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Full text of "Sainte Eusébie, abbesse, et ses 40 compagnes martyres à Marseille"

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fO 2 33. 37K M 



Harvard College 
Library 




FROM THE BEQUEST OF 

JOHN HARVEY TREAT 

OF LATEEN CE, MASS. 
CLASS OF 1*61 



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r.-i-VT' 



HHHIfSHi 



SAINTE EUSEBIE 



ET'SES 40-CQM'PAGNES-MARTYRES 



A WAKSGlLL R 



M-'AouiiS. VERNE.' 

Rrtttnr ./r /., /WW S<,fnte-Ei,sihi t . A M,,«lr e J,m 



MARSEILLE 



SAINTE EUSEB1E 

ABBBSSB 

ET SES 40 COMPAGNES MARTYRES 

A MARSEILLE 




SAINTE EUSEBIE 

Abbesse 

ET SES 40 COMPAGNES MARTYRES 



A MARSI-:iLLK 



L'ABBfi S. VERNE 
Bttltur it la Paraisse Saiatt-Eusibit, a Montrtdoa 

TeneU tradiliontt. 
1 Ciirdei vos traditions > 
(II AD THBSS.,2, 14.) 



MARSEILLE 



Rue Siintc, i 9 
1891 



G*&± 






Ux'-T 



Conformiment aux d&crets du pope Urbain VIII, nous d&cla- 
rons ne vouloir pr&juger en rien les decisions de VEglise au 
sujet des fait* et des appreciations contenus dans cet ouvrage 
et Boumettre celui-ci & VautoriU doctrinale de notre Evtque, 
rejetant et condamnant tout ce 'qu'il ddsirerait nous voir 
rejeter et condamner. 



n.^KVAkD 

UNIVERSITY 

LI:' -aRY 



DtDli 



SA GRANDEUR MONSEIGNEUR ROBERT 



£Y£QUE BE MARSEILLE 



fiVfiCHfi Marseille, le 12 Novembre 18 go, 



DE 



MARSEILLE 



MON BIEN CHER Cur£, 



Vous venez de terminer heureusement, aprfcs plusieurs 
annles d'un travail infatigable, l'oeuvre qu'a inspire a 
votre foi et £ votre p\6t6 le culte de sainte Eus£bie, 
titulaire de votre ch&re paroisse. 

Votre dtude historique accuse de savantes et de profon- 
des recherches. II y a surtout un sentiment pieux, qui fait 
du bien a Time. Les solutions que vous donnez k des 
points douteux pourront paraitre contestables a quelques- 
uns ; mais cela n'emp£chera pas que votre livre ne soit 
lu de tous avec grand intergt et, ce qui vaut mieux encore, 
avec beaucoup d'£dification. Vos paroissiens notamment 
trouveront dans cette lecture le moyen de bien connaitre 
et d'aimer, comme ils le doivent, celle que l'Eglise leur a 
donnle pour patronne et pour modele. 

Combien il serait desirable que les prdtres occupent 
leurs loisirs, ainsi que vous l'avez fait, k recueillir avec 
respect et amour ce qui int^resse Thistoire de leur paroisse ! 



Nous aurions bientdt une serie de monographies parois- 
siales fort utile pour l'histoire generate du diocese. 

L'exemple que vous donnez portera ses fruits, j'en ai la 
confiance, et ce ne sera pas Tun des moindres resultats de 
votre savant et religieux travail. 

Recevez, mon bien cher Cure, avec mes sinceres felici- 
tations, la nouvelle expression de mon affectueux attache- 
ment en Notre Seigneur. 



•J- LOUIS, eveque de Marseille. 



PREFACE 



Nous avons k dire l'humble genfese de ce modeste travail. 

Une tegende antique de Thistoire de Marseille, le mas- 
sacre de sainte Eus6bie et de ses compagnes par les Sar- 
rasins, nous a toujours charm6. Enfant, ce nous 6tait un 
doux plaisir de Pentendre raconter par les vieillards ; 
plus tard, lorsque nous ne savons quel ouvrage nous eut 
appris qu'une tradition indiquait les bords de la mer, la 
plage au bout du Prado, corame le th&Mre de cet ev6ne- 
ment, nous cherchions k refaire dans notre imagination 
les phases diverses de cette scene desolante. 

Prgtre et vicaire k Saint-Giniez, la legende nous capti- 
vait. Bien des fois, nous avons parcouru cette partie de 
nos rivages et, nous reportant k onze ou douze siecles en 
arrifere, nous revoyions par la pensee le moutier d'Euse- 
bie, auquel les bois, les prairies, les vignes et la mer fai- 
saient une verte et gracieuse ceinture. Nous prStions 
Torfeille, et nous croyions entendre, comme un doux mur- 
mure qui arrivait jusqu'St nous, les chants et les priferes 
des Cassianites. Soudain ce spectacle ravissant se chan- 
geait en scene lugubre. Les douces compagnes d'Eusebie, 
Eus6bie avec elles, nous les voyions fuir eperdues dans la 
chapelle de leur monastere, poursuivies par de farouches 
envahisseurs. Nous entendions leurs cris de d6solation, 
leurs appels suppliants, nous 6tions temoin d'un acte 
herolque. Puis le silence le plus profond ! Et les vaisseaux 
qui portaient les barbares regagnaient la haute mer, ou 
disparaissaient derriere les collines qui bornent au sud le 
terroir de Marseille. Cur6 a Montredon, et notre 6glise 
6tant d6di6e k la chere sainte Eus6bie, nous 6tions tout k 
la joie d'habiter prfes de ces lieux benis que lh^roique 
martyre avait foules de ses pas . 



VI 

* Quel ne fat pas notre etonnement de lire un jour, dans 
la Vie des Saints de Marseille (1), que cette tradition qui 
faisait vivre et mourir sainte Eus6bie dans un monastere 
cassianite, aux bords de 1'Huveaune, n'avait aucun fonde- 
ment et qu'il fallait ceder k d'autres lieux, plus proches de 
Marseille, la gloire d'avoir 6t6 le th&tre d'un si glorieux 
martyre. Nos plus beaux r6ves se dissipaient ! II n'y avait 
pas a en vouloir k Fauteur de Pexcellent ouvrage cit6 plus 
haut : 6crivant la Vie des Saints les plus connus dans 
notre Eglise, il ne pouvait entrer dans tous les details et 
discuter k fond les points douteux qui pouvaient se pre- 
senter . 

Notre ligne de conduite 6tait toute trac6e. II nous fallait 
6tudier sur quelles bases s'appuyait la vieille legende deis 
Desnarrados (2) et peut-6tre mettre par 6crit le rSsultat de 
nos recherches. Nous le devions k nos rfives d'enfant. A 
titre d'ancien vicaire de Saint-Giniez, nous avions k le 
faire. Depuis notre arriv6e k Montredon, il nous semblait 
entendre la chfere sainte Eus6bie nous le demander cha- 
que jour. 

Ce fut le motif qui nous fit entreprendre d'6crire ees 
pages. 

Mais, nous Tavouons simplement, c'6tait une simple 
brochure que nous desirions offrir aux amateurs des 
« choses marseillaises ». Or, les details se pr6sentferent si 
nombreux, que la brochure devint un petit livre. 

Notre t&che 6tait k peu pres achevee, lorsque parurent, 
dans YEcho de Notre-Dame de la Garde, quelques ex- 
traits d'une monographic de Tabbaye de Saint- Victor-lez- 
Marseille (3). Inestimable M. Grinda en etait l'auteur. 

(1) Les Saints de VEglise de Marseille. — Sainte Eusebie et ses 
compagnes, vierges et marly res, 11 octobre. 

(2) Leis desnarrados ou desnazados, c'esl-a-dire sans nez. Allusion 
6vidente au genre de martyre qu'ont endur6 sainte Bus6bie et ses com- 
pagnes. 

(3) Echo de Notre-Dame de la Garde, annee 1888. 



VII 

Toot en assurant que son but 6tait de mettre k l'abri de 
la critique impie no tre tradition* sur sainte Eus6bie, il la 
decouronnait cependant, k notre avis. Si Ton voulait re- 
garded en effet, Inscription lapidaire d'Eus6bie comme 
Tepitaphe de notre sainte heroine marseillaise,il fallait pla- 
cer le martyre au V e sifecle et fouler aux pieds ce point de 
notre tradition qui attribue aux Sarrasins le martyre des 
Cassianites. Si Ton voulait, au contraire, attribuer k ces 
barbares ce fait odieux, il fallait renoncer k voir dans cette 
inscription fun6raire la tegende de notre sainte Eus6bie. 
Nous avons remis notre travail sur le m6tier et de notre 
oeuvre premiere ainsi remani6e il en est sorti, helas, un 
bien gros livre ! ! 

En toute conflance nous le livrons k la bienveillance 
comme k la critique de nos lecteurs. Ce qui nous rassure 
c'est que nous n'avons pas la pretention d'avoir trouve la 
v6rite, de la faire toucher du doigt. Non. Ce point de nos 
annales est trop difficile k 6claircir. On se heurte k la nuit 
des temps barbares. II faut lutter avec les t&tonnements, 
les contradictions, les objections des auteurs, souffrir de 
la p6nurie presque complete des documents, car il ne 
reste que Tinscription lapidaire du tombeau de sainte 
Eusebie, et, disons-le, elle n'est pas hors de toute 
conteste. De plus savants et de plus habiles que nous ont 
cherch6 longtemps k dechiffrer cette 6nigme, et ils n'ont 
pasr6ussi. Humble pionnier, arm6 d'outils bien faibles, 
pouvions-nous espSrer de decouvrir le tresor? et, ouvrier 
malhabile, de conduire P6difice k son achfevement ? Ne 
risquions-nous pas de nous egarer loin du filon pr6cieux, 
et nos materiaux seraient-ils toujours de premier choix ? 
C6tait Ik le danger ! 

Nous voulons fitre sincere- II nous a 6te impossible de 
d6couvrir un document precis, authentique sur lequel on 
pftt 6tablir un argument p6remptoire, relativement aux 
deux questions qui vont nous occuper. Nous n'avons pas 



VIII 

de preuve certaine, irrefragable de ce que nous soute- 
nons. (Vest, d'ailleurs, ce que Ton nous avail pr6dit. 

Nous avons do nous contenter de reunir et de classer 
tout ce que l'histoire pouvait nous offrir de faits, de docu- 
ments, de souvenirs et d'en d6gager une somme de pro- 
bability assez s6rieuses, croyons-nous, en faveur de notre 
thtee. 

Cependant, par T6tude que nous avons faite de cette 
question, un coin du voile qui s'obstine k la recouvrir 
aura 6t6 peut-6tre quelque peu soulevG, et nous aurons 
apporte une petite pierre k T6difice qu'un autre, nous 
Tesp6rons, achfevera plus tard. Nous avons pu nous lais- 
ser induire en erreur ; mais ce qui est stir, qu'on le sache 
bien, c'est que nous ne voulons point faire parade d'eru- 
dition, et que si nous nous sommes trompe nous serons 
heureux de le reconnaltre. Si quelqu'un plus habile, mieux 
servi par les circonstances, plus favoris6 que nous, 
d6couvrait de nouveaux documents et nous donnait des 
preuves solides, contraires k la solution que nous pr6- 
sentons, nous ne ferions nulle difficult^ de nous ranger k 
son avis. La gloire de notre chfere sainte Eus6bie nous 
tient plus k cceur que la nfttre propre, et rien n'honore 
les saints comme la v6rite. 

Maintenant, comme Duns Scot, accourant k TUniver- 
sit6 d6fendre le privilege de Tlmmaculee Conception, 
disait, en passant devant une statue de la Vierge Marie : 
Da mihi virtutem contra hostes tuos (1), volontiers, 
offrant a la sainte patronne de notre 6glise ces quelques 
pages, nous lui dirions : Bonne sainte Eus6bie, c'est de 
vous qu'il s'agit, venez-nous en aide et guidez notre 
plume ! ! 

S. V. 



(1) c Donnez-moi la force pour hitter contrevos ennemis. » Paroles 
tirees de l'office de la Sainte Vierge. 



SAINTE EUSEBIE 



ABBESSE 



ET SES 40 COMPAGNES MARTYRES 



A MARSEILLE 



INTRODUCTION 



CHAPITRE PREMIER 



L'Abbaye Oassianite des Bords de l'Huveaune 



LK TBBR0IB DK SAINT-GINIEZ.— LB CCBNOBIUM CASSUNITB DE FILLBS, 
AUZ BORDS DB L'HUVEAUNE. — DTNAMIUS, BIBNFAITEUR DU CCBNO- 
BIUM. — LBTTRB DU PAPB GREGOIRE LB GRAND A L'aBBESSB 
RB3PBCTA. 



Li, oil de nos jours 1'avenuedu Prado 6tale ses frais ombra- 
ges et groupe ses plus riantes villas; dans l'espace que linri- 
teut, an nord, les derni&res pentes de la colline de Notre-Dame 
de la Garde ; k Vest, le cours du Jarret ; au sud, les collines de 
Sainte-Marguerite, de Mazargues et de Montredon, se dgroulait 
jadis une plaine immense que l'Huveaune, dans son cours lent 
et sinueux, partageait en deux moitigs k peu pr6s ggales. 

Le paysage quis'offrait aux regards, pour 6tre s6v£re, triste, 
monotone, n'6tait pas cependant d6pourvu de majesty et de 
grandeur. Ici, vers Montredon, de vastes et sauvages grfeves, 
sur lesquellesla mer roulait ses vagues, tant6t imp&ueuses 
*t tantOt caressantes; Ik, sur le terroir de Bonneveine, des 



— 2 — 

» 

landes sablonneuses et incultes que battaient sans trfive ni 
repos les brises du large ou les rafales du mistral ; d'un c<H6, 
sur le versant meridional de la Garde, des bois 6pais de pins qui 
descendaient jusqu'aux berges de l'Huveaune ; de Tautre, vers 
leRouet, le Kond-Point et Saint-Giniez, des marais stagnants 
que formaient des ruisseaux sans d6versement, ou les eaux de 
l'Huveaune, refoutees k certains jours par la mer soulevte (1). 
Avec les si&cles cependant, la civilisation avait pris pied 
dans ce desert. Ou se trouvaient jadis un boissacrg, unoratoire 
paien, se dressa bient6t une modeste Gglise : celle de Saint- 
Giniez (2). Oil s'6tendaient des terres incultes, se formfcrent de 
puissants domaines, peupl6s de serfs et de colons : Carvillan 
et Romagnac, d'un cdt6 de l'Huveaune (3), Fabias et Consuas 
del'autre(4); les bois, les mar6cages, les plus minces filets 

(1) Nous devons prevenir nos lecteurs que dans ces pages ils trouve- 
ront un certain nombre d'assertions dont la preuve est faite seulement 
dans notre ouvrage intitule : Sainte Eustbie, abbesse, et ses 40 compa- 
gnes martyres. 

(2) Notice historique, topographique et hagiologique sur Saint- 
Ginies, par M. l'abbe Daspres, p. 11. M. Daspres etaitcurede Saint-Gi- 
niez, quand il composa cette notice, remplie de details precieux, sur ce 
point du terroir marseillais. 

(3) Carvillan, « in suburbio Massiliense, villain que dicitur Carvil- 
lianus, id est, casts astantibus et dirutis, terris cultis et incultis, 
vineis, pratis, pascuis, etc., etc. » Cartulaire de Saint-Victor, charte 28, 
du24 juin 840, et charte 27, de 1020. 

Le territoire designe sous ce nom de Carvillan coinprenait une 
partie du terroir de Sainte-Marguerite. — Lire les pages pleines d'inter&t 
qu'aecrites M. l'abbe E. Arnaud, cure de Sainte-Marguerite, sur Carvil- 
lan, dans la Notice historique sur Sainte-Marguerite, ch. 2, p. 26 
etsuiv.— Notice historique sur Saint-Giniez, yds l'abbe Daspres, p. 83 
et suiv. — Dictionnaire topographique de rarrondissement de Marseille, 
par J.-B. Mortreuil, aumot Carviliian, p. 86. 

Romagnac. « Super fluvium Vuelne, in locis his nominibus desi- 
gnatis : Romagnac, Ligus Pinis, Fabias.* Cartulaire de Saint-Victor, 
ch. 29, de965. Cette terre etait une partie du terroir actuel de Bonne- 
veine, lequel etait appele dans d'autres chartes Gas de Romagnana, gue 
ou passage de Romagnac sur l'Huveaune, ou gast de Romagnana, terre 
inculte, sterile de Romagnac. — Notice historique sur Saint-Giniez, 
par l'abbe Daspres, p. 88. — Dictionnaire topographique de Mortreuil, 
au mot Romagnana, p. 313. 

(4) Fabias: terroir situe entre le Rouet et Saint-Giniez. Cartulaire de 



— 3 — 

d'eau prenaient unnom. Le Ligus Pinis d&ignait leversant 
toisedela Garde (1) ; le palud des bords de l'Huveaune 
s'appelait Arculens (2) ; celui du Rond -Point, Antignane (3) ; 
celui des environs du ftouet, Framaud, Fr&nautou Formal (4); 
lepelitruisseau d'Antignane m6me avait sa place dans les 
chartesdel'gpoque. 

8aint- Victor, ch. 29. — Notice sur Saint-Giniez, par l'abbe Daspres, 
p. 111.— Diction n a ire topographique de Mortreuil, v. Fabias, p. 147. 

Goasuas : portion du terroir sur lequel est const ru it actuellement le 
chateau Talabot. Notice sur Saint-Giniez, par l'abbe Daspres, p. 102. 
— Dictionnaire topographique de Mortreuil, v. la Gonseillere, p. 117. 

(1) Ligus Pints, quartier sur le versant meridional de Notre-Dame de 
la Garde. Cartulaire, ch. 29. —Notice sur Saint-Giniez, p. 15, 104. — 
Dictionnaire de Mortreuil, v. la Pinede, p. 280. C'est bien a tort, croyons- 
nous, que le Dictionnaire geographique, place en appendice au tome II 
du Cartulaire de Saint-Victor, affirms que le Ligus Pinis est le village 
actuel de la Pene, pres Saint-Marcel. 

(2) Arculens, Arcollens, Areola, Arcoulens, Arquolens, RecoUens, 
autant demote qui designent un meme quartier de Saint-Giniez, situ e 
sur le bord de 1'Huveaune, pres de I'ancien gue et du pont, qui, aujour- 
dTmi, conduit au pare Borely. Au XVII* siecle, on le regardait comme 
laisant partie du terroir de Bonneveine : Bone vene, Arcollens, Arquo- 
lens, frive Bonevene, RecoUens ou Bonneveine. Cartulaire de Saint- 
Victor, ch. 52, de 1040.— Dictionnaire geographique du Cartulaire, t. II, 
▼. Areola. — Notice sur Saint-Giniez, par Tabb6 Daspres, p. 66, 87, 88. 
141, 142. 

(3) Antignane, Antignana, Antinana, fons d' Antinana* palus 
(T Antinana. C'est tantot dans les chartes un quartier, tantdt un marais 
ou un ruisseau, alimente par une source, qui portait le meme nom : fons. 
Antinana; dans le XI* siecle, ce marais s'appela indifferemment : \9 
palud de Saint-Giniez ou le palud a" Antignane. — Notice sur Saint- 
Giniez, par l'abbe Daspres, p. 192, 138 et suiv. — Dictionnaire topogra- - 
phique de Mortreuil, v. Antignane. 

(4) Le palud de Formal, Framald, Fremaut devait etre situe entre 
Saint-Giniez, le Bouet, la Capelette. cjlfot, Lambertus Dodo,\e donne une 
piece de terre, pres 1'eglise de Saint-Giniez ; elle se termine d'un cote 
a la terre d'Adalugi, de l'autre au chemin qui va a Marseille, et de l'autre 
au palud de Framaut (Framaldi). . . Moi, Virfred et Bostagnus Amalric, 
donnons cette terre qui est situee dans le palud de Formal. » Ch. de 1097. 
Nous donnons en appendice cette charte dans not re ouvrage : Sainte 
Eus&ie et ses 40 compagnes martyres. Kile est cotee aux archives de 
la Prefecture, n* 789, au diocese de Marseille, n* 317. — Notice sur 
Saint-Giniez, par l'abbe Daspres, charte de 1097, p. 141. — Dictionnaire 
topographique de Mortreuil, v. Framaud, p. 164. 



— 4 — 

Une tradition dont nous gtablirons ailleurs les preuves 
nous dit que ce fut cet humble coin de terre que choisit saint 
Cassien pour les religieuses qu'il.venait d'&ablir k Marseille. 
Sur la rive droite de l'Huveaune, k quelques pas de sesbords, 
non loin de la plage sablonneuse s'61eva le monast&rede Tordre 
naissant. Danscette solitude, k la grande voix de la mer, au 
mugissement de la tempfite, k travers la forfit, se joignirent 
d&ormais une voix plus douce : celle de la prifere, et un mur- 
mure bien suave : le chant des bymnes saintes que les Gas- 
sianites faisaient monter chaque jour vers Dieu. 

Le Goenobium de l'Huveaune fut plac6, au d£but de sa fonda- 
tion, sous le vocable de la sainte Vierge (1). La haute pi6t6, 
les douces vertns des religieuses qui y vivaient, autant que le 
d&ir de sesanctifler k Y&cole du patriarche de la vie monas- 
tique (2), avaient attirg en ce lieu b£ni de nobles Ames. Elles y 
accouraient, avidesde sacrifices et de renoncement. Nulle part 
ailleurs, k Marseille du moins, elles n'auraient trouv6 une 
source aussi limpide pour y boire k longs traits la perfection 
chr6tienne qu'elles rGvaient, et y apaiscr la soif qu'elles 
avaient de servir Dieu uniquement (3). 



(1) Ruffl, Histoire de Marseille, t, II, p. 57. — VAntiquiti de VEglise 
de Marseille, par Mgr de Belsunce, t. I. p. 258. — Andr6, Histoire 
de Vabbaye des religieuses de Saint-Sauveur de Marseille, p. 3. — 
Notice sur Saint-Giniez, par l'abb6 Daspres, p. 28. — Les Saints de 
VEglise de Marseille, sainte Eusebie, p. 225. 

*(2) G'est vers 415 ou 420, que Cassien 6tablit a Marseille deux monas- 
teres. Tun pour les hommes, I'autre pour les femmes. On peutl'appeler 
a juste titre le fondateur dans notre ville de la vie c6nobitique. Avantlui, 
il y avait peut-etre dans les grottes et les bois environnants des soli- 
taires, des anachoretes, des ermites, adonnes a la contemplation et a la 
penitence. Mais il n'y avait pas, a proprement parler, de monasteres, 
c'est-a-dire de religieux vivant en commun sous le meme toit et sourais 
a une meme regie. 

(3) Sur divers points de la Gaule ou de la Provence s'elevaient deja 
des monasteres. Vers 405, saint Honorat, qui fut plus tard eveque d'Arles, 
avait fond6 celui de L6rins, dans Tile de ce nom. En 360, saint Martin de 
Tours avait fonde celui de Liguge, pres de Poitiers, et un peu plus tard, 
celui de Marmoutier, pres de Tours. 

En Italie, la vie monastique j eta it aussi un vil eciat. Sur le mont 
Aventin, a Rome, la patricienne Marcella avait fait de son palais un 



— 5 - 

Au d£but du VI" sifeole, on complait parmi ces coeurs d'Slite, 
la jeune Cdsarie, sceur de l'6v6que d'Arles, saint C6saire. Elle 
vint demander anx vierges de THuveaune de lui apprendre la 
pratique de cette vie religieuse, que plus tard elle devait 
enseigner i d'autres. L'6v6que d' Aries, saint G&aire, l'avait 
voulu ainsi, tant il avait en estime la saintete des filles de 
Cassiea (1). 

Cette renomm^e si justement acquise valut au monastfere 
de nomhreux bienfaiteurs. Deux personnages illustres de Mar- 
seille au VI* siecle, Dynamius et Aurelius, en avaient agrandi 
les constructions, en c&Lant une de leurs maisons que 
Ton unit par un corps de b&tisse aux appartenances de 
Tabbaye (2). La devotion spGciale que ces donateurs profes- 



coenobium de vierges et de saintes veuves. A Milan, saint Ambroise fon- 
dait un monastere de filles. En Af pique,, saint August! n en fondait un 
pour les hommes, a Tagaste. En Espagne, des 380, un concile de Sarra- 
gosse parte des moines et des religieuses qui vivent dans les monasteres 
de cette con tree. 

Cet elan vers la vie monastique, en Occident, avait ete determine par 
les raerveilles de saintete et de vertu, que saint Athanase, exile d'Alexan- 
drie, et venu a Treves en 336, a Rome eu 340, avait racontees des reli- 
gieux vivant dans les coenobia des bords du Nil. — Histoire de VEglise, 
par le cardinal Hergenroether, t. II, p. 592. — Histoire de saint e Paule, 
parl'abbe Lagrange, p. 85. — Histoire de VEglise, par l'abbe Darras, 
t IX, p. 551. — Ozanam, La civilisation au V 9 siecle, lecon XII,.t. II, 
p 31. — ' Histoire du monast&re de L4rins, par l'abbe Alliez, t. I, p. 14. 

(1) c Evocataque eMassUiensi coenobio venerabili sorore sua Gffisaria, 
< quam idcirco eo miserat, ut disceret quod doceret, et prius esset disci - 
t pula quam magistra. » Vie de saint Cisaire, par Gypricn, son disci- 
ple, dans Chronolo'gia sanctorum insulce Lerinensis, par Barralis, 
p. 237. — Patrologielatine,6dit. Migne, t. 67, Opera S.Ccesarii, col. 1013. 

Mabillon dit de saint Cesaire d 'Aries que : « Perfecto monasterio, 
t 8ororem G&sariam a Massiliensi Parthenone, quo earn monasticis 
c ritibas inlormandam direxerat,revooatam prsefuit. » Annates Ordinis 
S. Benedict i % t. I, p. 22. — « Evocat e monasterio venerabilem germa- 
t nam suam Caesariam, quam inibi direxerat. » En note, Mabillon 
ajoute : « Nempe in Parthenone a Joanne Gassiano sanctimonialibus 
« erecto in agro Massilise suburbano ad Yvelinum amnem, unde nomen 
« oenobio. » Annates Sanctorum Ordinis Benedictini, Vie de saint 
Cesaire, 1. 1, p. 642. — Histoire de saint Cisaire, ivique d' Aries, par 
labte Villevieille, p. 129. 

P) « ... Juxta petitionem fiJiorum nostrorum Dynamii atque Aure- 



_ 6 — 

saient pour le bienheureux Gassien, avait 6t6 le motif d'un tel 
acte de g6n6rosit6. C'6tait sans doute aussi dans rintention 
d'offrir un abri plus vaste, plus spacieux aux lilies de Gassien, 
dont le nombre au monastfere augmentait sans cesse. 11 ne se 
passait pas de jour, qu'uneAme, fatiguGe du monde, dego\it6e 
de sa corruption, d6sireuse de vivre sous le regard de Dieu, 
n'accourtit y demander asile. 

Elles gtaient nombreuses, en effet, les Gassianites au Coeno- 
bium de l'Huveaune. 

En 597, le pape saint Gr6goire leur permit d'61ire parmi 
elles, et k l'exclusion de toute religieuse d'un autre monas- 
tfere, leur abbesse (1). Un tel privilege n'aurait pas eu sa raison 
d'dtre, si le Ccenobium n'avait compte qu'un nombre restraint 
de vierges consacrges k Dieu. 

« Hani, qui id religiosa devotione domul sui juris junctis uniisse aedi- 
« ficiis comprobantur... » Lettre de saint Gregroire a Respecla. Ces 
deux personnages de Marseille etaient peut-Stre deux freres, peut-etre 
le frere et la soeur, car certains auteurs lisent Aureliae ou Aurelianae, 
au lieu de Aurelius. Nous ne savons pas grand'chose d'Aurelius. Dans 
une lettre a un personnage de ce nom, saint Gregoire le Grand I'exhorte 
acontinuer la vie de penitence et decharite qu'il avait embrassee. Quant 
a Dynamius, 11 a eu, semble-t-il, une carriere assez mouvementee. D'a- 
bord gouverneur de Marseille, sous Gontran, roi de Bourgogne, il per- 
secuta bien vivement saint Theodore, alors eveque de cettememeville. 
II etait en meme temps administrateur des biens de 1'Eglise romaine 
dans les Gaules. A plusieurs reprises, saint Gregoire parle de lui dans 
ses lettres en termes excellents. Retire des affaires publiques, il s'adonna 
aux OBuvres de bien et de char it 6. Dans une lettre du pape, adressee a 
Respect a, il est dit que Dynamius avait donne sa maison pour agran- 
dir le monastere, in honore sancti Cassiani const ructum.Selon quel- 
ques auteurs, Dynamius mourut en 601 . Son epitaphe et celle d'Euche- 
ria, son epouse, font savoir qu'il mourut a l'age de 50 ans et qu'il fut 
enterre avec son epouse dans une eglise dedi£e a saint Hippolyte, 
martyr. St Gregoire, Lettres (passim) ; Patrol, lat., 6dit. Migne, t. 77.— 
Ed. Leblant, Inscrip. chre't. de la Gaule, t. II, n # 641. — Guesnay, Pro- 
vincice Massiliensis annates, p. 224. — Mgr de Belsuoce, Antiquiti de 
V Eglise de Marseille, 1. 1, p. 227-258. — Andre, Histoire de Vabbaye de 
Saint-Sauveur, p. 4 et aux pieces justificatives A. — Les Saints de 
V Eglise de Marseille, saint Theodore, sainte Eusebie. 

(1) < ... Const! tuentes ut obeunte antedicti monasterii abbatissa, non 
« extranea sed quam congregatio sibi de suis elegerit ordinetur. ...» 
Lettre de saint Gregoire le Grand al'abbesse Respecta... Andre, His- 
toire de Vabbaye de Saint-Sauveur, appendice, pieces justificatives A. 



— 7 — 

Vasles et Gtendues devaient 6tre aussi Ies possessions de 
l'abbaye(l). Les rfegles de TEglise et la simple prudence d6- 
fendaient d'accepter plus de religieuses que les ressources du 
monastere ne permettaient d'en nourrir (2). D6s le principe, 
Gassien et les premiers abbgs de Saint-Victor, ses successeurs, 
durent gtre les administrateurs de ces biens. Au milieu du 
Vl'sifccle, ce furent les 6v6ques de Marseille. En 597, la lettre 
du Pape saint Grggoire le Grand fait connaltre que c'gtait Tab- 
besse seule qui en avait la gestion (3). Ni l'ordinaire du lieu, 



(1) Les fragments d'un polyptique decouverts jadis par Ruffl et rediges 
dans le courant du IX* siecle, indiquent, en effet, qu'k cette epoque, 
1'abbaye cassianite de femmes possedait quelques biens ; a l'origine de sa 
fondation, des gens pieux durent doter le monastere, dont r avoir s'accrut 
aiosi avec les siecles. Voir ces fragments dans V Armorial et sigillo- 
graphie des Eviques de Marseille, par M. le cbanoine Albanes, p. 30. 

(2) Le concile de Mayence, de Tan 813, defendait dans son 19* canon : 
« Qu'on n'envoyat jamais dans les monasteres plus de chanoines ou de 
moines, ou de religieuses, que la maison ne saurait en nourrir. » De 
meme le concile d'Afx-la-Cbapelle, de 816, article 118, celui de Gliffe, en 
Angleterre, en 747, canon 28. Histoire chronologique et dogmatique des 
conciles de la chre'tiente', par Roisselet de Sauclieres, t. IN. 

(3) c ... In rebus autem vel in dispositione monasterii ejusdem, nee 
« episcopum neque ecclesiasticorum quemquam aliquam habere decer- 
c nimus potest ate m, sed baec ad sollicitudinis tuee, vel ejus quae post te 
c in eodem loco fuerit abbatissa, curam statuimus per omnia habere.. . » 
Aux premiers temps de la vie cenobitique, la plupart des monasteres 
de vierges ayant ete fondes par des moines, il est croyable que* ceux- 
ci avaient l'administration des biens de ces monasteres. Nous savons, 
en eflet, que saint Pacdme etablit des couvents de religieuses, qui 
elaientpourvus du necessaire par les couvents des moines, pour lesquels 
elles travaillaient de leur cOte. De plus, ce que Ton appelait en Orient les 
monasteres doubles, c*est-a-dire les couvents de moines et de religieuses, 
batis a proximite les uns des autres, n'avaient d'autre raison d'etre que 
la facilile de s'entr'aider mutuellement pour les choses necessaires a la 
vie. Gassien done, etablissant a Marseille deux couvents, Tun pour les 
hommes, l'autre pour les filles, dut s'inspirer des memes idees. Peu apeu 
eepeodant, Tinfluence et Tautorite des eveques se repandant sur les mo- 
nasteres, l'administration des biens passa entre leurs mains. Le V* 
concile d'Arles, en 554, l'ordonna en termes formels pour les monasteres 
de filles. t Ut episcopi de puellarum mouasteriis quse in sua civitate 
t constituta sunt curam gerant. » C. 5. Mais, pour remedier a certains 
abus qui s'etaient glisses, sans que Ton puisse dire de qui lis pro- 
Tenaient, le Pape saint Gr ego ire le Grand, en 597, ordonna que 1'abbaye 



— 8 — 

niqui que ce fht, d6sign6 parlui, rfavait le droit d'y pr6- 
tendre (1). Preuve, d'ailleurs, que tout dans l'abbaye suivait 
une marche rSgulifere, et que les difficulty n'6taient pas k ce 
point compliqu6es, qu'il falitit une autorit6, une vigilance, 
une direction autre que ceile d'une simple abbesse. 

A celle-ci encore de conduire son petit troupeau et de tout 
r^gler dans l'inttritsur du monastfere. L'Ev6que cependant 
avait la haute surveillance de la conduite et des actions des 
servantes de Dieu et de I'abbesse. II devait, le cas gchgant, 
punir, selon la rigueur des saints canons, celles qui auraient 
pu tomber dans quelques graves manquements. 

A l'abbaye cassianite 6tait joint un oratoire. Chaque jour, 
un prfitre, commis k cet effet par l'Ordiaaire, y cel6brait la 



en l'honneur de saint Cassien, a Marseille, gererait ses propres affaires. 
Histoire de VEglise, par Hergenroether, t. II, p. 583. — Histoire des 
conciles, par Roisselet de Sauclieres, t. IT, p. 488. — V Antiquity de 
VEglise de Marseille, par M« r de Belsunce, 1. 1, p. 233. — Lettre de saint 
Gregoire a Respecta, dans Histoire de Saint-Sauveur, par Andr6, Pieces 
justiflcatives A. 

(1) Gombien d'ann6es le monastere cassianite de Marseille jouit de ce 
privilege d'exemption que lui accorda le Pape saint Grggoire, en 597 ? 
D'une part, ce pontile ne voulait pas aue les religieuses s'occupassent 
du temporel de leurs monasteres; il ordonnait a Tarcheveque de Gagliari 
de « choisir dans son clerge un homme que son age et sa probite missent 
a l'abri de tout soupcon et qui prit soin des affaires materielles des mo- 
nasteres de son diocese. » D'autre part, le II* concile de Seville, de l'an 
619, ordonnait que : « Tadministration des biens des monasteres de 
filles fat confine aux moines. » G. 11. Quoi qu'il en soit, au lendemain 
des invasions sarrasines, ce privilege n 'ex 1st ait plus. Les 6veques de 
Marseille avaient pris l'administration des biens de l'abbaye de Saint- 
Victor. Or « l'abbaye marseillaise des religieuses 6tait alors en un 6tat 
plus triste encore que celle des hommes, et devait autant que celle-ci 
se trouver sous l'autorite episcopate. » Au sortir des invasions, quelques 
annees apres la restauration de cette abbaye sous le tit re de Saint-Sau- 
veur, en 1069, l'6veque de Marseille lasoumit a la juridictiori temporelle 
de l'abbe de Saint-Victor. Mais ce ne fut que pour quelques annees. Bien- 
t6t l'6veque dut en prendre la direction, sous peine de voir labbaye dis- 
paraltre. Vie de saint Grtgoire le Grand, par l'abbe Glausier, p. 252. 
— Histoire des Conciles, par Roisselet de Sauclieres, t. II, p. 572. — 
Armonial et sigillographie des Ev&ques de Marseille, par M. le cha- 
noine Albanes, chap. XXIV. — Histoire de l'abbaye de Saint -Sauveur, 
par Andre, p. 21-24. 



— 9 — 

messe. A Fanniversaire de la fondation du monast&re ou de la 
d&licace de cette Sglise, TEv^que y officiait. Ce jour-li, en 
signe dejuridiction, la cathedra y 6tait dre^s6e. Mais, suivant 
la prescription de saint Gr6goire, elle devait Stre enlevGe au 
depart de l'Ev&jue (1). 

C'est k peu prfea tout ce que l'histoire nous a gard£ de sou- 
venirs surl'antique Ccenobium des bords de l'Huveaune. 



(1) « ... Die siquidem natalis vel dedications supradicti monasterii, 
c episcopus illuc missarum sacra conveniat solemnia celebrare ; a quo 
c tamen ita est hoc officium exsolvendum ut cathedra ejus nisi prsedictis 
c diebus dum iilic missarum solemnia celebrat, non ponatur. Quo disce- 
c deate similiter etiam cathedra illius de eodem oratorio auferatur. 
c Caeteris vero diebus, per presbyterum, qui ab eodem episcopo fuerit 
c deputatus missarum officia peragentur. . • » 

Ge n'etait pas une exception laite en faveur seulement du monas- 
ter que gouvernait Respecta, a Marseille, mais bien une loi quasi g6n6- 
rale que le Pape saint Gregoire devait formuler en 601, au V* concile de 
Rome ou de Latran : « Nous defendons a l'eveque de faire l'inventaire 
des biens ou titres du monastere, m6me apres la mort de l'abbe ; nous 
lui defendons aussi d'y c616brer des messes publiques, d'y etablir sa 
chaire. . .* Histoire des Conciles, par Roisselet de Sauclieres, t. II, p. 558. 



CHAPITRE II 



L' Abbesse Eusebie 



EUSEBIE AU CCBNOBIUM DE i/HUVBAUNB. — OCCUPATIONS DBS RBLI- 
GIEUSES DANS LES MO N AST 6 RE 8, A CETTE EPOQUB .* PRIERE, LECTURE 
DBS LIVRBS SAINTS, TRAVAIL MANUEL, CO PIE DBS MANUSCRITS. — 
EUSEBIE S'ADONNB A CBS TRAVAUX. — ELLE RECOIT LE VOILE DB8 
VIERGES. — EU8EBIB RELIG1EUSE, ABBBSSR. — SES COMPAONBS. — 
ELLBS ETAIENT QUARANTB. — DIONITB, CHARGES, DEVOIRS D'UNE 
ABBBSSB. 



Or, vers la fin du VII' sifecle, une jeune fille, presque une 
enfant, se prgsentait a l'abbesse du monastfere des bords de 
THuveaune, la suppliant de Tadmettre au nombre des servan- 
tes de Dieu qui vivaient sous sa direction. Elle avait quatorze 
ans, 6tait de bonne f ami lie, et portait un nom pr&iesting : 
Eusgbia. 

Plusieurs saintes, en effet, ?e sont appetees de m&ne nom 
dans l'Eglise de Dieu et Font rendu illustre par l'6clat de leurs 
vertus. 

Telle sainte Eus6bie, abbesse du monastfere d'Hamage 
(diocfese de Cambrai), qui mourut a trente-trois ans, en 680, 
lis embaumg que le divin Epoux voulut cueillir aux jardins 
de celte terre pour le transporter dans son jardin du ciel (1). 
Telle, quelques si&cles plus t6t, Eusebie, la vierge et martyre 
de Bergame, qui, sollicitge d'aimer un autre epoux que J6sus- 

(1) Sainte Eusebie, abbesse d 'Ha mage, dans le diocese de Cambrai, 
etait fille d'Adalbaud et de Rictrude, soeur d'un saint moine du nom de 
Mauront, et de deux autres saintes religieuses appelees Glotsende et 
Adalsende. Elle gouverna ce monastere durant 23 ans. Elle mourut, 
en 680, a peine agee de 33 ans. On celebre sa fete le 14 mar 8. Acta Sanc- 
torum Ordinis S. Benedict i, t. II, p. 924. — Bolland, Act, Eusebice Ha- 
maticenais, 14 mars. 



— 11 — 

Christ, prgfera le bftcher et la mort aux deiices et aux char- 
mesdesjoies de la vie (1). ' 

Or, Dieu a voulu, semble-t-il, que notre Eusebie de Mar- 
seille rtunit, dans sa propre vie, les vertus et les merites de 
chacune de ces saintes, dont elle portait le glorieux nom. 
Elle aussi avait dit adieu au brillant avenir que sa famille 
peut-fitre lui destinait. Elle aussi avait 6t6 choisie par Dieu, 
poor £tre le module et l'exemple de ses compagnes (2). Elle 
aussi donna ggngreusement sa vie pour Jesus-Christ. 

L'abbesse des bords de THuveaune devina-telle ce qu'il y 
avait en cette enfant de graces de predilection et de vertus 
singuliferes ? Nous ne saurions le dire. Mais celui qui dirige 
la volonte et incline les coeurs de ceux qui commandent, 
permit qu'un bon accueil ftit fait k la jeune Eusebie. 

Toute heureuse, elle franchit le seuil du monastfere et se 
donna au Seigneur. Elle rgpondait ainsi k cette voix douce et 
pressante que Dieu fait entendre k toute axne qu'il appelle k 
lui et choisissait lameilleure part que Dieu luioffrait,de prefe- 
rence k d'autres. Se dgrobant aux embrassements des siens, 
renoncant g6nereusement k ce qu'elle pouvait posseder, elle 
vintcacher sa viederrifere les murailles du paisible moutier. 
Celui-ci k cette epoque etait place sous le vocable nouveau 
de Saint-Cyr, jeune martyr d'Antioche (3). Q'avait ete sans 
doute k r occasion de quelque relique de ce saint, donnee au 
monast&re, que ce vocable avait ete substitue k l'ancien. 
D'aprte ce que nous avons dit plus haut, Eusebie y trouva un 



(1) Sainte Eusebie de Bergame souffrit le martyre, le 29 octobre 307, 
sous Maximien Hercule. On celebre sa fete ce m6me jour. Boll and, 29 oct. 

On ho no re a Constantinople, le 6 juin, une sainte femme du nom 
(TEnselne ou de Zenide. Elle etait disciple d'un saint eveque de Tauro- 
menium (Taormine). Le 24 Janvier, on celebre encore la fete d'une 
Eusebie ou Xene, vierge de My les, en Garie. Elle vivait au V* siecle, au 
rapport deNicepbore. Bolland, 6 juin et 24 Janvier. 

(2) Et ubi a domino electa est, dit, de notre Eusebie, l'i ascription 
qui jadis se trouvait sur son tombeau, a Saint-Victor. 

(3) Saint Gyr, fils de sainte Julitte, fut martyrise, age a peine de trois 
ans, avec sa mere, sous Maximien et Diocletien, par l'ordre d'Alexandre, 
gonverneur d'lsaurie, dans la ville de Tarse, en Gilicie, en 305, le 16 juin. 
On celebre sa fete ce meme jour. Bolland, t. Ill, de juin, le 16 juin. 



— 12 — 

grand renom de sainted et de perfection. C'6tait encore une 
p6pini6re de saintes dmes, et de son temps, comme jadis au 
V"* Steele, beaucoupavaientpuis6 k cette source fcconde la 
sainted la plu3 consommSe et s'en 6taient allies porter sous 
d'autres cieux ces hauts enseignements de la vie religieuse. 

Nul ne sut mieux mettre k profit ces riches tr&ors et s'ins- 
pirer de ces nobles traditions que la jeune EusSbie. L'inscrip- 
tion, plac6e jadis sur son tombeau, k Saint-Victor, l'appelle : 
a Ancella Domini. » Servante du Seigneur, elle le f ut vraiment. 
' Dans le Coenobium de THuveaune. comme dans tous les 
mouast&res de l'6poque, le temps 6tait partagS entre la prifere, 
la lecture des livres saints et le travail des mains. A Bethteem, 
dans le monastere que, suivant les conseils de saint Jgrtate, 
la patricienne Paula avait fondg, prfes de la grotte de la 
Nativity, « on se rGunissait dfcs le matin, puis & la troisifeme 
heure, & la sixifeme, k la neuvifeme, et enfin le soir, pour 
chanter les psaumes, et, au milieu de la nuit, les voix des 
filles de Paula s'&evaient encore pour redire les belles 
hymnes du prophfcte de Bethlfem (1). » 

II en gtait dem£me dans le monast&re de sainte C£sarie, k 
Aries. Suivant la rfcgle que le saint 6v6que C6saire avait 
ecrite(2), & certaines heures de la journSe on se r6unissait 
dans l'oratoire du monastfere pour la psalmodie. Une sceur, 
debout au milieu de ses compagnes, r6citait les psaumes, les 
autres Scoutaient. Aux grandes fetes, telles que la No6l, l'Epi- 
phanie, les veilles se prolongeaient davantage. A la psalmodie 
s'ajoutaient alors la lecture et l'oraison. 

Sur les bords de l'Huveaune les anges de Dieu Staient chaque 
jour les heureux temoins d'un aussi ravissant spectacle. Les 
6chos de nos bois et de nos rivages retentissaient des m&mes 
chants et des mSmes prifcres. Notre coenobium en effet, avait 
dti, comme tant d'autres monastferes des Gaules, accueillir 
avec empressement la rfcgle de saint Ctesaire, remplacant ainsi 

(1) Histoire de sainte Paule, par l'abbg Lagrange, chapitre U, 
p. 392 et suiv. 

(2) Histoire de saint Cisaire, 4v€que d* Aries, par Tabbe 1 Villevieille, 
p. 138. — Patrol, lat., edit. Migne, t. 67, saint Cesaire, regula, cc.,8,13, 18, 
col. 1109. 



— 13 — 

dune maniere avantageuse, au point de vue de la pratique de 
la perfection religieuse, l'abrgge des institutions et des confe- 
rences deCassien, qui jusqu'alors en avaient tenu lieu (1). 

II nous est done permisde suivre la jeune Eus6bie k l'ora- 
toire du monastfere, de prater Foreille au son de sa voix alors 
quelle lisait la psalmodie, ou chantait les hymnes sacr6es. 

Quel esprit de foi, quel maintien pieul en chacune de 
ces saintes actions 1 P6netr6e de la pensge que c'6tait bien 
TcBuvre de Dieu, opus £>ei(2), comme l'avait dGflni la rfcgle de 
saint C&aire, qu'elle accomplissait, elle y apportait tout le zMe 
d'une veritable servante du Seigneur. 

La lecture des livres saints et les occupations manuelles 
remplissaient le reste de lajournge d'une religieuse, k cette 
epoque primitive. Dans le monastfere de Paula encore, rapporte 
saint J6rome, toutes les scBurs 6taient obligees d'apprendre 
chaque jour quelque chose des divines Ecritures (3). A Aries, 
on consacrait les deux premiferes heures de la journSe k lire, & 
emre, k fitudier les lettres, e'est-i-dire la grammaire et les 
autres 6Wments de la literature ; cela afin de pouvoir vaquer 



(1) Saint Cesaire, evfcqued'Arles, ecrivit vers 520 ou 530 une regie pour 
le monastere de vierges qu'il fonda dans sa ville Episcopate, et k la t6te 
duquelilavait place Cesar ie, sa sceur. Avant saint Cesaire, 11 n'existait 
pas de regie uni forme. Chaque monastere avait la sienne, redigee par le 
tondateur et qui ne lui survivait guere, sauf pour les prescriptions gene- 
rales, communes necessairement a toutes les regies. Celle de saint Cesaire 
a eu la gloire de lui survivre, d'etre acceptee et observee durant bien 
longtemps par la plupart des mo nas teres de la Gaule, et louee par les 
papes, les eveques, les conciles du V> et du VII* siecle. Et mfime apres 
que saint Benoit et saint Golomban eurent ecrit leurs constitutions, 
loujours, il est fait mention par ceux qui redigent de nouveaux statu ts 
poor les monasteres des Vierges, de la regie de l'Evdque d' Aries, a c6te 
de celles de saint Benoit et de saint Golomban. Histoire de VEglise, par 
le cardinal Hergenroether, 1. 11, p. 595. — Histoire de saint Ce'saire, par 
Tabbe Villevieille, p. 1 33 et suiv. 

(2) c Quae signo tacto tardius ad opus Dei... venerit, correptioni 
« digna erit. » Opus Dei, idest divinum officium, dicit Colntius. Regula 
Osarii ad Virgines. Patrol, lat., edit. Migne, t. 67. col. 1109. 

(3) « Nec licebat cuiquam sororum ignorare psalmos et non de scrip- 
*■ turis sacris quotidie aliquid discere. » Saint Jerome, epitaphe de Paula. 
Histoire de sainte Paule, par l'abbe Lagrange, p. 392. 



— 14 — 

avec profit k la lecture des saints livres, que Ton faisait k 
haute voix durant les heures de travail, et k la meditation de 
chaque jour (i). 

De plus, en Orient comme en Occident, les heures et le 
genre de travail £taient bien rgglgs. A Bethl6em, le dimanche, 
au retour de la messe, chaque soeur du monastfere recevait sa 
Uche pour la semaine. C'6tait d f ordinaire des vdtements k 
confectionner pour les pauvres de la contr£e, ou pour les habi- 
tants du monastfere (2). A Aries, auprfes de sainte C6sarie, 
mfemes habitudes. Une scBur lisait k haute voix pendant le 
travail qui se faisait dans une salle commune. Plusieurs 
fetaient occupies k confectionner et k rfeparer les vfetements 
pour 1' usage des religieuses, d'autres gtaient chargtes des 
difttrents services de la maison (3). 

Mais dans tous les monastferes, un plus noble travail encore 
fetait dfeparti £ beaucou p. Sous la direction et la surveillance 
de saint Jferdme, on commenca dans les couvents de Beth Item 
« ce travail de copie des Saintes Ecritures, qui devint plus 
tard une loi universelle pour tous les religieux. Loi, dit 
Ozanam, la plus utile qui ait jamais fetfe portfee, si on considere 
ce qu'elle a sauvfe. * Ainsi les vierges romaines, compagnes de 
Paula, a dans la cellule monastique qui avait remplacg leurs 
palais opulents, entourfees de volumineux manuscrits grecs, 
hfebreux, latins, mettaient au net avec un soin intelligent et 
pieux ces psaumes que nouschantons encore aujourd'hui (4). » 

Mfeme travail k Aries. La rfegle de saint Ctesaire le prescri- 
vait. Le biographe du saint fevfeque (5) nous apprend que, 



(1) Histoire de saint Cisaire d* Aries, par l'abbe Villevieille, p. 187. 

— c Omnes litteras discant, omni tempore duabus horis, hoc est, a 
c mane usque ad horam secundam lectioni vacent. . . i — « Legere discant 
c dicit Golntius. » — t Reliquis in unum operantibus, una de sororibus 
c usque ad tertiam legat.» Patrol, lat. edit. Migne, t. 67 regula ad virgi- 
nes, c. 17, etc., col. 1109, etc. 

(2) Histoire de sainte Paule, par l'abbe Lagrange, p. 393. 

(3) Histoire de saint Cisaire d' Aries, par l'abbe Villevieille, p. 138. 

— Patrol, lat., edit. Migne, t. 67, regula, cc, 18,25,26, col. 1109,1111, 1112. 

(4) Histoire de sainte Paule % par l'abbe Lagrange, p. 406. 

(5) c Gujus Caesariae opus cum sodalibus tarn prsecipum viget et inter 
« psalmos atque jejunia, vigilias quoque et lectiones, libros divinos 



— 15 — 

sous la conduite de C6sarie leur abb esse, « quelques-unes des 
religieuses transcrivaient les livres saints avec de be&ux carac- 
teres pour en multiplier les copies. » Labeur fecond qui 
faisaitdes monastferes de la Gaule autant de ruches d*or, d'oii 
s'&happaient, comme des essaims d'abeilles, charges d'un 
miel exquis, des recueils d'hora61ies, des 6vang61iaires, des 
manuscrits sans nombre. Diss6min6s plus tard sur tous les 
points du monde chr6tien, ils apportaient avec eux la 
connaissance de la foi et F amour de J6sus-Christ. 

Marseille, aussi heureuse qu'Arles, sa voisine, et que Beth- 
I6em r avait aussi sa ruche anim^e, surlesbordsdel'Huveaune, 
et la jeune EusSbie en 6tait l'abeille aindustrieuse(l). » Pen- 
dant quelques ann6es, setrouvant la plus jeune des religieuses 
du monasttoe, elle devait, debout au milieu de ses compagnes, 
faire, avec pi6t6 et onction, la lecture, durant le travail. Peut- 
^tre aussi l'abbesse la prenait avec elle, lorsque le soin et la 
visite des pauvres, des serfs, des colons de Tabbaye Tame- 
naient au dehors. Des mains d'Eus£bie alors, passaient dans 
celles des pauvres serfs, ces vfttements que ses compagnes 
avaient tiss6s, la nourriture qu'elles avaient prgparge. Ainsi, 
son jeune Age et sa pi6t6, que le nom d'Eus6bie semblait lui 
reodre naturelle (2), faisaient de la jeune enfant la douce 
messagere des autres religieuses auprfes des malheureux. 

Ud peu plus tard, nous aimons k la voir penchSe sur un 
manuscrit, le copiant, Tenjolivant k Texemple de ses com- 
pagnes. G etalt peut-6tre la rfegle du Gcenobium pour quelque 



< scripsissent virgines Christi, ipsam matrera magistram habentes. » 
Vita Ccesarii a Cypriano, Messiano el Stephano discipuli* ejus, dans 
Ckronologia Sanct. insula Lerinensi a Barrali, t. 1, p. 247.— Hiaioire 
de saint Ctsaire, par l'abbe Villevieille, p. 138. 

(1) t Apis argumentosa. t On a dit de sainte Cecile qu'elle avait ete 
apis argumentosa, tant elle avait contribue par ses prieres, par ses ins- 
tructions, a la conversion de Valerien, son epoux et de Tiburce, son 
twau-frere. Office de sainte Cecile, antienne des Laudes. 

(2) cEusebia.* Ge nom, comme on sait, a une etymologie grecque; 
tot6ut, piete, (Eu, bien, ae&pai, venerer.) Le moine Hucbald ecrit 
de Sainte Eusebie d'Hamage : c Eusebia bona Dei cultrix, secundum 
ioterpretationem sui nominis. » Hucbaldus, Vita Sanctce Rictrudis. 
Patrol. Ut. edit. Migne, 1. 132, col. 834. 



- 16 - 

monastfere qui allait se fonder (1), PhomSlie d'un saint Evfique, 
un ex trait du Bienheureux Cassien ou quelque page de l'Evan- 
gile, s'attachant surtout k graver dans son coeur ce que sa 
plume confiait au parchemin d6roul6 devant elle. 

Dans ces occupations multiples, un certain nombre d'annges 
s'6coulferent. Eus6bie avait franchi le cycle de la jeunesse, 
et atteint l'Age mixv. L'heure allait sonner bientdt, ou sa conse- 
cration au Seigneur serait definitive. 

II gtait d'usage, en effet, dans l'Eglise & cette Spoque, du 
moins en France, en Espagne, en Italie, de ne b6nir les vierges 
et de ne leur donner le voile qu'aprfes une longue probation, 
et pas avant l'Age de 40 ans. Quelque rempiie d'ceuvres et de 
vertus que fCrt leur vie, quelque eprouvSes que f ussent leurs 
moeurs, k moins de circonstances impgrieuses, telles que le 
danger d'une mort prochaine ou le p6ril certain de perdre la 
* chastetg, on ne pouvait les admettre k cet honneur (2). L'Eglise 
les considgrait bien comme vouees k Dicu, soumises k la 

(1) Oa sait que Radegonde, fondatrice du monastere de Sainfe-Croix, 
a Poitiers, vint a Aries, avec Agues, l'abbesse qu'elle avait laitchoisir 
poor ce monastere, et en rapporta la regie de saint Cesaire et de la 
bienbeureuse Cesarie. Gregoire de Tours, Hist. Francorum,\AX. — 
Histoire de saint Cetaire, par l'abbe Villevieille, p. 144. 

(2) La discipline a vari6 dans l'Eglise sur ce point, suivnnt les epoques 
etsuivant les pays. En Afrique, le concile d'Hippone de 393, canon 1, 
ceux de Carthage en 397, canon 4, de 418, canon 10, de 419, canon 16, 
defendent de donner le voile aux vierges avant Page de.25 ans, a moins 
de circonstances speciales. En Espagne, le concile de Sarragosse, en 381, 
canon 8, voulait que Ton retardat jusqu'a 40 ans. En Italie, le Pape saint 
Leon le Grand et 1'empereur Majorien ne le permettaient pas avant cet 
age. En France, le concile d'Agde, que presidait saint Cesaire, en 506, 
canon 19, statue qu'on ne donnerait pas le voile avant 40 ans, quelque 
eprouvees que fussent les moeurs et la vie de la postulante. En Alle- 
magne, le concile de Francfort, en 794, canon 46, permettait cette cer6- 
monie des l'age de 25 ans. En France encore, le concile de Tours, en 813, 
canon 28, s'en tenait a cet age de 25 ans. Mais en 858, un autre concile de 
Tours, canon 28, reclamait l'Age detrenteans. Enfln, celui de Tbionville, 
en 805, caaon 14, ne le permettait pas avant que la jeune vierge eut 
atteint l'age de raison, et celui de Tribur, en 895, canon 24, le permettait 
a 12 ans, si c'etait de son pie in gre qu'une enfant le demandat. Histoire 
de l'Eglise, par le cardinal Hergenroetber, t. II, p. 595. — Lecons du II* 
nocturne de l'office de saint Leon, Pape. — Histoire des Conciles, par 
Roisselet de Sauclieres, t. II, III, IV. 



— 17 — 

rggle du monastfere, et aux obligations qui dScouIaient de cet 
etat de vie (1), mais la consecration officielle manquait. 

Au jour fix6, c'6tait ordinairement k la fete de l'Epiphanie, 
de PAques ou des saints ap6tres (2), l'glue, non point par6e des 
ornements da sifecle, mais humblement revGtue de 1' habit 
qu'elle devait porter le reste de sa vie, dans le monastfcre (3), 
paraissait devant l'Evgque, seul autorise par les saints canons 
a procGder k la c6r6monie (4). Celui-ci b6nissait le voile et 
rimposait k la nouvelle epouse de JGsus- Christ. D6s ce moment, 
Tadieu au monde devenait gternel. II n'6tait plus permis k la 
vierge consacr6e k Dieu de sortir du monastfere, si ce n'est pour 
des raisons trfes graves, approuvges par TEvfeque. Les peines 
canoniques les plus s6vferes lui gtaient rfeervtes, si elle violait 
ses vcbux ou quittait le monastfere (5). 

(1) Saint Leon le Grand ne fait pas de difference officielle entre les reli- 
gieuses : a Quae virginitatis propositum atque habitum susceperunt, 
etiamsi coDsecratio, non accessit, » etcelles qui ont re$u la consecration. 
Histoire de VEglise, par le card. Hergenroether, t. II. p. 595. 

(2) Histoire de VEglise, par le card. Hergenroether, t. II, p. 595. 

(3) Le IV« concile de Carthage, en 358, canon 11, dit : a Sanctimonialis 
« virgo cum ad consecration em suo episcopo offertur in talibus vestibus 
< appltcetur, qualibus semper usura est professioni et sanctimonialisa 
i aptis. Summa conciliorum collecta per F. Barth. Caranzam Mirend. 
« 0. P. p. 155. » — Histoire des Conciles, par Roisselet, t. II, p. 112. 

Le concile de Constantinople, appele in Trullo ou guinisexte, confirms 
cette decision, canon 45: cQuoniamintelleximus in nonnullis mulierum 
t monaster i is, mulieres quae sacro illo amictu dignse habentur, prius 
« sericis et omnia generis vestibus, prseterea autem et mundis auro et 
« gemmis variegatis, ab eis qui illos ducunt exornari et sic ad altare acce- 
t dentes exui tanto materia apparatu, et statim in ill is fieri habitus 
• beoedictionem, illasquenigro amictu indui : statuimus ne hoc deinceps 
« fiat. » La raison que donne le concile est celle-ci: aDepeur dedonnera 
croire que ces religieuses quittent le monde a regret. » Summa conci- 
liorum, ut supra, p. 499. — Histoire des Conciles, par Roisselet, t. Ill, 
p. 138. 

(4) Le concile 1" de Carthage en 390, le 2" en 390, canon 3, le 2- de 
Seville en 619, canon 7, de Rouen, en 650, canon 9, defendaient aux pre- 
Iks de benir et consacrer les vierges, reservant cette fonction a l'eveque. 
Le3~ de Carthage en 397, canon 36, ne le permettait aux pretres qu'avec 
I'autorisation de l'eveque. Histoire des Conciles, par Roisselet, t. II 
et III.— Histoire de VEglise, par Hergenroether, t. II, p. 594. 

(5) Les Conciles de Tours, 567 ; de Lyon, 583 ; de Paris, 615, les frap- 
palent d 'excommunication. Histoire des Conciles, par Roisselet. t. II. 

2 



- 18 — 

En quelle fftte, sainte Eus6bie re$ut-elle le voile des vierges 
sacr&s, des mains de l'Evgque de Marseille ? Nous ne savons. 
Ce que nous devinons, c'est qu'il y eut grande joie au Coeno- 
bium de l'Huveaune. Les religieuses qui y vivaient remer- 
ciaient Dieu d'appeler au rang de ses Spouses une de leurs 
compagnes si avanc£e en pi6l6 et en vertu. 

Ce que nous devinons encore, c'est qu'il y eut une joie pro- 
fonde au coeur d'EusGbie. Relisant en ce jour les lettres et les 
discours de saint Cgsaire aux religieuses d' Aries, v6ri tables 
trait 6s de la vie monastique, notre ch&re sainte y trouvait 
ces lignes sur lesquelles son regard devait s'arr6ter avec 
bonheur (1) : a Mes filles, aimez le Christ, si vous voulez 
garder fld&lement cette virginity que vous lui avez consacrge 
avec tant d'ardeur. R6jouissez-vous , rendez d'Gternelles 
actions de graces au Christ qui a daign6 vous retirer d'un 
monde orageux et vous conduire dans ce port tranquille. 
Voyez ce que vous avez laiss£ derrifere vous et ce que vous 
avez gagne. Vous avez quitte les t6nebres du monde pour com- 
templer, heureuses, la radieuse lumi&re de J6sus-Christ. Vous 
avez d£daign£ les plaisirs amers des passions pour gotlter la 
douceur et les charmes de la chaste t^. Et s'il vous faut lutter 
jusqu'A la fin de votre vie, avec le concours de Dieu cependant, 
nous sommes s&rs de la victoire. . . Mais je vous en prie, mes 
fllles, si le pass£ inspire k vos coeurs une douce confiance, que 
l'averiir, du moins, soit l'objet de votre sollicitude. DSposer les 
v&ements du Steele et rev&ir ceux de la religion, c est Taffaire 
d'un moment. Mais conserver des habitudes vraiment sainles, 
combat tre ses inclinations mauvaises, fuir les plaisirs si 
amers de ce monde, c'est le travail de toute une vie, et vous 
le savez, ce n'est pas celui qui commence, mais celui qui per- 
s6v6re jusqn'& la fin qui sera sauv6. » 

La lutte jusqu'4 la fin de la vie, la perseverance jusqu'au 
bout I Ilnoussemble que ces paroles simples en elles-mSmes 
durent captiver l'attention d'Eus^bie, ce jour-l&, d'une ma- 



(1) Epistolall, Sancti Ccesarii ad Virgines, col. 1129, t. 67, Patrol 
lat., 6dit. Migne. 



— 19 - 

mere singulifere. Ne lui parurent-elles point le presage secret 
de lointains 6v6nements ? 

De nouvelles ann6es de calme, de paix, de tranquillity se 
lev&rent pour notre chftre sainte. Dieu avait ses desseins. II 
voulait qu'Eus6bie, com me l'avait d&ja fait une des gloires du 
Coenobium de l'Huveaune, sainte Cesarie, apprtt ce que plus 
tard elle devait enseigner, et qu'elle filt disciple avant de 
devenir maltresse dans la vie de perfection. 

Or a une 6poque, Tabbesse, peut-6tre celle qui avait accueilli 
ia jeune Eusebie au monastere, vint a mourir. Suivant la 
rggle de saint C&aire et le rescrit de saint Grggoire le Grand 
4 Respecta, on dut proc6der a Election pour la remplacer. On 
ne pouvait la choisir dans un autre monast&re (1). Mais 
qu'&ait-il besoin d'une semblable prescription? LeCoBnobium 
de l'Huveaune poss6dait une ileur de vertu et de pi6t6. Les 
religieuses le savaient. D'une voix unanime elles 61urent leur 
compagne Eusebie. Le plan de Dieu se dessinait. Longtemps 
elle avait appris a l'gcole de Notre-Seigneur. De discipula 
qu'elle avait 6t6 jusqu'a cette heure, elle devenait magistra. 

A quel moment de sa vie l'616vation a cette dignity vint la 
surprendre ? Impossible de le dire. Dans une de ses lettres, le 
Pape saint GrSgoire le Grand Gcrivait : « Nous defendons tr&s 
Snergiquem&it que Ton nomme de jeunes femmes abbesses. » 
Et il requ&rait' Tdge de soixante ans, et une renomm£e irr6- 
prochable (2). 

Avant saint Gr6goire cette prohibition n'a pas toujours 6t6 
en vigueur dans r Eg Use. En effet, Thomonyme de notre sainte, 
Eos^bie d'Hamage, diocese de Cambrai, n'avait que trente- 
trois ans lorsqu'elle mourut et elle avait gouvern6 ce monas- 
tfere en quality d'abbesse durant vingt-un ans. Elle n'avait 



(1) Regie de saint C6saire. — Lettre de saint Gregoire le Grand a Res- 
pecta, citde plus haut. 

(2) Saint Gregoire le Grand, pape et docteur de VEglise, par l'abbe 
Gausier, publie par l'abbd Odelin, p. 252. — a Juvenculas abbatissas fieri 
< vehementissinie probibemus, nullum igitur episcopum paternitas tua, 
« nisi sexagenarians virginem, cujus setas hoc atque mores exigerint, 
« velare permittat...» (Velare in abbatissam, dit une note). Patrol, lat., 
Wit. Migne, t. 77, saint Gregoire, pape, lib. VI, epist. 11. 



— 20 — 

done que douze ans lorsque ses compagnes la choisirent pour 
sup6rieure (1). Admettons que ce soit ung exception, motivSe 
par la sainted 6minente et manifeste de cette enfant. 
Ctesarie, la soeur de saint Ctesaire, 6v6que d'Arles, et plus jeune 
que lui, fut dix-huit ans abbesse du monast&re 6tabli par 
celui-ci dans sa ville Episcopate, et mourut douze ans 
avant son f rfere, en 503 (2) . Surement done, elle fut abbesse 
avant Vkge de soixante ans. C6sarie la jeune, nifece du m&me 
saint (tesaire, et de la mftme Ctesarie, la remplaga comme 
abbesse du monast&re d'Arles. S&rement encore elle n'avait 
pas soixante ans. Sainte Radegonde fonda vers 544 un monas- 
tic de filles, k Poitiers. Ne voulant pas accepter la direction 
de jeunes filles de toutes les conditions, qui l'avaient suivie, 
elle fit nommer abbesse Agn&s, qu'elle avait form6e par ses 
lemons. Or, cette Agnfcs n'avait pas soixante ans. 

Depuis saint GrSgoire ce d6cret f ut-il observe ? II semble 
que non. A Marseille, Tillisiola, qui vivait de la moitte du 
VP sifecle environ au milieu du VII% mourut k 70 ans, et elle 
fut abbesse clurantquarante ans, dit l'inscription de son torn- 
beau (3). Elle n'avait done pas atteint l'&ge fix6 par saint Gr6- 

(1) Acta Sanctorum Ordinis S. £., t. II., p. 924. — Bolland, Act. 
Eusebice, 14 mars. 

(2) Vie de saint Cteaire d'Arles, par l'abbe Villevieille, passim. 

(3) Voici l'inscription de Tillisiola : 

• i + t 

IN HOC TVMVLO SIT A EST TILLISIOLA 

ABBATISSA QVE NO MINIS SVI DECVS 

VITA FACTIS QUE 8EBVABIT 

CBISTIQBNAQ. MABIAM MBNTB 

SBCTVATA FIDELI VIBOO 
VIBGINIBVS SACBIS XL PB^FV 
IT ANNI8 VIXIT ANN LXX... 
DP BIVS. VII ID. APBL IND VIII 

Nous faisons remarquer que le premier nous donnons la vraie lec- 
ture de ce texte epigraphique. D'6minents auteurs l'ont vu et l'ont 
laisse de cdte ou l'ont donne incomplet. Ge n f est pas a nous, cependant, 
qu'en revient l'honneur, mais bien au savant historiographe de notre 
diocese, a M. le chanoine Albanes. Ses recherches patientes et habiles 
le lui out fait d£couvrir, l'affection qu'il a pour tout ce qui increase This- 



— 21 — 

goire. Ainsi on ne saurait dire d'une maniere certaine si notre 
EusGbie &ait aussi avanc6e en kge, lorsque, d'une voix una- 
nime, ses compagnes l'appelferent k les diriger. 

I/Ev&pie de Marseille, tout heureux de ratifier un tel choix, 
Tint, quelques jours apr&s, benir la nouvelle 61ue (1), en 
placant entre ses mains la crosse abbaliale, symbole de son 
autorite, lui confia Tadministration du monastere et le gonver^ 
nement des servantes de Dieu. Mieux que toute autre, peut- 
&re, EusSbie comprit ce que cette dignity lui imposait de 
sollicitude . Ce n'&ait plus seulement de la perfection de son 
toe qu'elle devait avoir souci ; mais la responsabilit6 de la 
sanctification, de la perseverance dans le bien de celles que sa 
dignity lui permettait d'appeler ses'filles, pesait sur elle d'un 
poids bien lourd. 

Ouarante religieuses habitaient le coenobium de l'Huveaune. 
Deux chartes du XV* Steele, en effet, parlant des reliques en 
v6n6ration k Saint- Victor, & cette 6poque, citent les corps de 
sainteEusgbieetdesesquarante compagnes (2). Une autre charte, 



toire de l'Eglise de Marseille le lui a fait recueillir. M. le chanoine Albanes 
a bien voulu nous communiquer ce precieux document et nous permettre 
den orner notre modeste travail. Nous ne savons comment le remercier 
d'une telle obligeance k notre endroit ! 

(1) C'etait a l'Eveque de benir 1'abbesse nouvellement elue. La lettre de 
saint Gregoire le Grand k 1'abbesse Respecta reconnait ce droit : « Cons. 
« tituentes ut, obeunte antedicti monasterii abbatissa, non extranea, 
« sed quam congregatjo sibi de suis elegerit, ordinetur, quam tamen, 
« si digna buic ministerio judicata fuerit, ejusdem loci Episcopus 
c ordioet. i Andre, Hiatoire de Vabbaye de Saint-Sauveur, pieces 
justificative* A. 

(2) La charte de 1431 est l'autorisation donnee par l'abbe de Saint- Vic- 
tor, Guillaume Dulac, a une noble Dame, Marie d'Espinosiis, veuve du 
chevalier de Lumere, d'habiter et de posseder, moyennant une petite 
redevance annuelle, le prieure et l'eglise dedies a la Sainte-Vierge, sous 
le titre de Sainte-Marie de la Petite-Baume. Celle de 1446 est la conces- 
sion du privilege d'etre inhume dans le cimetiere de Paradis, accordee 
aux confreres de l'association «ie N.-D. de Confession, par l'abbe de 
Saint- Victor, Pierre Dulac. Dans ce document, com me dans celui de 
1431, il est parte de « Eusebia cum XL U aliis virginibus et martyribus. » 
— Recueil de chartes par dom Lefournier, t. III. — Notice sur les cryp- 
to de Saint- Victor, par Kothen (appendice). — Guesnay, Cass, illust., 
p. 642, 704. 



— 22 - 

ant&ieure de guelques anntes k celles-ci et que dom Lefour- 
nier a conserv6e dans son recueil, parle aussi des corps des 
qnarante religieuses martyres, qui sont easevelis devant la 
chapelle de Notre-Dame de Confession, et du corps d'Eus6bie, 
leur abbes^e, qui est inhumS k part, non loin de l'autel de la 
Sainte-Vierge (1). 

C'est fort probablement le nombre exact des religieuses 
qu'Eus6bie conduisait et dirigeait dans son monast6re. 

Eus&rie fut, nous pouvons le dire, k la hauteur de sa mission. 
Sous son gouvernement, la vertu et la ptete ne firent que s'ac- 
croltre. De son c6l£, quelle exactitude et quel soin dans l'accom- 
plissement des devoirs de sa charge I Son titre d'abbesse f aisait 
d'elle la mfcre de ses compagnes (2). A elledonc de veiller k leur 
sant6, k leur nourriture, k leur travail, k leur stiret6, k leur 
sanctiflcation. Aussi, pas de managements, pas d'attentions 
qu'elle n'eilt pour ses lilies malades. La nourriture de chaque 
jour gtait saine et abondante, et, aux jours de fete, elle se faisait 
une joie d'ajouter, suivant la prescription de la rfegle, quel- 
ques douceurs au menu (3). 

Chaque jour elle distribuait k ses filles la t4che k accomplir, 
veillant dan's sa charity delicate et prgvenante k ne pas imposer 
une trop lourde part k celles que la fatigue ou la maladie 
aurait pu affaiblir. C'&ait k l'abbesse de garder en dgpftt 
pendant la nuit les clefs du monast&re; et k ces gpoques de 

(1) Charte sans date, recueillie par dom Lefournier, dans son recueil. 
Voir la page de notre travail od cette charte est citee. 

(2) La regie de saint Gesaire appelie l'abbesse la mere des religieuses. 
c Matri post Deum omnes obediant. » Regula, cap. 16. — « Quia mater 
monasterii necesse ftabeat pro animarum salute sollicitudinem gerere...» 
Gap. 25. Patrol, lat., ed. Migne, t. 67, saint Gesaire, col. 1109. 

(3) Regie de saint Gesaire. « Sa net© Abba tissae cura. . . ut vinumprovi- 
deat unde aut infirm®, aut illae, quae sunt delicatius nutritae palpentur. 
Gap. 28. — Pulli vero inftrmis praebeantur. Gap. 17. — In ipsis laniflciis 
faciendum, pen sum saum quotidianum cum humilitate accipiant. 
Gap. 14. — In festivitatibus majoribus ad prandium et ad coanam fercula 
addantur, et recedentibus de ea dulceamina addenda sunt. Gan. 16. — 
Janua monasterii vespertinis, ac nocturnis ac meridianis horis nun- 
quam pateat, ita tamen ut ipsis horis quando reficitur, claves apud se 
abbatissa habeat. » Gap. 9, recapitulatio. Patrol, lat. ed. Migne, saint Ge- 
saire, t. 67, col. 1109, etc. 



— 23 — 

troubles, de guerres, il nonssemble bien qu'EusSbie ne devait 
prendre son repos qu'aprfes s'fitre assume par elle-m6me que 
le moindre danger ne menagait ses filles. 

Et la saintetg de leurs Ames et leur avancement dans la 
vertu et leur pers6v6rance dans Tesprit de leur vocation, 
quel soin continuel elle en avait ! Personne, ni hommes, ni 
femmes, ni lal'ques, ni prfitres, k Texception de TEv6que et 
de ses ministres k certains jours de f6te, ne pouvait entrer 
au monastere. La cloture inviolable et perp6tuelle 6tait en 
vigueur k cette Spoque (1). Notre abbesse, qui avait quitW 
bien jeune le monde, devait 6tre eloquente pour en peindre 
4ses filles les dangers et les perils, leur recommander la soli- 
tude, le silence, la retraite, qui faisaient do leur paisible 
coenobium un arche de salut. 

A Tabbesse encore de regler les jetines nombreux presents 
par la regie, les jours d'abstinence et le genre de mortifica- 



(1) c Null us virorum in secreta parte in monasterio et in oratorio 
« introeat, exceptisepiscopo... presbytero, diacono et uno vel duobus 
« lectoribus, qui aliquoties missas facere debeant. » G. 33. Re gut a ad 
rirgines, S. Cesaire, Patrol, lat. edit. Migne, t. 67. — € Nulla ex vobis 
< usque ad mortem suam de monasterio egredi aut permittatur aut per 
« seipsam prsesumat exire. »C. 1, recapitulatio. Patrol, lat. ut supra. 
- Le biographe de saint Cesaire d'Arles, le diacre Cyprien, dit, des 
vierges que l'Eveque avait reunies dans le monastere d'Arles : c Erant 
« auteminillo loco adeo inclusae, ut usque ad supremum vitae diem nulli 
*. earum fas esse t extra monasterii ostium progredi.B Barralis, Chronolo- 
« gia Sanctorum insula Lerinensis, t. 1, p. 237. La regie de saint 
Cesaire ayant ete ecrite vers 530, la cloture existait done deja dans toute 
sa rigueur pour le monastere de filles, & l'epoque de sainte Eusebie. 

Bien anterieurement a cette epoque, on vit les conciles chercher a I'eta- 
blir tantdt par une prescription, tantdt par une autre. Les conciles d'Hip- 
poneen 393, can. 26, de Carthage en 397, canon 25, defendent aux moines, 
elercs, prettes, eveques de visiter souvent les vierges consacrees a Dieu. 
Ud concile d'Irlande, preside par saint Patrice, vers 450 ou 456, defend 
aux moines et aux religieuses de vivre dans la meine maison ; celui 
d'Agde, 506, can. 28, recommande d'eloigner les monasteres des filles 
deceux des homines. Ceux d'Epaone 517, can. 38, de M&con 582, c. 2, de 
Rouen 650, c. 10, de Trullo691, can. 48, sont plus precis: Tenlreedes mo- 
nasteres de filles est iormellemeut interdite aux clercs, aux lafques, a 
moins de necessity et avec la permission de 1'eveque. — Histoire des 
Concile* par Boisselet de Sauclieres, t. II, III. Passim* 



— 24 — 

tion. A Pabbesse, enfin, de faire les remontrances et d'infliger 
les punitions k celles que Porgueil ou la vanity portait k ne 
pas ob6ir (1). Autant de details dans lesquels EusSbie avail le 
devoir de descendre, mais dont sa douceur, sa bonte savait 
temp6rer la rigueur. 

Sous la direction si maternelle de leur abbesse, lesquarante 
vierges du coenobium de l'Huveaune Staient heureuses. En Pen- 
tendant leur redire sans cesse cette parole de saint Jgrftme : a Je 
ne puis me resigner k rien voir en vous de mediocre, je voudrais 
que tout y fdt exquiset parfait,» elles devaient avoir icceurde 
r<§aliser ces ascensions sublimes qui conduisent &la perfection. 
Des bords de PHuveaune, comme plus tard des champs qui 
avoisinaient Saint-Victor, on pouvait dire d6j&, k cause des 
saintes Ames qui y vivaient dans la pratique des vertus les 
plus belles, qu'ils gtaient le Paradis, la porte du Paradis. 



(1) a Si qua pro quacumque re excommunicata fuerit, remota a 
« congregatione, in loco quo abbatissa jusserit. » G. 31. Patrol, lat. 
ut supra. 



GHAPITRE III 



Martyre de sainte Eus6bie et de see 40 compagnes 



PREMIERES INCUB8I0NS DBS SARRASINS EN FRANCE. — RECELBMBNT DES 
CORPS SAINTS EN PROVENCE. — LBS SARRASINS EN PROVENCE. — MAU- 
RONTE APPBLLB LBS SARRASINS A MARSEILLE. — L'ABBBSSB EUSEBIE 
AU CCBlfOBIDM DB L'HUVEAUNE. — LBS SARRASINS ATTAQUENT LB 
MONASTERS. — MARTYRS DE SAINTS EUSEBIE ET DB SBS COMPAGNES. 



C'etait au d6but du VIII* si&cle. De bien longues ann6es 
s'6taient 6coul£es depuis le jour ou le seuil du monast&re de 
l'Huveaune s'Stait ouvert k la jeune Eus6bie. L'antique gloire 
de 1'abbaye cassianite n'avait fait que graudir ; les vertus de 
la nouvelle servante de Dieu lui avaient donn6 uc lustre et un 
gclat dont jusqu'St la fin des temps on gardera le souvenir. 

Des jours lugubres cependant s'6taient levds sur laGaule. 
Comme ce souffle de vent qui, aux jours d'&6, passant bas et 
rapide sur les campagnes, pr&age Forage et la tempfite, un 
bruit sinistre avait couru. Les rares porteurs de nouveiles b, 
cette 6poque, les voyageurs ou les moines, qui allaient de 
monast&re en monastfere, racontaient des scfenes sanglantes 
qui jetaient le frisson dans les cceurs. C'&ait le pillage des 
gglises, i'incendie des monastferes, de barbares et d'igno- 
minieuz traitements, plus terribles que la mort, infligGs aux 
moines, aux vierges consacrees k Dieu ; les Chretiens 6gorg6s, 
les femmes menses en eeclavage, les enfants contraints k 
l'apostasie. Chaque nouveau messager annoncait de nouveaux 
d&astres, et, detail plus poignant, que les Sarrasins, c'&ait 
d'eux qu'il s'agissait, avancaient toujours ; qu'ils avaient 
franchi les Pyr£n6es, qu'ils foulaient le sol de la Gaule I 

Vers 716, sur l'ordre des 6v6ques, on avait enfoui les reliques 
des saints et les tr&ors des gglises (1). A Saint-Maximin, on 

(1) A vrai dire, cet avertissement vint peut-6tre du ciel. L'anonyme de 



— 26 — 

recouvrait d'un amas de d&ombres la crypte oil reposaient les 
restes de sainte Marie-Magdeleine (1). On fit de m6me k Ta- 
rascon > pour le corps de sainte Marthe (2), et au petit hameau 
de Notre-Dame de la Barque, en Gamargue, pour les corps des 
saintes Maries (3). A Marseille, on prit les m&nes precautions. 
L'gglise cath6drale mit & l'abri le corps de saint Lazare (4) ; 
les moines de Saint- Victor, les reliques du prolecteur de leur 
abbaye ; puis ceux-ci fermferent les cry ptes et rGparferent leurs 
murailles. A l'abbaye cassianite de THuveaune, la tradition 
nous dit que Ton proc£da & une semblable operation. La croix 
de saint Andrg, que Ton conservait k Saint- Victor, fut portge 
de ce monastftre k celui de THuveaune, et cach6e dans un 
endroit ignor6 (5). 

A l'annonce de ces terrifiantes nouvelles, durant ces pr6pa- 
ratifs h£t6s, signes avant-coureurs de bien tristes gvgnements, 
de quelles angoisses l'4me d'Eus6bie devait 6tre remplie ! Elle 



la vie de saint Porcaire de Lerins rapporte que ce saint abbe oonnut, par 
la rev&ation que lui en fit un ange, la destruction prochaine de son mo- 
nastere, et recut l'ordre de cacher les reliques des Saints : « Gum gens 
< agarenorum furens, omnem depopulasset Provinciam, angel us Do~ 
c mini... apparuit in so m mis 8. Porcario, dicens : Surge velociter, et 
a occulta reliquias, quasin hac sacra insula decrevit Dominusper multa 
« tempo ra observandas... S. Porcarius dicit : Occultemus, viri fra- 
c tres, venerafbiles reliquias, ne a sacrilegis contingantur. » Chrono- 
logia sanctorum insulce Lerinensis a Barrali, 1. 1, p. 221. — Faillon, 
Monuments inidits. . . 1. 1, col. 681 . 

(1) Cette operation fut faite durant une nuit de decern bre de Tan 716, 
sous le regne d 13 tides, due d'Aquitaine, par les religieux cassianites de 
Saint-Maximin. 

(2) L'abbe Faillon, Monuments inidits sur Vapostolat de sainte 
Magdeleine, 1. 1, col. 682-690. — Ligendes et traditions provencales , 
par le marquis de Virieu, p. 11^. 

(3) Faillon, op. cit., 1. 1, col. 1280. — De Virieu, op. cit., p. 98. 

(4) Et pour les mettre plus en surety, Gerard de Roussillon, comte de 
Provence, les transporte a Autun, un peu plustard, a l'exception du chef 
du saint eveque martyr, que deux chanoines de Marseille purent ravir & 
celui qui emportait les venerables reliques. 

(5) Vesuntio civitas impertalis, par J.-J, Chifflet, p. 199 et suivantes. 
Sacrum gynaecozum, au 30 decembre, par Arthur de Monestier, — 
Martyrologium Gallicanum* par de Saussay, natalis eancti Andrea. — 
Cassianus illustratus, par Guesnay, p, 475. 



— 27 — 

itait, par le fait de sa charge, la gardienne de ses filles ; qu'al- 
laient-elles devenir, si les flots de la barbarie arrivai^nt sous 
les murs da monastfere ! Quel triste sort leur 6tait r6serv6 ! 
Aussi la sainte abbesse passait de longues heures prosternfie 
au pied de Fautel, recommandant k l'HOte du tabernacle 
celles qu'elle appelail ses filles, mais dont il avait daiga6 faire 
ses Spouses privil6gi6es. 

Un moment l'orage sembla devoir s'61oigner de la Provence. 
Un joyeuz message, en effet, celui de la victoire de Poitiers, 
gagnge par Charles- Martel, 6tait arriv6 en 732, rass6r6nant les 
emus et calmant les alarmes (1). Que d'actions de graces 
durent fitre adress6es k Dieu et k Marie, qui &&jk se consacrait 
le mois d'octobre par l'6crasement de la barbarie (2). Hglas, 
cenefut qu'une Sclaircie dans la temp&te! Les jours rede- 
Yinrentmauvais. Les Sarrasins avangaient, et, successivement, 
on apprenait, en 736, qu'ils Gtaient aux portes de la Provence ; 
qu'ils y avaien t p6n6tr6, en franchissant le RhGne; qu'Avignon 
gtait tomb6 entre leurs mains ; que le gouverneur de Mar- 
seille, Mauronte, trahissant son prince, vendant sa patrie, les 
avait appel6s ! 

t Deus, adjuva no8> » dut s'6crier la chfere sainte Eus6bie, 
icettenouvelle, a Dieu venez k notre aide, car ceux qui 
doivent nous garder abandonnent notre cause ! » II sembla 
que cette prifere ftit en tend ue, car, vers 737, celui que Ton 
appelait leMarteau, le bras de fer, Charles Martel, accouruten 
Provence et les Barbares recurrent. De quel poids immense 
durent 6tre soulagGs tous les coeurs 1 HSlas encore, la joie de 
tous futde courted ur6e! Oblige de quitter la Provence, en 
738, Charles Martel, la terreur des Sarrasins, remonta vers le 



(1) c Du champ de bataille meme, Charles Martel expedia a Gregoirelll, 
4 Rome, des messagers, pour lui annoncer la victoire de l'armee chre- 
tienne. . . Leur rapide passage a travers les populations, que 1'invasion 
musulmane avait frapp6es d'epouvante, fut une course triomphale. Dans 
toutes les eglises de France et d'ltalie on rendit a Dieu de solennelles 
actions de graces.* Darras, Hist o ire ginirale de VEglise, t. XVII, p. 41 . 

(2) L'abbe Darras prouve en note, dans son Histoire g&nerale de 
I'EglUe, t. XVII, p. 93, que la bataille de Poitiers a ete livree le samedi 
17 octobre 732. 



— 28 — 

Nord. AussitOt les Barbares reprirent leur marche en avant. 
Eq quelques mois, Avignon, Aries, Marseille et les contr6es 
environnantes devinrent la proie de leurs fureurs, sans que 
Mauronte, qui les avait appelfe, ptit en 6tre le maitre. 

A cette heure critique, n'allons pas croire que l'affolement et 
laterreur envahirentle monastfere de THuveaune. C'est le pro- 
pre des Ames basses et criminelles de trembler ; les Ames fortes 
et chr&iennes reinvent la t6te. Lisant au ciel la volontg de 
Dieu, el les l'adorent, l'acceptent et se mettent en mesure de 
1'accomplir. En retour Dieu envoie la force et le courage qui 
trempent les volontSs et raffermissent les coeurs. 

On se trouvait dans cette disposition d'esprit au ccenobium 
de THuveaune. Eus^bie voyait venir le martyre. Pr6te pour sa 
part k Fendurer, elle y pr6parait ses compagnes. Nous devi- 
nons sans peine le sujet habituel des exhortations de l'abbesse 
k ses filles : le martyre, la gloire de le soufl rir pour conserver 
intacte cette belle fleur de virginity qu'elles avaient vou6e k 
Dieu. 

Gependant, les nouvelles devenaient chaque jour plus affli- 
geantes. Ou aller, oil se r6fugier ? Marseille 6tait envahie par 
les Barbares. D'affreuses scenes de carnage, que Mauronte ne 
pouvait empficher, y avaient lieu. Les routes 6taient cou- 
vertes de f uyards, les campagnes sil lonnges pa r les maraudeurs. 
D6ja m&nedu haut des muraillesde Tabbaye on pouvait aper- 
cevoir des coureurs isol6s, des bandes d6tach6es, qui, se cachan t 
durant le jour dans les bois avoisinants, venaient le soir, k la 
faveur des t6n6bres, 6pier le monastfere sans defense, calculer 
ce qu'il devail receler de tr6sors et ce qu'il pouvait procurer 
de basses satisfactions aux instincts brutaux el sanguinaires de 
ceux qui le prendraient d'assaut. 

Chfere sainte Eus6bie, quel long et douloureux martyre Dieu 
vous faisait souffrir 1 A la pens£e du sort ignominieux dont les 
ennemis de votre Dieu vous menacaient, vous et vos com- 
pagnes, quelle p&leur parfois sur votre front, et quelles larmes 
dans vos yeux 1 1 

L'heure du sacrifice cependant avait sonng. 

Un soir, pendant que les vierges de THuveaune, r6unies 
dans leur chapelle, prolongeaient leur sainte veiilge, comme 



- 29 — 

sielles se doutaient que ce dtit 6tre la dernifere, une rumeur 
sourde, vague, lointaine se fit entendre au dehors ; le vent 
qui ggmit dans la forfet apporte des sons inarticulfis, des cris 
eioufites, parfois le heurt retentissant d'une armure, et puis. . . 
le silence le plus profond. Seul le bruit du flot qui se brise sur 
les rochers ou qui expire sur la grfeve vient le troubler k in- 
tervalles r6guliers. Des ombres de plus en plus nombreuses 
errent d'ici de Ik. Sur la mer, k quelques enc&blures de la 
cOte, de lourds navires croisent dans Tobscurite, tandisqu'en- 
tre les berges de THuveaune des barques d&ilent et remontent 
le courant. Et tout ce murmure conf us, ind£cis, insaisissable, 
augmente et se rapproche insensiblement. 

Soudain une clameur feroce, sauvage retentit. A ce signal, 
de tous cdtes les Sarrasins bondissent. II en sort des profon- 
deurs du bois, il en accourt des barques amarrges au rivage, k 
Fembouchure du fleuve ou le long de ses bords. Le monastftre 
est entourfe. Des torches s'allument, les glaives brillent, les 
lances s'agitent, les boucliers s'entre-choquent ; des cris, des 
impr&ations, des blasphemes se font entendre. Une bande 
plus achamfe se met k la recherche de la porte du monastfere. 

Les vierges du Christ, comme de timides colombes que l'ou- 
ragan a surprises, se pressent autour de leur abbesse. Elles 
murmurent, les yeux lev6s au ciel, cette parole de nos saints 
livres : a Ne livrez pas, Seigneur, aux betes impures les Ames 
qui se sont confines en vous ! » 

La porte du monastfere est trouveel Sous une violente 
pouss£e, elle vole en eclats et la horde sauvage s'elance, se 
rGpand de tous cdt6s. Mais personne.dans les cloitres, dans les 
salles basses, dans les cellules I . . . Les Sarrasins, interdits, 
troubles, f urieux, s'arrfetent. 

Un chant plaintif et suave arrive k ce moment jusqu'& eux. 
lis pretent l'oreille. La faible lueur qui s'gchappe d'une des 
ouvertures de l'oratoire leur indique l'endroit oh se trouve ce 
qu'ils recherchent. lis se precipitent vers T6glise. La porte, 
plus solide cette fois, rgsiste k leurs efforts. lis redoublent de 
blasphemes, et poussent plus violemment ; ils ne peuvent que 
l^branler. 

Dans I'int&rieur de la chapelle, quel spectacle £mouvant ! 



> 



— 30 — 

Debout au milieu de ses filles, au pied de la croix, devant 
l'autel, Eus6bie tient dans sa main un fer meurtrier. Prfvoyant 
la honte et 1'ignominie du suppliceque les barbares reservent 
k ses compagnes, elle brandit, avec une sainte Gnergie, ce 
glaive d'un nouveau genre, et de ses Ifevres antant que de son 
coeur, s*6chappent ces nobles accents: « mes filles 1 Fheure 
est venue de mouiir pour notre Dieu et notre 6poux celeste, 
J6sus-Christ! Gardons-lui nos cosurs sans tache et sans souii- 
lure. Si ses ennemis veulent nous arracher k son amour, 
trompons en cet instant leurs perfides desseins. Mille fois la 
mort plutftt que le deshormeur et le p6ch£ I Voici un glaive, 
mes filles, dtiigurons nos visages pour garder nos coeurs k 
Dieu. Donnons k J6sus -Christ notre dernier captique, gage 
supreme de notre amour 1 • 

D'une voix assume, Eus6bie entonne alors l'hymne sainte 
de I'espgrance et de la confiance en Dieu. Puis, d'une main 
courageuse, elle presse Tinstrument tranchant sur son visage 
et mutile son nez et ses lev res. La religieuse la plus rappro- 
ch6e imite son abbesse. Ensanglantg, le couteau vole de main 
en main, accomplissant chaque fois son terrible ouvrage. 

Le doux concert des voix virginales va s'affaiblissant au fur 
et k mesure qu'augmente le nombre des heroines de la chas- 
tete. Ce n'est bientdt plus qu'un plaintif g6missement, qui 
cesse tout k coup... 

En effet, dans la main de la derniere compagne d'Eus6bie, la 
plus jeune peut-6tre, une vague et ancienne tradition (1) nous 



(t) C'est un souvenir d'enfance que nous rapportons iei . Le premier 
recit qui nous lut fait de cette legende marseillaise reniermait ce detail 
qui demeura.depuis, profondement grave dans notre memoire.Ce n*6tait 
peut-etre bien en reality qu'une simple fiction de conteurs plus ou moins 
imaginatifs. Mais, chose remarquable, nous avons rencontre il y a des 
annees cette meme particularity dans une legende relatant le martyre, 
en Espagne, a l'epoque des Maures, des religieuses d'un couvent, qui 
lurent les dignes imitatrices de notre sainte Eusebie par rherolsme avec 
lequel elles se mutilerent le visage, afin d'echapper a la lubricite des 
Barbares 1 D'ailleurs n'incriminons point trop l'intention de nos aleux 1 
En quo! la puissance de la grace sur les ames est-elle dimimiee ? La 
jeune compagne d'Eusebie a- 1- elle moins merite la palme du martyre? 
Est-ce qu'une telle hesitation n'est pas dans la mesure de rinflrmite 



— 31 — 

dit que lefer a tremble. Une lutte terrible se livre en cette 
&me. Le sang g£n£reux qui coule autour d'elle, les clameurs 
impies qui retentissent au dehors, Ten tralnent au sacrifice. 
Mais l'horreur de la souffrance et, sans doute, le sacrifice 
de sa beauty la font h&iter. 

Or, les barbares s'acharnaient contre la porte de la chapel le, 
la secouant avec fureur, la f rap pant & coups de hache. Quel 
moment de poignante douleur pour Eus6bie et ses lilies 1 
Toutes sont k genoux, aux pieds de cette enfant, les bras 
tendus vers elle, la suppliant de leurs regards, ne pouvant le 
faire de leurs lfevres mutilges, de ne pas perdre le ciel, pour 
conserver quelques charmes pgrissables. La pauvre enfant 
h&itait toujours 1 . . . 

Mais les cris redoublent, la porte 6branI6e, soulev6e, 
s^chappe de ses gonds et se renverse avec fracas. Dieu se 
laissa toucher par le cri du coeur de ses martyres. La jeune 
enfant n'h&ite plus. Pour la quarante et unifeme fois, lefer 
meurtrier, conduit par une main redevenue hSro'ique, fit la 
dernifere victime, puisglissa sur les dalles du saint lieu. 

Au m&me instant, par la porte brisee et abattue, des Hots 
presses de Sarrasins, ivres de fureur, de lubricity et de carnage, 
se prgcipitent. En un clin d'oBil ils arrivent au pied de l'autel, 
k deux pas d'Eus£bie et de ses filles k genoux, les yeux et les 
mains au ciel. A la vue du sang qui inonde les pauvres victi- 
mes,desaffreusesblessuresqui les out d6figur6es, les barbares 
s'arrttent, reculent et fr6missent d'horreur. Mais bientflt leur 
colore, leur rage 6clate ; et voyant que la proie convoitee 
leur gchappe, ils se prgcipitent denouveau, foulant aux pieds, 
frappant du glaive, de la hache, de la lance, du bouclier les 
vierges du Christ et les massacrent sans piti6. Ils saccagent 



hnmaine ? Ne lit-on pas dans le recit du martyre de saint Porcaire de 
Lerins, que, sur les 500 religieux massacres par les Sarrasins, deux des 
plus jeunes, Golumban et Eleuthere, eurent peur,< duos ex ipsis juvenes 
plurimum formidare, » et coururent se cacher dans une caverne. Golum- 
ban, touche par la grace, rough de sa frayeur et vint rejoindre les g£ne- 
reux confesseurs de la foi avec lesquels il succomba. Quant a Eleuthere, 
il ne sortit de sa cachette que lorsqu'il vit s'eloigner les barques des 
Sarrasins.— Chronologic/, sand. Insul. Lerinensis a Barrali, 1. 1, p. 222. 



- 32 — 

ensuite, pillent et d&ruisent tout ce qui s'offre & eux, met tent 
le feu au monast&re et se retirent k la h4te par les sentiers 
obscurs de la forfit ou sur les navires qui les ont amenes. 

Ceci se passait, si nous en croyons les termes de Tinscrip- 
tion lapidaire placfie autrefois sur le tomjteau de sainte 
EusSbie, k Saint- Victor, le pridie kalendas octobris, indie- 
tione VI, e'est-i-dire le 30 septernbre 738. 



CHAPITRE IV (1) 



Sainte Eus6bie et son culte immemorial 



LBS RB6TES DBS CASSIANITES PORTES A SAINT-VICTOR.— SOUVENIR QUE 
I/ON CONSERVE DU FAIT GLORIEUX OB LBUR MARTYRS. — SAINT 
TSARNB VISITS LBS CRYPTES ET Y VENERB LBS RELIQUES. — « IBI 
ADTBM SEORSUM TURBA SACRARUM VIRGINUM QUIESClT 3D. — CBS 
VLBRGES SACR^BS ENSEVELIES, NON PAS DANS LB CIMKTIKRE DE 
PARADI8, MAIS DANS LBS CRYPTES. — LA d TURBA SACRARUM VIRGI- 
RUH », CB SONT SAINTE BUSEBIE ET SES COMPAONES. 

La nouvelle de cet horrible carnage se rSpandit bien vite 
dans les environs et arriva jusqu'a Marseille. Le gouverneur 
de la ville, Mauronte, ne dut pas l'ignorer. II vit bien quels 
allies il avail appetes pour raider k trahir son prince et sa 
patrie. L'effroi s'empara de tons les coeurs et Ton n'eut plus 
d'espfirance qu'en Dieu seul. 

Gependant, au lendemain de la catastrophe, quelques colons 
du monast&re, 6chapp6s k la mort, de pieux Chretiens, caches 
aux environs, des moines peut-6tre, venus k la d6rob6e de 
Saint- Victor, recueillirent pendant la nuit ces restes glorieux, 
les transport&rent en secret dans les cryptes de 1'abbaye et les 
placerent trfes probablement sous le pav6, devant la chapelle 
de Notre- Dame de Confession (2). Mais, sous les dalles des 
cryptes qui recouvrirent ces ossements sacrGs, ne put fitye 

(f) Au sujet de ce chap it re et des deux qui suivent, I'auteur a le 
devoir de declarer, que pour lui, comme pour tout boa Marseillais, le fait 
du xnartyre de salute Eusebie et de ses compagnes, ainsi que le culte 
ininterrompu, quoique point tres apparent, qu'on leur a rendu a t ravers 
les siecles demeure nore de toute f conteste. C'est la la foi de nosperes et 
la tradition de notre Eglise. Nous n'avons qu'a l'accepter. Si done Ton 
trouvait trop faibles et pas assez concluantes les preuves a I'appui, c'est a 
riasufilsance de I'auteur et noo a cette tradition que Ton devrait s'en 
prendre. (Note de I'auteur.) 

(2) C'est en cet endroit que nous les retrouverons vers Tan 1000. 

.3 



- 34 — 

enseveli le souvenir de la fin glorieuse de ces chastes Spouses 
de J6sus-Christ. Ceux qui en portferent les restes sanglants 
durety 6tre les premiers k faire connaltre ce qu'ils pouvaient 
savoir de details sur Thorrible scfene. Eurent-ils Tid6e de la 
regarder comme un veritable martyre ? M. de Rey dit que 
non : a Au moment oil les Sarrasins faisaient tant de victimes, 
oti chaque jour ils immolaient sans piti6 hommes, femmes, 
enfants, moines et prStres, on considSra la mort des Cassia - 
nites comme un des 6vfenements douloureux de la guerre, 
mais non pas comme un martyre (1). » Nous le croyons aussi. 
Pour ces braves colons du terroir de Saint-Giniez, pour ces 
serviteurs de Tabbaye de I'Huveaune, ce massacre ne fut qu'un 
acte de barbarie k ajouter aux tueries sauvages qui ont 
marqug le passage dans nos contrges de ces farouches enva- 
hisseurs. 

Le c6t6 hfiroique cependant de cettemort dut les f rapper. 
C'est par Ik quelle se distinguait du trtpas de tant d'autres 
victimes inconnues ou ignores k cette gpoque d&astreuse. 
Ce fut aussi ce qui en fit passer le souvenir k la posterity, et 
le nom de desnarrados donng k ces martyres Ta fait arriver 
jusqu'i nous. Un detail encore frappa les esprits, ce fut le 
nombre des victimes. Elles etaient quarante sans compter 
Eusgbie, dit la tradition. Et aujourd'hui, sans avoir lamoindre 
idee d'y contredire, nous lesappelons: Eus£bie etses quarante 
compagnes. 

Le fait du massacre des vierges de l'Huveaune fut ainsi 
toujours present k la mgmoire de tous. On se le transmit, on 
se le raconta. Plustard, au XI* Steele, les annates du monas - 
tfere, releve de ses ruines, en gardferent le souvenir, et proba- 
blement d£j&, comme d'anciens manuscrits Tattestent pour 
une 6poque posl£rieure f « k chaque novice qui faisait pro- 
fession, ou devait rappeler l'hgroisme d'Eus£bie et de ses 
quarante compagnes (2). » 

Cette perseverance cependant de la part des religieuses 

(1) Invasions des Sarrasins en Provence, par M. 6. de Rey, p. 144. 
Les Saints de VEglise de Marseille, p. 237. 

(2) Deuxieme lecon du II* nocturne de I'office pour la fete de sainte 
Eus6bie, 11 octobre, Propre du diocese de Marseille. 



— 35 — 

cassianites k se transmettre des tines aux autres le souvenir 
delafin glorieuse de leurs soeurs, ne constitue pas, h propre- 
meat parler, un.oulte public 6tabli en leur honneur. Nous ne 
connaissons pas pour le IX* et le X* si&cle d'autre fait ou 
d'autre monument qui soient Tindice d'une v6n6ration plus 
accentu£e de la part des fiddles. A cela rien d'6tonnant. Aux 
Sarrasins du VHP si&cle ont succ6d6 les Normands et les Sar- 
rasins du IX - et du X - sifccle. Sous les coups r6p6t6s de ces 
barbares, l'abbaye cassianite a succomb6 de nouveau. Un 
sfecle presque entier. (de 923 & 1004) s^coule sans que les murs 
en soient relevfe. Toutes les religieuses qui avaient pris avec 
un saint glan la place des compagnes d'Eus6bie sont mortes, 
d'autres leur ont succede et sont mortes & leur tour. Siirtout 
le monastfcre ne s'616ve plus Lft, sur les bords de l'Huveaune, 
ou sont tomb£es les heroi'ques martyres. Le souvenir du mas- 
sacre a done pu s'effacer quelque peu. 

Malgr6 tout.ee pendant, la tradition en demeurait vivace. A 
cette 6poque, en effet, vers Tan 1000, on conservait k Saint- 
Victor les corps des vierges de Jesus-Christ, ensevelis dans un 
endroit k part des cryptes. Ce lieu b£ni, on le montrait aux 
visiteurs de* l'ahbaye, et sans aucun doute, en cic6rone cons- 
ciencieux, le moine qui les guidait, avec ces reliques qu'il 
faisait v6n6rer, racontait d'une manure sommaire la vie et la 
mort d'EusSbie et de ses compagnes. 

C'est ce que nous apprend la vie anonyme de saint Ysarne, 
abb6 de Saint-Victor. II 6tait jeune encore lorsqu'il vint k 
Marseille en compagnie du moine 6aucelin.Se prenant d'affec- 
tionpour les cryptes, il les visitaavec foi et amour. Or, Scontez 
les details que donne Thistorien : a Les religieux qui accom- 
pagnaient le jeune Ysarne, tout heureux de la pi£t6 que 
manifestait leur visiteur, s'attachaient k satisfaire le vif 
d&irqu'il fiprouvait de parcourirles cryptes. Aussi, remplis 
dune douce charity pour lui, ils le conduisirent dans tous les 
sanctuaires. Lui montrant un point des cryptes : « En cet 
endroit, lui dirent-ils, repose la venerable armee des martyrs, 
auxquels on ne s'adresse jamais en vain, et qu'entoure de tous 
ctofe, dans les vastes champs d'alentour, le peu pie innombrable 
des saints confesseurs, jadis religieux de notre monast6re. Ici, 



— 36 — 

k part, repose la troupe des vierges sacrges. L&, dans cet 6troit 
sacrarium qui est creusg dans la roche vive,sont le3 tombeaux 
des saints Innocents (1). » 

On a traduit difi&remment que nous cette page de la vie de 
saint Ysarne, et notamment Yibi autem seorsum ne designe- 
rait pasun endroit k part des cryptes, mais un coin du cime- 
tifere de Paradis r6serv£ k rensevelissemsnt des Filles de saint 
Cassien. Ce texte perdrait ainsi toute valeur pour nous (2 j. 

A notre avis une telle interpretation est fausse. Pour le 
d&nontrer, expliquons ce texte avec quelque detail. 

D'abord, la preintere phrase : on visite a ce lieu ou reposent 
les martyrs dont p°rsonne n'implore en vain la puissance : 
Hunc locum venerandus martyrum, cut nunquam frustra 
supplicatur, tenet exercitus. » Quel est cet hunc locum ? Ces 
mots d&ignent ou les cryptes, ou bien un coin du cimeti&re de 
Paradis, ou le cimeti&re de Paradis dans son en tier. 

Or, ce n'est pas d'un coin du cimetifcre de Paradis que Ton 
veut parler. Les chartes qui traitent de Paradis, notamment 
celle de 1044, dans laquelle onraconteque Fulco et Odile son 
epouse firent reb&tir k leurs frais, k la priere de saint Ysarne, 
alors abb6 de Saint-Victor, Tantique chapelle de Saint-Pierre 
de Paradis, ne disent pas qu'il y e&t un point dgterming, un 
endroit k part oil les corps des martyrs gtaient ensevelis. Et 
cependant cette charte de 1044 explique bien ce qu'6tait Para- 
dis : « Ce cimetifere, situ6 k la porte du monastfere, est appel6 
Paradis, parce qu'un grand'nombre de corps de saints martyr^, 
de confesseurset de vierges y reposent (3). » Incorttestablement, 

(1) * Hunc, aiunt, locum venerandus martyrum, cui nunquam frustra 
suppllcatur, tenet exercifus, quos per hos totos late patentes campos 
sanctorum confessorum, bujus loci quondam monachorum circum circa 
innumerabilis populus ambit. Ibi autem seorsum sacrarum virginum 
turba quiescit. At in illo interior! sacrario quod in ipso naturali saxo 
excisum vides » — Vita Sancti Ysarni; Acta SS. ordinis Bene- 
dict., t. VIII, p. 584. 

(2) Les Saints de VEglise de Marseille, p. 235. 

(3) t Qua? ecclesia vel locus, multis retroactis temporibus, vocatus est 
Paradisus, idcirco vero idem locus ad porta m monasterii situs, vocatus 
est Paradisus, sicut et nos com peri mus, quia multorum corporum vide- 
licet sanctorum martyrum confessorum ac virginum eodem loco quies- 



— 37 — 

s'H y avail en dans ce cimeti&re un endroit spgcialement consa- 
cvi par les depouilles des saints martyrs, vers lequel les foules 
seseraient port6es, conduites par la v6n6ration qu'elles avaient 
pour ces reiiques, lacharte 1044 l'aurait indiquG. Elle ne dit 
rien de semblable. Done il n y a pas dans Paradis de hunc 
locum special, sane till 6 par la presence des ossements des 
martyrs. 

Est-il question du cimetiftre de Paradis en entier ? Mais alors 
oh se trouvaient les vastes champs dans lequel le biographe de 
saint Ysarne affirme que reposaient les saints confesseurs jadis 
religieux de Saint-Victor ? On ne peut le nier, ces latentes 
campos ne sont autres que les champs de Paradis m6me. Done, 
cet hunc locum n'est point le cimetifere de Paradis tout entier. 
Done par ces mots hunc locum il faut entendre les cryptes, 
et mieux, un point particulier des cryptes, la chapelle de 
Notre-Dame de Confession, ainsi appetee, disent les auteurs, 
a cause des nombreux corps de martyrs au-dessus desquels la 
Sainte Vierge a son trdne 61ev6 (1). 

Arrivons k la deuxteme phrase. Les visiteurs s'arr&ent 
devant 1'endroit a part oil reposent les vierges sacr6es. Ibi 
autem seor&um sacrarum virginum turba quiescit , Qu'indi 1 - 
quent ces deux mots ibi seorsum ? Un coin encore de Paradis, 
ou le cimeti&re de Paradis tout entier ? Ni Tun ni l'autre. 

II ne s'agit pas d'un coin du cimetifere de Paradis. Nous le 
rip&ons, s'il y avait eu dans Paradis* un endroit k part, des- 
tine k l'ensevelissement ici des martyrs, Ik des confesseurs, 
plus loin des vierges, la charte de Fulco et d'Odile l'aurait 
insinug de quelque manifere. Or, elle ne dit rien de semblable. 

II ne s'agit pas du cimetifere de Paradis en entier, puisque, 
d'aprfes le texte de la vie de saint Ysarne, la dfepouille des 



centium, deeoratur auxiliis et suffragatur meritis. » — Cartulaire de 
8aint-Victor, II, charle 32, Carta sancti Petri de Paradiso. 

(1) c Le nom de confession etait donne aux sepulcres des martyrs et 
des confesseurs, parce que le lieu des maitres-autels ou Ton renfermait des 
reiiques de martyrs porta it le nom de confession » — Rufli, Histoire 
de Marseille, t. II, p. 115. — Marchetti, Explication des usages et cou- 
tumes des MarseiUais, p. 190.— Martigny, Diet ionnaire des antiquites 
chrttiennes, p. 173. 



-38 - 

vierges consacrtes k Dieu repose dans « un endroit k part . » 
Forc&nent on veut parler des cryptes. 

D'ailleurs, admettez un inslant que Vibi seorsum ddsigne un 
coin du cimeti&re de Paradis, reserve k I'ensevelissenient des 
filles de saint Cassien. Voyez le bizarre itineraire que Ton fait 
suivre aux visiteurs. Le hunc locum venerandus martyrum 
se trouve bien dans les cryptes. Impossible, on l'a vu, d'en 
faire un coin de Paradis. Ysarne done et les moines qui le 
guident sortent des cryptes, oil ils ont v6n6re les martyrs 
qui y reposent, viennent dans Paradis pour y visiter Tendroit 
k part « ibi seorsum » oil reposent les vierges sacrees. Puis 
ils redescendent dans les cryptes pour y v6n6rer au sacra- 
rium les reliques des saints Innocents. Mieux valait saluer le 
hunc locum venerandus martyrum dans les cryptes, conti- 
nuer la visite en passant devant le sacrarium ou Ton garde 
les reliques des saints Innocents et remonter ensuite dans les 
champs de Paradis pour y v6n£rer en cet endroit k part les 
reliques des saintes vierges cassianites ! Non, r interpretation 
donnge par quelques auteurs est fausse. Le hunc locum est la 
chapelle de Notre-Dame de Confession, le ibi autem seorsum 
le devant de Tautel de Notre- Dame, et le sacrarium la cha- 
pelle de sainte Marie-Magdeleine. Ainsi les visiteurs n'ont pas 
quitte les cryptes. Mais,apr£s s'&tre agenouilies devant le hunc 
locum, ils viennent se prosterner Ik oil reposent les vierges 
sacrees, puis ils visitent le sacrarium des saints Innocents. 

Certains besiterontpeut-gtre& accepter notre interpretation, 
sous le prgtexte qu'il semble necessaire d'admettre la deter- 
mination dans Paradis d'un coin spgcialement reserve k Ten- 
se velissement des filles de Cassien. Or, nous croyons qu'il n'y 
a jamais eu, k aucune epoque, semblable affectation. 

En effet, si quelqu'unavait dti poss6der ce privilege, de repo- 
ser dans un endroit k partdu cimeti&re de Paradis, e'etaient les 
moines de Saini-Victor. Or, la chane de 1044 dit simplement 
que a dans Paradis reposent un grand nombre de corps de 
saints martyrs, de confesseurs et de vierges. » Le texte de la 
vie anonyme de saint Ysarne dit que a les corps des confes- 
seurs, jadis moines de 1'abbaye, reposent dans les vastes 
champs qui entourent les cryptes. » C'est done d'ici de la, 



— 39 — 

sansordre bien Gtabli, sans affectation particuli&re pour les 
moinesou pour les religieuses, que Ton a inhum6 dans Para- 
dis, durant tant de sifecles, les corps que Ton y a portgs. Cha- 
cun choisissait, ou Ton choisissait pour le d6f ant, Tendroit de 
sa sepulture, suivant la devotion que Ton avait pour tel saint 
on tel martyr. L'essenliel Stait de reposer auprfes d'eux. Si done 
les moines n'avaient pas d'endroit k part pour leurs dGpouilles 
mortelles, les religieuses cassianites n'en avaient pas non 
plus. 

On allgguera, sans doute, les tombeaux dScouverts jadis 
auprfes de la chapelle de Sainte-Gatherine et nous en tendons 
Ruffi nous dire que « tous ces tombeaux marquaient que ce 
lieu 6tait asaurSment un cimeti&re et que c'6taient des reli- 
gieuses qu'on y avait enseveii (1). » II y a du vrai et du faux 
dans ce qu'affirme Ruffi. « Tous ces tombeaux marquaient 
que ce lieu 6 tail un cimetifere. » G'est vrai. Paradis devait 
s'avancer jusqu'aux environs de la chapelle qui, b&tie plus 
tard, fut dgdtee k sainte Catherine. Mais que ce fussent des 
religieuses qui y gtaient ensevelies, e'est ce que Ruffi aurait 
d& prouver 1 II donne l'6pitaphe de Tune d'entre elles : 
Eugenia. Soit. Mais il aurait du citer les autres inscriptions, 
s'il y en avait; et, s'il n'y en avait pas, qui Pautorise k affir- 
mer que les personnes ententes k cdt6 d'Eug^nia Gtaient des 
religieuses comme elle ? 

Ce texte de Ruffi ne prouve done rien contre notre opinion. 
Et il est vrai de dire que Vibi seorsum ne se trouve pas dans 
Paradis. C'estplutGt un endroit k part dans les cryptes. Quel 
endroit ? Nous ne pouvons le designer stlrement. Mais, on Ta 
vu plus haut, si le hunc locum venerandus martyrum est la 
chapelle de Notre- Dame de Confession, nous croyons que 
Yibi seorsum d&igne le devant de l'autel, le pav6 du sanc- 
tuaire de Notre-Dame. 

La vraie et rigoureuse interpretation de ce passage 6 tant 
donnee, quelle est cette turba sacrarum virginum dont les 
(Upouilles reposent ibi seorsum, dans cet endroit a part des 
cryptes ? II ne s'agit certainement pas de toutes les religieuses 

(1) Ruffi, HUtoire de Marseille, t. IL p. 55. 



- 40 — 

cassianites, qui ont v6cu avant le X s stecle. Pas plus que les 
raoines de l'abbaye de Saint-Victor, elles ne recevaient la 
sepulture dans les cryptes. On n'y ensevelissait que les reli- 
gieux ou religieuses (Tun caractere de saintetg assez marquant 
et reconnu (1). Quant aux autres moines ou religieuses, c'est k 
Paradis que leurs corps 6taient inhumes. Voila pourquoi la 
vie anonyme de saint Ysarne parle des vastes champs oh re- 
posent les confesseurs, jadis moines de l'abbaye, et lacharte 
d'Odile et de Fulco rappelle que dans Paradis reposent les 
corps des martyrs, des confesseurs et des vierges. 

II s'agissait doncd'un nombre restreint de religieuses, aux 
dgpouilles desquelles on avait donng cet endroit pour sepul- 
ture. Mais quelles religieuses a-t-on jamais inhum6es ailleurs 
qu'a Paradis ? En faveur de qui a-t-on fait une exception ? 
Pas pour d'autres religieuses que les compagnes d'EusSbie. 

En effet, le mot turba implique un certain nombre et la 
tradition dit que les compagnes d'Eus6bie gtaient quarante. 
C'est a part, seorsum, entre le lieu oil reposent les martyrs et 
le 8acrarium taill6 dans le rocher, que repose la troupe des 
vierges sacr£es et c'est a un endroit, a part encore, devant 
l'autel de Notre-Dame de Confession, que la tradition et les 
chartes les font reposer. La similitude est trop frappante pour 
que Ton h&ite un instant. C'est bien d'Eus&rie et de ses com- 
pagnes qu'il s'agit dans ce passage de la vie de saint Ysarne. 
D'ailleursune charte du XV* si&clenous l'assure. SainteEus6bie 
fut plac£e dans un tombeau, derrtere la chapelle de Notre- 



(!) Les martyrs et les confesseurs ont joui les premiers du privilege 
de la sepulture daus les eglises. II y avait une raison plausible que don- 
nait saint Ambroise :« Succedunt victimse triumphales in locum ubi Chris- 
tus est. Sed ille super altare qui pro omnibus passus est, isti sub altari 
qui illius redemptisunt passione. » Un peu plus tard, les fideles jouirent 
de ce privilege. Mais il y eut bientdt des abus. Des lors, un concile 
de Braga defendit cette pratique. Au IX* Steele, un 6veque d'Orleans lit 
de mdme, mais il admettait des exceptions : « Nemo in ecclesia sepe- 
liatur, nisi forte talis sit persona sacerdotis aut cujuslibet justi hominis, 
qui per vitae meritum talem vivendo suo corpori defuncto locum acqui- 
sivit. > — La Sepulture chre'tienne en France, par Arthur Murcier, 
p. 76, 77. — Ed. Leblant, Inscriptions chr&tiennes de la Gaule, t. II, 
p. 219 et suivantes. 



— 41 — 

Dame de Confession et ses guarante compagnes furent dgposges 
devant l'autel de la bienheureuse Vierge Marie. 

Or, cet ensevelissement k part auprfes de Notre-Dame de 
Confession, k Tendroit le plus sacre de nos cryptes, k c6l6 
des reliques des plus illustres martyrs ; ce pfelerinage que Ton 
fait auprfcs de ces rested ; cette v6n6ration que Ton a' pour eux, 
est-ce autre chose que la marque et le signe que Ton conserve 
pieusement le souvenir du trgpas hSroi'que de ces saintes 
vierges et que Ton a voulu mettre une difference entre leur 
genre de mort et la mort simple et naturelle des autres reli- 
gieuses ? G'etait unesorte de cultequi s'etablissait. EusSbie 
et ses compagnes gtaient done honorGes et &6]k saint Ysarne 
disait un des premiers, au fond de son cceur : Bienheureuses 
fillesde notre pfere Gassien, priez pour nous ! 



CHAPITRE V 

Sainte Eus6bie et son oulte immemorial 

(Suite) 



SAINTE BU3BBIB BT SBS COMPAQNBS, ENSEVBLIBS SOUS LB PAVE DBS 
CRYPTB8, DU VIII" SIEOLE AU XIV* SIBCLB. — CHARTB SANS DATE, PAR. 
LANT d'BUSEBIE BT DB SBS COMPAGNE6. — LB CULTB BN L'HONNBUR 
DBS SAINTBS MARTYRBS S'ACCENTUE AU XIV* SIBCLB. — 8AINTB BUSB- 
BIB DAN8 UN TOMBBAU A PART. — SBS COMPAQNKS , DEVANT L'aUTBL 
DB NOTRB-DAME DB CONFESSION. — ON VISITE CETTB CHAPBLLB. — 
MONSEIQNEUR DE BELSUNCE 6TABL1T LB CULTB PUBLIC EN L'HONNBUR 
DB NOS SAINTBS MARTTRBS. 



Combien d'ann6es, ou mieux combien de sifccles, ces restes 
prScieux demeurferent-ils en cet endroit, honorGs par les visi- 
teurs des cryptes, mai9 ne recevant point encore cependant 
de la g6n£ralit£ des fiddles ces marques de v6n6ration qui 
constituent un veritable culte public ? 

Trois ou quatre peut-6tre. En effet, un inventaire des reli- 
ques poss6d6es par Tabbaye de Saint-Victor, r6digg en 1363, 
ne fait aucune mention de nos chores saintes. A cette gpoque, 
Urbain V avait ordonne* de restaurer Saint-Victor. Or, au 
moment de d&ruire le maltre-autel de l'Sglise superieure, 
pour le rempiacer par celui que ce Pape devait consacrer 
deux ans plus tard, on ouvrit une grande caisse plac£e sous 
cet autel et dans laquelle plusieurs corps saints gtaient ren~ 
fermfe. Le proems -verbal dresse k cette occasion gnumfere les 
reliques que Ton y trouva. II n'y a rien d*Eus6bie, ni de ses 
compagnes (1). 

De plus, i T occasion de la consecration de i'autel en 1365, 
on avait plac6, k droite et k gauche, dans l'gglise superieure, 

(1) Recueil de chartes de Saint- Victor, par Dom Lefournier, t. Ill/ 
archives departementales. 




ST. HUE OCCUPBB J 



— 43 - 

des reliques in si goes que Ton avait tiroes des cryptes. Or, pas 
un mot encore de sainte Eus6bie, ni de ses compagnes (1). 
C'est, k notre avis, la preuve la plus certaine que rien n'avait 
&& change k i'6tat dans lequel ces reliques se trouvaient vers 
Tan 1000, k l'6poque de la visite de saint Ysarne. Si les corps 
avaient 6t6 exposes publiquement dans les cryptes, ou places 
dans un torn beau, comme l'a 6\& le corps de sainte Eus6bie 
plus tard, il est difficile de croire qu'on ne les ettt pas exposes 
dans la grande 6glise, ce jour-li (2). lis se trouvaient done 
encore, trfes probablemeat, sous le pav6 de lachapelle de N.- D. 
de Confession. 

Quelques annfes aprfes la mort d'Urbain V, on fit certains 
changements dans les cryptes. On toucha aux reliques que 
Ton y gardait. Des ce moment, nous voyons sainte Eus&rie 
ensevelie dans un tombeau k part, non loin de ses compagnes. 
En effet, une charte sans date, que Dorr Lefournier a transcrite 
d'un vieux manuscrit sur papier soie, atteste que a le corps 
de 1'abbesse gtait plac6 dans un tombeau, en dehors de la 
chapelle de Notre-Dame de Confession et tout auprfcs ; et les 
quarante compagnes 'demeurferent ensevelies devant Tautel 
de Notre-Dame (3). » 

Or, quelle est bien la date de celte charte ? Ce n'est gufere 
que d'une mantere approximative que nous pouvons l'indi- 
quer. En 1376, Marseille etant environn6e et presque assiegSe 
par de nombreux ennemis et l'abbaye de Saint- Victor pouvant 
6tre k chaque instant pill6e et saccagge, les religieux du 
monastfire firent porter, le 10 mai, dans Tint^rieur de la ville, 
le chef de saint Victor et d'autres reli qua ires, appartenant k 

(l) Recueil de chartes de Saint-Victor, par Dom Lefournier, t. III. — 
Livre noir des archives de Saint -Victor, t. Ill, p. 129. 

(2)11 yeut, exposees a la veneration des fideles dans l'eglise superieure, 
en ces circonstances et pendant un certain temps, les reliques de saint 
Agricol, du bienheureux Marcel, de sainte Archontanie, de saint Ber- 
nard, abb^ et cardinal, de saint Mauront, eveque de Marseille, de saint 
Hilarion, de saint Yviffred, les corps de saint Ysarne et de deux autres 
saints. — Charte* de Dom Lefournier, t. III. — M. l'abbe Albanes, 
Entree solennelle du pape Urbain V a Marseille, en 4365. 

(3) Nous donnons cette piece in-extenso dans : Sainte Eusebie et ses 
W compagnes martyres. 



— 44 - 

l^glise de l'abbaye (1). Quelques jours aprfes, le danger ayant 
disparu,.tout fut rapports k Saint-Victor. 

Quelles sont lesreliques (2), outre le chef de saint Victor, 
que Ton s'empressa de mettre & Tabri de la rapacit6 des enne- 
mis ? Le procfes-verbal dressg par les religieuz ne le dit pas. 
Ce durentfitre les plus pr&ieuses sans doute, mais certai- 
nement aussi celles que 4'on pouvait le plus commod&nent, 
le plus facilement transporter. Or, il y avait, attesle l'inven- 
taire de reliques r£dig6 en 1365, dans les chapelles laterales 
et auchevet de i'6glise supGrieure, plusieurs chesses conte- 
nant les corps des saints les plus illustres, entre autres de 
saint Mauront, de saint Ysarne, de saint Uviffred, de saint Ber- 
nard, etc. , etc. Urbain V les avait fait placer, on se le rappelle, 
en ces diflferents endroils, afin de satisfaire la pi6t6 des fiddles. 
Presque certainement, ondut, & I'^poque critique de 1376, 
transporter ces corps saints dans la ville. 

Mais, le danger pass6, on dut les descendre dans lescryptes. 
En effet, un autre inventaire fait, en 1444, mentionnant les 
reliques qui sont contenues dans une grande caisse, plac6e 
sous i'autel de l'6glise supGrieure, ne parle nullement des 
corps saints, jadis places dans les chapelles lat&ales ou au 
chevet de cette gglise. lis ne s'y trouvaient done plus. Or, la 
charte sans date qui nous occupe les d&igne comme 6tant 
places dans les cryptes. Ce document a done 6t6 probablement 
r6dig6 entre les ann6es 1376 et 1444. 



(1) Ge proces-verbal se trouve dans les cbartes de Dom Lefournier, 
t. Ill, a cette date de 1376.0a y parle de : caput sancti Victoris et cceteri 
reliqucBTii sanctce Ecclesice venerabilis monasterii, 

€ En 1376, tandis que la Provence etait dans une grande confusion, les 
Mar8eillais firent porter dans la ville le chef de saint Victor etlesossements 
de ses compagnons avec les autres reliques qu'on conserve dans cette 
eglise et on les mitendepdt entre les mains d'Antoine Dieudeet de 
Guillaume Vivaud, gentilshommes de Marseille, en suite d'une delibera- 
tion du conseil de la communaute, qui fut tenu pour ce sujet dans la 
salle de l'b6pital du Saint-Esprit, le 10 mai de la meme annee; maisquel- 
ques jours apres elles f urent rapportees en procession dans le monas- 
ters » — Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 122. 

(2) Ruffl parle de reliques. Mais le proces-verbal parle de reliquaires : 
cceteri religuafrii. 



- 45 — 

D autre part, la placQ que Dom Lefoumier assigne & ce docu- 
ment, dans son recueil manuscrit de chartes, nous fournit 
une indication plus precise. II le fait pr6ceder et suivre de 
deux actes de 1407. Si ce n'est point la l'indication d'une 
date certaine, on peut y apercevoir cependant l'opinion de 
Dom Lefoumier. Ce serait done avant 1407, qu'on l'aurait 
r6dig6. 

Quelques mots de cette charte nous permettent de prgciser 
davantage. Parlant du corps d'Urbain V, qui repose dans la 
grande 6glise du monastfere, le r6dacteur de cette charte ecrit 
que « Ton a des miracles constates pour la canonisation du 
saint Pape(l).» Or ,1a premiere d-marche pour obtenir la cano- 
nisation d'Urbain V ayant 6t6 faite par Valdemar, roi de 
Danemark, en 1375 (2); le p rocks ayant 6t6 dress6 par le pos- 
tulateur de la cause, en 1382 (3) ; durant cet intervalle, l'abb6 
de Saint -Victor et ses moines ayant demand^ de vive voix, a 
C16ment VII, rfeidant a Avignon, d'accorder cette grace (4), 
cette cbarte doit 6tre done de 1380 ou de 1381. 

C'est a cette epoque, croyons-nous, qu'il faudrait fixer le 
changement dont nous avons pari 6 tantdt, relatif aux restes 
d'Eusgbie et de ses compagnes. A la suite du reman iement que 
l'ou op6ra dans les cryptes et des fouilles que Ton y fit, on 
pla$a le corps d'EusSbie dans le tombeau qu'il a occup6 jus- 
qu'i la Revolution, et Ton laissa sousle pav6 dela chapel le, 
au pied del'autei de Notre -Dame de Confession, les restes des 
40 compagnes. 

(i) De quo habemus multa miracula ad canonisationem. Chartes 
recueiUies par Lefoumier, t. III. 

(%) Abrige* de la vie et des miracles du bienheureux Urbain V, 
par 1'abbe Albanes, p. 189. 

(3) L'abbe Albanes, op. cit. t p. 192. 

(4) L'abb6 Albanes, op. cit. t p. 191 .— Recueil de chartes de saint Victor 
par Dom Lefournier,t.lII, supplique faite a Clement VII, par l'abbe et les 
religieuxdu monasterede Saint- Victor, ut Pa-pa Urbanus V adscriba- 
tur in catalogo sanctorum. — Le 8 juillet 1381, le conseil de la cit6 de 
Marseille p roseate atissi une requdte au Pape et aux cardinaux ad 
petendam, prosequendam et obtinendam canonisationem sanctce me- 
morice Vrbani Papce V; recueil de chartes par Lefoumier, t. Ill,— His- 
toire d'Urbain V et de son siicle, par l'abbe Magnao, p. 479. 



— 46 — 

Une preuve, c'est qu'k partir de ce moment sainte Eusebie 
est nominee dans les chartes. On ne la confond plus avec ses 
compagnes. La sainte abbesse et ses religieuses ne sont plus 
d6sign6es par Texpression vague et confuse de turba sacrarum 
virginum. Mais cinquante ans & peine plus tard, en 1431, on lira 
dans les chartes : sainte Eus&ne et les 40 vierges, ses compa- 
gnes : sancta Eusebia et XL aliis virginibus et martyr i- 
bus (1). 

Y a-t-il eu un procfes- verbal de cette translation? Nous ne 
saurions rien dire de certain k ce sujet. Dans tous les cas, cette 
charte sans date, copteesur un manuscrit papier soie,pourrait 
fort bien £tre un d6bris, un extrait de ce proc&s-verbal (2). 

Quel signe a pu faire distinguer les reliques d'Eus6bie de 
celles de ses compagnes? Rien de certain encore. Mais il y a 
Tinscription d'EusSbie! Qui assurera qu'on ne Pa pas trouv6e 
k ce moment sur le corps de cette chfere sainte ? II est de fait, 
d'une part, que jusqu'i cette 6poque nul historien, croyons 
nous, na parl6 d'une inscription d'Eusebie; d'autre part, 
stirement cette inscription n'a pas 6t6 gravee au XV* si&cle. II 
est de fait encore, nous l'avons dit plus haut, que jusqu'& ce 
moment jamais on n'a dgsigng nomm&nent sainte Eus6bie. 
On la confond avec ses compagnes martyres, la troupe des 
vierges sacrtes. Mais k partir du XV* Steele, Eus£bie apparait 
distincte de ses compagnes. On I'appelle par son nom. Or, qui a 
fait connaltre ce nom? Nous disons, nous, que c'est Tinscrip- 
tion. Que Ton indique un autre document ! ! 

D'ailleurs, voici ce que dit cette charte : a Dans Tiglise infe- 
rieure il y a une chapelle sous le vocable de Notre-Dame de 
Confession, elle estentour6e d'une grille en fer. Sous l'image 

(1) Charte de 1431 . — Chartes recueillies par Lefournier, t. Ill, Mdifi- 
catis, etc. 

(2) Ce proces-verbal a pu 6tre agard dans les deux circonstances que 
mentionne Ruffi, dans son Hixtoirede Marseille. En 1423 et 1441, sous 
pretexte que les Aragonais menacaient Marseille, des gens de cette ville 
penetrerenl a Saint-Victor, enleverent des reliques, des joyaux, des livres, 
des ornements, les porterent de cot6 et d'autre et ne voulurent plus les 
rendre. II fallut proces sur proces pour lesy forcer. C'etaient la, on peut 
le dire, de facheux amis : onerosi amid. Ruffi, Histoire de Marseille, 
t II, p. 122. 



— 47 - 

de la bienheureuse Vierge Marie reposent les restes des trois 
soldats qui furent les uompagnons de saint Victor et martyrs 
avtc lui: F61icien, Alexandre et Longin. Devant Tautel de 
la Vierge Marie se trouvent les quarantereiigieuses mariyres. 
Par respect pour elles, les femmes n'entrenl point dans cette 
chapelle. Si elles en franchissaient le seuil, elles perdraient 
la vue. L'abbesse de ces quarante religieuses a 6t6 plac6e 
auprfcs, mais au dehors de la chapelle, et cette abbesse s'appe- 
lait Eus6bie (1). » Si jusqu'i la fin du XIV sifecleaucuu docu- 
ment ne pouvait fournir une trace bien certaine et bien pro- 
bante du culte public en l'honneur de notre chfcre sainte, k la 
date de la redaction de cette charte toute difficult^ s'6vanouit. 
Le culte est ici bien 6tabli et bien marqu6. 

C'6tait d'abord une chose fr&juente, que par respect pour 
certains oratoires il ue fill pas permis d'y p6n6trer. A l'oratoire 
de Saint-Sauveur, k Aix (2) ; k la crypte de Sainte- Marie-Mag- 
deleine, k Saint-Maxiuiin ; k Rome, pour la chapelle de Saint- 
Jean, dans le baptist&re de Latran (3), cette prohibition existait 



(l)c Estqusedamcapella quae d ici tur cape llaB. Mariae de Confessione et 

eircuiturierro Sub imagine B. Mariae, jacent tres milites qui f uerunt 

socii Victoris et martyres cum eo, Felicianus, Alexander et Longinus, et 
antealtare B Virgin is jacent quadraginta moniales martyres..... Re ve- 
rentiam illarum mulieres non intrant dictam capeilam, et si intrant 
amittant visum, et abbatissa illarum jacet juxta, extra capeilam etdici- 
tur Eusebia ... i — Recueil de chartes, par Dom Lefournier, t. III. 

L'abbe Marchetti connaissait ce texte, car il ecrit au sujet des fem- 
mes qui par respect n'entrent pas dans la chapelle de Notre-Dame de 
Confession, qu'elles agissent ainsi c de peur que latemerite de cette irre- 
verence ne soit punie de l'aveuglement dont la tradition de cette abbaye 
assure que Dieu chatia celle d'une princesse qui perdit la vue pour avoir 
ttesihardie que <Ty entrer. •— Explication des usages et coutumes des 
MarseiUais, p. 191. 

(2) Les Trois Romes, par Mgr Gaume, t. I, p. 278. 

(3) L'oratoire de Saint-Sauveur, a Aix, appele la sainte chapelle, fut 
bati suivant la tradition par saint Maximin, premier eveque de cette ville. 
Pitton, l'annaliste de la sainte Eglise d'Aix, ecrit que les femmes, par 
respect n'osent entrer. Les actes des deliberations du chapitre d'Aix, de 
l'annee1581, disent : « In parvam capeilam Sancti Salvatoris nunquam 
mulieres ingrediuntur propter loci sanctitatem et venerationem.» Faillon, 
Documents ine'dits sur I'apostolat de sainte Magdeleine, 1. 1, p. 503. — 
Pitton, Annates de la Sainte Eglise d'Aix, pp. 4, 114. — L'ancienne 



— 48 - 

pour les femmes. II en gtait de mAme k Saint- Victor pour la 
chapelle de Notre-Dame de Confession, ou se trouvaient ense- 
velies les compagnes d'Eus^bie (1) Preuve Gvidente de la v6n6- 
ration publique que Ton avait pour ce lieu b6ni. Qu'il fat 
d&endu en outre aux femmes de franchir le seuil de Cette 
chapelle, preuve gvidente encore que les foules venaient la 
visiter, y prier les vierges hgro'iques qui y reposaient. Or, un 
des details qui constituent le culte public rendu k un saint, 
c'est le concours des fiddles auprfes du tombeau ou des reliques 
de ce saint. Done, le culte 6tait gtabli en l'honneur de nos 
saintes martyres. 

On allGguera que la v6n6ration des fiddles s'adressait non 
pas aux reliques de sainte Eus6bie et de ses compagnes, mais 
seulement au sanctuaire de Notre-Dame de Confession. C'est, 
en effet, ce qu'ont pensg beaucoup d'auteurs et ancieus et mo- 
dernes. Ma billon, dans les Acta sanctorum ordinis sancti 
Benedict i et dans les Annates ordinis sancti Benedicti dit 
de la chapelle de Notre-Dame de Confession : « que l'entrde 
en 6tait interdite aux femmes (2) ». La. Notice sur les monu- 
ments de Saint-Victor affirme que les personnes du sexe ne 
peuvent y entrer, et Tauteur de cet ouvrage cite l'usage de 
Teglise de Saint-Pierre de Rome, dapres lequel les femmes 
ne peuvent p&i6trer dans T£glise inferieure qu'4 certaines 
ffttes (3). TJEssai historique et archiotogique sur Cabbaye 
de Saint- Victor (4), mentionne la mfime coutume.' Marchetti 

Vie de Sainte-Marie-Magdeleine dit : « Femina enim nulla unquam 
temeritatis audacia in illud sanctissimum templum ingredi praesump- 
sit. . . • Faillon, ut supra, 1. 1, col. 419, 423 ; t. II, col. 436. 

(1) a Ce sanctuaire,qui est repute le premier et le plus ancien de Mar- 
seille, est pour cela en si grande veneration, que les femmes, a qui l'ac- 
ces de nos autels a ete de tout temps interdit, s'abstiennent encore d'y 
entrer et s'en eloignent par reverence. » Marchetti, Explication des usa- 
ges et coutumes des MarseVlais, p. 191. 

(2) « In eo sacello R. Maria? de Confessions, cujus aditus mulieribus 
interdictus. » Mabillon, Annates, O. S. B., t. II, p. 90. — Acta sanct, 
O. S. B., t. IV, p. 487. 

(3) Notice des monuments conserve's dans Ve'glise noble, insigne et 
colligiale de Vabbaye de Saint-Victor de Marseille, p. 14. 

(4) Essai historique et archeologique sur Vabbaye de Saint- Victor 
lex Marseille, par E. B. . ., p. 24. 



— 49 — 

6crit: « Ce sanctuaire, qui est rtput6 le premier et le plus 
ancien de Marseille, est pour cela en si grande v6n6ration que 
les femmes, k qui l'accfes de nos autels a 6t6 de tout temps 
interdit, s'abstiennent encore d'y entrer et s'en 61oignent par 
reverence (1) ». Ruffl, Kothen et M. Tabbe Magnan (2) 
affirment k leur tour que l'entrte du sanctuaire de Notre- 
Dame de Confession gtait interdite aux femmes. Suivant done 
ces auteurs, la v6n6ration des fldfeles et la craiute qu'ils ont 
depenfitrer dans ce sanctuaire provenaient du respect que 
Ton avait pour la Sainte Vierge et non pas celui que Ton pro- 
fessait pour les restes des saintes compagnesd'Eus6bie. 

Guesnay cependant donne une variante. Parlant de la cha- 
pelle de Notre-Dame, il dit qu'elle est eglfebre « soit a cause 
de la belle image de la bienheureuse Vierge, soit k cause des 
trente-neuf compagnes d'EusSbie, qui y sont enseveliest, et il 
ajoute : « C'est k cause de cela que les jeunes filies et les fem- 
mes ne peuvent franchir le seuil de ce sanctuaire (3). » 

D'aprfes cet auteur done l'entrge de la chapel I e serait inter- 
dite non pas seulement par respect pour Notre-Dame, mais 
aussi par v6n6ration pour les saintes martyres. Or, nous 
croyons que Guesnay est davantage dans la v£rit£ que la plu- 
part des auteurs. Voici, en effet, ce que dit la charte cit6e plus 
haut : « C'est k cause du respect que Ton a pour ces martyres 
que les femmes n'entrent pas dans cette cbapelle (4) ». 

(1) Marchetti, Explication des usages et coutumes des MarseH- 
lais, p. 19J. 

(2) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 130 : t Le tombeau des 
quanuite religieuses qui se couperent le nez a l'exemple d'Euseble, est 
dans la chapelle de Notre-Dame de Goniession ou les femmes n'osent 
ptoetrer de peur de perdre la vue. » — L'abbe Magnan, Saint-Victor de 
Marseille, ses origines, etc., etc., p. 22. — Kothen, Notice sur lea 
eryptes de Vabbaye de Saint-Victor-lez-MarseiIXe, p. 47. 

(3) c E regione autem illius speluncse amplius quoddam et paten- 
traa sacellum cui nomen B. Virginia a Confessione, summa frequen- 
tly celeb ra turn, turn ob elegantem B. Yirginis propositam in eo effi- 
giem, turn quia in eo novem et triginta dicatarum Deo virginum, a 
Sarraeenis Vandalisque interfectarum, corpora sepulta sunt, e6que fit ut 
pnelhe cseterseque mulierculae ab illius aditu etiamnum hodie ut et a 
majoribus religiose observatum vidimus, prohibeantur. » Cassianus 
illutitratus, par Guesnay, p. 474. 

(4) Charte sans date, citee plus haut. 

4 



— 50 — 

On a de la devotion, du respect pour ces saintes martyres, 
done elles nesontpas inconnues; on vient visiter leur torn- 
beau, on les prie, done le culte en leur honneur est 6tabli au 
XIV- sitjcle. 

Aussi, dfes cetle 6poque de l'histoire, il est facile de suivre 
pas k pas le progrfes et I'exteusion de ce culte.' On aime k ae 
contier k la protection des saintes martyres. On se fait une 
gloire et une consolation de dormir son dernier sommeil dans 
les champs qui avoisinent leur tombe. G'est un honneur que 
i'on n'accorde pas k tous. Seuls les membres de la confr6rie de 
Notre-Dame de Confession jouissent de ce privilege (1). Quand 
on veut c6tebrer la gloire de labbaye de Saint-Victor, on rap- 
pelle a tous que les corps de lant de saints illustres y reposent 
et notamment ceux de sainte Eus6bie et de ses quarante 
compagnes. Les deux chartes de 1431 et de 1446 sont la 
preuve de ce que nous avancons (2). Au XV" - sifccle done on 
honore, on v6n6re, on prie sainte EusSbie et ses compagnes. 

Detail singulier cependant, que des auteurs et surtout 
M. de Hey ont note (3), les enfants de Saint-Cassien et les 
moinesde Saint-Victor, leurs successeurs, quidevaient consi- 
der comme leur appartenant toutes les gloires de l'ordre de 
Gassien, ne faisaient pas Toffice de ces glomuses martyres et 

(1) lis demandent que pour encourager cet elan (l'etablissement de 
cette confre>ie de Notre-Dame de Confession) une place particuliere soit 
assignee dans le cimejiere du monastere pour la sepulture des confreres 
et qu'il soient rendus participants a toutes les bonnes oeuvres des moines. 
L'abbe de Saint-Victor, Pierre Dulac, leur accorda ce privilege' par un 
acte qui exiate encore, date du 5 mai 1446. On lit dans cette charte que 
Kothen a publiee en appendicedanssatfofc'ce sur les crypte$ : c Uni- 
versarum gratiarum et meritorum quas et que S. Victor et socii ejus 
S. Adrianus cum sociis suis, Mauriclus. Innocentius et socii eorum, Gri- 
santus et Daria, Eusebia cum quadraginta aliis virginibus et martyri- 
bus t Petrus et Marcellinus... S. Cassianus, Maurontus, Ylarianus, Ysarnus, 
Hugo. Bernardus et Siflfredus presules et Chrisli conlessores et 8S. Inno- 
centes ac XI mUlia virgines, quorum et quarum corporum magnus nu- 
merus in monasterio hujusmodi in pace in Ghristo requiescunt, et alii 
martyres, episcopi et confessores ac virgines in ecclesia memorati monas- 
ter ii ir^ Ghristo requiescentes, innocentia vitas.. . acquivisse et promeruisse 
noscuntur. .. » 

(2) Nous donnerons en Appendice cette charte de 1431. 

(3) Les Saints de VEglise de Marseille, sainte Eusebie, p. 238. 



— 51 — 

ne placaient pas leurs reliques sur les autels. Nous l'avons 
deja dit, l'inventaire des reliques fait en 1444, & Saint-Victor, 
celui qui fut dressS en 1365, celui de 1363, ne font aucune 
mention des dgpouilles de nos saintes marseillaises. On a retirg 
des Cryptes vers 1365 plusieurs restes insignes de saint Cas- 
siea, de saint Ysarne, de saint Bernard, etc., pour les placer 
dans l'6glise superieure. Jamais il ne s'agit des ossements 
d'Eus£bie et de sescompagnes. Un brSviaire de 1497, qui appar- 
tenait a Saint-Victor, ne fait mGmoire de nos saintes ni dans 
l'offlce, ni dans les litanies, ni dans le propre de l'abbaye (1). 
Les Bollandistes attestent que dans aucun martyrologe tant 
ancien que nouveau, il n'est parte de sainte Eusebie et de ses 
quarante compagnes(2). Arthur de Monestier seul fait exception 
dans le Sacrum Gynoecosum (3). Bien plus, parmi lesauteurs 
qui en parlent, beaucoup ne les appellent pas Saintes. Et cepen- 
dant on les honore, on les vSnere a Saint-Victor ! Explique 
qui pourra cette Strange anomalie. 

Quand on sait cependant que saint Mauront n 'avail pas, lui 
aussi, d'office propre a Marseille, dont il a 6t6 6v6que, et que 
Ton ne connaissait presque rien de sa vie (4), on devine que 

(1) Invasions des Sarrasins en Provence, par M. de Rey, p. 141. 

(2) t. . . Certe ego nullam eorum apud martyrologos memoriam reperi, 
excepto Artburo, sed silentibus omnibus caeteris martyrologis tarn antiquis 
quam recentioribus, scrip tori bus interim aliis qui de eisdem honorifici 
meminerint, antiquum earum sacrum cultum non asserentibus aut certe 
Don probantlbus, quin etiam eorumden aliquibus nee sanctarum nee 
beatarum titulo Mas honorantibus. . . » Acta sand. — Bolland , Vita 
Sanctce Eusebicv, 14 Oct., p. 282. 

(3) Sacrum gynceceum ab Arturo de Monasterio ad diem 30 dec. : 
c Apud Veaunense monasteriumdicecesismassiliensis, passio sanctarum 
Eusebiae et sociarum sanctimonialium virginum, quae mira constantia 
pro tuitione castitatis et fldei decertantes, martyrii palmam reportarunt. » 

(4) c Dans nos anciens breviaires il n'y a point de lecons prop res pour 
l'offlce de saint Mauront, et dans l'hymne il n'est rapport6 aucun fait de 
ta vie. Les lecons qu'on cite a present le jour de sa tete, sont extreme- 
ment recentes ...... Antiquity de VEglise de Marseille, par M* r de 

Belsunce, t. I, p. 300. 

« Le sanctoral de l'abbaye de Saint Victor est muet et se borne a louer 
d'one facon generate sa chastete, son esprit de mortification, la douceur 
de son caractere et son application a l'administration de son service. » 
— Les Saints de VEglise de Marseille, p. 253. 



- 52 — 

si on n'a pas fait Tofflce de nos yierge3 cassianites, c'est que 
Ton ne savait rien de certain sur elles et que seule la tradition 
rapportait le genre de leur martyre. 

II faut arriver au XVII"*-sifecle pour que ce culte se reveille 
et se pare dequelquesplendeur. D'abord c'est Arthur de Mones- 
tier, nous Tavons dit, qui insfere dans le martyrologe ce que 
la tradition rapporte. Puis c'est Mabillon, qui raconte le genre, 
T6poque de leur martyre et fait connaitre le lieu de leur 
sepulture. Guesnay atteste k son tour que de son temps on 
les appelle martyres, bienheureuses, saintes (1). Ainsi le culte 
en leur honneur grandit et s'implante: Enfin, arrive M" de 
Belsunce qui rgpare Toubli des sifecles. II compose lui- 
m&ne la L6gende (2), y insure la tradition et par un dGcret 
du 27 mai 1733 institue une tete et ordonne la recitation de 
l'office en leur honneur. Alors et depuis, avec la sainte Eglise, 
nous pouvons dire : sainte EusGbie, et vous ses eompagnes. 
priez pour nous II.. . 

Une conclusion se dggage des deux precedents chapitres. 
Si, de tout temps, sainte Eusgbie a 6t6 honorGe d'un culte plus 
ou moins exterieur et public, le martyre de notre sainte n'est 
done pas une pure tegende. Quelques historiens de Marseille 
l'ont pens£. 11 est vrai qu'ils se sont contends de l'6crire, sans 
jamais s'occuper de fournir la moindre preuve k l'appui. II en 
est mftme qui ont affirm^ le contraire le lendemain (3). La vie 

(1) Guesnay a plusieurs reprises dans son Cassianus illustratus y les 
appelle saintes martyres, page 475 : « ... Ad hujus sacelli dexteram, 
marmoreum sepulcrum constitutum est in eoque Sanctce Eusebia?... ossa 
condita. .. Hae autem.. mortem quam virginitatem Deo dicatam depe- 
rire sibi maluerunt . .» — Ibidem, p. 725 : Sepulchrum . . . in quo sanc- 
tissimarum virginum et martyrum lipsana...»— Page 510 : « Qua? fortiter 
dato capite ad duplicatum virginitatiset martyrii praemium evolarunt. * 
— Page 725 : « Sancta Eusebia virgo et martyr... coenobium de Yvelino 
vixit aliquot an nos... Cum Eusebia, Deo sacrata? virgines 39, receptis 
repentina? victoria? palmis, militia? coelestis cuneos sua accessione amplia- 
runt. Sacra? martyrum exuvia? ...» 

(2) Acta sand. — Bolland., Vita Sanctce Eusebiae, . oct. 14, p. 292. 
M* r de Belsunce fixa la fete de sainte Busebie au deuxieme dimanche 
d'octobre : c Quod illan nullum certum suo cultui sacrum diem habe- 
re nt », ajoutent les Bollandistes. 

(3) M. Mortreuil traite d'une maniere assez irreverencieuse le fait des 



— 53 — 

et la mort de notre heroine sont entourGes d'obscurites, c'est 
vrai, maisla foi du peuple nes'embarrasse pas de ces obstacles. 
Elle perce ces tfinfebres pour aller droit au but. Et n'ayons 
crainte, le peuple chrgtien sait bien a qui il porte ses pri&res. 
En definitive c'est le souffle du Saint-Esprit qui le pousse et le 
conduit 

Lorsgue au printemps nous voyons une rose, fraichement 
Ipanouie, charmer nos regards par les brillantes couleurs de 
sa corolle embaumSe, nous disons : C'est le rosier qui a produit 
cette rose 1 A Pheure actuelle nous vgngrons sur les autels, a 
Marseille, la sainte abbesse EusSbie, et Ton respire, a la prier, 
je ne sais quel parfum d&icieux de rose et de lis. Sachons-le 
bien, nous possgdons la Rose, stirement nos pferes avaient vu 
le Rosier ! ! 



Desnazzadas. « C'est une pieuse legende commune a plusieurs 6tablisse- 
mentsmonastiques, et la date n'en est rien moinsque certaine. » (Mortreuil, 
Response auat observations de M. Augustin Fabre sur Vancienne 
bibiliotheque de Saint-Victor, p. 6.) 

Pour Achard l'historiographe, cite par M. Saurel, Banlieue de Mar- 
seille, p. 154, et Meynier, cit6 aussi par Saurel, dans le meme ouvrage, ce 
nest qu'uoe vieille legende, dont le fait n'est pas prouv6 et probable* 
mentemprunte a un Episode analogue arrive a Saint Jean-d'Acre, et qui 
d'ailleurs semble 6tre un moyen assez violent de se defend re contre les 
barbares. 

Augustin Fabre ne l'accepte que comme legende, dans les Rues de 
Marseille , t, 1 p. 280. Mais, dans Observations sur la dissertation de 
M. Mortreuil, p. 4, il 1'appelle : « un sacrifice toucbant et sublime » et 
letient pour vrai. 



4. 



CHAPITRE VI 

Sainte Eus&rie, ses compagnes martyr es 

et leurs reliques 

JUSQU'A LA REVOLUTION, LB CORPS DE 8AINTB BUS^BIE 2TAIT BN8E- 
VBLI DANS UN TOMBBAU A PART. — A CBTTB £POQUS SBS RELIQUES 
ONT PU KTRB PROFANEB8. — JUSQU'A LA REVOLUTION, LBS RBLI-, 
QUBS DBS 6AINTES COMPAGNES d'EUSEBJE ONT £t6 SOUS LB PAY*, 
DEVANT L'AUTBL DB NOTRE-DAME DE CONFESSION. — ELLES T SONT 
BNCOBB. 

La question du culte en l'honneur de sainte Eus6bie et de 
ses compagnes etant r6gl6e, il est intfiressant pour nous de 
savoir ce que sont devenues leurs reliques. 

Relativement a sainte Eus^bie, nous l'avons vu, une charte 
du XIV- Steele afflrme que ses ossements b6nis se trouvaient 
dans un tombeau (actuellement au Mus6e du Ch&teau-Bor61y)t 
plac6 dans les cryptes, k droite de la chapelle de Notre-Dame 
de Confession, k I'extrgmitg du. passage 6troit qui conduit au- 
del^i de cette chapelle. De fait, jusqu^ l'Spoque de la Revo- 
lution, e'est Ik que Ton voyait ces reliques v6n6rables. 

Tous les auteurs post6rieurs au XIV- sifecle qui ont parte de 
notre sainte, ont place son tombeau k ce m£me endroit, en 
donnant des indications plus ou moins d6tail!6es. Chifflet place 
le corps d'Eus6bie dans la chapelle de l'gglise infgrieure, dans 
les cryptes (1). Guesnay dit qu'& la suite de cette chapelle se 
trouvait un tombeau de marbre, dans lequel 6taient plac£es les 
reliques de sainte Eus6bie, jadis abbesse de trente-neuf com- 
pagnes (2). Mabillon, parle du tombeau sur lequel on voyait 

(1) Chifflet, Veauntiocivitas imperialis, p. I99etsniv.: «... Quarum 
corpora aliquo post tempore disquisita, in monasterium Sancti Victoris 
translata sunt et in sacello ecclesiae inferiorisreposita...» 

(2) « Ad hujus sacelli dexteram marmoreum sepulcrum eonstitutum 
est, in eoque sanctae Eusebise eammdem novem et triginta monalium 
quodam abbatissse, ossa condita. . . » Cassianns illustratua, p. 475. 



— 55 — 

une image de notre sainte, le visage et le nez mutilgs (1). 
Arthur de Monestjer citeGuesnay. Agneau £crit : « En sortant 
de la chappelle (Sainte-MagdeleineJ on voit un tombeau en 
raarbre blanc qui renferme les reliques de sainte Eus6bie, ab- 
besse des religieuses Cassianites (2). » M gr de Belsunce afHrme 
que « les corps decesmartyres furent transports k l'abbayede 
Saint- Victor, oti ils sont encore aujourd'hui, dans T6glisesou- 
terraine. Celui de sainte Eusebie est dans un tombeau de mar- 
bre quarry-long, et enchAss£ dans une espfecede niche. » La 
Notice sur les Cryptes, de Kothen, precise Fendroit de la 
sepulture : « A l'extrdmitA du passage (derrifcre la chapel le de 
Notre-Dame)se trouve,dans un mur, un emplacement de tom- 
beau arqu£ qui contenait les restes de sainte Eusebie (3) ». 
M. le chanoine Magnan dit de mGme que « le premier arcoso- 
Hum (derrifere l'autel de Notre-Dame) est celui oil se trouvait 
autrefois le tombeau de sainte Eusebie (4).» M. de Rey : a Les 
reliques de sainte Eus6bie furent enferm£es dans une tombe 
de marbre que Ton pla$a dans repaisseur de la muraille, k 
cOtede la grotte'de sainte Magdeleine (5). » 

Ainsi, pendant trois cents ans, sainte Eus£bie a repos£ dans 
ce tombeau k part, a c6te de la chapelle de Notre-Dame de 
Confession. 

Et aujourd'hui, oil se trouvent ces restes pr£cieux ? On est 
d'accord k dire qu'& l'£poque de la Revolution tout fut dGtruit, 
brbie et disperse. Cela est fort probable, k moins quequelque 
main pieuse ait pu dgrober le corps aux barbares modernes, 
et l'ait place dans un recoin ignore des cryptes ou ailleurs. 
Mais il n'y a gufere lieu de l!esp£rer. 

Quant aux reliques des quarante compagnes d'Eusebie, les 



(1) t Exstat in monasterio Sancti Victoria Eusebise tumulus, cui impo- 
sita est ejusdem heroinse effigies, dimidia facie et naso mutila, cum hoc 
cpitaphio... » Annates ordinis Sancti Bene diet i, t. II, p. 96. 

(2) Agneau, Calendricr spirituel du Diocese de Marseille, en /75P, 
p. 381. 

(3) Notice sur les Cryptes de Vabbaye de SainUVictor-lez-Marseille, 
p. 54. 

(4) Saint- Victor de Marseille, par l'abb6 Magnan, p. 22. 

(5) Les Saint 8 de VEglise de Marseille, sainte Eusdhie, p. 235. 



— 56 — 

auteurs ne sont pas d'accord pour designer l'endroit precis 
oil elles ont 6t6 d6pos6es. 

Du temps de saint Ysarne, nous l'avons prouv6, elles 6taient 
k part, seorsum, et cet endroit & part, c'est la chapelle de 
Notre-Dame de Confession. Elles y gtaient encore a u XIV Ste- 
ele, puisque la charbe citee plushaut dit qu'elles se trouvaient 
placfes : ante altare Beatce Virginis. 

Depuis cette £poque, les a-t-on changes de place ? Nous ne 
le croyons pas. 

D'abord, avant la Revolution elles y Staient. Chifflet 6crit 
qu'elles sont dans T^glise souterraine (1). De mfime Mgr de 
Belsunce, qui ajoute: a Elles y sont encore aujourd'hui. 
(de son temps.) (2) » Arthur deMonestier, Guesnay, deRufli, 
Agneau, disent qu'elles se trouvaient dans la chapelle de 
Notre-Dame de Confession (3). Mabillon affirme que de son 
temps les reliques de ces saintes vierges se trouvaient au 
milieu de cette chapelle (4). 

II n'y a qu'une variante. La Notice des monuments conser- 
ve's a Saint- Victor, sans designer l'endroit pr6cis ou se trouve 
le tombeau de sainte Eus6bie, place les reliques des quarante 
compagnes dans le tombeau de l'abbesse (5), ce qui est mat6- 



(1) Chifflet, Vesuntio civitas imperialist p. 199 et suivantes. 

(2) UAntiquiU de VEglise de Marseille, par Mgr de Belsunce, t. I, 
p. 291. 

(3) Arthur de Monestier : Sacrum gynceceum ad 30 dec, cite le 
texte de Guesnay. — Guesnay, Cassianus iUustratus, pp. 474, 725: 
« Ad hujus sacelli dexteram, marmoreum sepulcrum. . . in quo Sanctis* 
simarum virginum et martyrum lipsana suis ut decet loculis condita, 
piorum clientum votis exhibentur. » — Ruffi, Histoire de Marseille, 
t. II, p. 130 : « Le tombeau des quarante religieuses qui se couperent le 
nez a l'exemple de l'abbesse Eusebie est dans la chapelle de Notre-Dame 
de Confession... » — Ruffi (Antoine de) : c Elles sont ensevelies au mitan 
de la chapelle intitulee : Notre-Dame de Confession. » Histoire de Mar- 
seille, p. 408. — Agneau : Leurs reliques sont sous l'autel de Notre-Dame 
de Confession. » Calendrier spiriluel, p. 384. 

(4) Mabillon : « Sanctimoniales alia quadraginta ejus sociae jacent in 
medio saoello B. Mariae de Confessione, ut vocant. » — Annales O. S. B. t 
t. 2, p. 90. — Acta sanctorum O. S. B., t. 4, p. 487. 

(5) Notice des monuments conserves.,, p. 17. Nous venons de voir 
que Guesnay offre aussi cette variante. 



- 57 - 

riellement impossible. Quarante corps, ou les ossements de 
quarante corps ne peuvent Gtre contenus daus un tombeau 
pareil k celui de sainte Eus£bie. En r£sijm£ done, les auteurs 
anterieurs k la Revolution sont d ? accord. De leur temps, les 
reliques des quarante compagnes d'Eus£bie etaient dans la 
chapelle de Not re-Dame de Confession. 

Les auteurs post£rieurs k la Revolution ont moins d'unani- 
miti dans leurs affirmations. 

Dans YEssai historique et archiologique sur les cryptes de 
Saint-Victor, on lit que « Tautel (de Notre-Dame de Confes- 
sion) renfermait, outre diverses reliques, celles de quarante 
religieuses qui, k 1'exemple de leur abbesse Eus6bie, se muti- 
lferent le visage. . . (1) » M. I'abb6 Verlaque (2) affirme que, 
d'apr&s plusieurs auteurs et la tegende de l'ancien plan des 
sou terrains, le tombeau de sainte Eus6bie et celui de ses com- 
pagnes gtaient places sous l'ancien autel de Notre-Dame de 
Confession. M. Eothen cite une deliberation du Chapitre de 
Saint- Victor, en date du 1" juiu 1746, dans laquelle on lit : 
« Attendu que le dit autel (de Notre-Dame de Confession) ren- 
ferme plusieurs tombeaux de saints martyrs, les dits prieurs 
promettent que le dessus sera d'une planche en bois qu'on 
ponrra facilement enlever pour satisfaire la pieuse curiosity 
des fiddles. » II ajoute : « D'aprfes la plupart de nos chroni- 
queurs et la legen&e de l'ancien plan, ces tombeaux renfer- 
maient les restes des compagnes de sainte Eus£bie, abbes- 
se (3). » 

Nous croyons ces opinions compl&tement erron£es. En effet, 
les chroniqueurs, nous les avons cites, et k moins que Eothen 
en ait connu d'autres, ceux dont nous avons rapportg le 
ttmoignage : Mabillon, Arthur de Monestier, Ghifflet, Ruffi, 
disent k peu prfes tout 16 contra ire. Pour ces auteurs, les reli- 
ques des compagnes de sainte Eusgbie ne sont pas dans l'autel 



(1) Essai historique et orchiologique sur les cryptes de Saint- Vic- 
tor, p. 25. 

(2) Notice sur Sainte Eustbie, par l'abb£ Verlaque, p. 21 . 

(3) Kothen, Notice su* les cryptes de Vabbaye de Saint-Victor-les- 
MarseiUe, p. 34. 



— 58 - 

ou sous l'autel de Notre-Dame, mais : jacent in medio 
sacello. La lggende de 1'aucien plan doit gtre celle que 
M. Faillon a donnte dans son premier volume des Monuments 
intdits (1), el que Ton trouve aussi dans Kothen. Or, daus le 
plan que donne Faillon, pas un mot du tombeau de sainte 
Eusgbie, ni de celui de ses compagnes, et dans le plan que 
donne Eothen, le tombeau de 1 'abb esse est indiqud, mais pas 
celui de ses compagnes. 

Quant auireliques qui se trouvaient sous l'autel de Notre- 
Dame de Confession, nous n'avons qu'& nous rappeler la charte 
sans date du XIV* Steele, nous saurons k quels saints elles 
appartenaient. « Sous I'image de la Bienheureuse Vierge repo- 
se nt lea trois soldats qui furent les compagnons de saint Vic- 
tor et martyrs avec lui: F61icien, Alexandre et Longin(2) ». 
Yoilk les reliques que l'autel Notre-Dame renfermail. I/auteur 
de VEssai hietorique, M. I'abb6 Verlaque et Eothen se sont 
done trompis. Nous pr6f6rons Topinion de M. Andr6: a Les 
restes v6n6r6s des quarante martyres 6taient devant l'autel de 
Notre-Dame de Confession (3) ». Et Topinion de M. Rey qui dit 
ggalement : « Les corps des quarante victimes des Sarrasins, 
que le peuple appelle du nom expressif de desnarradosjuvexii 
ensevelis dans T6glise inttrieure de Saint- Victor. lis y repo- 
saient dans le sol, sous le dallage, k l'entrge de la chapelle 
de Notre-Dame de Confession (4) ». Avant la Revolution ils 
Gtaient done Ik. Les auteurs modernes le reconnaissent. 

Or, pendant la Revolution les a-t-on d£plac6s de cet en- 
droit ? A-t-on fouillg le pav£? A t- on jet6 au vent, au feu, k 
la mer les ossements bgnis qu'il gardait depuis des stecles ? 
Peut-6tre. Mais quel est l'auteur qui Tait dit avec preuve k 
Tappui (5) ? Quel vague souvenir a-t-on conserve de ce fait? 



(1) Monuments inidits sur Vapostolat de sainte Marie-Magdeleine, 
par l'abb6 Faillon, 1. 1, col. 54. — Kothen, op., cit. planche VI. 

(2) c Sub imagine B. Marise jacent tres milites qui fuerunt socii Vic- 
toria et martyres cum eo, Felicianus, Alexander et Longinus. .. » 
Recueil de chart es de Dom Lefournier, t. 3 ; Archives departementales. | 

(3) Andr6, Histoire de Vabbaye de Satnt-Sauveur, p. 13. : 

(4) Les Saints de VEglise de Marseille : sainte Eus6bie, p. 295. 

(5) Sur quinze ou vingt ouvrages que nous avons entre les mains et i 



- 59 — 

On a prof an£ et br&16, nous T&cceptons, les reliques de sainte 
Eus^bie et d'autres saints. Leurs tombeaux 6taienl visibles auz 
regards de tous. Mais ces reliques des quarante compagaes 
d'Eus6bie 6taient sous le pav6, peut-6tre trfes profondGment 
enfouies. Elles out pu 6chapper & la rage des nouveauz 
vandales. Aussi nous n'h&itons pas k Taf firmer. Notre con- 
viction est qu'elles s'y trouvent encore, Ik, sous le pav6, sous 
le dallage, devant 1'autel de Notre-Dame. Et ce qui nous con- 
firme dans notre croyance c'est que nous nous rencontrons du 
meme avis que Thistorien de nos Saints de Marseille, qui con- 
nalt bien et aime beaucoup nos cryptes, M. de Rey (1). 



que nous citoas ie long de ce travail, il n'en est guere que trois qui 
supposent que les reliques des compagnes de sainte Eus6bie ont 6t6 
profanes a cette 6poque desastreuse. Dans quelques lignes consacrees 
A sainte Eus6bie par M. I'abb6 Magnan, on lit : « Les cendres d'Eusebie 
etdeses compagnes ont 6t6jet6es au vent, son tombeau a 6t6arrach6 
do lieu qu'il occupait.» Semaine liturgique, ann6e 1868, p. 732, t. VII. 

Dans une Notice sur Sainte Eusibie, M. I'abb6 Verlaque a 6crit : « Le 
tombeau de sainte Eus6bie et celui de ses compagnes etaient places sous 
1'ancien autel de Notre-Dame de Confession.. Jusqu'en 1793 les sarco- 
phages re^sterent debout, mais a cette 6poque le vandalisme s'abattit 
avec rage sur cette maison deprieres... » p. 21. — L'abbe Bayle, dans 
un opuscule sur Saint- Victor, se contente d'ecrire : « Ses reliques (de 
Sainte Eurtbie) ont 6t6 profanAes. » p. 127. 

(1) « Us y reposaient, et peut-6tre ils y reposent encore, dans le sol, 
sous le dallage, a l'entree de la chapelle de Notre-Dame de Confes- 
sion. » Les Saints deVEglise de Marseille : sainte Eusgbie, p. 235. 



o§*>*<*§o 



SAINTE EUSEBIE 

Abbesse 
ET SES 40 COMPAGNES MARTY RES 

A MARSEILLE 



En quel lieu et & quel endroit 
elle a souffert le martyre 



CHAP1TRE PRtiLIMINAIRE 



Precis Historique de la Oontroverse 



AUTBUBS QUI ONT ECBIT SUB SAINTS EUSEBIE. —DEUX QUESTIONS A 
TBAITBB. — OPINION CONTBAIBE DB CERTAINS AUTEUBS RELATIVE- 
MENT A CES DEUX QUESTIONS. — MABCHB A SUIVBE DANS CB 
TRAVAIL. 



Nous I'avons dit, k notre avis, le monastfere oil sainte Eus6- 
bie a passe de longues annGes dans la pratique de la vie reli- 
gieuse 6tait silu6 sur les bords de l'Hu veaune, prfcs de la mer, 
& l'endroit occup6 actuellement par Tancien restaurant Gon- 
tard/Et c'est Ik qu'elle a 6t6 martyrisSe avec ses quarante 
compagnes par les Sarrasins, en 738. 

Mais la question est controversy . En regard de nos obser- 
vations se dressent deux negations aussi formelles. * Des 
auteurs et bien nombreux soutiennent qu'il faut c&ler k 
d'autres lieux et k une autre 6poque Thonneur d'avoir vu tant 
de pi6t6, de vertu et d'hGroisme. Donnons en quelques mots 
le prdcis de cette controverse. 

Quatre auteurs ont 6crit sur sainte Eus6bie : M. J 'abbe 
Nagnan, dans un travail que la Semaine liturgique ins£ra 
jadis dans ses pages (1) ; M. I'abb6 Verlaque, dans un petit 
opuscule intitule ; Notice sur la vie de sainte Euse'bie, 
abbeaae et martyre; M. Gonzague de Rey, dans un livre bien 

(1; Sainte Eusebie et sea compagnea, par l'abb6 Magnan ; Semaine 
liturgique, aan&e 1868, p. 732 et suiv. — Le mdme auteur a ecrit 
( |uelques lignes sur le m&me sujet dans sa Notice sur la Croix de Saint- 
Andre, pp. 16 et 17, et daus Y Hist oire d*Ur bain V et de son siecle% 
p. 252. 

5 



— 62 — 

goute de tous : Les Saints de VEglise de Marseille (1); 
M. Grinda, enfin, dans quelques extraits d'une mooographie 
de Saint-Victor, publics dans VEcho de Notre-Dame de ia 
Garde, annee 1888* 

Nombre d'auteurs ont effleur6 aussi dans leurs ouvrages le 
ra^me sujet, le traitant d'une mantere plus ou moins som- 
maire. Ainsi, Chiffletius J. -J., dans son Vesuntio civitas li- 
bera imperialis (2) ; le P. de Saussay , dans le Martyrologium 
Gallicanum (3) ; le P. Guesnay, dans le Cassianus illustratus 9 
le Provincial Massiliensis Annates (4) ; le P. Arthur de Mones- 
tier, dansle Sacrum Gynceceum (5); Mabillon, dans les Acta 
sanctorum ordinis Sancti Benedicti et les Annales ordinis 
Sancti Benedicti (6) ; les deux Ruffl, dans YHistoire de Mar- 
seille (7) ; H. Bouche, dans la Chorographie et VHistoire de 
Provence; Bouche, dans YEssai sur VHistoire de Pro- 
vence (%) ; le P. Lecointe, dans les Annales ecclesiastici Fran- 
corum (9); le P. Denis de Sainte-Marthe, dans la Gallia 
Christiana (10) ; Mgr de Belsunce, dans YAntiquiU ou la suc- 
cession des 6ve*ques de Marseille ; Agneau, dans le Calen- 
drier spirituel de 1759 ; le P. Saint-Alban, dans le Ca- 
lendrier spirituel et perpe'tuel de la ville de Marseille, de 



(1) Les Saints de VEglise de Marseille, Sainte Kusebie et ses com- 
pagnes, vierges et m arty res, 11 oct., p. 225etsuiv. — Le meme auteur 
traite ce sujet dans les Invasions des Sarrasins en Provence. 

(2) Chiffletius J. -J., Vesuntio civitas, etc., p. 139 et suiv. 

(3) De Saussay, Martyrologium Gallicanum, Naialis Sancti An- 
drce&y pridie kalend. decembris (30 nov.). — Martyrologium Gallica- 
num Supplementum,2Q nov ., Natalis Sancti Hugonis confessoris. 

(4) Guesnay, S. Cassianus iUustratus, p. 475, etc. ; Provincial Mas- 
siliensis Annales, pp. 186 et 600. 

(5) Arthur de Monestier, Sacrum Gynceceum, 30 dec. 

(6) Mabillon, Act a sanctorum ordinis Sancti Benedicti,t. IV ,p. 487; 
— Annales ordinis Sancti Benedicti, t. II, p. 90. 

(7) Antoine de Ruin, Histoire de Marseille, p. 386. — Louis de Ruffi, 
Histoire de Marseille, t. II, pp. 56, 116, 120. 

(8) H. Bouche, Chorographie et Histoire de Provence, t. II. — 
Bouche, Essai sur Vhistoire de Provence, 1. 1, p. 182. 

(9) P. Lecointe, Annales ecclesiastici Francorum, t. I, ann. 536. 

(10) P. Denis de Sainte-Marthe, Gallia Christiana, 1. 1, Ecclesia Mas- 
siliensis, col. 695, etc. 



— 63 — 

1719(1); Grosson, dans V Almanack historique de Marseille 
de 1770 (2) ; Papon, dans VHistoire de Provence (3) ; Lautard, 
dans ses Let Ires archtologiques (4) ; Guindon et M6ry, dans 
VHistoire analytique et chronologique dee actes et delibera- 
tion* du corps et du conseil de la municipality de Mar- 
seille {h)\ M. Tabb6 Magloire Giraud, dans sa Notice histori- 
que sur laparoisse de Saint-Cyr(6) ; Bousquet Casimir, dans 
La Major (7) ; Andre, dans VHistoire des religieuses de 
Saint-Sauveur (8) ; les mgmoires de la SociGtd archgologique 
duMidi(9); Expilly, dans le Dictionnaire historique (10); 
Edmond Leblant, dans les Inscriptions chritiennes des 
Gaules, anttrieures au VIII 9 Steele (11); Augustin Fabre, dans 
les Rues de Marseille, • la Biblioth&que de Saint- Victor, 
VHistoire de Marseille et VHistoire de Provence (12); Mor- 
treuil, dans la Re'ponse aux Observations de M. Augustin 
Fabre sur Vancienne bibliotMque de Saint- Victor (13); Mey- 
nier, Anciens Chemins de Marseille ; l'abbg Daspres, dans 



(1) L'Anttquite* de VEglise de Marseille, par Mgr de Belsunce, t. I, 
pp. 101, 258, 290. — Agueau, Calendrier spirituel, pp. 154, 381, etc.— 
P. Saint-Alban, Calendrier de 1714, p. 148. 

(2) Almanack historique de Marseille, par Grosson, annee 1870, 
p. 74; annee 1773, p. 93. 

(3) Histoire genirale de Provence, par Papon, t. I, p. 361. 

(4) Lettres arche'ologiques 8ur Marseille, par Lautard, p. 397, etc. 

(5) Guindon et Mery, Histoire analytique et chronologique des actes 
et deliberations, etc., t. 1, p. 100 ; t. V, p. 200, etc. 

(6) Notice historique sur Viglise de Saint-Cyr, par l'abb6 Mag. 
Giraud, p. 14. 

(7) La Major, par le docteur Bousquet, pp. 67, 629. 

(8) Histoire de Vabbaye des religieuses de Saint-Sauveur, par 
Andre, p. 9. 

(9) Memoires de la Socie'te' archeologique du Midi, t. II, p. 219. 

(10) Dictionnaire historique d'Expilly, verbo Marseille. 

(11) Inscriptions chr&tiennes de la Gaule, anterieures au VIII* 
Steele, par Ed. Leblant, n' 545. 

(12) Rues de Marseille, t. I, p. 282. — Observations sur la disser- 
tation de M . Mortreuil intitulee a L'ancienne bibliotheque de Saint- 
Victor i, p. 31 ; Histoire de Provence, t. I, p. 313; Histoire de Mar- 
*Me t l. I, p. 218. 

{il) Responses aux Observations de M. Aug. Fabre, p. 5. — Meynier, 
Anciens Chemins, pp. 43, 44. 



— 64 - 

sa Notice sur la paroisse de Saint-Giniez (1) ; Satirel 
Alfred, dans la Banlieue de Marseille (2) ; I'abb6 J.-J. Cayol, 
dans YHistoire de Saint-Loup (3) ; la Statistique des Bou- 
ches~du-Rhdne (4) ; Fouque, dans les Fastesde Provence (5); 
Baudin, dans YHistoire de Marseille (6) ; L. Mery, dans 
YHistoire de Provence (7); l'abb£ Faillon, dans les Monuments 
inedits sur le culte de sainte Madeleine (8) ; Reynaud, dans 
les Invasions des Sarrasins en France (9) ; Alliez, dans 
YHistoire de L&rins (10) ; l'abb£ Darras, dans son Histoire 
de VEglise (11); Rocbacker dans YHistoire g&ntrale de 
l'Eglise(l2). 

Mais la solution qu'ils donnent aux deux probl&mes que 
nous nous proposons d'6tudier ici est loin d'etre claire et uni- 
forme. S'iis'agil de determiner l'emplacement du monastere 
oil sainte Eus6bie a v6cu et souffert le martyre, Chifflet, 
Arthur de Mo nes tiers, de Saussay, Mabillon, Guesnay, Magnaa 
designent les bords de l'Huveaune ; Ruffl, Denis de Sainte- 
Marthe, Agneau, Andr6, Daspres, Verlaque pr6fferent le voisi- 
nage de Saint- Victor ; Grosson assigne les Catalans ; Meynier 
et Tabbe Cayol, Saint-Loup; de Rey, le Revest; Magloire 
Giraud, Saint-Cyr du Var; Alfred Saurel, Guindon et M6ry, 
Bousquet, le bassin du car&iage ; de Belsunce, Alliez, Darras, 
Reinaud, Fabre, Boudin, Faillon et d'autres ne se pronon- 
cent pas. 

(1) Notice historique, topographique et hagiographique sur Saint- 
Giniez, par I'abbe Daspres, p. 26. 

(2) La Banlieue de Marseille, par Alfred Saurel, p. 154. 

(3) Histoire du quartier de Saint-Loup, par I'abbe J.-J. Cayol, 
ch. 2. 

(4) Statistique des Boucltes-du-Rhdne, t. II, pp. 324, 457. 

(5) Fastes de la Provence ancienne et moderne, par M. Fouque, 
t. I. p. 241. 

(6) Histoire de Marseille, par Amedee Boudin, p. 116. 

(7) Histoire de Provence, par L. M6ry, t. II, p. 363. 

(8) Monuments inedits sur I'apostolat de sainte Marie-Magdeleine, 
par l'abbe Faillon, 1. 1, col. 388. 

(9) Reinaud, Invasion des Sarrasins en France, p. 137. 

(10) Histoire du monastbre de Levins, par l'abb6 Alliez, 1. 1, p. 398. 

(11) Histoire generale de VEglise, par Tabb6 Darras, t. XVII, p. 14* 

(12) Rocbacker, Histoire de VEglise; invasions des Sarrasins. 



— 65 — 

S'il sagit de fixer l'6poque du martyre de sainte Eus6bie, 
Guesnay affirme qu'il eut lieu en 477 ; M. Grinda en 497 ; 
Mabillon, Belsunce, Guindon, Fabre, Fouque, Bousquet, de 
721 k 735, 736, 737; lluffi, Lautard, en 867; Grosson, durant 
le IX- si6cle ; Andr6, de Rey, vers 923, etc., etc. , etc. 

On le voit, sur ce point comme sur l'autre, le disaccord ne 
peut 6tre plus tranche. 

A nous done de faire la preuve de nos deux affirmations et 
de rgfuter les assertions opposes. 

Voici la marche que nous nous proposons de suivre. Deux 
questions sont k examiner: en quel lieu sainte Eus6bie a 
souffert le martyre, et k quelle epoqiie cet 6v6nement s'est 
pass6. 

Pour traiter la premiere question avec ampleur, nous cite- 
rons les tgmoignages des auteurs d'une opinion contraire k la 
n6tre ; nous discuterons ensuite les objections qu'ils fournis- 
sent conlre nous, et, enfin, nous 6tablirons notre opinion sur 
des preuves negatives et positives. 

Pour traiter la seconde, nous suivrons une methode identi- 
que. Apr6s avoir cit6 les auteurs opposes k notre sentiment 
et discut6 la valeur de leurs t&noignages, nous r6futerons 
leurs objections, nous Stablirons ensuite notre thfese ; enfin 
nous tirerons nos conclusions. 

Une fois de plus, que la chfere sainte Eus6bie nous vienne 
en aide ! 



■**"*'na/\AAA/\AAAAAaa«'*~— . 



PREMIERE QUESTION 



En quel endroit Sainte Eus6bie a souffert 

le martyre 



PREMIERE PARTIE 



REFUTATION DES AUTEURS 



PREMIERE SECTION 

Exposition des Objections et Questions PrSliminaires 



CHAPITRE PREMIER 



Lea Auteurs contraires k notre opinion 



AUTEURS CONTRAIBES A NOTRE OPINION. — LE8 DEUX BUPFI. — GBOS- 
SON. — P. 8AINT-ALBAN. — AGNEAU. — LAUTARD. — GUINDON ET 

ifERT. — I/abbs' magloire giraud. — meynier. — andr£. — i/abbe 

CAYOL. — l/ABB£ DASPRES. — SAURBL. — LA « GALLIA CHRISTIANA ». 
— L'ABB£ VBRLAQUE. — LBS BOLLANDISTES.— M. DE REY. — RESUME 
DBS OBJECTIONS. 



Nous allons citer le t&noignage des auteurs (Tune opinion 
contraire k la nOtre, en commencant par Ruffi (Louis de). II 
s'exprime en ces termes : 

« Une des chartes que j'ai cit6es ci-dessus, pour prouver 
que Cassien avait 6t6 le fondateur de ce monast&re, marque 
que cet Edifice 6tait situ6 au pied de la montagne de la Garde, 
et il est certain qu'il 6tait au m&me lieu oil nous avons vu la 
chapelle de Sainte-Catherine, qui n'6tait gufere 6loignee du 
monastere de Saint-Victor, et qui fut d6molie en 1685 pour y 
b&tir le Canal et quelques edifices h l'usage des galores. Car 



— 70 — 

ce qui fortifie ce que je viens de dire c'est que depuis environ 
quelques ann6es que Ton creusait les fondements de la maison 
que Ton construisait pour y fabriquer la poudre, on d6cou- 
vrit quantity de tombeaux en pierre de taiile, faits en forme 
da caisse, avec leurs couvercles, qui Gtaient remplis d'osse- 
ments, parmi lesquels on en trouva un qui 6tait fort avant 
dans la terre, oil il y avait au-dessus une petite pierre de 
marbre qui contenait cette epitaphe : 

HIG REQUIESCET DONE 

MEMORIE EUGENIA ANCILLA DEr 

CUI VEXIT ANNUS ZZXXVI RECESS1T 

VI NONAS MARSIAS 

C 3 

« Tous ces tombeaux marquaient que ce lieu 6tait ancien- 
nement un cimetifere et que c ? 6taient des religieuses qu ? on y 
avait ensevelies. Elles ne peuvent 6tre que eel les dontnous 
parlons ; puisqu'on ne trouve point qu'il y ait dans Marseille 

des religieuses si anciennes que celles-ci On d6couvrit 

aussi au m£me endroit quelques fondements d'un grand Edifice 
extrSmement 6pais qui marquaient une tres grande antiquity 
et mfime on y dgcouvrit quelques masures d'un presbytfcre, 
qui fournait du c6t6 du levant. 

« A tous ces raisonnements j'ajouterai Tautorite de deux 
chartes des ann6es 1431 et 1446 qui font foi que, lorsque le 
monastfcre de Saint-Victor fut d&ruit par les Vandales, il y 
avait tout proche un autre monast&re qui ne peut 6tre que 
celui-ci. De sorte qu'on ne peut plus douter que ce monastfere 
ne fut situ6 en cet endroit, et non pas au quartier de Saint- 
Loup, ni k celui de Saint-Marcel, ni encore moins k i'embou- 
chure de THuveaune, ni sur les bords de la mer, comme 
quelques-uns Timaginent, k cause qu'on y voit paraltre des 
masures d'une eglise qui appartient aux religieuses de Saint- 
Sauveur et qu'on appelait anciennement Notre-Dame de I'Hu- 
veaune.. . 

a II n'y a pas apparence que Gassien ait Mti un monast&re 
de lilies si loin de la ville, et sur le bord de la mer, pour ne 



— 71 — 

pas les exposer aux incursions des pirates qui faisaient alors 
de fr&pientes courses en ces mers, ni qu'il les eut logGes dans 
l'intirieur du terroir, puisqu'il pouvait les placer plus proche, 
et dans un lieu aussi solitaire qu'il ptit souhaiter. Car la 
montagne de la Garde 6tait toute couverte de bois de haute 
futaie qui la rendalent obscure et extrftmement propre k la vie 
solitaire dont Cassien faisait profession. 

« Mais, comme il fonda Tabbaye de Saint-Victor, il voulut 
bAtir proche de cette maison et k une distance proportionnGe 
ce monastfere de files, afin qu'elles pussent alors commod6- 
ment entendre la messe dans Tabbaye de Saint-Victor, parce 
que en ce temps- li les religieuses n'avaient point encore 
d'6glises pour y faire c6l6brer les saints my stores ainsi que 
nous l'apprenons de saint J6rGme, qui exhorte les religieuses 
i ne point sortir de leur monastfere pour aller 4 l'Gglise qu'en 
compagnie de leur sup6rieure. En effet, sainte Paule, aprfes 
avoir fait construire k Bethlfem un monast&re d'hommes, 
fonda trois monastferes de filles, qui allaient tous les diman - 
ches k la messe, k l'6glise la plus proche de leur monastfere, 
sous la conduite. de leur abbesse. Quelque temps apr&s les 
religieuses eurent des oratoires dans leurs monastferes pour y 
faire c616brer le service divin, et ne commencferent k bAtir des 
Gglises publiques qu'aprfes Tan 817, comme il est facile de le 
conjecturer d'aprfes le concile d'Aix-la-Chapelle. Ces autoritfe 
et ces exemples fortifient toujours davantage la situation de 
cette maison en cet endroit. 

« D'ailleurs, il y a lieu de croire que Cassien, qui vivait du 
temps de sainte Paule et qui avait demeurS pendant cinq 
ann§es dans son monastfere de Bethlfem, jugea k propos d'in- 
troduire dans les deux maisons qu'il fonda en cette ville la 
mfime facon de vivre. . . II n'aurait pas os6 b&tir si loin un 
monastfere de fllles^qui ile gardaient point la cloture, pour ne 
pas les hasarder k mille inconvenients, d'autant plus que 
nous ne trouvons pas de titres si anciens qui nous fassent 
savants qu'avant ce temps-14 il y etit quelque Sglise en ces 
quartiers, oil elles pussent entendre la messe. 

« II voulut encore en cette occasion suivre l'avis de saint 
Jean Chrysostome qui porte que les monastferes ne doivent 



- 72 — 

point 6tre 6cart6s des villes, afin qu'ils ne f ussent point 61oi- 
gn6s des commodity de la vie, dont ils ne peuvent se passer. 
Mais une des principales raisons qui obligea ce bon P&re de 
faire bdtir le monastere en cet endroit, f ut afin d'avoir moyen 
de visiter plus souvent ses filles, pour les instruire et les 
consoler dans leurs besoins spirituels (1). » 

Voici ce qu'Antoine de Ruffl, pfere du pr6c6dent, avait 6crit 
sur le m6me sujet (2) : 

a Quelques auteurs ont pens6 que le monaster© 6tait aux 
bords deTHuveaune, k quoi Ton ajoutequ'il fut transterG dans 
la ville, au lieu oil il estaujourd'hui, aprfcs qu'il eut 6t6 rava- 
ge par les Sarrasins, et que les religieuses, k l'exemplede leur 
abbesse EusSbie, se coupfcrent le nez . Cette tradition (que le mo- 
nastfere 6tait k rHuveaune)n'est appuySesur aucun monument 
ni vieille 6criture qui en parle clairement, se trouve fortifi6e 
par plusieurs conjectures. Aux premiers sifecles on bAtissait les 
monasteres en lieu 6cart6, hors de l'enceinte des villes, si bien 
que Cassien, qui fut le fondateur et qui faisait profession de 
vie solitaire, voulut bAtir cette maison en ce lieu 6cart6. 

« De plus, Tinscription de Tabbesse Eus6bie qui est dans 
Tfeglise inferieure de Saint-Victor nous marque que cette 
illustre femme 6tait une abbesse du monastere sous le titre de 

Saint-Quirice Saint-Sauveur 6tait hors de la ville, il por- 

tait le nom de Saint-Quirice. II garda les reliques de saint Cyr 
en v6n6ration et, aprfes qu'il eut 6te d6truit, les religieuses 
vinrent en ville, y portferent les reliques portees en ce pays 
au V* sifecle par Amator, Svfique d'Auxerre, et, pour quelque 
raison que nous ne connaissons pas, ce monastere changea le 
nom de Saint-Cyr en celui de Saint-Sauveur. Quant k dire oil 
gtait ce monastere, nousne tenons cela que par tradition. 
J'estime que ce monastere 6tait ou a Saint-Loup ou k Saint- 
Marcel, d'autant que les religieuses poss&dent des biens etdeux 
proprtetes. Ceux-IA se trompent qui disent qu'il se trouvait h 
THuveaune, k cause des masures d'une vieille 6glise appelee 
anciennement Notre-Dame-d'Huveaune. » 

(1) Ruffi (Louis de), Histoire de Marseille ■, t. II, p. 56 et suiv. 

(2) Histoire de Marseille t par Antoine de Ruffl, pp. 386, 401 ; ouvrage 
imprim6 par Claude Garciu, en 1642, ii Marseille. 



— 73 — 

Grosson, dans V Almanack historique de 1770, s'exprime 
surcesujet en ces termes : 

« L'abbaye royale de Saint-Sauveur. Cette ancieune abbaye 
de Casaianites fut fondle par Cassien en 420, en mfime temps 
que Saint -Vic tor, dans la forfttsacrte, k quelque distance du 
couventde cette premifere abbaye. II y a lieu de croire que 
c'etait vers 1'endroit oh se trouvent aujourd'hui les Infirmeries 
Vieilles, sous la citadelle de Saint-Nicolas, et non pas k l'em- 
bouchure de THuveaune, comme quelques-uns Tout dit. Ce 
dernier monastfere 6tait une abbaye des Pr6montr6s qui ne 
fut gtablie que longtemps aprfcs. Ce monastfere fut d'abord 
dedi6 k saint Cycirius. Elles sortirent de ce local par la perse- 
cution des Sarrasins. Vers Tan 737, elles furent plus prfes de 
Saint- Victor et ensuite aux Accoules, puis au local actuel, 
qu'elles firent Clever sur les ruines de Tancien Marseille (1). » 

A la page 75 de V Almanack de 1774, Grosson ajoute : 

« Ceux qui penseraient que les religieuses cassianites, au- 
jourd'hui k Saint-Sauveur, avaient autrefois le monastfere k 
l'Huveaune et qui leur attribuent les restes des Edifices que 
Ton apercoit encore en ce lieu, seraient bien aises d'apprendre 
que ces restes sont les ruines de l'abbaye des Pr&nontres qui 
fati)Atieenl203. La charte dit : de novo cedificare, ce qui 
supposerait que les Pr&nontrgs y avaient d6j& une 6giise (2). » 

Le P. Saint-Alban, dans son Calendrier spirituel et perpt- 
tuel de la mile de Marseille, en 1713, 6crit, en parlantde 
Saint-Tronc : 

« 11 y avait autrefois en cet endroit un couvent de reli- 
gieuses de Saint-Benoit. On y voit encore des masures de leur 
eglise (3). » 

Agneau, dans son Calendrier spirituel, en 1759, Gcrivait a 
son tour : 

< L'an 420, Cassien etablit le deuxifeme monastfere pour des 
religieuses qui prirent aussi la rfegle de saint Benolt, etqui 
6tait situe au pied de la montagne de la Garde, oil 6tait la 
chapelle de Cassien, tout aupr&s le monastere de Saint-Victor, 

(1) Grosson, Almanack historique de Marseille, anneo 1770, p. 74. 

(2) Grossdo, Almanack kistorique de Marseille, annee 1/74, p. 75; 

(3) P. Saint-Albaa, Calendrier spirituel et perpe'tuel, p. 176. 



— 74 — 

laquelle fut demolie en 1685 pour Tusage des galfcres. C'est 
l'abbaye antique de Saint-Sauveur qui, apr&s avoir souvent 
change de place, a 6t6 fix6e k l'endroit 013 elle est mainte- 
nant(l). » 

Aprfes Agneau, Lautard. Cet ecrivain, dans son ouvrage 
intitule : Leitres arcMologiques sur Marseille, suit pas k pas 
Iluffi et le copie presque mot k mot, sans indiquer cependant 
qu'il lui emprunte deux pages de son-Histoire de Marseille. 
Puisqu'il n'apporte d'autres raisons que celles mentionntes 
dansRufQ, nous nous dispenserons de transcrire son texte. Ce 
sont les pages 398, 399, 400, 401 de ses Lettres. 

MM. Guindon et M6ry, dans le V* volume de YHisioire ana- 
lytique et chronologique des actes et deliberations du corps 
et du conseil de la Municipality de Marseille (2), disent : 

« On ignorait encore, il y a quelques ann6es, le lieu oil la 
premi&re raaison claustrale avait et6 situ6e. Les uns la pia- 
gaient k l'embouchure de l'Huveaune, les autres dans Tinte- 
rieur de la ville. Rufli, dans son Histoire de Marseille, se 
rapproche le plus de la v6rit£. II suppose que le couvent des 
Gassianites se trouvait dans le voisinage du inonastfere de 
Saint- Victor. La dgcouverte d'une inscription sur marbre faite 
dans le courant du mois de juillet 1833, en creusant le bassin 
du car&iage, a dissip6 tous lesdoutes k cet 6gard et demon tr^ 
que la premi&re demeure des religieuses s'glevait au bord et 
pr6s du port, a l'endroit niSme oil le bassin du cargnage a 6te 
creus6.» 

Le chanoine Magloire Giraud, le savant cur6 de Saint-Cyr, 
dans le Var, ayant eu k s'occuper, dans ses gtudes sur le 
Beausset, Taurcentum et Saint-Cyr, du martyre de sainte 
Eus6bie, a ecrit ces deux pages que nous empruntons k sa 
Notice sur Saint-Cyr : 

a Ge serait le lieu d'examiner ici si ce ne serait pas a 
Saint-Cyr m&me que se trouvait ce monastfere, monasterium 
sancti Cyricii, ou Sainte-Eus6bie passa cinquante ans, 

(1) Agneau, Calendrier spirituel, p. 154. 

(2) Guindon et Mery, Histoire analytique et chronologique des actes 
et deliberations du corps et de la municipality de Marseille, U V, 
p. 200. 



— 75 — 

comme llndique l'6pithaphe de son tombeau d6pos6 autrefois 
dans l'gglise de Saint-Victor..., monast&re que des ecrivains 
ont confondu, sans autre preuve que cette inscription, avec 
cet autre monast&re food6 en 420 sous Tinvocation de la 
Sainte Vierge par l'illustre Cassien, auprfcs de son abbaye et 
sur ['emplacement duquel les auteurs sont si peii d'accord, 
puisque les uns le placent k l'embouchure de l'Huveaune, les 
autres au pied de la colline de No tre-Dame-de- la-Garde, qui 
k Montredon, qui aux Vieilles Infirmeries ou au local de 
Tancienne chapelle de Sainte-Catherine, qui enfin et avec 
plus de raison au bassin du car&iage ; tandis que d'autres se 
bornent k dire qu'il 6tait situe, ceux-ci k Marseille, ceux-li 
dans la campagnede cette ville, non loin de reglise de Saint- 
Victor. Mais les limites de cette notice ne nous permettent 
pas de discuter cette question. 

« Qu'il nous suffise de faire remarquer que : 1* le tombeau 
oil furent deposes les restes de sainte Eus6bie, de l'aveu de 
tous, ne f ut pas fait pour elle, il lui est antgrieur dedeux 
cents ans ; 2 s que 1'inscription n'indique pas que cette 
religieuse souff rlt le martyre ni qu'elle ftit abbesse ; 3° qu'au- 
cun monument historique ne prouve que le c616bre monastfere 
de femmes fonde par Cassien, auprfes de son abbaye, d'abord 
d&ruit par les Normands en 867, saccagg par les Sarrasins en 
923, r&diiig en 1031 par les vicomtes Guillaume et Fouques, 
rtpar6 en 1060 par Pons II et son pfere Geoffroy, rien ne 
prouve que ce monast&re oil Saint-C6saire placa sa soeur 
sainte Gesarie ait jamais porta le nom de Saint-Cyr, bien que 
le culte de ce glorieux martyr y ait 6t6 en grande veneration, 
^inscription dont il s'agit est la seule preuve qu'on invoque, 
et cette preuve est plus qu'incertaine, s'il est vrai qu'avant 
la destruction de Tauroentum, vers le milieu du IX' Steele, 
il existait prte du village de Saint-Cyr, au quartier rural 
qui porte encore le nom de la Mure (villa murata), un 
monastfcre de femmes dont on d&igne Templacement et dont 
il reste la tour, qui est de beaucoup anterieure k la destruc- 
tion de la ville phoc6enne (Tauroentum.) 

« Or, l'existence d'un monast&re de femmes prfes Tancienne 
chapelle de Saint-Cyr, laquelle etait une d6pendance de 



— 76 — 

Fabbaye de Saint- Victor, est un fait attests par la tradition 
locale et par les debris qui ont surv6cu aux ravages des temps 
et des hommes. 

« Ge fait semble determiner k Saint-Cyr mSme l'emplace- 
ment du monasterium sancti Cyricii ou sainte Eus6bie 
v6cut cinquaute ans (1). » 

Dans les Anciens Chemins de Marseille, par Meynier, 
voici ce que Ton lit (2) : « Avant de terminer ce qui a trait a 
l'Huveaune, il reste k parler de son embouchure, k cause 
d'un etablissement qui a donne matifere k bien des contro- 
verses, le couvent des Gassianites. La premiere de ce3 maisons 
fut 6difi6e prfes de Saiut-Victor ; quant k la seconde, celle 
qui est admise par les uns et con testae par les autres, celle-l& 
a eu sa place k l'embouchure de l'Huveaune. II a et6 &6jk dit 
qu'il y avait prfes de Saint-Loup un couvent de femmes qui 
existait & repoque des Sarrasins. Geci repose, non point sur 
une tradition vague et generate, mais sur une tradition 
constante et accreditee depuis longtemps. Ge couvent etait 
situe au pied de la montagne de Saint-Cyr, nom que les 
Cassianites ont porte au VP sifecle : on les appelait religieuses 
de Saint-Cyr. D'un autre cdte, il est dit que ce monastere 
etait situ6 k Tembouchure de l'Huveaune. Peut-on concilier 
ces deux opinions si diverses ? II le semble. 

ft En examinant la plaine de Saint-Giniez, les amas de 
sables accumules sur divers points, la marche lente de la 
rivifere, on arrive k reconnaltre que des atterrissements consi- 
derables se sont formes sur ce point. La mer a perdu Ik ce 
qu'elle a gagne k la plage de Sgon. On peut admettre que 
cette plaine etait un vaste etang, peut-etrece port de Leonium 
qui existait au IX* sifecle et dont il est parie en son lieu. Gela 
pos6, l'embouchure de l'Huveaune peut etre placee non loin 
du Rouet. Maintenant , de ce point & celui indique par les ruines 
du couvent, il reste bien 2,000 mfetres, inais rien n'indique 
que cet edifice a ete considere comme exactement place k 
l'embouchure de la riviere. A l'endroit oil l'Huveaune se jette 

(1) Notice historique sur Vdrjlise de Saint-Cyr (Var), par l'abbe 
Magi. Giraud, p. 14 et suiv. 

(2) Meynier, Anciens Chemins de Marseille, pp. 43,44. 



— 77 — 

actuellement k la mer, il y avait les mines du couvent 
regards comme 6tant la deuxifcme maison fondle par les 
Cassianites. On reronnut plus tard que ce couvent avait 
appartenu aux PrSmontrSs, (la fondation de cet ordre remonte 
aa XII* sifecle) et alors de dire que les Cassianites n'avaient 
jamais eu d'Stablissement dans cette contrSe. Grosson vint 
visiter les mines, partagea l'opinion des opposants et avec 
beaucoup de vivacite. 

« Toutefois le fait est appuyg par trop d'auteurs pour le 
rejeteravec assurance. 

« A l'6poque ou Guesnay 6crivait, si on avait soug6 que 
Tembouchure de I'Huveaune a pu 6tre d6plac6e, si on avait 
tenu compte des ruinespeu 61oign6es du Rouet, de la tradition 
constante sur ce fait, on aurait reconnu que si les Pr6montr6s 
ont pu en 1204 fonder ce couvent a cet endroit, rien ne 
s oppose k ce que, en 410, Cassien Fait fondg k l'embouchure 
primitive. » 

Nous rencontrons, parmi les adversaires de notre opinion, 
l'auteur de la monographic intitule : La Major, catMdrale 
de Marseille, M. Casimir Bousquet. Cet auteur, aprfes avoir 
dit dans son ouvrage, sur la foi de l'historien Papon, que le 
couvent des religieuses de Saint-Sauveur, fond6 en 410 par Cas- 
sien, 6tait situ6 a l'embouchure de I'Huveaune, s'en prend k 
cet auteur de l'avoir induit en erreur, et il ajoute : 

« Papon a cru devoir admettre l'existence simultante de 
deux couvents de femmes. Mais, pour que ce systftme edt 
chance de prgvaloir, il n'aurait pas fallu que cet auteur avouat 
naivement, dans le deuxifeme volume de son Histoire, qu'il 
n avait pas 6tg admis k consul ter les archives de Saint- Victor. 
Get aveu contient sa con damn at ion. Si Papon avait eu acces a 
ces archives de Tabbaye, il aurait sans doute su que rem-* 
placement du monastere cassianite est parfaitement d£sign£ 
dans le cartulaire de Saint-Victor. « Pater Cassianus, y est-il 
« dit, f unda vit monasterium monialium non longe a ripa portus 
a juxta viam de Gardid. » Voilaqui est clair, ce nous semble. 
Kuffl, Belsunce, Grosson, Augustin Fabre, Lautard sont dans 
levrai en affirmant que le premier couvent des dames de 
Saint-Sauveur 6tait situ6 prfes de l'abbaye de Saint- Victor, au 

6 



— 78 — 

pied de la montagne de la Garde. Au surplus, une d&ouverte 
faite encreusant le bassin du car6nage vient confirmer plei. 
nement le texte du cartulaire, ainsi que l'opinion de Ruffi 
au sujet de l'existence du couvent des religieuses cassianites 
dans le voisinage de l'abbaye. Une inscription tumulaire, 
trouvte en juillet 1833, dGmontre que la premifere demeure 
de ces religieuses s'61evait au bord et pr&s de rembouchure 
du port de Marseille (1).t> 

I/auteur de YHistoire de Vabbaye de Saint-Sauveur, 
M. Andr6 (2), parlant du second monastfere fondg par Cassien, 
dit « qu'il fut conslpuit dans le voisinage de Saint-Victor, 
non loin de la rive du port. » Toutefois la plus grande incer- 
titude a rggng parmi les historiens sur la position de ce 
monastere. Andrg cite alors Ruffi, Grosson et Guindon et 
M6ry. Puis il ajoute : 

« II serai t difficile de determiner d'une manure precise la 
position de la premifere demeure des Cassianites; nous savons 
seulement qu'elle n'gtait pas 61oign6e de la rive du port. (En 
note les chartes de 1431 et 1446.) L'opinion de Ruffi nous 
parait parfaitement correspondre aux termes d'une charte du 
XI* sifecle (la charte 40 du cartulaire de Saint- Victor), dans 
laquelle il s'agit d'une vigne qui confronte du levant le che- 
min du Lauret, du septentrion la terre de Sainte-Marie ou 
des religieuses qui sont procbe la rive du port , dans le monas- 
tfere fondg par Cassien, et confronte 6galement au couchant le 
chemin de la Garde. » 

L'abb6 J.-J. Cayol, dans son Histoire du village de Saint- 
Loup prte Marseille, a effleur6 quelque peu notre sujet. II 
a gcrit : 

« On f onda ( au quartier de Saint-Tronc ) un couvent de 
religieuses qui existait encore en 1240. Une charte de Saint- 
Victor dit formellement que le 6 octobre 1240, Raymond 
B6ranger, roi d'Aragon et comte de Provence, prit sous sa pro- 
tection la terre des religieuses de Carvillian, or turn monia- 
lium de Carvilliana. . . . Quelques antiquaires croient que le 

(1) La Major, parle docteur Bousquet, p. 623. 

(2) Histoire de Vabbaye des religieuses de Saint-Sauveur de A/ar- 
seille y par M. Andre, p. 2, etc. 



— 79 — 

9 

couvent de Sainte-Marie 6tait une annexe de celui de Saint- 
Sauveur, et que c'est peut-6tre Ik qu'habitaient les des- 
narrados (1). a 

L'auteur de la Notice sur Saini-Giniez, le regrette M. le 
chanoine Daspres, est loin d'avoir soutenu notre opinion (2). 
G eut 6t£ cependant travailler k la gloire de sa paroisse que de 
chercher a prouver qu'elle 6tait bien fondle. Mais, apres 
avoir avoue que la plus grande incertitude rfcgne parmi les 
historienssur la position de cette fondation, il ajoute qu'il se 
doit k la v£rit£ et qu'il suit l'opinion de Rufii. II enumere les 
raisons que Ruffi a allgguges, il cite l'opinion de Grosson, de 
Guindon, et termine en disant : 

a Ge qui parait incontestable, c'est que ce monastfere 6tait 
prfcs du port, car une charte du XI s sifecle (charte 40) parle 
(Tune vigne qui confronte au nord la terre des religieuses, qui 
sont proche la rive du port, dans le monastfere fond6 par 
Cassien... 

« Une seule chose cependant pourrait nousinettreen consi- 
deration, ce serait la tradition constante et universelle de ceux 
quise souviennent encore avoir vu la chapelle de Notre - 
Dame d'Huveaune ; ils ne la d&iomment jamais que sous le 
titre deis desnarrados. Mais nous trouvons l'explication de 
cette tradition dans la prise de possession de cette chapelle par 
les religieuses cassianites de Saint-Sauveur au XV? sifecle. La 
legende populaire put facilement attribuer k ce lieu ce qui 
iTappartient qu'i la congregation et, en effet, partout oil il y a 
eu un monastfere de religieuses, on place aussi ce glorieux 
fait. » 

Alfred Saurel, dans sa description de La Banlieue de 
Marseille (3), fecrivait en ces termes sur ce sujet : 

* D'aprfes Papon, Guesnay, Denis de Sainte-Marthe, c'est 
dans le monastfere qu'elles habitaient, prfes de l'embouchure 

(1) Histoire du quartier de Saint-Loup, banlieue de Marseille, par 
l'abbeJ.-J.CayoJ, chap. II. pp. 13, 15, 26. 

(2) Notice historique sur Saint-Ginies, par l'abb6 Daspres, ch. Ill, 
p. 26, etc. 

(3) La Banlieue de Marseille, par Alfred Saurel, Saint-Ginies , 
p. 151, etc 



— 80 — . 

• * 

de PHuveaune, qu'Eus£bie et ses compagnes se sont volontai- 
rementd6figur6es. D'autres historiens, telsque Rufti, Grosson, 
Fabre et ceux qui Gcrivent de nos jours, demontrent que ce 
monastfere se trouvait & I'entrge du port de Marseille. Le 
document que nous citons avec d'autres est assez precis pour 
arrGter toute discussion : a Pater Cassianus fundavit monas- 
« terium monialium non longe a ripd portus, juxta viam de 
« Gardia. » 

a Une d6couverte faile en juillet 1833, quand on creusa le 
bassin du carfinage, est concluante. G'est une inscription 
tumulaire qui n'est autre que P6pitaphe d'Eus6bie et de ses 
compagnes. Le nom des desnarradoa qui estrestg aux ruines 
que Ton voyait a Pembouchure de la rivifere n'est done pas 
suftisant pour justifier la version de Papon. Les dames de 
Saint-Sauveur ayant recu en don les ruines de ce monastfere 
en 1407, le peuple d£signa cette nouvelle possession du nom 
qui 6tait encore donn6 aux religieuses de Pordre auquel sainte 
Eus6bie avait appartenu. » 

La Gallia Christiana, du P. Denis de Sainte- Marthe,s'occu- 
pant aussi de Pemplacement du monast&re cassianite, s'ex- 
prime en ces termes : 

« L'abbaye de Saint-Sauveur fut fondle k Marseille par 
paint Gassien, auprfes du coenobium de Saint-Victor, et non 
pasi Pendroitque Guesnay lui assigne. Ruffi, en effet, a vu 
dans le cartulaire deux chartes qui affirment que ce monast&re 
de femmes se trouvait au pied de la montagne de la Garde, a 
Pendroit oil en 1685 on dgcouvrit des tombeaux avec Pinscrip- 
tion d'Eugenia. Les deux chartes de 1431 et 1446 con fir men t 
cette assertion, puisqu'elles disent que lorsque lemonastfere de 
Saint-Victor fut d6truit par les Vaudales, il y avait auprfes un 
monastfcrede vierges que Cassien avait fond6(l). » 

L'abbg Verlaque, qui a 6crit la Notice sur sainte Eus^bie^ 
a dit : 

a Plusieurs auteurs n'fitant pas d'accord sur ^emplacement 
de ce monaslfere, nous n'eutrerons pas dans une discussion 
qui nous mfenerait trop loin. Cependant, Popiniort la plus 

(1) Gallia Christiana, 1. 1, Eccleeia Mas8iliensi8 t col. 693. 



— 81 — 

accreditee sur ce sujet est que l'abbaye de Saint-Sauveur fut 
Mtieau pied de la montagne de Notre- Dame de la Garde, sur 
l'endroit m6me oil se trouve aujourd'hui le bassin du carenage. 
D'autres veulent qu'elle ait 6t6 6tablie Ik oiise trouve actuelle- 
ment la Major et, comme appui, iis signalent un passage 
souterrain qui existait entre la Major et Saint- Victor. Or, les 
fouilles op6r6es pour ie creusement du bassin de car&iage 
n'ont montr6 aucun vestige de ce souterrain (1). » 

Voici le r&umg de ce que les Bollandistes ont 6crit sur 
notre sainte Eus6bie et ses trente-neuf compagnes, k la date 
du 8 octobre (2) : 

(Test M" de Belsuncc qui, par un d6cret du 27 mai 1733, 
fiii la fete de ces saintes au deuxifeme dimanche d'octobre. 
Avant lui, aucune date net ait assignee. Nous ne l'avons 
irouvfe indiqufe dans aucun martyrologe, excepts dans le 
Sacrum Gynceceum d'Arthur de Monestier, qui place cette 
fete au 30 dgcembre. Les autres martyrologes, aussi bien les 
anciens que les modernes, se taisent sur ces saintes martyres. 
Les gcrivains m6me qui parlent d'elles et racontent leiir 
hfro'isme, ne disent pas qu'on les honorait d'un culte spe- 
cial, quelques-uns m£me ne les appellent ni saintes ni bien- 
heureuses. Guesnay, cependant, qui 6crivait quatre-vingts ans 
avant le dScret de M fr de Belsunce, assure qu'elles 6taient 
honor&s k Marseille. II est assez difficile d'admettre, en eflet, 
qu'une mort si h6roique, un vrai martyre, n'ait attir6 k celles 
qui Tont subie une v6ngration sp6ciale. Cependant, nulle 
part on ne trouve les actes de cette passion, la tradition seule 
en fait mention. 

£n quel endroit ont- el les souffert le martyre ? Sans 
contredit dans le monastere dont Gennade parie dans ses 
Merits. L'emplacement primitif de ce ccenobium est un objet 
de discussion. Qui le place auprfcs de Saint- Victor, qui le 
relfcgue loin de la ville. Guesnay dit qu'il s'61evait sur les 
bords de l'Huveaune, Belsunce et Denis de Sainte-Marthe disent 

(1) Notice sur sainte Eusebie, abbesse et martyre du diocese de 
Marseille, par l'abt>6 Verlaque, p. 8. 

(2) Acta Sanctorum^ Bolland. t. IV, d'octobre, p. 292, Sainte Eus6- 
t*ie et ses compagnes. 



— 82 — 

prfes de la ville. Cependant il se trouvait certainement bors de 
la ville, lorsquc Eusdbie 6tait abbesse et lorsqu'elle souffrit 
avec ses compagnes. 

Nous terminerions volon tiers ces citations par un emprunt 
fait au livre de M. de Rey sur les Saints du dioc&se de 
Marseille, au chapitre de sainte Eus6bie. Mais il faudrait tout 
citer. Nous devons done nous contenter de l'analyser : 

Ou se trouvait ce monastere cassianite, se demande M. de 
Rey ? Suivant les uns, k Saint-Cyr prfes Saint-Loup ; avec 
Ruffi il faut dire que e'etait trop loin dans les bois. D'autres 
l'ont plac6 k Tembouchure de THuveaune. Quoiqu'il y ait 
eu en cet endroit une 6glise et une maison anciennement, 
et dont Thistoire est inconnue, il ne paralt pas qu'avant 
le XI* sifecle les Cassianites aient rien poss6d6 k Tembou- 
chure de l'Huveaune et la tradition locale sur sainte Eus6bie 
ne peut Stre plus ancienne. Ce monasters 6tait prfes du port, 
la charte du XI e sfecle le dit. Puis, s'efforgant d'etre plus precis, 
M. de Rey arrive de deduction en deduction k fixer la position 
du monastfere au Revest,* quartier de Rive-Neuve. 

Tels sont les auteurs qui sont opposes categoriquement k 
notre thfese. II en est d'autres, certainement, qui se sont occu- 
py de la m6me question, et qui sont aussi d'un avis contraire 
au n6tre sur l'emplacement du monastere oil v6cut sainte 
Eus6bie. Nous ne les connaissons pas. D'ailleurs, la liste de 
ceux que nous avons cites est d6j& bien longue, et il n'est 
gu&re probable que Ton puisse apporter contre notre these 
d'autres arguments que ceur dont nous avons fait Enu- 
meration. 

Mais il n'a pas 6chapp6 k l'attention de nos lecteurs que 
parmi les 6crivain9 cites, beaucoup se sont copies les uns les 
autres, et que, partant, les mgmes objections ont plusieurs 
fois dgfilg devant leurs yeux. 

Nous en faisons done un resume succinct : 

Suivant Rufli (Louis de), la Gallia Christiana, Agneau, 
Lautard, Andre, l'abbg Daspres, le monastere cassianite se 
trouvait au pied de la montagne de la Garde, dans le voi- 
sinage de l'abbaye de Saint-Victor. Voici les raisons que tous 



-83- 

ces auteurs on quelques-uns d'entre eux ont donnfees de leur 
assertion. 

1'La charte 40 du cartulaire de Saint- Victor Pafflrme; 
2* en 1685, on a trouvfe k Tendroit oil s'felevait la chapelle de 
Sainte-Catherine des tombeaux et une inscription « H' Eugenia 
ancilla Dei* ; 3° les chartes de 1431 et 1446 disent que, 
lorsque Saint- Victor f ut dfetruit par les Vandales, il y avait 
tout auprfes un monastfere qui ne peut fetre que celui des 
religieuses de Gassien ; 4* Cassien ne pouvait fetablir ce monas- 
tic si loin de la ville, sans exposer ces saintes filles aux 
incursions des barbares ; 5* ces saintes filles n'auraient pu 
assister k la messe le dimanche, puisqu'ii n'y avait pas 
d*6glise en ce quartier de FHuveaune et qu'elles n'avaient pas 
dechapelles particuliferes ; 6* Cassien voulut suivre I'avis de 
saint Jean Chrysostome, qui porte que les monastferes ne 
doivent pas fetre loin des villes, pour ne point fetre privfes des 
commoditfes de la vie dont on ne peut se passer; 7* parce 
qu'il voulait visiter plus souvent ces religieuses, les instruire 
et les consoler dans leurs besoins spirituels. 

Grosson place l'abbaye aux Catalans. II ne donne aucune 
preuve de son assertion. 

Guindon, Saurel, Bousquet, Verlaque dfesignent le bassin du 
carfenage comme Templacement de ce monastfere. A leur avis, 
la dfecouverte que Ton lit, en 1833, d'une inscription, et le 
texte de la charte 40 du cartulaire de Saint- Victor le prouvent 
suffisamment. 

Suivant M. de Rey, Tabbaye cassianite aurait fetfe au 
quartier du Revest, vu Fimpossibilitfe de la placer ailleurs ; 
et parce que, d'aprfes une charte de 1081, ce point appartenait 
k Saint-Victor. 

L'abbfe Magloire Giraud place cette abbaye Sancti Cyricii 
k Saint-Cyr dans le Var, laparoisse dont il fetait curfe, parce 
qu'une tradition locale indique la presence d'un ancien 
monastfere de Saint-Cyr, et que Ton a confondu k tort le 
monastfere de Saint-Cyr oil vivait sainte Eusfebie avec celui 
que saint Cassien a fondfe k Marseille. 

L'abbaye cassianite est k Saint-Loup, au quartier de 
Saint-Cyr, a soutenu l'abbfe Cayol, un enfant de Saint-Loup, 



— 84 — 

et avant lui Antoine de Ruf fi, le P. Saint-Alban et Meynier. 
La raison est que en 1240 il y avait li un couvent de reli- 
gieuses, et que celle-ci y poss6daient des biens. 

D'aucuns afflrment qu'elle s'61evait aux environs de la Ma-* 
jor ; Grosson et 1'abbS Verlaque mentionnent cette opinion, 
sans la soutenir. 

MM. D asp res, Saurel, Bousquet, etc., disent quele nom de 
desnarrados que Ton donne & la chapelle en mines situge & 
l'embouchure de THuveaune ne constitue pas une raison 
suffisante pour affirmer que le monastfere de sainte Eus6bie 
Gtaitaux bordsde l'Huveaune. 

Ce sont ces objections que nous aiions combat tre et tocher 
de resoudre. 



CHAPITBE II 



Divers emplacements du monast&re cassianite 



Premidre question pr6judicielle 



le monasters cassianite de filles, aux accoules, en 1077, — A 

LA PLACE DE LENCHE, A SAINT-8AUVEUR, EN 1073, — AUX ACCOU- 
LBS, EN 1069, —A LA PLACE DE LENCHE, EN 1050, — AUX ACCOULES, 
EN 1031, — A LA PLACE DE LENCHE, EN 1004, — PRE8 DE SAINT- 
VICTOR, A 8AINTE-CATHERINE, EN 923, — A UNE TERRS NON LOIN 
DU PORT, SUR LE PLATEAU DE REVEST, EN 838, — AUX BORD8 DE 
L'HUVBAUNB, VERS 738, — A L'HUVEAUNE, LORS DE SA PONDATION. 



Nous devons, avant d'engager la discussion, Gtablir d'une 
manifere solide, comme prgliminaires, trois propositions qui 
seront autant de jalons autour desquels elle roulera, autant 
de bases sur lesquelles s'appuieront nos arguments. 

D'abord, le monastfere des femmes et des filles fond6 par 
Cassien, vers 415, a change sou vent d' em placement. 

La plupart des auteurs sont d'accord avec nous sur les don- 
nfes g6n6rales de ce changement. Ruffi (1) place le monastere 
au pied de la montagne de la Garde, au m&ne endroit oil Ton 
a vu plus tard la chapelle de Sainte-Catherine, d&nolie en 
1685 ; puis en ville, a la place de Lenche. 

Monseigneur de Belsunce (2) dit que Tabbaye de Saint-Sau- 
veur, aprfes avoir souvent change de place, a 6t6 flx6e enfin 
dans i'endroit oil elle est actuellement, & la place de Lenche. 



(1) Voir ce que disent, sur ce point particulier, dans les fragments que 
Ton a cites de leurs ouvrages ut supra, ch. I* p , les auteurs contraires a 
notre opinion. — Ruffi, Hiatoire de Marseille, t. II, pp. 57, 58. 

(2) VAntiquite de VEqlise de Marseille, 1. 1, p. 411. 



— 86 — 

Pour Grosson, c'est aux Infirmeries Vieilles, prfcs des Cata- 
lans, que s'&eva le monast&re. Apr&s 737, ce fut aux environs 
de Saint- Victor, et enfin aux Accoules. 

Pour Lautard (1), c'est dans le vaste quartier du territoire 
situ6 entre l'abbaye de Saint- Victor et THuveaune, puis en 
ville, k la place de Lenche, aux Accoules ensuite, enfin de 
nouveau k la place de Lenche. 

Guindon et M6ry le fixent au bassin du carSnage et, aprfcs 
737, aux bords de l'Huveaune (2). 

M. de Rey, enfin, le place d'abord au quartier de Revest, 
pres de Saint -Victor, puis & la place de Lenche (3). 

Mais oil le disaccord commence, c'est lorsqu'il s'agit de 
fixer la date, sinon precise, du moins approximative, de ces 
changements. Tandis que Grosson fait sortir les Gassianites de 
leur monastfere des Catalans k la suite de la persecution des 
Sarrasins, en 737, et les fait venir pres de Saint-Victor, k 
cette m6me 6poque de Belsunce les fait venir de Saint-Victor 
k la place de Lenche, k la suite de ces invasions, vers 737 (4). 
D'autre part Ruffi, la Gallia Christiana (5), Lautard retardent 
jusqu'en 867 ce transfert en ville, Andre jusqu'en 1030 (6) et 
M. de Rey jusqu'aux premieres ann6es aprfes le commence- 
ment du XI° sifccle (7). On le voit, rien de precis. 

Essayons de fixer la date de chacun de ces changements et 
d'indiquer k la fois et Tendroit que Ton quitte et celui que 
Ton vient habiter. 

Partons d'une date certaine. Kn 1073, les religieuses habi- 



(1) Lettres arch&ologiques, pp. 403, 434, etc. 

(2) Guindon et Mery, Histoire analytique, etc., op. cit. % t. V, p. 202. 

(3) Les Saints de VEglise de Marseille, pp. 227, 235. — Invasions des 
Sarrasins en Provence, p. 139, etc. 

(4) UAntiquite' de VEglise de Marseille, 1. 1, p. 411. 

(5) c Potsquam autem monasterium, illud cum Victor in o dirutum est, 
non quidem a Vandalis sed potius a Normannis, incerto anno, forsan 
8G7, virgines illae in urbem migrarunt, ibique Sancti Salvatoris monas- 
terium sibi condiderunt... » Gallia Christiana, 1. 1, col. 696. 

(6) « Gontrairement a ce qui a ete dit sur la date du transfert des reli- 
gieuses en ville, il y a lieu de croire qu'il ne s'opera que vers l'annee 
1030. » Histoire de Vabbaye de Saint-Sauveur, p. 16. 

(7) Invasions des Sarrasins en Provence, p. 139. 



— 87 — 

tent le monastfere de Sainte-Marie des Accoules dans la ville 
de Marseille (1). Qu'6tait-ce que ce monastfcre ? Ce n'Gtait pas, 
a proprement parler, la demeure des religieuses. « Les reli- 
gieuses de Saint-Sauveur, dit deBelsunce, avaient dgj&l'eglise 
des Accoules, et el les 6taient log6es dans les maisons qui en 
dgpendaient, en attendant qu'elles pussent retourner dans leur 
monastere (2). » 

C'est aussi l'avis de Andrg, ainsi que celui de Ruffi, qui 
affirme a que les vicomtes de Marseille firent present de 
cette eglise des Accoules aux religieuses de Saint-Sauveur, 
pour y faire leur habitation, k cause que le monastfere de 
Saint-Sauveur 6tait entterement d&ruit (3). » 

Outre done l'gglise des Accoules qui servait provisoirement 
de monastfere, il y avait le veritable coenobium qui 6tait 
appete Saint-Sauveur, c en memoire, dit Rufli, de ce que le 
Sauveur du monde se transfigura sur une montagne (4). » Ce 
monastfcre de Saint-Sauveur 6tait situ6 dans l' enceinte de la 
ville 6pisfcopale, en dessous des murs de la ville vice-comitale 
de Marseille (5). On sait que notre cit6 gtait divide en deux 
parties : la ville Episcopate et la ville comitate, et suivant que, 
dans une charte, c'est T6v6que ou le comte qui parle, Saint- 
Sauveur est intra ou infra muros urbis (6). 

I/emplacement pr6cis de Saint-Sauveur 6tait la place de 
Lenche, de l'avis de tous. En 1077 done les religieuses habi- 
Udent les Accoules. En 1073, y habitaient-elles &6jk 9 ou se 

(1) « Nos saoetimoniales Sanctn Marise ad Acua consistentes, in civi- 
tate Massilia, vendimus Bernardo abbati et omnibus monachis in mo- 
oasterio Sancti Victoris... > Cartulaire de Saint- Victor, ch. 88. 

(2) V Antiquity de VEglise de Marseille, op. cit., 1. 1, p. 412. 

(3) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, pp. 50, 59. 

(4) Rufli, op. cit., p. 58. 

(5) c Ad cODnobium Sanctae Maris Virginis quod est situm infra muros 
Massilia?. > DonaUon de la vicomtesse Stephanie, 1050. (Andr6, Histoire 
de Vahbaye Saint-Sauveur, p. 206.) — t Monasterium ancillarum Dei 
quod est intra urbis nostra? ambitum. » Charte de Pons II, eveque de 
Marseille. (Andre, op. cit., p. 207.) 

(6) c Dooans monacharum monasterio quod in honorem DeiGenitricis 
Maria* infra muros Massiliae situm est... » Charte de donation de D£o- 

' 'lat, eveque de Toulon, aux Cassianites. (Cassianus illustratus, par 
Ouesnay, p. 570.) 



— 88 — 

trouvaient-elles encore k Saint-Sauveur ? Cela depend de Tin- 
terpr6tation que Ton donne k une charte de 1073. 

D'apr&s certains auteurs, il s'agit, dans cette charte, de 
l'gglise des Accoules, k laquelie Pons II rendrait ou donnerait 
les droits de paroisse. 

Buffi dit, en effet : « Ce droit de paroisse donne k l'gglise 
des Accoules fut confirm^ huit ans aprfes (1072 ou 1073) k 
l'abbesse Garsende, par Pons II, 6v6que de Marseille, qui avait 
61u, consacr6, intronis6 cette abbesse. Ge prglat declare, dans 
ce titre, que cette 6glise 6tait anciennement paroisse (1). » 

Andr6 afflrme que a le 7 Janvier 1073, l'6v6que Pons II, le 
jourmflme de Tintronisation et de la consecration de Garsende, 
sasceur, que les religieuses avaient glue abbesse, donne ou rend 
k l^glise de Sain te-Marie de Y Abba ye, c'est-^-dire des Accou- 
les, le droit de paroisse qu'elle avait eu auparavant. Le pr61at 
ordonna que tous ceux qui habitaient aux environs de cette 
gglise et jusqu'aux anciens murs d^pendraient d&ormais de 
Notre-Dame des Accoules, en quality de paroissiens (2). » 

Ainsi, selon Ruffi et Andre, les religieuses sont aux Accoules 
en 1073, car, cette charte, disant que Pons II a intronis6 et 
consacre abbesse sa sceur Garsende ibi, dans cette 6glise, indi- 
que bien que les religieuses y habitaient. 

DeBelsunce n'est pas de cet avis, « Pons II, dit 41, intronisa 
et consacra Garsende dans Teglise de Sainte-Marie, c'est-i- 
dire Notre-Dame des Accoules, ou Election avait 6t6 faite. 
II regla ensuite le district de FSglise des Accoules et lui rendit 
les anciennes limites. II confirma Garsende et son monas- 
t6re dans la possession de la paroisse et ordonna que tous ceux 
qui habitaient aux environs de l'eglise et jusqu'aux anciens 
murs de la viile dgpendraient dfeormais de l'abbaye de Saint- 
Sauveur, en quality de paroissiens (3). » 

Pour de Belsunce done, Garsende est 61 ue et consacree aux 
Accoules. Mais e'est l'eglise de l'abbaye deSaint-Sauveurqu'il 

(1) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 50. 

(2) Andre, Histoire de VAbbaye des reliffieuses de Saint-Sauveur, 
p. 23. 

(3) L'Antiquite de VEr/Usede Marseille, par M" p de Belsunce, t. I, 
p. 421. 



— 89 — 

erigea en paroisse. Ainsi les religieuses, suivant de Belsunce, 
habitaient Saint-Sauveur en 1073. Qui a tort ? qui a raison ? 
Recourons aii texte. 

Voici d'abord la lecture que la Gallia Christiana donne de 
cetle charte de 1073 : « Notum sit fidelibus univer- 
sis quod ego Pontius, urbis Massilise episcopus, sanctimo- 
nialium feminamm ad ecclesiam Sanctae Mariae abbatiae omnes 
circa ipsam habitantes usque ad veteris urbis muros paro- 
chial iter pertineant, in omni ecclesiastic^ ordinatione, nostro 
donatu (1). » 

En note, la Gallia Christiana dit que la Gallia Christiana 
quadripartita fait lire : a Sanctimonialium feminarum paro- 
chiam dono infra Massiliam in vice-comitali parte, scilicet 
ut ad ecclesiam Sane toe Mariae », etc., commeplus haut(2). 

De Belsunce donne ces mots de surplus entre parentheses (3) 
et Andrg (4) les cite comme le texte mtaie de la charte. Or, 
la Gallia Christiana, qui ne donne pas ces mots de surplus, 
afflrme que son texte provient « ex autographo (5) » et de Bel- 
sunce dit que : cela (ces mots entre parentheses) ne setrouve 
pas dans Facte qii'on conserve aux archives de Saint-Victor (6). 

Si Ton prend doncle texte de la charte tel qu'il est cit6 par la 
Gallia Christiana, qui parait &tre le texte authentique, car 
les mots de surplus ne sont qu'une explication, et dono qu'une 
r^p&ition de nostro donatu , il semble que Ruffi, Andr6, Bel- 
sunce ont eu tortdeparler ici de l'6glise des Accoules. 

A notre avis, voici le sens: Pons, 6v6que de Marseille, 
regie, par sa propre autorite, nostro donatu, que tous ceux 
qui habitent autour de l'Gglise Sainte-Marie de TAbbaye des 
religieuses seront les paroissiens de cette mftme 6glise :• a ut 
omnes circa ipsam habitantes parochialiter pertineant ad 



(1) Gallia Christiana, t. I, Ecclesice Massiliensis instrumenta, 
col. 112, XVIII. 

(2) Gallia Christiana, ibidem . 

(3) De Belsunce, op. cit., 1. I, p. 421, en note. 

(4) Andrg, op. cit. , pieces justificatives, p 4 209, C, donation de l'eve- 
que Pons, 1072. 

(5) Gallia Christiana, t. I, Instrumenta, c. 112, XX, en marge: 

(6) Belsunce, op. cit., t. I, p. 421, en note. 



— 90 — 

ecclesiam Sanctae Mariae abbatise sanctimonialium femina- 
« rum. » 

Or, cette ecclesiam Sanctoe Marias abbatice, de la charte 
de 1073, est la m6me que V ipsam videlicet abbatiam de 
la charte de 1069 (1). En effet, aprfts avoir parte, dans 
cette charte, du a monasterium ancillarum Dei quod est 
infra muros Massiliae, ecclesia scilicet Sanctae M. . . ad Acuas 
praedictum », on ajoute : « et ipsam videlicet abbatiam ». 
Mais cette ipsam abbatiam n'est pas autre que Saint-Sau- 
veur (2). Done il s agit de Saint-Sauveur dans cette charte 
de 1073. La phrase latine est embarrass6e, e'est vrai; mais 
les autres chartes du m&me Pons II ne sont pas d'un style 
plus correct et plus ciair. Quelque copiste, pour l'6claircir, a 
ajoutg plus tard les mots entre parentheses. Du coup il a 
d&igure le texte primitif. Or, s'il est dit, dans cette m&me 
chartedel073: ibi intronisavi ac consecravt, e'est done dans 
cette gglise de Sain te- Marie de TAbbaye des religieuses que 
Garsende a 6t6 61 ue, intronis6e et consacr6e ; et si cette 6giise 
de Sainte-Marie de I'Abbaye est I'gglise de Saint-Sauveur, 
e'est done k Saint-Sauveur que les religieuses se trouvaient 
en 1073. 

Ce n'gtait pas cependant depuis de longues anntes qu'elles 
habitaient ce monastere de la place de Lenche. Car en 1069, 
Pons II et son f rfere Geoffroy, vicomte de Marseille, « vou- 
lant rgtablir le monastfere des servantes de Dieu, situ6 dans 
l'enceinte de notre ville, monastfere que les traditions des 
anciens affirment avoir ete 6tablipar le fondateur du monast&re 
de Saint- Victor, le bienheureux Cassien; dgsirantcorrespondre 
de tout leur coeur & la volonte de Dieu, r6aliser le dessein 
que leur pfere, le seigneur et v6n6rable comte GuilJaume, 
avait eu d'6tablir dans ce monasters des femmes pieuses pour 



(1) c Donamus igitur ego Pontius, Massiliensis episcopus, cum canoni- 
cis nostra sedis, et ego Joffredus, vicecomes, una cum uxore et flliis 

meis monasterium ancillarum Dei quod est infra urbem Massiliam 

ecclesiam scilicet Sanctae Maris... . ad Acuas predictum, et ipsam 
videlicet abbatiam, cum omnibus quae ad earn pertinent... » Clurte de 
Pons II, 1069. (Andre\ op. cit., pieces justiiicatives, p. 207.) 

(2) On va le voir k la page suivante. 



V 

\ 



— 91 — 

y servir Dieu et de restaurer cette maison qu'il avait trouvge 
enticement detruite,* confterent ce monastferedes religieuses, 
qui est situe en dessous dela ville de Marseille, k savoir l'Gglise 
de Sainte-Marie appetee des Accoules, et l'abbaye elle-m6me, 
avec tout ce qu'elle possfede, k la direction et l'administration 
de l'abb6 de Saint- Victor (1 ). 

Expliquons ce passage de la charte de 1069. II ne faudrait 
pas traduire ces mots a ecclesiam Sanctae Mariae ad Acuas 
praedictum et ipsam abbatiam... » par: « l'6glise de Sainte- 
Marie des Accoules et l'abbaye elle-mGme (des Accoules) » . 
(Test Pons II qui rgdige cette charte, il parle en son nom et 
au nom de son fr6re Geoffroy. Mais, comme c'est lui 6vgque 
qui rfegle une question de juridiction, il dirige, il conduit la 
phrase. Or, s'il a dit plus haut, dans cette m&ne charte, que 
le monastfere des religieuses fond 6 par Gassien se trouve 
intra urbis nostra* ambitum, dans Tenceinte de sa ville 
Episcopate (2), la place de Lenche, en effet, est dans l'enceinte 
de la ville de l'6v6que, il ne faut pas lui faire dire, dix lignes 
plus bas, que ce monastfere se trouve dans la ville comtale, 
en dessous de la ville (6piscopale). li ipsam videlicet abbatiam 
est done uu Edifice distinct de Yecclesiam Sanctce Marice 
ad Acuas. L'une, V ipsam videlicet abbatiam, se trouve 
intra urbis nostrce ambitum, c'est Saint-Sauveur ; l'autre, 
Yecclesiam Sanctce Marice ad Acuas, l'6glise de Sainte- 
Maiie des Accoules, se trouve infra urbem Massilice, en 
dessous de la ville gpiscopale, dans la ville vice-corn tale. 

Cette explication donnge, il est visible qu'il s'agit, dans cette 
charte, de 1'abbaye de Saint-Sauveur. Le monastere que 
Pons II et Geoffroy veulent restaurer est celui qui est situ6 
intra urbis nostrce ambitum ; c'est done Saint-Sauveur qui 
est en mines. Les religieuses done ne Fhabitaient pas encore, 
en 1069 ; mais elles se trouvaient k Sainte-Marie des Accoules. 

(1) Charte de Pons II, 6veque de Marseille. (Andre, op. cit. % pieces 
justif.,p. 207.) 

(2) c Ideoque monasterium ancillarum Dei quod est intra urbis 
nostra ambitum, a beatissimo Gassiano, coenobii Sancti Victor is abbate, 
olim fuodatum... » Charte de Pons II, 1069. (Andre, op. cit. % p. 207, 
pieces juttificatives.) 



— 92 — 

C'est bien ce que dit la charte : le monastere des religieuses 
qui est au-dessous de la ville de Marseille, appele l'^glise 
Sainte-Marie de? Accoules. 

Quel 6tait le motif qui amenait T6v6que et son frere 
Geoffroy k c&ler, a Fabb6 de Saint- Vic tor, Saint-Sauveur et les 
Accoules, pour les administrer? G'6tait, d'une part, lepeude 
ressources que ce monastfere poss6dait ; d'autre part, Tinintel- 
ligence, le manque de fermete que ces religieuses apportaient 
dans le maniement de leurs affaires temporelles (1). Quoi qu'il 
en soit, en 1069, les religieuses n'6taient pas k Saint-Sauveur, 
mais aux Accoules (2). 

Elles n'6taient absentes de Saint-Sauveur que depuisquelques 
ann6es a peine. En 1050, en effet, la mfcre de Pons II et de 
Geoffroy, la vicomtesse Stephanie, veuve de Guillaume le 
Gros, faisait donation de quelques terres k Sollies, et de T6gli- 
de Notre-Dame-de-Beaulieu, prfes de cette ville, au coenobium 
Sancti Salvaioris, ou coenobium Sanctce Virginia qui 6tait 
situ6 « infra muros Massiliae » (3). C'est la vicomtesse Stepha- 
nie qui parle dans la charte ; pour elle, le monastere est en 
dessous des murs de la ville vice-comtale. En 1050 done, les 
religieuses habitent Saint-Sauveur. 

Elles n'y etaient que depuis peu de temps encore, puisque, 
en 1033, le seigneur de Rians, Geoffroy, et sa femme Scotia, 
consacraient a Dieu leur fllle Vauburge, et la c6r£monie avait 
lieu dans l'6glise des Accoules (4). Saint-Sauveur 6tait, en 
effet, en reparation k ce moment. 

Cette reparation avait 6t6 entreprisesous Tabbesse Adalnio'is, 
en 1031, par le comte Guillaume, pfere de Pons II et de Geof- 



(i) DeBelsunce, op. cit., t. I, p. 414. 

(2) Andre, op. cit. t p. 21. 

(3) Andre, op. cit., pieces justif., B, donation de la vicomtesse Stepha- 
nie, p. 206. 

(4) De Belsunce, op. cit., t. I, p. 412. — Ruffi, Histoire de Marseille, 
t. II, pp. 50, 59. —Andre, op. cit., p. 19. 

« Earn sanctimonialem in templo Domini offerimus in monasterio mo- 
nacharum quod vocatur Alas Accoas, quod scdificatum est in honorem 
Sanctse Genitricis Marise. » 8. Cassianus illustratus, par Gucsnay, 
p. 704. 



— 93 — 

froy, et par son frfere Fulco(l). Ces deux vicomtes de Marseille 
avaient trouvG cemonastfere d6truit de fond en comble a ex 
totopenitus destructum », dit la charte de 1069(2). C'6tait 
pour doter ce monastfere qui se reconstruisait, que l'6v6que de 
Toulon, D6odat, lui donnait, en 1031, l'gglise de Sainle-Marie, 
au territoire de Sollifes (3), queGuillaume, en 1032, lui cedait 
laqualrieme partie de la juridiction etdes droits seigneuriaux 
du iieu d'Allauch (4) et que, en 1050, la vicomtesse Stephanie 
lui donnait les terres dont on a parte plus haut (5). 

S'il fallait en croire Andr6, ce monastfere de Saint-Sauveur, 
que Ton relevait de ses ruines en 1031, n'aurait comptg que 
quelques annees d'existence. Get auteur suppose que c'gtait le 
premier monastfere construit dans la ville k F usage des Cassia- 
nites (6). C'est en 1030 que ces religieuse, quittant le voisinage 
de Saint- Victor, seraient venues k la place de Lenche. Mais la 
charte de 1069 ddmontre Terreur d'Andrg. Guillaume et Fulco 
out trouvg ce monastfcre complfetement rutn6, ils commencent 
a le reconstruire en 1031, sous Adalmois : il faut done suppo- 
ser un monastfere plus ancien a. la place de Lenche. C'est done 
anWrieurement k Tan 1030 que les religieii9es y sont venues. 
Les raisons sur lesquelles Andr6 s'appuie pour soutenir son 
dire ne valent rien. Car le texte de la charte 40 du X? sibcle 
n'a pas le sens qu'il lui donne, nous le prouverons plus tard (7) 
et l'inscription tumulaire de Tillisiola, qu'il regarde com me la 



(1) Ruffi, op. cit. t t. II, p. 59. — De Belsunce, op. cit., t. II, p. 411. 

(2) Charte dePous II, 6veque de Marseille, 1069 (Andre, op. cit., pie- 
ces justif ., p 207) : 

« Et quidem hoc ipsum (raonasterium) pater noster dominus ac vene- 
rabilis Villelmus, vicecomes, in votis habuit et devotas ibi feminas ad 
serviendum Christo constituere, ipsumque locum quern ex toto penitus 
destructum invenerat aliquatenus renovare. . . » 

(3) Donation de Deodat, evequede Toulon, a Saint-Sauveur. (Provin- 
ce Massiliensis Annales ^ par Guesnay, p. 292 ; 5. Cassianus Must rat us, 
parGuesnay, p. 670.) 

I) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 59. 

(5) Andre*, op. cit., pidces justif., D, donation de la vicomtesse Stepha- 
nie, p. 206. 

(6) Andre, 0/7. Ht., pp. 16, 18. 

(7) Voir le chapitrede cet ouvrage intitule : La charte 40. 

7 



- 94 - 

premiere abbesse de Saint-Sauveur, aprfes le retabiisseraenl de 
cemonastere en ville(l), est bien antGrieure k 1'an 1030. M. 
de llossi la fait remonter au VI* ou VIP stecle. 

La date de construction de ce monastfcre repar6 en 1031, 
une charte de 1004 semble Tindiquer. II s'agit, dans cette 
charte, de Election de Pontia (2), en quality d 'abbesse de Saiiit- 
Sauveur, et il est dit d'une Elgarde qui assiste avec ses trois 
fils a cette c6r6monie, qu'elle est la fondatrice de ce inftoie mo- 
nastere : « ejusdem monasterii fundatricis o. Les auteurs 
s'accordent k dire que Pontia est une abbesse de Saint-Sau- 
veur (3). De plus, en fait de monast&re de religieuses, il rf y 
avait a Marseille, a cette 6poque, que celui de Saint-Sauveur. 
Dans cette charte de 1004, il s'agit done de Saint-Sauveur. Et 
comme Elgarde est appel£e la fondatrice dece monast&re dont 
Pontia est 61ue abbesse, e'est bien Elgarde qui a fondS Saint- 
Sauveur. La date de la construction du monast&re que Ton 
restaure en 1031 est done bien Tan 1004. 

Ce qui achfeve de le prouver, e'est que le monastfere d'Elgar- 
de a 6t6 bati k la place de Lenche et pas ailleurs. 

Impossible, en effet, d'admettre avec Andr6 et M, de Rey que 
le monastfere d'Elgarde a 6t6 construit dans le voisinage de 
Saint-Victor (4). Cette personne, peut-£tre TSpouse de quelque 
vicomte, connaissait certainement, pour les avoir entendu 
raconter par ses aieux, lesd6sastres de 923, la destruction de 
Tabbaye de Saint- Victor, Fincendie de la cathedrale, le pillage 
de la ville; elle connaissait aussi le fait de Tenlfcvement par 
les Danois d'un certain nombre de religieuses, en 838. Souvent 
on avait dil rappeler autour d'elle la mort heroique d'Eusebie 
et de ses chastes compagnes ; et elle, une femme tirnide, 
douce par nature, oubliant ces horreurs, ces massacres, reba- 
tira loin de la ville, puisque le port Ten separe, un monastere 
de lilies ou de feinmes 1 Quelle folie !! One Tabbaye de Saint- 
Victor se relfcve de ses ruines snr le m6me emplacement, on le 

(1) Audre, op. cit., p. 17. 

(2) Cartulaire de Saint-Victor, ch. 1053, du 6 janv. 1004. 

(3) BelsuQce, op. cit. y t. I, p. 413.— Andre, op. cit. y p. 17. 

(4) Andre, op., cit., p. 17. — Invasions des S arras iris en Provence, 
p. 139. 



— 95 — 

comprend, c'est un monast&re d'hommes. Ces moines s'entou- 
rent de rem parts, k Tabri d esq u els ils pourront se dgfendre, 
ce qui k cette epoque devait etre habituel. II ne se passait pas 
de longs jours, en effet, sans que Ton dat endosser la cuirasse 
sur la robe de bure, interrompre le chant des louanges de Dieu 
pour armer son bras et courir k rennemi. Mais des femmes ; 
des Miles, que pourraient-elles? Non, si Elgarde a bAli un mo- 
nastere, c'est sdrement dans l'int6rieur de la ville Le monas- 
ter de 1004 est le m£me que celui de 1031. En 1004 done, les 
religieuses de Saint-Sauveur sont k la place de Lenche. 

Mais, anterieurement k Tan 1004, oil se trouvait le monas- 
tere ? Surement, en 923 il 6tait auprfes de Saint-Victor, e'est- 
4-direde l'autre cdte du port. Les chartes de 1431 et 1446 en 
donnent la preuve. 

Ces deux documents, que nous 6tudierons plus tard, disent 
que ce monastfere de Saint-Victor et un autre qui autrefois 
en etait voisin, detruit par les Vandales, avaient 6t6 fondfe 
par Cassien (1). Les Vandales, qui ont detruit ces monas- 
teres, ne sont autres que les Sarrasins. Car la charte de 
1040, faisanl le tableau de la desolation sous laquelle l'abbaye 
de Saint- Victor avait 6te plongSe durant de longues anntes, 
fattribue k un agent rus6 d'origine vandale, a callidus exactor 
de vagina Vandalorum (2). » Or, nous savons que l'abbaye de 
Saint-Victor ne fut deserte qu'i l'Gpoque de 923, lore de 
linvasion des Sarrasins (3). De plus, la charte de 1005 dit que 
la « gens barbarica 9, qui couvrit de ses hordes la Provence, 
d&ruisit les 6glises et saccagea les monast&res, etait arrivee 



(1) « Cassianus, qui hoc praesens monasterium et aliud olim sibi 
vicinum in diebus illifl per profanos Vandalos funditus demolitum mire 
condidit. » Chartes de 1491 et 1446. (Chartes de D. Lefournier, t. Ill; 
archives departementales.) 

(2) Cartulaire de Saint-Victor, charte 14, du 5 oct. 1040. — Laplupart 
des chroniqueurs qui ont raconte les desolations dont la France fut le 
theatre a l'epoque des invasions des Sarrasins, se servent indifleremment 
des termes : Vandales, Sarrasins, Palens. Voir les chroniqueurs cites 
par de Belsunce, Antiquite de VEglise de Marseille, t. I, p. 288 ; 
Cariulaire L II, a la table, p. 823; Darras, Histoire de VEglise, t. VII, p. 22. 

(3) De Bey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 124 et suivantes. 
— Vie dee Saints de VEglise de Marseille, p. 8. 



- 96 — 

en Provence plusieurs cycles d'annees apr6s le deces de 
Charlemagne (1), post6rieurement k Tan 814. Done il ne sagit 
pas de Vandales. II faul lire: a l'6poque ou les Sarrasins 
d&ruisirent Saint- Victor, il y avait un monastfcre voisin de 
celui-ci et fond6 par Gassien (2). Or, les Sarrasins ne detrui- 
sirent Saint-Victor qu'en 922 ou 923. Done, k cette 6poque, 
le monastfere cassianite se trouvait auprfcs de Saint- Victor. 

Mais, de 923 k Tan 1004, quelle place occupait ce monas- 
tfere ? C'est une chose curieuse que de Tan 923 k Tan 1004 on 
semble perdre de vue ce monastfere cassianite de filles. 
Aucune charte, aucun document que nous connaissions n'en 
fait mention. L'Ordre semble avoir disparu dans la tourmente 
de923. 

A vrai dire, on ne doit pas s'en Conner. Ce f ut une crise 
terrible pour T6glise de Marseille que cette dpoque du 
X* stecle. Les chartes de Saint- Victor tracent de ces annees 
un bien sombre tableau. « Lorsque le Dieu tout-puissant, lisons- 
nous dans la charte 15 de Tan 1005, voulut chattier le peuple 
chr6tien, il se servit des pa'iens. Une nation Darbare fit 
irruption en Provence, se rSpandit de tous cdtes, en augmen- 
tant chaque jour sa force et son courage, parvint k s'emparer 
de tous les lieux fortifies, s'y dtablit, s'y livra au pillage des 
gglises, et beaucoup de monast&res furentdStruits; lesendroits 
qne Ton aimait k visiter devinrent d'affreuses solitudes, et 14 
oil les hommes habitaient, les b&tes teroces Stablirent leurs 
repaires. C'est ce qui advint au monastere de Saint-Victor, 
le plus fameux de la Provence. II fut d6vast6, mis en mines 
et rSduit k n6ant (3). » L'histoire est li pour confirmer le 

(1) « Sed post multa curricula annorum. cum idem piissimus princeps 
a saeculo decessisset. » (Jartulaire de Saint-Victor, charte 15. 

(2) Voir auchapitre intitule: Les chartes de H31 et /446\ de ce present 
ouvrage, un autre sens que Ion pourrait donner a cette phrase ; ou 
arrive cependant a la mfime conclusion. 

(3) t Sed, post multorum curricula annorum, cum idem piissimus 
princeps a seculo decessisset, et omnipotens Deus vellet Hag-ell are 
populum christianum per seviciam paganorum, gens barbarica in regno 
Provincial irruens, circumquaque diffusa, vehementer invaluit, ac 
munitissima quseque loca obtinens et inhabitans cuncta vastavit, 
ecclesias ac monasteria plurima destruxit, et loca quae desiderabilia 



— 97 — 

dire des chartes. Les Sarrasins, qui depuis 891 ou 892 s^taient 
empargs du Fraxinet, se rGpandirent dans toute la Provence, 
occupant d'abord les c6tes, puis promenant leurs hordes 
sauvages dans le haut pays, prenant les villes, les saccageant, 
et descendirent vers la basse Provence. Lentement le cercle 
se r&recit autour de Marseille. En 922 et 923, ils se jettent sur 
elle, la pillent, la saccagent. La cath6drale est incendtee, 
Saint- Victor est d6vast6 et r&Luit k n6ant (1). 

La position est si prgcaire, que les chanoines qui ne peuvent 
plus occuper leurs sieges, que les clercs, les hommes 
libres, les serfs n'ont ni nourriture, ni v&ements. Le mal- 
lieureux gvgque de Marseille, Drogon, en est rgduit & solli- 
citer de son m6tropolitain, l'archev&jue d'Arles, le pain et le 
vgteraent pour ses pr£tres et ses fiddles (2). 

Incontestablement le monastfere des religieuses, ou qu'il 
se trouve, en 923, auprfes de Saint-Victor, a 6tg dStruit. 
Les auteurs l'admettent, l'abb6 Daspres, Andr6, de Key, etc., 
etc. (3). Et cette mine est si complete, qu'b notre avis 
il disparalt entterement! G'est, d'ailleurs, ce qui arrive 
momentanement k Tabbaye de Saint- Victor. La charte 14 de 
Fan 1040 latteste : « Le monastfere a vu p6rir ses nombreux 
en f ants, qui gtaient sa gloire. II v6g£te maintenant dans les 
larmes de la solitude, ruing, malheureux, et il tralna ainsi de 
longs jours une douleur qui le rongeait (4). » Une autre 
charte 565, de Tan 1055, dit encore: « Le monastfere detruit 

videbantur, in solitudine redacta sunt, el quae dudum fuerat habitatio 
homlnum, habitatio postraodum cepit esse ferarum ; sicque factum est 
ut monasterium illud quod olim praecipuum ac famosissimum in tot A 
Provincia fuerat, adniillatum et pene ad nihilum est redactum. » 
Cartulaire, t. I, charte 15. 

(1) M. de Rey, Invastons des Sarrasins en Provence, passim. 

(2) « Vir Drogo, Massiliensis episcopus, singultuoso planctu canOnicos 
suae ecclesias propter continuos Sarreceuorum impetus suis in locis 
manere non posse conquestus... » Cartulaire de Saint- Victor, charte 1. 

(3) Daspres, Satire sur Saint-Giniex, p. 28. — Andre, op. rt't., p. 12. 
— De Rey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 139; Idem, 
Saints de Marseille,. p. 230. 

(A) « Hoc extincto, sobolumque llore amisso, viduitalislacryma, flexibi- 
liset infelix, nimisque senlo consumptum permansit... » Cartulaire de 
Saint-Victor. 



- 98 - 

par les Patens avait perdu non sen 1 em en t ses biens, mais il 
s'6tait, pour pour ainsi dire, perdu lui-m6me, r&Juit qu'il 
6tait en servitude (1). » Ce ne fut qu'en 966, sous Honort II, 
6v6que de Marseille, qu'il revint k Pexistence et, k ce moment, 
rgv'Aque qui rend des biens k Saint-Victor ne fait aucune 
mention des moines de l'abbaye. II n'y en a pas. Ce n'est qu'en 
970 que Ton parle de Saint- Victor et de ses moines (charte 
598)(2). Trente ans aprfcs ce relfevement, vers Tan 1000, Gamier, 
Fabb6 de Saint- Victor, n'a avec lui que cinq religieux. Ce n'est 
qu'en 1005 qu'il en compte vingt-cinq (3). On le voit, l'abbaye 
de Saint- Victor s'est relev^e bien lentement. 

II dut en gtre de m6me de l'abbaye cassianite des filles. 
D6truite en 923, ce ne fut qu'au bout de trois quarts de sifecle 
qu'elle put se relever. Et c'est encore la charte de 1004 qui en 
est la preuve. Bxaminez-Ia dans le detail. II s'agit, nous l'avons 
dit, de l'glection d'une abbesse. Or, combien y a-t-il de reli- 
gieuses, pour faire cette Election (4) ? Trois sont nommdes, 
tout au plus quatre ; en comptant Pontia, qui fut 61ue, elles 
sont cinq. Mais k cette c6r6monie il y a un concours assez 
extraordinaire: deux Gvfiques, de pieux lai'ques, de v6n6rables 
dames, El garde et ses trois fils, mfime un chef de soldats, et 
son escorte. II est dit dans cette charte, en propres termes, 



(1) « ... ipsum monasterium, a paganis destructum, non solum sua, 
sed etiam se ipsum, in solitudine redactum, amiserat. . . > Cartulaire de 
Saint- Victor. 

(2) De Rev, Invasions des Sarrasins en Provence. 

(3) Les Saints de VEglisede Marseille, Saint -Viffred, pp. 305-306. 

(4) « Idcirco nos dicate Deo mulieres, Rainberga, Fradegarda, Suffi- 
cia... quatlnus eis de quibus loquimur consortes esse possimus, anno 
millesimo quarto trabcationis dominica?, indictione V, mense duodecimo 
qui dicitur Janus, atque ejusdem VII idus, coram prsesentia sacrorum 
antitistum Produs... ceeterumque piorum hominum, et ante con spec turn 
nobilis matrone, ejusdem monasterii fundatricis, una cum flliis suis 
(nomen etenim ejus Elgarda dicitur, ipsius vero nliorum suorum notan- 
tur Garinus, Vigo, Aldebertus) ; itaque nos omnes unanimiter praesi- 
gnata puella, elegimus atque pneferimus nobis hanc monacam nomine 
Ponciam vultu decoram , sensu illustrem , natura sublimem mo- 
ribusque insignem . Idquidem facimus ea ratione qua oportet, favente 
Dorumdeo suorumque mi I i turn coplo... » Cartulaire de Saint-Virtor, 
ch. 1053, du 6 Janvier 1004. 



- 99 — 

qu'Elgarde est la fondatrice de ce monastfcre. Ge monastfere 
ainsi relevG n'a pas de nom, la charte n'en mentionne aucun. 
Or, si ce monastfcre de 1004 en remplace un autre, d6truit 
depuis seulement quelques ann6es, comment expliquer cette 
omission ? Comment affirmer qu'Elgarde a fond6 ce monas- 
tere? On dira plus tard de Pons II, et de son frfcreGeoffroy, 
qu'ils d&irent rdtablir, restaurer lemonastferedStruit, «cupi- 
mus restaurare, aliquatenus- renovare atque restituere ». 
Maisicic'est « fundatricis ejusdem monasterii », fondatrice 
de ce monastfcre, que Ton dit. Pourquoi, d'ailleurs, cette 
pompe extraordinaire k cette Election faite seulement par.cinq 
religieuses ? D'oii vient encore ce petit nombre de religieuses 
dans un monastfere qu'EusGbie et ses quarante compagnes ont- 
illustr6 ? II y a Ik plus qu'une Election ordinaire. C'est la 
reconstitution d'un ordre, le rStablissement d'un monast&re 
ctetruit et disparu. Pour nous done, de Tan 923 k Tan 1004, le 
monast&re des religieuses n existait plus I ! ! 

Une seule chose nous ferait hSsiter : un des fragments 
dScouverts par Rufll, concernant 1'histoire des possessions de 
Saint-Sauveur, k une certaine gpoque. II est dit, dans ce 
document (I) : a que les religieuses ont des esclaves dans la 
campagne, dans les champs Albuciens ; une colonie k Plom- 
bieres; pr£s du Jarret, les champs de Saint- Victor ; au 
m6me endroit le tiers des terres de Sain te Marie. Biles ont 
le pr6 de Sainte-Euph&nie et de Saint-Baudile en entier, terres 
que le chor6v6que Honors possfcde en b6n6fice. » Si Ton pou- 
vait prouver que cet Honors, chor6v6que, est le m6me qui fat 
6v3que de Marseille de 948 k 976, on aurait Ik une preuve 6vi- 
dente que le monast&re existait de 923 k Tan 1004, puisque, 
vers 948, il poss6dait des terres qu'Honorg tenait en b£n6fice 
avant d'etre evSque, e'est-i-dire avant 948. 



(1) « Descriptio mancipiorum de agro Albuciano, colonica in Plumba- 
riaa. Habemus juxta fluvium Gerre, campos Bancti Victoria. Habemus 
inibi de colonica, tertiam partem de terras Sanctse Ma rise. Habemus 
pratum Sanctae Euphemioe et Sancti Baudilii ab integro, quos Honoratus 
r.O re pic opus in beneticio babet. » Armorial et Sigillographie des eve- 
que* fie Marseille, par le cbanoine Albanes, p. 30.— Anliquite de VEglise 
tie Afarteille, par M« r de Belsunce, t. 1, p. 302, note. 



— 100 - 

Mais nous croyons d'abord qu'il est difficile d'idendifier 
cet Hooorg, chor6v6que, avec Honor6 II, 6v6que de Marseille. 
Aucun auteur, que nous sachions, ne l'a dit. De plus, k cette 
gpoque au milieu du X* Steele, il n'y avail presque plus de 
chor6v6ques. Cette dignity disparut aprfes le X s stecle, selon 
M 1 ' de Belsunce, et vers le milieu de ce Steele, selon le cardinal 
Hergenroether (1). Done, fort probablement il ne s'agit pas de 
celui qui fut plus tard Honorg II, gvgque de Marseille. 

Ce qui ajoute k ces preuves, e'est qu'il est question des biens 
qu'aurait possed^s le monastfere cassianite vers 948. Or, s'il est 
certain que ce monastere a et^ d6truit vers 923, comment peut- 
il s'dtre d&]k relevS avant 948, et poss6der des biens, alors que 
Saint-Victor n'a commence k sortir de ses mines qu'aprfes 9fi6 ? 
De plus ces biens sont appetes a les champs de Sainte-Marie, 
les champs de Saint- Victor ; » ces champs ont done appartenu 
k Tabbaye de Saint-Victor et k lacathtedrale, qui, k une certaine 
6poque, les ont donites k Tabbaye cassianite. Or, en nous 
maintenant toujours dans l'hypotitese que ce chorev&jue 
Honors est le mGme personnage qu'Honor6 II, plus tard 6v£que 
de Marseille, nous sommes k une 6poque antgrieure k 948, au 



(1) c Cette charte est done, au plus tard, du X' siecle, apres lequel on 
voit plus de chorevfiques. » M* r de Belsunce, op. ciU % t. I, p. 303. — 
Histoire de I'Egliae, par le cardinal Hergenroether, t. Ill, p. 311. — 
Oa donnait le nom de chor6v6ques aux prdtres qui exercaient quelques 
fonctions episcopates dans les bourgades et les villages, et qui 6 talent 
par ce fait les vicaires de l'evdque. En Orient, ils lurent tres nombreux. 
II en est fait mention au concile d'Antioche, en 340. En Occident, le 
concile de Biez en 439 est peut-etre le premier qui en ait parte. II leur 
etait dttendu de rien entreprendre sans la permission de l'6v£que. Ils n'a- 
valent la tache que de soulager celui-ci dans ses fonctions et d'administrer 
le diocese pendant la vacance du siege. En Orient, ils avaient le droit de 
consacrer deslecteurs. Mais, comme ils voulaient empieter sur les fonc- 
tions exclusivement episcopates, telles que la consecration des eglises, 
des vierges, l'ordi nation des prfitres, la confirmation, etc., on restrei- 
gnit leurs attributions. Finalement on abolit cette dignity. Ils disparu- 
rent completement vers le milieu du X* siecle. — Diplomatique chre- 
tienne, 6dit. Migne, col. 202.— Histoire de VEglise, par Hergenroether, 
t. II, p. 429; t. III, p. 133 et 311. — Dictionnaive de th&ologie, Lenoir, 
ChorMque, t. II, p. 504. — Histoire des conciles, par Roisselet, t. Ill, 
p. 624, errata. 



— 101 — 

lendemain de la destruction de Saint- Victor, au lendemain de 
ces affreux ravages qui forcferent le malheureux Drogon, 6v6- 
que de Marseille, k implorer le secours de l'archev£que d' Aries, 
Manassgs. Et Saint-Victor serait assez riche &e]k pour ceder k 
l'abbaye cassianite des terres sur le bord du Jarret, et partant 
d'une culture facile, puisqu'elles sont k proximity ! Et l'6ve- 
que aurait &&]k des Mens en telle abondance, qu'il pourrait en 
c&ler k l'abbaye! Cela n'est gufcre possible. 

Au contraire, que l'abbaye cassianite possfcde k une epoque 
des biens appeles « champs de Saint- Victor et terres de Sainte- 
Marie», ce nous est un indice que c'est tout rGcemment qu'on 
les lui a donnes. Elle n'a pas eu le temps encore de se les 
assimiler et de les ranger sous le nom general de biens de 
l'abbaye. Que l'abbaye de Saint-Victor ou la cath&Lrale 
les ait donnas k l'abbaye cassianite, ce nous est une. preuve 
encore qu'on les lui a c£des pour former un domaine, 
un fonds, tin capital, une mense, et la relever de quelque 
destruction. 

Or, nous l'avons dit, aprfes 923, ni Saint-Victor, ni la cath6- 
drale n'ont pu 6tre g6n6reux k ce point. C'est done k une 
6poque ant6rieure, 6poque relativement florissante pour Saint- 
Victor etla cathedrale, peut-6tre en 838, 867, que ces biens 
ont&e donn6s. Ce chor6v&jue Honor6 daterait done de cette 
Epoque, et non pas de 948. Ce fragment du Polyptique ne 
s'opposeraitdonc pas &notre assertion: que, de 923 k 1'an 1004, 
le monastfcre cassianite n'existait pas. 

En 923, il se trouve tout pr6s de Saint-Victor. Pourrait- 
on dire k quel endroit aupr&s de cette abbaye s'elevait le 
monastere cassianite? Tr6s probablement aux environs de la 
chapellede Sainte-Catherine. Les ruines que Ruf G ya vues, 
('inscription tumulaire qu'il y a trouv6e en sont des indices. 

On ne devrait pas cependant arguer de ces tombes d6cou- 
vertes k la chapelle de Sainte-Catherine, pour placer forc&nent 
le monastgre k cet endroit. Car, en supposant qu'il s'61ev&t sur 
cette terre qui appartenait aux religieuses, sur le plateau du 
Revest, on pourrait dire aussi qu'on inhumait celles qui 
mouraient dans l'enceinte de Paradis, aux environs de cette 
chapelle de Sainte-Catherine. 



— 102 — 

On peut en effet le placer sur le plateau qui s'elfcve et s'6tend 
au-dessus de Tendroit appelg, par M. de Key, le Revest. Ge 
plateau s'6tend de lentrSe de Paradis, k peu pr6s, k la hauteur 
de la place de la Corderie actuelle, jusque vers la rue de 
Rome. II y avait \k des terres, des vignes appartenant k des 
particuliers ; les religieuses cassianites, vers 1048, y poss6- 
daient une grande terre que trfes probablement elles avaient 
d6j& au d6but du X* stecle, k la fin du IX\ 

(Test k ces deux endroits que 1'abbaye cassianite pouvait 
Stre, lors de sa destruction par les Sarrasins, en 923. Ces 
deux emplacements se trouvaient assez voisins de 1'abbaye 
de Saint- Victor pour qu'on put leur appliquer le texte des 
chartes de 1431 et 1446: « aliud olim sibi vicinum ». 

Done, indifferemment le monastfcre pouvait 6tre k Sainte- 
Gatherine, ou sur le plateau du Revest. Cependant nous pr6fe- 
rerions, k cette Gpoquede 923, l'emplacement de S'*-Catherine. 

Depuis combien d'annges se serait-il trouv6 k Sainte- 
Catherine? Quinze k peine. En 904, Louis TAveugle c&Ie 
k Tabbaye de Saint-Victor a toule la rive du port qui est sous 
le monasttre avec les p£cheries, les ancrages et les salines, 
de plus toute la terre qui va du monastfere, de ces p6cheries et 
de ces salines, jusqu'& Carnarium, le cimetifcre de Paradis (1) » . 
Or, Templacement de la chapelle de Sainte -Catherine se trou- 
vait sur la terre comtale, c6d6e k Saint-Victor. Si 1'abbaye 
cassianite ebt 6t6 en cet endroit, que le point ou elle s'glevait 
fut la propria du comte ou de 1'abbaye cassianite elle- 
m£me, la charte de donation de 904 aurait mentionnG que 
cette terre 6tait c6d6e k Saint- Victor, k Texception de Templa- 
cement de cette chapelle, ou y compris cet emplacement. 

(1) « Noverit quoniam Rostagnus, metropolita, et Teutbertus, 

comes, nostram adeuntes excellentiam, enixius post ulave runt, quatinus 
fid el i nostro Magno, abbati ecclesiie scilicet Dei Genitricis Ma rice et glo- 
riosi martyris Victoris .. concedamus jure perpetuo, videlicet fiscum 
quod nominator Pinus, cum salinis et piscationibus et portus navium 
et omnibus juste et legaliter ad eumdem fiscum pert inentibus con ja- 
centem in comitatu Massiliensiqui vulgo Paradisus nominatur, sicut est 
\ia qua» descendit aGuardia us<{ue in Poium formicarium, una cum terra 
comi'ali qua 1 - ante portam castri fore videtur usque ad Carnarium... » 
Uartulalrr de Saint-Victor, ch. 10, 21 avril 901. 



— 103 - 

C'est done posterieurement k Tan 904 qu'il a pu s'glever k 
Sainle-Catherine, et, dans cette hypothfese, il n'aurait gufere 
compte que quelques armies d'existence, de 904, k Pan 923, 
epoque de sa destruction . 

Si, au contraire, -on acceptait de placer le monastfere cassia- 
nite sur le plateau axi-dessus du Revest, sur la terre mtaie 
qui en 1048 appartenait aux religieuses, nous dirions qu'il 
s'Slevait en cet endroit au d6but du IX* si&cle. 

En 838, en effet, e'est ]&, au-dessus du Revest, que tr6s pro- 
bablement il se trouvait, lorsque les religieuses furent enle- 
v£es par les pirates et transports par eux sur leurs vaisseaux. 
Elles n'habitaient pas la ville, a cette 6poque. Rufli et Lautard 
se trompent en les y placant dfcs 867, k la suite des ravages 
des Normands, k Marseille (1). M. de Rey regarde cette asser- 
tioa concernant les ravages des Normands k Marseille comme 
nn peu gratuite (2). Nous le croyons avec lui. Les annales de 
Saint-Bertin ne disent rien k ce su jet. D'ailleurs, si elles sont 
en ville en 867, pourquoi sont-elles revenues auprfcs de 
Saint- Victor avant 923, puisque k cette date le monastfcre cas- 
sianite se trouvait auprfcs de cette abbaye, aux termes des 
chartes de 1431 et 1446? Avaient-elles oublte les ravages des 
Normands ? Elles n'6taient done pas dans l'intgrieur de la 
ville en 867. 

Non plus en 838, car il est impossible de s'appuyer sur les 
texte des annales de Saint-Bertin (3) : « non modica congre- 
gatio, qua? illic degebat », pour aflirmer qu'en 838 les reli- 
gieuses habitaient d6ja l'inttrieur de la cit6. Outre qu'il est 
assez difficile de faire dire k ce texte pareille chose, car le sens 
ie plus raisonnable et le plus naturel de ces termes est que le 
monastfere cassianite se trouvait k Marseille et rien de plus au 



(1) Rufli, t. II, pp. 58, 59, 118. — Lautard, Lettve» avcheoloqique* sur 
Marseille, p. 402. 

(2) Invasion* des San*a*in.<* en Provence, p. 267. 

(3) < 838... interim Sar race no rum piraticae classes Ma«siliam Provin- 
rue irruentes, abduciis sanctimonialibus, quarum illic non modica 
tongregatio degebat, omnibus, et cunctis masculini sexus clericis et 
laicis, vastataque urbe, thesauros quoque ecHesiarum Christi seeum 
univeraaliter nsportarunt. » Annales de Saint-Bertin. 



— 104 - 

sujet de sou emplacement, on se heurterait a la m6me dilfi- 
cult6 signage plus haul : si elles sont en ville en 838, pour- 
quoi sont-elles revenues k Saint-Victor en 923 ? 

D'autre part, elles ne se trouvaient pas k Sainte-Gatherine, 
en 838. Nous Pavons d6jk dit, la charte de 904 l'aurait men- 
tionn6. Ni au Revest ; sur cet 6troit espace il n'y avait pas la 
place sufiisante pour un monastfere. Non plus aux Catalans, ni 
au bassin du carenage. En effet, dans la charte 23, de 966, 
Honor6 II, 6v6que de Marseille, restitue k Saint-Victor une 
grande terre dans P6tendue de laquelle ces deux points sont 
circonscrits. Or, si Pabbaye cassianite se fiit trouv6e k un de 
ces endroits, P6v6que Paurait su, et, en 966, en restituant 
ce domaine aux moines, il aurait indiqu6 que dans cetle 
restitution dtait comprise ou non Pancienne abbaye cassianite, 
d6trnite elle aussi en 923. Or, le silence est complet sur ce 
sujet. Les religieuses n'avaient done pas \k leur monast&re 
en 838. 

S'61evait-il dans le cimetifcre de Paradis ? M. de Rey se 
refuse k le croire : a Ce n'est pas dans Penceinte de Paradis, 
pas davantage en dehors dans la direction du sud-est, qu'il 
qu'il faut chercher Pemplacement du monastere (I). » Et de 
fait Paradis 6tait un lieu trop v6n6r6 pour que Ton y edt bati 
un monastfere. D'autre part, un cimetifere n'est gufere la place 
d'un Stablissement quelconque. On pourrait dire de mGme 
que, Pabbaye de Saint- Victor s'y trouvant, l'abbaye cassia- 
nite pouvait y 6tre ! Soit ; mais que Ton explique, alors, 
pourquoi les chartes qui parlent de Paradis, mentionnent 
l'abbaye de Saint-Victor dans son voisinage et omettent d'in- 
diquer de quelque mantere que Pabbaye cassianite s'61evait 
aussi en cet endroit. 

S'elevait-elle entre Paradis et la ville ? Non surement, 
dit encore M. de Rey (2). II y avait des salines depuis les 
abords du cimetifcre de Paradis jusqu'di la Cannebifere actuelle, 
salines que Ton ne c6da k Saint-Victor qu'en 904. Lors de 
cette donation, on Pa dit plus haul, on aurait indique que la 
se trouvait le monastfere, s'il y avait 6t6 en r6alite. 

fl) Les Saint* de UEyUse de Marseille, sainte Eusebie, p. 23?. 
(2) Les Saints de Vlu/lise de Marseille, sainte Eus6bie, p. 231. 



— 105 — 

Ou se trouvait-il alors ? 

Sur cette terre, qui 6tait non loin du port, quoiqu'elle ne 
fut pas sur la rive, comme nous le prouverons plus tard, et 
que les religieuses poss&Laient en 10381048, aux termes de la 
charte 40 . 

Depuis quelle 6poque le monastfcre se trouvait-il sur cette 
terre, sur le plateau au-dessus du Revest ? Aucun document 
que nous connaissions ne V indique. Pour ceux qui admettent 
que ce monastftre a tou jours 6t6 r6ellement non loin de Saint- 
Victor, c'est en cet endroit ou aux environs qu'ils le font 
etablir par sain t Cassien . 

Pour nous qui soutenons que sainte Eus6bie a 6t6 marty- 
riste aux bords de PHuveaune, nous disons qu'au lendemain 
de cet 6v6nement on quitta ces parages et Ton vint construire 
le nouveau monastere prfes de la ville, auprfes de Saint- Victor, 
sur cette terre dont nous parlions tant6t. Nous sommes ainsi 
d'accord avec plusieurs auteurs: Lautard, Grosson, Ruffi, de 
Belsunce, etc., qui supposent un changement de local, en se rap- 
prochant de Saint- Victor, k la suite du martyre de sainte Eus6- 
bie. Or, comme nous placons le martyre de sainte Eus6bie vers 
738, ce serait vers 750 qu'aurait eu lieu ce changement. Avant 
cette epoque Pabbaye avait toujours 6t6 aux bords de PHu- 
veaune. C'est ce qui sera plus longuement prouve. 

Nous nous resumons. De 410 k 738, le monastfere cassianite 
est aux bords de PHuveaune ; de 738 k 838, il se trouve aux 
abords de la ville, sur la terre au-dessus du Revest, avec 
changement probable de local apr&s 838. En 923, c'est auprfes 
de Saint- Victor, k Sainte-Catherine, qu'il s'Sleve. 

De 923 k Pan 1004, il n'y a pas de trace du monastfere, il 
semble ne plus exister. En 1004, il se relfeve et se trouve k la 
place de Lenche. En 1033, les rtrtigieuses sont aux Accoules. 
En 1050, elles sont retournfees k la place de Lenche, qu'elles 
quittent avant 1069, pour y revenir vers 1073, s'en Eloigner 
encore vers 1077, et demeurer aux Accoules. Enfln elles se flxent 
definitivement k la place de Lenche dans le X1P siecle, puis- 
que, en 1153 el 1159, les bul les despapes nommentle «monas- 
leriuin Sancti Salvatoris» et les « sorores Sancti Salvatoris ». 



CHAPITRE III 

Noms divers que le Monast6re a port6s du V r 

au ZI e Steele 



Deuxieme question prejudicielle 



PREMIER VOCABLE DE L'aBBAYB CA8SIANITE I LA SAINTE VIERGB ; — 
PUIS: 8AINT-CAS8IBN, — SAINT -CYR. — SAINT AMATOR BT LBS RE- 
LIQUES DE SAINT CYR. — L' ANTIQUE VOCABLE DE LA SAINTE VIE RGB 
REPRIS AU XI* SIECLE, UNI A CELUI DE SA1NT-SAUVEUR. 



Si le monastfere cassianite a sou vent change de place, sou- 
vent aussi il a change de nom. De l'aveu de tous les auteurs, il 
fut plac6 successivement sous le vocable de laSainte Vierge. 
deSaint-Cassien, de Saint-Cyr, de Sainte-Marie etde Saint-Sau- 
veur. Cet ordre cependant n'est pas admis sans constestation. 
Tels et tels auteurs ont 61ev6 des difficult k ce sujet. Nous 
avons done le devoir d'entrer dans quelques details, aftn d'in- 
diquer avec le plus de precision possible dans quel ordre veri- 
table ces differents vocables ont 6t6 portes. 

La plupart des auteurs admettent que le premier vocable du 
monast&re a 6t6 la Sainte Vierge. C'est ce que nous affirment 
Iiuffi, la Gallia Christiana, deBelsunce, Andr6, de Rey (1), pour 
ne citer que quelques noms. Nous croyons cette assertion 
exacte. Cassien fonde & Marseille deux monast&res, Tun de 



(1) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 56. — De Belsunce, Antiquite 
de VEglise de Marseille, t. 1, p. 258. —Gallia christiana, t. I, coV 696.— 
Andre, Histoire de Vabbaye des relitjieuses de Saint-Sauveur, p. 3. — 
De Rev, Les Saints de VEglise de Marseille, p. 224. 



— 107 — 

femmes, lautre d'hommes (1), k peu prfcs a la m^me 6poque : 
celui des hommes vers 415, celui des femmes vers 420 (2). Or, 
celui de Saint- Vic tor est sous le vocable de la Sainte Vierge. 
A chaque instant on lit dans les chartes que la Vierge Marie 
est le titulaire de cette abbaye (3). Pourquoi douter qu'il ait 
donni le mfirae vocable au monast&re de lilies et de femmes ? 
C'est trfcs croyable (4). 

Environ cent cinquante ans plus tard, ce vocable a disparu. 
Celui de Sain t-Gassien la remplac6. Saint-Gregoire le Grand, 
pape, 6crivant k Res pec ta, abbesse cassianite, en 597, parle du 
monast&re « in honore sancti Cassiani consecration (5) » . 
Depuis combien de temps s'appelait-il de ce nom ? A quelle 
occasion lui avait-il 6t6 donn6? Nous ne savons rien de precis. 
II est fort probable que dfes la mort de Cassien (6), ses lilies 
n'aient pas attendu longtemps pour placer leur monastfere 
sous la protection de leur saint fond ate ur. Mais plus tard il 
perdit encore ce titre pour prendre celui de Saint-Cyr. L'6pi- 
taphe de sainte Eus6bie mentionne que cette religieuse vecut 
cinquante ans « in monasterio Sancti Cyrici (7) o. Or, k quelle 
epoque ce vocable nouveau fut-il donn6 au monast&re; k quelle 

(I) c Mortuo Chrysostoino, Maasiliam recessit Cassianus, ibique pres- 
byter factus duo monasteria, virorum alterum, et altorum mulierum, 
condidit. .. » Officium proprium venerabilis monasterii Sancti Victoria 
Mattillue 1672. 

[1) Ruffi et de Belsunce ne donnent pas de datecertaine ; Andre assi- 
gnel'annee 410 pour la fondatiou des deux monasteres; et de Rey Pan- 
nee 415 pour celui des hommes, et 420 pour celui des femmes. 

(3) t . . . Not urn sit. . . qualiter nosob araorem Domini, ad monasterium 
Massiliense quod est in honore beatisslme semperque Virginis Maria;, 
vel Sancti Victoris martyris ... » Cartulaire de Saint-Victor, n° 8. 

(4) Nous devons a la verite d'avouer qu'il n'existe pas, a notre connais- 
sance, de document qui le prouve categoriquement. 

(5) € Proinde monasterio quod in honorem sancti Cassiani est conse- 
cratum, in quo praeesse dignosceris...» Lettre de saint Gr ego ire le Grand 
al'abbesse Respecta. — Andr6, op. cit., pieces justificatives, A, p. 205. 

(6) L'auteur de la Vie des Saints de I Eglise de Marseille ditque saint 
Cassien est ne aux environs de l'annec 360 et est mort apres 440. II avait, 
croit-on, 97 ans. (Saint-Cassion, La»s Saints de VEglise de Marseille, 
p. 109 et suiv.) 

(7) Voir cette epitaphe au chapitre : Inscription de sainte Emibie, de 
notre present ouvrage. 



— 108 — 

occasion; combien de temps il le garda : autant de points 
qu'il est ngcessaire d'glucider. Sou vent, en effet, on nous a 
pos6 cette question : Est-il bien silr que le coenobium des 
lilies ait ports le nom de Saint-Cyr, apres avoir port6 celui 
de Saint-Cassien, c'est-&-dire post6rieurement k Tan 597 ? 
Ne pourrait-on pas supposer raisonnablement qu'au debut 
la Sainte Vierge en fut le titulaire et que, dans la suite, 
ce fut Saint-Cyr? Et Ton invoquait k Tappui plusieurs 
raisons. 

La premiere etait dgduite de ce que racontent Rufii, Andr6, 
Magloire, Giraud, de Rey, Grindaet avant eux la Gallia Chris- 
tiana, Guesnay, YHistoire UtUraire de la France, etc. Sui- 
vant ces auteurs, les reliques de saint Cyr, ce petit enfant qui 
fut martyris6, en 304, k Tarse, en Cilicie, en m6me temps que 
sa mfere sainte Julitte, f urent transposes k Antioche sous le 
rggne de Constantin, et de cette ville saint Amator, eveque 
d'Auxerre, les apporta en Gaule au commencement du V - sie- 
cle. Unepartiede ces reliques vinrent en la possession des 
religieuses de Marseille, et c'est pour cette raison qu'elles se 
placferent sous le patronage de saint Cyr (1). 

La seconde raison gtait celle-ci : Les hommes les plus 
comp6tents regardent comme etant du VI Steele Inscription 
de sainte Eus6bie, ou il est dit que celle-ci v6cut cinquante ans 
a in monasterio Sancti Cyrici(2)». On voitd'iciles conclusions, 
Puisque saint Amator a portg en Gaule les reliques de saint 
Gyr et en a donng au monast&t*e cassianite, au dgbut du 
V" siecle ; puisque Tinscription de sainte Eus6bie est du \T 
siecle, forc&nent le monastfere cassianite a porte le nom de 

(1) Rufli(le pere), Histoire de Marseille, p. 387. — Rufli, Histoire de 
Marseille, t. II, p. 57. — Guesnay, Annates Massiliensis provincial 
p. 599. — Gallia Christiana, 1. 1, col. 697. — Andr6, Histoire del'abbaye 
des religieuses de Saint-Sauveur, p. 14. — L'abbe Magloi re Giraud * 
Notice historiQue sur Veglise de Saint-Cyr (Var), p. 18. — I/abbe 1 Daspres, 
Notice sur Saint-Giniez, p.28.— De Rey, Les Saints de VEglise de Mar- 
seille, p. 226. — Grinda, Monographic de Saint-Victor (Echo de Notre- 
Dame de la Garde, 1888 ; note). 

(2) Edmond Leblant, dans les Inscriptions chrctiennes des Gaules, 
anterieures au VIII* siecle, a I'epitapbe de sainte Eusebie, dit que cette 
inscription de Marseille semble appartenir au VI° siecle ; t. II, n° 545. 



— 109 — 

Saint-Cyr avant de prendre celui de Saint-Cassien. Or, cette 
conclusion est fausse, parce que les premisses sont fausses 
elles-mfimes. Le vocable de Saint-Cyr est post6rieur k celui 
de Saint-Cassien. Voici les preuves : 

D'abord, la Gallia Christiana, Guesnay, YHistoire littt- 
raire de la France, Hufll, Magloire Giraud, etc., etc., sem- 
blent bien croire k cette translation, et paraissent la fixer au 
V* sifccle. Mais c'est k tort que Ton en concluerait qu'au V 
siecle I'abbaye cassianite de Marseille porta le vocable de 
Saint-Cyr. Ruffi, en effet, regarde l'inscription de sainte Eus6- 
bie comme l'6pitaphe de notre sainte marseillaise et il sou- 
tient que cette Eusgbie a 6t6 martyris6e par les Normands 
vers 867. Or, il dit que le monast&re dans lequel cette sainte 
souffrit la mort 6tait sous le vocable de Saint-Cyr (1). Done, 
Ruffi pensait que 1'abbaye cassianite portait le vocable de 
Saint-Cyr posterieurement k celui de Saint-Cassien, titulaire 
de ce monastfere en 597. 

L'abb6 Magloire Giraud croit que le monasterium Sancti 
Cyrici ou sainte Eus^bie vteut cinquante ans se trouvait k 
Saint-Cyr du Var. II n'est pas sur que i'abbaye cassianite de 
Marseille ait portg le vocable de Saint-Cyr. L'Eusebie de Tins- 
cription n'est pas, selon cet auteur encore, la sainte martyre 
que nous honorons(2). Comment apporter contre nous son 
tgraoignage ? II n'est ni pour, ni contre. 

Andi'6 est persuade qu'il « faut distinguer deux Eus6bie : 
l'uue simple religieuse, d6c6d6e paisiblement dans le monas- 
tfere cassianite, sous le titre de Saint-Cyr, au VII? sifecle, 
etl'autre abbesse et martyre, qui vivait au commencement du 
X' sitele, 6poque de la destruction de i'antique abbaye (3). » 
Done, selon Andr6, e'est au VHP siecle que i'abbaye cassianite 
portait le vocable de Saint-Cyr. 

I/auteur des Saints de VJEglise de Marseille, n'acceptant 
quetres difficilement, et il a raison, de placer au V* si£cle le 

(I) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 57. 

(2i Magloire Giraud, Notice historique sur Veglise de Saint-Cyr 
VVi,;, pp. ie et 17. 

(3) Andre, Histoire de I'abbaye des religieuses de Saint-Sauveur, 
p. 10. 



- no - 

martyre de sainte Kusebie, croit de preference, avec la tradi- 
tion, que cette sainte a fetfe massacrfee par les Sarrasins vers le 
X B sifecle. II regarde ^inscription d'Eusfebie comme l'fepitaphe 
de notre sainte hferoine (1). Done, selon M. de Rey, c'fetait bien 
sous le vocable ,de Saint-Cyr que se trouvait, au X* sifecle, 
l'abbaye cassianite. 

Quant & la Gallia Christiana, il est assez difficile de dire 
de quel cfltfe elle se range (2). Elle semble bien dire que Tins- 
cription d'Eusfebie, abbesse de Saint-Cyr, est celle de notre 
Eusfebie de Marseille. Elleaffirme bien que Tabbaye cassianite 
a portfe successivement le vocable de la Sainte Vierge, de 
Saint-Cassien, puis celui de Saint-Cyr. Mais, comme elle ne 
donne de date approximative ni pour Pinscription, ni pour le 
martyre de sainte Eusfebie, et qu'elle se conteute de fixer la 
ruine de Pabbaye vers 867, on nesaurait af firmer, d'aprfes elle, 
que le martyre de notre sainte a eu lieu entre le V* Steele, 
date de la translation des reliques de saint Cyr, et 1'annfee 597, 
0(1 Ton voit le vocable de Saint-Cassien donnfe & Tabbaye, et 
qu'ainsi, le vocable de Saint-Cyr a fetfe ports par ce ccenobium 
postferieurement k celui de Saint-Cassien. 

Guesnay et Grinda fournissent une base 4 Targumentation 
contra nous. Euxracontent la translation des reliques de saint 
Cyr, faite au V* sifecle. Mais ils placent aussi le martyre de 
sainte Eusfebie au V 6 sifecle (3). 

En rfesumfe, sur six auteurs dont on invoquerait le tfemoi- 
gnage contre nous, il en est quatre, ayant fecrit de Marseille, 
qui ne sont pas contre nous. Ajoutons maintenant qu'il faut 
en rabattre de l'assertion de Ruffl, Andrfe, etc., etc.: que 
saint Amator aurait donnfe au V* sifecle, aux Cassianites de 
Marseille, une partie des reliques de saint Cyr. II est 4 peu 
prfes certain que ce saint fevfeque apporta d'Orient en Gaule les 
restes du saint enfant martyr et ceux de sa mfere sainte Ju- 

(1) Les Saints de I'Eglise de Marseille; Sainte Eusebie, 11 octobre. 

(2) Gallia Christiana, 1. 1, col. 696. 

(3) Guesnay, Provincial Massiliensis Annates, p. 599, pp, 186,900. — 
Grinda, Monographic de Vabhaye de Saint- Victor (Echo de Notre- 
Dame de la Garde, anuee 1888). 



- ill -^ 

lille (1) ; certain aussi qu'4 une gpoque i'abbaye cassianite de 
Saint-Sauveur a poss6d6 quelques reliques de saint Cyr. Mais 
ll est faux de tout point que ce soit saint Amator qui les lui 
ait donn&s. On lit, en effet, dansunmanuscrit de la collection 
du cardinal fiarberini, dans un autre cite par Henschenius, 
dans les actes de ce martyr donng par Hucbald, moine de la 
fin du IX* si&cle, le r6cit suivant (2) : 



(1) c Translata fuisse horum sanctorum martyrum corpora in Gallias 
per sanctum Amatorem episcopum Antissiodorensem, cum in Orlente 
peregrinatus est. > (Notae in Marty rologio, XVI junii.) — « Hujus opera 
delata esse in Gallias corpora sanctorum Jul i Use et Quiricii, habent acta 
eoraradem martyrum. » ( Notse in Marty rologio, I mail, Baronius. ) 

(2) c Sanctus Amator, episcopus Antissiodorensis, clarissimo viro 
Savino comite, fines Antiochiae peragraus, sanctorum illorum corpora 
(Quiricii et Julittae) Christ* gratia reperit. Quae cum magno cultu rediens 
in partes Gallias altulit ac Austricse urbi delata, solo tan turn pueri brae- 
chio sancti Savini precibus concesso, in domo qua idem prasul, merito- 
rum gloria pollens, a fidelibus honoratur, item honorific* tumulavit. » 
Maouscrit du cardinal Barberini, Acta sanctorum, 1. 1, mail.— U y a eu de 
cette translation des reliques de saint Gyr d'Orient en Occident par saint 
Amator une relation qui ne se trouve pas, 11 est vrai, dans la vie de ce 
saint eveque d'Auxerre, ecrite en 580 par un pretre du nom d'Etienne, 
Africain d'origine. Mais cette relation a ete inseree dans plusieurs ma- 
Duscrits que les Bollandistes ont vus et qu'ils ont juges dignes de foi. 
Entre autres 11 y avait le manuscrit de la bibiiotheque du cardinal Barba- 
berini, et celui que Henschenius avait trouve a Rome. 

Sur quels originaux ces manuscrits avaient et6 composes? Le voici : 
Dn eveque d'Iconie, appele Theodore, avait ecrit les actes de ces mar- 
tyrs et les avait adresses a un Eveque d'Isaurie, Zenon, au temps de 
Tempereur Justinien. Apres cet eveque, Metaphraste en avait fait paraitre 
d 'autres. C'etaient la des documents sur lesquels on pouvait s'appuyer, et 
il n'y avait entre eux d'autre difference que le style. Les Manicheens, au 
V* sifcele, en compose rent a leur tour, dans lesquels lis insinuerent le 
veain perfide de leur heresie. Le papeGelase, en 496, au concile de Rome, 
condamna ces actes comme apocrypbes et heretiques. Or, tandis que 
Iapomanus, Surius se guidaient sur les actes ecrits par Theodore et Meta- 
phraste, d'autres, malbeureusement, n'ayant a leur disposition que les 
actes apocrypbes, se guidaient sur eux et donnaient de nouvelles editions 
tout en les corrigeant. Les manuscrits de Barberini et d'Henscbenius 
ont ete rediges incontestable ment sur les actes primitifs de Theodore et 
de Metaphraste et nous font lire la verite. Un moine du IX° siecle, prieur 
dlSroone ou Saint-Amand, diocese de Tournai, mort en 930 ou 932, 
regarde comme le plus celebre docteur du IX* siecle, apres saint Remi 



— 112 — 

« Saint Amator, 6v6que d'Auxerre, vint, accompagn6 
de Pillustre Savinus, visiter les contr6es voisines d'An- 
tioche. Par la gr&ce du Christ, il trouva les corps des deux 
saints martyrs Quirice et Julitte. II les recueillit et les 
transporta avec grande pompe et grand respect en Gaule 
et les placa dans la ville d'Auxerre. Aux instantes prieres de 
Savinus, son compagnon, qui lui demandait une portion de 
ces reliques, il s6para le bras du saint enfant et le lui remit. 
Quant au reste, il l'ensevelit avec honneur dans l'gglise oil 
plus tard lui-m6me fut inhumg, et oh il est honors par les 
fidfeles. » 

d'Auxerre, a l'occasionde la translation qu'il fit lui-m&me d'uue relique 
de saint Cyr, de Nevers a Saint-Amand, voulut 6crire la vie de saint Gyr et 
de sainte Julitte. N'ayant aupres de lui que les actes apocryphes, il les 
corrigea, mais ne parvint pas a donner a son ouvrage la moindre auto- 
rite. Son travail se trouve par mi ses oeuvres dans la Patrologie de Migne, 
t. 132. Or, tous ces actes faux ou vrais portent le recitde la translation 
des reliques de saint Gyr en Orient, on peut done y ajouter foi. 

Voici ce que disent les Bollandistes des manuscrits dont nous avons 
parte plus haut : « Miranda sunt quae Romae descripsimus ex manuscripto 
cardinalis Barberini et alio ms. (quod Romse repertum ailegat Hensche- 
nius) in quo hie tituius praefigebatur : incipiunt miracula. > Suit la rela- 
tion du voyage d 'Amator en Orient. « Post praemissum titulum ea in 
dicto ms. (celui d'Henschenius) sequuntur quae in ms. Barberini im- 
mediate subjiciuntur legendse per Hucbaldum impositae. » Suit le fait de 
la translation des reliques. Quant a l'ecrit d'Hucbaldus, voici leuf 
opinion : <r Utrique ( aux deux manuscrits ou deux relations dignes 
de foi, celle de Theodore et de Metaphraste) subjungere placet ex 
codice Bodecensi, acta apocrypha (ce manuscrit « Bodocensis » est la 
traduction des actes apocryphes que Hucbaldus suiv it, en la conn- 
geant) ut posse cognoscere et aestimare lector possit, quid distent aera 
lupinis, minusque miretur, non majorem a nobis haberi rationem eorum 
quae Hucbaldus edidit. . » 

Voici enfin leur opinion au sujet de l'absence de cette relation dU 
voyage en Orient dans la vie d'Amator par Etienne : « Licet in ea (vita) 
nihil de ejusmodi sancti Amatoris peregrinatione legatur, non debet ea 
prorsus incredibilis videri, cum ad finem ejusdem quinti saeculi, cujus 
initio Amator obiit, adeo passim nota fuerit passio sancti Quiricii apo- 
crypha ( ulique cum reliquiis perlata ex Oriente et eodem tempore latine* 
reddita) ut Gelasius papa de ea necesse habuit judicium ferre... » Acta 
sanctotnim, t. Ill de juin, p. 17 et suiv.; 1. 1 de mat, p. 50.— Martyrologe 
annote par Baronius, au 16 juin et 1" mai. — Notice historique suV 
Hucbaldus, Patrologie latine, edit. Migne, t. GXXXII, col. 815 et suiv. 



— 113 — 

II y a loin, on le voit, entre raffirmation de Ruffi, etc., et la 
relation des manuscrits. Saint Amator n'a c£d6 un bras de 
saint Cyr qu'& son compagnon Savin : « solo tantum pueri 
bracchio sancti Savin i precibus, concesso ». Ce n'est done point 
saint Amator qui a donne ces reliques aux Cassianites de 
Marseille. Ce n'est done pas au debut du V" Steele que celles- 
ci ont pu les recevoir. I/affirmation des auteurs pr6cit6s est 
done fausse, tout au raoins fort hasardGe et sans preuve. 

Inutile, croyons-nous, de nous arr&er an dire de l'abb£ 
Darras dans son Bistoire gin&rale de VEglise, au sujet de 
cette translation des reliques de saint Cyr. Suivant cet 
auteur, Amator aurait fait le voyage en Orient et en aurait 
apport£ les reliques du saint martyr, avant d'etre 6v6que. 
« Ainsi que tous les nobles gallo-romains de son temps, 
Amator avait pass6 son adolescence dans les c61febres 6coles 
d'Autun, de Lugdunum et de Burdigala. II avait complete son 
Education par un voyage en Italie et en Orient. A Antioche, 
accueilli par le clarissime comte Sabinus, gouverneur de 
Syrie, il avait assists k Touverture du torn beau de sainte 
Julitte et de saint Cyr. Les reliques sacrges qu'il en obtint 
enrichirent les £glises des Gaules auxquelles il les dis- 
tribua (1). » Et Darras raconte k la suite le mariage d'Amator, 
puis son ordination sacerdotale et gpiscopale. II y a dans ces 
lignes une s£rie d 'in exactitudes. Le manuscrit Barberini dit 
que : « sanctus Amator, episcopus Antissiodorensis fines Antio- 
chiae peragrans... honorific^ tumulavit... (2) ». Baronius, 
dans les notes sur le Martyrologium, dit : « Translata fuisse 
horum sanctorum corpora per S. Amatorem episcopum (3) » . 
Saint Amator 6tait done 6v6que quand il apporta en Gaule 
les reliques de saint Cyr. 

Le manuscrit Barberini parle d'un « clarissimo viro Savino 
comite ». Ce Savin 6tait un pr&re ou un diacrc qui accompa- 
gnait l'ev£que dans son voyage et non pas un gouverneur de 
Syrie (4). Le manuscrit Barberini afflrme qu'Amator ne c6da 

(1) Darras, Histoire fie VEglite, t. XII, p. 520. 

(2) Voir plus haut le texte de ce manuscrit. 
f3) Baronius, au i M et au lG.juin. 

(4) Les Bollandistes avouent ne pas connaitre qui 6tait ce Savin. Ce 



— 114 — 

qu'& son compagnon Savin un des bras du saint martyr. Que 
reste-t-il de vrai du r6cit de Darras? 

II y a une autre preuve, assez forte, croyons-nous, pour ne 
pas dire p6remptoire. On lit, en effet, k un endroit du Polypti- 
que de Vadalde, dont nous avons &&]k parte, la : a descriptio 
rnancipiorum Sanctae Mariae et Sancti Gyrici Massiliensis facta 
temporibus Vadaldi episcopi, indictione VI ». Nous explique- 
rons plus tard comment ces mots: a Sancti Cyrici » furent 
mis au XI* et XII* stecles sur cette charte, au lieu des mots 
a Sancti Victoris » que Ton y voyait, et comment Pabbaye de 
Saint-Sauveur, remise en possession, au XI* Steele, des biens 
que le Polyptique dgsignait en 814 comme appartenant k 
Saint- Victor ou k la cathgdrale, les replacait sous la rubrique 
de Saint-Cyr, vocable antique decet abbaye. 

Mais sur ce fait materiel nous gtablissons cet argument : 

D'une part, si Saint-Cyr a6te le vocable de Tabbaye cassia - 
nite avant qu'elle portal celui de Saint-Cassien, 9'a 6t6 de Tan 
415 environ a Pan 500. Saint Gassien est mort vers 460, et, 
nous Pavons dit, il est fort probable que les Cassianites n'aient 
pas attendu longtemps pour placer leur monastere sous la 
^protection de leur fondateur. Retardons, si Pon veut, jusqu'eri 
550. 

D'autre part, et par voie de consequence, Saint-Cassien a 
6t6 le vocable du monastere depuis 500 ou 550 jusqu'i P6po- 
que de sa ruine vers 923. En effet, ceux qui soutiennent que 
Saint-Cyr a 6t& le vocable primitif ne peuvent raisonnable- 
ment affirmer qu'aprfcs avoir remplac6 ce vocable par celui 
de Saint-Cassien en 597, les religieuses Pont repris de nouveau 
posterieurement k 597. Pourquoi, en effet, auraient-elles 
quitte le titre de Saint-Cassien pour reprendre celui de Saint- 
Cyr qu'elles avaient A6jk laiss6 avant 597 ? 

Or, au XI* ou au XII* Steele, on inscrit sous la rubrique 
de Saint-Cyr des biens qui ont jadis appartenu k Pabbaye 
cassianite, alow qu'elle portait ce nom de Saint-Cyr. En affir- 
mant qu'elle a porte ce vocable de 415 k 500 ou 550, on 

n'6tait ni un evftque, ni uq personnage illustre ; ils croient que c'6tait 
un prelre ou un diacre. [Acta SS. y Boll., t. Ill de juin et t. I de mai, vi e 
de Saint Cyrice et vie de Saint Amator.) 



— 115 — 

affirme partant qu'il s'agit de biens appartenant k l'abbaye 
a cette 6poque primitive de 415 k 550. Or, peut-on croire 
d'abord qu'au lendemain de sa fondation l'abbaye cassianite 
poss&iait tant de biens ? Ensuite, comment expliquer, durant 
cette 6poque assez paisible de 415 &550, cette d6possession 
totale de Saint-Cyr en faveur de Saint-Victor ou de la cath6- 
drale (1) ¥ II faudrait supposer une s6rie de circonstances qui 
ne se sont pas rencontr6es k cette 6poque (2). Done, au XI* ste- 
cle, on ne veut pas parler de biens ayant appartenu k l'abbaye 
cassianite k cette 6poque primitive, 417-550, mais de ceux qui 
avaient pu lui appartenir posterieurement k 415-550 et ant6- 
rieurement & 814, k une epoque qui par ses agitations et ses 
bouleversements explique cette transmission successive des 
biens de l'abbaye de Saint-Cyr k Saint- Victor ou k la cathe- 
dra le. Or, d6s 597, le vocable de l'abbaye est Saint-Cassien. 
Si,au XI*ai6cle, on avait voulu parler des biens, propri6t6s de 
l'abbaye vers le VI° sifecle, e'eftt 6t6 sous le vocable do Saint- 
Gassien qu'on les aurait inscrits. On les a places sous le nom 
de Saint-Cyr, done on a voulu parler des biens qui ont appar- 
tenu a l'abbaye posterieurement encore au VI" Steele. Done 
e'est posterieurement a 597 que l'abbaye a 6t6 sous le vocable 
de Saint-Cyr. Done ce vocable de Saint-Cyr a e\6 port6 apr£s 
celui de Saint-Cassien. 

La seconde raison que Ton alteguait ne vaut pas davantage. 
Nous croyons pouvoir prouver un peu plus loin, dans ce tra- 
vail, que rinscription de sainte Eus6bie, rang6e par Edmond 
Leblant parmi ceiles du VI* Steele, appartient k une 6poque 
posterieure, au VII? sifecle. Done encore ce n'est pas au d£but 
du V s stecle que le monastfere cassianite se trouvait place sous 
le vocable de Saint-Cyr. 

A ces raisons negatives nous pouvons en ajouter de positi- 
ves. D'abord, il est impossible que ce soit saint Amator qui 
ait donng les reliques de saint Cyr a l'abbaye cassianite, et 

(1) Rappelons-nous que, dans le Polyptique, en 814 ces biens sont 
sous la rubrique de Saint- Victor, et que ce mot « Victoria » a ete gratte 
et reraplace par celui de « Cyrici > au XI s ou XII* Steele. 

(2) On le verra dans les chapitres de ce present ouvrage, ou il s'agit 
des invasions des Vandales, Visigoths, etc. 



— 116 — 

qu'ainsi cette abbaye ait ports ce nom dans le V* Steele, 
fin effeL, saint Amator est mort en 418 (1). II a du effectuer 
son voyage en Orient avant 418 et donner des reiiques de saint 
Gyr aux Cassianites, en supposant qu'il en ait laissg, au plus 
tard dans l'annge 418. Or, M. de Rey fixe k l'annGe 420 la fon- 
dation de 1 abbaye. 

La conclusion est facile k tirer. Mais supposons que Tabbaye 
aitGW fondte en 410, suivant Andr6, en 415 suivant d'autres. 
Ou bien saint Amator a donn6 ces reiiques avant la fondation 
del'abbaye, avant 415, si d£j& le saint 6v£que avail effectug 
son voyage en Orient, car on ne connalt pas la date precise de 
ce voyage ; ou bien il les a donn6es apr&s la fondation de Tab- 
baye, de 415 &418. S'il les a donn6es avant la fondation de 
Tabbaye, avant 415, cesera Cassien lui-m6me qui, pour ho- 
norer ce saint martyr d'Antioche, aura plac6 le monast&re dfcs 
sa fondation sous son vocable. Or, la plupart des auteurs, Ruf- 
fi, Andr6, etc., disent que I'abbaye, au d£but de son existence, 
avait pour titulaire la Sainte Vierge !! Cassien aurait-il donn6 
au monastgre des femmes et le vocable de la Sainte Vierge et 
celui de Saint-Cyr, comme il l'avait fait pour le monast&re 
des hommes qui 6tait 61ev£ a in honore Beatissimse semperque 
Virginis Mariae vei Sancti Victoris martyris (2) r> . Alors, pour- 
quoi la lettre de Grggoire le Grand k l'abbesse Respecta ne f ait- 
el I e mention que d'un seul vocable : celui de Saint-Cassien ? 
Pourquoi inscription de sainte Eusgbie ne porte-t-elle encore 
que le nom^de Saint-Cyr ? D'oii vient qu'4 ces deux 6poques le 
monast&re n'a plus qu'un nom ? 

Qu'importe d'ailleurs, la chose pourrait k la rigueur £tre 
possible. Mais, si la Sainte Vierge et Saint-Cyr son t les vocables 
donngs par Cassien lui-m&me, pourquoi les a-t-on laisses pour 
prendre, avant 597, celui de Saint-Cassien ? Ce sont les Cassia- 



(1) Saint Amator naquit vers 344. II fut sacr6 6v6que vers 388, et mou- 
rut le l er mai 418. Sa vie fut ecrite vers 580 par un Stephanus Africanus. 
De plus, Gonstantius , qui a 6crit la vie de saint Germain d'Auxerre, 
parle aussi de saint Amator. — Darras, Histoire de VEglise, t. XII, 
p. 534.— Acta Sanctorum, 1" mai, t. I, de mai, p. 51. — Baronius, 
notes in Marty rologium, au l* r mai et au 16 juin. 

(2) Gartulaire de Saint-Victor, passim, chartes. 



— 117 — 

nites, dira-t-on, qui, en souvenir de leur pfere qu'elles regar- 
dent et v&i&rent corame un saint, ont sacrifiG le vocable de 
Saint-Cyr pour adopter celui de leur fondateur. Soit. D'oti 
vient qu'elles ont quitte ce vocable de Saint-Cassien qui leur 
gtait si cher, pour prendre plus tard celui de Saint-Cyr ? car, 
avant 814 et posterieurement k cette date, l'abbaye 6tait sous 
ce nom, nous l'avons dit tant6t. Non, ce n'est pas saint Gassien 
quia donnS ie vocable de Saini-Cyr k son abbaye, et les reli- 
ques de ce saint martyr n'ont pas 6t6 portges par saint Amator 
avant la fondation de l'abbaye, ant6rieurement k 415. 

Saint Amator les a-t-il donn&s, apr^s cette fondation, de Tan 
415 St Tan 418? C'est encore impossible. L'abbaye 6tant fond6e, 
Cassien la place sous le vocable de la Tres Sainte Yierge. C'est 
croyable, nous l'avons dit. Quelques annges apr&s, recevant 
de saint Amator ces prgcieuses reliques, il changera le vocable 
de la Sainte Vierge et le remplacera par celui de Saint-Cyr! 
C'est & peine croyable. R6unira-t-il ces deux vocables? Alors 
encore pourquoi cette inscription de sainte Eusgbie et la lettre 
k Respecta ne font-elles pas mention de ce double vocable ? 
Pourquoi encore, comme on vient del'objecter plus haut, les 
Cassianites ont-elles quitte ces deux vocables pour prendre 
celui de Saint-Cassien? Pourquoi enfln, y revenirau IX* Ste- 
ele? 

Non, il y a impossibility k ce que ce nom de Saint-Cyr ait et6 
donng par Cassien de 415 k 418, ou apr&s 420 ; impossibility k 
supposer que saint Amator ait portg lui-mgme ces reliques k 
l'abbaye. Done celle-ci n'a 6t6 sous le vocable de Saint-Cyr 
qu'aprfes avoir 6t6 sous celui de Saint-Cassien. 

A la suite de quelles circonstances ce vocable de Saint-Cyr f ut 
attribug au monastfere cassianite? II n'y a pas de doute qu'il 
n'y ait un fond de v6rit6 dans ce que les auteurs affirment, a 
savoirque c'est k Toccasion du don fait k ce monasterede quel- 
ques reliques de ce saint martyr, qu'il fut plac6 sous son 
patronage. La devotion a saint Cyr a 6t6 trfes grande, a une 
6poque, en France (l).On r6clamait de tous c6t6s, dit Saussay, 

(1) La cathedrale de Nevers, au IX s siecle, etait d6diec a Saint-Cyr. 
Acta sanctorum, Holland , t. Ill, de juin. 



— 118 - 

des parcelles de ces v6n6rables reliques. Un grand nombre 
d'6glises et de monastfcres furent 61ev6s en son honneur (1). 
L'abbaye cassianite de Marseille dut recevoirquelque relique, 
que d'ailleurs elle a conserv6e pendant bien longtemps (2), et 
6changea son ancien vocable avec celui de Saint-Cyr qui alors, 
pourrait-on dire, £tait & la mode. 

A quelle Gpoque eut lieu ce changement ? II n'est gufere 
possible de le dire. Le culte de saint Cyr est trfes ancien 
en Provence, il faut done remonter bien haut. D'une part, 
en effet, les details que nous donnerons plus tard sur le 
Polyptique de Vadalde indiquent qu'anterieureraent k 814 
l'abbaye portait ce nom de Saint-Cyr; d'autre part, en 597, 
elle portait celui de Saint-Cassien, peut-gtre depuis une 
centaine d'ann6es, et elle Ta conserve encore un demi-si&cle 
au moins. A cette gpoque, le souvenir de saint Cassien 
commence k se perdre. Plusieurs generations ont pass6 depuis 
la mort du saint fondateur. On ne tient plus autant & l'ancien 
vocable. Survienne un gvenement favorable et le changement 
s'opgrera sans difficulty. L occasion se prgsenta. Vers 650 
environ, on dut apporter ces reliques de saint Cyr et ce nou- 
veau titulaire fut adopts. Combien de temps le garda-t-il ? 
L'inscription que nous avons du tombeau de sainte Eus6bie 
porte cette mention : in monaaterio sancti Cyrici, Or, nous 
tixons k 738 la date de la mort de cette martyre. Au VIII* sifccle 
done l'abbaye cassianite 6tait sous le vocable de Saint-Cyr. 

En 838, lorsque les Normands enlevferent un grand nombre 



(1) t Quorum sacratissima pignora inde in Gallia per sanctum Ama- 
torem Antissiodorensem episcopum (cum in Orientem peregrinatus est) 
allata, ambitiosaque populorum petitione dispertita, sacraria pluri ma- 
rum ecclesiarum ditaverunt. eamque in ipsos martyres excitaverunt 
devotionem ut basilicas multae in eorum coelitum honorem mox fuerunt 
conditae, monasteriaerecta... > Saussay, Supplementum Martyrologii 
gallicani (Sanctorum Cyrici et Julittae, 16 kalendas julii), pp. 360, 361. 

(2) Saint- Germain d'Auxerre, voyageant en Italie, portait sur lui des 
reliques de saint Cyr. II mourut a Ravenne, et ces reliques demeurerent 
dans cette ville. Qui sait si les reliques de saint Cyr ne vinrent pas aux 
Cassianites de Marseille par l'intermediaire de quelque moine qui les 
leurapportadltalie? — Acta sanctowm, Bolland., t. I, de mai ; vie de 
saint Amator. 



— 119 — 

de religieuses; en 923, lorsque les Sarrasins detruisirent 
l'abbaye, conservait-eile ce vocable? Aucun litre que nous 
commissions ne Tindique. Nous croyons cependant qu'en 
m&noire de sainte Eus6bie et de ses h6roi'ques compagnes, les 
Gassianites, qui avaient relevg le monast&re incendig au 
VII? stecle, avaient dti 6tre heureuses de le garder. 

Le monast&re qu'Elgarde fondait et b&tissait en 1004, quel 
nom portait-il? Tr£s probablement ce n'Gtait pas celui de 
Saint-Cyr; dans la tourmente, ce nom et ses gloires avaient 
disparu. Ce fut le vocable de la Sainte Vierge que Ton adopta. 
En effet, vers 1031, lorsque Tabbesse Adalmois rel6ve le monas- 
tfcre d6j& en ruines et que D6odat, 6veque de Toulon, lui 
accorde quelques Iib6ralit6s (1), ctst la Trfcs Sainte Vierge 
qui en est la patronne. De mftme en 1050, puisque lavicom- 
tesse Stephanie fait une donation au « ccenobiura Sanctse 
Mariae Virginis (2) ». Mais, k cette date, un second vocable 
apparalt : celui de Saint-Sauveur, a coenobium Sancti Salva- 
tofis (3) ». Be puis quelle epoque le donnait-on k l'abbaye ? 
Etait-ce depuis la premifere restauration du monast&re, ou 
seulement depuis quelques anuses? Ruffi semble supposer que 
c'est depuis l'arriv£e des Cassianites en ville. a Lorsque les 
religieuses se fixfcrent au lieu oil elles se trouvent, qui est 
situ6sur une petite Eminence, elles lui chang&rent le nom, et 
lui donn&rent celui de Saint-Sauveur (4) » . C'est le titre qu'il 
a garde, k travers les stecles, jusqu'& son extinction en 1793. 

En r6sum6 done, de 415 & 550, l'abbaye fut sous le vocable 
de la Sainte Vierge, de 550 k k 650 sous celui de Saint-Cassien, 
de 650 &923 sous celui de Saint-Cyr, de 1004 k 1032 sous celui 
de la Sainte Vierge, de 1050 k 1799 sous celui de Saint- 
Sauveur. 

(t) c . . . Deodatus episcopus Telonensis, donans monacharum monas- 
terio quod in hoaorem Dei C*enitricis Mariae infra muros Massiliae si turn 
est... s Provincial Massiliensis Annates, par Guesnay, p. 292. 

(2) Andre, Histoire de l'abbaye des religieuses de Saint-Sauveur, 
pieces justificative*, B, p. 206. 

(3) Dans la ra£me donation on lit en effet: c Dono... Deo omnipo- 
tent*, et beatae Mariae et ccenobio Sancti Salvatoris Massiliae. .. » Andre, 
op. cit., p. 206. 

(4) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 58. 



— 120 — 

Complement fausse est done l'opinion de ces auteurs qui, 
ne parvenant pas k gtablir l'ordre successif suivant lequel les 
divers noms de 1'abbaye cassianite ont 6t6 portes durant les 
sifecles, ont eu 1'idee d'affirmer qu'il y avait eii k Marseille, 
trois ou quatre monasteries de religieuses,i peu prfes k la m&ne 
6poque. Papon nomme celui deSaint-Sauveur, qui, b&ti prfcs 
de Saint-Victor, portail le nom de Saint-Cyr lorsqu'il fut d£- 
truit par les Sarrasins qui massacrferent sainte Eus6bie et ses 
compagnes ; puis celui de l'Huveaune bAti et fondS encore par 
Cassien et dont les religieuses qui 1'habitaient eurent le mtaie 
sort que sainte Eusgbie (1). 

Guesnay, dans son Cassianus illastraius, gnumfere jusqu'ik 
quatre monast&res de femtaies qui ont exists k Marseille : celui 
de l'Huveaune, celui de Saint-Sauveur, celui fond6 par Dyna- 
mius en l'honneur de saint Cassien, et celui de Saint-Zacharie 
au pied de la Sainte-Baume(2). 

On comprend que de telles assertions devraient 6tre bashes 
sur quelques documents, pourfitre prises au s^rieux. Or, pas la 
moindre preuve. Inutile done de nous arrgter k discuter. II 
n'y a jamais eu & Marseille, du V - au XI? sifecle, qu'un monas- 
tere de religieuses, qui a changg souvent de nom comme 
sou vent il a change de place. 



(1) Papon, Histoire tie Provence, t. I, p. 360. 

Le Pere Lecolnte, dans les A nnales ecclesiastici Francorum t k la suite 
de Guesnay, parle du monastere de l'Huveaune et de Saint-Cassien 
comme de deux monasteres bien distincls. 

L'abbe Magloire Giraud est tombe dans la meme erreur. Le monas- 
tere de fiUes fonde par Cassien a Marseille est bien different d'un monas- 
tere de Saint-Cyr, qui se serait eleve a Saint-Cyr du Var, dans sa 
paroisse. 

La Gallia Christiana fait de meme. Outre le monastere de Saint- 
Sauveur, die place un monastere des Accoules fonde vers 1033 entre 
1'abbaye de Saint- Victor et la riviere de l'Huveaune ; t. 1, col. 696. 

(2) S. Cassianus illustralus, par Guesnay, ch. XVII, p. 409. 

M. le chanoine Bayle, dans la We de Saint Sertnus, demande si le 
coenobium de Saint-Cassien , dont Hespecta etait abbesse, dtait le meme 
que celui qui s'appela du nom de Saint-Cyr. II cite l'opinion de M?r de 
Belsunce etcelle de Guesnay. (Vie de Saint Serenus, par Tabbe Bayle, 
p. 36.) 



CHAPITRE IV 



Le quartier de Sadnt-Giniez du V c au XI e si&cle 



Troisidme question prtjudicielle 



LB TERROIB DE SAINT-GINIBZ HA BITE AVANT L'eRE CHRETIENNE. — IL 
BTAIT HABITS' AU IX* SIECLE, CHABTE DB CARV1LLAN DB 840 J — AU 
X e SIBCLB, LB8 DBUX B1YBS DB L'HUVEAUNB SONT HABITBB8 J — AU 
XI« SIBCLB AU8SI J — DONC, BLLBS L*ONT £t£ DU V* AU VIII - SIBCLB 
— SAINT-GINIBZ < IN RIPA MARIS ». — SOUS LBS BARB A RE 8 ON A PU 
CULTIYBR CBTTB PARTIE DU TERROIR. — LBS INVBNTAIRES DE 
VADALDB EN 818, BT DE VENATOR BN 896. 

Un point encore k 6tablir c'est quele quartier de Saint-Giniez 
n'6tait point aussi desert, aux V, VI", VII - et VIII - sifecles, que 
certains auteurs ont bien voulu le dire. 

De tout temps, il a 6t6 habite. 

Pour l'Spoque anterieure au christianisme, et pour les pre- 
miers sifecles de notre fere, M. l'abbfe Daspres nous donne de 
cette assertion des preuves surabondantes dans sa Notice sur 
Saint-Giniez (1). Lors des fouilles op6r6es k Toccasion de 
Vagrandissement de l'Sglise, on a dScouvert des poteries en 
grfes d'un gris fonc6, des debris d'amphores et des dolium, in- 1 
diquant Tepoque gr£co-marseillaise, le VII - ou le VI - Steele 
avant J6sus-Christ ; puis des poteries de fabrication gauloise 
d'un travail plus fini, indiquant influence de la domination 
romaine, et I'fepoque plus rGcente du 11° sifecle avant notre 
ere ; ensuite des poteries romaines importees en Gaule, les 
unes avec le vernis noir et brillant, que Ton est convenu d'ap- 

(1) Xotice hiatovique, topor/raphique et hayiologique sur Saint-Giniez 
par l*abb6 Daspres; Notes et pieces justificatives, p. 129 et suivantes; 



— 122 — 

peler poteries etrusques ; les autres avec le vernis d'un rouge 
vif , et le grain fin et deiicat, rappelant les belles poteries si- 
gnges Rufius, contemporain deMarius; enfin, des poteries 
gallo-romaines, c'est-a-dire faites par les Romains en Gaule, 
vers la m6me 6poque. En outre, la pioche des terrassiers mit A 
d6couvert des constructions antiques qui jadis avaient servi 
de citernes, de reservoirs; des medailles de Nerva et d'Antonin ; 
des tombes gallo-romaines ^parses $k et Ik, ou plac6es dans 
les citernes hors d'usage mentiounees plus haut. Ce sont tout 
autant de temoignages, que de temps immemorial Templace- 
ment oil se trouve Peglise a 6t6 frequente ; de preuves et d'in- 
dices qu'une villa romaine avait dil s'eiever dans cette position 
si deiicieusementabritee. 

De plus, cette gglisede Saint-Giniez, ediflee dans cette partie 
du terroir et en ruines dfes 1044, semble indiquer Texistence 
d'un sanctuaire chretien trfcs ancien. I/archeologie, eneffet, 
regarde comme un axiorae que par tout oil Ton rencontre un 
sanctuaire Chretien trfes ancien, Ik devait se trouver un 
sanctuaire pa'ien. Ou s'eifeve Saint-Giniez aujourd'hui, Ik 
presque certainement se trouvait quelque lucus, quelque 
bois sacre, quelque oratoire du paganisme (1). De tout temps 
done ce quartier a et6 habite. A elles seules, ces preuves 
ci-dessus mentionn6es nous conduisent, du VI* sifecle avant 
J.-G. aux 1?, IIP et IV sifccles aprfcs. 

Si nous ouvrons maintenant le cartulaire de Saint- Victor; 
si nous nous aidons des travaux de M. l'abbe Daspres, cure de 
Saint-Giniez, et de M. l'abbe A maud, cure de Sainte-Margue- 
rite (2), nous arrivons k cette conclusion : que ce quartier de 
Saint-Giniez, que les deux rives de l'Huveaune, dopuis Sainte- 
Marguerite jusqu'i la mer, etaient cultiv£s et habites dfes Tan 
800 ou 900. 

En effet, sur la rive gauche de l'Huveaune, dfes Tan 840, 
Sigobertus, et son epouse Euberba donnent k l'abbaye de 
Saint-Victor la terre deCarvillan (3J, vaste tenement qui avait 

(1) Daspres, Notice sur Saint-Giniez, ut supra, p. 11. 

(2) Notice historique et topographique sur Sainte-Marguerite, par 
l'abbe Arnaud, passim. 

(3) «... In suburbio Massiliense, villam quae dicitur Garvillianus, id 



— 123 — 

pour limites, au midi le sommet des montagnes, au nord le 
rivage de 1'Huveaune, et qui s'6tendait du pont de Yivaux 
actuel jusqu'aux premieres maisons situ6es sur le bord de 
1'Huveaune, prts de Sainte-Marguerite. Or, ce tenement n'gtait 
pas inculte. La cbarte de donation qui en fait la description 
dit qu'il y avait des maisons en 6tat d'gtre habit&s, d'autres 
en ruines, des terres cultiv^es, des terres incultes, des vignes, 
des pr6s, des p&turages, des bois, des taillis, des vergers, des 
arbres fruitiers et des arbres de haute futaie. Forc6ment, il y 
avait dans ce domaine des serfs, des colons, des cultivateurs. 
Et si, en 840, ce domaine 6tait en 6tat de prospgritg, s'il y 
avait des maisons en ruines, on peut, sans trop hasarder de 
conjectures, dire qu'en 800 ce coin du terroir de Saint-Giniez 
6tait habits. 

Descendons plus bas vers la mer, toujours sur la rive 
gauche de 1'Huveaune. II y avait la des mar6cages, les paluds 
d'Arculens, des terres gastes, des terres incultes, le gast de 
Romagnac. Or, en 965, Honors II, 6v6que de Marseille (1) se 
rendit k Aries, auprfes de Boson, comte de Provence, et lui 
demanda de restituer k l'gglise de Marseille et k l'abbaye de 
Saint-Victor certaines terres qu'il dgtenait injustement, 
quoique de bonne foi. Entre autres terres qu'il rgclamait, il y 
avait celle de Romagnac, sur le fleuve de PHuveaune, le 
terroir actuel de Bonneveine. Saint Honorg prouva, sur la 
deposition de t&noins stirs et fiddles, le bien fondg de ses 
revendications et cette terre lui fut rendue. 

Or, si en 965 Boson d&ient ces terres, si des tgmoins 
« scientes ac cognitores » affirment que ces biens apparte- 
naient auparavant k la cathgdrale ou a Saiut-Victor, nous 
arrivons k Tan 900. Et, comme ni l'abbaye de Saint-Victor, ni 



est casis astantibus et dirutis, terris cultis et incultis, vineis, pratis, 
pascuis, silvis, montibus, garricis, ortis, pascuis, arboribus pomileris et 
impomileris, aquis aquarumve decursibus, accessisque omnibus cum 
omni integritate absque ulla diminutione. » Gartulaire de Saint-Victor, 
ch. 28, du 24 juin 840. 

(1) Gartulaire de Saint-Victor, charte 29, de mars 965: c... interea 
namque episcopus, scientes et bene cognitores ac testes fideles adhibens, 
voluit... d 



— 124 — 

la cath&lrale ne les poss6daient pas depuis quelques annees 
seulement, on peut arriver j usque vers Tan 850. D&s cette 
epoque, il y a en ces lieux des colons, des habitants ; car, 
quelque inculte que soit une terre, il y a toujours des habi- 
tants, ne f&t-ce que des gardiens de troupeaux. Done, de 800 k 
850 la rive gauche de I'Huveaune, du pont de Vivaux 4 la 
mer, est habit6e. 

Passons sur la rive droite. Le mfeme document (1) que nous 
venons de citer nous montre Boson resiituant k Saint- Victor 
deux au tres terres : Tune le Ligus Pinis, partie bois6e du terroir 
sur le versant sud de la Garde; l'autre, Fabias, situ6e au con- 
fluent du Jarret et de I'Huveaune. Et nous disons comme plus 
haut : si Boson les d6tient en 965, et si, avant qu'il les poss6d4t, 
elles appartenaient k la cath4drale ou k Tabbaye de Saint- 
Victor, nous rem on tons encore k Tan 800 ou 850. 

Nous trouvons dans plusieurs chartes d'autres preuves que, 
dfes la iin du XI* sifecle, les deux rives de I'Huveaune etaient 
habitues. 

Pour la rive gauche d'abord. En 1030, un certain Boniface 
donne k Saint- Victor une terre en partie cultivee, en partie 
bois6e, situge aupres de l'Sglise de Sainte-Marie de Margue- 
rite (2). La charte 42, qui doit fitre de 1050, indique les terres 
cuhiv£es et non cultiv£es de Mont-Redon, au delade l'Hu- 
veaune, comme appartenant k Saint-Victor (3). En 1072, Pons II, 
6v6que de Marseille, donne k Tabbaye l^glise de Sainte-Mar- 
guerite situte entre Carvillan et I'Huveaune, avec toutes ses 
terres cultivSes et non cultiv6es, ses sources et ses jardins (4). 
Une charte de Tan 1097 Gnumfere plusieurs portions de terre 
c6d6es k Saint- Victor par des particuliers. L'une de ces terres 
est dans la valine de Mazargues, pr& du chemin qui va k Mont- 

(1) Charte 29, de mars 965, Cartulaire de Saint- Victor. 

(2) Cartulaire de Saint-Victor, charte 91, de 1030 : « . . . omnem partem 
meam, hermi et culti. . . » 

(3) c . .. ultra Vuelna, in Podio Rotundo, terra erma et culta.» Cartu- 
laire de Saint- Victor, charte 42, scecul. XL 

(4) <t ... ecclesiam Sanctse Maris quae dicitur Margarita, cum omni- 
bus appendiciis suis, interns cultis etincultis, cum fonte et ortis qua; ibi 
tiferi possunt. . . » Cartulaire de Saint- Victor, charte 80; 



— 125 — 

Kedon, l'autre h Homanana, Bonneveine; une autre au palus 
d'Archulens ; deux autres encore pres de Mont-Redon (1). La 
rive gauche est habitee au XI* siftcle. 

Hen est dem&ne pour la rive droite. Eq 1030 Guillaume et 
Fulco, vicomtesde Marseille, Pons II, 6v6que de cette ville, 
donnent ou plutGt restituent aux moines de Saint- Victor le 
moulin qu'ils avaient Mti jadis k grands frais, situe au con- 
fluent du Jarret et de l'Huveaune (2). En 1062, Lambert, ills 
d' Adalbert, et son Spouse donnent k Saint-Victor une terre en- 
tre le b&il et l'Huveaune (3). En 1065, Pons et Geoffroy, fils 
du vicomte de Marseille, Guillaume, rendenti Saint- Victor des 
lerres qu'on lui avait enlevtes et qui 6taient situ6es entre la 
rive du Jarret et le jardin des moines, prfes de Saint-Giniez (4). 
En 10S0, Fouques Humbert cede au monastfere uue terre situSe 
entre le Jarret et le jardin des moines a Saint-Giniez (5). En 
1080 encore, Iterius et Aicelena cfedent k Saint- Victor une ptece 
de terre, pres de THuveaune et du b6al du moulin de Saint- 
Giniez (6). Enfin, la charte de 1097 6nuraere les donations fai- 
tes a Saint-Victor de terres situtes pres de T6glise de Saint- 
Giniez, dans les marais d'Antignane, h. Tembouchure de THu- 
veaune, au marais Pramaud, et danstoute l'etendue duterroir 
de Saint-Giniez (7). 

Inutile de pousser plus loin la nomenclature. Les chartes 
sont si nombreuses ; si precis, si d£taill6s sont les rensei- 
gnements qu'elles fournissent, que Ton pourrait, si Ton vou- 
lait, dresser le plan cadastral des deux rives de THuveaune, 
au XI* siecle. Les deux rives sont habitues. C'est Tabbaye de 

(1) Daspres, Notice sur Saint-Giniez, op. cit., pieces Justine, note C; 
charte inedite de Saint-Victor, cotGe n* 789, diocese de Marseille, n* 317. 

(2) Chartes 20, 21, 22 du Cartulaire : « ... ortorum, pratorum vel ar- 
borum et omnium omnino re rum quae in supradicto termino, monachi 
Saocti Victoris sedilicaverunt... ipso molendlno quern monachi aedifica- 
verunt cum magno labore et mult is sumptibus. . . » 

(3) Charte 35 du Cartulaire de Saint-Victor, 1062. 

(4) Cartulaire de Saint-Victor, charte 84, de Tan 1065-1079. 

(5) Cartulaire de Saint- Victor, charte 148, de 1080. 

(6) Cartulaire de Saint-Victor, chartes 1087, 1088, de i'an 1080. 

(7) Daspres, Notice pur Saint-Qinies, charte inedite, pieces justifica- 
tive. 

9 



— 126 — 

Saint- Victor qui a en sa possession la presque totality de cette 
partie du terroir, et, comme M. I'abb6 Daspres l'a dit : t Des 
ce moment I'abbaye n'a plus rien k y acqu&rir (1).» 

Or, nous disons que sices rives de I'Huveaune sont habitges 
de Tan 1000 k Tan 1100, eiles l'etaient &6jk dfcsle IX' Steele. 

En effet, est-ce que la mise en valeur de ces terres date de 
quelques ann£es k peine? Non. Dans les chartes 20 et 21 
il s'agit de la restitution faite aux moines de Saint-Victor de 
prairies, de jardins que ceux-ci ont d6frich6s, du moulin lui- 
m&ne qu'ils ont bktik grands frais et avec beaucoup de travail. 
Or, les moines n'ont pu construire ce moulin post6rieurement 
k Tan 923, 6poque de la destruction du monastere. lis ont du, 
depuis cette 6poque jusqu'& celle oil les chartes 20 et 21 ont 
6t6 r6dig6es, en 1030, s'occuper d'abord de la restauration de 
leur abbaye ; ii s'ensuit que les vicomtes de Marseille qui res- 
tituent ce moulin en 1030 ont dCi s'en emparer k F6poque de 
la destruction de Saint-Victor en 923. La construction de ce 
moulin date done au moins des derni&res annges du IX* siecle. 

De plus, est-ce que les particuliers qui font donation k 
Saint- Victor, au XI' Steele, de quelques-une3 de leurs terres, 
sont les proprtetaires primitifs de ce sol ? Nullement. 

TantOt, en effet, les chartes disent clairement qu'il s'agit de 
biens que Ton restitue ; ainsi, en 1065-1079, Geoffroy, fils du 
vicomte de Marseille du nteme nom, rend k I'abbaye des 
vignes, prfesdu Jarret,que Ton avait enlevees k l'autel de Saint- 
Pierre de Paradis (2). En 1097, Damalcus, d'Aubagne, et son 
Spouse Dulciane donnent deux pieces de terre situGes k I'em- 
bouchure de I'Huveaune et que Ton avait jadis enlev6es k 
Saint- Victor (3). 

Tantdt elles disent que ces biens c6d6s k Saint-Victor par 
ces particuliers leur sont arrives par heritage. C'est le cas de 
Vicherius, qui, en 1040, donne k I'abbaye quelques terres 

(1) Daspres, op. cit. t p. 19. 

(2) c Reddo et guipertionem facio de vineis quas Petrus Nodollo tol- 
lebat altario Sancti Petri de Paradise. > Charte 84, cartulaire de 
Saint-Victor. 

(3) Charte inedite dans Notice sur Saint-Giniez, par l'abbe Daspres, 
p. 136. 



— 127 — 

qu'il arecues en heritage de sa m6re (I ). L'une de ces terres 
est situee a Arcolas, sur la rive gauche. C'est le cas de Damal- 
cus et Dulciane cites plus haut, qui affirment que ces terres 
de l'embouchure de l'Huveaune ont 6t6 laiss^es en heritage & 
sa mfere (2). 

Tant6t elles mentionnent que ces Mens donnes k Saint Vic- 
tor proviennent de propridt6s ant6rieurement vendues, c6d6es 
auidonateurs, En 1087, Fabbesse Garcende de Saint-Sauveur 
cede a Saint-Victor la dime d'un champ qui avait appar- 
tenu a Pierre Saumade (3) ; Amelius Candidia, en 1097, donne 
la dime qu'il prelevait sur un champ A6jk c£d6 k Saint - 
Victor (4). 

Tantftt la donation du XI' Steele n'est que la confirmation 
d'une donation ant&ieure. En 1062, Lambert donne k Saint- 
Victor une terre que d6j&, de concert avec son pfere et sa mfcre, 
il lui avait c6d6e (5). 

Tantdt ce que Ton donne a 6t6 d6membr6 d'une autre pro- 
pria. En 1076, Pierre Saumade donne la condamine qui jadis 
faisait partie des biens d'un certain David (6). 

Tantftt les donateurs montrent bien, par les termes dont ils 
se servent, qu'ils sont en possession de ces terres depuis de 
longues ann6es. 

Tan 16 1, enfin, il est mentionnG dans ces chartes qu'il s'agit 
de terres cultiv&s, de vignes, de prairies que Ton a conquises 
sur le marais. 

Ges divers modes par lesquels ces biens sont advenus aux 
propri&aires du XI* sifecle, indiquent clairement que ant6- 



(1) c Ego dono aliquid de proprietate mea.. . quae mihi ex succes- 
sione matris meae venit.. . » Gharte 52. 

(2) Daspres, op. citato, chartein6dite. 

(3) Cartulaire de Saint-Victor, charte88 : c ... Nos sanctimoniales.. 
veQdimus. . . decimo de campo que fuit de Petro Saumada. . . » 

(4) Gharte inedite (Daspres, op. cit.) 

(5) « Donamus... videlicet totam terrain illam, quern jam dictus 
pater meus et mater mea et ego donavimus. . . » Gharte 95, cartulaire 
de Saint- Victor. 

(6) « . . . facio venditionem. . . de condamina ipsa que de menso David 
hit... i Gharte 87, cartulaire de Saint-Victor. 






— 1-28 — 

rieurement au XP Steele cette partie du terroir 6tait cultivee. 
Nous pouvons remonter ainsi jusqu'i la fin du IX* siecle. 

Que Ton n'allfcgue pas le texte dela charte de 1097 (1) qui, 
parlant des marais de Saint -Giniez, sembie af firmer que Peglise 
d£diee& ce saint se trouvait sur le bord de la mer, a Sancli 
Genesii in ripA maris », et qu'ainsi il n'y avait pas d'habitaut 
en ces lieux. 

M. Saurel (2) a suppose que la mer avancait jusqu'A Saint- 
Giniez et qu'il y avait \k une anse, un marScage se prolon- 
geant jusqu'au Rond-Point, et accessible aux barques. Tout 
ceci n'est que de la pure imagination. Sans doute au X - et au 
Xl'sifecle, le quartier de Saint-Giniez n'&ait pas ce quil est 
aujourd'hui. II y avait un marais pres de l'6glise, le « palus 
Sancti Genesii » ; un autre vers le Rond-Point, le « palus 
Antignana » ; un autre vers le Rouet, le palus Formal ; un 
autre entre Saint-Giniez et la mer, vers le pare Borrely, le 
palus Archulens. lis 6taient form6s soit par THuveaune, dout 
les eaux, point encore encaissGes, ni complement utilisees 
pour les moulins, se rSpandaient sur les terrains en d6pres 
sion, soit par les diverses sources qui n'avaient point eucore 
un 6coulement r£gulier vers la mer. Mais autre chose un ma- 
recage oil croissent des joncs, autre c^ose des lagunes oil les 
barques peuvent naviguer. Cette charte de 1097, qui cite le 
« palus Sancti Genesii », celui de Formal, d'Antignane, d'Ar- 
coulens, parle pr6cis6ment de terres que Ton cultive dans 
ces marais (3) ; preuve 6vidente que chaque jour les habitants 
faisaient la conqu&te de quelques portions de terrain sur ces 
endroits incultes jusqu'alors. 

Ces termes : a Sancti Genesii in ripft maris » sont mis tout 

(1) Daspres, op. rit. t charte inedite, p 136. 

(2) La fianlieue de Marseille, par Alfred Saurel, Saint-Ginie:, 
l>p. 151, 152. 

U'etait aussi quelque peu l'opinon de M. Meynier : AnciensChemin* 
rle ^far*ei^e i p. 43. Suivant cet ecrivain, 1'embouchure de l'Huveaune 
se trouvait a Saint-Loup, aux premiers siccles, de sorte que la plaine tie 
Saint-Giniez aurait et6 un vaste etang, peut-etre le port de Leoniuni 
dont il est parle au IX« siecle. 

(3) Voir les details de cette charte inedite, de 1097, dans la Notice aur 
Saint-Giniez, parl'abbe Daspres, pieces justificatives, note C, p. 136. 



— 129 — 

simplement pour faire une distinction entre les biens appar- 
tenant k Saint-Giniez de Marseille et les possessions des autres 
eglises, d6di6es au mdme saint martyr, en divers lieux de la 
Provence. II y avait, en effet, beaucoup d'Gglises, de monastferes 
sous le vocable de ce saint. Le livre de M. Tabb6 Daspres en 
indique plusieurs (1). II y avait Saint-Giniez d'Arles, Saint- 
Giniez de de Lodfeve ; dans les Basses- Alpes, il y en avait deux 
autres; dans le diocfese de Hodez, trois; pr&s de Forcalquier, 
une ; prfcs d'Apt, une autre ; prfes de Martigues, une autre ; etc. 
Or, chacune de ces Sglises, chacun de ces monastferes relevant 
pour la plupart de Tabbaye de Saint -Victor, possedaient des 
biens. Afin de ne pas se troraper sur le monastfcre dont ils 
etaient les ressources, on les avait d6sign6s par une rubrique 
sp&iale. L'£glisede Saint-Giniez k Marseille s'appelait « Sancti 
Genesii in rip^L maris ». 

Or, nous disons : Le quartier de Saint-Giniez a 6t6 habits 
vers le IV* sifecle, il l'dtait stirement dfes le IX' ; done il l'a 6t6 
aussi durant 1'intervalle qui va du V' au IX - si&cle, et ce 
n^tait pas cet afifreux d&ert que Rufli voudrait nous repr6- 
senter. Nous n'avons pas, il est vrai, des donn6es precises et 
exactes pour faire la description de ces lieux aux V, VI°, VIP 
VIII* siecles. L'histoire n'en fournit gufere pour cette t$poque. 
II est assez difficile de croire cependant, que ce quartier n'6tait 
ni cultive, ni habits. 

D'oti proviendrait, en effet, cette solitude qui se serait sou- 
dainement faite du V e au IX - Steele ? Faudrait-il en accuser 
les invasions barbares ? Sans doute Goths, Visigoths, Bourgui- 
gnons et Ostrogoths sont venus assteger et piller Marseille 
durant ces sifccles. Mais faut-il croire qu'ils se soient tene- 
ment acharnes sur cette partie du terroir, qu'ils Taient sac- 
cagte, d6vast6e et qu'ils en aient massacre les habitants? 
Sous Taction de ces invasions, les terres ont 6t6 enlev6es k 
leurs possesseurs legitimes, e'est vrai, mais toutes ne res- 
taient pas en friche. Le moment de la fureur pass6, les enva- 
hisseurs eux-m6mes tendaient k se fixer dans les vil les qu'ils 
saccageaient. A I'exception des Goths d'Ataulphe qui ne firent 

(1) Daspros, Not ire *vr Saint-Giniez, p. 115 et suiv. 




— 130 — 

que traverser la Provence, les Visigoths d'Euric se fixent k 
Marseille et y demeurent au moins vingt ans. Aprfes eux, les 
Bourguignons de Gondebaud et de God6gisile y passent un 
bon nombre d'anntes dans nne paix profonde. ThGodoric le 
Grand gouveme la Provence avec une sagesse admirable. 
Les Francs l'administrent dans 1'ordre et la tranquillity. 

Seuls les Sarrasins font exception. lis furent le fteau d6vas- 
tateur. D&s leur apparition en Provence vers 730, tout fut 
dgtruit sur leur passage, les colons massacres, les habitations 
d£vast6es. La charte de Tan 840 mentionne dans le domaine 
de Carvillau des « casis adstantibus et dirutis ». Ces destruc- 
tions et tant d'autres, c'est k ces barbares qu'il faut les impu- 
ter. D6j& done, avant leur arriv6e en nos contr6es, le terroir 
de Saint-Giniez 6tait cuitiv6 et habits. Ce qu'ils ont d6truit 
au VIII' stecle existait au VH* et plus que probablement aux 
VI' et V' sifecles. Non, on ne peut pas pretexter les invasions 
des barbares pour soutenir que notre terroir 6tait desert. 

On a dit souvent que les exigences du fisc romain rendaient 
la culture des terres tr&s difficile, que les paysans Staient 
obliges de se vendre, de se faire esclaves pour vivre , que 
d'autres prgferaient laisser les terres en friche, prendre les 
armes et piller. Sans doute il y avait de graves dgsordres k 
cette Spoque ; mais de Ik k dire qu'il n'y avait ni colons, ni 
esclaves dans notre terroir, pour le cultiver et Thabiter, e'est 
pousser k lexagGration. 

Les quelques fragments dans lesquels se trouvaient inven- 
tories les biens de l'abbaye cassianite, nous sembleraient une 
preuve de plus que, dfes le VIII* Steele, notre terroir 6tait cul- 
tiv6. En effet, trois de ces inventaires ont 6\6 r6dig6s sous 
TSpiscopat de Vadalde, k l'indiction XI, qui correspond k 
Tan 818 (1). II ne s'agit pas pr6cis6ment, dans ce document, 
de propri6t6s situSes dans notre terroir. II en est un cepen- 

(1) « Descriptio mancipiorum de agroColumbario, factum tempore Gua- 
daldi episcopi, indictione XI ; — Descriptio mancipiorum de agello 
Cellas, factum tempore supradicti episcopi, indictione XI ; — Descriptio 
mancipiorum de villa Podiolum, juxta fluvium Uvelnne, factum tempore 
supradicti episcopi, indictione XI. » (Armorial et SigilloQraphic (let* 
evtque* rle Marseille, par M. le chanolne Albanes, p. 30.) 



— 131 — 

dant qui relate la description des serfs du domaine de Golora- 
bier; or, Mortreuil place ce domaine au Rouet(l). Mais, si 
on fait en 818 un inventaire de ces biens, done il est permis 
de supposer que ceux qui les possGdaient en 818 n'en 6taient 
pas les premiers possesseurs, que ces terres Gtaient d6j& habi- 
tues et cultiv6es lorsqu'ils en sont devenus les propria taires. 
Nous remontons ainsi & i'an*00, 750 ou 700. 

Le mfime raisonnement peut 6tre fait pour le fragment rela- 
tant rinventaire fait la dixifeme ann6e de T6piscopat de Vena- 
tor vers 896, des biens et des esclaves que Tabbaye cassianite 
poss6dait « in agro Massiliensi (2) ». L'« ager Massiliensis » 
comprenait Saint-Giniez. Si, en 891, on fait un inventaire des 
serfs qui cultivent cette terre ; si l'abbaye n'a pas mis elle- 
m£me ces terres en culture; si elle les a recues d'un proprte- 
taire primitif, il est facile dedire qu'en 800, 750, 700 ce coin 
de terre 6tait cultivS, habite, et, s'il l'gtait au VIP , on se 
demande pourquoi il ne l'aurait pas 6t£ aux VI* et V* si&cles. 

Cassien fondant un monastfere de religieuses a pu le placer 
sur les bords de THuveaune. C'Stait la solitude, mais pas le 
desert. Lui qui avait parcouru toutes les thdbaides ne dut pas 
Stre effray6 de ces marais, de ces bois. Recherchant le calme, 
la tranquillity, l^loignement du bruit du monde pour ses 
lilies, auctin site n'6tait favorable comme les rives de THu- 
veanne et la valine de Saint-Giniez (3). 

Ces prolegomenes Stablis, abordons les objections que les 
divers auteurs apportent contre notre thfcse. 



(t) Dictionnairc topoyraphique de Varrondissement de Marseille, 
par Mortreuil ; verbo Colombier, pp. 114, 115. 

(2) c Descriptio mancipiorum de agro Massiliensi, factum tempore 
Venatoris episcopi, decimo anno episcopatus ejus. » (Armorial et Sigil- 
loyraphie des evgques de Marseille, ut supra, p. 30.) 

(3) Cest le sentiment qu'exprime M. de Ruffi (le pere), lorsqu'il ecri- 
vait dans son Histoire de Marseille, p. 285 : « Cassien, qui etait le fon- 
dateur de cette abbaye et qui faisait profession de vie solitaire, voulut 
batir cette maison en ce lieu ecarte. » 



DEUXlfcME SECTION 



Discussion des Objections 



CHAPITRE PREMIER 

Texte de la Oharte 40 du XI r sifccle dans le 
Oartulaire de Saint-Victor 



OBJECTION DE RUFFI, TIR^B DB LA CHARTS 40 DU XI* SIBCLE.— TEXTE 
DE CETTE CHARTS. — DONNEES TOPOGRAPHIQUES FOURNIES PAR 
CETTE CHARTE. — LA TERRE DBS RELIGIEUSES DE SAINTB-MARIE. 



La premiere objection qui s'offre k nous- est celle que This- 
torien lluffi 6nonce en ces termes : « Une des chartes que j'ai 
cities ci-dessus pour prouverqueCassien avait 6t& lefondateur 
de ce monast&re, marque encore que cet 6difice 6tait situ6 au 
pied de la montagne de la Garde (1). » Et nous Favons dit, 
avec Rulfi se trouvent la Gallia Christiana, Lautard, Andre, 
Tabb6 Daspres, etc. 

Ruffi n'indique pas clairement de quelle charte de Saint- 
Victor il entend parler. Car, quelques lignes plus haut, il 
s'appuie « sur deux chartes qui disent formellement que Cas- 
sien fut le fondateur de cette maison », et en marge il d6signe 
le folio 14 du grand cartulaire(2). Au folio 14, il n'y a qu'iine 
charte qui traite de notre sujet, c'est la charte 40. C'est celle- 

<1) Ruffi, HMoire de MamMe, t. II, p. 55. 
(2) Ruffi, op. nit., p. 44. 



— 134 — 

14, d'ailleurs, que les auteurs ci-dessus nomm6s citent k leur 
tour. 

Voici le passage de ce document en question : 

a Non loin de l^glise de Saint-Pierre (1), en dehors de la 
porte qui est appelSe Paradis, aux environs du chemin public 
qui vient de l'gglise de Saint-Thyrse et se dirige vers le port de 
Marseille, sont placges les vignes suivantes. II y a Ik une vigne 
de la contenance d'une demi-quarteree, qui appartient k 
Gairald Blanca Lancea, que celle-ci donna k Dieu et k Saint- 
Victor. Elle est bornSe k l'orient par le chemin de Lauret; 
au midi, par la vigne de Ilichao; au nord, parlaterrede 
Sainte-Marie ou des religieuses demeurant dans le monastere 
fond6 par Gassien, terre placee non loin du port; k Toccident, 
par le chemin qui conduit k la Garde. » 

On devine que la phrase dont Ruffi et les autres auteurs veu- 
lent faire une preuve de leur assertion est celle-ci : « au nord, 
la terre de Sainte-Marie ou des religieuses qui habitent dans le 
monastere fond£ par Cassien, terre situ6e non loin du port : 
a ... a septentrione, terra Sancta* Mariae vel sanctimonialium, 
non longe a ripA porti supradicti, inccenobio quod Pater fun- 
davjt Gassianus, consistentium. » C'est sur elle done qu'il 
nous faut coucentrer toute notre attention. 

Selon Ruffi, il n'y a jamais eu de monastfere cassianite sur 
les hords de THuveaune, mais ce monastere a toujours &16 au 
pied de la montagne de la Garde. La preuve qu'il donne e'est 
la phrase ci-dessus indiquSe, et voici son argumentation : 

Si au d6but du XI* stecJe les religieuses de Sainte-Marie 
habitent non loin du port, comme le dit la charte 40, puisque 
cette m£me charte ajoute qu'elles habitaient dans le monas- 
tere que leur Pere Cassien avait b&ti, il est certain que, d'apres 
cette charte, k toutes les dpoques et de tout temps, le monas- 
t6re cassianite s'est trouv6 non loin du port, au pied de la mon- 
tagne de la Garde, et non pas sur les bords de l'Huveaune. Or, 
nous disons qu'il est impossible de prouver pareille assertion 
par le texte de cette charte 40. On lui donne un sens qu'il n'a 
pas. Pour nous en convaincre, entrons dans les details. 

(I) Cartulairede Saint-Victor, charte \0. 



— 135 — 

D'abord, de quoi s'agit-il dans cette phrase de la charte? 
Dune terre: a terra Sanctae Maris ». Or, oh se trouvait cette 
terre? La charte Tindique clairement: Elle borne, au nord, 
la \igne d'une certaine Gairald Blanca Lancea. Mais cette 
vigne de Gairald est borate au midi par la vigne de Richao, 
an levant par le chemin de Lauret, au conchant par le chemin 
de la Garde. La charte fournit un autre renseignement : les 
vignes dont il s'agit sont situges non loin de I'gglise de 
Saint-Pierre, en dehors de la porte Paradis, aux environs du 
chemin public qui vient de T6glise de Saint-Thyrse et aboutit 
au port de Marseille. Lorsque nous connaitrons chacun de ces 
points topographiques, nous aurons reraplaceraent k peu pr£s 
exact de la terre de Sainle-Marie. 

Saint-Thyrse est le village actuel de Saint-Loup (I). La « via 
quae venit ab ecclesid Sancti Thyrsi et vadit in portu Massi- 
liensi » est le chemin de Toulon qui arrive k la place Gas- 
tellane, etqui, suivantle vieux chemin de Rome, venait abou- 
tir, en faisant un coude, au port, c'est-^-direA la porte de la 
ville qui s'ouvrait au Podium Formicarium, prfes de I'Sglise 
des Augustins actuellement (2). 

Le Lauret 6tait un quartier de Marseille plac6 aux abords 
de la place Maronne et vers le milieu du cours Belsunce. Ce 
nom lui venait d'un oratoire a Taouret, l'aouretori » qui se 
trouvait en cet endroit. Le chemin qui y menait, k peu pr£s 
la rue Saint-Ferrgol actuelle, s'appelait la « via de Laureto ». 



(1) SanrUis Tyrsus, anciennement Centhis et plus tard Saint-Thyrs, 
ail jourd Tin i Saint-Loup, village situe sur le territoire de Marseille. 
(Dictionnaire geographique du cartulaire de Saint-Victoi\ t. II, p. 924. 
— Dictionnaire topographique de Varrondissement de Marseille, par 
Mortreuil, verbo Saint-Loup, p. 336.) 

p) Cette porte s'appelait Porte de la Calade, parce que de ce point 
partait la c via que vocatur Galada p, qui conduisait a la plaine de 
Saint-Michel par la rue d'Aubagne ou de (a Palud. Ainsi, du Podium a 
la rue d'Aubagne, le chemin de Saint-Thyrse s'appelait : via Calada. — 
< Usque ad columnam flxam in via que vocatur Calada. • Charte 864, 
cartulaire de Saint-Victor. — Statistique des Bouches-du-Rhtme, I. II, 
p. 353. — Histoire analytique et chronologique des artes et delibera- 
tions du corps et du ronseil de Marseille, par Guindon et Mery, t. I. 
p. 1 19. 



— 136 - 
II y a quelques ann6es une rue voisine, celle de Saint-Gilles, 



qui debouchait sur cette place Maronne, portait encore le 
nom de rue de Lauret (1). 

Le chemin de la Garde allait de cette montagne au Podium 
Formicarium. Le Podium Formicarium, le Plan Four- 
miguier ainsi appel6&, cause des fourmis qui venaient man- 
ger le bl6 que les navires y d6barquaient, commencait k 
I'endroit jadis nomm6 Cul de Boeuf, la place actuelle entre la 
Bourse, T6glise Saint-Ferr6ol et le quai de la Fraternity, et 
s'&endait jusqu'au has de la Cannebi&re (2), a un petit ruis- 
seau qui dgversait dans le port les eaux d'une tannerie 
voisine, d'autres disent les eaux du Jarret qui k cette 6poque 
se jetait dans le port (3). Sur ce Plan Fourmiguier, entre le 
rem part qui touchait au port et ce petit ruisseau, se dressait 
une colonne en pierre. C'gtait la limite de la ville comtale et 
de la ville abbatiale de Saint-Victor. Au-deli de ce ruisseau 
et en remontant jusqu'& mi-hauteur de la Cannebi&re, com- 
mencaient les salines. El les s'6tendaient le long du port, le 

(1) Statist iqite, op. cit., t. II, p. 773, note 2. — Peut-etre aussi ce 
nom lui venait de ce qu'il conduisait au Rouet. Le mot Lauretum, dit 
l'index du Cartulaire, t. II, p. 876, designe cette locality ; ou parce qu'il 
conduisait au quartier du Lauret, pres de la place Maronne. Plus tard 
aux abords de cette place on ouvrit la porte Reale, qui s'appelait aussi 
porte de Lauret, parce que le poids de Lauret, c'est-a-dire le bureau de 
pesage des grains et farines, y etait etabli. (Meynier, Ancient Chemins 
(le Marseille* p. 13-14. — Rufll, Histoire de Marseille, t. II, p. 204.) 

(2) Statistique, op. cit., t. II, p. 773, note 2.— Dans la suite, la denomi- 
nation de Plan Fourmiguier s'est etendue a toute la partie des quaisoc- 
cupee plus tard par l'arsenal des galeres jusqu'aux environs de la place 
aux Huiles. (Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p- 300.) 

(3) La charte 917, de 1230, dit : « inter parietem et rivulum qui defluit a 
curataria juxta Podium Formicarium. » Mais la charte 1002, de 1204, 
appelle ce ruisseau vallato salinarum : c Quoddam patuum, scilicet a 
vallato salinarum usque ad Podium Furmiguerii.. . 9 Ce vallat, ce ruis- 
seau, semblerait provenir du marais de la Palud, de la Font-gate. Une 
vue de Marseille, datant de 1655 (Meriam sculpsit), montre des marais 
vers le Grand Theatre, quartier de la Palud, et un ruisseau qui, de ce 
point, se jette dans le port dont les quais Est et Sud sont couverts de 
salines ou marecages. (Bibliotheque de Marseille, estampes, n° 36. — La 
Provence pittoresque et illnstree, publico jadis par 1'impriraerie Olive, 
l*a donnee a ses lecteurs.) 



— 137 — 

contouriiaient, en occupaient le versant tout le long de Rive- 
Neuve, en contre-bas de la rue Sainte actuelle. Born6es au 
midi par le chemin qui montait a la Garde, a sicut est via 
quae descendit a Guardia usque ad Poium Formicarium », elles 
se continuaient le long de la rive jusqu a la hauteur de 
1 eglise de Saint-Pierre de Paradis, « ab istd ecclesia Sancti 
Petri usque ad civitatem (I). » 

Cette chapelle de Saint-Pierre de Paradis, Rufli, Belsunce, 
la Statistique des Bouches-da-Rhdne la placent k Tendroit 
oil se trouvait l'arsenal ( rue Breteuil, cours Pierre-Puget, 
place du Palais de Justice) (2). C'est k peu pr6s, en effet, ce 
qu'indiquent les chartes. Nous savons qu'en 1044 Fulco et 
Odile, au jour de la d&licace de l'Sglise de Saint-Pierre de 
Paradis qu'ils avaient fait bAlir k la prifcre de saint Ysarne(3), 

(1) Statistique des Bouches-du-Rhdne, t. II, p. 351. — Artes et 
deliberations etc., par Guindon et Mery, 1. 1, p. 155. — « Cum salinis 
et piscationibus et portu navium et omnibus juste et legaliter ad eum- 
dem fiscum pertinentibus, con jacen tern in coraitatu Massiliensi qui 
vulgo Paradisus nominatur, sicut est via quae descendit a Gardia usque 
in Poium Formicarium... »Charte 10, 21 ap. 904, cartulai re de Saint- 
Victor.— Fulco et Odile donnent a Saint-Victor : a omnem partem nostram 
quse ad nos pertinere debet de salinis, quae in portu civitatis Massilia? 
esse videntur, ab ipsa ecclesia Sancti Petri usque in civitatem. » Gharte 
32, de Tan 104 i, cartulaire de Saint-Victor. 

(2) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 179 : « Cette eglise fut de- 
niolie du temps de Bourbon, et le lieu oil elle etait a donne a tout le 
quartier le nom de Paradis. » 

Belsunce, Antiquite de VEylise de Marseille, t, I, p. 396 : « Pons II 
rebatit l'eglise Saint-Pierre qui etait tombee par v6tust6. Elle etait dans 
le quartier de Paradis, a Tendroit ou est a present le Pare. Une partie 
du quartier que Ton appelle aujourd'hui Rive-Neuve en dependait, et a 
port6 longtemps le nom de clos de Saint-Pierre. » 

Lautard, Lettres archeoloyiques sur Marseille, t. II, p, 376 : « Cette 
chapelle de Saint-Pierre de Paradis donna son nom a tout le quartier oil 
elle se trouvait et la belle rue qui le porte encore aujourd'hui indique a 
peu pres le lieu qu'elle devait occuper. » 

La Statistique de* bouches-du-Rhdne, t. II, p. 352 : « Cette chapelle 
de Saint-Pierre de Paradis, une des plus anciennes de Marseille, etait oil 
se trouve maintenant l'arsenal . . » 

(3) Cartulaire de Saint-Victor, charte 32 : « Hoc advenit in mentc et 
voluntate firmaquatenus aedificaremus ecclesiam in honore Sancti Petri 
apostoli. . . quae olim vetustate destructa ad nihilum devenerat et fundi- 
tus corruerat... Quare disposuimus tedificare ecclesiam supradictam* 
consilio atque jussudomini Ysarni felicis memorise. * » 



— 138 — 

donn&rent k l'abbaye de Saint- Victor, pour servir k l'entretieu 
de cette chapelle, trois terres, trois clos plants de vignes. 

Or, Tun de ces clos, le troisi&me, 6tait situ6 au chevet de 
l'Sglise de Saint-Pierre : a tertium clausum qui est situs ad 
caput ejusdem ecclesiae Sancti Petri (1) ». Ce clos fut appete 
clos Saint-Pierre pendant longtemps (2). Au XI* Steele il por- 
tait ce nom, car la charte 40, qui est de cette 6poque, le 
mentionne. II servait de limite, au midi, k une petite-vigne 
qu'un certain David avait donn6e k Saint- Victor (3). A c6t6 de 
cette vigne, en dessous, probablement sur le bord de la mer, 
devait se trouver une ou plusieurs tuileries. La charte 40 dit 
que cette vigne de David 6tait « ad Teolarias(4) ». Au-del& 
de cette vigne de David, et de ces tuileries, s'&endait une terre 
comtale (5) que Louis TAveugle avait c6d6e en 904, k Saint- 
Victor et qui d'un cdt6 touchait k la mer ( e'est Ik que se trou- 
vaient lespgeheries, le « portusnavium » dont les droits et 
les revenus 6taient c&tes par l'empereur k l'abbaye en 904), 
de l'autre montait jusqu'au cimettere, « usque ad carnarium », 
que Ton appelait Paradis. 

D autre part, non loin de cette 6glise de Saint-Pierre de Para- 
dis, passait le chemin de la Garde, puisque la vigne de Blanca 
Lancea 6tait non loin de 1 '6glise de Saint-Pierre, etqu'elle 



(1) Cartulaire de Saint- Victor, charte 33 : « ... ego Fulco et uxor mea 
Odila, jussu domini Ysarni abbatis. .. cepimus sedificare ecclesiam in 
honore beati Petri, Apostolorum principis... cui, in die suas dedicatio- 
ns, dedimus ei in sponsalitio . . . Tertium vero (clausum) quern dedimus, 
non quidem plantavimus, sed de nostro adquisivimus, qui est situs ad 
caput ejusdem ecclesise Sancti Petri.. . » 

(2) De Belsunce, op. cit., 1. 1, p. 'idb.—Slatislique, op. cit. t t.II, p. 352. 

(3) « Uiiara semodiatam de vinea quam David dedit Sancto Victor! . . 
ab oriente terminum publicam viam quae vadit ad Guardiam, a meridie 
clausum Sancti Petri de Paradiso. » Cartulaire de Saint-Victor, charte 40, 
ad flnem. 

(4) Cartulaire de Saint- Victor, charte 40, Hem ad flnem : c . . . vinea 
quae David dedit Sancto Victori quern Poutius Suricis tenet ad fevum, 
habemus ad Teolarias. » 

(5) c ... salinis... sicut est via qua? descendit a Gardia, usque inPoium 
Formicarium, una cum terra comitali, quae ante portam castri fore 
videtur, usque ad Carnarium. » Cartulaire de Saint- Victor, charte 10, 
de904. 



— 139 — 

etait limitge au couchant par ce cheinin de la Garde. De plus, 
ce chemin, limile an couchant de la vigne de Blanca Lancea, 
boruant k l'orient la vigne de David, situte k Teolarias. 
Ce chemin passait done entre ces deux vignes et allait vers le 
midi, enmoutanti laQarde. Aprfes la vigne de David, il limi- 
tait, en le longeant, le clos Saint-Pierre et passait devant la 
chapelle d£di6e k cet apGtre (1). 

Mais, puisque ce chemin de la Garde servait de limite, au 
rnidi, au salines, jusqu'A la hauteur de la chapelle de Saint- 
Pierre et qu'arrive a la vigne de David et de Blanca, il se diri- 
geait vers le midi, vers la montagnede la Garde, for cement il 
faisait un coude. Or, en supposant rinflexion de ce chemin k 
Tangle des rues Sainte et Fort-Notre-Dame actuelles, on voit 
que la chapelle de Saint-Pierre devait se trouver k peu pres 
k la place de la Corderie ou k celle du Palais de Justice (2). 
C'est Ik que finissait le vaste terrain appelS Paradis. 

Cet espace s'gtendait devant le portail du monasl&re, « ante 
portam monasterii » . Ce nom lui venait dece que, dit la charte 
32, il servait de sepulture k un grand nombre de corps de 
sainls martyrs, confesseurs etvierges. II portait un autre nom, 
celui de porte de Paradis : a vocabatur porta Paradisi » , parce 
que, aux jours etk l'6poque de Cassien, la sainted des moines 
qui habitaient le monaslfere, la r&gle admirable que Ton y 
suivait lui donnerent un tel 6clat, que Ton put k bon droit 
lappeler le Paradis, jardin rempli des dons de la ros6e celes- 
te (3). Cet espace de terrain partait de l'abbaye, s'&endait 

(1) c Nod longe ab ecclesia Sancti Petri. . . habetur vinea qua* fuit de 
GairaJd Blanca Lancea.. . ab occidente terra inat via de Gardia.. . vinea 
quam dedit David Sancto Victori, ab oriente terminum publicam viam 
qua? vadit ad Gardiam... » Cartulaire de Saint-Victor, charte 40, 
passim . 

(2) Ce fut sur cette place, ou se trouvait jadis la porte Paradis (ce nom 
(ut donne auquartier en vironnant l'abbaye de Saint-Victor, a cause de la 
saintete des premiers moines qui vivaient dans ce monastere) et qui est 
occupee aujourd'hui par le palais de justice, que fut elevee cette fontaine. 
(Vie de Motiseigneur Ue Belsunee, par le P. Oom Berengier, t. II, 
pp. 318. 321.) 

(3) « Idcirco isdera locus, ad portam monasterii situs, vocatus est Pa- 
radisus, sicut et nos comperimus, quia multorum corporum, videlicet 
sanctorum m arty rum, confessorum et virginum, eodem loco quies- 



— 140 — 

d'une part vers la montagne de Ja Garde, jusqu'i\ un chemin 
qui le longeait au midi, « viam juxta locum, quern vocant 
Paradisum (1 ) », de l'autre jusqu'i la terre comtale dont nous 

■ 

avous parte plus haut, a usque ad carnarium (2) »,et finissait a 
l'6glise de Saint-Pierre qui 6tait appel6e aussi Paradis, aquae 
ecclesia vel locus vocatus est Paradisus*, et qui setrouvait 
b&tie dans son enceinte, a ecclesise in supradicto loco cons- 
tructs^) ». 

Ainsi done ce chemin de la Garde partait du Podium Formi- 
carium, traversait ce plan, enjambait le ruisseau, cOtoyait les 
salines de la Cannebiere, parallfelement k la rue Beauvau ou a 
la rue Paradis, les contournait k la hauteur de la rue de 
la Darse, les longeait dans le sens de la rue Sainte, en contre- 
bas de cette rue (4), et cela jusqu'a T6glise de Saint- Pierre de 
Paradis. C'est Ik que les salines finissaient : « salinae ab ecclesid 
Sancti Petri usque ad civitatem ». A cetendroit, k Tangle des 
rues Sainte et Fort Notre -Dame, le chemin de la Garde faisait 
un second coude et se dirigeait vers le midi, passant entre 
deux vignes, servait de limite, a Torient, icellede David, « ab 

centium, decoratur auxiliis et suffragatur meritis, imo eliam vere voca- 
batur Paradisus et porta Paradiai, quia in diebus Gassiani . . tanta no- 
bilitate viguit et sanctitate floruit apostolice et regularis disciplina?, ab 
his Sanctis Patribus tradite, in qua continentur inserte sanctarum ani- 
marum oranes delicie, ut merito et actu et nomine vocaretur Paradisus, 
rorisquc superne gratiae illustralus virtutibus.» Charte 32, cartulaire de 
Saint- Victor. * 

(1) La terre qu'Honor6 II, 6veque de Marseille, doune a Saint- Victor 
en 965, est situ6e autour de l'abbaye, et une de ses limites est : « viam 
juxta locum quern vocant Paradisum ». Charte 23 du cartulaire de Saint- 
Victor. 

(2) Charte 10 du cartulaire. 

(3) Charte 32 du cartulaire de Saint- Victor. — Grosson, Remeil des 
antiqiiitds et des monuments marseillais, p. 10 etsuiv. — - Stotistique 
ties Bouches-du-Rh6ne, t. II, p. 352. 

(4) II est incontestable que l'ancien chemin de la Garde n'est pas la rue 
Sainte actuelle. L'ancien chemin de la Garde a disparu sous les maisons 
que Ton a batiesa l'endroit qu'il occupait. De plus il etait en contre-bas 
de la rue Sainte. Les plans et dessins de l'ancienne Marseille font voir 
une sorte de plateau s'abaissant brusquement vers la mer, derriere les 
arsenaux qui s'elevaient a Rive-Neuve.Voir : vuede Marseille n° 31, Dek 
43, tiroir 42, portefeuille 65, 31, a la bibliotheque de Marseille. 



— 141 — • 

onente terminum publicam viam quse vadit ad Guardiam(l)», 
de limite, k i'occident, 4 la vigne qu'un Petrus Algitinus avait 
donnge k Saint-Victor et k celle de Bianca Lancea. A ce point, 
le chemin passait devant la chapelle de Saint-Pierre, recevait 
Tamorce du chemin qui longeait Paradis et montait k la 
colline. 

Precisons maintenant la position de la vigne de Gairald 
Bianca Lancea. Elle se trouve non loin d6 l^glise Saint-Pierre, 
en dehors de Paradis, aux environs du chemin public qui 
vient de Saint-Thyrse k Marseille. La chapelle de Saint-Pierre 
setrouvant k peu pres a la place de la Corderie ou du Palais 
de Justice; et le chemin de Saint-Thyrse, Slant la rue de 
Home, c'est done entre ces deux points que se trouvent les 
vignes de Bianca et des autres particuliers. De plus, la vigne de 
Bianca est limine a 1'orient par le chemin de Lauret, au cou- 
chant par celui de la Garde. Le chemin de Lauret Slant la rue 
Saint-FerrSol et ce chemin de la Garde suivant k peu prfes la 
rue actuelle de Fort Notre-Dame, e'est entre la rue Saint-Fer- 
reol et celle de Fort Notre-Dame que cette vigne se trouvait. 
Or, la vigne de Bianca gtait limitfe au nord par la terre des 
religieuses de Sainte-Marie (2)^ done, cette terre se trouvait 
entre la rue Saint- FerrSol et la rue Fort Notre-Dame. 

Or, s'il faut placer la vigne de Bianca non loin de l'eglise 
Saint-Pierre, e'est-a-dire non loin de la place du Palais de Jus- 
tice, k 1'ouest de la rue Saint-FerrSol ; si la terre de Sainte- 
Marie est assez grande, puisque elle sert de limite a plusieurs 
propri6t6s k la fois (3), e'est aux environs de la Prefecture, du 
Grand ThSAtre, du Palais de Justice, en tirant versle nord, que 
se trouvait cette terre de Sainte-Marie ou des religieuses de 
Saint-Cassien. 

(1) Gharte 40 du cartulaire de Saint- Victor. 

(2) c ... a septentrione, terra Sanctse Marise », etc. Gharte 40 du car- 
tulaire de Saint-Victor. 

(3) Cette terra de Sainte-Marie est a la fois limite de plusieurs terres : 
celle de Petrus- Algitinus est borate « a meridie terram sanctimonia- 
lium, a septentrione idem ipsam terram »; celle de Boniface est borage 

* a meridie supradicta terra ancillarum Dei » ; celle d'AImaric est bornee 

• aboriente vinea Sanctsc Maria?, a meridiano terra Sanctsc Maria;.. . » 
Charte 40 du cartulaire de Saint- Victor; 

10 



OHAPITRE II 
Teste de la charte 40 du XI 9 Steele 

(Suite) 

ON PBUT DONNE R TR01S SENS A CKTTE PHRASE DE LA. CHARTS 40. — 
LB PREMIER SENS EST INADMISSIBLE \ EN' 1004, LB CCBNOBIUM EST A LA 
PLACE DE LENCHE. — LR SECOND EST INADMISSIBLE ENCORE ; CBS 
MOTS : C NON LONGB A RIPA PORTI » NE SIONIFIERAIENT RlEN. — LE 
TROISIEME SENS EST LE SBUL LEGITIME. — SIGNIFICATION DBS 
MOTS : < (XBNOBIUM QUOD PA TEE CASS1ANIUS PUNDAVIT ». 

L'emplacement precis de la terre de Sainte-Marie ou des 
religieuses gtant dSterming, relisons la phrase en question de 
la eharte 40 : « terra Sanctse Maria vel sanctiraonialium, non 
longe a ripA porti supradicti, in ccenobium quod Pater fun- 
davit Cassianus, consistentium ». Quelle est sa signification 
exacte? 

On ne peut le nier, cette phrase est d'une construction assez 
embarrassSe. A la premiere lecture, on lui donne le sens que 
Ruffl et les autres auteurs lui ont attribug. Mais, en lNHudiant, 
en met tan t chaque terme k la place qxie Tordre grammatical 
lui assigne dans le mot h mot, afin de fournir un sens raison- 
nable, en tenant compte, bien entendu, de la ponctuation, on 
s'apercoit que cette phrase dit tout autre chose que Ruffl veut 
lui faire signifier. Telle quelle est dans la charte, elle est 
susceptible de recevoir trois sens difKrents (1) . 

• 

(1) Voici le texte en lilige : t Non longe ab ecclesia Sancti Petri, foris 
portam quse vocal ur Paradisi, circa viam publicam quse venit ab ecclesia 
Sancti Tyrsi et vadit in portu Massiliensi, h® positae suntvinese : 1'abe- 
tur ibidem vineaquactai rata dimidia,qua3fuit deftairaldoBlanca Lancea, 
quam dedit Domino Deo et Sancto Victori. Terminat earn ab orienie 
via deLaureto; a parte meridiana, vine* de Richaoja septentrione* 
terra Sanctae Marise vel sanctimonialium, non longe a ripa porti supra. 



— 143 — 

D'abord : t terra Sanctae Mariae vel sanctimonialium noil 
longe a ripA porti supradicti, in ccenobio quod Pater f undavit 
Cassianus, consistentium ». Dans ce premier sens, la terre qui 
appartient aux religieuses est 1'emplacement m6me qui porte 
le ccenobium fond6 par Cassien. Ainsi terre et ccenobium sont 
situ& « non longe a ripA porti », prfcs du port. 

Ensuite : « terra (pertinens ad monasterium) Sanctee Maris 
vel sanctimonialium consistentium non longe a ripA porti 
supradicti, in ccenobio quod Pater fundavit Cassianus 1. Ici, 
la terre des religieuses est situfe k un endroit quelconqne, le 
monast&e seul est « non longe a ripd porti », prfcs du port. 

Epfin : a terra (sita) non longe a,ripd porti supradicti 
(pertinens ad monasterium) Sanctae Mariae vel sanctimonia- 
lium consistentium in ccenobio quod Pater fundavit Cassianus*. 
Dans ce troisieme sens, la terre est situto non loin du port ; 
quant k ^'emplacement du coenobium, la charte ne le d&igne 
pas. 

Or, lequel des trois sens est le sens legitime et logique ? 

C'est le dernier. Nous allons le prouver. 

Impossible, d'abord, d'admettre le premier sens : que la 
terre de Sainte-Marie et le ccenobium se trauvent au m£me 
endroit, non loin de la rive du port, t non longe a rip& porti ». 

Nous avons 6tabli, en effet, k 1'aide du texte des chartes, 
que cette terre des religieuses est situle aux environs du 
Grand-Thg&tre on du Palais de justice, en r6alit£ non loin du 
port. Or, si le ccenobium des religieuses du Bienheureux Cas- 
sien se trouve aussi encet endroit, pourquoi Huffi, Lautard, 
l'abte Daspres, etc., qui mettent en avant cette charte, ne 
l'on^ils pas dit ? Pourquoi l'ont-ils plac6 les uns aux Cata- 
lans, les autres k Sainte-Catherine, qui au Revest, qui aupres 
de Saint-Victor? On le voit, nos adversaires out 6t6 les pre- 
miers k ne pas adopter ce premier sens. 

Mais, dira-t-on, ces auteurs se sont tromp^s. Usontmallu, 
faussemenl interpr&6 la charte. lis auraient du, en adoptant 
le premier sens, placer le monast£re aux environs du Grand - 

dicti, in ccenobio qnod Pater fundavit Cassianus, consistentium ; ab Occi- 
dent*, item terminal via de Guardia. » Gartulaire de Saint-Victor, 
charte 40. 



- 144 - 

Theatre, Ik ou se trouvait vferitablement la terre des reiigieu- 
ses. Soit. Mais vain subterfuge. 11 est impossible d'induire 
des termes de la charte que lerre et ccp.nobium se trouvaient 
k l'endroit rfeellement dfesignS, aux environs du Grand- 
Th&Ltre. 

En effet, nous avons fetabli que le monastfere fondfe par 
Elgarde en 1004 ne se trouvait pas prfes de Saint-Victor, mais 
k la place de Lenche (1). Or, ou bien cette charte 40 est pos- 
tferieure k Tan 1004, et alors, comme le coenobium est a la 
place de Lenche, la charte ne peut pas dire qu'il se trouve 
de l'au t re c6tfe du port. Ou bien elle est antferieure k Tan 1004. 
Alors, puisque, d'une % part, cette charte est du XI* sifecle, et 
que, s'appuyant sur cette charte, lesauteursaifirmentquele 
coenobium est auprfes duport, et que, d'autre part, il est cer- 
tain que dfes Tan 1004 le coenobium se trouve k la place 
de Lenche, ' il faut nfecessairement supposer que, de Tan 
1000 k Tan 1004, ce monastfere prfes du port a etfe dfetruit. 
Or, la cause raisonnable, le motif plausible, la preuve de 
cette destruction oil est-elle, quel auteur l'a donnfee ? Done, 
il est faux qu'il y a un coenobium prfes du port, de i'an 1000 
k Tan 1004. Done, la charte 40 ne prouve pas que terre et 
coenobium fetaient aux environs du Grand-Thg&tre. Done, 
c'fetait la terre des religieuses qui se trouvait a non longe a 
ripA porti », et non pas le coenobium. Done, le premier sens 
est inadmissible. 

^dmettons qu'en d£pit de nos preuvps il soit faux que le 
monastfere fonde par Elgarde en 1004 ait fetfe b&ti k la place 
de Lenche, mais qu'en rfealitfe il ait fetfe construit prfes du 
port aux environs du Grand-Thfedtre, Ik oil se trouvait la 
terre de Sainte- Marie ; impossible encore d'admettre ce pre- 
mier sens ainsi rectiflfe. 

En effet, si les Cassianites sont non loin du port, aux envi- 
rons du Grand-ThfeAtre en 1004, il est certain qiren 1033 elles 
habitent de l'au t re c6tfe du port, aux Accoules, en attendant 
que le monastfere de Saint-Sauveur soit rfeparfe. Cette r6para- 



(1) Voyefc Je chapitre intitule : Divers emplacements que le monae- 
'twere vanianite a occupes. 



— 145 — 

lion avait 616 commence sous l'abbesse Adalmois en 1031, 
date k laguelle ce monaslere 6|ait a penitus ex toto destruc- 
tum (1) d. On pourrait faire remonter k une dizaine d'ann6es 
la fondation de ce monastfere ainsi en mines en 1031, soit 
vers 1020. D'autre part, donnons une dizaine on une quin- 
zaine d'ann6es d'existence au monast6re fond6 en 1004 « non 
longe a rip4 porti ». Ainsi, en moins de trenle ans, deux 
monaslferes ont 6te construits et renversgs? Or, quelle est la 
cause de ces destructions successives ? Qui la fait connaitre ? 
Aucun auteur, croyons-nous. Done, Texistence d'un cceno- 
bium « non longe a ripA porti » en 1004, aux environs du 
Grand-Th&Ure , n'est pas prouv^e. Done, ce premier sens, 
m£me rectifte, est inadmissible. 

Faut-il adopter le second : que la terre des religieuses est 
aux environs du Grand Thg&tre actuel, mais le coenobium 
est « non longe a ripA porti », au Revest par exemple, k 
Templacement de la chapelle ^de Sain te-Gat her ine ? On peut 
dire que e'est 14 le sens que Ruffi} Lautard, Daspres, etc. ont 
suivi. 

Non, ce deuxi&me sens est encore inacceptable. 

Voyez, d'abord, le rdle que Ton fait jouer k ces mots: 
« noq longe a ripA porti ». lis ne se trouvent pas dans 
une charte ordinaire, traitant d'un sujet de dogme, de 
morale, de religion. Ce n'est pas pour terminer une p^riode 
sonore, une phrase ieffet qu'on les a Merits. Cette charte 40 
indique des confronts, des bornes de propria. Et dans ces 
sortes de documents, pas plus au XI* siftcle qu au XIX*, on ne 
s'amuse a faire des phrases. Dans les actes de vente, 
d'dchange de proprfetfe, tout doit 6tre precis, chaque mot k 
sa place ; aucun terme qui puisse fournir une marque topo- 
graphique ne doit 6tre omis ou ajoutg sans raison. Or, si ces 
mots « non longe a rip& porti supradicti » s'appliquent au 
coenobium et non pas k la terre des religieuses, ils sont d'abord 
une redondance, susceptible d'induire en erreur et de plus 
ils dgsignent mal les confronts des propri&gs en question. 

(I) Voir le chapitre intitule : Divers emplacements que le monasters 
rtmianite a occuvi't*. 



— 146 — 

lis sont d'abord une redon dance. Combien y avait-il, au 
XI* sifecle, de monast&res de femmes ou de lilies, a Marseille ? 
Unseul, celui des Cassianites. Combien de maisons habitees 
par des religieuses cet ordre y possedait-il ? Une seule 
encore. Nulauteur, que nous sachions, n'en indique d'autre- 
II 6tait done impossible de se mgprendre. Quand on parlait 
du monast6re des Cassianites, on savaitdequi il s'agissait. 
Dire done d'une terre qu'elle appartenait auz religieuses 
cassianites etait suffisant. Ajouter que ce monastfere etait 
situg prfes du port e'etait inutile et superflu. On savait bien, 
on voyait bien que ce monastere se trouvait pres du port. 

Ces mots done, appliques au coenobium, afin de designer 
son emplacement, sont une redondance. Et cependant il est 
visible, k la simple lecture de la charte 40, que ces mots 
places entre deux virgules, comme dans unesorte de paren- 
th&se, ont 6te inscrits k dessein. lis ont leur yaleur, ils don- 
nent une marque topographique. 

De plus, si ces mots s'appliquent au ccenobium, la confusion 
se met dans la designation des confronts. Est -il stir, en effet, 
que les religieuses cassianites ne possedaient pas, le long du 
chemin de la Garde, de Lauret ou de Saint- Thy rse, d'autres 
proprietes que celle qui servait de limite k la vigne de Blanca 
Lancea? Elles le pouvaient bien. Nous ne possedons pas lln- 
ventaire des biens de Tabbaye cassianite k cette epoque. Or, 
quand on'lira que la vigne de Blanca est limine au nord par la 
vigne des religieuses qui ha bi tent non loin du port, de laquelle 
de ces vignesdes religieuses s'agira-t-il ? Sera-ce une designa- 
tion claire, precise, suffisante des confronts de celte propriety 
de Blanca? II y a d'autres proprietes, indiquees dans cette 
charte 40, dont ilestdit qu'elles sont borates par la terre des 
religieuses. Mais, lorsqu'on aura dit qu'elles sont bornees 
par la terre des religieuses qui babitent prfes du port, si les 
religieuses ont plusieurs • terres en cet endroit du terroir, 
laquelle de ces terres sera la delimitation ? Etsi ce monastfere 
cassianite vient k changer d'emplacement, quel proprietaire se 
contentera de lire dansses actes que son bien est limite par la 
terre des religieuses qui sontauprfesdu port, alors qu'elles n'y 
demeurent plus. Et si cet ordre vient h fonder plusieurs mai- 



— 147 — • 

sons. Time prfcsdu port, une autre ailleurs, qui nous dit quece 
seront les religieuses demeurant prfts le port et non pas les 
autres qui seront les legitimes propri6taires de cette terre ? Et 
alors quelle manifere de designer les borne3 d'une propria 
que de dire: Elle est limine par la terre des religieuses qui 
sont aupr&s du port ! 

Non, toute cbarte qui indique les confronts d'une propri6t6 
ne peut causer de pareilleserreurs. 

D'ailleurs, k soutenir cedeuxteme sens, on se beurte tou- 
jours aux monies impossibility. La charte 40 est du XI* Steele, 
d'aprfcs le cartulaire. Or, ou elle est antgrieure a Tan 1004, 
alors comment expliquer qu'il y ait au d£but du XI* Steele un 
coenobium « non longe a rip& porti », au Revest, k Sainte- 
Catberine, et que ce monast&re soit, en 1004, k la place de 
Lenche ? Ou elle est postgrieure k Tan 1004 ; alors, puisque 
ctes cette ann6e 1004 le coenobium s'61&ve k la place de Len- 
che, la charte ne peut vouloir dire qu'il se trouve auprfcs du 
port, aux en droits pr£fgr£s par les auteurs. Ici encore il faut 
dire que Ton donne k la cbarte 40 une fausse interpretation. 

Reste le troisifeme sens : la terre des religieuses est sititeenon 
loin du port (aux environs du Palais de justice ou du Grand- 
Th&Ure). Qaant k l'emplacement du ccBnobium, la cbarte n'en 
dit rien. 

Nous soutenons que e'est Ik le sens, seul logique et legi- 
time, qu'il faut donner a cette phrase de la charte 40. 

D'abord, en ce faisant, nous gvitons la contradiction dans 
laquelle tombent la pin part des auteurs, Ruffi, Lautard, Das- 
pres, etc., etc., qui s'appuyant sur cette charte pour prouver 
que le monastfere gtait a Sainte-Gatherine au XI* Steele, affir- 
ment que peu aprfes 867, ce monastere se trouvait dans Tinte- 
rieur de la ville 1 Nous, du moins, en placant seulement la 
terre des religieuses non loin du port, nous demeurons libre 
de placer le monastfere oft nous voudrons,au Revest, a la place 
de Lenche, ou a Sainte-Catherine. • 

Ensuite, avec ce sens, les termes de la charte conservent 
leur signification naturelle. Ce ne sont plus des redondances, 
des mots inutiles pouvant plus tard amener la confusion dnns 
la recherche des limites des propri6t6s. Tout est clair, precis. 



• — 148 — 

La terre des religieuses est un vaste domaine situ6 non loin 
du port. Et cette terre sert de limite k telles et telles pro- 
prtetes. On ne peut se tromper. Que les religieuses en pos- 
sfcdent d'autres, qu'elles habitenl ici ou \k, n'importe, il 
n'y aura pas de confusion. C'est de la terre plac6e pr6s du 
port qu'il s'agira. 

De plus, nous nous maintenons dans le sens g&teral de la 
charte 40. C'est un plan terrier, un cadastre en petit que cette 
charte (1), On n'y parle que de terres, de vignes, de prairies, 
et il s'agit, & plusieurs reprises, de cette terre des Religieuses. 
Mais on se sert toujours des ntemes termej : « terra ancilla- 
rum Dei, vinea Sanctae Maris, terra sanctimonialium ». Jamais 
un mot du comobium, excepts dans la phrase en question. 

Sans doute le moine r6dacteur de ce document aurait pu 
s'exprimer avec plus de clarte et de precision. Mais, enfin, il 
faut prendre sa charte telle qu'elle est. 

Nous tombons d'accord avec les donnges historiques. D6s 
Van 1004, les Cassianites habitent. la place de Lenche ; k cette 
Gpoque aussi, au XI - Steele, elles possfedent une terre, de l'ati- 
tre c6t6 du port et non loin de sa rive, la terre de Sainte- 
Marie, la vigne de Sainte-Marie. Plus de contradiction, plus 
de monastfere Mti et dgtruit en Tespace de quelques annees. 

Enfin, nous sommes en rfegle avec la veritable date de ce 
document. C'est ici, en effet, l'argument qui brisera, croyons- 
nous, toutes les resistances. Quelle est la date de la charte 
40 ? Le Cartulaire la met au nombre de celles qui appartiennen t 
au XI* stecle. Mais de quelleamtee ? 

Nous crovons Tavoir trouvte. Cette charte, faisant mention 
de la vigne de David, dont on a parte plus haut, dit qu'elle est 
bontee au midi par leclos de Saint-Pierre de Paradis (2). Or, 
ce clos de Saint-Pierre f ut cede, on s'en souvient (3), & cette 

a 

(1) Elle est intitulee : c Memoria, sive notitia de diversis divisionibus 
stye partibus terrarum vel vinearum pertinentium adcellariam. » Charte 
40 du Cartulaire. 

(2) c Vinea quam dedit David Sancto Vf ctori . . . ad Teolarias. .. a me- 
ridie clausum Sancti Petri de Paradiso. » Charte 40, cartulaire de Saint- 
Victor. 

(3) « Tertium clausum quern dedimus .. qui est situs ad caput ejus- 
dem ecclesia* Sancti Petri. » Charte.33, cartulaire de Saint-Victor. 



— 149 — 

chapelle par Fulcoet Odile, qui, vers Tan 1044, flrent reb&tir, 
4 la pri6re de saint Ysarne, Fanlique chapelle de Saint-Pierre, 
et lui donn6rent en dot plusieurs terres parmi lesquellos se 
trouvait ce clos situ6 au chevet de ladite chapelle. Ceci se 
paskut post6rieuremen t h Tan 1044, puisque la charte qui rap- 
pelle la determination que prirent Fulco et Odile de reb&tir la 
chapelle est marquee, dans le Cartulaire, de la date 1044, et 
que ce ne fut qu'au jour de la d6dicace, peut-6tre un an on 
deux apres, qu'ils donn&rent la dot de la chapelle. Aussi la 
charte qui indique la cession de ce clos porte, dans le Car- 
tulaire, la date approximative de 1038-1048. Done, la charte 
40, qui parle du clos de Saint-Pierre, est posterieure & Tan 
1038-1048. 

Or, de Faveu de lous les auteurs, de Key, Daspres, Andre, 
Lautard, Ruffi, etc., les Cassianites se trouvaient, & cette 
gpoque, dans la ville. Sous Fabbesse Adalmois, en 1031, on 
restaure le monastfere de Saint-Sauveur, & la place de Lenche, 
et les religieuses habitent momentangment aux Accoules. 
Done, il est impossible que cette charte 40 dise que, an XI - 
si6cle, il y avait non loin du port une terre et un coenobium. 
II y avait une terre aux environs du Grand-The&tre, en r6alit£ 
non loin du port ; mais le coenobium 6tait en ville. Done, 
Ruffi avait tort de vouloir prouver Fexistence de Fabbaye 
cassianite au pied de la Garde, d Sainte-Catherine, par cette 
phrase de la charte 40. II donne k ce texte une interpreta- 
tion forc6e, dont les faits d£montrent la faussete. Cette phrase 
fournit deux details : qu'au X? siecle Fabbaye cassianite pos- 
s£dait une tejrenon loin du port, et qu'a cette 6poque Fabbaye 
6lait sous le vocable de Sainte- Marie. Telle est la seule et 
vraie signification de cette phrase de la charte 40, tant invo- 
qu& par Ruffi. 

Nous pr6voyons deux objections. D abord vous avez donn£, 
nous dira-t-on, h, la charte 40 un sens autre que celui qu'il 
faudrait lui assigner. Ruffi, Lautard, Daspres se sont trom- 
pes, e'est vrai, mais vous aussi. La charle 40 6tant du 
XI* si&cle et a cette 6poque le monastfere cassianite se trouvant 
a la place de Lenche, la terre peut 6tre il Fendroit qu'indique 
la charte, mais les mols « non longe a ripA porti » doivent 



t) 



— 150 - 

s'appliquer non pas k cette terre, mais au coenobiuin de la 
place de Lenche, qui en r6alit6 n'est pas loin du port. Soit, 
rgpondrcns-nous. Si on veut cette signification, nous l'accep- 
tons, sans Tapprouver cependant. Mais, dans ce cas, il faudrait 
par avance avouer catggoriquement que Rufii et les autres 
ont eu tort de se servir de ce texte pour prouver que au 
XI* Steele il y avait un monastfere k Sainte-Gatherine, sur la 
rive du port, du cdt6de Saint- Victor. 

On nous objectera ensuite : Si, aux termes de la charte 40, 
la terre des religieuses est aupres du port, et le monast&re, 
k cette 6poque, k la place de Lenche, comment affirmer, avec 
la mfime charte, que ce ccenobium a 6t6 i ond6 par Cassien, 
puisqneil a 6t6 fond6 par Elgarde? Et d'abord, r6pondrons- 
nous, si, au dire de Ruffi et autres, le monast6re 6tait non 
loin du port, sur la rive, prfes de Saint-Victor, k Sainte- Cathe- 
rine, comment nos adversaires s'y prendraient-ils pour sou- 
tenirquecemonaslfcre a 6t6 fonde par Cassien? Voudraient- 
ils affirmer que le coenobium antique n*a jamais 6t6 d&noli, 
que e'est mat^riellement le m6me qui fut b&ti par le saint 
fondateur ? Gela n est gufcre possible. Done, pas plus que nos 
adversaires nous ne voulons soutenir que Cassien a bAti le 
ccenobium de Lenche. 

Evidemment il faut donuer k l'expression « ccenobium fun- 
dare »un sens plus large "que celui de b&tir un monast&re. 
Le style des chartes et des 6crils anciens nous y autorise. Eu 
effet, lorsqu'il est question, dans les chartes, de Cassien 
etablissant ses religieux k Marseille, on se sert des expressions : 
(( ccenobium sic viguit, monasterium instituit, duo monas- 
teria condidit (1) » ; ces termes « ccenobium, monasterium » 
ne d&ignent pas la seule construction materielle de l'abbaye 
de Saint-Victor, puisqu'il y eut jusqu'A, 5000 religieux qui se 
rang&rent sous la juridiction de saint Cassien et ces cinq mille 
religieux ne se trouvaient pas tous dans un seal monast6re, 

(I) « Ccenobium Massiliense, priscorum tern pori bus sic viguit... ut 
quinque millium monachorum Humerus ibi reperiretur, in SanctiCas- 
siani tempore. » Cartulaire de Saint-Victor, charte 532. 

a Gassianus... Massiliam... instituit monasterium in quo usque ad 
quinque miilia monachorum extitit Pater. » taartyrolope de Toulon, de 



- 151 - 

uneseule maison. Ces mots signiflaient done ordre, commu- 
naut6. Les lexiques, d'ailleurs, donnent au mot coBnobium la 
signification multiple de communaut6, abbaye, couvent, 
monastfere. Done, le « in ccBnobio » de la charte 40 ne veut pas 
dire la maison matgrielie, ellesigoifie la communaute, l'ordre, 
l'institut des Gassianites. 

D*autre part, il est assez rare, croyon3-nous, de trouver 
1' expression « coenobium fundare » avec la signification de 
b&tir un monastfere. Gyprien, le disciple de saint Ctesaire 
d' Aries, voulant exprimer cette id6e, a employ^ les mots de 
a monasterium construere, coenobium extruere (1)». Le 
concile d'Agde a dit : « collocare monasterium (2) » ; la 
charte 14 : a monasterium a Cassiano constructum (3) ». 
Done, l'expression « in coenobio quod f undavit » de la charte 
40 ne peut se traduire par maison que Mtit le bienheureux 
Cassien . Quelle est la vraie signification ? 

Dans la charte de. 1069, Pons II, 6v£que de Marseille, et 

Geoffrey, son frfere, parlant du monastfere que Guillaume leur 

pfcre voulait reMtir, disent qu'il avait 6t6 « a beatissimo 

Cassiano fundatum (4) ». Pons II et Gooffroy ne veulent pas 

b affirmer que Cassien avait fait biUir ce monastfere. Done, il 

faut traduire a in ccenobio quod f undavit Cassianus » par le 

• 

1140, cite par le chanoine Alban6s dans Le Couvent royal de Saint- 
Maximin en Provence, p. 3, note 2. 

« Cassiartus. . . duo monasteria condidit id est virorum ac mulierum.» 
Gennade, De illustribus ecclesice scriptoribus . Patrol, lat., edit. Migne, 
t. LVII1. 

« Cassianus hoc praesens monasterium... et aliud olim sibi vicinum 
mire condidit. i Charte de 1440, cit6e par Kothen, Notice sur les 
f'njptes de Saint- Victor, p. 97. 

(1) Vita Ccesarii episcopi Arelatensis a Cypriano ejus di.*cipulo y 
dans Chronologia sanctorum insula? Lerinensis par Vine. Bar rails, 
1. 1, pp. 235, 236: c Monasterium quod sorori ejus et coeteris virginibus 
construebatur.... feminarum extruxit coenobium. » 

(2) a Monasterium novum... nullus incipere aut fundare prsesumat » 
[Can, 48.) « Monasleria puellarum longe a monasteriis monachorum col- 
locentur. » (Can. 49. Concil. Aaathensis.) (Sunnna omnium concilio- 
rum, par Carranzam, p. 254.) 

(3) Cartulairede Saint-Victor, charte 14. 

(1) Charte de Pons II, en 1069 (Andrei, thstoive de Vabhaye des reli- 
fjieutes de Saint-Sauvcur, p. 207.) Cartulaire de Saint-Victor, n° 1079. 



— 152 — 

sens de communaute, d'ordre que Cassien avait fitabli, on les 
religieuses Gtablies par Cassien. 

La premifere objection de Ruffi, sans contredit la plus 
forte, est ainsi r&olue. AllGguer ce texte de la charte 40, pour 
prouver que le monast6re oil sainte Eusebie a vecu n'6tait pas 
sup les bords de l'Huveaune, mais prfes de Saint-Victor, non 
loin du port, k Sainte-Gatherine par exemple, c'est s'appuyer 
sur un argument sans valeur. MM. Daspres, Lautard, 
Andr6,elc.,ayantemploy£lem6me argument, sontconvaincu?, 
k leur tour, de s'Gtre servis d'une arme sans portee. 



CHAPITRE JJI 



Inscription d'Eug&ria 



OBJECTION DE BUFFI. — L'lNSCRIPTIOX D'EUGENIA N'APPARTIENT PAS 
AUX IV\ V*, VI*, VII*, VIII* SIECLES. — AGES E>IGRAPHIQUB8, KT 
LEURS TRAITS CARACTBRISTIQUBS. — BLLE EST DU IX* SIBCLE. — 
SI BLLE APPARTENAIT AUX IV*, V, VI*, VII*, VIII* SIECLES, ELLE 
8BRA1T L'lNSCRIPTION D*UNE RELIGIEUSE MORTB A L'HUVEAUNE ET 
INHUME^ A PARADIS. 



Nous passons k la seconde objection qui nous est faile par 
Kuffi, Andrt, Lautard, etc. Voici les paroles de Ruffi (1) : 

« II est certain qu'il Stait au m6me lieu oil nous avons vu la 
chapelle de Sainte-Catherine, qui n'gtait gufere eloign^e du 
monaslfcre de Saint-Victor, qui fut demolie en 1685 pour y 
b&tir le canal et quelques Edifices k l'usage des galores. Car ce 
qui forlifle ce que je viens de dire c'est que depuis environ 
quelques annges que Ton creusait les fondements de la 
maison que Ton avait construite pour y fabriquer la pou- 
dre, et qui f ut abaltue aussien 1685, on ddcouvrit quantity 
de torn beaux de pierre de taille, fails en forme de caisse, 
avec leurs couvertures, qui gtaient rem p Us d'ossements, par mi 
lesquels on en trouva un, fort avant dans la terre, oil il y 
avait au dessus une petite pierre de marbre qui contenait cette 
6pitaphe : 

HIC REQUIESCET BONE 

MEMORISE EUGENIA ANCILLA DEI 

GUI VEXIT ANNUS ZZXXVI RECESSIT 

VI NONAS MARSIAS 



& Tons ces tombeaux marquaient que ce lieu 6tait ancien- 
nement un cimettere, et que c'Staieut des religieuses qu'on y 

('J Rufli, Hiatotre de A/am'i7ft% t. II, p. 55 » 



— 154 -' 

avait ensevelies. Elles ne peuvent 6tre que celles dont nous 
parlons, puisque nous ne trouvons point qu'il y ait ill Mar- 
seille des religieuses si ariciennes que celles-ci. » 

Selon Ruffi doftc, l'abbaye cassianite de femmes 6tait pro- 
che Templacement de la chapelle Sainte-Catherine , jparce 
qu'on a dScouvert k cet endroit des tombeaux de religieuses, 
entre autres celui d'Eugenia. 

Cette objection paralt bien forte, cependant elle ne r&isle 
pas k un examen approfondi. 

D'abord, prenons le teite de Rufli par le detail et voyons 
ce qu'il p6se : « Eln 1675, on dGcouvrit quantity de tombeaux 
de pierre de taille, faits en forme de caisse, avec leurs con- 
vertures, qui Staient remplis d'ossements. » Or, parmi ces 
tombeaux « on en trouva un fort avant dans la terre >, celui 
d'Eugenia. D'apr&s le contexte done, ces tombeaux n'ont pas 
6te d6couverts tous k la mdme profondeur. Les premiers dont 
parte Ruffi, on les a trouvgs au niveau des fondations qne 
Ton creusait, et celui d'Eugenia, « fort avant dans la terre ». 
Or, nous savons par les rapports des inggnieurs qui ont dirigg 
les travaux au bassin du cargnage, que le sol,* sur ce point 
de Marseille, a 6t6exhauss6 k diverses reprises (1). Letom- 
beau d'Eugenia peut done appartenir aux cinq ou six pre- 
miers sifecles de notre fere ; quant aux autres, ils sont d'une 
Gpoque postSrieure, du IX* , du X* sifcele peut-fitre. Partant 
ils ne sont d'aucune utility k M. Ruffi pour la demonstration 
de sa th£se : que l'abbaye cassianite s'elevait prfcs de la cha- 
pelle de Sainte-Catherine. Nous admettons, on le sait, que 
des la fin du VIII* stecle, jusqu'en 923, l'abbaye a pu se trou- 
ver en cet endroit. 

a Tous ces tombeaux marquaient quece lieu etait ancienne- 
•ment un ciraetifere. » G'est vrai, jusqu'au X* sifecle au moins 
on a enterr6 k cet endroit. La charte de 904 parte d'une lerre 
comtale qne Terapereur Louis l'Aveugle donnait k Saint-Vic- 
tor, et qui allait de la nier « usque ad carnarium (2) ». Cet 
endroit iaisait done partie du cimetierede Paradis. 

(\) Echo de Notre-Dame de la Garde (Monographie sur l'abbaye de 
Saint- Victor-les-Marseille par M. Grioda), n° 324. 
(2) Cartulaire de Saint-Victor, 1. 1, charte 10. 



— 155 — 

Roffi ajouie : « Tons ces tombeaux marquaient quec % 6taient 
des religieuses qu'on y avait ensevelies . . . » Et la preuve? 
Roffi semble n'en apporter qu'uue seule : 1'gpitapbe qui se 
trouvait sur la lombe d'Eugenia!! Or, cette preuve ne vaut 
rien ! Qu'Eugenia ail ele une religieuse, sou inscription le fait 
cxoire. Mais que les ossements des autres tombeaux appartien- 
nenl k des religieuses, Huffi aurait £16 fort embarrass^ pour 
le d&nontrer. De plus, il a et£ prouv£ que dans le cimetiere de 
Paradis il n*y avait pas d'emplacement sp&ialement rGserv6 
aux religieuses, au moins jusqu'au XI* si&cle, date des chartes 
deFulco etd'Odile(l). Done il nest pas probable que ce soient 
des religieuses que Ton ait ensevelies dans ces tombeaux. Done 
raffirmation de Ruffi n'a aucune valeur. 

Et si Ton voulait quand m6me voir dans ces tombeaux des 
sepultures de religieuses, commecestombes sont posterieures 
k celle d' Eugenia et q if e lies appartiennent aux IX*, X* sifecles 
peut-etre, Rufti ne peut encore en tirer aucun avantage pour sa 
these. Aux L\* et X* stecles, l'abbaye cassiauite 6tait probable- 
ment a cetendroit. Les details du texte de Huffi, on le voit, 
nont aucune valeur con Ire nous. 

Reste Tinscription d'Euggnia. Est-ce I'Spitaphe d'une reli- 
gieuse? A quelle 6poque appartient-elle? Ce document prouve- 
t-il que Fabbaye cassianite etait au mgme lieu oil nous avons 
vu lachapelle Sainte-Catberine ? 

Eugenia est appetee « ancilla Dei ». Or, ce terme signifie-t-il 
religieuse? « (Vest a tort, selon moi, a dit M. Edmond Leblant, 
que Ton voit dans les mots « ancilla Dei » la designation sp£- 
ciale des religieuses. Le litre de serviteur de Dieu etait deve- 
nu celui de la generality des Chretiens. Si Ton peut citer sur 
ce point quelques exceptions de detail, le fait n'en reste pas 

moins hors de doule La seconde partie du traite Be eultu 

ferninctrum, oh. Tertulien reprend le luxe inconvenant des 
femmes chr£tiennes, debute par les expressions : « Ancillse Dei 
vivi, conserve etsorores me» v, qui ne s'adressaient pas ap- 
paremment aux religieuses. La m£me mention se lit, d'ailleurs, 
sur les tombes de femmes mariees (2). » 

(1) Cartulaire de Saint- Victor, ehapitre de l'iatroduction. 

(2) Ed. Leblant, Inscriptions chretiennes tie la Gaule anterieures au 



— 156 — 

Nous croyons juste I'assertion de M. Leblant. Daus son ou— 
vrage : Inscriptions ckrMiennes de la Gaule, nous en trou- 
vons notamment une du VI* sifecle : « Ancella ad Dcminum 
festinat. » Dans le tome I des Inscriptiones Christianas urbis 
Roma? par M. de Rossi, nous avons trouve trois marbres portant 
ce terme a ancilla Dei », dans aucun il n'apparalt qu'il s'agisse 
de religieuses (1). L'abbg Martigny en donne un autre, celuide 
Praetiosa, enfant de douze ans, qui est appelfe vierge, et de plus 
a ancilla Domini etChristi (2) ». II ne s'agit pas, ici encore, de 
religieuse. Les auteurs ecclfaiastiques nous fournissent aussi 
des textes & l'appui de Topinion de M. Leblant. Gennadius, prg- 
tre k Marseille, rapporte qu'Eutropius a scripsit ad duas sorores 
suas, ancillas Christi, quseob devotionem pudicitise etamorem 
religionis exheredatae sunt a parentibus (3) ». Ici non plus il ne 
s'agit pas de religieuses dans la force du terme. On pourrait en 
direautantdu texte de saint Augustin : « intactisque ancillis 
Christi (4) d, de celui de Grggoire de Tours : « Propria Dei an- 
cilla ipsi sedulodeservire(5)». A notre humble avis, dansces 

VII J* siecle 1 1. 1, p. 123, note. — M. de Rossi, lnscript. christ. urbis 
Romee, 1. 1, n° 739, p. 322, donne un marbrc dat£ de 447ou 460, et portant 
le nom de Gaudiosa, qualiflee de « clarissima femina ancilla Dei >. — ► 
Leblant, op, cit., t. I, n° 708. 

(1) N»6Jt de l'ann6e 440: « Hie Honorantise ancillae Dei », p. 286; — 
« Hie quiescit Gaudiosa clarissima femina ancilla Dei, quae. .. », de Tan- 
n6e 447-460. n° 739, p. 322 ; — «... ancilla Dei quae vixit. . . », de l'annee 
381-434, n°91l, p. 406. — Leblant, Inscriptions chritiennes, t. II, p. 708. 

(2) Martigny, Dictionnaire d'antiquitos chretiennes, p. 663 ; « Prsetio- 
sa, puella annorum virgo XII tantum, ancilla Dei et Christi. » 

(3) Gennade, Eutropii, Pa trologie latin e f edit. Migne, t. 58, col. 1887. 

(4) Ces mots sonten opposition avec viduis, midieribus nUptiset rir- 
ginibus nupturis. « Quae faciunt pudoris im mem ores etiam feuiinisfemi- 
nae jucundo turpiter et ludendo, non solum a viduis et intactis aucillis 
Christi in sancto proposito constitutis, sed omnino nee a mulieribus 
nuptis et virginibus sunt facienda nupturis ». II s'agirait, selon nous, de 
person nes qui vivant dans le montle, avaient fait voeu de virginity, et 
non pas de religieuses proprement dites. D'autant plus que saint Au- 
gustin, dans la m6me lettre, appelle les religieuses : « famula? Dei ^.(Ope- 
ra sancti Augustini, t. II, col. 964. Patrologie latine, 6dit. Migne.) 

(5) II s'agit de sainte Clotilde qui, a la mort de ses petits enfants, s'oc- 
cupa exclusivement de faire du bien aux eglises et aux monasteres (Gre- 
de Tours, Wrtoire des Francs, livre III, chap. 18<) 



— 157 — 

testes, cette expression gquivaut a « famulaDei »,en frangais: 
humble servante de Dieu, pieux serviteur de Dien,selonle 
sens que nous donnons aux paroles de la Vierge Marie : « Ecce 
ancilla Domini ». Aprfes avoir trouve ce terme sur les lfevres de 
la M&re de Dieu, il est tout naturel que les Chretiens en or- 
nassent les tombes de celles qui avaient v£cu dans la pratique 
des vertus chr6tiennes. 

Mais.il est incontestable aussi que ce terme ^quivaut sou- 
vent k celui de religieuse. 

Possidius, 6crivant la Vie de saint Augustin, dit, de la soeur 
du grand et saint 6v6que, qu'elle 6tait : « prseposita ancilla- 
rum Dei (1) ». Saint GrSgoire le Grand composa Toraison : 
« super ancillas velandas » ; ce pape, appelle les religieuses 
par ce nom, soit dans ses lettres, soit dans ses autres outra- 
ges (2) . L'auteur de la Vie de saint C6saire dit des religieuses 
d'Arles : a Turbatae sunt ancillae Dei (3) ». Saint Eucher com- 
mence un trait6 par : « Venerabiles filise, servi et ancillae 
Dei, clerici, monachi et virgines (4) r> . « Ancilla Dei signifle 
done religieuse. Mais on peut faire une remarque, e'est que le 
contexte indique loujours qu'il s'agit bien de personnes consa- 
crtes & Dieu, lorsque le terme « ancilla » a cette signification. 

Or, dans 1'iuscription d'Eugenia, que veut dire le terme 
€ ancilla Dei » ? S'agit-il simplement d'une bonne chr6tienne, 
fiddle a la vertu, 011 d'une religieuse, d'une personne consa- 
cree A Dieu ? Rien dans le contexte ne Tindique. On pourrait 
done & larigueur soutenir qu'Eugenia 6tait une pieuse chre- 
tienne de Marseille. L'argument deRuffi, du coup, perd toute 
sa valeur. 

A quelle 6poque apparlient cette inscription ? Eile est de la 
fin du VP Steele ou du d6but du VII" sifccle. Nous TStablirons 

(1) Possidius, Vita sancti August ini, ch. 26. {Opera sancti Angus- 
tint, t. II, col. 55. Patrologie latlne , Edition Migne.) 

(2) Gregoire le Grand, dans sa lettre a Respecta de Marseille, appelle 
les religieuses : « ancillae Dei ». — Dans une lettre de ce pape, Patrologie 
la tine, Edition Migne, t. 77, col. 881, on lit : « De medietate vero ancillis 
Domini Dei, quas vos grseea lingua dicitis monastrias, lectisternia emere 
disposui, quia multa? sint... » 

(3) Barralis, Chronologia sanctorum insulce Lerinensis, t. I, p. 255i 
(\) Eucher (Patrologie latine, edition Migne, t. 50, col. 1210.) 

II 



— 158 — 

avec quelques details dans un chapitre subsequent (1). Une 
consequence k en dgduire. Comme k ce moment le mot « ancilla 
Dei » est assez fr6quemment employ 6 pour designer une reli- 
gieuse, on peut dire avec quelque certitude qu 'Eugenia en 
6lait une. Nous le croyons, en effet. 

Or, de ce qu'Eugenia vivait au VI* oti VII* sifecle, qu'elle a 
6t6 inhum6e aux environs de la cbapelle Sainte-Catherine* 
est-ce une preuve que 1 abbaye cassianite se trouvait k cet 
endroit aux VI*, VII* sifecles et m&ne depuis sa fondatioa ? 
Point du tout. 

En effet, ne pouvons-nous pas supposes et cela raisonna- 
blement, avec un fond de vraisemblance bien 6tablie, que, 
tout en demeurant aux bords de l'Huveaune, comme nous le 
sup'posons, les religieuses cassianites aient tenu k se faire 
ensevelir auprfes de Saint-Victor ? Oui, la supposition est 
permise et tr6s legitime. Rappelons-nous que les champs au~ 
prfcs de Saint- Victor qui avaient 6t6 la ngcropole des Chretiens 
aux premiers si&cles (2) ; qui servaient probablement encore 
de cimetifere au X* Steele (3) ; rappelons-nous, dis-je, que ces 
champs sont appe!6s Par ad is parce que les corps de beaucoup 
de martyrs, de confesseurs et de vierges y reposent (4) ; rap- 
pelons-nous que Ton montre, vers Tan 1000, au jeune Ysarne 
qui visite Saint- Victor, les tombes des saints martyrs, qu'aen- 
tourent au loin, dans les champs environnants, les innombra- 
bles confesseurs qui jadis f urent religieux dans ce monas- 
t&re ». Rappelons-nous, enfin, qu'& ces Ages de foi, le d6sir 
du Chretien, sa consolation derntere, le plus grand honneur 
que Ton pouvait accorder k sa d£pouille 6tait de reposer au— 
pres du tombeau de quelque martyr, de quelque saint confes- 
seur (5). 



(1) Gf. chap. VI: Inscription de Sainte Euse'bie . 

(2) Grosson, Recueil des antiquites el des monuments marseiUais, 
p. 98. 

(3) Gharte 10 du cartulaire de Saint-Victor. 

(4) « Vocatus est Paradisus quia multorum corporum, videlicet sanc- 
torum martyrum et virginum, eodem loco quiescentium. » Gharte 32, 
cartulaire de Saint- Victor. 

(5) Des les temps antiques, les fideles pensaient que les restes des 



— 159 — 

Or, tandis que les moines de Saint- Victor ambitionnent 
d avoir un coin de ce champ de repos pour y dormir aprfes 
leur mort aupr&s des corps des saints martyrs qu'ils honoraient 
a l'abbaye, de ces saints con f esse urs qui avaient £t6 leurs 
fibres en religion, vous pouvez supposer que les religieuses 
cassianitea dus V\ VI% VII* sifecles n'ont pas d6sir6, n'ont pas 
r6clam6, une place auprfcs de ces martyrs de la foi, ou de cette 
foule de vierges chr6tiennes des premiers Ages, et de cette 
foulesurtout de vierges, jadis leurs compagnes dans l'abbaye? 

La supposition est k ce point legitime, qu'elle est la v6rit6. 
Que vous dit la tradition? Qu'Eus6bie et ses compagnes ont 
et6 martyrises aux bords de THuveaune, qu'on a jetd leurs 
corps sanglants dans un puits, que les colons les en retir&rent 
et vinrent les ensevelir dans les cryptes de Saint -Victor. Or, 
s'il avait 6t£ d'usage d'ensevelir les Cassianites aupr&s de leur 
monastfere, les colons n'auraient pas eu Tidie de les porter 
a Saint-Victor. lis auraient retirg du puits les corps des 
martyres, leur auraient donng dans la chapelle, sur le theatre 
m&me de leur glorieuse mort, une sepulture honorable. -C'e&t 
et6 plutot fait et avec moins de risques et de perils. Mais non, 
leur premiere id6e est de porter ces restes vta6rables dans les 
cryptes de Saint-Victor. D'oii vient ? Est-ce pour les mettre 
plus en surety? Erreur, ils l'eussent ete davantage, enterr6s 
auprfes de l'oratoire incendte, ou <ja et la dans les champs de 
Paradis, que tous r6unis dans les cryptes. Si on inhume dans 
les cryptes les vierges cassianites, c'est que leur mort est 
l'objet de l'admiration de tous, c'est qu'on les regarde, sinon 
comme des martyres, du moins comme des modules achev6s 
d'WrolEsme et de vertu. Mais, si on a pensg tout d'abord a les 
porter k Saint- Victor, c'est qu'on avait l'habitude d'ensevelir 
a Paradis les religieuses de l'Huveaune quimouraient. 

saints les protegeraient, dans la tombe, contre les redoutables atteintes 
da demon, les recommandetaient a la misericorde divine. (Edmond Le - 
blant, op. cit.y p. 146.) 

Saint Ambroise dit : « Commendabiliorem Deo futurum esse me cre- 
dam, quod supra sancti corporis ossa quiescam. » (Opera, t. II, col. 
1118.) 

C'est ce que signitient ces locutions que Ton trouve si souvent dans les 
anciens ecrits : c sociari martyribus, ad sanctos martyres », etc. 



- 160 - 

Ouoi done aurait pu empfichercet usage d'exister? La distance 
des bords de l'Huveaune aux champs de Paradis ? A notre 
gpoque, telle paroisse que nous connaissons porte ses morts 
k une grande heure de distance. Le nombre peut-6tre trop 
grand de d£ces des religieuses, ce qui aurait pu occasionner 
des sorties trop frtquemment r6p6t6esdu monastfere ? Outre 
que la cloture n'gtait pas une rfegle aussi sGvfere k cette gpoque 
qu'i la n6tre, l'abbaye de l'Huveaune ne devait pas compter 
un nombre si grand de religieuses, qu'il ditt y avoir un deces 
tous les jours, toutes les semaines, tous les mois. Si sainte 
EusSbie dirigeait quarante religieuses, il n'y a pas d'appa- 
rence que l'abbaye ait compt6 jamais, sauf peut 6treen838, 
un nombre bien considerable de religieuses. Done on peut 
soutenir avec beaucoup de vraisemblance et de raison qu'aux 
V*, VI* et VII* sifecles, les religieuses cassianites se faisaient 
inhumer dans les champs de Paradis. L'endroit ou reposaient 
leurs d^pouilles mortelles Stait peut-dtre aux environs de la 
chapelle de Sainte-Catherine. Les sarcophages d£couverts en 
1685, a cet endroit, gtaient les tombes de ces saintes fillesde 
Cassien, et Tinscription l^pitaphe de Tuned'entre elles. Ainsi 
Tobjection de Ruffl devient sans force et sans valeur. 

Mais nous dirons aussi qu'& notra avis cette inscription 
appartient au VI 11% ou IX* Steele ; que partant Eugenia 6tait 
une religieuse inhumge k cette gpoque aux environs de la 
chapelle de Sainte-Catherine. De ce chef encore, 1'objection de 
Ruffi essuie une nouvelle refutation. En effet, en 818 ou k 
peu prfes, l'abbaye cassianite existe, puisque Vadalde, SvGque 
de Marseille, fait op£rer le d&iombrement desserts, des colons 
appartenanti l'abbaye, dans le quartier du Colombier (1). 
En 838, l'abbaye existait encore, puisque les pirates normands 
enlfevent un certain nombre des religieuses qui Thabitaient (2). 
En 867, l'abbaye Stait debout encore, puisque, s'il faut en 
croire Ruffi, les Normands la saccagferent (3). En 923, elle 

(1) « Descriptio mancipiorum de agro ColumbaHo, factum tempore 
Guadaldi, indie tione XI. » De Belsunce, AntiquiU deVEglise de Mar- 
seille, 1. 1, p. 302). 

(2) Annates de Saint-Bertin en l'annee 838. 
(3; Ruffl, Histoire de Marseille, t. II, p. 56. 



— 161 — 

existait puisque elte fut d&ruite par les Sarrasins en mftme 
temps que la cath&irale et le monastfere de Saint-Victor (1). 
Or, nous savons aussi qu'& ces difftrentes gpoques l'abbaye 
cassianite s'61evait non loin de Saint- Victor, et nous ne nous 
refusons pas k i'admettre, k peu prfes k l'emplacement de 
la chapelle de Sainte-Catherine. Par consequent, ces tombes 
d6couvertes en 1685, cette inscription d'Eug6nia peuvent 
avoir 6t6 les tombes et 1'inscription des religieuses qui 
habitferent cet endroit k la fin du VIII* sifecle, durant le IX* et 
au d£but du X . Mais, de Ik k dire, comme Ruffi, que c'est une 
preuve que tou jours le monastfere cassianite s'est 61ev6 en cet 
endroit, c'est vouloir forcer rargument. 

Nous rgsumons nos conclusions : 

Si ces tombeaux dgcouverts en 1685 appartiennent k des 
religieuses, ils sont postgrieurs k celui d'EugSnia, ils datent 
probablement du VIII" ou du IX* sifecle. Or, k cette 6poque, 
l'abbaye cassianite peut felre placSe k la chapelle Sainte- 
Calherine. Si Eugenia est une simple chr6tienne, l'objection 
de Ruffl n'a aucune valeur. Si rinscription d'Eug&ria est 
celle d'une religieuse, ou bien cette inscription remonte au 
VIII Steele et il s'agit alors d'une religieuse du monastfere 
cassianite qui s*61evait en cet endroit de 814 k 923 ; ou bien 
elle appartient aux VI* et VII* sifecles, elle est alors l'fepitaphe 
d'une religieuse de l'abbaye de l'Huveaune inhumge k cette 
Gpoque dans les champs de Paradis. 



(1) Voir chapitre : Divers emplacements qua occupis le monastere 
cassianite. 



CHAPITRE IV 



Tezte des chartes de 1431 et 1446 



LB TEXTS DE CES CHARTBS,— PHRASE MAL CONSTRUITE.— PLUSIEURS 
SENS.— LORSQUE 8AINT-VICTOR PUT D^TRUIT PAR LES VANDALES, IL 
Y AVA1T TOUT PBOCHE UN AUTRE MONA8TBRB,— LES VANDALB8 N*ONT 
PAS DBTBUIT SAINT-VICTOR. — LORSQUE LB MONASTERS CA881ANITE 
PUT DKTRUIT PAR LBS VANDALE8, IL BTAIT PROCHB DB SAINT-VICTOR. 
— LES VANDALES N'ONT PAS DBTRUIT CB CCENOBIUM DES VIBRGR8. 
IL 8'AGIT DES SABRA8INS. — LORSQUE LBS SARRASIN6 ONT DBTRUIT 
SAINT- VICTOR, IL T AVAIT TOUT PROCHB UN AUTRE MONASTERS DB FIL- 
LB8.— LBS 8ARRASIN6 D^TRUISBNT SAINT-VICTOR, BN 923.— LOR&QUB 
LBS 8ARRA8INS DETRUISENT LB CCENOBIUM DBS VIE ROES, IL BTAIT 
TOUT PROCHB DB SAINT-VICTOR.— CB N'BST PAS DB LA RUINB DB CB 
CCENOBIUM BN 738 OU 838 QUE L'ON VBUT PARLER, MAIS DB CBLLB DE 
923. — SURBMBNT IL S'AGIT DB LA RUINB DB SAINT-VICTOR BN 923, 
OU DB LA RUINB DBS DBUX MONASTBRBS EN 923. 



Nous passons k une objection autrement s6rieuse. C'est 
toujours Ruffl qui la pr&ente : « A tous ces raisonnements 
j'ajouterai l'autorite de deux chartes de 1431 et 1446 qui font 
foi que lorsque le monastfere de Saint- Victor fut d6truit par lea 
Vandales, il y avait tout proche un autre monastfcre qui ne 
peut 6tre que celui-ci, de sorte que Ton ne peut plus douler 
que ce monastfcre fut situ6 en cet endroit et non pas an quar- 
ter de Saint-Lou p, ni k celui de Saint-Marcel, encore moins k 
rembouchure de THuveaune, ni sur les bords de la raer comme 
quelques-uns s'imaginent (1). » 

Si deux chartes attestent q\ik l'Spoque des. Vandales, c'est- 
&-dire de 405 k 535, il y avait un monastfcre auprfcs de Saint- 
Victor, comme ii n'y a jamais eu k cette 6poque d'autre 
monastere de religieuses k Marseille que celui dont nous par- 
Ions (2), il est certain que Tabbaye des Cassianites n'a jamais 

(1) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 56. 

(2) Rufli ledit en plusieurs endroits: « Cassien fonda un monast&re 



— 163 — 

4ie aux bords de l'Huveaune. Gette 6poque des Van dales est 
trop rapprochte de celle de la fondat ion de Tabbaye par Cas- 
sien pour qu'il y ait eu au d6but un monastfere k l'Huveaune, 
et qu'k l'epoque des Vandales ce monast&re se trou vAt aupr&s 
de Saint- Victor, ou qu'aprfes la destruction de ce montfst&re 
auprfcs de Saint-Victor, par les Vandales. il y ait eu un 
monast&re de Cassianites k l'Huveaune. L'objection de Ruffi 
serai t done pGremptoire et notre thfcse battue en brfeche. 

Mais l'Stude que nous allons faire du texte de ces deux chart es 
va nous montrer clairement qu'eiles ne contrarient en »ien 
notre opinion. Gitons d'abord le texte de ces deux chartes. 

La premiere est de l'ann6e 1431. C'est l'abb6 de Saint- Vic tor 
qui donne k une personne de pi6t6 une modeste 6glise appetee 
Sain te -Marie de la Petite-Baume, aux environs de Saint- 
Zacharie. Apres avoir raconW les gloires de cettegrotte c61febre, 
dans laquelle sainte Marie-Madeleine avait pass6 Irente ans, 
dans laquelle, ou aupr6s.de laquelle grotte Cassien avait lui- 
mSine pass6 plusieurs annees de sa vie dans la pratique des 
vertus 6r6mitiques, l'abb6 ajoute qu'enfln : « hoc praesens 
sacrum monasterium (Saint- Victor) et aliud olim sibi vici- 
num, in diebus illis per profanos Vandalos fuuditus demo- 
litum mire condidit (1) » . 

Dans la charle de 1446, l'abb6de Saint- Victor, Pierre Dulac, 
veut accord er aux confreres de {'Association de Notre- Dame 
de Confession l'autorisation d'etre inhumes dans le cimetifere 
du monast&re. Or, apr&s avoir dit que dans ce monastere il y 
a les reliques de saint Victor, saint Adrien, saint Maurice, 
sainte EusSbie et ses quarante compagnes, il parle de saint 
Cassien, ajoutant : « qui hoc praesens monasterium et aliud 
olim sibi vicinum in diebus illis per profanos Vandalos f un- 
ditus demolitum mire condidit (2) ». Tel est le texte que Ton 
objecte contre nous. Examinons-en le sens precis. 

de religieuses a Marseille... Nous n'eu avons aucun qui ne soit moderne 
eo comparaison de celui dont nous parlous. » pp. cit. t pp. 54, 55. 

(1) Guesnay, Cassianus illustratus, p. 642. — Archives departemen- 
tales, Recueil de chartes, par Dom Lefournier, t. IJI. 

&) Kolhen, Les Cryptes, appendice, p. 97 ; cette cliarte de 1440 est 
eitee en entier. 



— 164 — 

t 

Avez*-vous remarque cette sorte d'Squivoque produite par la 
mauvaise construction de la phrase? 11 est dit que Cassien a 
fond£ deux mo n as teres : « hoc praesens monasterium et aliud 
olim sibi vicinum per profanos Vandalos f unditus demolitum 
mire condidit. » A quoi se rapporte ce « per profanos f unditus 
demolitum » ? Est-ce k a hoc praesens monasterium » ? est-ce 
k « olim sibi vicinum *> ? Est-ce, en un mot, le monastfcre de 
Saint- Victor, ouceluiqui en 6tait voisin, qui a 6t6 detruit par 
les Vandales? C'est douteux. Ruffl le fait se rapporter k « hoc 
praesens monasterium », puisqu'il 6crit : « Lorsque hi monas- 
tic de Saint-Victor fut d6truit par les Vandales, il y avait 
tout proche un autre monastfere (1). » Serai t-ce k a aliud sibi 
vicinum »? Le sens alors serait tout different. Saint Cassien, 
dirait la charte, a fondg deux monast&res : celui de Saint- 
Victor, et un autre qui en 6tait jadis voisin et qui fut dgtruit 
par les Vandales. 

Lequel des deux sens est le bon ? 

Dans l'incertitude, passons en revue les deux hypotheses ; 
vovonssi les Vandales ont d6truit Tun ou Tautre de ces deux 
monas teres, et partant si ces deux chartes concluent contre 
nous. 

D'abord, 6tudions les termes des chartes precitees d'apres 
la signification que leur donne Ruffl : a Lorsque le monast&re 
de Saint- Victor fut d6truit par les Vandales, il y avait tout 
proche un autre monastfere. » Les Vandales ont-ils d6truit 
Fabbaye de Saint- Victor, k Marseille? Sftrement, ils ne l'ont 
pas fait avant 450. 

Nons en avons la preuve dans le silence que garde Salvien, 
n6 k Cologne ou k Trfeves, et ordonnS prGtrc k Marseille, sur 
un semblable fait, dans son livre Be Gubernatione Bet. Cet 
auteur, qui v6cut de 390 k 495, a 6t6 ttimoin des ravages que 
les barbares ont sem6s sous leurs pas. II a gcrit son livre en 
445 ou 450 (2). Or, k aucun endroit de ce livre, il n'insinue 

(1) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 58. 

(2) Salvien, dans Dictionnaire de theologie, par Lenoir, t. XI, p. 313 
— Bibliographic generate de Michaud. — Cet 6crivain aurait vecu de 
390 a 484. Cependant Gennade, qui vivait en 495, annee oil il termine son 
catalogue des eorivains eorlesiastiques et le dedie au pape Gelase, dit de 



— 165 — 

queces barbares poient venus k Marseille, et qti'ils se soient 
attagu6s k 1'abbaye de Saint Victor. On ne s'expliquerait pas 
son silence sur ce point, si ce fait rgellement 6tait arrivg. 

Ce nest pas non plus de 450 k environ 490. Nous avons un 
argument que nous croyons sans rgplique. Gennade, prdtre 
et Gcrivain de Marseille, qui vivait sous le pape GSlase (492- 
496) et sous Anasta3e, empereur d'Orient (491-518), a £crit 
un livre intitule De scripioribus ecclesiasticis, compost 
de cent articles ou biographies sommaires de personna- 
ges qui ont v6cu de 330 k 490. Or, dans ce recueil, a l'article 
de Cassien, fondateur de Tabbaye de Saint- Victor, il dit : 
«Condidit duo monasteria id est virorum ac mulierum, qure 
usque hodie exstant(l). » A l'epoque done oil Gennade 6crivait 
cette biographie de Cassien, les deux monasteres qu'il avait 
fundus existaient encore. 

Or , cette biographie de Cassien a 6t6 gcrite avant 495, 
puisque en cette annge mfime Gennade termine son manus- 
crit et Tenvoie au pape G61ase. Mais sCirement il ne Ta pas 
envoy6 au souverain pontife sans le revoir et le retoucher. Si 
done, depuis le jour oil il avait r6dig6 Tar tide de Cassien, 
dans lequel il est dit que a les deux monast&res existent enco- 
re », cesdeux monastgres eussent 6t6d6truits, Gennade aurait 
rectify sa phrase. II ne l'a pas fait, done jusqu'en 495 ces 
deux monast&res n'avaient eu k subir aucune attaque de la 
part des barbares, ou, dans tous les cas, ils n'avaient pas 6t6 
renverses. 

Ce ne fut pas non plus k une gpoque post6rieure de 495 a 
535, date de Textermination des Vandales, que le monastfcre 
de Saint-Victor a 6t6 renvers6, car, d6s Tan 480, les Visi- 
goths s'tmparent de Marseille. Puis ce sont les rois bourgui - 
gnons qui la gouvernent, ensuite les Ostrogoths de Th6odoric, 



Salvien que « vivit usque hodie in senectute bond ». II vivait done en- 
core en 495. (Gennade, De scriptotnbus ecclesiowticis ; Patrologie latino, 
edition Migne, t. LVIII, col. 979, etc.) 

(1) « Gennade, prdtre de Marseille, a compose plusieurs Merits, entre 
autres celui intitule De scriptoribus* ercleaiastirii*, qui est un recueil de 
cent biographies. It termina ce livre on 495. » (Gennade ; Patrologie lati- 
no, edition Migne, t. LVIII.) 



— 166 — 

enfln les Francs qui se partagent la Provence vers 536. Or, 
ni les uns, ni les autres n'auraient permis aux Vandales de 
saccager Marseille. Cette ville 6tait occupee par de bonnes 
garnisons, relevant des divers rois qui la poss6daient. Par 
consequent, les Vandales n'ont pu d6truire Saint-Victor. C'est, 
d'ailleurs, l'avis de Tauteur des Saints de VEglise de Mar • 
seille (1). 

Done, l'argument de Ruffi : a Lorsque le monastfere de 
Saint- Victor a 616 d6truit par les Vandales, il y avait tout 
proche un autre monastere » ne vaut rien. Les Vandales n'ont 
pas dGtruit Saint-Victor. Done, on ne peut pas en dgduire 
que de 410 k 530 le monastere cassianite des vierges se trou- 
vait tout proche de l'abbaye de Saint- Victor. 

Prenons I'autre hypothfese, faisons se rapporter k « aliud 
sibi olim vicinum » les termes « in diebus illis per profanos 
Vandalos funditus demolitum » ; c/est-4-dire : Lorsque les 
Vandales d&ruisirent le monastere des vierges cassianites, 
celui-ci 6tait tout proche de Saint-.Victor. 

Les Vandales ont-ils dgtruit cette abbaye cassianite ei k 
quelle 6poque ? lis ne Tout jamais renvers6e. Les raisons que 
nous avons donn£es pour prouver qu'ils n'ont pas d6moli 
Saint-Victor, prouvent aussi qu'ils ne se sont pas attaqugs k 
l'abbaye cassianite des filles. Done encore, les termes de ces 
chartes avec cette nouvelle signification ne concluent pas 
contre nous. 

En r6alit£, nous attribuons k ces chartes un sens qu'elles 
n'ont pas ; on les interpr^te mal. On traduit les mots a per 
profanos Vandalos » par Vandales proprement dits, qui ra- 
vag^rent l'Afrique de 429 k 535, alors qu'il faut les traduire 
diffgremment. II ne s'agit pas ici des Vandales. 

La veritable signification de ces termes n'est pas autre que 
celle qui est fournie par l'ensemble des chartes. Quand 
eel les- ci parlenl des Vandales, ce mot est un terme gengrique 
don tellesseser vent. Le souvenir de la terreur que ces bar- 
bares ont Jaiss^e danslemonde a toujours demeurS. Nous- 

(1) « L'abbaye de Saint-Victor, situee hors de la ville, 6tait ex pose e a 
toutes les perip6ties de ces tongues guerres (412-536) ; il ne parait pas 
cependant qua les moines aient dd jamais l'abandonner... » Page 7. 



— 167 - 

m&nes, lorsque nous voulons designer un pillard, un teroce 
destructeur, nousdisons decesc£16ratqu'il est un « vandale ». 
Lorsque, au IX* et au X* stecle, les Sarrasins apparurent, 
semant partout la devastation et la mort, on les appela d'un 
nom qui rappelait d'anciennes desolations: les Vandales(l); 
et comme les Sarrasins venaient d'Af rique, pr6cis6ment par 
le m6me chemin que les Vandales avaient pris pour y aller, 
ce nom leur 6tait justement donn6 par les chroniqueurs du 
temps. Aussi, on rencontre ce mot de Vandales k c6tS des roots 
a gens pagana, gens barbarica, gladium Sarracenorum (2) ». 
Mais, dans ces documents, ces termes dgsignent les Sarrasins. 
Ilenestdemftme deschartes de 1431 et 1446. Lorsqu'elles 
nous disent que le monastfcre fut ddtruit par les Vandales, 
elles veulent designer les Sarrasins. Le sens de ces deux 
chartes serait la phrase de Ruffl ainsi modiftee : « Lorsque 
Saint-Victor fut detrtiit de fond en comble par les Sarrasins, 
il y avait tout proche un autre monastere » ; ou bien cette 
phrase : a Cassien fonda deux monast&res, celui de Saint- 
Victor, et un autre qui en fitait voisin et qui fut detruit par 
les (Vandales) les Sarrasins. » II y a Ik deux sens bien difRS- 
reuts pouvant donner des conclusions bien diffarentes. Mais, 
quel que soit celui que Ton veuille choisir, aucun des deux 
neconclut contre nous. 

Etudions d'abord la phrase telle que la donne RufQ : « Lors- 
que Saint-Victor fut d6truit par les Sarrasins, il y avait tout 

(I) « Tarn alt6 Vandalorum crebrae, lateque diffusae piraticae incur- 
siones cunctorum animis infixae erant, ut quae longe posthac Sarrace- 
norum incursio coofecerat, ad hanc similiter epocham traducta fuerit. » 
(De initiis Ecclesice Forojuliensis dissertatio , par J. Anthelme, 
p. 120.) 

* 11 parait qu'au Moyen age on designalt sous le nom de Vandales tous 
les envahisseurs, quoiqu'ils n'appartinssent pas a ce peuple. Les Sarra- 
sins venaient de l'Afrique, d'ou les Vandales avaient fait jadis des des- 
cends dans le midi des Gaules, ce qui a pu faire confondre les deux 
nations, t (Histoire du monastere de terms, par AUiez, t. I, p. 401.) 
— t On donnait alors le ffom de Vandales aux Sarrasins. » (De Belsunce, 
Aniiquite de I'Eglise de Marseille, t. I, p. 388.) 

(?) Notamment dans les chartes 155, 100, 269, 77, 101, 15, 1, oil II est 
certainement question des Sarrasins. quel que soit le nom dont ils sont 
appeles: Paqani, Mauri, Vandal i. Cartulaire de Saint-Victor. 



— 168 — 

proche un autre monast&re.» A quelle 6poque le monastfere des 
vierges cassianiles etait-il proche de Saint-Victor? Ces barbares 
sont venus k Marseille vers la premifere moitte du VIII' sifecle. 
Ont-ils renvers6 Saint- Victor k ce moment? Non. 

Lacharte 14 de Tan 1040 dit, en effet, que « de vagina 
Vandalorum callidus exactor educitur », et que c'est ce tyran, 
cet exploiteur preposS par les Vandales (les Sarrasins) qui tit 
un desert du monastfere (1). Deux lignes plus bas la charte 
ajoute que le monast&re demeura dans cet 6tat d'abandon 
jusqti'&ce que Tabb6 Wifired a hie has aedes condens dila- 
tavit ». Or, Wilfred 6tait abb<* de Saint- Victor en 1005 (2). Si 
les Sarrasins ontdtHruit Saint-Victor vers 738, cetteabbayea 
£t6 d6serte durant deux cent cinquante ans, de 738 h Tan 1005 
environ. Et cependant il y a des centaines de chartes qui 
supposent que Saint-Viclor existait aux VHP, IX m et X* stecles. 
Et encore, la charte 15 dit que ce monastfere (de Saint- 
Victor) ne fut renvers6 que <c post multa curricula annorum », 
aprfes la mort de Charlemagne (3). Or, ce prince est mort 
en 814. Done, les Sarrasins n'ont pas d6truit Tabbaye de Saint- 
Victor au VII? sifecle, en 737 ou 738 par exemple. 

C'est aussi Popinion de M. de Rev. Dans les Invasions 
des Sarrasins en Provence, il 6crit : « Quelques souffrauces 
q u ait endur6es le monastfere de Saint- Victor, depuis Charles- 
Martel, cependant il existait epcore an commencement du 
X* si6cle, et non seulement ses murs fetaient encore debout, 
mais les religieux l'occupaient toujours. » Dans Les Saints 



(1) « Cumque diutius in tantiamoris matrimonio perdurasset (monas- 
terium) omissa prole tantaa nobilitatis, de vagina Vandalorum callidus 
exactor educitur .. Quod necare antiqui serpeutis framea corrupto velle 
disponit, hoc extincto sobolumque flore omisso, viduitatis lacryma, 
flexibilis et infelix, nimioque senio consumptum permansit. Post nempe 
annorum curricula, temporibus sanctae Romanse sedis antistitis 
Johannis, claruit sacris virtutibus Wifredus abbas, loci huj us rector... 
Hie ergo has aedes condens miris doctrinis dilatavit, velle nee ne posse 
vicecomitum seu egregil praesulis Massiliensis... » Cartulaire de Saint- 
Victor, charte 14. 

(2) Les Saints de I'Eglise de Marseille, vie de saint W if red, 12 dec, 
p. 306. 

(3) Cartulaire de Saint-Victor, charte 15. 



— 169 — 

de I'Eglise de Marseille, le m£me auteur 6crit, & la fete de 
la translation des reliques de saint Victor : o M6me pendant 
le cours de ces guerres sans pitte, qui firent tant de martyrs 
en Provence, les moines de Saint- Victor resident dans leur 
abbaye et veillferent sur les reliques confiees&leursoin(l). » 

Done, si nous acceptons la signification que Ruffi donne a 
cette phrase des chartes de 1431 et 1446, que « lorsque Saint- 
Victor fut d6truit par (les Vandales) les Sarrasins, il y avait 
tout proche un autre monast&re », son argumentation ne vaut 
rien contre nous. Les Sarrasins n'ont pas d6truit Saint-Victor 
au VIII" sifecle; done, b cette £poque, il n'y avait pas de mo- 
nastfere de filles proche celui de Saint- Victor. 

Mais, si les Sarrasins n'ont pas d£truit l'abbaye de Saint- 
Victor au VHP, sifecle, stirement ils Font renverste au X\ Nous 
lisions tantdt la charte 14 de Tan 1040, la charte 15 de Tan 
1005 qui l'affirmaient en termes expres. Et les auteurs pla- 
cent cette destruction de l'abbaye en 923 ou 924. C'est a 
cette Gpoque done qu'il y avait tout proche de Saint-Victor 
un autre monaslfere. Mais, nous 1'avons dit mille et mille 
fois, pour nous l'abbaye des religieuses s'est lrouv6e non 
loin de Saint- Victor des 837 peut-6tre et presque strement 
en 923. ^argumentation de Ruffi ne vaut rien contre nous: 
« Lorsque Saint-Victor fut d&ruit par (les Vandales) les Sar- 
rasins, il y avait tout proche un autre monast6re.» Cette des- 
truction de Saint- Victor a eu lieu en 923 ou 924. A cette 6po- 
que, le monastfcre des lilies 6tait tout proche. G'est ce que 
nous avons dit. U. de Ruffi en est pour ses frais. 

Etudions l'autre signification que nous avons donnge aux 
termes de ces chartes, en faisant se rapporter a a aliud olim 
sibi vicinum » les mots a in diebus ill is per prof anos Vandales 
funditus demolitum » , c'est-&-dire : « Lemonast&re des filles 
cassianites 6tait proche de Saint- Victor, lorsqu'il fut dtHruit 
par les Sarrasins. » II nous parait extraordinaire que Huffi, 
sans cesse a l'afftit de nouvelles preuves pour appuyer son 
systeme (que le coenobium des filles 6tait tout proche de 



(1) M. d« Rey, Invasions des Sarrasins en Provencei p. 124. — Les 
Saint* fie VEflh'te de Marseille^.!- 



— 170 — 

Saint-Victor, au lieu d'avoir 6t6 sur les bords de l'Huveaune) , 
n'ait pas dScouvert la s6rieuse objection que conlient cette 
signification donn6e aux term es des chartcs du XV* sifecle. Car 
les Sarrasins ont s&reinent d6truit ce monastere en 923, 
par consequent k cette date il se trouvait auprfes de Saint- 
Victor. A cela nulle difficult^. Mais stlrement aussi ils 
ont dgtruit le monastftre dans lequel Eus6bie 6tait abbesse 
et oil elle fat martyris6e. Or, ce martyre nous le placons 
dans notre th&se en 738. Done, en 738, l'abbaye cassianite 
des filles 6tait tout proche de Saint-Victor, au lieu d'etre 
aux bords de THuveaune. Notre syst&ne serait k terre, et Ruf- 
fi aurait tine preuve bien vraisemblable &all6guercontre nous. 
Ruffi n'a rien d6couvert cependant. Comme nous ne voulons 
pas diminuer la v6rit6, nous nous devons de presenter cette 
objection et d'essayer de la r&oudre. 

Voici cette lecture : Gassien fonda le present monastfere de 
Saint-Victor et un autre, jadis tout proche, qui fut dgtruit 
complement par les Sarrasins. Nous disons que, m&ne avec 
ce sens et cette signification, ce passage des chartes ne prouve 
rien contre notre th&e. 

Rappelons-nous que le ccenobium des vierges, k trois 
reprises, au moins, a 6t6 saccag6 et ruin6. En 738, d'abord, 
6poque k laquelle nous plagons le martyre de notre sainte Eu- 
sSbie. Quel que soit Tauteur qui parle de cet 6v6nement, il 
atteste que le ccenobium fut iucendte et d6truit. Une seconde 
fois il fut pillg et renvers6, en 838. Le texte des Annales de 
Saint-Bertin, qui raconte cet 6v6nement, dit que les Sarrasins 
se pr^cipitent sur Marseille, la dSvastent, pillent les gglises, 
portent sur leurs vaisseaux les richesses qu'ils ont prises, 
amenent comme esclaves clercs et laiques, et enl&vent toutes 
les religieuses de cette ville (1). On conviendra avec nous que 
ces details font bien supposer une ruine complete et des £gli- 

(1) « Interim Sarracenorum piratic© classes Masslliam Provincise ir- 
ruentes, abductis sanctimonialibus, quanim illic non modiea congregatio 
degebat, omnibus et cunctis masculini sexus clericis et laicis, vastataque 
urbe, thesauros quoque ecclesiarum Ghristi secum universaliter asporta- 
runt.n Annales deSaint-Ber tin, 898 (De Hey, Invasions des Sarrasins , 
p. 222). 



- 171 — 

ses et des monasteres. Les moeurs connues des Sarrasins nous 
autoriseotd. le croire. Autre devastation du coenobium en 923 
ou 925. Celle-ci fut si complete, si entire, que ie monastere, 
qui s'elait relevg des desastres du VIII 6 et du IX' si&cle, suc- 
combe cette fois. Ge n'est que quatre-vingts ans apres, vers 
1004) qu'on Ie reedifie. Mais alors ce n*est plus aupres de 
Saint-Victor qu'il s'eieve, c'est dans Fenceinte de la ville. Ce 
ne sont plus lesCassianiles qui y vivent, ce sont les Benedic- 
tines, puisque les religieusesde Saint-Sauveur ne suivent plus 
la regie de saint Cassien, mais cejle de saint Benoit. Le voca- 
ble meme est change. Ce n'est plus celui de Saint-Cyrqu'il 
porte, mais celui de Saint-Sauveur. 

Or, a laquelle de ces destructions est-il fait allusion dans les 
chartesde 1431 et 1446? Le texte ledit clairement. On y lit: 
« funditus demolitum », ruine defend en comble. Or, laruine 
complete du coenobium est celle de 923. A cette date, il sombre 
dans la tourmente. C'est la fin. C'est done k cette destruction 
du monastere en 923 qu'il est fait allusion dans les chartes du 
XV* siecle. Alors il etait auprfes de Saint-Victor, attestent ces 
chartes. Mais, nous l'avons dit plus haut, k cette epoque nous 
acceptons, nous croyons qu'en effet le coenobium cassianite 
se trouvait voisin de Saint -Victor. Done, la lecture de ces 
chartes n'est pas contre nous. 

Le contexte des chartes du XV # si6cle ne I'exprimerait pas, 
que l'on serait autorise k supposer que le moine redacteurde 
ces documents a entendu parler de la mine survenue au coc- 
nobium cassianite, en 923. Dans ces chartes, en effet, l'abbe 
de Saint- Victor raconte les gloires de son monastere fonde 
par Cassien, et il ajoute, en passant, que cet illustre religieux 
a fonde un autre coenobium voisin de Saint-Victor et plus tard 
detruit par les Sarrasins. Par trois fois, nous le savons, ce 
coenobium fut detruit. Or, de laquelle de ces trois ruines du 
monastere le moine redacteur a-t-il voulu parler ? 

Supposerons-nous qu'il a voulu rappeler k la memoire de 
ses lecteurs que jadis, au VIII* siecle, en 738, par exemple, 
puisque c'est la date que nous preconisons, ce coenobium fut 
renverse ? II oubliera de dire qu'A la suite de cette devastation 
ce coenobium en a subi d'autres ? Mais k quel litre cette des- 



— 172 — 

traction de 738 doit-elle, dans l'idfe du moine historieu, atti- 
rer notre attention ? Serait-ce k cause du martyre de sainte 
Eus6bie ? II est parte pr6cis6ment de cette sainte, deux lignes 
plus haut, pour dire qu'elle repose dans le monastere de Saint- 
Victor avec sesquarantecompagnes. Pourquoine pasinsinuer, 
alors, que c'est bien a cette epoque qu'elle a subi le 
martyre ? 

Supposera-t-on qu'il a voulu attirer notre attention sur le3 
d6sastres du IX* Steele, en 838, l'entevement des religieuses, 
circonstance plus p6nible et plus douloureuse que le martyre 
de sainte Eus6bie ? L'6crivain laissera dans l'oubli, alors, et la 
ruine de 738, et la destruction de 923 ! Rien n'autorise & croire 
que telle a6te 1'intention de Tauteur. Pasun mot de ces docu- 
ments ne l'indique. D'ailleurs, les rfegles du langage et de la 
logique ne permetlent pas de proc6der ainsi. Quand on ra- 
conte les 6v6nements heureux ou malheureux qu'une per- 
sonne, une institution ont subis, on bien on d£taille chacun 
de ces 6v6nements que Ton cherche k rappeler, ou, si Ton se 
sert d'un terme general, c'est sur le fait principal, vers Y6v&- 
nement sajllant que Ton attire Tattention. Or,quel est ici, dans 
le sujet qui nous occupe, le point important? c'est la ruine 
comptete, la tindu ccenobium. Or, cette ruine, s'est effect uee 
en 923. C'est done k elleque l'auteur de ces chartes fait allu- 
sion. Or, en 923, l'abbaye cassianite, nous l'avons dit, se trou- 
vait aupres de Saint-Victor. Done encore, la lecture, telle que 
nous l'acceptons de ce passage des chartes, ne conclut pas 
contre nous. C'est tou jours de la ruine de l'abbaye cassianite, 
en 923, qu'il s agit. 

Disons pkU6t que cette nouvelle signification donn6e par 
hypoth&se aux termes des chartes n'est pas acceptable. Ce n'est 
pas k « aliud sibi olim vicinum » que se rapportent le « in 
diebus illis per profanos Vandalos fundiius demolitum », mais 
a « hoc praesens monasterium (Sancti Victoris) » ; c'est-A-dire 
c'est le monastere de Saint-Victor dont il est dit dans ces 
chartes qu'il a 616 d&ruit par (les Vandales) les Sarrasinset 
non pas celui des Filles de saint Cassien. 

D'abord, c'est l'opinonde Kufli, nous l'avons dit, et de Lau- 
tard son copiste fldfele. Rappelons-nous qu'interpr6ter ces 



— 173 — 

chartes de 1431 et 1446 comme nous l'avons fait, etait apporter 
la meilleure des preuves en faveur de leur systfeme, contraire 
a celui que nous prfoonisons. Or, Ruffi s'en est tenu au pre- 
mier sens ; done, ces chartes, k la premi&re lecture, offraient 
ce sens tout naturel et tout obvie. 

Ensuite, plusieurs des auteurs qui se sont occupes du sujet 
que nous traitons n'ont fait sur ces passages des chartes au- 
cune reflexion qui puisse embarrasser notre marche. Et ils 
connaissaient ces chartes. La Gallia, Andrg, dans YHistoire 
de Vabbaye des religieuses de Saint-Sauveur les ont cities. 
M. de Key devait les connaltre aussi, car, d'une part il cite 
souveut l'ouvrage de M. Andr6, d'autre part il semble faire 
allusion k ces chartes dans les Invasions des Sarrasins en 
Provence ,p. 138 : « Les abbayes de Saint-Victor et de Saint- 
Sauveur, ainsi rapprochees Tune de Tautre, durent avoir 
m&ne fortune pendant les guerres des Sarrasins, et tout ce 
que la premifere eut k souffrir au milieu de ces longs boule- 
versements, r autre le souffrit aussi ». Et k la page 138 : « Le 
monastere cassianite ne p6rit qu'au temps des Sarrasins du 
Fraxinet, sous les coups des mfimes invasions qui emport&rent 
labbaye de Saint-Victor, c'est-A-dire, dans la premifere moitte 
du X* siecle apr&s Tannee 924. » Dans les Saints de VEglise 
de Marseille, on lit aussi : e (Test alors (923) que p£rit le 
monastere de Saint-Victor, et alors aussi, croyons-nous, que 
celui de Saint-Cyr, surpris par une attaque impr£vue, suc- 
comba si glorieusement. » 

Ces auteurs, on le voit, traduisent, peut-fitre m&ne sans 
y penser, le passage de nos chartes : Gassien fonda le monas- 
tere de Saint- Victor dgtruit par les Sarrasins, et un autre 
monastere qui fitait Lout proche. Or, ces auteurs ne paraissent 
pas se douter que ce passage des chartes peut recevoir une 
autre interpretation, celleque nous discutons; ou, s'ils y ont 
pris garde, ils ont jugg cette interpretation peu conformeavec 
lesens g£n£ral de ces documents et ils ne s'y sont pas arr£t£s. 
C'etait cependant une trfcs forte preuve encore k Tappui de 
leur opinion, puisque tous deux, MM. Andre et de Rev, placent 
le monastere cassianiste des filles auprfes de Saint -Victor. 
Xou9 aurions done mauvaise grace k adopter, nous, une in-* 

12 



— 174 - 

terprttation difftrenle, d'autant plus qu'elle serait trfes d£fa- 
vorable k notre systfcme, si elle £tait demeur£e sans r6ponse et 
sans explication. 

Ajoutons que vouloir suivre la lecture de ces passages des 
chartes telle que nous l'avons proposes en objection, en fai- 
sant se rapporter k « olim sibi vicinum » le « in diebus ill is a 
Vandalis funditus demolitum », c'est s'exposer k un grave 
inconvenient. S'il n'y avait pas k Marseille une tradition qui 
place le coenobium cassianite sur les bords de l'Huveaune ; 
s'il n'existait pas quantite de documents attestant que ce 
monast&re a change souvent et de nom et d'emplacement ; si, 
de plus, Ton pouvait, k l'aide de cette lecture, concilier les 
auteurs, on pourrait k la rigueur accepter ces chartes comme 
preuve q\x'k I'gpoque ou il fut dgtruit par les Sarrasins, en 
738, le ccenobium 6tait auprfes de Saint- Victor. Mais il y a une 
tradition, quelque peu appuy£e, qu'un monast&re s'£levait 
jadis k l'Huveaune. Des documents prouvent qu'& plusieurs 
reprises ce monastfere a change son vocable et de lieu d' em- 
placement. Cette lecture ne concilierait pas le temoignage 
des auteurs. Or, niera-t-on la tradition? recusera-t-on les docu- 
ments? rgfutera-t-on les raisons apportges par les auteurs? 
Gela ne serait pas possible. Done, laissons de c6t£ la lecture 
proposee et objectee, et acceptons celle de Ruffi. 

Encore, pourquoi appliquer le a per prof anos Vandalos fundi- 
tus demolitum » k V « olim sibi vicinum » et non pas hV<a hoc 
prsesens monasterium Sancli Victoris »? Ces mots « per profanos 
Vandalos » ne sont pas autre chose que la repetition de ce que 
les chartes disent si souvent de ce monastfere. Dans la charte 
15, en 1005, en effet, on lit que ce monastfere de Saint-Victor 
< fuit adnullatum ac fere ad nihilum est redactum ». Dans la 
charte 14, en 1040, aprfes avoir parte de la gloire de cet anti- 
que camobium, on dit qa'k une £poque, « de vaginA Vanda- 
lorum callidus exactor educitur, quod necare antiqui serpen- 
tis framea corrupto velle disponit. .. » Puis: « hoc monas- 
terio extincto. . . nimioque senio consumption permansit. » 
Dans la charte 691 de Tan 1045, on lit encore: « olim iilorum 
(monachorum) monasteria a paganis destructo » ; dans celle 
de 1055 (charte 565) il est gcrit : < monasterium a paganis 



- 175 — 

destructum.. . in solitudinem redactum... » Gomparez ces 
di verses phrases avec celle des chartes de 1431 et 1446. Les 
termes sontdifterents, maisl'idte esl la mfime. II s'agit de la 
destruction, de la ruine du monastfere de Saint-Victor. Poar- 
quoi done appliquer k un autre monastere, dont on ne parle 
presque jamais dans les chartes, ce que Ton dit si sou vent de 
Saint- Victor ? C'est done de Saint-Victor qu'il s'agit dans ces 
titresdu XV sifecle. 

Une autre consideration va d&nontrer plus amplement que 
c'est uoiquement de Saint- Victor qu'il s'agit. De pieux fiddles 
ont expose a l'abbg du monastere que s'il accordait, a ceux 
qui font partie de la confrtrie de Notre-Dame de Confession, 
d'etre inhumes dans lecimettere de ce monastere et de parti - 
ciper aux priferes, aux mGrites des saints religieux qui y 
vivent, l'honneur et la v6n6ration qui en reviendraient a la 
Sainte Vierge en seraient augments. L'abb6 de Saint- Victor, 
alors Pierre Dulac, acquies^a k cette requ&te, et a ce sujet il 
c£16bre dans une page trfes anim6e les gloires de son abbaye : 
« C'est la, dit-il, que reposent les restes des martyrs : Victor 
et ses compagnons, Adrien et ses compagnons, Maurice, Inno- 
cent et ses compagnons, Chrisante et Darie, Eusdbie et ses 
quarante compagnes vierges et martyres. Cassien fonda ce 
monastere, ainsi qu'un autre qui 6tait tout proche, d6truit 
plus tard par les Vandales. Dans ce monast&re il se vit entour£ 
de cinq millemoines... La il v6cut jusqu'a l'agede quatre- 
vingt-dix-sept ans, et ce fut de ce lieu b£ni que les anges le 
port&rent aux cieux, oil il retrouva cette multitude de saints 
et de saintes qu'il y avait envoyfe par ses exemples et ses 
enseignements. La v6curent encore saint Mauront, Hilarianus, 
Ysarne, Hugues, Bernard, Wiffred et quantity d'abb6s ou de 
confesseurs de J6sus-Ghrist,et cette foule innombrable de mar- 
tyrs, d*6v6ques, de confesseurs, de vierges, dont les corps 
reposent aux alentours de ce monastfere ou dans son 6glise... » 
C'est done de Tantique abbaye de Saint -Victor que Ton 
parte; c'est cette abbaye dont on rappelle les riches trfisors de 
graces, de vertus, de saintetg, qu'elle possSdait dans ses murs ; 
pourquoi done mftler a cette histoire celle du coenobium cassia- 
nite, et dire qu'il a et6 d6truit par tels ou tels barbares! 



— 176 — 

Qu'on fasse mention de son existence, cela se comprend, puis 
qu'on ajoute k la gloire de saint Cassien, qui le fonda. Mais 
que Ton parte de sa ruine, k quoi cela servira-t-il ? L'on dira 
au contraire que ce monastfere de Saint- Victor a 6t£ d6truit, 
c'est un nouveau titre de gloire que Ton enumfere. L'on fait 
bien d'en parler, l'histoire de Tabbaye est ainsi complete. 
C'est done bien de Saint-Victor que Ton dit qu'il a 6te « per 
profanos Vandalos funditus demolitum ». Done, leschartes 
de 1431 et 1446 ne concluent parcontre nous. 



(1) Voir cette charte cit6e in extenso duus les Cryptes de I'abbaye de 
Saint- Victor, par Kothen, p. 99. 



< 

j 



CHAPITRE V 



Plusieurs objections de Buffi 



LE CCBNOBIUM DES VIERGES N'ETAIT PAS AUX BORDS DE L'HUVEAUNE.— 
LBS MASURES qu'on Y VOIT SONT LES RESTES d'un COUVENT DE 
PRBMONTRES. — C'EUT £t£ TROP LOIN DE MARSEILLE, PERIL DES 
PIRATES.— CASSIEN AVAIT DES SITES PLU8 RAPPBOCH^S. — RUINES 
DECOUVBRTBS A LA CHAPBLLBDE SAINTE-CATHBRINE. 



Le monastfere ou sainte EusGbie a v6cu n'6tait pas sur les 
bords de l'Huveaune, parce que Cassien n'a pu avoir la pens6e 
de retablir en cet en droit. Et Ruffi (1), qui soutient cette th&se, 
enum£re une s6rie de raisons que nous rangeons sous cette 
m&me rubrique : Impossibility pour le monastfere de Sainte- 
EasSbie de se trouver k l'Huveaune. « II nepouvait 6tre ni sur 
le bord de la mer, ni k l'embouchure de l'Huveaune, comrae 
quelques-uns l'imaginent, k cause qu'on y voit paraitre des 
masures d'une eglise' qui appartenait aux religieuses de Saint- 
Sauveur, et qui fut un couvent de I'ordre des Pr6montr6s qui 
nefutb&tique Tan 1204. » 

Apr^s avoir lu notre travail, on avouera, nous l'esp6rons, 
que si nous placons le monastfere de sainte EusSbie sur les 
bords de l'Huveaune, ce n'est pas uniquement parce que 
Vhistoire nous d it qu'il y avait Ik des masures ay ant appar- 
tenu aux religieuses de Saint-Sauveur. C'est k cause d'un 
ensemble de faits, de dates, de circonstances qu'il est difficile 
de ne pas accepter comme preuve de notre assertion. Ceux, 
d'ailleurs, qui du temps de Rufli ou avant lui, soutenaient la 
mGme thfese que nous k Gette heure, ne s'appuyaient pas uni- 
quement sur ces masures des bords de l'Huveaune, mais sur 
d'autres arguments, et surtout sur la tradition dont Rufli 
aemble vouloir ne pas entendre parler (2). 

(1) Rufli, Histoire de Marseille* t. II, p. 56. 

(?) Ainsi Mabillon, du Saussay, Chifflet, Lecointe, Arthur de Mones- 
tier. etc. 



— 178 — 

a II n'y a pas d'apparence que Cassien ait bdti un monast&re 
de filles si loin de la ville, et sur les bords de la mer, pour 
ne pas les exposer aux incursions des pirates qui faisaient 
alors de fr6quentes courses en ces mers (1). » Soil; admet- 
lons que c'^tait bien imprudent, de la part de Cassien, 
de placer un monast&re de filles loin de la ville, et sur les 
bords de la mer. Mais oil done la- til gtabli, suivant Ruffi? 
Sans doute au sein de la ville, k l'abri des murailles ou, 
du moins, coraroe le bruit et le tumulte d'une ville ne sont 
gufere favorables au recueillement d'un monast&re, ce sera en 
dehors de la ville, mais tou jours aux portes de la cite. En cas 
d'alerte, aux premiers avis d'une invasion, les religieuses 
trouveront un refuge assurg au milieu de la ville. C'&ait de la 
plus vulgaire prudence, car de 410 k 420, gpoque oil les deux 
monastferes ont 6l6 fond6s, il y a bien des troubles, des bou- 
leversements, des agitations au sein des peuples. Rappelons la 
phrase de saint Prosper : « La ruine de la Gaule eilt 6t6 moins 
complete, si l'Oc&tn avait devers^ tous ses flots sur les champs 
gaulois (2). » II y aquelques annges k peine, les Vandales ont 
ravage et saccag6 la haute Provence. Aries heureurement les 
a arr6t6s. Les Visigolhs ont laissg de c6t6 la Provence, mais les 
Burgundes s'a van cent lentement vers elle. Cassien ne peut 
done prendre trop de precautions pour le choix de r emplace- 
ment destine a ses deux monastfcres. 

Or, qu'arrive-t-il ? Cassien avise de Tautre c6t6 de la ville 
un endroit solitaire, au pied d'une montagne, couverte peut- 
6tre encore de bois 6pais, s£par6e de la ville par un bras de 
mer plus large que ne Test le port de nos jours, inaccessible 
presque, puisqu'ii estentourd d'une ceinture de salines et de 
marais. C'est la qu'il gtablit l'abbaye de Saint-Victor et qu'il 
fonde aussi lemonastfere de filles. Quelle admirable prudence, 
n'est-ce pas, si Ion ne considfere que le choix du site! Comme 
il sera facile, au jour oil les pirates debarqueront & Timpro- 

(1) Rufll, Hittoire de Marseille, t. II, p. 56.— M. deRuffi pere pensait 
tout le contraire. Cassien, dit-il, aimaitla solitude, et il a bien pu profiter 
de ce coin tranquille et retire de notre terroir pour y etablirun monasters. 

(2; <t Si tot us Gallossese effudlsset in agros Oceanus, vastis plus supe- 
resset aquis...», da nsRulnart, Hi$toiia persecution!** Vandalicrp.p. 195. 



- 179 — 

viste soit k TentrSe du port, soit sous les murs dii monastfere ou 
dans guelque anse ignore du versant oppose de la Garde, 
commeil sera facile, dis-je, k ces saintes filles d'avoir des 
barques toutesprfttes pour les passer de T autre cdtS du port, 
ou prendre leur course k travers les salines, les marais, les 
ruisseaux, de faire un immense d6tour pour atteindre et 
gagner la ville ! 

Non, non, si Cassien, en fondant ses deux monastfcres, s'est 
preoccupy de cetle id6e qu'ils pourraient fitre un jour attaqufe 
par les pirates, ce n'est pas de Tautre cdl6 du port qu'il devait 
elablir au moins celui des filles. C'etit 6t6 dans la ville m£me, 
ou k c6te des remparts. Non plus, nous Tavouons, il ne pou- 
vait songer aux bords de THuveaune. L'emplacement eut 6t6 
aussi mal choisi dans un cas corame dans Tautre. L'argument, 
done, de Ruffi n'est pas irrefutable. 

« II n'y a pas d'apparence qu'il les eilt logtes dans Tint6- 
rieur du terroir, puisqu'il pouvait les placer plus proche et 
leur donner un lieu aussi solitaire qu'il piit souhaiter. Car 
la colline de Notre-Dame de la Garde Stait couverte de 
bois (!).» Nous ne sommespas k chercher quel endroit Cassien 
aurait du choisir. A part les raisons que le fondateur pouvait 
avoir et que nous ne savons pas, nous avons dit que les bords 
de THuveaune 6taient un site aussi dSfavorable que le voisi- 
nage de Saint- Victor. Mais Cassien n'avait-il pas quelque 
raison k nous inconnue ? Quel site a-t-il choisi de preference ; 
voili la question qui en r6alit6 fait Tobjet de cette dis- 
cussion. 

« 0nd6couvrit au merae endroit (dans les environs de Tan- 
cienne chapelle de Sainte-Catherine), encreusant la terre pour 
construire le Canal, quelques fondements d'un grand Edifice 
extr&nement 6pais, qui marquaient une tr&s grande antiquity, 
et meme on y decouvrit quelques masuresd'un presbyt£re qui 
tournait du c6t6 du levant (2). » On devine notre rgponse. 
Puisque nous acceptons que le monastfere a 6t6 en cet endroit, 
vers 838 ou 923, ce sont les mines de ce monastere que Ton 



(1) Ruffi, Histoive de Marseille, t. II, p. 56. 

(2) Ruffi, Iiistoire de Marseille , t. II, p. 50. 



— 180 — 

a d6couvertes en 1685. Si ces mines datent du IX 6 ou X* Steele, 
leur antiquity est assez respectable. Quant au a presbytfere 
lournG vers le levant », Huffiest un bien habile archfologue 
s'il nous certifie que ces masures 6taient celles d'un pres- 
bytere. Si nous voulions soutenir, nous, que c'Stait une loge 
de portier, nous ne savons qui voudrait se charger de dirimer 
la question ! D'ailleurs, Fabbaye de Saint-Victor n'gtant gu&re 
plus qu'& deux cents pasde distance du monast&re cassianite, 
vera 923, il 6tait inutile qu'il y etit le logement des moines 
dans les attenances de Fabbaye des religieuses. 



CHAPITRE VI 

Les Religieuses cassianites 
n'avaient pas de chapelles pour y faire c£16brer 

les Saints Mystdres 



OBJECTION DE BUFFI. — DBS 524, LES RELIGIEUSES ONT DBS CHAPELLES 
PUBLIQUES. — A L'EPOQUE DE BUFFIN, DE SAINT JEROME, ELLES 
ONT DES ORATOIRES PRIVES. — SI L'ON YA ENTENDRE LA MESSE, LE 
DIMANCHE, A L'EGLISE, LES RELIGIEUSES DE L'hUVEAUNE ONT PU 
ALLER A SAINT-GINIEZ. — TOUT AU PLUS DURANT QUATRE-VINGTS 
ASS. — DBS 510 OU 512 ELLES ONT PU AVOIR UN ORATOIRB PRIVK\ 
— CHAPELLES INCONNUES DANS NOTRE TERROIR. — PEUT-ETRE CELLE 
DU CCENOBIUM. 



C'est une autre objection de Ruffi. a Comme il fonda Fab- 
bayede Saint -Victor, Cassien voulut faire Mtir prfes de cette 
maison, et h une distance proportionnSe, le monast&re des 
titles, afin qu'elles pussent plus commod&nent entendre la 
tnesse dans Fabbaye de Saint- Victor, parce que en ce temps-lil 
les religieuses n'avaient pas d'Sglise pour y faire cetebrer les 
saints myslferes. . . Quelque temps aprfcs, les religieuses eurent 
des oratoires dans leurs monast&res pour y faire c616brer le 
service divin, etne commencfcrent h avoir d'Gglises publiques 
quapres Tan 817, comnie ilest facile de le conjecturer d'apr£s 
leconcile d'Aix-la-Chapelle (1). » 

II y a dans cette page un luxe d'erudition avec lequel il va 
falloir compter, semble-t-il. Ne nous laissons pas 6blouir ce- 
pendant. II est faux d'abord de dire que ce fut « apr&s 817 que 
les religieuses eurent des Sglises publiques, comme il est fa- 
rile de le conjecturer d'aprfcs le concile d'Aix la-Chapelle » . 
Car, premiferement, le concile d'Aix-la-Ghapelle de 817 ne 
parte pas des 6glises de religieuses. C'est le concile de 810, 

(1) Hufti, Hirtaive de Marseille, t. II, p. 56. 



— 182 — 

tenu dans cette m6me ville, qui s'en occupe (1). Deuxlfeme- 
ment, ce concile de 816 ne dit rien au sujet des chapelles 
publiques des monastferes. Voici ce qu'on lit dons un de ses 
dgcrets : a Les pr&res charges de dire la me9se aux cha- 
noinesses, appelSes aussi sanctimoniales, n'entreront dans la 
communautG que pour c616brer les saints myst&res dans 
l^giise des chanoinesses qu'au temps marqu6. Pendant la 
messe, les chanoinesses lireront un rideau devant elles. Si 
Tune d'entre elles veut confesser ses p6ch6s au prGtre, ce doit 
Stre dans l'gglise, afin qu'elle soit vue de tous. » II nes'agit 
pas, dans ce texte, de chapelle publique, mais bien decha- 
pelle priv6e dans un monast&re. Ruffi done ne peut en d6duire 
qnece fut aprfes 817 seulement que les monasteres eurent des 
6gli3es publiques ouvertes k tous les fldfcies. Bien avant 817, les 
monastferes de religieuses poss6daient des 6glises publiques. On 
lit dans la Vie de saint Ctsaire d Aries que les Pfcres du con- 
cile tenu k Aries en 524 firent la d£dicace d'une 6glise k trois 
nefs que cet 6v£que avait fait Mtir dans les attenances du 
monastfere de sainte C6sarie, sa srcur, k laquelle eglise les 
fiddles avaient accfes par une porte, les religieuses par une 
autre (2). 

L'affirrnationde Rufli relativement aux Gglises publiques des 
monast&res est done fausse. Quant aux chapelles privies, il 
est vrai que, g6n6ralement parlant, k T6poque de saint Cas- 
sien, les religieuses n'en avaient pas encore pour y faire C616- 
brer la sainte messe. Le cardinal Hergenroether (3), dit : « Ce 



(1) Histoire chronologique et dogmatique des conciles de la chre- 
tiente, par Roisselet de Sauclieres, t. Ill; coueile d'Aix-la-Chapelle, en 
816, 27* article de la regie des chanoinesses, p. 358. 

(2) Histoire de saint Cesaire % dve*que d* Aries, par l'abbg Villevieille, 
pp. 131, 132. — Recapitulatio legulce* ch. IX; Saint C£saire, Patrolo- 
gie latine, Edition Migne, t. LXV1I. col. 1109, etc.— Et il y avait de plus, 
dans le monastere, un oratoire priv6 oil un pr&tre disait la messe. Voici 
le texte de la Regie a ce sujet: « Nullus virorum in secreta parte mo- 
nasterii et in oratorio introeat, exceptis episcopo, provisore, presby- 
tero, diaconis, et uno vel duobus lectoribus, quos setas et vita commen- 
dant, qui aliquoties missas facere debent. » Saint Cesaire, Patrologie 
latine, edition Migne, t. LXVII, col. 1109. 

(3> Histoire de VEylise % par le cardinal Hergenroether, t. II, p. 609. 



— 183 — 

ne fut qu'a partir du VP sifecle que les couvents de nonnes 
eurenl des Gglises particulifcres. Dans Torigine elles allaiehten 
commun, le dimanche, k la messe paroissiale. » Mais il y 
avait bien des exceptions: Le moine Rufiin, qui vivait du 
temps de saint J6r6me (331-340) (1), raconte qu' « il vint dans 
la ville d'Oxyrinche en ThSbaide, et qu'il la trouva peuplSe 
de moines et de religieuses. Les Edifices publics, jadis temples 
des fausses divinity, servaient d'habilations aux moines, et il 
y avait dans cette ville plus de monastfcres que de maisons de 
particuliers. Or, cette ville, fort grande et populeuse, posse- 
dait douze 6glises, dans lesquelles le peuple se rgunissait, k 
Texception des monastfcres dans chacun desquels il y avait 
des oratoires. Nous demanddmes k l'6v6que de la ville 
combien de moines et de religieuses Thabilaient, et nous 
IrouvAmes vingt mille religieuses et dix mille moines (requi- 
rentes a sancto episcopo loci illius, viginti millia virginum 
et decern millia monachorum inibi comperimus haberi). » 
Dans la ville d'Oxyrinche, il y avait done des Sglises pour le 
peuple, et chaque monastfcre possedait un oratoire. Or, 
comme les habitants de chaque monastere ne se rendaient 
pas aux gglises ouvertes au public, forc^ment moines et reli- 
gieuses entendaient la messe dans leurs oratoires priv6s. 

Hen 6lait k peu prfes de mGme k Bethl6em, dans les mo- 
nastferes de Paula (2). II y avait dans chacun d'eux une Sglise 
ou chapelle, et nous savons m6me quel titulaire fut donn6e 
par Paula k l^glise de son monastfere, ce fut Sainte-Catherine 
cTAlexandrie. Seulement, on ne c6I6brait pas la messe dans 
ces chapelles. Saint J6r6me n'ayant pu consentir, par un sen- 
timent de profonde humility, k monter au saint autel, et Vin- 

(1) « Venimus et ad civitatem quamdam Thebaidis, nomine Oxyryn- 
chum.. repletam namque earn monachis intrinsecus vidimus et extrin- 
secusex omni parte circumdatam. jEdes publicae (si qua in ea fuerant) 
et templa superstitionis antiquse, habitationes nunc erant monachorum, 
et per totam civitatem multo plura monasteria quatn domus videbantur. 
Sunt autem in ipsa urbe, quia est ampla valde et populosa, duodecim 
ecclesiae, in quibus agitur populi conventus, exceptis monasteriis in 
quihun per singula ovationum domus sunt. » (Saiirtus Cassicmus illus- 
t rat us, par Guesnay, p. 70.) 

(2) Wstoire tie sainte Paule, par I'abbe Lagrange, pp. 387,393. 



— 184 - 

centius, le seul pr£tre qu'il y eut alors avec lni, ne voulant 
oser ce que J6r6me n'osait pas, chaque dimanche on se ren- 
dait k reglise-de Bethleem. Mais il faut savoir que cette 
eglise n'etait pas eioignee des monast&res. C'etait reglise 
qu'autrefois sainte Heifcne avait fait edifler sur la grotte de la 
Nativity, et les monasteres etaient k cGte (1). N'ayant pas h 
faireune longue course, pour entendre la messe, aucun in- 
convenient ne se presentait de quiLter le monastfcre sous la 
conduite de leur abbesse. Si elles avaient dfr aller bien loin 
pour participer aux saints myst£res, nous n'assurerions pas 
que saint J6r6me, a la priere de sainte Paule, ne fut revenu 
sur sa decision et n'etit trouve le moyen de procurer aux com- 
pagnes de Paula la consolation d'entendre chez elles la sainte 
messe. 

Or, ne peut-on pas dire que Cassien a eu pour sesFilles la 
m6me sollicitude, et que, pour leur epargner une longue 
course, il leur a Mti un oratoire qu'il faisait desservir par 
un de sesmoines? 

N'importe cependant, supposons que les religieuses cas- 
sianites fussent obligees d'aller entendre la messe hors de 
leur monastere, sous la conduite de leur abbesse. Quel incon- 
venient pouvait se presenter ? La cloture n'existait pas encore 
k cette £poque, cen'etait done pas un obstacle. Devaient-elles 
aller bien loin ? S'il fallait supposer que chaque dimanche 
elles etaient obligees de franchir les bois et la coll in e de la 
Garde pour venir k l'abbaye de Saint- Victor, dans ce cas il 
faudrait avouer, avec Rufli, que saint Cassien n'a pu vou- 
loir exposer ses Filles aux mille inconvenients d'une aussi 
longue course. Mais ne peut-on pasindiquer une eglise situee 

(1) « Post virorum monasterium quod viris (Paula) tradiderat guber- 
nandum plures, virgines quas e diversis provinciis congregaverat tarn 
nobiles quam medii et infimi generis in tres turraas monasteriaque divi- 
sit (unmannscnt (lit: per monasteria) ita duntaxat ut in opere et in 
cibo separatae, psalmediis et orationibus jungerentur. Die taraen domi- 
nic& ad ecclesiam procedebant, ex cujus latere habitabant. Erat ad an- 
trum Nativitatis Christi quam Constantius atque Helena construxerant 
et unumquodque agmen matrem propriam sequebatur atque inde pari- 
ter revertentes instabant operi distributo. » Saint Jer6me, lettre 108. 
(Opera Smirti Hievonynii, t. I, col. 896; Patrologie latine, edit. Migne.) 



— 185 — 

dans les environs de leur ccenobium aux bords de l'Hu- 
veaune ? 

Et Saint-Giniez ? Ne l'oublions pas, c'est une eglise antique, 
qu'elle aitou non loujours port6cetitre ou ce vocable. En 
1040 elle 6tait en mine, lorsque Pons II la donna k Saint-Victor. 
Mais incontestablement elle existait avant les invasions. 
M. Daspres a prouvG que ce point du terroir a toujours 6t6 
habits, puisque Ton y a decouvert des vestiges de tous les 
&ges. 11 y a eu probablement un Incus, un oratoire paien, et 
plus tard une eglise (1). Et cela forc6ment, puisque les rives 
de I'Huveaune ont 6le cultiv6es de bonne heure, puisqu'il y 
avait des serfs et des colons. C'est done a Saint-Giniez mfime 
que les religieuses cassianites pouvaient assister aux offices. 
Or, du monastfere de l'Huveaune k TSglise de Saint-Giniez, il 
y a une vingtaine de minutes, et, k cette epoque, surtout 
quand il s'agissait de religieuses, une telle distance n'gtait 
pas capable d'effrayer. 

D'ailleurs, combien de temps durent-elles s'assujettir k ce 
d6placement, en supposant toujours qu'elles n'eussent pas 
d'oratoire priv6 ? Tout au plus quatre-vingts ou cent ans. Car, 
en Provence, lesmonastferes eurent bientdt des oratoires pri- 
ves, oil 1'ondisait la messe. Saint Cesaire d' Aries, nous Pavons 
dittant6t, fit Mtir dans cette ville un monast6re de lilies, k 
la UHe desquelles il placa Ctearie, sa soeur. Or, ce monastfcre 
avait un ou deux oratoires inferieurs dans lesquels un prgtre 
venait c6l6brer la messe aux jours de fete. II en est fait men- 
tion plusieurs fois dans la rfegle. Et ce monasfere fut bdti 
en 510 et habits dte 512. De plus, le concile d'Agde, en 506, 
avait auiorisg les particuliers k avoir des oratoires ou Von 
disait la messe, excepts les jours de fetes (2). On peutbien 
supposer que d6j&, depuis quelque temps au moins, un pareil 



(1) L 'abbe Daspres, Notice sur Saint-Giniez, p. II.— Voir le chapitre 
de notre present ouvrage, intitule : Quartier tie Saint-Giniez- , du V 9 au 
XI* siecle . 

(2) < 11 est permis aux particuliers d'avoir des oratoires et des chapelles 
dans les campagnes eloigoees des paroisses. * (Hirtoire tloymatiqtw et 
et chronologiqtie des convile* de la chretientei par Roisselet de Sau- 
elieres. t. II, p. 370.) 



— 186 — 

privilege 6tait accordg aux religieuses. C& ne serait done que 
de420& Tan 510-512, que les religieuses cassianir.es, si elles 
habitaient les bords de rHuveaune, auraient 6t6 obligees 
d'aller entendre la messe k Saint-Giniez. 

Or, est-il bien stir qu'elles aient attendu aussi longtemps 
pour avoir un oratoire prive ? Si en 506 le concile d'Agde per- 
met d'en poss6der, est-ce qued6j& depuis un bon nombre 
d'annSes cette coutume ne tentait pas de s'introduire ? Peut- 
on dire que ce ne f ut strictement qu'aprte 506 que Ton eut 
de ces oratoires? Est-ce seulement k partir de 597, sous Tab- 
besse Respecta, ou quelques ann£es auparavant, qu'elles onl 
poss6d6 celui qui 6tait d6di6 k saint Casssien ? N'y a-t-il pas 
eu en cet endroit, sur les bords de rHuveaune, une 6glise et 
un monastere dont l'histoire est inconnue, tant elle est 
ancienne (1) ? 

Cette 6glise de Sainte-Marie de Salt que mentionne la charte 
de 1097 ne serait-elle pas Toratoire primitif du monastere (2)? 
D'autre part, il y a eu dans l'espace compris entre la monta- 
gne de la Garde et rHuveaune un bon nombre de chapelles 
dont on connait k peu prfes le site (3), telles que celles de Saint- 
Sat urnin, de Saint-Benolt, de Saint-Suffren. Maisil en est 
d'autres, celles de Saint-Gabriel, de Saint-F61ix, par exemple, 
dont on ne sait absolument rien. Qui pourrait dire qu'il n'y 
avait pas d'autres chapelles rurales dont le nom lui-meme a 
disparu ? Que Ton ne sache rien de precis sur ces chapelles, 
n'est-ce pas une preuve qu'elles datent d'avant les invasions ? 
Les documents qui en parlaient ontete perdus. Or, qui sait 
si le nom de cet oratoire domestique du monastfere cassianite, 
k cette 6poque antique, n'auraitpas 6t6 lui aussi enseveli dans 
la nuit des temps barbares? 



(1) a II y a eu, A ce bord de mer, a une epoque antique, une eglise 
et une maison dont l'histoire nous est inconnue. Etait-ce une paroisse 
rurale 7 Etait-ce un prieure de Saint-Victor 1 » (Saints (le V Eglise de 
Marseille ; sainte Eus£bie, p. 231.) 

(Z) G'est la question que se posait l'abbe Daspres dans son ouvrage 
sur Saint-Giniez, p. 149. 

(3) Saint-Suffren, Saint-Gabriel, Saint-Felix, Dictionnaire topogra- 
phique de Mortreuil, pp. 344, 331. 



— 187 — 

Encore une fois cette s6rie de fails, de dates qirobjecte Kaifi 
pour nier Texistence d'un monastfere cassianite sur les bords 
de THuveaune, en r6alit6 ne prouve rien. Les Cassianites ont 
Pu aller & la messe k Saint-Giniez, durant tout le temps 
qu'ellesn'ont pas eu d'oratoire privg. Elles ont pu avoir cet 
°ratoire des le d6but du VI* Steele, et peut-6tre avant. L'objec- 
tiou de Rufli ne porte pas. 



CHAPITRE VII 

Les monastdres doivent dtre proche des villes. 
Texte de saint Jean Ohrysostome. 



OBJECTION DE RUFFI. — SAINT JEAN OHRYSOSTOME NE D1T RIEN DE 
SEMBLABLE. — TEXTE DE SAINT BASILE. — AUTRE OBJECTION DK 
RUFFI : LE CCENOBIUM BUT ETE TROP LOIN DE SAINT-VICTOR. 



« Cassien, 6crit encore Itufii, voulut encore suivre eu cetle 
occasion Tavis de saint Jean Chrysostome qui porte que les 
monastferes ne doivent point 6tre 6cart6sdes viiles, alin qu'ils 
ne fussent point eloignGs des commodity de la vie dont ils ne 
peuvent se passer (1). » 

II est fort possible que saint Jean Chrysostome ait 6mis cet 
avis dans ses ouvrages. Mais Ruffi et ceux qui le copient 
auraient bien fait d'indiquer dans quel 6crit de ce grand 
docteur on trouvait ce texte. Nous l'avons vainement 
cherchG. Nous avons pris la table des mati&res des ecrits 
du saint evSque et fouillS dans les douze volumes in-quarto. 
Impossible de d^couvrir le texte en question. Et cependant 
saint Jean Chrysostome parle souvetit des moines ; la table 
des matieres renvoie & de nombreux endroits de ses ouvrages. 
Nous n'avons trouv6 qu'un seul renseignement au sujet des 
moines et des religieux* Ils vivaieat nombreux aux environs 
d'Antioche, et ils habitaient tous sur les montagnes (2). 

(1) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 56. 

(2) Voir la table des ceuvres de saint Jean Chrysostome, Patrolor/ie 
fireco-ldtine, edition Migne, t. XIII de saint Jean Chrysostome, a Tarticle 
Mondchi in montibus de</ebant. 

« Isidore de P61use, libr. Ill, epist. 234, appelle ces moines habitant 
lesommet des montagnes : oupavoitoXttac » (Histoire de VEglise, par 
Hergenroether, t. II, p. 186.) 



- 189 — 

il y a loin, on le voit, de ce que le saint docteur a 6crit, k ce 
que Ruffi lui fait dire. 

0npourraitpeut-6tre trouver Tid6e g6n6rale dece que Ruffl 
attribue k saint Jean Chrysostome dansquelques lignes du pang- 
gyrique de saint Basile, prononcg par son ami, saint Grggoire 
de Nazianze (i). « Le grand ev&jue avail remarqu6, dit le saint 
docteur, que les moines, qui vivent m616s aux autres gens, 
leur sont d'une grand e utility, k cause des exemples qu'ils 
leur donnent. Les moines cependant ne retirent pas eux- 
mdmes grand profit de ce voisinage. Car leur vie tranquille et 
parfaite n'est pas compatible avec le tracas et le souci des 
affaires, au milieu desquels ils se trouvent. D'autre part, ceux 
qui vivent dans la solitude sont plus unis k Dieu, plus fiddles 
& leur vie parfaite, mais les gens du monde ne retirent au- 
cun avantage de la perfection des religieux. Basile voulut 
reunir ces deux genres de vie. II fit bdtir les monasl&res assez 
pr&s des lieux habitus, pour que les moines pussent exercer 
la charite k regard des bommes, lorsque cela pourrait £tre 
possible; assez loin cependant pour que la tranquillity du 
monastere ne filt pas trouble par le bruit et le tumulte. Ainsi 
les religieux gtaient utiles k leurs semblables, et ceux-ci ap- 
prenaient des moines la sagesse, la patience et les autres ver- 
tus. Ainsi la lerre et la mer s'entr'aident mutuellement (2). » 

(1) Sanctus Cassianus illustratus, par Guesnay, p. 150. 

(2) Void le texte de ce passage de saint Gregoire de Nazianze, Orat. 
in laude Basilii : 

« Ut autem non solum sibi sed aliis proficeret, primus coenobia excogi- 
tavit, ritumque ilium monachorum antiquum et agrestem ad ordinem 
quemdam ac formulam religioni propiorem redegit. Gum enim animad- 
vertisset eos cui in communi vita, hoc est, aliis mixti agunt, etiam 
si znonasticam abstinentiam servent, aliis quidem utiles esse, non 
ita sibi ipsis, cum in m til lis eos mails versari necesse sit, quae vitse 
quiebB omnino perfects contraria videntur, eos vero qui in solitudine 
procuJ ab aliis degunt, firmiores sane in proposito magisque Deo conjunc- 
tos, attamen sibi tantum utiles, cam rerum experientiam teneant, nee 
cum aliis commercium ullum habeant. Utrumque genus vitae conjun- 
gere conatus est. Quamobrem monachorum coenobia haud procul ab 
iis qui in hominum societate vivunt aediflcari jussit, nee omnino sepa- 
tavit ut propinquitatis cum opus charitatis exposcerat adesse possent, 
(iissiti propriis terminis, ne quies eorum interrumpi per multitudinem 

13 



— 190 — 

Nous avons tenu k citer tout le passage, afin de bien montrer 
qu'il n'y avait dans le dire du saint docteur nulle trace de ces 
preoccupations matgrielles dont parte Ruffl. 

Qirimporte, d'ailleurs, ce que saint Jean Chrysostome a 
pu 6crire sur Templacement des monast&res ! On peut bien 
dire que Cassien ne jugea pas k propos d'introduire dans les 
maisons qu'il fonda, la manterede vivre qu'il avait vueail- 
leurs. II etablissait la vie religieuse en Provence sur d'au- 
tres bases qu'en Kgypte, en Syrie et en Palestine. L& elle 
etait toute florissante, les deserts Gtaient remplis d'ana- 
chorfctes; des villes entteres 6taient peuptees de religieux. Ici 
elle 6tait k peu prfcs inconnue. Force lui etait d'6tablir des 
monasteres Ik oil l'emplacement lui etait conc£d£. II n'a- 
vait pas le desert devant lui ; tout autour de Marseille r£gnaient 
des cultures ets'£levaient des habitations. Cassien, d'ailleurs, 
n'a gufere suivi les conseils des moines plus anciens que lui (1). 
L'abW Abraham, qu'il avait connu en Egypte, lui avait re- 
commando de fuir sa patrie et le voisinage de ses parents. 
Prgcis6ment, il Otablil son ordre prfes de sa famille, dans sou 
son pays natal, en Provence (2). II suivit en lout Inspiration 

posset, nee ipsi monachi actionis merito quod ex impendenda aliis 
charitate existeret privarentur, neque rursus eorum actio per tumultus 
inutilis efficeretur, et alter alterum juvare posset, ut monachorura vita 
per conversationem eorum qui in com muni agunt, fructuosa fieret et 
ipsi e monachis quietem, sapientiam, contemplationemque discereat, 
quemadraodum terra et mare sese invicem complectuutur et juvant. > 
Guesnay, Cassianus illustratus* pp. 150,151. 

(1) II est certain que si Cassien a voulu de propos deliber6 choisir la soli- 
tude pour y placer le coenobium de ses lilies, il ne faisait qu'imiter ce qui 
se faisait en Orient. On lit dans la Vie des P&res du desert, par le Pere 
Ange Marin, t. II, que Theodore le Sanctifle, voulant batir un monastere 
de religieuses, l'etablit a une demi-lieue de celui des religieux qu T il diri- 
geait; p. 51 ; — saint Pacdme, voulant fonder un couvent de religieuses 
dont il nomma sa scaur abbesse, l'etablit assez loin de Tabenne, oil 11 
demeurait avec ses religieux, et separe par le Nil ; p. 178;— on dit de ces 
religieuses, que « non seulement separees, mais encore eloigners des rao- 
nasteres de leurs freres a la distance qui convenait » p. IPO. 

(2) II nous semble plus probable que Cassien soit ne en Provence. 
Voir : V Antiquity de VEglise de Marseille, par M« f de Belsunce, t. I, 
p. 100; de Rey, Saints de VEglise de Marseille, p. 104; Guesnay, Cos- 
sianuz illustratus, 1. 1, c. I. LePropre du diocese de Marseille le fait origi- 



— 191 — 

que la Providence lui envoyait, et f ut ainsi vraiment fonda- 
teur de la vie ieligieuse en Provence. 

D'ailleurs, quand il se retirait k Verm it age qui a gard6 son 
nom prfes de la Sainle-Baume ; que, plein de v6n6ration pour 
cette grotte sanctiftee et illustrge par les tongues armies de 
penitence de Marie-Madeleine, il y envoyait de ses moines 
y habiter; lorsqu'il leur donna la garde du tombeau de 
Marie-Madeleine & Saint-Maximin, k coup sur Cassien oubliait 
Tavis que Ruffi lui fait donner par saint Jean Chrysostome, de 
placer ses religieux pr6s des endroits habitus. 

Enfin, et c'est \k que se terminent les objections de Ruffi : 
« Une des principals raisonsqui obligea ce bon P&rede faire 
Mtir le monastfcre en cet endroit ( auprfes de Saint-Victor ), 
fut afin d'avoir un moyen de visiter plus souvent ses Fille3, 
pour les instruire et les consoler dans leurs besoins spiri- 
tuels(l). » Ce n'est pas \k encore une raisbn bien forte. Entre 
le monast£re de Saint- Victor que Cassien habitait et celui de 
ses Filles, aux bords de THuveaune, la distance n'Stait pas tel- 
leraent grande, qu'ii fut impossible au bon Pere d'effectuer ce 
voyage. En traversant les bois dont les revers de la Garde 
6taient couverts, il ne devait falloir qu'une trfcs petite heure 
pour venir de Saint-Victor & Tembouchure de THuveaune. De 
nos jours, en effectuant un immense d6tour, on y arrive cer- 
taiuement en une heure et demie. 

Nous en avonsfini avec Ruffi. MM. Lautard, Daspres, etc., 
qui ont quelque peu emprunt6 les id£es de Ruffi, sont refutes 
parle fait m£me. 

Daire de la Scythie : « Scythia ortus est. » (Office de la fete de saint Cas- 
sien, 23 juillet, 1" lecon du 2 e nocturne.) 
(1) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 57. 



CHAPITRE VIII 

Origine du nom cc dels Desnarrados » donnd 
& la chapelle des bords de l'Huveaune. 



CE QUE DISE^T LBS AUTEURS — HISTORIQUE DE CES RUINE8 « DEIS 
DESNARRADOS » — LES DAMES DE SAiNT-SAUVEUR ETAIENT BENE- 
DICTINES, ET NON PAS CASSIANITES. — ON N'a PAS DONNE" CE NOM 
a DEIS DESNARRADOS • AUX BIENS DE SAINT-SAUVEUR SITUtfS EN 
DIVERS POINTS DU TERROIR. — LA OU L*ON PLACE CE FAIT, LA SB 
TROUVA1T UN MONASTERE. 



Inutile, disent quelqnes autears (I), de nous appuyersur 
la denomination de chapelle a de'is Desnarrados » que le 
peuple donneaux ruines qui se trou vent k l f embouchure de 
l'Huveaune, pour prouver que Ik s'61evait le monastfcre 
cassianite, parce que « nous trouvons Implication de cette 
tradition dans la prise de possession de cette chapelle par les 
religieuses cassianites de Saint-Sauveur au XVI* siecle. La 
16gende populaire put facilement attribuer k ce lieu ce qui 
n'appartenait qu'k la congregation, et, en effet, partout oil il 
y a eu un monastfcre de ces religieuses, on place aussi ce 
glorieux fait (2). » Nous avons k montrer que Implication 
fournie par les auteiirs ne vaut rien. 

Les ruines de l'abbaye de Pr6montr6s, sur les bords de 
l'Huveaune, auxquelles on donne le nom de chapelle a de'is 
Desnarrados », avaient 6t6 c&tees, vers 1405, au couvent de 
Sainte-Paule (3) que la reine Yolande, femme de Louis II, roi 

(\) Casimir Bousquet, La Major ; — Alfred Saurel, La Banlieue de 
Marseille (Saint-Giniez) ; — l'abb6 Daspres, Notice sur Saint-Giniez. 

(2) L'abb6 Daspres, Notice sur Saint-Giniez, pp. 27, 28. 

(3) L*abb6 Daspres Notice sur Saint-Giniez, pp. 24 et 29. — Andr&, 
Histoire des religieuses de Vabbaye de Saint-Sauveur, pp. 117,119. 

— De Belsunce, Antiquite de VEglise de Marseille, t. Ill, p 138, etc. 

— Rufli, Histoire de Marseille, t. II, pp. 5G, 101. —Papon, Histoire de 
Provence, 1. 1, p. 362. 



— 193 — 

de Sicile et comte de Provence, avait fonde, de concert avec 
deux riches Marseillais. Le pape, k la demande de Yolande, 
avait consenti k l'union de cette ancienne abbaye des Pr6- 
montres aux biensdu nouveau couvent de Sainte-Paule. Mais 
cemonastfere de Sainte-Paule ayant &t£ d6moli lorsdusifege 
de Marseille par le conn6table de Bourbon, les religieuses qui 
l'habitaient se rGfugterent k Saint-Sauveur, et en 1528, le 28 
Janvier, avec I'autojisation du pape, unirent leurs biens k 
ceux de Saint-Sauveur . a (Test de cette maniere, ajoutent les 
auteurs, que Saint Sauveur vint en possession de ce que Ton 
appelle la chapelle a deis Desnarrados ». Et comme k aucune 
epoque ant6rieure, Saint-Sauveur n'a poss6d6 ces ruines, c'est 
kpartir de cette Epoque, vers 1528, que cette denomination 
de chapelle a deis DesnarraJos » leur aurait 6t6 donn6e (1). 

Observons d'abord qu'& cette Gpoque de 1528 les religieuses 
de Saint-Sauveur ne sont plus des Cassianites. Depuis d£j& bien 
des si&cles ces religieuses avaient quitt6 la r&gle de Cassien 
pour suivre celle de saint Benolt. Ce changement dut s'effec- 
tuer vers le X - sifecle, k Saint-Sauveur, en m6me temps qu'il 
s'effectuait k Saint-Victor (2), alors que les Svfiques de 
Marseille, vu le manque total de moines cassianites, disperses 
on massacres k l'Spoque du sac de I'abbaye, y introduisirent 



(1) Andrg, Histoire des religieuses de Saint Sauveur ;p. 119. — 
Daspres, Notice sur Saint-Giniez, p. 29. 

(2) Lorsque Honorg II, gveque de Marseille, rttablit I'abbaye de Saint- 
Victor, il voulut que les religieux suivissent la regie de saint Benoit : 
« Cam clericis meis divini accensum amoris, in honore Dei omnipotentis 
sanctique Victoris martyris, congregationem monachorum secundum 
regulam sancti Benedict! , in abbatia ejusdem Sancti Victoris constitui 
optamus. » Gartulaire de Saint-Victor, ch. 23. — Belsunce, Antiquite* de 
I'Eglise de Marseille, p. 349, suppose que bien avant 966 la regie de 
saint Benolt etait suivie a Saint- Victor. G'est fort probable. Des l'an 534, 
uo disciple df. saint Benoit I'etablit en Sicile. A peu presa la m£me 6poque, 
Maur, un autre disciple, la fit adopter en France. Des l'an 676 le concile 
deCrecy recommandait aux abbes et aux moines de la suivre. Puis les 
coDciles de Germanie, (742), de Liptines (743), d'Aix-la-Chapelle (803), de 
Reims, de Mayence, de Chalons-sur-Sa6ne (813), ne cessent de la recom- 
mander et de l'imposer aux monasteres. (Histoire chronologique et 
hittorique des con cile 8, par Roisselet de Sauclieres, t. Ill, passim.) 



— 194 — 

les b6nedictins (1). Depuisdonc trois cents ans, quatre cents, 
cinq cents ans, les dames de Sain t-Sauveur, en 1528, ne sont 
plusdes Cassianites; on les appelle: a moniales de Sancto 
Salvatore », les dames de Saint-Sauveur (2). 

C'estune chose que Ton sait k Marseille, que ce sont les 
religieuses d'un autre ordre, n'ayant gufere de commun avec 
les anciennes Cassianites que le privilege et l'honneur de leur 
avoir succede. On sait aussi, k Marseille, qu'Eus6bie et ses 
compagnes etaient des religieuses cassianites ; qu'& ce titre 
leurs corps etaient inhumes k Saint-Victor, presque k c6t6 du 
tombeau de saint Gassien, le fondateur de leur monastfere ; 
qu'elles sont une des gioires de Fordre des vierges quece 
saint avail etabli. Yoilk ce que Ton sait en 1528, et ce que Ton 
a tou jours su & Marseille, avant et apr&s 1528. 

Or, en 1528, les dames, les « moniales » de Saint- 
Sauveur, qui ne sont pas Cassianites, arrivent aux bords 
de l'Huveaune et le peuple donnera & Toraloire qu'elles 
acqui&rent la denomination de chapelle « dels Desnar- 
rados » ! Cela n'est pas possible. Pour que le peuple 
design&t leur chapelle par ce titre, il serait necessaire 
que cette congregation de Saint-Sauveur ait toujours 
et6 designee com me ayant fourni les heroines de ce 
glorieux fait. Or, jamais auteur s6rieux n'a dit que les* 



(1) A quelle epoque precise la regie do saint Benoit fut adoptee par les 
religieuses cassianites, nous ne saurious le dire. Les conciles de 
Germanie en 742, de Liptines en 743, de Mayence en 813, de Pavie en 
855 la recommandent et l'imposent aux monasteres. Quant aux Cassia- 
nites de Marseille, aucun document, que nous sachions, ne nous indique 
si deja elles la suivaient. Le premier titre dans lequelil serait fait men- 
tion de ce point qui nous occupe est de 1216, e'est un bulle d'Honorius III, 
qui autorise d'eiire 1'abbesse de Saint-Sauveur selon la regie de saint 
Benoit: < Cum autem in monasterio vestro, abbatissae fuerit electio 
celeb randa, earn vobis in abbatissam statuimus apostolica auc tori tat c 
concedi quam vos communi consensu, aut major pars vest rum consilii 
sanioris cum consilio rcligiosorutn virorum, secundum Deum et beati 
Benedicti regulam provideritis eligendam. » Andre, Histoire des 
religieuses de Saint-Sauveur, p. 32, pieces justificatives, G, p. 214. 

(2) c Alexander. . . filiabus sororibus Sancti Salvatoris Massiliensis. . . 
monialibus Sancti Salvatoris. » Andre, op. cit. y pieces justif., passim. 



— 195 — 

religieuses de Saint-Sauveur avaient mutile leur visage, pour 
tehapper k la lubricity des Sarrasins. Si on Pa dit, c'est par 
pure confusion de mots, par pure ignorance des 6v6nements, 
en affirmant un fait impossible, car les religieuses de Saint- 
Sauveur datent de Tan 1004 ou au moins de Tan 1033, et les 
Sarrasins ont accompli leurs ravages au plus tard vers 923. 

De plus, si cette denomination de chapelle a deis Desnarra- 
dos r> a 6t6 attribute & ces mines parce qu'elles devenaient la 
propriety de Saint-Sauveur, il aurait fallu que ce titre de 
gloire ait suivi cet ordre religieux dans les divers endroits ou 
son sifcge a 6t6 6tabli, oil il a poss6d6 des biens. Or, a-t-on 
jamais appellS la chapelle de leur abbaye de Saint-Sauveur, 
a la place de Lenche, la chapelle des Accoules qu'elles occu- 
pfcrent plus tard: chapelle a deis Desnarrados » ? D6s PannSe 
1032, elle possfcdaient la quatri&me partie d'AUauch que le 
vicomte Guillaume leur avait c&A&e (1), des droits sur le bourg 
de Laza (Roquevaire) ; en 1216, des terres k Saint-Loup, k 
Saint-Marcel. A-t-on jamais dit que c'Staient Ik les terres 
« deis Desnarrados » ? Ni Marchetti, dans les Coutumes des 
MarseilLais, ni Andr6, ni personne n'ont cit6 un texte don<- 
nant ce titre k ces^hapelles. Done le peuple n'a pas donn6 en 
1528, k ces ruines de PHuveaune, un titre qui n'apparten&it 
pas en r6alit6 k la congregation de Saint-Sauveur. 

Si done on appelle ces ruines de ce nom, c'est qu'il y a un 
motif. L'abb£ Daspres croyait Pavoir dteouvert: a Partout oil 
il y a un monast£re de ces religieuses, on place atissi ce 
glorieux fait (2), tant il est accepts dans Pesprit du peuple 

(1) Andre 1 , Histoire des religieuses de Saint-Sauveur, pp. 17, 32, etc. 
II y a, a Allauch, un quartier appelle Sant-Aouphemi, que Ton croit 

etre le raeme point du terroir designe dans les fragments de Polyptique 
sous le nom de < habemus pralum Sanctse-Euphemise ». Or, jamais, 
durant notre sejour a Allauch, nous n'avons entendu designer cet endroit 
sous le no.n de « deis Desnarrados > et cependant, en supposant qu'il 
soit vrai que ce coin du terroir lut bien le meme que celui dont parlent 
ces fragments, il s'agissait bien alors des Cassia nites, et il ne s'etait pas 
ecoule un long temps depu*s le massacre « dels Desnarrados ». Les peni- 
tents bleus d'AUauch possedaieut jadis une statue desainte Euphemieetie 
culte en l'honneur de cette sainte etait une devotion locale. 

(2) L'abbe Daspres, Notice sur Saint-Giniez, p. 28. 



— 196 — 

que ce sont les Filles de Saint-Cassieh qui se sont montr£es si 
admirables d'hgro'isme. » II serait plus exact de dire : partout 
ou Ton place ce fait, il y a eu un monastgre de religieuses. Et 
Ton gnoncerait ainsi une v6rit£ historique. Car, k ces 6poques 
d6sastreuses, cet acte de courage a 6t6 accompli par des 
legions de vierges chr6tiennes. On dit qu'k Ptol6maide ce fait 
se produisit ( 1). Ruffl cite deux couvents qui furent le th&Ltre 
de ce zfcle virginal (2). Dom B6rengier en cite un autre k 
Gastelmoron (3). De sorte que Ton peut trfes bien dire, en 
renversant la proposition, que lorsque la croyance populaire 
place ce fait k un endroit, c'est que 1& il y a eu un monast&re 
de religieuses. Or, c'est le cas pour les ruines de l'ancienne 
chapelle des Pr6montr6s. Le peuple les appelle maison « deis 
Desnarrados », done il y a eu en cet endroit une maison de 
religieuses. Toute la question est de savoir a quel moment 
on a commence k appeller cette maison en ruine : la chapelle 
« deis Desnarrados ». Est-ce depuis 1528 ou avant 1528? Nous 
le verrons plus tard. 

Que, dans son langage ordinaire, le peuple, de nos jours, 
appelle les religieuses de Saint- Sauveur: a celles qui se sont 
coup6 le nez », et l'emplacement du couvent Saint-Sauveur, 
k la place au Lenche : les ruines du couvent « de'is Desnar- 
rados 9, nous le r6p6tons, c'est par ignorance des fails, 
ou par une confusion de mots. Nous-mgme, quand nous 
employons cette expression vulgaire, ou bien nous ou- 
blions Thisloire de Saint-Sauveur ou bien nous donnons 
k cette expression une signification de convention bien dif— 
terente de ceile qui lui revient en reality. Nous ne pouvons 
vouloir dire, en effet, que ce sont les dames de Saint-Sauveur 
qui ont 6t6 ainsi martyris6es, puisque nous savons que les 
heroines de ce fait c'6taient des Cassianites, et que les reli- 
gieuses de Saint-Sauveur n'&aient pas les filles de Cassien. 

(1) Scaramelli, Guide asedtique, t. Ill, p. 319, traduction par l'abbe 
Pascal. x 

(2) Ruffl, Histoire de Marseille, t. II, p. 58. — Histoire des Normands, 
par Deppiez, p. 153. 

(3) Dom B6rengier, Vie de Monseigneur de Belsunce* t. I, p. 10, 
note 1. 



— 197 — 

Notre manifere de parler signifie done que les dames de Saint- 
Sauveur sont les religieuses qui ont remplac6 les Cassianites, 
qui jadis se mutilferent le visage, en se coupant le nez. Voila 
la veritable et logique signification de cette expression vul- 
gaire dont nous nous servons quelquefois. Ce n'est done pas 
parce que les dames de Saint-Sauveur ont poss6de en 1528 les 
ruines de la chapelle des Pr6montr6s, qu'on a appel£ ces 
mines: la chapelle « de'is Desnarrados ». C'est pour une 
autre raison. 



CHAPITRE IX 

L'abbaye cassianite placto par lee auteurs 
aux Catalans ou au bassin du Oar&iage 



TEXTE DB GROSSON. — PAS DE PREUVES. — INSCRIPTION DU CARENA- 
GE. — IL S'AGIT DANS CETTB INSCRIPTION D'UN HOMME MARIE. — 
ELLE EST DU V s SIECLE AU PLUS TARD. — M. BOUSQUET ET 8A FU- 
RBUR CONTRE PAPON. — M. SAUREL ET SES INEXACTITUDES. 



Grosson, dans son Almanack historique, de Tan 1770, sou- 
tient que l'abbaye cassianite se serait trouvtte « k quelque 
distance da convent de Saint-Victor ». a II y a lien de croire 
que c'Stait vers 1'endroit oil sont aujourd'hui les Inttrmeries 
Yieilles (ies Catalans), sous la citadelle de Saint-Nicolas, et 
non pas k l'embouchure de THuveaune (1). » Grosson est un 
auteur trfcs estimable. Cependant personne n'est oblige k le 
croire sur parole. Aussi une petite preuve nous aurait caus6 
un sensible plaisir. Mais il nous faut nous contenter de cette 
formule bien vague: « II y a lieu de croire ». On avouera 
que ce n'est pas suffisant. Aussi nous passons. 

Voici une objection autrement s6rieuse, quoique assez 
facile k rgsoudre. 

L'abbaye cassianite, suivant Guindon et M6ry, Saurel , 
Bousquet, Magloire Giraud, Verlaque, se trouverait k Tern- 
placement qu'occupe actuellement le bassin du Carenage, en 
dessous de Fabbatiale de Saint- Victor (2). La preuve en serait 
une inscription surmarbre, d6couverte en juillet 1833. 

Quelle est cette inscription ? Sur une plaque de marbre de 
moyenne grandeur est sculpt£e une croix, dont les bras, 

(1) Grosson, Almanach historique de Marseille pour l'annta 1779, 
p. 74. 

(2) Voir le chapitre du present ouvrage ou ces auteurs sont cites in 
extenso. 



— 199 — 

plus courts que le montant, s'adaptent au tiers de la hauteur 
de ce montant, ce qui la fait ressembler k une croix latine. 
Sur cette croix mdme sont graves ces mots , partie sur le 
montant, partie sur les bras : « Votum fecit cui nomen Me- 
nas. » Puis, de chaque cfttg de la croix, dans les angles 
que forment les c6t6s, cette inscription, que M. Edmond 
Leblant a ainsi d£chiffr6e : a Bono requie avia in die futuro 
maritum Eumenata bene vixerit, et me reed e superna vocabit 
apud Domino hie jacet Gemula cui nomen. » Au-desssous des 
deux bras de la croix sont graves k gauche Valpha, k droite 
Yomiga, largement ouverts, renvers^s et reltes par un fll k 
la branche de la croix (1). 

Pour que cette inscription ftit une preuve concluante qu'& 
l'emplacement du bassin du Carenage s'61evait un monasl&re 
de religieuses k une £poque antGrieure au IX* sifccle, il faudrait 
que ce fut \k l'6pitaphe d'uneou de pi usieurs religieuses, vier- 
ges consacrges k Dieu ; de plus, que cette inscription appar- 
tint aux V, VI - , VII* sifecles ou & la premiere moitte du 

(1) Guindon et M6ry, op. cit., p. 201. — Voici de quelle maniere 
M. Edmond Leblant donne le fac-simile de cette inscription : 



+ BON 




REGV 


B AVI 


< 


A* NDIE 


FVTV 


O 


RV MA 


BITVM 




EVMENA 


TE BENE 


i 
? 

T 


VIXS 


ASCVI 


NOMEN 


1 

A 


1 
CO 


f ETM 




f HIGIA 


ERCE 


a 


TET OEM 


DE 8VPE 




VLA CVIN 


RME NO 




OMEN 


CARN 

APUTS 


W 
3 


D SIS 


DQ 




CT 



— 200 — 

VIII" si&cle ; et, enfin, qu'il ftit impossible k des religieuses 
habitant par supposition les bords de l'Huveaune de se faire 
inhumer auprfcs de Saint-Victor. Si cette inscription appar- 
teriait aii IX' ou au X' stecle, elle ne prouverait rien contre 
nous, puisque nous acceptons qu'a partir de la deuxteme 
moitig du VHP sifecle, le monastere cassianite se trouvait 
auprta de Saint- Victor. Si, d'autre part, cette inscription da- 
tant du V% du VI - , du VII - sifecle, il 6tait possible de supposer que 
des religieuses habitant non loin de Saint-Victor, sur les bords 
de l'Huveaune par exemple, aient pu se faire inhumer au 
Cargnage, Inscription ne prouverait encore rien contre nous; 
si, enfin, cette inscription etait l'6pitaphe de toutes autres 
personnes que de religieuses, ce serait bien inutilement qu'on 
1 allfcguerait. 

Or, en premier lieu, cette inscription n'est pas TSpitaphe 
d'une ou de plusieurs religieuses. II s'agit, en effet, d'un cer- 
tain Eumenas, qui est le mari au souvenir de qui l'6pouse, 
peut-6tre cette Gemula indiquGe plus bas, a fait graver cette 
inscription : « Maritum Eumenate ». On le voit, si la ques- 
tion est tranch6e de quelque mantere, elle Test contre ceux 
qui avancent une telle preuve. Dans cette inscription il ne 
s'agit pas de religieuses. 

Ensuite, de quelle 6poque date cette inscription f M. Le- 
blant, qui la relate dans son Recueil d'imcriptions chr6- 
tiennes anterieures au VHP si&cle % n'indique pas de 
date precise. Mais le seul fait de Tavoir insgree dans son 
Recueil indique qu'elle n'est pas posterieure au VIII - Steele . 
Nous prouverons en son lieu que ce marbre appartient k la 
deuxifeme moitte du V si&cle. 

D'ailleurs, ce marbre parlAt-il de religieuses vivant k 
cette 6poque, il ne ponrrait encore fournir une preuve 
concluante contre nous. Si Ton pent, en efiet, supposer que 
des religieuses habitant un monastfere loin de Saint- Victor, 
par exemple sur les bords de l'Huveaune, ont 6t£ inhum6es 
dans le cimeti&re qui se trouvait au bassin du Carenage, toute 
la force de Targument de Guindon tomberait. Or, cette sup- 
position on peut la faire. Dans un chapitre pr6c6dent nous 



— 201 - 

l'avons d^montre longuement (1). Done l'assertion de Guindon, 
M6ry, etc., ne tient pas. 

Gomme Guindon et M6ry, M. Bousquet, auteur de la Mono- 
graphic sur la Major, a soutenu son opinion enalleguant la 
m6me preuve (2). Ce qui a 6t6 dit plus haut devrait suffire. 
Mais nous ne rgsistons pas au plaisir de citer cet 6crivain. 
Rien n'est curieux comme son cas, nous voulons dire sa 
d&onvenue. 

II avail, dans deux passages de son ouvrage, soutenu que 
c'tHait bien a THuveaune que s'glevait le monasUire des 
vierges cassianites. G'est, parait-il, pour s'Stre fig a Papon 
qu'il avait accepte cette opinion. Mais, reconnaissant plus 
tard qu'il n'y avait la qu'un ing^nieux systfeme, M. Bousquet 
se plaint am&rement de sa mGsaventure. Voulant'tancer ver- 
tement l'gcrivahi, il dit de celui-ci « qu'il n'aurait pas fallu 
qu'il avonat, dans le deuxteme volume de son Histoire, qu'il 
n avail pas el£ ad mis k cons u Iter les archives de Saint- Victor. 
Cet aveu contient sa condamnation (3). » C'est bien aussi 
qnelque peu la condamnation de M. Bousquet, car, lorsqu'il 
6crivait sa monographie, vers 1857, il pouvait tr6s bien lire 
1'aveu naif de Papon et agir en consequence (4). 

« Si Papon, ajoute Tirascible auteur, avait eu accfes aux 
archives de Saint- Victor, il aurait vu que remplacement du 
monastere cassianite est parfaitement d£sign6 dans le cartu- 
laire de Saint- Victor : a Pater Cassianus, y est-il dit, funda- 
« vit monasterium monialium non longe a ripa portus, juxta 
« viam de?Gardia.» Voila qui est clair, etGuesnay est inexcu- 
sable de n'avoir pas lu ce texte, lui qui jouissait de la faveur 
qui ne fut pas accordte k Papon. » 

Ce que c'est que de vouloir toujours trouver en d6faut moi- 



(1) Voir le chapitre du present ouvrage intitule : Inscription d Eu- 
genia. 

(2) Casimir Bousquet, La Major, cathedrale de Marseille, pp. 67, 69, 
623. 

(3) C. Bousquet, p. 625. — Papon, Histoire de Provence, t. I, pp. 361, 
362. 

(4) Papon le dit tout simplement dans t. II, page 4 de la preface et 
p. 526. 



— 202 — 

nes et pr&tres ! ! Qui est bien veng6, en effet, c'est Papon 
et Guesnay. Eussent-ils joui du privilege de fouiller les archi- 
ves de Saint-Victor, ii leur etit 6t6 bien difficile de lire ce texte, 
puisqu'il n'existe pas. Et M. Bousquet, qui a vu le cartu- 
laire (1), l'a trfcs mal lu. Papon et Guesnay sont done parfaite- 
ment excusables de n'avoir pas citg ce texte si clair et si pre- 
cis, lis ont lu ce texte, seulement ils l'ont compris, voil& pour- 
quoi ils ne s'en servent pas. On se rappelle, en effet, que nous 
avons expliqu6 ce texte de la charte 40, du XI s sifcele (2). II 
n'est point tel que M. Bousquet afiirme l'avoir lu. En outre, 
il a un sens bien different de celuique M. Bousquet lui donne. 
En d£pit done de cet auteur, il est enti&rement faux que le 
couvent cassianite ait 6t6 au pied de la Garde. 

M. Bousquet est encore dans l'erreur au sujet de la denomi- 
nation provengale a deis Desnarrados ». Nous Tavons prouv6 
plus haut en rgfutantM. l'abb^Daspres. Enfln,ilse trompe 
encore, cet excellent M. Bousquet, quand il all&gue comme 
preuve de son opinion la d6couverte de Tinscription du Car- 
nage. Ce marbre ne parle pas dereligieuses, mais d'une per- 
sonne marine. Done, que M. Bousquet se calme, et qu'il n'en 
ait plus contre Papon. 11 a perdu, lui, l'occasion de soutenir 
ce qui est la vgritg sur cette question. 

Nous arrivons a Alfred Saurel. On a vu plus haut ce que cet 
auteur a 6crit sur le sujet qui nous occupe(3). Malgretout son 
d£sir d'etre exact, A. Saurel a r6uni dans quelques lignes une 
jolie collection d'inexactitudes. 11 cite les auteurs qui sou- 
tiennent une opinion difKrente, puis ilajoute : « Lie document 
que nous donnons avec d'autres est assez precis pour arrgter 
toute discussion (4). » Certes, la preuve pgremptoire que nous 
cherchons depuis si longtemps a-t-elle et6 dgcouverte ? La 



(1) Le cartulaire de Saint- Victor a 6te imprime en 1857. Si M. Bous- 
quet n'a pas vu cet ouvrage imprime, il a pu voir aux archives le car- 
tulaire manuscrit. 

(2) Voir le chapitre oil cc texte est cite et interprets. 

(3) Voir le chapitre de ce present ouvrage ou le temoignage de cet 
auteur est cite. 

(4) Banlieue de Marseille, par Alfred Saurel, Saint-Ginies, pp. 160 
154. 



— 203 - 

voici, telle que la donne A. Saurel: « Pater Cassianus fundavit 
monasterium monialium non longe a ripd portus, juxta viam 
de Gardia ! ! ! d 

Cette phrase que cite A. Saurel ressemble fortement k 
celle que M. Bousquet aflirmait avoir lue dans le Cartulaire. 
Elleestidentique! Aussiun terrible sou peon nous tourmente. 
II est peut-6tre t&ngraire, n'importe, faisons-le connaltre. 
Nous gagerions que Saurel a copte Bousquet, qu'il ne s'est 
pas donng la peine, ou le luxe d'ouvrir un cartulaire de Saint- 
Victor, et d'y lire le veritable texte de la charte 40, du XP Ste- 
ele. Dans tous les cas, il y aurait dans l'assertion de Saurel 
une premiere inexactitude ! 

Cet auteur ajoute qu' « une d6couverte faite en juillet 1833, 
au bassin du Cargnage est du reste concluante. G'est une ins- 
cription tumulaire d6pos6e aujourd'hui au mus6e Borrely, et 
reproduite dans 1'ouvrage de Guindon, qui n'est autre que 
l'gpitaphe d'Eus6bie et ses compagnes. » M. Saurel nous met 
de nouveau martel en t&e ! Nous avons peur qu'il n'ait jamais 
lu cette inscription dans Guindon ; qu'il ne l'ait jamais vue 
au mus6e BorrGly ; et que, de plus, il n'ait jamais apercu, 
au mSme mus6e, l'6pitaphe d'Eus6bie que Ton tiouve dans 
Ruf fi, Verlaque, Andr6, le Cata'ogue raisonn6 du Mu%&e 
arcHologique du chdteau Borrely. Dans l'inscription cit6e 
par Guindon et Mery, nous Tavons montre plus haut, il s'agit 
d'Eumenas, homme marte, et d'une Gemula, qui paralt 6tre 
sa femme ou sa fille, et dans celle d'EusSbie il s'agit d'une 
religieuse qui v6cut cinquante ans « in monasterio Sancti 
Cyrici » . Deuxifcme inexactitude ! 

A. Saurel termine en attribuant la denomination a deis 
Desnarrados » que Ton donne aux ruines de l'Huveaune k 
Tentree en possession de ces ruines paries dames deSaint-Sau- 
▼eur, au XVI* sifccle. 11 a 616 d6montr£ que cette explication 
ne valait rien ! 

Ainsi done les auteurs qui ont plac6 le monastfere cassianite 
k l'emplacement du bassin du Carriage nont pas r6ussi k 
6tablir cette assertion sur des preuves assez solides. 



CHAPITRE X 
L'abbaye cassianite au quartier du Revest 

LBS CASSIANITES ONT POSSEDK DBS BIEN8 AU TERROIR DB SAINT-GINIEZ, 
DURANT LB X* SIECLE. —LB TEXTE DB LA CHARTS 40 N'fiST D*AUCUN 
SRCOURS. — LB REVEST SBLON LBS AUTBURS. 

C'est 1'opinion de l'auteur des Saints de VEglise de Mar- 
seille et les arguments k l'appui que nous devons discuter 
maintenant. Cet aimable historiographe ayant 6crit plus lon- 
guement et tout r^cemment sur lesujet qui nous occupe, nous 
devons ler6futer avecquelque detail. 

« Certains historiens ont cru, a dit M. de Rey, que ce mo- 
nast&re £tait& I'embouchure de l'Huveaune, et ils se sont ap- 
puygs sur une tradition locale qui met en ce lieu le mar tyre 
de sainte Eus6bie. . . Mais il ne paralt pas que les religieuses 
de Gassien aient rien poss6d6 k I'embouchure de l'Huveaune 
avant le XVI'sifecle, et la tradition locale ne peut pas 6tre beau- 
coup plus ancienne (1) .» 

On sait que les Pr6monlr6s reconstruisirent, en 1204, 
une petite chapelle, k cette 6poque en ruine, sur ces 
bords et en firent l'abbaye de Notre-Dame-d'Huveaune qui 
dura deux cents ans. Apr&s ce laps de temps, cette abbaye et 
ses dgpendances f urent donnGes aux Augustines de Sainte- 
Paule, lesquelles cent ans plus tard, en 1528, s'unissant aux 
dames de Saint-Sauveur, leur apportferent cette propri6t6. II 
est vrai que si les religieuses de Saint-Sauveur n'ont fail leur 
apparition k I'embouchure de l'Huveaune qu'en 1528, la tra- 
dition locale sur sainte Eus6bie pourrait ne pas 6tre plus an- 
cienne et partant on ne pourrait gufcre placer en ce lieu le 
martyre de cette sainte. Mais les religieuses de Saint-Cassien 
ont poss6de des terres k i'embouchure de l'Huveaune, ou non 

(1) Les Saints de VEglise de Ma rseiUe, sainte Eusebie, p. 231. 



— 205 — 

loin de li, Men avant le XVI sifccie. Au mois d'avril 1077, Gar- 
sende, abbesse de Saint-Sauveur, cfede ou vend k Saint-Victor 
la dime oula part qui iui revenait sur un champ dont Pierre 
Saumade, filsde la vicomtesse Stephanie et de Guillaume le 
Gros, etait propri&aire. Et ce champ gtait situ6 a juxta ortum 
Saocti Victoris ad Vuelna », sur la rive droite de ce fleuve, k 
peu prfcs vis-&-vis de Saint-Giniez (1). 

Lacharte37 du XI* Steele parle d'un jardin des religieuses, 
« ortum monacharum », situg au quartier de Ressac, jardin 
qui sert de limite et de confront k deux ou trois pifeces de terre 
que certains particuliers donnent ou vendent k Saint-Victor. 
Or, les lieux environnant ou confrontant ce jardin des reli- 
gieuses s'appellent « ad Resclausum ». D'apr&s M. Mortreuil, 
e'est I'endroit du terroir appel6 l'Ecluse, un ancien quartier 
de Saint-Giniez, k la jonction du Jarret et de i'Huveaune (2). 
Voil& A&jk deux proprtetes que Saint-Sauveur possfede sur les 
bordsde I'Huveaune etprfesde Saint-Giniez, au XI - Steele. Or, 
peut-on dire quece soient les premiers biens que Saint-Sau- 
veur ait poss6d6s dans ce quartier ? Mais les fragments trouv6s 
par Ruffi, et que M. Albartes pense 6tre des portions du grand 
Polyptique ou des parchemins lui faisant suite, ces frag- 
ments (3), dis-je, indiquentque « tempore Gualdadi », k Tin- 
diction XI, e'est-^-dire vers .814, Tabbaye poss&iait des escla- 
ves, des serfs, des colons « in agro Columbario ». M. Mortreuil 
place ce quartier de Colombier prfcsdu Rouet (4); qu'au temps 
de Venator, k la fin du IX" stecle, elie avait des esclaves « in 
agro Massiliensi ». Or, l'«ager Massiliensis» comprenait Saint- 
Giniez comme d'autres quartiers (5). 

Pourrait-on assurer que Tabbaye cassianite n'a jamais rien 
poss&te sur les bords de I'Huveaune anterieurement k Valdalde, 



(1) Gartulaire de Saint-Victor, charte 88. 

(2) Gartulaire de Saint-Victor, charte 37. — Dictionnaire topographi- 
qve de Marseille ,par Mortreuil, verbis : Eeluse, p. 138 ; Ressac, p. 306. 

(3) Armorial et Sigillographic des ev^ques de Marseille, parM. le cha- 
noine Albanes. 

(4) Mortreuil, op. cit., p. 114, verbo: Colombier. 

(5) Mortreuil, op. cit.,p. 216, verbo: Marseille.— Gartulaire de Saint- 
Victor, 1. 1, preface, p. LXI. 

14 



— 206 - 

Venator, etc., etc.? que les litres de ces proprtet&s n'ont pas pu 
disparaltre& I'epoque des invasions ? qu'ainsi tels et teis Mens 
n'ont pas pu tomber, k I'gpoque de la destruction de l'abbaye 
cassianite, k quelque date qu'elle ait eu lieu, dans le domaine 
de Saint-Victor ou de la cathgdrale, sans qu'il resUt de cette 
operation une trace quelconque? Certes, il a pu en 6tre ainsi. 
La conclusion de M. de Rey paralt done bien hasard6e. Les 
preuves que nous avons dgduites des chartes 37 et 88 et des 
fragments du Polyptique montrent, au contraire, que la tra- 
dition locale sur sainte Eus6bie pourrait au moins remonter 
j usque- Ik. 

« II est inutile, continue le mfime historien, de nousattarder 
k combattre ces opinions fantaisistes. Nous savons que le mo* 
naslfere des religieuses 6tait voisin de celui des moines, sur le 
port m£me de Marseille (1 ) ». Et M. de Rey cite le texte de la 
charte 40 du cartulaire de Saint-Victor : « Terra Sanclae Ma- 
rine... », etc., etc. Nous avons vu plus haut, en r6futant les 
objections de Ruffi, le cas qu'il fallait faire de cette preuve. Ce 
texte ne va pas ad rem. 

M. de Rey veut ensuite indiquer l'endroit precis oil se serait 
61ev6 le monastfcre des Gassianites : « Le cimetifere de Paradis, 
si vaste qu'il ftit, ne descendait pas jusqu'& la mer. Le pla- 
teau occupy par l'abbaye de Saint-Victor et traverse par la 
rue Sainte actuelles'incline brusquement vers le port par une 
pente rapide. Lk existait, k l'£poque dont nous parlons, une 
villa ou hameau dontle nom rappelle la disposition du terrain. 
Cltait le Revest. G'est surce coteau incline vers la mer que 
s'glevait le monast&re de Saint-Cyr. On ne peut lui attribuer 
un autre emplacement (2) . » Tout serait parfait, si l'auteur 
donnait une preuve de ce qu'il avance. Mais il ne dit quece- 
ci : o Un titre de 1'an 1081 continue aux moines de Saint-Vic- 
tor le « Revestum juxta portum », le Revest sur le port.a 

11 nous semble d'abord que Tauteur commet une inexacti- 
tude topographique en traduisant les mots « juxta portum* 
par sur le port, et en doiinant k ces mols * Revestum juxta 



(1) Les Saints de VEglise de Marseille, p. 232. 

(2) Les Saints de VEglise de Marseille, p. 234. 



— 207 — 

« 

portum » une signification qu'ils n'ont pas. En effet, que veut 
dire, dans le style des chartes, le root a revest » ? Le versant 
d'une moatagne. M. I'abb6 Daspres, dans son histoirede Saint- 
Giniez, dit : « que tous les versants de la Garde sont designs 
par le nom de Revest. Ainsi le bourg de Revest est au nord de 
la Garde, le castel de Revest sur le versant occidental, le che- 
min des Princes et des bouches de l'Huveaune ou Revest de la 
Garde a Test, et le quartier de Saint-Giniez est au midi (1).» 
M. Mortreuil donue k ce mot de Revest la m£me signification : 
« C'est tout le cdt6 de la colline de Notre-Dame de la Garde 
qui avait sa pente vers l'ouest jusqu'& la mer (2). » C'est dans 
ce sens qu ; il faut prendre ce mot de Revest dans la charte de 
1097 : « Dne ptece de terre qui est prfes du chemin qui va k 
Saint-Giniez sur le Revest (3).» Aussi dans ce sens qu'il faut 
prendre les mots a Revestum juxta portum » des chartes de 
1079, de 1081, de 1135 (4). 

Ce n 'est done pas « le Revest sur le port » que signifie a Re-, 
vestum juxta portum »,mais : le quartier, le versant du c6t6 
du port. Ce n'est done pas un bourg, un hameau, un point 
d6termin6 dont les chartes veulent conftrmer la possession k 
Saint-Victor, e'est tout le versant de la Garde vers le port. On 
se rappelle que Honorg II, 6vgque de Marseille, avait donng 
ou vendu k l'abbaye de Saint-Victor, en 966, tout l'espace 
compris entre le port, la mer, la Garde et le chemin de 
Paradis(5); en 1079, 1081, 1135, cette possession fut confir- 
mee d Saint- Victor par les papes. 

Plustard,ce nom de Revest perditsa signification premiere. 
II s'&ait b&ti en cet endroit un petit bourg qui s'appela 
hameau du Revest, e'est le nom que lui donnent les chartes. 
Cede de 1150 le dgsigne par « villa quae dicitur Revestum » ; 
celle du 27 mars 1228 : « villa del Revest » ; celle du 



(1) M. l'abbe Daspres, Notice sur Saint-Giniez, p. 102. 

(2) Mortreuil, op. cit., verbo : Revest, p. 307. 

(3) Charte inedite del097. (Daspres, Notice sur Saint-Giniez, note C, 
p. HI.) 

(4) Chartes 843, 841,844. 

(5) Cartulaire de Saint- Victor, charte 23. 



— 208 — 

1" avril 1228 : « villa de Revesto > ; celle du 30 Janvier 1230 : 
« tenementum de Revesto » (1). 

Or, k cette 6poque, ce centre d'habitation, ce quartier, n'avait 
pas pour limite la partie du terrain incline vers la mer, en 
contre-bas de la rue Sainte. II form ait ce que Ton appelait le 
district de Saint-Victor dont la charte de 1228 indique les 
limites : a Le hameau de Revest et tout ce qui se trouve sur 
son temtoire est ainsi limite : II va du monast&rede Saint- 
Victor de Marseille j usque a la colonne du Podium Formica- 
rium ; de la on va vers le Pontellar ; on com pre nd dans l'espace 
circonscrit le petit bourg qui 6tait autrefois le jardin de Pierre 
Lica, puis toutes les salines. Puis la limite se dirige vers 
l'gglise de Beaulieu (Notre-Dame des Salines), on suit le chemin 
de la Garde, on arrive au pin de Raymond Dalmas, on suit le 
chemin qui va vers Gironde, la maison de Jacques de la Salle 
jusqu'i la mer, de tous cflt6s (2). » Voila le quartier du Revest, 
le district de Saint- Victor au XIII* Steele. C'Siait, en resume, la 
donation d'Honorg II, accrue de donations pdstgrieures. 

Mais le quartier du Revest sur le port, tel que le dgpeint M. 
de Rey,n'existait pas aux VII 6 , VI11\ IX', X sifecles! Exisiat-il, 
il n'est pas prouv6 que le monastfere cassianite s'y 61evat. Et 
serait-il prouv6 qu'il s*61evait en cet endroit en 1081. il fau- 
drait gtablir encore qu'il existait a l'gpoque du martyre de 
sainte Eusgbie, a quelque6poquequ'on le place, du VI? au X* 
Steele. C'est ce qui n*a pas 6t£ fait. Si done le monastfcre s'est 
trouvg, a une epoque, au Revest, c'a &6 postgrieurement au 
martyre de sainte Eus6bie. C'est la, ou du moins tout auprfcs, 
nous le croyons, qu'il se trouvait lorsqu il f ut d^truit, en 923, 

(1) Cartulaire de Saint- Victor, chartes 849, 899, 900, 917. 

(2) t Villa de Revesto... quod clauditur istis terminis videlicet: monas- 
terio Santi Victoris Massiliensis usque ad columnam de Podio Formicario, 
et inde itur ad Pontellar, et inde colligitur borguettus qui solebat esse 
ortus Petri Lica, et tote saline, et postea itur ad ecclesiam de Belloloco 
et inde sicut vadit via qua itur versus Guardiam et ad pinum Raimundi 
Dalmacii, et sicut itur ad Girundam et ad domum Jacobi de la Sala, et 
tote consue remanent indominio monnsterii Sancti Victoris. » Cartulaire 
de Saint-Victor, chartes 899, 900. Ruffl (Ant. de) : « 11 y avail entre les 
salines une chapelle appelee Notre-Uame de Beaulieu ou des Salines, i 
{Histoii^ede Marseille, p. 421.) 



— 209 — 

par les Sarrasins. Dans ces tombes dfeouvertes aux environs 
de la chapelle de Sainte -Catherine, ont repos6 les dgpouilles 
mortelles ou bien des religieuses morte3 postgrieurement k 
Tan 904, ou bien de celles qui moururent aprfcs le marlyre de 
sainte Eus6bie, alors que Tabbaye de l'Huveaune avait 616 
r&iifiee aupr&s de Saint-Victor, ou de celles enfin qui d6c6- 
derent sur les bords de FHuveaune et que Ton transporta au 
cimetifere de Paradis. 



CHAPITRE XI 



L'Abbaye cassianite & Saint-Oyr (Var) 



TEXTS DB M. MAOLOIRB GIRAUD. — UN CCBNOBIUM DK VIBRGB8 A 
SAINT-CYR (VAR). — C'EST A TORT QU'ON L'AURAIT CONFONDU AVBC 
CBLUI DB MARSEILLE. — AUGUNE PRBUVE EN FAVEUR DB L 'OPINION 
DB U. MAOLOIRB OIRAUO. — LA CHAPELLB DB SAINT-CYB (VAB) 
DATBRAIT DU X* OU DU XI* SIBCLE. 



On a lu plus haut les quelques pages que M. I'abb6. Magloire 
Giraud, cur6 de Saint-Cyr (Var), a consacr^esi ce point d'his- 
toire dans sa Notice sur Viglise de Saint-Cyr. Cet auteur, 
apr6s avoir protests qu'il gtait loin de sa pensfe de vouloir 
attaquer une des traditions de FEglise de Marseille, r^tudie, 
le flambeau de la critique & la main. II se detnande si ce ne 
serai t pas k Saint-Cyr m£me que s&evait jadis le a monaste- 
rium Sancti Cyrici » dans lequel une 6pitaphe connue nous 
apprend que sainte Eusebie a v6cu cinquante ans. On le voit, 
c'est de M. TabbS Magloire Giraud que Ton pourrait dire qu'il 
prdche pour sa paroissel Nous ne lui en faisons pas un repro- 
che cependant. C'est un honneur qull vaut la peine de reven- 
diquer pour une locality d avoir donn6 asile k un monast&re 
eel 6b re, comme le fut celui de Saint-Cyr. Seulement, notre 
6crivain dGcapite la tradition, diminuant d'autant la gloire 
qui en reviendrait k son 6glise. Suivons, en effet, son argu- 
mentation (1). 

Disons d abord que M. Magloire Giraud a 6t£ le premier k 
soutenir que le monast&re de Saint-Cyr se Irouvait dans le 
Var. Si loin de Marseille ! C'est contre lui que Ruffi, Lautard 

(1) Notice historique sur Viglise de Saint-Cyr (Var), par l'abbe 
Magloire Giraud. — Nous avons eu la consolation de connaitre l'auteur 
de cette Notice historique 8ur V4glise de Saint Cyr. C'etait un pretre 
d'une eminente vertu et d'une grande science. L'age et la maladie avait 
brise ses forces, raais non sod energie. Un moisavantsa mort, il nepar- 



— 211 - 

et deReyontbeau jeu. Ces Gcrivains n'acceptent pas quele 
monastfcre cassianite fut k l'embouchure de l'Huveaune parce 
que c'etit 6t6 dans un terroir expose aux incursionsdes pirates ; 
loin de toute 6glise pour entendre la messe le dimancbe ; loin 
de toutes les commodites de la vie ngcessaires k un monas- 
tfcre. En vain M. Giraud eut rgpondu que ce monast&re 6tait 
aux environs de la petite ville de Tauroentum. Cette ville ne 
devait pasgtre une forteresse de premier ordre, capable d'offrir 
un asile bien sQr en cas d'invasion, puisque M. Giraud fait se 
retire r k Marseille les religieuses de Saint- Cyr, k l'gpoque de 
l'envahissement de Tauroentum par les Sarrasins. Ce ne devait 
pas fitre non plus une ville off rant beaucoup de ressources ; il 
y avait d'ailleurs une bonne distance entre le monast&re 
suppose et Tauroentum ! Mais arrivons k la discussion. 

t On a confondu le a monasterium Sancti Cyricii », ob 
sainte EusGbie a v6cu cinquante ans, avec le monast&re de 
femmes fond6 par Cassien en 420, habits par la soeur de saint 
C6saire, d&ruit par les Normands en 867, saccag6 par les 
Sarrasins en 928. Et pour faire cette identification on n'a eu 
qu'une preuve: l'inscription que Ton connait (1). » II y a 14 
une exaggration. Aucun monument historique ne prouve 
qu'il faille identifier les deux monastfcres, c'est vrai. Maisce 
quiestvrai aussi, c'est que, d'une part, aucun monument, 
aucune inscription n'indique que de 410 k 923 il y ait eu k 
Marseille un monastfcre de femmes autre que celui des Cassia- 
nites. D'autre part, le monastfcre fonde par Cassien gtait k Mar- 
seille, rienn'est plus sur, mille preuves existent. La vie de 
saint C&aire, le texte de Gennade, la charte 40 du XI* Steele, 
les chartesde 1066 relatives k Saint-Sauveur, celles de 1431 
et 1446, etc., etc. Enfin, T6pitaphe de sainte EusGbie mention- 
nant un a monasterium Sancti Cyricii » a 6t6trouv6e k Mar- 
seille; la tradition et runanimite des auteurs disent que ce 

iait que de nouvelles monographies k ecrire et d'une grande missioa k 
(aire pitcher a Saint-Cyr. Les felicitations venues de plusieurs acade- 
mies et co mites historiques de Province avaient recompense ses labeurs 
scientifiques. Dieu Fa certainernent recompense de ses travaux de pretre 
et de pasteur des ames. 
(1) Magloire Giraud, op. cit. t p. 14. 



i 



- 212 - 

monast&re de Gassien plac6 sous le vocable de la Sainte Vierge 
6tait le m6me que celui qui f ut plus tard « in honore Sancti 
Cassiani ». On conclut tout naturellement que le titre de Saint- 
Cyra 616 un vocable nouveau sous lequel l'abbaye cassiani te 
6tait plac6e au VIP ou au VIII* sifecle, que ce monastfere cas- 
sianite a chaug6 souventdenomet de place, maisque, malgre 
ces change men ts, il n'y a jamais eu qu'un seul mouast&re. 
L 'inscription de sainte EusGbie n 'est done pas la seule raison 
pour les auteurs de commettre ce que M. Magloire Giraud 
appelle une confusion. 

Cet auteur aura-t-il, du moins, quelques preuves k donner 
que le « monasterium Sancti Cyricii» de 1'inscription de sainte 
£us6bie et celui fond6 par Gassien 6taient deux monast6res 
distincts? Nous le verrons bientOt. 

« On a fait u ne seule personne de sainte Eus6bie, qui 

a vecu cinquante ans « in monasterio Sancti Gyricii », avec 
cette Eusebie que la tradition dit avoir et£ martyris6e par les 
Sarrasins. Et Ton n'a eu que des preuves inadmissibles. On en 
a fait une abbesse, et cette inscription ne contient pas les 
mots de « abbatissa, praefuit ». On en a fait une martyre, et 
cette inscription encore ne porte aucun signe symboiique, une 
palme par exemple, qui le fasse supposer. On a dit que son 
corps reposait k Saint-Victor dans un tombeau, et ce tombeau 
nefutpas fait pour elle, il lui est anterieur de deux cents 
ans (1). » C'est le r£sum£ des pages de MM. Magloire Giraud. 

C'est vrai, Inscription dont il s'agit n'indique pas que 
sainte Eus6bie fut martyre. Moins que tout autre, M. Magloire 
devrait en 6tre surpris. Ce fut, en effet, selon lui, « quelque 
lapicide de campagne qui grava cette inscription. » On 
l'avouera, notre lapicide dut 6tre bien embarrass^ pour dire 
dans son 6pitaphe, en un style passable, que sainte Eus6bie 
s'6tait coup6 le nez ! Pour trancher la difficult^, le lapicide 
n'a rien dit. Mais nous donnons la r£ponse ailleurs k cette 
objection. 

Cette inscription n'indique pas qu'elle fut abbesse! Ceci est 
peut-6tre exag6r6. Car ces mots : a religiosa magna » ou 

(1) Magloire Giraud, op. cit. y passim, p. 14 et suivantes. 



<- 213 — 

« magna ancilla Domini », rapprochSs de a magnus Dei sacer- 
dos », qui chez saint Gr6goirede Tours d^signent un 6v6que, 
de « ancilla Dei » donn6 aux simples religieuses, pourraient 
remplacer trfcs avantageusement les mots « abbatissa,prsefuit » 
que Ton se plaint de ne pas y lire. 

Le tombeau ou reposaient ses restes k Saint-Victor n'avait 
pas 6t6 fait pour Eus6bie. II 6tait de deux cents ans plus 
ancien qu'elle! C*est vrai, nous croyons que c'est \k un tom- 
beau paien, alors que d autres y voient un tombeau Chretien. 
Mais qued'autres corps saints, k Saint-Victor, out 6t6 d6pos6s 
dans des tombeaux paiens: saint Mauront, saint Victor, etc.! 

« D'autre part, vers le milieu du IX* siecle(l), avant la 
destruction de Tauroentum, existait pres du village de Saint- 
Cyr, au quartier rural de la Mure (villa murata) un monas- 
tfere de femmes, dont on dSsigne Templacement, et dont il 

reste la tour Ceci semble determiner k Saint-Cyr m&me 

Templacement du a monasterium Sancti Cyricii » oil v6cut 
durant cinqnante ans sainte EusGbie. Ce monastfcre dut 6tre 
abandon n£ par les religieuses lors de l'envahissement de Tau - 
roentum par les Sarrasins. Celles-ci se r£f ugiant k Marseille, 
les restes de sainte Eus6bie furent portfis k Saint-Victor, mis k 
la hate dans un tombeau, et un lapicide de campagne grava 
l'gpitaphe en termes barbares. » 

Nous avouons ne plus reconnaltre la tradition de Marseille. 
Nous eussions pr6f£r6 voir M . Magloire Giraud revendiquer 
hautement pour sa paroisse de Saint-Cyr la gloire d'avoir et& 
le theatre du massacre. II dScouronne la tradition 1 Mais, s'il 
est vrai, comme ie soutient notre £crrivain, qu'autre a £t£ 
le « monasterium Sancti Cyricii », autre celui fonde par 
Cassien; s'il est vrai que ce monastere d'Eusfibie se trouvait k 
Saint-Cyr dans le Var, M. Magloire Giraud, en sa quality de 
cur6 de Saint-Cyr, doit poss6der une ample provision d'argu- 
mentsi l'appui de son dire. HglasI il va falloir nous contenter 
de peu : 

« L'existence d'un monastfere de femmes, k Saint-Cyr, est 

(1) Magloire Giraud, op. cit. % p. 15. 



— 214 — 

attests, dit-il, par la tradition locale et les debris qui oat 
surv6cu aux ravages des hommes (1). » Et c'est tout. 

Cela est vrai peut-6tre. Mais, k notre tour, sans 6tre trop 
exigeant, et tout en gtant dispose k croire M. Giraud sur pa- 
role, une preuve, si petite ftit-elle, etit bien fait notre affaire I 
Nous avons cherchg dans les divers ouvrages+de cet auteur, 
sur Tauroentum, sur Saint-Damien, sur le canton du Beausset, 
s'il n'avait pas fait la preuve de son assertion. Impossible de 
rien trouver de precis. Dans son livre de TauroBntum, aprfes 
avoir parte de cet gdifice a p pel 6 la Mure, il se contente 
d'ajouter : k On croit ggn&alement, dans le pays, que cet 
ancien Edifice 6tait autrefois un monasters, f ignore jusqu*& 
quel point cette conjecture est fondle (2). » Or, cet ouvrage 
sur Tauroentum est de 1853, celuisur Saint-Cyr est de 1855. 
Si M. Magloire Giraud n'avait pas de preuve lorsqu'il gcrivait 
de Tauroentum, il devait en avoir lorsque, gcrivant de Saint- 
Cyr sa paroisse, il abordait cette question. II avait k dgmontrer 
que res mines de la Mure 6taient bien celles d'un ancien 
monast&re, et que ce monast&re 6tait le m£me que le « monas- 
terium Sancti Cyricii ». C'est ce qu'il n'a pas fait! Nous som- 
mes done en droit de l'affirmer: c'est un simple rappro- 
chement que M. le cur£ de Saint-Cyr se permettait de faire 
par suite de la similitude des noms que portaient et sa pa- 
roisse et cet ancien monast&re. Mais une pure supposition I 
Car, nous le r6p£tons, aucune raison serieuse ne prouve qu'il 
y ait eu k Saint-Cyr un monasters. 

Inutile aussi d'affirmer qu'il y a eu \k un monastere de 
Saint-Cyr, parce que pi as tard les moines de Saint-Victor oat 
donng ce vocable k une chapel le du terroir, l'gglise du Saint- 
Cyr act u el. Quoique la fondation d'une chapelle k Saint-Cyr 
(Var), en Thonneur du jeune saint martyr, remonte k une 
Gpoquefort ancienne, cependant, on ne peut pas dire « qu'elle 
se perde dans la nuit des temps (3). » On peut trouver l*6poque 



(1) Magloire Giraud, op. cif., p. 16. 

(2) Magloire Giraud, Mimoire sur Vancien Tauroentum, pp. 43, 44. 

(3) Magloire Giraud, Histoire du prieuri de Saint-Damien t pp. 4, 7. 
— Notice sur I'dglise de Saint-Cyr (Var) % par le meme. p. 8. 



— 215 — 

approximative de cette fondation. Ce n'est qu'en 966 que les 
religieux de Saint-Victor viennent dans cette con tree (1). 
L'£v6que de Marseille, Honorg II, leur donne, aux termes de 
la charte : a ecclesiam Sancti Damiani cum appendiciis suis ». 
Par ces mots sont designees les terres qui dependent de Saint- 
Dam ien, dont la mftme charte donne les limites (2). 

Si d£j& la chapel le de Saint -Cyr existait, si surtout il y avait 
eu, dans les environs de Saint-Damien, uu monast&re de Saint- 
Cyr, Honors II en aurait fait mention en parlant des dgpen- 
dances. S'il ne dit rien, c'estqu'i cette 6poque, sur ce terroir, 
il n'y a que i'gglise de Saint-Damien. Plus loin, il y a la 
Cadifcre. Ce village & son tour est c£d6 en grande partie k 
Saint- Victor par Guillaume I", comte de Provence, vers 967. 
Or, «lce moment, la paix qui succfede aux invasions porle 
tous les habitants k se remettre aux travaux des champs. La 
population, qui s'6tait abrit6e jusqu'ici dans les villages for- 
tifies, se repand dans la campagne. Les moines alors font 
eiever dans la circonscription territoriale des chapel les rurales 
pour alimenter la pi£t6 des fid&les et leur faciliter l'accom- 
plissement des devoirs religieux (3). Telles furent eel les de 
Saint-Jean, du c6t£ du levant de Saint-Damien ; et celle de 
Saint-Cyr, dans la partie du territoire la plus voisine de 
Taurcentum. » Nous cttons M. Magloire Giraud lui-m&me et ce 
n'est que dans les chartes del 113 et 1135, que ces chapelles 
sont indiquGes comme annexes de l'6glise de la Cadtere : « pa- 
rochialem ecclesiam de Cadeira cum capellis suis. » Jusqu'i 
cette Gpoque, on n'en trouveaucune trace. En 1079, il n'y a 
d'indiquds que Saint-Damien, la Cadi&re, son ggliseet les 
eglises des villages voisins (4;. Si les chapelles ne sont point 
nommtes, e'est lapreuve qu'elles n'existent pas encore. 



(1) Magloire Giraud, Memoir e sur Taurcentum, p. 152; Histoire du 
•prieuri de Saint-Damien, pp. 4, 7 ; Notice sur Vtglise de Saint- 
Cyr, p. 8. 

(2) Gartulaire de Saint-Victor, charte 23. 

(3) Magloire Giraud, Histoire du prieure' de Saint-Damien, p. 15. 

(4) Gartulaire de Saint-Victor, charte 843, de 107y : c cell am Sancti 
Damiani... castella quae subscripta sunt, villas cum ecclesiis, praediis et 
pertinentiis, videlicet catedram, Citharistam »', etc.— Charte 848, de 1133 : 



— 216 — 

Pourquoi, maintenant, les moines donnent-ils k cette cha- 
pel le rurale le vocable de Saint-Cyr plutdt qu'un autre ? II est 
difficile, k huit cents ans de distance, d'indiquer le motif qui 
determine ce choix. Quel qu'il ait pu 6tre, on avouera qu'etant 
donnee la pSnurie, l'absence de preuves indiquant Texistfence 
d'un monastfcre k cet endroit, on ne saurait s£rieusement 
prgtendre que si les moines, vers 1113, ont appele cette cha 
pelle du nom de Saint-Cyr, c'est qu'il y avait Ik ou aux envi- 
rons un monastere de femmes portant ce vocable. Ce ne serait 
qu'une affirmation en l'air. 

Done, la supposition de M. Magloire Giraud : qu'il y a eu, k 
Saint-Cyr (Var), un monast&re de femmes ou de filles, est 
sinon fausse, du moins tr&s hasard6e. Partant, Tobjection 
qu'il enonce contre notre th&se est sans force et n'est pas 
prouvte. II nous est done permisde ne pas en tenir compte. 



c parochialem ecclesiam de Cadeira cum capellis suis ». — Gharte 844, 
de 1135 : c parochialem ecclesiam de Gadeira cum capellis suis ». 



CHAPITRE XII 

* 

L'Abbaye cassianite & Saint-Loup 

AFFIRMATIONS DB M. MEYNIER BT OB M. L'ABBE GAYOL — PAS DB 
PREUVBS A L'aPPUI.— BN 1240 « ORTUM MONIALIUM DB CARVILLIANO.— 
LK8 RUINESQUI EXI8TBNT SONT CELLES D'UNE MAISON DB CAMPAGHB 
APPARTENANT A SAINT-SAUVEUB. — ASSERTIONS QBATU1TBS DB M. 
ANDRE. 

On a lu plus haut ce que Meynier a 6crit au sujet de Saint- 
Loup et de Saint-Cyr, emplacements supposes d'un couvent 
cassianite de femmes. Ce monastfere aurait 616 situ6 k quelque 
distance de la route de Saint-Loup et, suivant la tradition du 
pays, il aurait 6t6 d6truit par les Sarrasins (1). (Test bien d'in- 
voquer la tradition du pays, mais encore faudrait-il fournir 
quelque preuve. Et M. Meynier n'en donne aucune. II n'y a 
done pas lieu de s'arrfiter & cette assertion. D'ailleurs, ce que 
nous allons dire va servir k la ref uter. 

L'abb6 Gayol, auteur de la Monographic sur le village de 
Saint-Loup, k Marseille (2), n'a fait qu'une supposition, ne 
reposant sur aucune base s^rieuse, lorsque, aprfcs avoir 
dit que Ton avait* fond6 un monast&re de religieuses au 
quartierde Saint- Tronc, il ajoute que c'6tait « peut-6tre Ik 
qu'habitaient les Desnarrados.n (Test un a peut-6lre » absolu- 
ment en I'air ! 

II est certain que les religieux de Saint-Victor acquirent 
en 840 une portion du terroir appelS Carvillan (3), terre dont 
M. I'abb6 Amaud a donn£ les limites bien exactes (4). Ce 

(t) Meynier, Anciens Chemins de Marseille, p. 21. 

(2) Histoire du quartier de Saint-Loup, par l'abbe J.-J. Gayol, 
pp. 13, 26. ' 

(3) Cartulaire de Saint- Victor, charte 28. 

(4) L'abbe Arnaud, Notice historique et topographique sur Sainte- 
Marguerite, chap. 2, p. 26, etc— L'abb6 Gayol, op. cit., pp. 21, 22, donne 
les limites de Carvillan. 



- 218 — 

tenement, quelle qu'en soit l'6tendue, est situ6 entreSainte- 
Marguerite et Saint -Loup ; et si le quartier actuel de Saint- 
Tronc ne faisait pas partie jadis de Carvillan, du moins il en 
6tait voisin. II est certain encore que les religieuses de Saint- 
Sauveur poss&lferent en 1216 de3 terres au quartier de la 
Moulte, entre Saint-Loup et Saint-Marcel (1) ; qu'en 1216 
encore elles avaient des pr6s, des terres, des vignes, des mou- 
lins au quartier de Sanctis, proche la rivifcrede THuveaune (2). 
Ce quartier de Sanctis c'est Saint-Thyrse, Saint-Loup. Or, ces 
terres 6taient forc&nent voisines de Saint-Tronc, de Car- 
villan. 

Certain encore qu'en 1240 le comte de Provence, Raymond 
B£renger, prit sous sa protection ces terres que la charte 
dgsigne sous le nom de jardin, propri6t6 des religieuses 
a Garvillan (3). Mais y avait-il en cet endroit, en 1240, un con- 
vent de religieuses? Le Pfere Saint-Alban, en parlant de Saint- 
Tronc, dans le Calendrier perpttuel et spirit uel de la ville de 
Marseille, affirme o qu'il y avait autrefois en cet endroit 
(k Saint-Tronc) un couvent de religieuses de Saint-Benolt. On 
y voit des masures de cette gglise (4). » L'abb6 Cayol fait la 
description de ces mines, en ajoutant que Ton fondaen cet 
endroit (k Saint-Tronc; un couvent de religieuses qui exis- 

(1) C'est ce que nous apprend une bulle d'Innocent III, datee de Todi 
et du 29 avril 1216 : a Innocentius episcopus... dilectis filtabus abbatisse 
et monialibu8 sub B. Petri et nostra protectione suscepimus, special iter 
autem ecclesiam Sanctse Maria de Accuis... jus quoque quod h abet is in 
castris de Allaucho, et Rocaveira, etc... Motta juxta fluvium VelnsB...» 
De Belsunce, VAntiquiti de VEgltie de Marseille, t. II, p. 62. — Andre, 
op. cit., p. 62. 

(2) Andre, op. cit., pp. 33, 214 : c Et in villa quae dicitur Sanctis et 
circa flumen quod vocatur Ivelna, prata, terras, vineas et molendinas.i 

(3) t . . . insuper affldamus, eodem modo, ut supra, villam de Revesto 
domos Sancti Genesii, ortum monialium de Garvilliano, de Sala et 
Sancti Justi, cum omnibus famulis, possessionibus ac rebus omnibus 
praedictorum locorum, et generaliter quidquid ad dictum monasterium 
(Sancti Victoris) pertinet in tota villa Massiliae et ejus territorio seu 
tenemenlo. » Gartulaire de Saint- Victor, t. II, charte 1027, de 1240. 

(4) Calendrier spirituel et perpetuel pour la ville de Marseille, p. 
176, imprime en 1713; par le Pere Saint-Alban. — Histoire du quartier 
de Saint-Loup, ut supra, p. 14. 



- 219 — 

tait en 1240, et qu'il va 6tablir que ce9 religieuses de Car- 
villaji ne sont autres que rcllesde Saint-Tronc, dont parle le 
Pfcre S^int-Alban. Mais, ces preuves, nous les attendons 
encore I 

II est visible cependant que Terreur com raise par Saint- 
Alban et l'abbe Cayol provient de ce qu'ils out mal traduit les 
termes de la charle de 1240 : « ortum monialium de Carvil- 
liana ». Cequele comte de Provence prend sous sa protec- 
tion, c'est ce dont Honorius III conflrmait la possession k 
l'abbaye de Saint-Sauveur, en 1217. Or, dans cette bulled'Ho- 
norius, il s'agit de terres, de pr£s, de vignes, de moulins que 
les religieuses de Saint-Sauveur de Marseille possedaient k 
Sanctis, Saint-Thyrse, Saint-Loup, mais nullement d'un 
nouveau monastere. Le comte de Provence, en 1240, pre- 
nail sous sa protection de suzerain temporel ces terres, que 
les religieuses possedaient k Carvillan, a ortum monialium de 
Carvilliana ». Ge ne sont pas les religieuses qui sont k Car- 
villan, ce son t les terres, l'« ortum », la proprigtg. Voili ce 
qu'il y a dans ces chartes (lj. 

Que, dans la suite, les religieuses de Saint-Sauveur aient eu 
une maison de campagne voisine de Carvillan, on l'acceptera, 
sil'onveut. Mais, qu'il y ait eu, en 1240, un monast&re 
different de celui de Saint-Sauveur, o'est une erreur. Les 
ruines dont l'abbd Cayol fait la description, M. Saurel en a 
racontg l'hisloire (2). Nous la croyons exacte. Mais ce ne sont 
pas les ruines d'un monast&re datant de 1240! C'est done en 
vain que a quelques antiquaires croient que le couvent de 

(1) C'est tellement le sens de ces mots c ortum monialium », que la 
meme charte disant « ortum monialium de Carvilliana, de Sala, et Sancti 
Jusii », il faudrait dire qu'il y avait des religieuses non seulementa 
Carvillan, mais encore a la Salle (pres de Saint-Marcel) et a Saint-Just. 
Or, en 1214, iln'y avait que quinze religieuses a Saint-Sauveur, et en 
1252 on n'en compte que treize. Comment supposer qu'il y ait eu a la 
meme epoque plusieurs communautes de religieuses de Saint-Benoit a 
plusieurs endroits hors de Marseille ? 

(2) D'apres M. Saurel, la chapelle serait posterieure a Tan 1645. Quant 
au monastere ou a la terre, c ce n'est qu'a titre de propriete rurale, de 
maison de campagne, de maison de sante peut-etre, que les Benedictines 
Pont possedee ». Saurel, Banlieue de Marseille, Saint-Tronc, p. 195, etc. 



- 220 — 

Saint-Tronc gtait une annexe de celui de Saint-Sauveur (1) » ; 
en vain, M. Andr6 lui-m<ime, 6crivant k l'auteur de V Histoire 
de Saint-Loup, dit qu'il a serait tent6 de croire que labbaye 
cassianite de Saint-Sauveur fondle par Gassien avail des 
annexes aux environs de Marseille, que Saint-Tronc pouvait 
bienengtre une... Car les chartes nous apprennent que 
Cassien eut jusqu*& cinq mille moines sous sa conduite. Les 
vierges, dans ce sifecle defoi, durent s'enrOler en grand nombre 
et renoncer aux vanites des choses de la terre (2j .* 

Que saint Cassien ait comptg, *de son vivant, jusqu'& cinq 
mille moines sous sa direction, c'est un fait certain (3;. Mais 
qu'il y ait eu un nombre trfes grand de religieuses, ' rien ne 
Tindique. Sainte EusSbie n'avait que quarante compagnes, 
dit la tradition. Lors de la restauration du monasters, en 1004, 
par Elgarde, il n'y a que quatre ou cinq religieuses. Cela 
n'indique pas un grand zfele de la part des femmes pour la 
vie religieuse, que cela provienne de la difficult^ des temps 
ou de toute autre cause. 

a De \k insuffisance de local, ajoute M. AndrS, et n£ces~ 
sit 6 d'6tablir des succursales oil la maison mfcre envoyait 
celles qui 6taient le plus affermie3 dans l'6tat religieux (4). » 
Ceci est encore une douce exaggration qui nous gtonne de 
partdeM. Andr6. L'abbaye de Saint-Sauveur n'a jamais dix 
cr6er des succursales; encore moins au XIII- stecle. M. Andr6, 
en effet, dit en propres termes qu'au XIII" Steele la commu- 
nautg de Saint-Sauveur n'etait pas nombreuse. De fait, en 
1214, elle ne se composait que de qmnze religieuses; en 1257, 
de treize ; en 1266, de vingt-sept (5). 

II est done bien peu probable qu'en 1240 il y efct un monas- 
tfcre annexe k Saint-Tronc. D'ailleurs, elles 6taient loin d'etre 

(1) Histoire du quartier de Saint-Loup, par l'abb£ Cayol, p. 26. 

(2) Histoire du quartier de Saint-Loup t par l'abb6 Cayol, p. 27. 

(3) €. Coenobium Massiliense, priscorum temporibus, sic sub regulari 
dominatione viguit Deo volente, ut quinque millium monacborum nu- 
merus ibi reperiretur, in sancti Cassiani tempore. . » Cartulaire de Saint - 
Victor, charte 532. 

(4) Histoire du quartier de Saint-Loup, par I'abb£ Cayol, p. 27. 

(5) Histoire des religieuses de Saint-Sauveur, par M. Andr&, pp 
41,32,45. 



— 221 — 

exemplaires en tout, puisque l'6v6quede Marseille dat procgder 
canoniquement contre elles, en 1278(1). Non, Tppinion de 
M. Andre, pas plus que celle de 1'abW Cayol, n*est fondle en 
raison. 

Quant k la chapelle de Saint-Cyr, bAtie sur le sommet d'une 
montagne aux environs de Saint-Loup, M. Cayol dit : « qu'elle 
a du 6tre b&tie par la maison de Saint- Victor ou les religicuses 
de Saint-Tronc (2).» C'est fort probable. Mais k quelle 6poque, 
on n'en sait rien. M. Cayol ne citant aucun texte et ne donnant 
aucune raison, nous n'avons pas k nous en prgoccuper da- 
vantage. 

Dailleurs, que nous importerait qu'il y ait eu, en 1240, un 
monastere de religieuses k Saint-Tronc, que ce ftit une 
annexe de Saint- Sauveur? Notre thfcse n'en subsisterait pas 
moins : qu antgrieurement au milieu du VIII- siecle le 
monastfcre cassianite s elevait aux bords de l'Huveaime. L'abb6 
Cayol devrait, en effet, prouver que ce monast&re de Saint- 
Tronc, en 1240, remonte au VII- ou au VIII- Steele; que d6j4 
k cette epoque il existait sous le vocable de Saint-Cyr; qu'il 
n'y en avait pas d'autre k Marseille ; que c'est Ik enfrn que 
sainte Eus6bie est morte ! Autant de points que cet 6crivain 
aurait dti 61 u cider; ce qu'il n'a pas fait. Nous sommes done 
en droit de le dire : le monastere cassianite n'gtait pas k 
Saint-Tronc. 



(1) Histoire de Vabbaye des religieuses de Saint-Sauveur, par Andre, 
p. 46, etc. 

(2) Histoire du quartier de Saint-Loup, par l'abbe Cayol, p. 32. — 
D'ailleurs, quel fut le vocable primitif de cette chapelle et de la montagne 
sur laquelle on la voyait ? Mortreuil incline a croire que e'etait Saint- 
Thyrse, dont le langage du peuple a fait Saint-Cyr. Inutile, par conse- 
quent, de pretexter la similitude des noma, pour affirmer la presence au 
quartier de Saint-Cyr d'un monastere de Saint-Cyr. — Voir Mortreuil, 
Dictionnaire topographique : Saint-Cyr. 



15 



CHAPITRE XIII 

Assertions di verses de la « Gallia Christiana », 
de M. Andr6, de l'abb6 Verlaque, etc., etc. 



A GALLIA CHRISTIANA ». — If. ANDRE. — L'ABBtf VERLAQUE. — QUBL' 
QUB8 AUTBURS DB3IONENT SAINT-MARCEL. — M. LB DOCTEUR COUftBT. 
— PAS A1LLBUR8. 



La Gallia Christiana (1). — Nous croyions dteouvrir dans 
c^touvrage une mine de renseignements sur le sujet qui 
npusoccupel LeP6re Denis de Sainte-Marthe n'a su que copier 
Ruffi et ses erreurs. On n'y accepte pas 1'opinion de Guesnay, 
qui place le monastfere aux bords de I'Huveaune. On prgf&re, 
avec Ruffi, le placer aux pieds de la montagne de la Garde. 
Et les preuves sont celles de Ruffi : la cbarte 40 d'abord, la 
ddcouverte des tombeaux faite en 1685, & Templacement de la 
chapelle Sainte-Catherine, les deux char tes de 1431 et 1446. 
Or, de toutes ces assertions, aucune n'a de valeur probante. 
Nous l'avons d6montr6 plus haut. 

M. Andr6 (2). — II semble que c'est avec cet auteur surtout 
que nous devrions ou marcher d'accord, ou bien avoir maille 
Apartir! II n'enestrien cependant. M. Andrt est trfes paci- 
fique. II n'est pas de notre opinion, puisqu'il pr6f6re celle de 
Ruffi. Mais il se contente de citer le dire des auteurs, et il 
n'all&gue aucune preuvenouvelle. Pour lui r abba ye cassianite 
est prfes du port ; son argument le plus convaincant c'est le 
texte de la charte 40. Nous l'avons vu, ce texte ne signifie rien 
contre nous. Ainsi nous nous quittons bons amis avec M. 
Andrg. 



(1) Gallia Christiana, t. I, Eccleata Masailienais, Abbatia Sancti 
Salvatoria, col. 695, etc. 

(2) Histoire de Vabbaye des religieuaea de Saint-Sauveur, p. 2 et 
suivantes. 



m _"- T, * 



f^. 



V" 



— 223 — 



• 



L'abbe Verlaque (1) a ecrit, sur notre sainte; or, il soutient 
que l'opinion la plus accreditee est que l'abbaye fut bAtie au 
pied de la montagne de la Garde, k l'endroit oh se trouve le 
bassindu Carenage! Nous ne pardonnons que difficilement k 
l'abbe Verlaque de n'avoir pas. dans sa Notice sur sainte 
Euse'lrie, discute cette assertion pour la contredire ou la 
prouver. Nous avons dCi le faire plus haut, et il r&ulte de cet 
eiamen que l'opinion, loin d'etre accreditee, n'est pas fondle 
du tout. 

Get auteur mentionne l'opinion de ceux qui placent 
l'abbaye caesianite k la Major, sous pretexte qu'il exist ait, dit- 
on, jadis un passage souterrain entre Saint- Victor et la Major. 
C'estun pur cancan sur les communications souterraines que 
les romanciers affectent de faire exister entre les monasteres 
de moines et les monasteres de religienses. a Ce souterrain, 
dit M. l'abbe Verlaque, citant Grosson(2), n'a jamais existed En 
effet, le creusement du bassin du Carenage n'arien reveie de 
semblable. Efit-il existe d'ailleurs, ce ne serait pas une 
preuve qu'& la Major il y avait un monastfere de religieuses. 
Ilaurait pu etre k F usage des pretres et des pr&tresses de 
Diane, dont le temple etait, dit-on, k la Major actuelle. Mais 
le texte indiquant qu'il y a eu \k un monastere de religieuses, 
ce texte est encore & trouver ! 

S'ilfauten croire Ruffi, Andre, etc, (3), quelques auteurs 
auraient place le coenobium cassianite k Saint-Marcel. Qui 
son t ces auteurs, en quels ouvrages cette assertion esl-elle 
emise? Nous ne savons. Sur quel document ont-ils pu 
appuyer une telle opinion ? Nous ne savons encore. Serai U-ce 
la bulle d'Honorius III, datee du 12 octobre 1216, dans 
laquelle le papeconfirme k l'abbaye de Saint-Sauveur tels et 



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(1) Notice sur sainte EusMe, abbesse et mart y re du diocese de 
Marseille, par l'abbe V. Verlaque, p. 8. . 

(2) Grosuon (Recueil des antiquitis et des monuments marseillais, 
p. 229) detruit cette fable. Guindon et Mery (Actes et deliberations du 
conseil de Marseille, t. V, p. 170, note) ont fait de m6me. 

(3) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 56. — Andre, Histoire de 
l'abbaye de Saint-Sauveur, p. 2. — M. de Rey. Les Saints de VEglise de 
Marseille, p. 230. 



— 224 — 

tels biens ou revenus, entre autres c les tasques de Porpo- 
rieres (1) » ? « Porporiferes ou Corporieres, Carpouriere, est un 
torrent qui prend naissance dans les vallons de la Treille, 
traverse le territoire des Gamoins et va se perdre dans THu- 
veaune, aux environs de Saint-Marcel (2). » Ces tasques que 
percevait I'abbaye de Saint-Sauvenr 6taient-elles attaches k 
quelque fonds de terre, pres de Saint-Marcel? (Test possible. 
Dans tous les cas, la charte de 1216 parle de taxes, de rede- 
vances et non pas de ccenobium ni d'abbaye. SMI s'agit d*une 
abbaye, o'est de celle de Saint-Sauveur de Marseille qui avail 
la directe, la possession de ces biens-fonds. Et puis nous 
sommes au XIII* siecle, et non pas k l'epoque dont nous nous 
occupons, du V* au X* siecle. Done, inutile de parler de Saint - 
Marcel, 1'abbaye cassianite ne s'y trouvait pas. 

Nous nous souvenons avoir hi dans un article de journal 
qu'un historien d'Aubagne, le docteur Gouret, placait le 
coenobium cassianite, theatre du martyre des heroiques 
compagnes d'Eusebie, k Aubagne m^me, son pays natal. Et k 
l'appui de celte assertion, nous avons entendu quelquefois 
nommer la rue Dels Moungeos, qui existerait, paralt-il, k 
Aubagne. 

II fa ut rendre justice k qui elle est due. M. le docteur Cou- 
ret n a point revendiqu6 cette gloire pour sa patrie. On a mal 
lu ou mal compris son texte. Voici ce qu'il a ecrit : « Vers 
Tan 736, les Maures rentrent en Provence, s'emparent de non- 
veau de Marseille, d'Aubagne et des villes environnantes, qua- 
rante religieuses se coupent le nez pour gviler le d&honneur ; 
lej hommes et les femmessont exiles sur les vaisseaux, les 
enfanls et les vieillards sont ^gorges (3). » On le voit, il ne 
s'agit pas d'Aubagne, mais de Marseille. Quant k la rue Deis 
Moungeos, si elle existe k Aubagne, cette denomination s'ex- 
plique facilement. « En 1647 les consuls d' Aubagne c6derent 

(1) Bulle du 12 octobre 1216, Hod on* us III, fonds de Saiot-Sauveur H, 
II. (Andre, pieces justificatives, appendix: Tasquas de Porporieres, 
p. 214.) 

(2) Mortreuil, Dictionnaire topographique de Marseille ; vox : Car- 
pourieret* (Camoina). 

(3) Hiatoire d 1 Aubagne, par Cesar Gouret, p. 1 1 . 



- 225 



■•* 






provisoirement la chapelle de Saint-Roch k trois religieuses et 
k une novice du monastfere du Petit-Puits, pour fonder ;i 
Aubagne un couvent et une gglise. En arrivant elles furent 
log6es dans une maison du quartier de l'Afferage. Deux ans 
aprfcs, elles achetfcrent, de Blanche Feri6, leur prStendante, 
une maison au quartier de Saint- Francois et, sur le rapport 
de messire Pierre de Seigneuret, l'6v6que de Marseille leur 
accorda la permission de b&tir le monastfere et l'gglise. Vers 
1640, les religieuses Ursulines, venues k Aubagne en 1632, 
devinrent adjudicataires des moulins.. . II y avait autrefois k 
Aubagne un couvent de Bernardines, il fut supprimg par 
rev6que(l)..» Ces details, puisesdans louvrage du docteur 
Couret, nous expliquent la denomination donnge k une rue 
d'Aubagne. Probablement il y avait Ik, jadis, soit une 6glise, 
soil un monastere, soit une propri6t£ de ces diverses reli- 
gieuses. Le peuple en a gardg le souvenir eh appelant cette 
rue: la rue Deis Moungeos. 

Faudrait-il accepter encore ce que, dans un factum, les 
Servites de la Ciotat 6crivaient, au XVIII* si&cle, & oavoir que 
l'antique chapelle de Font-Sainte, situ6e sur le bord de lamer, 
aurait &6 le th&Uredu glorieux martyre de sainte Eus6bie! 
Non, ce n'est \k qu'une simple tegende. I/abbS Vidal, un 
enfant de la Ciotat, de douce m6moire, l'a racontee en deux 
pages d&icieuses de pogsie et de fralcheur ; Monseigneur 
Ricard Fa ius6r6e dans ses Re'cits de veilUes ciotadennes, 
sans nommer cependant notre sainte Eus6bie (2). Mais ce 
n'est toujours qu'une gracieuse l£gende. Marin, lui aussi de la 
Ciotat, a 6crit a qu'il n'a jamais d6couvert aucune preuve que 
Font-Sainte ait £t6 un couvent de religieuses (3). » II y a 
mieux et plus stir et plus pgremptoire que Marin, c'est la 
charte de donation de Font-Sainte. En 1521, le cardinal Jules 
de M&iicis, # abb6 de Saint- Victor, donna aux Servites l'ora- 



v.- 
V. 






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■ * 

41 



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(t) Histoire d'Aubagne, par Cesar Couret, pp. 25, 29, 29. — Rien 
d'ailleurs, dans YHistoire d* Aubagne que feu M. le dooteur Barthelemy 
avait publiee, ne vient & l'appui de cette opinion que Ton prdte au doc- 
teur Couret. 

(2) Monseigneur Ricard, Metis de veilUes ciotadennes, p. 15J et suiv 

(3j Maria, Histoire dela Ciotat, pp. 130, 156. 



— 226 — 

toire appel6 Notre-Dame de Font-Sainte v situ6 entre Ceyreste 
et la Ciotat et construit par les iidfeles de ces deux locality, et 
qu'habitait k ce moment un ermite de l'ordre des Sfirvites (1). 
Mais pas un mot, dans cette charte, qui fasse allusion k un si 
glorieux passg. Or, s'il y avait eu la moindre tradition atta- 
che k cet oratoire, k cette fontaine r6put6e sainte, k tout le 
moins assez curieuse, l'abbg de Saint- Victor en a u rait parte, 
et, mieux encore, il n'aurait pas c£d£ k d'autres ce lieu 
v4n£rg. Non, ce n'est pas k Font-Sainte, de la Ciotat, qu'Eus6- 
bie et ses compagnes ont 6t6 martyrises !1 

Inutile d'espfrer retrouver le coenobium cassianite dans 
l'espace compris entre le Revest et la ville. « Non, surement, 
parce que cet espace gtait occupy par des salines que Louis 
TAveugle c6da k Saint-Victor en 904 et que les vicomtes 
d&inrent ensuite j usque en 1044 f 2). » En effet, ils donnferent 
k l'abbaye, pour doter la nouvelle chapelle de Saint-Pierre de 
Paradis. qu'ils avaient fait reconstruire, plusieurs pieces de 
terrain et de plus toute la partie des salines qui leur ap parte- 
nait depuis la cbapelle de Saint-Pierre jusqu'A Podium Formi- 
carium. Incontestablement, si le coBnobium exit 616 quelque 
partde ce terrain, les vicomtes eu auraient parte dans les 
chartes des donations. 

Se trouvait-eile k un autre endroit de la ville? Non. Car il 
n'y a aucune habitation qui l'indique. Aucun auteur, que 
nous sachions, n'a design^ d'autres endroits avec des argu- 
ments & l'appui. 

Notre tAche est &&jk bien avanc£e. Quelques auteurs ont 
soutenu par des raisons positives et des objections que le 
mouastgre cassianite n'a pu s'glever sur les bords de l'Hu veaune. 
Puis ils ont essayg d'gtablir que ce monastfere se trouvait en 
r£alit6, suivant les uns, k l'emplacement de la chapelle de 
Sainte-Catherine, suivant les autres aux Catalans, au bassin 



(1) « Dictum oratorium Sanctse M arise de Fonte Sancto. situm inter 
villain Cerestem et Civitatem . . in quo ad prsesens certus eremita vestri 
ordinis existit.. . largimur. .. » Archives departementales, H 641, reg. 9, 
p. 159, Saint-Victor. 

(2) Les Saints de VEglise de Marseille, Sainte Gusebie. 



— 227 - 

* 

du Carriage, au Revest, k Saint- Loup, k Saint-Cyr du Var et k 
la Major, etc., etc. 

Or, nous avons rgfutg preincrement les raisons qu'ils 
alteguaient contre l'existence possible d'un monastfere k l'Hu- 
veaune, ensuite celles qu'ils apportaient pour 6tablir que ce 
monastgre se trouvait aux Catalans, au Revest, au Cargnage, 
k Saint-Loup, k Saint-fiyr (Var), k la Major, etc. Le terrain est 
ainsi d£blay6. Nous allons pouvoir placer les premieres 
assises du monument que nous rfivons en l'honneur de sainte 
Eus6bie. 



DEUXIEME PAETIE 



PREUVES EN FAVEUR DE NOTRE THESE 



PREMIERE SECTION 



PREUVES NEGATIVES 



CHAPITRE PREMIER 



cassianite n'a pu se trouver 
& remplacement du bassin actuel du 0ar6nage 



LB BASSIN ACTUEL OU CARENAQB, AUX PREMIERS SIECLES. DESCRIP- 
TION TOPOGBAPHIQUE. — ESPACB TROP BTROIT POUR UN MONAS- 
TERS. — LB8 IOU1LLBS OPE BEES EN CBT BNDHOIT N'ONT DONNE 
AUCUNB PRBUVB EN FAVEUR DB l'eXISTENCE D'UN CCBNOBIUM. — 
C'BTAIT UN CIMBTIfiRB. — POURQUOI AURAIT-ON CHANGS D'EMPLACB- 
MBNT. — C'EUT &T& TROP PRES DB L'aBBAYB DB SAINT-VICTOR. 



Les objections des auteurs sont rgfutges, k nous maintenant 
de dgvelopper les preuves k Tappui de notre th&se. 

Nous en avons de negatives et de positives. A l'aide des pre- 
mieres nous allons dStruire et saper jusqu'& la base les affir- 
mations contraires des auteurs ; k 1'aide des secondes nous 
ttayerons notre propre affirmation. 

Jusqu'ici il s'est agi de d&nontrer que toutes les raisons 
donn&s par les auteurs k l'appui de leur dire n'avaient aucune 
valeur. lis ne parvenaient pas k prouver que le monastfere 
cassianite s'6tait trbuv6 au Carfnage, aux Catalans, ou ailleurs. 



— 230 - 

Nous avanfona (Tun pas, et nous disons qu'il est historique- 
ment impossible qu'il se soit trouvg k aucun deces endroits, de 
Tan de sa fondation k l'gpoque du martyre de sainte Eus6bie 
(415-738). 

D'abord, le monastfere cassianite ne se trouvail pas et n'a 
pu se trouver k remplacement du bassin actuel du CanSnage. 

II y avait Ik un cimettere antique qui s'6tendait de la rive 
du port jusqu'en deck de Saint- Victor (1). M. Kothen ditque 
« plusieurs cimeti&res successifs et superposes avaient 616 6ta- 
blis k cet endroit par les colons phoc6ens d'abord, et par les Ro- 
ma ins en suite. Une carri&re avait m£me 6te exploits dans ces 
temps recul6s (2). » Les chr6tiens, lorsque celle-ci fut aban- 
donnge, vinrent creuser des ramifications et des galeries nou- 
velles, dans lesquelles ils placgrent les corps de leurs martyrs 
et de leurs fr&res. Bien antgrieurement k 1 Tarriv6e de Gassien 
k Marseille, une chapelle et un autel gtaient dGdtes k Notre - 
Dame de Confession (3), dans un endroit de ces catacombes. 

Or cet oratoire primitif 6tait en telle vgnSration que bien de 
fervents Chretiens demandaient la faveur de faire dgposer leur 
d6pouille mortelle dans le voisinage des corps saints qui y 
reposaient, ou dans les champs d'alentour. Aussi ce fut sur 
Templacement, sur les voiites deces cryptes de Notre-Dame 
de Confession que le bienheureux Cassien bAtit le monastfere 
des moines, pour en faire les gardiens de ce sanctuaire et de 
ses reliques pr6cieuses. 

Quant k Tabbaye cassianite des femmes et des til les, on ne voit 
pas oil il aurait pu la placer au milieu des sepultures et des tom- 
beaux. En effet, l'gtat actuel des lieux nous permet de sup- 
poser avec vraisemblance qu'& la sortie de cette carrtere, ou, 
suivant l'expression pittoresque de Ruffi, « k ['embouchure de la 



(1) G rosso n, Recueil des ant ignites et des monuments marseillais, 
p. 98. — Les Saints de VEglise de Marseille, saint Lazare. p. 161. 

(2) Notice sur les cryptes de Vabbaye de Saint-Victor-lez-Marseille, 
par Kothen, p. 11 

(3) Rufli, Histoire de Marseille, t. II. p. 115. — Mgr de Belsunce, 
AntiguiU de VEglise de Marseille, t I, p. 387. — Grinda, Monographic 
de Vabbaye de Saint- Victor-lez-Marseille t publie'e par YEcho de Notre- 
Dame de la Garde, n° 328, p. 267 ; n # 330, p. 307. 



— 231 — 



grotte de Sainte-Magdeleine s'ouvrait une petite vallee, bord6e 
de rochers abruples, au milieu desquels s'6levaient quelques 
arbres (1). • Or, au debut du V* Steele, l'6tat de ces lieux 
n'avait gufcre change. A notre gpoque encore on distingue le 
creux de cette valine primitive qui aboutissait k la rive : d'un 
c6t6,les pentes sur lesquelles est assis le fort Saint-Nicolas ; de 
l'autre, les hauteurs de la rue Saint-Catherine (2). Or, ce n'est 
pas dans cet ^fcroit couloir que saint Cassien a pu b&tir l'ab- 
baye cassianite. Quelque restreint que fut le nombre des reli- 
gieuses au d£but, il faut cependant k un monast6reun espace 
convenable. Or, cet espace il ne pouvait l'avoir au fond de 
cette petite valine, qni dans toute sa largeur n'avait gu6re 
plusde 100 4 200 metres. D autre part, ce n'est pas sur les 
hauteurs du fort actuel de Saint-Nicolas qu'il b4tit le monas- 
tic On admettra facilement que ce n'6tait pas la place d'un 
coenobium de filles et de femmes. Done il ne s'^levait pas au 
bassin actuel du Cargnage. 

D'ailleurs, si lo monastfere s'6tait 61ev6 en cet endroit, d'oii 
vient que dans les di verses fouilles qui ont modifig par deux 
fois, surtout en 1836 et en 1875, l'6tat de ces lieux, on n'ait 
trouvg ni inscriptions, ni monuments qui fassent supposer 
['existence d'un monastere ? En 1836, on adecouvert ('inscrip- 
tion d' Eumenas dont parlent Bousquet, Guindon, Saurel. Et 
dans cette inscription, il s'agit d'un homme roarM. En 1875, on 
a mis au jour les inscriptions de Spanilia, de Cypriana. Or, 
rien ne marque qu'il s'agisse dans celles-ci de religieuses (3). 

Dailleurs, ces inscriptions fussent elles les 6pitaphes de 
Cassianites, en l'absence de monument indiquant que \k s'6le- 



(1) Kothen, op. cit. t p. 15. 

(2) Grinda : c Avant le creusement du bassin du Carenage, opere en 
1830, le sol formait une pente assez reguliere, sauf quelques escarpe- 
ments, depuis l'abbaye jusqu'au rivage de la mer, alors en prolonge- 
ment avec le quai de Rive-Neuve. Cette plaine inclinee vers le nord 
etait do mi nee au couchant par les hauteurs du fort Saint-Nicolas, et, au 
levant, par le quartier qui s'etend de la rue Sainte au quai de Rive- 
Neuve; elle formait done un large vallon dirige du nord au midi. » 
Monographic de l'abbaye de Saint-Victor-let-Marseille, publiee par 
VEcho de Notre-Dame de la Garde, n° 324, p. 183. 

(3) Voici ces inscriptions telles que les donne le Catalogue des ob- 






— 232 — 

vait Tabbaye, on pourra toujours dire que, si c'est en cet en- 
droit qu'elles furent inhumees, c'etait pour satisfaire ce pieux 
desir que tant de Chretiens eprouvaient, de reposer aupr&s 
des restes des saints martyrs. Mais on ne pourra pas assurer 
que ces religieuses avaient v6cu en cet endroit. 

M. Grinda(l), citant le rapport red ig6 sur les fouilles du 
bassin du Carenage op£r£es en 1831, nous montre a les sepul- 
tures pratiqu£es dans cet immense remblais formant trois 
grandes assises s'etageant en gradins depuis le port jusque 
sous les murs de la place Saint-Victor. La premiere assise ren- 
fermait un grand nombre de tombeaux et de debris attribues 
k la pgriode grecque. La seconde a fonrni de nombreux tom- 
beaux et des monnaies impgriales romaines,les plus anciennes, 
d'Auguste, et les plus recentes, de Gordien, ce qui comprend 
un peu plus de deux sifecles. La troisi&ne a servi de lieu de 
sepulture pendant sept sifecles, d'aprgs les tombeaux et les 
monnaies trouv6s k cette hauteur. Gette periode s'etend de- 
puis Aureiien (270-275) jusqu'St Jean Zimisc&s qui rGgnait k 
Constantinople, de 969 & 976. Des inscriptions paiennes et 
chretiennes ont ete decouvertes dans cette derntere assise. . . 
Tout ce vallon etait done une vaste necropole oil des genera- 
tions paiennes et chretiennes ont trouv6 conjointement leur 
dernier asile. On a constate dans les fouilles un nombre si 
considerable de tombeaux, qu'on est fonde k croire que pen- 
dant plusiebrs siecles ce lieu a ete reserve pour la sepulture 
de la population environnante. » 



jets contenus dans le Mus4e d'arche'vlogie de Marseille par M . Penon, 
p. 33 f n° 133, et p. 41, n-161. 

f HIC BBQU1ESCET 

IN PACE SPANILIA 

QUI VIX1T ANNOS 

QUIKQUAOBNTA ET 

8BPTB BECBS8IT DIB 

8BPTIMV IDUS 

+ MAIAS f 

(1) Grinda, Monographic de Vabbaye de Saint-Victor-lez-Marseille, 
publiee par VEcho de Notre-Dame dfi la Garde, n*324. 



HIC REQUIESCIT 


CYPBIANA 


IN PACE 


QUI VIXIT 


. . . . MN ANNS 


XXXIII 



— 233 — 

Durant les dix premiers si&cles du christianisme done on a 
inhum£ dans cet tkroit vail on, et Ton veut y placer un monas- 
ters vers le V. II y a sur ce point le va-et-vient continuel de 
ceux qui accompagnent k sa derni&re demeure la d6pouille 
mortelle d'un ami. De plus, paiens et Chretiens se coudoient 
dans cette enceinte, accomplissant des rites fungraires bien 
divers, et les saintes lilies deCassien devront dtrechaque jour, 
et plusieurs fois le jour, les tempins de ces scenes ! Puis, e'est 
dans un bas~fond, Tatmosph^re y est vici6e par les mias- 
mes d61etfcres qui se d6gagent de toute vaste n^cropole (1). 
Le monastere de Saint-Victor, du moins, est sur la hauteur, 
expos6 aux brises du large. II se trouve k Textr6mil6 de celui 
de Faradis. II a de l'espace devant lui, il peut k son gr6, 
reculer ses murailles. Tout autant d'avantages que n'aurait 
pas eu l'abbaye cassianite. Aussi il n'est pas probable qu'elle 
f ut U. 

Si le ccenobium se ftit 6lev6 au CarSnage, toujours il y fCit 
restg. On ne voit gufere pour quelle raison, en effet, on aurait 
change de place. Or, nous croyonsqu'il fautadmetlreque le 
monast&re s'est trouv6 aux environs de lachapelle de Sainte- 
Calherine, vers 923. Mais pourquoi laisser Templacement du 
Car&iage pour venir k Sainte-Catherine ? Si Ton a quitt6 les 
bords de THuveaune pour venir aupr&s de Saint-Victor, si 
plus ta d on quitte le voisinagede Saint-Victor pour venir en 
ville, e'estafind'^chapper aux incursionsdes pirates. Mais quelle 
raison a-t-on d'aller du Garenage k Sainte-Catherine, k cent 
pas de distance ? Etait-ce pour gchapper au milieu peu hygie- 
nique des tombeaux et des sepultures du cimeti&re antique ? 
Mais 1'emplacement de la chapelle de Sainte-Catherine se 
trouve pr6cis6ment sur la limite de Paradis, le carnarium 
dont parle la charte de 904 (2). Si, au lieu de venir k Sainte- 

(1) Dans la lettre de saint Gregoire le Grand a Pabbesse Respecta de 
Marseille, il est dit que Oynamius donne aux Cassianites une de ses 
maisons voisines de l'abbaye. A quel endroit etait done placee cette 
maison ? Dans le cimetiere ? On ne devrait pas s'etonner qu'il ait eu 
Tidee de s'en debarrasser ! 

(2) c ... Una cum terra comitali quae ante portam castri fore vide- 
tur usque ad carnarium. . » Charte 10 du 21 avril 904, Gartul. de Saint- 
Victor, 1. 1. 



— 234 — 

Catherine, on est venu au Revest, celui-ci est au bord des 
salines et en contre-bas deParadis, tout k fait au nord. Etait- 
ce pour se rapprocher de la ville afin d'en avoir les avantages 
et les commodity ? Cen'6tait pas k Sainte-Catheriue, ni au Re- 
vest qu'il fall ait se fixer alors,c'6tait auprfes desmurs de la cite. 
Etait-ce pour placer entre Tabbaye de Saint- Victor et Tabbaye 
des religieuses une distance respectueuse ? On s'y prenait 
bien tard. Et puis quelle 6tait cette distance? Tout au plus 
cent ou cent cinquante pas. Non, on ne s'explique pas ce 
changement. A une certaine Gpoque le monastere s'est 6lev£ 
ailleurs qu'au bassin du Carriage, done primitivement il ne se 
trouvait pas en cet endroit. 

One raison de convenance, que nous eflleurions tantftt, s'y 
opposait. Placer le monastfere des religieuses au Carriage, e'est 
le placer trop prfes de Tabbaye des religieux k Saint-Victor. 
Quelques auteurs ont cru que Gassien, voulant imiter ce qu'il 
avait vu en Orient, oil les monast£res de femmes n'6taient pas 
61oign6s des monastferes d'hommes, avait fait Clever Tabbaye 
cassianite non loin de celle de Saint- Victor. Nous croyons, 
pour noire part,que ces auteurs se sont complement IrompSs. 
II est faux d'Griger en principe qu'en Orient on ait 61ev6 les 
monastferes d'hommes et de femmes non loin les uns des 
autres. Qu'au sein d'une petite ville il n'y eixt pas une grande 
distance entre les monastferes, il n'y a rien d'fetonnant. Forcfe- 
ment ils devaient fetre rapprochfes, puisque Tenceinte des villes 
k cette fepoque n'fetait gufere dfeveloppfee. Mais croire que Ik oil 
il y avait de Tespace on n'en ait pas profits pour placer entre les 
monastferes des deux sexes une distance proportionnfee, e'est 
une erreur que lesfaits dfemontrent amplement. Nous l'avons 
dit, saint Pac6me avait une sceur religieuse. II lui fit LAtir 
par ses religieux un monastfere bien feloignfe du sieu, puisque 
le Nil les sfeparait (1). A Bethlfeem, du temps de saint Jfer6me, 
le monastfere des hommes fetait Mti k mi-edte, celui des fem- 
mes se trouvait dans la plaine (2). A Jerusalem, k la mfeme 



(1) Fleury, Histoire de VEglise, liv. XV, n° 50. — Notice sur la Croix 
de Saint Andre', par 1'abbe Magnan, p. 16. 

(2) Histoire de sainte Paule, par l'abbe Lagrange, p. 363. 



— 235 — 

gpoque, il y avait un monast&re d'hommes sur le mont des 
Oliviers, et celui des femmes 6tait au pied de la montagne. 

Inutile de s'appuyer sur ce qu'on appelait les monastferes 
doubles, coutume qui r6gnait en Orient. 

Cette coutume a 6t6 r6prouv6e par l'Eglise, les conciles se 
sont prononc6s contre elle, et les papes Font prohiMe. 
Le concile d'Agde en 506, dans son canon 19, recommande 
d'6loigner les monasteres de filles des monastferes d'hommes, 
non seulement pour Eloigner les tentations du d£mon, mais 
aussi pour gviter les calomnies des mechants(l). Nous savons 
que le pape Saint-Grggoire le Grand improuvait cette habitude 
que Ton avait contracts. Bienplus, il ne voulait pas que les en- 
virons des monastfcres f assent trop frgquentls et habitus. Ayant 
appris que des nombreuses families, chassis par les Lom- 
bards, s'6taient r6f ugiees dans de petites lies de la M6diter- 
rante et de PAdriatique, il ordonna au sous-diacre Anthe- 
mius d'en chasser toutes les femmes. Si ces families sont 
riches, disait-il, elleschoisiront facilement d'autres retraites; 
si elles sont pauvres, qu'elles viennent k Rome, leurs frferes 
leur apprendront le chemin du Latran, oil estletr&or de 
l'Eglise devenu le leur (2)'. 

(1) Concile d'Agde, en 506, canon 19 : c Monasteria puellarum collo 
centur longids a monasteri s roonachoruin propter insidias diaboli et 
propter oblocutiones hominuin. (Summa conciliorum % par F. Carra- 
zam, p. 255. Histoire des conciles de la chre'tiente', par Roisselet de 
Sauclieres, t. II, p. 371. — Le VII* concile general, de Nic6e II*, canon 
20, dit : c Statuimus non fieri duplex monasteriUm, quoniam hoc sit 
multis scandalum et oflfensio. » Summa conciliorum, op. cit., p. 552. 
Histoire des conciles, op . cit., t. Ill, p. 251.) — Voici, d 'ail leurs, ce 
que Ton lit dans Christian us Lupus, Synodorum Generalium Canones, 
t. Ill, p . 208 : < Private potius ill® domus, quain coenobia fuerunt. 
Duplicium, ccenobiorum originem sancto Bxsilio male adscribunt. Nam 
et quedam Pachomiana fuisse, Nilo tamen flu mine divisa... semper 
dure oluerunt. » — Le pape Gelase les defendit : « Discreta sui habita- 
tionibus virorum atque feminarum, sicut sanctum propositum decet 
ezerceatur circumspecta devotio.i Le pape Pascal II fit de m£me :c Illud 
omnino incongruum est, quod per regionem veslram monachos cum 
sanctimonialibus habitare didicimus. Ad quod resecandum experientia 
▼estra immineat, ut qui in prsesentiarum simul sunt, divisis longe habi- 
taculis separentur, neque in posterum consuetudo hujusmodi praesu- 
matur. » 

(2) Saint Grigoire le Grandest l'abbe Clausier,pp. 247,248. 



I 1 



— 236 — 

Or, croiUon qiren 504 l'Eglise dans ses conciles, et en 590 le 
pape Saint-Gr6goire inauguraient un nouvel ordrede choses ? 
L'Eglise et le pape rSglementaient ddfinitivement ce qui etait 
en usage chez les saints religieux ; on remgdiait aux abus qui 
pouvaient encore exister. Pour s'obstiner A soutenir pareille 
coutume, il faudrait oublier k quelle perfection les solitaires 
de l'Orient de l'gpoque de Cassien avaient 61ev6 la pratique de 
la vie religieuse. Or, rien ne lui etait contraire comme un pa- 
reil voisinage. Cassien n ? a pas parcouru de si longues ann^es 
les solitudes de la Th6baide ; il n'a pas men6 la vie de soli- 
taire d'aussi longues annees, avant d'&ablir ses monast&res, 
sans voir la n£cessit£ de suivre les exemples des maitres de la 
vie 6r6mitique et de fuir les abus que deca et deli il avait 
pu rencontrer. 

Non, le monastfere cassianite au Carriage eht <H6 trop rap- 
proch6 de celui de Saint- Victor. Done il n'y £tait pas. Saint 
Cassien ne l'y a pas fait bALir. A aucun moment de son exis- 
tence, jusqu'i rgpoque, tont au moins, du martyre de sainte 
Eus^bie, il ne s'est 61ev6 en cet endroit. 



CHAPITBE II 

L'Abbaye cassianite n'a pu se trouver ni k Paradis 

ni au Revest. 



LE CCENOBIUM n'eTAIT PAS A PARADIS.— LBS CHARTES L'aURAIENT D1T. 

- ON L'AURAIT INDIQUE A SAINT YSARNE, ALORS QU'lL VISITAIT LBS 
CRYPTES DB SAINT- VICTOR.— LE QUART1ER DU REVEST, DESCRIPTION 
TOPOGRAPHIQUE.— K6PACE TROP RESTREINT.— PLATEAU AU-DE8SUS 
DU REVEST.— TERRB DBS RBLIOIEUSBS DE SAINTE-MARIE — LE MO- 
NASTERS N'ETAIT POINT EN CET ENDROIT BNCORE. CETTE TBRRE NE 
LEUR APPARTENAIT PAS AU V" SIECLE.— ENCLAVES DB CETTE TERRS. 

— AUCUN AUTEUR NB LE DIT.— PA8 LA MOINDRE TRADITION —ON NE 
POURNIT AUCUNE PREUVE EN PAVEUR DU REVEST. — SAINT YSARNE 
Y AURAIT RELEVE L'ORATOIRE DE SA1NT-CASS1EN. 



Du V* au VIII* siecle, le monastfere cassianite n'etait pas 
dans l'enceinte du cimetifere de Paradis. 

M, de Rey, qui a cherche k pr£ciser l'emplacement du mo- 
nastfere cassianite, a dit a qu'gvidetnment il ne fall ait pas le 
chercher dans Paradis m6me(l). » (Test bien la v6rit6. Les 
Chartes, notamment les 32, 33, 34 du Gartulaife, qui parlent 
da cimeltere de Paradis, auraient certainement fait mention 
de Pexistence d'un monaslfere de femmes, s'il s'y ftit trouvfi* 
La definition qu'elles donnent de Paradis, k elle seale le 
prouve. « Cette6glise de Saint-Pierre, et ce lieu (le cime- 
tifere), dit la charte 32, ont 616 appeles Paradis depuis les 
temps les plus recutes. Cet endroit, situfi k la porte du monas- 
tfere (dc Saint-Victor), porte ce nom parce que les corps de 
beaucoup de saints martyrs, de confesseurs et devierges qui 
y reposent attirent les benedictions et les graces du ciel. Bien 
plus, il est appete Paradis ou la porte du Paradis, parce que 
du temps de Cassien, le pfere trfes saint, le docteur remar. 
quable, le fondateur du ccenobium de Saint- Victor, ily r6gna 

(1) Les Saints de VEglise de Marseille, p. 233. 

16 



— 238 — 

dans les Ames une grande saintete, une grande noblesse, et que 
Ton y vit fleurir dans toute sa splendeur la discipline monas- 
tique, source reelle de toutes joies pour les Amespieuses (IJ.d 
C'est toujours du monastere de Saint-Victor qu'il s'agit dans 
cette charte et, si l'abbaye cassianite des femmes s"6tait 
trouv6een cet endroit, ce document n'aurait pas eu uu mot 
pour dire que cette dernifcre abbaye avait, en m6me temps 
que celle de Saint-Victor, honors ce lieu de Paradis par les 
exemples, les vert us et la saintete des religieuses qui l'habi- 
taient! C'est difficile k croire. 

On a lu plus haut qu'un historien du XI* sifecle, dcrivant 
la vie de saint Ysarne, abb6 de Saint-Victor, rapporte (2) que 
tout jeune encore ce saint vint & l'abbaye Saint-Victor, en 
compagnie du moine Gaucelin. Tandis que celui-ci visitait 
parents et amis, Ysarne n'eut d'autre d6sir que de parcourir les 
cryptes. Les religieux, pleins de charit6, heureux de satisfaire 
les pieux d6sirs du voyageur, le conduisirent dans touslessanc- 
tuaires de l'abbaye, lui nommant les riches tresors de be- 
nedictions et de graces qu'ils contenaient. « £n ce lieu, lui 
disaient-ils, repose Tinnombrable armge des martyrs dont on 
n'invoque jamais en vain l'assistance, restes v6n6rables qu'eu- 
toure dans les vastes champs voisins la foule des confesseurs, 



(1) f ... Quae ecclesia (Sancti Petri )vel locus, multis retroactis tem- 
poribus vocatus est Paradisus. Idcirco vero isdem locus, ad portam 
monasterii situs, vocatus est Paradisus, sicut et uos comperimus, quia 
multorum corporum, videlicet sanctorum martyrum, coniessorum ac 
virginum eodem loco quiescentium, decoratur auxiliis et suffragatur 
mentis. Imo etiam vocabatur Paradisus et porta Paradisi, quia iu die- 
bus Cassiaui, sanctissimi patris et doctoris eximii, institutoris hu jus- 
modi Sancti Victoris coenobii, tanta nobilitate viguit et sancti tate 
floruit apostolicae et regularis discipline, ab his Sanctis patribus traditae, 
ut merito et actu et nomine, vocaretur Paradisus, roris supernae gratis 
illustratus virtu ti bus. • Gartulaire de Saint-Victor, charte 32.— L'auteur de 
la Vie des Saints de VEglise de Marseille dit lui-meme en traduisaat 
cette charte 32 : c Le monastere s'appelait Paradis, parce que la repo- 
saient les vierges, les martyrs et les confesseurs, gloire de l'Eglise de 
Marseille, et aussi parce qu'il renfermait le monastere de Cassien,sejour 
inonde de grace divine... » Page 233. 

(2) Voir le texte de ce passage et son explication dans les chapitres 
quatrieme et cinquieme de V Introduction. 



— 239 — 



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autrefois religieux de ce monastere. L&, dans un endroit&part, 
dort la foule des vierges consacr^es k Dieu; ici, dans l'e 
sanctuaire taill6 au vif du rocher, tu vois les restes des saints 
Innocents. » Qu'il s'agisse, dans ce passage de la vie de saint 
Ysarne, des divers* endroits des cryptes, ou qu'il s'agisse d'un 
coin de Paradis, toujours est-il que s'il y avait eu dans le 
cimettere de Paradis, k deux pas de Fabbaye, un monastere 
fond£ par le bienheureux Cassien, incontestabfement les re- 
ligieux qui mettent saint Ysarne au courant, le lui auraient 
fait savoir, et Fauteur de cette vieaurait fait mention de ce 
detail. II ne dit rien cependant, c'est que le monast&re cassia- 
nite ne se trouve pas dans Paradis. A aucun moment, tout au 
moins du V* au Vlli' sifecle, il ne s'est 61©v6 k cet endroit (1). 

De 420 & 750, il n'a pu se trouver encore k Fendroit que Ton 
appelle le Revest, c'est-^-dire sur le versant qui de la rue 
Saiate s'incline vers le port. 

Quelle est bien la topographiede ce point du lerroir? Nous 
l'avons dit plus haut en expliquant la charte 40 du XI* si&cle. 
Le chemin qui va & la Garde part du Podium Formicarium, 
prfcs de F^glise actuelle de Saint-Ferr6ol, longe la rive est 
du port, k la hauteur de la rue Beauvau, tourne k Fouest 
a la hauteur de la rue de la Darse, passe en contre-bas de la 
rue Sain te, toujours en tirant vers Foccident jusqu'd, la rue 
Fort-Notre-Dame. A ce point il fait un second coude et re- 
monte vers le sud. Or, depuis le Podium Formicarium jusqu'^t 
ce second coude, ce chemin de la Garde d'un c6t6 borde des 
salines etablies sur la rive du port (2); de l'autre c6t6, du 
premier tournant au second, il sert de limite aux quelques 
terres situ6es sur le plateau et appartenant k des particu- 



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(1) < Le cimetiere de Paradis, si vaste qu'il fut, ne descendait pas jus- 
•lu'a la mer. Le plateau occupy par la rue Sainte actuelle s'incline brus- 
quement vers le port par une pente rapide. . .; c'est sur ce coteau incline 
vers la mer que se trouvait le monastere. » (Les Saints de VEglise de 
Marseille, pp.234, 235.) 

(2) < Cum salinis et piscatfonibus et portu navium et omnibus juste 
et legaliter ad euradem fiscum pertinentibus, conjacentem in comitatu 
Massiliensi qui vulgo Paradisus nominatur, sicut est via qua? descendit 
a (iuardia usque in Poium Formicarium. »» Cartulaire de Saint-Victor, 
charte 10. 



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— 240 — 

Hers (1). Ainsi ce poiut du terrolr que M. de Key appelle 
le Revest n'est en r<5alit6qu'un espace fort restraint. « Sur 
cecoteau incline vers la mer », le chemin de la Garde et les 
salines occupent jusqu'i la moindre parcelle de terrain. II est 
done difficile d'y trouver la place pour un monastere. 

Mais en deck du chemin de la Garde, au-dessus de cette brus- 
que inclinaison de terrain, le plateau s'61argit, et Ton pour- 
rait peut-6tre comprendre cet espace de terrain sous la 
denomination de quartier de Revest. II y a sur ce point des 
terres appartenant k des particuliers, et m£me il y en a une 
qui est la possession des reiigieuses, au XI* sifecle. Nous avons 
d&igne plus haut l'emplacement exact de cette terre. C'est la 
qu'& larigueurles-auteurs qui veulent l'abbaye cassianite au 
Revesl, pourraient la placer. 

Et cependant l'abbaye n'a pas 6te sur cette terre des reii- 
gieuses, de 420 k 750. 

Celte terre, d'abord, ne leur appartenait pas k cette dpoque 
primitive. II n'y a pasdetitre, croyons-nous, qui indique 
que c'6tait Ik une possession de l'abbaye au V° ou au VI - siecle. 
En supposant qu'elle f Qt ce qu'un des fragments d'inventaire, 
decouvert jadis par Ruffi, appelait V « ager Massiliensis » , 
commecet inventaire fut dress6 sous Venator, 6v6quede Mar- 
seille, e'est-i-dire apres 886 (2), ce titre ne prouverait pas que 
l'abbaye poss£d4t ce domaine au d6but de sa fondation. Le 
titre serait bien trop post6rieur. 

Ensuite, celte terre est d'une assez vaste 6te,ndue. Telle que 
la charte40du XI" sifecle nous 1& depeint, elle renferme plu- 
sieur3 enclaves appartenant soit a des particuliers, soit a 
l'abbaye de Saint- Victor. Or, ce n'est pasau d6but de sa fon- 
dation, et au lendemainde cellede Saint- Victor, que l'abbaye 
cassianite des fillesapu poss6derun si vaste domaine. 

(1) « Vineadft Blanca Lancei .. ab occidenle lerminat via de Guar- 
dia. . vinea Algilini\aboccidenteviadeGuardia. iCartulaire de Saint- 
Victor, chartp 40. 

(2) « Descriplio mancipiorum de agro Massiliensi, factum tempore 
Venatoris episcopi, decimo anno episcopafus ejus. — Venator gouverna 
I'Eglise de Marseille, vers la Un du IX C siecle. » Armorial et Sigillogra 
phie des b'v<*ques de Marseille, par M. le chanoine Albdnes, p. 30 et 
article XXIV. 



~ 241 — 

De plus, cesdififerentes enclaves nous sont une preuve que 
ce n'est point Ik une possession si ancienne de l'abbaye. Au 
debut du V* sifecle, quel 6tait Taspect de ce plateau, au-dessus 
du Revest, touchant d'un c6t6 le cimeti&re de Paradis, qu'il 
bornait k l'occident (1), de I'autre aboutissant par une pente 
insensible au marais de la Palud ? Ce ne devait 6tre que des 
terrains incultea, des mar6cages, des garrigues comme l'^tait 
(Taiileurs Paradis et le terrain au-del&de Saint-Victor (2). Qui 
en 6tait le maitre? Le souverain de l'gpoque, les comtes de Pro- 
vence, peut-£tre aussi T6v6que de Marseille. Or, quel qu en fCit 
le propri6taire, celui qui l'avait c6d6 k l'abbaye cassianite, 
nouvellement fondle, l'aurait donng tel qu'il 6tait, inculte, 
desert, marecageux; k l'abbaye cassianite de lefairecultiver. 
D autre part, celle-ci n'aurait jamais distrait de ce domaine 
certaines portions, pour les c6der en toute propri6t6 k des parti- 
culiers. L'abbaye 6tantsur cette terre, le voisinage de ces parti- 
culiers aurait 616 une gene. On ne peut pas dire que les gens qui 
sont nommSs dans la charte 40 6taient les fermiers de ces biens 
pour lecomptedu monasl6re, puisque la charte les cite comme 
les maitres de ces terres enclaves ou voisines (3). Non plus, 
quecesmaltresdu XI - siecle 6taient les successeurs des fer- 
miers, qui k la suite des invasions se seraient empares des 
biens de l'abbaye, puisqu'il y a sept ou huit enclaves, et la 
terre des religieuses n'est pas tellement grande qu'elleait con- 
tenu sept ou huit fermes et autant de fermiers. D ailleurs, il 
y a des enclaves appartenant a Saint- Victor (4). A la suite des 

(1) Ce plateau du- Revest elait separe* de Paradis par le chemin de la 
Garde qui passait devant la chapelle de Saint-Pierre situee a l'entree du 
cimetiere. 

(2) Le terrain au dela de Saint-Victor etait « terra culta et inculta, pra- 
tis, pascuis, garricis, aquis aquarum, ductibus vel reductibus.fi Charte 
'$, de 965. Cart ulai redo Saint-Victor. 1. 1.— Paradis, etantun cimetiere, 
n'etait pas cultive'. Le reste du plateau, en ces temps recules, ne devait 
Kuere l'etre davantage. 

(3) c Vinea quam Petrus Algitinus solttus erat facere... quam Boni- 
lacius dedit... quam Pontius deditSancto Viclori.... quae fuit Alma- 
rici.. . quae facit Gisfredus. . .» Cartulaire de Saint-Victor, charte 40. 

(i) c Continetur ibidem una quartairada vineae, quam Pontius, pres- 
byter Sanctt Tirsi, dedit Sancto Victori Vinea Sancti Victoris de 

Omni, i Cartulaire de Saint-Victor, charte 40. 



- 242 — 

invasions, cette abbaye, du moins, aurait fait restitution. Or, ces 
enclaves dans cette propria, ce n'est pas l'abbaye cassianite 
quiaccepta de les crier. Done ellesexistaient quand ce domai- 
ne lui a 616 donn6. Done ce n'est pas au debut de sa fondation 
que l'abbaye la poss&te. C'est plustard, peut-Gtre au IX* sifecle. 
Alors, k un bien qu'on lui donne elle en ajoute plusieurs autres 
par achat, par ^change ou par donation. Restaient d'autres 
enclaves, qu'elle n'avait point encore pu reunir k sa propriety 
en 1038-1048. Done l'abbaye ne pouvait pas 6tre en cet endroit, 
lors de sa fondation. 

Mais qu'importe, dira-t-on, que cette lerre n'ait pas appar- 
tenu aux Cassianites k cette 6poque recuse ? L'abbaye pouvait 
cependant s'61ever en cet endroit, le terrain, Templacement 
appartenant par supposition ou k Saint-Victor, ou k l'6v6que, 
ou aux comtes de Provence. 

Non encore, l'abbaye, mSrne dans ces conditions n'6tait pas 
\k % au d6but du V stecle. 

Aucun des auteurs qui ont parte de cette terre des reli- 
gieuses suivant les indications de la charte 40, n'a entendu 
y placer l'abbaye cassianite. Quel est le sens veritable de 
cette phrase de la charte 40 : « Terra Sanctae Marize », etc.? On 
l'a dit plus haul. Mais tous les auteurs n'y ont vu qu'une 
chose : que l'abbaye 6tait sur le bord de la mer, non loin du 
port. Aucun qui l'ait placee k Tendroit nteme oula terre se 
troQvait. M. de Hey lui-meme, qui loge TabMye k deux pas 
de cette lerre, au Revest, et qui peut-6tre a Tintention de com- 
prendre ce plateau dont nous parlons dans le pSrintelre du 
quartier du Revest, n'a pas du tout Tintention d'y placer le 
ccrnobium. « C'est sur le coteau inclin6 vers la mer que s'dle- 

vait le monastere de Saint-Cyr , on ne peut lui attribuer un 

* 

autre emplacement (1).» 

Autre preuve. 11 n'y a pas, que nous sachions, de tradition, 
si vague soit-elle, que le monastere cassianite ait 6t6 en cet 
endroit sur le plateau en dessus du Revest, au V Steele. D'au- 
cuns Tont plac6 aux Catalans, au Carriage, k Paradis, k Sainte- 
Calherine, au Revest, afln de se conformer k une faible tradi- 

(1) Les Saints de VEf/lise de Marseille, p. 235. 



— 243 — 

tion, et ils oat doand k l'appui quelques raisons, Men faibles 
il est vrai, mais des raisons. Op, pour cet endroit aucun vestige 
de tradition. Done le monastfere ne se trouvait passur ce point, 
au d6but de sa fondation. 

Et si Ton voulait arguer de ce que le plateau, au-dessus du 
Revest, est voisin du quartier le Revest lui-m£me, pour Stablir 
que la tradition, qui placerait le monast&re au Revest, pourrait 
servir k le placer sur les terres environnantes, nous de- 
viendrions alors plus exigeant. Nous demanderions que Ton 
nous donn&t une preuve solide de la tradition en faveur du 
Revest. Et, cette preuve, on ne Pa pas fournie. Or. qui expli- 
quera ('absence de tradition en faveur du plateau, au-dessus 
du Revest, si le monastfere a 6t6 li, au V sifecle? Cassien au- 
rait fond6 Ik sur cette terre, qui en 1047 appartenait aux reli- 
gieuses, l'abbaye des filles ; en 597, elle s'y Glevait encore • 
k l'6poque des invasions, de m£me. IA auraient 6t6 martyri* 
s6es sainte EusSbie et ses compagnes. Lk encore les pirates en 
838, seraient venus enlever les religieuses. Peut-Gtre l'ab- 
baye s'y 6levait encore en 923, car rien ne prouve suremeut 
qu'elle se trouvait k cette 6poque k Sainte-Catherine. Cette 
terre des religieuses, aussi voisinerelativeraent de Saint-Victor 
que pouvait TStre le quartier de Sainte Catherine, pr6sentait 
les m&nes avantages comma les m6mes inconvenients. Et ni 
les chartes, ni la tradition nifime la plus vague n'auraient 
gard6 le souvenir de l'existence durant cinq sifccles, du pre- 
mier coenobium de religieuses, k Marseille 1 C'est k peine 
croyable. 

A atre -pre uve. Durant cinq sifecles il y aurait eu \k un mo- 
nast^re embaum6 des parfums des vertus les plus belles. Eu- 
s£bie y aurait v6cu avec ses compagnes ; au lendemain de leur 
mort heroique, on a inhumS dans un endroit a part, dans les 
cryptes, leurs glorieuses d6pouilles. Ysarne en a visits les 
tombeaux. Bien plus, la chapeile de ce monast&re avait 6t6 
d6di6e k la Vierge, disent k peu prfcs tous les auteurs, ce qui 
faisait de cet oratoire un des plus anciens avec la Major et 
Notre-Dame de Confession, consacr6s & l'honneur de Marie, k 
Marseille. Cent ans aprfes la mortde Cassien, et peut-Stre plus 
t6t, afin de perp&uer le souvenir des vertus du saint fonda- 



— 244 — 

teur des deux abbayes, cet oratoire lui a6t6 d6di6. Tout cela Be 
passait k deux pas de Saint-Victor. Et au XI* Steele, alors que les 
Viffred (1) et les Ysarne sont k 1'oBuvre pour rWditior les saints 
lieux d£vast£s par lesSarrasins; que Fulco et Odile, son gpouse 
sur le conseil des moines et le d&ir de saint Ysarne (2), font 
rebatir la chapel I e de Saint-Pierre de Paradis, un peu plus tard 
font construire celle de Sainte-Croix, prfes de Saint-Pierre (3), 
il ne viendra k la pens£e de personne, ni de l'abbg, ni du vicomte, 
ni des moines, de faire revivre le souvenir de l'antique 
abbaye cassia nite! Ysarne n'aura pas k ccBur de faire re- 
const ru ire la premiere chapelle d6di6e k l'honneur du saint 
fondateur Cassienl Toutes les chartes de l'gpoque parlent 
en termes Slogieux du saint abb6, du Pbre tr&s saint, de 1 'ex- 
cellent doc teur Cassien ; les mines du premier oratoire qui lui 
est d£di6 sont 1& k deux pas, prfcs du monast&re de Saint- Vic- 
tor et de Saint-Pierre de Paradis, et on ne s'occupera pas de 
les relever ! C'est incroyable de la part d'Ysarne, de Fulco et 
d'Odile. 

Done, l'abbaye cassianite ne se trouvait pas, de 420 k 750, 
sur le plateau du Revest. 



(1) « Claruit sacrls virtutibus Viffredus abbas... Hicergo has aedes con- 
dens.. . velle nee De posse vicecomitum seu egregii prsesulis Massiliensis.* 
Cartulaire de Saint- Victor, charte 40. 

(2) c Quare disposuimus aediflcare ecclesiam, consiliis, atque jussu Do* 
mini Isarni abbatis, feiicis memoriae, atque omnium fratrum in eodem 
coenobio manentium voluatate. . . » Cartulaire de Saint- Victor, charte 32. 

(3) c Ego Guillelmus.vicecomes Massiliensis, feci aediflcare ecclesiam, 
quae est sita juxta ecclesiam Sancti Petri, Massiliensis monasteri ad 
8iaistram partem ; et in honore Dei et Sanctae Grucis rogavi earn conse- 
crari... » Cartulaire de Saint- Victor, charte 25. 



CHAPITBE III 



L'Abbaye cassianite n'a pu se trouver k 
^emplacement de 1'ancienne cnapelle S^-Oatherine, 

ni aux Catalans 



PAS A SAINTE-CA THE BINE. — TBOP PRES DE SAINT-VICTOR. — AU 
MILIEU DES BRUITS DU PORT. — UNE CHARTS DE 904 EN AURA1T FAIT 
MENTION. — PAS AUX CATALANS — GROSSON NE DONNE PAS DE 
PREUVE. — IL N'Y A PAS DE TRADITION. — C'EUT ETE SUR UNE TERRE 
DE SAINT-VICTOR, ET LA CHARTS DE 966 EN AURAlT FAIT MENTION. 



L'abbaye cassianite ne se trouvait pas, de 420 & 750, & Tern- 
placement que la chapelle de Sainte- Catherine occupa plus 
tard. 

De l'endroit oil le chemin de la Garde tournait vers le sud, 
jusquevers le bassin du Carriage s'6tendait une vaste terre 
relevant du comtede Provence (1) et allant de la rive du port 
jusqn'& la liniite du cimettere Paradis. Le long du rivage qui 
bordait cette terre comtale, il y avait des pdcheries, des salines, 
un ancrage, un petit port qui devint le port de l'abbaye de 
Saint-Victor (2). C'6tait sur cette terre comtale que s'eleva h 

(1) « Una cum terra co mi tali quae ante portam castri fore videtur, 
usque ad carnarium. . . » Cartulaire de Saint-Victor, t I, charte 10. 

(2) « Concedimus... cum salinis et piscationibus et portu navium... 
conjacentem in comitatu Massiliensi qui vocatur vulgo Paradisus, sicut 
est via qua? descendit a Guardia usque ad Podium Formicarium. » Cartu- 
laire de Saint- Victor, charte 10. 

c .. in qua continebntur insertum, qualiter ecclesiae Sancti Victoris 
znartyris, uhi sacratissimum corpus umatum est, concessisset Thelo- 
Dceum de villa qua? dicitur Leonio. . . nee non et Thelonoeum de navibus 
ab Italia venieutibus, quse ad eamdem ecclesiam arripare videntur... » 
Cartulaire de Saint- Victor, charte 11. 

c... omnem partem nostram... de salinis quse in portu civitatis 
Massilie esse videntur, ab ipsa ecclesia Sancti Petri, cum piscatione et 
portu navium quae in supradicto termino arripaverint. » Charte 23 du 
cartulaire de Saint- Victor. 



— 24G — 

une certaine Spoque la chapelle de Sainte-Catherine. Or, nous 
disonsque l'abbaye cassianite ne se trouvait pas en cet endroit. 
C'6tait d'abord tr&s proche de l'abbaye de Saint-Victor. 
11 y avait k peine une distance de cent cinquante k deux 
cents pas. 

Puis, il y avait Ik des salines, nous l'avons dit, des pfeche- 
ries, un petit port, et il est assez difficile de vouloir y placer 
un monasl&re de religieuses. Cassien a recherche pour elles 
le calme, la tranquillity et la solitude. Or, c'Stait \k un en- 
droit trfes fr6quent6, trfcs bruyanl, quoique il y etit certai- 
nement moins d'agitation et de tumulte qu'il n'y en a de 
nos jours k la place aux Huiles. II est done difficile de suppo- 
ser le monastfere des lilies k ce point du terroir. 

D'autant plus que, le plateau se relevant assez brusque- 
ment vers Paradis, il n'y avait pas entre les salines et le 
cimettere un assez grand espace de terrain qui entour&t de 
paix, de calme un monastfere. 

Ensuile, si l'abbaye cassianite s'est trouv6e en cet endroit 
de 420 & 750, elle y a toujours 6t6 jusqu'en 923. On ne voit 
pas pourquoi, en effet, elle aurait quittS le voisinage de Saint- 
Victor pour alter ailleurs, k moins de venir en ville. 

Et encore, cette terre comtale fut donnSe k Saint-Victor 
en 904. Si avant cette £poque l'abbaye s'y 6tait trouvge, la 
charte l'aurait indiqu6 de quelque manifere. L'empereur 
Louis, cgdant ce domaine, aurait dit qu'il le c6dait en com- 
prenant ou en ne oomprenant pas Templacement de l'abbaye 
des filles. Or, il n'y a rien k ce sujet dans cette charte ; done 
l'abbaye n'gtait pas Ik au d£but de sa fondation. 

Elle n'gtait pas non plus aux Catalans, de Tan 420 k 750. 

Rappelons d'abord que Grosson, qui le premier, croyons- 
nous, a indiqu6 ce point du terroir comme emplacement de 
l'abbaye cassianite, n'a fourni aucune preuve de son asser- 
tion (1). M. de Rey, qui a 6tudi6 k quel endroit on pouvait 
placer l'abbaye cassianite, a reconnu que pas plus aux 
Catalans qu'au Carriage il n'y a de place pour elle (2). 

(1) Grosson, Almanack histonque de Marse Me, de 1770, p. 74. 

(2) Les Saints de I' Eg Use de Marseille, p. 232. Sainte Eusebie et ses 
compagnes. 



— 247 — 

Ensuite, il n'y a, sur le fait de Fexistence dece monastfere 4 
cet endroit, aucune tradition, si vague eoit-elle. Pour le 
Cargnage on a all6gu6 la n6cessit6 de placer le monast&re des 
filles k c6t6 de Saint-Victor; pour sainte Catherine, on a 
all6gu6 les tombeaux et les inscriptions que Ton a dGcouverts 
aux environs ; pour Paradis, les sepultures des vierges sacr^es; 
pour le Revest, le texte de la charte 40 ; pour THuveaune, la 
tradition sur la chapelle a deis Desnarrados ». Mais pour les 
Catalans, aucun fait, aucun document, n'est all6gu6, ni par 
Grosson, ni par un autre. Or, Tabsence de toute tradition ne 
s'expliquerait pas, si le monastfere avait 6t6 en cet endroit 
de 420 k 750. 

Une preuve, d'ailleurs, qu'il ne s'61evait pas aux Catalans. 
La charte 28, de 966, rappelle que l'6v6que de Marseille, 
Honor6 II, donna au monastfere de Saint-Victor (1) une terre 
qui entourait Tabbaye et dont les limites gtaient : de deux 
c6t£s la mer, de l'autre la fontaine, la montagne de la Garde, 
et un chemin le long de Paradis. » C'est Tespace de terrain qui 
est born6 au couchant et au nord par la mer, au levant par 
une liguo qui partirait du rivage du port k l'entrte de l'abbaye 
et de celle-ci aux premieres pentes de la Garde ; au sud cette 
montagne elle-m&ne jusqu'4 la mer ; dans cet espace les 
Catalans sont compris. 

Or, cette terre que T6v6que donnait a Sain t- Vic tor n'avait pas 
toujours 6t6 possession Episcopate. Depuis T6poque des 
premieres invasions sarrasines et de la ruine de l'abbaye, les 
6v£ques de Marseille, afin d arracher k la cupidity des la'iques 
puissants les biens des 6glises et des monastfcres, les avaient 
r^unis k leur mense et en avaient garde l'administralion. 
C'gtait k cetitre que les 6v6ques de Marseille, et probablement 
Honorell, avaient detenu ce domaine durant un certain nombre 
d'ann&s. Mais k cette 6poque de 966, l'abbaye de Saint- Victor 



(1) <c Et est ipsa terra, in comitatu Massiliensi, in giro ejusdem 
ecclesiae beati Victoris: consortes de duos latus, litus maris, de alio latus 
fontem et montem quern nuncupant Guardiam et viam juxta locum de 
Paradiso. » Charte 23 du cartulaire de Saint-Victor. 



- 248 - 

se relfeve de ses ruines ; l'SvAque, pour concourir k cetle 
r&urrection, r6troc6dait cette terre (1). 

D'autre part, il est facile de se convaincre que ce domaine 
gtait une possession trfes ancienne de l'abbaye. C'6tait une 
terre aux alentours de Saint-Victor; on peut bien croire done 
que c'a 6t6 un des premiers biens qui lui ont 6t6 conc6d6s par 
la pi£t6 des fideles et des grands. Ce n'est pas d'ailleurs de 
924 k 966 que l'abbaye a pu la rccevoir, car k cette epoque 
elle 6tait en ruine, elle n'existait plus. Ce ne f ut pas non 
plus de 840 k 924, car k cette date les 6v6ques avaient d6ja 
pris Tadministration des biens de Saint-Victor (2). Loin de 
donner a l'abbaye, on cherchait k lui ravir. Les 6v£ques 
avaient fort k faire pour d£fendre ces biens. La possession 
par l'abbaye de Saint-Victor, de ce domaine, serait done ante- 
rieure aux premieres invasions. 

Si done l'abbaye cassianite s'gtait trouv6e sur ce point aux 
Catalans, elle eftt 616 sur une terre de Saint- Victor. Or, n'est - 
il pas gtonnant que dans la charle de 966, en remettant ce 
domaine k FabbS de Saint- Victor, l'Sv&jue ne rappelle pas aux 
moines qu'il y a sur une portion de leur domaine un lieu 
sanclifte et b6ni, arros6 par le sang de vierges h^roYques, 
embauing par le parfum des vertus des premieres lilies de 
Cassien, et que la f ut le premier oratoire 6lev6 en l'honneur 
de leur saint fondateur ? 

(1) « Et ut fbi uti litis possint regulariter vivere, ex terra quae ad 
eamdem abbatiamfSaucti Victoria; pertinere dignoscitur, aliquid conce- 
dimus'.hocest terra culta et inculta, pratis, pascuis, garricis, aquis, 
aqua rum due ti bus, earum vel reductibus, et est ipsa terra in comitatu...i 
Gartulaire de Saint-Victor, charte 23. 

« ... Igitur ego, jam dictus Honoratus episcopus, cum clcricis 
meis, divini accensus amoris, at que gloria m retributionis omni affectu 
desiderans. . . » Charte 23, tit supra. 

« In honore Dei omnipotentis Sanctique Victoria martyris, congrega- 
tionem monachorum secundum regulam Sancli Benedict! in abbatia 
ejusdem beati Victoris constitui optamus. » Charte 23 du cartulaire de 
Saint- Victor. 

(2) Des l'an 780, sous lepiscopat de saint Mauront, j usque vers le 
milieu du X* siecle, l'ad ministration des biens de l'abbaye a ete entrc les 
mains des eveqjes. {Invasions des Sarrasins en Provence , par M. de 
Rev, passim.) 



— 249 — 

JJira-t-onque le point oil s*6levait l'abbaye cassianite des 
lilies avait 6t6 la possession de cette meme abbaye, lors de sa 
fondalion? Mais en 738 ou plus tard, a l^poque de sa destruc- 
tion, levSque aurait pris Tadministration de ce domaine. Et 
toujours en 966, alors qu'il restituait a l'abbaye de Saint-Vic- 
tor ce qui lui appartenait, il aurait fait exception de ce bien 
de I'antique monastfere, bien qu'il aurait conserve, uni a sa 
mense Episcopate, ou qu'il aurait ced6 a Saint-Victor. Mais 
forc£ment il aurait mentionue ce fait ; or, la charle de 966 ne dit 
rien de cela. Done l'abbaye n'est pas aux Catalans, de 420 a 
750. 

S'6Ievait-elle a Saint-Loup? G'est postgrieurement a 840, 
suivant l'abb£ Cayol que ies Cassianites auraient habits ce 
quartier. De 420 a 750 elles n'y 6taient done pas. 

L'abbaye pouvait-elle se trouver a Saint-Cyr (Var)? Non 
encore. II y a dans le cartulaire de Saint-Victor, et en appen- 
dice aux difterents Merits de M. Magloire Giraud, sur Saint-Cyr, 
laCadtere, Saint-Damien et Tauroentum (1), un bon nombre 
de chartes dans lesquelles on ne s'explique pas, qu'il ne soit 
fait aucune mention de l'existence de l'abbaye cassianite, A 
Saint-Cyr, si celle-ci s'y est trouv^e reellement. Notamment 
lacharte de 906 d'HonorS II, dans laquelle celui-ci cfede a Saint* 
Victor !e terroir de la Cadifere. Comme nous I'avons dit plus 
haut, HonorA II aurait rappele aux moines l'existence de ce 
coenobium primitif des lilies de Cassien. La charte de 967-993, 
quiiacontele voyage de Guillaume, comte de Provence, a 
la Cadifere, pour aider les religieux & semettreen possession de 

(1} « Goncedimtis eis ecclesiara Sancti Damiani cum appendiciis 
suis... > Suivent les limites. (Cartulaire de Saint-Victor, charte 23.— 
Charte 77, de Tan 967-993.- Charte 75. del'an 1019.) 

La donation de la Cadiere etant iaite et Ies li mites etant fixees, le 
comte de Provence ajoutait : « Omnia quae istis termini's continentur, 
quantum ad me pertinent, Sancto Victori ex integro dono. Sane si quis, 
quod evenire minime credo, contra hanc donationem venire ant obsis- 
tere voluerit, obtinere istud non valeat. . . » — « Omnia quae istis termi- 
nation! bus continentur, ex integro dono Sancto Victori, exceptis pinis.s 
— (Charte 76, de 1019, cartulaire de Saiut Victor.— Histoire du prieure 
de Saint-Damien , par l'abbe Magloire Giraud, appendice, chartes 1, 2, 
3, 4, 5.) 



— 250 — 

leurs biens, l'aurait insinu6 encore. Celle de 1019, qui relate 
la donation k Saint-Victor d'une lerre k la Cadifere par Fulco 
et Odile, et dans laquelie les limiles de la Cadifere sont preci- 
s£es, aurait encore indiqu6 Tendroit oil se trouvait ce mo- 
nast&re. Et tant d'autres chartes qui gardent sur ce sujet le 
silence le plus complet. Done on peut en conclure que l'abbaye 
cassianite n'6tait pas k Saint-Cyr k cette Spoque primitive. 

Pouvait-elle setrouver k cette Spoque aux salines, k Saint- 
Marcel, k Aubagne, k la Ciolat, etc., etc.? On n'attend pas de 
nous que nous passions en revue toutes les locality de la Pro- 
vence oil il plaira au premier venu de placer Fabbaye cassia- 
nite. En citant un point quelconque du terroir, que Ton 
prouve Texistence d'une tradition sfirieuse en faveur de cet 
endroit, alors il sera possible d'etablir sur des bases sol ides 
une discussion utile. Or, e'est le cas pour Saint-Marcel, Auba- 
gne, etc., etc. Nous passons. 

L'abbaye cassianite done n'a pu se trouver a l'6poque de sa 
fondation aux Catalans, ou au Cargnage, k Sainte-Catherine, 
au Revest, sur le plateau du Revest, k la Major, etc., etc. A 
quel endroit se trouvait-elle alors, puisqu'il faut admettre 
qu'elle 6tait quelque part ? Nous l'insinuons dans la conclu- 
sion suivante. 

Aux auteurs qui placaient le coenobium a tel ou tel endroit, 
aux environs de Marseille, nous avons prouv6 qu'ils 6taient 
dans Terreur. Restent done les bords de l'Huveaune ; or, k ceux 
qui soutenaient que jamais ccenobium ne s'est 61ev6 en ce 
point du terroir, nous avons d£montr6 que leurs objections ne 
tenaient pas. D'autre part, un certain nombre d'historiens 
designent les parages de l'Huveaune comme Tendroit oil 
pouvait se trouver l'abbaye. Done, le coenobium a pu 6tre Ik. 
Ceci n'est point une preuve peremptoire, nous le reconnais- 
sons;mais on ne saurait le nier, cela peut suffire k faire 
pencher quelque peu la balance en faveur de notre opinion. 
Voici, d'ailleurs, les preuves positives. 



— ■*^vv\A/VAAAAAA/wv**«— 



DEUXlfeME SECTION 



PREUVES POSITIVES 



CHAPITRE PREMIER 

Les Auteurs favorables & notre opinion 
et discussion de leurs assertions 



MABILLON. — CHIPFLBT J.-J. — ANDBB DU 8AUSSAY. — GTJE8NAY J.-B. 

— ABTHUB DE M0NE8TIEB. — LB P. LECOINTE.— LB PKBB POIBBY. 

— L' € ATLAS MABIANUS ». — H. BOUCHE. — M. LB CHAN01NB 
MAONAN. 

II est juste de citer en premier lieu les auteurs qui ont sou- 
tenu notre opinion. D'ailleurs nous connaitrons ainsi sur quels 
arguments ils s'appuient et ils rendront plus 6vidente l'au- 
toriteque nous apporteront leurs t&noignages. 

D*abord, Mabillon. Dans son ouvrage monumental, inti-r 
tul6 : Annates ordinis Sancti Benedicti , et les Acta 
sanctorum 0. S. B. y Mabillon e9rit: « C'est k cette Gpoque 
que Ton place ce fait memorable concernant les quarante 
religieuses du raonastere de Saint-Cyr, situ6 prfes de Mar- 
seille et fonde par Gassien. Sur les exhortations d'Eus&bie, 
leur abbesse, el les se mutil6rent le visage en se coupant le nez, 
afin d'gchapper a la lubricity des Sarrasins(l) ». L'auteur 

(l)«Huc re vocant factum sanctimoDialium quadraginta coenobii sancti 
Cyricii, prope Massiliam a B. Joanne Cassiano e recti, quae hortante 
Eusebia matre et abbatissa, ne suae pudicitise vis a Sarracenis infer- 
retur, oasuin sibi prascidemnt. » Mabillon, Annates ordin. S. Bene- 



— 252 — 

ne dgsigne pas l'emplacement exact du « ccenobium sancti 
Gyricii » ; c'est a prope Massiliam » qu'il le loge. Mais il 
faut remarquer qu'en 6crivant ces Hgnes, il ne cherchait 
point a 6lucider une Question qui pour lui n'gtait qu'un sim- 
ple detail k ce moment, quoique pour nous elle soit une ques- 
tion importante. II racontait, il aftirmait que sainte Eusgbie 
et ses compagnes avaient et6 martyrises par ies Sarrasios; 
que le monaslfere th6Atre de ce massacre s'6lev£t en cet endroit 
ou k un autre, peu lui importait. Ce n'gtait, encore une fois, 
qu'un detail. 

Cette seule expression cependant semble indiquer que 
Mabillon admettait plutOt noire opinion que l'opinion con- 
traire (1). A T6poque oil il 6crivait, en 1668, il n'aurait pas 
employ 6 cette expression : « prope Massiliam », si, k son avis, 
le monastfere cassianite avait et6 jadis sur la rive du port ,au 
Car6nage, aux Catalans, ou au Revest. En 1668, ces divers 
endroits, se trouvaient englob6s dans r enceinte de Marseille, 
et, Mabillon voulant designer un de ces points pour rem pla- 
cement du monastfere cassianite, aurait dit simplement, ou 
bien que celui-ci 6tait k Marseille, ou bien qu'il s'61evait a 
tel endroit, hors de Marseille k cette 6poque. Si done cette ex- 
pression « prope Massiliam o se trouve sous sa plume, c'est 
Tindice que pour lui le monastfere s'6levait aux bords de l'Hu- 
veaune. Ce qui suit, d'ailleurs, vacorroborer cette interpre- 
tation et nous montrer que Mabillon est bien de notre avis. 

Si le savant Bgngdictin se tient dans la g£n6ralit4 lorsqu'il 
faconte Thistoire de sainte Eus6bie, il precise davantage lors- 
qu'il parle du tnonastfere lui-mfeme. Dans la vie de saint 
Cgsaire d'Arles, au sujet de sainte C6sarie, la soeur ou la cou- 
sinede l'ev&jue, que celui-ci avait plac6e dans uil ccenobium 
de vierges a pour y apprendre d'abord cette pi6t6, cette vertu 
qu'elle devait plus tard apprendre aux autres », Mabillon veui 
indiquer quel est ce monast£re de vierges ob v6cut sainte 

dicti t t. ir, p. 90, ad ann.73$. — Acta sanctorum ordinis S. Bene- 
dict^ t. IV, p. 487, ad ann. 734. 

(1) Dans ies Annates ordinis S. #., Mabillon se sert de l'expressiori 
t prope Massiliam » et, dans Ies Acta SS. ordinis S. Benedict^ il em* 
ploie l'expression de « prope urbem ». 



— 253 — 



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Eus6bie, et il dit : c Dans le monast&re que Jean Gassien 
construisit pour les religieuses dans le terroir suburbain de 
Marseille, auprfes du fleuve de THuveaune, d'oft lui vint le 
nom de monastfere de THuveaune (1) ». C'est precis et clair. 
Objectera-t-on que c'est dans une note que ces paroles se 
lisent? Soit; mais la note est de Mabillon lui-m6me, 
comme le sont d'ailleurs toutes celles de cet ouvrage Car en 
t6te il est dit: « Universum opus, nolis, observationibus indi- 
cibusque necessariis illustravit (2). » Plus de doute done, 
Mabillon croit, avec nous, que le monastSre ou sainte Cfearie 
fut 61ev6e et dans lequel v6cut plus tard el fut martyrise 
sainte Eus6bie 6tait sur les bords de l'Huveaune, « ad Yvelinum 
amnem ». 

Oil Mabillon a-t-il puise ce renseignement ? Qu'importe ! 
Le savant B6n6dictinetaituu esprit assez 6claire, d'une critique 
assez sure pour que nous puissions 6tre sans inquietude k ce 
sujet. Car, ou bien il a eu h son service des documents anciens 
que nous n'avons plus. Puisqu'il s'est fi6 a ces documents, 
nous pouvons k notre tour nous y fler. Ou bien il a accepts 
le dire de certains auteurs qui citaient cette tradition, tels 
que Chifflet, qui 6crivait en 1618, de Saussay dans son Marty- 
rologium gallicanum de 1638, Arthur de Monestier dans le 
Sacrum Gh/nceceum de 1657, Guesnay dans le Cassia tins 
illustratus de 1652 et dans le Provincial Annates de 1657, 
Lecointe dans les Annates ecclesiastici Francorum de 1667. 
Or, 3i Mabillon a suivi ces auteurs, c'est qu'il croyait lenr 
opinion fondle. II les etit cerlainement laissSs de c6t6, s'il 
avait pu soupgonner que leurs conclusions 6taient exag£r6es. 

Apres Mabillon, Chifflet, Jean-Jacques (3), qui 6crivait en 






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(1) « Evocat e moaasterio venerabilem suam Caesariam, quam inibi 
Ideo direxerat ut di see ret quod doceret. » Kn note : « Nempe in parthe- 
oooe a Joanne Gassiano sanctimonlalibus erecto, in agro Massiliensi 
suburbanoad Yvelinum amnem unde nomen coenobio... » Acta sanc- 
torum 0. S. £., Mabillon, 1. 1, p. 612 ; vie de saint Cesaire. 

(I) En tete de son ouvrage on lit, en, effet, ces mots. 

(3) « Earn vero crucem Paradinus, De Antiq. Statu Burgundiai 

ad annum 40/, dicit a Stephano rege in Sancti Victoris massiliensem 
basUicam illatam .. nos vero ex certioribus monumentis collocatam 
censemusin agri Massiliensis coenobio sanctimonialium de Uveaune ad 

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- 254 - 

1618 son ouvrage intitule : Vesuntio civitas imperialis. II 
raconte t qu'un certain roi de Bourgogne, du nom d'Etienne, 
avait plac6 sur les elendards de son arm6e Timage de la«croix 
de saint Andrg, en souvenir du bois de la croix sur laquelle 
cet Ap6tre de J6sus-Christ 6taitmort, croix qu'il avait rappor!6e 
d'Achaie et qu'il avait dgposee k Marseille. . . . 

« Cette croix de saint Andrg, un historien du royaume de 
Bourgogne, Paradin affirme qu'elle fut placee par ce roi 
Etienne dans le monastfcre de Saint- Victor, oil elle se trouve 
encore k Theure pr^sente ; mais, k notre avis et sur la foi de 
preuves et d'6crits plus certains, nous disons qu elle a 6t6 
plac£e dans un monaatgre du terroir de Marseille, sur les bonis 
de THuveaune, aux bord3 de la mer, k un ou deux milies de 
cette ville. De quelle manifere cette insigne relique est venue 
dumonastfere des religieuses de THuveaune k Saint-Victor, 
voici ce que les annales de Marseille nous racontent. 

« Lorsque les Sarrasins, arrivant de I'Aquitaine, dgvast&rent 
la Provence, les religieuses du monastfere de THuveaune, 
pour dSrober au pillage , au feu, k la profanation, la croix de 
l'Apfttre du Sauveur, Tensevelirent profond&nent dans la 
terre. Les barbares firent irruption dans le monast6re ; les 
religieuses, pour sauvegarder leur pudeur, se mutil&rent le 
visage, en secoupant le nez, les oreilles et les lfevres. Les sau- 
vages envahisseurs les massacr£rent,et les corps de ces heroines 
furent peu aprfes transports dans une chapelle de l'6glise 
infgrieure, dont i'entrde 6tait interdite aux femmes sous peine 
d 'excommunication port6epar r6v6que.» 

Andr6 du Saussay, dans le Martyrologe gallican (1), compost 

littus maris, altero circiter a Massilia miliario. ... » J.-J. Chifflet 
Vesuntio, p. 199. 

(1) « Crux Sancti Andraeae asportata a Stephano rege Burgundi® ex 
Achaia, in Galliam deportata, apud Veaunenses virgines t in agro Mas- 
siliensi deposita, inde paulo ante anno salutis 1250 ad Sancti Victoris 
famosum coenobium translata est, ubi nunc asservatur. » Martyrolo- 
gium Gallicanum, pridie kal. decembris, natalis Sancti Andrea?. De 
Saussay. — « Hanc (crucem) ex AchaiA in Galliam delatam Stephanus 
Burgundia3 rex, apud Veaunenees virgines in agro Massilien&i depo- 
suit. » Supplem. Martyrol. Gallic, sexto idus novembris, Sancti 
Hugonis de Glazinis. De Saussay. 



— 255 — 

en 1638, sur l'ordre de Lous XIII, raconte, k la f6te de saint 
Andr6, Apdtre, que la croix sur laquelle ce disciple deJgsus 
souffrit et mourut fut rapportfe d'Achaie en Gaule par 
Etienne, roi des Bourguignons,et d6pos6e chez les religieuses 
de rHuveaune, prfes de Marseille et de l&, un peu avant 1250, 
transports au monast&re de Saint-Victor. 

Au supplement de son Marty roi oge, a la fete de Hugues de 
de Glasinis, il raconte la vision que ce saint religieux eut pen- 
dant la messe, vision lui marquant l'endroit ou se trouvait 
cachSe la croix de TAp6tre au coenobium de l'Huveaune. 

Guesnay, Jean-Baptiste, j&uite, n6 en Provence, a ins6r6 
la mGme tradition k plusieurs endroits de son Casaianus 
illustraiuSi imprimg en 1652. II dit que « le monast&re de 
rHuveaune fut fondS par quelques pieuses femmes de Mar- 
seille, sur un terrain appartenant a Saint- Victor, la ou le 
petit cours d'eau l'Huveaune se jette dans la mer. Les debuts 
du monastfere furent penibles et difiiciles, mais la vertu y fit 
de grands pr ogres, ce qui d£termina plusieurs personnes de 
distinction et de pigtg k agrandir le monastfcre et a lui mana- 
ger de plus abondantes ressources. Bien plus, les habitants 
du voisinage accourant en foule k l'oratoire de ce monastere, 
on construisit une gglise plus vaste, laquelle fut d£di£e k la 
Vierge et fit donner au ccenobium, contre lequel elle 6tait 
adossee, le nom de Notre-Dame d'Huveaune, a raison du fleuve 
de l'Huveaune sur les bords duquel il 6tait b&ti (1). » 

Racontant le martyre de sainte Eus6bie, Guesnay s'exprime 
en ces termes : « Sainte Eus6bie, vierge et martyre, v6cut 
dans le monastfere des lilies fond6 jadis par Cassien sur les bords 
de THuveaune, partie du terroir suburbain de Marseille, et le 

(1) # Monasterium Yvelinse aquae ut dicitur, a piis quibusdam rau- 
lieribus Massiliensibus inchoatum, in agro suburbano et in ea Rotundi 
Montis region e ubi Yvelinus amnis Mediterranean immiscetur. . . Tenue 
quidem principium babuit. . . sed nonnuUi eximia tarn sanctse familira 
opinione ac benevolentia excitati, angustas aides amplificaverunt et am- 
plifier tas uberiobus fructibus stabilieruDt, temploque laxiori ad populi 
coramoditatem et frequentiam exornarunt, quod Virgini Deipara dica- 
tum coenobio per amoenae Yvelini fluminis ripae adjacenti, Nostra? Domi- 
nse de Yvelino proprium accertum nomen imposuit. » Casaianus illus- 
tratus, Guesnay, p. 409. 



— 256 — 

gouvema un certain nombre d'anu^es en quality d'abbesse. 
A TSpoqiie oil la Provence, les bordsde la M&Literranee et sur- 
tout le terroir de Marseille furent si souvent visitSs par les 
pirates et les barbares, il s6vit contre les fid&les une telle 
persecution, que Ton pourrait dire que la f ureur et la rage 
de ces sauvages avaient fait couler de sang les rivteres de ces 
contr6es, au point d'en inonder les champs et les villes qui 
les avoisinaient. Or, le monastere de THuveaune, h. l'abri 
duquel sainte Ens6bie vivait avec trente-neuf compagnes, 
religieuses comme elle, fut occup6 par les barbares. Pris de 
rage et de f ureur contre ces saintes lilies, ils les massacrferent. 
Les d6pouilles sacr6esde ces martyres furent peu aprfes trans- 
ports & Saint-Victor parquelques pieux Chretiens, et d6po- 
s6es dans la primitive £glise des religieux de Saint-Cassien(l). » 
A un autre endroit de son ouvrage, Guesnay veut raconter 
le massacre de sainte Eus6bie et de ses compagnes, et c'est 
toujours sur les bords de PHuveaune qu'il place le monaslfere 
the&tre de ce glorieux martyre, fonde par Cassien dans le 
terroir de Marseille, & peu prfes & la m6me Gpoque que celui 
de Saint-Victor, et appele du nom de Notre-Dame d'Huveaune. 
« Or, les barbares ayant attaqug Marseille, mais la trouvant 
garnie de troupes, les pones fermSes, ils durent s'en Eloigner. 
Ils se rdpandirent de tous c6t£s dans la campagne, arrivferent 
sur les bords et k l'embouchure de THuveaune. Lise trou- 

(1) « Sancta Eusebia virgo et martyr coenobium parthenium Nostrse 
Dominae de Yvelino, vulgo de Veaune, a Cassiano fundatum in oppidano 
Massilise territorio per aliquot annos, et fructus auctoritatis cepit ex- 
tremos. . . Quo tempore Provincia maritimaeque regiones ac praesertim 
Massiliae suburbans piratis, proedonibusque patefacta, tarn atrocem in 
fldeles persecutionem passa sunt, ut ex eorum laniena cruoris afllu- 
entes rivi vicos et agros miseranda strage inundarunt. Yvelino monas- 
terio a barbaris occupato, cum sancta Eusebia, Deo sacratse virgines 
novem supra triginta sub ejus regimine vitara profltentes monasticam, 
altis praeconiis Christi nomen efferent, illic6 in odium pi® confessionis 
et glorificationis trucidata3, receptis repentinae victoria? pal mis, militia 
coelestis cuneos sua accessione ampliarunt. Sacrae martyrum exuviae postea 
a Massiliensibus Christi nomen ac Yvelini coenobii vindicantibus, in ur- 
bem translate apud Sancti Victoris cassianitarum monachorum pri- 
mariam basilicam collocatae sunt. » CassianUs illustratus, Guesnay, 
p. 724. 



vait le monastferede filles que gouvernait, en quality d'abbesse, 
sainte EusGbie (1). » Suit le r6cit du massacre. 

Quand il 6num6re les reliques conserves dans les cryptes 
de Saint- Victor, Guesnay n'oublie pas celles de sainte EusSbie 
et de ses compagnes, et il dit k ce sujet : a A la droite de cette 
chapelle se voit un tombeau en marbre. C'est \k que reposent 
les depouilles de sainte Eusebie, jadis abbesse de trente-neuf 
religieuses. Klles vivaient dans un monastere fond6 par le 
bienheureux Gassien, k deux ou trois milles de Marseille, et 
que Ton appelle encore Nolre-Dame d'Hu veaune. Exposes 
aux fureurs des Sarrasins, ces vierges pr6f6rferent la mort k la 
perte deleur virginity (2). » 

Dans un autre ouvrage intitule : Provincice Massiliemis 
Annates, imprim£ en 1657, Guesnay fixe & Tan 477 la date 
du martyre de sainte Eusebie, et il dit : « Durant la persecu- 
tion que Gensgric et son ills Hungric suscit&rent contre les 
catholiques, les Vandales, qui couraient les mers en pirates, 
abordferent le point de nos rivages ou THuveaune se jette 
dans la mer, et attaqu&rent le monastere des lilies que Cassien 
y avait fonde et qui (Mait tr£s florissant. Le monastfcre em- 
port6, les barbares n'ayant pu faire apostasier sainte Eusebie, 



(1) « Nee omittendum hoc loco parthenium cosnobium Nostra Domi- 
nse de Yvelino, vulgo de Veaune, a Cassiano fundatum in oppidano 
Massiliae territorio, cui iidem natales fuerunt qui ipsi monasterio Sancti 
Victoris... Descensione facta urbem aggrediuntur. Ingens eo loco 
vis erat populi, portse oppidi clausae, disposita prsesidia, tan toque ad 
repellendos hostites conatus labore, assiduitate, dimicatione certatum 
est, at ab incolis exclusi barbarl et ad vicinos circumquaque agros depo- 
pulabundos diffusi, Yvelini fluminis ostium aditumque subierint. Ibi 
parthenium coenobium in quo sancta Eusebia novem super trigiata 
monialium religiosissimis prseerat antistita... » Cassianus illustratus, 
p. 509. 

(2; « Ad hujus sacelli dexteram marmoreumque sepulcrum const it u- 
tum est. in eoque sanctao Eusebiae, earumdem novem supra triginta 
monialium quondam abbatissae ossa condita, hae autem omnes cum vitam 
agerent, in monasterio ad mare olim a beato Cassiano excitato duobus 
tantum tribusve milliaribus Massilia dissito, quod etiamnum vulgari 
appellatione B. Virginis de Veaune dicitur, ne a Sarracenis violarentur, 
mortem oppetere quam virginitatem Deo dicatam sibi deperire malue- 
runt. » Ca88ianus illu stratus, p. 475. 



— 258 - 

abbesse du coenobium et ses trente-neuf compagnes, ils les 
massacr£rent sans piti6... fl). » 

A un autre endroit du mfone ouvrage Guesnay parle de 
sainte EusGbie, de ses trente-neuf compagnes et c'est tou- 
jours du monastfere situS sur les bords de THuveaune qu'il 
s'agit (2). 

Arthur de Monestier, dans le Sacrum Gynceceum, imprim6 
en 1657, place au 30d6cembre la Kte de sainte EusSbie et de 
ses compagnes, « qui vivaient dans un monastfere situ6 aux 
bords de l'Huveaune, non loin de Marseille ». Cet auteur cite 
k la fois le Cassianus il In stratus, le Martyrologium galli- 
canum et Chifflet, en relatant les termes de ces auteurs (3). 

Le Pfere Lecointe, dans les Annates ecclesiastici Francorum, 
imprimGes en 1667, dit a qu'il y avait k Marseille quatre 
monastferes faraeux : celui de Saint- Victor. . . celui de Notre- 
Dame d'Huveaune, celui de Saint-Sauvenr et celui de Saint- 
Cassien. Guesnay en a parte longuement dans son Cassianus 
iltustratus. Le premier 6tait un monastfere d'hommes, le 
second de femmes et de filles, tous deux fondgs par Cassien 
lui-m6me. . . Celui de Notre-Dame d'Huveaune est situ6 dans 

(1) « Anuo 477. Circa excitatum a Genserico, sive Hunerico filio suo, 
catholicorum persecutionem, cum Vandal i piraticam agerent, (orte in 
earn Provincial Massiliensem oram appulsi, in qua Yvelinus fluvius mare 
inflult, parthenonem quam olim Cassianus ibi florentissimam cons- 
truxerat, adoriuntar. Capto monasterio, cumsanctamEusebiam abbatis- 
sam, Deoque sacratas virgines novem supra triginta sub ejus regimine 
vitam profitentes monasticam, nullo modo potuissent adduci barbari, 
ut Christum negarent, illico trucidatae... » Guesnay, Provencice Mas- 
siliensis Annates, p. 186. 

(2) t Anno 450. SanctaEusebia virgo et martyr.— Coenobium parthenium 
Dominae Nostra de Yvelino, vulgo de Veaune, a Cassiano fundatum in 
oppidano Massiliae territorio, rexit sancta Eusebia... quo tempore Provin- 
cia, maritimae regiones, etc. » Guesnay, Provincice Massiliensis Anna- 
tes, p. 600. 

(3) c Apud Veaunense monasterium, dioecesis Massiliensis, passio sanc- 
tarum Eusebiae et sociarum sanctimonialium virginum, qu« mira cons- 
tantly pro tuitione castitatis et fidei decertantes, martyrii palmam repor- 
tarunt ». Sacrum Gynceceum, par Arthur de Monestier; 30 dec. II cite 
en note le passage de Chifflet: « Cum Sarraceni... », ie passage de 
Guesnay : « ad h jus sacelli dexterara...*, et le sens de ce que de 
Saussay a ecrit au sujet de la croix de saint Andre, ut supra. 



— 259 — 

le terroir, derrifere la montagne qui est k l'opposd du monas- 
ters de Saint- Victor, Ik oil l'Huveaune se jette dans la 
mer. II a pa9s6 par mille Spreuves fdcheuses, souvent d6- 
truit, incendte. . . (Test k la suite de sa devastation qui remonte 
k une gpoque anterieure k la domination des Francs dans la 
Provence, que les religieuses bAtirent celui de Saint-Sauveur, 
situ£ dans la ville elle-mfime (1) ». 

Avant de passer k d'autres auteurs, demandons-nous ce que 
vaut le t^moignage des quatre que nous venons de citer. Ne 
nous le dissimulons pas. Leur autorite, paralt-il, est fort 
contestable. Feller, dans son Dictionnaire historique, les 
accuse tous d'accepter sans trop de critiques les lggendes [2). 
Ce pendant, puisqu'ils son t des t&noins de nos traditions, ne 
passons pas entiferement sous silence leur opinion. Quel fond 
est-il done permis de faire sur leur t&noignage? 

Disons d'abord qu'ils ne sont nullement int6ress6s k donner 
k la question qui nous occupe une solution de parti pris. A 
Texception de Guesnay qui, lui, est Provengal, le martyre de 
sainte Eus6bie, la dGcouverte de la croix de saint Andr6& 
Marseille ne les interessent qu'k titre de Chretiens, de prAtres, 
dereligieux. Cen'est pas une question oh l'amour du clocher 

(1) « Ad Massiliam enim vel in ipsa civitate tunc conspiciebantur 
quatuor illustria monasteria : Sancti Victoria, Nostras Domina? de 
Yvelino, Sancti Salvatoris, et Sancti Cass I an i, de quibus Guesnay (lib. II» 
cap. 17, 25) in Cassiano i/ZMsfraioprolixedisserit.Primum erat virorum, 
alterum puellarum; coenobia Sancti Victoria etN. D. de Yvelino condita 
sunt ab ipsomet Cassiano... Prope muros stat etiamnum monasterium 
Sancti Victoris...; coenobii de Yvelino, siti in agro suburbano et in ea 
Rotundi Montis parte qua? monasterio Sancti Victoris a versa in occur- 
sum patet, ubi Yvelinus amnis mari Mediterraneo immisceatur sors fuit 
longe infelicior. » Pere Lecointe, Annates ecclesiastici Francorum t 
t. I, n* 43, ad ann. 536. 

(2) Chifflet J. -J. c Si Ton retranchait (dans cette histoire de Besancon) 
de la partie civile l'erudition etrangere et de la partie ecclesiastique 
les fables et les legendes, son In 4° serait bien diminue.v (Feller, Dic- 
tionnaire historique.)— Andre du Saussay, Martyrologiumgallicanum^ 
« dans lequel on remarque beaucoup d'erudition, mais pas assez de criti- 
que et d'exactitude.» (Feller, op. ct*.).— Guesnay, J.-B., Annates Pro- 
vincial Massiliensis : « Ce n'est qu'une compilation mal digeree et sans 
critique. » — Feller se borne a indiquer le S. Joannes Cassianus* sans 
1'apprecier. 



— 260 — 

puisse les faire abonder dans un sens plut6t que dans un 
autre. Pour Guesnay lui-mfime la solution que nous pr6coni- 
sons, de me tire lecoenobium cassianiteauxbordsdeTHuveauiie, 
est une question de detail. Si ces auteurs done le fixent k cet 
endroit, e'est qu'ils le saverit de quelque maniere. Et oil ont- 
ils pais6 ces renseignements? Incontestablement dans des 
documents anciens que nous n'avons plus. Guesnay parle de 
t monumentis publicis et tabulis veteribus Massilise reperies 
editi instrument anno 710 (1) ». Les autres auteurs citent des 
ouvrages antiques. Faut-il supposer que, pour le plaisir d f agr6- 
menter leur narration, ils ontforgG des documents ou vu dans 
ces documents autre chose que ce qu'il y avait. Gela n est 
gufere possible. 

Les Boliandistes, qui sont venus apr&s eux, se contentent de 
les citer quand il s'agit d'gerire sur sainte Eus6bie. Et nous 
irons, nous, les accuser de faux (2) ? D'ailleurs, Mabillon a 
trait6 le m&ne su jet (ne parlous que du martyre de sainte 
Eus6bie). Or, ou bien Mabillon a connu les Merits de ces 
auteurs et s'est appuyg sur leurs assertions, alors elles sont 
exactes, car Mabillon les aurait rejetges, s'il avait eu le 
moindre sou peon d'une erreur historique ; ou bien il ne les a 
pas connus, et n'a pas pu se servir de ce qu'ils comenaient. 
Dans ce cas, puisque Mabillon et ces auteurs arrivent aux 
mgmes conclusions, puisque pour les uns et les autres le 
monasl&re cassianite est situg aux bords de l'Huveaune, nous 
ne voyons pas pourquoi on n'en croirait pas ces auteurs. lis 
ont dit la v6rit£, nous en avons pour garant le docte Ma- 
billon (3). 

(1) S. Joannes Cassianus Must rat us, y. 409. Nous ne savons pas a 
quel document Guesnay fait allusion, a moins que ce ne soit a la charte 
10 du cartulairu de Saint-Victor, qui date non pas de 710, mais de 904. 

(2) Dans les Acta Sanctorum, a la tete de sainte Eusebie, t. V, d'octo- 
bre, p. 292, les Boliandistes rappellent ce que ces divers auteurs ont 6crit, 
sans donner aucune appreciation de l'autoritd dont ces auteurs jouis- 
sent. 

(3) Nous pourrions ajouter a ces auteurs qui sont pour nous : Antotne 
de Ruffl, le pere de M. de Ruffl. Si ce dernier est contre nous, il n'en est 
pas de mdme du pere. Nous avons cite son temoignage. Or, il semble que 
le pere veuille refuter a l'avance ce que son tils ecrira plus tard de 



> . 



— 261 — 

Le P6re Poirey (Francois), dans la Triple Couronne de la 
Vierge Marie, a 6crit : « A la descente de cette colline de 
Notre-Dame de la Garde, Ton trouveNotre-Dame de la Veaune, 
jadis monastfcre de filles, oil arriva ce fait memorable de9 
religieusesqui, h Tabord d'une rage barbaresque, se coupfcrent 
le nez d'uncommun accord, pour conserver leurpudicitG (1).* 

V Atlas Marianus, parlant de la statue miraculeuse de 
Notre-Dame de la Veaune, s'exprime en ces termes (2) : a Cette 



contraire a notre opinion : t Cette tradition (que le monastere etait a 
1'Huveaunej n'est appuyee sur aucun instrument, ni vieille ecriture, raais 
se trouve fortifiee par plusieurs conjectures !...» C'est une tradition 
d'abord, et elle n'est pas denuee de fondements. 

(1) Triple Couronne de Marie, par P. Poh'ey, nouvelle edition paries 
Peres Benedictins deSolesmes, traite I, ch. 12, article de N.-D. de la Se. 
t Cet ouvrage fut imprime a Paris en 16 JO, puis en 1633 et 1643 ; il eut 
beaucoup de succes. Le Pere Poirey 6tait un horarae pieux et instruit.o 
(Michaud, Biographic universelle, Poirey.) 

(2) tTemplura hoc extra urbem est, et vel hodie,si pietas adsit,beneflciis 
Virginis clarum. Olim miraculosam fuisse statuam Virginis inde certum 
est. Quod ad miraculum pios eflecerit, rem intellige, lector, quam si 
semel atque iterum alibi lactam legisti, frustra in libris post hac et 
initolabore simile exemplum queeres. 

c Ccenobium hlc sacratarum Deo virginum fuit, loco, quum nulla 
vicinorum potentia contra malos defendere poterat. lrruentibus Barbaris, 
virginibus cura fuit, quae in periculis solis fugse nee tern pus, nee locus 
amplius erat, sed et nemo, qui inermes et feminas defenderet ; itaque 
ipsa? ad gladios plusquam virili fortitudine respexerunt ; et quia glad him 
nee unum habebat ccenobium, breves cultros singula? arripuerunt, sua- 
dente antistita in praeclarum factum suffecturos. Ilia, postquam ita arma- 
tis silentium induxit : « Vultus, inquit, nostri sunt, quorum decore vir- 
c gineo periclitamur : hos si decoro vulnere devenustamus, periculo 
t defunctse sumus, aliud enim non petunt, qui nobis jam imminent, 
« hostes. Audearaus! Fliiet pulchro de vulnere sanguis virgineo rubore, 
< Virginis placiturus cui non jamdudum devovimur. Si placet, incipiam 
« et meo exemplo nutitantes animabo. » 

« Simul cum dictofet ilia? omnes idem se facturas clamarunt. Et ilia, 
ne quam prom issi poenite ret, nasum sibi prsecidit. Quam ca?tera? om- 
nes tanta promptitudine secuta? sunt ut dubium inter multas esse 
exstiterit, qua? inter omnes primos lanti facti honorem meruerit. Ita 
felici host i urn contemptu secura? periculo se capedierunt. 

« I nunc, et hoc sine Deipara? miraculo fieri posse puta. 

« Caetera, qua? ad hanc sanctam iconem (qua? forte hodie non supe- 
rest) con tiger unt ad me non pervenire, atque etiam si ad me pervenis- 









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— 262 - 

Gglisede Notre-Dame d'Huveaune se trouve hors de Marseille 
et aujourd'hui encore la Sainte Vierge aime k rdcompenser la 
pi6t6 de ceux qui viennent l'y v6n6rer. II est certain que la 
statue de cette Vierge peut 6tre appel6e miraculeuse. Voici qui 
vale prouver ; on trouvera ce fait racontS en bien des livres, 
mais, quant k savoir s'il a 6t6 accompli une seconde fois, c'est 
en vain qu'on le rechercherait. 

a La s'£levait jadis un monastfere de vierges consacr6es k 
Dieu, Dans le voisinage de ce coenobium personne d'assez 
puissant pour protgger contre les mechants les saintes Ames 
qui y vivaient. Or, les barbares vinrent un jour sur cette plage 
dGserte. Les religieuses ne pouvaient ni fuir, ni se dGfendre ; 
mais, avec un courage plus que viril, elles essayferent cepen- 
dant de hitter k leur mani&re. II n'y avait point de glaives, ni 
d'armes au monastfere. Elles saisissent des couteaux et se pr6- 
parent, sur les exhortations de leur abbesse, k combattre vail- 
lamment. A ce moment terrible, l'abbesse, en effet, impose le 
silence et s'6crie : « Mes filles, c'est la beauts de notre visage 
a qui nous met en p6ril. Nos ennemis n'en veulent qvi'k elle. 
a Deflgurons-nous et nous Schapperons au danger 1 Courage ! ! 
« Nous nous sommes consacr6es k la Vierge Marie ! Pour lui 
a plaire, donnons-lui notre sang. La premifere, je vais lui 
« offrir ce sacrifice. Suivez mon exemple. » 

a D'une voix unanime elles acceptent. Et pendant que l'he- 
roique abbesse mutile son visage, les autres l'imitent, et cela 
avec une joie, un enthousiasme sans pareils et une telle promp- 
titude, qu'on ne saurait dire qu'elle fut celle de ces saintes 
victimes qui eut plus t6t achevg son sacrifice. Un tel mgpris 
des ennemis de leur chastetg les mit k l'abri du p6rii de 
succomberau mal. 

« Jugez, maintenant, si un tel acte a pu s'accomplir sans 
que la Vierge Marie y soit intervenue. 

a Quant k ce qui a trait k la sainte image elle-m£me (qui, 

sent, hie non apponerem, qualiacumque demtim essent, quia hoc raritate 
sua sufficit ut credatur Deiparsestatuamiraculosa. » Pere Poirey, Triplex 
Corona, tract. I, cap. It.— Atlas Marianus, edit. 1672, t. II, p. 3017, 
u. 1687-1137, Imago miraculosa de la Veaune Massiliae in Gallia; mo- 
nogramme : Gaudeamus, amici, en pura Mater in alto. 



— 263 — 

peut-6tre k l'heure actuelle n'existe plus(i) je ne sais rien. 
J'ensaurais davantage que je ne T6crirai pas. Le fait que j'ai 
cite suffit pour Stablir que la Vierge de l'Huveaune peut Stre 
appel6e miraculeuse.» 

Nous lisons dans Honor6 Bouche, Histoire de Provence, 
qu'il y avait k Saint-Victor « les ossemenls de quelques 
saintes religieuses du monastfere d'Uveaulne qui souffrirent le 
martyre par les infid61es ». Autre part : « Le monastere des 
religieuses d'Uveaune, proche de Marseille, f ut entiferement 
d6truit par ces barbares (2). » 

M. le chanoine Magnan, qui a 6crit jadis une Notice sur la 
Croix de saint Andri y a soutenu notre opinion. Aprfes avoir 
cit6 le dire de Grosson, de Lefournier et de quelques autres 
auteurs plus r Scents, lesquels plagaient le monastfere de sainte 
Eus6bie au bassin du Carriage ou sur le quai de Rive-Neuve,* 
il ajoute : « D'oii vient que les auteurs les plus dignes de foi 
assurent que ce monastgre 6tait aux environs de Marseille 
et k la campagne: « in agro Massiliensi » ?... Mais notre 
but n'est pas de prouver ici que le monastfere de sainte 
EusSbie 6tait sur les bords de l'Huveaune. Une question si 
importante et si difficile demanderait des d6veloppements 
plus 6tendus. Nous voulons montrer seulement que cette 
opinion peut 6tre encore soutenue (3). r> Dans sa Notice sur 
sainte Eustbie, le m&ne 6crivain dit catggoriquement que 
ce f ut sur les bords de l'Huveaune que saint Cassien fonda le 
monastere des lilies et que vecut et mourut sainte Eus£bie (4). 

Enfln, dans V Histoire d'Urbain V, le m&ne auteur 6crit 
encore : « Cassien fonda k Marseille deux monastferes, Tun 
pour les hommes sur le tombeau de saint Victor, Tautre pour 
les femmes sur les rives de l'Huveaune (5). » 



(1) Nous dirons, dans un chapitre suivant, que la sainte image de 
N.-D, d'Huveaune existe encore. 

(2) H. Bouche, Chorographie et Histoire de Marseille, t. II, pp. 
332, 565. 

(3) L'abbe Magnan, Notice sur la Croix de saint Andrd, p. 16. 

(4) Notice sur sainte Euse'bie> publiee dans la Semaine liturgique, 
1— annee, p. 732, et dans le Conseiller catholique, en 1851. 

(5) Vie du pape Urbain V, p. 252. 



CHAPITRE II 

Le Propre de Marseille 
Lepons de l'offlce de sainte Eus6bie 

LEMONS DU PROPRE DE MARSEILLE. — AUTEUR DE CBS LECONS. — 

MONSEIONEUR DE BBLSUNCE SB TIENT DANS UNE SAGE RESERVE; 

MAIS, n'aCCEPTANT PAS CATEGOBIQUEMENT L'OPINION DE RUFFI, 1L> 
EST POUR NOUS. — LES TERMES DONT IL SB SERT SB LISENT DANS 
LBS AUTEURS QUI NOUS SONT FAVORABLES. — DANS « L'ANTIQUITfc 
DK L'EGLISE DE MARSEILLE », IL N'EST PAS CONTRE NOUS. 

On connait le texte des lecons du II nocturne de Toffice de 
sainte Eusebie. Nous le trouvons dans le Propre de Marseille, 
& la date du 11 octobre (1). En voici la traduction que nous 
empruntons k Touvrage de M. Rey : Les Saints de VEglise 
de Marseille (2) : • 

« La vierge Eus6bie, d'une grande pi6t6, gouvemait le mo- 
nastfcre de religieuses que le bienheureux Cassien fonda 

(1) « Lectio IV. — Eusebia, virgo, insigni pietate illustris, sacrarum 
virginum monasterio praef uit, quod olira beatus Gassianus , in agro 
Massiliensi, non procul a Sancti Victoris templo, exstruxerat. Irruenti- 
bus in monasterium infidelibus, sacras virgines, de vita retinenda, mi- 
nusquam de pudore servando sollicitas, hortatur Eusebia nasum sibi 
praecidant, ut cruento spectaculo barbarorum accendatur feritas, libido- 
que exstinguatur. Quod cum incredibili aaimi alacritate et ipsa et csete- 
rae omnes praestitissent, barbari primum rei novitate attoniti, tunc 
furore perciti, eas numero quadraginta Christum mira constantia confi- 
tentes immaniter trucidarunt. 

« Lectio V. — Earum ossa in subterraneo Sancti Victoris templo con- 
dila, veneratione religiosa coluntur. Certissima constat traditione, in 
earumdem monasterio quod intra Massilise muros translatum, sub 
Sancti Salvatoris nomine diu floruit, olim moris fuisse ut quotiescum- 
que virgo aliqua, vel ad ponendum vita) coenobiticae tirocinium, vel ad 
vota emitlenda admitterentur, abbatissse Eusebia? sociarumque marty- 
rium ill! sacerdos velut maximun constantiae incitamentum in memoriam 
revocaret. » 

(2) Lea Saints de VEglise de Marseille, p. 227. 



— 265 — 

autrefois dans le terroir de Marseille non loin de 1'gglise de 
Saint-Victor. Les infidfcles faisant irruption dans le monastfere, 
et les vierges sacr£es ayant plus k souci la conservation 
de leur puretg que de leur vie, Eus6bie les exhorta k se 
couper le nez, afin d'irriter par ce spectacle sanglant la f ureur 
des barbares et d'6teindre leurs passions. Avec une incroya- 
ble ardeur, elle-m6me et toutes ses compagnes accomplirent 
cet acte ; les barbares, 6tonn& d'abord par la nouveautg, 
mais remplis de fureur, les massacrfcrent impitoyablement 
au nombre de quarante, tandis qu'elles confessaient le Christ * 
avec une admirable Constance. 

a Leurs ossements, d6pos6s dans l'^glise souterraine de Saint- 
Victor, y sont honoris religieusement . II est de tradition 
dans leur monast&re, qui, transfer^ dans les murs de la ville, 
y a fleuri longtemps sous le titre de Saint-Sauveur, qu'au- 
trefois, quand une vierge 6lait admise k entrer au noviciat ou 
k faire ses vceux, ce prfttre Ini rappelait le martyre de Tab- 
besse Eus6bie et de ses compagnes, corame un grand exem- 
ple de fermet6. » 

Peut-on, ce contexte k la main, condamner notre thfese, et 
partant avons-nous k craindre d'etre en contradiction avec le 
croyance et la tradition de l'Eglise de Marseille en la formu- 
lant ? Nous ne le croyons pas. Les lecons du Propre de Mar- 
seille, dans Tofflce de sainte Eus6bie, ne sont pas contre notre 
opinion. Au contraire elles lui sont plus que favorables. Voici 
la partie du texte latin sur lequel nous argumentons : « Euse- 
bia virgo, insigni pietate illustris, sacrarum virginum monas - 
terio praefuit, quod olim beatus Gassianus, in agro Massiliensl 
non procul a Sancti Victoris templo, exstruxerat » 

Quel est le sens precis de ces mots : « in agro Massiliensi, 
non procul a Sancti Victoris templo » ? Pour le savoir, i&chons 
de connaltre Topinion, sur ce point, du r£dacteur de ces 
lecons ? 

(Test M ,r de Belsunce qui a compost cette partie de TofiBce. 
II Pavoue dans une lettre, adressSe a son chapitre, le 9 juillet 
1733 : « Moi-m6me, dit-il, n'ai-je pas donn6 la lecon de 
saiute EusGbie et de ses compagnes (1) ? » A aucune 6poque 

(1) Dom Berengier, Vie de Monseigneur de Belsunce, X. II; p. 149; 



— 266 - 

avant lui, pas plus dans le Propre de Marseille que dans celui 
de 1'abbaye de Saint-Victor, il n'est fait mention de notre 
sainte martyre (1). Ges lecons, composes en 1733, devinrent 
obligatoires dans la recitation de l'office divin dbs la fin de la 
mgme ann6e, en vertu d'un d£cret de l'Ordinaire, en date du 
27 mai 1733 (2), puis ins6r6es dans l'6dition nouvelle du Pro- 
pre que fit imprimer le m6me pr61at, probablement celle de 
1735(3). 

Or, M* r de Belsunce a-t-il, dans ces leg ons, donn6 une opi- 
nion trfcs precise, bien arr&6e sur l'endroit oil se trouvait le 
ccenobium qu'habitait sainte EusSbie, et partant est-il oppose 
k notre thfese ? Nullement. Ge prelat, en efiet, n'ignorait 
pas que cette question 6tait bien discut6e parmi lesauteurs. 
S'il lisait de Ruffi dans l'6dition que cet auteur donnait, en 
1695, de YHistoire de Marseille, il y voyait soutenir que le 
monastfcre des filles cassianites s'61evait auprfes de Saint- Vic- 
tor (4). Dans le Cassianus illustratus , et les Provincial 
Mas8iliensis Annates de Guesnay, il trouvait Topinion 
contraire : que ce coenobium gtait sur les bords de 1'Huveau- 
ne(5). Bien plus, en etudiant davantage cette question, il 
voyait que lorsqu'il s'agissait de savoir quels etaient les 
auteurs du massacre de ces saintes vierges, pendant que 
Ruffi d&ignait les Normands, il lisait encore dans Guesnay 
que c'6taient les Vandales k un endroit de cet ouvrage, et les 



(1) Les Saints de VEglise de Marseille, p. 238. — Les Invasions des 
Sarrasins en Provence, par G. de Rey, p. 401. — Les editions des Offl- 
cia propria Sanctorum MassiHensis Ecclesice de 1662, 1692, 1732, ne 
contiennent rien au sujet de sainte Eusebie. Les Officio, propria venera- 
bilis Monasterii Sancti Victoris Massilice, de 1672, n'ont rien non 
plus. 

(2) Acta Sanctowm Bolland., sainte Eusebie, 8 octobre, t. IV, d'oc- 
tobre.p. 292. — Ex decreto die XXVII maii 1733. 

(3) Un exemplaire des Officia propria Ecclesice Massiliensis , poste- 
rieur a 1732 et edite chez veuve Brebion, conserve a la bibliotheque de 
Marseille, contient ces lecons de l'office de sainte Eusebie. 

(4) Voir le chapitre : Les auteurs contraires a notre opinion, de ce 
present ouvrage. 

(5) Voir le chapitre : Les auteurs favorables a notre these, de ce pre- 
sent ouvrage. 



• t 






(1) Et les deux Ruffl disaient cependant qu'il etait de tradition que 
c'etaient les Sarrasins. Guesnay, dans le meme paragraphe, nommait 
les Sarrasins et les Vandales. 

(2) Monographic de Vabbaye de Saint-Victor-les-Marseille, par M. 
Grinda, dans YEcho de Notre-Dame de la Garde, annee 1888, n° 345. 

(3) Voir les lecons de l'offlce de sainte Eusebie. 

(4) V « ager Massiliensis » comprenait : Arcoulens, Saint-Tronc, 
Plombieres, Sarturanum, Saint-Giniez. (Cartulaire de Saint- Victor, pre- 
face, p. LXI.) — Mortreuil, Diclionnaire topographique, au mot Mar- 
seille, p. 216. 



*$ 



— 267 — 

Sarrasins k un autre (1), et dans Chifflet, duSaussay, lePfere 
Lecointe que c'&aient les Sarrasins. La divergence la plus 
grande, en un mot, parmi les auteurs. 

Tous 6taient d accord sur le fond de la question, k savoir : 
que sainte EusGbie avail 6t6 martyris6e avec ses compagnes ; 
mais, quant aux details, chacun avait une id6e difKrente. 
Que devait faire M" de Belsunce ? Ne prendre parti ni pour 
une opinion, ni pour une autre, afin de ne pas exposer la 
liturgie sacr£e aux attaques de la critique. Conservant done 
le fond de cette tradition locale, il se tint, par rapport aux 
details, dans un juste milieu. Pour indiquer les auteurs du 
massacre, il se servit des termes d' <t infidel ibus, barbaroruin, 
barbari », expressions qui, k la rigueur, peuvent s'appliquer 
aussi bien aux Vandales qu'aux Sarrasins et aux Nor- 
mands (2). Pour designer l'endroit oil se trouvait le coeno- 
bium, il choisit une locution d'une acception trfes large et 
que les partisans de Tune et de l'autre opinion pourraient 
tirer k eux : « in agro Massiliensi, non procul a Sancti Victo- 
ris templo (3). » 

En effet, de quelque opinion que Ton soit, on peut inter- 
preter dans son propre sens ces termes de la lecon. Si Ton 
soutient que le monastfere est k I'Huveaune, on se trouve dans 
r « ager Massiliensis (4) » et a non procul a Sancti Victoris 
templo », car il y a k peine une heure de marche entre l'em- 
bouchure de THuveaune et Tabbaye de Saint-Victor, et 
1 « ager Massiliensis » comprenait ce que nous appellerions 
la banlieue de Marseille . Si Ton prgf&re placer le monastere 
prte du port, on se trouve encore non loin de Saint- Victor, 



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• • »i 



— 268 — 

et dans P « ager Massiliensis », puisque le quartier de 
Saint- Victor ue se trouvait pas, au *V" Steele, dans Fen- 
ceinte de la ville. On le voit, en s'exprimant de la sorte, 
l'6crivain se tenait dans une reserve sage et prudente. II ne 
contredisait pas son ami de Ruffi, qui ne voulait pas entendre 
parler d'un monastfere aux bords de rHuveaune et surtout il 
n'exposait pas une parlie de 1'offlce divin aux critiques sacri- 
leges des d6nicheurs de saints, Launoy et ses successeurs. 

Mais cependant il est facile de s'apercevoir que M ,r de Bel- 
sunce embrasse plut6t l'opinion contraire, la nOtre. S'il avait 
6t6 de l'opinion de Ruffi, il 1'aurait dit en propres termes, sans 
avoir k craindre de le contrarier. En admettant qu'il n'ait pas 
voulu se prononcer cat£goriquement en faveur de cette opinion 
de Ruffl, il aurait du moins fait entendre qu'il penchait de ce 
c6!6. Or, les termes qu'il a employes ne sauraient indiquer 
ni qu'il accepte l'opinion de Ruffi, ni m&me faire supposer 
qu'il la croit acceptable. Pour designer clairement que le 
monastfere 6tait prfes du port, il y avait des termes tout trou- 
v6s : ceux de la charte 40 du XI* si&cle : a non longe a rip& 
porti », ceux des chartes de 1431 et 1446 : « olim sibi vici- 
num (1) » ; et tant d'autres que le cartulaire aurait sugg6r6s. 
Mais jamais, il ne serait venu k l'esprit de l'gvgque 6crivain 
de se servir des mots t in agro Massiliensi » pour designer la 
rive du port. Les termes employ6s sont trop vagues, pas assez 
precis. Done, M gr de Belsunce n'accepte pas l'opinion de 
RiifB. 

Ges termes ne font pas m6me pressentir qu'il croit accep- 
table l'opinion de Ruffi. S'il n avait 6crit que a non procul a 
Sancti Victoris templo », on aurait pu y dScouvnr une insi- 
nuation, en faveur de Popinion de cet historien ; et, com me 
ce terme 6tait encore bien vague, on aurait pu le faire accep*- 
ter par les tenants de l'opinion adverse. Mais, k c6t£ de ces 
mots, il y a a in agro Massiliensi » ; et, comme nous le 
disions il y a un instant, qui jamais a d£sign6 la rive du port 
par ces mots : « in agro Massiliensi » ? M' r de Belsunce done 



(1) Cartulaire de Saint-Victor, chdrte 40.— Chartes de 1431, 1446. — 
Voir plus haut le chapitre : Les chartes de W34 et /440. 






- 269 - 

nepatronne pas 1 'opinion de Ruffi. Au contraire. Les termes 
dont il se sert 6tant favorables a notre opinion, on peut dire 
qu'il penche de notre c6t6. 

La source ix laquelle puise l^crivain 1'indique amplement 
encore, Dans son ouvrage VAntiquiU de VEgtise de Mar- 
seille, & l'endroit oil il parle du martyre de sainte Eus6bie, 
quel est l'auteur que M" de Belsunce cite, qu'il traduit, qu'il 
suit? Mabillon(l). Or, celui-ci, on le sail, place le monas- 
tfere h l'Huveaune et il se sert du mot a propre Massiliam », 
pour d&igner cet emplacement. M gr de Belsunce, lui, emploie 
dans la legon l'expression : « in agro Massiliensi », qui dit la 
m&me chose. De plus, cette locution a in agro Massiliensi » 
se lit k la fois dans Chifflet. dans de Saussay, dans Arthur de 
Monestier, dans le P6re Lecointe et dans Guesnay (2) Or, ces 
auteurs placent le coenobium & l'Huveaune. Gomme M gr de 
Belsunce avait ces ouvrages sous la main et que les expres- 
sions de ces ouvrages se retrouvent dans la lecon qu'il a com- 
pose, on peut en insurer qu'il a puis6 & ces ouvrages. Seule, 
la locution « non procul a Sancti Victoris templo » ne se lit 
pas chez ces auteurs, mais il y a l'expression toute synonyme : 
eloign^ d'& peine deux ou trois milles de Marseille (3). Done 
e'est la encore que M 8r de Belsunce a puis6. Done il accepte 
plut6t notre opinion qu'il ne la rejette. 

Qu'il en soit encore ainsi, l'ouvrage mfime de M |r de Bel- 
sunce, cit6 tant6t, VAniiquiti de VEglise de Marseille, le 
dSmontre. A vrai dire, on s'attendrait a trouver dans cet 6crit 
post6rieur aux le?ons de Toffice de sainte Eus6bie, car les deux 
premiers volumes parurent en 1747 (4), une affirmation cate- 






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(i) VAntiquite de VEglise de Marseille par Mgr de Belsuuce, t. I, 
p. 290. 

(2) Chifflet : c Crucem sancti Andraeae collocataih censemus in agri 
Massiliensis monasterio de Uveaune ». — Arthur de Monestier: « In 
agri Massiliensis praefato sanctimonialium monasterio de Uveaune ». 
De Saussay : « In agro Massiliensi deposita apud Veaunenses virgines >. 
Pere Lecointe : « Siti in agro suburbano Massiliae ». 

(3) « Ad mare olim a B. Cassiano excitato duobus vel tribus tantum a 
Massilia miliaribus dissito. » Arthur de Monestier, Chifflet. 

(4) Dom Berengier, Vie de Monseigneur o r e Behunce^ t. II, p. 182; 

18 



— 270 — 

gorique sur la question qui nous occupe. Or, voici cependant 
en quels termes le pr&at consigne dans cet ouvrage son opi- 
nion sur ce point : a Cassien, dit-il, gtablit dans une forgt 
qui aboutissait au port de Marseille deux monast&res. Le pre- 
mier fut la fameuse abbaye de Saint- Victor. Le second monas- 
t6re, qui fut habits par des religieuses, n'Stait pas 61oign6 du 
premier. » — a Le monastere de lilies etabli par saint Cas- 
Bien, aupres de celui de Saint-Victor. . . » — a Lemonastfere 
de sainte Eus6bie, qui portait alors le nom de Sanctus Cyri- 
ctus ou Ceris, 6tait hors de la ville et assez peu 61oign6 du 
port. » — a Le monastfere des religieuses fondS par saint Cas- 
sien, prfes de Marseille (1). » On le voit, c'est assez sobre de- 
dications topographiques. 

Or, pourquoi r6v6que-6crivain, composant un ouvrage pu- 
rement historique, et partant tenu k moins de reserve que 
lorsqu'il rddigeait les lecons de Toffice, n'a-t-il pas fait 
connaitre davantage sa pensfe ? A notre avis, g'a 6t6 de la 
part de M" de Belsunce un acte d admirable d61icatesse et de 
prudence consommee. II ne voulait pas d'abord, aprfes s'fitre 
tenu dans un juste milieu dans la redaction des lecons du 
Propre, avoir Pair de reprendre ses f ranches coud6es dans un 
ouvrage de science purement humaine. Un tel proc6d6 aurait 
certaineraent attirS sur son opinion des attaques qui forc6- 
ment auraient atteint les lecons de I'office. On lui aurait repro- 
ch6 de ne donner aux fiddles qu'une v6rlt6 diminuee, des 
assertions timides, et de rgserver k un 6crit profane toute son 
Erudition. II y avait une autre raison, nous semble-t-il. On 
sait que Ruffi est catggoriquement opposg k r existence d'un 
monastfcre cassianite a PHuveaune. II n'en veut a aucun prix. 
Or, 6mettre une opinion diam&ralement oppos6e et la prou- 
ver, c'6tait attaquer k fond M. de Ruffi. Or, M« r de Belsunce 
entretenait avec cet auteur des relations gpistolaires assez 
agr6ables. De plus, il s'Stait aid6, dans son travail, d'un ma- 
nuscrit de M. de Ruffi lui-mfime sur les 6v6ques de Mar- 
seille (2). Enfin, comme k une 6poque il avait appris que 

(1) UAntiquitt de VEglise de Marseille, 1. 1, pp. 101, 258, 290, 410. 

(2) Dans le mandement par lequel Mgr de Belsunce annoncait a son 
peuple la prochaine publication de son ouvrage, il ecrivait : « Un ma- 



- 271 — 

M. de Ruffi allait 6crire une critique de la Chronologie de 
des EvGques de Marseille donn6e par le P6re de Saint Alban 
en 1713, dans son Calendrier spiriiuel, le digne evfique 
essaya de Ten dissuader, et le pria de n'Gtre point trop sSvfere. 
M. de Ruffi s'empressa de rassurer son 6v£que(l). Exlt-t-il 
616 dSlicat de la part de M gr de Belsunce de venir, quelques 
annees plus tard, alors que M. de Ruffi n'&ait plus, attaquer 
k fond les assertions de cet historien ? II se contenta done 
encore d'une sage reserve et d'un juste milieu. Mais la preuve 
en notre faveur, e'est qu'il ne se range pas k Tavis de Ruffi 
d'une manifere catggorique , puisque les locutions « prfes de 
Marseille ; hors de la ville ; assez peu 61oign6 du port ; n'6tait 
pas 61oign6 du premier (de celui de Saint-Victor) n sont d'une 
signification trfes large, pouvant 6tre acceptees aussi bien par 
les tenants d'une opinion que par les tenants de l'autre. 

Ainsi M gr de Belsunce n'est pas contre nous dans YAnti- 
quit& de VEglise de Marseille. II Test bien moins encore 
dans les legons qu'il a redigSes pour l'office de sainte Eus6bie. 
Done, nous ne nous heurtons pas de front a la tradition de 
1'Eglise de Marseille. Que dis-je? elle nous est plut6t favo- 
rable. Et e'est d6ja quelque chose ! ! 

• 

nuscrit de feu M. de Rufti le flls, que M. d'Artigues, son gendre, a bien 
voulu nous communiquer, nous a ete aussi d'un grand secours. » Man- 
dement du 15 aout 1741. (Vie de Monseigneur de Belsunce, par Dom 
Berengier, t. II, p. 181.) 

(1) Dom Berengier, Vie de Monseigneur de Belsunce, t. I, p. 139 et 
suiv. 



CHAPITRE III 

La Oroix de saint Andr6 cachde & l'Abbaye 

cassianite de rHuveaune 

TEXTES DE CHIPPLET, DE DD SAUSSAY, D'aRTHUR DE MONESTIER. — LA, 
CROIX DE SAINT ANDRE TROUVEE A MARSEILLE, A NOTRE EPOQUEJELLE 
Y^TAIT DEJA EN 1494. — ELLE Y ETA1T AU XIII* SIECLE. BAS-RELIEF 
DE HUGUES DE GLASINJS.— ELLE N*EST PAS ARRIVES A MARSEILLE 
SKULEMKNT A L'EPOQUE DES CROISADES, LORS DE LA PRISE DE 
CONSTANTINOPLE, EN 1198.— CETTE CROIX N'ETAIT A CONSTANTI- 
NOPLE, NI AU Vl% NI AU IV° SIECLE. — NI MEME A PATRAS AU IV e 
SIECLE. — SAINT REGULFUS. 

Nous trouvons dans Chifflet, du Saussay et Arthur de Mo- 
nestier une preuve nouvelle de Texistence sur les bords de 
THuveaune du monastfere cassianite de viergesdans lequel 
v6cut et mourut sainte Eus6bie (1). 
Voici ce qu'on lit dans Jean-Jacques Chifflet (2) : 
a Les Burgundes devenus Chretiens plac6rent surleursensei- 
gnes militaires une croix au lieu d'un dragon. Un grand nom- 

(1) On irouvera peut-etre que c'est beaucoup de trois chapitres pour 
traiter la question de la croix de saint Andre a Marseille, par rapport au 
sujet qui nousoccupe, l'endroit oil sainte Eusebiea ete martyrisee. C'est 
vrai. Nous avonscru cependant bien faire en donnant quelque develop- 
pement a ce point de notre. histoire religieuse locale. II nous a sembl£ 
que notre travail y gagnerait en utilite pratique. Ajoutons encore cepen* 
dant que cette etude est forcement incomplete. II est bien d'autres argu- 
ments, en effet, que Ton pourrait produire si Ton vbulait etablir d'une* 
maniere plus precise que I'Eglise de Marseille possede vraiment la croix 
de saint Andre. 

(2) Vesuntio vivitas imperiali8 t libera Sequcuiorum metropolis, par 
J.-J. Chifflet, p. 199, etc.: 

t Christiana; fidei Iumine illustrati Burgundiones ex draconnariis fact! 
sunt cruciferi. Exstantenim permulti apud nostrates rerum Burgundiaca- 
rum coramentarii gallic^ conscripli, in quibus Stephanus quidem Bur- 
gundiae rex dicitur, crucem saucti Andrseee pro vexillo militari sibi ar 



— 273 — 

bve d'auteurs qui ont 6crit de not re temps sur les faits efc ges- 
tes des Burgundes rapportent qu'un certain Etienne, roi de 
Burgundie, avait le premier fail representor unecroix de saint 
Andr6 sur ses drapeaux. Cette croix il l'avait apportge d'Acha'ie 
et d6pos6e k Marseille. Get Etienne, aucun roi de Bourgogne 
ne s'appelant de ce nom, n'est pas autre, & notre avis, que 
Gundioc, roi des Bourguignons, qui, devenu catholique, prit ce 

suis primus accepisse,eamque ex Achala deportatam, Massiliao collpcasse. 
Stephanum hunc (quia nullus hujus nominis exstatin probatis Burgundise 
chronicis) non alium esse suspicor a Gundioco Burgundiarum rege, qui 
quondam cecidisse in pugnadicitur,cum jam catholicus ad versus At til am 
pro romano imperatore dimicaret, opinor eum Stephanum in baptismo 
vocatum, qui tamen ab illius arvi scriptoribus Gundiocus semper dictus 

fuit 

c Earn vero crucem, Paradinus (De Aniiq. Statu Burffond . t ad 

ann. 4W) dicit a Stephano rege in Sancti Victoris massiliensem basili- 
cam (in qua nunc habetur) illatam ; nos ex certioribus monumentis collo- 
catam censemus in agri Massiliensis coenobio sanctimonialium de Uveau- 
ne ad littus maris, altero circiter a Massilia milliario, qua vero parte ad 
Sanctum Victorem devenerit, babe sic ex Massiliensium commentariis. 

€ Cum Sarraceni Catalaunise incolee Provinciam devastarent, moniales 
dicti monasteriide Uveaune, B. Andraeae cruci, quam religiose servabant 
a flammis aliave injuria cau turn esse voluerunt. Igitur excavata humo, 
crucem sepeliunt, rata) nimirum ita barbarorum oculos, manusque eva- 
suram. Barbaris deinde in monasterio irrumpentibus, veritae ne pudori suu 
vim inferrent, Dares sibi, aures et labia hie crudolitate praeciderunt, ut 
deformes apparerent et sane omnes interfectae sunt.Quarum corpora ali- 
quo post tempore disquisita, in monasterium Sancti Victoris translata 
sunt, et in sacello ecclesi® reposita sunt cujus ingressu pontiflciA aucto- 
ritate sub poena excommunicationis mulieribus interdictum est. 

c Soilicite deinde disquisita est a monach's Sancti Victoris crux 
Andreana, cumque nusquam occurreret credita est aut sublata a Sarra- 
cenis, aut concremata. Hugoni postmodum cuidam, ex eodem monaste- 
rio, inter missarum solemnia Angelustertio apparuit, crucemque in terra 
abditam in monasterio de Uveaune revelavit. Quod cum super iori mani- 
festasset, ad eum locum a monachis pie processum est, qua crucem ini- 
bi effossam in Sancti Victoris (ubi nunc cernitur) monasterium irapor- 

tarunt. 

« Bono huic Hugoni, qui sanctus vulgo habebatur, positus estpraeter 
morem tumulus e marmore candido vermiculato, in quo expressus est, 
quasi sacris operans ad altare, e quo B Andraeae crux sese il! i offerat.at- 
que hoc epitaphiuoi adscriptum. (Suit Vepitaphe que Rufll donne dans 
VHistoire de Marseille, t. //, p. /2£.J Hinc vides non multo ante annum 
1250 illatam in Sancti Victoris monasterium B. Andraeae crucem. » 



- 274 - 

nom d'Etienne. II combatlit dans les armies romaines contre 
Attila et mourut dans une bataille livrfe ft ce barbare (t). 

a Au sujet de la croix de saint Andrg, Paradin 6crit qu'elle 
fut portde en 401 ft Saint -Victor par ce roi Etienne, et c'est 1ft, 
dans cette 6glise, qu'elle se trouve. Mais, sur la foi de docu- 
ments plus certains et plus autoris6s, nous croyons qu'elle fut 
placAe dans un monast&re de vierges situ4 sur les bord8 de 
VHuveaune, prds de la mer y dpeupr&s a deux ou trots milles 
de Marseille. Comment de ce monaslfere de THuveaune vint- 
elle ft Saint-Victor? Le voici : 

« Lorsque les Sarrasins qui habitaient TEspagne eurent en- 
vahi la Provence, ils attaqufcrent le monast&re de I'Huveaune 
et massacrferent les religieuses qui l'habitaient. Les dignes 
lilies deCassien, voulant mettre ft Fabri la pr6cieuse relique 
qu'on leur avait conflte, creusfcrent la terre, y enfouirent la 
la croix, pensant ainsi la d6rober ft la vue et ft la rapacity des 
barbares. Plus tard, le calme 6tant revenu, les religieux de 
Saint-Victor cherchtarent longtemps cette croix de saint Andr6, 
et, ne la retrouvant pas, ils crurent qu'elle avait 6t6 ou enlevSe 
ou brtilSe par les Sarrasins. Or, un certain Hugues, religieux 
du mSme monast&re c616brait un jour la messe, lorsque un 
angelui apparut et lui indiqual'endroitdu monastferedeTHu- 
veaune oti la croix de l'Apdtre 6tait cach6e. 

« Tout heureux de cette communication, Hugues la fit con- 
naltre ft l'abb6 du monast&re. On chercha la relique ft Tendroit 
indiqu6, on la retrouva et on la rapporta ft Saint- Victor. C'est 
lft qu'on la v&i&re maintenant. 

« Le religieux du nom d'Hugues, qui est appelg saint, fut 
d6pos6 apr&s sa mort, et cela contrairement ft I'usage quin'ac- 
corde pas de tels honneurs ft un simple moine,dans unmagni- 
que tombeau de marbre blanc, couvert de sculptures. Et sur 
la pierre fut grav6e cette inscription : 

« Hugues, sacristain, dont cette petite pierre recouvre la 
a dSpouille mortelle, se r^jouit au ciei en compagnie des 
a saints et de i'archange Michel. II fut en cette abbaye 1'hon- 



(1) L'histoire mentionne uae bataille livr6e par les Bourguigaons a Atti- 
la. — Dareste, IHrtoire de France, t. I, p. 165. 



— 275 — 

a near, la gloire de tous les religieux. II avait un culte pour 
« les saints de nos cryples. Aussi c'est k boa droit qu'il repose 
a dans ce temple, qu'il a restaur^ de fond en comble. On le 
« deposa dans ce tombeau le 8 novembre, Joignez k mille, 
* deux fois cent et cinquante et vous aurez l'annge qu'il est 
a mont6 au ciel.a 

« De plus le bienheureux Hugues est represents sur cette 
pierre tombale disant la messe; au-dessus de l'autel sur 
lequel il cfilfcbre, la croix de saint Andr6 lui apparait. II mourut 
vers 1250. On voit que ce n'est gufere avant cette ann6e que la 
croix de saint Andre f ut port<5e k Saint-Victor. » 

Arthur de Monestier a 6crit, dans son Sacrum Gynoeceum, 
k la date du 30 dgcembre : a Le monastfere actuel de Saint- 
Victor est trfes c&febre k cause de la translation que Ton fit de 
la croix de saint Andre, Ap6tre. Ce fut unroi deBourgogne qui 
Ty fit apporter. Mais des documents plus certains et d'une plus 
grande autoritg nous disent, et c'est Ik notre opinion, que 
cette croix fut plac6e dans le monastfcre des vierges situ6 sur 
les bords de THuveaune, prfes du rivage de la mer, k deux ou 
trois milles de Marseille. » Et cet auteur emprunte k Chifflet 
la page de son ouvrage ott il raconte que les vierges de 1'Hu- 
veaune cachent dans la terre la pieuse relique(l). 

Andr6 du Saussay a traits le mdme sujet dans son Mariy- 
rologium gallicanum,k la f£te de saint Andre, apridife kalen- 
das decembris », 30 novembre. a La croix de saint Andr6, dit-il, 
apportee d ? Achate par Etienne, roi de Burgundie, fut d6pos6e 
en France dans le monastfcre des religieuses de l'Huveaune, 
situ6 dans le terroir de Marseille, et transferee & Saint- Victor 
un peu avant I'ann^e 1250 (2).» 



(1) « Celebre ac notissimum exstabit praesens monasterium ob trans- 
lationem crucis sancti Andraeae Apostoli in ipsum factam opera regis 
Burgondino ; ex certioribus siquidem monumentis collocatam censemus 
in agri Massiliensis prsefato sanctimonialium de Uveaune monasterio ad 
littus maris imo vel altero circiter a Massilia milliario. Gum autem Sar- 
raceni Catalauoise incolse . . . . (Ut supra apud Chiflletium.) » — Arthur 
de Monestier, Sacrum Gyncecceum, 30 dec. Apud Uveaunense monas- 
terium passio sanctce Eusebice, notes. 

(2) « Pridie kalendas decembris, Natalia sancti Andraeae.. . Crux sancti 



— 576 — 

k\xsuwl&mmt&uMartyvologiu?ngallicanum,\e <* sexto idus 
novembris», ilajoute (1): « Au monasterede Saint- Victor, k 
Marseille, la Kte de saint Hugues, confesseur a qui il f ut r6v61e 
pendant qu'il c61ebrait le saint sacrifice, 4 quel endroit se 
Irouvait la croix de saint Andr6, qui avait 6t6 6gar6e et perdue. 
Cette croix, rapportee d'Achai'e en France par Etienne, roi des 
Bourguignons, fut plac6e dans le monast&re des religieuses 
situ6 surle3 bords de l'Huveaune, dans le terroir de Marseille. 
Mais, pour 6viter qu'un si riche trSsor devlnt la proie de quel- 
que ravisseur, il fut port6 h Saint-Victor et mis en lieu stir, 
(Test Ik qu'elle est encore honor6e.» 

En r6sum6 done, d'apr£s ces auteurs, la croix de saint Andr6 
aurait 6t6, k une certaine 6poque, cachee dans un monastfere 
de religieuses situd sur les bords de l'Huveaune. Or, ce fait 
esl-il vrai ? Nous ne nous occupons pas pour le moment de la 
valeurintrins&que du t&noignage que nous apportent ces au- 
teurs. Nous l'avons jug6e tant6t, en constatant qu'ils s'6taient 
rencontres de la m6me opinion avec le docte Mabillon, sur 
ce point de notre travail : qu'il y avait un monastere de filles, 
fondg par Gassien sur les bords de l'Huveaune. Nous ne vou- 
Ions qu'6tudier au point de vue historique le fait relatif k la 
croix de saint Andrg. A-t-elle 6t6 cach£e, ou non, dans un mo- 
nastftre aux bords de l'Huveaune ? 

Si oui, nous avons une preuve de plus qu'il y a eu un 
coenobium cassianite sur les bords de l'Huveaune. 

Que Ton ait la patience de nous suivredans nos deductions, 
et Ton verra la lumi&re se faire quelque peu sur ce point. 

Andreas a Stephano rege Burgondiae ex Achaia in Gallia deportata, apud 
Veauaenses virgines (nam virgo et Andraeas fuit et perstitit) in agro 
Massiliensi deposits, indepaulo ante annum salu is 1250 ad Sancti Vic- 
toria famosum coenobium translata est.» Martyrologium Gallicanum, 
par Andr6 de Saussay. 

(I) « Massiliae ad Sanctum Victorem, sancti Hugo n is coniessoris, 
Cui divinam rem facienti revelatum est ubinam esset crux sancti Andraeae 
apostoli, quae amissa fuerat. Hanc ex Achaia in Galliam delatam Stepha- 
nus Burgondiae rex apud Veaunenses virgines, in agro Massiliensi de- 
posuerat, ac ne tarn nobile pignus raptui pateret, Massiliam ad securio- 
rem situm deportata, in Sancti Victoris templo monastico perpetuo cuU 
tu conservenda deposita fuerat.* Du Saussay, Supplementum ad Marty- 
rologium Gallic anu m, sexto idus novembris. 



— 277 — 

D'abord, il est certain disons-nous avec rabb6Magnan, qui a 
6crit sur ce sujet, que la croix de saint Andr6 se trouve k Mar- 
seille. La tradition qui nous la fait honorer dansles sou terrains 
de Saint-Victor repose sur des bases qu'il est difficile de con- 
tester (1). Tillemont avoue que Ton pretend « que la croix qui 
a servi d'instrument de supplice h saint Andr6 se conserve 
encore h Saint-Victor de Marseille (2).j> Un savant Dominicain, 
Yepes, dit a que Ton montre cette croix de saint Andr6& Saint- 
Victor, et personne ne r6voque en doute que ce monast6re de 
Marseille ne poss&de ce pr6cieux d6pM et qu'Etienne, roi de 
Bourgogne, lui en fit present (3). » Jean F6raud, lauteur de la 
Disquisiiio reliquiaria, dit qu'il a « vu de ses propres yeux 
cette croix de saint Andr6 h Saint- Victor (4). » Le Martyrologe 
b&n6dictin (5) affirme « qu'une partie de cette croix se trouve 
en l'6glise de Saint-Maurice, t\ Cologne ; quant au reste de la 
croix, elle est & Marseille. » A ces autorit&r joignez que nul 
auteur n'indique oil peut se trouver cette prScieuse relique, et 
jamais ni ville ni contrSe n'ont rGclamS Thonneur de la pos- 
seder (6) . Ce que nous honorons est done surement la croix de 
saint Andrg. 

Depuis quelle 6poque cette relique se trouve- t-ellei Mar- 
seille ? 

Stirement elle y etait en 1494, puisque un religieux prieur 
de Saint- Victor, Lazare Barbani, en enleva une partie et ne fit 
connaltre son larcin qu'au moment de sa mort. On a le proems- 
verbal de cette d6claration, Ruffl le cite en entier (7). 



(1) Notice sur la croix de saint Andre, par l'Abbe Magnan, passim. 

(2) Tillemont, Memoires pour servir a Vhistoire ecclesiastique de 
France, t. I, p. 337. 

(3) CH6 par M. l'abbg Magnaa dans la Notice sur la croix de saint An- 
dre\ p. 5. 

(4) c Turn nos ipsis oculis ad Sancti Victoris Massiliaj templum 

in illo enim coenobio sancti Andreas crux ad angulos rectos compacta 

ferreisque obtuta laininis » Disquisitio reliquiaria, par Jean F6raud, 

p. 167. 

(5) c Pars de cruce ejus in sancti Mauritii, Colonise; reliqua crux tota 
in Sancti Victoris Massilise.* Festum tancti Andrcew. 

(6) Magnan, op. cit. t p. 4. 

(7) Magnan, op. cit., p. 7. — Ruffl, Histoire de Marseille, t. II, p. 121 . 



- 278 ^ 

Avant 1494, cette relique se trouvait-elle k Marseille? 

Oui, elle se trouvait k Marseille vers le milieu du XIIP sifecle. 
Nous avoas entendu du Saussay et Chifflet nous dire que le 
bienheureux Hugues de Glasinis, sacristain de Saint- Victor, 
avait connu par relation, pendant qu'il disait la messe, Ten- 
droit oil cette relique avait 6te enfouie (1). Cette tradition de 
Marseille que ces auteurs nous ont transmise est appuySe sur 
un monument lapidaire, la pierre tombale qui a recouvert la 
dgpouille mortelle de ce saint religieux. II est represents, nous 
Favons dit, c6I6brant la messe, revfitu des ornements sacerdo- 
taux, devant un autel antique, une large dalle reposant sur un 
fdt de colonne, et au-dessus de 1'autel une croix k branches 
egales de petite dimension. Mais, tout k cdt6 de cette figure, 
il y a une grande croix de Malte supports par un pied, accom- 
pagnfe de deux chandeliers, et surmontge d'une 6toile k six 
rayons et d'un croissant (2). Ruffl ne fait pas de difficult6 
d'admettre, k la suite des auteurs citgs plus haut, que les fi- 
gures de ce bas-relief autorisent la tradition (3). Et M. Tabb6 
Magnan assure « que ce bas-relief serait une 6nigme inexpli- 
cable sans Thistoire racont6e par Chifflet (4). » 

Nous le croyons aussi. Ce bas-relief, en effet, n'est pas autre 
chose qu'une explication en image de l'inscription gravSe en 
Thonneur de ce religieux. « II 6tait, dit celle-ci, le sacristain 
de l'abbaye et il avait par ses soins et sa diligence reb&ti ou res- 
taurg de fond en comble le temple des saints, l'abbaye : 



(1) a Hugonis cui divinam rem facienti revelatum est ubinam 

esset crux sancti Andraese. » Du Saussay, Suppl. ad Martyr. Gall.—* Hu- 
goni cuidam inter missarum solemnia Angelus tertio apparuit.* Chif- 
flet, Vesuntio. 

(2) Kothen, Notice sur la crypte de l'abbaye Saint-Victor , planchell, 
p. 58. — Ruffi, t. II, p. 128. 

(3) La croix de saint Andr6 demeure ainsi cachee jusqu'a ce qu'un 
ange r£velc l'endroit ou elle etait, a Hugues, sacristain du monastere de 
Saint-Victor, qui disait la messe, ce qui semble fctre autorise par la 
representation de quelques figures qui sonl sur le tombeau du saint. . 
Rufll, Histoire de Marseille, t. II, p. 120. — C'est aussi 1'opinion de 
Guesnay : <r ... Quod miraculum cum epitaphio inscriptum est.» Sanc~ 
tus Joannes Cassianus illustratus^ p. 475. 

(4) L'abbe Magnan, op. cit. y p. 7. 



— 279 — 

<* Hugo sacrista. . . sepelitur sanctorum eorum templo quod 
primo quasi totum fecit ab imo. » Aussi on reprgsente sur la 
pierre du sSpulcre Tabbaye que Hugues a restaur6e. II 6tait la 
gloire, Thonneur des religieux, « flos etdecus monachorum ». 
II avait en grande v6n6ration les saints qui reposaient dansles 
cryptes,* cultor sanctorum ». fit on le reprGsente celebrant 
la messe sur un autel antique des cryptes, peut 6tre celui de 
Nolre-Dame de Confession . 

Que signiiie maintenant cette grande croix gravSe dans le 
compartiment du milieu de la pierre tombale ? Admettez le 
recit de Gbifflet et des autres auteurs, et vous aurez une expli- 
cation toute naturelle de cette partie du bas-relif . Que ce soit 
par relation, que ce soit k la suite de longues recherches, 
quele saint religieux ait pu dgcouvrir la croix de saint Andrei, 
peu importe. On ne peut le nier, ce monument lapidaire est 
une preuve certaine de la croyance que Ton avait k cette 6po- 
que, k Marseille, de Texistence de la croix de saint Andrg dans 
les cryptes de labbaye de Saint- Victor. 

Pour nous, nous croyons sans peine a cette relation ou k 
ces recherches suivies d'un si heureux rtsultat. Toutes les 
prtcieuses reliques de notre Provence, enfouies et cach6es k 
1'gpoque des invasions des Sarrasins, ont 6t6 dgcouvertes k peu 
prfes de la m£me manure : le corps de sainte Anne, k Apt, k la 
suite, dit la tradition, de la gugrison d'un aveugle sourd et 
inuet qui indiqua Tendroitod la relique se trouvait(l); le 
corps de sainte Marthe, k Tarascon ; celui de sainte Marie- 
Nagdeleine, k SaintMaximin ; ceux des saintes Maries, k 
l'gglise de Notre-Dame de la Mer, k la suite de grandes fouilles 
ex6cut6es pour rechercher ces trgsors insignes de notre foi. 
Pourquoi n'en aurait-il pas 6t6 de mfeme pour la croix de 
saint Andrg? C'est en 1187 que le corps de sainte Marthe est 
d6couvert k Tarascon ; en 1279 que le fut celui de sainte 
Marie- Magdeleine k Saint-Maximin (2). Pourquoi n'aurait-on 

(\) Histoire de VEglise d'Apt, par l'abb6 Boze, p. 69 et suiv. 

(2) Le'gendes et traditions pro vengales par de Virieu: Saintes Maries, 
p. 98; leurs reliques furent decouvertes, en 1448, sous le roi Rene, qui 
ordonna les fouilles ; — Sainte Marthe* p. 117; ses reliques furent 
decouvertes en 1187 ; — Sainte Marie-Madeleine, p. 144; ses reliques 



— 280 — 

paa fait k la m&ne gpoque des recherches, k Marseille, pour 
retrouver cette croix de saint Andr6 qu'une ancienne tradition 
disait y 6tre cachSe ? 

Depuis combien d'annges cette relique se trouvait k Mar- 
seille, lorsque Hugues de Glasinis laretrouva? 

Guesnay raconte, dans son ouvrage intitule Magdalena 
Massiliensis advena, a qu'un certain roi de Bourgogne, du 
nom d'Etienne, parti pour la croisade avec plusieurs princes 
Chretiens, avait pris & Patras, ville d'Acha'ie, la croix de saint 
Andr6, relique insigne qu'il appr6cia\t grandement et qu'il fit 
placer dans le monastere de Saint-Victor, k Marseille (1). » 

Le m6me 6crivain, dans l'ouvrage intitule Sanctus Joannes 
Cassianus illustratus, a 6crit : « La croix de saint Andr6 a et6 
apportG d'Acha'ie, k Marseille, par un roi de Bourgogne 
appelg Etienne. (Test ce que nos a'ieux nous ont appris (2) ». 

Ce serait done k l'gpoque des croisades, que la croix de saint 
AndrS aurait 6t6apport6e en notre ville (3). 

Darras, de son cdt6, 6crit dans YHistoire de VEglise, an 
sujel de la prise de Constantinople par les crois6sen 1198, 
a La croix ou I'apdtre saint Andr<§ avait consommg son 
martyre fut recueillie et pieuseraent conserv6e par ses disci- 
ples. Les croises latins la retrouvfcrent en Acha'ie, d'oii elle 
fut transports k la fameuse abbaye de Saint-Victor k Mar- 
seille (4). » 

furent retrouvees a Saint- Maximin en 1279. — Les Saints de VEglise de 
Marseille, p. 49, 128. — Fail Ion, Monuments inedits sur I'apostolat de 
Marie-Madeleine, t. 1, pp. 1217, 1321, 869. 

(1) « Constat equidem Burgundiae regem nomine Stephanura, dum in 
Orientem una cum principibus christianis, tesseraria crucc decoratus 
contendit D. Andraeae crucem, quam singulari honore prosequebatur, 
ex Patraco, urbe Achaiae ereptam, istud in monasterium, non modo 
jam fundatum, sed etiam toto orbe terra rum celeberrimum atque notissi- 
mum, et ab ipso maxime religioni habitum transtulisse. » Magdalena 
Massiliensis advena, par Guesnay, p. 107. 

(2) « (Crux Sancti Andraeae) ex Achaia ad nos Rtephani Burgundionum 
regis beneficio allata est, ut majorum traditionibus accepimus. » Cas- 
sianus illustratuSy p. 475. 

(3) On lit dans V Almanack des Saints de Provence pouiTannee 1890, 
au 30 novembre : « La croix de saint Andre etait veneree a Saint- Victor 
de Marseille depuis le XIII ' siecle. » 

(4) Histoire gen&rale de VEglise, parl'abbe Darras, t. VI, p. 464. 



— 281 — 

L'assertion deGuesnayestaussiinexactequecelle de Darras. 

En effet, quel est ce roi de Bourgogne, du nom d'Elienne, qui, 
d'aprfcs Guesuay, prit k Patras la croix de saint Andr6, k 
r^poque des croisades, et la donna a Saint-Victor ? De quelle 
croisade veut-il parler? Quel est ceduc de Bourgogne mon- 
trant une telle g6n6rosite k Tendroit du monastere de Saint- 
Yictor? Si un roi de Bourgogne avait eu pour sa part de butin 
une telle relique, il 1' aura it gardge pour ses Etats et ne 
Taurait pas laiss£e k Saint- Victor. Nous verrons tantdt que le 
cardinal Pierre de Capoue lit present du corps de saint Andrg 
k sa ville natale d'Amalfi. Or, quelle relation y avait-il entre 
un roi de Bourgogne et l'abbaye de Saint- Victor de Marseille, 
k cette gpoque ? 

- Vers 1240, il est vrai, un due de Bourgogne (1) vint s'em- 
barquer k Marseille pour la Terre-Sainte, en compagnie 
d'autres princes chr6tiens. L'abbaye de Saint-Victor lui 
pr6ta-t-elle quelques subsides, en reconnaissance desquels 
ce due de Bourgogne lui donna plus tard la croix de l'Apdtre ? 
Mais rappelons-nous que Hugues de Glasinis a dScouvert 
cette relique, k Marseille, a peu prfes vers cette 6poque, Si e'est 
un roi de Bourgogne qui, vers 1240 a donng la croix de saint 
Andrg, on n'a pu la perdre en aussi peu de temps. Le fait done 
de sa decouverte par Hugues de Glasinis serait faux. Et cepen- 
dant il existe une tradition k ce sujet, appuyee sur le monu- 
ment lapidaire dont on a parte plus haut. La croix 6tait done 
k Marseille avant 1240. 

Ajoutons que ce mdme auteur, Guesnay, dans le Sanctus 
Joannes Cassianus illustratus, enlfeve toute valeur k sa 
propre assertion. Parlant de Hugues de Glasinis il ecrit : « Ge 
religieux (2) v6cut jadis dans ce monastfcre de Saint- Victor. 



(1) Ruffi, Histoire de Marseille, t. I, p. 129. — Antiquite de VEglise 
de Marseille, par Mgr de Bel su nee, t. II, p. 155. 

(2) « Is (Hugo de Glasinis) in hoc monasterio seditui quondam obiit 
munus, eoque inscio, crux Sancti Audraeae non procul ab eodem virgi- 
num monasterio ab aliis quibusdam religiosis delata est, ibique de fossa, 
ne a Vandalis aliisque barbaris Massiliam turn occupant! bus, alio 
subduceretur. Nee ita multo post cum ejusdem monasterii religiosi 
coovenissent ut sacras feliquias suis locis ac sedibus restituerent, jam 



Or, un jour, k son insu, des religieux prirent la croix de saint 
Andr6, la portferent au monastfere des vierges de l'Huveaune 
et l'y enfouirent, de peur qu'elle ne fftt enlevSe par les 
Yandales et autres barbares qui ravageaient et occupaient 
Marseille, k cette gpoque. Quelque temps aprfes, les religieux 
revenus au monastfere, d&irant remettre en sa place cette 
relique, ne la trouvant plus, s'en prirent au bienheureux et 
le menacaient de ch&timent pour une telle insouciance k 
Tendroit du trfeor dont il avait la garde. Mais celui-ci, divine - 
ment inspire d'avoir recours k Dieu, apprit par r£v6lation du 
ciel que la croix de l'Apdtre avait 6t6 enfouie nonloindu 
monastfere des vierges de l'Huveaune. » 

Ceci n'est qu'un joii petit roman bali par Guesnay sur le 
r6cit de Chifflet. Avouons d'abord que ces religieux s'y sont 
pris bien maladroitement. Quand on fait une operation de ce 
genre, on s'entoure de precautions capables de guider les 
reeherches futures. Puis ce n'est pas au bout d'un aussi court 
laps de temps que Ton perd toute trace de ce que Ton a 
cach6. 

Quel est ensuite ce monastfere de filles, etabli sur le bord de 
l'Huveaune, auprfes duquel, du vivant de Hugues de Glasinis, 
on vint enfouir et cacher la croix de saint Andr6 ? II n'y avait 
pas de monastfere de filles a cette 6poque, en cet endroit du 
terroir. Dfes Tan 1004, le monastfere se trouvait k Saint-Sauveur, 
au sein de la ville. Dfes Tan 1204, les Premontrds vinrent se 
fixer k l'Huveaune, et en l'annfee 1405 les Mens de ce monas- 
tfere des Prfemontrfes f urent r6unis au couvent de Sainte-Paule. 

Qui sont, enfln, ces Vandales et ces barbares qui du vivant 
de Hugues occupaient Marseille ?D'environll80& 1250, Mar- 
seille n'a pas eu d'invasion k subir. Elle a 6t6 occupfee k se 
dfefendre tant6t contre les comtes de Provence, tanl6t contre 



que viro ill! secreto poenam aliquam imponere decrevissent, quod eo 
sacrarium procurante crux ilia sacra aut deperdita aut alio traductaesset, 
diviao afflatus spiritu vir sanctissimus impetrata divinam opem implo- 
randi gratia, divinitus accepit crucem illam non procul a monasterio 
B. Virginis de Veaune fuisse defossam. Quod miraculum cum sequeoti 
epitaphio marmoreo ejusdem sepulcro inscriptum est. > Caasianus 
illnstraluB, p. 475. 



- 283 - 




les 6v6ques, qui voulaient y asseoir ou d6velopper davantage 
leur autorite. Mais, k aucun moment de ces luttes, en r6sum6 
toutes pacifiques, il n'y a eu pillage et vol, aii point de forcer 
les religieux de Saint-Victor k cacher la croix de saint- Andr6 
qu'ils gardaient dans les cryptes. 

Aunseul moment cela aurait pu sefaire, c'est vers 1236 
ou 1240. A cette Spoque, le comte de Provence, fatiguS des 
obstacles que Marseille mettait k reconnaltre son autorite, vint 
mettre le sifege devant la ville. Mais le comte de Provence 
pouvait en vouloir k la ville, sans en vouloir k l'abbaye de 
Saint-Victor dont le terroir, on le sait, echappait k la juri- 
diction de l'6v6que et de la citt§. De plus, rien dans les annales 
de Marseille, ne rappelle une telle mesure, qui, le cas 6ch6ant, 
se serait Stendue k toutes les reliques de Tabbaye (1). Non, 
Guesnay a fait erreur. Ce n'est pas vers 1240 que la croix de 
Saint-Andr6 est arriv6e k Marseille. 

Ce que dit Darras n'apas plusde valeur. En effet, lors de la 
prise de Constantinople en 1198, par les crois6s latins, les reli- 
ques insignes que cette capitale de l'Orient poss&lait dans ses 
eglisesfurent eiilevees, c'est vrai, par les vainqueurs. Mais la 
croix de saint Andrg ne faisait pas partie du butin. Les chro- 
niqueurs quiracontent cefaitd'armesparlent de l'enlftvement 
de la croix du Sauveur, des corps de divers saints qui fichu- 
rent en partage k tel ou tel seigneur, k tel ou tel 6v6que. Chez 
aucun de ces historiens, cependant, il n'est fait mention dela 
croix de l'Ap6tre. Si on parle de saint Andre, c'est pour dire 
que le corps de cet Ap6tre fut donn6 au lggat de la croisade, 
le cardinal Pierre de Capoue, originaire d'Amalfi, qui le fit 
porter dans sa ville natale et placer dans la cathfidrale que Ton 
d£dia k saint Andr6, k cette occasion (2). 



*r 






(t) Ruffi, Histoire de Marseille ', 1. 1, p. 125. 

(2) « Petrus Capuanus cardinalis, civis Amalphitanus, confesslonem 
propno aere sediflcavlt sub qua corpus B. Andrseae Apostoli quod e Cods- 
tantinopoli ubi apostolic© sedis legatum egerat et quod patriam 
Amalphim detulerat, reposuit, 1208. » 

Ce corps de l'Apotre se trouve dans la cath6drale ; 11 s'agit toujours de 
« ilia sac rata ossa, corpus B. Andraese ». Cette translation eut lieu le 
8 mai 1208, durant l'episcopat de Mathieu. — Ughelli, Italia sacra, 



— 284 - 

Or, peut-on croire que le cardinal de Capoue n'aurait pas 
apportg avec lui la croix de l'Apdtre en m£me temps que son 
corps, si on l'avait trouvge k Constantinople? S'il l'avait appor- 
t6eaAmalfi en mtoe temps que les autres reliques, est il 
croyable que les documents qui relatent la translation du 
corps de l'Apdtre n'auraient fait aucune mention de sa croix ? 
Si le cardinal avait c6d6 la croix k une autre gglise, ces docu- 
ments encore se tairaient sur ce sujet? Et en supposant 
qu'elle etit £t6 le lot d'un autre 6v6que ou d'un autre seigneur, 
et qu'elle ait 6t6 ainsi portSe ailleurs, cette chronique qui 
parle du corps de saint Andre n'aurait encore rien dit de sa 
croix? Et si un roi de Bourgogne, & cette 6poque, l'etit c6d6e 
k Saint Victor, comme on le disait tant6t, il ne resterait rien 
d'6crit & ce sujet ? De plus on aurait perdu cette relique, dfcs 
le lendemain de son arriv6e k Marseille, au point qivil aurait 
fallu, quelques annges plus tard, une relation speciale ou 
des fouilles et des recherches compliqu6es, pour que Hugues 
deGlasinis retrouvAt ce tr6sor? Et si on avait dCi Tenfouir, k 
cette 6poque, on ne saurait pas k quelle occasion ce recel 
aurait eu lieu ? 

Non, Darras s'est trompg. La croix n'a pas 6t6 apportee de 
Constantinople k Marseille, en 1198. 

A cette dale, d'ailleurs, cette croix n'etait pas k Constantino* 
pie. Et, non seulement elle n'etait pas a Constantinople en 
1198, un fait nous prouve qu'elle n'y 6tait pasau VI* sifccie. 

Baronius raconte, dans ses A nnalee, k l'annee 586, qu'au 
depart de l'apocrisiaire GrSgoire, plus tard le pape Gr6goire le 
Grand, de Constantinople, ou il repr6sentait le pape alora 
r6gnant, P6lage(l\ l'empereur Tib6re lui fit pr&ent du chef 
de saint Andr£ et de quelques ossements de saint Luc. N'est* 
il pas croyable que Ton etit remis k Gr6goire quelques par- 
celles de la croix de l'Apdtre, si elle avait 6t6 en v6n6ratiou 
a Constantinople k cette Spoque? Est-ce que Grggoire tie 
1' aurait passollicitS et pour doter son monastfere et pour en 

histoire des <Weques d'Amalfi, t. VII, col. 241, 272. — Darras* Histoire 
de VEglise, t. VI, p. 464. 

(I) Saint Gregoire le Grand, par l'abbd Clauzier, p. 68. Baronius, ad 
annum 586, n° XXV. 



— 285 — 

enricbir la ville de Home ? L'histoire cependant se tait sur ce 
point, preuve que la croix n'6tait pas dans la ville de Constan- 
tinople en 586. 

Nous allons plus loin ; jamais, k aucune 6poque, cette ville 
n'a poss6d£ cette pr&ieuse relique. 

L'empereur Constant in le Grand avait fait Gdifier k Cons- 
tantinople une magnifique basilique d6di6e aux saints Ap6tres 
et destin6e& lui servir de lien de sepulture (i). Or, le fits de 
Constantin, Constance, afin d'enrichir cette Sglisede pr6cieuses 
reliques, y d6posa entre autres les corps de saint Timoth6e, de 
1 Evangel isle saint Luc et de TAp6tre saint Andr6. Ce fut 
l^veque de Patras qui fit connaitre k l'empereur Constance, 
que ces prgcieuses reliques de TApfttre reposaient dans une 
£glise de cette ville. Un seigneur de la cour de Constance, 
Artemius, plus tard un martyr, assista k Texhumation du 
corps de TApAlre, Taccompagna k Constantinople et, sous ses 
yeux, il fit d6poser de tr6sor auprfcs du s6pulcre de Constantin 
le Grand. Ceci se passait en l'ann£e 357, au tgmoignage de 
Theodore le Lecteur et d'Idace le Chroniqueur (2). Or, si la 
croix de saint Andrg edt 6t6 k Patras, en 357, l'empereur 
Constance l'aurait fait prendre pour en orner quelque 6glise 
de Constantinople, et l'histoire etit rapportg ce fait. 

Nous en trouvons une autre preuve dans la vie de saint 
R6gulfu9 (3). Ce moine, d'une grande sainted, s'6tait rendu 

(l)Darras, Histoire de VEgliae.t. IX, p. 336; t. X, p. 118. — Acta 
Sancti Arlemii, Bollandistes, 10 Oct., pp. 861, 862. — Hergenroether, 
Histoire deVEglise, t II, p. 545. 

(2) « Goostantius, Alius Constantlni Magni,imperavit 24 annos, dies 5, 
Hujus temporibus allatae sunt Gonstantinopolim reliquiae sanctorum 
apostolorum Timothsei ante diem octavam kalendas Julias, Andraese 
Apostoli et Lucse, ante diem quartam nonas murtias et depositee sunt 
in magna ecclesia sanctorum Apostolorum ab ipso dedicate. » Historia 
eecle&ia&iica Theodori Lectoris, lib. II, col. 214. 

« Gonstantio nonum et Juliano Caesare iterum consulibus, his consu- 
ls bus introierunt Gonstantinopolim reliquiae sanctorum Apostolorum 
Andrsese et Lucae, die V nonas martias. » Ghronique d'Idace, annota- 
tions, col. 213. 

c Anno 357, imp. Flavius Gonstantius Augustus IX, Flavius Claudius 
Jolianus Ccesar II. » Dictionnaire de Larousse, verbo: Pastes. 

(3) Acta Sanctorum, Bolland., Vita sancti Hegulfi, 17 Oct., t. VIII, 
d'oct.,p. 163. 

19 



— 286 — 

en pfelerinage k Patras, et, y ayant v6n6r6 les reliques de 
TAp6tre saint Andrt, il s*en constitua le gardien. Or, k un 
moment, un ange lui apparut, lui ordonna de prendre une 
partie des reliques du saint Apdtre et de les porter dans les 
contr&s lointaines de TOccident. Ce religieux ob&t, il s'en 
vint en Ecosse, portant avec lui ce prScieux tr&or. 11 6tait 
accompagnG d'un autre moine du nom d'Eus6bius. Tous deux 
dgposferent ces reliques dans la ville de Kileure, laquelle 
prit plus tard le nom d'Andreanopolis. 

Ce fait, la tradition ecclesiastique l'accepte, puisqu'on lit 
dans l'office de saint Regulf us l'or&ison suivante : a Seigneur, 
qui par les mgrites de votre trfes doux serviteur le bienheu- 
reux Regulf us avez fait parvenir jusqu'i nous les reliques de 
votre Ap6tj*e saint Andrg, etc. » 

Ce fait se passait, disent les Actes de saint Regulf us, en 359. 
II est certain qu'il y a une erreur de date ; ce fait ne pouvant 
6tre postgrieur k la translation des reliques de saint Andr6 k 
Constantinople par l'ordre de Constance, en 357. II a dii se 
passer quelques annfes auparavant, soit que Dieu ne voul&t 
pas que tous ces glorieux restes demeurassent entre les mains 
de cet empereur arien, schismatique et persScuteur, soit qu'il 
voultit que 1'Occident joignlt ses hommages et sa v6n6ration 
k ceux que l'Orient d6cernait k cet ApGtre. Mais, quelle que soit 
la date de la mission et du voyage de saint Regulf us, il est 
incontestable que la croix de I'Apftlre n'gtait A&jk plus k 
Patras, au IV* sifecle. Certainement Regulfus aurait pris 
avec les reliques du corps de saint Andre une partie de sa 
croix. C'eiH 6t6 un moyen bien efflcace de predication, auprfes 
des peuples barbares, que de leur montrer, en racontant la 
vie et la mort de saint Andrg, Tinstrument de son martyre. Et 
s'il avait pris une partie de cette croix, les Actes de sa vie en 
eussent fait mention. 

S&rement done, au IV* sifecle, la croix de saint Audrg n'gtait 
pas k Patras, et partant elle n'a pu 6tre portfe k Constantino- 
ple, au IV' Steele ou plus tard. 



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5* 



CHAPITRE IV 



La Oroix do saint Andr6 



(Suite) 



OU 6TAIT-BLLE T — RECIT DE CHIFPLET. — CINQ ASSERTIONS. — 80NT- 
ELLES VRMSBMBLABLES? — LA PREMIERE. — MIGRATION DBS PBUPLBS 
BARB A RES. LBS BURGUNDE8. — AU D^BUT DU V* SIECLE, ILS SONT 
CATHOLIQUBS. — COMMENT LA POI CHRETIBNNB S'lNTBODUISAIT CHBZ 
LBS PBUPLBS BARB ABES.— LA CROIX DB SAINT ANDRE A PU ARRIVBR 
JUSQU'A RUX. — LA DBUXIEMB. — LBS BURGUNDB8 NB SONT VENUS A 
MARSEILLE QUE DB 480 A 517.— LA TROISIEME. — ILS ONT PU PLACER 
LA CROIX A SAINT-VICTOR. — LE8 MOINES PLUTdT LA LBGB ONT 
RACKET'S, PARCB QUE VERS 490 LBS BURGUNDBS ETAIBNT ARIENS. — 
LA QUATRIBMB ET LA CINQUiEME. — ON A PU CACHBB CBTTB RBLIQUB 
A 8AINT-VICT0R, OU A L'HUVEAUNE. 






*1l 



*.*? 



:'s 



'■■ s. 



Oil se trouvait cette croix de saint Andr6, si au IV* si6cle 
elle n'&ait pas k Patras ? Nul historien ne donae une rfiponse 
k cette question. Seul Chifflet, appuyg sur Paradin et le com- 
pliant, fait le r6cit que nous connaissons. La croix de saint 
Andr6 6tait k Marseille dfcs le d6but du V* sifecle. Est-ce pos- 
sible ? Parfaitement. 

Prenons le r6cit de Chifflet, 6tudions-le dans le detail, et 
nous pou irons nous convaincreque toutes les assertions de cet 
auteur, sauf de 16g6res invraisemblances qui n'entament point 
la veracity du fait lui-mgme, que toutes les assertions, dis-je, 
de cet auteur concordent avec les traditions, les 6v6nements 
de Marseille dans ces temps reculgs et sont la plus plausible 
explication de faits et de traditions entourgs d'obscuritfis. 

II y a cinq assertions dans le r6cit de Chifflet : 1 # c'est un 
roi burgunde, du nom d'Etienne, qui a ports la croix de saint 
Andrg a Marseille ; 2* c'est en 401 que cette prgcieuse relique 
arriva dans notre ville ; 3* on la placa a Saint- Victor ; 
4 # on l'enfouit auprfes du monastfere des vierges de l'Hu- 



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— 288 — 

veaune (1); 5' cette croix ayant 616 perdue, Hugues de 
Giasinis apprit par relation l'endroit precis oil cette relique 
6tait cachge et la rapporta & Saint* Victor. 

(Test d'abord un roi burgunde, du nom d'Etienne, qui a 
port6 cette croix de saint Andr6 k Marseille. Or, rien ne sup- 
pose & ce qu'un roi burgunde ait agi ainsi. 

A la suite de migrations successives qu'avaient op£r£es dans 
le nord de TEurope diff&rentes peuplades de la Germanie, les 
Goths, qui descendaient de la Scandinavie, s*6tablirent sur les 
deux rives du Dniester ; les Longobards, sur les bords de 
TOder; les Marcomans, en Boh&me;les Vandales, en Mora- 
vie (2). Une tribu, d'origine vandale, quittant ses foyers, vint 
fixer son s6jour dans les valines de la Saale et du Mein, c'gtail 
la tribu des Burgundes, appelgs plus tard Bourguignons. 
Ceux-ci, avides de guerre et d'aventures, en 257 sous Gallien, 
en 277 sous Probus, en 287 sous Diocl6tien et Maximin, atta- 
qufcrent et pillfcrent les provinces voisines relevant de Tempire 
romain(3). Vers 370cependant, sous Tempereur Valentinien, 
ils se firent ses auxiliaires (4). Mais bientOt, chassis de leurs 
cantonnements par les Huns qui monlaient le long du Da- 
nube, les Burgundes francbissent le Rhin dans la nuit du 31 
d£cembre 406 au 1* Janvier 407, en compagnie des Sufcves, des 
Alains, des Vandales, etc., etc. (5). Pendant que ces diverges 
tribus ravagent la Gaule et se dirigent vers l'Espagne, les 
Burgundes, d'un caractfcre plus paisible, moins fGroces, pro- 
iitant des dissensions qui r&gnent entre les g£n6raux romains 



(1) Nous suivrons pour le moment le dire de Paradin, car Chiffletcroit 
pour sa partqu'elle a ete placee au coenobium de l'Huveaune. Nous le 
verrons tanttt. 

(2) Histoire des Romains, par Duruy, t. VI p. 353 — Pr4cis d'his- 
toire de France, par Todiere, t. I, p. 51. — Darras, Histoire de VEglise, 
t. XIII, p. 445 — Histoire des Vandales, par Marcus, p. 24. 

(3) Histoire des Vandales, par Marcus, p. 1. — Papon, Histoire de 
Provence, t. II, p. 41. —Duruy, op. cit., t. VI, p. 353. — Andre Du- 
chesne, Histoire des rois et dues de Bourgogne, p. 4. — Alphonse 
d'Elbene, De regno Burgundioe, p. 29. 

(4) Marcus, op. cit., p. 33. — Ducuy, op. [cit., t. VI, pp. 411, 511, 
534. 

(5) Duruy, op. cit. t. VI, p. 411. 



— 289 - 



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eharg6s de les battre et de les refouler, s'Stablissent dans la 
S6quanaise entre la Sadne et le RhGne(l), province que leur 
cfede l'usurpateur Jovin et dout, en 419, Honorius leur con- 
firme la possession (2). 

Or, de bonne heure, la tribu des Burgundes a connu les 
lumi&res de la foi catholique. Sozomfene at teste que sous Cons- 
taiitin le Grand I'Evangile commenga k leur 6tre pr3ch6 (3) ; 
Orose atteste que dfcs 417 le grosde la nation avait des pr&res 
catholiques ; en 530, toute la nation professait la religion 
de J6sus Christ (4). Sous leurs rois Gondioch et Chilp6ric, ils 
demeurfcrent fidfcles,et ce nefut que pour quelques ann6es,sous 
Gondebaud, vers 490, qu'ils inclinfcrent vers Tarianisme. D£s 
517, cependant, k la mort de Gondebaud, Sigismond son fils 
nHablit dans sesEtats le catholicisme (5). 

Comment la foi chr6tienne avait-elle p$n6tr6 chez eux? 
Nous avonsditque ce peuple vivait sur les bords de la Saale 
et du Mein. Or, &deux pas de leurs can tonnements, ily avait 
des fidfeles, des pr£tres, des 6v6ques catholiques (6). Depuis 
plus d'un stecle, en effet, la religion 6tait florissante dans les 
provinces de la rive gauche du Rhin : k Cologne, k Treves, k 
Toogres, k Laybach,& Pettau, il y avait des 6v6ques,et non des 
moins illustres, dont les enseignements ont pu arriver jus- 
qu'aux Burgundes (7). 






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(1) Marcus, op. cit , p. 58. — Todiere, op. cit., p. 62. — Papon, op. 
cit., t. II, p. 42. 

(2) Todiere, op. cit., p. 62. 

(3) Sozomene, cite par M. l'abbe Magnan, op. cit. y p. 14. 

(4) Orose, livre VII, cap. 32. 

(5) Socrate, Histoire eccUsiastique, VII; 30. — Darras, Histoire de 
VEglise, t. XIII, p. 416. — Ozanara, I. IV, Etudes germaniques, 
p. 50. 

(6) Darras, op. cit., t. XIII, p. 44G. 

(7) Les contrees avoisinant le Rhin ont 6te 6vangelis6es de tres 
bonne heure. Mayence, Metz, Toul ont eu pour premier eveques des 
disciples des Apdtres. (Ozanam, t. IV, Etudes germaniques, p. 18.) — 
Un texte de saint Irenee ferait remonter la predication de la foi dans la 
Germanieantdrieurement a Tan 200. (Ozanam, op. cit., p. 3.)— Sous 
Marc-Aurele, sous Maximilien il y eut des martyrs. (Ozanam, op. cit., 
p. 5 ) — Gonstantin appelle a un concile a Rome Teveque de Cologne. 
Au concile d'Arles, en 314, il y avait des eveques de Germanie. (Ozanam, 
op. cit. pp. 8, 17.) 



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— 290 — 

L'historien Sozomfcne, racontant de quelle manure le chris- 
tianisme s'6tait introduit chez les Goths, 6crit : aC'est aux cap- 
tifs que la guerre faisait tomber entre leurs mains qu'ils doi- 
vent la v6rit6. lis ramenaient de leurs excursions des 6v6ques, 
des prStres, des fiddles dont ils faisaient quelquefois leurs es- 
-claves ; or, en voyant leur vie et leurs mceurs douces et pures, 
les miracles qu'ils accomplissaient dans I'int6r6t m6me de 
leurs persficuteurs, ceux-ci etaient touches (1). » II a du en 
6lre de mgme pour les Burgundes.Que de fois, allies k d'autres 
peuplades, ou livrfe k leurs seules forces, ils ont envahi les 
contr6es voisines, ramenant sur leurs chariots un butin abon- 
dant, et trainant aprte eux de nombreux esclaves, qui peu k 
peu les rendaient Chretiens ! 

II y a quelque chose de plus particulier k rappeler au sujet 
des Burgundes. I/Ap6tre saint Andr6 a 616 martyrise k Patras, 
en Acha'ie. Mais bien habile serait celui qui pourrait pr&iser 
les villes et les nations qu'il a 6vang61is6es (2). 

Les Apfttres allaient devant eux, Ik oil le Saint-Esprit les 
uwssait. Quand on dit d'une contrte qu'eile a 6t6 6vang6lis6e 

(1) Ozanan, t. IV, Etudes germaniques, p. 4; il cite Sozomene 
Histoire eccl&iastique, t. II, chap. 6. 

(2) Apres l'ascension de Not re-Seigneur et la descente du Saint- 
Esprit, saint Andre, suivant Origene, precha l'Evangile dans la Scythie. 
Sophrone, qui ecrivait peu de temps apres saint Jerome et qui a traduit 
en grec le Catalogue des hommes illustres et quelques autres ouvrages 
de ce Pere, le fait aussi apdtre de la Colchide et de la Sogdiane. Theo- 
doret dit qu'il passa dans la Grece. On lit dans saint Gregoire de Na- 
zianze qu'il precha particulierement en Epire; dans saint Jerome, qu'il 
porta le flambeau de la foi en Achaie ; dans saint Paulin, que sa parole 
reduisit au silence les philosophes d'Argos ; dans saint Philastre, qu'il 
vint du Pont dans la Grece, et dans la ville de Sinope. .. Les Moscovites 
sont persuades que saint Andre a preche dans leur pays jusqu'4 l'em- 
bou enure du Borysthene, jusqu'aux montagnes oil est aujourd'hui la 
ville de Kiew, et jusqu'aux frontieres de Pologne. Si les anciens qui 
font de la Scythie le the&tre destravaux du saint Apotre ont voulu par- 
lor de la Scythie europeenne, leur temoignage sera favorable aux Mos- 
covites. Suivant les Grecs, s'il s'agit de la Scythie dans la Colchide, il 
pourrait etre aussi question de la Scythie europeenne, puisque, selon ces 
Grecs encore, saint Andre precha en Thrace et Byzance. {Vie des Saints, 
par le Pere Giry, p. 942.) — 30 nov., Martyrologe romain an note par 
Baronius. 



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— 291 — 

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par un Ap6tre, il ne faut pas croire que celui-ci s'est borng 

k parcourir cette contrGe seulement. Non, il est all6 dec&et t 

deiA, r^pandant parlout la bonne nouvelle de l'Evangile. La 

region que Ton d&igne est tout au plus celle oil il a davan- 

tage travaill6 pour J6sus-Christ. 

Or, il est dit, dans l'office de saint Andrg, qu'il a pr6ch6 
l'Evangile dans la « Scythiam Europae (1 ) », c'est-&-dire dans 
les contrges que le Danube borne k 1' Occident, le Volga ou le 
Borysthtae k Torient. Le Martyrologe ajoute qu'il a pr6ch6 
dans la Thrace et la Scythie (2). On sait que les Russes ont une 
grande devotion a saint Andr6 et ils sont persuades que l'Ap6- 
tre a portg la foi dans leur pays, et jusqu'aux front teres de 
Pologne. Ainsi I'Apfttre aurait parcouru la Grfece, le Pont, tout 
le nord de l'Europe. 

Or, qui sait si dans le temps oil les Goths, les Marcomans, 
les Longobards, les Vandales, les Burgundes erraient dans les 
steppes de la Germanie et de la Scythie, k la recherche d'un 
camperaent fixe, qui sait si les Burgundes n'avaientpas vu, 
pas entendu cet ApGtre'? C'gtait bien suivant un dessein de la 
Providence que s'accomplissaient les migrations des peuples. 
De m6me que les flots g laces des oceans du p6le descendent 
par des courants immenses vers les chaudes regions de l'6qua- 
teur, afin de s'y atti&lir et de rapporter aux rivages d'oii ils 
viennent un peu de vie et Eloigner la congelation complete au 
sein de leurs ablmes, ainsi les peuples sauvages quittent sue- 
cessivemenl leurs foyers, assis au sein des t&i&bres da paga- 
nisme et de la barbarie,pour se rapprocher des contr6es ou la 
v6rit6 et la foi brillent d6j& d'un vif 6clat, et rapporter, en re- 
gagnant leurs forfits et leurs steppes lointains, un peu de foi, 
un peu de religion. 

Pour les Burgundes, leurs migrations et leurs courses ont 

(1) «... Andreas, cum in Scythiam Europae, quae ei provincia ad 
Chrisli fidem disseminandam obtigerat, venisset deinde Epirum ac 
Thraciam peragrasset. » Officium Sancti Andrcece, 30 no v., Breviarium 
Romanum. 

(2) htartyrologium Romanum, 30 nov. : c Apud Pat r as A chaise, na- 
talis sancti AndraeaB Apostoli, qui in Thracia et Scythia Ghristi evange- 
Hum praedicavit. » 









— 292 — 

pu leur apporter ce bienfait . Admettons qu'au debut ils n'aient 
pas accepte d'embrasser cette verite que leur prechait TAp6- 
tre. Mais ou en a conserve un vague, un persistant souvenir, 
qui se transmeltait de famille en famille, de village en vil- 
lage, de tribu en tribu. C'etaitle germe d'une semence qui 
devait lever plus tard, k la premiere occasion favorable. 

Or, qui sait encore si, dans leurs courses, ils n'ont pas ren- 
contre cette occasion favorable ! Nous trouvons les Burgundes 
occupgs au pillage, k la guerre, en Illyrie, en Macedoine, en 
Grfcee, k plusieurs reprises durant le III* stecle (1). Les Goths, 
peupiades allies et voisines, desolent pendant vingt ans, au 
IIP Steele encore, la M6sie, la Grfcce, la Troade, Tlllyrie, la 
Cappadoce, brulant et sacoageant Ephfese, Nic6e, Athenes,Tr6- 
bizonde, etc., etc. (2j. Quand ils reviennent dans leurs cam- 
pemenls, ce sont des longs convois de prisonniers, de lourds 
charriots de butin qu'ils ramfcnent avec eux dans le Nord. Or, 
Patras, lieu du supplice etde Tense velissement de saint Andre, 
a dti etre visite par les Goths; qui assurera que la croix de 
TAp6tre n'a pas ete prise avec d'autres reliques, qu'elle n'a pas 
ete portee dans le Nord comme un vil butin, qu'elle n'a pu etre 
troqu6e contre quelque vile marchaodise, et que de peuple 
en peuple, de vente en vente, elle n'est pas arrivee aux 
mains de quelque soldat, de quelque chef burgunde ? Qui as- 
surera que, au souvenir de TApOtre qui avait jadis pr£ch6 
leurs pfcres, ces Burgundes n'ont pas reconnu cetle relique et 
ne 1'ont pas eueen veneration ? Qui assurera que pour la croix 
de TApGtre, comme pour celle de Notre-Seigneur, il n'y a pas 
eu quelque fidfele, quelque prfitre, quelque 6v6que qui se soit 
d^voue pour la suivre et la garder dans les peregrinations 
lointaines, et qu'arrive k la suile de cette relique chezles 
Burgundes, il n'en ait fait connaitre le prix en leur prechant 
la foi que TApGtre leur avait annoncee ? Qui assurera qu'il 
n'y avait pas au milieu des Goths, durant ces courses, quelque 
chef burgunde qui, se rappelant TApOtre de ses a'ieux, se soit 
fait attribuer, de preference k tout autre butin, la croix, Tins- 
el) Duruy, op. cit., t VI, pp. 411, 511. 

(2) Ozanam, t. IV, Etudes germaniques, p. 22. — . Duruy, op. cit , 
t. VI, pp. 411, 435, etc. 



— 293 — 

trument de son supplice t et ne Taitrapportee a\i milieu de sa 
tribu ? Et pourquoi cette relique ainsi en honneur n'aurait- 
elle pas vu son image remplacer, sur les drapeaux guerriers, 
le dragon qui les ornait auparavant ? 

On le voit, il n'y a rien d'impossible dans Ja premifere asser- 
tion de Chifflet et de Paradin : que c'est un roi burgunde 
qui a donng cette relique k Marseille. Car, bien antSrieure- 
ment k 401, un roi burgunde a pu poss£der la croix de saint 
Andr6. Si en 417 les Burgundes gtaient Chretiens, iis pou- 
vaient l'Gtre d6s 401, et k cette m&ne date il pouvait bien y 
avoir un chef, un roi de cette nation qui fill baptise, qui 
s'appel&t Etienne, quoique 1'histoire ne le connaisse pas sous 
ce nom (1) ! 

Poursuivons. G'est en 401 que le roi bourguignon Etienne 
apporte cette relique k Marseille, dit Chifflet. Nous croyons 
que sur ce point la tradition est fautive. Ce n'est pas en 401 . 

En effet, en 405-406 les Burgundes franchissent le Rhin et 
viennent en foule k la suite des Su6ves, des Alains, des Van- 
dales, etc. Pendant que les Vandales se dirigent vers l'Espagne* 
les Burgundes s'gtablissent, sous leur roi Gondebaud, entre 
la Sa6ne etleRhdne. L'usurpateur Jovin en 411,. Honorius 
en 413 les confirment dans la possession de cette province. 

A cette 6poque done ils ne sont pas venus jusqu'A Marseille. 
Ataulfe et ses Visigoths, charges par Honorius, en 412, de bat- 
tre les usurpateurs de J'empire, Jovin et SGbastien, leur 
auraient barr6 le passage. Et il n'y a pas de trace dans 1'histoire 
qu' Ataulfe ait eu k lutter contre eux. 

Vers 413 et plus tard, e'est encore moins probable, Marseille 
et Aries sont garnies de troupes. Boniface gouverne Marseille 
et repousse Ataulfe et les Visigoths qui voulaient s'enemparer. 
II aurait repouss£ aussi les Burgundes. 

Vers 425 Aetius, vers 430 son lieutenant Littorius, vers 43 i 
Aefius encore battent et repoussent les Visigoths. Pareille- 

(1) Raymond des Soliers, dans les Antiques de Marseille, p. 167, 
estime que e'est bien a tort que Ton a corapte cet Etienne au nombre 
des rois de Bourgogne. Mais ce u'est qu'une supposition encore qui est 
bien contrebalancee par le dire de certains auteursque ce nom d'Etienne 
a pu etre le nom de bapteme donue a un de ces rois. 



-294 - 

ment ils auraient repouss6 les Burgundes s*ils avaient tentg 
de prendre Marseille. 

Vers 453 cependant, profitant de l'absence d'Aetius, occupy 
avec les Francs, et de Littorius, occup6 avec les Visigoths, 
les Burgundes s'6braulent. Mais Aetius les attaint, les bat, 
leur tue 20,000 hommes, et, pour faire la paix, il leur cfede la 
Savoie. En supposant qu'i cette date ils sont arrives jusqu*& 
Marseille, comme ils venaient pour piller, enlever des reli- 
ques, ce n'est pas en cette circonstance qu'ils en ontlaissg, sur- 
tout une aussi prgciease que la croix de saint Andr6. 

Ils reviennent en 456, 457, 458, 459. Mais toujours repous- 
ses, ils ne peuvent se fixer dans notre vHle (I). Vers 480, 
Euric, roides Visigoths, prend Marseille, qu'il convoitaitde- 
puis longtemps. Certainement, durant son rfegne, il aurait 
chass6 les Burgundes, s'ils s^taient pr6sent6s. Mais en 484 la 
situation change. Les Bourguignons viennent k Marseille. Euric 
est mort. Alaric II, son fils, fait alliance avec le roi des Bour- 
guignons, Gondebaud, et lui c6de Marseille et la Provence (2), 
en 489 ou 500. En 506 elle lui appartenait encore (3). Mais, 
rejtoussfi du sifege d' Aries, en 508, par Thdodoric, roi des Ostro- 
goths, accouru d'ltalie pour dtfendre l'h6ritage de sod neveu, 
il dut & son tour retroc6der k ce roi vainqueur la Provence et 
Marseille (4)-. Depuis cette 6poque notre ville devint successi- 
vement la possession des Ostrogoths jusqu'en 536, des enfants 
de Clovis, puis de Clotaire, roi de Soissons, de Sigebert, de 
Childebert, de Gontran, pour la moitte de la ville, de Chiide- 
bert encore, et ne fit plus par tie du royaume de Bourgogae. 

(1) Fabre, Histoire de Provence, t. I, p. 244 et suiv. — Fouque, 
Fastes de Provence, 1. 1, p. 213, etc. — Papon, t. II, p. 42 et suiv. — 
Ruffi, Histoire de Marseille, 1. 1, pp. 36, 37. 

(2) Fabre, A., op. cit., p. 255. — Statist ique des Bouches-du-Rh6ne t 
t. II, p. 88. — Ruffl, t. I, p. 36. 

(3) Statistique, op. cit., t. II, p. 92. — Fabre, A., op. cft.,t. I, 
p. 260. 

(4) Pour 1'annee 489, l'i ascription de Nymphidius de Marseille, datee 
par les consuls, le prouve ; pour 500, c'est la presence de l'eveque de 
Marseille ati colloquede Lyon; et pour 506, c'est l'absence de ce m6me 
eveque ou de son rep resent ant au concile d'Agde. — V. Longnon, Gaule 
au VI* siecle, pp. 47, 49. 



— 295 — 

II y a done un moment, de 484 k 500-506, oil les Bourgui- 
gnons sont les maltres de Marseille. Si, comme on l'a vu plus 
haut, la croix de saint Andr6 est en leur possesssion aftte- 
rieurement k 401, de 484 k 508 ils ont pu la donner k Mar- 
seille. On le voit, l'assertion deChifflet et Paradin nous relatant 
la tradition devient de plus en plus probable ! 

Poursuivons encore. La croix de saint Andrg a 6t6 placge 
dans l'abbaye de Saint-Victor, disent Chif flet et Paradin . Y a- 
t-il sur ce point quelque invraiserablance? Aucune. 

Dom Lefournier, pour rgf uter Paradin affirmant qu'en 401 
un roi burgunde d6posa cette relique dans le monast&re de 
Saint-Victor, rSpond que T6glise de Saint- Victor n'existait pas, 
puisque Cassien ne l'a bdtie que vers 415 (1). Cette rgponse n'a 
aucune valeur. Saint Victor, disent les Actes de son martyre, 
avait 6t6 enseveli dans une grotte et sur cette grotte les fiddles 
constriiisirent une petite 6glise, puisque Benolt IX, dans sa 
bulle de 1040, dit qu'un petit monastfere y avait 6t6 fond6 du 
temps de Tempereur Antonin (2). Ce terme de monastfcre signi- 
fle 6glise, lieu de reunion. Done, k la rigueur, si les Bur- 
gundes avaient pu venir k Marseille en 401, il lenr aurait &i6 
possible de d^poser la croix de saint Andr6 dans cette 6glise 
primitive. 

Mais, si cette relique n'a 6t6 portee k Marseille que vers 484, 
toute difficulty s'6vanouit. En 484, ou un peu plus tard, il y a 
un monastfere, une feglise. Gennade atteste que de son temps 
ce monastfere existait. Done, en 484, un roi burgunde a pu 
y placer la croix du saint Apfttre. 

Mais, dira-t-on, comment peut-il se faire qu'un roi bur- 
gunde cfede& l'abbaye de Saint -Victor un trfesorsi prfecieux? 
Effectivement il est difficile de croire que les Bourguignons 
aient accepts de s'en dessaisir. II a fallu ngcessairement qn'k 
un moment donnfe ils n'eussent plus pour cette relique 
cette vfenferation que leurs aTeux avaient profess^e pour 

(1) Dom Lefournier, cite par M. l'abbe Magnan, Notice sur la Croix de 
saint Andre", p. 12. 

(2) Gartulaire de Saint- Victor, charte 14, de 1040 : « Monasterium apud 
urbem Massiliensium tempore Antonini fundatum. • 



— 296 — 

elle. Cette circonstance s'est-elle pr6sent6e ? Oui. Rappelons- 
nous que les Bourguignons Staient passes k l'arianisme sous 
leur roi Gondebaud, de 480 a 517 (1). Quand ils vieonent 
a Marseille de 484 k 508, ils gtaient done ariens. Et Ton com- 
prend que les moines de Saint- Victor, voyant cette relique 
insigne entre les mains des Ariens, aient sollicite de l'avoir 
dans leur gglise, peut-6tre mSme l'ont-ils achet6e au poidsde 
Tor. Voila comment s'explique tout naturellement que ce roi 
burgunde du nom d'Etienne, ou de quelque nom que ce soil, 
ait plac6 la relique de la croix de saint Andrg dans l'abbaye de 
Saint-Victor. Paradin et Chifflet ont-ils avancg une chose 
invraisemblable ? 

Voyons la quatri&me et la cinqu&me assertions. A une 6po- 
que, cette relique fut enfouie dans le monast&redes viergesde 
THuveaune, et retrouvSe plus tard par le bienh$ureux Hugues 
de Glasinis, sacristain de l'abbaye de Saint-Victor. 

Qu'St un moment donng la croix ait 6t6 cach£e, rien de plus 
vraisemblable, II fut un temps oil, les Sarrasins menacant la 
Provence, on prit, a 1'endroit des plus pr6cieuses reliques, la 
m6me precaution (2). En 716, a Saint-Maximin, on dgroba sous 
un amas de terre la crypte qui abritait les restes de sainte 
Marie-Madeleine. On fit de m£me a Tarascon, pour le corps 
de sainte Marthe ; k Notre- Dame de la Mer, pour les corps des 
saintes Maries; a Marseille, pour le corps de saint Lazare (3) ; 
a l'abbaye elle-m6me de Saint-Victor, pour les corps des saints 
martyrs que Ton y v6n6rait. A-t-on garde a d6couvert la croix 
de saint Andre dans l'abbaye ? Ce n'est pas croyable. 

Ensuite, que plus tard Hugues de Glasinis ait d&ouvert cette 

(1) Gennade, De illustrious Ecclesice Scriptoribus : c Casstanus. .. 
duo monasteria, id est virorum et mulierum, quae usque hodie exstant, 
condidit. » Patrol ogie latine, edition Migne, t. LVIII, Gennade, Deillustr. 
Script., cap. 61. 

(2) M. l'abbe Magnan, Notice sur la Croix de saint Andri, p. 14. — 
Ozanara, op. cit. y t. IV, p. 50.— Darras, op. cit. t. XIII, p. 446. 

(3) C'est ce que Ton lit en Espagne, au rapport d'un historien de ce 
pays: c Hoc DCGXV, in summa rerum inopia... sanctorum corpora 
veneranda trans Pyrsenaeum et in editissima castella arcentur. » — On 
ss rappelle l'ordre donn£ par un ange a saint Porcaire, de L6rins. . . — 
Faillon, Monuments inedits, 1. 1, col. 681. 



— 297 - 

relique, c'est fort possible, puisque, a l'appui de la tradition 
et du dire des auteurs, il y a un monument lapidaire « qui 
est inexplicable sans le r£cit de Chifflet (l)» . On le voit, c'est 
une tradition ancienne de Marseille que Chifflet et Paradin 
nous rappeilent. Et les faits, les 6v&nements de notre Provence 
et de noire cite a cette 6poque, bieu loin de luiGtre contraires, 
lui soul favorables. 



(1) Faillon, op cit., t. I, col. £81. 



CHAPITRE V 



La Oroix do saint Andr6 



(Suite) 



LA CROIX DB SAINT ANDB& N*A PU ETBB CACHRB A SAINT-V1CTQE AU 
VIII* SIBCLB. — ON MB L'AUBAIT PA8 PKHDUK. — PA8 AU IX* OU X* 
SIBCLB, CAB AU X* SIBCLB ON L'A PBBDUB. '— BLLB N*A PAS 4TR 
CACHBE HOBS DB SAINT-VICTOR AU X* SIBCLB. ON L'AUBAIT VITB RE- 
TBOUVtiB. — BLLB A STB CACHES HOBS DE SAINT- VICT OR AU VIII* 
SIBCLB.— AU CCENOBIUM DBS VIERGK8 CA8SIANITBS, A L'HUVBAUNB. 
C'KST LA PBUT-BTBE QU'BLLB A TOUJOUBS tfTfi AVANT LB XIII* SIB- 
CLB. — LBS PREMONTRBS N'ONT PU LA BBCLAMBB. — 1L N'Y A PAS 
BU DB PBOCB8-VBBBAL. 



La question importante pour nous est celle-ci : Cette croix 
de saint Andrg a-t-elle &t& cachfe dans un monastfcre de 
vierges aux bords de THuveaune et Hugues de Glasinis l'y 
a-t-il dgcouverte ? Ou bien le recel et 1' in vent ion de cette 
relique se sont-ils faits k Saint-Victor ? 

Le recel et l'invention de cette relique n'ont pas 6t6 accom- 
plis k Saint-Victor. Ce n'est pas dans cette abbaye qu'elle a 6t6 
cach6e, perdue et retrouvfie. 

Sile recel de la relique avait eu lieu k Saint- Victor, il n'y 
a que deux gpoques oil il aurait pu 6tre fait avec quelque 
vraisemblance et quelque n6cessit6. Au d6but du VHP stecle, 
alors que les Sarrasins menagaient la Provence, vers 716, 730, 
ou plus tard au IX* Steele, entre 838 et 924, gpoque de tribula- 
tions pour nos contrees, k cause des incursions des Sarrasins 
gtablis au Fraxinet, vers 886. 

Or, cetle operation ne s'est pas faite au d<5but du VHP Steele. 
La conqitete de TEspagne avait 6t6 si prompte, que la f rayeur 
la plusgrande s'empara de tous les cceurs, en Provence. Par- 
tout dans la contrte on cache les reliques. A Saint-Victor on 
dut faire de mtane et enfouir ce que Ton avait de plus pre- 



— 299 — 

cieux. Maisrien nesortit de l'abbaye. Le corps de saint Victor 
y demeura. Les moines ne quittfcrent pas le monastfere. Ou 
seraient-ils all& ? A qui auraient-ils demand^ secours et pro- 
tection ? On n'ignorait pas, k Marseille, que Mauronte, par 
ambition, avait appelg les Sarrasins (1) ; on se confia aux 
6paisses murailles de l'abbaye et, de fait, elle ne f ut pas d6- 
truite, quoique Marseille ait 6t6 prise et saccagge en 737 (2). 
Mais, Forage pass6 et les ennemis en fuite, toutes les reliques 
durent 6tre remises k leurs places dans l'abbaye. On ne con- 
naissait pas les ennemis k qui on avait affaire et Ton crut que 
tout 6tait fini. Si done, vers 716 ou 738, la croix de saint 
Andr6 a 6t6 cachSe a Saint-Victor, ce ne f ut que momentang- 
ment. Le calme revenu, elle a dti sortir de sa cache tte. Et il 
est impossible de supposer qu'elle a pu 6tre perdue en un 
aussi court laps de temps, les moines n'ayant pas quitt£ 1'ab- 
baye, et la relique 6tant par supposition cachge dans cette ab- 
baye. Done elle n'a pas 6t6 perdue au VIII* sifecle. 

Elle ne la pas 6i6 au IX* sifecle. Les bandes sarrasines, arr6 - 
t6es par Charlemagne durant son rfegne, reprennent d&s 814 
leur marche en avant. En 813 elles avaient brtite Nice, et 
enlevg a Marseille, en 838, les religieuses qui y vivaient ; en 
842, elles pillent la yille d' Aries et brisent le tombeau de 
saint C6saire. Bientdt ce sont de nouveaux ennemis qui se joi- 
gnentaux Sarrasins, les Normands. Ceux-ci, en 867 s'emparent 
de Marseille, en 869 tuent l'archevgque d'Arles, Rotland, sacca- 
gent la Gamargue et d&olent les deux rives du Rh6ne. En 885, 
les Sarrasins s'gtablissent au Fraxinet, en 890 ils brtilent Fr6- 
jus. Toulon, Tauroentura, etc. subissent le mdme sort (3). 

An milieu de tels perils, on devine la preoccupation des 
moines, des prttres et des evfiques en Provence. Une seconde 
fois on met k l'abri ce que Ton possfede de plus prtcieux. En 



(1) Fabre, Histoire de Provence, i. I, p. 310. — Guesnay, Annates 
Provincial Massiliensis, a rannee 730, n° 9, pp. 236, 237. — Ruffl, His- 
toire de Marseille, t. I, p. 49. 

(2) Fabre, op. cit., t. I, p. 312. — Faillon, op. cit. t. I, col. 684. — 
Be Rey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 179. 

(3) De Rey, op. cit. f pp. 263, 265, 266, 288. Faillon, op. cit., col. 682. 
Fabre, op. cit., pp. 342. 366. 



— 300 — 

870, on donne k Gerard de Roussillon le corps de saint Lazare, 
k Pexception du chef que deux prgtresde Marseille conservent 
k leur cit6 natale (1). Dans llntervalle des ann6es 841 et 904, 
les moines de Saint- Victor transportent dans la ville le corps 
du saint martyr protecteur de leur abbaye (2). On fait de 
mgme pour les autres reliques. Ou bien on les enfouit dans les 
cryptes, ou bien on les transporte hors de l'abbaye. 

La croix de saint Andr6, qui a d6)k subi une fois cette ope- 
ration du recel, demeura-t-elle k Saint-Victor ? Si on la cacha 
dans les cryptes, on ne dut pas le faire sans tgmoins, car r la 
crise pass6e, il fallait pouvoir exhumer cette relique et Toffrir 
de houveau a la pi£t£ des fiddle. 

Or, l'abbaye de Saint-Victor est d&rnite vers 925. Mais, 
lorsquelle sort de ses mines, vers 965, les diverses reliques 
qu'elle poss6dait, celles de saint Victor entre autres, re- 
viennent au monastfcre. 11 aurait du en £tre de m&ne pour 
la croix de saint Andr6. On n'aura pas attendu l'annte 965 pour 
la retirer de sa cachette ou faire connaltre k d'autres religieux 
Tabri qui la gardait. Que l'abbaye ait eu une fin violente ou 
qu'elle ait p6ri par l'exc&s de la misfere et de ia duretS des 
temps, il sera bien rest£ quelque vieux moine, pour guider 
les fouilles et retrouver la relique. 

Et cependant, lorsque tout se relive, que de nouveaux 
moines viennent habiter ces lieux purifies, que les autels re- 
voient les triors pr6cieux qui les ornaient jadis, seule la 
relique de la croix de saint Andrg ne reparait pas I On a r&di- 
fig la chapelle de saint Andrg dans les cryptes, on 61fcve du- 
ra nt leXI # stecle des celles, des ermitages, des oratoires, des 

(1) DeRey, op. cit. y p. 267.— Faillon, op. cit., t. I, pp. 722, 728, etc. 
— Les Saints deVEglise de Marseille, p. 164. 

(2) La charte 12 suppose que ies reliques de saint Victor sont encore a 
Saint-Victor, puisque les moines y habitent encore : « Liceat servis Dei 
ibidem consistentibus. . . », qu'il est dit dans cet acte que : « Teutpertus 
est episcopus Massiliensis ecclesise quae in honore Maria? semper Virgi- 
nis constructa ubi sanctus Victor corpore requiescit » et qu'il s'agit de 
l'abbaye : c invenimus insertum qualiter ipsa casa Dei...» Gartulaire de 
Saiot-Victor. 

La charte 10, de 904, dit au contraire :« Ecclesise Dei Genitrfcis Marias 
et gloriosi martyris Victoris, cujus corpus in Massilia urbe requiescit.. > 



- 301 — 

chapelles en 1'honneur du saint Ap6tre, et cela non loin de 
l'abbaye de Saint- Victor ( 1), et jamais un mot, dans les chartes, 
qui ait trait k cette pr^cieuse relique 1 On ne se sera pas con- 
tents, vers 965, de faire quelques recherches sommaires. Pre- 
cis£ment parce que la devotion k saint Andr6 est tr&s vive k 
Marseille et k Tabbaye, on a dfi exGcuter des fouilles nom- 
breuse3 k Saint- Victor pour retrouver cette croix. On n'en 
parle pas. Done elle n'a pas 616 cachGe k Saint -Victor au 
IX" sifccle. 

Elle n'a pas 6tt5 transports non plus, au IX* stecle, hors de 
l'abbaye . 

Oil Taurait-on d£pos6e dans ce cas, vers 840, au retour 
des Sarrasins ? Dans la ville de Marseille ? Mais k qui Paurait- 
on confide 1 Pas au premier venu. II faut des mains sures et 
des personnes pieuses pour recevoir la garde d'un tel tr&or ? 
Et pas une de ces personnes pieuses n'aurait surv^cu k ces tri- 
bulations ? C'est un peu difficile k croire. 

L'a-t-on plac6e au monastfere des filles cassianites ? Mais k 
cette 6poque il est ddsert. En 838, les religieuses qui Thabi- 
taient ont et6 enlevGes par les pirates (2), et ce n'est pas au 
lendemain de cette catastrophe que de nonvelles religieuses 
sesont pr6sent6es pour habiter ces lieux d6vast6s. 

L'a-t-on enfouie dans les ruines de ce monastere? Mais 
cela ne s'est pas fait sans t&noins ; precis6ment parce que 
c*6taient au milieu des ruines que Ton ddposait un tel trgsor, 
il y a eu cinq, six, dix moines presents & cette operation. 
L'orage passS, il en restera bien un qui pourra indiquer le 

(1) Peut-gtre est ce bien la 1 occasion de cette translation de saint 
Victor dont la fete se celebre, a Marseille, le 24 Janvier. (Les Saints de 
I'Eglise de Marseille, p. 9.) 

Cartulaire de Saint- Victor, charte 40 du XI* siecle: «... Ab occi- 
dente habens Geirennum fluvium, ibidem una semodiata de vinea qua? est 
deecclesia Sancti Andnese. » — Charte 843, de 1079 : Gum capellis cir- 
cum jacentibus, viceltcet. . Sancti Andraeae. » —Charte 841, de 1081 : 
« Gum capellis circum jacentibus, videlicet... Sancti Andrsese.© — 
Charte839.de 1089 :« Ei monasterio circum cellas subditas, id est... 
Sancti Andraeae. » — Ruffi, Histoirede Marseille, t. II, p. 197. 

(2) Annales de Saint-Berlin, citees par de Rey, Invasions des Sarra- 
sins en Provence, p. 263. 

20 



— 302 — 

lieu du recel, et vers 950, alors que les Sarrasins com men cent 
k 6tre refoutes; dfcs 965, alors que Tabbaye se rel&ve, on exhu- 
mera la relique, et on l'oflrira k la veneration des fiddles. Et 
cependant, nous l'avons dit tant6t, le silence se fait sur elle. 
Done, au IXr stecle, elle n'a pas 6t6 cachSe hors de Saint- 
Victor. 

D'autre part, elle ne Ta pas 6t6, de 830 k 904, k Saint- Victor. 
Done il faut faire remonter k une 6poque antSrieure au IX* 
sifccle le recel de la croix de TApOtre hors de Tabbaye. 

Ce recel s'est fait au VIII* sifcele, lors des premieres inva- 
sions, vers 716-737. 

Et a cette 6poque ce ne fut pas dans les cryptes qu'elle fat 
d6pos6e. Nous l'avons dit, au depart des Sarrasins, en 740, on 
Tetit retrouvGe. Ce*ne fut pas dans Tintdrieur de Marseille 
qu'on la porta. On avait peur de Mauronte. Mais, commeil 
n'y avait pas mains plus stlres, k qui on ptit conlier ce tre- 
sor, que les religieuses cassianites, e'est k leur monastfcre 
qu'on la plaja. 

Or, oil 6tait ce monast&re de filles ? 

Pasaupr&sde Saint-Victor; car dans cecas le recel aurait 
6te fait par-devant des t6moins assez nombreux, puisqu'ii 
6tait facile de les rdunir, Tabbaye de Saint-Victor Slant k 
proximity. Mais, des le depart des Sarrasins, vers 739, lemo- 
nastere cassianite de filles 6tant d6truit, les religieuses mas- 
sacres, puisque Tabbaye de Saint- Victor avait £chapp6 k la 
destruction, il y aurait eu quelqu'un des moines temoins du 
recel pour indiquer la cachette, exhumer la relique et la rap- 
porler k Saint- Vic tor. Cette relique ainsi retrouvGe et revenue 
k Saint- Victor, au relour des Sarrasins vers 840 on aurait pu 
la cacher de nouveau. Si on Tavait d6pos6e dans Marseille, on 
Ta dit tantOt, il y aurait eu quelque t&noin, 6chapp6 k la 
tourmente, qui plus tard aurait fait connaltre oil elle se trou- 
vait. Si on Tavait placde dans les cryptes, lorsque la tran- 
quillile serait revenue, que le monastere de Saint-Victor se 
serait relev6 de ses ruines, on Taurait retrouv6e et, en mtaie 
temps que Tonbatissait des celles, des oratoires en Thonneur 
de saint Andre, on aurait parte de sa croix. Si on Tavait en- 
fouie dans les ruines du monast&re de Saint-Cyr, cela n au- 



— 303 - 

rait pas 6t6 fait sans temoins. En 950, 965' on 1'aurait re- 
trouvfe. Or, aux IX # et X - sifecles, on a perdu la trace de cette 
religue. Done le monastere cassianite auguel fut confine la 
croix de saint Andr6, au VIII* stecle, ne se trouvait pas auprfcs 
de Saint -Vic tor. 

Oil 6tait-il ? Pas au bassin du Carriage, pas aux Catalans, pas 
auprfcs du port, pas k la place de Lenche, pas aux Accoules, 
pas k Sain te- Catherine, pas au Revest, pas k Saint-Loup, pas 
k Saint-Cyr (Var) ; on l'a prouv6. 

Reste un endroit que la tradition dSsigne, que plusieurs 
preuves &6]k nous insinuent, que le r6cit de Chifflet nous in- 
djque : les bords de THuveaune ! 

S'il se trouveen cet endroit, tout s'explique, toute difficulty 
s'evanouit. G'estau d6but des invasions sarrasines; lemonas- 
tfere des filles 6tant loin de Saint- Victor, Toperation de l'en- 
fouissement de cette relique se fait en presence de quelques 
t^moins seulement : les moines qui ont ports ce prGcieux far- 
deau, et quelques religieuses du monast&re de THuveaune. 
Puis la tourmente s'abat sur le mon^stfere, les vierges cassia-* 
nites sont massacrees jusqu'St la dernifere, Eusebie k leur I6te. 
Les quelques moines tGmoins du recel meurent, dans l'inter- 
valle, sans avoir pu donner des indications precises k leurs 
frferes. Ainsi on perd la trace, on ignore Tendroit exact de la 
cachette. La croix n'est plus re troiiv6e. 

Alions plus loin encore. Peut-£tre que, pour ne pas donner 
T6veil, ce sont quelques religieuses, qui viennent prendre k 
Saint-Victor la relique, qui la cachent elles-mGmes. Oui aurait 
pr6vu ce qui arriva plus tard : que toutes seraient massacres! 
Aussi, au lendemain du massacre, e'est en vain que Ton cher- 
che, on ne retrouve rien . 

Alions plus loin encore ; pourquoi Chifflet ne livrerait-il pas 
le secret de l'6nigme ? La croix de saint Andre n'a jamais peut- 
6tre 6te k Saint-Victor. C'est au monastfere de l'Huveaune 
qu'elle aura 6t6 d6pos6e, lorsque ce roi bourguignon 1'eCit 
portGe k Marseille, soit que les religieux de Saiht-Victor l'eus- 
sent volontairement confine k leurs sceurs cassianites, soit 
que celles-ci l'eussent achetde de leurs propres deniers pour 
Tarracher aux mains de ces Ariens. Aux jours de l'invasion 



— 304 — 

sarrasine, alors que les religieux de Saint-Victor cachaient 
dans les cryptes les reliques dont ils avaient la garde, les 
vierges de l'Huveaune, pour d^rober a Tincendie ou k la pro - 
fanation la croix de 1'ApGtre, la cachent dans leur monastfcre 
ou auxalentours. Mais les mauvais jours arrivent, tout est 
massacr6, pill6, saccagg, brtil6 au monastere. Les ttaioins du 
recel sont morts, puisque les vierges de rHuveaune sont mas- 
sacres jusqu'A la dernifere. Nul moyen de recouvrer ce trfaor 
pr6cieux. Lesmoines de Saint-Victor opgrent des fouilles, font 
des recherches, vains efforts. La croix de saint Andr6 est per- 
due. Dans la pens6e de tous, elle a 6t6 enlevge par les Sarra- 
sins ou elle a 616 jet6e au feu par ces m6cr6ants(l). On a de 
la peine k recueillir les membres gparsdes quarante victi- 
mes. Quand on r66difle le coBnobium des vierges, on le rap- 
proche de Saint-Victor. L'oubli se fait alors sur ce point du 
terrain, et six cents ans se passe avant queDieu, pour la croix 
deson Ap6tre, comme pour les reliques de Marie -Madeleine, 
fasse connaltre par quelque prodige Ik oil se trouve cach6 ce 
tr&or. 

Ainsi la vision de Hugues de Glasinis se comprend et s'ex- 
plique. Paradin et Chifflet ont dit vrai. La croix de saint Andre* 
a 616 apportSe vers 484 par un roi de Bourgogne. Peut-£tre 
elle a 6t6 donnSe k Saint-Victor k ce moment ; peut-fitre c'est 
au coenobium de l'Huveaune qu'on l'a confine. C'est dans ce 
monastere, dans tous les cas, que plus tard elle est cach6e. C'est 
14 qu'au XIII* si&cle Hugues de Glasinis la retrouve. Done, et 
c'est pour cette conclusion qui lient en une ligne, que sont 
Gcrites les longues pages qui pr6c6dent,donc au VHP stecle,il 
y avait un monastferede lilies aux bords de l'Huveaune I!! 

Reste une difficult^ k rSsoudre. La voici. S'il est vrai que la 
croix de saint Andrg ait 6t& cacbSe au monaslfere des vierges 



(1) c Nos ex certioribus monumentis collocatam censemus in agri 
Massiliensis monasterio sanctimonialium de Uveauue. . . Moniales dicti 
inonasterii. . . B. Andraeee cruci quam religiose asservabaot e flam- 
mis aliave injuria cautum esse voluerunt. Jgitur excavata humo crucem 
sepeliunt. . . Disquisita est a monachis Sancti Victoris crux Andreaua. 
cumque nusquam occurreret, credita est aut sublata a Sarracenis aut 
concremata. » Chifflet, Vesuntio civitas, p. 199. 



- 305 — 

de l'Huveaune, et que Hugues de Glasinis l'y ait retrouvtte, 
comment se fait-il que les Pr6montr6s, £tablis k ce m£me 
monastfere de l'Huveaune d6s 1204, aient laiss6reprendre cette 
relique sans protester? Comment se fait-il, en outre, qu'il n'y 
ait aucune trace de cette invention de la relique, qu'il n'y ait 
pasde procfes -verbal, qu'il ne restequ'un bas-relief interpr6t6 
par les auteurs dans le sens d'une d&ouverte de la relique, 
mais qui ne vaut pas un bon proc6s-verbal ? Voici notre 
rgponse : 

Les Pr6montr6s, Stablis k l'Huveaune en 1204, n'ontpas r6- 
clam6 le droit de garder cette relique ! Mais de droit ils n'en 
avait aucun. La croix de saint Andrg 6tait venue de Saint- 
Victor, elley retournait, les nouveaux habitants du cceno- 
bium de l'Huveaune n'avaient aucune pretention k Clever (1). 
De plus, en quelle ann6e Hugues de Glazinis a-t il ddcouvert 
la sainte relique ? On ne peut rien prSciser k ce sujet. II eat 
dgsigng, dans les chartes, par le litre de Sacristain de Saint- 
Victor d6s 1'annSe 1212. Maisa-t-il fait cette d6couverte seule- 
ment lorsqu'il remplissait cette fonction ? Qui empScherait de 
croire que ce fut bien avant ? Par consequent, les Pr6montr6s 
n'auraient pu rien dire, ils n'&aient pas encore arrives aux 
bords de l'Huveaune. 

D'ailleurs, la croix avait-elle 616 cachSe au sein du monas- 
tfcre cassianite ? Peut-gtre que non, mais dans un coin retire, 
dans les champs, dans quelque dgpendance du coenobium k 
TSpoque. Que pouvaient rSclamer les Pr6montr6s, si la d6cou- 
verte n'&ait pas faite dans leur propriety ? 

II n'y a pas de trace Gcrite de cette trouvaille, pas de procfes- 
verbal de I'invention ! Et si on n'en a pas fait ? On a d£couvert 
en 1187, k Tarascon, le corps de sainte Marthe : oil est le pro- 
c6s-verbal d'invention de la relique ? Les auteurs disent que 

(1) SI nous supposons que les religieuses de l'Huveaune aient tou jours 
eu la garde de la croix de saint Andre, les Premontres, en 1204, n'au- 
raient pas eu plus de droit a reclamer pour eux cette relique. II suffisait 
que l'eveque du diocese autorisat les moines de Saint- Victor a la pren- 
dre. D'ailleurs, si elle revenait a quelqu'un, c'etait au moines de Saint- 
Victor dont Gassien avait ete le fondateur, comme il l'etait de l'abbaye 
de l'Huveaume. 



— 306 — 

Ton ignore les details de cette operation (1). Et si celui qu'on a 
r£dig6 de notre relique a 6t6 d6truit, perdu ? Si on le retrou- 
vait un jour ? Le meilleur procfes-verbal est la tradition, que 
Chifflet et lesautres nous rapportent. Oil ces auteurs ont-ils 
puis6 ce qu'ils 6noncent dans leurs livres? L'ont-ils invents ! 
Et d'oii vient que tout, dans les faits, les dates, les 6v6nements 
Concorde 4 peu prfcs exactement avec leur dire? lis ont lu 
cette tradition chez d'autres auteurs plus anciens. Et ceux-l& 
oil Font-ils puis6e ? Quel int£r£t avaient-ils k doter notre 
ville, l'abbaye de Saint-Victor, l'abbaye de FHuveaune de ce 
tr&or ? lis n'6taient pas de Marseille, ce n'est done pas un vain 
amour-propre de clocher qui les a fait parler. Et s'ils gtaient 
de Marseille, ces auteurs primilifs que Chifflet et Paradin ont 
copies et suivis, serions-nous bienvenus de leur reprocher 
d'avoir 6crit ce que nous appelons une pure 16gende I Mais 
sommes-nous stirs qu'ils ne poss6daient pas de titres, perdus 
depuis ? D'oii vient, en fin, qu'& six cent ans de distance nous 
trouvons qu'il soit fort probable qu'ils aient dit la v6rit6. 

Non,ces difficulty ne valent rien.La croix de saint Andr6 a 
616 cach6e et d6couverte au monastfere des filles, k FHu- 
veaune. Done, au VHP Steele, i I y avait un monastfere aux bords 
de FHuveaune. 



(1) Faillon, Monuments inedits sur I'apostolat de sainte Madeleine, 
t. I, col. 1219. 



CHAPITRE VI 

L'6glise et la maison en ruines sur les bords 

de l'Huveaune ou l'abbaye des Pr£montr£s 

6tablie & l'Huveaune en 1204 



CHARTS DE 1204. — ARGUMENT. — LES PREMONTRES NE SONT VENUS 
A L'HUVEAUNE QU'EN 1204.— AUTEURS POUR ET CONTRB.— RAI80NS 
TIREES DU TEXTE DB LA CHARTE.— CHARTE DE 1218.— SAINTE-MA- 
RIE D'HUVBAUNB. 



Une autre preuve qui s'offre k nous ! Au commencement du 
XIII* Steele, dit M. TabJte Daspres, deux religieux pr£montr£s de 
l'abbaye de Font-Caude, dans le dioc&se de B&ziers, demands- 
rent k l'6v£que de Marseille de pouvoir relever de leurs ruines 
une £glise et une maison situ£es sur le bord de la mer,& Pem- 
bouchure de PHuveaune. Ges deux religieux avaient nom Guil- 
laume et Amansus ; l'ev&que de Marseille s'appelait Rainier. 
Gelui-ci ne crut pas devoir rejeter la demande qu'on lui 
adressait, persuade que ces religieux contribueraient k l'gd id- 
eation de .son peuple. Mais, pour pr£venir les contestations qui 
pourraient s'£lever plus tari entre son chapitre et le nouveau 
monastfcre, et empficher que cet etablissement ne port&t quel- 
que prejudice k son eglise, dont les.revenus avaient considera- 
blement diminug par des donations de dimes et par d'autres 
concessions, il rggla que les Pr£montr6s donneraient k la 
cath£drale « le tiers des retributions pour les enterrements et 
de ce qui lui reviendra des morts soit en meubles, soit en im- 
meubles qui seront liors du diocese, et dans ce tiers sera com- 
prise la* part due k l'gvgque. . . lis payeront la dime de toutes 
les vignes qulls pogs£deront dans le territoire de Marseille, k 
P£v£que et aux chanoines s£par6ment. . . lis payeront la dime 
du blfi, des legumes qu'ils retireront de toutes les terrescul- 
tivtes, etde toutes celles dont une partie au rait 6i6 cultiv£e 



— 308 — 

autrefois. . . (1) .» Cet acte fat signe en 1204, au mois d'avril . 

Or, nous disons : le fait seul de l'existence en cet endroit 
d'une 6glise et d'une maison en mines est une preuve que Ik 
s'61evaient jadis la chapel le et le monastfere qu'Eusfibie et ses 
compagnes embaum6rent du parfum deleurs vertusetem- 
poufprfcrent de leur sang. 

II va nous sufflre, pour le prouver, d'6tablir solidement les 
deux points suivants : 1° que cette eglise et cette maison, res- 
taurges par les Pr&nontr6s, ne leur a point appartenu anterieu- 
rement&l'an 1204 ; 2° que cette 6glise, en ruines en 1204, 
remonte k Tepoque des premieres invasions des Sarrasins. La 
conclusion toute naturelle sera que, si k Tgpoque des invasions 
sarrasines, vers 716, 738, il y avait Ik une chapelle ; si, d'autre 
part, une tradition sdrieuse afBrme qu'en cet endroit v6cut et 
f ut martyrisGe sainte Eusdbie ; si, enfin, nous prouvons que 
le monast&re ou v6cut notre sainte ne pouvait s'61ever qu*& 
ce point du terroir, il sera iien vrai de dire que le fait de 
l'existence de cette eglise et de cette maison en ruines en 
1204, en cet endroit, est une preuve en faveur de notre asser- 
tion. 

D'abord, les Pr6montr6s ne sont venus aux bords de 1'Hu- 
veaune qu'en 1204. 

Quelques auteurs, entre autres Ruffi et M* r deBelsunce, ont 
soutenu le contraire. a Dans Facte de fondation citg plus haut, 

(I) Daspres, Notice sur Saint-Ginies, p. 21, etc.— Ruffi, Histoire de 
Marseille, t. II, p. 100. —L'Antiguitd de I'Eglise de Marseille, par M« r 
de Belsunce, t. II, pp. 17et suiv.: « In nomine Domini... anno Incarn at io- 
nisejusdem MCCIIII, rnense aprili, ad evitandum malum dissentionis, 
quae dc superscript negotio inter ecclesiam B. Mariae sedis et fratres 
ordinis Prsemonstrati evenire possent in posterum, concedimus votis. . . 
utad ho no rem Deiet religionis augmentum et omnium in Christo era- 
dentium salute m, possitis in territorio Massiliae, citra amnem Huveau- 
nse, juxta littus maris, secundum arbitrium et vol untatem vest ram, de 
novocedificare ecclesiam el domum ordinis vestri, et earn, prout vobis 
dominus donaverit, episcopal! et ecclesiastico jure per omnia salvo, juste 
acquisitis arapliare. His tamen conditionibus el pactis... Et nos... 
fratres ordinis. Prsemonstrati et dictidomfis fundatoresyvo nobis et suc- 
cessoribus nobis omni privilegio vel indulgentiae quod modo habemus 
vel in posterum habebimus contra praedicta, omni no renuntiantes. . . » 
(Archives de Saint-Sauveur, H. 56, aux archives departementales.) 



- 309 — 

dit Ruffi, on peut remarquer que, commeils avaient eu quel- 
ques difterends ensemble, on les obligea de transiger, et qu'on 
leur permit de construire de nouveau une 6glise et une maison 
de leur ordre ; que ces religieux 6taient log6s en cet endroit 
depuisquelque temps auparavant et y avaient une maison qu'il 
gtait ngcessaire de rebAtir, Iaquelle n'gtait pas neanmoins pour 
lors fort ancienne, d'autant que leur ordre nefut institufi qu'en 
Tan 1120 (1).» 

M" de Belsunce dit ggalement : a II paralt par la charte que 
nous suivonsici quel'^gliseet la maison leur auraientapparte- 
nu avant que d'6tre ruin6es(2).» 

Papon cependant et Tabb6 Daspres ont pensS comme nous. 
« Ces mots, dit l'ancien cur6 de Saint-Giniez, « de novo aedifi- 
care », ont fait croire k plusieurs auteurs que les religieux 
etaient d6ji propria taires. Cette conclusion n'est pas trfes 
rigoureuse (3) .» Papon est plus precis encore : « On lit dans 
une charte de 1204, dit— il, que T6v6que de Marseille permit 
aux Pr&nontrSs de Mtir une Sglise sur les mines d'une autre 
qui ne subsistait plus, et k c6l6 desquelles on voyait encore, 
suivant I'historien des 6v6ques de Marseille, les masures d'une 
maison dGtruite. Ce monast&ren'avait point appartenu aux Pre- 
montrGs; leur ordre 6tait trop recent dans les Gaules pour 
avoir eu sur les bordsde l'Huveaune un 6tabiissement que le 
temps etit &&]k d£truit. lis ne s'y etaient Gtablis pour la pre- 
mifere fois qu'en vertu d'une charte, qui aurait 6t6 rappetee 
dans celle de 1204, et il n'enest pas fait mention. Jeremarque, 
enfin, que les conditions stipu!6es dans celle-ci annoncent 
que ces religieux n'avaient encore pass6 aucune convention 
avec l'ev&jue, ni avec aucun de ses pr6d6cesseurs (4) .» 

M. de Rey paralt 6tre de cet avis; car, aprfes avoir dit : 
« qu'il y a eu , k ce bord de mer, k une £poque antique, une 
6glise et une maison dont Thistoire nous est complement 
inconnue : 6tait-ce une paroisse rurale, 6tait-ce un prieurS de 
Saint- Victor ? nous n'en savons rien », cet auteur ajoute : 

(1) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 100. 

(2) M«'de Belsunce, Antiquite de VEglise de Marseille, t. II, p. 18. 
i"3) Daspres, Notice sur Saint-Ginie*,p.2i. 

(4) Papon, Histoire de Provence, t. I, p. 361. 



- 310 - 

a En 1204, les Pr6montr6s la reconstruisirent et en lirent une 
abbaye sous le titre de Notre-Dame d'Huveaune(l) .» Nous 
acceptons ce t&noignage, et surtout nous trouvons concluanles 
les raisons de Papon. 

Les Pr6montr& ne vinrent qu'en 1204 sur les bords de 
THuveaune. 

Nulle trace d'abord, danscette chartede 1204,qu'il y ait eu 
&&]k des dissentiments entre r6v£que, le chapitre d'une partet 
les PrEmontrEs de Tautre. Au contraire, on veut prEvenir jus- 
qu'4 I'ombred'un dissentiment : « ad evitandum malum dis- 
cussionis, quod de subscripto negocio. . . eveuire posset in 
posterum ». D'autrepart, I'asseutimentest complet enlre les 
parties contractantes : aassensuet voluntate ambarum par- 
tium ». Easuite, nulle allusion & un etablissement anterieur, 
aucun indice que les conditions imposEes k cette heure sont 
plus rigoureuses que d'autres conc6d£es jadis. Au contraire, 
ce sont des details precis, des stipulations arr6t6es, que les 
deux reiigieux acceptent et jurent de garder inviolablement. 
De plus quel est le titre que se donnent ces deux reiigieux : 
lis se disent : Dicti fundatores domtts. 

D'ailleurs, puisque Rufli paralt avoir tant k coeur d'affirmer 
que ces ruine3 avaieut appartenu autrefois aux Pr&nontrfe, 
pourquoi ne se donne-t-il pas la peine d'indiquer la date de 
Tarriv6e de ces reiigieux k Marseille et de leur Etablissement 
aux bords de 1'Huveaune, de faire connaltre la cause probable 
de la destruction de cet Etablissement piimitif ? Comprend-on 
encore que cette char te de 1204, si elle n'est que Tautorisation 
de rebdtir une gglise et un monast&re en la possession d£j& des 
PrEmontres, comprend-on, dis-je, que ni TEvSque, na les reii- 
gieux pr6montr£s n'ius&rent dans cet acle le titre, le vocable 
de cette £glise?Quatorze ans plus tard, Honorius III le donne ; 
il Ecrit : a Priori et fralribus ecclesiae Sanctae Mariae de IbelnA », 
« Aux prieur et fr&res de TEglise de Sainte-Marie de THuveau- 
ne (2) ». Mais en 1204, pas un mot de cesujet. Et cependant, 
si les PremontrEs Tont poss6d6e avant 1204, la ruine de cette 



(1) Les Saints deVEglise de Marseille, saiote Eusebie, p. 231. 

(2) DeBelsuace, op. ctt.,t. II, pp. 63,64. 



— 311 — 

£glise ne peut remonter tellement loin dans l'histoire, qu'ils 
aient perdu le souvenir du vocable de ce monastfcre. 

(Test en 1120 que saint Norbert fonde cet ordre des Prtmon- 
tr6s, au fond d'un valion 6troit, bois6, obscur, mar^cageux de 
la for&de Ooucy. 11 est vrai que cet ordre s'accrut d'une ma- 
nure merveilleuse. A peine vingt ans s^taient 6coul6s, dit 
un contemporain, que d£jk l'ordre comptait cent monast&res. 
Trente ansaprfcs,. le chapitre g6n6ral comptait cent abb6s (1). 
Supposons que le monastfcre de THuveaune ait 6\6 fond6 
d6s 1130, en 1140, il faudra sou tenir que dans Tespace de 
soixante ou soixante-cinq ans Tordre a fond6, bAti, fait vivre 
et prosp^rer un monastfcre aux bords de THuveaune, puis, que 
ce monastere a 616 detruit, abandonng au point que ni V6v6que 
du diocese, ni les fr&res Premontr6s ne peuvent en rappeler le 
le vocable. (Test possible, mais peu vraisemblable et tr&s 
difficile k admettre 1 

Non, les Pr6montres ne sont venus aux bords de THuveaune 
qu'en 1204, et pas avant. 

Deux expressions pourraient cependant prGter matiere k 
contestation. D'abord, « omni privilegio vel indulgentise quod 
modo habemus. . . renuntiantes». Les religieux renoncent k 
tout privilege, k toute indulgence qu'ils auraient &6]k. Ne 
croyons pas que ce soit 14 une allusion k d'anciens droits. 
L'evGque leur imposant d'etre places sous sa juridiction et celle 
de ses successeurs, de donner k son gglise cathgdrale le tiers, 
de payer la dime au chapitre, ils renoncent k tout privilege 
toute exemption, facility, accommodement que par les cout li- 
mes de leur ordre, par la concession des papes, ils auraient ou 
ils avaient dans dautres endroits. 

L'autre expression est celle-ci : de novo aedificare ecclesiam 
etdomum ordinis vestri». II ne faudrait pas traduire cette 
phrase latine, simplement par cesmots : « reMtir l'Sglise et la 
mais on de votre ordre ». Ce sensne cadreraitpas avec la suite 
de la charte, qui ne suppose pas, nous 1'avons dit, un etabiis- 
sement antfirieur aux bords de THuveaune. Mais il faut tra- 
duire, avec M. I'abbg Daspres : « Tautorisation de relever les 

(1) Darras, Histoire del'Eglise, t. XXVI, pp. 191,256. 



— 312 - 

mines d'une gglise et d'une maison sur le bord de la mer, i 
l'embouchure de l'Huveaune, et de Taffecter k votre ordre *. 

Ainsi done, cetteggliseet cette maison en mines, en 1201, 
que les Pr&nonlrgs reconstruisirent, avaient une origine plus 
ancienne. Ge point reste acquis. 



CHAPITRE VII 

L'^glise et la maison en ruines 
des bords de l'Huveaune 

(Suite) 

LA«CHAPBLLB DE L'HUVEAUNE, EN BUINES DES 1204, n'a PAS ETE DA- 
TIE ENTRB 1044 ET 1204. — NI UN SIMPLE PARTICULIER, NI SAINT- 
SAUVEUR, NI L'EVEQUE, NI SAINT-VICTOR, N*ONT PU LE PAIRE. — 
DONC BLLB EXISTAIT DEJA EN 1044. — ELLE ETA1T DtfjA EN RUINES, 
SINON ON L'aURAIT FAIT SEBVIB AU CULTE DANS CETTE PARTIE DU 
TERROIR. — CETTE CHAPBLLB DB L'HUVEAUNE APPARTENAIT, EN 
1044, A L'EVEQUE, COMME PROP RI ETE DE SA CATHEDRALS. 

Or, si cette chapel le est en ruines dfcs 1204, et si elle n'a 
pas appartenu ant6rieurement aux Pr6montr6s, forcSment son 
origine remonte aux invasions sarrasines. 

Ce point sera un peu long et difficile k gtablir. Nous esp6- 
rons cependant y arriver. 

Voici, d'ailleurs, la s6rie de nos affirmations que nous 
6!ayerons de preuves suffisantes, croyons-nous. 

1* Cette chapelle de l'Huveaune, en ruines vers 1204, exis- 
lait &6jk en 1044, et d£j& aussi elle 6tait en ruines. 

2* Cette chapelle, en ruines vers 1044, appartenait k cette 
6poque k T6v^que. 

3* Cette chapelle de l'Huveaune, possession de Tfivfeque, 
n'est pas posterieure k I'gglise de Saint-Giniez. 

4* D'autre part, l'Gglise de Saint-Giniez n est pas posterieure 
k la chapelle de l'Huveaune. . 

5* Cette chapelle de l'Huveaune est ant&ieure k 923 ; d&yk 
k cette date, elle 6lait en ruines. 

6° La chapelle de l'Huveaune n'a pas 6te bAtie vers 850, ni 
vers 814, ni vers 771, ni vers 730. Elle existait <16jk. 



— 314 — 

7' Gette chapelle 6tait le coenobium des vierges cassianites, 
dans lequel v6cut et mourut notre ch6re sainte Eus6bie. 

D'abord, cette chapelle des bords de l'Huveaune, en mines 
vers 1204, et que les Pr&nontres re&Iifient au XIII e sifccle, 
existait dej& en 1044, et &6jk aussi elle 6tait en ruines. 

En effet, en 1044, l'6v6que de Marseille Pons II, d&irant 
restaurer les lieux destines au eulte du Seigneur, donna au 
monastere fond6 en i'honneur de Saint- Victor l^glise de Saint- 
Giniez, situge non loin de la montagne de la Garde : « Cette 
6glise est detruite maintenant. De concert avec les chanoines 
de notre 6glise, nous la donnons, afin que, la reb&tissant, les 
moines de Saint-Victor la possfedent k perp6tuit6 ([). » 

Or, la chapelle de l'Huveaune, en ruines dfcs 1204, existait 
en 1044. Elle n'a pu, en effet, 6tre b&liedurant cetespace de 
cent cinquante ans. Qui aurait pu la b&tir, k cette 6poque ? 

II n'y avait que quatre sortes de personnes : ou bien F6v6- 
que de Marseille, ou le monastfere de Sain t Victor,, ou celui 
de Saint-Sauveur, ou un simple particulier. 

Ce ne pouvait Gtre un simple particulier ; car T6v6que et 
son chapitre, la c£dant en 1204 k Tordre des Pr6montr6s, en 
6laient proprtetaires ; et cependant pas un mot, dans cette 
charte de cession, n'indique que cette chapelle soit revenue k 
TevGque par le fait d'une vente ou d'une donation. Pas un 
mot sur le m6me sujet dans les chartes de l^poque, si fertiles 
cependant en details. Et ce serait merveille que ce fait eut 
6chapp6 k la connaissance de tous. 

Ce ne pouvait 6tre Saint-Sauveur, car, d&s Tan 1077, cette 
abbaye vend des biens qu'elle possfede au quartier de Saint- 
Giniez, aux bords de l'Huveaune (2). En 1097 elle fait une 

(1) a Ego Pontius, gratis Dei, sancte sedis Mas3iliensis episcopus, 
cupiens restaurari loca servicio Dei apta, ecclesiara sancti Geaesii quae 
est sita in comitatu Massiliensi, juxta montem quse dicitur Guardia, quse 
nunc est destructa, cum consensu canonicorum ecclesise nostras, dono 
omnipotenti Deo, ipsi usque monasterio in honore Sancti Victoris, apud 
Massiliam fundato, et abbati Isarno, ut sedificantes praedictam ecclesiam 
scilicet Sancti Genesii, perpetu6 teneant et possideant.... » Carlulaire 
de Saint- Victor, 1. 1, charte 73, de 1044. — M« r de Belsunce, Antiquite 
(fe VEgli&e de Marseille, 1. 1, p. 395. 

(2) Carlulaire de Saint-Victor, 1. 1, charte 88. 



— 315 — 

convention avec Saint- Victor au sujet d'une terre situ6e sous 
l'eglise de Saint-Saturnin (1). Ces ventes de domaines indi- 
quent un 6tat de g6ne. Et de fait, k partir de cette £poque 
jusque vers 1163, on a peu de details sur la vie de ce monas- 
t6re ; les abbesses qui succ6d6rent k Garcende, sceur de Pons II, 
sont inconnues, et ni les actes des 6v6ques, ni les charles de 
Saint-Victor font mention de Saint-Sauveur (2). De 1163 k Tan 
1200, la situation est un peu plus prosp&re. 

Mais il serait assez curieux qu'une chapelle, un monastfere 
aient 6t6 b&tis par l'abbaye, aux bords de l'Huveaune, vers 
1160, qu'ils soient en ruines dfcs 1204 , sans qu'elle n'en 
connaisse ni le titre, ni le vocable. De plus, ii faudrait expli- 
quer comment cette Gglise a pu 6tre c6d6e par T6v6que en 
1204, aux Pr6montr6s, sans qu'il soit rest6 une trace quelcon- 
que indiquant de quelle manure ce bien 6tait venu en sa 
possession. 

Inutile d'ajouter que c'6tait un des biens places sous la 
d6pendance de l^v&jue, pareillement k ceux que mentionne 
la bulle d'Anastase IV, dans laquelle, parmi les biens de l'eglise 
de Marseille sont 6num6r6es « l'abbaye de Saint-Sauveur et 
TSglise (3). » Car il ne s'agit Ik que d'une dGpendance spiri- 
tuelle. D'une part, en effet, une bulle d'Alexandre III 
(1159-1181) permet aux religieuses de Saint-Sauveur d'avoir 
des prfttres qui, autorisSs par Fev6que, devront rendre comple 
du spirituel k lui 6v6que et du temporel k labbesse (4j. D au- 
tre part, elles vendent, contractent, cedent, plaident sans que 
l'6v6que intervienne (5). 

(1) Charte de 1097, cit6e par M. Daspres, Notice sur Saint-Ginies , 
pp. 136, 140. 

(2) Andrfe, Histoire des religieuses de Vabbaye de Saint-Sauveur t 
p. 24. 

(3) Andre, Hietoire des religieuses de Vabbaye de Saint-Sauveur , 
p. 24. 

(4) « ... In parochialibus a u tern ecclesiis quas tenetis, licitum sit vo- 
bis presbyteros vel clericos eligere, et electosepiscopoprsesenlare, qui- 
bus, si idonei fuerint, episcopus animarum curam committat. » Andr6, 
op. cit., documents en appendice, D, p. 210. 

(5) La charte 88 du cartulaire de Saint-Victor, 1. 1, et celle de 1097, 
cilees plus haul, ne font aucune mention sp6ciale a ce sujet. 



— 316 - 

Ge ne pouvait etre da vantage I'abbaye de Saint-Victor. A 
cette gpoque (1044) I'abbaye est florissante, c'est vrai. Elle 
fait chaque jour de nouvelles acquisitions dans le terroir de 
Saint-Giniez. Aussi, lorsque Pons II, en 1044, lui cfede l^glise 
de ce quartier, pour la reconstruire, I'abbaye accepte. Ainsi 
le culte divin est assur6 en ces lieux. Mais, aprfes 1044, pour- 
quoi I'abbaye bAtirait-elle une nouvelie gglise aux bords de 
I'Huveaune ? De Tern placement que la tradition assigne &. 
cette chapelle k Saint-Giniez, il n'y a pas loin. L'abbaye 
voudrait-elle 6tablir un pfelerinage, perp6tuer quelque sou - 
venir que la tradition lui rappelle ? Et quel est ce souvenir ? 
Quel est I'objet de cette tradition ?. . . En outre, jamais aucune 
des nombreuses bulles de • confirmation que les papes 
octroy aient k I'abbaye ne fait la moindre mention de cette 
6glise, ni qu'elle fut un lieu depfelerinage ou une simple cha- 
pelle, ouverte aux colons du terroir. D'ailleurs toujours la 
mGme question k r6soudre. Comment a-t-on oubli£ le nom de 
cette chapelle ? Comment, si I'abbaye de Saint-Victor l'a 
bAtie, r6v&que a-t-il pu la c6der comme bien lui apparte- 
nant, sans que Ton ait conserve le moindre souvenir de sa 
mise en possession ? 

Ce n'a pas 6t6 l'£v6que de Marseille non plus. Quelle 6tait 
la ngcessitg d'une 6glise en ce point du terroir ? A deux pas 
s'Slevait celle de Saint-Giniez reconstruite et embellie. Pres- 
que tout le terroir appartient k Saint-Victor. Comment l'6v6- 
que fera-t-il bdtir une 6glise, aux frais de sa cathgdrale, pour 
la satisfaction des habitants, tous vassaux presque de Saint- 
Victor ? Cela n'6tait gu£re possible. 

Or, si, d'une part, ni i'6v6que, ni I'abbaye de Saint-Victor, 
ni celle de Saint-Sauveur, ni un simple particulier n'ont pu 
construire cette Gglise de 1044 k 1204 ; s'il a 6t6 impossible, 
dans l'espace de cent cinquante ans (de 1044 k 1204), de voir 
une gglise se bdtir et tomber en ruines, sans que Ton en sache 
le tilre et l'origine ; si, d'autre part, elle est en ruines en 
1204, une conclusion toute naturelle s'en degage : elle exis- 
tait &6)k en 1044. 

Mais en quel gtat se trouvait cette 6glise en 1044 ? Elle £tait 



— 317 - 

en mines d6j&, comme en 1604, et ne servait plus aux c6r6- 
monies du culte. 

Si elle eut 6t6 en 6tat, quel qu'en fCit le possesseur en 1044 
on en aurait tir6 parti. L'6v6que, en effet, afln de donner une 
eglise aux habitants des bords de I'Huveaune, l'aurait c6d6e 
k Saint-Victor, lui 6vitant ainsi d'avoir k reconstruire celle 
de Saint-Giniez. La question du plus du moms d'gloignement 
de cette £glise du centre habil6 ne pouvait tirer k consequence. 
LTimportant etait d'assurer le service du culte. De nos jours, 
d'ailleurs, les habitants de la plage vont k Tgglise de Saint- 
Giniez. L'6v6que cependant agit autrement : il c6de Saint- 
Giniez k l'abbaye de Saint-Victor. Pas un mot de la chapelle 
de l'Huveaune. 

L'abbaye de Saint-Victor, si elle en eM et6 possesseur, 
aurait de beaucoup pr6f6r6 l'adapter au service du culte que 
d'avoir k rebAtir l^glise de Saint Giniez. C'est cependant cette 
Eglise que l'abbaye r66difie ! 

L'abbaye, enfin, de Saint-Sauveur, si elle l'avait eue en 
sa possession, ou bien l'aurait fait desservir par ses prgtres, 
ou l'aurait c&16e k l'6v6que ou k Saint Victor pour le mfime 
but. Et cependant c'est Saint-Giniez que Ton refidifie en 
entier ! lncontestablement, en 1044, la chapelle des bords de 
rHuveaune existe, mais dej^L elle est en ruines ! 

On le voit, nous avancons k petits pas, mais nous avangons ! 
Allons de l'avant encore. 

Cette chapelle de 1'Huveaune, en ruines en 1044, appar- 
tenait k cette 6poque k T6v6que. 

Gertainement elle n'appartenait pas k Saint-Victor, car l'ab- 
baye, qui sort de ses ruines elle aussi, s'empresse de relever 
les ohapelles, les oratoires dGtruits, d'en bAtir d'autres k I'aide 
de ses propres ressources, et k I'aide des lib£ralites des vicom- 
tes de Marseille. C'est le cas de Saint-Pierre de Paradis, de 
Sainte-Croix pr6s de Saint-Pierre de Paradis, de Saint-Andr6, 
probablement de Saint-Ferr6ol, de Saint-Saturnin, de Saint- 
Denolt (1). Or, peut-on croire qu'elle n'aurait pas relevG cette 



(1) Saint-Pierre de Paradis est reediflee en 1044 (charte 32). — Sainte- 
Croix est bdtie en 1045 (charte 25). — Saint- Andre, Saint-Ferreol existent 

21 




- 318 — 

chapelle de l'Huveaune, puisque Saint-Giniez ne lui appar- 
tenait pas, et que celle-ci, d'ailleurs, etait hors d'usage? Mise 
en demeure par rgvgqne de Marseille, Pons II, de fournir uue 
6glise aux habitants de ce quartier qui lui 6tait soumis, est- 
ce que l'abbaye n'aurait pas prefer^ relever une chapelle lui 
appartenant que celle de Saint-Giniez qui ne lui appartenait 
pas, et qu'on ne lui donne qu : en 1044 ? C'Gtait, dira-t on, 
une nouvelle acquisition d'une plus grande valeur que l'gglise 
des bords de l'Huveaune et qu'elle a pf6fer6 reconstruire ! 

Alors, pourquoi en 1204 TevSque c&ie-t-il la chapelle de 
l'Huveaune, en quality de possesseur ? Qui la lui adoun£e? 
Quelle trace reste-t-il d'un achat, d'un ^change, d'une ces- 
sion quelconque ? Non, ces ruines, en 1044, n'appartiennent 
pas k Saint- Victor. 

Non plus k l'abbaye de Saint-Sauveur. Celle-ci vit p&iible- 
ment k cette Gpoque. Depuis quaranle ans, ses a moniales » 
vont de maison en maison sans s'y fixer d&initivement, de la 
place de Lenche aux Accoules, des Accoules k la place de 
Lenche (1). En ce moment de 1044, elles viennent de s'6'ablir 
au monast&re de la place de Lenche, que les vicomles ont 
restaur^ (2). Or, si cette chapelle de l'Huveaune leur etit 
appartenu, elle reussent c6d6e k l'gvAque ou k Saint- Victor 
et Tindice de cette vente apparaitrait quelque part. Si 
elles 1'avaient conserve comme le souvenir d'un pass£ qui ne 
fut pas sans gloire, comment en 1204 1'gvdque a-t-il pu la 
c6der comme bien lui appartenant ? Elle n'gtait done pas la 
propri6l6 de Tahbaye de Saint-Sauveur. 

Ces ruines appartiennent en r6alit£ k l'6v£que de Marseille. 
Non pas qu'elles Assent partie de ces biens qu[, jadis la pos- 
session de saint Victor, avaient, k la suite des invasions, &6 
unis k la mense Episcopate. Gar Pons II, qui fait rendre k cette 
abbaye des biens que Ton retenait injuslement, et qui lui- 
m6me en restitue quelques-uns, m61es k ses biens propres et 

m 

en 1048 (charte 40), en 1079 (charte841, etc ). — Saint-Saturnin existe en 
1038-1048 (charte 33). — Saint-Benoit existe au XI' siecle (charte 42). 

(1) Andre, Histoire des religieuses de V abbaye de Saint-Sauveur, 
chapitre 3, p. 16. — Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 59. 

(2) Andre, op. cit., p. 19. 






— 319 — 

« 

personnels, aurait fait rendre k l'abbaye celte cbapelle (I). 
Avant d'accepter Saint-Giniez avec la charge de la reconstruire, 
l'abbaye de Saint-Victor aurait pri6 T6v6que de lui rendre ce* 
qui lui appartenait. . Non pas encore que cette chapelle de 
rHuveaune fit partie des biens jadis la possession de l'abbaye 
de Saint-Sauveur, unis k la mense Episcopate k la suite de la 
destruction du monaslere et des invasions. Saint-Sauveur se 
rel&ve difficilement, depuis 1004, du coup que les invasions 
lui ont ports. En 1044, tout y est en souffrance et il aurait 
fallu 6tre bien dur et injuste pour ne pas restituer k ce pauvre 
nionastfere ce qui lui appartenait, alors que Ton rendait k 
Saint-Victor qui avait bien d*autres ressources. 

Daiileurs, Tabbaye cassianite, qui souvent fut en lutle 
d'inter&s avec le chapitre et l'6v6que lui-m&ne, aurait, k un 
moment ou k un autre, revendiquS ces ruines comme lui 
app a r tenant. Nul vestige cependaut d'une semblable reven- 
dicalion. I/6veque detient done cette 6glise comme propf i£t£ 
de sa cathgdrale, au mtaie litre qu'il detient Saint-Giniez, 
dont il fit cession k Saint-Victor en 1044, avec le consentement 
de son chapitre. Aussi, en 1204 il la c6de aux Prj£montr6s, 
et du consentement de son chapitre. 

En 1044 done cette chapelle des bords de 1'Huveaune 
appartient k l'6v6que. De plus, en 1044 il y a deux gglises 
en ruines dans la mftme partie du terroir : celle de 1'Huveaune 
et celle de Saint-Giniez, toules les deux apparlenant k l'6v£que, 
a quelque cinq cents metres Tune de I'autre. 

(1) Cartulaire de Saint-Victor, t. I, chartes 18, 20, 30, etc.— Mgr de 
BeUunce, Antiquite de VEqlise de Marseille, t. I, pp. 398, 399, 402, 
406, 408. 



CHAPITBE VIII 

L'lglise et la maison en ruines 
des bords de THuveaune 

(Suite) 



LA CHAPELLE DK L'HUVEAUNB A EXIST6 EN ME ME TEMPS QUE CBLI.B 
DE SAINT-GINIEZ ; ELLE N'a PAS 6TE BATIE APRB8. — L'eOLISE 
DE SAINT-GINIEZ, D'AUTRE PART, N*A PAS ETE" BATIE APRES CELLS 
DB L'HUVEAUNB — TOUTES LES DEUX 80NT ANTERIEURE8 A 923.— 
D8JA, EN 923, ELLES ETAIBNT EN RUINES. — LA CHAPELLE DE 
L'HUVEAUNB N*A PU ETRB BATIB VBR8 850, NX DURANT LE RBONB 
DK CHARLEMAGNE (771-814). — ELLE EXISTAIT EN 720-740, ET 
C'ETAIT L'aBBAYB DB SAINT CYR QUI L'AVAIT FAIT BATIR. — CE 
N 'ETA IT PAS UN ORATOIRE DE CAMPAQNE, MAIS LA CHAPELLE DU 
CCENOBIUM DB SAINt'-CYR. 



Or, pourquoi ces deux 6glises en cet endroit du lerroir ? 
Ont-elles exists simultan&nent, ou bien Tune a-t-elle 6t6 
Mtie alors que l'autre tombait en ruines? Laqtielle des deux 
est ant6rieure& 1 'autre? Questions importanles dont la solu- 
tion va faire faire un pas k notre thfcse. 

Lachapelle de THuveaune n'est pas postgrieure k l'gglise 
de Saint-Giniez. 

D'abord, elle n'a pas 6t6 gdifige alors que celle de Saint- 
Giniez servait aux fiddles. Pourquoi bdlir une gglise k une si 
petite distance de la premiere? Ce point du terroir, . i'em- 
bouchure de l'Huveaune, n'Stait pas plus habits qu'il ne Test 
anjourd'hui. Etait-ce pour favoriser les habitants de Ligus 
Pinis? Mais ils pouvaient venir k Saint-Giniez, comme ceux 
qui les ont remplaces y viennent actuellement. Pour favori- 
ser ceux de Romagnac? Mais il y a un marais k l'emboli- 
chure de l'Huveaune, raieux aurait valu la bAtir au-dela de 
cette rivifere, sur le terroir mgme de Romagnac. 

Elle n'a pas £t6 construite lors de la mine de l^glise de 



— 321 — 

Saint-Giniez. Celle-ci est d6molie dfes 104i. Or, si Ton en 
reporte la destruction vers Tan 1000, et que Ton place A, ce 
moment la construction de celle de l'Huveaune,cette dernifere, 
qui est elle hora d'usage aussi dfes 1044, on l'a dit, aura vn, 
dans Tespace de quarante *ou cinquante ans, se perdre et 
s'oublier jusqu'& son vocable, tandis que Ton a conserve le 
souvenir du vocable de I'eglise de Saint-Giniez dont la destruc- 
tion est dp cinquante ans plus ancienne. D'ailleurs, pourquoi, si 
l'6glisede Saint-Giniez est en ruined, vers Tan 1000, ne pas 
la reconstruire, au lieu d'aller en bAtir une autre a I'extrgmitg 
du terroir, au milieu desmarais? Et c'est l'6v6qne qui les 
aurait fait elever toutes les deux, puisqu'elles lui appartien- 
nenl! 

Si Ton fait remonter la destruction de l'6glise de Saint- 
Giniez aux derniferes invasions de 923 et que i'6glise de 1'Hu- 
veaune ait 6t6 bitie pour la remplacer, les m£mes difficulty 
se pr6sentent. Comment a-t on perdu le souvenir du vocable 
de cette cliapelle, de 923 k 1044, et conserve celui de Saint- 
Giniez? Pourquoine pas rebatir une seconde 6glise au m6me 
endroit, sur les mines de celle qui a 6t6 renvers<5e, au lieu de 
la co n3 Ira ire au bord de la mer? 

Si cette 6glise de Saint-Giniez a souffert des pirates, la nou- 
velle eglise sera-t-elle plus abrit6e? 

De plus, qui I'eitt bAtie, en ce moment, vers 923 ? 

L'abbaye de Saint- Victor 6tait « penitus ad nihilum redacla » , 
dit la charte. Le monaslfere des religieuses cassianiies avait 
disparu dans la tourmente. L'6v6que de Marseille 6tait oblige 
de demander du secoursi son metropolitan! d'Arles. Ce n'&ait 
gufere le temps de reconstruire des 6glises rurales. Ce ne ful 
qu'en 1044 que Pons II put y penser. Done TSglise de l'Hu- 
veaune n'a pas 616 bAtie post6rieurement k celle de Saint- 
Giniez. 

D'autre part, l'Gglise de Saint-Giniez n'est pas postfirieure h. 
celle de I'Huveaune. 

D'abord, elle n'a pas 6te b&tie alors que celle de I'Huveaune 
servait aux fidfeles. L'eglise do Saint-Giniez en ruines, 
dfes 1044, sa destruction datant au moins de Tan 1000, e'est 
dans la premifere moitte d u X* sifecle qu'on Taurait 6difi6e. 



— 322 — 

Or, pourquoi bAtir une 6glise k Saint-Giniez, k cette Gpoque ? 
•Celle des bords de l'Huveaune suffisait. Avec quelles resour- 
ces, d'ailleurs, T6v6que 1'aurait-il fait construire, puisqu'il 
manquait de tout pour sesclercs? 

L'aurait-on bdtie lors de la dfestruction, pour une cause 
quelconque, de la chapelle de l'Huveaune? Puisque la mine 
de l ( 6glise de Saint-Giuiez date au moins de Tan 1000, c est 
encore dans le cours du X" sifecle qn'il faudrait en placer la 
construction, vers 960 par exemple. La n6cessit6 de donner 
aux colons du terroir un Edifice religieux aurait ameng T6v6- 
que k cette d^pense. Soit. Mais, alors, notre chapelle de 
Tembouchure deTHuveaune est anterieure k 923. On n'a pu, 
en effet, T6difier vers 960, puisque celle de Saint-Giniez, nous 
venons de le sivpposer, est bAtie k cette 6poque ; ni vers 923, 
le moment est trop critique et l'6v6que de Marseille est priv6 
de tous moyens. Elle existait done en 923. 

D'autre part, on ne peut lui faire traverser la crise de 923 

sans encombre. La charte de 1005 dit que : « gens pagana 

• cuncta vastavit, ecclesias et monasteria plurima destruxit. * 

II est plus que probable, done, qu'elle ait 6t6 renversSe vers 

923. Done elle est anterieure 4923. 

En mines d6s 923, la chapelle de l'Huveaune na pas6t6 
Mlie vers 850 par exemple. Qui 1'eut construite, en effet? 

L'abbaye de Saint-Victor ? Elle lui aurait appartenu en 923 
et, aussit6t Tinvasion pass6e, elle l'aurait r&difi6e, comme 
elle le fit pour d'autres chapelles du terroir. Et si, aprfcs 923, 
cette chapelle filt pass6e dans le domaine de l'6v6que par 
suite de la destruction dumonastere de Saint-Victor, l'ev£que 
Taurait rendue en 1044, et Saint-Victor, au lieu de relever 
l'eglise de Saint-Giniez, aurait pr6fer6 s'ocenper de ce qui lui 
appartenait d6j&. Si c'eCit 6t6 une acquisition nouvelle de 
Saint-Victor, cette abbaye aurait reclame quand m£me sa 
propria. Si e'eut 616 un echange, on en parlerait bien quelque 
part dans les innombrables chartes de ventes et de cessions. 

Sera-ce Saint-Sauveur? Encore moins; car, de 850 k 923, 
T6tat de cette abbaye est trfcs prScaire. En 838, toutes les reli- 
gieusesont 6t6 en levees par les pirates normands. Si elle a pu 



— 323 - 

se relever de cette catastrophe, elle ne doit pas penser h bAtir 
line chapelle si loin. 

Sera-ce l'6v6que? Peut-6tre. Mais, ou bien Peglise de Saint- 
Giniez existe d&jk, inutile alors, semble-t-il,de batir une autre 
&glise aux bords de la mer. Et si on en constmit une, c'est qu'il 
yaune raison spSciale!!! Ou bien cette Sglise de Saint- 
Giniez n'existe pas, il serait alors pi*ouv6 que vers 850 notre 
chapelle de 1'Huveaune existe. Mais pour quel motif bAtir 
une eglise, k cette Gpoque. en un endroit d'un accSs si difficile 
A cause des bois, des marais, du cours de 1'Huveaune? Le 
centre habits, c'est le Saint-Giniez adtuel. C'est 1A qu'il faut 
une Eglise et non pa3, au bout du terroir! Ajouton* que le 
moment est critique. Les Sarrasins, en 842, 849, 850, 861); 
les Normands en 859,860 dGsolent la Provence; comment 
hAtir des 6glis>es au milieu des invasions? Non, l'6glise de 
1'Huveaune ne date pas de 850. Elle existait dejA. 

On ne l'a pas 6lev£e, non plus, dans les ann6es qui suivirent 
la mort de Charlemagne,de 814 a 850. Tou jours il faudra indi- 
quer qui aurait pu la bAlir, et pour quelle raison. 

Ce n'est pas I'abbaye de Saint-Sauveur ou plul6t de Saint- 
Cyr, qui est anprfcs de Saint- Victor, A ce moment, et dont 
en 838 les religieuses furent enlevGes par les barbares. Si 
elle bAtissait A lette 6poque une chapelle sur les bords de 
1'Huveaune, on pourrait bien supposer qu'il y a autre chpse 
que le d£sir d'avoir une ma ; son de plus!... 

Ce n'est pas I'abbaye de Saint-Victor. On lui vole ses biens, 
et Ace moment elle passe sous la juridiction des 6v6ques de 
Marseille. 

Ce n'est pas l'evSque lui-m6me; il avait assez de peine A 
sauvegarder les biens de I'6v6ch6 et de I'abbaye. II aurait pu 
batir I'eglise de Sajnt-Giniez, si elle n'existait pas encore, 
car ce point du terroir est habits. Mais aux bords de la mer, 
impossible d'y penser. Ce n'est done pas A cette 6poque, de 
• 814 A 850, que remonte notre 6glise de PRuveaune. Elle est 
dedale plift ancienne. 

L'a-t-on construite durant le rfcgne de Charlemagne, de 
771 k 814? C'est une 6poque de relfcvement, le calme se fait, 



— 324 - 

les Sarrasins sont tranquil les. (Test vrai. Mais qui a pu batir 
cette Gglise ? 

Ce n'est pas le monastfere de Saint-Cyr. II sort de la crise 
des invasions ; ou t s'il fait batir, c'est qu'il veut perpetuer le 
souvenir de quelque fait important. 

Ce n'est pas non plus l'abbaye de Saint- Victor, puisque 
jamais iln'a &t& dit que cette chapelle lui eut appartenu ; 
jamais d'ailleurs l'6v6que nela lui a rendue, ni en 1044, ni 
plus t6t . 

Ce n'est pas l'Svfique de Marseille. A bAtir une 6glise, c est 
au quartier actuel de Saint-Giniez qu'il l'aurait plac6e. Et si 
i&jk il y en a une, pourquoi en Sdifier une autre k l'embou- 
churederHuveaune, amoins de vouloir garder le souvenir 
d'un fait important! ! Ce n'est done pas de 771 k 814 que date 
cette chapelle de I'Huveaune. II faut monter plus haut encore. 

Mais nous sommes alors en pleine invasion sarrasine, et 
certes ce n'est pas k ce moment que Ton pense k construire 
des gglises. Done notre chapelle de I'Huveaune existait 
M'^poque des invasions. Et, commetouta 6t6 boulevers^a 
celteheure terrible (737-740), surement noire chapelle a 
succombfi k ce moment. Done aussi elle est anterieure a 737. 
Done elle existait au dgbut du VIII" Steele ! 1 

Ici prtcisons davantage. Qui a pu faire batir, au d6but du 
VIII* stecle, une 6glise k l'embouchure de I'Huveaune? Seul 
le monastere de Saint-Cyr. 

Impossible de dire que s'a 6te l'abbaye de Saint-Victor. Si 
c'eut6te l'abbaye, elle l'eut^levee pour la commodity des colons 
et des gens gtablis en ces lieux. Et si cette chapelle eut 
6t6 d6truite sous la premtere invasion, celle-ci pass^e, Saint- 
Victor 1'etit relev£e et 1'eut gardee en sa possession. Si elle.fut 
demeur6e debout, malgr6 la tourmente, jamais elle n'aurait 
pudevenir la possession de l'evfique. En admettant que lore 
de la destruction de Saint-Victor elle eiU fait partie de la 
mense Episcopate, tdt ou tard I'gvdque l'aurait rendue. Or, 
l'Sv&jue la cede en 1204 comme proprtete de son Eglise, et il 
n'y a pas la moindre trace qu'elle ait 6te ced6e ou vendue ! 

Impossible de dire que e'est l'gvdque. Jamais celui-ci n'ira 
batir un oratoire sur le rivage de la mer, au milieu des marais 



— 325 — 

et des bois, alors que le centre habite, les fouilles Tont 
prouvS, se Irouvait k I'emplacement actuel de Saint-Giniez ! 

(Test done Saint-Sauveur, ou plut6t le monastere de Saint- 
Cyr, qui a 61ev6 cette chapelle? Oui, quoique ne comptantque 
troisstecles d'existence, le monastere cassianite, k l'£poque 
qui pr6c&de les invasions, est dansungtatflorissant. Au temps 
de saint C6saire d'Arles, CGsarie, sa sceur, y vient apprendre k 
pratiquer les vertus que plus tard elle devra enseigner aux 
autres. En 597, le monastere 6tait agrandi par les soins de 
Dynamius et d'Aurelius. La tradition nous dit qu*Eus6bie y 
avait quarante compagnes. A ce moment done le monastere 
de Saint-Cyr pouvait faire bAtir cette chapelle de l'Huveaune, 
et cela k quelque 6poque que ce ftit, de 420 k 720. 

Mais pour quel motif le monastere de Saint-Cyr a-t-il fait 
construire cette Sglise aux bords de l'Huveaune? Etait-ceparce 
qu'ii n'y avait pas encore d*6glise dans le quartier de Saint- 
Giniez, au d6but du VHP stecle ? Non, car I'Sglise de Saint- 
Giniez existait d&fa. Dans un paragrapbe pr6c6dent, nos de- 
ductions nous amenaient k dire que Ton pouvait signaler 
Texistence de cette 6glise k ce point du terroir vers 960, alin 
de remplacer celle de l'Huveaune, en ruines dfes 923. Mais il 
est Evident qu'il faut remonter plus haut. De tout temps, le 
quartier de Saint-Giniez a £tg habits, de tout temps une 
eglise a 6t6 nGcessaire k cet endroit. Or, la chapelle de l'Hu- 
veaune 6tait dGmolie dfes 850, des 737. Done, au d£but du 
VIII* sifecle, il y avait une Sglise k Saint-Giniez. 

Dfes les temps primitifs, il y a eu en cet endroit un oratoire 
de campagne d£di£ k je ne sais quel saint ou quel martyr. 
Vers 420, les Cassianites arrivent sur les bords de l'Huveaune. 
Leur premier lieu de prifcres, le dimanche, dut 6tre cet ora- 
toire de campagne, modeste et restreint. Peut-6tre tombait-il 
en ruines d6j& k cetle Gpoque. Alors, le monastere nouveau 
aidant, on l'agrandit, et, gtant domte que saint Genfes est un 
martyr d'Arles, que e'est un concile d'Arles qui a autorisS les 
premieres chapelles de campagne, que saint Ctesaire d'Arles a 
eu de grands rapports avec le monastere cassianite de I'llu- 
veaune, & cause de sa soeur C6sarie qui y 6tait 61ev6e, et 
peut-6tre que saint C6saire avait enrichi de quelque relique 



— 326 — 

de saint Gents cet oratoire, on Ta dtdi6 ce martyr! 
Telle est l'origine probable de Teglise de Saint-Giniez et de 
son vocable. Dans lous les cas, la chapelle de THuveaune n'a 
pas ete bAtie au d6but du VIII" si&cle, parce qu'il n'y aurait 
pas eu d'eglise au quarlier de Saint-Giniez. 

Etait-elle un oratoire adossG k la maison des champs de 
l'abbaye de Saint-Cyr ? Point du tout. Une tradition serieuse, 
difficile k contester, raconte qu'Eus6bie et ses compagnes, 
a le'is Desnarrados», ont6t6 martyrises en cet endroil. Si 
cetle chapelle n'etit6t6qu'un oratoire, joint k une maison de 
ce genre, les religieuses n'y seraient pas mortes. Impossible 
d'admettre qu'£ cette 6poque trouble elles aient quitte leur 
monastere pour se r6fugier k la campagne. Leur depart aurait 
6t6 connu. D'ailleurs, elles Gtaient plus exposes hors de la 
ville qu'aux abords de celle-ci. 

Et encore, oil s^levait le crenobium k ce moment? II 
n'Gtait pas, nous la vonsprouv6 plus haut, au Cargnage, aux 
Catalans, au Revest, k Sainte-Catherine, k Saint-Loup, ni 
ailleurs. Restent les bords de l'Huveaune ! 

Cette chapelle de l'Huveaune n'6tait done pas simplement une 
maison de campagne pour l'abbaye cassianite. C'gtait, disons- 
le, le monastfere lui-m6me. Oui, e'est aux abords de notre 
plage du Prado que la jeune Cfisarie se formait 4 la piet£, qiie 
Respecta, l'abbesse du temps de saint Gr6goire, groupait son 
essaim de servantes de Dieu, et qu'un peu plus tard Tillisiola 
6difiait par ses vertus les vierges consacr6es. C'est Ik que v6cut 
Tillustre religieuse, la grande servante de Dieu, la chaste 
Eusgbie ! ! Les echos de nos rivages one entendu sa voix. Les 
berges fleuries de l'Huveaune Font vue parcourir leurs prai- 
ries verdoyantes. sainte Patronne de ce coin b6ni de notre 
terroir, laissez-moi vous saluer, baiser la trace de vos pas. Que 
ne puis-je en retrouver les vestiges sur le sable dore de la 
grfcvel C'est la aussi que vous avez souffert ! Le sol que nous 
foulons, vous et vos g6n6reuses compagnes Tavezrougi de 
votre sang 1 Que vous devez aimer k venir encore, avec vos 
vai Mantes sceurs, visiter ces lieux tSmoins de votre h6ro'ique 
courage! Nous aussi nous les aimons, ces lieux, ces prairies. 



— 327 — 

• 

ces rivages, tout y est plein de votre souvenir, '6 sainte Eus6- 
hie. Honneur et gloire vous soient rendus ! 

(Test done i'abbaye cassianite qui 6tait I^l sur ces bords. 

Tout s'explique maintenant. Les Sarrasins out attaque le 
monastfere, l'ont saccagG, en ont massacrg les humbles reli- 
gieuses. On peut k peine, quelques jours apres, recueillir et 
em porter dans les souterrains de Saint-Victor les restes de ces 
heroines. Plus tard, peut- 6tre, aprfcs les invasions, on com- 
pose Inscription. Entre deux invasions, on essaie bien de 
cultiver le petit domaine qui entourait le moil&stfere incendte. 
Mais une nouvelle invasion survient, il faut tout abandonner. 
C est Theurede l'oubli qui commence 1 On perd peu k pea les 
litres de possession. Ceuz qui habitent en ces lieux ou sont 
massacres ou s'en Eloignenfc. La chapelle est d61aiss£e. II n'y 
a bientGt plus que des ruines. Avec les invasions, les biens de 
.ce monastfere comme les biens decelui de Saint -Victor passent 
k la mense Episcopate et, en 1204, l'evgque, de concert avec le 
chapitre, cfede, en quality de proprtetaire, cette chapelle en 
ruines aux Pr6montr6s. 

D'od venait 6 T6v6que le droit de possession sur cette cha- 
pelle ? Y a-t-il eu, k cette epoque lointaine, un acle de vente 
ou de cession de la part des religieuses qui relevferent le mo- 
nastic abandonng? Gela pourrait 6tre. Car il n'est pas croya- 
ble que I'&vfique eut refus6 de rendre plus tard cette propriety 
au monastfere qui se reformait. Peut-fetreaussi, et nous croyons 
cette opinion prfefferable, que la terre sur laquelle le monas- 
tfere primitif 6tait construit appartenait k l'fevfeque. 

En 420, saint Cassien, voulant fonder un monastfere de fem- 
mes; avait obtenu de I'fevfeque quelques terres voisines de 
Saint-Giniez, comme il avait obtenu pour son monastfere 
d'hommes les souterrains de Saint-Victor. Les invasions fai- 
sant foutdisparaitre, l'evfeque rentrait dans sa proprifete. 

Un fait semblerait venir k l'appui de cette opinion. En 597, 
le pape Grfegoire le Grand exempte Tabbesse Respecta et son 
monastfere de la juridiction temporelle de l'fevfeque, laissant& 
celui-ci la juridiction spirituelle. Or, cette juridiction tempo- 
relle que Ton enlfeve a I'fevfequepouvait lui venir d'un double 
titre : soil du concile d' Aries en 554, qui avait ordonnfe aux 



_ ass — 

gvgques de prendre soin des monastfcres de filles (I ), so it de ce 
que, comme nous l'avons dit, l^vSque avait donne k saigt 
Cassien quelques terres pour y bAtir le monastfcre des filles. 
Respecta voulutsecouer ce joug, alors que Dynamius et Au- 
relius agrandissaient le mctaastfere. lie pape acquies^a en 
537 (2). Mais, ex6cut6e ou non, cette sentence fut annihilee par 
les gvgnements. Les invasions arrivferent. Par la force des 
choses, l'6v6que rentra en possession des biens du monastere 
de Saint-Cyr. Mais ce ne furentque des debris. Lachapelle de 
PHuveaune 6tait du nombre. C'est ce qui permit k l'6v6que de 
lacederen 1204, sans qu'il ait ^t^ oblige de la r£troc£der 
jamais & Saint-Sauveur. 

Nous avions raison de le dire au d£but de ce chapitre. II y 
avail, en 1204, aux bordsde 1'Huveaune, une Gglise et une 
maison en ruines, c'est Ik que vecurent, prifcrent et furent 
martyrisees notre chfere sainte Eusgbie et ses illustres com- 
pagnes. 



(1) De Belsunce, Antiquiti de VEglise de Marseille, t. I w , p. 222. 

(2) Voir la lettre de Gregoire le Grand a l'abbesse Respecta, dans 
Andr6, Histoire des religieuses de Sain't-Sauveur, appendice a, p. 205. 



CHAPITRE IX 

Eglise de Sainte-Marie de Salt, 
aux bords de rHuveaune 



UNE gQLISB ANTIQUE A L'EMBOUCHURE OB L'HUVEAUNE. — SAINTS- 
MARIE DE SALT. — DIFPERENTE DE CELLE DU TERSOIB DB POUBRIE- 
BBS.— GBTTB EQLISE DE SAINTE-MARIE DE SALT BTAIT BN RUINES 
EN 1097.— BLLE APPABTBNAIT A L'EVEQUE AU XI* 8IECLE. — ELLB 
N*A E>6 BATTB NI AU XI*, NI AU X% NI AU IX* SIECLE, MAI§ AU D^BUT 

DU VIII' SIECLE. COINCIDENCE AVBC LA TBADITION QU'lL Y AVAIT 

UN MONASTERS CASSIANITB AUX BORDS DB L'HUVEAUNE. 



« 11 y a eu i ce bord de mer (k lembouchure de rHu- 
veaune), a ime gpoque antique, une Eglise et une maison 
dont Thistoire nous est inconnue. Etait-cc une paroisse ru- 
rale, 6tait-ce un prieurG de Saint-Victor ? Nous n'en savons 
rien. En 1204, les Pr6montr6s les reconstruisirent et en firent 
une Gglise sous le titre de Notre-Dame de THuveaune (1).» 
Ainsi parle M. de Rey. 

Bien avant M. de Rey, le P6re Guesnay avait 6crit, dans le 
Cassianus illustratus, a que le monastfere cassianite 6tait aux 
bords de rHuveaune depuis une 6poque fort recuse, com me 
on peut le voir dans des documents publics, existant k Mar- 
seille et datant de 710 (2) d. II est fort regrettable que Gues- 
nay n'ait pas cit6 in exlenso ces documents dont il parle. II y 
a cependaut un fond de v6rit6 dans ce qu'il a gcrit. Nous, 
allons le prouver endonuant leuom de cette 6glise antique, 
situGe aux bords de rHuveaune. 

Quel est le nom de cette 6glise, en effet ? Dans une charte dn 

(t) Les Saints de V Eglise de Marseille, p. 231 . 

(2) c Hoc perscriptura in monumentis publicis et tabulis veteribii9 
Massiliae reperies editis instrument! anno 710 ». Guesnay, Cassianus 
Must rat us, p. 400. 



— 330 — 

XI' siecle, que M. Daspres a publtee, en la traduisant, k la tin 
de sa Notice suv Saint-Giniez, nous lisons : a Les m£mes, 
Damalcus d 'Albania et son Spouse Dulciana, donnent (a Saint- 
Victor) le dScime qu'ils avaient sur les vignes qui sont de- 
vant l'^glise de Sainte-Marie de Salt (1). » 

Or, qu^tait-ce que cetle Eglise de Sainte-Marie de Salt? Oil 
£tait-ellesilu6e? A Tembouchure de rHuveaune, Ik m&ne 
oil les Pr6montr6s, au XIII* stecle, trouvirent des ruines sur 
I esq 11 el les ils b&tirent leur monastere de Notre-Dame d'tfu- 
veaune. 

Cequi le prouve, c'est d'abord la denomination de cette 
eglise : Sainte-Marie de Salt. Ce mot salt, 6crit en abrege, 
signifie saltus, que Ton trad if it par forgt, bois. 

l)e fait, le quarlier des bouches de rHuveaune etait fort 
boise" k cette 6poque antique. C'est Ik que se trouvait le Ligus 
Pinis, bois 011 for£t de pins qui des bords de ce cours d'eau 
montait vers les collines de la Garde. Aujourd'hui encore, les 
bois gpais des propriety Talabot, Schuitz descendent pres- 
que jusqu'aux environs de Templacement qu'occupait le mo- 
nastere des Pr6monlr£s. De Tautre c6tede FHuveaune, le bois 
ne devait pas e" tre moins fourni. II se conlinuait, par le collet 
de Montredon jusqu'aux montagnes, interrompu ck et Ik par 
quelques clairteres oil poussaient les vignes, les arbres frui- 
liers et le bte. 

Si Ton avait voulu donner k une 6glise, situ6e k cet endroil, 
un nom en rapport avec T6tat topographique de la local ite, on 
ne pouvait mieux faire que de Tappeler eglise de Notre-Dame 
du Bois, de la Fordl. Or, c'est pr6cis6ment ce nom que porte 
cette 6glise : Notre-Dame de Salt. 

II y a une autre explication que teg i lime fort bien l'e*tat des 
lieux. Saltu8 veut dire aussi defile, ravin ; par extension, on 
pourrait lui faire signifier gu6, passage difficile. Or, presque k 
Tembouchure de rHuveaune, k l'entrSe actuelle du chateau 

(l) L'abbd Daspres, Notice sur SainUGiniez, append ice, p. 139.— « Ego 
Damalcus de Albania et uxor me a Dulciana donamus. .. illam decimam 
quae habebaraus in vineis quae sunt ante ecclesiam Sanctse Marine de 
Salt, ». — Charte de 1097, archives departementales, fonds de Saint- 
Victor, n» 709, 317. 



— 331 — 

Borrgly, se trouvait legu6 de Romagnac, le gas d' Arc u lens". Et, 
depuis la hauteur du chemin actuel de Mazargues jusqu a 
1'embouchure de l'Huveaune, s'6tendait le palud d'Archulens. ' 
Si Ton voulait dormer un nom a une i & glise plac6e k deux pas 
de ces marais et de ce gu6, celui de*Sainte-Marie du Gu6, du 
passage difficile, de Salt aurait bien la couleur locale. C'est 
celui que fournit la chartede 1097. 

Bien^>lus, celte m&ne cbarte parle des vignes qui se trou- 
vaieut devant l'Gglise de Sainte- Marie de Salt. Or, l'6tat des 
lieux Tels que les documents postgrieur* nous le dSpeignent 
permet de croire que devant i'ancienne 6glise des Pr6montr6s, 
a Tembouchure de l'Huveaune, s'6tendaient des vignes. Un acte 
du 27 octobre 1579 4 mentionn6 par M. Daspres(l), 6tablit 
« que l'£glise, alors la propri&6 des dames de Saint-Sauveur, 
6lait environnte de vignes, excepts au couchant, oil elle 
dtait born6e par la mer ». Et par un acte du 5 dgcembre 1781, 
a que la propria des dames de Saint-Sauveur consistait en 
terres cultes et incultes, vignes, arbres, b&timents et puits, 
silufee au dit lieu de Notre-Dame d'Huveaune (2) ». Ueglise 
deNotre-Dame de Salt 6tait done k Tembouchure del'Hu- 
veaune. 

Nous en trouvons une autre preuve dans le contexte de la 
•charte de 1097. Damalcus d'Albania rend a Saint-Victor une 
terre situ6e k la fos d'Uvelne ; puis, au paragraphe suivant, il 
c6de la dime des vignes plac6es devant l'6glise de Sainte-Marie 
de Salt. Immgdiatement apres, Iteiius deBorriana cfcde a Saint- 
Victor une terre au gu6 de Romagnac (3). Peut-on croire que 
dans l'espace de deux ou trois lignes on indique deux propriety 
presque contigues et une troisifcme placSe en tout autre en- 
droit et bien eloignte des deux premieres? 

On pourrait objecter que sur le terroir de Pourrifcres il exis- 
tait, a cette m£me 6poque, une £glise dedite k la Sainte 

(1) Notice sur Saint-Giniez, par M. 1'abbe Daspres, p . 30. — Par un 
acte passe en 1320, une Beatrix Gasqui vend une vigne sise proche le 
monastere de N.-D. de l'Huveaune. (Fonds de Saint-Sauveur, H, 50; 
archives departemen tales. ) 

(2) M. Daspres, Notice sur Saint-Giniez;^- 31. 

(3) Voir celte charte. M. Daspres r op. cif., p. 139. 



— 332 — 

Vierge sous le titre de Sainte- Marie de Salt, de Saltu, cut 
Saltum y de Sauto (1); que, partant, il s'agit, dans la charte 
de 1097, d'une chapelle situGe k Pourrieres et non pas aux 
bords de l'Huveaune. 

Cette Sglise de Sainte-Marie de Salt, k Pourriferes, en effet, 
fut donnSe h Saint- Victor en 1065 par Iterius, fils d'Aice- 
lene, 6pouse d'un vicomte de Marseille (2) ; en 1079, une 
bulle du pape Gr6goire MI en confirmait la possession k 
Saint- Victor. En 1135, une autre bulle pontificate en parlait 
dans le m£me ordre d'id6es; en 1113, dans un autre docu- 
ment, il s'agissait de la m£me gglise (3). Or, les donateurs 
de cette eglise de Sainte-Marie de Salt, k Pourrieres, sont 
les m£mes que ceux dont il est parte k phisieurs reprises dans, 
la charte de 1097, qui donnent k Saint-Victor certains biens 
situ6ssur les bords de l'Huveaune. Cette donation se fait a 
1'epoque oil Ton parle de Sainte-Marie de Salt dans la charte 
de 1097. De plus on n'indique pas dans ces documents qu'il 
s'agit d'une 6glise de Sainte-Marie de Salt differente de celle 
de Pourrieres. II semble done qu'il n'y ait jamais eu qu'une 
seule 6glise de ce nom : celle de Pourrieres. 

Et cependant, nous soutenons qu'il s'agit bien d'une gglise 
situSe sur le terroir de Saint-Giniez, k Tembouchure de l'Hu- 
veaune. Remarquons, en effet, que la charte 121, de Tan 
1065, dit, de cette Eglise de Pourrieres, qu'elle est « in terri- 
torio de Porrerias », la charte 843, de 1079, dit qu'elle est « in 
episcopatu Aquensi»; la charte 848 de 1113, la charte 844 de 
1135 emploient lamemeformule. fitnotre charte de 1097 ne 
dit rien ! Atin de n'amener aucune confusion, lorsque le bien 

(1) Notre-Dame de Misericorde, notice historique sur la statue 
venire' e sous ce titre dans la paroisse de Pourri&res, par Ferdinand 
Andre, p. 7. 

(2) « Ego Joflredus Aicelene quondam Alius. . . etego Iterius. . .» Charte 
21, de 1065, eartulairede Saint-Victor. 

(3) Cartulaire de Saint- Victor, t. II, charte 843 de 1079, charte 814 de 
1135, charte 848 de 1113. Cependant une charte de 1098, charte 224, qui 
renferme la confirmation au monastere de Saint-Victor des chapelle que 
cette abbaye possedait dans le diocese d'Aix, ne parle pas de cotte eglise, 
quoiqu'elle nomme Teglise de Saint-Trophime a Pourrieres, celles de 
Saint-Pierre, de Saint-Jacques etde Saint-Etienne. 



- 333 — 

c:6de, vendu, se tronve dans un terroir autre que celui oil Ton 
est, on indique Tendroit precis de ce bien, de cette terre. Or, 
on rSdige la charte de 1097 k Marseille ; il s'agirait d'une 
terre k Pourrteres, hors du terroir, hors du diocfese et l'on 
n'indiquerait pas oil se trouve cette terre, cette 6glise de 
Sainte-Marie de Salt? Cela semble difficile k croire. 

Pourquoi, dira-t-on, ne pas mentionner que cette 6glise 
6tait dans le terroir de Marseille et diff&rente de celle de Pour- 
riferes ? C'est que toutes les deux n'ont pas appartenu k Saint- 
Victor. Si celle dePourrteres lui appartient, la charte de 1097 
ne dit pas que celle de Marseille soit sa propri6t6. II n*y a que 
la dime sur les vignes qui revienne k Pabbaye. L'£glise elle- 
mftme&quiest-elle? II n'en est pas question. Elle n'appar- 
tient pas k Saint- Victor, en effet, nous le verrons bient6t. Le 
moine-r£dacteur de cette charte ne s'occupait que des biens 
appartenant aux reiigieux de Saint- Victor. II n'avait done 
pas k f aire cette mention . 

D'ailleurs, qu'est-ce que cette charte de 1097? Deux lignes 
qu'elle renferme nous donnent la clef de l'gnigme : « Toutes 
ces donations ou ventes ont 6i& faites ou inscrites en l'annge 
1097, dans l'Sglisede Saint-Giniez. » (1) A notre avis, cette 
charte dSsigne tou3 les biens c£d£s ou donnas k Saint-Gi- 
niez, en Tannge 1097, afin de constituer la meme de cette 
gglise. Nous sommes, en effet, en 1097; TSglise en ruines de 
Saint-Giniez, donn6e a Saint- Vic tor par Pons II, 6v6que de 
Marseille en 1044, a 6t6 reb&tie. II faut maintenant y gtablir 
un prStre k demeure et fonder le service du culte divin. Cette 
determination est prise en 1097, et mise en execution. Chaque 
semaine de cette ann6e, pendant plusieurs jours, le registre 
est ouvert ; k chacun de s'inscrire pour la somme ou le bien 
qu'il donne ou cfede k Saint-Victor en faveur de cette ceuvre. 
A la fin de l'annge, le fonds 6tait suffisant, la souscription 
fut close. 

Que telle soit la raison de la charte de 1097, un simple coup 

(1) « Facts sunt autem hse carta harum donationum vel venditionum 
anno aJb incarnatione Domini MXGVII, indictione V, in ipsa ecclesia 
Sancti Oenesii feria V aut VI sive etiam sabbato. » Charte de 1097, fonds 
de Saint- Victor, n« 789 ou n* 317, archives d£partementales. 

22 



— 334 — 

d'ceil le fait apercevoir. Si un religieux de Saint-Victor avail 
voulu simplement dresser le sommier des possessions de l'ab- 
bayedansle terroirdeSaint-Giniez, il aurait d'abord date le 
document par une formule plus precise : le jour, le mois, 
l'annge. Ici lannee seulement est indiqu6e. De plus, il aurait 
suivi uncertain ordre. Puiaqu'il yavait des biens diss£min6s 
dans les divers q liar tiers du terroir de Saint-Giniez, il fallait 
mentionner les uns k la suite des autres tous les lots de terre 
situSs sur un mfime point du terroir et non pas joindre, k un 
bien sis k Framau, pr&duRouet, une terre voisinede Tembou- 
chure de l'Huveaune, ni un champ plac6 sur la rive droite de ce 
fleuve k un autre plac£ sur la rive gauche. Or,ce ddcousu dans 
la redaction est celui que nous offre la charte de 1097. On 
parle d'abord des terres situtes prfesde l'6glise; les biens si- 
tu6s k Mazargues et k Montredon leur succfedent. Puis, du pal us 
de Framau on va k Consuas, de Consuas k PAntignane, de 
l'Antignane k Pembouchure de l'Huveaune I Autre remarque. 
(Test qu'il y a ordinairement deux, trois, quatre proprtetaires 
du m&me quartier qui consignent k la suite les uns des autres 
les biens qu'ils donnent, dans ces quartiers. Notre conclusion 
est done que cette charte est le livre dans lequel les proprig- 
taires de bonne volontg se sont inscrits pour doter la nouvelle 
6glise. 

Mais, et e'est ici que se trouve la preuve de notre affirma- 
tion : qu'il s'agit bien d'une 6glise- de Sainte-Marte de Salt, 
k Saint-Giniez, toutes ces terres, tous ces biens se trou- 
vent dans le terroir de Saint-Giniez, ou aux environs. Done, 
les vignes, que la charte dit gtre placges devant l'gglise de 
Sainte-Marie de Salt t»t dont Damalcus, d'Aubagne, donne la 
dime k Saint- Victor, se trouvent dans le terroir de Saint- 
■0 Giniez. Done, P6glise de Sainte- Marie de Salt s 6lfeve dans le 

terroir de Saint-Giniez. Done, il ne s'agit pas de celle de Pour- 
rifcres. Sinon il faudrait dire que, pour doter P6glise de Saint- 
Giniez, on donne des rentes et des biens situ 6s en dehors du 
territoire. Ce qui n'est gufere probable. Dans ces deux lignes 
done de la charte de 1097, il s'agit d'une eglise de Sainte-Marie 
de Salt, k Pembouchure de THuveaune (1). 

(1) On pourrait all6guer encore, comme preuve qu'il s'agit, daosce 



— 335 — 

Ce point bien 6tabli, poursuivons notre&ude. 

En quel 6tat se trouvait cette gglise de Sainte-Marie de Salt, 
en 109/ ? La charte ne le dit pas. Mais on pent affirmer qu'elle 
6tait en mines. II a 6t6 prouv6, au chapitre pr6c6dent, que 
forcgment elle l'6tait en 1044; sinon, au lieu de faire 
reb&tir Saint-Giniez, on se serait servi de cette gglise. De 
plus, qu'en 1204 on ne puisse en dire ni le vocable, ni Tori- 
gine, c'est une preuve que depuis fort longtemps d6j& elle 
6tait hors d'usage 1 

Or, a qui appartenaient ces ruines dfes 1097 ? Pas k Saint- 
Victor, car aucune des bulles pontificates confirmant k l'ab- 
baye la possession de certaiues 6glises ne fait mention de 
Sainte-Marie de Salt (de Marseille) au nombre de celles qui 
lui appartiennent. Appartenaient- el les a Saint-Sauveur ? 
Nous ne saurions le dire. A F6v6que de Marseille? Oui, c'est 
plus probable. Car, en 1204, celui-ci fait acte de proprietaire 
en cgdant cette 6glise aux Pr6montr6s. 

Mais qui done avaitbati cette 6glise, d6ja en ruines, en 1097? 
Ni Saint-Victor, ni Saint-Sauveur, ni T6v6que de Marseille, 
aux X* et XI' stecles (de 900 a 1097). Car les invasions des 
Sarrasins, la destruction des monastftres, la restauration de 
Saint- Victor, le relfevement de Saint-Sauveur, les difficulty 
que rencontrait l'6v6que pour Sparer tant de ddsastres dans sa 
ville Episcopate, ne durent pas permettre de construire une 
gglise en ce point du terroir. La preuve en est que T6v6que 
cede TSglise de Saint-Giniez a Tabbaye de Saint -Victor, en 

passage de la charte de 1097, d'une eglise situee non pas a Pourrieres, 
raais sur les bords de l'Huveaune, le terme dont on appela une tour, 
batie pres de la mer, aux environs de l'embouchure de l'Huveaune, et 
qui existait au XIV* Steele : la tour de Palbs, « ad turrem quae dicitur 
Palbs ». D'une part, certains auteurs placent cet edifice non loin de la 
plage actuelle du Prado. D'autre part, il y a une tres grande similitude 
entre Salt et Palbs ; ajoutez que Ton ne peut donner la signification de 
ces deux noms. — Le Caasianus illustratus de Guesnay donne la bulle 
d'Urbain V, ou on lit ces mots : « Eundo per montem qui dicitur Mons 
Rotund us parvus,* veniendo directe usque ad turrem quae dicitur Palbs, 
et veniendo directe a dicta turri per littus maris usque ad ecclesiam 
sancti Nicolai. » Page 292. — De Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, 
p. 169. — Mortreuil, Dictionnaire topographique, verbo : Palbas, 
p. 257. 



- 336 — 

1044, pour que celle-ci puisse la rebatir. Avant le X* ou XI* 
sifccledonc, P6glise de Sainte-Marie de Salt existait. 

Est-ce au IX* si&cle qu'il faut placer sa construction ? Non 
pas. Dfes814 ou 820, les Sarrasins, les Normands, un instant 
contenus, ont recommence leurs invasions. Ge n'est pas le 
moment favorable pour b&tir des gglises. II faut remonter jus- 
qu'au d6but du IX*sifecle, k la fin du VIII*, pour rencontrer une 
gpoque de tranquillity, le rfegne de Charlemagne par exemple. 
C'est aiors, croyons-nous, que Ton a construit Thumble ora- 
toire de Sainte-Marie de Salt k l'embouchure de l'Huveaune. 

Mais k la fin du VIII* sifecle, au d6butdu IX*, pour quel 
motif 61ever une Gglise en cet endroit 6cart6 ? Pourquoi la 
d6dier k la Sainte Vierge ? Quile dira? Dans Y Atlas Maria- 
nu8 y cit6 plus haut, il est 6crit, en parlant de 1'image de Notre- 
Dame d'Huveaune, qu'il y avait \h, dans le coenobium situ6 
sur les bords de ce petit fleuve, une statue miraculeuse de 
Marie. C'est aux pieds de cette image qu'Eusebie et ses com- 
pagnes se mutiterent le visage afin de garder leurs coeurs k 
Dieu. Or, untel acte d'h6roisme, ajoute-t-on dans cet ouvrage, 
n'a pu s'accomplir sans un miracle de la Sainte Vierge, sans 
une force, une 6nergie que la protection de Marie valut k ces 
saintes Ames (1). Est-ce Ik une simple exagSration ? Non. 
Aussi nous dirons : il y a eu, k la fin du VIII* sifecle, un 
oratoire d£di£ k Marie sur les bords de l'Huveaune ; done, 
c'est sur ces bords aussi que sainte Eusgbie a 6t6 martyrisge! 

Jugez, en effet, si notre conclusion est en l'air 1 

Une tradition dont nous avons donne des preuves, 6xe k cet 
endroit le martyre d'Eus6bie. Et il y a Ik une 6glise : ecclesia ! 
La tradition assigne la fin du VIII" Steele comme 6poque de ce 
martyre. Et cette 6giise existe en cet endroit, k la fin du VIII* 
Steele, au d6but du IX* ! Les auteurs s'accordent k dire que le 
vocable primitif du ccsnobium des Cassianites 6tait la Sainte 
Vierge. Et cette gglise des bords de l'Huveaune est ctediSe k 
sainte Marie ! Un sait que les reiigieuses cassianites, martyri- 
ses aux bords de l'Huveaune ne f urent pas ensevelies dans le 



(1) c I nunc, et hoc sine Deiparae miraculo fieri posse puta. » Atlas 
Marianua, t. II, p. 3017. 



— 337 — 

ccenobium, mais dans les cryptes de Saint- Victor ; quelles ne 
f urent pas considgrges comme de vSritables martyres ; que dfes 
lore le peuple ne les invoqua point en cet endroit du terroir oil 
elles avaient subi la mort. Mais on comprend qu'il dut v6n6- 
rer lamaison, l'oratoire de ces hgroiques vierges. Et le peuple 
appelle cette maison, cette 6glise, l'Sglise « deis Desnarrados I » 
Le peuple dut encore v6n£rer l'image de la Vierge Marie, 
devant laquelle a leis Desnarrados » avaient souffert. Et le 
titulaire de cette 6glise n'est pas sainte Eusebie, mais la Sainte 
Vierge, sainte Marie de Salt, la Sainte Vierge de la For6t, la 
Sainte Vierge des Bois, la Sainte Vierge du monastfere du Gu6, 
Sainte Vierge de l'Huveaune. On sail, enfin, que Saint-Cyr fut 
le vocable du coenobium dont Eusebie 6tait abbesse. Et dans 
le monastfere rebAti plus tard sur les mines de cette 6glise de 
Sainte- Marie de Salt on professait une grande devotion k saint 
Cyr!!l 

Que de coincidences, en v6rit6, si le coenobium d'Eus6bie 
ne s'61eva pas oil fut plus tard cette chapelle de Notre-Dame 
deSalt!!! 



CHAPITRE X 

Notre-Dame d'Huveaune, vocable de l'abbaye 

dee Pr6moritr6s 

VOCABLE DONNE PAR LBS PREMONTRES A UNB BGLI8B BATIB SUR LBS 
RUINBS QU'lLg TROUVENT EN 1201, A L'BMBOUCHURE DE L'HUVEAJJNE. 
— D'OU V1ENT CB VOCABLE? — SAINTS MARIE DB 6ALT EN 1097. — 
DEVOTION ANTIQUE DBS HABITANTS DBS BORDS DB L'HUVBAUNE. — 
LE8 PREMONTRES CHANGENT CE VOCABLB EN CELUI DB NOTRE-DAME 
D'HUVEAUNE. — ILS NB POUVAIBNT PAS PRENDRE LB VOCABLB DB 
SAINT-CYR. 

Le vocable sous lequel les Pr6montr6s placferent leurmonas- 
Ifcre, bAti en 1204, aux bords de l'Huveaune, est une preuve 
nouvelle k 1'appui de notre assertion, que Ik se trouvait le 
ccenobium oil v£cut sainte EusSbie. 

Quel f ut ce vocable ? La charte de fondation de l'abbaye 
d'Huveaune ne l'indique pas. Ge n'est que dans la bulle du 
pape Honorius III, envoySe aux Pr6montr6s, en 1218, quatorze 
ans aprfcs l^tablissement de cette abbaye, que Ton trouve ce 
monastfere d6sign6 sous le vocable de a Sanctae Mariae de 
IbelnA ». 

II est fort remarquable que les Premontr6s de Font-Caude, 
qui viennent fonder un monastere ayx bords de l'Huveaune, 
n'aientpas au pr£alable choisi un titulaire. On ne se decide 
pas du jour au lendemain k fonder une abbaye, on a done 
tout le temps d'en choisir le vocable ! 

Mais il est plus remarquable encore que rfivfique de Mar- 
seille ne d&igne pas A cesreligieux le vocable qu'ils pourraient 
donner k leur fondation. II est parl£, dans la charte de 1204, 
d'uneGgliseetd'une maison, que l'6v6que permet aux Pre- 
montr&de reb&tir pour en faire une maison de leur ordre et 
l'£v£que ne sait pas indiquer quel etait le titulaire de cette 
gglise. II y a Ik quelque chose d'assez extraordinaire. 

Au bout de quatorze ans cependant, le nom de Sainte-Marie 




STATUS DE NOTHti- 



— 339 — 

d'Huveaune apparalt. D'ou vient ce vocable ? Est-ce une simple 
denomination que les Pr6montr6s ont imaging et qu'ils ont 
attribute k leur monastfere? Non, le choix du patron d'un lieu, 
d'une 6glise se fait d'une mani&re plus s£rieuse. Sont-ce les 
Pr6montr6s qui d'eux-mfimes ont donn£ ce vocable k leur 
abba ye? Surement ils Tauraient indique dans la charte de 
fondation. L'ont-ils trouv6 &6)k attach^ k celte gglise et k cette 
maison en ruines? L'6v6que, l'ordinaire du lieu, l'aurait 
su, et lui aussi l'aurait fait connattre dans la cbarte de 1204. 
Comment sortir de celte difficult^? II y a un moyen ! 

Rappelons-nous qu'il y avail lk y anterieurement k 1204, 
une petite Gglise, et que cette 6glise portait le nom de 
Sainte-Matie de Salt. La charte de 1097 en fait foi. Or, cette 
eglise, A6]k au XI* si6cle, 6tait en ruines, et elle l'Stait depuis 
fort longtemps. Voila pourquoi T6v6que n'en rappelle pas le 
nom dans la charte de 1204 Aucun titre peut-6tre ne le lui 
apprenait surement et il ne voulait pas l'indiquer en propres 
termes dans un document officiel, afln de ne pas paraltre 
Tim poser aux Pr6montr6s. 

Or, ce titre de Sainte-Marie de Salt donn6 k cette 6glise pri- 
mitive, d'ou venait-il? Nous le savons, c'6lait la devotion 
populaire qui 1'avait impost k celte chapelle, en souvenir 
d'un fait merveilleux : Thfiroisme avec lequel les vlerges 
cassianites avaient souffert le martyre pour conserver leur 
vertu. C'est aux pieds de la statue de Marie, dit le Pfere Poirey, 
quecet ev&iement s'Stait d6roul6, c'est la Sainte Vierge qui 
avait donng aux Cassianites le courage pour accepter la mort 
phit6tque 1'ignominie. De \k vint la devotion que le peuple 
professa pour la Sainte Vierge en ce point du terroir. 

Les Pr6montr6s trouvent done celte devotion implant6e sur 
ces ruines. On leur en parle d&s leur arrivGe aux bords de 
THuveauue. lis ne se pressent pas d'acquiescer au dire popu- 
laire. lis se donnent le temps de refl£chir et de mieux se ren- 
seigner. Finalementils 1'acceptent. Seulement, comme c'est 
une ratification, une fondation nouvelle, tout en conservant 
la devotion attachge k ces ruines, ils lui donnent un 
nom nouveau, mais tout local. Impossible de garder celui 
de Sainte-Marie de Salt. II y a k Pourriferes, dansle diocese 



— 340 — 

d'Aix, une chapel le*por ta n t ce nom. On nepeut le conseryer 
k l^glise qu'ils restaurent. Cela donnerait lieu plus tard k des 
difficult^. 

Impossible encore de garder le vocable de Saint-Cyr, que 
portait le cceuobium d'Eus^bie quandellefut martyris6e. Nous 
sommes en 1204. Or, dans le courant du XI' ou du XII* Steele 
on a vendu k Tabbaye de Saint-Sauveur des terres qu'elle 
poss6dait jadis, elle les a consignees dans ses archives, sous la 
rubrique de l'ancien vocable, la confusion va se produiredans 
les biens des deux monastferes. 

Ces ruines setrouvent aux bords de la mer. Mais l'6glise de 
Saint-Giniez est d6]k appelte : a ecclesia Sancti Genesii in ripa 
maris ». M^me difficulty que plus haut k prendre le nom de 
Sainte-Marie a in ripA maris ». Elles se trouvent sur les rives 
de I'Huveaune. Le vocable est tout trouv6 : Sainte Marie d'Hu- 
veaune. Ce sera celui du nouveau coenobium. Ainsi se perp6- 
tuera la devotion k la Sainte Vierge etablie en cet endroit (1). 



(1) Elle serait delicieuse a lire l'histoire de la devotion des habitants 
de Saint-Giniez en vers Notre Dame d'Huveaune ! Mais qui pourra jamais 
la composer 1 Les documents sur ce sujet sont si rares ! 

Quoiqu'il en soit, durant des siecles cette demotion a fait le bonhcur 
de nos aieux. Avant la Revolution, ils entouraient de leurs hommages la 
slatue vene>6e de Notre- Dame d'Huveaune, dans la chapel le de ce nom. 
Apres la Revolution, le souvenir qu'ils gardaient de la protection bien- 
faisante dont Notre-Dame avait recompense leur piete, etait si durable, 
qu'ils venaient encore visiter, a certaines letes de i'annee. son antique 
sanctuaire. Mais helas! celui-ci 6tait depouille maintenant de son plus 
bel ornement : 1'image benie de la Sainte Vierge. 

Qu'etait devenu, se demandait-on souvent avec anxiete, ce precieux 
tresor de la foi de nos peres ? On apprit enfin qu'aux plus mauvais jours 
de la Revolution une main pieuse l'avait derobe aux profanations 
sacrileges des Vandales de l'6poque, et l'avait abrite dans un oratoire 
domestique. Bien des solicitations arriverent aux heureux Ob6dedoms 
de la nouvelle arche d'alliance : elles ne f urent pas ecoutees. L'heure 
marquee par Dieu n'etait point encore venue de rendre a Marie son 
eglise, son autel et son trone ! 

De fait, les cures de Saint-Giniez n'esperaient plus rentreren possession 
de la venerable image. Apres avoir, les uns reconstruit, l'eglise de ce 
quartier, les autres l'avoir ornee, disposee et embellie, le cure actuel, 
l'abbe Goudray, mettantla derniere main a l'oeuvre, la fit daller en marbre, 
et en annoaca la consecration prochaine. Quinze jours a peine devaient 



- 341 — 

Or, cette devotion, ne Toublions pas, est T6cho d'un 6v6ne- 
ment qui s'est pass6 sur ces bords: le martyre de sainte 
Eus6bie. Done, le vocable de Notre-Dame d'Huveaune donn6 k 
ces ruines que Ton restaure est une confirmation de la 
croyance que Ik s'61evait le coenobium de sainte Eus6bie. 

s'ecouler avant cette c£r£roonie . Quelque sainte ame plaida-t-elle aupres 
de Dieu la cause de Marie 1 Nous ne saurions le dire. Un jour on annonce 
a I'abbe Coudray rarriv6e d'un colis et d'une lettre a son adresse. On 
ouvre la caisse, on decachete le pli ! O merveille 1 ! C'etait la statue 
antique de Notre-Dame d'Huveaune qui revenait de bien loin, a Saint- 
Giniez, afin d'y pr£sider, pour ainsi dire, les solennites que Ton preparait 
en l'honneur de son Fils 1 1 Vite, avec joie et amour on lui dressa un 
tr6ne magniflque I Avec une douce emotion on la recouvrit de vetements 
somptueux. Et, au jour memorable de la consecration de l'eglise, Notre. 
Dame d'Huveaune etait la sur son autel, gardant a ses pieds les saintes 
reliques dont le nouveau temple allait etre enrichi ; assistant aux longues 
mais sublimes prieres de la liturgie en cette ce>emonie; voyant se 
derouler devant elle les rangs presses des fldeies, avides de la prier, de 
la remercier d'etre retournee au milieu d'eux ; entendant les exclamations 
nalves de tous, tant on etait fier et heureux d'avoir encore Tancienne 
Bonne-Mere du quartier I ! 1 

La ceremonie achevee, Notre Seigneur re gut, par le fait de la consecration 
de l'6difice, une demeure definitive a Saint-Giniez. Mais sa volonte etait 
manifeste. A la veille de ces jours de fete, il avait mande saM&re. Son 
desir etait done que sa Mere demeurAt avec lui. 

A son tour, Notre-Dame d'Huveaune rentrait en triomphe dans la 
nouvelle eglise. En qualite d'antique Heine de ces lieux, elle s'assit a la 
droite de son Fils. A cette beure, du haut de son autel, que dans je ne 
sais quel pressentiment secret on avait eleve riche et pr£cieux, Notre- 
Dame d'Huveaune sourit a nos chants, preside a nos fetes, entend, 
ecoute, exauce nos prieres, et, comme jadis elle avait beni et protege nos 
peres, elle be nit et protege leurs enfants! ! 



CHAPITBE XI 

Quite de saint Oyr 6tabli dans l'abbaye des 
Pr6mop.tr6s de PHuveaune 



AFFIRMATION DE M.ANDRE.— INVBNTAIRE DE 1388.— D'OU VENA IT AUX 
PRJ&MONTRSS LA DEVOTION A SAINT CYR?— D'CNE FETE LOCALE? D*ONE 
RELIQUE ? — L'ABBAYE DE SAINT-SAUVBUR A DU EN CEDBR QUKLQUB 
FRAGMENT. 



C'est une preuve que nous suggfere M. Andr6 dans son His- 
toire de Uabbaye de Saint-Sauveur (1). 

« Les religieux Pr6montr6s 6tablis & l'embouchure de l'Hu- 
veaune, dit-il, houoraient le jeune martyr saint Cyr d' une ma- 
niere toute spgciale. » Nous tirons de cette assertion une 
conclusion naturelle et logique. Si les Pr&nontres qui, 
avant de venir aux bords de THuveaune, n'avaient pas une 
devotion sp6cialea saint Gyr, en professent une f bien grande 
en y arrivant, sftrement Tancien monastfcre de Saint-Cyr, oil 
mourut sainte Eus^bie, se trouvaitaux bords de THuveaune. 

D'abord, il est vrai que les Pr6montr6s de THuveaune pro- 
fessaient une certaine devotion k Pendroit du jeune martyr 
d'Antioche. Dans un inventaire desornements de la chapellede 
Notre-Dame d'Huveaune, abbaye des Pr&nontr6s, inventaire 
r6dig6 en 1388, il y a cette note : a Indumentum sacerdotale 
pulchrum pro festo Sancti Cyrici (2) .» La mention d'un 
ornement affect^ k un jour de Tann6e indique clairement que 
Ton c61febre ce jour-l& une ffete solennelle. Or; comme Ton a, 
dans une paroisse, Tornement patronal, ainsi l'abbaye possfcde 
Tornement propre k la fete de saint Cyr. M. Andr6 a dit la v6rite. 

Mais, d'oii venait aux Pr6montr6s cette devotion k saint Cyr? 



(1) Andre, op. cit. % p. 15. 

(2) Archives departe men tales des Bouches-du -Rhone, fonds Saint- 
Sauveur, H, Premontres, inventaire fait en 1388. 



— 343 — 

D'abord, elle n'etait pas sp6ciale k I'Ordre. Nous n'avons pu 
voir les Annates des Prtmontrte, ouvrage qui ne se trouve 
pas k la biblioth6que de Marseille. Mais les Bollandistes, soit k 
la vie de saint Cyr, soit &ceile de saint Norbert, ne font aucune 
allusion k une semblable devotion, 11 n'est gufcre croyable non 
plus qu'elle ait ete apportee de Font-Caude, d'oii sortaient 
les religieux fondateurs de notre abbayede I'Huveaune. Gar 
il resterait quelque trace de cet emprunt. On aurait, dans un 
acte ou dans un autre, insinue combien cette devotion primitive 
etait chfere k tous, puisqu'elle venait de l'abbaye mere. Tres 
probablement meme le monastere de I'Huveaune, en d£pit des 
reclamations de Saint-Sauveur, etitete place sous le vocable 
de Saint- Cyr. Rien de tout cela cependant. 

Done cette devotion leur provenait ou d'une tradition qu'ils 
ont trouv^e en cet endroit du terroir, tradition qu'ils ont gar- 
dee ; ou d'une fete que Ton y ceiebrait avant eux, et qu'ils 
ont continue de solenni-er comme Ton ceifebre dans une pa- 
roisse une fete antique; ou bien de quelque relique de saint 
Cyr que Ton aura pu donner au monastere lors de sa fonda- 
tion. 

Si elle provient d'une tradition que les Pr£montr£s trouvent 
implantee en ce point du terroir, notre cause est gagnge. Une 
tradition place aux bords de I'Huveaune le monastere de Saint- 
Cyr; une autre tradition, locale celle-l&, nous montre.la 
devotion k saint Cyr vivante en ces lieux. La coincidence 
serait trop frappante pour qu'elle ne fut pas laveflte. 

Si e'est une fete antique qu'ils ceifcbrent chaque ann6e, fete 
propre k ce point du terroir, d'oii peut provenir cette fete de 
saint Cyr, k Saint-Giniez ? L'explique qui pourra. Bien hum- 
blenftent nous disons : Une tradition rapporte qu'il y avait 
jadis aux environs de Marseille un monastere cassianite sous 
le vocable de Saint-Cyr, monastere dont une des abbesses, du 
nom d'Eusgbie fut martyrisee avec quarante de ses compagnes 
par les Sarrasins, k l'embouchurede I'Huveaune, k un endroit 
appeie la chapelle « deis Desnarrados » . Ne serait-ce pas la 
raison de cette fete ? 

Une telle explication, sans etre une preuve pgremptoire, est 
cependant assez difficile a revoquer en doute. 



- 344 — 

Si cette devotion k saint Gyr provient d'une relique que le 
monasfere poss&de, d'oti lui vient cette relique? Les deux reli- 
gieux fondateurs de l'abbaye de l'Huveaune ne l'ont pas 
apport6e de Font-Caude, on l'a vu plus haut. Serait-ce le don 
d'une Gglise, d'une abbaye? C'est possible. Mais de quelle 
abbaye? On ne sait. Nous rappelons encore qu'il y avait 
k Marseille, k cette 6poque, aux XII* , XIII*, XIV* stecles, 
une abbaye de religieuses, eel le de Saint-Sauveur, qui avait 
remplacg l'antique coenobium cassianite sous le vocable de 
Saint-Cyr ; que cette abbaye de Saint-Sauveur poss&Lait des 
reliques de saint Cyr en 1204, puisqu'elle en avait en 1519 (1); 
que probablement cette abbaye en a c6d6 une portion, si mini- 
me soit-elle, k l'abbaye de l'Huveaune; qu'a cette occasion les 
Pr&nontresont institu6 etc£16br6 chaque annge la fete de ce 
saint. N'est-ce pas encore une explication plausible de I'exis- 
tence et de la calibration de cette fdte de saint Cyr k l'abbaye 
de l'Huveaune? 

Et voyez la force de cette explication ! saint Cyr et ses reli- 
ques sont le palladium de Saint-Sauveur, son plu3 riche trg- 
sor, ce qu'elle a sauv6 de toutes les destructions. Or, l'abbaye 
de l'Huveaune est construite tout rgcemment. Elle demanie k 
Saint-Sauveur des reliques de saint Cyr. Est-ce que Saint- 
Sauveur acquiescera a ce dgsir? A ce monastfcre qu'elle 
ne connalt pas, elle donnera d'autres reliques. Celles de saint 
Cyr? Jamais ! Si elle en donne, c'est qu'il y aeu entre ces deux 
monast&res une relation toute particultere. Laquelle?Pr6cisg- 
ment celle que notre tradition rapporte. Les religieuses de 
Saint-Sauveur apprennent que les Pr6montr6s vont habiter Ik 
ou leure soeurs cassianites habitferent jadis, ce coin de terre 
qu'elles ont rougie de leur sang. Or, le monastfere antique, 
femoin de tant d'hgro'isme, 6taitsous le vocable de Saint-Cyr. 
Aussitftt elles divisent les reliques du saint martyr, et en 
cftdent une partie k l'abbaye de l'Huveaune. Celle-ci, chaque 
annge, rappelle cette circonstance en c&ebrant la solennite de 
ce saint. On ne donnera pas des reliques de sainte Eusgbie, on 
ne c£16brera pas la fete de cette vierge et de ses compagnes . 

(1) Andr6, Histoire des religieuses de Saint-Sauveur, \). 114. 



— 345 — 

Ce n'est que vers 1400 que l'abbaye de Saint- Victor v6n6rera 
leurs restes et ce ne sera que sous de Belsunce qu'on r6digera 
un office en leur honneur. Mais saint Cyr, d6s le d6but du 
monas&re de FHuveaune, sera honord et f6te. 

Voili une preuve, convaincante selon nous, que nous em- 
priintons & M. AndrS. 



« 



CHAPITRE XII 



" Le'is Desnarrados " 



« LB1S DESNARRADOS ». — AUTKUBS APPELANT DE CB NOM SAINTE 
EUSEBIE BT 8BS CO MP AGNES. — EXPRESSION TEES ANCIBNNB. 



(Test le nom donn<5 par les habitants du terroir de Saint- 
Giniez k la chapel le qui fut, d'aprfes la tradition de leursaieux, 
le th&Uredu massacre de sainte Eus6bie. 

Or, pour que cette expression provengale soil vraiment 
unepreuve de notre assertion: que sainte Eus6bie a souffert le 
martyreaux bords de PHuveaune, il nous faut bien pr6ciser 
le sens de cette expression. Que signifie : chapel I e « dels 
Desnarrados » ? 

A-t-on donng ce nom k Toratoire, k l'gglise qui se voyait 
encore au d6but de notre Steele, parce que les religieuses de 
Saint-Sauveur en ont 6te les possesseurs en 1528 ? Non, nous 
l'avons prouv6. Cette expression ne les a pas suivies partout 
oil el les se sont 6tablies: k Saint-Loup,& Saint-Marcel, k Sain I - 
Victor, k Saint-Sauveur. 

Par ce nom onappelle l'Gglise, Toratoire, Tendroit k Saint- 
Giniez ou sainte Eus6bie et ses compagnes ont mutil6 leurs 
visages en se coupant le nez. Lisez, en effet, les auteurs. Qui 
appellent-ils a le'is Desnarrados » ? Eus6bie et ses compagnes. 

De Key : a Les corps des quarante victimes des Sarrasins, 
que le peuple appelle du nom expressif de Desnar- 
rados (1). » — De Rey : a Le fait de sainte EusSbie et des 
quarante Desnarrados n'est done pas de cetle 6poque (2). »— 
L'abb6 Verlaque : a En disant ces paroles, elle se coupa le 
nez... toutes les religieuses suivirent cet exemples... C'est 

(1) Les Saints de VEglise de Marseille, p. 235. 

(2) De Rey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 145. 



— 347 — 

pour cette raison qu'ellfts recurent le nom de senso na*, sans 
nez (1). » — L'abbe Cayol : a C'est peut-6tre \k (k Saint- 
Tronc), qiv'habitaient les Desnarrados, c'est-i-dire des reli- 
gieuses qui se coup&rent le nez pour gchapper k la brutality 
des barbares qui avaient envahi leur asile (2). j> — Kothen : 
« Les compagnes d'Eus6bie imitferent son exemple h^ro'xque... 
De Ik vient le nom de Desnarrados qu'on leur donne dans la 
langue vulgaire (3). 9 — Andrg : a Les restes des quarante 
martyres Staient devant l'autel de Notre-Dame de Confes- 
sion... L'action des religieuses Desnarrados vivra long- 
temps dans le souvenir des Marseillais (4). » — G. Bousquet : 
« On connalt le d6vouement des religieuses de Saint-Sauveur 
qui, pour echapper aux outrages des Sarrasins. . . L'asilede 
ces saintes lilies 6tait situ6 alors prfes de Tembouchure de 
l'Huveaune . . . De la vint cette tradition populaire qui fit long- 
temps appeler les ruines du couvent et de l'6glise : lets Des- 
narrados (5). » — Guindon et Mery : « Ce lieu (du martyre 
d'Eus6bie et des trente-neuf religieuses dont elle 6tait la 
sup6rieure) oii6tait situ 6 le couvent des Gassianites, k rem- 
bouchurede l'Huveaune, est encore d6sign6 sous le nom dels 
Desnarrados (6). » — Reinaud : « EusGbie et ses quarante 
religieuses se mutilferent le nez. . . d'ou elles furent appelges, 
dans le pays, les Desnazzados (7). » — La Statistique des 
Bouches-du-Rhdne : « L'exemple d'Eus£bie f ut aussi suivi par 
les Cassianites de I'autre abbaye (celle de l'Huveaune). C'est k 
cause de cet 6v6nement que les ruines de cette dernifere 
abbaye de l'embouchure de l'Huveaune furent appel6es lets 
Desnarrados, c'est-&-dire le monastfere des religieuses qui se 

(1) M. I'abb6 Verlaque, Notice sursainte Eusibie, p. 16. 

(2) Cayol, Histoire du quartier de Saint-Loup, p. 26* 

(3) Notice sur les cryptes de Vabbaye de Saint-Victor-le*-Marseille, 
par Kothen, p. 55. 

(4) Andre, Histoire de V abbaye des religieuses de SainUSauveur 
p. 13. 

(5) Casimir Bousquet, La Major, p. 67. 

(6) Guindon et Mery, Histoire des actes et deliberations du corps 
municipal de Marseille , p. 202. 

(7) Reinaud, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 137. 



- 348 — 

coupferent le nez (1) . » — Papon : « Ce monastfcre (de l'Hu - 
veaune) f ut d&ruit par les Sarrasins ou les Visigoths. Les re- 
ligieuses qui 6c h apparent k leur f ureur ou qui la prGvinrent 
par la fuite, s'6tant retirees dans le couvent qui 6tait prfcs de 
Saint-Victor, eurent le sort de sainle Eus6bie. De Ik cette tra- 
dition populaire qui fait appeler ces vieilles masures leis 
Desnarrados , c'est-A-dire le monast&re des religieuses sans 
nez (2). » 

On le voil, « leis Desnarrados » ce sont, k proprement par- 
ler, sainte Eus6bie et ses quarante compagnes. Done la chapelle 
a dels Desnarrados » e'est le monastfcre, l'6g1ise m6me des reli- 
gieuses qui se sont coup6 le nez. II y a done, dans le terroir de 
Saint-Giniez, un point, un endroit dans lequel on place le 
martyre de sainte Eus&rie : la chapelle a dei's Desnarrados ». 

Mais depuis combien de temps em ploie-t-on, k Saint-Giniez, 
cette expression ? M. Daspres gcrivait que c'6tait a la tradition 
constante et universelle de ceux qui se souviennent d'avoir vu 
la chapelle de Not re-Da me de l'Huveaune ; ils ne la d&iom- 
ment jamais que sousle titre c dels Desnarrados ». Nous ajou- 
tonsque les vieillards de Saint-Giniez, interrog£s par nous sur 
ce point, nous repondaient : Nous avons toujours enlendu ap- 
peler cette chapelle, par nos anciens, du m&ne nom : « leis 
Desnarrados ». A Saint-Giniez done, de tout temps, cette ex - 
pression a 6t6 en usage. Hors de Saint-Giniez, k Marseille, 
cette expression est regardfie comme trfes ancienne. D'apr&s les 
auteurs cites plus haut, c*est le peuple, la langue vulgaire, la 
tradition populaire qui emploient ce mot expressif. De fait, 
e'est une formule provengale trfcs archa'ique, du vrai, du pur 
provencal. Papon en 1776, au XVIII* Steele, la connaissait et 
la citait comme transmise par la tradition populaire. De trfes 



(1) Statistique des Bouches-du-Rh6ne t t. II, p. 324. 

(2) Papon, Histoire de Provence, t. I, p. 362. — On voit l'etraoge 
contradiction dans laquelle sont tombes Papon et la Statistique pour vou- 
loir admettre l'existence simultanee de deux monasteres de filles, l'un a 
Saint- Victor, l'autre a l'Huveaune. Et cependant, entralnespar la tradi- 
tion populaire, ils appellent « lels Desnarrados » les religieuses qui se 
couperent le nez, et 1'eglise < dels Desnarrados » le monastere ou l'ora- 
toire de ces religieuses. 



— ;U9 — 

longue date done on a employe cette expression, & Marseille, et 
par tan t on y a cru, ce que Ton croyait & Saint-Giniez, que la 
ehapelle « deis Desnarrados », situee & l'extremite du Prado 
actuel, etait bien le monastfere, l'eglise oti sainte Eusebie et 
ses compagnes avaient souffert le martyre. 

Or, est-il possible .que des generations et des generations 
soient dans l'erreur, que des auteurs de Marseille qui ont etu- 
die nos traditions historiques n'aieut pas releve cette erreur ? 
Pas un n'aurait recti fie recart de la tradition populaire, et 
donne & la formule « leis Desnarrados » son sens vrai, un sens 
autre que eel ui dont elle jouit et dont nous appuyons noire 
opinion ! Nul ne l'a fait, que nous sachions, d'une manifere 
solide et convaincante La ehapelle « deis Desnarrados » est 
done bien, dans le langage du peuple et des historiens, le mo- 
nastfere des religieuses qui se cou p&rent le nez. Or, cette eha- 
pelle a deis Desnarrados * se trouve toujours, d'aprfes le 
langage populaire, a Saint-Giniez ; k 1 embouchure de 
THuveaune. Done e'est Ik qu'a ete martyris6e notre sainte 
Eusebie. 



23 



CHAPITRE XIII 



« A casales » et la terre « ad Arabenz » 



C A CA6ALB8 », * AD ARABENZ » DE LA CHARTS DE 1097. — EMPLA- 
CEMENT PRECIS DE t A CASALES » A L'RMBOUCHURB DE L'HTJ- 
VEAUNE. — RUINE8 ANTIQUES DU CCBNOBIUM. — EMPLACEMENT 
PRECIb DE <J TERRA AD ARABENZ », AUPRES DE L'EMBOUCHURE DE 
L'HUVBAUNE. — CE QUE PEUT felGNIFIER CE MOT f AD ARABENZ ». 

II y a dans la charte de 1097, que M. i'abbg Daspres a placge 
en appendice k sa Notice sur Saint-Giniez, deux expressions 
qui nous prouvent que le monast&re de sainte Eus6bie se 
trouvait bien k rembouchure de I'Huteaune. Voici ces 
termes : 

« Moi Villelme Artaldus, je donne une ptecede terre, situGe 
k l'endroit appelS Saint-F61ix, qui est terming par les 
casales jusqu'au foss6 d'eau, de r autre c6t6 par la mer, de 
l'autre par l'Huveaune. De mtoe je donne une piece de 
terre ad Arabenz, limine k l'orient par la condamine de 
l'ev&jue, au midi par la terre de Pierre Isnard, k 1'occident 
par la terre de Gantelme de Marseille. 

« Moi, Autrannus, fils de Richau, je donne 4 Saint- Victor 
six dexlairades de terre dans un autre lieu appelg A rabenz (1).» 

(1) c Dono ego Villelmus Artaldus pro supradicto Alio meo, in una 
pecia de terra medietatem in loco quidicitur ad Arabenz. . . Et termina- 
tor ab oriente condamina episcopi et a meridie terra Petri Isnardi et 
ab occidente terra Gantelmi de Massilia. — Similiter dono de pecia 
medietale in loco qui dicitur ad Sanctum Felicem et terminatur a 
casales usque in iossatum aquae, ex alia parte mare et ex alia aqua 
Uvelnae. 

« Ego Bertrannus, fill us Richau, dono Sancto Viclori pro anima mea 
una quarlairada de vinea in loco qui dicitur de Calcadis et in alio loco 
ubi dicitur ad Arabenz in VI sextairadas de ipsa duas partes quae tertia 
pars est fratris mei Aicardi, et terminatur ab oriente terra Ismidonis 
quam dedit Villelmo Alio suo monacho, a meridie terra Sancti Victoris 



— 351 — 

Pour dgduire une preuve en faveur de notre th&se, faisons 
connaltre 1'emplacement exact des terres dfeigntes par ces 
expressions.. 

Et d'abord k quel endroit des bords de l'Huveaune se trou- 
vait le monastfcre de saiute Eus6bie, la chapelle « dels Des- 
narrados », d'apr6s lesauteurs quinient ou affirment l'exis- 
tence dece monastfere? 

Nul n'est aussi exact et precis que M. Tabb6 Daspres. II fait 
autorit6 k ce sujet, puisqu'il s'agit de l'histoire de sa paroisse. 

Get gcrivain, qui, rappelons-oous, n'accepte pas noire 
opinion, place cette chapelle « deis Desnarrados » Ik oil 
s'gleva plus tard le monastfcre des Pr6montr6s, prfcs de l'an- 
cienne batterie d 'Orleans, sur le bord de la mer, k l'embou- 
chure de l'Huveaune. « L'ancienne chapelle des Premontrts 
d'abord, de Saint-Sauveur ensuile en 1529, se trouve dans le 
local des restaurants Logos et Gontard et sert de cellier (1). » 

Or, que lisons-nous dans la charte de 1097? « Moi, Villel- 
mud Artaldus, je donne une pi&ce de terre situfe sur le lieu 
a p pel 6 Saint-F61ix, qui est terminge par les casales, jusqu'au 
fossfid'eau, de Tautre c6W par la mer et de l'autre, enfin, 
par les eaux d'Uvuelne. » 

Quel est le point precis du terroir oil se trouve cette terre ? 
Les termes de la charte pr6cit£e fournissent quatre points de 
repfere qui vont le determiner. Cette terre est limine par les 
eaux de l'Huveaune, puis par la mer, done elle est situte sur 

quae fuit Petri Isnardi, etab occidente terra Gantelmi. » (Charte del097, 
aux archives departementales, cotee 789-317, fonds de Saint- Victor.) 

(1) « II y a au sujet de ce monastere de Notre-Dame d'Huveaune deux 
erreurs historiques, assez communement repandues. La premiere est 
cellequl place en celieu lefait glorieux du martyre de sainte Eusebie 
et de ses compagnes... . » (Notice sur Saint-Giniez, par l'abbe 
Daspres, p. 20, p. 27.) 

On se rappelle le texte de la lettre d'un ancien cure de Saint-Giniez, 
qui appelle la chapelle de Veaune : la chapelle dediee a sainte Eusebie. 
(En 1831). 

G'est le point qu'indiquent d'ailleurs les contemporains, et les anciens 
de Saint-Giniez, que nous avons nous-meme interroges sou vent. 

Un acte du 21 mars 1791, au registre 176, de la vente des blens doma- 
niaux, donne la description parlaite de cette propriete. ('Daspres, 
op. cit. f p. 31.) 



— 352 — 

le rivage, au nord de l'Huveaune ou au sud. Uh foss6d'eau 
lui sert aussi de limite. Le texte latin dit « fossatum aquae ». 
Que faut-il entendre par cette expression ? Elle peut designer 
ou bien les deux beals qui, empruntant leurs eaux k l'Hu- 
veaune, a la jonction de celle-ci avec le Jarret, reviennent les 
y dSverser : Tun. le b6al de Paradou, a quelqne cents metres 
du point de jonction du chemin de Mazargues et du Prado, 
vers la mer(l); Tatitre le petit b6al, au pare BorGly (2). Elle 
peut designer encore le ruisseau de Gironde qui, partant du 
palud, du marais d'Antignage au rond-point, vient se jeter a 
la mer en de9sous des Bains du Roucas-Blanc (3). 

II ne peuts'agir ici du petit b6al, qui alimente le moulin de 
Barral, puisque ce cours d'eau ne date que de 1514 (4). 

Ges mots « fossatum aquae » ne d£signent pas non plus le 
grand bgal de Paradou (5). II y a loin entre la mer et le point 
tie jonction de ce b6al avec THuveaune. Cette terre de Vil- 
lelme serait uoa terre immense si le « fossatum * 6tait ce beal. 
Or, nous verrons tant6t qu'entre la mer et ce point de rencon- 
tre du b6al avec le fleuve il y a d'autres terres ijue celle de 
Villelme. Ainsi cette terre de Villelme n'est pas situ6e au midi 
de rHuveaune, sur sa rive gauche. 

Si nous voulons trouver un a fossatum aquae » pouvant 
servir de limite k une terre d£j& bornge par le rivage et 
l'Huveaune, nous n'avons que le ruisseau de Gironde. Ainsi 
rem placement exact de la terre de Villelme est bien d£sign£e. 
Elle selrouvait dans Tespace que l'Huveaune, la rive de la 



(1) Notice sur Saint-Giniez, l'abbe Daspres, p. 80; voir sa carte du 
terroir de Saint-Giniez. 

(2) Notice sur Saint-Giniez ', l'abbe Daspres, p. 79; voir sa carte du 
terroir de Saint-Giniez. 

(3) Notice sur Saint-Giniez, l'abbe Daspres, p. 93; voir sa carle du 
terroir de Saint-Giniez. 

(4) Notice sur Saint-Giniez, l'abbe Daspres, p. 79; voir sa carte du 
terroir de Saint-Giniez. 

(5) Dans un acte de 131 1, on parle d'une vigne situee proche rHuveaune 
et vendue au monasters de Notre-Darae d'Uuveaune. On lui donne pour 
confronts : la terre de Pascal Urbain, d'une part ; la vigne de Solamos 
Albareista ; d'autre part, l'Huveaune et le valat de iadite eglise. (Fonds 
de Saint-Sauveur, H. 56, Premontres. Archives departementales.) 



• — 353 — 

meretles Bains du Roucas Blanc circonscrivent. Or, c'est bien 
Ik que s'&eva plus tard l'abbaye des Pr£montr£s. L'abb6 
Daspres ledisait plus haut. 

Cette terre de Villelme bornee k I'ouest pair la mer, au 
midipar 1'Uveaune, an nord par le « fossatum aquae nest 
terminte, dit la charte, par les casales. M. Daspres n'a pu 
s'emp&sher de se demander quelle etait la signification de ce 
mot. A notre tour nous disons: que veut-il dire? Les chartes 
de Saint-Victor vont nous fournir ['explication. 

On lit.dans la charte 259 : a Ego Bonuspars de vinea culta 
impono mediam quart airatam ad casales Martini Venelli. » II 
s'agit d'une vignesilufie auprfes des maisons oudeThabila- 
tion && Martin Venel. Plus bas, dans le m6me document : 
• Uno fronte casales Sancti Petri. * Ce sont ici des maisons 
qui forment la dot de Teglise de Saint-Pierre. Dans la charte 
258, on lit : « Unum latus casnl maximum prseter duos casales 
quae sunt supra ecclesiam. » Ici encore ii. s'agit d'une maison, 
de deux habitations situ£es au-dessus, dans un terrain domi- 
nant une£glise. Dans la charte 149 : « Ut in borgo suo domos 
sive casales deberet concedere ubi sibi et monachis hospitium 
posset honest um habere, dedit casales ad aediflcandos do- 
mos (1).» Ton jours des maisons, des habitations que l'on ap- 
proprie& d'autres usages; c'est-a-dire les demeures, les habi- 
tations que les colons ou cultivateurs du terroir occupaient. 
Dans ce sens, les casales dont il est parte dans la charte de 
1097 sont des maisons ordinaires. Puisque ce coin de terroir 
etait a p pel 6 Saint-F£lix, il pouvait y avoir la un oratoire sous 
ce vocable, et tout autour, cesquelques hultes se dresser. 

Gependant.comme le terme casales n'est accompagne d au- 
cune autre denomination, il nous paraitrait avoir, dans ce 
passage, unsens plusg£n£ral, celui de vieilles masures, d'au- 
ciennes habitations, de vastesd^pendances, ce que nousappe- 
lerions les communs d'un chateau. Mais en ce point il n'y a 

(1) Gartulaire de Saint- Victor. — Glossarium de Ducange, ad vevbum : 
Ca&ale : « Accipitur pro prsedio ruatico, casa videlicet cum porlione agri. 
— - Casa tegurium : illic humile casale sibi erexit. (Vita sancti Nicolai 
de Rupe.)— Certus numerus casarum.» — CaaaU'f*, m€me signification : 
t civitatem et casales et omnia praedia occupavit. .. » 



— 354 — 

nulle trace de villa, de maison importante, en 1097. Ce sont 
done les c^pendances d'une propria ancienne, des casals en 
mine, et Ton se sert de ce nom vulgaire de casals pour deter- 
miner ^emplacement que cet ancien domaine occupait 
jadis. 

Cette terre deVillelme qui va de 1'Huveaune k la Gironde 
et de la - mer aux casales 6tant connue, oh se trouvaient ces 
ca&ales? Non pas peut-fitre k l'endroit m£me de ces ruines 
que les Premontrds releverent en 1204 ; mais pas trop loin 
cependant, car la terre de Villelme, tout en ayant une cer- 
taine etendue, Stait limine cependanl par d'autres terres, 
situees non loin de 1&, appartenant k d'autres proprifitaires 
que Villelme, et portant d'autres noms. 

Or, qu'6taient ces casales sans nom, ces ruines en 1097, a 
deux pas del'eglise de Sainte-Marie de Salt; k deux pas de 
l'endroit oil s'gleva plus tard le monast&re des PrGmontres ; k 
deux pas de la chapelle que la tradition populaire appelait 
a lets Desnarrados », c'est-&-dire le monastfere des religieuses 
qui se couperent le nez ; i\ deux pas enfin de Tendroit que la 
tradition designe pour Gtre le lieu du martyre de sainte Eus£- 
bie? Si Ton disait : ce sont des dgpendances de l'antique mo* 
nastere de Saint-Cyr, les habitations ruinSes et abandonn6es 
des colons, des fermiers de ce monastere, serait-on bien 61oi- 
gng de la verity ? Qu'il y ait, au XI* siecle, k ce point du ter- 
roir, des ruines, des maisons abandonnees, et que, d'autre 
part, la tradition (iise qivil s'est pass6 \k un gvGnement tel 
que celui de la devastation d'un monastere et le massacre 
odieux des religieuses qui l'habitaient, e'est, on Tavouera, une 
coincidence bien etonnante, si la tradition populaire nedit pas 
la verite. 

Une expression encore que nous trouvons dans cette charte 
de 1097 va nous fournir une autre preuve en faveur de notre 
opinion. 

A trois endroits du contexte de cette mfime charte, on 
trouve cette indication : « Moi, Villelme Artaldus, donne une 
pifece de terre ad Arabenz, qui se termine, k Torient, k la 
condamine de Teveque... Moi Autrannus, fils de Richau, 
donne un pifece de terre dans un autre lieu appele Arabenz... 



— 355 — 

Hoi, Iterius de Borriana donne en, gage k Saint-Victor une 
pi&ce de terreorf Arabenz.* Quel est done l'emplacement de 
ce lieu : ad Arabenz ? M. Daspres a dit qu'il Hgnorait (1) ; 
cherchons cependant, il est peut-6tre possible d'en determiner 
approximativement la position. 

La premfere ptece de terre ad A rabenz, celle de Villelme, 
est born£e k l'orient par la condamine de l*6v6que. Or, cette 
terre devenue la propria de Saint- Victor, quoiqu'elle portAt 
encore le nom de r6v6que,servaitde limile k une terre appar- 
tenanti Pontius Signoreti (2). Celle-ci, en effet, 6tait limine k 
l'occident par la condamine de Saint-Victor, qui avait 
appartenu k I'dvfique, au midi par l'Huveaune, k l'orient par 
la lerre de Gaufredus le vicomte. Or, celui-ci po?s6dait pin- 
sieurs terres dans le quartier : une au-dessus de I'gglise, l'au- 
ire dans le paltid, une autre encore prfes de l'gglise (3). Toutes 
les trois pouvaient servir de limited la terre de Signoreti, k 
I orient par rapport k celle ci. 

La seconde terre situ6e ad Arabenz, celle de Bertranus, 
Ills de Richau, 6tait boraee k l'orient par la terre qu'Ismido 
donna k son flls Villelme le moine, au midi par la terre de 
Saint-Victor qui appartint k Pierre Isnard, k l'occident par la 
terre deGantelme. L'espace de terrain qui longe la rive droite 
de l'Huveaune gtant dgj& occupg par la terre de Pontius 
Signoreti, la condamine de l'gvgque et la terre de Villelme 
dont il s'agit ci-dessus, force est de placer la terre de Ber- 
tranus, flls de Richau, plus au nord, vers le ruisseau de. 
Gironde. 

De sorte que, de Saint- Gin iez en allant vers la mer, sur 
la rive droite de THuveaune, on trouve : la terre de Gaufredus, 

4 

(1) « Arabenz, Saint-Felix... et quel ques aut res noms qui semblent 
jusqu'a ce jour enveloppes d'un mystere impenetrable. « Daspres. op, 
cit. % p. 111. — Mortreuil (Dictionnaire topographigue), au mot Ara- 
benz, dit que e'estau quartier de Saint-Giniez. 

(2) a Ego Pontius dono et vendo Sancto Victori unam peciam de terra 
in territorio Sancti Genes! i et terminatur ab oriente terra Gaufredi vi- 
cecomitis, a meridie aqua Uvelnse et ab occidente condamina Sancti 
Victoris, quae fuit Episcopi. » Ghaite de 1097, ut supra. 

(3) Gharte inedite de 1097, publiee en francais parM. l'abbe Daspres 
(Notice sur Saint *Giniez), appendice, p. 136 etsuiv. 



— 356 — 

celle de Signoreti, la condamine de l'6v6que ou de Saint- 
Victor, la terre de Pierre Isnard, celle de Gantelme, celle 
qui apparteoait k Rosland d'Amalric, et dont la dime appar- 
teoait au chanoine Amelius Candidia, enfin celle de Villelme 
au bord de la mer. Au-dessus de ces terres, en lon- 
geant la rive gauche de Gironde, on troqvait d'autre part : la 
terre de Gaufred, celle de Signoreti encore (toutes les deux 
allaient probablement del'Huveauue a Gironde), la terre qu'Is- 
mido donna k son tils le moine Villelme, celle de Berlranus, 
ills de Richau, celle de Gantelme et, peut-6tre contigue k cette 
demise, la terre de Villelme au bord de la mer et du « fos- 
satum». 

Or, de ce plan cadastral dress6 en petit, il resulte ceci : que 
le quartier ad Arabenz gtail situ6 sur le Prado m&me, k cin- 
quanle, cent ou cent cinquante m&tres de la plage, en tirant 
vers le rond-point. Le Prado s6 pa rait, selon nous, ces deux 
terres. Celle de Bertranus 6tait au nord, vers Gironde, celle 
de Villelmus, au sud, vers l'Huveaune !! 

Le quartier ad Arabenz etait done non loin de Pembou- 
chure de l'Huveaune, non loin de 1'emplacement qu'occupa 
plus tard 1'abbaye des Pr£montr6s. 

Or, quelle peut 6tre la signification de ces mots : ad Ara- 
benz ? lis ressemblent tellement au mot Arabes, que Ton peut , 
sans crainte de se tromper, les traduire par la terre des Ara- 
bes, terre situfie prfes des Arabes. Et Ton peut, croyons-nous, 
d&ier les grudits les plus perspica«:es de donner une explica- 
tion s&ieuse de cette expression (1). Quels Arabes, avaut 
1097, s*6taient flx& k Saint-Giniez? Quels Arabes y avaient et6 
ensevelis?... 

Or, en regard de cette expression incomprehensible, placez 
notre tradition. Est-ce que l'explication qu'elle fait jaillir n'est 

» 

(1) M. Mortreuil (Diciionnaire topographique de Marseille), au mot 
Arabenz, dit qu'il ne peut rien apporter de precis sur 1'endroit appel£ 
de ce nom. 

M. Daspres (Notice sur Saint-Giniez) pensede mdme, p. 111. — Rap- 
pellons-nous, d'autre part, que certains chroniqueurs, tels que Isidore 
de Beja et Rodrigue de Toted e, ont employe les termes : « sera Arabum, 
anno imperii Arabum; » en parlant des Sarrasfns. 



— 357 — 

pas stirprenante? Est-ce que Ton ne dScouvre pas darisce 
mot le souvenir obscur que le peuple a conserve de quelque 
fait, de quelque particularity concernant les lieux qu'il babite, 
et qu'il a fix6 k un coin de terre ! La terre des Arabes, est-ce 
que de soi-m6me, instinctivement, on ne refait pas dans son 
esprit les scenes de desolation et de Carnage que la tradition y 
a plac£es ? Est-ce que Ton n'ajoute pas & cette expression terra 
ad Arabenz: C'est \k que sainte EusSbie fut martyrisge par les 
Sarrasins I 

II y a \k encore une coincidence fort etonnante, si elle n'est 
pas la vgritg I ! 



CHAP1TRE XIV 
La Tradition 

TRADITION GENERALS QUE SAINTE EUSEBIE A SUBI LE MABTYRB AUX 
BORD8 DE L'HUVEAUNE. AUTBURS. — TRADITION A MARSEILLE QUE 
SAINTE EUSEBIE A SOUFFERT LE MARTYRS A CET ENDROIT. AUTEURS. 
— TRADITION DE l'EGLISE DE MARSEILLE ENCORE A CE SUJBT.— 
TRADITION DE 8AINT-GINIEZ AUSSI SUR CE POINT.— OR, CETTE TRA- 
DITION EST ANCIENNE. — ELLE S'APPUIE, OU PLUTOT l'EXISTENCE 
EN EST DgMONTREE PAR L*ARR1VEE A L'HUVEAUNE DES PREMON- 
TRES, — PAR LEUR DEVOTION A SAINT CYR, —PAR LE VOCABLE QU'lLS 
DONNENT A LEUR MONASTERS,— PAR LE NOM « TERRA AD ARABENZ ».— 
SAINTE EU8EBIB 1NVOQUEB AUX BORDS DE L'HUVEAUNE AU DEBUT 
DU XIX* SIECLE. 

Nous ne nous sommes pas trompgs. (Test la tradition ! 

II est de tradition g6n6rale, en effet, que sainte Eus6bie a 
v6cu, a et6 martyrisSe aux bords de 1'Huveaune. Nous avons 
vu tant6t bon nombre d'auteurs apporter leur temoignage. 
Mabillon, qui affirmait que le monastere dans lequel la soeur 
de saint C6saire d'Arles avait 6t6 form6e k la vie religieuse 
Stait celui que Cassien fit 61ever dans le terroir de Marseille, 
sur les bords de 1'Huveaune. 

J. -J. Chifflet, qui, en racontant la venue k Marseille de la 
relique de la croix de saint Audrg, disait quelle avait 6t6 en- 
fouie dans une des dgpendances du monast&re de 1'Huveaune, 
et il faisait k la suite le rgcit du marlyre de sainte Eus6bie. 

Andr6 du Saussay, qui, mentionnant le fait relatif k la croix 
de saint Andr£, parlait du monastferede 1'Huveaune. 

Le Pfere Lecointe, qui citait aussi le monastere de 1'Hu- 
veaune au nombre de ceux que Marseille poss&Lait k une cer- 
taine 6poque. 

U Atlas Marianus et le pfere Poirey, dans la Triple C8w- 
ronne de Marie, qui, parlant de la statue v6n£r6e de Notre- 
Dame d'Huveaune, racontaient le martyre de notre sainte 
heroine. 



— 359 — 

Voil& les tgmoins de notre tradition. Et com me ces auteurs 
ont £critde!618 k 1668, il s'ensuit qu'au debut du XVII* 
Steele, partant k la fin du XVI", il 6tait accepts et dit partout 
que notre sainte Eusebie avait v6cu, avait 6t6 marlyrisge sur 
les bords de l'Huveaune. Sur quels faits, sur quels documents 
ces t&noins appuyaient leur t6inoignage, nous le verrons plus 
tard. 

Serrons davantage la question et disons : II est de tradition, 
k Marseille, que sainte*Eus6bie a 6t6 martyrisSe aux bords de 
l'Huveaune. Nous avens entendu les historiens de Marseille ; 
rappelons leur tgmoignage. 

Guesnay. — II est provencal, natif d'Aix, au courant des tra- 
ditions de notre Provence. Or, il affirme k plusieurs reprises 
qu'il y avait an bord de l'Huveaune un monastfcre de reli- 
gieuses cassianites dont Eus6bie gtait I'abbesse, et il raconte 
son glorieux martyre. 

H. Bouche. — II est provengal encore, natif d'Aix, au fait 
des coutumes et traditions de notre contrge. Et son Histoire 
de Provence parle du monast&re de l'Huveaune, habitg par 
les Cassianites, d6truit par les infidftles et de leursreliques 
conserves k Saint- Victor. 
. Guindon et M6ry ont 6crit : a Le lieu oh etait situg le cou- 
vent des Cassianites, k Tembouchure de l'Huveaune, est encore 
d6sign£ sons le nom a dels Desnarrados ». Cette appellation 
justifie pleinement le sgjour des Cassianites dans cette locality. 
Ruffi et G rosso n se trompent quand ils avancent que les dames 
deSaint-Sauveur n'ont jamais habits le quartier de Mont- 
redon. » 

Bousquet nous rappelle que : a L'asiJe de ces saintes lilies 
gtait situg pres de Tembouchure de l'Huveaune, k une petite 
lieue de Marseille. » Et il cite le martyre de sainte Eusgbie.. 

M. le chanoine Magnan oft'rait de discuter l'existence d'un 
coenobium aux bords de l'Huveaune, et affirm ait que Cassien 
en avait gtabli un k cet endroit du terroir, pour les Giles. 

Les deux de Ruffi, Grosson, Andrg, Giraud Magloire, Das- 
pres, M. de Rey, tout en combattant notre opinion, attestent 
quebeaucoup d'auteurs plagaient le monastfere des Cassianites 
et de sainte Eusgbie aux bords de l'Huveaune. 



— 360 — 

Papon et la Statistique, tout en dSfigurant cette tradition, 
en constatent l'existence d'une cert a hie manifere. 

Le premier affirme qu'il y avail aux bords de l'Huveaune 
u n monasl&re de filles, fonde par Gassien, dgtruit par les Visi- 
gots et les Sarrasins: a Les religieuses qui 6chapp£rent k leur 
fureur ou qui la pr6vinrent par la fuite, s'Stant retirees dans 
le couvent qui 6tait pr6s de Saint-Victor, eurent le sort de 
sainte Eusgbie : el les se couperent le nez # ». En dgpit de HdGe 
bizarre defaire courir les Cassianites des bords de l'Huveaune 
k Saint-Victor, et de supposer deux monast&res de filles, Papon 
admetbien qu'il y aiteu un couvent de filles k l'Huveaune (1). 

La Statistique des Bouches-du-Rhdne, elle aussi, raconte 
qu' « k Fabbaye de Saint-Gyr, sainte Eus6bie et ses compagnes, 
aprfes s'Gtre coupg le nez, furent massacres par les Sarrasins, 
et que leur exemple fut suivi par les Cassianites de l'aulre 
abbaye, situ6e k fembouchure de l'Huveaune (2) ». Mftme 
bizarrerie que chez Papon, mais m6me affirmation de ce fait : 
qu'il y a eu un monastere cassianite aux bords de l'Huveaune, 
k l'gpoque de sainte EusSbie ! ! 

Ainsi tousces auteurs, qu'ils acceptent notre opinion, qu'ils 
la rejettent ou qu'ils Ja d&iaturent, demeurent cependant les 
t6moins de cette tradition. Et comme ils ont gcrit de 1650 k 
1885, nous poufons conclure qu'au XVII* sifecle on croyait 
bien, k Marseille, que sainte Eusebie avait souffert le inartyre 
aux bords de l'Huveaune. 

Preoisons davantage et disons : II est de tradition k Saint- 
Giniez m&ne que sainte Eus6bie et ses compagnes ont cueilli 
glorieusement la palmedu martyrea l'embouchure de l'Hu- 
veaune, dans le co3iiobium qu'elles habitaient. Interrogez les 
vieil lards de cette paroisse, comme il nous est arrivg de le 
faire, alors que nous en gtions vicaire, et bien souvent depuis 
que nous avons entrepris d'6crire ces pages. Tous vous racon- 
tent le martyre de notre sainte patron ne, et ils vous indiquent 
l'endroit ou il a 6t6 subi. C'est I'emplacement occupe plus tard, 
au XII? siecle, par le monast6re des PrSmontres, et mainte- 



(\) Papon, Histoire de Provence, t. I, p. 361. 

(2) Statistique des Bouche$-du-Rh6ne t t. II, p. 324. 



— 361 — 

nantpar le cellier et les dgpendances du restaurant Giroudy- 
Gontard. 

Le dire des habitants de Saint- Giniez, leur croyance que le 
terroir qu'ils cultivent a 6i& le th&tre de cet 6v£nement glo- 
rieux pour TEglise de Marseille, M. Daspres, qui fut le cur6 
de cette paroisse, les constatait dans sa Notice sur Saint- 
Giniez. « Quelques auteurs, dit il, placent ce monastere de , 
religieuses k l'embouchure de l'Huveaune, et ce serait certai- 
uement avec bonheur que nous accepterions pour ce quartier 
la gloire d'avoir vu naltre cette longue generation de religieu- 
ses cassianites. Mais... » II n'acceptait pas cette opinion. 11 
ajoutait cependant : a Une chose pourrait nous mettre en con- 
sideration, ce serait la tradition constant e et universelle de 
ceuxqui se souviennent encore avoir vu la chapelle de Notre- 
Dame d'Huveaune ; ils ne la d6nomment jamais que sous le 
tilre dei8 Desnarrados . . . (1). » 

M. de Rey aussi a constats i'existence « dune opinion locale 
qui met en ce lieu le martyre de sainte Eus6bie. II y a eu, en 
effet, k ce bord de mer, k une epoque antique, une eglise et 
une maison dont l'histoire nous est tout a fait inconnue (2).» 

D'ailleurs, ce que les auteurs constatent, une locution usitee 
dans le terroir de Saint-Giniez le prouve surabondamment. La 
chapelle des bords de l'Huveaune y est appeiee l'gglise « de'is 
Desnarrados ». Or, « leis Desnarrados »,on le sait, ne sont pas 
les religieuses qui ont v£cu dans le m6me Ordre que sainte 
Eus6bie, mais bien les religieuses qui se sont coupe le nez, 
Eusebie et ses compagnes. C'est Ik leur chapelle, leur maison, 
l'endroit oil ce trait hero'iques'est passe. On le dit, on le sait, 
on le croit k Saint-Giniez. II est done de tradition, dans 
cette partie du terroir, que sainte EusSbie y a ete martyris6e. 

Or, cette tradition, cette denomination « de'is Desnarrados » 
ne date pas d'hier k Saint Giniez. Ce ne sont pas seulement les 
auteurs modernes, Guindon et M6ry, Bousquet, la Statistique, 
M. Daspres, qui attestent que cette expression etait en usage 
dans cette partie du terroir. Mais Papon la connaissait et 



(1) M. Daspres, Notice sur Saint-Giniez, pp. 26, 27 1 

(2) Les Saint 8 de VEglise de Marseille, p. 231 . 



— 362 — 

Tinsfirait dans son ouvrage et, en d6ptt des inventions bi- 
zarres qu'il entasse k ce sujet, comme d'ailleurs Font fait 
beaucoup avant et aprfes lui, il s'exprime catfegoriquement : 
« De 14 cette tradition populaire qui fait appeler ces vieiiles 
masures (des bords de THuveaune) lela Desnarrados, c'est- 
4-dire le monastfere des religieu^es qui se coupferent le nez! » 
M. Daspres avouait lui mtaiequec'&ait, k Saiht-Giniez,aune 
tradition constante et universelle » et qu'on n'appelait la 
chapelle de THuveaune que la chapelle « dei's Desnarradosa. 

Done, ce terme, k lui seul, fait remonter notre tradition en 
plein XVIII* sifccle. D'autre part, le tgmoignage des auteurs 
citGs plus haut nous fait constater Texistence de ceite tradition 
en plein X\II* Steele. A la fin du XVI* stecle done, on peutdire 
qu'elleest vivante, certaine, acceptfee de tous. 

Or, date t-elb du XVI* stecle seulement? Non. Nous en 
trouvons la trace k une £poque bien anterieure. * 

Une tradition 6tant la transmission de bouche en bouche, 
de g6n6ration en g6n6ration, d'un 6v6nement ou d'une doc- 
trine, il n'est pas absolument necessaire que des faits, des 
monuments viennentappuyer positivement cetle tradition 3 en 
conslater l'existence le long des stecles. II suffit que, r exis- 
tence actuelle de cette tradition 6tant prouv6e, on ne puisse, 
en remontant k l'origine dece fait ou de cette doctrine, all6- 
guer ni fait, ni monument qui la combattent ou dont on 
puisse dire qu'ils l'ont fait naitre et s'fitablir k tel ou tel 
moment. Mais, si lespreuves positives manquent quelquefois 
k l'appui d'une tradition, bien souvent les preuves negatives 
abondent. Ce sont des faits, des 6v6nements qui ne s'expli- 
quent que par l'existence de cette tradition. 

C'est le cas de celle qui nous occupe. A la fin du XVI* stecle, 
on croit? k Saint-Giniez, k Marseille et ailleurs, que sainte 
Eusebie a 6t6 martyris6e aux bords de THuveaune. Or, de la 
fin du XVI* sifecle k l'Spoque oil nous plagons le martyre de 
cetle sainte, au VIII* Steele, y a-t-il un fait, un £crit, un 
evfenement, un monument qui s'oppose k cette croyance? 
Nous n'en connaissons pas, et ceux que Ton a allegues nous 
les avons r6f ut6s. 

Peut-on dire que cette tradition a pris naissance k tel et tel 



— 363 - 

moment durant ces huit si&cles d'inlervalle ? Non, on n'a 
rien dit ni gcrit de semblable, ce qui a 6t£ dit ou 6crit a 6t6 
combattu et refute. 

Existe-t-il des preuves cat6goriques, positives de Texistence 
de cette tradition durant ces huitsi&cles? Hfelas! nous n'en 
connaissons pas. 

Mais n'y a-t-il pas des faits, des 6v6nements, des Merits, des 
monuments qui ne s'expliqueraient pas sans l'existence de cette 
tradition ? Oui, il en existe et les voici : 

D'abord, au XIII* siftcle, les Pr6montr6s deFont-Caude, nous 
l'avonsditprgc&lemment, s'&ablirent auxbordsdel'Huveaune. 
Or, la fondation de ce monastfere en cet endroit du terroir ne 
se comprend, ne s'explique que par la croyance & cetle £poque, 
au d6but du XIII* sifcele, en .1204, que sainte EusGbie et 
ses compagnes avaient 6te martyrises en ce mtaie endroit. 

Que faut-il pour fonder un monast&re ? La solitude, l'espace 
devant soi, la facility d*acqu6rir les champs qui avoisinent, 
aGn de ne pas £tre serr6 comme dans un 6tau ; que le monas- 
tfcre puisse prospSrer et se d6velopper. Un coin de nos rivages 
est pr6fer6! Quel en est l'aspect? Est-ce la solitude, le d&ert? 
Y a-t-il absence de toute servitude? Pourrat-on s'agrandir ? 
Nod. La plupart des terres qui avoisinent le monast&re sont 
occupies. Saint- Victor rfcgne en maitre, et ce ne sera pas la 
puissante abbaye qui c6dera ni vendra ses propri6t6s pour 
favoriser le monast&re de THuveaune! G'est done un tr6s 
mauvais calcul dela part des religieux Pr6montr6s de choisir 
ce point du terroir. 

11 y a bien une gglise et une maison. Mais elles sont en ruines ! 
II faudra tout reb&tir. Ne vaudrait-il pas mieux chercher 
quelque vieuxmoutier abaudonng, que Ton restaurerait k peu 
de frais ? Bien plus, T6v£que, en les autorisant k Mtir en cet 
endroit, leur impose des conditions bienongreuses. Ne pourrai t- 
on pas en obtenir de meilleures en cberchant ailleurs? Et 
cependant les religieux acceptent ces conditions de l'6v6que, 
la charge de tout reconstruire, l'£troitesse de l'emplacement, 
et se ilxent \k\ Gomprenons-nous qu'ils passent par-dessus 
toutes les difficulty, all n'y al& qu'une Gglise ordinaire, qu'un 
monastfcre sans tradition? 



- 364 — 

lis ont tout accepts ! C'est que cette 6glise, celte maison en 
mines ont un pass6 glorieux ; c'est que, tout en renoncant k 
I'espoir de s'agrandir, on pourra faire revivre ce pass6, glpri- 
lier Dieu, la Sainte Vierge et ses saints ; c'est que Ton a trouvg 
un vieux moutier, une figlise antique, un d6bri arrachg k la 
f ureur des hommes et k l'oubli des steclesl Qu'importent les 
difficulty ! la Providence pourvoira a tout. TOt ou tard on 
dotera l'abbaye, et c'est ce qui arriva, en effet, l'inventaire de 
1368 en fait foi. Mais qui a fait connaitre k cesreligieux fonda- 
teurs le passg glorieux de cette £glise, de cette maison en 
ruines? Ni les chartes, ni les livres, ni les monuments. Pas 
d'autre voix que celle de la tradition I On leur racontela 
l£gende de sainte Eus6bie, on leur montre les debris des ' 
sifecles, les Pr6montr6s croient k la tradition, ils viennent 
habiter eu cet endroit. 

Autre fait. Les Pr6montr6s des bords de I'Huveaune ont une 
grande devotion k regard de saint Cyr. Cela ne s'explique pas 
sans notre tradition. 

Cette devotion, nous l'avons dit plus haut, leur vient soit 
d'une tradition qu'ils trouvent en cet endroit du terroir, 
d'une f£te que Ton y c61ebre de tout temps, ou de quelque 
relique de ce saint martyr qu'ils poss6dent. Si c'est d'une 
tradition qu'ils trouvent aux bords de I'Huveaune, notre 
preuve est faite! Si c'est d'une solennit6 en l'honneur de 
saint Cyr, c616br£e en ces Heux, l'existence de notre tradition 
explique seule cette fete. Si c'est de quelque relique donn£e 
par Saint-Sauveur, on ne comprend la demande que les 
Pr6montr6s en font k I'abbaye de Saint-Sauveur que par la 
connaissance qu'ils ont des faits qui se sont passes en ces lieux. 

Or, qui leur a fait connaitre l'histoire des ruines qu'ils 
habitent? Ni lescbartes, ni les livres, ni les monuments. 
Seule, la tradition, c'est-&-direce que les habitants dece quar- 
ter se transmettent les uns aux autres de bouche en bouche, 
de ggngration en g6n6ration sur l'gglise « dels Desnarrados » ! 

Autre fait encore, les Pr£montr£s ont donng k leur monas- 
tfere du terroir de Saint- Giniez le vocable de Notre-Dame 
d'Huveaune. Or, ceci ne s'explique pas sans l'existence de 
notre tradition. 



-i: 






— 305 — 

Nousavous dit, en eflet, que ce vocable n'etait pas simple- 
men t une designation nouvelle, mais qu'il correspondait a 
une realite, k une croyance, k une devotion etablie en ce 
point du terroir ; que cette devotion, abritee pour ainsi dire 
dans les mines de l'eglise de Sainte -Marie de Salt, se conser- 
vait depuis des si&cles ; quelle etait le souvenir d'un fait me- 
morable accompli en ces lieux ; que les Prgmontrls, par ce 
vocable nouveau, avaient eu ledessein de rajeunir cette de- 
votion ! Or, comment les Prgmontrgs ont-ils connu tous ces 
details ? Par la voix du peuple, par la tradition locale ! Done, 
au XIII* si&c'.e, notre tradition existe d£j&. 

Montons plus haul, nous en constatons l'existence au XI* 
si&cle. La charte de 1097 donne le titre de Notre-Dame de Salt 
k une eglise situee precisement k Tendroit que le monast&re 
des Premontres occupa plus tard: k ce point du terroir appeie 
1' eglise a de'is Desnarrados ». Le m6me document parle de 
« casales » — maisons en ruines et abandon nees depuis 
longtemps. II (tesigne par le nom d'Arabenz une terre, p'acee 
aux environs de ces a casales ». Or, expliquez l'existence d'une 
eglise k ce point du terroir, k cette epoque primitive; expliquez 
d'oti viennent ces ruines antiques des « casales » ; expliquez 
cette expression bizarre: Arabenz, sans notre tradition que 
sainte Eusebie et ses compagnes ont souffert le martyre k cet 
endroit! 

Oui, cette tradition existe, la preuve en est que 3ainte 
Eusebie a ete officiellement invoquee dans cette chapelle de 
THuveaune ! Au commencement de ce Steele, chaque annee, 
au jour de 1' Ascension, on se rendait en procession de Saint- 
Giniez k cette chapelle. Or, k qui etait-elle dediee ? quelle sain- 
te on quel saint y etait invoque? Sainte Eusebie !! C'est le 
cure de Saint-Giniez, k l'epoque, qui l'atteste dans une lettrc 
adressee par lui k l'_6v6que de Marseille, pour lui demander 
d'etre decharge du soin d'une paroisse que ses infirmites ne 
lui permettaient plus de diriger (1) Le pretre qui donnait ce 
detail, cite plus haut, administrait la paroisse d&]k depuis 
neuf ans. II etait done au courant des coutumes de son eglise. 



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. «■.».-. 



'••>. 



(H Nous donnons cette lettre en appendice. 



24 



4 



— 366 — 

C'6tait un v6n6rable ' vieillard, de 77 ans, ancien Chartreux, 
saint prfitre, tout au regret de ne pouvoir, k cause de son 
4geet de ses inflrmites, reprendre sa vie d*aust£rit£ et de 
penitence, retrouver sa douce et paisible cellule de religieux. 
line parlait done pas k la lgg&re, ce qu'il disait&ait vrai ! Or, 
depuis quelle gpoque ce culte public 6lait d£cern6 k notre 
sainte dans cette chapelle? Nous ne saurions le dire. II faut 
certainement remonter k plus de dix et vingt ans, k M ,r de 
Belsunce trfcs probahlement. Dans tous les cas, ce fait est la 
consecration definitive de notre tradition locale. On croit, k 
Saint- Giniez, que Sainte Eus6bie a v6cu, a 6t6 martyrisSe k ce 
point du terroir, k rembouchuredeTHuveaune. Sainte EusGbie 
y a 6t6 invoquSe d'un culte public. Done la tradition populaire 
nous a transmis la v6rit6. C'est \k que notre sainte a etfi mar- 
tyrise I 

Et voyez la conduite de la Providence ! Depuis M ,r de 
Belsunce, qui le premier a fait d^cerner un culte public a 
sainte Eusgbie, on a fondS bien des paroisses dans le diocese de 
Marseille. Jamais il n'est venu k l*id£e de personne de donner 
le vocable de Sainte-Eus6bie k une de ces paroisses. A la longue 
cela paraissait 6tre un oubli k l'endroit de notre sainte heroine. 
Les auteurs s'en i)laignaient (I). Ce fut une joie pour fceau- 
CQup lorsque, vers 1850, on y rem&lia ! Or, k quelle paroisse 
nouvelle a-t-on impost le vocable de Sainte-EusSbie et de ses 
compagnes? A une Sglise voisine des bordsde FHuveaune, 
des champs et des rivages que la sainte abbesse et ses com- 
pagnes avaient si sou vent parcourus I On aurait pu l'attribuer 
ktoute autre 6glise! II semblait, au contraire, que la Provi- 
dence en voulait disposer ainsi, que l'Sglise d6di6e k Tillustre 
martyreserait, par une coincidence singulifcre, une preuve, 
un confirmation de la tradition de Marseille qu'elle avait v6cu, 
qu'elleavait 6t6 martyris6e sur les bordsde FHuveaune !! 

Pour nous, Texistence d'une telle tradition est certaine. 
Nous n'hfisitons pas k Tafflrmer. On pourra peut-6tre trouver 
que nos arguments ne sont pas pgremploires. Mais, quant k 



(1) M. Magnan, article de la Semaine h'turgique. — M. Andrfc, 
Hi&toire de Saint-Sauveur, p. 13 



— 367 — 

vouloir 6tablir la non-existence de cette tradition, ce sera, 
croyons-nous, une ceuvre difficile ! 

Nous r&umons la premiftre partie de notre travail. Voici la 
sdrie logique de nos arguments. 

Certains auteursont soutenu que le monast&re de Sainte 
Eus&rie n'gtait pas k Saint-Giniez, mix bords de PHuveaune, 
sur le rivage de la mer. Les raisons qu'ils ont apportfies sont 
nombreuses. Or, ces raisons vous les avons r6f ut6es. 

Apr6s avoir prouv6, selon eux, que ce monast&re n'Gtait pas 
k l'Huveaune, ils ont affirm^ qu'il 6tait les uns k Saint- Victor, 
les autres au Car&iage, ceux-ci aux Catalans, ceux-la. au 
Revest, qui k la Major, qui k Saint Loup, qui k Saint-Cyr (Var), 
etc., etc. Les raisons qu'ils donnent de leurs affirmations, 
nous l'avons prouv6 encore, ne valent rien. 

A notre tour, nous avons soutenu d'abord qu'il 6 tail impos- 
sible que ce monast&re ftit k ces divers endroits. Puis nous 
avons prouvS, autant que cela peut se faire, que le monastfere 
cassianite se trouvait dans le terroir de Saint-Giniez. Done la 
premiere partie de notre travail est achevge. Sainte Eus6bie 
a v6cu et est morte k Fembouchure de l'Huveaune. 

Reste la deuxiftme question. A quelle epoque sainte Eusgbie 
et ses glorieuses compagnes ont souffert le martyre ? 



■ ^naaAAAAAAAAA/ia** 



DEUXIEME QUESTION 



A quelle epoque a ete martyrisee 

Sainte 



PREMIERE PARTIE 



Refutation desAuteurs opposes & notre sentiment 



PREMlfeRE SECTION 

Objections et Questions preliminaires 



CHAPITRE PREMIER 

Les auteurs qui attribuent & d'autres 
qu'aux Sarrasins le martyre de sainte Eus6bie 



EXPOSITION DE LA DISCUSSION. AUTEURS CITES : OUESNAY, H. BOUCHE, 
RUFFI, LA « OAtLIA CHRISTIANA I, PAPON, LAUTARD, GRINDA 



La premiere questiopque comporle notre travail est rgsolue. 
Sainte Eus6bie arsubi ie martyre sur les bords de l'Huveaune, 
en donnant avec ses glorieuses compagnes son sang et sa vie 
pour J6sus-Christ. 

La seconde question se pose devant nous : k quelle gpoque 
et, s'il est possible de prGciser, en quelle annge a eu lieu cette 
sc&ne ttegique ? G'est ce que nous allons rechercher. Nous 
prouverons dans les pages qui vont suivre que les Sarrasins 
ont 6X6 les bourreaux de ces g6n6reuses victimes et que c'est 
en 738 qiTils ont commis ce massacre odieux. 

Nous I'avons annonce au dgbut de ce travail, la question est 
fort controversy. Des auteurs qui 1'ont traitge ou Tont effleu- 
r&e dans leurs Merits, les uns assignent k eel 6v6nement une 



— 372 — 

date differente de la n6tre, les autres chargent de ce for fait 
d'autres barbares que les Sarrasins. Afin de placer sous les 
yeux du lecteur toutes les pieces du procfes, citons le dire de 
tous les auteurs que nous connaissons et dont nous avons les 
ouvrages entre les mains. 

D'abord, les auteurs qui atlribuent k d'autres que les Sar- 
rasins le martyre de sainle Eus£bie; eusuite ceux qui assi- 
gnent k cet 6v6nement une autre date que celle de 738. 

En premier lieu, les auteurs qui attribuent k d'autres que 
les Sarrasins le martyre de sainte Eus£bie. Nous avons sous la 
main, le Pfere Guesnay, les deux Ruffl, IT. Bouche. la Gallia 
Christiana, Papon, Lautard, Grinda, l'abb6 Pierrhugues. 

Guesnay, dans le Cassianus illustratus, attribue le mar- 
tyre de sainte Eus^bie aux Vandales : « Dans une des fr6- 
quenles excursions de ces barbares en Gaule, alors que les 
Vandales, m61£s aux Mains, aux Goths et aux autres peuples, 
passferent d'Espagne en Afrique, appeles par le due Boniface,et 
que leurs pirates ravageaieut lesc6tes de Provence, por(6s par 
la tempfite, ces forbans s'abattirent un jour sur le rivage de 
Marseille et ycommirent d'affreux m£faits(l). » Et Guesnay 
raconte le martyre de sainte Eus6bie et de ses compagnes, 
sansindiquer cependant cette circonstance, mentionnfe par les 
autres auteurs : qu'elles se mutilferent le visage. 

Le m&me auteur, dans les Provincice Massiliensis Annates, 
alors qu'il indique la dale de cet gvgnement, l'attribue aux 
Vandales encore. II 6crit, en effet : « Alors que les Vandales 
faisaient une guerre de pirates, ceux-ci attaquaient le rivage 
de Marseille, dSbarquaient k Pembouchure de l'Huveaune, 
etc. (2). » 

H. Bouche 6crit que « les m6moires anciens du monast&re 

(1) Guesnay, Cassianus illustratus, p. 509: « In his frequentibus in 
Gallia tot barbarorum grassatioDibus, dum Vandali mixti Alanis, Goth is 
et alils barbaris nationibus, ex Hispania olim a duce Bonifacio excur- 
runt in African), et piratico apparatu adversi littoris circumquaque 
Provinciia imminent, tempestate subito abrepti ex alto invehuntur in 
oram MassiLise maritimam. » 

(2) t Gum Vandali vitam agereut piraticam, forte in earn Provincial 
Massiliensem oram appulsi, in qua Yvelinus fluvius mare influit... » 
Guesnay, Provincice Massiliensis Annalee, p. 186. 



— 373 — 

de Saint-Victor-Iez-Marseille assnrent que ce monastfcre a 6t6 
souveat d&ruit par les Validates et autres peuples barbares, 
qui ont brtll6 ses anciens documents et que le monastfere des 
religieuses d'Uveaune, proche de Marseille, fut entiftrement 
d6truit par ces barbares (1) . » 

M. de Ruffi pfere^crit : a Quant au temps* du martyre (de 
sainte Eus&rie), c'6tait au XI' Steele, par lesNormands (2). » 

Ruffi (Louis de), dans V Histoire de Marseille, a 6crit : 
« Nous tenons de tradition que ce monastfere fut ravage par les 
Sarrasins, et que les religieuses, pov.r conserver leur virginity, 
se cou pferent le nez, k l'exemple de l'abbesse Eus6bie, ce qui 
est autorise par deux chartes de 1431" et 1446, qui marquent 
que lorsque les Vandales dglruisirent le monastftre de Saint- 
Victor, ils ruinfcrent en m6me temps celui de Saint-Sauveur. 
MaiscVHait plut6t les Normands que les Vandales, puisque 
ceux-ci se retirftrent en Espagne avant que le monastfcre de 
Saint-Sauveur ne fill fondS. . . (3). » 

La Gallia christiana dit que a aprta que ce monastfcre des 
Cassianites edt 6t6 d&ruit en m&me temps que celui de Saint- 
Victory non pas par les Vandales, mais par les Normands, ces 
religieuses vinrent se fixer en ville, k Saint-Sauveur (4). » 

Papon, dans son Histoire de Provence, apr&s avoir indiqug 
deux monastferes cassianites, Tun k Saint-Sauveur, l'autre sur 
les bords de l'Huveaune, ajoute que a tous les deux ont 6te 
d6truits par les Sarrasins ou les Visigoths, qui massacr&rent 
EusSbie et ses compagnes, ainsi que les religieuses de l'Hu- 
veaune (5). » 

Lautard, dans les Let ires arch&ologiques sur Marseille, en 
fid&le copiste de Ruffi, a 6crit : « Lors de la destruction de ce 
monastere par les Normands, l'abbesse Eus6bie et les qua- 
rante religieuses qu'elle a vait sous ses ordres se cou p& rent le 

(i) H. Bouche, Histoire de Provence, 1. 1, p. 565. 

(2) Ruffl (Antoine), Histoire de Marseille, p. 386. 

(3) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 58. 

(4) Gallia Christiana, t. I, p. 696 : t,Postquam autem monasterium 
ill ad cum Victorino dirutum est, non quidem a Vandalis, sed potius a 
Normannis.. » 

(5) Papon, Histoire de Provence > 1. 1, pp. 361, 362. 



— 374 — 

nez, pour conserver leur purete. Ce fait est attests paries Char- 
les d£j& cities du monastfcre de Saint-Victor, des annges 143 1 et 
1446, et par un manuscrit authentique, d£pos£ dans les archi- 
ves de la communautg des religieux. La tradition en etait 
si hien gtablie, que, lors de l'admission des novice^ k la sainte 
c6r£monie de leurs vceux, on leur rappelait toujours la coura- 
geuse determination de ces servantes du Seigneur qui n'a- 
vaient pas craint de se inutiler pour que de profanes mains ne 
portassent aucune atteinte k leur vertu (1). » 

A ces auteurs nous pouvons joindre M. Grinda. Dans les 
pages pleines d'6rudition et de details dStach^es de sa Mono- 
graphic de Vabbayede Saint-Victor- lez- Marseille et inse- 
rts dans VEcho de Notre-Dame de la Garde, cet auteur a 
traits des questions se rattachant k la legendede sainte EusGbie. 
Ayant k parler notamment des Sarrasirs k qui Ton impute 
le massacre de notre heroine, il 6crit (2): « La tradition 
d6signe-elle formellement les Sarrasins ? Nous n'h£sitons 
pas k r£pondre : non. Les historiens qui ont rapports ce glo- 
rieux souvenir de l'Eglise de Marseille sont loin d'&tre d'ac- 
cord. Ilsd£signent les Vandales, les Goths, les Normands, les 
Bourguignons, les pirates arabes, les Sarrasins. Le Propre du 
diocese de Marseille, qui resume la tradition dans la leconlV' 
de Tofficede sainte Eus^bie, ne nomme pas. les Sarrasins ; il y 
est question des infidfcles et des barbares, ce qui peut s'appli- 
quer aux Vandales, aux Visigoths, aussi bien qu'aux Sarra- 
sins . . . » 

a . . . Le P&re Guesnay, dans le Cassianus illustrates, dit 
que sainte Eus6bie fut martyrisGe, alors que la Provence 6tait 
la proie des Vandales, des Goths et autres barbares. Nous par- 
tageons vol on tiers cette opinion, qui semble corrobor6e par 
l'arch6ologie et qui permet de considgrer notre inscription 
comme l'£pitaphe de cette sainte martyre » 

«... Un autre detail vient encore corroborer l'6poque que 
nous assignons k cette inscription, il y est fait mention du 

(1) Lautard, Lettres archdologiques eur Marseille, pp. 401,402. 

(2) Griuda, Monographic de Vabbaye de Saint-Victor-ltz-Mar&eille. 
fragments publics dans VEcho de Notre-Dame de la Garde, ann6e 1888, 
n- 345. 



— 375 — 

monastferede Saint-Cyr, titre que prit cette maison au V* Steele, 
mais qu'elle n'avait d6j& plus vers la fin du stecle suivant 
(597), sous l'gpiscopat de saint SSrenus. * Et M. Grinda cite en 
note quelques lignes de YHistoire litteraire de la France, 
t. Ill, p. 234 : (l Les reliques de saint Cyr et de sainte Julitte, 
ssl mere, martyrises en 304, furent apportees d'Antioche, au 
commencement du V Steele, par saint Amatre, £v6que 
d'Auxerre ; quelque temps apr&s on transtera k Nevers un 
bras de saint Cyr. Les religieuses cassianites prirent une par- 
tie deces reliques. » 

Nous pourrions aj outer ici, pour mention seulement, le nom 
de l'abb£ Pierrhugues. Get auteur, dans un travail intitule : 
Fin de Lirins, s'est attache k prouver que saint Porcaire et ses 
cinq cents disciples ont 6t6 martyrises par les Vandales. 

Or, quelques auteurs ont sembte placer k la m&me epoque, 
et partant attribuer aux ntemes barbares, le massacre de 
sainte Eus6bie etde ses compagnes. Nous verrons plus tard ce 
que vaut cette affirmation. 



CHAPITRE II 

Auteurs qui ont assign^ au marty re de 

une date autre que celle de 738 . 

TBXTB DE CBS AUTEURS. 

Nous citerons successivement : le Pfere Guesnay, Mabillon, 
Grosson, M if de Belsunce, les deux Ruffl, la a Gallia cArtV 
tania », Papon, P. Longueval, H. Bouche, Bouche, Fouque, 
Fabre (Augustin), Lautard, Guindon et M6ry, Tabb6 Magloire 
Giraud, BousquGt, Reinaud, la Statistique, Alliez, Robacker, 
Darras, Kothen, Andr6, M. le chanoine Magnan, M. de Rey, 
M. Grinda. 

Guesnay donne la date de cet 6vgnement dans les Annates 
provincice Massiliensis. II la fixe a Tan 477. « A l'6poque, 
6crit-il, de la persecution de Gens6ric ou d'Hun&'ic, son flls, 
contre les catholiques, alors que les Vandales faisaient une 
guerre de pirates, ceux-ci attaquferent le rivage de Marseille 
et dgbarqu&rent k l'embouchure de 1'Huveaune. S' em pa rant 
du monastere qu'habitaient EusSbie et ses trente-neuf com- 
pagnes, ils les mirent k mort en haine de la religion de ces 
hgro'iques victimes (1). » A un autre endroit de ce mSme ou- 
vrage, Guesnay fixe cet 6vfenement k l'annGe 450 (2). 

H. Bouche. Nous avons vu (3) cet auteur attribuer le mar- 
tyre de notre sainte aux Vandales, sans indiquer d'autre date 
que celle qui est en marge : 407. 

(1) Guesnay, Provincice Massiliensis Annates, p. 186, ad annum477 ' 
« Circa excitatam a Genserico sive Hunerico ejus filio, catholicorum 
persecutionem,, cum Vandali piraticam agerent • 

(2) « Anno 450. Eodem anno SS. virgines ac martyres novem supra 

triginta sub reglmine Eusebira moniales CassianiUe • Guesnay, 

op. cit. y p. 600. 

(3) H. Bouche, Histoire de Provence, t. !•% p. 565. 



•■• M 



— 377 — 

Mabillon, dans les Annates ordinis Sancti Benedict i, k la 
suite de Fann6e 732, 6crit : « que ce f ut k cette Spoque qu'eut 
lieu le fait memorable du martyre par les Sarrasins des 
quarante religieuses du monastfere de Saint-Cyr, fond6 par 
Cassien, pr6s de Marseille. A la t&te de ces martyres se trouvait 
Tabbesse Eus6bie, qui exhorta ses compagues k se muiiler le 
visage pour 6chapper k la lubricite des Sarrasins (1). » Dans les 
Acta sanctorum ordints Sancti Benedicti, Mabillon raconte 
ce fait k 1'annte 731 (2). 

M sr de Belsunce, dans Y Antiquity de VEglise de Marseille, 
citant Mabillon, dit : a Ce fut probablementdurant ces guerres 
des Sarrasins que sainte Eus6bie, abbesse du monastfere fondg 
par Cassien, souffrit le martyre avec ses compagnes. Les Sar- 
rasins avaient des vaisseaux dont ils se servaient pour, faire 
des descentes dans les lies . . . Le monastfere de sainte Eus6bie, 
qui portait alors le nom de Saint-Cferis ou Gyricius, 6tait bors 
de la ville et assez peu 61oign6 du port. Cette situation l'expo- 
sait aux incursions des pirates sarrasins dont une troupe vint 
tout k coup descendre sur le rivage et marcha vers le monas- 
tfere. . . (3). » 

Ruffi, dans YHistoire de Marseille, fecrit « que, quant au 
temps de la destruction de l'abbaye (des religieuses), il est 
presque impossible d'en pouvoir fixer l'gpoque, k cause que la 
Provence a souffert divers ravages des Sarrasins, savoir en 
l'annge 726 et 730, et du temps de Charlemagne. Toutefois, il 
y a apparence que ce fut au IX' sifecle que les Normands, 
allgrgs du sang des chrfetiens, al'ant inond6 diverses provin- 
ces... qui, s'&ant aussi jetgs en ce royaume, entrferent 
par mer en Provence, ruinferent et dfesolferent un grand nom- 
bre de maisons religieuses. . . J'estime qne cette funeste irrup- 



(1) « Hue revocant nobile factum sanctimonialium quadraginta cceoo- 
bii Sancti Cyricii, prope Massiliam a B. Joanne Gassiano e recti, quae, 
hortante Busebia, matre ac abbatissa, ne suss pudicitiae vis a Sarracenis 
inferretur, nasum sibi praecidisse traduntur » c Ad annum 732. » 
(Annates ordinis Sancti Benedicti, t. II, p. 90.) 

(2) t Ad annum 73/. » (Acta sanctorum ordinis Sancti Benedicti, 
t. IV, p. 487.; 

(3) De Belsunce, Antiquite de VEglise de Marseille, 1. 1, p. 290. 



— 378 — 

tion arriva environ en 1'an 867, auquel temps une armfe de 
nes barbares 6tait conduite par uq comte appel6 Tulba ou 
Hulba. .. (1). » 

Papon, dans VHistoire de Provence, sous la rubrique des 
anntes 736 et 737, rappelle la trahison de Mauronte, gouver- 
neurde Marseille, a qui avait des intelligences secretes avec 
les Sarrasins d6]& maltres de la Septimanie, qui profita du 
temps od Charles Martel faisait la guerre en Saxe pour leur 
livrer, de concert avec ses complices, les villes d'Arles et 
d'Avignon, et le reste de la Provence. .. Les religieuses de 
Marseille, ayant k leur t£te 1'abbesse Eus6bie, donn6rent k cette 
occasion I'exemple d'une fermelG vraiment chrfitienne. Elles 
se coupfcrent le nez et se d6chirfcrent le visage, pour n'inspirer 
que de I'horreur ou de la pitte (2). » 

Grosson, dans les Almalnachs historiques de Marseille, 
pour les annees 1770 et 1773, n'indique pas de date precise. 
Apr&s avoir rappelg que Ruffi place ce fait au IX* Steele, il 
affirme que le-monastere cassianite 6tait sous le vocable de Saint- 
Cyr, que sainte Eus6bie en gtait abbesse, qu'il 6tait situ£ 
aux Infirmeries vieilles, sous la citadelle Saint-Nicolas, que 
les religieuses Cassianites qui l'habitaient en sortirent par la 
persecution des Sarrasins qui les massacre rent aprfes qu'elles 
se furent coup6 le nez, et qu'en 737 elles vinrent plus prfes de 
de Saint-Victor. Suivant Grosson, ce fait serait anterieur 
k 737 (3). 

Longueval, dans YHistoire deVEglisegallicanej^XdXie cet 
6v6nement& l'ann£e 731. « Les Sarrasins p6n6tr6rent, dit il, 
jusqu'a Marseille et ce fut sans doute alors que les religieuses 
du monastfcre de Saint-Cyr ou de Saint-Sauveur, b&li proche 
de cette ville par Cassien, firent une action trfesheroique pour 
la defense de leur chastetd • ; et cet auteur raconte le fait tel 
que nous le connaissons (4). 

Bouche, dans YEssai sur Vhistoire de Provence, parlant des 

(1) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 58. 

(2) Papon, Histoire de Provence, t. II, pp. 77, 78. 

v3) Grosson, op. cit., p. 74, Almanack de H70\ et page 94, pour eel ui 
de 1773. 
(4) Longueval, Histoire de VEylise yallicane, t. IV, p. 495. 



i 



— 379 - 

invasions desSarrasins, 6crit, sous Ja rubrique de l'annge 736: 
m On pretend que les religieuses qui habitaient les campagnes 
voisines de Marseille, pour Schapper au malheur de perdre 
leur virginity et n'inspirer que de l'horreur k ces teroces 
strangers, se coupfcrent le nez et se meurtrirent le visage (1). ». 

La Gallia Christiana, qui a d6sign6 les Normands comme 
les auteurs de ce massacre, place ce fait probablement en 
Tannee867(2). 

La S talis tique des Bouches-du-Rhdne , parlant de l'abbaye 
de Saint-Cyr, dit : « Les Surrasins la d&ruisirent en 810 (3).» 

Fouque, dans les Fastes de Provence, 6crit : o Tou jours bat- 
tus, jamais d6courag6s, les Maures rentrferent en Provence en 
736 et s'emparerent de nouveau d'Arlesetde Marseille: d'apres 
la chronique de l'ordre de Saint- Benoit, quaranle religieuses 
se coup^rent le nez et se mutilferent le visage pour repousser 
par la laideur ou int6resser par la piti6 ces feroces conquerants 
on Gviter le d6shonneur(4). » 

Fabre, Augustin, dans YHistoire de Provence, iixe ce fait 
a Tann6e 737 et le raconte en ces termes, citant tour & tour 
Gnesnay et Mabillon : a Les Sarrasins d6sol&rent labbaye de 
Saint-Victor, qui ne pr^senta plus que des ruines. En ces cata- 
mites effroyables, les religieuses cassianites du monastfcre de 
Saint-Sauveur iirent 6clater leur heroisme. Elles avaient pour 
abbesse la vertueuse EusSbie. Gette femme, sublime de cou- 
rage et de chastetg, se coupa le nez et se dGchira le visage pour 
faire horreur aux barbares et pour sauver ainsi sa pudeur 
alarm6e. Ses saintes compagnes, imitant son exemple avec 
empre3seraent, se mutilerent la figure sans montrer la moin- 
dre Amotion (5). » 

Lautard, dans les Lettresarchdologiques sur Marseille, dit 
qu' « il n'existe aucun titre qui puisse fixer l'^poque de ce ter- 

(1) Bouche, avocat, Essai sur VHistoire de Provence, t. I, p. 189. 

(2) « Postquam illud monasterium cum Yictorino dirutum est, non 
quidem a Vandalis, sed potius a Normannis, incerto anno, fortasse 
867... * Gallia Christiana* t. I, col. 696. 

(3) Stalistique des Bouches-du-Rhdne, t. II, p. 457. 

(4) Fouque, Fastes de Provence, t. I, p. 241. 

(5) Fabre, Aug., Hisioire de Provence, t. I, pp.312, 316 



— 380 — 

rible 6v6nement. II est probable qu'il ne remonte qu'au IX- 
Steele, lorsque les Normands entrferent en Provence. Ce f ut en 
867 que ce redoutable flgau d&ola nos contrges (1) ». 

Guindon et M6ry, dans YHistoire analytique et chronolo- 
gique des actes et deliberations du Corps et du Conseil de la 
municipality de Marseille, disent « que, chassis en 735 de 
leur demeure par les barbares, les Cassianites s'&ablirent peu 
de temps aprfes a Pembouchure de l'Huveaune. . . (2) •. 

M, l'abbg Magloire Giraud a gcrit, dans la Notice historique 
sur V&glise de Saint-Cyr ( Var) y a que la mort de l'abbesse 
Eus6bie arriva Tan 867 selon Ruffi, ou Tan 838 d'aprfes Rei- 
naud, dont l'opinion est plus fondle, Gpoque qui coincide 
avec la destruction de Tauroentum, occasion nee, comme on le 
sait, par les Sarrasins. . . (3) ». 

M. Bousquet, dans la Monographic de la Major, raconte la 
lggende et en fixe l'gpcque de 725 a 730. II cite et s'approprie 
le texte de H. Bouche, dans son Hisioire de Provence (4). 

Alliez, dans YHistoire du Monast&re de Lirins, apr&s avoir 
raconte le fait qui nous occupesemble le fixer a I'ann6e732, 
car il cite en note Mabillon, qui assigne cette date (5). 

Reinaud, dans les Invasions des Sarrasins en France, 
place le martyre de notre sainte Eus6bie en l'annee 838 (6). 
Rappelant le texte des annates de Sain t-Bertin que nous con - 
naissons, il ajoute: « (Test pent-gtre a cette occasion qu'eut 
lieu le fait attribu6 k sainte Eus£bie, abbesse d'un couvent de 
Marseille. . . » 11 raconte le martyre tel que nous le connais- 
sons. 

Darras, dans YHistoire gin^rale de VEglise, place cet 6v£- 

nement au printemps de l'annge 732, quand L6rins f ut sac- 

, cag6. « A Marseille, ajoute-t-il, dans le couvent de Saint- 



(t) Lautard, Lettres arche'ologiques, p. 402. 

(2) Guindon et Mery, t. V, p. 202. 

(3) M. I' abbe Magloire Giraud, Notice historique sur VEglise de Saint- 
Cyr (Var), p. 16. 

(4) Bousquet, Monographic de la Major, p. 65. — H. Bouche, Histoire 
de Provence, t. I*', pp. 699, 700. 

(5) Alliez, Monastere de Lerins, t. I -r , p. 398. 

(6) Reinaud, Invasions des Sarrasins en France, p. 137. 



— 381 — 

Sauveur, l'abbesse sainte Eus6bie et quarante religieuses de 
ses compagnes se dSflgurfcrent le visage et se coupfcrent le 
nez, afin de se soustraire aux outrages des Musulmans (1). » 

Avant Pabb6 Darras, Pabb6 Rocbaker, traitant du m^me 
fait, le raconte comme les autres auteurs et le p lace en 
1'annfe 751 (2). 

Andr6, dans son Histoire de CAbbaye de Saint-Sauveur, 
apr& avoir rappel6 ce que la tradition raconte du martyre de 
sainte Eus6bie, ajoute que quelques historiens ont place ce 
fait vers 737, en s'appuyantsur le texte de rinscription tumu- 
laire. Mais, comme il ne croit pas que cette inscription ait 
6t6 r6dig6e pour notre sainte Eus6bie, il n'accepte pas cette 
date. A la suite de Ruffl et de Lautard, il pense que ce serait 
difficile d'en indiquer une bien precise. Celle de 867, donnge 
par Ruffl, ne lui plait pas. II prgfgrerait celle de 823, ce qui 
ferait correspondre la mine de Saint- Victor avec la ruine du 
monast&re de sainte EusSbie et la mort de celle-ci. a Nous 
reportons, dit-il, k cette 6poque le martyre d'EusSbie et la 
ruine de son monast^re. En effet, au t&noignage de la charte 
de 1005, les Sarrasins d6truisirent plusieurs monast&res ; de 
plus, rien avant le commencement du X' siecle ne t&noigne 
de la ruine de l'abbaye cassianite; au contraire, nous la 
voyons riche et prospfcre par les divers d6nombrements de 
ses biens dresses de 788 k la fin duX' siecle (3). » 

M. Kothen, aprfes avoir cit6 Mabillon, Ruffl, Belsunce, et 
parte de Reinaud qui choisit la date de 838, 6crit : a Cette 
gpoque oil rGgnait le faible successeur de Charlemagne, nous 
paralt aussi la plus probable (4). » 

M. le chanoine Magnan, dans quelques pages ins£r6es jadis 
dans la Semaine liturgique de Marseille, expose que sainte 
Eus6bie vivait vers la fin du VII' Steele. Elle gtait abbesse 
d'un monastfcre prfes de l'Huveaune, k l'epoque de l'invasion 

(1) Darras, Histoire de VEglise, t. XVII, p. 14. 

(2) Rocbaker, Histoire de VEglise, liv. LI. 

(3) Andre, Histoire de VAbbaye des religieuses de Saint- Sauveur, 
p. 12. 

(4) Kothen, Notice sur les Cnjptes de VAbbatJe de Saint-Victor-lez- 
Marseille, p. 55. 

25 



— 382 — 

des Sarrasins en Provence. Elle f ut massacrte avec ses com - 
pagnes dans la chapelle de ce monastfere par une horde de 
ces bar bares. Getauteur ne donne pas de date precise de cet 
6v6nement. Cependant, cotnme il ajoute que « deux ans aprfes 
ce martyre toute la puissance des Sarrasins vint expirer dans 
la plaine de Tours, sous les coups de Charles Mar I el », et 
cette bataille de Poitiers ayant &6 livr6e en 732, ce serait 
done en 730 que, suivant cet auteur, le martyre de sainte 
Eusebie aurait eu lieu (i). 

L'abbg Verlaque,.dans une Notice sur sainte Eusebie,, d6- 
signe les auteurs du massacre de cette sainte abbesse. Mais 
il ne donne pas de date precise. « Ge serait, dit-il, pendant le 
rfegne du faible successeur de Charlemagne*, dans unede leurs 
excursions, que, venant mettre le stege devant Marseille, 
its mirent a mort la glorieuse phalange. Or, Louis le D6bon- 
naire, le successeur du grand empereur, ayant r6gn6 de 814 
a 840, ce serait durant ce laps de temps de vingt-six ans que 
ce fait ce serait passg (2). 

M. de Rey, dans son Histoire des invasions des Sarrasins 
en Provence (3), dit que ce sont les Sarrasins qui ont detruit 
le monastfere de Saint-Cyr et massacre sainte Eusebie et ses 
compagnes. « Resterait a fixer, ajoute-t-il, la date de ce ter- 
rible 6v6nement : on ne peut le faire avec certitude. Guesnay 
le place en 477 et le met k la charge des Vandales. . . Quel- 
ques historiensontchoisi fort arbitrairement la date de 732 ; 
d autres, se basant sur ce qui est dit dans les annates de 
Saint-Bertin de l'entevement des religieuses de Marseille, le 
met tent a I'annge 838 . . . Le fait de sainte Eusebie et de ses 
quarante desnarrados n'est pas de cette £poque. II est pro- 
bable, et e'est 1'opinion de M. Andrg, que les religieuses 
souffrirent au commencement du X* sifecle, dans une de ces 
expeditions saoglantes que les Sarrasins dirig&rent contre 
Marseille et que la date de leur martyre est celle de la des- 
truction de leur abbaye, un peu apr&s 924. En admettant cette 



(1) Semaine lilurgique y ann£e 1868. 

(2) Verlaque, Notice sur sainte Eustbie, pp. 14, 15. 

(3) G. de Rey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 145, 



— 383 — 

opinion, il faut placer le meurlre de sainte Eusdbie en 933 ou 
en l'annee 948, qui correspondent k 1'indiction VI, donnee par 
l'inscription de son tombeau. » 

Le m&me auteur, dans sa biographie de sainte EusGbie, 
ins£r£e dans YEcho de Notre- Dame de la Garde, puis dans 
Let Saint* de VEglise de Marseille, a ecrit : a C'est aux 
Sarrasins que la tradition impute le massacre des dames Cas- 
sianites. t> Mais, pour l'epoque de ce massacre, il ajoute : 
« Nousne croyons pas que cesoit dans les premieres expedi- 
tions des Sarrasins (sous Charles Martel) que les Gassianites 
ont trouvS la mort. . . Ce ne fut pas non plus en 838, lors de 
l'entevement des religieuses k Marseille suivant ce que la 
chronique de Saint-Bertin raconte (1). » 

M. de Rey prSfere les annSes qui suivirent 923. « C'est 
alors que perit le monast^re de Saint-Victor, et alors aussi, 
croyons-nous, que ceiui de Saint-Cyr, surpris par une attaque 
imprevue, succombasi glorieusement.o 

A la fin de ce travail cependant, M. de Rey, influence par 
Topinion de M. Edmond Leblant, qui range l'inscription tu- 
mulairede sainte Eus6bie parmi celles du VI* Steele, ajoute: 
c S'il en est ainsi, il faut avouer que nous n'avona pas Tins- 
cription de sainte Eus6bie ; k moins qu'abandonnant l'opinion 
commune qui la dit marlyrisee par les Sarrasins, nous ne 
croyions, avec le P6re Guesuay, qu'elle a p6ri au V € siecle 
dans une desoente des pirates africains. Mais nous n'entrerons 
pas dans cette voie ; nous n'avons sur sainte Eusgbie que la 
tradition, nous devons nous y attacher et ne pas suivre des 
hypotheses toutes gratuites (2). » 

M. Grinda, entin, dans les extraits de sa Monographic de 
VAbbaye de Saint-Victor, publics dans YEcho de Notre- 
Dame de la Garde, parlant de l'inscription tumulaire de 
sainte Eus6bie, prouve qu'elle est du V - sifcele : « Elle appar- 
tient a ce que les archGologues appellent le troisieme Age, et 
se place entre les ann6es 487 et 499. C'est dans ces douze 
annges quil faut chercher la date de notre inscription. Or, la 

(1) Les Saints de VEglise de Marseille, sainte Eus6bie, pp. 229, 230. 

(2) Les Saints de VEglise de Marseille, sainle Eusebie, p. 237. 



— 384 — 

troisifeme p6riode d'indiction commence en 492, la sixifcme 
ann6e de celte indiction est Tan 497, qui est la date cherch6e. 
L'abbesse Eus6bie, pour laquelle l'Spitaphe a 6t6 grav6e, serait 
n6e, selonnous, en 433; elle serait entree dans le monast&re 
en 447, kVbge de quatorze ans, et, apres cinquante annees de 
vie religieuse, elle serait morte la veille des kalendes d'octobre 
del'annSe 497(1). »' 



(1) M. Grin da, Monographic de Vabbaye de Saint- Victor, dans VEcho 
de N.-D. de la Garde, n° 344, ann6e 1888. 



CHAPITRE III 



Les Sarraeins 



Premidre question prijudicielle 



COUP D'CBIL RAPIDE 8UR LEURS INCURSIONS EN A.FB1QUE, EN ESPAQNB, 
EN FRANCE. — VERS 732, ILS SONT EN PROVENCE. — LUTTE ENTRE 
LES SARRASINS BT CHARLES HARTBL (737-739). — LBS SARRAS1NS 
REFUOIBS DANS LBS MONTAONES DBS MAURBS. — PA IX DURANT LE 
REONB DE CHARLEMAGNE. — RAVAGES DBS SARRASINS DURANT LE 
IX' SIECLE. — VA INCUS BT CHASSIS EN 973. 



Dansun certain nombre de chapitres il va 6tre longue- 
ment question des Sarrasins. Donnons un apercu de leurs in- 
vasions en Espagne, en France, en Provence, afin de mieux 
saisir les details qui se groupenl autour de notre sujet : le 
martyre de sainte Eus6bie. 

Tentes par le site de l'Espagne et la fertility de ses plaines ; 
pouss6s en avant par cette id£e fanatique, que le Prophfete leur 
a insinu£e, de souraettre la terre entire k la domination du 
Goran, les Sarrasins (1), mettant & profit les disaccords et les 
rivalit6s de Yitizza et de Rodrigue, le dernier roi des Visigoths, 
abordent en Espagne vers 711, renversent Rodrigue en 712 et 
commencent la conqufite de ce royaume (2). Au bout de trois 
ou quatre ans c'Stait chose faite . 

(1) Invasions des Sarrasins en Provence, par M. de Rey, p. 8. 

(2) C'est, en eflet, la rivalite qui existait entre Vitizza et Rodrigue ou 
Roderic qui fut la cause de la perte de l'Espagne. Chez les Goths d'Espa- 
gne les rois£taient noromes a l'election. Or, Vitizza voulut designer son 
fils pour son successeur. Le sen at de la nation excita Roderic a combattre 
une telle pretention. II fut en eflet victorieu* de Vitizza et de son fils. 
Mais les Arabes d'Afrique proflterent de ces luttes intestines, debarquerent 



— 386 — 

Dfes 716, un des lieutenants du calife Alahor p6nfctre en 
Septimanie. Quelques coureurs arabes se montrent peut-£tre 
sur les bords du Hh6ne. D6s 719, Narbonne est prise, les hom- 
ines en sont massacres, les femmes et les enfants jetes en es- 
clavage(l). En 720, ils viennent assteger Toulouse, sous la 
conduite de Zama. Eudes, due d'Aquitaine, les attaque et les 
bat en 721. En 725, ils reviennent, prennent Carcassonne et, 
favoris6s par Tinaction d'Eudeset Tabsence de Charles Martel, 
occupG en Bavifere, arrivent jusqu'& Nimes, Sens, Autun, 
qu'ils asstegent et incendient (2). La Septimanie 6tait con- 
quise. 

Sept ans plus tard, les Sarrasins reprennent leur marche en 
avant. En 732, conduit par Abderamme, ils prennent Bor- 
deaux, battent Tarrc6e d'Eudes, pillent Poitiers. Une autre 
arm6e sarrasine s'avancait le long du Rh6ne et saccageait la 
Viennoise. Aries futinvestie (3). 

C'en etait fait de la France et de notre Provence, si Charles 
Martel ne ftitaccouru. ll&inissant ses troupes k cellesd'Eudes, 
il Scraseles envahisseurs k Poitiers, en octobre 732(4); puis, 
descendant vers Aries, les bat encore (5), et les rejette en Sep- 
timanie. Sans Tambition de Charles Martel, les Sarrasins ne se 
relevaient pas de leurs dSfaites. Par suite, en effet , de ses guerres 



en Espagne en 711. Roderic, qui marcha contre eux, fut defait en 712 et 
perit en combattant. On voit done que la legende de Rodrigue violant 
la fllle du comte Julien, gouverneur de Ceuta, et fore ant celui-ci, 
pour se venger, a appeler les Sarrasins dans sa patrie, ne repose sur 
aucun fondement. (Voir Revue des questions historiques* annee 1881, 
liv. de juillet, Les Espagnols et les Visigoths, et la livraison d'avril 
1882, Ruine de V Espagne gothique .) 

(1) Dareste. Histoire de France, 1. 1, p. 319. 

(2) H. Bouche Histoire de Provence, t. I, p. 699. — De Mauleon, 
Merovingiens et Carlovingiens, t. I, pp. 236, 237. — Dareste, Histoire 
de France, t. I, p. 320. — Darras, Histoire de VEglise, t. XVII, 
pp. 22, 23. 

(3) Invasions des Sarrasins en Provence, par de Rev, p. 28, etc. — 
Darras. Histoire de I'Eglise, t. XVII, p. 24. — De Mauleon, Merovin- 
giens et Carlo vingic7is y t. I, pp. 243, 244, etc. 

(4) Darras, op. rit., t. XVII, p. 29, etc. — Dareste, Histoire de 
France, t. I, p. 324, etc. 

(5) Invasions des Sarrasins en Provence, par de Rev, p. 29. 



— 387 — 

en Ravi&re eten Saxe, Charles Martel avait iix n6gliger le midi 
de la France qui s'6tait pea a peu d6tach6 de la couronne. 
Or, au lieu de procdder avec douceur pour rttablir son auto- 
rite, ce fut par la force des armes qu'il Pimplanta en Bourgo- 
gogne(l)en 799, par la ruse et la spoliation qu'il l'inaugura 
en Aquitaine, donl il s'empara en 735, k la mort d'Eudes, au 
detriment des fils de ce prince vaillant (2). Ce fut alors le tour 
de la Provence. En 736, il y arriva, donna des gouverneurs k 
Aries, Marseille, etc., croyant asseoir sa puissance de Lyon k 
lamer (3). 

Or, Mauronte, due de Marseille, gtabli par Charles Martel, 
aspira a l'indgpendance et, s'alliant aux Sarrasins de Septi- 
manie, ils les appela a son aide (4). Ceux-ci accoururent, 
s'empar&rent d'Arles en 737, marchfcrent sur Avignon, le pri- 
rent, y commirent d'affreux ravages, livrant tout au flam- 
mes, souillant les monasteres et les lieux saints, ravageant la 
contrge avoisinante : Cavaillon, Carpentras, Apt, Saint-Paul- 
Trois-Ghateaux (5) . Heureusement que Charles Martel accou- 

(1) De Mauleon, Me'rovingiens et Carlovingiens, t. 1, p. 247. — Inva- 
sions des Sarrasins en Provence, par de Rey, p. 32.— Fabre, Histoire 
dc Provence, t. I, p. 310. — Dareste, Histoire de France, t. I, p. 325. 
— Darras, Histoire de VEglise, t. XVII, p. 42. 

(2) Invasions des Sarrasins en Provence, par de Rey, p. 32. — De 
Mauleon, Me'rovingiens et Carlovingiens % p. 249. — Darras, Histoire 
tie VEglise, t. XVII, p. 45. — Dareste, Histoire de France^ t. I, 
p. 326. 

(3) Invasions des Sarrasins en Provence, par de Rey, p. 32. — 
Darras, Histoire de VEglise, t. XVII, p. 42; 11 cite FrGdegaire : « Usque 
Massiliensem urbem vel Arelatum suis judicibus constituit. i 

(4) Quel que soit le prttexte que Mauronte ait pu alleguer a cette epo- 
que pour attircr les Sarrasins en Provence, il est certain qu'il y eut de 
sa part une veritable et odieuse trabison contre sa foi et contre sa pa trie. 
Les uns disent qu'il fut soudoye par les fils d'Eudes, depossedes de 
1' Aquitaine par Charles Martel ; les autres qu'il voulut affranchir de la 
domination de Charles Martel une des possessions d'Eudes, car le do. 
rnaine d'Eudes s'etenda it jusque dans le terroir d'Arles (de Rey, Inva- 
sions des Sarrasins en Provence, p. 25); d'autres, enfln, qu'il voulut 
protester contre l'ambition de Charles Martel qui s'arrogeait le titre de 
prince des Francais (H. Rouche, Histoire de Provence, t. I, p. 700 ; 
de Mauleon, M&rovingiens et Carlovingiens, etc., t. I, p. 247). 

(5) Invasions des Sarrasins en Provence, par de Rey, p. 34. — 



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- 388 — 

rut de nouveau ; en 737 il mit le sifege devant Avignon, prit la 
ville, en passa la garnison sarrasine au fii de l'6p6e ; puis, 
courut en Septimanie, assteger Narbonne, batlit une armee 
de secours dans la valine de Corbiferes et remonta en Bavifere 
oil l'appelait une rebellion (1). 

C'est ce qui sauva Maaronte. A peine Charles Martel s'gtait 
61oign6 que les Sarrasins revinrent (838). Cette fois ils enva- 
"hissent Marseille, reprennent Aries, Avignon, oil ils s'Gtablisseu t 
de nouveau (2). Mais, la rgvolte pacifiGe en Bavifere, Charles 
retourne en Provence, en 739. Cette fois, afin de ne point 
laisserGchaper les envahisseurs, il fait alliance avec Luitprand. 
roi des Lombards, qui ferme le passage des Alpes ; puis il 
marche en avant, s'empare d' Avignon, parcourt la Provence, 
vient k Marseille, en chasse Man route, gcrase les Sarrasins au 
Cannet, dit la tradition. Poursuivis par le vainqueur impito- 
yable, ceux-ci se rtfugiferent dans les collines entre Hyferes et 
la rivtere de l'Argens, appel&depuis montagnes des Maures (3). 

Caches dans leurs sombres repaires, les bandits sortaient 
parfois pour pilleret saccager les villes et les villages voisins. 
Ce doit 6tre k cette 6poque, 739 ou 740, qu'ils ravagferent Tab- 
bayede L6rins, qu'ils ruinferent la ville de Nice (4). Mais, dfes 



H. Bouche, Histoire de Provence, t. I, p. 700. — De Mauleon, Mero- 
vingiens,t. I, p. 250. — Dareste, Histoire de France, t. I, p. 326. — 
Papon, Histoire de Provence, t. II, p. 76. — Darras, Histoire de 
VEglise, t. XVII, p. 47. — Fabre, Histoire de Provence, t. I, p. 312. 

(1) Invasions des Sarrasins en Provence, par de Rey, pp. 39, 40.— 
De Mauleon, Merovingiens, etc., p. 250. — Dareste. Histoire de France, 
t. I, p. 327.— Darras, Histoire de VEglise, t. XVII, pp. 49, 50.— Papon, 
Histoire de Provence, t. II, p. 79. — Fabre, Histoire de Provence, t. I, 
pp. 316, 317. — Ruffi, Histoire de Marseille, t. I, p. 49. 

(2) Invasions des Sarrasins en Provence, p. 43.— Darras, Histoire 
de VEglise, t, XVII, p. 59. — Fabre, Histoire de Provence, t. I, p. 317. 

— Ruffi, Histoire de Marseille, t. I, p. 49. 

(3) H. Bouche, Histoire de Provence, t. I, pp. 702, 703. — Invasions 
des Sarrasins en Provence, par de Rey, p. 43, etc. — Papon, Histoire 
de Provence, t II, p. 79. — Dareste, Histoire de France, t. I, p. 327. 

— Darras, Histoire de VEglise, t. XVII, p. 53. — Fabre, Histoire de 
Provence, t. I, p. 317. — De Mauleon, Merovingiens et Carlovingiens, 
t. I, p. 253. — Ruffi, Histoire de Marseille, 1. 1, pp. 49, 50. 

(4; De Rey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 51. 



- 389 — 

752, P6pin le Bref, ills de Charles Martel, pour se dGbarrasser 
de ces hordes sauvages, attaqua et prit Narbonne (1), et les 
chassa de la Septimanie (758). 

Le calme revint en ces contrGes. 0ccup6s en Espagne k des 
revolutions de palais et it leurs discordes, les Sarrasins ne firent 
plus d'invasions. Mais, au bout de quarante ans, en 798, ils 
recommencent leurs courses sur la mer, prennent et brulent 
Nice en 812 et Givita-Vecchia en 819 (2). Nouvelle pSriode 
de tranquillity. Charlemagne gouvernait la France, et, pour 
en finir avec leurs pirateries, it avail fait mettre le littoral 
en 6tat de defense. De fait, durant le rfcgne du grand empereur, 
ils ne purent rien tenter sur nos c6tes. 

Charlemagne 6tant mort, les Sarrasins reviennent. En 838, 
ils enlfevent les religieuses de Marseille ; en 842, ils pillent 
Aries; en 849, 850 ils dgvastent le littoral, saccagent une fois 
encore Aries, di&ruisent le tombeau de saint Cesaire ; en 869, 
ils remontent le Rh6ne et tuent l'archevfique d' Aries, Rotland, 
en Camargue (3). 

Jusqu*& cette heure cependant, ils n'avaient pu se fixer en 
Provence. Or, voici qu'en 885 ou 886 vingt Sarrasins d6bar- 
quent k Saint-Tropez, gagnent les montagnes des Maures, 
s'&ablissentau Fraxinet,appellent&euxdes ren forts d'Espagne, 
puis s'^lancent pour faire cette fois la conqufite en r&gle de la 
Provence (4) . D'abord tous les villages autour du Fraxinet sont 
d6truits. Les villes 6prouvent le m&ne sort. Fr6jus est incen- 
die vers 890 ; Antibes, Nice, Vence, Toulon, TaurcBntum, etc., 



(1) De Rey, op. cit., pp. 51, 60. — Dareste, Histoire de France, 1. 1, 
p. 339. — Fabre, Histoire de Provence, t. I, p. 319. — De Mauleon, 
op. cit., 278, t. I. — -BoucheH., Histoire de Provence, 1. 1, p. 720. 

(2) De Rey, op. cit., p. 80. — Papon, Histoire de Provence, t. II, 
p. 83. — Fabre, Histoire de Provence, t. I, p. 319. 

(3) Papon, Histoire de Provence, t. II, p. 84. — Fabre, Histoire de 
Pmvence, t. I, p. 344. — De Rey, Invasions des Sarrasins en Pro- 
vence, pp. 82, 83, etc. — Lalauziere, Abrege chronologique de ['Histoire 
d' Aries, pp. 96, 97. — H . Bouche, Histoire de Provence, t. I, p. 735. 

(4) H. Bouche, Histoire de Provence % 1. 1, p. 772. — Papon, Histoire 
de Provence, t. II, p. 146. — Fabre. A.. Histoire de Provence, t. I, 
p. 361. — Dareste, Histoire de France, t. I, p. 523.— De Rey, Invasions 
de* Sarrasins en Provence \ p. 95. 



- 390 — 

le sont k leur tour (1). Maitres de cetle partie des cfltes de la 
Provence, ils s'avancent vers l'intgrienr, cherchant k s'em- 
parer de la region des Alpes. Glandevfts, Senez, Riez, Ma- 
nosque, Apt en 896, Sisteron en 911, Embrun en 916 tombent 
entre leurs mains. Des montagnes, ils descendent dans la 
plaine, enserrent peu k peu Marseille dans un cercle de 
devastation. Ainsi ils dgtruisent Trets, Saint-Maximin, Aix, 
Saint-Zacharie et les autres locality envirdnnantes (2). En 
923, 924, en fin, ils sont k Marseille, qu'ils pillent et saccagent 
et dont ilsttetruisent la cath6drale (3).Toute la Provence leur 
appartient. 

Heureusement, le roi de Vienne, le due Hugues, les attaqua 
dans leurrepaire du Fraxinet ets'empara de ce chateau-fort 
en 942, avec l'aide de la flotte grecque. Mais il ne sut pas pro- 
titer de la victoire. Les Sarrasins reprirent leur citadelle 
et recommenc&rent leurs depredations (4). 

L'heure de la d£faite allait sonner cependant. Les barbares 
ayant arreHe dans les Alpes, charge de chalneset mis k la ran- 
con saint Mayeul, abb£ de Cluny, Guillaume, comte de Pro- 
vence, pour les punir de cette insulte, r^unit des troupes, 
parvint en 979 & s'emparer du Fraxinet, en massacra la gar- 
nison, fit d£molir les remparts et jeter en esclavage le petit 
nombre de Sarrasins echapp£s aux divers combats qui avaient 
pr£c6dG ce dernier fait d'armes (5). La Provence d£livr£e 
pouvait enfln respirer. 



(1) De Rey, Invasions des Sarrasins en Provence \ p. 101, etc. — 
Fabre A., Histoire de Provence \ t. I, p. 366. — Papon, Histoire de 
Provence, t. II, p. 146. 

(2) Invasions des Sarrasins en Provence, par de Rey, p. 107, etc. 

— Dareste, Histoire de Provence, t. I, p. 524. 

(3) Invasions des Sarrasins en Provence^ par de Rey, p. 121. 

(4) De Rey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 155. — H. Bou- 
che, Histoire de Provence, t. I, p. 742. — Fabre, Htstoire d* Pro- 
vence, t. I, p. 378. — Dareste, Histoire de France, t. I, p. 524. — 
Papon, Histoire de Provence* t. II, p. 145. 

(5) De Rey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 167, etc., 192, 
etc. — Dareste, Histoire de France, 1. 1, p. 524. — Papon, Histoire de 
Provence, t. II. p. 171.— H. Bouche, Histoire de Provence, 1. 1, p. 803. 

— Fabre, Histoire de Provence, t. II, p. 9. 



CHAPITRE IV 



Inscription de sainte Eus6bie 



Deuxidme question prejudicielle 



INSCRIPTION D'BUSEBJE. — LE TEXTE LAPIDAIRE CHEZ DIVERS AU- 
TEURS. — VRAI3 LECTURE DE CE TEXTE. — IL EST BIEN ^EPITAPHS 
D'UNE ABBBSSE, D'UNE MARTYRS. — QUI A COMPOSE CETTE INSCRIP- 
TION ? — QUAND L'A-T-ON COMPOSES ET GRAVEE? 

L'inscription placSe jadis sur le tombeau de la sainte pa- 
tronne de Montredon se voit actuellement au mus6e du Chd- 
teau Borely ; la voici : « Ici repose en paix la religieuse Eus6- 
bie, la grande servante du Seigneur, qui vgcut dans le sifecle 
quatorze ans ; puis, dfes le jour oil elle fut ,choisie par Dieu, 
passa cinquante ans dans le monast&re de Saint-Gyr. Elle 

mourut la veille des calendes d'octobre, indiction sixifeme. 

» 

J^ HIC REQVIESCET IN PA 

CE* EVSEBIA RELIGIOSA § 

MAGNA ANCELLA Dl QVI ^ 

IN SECVLO AB HENEVNTE 

ETATE SVA VIXIT 

SECOLARES ANNVS XIIII 

ET VBI A DO ELECTA EST 

IN MONASTERIO SCS CVRICI 

SERVIVET ANNVS QVINQVA 

GENTA RECESSET SVB DIE 

PRID KAL 3 OCTOBR fy IND 3 SEST* 

(Test Ik tout ce qui nous reste de sainte Eus6bie, avec le 
tombeau qui pendant des sifecles nous garda ses reliques. Cette 



— 392 - 

inscription nous I'avons donnge telle que nous la fournit un 
estampage en notre possession r exgcutg sur la pierre mfime de 
Tinscription (1). 

A l'aide de ce fac -simile, il va nous £tre facile de montrer 
les incorrections dont fourmillent les lecons que les auteurs 
ont donn^es de cette inscription . • 

M. Edmond Leblant offre & ses lecteurs un texte correct dans 
sonouvrage Les Inscriptions chritiennes de la Gaule, sauf une 
feuillede lierre qu'il omet apr&s ancella di qui, et un petit a 
aprte kal et ind. Dans la planche ou il a fait graver cette 6pi- 
taphe, le texte est fautif, il 6crit requiescit pour requiescet, 
et omet la feuille de lierre aprfes di qvi. 

Chez M. Penon le texte est exact, sauf un § aprfcs octobb, 
un s apr6s kal et ind, qui manquent (2). 

MM. Magloire Giraud, Andr6, Kothen, Verlaque, etc. (3), 
tout en ayant un texte cor rect, ont omis certains signes, tels 
que le trait abr6viatif sur prid, sur scs ; les feuilles ou cceurs 
regards comme signes de ponctuation en 6pigraphie ; un § 
apr6s octobr, une feuille aprfcs di qui Q^ . 

L'auteur des Saints de VEglise de Marseille a place une 
croix immissa f , au d6but de Tinscription, au lieu du mono- 
gramme J> que porte la pierre gravee (4). II a omis encore les 
traits abrGviatifs sur di, do, prid, scs, les feuilles et les cceurs 
apr&s religiosa, qui, octobr. 

Chez d'autres, le texte est souvent fautif, maladroitement 

(1) Nous devons cet estampage au regrette M. Augier, conservateur 
adjoint au musee du Chateau Borely. A 1'excellent et bienveillant 
M. Penon, directeur de ce meme mus6e, nous devons de pouvoir offrir 
a nos lecteurs une reproduction du tombeau de notre Sainte, executed 
par M. Rampal, photographe a l'lmprimerie Marseillaise, rue Sainte, 39. 

(2) Leblant Ed, Inscriptions chretiennes de la Gaule anterleures 
au VHP siecle, t. II, n a 545. — Penon, Catalogue raisonne des objets 
contenus dans le mus4e d'arche'ologie de Marseille , pp. 31, 32. 

(3) Magloire Giraud, Notice historique sur VEglise de Saint-Cyi* 
(Var) 9 p. 49. — Andre, Histoire de Vabbaye des religieuses de Saint- 
Sauveur, p. 6, planche II. — Kothen, Notice sur les cryptes de Vabbaye 
de Saint-Victor, p. 56, planche I.— L'abbe Verlaque, Notice sur sainte 
Eusebie, planche II et page 25. — Grinda, Monographic de Vattbaye 
deSaint-Victor-lez-Mar settle, n°344,ann. 1888. 

C4) Les Saints de VEglise de Marseille , p. 236. 



— 393 — 

complete (1). Le Dictionnaire <T6pigraphie omet le mono- 
gramme) les feuilles de ponctuation, les traits abreviatifs, ne 
suit pas l'ordre des lignes et complete le texte. 

La Gallia Christiana fait de m6me et traduit scs par sane- 
torum, 6crit passe pour pace, kald pour kal 9 . 

La Notice des monuments de Saint-Victor fourmille de 
fautes. Le moqogramme du Christ estremplacg par le mot de 
per, elle donue requiesset, passe, ancela, secullo, ellecta, 

SANCTORUM, KALL. 

Ruffi a moins d'incorrections. Mais il ne donne pas le mono- 
gramme en entier; on voit unJP au lieu de J^, requiescit pour 

REQU1ESCET, PASSE, DNI pOUr DI, SiECULO pOUr SECULO, DNO pOUr 

do, sanctorum, kald. Pas de signes d'abrSviatiori, ni de 
ponctuation, aucun ordre dans les lignes. 

Enfin, mil auteur, & Texception de M. Leblant, n'a fait 
mention d'un point grav6 entre pace et eusebia (2). On nous 
reprochera peut-6tre de nous arr&er k des vetilles. II n'y a pas 
de v6tilles quand il s'agit ^inscription . Les copies d'inscrip 
tion remplacent rarement le texte lui-m6me quand il est 
fidfclement reproduit (3), k fortiori quand il est imparfaite- 
ment donn6. Le moindre mot chang6 ou mal copi6 peut en- 
trainer k des erreurs. Notre inscription de sainte Eus6bie en 
est Texempie. 

Ouelques auteurs, entre autres Ruffi, la Notice, Mabillon, la 
Gallia traduisent . scs par sanctorum, et M. le chanoine 
Magnan par Sancti Cassiani, Sancti Cyrici (4). Or, sait-on 
bien que si c'Stait \k la version fiddle, nous aurions une preuve 

(1) Dictionnaire cVepigraphie chretienne, edit. Migne, t. I, col. 
880. — Gallia Christiana, t. I, col. 69?. — Notice des monuments con- 
serves dans Viglise de Saint-Victor, p. 17. — Ruffi, Histoire de Mar- 
seille, t. II, p. 128. 

(2) Ce point semble indiquer qu'un certain temps s'est ecoul6 entre la 
gravure du debut et celle du reste de ^inscription. On sait que les qua- 
dratarii, les lapicides ou graveurs descriptions avaient des marbres 
prepares a l'avance pour jrecevoir les epitaphes. (Martigny, Diction- 
naire des antiquites chr4tiennes, p. 219.) 

(3) Ed. Leblant, Manuel d'dpigraphie chretienne, p. 214. 

(4) Sainte Eusebie, notice publi6e par la Semtiine lituryique, ann£e 
1888, p. 732etsuiv. 



— 394 — 

tr&s forte en faveur du mart y re de sainte Eusgbie au VIII* 
Steele, ou tout au moins postgrieurement au VPsifccle. En 
597, en effet, le pape Gr6goire le Grand, 6crivant k l'abbesse 
Respecta, parle du monastgre que celle-ci gouverne et qui 
est : a in honorem sancti Cassiani » . Si Eus6bie a v6cu dans 
le monast&re « Sancti Cassiani, Sancti Cyrici », c'est done 
postgrieurement k 597 qu'Eus^bie est morte. Mais il n'en est 
rien, la version sanctorum ou Sancti Cassiani, Sancti Cy- 
rici est fautive: scs signifie Sanctus ou Sancti. 

Comment faut-il lire cette inscription ? Nous parlions lati- 
tat des coeurs, des feuilles qui etaient grav6s, sculpt& $k et Ik 
sur le marbre d'Eus6bie. Ces figures ne sont pas de simples 
ornements, mais, selon quelques auteurs, des signes de pone- 
tuation. Martigny, dans son Dictionnairedes antiquiUs chr6- 
tiennes (1), et M. Edmond Leblant, dans les Inscriptions chre- 
tiennes de la Gaule anUrieures au VHP si&cle, le disent en 
propres termes(2). Or, nous trouvons ces coeurs, ces feuilles de 
lierre places k la fin de la deuxi&me et de la troisi&me ligne. 
On pourrait dire que ce sont de simples ornements imagines 
par le sculpteur. 

Mais on peut croire aussi que ce sont des signes de ponc- 
tuation. Dans ce cas, le premier signe placg apr&s religiosa 
et sSparant ce mot de magna ancella domini jouerait le r6le 
d'une virgule, distinguant chacun des membres d'une Gnu- 
miration. Le second signe plac6 apres qui, pour qilb, n*est pas 
k sa place. C'est la suite d'une distraction du sculpteur ou 



(1) c Le premier signe de pone tuation, le plus repandu de tous dans 
l'epigraphie soit antique, soit chrelienne, est une sorte de -ooeur ou de 
feuille ^ , qu'on plagait apres chaque mot, chaque lettre, ou a la fin de 
chaque ligne. » (Dictionnaire cVantiquiUs chietiennes, p. 308.) 

(2) M. Leblant, citant l'inscriplion d'Expectatus, n° 631,ornee de ces 
ccfiurs, dit : « que les feuilles qui servent ici de marque de ponctuation 
deviennent des cceurs perces de fl6cb.es ». Puis, en note, il ajoute : « II 
s'agit ici de simples feuilles de lierre, comme nous l'apprend un marbre 
de Cirta (Alge>ie). » Et il donne le texte de ce marbre. (Leblant, Ins- 
criptions chrdtiennes, t. II, p. 501.) — Voir dans Leblant des inscrip- 
tions ornees de coBurs a chaque ligne, apres chaque mot, n°* 516, 543, 
511. — Voir dans de Rossi, t. I, Inscriptiones chrisliance urbis Ro- 
mce, des epitaphes ornees de coeurs et de feuilles : n M 661, 112, 442, 699. 



— 395 — 

l'effet de son ignorance. II aurait fallu poser ce signe aprfcs 
domini, c'est Evident. 

D'ou il suit que la vraie lecture de ce texte lapidaire serait : 
« Eusebia religiosa, magna ancella Domini, qui, etc. » et non 
pas « Eusebia religiosa magna, ancella Domini. » C'est un 
petit detail qui a son importance I 

Gependant, comme il n'est pas absolument stir que ces 
(euilles ou ces coeurs soient grav6s ici comme signes de 
ponctuation, puisque le lapidaire n'en a pas mis partout oh 
il aurait dti en mettre, nous ne chicanerons pas ceux qui 
voudraient lire : a Eusebia religiosa magna, ancella Domini ». 

Pour qui a 6t6 compos6e cette inscription ? Pour une 
abbesse, pour une martyre. Certains auteurs, entre autres 
MM. Magloire Giraud et Andr6, affirment le contraire. 

M. Magloire Giraud, dans sa Notice historique sur Saint- 
Cyr(Var)([), apr&s avoir rappete la tradition de Marseille 
au sujet de notre sainte EusSbie, suppose qu'il y a eu k Saint- 
Cyr (Var) un monastfere de religieuses, dont Eus6bie faisait 
partie. Gest de cette religieuse que serait Inscription. « L'ab- 
sence, dit-il, de tout attribut symbolique du martyre sur 
cette mtaie inscription, l'omission des mots « abbatissa » ou 
« praefuit », ou de tout autre, pour constater que celte sainte 
gtait & la't£te d'une communautg religieuse, la simple quali- 
fication de « religieuse » sembleraient prouver que celle dont 
les dgpouilles prScieuses furent enferm^es dans ce tombeau ne 
fut ni martyre ni abbesse, mais seulement une personnne 
consacrte i Dieu, d'une haute ptete et d'un mGrite 6minent : 
c magna ancella Domini » . Si elle etit souffert le martyre, et 
surtout le glorieux martyre qui a illustrS celle dont nous 
c616brons la fete le 1 1 octobre, Tinscription porterait quelques 
signes symboliques pour I'attester, ne ftit-ce que la palme ; 
de m6me, si elle avait eu sous sa direction plusieurs reli- 
gieuses, il en serait fait mention Le mot a recessit », au 

lieu du mot « occubuit », porte k croire qu'une mort ordinaire 
mit fin & ses jours, et la designation du lieu ou elle s 'end or- 

(1) M. Magloire Giraud, op. ct*., pp. 17, 50. 



— 396 — 

mit dans le Seigneur est un indice certain que son corps f ut 
transports d*un monast&re dans un autre. » 

M. Andr6a6crit: « qu'il ne paralt pas vraisemblable que 
cette inscription ait 6t6 gravee en memoire d'une abbesse et 
d'une martyre. La religieuse dont il est ici question n'est 
qualifige que de grande servante du Seigneur : « magna ancella 
Domini»; le titre d'abbesse et celui de martyre ne lui sont 
point donngs, Bien plus, l'inscription fait soupconner que 
cette religieuse v6cut et termina tranquillement sa vie dans le 
cloltre, ce qui ne peut s'attribuer k sainte Eus6bie, vierge et 
martyre. . . (1). » 

Nous osons soutenir, contre MM. Magloire Giraud et Andrg» 
que c'est bien £Our une abbesse d'abord que cette incription 
a et6 redigge. 

Que signifient les termes « religiosa magna » oua magna 
ancella Domini » ? Gregoire de Tours, voulant parler d'un 
6v6que de Langres, Tappelle « magnus Dei sacerdos (2). » 
Dans la liturgie on salue un 6v6que par 1'antienne Ecce sacerdos 
magnus (3) ou bien on lui applique les paroles del'Eccl&iasti- 
que : « Sacerdos magnus qui in vitAsuffulsit domum, etc. (4). » 
Or, est-ce que le « religiosa magna o ou a magna ancella Do- 
mini » ne nous fournit pas I'gquivalent de « magnus sacer- 
dos » et ne traduirait-on pas actuellement par abbesse les 
mots : grande religieuse, grande servante du Seigneur, corame 
on traduit par le mot 6v6que Texpression de Gregoire de Tours 
ou celle de la liturgie(5). H&tons-nous de dire que cette opinion 
est partagge par la plupart des auteur3 : la Gallia christiania, 
de Ghantelou, les deux Rufli, Mabillon, Kothen, M. le chanoine 



(1) Andre, Histoiredes Religieuses de Saint-Sauveur> p. 10. 

(2) Gregoire de Tours, Histoire de France^ 1. 3, c. 19. 

(3) 1" antienne des laudes de l'oftice des Confesseurs Pontiles. 

(4) Missale romanum, 16te de saint Liguori, 2 aout, communion. — 
Gf. Leblant, Inscriptions chreliennes, n° 509, l'gpitaphe de Goncordius et, 
n° 595, celle de Faustin, tous deux eveques et appel£s « sacerdos ». 

(5) M. Leblant donne une inscription de Vienne, n° 699, ou il s'agit 
d'une Meria ou Maria, appel£e « religiosa.... ma », qu'il traduit par 
« maxima i>. 



— 897 — 

Magnan, l'abb6 Verlaque, Edmond Leblant, de Key, Grinda, 
etc. (1). 

Nous ajoutons qu'il s'agit, dans notre inscription, d'une 
martyre. 

M. de Rey a semblS vouloir excuser l'absence de la mention 
du martyre, quand il a Gcrit : a Au moment ou les Sarrasins 
faisaient tant de victimes, oil chaque jour ils immolaient sans 
pitie hommes, femmes, enfants, moines et prfitres, on consi- 
dera la mort des dames Gassiauites comme un des gv&nements 
douloureux de la guerre, mais non pas comme un martyre, et 
on cm tf aire assez en appelant EusSbie une servante du Sei- 
gneur: « magna ancella Domini (2) ». Gette observation est 
parfaitement juste, a notre avis. II faut aller bien avant dans 
les sifecles pour trouver un document qui appelle martyres les 
vierges de THuveaune. Sans doute on d6cerna un certain culte 
k leur in 6 mo ire, et dfes les temps les plus recutes leurs reli- 
ques furent placfes prfes de l'autel des cryptes. Mais on ne 
les regardait pas pr£cis6ment comme martyres, puisque on 
disait k Ysarne, en lui montrant cette sepulture : « Ibi seor- 
sum turba sacrarum virginum quiescit ( Lk repose la troupe 
des vierges sacrges). » 

A notre avis cependant on trouve dans ['inscription une 
certaine mention du martyre. 

D'abord, au-dessous de l'inscription on voit deux colombes 
affronttes buvant k un vase. M. Leblant dit que ce sont deux 
paons, parcequ'ils ont la queue un peu &argie (3). G'est possi- 
ble. Mais on peut y voir aussi des colombes. La h&teavec 
laquelle ce dessin et cette inscription furent faitsexplique le 
peu de fini que Ton y d&ouvre. On voulait indiquer par ces 
emblftmes la .fragility de la vie, la d61ivrance de I'dme, l'in- 
nocence qui rfegne dans les coeurs purs (4). Mais quelquefois 

(1 ) Tons ces auteurs. en effet, nous le verrons bientdt, accordent la 
dlgnite d'abbesse a I'Eusebie dont parle l'inscriptloo. 

(2) G. de Rey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 144. — Les 
Saints de I'Eglise de Marseille t sainte Eusebie, p. 234. 

(3) Ed. Leblant, Inscriptions chretiennes de la Gaule, ant&rieures 
au VIII* siecle, t. II, p. 301. 

(4) G. de Rey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 143. -^ 

26 



- 398 — 

aussi les colombes soot Femblfemedu martyre, comme on le 
montre pour sainte Agnfcs (1). II s'agit done ici bien probable* 
ment d'une roartyre. 

II y a plus. Ces mots « religiosa » et « ancella » font double 
emploi. Tous deux signifient ordinairement la mdme chose. 
Or, prdcis6ment parce que le rSdacteur de l'gpitaphe les a 
dcrits tous deux, nous devinons que, danssa pensde, il veut 
dire autre chose que religieuse, abbesse. Pour designer ce 
tit re, « religiosa magna » ou « magna ancella Domini » 
auraient suffi, k la rigueur. Mais il y a les trois mots, il y a 
redondance. Forc6ment ces mots ont une signification cach6e - 

Sera-ce parce qu'elle a quitt£ le monde k quatorze ans et 
qu'elle en a v6cu cinquante dans le cloitre, qu'Eusgbie est 
appetee la grande servante du Seigneur ? Un si grand nombre 
d'annees pass£es au service de Dieu est quelque chose de bien 
beau, mais que d'&mes g&iSreuses de son temps l'avaient imi- 
t^e en ce point 1 Tillisiola, une autre abbesse, agouvern6 le 
m&ne monaster©, en quality d'abbesse, dnrant quarante 
ans (2). A-t-on voulu dire simplement qu'Eus6bie fut abbesse? 
On aurait pris un autre tour de phrase. Ainsi, dans ttnscrip- 
tion de Tillisiola, on se sert du mot « praefuit » pour indiquer 
cette dignity. Ici on emploie des termes a la fois plus simples 
et plus compliqu6s. Done il ftfut donner a ce mot un sens 
particulier. Pour nous le rGdacteur de cette inscription a voulu 
dire en termes couverts qu'Eus6bie 6tait morte d'une mantere 
plus qu'ordinaire. A-t-il eu l'id6e de la regarder comme 
martyre, quoiqu'il ne lui donne pas cette appellation? Nous 
ne savons. Mais l'h&oltsme de notre sainte abbesse est par fai te- 
rn en t mentionn6 1 

Martigny. Dictionnaire des Antiquites chrdtiennes, au mot Colombe 9 
p. 163. 

(1) Martigny, op. ciU, v. Colombe, p. 163.D'ailleurs,. les paonssur les 
incriptions funeraires symbolisent rincornlptibilit6 de Tame, la resur- 
rection a une vie me il leu re, apres cette vie de souffrances et de peches — 
Martigny, Dictionnaire des Antiquitis chrttiennes, p. 500. — Inscrip- 
tions chre , tiennes % t. I. p. 136. — Caumont, Abe'ce'daire d'ArchMogie, 
p. 47. 

(2) Virgo virgtnibus sacris quadraginta prcefuit annis. Voir cette 
inscription plus loin dans cet ouvrage. 



— 399 - 

Qui a compost cette inscription ? M. I'abb6 Verlaque pense 
que c'est peut-6tre 1'evSque de Marseille on l'abbS de Saint- 
Victor(l). M. Magloire Giraud a 6crit qu'un « lapicide de 
campagne pea fomilier avec l'orthographe latine aura grav6 
k la hate 1'gpitaphe en termes barbares (2). Graver une 6pita- 
phe n'est pas la composer, c'est vrai. Mais d'apr&s son con teste, 
M. Magloire semblerait croire que c'est bien ce lapicide qui 
l'aurait compose. 

Ce qui n'a rien d^tonnant, d'ailleurs. II y avait des gens 
dont la profession 6tait de rgdiger et de gpaver tout k la fois 
les inscriptions (3) et, comme cen'6taient pas des grammai- 
riens consommes, leurs ^lucubrations gpigraphiques n'6taient 
pas des chefs-d'oeuvre. Mais il arrivait aussi que l'auteur 
d'une gpitaphe la confiait k un sculpteur pour la graver sur la 
pierre(4). On peut done supposer qu'il y a eu pournotre 
document un r6dacteur et un sculpteur. Le sculpteur a pu 
6tre un lapicide de campagne. 

Mais le r6dacteur ? Nous croyons que c'a 6t6 un moine de 
Saint-Victor, un pr&re fort au courant des faits et gestes de la 
sainte abbesse martyre. Avec M. Grinda, en effet, nous remar- 
quons que cette inscription a donne des details sur l'dge d'Eu- 
sebie, & son entree dans le cloitre, le temps qu'elle y v6cut, le 
jour, le mois, l'ann£e de sa mort. EJle fait mention de sa qua- 
lity d'abbesse « religiosa magna » ou « magna ancella Domini »; 



(1) Notice sur sainte Eustbie, par M. Tabb6 Verlaque, p. 26. 

(2) Magloire Giraud, Notice sur Saint-Cyr, p. 16. 

(3) II existait ce que l'on appelait des quadratarii, lapicides ou gra- 
veurs de profession, qui tenaient en reserve des marbres prepares a 
recevoir une inscription. Deja mdme la majeure partie de cette epitaphe 
6tait gravee, il n'y avait plus qu'a y ajouter le nom du deJ unt, Tannee, 
le jour de la mort. Ges ouvriers se servaient de formula! res. Mais ils 
n'etaient bien sou vent ni forts graveurs, ni forts savants. C'est ce qui 
explique les fautes de syntaxe et d'orthographe que Ton trouve sur les 
marbres. (Leblant, Inscriptions etiretiennes, t. I, p. 491 ; t. II, pp. 
18, 187. — Martigny, Dictionnaire d'Antiquites chretiennes, pp. 219, 

319,314,311.) 

(4) Fortunatus, ayant compose une gpitaphe, ecrivait : « Veillez a ce 
que le lapicide grave sans faute sur le marbre cette inscription. 9 
Leblant, Inscriptions chretiennes f t. II, p. 188. 



— 400 — 

de sa piet£ ; rieu n'y manque (1). » Or, ces details tons ne 
les connaissaient pas. II n'y a gufcre qu'un moine, qu'un 
prgtre, attache peut-6tre k l'abbaye cassianite, qui ail pu les 
savoir. 

Nous ajoutons que les termes dont on se sert dans la redac- 
tion decette inscription nous d&iotent un esprit familiarise 
avec les choses ecciesiastiques. Appeler une abbesse a reli- 
giosa magna » ou « magna ancella Domini », c'est se montrer 
au co u rant de la liturgie qui, nous l'avons dit tant6t, salue les 
6v&juesder2?cce sacerdos mag n us ; au courant des lettres 
humaines : Qregoire de Tours appelle un 6v6que de Langres 
« magnus sacerdos » ; au courant un peu de l'£pigraphie : 
dans les gpitaphes on appelle aussi les 6veques a sacerdos o 
et les abbesses « religiosa maxima ». Mentionner la vocation 
d'Eusebie 41a viereligieuse par les termes « ubi a Domino 
electa est », c'est encore parler un langage ecclesiastique. 
Aux yeux de TEglise, la vocation c'est I'appel, lechoix de Dieu ; 
c'est rappeler le « virgo electus k Domino », titre donn6 par 
TEglise au disciple bien-aime, saint Jean l'Evanggliste (2). 
Distinguer par les mots « annos secolares » le temps passe 
dans le monde, de celui qu'Eusdbie passa dans le monastgre, 
c'est montrer encore l'estime que Ton a de la vie religieuse, 
et ce certain meprisou dedain que toute Ame appelle par Dieu 
k le servir uniquement, professe k l'endroit des choses de la 
terre. Or, cet esprit familiarise avec le langage, les coutumes, 
les idees de TEgltse, ne peut etre qu'un moine, qu'un 
pretre. 

Quand esl-ce que Ton a compose et grave cette epitaphe? 
Nous avons entendu M. Magloire Giraud dire que le lapicide 
I'avait gravee k la hate. SI. Tabb6 Verlaque, au contrail^ 
croitque cette inscription a etegravee bien des ann6es aprfes 
le martyre de cette vierge et pour en perpetuer le souvenir (3)* 
II y a exageration des deux cfltes. « II suffit de lire ce texte, 



(1) Monof/raphie sur l'abbaye de Saint- Victor lez Marseille, dans 
YEclio de Xotrc-Dame de la Garde, aunee 1888, n # 344, p. 590. 

(2) Office dece saint, 27 (16oembre, l cf reponsdu 1" nocturne. 

(3) M. 1'abbe Verlaque, op. cit. t p. 27. 



— 401 — 

6crit M. Grinda, pour voir qu'il n'a pas 6U5 fait dans le style 
laconique et bref des 6pitaphes gravies h la h&te... II est 
Evident que les details qu'il fournit ne laissent pas deviner la 
pr6cipitation (1). » 

(Test vrai. La catastrophe da massacre des vierges de l'Hu- 
veaune, de Tincendie, du pillage du monastfere 6tant connue, 
et elle le fut bien vite, les mauvaises nouvelles se propageant 
plus rapidement que les bonnes, on s'occupa de transporter dans 
le plus grand secret les corps des saintes heroines. Or, elles 
gtaient au nombre de quarante, sans compter Tabbesse; il y a 
assez loin de l'Huveaune h Saint-Victor ; il fallait 6viter de 
dormer, l'6veil aux barbares qui couraient la campagne. On dut 
employer et plusieurs voyages et plusieurs nuits k celte ope- 
ration de Iransfert. On eut done plusieurs jours pour compo- 
ser et graver cette fipitaphe. L'ensevelissement termini, l'ins- 
cription etait achev£e aussi, et on put la placer k l'eodroit 
precis oil le corps d'Eus£bie, facile & reconnaltre en rgalitg 
par les insignes de sa dignity avait 6t6 d£pos£. 



(1) M. Grinda, Monographie sur Vabbaye de Saint-Wictor Uz Mar- 
seille,' dans VEcho de Notre-Dame de la Garde, n* 344, p. 590. 



CHAPITRE V 
Inscription de sainte Eusebie 

(Suite) 



CBTTB INSCRIPTION A ET£ GRAVES POUR SAINTE EU6EBIK DE MAR. 
SEILLE. — TEMOIQNAOES DES AUTBURS ANC1ENS BT MODERNES. — 
OU SB TROU VAIT PLACES CBTTB INSCRIPTION 1 — DU XIV* SIECLE A 
L'ePOQUB DB LA REVOLUTION, 8URLB TOMBBAU D'BUSEBIB. — AVANT 
LB XIV* 8IECLB BT DBPUIS LA MORT D'BU8BBJE t SUR SON CORPS, 
SOUS LE SOL. 



Pour quelle Eus6bie maintenant a 616 r6dig6e cette inscrip- 
tion ? Est-ce en r£alit6 pour celle que nous honorons k Mar- 
seille et dont nous 6crivons, ou pour une autre Eus6bie k 
nousinconnue? 

G'est bien de notre sainte Eusebie qu'il s'agit dans cette 
inscription. Voici ie tgmoignage des auteurs. 

Louis Ruffi, donnant le fac-siraiie du tombeau de notre 
sainte ainsi que Inscription, 6crit : « Le tombeau d'Eus£bie, 
abbesse du monast&re de Saint-Quirice, fonde par saint Cas- 
sien. Cette abbesse se coupa le nez pour conserver sa virginity 
et s>mp6cher d'etre violSe par les infidfeles qui ravagerent ce 
monasl&re. Voici son Gpitaphe dont la construction mons- 
trueuse t6moignebien ce que' nous avons dit ci-dessus et fait 
voir Tignorance du Steele ou du sculpteur (1). » 

Mabillon est du mgme sentiment dans les Annates ordinis 
Sancti Benedict!. Aprfes avoir racontG le genre de martyre de 
notre sainte, il ajoute : « II y a dans le monastfere de Saint- 

(1) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 128. — M. de Ruffi (le pere) 
avait dit de mSme, dans son Histoire de Marseille, p. 386 : « De pins 
l'inscription de J 'abbesse Eusebie qui est dans l'eglise. i«ferieure...»; p. 
406 : « Tombeau de sainte Eusebie qui, pour s'empecher d'etreviolee par 
les infideles... Voici son epitaphe. .. » 



— 403 — 

Victor le tombeau d'Eus6bie, sur liquet on a plac6 l'image de 
cette heroine : le visage et le nez de cetle statue sont m utiles ; 
il y a aussi cette 6 pi tap he, pr£c6d6e du monogramme du 
Christ et r6dig£e en un style bien n6glig6. » Et Mabillon donne 
de Tinscription la legon que nous avons cit6e plus haut. Dans 
les Acta sanctorum ordinis Sancti Benedicti % le m6me au- 
teur ecrit : a II nous plait de parler ici de deux 6pitaphes qui 
se trouvent k Marseille, dans le monastfere de Sainl-Victor* 
Tune de sainte Eus6bie, abbesse d'un monaslfere de Saint- 
Cyr fond6 par Cassien. De peur d'etre Pobjet de la brutality 
des Sarrasins, elle se coupa le nez avec quarante compa- 
res (1). » 

Dom Ghantelou terit aussi dans ses ouvrages : « On voit 
le tombeau d'Eusgbie, abbesse du monaslfere de Saint-Cyr, 
fond6 par Cassien, laquelle se mutilate visage.. . C'est une 
tradition que continue l'image de cette vierge hgroYque 
representee sur ce tombeau la face mutilfe et le visage 
coupe (2). » 

Dans la Notice des Monuments conserves d Saint- Victor : 
* On lit sur une pierre s£pulcrale, incrust6e au-dessusdu tom- 
beau, l'gpitaphe suivante... » L'auteur de cette brochure 
vient de parler des reliques d'Eus6bie, abbesse de Saint Gyr, 
et il cite k la suite Tinscription (3). 

La Gallia Christiana^ donnant la liste des abbesses de 
Saint-Sauveur, nomme Respecta et k la suite Eusgbie. Elle 
dit que cette Eus&rie gouverna ce monastfere et qu'elle se mu- 
tila le visage, atin d'6chapper k la lubricity des barbares. 
Puis elle donne V c epitaphium Eusebiae (4) 9. 

(1) Mabillon, Annates ordinis Sancti Benedict i : t Exstat in 8ancti 
Victoria monasteries Eusebiae tumulus cut imposita hujus heroin© effi- 
gies, dimidia facie et naso mutila, cum hoc epitaphio. ..»; Acta SS, 
ordinis Sancti Benedicti : « Lubet hoc loco subjicere epitaphia duo, 
quse Massili© exstant in Sancti Victoris monasterio, unura Kusebiae 
abbatisss.. » 

(2) Chan telou,cit6 par Edm. Leblant, Inscriptions chre'tiennes 9 t. II. 
n*545, p. 301 : t heroin© effigies .. . supra turn ui urn posit a cum epigra- 
phe. » 

(3) Notice sur les Monuments, etc., p. 17. 

(4) c Huic coenobio prsefuit per aliquot annos sancta Eusebia, quae cum 



— 404 — 

Ajoutons k ces auteurs M fr de Belsunce. Dans son ouvrage : 
Antiquity de VEglise de Marseille, il ne cite pas Tinscrip- 
tion d'Eus6bie, quoiqu'il parle de son tombeau. Mais un de- 
tail qu'il donne sur notre sainte prouve qu'il connaissait ce 
monument lapidaire et qu'il le regardait comme T6pitaphe 
de notre Eus6bie : a Le monastfere de sainte Eus6bie, dit-il, 
qui portait alors le nom de Saint-Cyricius ou Cdris. . . (1). » 
G'est bien la traduction de : a in monasterio Sancti Cirici » de 
Tinscription. 

Nous pouvons &6jk le dire, pour les auteurs du dernier 
sifecle Tinscription qui nous occupe est bien celle de notre 
sainte Eusgbie. 

Lesmodernes expriment la m&me opinion. 

L'abbG Faillon 6crit: a Dans Tinscription de sainte Eusgbie 
qui souffrit le martyre par la main des barbares, on lit ces 
paroles:... set Tabb6 Faillon donne une partie de l'6pi* 
taphe(2). 

Les Mtmoires de la Sociiti arch&ologique du Midi, k la 
suite du texte de Tinscription, ajoutent : « Cette gpitaphe 
d'Eusgbie avait 6t6 fix6e sur un sarcophage, mais gravSe sur 
une pierre s6par6e. . . Eus6bie 6lait abbesse du monastfere des 
religieuses sous le titre de Saint-Quirice, fondg par Cassien. 
La Iggende rapporte qu'eile se coupa le nez pour conserver sa 
virginity et s'empGcher d'etre viol6e par les barbares qui rava- 
gfcrent la Provence k la fin du IX* stecle (3).» 

Le Dictionnaire d'Epigraphie de Migne emprunte k ces 
M6 moires de la Soctete archiologique du Midi Tinscription 
d'Eusgbie et cite le texte des Mimoires (4). C'est toujours de 
T6pitaphede notre Eusgbie, abbesse, qu'il s'agit. 

Heinaud, dans les Invasions des Sarrasins en Provence, 
parlant du marlyre de sainte Eus6bie de Marseille, dit en 



praedones seu barbari. . . Epitaphium Eusebiae. » Gallia Christiana, t. I**, 
col. 697.— Gallia Christiana, t. I", col. 697 

(1) M" de Belsunce, Antiquity de VEglise de Marseille^. I*, p. 290. 

(2) Faillon, Monuments inidits sur Vapostolat de sainte Marie- 
Madeleine, t. I #r , col. 777. 

(3) Mimoires de la Soci&H archiologique du Midi, t. II, p. 213. 

(4) Dictionnaire d'Epigraphie chretienne, t. !•% col. 880. 



— 405 — 

note : « Une inscription relative k sainte Eusgbie existe en- 
core & Marseille, mais elle ne porte pas de date (1). » 

Pour Tabb6 Verlaque encore Inscription d'Eus£bie est 
bien celle de notre sainte de Marseille. Aprfcs avoir racontg le 
martyre, tel que nous le connaissons, il aj outer « II nous 
reste k mentionner l'Gpitaphe de cette sainte », et il la donne 
en faisant remarquer que la redaction en est barbare, que la 
datene correspond pas k l'gpoque assignee ordinairement k cet 
gvdnement, et qu'elle ne fait pas mention du genre de mar tyre 
subi par notre sainte (2). 

Kothen est aussi precis qu'on peut l'dtre sur ce point. II 
traite du supplice qu'Eus£bie a endurg, de l'Gpoque, des 
auteurs du martyre, du tombeau de la sainte, puis, il dit : 
« L'gpitaphe de cette sainte 6tait plac6e sur le tombeau. Elle 
se voit aussi au muste. En voici le texte », et le texte suit (3). 

M. de Rey, dans les Invasions des Sarrasins en France 
et dans la Notice sur Sainte Eustbie ins6r6e dans les Saints 
de VEglise de Marseille, regarde cette inscription comme 
celle de notre sainte Eus&bie. II prend m&no la defense de 
cette opinion contre les auteurs qui ne l'acceptent pas (4). 

M. le chanoine Magnan, citant cette inscription dans les 
quelques page3 publics dans la Semaine liturgique de Mar- 
settle, gcrivait (5) : a Quand la paix eut 6t6 rendue aux Chre- 
tiens, on s*empressa de recueillir les ossements d'Eus^bie et de 
ses compagnes. Un tombeau magnifique refut ces pr£cieuses 
reliques. Elles furent v£n6r£es de tous les Chretiens dans le 
sou terrain de Saint-Victor, auprfes de Tautel principal. Sur le 
tombeau fat placge une pierre qui portait une inscription 
touchante et empreinte de la naivete de ces sifecles de foi. La 
voici en en tier.... (Suit I 9 inscription). .. . C'est I'unique 
monument qui rappelle aux generations le d£vouement 
d*Eus6bie. » 



(1) Reinaud, Invasions des Sarrasins en France, p. 137. 

(2) L'abb6 Verlaque, Notice sur sainte Eusibie, p. 25. 

(3) Kothen, Notice sur les cryptes, p. 55. 

(4) G. de Rey, Invasions des Sarrasins en Provence, p. 142. — Les 
Saints de VEglise de Marseille, p. 237. * 

(5) Semaine liturgique de Marseille, ann£e 1868, t. VII, p. 737. 



— 406 — 

M. Leblant, dans ses Inscriptions chrUiennes de la Gattle, 
anttrieures au VIJFsi&cle, aprfes avoir donng le texte lapi- 
daire, 6crit : « La r6l6brit6 de cette inscription vient surtout 
d'une croyance populaire. Lors d'une descente des Sarrasins, 
rapporte une vieille tradition, sainte Eus&rie, abbesse d'ua 
couventde Marseille, et ses quarante compagnes, se mutilfc- 
rent le nez pour 6chapper k la brutalitd des barbares. On les 
nomme, dans le pays, les Des nazz ados. Le corps d'Eus6bie 
avait 6te d6pos6 dans un beau sarcophage antique. . . f 1) » 

M. Leblant, il est vrai, ne dit pas en propres termes que 
cette inscription est de notre sainte Eus£bie, du moins il 
constate I'exislence d'une tradition populaire en faveur de 
cette id6e (2). 

Beaucoup d'auteurs done regardent l'inscription d'Eus6bie 
comme F6pitaphe de notre sainte marseillaise. 

Ob se trouvait plac6e cette inscription? Avant la Revolution 
elle 6tait fix6e au-dessns d'un sarcophage qui renfermait les 
reliques de notre sainte Eus6bie, dans les souterains de Saint- 
Victor (3). 

Nous avons cite tantGt la Notice des monuments conserves 
dans l 9 4ff Use noble de Saint-Victor d Marseille : # On lit sur 
une pierre s£pulcrale inscrustee au-dessus du torn beau fde 
sainte EusGbie) l'6pitaphe suivante, qui fait juger facilement 
la monstrueuse ignorance du temps auquel elle a 6t6 faite » . 
(Suit rinscription.) Impossible de se mSprendre. 

D'ailleurs, il est tellement certain qu'avant la Revolution 
cemarbrese Voyait sur le tombeau de sainte Eus£bie, que 
la plupart des auteurs modernes l'ont cru et Font Scrit. On a 

(1) Leblant, Inscriptions chrctiennes de la Gaule, anterieures au 
VIlI*siecle y t. II, p. 301. 

(2) Notice sur les monuments, etc., p. 17. 

(3) Andre, Histoire religieuse de Vahhaye de Saint- Sauveur, p. 10. 
— De Rey, Les Saijits de VEglise de Marseille, sainte Eusebie, p. 236. — 
M. Grinda. « Nous pensons que e'est lui iDynamius) qui oflfrit le beau 
sarcophage de marbre dans lequel etaient conservees les reliques de 
sainte Eusebie et qui fut plac6 dans les cryptes de Saint-Victor, au- 
dessous de Vepitaphe du V* sidcle. » Monographie, etc., dans YEcJio de 
N.-D. de la Garde, n* 345, p. 606. 



— 407 — 

cite plu9 haut les Mimoires de la SoctiM arch&ologique du 
Midi, Kothen, M. le chanoine Magnan. Ajoutons k cette liste : 
Andr6, M. de Rey et M. Grinda. 

Depuis quelle <5poque cette inscription se trouvait sur le 
tombeau de sainte Eus6bie, k Saint- Victor? 

A la fin du XVII? Steele elle y 6tait, puisque la Notice cit6e 
ci-dessus l'affirme. 

Au milieu de ce sifccle, elle y 6tait. Agneau, dans son 
Calendrier spirituel de la mile de Marseille, 6dite en 1759, 
nous apprend que « dans la seconde nef del*6glise inf6rieure& 
Saint- Victoron trouve un tombeau en marbre blanc reufermant 
les reliques de sainte Eus^bie, etc* Or, Agneau ne pouvait con- 
naitre ce fait qu'en lisant une inscription, au-deseus de ce 
sarcophage. Quoiqu'il ne parle pas de ce document, ilest 
Evident qu'il Ta sous les yeux. 

Elle y 6tait en 1747, date de l'impression du premier volu- 
me de VAntiquiU de VEglise de Marseille par M |r de Bel- 
sunce. Get auteur ne cite pas cette inscriptiou encore. Pour- 
quoi, c'est difficile k expliquer. Mais il la voit sur le tombeau, 
puisqu'il s'en sert pour affirmer que sainte Eus6bie 6tait 
abbesse du monast&re de Saint-Cyr, detail que Ton ne connait 
que par cette pierre funGraire. 

Elle y gtaiten 1734. On lit, en effet, dans les Acta Sancto- 
rum ordinis S. Benedict^ de Mabillon : % Duo epitaphia quae 
Massilioe exstant in monasteries Sancti Victoris... uiium 
Eusebiae abbatissae, quae, etc. Quam loci traditionem confir- 
mat. . . heroinae effigies. . . tumulo imposita cum hdc epigra- 
phe... (Suit Tinscription). » 

Elle y gtait, enfln, au d6but de ce Steele, en 1704. Mabillon 
gcrivait dans les Annates ordinis Sancti Benedicti: « Exstal 
in Sancti Victoris monasterio Eusebise tumulus, cui imposita 
est ejusdem heroinse effigies... cum hoc epitaph io... » 
Durant le XVIII" siecle done inscription a 6tg sur le tombeau 
de sainte EusSbie, k Saint-Victor. 

II en a 6t6de nteme au XVII - . Nous avons lu tant6t ceque 
Louis- An toinede Huffi mentionnait dans son Histoire de Mar- 
seille, imprintee en 1696. Aprfes avoir parte du tombeau de 
sainte Eus6bie, abbessedu monastferede Saint- Quirice,ilajoute: 



— 408 — 

a Voicison fepitaphe, etc. . . » Vers le milieu du sifecle, Dom 
Ghantelou portait le rafeme detail : « Tumulus sanctaeEusebiae, 
abbatissa* monasterii Sancti Quiricii. . . Quam traditionem con- 
firmat generosaeillius heroin® effigies... supra tumulum posita 
cum epigraphe...» A peu pres k cette 6poque,en 1642, paraissait 
la premifere Edition de YHistoire de Marseille, par Antoine 
de Ruffi, et dans cet ouvrage nous lisons : « Tombeau de sainte 
Eusfebie. . . qui, pour s'empfecher d'fetre violfee par les infideles, 
se coupa le nez . . . Cette tradition se trouve confirmee par cette 
figure de femme que nous voyons en relief sur le tombeau 
et qui ale nez coupfe. Voici son gpitaphe... » II est Evident 
que ces auteurs voyaient I'inscription sur le tombeau de cette 
sainte. Sinon ils auraient parlfe differemment. Au XVII" sifecle 
done, elle y 6tait. 

Peu importe que Guesnay, qui lisait en 1652 l'inscription 
de Tillisiola sur sa tombe, n'ait pas apercu celle d'Eusfebie 
qui se trouvait k quelques mfetres de distance. Ses con tempo- 
rains, les deux Ruffi, D. Ghantelou, Tont vue et en ont parte, 
cela nous suffit. 

Mais, ant&ieurement au XVII* Steele, cette inscription 6tait- 
elle k cet endroit ? Ni chartes, ni auteurs, que nous sachions, 
ne nous fournissent de renseignements. Mais ce silence de 
Thistoire ne peut fetre interprets comme une preuve que ce 
marbre occupait une autre place. Si J.-J. Chifflet, Arthur de 
Monestier, de Saussay, le P. Lecointe n'ont pas fait mention 
de 1'fepitaphe d'Eusgbie, e'est qu'ils ne sont jamais venus a 
Marseille , et surtout qu'ils n'avaient pas k s'occuper de ce 
detail, poureux sans importance . Dailleurs, la suite de nos 
deductions va nous prouver que trfes probablement, du XIV* 
au XVII 9 sifecle, cette inscription a demeurfe fixfee au-dessus 
du sarcophage . 

Nous croyons, en effet, que cette inscription se trouvait 
dans l'arcosolium placfe k droite de la chapelle deNotre-Dame 
de Confession, depuis la fin du XIV* sifecle. 

La preuve en est cette charte que Dom Lefournier nous a 
conservfee et qu'il avait transcrite sur un manuscrit de papier 
soie : ex autographo bombycino. 

Cette charte nous a relate que le corps de I'abbesse Eusfebie 



— 409 — 

reposait dans le sarcophage de rarcosolium. Or, ces restes 
v6n£rables n'6taient pas en cet endroit depuis fort longtemps, 
puisque, d'une part, des in veil tai res de reliques dresses en 
1363 et en 1365 ne font pas mention de sainte Eus&bie ; d 'au- 
tre part, la charte qui nous en parle remonte k 1380 ou 1381 . 
C'est done entre ces deux dates que le corps de notre sainte 
fut place 'dans ce tombeau. Le motif de cette translation, nous 
l'avons insiniig k plusieurs reprises. A cette 6poque il se fit de 
grands remaniements dans les cryptes k la suite de la restau- 
ration de l'abbaye et de la construction des forts remparts 
dont Urbain V la fit entourer. Ces travaux amen&rent le d6pla- 
cement de cerjains tombeaux aussi bien que la d£couverte de 
corps saints auxquels peut-6tre on ne pensait plus, entre 
autres les ossements de notre sainte et ceux de ses quarante 
compagnes. On les trouva, Ik ou ils reposaient depuis si long- 
temps, au pied de l'autel de Notre-Dame de Confession, a 
cet « ibi seorsum » dont parle la vie de saint Ysarne. De ces 
restes v6n£rables, ainsi troubles dans leur repos glorieux, les 
uns furent remis en leurs places, les autres portgs dans 
l'gglise supgrieure. Or, peut-6tre que le sarcophage de rarco- 
solium k droite de Notre-Dame de Confession possedait un de 
ces corps saints. Au lieu et place de ce corps que Ton mit k 
un endroit plus honorable , on dgposa les restes de sainte 
Eus£bie. En 1380 ou 1331 done ils gtaient Ik. 

Or, nous disons que forc&nent on a d& fixer k ce moment 
r inscription sur ce sarcophage. II y avait eu translation de 
reliques. Ce n'&ait plus tel ou tel saint qui s'y trouvait, c'gtait 
sainte Eusgbie. II fallait done l'indiquer. De plus, non loin 
de \k, dans la chapel le m£me de Notre-Dame de Confession 
reposait, dans un tombeau, Tillisiola, l'abbesse. Sur ce tom- 
beau de Tillisiola se lisait son inscription. Or, afin d'6viter 
que dans le peuple on regardat Tillisiola comme l'abbesse 
des anciennes martyres, on dut placer une inscription sur 
le tombeau de sainte Eus6bie. C'gtait de la simple prudence. 
G'est ce que Ton fit. De sorte que si cette inscription n'eilt pas 
exists, il aurait fallu la graver k ce moment 1 A la fin du 
XIV 4 sifecle done, l'6pitaphe d'Eus6bie se trouvait sur son 
tombeau ! 



— 410 — 

Du XIV au XVII* sifecle done, elle s'y trouva. Pourquoi 
1'aurait-on fait disparaitre ? 

Et anterieurement k la fin da XIV* si&cle ? Elle 6tait enfouie 
avec le corps de sainte Eus^bie, au pied de l'autel de Notre- 
Dame de Confession. Vers Tan 1000, les restes des vierges 
sacrges, EusGbie et ses compagnes, reposaient en un endroit 
k part, « ibi autem seorsum *», au pied de l'autel de Notre* 
Dame de Confession. On ne savait ni le nombre de ces vierges 
sacrges, ni le nom de leur abbesse. Ce n'est, en effet, que 
dans ce document sans date (de 1380 environ) que Ton appelle 
Eusgbie par son nom et que Ton indique le nombre de ses 
compagnes. Entre 1363 et 1381, on place le corps d'Eus6bie 
dans le sarcophage de l'arcosolium, k droite de Notre-Dame. 
Or, ces saintes martyres reposaient toutes ensemble avec leur 
abbesse devant l'autel de la Yierge. Comment a-t-on pu 
reconnaltre le corps d'Eus6bie, le corps de 1'abbesse, pour le 
mettre dans un sarcophage k part ? N6cessairement il y a eu 
un signe, une marque 1 De plus, on ne savait pas d'une 
mantere certaine le nom de cette abbesse. Si on l'avait connu 
par tradition, on l'aurait indiqu6, insinu6 vers Tan 1000. Or, 
d'oii vient que dfes la fln du XIV* sifccle on le donne ? Quel 
est le document qui l'a r6v616 ? Enfln, on sait que les com- 
pagnes d'Eus6bie gtaienl nombreuses. La tradition avait 
conserve le souvenir de ce nombre quarante. Mais qui a 
donng gain de cause k la tradition, qui a permis aux r6dac- 
teurs des chartes de 1380-1381, 1431, 1446 de pr&iser et 
d'6crire : Eus6bie et ses quarante compagnes martyres ? Nous 
disons, nous : Ce sont les fouilles qui, amenant la d&ouverte 
de quarante corps, sans compter celui d'Eus6bie, ont fait 
( ounaitre le nombre exact des compagnes de la sainte abbesse. 
Ce sont les fouilles qui, amenant au jour cette inscription 
plac6e sur les ossemenls d'un de ces quarante et un corps, ont 
fait connaltre, k ceux qui les opgraient, et le nom de 1'abbesse 
et le corps d'Eusgbie. 

Et depuis quand 6tait-elle enfouie cette inscription ? Vers Tan 
1000, on nedit rien de pr&cis, ni sur le nom de 1'abbesse, nisur 
le nombre de ses compagnes. C'est la « turba sacrarum virgi- 
num » . Done inscription n'&ait plus visible. Elle 6tait d6ji 



— 411 - 

cachge sous terre. Or, Tense velissement des vierges cassia- 
nites martyrises par les Sarrasins s'est fait avec une certaine 
hftte. L'heure 6tait critique, les barbares d&olaient Marseille. 
Avec beaucoup de difficulty on transporta, durant la nuit, 
ces restes sanglants. On n'avait pas le temps de b&tir un 
sgpulcre. On se contenta d'une simple fosse, dans laquelle on 
coucba ces corps. On combia de terre cette excavation et, k 
1'endroit precis oil avait 6t6 d6pos6 le corps de Tabbesse, sur 
le sol m6me on dut placer TGpitaphe. Que dis-je, sur le sol ? 
peut-6tre mfime k une certaine profondeur, aftn que rien 
n'appardt aux regards. Les barbares pouvaient envahir les 
cryptes, les profaner par des fouilles sacrileges. Au moins, 
que la d6pouille des saintes martyres ne subtt pas cette nou- 
velle humiliation ! ! Qu'importait que Tinscription f dt cachee ! ! 
La Providence trouvera bien le moyen de la faire connaitre. 
Or, avec le temps, la terre qui recouvrait ces reliques 
s'affaissa, il y eut un d6nivellement naturel. Sans 6ter cette 
pierre et la remeltre de niveau, on jetades debris pour Sgaliser 
le terrain. Plus tard, mtaie operation dut se faire pour une 
raison ou pour une autre, car le pav6 des cryptes a 6t6 sou- 
vent exhaust. Et ainsi disparut, pour 500 ou 600 ans, ce 
marbre funSraire. La tradition seule demeura et il en fut 
ainsi jusqu'au XIV sifecle I 

Et, chose remarquable ! cette incertitude relativement aux 
restes d'Ens&bie, au nom de cette abbesse, au nombre de ses 
compagnes, qui va se prolongeant durant cinq ou six siecles, 
est une preuve qiCk un moment on a decouvert cette inscrip- 
tion sur le corps mGme de sainte Eusebie ! 

Voyez, en effet, combien a 6t6 profond&nent enracinSe la 
tradition sur notre sainte ! A deux pas du tombeau d'Eusgbie 
et de ses compagnes, dans la chapelle de Nolre-Dame de 
Confession, il y avait celui de Tillisiola. Cette tombe a son 
inscription, qui appelle Tillisiola du nom d'abesse, qui dit de 
cette abbesse qu'elle a gouverng pendant quarante ans des 
religieuses. On sait bien que Tillisiola n'a point souffert un 
glorieux martyre, qu'elle n'avait pas quarante compagnes sous 
sa direction. C'est d'Eusgbie que Ton dit et que Ton croit ces 
details. Or, le populaire pouvait k la rigueur lire sur le mar- 



— 412 - 

bre de Tillisiola qu'elle avait Gte abbesse de quarante vierges. 
Le populaire voyait que Tillisiola avait une place d'honneur 
entre les saints et les saintes qui reposaient dans les cryptes. 
C'est dans le sanctuaire que ses restes avaient gt6 places. Quel 
danger pour la tradition de sainte Eus6bie et de ses compa- 
gnes ! La croyance du peuple ne changera-t-elle pas d'objet ? 
N'attribuera-t-elle pas & Tillisiola ce que Ton dit d'Eusebie ? 
Non ! Tillisiola est laissge de c6t6, c'est Eusibie qui triomphe ! ! 
Or, pour un rtsultat semblable ne faut-il pas supposer nfces- 
sairement qu'un jour il y a eu un fait, un monument qui a 
donn£ raison a la croyance du peuple, dissip6 tous les doutes, 
risolu toutes les incertitudes ? II lefaut, et cela a 6t6. Un 
jour le confirmatur de la tradition populaire est apparu. 
C'est au XIV - sifecle, quand oil a op6r6 les fouilles. Devant 
leurs r6sultats providentiels on a pu dire, en face des reliques 
de notre sainte : Yoici 1'abbesse, voila son corps, voici son 
nom ! ! 



CHAPITRE VI 
Inscription de sainte Euslbie 

(Suite) 

MAGLOIRE GIRAUD, ANDRE, GBINDA CONTESTANT QUE CKTTE INSCRIP- 
TION SOIT POUR NOTRE SAINTE EUSEBIE. — CONTRAIREMENT A CBS 
AUTEURS, ON PEUT APPIRMER QUE CE N*EST PAS PAR HA8ARD QUE 

l'on trouve une INSCRIPTION PORTANT lb kom d'busebie, quand 

1L S'AGIT D'INUUMBR NOTRE SAINTE. — QUE CETTE INSCRIPTION SE 
TROUVAT SUR UNE TOMBE, OU COMME OBJET DE REBUT DANS UN 
CIMETIERE, DANS LB8 CRYPTES, IMPOSSIBLE D 'ACCEPTER QU'ON EN 
AIT FAIT l'EPITAPHE DE NOTRE SAINTE MARTYRS, 

Plusieurs historiens regardent rinscription d'Eus6bie com- 
me ayant 6t6 r£dig6e pour notre sainte Eus^bie, de Marseille. 
II y a cependant, nous avons k le dire, quelques dissidents : 
MM. Magloire Giraud, Aridrg, et un peu M. Grinda. 

Nous lisions tantot ce qu'en pensait M. Magloire Giraud. 
Voici ce qu'en disait Andrg, dans V'Histoire de Saint- 
Sauveur : 

« Lorsque on porta k Saint-Victor, k une 6poque indgter- 
minge, les reliques de sainte Euslbie et de ses quarante 
compagnes, on ddposa ses restes dans un ancien tombeau,et on 
lui donna pour gpitaphe une inscription qui portait le nom 
d'Eusibie: la similitude des noms dut frapper les fldfeles. 
Nous croyons done qu'il faut distinguer deux Eus6bie : Tune 
simple religieuse, dficedfe paisiblement ddns le monastfere 
cassianite sous le titre de Saint-Cyr, au VIII* sifecle, et 
l'autre abbesse et martyre qui vivait au Commencement du 
X-sifecle(l). » 

M. Grinda (2) semble se ranger k l'opinion de Magloire 

(1) Andre, Histotre deV abba ye des religieuees de Saint- Sauveur, p. 10. 

(2) M. Grinda, Mottographie sur Vabbaije de Saint-Victor, dans 
YEcho de Notre-Dame de la Garde, n°* 344, 345; annee 1888; 

27 



- 414 — 

Giraud et Andr6. 11 vent « preserver notre tradition sur sainte 
EusGbie de l'atteinte quelle recevrait si la science archGolo- 
gique Stablissait par des preuves irr6futables Fanachronisme 
de ce document (I'inscription) consid6r6 comme un tgmoignage 
de la tradition marseillaise. » 

II tient cependant a k consid6rer I'inscription d'£us£bie 
comme l'gpitaphe de la sainte que I'Eglise honore. » II croit 
aussi pouvoir faire remonter la date de son martyre k la fin 
du V° si£cle. Mais on dgcouvre dans son argumentation, 
la trace du dgsir secret d'accepter 1 'opinion d'AndrS. En 
effet, il paralt reprocher k Tauteur du remarquable ouvrage 
intitule : Invasions des Sarrasins en Provence, de ne pas 
« admettre la distinction » que fait Andrt des deux religieuses 
du nom d'Eusflrie ; « de ne pas tenir compte de la date 
r6v616e par les caractferes 6pigraphiques; d'en faire un monu- 
ment grave en souvenir de sainte Eus6bie, martyre du IX* 
Steele ». Somme toute, M. Grinda, croyons-nous, penche plutot 
du c6l6 d'Andrt que du c6t6 des autres auteurs cites plus 
haut. 

Eh bien ! en dgpit de l'afflrmation contraire de Magloire 
Giraud, Andrg, etc., nous persistons k croire que cette inscrip- 
tion est bien de notre sainte Eus6bie. 

Nous avons en tend u, dans un chapitre pr6c&Lent, le lemoi- 
gnage des auteurs, ajoutons nos propres remarques. 

D'abord, ce sgpulcre tout pr6par6, cette inscription toute 
pr6te « et dont la similitude des noms dut frapper les fiddles 
qui portent k Saint- Victor le corps d'Eus£bie » nous trouvent 
quelque peu incr6dule !1 

Effectivement, ils durent, ces bons fideles, s'Scrier qu'ils 
avaient uneveine incroyablel Jugez done: ils portent en tre 
leurs bras les restes, peut-6tre encore sanglants, de rh6roique 
abbesse. II fallait un tombeau. Mais tout juste il y en a un vide 
qui se trouve sous leurs mains ! II leur fallait une inscription, 
pour une religieuse et du nom d'Eus6hie 1 1 La nteme chance les 
poursuit, il y a une inscription dans les cryptes, elle indi- 
que la profession de religieuse, et, 6 bonheur, elle porte le 
nom d'Eus£bie 1!! II fallait encore que cette epitaphe eixt une 
date, et une date veritable, la date de Fann6e ou Ton se trou- 



— 415 — 

vait, du mois, du jour. Mais la chance ne les quittc pas, 
ces heureux fiddles ! I Cette inscription porte une dale, 
1'indiction sixifeme et le a pridie kalendas octobris ». Et 
6 veine, 6 chance, 6 hasard renversant3, cette date est tout 
j ustement celle que Ton petit le plus probablement assigner 
au martyre de sainte Eus6bie. Pour une chance, e'en est une 11 

Non, la supposition d'Andr6 n'est pas s6rieuse. 

D'ailleurs, sachons-le bien, cette supposition est inaccepta- 
ble. On Be le rappelle, selon Andr6, Inscription n'a pas 6i& 
faite pour notre sainte. « Quand on porta ses restes & Saint- 
Victor, on lui donna pour epitaphe une inscription qui portait 
le nom d'Eusgbie. » Or, ou bien sainte Eus£bie a &t& mar- 
tyrisSe dans un monastere prfes de Saint-Victor, comme le 
veulent nos adversaires, ou bien elle la 6t6 dans le monastere 
situg aux bordsde THuveaune. 

Supposons le massacre accompli aupr&s de Saint-Victor. 
Imm6diatement ou quelques jours aprfes, on recueille ces 
restes v£n6rables, on les porte k la crypte de Tabbaye, on les 
ensevelit dans un tombeau vide, ou bien dans un tombeau 
que Ion y descend k la hAte, ou bien encore on les inhume 
sous le sol des cryptes, au pied de l'autel de Notre-Dame 
de Confession. On prend une inscription qui porte le nom 
d'Eusebie eton la place sur le tombeau de l'h^roTque abbesse. 

Mais, oil se trouvait cette inscription qui arrive avec tant 
d'fc-propos entre les mains pieuses qui ensevelissent sainte 
EusGbie? Puisque il y a un cimetifcre auprfes de Saint- Victor, 
cette inscription ornait peut-gtre dans ce cimettere, la tombe 
d'une autre Eus6bie, d'une autre sainte Eusgbie, puisque elle 
est la grande servante de Dieu?Or, quelle man i fere d'agir 
maladroite ? Comment reconnaltre, plus tard, oh repose la 
dgpouille mortelle de cette autre grande servante de Dieu, si 
on 6te le signe qui la rappelle k la pi6t6, k la v6n6ration, k 
limitation des fiddles? On lit le m6me nom, e'est vrai, mais 
il ne s'agit plus de la mfime personne, ce n'est pas la mfime 
vie, ce ne sont plus les m6mes vertus ! 

De plus, quelle manifere d'agir sacrilege et sans pi£te 1 C'est 
un manque de respect pour les tombes 1 Jamais moine de 
Saint- Victor n'eut consent! k agir ainsi. Et, si uu l'avait fait, 



1 



1 



— 410 — i 

impossible de croire que les autres y eussent accedg. Une 
inscription est vite r6dig6e, il suffit qu'elle soit courte et sim- 
ple. On n'a done pas enlev6 cette pierre d'une tombe pour la 
placer sur celle de notre sainte EusGbie. 

Peut-6tre cetle pierre gisait dans ce cimettere, ici ou \k, 
comme objet de rebut, reste de quelque s6puicre vide ou 
detruit. C'est possible k la rigueur. Mais, encore une fois, 
quelle heureuse chance ont ces fiddles, qui ensevelissent la 
martyre! les inscriptions leur arrivent toutes faites !1 Non, 
elle n'tHait pas dans ce cimetiere comme un objet sans des- 
tination ! 

Se trouvait-elle dans les cryptes, sur un tombeau d'une 
autre sainte Eusebie ? Kemarquons que Ton n'avait pas Phabi- 
tude d'inhumer dans les cryptes toutes les religieuses d6f untes. 
La preuve en est qu'EugSnia, n'y a pas sa sepulture. On devait 
y inhumer les abbesses. Tillisiola, en effet,y avait sou tombeau, 
et peut-etre aussi les religieuses illustres par leur saintete et 
leurs vevtus. C'est k ce dernier titre que Ton porta dans les 
cryptes le corps d'Eusgbie et ceux de ses compagnes. Si done 
il y a, dans les cryptes, d£j& une autre sainte Euslbie inhu- 
m6e, et que 1'inscription dont il s'agit soit plac£e sur sa 
tombe, c'est que ou bien cette Eus6bie est une abbesse, alors 
les mots « religiosa magna, magna ancella Domini » desi- 
gneraient cette f one t ion, ou bien elle est une religieuse de 
grande saintete, dont cette partie de inscription relatait les 
vertus, et le detachement du monde. Dans les deux cas, on 
lui enl&ve cette gpitaphe pour la donner k notre sainte Eusebie* 
Ainsi l'Eusebie primitive, qu'elle soit abbesse ou grande 
sainte, sera fruslree de l'hommage, de la v&igration qu'elle 
avait droit de recevoir de la part des fiddles, et en sera priv6e 
au point que toute m&noire en disparattra, que Ton n'en 
connaltra plus la sepulture! Ce serait agir encore d'une ma- 
nifere maladroite, odieuse et sacrilege. Les moines de Saint- 
Victor, encore une fois, n'ont pas fait cela ! 

Que Ton ne dise pas : les moines de Saint- Victor ne sont point 
en cause. Peut-glre qu'A cette heure critique ils n'etaient 
pas dans Pabbaye, ils avaient peut-6tre cherchg une asile, 
un abri dans la ville. Ce sont de pieux et courageux fideles 



-417 - 

qui out transports secrfetement ces reliques dans les cryptes 
et ont oper6 cette substitution de pierre tombale ? Yains sub- 
terfuges. Les moines se trouvaient k Saint- Victor, car, s'ils 
avaient cherch6 un abri dans la ville, les religieuses cassiani- 
tes en auraient fait autant. lis n'ont pas quitt6 leur monas- 
tfere k l^poque des invasions sarrasines. D'ailleurs, sup- 
posez une absence raomentan^e, des le premier instant de 
calme, en rentrant dans le monast&re, ils n'auraient point 
tolgrg cette substitution. Ils auraient rendu k l'anciennesainte 
Euslbie Tinscription qui lui appartenait, et en auraient gravg 
line autre pour notre hSroique martyre. Non, encore une 
foi?, les moines de Saint- Victor n'auraient point souffert un tel 
mode d'agir ; c'eut 6\6 odieux et sacrilege de leur part ! 

Cetle pierre avec inscription se trouvait-elle dans les cryptes 
comme objet de rebut et sans destination ? Avouons encore 
que l'on ferait jouer au hasard un grand r6le ! De plus, ces 
bons moines n'auront pas la presence d' esprit d'ajouter un 
signe, le moindre soit-il, pour faire connaltre que le genre de 
mort de la nouvelle Eusebie, k qui on attribue 1'inscription, est 
bien different de celui que subit TEusGbie, pour qui Inscrip- 
tion avait 616 primitivement faite! Non, quoiqu'en disent cer- 
tains romanciers, mfeme au Moyen Age les moines n'6taient 
pas simples k ce point. 

Done, en admettant que le monast&re primitif se soit 61ev6 
auprfes de Saint-Victor et que le massacre ait eu lieu en cet en- 
droit, impossible de supposer raisonnablement que Ton ait 
pris k la Mte une inscription qui n'6tait pas pour notre sainte, 
et qu'on l'ait plac£e sur son tombeau ! 

Examinons la seconde hypothfese : le monast&recassianitese 
trouvesurlesbordsderHuveaune. Le massacre a lieu en cet 
endroit. A peine les barbares se sont-ils gloigngs, que de pieux 
fiddles accourent, prennent ces reslessanglants, les portent k 
Saint -Victor, et, selon M. AndrG, ils placent sur la tombe 
tine inscription qui tout juste fait lire lenom d'Ensebie. Cette 
supposition rencontre les mftmes difficult^, partant elle doit 
Stre rejet6e. 

On aura dScouvert, en effel, cette inscription soit dans les 
cryptes, soit dans quelque cimetifcre voisin de Saint-Victor, 



- 418 — 

soil dans le cimetifere des religieuses, qui peut-Glre se trouvait 
prfes de l'Huveaune, aux environs du monastfere. Maistou- 
joars, ou celte inscription 6tait d6j& sur une tombe, ou elle 
n'6tait qu'une gpitaphe sans emploi k ce moment. 

Si elle est Aejk sur une tombe, il s'agit (Tune abbesse ou 
d'une religieuse de grande vertu. Or, comme on l'a dit plus 
haut, volontairement, du consentement des moines de Saint- 
Victor, on fera disparaitre le signe qui doit rappeler auxfldfeles 
la m6moire de cetle sainte ou de cette abbesse 1 Ceci, nous le 
rt*p£tons, est odieux et sacrilege. 

Si elle est un objet de rebut, plac6 dans un coin des cryptes 
ou des cimetteresde Saint-Victor etde l'Huveaune, on oubljera 
d'y graver ce signe distinctif qui indiquera aux sifecles futurs 
qu'ii s'agit d'une autre sainte Eus6bie I Ge serait la preuve 
d'une tres grande simplicity, et dans l'Eglise de Dieu, on trail e 
sgrieusement ce qui doit 6tre sdrieusement traits I 

L'opinion de M , Andr6 est done de toute mani&re inadmis- 
sible. On n'apasplac6 sur la tombe de notre sainte Eus6bie 
une inscription faite pour un autre. II serait plus raisonnable 
de dire qu on l'a composte k la hate, aprfes le massacre, que 
ce fut peut-6tre bien un lapicide de campagne qui la grava. 
Mais elle le fut pour notre sainte Eus6bie 1 

A cette raison negative tir6e de la faussetg de l'opinion 6mise 
par Andr6, s'ajoutent deux raisons positives : Oil se trou- 
vait plac6e Tinscription de sainte Eus£bie? Nous l'avons 
prouv6 plus haut. D6s le XIV* Steele elle tMait, sur la tombe de 
sainte EusGbie. C'est la qu'elle fut prise a T6poquede la Revolu- 
tion. Or, d'oii vient que les moines de Saint- Victor Ty ont tou- 
jours laissfe durant trois stecles? S'ils avaient soup£onn6 que 
l'Eus6bie de Tinscription n'gtait pas celle dont les reliques 
Gtaient dans le tombeau ; s'ils avaient pens£ qu'on avait jadis 
altribuG cette inscription k notre Eus6bie, pour le seul motif 
de n 'avoir pas k en r6diger une nouvelle, l'y auraient-ils 
laissGe ? Ce n est pas croyable I ! 

Oil a-t-on trouv6 cette inscription d'EusSbie? On la dit plus 
haut encore. De deduction en deduction, on arrive k cette con- 
clusion frappante que : ou bien les moines de Saint- Victor ont 
redigG et grav6 cetle inscription au XIV - sifcele, ce qui n'est pas 



- 419 — 

soutenable ; ou bien ils l'ont trouvGe au XlV a si&cle k l'endroit 
ou reposaient, depuis le lenderaain de leur trgpas, Eus^bie et 
ses compagnes, devant l'autel de Notre-Dame. Or, cette pierre 
tumulaire aitisi enfouie depuis des sifecles et d£pos£e sur les 
cadavres des vierges h£roi'ques, k l'heure de leur martyre, on 
soutiendra qu'elle a 6t£ grav£e pour une autre Eus£bie que la 
ndtre! ! et que, mettant k profit la coincidence du nom, de la 
profession, de la dignity, de la date que porte cette inscription, 
les fid&les de cette Gpoque, pour authentiquer ces reliques v6n6- 
rables, Tont placge sur le tombeau ! ! En v6rit6, ne disons plus : 
le hasard n'est qu'un mot ! ! ! Non, non, si on la trouve en cet 
endroit en faisant des fouilles, au XV 6 Steele, et si on l'y 
laisse, c'est que Ton est persuadfi que cette inscription, quoique 
mal faite, est bien celle de notresainte EusGbie! 

Voici l'autre raison : Cette inscription porte une date. Sainte 
Eus6bie estmorte aindictionesext&etle a pridie kalendas octo- 
bris », c'est-&-dire le 30 septembre de la sixi&me ann6e d'une 
pdriode de quinze ans, que Ton appelle indiction, mode de 
calcul adopts beetle Gpoque. Dans un cbapitre subsequent 
nous prouverons que le martyre de notre grande sainte Eu- 
sgbie n'a pu avoir lieu qu'en 738, entre juillet de cette 
nnnSe 738 et tevrier de 739. Or, Tann6e 738 est pr£cis6- 
ment une indiction 6, et notre inscription assigne la fin de 
septembre. Ou bien il faut avouer, sans croire au hasard, que 
le hasard a tout fait dans cette affaire ; ou bien il faut dire : e'est 
pour notre sainte Eus6bie que cette insorition a 616 gravge 1 

Yoxlk pour la refutation de Magloire Giraud et d'Andri. 
Quant k l'opinion £mise par M. Grinda, nous la jugerons bien- 
t6t. II nous suflira de dire pour le moment que, bien loin de 
simplifier la question, comme le desire cet auteur, son sys- 
t&me ne fait que Tembrouiller. 11 faut, en effet, sauter k pieds 
joints sur notre tradition ; que ce sont les Sarrasins qui ont 
martyrise sainte Eus6bie. Or, « tenete traditiones » ! I 



CHAPITRE VII 
Inscription de sainte Eus^bie 

(Suite) 



CBRTA1NS AUTBURS AS8IGNENT LB VIII* SIECLB COMMB DATE DB CETTB 
INSCRIPTION. — M. GRIND A DIT QU'ELLE E8T DU V # SIECLB. — <*UEL- 
QUBS INEXACTITUDES. — NOTES CARACTE'rISTIQUES DBS INSCRIP- 
TIONS DU V* SIECLE. — NOTRE INSCRIPTION NB POSSBDE PAS CBS 
NOTES.— INSCRIPTIONS DE 490 A 500 CONFRONTEES AVEC LA NOTRE. 
— INSCRIPTIONS DE NOTRE REGION DB 470 A 519 EN REGARD DE 
CELLE DE SAINTE BUSEBIE. — LB R&DACTBUR DE CETTB INSCRIP- 
TION N'ETAIT PA8 UN IGNORANT, IL tfTAIT F A MI LIB R AVEC LES CHO~ 
8BS DE L'EOLISE. — ON DATAIT PAR LES CONSUL ATS, A CETTB I&PO- 
QUE, DAN8 NOTRE REGION.— ET IL S'aGISSAIT DE L'&PlTAPHtf D'UNB 
ABBESSE. — CETTB INSCRIPTION N'APPARTIENT PAS AU V e SIECLB. 



Quelle est la date de cette inscription ? Les Mimoires de la 
Soci4(6 archtologique du Midi, apr&s avoir dit que sainte 
Eusgbie et ses compagnes se cou parent le nez pour conserver 
leur virginity et ne pas 6tre violtes par les barbares qui rava- 
geaieut la Provence k la fin du IX sifccle, ajoulent « que si la 
16gende dit vraie, elle doit 6tre du IX* Steele (1) «. Giraud 
Magloire I'attribue aussi au IX* sifecle (2). Verlaque pense de 
mfime, k cause des mots qui sont Merits contrairement aux re- 
gies de la latinitg (3). C'&ait aussi ceque croyait Millin (4), 
sur lequel s'appuyaient les M&moire* de la SociiU archiolo- 
gique du Midi et Magloire Giraud, k cause du mauvais&at 
et de l'orthographe vicieuse de cette inscription. 

Cependant Andrg, qui suppose que cette inscription a 

(1) Mtmoires de la SociiU archdologique du Midi, t. II, p. 213. 

(2) L'abl.e Magloire Giraud, Notice sur Saint-Cyr, p. 49. 

(3) L'abbd Verlaque, Notice sur sainte Eusibie, p. 25. 

(4) Millin, Voyage dans les departements du Midi de la France % 
t. Ill, p. 179. 



— 421 — 

6t6 6crite bien avant notre sainte EusGbie, la range parmi 
celles du VIII* stecle (1). M. Penon la croit aussi du VII 9 ou da 
VII? Steele (2). M. de Rey (3), aprfes avoir cit6 Millin, ne se 
prononce pas ; au contraire il dit a qu'il faut avouer que les 
hommes les plus comp&ents croient cette Gpitaphe fort ante- 
rieure & l'Gpoque sarrasine et, sans toutefois se prononcer 
categoriquement, la regard en t volontiers corame appartenant 
aux premieres ann& du VI* Steele . » 

M. Leblant est un de ces auteurs. II 6crit : « Llnscription de 
Marseille me semble appartenir au VI 6 Steele (4). » M. Grinda 
en est un autre; k la suite de M.' Leblant il soutient que 
Tinscription estdu V' Steele ; il assigne nteme une date, celle 
de 497 (5). 

Nous devons, avant d'&ablir que rinscription de sainte Eu- 
s£bie appartient au VIII* Steele, essayer de rgfuter ces deux 
derniers auteurs. La tdche sera difficile, e'est vrai, car nous 
avons affaire & forte partie. Mais nous travaillons pour les 
saints, & l'ceuvre done ! 

Notre argument g&teral est celui-ci : L'inscription de sainte 
Eus6bie ne ressemble pas aux inscriptions du V* Steele, done 
elle n 'appartient pas & cette gpoque. Entrons dans les details. 

G'est Topinion de M. Grinda qui s'offre en premier lieu. 
Tout d'abord faisonsune simple rectification. 

Nous croyons rencontrer quelques inexactitudes dans les 
regies qu'il emprunte & M. Leblant pour indiquer la date 
approximative des marbres qui sont dgnues de toutes mar- 
ques chronologiques certaines. 

a Le monogramme P n'est employ^ en Qaule que de Tan 



(1) Andre, Histoire des religieuses de Saint-Sauveur', p. 10. 

(2) Penon, Catalogue des monuments conserve's au musee du Cha- 
teau Borely,p. 31. 

(3) Les Saints de VEglisede Marseille, Sainte Eusebie, p. 237. 

(4) Ed. Leblant, Inscriptions chre'tiennes de la Gaule, t. II, n* 545. 
Dans son ouvrage : Sarcophages Chretiens, p. 41, cet auteur dit qu'elle 
semble appartenir au V* ou au VI 6 siecle. 

(5) M. Grinda, Monographic, etc., dans YEcho de Notre-Dame de 
la Garde, n° 344. 



- 422 — 

400 & Tan 525 (i). » M. Edmond Leblant I'indique en effet (2). 
Mais son recueil des Inscriptions 'chrttiennes de la Gaule, 
antirieures an VHP stecle fournit une inscription, trouvSe 
k Lyon en 1678, marquee du monogram me Js datfie de la 
douziferae ann6e aprfes le consul at de Justin le jeune et de la 
XV f indiction, ce qui la fait remonteri 551 (3), Une autre 
inscription nous est donn6e par le mfime ouvrage. Elle fut 
trouv^e a Treves. Elle est marquee du monogramme J^ t 
accompagn6e de colombes et de poissons, Et M. Leblant terit : 
« Le marbre de Treves me paralt appartenir k la fin du VI* 
ou au commencement du VII* si£cle(4).» Une troisieme inscrip- 
tion trouvfe k Venasque, marquee du P, apparlient k la fin 
du VI 6 Steele (5). Enfin on voit grav6 sur Fautel de Ham le 
chrisme^, et cela en Tann6e 676 (6), On trouve doncle 
chrisme P posterieurement k 525. 

« La formule Hie requiescet in pace va de de 469 k 488 (7).i 
On la trouve encore posterieurement k cette date, en 489, 498. 

« Le mot religiosa paralt vers 491, et n'est plus usit6 aprfes 
540. » Tout juste, en 491, on se sert du terme ^pueMa Deopla- 
ciia, n* 388 de Leblant, et Ton trouve chez cet auteur deux 

(1) Grinda, Monographic de Vabhaye de Saint- Victor-let-Mar- 
seille, dans Ylioho de Notre-Dame de la Garde, annee 1888, n° 344. 

(2) Ed. Leblant, t. II, preface XIV, Inscriptions chritiennes de la 
Gaule, 

(3) Ed. Leblant, op. cit. t n" 65 et 667 a. 

(4) Ed. Leblant, op. cit. t n° 261. 

(5) Ed. Leblant, op. cit. t n a 708. 

(6) Ed. Leblant, op. cit., n*91. 

(7) Grinda, op. cit. — Ed. Leblant, op. cir., n°» 548, 482. Inutile de 
jouer sur les mots requiescet et requiescit. On a mis Ye a la place de 
Yi, a toutes les epoques et avee toutes les formules. Ainsi on trouve 
« Hie requiescet in pace » en 469, 489, 498, n°* 87, 548, 482.— « Hie requies- 
cet bomw memoriae » en 638 ou 695, n° 586 a. — « Hie requiescet in pace 
borne memoriae » en 501, 527, 547, n°°374, 613 a, 467. — « In hoc tumulo 
requiescet in pace bonre memoriae » en 486 ou 529, 606, n M 373, 397. D'aulre 
part, on trouve « Hie requiescit in pace » en 491, 517, 534, n" 388, 623, 
etc. — « Hie requiescit in pace bonae memoriae » de 485 a 568, n" 474 b, 
374 a, 77, etc, — « In hoc tumulo requiescit in pace bones memoriae » de 
503 a 578. On le voit done, qu'il s'agisse de requiescit ou de requiescet, 
cette expression se lit bien posterieurement a 489. La note de M. Grinda 
est done un peu inexacte. 



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- 423 — 

inscriptions qui k la rigueur pourraientGtre de 453, de 428, 
n ' 435, 387 a. 

a L'indiction paralt pour la premifere fois en 491. » li 
faut ajouter un mot, l'indiction accolee auxnoms des consuls, 
oui, se montre en 491 ; raais Tindiction, comme seule date sur 
un marbre, k quelle 6poque paralt ell e ??? . . . 

c Le symbole des colombes et du vase qui accompagne 
celte inscription cesse d'etre em ploy 6 apres 612. » A T oua 
avons une inscription de Mandourel, appartenant, d'aprfes 
M. Leblant, k la fin du VI? sifccle, qui porte ces colombes, 
h-621b. 

M. Grinda fixe, nous l'avons dit tant6t, a l'ann6e 497, la 
date de Inscription de sainte Eus6bie, C'est la une faute 
d'impreasion certainement, puisque la sixteme indiction cor- 
respondant k ce moment du V sifccle tombe en I'annfie 498 (i). 

Mais venonsi la discussion. L'inscription de sainte Eus6- 
bie ne ressemble pas k celles du V* sifccle. Quelle est, en effet, 
la marque caracUJristique gtadrale des inscriptions lapidaires 
de ce Steele ? 

Pour la trouver, nous avons pris dans Pouvrage de M. Ed- 
mond Leblant k peu prfcs toutes les inscriptions dat£es et 
appartenant k ce sifecle. Nous en avons recueilli quarante- 
deux, II n'y en a gu6re davantage, croyons-nous si Ton ne 
prend que celles dont la date est k peu prfcs cerlaine. 

Or, voicinos conclusions. La marque caracteristique des 
inscriptions du V - Steele est : 1° de porter les dates hypatiques 
c*est-A-dire consulaires. Sur quarante-deux Gpilaphes, trente- 
quatre possfedent cette formule chronologique. Quant aux 
autres, elles sont datees soit par l'indiction et les anndes de 
rfegne d'un roi, soit par les annees de r&gne seulement, soit 
enfin par des tenements k I'aide desquels ilest facile de fixer 
leur origine(2). 

2° C'est de ne pas 6tre dalles par l'indiction. Quatre k peine, 

(1) Dictionnaire de diplomatique chre'tienne % 6d\i\on Migne,col. 480. 
— Gallia chinstiana^ t, I, page 212 de 1'appendice. — Grinda, op. cit. — 
Leblant, op. cit., n* 388. 

(2) Ed. Leblant, op. cit. y n" 556 a, 569, 612, 482, 412, 28, 54, 200. 



— 424 - 

sur quaranle-deux, ont cette date (1). Mais alors on ne trouve 
dansces inscriptions ni le monogramme P, ni vases, ni co- 
lombes. Par contre elles portent les dates consulages, ou sont 
orates da monogramme constantinien^. 

3* G'est de ne pas avoir le monogramme p. Trois au plus le 
possfcdent (2). Et encore une de ces inscriptions est de date in- 
certaine. Puis, elles dGbutent par des formules sp6ciales ; elles 
n'ont point le « Hie requiescet in pace » ; elles portent le 
a bonae memoriae », les dates consulages, et n'ont pas l'indic- 
tion. 

4 8 C'est de n'avoir pas le d6but : « Hie requiescet in pace *. 
Huit seulement commencent par cette formule (3). Mais elles 
portent la date des consuls ou celles des rois ; elles ont la for- 
mule a bonae memorise », le ^ ; pas de colombes ni de 
vases, nide J^. 

5* (Test de ne pas avoir les vases ou les colombes symbol i- 
ques. Six seulement sont orn£es de ces figures (4\ Mais on 
trouve chez elles la date des consuls seule ou avec le chrisme 
+ ou « Hie requiescit in pace bonae memoriae » ou c In hoc 
tumulo requiescit », le monogramme J^ avec la date consu- 
lage et a In hoc loco requiescit » ou « Hoc jacet tumulo ». 

6* En fin, quand il s'agit de religieuses dans ces inscriptions, 
elles y sont appel6es de divers noms. Mais, sur trois gpitaphes 
oil il est fait mention de personnes vouges k Dieu, pas une 
d'entre elles quisoit appelge « religiosa » ou a ancilla Dei ». 
I/une est nomm6e « sacrata Dei puella », l'autre « puella Deo 
placita » ; de la demifcre, on dit que « mundum, Deo mise- 
rante, reliquit ('5) ». 

Or, notre inscription de sainte Eus6bie ne porte pas la date 
consulaire, elle a Tindiction, le monogramme J^, la formule 
a Hie requiescit in pace », les colombes et les vases symboli- 



(1) Ed. Leblant, op. cit., n" 481 a, 388, 556 a, 538. 

(2) Ed. Leblant, op. cil., n°* 412, 44, 631. 

(3) Ed. Leblant. op. cit., n" 87, 474 B, 374 a, 548, 388,77, 612, 482. 

(4) Ed. Leblant, op. cit., n»68, 379, 69, 412, 44, 374 a. 

(5) Ed. Leblant, op. cit., n 0i 388, 615, 55. Les deux derniers numeros 
sont de dates incertaines ; les inscriptions qu'ils designent pourraient 
appartenir au Vl« siecle. 



— 425 — 

gues. Eus6bie y est appetee « religiosa, ancilla Domini ». 
Cette inscription ne ressemble pas k celles du V* sifecle. Done 
il n'y a nulle apparence qu'elle appartienne k cette 6poque . 
Ce serait assurgment un coup de hasard qu'on flit oblige de 
la ranger parmi les marbres de cette 6poque epigraphique. 

Serrons davantage la question, afin d'gehapper le plus pos- 
sible k la critique. Prenons les inscriptions dat£es par les dix 
derniferes amines du V" sifecle, de 490 k 500. Conf rontons avec 
elles Tinscription de sainte Eusfebie. Nous avons entre les 
mains quatorze de ces inscriptions dont une d'Aix, une d'Arles, 
une d'Artonnes (Puy-de-D6me), une de Vfezeronces (Isfere), une 
d'Aoste (Isfere), une de Viviers (Ardfeche), une d'Anse (Rh6ne), 
une de Coudes (Puy de-D6me), une de Salle-d'Aude (prfes de 
Narbonne), deux de Vienne (Isfere), trois de Lyon (Rh6ne). 

Or, voici les r&ultats auxquels nous arrivons. 

Notre inscription de sainte Eusfebie est ornSe du mono- 
gramme de second ordre f. Or, pas une de ces quatorze ins- 
criptions ne le porte (1). Trois d'entre elles ont le mono- 
gramme constantinien 0> ^ J£ (2); une le monogramme 
de troisifeme ordre + (3). 

L'inscription de sainte Eusfebie debate par la formule a Hie 
requiescet in pace ». Quatre sur quatorze de ces inscriptions 
possfedent cette formule (4). Mais k deux d'entre elles s'ajoute 
la note a bonse memorise », aucune n'a les colombes ou les 
vases symboliques. 

Notre Eusfebie est appelfee « religiosa » et « ancilla Domini ». 
La seule inscription qui parle d'une religieuse, appelle celle-ci 
« puella Deo placita (5) ». 

Notre inscription est datfee par Tindiction . Mais, sur ces 
quatorze marbres, dix portent la mention chronologique des 
consuls, trois sent datfes par les annges du regne. Un possfede 
la date de l'indiction accotee aux annfees de rfegne, deux la 

(l; Ed. Leblant, op. cit. t n" 436, 388, 32, 69, 77, 556 a, 569, 458 be, 625, 
538,612,391,482,12. 

(2) Ed. Leblant, op. cit. % n°* 388, 77, 556 a 

(3) Ed. Leblant, op. cit. t n* 391. 

(4) Ed. Leblant, op. cit. t n" 388, 77, 612, 482. 

(5) Ed. Leblant, op. cit., n* 388. 



-426 - 

jotgnent aux nomsdes consuls (1). Ici encore nous tiotons la 
presence tantGt du j£ on du P, tantdt du « bonae memoriae ». 

Enfln tin vase, des colombes symboliques dficorent notre 
inscription. Dne seule de ces quatorze inscriptions porte ces 
figures (2>. Et toujours nous constatons l'absence du mono- 
gramme P, de la formule a Hie requiescit in pace », de Pin- 
diction, et la presence au contraire de la date consulaire, du 
« bonae memorise », d'un d6but de basse Spoque: « In hoc 
tumulo requiescit » . L'inscription de sainte Eus£bie ne res- 
semble pas k celles de la fin du V Steele. On ne pent done 
l'attribuer k cette 6poque. 

II y a plus encore. M. Grinda a 6crit que la date de notre 
inscription, en suivant la donnge chronologique de 1'indic- 
tion qu'elle porte, serait 497 (3) ou mieux498. Or, prenons, 
si Ton veut, la sixteme indiction prec6dente, soit l'ann£e 483; 
prenons encore la sixteme indiction qui suit et appartient 
dijk au VI* sifecle, soit l'annSe 513. Confrontons Tinscription 
de sainte Eusgbie avec des inscriptions datanf de cette partie 
du V* et du VPsiecle, a p par tenant k la region de Marseille et 
aux pays environnants. 

Nous avons ainsi dix-sept inscriptions, allant de 470 4 519, 
dont une de Marseille, trois d'Aix, deux d' Aries, trois de Vai- 
son, une de Valence, une de Viviers, six de Vienne (4). 

n " toutes ces inscriptions, m£me celle de Marseille, sont 

"-«« ontion de celle de Viviers, qui 

iu mono- 

icertaine ; 

i formule 

a pace » et 



. (1) Ed. Leblant, op. cit., n w 556 a, 388, 538. 

(2) Ed. Leblant, op. cit., n° 69. 

(3) Grinda, op. cit. 

(4) Ed. Leblant, op. cit., inscription de Marseille n # 54$ ; — d'Arles, 
n" 538, 510; — d'Aix, n" 627, 625, 623 ;— de Vaison, n- 490, 492, 489; 
— de Valence, n 9 474 b ; — de Viviers, n # 482 ; — de Vienne, n~ 448, 
436, 458 EB, 434, 437, 407. 



— 427 — 

n'est pas orn6e des vases et colombes symboliques (1). Une des 
inscriptions qui proviennent d'Aix porte le monogramme J£> 
mais elle est datge par les consuls, n'a ni l'indiction, ni vases, 
ni colombes, ni la formule « Hie requiescet in pace (2). Deux de 
celles qui appartiennent k Vaison out le +, main elles ont 
aussi les dates hypathiques, une forme particulifcre dans la 
composition, la mention « bonae memoriae » (3). La derni&re, 
provenant de Vaison, possfede le J£, mais elle est datge par 
les consuls, elle a la formule « bonae memoriae » et n'a ni 
vases, ni colombes, ni le c Hie requiescet in pace » (4). 

Trois inscriptions, dont celle de Marseille, offrent le d6but 
« Hie requiescit in pace » ; mais on y trouve la date consu- 
lage, le a bonae memorise » et Ton n'y trouve ni l'indiction, ni 
les vases symboliques, ni le monogramme P (5). Trois enfin, 
dont celles d' Aries et d'Aix, prGsentent le debut a Hie in pace 
quiescit » ; \k encore on rencontre la date par les consulats, la 
formule « bonae memoriae », mais ni l'indiction, ni les figures 
symboliques, ni le monogramme J^, ne s'y rencontrent (6). 

Or, Inscription de sainte Eus£bie ne parte pas la date con- 
sulage, elle est marquee par l'indiction, elle porte le mono- 
gramme ^, elle debute par a Hie requiescet in pace », elle 
est orn£e par les colombes s'abreuvant au vase symbolique. 
Nulle ressemblance done entre cette inscription d'Eus£bie et 
celles de la fin du V* sifecle et du debut du VI # sifecle apparte- 
nantinotre region. Done on ne peut la ranger parmi les mar- 
hres du V a siecle. 

Que Ton n'allfegue pas Tignorance de ceux qui ont r6dig6 
l'epitaphe de sainte Eusebie, pour excuser Tabsence de la date 
consulaire, non plus la Mte, la precipitation avec laquelle 
elle a 6t6 faite! Nous avons dit plus haut que Ton avait eu 



(1) Ed. Leblant, op. cit., n° 407. — Dictionnaire d'Epigraphie, de 
Migne, t. II, col. 1184. 

(2) Ed. Leblant, op. cit., n* 623. 

(3) Ed. Leblant, op. cit , a" 489, 492. 

(4) Ed. Leblant, op. cit., n» 490. 

(5) Ed. Leblant, op. cit., n" 548, 474 b, 482. 

(6) Ed. Leblant, op. cit., n"510, 623, 489. 



— 428 — 

plusieurs jours pour r6diger et graver cette inscription, et que 
c'gtait un prfitre ou un moine qui l'avait composee. 

Or, ce moine, ce prfitre r&lacteur de cette inscription, si 
nous la supposons, avec M. Grinda, du V sifecle, savait bien 
qu'& cette Gpoque on datait par les consuls. Les conciles, les 
leltres des empereurs, les inscriptions employaient cette for- 
mule. Nous avons parte plus haut, en effet, des inscriptions 
chretiennes de Marseille, d'Aix, d' Aries, etc. Mais nous avons 
des inscriptions civiles portant aussi durant ce sifecle la date 
hypathique(l). L'hisloire ensuite a conserve des lettres que 
les Augustes, les C&ars, les empereurs 6crivaient. Une d'entre 
el les est r£digee a Aries et dat6e par le consulat (2). Le concile 
de Hiez mentionne les consuls durant l'annee desquels il 
se r6unit(3). Si l'inscription d'Eus&rie appartient au V* sifecle, 
il est trfes Gtonuant, 6tant donnas celui qui la r6dige et les 
details qu'elle fournit, qu'elle ne porte pas la formule chrono- 
logique des consuls . Toutes celles de la fin du IV 6 sifecle, la 
majority de celles du V' en entier possfedent cette manifere de 
dater. La n6tre ne l'a pas, done elle n'est pas du Y c sifecle. 

Enfln, ce moine, ce prfetre ne rfedigeait pas l'fepilaphe d'un 
simple fidele. Ils'agissait dune religieuse* d'une grande ser- 
vant e de Dieu, de Tabbesse d'un monastfere; il s'agissait entin 
de conserver le souvenir d'un evfenement important (4). II dut 
apporter k la redaction de cette inscription tout le soin voulu, 
et mettre au bas de cc document une date certaine, une date 
comprehensible. 

Or, au V* Steele, il n'yavait, pourobtenir ce rfesultat, que 
deux manures : ou bien il fallait employer la date par les 
consulats, ou bien il fallait dater par les anneesdu rfegne du 
roi. Or, k ce moment de 498, c'fetait Alaric II qui fetait le mal- 
tre legitime de Marseille et de la Provence. Quatre inscriptions 



(1) H. Bouche, Histoire de Provence^ t. I, p. 583, inscript. de 435. 

(2) H. Bouche, op. cit.,t. I, p. 575: lettre de Theodose et d'Hooorius 
Si la ville d' Aries, en 418. 

(3) II. Bouche, op.cit., t. 1, p. 584 : concile de Riez en 439. 

(4) Les fldeles avaient, en effet, grand soin de preciser la date de la 
mort d'un saint perso linage, afin d'en celebrer plus tard la fete. Leblant, 
Inscriptions chretiennes, t. II, p. 420; 



— 429 - 

de ce si&cle, appartenant & Viviers, Artonnes, Coudes, Salles 
d'Aude donnent cette formule chronologique (1). C*6tait 
peut-6tre aussi Gondebaud, roi des Bourguignons, qui Toccu- 
pait (de484 &501). Or, les Bourguignons ont gard6 jusqu'au 
VII* Steele i'habitude de dater par consulats. Aussi les maitres 
d'Aix, d' Aries, de Marseille emploient la date des consuls (2). 
Lechoix 6tait libre done. Or, le r&lacteur de notre inscription 
n'a employ^ ni une mantere, ni une autre. 

La conclusion toute naturelle est que ce n'est pas au V' Steele 
qu'elle a 6t6 r6dig6e et gravGe. 



(1) Ed. Leblant, n M 556 jl, 569, 612, 482. 

(2) Ed. Leblant, n»* 548, 538, 510, 627, 625, 623. 






CHAPITRE VIII 
Inscription de sainte Eus6bie 

(Suite) 



SU1VANT M. EDMOND LEBLANT, NOTRE INSCRIPTION DE 8AINTE EUSBBIE 
APPARTIENT AU VI* SIECLE. — CARACTERBS EPIGRAPH1QUBS DBS 
INSCRIPTIONS DATEBS PAR L'lNDlCTlON. — NOTRB INSCRIPTION NE 
LBS A PAS. — CARACTERBS DBS INSCRIPTIONS DU IV* AGB. — NOTRE 
INSCRIPTION NE LBS A PAS. — NOTE CARACTERISTIQUE GENERAL E 
DBS INSCRIPTIONS DU VI* SIECLE. — NOTRB INSCRIPTION NB L*A PAS. 
— ON DAT AIT PAR LB8 CONSUL ATS AU VI* SIECLE ENCORE DANS LA 
REGION. — LBS MARBRBS DB VIBNNB ET DB TREVES NB PROUVENT 
PAS CON T RE NOUS. — L'lNSCRIPTION DB SAINTE BU8BBIB N'BSTPAS DU 
VI* SIECLE. — BLLE N*EST PAS DU VII* 8IECLB. 



NousarrivonsiM. Edmond Leblant. C'est, nous l'avonsdit 
d<5j&, un maltre en gpigraphie, et, s'il nous en coftte de ne pas 
6tre de son opinion, nous sommes bien os6 d'essayer de la 
combattre. 

« L'inscription de Marseille nous semble appartenir au 
VI' stecle », a dit cet gcrivain. II nous parait difficile, croyons- 
nous, d'accepter cette affirmation. L'inscription de sainte 
Eus6bie, en effet, ne resserable pas a celles du VI s sifeele, done 
elle ne pent appartenir & cette £poque. 

M. Edmond Leblant distingue quatre Ages, quatre gpoques 
en Gpigraphie. La premiere 6poque pr6cfcde Tavfenement de 
Constantin, la seconde est la periode constant inieune, la 
troisteme embrasse le IV et le V* sitele, la quatrifeme com- 
prend le VT et le VI? sifeele (1). Or, voici, d'aprfes M. Leblant, 
les caractferes, qui d'apres les marbres chronologiques, nous 
freportent au V? ou au VII' sifeele : 

« Dfefaut de monogrammes, croix en tfete de la premiere 

(t) Edmond Leblaiitj Manuel d'Epigraphie c/tr&tenne, pp. 51, 53, 35 



— 431 — 

ligne, indict ion, d6but compliquS : a In hoc loco requiescit, 
Hie requiescit in pace bonae memorise a. Ailleurs il ajoute : 
« La date de l'annge de la mort devient fr6quente, on ne 
rencontre plus ni le nom du pfere, ni Indication de ceux qui 
ont fait faire la tombe (1) ». 

A un autre endroit de son ouvrage oil il s'agit des inscrip- 
tions datees de la seule indict ion, cet auteur 6crit : « Cette 
note chronologique accuse une basse 6poque (en gpigraphie). 
Les inscriptions qui la prfeentent devront done offrir en m6me 
temps les marques propres au dernier Age : absence du mono- 
gramme J£, du nom de ceux qui ont fait faire la tombe, croix 
au debut de la premiere ligne, mention du jour de la mort, 
d6but de forme banale et compliqu6e,mots abonae memorise, 
obiit, plus minus, religiosa ». Toutes ces particularity carac- 
tgrisent les 6pitaphes dont je parte (2) *. Et M. Edmond Leblant 
cite en note seize inscriptions datges par l'indiction seulement, 
parmi lesquelles se trouve celle de sainte Eusebie, oubliant 
cependant de citer celle d'Eugenia de Marseille (3). 

Or, inscription de notre sainte Eusebie est dat£e de la seule 
iudiction, et M. Leblant la croit du V? Steele. Pour afflrmer 
que notre inscription appartient au V? Steele, il faut done ou 
qu'elle ressemble de quelque mantere k ces seize inscriptions 
que cite cet auteur et datfes par l'indiction, ou qu'elle reh- 
ferme les marques propres au dernier 4ge. 

Examinons, et nous conclurons ensuite. 

Sur ces seize inscriptions et huit en plus : celle d'Eugenia, 
une autre que M. Leblant avait sans doute oublte de men- 
tionner dans cette liste, et six autres que nous avons recueil- 
lies, parmi lesquelles celle de Tillisiola, en tout done vingt- 
quatre, trois appartiennent k Marseille, sans compter celle de 
sainte Eusgbie, deux k Aix, neuf k Aries, une k V&iasque, une 
k Narbonne, une k Viviers, une k Die, une k Saint-Laurent 

(1) Edmond Leblant, op.cit., pp. 50, 55. 

(2) Edmond Leblant, Manuel d'Epigraphie, p. 33. 

(3) 11 nous semble que les lettres C Q, qui terminent cette inscrip- 
tion d'Eugenia, sont les vestiges de la formule de l'indiction : « indie. . . * & 
q|uinta] >; 



- 432 - 

de Mure, t r ois & Vienne, (Isfcre), deux k Lyon (1). Toulesdonc 
appartiennent & notre rggion. 

Or, la serie des marques propres aux inscriptions dat6es 
par I'indiction seulement, exclut le monogramme ^ , el de 
fait aucun des vingt-quatre mar b res cit6s en exemple ne le 
porte, pas mftme ceuxde Marseille, d'Aix, d' Aries, de V6nas- 
que. Celui de sainte EusSbie est orn6 du chrisme de 
second ordre p. Les inscriptions dat6es par l'indiction doivent 
avoir commed6but une formule compiiquee ; « Hie requiescit 
in pace bonae memoriae ». De fait, sur les vingt-quatre inscrip- 
tions, treize, parmi lesquelles eel les de Marseille, d'Aix, 
d'Arles, on tie d6but « Hie requiescit in pace bonae memoriae », 
cinq ont celui de a In hoc loco requiescit in pace, In hoc 
tumulo requiescit bonae memoriae *, une debute par c Hie 
requiescit bonae memoriae », trois enfin ont une forme spteiale. 
Dix-neuf ont la mention « bonae memoriae »• Mais pr6cis6ment 
le marbre de sainte Eus6bie ne porte pas cette marque 
chronologique, II debute simplement par « Hie requiescit 
in pace ». 

Les marbres dates par I'indiction seulement doivent avoir 
la croix en tfite. De fait encore, sur les vingt-quatre inscrip- 
tions, onze, parmi lesquelles deux de Marseille, une d'Aix, une 
de Venasque, trois d'Arles, possfcdent cette croix -J-. Une 
d'Arles porte le P avec « bonae memoriae » et plus minus . 
Les autres n'ont aucun signe, aucun monogramme. Or, si 
notre inscription de sainte Eus6bie n'est paspriv6ede chrisme; 
ce n'est pas la croix +, ma is le monogramme de second ordre, 
le P, qui orne sa premifere ligne. 

La formule plus minus doit se trouver sur les marbres 
dates par la seule indiction. Aussi, le plus minus marque 
treize inscriptions, sur les vingt-quatre qui sont cities, et 
parmi ces treize il y en a une de Marseille et neuf d'Arles. 
Notre inscription d'Eusgbie cependant ne porte pas le plus 

(1) Edmond Leblant, Inscription* chrttiennes, n M 544, 551, Marseille; 
— 624, 629, Aix; - 513, 523, 524, 532, Aries; - 707, Venasque, — 616*, 
Narbonne; — 483, Viviers; — 478\ Die; — 386, Saint-Laurent; — 465, 
461, 458 l, Vienne; — 37, 83, Lyon ; — en plus deux marbres trouves & 
Aries en 1882. (Bulletin arcJie'ologique, 1882, p. 292.) 



- 433 - 

minus. Enfln, c'est le nom de a religiosa » que Yon donne aux 
personnes consacrtes k Dieu, sur ces marbres & indiction toute 
seule. Or, parmi ces vingt-quatre marbres, il n'y en a que 
deux qui soient les pierres f un^raires de religieuses. C'est celui 
d'Eugenia de Marseille, et celui de Tillisiola, abbesse dans la 
mfirae ville. Or, Eugenia est appetee non pas c religiosa », 
mais « ancella Domini » ; Tillisiola « virgo », ses compagnes 
« virgines sacrse ». La rfegle n'est done pas sufflsamment 
gtablie. Avouons cependant que dans Inscription que nous 
6tudions, Eus6bie est qualiftee « religiosa a, mais elle est 
appelSe aussi « ancella Domini » . 

Enfln, ces marbres k date par indiction seulement ne font 
pas mention de ceux qui ont fait faire la tombe. L'inscription 
d*Eus6bie sur ce point encore est d'accord avec les marbres 
pr£cit6s. lis portent le terme « obiit », celui d'Eus£bie porte 
le mot « recessit qui, on le sait, est une expression usitde 
pendant longtemps dans l'gpigraphie marseillaise. Enfln, 
ils mentionnent le jour de la mort, et notre marbre l'indique 
aussi. Mais, somme toute, sur neuf des particularity qui 
caractgrisent ces marbres, il y en a six, et ce sont les princi - 
pales, qui ne se rencontrent pas dans celui de sainte 
Eus6bie. 

Une conclusion toute naturelle, c'est que cette £pitaphe est 
en dehors des r&gles donn6es pour les inscriptions k date in- 
dirtionnelle. Or, comme ces marbres ainsi dates appartien- 
nent, de raven de M. Leblant, h une basse gpoque, au VI* 
siecle, il s'ensuit que le iidtre n'est pas du VI* sifccle. 

Nous avons indiquS plus haut les caract&res qui, d'apres les 
marbres chronologiques, nous reportent au VI" sifecle. Ils se 
confondent avec ceux que les marbres dates par l'indiction 
seulement nous ont ! fait connaltre. Mais, pas plus ceux-Ut que 
ceux-ci ne prouvent que notre inscription appartienne au VI* 
si£c!e. Ces marbres du VI* siecle portent l'indiction, la date de 
la mort, ne font pas connaltre le nom de ceux qui ont fait 
faire la tombe ; celui de sainte Eusgbie fournit ces signes.Mais 
ils n'ont pas de monogrammes, et celui de sainte Eus6bie 
offre le chrisme de second ordre, le £. Ils ont la croix en tftte 
de la premiere ligne, et celui de sainte Eus6bie n'a pas ce si- 



— 434 — 

gne cruciforme, mais le monogramme P . lis ont le dgbut 
compliqufi : a la hoc loco requiescit, Hie requiescit in pace 
bonae memoriae », et celui d'EusGbie fait lire le « Hie requies- 
cit in pace ». Ainsi done, notre inscription, de ce chef en- 
core, ne paralt pas appartenir au VI* Steele, puisqu'elle ne 
ressemble pas aux 6pitaphes de cette gpoque. 

Nous arrivons k la m£me conclosion enprocedant k regard 
de M. Leblant de la m£me manifere que nous avons proc6d6 k 
l'endroit de H. Grinda. 

Quelle est la note caractgristique g£n£rale des inscriptions 
du VI- sifecle ? 

C'est d'abord d'etre datees par les consulats, que ces consulats 
soient la seule marque chronologique, qu'ils soient accolfe 
aux indictions, ou bien aux ann6es de rfegne de quelque 
prince. Sur quatre-vingt-onze inscriptions dat£es que nous 
avons recueillies dans les Inscriptions chretiennes de la 
Gaule, antMeures au VIII* sidcle, il y en a soixante-neuf 
qui portent ces dates hypatiques, dont quarante-cinq par les 
consulats, vingt-trois par les consulats et i'indiction, unepar 
le consulat, l'indiction et les annges de rfegne. Les autres ins- 
criptions ne portent aucun genre de date, ou bien sont dat£es 
par les ann£es de rfegne exclusivement. 

Une autre trait caractgristique, c'est de ne porter aucun 
monogramme. Sur quatre-vingt-onze inscriptions, en effet, il 
n'y en a qu'une avec le J£, deux avec le yfc, quatre avec le P , 
et dix-huit avec la croix+. En tout vingt-cinq sur quatre- 
vingt-onze. 

Une autre marque encore, c'est d'employer une formule de 
dgbut de basse gpoque. Sur quatre-vingt-onze inscriptions, 
vingt-une k peine font lire : a Hie requiescit in pace » ou « Hie 
in pace quiescit ». — Une note encore c'est I'absence d'un 
monogramme quelconque pr£c£dant la formule « Hie requies- 
cit in pace ». En effet, la croix + accompagne cette formule 
dans sept inscriptions seulement, le monogramme constanti- 
nien J£ ne se lit qu'une seule fois avec « Hie in pace quiescit » 
et le monogramme de second ordre J^ ne se lit pas une seule 
fois au-devant de la formule t Hie requiescit in pace ». 

Autre trait, c'est I'absence du vase et des colombes symboli- 



- 435 — 

• 

ques. Sur quatre-vingt-onze marbres, il n y en a que six snr- 
lesquels ces figures sont gravies, et ces marbres n'ont ni J£, 
ni P , ni +. Tous sont dates par les consuls. Deux k peine ont 
le dgbut 9 Hie requiescit in pace » et qualre ont laformule 
a bonae memorise ». 

Un dernier detail caracWristique, e'est que lorsqu'il s'agit 
depersonnes vouges k Dieu, sur onze inscriptions de ce genre, 
dans quatre, on les appelle « religiosa (1) » ; dans quatre 
autres, on les d&igne par : a Deo sacrata, famula Christi (2) »; 
dans deux, enfln, par une p^ri phrase, telle que amundana 
reliquit, venerabilis religione (3)», jamais par a ancilla Do- 
mini » . 

Or, nous le savons, notre inscription de sainte Eus6bie de- 
bute par le monogramme P, suivi de la formule « Hie re- 
quiescet in pace », et pas une des inscriptions du VI* sifecle 
n 'a ce monogramme accompagnant un tel d£but; celles qui 
ont ce d6but ne le font prtc&ier d'aucun chrisme ; ou, s'il y 
en a, e'est le monogramme primitif que Ton trpuve, le J£ ou 
lacroix -f-. 

Dans notre inscription, Eus6bie est appetee « religiosa », 
mais aussi « ancilla Domini » . Et aucun des marbres du VI" 
Steele ne fait lire ce mot. — Notre inscription est datge par 
l'indiction seulement. Or, la grande majority des inscriptions 
du VI* sifecle porte la note chronologique des consuls ou des 
rois ; celles qui n'ont pas cette note sont d'une allure gpigra- 
phique difterente de celle de notre marbre ; pas une inscrip- 
tion k indiction touteseule et dot£e d'une date historique, capa- 
ble de nous servir de point de repfere. 

Deux colbmbes s'abreuvent k un vase symbolique,dans notre 
inscription. Or, ce detail ne se rencontre que dans six ins- 
criptions du VI* sifecle, et aucune d'elle ne porte le P , le « Hie 
requiescit in pace » sans adjonction. Elles font lire le a bonae 
memoriae », la date des consuls, le « In hoc tumulo », etc. En 
v£rit£, vouloir quand m6me ranger ce marbre d'Eus£bie 

(1) Ed. Leblant, Inscriptions chritiennes de la Gaule, n M 387 a ,435. 
663,688. 

(2) Ed. Leblant, op. cit., n- 203. 560, 615, 31, 406. 

(3) Ed. Leblant, op. cit. f n*< 47, 55. 



— 436 - 

» 

par mi ceux VI* sifecle, c'est, croyons- nous, aller plus loin que 
ne le permettent les donnfees fepigraphiques concemant cet 
Age. Pas de ressemblance done entre notre inscription et 
eel les du V? sifecle. 

Que Ton n'allegue pas rinsuffisance de ceux qui ont rfedigg 
l'fepitaphe de notre sainte, pour excuser l'absence de la date 
consulaire. Nous avons dit plus haut que ce n'fetait pas un 
ignorant qui avait compost ce document. Le rfedacteur sa- 
vait Men que Ton datait, k son fepoque, par les consulats. Du - 
rant ce sifecle, en effet, on s'est servi de cette formule chrono- 
logique. Les conciles d'Ambferieux (501), d'Agde (506), 
d'Epaone (517), d'Arles (524), de Carpentras (527), d'Orange 
(529) dataient leurs dfecrets par les consulats. Nous avons de 
plus des marbres d'Aix, d'Arles, d % Avignon, de Vaison, de 
Yienne (1); tous nous donnent k lire les dates hypathiques. 
Pourquoi le rfedacteur de cette inscription, si elle est du VI* 
sifecle, n'a-t-il pas employfe cette formule, en usage en ce mo- 
ment ? Les Francs, il est vrai, se sont emparfes de la Provence 
vers 534. Malgrfe cet fevfenement cependant, on a continufe k 
dater en Provence, sur les bords du Rh6ne, dans les Etats 
bourguignons, par les consulats (2). Ce ne fut que vers la 
seconde moitife du sifecle, que Ton joignit quelquefois auz 
consuls la mention du roi (3). Pourquoi, k Marseille, n'a-t-on 
pas suivi cette coutume ? 

II s'agissait, nous l'avons dit encore, d'une personne de 
marque, d'une grande servante de Dieu, de 1'abbesse du seul 
monastfere de religieuses k Marseille. Pourquoi se contenter, 
si c'^st tou jours au VI* sifecle que Ton grave cette inscription, 
d'une forme chronologique sans valeur ? 

(1) Ed. Leblant, Inscriptions chritiennes de la Gaule, n M 623. 510. 530, 
537, 597, 487, 4*9, 492, 407, 434, 437, 689, 694, 695, 431, etc., etc. — Manuel 
d'Epigraphie, de M. Leblant, p. 135. — Longnon, Gaule au VI* Steele, 
pp. 46,62,63,71. 

(2) Ed. Leblant, op. cit. On troirve des inscriptions : de Vaison, en 
536 ; d'Arles, en 541 ; de Villeneuve-lez-Avignon, de 586, datees par les 
consuls; n°« 487,537, 597. 

(3) Ed. Leblant, op. cit 9 n«597, Inscription de Villeneuve-lez-Avignon, 
de 586 ; n°375, inscription de Briord, de 557 ; n* 474, inscription de Guil- 
lerand, de 596. 



- 437 — 

Non, on n'a pas date par les consulate, alors gu'il aurait 
fallu et qu'on pouvait le faire ; c'est que notre inscription 
n'appartient pas k celte epoque ; *elle n'est pas du VI* stecle. 

On peut faire une objection. Un certain nombre de marbres 
Chretiens, trouves k Vienne, en Dauphine, et k Treves, portent 
le monogramme de second ordre ^ et possedent, comme d6- 
but, la formule « Hie requiescit in pace » . Or, quoiqu'ils ne 
soient dates ni par les consulate, ni par 1'indiction, on les 
range cependant parmi les inscriptions du IV*, du V - et du VI* 
si&cle. A ce titre done, notre marbre de sainte Eusebie, ay ant 
le m&ne monogramme J^ et le m6me debut, pourraittrfesbien 
appartenir au V* ou au VI* Steele. 

II est vrai que le precieux ouvrage de M. Leblant nous offre, 
parmi les inscriptions de Vienne, dix-huit marbres sans date 
possedant la formule « Hie requiescet in pace ». Sur ces dix- 
huit marbres, trois sont ornes du monogramme £, un de 
la croix -f-> deux enfin de la croix -\- et du chrisme constanti- 
nien j£ (1). Mais la plu part de ces inscriptions portent une 
mention sp6ciale : la formule a Resurrecturus in Christo, 
Resurget in Christo, Requiescet in spe resurrectionis ». Notam- 
ment les trois marbres dotes du ^ et de « Hie requiescit in 
pace » ontcette mention. 

Or, k quelle epoque cette formule, exprimant l'espdrance 
de la resurrection se trouve-t-elle mentionn6e dans les ins- 
criptions ? Quatre marbres de Vienne ou des environs, poss£- 
dant cette formule et dates par des consulats, nous le font 
connaitre(2) : c'est de 441 A 547. Done toules les inscriptions 
sans note chronologique de cette m£me contr£e, portant une 
formule d'esperance, qu'elles aient tel ou tel debut, tel ou tel 
monogramme, appartiennent k peu prfes k Vkge epigraphique 
des inscriptions datees. 

II y a k l'appui une raison que nous appellerions historique: 
c'est que cette mention de Fesp£rance de la resurrection en 
Jesus-Christ fait allusion k l'erreur du gnoslicisme, repandue 

(1) Ed. Leblant, In sorptions chretiennes de la Gaule> n» 419, 412, 
403, 439, 427, — n» 416, — n*» 414, 441, 467. 

(2) tid. Leblant, Inscriptions chretiennes, n M 415, 436, 458 ke, 467. 



— 438 - 

ences contrSesdes bords du RhGueet combattue par saint 
Ir&ige et ses successeurs. Les trois inscriptions de Vienne dotges 
du J^ et de V « Hie requiescit in pace », quoique n'ayant pas 
de date, s'en voient forc6ment assigner une et par les marbres 
cong6nferes dates et par cette raison historique. Elles appar- 
tiennent aux V et VI* stecles et au d6but du VII* (1). 

Mais on ne peut nous les opposer. Notre inscription de 
sainte EusSbie porte le monogramme J^ , le « Hie requiescit 
in pace », mais aussi l'indiction. Or, poss6de-t-on dans la col- 
lection des marbres une et plusieurs inscriptions pr&entant la 
m£me allure dans la composition que la ntitre, of&ant le m6me 
chrisme P, le nteme d£but « Hie requiescit in pace », la 
mftme formule chronologique, et nous permettant, par les 
details historiques dont elle serait remplie, de determiner sa 
date certaine et d'en assigner une ainsi a la n6tre ? Nous ne 
croyons pas que ce marbre existe (2). 

II en existe un dans le VII* Steele, dat6de la seule indiction, 
et prouvant par une raison historique qu'k cette gpoque le 
chrisme +, le d6but « Hie requiescit bonae memorise *, Fal- 
pha et Tom6ga, Gtaient en usage. C'est le marbre de Venasque, 
relatant l'Spitaphe de Boetius, SvGque de cette ville, d6c6d6, 
on le sait, vers 604 (3). Si Pindiction ne peut procurer une 
date certaine k cette inscription, le fait historique la fait con- 
naltre.Or,en existe-t-il, au V ou VI* Steele, de semblable pour 
nous forcer k donner k Inscription de sainte Eus6bie cette 
date du V* ou du VI* Steele ? II n'en existe pas, croyons-nous. 
nous n'en avons pas remarqu6. Done les marbres de Vienne 
sans date, orngs du J^ et du a Hie requiescet in pace » ne peu- 
vent nous 6tre opposes. 

Ceux que Ton a trouvSs k Trfeves ne peyvent pas non 
plus arguer con t re nous. L'ouvrage de M. Edmond Leblant 
nous fournit quelque quarante inscriptions non datees, et re- 
cueillies dans cette ville. Sur bon nombre de ces marbres, on 
voit les chrismes J£, p, +et led^but « Hie requiescit in pace*. 

(1) Ed. Leblant, Manuel d'Epigraphie chr&ienne, p. 50. 

(2) Leblant, Inscriptions chre'tiennes de la Gaule, t. II, n*' 507 
et707. 

(3) Leblant, Manuel d'Epigvaphte dire 4 tienne, p. 105. 



— 439 — 

Or, on attribue ces inscriptions au IV et au V # sifecle (1). 
Puisque notre inscription de sainte Eusfebie n'a d'autre date 
que l'indiction, qu'elle offre le mfeme dfebut et porte un de 
ces chrismes, le $*, ne pourrait-on pas lui assigner, comme 
date, le V' sifecle au moins ? 

Nullement. Examinons, en effet, les marbres de Treves. 
Nous en avons choisi quarante-six parmi ceux qui paraissent 
les plus complets et offrent le plus de ressemblance avec 
l'inscription de sainte Eusfebie. Or, sur quarante-six il y en a 
trente-sept qui portent une formule spfeeiale : la mention de 
ceux qui ont fait faire la tombe. Mais ce detail, de l'aveu de 
M. Leblant, est au nombre de ceux qui dfesignent le troisifeme 
Age, le IV* et le V* sifecle. De plus, certaines raisons histo- 
riques vous forcent k assigner cette date k ces inscriptions. 
Au milieu ou k la fin du V* siecle, la Rome des Gaules 
tomba entre les mains des Francs Hipuaires, en 464. Ceux-ci 
demeurferent paiens de bien longues annfees. Au VIII* sifecle, 
l'idol&trie y fetait encore en honneur (2). Ce n'est done pas aux 
VII*, VIII* sifeclesque Ton peut attribuer ces marbres. L'his- 
toire nous dit qu'ils sont du IV - ou du V* sifecle.. 

Or, ces marbres de Trfeves qui ont le chrisme J^ et le a Hie 
requiescit in pace » ne peuvent fetre une objection pour nous. 

D'abord, il n'y en a que deux en rfealitfe qui ont ce chrisme 
et la formule « Hie requiescit ». Mais ils portent aussi la men- 
tion de ceux qui ont fait faire la tombe. De ce chef done, il est 
certain qu'ils appartiennent au IV* ou au V* sifecle. Or, notre 
inscription de sainte Eusfebie n'a point cette mention, elle ne 
ressemble done pas k ces marbres. D'autre part, si le fait 
historique nous obliged donner k ces marbres la date du IV* ou 
du V* sifecle, des raisons historiques nous amfenent aussi k la 
refuser k notre inscription. Done ils ne peuvent nous fetre 
opposes d'aucune manifere. Nulle ressemblance encore entre 
notre inscription et ceiles de Vienne, de Trfeves, et eel les du 
VI* sifecle. Done elle n'appartient pas k cette fepoque. 

Pour en finir avec ces fetudes fepigraphiques, prouvons que 
notre inscription n'appartient pas non plus au VII* sifecle. 

(I) Leblant, Manuel d'Epigraphie chritienne, p. 105. 

P) Leblant, Manuel d'Epigraphie chre'tienne, pp. 106, 107, 108. 



— 440 — 

Les inscriptions datfes sont rares k cette 6poque. M. Edmond 
Leblant avoue n'en avoir trouvS que quatorze (1 *. Dans le 
supplement qu'il a ajouW k son ouvrage, nous en avons 
recueilli quelques-uoes de plus. II nous en est venu quelques 
autres encore. En tout, nous en possfidons vingt-six, dont dix- 
sept a ppartiennent certain ement au VII* Steele. La date qu'elles 
portent en fait foi. Quant k eel les dont M. Leblant doutait 
qu'elles f assent du VII* Steele, leur style ipigraphique et 
leurs debuts, les formules qu'elles emploient les font tene- 
ment ressembler k celles du VII* Steele, que Ton peut dire 
presque stirement qu'elles lui appartiennent. Kites serviront 
done k baser nos conclusions. 

Or, nous disons, sur ces vingt-six inscriptions du VII* Steele, 
pas une qui ait quelque trait de ressemblance avec celle de 
sainte EusGbie. 

Notre inscription, en effet, porte le chrisme j^. II y en a 
une aussi orn£e de cesigne, parmi les vingt-six. Mais la date en 
est incertaine. « Ce marbre, 6crit H . Leblant, me paralt appap- 
tenir a la fin du VII* Steele. » Puis, cette inscription est origi- 
nate de Treves, elle porte la mention deplus minus, est ornfie 
de poissons; elle n'a pas l'indiction, ni la formule « Hie 
requiescit in pace » (2). Impossible d'y trouver un module se 
rapprochant de la n6tre. 

L'inscription de sainte Eus6bie debute par le * Hie requiescit 
in pace. » Or, parmi les marbres du VII* Steele, il n'y en a pas 
un qui fasse lire ce d£but. 

C'est l'indiction qui date notre marbre. Or, sur ces viogt- 
six inscriptions du VII* stecle, onze sont dattes par les anntes 
de rfegne, quatre par les anitees de rfcgne et l'indiction, une 
par le consulat, deux par les consulars et l'indiction, une par 
les consulats et les ann£es de rfegne. Pas une done qui ait l'in- 
diction toute seule. 

Ajoutez que les formules de d£but sont tout k fait differen- 
tes du d6but de la nOtre. Ici a In hoc tumulo requiescit », la 
« Hie requiescit bonae memoriae », a d'autres « In hoc tumnlo 
requiescit bonae memoriae. » 

(1) M. Leblant, Manuel a'Epigraphie, p. 190. 

(2) Ed. Leblant, Inscriptions chritiennee, 1. 1, p. 261. 



— 441 — 

Quant au chrisme, douze portent le -|-, une le J^ et le +> 
une autre le J£. Enfln, relativement aux inscriptions dont 
nous doutons qu elles appartiennent au VIP Steele, disons tout 
desuitequetoutes(elles sontau nombrede sept) sontdateespar 
les ann6es de rfegne ; pas une nefait lire le « Hie requiescit in 
pace », pas une n'offre le raonogramme P . Done encore elles 
ne ressemblent pas& Pinscription de sainte Eus6bie. 

Celle-ci done n'appartient pas au VII* siftcle. 



CHAPITRE IX 
Inscription de sainte Eus6bie 

(Suite) 



QUELQUES DETAILS EPIGRAPHIQUES . — BATE PROBABLE DE CHACUNB 
DBS INSCRIPTIONS CHRETIENNES DE MARSEILLE. — L 'INSCRIPTION 
D'EU8EB1E NB LEUB BBSSBMBLE nvllement. 



Nous n'avons pu trouver la moindre ressemblance entre le 
marbre d'Eus6bie et les marbres des V, VI% VI? sifccles. Nous 
1'avons m6me surpris comme grav6 en dehors de toules les 
rfegles 6 pigraphiques en usage k cette Gpoque. Devons-nous alter 
plus loin ? Oui. On nous a conseillg de demander la veritable 
date de cette gpitaphe d'Eus6bie k la confrontation de celle-ci 
avec les autres inscriptions f un6raires latines et chrgtiennes 
de Marseille. Suivons ce conseil et voyons s'il y a entre ces 
inscriptions et la nGtre quelques traits de ressemblance. 

II va jaillir de cette confrontation un argument de plus en 
notre faveur. 

Nous avons montrg que le marbre d'Eusebie est en opposi- 
tion avec les regies g£n£rales de l'gpigraphie . Nous allons 
voir qu'elle se trouve encore en contradiction avec les donntes 
^pigraphiques usitGes k Marseille et connues jusqu'ici* 

A cet eifet, nous avons recueilli tretee inscriptions. En voici 
la nomenclature par le nom du destinataire : celles de Sen- 
trius Volusianus, d'Enoetus, d'Ulpia, de Foedula, de Menas et 
Gem u la, d 'Eugenia (nobilis), de Spanilia, de Nymphidius, de 
Cypriana, d'Urbeca, de Tillisiola, enfin de notre Eus6bie. 

Indiquons d'abord k quelles 6pcques ^pigraphiques appar- 
tiennent ces marbres, comparofls-les ensuite k celui de notre 
EusGbie. 

Pour le faire avec plus de clartg et de precision, rappelons 
quelques donnees ^pigraphiques recueillies dans les ouvra- 



— 443 — 

ges sur la mati&re, notamment dans le Dictionnaire des 
antiquiUs ckritiennes de Martigny , dans les Inscriptions 
chritiennes de la Gaule antirieures aa VHP si&cle, dans le 
Manuel d'Epigraphie chrMienne de l'&lition Migne, et dans 
les Inscriptiones christiance urbis Romce de l'illustre M. de 
Rossi. 

II 7 a quatre ages en 6pigraphie se distinguant chacun par 
des details spficiaux. Le premier 4ge, qui prtcfede l'avfenement 
de Constantin, n'a pas un formulaire chr&ien. Le moule des 
inscriptions est pa'ien encore. G'est un mot, un symbole anti- 
que, tels que Fan ere, le poisson, qui ornent les marbres ; la 
date de 1'annte y fait dfifaut, le jour de la mort ne s'y trouve 
point ; on y lit les tria nomina du vieux syst&me remain, 
] 'indication de ceux qui ont fait faire la tombe. Get &ge com- 
prend les trois premiers sifecles (1). 

Le second Age se caracterise par le monogramme J£, la 
brifcvete dans les formules, le d6but de forme simple, le mot 
« recessit » , la mention des parents qui ont fait faire la 
tombe, les acclamations, la pretention du jour de la mort. II 
comprend le d6but et le milieu du IV* siftcle, e'est-i-dire la 
p4riode constantinienne (2). 

Au troisifeme &ge apparait la date de la mort, on y fait usage 
des debuts simples : « Hie pausat , Hie jacet , Hie quiescit, 
Hie requiescit », accompagngs parfois des mots « in pace », 
Les monogrammes J£ et £ y sont frequents. Les IV et V' sife- 
cles font partie de cet Age gpigraphique (3). 

Le quatri&me, en fin, possede les formules secondares de 
c Hie requiescit in pace, Hie requiescit bonae memoriae, Hie 
requiescit in pace bonae memorise, In hoc tumulo requiescit 
in pace bonae memoriae », le nom simple. Pas de monogram- 
me?, mais la croix en t6te, l'indiction. La fin du V* sifecie, le 
VI\ le VIP si&cle comprennent cet Age (4). 

Les deux monogrammes du Christ, le ^ et le J^ , la croix 
grecque -f- ou la croix latine f sont, en r&ilitg, un seul et 

(1) Ed. Leblant, Manuel d'tpigraphie chretienne, pp. 19* 34> 51, 52a 

(2) Ed. Leblant, op. cit. y pp. 18, 34, 44, 47. 

(3) Ed. Leblant, op. cit. 9 pp. 40, 50, 54, 55. 

(4) Ed. Leblant, op. ciU, pp. 36, 40, 50, 55 1 



- 444 — 

mfime 9igne de christianisme que les fiddles emploient. C'est 
tou jours le nom de J6sus-Christ et la figure de l'instrumenfc 
de son supplice, plus ou moms dissimulta suivantTSpoque oh 
Ton se trouvait (1). A Rome, le j£ apparait sur les marbres d&s 
323. D6s 347 ce signe se complique puis il se r&out en J^ 
jusque vers la fin du VI' Steele. Mais d6s le dSbut du V sitele 
la croix apparait (2). En Gaule, les monogrammes disparais- 
sent moins vite. On y trouve le Jc de 377 * *98 ( 3 )- Le J^ va 
de 400 k 521 et m&ne au delft, (4). La croix, qui apparait vers 
442 et 448, se montre encore vers 680 (5). 

Les deux chrismes $ et f ne sont pas autre chose, nous 
l'avons dit, que la + dissimulte d'une manure plus ou moins 
complete. Ordinairement on voit ces chrismes se succ6der pro- 
gressivement sur les marbres d'un m6me pays. Aux 6poques 
primitives, c'est le j£, un peu plus tard le ^ apparait, enfin 
c'est la + qui s'6tale au grand jour. Et bien rarement il arrive 
que ces chrismes chevauchent les uns sur les autres; quand 
l'antique monogramme a disparu, a 6t6 remplacg par le mo* 
nogramme secondaire, le plus ancien ne se voit plus, et ainsi 
de suite. De fait, c'est ce que prouvent les marbres dates de 
Venasque, de Vaison, d'Arles, d'Aix, de Briord, de Vienne (6). 



(1) Ed. Leblant, op. cit., pp. 29, 30. — Martigny, Dictionnaire ctanti- 
quitis chr&iennes, p. 413, etc. 

(2) Martigny, op. eft., p. 416. 

(3) Ed. Leblant, Manuel d'Epigraphie chrdtienne, p. 29. — Leblant, 
Inscriptions, X, II, n° 596, de 347; 1. 1, n* 12, de 498. 

(4) Nous l'avons dit dans un chapltre precedent. 

(5) Leblant , Manuel d'Epigraphie, p. 29. — Leblant, Inscriptions 
chrttiennes, t. II, n° 657, de 442; t. I, n* 68, de 448. Quoique M. Leblant 
ait ecrit, 1. 1, p. 15, qu'avant 503 on ne trouvait pas la croix en Gaule 
au debut des epitaphes, on la voit au contraire des 448. 

(6) Lorsque, en effet, on met en regard les marbres dates appartenant 
a la meme region, on voit se verifier l'observation que nous venons de 
faire. Les inscriptions chretiennes de M. Leblant nous donnent le resul- 
tat suivant : 

Marbres de Venasque : fin du VI* Steele E , en 604 + ; — de Vaison, en 
470 3£, en 516, en 519 + ; — d'Arles, en 374 j£, en 450 JJ, en 553 + ; 
— d'Aix, en 517 j£, au VI- ou VII* siecle + + + : — de Briord. en 557 ^, 
en 622 ou 638, en 632 + ; — de Vienne, en 503, en 541 JJ, J&, en 578 +. 

II y a une exception a faire pour les marbres de Lyon, oil Ton trouve 



— 445 — 

Outre l'habitude de placer la et lWentre les branches du 
^, du f- et de la +, on avait celle de les suspendre par des 
chalnes, figures sur le marbre, k ces m&nes branches des 
monogram mes (1). En Gaule on le voit fr6quemment. 

le^en 493, le p en 431 et 551,1a + ea 418. 503 V 5I1, 601. Mais, lorsque 
l'ona6falque, des marbres conserves a Lyon, ceux dont il n'e9t pas (lit 
qu'ils ont ete trouves dans celte ville, on arrive ace resultat : le £ en 
454-540, 431, 551, la + en 503, 541, 701. En resume, le marbre de 551 
serait seul a chevaucher. • 

(1) Les fideles plagaient ces deux lettres en regard des monogrammes 
et de la croix, non pas seulement comme protestation contre l'heresie 
d'Arius, mais comme raftirmalion eclatante de leur foi au dogme de la 
divinity de Jesus-Christ. (Martigny, Dictionnaire d'antiquites chretien- 
nes t p. 42.) 

Souvent aussi ils les suspendaient aux extremity des lettres des mo- 
nogrammes. A Home, un marbre posterieur de quelques annees seule- 
ment a 431 monlre Va el l'to attaches aux branches de x. Deux autres 
marbres cit6s par M. de Rossi, Inscriptions chritiennes, t. I, n°* 661 et 
666, de 430 et 431, les montrcnt suspendues a la branche transversale du 
jp. (Martigny, Dictionnaire d'antiquites chretiennes, p. 415.) 

On les trouve aussi suspendues aux bras de la croix, notamment en 
Algerie, a Annouah. (Martigny, op. cit. t p. 43.) 

En Gaule, cet usage existait aussi. On trouve le J^ des 377 a Sion 
(Suisse). (M. Leblant, Inscriptions chretiennes, t. I, n°369), jusque vers 
493. Le St so voit durant le V a siecle et la moiti6 du YK Le dernier 
marbre orn6 de ce chrisme- ainsi accompagn£ pa rait Stre de l'an 541 
(a 9 55 des Inscriptions chretiennes de Ed. Leblant, 1. 1.) Le ^|£ enfin se 
rencontre en 547, n* 437; en 520-690, n° 565; au debut du Vll^ siecle, 
n 9 707 du mdme ouvrage. 

L'habitude existait aussi en Gaule de suspendre par de3 chatnes 
ces deux lettres aux branches des monogrammes. Nous ne connaissons 
pas de CB portant ces deux lettres suspendues, mais le JEL nousle voyons 
sur un marbre deVienne, n° 140 du t. II des Inscriptions chretiennes de 
W. Leblant ; sur un autre marbre n» 92 du meme ouvrage. Le -£j~ enfin 
apparait sur la pierre tombale de l'6veque Boetius, au debut du VII" sie- 
cle, n> 707, et sur le marbre de Menas, a Marseille, n° 551 de M. Leblant, 
op, cit. 

Mais, particularity remarquable, on ne grave pr6squ > jamais Tomega 
majuscule avec l'alpha majuscule, e'est toujours le minuscule u>. et cela 
sur les pierres tombales, sur les inscriptions, stir les sceaux en forme de 
chatons de bague. Voir PA B G de M. Gaumont, pp. 48, 50, 55, 62, et les 
planches des Inscriptions chretiennes de M. Leblant, passim. Tanldt 
e'est le J2L, la -J^, tantdtle-^, la ^. Tres rarement on repr6sentc 
Tomega majuscule. Nous en avons trouvd a peine quelques exemples 

29 



- 446 - 

En Gaule encore, j usque. vers le milieu du VI* Steele on con- 
tinua k dater par les consuls (1 ). Depuis le premier quart deoe 
si&cle cependani on avail pris ('habitude de joindre l'indic- 
tion au consulate et on usa de cette m&hode chronologique 
jusque vers 573 (2). D6ja en certaines contr6es de la Gaule la 
supputation consulaire etait abandonn^e (3). On datait par 
les anndea de r£gne des rois ou par l'indiction toute seule (4). 

Seulement, land is que les Visigoths et les Francs cessent de 
dater par les consuls dfcs 484 et 534, partout ou s'gtendait la 
domination des Bourguignons la date hypatique 6tait conaer- 
vee. Elle se prolongea j usque vers .623 (5) : 4 Marseille et dans 



dans M. Leblant, n o< I, 241, 212, 462 des planches de cetouvrage. G'estone 
remarque naeationnee dans Martigny, Dictionnaire d'antiquit&s chre- 
tiennes, p. 43. 

(J) La derniere inscription date* par la formule hypathique eo 
Gaule pa rait etre 1'epitaphe d'un eveque d 'Aries, Aurelien. Elle appar- 
tient a Tan 551, n* 23 des Inscriptions chretiennes de M. Leblant. 

(2) Au V* siecle on trouve I'indiction, uuie a la date hypathique, des 
491. (Test la premiere inscription possedant cette formule chronologi- 
que. Mais on la voit frequemment gravee depuis 532 a 573. Au VII* sie- 
cle on ne trouve que deux marbres dates : en 601, n* 17, et en 606, n* 397. 

(3) M. de Rossi donne la raison de cet abandon: « Procedente tamen 
tempore indibtionibus adnotandis titulorum scriptores ita paulatim 
adsuevere, ut eos absque aliis annorum no'tis non raro adhibuerint, quae 
plane inutilis designandi temporis ratio est, id certe fieri coeptum, cum 
ordinaril consules quibus annus desigoabatur, creari desierant, et glis- 
cente barbarie legitimas atque accuratas tempo rum notas, rauIU igno- 
rabant vel negligebant. » (Inscriptiones eliristiance urbis Rotnce, pnef., 
pp. XGVIII et XC1X..) — Martigny. Dictionnaire d'antiquite* chr&- 
tiennes, p. 317. La creation reguliere des consuls fut souvent inter- 
rompue. Mais ce fut surtout en 542, ou cette interruption dura vingt- 
trois ans, et en 566 ou elle dura neuf ans. Or, l'habitude d'omettre la 
date consulaire coincide avec cette epoque, ainst que l'usage de l'indic- 
tion toute seule et de la date par les ann£es de regne. 

(4) Des 541, en effet, nous trouvons les inscriptions avec la date 
royale, et celte methode se conserve bien longtemps. 

(5) Des que Ai'aric II monte sur le tr6ne de Toulouse (487-507), il date 
eton date paries anneea de son regne. M. Leblant donne deux inscrip- 
tions ainsi marquees, n w 482, 556 ▲. Et ce n'est plus qu*a de rares inter- 
yalles que Ion revient a la date hypathique. 

Ainsi lout les Francs ; des qu'ils penetrant eu Aquitaine, e'eat par le 



J 



— 447 — 

les environs, au V* et au VI* sifecle, on datait par consuls 
avec ou sans indiction (1). 

A i'aidede ces renseignements, assignons une date approxi- 
mative k chacune de nos inscriptions de Marseille. 

Voici i'gpitaphe deSentrius Volusianus. 



. . TRIO VOLDSJAMO 
, . BVTYCHETIS FILIO 
FORTVNATO QVI VIM 
S PASS* SVNT 
. GIA PIENTISSBUS F 



REFRIGERET NOS 
. T*6T k$> 



Nous la trouvons dans ies Inscription* chr&iiennes de la 
Gaule anterieure au .VIIl* stecle, d'Edraond Leblant ; dans 
le Catalogue raisonni du mus6e d'arcMologie de Marseille, 
par M . J?enon ; dans V Armorial et Sigillographie des tor- 
ques de Marseille, parM. lechanoine Alban6s (2). 

D'aprfes M. Edmond Leblant, cette inscription appartienl 
« aux beaux temps de 1'epigraphie ». Les details qu'elle 
fournit « lui assignent une 6poque anterieure k la creation 
du premier formulaire chr6lien » . Or, t k la premi&re gpoque 

regnedeleurs roisque Ton date. II y a bien encore quelquee excep- 
tions, mais 1'usage est pris. 

Les Bourgu : gnons, au contraire, conservent ce souvenir de la domi- 
nation romaine sur les coatrees qu'ils possedent. Jusqu'en 623 t ils datent 
par les consuls. 

(Manuel d'Epigraphiechretienne^sx M. Leblant, passim, p. 132, etc.) 

(1) Les inscriptions du V* sitele appartenant a Marseille, Aix, Vaison, 
Valence, Vienne ne portent que la date consulaire. Un marbre d' Aries, 
de 495, n» 538 de M. Leblant, fait seul exception. 

Celles du VI* siecle appartenant a Aix, Aries, Vaison portent les unes 
la date des consuls toute seule, les autres la date des consuls jointe a 
I'iodiction. La meiUeure raisonde celte metbode chronologique est que 
les Bourguignons ont possede la Provence, en tout ou en partie, de 
1'annee 486 au milieu du VI* siecle environ. 

(2) Ed- Leblant, Inscriptions chritiennes, t. II, n» 548 a. — Penon, 
Catalogue..,, du Musie, p. 29. — M. le cbanoine Albanes, Armorial 
et Sigillographie. .., p. 4. 



I 



f 

t 



- 448 — 

(Gpigraphique) qui prgc&de Tavfinement de Constantin, le 
formulaireepigraphique chr&ien n'existe point encore (i)». 
Et Constantin fut proclam6 empereur en .306, et Tedit de 
Milan qui donna toute liberty & la religion chrStienne est 
de313(2). Cette inscription est done an plustard du debut 
du IV Steele. 

M. le chanoine Alban6s 6crit dans Y Armorial : a Combien 
de fois n'avons-nous pas en tend n des savants de divers pays, 
qui venaient d'admirer notrevieux marbre chr6tien,y recon- 
naltre les caracteres de T6poque d'Antonin ? Ii faudrait re- 
monter plus liaut encore, au jugement de celui qui a 6te 
r^cemment appel6 par l'autorit6 municipale pour invento- 
rierles antiquit6s de notre mnsee: ii ne regardait pascomme 
tem&raire que l'on put se croire en face d'un monument de 
i'&gede Domitien. » Or, An ton in le Pieax regna de 138 k 161, 
Domitien de 81 k 96. Cette inscription peut done remonter 
au I" sifecle ou au II\ 

Nous ajoutons : lestrois noms dont le marbre de Volusia- 
nusporte la trace ; le symbole antique de l'ancie ; cette men- 
tion d'Eulogia, la mfere de Volusianus, et de Fortunatus; ces 
mots: « refrigeret nos qui omnia potest », qui ressembient h 
une reponse 6nergique de ces Chretiens au juge qui les con - 
damne ; Pindication du genre de supplice qu'ils endurerent ; 
Tabsence de tout monogramme, sont autant d 'indices d'an li- 
quid pour ce marbre. 

Nous le faisons suivre de celui d'Eunoetus. M. Leblant l'a 
donnS d'apr&s les mauuscrits de Peiresc (3). 

• VETtN>E • EVNOETO 
*3*.QVI • VIX ANN • XV • M • III *^* 
VET1NI1 • HERMES ET ACTE 
PARENTES • FIL • PIISSIMO * 

ET DVLCISSIMO • FECERVN 
E HERMAIS • SOROR LIB • LIBERTAB • POSTERISQ • EORVM 

(1) Leblant, Manuel d'Epigraphie, p. 51. 

(2) L'Eglise et VEmpite romain au VI 9 siecle, par Albert de Broglie, 
1. 1, pp. 193, 241. 

(3) Ed. Leblant, Inscriptions chr6tiennes % t. II, n° 551 b. 



4 



— 449 — 

A cette inscription on peut appliquer ce queM. Edmond 
Leblant a 6crit de celle de Sentrius Volusianus. Ajoutons que 
a g'il n'est pas frequent de rencontrer les tria nomina sur les 
torn bes Chretien nes, Fanciennet6 dont t6moigne cette forme est 
ici en rapport complet avec la pr&ence de 1'ancre et des pois- 
sons, symboles Gminemment primitifs (i) ». En effet, la pre- 
sence de ces symboles chrgtiens, du triple nom romain, des 
noms des parents qui ont fait graver ce marbre, Pabsence de 
tout monogram me, t&noignent d'une haute antiquity. A quel 
moment des trois premiers sifccles faut-il placer Torigine de 
ce marbre? De plus habiles que nous pourront le dire. 

Celui de la vierge Ulpia nous est connu par les copies que 
nous en ont donn6es Ruffi, Grosson et Ed. Leblant (2). La 
voici telle que nous la fait lire M. Leblant : 

DM 

HIC J A GET VIRGO FIDELIS VLPIA 

DOMENE OVE VIXIT ANN XVI 

M XI D XX INLVCIVS ET VL 
PIA AGGRIPPINE DVLCISSIMAB 

Cette inscription, une des quatre qui, d'aprfes Grosson, se 
trouvait dans les souterrains de Saint-Victor, h Kern placement 
qu'occupe la chapel le de Saint-Lazare, semble appartenir au 
IV* sifecle, k cause de la forme de son dgbut et des noms de 
femmes qui Font fait graver. 

Nous ajoutons que la formule simple de « Hie jacet », qui 
ne se lit plus apr£s 449, la mention de la mfere qui fait Clever 
cette tombed sa fille, le double nom que porte ce marbre 
Ulpia Domene etUlpra Agrippina ; le signe D Mque les inscrip- 
tions chr&iennes offrent assez sou vent et qui rappelle soit la 
presence au moment oil Ton fait la tombe des deux cultes 
dans la contrte, h cause de <sa signification Diis manibus, soit 

(1) Ed. Leblant, Inscriptions chretiennes, t. II, p. 312, n° 551 b. 

(2) Guesnay, Provincice Massiliensts Annates, p. 78. — Ruffi, //ia- , 
toire de Marseille, t. II, p. 319. — Grosson, Recueil des antiquites • 
et monuments marseillais, p. 272. — Leblant, Inscriptions chre- 
tiennes, n° 550, t. II, p. 307. 



— 450 — 

le besoin de grayer ce3 inscriptions suiraiit les formules adop- 
tees k FGpoqtie (1) sont autant de motifs pour nous de ranger 
ce marbre parmi ceut du deuxifcme Age. Ii appartiendrait, 
selon nous, au milieu du IV* Steele. Ori l'a tu, M< Ed, Leblant 
n'y coiltredit pas. 
- Geltii de Fedula est aussi bien antique. 

PAVSAT I 

FEDVLA 

CVM QVEM V 

AVOI MEE COM 

DS MEVS ES TV 

GOMMENDO 

SPBTM MEVM 

M. Leblant nous fait reraarquer que Ton y voit deux 
emprunts fails au psaume XXX* Or, « c'dtait. la coutume, aux 
premiers temps ,chr6tiens, de chanter des psaumes k la vei!16e 
des corps et k leur enterrenient (2). » Le nom de la chr6tienne 
de Marseille denote aussi une grande antiquity 

Foedula est, en effet, un de ces termes de mSpris que les 
palens donriaient fcttx premiers ohr&iens, que ceux-ci aocep- 
1 6 rent avec joie par amour pour Notre Seigneur et dont 
ils firent un nom (3). Ainsi, le tnarbre qui nous occupe 
appartient & l'dpoque antique. Ces testes de la Sainte Ecriture 
que nous Ikons dans ce marbre ddnotent encore l'gpoque 
primitive. Mais le monogramme jc qui apparalt dfes 347 (4) 
etqui des 377s'augmentede ValphaeldeY6mtga(b),\& formule 
« Pausat in pace » plus compliqit6e que « In pace » de l'gpita- 

(1) Edmond Leblant, Inscriptions chritiennes, n* 361-362. 

(2) Edmond Leblant, Inscriptions chretiennes de la Gaule, n° 546. . 

— M. Peoon, op. cit., 42. 

(3) Edmond Leblant, op. cit., t II, p. 64, etc. 

(4) Edmond Leblant, op. cit. $ n° 596, dans le marbre de Severe et de 
P&trocle* 

• t5) Edmond Leblant, op. cit., n° 369. 



■ - 451 — 

phe de Severa et Patroclus en 347 (J) ijons d6ternunent & lui 
assigner les premiferes annfies aprbs le milieu du IV* Steele. 
Voici T&pitaphe de Menas et de Gemula que MM. Grinda, 
M£ry et M. Edmond Leblant nous rapportent : 



BON 


V 


RBQV • 


EAVI 




AIN DIE 


PVTV 





RV MA 


UlTVM 


T 


EVMBNA 


TBBBNB 


T 

M 


VIX8 


AS CVI 


NOMEN 


1 


CI | T 


A 


F 
E 


(0 


f ET M 


c 


f HIC IA 


ERCE 




TET GEM 


DE 8VPE 


I 


VLA CV M 


RMENO 

» 


T 


OMEN 


CABN 


M 


VS IS 


APVTB 


E 


CT 


DO. 


N 





Cette gpitaphe nous fait lire la formule « In die futuro » 
qui marque Pattente de la resurrection (2) ; les mots inscrits 
k la partie* gauche rappelleiit des textes de la Bible. On y 
remarque une contraction dans le nom propre Menas pour 
Eumenate. M. Edmond Leblant n'ajoute rien autre qui puisse 
nous indiquer & quelle 6poque il fait remonter ce marbre. 
A notre avis, cette inscription appartiendrait k la fin du V* 
Steele. En 470 on trouvela formule « votum facere a comme 
inscription d6dicatoire d'un monument fnngraire : « Rusticus 



(1) t Val. Severa viclt annos XXX, recissit Don. jul. Rufioo et Eusebio 
c cones. Pac. Pat roc! us prcesby ter sibi in pace. » (Inscriptions chrttien- 
nes, n° 596.) 

<2) Ouindon et Mery, Histoire des actes et deliberations des corps et 
de la municipality de Marseille, t. V, p. 201 . — Edmond Leblant, 
Inscriptions chretiennes, t. II, n° 551 A. 



— 452 — 

pro voto buo fecit (1) » L'alpha et Yoifttga inserts dans le 
monogramme jc apparaissent vers 377 j usque vers 493. Dfcs 
500 jusqu'en 547 on les voit attaches au P et dfes 520, 547 
ils se trouvem sous la -{-* Mais celle-ci, la +, on la rencontre 
au dfibut etau milieu des inscriptions funSraires dfes 442, 447. 
D'autre part, la formule a Hie jacet » ne se lit plus aprfes 447, 
449. (Test done en Ire les anuses 450 et 500 qu'il faut placer 
Torigine de notre marbre. 

Celui de Nymphidius, Guesnay, de Ruffi, Grosson, Papon, 
Edmond Leblant nous en out conserve l'inscription (2) : 

HIC REQVIESCET IN P 

NYMFIDIVS EX PRA 

QVI VIXIT ANNOS I 

RECESSBT VIII KALEN 

PROBINO ET EVSEB 

Incontestablement il appartient au V* Steele, puisqu'il eat 
date par les consuls et cette date est l'annge 489. 

Or, comme ce marbre est bien de Marseille, puisqu'il a 6le 
recueilli dans son port, il nous fournitune indication: e'est 
qu'it la fin du V sifcele on se sert de la formule « Hie requies- 
cit in pace » et du terme a recessit », et qu'ainsi les 6pitaphes 
de Menas, de Fedula, de Ulpia, sont ant6rieures k 489. 

MM. Millin, Pen on, Leblant nous donnent Finscription 
d'Eugenia (nobilis) (3) : 

+ Nobilis Eugenia pr^eclari sanguinis ortu, etc., etc. 

Cette magniflque 6pitaphe ne porte pas de date. Mais elle 
fait allusion & Facte de charity qu'accomplissaient tant de 

(1) Edmond Leblant, op. cit. t n° 496. 

(2) Guesnay, Provincial Massiliensis Annates, p. 79. — Ruffl, Histoire 
de Marseille, t. II, p. 321. — Grosson, Recueil des antiquity, p. 271. — 
Papon, Histoire de Provence, 1. 1, p. 25. — Edmond Leblant, Inscrip- 
tions chre'tiennes, n° 548. 

(3) Millin, Voyage, t. Ill, p. 169. — Penon, Catalogue du Muste 
d'archdologie de Marseille, p. 34. — Edmond Leblant, Inscriptions 
chretiennes, t. II, n° 543. 



— 453 — 

* 

Chretiens, celui de racheter leurs fibres captifs aux mains 
des barbares. a C'est k cette 6poque oil l'Empire se d6battait 
sous une terrible 6treinte, que nous reporle le marbre d'Euge- 
nia », a dit M. Edmond Leblant (1). 

(Test durant ce V° sifecle, en effet, qu'il faut placer Torigine 
de ce marbre. La croix au d6but de I'inscription la fait dater 
de 448 a 680. Mais il s'agit du rachat des captifs auquel 
Eugenia se livre, et les barbares ont saccagG la Gaule, ramass6 
des esclaves surtout de 405 k la fin du stecle. C'est le motif 
qui nous fait assigner cette 6poque com me date d'origine h. ce 
marbre. 

De I'inscription de Spanilia : 

f HIG REQVIESCET 

IN PACE SPANILIA 

OVI VIXIT ANNOS 

QVINQVAGENTA ET 

SEPTE RECESSIT DIE 

SEPTIMU IDVS 

f MAIAS f 

M. Leblant ne dit qu'une chose, « c'est qu'elle a 6t6 trouvee 
dans les fouilles du bassin du Carriage et conservee au musee 
de la ville (2). » 

Nous la placons encore au V° sifecle. La croix au d6but de 
rinscription se lit dfes 448, k l'interieur des inscriptions des 
442. Mais la formule « Hie requiescit in pace » ne se lit guere 
avant 469 et ne se voit gu&re aprfes 498. C'est done centre 469 
et 498 environ qu'elle a ete grav6e. 

Inscription de Gypriana : 

HIC REQV1E5 

CIT CYPRIANA 

IN PACE 

QVI VIXIT 

MN ANNS 
XXXIII 

(1) Edmond Leblant, Inscription* chretiennes, t. II, p. 299. 
(1) Edmond Leblant, Inscriptions chretiennc* t \. II,n°549. — Penon, 
Catalogue du Musee d'archcoloaie, p. 33. 



— 454 — 

Personne n'a parl6de ce marbre, excepts M. Penon dans son 
Catalogue raisonni du Muse's d'archtologie de Marseille, 
n° 161, pour dire que cette inscription a &6 trouy^e en 1875, 
pres du bassin du Carriage (I). 

L'inscription de Cypriana appartient au V sifccle, pr6cis6- 
ment k cause de la form nle* « Hie requiescit. . j in pace*. 
On ne la trouve gufcre aprfcs 491 et 498. Mais le qualificatif 
« bonae memorise » s'y joint bien vite : on le trouve dfes 473. 
D'autre part, le c Hie requiescit in pace * se lit seulement 
vers 469. Notons que l'expression plus minus que renferme 
cette Gpitaphe commence k se lire d6s 511 . C'est done post6- 
rieurement k 469,entre 479 et 511, que notre inscription a sa 
place, vers la fin du V* sifcele, peut-Stre au debut du VI*. 

M. Ruffi et Ed. Leblanl nous ont conserve rinscription 
d'Urbeca : 

JL JL JL 

i 1 i 

HIC REQTtESCET IN *ACE 
BONE MEMORIA URBlSCA FfLIA BONE MEMORISE 
SQUELIOLES QVI VICTET PLVS MENOS AJINO. S. L. RECESSKT 
SVD DIE KALENDAS OCTOBRES IN DICTIONS 8EXTA 

^inscription d'Urbeca est « d'une assez basse 6poque,comme 
le montrent, entre autres details, la formtile du d6but et la date 
de Tindiction. Elle doit 6tre jointe aux rares Gpitaphes chr6- 
tienne* qui indiquent la filiation du dtfunt (2)» » 

On peut;en effet,lui assigner le VP sifecle comme 6poquepro* 
babledeson origine. Elle nous fait lire le d6but assez compliqug 
de a Hie requiescit in pace bonae memoriae », lequel se trouve 
dans les inscriptions peut-£tre avant 491, mais stirement k 
cette date, jusqu'en Tann6e 689 (3). D autre part, la locu- 
tion plus minus que porte ce marbre se rencontre de l'ann£e 



(1) M. Penon, op. cit., p. 41. 

(2) Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 396. — M. Ed. Leblant, 
Inscriptions chr&tiennes, t. II, n* 551. 

(3) Le marbre de Nevitta porte cette formule Bt date peut-^tre f de 
362, n° 493.— Le n e 474 B porte la date de 491 et fait lire « Hie requiescit 
in pace bonae memorise ». — Le n° 621 porte la date de 689. 



— 455 — 

511 cM'annee 643 et peut-Stre k l'annSe 695(1). De plus, la 
date par l'indiction seuleriient nous donne une 6poque po9t6- 
rieure k la moitte du V? Steele (2). Enfln, trois croix ornent ce 
rnarbre. Oh a dit qu'elles gtaient « un hommage rendu k la 
sainte Trinity, & cause de rh6r6sie arienne »* ce qui est, 
croyons-nous, une bonne petite h6r6sie. Oil adit « qu'elles 
6taient des caractferes propres, de Tornementation et de l'6pi- 
graphie k l'tipoque mgrovingienne (3) », ce qui est assez vrai. 

II nous semble que ce sont tout an tan t de signes et de pre li- 
ves de la viracite de la fdi de ceux qui ont fait graver ces 
marbres. De fait, ces trois croix ont et6 d'un usage assez fre- 
quent on beaucoup d'endroits, et surtout assez longtemps. 
Avant m6me que le eigne cruciforme apparut en Evidence 
complete, on avait 1'habitude souvent de rgpdter plusieurs 
fois soit le jc, soil le J^ , soit Pun on l'autre de ces mono-* 
grammes m£l6s k la +. C'est ce que nous m ont rent des mar* 
bres de Treves, de Vienne, de Gh&lons-sur-SaOne, appartenant 
aux V el X- siecles (4). 

Souvent aussi et k des gpoques assez Gloignees les unes des 
autres nous trouvons ces croix r6p6t6es sur les marbres, tantot 
h une place, tantGt k une autre. Tels le marbre de Montedy 
appartenant au V" stecle, celui de Mandourel de la fin du 
celul d'Aix du VIII* ou IX* sifccle et un de Limoges, de 853 

Pftrfois aussi on place ces chrismes d'une mantere r6gulifcre 
en t6te de l'iuscription, k la fin de celle-ci, et au nombre de 
troi9. C'est le cas d'un marbre de Treves, d'un de Vienne et 
d'un autre deCoudes(6), 

(1) Ed. Leblant, Inscriptions chretiennes, n«586A.. 

(2) M. de Rossi, Inscriptiones christians urbis Romce, p. XCVII, 
6crit: c Christian se inscriptiones quse indictionum notas pro se ferunt, 
seculo plerumque sexto minime esse antiquiores vere Muratorius pro- 
nuntiavit. » 

(3) Bulletin de la Soci&te* archeologique du Midi de la France, eplta- 
pbe de Tillisiola, p. 30. 

(4) Ed. Leblant, Inscriptions chretiennes, n" 414, '12, 269, 322, 11 
(p. 30), 439. 

(5) Ed. Leblant,. op. cit. t n M 610, 621 B, 624. — Marbre de Limoges, 
Dictionnaire d f Epigraphie % edit. Migne, t. I, col. 651. 

(6) Ed. Leblant, op. cit., n- 271, 441, 565. 



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Or, k quelle 6poque rencontre-t-on cette particularity des 
trois chrismes ? Le marbre de Trfeves est assez antique, il a le 
dfebut primitif a Hie jacet » , il remonte peut-fetre au IV* Steele. 
Celui de Vienne parait appartenir au V*, k cause du dfebut 
« Hie requiescit in pace ». Mais celui deCoudes povte une date : 
lesannfeesde rfegne d'un roi, et cette dale va de 500 k 690. 
Le marbre d'Urbeca, postferieur k la moitife du VI* sifecle, peut 
appartenir au VII . Ne prenons pas la date extrfeme, acceptous 
qu'il soit de la fin du VP sifecle. 

Nous connaissons $ejk l'inscription d'Eugenia a &ncilla Dei ». 
A quelle fepoque faut-il l'attribuer? 

La formule assez couipliqufee du dfebut « Hie requiescit 
bonse memoriae » apparlient au quatrieme 4ge fepigraphique. 
Elle se lit sur les marbres de Tail 458 k Tan 638 et peut-fetre 
695. Cette locution se rencontre bien avant dans le VHP sifecle. 
Une inscription de Saint-Orens, prfes de Toulouse, que le Die- 
tionnaire d'Epigraphie, Edition Migne, fixe k l'annfee 790 ; 
une autre de Foix, datee de79l ; une autre de Toulouse peut- 
fetre, datfee du VIP sifecle d'aprfes M. Leblant, et de 806 d'aprfes 
rauleurdu/)tWf7mnat're d'Epigraphie citfe plus haut,donnent 
cedfebut(l). Le champ d'origine pour ce marbre d'Eugenia 
est j)ien vaste,il s'etenddu V* sifecle au VHP etpeut-fetreauIX*. 
Mais la date de cette inscription marqufee par l'indiction toute 
seule en ,resserre les limites. Comme ce mode chronologique 
correspond, d'aprfes M. de Rossi, k une fepoque posterieure a la 
moitife du VP sifecle, e'est entre 550 environ et 790 qu'on peut 
la placer. 

On peut le restreindre davantage en fetudiant la locution 
« ancillaDei », qualificatif d'Eugenia, et formule fequivalenle 
du mot « religiosa ». 

A quelle fepoque a-t-on appelfe les religieuses « ancilla Dei » ? 
Les marbres £pigraphiques de la Gaule nous montrent cette 
formule quelquafois employee. M. Leblant nous fournitquatre 

(1; Marbre de Tulinus, Saint-Orens, Dictionnaire d'Epigraphie, edit. 
Migne, t. II, col. 977.— Marbre d'Arricho, Foix, Dictiotuiaif-e d'Epigra- 
phie, edit. Migne, t. I, col. 476. — Marbre de Marsilia, Toulouse, Dic- 
tionnaire d'Epigraphie, edit. Migne, t. II, col. 1120. — Ed. Leblant, 
Inscriptions chretiennes, t. II, n* 601. 



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inscriptions de ce genre. Malheureusement aucune n'£tant 
da tee ne peut fournir de renseignements positifs. D'autre 
part, les fepitaphe3 de reiigieuses, avec date ti peu prfes certaine, 
queM. Leblant nous a conservees et appartenant anx V°, VI", 
VII sifeclesrfie nous font jamais lire la formule « ancilla Dei » . 
D'autre part, enfin, nous avons, a Marseille, une inscription 
que M. de Rossi croit fetre du V e ou du VIP sifecle, celle de Til- 
lisiola, et danscette inscription Tillisiola et ses religieuses sont 
appelfeesa virgo, virgines sacra ». II est done fort probable que 
ce marbre d'Eugenia n'est pas de la fin du VI° sifecle. II est pos- 
tferieur. Ajoutons qu'k aucun moment, sauf au milieu du 
VIII' sifecle, on ne lit cette expression dans le texte des cunons 
et des dfeerets des conciles. Pone, ce marbre d'Eugenia peut 
appartenir au VIII - sifecle. 

Gependant il ressort du texte de certains icrivains ecclfesias- 
tiques qu'& toutes les fepoques presque, ce terme « ancilla Dei » 
a6tfe employ6 pour designer les religieuses. On peut biendis- 
cuter sur le sens exact de plusieiXrs de cus textes, k savoir s'ils 
dfesignent rfeellement des personnes consacrfees k Dieu^j mais 
il est certain, par exemple, qu'en 597 saint Grfegoire le Grand, 
qui 1'emploie frfequemment, Tecrivait dans une lettre k Res- 
pecla, abbesse du monastfere de Saint-Gassien a Marseille. 

Peut-on en infSrer que cette inscription d'Eugenia appar- 
tienne k la lin du VI* 9ifecle, ou au dfebut du VIP, et que Ton 
ait voulu dfecerneracetle religieuse Eugenia le litre que le pape 
donnait k ses soeurs k peu prfes k cette fepoque ? C'est possible. 

Mais nous fottnulons une difficulty. Nous avons parle tantOt 
de rinscription d'Urbeca et de celle de Tillisiola. Celle d'Ur- 
beca nous semble appartenir k la fin de ce VI" sifecle; celle de 
Tillisiola, M. de Rossi la croit du VP ou du VIP sifecle. Or, ces 
deux inscriptions portent le chrisme -f- trois fois rfepete. 
Pourquoisur cette inscription, si elleest de la fin du VIP sifecle, 
Ce signe ne se trouve-t-il pas ? Les trois marbres sont de Mar- 
seille. Dans tous les trois il s'agit de religieuses. Et pas une croix 
sur celui d'Eugenia. Cela nous semble difficile k accepter. 
Attribuez done cette inscription, si vous voulez, a la fin du VP, 
sifecle, au dfebut du VIP ; mais, pour nous, les conciles n'ap- 



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pelant les religieuses « ancilla Dei » qu'au milieu du VIII* 
sifecle, c'est k cetle 6poque qu'elle appartient. 

L'inscription de Tillisiola, k quelle gpoque appartient- 
elle? M. de Rossi, on lesait, la croit du VI ou du VII - siecle. 
A joutons nos preuves (1). 

Ge marbre offre k nos regards trois* chrismes graves ea 
forme r6guli6re et en tete de l'inscription. D'apr&s ce que nous 
avons dit tanlGt, la date de ce marbre peut dfcs lors se pla- 
cer entre le IV et le VIP siecle. Le d6but de Tinscription nous 
indique aussi une 6poque assez basse : <* In hoc tumulo sita 
est ». Cette for mule n'est pas habituelle. On lit : a In hoc tu- 
mulo requiescit » avec plus ou moins de details, mais les 
mots « sita est » sont assez rares, croyons-nous. Dans tous les 
cas, la locution « In hoc tumulo », quise lit d6s le V'sifecle, 
se prolonge fort avant dans les VI", VI?, VHP, IX sifccles. En 
853 on lit sur un marbre de Limoges : « In hoc tumulo re- 
quiescit sanctse memorise Dodo (2) o. (Test du V au IX" siecle 
que Ton pourrait done placer son origine. 

Mais, comme ce marbre est dat6 par Tindiction seulement, 
de ce* chef nous descendons k une £poque postgrieure au 
milieu du VI si&cle. Le qualificatif d'« abbatissa d d&ignant 
la dignity de Tillisiola apparalt quelquefois dans les inscrip- 
tions. Nous le trouvons k Gapoue, en 569 (3), k Vienne, k la 
fin du VI°, au debut du VII Steele (4). Sans difficult^ on peut 
done attribuer ce marbre au VI° ou au VII* Steele. 

Cependant l'expression « Virgo virginibus sacriso le fixe k la 
date la plus basse. Ce terme de « virgo » est antique. C'est 
vrai, nous avons lu « Ulpia virgo fidelis » au IV* siecle. Mais k 
ce moment, il ne signifie pas religieuse dans le sens ordinaire 
du mot. De plus, on ne le retrouve dans les marbres de la 

(1) Dans une lettre de M. de Rossi adressee a Mgr Barbier de Mon- 
tault, au sujet de cette inscription, le savant archeologue ecrit : « Les 
formules de l'epitaphe ne permettent pas de Tattribuer au bas age. Je la 
crois du VI - ou bien du VII ° siecle. » Bulletin de la Societe arctteologi- 
que du Midi de la France, serie in-S°, n° 1, p. 29. 

(2) Marbre de Dodo, abbas, Limoges, Dictionnaire d'Epigraphie, edi- 
tion Migne, t. I, col. 651. 

(3) Martigny, Dictionnaire d'antiquites chretiennes, p. 486. 

(4) Ed. Leblant, Inscriptions chretiennea de la Gaule, n*G99. 



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Gaule et d&ignant a proprement dit des religieuses, qu'au 
VII* siecle, sous la forme de « Deo saerata- virgines » (l). De 
ce chef done la dale d'origine de ce marbre descend juaqn'au 
VII" sieele. 

Mais veul-on noire sentiment ? Cett« inscription, selon 
noaB, appai-tient a la Un du VIII' siecle, a repocfue calme et 
paisible des regnes de Pepin etde Charlemagne. Et voici noe 
raisons : 

Nous avons un faible potir nos traditions locales, et volon- 
tiera nous nous meltons a leur remorque. Or, e'est une tradi- 
tion, une croyance, undit-on, si Ton veul, ad mis par les 
autears cependant (2), que Tillisiola a ete" une des abbesses 
qui out succede a sainte Euscbie. De fait, elle eta it eiise.velie 
Saint- Vic tor, a deux pas de 1'autel de Notre-Ilame de Confes- 
sion, au pied duquel reposaieat Eusebie et ses rompagnes. Or, 
nous ne sachions