilisée par les Grecs et plus tard par les Romains pour classer les 
eaux d'alimentation. En temps de guerre, les auteurs latins notamment le 
relatent, le premier soin des généraux dans l'établissement d'un camp était de 
choisir une eau douce, ce qui s'effectuait par ce qu'on appelait « l'épreuve du 
vin sur l'eau ». M. Trillat a pu reconstituer cette méthode, qui utilise en réalité 
la matière colorante du vin rouge comme indicateur et dont l'exécution extem- 
poranée est des plus faciles. 

Une goutte de vin suffit à colorer de l'eau distillée ; quinze à vingt gouttes 
colorent une eau fortement calcaire. C'est par ce moyen que les Romains arri^ 
vèrent à choisir dans les stations et les villes l'eau la moins minéralisée, comme 
on peut s'en rendre compte par l'examen des anciennes sources captées. 
M. Trillat montre par des exemples sur les eaux connues que le procédé permet 
de les classer tout de suite par ordre d'alcalinité. Certains cépages romains 
très colorés convenaient particulièrement à ce but. 

{Le Temps.) 
Vaffaire A . van Gennep. 

On a appris avec surprise que le Conseil Fédéral Suisse, en octobre 1915, 
avait expulsé M. Arnold van Gennep de sa chaire de l'Université de Neuf- 
châtel, parce qu'il avait publié des articles jugés injurieux pour un pays 
étranger dans la Dépêche de Toulouse (sous le pseudonyme d'A. Rangé *). Il est 
regrettable que des exemples d'intolérance à l'égard d'un savant original et 
partout estimé soient donnés dans un pays qui, dans le passé, accueillit tant 
d'écrivains persécutés par les diverses formes d'intolérance et d'oppression. 

S. R. 

U Détails dans L'Anthropologie, 1915, p. 596. 



BIBLIOGRAPHIE 



W. Ridgeway. The Dramas and dramatic Dances of non-European races, 
in spécial référence to the Origin of Greek Tragedy. Cambridge, University, 
Press, 1915. Gr. in-8, xv-448 p., avec gravures. — L'auteur ne veut rien savoir 
de r « esprit de la végétation »,ni du « démon annuel »,ni de tout ce que les 
ouvrages de Sir J. Frazer et miss J. Harrison ont mis à la mode en pays de 
langue anglaise ; il en revient à Herbert Spencer et même à Evhémère; il voit 
dans les dieux et les héros des morts divinisés. De même qu'il a cherché dans 
les rites funéraires l'origine de la tragédie grecque, il trouve l'origine des danses 
dramatiques et des mascarades dans les cérémonies en l'honneur des morts, 
« Partout les danses dramatiques et les drames sont étroitement liés au culte 
des morts. Les réprésentations dramatiques dans l'Asie occidentale, en Inde, en 
Birmanie, en Chine, au Japon, sont nées du besoin de rendre les morts propices 
et de les vénérer; dans tous ces pays, les cérémonies funéraires donnèrent 
naissance à de véritables drames. Parfois, comme à Rome et en Assam, les 
représentations dramatiques commencent même avant l'ensevelissement du 
corps; l'acteur est l'intermédiaire, auprès des vivants, du mort qu'il person^ 
nifie. Les masques eux-mêmes représentent les esprits des morts et les per- 
sonnages qui portent les masques sont considérés comme incarnant des esprits. 
Le masque blanchi de Thespis peut avoir, par sa couleur, représenté les 
morts... La croyance primitive, essentielle, est celle de la survie de l'âme; 
les esprits de végétation, totems, etc., ne sont que des phénomènes secon- 
daires «. 

Un appendice est consacré à l'origine de l'ancienne comédie attique, née 
entre 462 et 454, par suite de l'affaiblissement de l'autorité de l'Aréopage; ce 
n'est que scurrilité, vile bouffonnerie. 

Ce livre est richement illustré et témoigne de vastes connaissances ; l'auteur 
est certes un des savants les plus ingénieux et les mieux informés qui soient. 
Mais pour discuter en détail sa thèse, il me faudrait beaucoup de place et 
aussi, je le crains, beaucoup de patience. « Nous pouvons être certains, écrit 
l'auteur (p. 94), qu'Adonis, Attis et d'autres, tels que Dionysos et Aristée, ont 
été jadis des personnages humains réels, comme Hassan et Hussein ». Il ne 
reste qu'à découvrir leurs tombeaux *. 

S. R. 



1. P. 24, l'auteur dit que les P/iUosophoumena ne sont pas antérieurs au ii" siècle 
ap. J.-C. et que Tertullien est de plusieurs siècles postérieur {several centuries 
laler). J'ose n'eu point tomber d'accord, comuje de quelques autres assertions 
de M. Kidgeway. 





322 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Juan Cabré et Carlos Esteban. La Val del Charco del Agua Amarga y sus 
estaciones dearte prehistorica. Extrait anticipé du premier mémoire de la Comi- 
sion de Investigaciones Paleontologicas y Prehistoricas. Madrid, 1915. In-8, 
20 pages, 2 pianciies, 7 photographies. — La roche peinte décrite dans ce joli 
mémoire est située dans le val del Charco del Agua Amarga, territoire de Aica- 
niz (ïéruel). Elle fut découverte en 1913 par don Carlos Esteban ; les peintures 
couvrent une surface de 3™, 60 sur 1 mètre de haut. Les auteurs y ont discerné 
quatre phases picturales en superposition. La première comprend des figures 
d'animaux à tracé périphérique simple; ce sont un grand taureau, une biche 
en partie repeinte, un joli cerf et une figure humaine très effacée, stylisée. A la 
seconde phase appartiennent la plus grande partie des figures de la frise, dont 
la teinte est terre de Sienne brûlée. On y voit beaucoup de chasseurs, deux 
grandes figures de femmes de profil, à robe courte, semblables à celles de 



^ 



Fig. 1. — Chasse au sanglier du Charco del Agua Amarga. 



Gogul, des cerfs, des bouquetins. Dans la troisième phase, les figures humaines 
sont à tracé linéaire très simplifié, avec bouquetins souvent incomplets ; la 
couleur est presque noire. Toutes les figures précédentes sont paléolithiques. 

La quatrième phase est néolithique, la couleur des figures est rouge jaune ; 
on y retrouve des types se reliant aux rupestres néolithiques de Sierra Morena 
et d'Andalousie. Schémas d'hommes et d'animaux. Les sujets sont plusieurs fois 
peints sur des surfaces écaillées, aux dépens des œuvres d'art antérieures. 

Les figures humaines paléolithiques sont semblables à celles d'Alpera et de 
Cogul, décrites voici plusieurs années; on y retrouve les mênnes coiffures, ainsi 
que les mêmes jarretières, les mêmes arcs ; deux assemblages sont plus dignes 
d'attention : une remarquable chasse au sanglier (fig. Ij et une scène de 
guerre où un groupe d'hommes plus grands en poursuit un autre plus petit et 
différemment coiffé. 

En somme, les auteurs nous ont fait connaître une nouvelle localité de ce beau 
style pictural de l'Espagne orientale, aux œuvres singulièrement attachantes dans 
leur naivelé et leur remarquable sentiment du mouvement. 

H. Breuil. 



Juan Cabré Ag'uilo. Les gravures rupestres de la Turre de Hercules (La 
Corogne), en collaboration avec Jésus Gonzalez de Rio. Extrait de la 



BIBLIOGRAPHIE 



323 



vista de Archivas Bihliothecas y Museos, 1915. In-8, 15 pages, 3 planches et 

ligares. — Ce petit mémoire, fort bien illustré de belles photographies et de 

dessins comparatifs, nous fait connaître plusieurs groupes de gravures rupestres 

existant sur des blocs granitiques avoisinant le phare de la Torre de Hercules, 

Les figures principales (fig. 2) se trouvent réunies en deux panneaux. L'un 

représente, inscrites à l'intérieur d'un cercle irrégulier, 14 figures humaines 




Fig. 2. 



Figures gravées stylisées d'hommes et femmes et d'un cavalier. 
Terre de Hercules. La Gorogne. 




Fig, 3. — Figures gravées stylisées 
d'hommes (1 à 3) et de femmes (4 à 10), des 
provinces de Soria et Guadalajara (6 et 8). 






Fig. 4. — Figures gravées stylisées 

d'hommes et de cavalier (la 3^ 

de la première ligne) de la Laja 

de los Hierros, Médina Sidonia 

(Cadix). 



cruciformes, dont une plus grande figurant un homme, reconnaissable au trident 
qui termine la croix vers la base; les autres sont réduites à de simples croix. 
— Le second ensemble comprend sur la gauche des cercles réguliers inscrivant 
des personnages masculins cruciformes; à droite, un cavalier sur sa monture 
est placé en contre-bas de 14 figures cruciformes, à partie inférieure terminée 
par un cercle ou un demi-cercle traversé par la tige de la croix ; des croisillons 
représentent souvent b tête et les mains; dans les intervalles de ces figures 



324 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



probablement féminines, des croix plus petites peuvent représenter des enfantsJ 

Dans quelques cas, la tête est faite par un petit rond, le phallus est croisii 
lonné, ou le croisillon de la tête est inscrit dans un demi-oercle ou un rectangli 
(fîg. 2). 

M. Cabré rapproche avec raison ces graffltes très stylisés des peintures néoli 
thiques de Sierra Morena et autres lieux (fig. 5, 6, 8), et il les compare d'uni 
manière plus étroite avec les gravures sur rocher des provinces de Soria 
Guadalajara et même Cadix (fig. 4). Cela lui donne l'occasion de figurer quel- 
ques-unes d'entre elles, jusqu'ici inédites (fig, 3); les figures de l'homme qu'il en 



■■<•, 







Fig. 5.— La Peùa-Tu (Oviedo). Hommes 
peints schématiques, et poignard de 
cuivre gravé à rivets peints. 




Fig. 6. — Peùa-Tu (Oviedo). idole ei 
forme de stèle gravée et peinte 
Voir Revue archéologique ^ 1914, Il 
p. 346. 



donne sont faites d'une façon analogue, mais la tête est bouletée, les bras el 
les jambes souvent en arceau; dans un cas, les mains sont figurées par un tri- 
dent ; l'aboutissant de la simplification de la figure masculine est un arceau ave< 
une verticale au milieu, dirigée vers le bas. Dans ces mêmes endroits existent 
des figures féminines fort analogues, mais la concavité de l'arceau des bras est 
tournée en haut, comme pour exprimer l'idée de la danse les bras levés; un( 
corde relie les extrémités de l'arceau inférieur, comme pour figurer une jupe, 
et souvent deux courts appendices circulaires, elliptiques ou linéaires, placés 
sous les bras, figurent les seins. Il n'est pas rare non plus que la base du corps 
soit représentée par un cercle, quelquefois radié. La réduction extrême de la 
fjgnre féminine est l'arceau sans bisseclion. 
M, Cabré s'étend, sans la figurer, sur une très remarquable roche gravée, 



p 

;■ découve 

j*l nombre 



BIBLIOGRAPHIE 



325 



découverte parle marquis de Gerralbo à Hetortillo (Soria), au milieu d'un grand 
nombre d'autres roches portant les figures que je viens de décrire; leur inven- 
teur les a déjà montrées au Congrès International de Genève. On voit sur le 
même panneau toute l'histoire par, l'image de la genèse humaine : d'abord, à 

^*» ^ 

Fig. 7. - Groupe de femmes (danseuses ou pleureuses) peintes autour d'un 
rectangle (non représenté) figurant une tombe : grotte de Carisuelo (Cadix). 

• 

droite, un grand homme nu, les jambes écartées, les parties génitales très 
grandes, placé au milieu d'un cercle; vers la gauche, également dans un grand 
cercle, une femme, debout, qui est enceinte, et dont le fœtus est figuré par 



d* 

«' 



^ 








Fig. 8. — Choix d'oiseaux, hommes et animaux, peints à la Gueva de Las Figuras 
à Casas-Viejas (Cadix), d'après M. Cabré : voir le compte-rendu de la brochure 
de M. Cabré, Revue archéologique, 1914, II, p. 342. 

transparence ; à sa droite, la môme, sans doute, au moment où l'enfant « se 
présente » et va naître ; puis l'enfant né, déjà grandelet, et enfin l'homme 
adulte et monté à cheval. 

Il ne paraît guère douteux que celte roche d'un intérêt exceptionnel ait joué 
un rôle dans la vie sociale et dans les rites d'initiation des populations néoli- 
thiques ou énéolithiques de la péninsule. îl est très probable que nombre des 
roches à sujets plus simples ont eu un rôle analogue; M. Cabré insiste longue- 
ment sur les pratiques magiques, le culte phallique, le culte des morts (fig. 7), 



3â6 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



tels qu'il les conçoit d'après ce point de départ : c'est une large carrière où so^ 
imagination a toutes les hardiesses; mais si beaucoup de ses reconstitulionj 
nous paraissent audacieuses et même gratuites, il se peut cependant quj 
quelques-unes, dépouillées de ce qu'elles présentent de fantaisiste, puisseï 
ultérieurement résister à une sage critique. 

Le cavalier que nous avons mentionné amène M. Cabré à rappeler mes trou^ 
vailles des Canforros de Penaranda (Sierra Morena), où des animaux peints 
sont menés par la bride, et de la Cueva del Medioda del Monte Arabi (Yecla) 





Fig .10. - Sculptures rupestres de Marquinez (Aiava), d'après une photographie 

de M. Egureny Beogoa, 

Fig. 11. — Figure d'une stèle ibéro-romaine de Cando (Galicie), rappelant le« 

anciennes techniques. 

Il en rapproche aussi les remarquables sculptures de Marquinez (AIava)(fig. 10)i 
décrites récemment par M. Eguren y Bengoa, jeune anthropologiste basque d< 
beaucoup d'avenir*; il y voit un grand personnage debout, en bas relief 
d'environ 1 mètre de haut, et un autre plus petit, à cheval. 

M. Cabré attribue à la grande figure le sexe féminin et au cavalier le mascu- 
lin, pour des raisons qui me paraissent peu frappantes, et croit ces œuvres d'ar 
de l'âge du cuivre, à cause de l'analogie réelle de leurs silhouettes avec les petites 
figures peintes des Canforros. Je ne suis pas sûr qu'il ait eu raison de vieillit 



1. Estudio anthropologico del vueblo basco y prehistoria de Alava, 1914, p. 156, 
fig. 49. 



BIBLIOGRAPHIE 327 

itant ces curieuses sculptures, qui mériteraient une étude approfandie, ainsi 
ue les grottes artificielles qu'elles avoisinent et que beaucoup ne font pas 
Mnonter avant l'âg-e du fer. A mon sens, l'analogie des images avec les 
ipestres néo- ou énéolithiques est fortuite, et on les comparerait avec plus de 
raisemblance aux sculptures funéraires de l'art indigène espagnol de l'époque 
iraaine (fîg. 11), comme la stèle de Tiberius Posthumus Victorinus de Cando 
■jalice)*. Certes, celle-ci n'est pas de tradition romaine, et l'on peut soutenir à 
iste titre qu'elle se relie par une longue série d'ancêtres aux vieilles traditions 
'olithiques; on peut avoir la même impression, en comparant avec les stèles 
éolithiques de l'Aveyron les stèles si primitives de la Ligurie appartenant à 
-poque celtique». H. Breuil. 

J. Rendel Harris. The origin of ApoUo. Manchester, 1914 (extr. du Bull, 
of the John Rylands iibrary). In-8, 40 p., avec une planche. — Après avoir 
essayé de montrer que Dionysos est le lierre ou, plus exactement, le chêne 
enserré par le lierre» (cf. Rev. arch.y 1915, II, p. 388), l'auteur nous apprend 
qu'Apollon est le pommier embrassé par le gui. Voici son raisonnement : 
Apollon (laurier) et Dionysos (lierre) sont souvent confondus. Mais le laurier, 
dans la mythologie d'Apollon, a été précédé par le chêne (Ovide, Met., I, 450). 
Apollon et Dionysos sont deux aspects du dieu céleste, l'un brillant, l'autre 
obscur. Si Dionysos est le lierre, parasite sombre du chêne céleste, Apollon 
pourrait être le gui, parasite brillant. On connaît un t'^toç 'A7c6X>a)v; mais on 
connaît aussi un Apollon pommier, 'AuoXXwv {jLaAeanQç, ixaXoeî;. A Delphes, le 
pommier est consacré à Apollon et il pourrait avoir existé à Delphes une légende 
apollinienne analogue à celle qu'on racontait en Asie Mineure sur Paris donnant 
la pomme à une déesse de son choix (représentation sur le vase de Corbridge, 
Bép. rel., II, 436; cf. Gardner, /. fl. S., 1915, p. 67). Qui sait si le nom 
d'Apollon n'est pas simplement celui de la pomme, apple en anglais, mot 
d'origine inconnue, peut-être hyperboréen lui-même comme le dieu? VAhella 
de Virgile (Aen., VII, 740), ma/î/era, dont les voisins manient la cateia (celtique, 
non teutonique; cf. Bertrand et Reinach,Les Celtes, ^p. 198), doit probablement 
son nom à celui de la pomme, alors qu'on a parfois admis la dérivation inverse. 
Bref, Apollon est le pommier associé au gui et cela explique aussi qu'il soit un 
dieu guérisseur. Il y a bien d'autres hypothèses séduisantes dans ce court essai, 
d'où l'on sort ébloui, un peu effaré même ; le très savant auteur nous en pro* 
met un autre sur Artémis. g. R. 

1. Fidel Kita, Nuevas lapidas romanas de Noya^ Cando, Cerezoy Jumilla [Boletin 
de la Real Academia de la Historia, 19H (LIX) p. 398 et s., p. 403). 

2. Monumenti Cellici in Val di Magra^ in Giornale Storico e Lelterario délia 
iif/uria, IX, 1908; Sotizie e recensioni Paletnologiche délia Liguria, in Bulletino 
di Vatelnologia Ilaliana, XXXV, n» 1-4, 1909. 

3. Inciriemment, M. R. Harris s'occupe d'un livre récent de Miss Giadys M. N. 
Davis, The Asiatic Dionysos, où est reprise la vieille thèse que Dionysos serait 
le Soma-UaoTna dei Indo-Iraniens. Il no serait pas éloigné, pour sa part, d'iden- 
tifier le soma au lierre (p. 11). 



328 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

W. Deonna. Le soleil dans les armoiries de Genève. Genève, 1916. In- 
130 p., avec fig. (extr. delà Revue de l'Histoire des Religions, Paris, 1915). — "^ 
Dans les armoiries de la ville de Genève, on voit un soleil, un aigle et une 
clef. « Il est oiseux de perdre son temps, écrivait M. G. Martin en 1908, à 
rechercher quelles étaient les armoiries de Genève païenne. C'est un pur jeu de 
l'imagination de dire que le soleil figure sur les monnaies genevoises à partir 
de 1554 parce que cet astre vivifiant a été de tout temps l'emblème des Gene- 
vois ». — « Ce scepticisme est exagéré », opine M. Deonna et il conclut ; 
« Les trois pièces des armoiries genevoises ont toutes un sens primitivement 
analogue, bien qu'elles soient parvenues dans notre blason par des voies dif- 
férentes : 1° le soleil dérive de la croix solaire du paganisme; 2° l'aigle est 
empruntée à l'Empire d'Occident, qui lui-même la tient de Rome, où son sens 
solaire est connu ; 3° la clef est celle de saint Pierre, qui l'a prise aux divinités 
cosmiques de l'antiquité ». On devine que, dans le corps de l'ouvrage, il est 
surtout question de symbolisme : symbolisme du disque solaire, de l'aigle, de 
la clef. Il y a toujours proSt à lire M. Deonna, qui possède un nombre colossal 
de fiches (même sur les opinions sans valeur aucune émises par des ignares) et 
ne les garde pas jalousement pour lui. Mais il arrive qu'on se souvienne du mot 
de Scaliger sur le Perse de Casaubon, où la sauce valait mieux que le poisson. 

S. R. 

G. Chauvet. Sol et Luna, Notes d'iconographie religieuse. In-8, 25 p. 
Angoulême, Despujols, 1916. — Que signifient, de part et d'autre de la tête 
du Christ en croix, le soleil et la lune? Question souvent débattue, exposée 
ici d'après les meilleures source?. Conclusion : « Sol et Luna, avant l'ère chré- 
tienne, était un signe de majesté, de puissance, d'éternité... Les artistes nou- 
veaux convertis employèrent, comme signe de majesté, les deux astres que, 
dans les anciens ateliers, ils plaçaient près de la tôte des empereurs... Vers le 
vil* siècle, le clergé adopta le crucifix devenu populaire, avec Sol et Luna, tel 
qu'il avait été créé par les fidèles ». Malheureusement, entre les dernières 
œuvres païennes avec Sol et Luna et les plus anciens crucifix, il y a plus de 
deux siècles; la continuité de la tradition païenne est vraisemblable, mais res- 
tera une hypothèse tant qu'on n'aura pu la suivre en Syrie de 400 à 600, puisque 
le motif de crucifix paraît bien originaire de cette contrée. g ^ 

R. Maxwell WooUey. Goronation rites. Cambridge, University, Press, 
1915. In-12, 207 p. avec une planche. — Premier volume d'une série de manuels 
pour l'étude des liturgies, avec une bibliographie abondante. Rites de cou- 
ronnement à Rome, à Byzance, en Russie, dans l'Empire d'Occident au moyen 
âge, en Grande-Bretagne, en France, Allemagne, Hongrie, Espagne, Bohême, 
pays Scandinaves, à la cour pontificale, etc. Analogies avec les rites de l'ordi- 
nation et du mariage. S R 

Le Gérant : Ernest Leroux. 

ANGERS, IMPRIMERIE OR ENTALE DE A. BLHDIN ET G" 



INSCRIPTIONS DE SINOPË 



Peu de temps avant la déclaration de guerre, mon confrère 
et ami Franz Cumont m'apporta un jour à TAcadémie deux 
fascicules qu'il venait de recevoir d'une petite Revue grecque 
publiée à Mersivan ou iVIerzifoun, ville assez importante du 
vilayet de Sivas, sandjak d'Amasia, Asie mineure. Ces cahiers 
renfermaient sous le titre — passablement inexact, on le verra, 
— de Nsai k-iypxrpx: h S-.vw-y) dix inscriptions grecques ou 
latines récemment copiées à Sinope par un M. B. Aviérinos 
(Ajvsp'.voç), avec l'assistance d'un M. Prodromos Papadaniel'. 
M. Cumont, dont 1q nom est désormais inséparable de l'étude 
géographique et archéologique de la région ponlique, avait 
bien vite reconnu à la fois l'intérêt et la difficulté de ces petits 
textes, mal transcrits, criblés de fautes et, au premier abord, 
presque inintelligibles. N'ayant pas le loisir d'en poursuivre 
l'examen, il voulut bien s'en dessaisir en ma faveur. J'en 
réservai l'étude pour les vacances de 1914 : on sait ce qu'elles 
devaient être et les devoirs supérieurs qui, pendant de longs 
mois, nous ont les uns et les autres entièrement absorbés. 
Revenu à Paris depuis quelques semaines, j'ai pu dérober à 
mes occupations militaires les quelques heures nécessaires à ce 
travail de restitution et de commentaire, que les circonstances 
m'empêchent toutefois de pousser à fond. Je n'aurais même 
pas osé le publier, dans son état actuel d'imperfection, si l'on 
pouvait espérer d'avoir bientôt accès aux monuments origi- 

1. IlONTOi] (XY^viatov (?; ô/)(JLOTUu|xa çi/vOAOYixbv èTiiTTyjiJLoviîibv xa\ TratSaywYtxbv 
toO IIovxo'j (le syllogue Pontos). Le l*"" fascicule est intitulé « 5« année n°» 37-39, 
aoùl-oclobre » (publié 7/20 décembre 1913). Le 2o : « 5« année, n°' 40-41, 
novembre décembre »> (publié H/24 janvier 191'*). Nos inscriptions occupent 
les pages 20-22, 34-35. 

V SÉRIK, T. UI 22 



330 REVUE ARCHÉOLOGtQUE 

naux. Mais, à cette heure et sans doute pour longtemps encore, 
c'est le cas de dire 

Non ciiivis contingit adiré Sinopen. 

Que sont devenus les marbres pieusement nettoyés par 
M. Aviérinos et son collaborateur? Qu'est devenue la Revue 
ilévToç, et le (( Syllogue » dont elle était l'organe, et l'école flo- 
rissante de Mersivan avec ses 218 élèves grecs, 156 arméniens, 
18 turcs et 8 russes? Je l'ignore ou plutôt je crains de le devi- 
ner. En attendant, j'oiïre sans plus tarder aux réflexions des 
curieux et aux conjectures des savants compétents ces docu- 
ments sous une forme un peu améliorée, mais très susceptible 
de l'être davantage. Qu'on y voie surtout un triple hommage à 
la glorieuse cité de Diogène et de Diophante, au zèle touchant 
des premiers éditeurs, et à l'amitié de Franz Cumont, que les 
événements survenus dans sa patrie depuis deux ans m'a ren- 
due encore plus chère et plus précieuse, comme à tous ses 
confrères. 

Les inscriptions antiques, peu nombreuses encore, de Sinope 
ont été réunies il y a quelques années dans un petit Corpus par 
un archéologue américain, David M. Robinson. Ce recueil ren- 
ferme quatre-vingt treize textes, dont trente cinq nouveaux, 
copiés par Robinson en 1903 ^ L'éditeur y a compris les inscrip- 
tions latines inédites ; quant aux autres, on les trouvera sans 
peine dans le tome III du Corpus inscriptionum la tinaru met ses 
divers suppléments \ Depuis lors M. Robinson a publié dans une 

1. David M. Robinson, Gretk ani La tin inscriptions from Sinope and environSy 
American Journal of archaeology, IX (1905), p. 294-333, avec les corrections et 
compléments 1° de Van Bur<^n («6., X, 1906, p. 295 suiv.) ; 2° de l'auteur lui- 
même (i6.. X, 429 suiv., XI, 1907, p. 446). 

L'article principal a été réuni par l'auteur avec deux articles de VAm» J . of 
philology (XXVII, 1904, n« 2, p. 126 suiv., n» 3, 245 suiv.), relatifs à l'histoire 
et à la prosopo^raphie de Sinope, dans un volume factice intitulé Ancien t Sinope 
(Baltimore, 1906). 

2. CIL III, 238 (r= 6977 -f- 12219), 239 (=6978), 240 (=6981), 6979.6 ' 
12220-1, 14402 b et c. 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 331 

Revue américaine* trois nouvelles inscriptions grecques d'après 
des copies envoyées de Sinope et un estampage. Il est donc, à 
l'heure actuelle, relativement facile de vérifier si une inscription 
sinopienne est ou non inédite. Trois de celles qu'ont copiées 
MM Aviérinos et Papadaniel (n°^ 1, 4, 7) ne le sont sûrement 
pas; on peut, au contraire, considérer comme telles la plupart 
de celles qui proviennent d'un pan de muraille, situé au N.-O. 
delà ville actuelle et dont la démolition fut ordonnée en 1911 (?) 
par le gouvernement turc. Ce mur, d'une construction hâtive, a 
livré beaucoup de fragments de sculpture, d'architecture et d'épi- 
graphie, employés pêle-mêle dans son appareil. 11 faut féliciter 
nos patriotes grecs de s'être trouvés là au moment du déblaie- 
ment, d'avoir débarrassé ces vieilles pierres de la couche de sable 
jaune corrosive dont les saupoudra la mer voisine, et d'avoir 
fait de leur mieux pour nous conserver une image de ces 
reliques. Leur transcription (en majuscules) est souvent fautive 
et ils n'ont essayé ni de combler les lacunes de ces textes ni de 
les interpréter; mais une étude assez prolongée m'a convaincu 
que leurs copies, si inexpérimentées soient-elles, sont d'une 
parfaite sincérité; en y appliquant les règles de la « conchylio- 
logie » établies par les paléographes, on arrive dans bien des 
cas à restituer avec certitude la leçon originale. D'autres feront 
mieux. Afin de leur faciliter la tâche j'ai, pour chaque inscrip- 
tion, scrupuleusement reproduit tout d'abord la transcription 
des premiers éditeurs, avec leur division des lignes et des 
mots, les lacunes indiquées le plus souvent par des tirets (— ) 
dont chacun, je le suppose, représente l'étendue approximative 
d'une lettre, les crochets [ ] et les parenthèses ( ) qui encadrent 
— du moins je le crois — tantôt des lettres restituées par 
conjecture, tantôt et plus souvent des lettres évanides, impar- 
faitement déchiffrées. On aura ainsi la matière même sur 

1. D. Robinson, American Journal of philology, XXIX, 190), p. 448 suiv. 
Déjà deux petits textes latins nouveaux avaient été publiés par lui dans les 
notes de la Prosopograpkia nnopensis {Am. J. phd.y 1906, p. '^73, note 1 et 
277, note 1). 



332 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

laquelle j'ai travaillé et Ton appréciera mieux les obstacles et 
les chausse-trapes dont elle est hérissée. 

Un dernier mot avant d'aborder l'examen de nos textes. Si 
le profit historique ou littéraire qui en découle est assez mince, 
il est cependant loin d'être négligeable. Deux épigrammes en 
vers assez bien tournées, une inscription bilingue, une longue 
inscription agonistique, des renseignements nouveaux sur les 
sacerdoces et les magistratures de Sinope suffisent à constituer 
une récolte très présentable. Mais ce sont surtout les linguistes 
qui trouveront un piquant intérêt dans la langue de plusieurs 
de nos textes, où le latin est parsemé d'héllénismes et le grec 
de latinismes, parfois assez savoureux. La chose ne saurait sur- 
prendre dans une ville qui, ruinée pendant les guerres mithri- 
datiques, reçut de Jules César une colonie romaine qui subsista 
jusqu'à la fin de l'antiquité. Le latin, comme le prouvent les 
monnaies et les inscriptions, resta à Sinope la langue officielle; 
mais il ne faut pas perdre de vue le texte de Strabon * d'après 
lequel les colons n'avaient reçu en partage qu'une partie du 
territoire et de la ville de Sinope. Des Grecs ou des Asiatiques 
hellénisés vivaient donc côte à côte avec les colons romains et 
il est tout naturel que les deux langues se soient pénétrées, 
sinon dans leur vocabulaire, du moins dans leur syntaxe. Je ne 
crois pas que nulle part le phénomène soit aussi saisissable et 
aboutisse à des solécismes aussi bizarres. 

1. — Sarcophage en marbre découvert à droite [sic) de l'hô- 
pital. Longueur lf",95. Largeur 0"',92. [Employé, au temps de 
Robinson, comme abreuvoir.] 

K • AIKINI02 oporni 

nPOIENHTHI EN0AAE 

KEITAI BiniAl KAAÛ2 

XII 18 3 ETON- MH • 



1. Slral»on Xll, 3, Il : vjv\ §£ ^at *r'a)[xx''a)v àitotxtav ôéÔôXTat xa\ {xlpo: Tr,. 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 333 

K(6iVT0ç) A'.yivvioç ^poùyiq 

xeTiai PioWaç xaXoiç * • 

èTWV [JLYJ 

Sépulture de Q. Licinius Frugi, courtier, décédé à l'âge de 
48 ans. 

Cette inscription n'est pas inédite, comme le croit M. Avié- 
rinos. Elle a été publiée en 1901 par Yerakis dans la lievue des 
études anciennes, III, p. 352, n^ô. Robinson l'a reproduite dans 
son corpitsculum, sous le n*^ 45. 

Pour l'abréviation K — Q (uintus), voir, par exemple, 
CIA., m, 143, 1446. 

La lecture Aiy.iwicç, donnée par Yerakis, paraît préférable à 
Kiylnoq de M. Aviérinos. Cette graphie incorrecte par deux v 
est, en eiïet, de règle à Sinope; comparez At/twia (Robinson 
n° 50), Licinnius i73), Licinnio, Licinniano (75). 

<I>pojY'.!; n'a rien à faire avec le nom gréco-asiatique ^çioù-(\oq 
qu'on a rencontré, par exemple, à Laodicea combusta (CIG., 
3989). C'est le cognomen romain Frngi que les Grecs, embar- 
rassés par sa terminaison archaïque, ont transcrit tantôt exac- 
tement <ï>pojY'. (CIA., m, 608, 609), tantôt à l'accusatif <î>pojYia» 
(CIA., III, 601), tantôt fî>pjY'.o; ou '\^ç>z-jyioq (Josèphe, Bellitni, VI, 

4,3)^ 

Robinson a publié (n° 73) la pierre funéraire d'un quasi 
homonyme de notre personnage, ainsi rétablie sûrement par 
Van Buren {loc. cit., p. 290), dont Robinson a finalement {ib., 
430) accepté la lecture : 



1. Il laul ponctuer afirès xaXw;, car Ptwaa; se construit avec l'accusatif, quel- 
quefois avec le Hatif (voir infra, n° 8), jamais avec le gér) tif. Quant aux 
sigies XII 183 que les éditeurs grecs (mais non Yerakis) ont rnarqu '>es au début 
de la 4' ligne, elles sont dénuées de sens et ne doivent sans doute leur existence 
qu'à une étourderie lyf)Ogra[>hique. 

2. râiov KaXuo'jp'nov — — — fl'Twva 'l'po'jyta àpETY]; é'vs/.a. Mais peut-être 
cet f^ final n'esl-ii qu'une duplication fautive de V f^ initinl de àpsTîi:. 

3. «l'-iouyiov est la I'M'o i du LnurentUmuf,. W s';igil du légnt M. Titins Frugi 
(T'Toy *puYioj, josepiic). Cf. Léon Renier, Mém. île Vltnt., XXVI, I, p. 314. 






334 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

L • LICI N 

NIVS • Fr[w 

GI 

• Hk) • s{itus) 

(Très beaux caractères du i®"^ siècle de l'empire). Ces deux per- 
sonnages — peut-être frères — ne sont sûrement pas des 
membres de l'illustre famille des lÀcinii Crassi où le surnom 
Fnigi se rencontre plusieurs fois {Prosop. imp, Rom., II, 276 
suiv.). Ce sont bien plutôt des affranchis ou des naturalisés qui 
ont, suivant l'usage, adopté les noms de leurs patrons \ 

Notre Q. Licinius est qualifié de T.ç>o^^r^p:T^q. Ce mot n'a pas 
en grec et en latin la signification fâcheuse de son dérivé fran- 
çais; il désigne simplement un courtier, un intermédiaire. 
Longtemps il n'a été connu que dans sa transcription latine 
proxeneta (fr. 2 et 3 Dig. L, 14)', mais récemment on l'a ren- 
contré dans une inscription de Thyatire {Oriens graecus, n^ 524) 
où il est question de oi tou aTa-uapiou (marché) Ipy^aTalxal upo^svvjxai 
aLù\iÀxiù^) (intermédiaires, courtiers entre les acheteurs et les 
marchands d'esclaves) ^ Le mot manque dans le Lexique d'Her- 
werden. 

2. — Sur une des faces d'un sarcophage de marbre qui ser- 
vait de bassin (àTroÔYjXY)) à la fontaine IlouXtou. Longueur 1™,70. 
Largeur 0"^,95. 

ANTWNIA CAPEINA TAinr TAT 
nrOT TTNH EN0AAE KEIME 
ETHN • MZ XAIPniC 
nAPHAEITA 



1. Un L. Licinius (surnom inconnu) a été proconsul de Bithynie au temps 
d'Auguste {Prosop. rom., n«* 115). 

2. Le renvoi de Sophocles « Justinian Cod. 5, 2, 6 » est faux. Le mot se 
trouve chez Sénèque, ep. 119, et Martial, X, 3. 

3. Cf. les observations de Poland, Geschichte des griechischen Vereinsiuesens, 
p. 108. 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 33 p^ 

'AvT(i)v(a Sa(6)£Tva Faiou y'ku- 
TCTOu YUVY) âvÔàâe x£Ï[ji.£ 

£TWV |JlC • X^^'P^'? 

'7capo§£TTa. 

Sépulture d'Antonia Sabina, femme du sculpteur Gaïos, âgée 
de 47 ans. 

Le caractère épigraphique*, la graphie x£Tix£ (/,£i:[j.ai) indi- 
quent un texte d'assez basse époque. 

Gains est fréquent comme nom unique chez les petites gens 
à l'époque romaine. On connaît déjà un graveur en pierres fines 
(Marlborough Collection, éd. Maskelyne, n' 270) et un coro- 
plaste (Pottier et Reinach, Myrina, p. 176 et 198) de ce nom, 
mais rien n'autorise à identifier l'un ou l'autre avec le sculpteur 
sinopien que nous révèle cette inscription. C'est, je crois, le 
premier artiste de Sinope dont nous ayons connaissance. 

3. — Sur une des faces d'un sarcophage analogue au précé- 
dent (r, 95 X 0",92). 

(E)0HKA EMATTHN COPON KAI Tfl 

ANAPI MO 
£6rf/.a £|Ji.au(Ty5) r/]V aopov xal tw 

âvBpt [JLOU 

Sépulture d'une femme inconnue et de son mari. Les noms 
se trouvaient probablement sur le couvercle du sarcophage. 

L'œil du lapicide (ou du copiste?) a sauté du premier TH au 
second. 

4, —Plaque de marbre rouge (haute de0™,49, large de 0°^,55) 
encastrée dans le mur antérieur de la mosquée Képhébi djami, 
quartier Lazika. 

ArPinnEiNAN tep 

MANIKOT KAIIA2P02 .. 
O AHM02 

'ÀYpixTCsTvav r£p- 

1. Les n au lieu de O sont» s^ins doute, dus à une bévue du copiste. 



336 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Dédicace publique (d'une statue) à Agrippine, femme d( 
Germanicus. 

Inscription déjà publiée indépendamment : l^' par Mordt- 
mann dans leSyllogue philologique de Gonstantinople, 1880-1, 
t. XV, supplément, p. 47, n° 5; 2° par Doublet, Bull. corr. hell,^ 
XIII (1889), p. 302, no 3. Reproduite par Robinson, loc. cit., 
p. 310, n° 37 et Gagnat-Lafaye, Inscr. graecae ad res Romanas 
etc., III, 94. 

Une Agrippine définie par sa relation avec Germanicus ne 
peut être qu' Agrippine Tancienne, sa femme, ou Agrippine la 
jeune, sa fille, femme de Claude et mère de Néron. De laquelle 
des deux s'agit-il ici? 

Si nous étions en présence d'une véritable inscription grecque, 
attique par exemple, l'hésitation ne serait pas permise : il 
s'agirait d'Agrippine la jeune. En effet, dans le style épigra- 
phique, si l'état civil d'une femme est généralement défini par le 
nom de son père au génitif précédé de Ojyax/ip et par celui de son 
mari précédé de y-jv/j, l'ellipse de Suyaiv^p n'est pas inconnue*, 
tandis qu'il n'en est pas de même de celle de y-jv/j. Je dis : dans 
le style éplgraphique, car dans le langage familier, et chez les 
poètes, les constructions du type de llvxtoru Andromache ne 
sont pas rares '; dans les inscriptions, du moins dans les ins- 
criptions attiques, je n'en ai pas trouvé un seul exemple, quoi- 
qu'en disent des manuels', et je vois que Wilamowitz n'a pas 
été plus heureux*. 

Dans l'épigraphie romaine, du moins à l'époque impériale, 
on observe le phénomène contraire. Quand il s'agit d'une femme, 
la sigle F {fili'i) n'est jamais' omise devant le génitif du nom du 



1. CIA., II, 1708, 2056, 2166, 2216, 2547, 2648, etc. 

2. Voir les exemples cités par le Thésaurus grec s. v. ruvrî, p. 830 A (Héro- 
dote, IV, 205. Aristophane, Ecd., 46). A la vérité on peut parfois hésiter sur 
l'interprétation p. ex. chez Hérondas (VI, 25 "n BiTaTo; EùêouXrj ; VI, 87 
'ApTefiî; r\ Kavôàxoç, etc.). 

3. S. Reinach, Traité d'épiqraphie, p. 511 « l'ellipse de y'-^^^ est rare ». 

4. Aristoteles w'^ Athen, II, 179 

5. Ici encore luo répertoires s'expriment en termes dubitatifs : « Quand on 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 337 

père; au contraire le mot iixor ou conjux l'est assez souvent 
devant le nom du mari, exemple : Caecilia Metella Crassi 
(CIL., VI, 1274)*. Cet usage est particulièrement fréquent quand 
il s'agit d'impératrices ou de princesses de la famille impériale. 
C'est ainsi qu'on trouve Lima Augusti, Antonia ûriisi, Poppaea 
Neronis, Domitia Domitiani, et pour nos deux Agrippine 
Agrippina Gennanici Caes'tris (CIL., XI, 1167 :=:Dessau, 179) et 
lulia Agrippina Ti. Claudi Caesaris Augusti (CIL., VI, 291 zz: 
Dessau, 221). 

Or, les Grecs se sont conformés à cet usage romain dans leurs 
dédicaces à des impératrices romaines. Par exemple, dans la 
dédicace delphique de Rome (IG., XIV, 1050), on lit *ï»auaT£Tvav 
Ssôaatf/^ Ahprf/dou Kaicapcç (Faustine la jeune, femme de Marc 
Aurèle), et l'impératrice Sabine, inscrivant son nom sur le 
colosse de Memnon (Dittenberger, 0/iens Graecus, 681), se 
désigne elle-même ainsi : SaôsTva SeôaaTY) aÙTo/pàxopoç Kaiaapoç 
'Aâpiavou. 

La conclusion forcée de cette petite digression, c'est que sur 
la dédicace de Sinope c'est Agrippine l'ancienne, la femme de 
Germanicus, et non sa fille, qui est visée. Il y a d'ailleurs deux 
autres raisons décisives pour l'entendre ainsi : 1^ Agrippine la 
jeune n'a pu obtenir l'honneur d'une statue qu'à l'époque où 
elle était devenue femme de Claude ou mère de Néron : or, 
dans une inscription officielle, on n'aurait pas manqué de rap- 
porter l'une ou l'autre qualité, comme dans celle de Lesbos 
(IG. XII, 2, 211) où elle est appelée yuvTj toû ^z6xai:oi> ; 2« aucun 
lien historique n'existe entre Agrippine la jeune et Sinope ; au 
contraire nous savons par Tacite {Annales, II, 54) que, l'an 18, 
Germanicus, accompagné de son épouse, visita Périnthe et 



trouve iiii tiom de femme suivi d'un nom d'homme au génitif, on peut être 
pr a.-, que sûr que c'est « épou'îe » qu'il faut sous-entendre ; pour les filles on 
ajoute onLlnairemHnt le moifUin entier ou abr«^gé » (Ch. Morel, Dict. dea ant., 
s. V. Nom.'^n, p. 94 B), On aimerait à connaître les exceptions. 

1. Hubner, Rom. Epigraohik (dans le Manuel d'Iwan Millier, 2« éd., I, 
p. 677) cite encore CIL, I. 151 ; XIV, 3100 et 3115. 



338 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Byzance, Propontidis angustias et os Ponticum. On ne dit pas 
qu'il prolongea son voyage jusqu'à Sinope, mais c'est bien cer- 
tainement à l'occasion de ce voyage, comme l'ont noté Gagnât 
et Lafaye, que la colonie romaine affirma son loyalisme par 
l'érection d'une statue à Agrippine et sans doute aussi à son 
mari. 

5. — Tambour de colonne (base de statue?) en marbre, exhu- 
mé en 1911 dans les fondations du mur situé en face de la 
plaine <ï>otviy.(5a ; transporté dans la cour du gymnase turc. Hau- 
teur 1"^,64; circonférence 2"^, 02. 

r • IH2TYAAI0N 
MAZIMON rrMNA 
2TAPXH2ANTA KAI 
ZT2TAPXHIANTA 
5 TH2 KOAjQNEIAI EHI 

OANOI KAI AHMO0OI 
NHIANTA AZiniANTOI 
TOT AHMOT KAI TH2 B0TAH2 
S'HOIZAMENHI 

r (atôv) Sy3(7t('j)XXcov 

(:(t)ap5(7](7avTa xai 
Çucriap^c/jaavTa 

5 TYJÇ X0Xa)V£iaÇ £7Ul- 

<pavwç xal ^yj^loSoi- 
v^aavxa . 'A^iwaavxoç 

Statue érigée, par décision du peuple et du Conseil, à C. Sex- 
tilius Maximus, gymnasiarque, xystarque, et qui a offert au 
peuple un banquet. 

Dans SyjaxuXX'.ov de la copie, le second sigma (pour l'X latin) 
est normal ; il se rencontre (dans la transcription du nom Sex- 
tius) par exemple chez Dion Cassius, LUI, 32. Le double X n'est 
pas non plus surprenant dans une ville où nous avons vu 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 339 

Aixi vvioç. Reste le u qui au premier abord est suspect et pourrait 
n'être qu'un iota mal lu, comme dans le mot y^H^^'^'^'J^PX'l^^'''^^- 
Toutefois, dans l'inscription de Cotyaeum, GIG., 3829 (lecture 
rectifiée à l'appendice, p. 1058) la copie de Wolfî eHETYAIOE 
semble bien correspondre également à une graphie SyjœiùXioç. 
Et dans une inscription d'Amisus, ville voisine de Sinope 
(Cagnat-Lafaye, Insc. graec. ad Rom., III, 97), on lit même 
Sr^cjTjAMaç. La leçon de M. Aviérinos doit donc être respectée. 

On connaissait déjà un gymnasiarqueà Sinope (GIG., 4157 = 
Robinson 39; Gagnât 95). Le xystarque y est nouveau. Ge magis- 
trat, qui tire son nom du Huarcç, lieu « nivelé » où s'exerçaient 
les athlètes, paraît avoir été préposé à tous les jeux célébrés dans 
une cité. La fonction était viagère et, ce semble, conférée par 
l'empereur (Dittenberger, Oriens graecus, n" 714; Liebenam, 
Stàdteverfassung, p. 375). 

La Sy]L>.o9o'.via, festin offert au public, est fréquente ; il n'en est 
pas de même du verbe âY)[;.o6otv£(i) (cf. âa[j.oôciv£a) dans Gollitz, 
Insc. diaL 4698). 

Remarquez le titre de colonie (xoXwvs'.a) que prend ici Sinope. 
Cette colonie, comme le prouve l'ère monétaire de 45 av. J.-G. 
(sur certaines pièces il existe, il est vrai, une autre ère de 70 av. 
J.-G.), remontait à Jules Gésar. Le nom officiel était Colonia Iulia 
Félix Sinope et la ville, si l'on en croit Ulpien (Dig. L, 15, 1, 
§10), jouissait àujus italiciim. 

6. — Golonne de marbre (base de statue) provenant des murs 
récemment démolis au N.-O. de la ville, vis-à-vis la plaine 
<ï>oivix{Sa. Hauteur l'",60. Girc. 2™,20. 

SACERDOTI 
OMNIVM CAESAR 
TVETVIRO • T • FIL • GOL 
CAMPESTIR . AVGVIR • II • VIRO 
5 IIVIR • a • Q • II • VR • JII • PANEC - [I]rGRATI 

ANVON • SACERDOTI DA LRCVRI 

CONDTOIR • PATRIAT • H II • MISSO LECMO 

ACOLONAI NVRBEMSIKEVIATCO 



340 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

SEMELOVIDEMARDDIVOM HADRIANVM... 
10 III AVEM ADOPTIMVM MAXIMVM OVE... 

BISIMPCAESAR • T • AELIVM h[a]dRIANVM. . . 
ANTONINVM • AVC • PIVM 

EX DD 

VICVSCOPDY 

Sacerdoti 

omnium Caesar[utn 

T. Velu{ri)o T. fil. (^C)ol. 

Campestri, auguri, II viro^ 
5 II vir(o) q{idn)q{tiennalï) , // v{t)r(p) III 

... sacerdoti d(ei) [M]ercuri, 

condilo(ri) patria(e)y II II misso leg(at)o 

a colon{i)a in Urbem si(n)e viat(i)co, 

semel {q)uidem ad divom Hadrianum, 
10 III au(j)em ad optimum maximum{q)ue [dominum or 

bis imp. Caesar. T. Aelium Hadrianum 

Antoninum Au{g). Piiim. 

Ex d{ecurionuni) d(ecreîo) 

viens 

Statue érigée, en vertu d'un décret du Conseil, par une bour- 
gade (?) du territoire de Sinope à Titus Veturius Gampester, 
fils de Titus, de la tribu Collina qui a exercé les fonctions sui- 
vantes : prêtre des Empereurs, augure, trois fois duumvir 
iuri dicundo dont une en qualité de qiiinquennalis (censeur).. . 
prêtre de Mercure, chargé de quatre ambassades gratuites à 
Rome, dont une auprès d'Hadrien et trois auprès d'Antonin. 
' La transcription de ce texte est particulièrement défectueuse 
parce que les copistes grecs sont peu familiers avec l'écriture 
latine. Quatre fois le groupe RI est devenu \k (1. 3, 4, 7), des C 
sont pris pour des G et réciproquement, des Q pour des O; 
des lettres sont omises {colona, 1. 8; viatco, avem, 1. 10) ou 
ajoutées, etc. ; enfin le copiste, ne saisissant pas bien le sens 
même de ce qu'il peut lire, ajoute à la fin des lignes l'indication 
de lacunes imaginaires, qui risquent d'induire en erreur. 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 341 

L. 1-2. Sacerdoti omnium Caesar[um. C'est la prêtrise de 
Rome, d'Auguste et de ses successeurs, qui constitue tantôt un 
sacerdoce provincial, tantôt (comme ici) municipal. Ce sacer- 
doce était sans doute considéré comme la plus haute dignité 
dans la cité, et c'est pourquoi, dans notre texte, il est men- 
tionné en tête de toutes les fonctions remplies par Veturius, et 
même avant l'indication de son nom. Le prêtre du culte des 
empereurs est ordinairement désigné sous l'appellation de 
sacerdos (ou flamen) Aiigustorum^ divoriim, Augustorum , divo- 
rum omnium. L'expression Caesarum ici employée est un 
hellénisme, comme nous en trouverons plusieurs dans la suite 
de l'inscription. Une inscription latine de Sinope (CIL., III, 6980) 
mentionne déjà un sacerd{os) ïw/?(eratoris) Caesaris Aug{usii). 

L. 3-4. T, Veturio T(iti) f{dio) Col{lina) Campestri. Le sur- 
nom Campester s'est déjà rencontré dans diverses familles 
iProsop. imp. rom. II, 321, n^ 53; Dessau 7631 = CIL, X, 
7040, etc.). 

Le personnage appartient à la vieille tribu Collina, où l'on 
a inscrit, à l'époque impériale, beaucoup d'Asiatiques devenus 
citoyens (Mommsen, Staatsrecht, III, 443). 

Notre inscription infirme l'opinion de Mommsen (CIL, III, 
p. 46) et de Kubicek [Imperium Romanum trihutim descripium, 
Vienne, 1889, p. 252)' suivant laquelle la colonie de Sinope 
aurait fait partie de la tribu Pollia, la « tribu castrensis » {Eph. 
epig., V, 14). Cette opinion se fonde exclusivement sur une 
inscription de Schlossau dans la vallée du Neckar (Orelli, 6787; 
Brambach, C. Im. Rhen., 1732; CIL, XIII, II, 1, n« 6502) ainsi 
conçue : 

FORTVNAE SAC(f«m) 

BRiTTONES TRipÇuHenses') 

QVI SVNT SVB CVRA 
T MANI T F POLLIA 
5 MAGNl SENOPE («'cj 

;(z= centurionis) leg xxii p p f o{piis) vÇerfecerunt) 
{. Kt déjà antérieurement dans sa dissertation de 1982, De Romanorum tri- 



342 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Il résulte bien de ce texte qu'un certain T. Manius Magnus, 
originaire de Sinope, appartenait à la tribu Pollia ; mais une 
hirondelle ne fait pas le printemps. La seule autre inscription 
à ma connaissance qui mentionne la tribu d'un Sinopien est la 
dédicace à G. Numisius Primus (CIL, 111, 6980) qui débute ainsi : 
C. Numisio Sp. f. QuO^rina) Primo Nauarcho^ sacerd[oti) imp. 
Caesaris Aug., etc. Voilà donc trois individus, originaires de 
Sinope, enregistrés dans trois tribus différentes, Pollia, Qui- 
rina, Collina. On voit par là combien il faut se méfier de con- 
clure hâtivement, d'après un exemple unique, à la tribu d'une 
cité entière ^ 

L. 4-5. Aiiguri, duiimviro, duumviro qiiinqtiennali, duumviro 
tertio. 

C'est la première fois que l'augure figure parmi les magis- 
trats de Sinope. Pour le duumvirat et le duumvirat quinquen- 
nal, voir l'inscription déjà citée de G. Numisius Primus (GIL, 
III, 6980) ...aed. II vir. iter. Ilvlr. quinq. 

Les duomri iuri dicundo, principaux magistrats annuels de 
la colonie, prenaient tous les cinq ans le titre de duomri quin- 
quennales et étaient, en cette qualité, chargés du cens. Le 
« quinquennaliat » roule donc, si l'on peut dire, avec le duum- 
virat ordinaire et l'on comprend que Veturius, après avoir été 
1° duumvir ordinaire, 2° quinquennal, élu de nouveau duumvir 
s'intitule duumvir tertio. Régulièrement même, à l'occasion de 
sa censure, il aurait pu et dû s'intituler duumviro II quinquen- 
nali comme Holconius Rufus (GIL, X, 837) et d'autres. Voyez 



huum origine ac propagaiione {Abhandl. d. arch. epig. Seminars, Wien, III) 
p. 127. 

1. Ce nom est écrit par Kubicek avec une minuscule initiale, mais je doute 
fort qu'il y ait eu à Sinope, sous l'empire, un magistrat appelé navarque. (Le 
Tiovtrapx/i; de CIG., 4157 — Robinson 39 est tout autre chose). Nous voyons, en 
outre, par l'inscription de T. Veturius, que le sacerdoce des empereurs doit 
figurer en tête du cursus. Nauap/o; comme nom propre est attesté. 

2. Il se pourrait qu'une quatrième tribu, la Publilia, fut mentionnée dans 
l'obscure inscription bilingue Robinson 51 : ^JI^to; 'EYv[âTto;]... | 'EyvaTÎou^ 
0... I àTi]b(?)Tri; (TTtetpy);... | P]ublilia Urb... 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 343 

Mommsen (CIL, X, p. 92) ; Liebenam, Diwviri dans Pauly-Wis- 
sowa, col. 1809. 

L. 5-6. Panec. ..rgrati \ anvo?i. 

Je ne puis rien tirer de certain de ces mots évidemment mal 
copiés. PANEC est probablement PANEG (cf. plus haut la faute 
inverse GOL pour COL, et plus bas, 1. 7, LEC pour LEG). On 
pourrait supposer que Veturius a exercé les fonctions de 
TTjzvrfi'upiapxYîç, ordonnateur d'une panégyrie, fréquemment men- 
tionnées à l'époque impériale (Liebenam, Stàdteverfassiing , 
p. 375, note 2). Mais l'abréviation de ce titre grec est peu 
admissible. Ou bien Veturius a-t-il été chargé de prononcer le 
panégyrique de l'empereur et faut-il chercher dans les lettres 
RGRATIANVÔN les mots [i7npe]rat. An{t)on{mi)'> Cela est infi- 
niment risqué. Le groupe ANVON, s'il ne cache pas quelque 
mention de l'annone, pourrait être un lapsus pour ANNVO (cf. 
CAMPESTIR pour campestri, etc.) et se rattacher à sacerdoti. 
Le sacerdoce annuel (par opposition au sacerdoce viager, 5ià 
^io'J) est la règle dans les cités grecques (Ph. E. Legrand, dans 
le Dict. des Antiq., s. v. Sacerdos, p. 938), à la différence de ce 
qui se passait à Rome 

L. 6. annuo (?) sacerdoti d[ei^^) [M]ercuri. 

Le culte d'Hermès-Mercure était déjà attesté à Sinope par les 
monnaies de l'époque impériale qui représentent soit ce dieu 
(Babelon-Reinach, n^^^ 132, 144) soit son caducée (n^^ 114, 118, 
124, 139 ; le plus ancien exemple, qui sera décrit dans la 
deuxième édition, est un bronze de Marc Aurèle César à Pétro- 
grad). Une inscription bizarre copiée par Robinson (n^ 64) 
mentionne 6PMHC à côté de Thémis, Hélios, Séléné, Hydrêchoos 
et Sirius! A cette occasion Robinson a rappelé le temple et la 
statue d'Hermès à Trapézus, colonie de Sinope (Arrien, Perip. 
Eux,, 3). 

L. 7. conditori patriae. — Hellénisme, que je ne me souviens 



1. La copie a DA, qui certainement s'éloigne beaucoup de DEL i^&is je ne 
trouve pas de restitution plus satisfaisante. 



I 



344 ftEVÙE ARCHÊOLOGiQUÊ 

pas d'avoir encore rencontré dans une inscription latine. Les 
Grecs appliquent cette épithète, xt'cjtt;? x-qç x6X£(.)ç, vr,q r.x-zp'.ooc, 
môme à des consuls ou à de grands personnages romains pour 
lesquels elle n'oiïre qu'un sens métaphorique « ubi nihil aliud 
indicandum sit quam hominem aliquid ad commodum civitatis 
contulisse » (Dittenberger, Orleiis graecus, II, p. 125). 

L. 7-8. Quater misso legato a colonia in Urbem sine viatico. 
On rappelle souvent le nombre total des ambassades à Rome 
confiées à un même personnage (Gagnât, Dict. des antiq.^ v. 
l.rgotio, p. 1036). Gomme elles grevaient lourdement le budget 
communal s'il fallait les payer, on souligne volontiers le fait que 
le citoyen honoré a accepté de les remplir gratuitement, gra- 
tiiito, TCpoTxa, £x Twv tSiwv, etc. Mais quoique l'indemnité de route 
s'appelle bien en latin viaticum (ou iegaiivum),]e ne me souviens 
pas d'avoir jamais rencontré dans un texte latin la locution 
sine viatico pour gratniio : c'est encore un hellénisme, le grec 
àv£Î> £çc5{o)v, qui s'est trouvé par exemple à Mylasa (Le Bas- 
Waddington, n<> 395). 

L. 9-12. Semel quidem ad divom H adriamtm , ter aiitem ad 
optimum maximuinque [dominiim or]bis imp, Caes. T. yEHiim 
Hadrianum Aug. Pium. 

La restitution [dominum or]his est la plus courte et la meil- 
leure à laquelle on puisse songer : les qualificatifs optimum 
maximumque, fréquemment appliqués à Antonin le Pieux 
(Dessau, 845, 2666 A, 2735, 5503), exigent après eux un substan- 
tif distinct de imperatorem, ordinairement principem, ici domi- 
num orbis. Il est vrai que, dans les inscriptions latines, cette 
désignation hyperbolique n'apparaît que beaucoup plus tardi 
vement, au temps des Gonstantin (GIL, V, 3331), des Julien 
(Dessau, 751, 754), des Valentinien et Valens {rb. 5910). Mais ici 
encore l'adulation grecque a devancé la servitude romaine. 
Nous voyons déjà Marc-Aurèle qualifié à Hiérapytna de xùpioç 
r?;; c'.xou;jivY); (GIG, 2581), de même L. Verus {ib. 2582). Pour 
Antonin lui-même, outre l'inscription de Iotapa(GIG., 4416) oii 
l'on peut hésiter entre xjp'.o; et v.xiivr^z tyjç olx., nous avons le 



INSCRIPTIONS DE SlNOt»E 345 

propre témoignage de Tempereur répondant à un pétitionnaire 
de Nicomédie : Iyo) {J.£V xou 7,ca[;.o'j xupicç, 6 Bà véi).cq x^ç ôaAaaar^ç 
(Digeste, XIV, 2, 9). Quoi qu'il en soit, notre inscription, si 
Ton admet ma restitution, est le plus ancien exemple de cette 
manière de parler dans un texte épigraphique latin. 

L. d3-14. ex d[ecurio7ium) d{ec?'eto) viens COPDY. 

Quoique le monument ait été érigé par ordre du Sénat de 
Sinope, il est bien possible que l'initiative et les frais en revins- 
sent à un des vici entre lesquels se partageait le territoire de 
la colonie : une division analogue est attestée àAriminum et à 
Antioche de Pisidie (Liebenam, op. ciL, p. 225). La lecture 
VI CVS peut donc être conservée; mais que faire du monstrum 
COPDY avec son impossible Y ? Aucune des corrections qui se 
sont présentées à mon esprit' ne me satisfait suffisamment pour 
que je la propose : auxilium lapidis expectandum. 

7. — Plaque de marbre haute de 2^^,20, large de 0»°, 88". Versle 
haut, deux bustes d'homme ; au bas, un navire de type hellé- 
nique. Découverte hors des murs dans l'isthme et transférée 
depuis dans une salle de la préfecture. Texte très détérioré 

(Xiav '^y.pwT-^ptaff'txévr^). 

XAi P OIC 

o o 

nAPO AEI TA 

(OnOAAAIPAKYEAI) KAAAINIKOC 
KYMATA ETMEYI AMOH-E--XA 
5 THN NAYKAHPIÀN ONIOAAAI lA 

AENPY0 OnOY KEI NN 

PP K--OYA A 

--nE--TAA--TKAAAION 

NION BOYN OMOIP N IN TOTHA 



1 COPTV(= K^TTioo), COPRV(=: K6itpoj), CORDI, GORDIV v^cms 

Gordiu = Topûtou xwjjlyi, mais pas, bien entendu, la bourgade appelée sous 
l'empire Juliopolis et qui se trouvait à l'autre extrémité de la province. 

2. Les dimensions indiquées par Robinson sont différentes(haut. lm,34,larg. 
On. ,70 ; ép. 0i»,16. Lettres de 15 à 20 mill.). 

V SÉRIE, T. III. 23 



346 Revue archéologique 

10 nON K lOEA A AlAnATA ET 

PEN ne ETIOT TON (KOjnON AIE 
TE0H BOYAEYMATA lOYAIOC KAAAI 
NHKOC NATKAHPOC 
C OAAOI I 

15 AI 

Cette inscription a été mentionnée, mais non publiée par 
Robinson dans V American Journal of Philology, 1906, p. 448. 
Il en avait reçu une copie par M. Myrodès, qu'il jugeait trop 
imparfaite pour la publier. Il se contenta d'en reproduire les 
premières lignes ainsi : 

Xapoiç {sic) TuapoSeÎTa • o TucXXà TiXsuaaç KaXxsixoç {sic) xu[ji.aTa 
et les dernières 

'louXioç KaXTC£i7.oç [sic] vauxXyjpoç evôàBs xsTxat 

L'inscription est en vers (trimètres iambiques), mais pré- 
cédée et suivie de formules en prose. 

La copie de M. Aviérinos, pas plus que celle de M. Myrodès, 
ne se prête à une restitution intégrale. Cependant, avant même 
de connaître l'article de Robinson, j'avais ainsi restauré et 
communiqué à l'Association des Études grecques le commence- 
ment de ce texte : 

Xatpotç TrapoBsTTa. 
*0 TuoXXà TuXeùaaç KaA)a'viîccç 7,u[j.aTa 

Ma conjecture TTAEYCAC, tirée de la transcription IPAKYEAI '^ 
d' Aviérinos, est heureusement confirmée par la copie de My- 
rodès, et prouve que la critique épigraphique n'est pas une 
simple amusette. — KAAAINIKOC d' Aviérinos (cf. 1. 12-13) doit 
sûrement être préféré, ne fut-ce qu'à cause du mètre, au 
KAATTEIKOC de Myrodès. Ma restitution du deuxième vers me 
paraît se justifier très bien au point de vue paléographique. 

Aviérinos ETMEYI AMOH • 
devient EHAETCE AH0EN 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 347 

Quant au reste de Tépigramme, iTzi^ia. Je ne puis même déter- 
miner avec certitude le nombre de vers jusqu'au mot xctcwv 
(1. 11) où paraît se terminer le texte poétique. 

Aux 1. 5-6 (vers 3) on peut conjecturer 

ov "^ SàXaaaa B'(?)£V pu6w tcou xsi'iasvov 

OU quelque chose d'approchant. 
Auxl. 10-11 (vers??): 

àva'TrauXav eOpsv waie (?) toioutwv xottwv. 

Cf. CIG, 6860 B (Kaibel, Epig. 650) : Xa^^^v toBs gyjja' àvàirau- 
fjLat I vouatov /.al /,a[j.àTOto xal cHy^eoq rfiï tuovoio. 

Les dernières lignes (prose) peuvent se lire : 

hexi^-q (3oi>X£uiJi.aTa *. 'loJXcoç KaXXivixoç vaùxXrjpoç èv9a§£ XET-cai 

(ces deux derniers mots d'après la copie de Myrodès). 

A propos de cet armateur (vaj/,AYîpoç) de Sinope, Robinson 
rappelle un décret de proxénie de Chersonèse publié par Laty- 
schew (Inscr. Ant. orae sept. P. Eiixini, IV, n° 72), en l'honneur 
de r. Kaioç EÙTu^iavoç vauxXapoç Sivwxsuç. Mais le libellé du décret 
n'indique nullement qu'il s'agisse d'un armateur, et Latyschew 
considère Nauv.Xapoç comme un nom propre. 

8. — Plaque de marbre brisée en haut et des deux côtés. On y 
voit un bas-relief représentant une femme vue de trois quarts ; 
assise sur un fauteuil, la main droite appuyée sur le bras du 
siège, la gauche posée sur son genou. Derrière elle une servante 
porte un mouchoir (?) à ses yeux et semble pleurer ; sous le siège 
une édicule (Tcaps/.Xr^aiov). Sur la base, séparée du sujet par une 
moulure, divers reliefs — motifs de marqueterie (d^r^çiSwiAaTa), 
amours, têtes de taureaux — en deux registres. Comme la pré- 
cédente, cette plaque provient du S. 0. de la ville (région de 
l'isthme) et a été transportée dans une cave de la préfecture. 



i. C'est-à-dire « ses dernières volontés ont été déposées par écrit » ; en 
d'autres termes, il a laissé un testament. 



348 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

PAEL • POMPEIVS • VETER • EXC 
CARNVN IVMPANONIAE • SVPERIORIS • 

NVMERIAE PROCOPETICO 

PIISSIMAE Q • PVDICITIAE CASTITA 

5 aVAE VIX[t]t • ANN • L- CTMIHIVIVV 

OBITVM NOSTRVM APERVERIT S 

DABITPOENAE NOMNEREIPVBL • SPL 

SINOP • DENAR - aVIN QVEMILIA * SIMV 

KAPN 
1 HAIA • nOMOHIOC EZ EKATONTAPXIAC 
10 2 nPOKOnH rYNAlKI eatot eycetectathn 

3 CEMNOTHTI CW(1)P0CTNHX MEMAPTTPHMAI 

4 CH • ETECIN • N KAI EATTO ZON EBHKA EAN AE 

5 TOHMACKATATE0HNAITOAMHCACANOIIEITAT 

6 nTAlAON AWCEI HPOITEIMOT TH AAMnPA 
15 7 KOAWNEIA IINWnH • X • HENTAKIIXEIA 

8 YnETGTNOI E2TETH2TTMBWPTXII ■ 

P. j^l. Pompeius veter{anus) ex cÇenturione) [natus? 
Carnun(t)um Pan(n)oniae superioris 
Numeriae Procopeti co[niugi sanctissimae ? 
piissimaeque, pudicitiae castita[tis eximiae? 
5 quae vixit ann. L {e)t mihi vivu[s feci. Si quis post 
obitumnostriim aperuerit s[arcophagum istum? 
dabît poenae nom{i)ne rei puhl. spl. [coloniae 
SinopÇensîs) denar. quinque milia^ simu[l sepulcri violati reus erit'l 

Kapv[ouTTvoç? 

1 n. Ai.'X(toç) ncjj.iï'^ioç ic, ÏY.xio^xcf.gyioLq 

10 2 npoxoTuf) Yuva'./.l lau(T)ou £Ùj£(6)£aTaT'^ [xal sTut 

3 aepLVÔTr^Tt awçpoauvr^ç {ji,£[ji.apTup'r;[;.(£)[vY;, (Siwaa- 

4 jyj £T£(7tv V y.al èauTG) ^wv è'Or^/.a • èàv Séfitç, ^zvx. 

5 To -^iJLa? xaxaxeO^vat, ToXfJiYjaaç âvo(ç£i Tau[TY3V Ty)v 

6 7uu(£)Xov, 3wai£t 7:ç)0ù'zzi\).Q\i tyJ Xa{ji.7:pa 
15 7 xoXtovîia SivwkYJ X '::£VTaxt(Ty£iX[ia y.al 

8 07:£69uvo; £ai(a'.) tyjç Tupi.6a)pu;(i(a)ç 

Monument funéraire de P. Aelius Pompeius, vétéran, ci-de- 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 349 

vant centurion, originaire de Carnuntum, dans la Pannonie 
supérieure. Il l'érig-e de son vivant à lui-même et à sa femme, 
décédée à Tâge de 50 ans, Numeria Procopé. L'usurpateur 
payera une amende de 5 000 deniers au trésor public de Sinope 
et sera poursuivi pour viol de sépulture. 

Cette inscription est le premier texte bilingue découvert à 
Sinope, ville bilingue par excellence, si l'on excepte le court 
fragment n" 51 de Robinson, dont la restitution est très dou- 
teuse. Dans notre document, le texte grec aussi bien que le 
latin présentent des lacunes, mais en combinant les deux ver- 
sions on arrive presque partout à une restitution assurée. Tou- 
tefois il ne faudrait pas considérer le texte grec comme calqué 
littéralement sur le latin ; dans des passages bien conservés de 
part et d'autre, on constate des divergences d'expression peu 
importantes, mais certaines, qui doivent nous mettre en garde 
ailleurs contre une traduction trop servile. 

L. 1-2 du texte latin, correspondant à 1. 1 (9) du texte grec. 
ex centurione (cf. Dessau, 2778, 4323, 6855, etc.) se traduirait 
plus correctement par olt.o £7.aTGVTàp)^ou {Imc. Graec ad res Rom., 
III, 1219); £?est un latinisme dont on peut rapprocher va Poy)6ou, 
I; ::pwr/^y.Topoç dans une inscription de basse époque {ibid., I, 
1481), mais èxaTovTap/'a; au lieu de £/.aTovTdcp)jc'j est tout à fait 
insolite. Quant au mot vateranus on peut, à la rigueur, en 
suppléer la traduction grecque à la fin de 1. 9, qui paraît plus 
courte que les suivantes. Le lapicide a ajouté en surcharge l'in- 
dication de la patrie — Kapvfouitvoç?] — qu'il avait omise. 
Dans le texte latin, Carnuntum pour Carnuaio est une faute bien 
difficile à admettre. En suppléant dubitativement nalus' je me 
suis inspiré de l'inscription CIL., VI, 700 (Wilmanns, 2655) où 
on lit : natMS in Siiria Ninbyn. 

Pannoniae supérioris. La Pannonie a été divisée en deux pro- 
vinces l'an 106 ou 107 ap. J.-C. (Dict. des antiq., v. Provincia, 
p. 725). C'est donc là un terminus pont quem pour notre inscrip- 

1. ad ou a-pud Carnuntum serait correct mais, je croi?, sans exemple. 



|i 



350 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

tien, mais elle est sûrement beaucoup plus récente. Je ne la 
crois pas antérieure au règne de Marc Aurèle, où apparaissent 
les premières amendes funéraires dans ces régions. 

L. 3-5 du texte latin = 2-4 (10-12) du texte grec. 

Le nom de femme Ilpoy.oizq s'est déjà rencontré sous sa forme 
latine Procope (CIL, VI, 25075 = Dessau, 8498), mais le datif 
Procopeti est bien singulier : comparez pourtant Aelianeti^ 
Dessau, 8195 *. Le texte grec omet le gentilice Numeria, à moins 
qu'il ne faille le suppléer à la fin de la 1. 9. 

EAYOY, EYCEYECTATHN peuvent être attribués soit au lapi- 
cide, soit au copiste; mais, malgré la première personne à'6r<y,a 
(1. 12), il ne faudrait pas corriger eauou en àjjLauxou; cf. èau-cw à la 
1. 12. De pareilles incohérences ne sont pas rares dans les in- 
scriptions funéraires. Voyez à Sinope même Robinson, n° 44 : 
MaÇipLOç laipoç lÔY^xa tyjv aopov èauTW xal Zoyj t^ ^\^^ici.iv,l [jlou. 

A la 1. 11 (jt,£[j.apTupY3[jLai[vY] pour [jL£[j.apTupy)pis[vY3 est assez trou- 
blant. Cf. pourtant, plus bas, xuaiXov pour TiueXov et inversement 
saie pour la-caL 

gtwaaaY] sxeatv v peut être considéré comme un latinisme : on 
trouve assez souvent, à cette époque, vixit annis^ mensibus ... au 
lieu de annos, menses. 

L. 5-8 du texte latin = 4-8 (12-16) du texte grec. 

Nous avions déjà à Sinope un exemple d'amende funéraire 
au profit de la colonie (Robinson, n° 43), mais de 1.500 deniers 
seulement, tandis qu'elle atteint ici 5.000 deniers, ce qui est à 
peu près le tarif maximum dans les provinces ^ 

A côté de cette amende ou plutôt de cette clause pénale sti- 
pulée ordinairement au profit du trésor locaP ou impérial — 
poena, irpocrieijxov, jamais muita — , dont les exemples sont nom- 



1. On ne peut guère songer à corriger PROCOPE T- F* Le scribe au- 
rait sûrement écrit PROCOPAE- ^ 

2. Cf. Mommsen, Rom. Strafrecht^ p. 817. 

3. rei pM6/(icae) sp/(endidae) [coloniae] Sinop(ensis) (cf. Plin. Ep. X, 91 
coloniam Sinopensem) doit naturellement se traduire « au trésor public de la 
colonie ». 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 351 

breux dans TOrient grec et en Italie à partir de la seconde moitié 
du II® siècle ', les textes grecs ouvrent l'action de Tu[jt.6(i)pux(a qui 
paraît correspondre à l'action prétorienne sepiilcri violati (Dig., 
47, 12). Cette dernière action, primitivement réservée à la 
famille, avait fini par être étendue à tout venant et comportait 
une condamnation à 100 aurei = 10.000 sesterces au profit du 
demandeur (Dig. 47, 12, 3pr.). Ce n'est que bien plus tard qu'il 
est question de peines corporelles (CIL, V, 8761 , iv® siècle). L'ac- 
tion prétorienne n'est pas, à ma connaissance, mentionnée 
dans les inscriptions latines d'époque impériale ; il serait donc 
intéressant de savoir exactement comment était traduite la 
phrase grecque relative à la TuixSwpuyia, traduction annoncée et 
amorcée par le mot SIIVIV[L]. Le supplément proposé, qui s'ins- 
pire des textes du Digeste, est un peu long pour l'étendue pro- 
bable de la lacune. 

9. — Plaque de marbre haute de 2'", 12, large de 0"^,45^ Au 
sommet un buste d'homme en relief. Conservée avec d'autres 
fragments de sculpture dans une salle de la préfecture. 

or TAO02 AAAA AI0OI ITHAH MO 

NON • ECTH AE CHMA 
NAPKICOT nOAAAI OinOTE 
XEN XAPITA2 
5 HN AfAGOI KAI HANTA KAAA02 
0PEII AEIXEN AAHOni 
ATTHN THN OTAIOT NE2T0P0Z 

ETEniHN • , 

n 00ONE nANAAMATflP KAI TAP 2E 
10 KAAni KATAAEZn 

or KAI AH TOinN OAAHMENHN 
MEPOnON • 

Variantes de la copie Myrodès (Robinson). L. 1. CTHAH 
2. ECTI 3. NAPKICCOY 5. KAAOC 10. KAKHC. 

1. Dessau, n" 8209-8258; Liebenara, Slàdteverwaltung , p. 49 suiv. 

2. Les dimensions indiquées par Robinson sont : hauteur lo»,27 ; largeur 
0'>, 60; épaisseur O'^tlô. Lettres de 15 à 20 millimètres. 



352 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Où Taçoç, àXka Xiôoç avr^Ti [j.6vov • ècxl Bà a^|ji,a 
Napxiaaou, TroAXàç cç ttct ' l}(£V )jàptTaç. 

*Hv âyaOcç xal Tuàvia y.aXoç, çpsal B' sT^^ev àXr^ôûç 
aÙTYJV TYjV IluAiou NéjTopoç £'J£T:{r^V. 

^Q $Ô6vc 7ravBa[;.àTa)p, xai vàp aà xaxwç xaTaXéÇw^ 

O'JX 'At3Y3(v), Tc((i)V oXXutjivtOV {J.£p6TU(0V. 

Épitaphe, en distiques élégiaques, de Narcisse (jeune avo- 
cat?), qui fut de son vivant plein de grâces, de vertus et d'élo- 
quence. Le monument est un cénotaphe. 

L'épigramme, que je croyais inédite lorsque je l'ai présentée 
à l'Académie des Inscriptions, a été en réalité publiée déjà par 
Robinson dans V American journal of Philologij, 1906, p. 448, 
d'après une copie de Myrodès. Cette copie donne la même divi- 
sion de lignes que celle d'Aviérinos et en diffère par quelques 
variantes orthographiques insignifiantes que j'ai notées; la 
seule variante importante est celle de la 1. 10, xaxw; au lieu de 
x;cXo)ç; je crois la leçon de Myrodès préférable, quoique xaXwç 
puisse, à la rigueur, s'interpréter. A noter aussi que, d'après 
Myrodès, tous les sigma ont la forme carrée (C), qui indique 
une époque assez basse (fin du n® siècle ?). 

Au V. 2 la forme îyvi (corrigée à tort par Robinson en ûyvt) 
doit être conservée à cause du mètre; c'est aussi pour des rai- 
sons métriques que le versificateur a employé, v. 4, la forme 
ionique £j£-'!y;v pour £jÉK£'.av (cf. Anth. Pal., VI, 322). 

L'allusion à Nestor (v. 4) convient, dit Robinson, à une ville 
qui avait son édition particulière d'Homère; je suis plutôt porté 
à en conclure que le défunt était orateur (avocat) de profession. 

Quant à son âge, nous sommes renseignés par les vers 5-6, 
mais il faut tout d'abord les comprendre et les corriger. Les 
trois premiers mots du v. 6, tels qu'ils ont été transcrits exac- 
tement de même par les deux copistes grecs, OY KAI AH, 
n'offrent aucun sens, et je m'étonne que M. Robinson n'en ait 
pas fait l'observation. Il faut sûrement écrire, comme je l'ai 
fait, OYK AIAHN ou plutôt AlAH^J, ce qui explique plus facile- 
ment la disparition du N i comparez au v. 1 la ligature CTHAH 



INSCRIPTIONS DE SFNOPE 353 

(Myrodès). Au v. 5 xaxaXéqo) est évidemment pris dans le sens 
à'accuser, reprocher, sens étranger à la littérature classique, 
mais qu'on rencontre déjà dans Justin, 1^® Apol. IV, 7 : 
/.ataAsysiv xwv TuàvTwv Xptauavwv àaéôeuv (ce verbe a subi l'influence 
de xaTsiTceiv et de xaTaYopsuo)). Mais tandis que Justin construit 
correctement xaiaXéyfo avec l'accusatif du délit et lé génitif de 
la personne, notre poète anonyme emploie l'accusatif de la 
personne (aà, 'Ai3r<v) et le génitif du délit ([xspÔTcwv oXXuijivwv). Il 
y a peut-être là un latinisme : insimidare aliquem furti. 

La phrase doit donc se traduire : « Envie (Phthonos) domp- 
teuse de toute chose, c'est à toi, non à Hadès, que je reproche 
durement la mort de pareils hommes ». 

Phthonos est le dieu de l'Envie ou l'Envie des dieux. Pendant 
masculin de Némésis, sa fortune a été moindre que celle de sa 
parèdre, parce que le nom commun ©ôivoç — à la différence de 
v£[j.£aiç — était resté dans l'usage. L'adage nomma numina n'est 
vrai qu'à condition que le nomen cesse d'être généralement 
compris. 

Phthonos apparaît assez rarement dans la littérature et l'art; 
sa mention sur des amulettes prouve cependant qu'il avait 
— comme invidia et invidus — sa place dans la superstition 
populaire. Dans les épigrammes funéraires on attribue couram- 
ment à ce dieu jaloux la mort prématurée des jeunes gens de 
belle espérance. Une épigramme de Naples (Kaibel 560) com- 
mence ainsi : 

(jTaç, Çéve" xavB' aôp*/;aov ïi:\ aiàXai KXeoTràxpav 
icv $96voç £'.ç 'Aiâav, où Xpévoç, i^Yaye-co. 

Philostrate, parlant du sophiste Hermocrate de Phocée, mort 
à 28 ans, dit dans sa prose poétique : à^yjpÉOY] lô xapsAOsTv ïq â'vopaç 
1>06vf;j àXou; (Vit, SophUt., II, 26, 7). Encore à l'époque chré- 
tienne Grégoire de Nazianze, pleurant son frère Gésaire enlevé 
dans la fleur de l'âge, fait dire par le tombeau au passant qui 

l'injurie : 

o'jy. è'aO ' 6 tÛ|jl6oç aritoç • (jly) XoiSôpei. 

^ôovou t65' £jtW èpYÔv (AP. VIII, 85) 



354 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

et de même (VIII, 100) 

Kaiaap'.ov Slvlov <ï>86voç -î^pxaasv. 

Ces exemples attestent une tradition littéraire et permettent 
de conclure que Narcissos, comme Cléopâtre, Hermocrate, et 
Gésaire, est mort jeune. Notre poète, on le voit, n'est pas de 
ceux qui pensaient que mourir jeune c'était être aimé des dieux. 
Au lieu d'opposer Phthonos à Chronos, comme le poète de 
Naples, ou au Tombeau, comme Grégoire, il l'oppose à Hadès, 
dieu sombre, mais équitable, tandis que Phthonos, suivant 
Hippothoon (Stob., Flor.^ 38, 15), est le plus méchant et le plus 
injuste des dieux, xàxiaioç xàâ'.xwxaxoç ôeoç. 

10. — Colonne haute de 0",42 (?), cire. S'", 20. Extraite du 
mur récemment démoli, transférée et dressée dans une cour du 
gymnase turc. 

MEIOrnOI MAPKIAN02 POTOOI nAPAAOIOI 

IINnnETI nTKTHI NEIKHIAI EAA2TI0YI 

ArnNAl POMHN KAnETnAEIA--KATA TO 
EZH2 NEAN nOAiN E A-KTIA • B • OPHTOI KAI 

5 M0N02 imnnEnN [en-atia] b ♦ iiiomia b • 
nreiA oatmoia hanaonnaia npnroi 21 

NOnEON ANTIOXEIAN • V ' nPHTOI KAI MO 
NOI THN AnO AinNOI AnENEIKflN KAJ AN 
APHN HMEPA MIAN APHN HYGIA EN ANTIO 

10 XEIA NEIKOMHAEIAN V - OPHTOI KAI MO 
NOI TON AnO AlflNOZ nAlAONArENEinN AN 
APHN KOINA A2IAI IMTPNAN nEPPAMOM EO 
E20N THN EE APTOTI AI-AA B KOINA A2I2 
IAPAH2 • B// OIAAAEAOON-B • TPAAEI2 B lEPAN 

15 nOAIN BAAAIKEIAN 0TTEIPA B MITTAHNHN 
KOINON nONTON B KOlNONrAAATJAIBKOlNO 
MAKEAONIA2KOINON B- BrOTNIAI NEIKEAN 
B • KOINON KAHAAOKIAI KATAAA-2 ITAAAN 
TIAIAI0T2 PN PI 

20 EK AOrMATOZ BOTAHZ 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 355 

MEIOrnOS (?) Mapxuvoç 'Pouçoç, TuapaSo^o; 

Stvwireu; tuuxt'AJç, veix-z^aaç [Bl<j]ekoLa'ci{y.)ouq 

àyàivaç * 'Pwixyjv KaTC£T(i)7^£Ta [xplç?] xaià xo 

è^Yjç • Néav TuoXiv s' • "Ax-xia (3' irpwxoç xal 
5 {xovcç StvwTclwv • EN • ATI A g' • "laa9[xca P'- 

IluSia • 'OAujJLxia • navaôv^vata xpwxoç St- 

vwxéwv • 'Aviiô^eiav y' TCpwTOç xal pio- 

vo^ Twv ccTuo alôvoç àysvsiwv xal àv- 

âpwv "^pi-^p^c |J-i(a) • àvSpwv Iluôia èv 'Avno- 
10 ^Êia • NeixopLi^Sstav y' izpMzoq v.oà \x6- 

vos Twv àizo alwvoç 7ua''Sa)v àyevsiwv âv- 

5po)v ' Kotvà ^Aaiaç S[jLupvav népYa{jLo(v) "Eç- 

eaov • TYjv è? ''Apyouç 'Aa[7:(]Ba ^' • Koivà 'Aai(a)ç 

SapS(£t)ç [3' <î)iXaSa?(£ta)v g' Tpak('k)eiç g' 'lepàv 
15 TCÔXtv (i AaBixeiav Bu(à)T£ipa P' MtTuXrjv/jv • 

Kotvov n6vTo(u) p' • Koivov FaXaiiaç j3' • Koivo[v 

Max£Bov{aç * Kotvov B(£c)ôuv{aç • N£ix£av 

g' • Koivov KaTC(7u)a§ox':aç • KATAAA • S I xaXav- 

Tiaiouç [xai •^{jLtiaXavTiaiouç?] PN ■ * • PI 
20 £x Soyixaxoç (SouX^ç. 

Base de statue (?) érigée, par décision du Conseil, à M.... 
Marcianus Rufus, de Sinope, illustre ' pugiliste, dont on énu- 
mère les victoires dans tous les grands jeux de l'Italie, de la 
Grèce et de l'Asie. 

L 1. MElOYnoI est un nom inconnu et invraisemblable. 
On peut imaginer bien des corrections (Mév.zttoç, M. Uzùiz'.oq, 
etc ); aucune ne s'impose. 

2-19. — Les victoires énumérées composent deux séries : 
1° (1. 1-18) celles qui ont été remportées dans des jeux elaskoLc 
T'.xo'!, c'est à-dire comportant, outre une récompense surtout 
honorifique, le droit, pour le vainqueur, à une entrée triom- 

1. L'épithète uapâSo^o;, fréquemment appliquée aux athlètes, ne signifie 
rien de plus. C'est à tort que le Dictionnaire de Bailly (s. v.) en fait « le titre 
d'honneur de ceux qui avaient vaincu en un seul jour à la lutte et au pan- 
crace ». Cette définition n'est donnée par Piularque {comp. Cin. et Luc. 2) 
que pour le mot wapaîoÇovfxyjÇ. 



356 REVUE ARCHÉOLOGfQUE 

phale dans sa ville natale (Pline, Ep , X, 118-119)'; 2° (1. 18- 
19) les jeux de moindre dignité, où la récompense consistait 
en un talent ou un demi-talent d'argent. Les premiers seuls 
sont dénombrés en détail. L'ordre suivi n'est pas celui de la 
succession chronologique, mais un ordre vaguement géogra- 
phique : d'abord l'Italie (1. 3-4); ensuite la Grèce d'Europe (1. 4- 
7) ; puis la Syrie (1. 7-10), la Bithynie (1. 10-12), enfin les diffé- 
rents xoiva des provinces de l'Asie Mineure (1. 12-18). Toute- 
fois les Héraea d'Argos sont intercalées dans ce dernier groupe 
(1. 13) ainsi que le xoivov MaxeBoviaç (1. 17). 

L. 3. Tplç? xaTà To k^fiq. Cf. CIG. 2810. 

L. 4. Néav TuôXiv, sans doute les jeux Sébasta de Naples {/use. 
Sicil. 736, 746 7, etc.). — "Axxia : les fameux jeux de Nicopolis 
(Épire). Marcianus Rufus a été le premier et (jusqu'à présent) 
le seul athlète (pugiliste) de Sinope à triompher (ou à triom- 
pher deux fois?) dans ces jeux. On remarquera que les men- 
tions de ce genre suivent toujours le concours qu'elles qua- 
lifient. 

L. 5. EN • ATIA. Je ne puis déchiffrer cette énigme. On 
attendrait ici les NéjjLsta. 

L. 7. 'Avxiôxeiav, etc. Il s'agit bien de jeux célébrés à Antioche 
de Syrie, et non des 'AvTiôxeta d'Ionie, qui ont disparu à l'époque 
romaine. Les jeux simplement désignés par le nom 'AvTioxeiav 
se distinguent, nous ne savons comment, des Ilùôta h 'A^iioydcf. 
cités plus loin (1. 9) et qui ne figurent pas sur la liste des IlùOia 
donnée par Pottier dans le Dict. des antiquités, Pt/thia, p. 794*. 
Marcianus Rufus a remporté à Antioche trois victoires et, « le 
premier et le seul de tous les temps, il a dans la même journée 
triomphé dans le concours des adolescents (àyévetci) et dans 
celui des hommes faits. » On ne voit pas très bien comment le 
même athlète pouvait être admis le même jour à concourir 
parmi les adolescents et les hommes faits. Doit-on donc tra- 

1. Il semble bien que tous les àyt^J^eç '£?<>' comportent ce privilège et que les 
deux termes soient à peu près synonymes. 

2i Je ne les trouve pas non plus mentionnés sur les monnaies d'Antioche» 



INSCRIPTIONS DE SINOPE 357 

duire : « le premier et le seul de tous les adolescents et hommes 
faits, il a triomphé trois fois dans un jour*? » 

L. 13-15. La liste des Koivà 'Aaîa;" — c'est-à-dire des jeux 
célébrés par le commune Asiae provinciae — est coupée en deux 
groupes par les Héraea d'Argos, dénommées ici, comme sou- 
vent (CÏG., 234, 1068, 1421, etc.), d'après le bouclier d'Héra(TYîv 
à(77U'3a ''Hpac, Imc. Sicii., 1102) qui était donné en prix (Pindare, 
01., Vlï, 83 et Boeckh, a^/. /oc, p. 175). Le premier groupe se 
compose de trois villes connues pour avoir été à l'occasion le 
siège de ces réunions (cf. Reisch, Agones dans Pauly-Wissowa, 
p. 861; Brandis, Asi(/, ibid., p. 1558), Smyrne, Pergame, 
Éphèse ; le second en comprend trois certaines (Sardes, Phila- 
delphie, Laodicée), une douteuse (Traites, cf. Monceaux, De 
communi Asiae, 34) ; trois enfin pour lesquelles aucune réunion 
du xo'.vcv n'a encore été attestée (Hiérapolis, Thyatire, Mitylène). 
On pourrait donc être tenté d'arrêter la liste des xo^và 'Aaïaç 
après Philadelphie ou ïralles, et de considérer les jeux suivants 
comme des jeux locaux ; nous verrons plus loin que tel paraît 
être le cas pour la Bithynie. 

L. 17. Ko'.vov BciO'jviaç NsiV.sav (3'. A première vue on pourrait 
conclure de là que les jeux du commune Bithyniae se célébraient 
— ou pouvaient se célébrer — à Nicée. Mais les inscriptions 
connues jusqu'à présent (CIG., 1720, 3438; CIA., III, 129) 
donnent toutes Nicomëdie pour siège de ces jeux, de même que 
cette ville — quoique Nicée lui disputât la primauté morale de 
la province — était incontestablement la seule métropole (Dion 
Chrysostome, Oral., 38) et le siège du temple provincial, érigé 
sous Auguste, oiJ^yx^xal y.otvoç xf,:; lU'.Ouvaç ^xoq xwv jj.utjTYjpiwv (Dion 



1. A Nicomédie également (I. 10) Marcianus Rufus délient un record avec 
trois victoires, enfants, adolescents, hommes faits. Mais on ne dit pas que ses 
trois victoires aient été remportées le même jour ni la même année. 

2. Sur certaines inscriptions agonistiques, Kotvâ est employé dans le sens de 
Koivôv, pour désigner môme un concours unique. Mais il ne semble pas en être 
ainsi dans notre inscription où les Kotvà d'Asie, célébrés en divers endroits, 
s'opposent au Koivôv des autres provinces, célébré toujours dans le même 
lieu. 



358 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Cassius, LI, 20, 7; Im. Gr, Rom., III, 63, etc). Il est donc pli 
prudent de ponctuer après BeiOuviaç et de voir dans Ne-xsav les 
jeux locaux de Nicée désignés sur les monnaies par le nom de 
tepoç àywv Nixatlwv (plus tard Kc[x6S£ia, Ssou-^peta, etc.). Nicomédie 
avait d'ailleurs également des jeux locaux qui ont été men- 
tionnés plus haut, 1. 10, et qui figurent dans d'autres inscrip- 
tions. 

L. 18. KATAAA • 2 i. Peut-être xa\ aXXcuç ? xaXavxtaiouç etc., 
CIG., 2810 : xaXavTiaîouç §à xal •/^[jiiTaXavTiaiouç Ivixa àiravxaç cuç 
T^Ywviaaxc. Cf. CIL., III, 296. On pourrait aussi restituer xaXavxiaiouç 
[xal 6£[jLa-r/.olç] ; cf. CIA., III, 128. Si l'on conserve ensuite la 
leçon PN on pourrait y voir (comme dans CIA., III, 128) le 
nombre des victoires remportées par notre athlète dans ces 
jeux mineurs, 150 contre 50 victoires « isélastiques » (Rome 3, 
Naples 5, Actia 2, Néméennes? 2, Isthmiques 2, Pythiques 1, 
Olympiques 1, Panathénées 1, Antioche 4, Nicomédie 3, Com- 
mune Asiae 15, Argos 2, autres Koivà 7, Nicée 2 = total 50). 

Les lettres PI pourraient appartenir à àvBpiavxl (xi[j.yîG£Iç?) ou à 
TCaxpi;, quoique la dédicace soit au nominatif. 

Rappelons en terminant que Sinope a été la patrie d'autres 
athlètes illustres : Damostratos, six fois vainqueur à la -aAr; 
dans les jeux isthmiques (épigramme de Philippe, Appendix 
Planudea III = Anth. Pal. Didot, XVI, 25); le héraut Val. 
Eclectus (CIA., III, 129) sous les Antoçiins; enfin, bien plus 
anciennement, le jeune Hestiaios, vainqueur du pugilat des 
adolescents aux Amphiaraia d'Oropos vers 350 av. J.-C. (IG., 
VII, 414). A cinq siècles de distance, notre pugiliste Marcianus 
continue la tradition de ce glorieux éphèbe. 

Théodore Reinach. 

Paris, février-mars 1916. 



ARCHÉOLOGIE THRACE 



DOCUMENTS INÉDITS OU PEU CONNUS 

(deuxième série) 



{Suite') 

§ 4. — Inscriptions funéraires. 

148. — Stèle funéraire de basse époque*. 

Plaque quadrangulaire de marbre grossier, terminée par une 
base plus épaisse et plus large, munie à la partie inférieure d'un 
tenon (partiellement disparu) destiné à entrer dans une 
encoche pratiquée sans doute dans la dalle qui recouvrait le 
tombeau*. — Musée de Sofia. 

Dimensions : haut. : 0™,70; larg. : 0^38; ép. : 0™,10. 

Provenance : Sofia (au coin des rues de Vrabtchaet de Paris), 
à 100 mètres environ au N. de Téglise Sainte-Sophie '. 

Le champ qui renferme Tinscription est entouré d'une mou- 
lure plate légèrement cassée au coin supérieur gauche; le 

1. Pour les articles précédents, cf. RA, 1914», p. 55-66; 1915*, p. 71-93; 
1915», p. 167-208. 

2. hvestia Soc. arch., 1911, p. 268, fig. 1 (Découvertes nouvelles). 

3. Arrangement analogue à celui des tombeaux turcs actuels. 

4. L'église Sainte-Sophie (cf. le livre de M. Filov cité RA, 1914», p. 57, 
note 2, et particulièrement le ch. iv) était entourée d'une nécropole dont l'ori- 
gine remonte au moins au i" siècle après J.-G. : la tombe la plus ancienne de 
celles qui sont actuellement connues parait dater du temps de Néron {Helvidius 
Priscus, eques romanus, de Laurentum : cf. Kalinka, op. cit., n© 383). Appar- 
tiennent à ce cimetière les inscriptions Df/, D, p. 313 ('Apcd-coxpâTY); Neixateu;) ; 
Kalinka, n» 349 (distiques grecs), n« 449 (chrétienne). En 1912, on y a découvert 
14 tombes en pierre et brique, datées par des monnaies de Licinius, Constan- 
tin I«>% Constantin II {hvestia Soc. arch., 1913, p. 328). 



360 t\EVUE ARCHÉOLOGIQUE 

texte est placé au-dessous d'une rosace centrale sculptée en 
relief entre deux feuilles de lierre gravées au trait (celle de 
droite est seule restée visible). Les lettres sont laides, mal gra- 
vées, inégales; elles vont en grandissant et en s'espaçant aux 
1. 7 et 8; celles des deux dernières lignes sont plus petites; Tali- 
gnement dans le sens vertical est défectueux, surtout à droite; 
la dernière ligne est composée de caractères particulière- 
ment grossiers, sans doute ajoutés plus tard et par une autre 
main. 

Lecture faite sur la photographie ; on n'a pas essayé de 
rendre exactement les caractères épigraphiques ni les dimen- 
sions des lettres : 

MAAXOCCYP Mc^X^cçS^p- 

OCAYGOYPrOC oq, XuÔoupyoç, 

MNHMOCYNON [/.vr^i^cauvov 

XAPINAnPCON :(àptv 'A7:pa)v- 

lACCAACONI 5 laç ' SaXwvt- 

TANAKAMO xavà, xai^o- 

YCAM€T€ ucraïAST'è- 

M O Y K A A lAoO xaV 

COO %]. 

OYMYNAnPCONIA 10 [0]u|/.Qv, 'A^pwvia. 

J'ai indiqué par la ponctuation comment je comprends ce 
texte. Ma transcription a l'avantage de ne supposer aucune 
faute autre que les iotacismes (Xuôoupyoç pour li^oupybq, ôujauv 
pour Oj[j^sTv) ; aucune omission autre que celle de verbes usuel- 
lement supprimés (ètuoiyjcjô dans le premier membre de phrase, 
•^v dans le second). Toute autre interprétation mènerait à sup- 
poser des erreurs de gravure (répétition fautive du a, si on lit : 
'ATupwviXç) ; omission du g, si on lit : 2IaÀo)viTava(ç), xa[jLou(7a(ç), 
etc.); — des erreurs de déclinaison (dans le cas précédent, 
flexions erronées en -a; au lieu de -r;ç) ; — des erreurs d'écriture 
(o pour (i) ou V pour u, si on lit [J.vv]pL0C7Jv[a)]v ou [j.VY;[j.oaavo[u]) ; — 
des erreurs de sens (si, rattachant x^p'.v à ijlvy3{ji.6œuvcv, lu 



ARCHÉOLOGIE TH^ACE 361 

.xvY;[xoauvo[u], on attribue à ce dernier mot la signification de 
[j.vY^[j.r^, et non celle, qui lui est ordinaire*, de sépulture). 

A la 1. 9, VO final semble être bien plutôt une faute de gra- 
vure (O pour C), qu'un signe de ponctuation'. 

M aie fais était tailleur de pierre et graveur : XiOoupYoç =: lapi- 
darius\ Syrien d'origine*, il avait épousé une Dalmate, Apro- 
nia^, native de Salone\ Il s'était établi en Thrace pour y 
exercer un métier qui semble avoir été une des spécialités pré- 
férées des artisans d'origine grecque \ et particulièrement des 
Syriens ^ L'inscription paraît dater du in% peut-être même du 
IV* siècle. Les personnages, originaires de provinces où les 
chrétiens ont de bonne heure été nombreux, pourraient avoir 
été chrétiens: mais le seul indice fourni par le texte serait l'em- 
ploi inusité de y,a;j-ojc7a au sens de C'/j^aat^t : ce sont les chrétiens 
qui considèrent la vie comme une épreuve, xaiJiaToç. 

La formule finale est une acclamation dont le premier mot 



1. Par exemple, en Thrace : Arch.-Epigr. Mitth., 1892, p. 206, no 73 î 
Twv yovatwv (xvt[x6(Tuvov eTcotï]a-av (Konin) ; cf. ibid.j 1894, p. 222, n® 131 (Gha- 
novo). 

2. Exemple d'un O servant de ponctuation : Documents, N» 136, fig. 47, 
intervalle entre les i. 9 et 10 (ftA, 1915", p. 180). 

3. Cf. Dict. des Antiq., s. v. ; Waltzing, Assoc. professionnelles chez les 
Romains, IV, p. 95, n» 33. 

4. Gomme le prouve, outre son nom, son ethnique. Il n'y a aucun rappro- 
chement à faire ici entre Sypoç et le nom propre Surus, fréquent dans la pénin- 
sule balkanique {CIL, III, 9816, 12422; Arch.-Epigr. Mitth., 1894, p. 104, 
n» 49; Rev. publ. épigr., 1913, n« 239; cf. CIL, VI, 3195, 3201 ; Ephem. Epigr.y 
IV, 894 a, 22). — On connaît deux autres Syriens, à Callatis en Mésie : 
S'jvTtXîx'.o; KaadcavoO et Aùp- 'Hotu/k; {Arch.-Epigr. Milth., 1887, p. 32, n°3l ; 
1891, p. 34, n" 81). 

5. Pour ce nom en Thrace, cf. CIL, III, 2599, 12427 ; Kalinka, op. cit., 
n° 337. 

6. SaXfoviTavoç (inconnu au CIG) est la traduction de l'adjectif latin Saloni- 
tanus, qui est particulièrement fréquent dans l'èpigraphie religieuse : on dit 
ecclesia Salonitana (la seule fois où le mot soit employé avec un nom de 
personne, c'est aussi dans une épitaphe chrétienne : CIL, III, 9537). 

7. Trois lapidarii cités par CIL, III, 14409 (Konin) sont Grecs ou fils de 
Grecs : Firmus Antigoni, Nicostratus Demosteni, Zoïlus Corci. 

8. L'un des Syriens cités à la note 4 ci-dessus, AOp. 'Ilaux'?) paraît avoir 
été aussi Xt8o[upYÔ«]. — Sur l'immigration syrienne dans les régions centrales 
de la péninsule balkanique, cf. Cumont, Mithra, I, p. 262. 

V* SÉRIE, T. m 24 



362 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

doit équivaloir au ^oips des inscriptions païennes, ou au Oàpasc, 
s.'Mxei, des inscriptions chrétiennes. M. Filov a lu OTMTN, 
sans proposer de restitution. L'examen de la photographie 
laisse quelques doutes, impossibles à contrôler : le M n'est pas 
absolument net, le N paraît comme surchargé d'une autre lettre, 
peut-être un P. Je ne vois pas de mot satisfaisant. Une lecture 
comme cj^Xc v]Ov explique mal les traits douteux qu'on croit 
apercevoir sur la photographie ; elle suppose de plus l'emploi 
d'un impératif acceptable pour le sens (ojA-zryaTpE), mais poé- 
tique, très rare*, et inattendu ici. J'ai donc, adoptant la lecture 
de qui a vu la pierre, songé à restituer ro]uiJ.uv = Oj[X£rv, infinitif 
employé au sens de l'impératif. Toutefois, si cette lecture peut 
convenir aux lettres gravées et au sens (6u|X£tzz6àpa£u e'Myv.), 
elle a le défaut de supposer un verbe OupiÉw, justifié peut-être 
par le composé èx'.Ojixsw, mais dont je n'ai pas pu trouver 
d'exemples. Je penche, faute de mieux, pour cette interpréta- 
tion : si elle était assurée, on en tirerait une nouvelle présomp- 
tion que l'inscription se rapporte à des chrétiens. 

149-150. — Deux inscriptions funéraires provenant d'un 
mausolée découvert à Lajene^ (district de Lovetch). 

Le hasard ayant fait retrouver, en 1910, dans cette localité 
située aux confins de la Thrace et de la Mésie% quelques 



1. Le Thésaurus ne connaît qu'un exemple de l'emploi littéraire de l'impé- 
ratif ouXe : c'est le vers d'Homère o5Xe te xat [xéya /aïps (Od., XXIV, 401). 
Hésychius, s. v., écrit bien oîiXe • ûyîatvs ; mais n'est-ce pas simplement 
comme explication de l'expression homérique? Peut-être que non, s'il est vrai 
que oOXeîv ait été, dans le dialecte ionien, l'équivalent de ûyiatvEiv (Gre^or. 
Cor., p. 491). 

2. Orthographe adoptée par la carte bulgare déjà souvent citée (RA, 1915*, 
p. 82, etc.) : on écrit aussi Ladjene, Ledjane (orthographe de VIzvestia). Ne 
pas confondre avec trois autres localités du même nom (districts de Pirdop, de 
Pechtera, de Svichtov; cette dernière située également au voisinage de la 
rivière Osem, et à 20 km. à peine au N. de celle qui nous occupe). 

3. Lajene est placé exactement sous la même latitude que Nicopolis ad 
Istrum (Novi-Nikiup), donc au voisinage immédiat du parallèle 43° 20' que j'ai 
indiqué comme coïncidant sensiblement avec la frontière thraco-mésienne (RA, 
1907", p. 271 ; cf. 1915», p. 174 et commentaire du N» 134). M. Filov {hvesiia 
Soc. arch.f 1913, p. 323) insiste sur l'importance que paraît avoir eue la ioca- 



ARCHÉOLOGIE tBRACE 363 

minimes fragments d'un sarcophage décoré de sculptures, la 
direction du Musée de Sofia a fait pratiquer, en 1912, une 
série de recherches partiellement couronnées de succès. On a 
exhumé, notamment, des statues, des morceaux de reliefs, et 
les restes de deux inscriptions, le tout contenu dans les ruines 
d'un édifice intéressant par ses dimensions, son plan, sa cons- 
truction, ses divisions intérieures et son ornementation. Le 
compte-rendu des découvertes fortuites et des fouilles métho- 
diques a paru, à deux reprises, dans Vlzvestia bulgare '; un 
résumé très bref a été donné aussi dans deux numéros consé- 
cutifs de VAnzfiger du Jahrbuch de Berlin ^ Certaines figures de 
la publication slave ont été reproduites dans la revue alle- 
mande ; je me dispenserai de les donner ici, conformément au 
plan que je me suis imposé \ J'estime toutefois utile, pour obéir 
au même plan, de fournir un aperçu des résultats obtenus : 



lilé romaine et Ihrace qui a précédé le village actuel. Outre le mausolée dont 
nous allons nous occuper ici, on a découvert, à 100 m. plus au N., un édifice 
romain, en pierre et brique, de dimensions assez modestes (environ 8 m. sur 
6 m.) et de destination douteuse (deux chambres accolées : celle de PO. très 
allongée, terminée au S. par une abside, munie en son centre d'un pilier; 
celle de TE. plus large, rectangulaire, accolée au S. d'une petite construction 
carrée), La présence d'une canalisation dans le mur oriental et la ressemblance 
de l'ensemble du plan avec celui d'un édifice par moi déblayé à Pastoucha 
près Philippopoli {BCH, 1901, p. 179 et note; fig. 8, croquis dans le coin 
droit) ferait penser à un hain\ cf. Izvestia, loc cit., fig, 253 et 254, 

Dés débris de tuiles, de jarres, des monnaies (tétradrachme d'argent de Phi- 
lippe II, bronzes locaux d'Alexandre Sévère) attestent la présence d'un village 
antique. Les fouilles, si elles se poursuivent, en préciseront peut-être les 
limites. Dès maintenant, la présence d'un bain, si elle était certaine, ferait 
songer à quelque station romaine : par exemple à celte localité de Melta, 
située sur la route de Philippopolis à Œscus, qu'on a hypothétiquement et 
sans preuves placée à Lovetch (Jirecek, Heerstrasse, p. 156; Kazarov, Izvestia 
Soc. arch., 1910, p. 117, note 8; Besnier, op. cit , s. u. ; — l'identification 
avec Tchoumakovo sur l'Isker, admise par M. Chkorpil dans AbobaPliska, 
p. 482, est insoutenable). Lajene, comme Lovetch, est placée sur l'Osem 
{Asamus} ; Lajene et Lovetch sont presque également distants de Pleven (32 et 
36 km. en ligne droite), ville avec laquelle on identifie Storgosia, station située 
à 18 mp. {= 84 km. environ) de Melta (Tomaschek, op. cit., II, 2, p. 81 ; 
Kazarov, ibid.). 

1. hoestia Soc. arch., 1911, p. 276; 1913, p. 316-323. 

2. 1912, p. 558 suiv., tig. 9 à U ; 1913, p. 344 suiv., fig. 7 à 12. 
3 RA, 191 1«, p. 304. 



â64 REVUE ARCHÉOLOëlQtJE 

j'en profiterai pour exposer quelques remarques relatives à 
rinterprétation de certaines sculptures. 

Quant aux inscriptions, elles n'ont été publiées que de façon 
toute provisoire, et en bulgare seulement : je m'en occuperai 
donc plus spécialement, et je reproduirai la plus importante 
d'après \q fac-similé de VIzvestia (fîg. 48). 

Les fouilles bulgares ont fait connaître : 

I. — Le bain dont il est question à la page précédente, en note. 

II. — Un mausolée, construction carrée (8 m. X 8 m.) aux murs épais 
(2 m. environ), composés de grands blocs de calcaire (les plus grands ont 3 m. 
de large) placés sur un socle mouluré et surmontés d'une architrave décorée en 
relief [./a/«r6uc/i, 1913, fig. 8]. Un morceau de cette architrave porte un frag- 
ment d'inscription (notre N» 149) qui indique le caractère sépulcral du monu- 
ment et qui devait surmonter deux colonnes lisses (diam. : 0™,30 environ), 
vraisemblablement ioniques, placées de chaque côté d'une porte percée dans le 
mur oriental. En avant du mur N., à l'extérieur et à des distances variant de 
0°^,60 à i m., deux bases peu élevées, composées d'un blocage recouvert de 
dalles réunies entre elles par des crampons de fer, supportaient deux statues 
qui ont été retrouvées [Ibid.t fig. 10 et 11]. Leur conservation est inégale ; la 
tête manque à toutes deux ; il est visible du reste qu'elle était rapportée : 
c'était sans doute une tête-portrait ajustée sur des corps achetés chez l'artisan 
sculpteur, qui en possédait un choix parmi lequel les clients désignaient le type 
traditionnel préféré par eux. Ici les corps, d'un travail banal, correspondent 
aux types classiques de la matrone voilée (longue robe, manteau, bras dr. 
replié dans le voile : cf. par exemple Reinach, Répertoire^ IV, p. 424, n« 5 ; 
Kalinka, oip. cit., n» 361) et de V homme drapé (toge rejetée sur l'épaule g., 
bras g. replié tenant un objet, ici assez volumineux, mais peu distinct, pc^ut- 
être une cassette : cf. Reinach, ibid., II, en particulier la p. 624), 

Le monument, qui avait sans doute la forme d'un petit temple (on n'a rien 
retrouvé du toit, qui paraît n'avoir pas été recouvert en tuiles), se compose à 
l'intérieur de deux parties : 

a). — Une salle carrée (4 m.x4 m.), dont le plafond était décoré de cais- 
sons (haut. : 0'°,90; larg. : O^^.eô; ép. : 0'*,29), représentant des animaux 
(dauphins, chiens), des fleurs (palmes, rosettes), des fruits (épis, raisins), des 
couronnes, des figures (sorte de masque gravé au trait [Jahrbuch, 1913, fig. 9]). 
Les murs de cette salle ne semblent pas avoir eu de décoration spéciale ; des 
plaques y étaient sans doute scellées et portaient des inscriptions ; l'une d'elles 
a été partiellement retrouvée (notre N° 150). 

6). -- Un hypogée, plafonné de larges dalles (dimensions : 3 à 4 m,). Il 



ARCHÉOLOGIE THRACE 365 

contenait, à en juger par les fragments découverts, au moins trois sarcophages, 
que je distingue d'après les sujets des sculptures conservées : 

I. _ Sarcophage des Génies ailés. — Il n'en reste que deux acrotères [non 
reproduits] où sont sculptés des génies ailés couronnés, enveloppés d'une peau 
de lion, tenant une torche renversée. 

II. _ Sarcophage de Pan. — Il n'en reste qu'un fragment d'acrotère* [Jahr- 
huchy 1913, fig. 12] : dans un champ en forme de quart de cercle (centre à 
l'angle inférieur droit), un bas-relief représente Pan barbu, nu, chèvrepied, 
assis sur un rocher et tourné vers la g. Il lève le bras droit et tient dans la 
main g. posée sur ses genoux un vase pansu à deux anses. Devant lui, un 
satyre barbu, debout, le manteau flottant derrière l'épaule droite, tient par le 
cou un animal qui, malgré sa queue courte et rigide, est vraisemblablement une 
panthère : les pattes postérieures de l'animal touchent le sol, la patte dr. anté- 
rieure, seule visible et peut-être incomplète, semble levée et repliée comme si 
la panthère bondissait vers le dieu. Travail assez fruste. — Haut. : 0°i,86; 
larg. : 1 m. ; ép. : O'njSS. 

III. — Sarcophage des Travaux d'Hercule. — On possède : 

à). — Provenant de la cuve, dont il ne reste que de petits morceaux [frag- 
ments non reproduits] : 

1® Hercule et les oiseaux de Stymphale. 

2° Hercule et la biche aux pieds d'airain : il ne subsiste que la partie supé- 
rieure du corps d'Hercule et la main g. du héros tenant une corne de l'ani- 
mal". 

6). — Provenant du couvercle : l'un des coins en entier, qui comprend un 
fronton latéral accolé de demi-palmettes, et, en retour sur la granule face, deux 
acrotères sculptés dans un champ contigu aux palmettes par sa grande face et 
limité par un quart de cercle ayant pour centre le sommet de l'angle commun 
aux deux faces. La décoration est appliquée sur une sorte de toit imbriqué ; 
le fragment conservé mesure 1°^,36 sous le fronton (largeur du sarcophage); 
1",29 sur les grands côtés ; C™,77 en épaisseur (hauteur du couvercle). 

S» A g. par rapport au fronton latéral, acrotère : Hercule et Anlée. Les com- 
battants, nus tous deux, sont vus de face; Hercule soulève par la ceinture son 
adversaire qui tâche de dénouer l'étreinte. A g., grande amphore contenant la 
palme destinée au vainqueur ; à dr., femme en longue robe et voilée, demi-cou- 
chée à terre, regardant le combat (Gaïa») [Jahrhuchy 1912, fig. 11]. 



1. Il est possible, dit M. Filov, que les sculptures I et II appartiennent au 
même sarcophage; mais il n'indique pas les motifs de cette restriction. 

2. Cf. Filov, Sbornik, 1910, p. 51 suiv. 

3. Femme assistant au combat dans une attitude analogue : Heinach, Rép. 
Reliefs, III, p. 75, n» 3 ; II, p. 87, n» 2 (avec Athéna debout). — Cf. la fig. 162 
de G. Robert {f)ie antiken Sarcophagreliefs, HP) et, dans le texte, l'explica- 



366 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

4° A dr. par rapport au même fronton, acrotère : Hercule et Diomède. Her| 
cule barbu, nu sauf la peau de liou rejetée dans le dos, brandit la massue d< 
la main dr. et de la g. saisit par les cheveux Diomède, figuré sous les traits d'un 
vieillard barbu, coiffé d'une haute tiare cylindro-conique, vêtu d'une longue 
robe flottante, et ceint de l'épée. Assis sur un large fauteuil à bras placé devant 
un mur tendu de draperies, il se cramponne à son siège et se laisse glisser à 
terre sans se défendre [Ibid., fig. 10]. 

On remarquera que le sujet est traité sans aucune recherche de couleur 
locale Ihrace, mais avec un souci du décor accessoire qui rappelle les bas- 
reliefs alexandrins. Le costume du roi est celui que la tradition donne aux 
souverains barbares de la Scythie ou de la Perse : l'ensemble des détails rap- 
pelle plutôt la scène classique de regorgement de Priam que celle de la puni- 
tion de Diomède telle qu'elle est figurée sur d'autres reliefs*. De quel atelier a 
pu sortir ce travail qui, sans être remarquable ni surtout original, prouve du 
moins une habitude de documentation et une certaine habileté technique? C'est 
ce qu'il sera plus aisé de déterminer en étudiant le motif qui décore le fronton 
conservé. 

Ce motif est une variante de la représentation du Dieu Chasseur [ibid.^ fig. 9] 
Le sujet est très rare sur un sarcophage ' ; il est, je crois, unique dans un 

tion des monuments numismatiques et des gemmes qui offrent la même repré- 
sentation. 

1. Ordinairement Diomède est indiqué seulement par un buste et en costume 
de héros grec (Reinach, Reliefs, II, p. 476, n° 1 ; III, p. 169, n»2; p. 340, 
n« 2), ce que G. Robert {op. cit., 111*, p. 119 c) appelle un costume de théâtre 
(cf. ibid.^ pi. 39, fi,'. 131, 2; pi. 35, fig. 126 c, oij par exception le roi de Thrace 
est figuré en entier, mais toujours dans le même costume, et sans rien qui 
rappelle aucune des particularités de notre sujet). — Voir, dans le même 
ouvrage, les scènes empruntées à ï'ilioupersis (II, fig. 63-67). 

2. J'en ai publié, sous les N°" 81 et 82 de la première série des Documents, 
les deux exemplaires connus. On peut ajouter, pour être complet, un sarco- 
phage trouvé en Serbie (Spomenik, 1905, p. 89 et fig. 5), dont la cuve est 
ornée sur 3 faces de guirlandes, de grappes de raisin, alternant avec des 
Amours et des têtes de Phébus, et sur la quatrième (l'une des petites faces) 
d'un cavalier. Le chasseur, monté sur un cheval au pas, armé d'une longue 
lance, poursuit un lièvre et d'autres animaux indistincts. — A signaler aussi 
des cavaliers sur des sarcophages lyciens (Benndorf-Niemann, Reise, II, p. 72, 
149, 195). — Les cavaliers d'une scène de chasse comme celle figurée sur un 
sarcophage de Rome {CIL, VI, 16844) n'ont pas de rapport avec le Chasseur 
thrace. Au contraire, sur un autre sarcophage romain, Hippolyte est repré- 
senté exactement comme le Dieu Chasseur {KeWer, Tierwelt, p. 391, fig. 137) : 
la seuledifférenceest dans la présence de personnages secondaires. La ressem- 
blance vient probablement d'une œuvre commune qui a inspiré l'auteur du 
sarcophage et, de façon moins heureuse et plus lointaine, certains artisans 
parmi ceux qui les premiers ont rendu le type du Dieu Cavalier : dans la suite, 
on a répété à satiété le motif adopté, sans même le comprendre, (Sur les 



ARCHÉOLOGIE THRAGE 367 

fronton latéral *. Il offre, de la scène usuelle, quelques variantes intéres'santes, 
dont plusieurs que j'ai déjà étudiées autre part*. 

Monté sur un cheval qui, dressé sur ses deux pieds de derrière, bondit vers 
la droite', le Cavalier, vêtu d'un manteau flottant*, d'une tunique '^j de bottes 
à revers ^, menace de l'épieu (6guré très court, peut-être cassé) un sanglier : 
la bête hérissée fait front', attaquée par deux chiens qui lui sautent à la gorge 
et par un troisième, plus petit, qui la mord par derrière». 

La main droite du chasseur tient derrière le cou du cheval un bouclier qui 
lui fait comme une auréole autour de la tête^. Il semble que des pièces de 
venaison, déjà tuées (habituellement figurées au premier plan), soient suspen- 
dues à la selle de l'autre côté du cheval, à l'arrière- plan'". Un jeune serviteur, 
la chlamyde rejetée sur les épaules, s'accroche à la queue du cheval". Dans 
l'angle g., un lion bondit sur le cou d'un taureau agenouillé. 

Ce dernier motif n'est pas exceptionnel, mais il est rare. Si l'on consulte la liste 
des reliefs où il apparaît", on constate que sur huit exemples, trois ont rejeté 

sources de celte inspiration, cf. Keller, j)p, cit.^ p. 390, et mes réflexions 
dans /i£A, 1912, p. 157-158). 

1. Il est au contraire assez fréquent sur les frontons triangulaires des stèles 
funéraires : cf. par exemple Sbornik, 1892, p. 81, n° 77 (Orkhanié), p. 78, 
n» 62 (Tirnovo) ; 1900, p. 10, n» 7 (Philippopoli) ; p. 22, n« 36 (Lom) ; 1901, 
p. 798-799, n°« 13 (Tchoumakovtzi) et 14 (Marcianopolis) ; — CIL, III, 7421 
(Mokrech) ; — Arch.-Epigr, Mitth., 1891, p. 94, n» 16 (Pannonie). 

2. EtU'ie sur quelques types curieux du Cavalier thrace {RE A, 1912, fasc. 2, 
3,4). 

3. Cf. Djcuments, Première série, N« 88, fig. 23 ; N° 90, fig. 25 ; N" 92, 
fig. 27. 

4. Cf. REA, 1912, p. 157, note 4. 

5. Ibid., p. 247 et note 2. — BCff, 1912, p. 587, n^ 41, fig. 27, et note 4. 

6. Très rare sur les reliefs du Cavalier; j'en connais seulement deux exemples: 
hvestia Mouzei, fig. 53, ex-voto à l'Asclépios de Glava-Panéga Canépigraphe) ; 
--RA, 1904*, p. 19, ex-voto à Dionysos : ©ew 'AdôouXrj (cf. REG, 1913, 
p. 255 suiv.). 

7. Molif très fréquent (90 exemples) dont je n'ai eu l'occasion de m'occuper 
que tout à fait accessoirement {REA, 1912, p. 154). — Parfois (22 exemples), 
le sanglier est acculé au voisinage de l'arbre ou de l'autel, symboles accompa- 
gnant indifféremment les monuments funéraires et les monuments votifs. 

8. Le chien courant apparaît sur 140 reliefs. Sur 15 d'entre eux il y a 
deux chiens, sur trois seulement on voit trois chiens : Ath. Mitth., 1908, p. 43, 
n» 4 (Philippes) ; p. 107, n° 8 (Imbros) ; - CIL, III, 5520 (Norique). 

9. Cf. REA, 1912, p. 161. 

10. Cf. ibid. y p. 158, 2». — Ce serait la scène de curée, rappelée brièvement, 
en même temps que la scène de chasi^e proprement dite est représentée en 
détail : variante jusqu'à présent unique, et dont il y a lieu de douter jusqu'à 
vérification des détails sur la sculpture elle-même. 

11. Cf. ibid., p. 158, 3«. 

12. Exemples en Thrace ; a) Mém, Soc. Aniig., 1899, p. 373 : [Ôe]Û y\p[w]t 



368 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

le motif surajouté dans une partie accessoire de la composition. Ces additions 
rappellent celles qu'on a constatées sur d'autres monuments, originaires sur- 
tout des bords du Danube et de la Save, et influencés par les représentations 
secondaires de la religion mithriaque *. Ici, sur un sarcophage dont l'ornemen- 
tation est consacrée aux travaux d'Hercule, il convient peut-être en outre de 
faire remarquer que c'est une habitude de la sculpture funéraire d'ajouter, sur 
les sarcophages du même type, des frises ou des bandeaux où sont figurés des 
lions qui assaillent des taureaux, des sangliers, des cerfs, etc.*. 

Il est possible que, sur notre relief, il faille tenir compte à la fois de l'une et 
l'autre influence. Mais, pour ce qui concerne les emprunts vraisemblables à 
certaines représentations secondaires qui apparaissent parfois sur les plaques 
sculptées relatives au culte de Mithra, j'ai montré ailleurs qu'on ne saurait 
jamais conclure de ces variantes toutes fantaisistes à une identification du dieu 
asiatique avec le Chasseur thrace». Mithra n'est pour ainsi dire jamais figuré 
sous les traits d'un chasseur *. Inversement, les reliefs assurément mithriaques 
où paraît un dieu cavalier ne sont pas thraces, mais pannoniens ou illyriens, et 
il ne s'agit plus d'une scène de chasse. Les monuments vraiment thraces qui 
font songer à une contamination par le mithriacisme du culte original du 
Chasseur ou bien représentent des scènes accessoires dans lesquelles le lion et 
le taureau, par exemple, n'interviennent sans doute que pour préciser la nature 
de la chasse, celle aux grands fauves et aux animaux de forte taille ; — ou bien 
ne rappellent les ex-voto à Mithra que par un détail du costume, le Chasseur 
paraissant coiffé du bonnet phrygien. 

Mais ce détail n'est pas certain. La coiff'ure du dieu, dans les cas jusqu'à 

ey-/["^v] (Sofia). — h) Jzvestia Mouzei, p. 106, n» 151 : "Hpwt ey^viv (Lieublen). 

— c) Ibid., p. H3, n° 162 : 0eù) 'AirôXXwvt (Marcianopolis). — d) Izvestia russe 
de Constantinople, 1905, p. 28, n» 4; p. 470, pi. 98, 4 : anépigraphe (Mar- 
cianopolis). — e) Ibid., p. 27, n» 2 ; p. 470, pi. 98, 3, douteux : 0ew ['A]Ti6X>[a)vi] 
(Marcianopolis). — f)y g) Izvestia Mouzei, fig. 28 et 29, dans une bande spé- 
ciale (sanctuaire d'Asclépios à Glava Panéga). — h) Ibid., fig. 98, motif 
double, dans une bande spéciale : ©ew o-coCovtt rtxetTtYîvôj eù/aptaTT^piov (Dini- 
cli). — Ajouter les monuments sur lesquels on ne voit que le taureau 
agenouillé, sans le lion : i) Sbornik, 1894, p, 83, n» 26, fig. XI, 1 (Aktcha- 
Kaïrek). — j) Ibid. y 1900, p. 17, n» 23 (Baïasli). — k) Ibid., p. 21, n» 34 
(Siiistrie). — Ne pas ranger dans cette série le monument funéraire de Varna 
(Kalinka, op. cit., fig. 107) où le taureau voisin de l'autel est l'animal destiné 
au sacrifice : Tjpwç xa'pe^ — Pour les monuments où paraît le lion seul, cf. 
RE A, 1912, p. 156, et note 6; p. 155, et note 3. 

1. REA, 1912, p. 160, et note 4, I. 

2. Cf. C. Robert, op. cit., III*, planche 38 en entier. 

3. REA, 1912, p. 243, note 4. 

4. Seul exemple, dans une scène secondaire : Cumont, op. cit., I, p. 174. 

— On y voit un lion ; mais pas de taureau. Il s'agit peut-être plutôt du dieu 
Mên, ainsi que le remarque M. Cumont lui-même. 



ARCHÉOLOGIE THRAGE 369 

présent connus, reste indéfinissable*. Ce pourrait être aussi un capuchon, ou 
bien ValopékiSy ou bien le bonnet national des Gètes, peut-être même un 
casque. Chose curieuse, ici encore, sur le relief qui nous occupe, l'incertitude 
est la même. La photographie montre une coiffure cassée et indistincte; on 
songerait volontiers à un casque, s'il existait des exemples sûrs du Cavalier 
thrace casqué «. 

Casqué ou non, par l'ensemble de son costume, notre cavalier fait songer 
surtout à un soldat romain : le bouclier, le serviteur, les bottes, l'indication 
de la selle et de la bride sont, ainsi que je l'ai montré*, autant d'arguments en 
faveur de cette identification. Non que je soutienne que, sur le sarcophage de 
Lajene, la figure du cavalier soil le portrait du soldat romain qui y aurait été 
enseveli, ni même que ceux qui achetèrent le sarcophage aient été fixés dans 
leur choix par la ressemblance qu'ils découvraient entre le costume militaire 
romain et le costume, peut-être composite, en tout cas probablement fantai- 
siste, donné au Chasseur thrace par les artisans qui ont sculpté le monument. 
J'ai soutenu au contraire, et je crois avoir démontré, que le mélange du motif 
du soldat à cheval avec le motif du chasseur indigène est entré suffisamment 
dans les habitudes de la sculpture funéraire thraco-mésienne pour qu'on ne 
puisse chercher aucune intention spéciale dans tel ou tel cas particulier. Notre 
monument n'est qu'un exemple de plus. 

Du fait que le Chasseur est figuré partiellement sous les traits d'un soldat, 
du fait même que la scène serait peut-être influencée par des souvenirs de la 
religion mithriaque, si répandue dans les camps du Danube*, on ne saurait 
conclure que le sarcophage de Lajene soit réellement celui d'un soldat. Seules 
les inscriptions trouvées en même temps pourraient nous renseigner utilement. 
Mais leur état de mutilation ne fournit aucune indication précise; elles 
semblent seulement prouver qu'il s'agit d'habitants de langue latine dans une 
contrée où la langue usuelle est encore le grec". Or quels autres habitants de 

1. RE A, 1912, p. 245. 

2. Seul exemple, probablement éphèbe à cheval : BC//, 1913, p. 119, n" 38, 
fig. 8 : T)pa); -/atpE (Abdère). 

3. REA, 1912, p. 162. 

4. Gumont, op. cit., I, p. 248, — Toutain, Cultes païens dans l'Empire 
romain^ II, p. 158. 

5. L'inscription N» 149 a conservé le nom propre Malrona, On trouvera plus 
loin, p. 373, note 2, une autre Malrona, également mésienne, dont le nom et 
l'épitaphe sont rédigés en grec : le fait qu'ici les textes trouvés dans le mau- 
solée sont rédigés en latin, ajouté à cet autre que Lnjene est situé sur le même 
parallèle que Nicopolis ad Islrum, donc exactement sur la frontière thraco- 
mésienne (ftA, 1907', p. 259; 1915', p. 177), qui coïncide pour cette région 
avec la frontière des langues (/{A, 19072, p. 270, note 2), semble prouver que 
nous n'avons pas aiïaire à des Grecs romanisés, lesquels ont l'habitude de 
toujours rédiger les épitaphes en langue grecque (cf. N» 151). 



370 REVUE ARCHÉOLOGIOLE 

langue latine le pays pouvait-il attirer ou retenir, si ce n'est les soldats' ? En 
fait, les inscriptions latines de la région et les stèles funéraires les plus soignées 
sont, jusqu'à présent, presque toutes consacrées à des personnages de l'armée 
morts pendant leur séjour dans des garnisons danubiennes ou depuis leur instal- 
lation comme vétérans retraités dans le pays qu'ils n'ont pas voulu ou pas pu 
quitter. Cette constatation est un argument, mais ne saurait constituer une 
preuve. 

Si les sculptures ne peuvent nous renseigner sur la profession ou la nationa- 
lité de ceux qui les ont commandées, elles fournissent du moins des indications 
sur les artisans qui les ont exécutées. Nous avons vu que les scènes décoratives 
des sarcophages semblent indiquer des influences gréco-asiatiques et témoignent 
d'une certaine habileté technique. Le relief du Cavalier, comparé aux monu- 
ments analogues, et notamment à ceux sur lesquels semblent apparaître les 
indices d'une contamination due à la diffusion du mithriacisme, prouve égale- 
ment une inspiration moins grossière traduite par des ouvriers plus exercés. 

Le mausolée de Lajene et son contenu rappellent le tombeau et le sarco- 
phage d'Artchar (notre N° 81). Il y a des ressemblances dans l'ornementation 
sculpturale. Ici et là, le Cavalier funéraire, rare sur des sarcophages, est traité 
peut-être moins comme symbole religieux que comme sujet de décoration. Ici 
et là, le sépulcre possède une architecture, un aménagement, une décoration 
qui révèlent chez les propriétaires un rang et une situation de fortune rares 
dans les pays danubiens, et chez les sculpteurs une technique supérieure à 
celle des artisans indigènes. Les uns et les autres devaient être des étrangers : 
ceux-là, des Grecs romanisés ou plus probablement des Romains" ; ceux-ci, 
des ouvriers immigrés d'Asie-Mineure sans doute. Le sarcophage d'Artchar 
est nettement, avons-nous vu, de style gréco-oriental'. Ceux de Lajene ont la 
même inspiration et se réclament des mêmes analogies. Leurs dates aussi sont 
voisines : si le premier ni peut guère être plus récent que le second siècle de 
notre ère, les autres ne doivent guère être antérieurs à ce même siècle ni pos- 
térieurs au suivant. A quelques dizaines d'années près, ils appartiennent les 
uns et les autres à l'époque des Antonins. 

Le plus vraisemblable est d'attribuer l'ensemble, architecture et aménage- 
ment, à l'un de ces ateliers de tailleurs de pierre dont nous nous sommes 
occupés à propos du N° 148. Us étaient dirigés, avons-nous vu, par des immi- 
grés étrangers, des asiatiques surtout, et particulièrement des Syriens. J'ai 
cité les ateliers que nous connaissons, à Callatis, à Serdica, à Konin * ; il y en 

1. Ou les commerçants installés auprès des camps (voir ci-dessous, commen- 
taire des N°s 153 et suivants). 

2. Voir à la page précédente, la note 5. 

3. RA, 1913', p. 60-61. 

4. Références ci-dessus, N° 148 et notes 7 et 8 de la p. 361. 



ARCHÉOLOGIE THRACE 371 

avait aussi à Périnthe* et sans doute dans la plupart des grandes villes»; il y 
en avait à Nicopolis ad Istrum, où ils ont fait adopter un genre de monuments 
funéraires, la base surmontée d'une pyramide', qui est d'origine asiatique. Nico- 
polis est la ville importante la plus voisine de Lajene = Mellat : il se pourrait 
qu'on dût rapporter à ses ateliers les monum'^nts qui nous occupent. 

NM49. — Fragment d'architrave* (long. : 1™,29 ; larg. : 
0'°,59; ép. : 0'°,27). Sur le bandeau plat que limitent les mou 
lures, on lit quelques lettres, réparties sur deux lignes (l'^« ligne : 
0"^,10; 2« ligne : 0",07) : 

...MATPONA SAC MARIT... 

... T ERR EN O ET LAPIDE... 

Au témoignage de M. Filov lui-même, Tinscription est des 
plus soignées. Aussi est-on surpris que la faute grossière qui 
apparaît dans le nom MATRONA (p pour R) soit signalée par 
lui comme une erreur. On croirait plus volontiers aune éraflure 
ayant fait disparaître le jambage inférieur de la lettre R, et il 
semble impossible que la faute n'ait pas sauté aux yeux de 
l'ouvrier ou de la dédicante,qui l'auraient corrigée ou fait cor- 
riger. Toutefois il faut, jusqu'à plus ample informé, s'en tenir 
au témoignage de qui a vu la pierre. Si la lettre gravée est 
assurément un P, une erreur aussi étrange indiquerait, je crois, 
une confusion entre l'alphabet latin et l'alphabet grec, où P 
représente R : ce serait une preuve de plus que les artisans du 
mausolée sont des gens de langue grecque. 

11 serait illusoire d'essayer de retrouver le texte primitif 
grâce aux quelques mots conservés. Diverses remarques per- 
mettent cependant d'en reconnaître la disposition, d'en sup- 

1. TéxvTj Xi6oypyc5v : Z>H, n» 65, p. 378. 

2. Il faut conclure de la présente étude et de nos N°» 81 et 155 à 157 qu'il y 
en avait aussi à Ratiaria. — Pro^ope, de JEdif., IV, 6, p. 291 édit. Bonn, cite 
sur le Danube un çpoupiov qu'il appelle Aa7tt8âpia, situé non loin d'Utus^ èv ûoTaTo) 
Tù)v 'IXXupixûv ôpîwv, c'est-à-dire dans le voisinage de l'embouchure de la rivière 
Vid. Il s'agit vraisemblablement d'une carrière exploitée par les lapidarii de 
la ville voisine, Svichtov = Novae. 

3. fiA, 1907», p. 274, et n» 10, p. 422. 

4. hvestia Son. arch., 1913, p. 321. 



372 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

puter la longueur, et même d'en deviner la rédaction et la^ 
teneur. 

Les moulurations qui limitent la pierre dans le haut comme 
dans le bas prouvent que l'inscription n'avait réellement que 
deux lignes : le début et la fin ne pouvaient se trouver que sur 
des pierres contiguës à celle-ci dans le sens horizontal. L'en- 
semble formait, soit une architrave, en un ou plusieurs blocs *, 
surmontant en partie ou en totalité la porte d'entrée, soit un 
bandeau servant de dessus de porte, mais se continuant dans 
les deux sens de façon à orner la façade entière '\ Dans le pre 
mier cas, la longueur maxima de l'inscription aurait été de 
5 m., dans le second, de 8 m. 

La régularité et la netteté de la gravure permettent de cal- 
culer très approximativement le nombre des lettres ou espaces 
qui pouvaient composer la première ligne : un peu plus de 
60 pour une longueur de 5 m., un peu moins de 100 pour une 
longueur de 8 m. '. La plus grande taille des lettres dans la 
première ligne montre que cette ligne renfermait à tout le 
moins la partie essentielle de la dédicace. Or, cette partie 
essentielle se compose, au minimum^ de trois éléments indis- 
pensables : indication de la personne qui dédie, indication de 
la personne à qui on dédie, formule de consécration. 

De ces trois éléments nous connaissons le premier, puisque 

1. Nous connaissons les dimensions certaines de la façade (8 m.) ; nous ne 
pouvons que conjecturer celles de la porte. Si le plan des ruines est exact 
[hvestia, 1913, p. 317, fig 242), il indique dans les fondations mêmes du mur 
delà façade une solution de continuité qui doit correspondre au soubassement 
de la porte. La largeur de 5 m. environ qui est ainsi marquée est parfaitement 
acceptable, puisque les fouilles ont prouvé l'existence de deux colonnes, les- 
quelles, divisant l'entrée en trois parties et sans doute 1 architrave en trois 
blocs, donnaient à cette dernière une portée raisonnable, et à l'ensemble du 
monument l'aspect et l'architecture normales d'un petit temple in antis. 

2. Il serait inutile et invraisemblable de supposer que le bandeau inscrit 
aurait pu, soit déborder sur les faces adjacentes, soit enserrer la totalité du 
monument d'une suite continue et ininterrompue. 

3. Exactement 65 et 97. — Il n'y a pas lieu de se demander si l'inscription 
a pu avoir moins de 5 m. de long : le raisonnement qui va suivre montrera 
que le nombre de 65 lettres pour la première ligne, supposée longue de 5 m., 
est tout juste suffisant, si même il n'est pas un peu trop restreint. 



ARCHÉOLOrxIE THRACE 373 

le texte a conservé le surnom de la dédicante : Mat[r]ona^ — ; 
le second : marit[o] ... ; — peut-être aussi le troisième, si, comme 
je le pense, l'abréviation sac. doit être complétée par sac{rum), 
et non point par sac(erdos), titre se rapportant à Matrona*. 

S'il en est ainsi, il y a lieu de restituer à gauche, au début 
de la ligne, le nom, peut-être aussi la filiation, de Matrona. 
A droite, on restituera, selon Tusage, un adjectif de louange 
ou de regret appliqué au mot marito \ puis les prénom, nom, 
surnom et filiation du mari. La question se posera alors 
de savoir si Ton devra supposer, à la suite, des mots indi- 
quant que la dédicace s'applique aussi à la dédicante elle- 
même et à sa famille : par exemple quelque chose dans le 



1. II ne saurait s'agir d'une épithèle, dont l'usage serait exceptionnel et peu 
explicable ici. Malrona est un cognomen fréquent; en Thrace et en Mésie on 
en connaît déjà plusieurs exemples : CIL, III, 7569, 9601, 12501 ; IGR, 631. — 
Cf. le nom d'une des quarante vierges martyrisées à Beroe sous Licinius {Anal. 
Bolland., 1912, p. 198). 

2. Hypothèse de M. Filov. Il est vrai que, par une curieuse coïncidence, le 
texte IGB^ 631, cité à la noie précédente, nomme OuX^ta Matpwva, àp/iepzia., 
(r0[i.6coç A'jp • Ilpeîcrxou 'laiSwpou IIovTapxou, etc. Mais, d'une part, il ne s'agit 
pas de la même personne ; d'autre part, sacerdos n'est pas l'équivalent d' ipxitpsia. : 
il est naturel que ce dernier titre soit employé seul et se suffise à lui-même ; 
au contraire, le titre de sacerdos, surtout appliqué à une femme, ne se com- 
prend guère sans un déterminatif indiquant le genre de sacerdoce exercé. 
Dans la région thraco-mésienne notamment, le titre d'iepeîa (pas d'exenriple de 
sacerdos) est toujours accompagné d'une précision spéciale ou résultant du 
contexte {IGR, 602 ; Kalinka, op. ci<.,n« 186 ; Arch.-Epigr. Mitth., 1882, p. 19, 
n° 39). — Quant à savoir si le mot sac{rum) est acceptable et bien placé, la 
réponse n'est pas douteuse : la formule D.M.S. suffirait seule à le justifier. 
De plus, il s'agit ici d'un monument en forme de temple; l'intercalalion au 
centre de la phrase du terme de dédicace (ordinairement rejeté à la fin) se jus- 
tifie par de nombreux exemples (cf. CIL, III, 1863, 2173). L'abréviation elle- 
même du mot, si usuel et si facile à comploter, est toute naturelle, plus peut- 
être que ne le serait celle du mot sac{erdos), bien que VIndex du CIL, III, cite 
les lettres SAC. uniquement comme une abréviation de sac{erdos). Mais cf. par 
exemple CIL, VIII, 8458. 

3. Les analogies ne permettent de choisir qu'entre deux hypothèses : ou 
bien marito était suivi d'une épithète et des noms du défunt, ou bien il était 
employé absolument sans être suivi par rien. Dans ce dernier cas la première 
ligne se serait réduite à une phrase très courte dans le genre de : Malrona 
sac. marito, ce qui revient à dire que nous posséderions la totalité de cette 
ligne; fait bien improbable, puisque nous n'avons manifestement qu'une partie 
de la seconde ligne, pourtant symétriquement placée par dessous. 



374 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

genre de la formule connue et sibi vivae et suisK L'hypothèse 
est d'autant plus vraisemblable que l'hypogée, avons-nous vu, 
contenait au moins deux ou trois sarcophages, et qu'une inscrip- 
tion conservée (notre n" 150) paraît s'appliquer à une fille de 
Matroaa et de son époux*, morte avant ses parents \ 

Réduit à ses éléments essentiels, et sauf le cas peu vraisem- 
blable oii il aurait été condensé en une phrase excessivement 
brève, l'ensemble de la première ligne comprenait sans peine 
les 65 lettres ou espaces qui nous ont paru constituer sa lon- 
gueur minima. En effet, en supposant les noms, etc., de la dédi- 
cante aussi courts que possible, il faut toujours bien replacer, 
au début de la ligne à gauche, au moins un nom abrégé : soit 
4 à 6 lettres ou espaces à tout le moins. Ajoutons les 19 lettres 
ou espaces de la partie conservée ou restituée, plus un adjectif 
qualifiant ma/ito {dukissimo, pientissiino, ou une épithète ana- 
logue), il ne reste plus pour compléter la ligne à droite qu'une 
trentaine de lettres ou espaces : quantité assurément suffisante 
pour inscrire les tria nomina d'un Romain, surtout s'ils étaient 
normalement abrégés ; trop grande même, s'il se trouvait que 
le surnom fût particulièrement court*; trop petite cependant 
pour que, sauf dans l'hypothèse la plus favorable", on puisse 
ajouter à la nomenclature autre chose qu'un titre du person- 
nage. S'il y avait en outre quelque formule générale du genre 
de celle que nous avons tout à l'heure indiquée comme possible 
et même probable, la place des 32 lettres ou espaces sup- 
plémentaires admissibles au cas où l'inscription aurait eu 



1. Dans cette formule, si fréquente en totalité ou en partie, les trois membres 
de phrase : et sihi — vivae — et suis (= et filiis, etc., ou n'importe quelle autre 
variante de même sens) peuvent, bien entendu, être employés ensemble (1, 2, 
3 ou 1, 3) ou séparément (1 ou 3). Il faut tenir compte de ces possibilités dans 
le calcul du total des lettres que pouvait contenir la première ligne. 

2. L. i4r:v. 15 : genitore[!f]. 

3. L. 5 z= V. 5-6 : disceptarunt fata ne pia esse patri Nec matri possem. 

4. A titre d'exemple : M. Aur. Pio ne contiendrait que 10 lettres ou espaces, 

5. Celle de l'exemple donné à la note précédente, ou de tous autres analo- 
gues : il resterait alors de la place pour plus d'une vingtaine de lettres, suffi- 
samment pour une formule supplémentaire, telle que : et sibi vivae et suis. 



ARCHÉOLOGIE THRACE 375 

la longueur maxima de 8 m., se trouverait facilement occupée. 

Passons à la seconde ligne. Gravée en caractères plus fins, il 
est vraisemblable qu'elle contenait, selon les analogies, Ténu- 
mération des objets dédiés : les mots conservés prouvent que 
la réalité est conforme à cette vraisemblance. Or, Tusage 
montre que cette énumération est faite dans Tordre suivant : 
1° un ou plusieurs termes généraux indiquant l'édifice ou spé- 
cifiant les parties qui le composent; — 2° une suite de mots 
reliés aux précédents par ciim et entre eux par des et..., et..., 
successifs, l'ensemble formant une liste nominative d'objets 
particuliers qui font partie intégrante de l'édifice ou de ses 
annexes, et qui par conséquent doivent être protégés par les 
lois et règlements sur la propriété en général et sur l'inviola- 
bilité des sépultures en particulier \ 

Le terme général est perdu. Nous avons pour le restituer le 
choix entre une foule de mots usuels : sepulchrum^ monumen- 
tiim, aedem, templum, etc^ Il lui était peut-être adjoint un 
second term« indiquant le terrain en même temps qu'est dési- 
gnée la construction : par exemple aream et sepulchrum*. Il 
pouvait aussi être sous-entendu : c'est évidemment l'édifice 
qui porte l'inscription. 

Pour se décider entre ces trois possibilités, il faudrait savoir 
de quelle place nous disposons à gauche, au début de la seconde 
ligne. L'incertitude où nous sommes pour la première a comme 
conséquence une égale incertitude pour la seconde. Mais, dans 
l'hypothèse où il ne manquerait au début de la première ligne 

1. Généralités relatives aux réo^ions thraco-mésiennes dans BCU, 1912, 
p. 606-610 et dans fiA, 1913 «, p. 66. 

2. Même, à la rigueur, lumulujn, comme on le verra à propos de notre N" 151. 

3. Cf. les formules mésiennes que voici : memoriam fecit in praedio suo 
{CIL, 111,770; Tomi) — locum et sepulchrum vivus sibi et suis exornavit 
[Ibld.f 7545; Tomi) — Tf,v (TTetX:Sa xaTCo-xéSaffa aùv xCù touo) tw TiepiwpKyixévco 
{IGR, 648; Tomi). — Ajouter le texte suivant, dont les diverses parties con- 
cordent assez bien avec celles qui pouvaient être énumérées ici : monimentum 
et stdlunm et arulam cum subptisito in lerram sarcophago lapideo {CIL, III, 
13365). — Énumération encore plus complète dans CIG, 3007 (Éphèse) : to 
liVTipietov xal y\ xax' ofùtoû xa(jiàpa xat ïi utio tV xa|xâpav dopo; xai ô 7ieptxet|xevoc 
TtepiêoXo; xa\ aï xaxà toO lîtptêôXou <j6poi 8uo xat Ta êvToç toO TïepiêéXou nâvTa.». 



376 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

que les quelques lettres d'un nom sans doute abrégé, il ne 
saurait y avoir au début de la seconde aucun terme général, 
puisque le court espace à remplir serait occupé par les lettres 
ou espaces qu'il faut obligatoirement — nous allons le voir — 
restituer avant les mots conservés : [citm ...siib]terreno et 
lapide... C'est le cas le plus probable. 

Des termes spéciaux deux ont subsisté : terrenum^ lapis. — 
Le premier est un adjectif qu'on ne peut admettre ici ni comme 
usité substantivement ni comme désignant le terrain, rempla- 
cement. Le mot est fort rare avec cette signification* ; de plus, 
s'il possédait ce sens, j'ai montré que c'est dans le membre de 
phrase précédent qu'il aurait été exprimé. Reste qu'il s'applique 
à un substantif disparu^ ou que ce soit la fin du mot com- 
posé sribterrenum, traduction du mot grec uTCoyaTjv, hypo- 
gée*. Dans les deux cas le sens est le même, et le terme s'ap- 
plique avec justesse : il désigne la crypte où étaient, nous 
l'avons vu, rangés et conservés les sarcophages. — Le mot 
lapis ne peut évidemment pas désigner les matériaux mêmes de 
la construction, qu'il n'y a aucune utilité à énoncer à part de 
l'ensemble dont ils sont une portion constitutive. Du reste, en 
ce sens, le mot serait obligatoirement au pluriel. Au singulier, 
il peut désigner des objets précis : ou bien la dalle qui ferme 
l'hypogée (mais cette dalle était-elle unique ?); — ou bien la 

1. Terrenum = area : aucun exemple dans Forcellini. 

2. Comme locus, solum. — Dans le texte CIL, III, 13365, cité à la page pré- 
cédente, note 3, suhpositus in terrain sarcopAagws équivaut ksubterrenus sarco- 
phagus. Ici il y- a, on le croit du moins, plusieurs sarcophages, d'où l'impossi- 
bilité de restituer : [cum sarcophago suh]terreno. — On ne peut davantage 
songer à rattacher terrenus à lapis {et terreno lapide), d'abord parce qu'on 
comprend mal ce qu'indiquerait l'expression terrenus lapis {la dalle au niveau 
du son Voir à ce sujet les restrictions formulées un peu plus loin), ensuite et 
surtout parce que l'interposition de la conjonction et entre l'adjectif et le sub- 
stantif n'est possible qu'en poésie : or il est plus qu'improbable que nous 
soyons ici en présence d'une rédaction versifiée. 

3. ^YTroyaîo;, adjectif, est usité sous la forme d'un substantif, ÙTcoyatov. Sub- 
terrenuSy adjectif, a-t-il donné naissance au substantif subterrenum, souter- 
rain ? Je n'en ai pas trouvé d'exemples. De l'adjectif lui-même, pris au sens 
funéraire, je ne connais que l'emploi suivant {Anlhol. lat.y 481, 39) : 

Vili subterrena pusillus tumulor urna. 



ARCHEOLOGIE THRACÉ 377 

plaque, scellée sur le mur intérieur, qui porte l'inscription que 
nous allons étudier ci-après (N° 150); — ou bien le revêtement 
décoratif en marbre (cn/5/«). Dans ce dernier sens, lapis est la 
traduction du grec X'.Ooç, qui au singulier indique souvent du 
marbre taillé en lamelles formant appliques * : ordinairement 
alors le sens est précisé par un adjectif indiquant « Torigine, le 
caractère apparent, l'usage »'. Je préférerais ici cette interpré- 
tation ; et, sans rien restituer puisque nous manquons d'élé- 
ments certains, je considérerais comme assurée la présence, 
après lapide, d'un qualificatif indiquant la provenance, la 
forme ou l'emploi des plaques de marbre*. 

Si la dédicante a pris soin d'indiquer nominativement la 
crypte, les plaques du revêtement, elle a dû à plus forte raison 
spécifier des objets facilement transportables et plus tentants : 
les sarcophages renfermés dans la crypte, les statues et piédes- 
taux érigés à l'extérieur du monument. La mention de ces 
objets mobiliers est du reste d'usage courant*. Il faut donc très 
probablement restituer, après un adjectif qualifiant lapis\ une 
suite de mots comme : el sdrcophagis (peut-être avec mention 
de leur quantité : tribus) et statuis (de même : duabus). A suppo- 
ser qu'il n'y ait pas d'autres mots, cela donne un total d'environ 
35 lettres ou espaces à rajouter sur la droite de la seconde 

1. flA, 1915% p. 190, note 4; BGH, 1912, p. 615, n° 72, et le commentaire 
de la 1. 4. — Cf. Bict. des Antiq., s. v. Crusta, Lapis. 

2. Dict. des Anliq., s. v. Lapis, p. 931. 

3. M. Filov, en transcrivant les deux lignes du texte, indique, avant et 
après chacune d'elles, des points, qui signifient sans doute que ce qui précède 
ou suit est indistinct sur la pierre. En ce qui concerne les points qui suivent à 
la seconde ligne le dernier mot, LAPIDE, on peut se demander si le premier 
de ces points est gravé sur la pierre et par conséquent indique que le mot 
lapide est terminé. Si non, on pourrait songer à restituer l'adjectif lapide[us]^ 
en se référant à l'exemple cité p. 375, note 3 : cum sarcophago.... lapideo 
(cf. CIL., VIII, 9985 : ara lapidea). On appliquerait alors répithète aux objets 
que la suite immédiate du commentaire prouve devoir être mentionnés en 
cet endroit : les sarcophages de la crypte et les statues de l'extérieur, donc : 
cum [ornatu (?) sub]terreno et lapide[is sarcophagis et statuts...]. 

4. Cf. à Nicopolis ad Istrum : [memoria]s (?) et statuas duas (ftA, 1908» 
p. 64, n« 71); memoriam et st{at)uas {Ibid., p. 69, n" 81). — Ajouter les textes 
cités p. 375, note 3. 

5. Ou après le mot restitué lapide[is] : cf. note 3 ci-dessus, à la fin. 

v« SÉRIE, T. m. 25 



378 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

ligne; ce total pouvant monter jusqu'à 50. Or nous avons vu 
que 35 lettres ou espaces tiendraient à la rigueur sur une ins- 
cription longue de 5 m. ; mais pour 50 ou un nombre plus 
grand il faudrait supposer 8 m. de longueur. L'étude de la 
première ligne n'a pas permis de décider; l'analyse de la 
seconde ne le permet pas davantage. Le problème de la lon- 
gueur totale reste donc lié à celui de la restitution intégrale du 
texte : ni l'un ni l'autre ne comportent actuellement de solution. 

Mais il résulte du moins de ce qui vient d'être dit que la 
teneur générale de l'inscription peut être représentée comme 
suit : 

1^® ligne : 

[Nom, filiation, etc.] Matrona sac{rum) marito [dulcissimo (?) 
prénom, nom, surnom, titres, etc., et sibi {?) vivae [f?) et suis {??). ...] 

2« ligne : 

^[aream et sepulchrum )■ 

[[{ou équivalents ; ou rien) \ ^"^ (substantif -^) sub] terreno 

, ■ , ([(^ adjectif) et) 
et lapide \ V sarcophagis (nombre f?) et statuts (?) 

(nombre ff) et (?) f(aciendum) c(uravit) ; ou rien] 

N° 150. — Cinq fragments d'une plaque de marbre* portant 
une inscription métrique en latin. Quatre de ces fragments se 
rejoignent et recomposent ainsi à peu près la totalité de la 
moitié gauche de la plaque (0°',28 X 0'^,305). Le cinquième se 
replace dans le haut de la partie droite perdue (O^'jlO X 0°^,14) 
et se raccorde, à quelques lettres près, aux premières lignes de 
la moitié gauche. La plaque, épaisse d'environ 0",03, devait 
être fixée au mur intérieur du mausolée; elle était limitée par 
une mouluration qui s'épanouit latéralement en queues d'aronde, 
dont les angles internes supérieurs portent les lettres d.m. 
— Fig. 48. 

Le texte est assez lisible. Au début des lignes, l'alignement 
vertical est observé avec soin; à la fin, au contraire, le remplis- 

1. Izvestia Soc. arch., 1913, p. 322, fig. 252. 



ARCHÉOLOGIE THRACE 379 

sage est inégal : la première ligne est très serrée afin que le 
premier vers y tienne tout entier; dans les lignes suivantes, 
inversement, les lettres sont agrandies et espacées; malgré cela 
il reste à leurs extrémités de la place vide, qu'on a cherché à 
combler, aux 1. 3 et 5, par des feuilles de lierre. D'une façon 
générale, la taille des lettres va en diminuant et les intervalles 
en se resserrant à mesure que le texte se poursuit; les quatre 
premières lignes ont des lettres nettement plus hautes, plus 
larges et plus espacées. Toutes ces inégalités des lignes, des 
lettres et des intervalles, empêchent qu'on puisse fixer par le 
calcul le nombre des lettres perdues dans les 8 fins de lignes 
qui manquent. Mais il est vraisemblable que, d'une manière 
générale, ce nombre était plus considérable dans la seconde 
moitié du texte que dans le début. On ne devra donc pas écarter 
les restitutions qui allongeraient un peu le contenu total des 
dernières lignes par rapport aux premières*. 

Le texte est d'une écriture médiocre, mais relativement cor- 
rect. Les ligatures sont rares (1. 4 : \^z=vnt; 1. 5 : az=at; 
1. 11 : ^Ez=zVE, fèz^TiBi); les erreurs aussi (1. 5 : mre=:nere; 
1. 11 : Roc-zzROGO, DOLFA=:DOLEAs). — Certaines lettres ont 
des formes spéciales : a pour a, ^ pour d, \ pour a, ^^ pour s. — 

1. La première ligne, serrée à la fin seulement, contient 40 lettres. La resti- 
tution qu'on trouvera plus loin suppose que la l. 11 en aurait eu 45, nombre 
d'autant plus acceptable que le graveur y a justement, peut-être parce qu'il 
était gêné par le petit espace dans lequel il voulait terminer la ligne et le vers, 
commis des erreurs : ( • au lieu de o, s oublié) et introduit des abréviations 
(fèzzTlBl) et des ligatures ('\e:=Ve) qui ont eu pour résultat de gagner 
5 espaces et de n'utiliser ainsi que l'emplacement nécessaire pour 40 lettres. — 
De même les 1. 14 et 15 paraissent avoir contenu respectivement 46 et 48 lettres. 
Le total est assurément un peu gros : toutefois il n est pas inacceptable, s'il y 
avait aussi des omissions, des abréviations ou des ligatures. Une autre restitu- 
tion, possible a priori (voir ci-dessous, p. 385), ne laisserait à ces lignes que 
31 et 35 lettres, total trop faible et qui suppose en outre que Tépitaphe se ter- 
minerait par un vers incomplet. — Une difficulté du même genre se présente à 
la 1. 6, où la seule restitution possible pour un vers régulier ne comporte que 
31 lettres : l'adjonction d'une préposition, du reste nécessaire au sens, rétablit 
une longueur normale, en fournissant 36 lettres ; mais alors le vers est trop long 
d'un pied. Il semble toutefois impossible de ne pas admettre cette erreur de 
versification, surtout dans un morceau qui en f ntient manifestement d'autres. 



380 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



Des signes de ponctuation indiquent la séparation des vers et 
aident à la reconstitution du texte : ce sont des points dans la 
première moitié, des virgules dans la seconde moitié (à lai. 11, 
le point remplace un o). — D'autres signes encore sont usités : 
à Tavant-dernière ligne, un accent circonflexe semble indiquer 
une sorte de crase : o =00; après Tavant-dernier mot, une vir- 
gule paraît tenir lieu d'un point d'interrogation. 




S'isie, viatoi\ iter, ammu[mgue intende sepul]ckro, 

Et lege quam dure sit mihi v[ita d]ata. 

Ipso immarcebam caro florenl[e] marito, 

In (quartum decimumque) annum. Mors mihi saeva fuit : 
5. [I\am d]isceptarunt fata ne pia esse patri 

Nec mat[ri possem] te[ne]r(a)e^ pi[a)e f(a)emin{a)e, cast{a)e. 

Pro piet[as! (inter) pr]imas satiavi fata superba ; 

Nomine v[ ] rest{i)t[ue]bar {?), 

Qui nunc quam sci[s raptam, illa sed] ab impia fata 
10. Disceptata die, ut n[ondum conjuncta] marilo 

Crudelis thalamos post mor[lem invita] reliqui, 

Teque ro[go'\, comis dolea[s] : tibi pulch[rius illud], 

Quod mea virginitas mor[tal]i somn[o abotevit] ; 

Isquè tuas cineres aurea ter[ra teget], 
15» [Ast hoc tantum vos] ego nunc moneo^ (0) genitore[s]f 

[Quid flelis f : nam fata potes t quis] rumpere ? Nemo. 



ARCHÉOLOGIE THRACE 381 

Grâce à ces remarques, on peut presque partout lire ou 
retrouver la rédaction primitive. Dans les dernières lignes, où 
les mots manquants sont plus nombreux, on ne peut atteindre 
avec une certitude absolue le mot à mot original; mais les 
parties restituées conviennent à la versification, au sens géné- 
ral, à la longueur des espaces à remplir. Seul le v. 8, qui 
semble avoir contenu les noms propres, échappe à tous les 
efforts. 

Le morceau contient des erreurs : 

i^De grammaire : — v. 3 : abl. en -i pour-e , florenti; — v. 11 : 
ace. en -is pour -es, crudelis (forme volontairement archaïque ?) ; 
— V. 9 : ace. au lieu de l'abl., aô impia faia; — v. 10-11, i/t 
avec l'indic, ut.... reliqui; 

2° De signification : — v. 3 : ^immarcebam, mot inusité*; — 
V. 4 : in XIIII annum, erreur grammaticale ou emploi rare de 
in au sens de : jusqu'au milieu de*\ — v. 12 : comis, adj. 
employé pour Tadv. comzV^r, et pris au sens de doucement signi- 
fiant légèrement^ de façon peu intense, comme équivalent de 
leniter-, de même que explétif, ajouté pour la mesure et faus- 
sant le sens. 

3° De prosodie : — e final bref, quoique remplaçant «e ; v. 6 : 
pïê fdeminë, cf. dans la même phrase : lënërë; — a final de la 
1" décl. bref même à Tablatif; v. 14 : isque tuas cineres 
aureà terra (abl. de lieu) leget; v. 10 : disceptatd die (abl. 
de temps); 

4^^ De versification : — allongement, à la coupe, d'une brève 
suivie d'une voyelle; v. 1 : iièr\ — manque d'élision; v. 5 : 

1. Seul l'adjectif immarcescibilis est connu (Forcellini), et encore il a un 
sens opposé à celui qu'il faudrait adopter ici. Immarcescihilisy avec le préfixe 
négatif in, signifie qui ne se flétrit point ; immarcesco (ici immarceo), avec m 
inchoatif comme dans infloresco^ signifierait je commence à me flétrir. — La 
lecture immargebam, possible d'après le texte, où C est écrit G, suppose un 
barbarisme (= immergebam), peut-être joint à une faute de conjugaison 
{=immergebar), PÀ même alors ne fournirait pas un sens satisfaisant, faute 
d'un complément {immergebar inmortem, in inferos, in Tartara, etc.). 

2. Voir les exemples de Bùcheler, II, 1540 et 1041 : in VU, in X (annum) 
ascendens; sens plus rationnel. 



382 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

ne pïà ëssê ; — syllabes ea surnombre ; v. 5 : fàtd, ajouté 
tort au milieu d'un pentamètre déjà complet; v. 7 : préposi- 
tion donnant un pied de trop'. 

La plupart de ces erreurs ont une cause unique : les modifi- 
cations maladroites qu'un versificateur incompétent a fait subir 
pour les adapter à des circonstances spéciales, à des vers passe- 
partout tirés d'un manuel à l'usage des épitaphiers^ Nous sai- 
sissons assez bien ici le mécanisme de ce procédé, et les bévues 
qui en résultent. L'auteur manque de culture; il connaît mal 
les règles de la versification ; il ignore quelquefois le sens exact 
des mots employés : il est fort probable du reste que le latin 
n'est pas sa langue maternelle '. Il nous rappelle ceux qui chez 
nous composent les vers dits de mirlitons. Même inexactitude 
dans le choix des expressions; même tendance à se contenter 
des à peu près; mêmes fautes de versification. Le moderne sou- 
vent néglige de compter les syllabes muettes; l'ancien oublie 
de vérifier la quantité des voyelles; ni l'un ni l'autre ne sont 
choqués par un vers trop long ou trop court d'un pied. 

L'auteur semble avoir voulu écrire des vers élégiaques, qui 
sont de style dans les épitaphes, et pour lesquels sans doute le 
manuel offrait le plus grand nombre de modèles. Mais, ainsi 
qu'il arrive fréquemment, la régularité du distique n'est pas 
longtemps conservée. On trouve commode d'employer un pen- 
tamètre dont le sens agrée, à une place où la correction exige- 
rait un hexamètre; ou bien encore on rencontre, dans le 
manuel, un plus grand nombre d'hexamètres que de penta- 
mètres convenant à exprimer l'idée à développer. C'est pourquoi 
la pièce, sur 16 vers, ne contient que 3 distiques (v. 1-2, 3-4, 13- 

1. Au lieu de [inter p]rimas = l'une des premières de ma génération, on pour- 
rait restituer aussi [per lac]rimas. Le sens serait moins net et peut-être moins 
satisfaisant ; la faute subsisterait. 

2. Cf. ftA, 1913*, p. 246-247. — Sur la question de l'existence de pareils 
manuels, voir Rev. de Philologie, 1889, p. 51 suiv. ; Philologus, LXII, p. 445 
suiv. ; Focillon dans Plessis, Epitaphes, p. xvii-xix. 

3. Le tailleur de pierre fournit sans doute aussi la poésie funéraire, et il est 
vraisemblable qu'il a, à sa solde, quelque Grec immigré comme lui qui se charge 
de la composer. — Cf. Focillon, loc. cit., note 1 de la p. xix. 



ARCHÉOLOGIE THRACE 383 

14). Encore le second est-il incorrect dans sa première moitié, à 
cause de la difficulté de faire entrer un chiffre dans le rythme 
du vers. Dans ce cas, les épitaphiers ont l'habitude de ne pas 
tenir compte des syllabes indiquant le chiffre : ils les mettent 
ordinairement, pour ainsi dire, hors rang et comme entre 
parenthèses. Le recueil de Bûcheler, Carmina latina epigra- 
phica, qui est en fait équivalent à l'un de ces manuels poétiques 
dont usaient sans doute les anciens, en contient de nombreux 
exemples*. Parfois cependant le chiffre lui-même compte dans 
la mesure du vers' : mais alors peu importe qu'il fournisse un 
trop grand nombre de syllabes. L'excuse est qu'on est en pré- 
sence d'une nécessité majeure, analogue à celle qui se présente 
quand on doit insérer dans le vers un nom propre réfractaire à 
une scansion normale : même les meilleurs poètes ont admis 
cette licence indispensable. Ici j'ai supposé que le chiffre comp- 
tait dans la mesure du vers : celui-ci a par suite un pied de 
trop. Il aurait un pied de moins si le chiffre n'entrait pas en 
ligne de compte. De toute façon il est forcément irrégulier. 

L'auteur a emprunté à son manuel des vers entiers, des moi- 
tiés de vers, parfois même de simples expressions. Voyons 
comme il les a utilisés. 

1. Xll ego annorum vixi dulcissimae matri (I, 502 = CIL, VI, 14578). 
Annorum VlUl vixi dukissima parentibus meis (II, 1541 =CIL, VI, 30118). 
Ut annis Xllî m. VI d. XXVI nobiscum advixeris una (I, 613 = CIL, X, 2496). 
Quinq(u>^) et XL vixit pia larga benigna (I, 559 = CIL, VIII, 412). 

Vixit enim onn. XV H tt mêmes VU diesque XV III, au milieu d'hexamètres 
(I, 454 = C/L, XII, 743). 

Hue sita est Paterna post annos VIUl et XX, au milieu d'hexamètres (I, 476 
= CIL, VI, 3452). 

Annos qui vix[lt] X et XIIJl soles, pentamètre (II, 1224 = CIL, VI, 19874). 

Annorum gnatus XXV [peribam], pentamètre (II, 1257 = C/L, VI, 30134) 

2. Iter VII annis ego jam fatale peregi (II, 1068) [— septem]. 

In X ascendens animam deposui mearn (II, 1541) [^decimum (annum)]. 

Quintum annum et decimum Narcissus flore juventae (II, 1119). 

Hinc me igitur nosces sextum decAmumque tulisse 

Annum... (I, 420 = C/L, X, 2311). 

Annis in lucem duo de triginta moratus (II, 1814). 

Unu{m) et. viginti bis juncti viximus annos (II, 1551 = CIL, X, 7565). 

Bis quinos annos mensesque duos duo soles (I, 434 = CIL, XI, 7435). 



384 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Il est exceptionnel qu'un vers entier puisse être recopié sans 
modification. Généralement on change un ou deux mots, soit 
pour adapter l'idée générale au cas particulier, soit pour se 
donner, par l'introduction d'un synonyme, ou par l'interver- 
sion de deux mots de même quantité, l'apparence d'inventer. 
Ainsi nous trouvons dans Bûcheler deux variantes du penta- 
mètre suivant : 

a) Aspice quam. misère sit data vita mihi (II, 1541 — CIL, 
VI, 30118). 

b') Aspice quam indigne sit data vita mea (II, 1539 = C/L, 
V, 1305). 

Notre auteur en a composé une troisième : 

Et legs quam dure sit mihi vita data (v. 2). 

De même le v. 11 est évidemment calqué sur un modèle, 
dont je ne connais pas d'exemples, mais qui est de la forme : 

Crudeles thalamos post m,ortem — ^ reliqui. 

Ce vers admet à l'avant-dernier pied des substitutions aisées 
et nombreuses (mots de deux syllabes : — -^, ou même, s'ils 

commencent par une voyelle, de trois et de quatre : >^, 

^^ ^ — — .) Mais il est plus difficile de changer, sauf pour la 
troisième personne (re/iguit), le verbe final qui, à d'autres temps, 
personnes ou modes, deviendrait trop long. C'est pourquoi ici 
le versificateur a renoncé au subjonctif, pourtant exigé par le 
ut du vers précédent. 

De même encore, un vers du genre de : 

Atque tuas cineres aurea terra teget* 
est d'usage commode; mais si le sens de la phrase précédente 

1. Autres exemples du même vers : II, 1540, 1083, 1084 (avec mihi au lieu 
de ?7iea), 1542 (partiellement disparu, l'adverbe est douteux). — La fréquence 
de ce vers tend à prouver qu'il est conforme au modèle original. 

2. Nous le connaissons sous la forme : 

lllius cineres aurea terra teget (II, 1308 =: CIL, X, 633)i 



ARCHÉOLOGIE THRACE 385 

oblige à changer un mot {isque au lieu de atque), le sujet change 
du même coup, et aurea terra devient un ablatif que Fauteur 
scande maladroitement comme s'il avait conservé le nominatif 
de son modèle. 

Les moitiés de vers sont plus faciles à reprendre sans change- 
ment. On en reconnaît ici plusieurs, remployées avec des suc- 
cès divers : 

v. 1 : Siste, viator, iter.,,, 

V. 4 : Mors mihi saeva fuit. 

v. 3 : .... caro ftorente marito (il est évident que sur notre 
texte l'interversion des deux premiers mots est une faute du 
graveur; Vi final de ftorenti est soit une mauvaise lecture, soit 
une erreur provenant de ce qu'après interversion du mot l'au- 
teur ne sentait plus le besoin d'une syllabe brève). 

V. 6 : .... pia femina casta (fin de vers maladroitement faus- 
sée par l'emploi d'un cas différent). 

V. 7 : saiiavi fata super ba. 

V. 15 : vos ego nunc moneo^ a genitores. 

V. 16 : .... fata potes t quis rumpere? Nemo. 

(Remarquer que ces deux dernières formules pourraient se 
rabouter exactement* : 

Vos ego nunc moneo, o genitores : fata potest quis 
Rumpere? Nemo. 

(J'ai expliqué plus haut pourquoi cet ensemble ne me paraît 
pas pouvoir être adopté ici'). 

Les formules toutes faites sont parfois reprises et modifiées 
sans adresse : 

y. 9 : ah impia fata, solécisme provenant de l'usage irréfléchi 

1. Je n'en connais pas d'exemples. — A comparer avec le v. 16 ; 

1" pour le sens de la seconde partie : ' 

.,.moneo : mors omnibus instat (I, 485 = CILy IT, 391). 

2" pour la première partie, restituée : 

...moneo ne quis me lugeat (II, 1032 = CIL, XIV, 2553). 

2. Ci-dessus, p. 379^ note 1. 



386 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

d'une expression qui dans le modèle devait être : per (ou ac 
impia fata. 

V. 9 : Qui nunc quant, transition toute faite dans laquelh 
quam était sans doute primitivement un adverbe : il est malaisé 
d'arriver ici à un mot à mot exact. 

Le sens général du morceau me paraît être celui-ci : 
La fille de Matrona et de son mari est morte à 14 ans, soit 
fiancée et non mariée, soit plutôt si nouvellement mariée qu'elle 
n'a pas eu le temps d'être pour son mari' une véritable épouse. 
D'où le sens des consolations qu'elle adresse à celui-ci : sa dou- 
leur doit être calme (comis), et il vaut mieux pour lui (v. 12) 
n'avoir pas connu les joies d'une union qui lui aurait laissé 
trop de regrets (v. 10 et 13). Le reste n'est que remplissage et 
banalités : la mort s'est montrée particulièrement cruelle pour 
la défunte (v. 4); elle a disparu l'une des premières de sa géné- 
ration (v. 7), sans même vivre assez longtemps pour rendre les 
derniers devoirs à ses parents (v. 5-6). Mais il n'y a qu'à s'incli- 
ner devant les arrêts de la fatalité (v. 15-16) : nous mourons 
tous; le jeune époux lui-même mourra à son tour (v. 14). 

Cette pièce de vers n'ajoute rien à la valeur, très faible, de 
la littérature funéraire latine telle que nous la connaissons par 
les documents épigraphiques'. Elle a cependant le mérite de 
se prêter à une analyse qui montre bien les procédés de com- 
position des épitaphiers, les sources de leur inspiration et les 
causes de leurs incorrections, surtout quand le manuel aide- 
mémoire est employé par des gens peu lettrés pour qui le latin 

n'est pas la langue maternelle. 

Georges Seure. 

1. Je soupçonne, sans pouvoir en apporter de preuve, que ce jeune époux 
pourrait bien s'être appelé Florens. Gela expliquerait l'interversion étrange que 
nous avons signalée au v. 3, et aussi la finale ablative en i, rare pour le parti- 
cipe, mais usuelle pour le surnom qui en est tiré. 

2. J'ai déjà cité l'étude de M. Focillon, Sur la Poésie funéraire d'après les 
inscriptions (dans Plessis, op. cit. s p. xv-lx). Elle vaut la peine d'être lue ; 
mais elle aboutit à des conclusions trop indulgentes, surtout quand on les 
applique à la poésie provinciale. 



LES 

FALLACIEUX DÉTOURS DU LABYRINTHE 



i 



{Suite*) 

Je pourrais dès maintenant conclure; mais je tiens à ajouter 
à cette démonstration une preuve matérielle et directe. Sous le 
titre Pompei et Petra, la lievue archéologique (1862, t. II, p. 1 
sq.) a jadis publié en partie un mémoire d'Hittorf sur une pein- 
ture pompéienne (pi. X)*. Je passe sous silence les extrava- 
gances d'Hittorf à son sujet. Elle représente une enceinte rec- 
tangulaire, bordée de constructions, au fond et à droite. Au 
premier plan, une entrée fantaisiste, — fronton coupé, colonnes 
décorées, etc. — fermée à mi-hauteur par un rideau contre 
lequel est posé un autel, a pour but avoué d'encadrer et de laisser 
voir une tholos qui occupe le centre de Tédifice. Le toit de 
celle-ci s'appuie sur six colonnes corinthiennes et a son sommet 
terminé par une amphore panathénaïque; une chaîne en des- 
cend, où pend un aigle ou un cygne qui tient un diadème. A 
droite de l'entrée, le mur a été également coupé à mi-hauteur 
et porte un masque tragique dont le front est pourvu de deux 
cornes de taureau. Au dessous de ce masque et contre le mur, 
repose à terre une amphore décorée d'une peinture où l'on 
reconnaît distinctement Apollon sur l'omphalos ; à droite, 
Oreste accourt vers lui, sans doute pour recevoir de lui l'épée 
vengeresse; à gauche, une femme est debout (la Pythie?)*. 

1. Voy. \dL hev. arc/i. de septembre-octobre, novembre-décembre 1915, jan- 
vier-février et mars-avril 1916. 

2. Voir préférablement la grande planche de Zahn, Les plus beaux ornements 
et les tableaux les plus remarquables de Pompei^ t. II, Berlin, 1342-1844, 
pi. 70. 

3. Sur ia planche de Zahn, ce personnage est quasi effacé. — Voir Dict. des 



388 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

Or, M. Svoronos {op. cit., p. 18, f. 17; cf. p. 17, f. 16 ; p. 19, 
f. 18-19) a publié une monnaie corinthienne du sanctuaire isth- 
mique (L. Verus), présentant l'image d'une tholos construite 
comme celle d'Épidaure, sur une partie souterraine dont le rôle 
important est mis en relief par une élévation évidemment exa- 
gérée. Du sommet pend une chaîne terminée par un cygne en 
plein vol. 

On souscrira, j'espère, aux propositions suivantes : 

1^ Malgré la part de fantaisie que comporte le dessin pom- 
péien, celui-ci permet de restituer un édifice réel. Le soin apporté 
à cette peinture, ses dimensions (4'" X 3™), la place qui lui a 
été attribuée {œcus), attestent la célébrité de l'édifice; la com- 
position indique en outre que ce renom était dû pour beaucoup 
à la tholos qui en occupe le centre. 

2° L'autel prouve qu'il s'agit d'un monument religieux; le 
diadème et l'oiseau prouvent que le rituel y était en relations 
directes ou indirectes avec le symbolisme solaire. La peinture 
de l'amphore précise que le culte était apollonien ou très proche 
du culte d'Apollon. Le masque, cette amphore et celle du som- 
met de la tholos révèlent que le sanctuaire possédait des jeux 
très connus. 

3^ L'identité d'un détail caractéristique (chaîne, diadème, 
oiseau) permet de reconnaître dans la fresque de Pompéi la 
tholos isthmique; par suite, l'oiseau figuré sur cette fresque est 
bien un cygne. D'autre part, la monnaie citée offre, selon les 
expressions de M. Svoronos (( in seinen wesentlichen Zûgen, eine 
gelreue Copie, wenn nicht das àp^^éxuxov der Tholos von Epidau- 
ros » (p. 18). Cette similitude paraîtra plus frappante encore 



ant.t t. IV, p. 199, v° Omphalos (Karo) et 233, v» Orestes (A. Martin) ; Ros- 
cher. Lex., t. III, col. 964, v° Orestes (Hôfer) ; cf. S. Reinach, Rép. de vases, l. I, 
p. 390, n«* 2 3. On pourrait songer à Oreste venant demander au dieu protec- 
tion et purification (cf. S. Reinach, op. cit., t. I, p. 53, n» 3 ; p. 276, n» 1 ; 
p. 467, n» 2; Middieton, The temple of Apollo at Delphi, in Journ. of hell. St. y 
t. IX, 1888, p. 296 sq.); mais les représentations de cette scène montrent 
Oreste sur l'omphaios et tenant Tépée. Je regrette au surplus de ne pouvoir exa- 
miner la peinture elle-même. 



LES FALLACIEUX DETOURS DU LABYRINTHE 389 

dès qu'on aura remarqué ceci : entre la 3® et la 4® colonne de la 
tholos pompéienne existe la place d'une 7^, intentionnellement 
supprimée pour qu'on puisse voir le diadème; l'édifice avait 
donc en réalité quatorze colonnes corinthiennes, comme la cella 
de la tholos d'Épidaure. En outre, la partie souterraine du 
monument isthmique est un labyrinthe. Résultat confirmé par 
ailleurs. La peinture étudiée par Hittorf a été, en effet, trouvée 
dans la Maison du Labyrinthe, à quelques pas de la mosaïque 
fameuse d'où cette maison tire son nom. Je ne crois point 
qu'on puisse voir là un curieux hasard; je le crois d'autant 
moins que le masque aux cornes de taureau établit un lien 
entre les deux œuvres. « Nous ne savons, dit M. Navarre, 
quel attribut indiquait, chez Euripide, la métamorphose d'Hippè 
en cheval, quel autre caractérisait le Minotaure » [Dict. des 
ant., t. IV, p. 410, v° Persona). Pour le Minotaure du moins, le 
masque de la peinture pompéienne me paraît fournir une 
réponse'. Et si la série de ces déductions est exacte, le masque 
et les amphores de la fresque indiquent la destination des tholoi 
isthmique et épidaurienne. 

Faut-il aller plus loin? Il est à peine conjectural de penser que 
le propriétaire de la Maison du Labyrinthe a fait couronner aux 
Jeux Isthmiques un canticum qui donnait une voix au Mino- 
taure ^ Il l'est davantage d'imaginer que nous pouvons aller le 
voir à la maison dite « du Poète tragique » ; mais je ne résiste 
pas à cette tentation. Les deux maisons sont situées à deux pas 
l'une de l'autre et se font presque vis-à-vis; elles sont de la 
même époque et les peintures sont du même style : première 



L Cf. le Thésée d'Euripide (Nauck, Trag. gr. fi\, Lipsiae, 1856, p. 373, 
fr. 383-384; Piutarque, Thés., 15.) 

2. Cf. Boissier, De la signification des mois saltare et cantare tragœdiam, in 
Rev. arch., 1861, t. II, p. 33 3 sq. On représentait à Delphes le combat d'Apollon 
contre le dragon, sa fuite, sa purification à Tempe et son retour à Delphes ; un 
éphèbe jouait le rôle du dieu (v. H. Weil, Inscriptions de Delphes, in Bull, de 
corr. hell., t. XVII, 1893, p. 567). Je suppose ici l'existence d'un « mystère » 
analogue, — d'un « mystère » de Thésée. 



390 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

moitié du i^"^ siècle ap. G. *. Pourquoi les deux propriétaires n'au- 
raient-ils pas été liés par TafTection, et Torfèvre qui habitait la 
Maison « du Poète tragique » n'aurait-il pas voulu avoir sous 
les yeux le portrait d'un ami que sa victoire a dû rendre illustre 
à Pompéi? La Maison du Labyrinthe serait ainsi la vraie maison 
du (( Poète tragique ». 

Ce sont là simples hypothèses; mais je ne crois point qu'ail- 
leurs un doute puisse subsister : la tholos d'Épidaure est essen- 
tiellement un odéon, comme celles du Ptoïon et du sanctuaire 
isthmique, comme aussi, selon toute vraisemblance, celles de 
Marmaria, de Trézène et d'Argos', comme la Skias de Sparte et 
enfin le théâtre panathénaïque. Les peintures de Pausias (Pau- 
sanias, III, 27, 3) représentaient d'un côté Éros, porte-lyre, de 
l'autre une femme buvant, une Ménade; les deux scènes sont 
des motifs dionysiaques très communsMls réclamaient ici leur 
place; c'est pour fêter la vigne que naquit, au sein du divin cor- 
tège, la poésie dramatique. Les deux hymnes delphiques à 
Apollon ont été exécutés par les artistes dionysiaques d'Athènes 
(Weil, Un nouvel hymne à Apollon in Bull, de corr. hell.^ 
t. XVIII, 1894, p. 348, 362). Si l'on songe d'une part que la reli- 
gion asclépiaque d'Athènes était épidaurienne — elle y aurait 
même été intronisée par Sophocle * — comme celle de Sicyone, 
de Cos, de Garpathos, de la Grète, de la Gyrénaïque, de Pergame, 



1. V. Thédenat, Pompei, Paris, 1906, p. 99, 101, 108, plan in fine \ cf. 
Mau, Ges':h. der decorativen Wandmalerei inPompei, Berlin, 1882, p. 127 sq. 

2. V. Svoronos, op. cit. ^ p. 16, fig. 11-14 et p. 17, f. 15. — Thiersch {Arch. 
Anz., 1907, p. 491) a déjà eu cette pensée. Dans la Tholos de Marmaria 
auraient donc été chantés le péan d'Aristonoos de Gorinthe (Weil, op. cit.^ 
p. 561 sq.) et les deux hymnes du Trésor des Athéniens. Le rôle qu'y joue 
Pallas, rôle remarqué par M. Weil (p. 568), n'est pas pour interdire cette 
conclusion. 

3. Cf. S. Reinach, Rép. de vases, t. I, p. 203, n» 5 ; t. II, p. 22 n» 5, 
p. 155 n® 11, p. 348 n° 1 ; Frickenhaus, Lenàenvasen (72ème Progr, zum Winc- 
kelmannsf.), Berlin, 1912, p. 13, f. 28. Pausanias (IV, 34, 6) signale à Koroné 
un temenos consacré à Artémis -jiaiSoTpôcpoç, Dionysos et Askiepios. 

4. L. V. Sybel, Askiepios und Aikon, in Ath. Mitth , t. X, 1885, p. 99. — 
Voir Pausanias, I, 21 ; II, 26, 8 ; cf. Dittenberger, Syll., p. 549, n» 374. 



LES FALLACIEUX DÉTOURS DU LABYRINTHE 391 

deSmyrne, etc.'; d'autre part, que les cultes épidaurien et del- 
phique étaient étroitement liés^ on admettra que ce synode a 
pu venir à Épidaure. Peut-être est-ce lui qui a fait entendre le 
poème d'Isyllos (Cavvadias, FoinVes, p. 37, n<^ 7; Wilamowitz, 
loc. cit.). 

La mosaïque de Pompéi m'a déjà ramené au labyrinthe dont 
cette digression m'éloignait. Il constitue un élément, à coup 
sûr essentiel, de la Tholos d'Épidaure, non architectural, comme 
le présume Fiechter {Arcli. Anz., 191 2, p. 18), car Polyklète aurait 
eu tant de moyens tellement plus simples et moins coûteux de 
soutenir la construction supérieure' — mais religieux. Le lec- 
teur ne s'en étonnera point : il a vu dans les labyrinthes une 
des images les plus anciennes, dans les plans circulaires une 
des traditions les plus vénérées de Théliolâtrie. Et ce n'est pas 
seulement le sang d'Apollon qui fait battre le cœur d'Asklépios; 
la légende a ici une signification plus haute et plus profonde. 
Le fîls de Koronis est tout animé de l'esprit du Dieu vainqueur; 
il garde un peu de son âme ; il participe vraiment à son essence, 
et c'est d'elle qu'il tient, comme son frère nordique^ Auschla- 
vis *, ce doux pouvoir de guérir dont les miracles lui font une 
auréole, aussi glorieuse que la couronne de Phoïbos. Sur de 
nombreux monuments, il prend, auprès de l'omphalos, la place 
de son père^ ; ses trois filles ont le visage envermeillé des Cha- 
rités, et la plus jeune, Aigle, porte le nom de l'une d'elles ''. Lui 



1. Hérodote, VII, 9ê ; Dittenberger, p. 588, n«« 398 et 399; Bull, de corr. 
hell., t. VI, 1881, p. 231 et 234; G. Wescher, Hey. arch., 1863, t. II, p. 481 ; 
Pausanias, II, 10, 3 ; 26, 8 et 9. 

2. Wilamowitz-Môllendorf, Isj/Z/os i;oM Epidauros {Philol. Unters., IX, 1886, 
p. 11, 13, 91); Frôhner, inscr. gr. du Louvre, Paris, 1865, p. 105, n« 48. 

3. Fiechter l'a obscurément senti ; les passages ménagés dans les murs, sur- 
tout, le gênent. Ce sont eux qui le poussent à supposer que le dispositif a eu 
une adaptation utilitaire (trésor). 

4. V. Krause, Tuisk., p. 207 sq. 

5. S. Reinach, Rép. stat., t. I [ClaracJ, p. 289, pi. 550, n^ 1161 ; pi. 549 
n» 1159; Frôhner, Notice de la sculpture au Louvre, Paris, 1870, p. 369; 
Amelung, Puhrer d. die Ant. in Plorenz, 1897, p. 67 et 68, f. 18; Mionnet, 

Descr. des méd.ant., suppl., t. IV, 1829, p. 520 (monnaies de Pergame, etc.). 

6. Un relief du Vatican montre les Charités à la droite d'Asklépios, debout 



392 REVUE ARCHEOLOGIQUE 

même a sur ses traits le rayonnement de jeunesse de rétern( 
Amant*. Enfin, son nom est éclatant de lumière et sa bruissante 
sonorité n'est que le frémissement de la clarté du jour*. C'est 
pourquoi l'image du piège d'où l'astre sauveur se délivre à 
chaque printemps pouvait illustrer le sanctuaire d'Asklépios et 
émouvoir son fidèle, — ou même un passant comme Pausanias». 
Rien n'autorise à parler de rhystères à Épidaure; le labyrinthe 
de la tholos n'est d'ailleurs pas mystérieux. Le pèlerin qui le 
parcourait accomplissait simplement un geste pieux, d'une 
vertu éprouvée et consacrée par les siècles, celui du chrétien 
suivant à genoux les a chemins de Jérusalem » des églises 
médiévales; devant ses pas, 

Les quatre ardents chevaux dressaient leur poitrail d*or. 

Souterrain comme le labyrinthe de Crète, mais semblable en 
plan à celui de Tirynthe, le labyrinthe d'Épidaure dérive de ses 
lointains ancêtres et en rappelait le mythique souvenir. Entre 
l'impérissable croyance des temps les plus reculés et les dévo- 
tions d'une Grèce parvenue aux raffinements de la plus noble 
culture, entre l'art primitif des Dédales d'autrefois et la suprême 



devant un adorant à genoux {Dict. dss ant., t. I, p. 124, f. 163). Cf. Apollon 
et Dionysos tauromorphe portant les Charités (Decharme, Myth. de la Grèce*y 
1886, p. 129, f. 25; p. 461, f. 122), en plaçant auprès de ce dernier monu- 
ment le Tarvos Trigaranus de Nolre-Datne-de-Paris (Musée de Cluny; v. 
S. Reinach, Cultes, t. I, 1904, p. 233 sq. ; la danse du répavoç permet de com- 
prendre pourquoi trois grues remplacent les Charités). On aura ainsi trois 
expressions de la même exquise pensée. 

1. Le type jeune et imberbe est le plus ancien ; v. Pausanias, II, 10, 3 ; 13 ; 
VIII, 28, 1; Helbig,Fu/irer... in Rom, i. I, 1891, p. 142; S. Reinach, fi^p. 5f., 
t. I, p. 289, pi. 545, n° 1145; pi. 549, n» 1159. 

2. Isyllos le dérive de At'yXiri ["AdyXyj]; cf. Homère, Od., IV, 45; VI, 45; 
Wilamowitz, /oc. cit.; Preller-Robert, Gr. Myth., p. 258 n. 3; Roscher, Lex., 
t. I, 1884-1886, p. 616 (Thraemer). J'ai même noté au musée de Sofia plu- 
sieurs stèles (n°« 410, 3297, 3868) où Asklépios, formellement désigné par 
l'inscription, se confond avec le cavalier solaire. Cf. Filow, Arch. Anz., 1912, 
p. 571, f. 12 et Seure, Deux variantes thraces du type d' A 7' té mis chasseresse, 
in ft. d. Et, gr., t. XXV, 1912, p. 26. 

3. Voir sa conversation avec un Sidonien rencontré dans le temple d'Asklépios 
à Aegium (VII, 23). 



Les fallacfeuX oÉTOuns l)tj Labyrinthe 393 

élégance d'un Polyclète, il constituait un lien visible, immortel 
et vivant*. 



VIII 

On voit tout ce qu'affirme, précise, unit le labyrinthe de 
Tirynthe; il porte encore d'autres témoignages. 

Si Ton restitue comme je Tai indiqué le plan édité par 
M. Kurt Millier, la présence d'une unité de mesure saute immé- 
diatement aux yeux. L'épaisseur des murs et la largeur des 
couloirs intérieurs sont, en effet, constantes et respectivement 
égales à 0'^,80 et l'^,20; l'épaisseur des murs extrêmes est de 
2"\80. La comparaison de ces trois valeurs indique a priori 
pour commune mesure : a = 0'",40. On aurait dans cette hypo- 
thèse : 

5°»,80r:14,5a 9'n,80 = 24,5 a 

T"™ =17,5 a W^ =27,5 a 

7'",80= 19,5 a 13'",80 = 34,5 a 

9™ =22,5 a 

0'",80 = 2a; l"',20 = 3a; 2'",80 = 7 a 

On voit immédiatement que l'étalon est en réalité 0'^,20. On 
obtient ainsi : 

5'",80 = 29azz 28 + 1=2*. 7 + 1 
7"" = 35 a = :<4 + 1 = 2 . 17 + 1 
7™,80 = 39a= 38 + 1:^2.19+1 
44 + 1 = 2M1 + 1 



9™ = 45 a _ , ^, g 



=î 



1. Bien entendu, le pavement de la cella de la Tholos était continu (Arc/i. 
Anz., 1909, p. 111). La statue centrale paraît être une Hygie (Svoronos, op. 
cit.^ p. il 8^)- Li^s portes du Labyrinthe s'ouvrent à l'E. comme celle de la 
cella; l'entrée — ou les entrées — existaient donc à l'E. également, prob:ible- 
ment sur les côtés du plan incliné. Je n'en ai découvert aucune trace (août 
1912); une fouille serait peut-être plus heureuse ; peut-être même retrouverait- 
elle au centre du labyrinthe quelque vestige d'un monument cultuel ou de la 
foi des pèlerins. Et puisque je rêve une levée de pelles et pioches, on me per- 
mettra d'ajouter qu'il serait également intéressant de rechercher le labyrinthe 
de la tholos islhmique et de vérifier si celle d'Argos n'a pas été construite sur 
un labyrinthe souterrain, 

v" sÉRTK, T. m. 26 



394 hEVÙE ARCHÉOLOGIQUE 

48-hl =2^ 3 + 1 



9m 



^48- 
,80zn49azz| ^, 



11'" zz55azz 54 + 1=2. 3' -h 1 

13'",80=:69 a= t)8+l=:2M7 +1 

0«»,90=: 4(x— 2* 

l"\20z= 6 Jtur 2.3 

2»',80=14ai=: 2.7 

Cette unité de 0'",20 ne correspond ni à l'unité mégalithique 
armoricaine qui paraît avoir été environ 0'^, 30 (Martin, op cit., 
p. 116 sq.), ni à la coudée moyenne égyptienne (0"^,45). Mais 
le plus ancien talent babylonien, le talent des maçons (40 mines) 
(Decourdemanche, op. cil., p. 13; cf. p. 119) a un pied de 
266'"'^, 314 que nous restitue la règle de Goudéa : l'exemplaire 
le mieux conservé a 0'",27*. Ce pied donne à son tour une 
coudée de 399'""^, 471 qui s'identifie exactement, à un demi- 
millimètre près, avec celle du labyrinthe de Tirynthe et servira 
encore de module au circuit de Khorsabad (Decourdemanche, 
op. cit., p. 68). 

J'estime que le labyrinthe de Tirynthe a été construit d'après 
une unité de mesure et que cette unité est l'empan de Goudéa 
(3 palmes, 1/2 coudée ou 3/4 pied; on comprend en même 
temps pourquoi le premier chiffre (a = 0'",40) a pu faire hésiter. 

Cette constatation présente un double intérêt. Elle s'accorde 
avec la date du labyrinthe de Tirynthe (milieu du 3*^ millénaire). 
Maspero {/Jist., p. 192) place la suzeraineté d'Ourou vers 3.000 : 
Goudéa aurait donc vécu dans la première moitié du troisième 



1. Le pied est « là lotiguê-jf du côté du cube dont la dontenance en eau est 
égale au poids du talent » (Decourdemanche, op. cit.^ p. 9). La règle de Gou- 
déa n'est donc pas un « empan », comme le disent Perrot, op. cit.^ t. II, 
p. 340, Lenormant et Babelon, op, cit., t. V, p. 189, etc. Cf. le grand édi- 
fice de Tello (Lenormant et Babelon, t. IV, p» 82; Heuzey, Un palais chaldéen 
Paris, 1888^ p* 12 sq.) : il mesure à peu près 53 x -^t m.^ sa cour intérieure 
17x21 m. Or I 

[23 » 52] 200 X 0,266 :s 53»»,20 

[23.8i5] 110 X 0,266= 3l'",92 

[2^.5] 80 X 0,266 = 2lmj28 

[Z^\ 64 X 0,266 =nm,Oa 



LES FALLACIEUX DETOURS DU LABYRINTHE 395 

millénaire (cf. Lenormant et Babelon, op. cit., t. IV, p. 80). 
Elle dénonce en outre, dès cet âge reculé, entre les rives euro- 
péenne et asiatique, entre les princes égéens et chaldéens, des 
relations que la géographie, Thistoire des migrations posté- 
rieures et les fouilles' ont déjà établies. Relations lointaines, 
d'ailleurs. Les 41 hauteurs des degrés de la grande pyramide 
augmentent d'une valeur constante et égale à 0™,0135, c'est-à- 
dire au 1/20 du pied de Goudéa, qui, par suite, doit être le 
module du monument. La hauteur mesurée, 233'", 28, égale en 
effet 0,27x1728 (2''-3=')'. Si l'on remarque qu'à Tirynthe, 
comme ici, c'est la moitié de l'étalon normal qui est pratique- 
ment employée comme unité, il paraîtra vraisemblable d'ad- 
mettre que Tirynthe a connu le système chaldéen par l'Egypte. 
La Crète a été l'intermédiaire naturel et quasi obligé. Si jamais 
Gnosse nous livre un labyrinthe du troisième millénaire, je 
serais fort étonné qu'on n'y retrouvât point le pied ou l'empan 
de Goudéa ^ 



1. Cf. Blinkenberg, op. cit., p. 18 sq.; Kôhler, S6. d. K, pr. Ak. d. Wiss,^ 
t. I, 1897, p. 272 sq. ; Athenœum, 1^05, t. 1, p. 633. 

2. Cf. les erreurs de Grébaut (4c. Inscr., 18 mai 18S3) et Decourdernanche 
{op. cit., p. 132). Le pied dit « de Goudéa » aurait donc été employé avant 
Goudéa. 

3. Je note pour mémoire que l'unité de mesure d-u grand mégaron de 
Tirynthe (Perrot, Hist., t. VI, p. 284, f. 83, d'après Dorpfeld) =: 0'",292, c'est- 
à-dire un pied très proche du pied italique (pied romain Ipgal — 0'",296 [24 p. 25 
du pied assyrien ou attique ; Decourdemanche, op. cit., p. 86J ; pied de 
l'Héfceon d'Oiympie = 0">,297 [Curtius, Olympia and Umgegend, Berlin, 1882, 
p 30J; pied du grand temple de Pœstum = 0™,298 ; pied du temple dHercule 
à Agrigente =:0™,296 [Koldewey et Puchstein, Diegr. Tempel in U nier italien 
u. Sicilien, Berlin, 1899, p. 228J ; pied de Milet et de Priène =z 0ra,2i^5 [Benoit, 
op. cit., p. 330, no 1]. Si l'on tient compte en elTet des erreurs inhérentes à 
l'exécution — par exemple, le plan étant rectangulaire, toutes les largeurs ont 
dû être théoriquement égales — , les analyses suivantes paraîtront probantes : 





i A) 4,98 


0,292 X n — *.96 


17 


Longueur = 24m,39 


1 ïi) 1,63 


0,292 X 7 = 2,04 


7 


0,292 X 84 = 24»,52 


1 C) 4,72 


0,292 X 16= 4,67 


24 


84 = 22 . 3 . 7 


1 l^) 1,25 


0,292 X 4= 1,23 


22 




' E) 11,81 


0,292X40 = 11,68 


23.5 




l 24,39 


24,52 





396 I^EVUE At^CHÉOLOGIQUE 

Les facteurs que je viens de dégager sont particulière- 
ment dignes d'attention. Parmi les nombres pairs, celui qui 
désigne la dyade ou le couple, 2, apparaît partout, et lui 
seul (cf. le disque de Phaistos). Tous les autres chiffres sont 
impairs et premiers ; la plupart — 3, 7, 19 — ont une valeur 
religieuse connue'. Et l'unité, origine des nombres et des 
choses, gardera, dans toute l'histoire du dorisme, la place 
qu'elle tient ici. Le Grand Temple de Poostum (Koldewey, op. 
cit , p. 30) mesure : 
Longueur [entre les bords extérieurs des col.j 59*", 88 

201 X 0,298 — 59,898 2» . 5* + 1 
L;irgeur [id.] zn 24'",14 81X0,298 = 24,138 2*.5+l 



LHrgeur=:9ra,65 l A) 2,93 0,292 X iO rr 2;92 2-5 

0,292 X 33 = 9m,63 | B) 3,80 0,292 X '3 = 3,79 13 

33=3 . H i C) 2,92 0,292 X !<) = 2,92 2,5 
\ 9,65 V3 

Cf. 1° le grand mégaron de Mycènes (Perrol, t. VI, p. 341, f. Mo7). 



U) 3* 

0n.,292X 70 = 20^,43 / ^^-îl!!! ^«292 X 13,5 z. _3^ 13.5 

iç^ — ^) K i] V 12,92 0,292X44 =12,84 22.11 



95 292 X 13,5= 3,94 13,5 
95 0,292 X lî = 4,96 17 



B) 4,37 0,292 X <5 = 4,38 3,5 

C) 3,19 0,292 X 11 = 3,21 11 



20,48 20,43 

Largeur = 11 m,50 0,292 X 39 = 1 1°',39 3,13 
Remarquer une erreur d'exécution ceiiaine, a et c devant être égaux. 
2** le grand mégaron de Troie (Perrot, t. VII, p. 71, f. 10). 

/ m m 

Longueur = 15"», 30 

0,292 X 52 = 15n»,18 

52= 22 . 13 



A) 4,15 


0,292 X 14 = 4,09 


2.7 


B) 3,50 


0,292 X 12 = 3,50 


22.3 


C) 3,50 


0.292X12 = 3,50 


22.3 


D) 4,15 


0,292 X 14 = 4,09 


2.7 


15,30 


15,18 




= 8m,40 


0,292 X 29 = 8^,46 


29 



Largeur 

1. V. Virgile, Ed., VIII, 75; Vitruve, De arch., III, 1, 28 sq. ; Végèce, De 
re mil., III, 8; Diels, Die Fragmente dtr Vursokraiiker, Berlin, 1903, t. I, 
p. 239, 271; surtout les éludes de Roscher : Die Enneadischen und hebdo- 
madischen Fristen und Wochen der àllesten Griechen in Abh. d. phil.-hist. 



LES FALLACIEUX DÉTOURS DU LABYRINTHE 397 

A Psestum même, TEnnéastyle* donne encore : 

Longueur = 54'^295 113 X 0,48 = 54'n,24 2' . 7 +1 
Largeur = 24n»,45-52 51 X 0,48 = 24'»,48 2 . 5* 4- 1 

A Locres, le nouveau temple donne (Koldewey^ p. 4) : 
Longueur =45«s:30 103 X 0,44 = 40^82 2 .3*+l 

Largeur ^=19^02 43 X 0,44:=:18'",92 2.3.7+1 

A Agrigente, le temple d'Hercule donne (Koldewey, p. 146) : 
Longueur =67^,005 226 X 0,296 = 66'»,896 3* . 5* + 1 
Largeur = 25,34 96 X 0/^98 =r 25»',45 5.17 + 1 

Ces résultats que M. Koldewey a constatés pour le Grand 
Temple de Pœstum et qu'il déclare « aiisserordentlich ûberras- 
chend » (p. 30), n'ont rien d'extraordinaire ni de surprenant. 
L'architecture n'est pas seule à trahir le sentiment qu'ils 
décèlent. La constitution politique de Dracon' comprend une 
boulé de 401 membres ; celle de Solon et la constitution oligar- 
chique proposée après Aegos Potamos ('AOr^v. xoX. , 19 et 21) une 
de 400 seulement. Cette unité de moins, c'est le dorisme exilé 
d'Athènes. Aussi le Parthénon dissimule-t-il en quelque sorte 
la particularité que je signale, tandis que les temples d'Aphaia 
àEgine et de Zeus à Olympie la présentent encore à leur front, 
la portent sur leur visage^ Le temple, si curieusement asiatique. 

Kl. d. K. Sachs. Ges., t. XXl, n« 4, Leipzig, 1903; Die Sieben = und 
Neuzahl in Kultus uni Mytkus der Griechen, lbid.,i.XXlV, n" 1,1904; Die 
Hebdomadenlefiren der gr. Philosophen und Aerzte, Ib., t. XXIV, n» 6, 
1906; Enneadische Sludien, /6., t. XXVI, n» 1, 1907. 

1. Koldewey {op. cit.^ p. 17) indique comme unité de mesure 0»',5178 : c'est 
une erreur. Elle se déduit, ici comme toujours, de l'entr'axp frontal (2™, 86 : 
0^,48X6 = 2™, 88) et des diamètres de la colonne (d = ( ™,96 ; 0'»,48X2 
^Qna.gô — D=:l°^,44 à l'^^ôS; 0'",48 X 3 = l'",44 — A= 1^,20; 0°',48 
X 2.5 ^1^20). 

2. Aristote, 'Aôrjv. -noX., 4. Cf. Th. Reinach, Rev. d. Et. qr., t. IV, 1891, 
p. 155 Cf. la durée du deuil spartiale. fixée par Lycurgue à 11 jours. 

3. Egine (Furlwaengler, op. cit., Tnfel, n» 32) : 

Largeur = ISw.SO 43 X0,32 = i3,^6 2.3.7+1 
Longueur z=28'",8l 90 X 0,32= 2S,80 2.32.5 

Olympia {Ausgrab. zu OL, t. I, Berlin, 1876, p. 18 et pi. 33). 

Largeur =2-7™, .^6 86X0-32=27,52 6.17-f-l 

Longueur = 63«», 45 198X0,32 = 63.36 2.:i2.it 

Pour les fronts, remar{|uer : 1» quelles mégarons de Troie, Tirynlhe et 



398 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



d'Asso appuie ma démonstration d'une façon singulière : 
c'est le chiffre pair qui s'inscrit à son front*. 

Le lecteur attend désormais que j'interroge la Tholos d'Épi- 
daure; voici sa réponse^ : 

Diam. ext. (hors d'œiivre) - ^l'^.SS 0,32 X 68 =r 21,76 2' . 17 
Diam. cella (int ) =13-36 0/^2X42=13,44 2 3.7 

Diam. pavt (labyrinthe) = 8'",96 H2 X 28 = 8,86 2' . 7 

Il est naturel que l'unité qui caractérise les mesures du Laby- 
rinthe de Tir\ nthe fasse ici défaut ; mais, à cette unité près, il 
saute aux yeux que les facteurs qui, dans les deux monuments, 
composent les longueurs fondamentales, — les diamètres exté- 
rieurs, le diamètre intérieur du labyrinthe de Tirynthe et celui 
du labyrinthe de la Tholos — sont de part et d'autre identiques. 
Qu'une tradition deux fois millénaire ait transmis en même 
temps l'image sacrée et les rites qui en étaient inséparables, je 
ne m'en étonne point : l'âme des races est vraiment immortelle. 
Il fallait pourtant, pour ceux qui en doutent, enregistrer cette 
preuve de sa perpétuité. Le labyrinthe d'Epidaure ne « dérive » 
pas, comme je l'écrivais tout à l'heure, de celui de Tirynthe : il 
le répète. Polyklète n'y a ajouté qu'un diadème de marbre, — 
le plus merveilleux qui fut jamais. 

[A sitivrr,) Robert de Launay. 



Mycènes, en excluent tout facteur pair ; 2» que les letnples cerlaineruent consa- 
crés à une divinité raâle suivent la même loi. 

1. Perrot, t. Vit, p. 473, pi. 34 (d'après Clarke) : 

Longueur t= 30m, 885 0,309X100 = 30,90 22.52 
Largeur =14n»,585 0,309 X 47'= 14,523 325 .+ 2 
— On notera la répétition de certains chiffres : 100 à Assos, au Parthénon, 
au temple d'Hercule à Agrigente (Koldewey, p. 152); 86 à Olympie et au 
temple d'Hercule à Agrigente ; 198 au Parthénon et à Olympie ; 225 (226) au 
Parthénon et au temple d'Hercule à Agrigente; 43 au nouveau temple de Loeres 
et à Egine, etc.. 

D'où il semble bien ressortir que le temple de Zeus à Olympie, le Parthénon 
et le temple d'Hercule à Agrigente sont étroitement liés. 

2. Cf. Gavvaiias, Fouilles, p. 13, pi. IV et V; Defrasse et Lechat, op. cit.^ 
p. 102-103. Je prends les chiffres de Gavvadias. Defrasse a mesuré, pour le 
diamètre extérieur, 21", 76. 



DE QUELQIS PIIETËIUS mmm DE SCULPTEURS 



A l'outil on reconnaît l'ouvrier. Ce principe de bon sens se 
vérifie dans l'art moderne comme dans l'art antique. Un per- 
sonnage représenté tenant des pinceaux et une palette est évi- 
demment un peintre; s'il tient un ciseau, c'est un sculpteur. 

Ce qui est vrai de l'outil ou de l'instrument, considéré comme 
indiquant la profession d'un modèle, ne l'est évidemment pas 
de l'œuvre d'art, tableau ou sculpture. Il existe toute une série 
de peintures flamandes et hollandaises représentant des per- 
sonnages dans des galeries de tableaux; personne ne songe à y 
voir des peintres : ce sont des amateurs de peintures, des collec- 
tionneurs. La même conclusion aurait dû s'imposer dans l'in- 
terprétation des portraits qui figurent des hommes tenant des 
sculptures, ou environnés de sculptures tantôt posées devant 
eux sur quelque support, tantôt décorant le fond du tableau. 
Au Heu de prétendre voir en eux des sculpteurs, il eût été 
logique et prudent de les désigner comme des amateurs de 
sculpture. C'est ce que les historiens de l'art et les rédacteurs 
de catalogues n'ont généralement pas fait. D'où cette consé- 
quence que les Musées contiennent nombre de prétendus por- 
traits de sculpteurs qui ne représentent certainement pas des 
sculpteurs et auxquels on a voulu imposer les noms d'artistes 
célèbres parce que, comme on le sait bien, il n'en coûte rien 
d'attribuer à des inconnus les désignations les plus honorables. 
Je prends un premier exemple au Louvre même, parmi les chefs- 
d'œuvre du Salon Carré. 

Le n*' 1184, catalogué comme Portrait d'un sciûptoiir, repré- 
sente un homme imberbe, vu à mi-corps, tenant des deux mains 
une statue de femme. Les anciens inventaires y reconnais- 

1» Lu à l'Académie des Inscriptions en 1915 (p, 245 des Comptes-rendus), 



400 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

saient, sans la moindre raison, le portrait de Baccio Bandinelli 
par Sebastiano del Piombo; d'autres y voyaient, sans argument 
plus plausible, Daniel de Volterre. Mûndler, suivi par Villot et' 
tous les critiques récents, attribua le portrait à Bronzino; mais 
on continua à voir un sculpteur dans le modèle. En 1912, 
M. Dubrulle a essayé de démontrer que le prétendu sculpteur 
était Jean de Boulogne et que la petite statue de bronze quil 
tient des deux mains était une Vénus sortie de son atelier ^ De 
cette dernière assertion, il ne donne aucune preuve, sinon que 
la statuette serait « tout à fait dans la manière» de Jean de Bou- 
logne, qui avait d'ailleurs sculpté des Vénus et des baigneuses. 
Le jeune homme qui tient cette statuette ressemblerait, suivant 
M. Dubrulle, au portrait de Jean de Boulogne jeune, par un 
artiste inconnu, dont une copie figure au Musée de Douai. La 
ressemblance est inexistante; mais il n'est même pas établi que 
l'original du portrait de Douai représente Jean de Boulogne ^ 
C'est un jeune homme avec barbe et moustache, assis devant 
une table; au fond, par une ouverture, on découvre un atelier 
où serait placée la statue de l'Océan, principal motif de la fon- 
taine qui décore Vlsoletlo, au jardin Boboli à Florence (1576). 
En admettant — cela n'est pas certain — l'identité de la statue 
aperçue dans le fond du tableau avec VOcéan de la fameuse 
fontaine, il n'en résulterait nullement que le personnage fût 
Jean de Boulogne, car, né à Douai en 1524, il avait cinquante- 
deux ans en 1576, quarante-sept ans en 1571, date à laquelle 
Abel Desjardins suppose qu'il commença VOcéan^ \ le modèle 
du portrait de Douai est certainement plus jeune. Le person- 
nage représenté n'est pas dans un atelier, mais dans une pièce 
qui a vue sur un atelier; ce peut être un personnage de la cour 
du grand-duc de Toscane à l'époqiie où l'architecte Bernardo 
Buontalenti présidait à la décoration des jardins Boboli. Rien 
n'autorise à voir en lui le sculpteur plutôt qu'un intendant, un 

1. Gazette des Beaux- Aris, 191?, II, p. 333. 

2. Hypothèse d'Abel Desjardins, Jean de Boloyne, p. 55. 

3. A. Desjardins, Jean de Bologne, p. 92. 



DE QUELQUES PRÉTENDUS PORTRAITS DE SCULPTEURS 401 

ingénieur fontainier ou tout autre. Des deux portraits où Ton 
a quelque raison de reconnaître Jean de Boulogne — la pein- 
ture de Jacopo da Ponte et le buste attribué à Pietro Tacca* — 
le second est celui d'un octogénaire à longue barbe, le premier 
celui d'un homme d'âge mûr qui n'oiïre qu'une ressemblance 
très générale et vague avec le modèle du portrait de Douai. Con- 



* 




Kig. 1 - liroijziiio. Portrait d'un amateur. Coll. Edouard Simon. 

cluons que le portrait de Bronzino au Louvre n'a rien à voir 
avec Jean de Boulogne et qu'il ne faut pas non plus le désigner 
comme le portrait d'un sculpteur : c'est celui d'un jeune ama- 
teur florentin. 
La collection Edouard Simon à Berlin possède un autre por- 



1. GazHlr^ 191?, II, p. 33't5. 



402 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

trait de Bronzino, représentant un homme barbu, assis, la tête 
tournée vers la gauche du spectateur; à gauche, au fond, on 
voit, sur un piédestal, une statuette mutilée et, par suite , 
antique de Vénus, privée de la tête, du bras gauche et des pieds, 
qui, nue à mi-corps, retient sa draperie de la main droite* 
(fig. 1). Ici encore il s'agit sans doute du portrait d'un collec- 
tionneur. La statuette reproduit un type connu *, mais je ne 
puis l'identifier à l'une de celles qui ont été restaurées et gra- 
vées après restauration'. 

Je puis mentionner ici, à titre de rapprochement, deux por- 
traits célèbres de l'école florentine oii l'on a voulu à tort voir 
des portraits d'artistes, parce que les modèles sont représentés 
tenant des œuvres d'art. Le premier, œuvre de Botticelli, est 
aux Offices (n. 1154) : c'est un buste d'homme exhibant une 
médaille au nom de Cosme de Médicis. C'était, croyait-on, le 
portrait d'un graveur de médailles. Mûntz a essayé de montrer 
que le modèle était Piero di Lorenzo di Medici; comme la res- 
semblance avec les portraits authentiques de ce prince n'est pas 
frappante, on se contente d'y voir aujourd'hui le portrait d'un 
Médicis '. Le second portrait est au Pitti (n. 207) ; cru autrefois 
de Léonard, il est donné aujourd'hui à Ridolfo Ghirlandajo ou 
à Franciabigio. Le modèle, vu à mi-corps, regarde avec atten- 
tion un bijou qu'il tient de la main droite. « Portrait d'orfèvre 
ou de joaillier », a t-on dit; mais aucun attribut ne désigne ici 
le travailleur manuel; c'est certainement le portrait d'un noble 
amateure 

Outre leur intérêt d'œuvres d'art, les portraits de la série qui 
m'occupe offrent souvent celui de nous avoir conservé, dans 

1. Zeitschrifl fur bildende Kunst, 1909, p. 201. 

2. Par ex. Rép. stat., I, p. 323, 324. 

3. De Bronzino encore : 1° à la galerie Corsini de Florence (n° 206), un por- 
trait d'homme la main appuyée sur un fauteuil ; à gauche, sur une table, une 
petite réplique en bronze -lu Tireur d'épine {Das Muséum, x, pi. 89) ; 2° à Berlin 
{ibid.^ VI. pi. 133), portrait de l'humaniste Ugolino Martelli, avec vue sur la 
cour du palais Martelli ; dans une niche, le D ivid de Donatello. 

4. Crutlwell, The Florentine Galleries, p. 55; Venturi, Storia, t VII, î. p. 600. 

5. Rép. des peintures^ II, p. 703. 



DE QUELQUES PRÉTENDUS PORTRAITS DE SCULPTEURS 403 

leur état primitif, des monuments de la sculpture antique, qui 
ont depuis été détruits ou restaurés arbitrairement. Un des 
plus curieux, à cet égard, fait partie de la galerie de Hampton 
Court ; il mérite d'autant plus d'être étudié qu'autrefois quali- 
fié, suivant l'usage, de « portrait de sculpteur », il a pu être 




Fig. 2. — L. Lotto, Polira t de l'oimateur Odoni. Château de Hampton Court. 



désigné plus exactement grâce à un texte' (fig. 2). Un homme 
barbu, vu presque de face, est assis devant une petite table où 
Ton voit un livre et des monnaies. Dans sa main droite il tient 
une très petite figure antique à tête féminine et en forme de 

1. Berenson, Lorenzo Lotto, 2' éd., p. 170 et planche. 



404 t^EVUE ARCHÉOLOGIQUE 

gaîne, qu'il semble montrer avec complaisance comme s'il 
attachait un grand prix. Je ne connais pas de figure gréco-n 
maine de ce genre et je supposerais volontiers que le peintre a' 
ainsi modernisé et italianisé une des figures égyptiennes que 
nous appelons oushahti. Si cette hypothèse est admise, nous 
avons là, incontestablement, la plus ancienne représentation 
d'une sculpture égyptienne dans l'art moderne. Devant la table 
on aperçoit un petit torse de Vénus nue, sans tête ni bras, et une 
tête en marbre de grandeur naturelle, probablement féminine, 
dont la chevelure a été mal rendue par le peintre. k\\ fond du 
tableau, sur une plinthe, on aperçoit quatre marbres antiques. 
C'est d'abord un homme nu vu de dos, les jaml)es cassées à la 
hauteur du genou, qui paraît soulever un fardeau ou une grosse 
pierre. Cette figure peut avoir été détachée d'un haut relief; 
elle rappelle singulièrement une de celles qui. sur la frise orien- 
tale du temple dit Théséion à Athènes a été interprétée par 
M. Sauer comme représentant un Pelage combattant avec un 
bloc de pierre, dans la lutte d'Krichlhonios contre Amphiction 
pour la possession d'Athènes '. Puisque le portrait est celui d'un 
Vénitien et a été peint en 1527 à Venise il serait tentant 
d'admettre qu'une des figures de la frise îithénienne fût entrée 
dans la collection de l'amateur La seconde statue au fond est 
celle d'un Hercule juvénile, le bras gauche levé le bras droit 
(dont il ne reste que la main) pendant le long du corps et 
s'appuyant sur une massue: ce motif m'est inconnu et trouvera 
place dans le prochain volume du lippertoirf île la statunirf. 
Vient ensuite une Vénus nue le pied gauche posé sur un grand 
vase ; le peintre a marqué une cassure qui interrompt le contour 
de la jambe gauche au-dessus du pied, ce qui paraît témoigner 
de la fidélité de son dessin. Le type est très fréquent : c'est 
celui de la Vénus nue debout sur un pied, que j'ai proposé de 
rapporter à Polycharmos ; mais je n'en connais pas d'exemple 
où le pied soit appuyé sur un récipient. La dernière figure est 

1. Kép. des riiiefs, I, p. 47, 



t)E QUELQUES PRETENDUS POfttnAlTS DE SCULPTEURS 40S 

très indistincte sur la photographie. Cornélius Visscher, qui a 
gravé ce tableau au xvir siècle alors qu'il appartenait à la col - 
lection Reynst d'Amsterdam, a interprété cette figure comme 
un Hercule meiem, tenant la massue sur son épaule ; Tétude 




Fig. 3. — École vénitienne vers 1510. Portrait d'un amateur. 
Collection Lansdowne. 



directe du tableau permettrait seule de contrôler Tinterpréta- 
tion du graveur. 

Dans la collection Heynst, la peinture qui nous occupe était 
attribuée à Gorrège et considérée comme le portrait d'un sculp- 



400 ftEVtJE ARCHÉOLOGIQtJË 

leur. En 1863, le tableau ayant été nettoyé à Hampton Court ', 
on découvrit la signature du peintre et la date : Latirentius 
Lotus 1527. Bientôt après, Eastlake reconnut que dans l'opus- 
cule dit YAnonimo di Morelli (en réalité, du Vénitien Marc 
Antonio Michiel, mort en 1552) le portrait en question est 
signalé comme appartenant à Andréa Odoni de Venise et 
représentant cet amateur; Vasari, qui le vit au même endroit, 
l'a mentionné à son tour. Or, nous savons qui était le vénitien 
Andréa Odoni : il fut un des premiers collectionneurs d'œuvres 
d'art en Italie et le portrait de Lotto montre qu'ils s'intéressait 
particulièrement aux antiques. A un noble vénitien, il ne devait 
pas être difficile de s'en procurer, tant de la région d'Aquilée, si 
riche en sculptures romaines, que de l'Archipel, des côtes de la 
Grèce et de l'Asie Mineure, sans cesse visitées par le commerce 
vénitien. Ici donc nous trouvons une preuve documentaire du 
fait que je me suis proposé de mettre en évidence : le portrait 
d'un homme environné d'œuvres de sculpture n'est pas celui 
d'un sculpteur, mais d'un amateur. 

Un portrait vénitien plus ancien encore — puisqu'on l'a 
attribué à Giorgione, mort en 1510 — prête à des observations 
du même genre, mais soulève une difficulté particulière (fig. 3). 
C'est celui d'un homme barbu, à la mine sévère, vu à mi-corpsj 
et de trois-quarts. De la main droite, il maintient la pointe infé- 
rieûre d'un compas sur la nuque d'une statuette de marbn 
mutilée, tandis que l'autre pointe repose sur l'extrémité la pluî 
saillante de l'épaule gauche du marbre. Dans ce tableau, qui^ 
appartient au marquis de Lansdowne à Londres, on a voulu 
reconnaître, sans preuve aucune, le portrait du sculpteur San- 
sovino ; mais pourquoi un sculpteur mesurerait-il si exacte-* 
ment une figure antique? Il ne peut être question d'un travail 
de copie, car, d'abord, on ne copiait pas d'antiques au début; 
du xvi« siècle et, de plus, il faudrait que le peintre eût précisé,^ 



1. Voir Will. Smilh, A catalogue of the iJborks of Corn. Visscher, 
n. 52 et la note finale. 



t)E QUELQUES PRÉTENDUS PORTRAITS DE SCULPTEURS 407 

sa pensée en faisant figurer une maquette d'argile près de son 
modèle. A mon avis, il s'agit encore d'un amateur, c'est-à-dire 
d'un homme dont l'antique reproduit est la propriété ; cet ama- 
teur peut du reste être un anatomisle, un géomètre, un théori- 
cien des proportions du corps humain, occupé à promener son 
compas à la surface d'un beau marbre pour vérifier ou décou- 
vrir ce que les anciens appelaient le canon '. 

Cette statuette mutilée, haute d'un mètre environ, repré- 
sente un homme couché, dans une attitude parfois prêtée à des 
Fleuves, qui est aussi celle d'une statue d'Hercule couché au 
Vatican et d'une statuette du même dieu découverte à Brousse-. 
Il est singulier qu'une figure assez semblable à celle-là se 
trouve à l'Ambrosiana de Milan, dans un croquis attribué à 
Sebastiano del Piombo, par suite aussi vénitien; j'ai publié ce 
dessin en 1895 dans les Mélanges de Romc^ et j'ai fait ressortir 
les analogies frappantes qu'il oiïre avec le Céphise (?) du Par- 
thénon, sans oser conclure que le dessin eût été fait à Athènes 
ou d'après quelque imitation perdue de la statue du fronton 
qui aurait été transportée en Italie. M. Petersen, reprenant la 
question après moi, opinait que l'original du dessin de Milan 
pouvait être l'Hercule Chiaramonti avant restauration '\ La dif- 
ficulté d'identifier l'original du dessin de Milan est accrue par le 
fait qu'il n'y a aucune indication d'échelle ; au contraire, dans 
le portrait de Lord Lansdowne, l'échelle approximative du 
marbre est indiquée par le buste humain qui l'accompagne. 
Notons qu'il s'agit encore, comme dans les accessoires du por- 
trait d'Odoni, d'un original de dimensions restreintes, facile- 
ment transportable et tel que le commerce maritime pouvait en 
fournir aux amateurs vénitiens. Je songe volontiers à la figure 
angulaire d'un fronton, mais ne veux pas abuser de l'hypothèse 

1. Comparez un tableau de Schalken au Musée Staedel (n. 226). Un homme 
en toque noire, la main sur un crâne, a près de lui une statuette au type de la 
Vénus de Médicis, les mains mutilées. 

2. Répertoire, I, p. 469; IV, p. 133 

3. Mélanges de Rome, 1895, t. XV, p. 183; Réf. slat.^ II, p. 41. 

4. Rom. Miliheil,, I896j p. 100. 



40â REVUE AhCHÊOLÔGlOUË 

en tentant de préciser davantage — en supposant, par exemple, 
qu'une figure de Tlnopos, imitée d'un des Fleuves couchés du 
Parthénon, pût avoir orné Tangle nord d'un fronton du 
temple d'Apollon à Délos, faisant pendant à une figure du 
Cynthe à l'angle sud. 

Le fait que les Vénitiens ont recueilli des antiques depuis le 
début du xvi^ siècle et en ont orné leurs appartements, est 
attesté, entre autres, par le 5. Jérôme dans son cabinet de travail^ 
peinture de Carpaccio à l'église des Esclavons de Venise, exé- 
cutée en 1505. On y voit, sur une tablette, un cheval et une 
petite Vénus de bronze, qui ont toute l'apparence d'être des 
statuettes antiques et ont toujours été considérées comme 
telles ^ 

Je connais dautres portraits vénitiens qui peuvent être rap- 
prochés des précédents et ne crois pas inutile de les décrire, 
d'autant plus que les antiques qui y sont représentés n'ont pas 
encore, que je sache, appelé l'attention des historiens de l'art. 
Dans la collection Benson à Londres (n. 81) est un portrait à 
mi-corps d'un jeune homme vu de trois-quarts qui tient dans 
la main droite un papier roulé. Au fond, dans une niche, on 
voit une Vénus nue qui se présente de dos, le bras droit écarté 
du corps \ Sous la niche est la signature de l'artiste M. Basa. 
Il s'agit de Marco Basaiti, qui travaillait à Venise entre 1503 
et 1525. 

Je ne crois pas que cette Vénus soit la copie fidèle d'un origi- 
nal antique. Il en est de même d'une Vénus nue vue de face, le 
bras gauche collé au corps, le bras droit brisé, qui se voit dans 
la copie ancienne d'un tableau perdu de Giorgione, V Horoscope, 
à Dresde ^ où elle occupe également le fond d'une niche. 

Publiant en héliogravure le beau portrait qu'il possède, 
M. Benson a sagement intitulé sa notice : Portrait of a sculptor 



1. Ludwig et Molmenti, Carpaccio, éd. franc., pi. à la p. lôO ; Molmenti, La 
vie privée à Venise, p. 249. 

2. Rép, des peint., I, p. 28. 
a. Rassegna, 1907, p. 153. 



bE QUELQUES PRÉTENDUS PORTRAITS t)Ê SCULPTEURS 409 

or coUector. C'est certainement un jeune amateur qui a posé 
devant Basaiti. 

Dans la galerie de l'Ermitage (n'^SQ), on voit le portrait d'un 
jeune homme à mi-corps, d'un style influencé à la fois par 
Giorgione et par Raphaël; dans le lointain, à droite, est une 







pm/mm 



Fig. 4. — TitieD. Portrait de J. Strada. Musée de Vienne. 

niche contenant une bonne statue de Vénus sans tête ni bras. 
En bas du tableau on lit m. d. xii dominicvs, ce qui donne la 
date 1512, et le nom de l'artiste, peut-être Domenico Mancini, 
identifié sans preuves certaines au peintre vénitien Domenico 
Gapriolii. Les catalogues voient dans ce portrait celui de Tar- 



1. Àrle, 19i2, p. 135 cl 137. 

Y« SÈHIK, T. m. 



27 



410 réVué archéologique 

liste lui-même, mais ils n'en allèguent aucune raison. C'esl 
encore un jeune amateur vénitien, membre de quelque famille 
patricienne. 

Titien a peint un magnifique portrait de Jacopo de Strada, 
qui commença par être un peintre obscur à Mantoue, puis 
devint l'antiquaire attitré des cours de Bavière, de Vienne et de 
Prague, Il fut chargé de plusieurs missions en Italie, à l'effet 
d'y acquérir des œuvres d'art. Dans ce tableau (Vienne, n^ 182), 
l'antiquaire est figuré tenant une statuette en marbre de Vénus 
nue, la main gauche ramenée sur la poitrine (on ne voit pas le 
bras droit, qui paraît manquer). Devant lui, sur une table, sont 
de grandes médailles d'or et d'argent et un torse d'homme en 
bronze' (fîg. 4). Outre la signature de Titien — une lettre placée 
sur la table est à son adresse — on lit une inscription latine en 
l'honneur de Strada et la date, 1566. 

James West rapporta autrefois d'Italie un portrait de Titien, 
âgé de 65 ans environ, exécuté dans son école, qui passa dans 
la collection Ashburnham et se trouvait récemment chez un 
marchand de Londres, L. Nicholson^ L'artiste tient un panneau 
et un pinceau ; dans le fond figure une Vénus du type dit de 
Médicis. Le pinceau caractérise Titien en sa qualité de peintre, 
mais la Vénus révèle qu'il était aussi un amateur. Ici encore, 
c'est une figure antique de Vénus qui semble résumer et sym- 
boliser toute une collection. 

Bernardino Licinio, qui travaillait à Venise vers 1530, est 
l'auteur d'un grand tableau représentant la famille du frère de 
l'artiste, conservé dans la galerie Borghèse à Rome. Sur la 
droite, on voit un jeune homme tenant une statuette d'Hercule 
assis, sans tête ni bras^ d'un type connu par d'autres exem- 
plaires de petite taille. On ne mentionne pas de sculpteur appar- 
tenant à la famille de Licinio ; le jeune homme qui porte 



1. Fischel, fiiidfi, p. i55; Crowe et Gàrâlcàsellé, fitian, éd» ail., p. 657. 
2; Renseignements dûs à M™« Berenson. 
3. Arte, d903, p. 305. 



DE QUELQUES PRETENDUS PORTRAITS DE SCULPTEURS 411 

cette statuette doit donc être considéré comme un amateur. 
Gian Battista Moroni, de Bergame, appartient aussi, par son 
éducation et son style, à l'école vénitienne. Le Musée de Vienne 
{n^2\(y) possède de lui un beau portrait à mi-corps, représentant 
un homme vu de trois quarts qui tient des deux mains un petit 




Fig. 5. — G.-B. Moroui. Portrait d'un amateur. Musée de Vienne. 

torse d'homme en marbre, sans tête, ni bras, ni jambes ' (fig. 5) ; 
c'est une bonne copie d'une des figures athlétiques de Polyclète. 
Autrefois attribué à Titien, ce portrait a passé pour être celui 
du sculpteur Sansovino ou de l'anatomiste Vesale; il n'y a 



1. Gr.phische Kunst"., 1891, pi. à la p* 21 , 



4lâ tlEVUÉ ARCHÉOLOGIQtfK 

aucun motif de ne pas y voir, comme dans les précédents, celi 
d'un amateur, qui pouvait, d'ailleurs, être un anatomiste. Le" 
costume du modèle, avec le bras gauche à demi-nu, n'est pas 
celui d'un patricien oisif. Mais alors même que le modèle 
inconnu aurait été sculpteur, il va de soi qu'il n'a pas exécuté 
un torse antique sans tête ni bras ; c'est bien en sa qualité 
d'amateur d'art qu'il a été figuré avec cet attribut. 

Un autre portrait de Moroni, dans la collection Kaufmann à 
Berlin, représente, au dire de l'inscription qui se lit sur un 
cippe, Marc Antoine Savelli, ex familia romanaK Savelli est 
assis, tenant un livre; près de lui, une colonne antique brisée; 
au fond, dans une niche, une Vénus nue, les bras mutilés. Le 
type de cette statue est singulier et ne paraît pas antique; bien 
que le peintre se soit évidemment inspiré d'un original gréco- 
romain, il l'a interprété plus que librement. Ce Savelli n'est 
pas connu ; on suppose que c'était un membre de la famille 
romaine de ce nom qui avait élu domicile à Venise. 

Je suis moins exactement informé de la vaste production 
des peintres du xvii° siècle ; voici pourtant quelques exemples 
de ce temps là qui viennent confirmer ma thèse. 

Le musée de Gassel possède un portrait d'homme de Van 
Dyck, tenant un livre ouvert sur une table; à sa gauche est un 
buste antique, du type où l'on croyait autrefois reconnaître le 
philosophe Sénèque et dont la vraie désignation reste douteuse. 
Or, nous connaissons le nom du personnage représenté : ce 
n'est pas un sculpteur, mais un avocat fiscal de Bruxelles, G. van 
Meerestraten». 

Du même Van Dyck, dans la collection Lederer à Budapest, 
est le portrait d'un homme assis à côté d'une table sur laquelle 
est placé un buste de Jupiter. Le personnage figuré est 
Nicolas Rockox, qui fut huit fois bourgmestre d'Anvers*'. 

Un troisième portrait de Van Dyck, autrefois dans la collec- 

i. Rpp.de peint., III, p. 48. 

2. Schaeffer, Van Dyck, p. 314; Arte, 1908, p. 177, 

3. Scbaeffer, op. /., p. 165. 



DE QUELQUES PRÉTENDUS PORTRAITS DE SCULPTEURS 413 

tion du roi Léopold II, est bien le portrait d'un sculpteur, 
François Duquesnoy, né à Bruxelles en 1594; mais le masque 
du satyre qu'il tient à la main n'est pas son œuvre : c'est évi- 
demment un marbre antique de sa collection ^ 

Nous connaissons plusieurs autres portraits du même 
Duquesnoy. Celui que peignit Nicolas Poussin, aujourd'hui à 
Panshanger, le représente avec un ciseau à la main, auprès 
d'une table qui porte un modèle de sculpture; ici pas de doute, 
le sculpteur est nettement désigné par son outil et son œuvre. 
Dans un autre portrait de Duquesnoy, par Jan van Hoeck, 
autrefois dans la collection d'Épinay, l'attribut qu'il tient — un 
relief d'ivoire — n'est pas moins significatif. On signale encore 
un prétendu portrait de Duquesnoy par Jacques Blanchart, dans 
la collection Gzernin à Vienne : l'artiste tient, dit-on, une sta- 
tuette antique; c'est donc qu'il est figuré, comme dans le por- 
trait de Van Dyck, en qualité d'amateur". 

Enfin, on a exposé à Rome en 1908 un tableau, propriété de 
la maison Messinger, représentant les deux sculpteurs François 
Duquesnoy et Alessandro Algardi\ Duquesnoy, d'un geste 
déclamatoire, montre au spectateur sa statue colossale de S. 
André, qui figure aujourd'hui sur la coupole de S. Pierre; 
devant lui est représenté le torse du Belvédère, sans doute 
parce qu'il croyait s'en être inspiré. Algardi montre, avec non 
moins de satisfaction, mais plus de calme, le modèle de sa statue 
d'Innocent X, aujourd'hui au palais des Conservateurs, et s'ap- 
puie de la main gauche sur un médaillon portant en relief le 
portrait du pape. Ces portraits de sculpteurs ne prêtent à 
aucune incertitude; on voit assez combien ils diffèrent de ce 
que nous appelons des portraits d'amateurs. 

Rodolphe Kann possédait à Paris un beau tableau de Rem- 
brandt, daté de 1653, où l'on voit un homme d'âge mûr, 



1. Gazette des Beaux- Arts ^ 1890, I, p. 177. 

2. Pour ces portraits, voir l'art. Duquesnoy dans le Lfxicon de Thieme et 
Becker, p. 189. 

3. Arte, 1908, p. 53. 



414 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

presque un vieillard, la main droite posée sur le crâne d'un 
buste d'Homère ^ Gomme un buste d'Homère figure dans l'in- 
ventaire des biens de Rembrandt, dressé après son décès, il est 
probable que cet exemplaire même appartenait à l'artiste. On 
est d'accord pour reconnaître dans le modèle un savant profes- 
seur d'Amsterdam, non un sculpteur. Peut être Rembrandt, 
plus jeune que lui, acheta t-il, après la mort de l'helléniste, 
le buste du poète auprès duquel celui-ci s'était fait peindre. 

Dans l'école française du xvi[® siècle, les artistes sont souvent 
figurés en qualité d'amateurs. Ainsi Sébastien Bourdon s'est 
peint lui-même au Louvre, la main gauche appu\^ée sur une 
tête antique de Garacalla'. Dans le portrait de Ch. Le Brun, par 
Largillière (Louvre n° 320), le peintre a près de lui une table 
sur laquelle on aperçoit des réductions de l'Antinous et du Gla- 
diateur Borghèse; à gauche, sur le sol, sont une tête et un 
torse moulés sur l'antique. Mignard s'est peint lui-même 
(Louvre, n" 360) devant une table qui porte une vue de la 
Golonne Trajane et de petits modèles de sculpture. Dans quel- 
ques portraits de cette époque, les accessoires de sculpture rap- 
pellent l'activité du modèle; mais ce sont alors des œuvres 
modernes, non des antiques, fragments ou moulages d'antiques. 
Ainsi Rigaud, peignant le portrait de Martin van den Bogaert, 
dit Desjardins, l'auteur du monument de Louis XIV sur la place 
des Victoires (Louvre, n^ 479), lui mit un ciseau dans la main 
droite, tandis que la gauche est appuyée sur la tête colossale 
en bronze d'un des esclaves qui décoraient le monument de 
Louis XIV. De même, au xvirr® siècle, Henri-François Riesener, 
peignant le portrait de Ravrio, fabricant de bronzes (Louvre, 
n*^ 472), lui tît tenir une réduction en bronze de la Vénus de 
Médicis. 

Si ce portrait appartenait à l'école italienne du xvi« siècle, il 
faudrait le considérer comme un portrait d'amateur ; l'inter- 



1. A. Rosenherer, Hembmndt, p. 282. 

2. Gazette, 1912, I, p. 11. 



DE QUELQUES PRÉTENDUS PORTRAITS DE SCULPTEURS 415 

prétation qu'on en donne et qui est certaine tient à la connais^ 
sance que nous avons de l'activité particulière de Ravrio. 




Flg. 6. — liane, l'orlrait liu sculpteur Michel. Académie de SI. berdmand à Madrid. 

Jean Ranc do Montpellier, peintre de la Cour d'Espagne 
depuis 1724, a peint le portrait du sculpteur Robert Michel, 
français également, qui se fixa en 1740 à Madrid et fut direc- 



416 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

teur de r Académie de Saint-Ferdinand'. Ce portrait, conservé 
à l'Académie en question (fig. 6)^ représente Michel debout, à 
mi-corps, la main gauche appuyée sur le front d'un buste au 
type de la Vénus de Médicis *. Michel n'a sculpté que des sujets 
religieux et décoratifs ; ce buste de Vénus devait être sa pro- 
priété. C'était sans doute une tête sculptée à part, pour être 
insérée dans une des très nombreuses répliques de la Vénus de 
Médicis, et que Michel avait fait monter en buste. Le Musée de 
TAriana, à Genève, possède une très jolie tête de la Vénus de 
Médicis, d'une antiquité douteuse, que le fondateur de cette 
collection, Réveillod, avait acquis en Espagne. Il ne serait pas 
impossible que ce marbre fût celui de l'ancienne collection 
Michel, au sujet de laquelle je n'ai rien appris*. 

Au xvni® siècle et plus près de nous, il faut tenir compte de 
Terreur répandue, dont témoignent les catalogues et inven- 
taires jusqu'à ce jour, consistant à voir des portraits de 
sculpteurs dans ceux de personnages associés, d'une manière 
quelconque, à des sculptures. L'influence de cette erreur s'est 
sans doute exercée sur les artistes, qui ont pu, en peignant un 
sculpteur, mettre ainsi en évidence sa profession. Mais on peint 
encore de nos jours des portraits d'artistes associés à des 
œuvres de l'art antique qui témoignent non de leur profession, 
mais de leurs goûts. Ainsi le peintre anglais Charles Shannon a 
peint récemment son propre portrait' à côté de deux objets 
précieux de sa collection, une coupe attique, que je n'ai pas 
identifiée, et un beau torse de l'Apollon Sauroctone que j'ai 
publié dans mon Répertoire (t. IV, p. 55, 5\ d'après une pho- 
tographie qui avait été donnée par le possesseur à M. Arthur 
Mahler. 



1. Stanislas Lami, Dict. des sculpteurs du XVIW siècle, p. 135. 

2. Cliché obligeamment prêté par la Gazette des Beaux Arts. 

3. Gazette, 1913, I, p. 345. 

4. J'ai déjà émis cette hypothèse dans la Revue^ 1915, I, p. 336-7, avec 
gravure de la tête de Vénus de l'Ariana. 

5. Ce tableau était, en 1913, à l'exposition de Dûsseldorf (n. 1193). 



DE QUELQUES PRÉTENDUS PORTRAITS DE SCULPTEURS 417 

En résumé, je crois avoir montré que la présence de statues 
ou de fragments de statues auprès d'un personnage représenté 
par la peinture n'autorise nullement à lui attribuer la profession 
de sculpteur et que la désignation de « portrait d'un sculpteur », 
si fréquente dans nos catalogues, doit être révoquée en doute 
toutes les fois qu'elle n'est pas appuyée d'un témoignage formel 
ou justifiée par la représentation, entre les mains du modèle, 
d'un outil servant à la sculpture. 

Salomon Reinagh. 



BULLETIN MENSUEL DE L'ACADÉMIE DES INSCKIPTIONS 



SÉANCE DU 3 MARS i9l6 

M. Babelon annonce que la commission du prix Duchalais a décerné ce prix 
à M. Alfred Dieudonné pour le tome II de son Manuel de numismatique. 

M. Ghavannes annonce que la commission du prix Stanislas Julien a décerné 
ce prix à M. Berohard Kalgren, docteur de l'Université d'Upsal, pour son 
livre, écrit en français, qui a pour titre : Études sur la phonflogie chinoise. 

M. Paul Girard lit une note sur !e sens du mot TuoSapxiQç dans Homère. Ce 
mot, l'une des épithètes d'Achille dans l'Iliade^ et qui fait visiblement allusion 
à l'agilité légendaire du héros, semlde avoir primitivement désigné la solidité 
de la résistance dans la défensive. C'est ainsi qu'il était employé pour caracté- 
riser les chefs de peuples, les rois, dont le rôle primordial était de protéger les 
leurs à If^ guerre. — M. Théodore Reinach et M. Maurice Croiset présentent 
quelques observations. 

M. Morel-Fatio communique une lettre d'un rmbassadeur de Charles-Quint 
à Rome où il est parlé d'une invention naut'que mystérieuse de J^an Lascaris. 
Ce document montre seulement qu'il s'agit d'un engin permettant aux navires, 
même d'un fort tonnage, de naviguer par temps calme. La lettre en question 
permet aussi de rectifier certains détails de la biographie de Lascaris. 

SÉANCE DU 10 MARS 1916 

M. Salomon Reinach revient sur la communication oij M. Morel-Fatio a 
parlé d'un document d'après lequel Jean Lascaris aurait connu le secret d'un 
navire qui pouvait se mouvoir sans voiles ni rames. M. Reinach rappelle à ce 
propos un petit traité latin sur les machines de guerre dont la date est incer- 
taine, mais qui doit être antérieur au moyen-àge. Ce traité est une lettre 
adressée à un empereur non désigné, par un anonyme qui préconise des 
réformes et offre des projets de m; chines. L'ur e d'elles, actionnée par des 
bœufs, doit être placée à l'intérieur d'un navire pour mettre en mouvement des 
roues. Grâce à ce moteur, le navire pouvait acquérir une force capable de 
couler tout navire ennemi au premier contact. 

M. Antoine Thomas, à l'aide d'un estampage qu'il a reçu de M. l'abbé 
Vayssié, complète la lecture de l'inscription provençale découverte à Figeac. 

M. Ghavannes insiste sur l'importance de la donation faite par M. A. Giles, 
professeur à l'Université de Cambridge, pour fonder un prix en faveur des 
sinologues français. 

M. J.-B. Chabot fait une communication sur les inscriptions néo-puniques 
découvertes à diverses époques dans les ruines célèbres de Doagga, la Thugga 



BULLETIN MENSUEL DE l'aGADÉMIE DES rNSGRIPTIONS 419 

des Romains, aux confins de l'Algérie et de la Tunisie. Il montre que trois de 
ces inscriptions, jusqu'ici mal comprises, renferment le nom, etïcore inconnu, 
de cette petite cité numide qui s'appelait, dans la langue indigène, Tobgaga. 
— MM. Gagnât et Durrieu présentent quelques observations. 

M. Morel-Fatio annonce que la commission du prix Delalande-Guérineau a 
décerné ce prix aux Inventaires des ducs de Bourgogne publiés par feu Ber- 
nard Prost et que ce prix a été attribué au neveu de ce dernier, M. Henri 
Prost, tué à l'ennemi. 

M, Emile Eude lit une note sur l'itinéraire parisien de Jeanne d'Arc dans la 
journée du 8 septembre 1429. 

SÉANCE DU 17 MARS 1916 

M. JuUian donne lecture d'une lettre de M. A. Héron de Villefosse relative 
à la découverte, en Sicile, d'une tombe intéressant les antiquités de la France. 
Il s'agit de l'épitaphe grecque d'un Marseillais, Xénocritos, fils d'Héphaisto- 
cléos, qui serait mort à Syracuse au ni" siècle a. G. Ce monument prouve que 
Marseille entretenait alors des relations commerciales avec les grandes villes 
de Sicile et confirme ce que l'on savait déjà par les Plaidoy(rs de Démosthène. 
Celui-ci, en effet, parle d'un négociant de Marseille qui avait accepté du fret 
entre Syracuse et le Pirée. Ces relations entre la Sicile et le Midi de la Gaule 
continuèrent eous l'Empire romain : M. Héron de Villefosse cite par exemple 
un négociant de Narbonne qui reçut des honneurs munif'ipaux dans toutes les 
grandes villes de Sicile 

M. Jules Toutain montre, par l'examen d'un rite peu connu de l'antiquité 
classique, que le paganisme a connu l'idée religieuse de la rédemption. Dans 
certaines villes du monde grec et romain, à Leucade, à Curium, en Chypre, à 
Terracine, à Marseille, on précipitait chaque année, une victime humaine du 
haut d'un promontoire rocheux dans la mer. Un texte formel, reproduit dans 
le Lexique de Pholius et dans celui de Suidas, montre que le malheureux 
ainsi jeté dans les flots était considéré comme le sauveur, le rédempteur de ses 
concitoyens. Le terme employé dans ce texte pour expliquer le sens d'un tel 
«acritice est précisément celui par lequel les chrétiens de langue grecque dési- 
gnaient la rédemption. — MM. Salomon Reinnch, Jullian, Bouché-Leclercq et 
Maurice Croiset présentent quelques observations. 

M. Louis Havet donne lecture d'un travail sur la répartition des actes dans 
les comédies de Térence. — M. Théodore Reinach présente quelques obser» 
vations. 

SÉANCE DU 24 MARS 1916 

M. Paul Fournier anuonce que la commission du concours des Antiquités 
nationales de 1916 a décerné : une deuxième médaille à M. Pierre Gautier pour 
ses Études diplomatiques sur les actes des évêques de Langres, du viii' siècle à 
i436\ et une troisième médaille à feu M. E. Morel, pour sa publication rela- 
tive au Plan d'Arrasen 1382. 

M. Morel-Fatio annonce ensuite que la commission du prix de La Grange a 



420 REVUE ARCHÉOLOGIQUE :' 

décerné ce prix à M. Jeanroy pour La chanson de Jaufré Rudel et Les joies du 
gai sçavoir^ ainsi que pour ses publications antérieures de poésies proven- 
çales. 

M. Antoine Thomas fait connaître un document qui permet de fixer définiti- 
vement à l'année 1305 la date de la mort de Jean de Meun, le plus célèbre des 
deux auteurs du Roman de la Rose. Ce document, conservé à la Bibliothèque 
nationale, établit que Jean de Meun était encore vivant, le 17 mai, le jour de 
l'Ascension de cette année-là. Or Jules Quicherat avait publié un acte du 
6 novembre 1305 d'où il résulte que le poète avait d^'^jà cessé de vivre à cette 
date. La mort de Jean de Meun se place donc entre ces deux dates : 27 mai- 
6 novembre 1305. 

M. Moret, conservateur du Musée Guimet, interprète un des termes rares des 
décrets de Koptos. Le signe, jusqu'ici méconnu, désigne les ouvriers et le ser- 
vice du four à potier dans les temples de Koptos et d'Abydos et sur le domaine 
royal. L'industrie céramique, encore aujourd'hui florissante dans la région de 
Kéné et de Koptos, était donc organisée en ces mêmes lieux dès l'ancien 
empire égyptien. 

M. Meillet fait une communication sur le développement de l'infinitif. — 
MM. Louis Havet, Maurice Croiset et Antoine Thomas présentent quelques 
observations. 

SÉANCE DU 31 MARS 1916 

M. Seymour de Ricci communique une inscription grecque d'Alexandrie. En 
juxtaposant deux fragments jusqu'ici publiés séparément, il a pu reconstituer 
un texte de l'an 120 p. G. relatif à la police des nécropoles d'Alexandrie. Cette 
police était confiée à un détachement de Lyciens, chargés d'empêcher le pil- 
lage des tombes, et qui sont, en l'espèce, accusés d'avoir abandonné leur 
poste. 

M, Cagnat annonce, au nom de la commission du prix Saintour, que ce prix 
est partagé de la manière suivante : 1.000 francs à M. Graillot, pour son 
ouvrage sur le Culte de Cybèle • — 800 francs à M. de Labriolle, pour son livre 
intitulé : La crise montaniste ; — 600 francs à M. Courbaud, pour son étude 
intitulée Horace; — 600 francs à M. P. Noailles, pour son travail sur les Col- 
lections de Novelles de Justinien. 

M. Collignon annonce ensuite, au nom de la commission du prix Auguste 
Prost, que la commission a partagé ce prix de la manière suivante : 600 francs 
à M. Duvernoy, archiviste de Meurthe-et-Moselle, pour ses Actes des ducs de 
Lorraine, et 600 francs à M. Chevreux, pour son livre sur les Institutions com- 
munales d'Èpinal au temps des évoques de Metz, 

M. A. Héron de Villefosse communique un rapport du R, P. Delattre, cor- 
respondant de l'Académie, sur les fouilles d'une grande basilique chrétienne 
située à Carthage, près de Sainte-Monique. Le P. Delattre a poursuivi très 
activement cette exploration à l'aide d'une subvention de l'Académie ; il consi- 
dère cette église, aujourd'hui complètement ruinée, comme une des plus impor- 
tantes de la ville antique et croit avoir retrouvé une des principales basiliques 



ËtJLLEfiN MENSUEL DE l'aCADÉIVIIE DÉS INSCRlt>TI()NS 421 

de saint Cyprien, probablement celle où Bélisaire se rendit le lendemain de la 
prise de Carthage. Bâlie dans une situation magnifique, elle ne comptait pas 
moins de sept nefs. Au milieu de débris architecloniques, le P. Delattre a 
recueilli plus de 3.000 fragments épigraphiques provenant pour la plupart 
d'inscriptions funéraires. Cette grande basilique a tant souffert que les textes 
intacts y sont assez rares ; il y a lieu pourtant de signaler l'épitaphe métrique 
d'une jeune fille dont le nom a disparu. Les résultats de cette exploration 
présentent un intérêt particulier pour l'onomastique de Carthage à l'époque 
byzantine. 

M. Joseph Lolh étudie des inscriptions gravées ou tracées à la pointe sur 
des pesons de fuseau, inscriptions dont M. Héron de Villefosse a publié la série 
jusqu'ici dispersée dans le Corpus de Berlin. M. Loth a reconnu que certaines 
de ces inscriptions, restées mystérieuses, étaient en langue celtique. Ce sont 
des appels d'amitié adressés à des femmes. Mais de l'examen de ces textes il 
résulte qu'on y trouve bon nombre de mots celtiques nouveaux. Ces inscriptions 
sont du m" ou du iV siècle ; or on n'a de ce temps aucun texte épigraphique 
gaulois, et on avait même supposé que la langue celtique était dès lors oubliée 
dans les milieux populaires. La découverte de M, Loth prouverait qu'il n'en 
était rien. 

SÉANCE DU 7 AVRIL 1916 

L'Académie procède à l'élection des commissions suivantes : 

Fondation BarMer-Muret : MM. de Vogué et Sénart, le P. Scheil, M. Cuq. 

Fondation Thorlet : MM. Durrieu, Prou, Sénart, Bouché- Leclercq. 

M. Paul Durrieu, ayant étudié la manière dont les peintres miniaturistes 
français de la fin du moyen âge et du commencement du xvi* siècle figu- 
raient les dieux de l'Olympe et les autres personnages mythologiques de 
l'antiquité, signale que des représentations de ce genre se sont glissées 
jusque dans l'illustration des livres d'Heures exécutés à Paris au xv» siècle. 
Mais de l'ensemble des observations de M. Durrieu il résulte qu'à cette époque 
les miniaturistes français ne s'imaginaient guère que les divinités païennes et 
les héros antiques pussent différer, pour les costumes et les manières d'être, 
des Français et des Françaises de leur temps. Cette tendance pouvait être favo- 
risée chez eux par la rédaction des textes qu'ils devaient illustrer et qui rajeu- 
nissaient en quelque sorte les souvenirs de l'antiquité. M. Durrieu cite par 
exemple un récit des amours de Héro et Léandre où ce n'est plus le Bosphore, 
mais la Seine que Léandre traverse à la nage pour rejoindre Héro, celle-ci 
résidant à Honfleur. 

M. Chavannes étudie quelques textes se rapportant à l'histoire de la princi- 
pauté de Wou et Yuc qui eut une existence à peu près indépendante dans la 
province chinoise de Tcho-Kiang, de l'an 897 à l'an 978 p. C : un brevet gravé 
sur une tuile de fer en l'an 897 ; un récit de la construction de la digue en 910 
et de la bataille livrée par les archers du roi de Wou et Yuc aux flots de la 
mer; une plaquette de jade et une tablette d'argent relatives à la cérémonie 
taoïste qui consistait à jeter dans un lac des petits dragons en métal destiiHs à 



4â2 tlEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

convoyer la prière du roi. Ces petits monuments éclairent certaines coutumes 
et croyances He la Chine. 

SEANCE DU 14 AVRIL 1916 

M. Maurice Croiset lit une note sur le rôle d'Apollon dans les Euménides 
d'Eschyle et principalement dans la scène du jugement. C'est à tort que l'on 
considère généralement tout ce qui est dit par le dieu comme un plaidoyer en 
faveur d'Oreste, En réalité, Apollon se contente de déclarer, dès le début, 
qu'Oreste est justifié par le seul fait qu'il a agi selon l'ordre de Zeus. Les 
paroles que le poète lui prête ensuite ne sont pas, comme on le dit souvent, des 
arguments en faveur de l'accusé, mais des ripostes passionnées du dieu aux 
insinuations malveillantes que les Erinyes dirigent contre lui-même. Apollon 
exige l'acquittement. Il ne se croit pas obligé d'en donner d'autre raison que 
la volonté de son père dont il a été l'interprète. — M. Théodore Reinach pré- 
sente quelques observations. 

M. Salomon Reinach commence la lecture d'une note intitulée : « Quelques 
enseignements des mystères. » 

SÉANCE DU 19 AVRIL 1916 

M. Maurice Ooiset, président, retrace brièvement la vie et les travaux de 
M. Auguste Barth, membre de l'Académie depuis 1893, décédé le 15 avril. 

M. Homolle communique une lettre de M. Brivois, consul de France à Lar- 
naka, contenant des renseignements sur la régularisation des fouilles archéo- 
logiques dans l'île de Chypre. 

M. Salomon Reinach termine la lecture de son mémoire sur l'instruction 
préparatoire que recevaient les candidats à l'initiation d'Eleusis. Il insiste par- 
ticulièrement sur les légendes et généalogies divines, différentes de celles qui 
sont connues, dont les candidats devaient se pénétrer avant d'être admis aux 
mystères. Une de ces légendes, qui faisait de Déméter, et non de Latone, la 
mère d'Apollon et d'Arlémis, fut l'objet, dans une tragédie d'Eschyle, d'une 
allusion jugée indiscrète, qui mit en péril la vie de l'auteur. M. Reinach 
montre que Déméter devait être considérée, à Eleusis, comme l'épouse de 
Dionysos, légende mystérieuse dont quelques traces se retrouvent ailleurs. -- 
MM. Bouché-Leclercq et Alfred Croiset présentent quelques observations. 

SÉANCE DU 28 AVRIL 1916 

M. Homolle commence la lecture d'un mémoire sur l'origine des caryatides. — 
MM. Théodore Reinach et Collignon présentent quelques observations. 

M. Emile Eude lit une note sur l'ancien hôtel de Vaucouleurs, à Paris, qui 
était sis rue des Poulies (à l'angle des rues actuelles du Louvre et de Rivoli). 
Il croit que cet hôtel ne devrait pas son nom à Jeanne d'Arc, mais à Claude 
des Armoises, l'une des fausses Jeanne d'Arc, qui vint à Paris en 1440 et y 
eut des démêlés avec la justice. — M. Salomon Reinach présente quelques 
observations. 

{Reuue critiquCi) Léon Dobez. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 



AUGUSTE BARTH 

Né en 1834 à Scbilligheim (Alsace), Auguste Barth fit ses études à Stras- 
bourg el fui reçu licencié à la Faculté des Lettres de cette ville. En 1859, 
il devint professeur au Collège de Bouxviller et commença, sans maître, à 
s'initier aux langues anciennes de l'Inde. Une modeste aisance lui permit, en 
1864, de renoncera l'enseignement pour se consacrer tout entier à l'indianisme. 
Il porta le fusil pendant le siège de Strasbourg et, après la ruine de sa petite 
patrie, s'établit d'abord à Genève, puis à Paris (1874). Dès 1872, un article 
critique relatif à une publication de Bergaigne avait, suivant l'expression de 
M. Sénart « apporté de Genève la bonne nouvelle qu'un indianiste nous était 
né )>. En 1878, Lichtenberger le pria d'écrire, pour l'Encyclopédie des Sciences 
religieuses^ un article sur les religions de l'Inde. Cet article devint un livre, 
traduit en anglais dès 1882 et réédité pour la dernière fois dans les Œuvres 
d'Auguste Barth recueillies à l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire 
(Paris, Leroux, 1914, t. I, p. 1-255). Partout on se plut à reconnaître que 
cet exposé est un chef-d'œuvre; il a fait époque et ne cessera pas de rendre 
service. Presque jusqu'à la fin de sa vie, Barth le compléta par les Bulletins 
des religions de l'Inde qu'il publia dans la Revue de l'histoire des religions^ 
ainsi que par de nombreux articles de \a. Revue critique, de Mélusine, du Jour- 
nal des Savants, etc. Avec Bergaigne et M. Sénart, il édita les inscriptions sans- 
crites recueillies au Cambodge par Aymonnier; il prit part aussi à la publication 
du Rayon d'Angkor Thom. Bréal, qui l'avait fait entrer à la Revue critique, le 
tenait en haute estime et s'employa énergiquement (il usait rarement de son 
crédit) à lui assurer un siège à l'Académie des Inscriptions; Barth y entra du 
premier coup, en 1893, succédant à Hervey de Saint-Denys. Dès cette époque, 
il avait l'oreille dure ; depuis plusieurs années, toute conversation avec lui 
était devenue presque impossible et il vivait très retiré, avec ses livres, ne 
paraissant que de loin en loin aux séances. Il est mort le 17 avril 1916, à l'âge 
de 83 ans. 

L'ensemble des Bulletins (réimprimés dans les Œuvres, t. I et II) est une 
source inépuisable d'érudition et de saine doctrine. Barih avait le sens de la 
critique créatrice; on pourrait lui appliquer cette paraphrase d'un vers célèbre : 

Et, même en résumant, toujours original. 

Darmesteter écrivait en 1890, dans son Rapport annuel d la Société asia^ 
tique : u M. Barth, dans son dernier RuUetin des rtligions de l'Inde, résume 
tout le travail des études indiennes durant les quatre dernières années, avec 
celle universalité de connaissance et cette sûreté de vue qui font de ces Bulle- 



424 ftËVUE ARCHEOLOGIQUE 

tins une des œuvres les plus sérieuses et les plus larges de l'indianisme euro- 
péen. Toutes les périodes de l'histoire littéraire et religieuse de l'Inde, depuis 
le Védas jusqu'aux derniers produits de l'hindouisme, depuis les inscrip- 
tions d'Açoka jusqu'à celles du Cambodge et de l'archipel Malais où la coloni- 
sation a porté la langue et les religions de l'Inde; tous les problèmes de 
critique contestés, depuis les origines des légendes jaïnes jusqu'à celles du 
Mahâbhârata, sont successivement passés en revue ; le lecteur et l'étudiant 
sont mis au centre de la question et peuvent dès lors s'y orienter en toute 
sûreté. » Et plus loin : « M. Barlh nous a donné pour la littérature des contes 
dans l'Inde la contre-partie de son travail sur la religion, et embrasse avec la 
même puissance le chaos de cette littérature populaire qui ne diffère que dans 
le fond de la haute littérature de l'Inde et qui se confond avec elle dans la 
légende buddhique ' ». Je citerai encore ces lignes de M. Sénart, tirées 
d'une allocution touchante qu'il prononça en présentant à Barth les deux pre- 
miers volumes de la réédition de ses Œuvres (22 mars 1914) : « Vous avêz 
infatigablement voué, à l'examen de publications nouvelles, toutes les res- 
sources du savoir le plus vaste, du jugement le plus mesuré, de la pensée la 
plus pénétrante, servis par une langue toujours limpide et ferme, souvent 
piquante et ingénieuse. Ces aperçus critiques peuvent être inégaux en étendue, 
môme en importance ; tous sont frappés à votre coin ; il n'en est aucun qui 
n'ait son prix. Se succédant ainsi au fil des jours, ils reflètent pour une longue 
période et la marche générale des études indiennes et l'activité propre de votre 
vie scientifique. Deux motifs d'intérêt et deux motifs de durée. » 

Amédée Jaubert, interprète de Bonaparte en Egypte, disait un jour à Maxime 
du Camp, parlant de Victor Hugo : « Faire des Orientales sans connaître 
l'Orient, c'est faire une gibelotte sans avoir de lapin. » Dédain de voyageur 
pour le poète ou le savant. Barth n'est jamais allé en Inde, comme Hugo n'a 
jamais visité la Grèce, non plus que Bœckh et Henri Weil, les plus émi- 
nents hellénistes du siècle passé. Il y a des impressions directes qui tiennent 
lieu de toute la science des livres ; il y a aussi une compréhension des textes qui 
supplée aux impressions des sens. Barth a sans doute regretté de n'avoir pas 
vu le soleil et les temples de l'Inde, mais ses lecteurs ne se sont jamais aperçus 
que ce complément d'information lui fît défaut. 

Ce spécialiste illustre était aussi un homme instruit ; il s'intéressait à la 
littérature grecque ; il connaissait à merveille l'histoire de l'Alsace et avait réuni 
une précieuse collection d'Alsatica, dont il fit don à la bibliothèque de l'Institut. 
Ceux qui l'ont beaucoup fréquenté — je ne suis pas du nombre — ont loué sa 
libéralité et la noblesse de son caractère. Je laisse de nouveau la parole à 
M. Sénart : « Assemblés autour du savant dans le sentiment très vif, très doux 
de notre dette, de la dette du pays qui lui doit un lustre durable, notre pensée, 
par delà l'œuvre scientifique, ne saurait se défendre d'aller droit à l'homme 
même qui si soigneusement se dérobe, à l'homme bon, à l'homme rare dont nous 
mesurons si bien ce que l'apparent stoïcisme enveloppe de sensibilité tendre, 



i. Voir Mélusine, 189?, n. 24; 18.0, ii. 1. 



I 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES Eî CORRESPONDANCE 425 

dont le puissant esprit, si robuste et si alerte, s'assouplit sans effort à la plus 
parfaite bonhomie, à une simplicité souriante aux plus humbles. » 

S. R. 

AUGUSTIN-FRANÇOIS IMBERT 
Né à Strasbourg en 1851, mort le 5 mars 1916 à Brezolles (Eure-et-Loir), 
Imbert fut longtemps receveur de l'enregistrement dans cette petite ville. 
Depuis 1887, il s'intéressa très vivement au déchiffrement et à l'interprétation 
des inscriptions lyciennes; il fut même le seul en France à s'occuper de ce dif- 
ficile sujet. Dans mes Chroniques d'Orient, j'ai eu maintes fois l'occasion de 
résumer ses travaux, publiés parfois en collaboration avec l'Anglais Arkwright. 
Le ministère lui confia, en 1891, une mission archéologique en Lycie, qui ne 
donna pas les résultats espérés. Imbert a notablement contribué à l'identifica- 
tion des noms propres de la stèle de Xanthos et à la détermination des termes 
de parenté usités dans les inscriptions lyciennes. Peu de mois avant sa mort, il 
achevait un dernier mémoire, actuellement sous presse. Imbert était membre 
de la Société de Linguistique et correspondant de l'Institut archéologique 
autrichien'^. 

S. R. 

GIUSEPPE PITRE 

Modeste médecin de quartier à Palerme, Pitre fut le premier Sicilien à s'oc- 
cuper avec suite et dans un esprit rigoureusement scientifique du folklore de 
son île natale, auquel il a consacré de très nombreux volumes. Il devint profes- 
seur de démo-psychologie à l'Université de Palerme et directeur du Musée 
Ethnologique fondé par ses soins (voir Hevue des traditions populaires, 19 13, 
p. 191 et suiv.). Les travaux de Pitre ont été utilisés par G. Vuillier dans son 
ouvrage illustré sur la Sicile; mais j'ai souvent constaté que son nom même 
était ignoré des archéologues. Pitre est mort au mois de mars 1916. 

S. R. 

RENÉ DE LAGENESTE 

Le 5 avril 1916, René Duchamp de Lageneste « a trouvé une mort glorieuse 
en conduisant à l'attaque d'un fortin allemand, sous un feu violent de grenades, 
un groupe d'éclaireurs volontaires » (citation à l'ordre de l'armée). Le nom de 
ce jeune homme doit être conservé pieusement par tous ceux qu'intéressent en 

1. Dans le Babylonian and Oriental record, 1888 (épigraphie lycienne), 1890 
(Pharnabaze et Tissapherne sur la stèle de Xanthos), 1891 (déchiffrements 
lycieus); dans le Muséon de Louvaiu, 1889 (études d'épigr. lycieuue de 1880 à 
1888), 1891 (Autiphellos et uu passage d'Hérodote; quelques uoms propres de la 
stèle de Xauthôs); dans la Revue numismatique, 1887 (mounaies lyciennes) ; daua 
la Hevue archéologique, 1890 (tombeaux lycieus) ; daus la Hevue des Études 
(jmcques, 1894 (sur la stèle de Xauthos); dans les Mémoires de la Société de lin- 
(jaistique, 1894, 1896, 1897, 1898, 1900 (épigraphie lycieuue, quelques mémoires 
étendus). 

V« SKRIK, T. III. S8 



426 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

France les études anciennes. Né à Tulle, le 28 octobre 1890, d'une ancieno^ 
famille du Limousin, élève de l'Institut catholique de Paris, de la Sorbonne 
de l'École pratique des Hautes Études, René de Lageneste voulait se consa- 
crer à l'histoire des religions anciennes. Il avait présenté en 1911, pour le 
diplôme d'études supérieures, un mémoire remarquable sur la première partie 
du De errore profanarum religionum de Firmicus Maternus. Depuis lors, il 
n'avait cessé d'élargir et d'enrichir une intelligence curieuse et souple, en 
même temps qu'il s'initiait à la méthode philologique. Nul ne sentait mieux que 
lui la nécessité de la rigueur et de la précision dans des recherches qui sont 
inutiles et malhonnêtes si elles ne sont pas minutieusement conduites. Une de 
ses préoccupations, en ces derniers temps, était même la crainte de voir l'hor- 
reur légitime des Allemands faire oublier les traditions des savants français du 
xvi» et duxvu" siècle. Et cependant sa vaste culture et son esprit philosophique 
déjà mûri auraient excusé plus aisément chez lui la facilité des généralisations 
rapides. Secrétaire d'état-major au moment de la guerre, il s'engageait dans 
les zouaves dès le mois de septembre 1914, se distinguait dans l'affaire de la 
maison du Passeur (citation à l'ordre de la brigade) et contribuait à la prise 
d'une mitrailleuse le 9 mai 1915 (citation à l'ordre de la division). Dans la 
guerre comme dans l'étude, il était toujours vraiment un volontaire ; il appor- 
tait un entrain, un « allant », qui était le charme de sa jeunesse vibrante. 
Soldat chevaleresque et héroïque, il promettait, par l'alliance de qualités rare- 
ment unies, un savant incomparable. Son frère, Roger, médecin auxiliaire, 
que son courage et son dévouement avaient conduit en Allemagne, revenu sur 
le front à sa demande, dans le poste de fortune où il secourait les blessés en 
première ligne, a vu « rapporter le corps de son propre frère tué, l'a embrassé 
et, montrant une force d'âme peu commune, a continué à prodiguer ses soins 
aux autres blessés » (citation à l'ordre de l'armée). Quels exemples donnent ces 

jeunes gens! 

P. L. 

LÉON G ART 

Professeur à la Faculté de théologie de Neufchâtel, Léon Cart est mort dans 
cette ville le 3 mai, à l'âge de 47 ans. Hébraïsant et exégète, il s'intéressait 
aussi à l'archéologie orientale, surtout depuis un voyage qu'il avait fait au 
Sinaï avec les Pères dominicains de Jérusalem. 

X. 

HENRI HEUGEL 

Éditeur de musique et président honoraire de la Ghambre syndicale des édi- 
teurs, Henri Heugel est mort à Paris, au mois de mai 1916, dans un âge très 
avancé. Sans disposer de moyens illimités, Heugel consacrait depuis des 
années des sommes importantes à l'acquisition intelligente de tableaux et 
d'œuvres d'art. La collection qu'il avait réunie, dans son appartement de l'ave- 
nue du Bois, est une des plus précieuses qu'il y ait en France. On y trouve 
représentés des maîtres très rares, notamment Albert Durer, Rogier, Ghirlan- 
dajo, peut-être Raphaël lui-même (portrait de femme). Heugel possédait aussi 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 427 

une pièce de choix de la fabrique dite de Saint-Porchaire, des faïences italiennes 
et de beaux bronzes de la Renaissance. C'était un homme simple, aimable, 
accueillant, qui vivait avec ses trésors et les aimait. Il y a quelques années, on 
lui en offrit dix millions. « Cela ferait quatre cent mille francs de rente, me 
dit-il; ce serait très bien si je pouvais garder ma collection; mais que devien- 
drais-je sans elle » ? Son choix fut bientôt fait : il repoussa la tentation trans- 
atlantique ; mais pourra-t-elle être repoussée après lui ? 

S. R. 

ALEXIS GIRAUD-TEULON 

Mort à Antibes, à la fin de mai 1916, Alexis Giraud-Teulon était le fils d'un 
ophtalmologiste célèbre, membre de l'Académie de Médecine, qui était sorti 
de l'École polytechnique. Alexis G.-T. publia, en 1874, un bon résumé critique 
de l'énorme ouvrage de Bachofen, Mutterrecht, sous le titre : Les origines de la 
famille. Ce livre a été très lu et mérite de l'être encore : c'est l'exposé le plus 
complet, dans noire langue, de la doctrine du matriarcat préhistorique et de ses 
survivances. Giraud-Teulon enseigna ensuite la philosophie de l'histoire et 
l'esthétique à l'Université de Genève ; il y enseigna également la préhistoire. On 
lui doit aussi une traduction de l'Histoire de la Papauté, œuvre retentissante 
du chanoine Dœllinger, l'adversaire (un peu oublié aujourd'hui) du dogme de 
l'infaillibilité. 

S. R. 

IVAN IVANOVITCH TOLSTOÏ 

C'est avec un profond regret que j'annonce la mort de mon cher ami le comte 
Ivan Tolstoï, ancien ministre de l'instruction publique, député à la Douma, 
directeur de l'École des Beaux-Arts et maire de Saint-Pétersbourg (4 juin 
1916). Tolstoï appartenait à une famille riche, annoblie sous Nicolas I", qui 
n'a que des liens très lointains avec celle de l'illustre romancier. Il eut pour 
précepteur l'archéologue Kondakoff, avec lequel il publia le grand ouvrage 
illustré, Rousshia Drevnosti, dont j'ai donné une édition française partielle (les 
antiquités préchrétiennes seulement) sous ce titre ; Antiquités de la Russie 
méridionale. Il travaillait depuis de longues années à un grand traité sur les 
monnaies byzantines, dont il a paru 7 fortes livraisons, remplies de documents 
nouveaux. Possesseur d'une magnifique bibliothèque, très apprécié pour son 
amabilité et son esprit, Tolstoï aurait pu mener une vie paisible de dilettante 
ei de collectionneur ; mais il aimait trop son pays pour ne pas vouloir le servir 
plus directement. Il fut de ceux qui crurent que le régime traditionnel du 
grand empire «lave n'était pas inconciliable avec les idées modernes. Ministre de 
l'Instruction publique, il essaya de les appliquer ; mais la réaction qui suivit la 
dissolution de la première Douma l'obligade céder la place à d'autres. Il rentra 
dans la politique pour devenir maire de Saint-Pétersbourg et, dans ces fonc- 
tions très absorbantes, rendit des services signalés. Il y a un an environ, sa 
santé, devenue précaire, le contraignit au repos. Quand j'appris qu'il avait 
donné sa démission, je conclus qu'il devait être très malade, car Tolstoï était 



ï 



428 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de ceux qui se surmènent pour le bien public et ne consentent à déposer uû 
fardeau que lorsqu'ils s'affaissent sous lui. 

Imbu des idées de tolérance religieuse comme un grand seigneur du 
xviir siècle, Tolstoï, quoique surchargé de travail, entreprit de traduire en 
russe et de publier mon Orpheus. Je possède le manuscrit de cette traduction, 
entièrement de sa belle écriture. Il n'y mit pas son nom, mais il signa un livre 
courageux sur la question juive en Russie, qui a été traduit en allemand; il fut 
aussi parmi les promoteurs les plus actifs des nombreux manifestes d' « intellec- 
tuels » russes qui s'élevèrent contre l'antisémitisme administratif. Il a fait tout cela 
comme mille autres choses, par amour de l'humanité et de sa patrie. La science 
perd en lui un serviteur d'élite et la Russie un excellent citoyen i. 

S. Relnach. 

M. Raoul Warocqué. 

La mort de cet éminent amateur et mécène belge ayant été annoncée, en 
avril 1916, par tous les journaux, nous sommes particulièrement heureux de 
dire qu'on l'a vu à Paris, sur le boulevard, vers le 23 mai suivant. Il avait 
obtenu, étant malade, de quitter son château de Mariemont pour aller faire une 
cure à Vichy. « Vous voyez, dit-il à un journaliste, que le bruit de ma mort 
était, pour reprendre le mot de Mark Twain, un peu exagéré ». 

S. R. 

A Mitylène. 

L'élection triomphale de M. Venizelos à Mitylène vient de remettre au pre- 
mier plan de l'actuahté contemporaine l'île antique de Sapho, d'Alcée, de Ter- 
pandre et d'Arion le musicien... Mitylène est, après l'Eubée, la plus grande 
île de l'Archipel. C'était l'île préférée d'Apollon, parce que la tête du poète 
Orphée, roulée par les eaux jaunes de l'Hèbre jusqu'aux rives de Thrace, fut 
portée doucement par les flots bleus de la mer Egée vers les bords enchantés 
de Lesbos. 

Aujourd'hui, le voyageur nouvellement débarqué dans cette île naguère libé- 
rée du joug des Turcs est averti de la persistance d'un souvenir glorieux, 
lorsque, flânant aux abords du vieux castel génois qui domine la rade, il aper- 
çoit, sur la façade d'une bâtisse neuve, posée dans un terrain vague, à la lisière 
d'un bois d'oliviers, cette inscription pleine d'archaïsme et de modernité : 
Cinématographe Sapho. 

C'est du grec, incontestablement. Mais entre l'épanouissement radieux de 
l'hellénisme d'autrefois et la résurrection laborieuse de l'hellénisme d'aujour- 
d'hui l'Histoire déroule, comme une sorte de « film », tragique, une longue ^ 
suite de siècles sombres, d'années noires, de mois sinistres et de semaines 
sanglantes, où la figure des gens et l'aspect des choses ne se révèlent qu'à la - 
lueur des incendies, parmi l'horreur des massacres qui ont multiplié d'innom- 

\. Un fils d'Ivan Tolstoï s'est déjà distingué comme arcLéologue ; son frère est 
directeur du Musée de l'Ermitage. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET GOHRESPONDANGE 429 

râbles visions d'enfer en cette riante contrée, faite pour donner aux hommes 
un avant-goût du paradis. 

Si l'on quille le chef-lieu de l'île pour visiter les villages de l'inlérieur, et 
pour monter, à travers les escarpements rocheux de la campagne inculte, vers 
le monastère du Très-Haut, qui domine, comme un poste d'écoute, les côtes de 
la Troade, le cap Sigée et l'entrée des Dardanelles, on recueille sur place, 
par la seule vue de ce décor dévasté, l'impressoin des calamités ineffaçables 
qui affligent encore d'une mystérieuse mélancolie l'âme des paysages et des 
paysans de Mitylène. 

Les traces d'une longue misère sont inscrites, comme des stigmates indélé- 
biles, dans les balafres du sol ravagé où rien ne fleurit plus et dans les rides 
des vieillards dont la voix cassée chevrote encore les lentes mélopées, les 
lamentables cantilènes où la plus illustre et la plus infortunée des races 
humaines raconte tout un passé d'esclavage, d'humiliation et de douleur. 

Methymna, cité chère à Terpandre le citharède ; Napé, que charmait la lyre 
du musicien Hellanicos; Arisba, ville éolienne où Diophane enseigna la rhéto- 
rique... ces noms harmonieux ne désignent plus que des solitudes illuminées 
par l'éclatant soleil qui brille indifféremment sur nos joies et sur nos deuils, 
sur les berceaux et sur les tombes. La terreur a vidé les plages accueillantes 
où abordaient les trirèmes poussées par le rythme des avirons, tandis que la 
voix des matelots chanteurs jetait aux échos du rivage les refrains sonores de 
quelque aventureuse odyssée. 

Quelles épouvantes, sur ces grèves et sur ces collines, lorsque au déclin de 
l'empire de Byzance, incapable de défendre ses frontières et de surveiller son 
domaine, on voyait venir, du fond de l'horizon hostile, les felouques des cor- 
saires tarragonais, qui poussaient leurs incursions jusque dans ces parages, et 
s'en allaient ensuite partager leurs cargaisons d'or, d'argent et d'esclaves dans 
les repaires inaccessibles de Samothrace et d'Imbros ! 

Un aventurier génois, Francesco Galtilusio, ayant fait la guerre à ces pirates, 
reçut de l'empereur Jean Paléologue, en récompense de ses services, la prin- 
cipauté de Mitylène pour lui et pour ses descendants. Mais sous cette dynastie 
étrangère, divisée contre elle-même par des querelles de frères ennemis qui 
s'assassinaient les uns les autres, Mitylène ne tarda pas à souffrir cruellement 
du voisinage formidable des Turcs. 

Par ordre du sultan Mourad, le gouverneur de Gallipoli, Balta-Oglou, chef 
d'escadre, jette sur Lesbos une ruée de forbans armés de coutelas, ravage la 
délicieuse ville de Galloni, blottie au fond du golfe de Pyrrha, fait une razzia 
d'esclaves et d'otages, et rentre dans les Dardanelles, après avoir répandu par- 
tout, sur son passage, le feu, le sang et la désolation. 

Mais la « grand'pitié » de Mitylène date surtout de l'année 1462. Cette 
année-là, Mahomet le Conquérant, déjà maître de Gonstantinople, résolut d'en 
finir avec la dynastie des Galtilusio, et de prendre leur île, riche en olives 
grasses, en bon vin, en belles femmes. C'est en vain que le malheureux prince 
de Mitylène, triste suzerain de Lemnos, envoyait ponctuellement au Grand-Turc 
un tribut annuel de deux milles statères d'or. 11 vit appareiller vers son port et 



430 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

vers son château une flotte de plus de cent galères, tandis qu'une puissante 
armée, conduite par le sultan en personne, occupait la côte d'Asie, entre Assos 
et Adramytte, pour empêcher l'exode des populations affolées et capturer les 
fugitifs. L'artillerie de la flotte turque ouvrit un feu effroyable sur la ville et 
sur la citadelle de Mitylène. Le bombardement dura vingt-sept jours. On peut, 
aujourd'hui encore, apercevoir les ravages des boulets dans les brèches ouvertes 
et dans les crevasses béantes des murailles canonnées, qui achèvent de s'écrou- 
ler parmi les décombres, sur la rive déserte. 

Lorsque le prince de Mitylène eut capitulé, Mahomet II choisit dans les 
familles nobles de l'île huit cent jeunes filles et garçons pour en disposer à sa 
guise. La sœur du prince, veuve d'Alexandre Comnène, empereur de Trébi- 
zonde, jeune femme de la plus rare beauté, entra dans le harem du sultan. 
Trois cents prisonniers furent sciés entre deux planches sous divers prétextes. 
D'autres furent empalés. Les riches négociants furent déportés à Stamboul. Le 
reste fut livré à une garnison de janissaires et d'azabs, recrutés parmi les plus 
féroces tribus de l'empire ottoman. 

Qu'un pays puisse renaître après une telle catastrophe, qu'une race ait 
conservé le courage de vivre et la force de travailler après avoir subi tous ces 
outrages et touché ainsi le fond de la souffrance humaine, c'est l'éternel étonne- 
ment des historiens. Mitylène attendit pendant quatre cent cinquante ans 
l'heure de sa délivrance, puisque c'est dans la journée du 21 novembre 1912 
qu'une flotte hellénique vint mettre fin à la turcocratie qui, depuis plus de 
quatre siècles, pesait sur cette île, placée à l'extrémité de l'Europe comme une 
sentinelle avancée de la civilisation. 

Dans l'enchantement de la liberté retrouvée, Mitylène a redoublé d'ardeur 
au travail et de zèle libéral pour reprendre contact avec l'Europe civihsée. Il 
n'y a point de pays en Orient où l'on aime plus sincèrement, plus passionné- 
ment la France, où l'on soit plus attaché à la juste cause que nous défendons, 
avec nos fidèles alliés, contre la nouvelle coalition des Barbares. Celui qui 
écrit ces lignes a vu se manifester, dans le chef-lieu de l'île, comme à Plou- 
mari, comme à Molivo, à Sigri et sur tous les points du territoire mitylénien, 
l'expression des sentiments dont se sont inspirés les électeurs de M. Venizelos. 
Les citoyens de Mitylène ont voulu que le premier usage de leurs droits 
d'hommes Ubres, après une si longue servitude, fût un hommage rendu à la 
Uberté. En votant, d'un cœur unanime, pour le libérateur de la Crète, de l'Épire, 
de la Macédoine, ils ont voté pour l'indépendance des peuples, pour l'affran- 
chissement des nations opprimées, pour tout ce qui fait l'honneur de la per- 
sonne humaine et la dignité du foyer, c'est-à-dire pour les intérêts sacrés et 
pour les réalités idéales que les puissances protectrices de la Grèce sont réso- 
lues à soutenir jusqu'au bout. 

{Temps^ 16 mai 1916.) Gaston Descramps. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 431 

Rome et la politique d'annexion *. 
Si la Grèce ancienne a possédé à un degré si haut le sens des limites dans 
le domaine spirituel, Rome l'a possédé dans le domaine politique. Le phéno- 
mène en apparence le plus étrange de l'histoire de Rome, c'est l'esprit persis- 
tant d'opposition aux agrandissements territoriaux, qui a dominé la politique 
après la conquête de l'Italie. Tant qu'il s'est agi de conquérir l'Italie centrale 
et méridionale, Rome a procédé, quand elle a pu, avec un esprit d'agression 
assez décidé ; mais dès qu'il s'est agi de franchir les Apennins, les Alpes et la 
mer, de fonder le grand empire méditerranéen qui a eu tant d'influence sur 
l'histoire de l'Europe, elle s'est sentie comme paralysée par la grandeur même 
de l'occasion qui s'offrait à elle. Même pendant les siècles des grandes con- 
quêtes en Europe, en Asie et en Afrique, l'aristocratie qui gouvernait l'empire 
a été toujours contraire à la politique des annexions et des conquêtes. Il n'est 
pas exagéré de dire que Rome a créé son immense empire malgré elle, forcée 
par un enchaînement de circonstances, qui a été plus fort que la volonté de 
son gouvernement, mais qu'elle a toujours redouté l'agrandissement de son 
empire comme un danger. Ce phénomène semble bizarre et presque incom- 
préhensible à une époque comme la nôtre, où l'impérialisme agressif a joui 
d'une si grande faveur; mais pour celui qui se place au point de vue des 
Romains, la raison n'en est point douteuse. La noblesse romaine savait qu'il 
était plus facile de conquérir des territoires que de les garder ; elle voyait 
partout les ruines des empires qui étaient tombés parce qu'ils avaient voulu 
grandir trop et trop vite ; elle ne voulait pas trop risquer pour conquérir un 
empire qu'elle n'aurait pas la force de garder. La noblesse romaine, d'ailleurs, 
et c'est encore un caractère qui la différencie des classes dirigeantes de notre 
époque, n'a jamais ambitionné de faire de Rome un État plus riche ou plus 
puissant que d'autres États ; elle a voulu seulement, après avoir conquis 
l'Italie, que Rome pût jouir d'une certaine sécurité et qu'elle fût gouvernée 
d'après certains principes et certaines règles qui lui semblaient, à tort ou à 
raison, représenter un idéal parfait de vertu et de sagesse. Pour rester fidèle 
à cet idéal, elle préféra, pendant plusieurs siècles, renoncer à des conquêtes 
et à des enrichissements qui lui auraient été faciles ; ce qui explique, par 
exemple, pourquoi Paul-Émile, après avoir vaincu la Macédoine, ferma toutes 
les mines d'or el en défendit l'exploitation ; ce qui explique aussi pourquoi le 
Sénat refusa à un certain moment rien de moins que l'Egypte, que son roi lui 
avait léguée par testament. L'Egypte pourtant passait pour être le pays le plus 
riche et le plus fertile du monde ancien. Mais Rome le refusa justement parce 
qu'il était trop riche. L'aristocratie traditionaliste et puritaine craignait que ces 
richesses et les exemples égyptiens ne finissent par a corrompre » Rome ; 
c'est-à-dire par détacher les nouvelles générations de cet idéal de perfection 
morale dans lequel elle croyait. L'idéal de perfection morale l'emportait sur 
l'ambition de la puissance et sur le désir des richesses. 

1. Extrait d'une conférence faite à Lyon par M. G. Ferrero (/.e Temps, 21) avril 
1916). 



432 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Rome savait qu'elle ne pourrait pas imposer sa volonté à tous les peuples 
sujets ; et elle préférait les laisser se gouverner eux-mêmes. Cette prudence et 
ces hésitations expliquent la lenteur avec laquelle l'empire romain fut créé, 
mais elles expliquent aussi sa durée. 

G. Ferrero. 

L'exposition des chefs- d* œuvres du Louvre à Toulouse. 

M. Dalimier. sous secrétalrp d'État aux Beaux-Arts, vient de donner un avis 
favorable au principe d'une exposition, dans les locaux du musée de Toulouse, 
d'une partie des chefs-d'œuvre du musée du Louvre, transportés au chef-lieu 
de la Haute-Garonne dans les premiers jours de septembre 1914. Le conseil 
des ministres, réuni samedi dernier, a ratifié la proposition présentée par 
M. Dalimier, et l'exposition projetée aura lieu prochainement à une date qui 
n'est pas encore déterminée. Elle ne comprendra pas la totalité des tableaux et 
objets d'art provenant du Louvre, mais seulement des meubles et des tapisse- 
ries, ce qui suffira d'ailleurs à lui assurer le plus grand succès. 

Les autorités compétentes ont été guidées, en écartant les tableaux et les 
statues de la prochaine exposition toulousaine, par le souci d'éviter un 
déballage des caisses remplies de toiles précieuses, qu'il aurait fallu remballer 
ensuite. A Toulouse, il ne serait assurément pas difficile de trouver des 
locaux parfaitement aérés, offrant les meilleures conditions d'hygiène, si l'on 
peut dire, pour nos trésors d'art. Il y a moins d'humidité dans la ville rose 
qu'aux bords de la Seine, et les tableaux du Louvre peuvent attendre en toute 
sécurité à Toulouse, aussi longtemps qu'il le faudra. Mais il est inutile de 
multiplier les manipulations : les vernis pourraient s'écailler, les toiles se 
déchirer. 

L'exode de nos chefs-d'œuvre, menacés au début de la guerre par les obus 
allemands, est mal connu du public; on peut maintenant, sans inconvé- 
nient, donner quelques détails à ce sujet. Ce ne fut point une petite affaire, 
et les conservateurs du Louvre, ainsi que M. Dalimier et l'administration des 
beaux-arts en savent quelque chose. Grâce à l'admirable dévouement du per- 
sonnel du musée, à son habileté technique, à l'activité de chacun, au concours 
de tous, les plus belles œuvres du Louvre ont pu être mises à Tabri. Dans 
la première voiture, on avait placé plus de deux cent cinquante tableaux, 
dans la liste desquels nous comptons la Mise au tombeau du Titien; le Biogène 
jetant son écuelle, de Poussin ; le Gilles^ de Watteau ; la Vierge aux Rochers 
et le BacchuSy de Léonard de Vinci ; le Pied-bot de Ribéra ; la Raie^ de Char- 
din ; l'Accordée de village, de Greuze ; la Belle jardinière, de Raphaël ; les 
Noces de Cana, de Véronèse; la Sainte -Famille, d'André del Sarte; la Nais- 
sance de la Vierge, de Murillo ; le Repos des paysans, des frères Le Nain ; la 
Femme hydropique, de Gérard Dow. La deuxième voiture contenait près de 
vingt caisses de tableaux, sans compter les œuvres emballées spécialement, 
comme VImmaculée Conception, de Murillo ; la Kermesse, de Rubens ; la 
Prairie^ de Paul Pottpr ; la Cruche cassée, de Greuze ; la Diligence, de Boilly. 
Parmi les œuvres les plus célèbres comprises dans les caisses, citons : le 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 433 

Vieillard et l'Enfant^ de Ghirlandajo , la Belle Ferronniers et la Joconde, de 
Vinci ; les Pèlerins d'Emmaiis, de Rembrandt ; le Balthazar Castiglione, de 
Raphaël; les portraits de Glouet ; la Mère laborieuse, de Chardin ;V Assemblée 
dans un parc, de Watteau, etc. Le troisième wagon contenait un grand 
nombre d'œuvres de l'école française du xyiii" siècle ; dans le quatrième, on 
avait placé des objets précieux du moyen âge, delà Renaissance et des temps 
modernes : l'épée de Charles X, la Vierge de Jeanne d'Evreux, les Évangé- 
liaires de Saint-Denis, l'épée de Gharlemagne, la couronne de Napoléon, le 
bougeoir de Marie de Médicis, le casque de Charles IX. Une caisse renfermait 
les bijoux égyptiens. Les cinquième wagon contenait des tapisseries et des 
objets précieux provenant du musée de Cluny ; dans le sixième wagon 
(compartiment de dames seules) voyageait la Vénus de Milo, trop grand per- 
sonnage pour partager son wagon avec d'autres voyageurs. D'autres caisses 
et d'autres wagons transportaient des tapisseries, vitraux, retables, consoles, 
crédences, torchères, etc., provenant des cathédrales de Soissons, Reims, 
Nancy, Beauvais, Arras, Amiens, et d'un grand nombre d'églises de l'Aisne, 
de l'Oise, de la Meuse, du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme. Enfin 
venaient les tapisseries et meubles du Louvre, des palais de Compiègne, de 
l'Elysée, de Fontainebleau, des ministères, du palais de Versailles, des châteaux 
de Maisons-Laffîtie et de la Malmaison ; des manufactures des Gobelins et de 
Sèvres ; du musée Galliera; du Théâtre-Français; de la Cour des Comptes; de 
l'Institut, du Palais de Justice et de la bibliothèque des avocats, etc., etc. 

On sait que ce formidable déménagement s'est accompli dans les meilleures 
conditions, sans que rien ait été endommagé, sauf le pied d'une chaise, pro- 
venant, je crois, de Fontainebleau et qui aurait été cassé. 

Si les Toulousains ne voient pas exposées, dans la lumière ardente de leur 
ville, toutes les merveilles du Louvre, ils pourront du moins contempler des 
chefs-d'œuvre de la tapisserie et du mobilier. Ils songeront devant ces exem- 
plaires uniques de l'art qu'à Toulouse, aussi, autrefois, il y eut une école du 
meuble, un style du mobilier, et M. Rachou, le distingué directeur de l'École 
des beaux-arts, y pourra trouver matière à d'utiles conférences. 

D'autres précautions ont été prises depuis pour mettre en sécurité nos 
incomparables richesses artistiques. Des travaux considérables ont été faits 
dans ce sens pour préserver certains monuments de la région du front, et le 
musée de Reims a été transporté à Paris par les soins du sous-secrétariat des 
beaux-arts. 

{Temps, 11 mai 1916.) 

Chefs-d'œuvre à Vabri. 

La Renaissance a fait savoir, de source autorisée, que les Memling de Bruges 
et V Adoration de l'agneau de VanEyck à Gand sont « en lieu sûr ». On est 
d'autant plus heureux de l'apprendre qu'on manquait absolument d'informa- 
tions sur le sort de ces chefs-d'œuvre. 

X. 



434 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

V Archéologie au « Journal Officiel ». 

Plusieurs journaux ont fait remarquer que le Journal officiel du 29 avril 1916 
a consacré 73 colonnes d'un texte serré à un rapport sur les services des 
monuments historiques en Algérie pendant l'exercice 1915. Ils estiment, avec 
raison, que de pareils documents ont leur place ailleurs, dans les comptes-ren- 
dus des sociétés savantes ou les Revues spéciales. L'État vend cinq centimes 
un numéro de l'Officiel, qui, pesant 160 grammes, vaut actuellement trois sous, 
abstraction faite du texte. Cela se fait depuis plusieurs années ; même en temps 
normal, l'Officiel vend du papier au rabais. On ne peut qu'encourager la presse 
à s'occuper des impressions officielles, y compris celles du Parlement ; il y a 
là matière à notables économies. 

X. 

La collection Chabrières-Arlès, 

Cette belle collection d'œuvres d'art (xiii*-xiv* siècle), formée à Paris par le 
lyonnais Chabrières-Arlès, a été acquise, en mai 1916, par la maison Duveen 
(Londres et New-York). Une pièce capitale, aquamanile du xni* siècle, a été 
exclue de la vente et donnée au Louvre par la famille. 

X. 

La donation Radin. 

L'œuvre du statuaire Rodin sera définitivement présentée au public, en 
même temps que ses collections particulières, dans Tbôtel Biron, affecté à cet 
usage par l'État pour une durée de vingt-cinq ans. La donation de l'artiste et 
l'engagement de l'État sont désormais faits acquis. Les pourparlers traînaient 
depuis trois ans. Grâce à l'amicale entremise de M. de Monzie, député du Lot, 
ami du statuaire, les dernières difficultés étaient levées, il y a déjà une quin- 
zaine. L'acte qui, sous forme de donation provisoire, lie l'artiste, et qui précise 
d'autre part les modalités acceptées par l'État, était signé le 1" avril à Meu- 
don, dans la propriété du maître, par le donataire et par M. Painlevé, ministre 
de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, en présence de M. Clémentel, 
ministre du Commerce, de M de Monzie, de M. Valentino, directeur au sous- 
secrétariat d'État des Beaux-Arts, et de deux officiers ministériels. M' Cottin, 
notaire de l'administration des Beaux-Arts, et M* Théret, notaire de l'artiste. 

L'acte a été rédigé sous la forme d'une donation provisoire, un décret seul 
pouvant autoriser l'État à accepter sous forme définitive, et ce décret ne pou- 
vant être rendu qu'après le vote d'une loi, en raison de la durée de la conces- 
sion de l'hôtel Biron. 

La donation provisoire donne à l'État un délai de six mois pour accomplir 
toutes les formalités qui lui permettront l'acceptation définitive. 

Dans le contrat intervenu, il est stipulé qu'à l'expiration du délai de vingt- 
cinq ans, si l'État juge à propos de retirer de l'hôtel Biron les collections 
Rodin pour les placer dans un autre musée, il devra néanmoins les conserver 
groupées, sans aucun morcellement. Les frais de l'installation sont pris par 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE 435 

Rodin à sa charge. 11 aura à sa disposition, dans l'hôtel, un atelier et un cabi- 
net de travail. Quant au jardin, l'État en donnera la jouissance au public. 

L'inventaire annexé à l'acte comprend, pour l'œuvre de Rodin, trois catégo- 
ries de travaux: 1° ceux qui ont été exécutés en matières définitives; 2° les 
plâtres et les moules, dont l'artiste se réserve de tirer des épreuves en nombre 
limité; 3° les dessins. 

Les collections particulières se composent d'antiquités égyptiennes, d'anti- 
quités grecques, de céramique antique, d'œuvres d'art contemporaines, entre 
autres de tableaux de Carrière et de Besnard, et de quelques meubles. 

Le chiffre d'estimation de l'inventaire dressé : pour l'œuvre du maître, par 
M. Léonce Bénédite, conservateur du musée du Luxembourg; pour les anti- 
quités égyptiennes, par M. Georges Bénédite, conservateur du musée du 
Louvre; pour les antiquités grecques, par M. Michon, conservateur au musée 
du Louvre, et pour la céramique ancienne par deux autres conservateurs du 
même musée, MM. Edmond Pottier et Paul Jamot, s'élève à une somme de plu- 
sieurs millions. 

{Le Temps, 5 avril 1916.) 

Le Musée Ashmoléen d'Oxford. 

Les deux rapports sur les acquisitions de 1914 et 1915 sont nécessairement 
brefs, les acquisitions à titre onéreux ayant presque complètement cessé. Pour- 
tant, le Musée s'est enrichi d'objets importants, parmi lesquels je signalerai 
ceux-ci : 

1® 80 sceaux hittites. 

2° Une petite tête égyptienne en basalte, d'un travail admirable (XI« dynas- 
tie). 

3® Sept vases à figures rouges de la collection Jekyll, entre autres une coupe 
de Vulci, de l'ancienne collection du prince de Ganino, avec le nom d'éromèrie 
Diogénès. 

4° Une riche série de poteries anglaises du moyen âge. 

5® Un très précieux petit tableau de Franciabigio, Miracles de saint ISicolas 
de Tolentino {Buriingtone Magazine, maii 1915, p. 72), ayant fait partie, comme 
l'a établi M. F. Borenius, de la prédelle d'un tableau d'autel à San Spirito 
Santo de Florence, mentionné par Vasari. 

X. 

Hommage à la mémoire de Joseph Déchelette. 

Quelques amis plus particulièrement liés avec l'éminent archéologue Joseph 
DÉCHELETTE, SI noblcmcnt tombé au champ d'honneur à Vingré (Aisne), le 
4 octobre 1914, ayant eu la pensée de conserver son effigie et de glorifier sa 
mémoire, ce projet reçut d'un grand nombre de ses confrères un accueil 
empressé. 

Ses traits énergiques et probes nous seront rendus par une plaquette de 
bronze qui sera digne du savant et du grand citoyen que nous voulons 



436 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

honorer ; nous avons pu, en effet, nous assurer le concours de M. Henry 
Nocq, dont la médaille Aux écrivains morts pour la France a rappelé tout 
récemment la maîtrise. 

Pour le revers, il a semblé qu'un emblème s'imposait : l'épée moderne de 
l'héroïque capitaine s'y croisera, au travers d'une large couronne de lauriers, 
avec le glaive de la grande époque gauloise que l'archéologue a si bien fait 
revivre. 

Consacrer sa vie à la Gaule avant de la donner à la France, admirable 
accord d'une haute intelligence et d'un grand cœur ! 

C'est l'unité d'une carrière déjà riche d'œuvres, plus pleine encore de pro- 
messes, que rappellera la légende : 

GALLIAE • RELiaVIAS 

ILLVSTRAVIT 

PRO • GALLIA • MILES • CECIDIT 

Nous vous prions de recueillir à notre projet le plus d'adhésions possible, en 
le faisant connaître autour de vous. 

Nous n'avons garde d'oublier que Joseph Déchelette comptait en grand 
nombre, dans les pays alliés et neutres, des confrères devenus, eux aussi, des 
amis et des admirateurs; si noire appel ne porte, à cause des difficultés de 
l'heure, que des signatures françaises, nous savons que ce n'est pas en France 
seulement qu'il y sera chaleureusement répondu. 

Le Comité. 

Les souscriptions et commun\cations doivent être adressées à M. 0. Costa 
de Beauregard, château de Sainte-Foy, par Longueville (Seine-Inférieure). 
Prix de la médaille de bronze : 10 francs ; de la médaille d'argent, 50 francs. 



BIBLIOGRAPHIE 



Otto Tschumi el Paul Vouga. Einfiihrung in die Vorgeschichte der 
Sckweiz. Berne, A. Francke, 1915. In-8, 36 p., avec 24 gravures. — Le grand 
ouvrage de Heierli sur la Suisse préhistoriq'ue étant épuisé et d'ailleurs peu 
élémentaire, la Société suisse de préhistoire a été bien inspirée en demandant 
à deux savants compétents de rédiger le précis que nous annonçons. Il comporte 
cinq chapitres : 1» le paléolithique; 2° le néolithique; '3» l'âge du bronze; 
4° le premier âge du fer ; 5° le second âge du fer. L'illustration est riche et 
généralement satisfaisante; pourtant, des pointes de flèche comme celles de la 
figure 7 auraient été plus clairement rendues par de bons dessins que par des 
similis trop noirs. — La figure 15 représente le « chevet » d'Ebersberg ; le 
texte nous dit que ces objets, assez nombreux dans les palafîttes, ont sans doute 
une destination religieuse et qu'on peut rappeler, pour les interpréter, les 
« cornes de taureau de la Crète ». Qui comprendra ce que cela veut dire ? La 
figure porte comme légende Mondbild ; on ne voit vraiment pas, quoi qu'on en 
ait dit, ce que ces croissants ont de lunaire, d'autant plus qu'ils sont pourvus 
d'un petit socle lequel leur ''assigne une position dont le croissant lunaire 
n'offre jamais d'exemple. — P. 3ô, il est dit que les prêtres des Gaulois, les 
Druides, formaient une caste privilégiée « dont le souvenir se conserve dans 
nos croyances populaires par de nombreuses légendes ». Cela est tout à fait 
faux ; il n'y a pas de légendes populaires sur les Druides ; il n'y a que des 
dénominations récentes, dues à des savants de village, telles que << pierres des 
Druides », « autel des Druides », etc. J'ai montré, il y a de longues années, que 
les Druides n'ont gardé aucune place dans le folklore des mégalithes et que 
celle dont on leur fait honneur est le résultat de petites fraudes. La phrase que 
j'ai citée, la dernière de cet estimable livre, est à supprimer entièrement. 

S. R. 

L. Mayet et J. Pissot. Abri sous roche de La Colombiére près Poncia (Ain). 
Lyon, Rey, 1915. In-8, 205 p.. avec 25 planches (684 fîg.) et 102 fig. dans le 
texte. — -Monographie remarquable, illustrée avec une rare perfection. Signalé 
d'abord par Arcelin en 1867, le gisement de La Colombiére a été exploré avec 
grand soin au commencement de l'été de 1914 ; il a fourni, outre de très nom- 
breux silex (aurignaciens, magdaléniens), des os et des galets gravés d'un 
vif intérêt. Une des gravures, sur os de mammouth, représente la partie supé- 
rieure d'un être humain vu de profil, le bras droit étendu. Os et galets gravés 
proviennent d'un niveau du plus ancien âge du renne, avec mammouth, rhi- 
nocéros, ours des cavernes, etc. Les animaux figurés sont le bœuf musqué, le 
rhinocéros, l'ours des cavernes, le cheval, le chamois, le renne — une véritable 



438 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

iconographie de la faune quaternaire, écrivent les auteurs. Toutes les sil- 
houettes, dégagées des dessins qui s'accumulent et s'embrouillent sur les 
galets, ont été gravées au trait dans le texte; les galets eux-mêmes ont été 
reproduits par la photographie, sans retouches, une poudre blanche ayant été 
introduite dans les creux pour rendre plus apparents les contours. 

S. R. 

G. Poisson. Les migrations néolithiques. Clermont-Ferrand, Mont-Louis, 
1916. In-8, 47 p. (extrait de la Revue d'Auvergne, 1915). — Mémoire inté- 
ressant et parfaitement informé, peut-être trop intluencé par des hypothèses 
d'hier et d'avant-hier. « On reconnaît, au début de la période néolithique, une 
première migration venue du sud, et probablement même de l'Afrique, qui 
a contribué dans une large mesure à la formation des peuples européens 
et à l'élaboration de leur civilisation... La plupart des progrès constituant la 
civilisation néolithique sont venus en Europe des régions du Sud ou du Sud- 
Est. » Partant du fait que les monuments mégalithiques ne paraissent pas dans 
le centre de l'Europe, où les Méditerranéens se seraient introduits avec leurs 
usages caractéristiques, l'auteur attribue aux mégalithes une origine septen- 
trionale. Il pense aussi que les « Aryens » sont partis du Nord ou tout au 
moins du centre de l'Europe pour se répandre au Sud et à l'Est, u Mais les 
migrations aryennes sont postérieures au néolithique ; il y a donc place aupa- 
ravant pour des migrations en sens inverse qui, seules, peuvent expliquer le 
peuplement rapide de l'Europe après le quaternaire et l'apparition brusque, 
dans cette partie du monde, de races et de coutumes nouvelles. » Il faudrait une 
grosse brochure pour discuter ces conclusions ; qu'il me suffise ici d'en recom- 
mander l'exposé, qui est très clair. 

S. R. 

Jean Stroobant. Les Hunebedden de Drouwen. Tournai, Splichal, 1914. 
In-8, 21 p., avec 23 planches. — Nils Aberg:. Die Stemzeit in den Meder- 
landen. Upsal, Librairie académique, 1916. In-8, 82 p., avec 2 cartes et 46 gra- 
vures. — I. On a déjà beaucoup écrit sur les allées couvertes de Drouwen 
(province de Drenthe) ; mais la première fouille régulière de deux de ces monu- 
ments a été exécutée en 1912 par M. J. H. Holwerda. M. Jean Stroobant a 
rendu service en publiant un résumé français de la relation écrite en hollandais 
par cet archéologue, accompagné de la réédition des clichés originaux. L'allée 
qui a donné les objets les plus abondants était entourée d'un cercle de pierres, 
limite du tumulus érigé sur la sépulture. La couche archéologique, épaisse de 
G™, 30, ne contenait que de faibles vestiges d'ossements; on y recueillit les tes- 
sons de plusieurs centaines d'urnes, plusieurs vases entiers et une quantité de 
haches en pierre. « Il semble qu'il ne s'agit pas d'un dépôt céramique unique 
accompagnant le corps, mais bien d'offrandes répétées, au cours desquelles des 
poteries étaient brisées, tandis que les nouvelles étaient offertes. L'allée est donc 
un tombeau accessible... Les trouvailles faites dans le hunebed s'étendent sur 
toute la période où il fut employé » (p. 10). 



BIBLIOGRAPHIE 439 

La céramique de cette période comprend des poteries analogues à celles du 
N 0. de l'Allemagne et des vases en forme de cloche. Les haches sont, pour 
la plupart, petites et trapues; quelques-unes sont plus allongées et plus minces. 
Des fragments de bronze ont été recueillis immédiatement sur le pavement- la 
présence de petites quantités de ce métal a été constatée aussi, comme on sait, 
dans les allées couvertes de France (Déchelette, I, p. 399, 428). 

IL Le travail de M. Nils Aberg sur l'âge de la pierre aux Pays-Bas est un 
exposé exact et complet de l'état de nos connaissances, avec statistiques des 
trouvailles et deux cartes archéologiques. Ces dernières, qui sont particulière- 
ment remarquables, indiquent : 1° Les haches en silex minces de type ouest- 
européen ; 2o di^fo du type septentrional; 3® les haches en silex épaisses; 
4» les tombes mégalithiques isolées ; 5» les tombes mégalithiques groupées; 
6" la céramique mégalithique ; 1" les deux autres types de vases ; 8° les haches 
dites de combat. Une édition française de cet intéressant travail serait la bien- 
venue; les gravures dans le texte sont excellentes. 

S. R. 

Léon Coutil. La céramique des palafittes du lac du Bourget. Le Mans, 
Monnoyer, 1915. In-8, 20 p., avec 12 pi. — Depuis 1862, les stations lacustres 
du lac du Bourget (Savoie) ont fourni une quantité très considérable de vases 
et fragments de vases; bien entendu, les fouilles d la pince n'ont pu distinguer 
les couches ; par suite, le classement des objets recueillis ne saurait être fondé 
sur la stratigraphie. Mais les découvertes faites dans les stations contempo- 
raines de terre ferme suffisent à autoriser les essais qui ont été tentés pour 
établir la chronologie relative des vases lacustres. M. Morin-Jean, en 1908, a 
proposé une division en deux séries : 1° De la fin de l'âge de la pierre jusqu'à 
une période avancée de l'âge du bronze (A, groupe indigène; B, groupe d'ori- 
gine méditerranéenne) ; 2° Bel âge du bronze (expression créée par Desor), 
synchronique avec les débuts du Hallstattien (A, plats et cuvettes à couverte 
peinte, prototypes des vases hallstattiens polychromes ; B, urnes apparentées à 
celles de Golasecca ; G, vases ornés débandes d'étain). D'accord en substance 
avec cette classification*, M. Coutil a repris la question dans son ensemble, en 
l'éclairant par de nombreuses figures et des comparaisons bien choisies. « Par 
sa variété de décor et de pâte, on trouve au Bourget une partie de l'évolution 
de la céramique peinte du premier âge du fer, ce qui est très important, et la 
plus nombreuse série d'ornements d'étain sur les vases ; par suite, les riches 
palafittes du Bourget soutiennent la comparaison avec celles de la Suisse, si 
môme elles n'ont pas donné une plus grande variété d'objets et surtout une 
céramique plus variée. » Cette conclusion pourrait être mieux rédigée, mais 
elle est exacte et justifiée par une très abondante illustration. 

S. R. 

Arthur Ungnad. Babylonian letters of the Hammurapi period. Phila- 
delphie, University Muséum, 1915. Gr. in-8, 54 p., avec 104 planches. — Ce 

1. Réserves faites sur les urnes dite? du type de Golasecca (p. 17). 



4.4Ô REVtJË ARCHÉOLOGIQUE 

volume contient des textes cunéiformes copiés par l'auteur à Philadelphie pen- 
dant l'hiver 1913-1914, Presque tous sont des lettres de l'époque de la 
dynastie d'Hammurapi (2225-1926); l'un d'eux, que l'auteur a cru devoir 
transcrire et traduire, émane d'Hammurapi lui-même et c'est la seule inscrip- 
tion officielle de ce prince avant sa victoire sur Rim-Sin. Elle concerne la cons- 
truction du mur deSippar, qui paraît avoir duré deux ans et se termina pendant 
la vingt-cinquième année du règne d'Hammurapi. Le roi agit sous l'inspiration 
de Shamash, son dieu prolecteur *. Nous savons que le mur de Sippara s'effondra 
pendant les dernières années de ce long règne et fut reconstruit une fois de 
plus; par ce motif, la quarante-troisième année du règne d'Hammurapi fut 
appelée « l'année de Sippar ». 

S. R. 

E. Bell. The architecture of ancient Egypt. Londres, G. Bell, 1915. In-8, 
xxiii-255 p., avec une carte et de nombreuses gravures. — Ce livre est le pre- 
mier qui traite séparément de l'architecture égyptienne; il vient à point après 
des découvertes toutes récentes, comme celles de MM. Naville et Hall, qui ont 
singulièrement accru nos connaissances et n'ont pas encore trouvé place dans 
les histoires générales. « Il me semble, écrit l'auteur, qu'il y avait place pour 
un ouvrage qui, bien que sommaire et sans prétentions techniques, se propose 
de tracer un tableau historique du sujet et met en lumière les changements des 
idées esthétiques qui, malgré le conservatisme inné des Égyptiens, se sont 
produits à quelques époques de leur histoire ». L'avantage'de cette méthode 
d'exposition, c'est que l'architecture égyptienne ne se présente plus comme un 
ensemble homogène, dont tous les éléments seraient à peu près contempo- 
rains; on se préoccupe de l'évolution de ces éléments et de l'apparition d'élé- 
ments nouveaux. M. Bell n'est pas un admirateur de l'architecture de rÉsj:ypte; 
il en signale les défauts, entre autres le « manque de logique » (p. 198) et 
conclut que le génie architectural a manqué aux Égyptiens, bien que les 
ouvriers employés par eux aient été souvent des techniciens de premier ordre. 
Mais peut-être cela s'explique- t-il par le dualisme de la population ; les conqué- 
rants venus du Sud trouvèrent dans le Delta une race plus douée qu'eux, à 
laquelle l'art de l'Ancien Empire est redevable de sa perfection relative. Le goût 
du colossal (Karnak) marque une déviation et une décadence; M. Bell suppose 
que les éléments négroïdes du sacerdoce, alors de plus en plus puissant, sont 
partiellement responsables de ces erreurs. Je ne pense pas que cette introduc- 
tion de l'idée de race dans l'histoire de l'architecture égyptienne soit heureuse 
et il me semble que l'auteur n'a pas exprimé très clairement sa manière de 
voir (p. 205). Le livre est bien illustré et pourvu d'un index. 

S. R. 



1. Je ne puis qu'accepter respectueusement la traduction de M. Ungnad et je 
sais que la marche des idées d'un Babylonien ue pouvait ressembler à la uôtre ; 
pourtant, je dois avouer que, si je ne comprends pas du tout le texte, j'entends 
fort iaiparfaitemeut la traduction. 11 y a des moments où l'ou a l'humeur scep- 
tique ; c'est un grand tort, car les ignorants doivent avoir la foi. 



BIBLIOGRAPHIE ' 441 

G. van der Leeuw. Godvoorstellingen in de oud-aegyptische Pyramide- 
texten. Leyde, Brill, 1916. In-8, 165 p. — Quatre chapitres : la force imper- 
sonnelle; le dieu cosmique; Thomme-dieu ; l'idée de la divinité. Je sais trop 
mal le hollandais pour dire ce que contient cette dissertation couronnée sur la 
religion égyptienne d'après les textes des Pyramides. Pourquoi les thèses 
hollandaises ne sont-elles pas précédées ou suivies d'un résumé en français, 
en anglais ou en latin ? 

S. R. 

A. van Gennep et G. Jéquier. Le tissage aux cartons et son utilisation 
décorative dans l'Egypte ancienne. Neuchalel, Delachaux, 1916. In-4°, 130 p., 
avec 5 planches en trichromie, 6 en phototypie et 135 illustrations dans le texte. 
Chaque exemplaire contient une planche de rubans tissés en cotOn-soie, repro- 
duisant des motifs égyptiens. — Mémoire important et original, fruit de la col- 
laboration d'un égyptologue avec un ethnographe dont on connaît la compétence 
en matière de technologie comparée. On savait depuis longtemps que la plupart 
des motifs décoratifs égyptiens sont empruntés à l'art du tisserand et ont été 
copiés sur des étoffes de couleur; les auteurs, bornant leur étude aux thèmes 
décoratifs de l'Ancien Empire, ont essayé de reconstituer les étoffes qui ont 
servi de modèles et à en retrouver la technique. De pièces originales de cette 
catégorie, il ne reste presque rien : ce sont les imitations qui doivent tenir lieu 
des originaux. « Ces étoffes à dessins rentrent plutôt dans la catégorie des 
rubans et des galons que dans celle des étoffes proprement dites. Elles appar- 
tiennent au travail du passementier plutôt qu'à celui du tisserand. Nous devons 
donc chercher si, parmi les métiers actuellement en usage en Orient et particu- 
lièrement en Egypte et dans le nord de l'Afrique, il s'en trouve avec lesquels on 
puisse faire ce genre de tissu et assembler les couleurs de manière à obtenir 
toutes les combinaisons qui se trouyent dans les figurations égyptiennes de ces 
bandes d'étoffes à dessins géométriques. » Le procédé suivi est, suivant 
MM. van Gennep et Jéquier, le tissage aux cartons (Brettchenweberei) ; un 
ruban tissé aux cartons est une juxtaposition de petites cordes ou ficelles reliées 
entre elles régulièrement par un fil qui correspond à la trame des étoffes ordi- 
naires (p. 61). Les Égyptiens paraissent avoir désigné sous le nom d'adma les 
rubans et galons ainsi tissés. Assurément, comme le reconnaissent les savants 
auteurs (p. 118), leurs reconstitutions de rubans de l'Ancien Empire ne valent 
pas des preuves directes, mais « si quelqu'un a des raisons de penser que les 
décors peints des stèles-façades et les ceintures sculptées sur les statues ne 
sont pas la reproduction de rubans et de bandes tissés aux cartons, il lui 
incombe de démontrer à l'aide de quelle technique, soit de vannerie, soit de 
tissage, leurs prototypes ont été obtenus. » Si, au contraire, on accepte les con- 
clusions et les reconstitutions proposées, il en résulte: 1® que l'invention du tis- 
sage aux cartons recule jusqu'à l'époque prédynastique; 2° que celte invention, 
faite en Egypte avant l'an 4000, a passé ensuite en Mésopotamie, en Crète peut- 
être, jpuis dans la Grèce préhistorique, la Phénicie et de là à Carthage; enfin, 
par des voies multiples, elle aurait pénétré jusqu'au Maroc vers l'ouest, jusqu'en 
Islande vers le nord, jusqu'en Chine et au Japon vers l'est. On n'a encore con* 

V« SÉHIK, T. III. 29 



442 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

slaté aucune diffusion de cette technique vers le centrç ni vers le sud africain. 

Exécuté avec grand luxe, tiré à peu d'exemplaires, cet ouvrage, quoique 

cher, risque de devenir bientôt rare. L'intérêt exceptionnel qu'il présente pour 

l'étude des arts du tissu doit en recommander l'acquisition aux bibliothèques. 

S. R. 

Alfred E. Knight. Amentet. An account of the Gods^amulets and scarabs 
of the ancients Êgyptians. Londres, Longmans, 1915. In-8, 274 p., avec 
4 planches et 193 gravures dans le texte. Prix : 15 fr. 50. — Amentet est la 
résidence de la plupart des dieux égyptiens; c'est dans cette région que les 
morts entraient en contact avec eux. Ainsi se justifie le titre de ce dictionnaire 
illustré de mythologie égyptienne, fondé sur les grands ouvrages de Daressy, 
Budge et Pétrie. A la suite du dictionnaire, il y a des chapitres sur les animaux 
sacrés (classés alphabétiquement d'après leurs noms anglais), les amulettes et 
les scarabées. Utile travail d'amateur destiné à des amateurs, sans prétentions 
à l'originalité. Les petites illustrations, très nombreuses, sont satisfaisantes. Ce 
manuel peut être recommandé aux non spécialistes qui auraient à classer et à 
étiqueter une collection égyptienne. L'introduction donne de bons conseils pour 
assurer la conservation des objets. Elle m'apprend, car je l'ignorais, que l'ou- 
vrage allemand de Rathgen à ce sujet a été publié en anglais par la Cambridge 
University Press; mais M. A. Knight s'en méfie : « Nous conseillerons la pru- 
dence dans l'emploi des procédés qu'indique cet ouvrage. Rathgen est un Alle- 
mand, plus intéressé à montrer les tours de force qu'on peut faire en écorchant 
un bronze qu'à la préservation des belles patines authentiques qui font la joie 
des vrais amis de l'art. Les différents auteurs dont il allègue les formules sont 
tous des Teutons et, comme l'on pouvait s'y attendre, plus curieux de faits 
matériels que de la poésie ajoutée aux choses anciennes par la touche discrète 
du Temps. A leurs yeux, la patine n'est rien, le métal est tout. » M. Knight a 
bien raison : il faut conserver sans astiquer; les œuvres d'art ne sont pas des 
casseroles. 

S. R. 

M. Vernes. Sinaï contre Kadès {Annuaire de l'École des Hautes-Études, 
Paris, imprimerie Nationale, 1916). In-8, 89 p., avec un plan. — Polémique 
contre des vues nouvelles, exposées en France par le capitaine Raymond Weill 
{Rev. des Études juives, 1909), à savoir que le Sinaï-Horeb des traditions pri- 
mitives était situé, non dans la péninsule dite sinaïtique, mais quelque part vers 
Kadès. M. Vernes croit pouvoir maintenir la tradition « en confrontant les 
assertions empruntées au Pentateuque avec Ptolémée et la Table de Peutinger ». 
Sans entrer dans le vif de la discussion, je ferai observer que la locaHsation 
du Sinaï dans un document aussi tardif que la Table de Peutinger ne signifie 
rien. La mention des Monts Noirs dans Ptolémée, qui seraient les monts du 
Sinaï-ljoreb, est encore moins concluante. L'auteur paraît donc se faire illusion 
quand il écrit (p. 79j. « Nous croyons avoir fourni la démonstration que les 
rédacteurs des documents primitifs, dont la réunion a formé le Pentateuque, 
avaient une connaissance précise du système routier unissant dès la haute 



BIBLIOGRAPHIE 443 

antiquité l'Egypte à l'Asie — système routier qui, sauf modifications de détail, 
se retrouve, à l'époque romaine, dans la Tabula Peutingeriana, que confirment 
les données de la Géographie de Ptolémée. » Le P. Lagrange, dans la Revue 
biblique (1916, p. 289), a présenté d'autres objections à l'argumentation de 
M. Vernes et à ce qu'il appelle ses « opérations philologiques. » Ce mémoire 
est d'ailleurs bien écrit et agréable à lire, avec le secours d'une carte très 
claire. 

S. R. 

Eusèbe Vassel. Études pumgfwes. III. Encore l'inscription de Bir-Tlelsa. 
— IV. Treize ex-voto (extr. de la Revue tunisienne^ 1915-1916). — L'auteur nous 
apprend que « sa soixante-douzième année s'écoule » ; à en juger par son acti- 
vité, on serait porté à ne pas le croire. 1° L'inscription de Bir-Tlelsa est néo- 
punique; c'est assez dire qu'on la comprend fort mal. M. Vassel en propose 
une nouvelle traduction, où l'intitulé et le début inspirent seuls confiance : « A 
Baal Auguste a été consacré, Baal Shillek, fils de Marcus Avianius... » ; 2" Les 
treize ex-voto offrent moins de difficultés, mais peut-être aussi moins d'intérêt, 
car ils sont conformes aux formules courantes. Voici une observation utile à 
relever (stèle 11) : « Maton Baal (don de Baal), très rare comme nom d'homme 
(5 ex. au Corpus)^ est au contraire fort commun comme nom de femme «.Pour- 
quoi? Il doit y avoir à cela une raison religieuse que nous ignorons*. 

S. R. 

Paul Gauckler. Nécropoles puniques de Carthage, Paris, Picard 1915. 
2 vol. in-8, XLiii-603 p., avec 340 planches. — Nous devons à la piété éclairée 
de Mlle Gauckler la publication de ces deux volumes, pleins de matériaux iné- 
dits ou dispersés qui le seraient restés sans son dévouement à la mémoire d'un 
frère bien aimé. Voici, brièvement notés, les éléments dont ils se composent. — 
Tome I. Une préface (anonyme) donnant les indications essentielles sur les 
travaux de Paul Gauckler en Algérie et en Tunisie (catalogues et fouilles); 
nous y lisons que le jeune archéologue dirigea simultanément, dans la Régence, 
jusqu'à quatorze chantiers ! — Une remarquable Introduction ^ due à M. An- 
ziani (disparu, hélas! depuis le mois d'août 1914) sur les nécropoles carthagi- 
noises, en particulier celle dite de Dermech, explorée par Gauckler depuis 
1899. « Quand on se rappelle la réputation d'opulence et de luxe éblouissant 
que les anciens avaient faite à Carthage, on est surpris que le contenu des 
tombeaux carthaginois justifie si peu cette réputation » (p. xl). A la suite d'une 
série de plans et de photographies, les minutieux carnets de fouilles de Paul 
Gauckler, avec facsimilé de ses croquis; il y a là des ensembles très précieux 
pour la chronologie des petits objets et la disposition des sépultures (1899- 
1905; plus de 500 tombes). Mémoire de P. Gauckler sur les hachettes-rasoirs 
en bronze de la nécropole de Dermech (publié Hev. d*assyr., V, p. 106 sq.). 

i. A la p. 4 de sa première brochure, M. Vaasel cite, comme une autorité» 
M. W. von Landau; ce n'est qu'un riche amateur, aachaut de l'hébreu, mais 
8iui6 aucune préparation scientifique. 



444 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Fours à potiers tunisiens. Objets provenant des fouilles de Carthage. Stèles 
puniques du musée Lavigerie. Notes sur le musée de Cagliari, Esquisse d'une 
histoire de la tombe africaine. Ce volume comprend 226 planches, dont la der- 
nière (histoire de la lampe, par types classés dans l'ordre chronologique) n'est 
pas la moins intéressante. — Tome 11. Études diverses. Musée de Constantine 
(pubhé). Musée de Cherchell (publié). Stèles puniques et punico-romaines trou- 
vées en Tunisie. Nécropoles, stèles et objets divers (Bull, du Comité, 1897, 
p. 460; 1894, p. 269, etc.). Nouvelle nécropole punique à Bordj Djedid (ihid., 

1898, p. 171). Nécropole de Thapsus (ibid., 1899, p. cGvvii). Notes diverses 
{ibid.y 1899-1900). Découvertes dans les nécropoles de Carthage {CR. de iAcad. , 

1899, p. 156, 162 ; Bull, du Comité, 1900, p. cxxvuî, etc.). Peignes et hachettes, 
article de M. Heuzey à propos des fouilles de P. Gauckler à Carthage [CR. de 
VAcad.i 1900, p. 16 sq.). Étuis puniques à lamelles gravées (ibid., 1900, 
p. 476 sq., avec note de Ph. Berger). Deux mausolées néo-puniques de Tata- 
houine {Bull, du Comité, 1901, p. 290, avec note de Ph. Berger). Rapports sur 
la marche du service (des antiquités en Tunisie), 1901-2. Notes diverses {Bull, 
du Comité, 1901, p. 324, etc). Fouilles à Dermech [ibid., 1902, p. clxxxih sq.). 
Fouilles de Carthage, nécropole de Dermech {Rev. archéoL, 1902, II, p. 369 sq.). 
Bijoux puniques trouvés à Carthage {Bull. soc. antiq., 1902, p. 271 sq.). 
Découvertes de P. Delattre à Carthage {CR. Acad., 1903, p. 3). Marche du ser- 
vice, 1903; inscr. puniques de la coll. Marchand. Vase égyptien en forme de 
gourde, trouvé dans la nécropole proto-punique de Dermech (CJR. Acad., 1907, 
p. 320). Notes diverses (Bu//, du Com , 1904-6). La céramique punique de 
Carthage {Nouv, arch. des Miss., xv, p. 574). Arsenal punique de Carthage 
{ibid., p. 569). Fouilles à Gunugus (Algérie), en 1891-1892, avec nombreuses 
planches et facsimilés de carnets. — Ce volume contient les planches 237-340 
et se termine par une table des planches et une table des matières, dressées 
l'une et l'autre avec grand soin *. 

S. R. 

G. G. Porro. Influssi deW Oriente preellenico sulla civitta primitiva délia 
Sardegna (extr. d'Atene e Rama, 1915, p. 145-184). Florence, Ariani, 1915. — 
« On dirait que M. Pais soit irrésistiblement tenté d'étendre à tout contact avec 
l'Orient sa belle réfutation de l'existence supposée de colonies égyptiennes en 



1. On trouvera quelques observations de détail dans uu arlicle de M. de Ridder, 
Revue critique, 1916, I, p. 245. — Gauckler m'écrivait de Tunis, le 23 nov. 1898 : 
Je me permets de joindre à la photographie (du Bacchus du Douar ech Choit) 
le relevé bibUographique que je me suis amusé adresser ces jours-ci des articles 
et études de détail concernant l'archéologie africaine où je me suis dépensé 
depuis huit ans. Pour mon intérêt personnel, il eût mieux valu, certes, concen- 
trer toute ma force sur un seul travail; mais, même ainsi, je crois avoir des 
maintenant apporté mon moellon à l'édifice scientifique que nous bâtissons en 
commun dans l'Afrique du Nord ». La publication de M"' Gauckler prouve une 
fois de plus que son frère appréciait avec modestie l'importance et la solidité de 
ses travaux africains. 



BIBLIOGRAPHIE 445 

Sardaigne ; cette victoire légitime a laissé dans l'esprit de l'ingénieux savant 
un sédiment d'aversion illégitime pour des hypothèses qui, si elles ne sont pas 
certaines, gagnent tous les jours en probabilité » (p. 169). Je ne pense pas que 
le scepticisme de M. Païs ait encore été réfuté par des arguments probants ; 
n'empêche qu'il ne soit utile de réunir, comme l'a fait M. Porro, tous les rap- 
prochements qu'on peut alléguer, à tort ou à raison, entre la civilisation pri- 
mitive de la Sardaigne et celle de l'Orient préhellénique. Un petit bronze pro- 
venant du nuraghe Fluminilonga près d'Alghero (p. 160) rappelle incontesta- 
blement, avec son pileus élevé, certains bronzes mycéniens (Dussaud, p. 323); 
mais il est possible que le centre de diffusion de ces objets soit plutôt Chypre 
que le monde mycénien et, d'ailleurs, il n'y a pas lieu de tirer des conclusions 
graves d'une découverte aussi isolée. 

Ce bon mémoire nous est parvenu avec la dédicace suivante : « A la rédac- 
tion de la Revue archéologique, hommage de la part de l'auteur, mort pour la 
patrie, par A. Taramelli. » Notre sympathie profonde va au jeune savant et à 
ses maîtres, qui perdent en lui un travailleur zélé auquel était promis un bel 
avenir. 

S. R. 

Michel Clerc. Aquae Sextiae. Histoire d'Aix-en-Provence dans C antiquité. 
In-8, Aix, 1916. — C'est un fort volume de 576 pages de texte et 41 planches, 
édité avec goût. L'auteur, professeur à la Faculté des Lettres d'Aix et directeur 
du Musée Borély, à Marseille, a déjà consacré à l'histoire ancienne de la Pro- 
vence une importante étude sur la bataille d'Aix. Il nous donne aujourd'hui 
une très complète monographie sur la vieille cité sextienne. 

Ce livre s'adresse aussi bien aux Provençaux soucieux de connaître le passé 
de leur capitale qu'aux historiens et archéologues : le double écueil que l'auteur 
signale lui-même dans sa préface, — être trop long pour les gens du métier, 
trop court pour les lecteurs du pays, — est en somme habilement évité. D'une 
part la rareté des vestiges d'Aix antique, d'autre part l'abondance des témoi- 
gnages et hypothèses modernes, rendaient la tâche de M. Clerc particulière- 
ment délicate : la façon dont il s'en est acquitté est très propre à encourager 
ceux qui voudront après lui apporter à l'érudition locale le secours d'une 
méthode sûre. 

L'ouvrage se divise en trois parties : I, La région d'Aix avant l'arrivée des 
Romains ; II. Aix romain ; III. Topographie et archéologie. 

I. — Avant l'arrivée des Romains, la région d'Aix était habitée, comme on sait, 
par les Salyens, peuplade ligure. M. Clerc détermine ainsi les limites de leur 
territoire : « Tout le pays compris entre le Lubéron, la Durance à partir de 
Gavaillon, le Rhône, le Var, et, au Nord-Est, les chaînes subalpines d'entre ces 
dernières rivières * » (p. 13). On considère généralement les oppida salyens 
comme des forteresses destinées à protéger les populations de la plaine, qui s'y 
réfugiaient en cas de danger : M. Clerc pense, non sans raison, que ces oppida 
étaient habités d'une façon permanente et constituaient de véritables villages 

1. Euteudez : la Durance et le Var. 



446 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

La construction de leurs remparts, dont on voit encore des restes sur plusieurs 
collines provençales*, porterait la marque d'une influence grecque, signalée du 
reste par un texte de Justin ". 

Le plus connu de ces oppida est celui d'Antremont, à 3 kilomètres d'Aix : 
les bas-reliefs qu'on y a trouvés en 1817 l'ont rendu célèbre parmi les archéo- 
logues. M. Clerc leur consacre une étude minutieuse et pleine d'intérêt. Il 
montre qu'il faut y voir l'œuvre des Gaulois installés au milieu des populations 
ligures primitives ; il les date du iV siècle avant notre ère, en s'appuyant sur 
un détail du vêtement (absence de braies) et sur la nature de l'armement (épée 
pointue et à double tranchant). C'est avec raison que M. Clerc voit dans l'arme 
du cavalier de la première pierre non point un javelot porté sur l'épaule, mais 
une épée brandie pour un coup d'estoc ; il nous semble qu'on peut aller plus loin, 
et voir dans la tête qui est devant le poitrail du cheval autre shose qu'un tro- 
phée suspendu à son cou : la pointe de l'épée est dirigée vers elle; d'autre part, 
nous croyons distinguer, malgré l'usure de la pierre, une partie du tronc auquel 
cette tête s'attache : ce ne serait doue pas une tête coupée, mais la tête d'un 
fantassin que le cavalier s'apprête à tuer (pi. III, 2) : le motif serait analogue 
à celui de la deuxième pierre (pi. IV, 2), où Michel de Loqui avait distingué les 
jambes d'un homme fuyant devant le cavalier (p. 77). 

M. Clerc attribue avec beaucoup de vraisemblance à l'imitation de modèles 
grecs l'heureuse facture des chevaux représentés sur les bas-reliefs d'Antre- 
raont. C'est encore l'influence grecque et, plus particulièrement, celle de l'art 
ionien, qu'il retrouve dans les énigmatiques statues de la Roque-Pertuse. Elles 
M sont, en Gaule, le prototype des statues de figures accroupies de l'époque 
postérieure » ; elles remontent, comme les bas-reliefs d'Antremont, malgré la 
différence de la facture, aux iv'-iii* siècles avant notre ère; ce sont des statues 
de divinités : il devait y en avoir trois, placées dans de petits encadrements 
creusés dans le roc, et qui sont encore visibles. L'acropole de la Roque-Per- 
tuse serait non pas un oppidumy mais un sanctuaire, centre reUgieux de toute 
la région. 

Les conclusions de M. Clerc sur les oppida ont le mérite d'être fort nettes. 
Les remparts des oppida ont été bâtis par les Ligures Salyens ; les Celtes arri- 
vèrent dans le pays au iV siècle : ils s'y installèrent en petit nombre : la popu- 
lation primitive continua à fabriquer les objets d'usage commun, ce qui explique 
le caractère barbare de la poterie indigène des oppida ; seuls, les monuments 
civiques et religieux sont l'œuvre des Gaulois. Les Romains firent descendre 
dans la plaine les habitants des oppida : dès la fin de la République, ces sta- 
tions étaient abandonnées. 

II. Ch. 1. La fondation d'Aix. — M. Clerc appelle castellum l'établissement 
fondé en 122 avant J.C. par C. Sextius Calvinus. Cassiodore dit : oppidum, 
où il n'y a rien de plus que ville. Strabon dit : TtôXi?; il ajoute : IvTaOOa xe 

1. M. Clerc signale pour la première fois d'importants vestiges d'enceinte à 
Piéredon (p. 118 et pi. XI, 2). 

2. Justin, XLIII, 4* 



BIBLIOGRAPHIE 447 

çpoupàv xatwxtffe *Pa)(jLa:«ov *, ce qui ne nous paraît pas indiquer nécessaire- 
ment la construction d'une enceinte fortifiée. Enfin Solin dit : quondam hiberna 
consulis... postea excultae moenibus *. M. Clerc y voit l'indication nette de deux 
étapes : le castellum, la colonie. Mais le mot de moenia ne conviendrait-il donc 
point aux remparts du castellum'î Ce texte nous paraît indiquer plutôt que la 
ville fondée par Galvinus ne reçut de fortifications en pierre qu'au bout d'un 
certain temps. Nous retrouverons la question à propos du tracé de l'enceinte. 

Aix devint colonie latine sous Auguste : M. Clerc se rallie sur ce point à 
l'opinion de M. JuUian, contre l'avis de Herzog et Hirschfeld, qui attribuent 
cette fondation à César. Pour sa transformation en colonie romaine, M. Clerc 
propose deux dates : 22 av. J.-C. (Auguste) ou 39-40 ap. J.-G. (Caligula). 
Aucune inscription ne mentionnant des Aixois citoyens romains avant l'année 43 
de notre ère, il nous paraît préférable d'admettre la plus récente de ces deux 
dates. Observons à ce propos que l'inscription CIL., III, 2035 peut être datée 
beaucoup plus précisément que ne le fait M. Clerc, p. 160 et p. 267 : la légion 
Xllll Gemina y porte les surnoms de Martia Victrix^ qu'elle reçut en 62' : il 
faut donc dire, non « entre Auguste et Néron >», mais : sous Néron, entre 62 
et 68. 

Ch. 2. Le territoire de la cité. — Quelles étaient les limites de la civitas 
aixoise? Question difficile et qui ne comporte pas de solution certaine. M. Clerc 
l'étudié avec tout le détail souhaitable; mais nous éprouvons quelque difficulté 
à nous rallier à la solution qu'il propose. Il étend considérablement les limites 
de la cité vers l'Est, en y englobant les territoires de Sainle-Zacharie et de 
Cabasse. Il considère comme formelles à cet égard deux inscriptions provenant 
de ces localités et mentionnant la tribu VoUinia^. Mais ne peut-il s'agir d'Aixois 
émigrés et qui, fixés sur le territoire d'Arles, ont continué d'appartenir à leur 
tribu d'origine? ^ Autrement sérieux sont les indices fournis : 1« par les 
bornes-limites portant : fines Aquensium, fines Arelatensium ; 2" par les fron- 
tières des circonscriptions épiscopales du moyen âge. Or, comme l'avait déjà 
noté Albanès, les bornes marquent nettement une ligne Belcodène- Château- 
neuf-Vauvenargues. M. Clerc renonce à expliquer la présence de la borne 
de Vauvenargues (p. 192). Pourquoi ne pas l'admettre? Il y a, il est vrai, les 
bornes de Peynier* et de la Grande Pugère : mais ne peut-on penser qu'elles 

1. Strabon, IV, 1, 5 (180). 

2. Solin, H, 54. 

3. Cf. Gagnât, dans Saglio, art. Legio. 

4. CIL., Xn,335, 344. 

5. Vu l'iraportance que l'auteur attache à cet argument, on s'étonne qu'il ne 
fasse point état de rinscription CIL, Xil, 1130 (Cucuron), qui porte deux men- 
tions de la tribu Voltinia, pour confirmer que la cité d'Aix s'étendait, au Nord, 
au-delà de la Durance jusqu'au Lubéron. L'argument ue nous paraît, du reste, 
valable que pour les inscriptions de Puyricard {CIL., XII, 522) et de Saint-Canna- 
det {ibid., 521), où il s'agit nou de simples particuliers, mais de magistrats, qui, 
s'ils avaient été des émigrés, eussent fait Suivre l'indication de la charge du nom 
de la cité où ils l'avaient exercée. 

6. On se demande pourquoi M. Clerc, sur la carte de la pi. XLl, ne fait pas 



448 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

témoignent d'un agrandissement de la civitas à l'Est ? La présence de deux 
bornes à Belcodène s'expliquerait ainsi, Belcodène ayant été le pivot de la rec- 
tification opérée*. Un tel tracé a l'avantage de laisser en dehors de la cité d'Aix 
les églises de la vallée de Trets, qui jusqu'au xiv° siècle ne dépendirent pas 
de l'archevêché d'Aix. La seule objection possible est fournie par les bornes de 
Géménos : mais M. Clerc reconnaît lui-même qu* « on peut évidemment les 
révoquer en doute » (p. 188). 

Ch. 3. Les subdivisions de la cité. — La civitas était subdivisée en pagiy 
dont le nombre reste incertain. Le nom de l'un d'eux, au moins, nous est connu 
par une dédicace qu'il fit en l'honneur de Néron : c'est le pagus Juvenalis. 
M. Clerc admet que « ce nom pourrait dériver de celui de la Jouïne », ruisseau 
des environs d'Aix (p. 204). Nous ne voyons guère comment*. Si nous devions 
proposer une explication pour l'origine de ce pagus Juvenalis, nous prendrions 
comme point de départ l'inscription même qui l'a fait connaître. C'est une dédi- 
cace faite par le pagus « pour lej salut de Néron » » : le nom ô\i pagus ne serait- 
il pas lui-même un hommage à cet empereur? On sait qu'en 58 il institua des 
fêtes dénommés Juvenalia, à l'occasion de sa première barbe . 

Ch. 4. Les voies romaines. — M. Clerc fixe définitivement le tracé de la voie 
dite « Aurélienne » à l'Est d'Aix : elle passait non dans la plaine de l'Arc, 
mais sur le versant de la montagne du Cengle. Il restitue à la fraction Aix-Fréjus 
le milliaire CIL., XII, 5477, attribué par Hirschfeld à la fraction Aix-Arles. 

Ch. 5. La vie municipale. — P. 264, on ne saisit pas le pourquoi de la res- 
titution : N. Julius Pulcher. 

Ch. 6. Les cultes de la cité. — P, 274 et 278, nous ne comprenons pas 
comment l'auteur peut lire Belinno sur la pierre dont il donne pi. XXIX, 48, 
la reproduction photographique. Le G initial est très visible. Nous lisons 
Cehnllo.Ldi si heureuse conjecture de M. Jullian, qui voyait dans cette inscrip- 
tion une dédicace à la divinité éponyme du Cengle, devient une certitude. 

Ch. 7. Aix chrétien. — P. 324, à propos du cippe funéraire CIL., XII, 589, 
M. Clerc se demande s'il est, oui ou non, d'origine païenne : mais la question 
nous paraît résolue, sans contestation possible, dans le sens de l'affirmative, 
par le caractère de la gravure (pi. XXXIV, 106). 

m. — Les vestiges de l'antiquité romaine encore en place sont exception- 



passer la limite à Peynier même, puisque c'est là que Burle a vu une borne 
(cf. p. 168). 

1. Au-delà de la Grande-Pugère, la nouvelle frontière suivait peut-être, jusqu'à 
la rivière de Saiate-Bachi, la même ligne que la limite départementale actuelle? 

2. Jouïne, où l'on doit de toute nécessité reconnaître la présence du suffixe 
latin inus, parait venir du bas-lat. gaudina, petit bois (origine douteuse), qui a 
donné l'anc. fr. très usité gaudine. Ajoutons que les trois noms propres aixois 
rapprochés à ce propos ont chacun une étymologie difierente : Juvénal z= juve- 
nalis; Juven =zjuvencus; Jouyne z=z juvenis. — A rejeter également, p. 233, la 
suggestion : Muy =: mutaiio (évidemment, modium !) 

3. CIL., XII, 512. 

4. Tacite» Ann., XIV» 15; Dion, LXI, 19. 



BIBLIOGRAPHIE 449 

nellement rares à Aix. On ne peut citer avec quelque certitude qu'une partie du 
mur de façade de la cathédrale Saint-Sauveur. D'autres vestiges, pierres rem- 
ployées dans des murs du moyen âge, colonnes formant la rotonde du baptis- 
tère de Saint-Sauveur ou décorant des fontaines publiques, proviennent de 
monuments romains dont nous ignorons tout. En 1866, il existait encore des 
restes de thermes à la place des bains Sextius actuels : ils ont disparu aujour- 
d'hui. Sauf cette indication, on ne peut rien dire sur la façon dont les Romains 
avaient utilisé les eaux thermales qui ont donné leur nom à Aix; l'origine et la 
circulation de ces eaux, qui apparaissent sur plusieurs points delà ville, restent 
encore une énigme. 

M. Clerc signale des restes de la voie Aurélienne dans le sous-sol des mai- 
sons 16, 18, 20 de la rue de Saporta. Ce sont des dalles qui « forment, non 
point le sol ou un des murs de ces caves, mais bien le plafond. C'est-à-dire 
que, lorsqu'on creusa ces caves, on trouva la voie Aurélienne, toujours à cette 
profondeur moyenne d'environ 1™,50. Et l'on éprouva de telles difficultés pour 
démolir les dalles de la couche supérieure que l'on y renonça, et que l'on 
creusa la cave par dessous, laissant les dalles comme plafond. C'est dire que 
les couches inférieures, nucleus et statumen^ ont disparu. En revanche, on dis- 
tingue fort bien, par endroits, la trace des ornières qui sillonnent la surface 
des dalles » (p. 366-337). On souhaiterait une description plus claire : il paraît 
singulier que des « ornières » soient visibles si les dalles sont vues par dessous. 

Un fragment d'architrave, remployé dans la façade d'une maison, permet de 
conjecturer l'existence d'un monument dédié par des Fevirs augustaux * : nous 
ne pensons pas, avec M. Clerc, que la gravure date l'inscription du i" siècle de 
notre ère (p. 378); la forme de l'R, notamment, indique l'époque des Antonins 
(pi. XXXIII, 95). 

L'étude des monuments romains d'Aqux Sextiae doit faire une place d'hon- 
neur aux trois fameuses tours du palais des comtes de Provence, conservées 
presque intactes jusqu'en 1778, et livrées à cette époque à la pioche des démo- 
Hsseurs. M. Clerc leur consacre trois chapitres (ch. 5, 6, 7). Son étude est 
illustrée par une série de planches parmi lesquelles on doit signaler la repro- 
duction de deux dessins anonymes, appartenant à la collection Arbaud, et restés 
jusqu'à présent inédits (fig. 8 et pi. XIV). M. Clerc établit de façon définitive, 
en utilisant un manuscrit inédit de Fauris de Saint-Vincent le père (Bibl. 
Méjanes), que la tour de l'Horloge était un mausolée. Il y rattache, avec beau- 
coup de vraisemblance, l'inscription Cl L., XII, 516 : ce tombeau serait celui 
de trois patrons de la colonie, parmi lesquels un puer laticlctvius : on a trouvé 
dans la tour, lors de sa démolition, trois urnes funéraires, et, à côté, une bulle 
d'or; une des urnes contenait une médaille peu usée datée du deuxième consu- 
lat d'Aelius Verus (161 ap. J.-C.) : le monument n'est donc pas antérieur à cette 
date, « et il ne peut lui être postérieur que d'un petit nombre d'années » (p. 409) : 
c'est tout ce qu'on en peut dire : le dater « entre 161 et 169 au plus tard », 
comme fait l'auteur quelques pages plus loin (p. 415), c'est trop préciser. Les 
deux autres tours, dites du Trésor et du Chaperon, avaient un autre caractère : 

1. CIL.^ XII, 5776: 



450 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

« les deux tours et l'erisemble qu'elles commandaient étaient une construction 
militaire, une porte monumentale, et sans doute la porte principale de la ville, 
puisqu'elle s'ouvrait sur la voie Aurélienne... » (p. 425). L'auteur pense qu'elles 
« remontaient au temps de la fondation de la colonie » (p. 434). 

Au chapitre 8, l'auteur établit l'existence, sous l'Empire, dans la partie ouest 
et nord-ouest d'Aix, « d'un quartier peuplé de villas (au sens moderne du mot), 
hors ville, dans la banlieue immédiate et dans le voisinage des eaux thermales » 
(p. 443). C'est là, et non dans la ville même, que par une singularité qu'on 
s'explique mal, (cf. ch. 12, où la question est très clairement exposée) fut éta- 
blie la métropole chrétienne primitive. 

Dans ses Recherches sur le tracé de l'enceinte (ch. 10-H), M. Clerc, s'aidant 
d'un travail de M. de la Calade sur les rues d'Aix, détermine avec précision 
le tracé d'une enceinte qui fut au moyen âge celle du bourg Saint Sauveur : 
établie sur le point le plus élevé de l'agglomération urbaine, elle était mi-ovale, 
mi-rectangulaire, et avait 790 mètres de tour. Il y a là évidemment le souvenir 
d'une enceinte romaine. 

Mais doit-on dire, avec l'auteur, que c'est l'enceinte d'un castellum contem- 
porain de la fondation de Calvinus, et doit-on rechercher, comme il le fait, une 
plus grande enceinte, englobant celle-là, et qui aurait été celle de la colonie? 
Il serait singulier que pendant toute la durée de l'Empire on eût maintenu 
dans l'enceinte de la colonie des murailles qui ne servaient plus de rien : et 
pourtant, il faut bien qu'on les y ait maintenues, pour que le bourg Saint- 
Sauveur se soit constitué dans leurs limites. M. Clerc part de ce principe, 
qu'on ne fondait pas de colonie sans l'entourer de murs (p. 341) : mais, outre 
qu'il y a des exceptions, tel Camulodunum, que M. Clerc cite lui-même, quand 
la ville antérieure possédait déjà des remparts, on se dispensait d'en bâtir de 
nouveaux*. Il y a bien la porte monumentale représentée par les tours du 
Trésor et du Chaperon : mais il est assez remarquable que les auteurs qui ont 
parlé de ces tours aient fait mention d'un mur semi-circulaire, qui les joignait 
aux deux bords de la voie Aurélienne, et n'aient signalé aucune trace de l'attache 
d'un rempart sur les côtés externes. Nous croyons qu'il n'y eut qu'une enceinte 
d'Aquae Sextiae, celle que M. Clerc appelle l'enceinte du castellum, et qu'elle 
fut bâtie à une époque ancienne, postérieure cependant, pour les raisons que 
nous avons dites plus haut, à la fondation. 

Le livre se termine par une bonne étude sur les aqueducs. En appendice, 
'auteur a réuni les inscriptions de la cité d'Aix, au nombre de 205. M. Clerc a 
le grand mérite d'avoir fait reproduire, dans une série de planches fort bien 
gravées, la photographie des inscriptions qui existent encore. Il nous avertit 
que a c'est sa propre lecture qu'il donne, faite, soit sur l'original, soit sur la 
photographie ». Cependant, ses lectures ne sont pas toujours d'accord avec la 
photographie. Nous avons déjà noté : 

â8. Cehnllo, non Belinno. 
Voici d'autres exemples : 

Ik Cf. G. Humbert, dans Saglio, art. Colonfa, p. 1312*é 



BIBLIOGRAPHIE 451 

27. Punic{us) non Public{ius). 

76. Herculis (génitif) plutôt que Herculi s{acrum). 

78. GratuSf non Gra[t]us. 

79. merito, non me[e]rito. 
81 . Nenpis, non Nenfis. 

83. Baccylus, non Bacchius. 
402. V. 11 pulcer^ non pulc[e]t\ 
104, 1. 5 ter adest su... 

\. 6 sentari pet... 
49A aed{Ui), non aedili. 
195, I. 1 Quadron[io], non Qu[a]dr[o]ni{o]. 

\. 3 C{olonia) J{ulia) P{aterna) C{laudia) N{arbone) M{artio). 

Signalons encore un désaccord entre la lecture du n° 193, [duovi]r praetor, 
et l'avis exprimé par l'auteur p. 246, n. 2; des fautes d'impression comme 
muninime {108) pour munimene, CIL.^ XII, 1906 (55) pour 1096; un regret- 
table lapsus de traduction, invida fata {28-28a) traduit par u destinée peu 
enviable ». Enfin M. Clerc restitue v{otu'm.) s{olvit) l{ibens) m(eritis) sur les 
dédicaces qui ont plusieurs personnes pour objet (cf. 45, 50, 52^ 53) ; mais ne 
convient-il pas de restituer toujours meritOy adverbe ? 

L'auteur a fait suivre le recueil d'inscriptions d'un index des noms propres 
qui y sont contenus. Beaucoup regretteront l'absence d'un index général, dont 
l'auteur n'a pas voulu grossir un volume déjà considérable. Tel qu'il est, et mal- 
gré des imperfections inévitables dans des travaux de cette importance, l'ou- 
vrage fait le plus grand honneur à celui qui l'a écrit. La haute récompense qui 
lui a été décernée par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres est un sûr 
garant de sa valeur. 

L.-A. GONSTANS. 

E. Babelon. Le Trésor d'argenterie de Berthouville^ près Bernay (Eure), 
conservé au Département des médailles et antiques de la Bibliothèque Nationale. 
Paris, E. Lévy, 19l6. Grand in-4°; 155 pages, 34 planches. — M. Babelon a 
dédié son beau volume à la mémoire de Raoul Rochette, ancien conservateur 
du Gabinet des Médailles. G'est un acte de justice bien mérité. M. Georges 
Perrot nous avait déjà fait connaître en 1906, dans sa Notice sur la vie de 
Raoul Rochette, de quels déboires, de quels affronts fut victime cet adminis- 
trateur intègre, lors de l'achat du Trésor de Berthouville en 1830. Il fut de 
ces fonctionnaires — on en connaît d'autres exemples — qui payèrent chère- 
ment l'audace de vouloir rendre service à l'État sans se soumettre aveuglément 
aux règles de la comptabilité publique. Il crut qu'on le remercierait d'avoir agi 
avec décision, d'avoir acheté à bon compte un inestimable ensemble d'œuvres 
d'artqui allaient enrichir lescollectionsde son pays et apporterde nouveaux docu- 
ments à la science. Mais il avait traité ou fait des promesses sans autorisation 
officielle, il avait négocié sans pouvoirs réguliers. Au lieu de monter au Capi- 
tole, le pauvre homme fut traîné aux Gémonies, accusé de corruption, de dila- 
pidation, même de fraude et de malversation. M. Babelon remet sous nos yeux 



452 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

tous les détails de cette navrante histoire, où l'on ne sait qui l'on doit plaindre 
le plus, de l'innocent accusé ou de ses ennemis dont la bassesse cherche à pro- 
fiter d'une imprudence pour déshonorer un honnête homme. La mémoire de 
Raoul Rochette en est sortie indemne, plutôt grandie par l'injustice du sort 
qu'il supporta : pendant dix-huit ans il traîna après lui ce fardeau et, quand il 
fut mis à la retraite, nul n'ignorait que, bien que lavé de tout soupçon 
d'improbité, il payait encore sa faute administrative, 

M Babelon a fait l'historique des recherches succédant à l'heureuse et for- 
tuite découverte d'un paysan illettré qui faillit jeter à la fonte les richesses 
heurtées par le soc de sa charrue. Berthouville est une petite commune du 
déparlement de l'Eure, dans l'arrondissement de Bernay; on donne souvent à 
cette trouvaille le nom de « Trésor de Bernay ». Des fouilles méthodiques 
furent pratiquées dans la localité par M. Le Métayer-Masselin en 1861 et par 
le Père de la Croix en 1896. Il en résulte que cet emplacement antique, appelé 
Canelonum^ comprenait une enceinte contenant deux temples, un théâtre, les 
restes d'un hypocauste, un puits, une voie romaine; une villa romaine, centre 
d'une exploitation agricole, est dans le voisinage, mais on ne retrouve ni 
agglomération de maisons, ni rues. Pour expliquer l'importance de ces édifices 
dans un endroit privé d'habitants, on a supposé que Canetonum, situé à un 
carrefour de routes, pouvait être un lieu de pèlerinage, avec un champ de foire, 
un forum^ dont l'attrait était augmenté par la présence d'un théâtre. Un des 
temples est dédié à Mercure Ganetonensis, comme le prouvent les dédicaces gra- 
vées sur les vases d'argent eux-mêmes. En effet, les objets trouvés ont dû 
faire partie, soit des ex-votos offerts au dieu, soit du mobilier affecté aux 
cérémonies dans le sanctuaire. Deux statuettes de Mercure en argent (pi. là 
IV) représentent les idoles du culte. Le second temple, englobé dans la même 
enceinte, ne pouvait être que celui deMaia, parèdre de Mercure; des bustes de 
la déesse gauloise Maia-Hosmerta figurent aussi dans les trouvailles. Construits 
en marbres, avec des sculptures ornementales, ces édifices furent détruits vers 
la fin du m* siècle de notre ère. Réparés à l'époque de Probus ou de Dioclé- 
tieu, dans des dimensions plus petites, avec les débris du vieux sanctuaire, ils 
ne survécurent pas aux invasions barbares. 

Le trésor avait sans doute été enfoui dans une cachette, lors de la première 
ruine des temples. Il est certain que les restaurateurs gallo-romains de Cane- 
tonum durent ignorer l'existence de ces richesses qui restèrent ensevelies jus- 
qu'à nos jours. En effet, aucune des inscriptions dédicatoires n'est postérieure 
au \\\* siècle. Parmi les noms des donateurs on remarque, à côté de vocables 
purement romains, des noms gaulois et gallo-romains. A côté de P. Aelius 
Numitor, G. Propertius Secundus, on voit des personnages appelés Buolanus, 
Camulognata, Combaromarus, ou Placidius Docirix, Creticus Runatis. Parmi 
les vases les plus beaux, neuf portent le nom de Q. Domitius Tutus, peut être 
le propriétaire de la villa voisine. 

Cette argenterie offre donc un caractère tout autre que celui du Trésor 
de Boscoreale ou d'Hildesheim, dont l'ensemble représente le mobilier d'un 
riche Romain; Elle a une destination religieuse et votive. Il ne faut pas oublier 



BIBLIOGRAPHIE 453 

pourtant qu'avant de passer dans la propriété du dieu, la plupart de ces vases 
avaient dû appartenir d'abord à un particulier. Sans doute Domitius Tutus 
avait reçu, par héritage de ses ancêtres, les pièces magnifiques qu'il avait 
offertes lui-même au temple de Mercure. D'autres pèlerins y apportèrent plus 
tard, venant d'autres régions, des offrandes qui se joignirent aux précédentes. 
Aussi l'ensemble est disparate. Des objets du plus beau style grec voisinent 
avec des œuvres de travail romain, un peu lourd, ou avec des produits d'un 
art à moitié barbare. Les uns ont pu sortir de quelque grande fabrique alexan- 
drine ou d'une fabrique de Pergame, les autres de Rome où prospéraient des 
ateliers renommés, d'autres enfin de la Gaule même. 

Une description détaillée de chaque statuette et de chaque vase termine 
l'ouvrage, illustré par d'excellentes héliogravures, qui font de ce beau livre un 
digne recueil des publications similaires sur Boscoreale ou sur Hildesheim. 
L'auteur félicite son éditeur — et nous l'en félicitons avec lui — d'avoir eu le 
courage de mener à bien celte entreprise de librairie pendant les heures tra- 
giques que nous traversons. C'est, comme il le dit, un acte de foi et de 
confiance qui méritait d'être loué. Non-seulement il faut que « les civils » 
tiennent, mais il faut qu'ils travaillent. C'est leur seule façon de se battre pour 
la France. 

E. POTTIER. 



F. Legge. Forerunners and rivais of Christianily, being Studies in reli- 
gions history from 330 B. C. to 330 A. D. Cambridge, University Press, 1915, 
2 vol. in-8, LXiii-202 et 425 p. — Cet ouvrage considérable se compose de 
chapitres isolés dont le lien est marqué par le titre général. A la suite d'une 
introduction qui met en lumière les analogies du christianisme avec les reli- 
gions qui l'ont précédé et les religions rivales — l'auteur est disposé à admettre 
une très grande influence du Zoroastrisme — on trouve des études sur la con- 
quête d'Alexandre, les divinités alexandrines, les origines du gnosticisme 
(magie, astrologie), le gnosticisme pré-chrétien (orphisme, essénisme, Simon 
le Mage), le gnosticisme post-chrétien {Pistis Sophia, Ophites, Valentin, Mar- 
cion), le mithraïsme et le manichéisme. M. Legge a énormément lu, surtout 
des ouvrages français et anglais ; il a réuni quantité de textes et d'opinions 
que l'on ne trouverait pas facilement ailleurs et en a facilité la recherche par un 
index très soigné ; il a aussi donné une chronologie (de 3H6 av. J.-C. à 3.S7 
après) et une bibliographie considérable, qui n'est d'ailleurs pas exempte d'er- 
reurs. Par une décision de principe qu'on peut louer et dont il nous fait part 
dans sa préface, M. Legge, pour ne pas grossir encore ces deux volumes, a 
pris le parti de renvoyer souvent à des auteurs modernes de bon aloi, au lieu 
d'accumuler les références aux textes que ces auteurs ont visés. Il ne s'est 
pourtant pas tenu assez rigoureusement à ce principe et il en résulte des notes 
comme celle-ci (t. I, p. 42) : « Foucart, Culte de Dion., p. 68 ; Stephen of Byzan- 
tium in Hesychius, Etymologium (sic) Magnum, s. v. ^Aypai ». Le texte visé 
étant dans Etienne de Byzance à l'article "Aypat et Hesychius ne fournissant rien, 
non plus que le Grand Étymologique, cette note laisse une impression fâcheuse» 



45 i Î\EVUE ARCHÉOLOGIQUE 

— Strabon (XVI, 785), dit que Ctésias appelle Atargatis Derceto ; M. L. écrit 
(II, p. 40) : « Atargatis of which Derketo was^ teste Prof. Garstang, a ho- 
monym. » S'il fallait citer quelqu'un ici, c'était Ctésias ou Strabon ; le teste 
Garstang (sans renvoi d'ailleurs) est imposisible à défendre — I, p. 133, la pla- 
que d'or citée, avec inscription orphique, ne provient pas de Naples, mais de 
Thurii. — I, p. 137, Zagreus est qualifié de uavuTilpTaToç dans un fragment de 
VAlcmêonide\ M. L. n'a aucun droit de parlera ce propos d'Eschyle. — I, 
p. 143, ce qui est dit de Misé est faux ; il est singulier que l'auteur n'ait pas eu 
recours au Lexicon de Roscher, d'ailleurs cité dans la bibliographie (avec faux 
millésime; la publication a commencé en 1884, non en 1889). — I, p. 181. 
'ATtoppori, au sens d'émanation, est déjà dans Empédocle ; il eût suffi à M. L. 
d'ouvrir le Thésaurus pour s'en assurer. — Je ne multiplierai pas, bien que 
cela soit aisé, ces observations de détail. Embrassant un domaine immense, il 
était inévitable que l'auteur ne fût pas toujours parfaitement informé. Mais je 
ne voudrais pas que des réserves légitimes sur l'exactitude de son savoir 
parussent mettre en question l'utilité de son grand travail. Il y a tel chapitre 

— celui du Manichéisme, par exemple — qui, tenant compte des plus récentes 
découvertes, se recommande à la lecture de tous les non-spécialistes et même 
des autres. Si des ouvrages de ce genre ne réalisent pas, à proprement parler, 
des progrès dans les études religieuses, on peut dire qu'ils permettent de con- 
naître rapidement les résultats acquis et servent ainsi de point de départ à des 
recherches ultérieures. Le dessein de l'auteur était de les faciliter ; il l'a certai- 
nement accompli. 

S.R. 

E. Michon. Rebords de bassins chrétiens ornés de reliefs, Paris, Gabalda, 
1916. In-8, 105 p., avec 37 fig. (extrait de la Revue biblique). — En 1908, 
dans le Bulletin de la Société des antiquaires (p. 268-283), M. Michon avait 
traité des rebords de tables byzantines en "îiarbre ornés de bas-reliefs ; il 
étudie aujourd'hui, dans le plus grand détail, les rebords de bassins chrétiens 
de même style. Chaque spécimen (il y en a 40) est décrit minutieusement et le 
sens des reliefs qu'il porte élucidé par comparaison avec d'autres monuments 
de l'art chrétien et une érudition palristique de première main. A quoi ser- 
vaient ces bassins? C'est ce qui ne peut encore être précisé. « Le mot de 
bénitier, étant donnée la terminologie actuelle, serait trop spécial... Le bénitier 
proprement dit serait à l'aboutissement d'un processus où le geste de prendre 
de l'eau préalablement sanctifiée aurait remplacé ce qui était d'abord une 
ablution. Les récipients qui nous occupent pourraient peut-être alors cor- 
respondre à la transition et pour cette raison seraient difficiles à nommer d'un 
nom qui leur convienne pleinement » (p. 100). La date des rebords varierait 
entre le iii» et le v* siècle de notre ère ; ils semblent tous être sortis de quelque 
atelier syro-alexandrin. 

S. R. 

Bruce Dickins. Bunic and heroic poems of the old Teutonic peoples . 
Cambridge, University Press, 1915. In-8, vn-92 p. — Ce petit livre -— c'est 



Bibliographie 45S 

un de ses mérites d'être petit — comprend deux divisions : 1© les poèmes 
runiques, à savoir le poème anglo-saxon, le norvégien et l'islandais, transcrits, 
traduits, amplement commentés, précédés d'une histoire détaillée de l'écriture 
runique et d'une notice sur les trois courts poèmes, qui sont ineptes, le moins 
insignifiant étant le dernier ; 2° les poèmes héroïques anglo-saxons (sauf 
Beowulfei Widsith^ publiés en 1912 et 1914 par le D' Charabers à Cambridge), 
à savoir Waldhere, Finn, Deor; suit HUdebrand, le seul fragment connu de la 
poésie héroïque des Germains. Le tout traduit et commenté avec détail. Finn et 
Hildebrand ont quelques mérites de poésie sauvage : le reste est bien mince. 
Le savant éditeur n'a pas négligé les observations d'ordre archéologique ; 
ainsi {Finn, v. 32) il croit que banhelm signifie un casque à cornes et rappelle 
que Bugge voulut lire barhelm, signifiant « casque-sanglier ». Il eût été bon 
de renvoyer ici à Lindenschmit, Alterth. der mtrov. Zeit., p. 256. 

S. R. 

Abbé René Aig:rain. Le trésor des reliques de la cathédrale de Poitiers. 
Poitiers, Roy, 1915 (extr. du Bulletin de la Soc. des Antiq. de l'Ouest), In-8, 
14 p. — Excellent article critique sur les reliques de sainte Anlonine, de sainte 
Victoire Marose et de saint Irénée, envoyées de Rome vers 1680 par un reli- 
gieux d'origine poitevine. L'auteur n'exprime aucune opinion sur le culte rendu 
depuis la fin du xvii" siècle à ces reliques : c'est l'affaire de l'Ordinaire du lieu 
et n'intéresse pas les érudits. Ce qui les intéresse, c'est de connaître la valeur 
de la relation concernant les découvertes de ces corps dans les catacombes; 
l'abbé Aigrain montre fort bien que la valeur en est nulle, tout en traitant avec 
un respect digne d'éloges ses auteurs et ceux qu'ils ont abusés. Conclusion : 
« Encore une fois, je n'ai pas qualité pour trancher le problème canonique du 
culte public rendu aux trois corps dans les anciens couvents de la Trinité, de 
Sainte-Catherine et des Capucins, et depuis à la cathédrale. Mais à s'en tenir 
au point de vue archéologique, la solution la plus vraisemblable est celle-ci : 
les trois corps sont ceux de trois chrétiens du iv* siècle ensevelis ad Catacum' 
bas après la paix de l'Église, el rien n'empêche de les vénérer comme trois 
corps saints, mais rien non plus n'engage à voir en eux des martyrs, ni la 
chronologie, ni l'étude des symboles qui ornaient leurs épilaphes : il ne s'y 
trouve pas plus de signes de martyre que de signes de virginité ». Cela est très 
bien dit. Sous le second Empire, on attribuait la haute qualité littéraire des 
articles du Journal des Débats à la vigilance de la censure politique, qui obli- 
geait les rédacteurs à mettre des gants pour exprimer leur avis ; la censure 
ecclésiastique est un bienfait du même genre, et qui exerce, sur les érudits 
d'Église, une influence heureuse. 

S. R. 

Sir Thomas Graham Jackson. Gothic architecture in France^ England 
and llaly. Cambridge, Universily Press, 1915, 2 vol. in-4», xxii-291 et 339 p., 
avec 191 pi. et 229 ï\^. dans le texte. -- Architecte très connu en Angleterre, 
notamment par la restauration de la cathédrale de Winchester et ses construc- 
tions à Oxford, l'auteur de ces deux magnifiques volumes a voulu donner une 



456 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

suite à son ouvrage, publié en 1913, sur l'architecture byzantine et romane. La 
guerre l'ayant empêché de visiter à nouveau l'Allemagne et la Belgique, il a 
laissé de côté les monuments gothiques de ces pays ; il ne s'est pas non plus 
occupé de ceux de l'Espagne, parce qu'il n'a jamais exploré la péninsule. Ces 
scrupules disent assez que l'auteur travaille sur ses propres notes et sur ses 
propres croquis : « Je n'ai pas entendu rédiger un guide, écrit-il, et n'ai pas 
visé à des énumérations complètes. J'ai voulu, non pas décrire un grand 
nombre de monuments, mais présenter une vue rationnelle d'un style dans son 
ensemble. J'ai choisi, pour les décrire, les édifices ou parties d'édifices qui 
sont typiques pour l'histoire et le développement de l'art. J'ai pris presque 
exclusivement comme exemples les monuments que j*ai étudiés moi-même, 
convaincu qu'il est peu utile d'écrire sur l'architecture d'après les travaux 
d 'autrui. » 

Sur la question litigieuse de l'origine de l'arc ogival, Sir T. G. Jackson n'a 
pas cru qu'une discussion approfondie fût nécessaire : « Longtemps avant qu'il 
lût employé dans la construction, la forme de cet arc doit avoir été familière 
aux hommes. Les Arabes s'en sont servis bien avant qu'il ne fût adopté en 
Occident ; on le trouve au Dôme du Rocher et à la mosquée d'EI Aksa de Jéru- 
salem au vii« siècle, dans les arcades des églises coptes de Dair Anba Bishoi et 
Dair-es-Suriani en Egypte, attribuées au vi* siècle; les arcades de la mosquée 
de Ibn Touloun au Caire (878) sont pointues. Nous n'avons pas lieu de nous 
demander si l'introduction de cet arc en Occident fut due aux Croisés qui 
l'avaient vu en Orient, ou si l'emploi en a été suggéré par des motifs de cons- 
truction, ce qui est plus vraisemblable. Quelle qu'en soit l'origine, nous le trou- 
vons en usage chez les architectes romans de la première moitié du xii" siècle, 
tant pour les arcs que pour les voûtes. » Au sujet de Durham, l'auleur partage 
l'opinion de M. de Lasleyrie et pense que les voûtes d'ogives n'appartiennent 
pas au plan primitif (p. 185). La priorité resterait assurée, à cet égard, à l'abba- 
tiale de Saint-Denis, mais le style nouveau y paraît déjà si mûr qu'il faut 
admettre bien des essais antérieurs. Je remarque que sir T. G. J. continue 
à appeler « Pierre de Montereau » l'architecte que M. Stein, appuyé sur des 
documents certains, appelle « Pierre de Montreuil ». 

La thèse de M. Goodyear sur les « raffinements architectoniques » a été cri- 
tiquée avec courtoisie et pénétration. Sir T. G. J. rappelle un curieux passage 
de Biary d'Evelyn. Le 27 août 1666, six jours avant que le vieux S. Paul de 
Londres ne fût détruit par un grand incendie, Evelyn alla visiter cette église 
avec quelques amis. « Trouvant que le bâtiment principal inclinait vers le 
dehors, MM. Chichley et Prat estimèrent qu'il avait été construit ainsi ab ori- 
gine, en vue d'un effet en perspective relatif à la hauteur; mais le Dr Wren et 
moi fûmes d'une opinion toute différente. » Ainsi M. Goodyear, inventeur des 
« raffinements en largeur », pense comme M. Prat en 1666. « Malheureuse- 
ment, écrit Sir T. G. J., j'ai eu trop affaire à des murs et à des piliers inclinés, 
dont l'inclinaison n'était certainement due à un raffinement^ pour ne pas com- 
prendre le scepticisme de MM. Bilson et de Lasteyrie, qui n'ont pas été con- 
vaincus par M. Goodyear. En ce qui touche Sainte-Sophie^ église sur laquelle les 



BIBLIOGRAPHIE 4^7 

autorités turques m'ont demandé un rapport, je peux certifier qu'il y existe à 
peine un mur ou une colonne qui n'ait pas dévié de la verticale, alors qu'on ne 
les a certainement pas construits ainsi. « Admettons pourtant que M. Goodyear 
ait raison : à quoi répondraient ces raffinements 'i L'objet des raffinements bien 
constatés, comme la courbure des lignes horizontales au Parthénon, est de 
combattre quelque illusion optique, de rétablir pour l'œil la régularité et l'ap- 
parence de la rectitude. Or, la courbe d'une voûte rencontrant un mur vertical 
pourrait donner au mur l'apparence d'une inclinaison vers le dehors. Je conce- 
vrais donc qu'on remédiât à cette apparence en inclinant légèrement le mur 
vers le dedans. Mais le faire incliner vers le dehors ne corrigerait pas l'illusion 
optique ; au contraire, ce serait l'aggraver, alors que l'œil demande qu'un mur 
soit vertical et qu'il éprouve un sentiment de malaise s'il ne l'est pas. 
M. Goodyear a démontré, par le fil à plomb, que la divergence est réelle ; reste 
à l'expliquer. La preuve que la pression y est pour quelque chose ressort de la 
constatation de M. Goodyear à Amiens, que certaines colonnes de la nef sont 
inclinées vers le dedans et non vers le dehors. D'autre part, l'inexactitude des 
architectes du moyen âge est telle qu'on ne peut fonder aucune théorie sur les 
irrégularités de construction. J'ai eu à mesurer un grand nombre de vieilles 
églises ; j'ai constaté que bien peu de tours sont rectangulaires, que bien peu 
de nefs ont des côtés parallèles, que bien peu de colonnes sont verticales. » 
(t. I, p. 289-291). On n'entend pas donner, par ces quelques extraits, une idée 
de la manière de Sir T. G. J., ni de l'intérêt multiple qu'offre la lecture de ces 
deux volumes, excellemment illustrés (avec un minimum de photographies et sur- 
tout de clichés déjà connus), écrits avec verve, simplicité et bonne humeur. 
Le tome II se termine par d'utiles tables chronologiques, depuis 1096 (Canler- 
bury) jusqu'en 1670 (le Louvre de Perrault). L'index est maigre ; les noms 
d'auteurs y font défaut et il y a des rubriques déconcertantes, par exemple 
« Immobilité des anciens styles, I, 11, 16. » Qui jamais songera à chercher le 

mot immobilité dans un index ? 

S. R. 

Henry Martin. Images historiques. La guerre au XV' siècle. Paris, Lau* 
rens, 1916. In-4*», 16 p., avec 30 photographies. — Précieux opuscule orné 
d'excellentes reproductions de miniatures tirées de la bibliothèque de l'Arsenal. 
Le texte n'offre pas moins d'intérêt; en voici un spécimen : « Dès le règne de 
Charles VII, c'est le canon qui joue le premier rôle dans les sièges. La pre- 
mière bouche à feu paraît avoir été le mortier, auquel on adjoignit bientôt la 
bombarde ouverte aux deux extrémités et se chargeant par la culasse. L'inven- 
tion de la bombarde fut suivie de près par celle du veuglaire, canon composé de 
deux parties distinctes, la volée et la chambre à feu, celle-ci d'un calibre 
moindre que la volée. Enfin, ce n'est qu'en dernier lieu que furent fabriqués 
des canons dont l'image eût dû s'offrir tout d'abord, semble-t-il, à l'esprit des 
inventeurs, c'est-à-dire des canons se chargeant par la gueule. Le xv* siècle a 
d'ailleurs produit des bouches à feu de tout calibre. En 1475, une bombarde 
monstrueuse, fondue à Tours, est apportée à Paris : l'essai en est fait à la 
Bastille. Chargée de 330 livres de poudre, elle lance un premier boulet jusqu'à 
V* SÉRIE, T. m. 30 



458 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Charenton ; au second coup elle éclate et tue son fondeur. Les affûts ne son! 
pas moins variés, aiïût sur roues, affût fixe, affût à crémaillère. La plupart de 
ces affûts laissent le canon à découvert ; il en est aussi qui sont pourvus du 
mantelet, panneau de bois protecteur que le canonnier actionne à l'aide d'une 
corde ou d'une chaîne. » 

S. R. 

G. Groslier. A rombre d'Angkor, Paris, Challamel, 1916. Jn-8, 190 p., 
avec 16 planches. — Il y a beaucoup de talent et d'observations fines dans ce 
petit livre ; il y a aussi des pages que les archéologues peuvent recueillir dans 
leur scrap-book, celle-ci par exemple, que j'ai plaisir à copier : « Sans aucun 
principe mathémalhique, sans passé expérimental, sans formule, commettant 
toujours, dans chaque muraille nouvelle, les mêmes erreurs, utilisant sans cesse 
le même plan crucial et les mêmes combinaisons de galeries, du premier monu- 
ment au dernier, les Khmers bâtirent comme on sculpte et comme on écha- 
laude... Architectes déplorables, ils furent cependant de grands artistes. Du 
premier coup, ils surent atteindre à la majesté et à l'ordonnance. Et superpo- 
sant au hasard, avec seulement de l'ingéniosité, des blocs énormes, ils sont 
parvenus à ériger sur tout un pays des monuments qui n'ont d'architectural 
que le plan, mais qui, par leur allure et ce qui s'en dégage, se classent parmi 
les plus beaux du monde. » On lira avec intérêt, aux p. 89 et suiv., ce que 
l'auteur écrit sur les caractères particuliers des différents temples Khmers — 
le Prah Vihear, le Vat Phu, le Prah Khan, le Ta Phran, Angkor Vat, le 
Bayon « avec le sourire paisible de ses tours. » Les seize petites phototypies 
sont instructives. S. R. 

Frank Jewett Mather. Estimâtes in Art. New -York, Scribner, 1916. 
En-8, xi-315p. avec 10 gravures. — J'ai déjà eu souvent l'occasion de dire le 
bien que je pense des essais du savant professeur de Princeton, qui traite avec 
une égaie facilité et une égale compétence les questions de littérature et d'art. 
Le présent volume est un recueil d'essais sur lesquels je ne puis insister, car 
la plupart sont en dehors du cadre de notre Revue. Je signalerai pourtant ceux 
qui concernent Botticelli et la peinture de l'Extrême-Orient. Voici, sur Botticelli, 
quelques vues intéressantes (p. 54) : « C'est l'artiste qui exprime directement, 
avec un minimum de moyens, une émotion hautement intellectualisée. Tous 
ceux qui considèrent le monde visible comme consistant surtout en choses 
superflues, lui sont apparentés. Aussi ses vraies affinités artistiques, en par- 
ticuHer dans la phase de sa maturité, ne sont pas parmi les peintres de l'Italie, 
mais parmi ces peintres bouddhistes qui inventèrent des symboles concis et 
abstraits pour tous les degrés de la perfection spirituelle ; ou, mieux encore, 
parmi ces interprètes japonais du ciel et de la mer qui ont disséqué les appa- 
rences jusqu'à faire apparaître le tréfonddes choses. Des artistes de ce genre ne 
font rien pour nous rendre plus cher le monde de tous les jours; ils ne prêtent 
pas de gloire aux choses communes et saines de notre entourage* Pourtant, ils 
rendent de bons services en stimulant le tissu, naturellement un peu inerte, de 



BIBLIOGRAPHIE 459 

l'esprit humain ». On peut n'en point tomber d'accord, mais c'est bien dit et 
ingénieusement pensé. 

S. R. 

J. P. Droop. Archaeological Excavation. Cambridge, University Press, 
1915. In-8, 80 p. — Opuscule d'un connaisseur, où il y a beaucoup d'observa- 
tions justes et de conseils utiles. Muni de ce guide, un fouilleur sera autre 
chose qu'un chercheur de trésors; il apprendra à travailler avec méthode, à 
observer la stratification, à dresser des plans, à pourvoir d'étiquettes les objets 
découverts, etc. Dans un épilogue, l'auteur se déclare hostile à l'association 
des deux sexes en vue d'une fouille, et cela surtout à cause des proprieties 
(convenances de la vie matérielle) et de l'usage presque inévitable d'expressions 
énergiques, dont les dames ne peuvent s'accommoder. Au premier inconvénient, 
qui est très sérieux, il existe un remède, coûteux mais toujours applicable : il 
faut avoir deux maisons ou deux cahutes. Quant au second, ce serait plutôt 
un avantage, car il n'est nullement nécessaire, pour fouiller avec fruit, de pro- 
diguer les gros mots, et l'énergie qu'on déploie à cet effet serait plus utilement 
réservée à d'autres fins. 

S. R. 

Art in America. T. IV, fasc. 3, avril 1916. New- York, Frederick Fairchild 
Sherman. In-8. — C'est vers les Etats-Unis qu'il faut nous tourner si nous vou- 
lons chercher, en ce moment, une certaine continuité dans les études artistiques. 
L'excellent périodique dont nous venons de recevoir le dernier fascicule illustre 
à merveille les préférences actuelles des dilettantes américains. Pendant long- 
temps ils n'ont eu d'autres guides que leurs caprices et leurs fournisseurs. Ils 
ont acheté à l'aveugle avec la moins prudente des exaltations, payant des 
prix énormes pour des œuvres souvent suspectes et faisant preuve plus d'une 
fois d'une ignorance et d'un mauvais goût incroyables. Petit à petit, l'expé- 
rience les a assagis. Les jeunes Américains sont venus s'instruire en Europe : 
les savants européens ont fait profiter l'Amérique de leurs connaissances. 
Trop avisés pour tuer la poule aux œufs d'or, les grands antiquaires sont 
devenus d'une extrême prudence et hésitent aujourd'hui à baptiser « chef- 
d'œuvre » le premier objet venu, d'autant plus que les clients, devenus 
méfiants, ne veulent plus acheter que des pièces dûment authentiquées. La 
recherche des « pedigrees » et la fabrication des certificats d'authenticité sont 
devenus une industrie reconnue. Les savants allemands notamment y excellent; 
pour un Bode, d'un désintéressement insoupçonnable, que d'experts de 
moindre grandeur et de moindre conscience! 

A cette période des vastes acquisitions succède depuis trois ou quatre ans 
l'ère des classements. Dans la forêt touffue d'œuvres de toutes époques et de 
tous genres importées en masse aux États-Unis et répandues à travers le pays 
tout entier, une équipe de pionniers a porté la hache. Un tri s'imposait et 
petit a petit il s'effectue. 

L'un des protogonistes de cette exploration fut M. Berenson, singu- 
lièrement servi dans sa tâche tant par sa connaissance approfondie de toute 



460 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

l'école italienne que par sa sensibilité extrême, son étonnante mémoire visuelle 
et son sens délicat de la qualité, caractère qui le distingue nettement de la 
plupart des savants américains. Si, à Theure actuelle, les primitifs italiens 
existant aux États-Unis sont correctement baptisés, c'est à M. Berenson qu'on 
le doit, et s'il a aujourd'hui des rivaux en Amérique même (notamment 
M. Frank Jewett Malher, de Princeton) leur érudition a pour base principale 
ses ouvrages. 

Cette facile suprématie de M. Berenson donne un prix particulier à une série 
d'articles qu'il a publiés dans Art in America sur les peintures vénitiennes 
primitives aux États-Unis. Il a eu l'occasion de traiter à nouveau des thèmes 
qui lui sont chers et de développer des appréciations exprimées par lui dans 
sa monographie sur Lotto, dans les deux éditions de sou livre sur les peintres 
vénitiens et dans son catalogue de la collection Johnson. Il résulte de ses 
derniers articles que, sans sortir des États-Unis, on peut connaître à peu près 
tous les aspects de la peinture vénitienne jusqu'à Giorgione. 

Dans le numéro que nous avons sous les yeux, M. Berenson consacre 
quelques pages instructives à la peinture si remarquable de Bellini « Saint 
François recevant les stigmates », qui fut révélée aux connaisseurs par une 
exposition anglaise en 1912. Les Parisiens, en 1913, purent l'examiner et l'ad- 
mirer aux galeries Knoedler, avant que M. Frick, de New- York, en eût fait 
Tacquisition à un prix voisin, dit-on, du million. 

M. Roger Fry a cru reconnaître dans cette œuvre si émouvante la main non 
de Bellini, mais de son collaborateur Basaiti. M. Berenson nous donne d'ex- 
cellentes raisons de ne pas attribuer à un élève cette peinture bien digne d'un 
maître. Sans doute, dans des peintures exécutées vers 1510 et 1515 par Basaiti, 
on retrouve quelques paysages d'une inspiration analogue ; mais n'est-ce pas, 
dit fort justement M. Berenson, parce que Basaiti cherchait ses modèles dans 
des œuvres de Bellini qui, comme le « Saint François » se placent chronologi- 
quement vers 1480 ou 1485? Le « Saint François » de M. Frick est au reste 
cité comme de Bellini par l'Anonyme de Morelli. 

Le Louvre n'est pas aussi riche en œuvres bellinesques qu'on pourrait le 
souhaiter; mais depuis quelques années nous avons regagné du terrain. 
A la Madone acquise sous Napoléon III (et que j'ai identifiée dans le catalogue 
de Lord Northwick), s'est ajouté le portrait endommagé mais authentique de 
la collection Vandeul ; puis nous avons acquis le Christ de la collection Orloff, 
œuvre saisissante de la jeunesse du maître ; ces mois derniers, le legs Schlich- 
ting nous a apporté la magnifique Madone Eastlake, excellent exemple du 
grand Bellini classique. 

Verrons-nous jamais au Louvre un grand Gainsborough? Il est permis d'en 
désespérer en voyant tour à tour ses plus célèbres portraits traverser l'Atlan- 
tique. Art in America nous donne les reproductions de trois de ses chefs* 
d'œuvre : une Lady Petre coiffée d'un immense chapeau, Lord Ligonier et son 
cheval, enfin Lady Ligonier accoudée au socle d'une statue. Si Lady Ligonier 
nous rappelle par plus d'un côté Reynolds et si le portrait de son mari semble 
peut-être d'une exécution un peu mièvre, Lady Petre, dans son parc vaporeux, 



BIBLIOGRAPHIE 461 

satisfera les plus exigeants et avivera encore nos regrets que les huit ou dix 
beaux Gainsborough que possèdent des amateurs parisiens soient tous invi- 
sibles au public. 

Les Américains, encore peu sensibles à la beauté du mobilier ancien, sont 
néanmoins très friands de beaux tapis d'Orient. La vente Yerkes, en 1910, 
nous en a fait connaître toute une série (reproduite à l'époque dans une somp- 
tueuse monographie) et le legs Altman en a apporté au Metropolitan trois 
splendides spécimens. Ils sont reproduits dans un intéressant article de 
M. Meyer Riefstahl, où l'auteur témoigne d'une heureuse familiarité avec un 
sujet encore fort obscur. 

Pour jeter un peu de lumière sur l'histoire des tapis persans de la plus 
belle époque (c'est-à-dire du xvi« siècle), il faudrait, tout d'abord, publier un 
Corpus de ces tapis, réunir en un volume les précieux exemples exposés à 
Paris en 1903 et à Munich en 1910, y joindre ceux de Vienne, publiés en 189?,- 
1896, de Berlin, du Kensington» des Musées parisiens (Louvre, Arts décoratifs, 
Gobelins), du Musée Stieglitz à Petrograd et de quelques grandes collections 
particulières. 

L'examen attentif d'un pareil Corpus permettrait, ce qui n'a jamais encore été 
fait, de classer ces tapis par familles et de suivre dans chaque famille l'évolu- 
tion des motifs. On constaterait que beaucoup de tapis existent en deux exem- 
plaires. C'est précisément cette constatation que vient de faire M. Meyer Rief- 
stahl pour les trois tapis de la collection Altman; il en a trouvé des répliques 
presque exactes au National Muséum de Munich, aux Gobelins et dans l'an- 
cienne collection Aynard. Ces répétitions, toutefois, comportent des variations 
si notables dans le détail des ornements qu'il ne saurait s'agir de pièces exé- 
cutées pour servir de pendants, comme les deux grands tapis d'Ardebil (Soulh 
Kensington et vente Yerkes). L'esprit est inviuciblement ramené par ces répéti- 
tions aux différentes éditions de telle ou telle tenture célèbre sur les métiers de 
Beauvais ou des Gobelins. M. Meyer Riefstahl nous a persuadé ou peu s'en 
faut que ces beaux tapis sortent de la manufacture royale persane. On 
aimerait à le croire, mais on voudrait bien en avoir la preuve. 

Poursuivant ses recherches sur les tapis de même catégorie dispersés à tra- 
vers les musées, M. Meyer Riefstahl a relevé d'autres exemples de duplication 
des motifs : les n«" 217 et 218 de la vente Yerkes ont leurs doublets dans le 
cabinet Nathaniel de Rothschild à Vienne et dans notre Musée des Arts décora- 
tifs. Chose singulière, mais qu'explique peut-être la rareté de ces belles œuvres : 
en aucun cas nous ne connaissons plus de deux exemplaires de la même com- 
position. Nous devons une vive reconnaissance à M. Meyer Riefstahl d'avoir 
aiguillé dans une voie nouvelle les recherches des historiens de l'art*. 

Puisque nous en sommes aux tapis, signalons un charmant volume que vient 
de publier le Kensington : un Guide to the collection of carpets (1915), rédigé 



1. L'admirable tapis du Palazzo Torrigiani à Florence n'appartient pas, comme 
le croit M. Meyer-Riefstahl^ au baron Edmond de Rothschild, mais à seu fils 
Maurice; il provient de la collection Adolphe de Rothschild. 



462 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

par M. A. F. Kendrick, qui nous donne, pour la somme minime de deux shil- 
lings, un joli album de 47 planches avec 100 pages de texte, le tout dans un élé- 
gant cartonnage de pleine toile. Dans nos musées nationaux, par le dernier 
traité, le concessionnaire de la vente des catalogues est autorisé à faire 15 0/0 
de bénéfice sur le prix de revient. En Angleterre, les catalogues sont vendus 
au-dessous du prix de fabrication. Depuis de longues années. National Gallery, 
British Muséum et Kensington nous font honte sur ce chapitre. Le Louvre, 
depuis peu, semble animé, dans certains départements, des intentions les 
meilleures; mais le Musée des Arts décorattfs qui est, à tant d'égards, un 
modèle, est bien arriéré en ce qui concerne les catalogues. Viennent de meil- 
leurs jours et les savants français ne manqueront pas d'ouvrage. 

S. DE Ricci. 

Panl Esdouhard d'Anisy. Le polyptyque de VHôtel-Dieu de Beaune. Van 

Oest, Bruxelles et Paris, 1916. Gr. in-8, 78 p. — L'Hospice de Beaune, où 
figure encore le polyptyque de Rogier, fut fondé en 1443; ce chef-d'œuvre 
aurait été peint entre 1443 et 1448. Telle est l'opinion courante ; mais il y a 
une difficulté, signalée pour la première fois par M. E. d'Anisy : c'est que Phi- 
lippe le Bon n'y porte pas le collier de la Toison d'Or, alors que les statuts 
obligeaient les chevaliers à porter toujours cet insigne. Or, l'ordre a été fondé 
en 1430. Il résulterait de là cette conclusion très grave que le polyptyque n'a 
pas été fait pour l'hôpital et qu'il a été peint avant 1430, probablement vers 
1425, tout de suite après le mariage du duc avec Bonne d'Artois. En 1430, 
Rogier était déjà célèbre, puisque le 17 novembre 1426 la ville de Tournai lui 
offre huit lots de vin *, alors qu'elle n'en donnera, un peu plus tard, que quatre 
à Jan van Eyck. Mais nous avons un autre texte suivant lequel un peintre 
nommé Rogelet" aurait commencé, le 5 janvier 1426, son apprentissage chez 
Robert Campin. Rogelet et Rogier sont-ils identiques? Y a-t-il eu, comme l'a 
encore affirmé Wurzbach après beaucoup d'autres (ça été même l'opinion cou- 
rante jusqu'à Wauters), deux Rogier de la Pasture, peintres contemporains, l'un 
de l'école de Bruges, l'autre de celle de Tournai? Cruelles énigmes. M. E. 
d'Anisy n'est pas au courant de ces controverses ; il ne connaît ni Wurzbach, 
ni Basse, ni Winkler; mais il n'en a pas moins tait une observation très intéres- 
sante au sujet du collier de la Toison d'Or et donné des détails nouveaux sur 
les restaurations que le célèbre polyptyque a dû subir. 

S. R. 

Osvald Sirôn. Leonardo da Vinci, the artist and the man. Newhaven, 
Yale University Press, 1916. In-8. xviii-325 p. et nombreux pi. en phototypie. 
— Les Américains sont heureux : en ces temps troublés, on publie chez eux de 
beaux livres sur des sujets paisibles. Nous ne nous en plaindrons pas, puisque 
la monographie en suédois consacrée, en 1911, à Léonard de Vinci, par 
M. Osvald-Sirén, nous est aujourd'hui accessible en anglais, revue et augmen- 

1. « A maistre Rogier de la Pasture. » 

2. « Rogelet de la Pasture. » 



BIBLIOGRAPHIE 463 

tée, mise au courant des plus récentes découvertes et ornée d'une riche illus- 
tration. 

Deux cents phototypies nous fournissent sur l'œuvre léonardesque une docu- 
mentation abondante où tiennent une ample place les pièces de comparaison, 
telles que les œuvres parallèles des artistes contemporains du maître. 

On sera heureux de trouver reproduite ici la Madone Bénois qui prend ainsi 
rang officiellement à côté des huit ou dix peintures authentiques de Léonard, 
la « Ginevra » de la collection Lichtenstein (qui ne serait pas Ginevra Benci), 
la prétendue « Cecilia Gallerani » de la galerie Czartoryski (qui serait l'œuvre 
de Beltraffîo), toute la série des Léda, et toutes les statuettes de chevaux 
inspirées par le Cavallo de Léonard. 

Notons la théorie nouvelle d'après laquelle l'Annonciation du Louvre serait 
postérieure à celle de Florence. 

Nous permettra-t-on de reprocher à M. Sirén d'avoir réduit à un minimum 
les renvois bibliographiques; de ne pas même citer l'explication proposée par 
M. Salomon Reinach pour le geste de l'Ange dans la Vierge aux Rochers ; de 
traiter la Vierge aux Rochers de Londres de « free but rather feeble copy », 
ce qui est peut-être injuste pour une œuvre où d'éminents techniciens ont cru 
constater des pentimenti bien reconnaissables; de ne faire aucune allusion 
même discrète aux aventures récentes de la Joconde; enfin, de continuer à 
appeler « Belle Ferronière » le magnifique portrait de femme du Louvre. Sur 
cette peinture et sur les autres œuvres léonardesques de notre grand musée, 
notre notice sur les peintures des écoles italiennes lui aurait fourni plus d'un 
renseignement. 

Enfin, reproche sérieux, pourquoi n'y a-t-il pas d'index? 

Par contre, la typographie et l'illustration ne méritent que des éloges. Le 
volume comptera parmi les contributions les plus utiles que les éditeurs améri- 
cains aient encore apportées à l'histoire de l'art. 

Seymour de Ricci. 

E. Michon. Bibliographie des catalogues du Musée des Antiques du 
Louvre (extr. du Bibliographe modernej 1914-15, n®» 4 et 6). Besançon, 
Demontrond, 1916. In-8, 63 p. — Ceci est plus et mieux qu'une bibliographie : 
c'est presque une histoire du Musée des Antiques de 1800 à 1816. Cette der- 
nière date est celle d'un catalogue anglais imprimé par John Pillans, sans 
nom d'auteur, ouvrage très rare qui indique, mais avec toutes sortes d'inexac- 
titudes, les reprises des Alliés. L'auteur, bien qu'hostile à la France, fait 
observer que les portes du Louvre étaient toujours ouvertes aux antiquaires 
et aux artistes (sans droit d'entrée ni rétribution). D'autres Anglais ont fait 
la même observation, témoin ce qu'écrivait le major Frye à Paris, le 7 août 
1815 (voir les mémoires de cet officier que j'ai publiés sous le titre After 
WaterloOy Londres, 1908, p. 65) : « Surely nothing could be more Uberal than 
the use made of the Muséum by the French governement; foreigners were 
indeed more favoured than the inhabitants themselves... and ail this gratis. » 
Tout le passage sur le Louvre est à lire (p. 62-66). 

S. R. 



464 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Muséum of Fine Arts, Boston. Rapport pour 1915. In-8, 179 p. — 
Acquisitions à signaler : 1* Tête colossale de Déméter (?) en marbre de Paros, 
école de Praxitèle (publiée Muséum of Fine Arts Bulletin, SiVT'û 1916) ; 2» deux 
statuettes de bronze du lac de Némi (cf. Rev. archéol., 1909, II, p. 177) ; 3* 109 
peintures persanes et indoues, s'ajoutant aux 42 peintures données précédem- 
ment par le D' Ross et à la collection Goloubew acquise en 1914; 4° une sculp- 
ture chinoise en pierre, de grande dimension, représentant Kuan Yin, divinité 
de la Pitié. — Parmi les objets exposés à titre de prêt, je signalerai : 1" une 
fibule étrusque en or du vil" siècle [Journal of Roman Studies^ 1914, IV, pi. 1) ; 
2® une pierre gravée avec l'avant corps d'une Néréide (cf. Furtwaengler, 
Gemmen, pi. XXXV, 13-15) ; 3» deux amphores colossales de Théra, style 
géométrique (Amer. Journ.^ 1914, pi. 5 et 6) ; 4* Kylixattique à figures rouges, 
peintes de la main de Douris suivant le possesseur, M. J. G. Hoppin : Silènes 
et Ménades. — On annonce que le professeur Chase va publier incessamment 
un catalogue illustré de la poterie d'Arezzo. 

X. 

Léon Tan der Essen. A short history of Belgium. Chicago, University 
Press, 1916. In-8, 168 p., avec cartes et gravures. — Le grand ouvrage 
(d'ailleurs inachevé) de M. Pirenne étant plutôt destiné aux spécialistes, il était 
utile d'offrir au public instruit de langue anglaise, surtout en ce moment, une 
histoire sommaire de la Belgique jusqu'à nos jours. Le précis de M. Van der 
Essen est écrit sans prétention ; il n'y a pas d'indications de sources et la 
bibliographie finale est assez maigre ; un ouvrage aussi important que celui de 
Schayes aurait dû être mentionné. Le récit est clair et entre dans des détails 
suffisants pour ne pas être sec. Quelques inexactitudes m'ont frappé au passage. 
P. 11, ce n'est pas Clodion, mais Childéric dont la tombe a été découverte en 
1653 à Tournai ; p. 8, il n'est pas exact de dire : « En 57 av. J.-C, la Répu- 
blique romaine, déjà en possession de la plupart des pays méditerranéens, y 
compris le sud de la Gaule, se décida à conquérir aussi le reste de ce pays ». 
(ce n'est pas ainsi que les choses se sont passées); p. 161, ce n'est pas « à la 
veille de la guerre franco-allemande », mais au début de cette guerre que Bis- 
mark publia le fameux projet de traité visant l'annexion de la Belgique à la 
France, Il n'y a pas d'index ; c'est un tort. 

S. R. 



TABLES 

DU TOME I DE LA CINQUIÈME SÉRIE 



I. — TABLE DES MATIERES 

Pages. 

Astrologica, par Fraoz Cumont 1 

Les monuments antiques figurés du Musée archéologique de Milan, par 

Emile EspÉRANDiEU 23 

Notes archéologiques, par W. Dkonna . . 74 

Les collections d'objets d'art du Moyen-Age et de la Renaissance, par 

Seymour de Ricci 98 

Les fallacieux détours du Labyrinthe, par le capitaine Robert de Launay 

{suite) : 116 

Le puits du Gévaudan, par Salomon Reinacb 121 

liulletin mensuel de l'Académie des Inscriptions 135 

Nouvelles archéologiques et correspondance : Michel Bréai. Charles Ave- 

zou. Sir John Rhys. Noël Valois. Pablo Bosch. Salomon Schechter. 

Adrien Krebs. Paul Pierret. Francesco Novati. JeanPottier. — Montaigne 

et la bataille de Platées. — Un récit sumérien du Déluge et de la Chute. 

— L'Érosde Lemnos. — Antiquités de l'Ionie. — Le « Muséum Journal » 
de Philadelphie. — Statues enclouées. — L'influence de la littérature 
sur les mythes. — The Antiquary. — Opinions téméraires. — A Galipoli. 

— Couteaux à trancher. — L'Athenaeum et la Revue critique. — Un 
collaborateur de la « Revue » à l'ordre du jour 139 

Bibliographie : W. Dëonna. Eugénie Strono. E. Navillk. E. Peet. H. R. Hall. 

H. Hadden. Morris Jastrow. Henri Gkaillot. H. G. Butler. E. Littmann. 

D. Magie, D. R. Stuart. F. Haverfield. G. Sghlumbergek et A. Blanchet. 

A. Merlin. A. Farault , . 163 

L'Alessandro di Cirene, par Ada Maviolia 169 

Les Isiaques de la Gaule, par E. Guiubt 184 

Outils en fer du Musée de Saint-Germain, par B. Champion 211 

Mosaïque de Garthage représentant les jeux du cirque, par L.-A. Gomstans. 247 

Notes archéologiques (suite), par W. Deonna 260 

La Vierge au Donateur du Louvre et la ville de Lyon, par F. de Mély. . 272 
Les fallacieux détours du Labyrinthe, par le capitaine Robert db Launat 

{suite) 295 

Bulletin mensuel de l'Académie des Inscriptions 301 

Nouvelles archéologiques et correspondance : Le commandant Gros. 

C.-A.-M. Fennell. Marcel Hébert. Ernest-Charles Babut. Ugo Balzani. 

Henri-François Secrétan. Auguste Burdin. — La tombe royale de Solokha. 

— Vases retrouvés. — Art and the Huns. Autiquities dug from the 
trenches. — Une chaire d*hébreu rabbinique à l'Université de Madrid. 



466 ftEVtJE ARCHÉOLOGIQUE 

Pages. 
— Le plus ancien pont. — Hannibal fils Hamilcar. — Le cratère Médicis 
et la suppliante Barberini. — Les théories de M. Ettore Pais. — Divi- 
nités celtiques à Avenches. — Comment les trésors du Louvre sont 
partis pour Toulouse. — La question du Mont Saint-Michel. — Projet 
d'échange d'antiquités entre l'Italie et le Louvre. — L'épreuve du vin 

sur l'eau. — L'affaire A. van Gennep 307 

Bibliographie : W. Ridgewat, Juan Cabré et Carlos Estbban, Juan Cabré, 
Aguilo, J. Rendkl Harris. W. Deonna, G. Chadvet, R. Maxwell Woolley. 321 

Inscriptions de Sinope, par Théodore Reinach 329 

Archéologie thrace, par Georges Selre (suite) 359 

Les fallacieux détours du Labyrinthe, par le capitaine Robert de Launay 

(suite) 387 

De quelques prétendus portraits de sculpteurs, par Salomon Reinach. . 399 

Bulletin mensuel de l'Académie des Inscriptions 418 

Nouvelles archéologiques et correspondance : Auguste Barth. Augustin- 
François Imbert. Giuseppe Pitre. René de Lageneste. Léon Cart. Henri 
Heugel. Alexis Giraud-Teulou. Ivan Ivanovitch Tolstoï. — M. Raoul 
Warocqué. — A Mytilène. — Rome et la politique d'annexion. — 
L'exposition des chefs-d'œuvre du Louvre à Toulouse. — Chefs-d'œuvre 
à l'abri. — L'archéologie au « Journal officiel ». — La collection Cha- 
brières-Arlès. — La donation Rodin. — Le musée ashmoléen d'Oxford. 

Hommage à la mémoire de Joseph Déchelette • . 423 

Bibliographie : Otto Tschcmi et Paul Vouoa. L. Maybt et J. Pissot. G. Pois- 
son. Jean Stroobant. Nils Abkrg. Léon Coutil. Arthur Ungnad. E. Bell. 
G. van der Leeuw. A van Gbnnbp et G. Jéquier. Alfred E. Knight. 
M. Vernes. Eusèbe Vassel. Paul Gauckler. G.-G. Porro. Michel Clbrg. 
E. Babblon. F. Legge. E. Michon. Bruce Dickins. Abbé René Aigrain. 
Sir Thomas Graham Jackson. Henry Martin. G. Groslier. Franck-Jeveett 
Mather, J.-P. Droop. Art in America. Paul Esdouhard d'ANrsY. Osvald 
SiRÈN. E. MiCHON. Muséum of Fine Arts, Boston. Léon van der Essen. 437 



IL — TABLE ALPHABÉTIQUE 

PAR NOMS d'auteurs 



Pages 

Champion (B.). — Outils en fer du Musée de Saint-Germain .... 211 
GoNSTANs (L.-A.). — Mosaïque de Carthage représentant les jeux du 

cirque 247 

CuMONT (Franz). — Astrologica 1 

Deonna (W.). — Notes archéologiques 74, 260 

EsPBKANoiBu (Emile). — Les monuments antiques figurés du Musée 

archéologique de Milan 23 

GuiMET (E.). — Les Isiaques de la Gaule 184 

Launat (Robert de).— Les fallacieux détours du Labyrinthe. 116, 295, 387 

Maviglia (Ada). — L'Alessandro di Cirene 169 

Mélt (F. de). — La Vierge au Donateur du Louvre et la ville de Lyon 272 

Reinach (Salomon). — Le puits du Gévaudan 127 

RsiNACH (Salomon) — De quelques prétendus portraits de sculpteurs. 399 

Reinach (Théodore). — Inscriptions de Sinope 329 

Ricci (Seymour db). — Les collections d'objets d'art du Moyen Age 

et de la Renaissance 98 

Skurb (Georges). — Archéologie thrace 359 



Le Gérant : Ernest Leroux. 



ANGERS. — IMPRIMERIE A. BURDIN ET C'», 4, RUE OARNIER. 



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