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Full text of "Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel"

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OCT 2 4 1908 




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THE CIFT OF FRIENDS 
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'DESCRIPTIO'K, 

DE L'ABBAYE 



ont Saint-Michel 

ET DE SES ABORDS 

Précédée d'une Notice historique 

PAR 

fiDoi'ARD CORROYER 



Architecte dd Gouverkemekt 




DUMOULIN, LIBRAIRIE ARCHEOLOGIQUE 
Quai des Granda-Aug^siins, i% 

M. D. occ. txxvn 



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SE TROUVE AUSSI 

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ET AU MONT SAINT-MICHEL 



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VESCRIPTIOISL 

DE L'ABBAYE 

DU 



Mont Saint-Michel 

ET DE SES ABORDS 

Précédée d'une Notice historique 



PAR 



Edouard CORROYER 

Architecte du Gouvernement 




PARIS 

DUMOULIN, LIBRAIRIE ARCHÉOLOGIQUE 
Quai des Grands- Augustins , 13 

M. D. CCC. LXXVII 
Droits dé traduction et de reproduction réservés. 



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Harvard Collège Library 

N#rtdn Collecti«ni 

t>«c. 3. 1907, 



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m. 






PRÉFACE 




E Mont Saint-Michel a eu déjà ses chro- 
niqueurs et ses historiens, ou, du moins, 
écrire son histoire complète a été le but 
que se sont proposé d'atteindre les écrivains qui, avec 
des fortunes diverses, ont traité ce vaste sujet. 

Un grand nombre d'ouvrages ont été faits depuis le 
commencement du xvn* siècle sans épuiser l'intérêt qui 
s'attache à l'antique monastère, ainsi que le témoignent 
les écrits modernes ayant également pour but l'étude 
des origines, des transformations de la célèbre abbaye 
et des événements mémorables qui se sont accomplis 
sur le rocher qu'elle couronne. 

Sans remonter au Roman du Mont SainUMichel de 
Guillaume de Saint-Pair, poète anglo-normand du 
xn« siècle (1), et en mentionnant seulement le Livre sur 



I. Publié par Frandique Michel. Caen, Hard«l, 18S6. 



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VI PBâFAGB 

le Mont Saint-Michel du frère François-Feu-Ardent, 
publié à Goutances en 1604, réimprimé nombre de fois 
jusqu'en 1627 et traduit, notamment en italien, à Naples 
en 1620 (1), il faut reconnaître que l'œuvre, maintenant 
la plus connue et qui mérite si bien de l'être, est celle de 
Dom Jean Huynes, moine bénédictin de la Congrégation 
de Saint-Maur. Elle est conservée à la Bibliothèque 
Nationale de Paris, en deux manuscrits autographes sur 
papier, provenant de l'ancien fonds de Sainl-Germain et 
catalogués sous les numéros 18,947 et 18,948. Ils ont 
pour titre, n* 18,947 : « Histoire générale de V Abbaye 
du Mont Saint-Michel au péril de la mer, diocèse 
d*Avranches, province de Normandie, divisée en six 
traictés et composée Van mil six cens trente huict au 
5it5 dit Mont Saint-Michel, revue et corrigée en plu- 
sieurs endroicts par Vautheur Van mil six cens qua- 
rante demourant encore au sus dit lieu. » Et le 
no 18,948 : « Histoire générale de V Abbaye du Mont 
Saint-Michel au péril de la mer, diocèse d'Avran- 
ches, province de Normandie, divisée en six traictés^ 
composée Van mil six cens trente huict au sus dit 
Mont Saint-Michel. » 



I. Notes bibliographiqaes commaniquéet par mon ami, M. A. de MootaigloD, pro- 
fesseur à l'École des Chartes. 



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PBéFACB VU 

Ces précieux manuscrits forment une suite de docu* 
ments du plus haut intérêt, d'où procèdent, dans leurs 
plus grandes parties, les histoires du Mont Saint-Michel 
faites depuis le xvn* siècle jusqu'à nos jours; ils seront 
toujours la source la plus pure où les futurs historiens 
du Mont devront puiser les principaux éléments de leurs 
écrits. J'ai lu ces manuscrits avec la plus vive attention 
et ce sont ceux, parmi les ouvrages relatib au Mont 
Saint-Michel et conservés à la Bibliothèque Nationale^ 
qui m'ont donné les plus utiles renseignements et le 
mieux guidé dans mes études spéciales entreprises 
depuis plusieurs années. 

Dans ces derniers temps, un savant archéologue, 
membre de la Société de l'Histoire de Normandie, a pu- 
blié les deux manuscrits de Dom Jean Huynes (1). Impri- 
mée en beaux caractères typographiques modernes tout 
en conservant intacts la forme et le fond anciens, cette 
publication, en facilitant la lecture quelquefois laborieuse 
des originaux, a simplifié les recherches nécessaires, et 
son auteur a rendu un éminent service à la cause du 
Mont Saint-Michel. Grâce aux notes qui accompagnent 



I. Hittoira générale de TAbbaye da Mont Saint-Michel au péril de la mer, par 
D»Bi ieaa Hnjmat, psbliée pour la première fois arec ane introdaetioa et des notes 
par Eogèoe de Robillard de Beanrepaire. t Tohimes, Ronen, A. Le Brument çt son 
r Gk MéCérie, i9Jt'ÎSIh 



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VIII pbiSface 

les six traités de Dom Jean Huynes, la lumière est faite 
sur l'œuvre de ses continuateurs, dont les écrits, conser- 
vés à la Bibliothèque d'Avranches, lui ont été longtemps 
attribués ; ce ne sont que des broderies, souvent trop 
brillantes, ajoutées au simple et fin tissu du sava,nt 
bénédictin. 

Après avoir étudié ces rares manuscrits, j'ai examiné 
avec le plus grand soin les différentes histoires du Mont 
Saint-Michel, parues du xvn« au xix« siècle, qui ont 
toutes pour origine Tœuvre de Dom Jean Huynes et sont 
un assemblage savant de notes et de renseignements des 
plus intéressants ; mais, parmi toutes ces notes réunies 
avec tant de science et d'efforts persévérants, il en est une 
que j'ai vainement cherchée et qui me paraît être pour- 
tant la partie la plus importante, la plus nécessaire et 
cependant la moins connue; c'est-à-dire une Étude archi- 
tecturale des édifices qui forment le Mont Saint-Michel. 

La même lacune existe dans tous ces ouvrages et elle 
me paraît être excusable d'ailleurs ; car, quelles que soient 
la science et l'érudition des auteurs, stimulés par le désir 
de bien faire, de faire mieux que ce qui a été faitd'abord, 
aucun d'eux ne peut se flatter d'avoir résolu victorieuse- 
ment toutes les questions complexes se rattachant à un 
aussi vaste sujet, et, quoi qu'on fasse, il reste toujours à 



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PRÉFACE IX 

traiter au moins une de ces questions. Animé du même 
désir que mes devanciers, qui ont tracé le chemin après 
l'avoir débarrassé de ses principaux obstacles, j'ai pensé 
que Varchitecture de tous ces curieux monuments doit 
être l'objet d'une étude particulière , dont l'utilité est 
incontestable et qui , je le crois du moins , n'a pas 
encore été faite. 

L'architecture a ici une importance considérable. 
L'histoire du Mont Saint-Michel est écrite sur les murs 
de son abbaye et de ses remparts; toutes les grandes 
époques de son existence sont marquées par des édifices 
superbes, documents parlants pour ainsi dire, qu'il suffit 
d'interroger pour qu'ils répondent péremptoirement et 
affirment leurs origines. Quoi qu'il en soit, les auteurs 
de notre temps n'ont pas tous imité la prudente 
réserve de Dom Jean Huynes : là où il transcrit ce 
qu'il a lu et dit ce qu'il a vu sans commentaires, 
ils traduisent, amplifient les textes qu'ils citent et en 
tirent des conclusions contre lesquelles protestent les 
édifices encore debout. 

A mon avis, bien des erreurs ont été commises, ou 
tout au moins il existe sur plusieurs points des malen- 
tendus résultant d'un examen superficiel et qu'il importe 
de faire cesser, notamment en ce qui concerne les tra- 



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X PB^FACE 

vaux de Roger II, ceux de Robert de Torigni et Torigine 
de la Merveille. Il faut remarquer d'ailleurs que, si Ton 
paiie beaucoup de la Merveille^ personne ne fait naître 
cette œuvrç de son véritable auteur, Jourdain, dix-sep- 
tième Abbé de 1191 h 1212, dont le nom mérite pourtant 
de passer à la postérité, non-seulement comme Âbbé du 
Mont, mais encore comme Architecte, avec tous les hon- 
neurs qui sont dus à un aussi habile constructeur. 

On attribue généralement à Robert de Torigni les tra- 
vaux faits par Roger II et à celui-ci les ouvrages de Jour- 
dain. La confusion est grande. Toutefois il est facile d'en 
trouver la cause ; c'est que les diverses histoires ont été 
faites au point de vue purement historique, avec une 
recherche littéraire, scientifique et même archéologique, 
en compilant savamment les textes latins et français, 
mais où l'étude critique de l'architecture des diverses 
époques n'a été qu'un incident au heu d'être le motif 
principal. 

Tous ces textes si laborieusement recueillis, publiés 
et traduits ont certainement un intérêt très-grand, capi- 
tal même; ils pourraient être indiscutables si les édifices 
qu'ils concernent n'existaient plus; cependant, ils ne 
doivent pas faire oublier les monuments eux-mêmes qui, 
par un rare bonheur, nous ont été conservés. Lors- 



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FUivkOB XI 

que, comme ceux qui nous occupent, ils donnent les 
documents lapidaires les plus incontestables, d'accord, 
dans les circonstances actuelles, avec les docurnents 
historiquesy i — tout en consultant ces derniers avec le 
respect qu'ils méritent, — Fétude approfondie de l'archi* 
lecture et de la construction fournit les ai^;uments les 
plus décisifis et les preuves les plus positives pour déter- 
miner sûrement les origines des divers édifices élevés 
^u Moat Saint-Michel du xi* au xvr siècle. 

Il est juste de dire que, si les recherches sont deve- 
nues possibles, faciles même, elles ont été longtemps 
extrêmement pénibles, en raison des grandes difficultés 
résiiltant de la destination donnée à l'abbaye. Trans*- 
formé en maison de correction par un décret de 
Napoléon f, en 1811, puis en prison centrale et de cor- 
rection par un autre décret de Louis XYIII, le monastère 
devint à peu près inaccessible aux visiteurs. La nef et 
les chapelles du chœur de l'église, les belles salles de la 
Merveille, les souterrains, les galeries et une grande 
partie du logis abbatial furent divisés en plusieurs étages 
de cellules et de cachots. Cet état de choses opposait des 
obstacles presque insurmontables à un examen sérieux; 
mais depuis 1863, époque à laquelle un nouveau décret 
supprima la prison, le monument, magnifique livre impé- 



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Xn PB^FACB 

rissable, fermé pendant plus de cinquante ans, est grand 
ouvert à tous, à tous. ceux qui veulent le lire au moins et 
apprendre son histoire par ses édifices ; les caractères en 
sont si nettement accusés qu'ils ne peuvent donner lieu 
à aucune confusion sur leurs origines diverses. 

En mai 1872, M. le Ministre de l'Instruction publique 
et des Beaux-Arts, sur l'avis de la Conmiission des Mo- 
nunaents historiques, me chargea d'étudier l'état actuel 
du Mont Saint-Michel et de préparer les projets de sa 
restauration. 

Pendant un séjour de plusieurs mois au Mont 
Saint-Michel, j'ai exploré, étudié, relevé et dessiné sous 
toutes leurs formes, avec le plus grand soin et la plus 
grande exactitude, tous les monuments qui le compo- 
sent ; après avoir consulté les auteurs anciens et mo- 
dernes qui ont réuni dans leurs écrits de si précieuses 
indications, j'ai pu former un noyau de documents que 
des découvertes récentes, faites pendant le cours des 
travaux de restauration, commencés depuis 1873 par les 
soins de la Conmiission des Monuments historiques, 
sont venues augmenter encore. Ils seront compris dans 
un ouvrage que je m'efforcerai de rendre aussi complet 
que possible, et que j'espère faire paraître bientôt sous 
le titre de : Monographie archéologique du Mont 



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PB^FACB Xm 

Saint'MicheL Ils formeront dans cette publicalion un 
des chapitres, sinon des plus intéressants, du moins des 
plus nécessaires, c'est-à-dire VÉtude critique de Var- 
chitecture au Mont Saint-Michel. 

Pourtant, en raison de l'intérêt toujours croissant qui 
s'attache à l'antique abbaye, j'ai pensé qu'une Descrip- 
tion de V Abbaye du Mont Saint-Michel et de ses 
abordSj jirécédée d^une Notice historique^ résumant 
mes recherches et mes travaux, pourrait être bien 
accueillie, surtout si elle apporte quelques renseigne- 
ments inédits sur la grande question que j'ai essayé de 
traiter. C'est mon ambition en même temps que mon 
excuse, trop heureux d'ailleurs si cette étude peut être 
utile à ceux qui verront le Mont Saint-Michel, et principale- 
ment à ceux qui, après l'avoir vu, désireront le connsdtre. 

Pour étudier sérieusement les édifices considérables 
réunis en aussi grand nombre, et se superposant sur les 
rampes inégales du rocher, des renseignements techni- 
ques sont des plus utiles. Ils sont indispensables 
même si l'on veut se rendre exactement compte des 
formes des divers bâtiments, des détails de leur struc- 
ture, de leur orientation et de leur groupement étage 
autour du point culminant où s'élève l'église. 

J'ai dessiné un certain nombre de figures donnant 



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XIV FKjiFAGB 

d'abord le plan général en chromolithographie et déter^ 
minant, par des couleurs diverses^ les masses des cons-^ 
tructions élevées à différentes époques depuis le xi* siè- 
cle ; puis les plans ded principales zones de rabbaye, 
les coupes des bâtiments et du rocher qu'ils couronnent; 
deâ croquis et une série de plans partiels qm, intercalés 
dans le texte, aideront le lecteur à comprendre les dis- 
positions générales du Mont Saint-Michel, et le guide- 
ront sûrement au travers des détails de la description. 
Enfin, ce qui sera le principal attrait du travail que j'ai 
entrepris, M* Léon Gaucherel a bien voulu me prêter 
le concours sympathique de son célèbre talent en se 
chargeant de reproduire, par des eaux-fortes et par de 
nouveaux procédés de gravure, quelques-uns des dessins 
composant les études du Mont Saint-Michel que j'ai été 
chargé de faire en 1872 ^ études et dessins appartenant 
au Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Àrts^ 
et fadsant partie des archives de la Commission des 
Monuments historiques. 

Les recherches que j'ai faites à la Bibliothèque 
Nationale, en me fournisssmt des indications précises 
sur les armoiries du Mont Saint-Michel, de Pierre Le Roy 
et de Robert Jolivet (1), m'ont fait connaître le Livre 

I. Voir Uê notes qui le* eènceraaiit à U suiu de la Notice historique. 



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PBâPACB XT 

d'Heures de Pierre II, duc de Br^etagne (!)• Ce pré- 
cieux manuscrit sur vélin (2)| dans un état de consenra- 
tion parfaite, remonte au commencement du xv* sièclci 
ainsi que l'indiquent tous les détails des costumes et des 
ailnures de la fin du règne de Chartes YI. Indépendam- 
ment des lettres capitales^ lettrines et versetsi ornant 
presque toutes les pages, il est enrichi d'un grs^d nom- 
bre de miniatures; leur composition et leur brillant 
coloris, que le temps n'a point altéré, sont de la plus 
grande finesse, et rappellent les principales scènes de la 
vie des saints, saintes et martyrs, dont le livre d'heures 
indique les prières à réciter pendant la célébration de 
leurs offices. 

La page du manuscrit concernant l'office de saint 
Michel est celle qui était de nature à m'intéresser le plus 
vivement (3). Elle donne, relativement aux fortifications 
primitives, im renseignement fort curieux et d'autant 
plus rare que cette vue du Mont Saint-Michel, dans 
les premières années du xv* siècle, est, à mon avis la 
plus ancienne image connue; au reste, j'en reparlerai 
plus longuement au chapitre des Remparts. 

I. Pitrre n, dœ de Bratafne, on dM trois fili de Jean Y, dit le Sage, toccéda à 
MB frère Franfois h' en 1451 et moamt en 1457. 
S. Mi. fonds latin, n« 1159. 
S. Le frontispiee reproduit entièrement cette page, rédoite d'an tiers. 



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XYI PBâPAOB 

Le motif principal de la page est une miniature repré- 
sentant saint Michel triomphant et maintenant le Démon 
vaincu. L'Archange est couvert d'une armure complète, 
du harnais blanc — semblable à celui que portaient les 
chevaliers français de la première moitié du xv siècle 
— et revêtu d'un long manteau blanc doublé de pourpre; 
les ailes brillantes sont abaissées; la tète nue aux 
longs cheveux blonds est nimbée et le front est sommé 
d'une croix; de la main gauche, il tient par l'oreille un 
grand diable velu, à tète de taureau, armé de cornes et 
de griffes rouges, et de la main droite il brandit horizon- 
talement une large épée. 

Cette miniature est de tous points remarquable, et je 
suis heureux de pouvoir la reproduire. Elle a sa place 
tout naturellement marquée en tête d'un livre sur le 
Mont Saint-Michel, dont les monuments, élevés avec tant 
d'art et de foi, sont couronnés par le magnifique sanc- 
tuaire, réédiflé et modifié depuis saint Aubert, mais où, 
depuis onze siècles, est vénéré saint Michel. 

Puisse le glorieux Archange couvrir comme d'une 
égide ce modeste ouvrage, et le tenir sous la sauvegarde 
de sa toute-puissante protection. 

Paris, mtn 1877. 



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NOTICE HISTORIQUE 



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JpfrruangElanint. 



u.ei^;jr 



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NOTICE HISTORIQUE 




E rocher qui s'élève, majestueux, au milieu 
de l'immeose estuaire s' étendant des côtes de 
la Normandie, au nord, à celles de la Bretagne 
au sud et jusqu'à la mer au nord-ouest, fut 
nonuné le Mont Samt-Michel dès le vm* siècle. L'obscurité 
qui couvre ses origines historiques est trop profonde pour 
que les récits des annalistes anciens et modernes puissent 
être rappelés, même àJ'état de légendes. 

Il ne subsiste sur l'antique rocher aucune construction 
remontant plus haut que le xi* siècle; par conséquent, il 
ne reste aucune preuve de l'existence d'édifices qui y au- 
raient été élevés antérieurement à cette époque. Cepen- 
dant, par respect pour les anciennes traditions qui doivent 
être conservées, il est intéressant de reproduire quelques 
passages des chapitres que Dom Jean Huynes, dans son 



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4 NOTICE HISTORIQUE 

Histoire générak du Mont Saint-Michel au péril de la mer, 
a consacrés à la fondation du sanctuaire primitif, érigé par 
saint Âubert à rArchange saint IVIichel, ainsi qu'aux princi- 
paux événements qui ont marqué les premiers temps de l'Ab- 
baye, du commencement du vm* siècle jusqu'à la fin du xi*. 
Selon les écrits de Dom Jean Huynes, saint Aubert, 
Évêque d'Avranches, éleva dans les premières années du 
vm® siècle une église à saint Michel, qui plusieurs fois lui 
était apparu en songe : « Gest Evesque avoit faict assem- 
bler ses chanoynes et leur avoit tenu les propos suivants en 
présence de plusieurs : 

« Mes très chers frères, le sujet pourquoy je vous ay 
aujourd'buy faict assembler icy est pour ce pays tout plein 
de resjouissance, mais pour moy tout plein de frayeur et de 
crainte. Il y a quelque temps que, m' estant mis le soir sur 
le lict pour prendre quelque repos, je vis en songe devant 
moy l'Archange S^ Michel, lequel me dist que je luy édi- 
fiasse un temple sur le Mont de Tombe (1) et qu'il vouloit 

1. Ce Mont est appelé dans les vieux titres, Tumba; Monaste- 
rium S. MichaelU in Tumbâ, Le mot Tumha signifie dans la 
basse latinité tout lieu élevé, et dérive de Tumulus, à tumendo. 
De Tumulus s'est fait le mot français Tumhle, comme de Cumu* 
lus, comble. De Tumble s'est fait Tumbe, et, de là, Tumba. Le 
Mont Saint-Michel s'appelle Tumba, dont on a formé un diminutif 
à la montagne qui lui est voisine, mais plus petite, Tumba, Tum- 
bula, Tumbella, Tumbellana, Tombelaine, Voyez les Origines 
de Caen, par P. Dan. Huet. -^Histoire de la Sainte- Chapelle 
royale du Palais, par M. Sat|veur-Jérôme Morand, chanoine de 
ladite égUse (Notes, pages 138 et 139), à Paris, M.DCC.XC. 



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NOWCB HISTORIQUE 5 

là être honoré et reclamé aiîisy qu'il étoit au Moût 
Gargan. M'ayaut dit cela il disparut. Je m'esyeillay soudain 
et draieuray tout pensif touchant cette vision, et après 
plusieurs agitations d'esprit, je conclus que je ne devois 
aroyre à cette révélation; d'autant disois-je que ce pourroit 
estre quelque illusion. Après cela quelques jours s' estant 
escoulez, le mesme Archange m'apparut comme auparavant, 
mais d'un mamtien plus sévère, me disant que sa volonté 
estoit que je luy fisse bastir un temple au lieu ou il m'avoit 
dit la première fois et que je luy devois obeyr sans tant de 
delay. Ces paroles m'esmeurent grandement et ne puz re- 
poser le reste de la nuict. Je me mis donc à prier Dieu et à 
le supplier qu'il ne permit que je fus trompé et que, si 
c'estoit sa volonté que je fis ce qui m'avoit été révélé, il me 
fit connoistre son désir plus clairement, puisqu'il nous en- 
seignoit, par son apostre et évangeliste saint Jean, d'es- 
prouver les esprits sçavoir s'ils sont de Dieu. Et, ne me 
contentant de prier plus fervemment sa divine majesté sur 
ce sujet, je conmiençay à jeusner et veiller plus que de 
constume et à sustenter les pauvres avec un soin très parti- 
culier, ainsy qu'avez peu voir ces jours passez, espérant 
que par le moyen de leurs prières j'obtiendrois ce dont 
mes péchez me rendoient indigne. Enfin hyer m'estant 
couché j'en beaucoup de peine à m' endormir, la pensée de 
ces visions précédentes me venant toujours en l'esprit ; 
néamoins, à la parfin, la lassitude du corps assoupit tous 
mes sens. Estant ainsy endormy voicy que je vis cet Ar- 



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6 NOTICE HISTORIQUE 

cange qui me repreooit très-aigremeot de mon incrédulité 
et, me blasmant d'estre brop tardif à croire, me donna an 
coup de doigt sur la teste .dont vous en voyez la marque. 
Alors tout bremblant de peur je luy demanday à quel en- 
droict du Mont de Tombe il desiroit qu'on luy érigea cet 
oratoire. Il me dit qu'il vouloit que ce fût au lieu où je 
trouverois un taureau lié qu'un larron a desrobé depuis 
nagueres et caché en ce Mont, espiant l'occasion de le pou- 
voir mener au loin pour le vendre, et m'a engagé de le 
rendre à celuy auquel il appartient. Quant à ce qui touche 
la grandeur de l'oratoire, il m'a dit que ce seroit tout 
l'espace que je trouverois foullé des pieds du tau- 
reau. » 

€ Ces paroles si naii^es du S* Evesque ne causèrent 
aucun doute es esprits des assistans, et de plus ils voyoient 
de leurs yeux en sa teste le trou que l'Arcange luy avoit 
faict, qui estoit une preuve très certaine de la vérité de son 
dire. Car un chacun sçavoit qu'il n'avoit auparavant ce trou 
et qu'humainement il ne pouvoit estre en santé comme il 
estoit et le fut l'espace de quinze ans qu'il survescut ayant 
une telle blessure (1) ». 

En 708, t Sainct Aubert qui avoit applany, assisté de 

l'ayde divine, toutes les diffîcultez qui se renconbroient au 
lieu où il faisoit bastir l'église et qui sçavoit de quelle 



1 . Dom Jean Huynes [Histoire générale du Mont Saint-Miclul 
au péril de la mer). 



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NOTICE HISTORIQUE 7 

grandeur la TonloitrÂTcange S* Michel, commença à la faire 

âiger, y aydant aussy luy mesme et la fit bastir, non 

point superbement ou avec beaucoup d'artifice, ains sim- 
plement en forme de grotte» capable de contenir environ 
cent personnes, désirant qu'elle fût semblable à celle que 
le glorieux S^ Michel avoit luy mesme creusée dans le roc 
du Mont-GargaD, et nous voulant montrer par là que ce 
n'est point tant aux temples extérieurs que Dieu requiert 
de la somptuosité et magnificence comme en nos cœurs, qui 

sont les temples du Sainct^Esprit (1) » 

Après la consécration de sa chapelle (le 16 octobre 
709), saint Aubert fonda l'abbaye du Mont-Tombe en insti- 
tuant un coUége de douze clercs ou chanoines pour c s'em- 
ployer à célébrer l'office divin lesquels il dotta de 

rentes et revenus suffisants pour leur nourriture et ves- 
tière, leur donnant pour cet effect les villages d'Huyoes 
et de Genest. Ayant pourveu au vivre des chanoynes par 
ce moyen, il restoit en peine pour leur boire, car durant 
sa demeure sur cette montagne il avoit reconnu que la 
disette d'eau douce, qui est la chose plus nécessaire pour 
la conservation de l'estre humain, y estoit continuellement 
et que ce seroit chose fort difficile, voire presque impossible 
à ceux qui y demeureroient d'en aller quérir une lieue 
loin. C'est pourquoi il se mit en prières et ceux qui estoient 
avec luy firent le mesme pour supplier Notre Seigneur, 

1. Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.). 



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8 NOTICE HISTORIQUE 

par l'intercession de FArcange S* Michel, de leur vouloir 
descouvrir une source d'eau vive pour ceux qui le servi- 
roient doresnavant en ce lieu, et continuèrent leurs orai- 
sons avec tant de fervents et véhéments désirs qu'ils 
obtindrent non seulement ce qu'ils demandoient mais bien 
plus. Car l'Arcange s'apparut à l'Evesque, et luy monstra au 
bas du rocher dans le roc une fontayne à laquelle les siti- 
bons se sont rafraîchis par plusieurs années, mais encore 
plusieurs infirmes, et particulièrement les febricitants , 
beuvans de cet eau, ont recouvré leur pristine santé. On la 
nomma depuis la fontayne S* Aubert à cause qu'elle fut 
obtenue par ses prières. On s'est scrvy de l'eau de cette 
fontayne jusques à ce qu'on a eu l'invention de faire des 
cystemes, et on s'en sert encore lorsque l'eau manque es 
dittes cystemes, surtout les habitans de la ville. Elle est 
enclose d'une haute tour, et depuis icelle jusques aux sales 
plus basses de dessous le cloistre, on voit un long degré 
fermé de murailles par lequel on descendoit autrefois du 

monastère pour puiser de l'eau (1) » 

Le modeste oratoire de S^ Aubert devint bientôt cé- 
lèbre : f La renommée de l'apparition de l'Arcange S* Mi- 
chel faicte à S* Aubert ne tarda gueres à voiler de tous 
costez. On commença dès lors d'y venir en pèlerinage des 

provinces lointines ; le Pape, le Roi de France et les 

Hybernois y envoient de sainctes reliques ; ces dons et 

1. Dom Jean Hoynes {Histoire générale, etc.). 



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NOTICE HISTORIQUE 9 

les merveilles qu'on voyoit tous les jours arriver firent 
croire pour tous certain que S^ Michel se plaisoit en ce lieu 
et qu'il l'avpit pris sous sa tutelle et sauvegarde. C'est 
pourquoy on commença à nommer ordinairement ce rocher 
Mont S^ Michel et à le surnommer au péril de la mer, non 
que la mer périsse autour, mais d'autant que par son flux 
et reflux efiaçant sur la grève les chemins par lesquels on y 
arrive, elle les rend périlleux à ceux qui n'ont coustume 
d'y venir (1). » 

La célébrité du Mont Saint-Michel ne fit que s'accroître 
jusqu'à la fin du ix"^ siècle ; mais, après la mort de Charle- 
magne, les Normands envahirent son empire démembré 
et, sous la conduite du redoutable Rollon, surnommé le 
Marcheur, dévastèrent la Neustrie occidentale, dont ils 
firent un désert, et dépeuplèrent presque tout le pays 
d'Avranches. De ce temps date l'origine de la ville qui 
existe encore aujourd'hui et qui fut fondée par quelques 
familles décimées cherchant un refuge sur le Mont Saint- 
Michel. 

Au x"" siècle, Rollon fit la paix, à Saint-Glahr-sur-Epte, 
avec le roi Charles le Simple < lequel lui donna sa fille 
Giselle en mariage et la Neustrie, pour soy et ses succes- 
seurs, à foy et hommage, à laquelle le Duc donna le nom 
de Normandie. » (Dom Jean Huynes). 

Rollon fut baptisé, en 912, sous le nom de Raoul. Il ré- 

i. Dom Jean Haynes (Histoire gé^rale, etc.). 



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10 NOTICE HISTORIQUE 

tablit les Religieax que les barbares avaient dispersés et 
leur assura une constante protection. 

Cependant < la prospérité ne fut pas moins funeste aux 
clercs du Mont Saint-Michel que les épreuves du siècle pré- 
cédent. La négligence et la paresse s'introduisirent dans la 
petite communauté (1). » Richard-sans-Peur, — fils de 
Guillaume-Longue-Épée et petit-fils de Rollon, qui gou- 
vernait la Normandie, — dut employer la force pour dé- 
posséder les moines indignes. Il les remplaça, en 966, par 
des moines bénédictins, lesquels du Mont-Cassin, où vers 
529 saint Benoit avait établi leur premier couvent, s'étaient 
répandus dans toute l'Europe et étaient devenus les plus 
justement célèbres des Religieux de ce temps. < Arrivez en 
ce Mont ils montèrent au haut, louans Dieu et chantans des 
hymnes et cantiques en l'honneur de S^ Michel, et ayans 
continué leurs prières quelque temps dans l'Eglise, les 
Evesques et le Duc mirent les Religieux, qui estoient trente, 
en possession de ce lieu et establirent l'un d'iceux nommé 
Mainard pour Abbé (l*"^ Abbé du Mont 966-991), homme 
fort grave et de saincte vie, lequel depuis l'an neuf cens 
soixante jusques en cette année neuf cens soixante-six 
s'estoit occupé à réédifier le monastère de S* Wandrille 

qui avoit esté ruiné par les guerres Ainsy commença 

en ce Mont l'observance de la Règle de S* Benoist » 



1. Histoire du Mont Saint- Michel, etc., publiée par la rédac- 
tion des Annales du Mont Saint- Michel, 1876. 



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NOTICE HISTORIQUE il 

« Du temps de Mainard, second Abbé de ce monastère 
(991-1009), le feu ayant pris denuict, es maisons d'aucuns 
habitans de ce Mont, les flammes passèrent jusques dans 
cette Abbaye et la réduisirent en cendres Cet in- 
cendie estant passé, l'Abbé et les Religieux, supportans d'un 
grand courage cet infortune, s'employèrent à nettoyer la 
place et à faire construire des logements et une église selon 
leur petit pouvoir, Richard, second Duc de Normandie, 
les aydant de ses richesses (4). » 

Richard II, duc de Normandie, fils de Richard-sans-Peur, 
fonda en 1020 l'église dont il reste encore aujourd'hui les 
transsepts et quatre travées de la nef (2). 

Hildebert II, quatrième Abbé du Mont (1017-1023), 
c fut chargé par Richard du détail des travaux ; il s'oc- 
< cupa particulièrement des fondations et des ouvrages sou- 
€ terrains (3). > 

La grande œuvre, conçue par Hildebert et commencée 
par lui, fut, après sa mort (1023), continuée par ses suc- 
cesseurs, les Abbés Almod, Théodoric et Suppo. 



1. Dom Jean Huynes {Histoire générale, etc.). 

2. Le cbœur de Téglise a été rebÂti au xv« siècle, et les trois 
premières travées de la nef ont été détruites à la fin du xvin« siè- 
cle (Voir la Description^ Église). 

3. Recherches sur le Mont Saint-Michel^ par M. de Ger- 
▼ille. Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 
1828. 



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12 NOTICK HISTORIQUE 

Eo 1058, Radulphe de BeaumoDt, huitième Abbé, 
f Religieux de Fescao, fit faire les quatre gros piliers du 
chœur, les arcs de la voûte qu'ils soutiennent (1). » Son 
successeur Ranulphe, neuvième Abbé, fit travailler à la nef 
de l'église de 1060 à 1084. t Pendant le temps qu'il fut 
Abbé il fit faire la nef de l'église, laquelle plusieurs fois a 
esté réédifiée, tantost d'un costé tantost de l'autre, et fit 
plusieurs autres belles choses qui ne se voyent plus (2). » 

< Sous l'Abbé Ranulphus, qui commença à gouverner en 
l'an mil lx, fut commencé à faire la nef de l'Église, le 
Porche et sépulture des moines (c'est-à-dire le char- 
nier souterrain, sous les trois premières travées de la 
aef), la clôture ancienne de cette Abbaye et autres édi- 
fices, etc. (3). » 

Roger I", dixième Abbé, de 1084 à 1106, mort en An- 
gleterre en 1112, fit de son temps < faire en son Abbaye 
une bonne partie de la nef, laquelle tost après, asçavoir 
Tan mil cent trois, tomba derechef en ruine le samedy veille 
de Pasques lorsque les Religieux sortaient des matines... 
et ruyna presque la moitié du dortoir (4) sans blesser aucun 



1. Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.). 

2. Dom Jean Huynes {Histoire générale, etc.). 

3. Manuscrit du xv« siècle eité par M. VhhhéDearoches, Histoire 
du Mont Saint-Michel et de l'ancien diocèse d'Avranches, 2 vol. 
Caen, Mancel, 1838. 

4. Au nord de la nef. 



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NOTICE mSTOBIQUE 13 

de ceax qui avoyent estez exemptez ce joor-Ià d'aller à 
matines qui estoient couchez dans le mesme dortoir, ce que 
chacun tint pour chose du tout miraculeuse (1). » 

En 1106, Roger I" « s'estant déposé de cette Abbaye, 
Roger, Prieur claustral de S*-Pierre de Jumièges, homme 
fort docte et de grande religion, fut mis en sa place, lequel 
ne cédoit à personne pour bien gouyemer un monastère 
soit en ce qui touche le spirituel ou regarde le temporel (2). » 

Roger II répara les bâtiments de l'Abbaye en partie rui- 
nés en 1103; il les agrandit vers l'est, en construisant c les 
bastiments qu'on voit du costé du septentrion, où sont 
maintenant le cloistre et le dortoir (3). » Après l'incendie 
de 1112 c qui réduisit en cendres... les lieux réguliers, 
laissant les voûtes, piliers et murailles à descouvert (4) », 
il reconstruisit en pierre le cloître dont les voûtes étaient 
en bois auparavant, au-dessous la galerie ou crypte de 
l'Aquilon et, au-dessus du cloître, ou promenoir, le dor- 
toir (5) c et ce depuis les fondements jusques au cou- 
peau (6). » 

1. Dom Jean Huynes {Histoire générale, etc.). 

2. Dom Jean Huynes (Histoire généraUy etc.)* 

3. Dom Jean Huynes. Quatre travées de cette construction 
existent encore au midi de la Merveille, en avant de l'entrée du 
réfectoire. Voir la Description. 

4. Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.). 

5. Voir la Description, Roger H. 

6. Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.)* Il ne peut être 
question ici que du bâtiment contenant les deux galeries super- 



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14 NOTICE HISTOBIQUE 

EnfinTéglise, commencée en 1020, futaoheyée en 1135 
par Bernard < Retigieux profèz de l'abbaye du Bec et Prieur 
de Cremont, » qui fit réédifier la nef et décora les fenôlres 
de vitraux peints» luxe rare à cette époque (1) : < Il fit 
bastir une belle, haute et forte tour dessus les quatre gros 
piliers du choeur (2) ; » mais elle n'eut pas à soufltir de 
l'incendie allumé en 1138 par les habitant^ d'Âvranches 
révoltés, et qui réduisit en cendres le monastère et la ville. 

L'église, après son achèvement par Bernard, se compo- 
sait du chœur, des branssepts et de la nef à sept travées se 
terminant à l'ouest par une façade percée de trois portes 
et, au-dessus de la principale, d'une grande fenêtre éclai- 
rant la nef centrale. La façade était {Nrécédée d'un parvis 



posées de FAquiloQ et du Promenoir, aiasi que le Dortoir au- 
dessus (détruit à lafiu du xvm* siècle). Presque tous les histo- 
riens du Mont Saint-Michel, partant de Dom Jean Huynes et 
dépassant le but en forçant la signification du texte, attribuent la 
Merveille à Roger II. Il j a là une erreur évidente, et il suffit 
d'étudier les caractères de l'architecture de la galerie de V Aquilon 
et de la salle de VAumônerie^ par exemple, pour être con- 
vaincu que ces deux parties ne sont pas du même temps 
(Voir la J>escripti(m , Roger II, Merveille). — Le Dortoir, 
reconstruit par Roger H, devint la salle du chapitre après 
l'achèvement de la Merveille, et plus tard, vers 1645, la salle dite 
de Souvré, qui fut détruite en 1776 avec les ti*ois premières tra- 
vées de la nef. 

1. Quelques débris de ces vitraux ont été trouvés dans les 
fouilles fûtes devant Téglise en 1875 et ont été déposés dans le 
chartrier. 

2. Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.)* 



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NOTIGS HISTORIQUE 15 

établi à Textrémité ouest sur les substructious de Hilde- 
bert, soutenues par de puissants contre-forts (1). Ces dis- 
positions furent grandement modifiées par Robert de 
Torigni. 

Après Geofroi et Richard de la Mouche, qui ne gouver^ 
nèrent le monastère que cinq années, au milieu de troubles 
et de querelles intestines, Robert de Torigni, élu Abbé du 
Mont, trouva l'Abbaye sinon en ordre et en paix, au moins 
ses bâtiments et son église en bon état d'entretien. 

Robert de Torigni, ou du Mont, né en 1106 de parents 
illustres, prit l'habit religieux en 1128 à l'Abbaye du Rec, 
où il était Prieur claustral, lorsqu'il fut, par un vote 
unanime des Religieux, élu Abbé du Mont en 1154 (2). 
L'élection de Robert de Torigni marqua une période de 
prospérité pour l'Abbaye. Pendant les trente-deux années 
que cet éminent Abbé la gouverna, l'étude des sciences, 
des lettres, de la poésie même, reçut une impulsion 
féconde, et Robert enrichit son Abbaye par son administra- 
tion sage et éclairée : c II porta à soixante le nombre des 

1. Voir la Description, ÈgliAe. 

2. « Mense Maio, VI kalendas janii, feria Y infra octavasPen- 
tecostes (27 mai 1154), monasterium Beati Michaelia de periculo 
maris, pott tribulationem qnam per qainqaennium fere jugem 
passum fuerat, Deo miserante, aliquantulom respirayit, electo 
unanimiterab omni coayentn Roberto Torinneio, Priore olauatrali 
Beccenais monaaterii. » Chronique de Robert de Torigni, Abbé 
du Mont Saint-Michel, etc., publiée par Léopold Delisle, 2 Yol. 
Rouen, A. le Brumeat, 1873. 



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16 NOnCE HISTOBIQUB 

Religieux, qui n'étaient primitivement que quarante; ajouta 
des chambres à Tinfirmerie ; fit remettre à neuf la châsse 
de saint Aubert ; augmenta la bibliothèque, établie à grands 
frais, de cent vingt volumes ; fit placer, tant à l'église qu'au 
réfectoire, des bardeaux à la couverture et des verrières 
aux fenêtres; fit paver plusieurs salles ; fit construire ou 
réparer les tours, les citernes (1), les chapelles et sept des 
chambres du monastère (2). » 

Dom Jean Huynes nous donne de son côté les détails 
les plus intéressants et les plus précis sur les travaux de 
Robert de Torigni (3) : < Ne se contentant de passer le 
temps à composer et escrire des livres, il prenoit soigneu- 

1. 11 existe les vestiges d'une citerne construite ou réparée par 
Robert de Torigni ; l'emplacement modifié par loi se voit encore 
en D, fig. 15 (Plan, au niveau de l'église basse, de la salle des 
chevaUers et du réfectoire). 

2. Ce passage est la traduction de la relation due au célèbre 
Ëvéque d'Avranches, Robert Cenau, qui s'exprime ainsi en par- 
lant de Robert de Torigni : « Hujus autem prœclara facinora hœc 
sunt : Cœnobium in primis ad sexagenarium monachorum nume- 
rum auxit, cum prius quadraginta tantum essent albo inscripti; 
infirmariam cubiculis dilatavit ; conditorium divi Ausberti nitidiori 
formsrestituit; bibliothecam^ muitisimpensisinstauratamy sexies 
vigenti voluminibus iostruxit ; tectum scaodulis, fenestras vitreis 
repagulis et templi etrefectorii muniendas curavit; loca plurima 
pavimentis stravit; dirutas tunes et cistcrnas, sacras sediculas, 
cubicula numéro septem, mira dexteritate contexuit. » Hierai*chia 
Neustriœ, livre IV ; ms. latin 5201 de la Bibl. nat., fol. 145 v» et 
146 (Chronique de Robert de Torigni, publiée par M. Léopold 
Delisle). 

3. Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.). 



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NOTICE HISTORIQUE 17 

semeDt garde à tout ce qui estoit de sa charge. Et premiè- 
rement n'ayant trouvé que quarante Religieux conventuels 
en ce Mont, il en receut encor une vingteine et eust soin 
que ce nombre de soixante ne diminuast, afin, par ce 
moyen, de satisfaire aysement aux dévotions des pèlerins et 
que le service divin y fut faict honorablement. De plus il 
eut soin que toute l'Église et tous les bastiments du monas- 
tère fussent toujours en bon ordre ; qu'il n'y manquast 
aucune chose, es couvertures, vitres, murailles, voûtes, 
planchez, pavez et autres choses. Il fit construire les bas- 
timents: qui sont dessus et dessous la chapelle S^Estienne, 
qui est joignante la chapelle Notre-Dame-sous-terre du 
costëdumidy; qui sont dessus et dessous les infirmeries 
d'à présent ; qui sont dessous le plomb du fond (1) avec la 
tour de l'horloge qui s'y voit, et à costéune autre pareille, 
qui est tombée il y a longtemps (en 1300). > 

i. On ne peut sérieusement attribuer à Robert de Torigni, 
— comme on Ta dit, — les constructions au nord de la nef et se 
composant des galeries superposées de FAquilon, du Promenoir, 
ou cloître, et du Dortoir au-dessus, lesquelles furent faites par 
Roger II, de 1112 à 1122, et existaient déjà lorsque Robert fut 
appelé au gouvernement de l'Abbaye, ainsi que le prouvent les 
faits historiques si nettement précisés par Dom Jean Hujnes. Une 
nouvelle et dernière preuve de Texistence de ces cryptes ou ga- 
leries, en 1156y deux ans après l'élection de Robert, espace de 
temps pendant lequel il était matériellement impossible que ces 
bâtiments eussent été construits, nous est donnée par le passage 
suivant de la Chronique de Robert de Torigni (publiée par 
M. Léopold Delisle): «In octavis Penthecostes, Hugo, Rothoma- 
gensis Archiepiscopus, et Retrocus Ebroicensis et Ricardus 

2 



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18 NOTIOB mSTOBIQUB 

c Et, ce qui est bien plus à regretter, c'est qu'il avoit 
faict sa bibliothèque m un estage d'icelle où il avoit mis 
les livres qu'il avoit composez lesquels presque tous ont 
été perdus pour lors (1). » 

Les constructions de Robert de Torigni, de 1154 à 
1186, indépendamment de l'autel à la vierge Marie, qu'il 
fit élever dans la crypte de l'Aquilon dés les deux premières 
années de son gouvernement abbatial, sont donc : l'Hôtel- 
lerie et l'Infirmerie, au sud ; les bâtiments, à l'ouest, en- 
tourant les substructions romanes, et les deux Tours reliées 
par un porche en avant de la façade romane (2). 

Jusqu'à la fin du xn'^ siècle, l'Abbaye n'eut pas à souflGrir 
des incendies allumés par les hommes ou par la foudre ; 

GoDStantiensis et Herbertus Abrincateasis episcopi apud Moreto- 
Dium levavcrunt corpus bcati Firmati. Cum autem Arcbiepiscopus 
ezinde ad montem sancti Michaelis orationiset nosvisitandi gratia 
venisset, et nos sua Jocunda exhortatione et collocutione per 
quatuor dies exhilarasset, altare crucifixi fecit consecrari ab Her- 
berto, Abrincatensi episcopo, sexla feria (15 juin 1156) ; ipse vero 
sequenti sabbato (16 juin 1156) altare beatœ Mariae in cripta aqui- 
lonali noviter reœdificatum consecravit. » C'est-à-dire : Lorsque 
Hugues, archevêque de Rouen, fut venu de Mortain au Mont 
Saint-Michel pour s'y livrer à la prière...., il consacra (le samedi 
16 juin 1156) à la vierge Marie un autel qu'on venait de recons- 
truire dans la crypte du nord (cripta aquilonali), ou crypte de 
PAquilon. 

1. Dom Jean Huynes (Histoire générale^ etc.). 

2. Ces dernières constructions, des tours et du Porche, ont pu 
faire croire et faire dire à plusieurs auteurs modernes que la nef 
romane avait hui$ travées; mais les découvertes fiiites en 1875, 



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NOTICB HISTORIQUE 19 

mais rincendie de 1203 fut terrible. Gui de Thouars, ne 
pouvant s'emparer du Mont Saint-Michel, y mit le feu, et 
tout fut dévoré par les flammes, sauf l'église, les murs et 
les voûtes. Les Abbés, successeurs de Robert de Torigni, 
suivirent son exemple non-seulement en relevant et en 
entretenant soigneusement l'église et l'Abbaye, mais sur- 
tout, ce qui est leur plus grande gloire, en construisant 
avec une merveUleuse rapidité les magnifiques bâtiments 
du nord, appelés dès leur origine la Merveille et qui, grâce 
aux largesses de Philippe-Auguste, fureait construits, de 
1203 à 1228, d'un seul jet, sur un plan bien arrêté et suivi 
du commencement à la fin. 
La Merveille iîit conmiencée en 1203 (1) par Jourdain, 

pendant le cours des travaux, de restauration, entrepris depuis 
1873 par les sdns de la Commission des Monuments historîques, 
ne laissent subsister aucun doute à ce sujet. Ces découvertes, 
relevées avec la plus grande exactitude et reproduites fidè- 
lement (Voir la Description), prouvent, ce qui était d'ailleurs 
très-nettement indiqué par les substructions antérieures de la 
nef, — aujourd'hui sous la grande plate-forâie, — que la nef 
de Téglise romane n'a jamais eu que sept travées, auxquelles sont 
Tenues s'ajouter, vers 1180 ou 1185, les Tours et le Porche inter- 
médiaire bâtis par Robert de Torigni (Yoir là Description, Église, 
Robert de Torigni) 

1. « En 1203, devenue vassale du domaine royal, elle (l'Abbaye 
du Mont Saint-Michel-en-mer) fut presque totalement. reconstruite 
par l'Abbé Jourdain au moyen des soomies considérables que lui 
envoya Philippe- Auguste; ces bâtiments nouveaux furent conti- 
nués par les successeurs de cet Abbé jusque vers 1260. » (Diction* 
naire raisonmé de V Architecture française du xi« au xvi« siècle, 
par M. £. Viollet*le-Duc, tome 1«^) 



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20 NOTICE HISTORIQUE 

xvn* Abbé (de H91 à 1212), qui construisit la salle de 
rAumônerie, le Cellier, et commença le Réfectoire, — au- 
dessus de l'Aumônerie, — que Radulphe, ou Raoul des 
Isles (1212-1218), acheva. Elle fut continuée pai* Thomas 
des Chambres (1218-1225), qui termina la salle des Che- 
valiers et fit la galerie latérale, prolongeant le Promenoir 
jusqu'à la crypte du transsept nord, ou chapelle basse, 
avec laquelle ils communiquent. Il fit aussi de son temps 
le Dortoir, achevé vers 1222, et avant sa mort (1225) il 
commença le Cloître, qui fut parachevé par Raoul de Vil- 
ledieu en 1228. Raoul de Yilledieu modifia la façade nord 
du transsept de l'Église, et établit à sa base le Lavato- 
rium (1), dans la galerie sud du cloître. C'est à cet Abbé 
qu'il faut attribuer le Portail latéral s'ouvrant au sud de 
l'église sur la plate-forme du Saut-Gaultier^ ainsi que la 
chapelle Saint-Étienne, bâtie en même temps dans la partie 
sud des subsb*uctions romanes, entre l'Hôtellerie et le 
Saut-Gaultier. 

Jusqu'à cette époque, le Mont Saint-Michel n'avait pas 
de fortifications proprement dites. L'Abbaye et les maisons 
groupées au pied n'étaient protégées que par des murs en 
pierre ou des palissades. 

Jourdain et ses successeurs commencèrent avec la Mer- 
veille les ouvrages défensifs au nord (2). Richard Tustin, 

i. Voir la Description, Merveille, Jourdain, Lavatorium^ etc. 
2. Voir la Description, Merveille, Remparts. 



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NOnOE mSTOBIQUB 21 

ouToustio, xxi'^Abbé, de 1236 à 1264, continua leurs 
travaux. Il construisit le grand bâtiment (à l'est de Téglise), 
nommé Belle-Chaise, le logis abbatial, au sud, ou du moins 
le conmiença, fit élever la Tour fortifiée qui entourait et 
surmontait la fontaine Saint-Âubert, et relia cette tour aux 
chemins de ronde supérieurs par un escalier fermé de mu- 
railles crénelées. De son temps, et grâce à la munificence 
de saint Louis pendant son pèlerinage au Mont Saint- 
Michel, — vers 1256, — il augmenta les fortifications de 
la place, fit bâtir la Tour du nord assurant la défense de 
TAbbaye, dont il avait refait l'entrée — Belle-Chaise. — 
Enfin, vers 1260, il commença < le chapitre qui se voit 
imps^aict du costédu septenUion joignant le cloistre (1). > 

Avec le xrv® siècle recommencèrent les ravages des 
incendies qui causèrent tant de ruines au Mont Saint- 
Michel. Au mois de juillet 1300, la foudre tomba sur 
le clocher de l'église et le ruina entièrement, ainsi qu'une 
des tours élevées par Robert de Torigni. Les cloches 
furent fondues ; les toits de l'église et de plusieurs bâti- 
ments furent incendiés, et les flammes, poussées par un 
vent violent, communiquèrent le feu à la ville, qui fut 
presque entièrement consumée. 

Guillaume du Château, xxv^ Abbé, de 1299 à 1314, 
aidé des libéralités des pèlerins, put réparer ce désastre, 
qui parait avoir été, après ceux de 1138 et de 1203, un 

i. Dom Jean Hoynes (Histoire générale, etc.). 



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22 NOTICE HISTORIQUB 

des plus grands que le mouastère ait eu à subir depuis sa 
fondation. A l'aide des secours que lui envoya Philippe le 
Bel, après un pèlerinage que ce monarque fit au Mont 
Saint-Michel, il rebâtit les maisons de la ville, les magasins 
de l'Abbaye, dits les fanils, au bas du rocher au sud- 
ouest (1), continua les remparts commencés par Richard 
Tustin et établit l'écuyer Pierre de Toufou gardien de la 
Porte de la ville (2). 

Du temps de Jean de la Porte, xxvi® Abbé — de 1314 à 
1334, — le Mont Saint-Michel, exempt de garnison jusqu'à 
cette époque, étant devenu une place de guerre importante, 
commença à être gardé pour le Roi. 

En 1350, la foudre tomba de nouveau sur l'Église et in- 
cendia l'Abbaye. Nicolas le Vitrier, xxvn* Abbé, de 1335 
à 1362, parvint à réparer rapidement les donmiages et en- 
tretint les remparts malgré les menaces continuelles des 
Anglais, qui ravageaient à cette époque les côtes de la Nor- 
mandie. Nicolas le Vitrier fut le premier des Abbés, à la 
fois Gouverneurs et Capitaines de la ville et de l'Abbaye, 
nommé par Charles V, lorsque ce prince n'était encore que 
Duc de Normandie. 

Après la mort de Nicolas le Vitrier, Geoffroy de Servon, 

i. Voir la Description, Remparts. Ces magasins, ou du 
moins des bâtiments analogues, existaient du temps de Robert 
de Torigni, et le plan incliné — ou Poulain — bâti par cet Abbé 
dans les souterrains de l'Hôtellerie, aboutissait à ces magasins ou 
à proximité. 

2. Voir la Description, Remparts. 



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NOTICE mSTOBIQUB 23 

xxvm^ Abbé> de 1363 à 1386, lui succéda dans ses charges 
et dignités et il obtint de plus du roi Charles Y, en 1364 
et 1365, le droit de faire déposer les armes à toute per- 
sonne, autre cpie le Roi et ses frères, entrant dans TAb- 
baye (1): < Il fit grandement travailler à TËglise, dortoir et 
antres logis de ce monastère, lesquels, l'an mil trois cens 
septante quatre (1374), le huictiesme jour de juillet, furent 
bruslez du feu du ciel comme aussy toute la ville, de 
mesme que nous avons dit d'un autre incendie arrivé l'an 
mil trois cens. Cet Abbé fit plusieurs autres choses pour 
l'utilité de ce monastère (â). > 

Pierre le Roy, xxix® Abbé, de 1^86 à lâ^l 1 , qui succéda j/ i^l 
à Geoffiroy de Servon, fut un des plus grands Abbés du Mont 
Saint-Michel et, avec Roger II, Robert de Torigni, Jour- 
dain, Abbés réguliers, et Guillaume d'Estouteville, premier 
Abbé commendataire, il a été l'un des plus grands construc- 
teurs ou restaurateurs de l'Abbaye, c II répara et orna par- 
ticulièrement l'Église, rétablit la discipline, fit transcrire 
les registres et les Chartres, refleurir les belles-lettres dans 
ce monastère et, durant vingt-quatre ans, lui procura tous 
les avantages d'une sage administration (3). > 

Il reconstruisit le sommet de la Tour des Corbins, res- 
taura et recouvrit les bâtiments abbatiaux au sud de 
l'Église, commencés par Richard Tustin vers 1260, conti- 

1. Voir la Description, Remparts. 

2. Dom Jean Huynes {Histoire générale^ etc.). 

3. Recherches sur le Mont Saint-Michely par M. de Gerville. 



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24 NOTICE HISTOBIQUB 

nués par ses successeurs et en partie ruinés par l'incendie 
de 1374. Il compléta les défenses de l'est en élevant la 
Tour Perrine vers la fin du xiv* siècle. Au nord de Belle- 
Chaise, il construisit, dans les premières années du xv® siè- 
cle, le Châtelet (1) et la courtine le reliant à la Mer- 
veille. Pour couvrir le Châtelet il éleva la barbacane qui 
l'entoure , ainsi que le grand degré au nord , et modifia 
les remparts des côtés nord et ouest (2). Le roi Charles VI, 
lors d'un pèlerinage qu'il fit au Mont Saint-Michel en 1393, 
confirma Pierre le Roy dans sa charge de Capitaine du 
Mont. Pierre le Roy est le premier des Abbés réguliers qui 
ait fait placer ses armoiries sur les murs de l'Abbaye ; son 
blason ornait les chaires du chœur, qu'il fit refaire en 
1389 (3). 

< Robert, surnonuné Jolivet, natif de Montpinçon, dio- 
cèse de Constances, reçeut l'habit de Religieux en ce mo- 
nastère l'an mil quatre cens un, où peu après il fut éleu 
Procureur (4). t 



) . Voir la Description , Tour Perrine , Belle-Chaise , Châ- 
telet, etc.» Remparts. 

2. Voir la Description, Remparts. 

3. Voir, après la Notice historique, les Notes sur quelques 
armoiries du Mont Saint-Michel. Nous avons été amené à nous 
occuper archéologiquement de ces questions d'armoiries parce que 
celles de TAbbaye elle-même ont varié plus d'une fois tout en 
employant les mêmes éléments, nuds dans des propoi*tion8 difié- 
rentes. 

4. Dom Jean Huynes. (Histoire générale, etc.) 



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NOTICE HISTOBIQUB. 25 

Robert Jolivet avait accompagné Pierre Le Roy au 
Concile de Pise et, lorsque cet illustre Âbbé mourut à Bo- 
logne en 1411, il obtint du Pape Jean XXIII le gouver- 
nement de TAbbaye ; il fut ensuite élu par les Religieux 
et chaîné par le Roi de la garde du Mont. Dans les pre- 
mières années de son administratiop il parut vouloir 
suivre les exemples de ses prédécesseurs ; mais, lassé du 
séjour sévère de son Abbaye et malgré les promesses qu'il 
avait faites à ses Religieux, il vint à Paris où, en 1411 et 
1416, < il estudioit en la Faculté de décrets. L'an mil 
quatre cent onze, il avoit là pour régent Simon, Abbé de 
Saint-Pierre de Jumiéges, docteur en ladite Faculté, et 
Tan mil quatre cent seize, y estudiant encore, Jean Cré- 
pon, docteur en la mesme Faculté estoit son maître > (1). 

Rappelé à son Abbaye menacée par les Anglais qui, 
après la bataille d'Azincourt, en 1415, s'étaient emparés 
de la basse Normandie et se retranchaient sur Tombelaine 
en 1417, Robert Jolivet, qur avait oublié ses devoirs 
d'Abbé, se souvint, au moment du danger, de ceux qu'il 
avait à remplir comme Gouverneur de la place, et, après 
avoir réuni des provisions de toute nature, grâce aux 
ressources de l'Abbaye et aux secours qu'il obtint de 
Charles VI, il fit, autour de la ville agrandie, l'enceinte 
irrégulière qui existe encore aujourd'hui, reliant ses nou- 
velles murailles, à l'est, à celles élevées par Guillaume du 

i. Dom Jean Haynes (Histoire générale, etc.). 



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36 NOnCB HISTOBIQUB 

Chàteaa vers 1310, les étendant au sud et les flanquant de 
six tours (1). 

Cependant il se lassa bientôt de sa nouvelle vie 
militaire et en 1420 il se laissa gagner par les offres 
brillantes du roi d'Angleterre, à la cour duquel il se retira 
et où il mourut, à Rouen, en 1444; mais les fortifications 
ne servirent pas moins à défendre TÂbbaye contre les nou- 
veaux amis du traître. < Il se retira à Rouen auprès des 

Anglais, maîtres de cette ville et de la Normandie ; en 

acceptant des emplois distingués auprès du duc de Bed- 
ford, Robert Jolivet encourut la haine de ses Religieux, 
dont l'attachement à la patrie ne s'était point démenti ; 

ils lui nommèrent un successeur > (2), et JeanGonautt 

gouverna l'Abbaye pendant l'absenoe de son Abbé régu- 
Uer. c Outre ces infortunes de guerre, il (Jean Gonauit) 
vit l'an mil quatre cens vingt et un, la veille de Saint- 
Martin, tout le haut de cette égUse jusques aux chaires 
du chœur tomber par terre, sans néanmoins. Dieu mercy, 
que personne fût blessé > (3). 

En 1435, Louis d'Estouteville, Gouverneur militaire de 
la place du Mont, construisit la barbacane en avant de la 
porte de la ville, afin d'en couvrir les approches (4). 

La ville subit alors un long mais glorieux siège ; de 1423 

i. Voir la Deseriptionf Remparts, et le plan général. 

2. Recherches sur le Mont Saint^Michel, par M. de Grerville. 

3. Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.). 

4. Voir la Description^ Remparts. 



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NOTIOB HI8T0BIQUB 27 

à 1434 elle résista courageusement et Tictorieusement aux 
assauts des Auglais (1). 

Pendant une période de trente ans environ, le monas- 
tère fut dans la plus grande détresse; ses biens étant 
séquestrés, TAbbaye dut engager son argenterie, ses 
châsses et ses reliquaires, afin de pouvoir nourrir les Re- 
ligieux, les habitants de la ville et la garnison de la place. 
Cet état de choses dura jusqu'en 1450 où, après la ba- 
taille de Formigny, les Anglais abandonnèrent la Norman- 
die et furent chassés de France (2), après que Talbot, dé- 
barqué dans le Médoc, eut été vaincu par Dunois en 1453. 

Dès 1450, on put entreprendre les travaux nécessaires 
dont TAbbaye avait si grand besoin, et Guillaume d'Estou- 
teville, premier Abbé commendataire, commença le chœur 
de l'église tel qu'il existe encore aujourd'hui. 

< Il (le Cardinal Guillaume d'Estouteville) obtint des 

Papes plusieurs bulles contenantes indulgences plé- 

nières pour tous ceux qui visiteroient cette église 

Saint-Michel du Mont et y aumosneroient de leurs biens 
pour la fabrique. Par ce moyen, comme aussy avec l'ayde 
du revenu de l'Abbaye, on commença à rebastir le haut 
de l'église, qui depuis l'an mil quatre cens vingt et un estoit 

1. En 4434» les Anglais tentèrent une dernière attaque ; mis en 
déroute par la garnison et les chevaliers défenseurs du Mont, 
ils abandonnèrent leur artillerie, dont les bombardes, ornant l'en* 
trée de la Barbacane (2* porte), restent les curieux spécimens. 

2. A l'exc^tion de Calais, qu'ils gardèrent jusqu'en 4558, 



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38 NOTIOB mSTOBIQUB 

tombé en ruine» non pas comme auparavant, mais si su- 
perbement et avec tant d'artifice que, si on eût voulu con- 
tinuer à faire bastir le reste de l'église de mesme façon, 
on n'en eût pu voir en France une plus belle pour la 
structure ; et cela se faisoit si diligemment que bien tost 
on en espéroit la fin. Ce qui eût esté si on n'eût disconti- 
nué ces ouvrages vers l'an mil quatre cens cinquante 
deux (1), lorsque ces dix piliers qu'on voit autour du grand 
autel estoient déjà eslevez jusques à la hauteur du cir- 
cuit et des chapelles qui sont autour, lesquelles, comme 
aussy le circuit, furent achevées et couvertes de plomb en 
ce temps-là comme on le voit maintenant, et pareille- 
ment le dessus des piliers et arcs-boutants imparfaicts 
et la voûte qui est dessus le grand autel (2) à ce que la 
pluye n'y fit aucun tort. Cependant il y avoit une mu- 
raille, où est maintenant la grille de fer entre le grand 
autel et les chaires, laquelle estoit continuée jusque au 
haut et on se servoit du reste de l'église pour célébrer le 
service divin et rendre ses vœux au glorieux Arcange 
saint Michel. 

1. Eq 1452, le Cardinal d'Estouteyille, ayant renoncé à rebâtir 
toute l'église sur le même plan que le chœur commencé, fit faire 
les deux arcades joignant les piles du clocher central dans une 
forme différente des autres, c'est-à-dire qu'au lieu d'arcs en ogive, 
il fit des arcs-boutants, afin d'arrêter la ruine complète de deux 
des piliers des arcs triomphaux que la chute du chœur roman, en 
1421 , avait déversés et déformés tels qu'ils existent encore aujour- 
d'hui. 

2. Voûte de l'église basse sous le chœur de l'église haute. 



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NOTICE HISTOBIQUE 29 

< En cet œuvre, sous deux pierres de deux piliers qui 
sont à costé du grand auteU sur lesquelles ordinairement 
on met deux chandeliers, les architectes firent cizeler les 
armes du susdit Cardinal et, sur une pierre de la muraille 
qui est du costé du septentrion où est la petite sacristie, ils 
y firent mettre ce cyphre MCCCCL » (1). 

Les travaux furent interrompus en 1482, à la mort de 
Guillaume d'Estouleville. André Laure , xxxi® Abbé ré- 
gulier, — de 1483 à 1499 — se borna à vitrer et à dé- 
corer les chapelles élevées par son prédécesseur. < Il fit 
vitrer les chapelles de l'égUse de ce monastère où il fit 
peindre ses armes, celles du Cardinal d'Estouteville comme 
aussy l'histoire de la fondation de ce Mont et le sacre des 
Roys de France. Plusieurs depuis ce tempâ-là ont ad- 
jousté leurs armes à ces vitres » (2). 

Guillaume de Lamps < fit continuer l'œuvre, disconti- 
nué du temps du Cardinal d'Estouteville, depuis la hauteur 

des chapelles jusques aux secondes vitres ; outre tout 

cela, le feu du ciel (3) ayant bruslé le clocher et fondu les 
cloches, il fit refaire le tout » (4). Cette citation fait croire 
que le clocher avait été rebâti en bois après l'écroulement 
du premier clocher en pierre, élevé par Bernard du Bec. 

Suivant quelques auteurs, la flèche rétabUe par Guil- 

1. Dom JeaD Hujrnes (Histoire générale, etc.). 

2. Dom JeaD Huynes (Histoire générale ^ etc.). 

3. Le dixième incendie depuis la fondation de l'Abbaye. 

4. Dom Jean Haynes {Histoire générale, etc.). 



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30 NOnOB mSTOBIQUB 

laume de Lai^ps, en 1509, était couronnée par une 
statue dorée de T Archange saint Michel aux ailes déployées. 

Jean de Lamps, xxxiv* et dernier Abbé régulier, — 
de 1513 à 1533 — succéda à son frère, Guillaume de 
Lamps, après Guérin Laure, qui ne fut Abbé que trois 
années et mourut en 1513. Jean de Lamps reprit les 
travaux du choeur, abandonnés depuis la mort de son frère : 

< De son temps il fit parachever tout le haut de l'édi- 
fice qui est sur le grand autd, à sçavoir depuis le haut des 
premières vitres jusques à la dernière ardoise des cou- 
vertures, et fit accomplir le tout, soit vitres, piliers, 
voûtes ou toicts, selon qu'on voit à présent > (1). 

Ce magnifique chœur, terminé en 1521, fut la der- 
nière des constructions remarquables du Mont Saint- 
Michel. 

Vers 1530, Gabriel du Puy, Lieutenant du roi Fran- 
çois P' en la place du Mont, fit élever la Tour Gabriel (2), 
afin de compléter les défenses de l'Abbaye à l'ouest, 
au point où le rocher devient praticable. A cette même 
époque on éleva, en avant de la barbacane, un petit ou- 
vrage composé d'un corps-de-garde, destiné aux bour- 
geois de la ville, et d'un mur percé d'une porte et d'une 
poterne, se reUant à la courtine de la barbacane et for- 
mant ainsi l'avancée de la porte de la ville. Les remparts 

i. Dom Jean Huyiies (Histoire générale^ eta). 

2. Tour Grabrid, — da nom de son auteur, Gabriel du Puy. 



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NOnOB HISTOBIQUB 31 

subirent quelques modifications, notsonment la Tour sail- 
lante à l'est, qui fut transformée en bastion (1). 

< Sous les Âbbés commendataires on cessa de b&tir ; 
plusieurs de ces Abbés montrèrent même la plus grande 
répugnance à entretenir les bâtiments élevés par lears 
devanciers. 

< Un incendie, arrivé en 1564, consuma une grande 
partie du monastère. Cinq ans après, aucune réparation 
n'était commencée ; il fallut un arrêt du Parlement de 
Rouen pour contraindre François le Roux, alors Âbbé, à 
y faire travailler. Cdui-ci, mécontent de l'arrêt qui le 
c(mdamnait, permuta son abbaye avec Arthur de Gossé, 
Évèque de Coutances, dont le zèle ne fut pas plus grand 
pour cette maison que celui de son prédécesseur; aussi 
éprouva-t-il de la part de ses Religieux les plus grands 
désagréments ; il les avait mérités, si l'on en croit l'histo- 
rien Thomas le Roy, qui vivait près d'un siècla après lui 
dans ce monastère. 

c Le Cardinal de Joyeuse qui lui succéda ne se mon- 
tra pas plus disposé à faire les réparations indispensables. 

c En 1594, la foudre endonunagea de nouveau le clo- 
cher, brûla une partie de sa charpente et de celle de l'église 
et fit beaucoup d'autres ravages. Il fallut un arrêt du Parle- 
ment pour forcer cet Abbé à faire les réparations » (â). 

Le temps des travaux était passé d'ailleurs ; pendant 

1. Voir la Description, Remparts. 

2. Kecherekes sur le Mont Saint- Michel, par M. de GerviUe. 



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32 NOTICE HISTOBIQUE 

toutes les guerres de la Ligue, les Abbés du Mont eurent 
trop souvent à défendre l'Abbaye contre les attaques et 
les surprises des Huguenots pour songer à réparer les 
bâtiments. Cependant, en vertu de l'arrêt cité plus haut, 
rendu par le Parlement de Rouen le 12 septembre 1602, 
le fermier général de l'Abbaye, le sieur de Brévent et 
Jean de Surtainville élevèrent la tour massive qui existe 
aujourd'hui et, après avoir construit cette tour, on y mit 
cinq cloches neuves. 

En 1615, Henri de Lorraine, âgé de cinq ans, fut 
nommé, par Louis XIII, le septième Gommendataire et le 
xu® Abbé régulier ; son père, Charles de Lorraine, Duc 
de Guise, fit faire, en 1616, des réparations à l'Abbaye, 
et, en 1618, pour consolider la partie ouest des bâti- 
ments élevés à la fin du xii* siècle par Robert de Tori- 
gny, fit construire un contre-fort, qui coûta quatorze 
mille livres, au sommet duquel se voit encore un écusson 
aux armes de Lorraine. 

Au milieu de ces luttes de toute nature, il faut noter 
un relâchement profond dans les mœurs des ReUgieux ; en 
1622, le désordre parut intolérable et ils furent rempla- 
cés par les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur 
(ie27 octobre 1622). 

Les nouveaux hôtes du Mont Saint-Michel, s'ils entre- 
tinrent convenablement les bâtiments, ne paraissent pas 
avoir eu grand souci de les conserver intacts, et si l'on 
trouve peu de leurs travaux — en 1627, construction 



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NOTICE mSTORIQUB 33 

d'un mur de soutènement, établissement d'un moulin à 
vent sur la Tour Gabriel, divers travaux intérieurs au ré- 
fectoire et à l'église, — on voit malheureusement bien des 
traces de leurs mutilations. En 1629, sous le gouver- 
nement de D. de Fiesque, l'agent du Duc de Lorraine 
divisa en deux étages la magnifique salle du Dortoir et, 
sous prétexte d'augmenter le jour des cellules, sapa les 
ébrasements intérieurs des fenêtres en coupant les colon- 
nettes des arcatures qui décorent les murs de la salle. 

A la fin du xvtf^ siècle, l'Abbaye du Mont Saint-Mi- 
chel était dans une grande prospérité; elle avait des 
revenus considérables, et les trente moines qui la compo- 
saient consacraient leur vie à la prière, à l'étude et au 
service des pèlerins qui s'y rendaient en foule. Cet état 
dura jusqu'à la fin du règne de Louis XIY, mais une 
grande partie du xvm® siècle s'écoula au milieu des 
procès que les Religieux soutinrent contre leurs envahis- 
seurs. Ces querelles n'étaient pas favorables à l'es- 
prit religieux; aussi la discipline s'affaiblit-elle de nouveau. 

Jacques de Souvré et le sieur de la Ghastière avaient 
obtenu de Louis XIY que la garde du château et son 
gouvernement fussent confiés à l'Abbé, et la garnison n'é- 
tait plus que de quatre ou cinq soldats; mais, après la 
mort de Louis XIV, Louis XV s'empara d'une partie de 
l'Abbaye et interna des prisonniers dans les cachots. En 
1745, Victor de la Castagne, plus connu sous le nom de 
Dubourg, fut enfermé dans la cage de fer construite, dit- 

3 



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84 NOTIGB HISTOBIQUE 

on, par Louis XI pour garder le fameux cardinal la 
Balue (1). Les prisonniers étaient au nombre de dix-huit, 
en 1776. 

La même année, à la suite d'un incendie causé par la 
foudre, le douzième depuis la fondation, < le portail de 

l'église lézardé menaçait doublement de s'écrouler, 

parce que le roc de la plate-forme, sur lequel U reposait, 
semblait s'affaisser sous son poids. Pour éviter ce mal- 
heur on détruisit quatre des huit travées de la nef (2) et 
en remplaçant le portail roman de Robert du Mont (3) 
par un portail grec » (4). 

Plusieurs auteurs ont dit que le portaU actuel de style 
gréco-roman, anachronisme flagrant qui balafre la nef 
romane mutilée, a été bâti en 1792 ou 1793 ; mais U 
est plus juste de dire que la construction de ce portail a été 
faite peu de temps après la destruction des trois premières 
travées de la nef, vers 1780. Du reste, jusqu'en 1791, épo- 



i. Cette fameuse cage, dite de fer, mais qui était en bois, fut 
détruite en 4777, lors de la visite du Comte d'Artois (depuis 
Cliarles X). 

2. La nef romane n'a jamais eu que sept travées (Voir la Des- 
cription, ËgUse.) 

3. Robert de Torigni construisit, de 1180 à 1185, les deux tours 
reliées par un porche, en avant de la façade, dite romane, bien 
qu'elle fût élevée après Fachëvement de la nef, par Bernard du 
Bec, vers 1185. 

4. Histoire du Mont Saint-Michel au péril de la mer et du 
Mont Tombelaine, par M. Tabbé Deschamps du Manoir. Avran- 
ches, A. Thiébault, 1869. 



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NOTICE HISTOBIQUB 35 

que à laquelle le District d'Âyranches envoya prendre 
son trésor^ TAbbaye était riche encore, ainsi qu'il résulte 
d'une déclaration de ses biens, meubles et immeubles, 
faite à Avranches par le R. P. Dom Maurice et confor- 
mément au décret de l'Assemblée nationale du i3 no- 
vembre 1789. A cette époque, le revenu de la manse 
conventuelle et abbatiale ainsi que des prieurés était de 
33,455 livres, 18 sous, 10 deniers, déduction faite des 
charges annuelles de la communauté. 

La construction de la nouvelle façade et de la grande 
plate-forme, en avant, était une œuvre trop importante 
pour qu'elle fût entreprise en 1792 ou 1793, au milieu 
de la tourmente révolutionnaire et alors que, dès 1790, 
les moines étaient dispersés. D'ailleurs, l'Abbaye toute 
entière fut transformée en prison, où la Révolution en- 
tassa trois cents prêtres des diocèses d' Avranches, de 
Coutances et de Rennes, et, à cette malheureuse époque, 
on songeait bien plus à doubler les portes et les grilles 
qu'à restaurer les bâtiments et surtout l'église. 

Depuis ce temps, les travaux qui se sont faits n'ont 
été qu'une trop longue suite de mutilations et de profa- 
nations. Tous les bâtiments et l'église même devinrent 
des prisons ou des ateliers. En 1811, Napoléon P' con- 
vertit le Mont Saint-Michel en maison de correction et 
Louis XVin en fit une prison centrale et de correction. 

L'ancienne Hôtellerie, qui servait de prison des femmes, 
s'écroula en 1817 et menaça longtemps d'entraîner une 



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36 NOTICE HISTORIQUE 

grande partie des bâtiments du sud-ouest (1). En 
1818, l'Abbaye, déshonorée et transformée en pri- 
son, renfermait plus de sept cents prisonniers. 

Afin de pouvoir • loger un si grand nombre d'hommes 
et leur fournir des salles de travail..., le beau réfectoire 
des moines fut divisé en deux étages, et l'un et l'autre 
furent encombrés de métiers, comme la salle des Cheva- 
liers, le Promenoir, la salle des Officiers ou du Gouverne- 
ment et une foule d'autres pièces moins importantes, où 
l'on fit dans la suite de la menuiserie, des boutons et des 
chapeaux. La sainte basilique subit elle-même les plus 
affreuses transformations. La sacristie devint la cuisine, la 
nef un réfectoire, et dans la Chapelle du Trésor, ou des 
119, on pratiqua une pompe qui donnait aux prisonniers 
pour boisson l'eau de la grande citerne située au-dessous 
dans l'antique chapelle de Saint-Martin. Le choeur fut seul 
respecté et conserva son autel. Quant aux chapelles du 
rond -point, elles furent séparées du sanctuaire par de 
lourdes cloisons et divisées en deux étages, pour devenir 
de nouveaux ateliers » (2). 

En 183i, un incendie éclata dans l'église au milieu des 
ateliers et causa de graves dommages à la nef romane. 



1. Cette partie des édiBces a été consolidée en 1873 par les 
soins de M. le Ministre de rinstruction publique et des Beaux-arts, 
sur l'avis de la Commission des Monuments historiques. 

2. Description historique et monumentale du Mont Saint- 
Michel, etc., par M. Tabbé E.-A. Pigeon. Avranches, 1865. 



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NOTICB HISTORIQUE 37 

Des restaurations furent entreprises de 1838 à i860 ; on 
reprit trois piliers du bas-côté sud, lesquels, s'ils parais- 
sent être solides, n'ont pas absolument le caractère 
roman des autres piliers de la nef qu'on a essayé d'imiter. 
Quant aux autres parties incendiées, on s'est borné à les 
déguiser; les colonnes, les murs et les arcs calcinés ont 
été couverts d'un enduit sur lequel on a projeté une pous- 
sière grenue pour lui donner l'apparence du granit ; on a 
refait des chapiteaux de haute fantaisie, en plâtre simulant 
le granit. Ces réparations sont insuffisantes; elles sont 
même dangereuses, parce que ces replâtrages^ dissimulant 
les désordres qui doivent se produire dans ces construc- 
tions gravement atteintes par le feu, peuvent être un 
obstacle pour les reconnaître et les arrêter en temps 
utile. La nef romane a été couverte par une voûte mo- 
derne, dont les formes rappellent à peu prés les ouvrages 
du xu* siècle. Cette voûte paraît être en granit; mais elle 
n'est composée réellement que de bois et de plâtras, et 
elle accuse déjà par des signes certains qu'elle n'est pas 
absolument solide. 

Un décret en date du 20 octobre 1863 supprima la 
prison, et le Ministère de l'intérieur abandonna le Mont 
Saint-Michel, qui devint propriété domaniale. En 1865, 
l'Abbaye avec ses dépendances fut louée pour neuf ans à 
Monseigneur l'Évêque de Coutances et d'Avranches. H fit 
enlever les cloisons et les planchers, qui divisaient en 
ateliers et en cellules les trois étages de la Merveille, divers 



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38 NOTICE HISTORIQUE 

bâtiments du logis abbatial et Téglise, qu'il rendit entiè- 
remeut au culte en attendant qu'elle reprit son aspect 
ancien. Il nettoya et assainit tous les édifices; il les entre- 
tint et fit faire quelques réparations avec ses ressources 
personnelles, et surtout à l'aide d'un secours annuel 
de 20,000 francs que ce prélat obtint, de 1865 à 1870, 
sur la cassette de Napoléon III. 

Monsieur le Ministre de l'Instruction publique et des 
Beaux-Arts fit, en 1872, étudier l'état actuel du Mont 
Saint-Michel, préparer les projets de sa restauration (1), 
et, en 1874, adressa au Président de la République le 
rapport suivant, qui fut approuvé, et à la suite duquel un 
décret fut rendu à la date du 20 avril 1874 : 



Monsieur le Président, 

Les bâtiments composant l'ancienne Abbaye du Mont Saint- 
Michel se trouvaient placés dans le service des prisons rele- 

1. Par sa décision en date du 14 mai 1872, M. le Ministre de 
rinstrucUon publique, des Cultes et des Beaux- Arts nous chargea 
de cette mission. Les études de l'état actuel du Mont Saint-Michel 
et les projets de restauration, appartenant aujourd'hui au Ministère 
de l'Instruction pubUque et des Beaux-arts et faisant partie des 
ai'chives de la Commission des Monuments historiques, ont été 
exposés par nous aux Salons de Paris de 1873, 1874 et 1875. 

— Voir, aux pages suivantes, la face sud du Mont Saint- Michel 
dans son état actuel, et la même face sud restaurée selon le projet 
de restauration générale. 



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NOTICE HISTORIQUE 39 

Tant da Ministère de Tintérieur et ont servi de maison de 
détention jusqu'en 1864. A cette époque, F Abbaye du Mont 
Saint-Michel fut rendue à Tadministration des Domaines, la- 
quelle, par bail en date du 31 mars 1865, louait les bâti- 
ments à Monseigneur TÉvéque de Coutances, moyennant le 
prix annuel de 1,200 francs. 

La Commission des Monuments historiques a pensé qu'il 
serait convenable d'assurer la conservation de cet intéressant 
édifice du moyen âge par une restauration bien entendue, qui 
devrait être combinée avec les ressources du crédit attribué à 
la restauration des Monuments historiques, de manière à pré- 
server d'abord les parties qui, sont les plus remarquables. 

Il est nécessaire, pour arriver à ce but, que les bâtiments de 
l'Abbaye du Mont Saint-Michel soient remis à la disposition 
du service des Monuments historiques; la location faite à 
Monseigneur l'Évéque de Coutances pourrait être maintenue 
sous la réserve de certaines dispositions permettant l'exécu- 
tion des travaux de restauration. 

Par ces motifs, après avoir consulté à ce sujet M. le Mi- 
nistre des finances, qui a donné un avis favorable, j'ai l'hon- 
neur. Monsieur le Président, de soumettre à votre sanction 
le projet de décret ci-joint, qui a pour objet de prononcer 
l'affectation au service des Monuments historiques de la 
propriété domaniale de l'Abbaye du Mont Saint - Michel, 
pour en assurer la conservation. 

Veuillez agréer. Monsieur le Président, l'hommage de mon 
respect. 



L« liinittrd de rinstruotion publique, des Cultes 
et des Beaux-Arts, 

DE FOURTOU. 



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40 NOTICB mSTOBIQUE 

Le Président de la République française, sur le rapport du 
Ministre de Flnstruction publique, des Cultes et des Beaux- 
Arts; 

Vu l'ordonnance du 14 juin 1833, indiquant le mode à 
suivre dans tous les cas où il s'agit d'affecter un immeuble 
domanial à un service public; 

Vu le décret-loi du 24 mars 1852 qui abroge l'article 4 de 
la loi du 18 mars 1850; 

Vu l'avis favorable du Ministre des finances, 

Décrète : 

Art. 1«'. La propriété domaniale de l'Abbaye du Mont 
Saint-Michel est affectée au service des Monument^ histori- 
ques^ pour en assurer la conservation. 

Art. 2. Le Ministre de l'Instruction publique, des Cultes 
et des Beaux-Arts, et le Ministre des Finances sont chargés, 
chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent dé- 
cret. 

Fait à Versailles, le 20 avril 1874. 

M*l DE MAC-MAHON, 
Dac de MagenU. 

Par le Prégident de la République : 
Le Ministre de l'Instnictioii pobliqoe, des Cultes et des Beaux- Arts, 

DE FOURTOU. 

Le Mioistre'des Finances par intérim, 

A. DESEILUGNY (i). » 



i . Extrait du Journal officiel de la République française du 
25 avril 1874. 



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NOTIOB mSTOBIQUB 41 

En 1874, à TexpiratioD du bail consenti à Monseigneur 
l^Évèque de Goutances» les logis abbatiaux avec leurs dé- 
pendances, à l'exception de l'église et de la Menreille, ont 
été loués, pour six années, moyennant le prix annuel de 
1,200 francs, auR. P. Robert, Supérieur des Religieux de 
rOrdre de Saint-Edme de Pontigny, établis au Mont Saint- 
Michel. L'État, dés cette époque, s'est chargé non-seule- 
ment des grands travaux, mais aussi de l'entretien annuel 
des b&thnents et même des réparations locatives. 

Depuis 1873, le Ministre de l'Instruction publique et 
des Beaux-Arts, par les soins de la Commission des Mo- 
numents historiques, a entrepris des travaux inq)ortants 
à l'exécution desquels divers crédits dépassant 100,000 fr. 
ont été déjà affectés (1). Ces travaux ont eu pour objet la 
consolidation des parties les plus compromises de l'édi- 
fice : la construction d'un robuste contre-fort à l'angle 
sud-ouest des bâtiments, afin d'arrêter leur écroulement 
menaçant ; la reprise en sous-œuvre des piles, des murs, 
des voûtes des substructions romanes et des constructions 
ajoutées à Touest par Robert de Torigni ; la restauration 
du dallage fait à la fin du xvm® siècle après la suppres- 
sion des trois premières travées de la nef, et formant le 
sol de la grande plate-forme à l'ouest devant la façade ac- 
tuelle de l'église — ce dallage ancien était enfoui sous une 
couche de terre recouverte d'un enduit grossier laissant 

(1) Ces travaux sont exécatés avec beaucoup de soiDS et d'exao* 
titndé par M. Th. Fouehé, entrepreneur de travaux publics. 



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42 NOTIOB HISTOBIQUB 

séjoarnar les eaux pluviales qui s'infiltraient dans les 
voûtes et les murs souterrains et leur causaient de graves 
dommages (1) — la reprise en sous-œuvre de la base de 
THôtellerie ruinée, dont les murs lézardés pouvaient en- 
traîner la destruction de la partie sud des soubassements 
romans et des bâtiments adjacents. 

La barbacane précédant la porte de la ville a été res- 
taurée ; son crénelage a été rétabli; sa porte a été répa- 
rée et sa poterne débouchée. L'avancée de la barbacane 
et sa poterne ont été débarrassées des murs et de la fosse 
à fumier qui l'encombraient. Les bombardes anglaises (2) 
décorant la deuxième porte, mais barrant la poterne laté' 
raie, ont été placées sur une petite plate-forme leur formant 
un piédestal qui, s'il n'est pas digne d'elles, en ne rem- 
plaçant pas les caissons primitifs qui leur servaient d'af- 
fûts (3), permettra au moins d'examiner dans tous leurs 

(1) Les fouilles nécessitées par co traTsil ont amené des décou- 
vertes du plus graad intérêt pour Thistoire du Mont Saint- Michel 
(Voir la Description, Église, Robert de Torigni). 

(2) Abandonnées par les Anglais, mis en déroute lors de leur 
dernière attaque, en 1434. 

(3) Ces bombardes étaient montées sur un caisson en charpente 
sans roues. Elles étaient c mises simplement en boit ou charpen* 
téesj comme on disait alors, c*e8t-à-dire encastrées dans un auget, 
pratiqué dans de grosses pièces de bois, et serrées avec des bou- 
lons, des brides de fer ou même des cordes. Le pointage ne s'ob- 
tenait qu*en calant cette charpente en avant ou en arrière, au 
moyen de coins de leviers et de coins de bois. On disait affîiter 
une bombarde pour la pointer... D'aflùter on fit le mot affût^ qui, 



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NOTICE mSTOBIQUB 48 

détails ces curieux types de l'artillerie du xv* siècle. Les 
travaux doivent être continués, surtout en ce qui concerne 
la restauration de la Merveille, un des plus beaux et des 
plus vastes bâtiments parmi ceux de l'Abbaye, car, indé- 
pendamment du grand intérêt qu'il y a pour l'art et l'his- 
toire à rendre à ce magnifique spécimen de l'architecture 
française du moyen âge son aspect primitif, il est néces- 
saire d'en consolider, dès à présent, quelques parties qui 
menacent ruine. 

D'ailleurs la conservation du Mont Saint-Michel est as- 
surée puisque, par le décret du 20 avril 1874 , il est 
placé sous la sauvegarde de la Commission des Monu- 
ments historiques qui, par ses efforts aussi éclairés que 
persévérants, a, depuis bientôt un demi-siècle , sauvé de 
la ruine tant d'édifices et de chefs-d'œuvre nationaux et 
rendu de si éminents services à la grande cause de l'art 
et de la science archéologique. 

Fidèle à ces traditions et continuant ce qu'elle a si bien 
commencé en i87â, la Commission des Moniunents his- 
toriques voudra sans nul doute consacrer des crédits spé- 
ciaux et réguliers au Mont Saint-Michel. Il est maintenant 
permis d'espérer que non-seulement elle conservera, mais 
encore qu'elle restaurera complètement un monument 
— unique en France, — qui par sa situation extraordinaire, 

à partir du xvi« siècle, fut employé pour désigner les pièces dechar- 
peote portant le canon. ..n (Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné 
de r Architecture française du xi« au xvi« siècle, t. 5, p. 254). 



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44 



NOTIOB mSTOBIQUE 



par la beauté de ses bâtiments, par sa grandeur et les sou- 
venirs historiques qu'il rappelle, présente les plus beaux 
exemples réunis de l'architecture religieuse, monastique 
et militaire de notre pays. 




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ARMOIRIES 



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NOTES 



SUR 



QUELaUES ARMOIRIES 



DU 



MONT SAINT-MICHEL 

ET SUR 

rOrdre Royal de Saint-Michel 




L nous a semblé intéressant d'étudier en 
passant quelques-unes des plus anciennes 
armoiries du Mont Saint-Michel, particulière- 
ment celles de Pierre Le Roy, de Robert 
Jolivet et de l'Abbaye, du xv® au xvi® siècle. Ces notes 
nous ont paru avoir une certaine utilité, d'autant plus que 
les historiens modernes ne sont pas tous d'accord sur ce 
point ; ils blasonnent les armoiries des Abbés, celles de 
l'Abbaye surtout, d'une manière toute différente les uns 
des autres, et ils sont même, parfois, en contradiction 
absolue avec les auteurs du xvu* et du xvm® siècle. 



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50 



NOTES 



Nous croyons également qu'il y â quelque intérêt à re- 
produire les passages de V Histoire générale du Mont Saint- 
Michel, par Dom Jean Huynes, relatifs à l'Ordre Royal de 
Saint-Michel, fondé par Louis XI, en 1469. 

Pierre Le Roy, xxix* Abbé régulier, fut le premier qui 
fit mettre ses armes à l'Abbaye, sur les chaires du chœur 
qu'il fit construire en 1389. Suivant les historiens du 
xvu* et du xvm® siècle, Pierre Le Roy porte : de gueules 
à trois pals d'or, au franc quartier de Bretagne, à la cotice 
denchée brochant sur le tout. 




4. — Annomes de Pierre Le Roy. 

Quelques différences existent dans les écrits de divers 
auteurs, en ce qui concerne le blasonnement des armes 
de Robert Jolivet, xxx* Abbé, qui succéda à Pierre Le Roy 
en 1411. 



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SUR LES ARMOIRIES DU MONT 51 

Robert Jolivet fit, en plusieurs parties de l'Abbaye, 
placer ses armoiries, dont les pièces étaient différentes, 
suivant Dom L. de Camps : 

« L'on voit les armes de cet Abbé en plusieurs en- 
droits. Blason : porte d'azur au chevron d'or y chargé de 
trois tourteaux de sable avec trois glands d'or^ dressés la 
pointe en haut dans les cocques de sable^ deux en chef et un 
en pointe. Le mesme Abbé fit mettre ailleurs ses armes en 
cette sorte : un chevron d'argent à trois roses aussy d'ar* 
genty deux en chef et une enpointe, le tout en champ d'azur, 
pour cimier une croce d'argent (1). • Un manuscrit de la 
Bibliothèque Nationale, fonds français, n^ 18,949, et 
comprenant 665 pages : t Histoire du Mont Saint-Michel, 
depuis sa fondation par Saint- Aubert en 708 jusqu'à 
l'année 1744, composée par un Religieux bénédictin de l'Ab- 
baye Royale du Mont Saint-Michel de la congrégation de 
Saint-Maur •, contient à la fin un chapitre concernant 
les armoiries de plusieurs Abbés : c Article particulier. 
Armoiries du Mont Saint-Michel et de quelques-uns de ses 
Abbés, tels qu'on a pu les tirer de leurs écussons qu'ils ont 
fait mettre en plusieurs endroits de cette Abbaye.:.., n^ 3. 
Robert Jolivet, xxxu® Abbé : Un chevron d'argent, trois 
rozes aussy d'argent, deux en chef et une en pointe stjir 
champ d'azur, une crosse pour cimier » 

1. Addition de D. L de Camps, Bibliothèque d'Avranches 
Mb., qo 209. (Histoire générale, etc., par Dom Jean Huynes, 
pnbliée par M. £. de RobiHard de Beaorepaire.) 



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52 



NOTES 



Aucun de ces blasons n'est parvenu jusqu'à nous, 
sauf la tradition ; mais il en existe un autre, à peu près 
semblable au dernier, que Robert Jolivet fit placer dans 
une niche sur la courtine est des remparts qu'il con- 
struisit vers 1417; c'est, sans aucun doute, celui qu'il 
adopta et dont il signa son principal ouvrage. Nous don- 
nons le croquis du Lion soutenant le blason de Robert 
Jolivet. 




5. — Armoiries de Robert Joliiet (Bas-relieO. 



Ce bas-relief a été enlevé de la place qu'il occupait et 



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SUR LES ARMOmiES DU MONT 



53 



posé, Sans goût et sans motif raisonnable, sur un des 
créneaux couronnant le mur intérieur dans la cour de 
l'avancée fortifiant la porte de la barbacane. 

Par tout ce qui précède nous croyons pouvoir dire, 
avec preuves à l'appui, que Robert Jolivet porte : d'azur 
au chevron d'argent acœmpagné de deux roses d'argent en 
chef et d'une étoile à six rais aussi d'argent en pointe, avec 
une crosse d'argent pour cimier. 




6. — Armoiries de Robert Jolivet (1417). 



Tous les historiens des xvu® et xvni® siècles donnent, à 
peu de chose près, la même description héraldique des 



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54 



NOTES 



armes de l'Abbaye; ils disent qu'elle porte (TargerU aux 
coquilles de sable (1), ces dernières plus ou moins nom- 
breuses suivant l'époque. Les détails abondent sur ce 
point et se confirment mutuellement ; pourtant plusieurs 
écrivains modernes ont imprimé que l'Abbaye porte de 
sable aux œquilles d'argent, ce qui nous parait être une 
erreur. 




7. — Gognilles natarelles, dites 
coquilles Saint-Michel. 




8. — Fraient d'nn carreaa de 
terre cuilo émaillée, IrouTé dans 
les fouilles en 1875. 



1. Il faut remarquer que les coquilles qui se trouvent facilement 
sur la grève aux environs du Mont — non pas les coques blan- 
ches, maïs les coquilles Saint-Michel — sont noires ou de couleur 
brune très-foncée. Ce sont celles qui du temps de Robert Jolivet 
et devant copier les armes anciennes ont été reproduites comme 
armoiries de TAbbaye. Ces dernières coquilles , au lieu d'être 
presque demi-sphériques comme les coques, sont à peu près 
plates et munies à la charnière de chaque valve d'une seule oreil- 
lette, qui permettait de les fixer facilement sur les vêtements des 
pèlerins, {ûg. 7 et 8.) 



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SUB LES ABMOIRIBS DU MONT 



55 



Le manuscrit que nous avons cité plus haut (1) nous 
donne l'indication suivante : ^Deson temps (Robert Jolivet) 
Vécusson de l'Abbaye était fond d'argent à trois coquilles de 
sable ; une crosse d'argent pour cimier. • 




9. -> Armoiries de rAl)bayei en 1417. 



Louis XI, très-dévot à saint Michel, fit un premier pè- 
lerinage au Mont Saint-Michel en 1462, et donna au 
blason de l'Abbaye le chef de Roy ou de France : d'azur 
aux trois fleurs de lys d'or. 

1. Bibliothèque natioDale. Ma. f. français, n^ 18,949. 



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56 



ARMOIBIBS DU MONT 




10.— Armoiries de l'Abbaye, en 1642. 



En 1469, Louis XI institua l'Ordre de Saint-Michel, et 
Dom Huynes nous donne, sur les pèlerinages de ce prince 
au Mont Saint-Michel et sur la fondation de cet Ordre de 
chevalerie, les détails suivants : 

€ Le Roy de France, Charles septiesme, estant mort 
Tan mil quatre cent soixante et un, Louys onziesme, son 
fils, luy succéda à la couronne, lequel n'ignorant les sin- 
gulières faveurs que son père avoit reçues de l'Archange 
Sainct Michel et que luy-mesme avoit expérimenté, lors 
particulièrement qu'il fut exilé de la Cour de son seigneur 



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OBDBE ROYAL DE SAINT-MICHEL 5? 

et père par l'envye de quelques maiveillans, voulut en re- 
connoistre ce sainct Archange et l'en remercier. A cet 
effet, Tan mil quatre cents soixante-deux, il yint, accompar 
gué des premiers de son royaume, en pellerinage en ce 
Mont Sainct-Michel (qui par une prérogative spéciale du 
Ciel ne fut jamais sous la puissance des ennemys de la 
France) où il donna six cens escus d*or pour son offrande, 
et y envoya la mesme année, le vingt-troisième de no- 
vembre, une image du mesme Archange qu'il avoit tou- 
jours portée sur soy estant disgracié du Roy son père..,., 

c Ce monarque, ne se contentant de cette reconnais- 
sance, en adjousta une autre bien plus signalée,, l'an mil 
quatre cens soixante - neuf, par l'institution qu'il fit de 
l'Ordre des Chevaliers de Sainct-Michel. Les causes qui le 
meurent à establir cet Ordre sont déclarées tout au beau 
commencement des lettres-patentes qu'il fit depeschersur 
ce sujet, où il parle ainsi : 

c Nous, à la gbire et louange de Dieu, nostre créateur 
tout-puissant, et révérence de la glorieuse Vierge Marie 
et à l'honneur et révérence de Monseigneur Sainct Michel, 
premier Chevalier, qui, pour la querelle de Dieu, victo- 
rieusement batailla contre l'ancien ennemi de l'humain 
lignage et le trébucha du Ciel, et qui son lieu et oratoire, 
appelé le Mont Sainct-Michel, a toujours seurement gardé 
préservé et deffendu sans estre subjugué ny mis es mains 
des anciens ennemys de nostre royaume ; et en fin que 
tous bons, hauts et nobles courages soient excitez et plus 



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58 OBDBB BOYAL 

esmeus à toutes vertueuses œuvres, le premier jour d'aoust 
mil quatre cens soixante-neuf, en nostre chasteau d'Am- 
boise avons constitué, créé et ordonné et par ces présentes 
créons, constituons et ordonnons un Ordre de fraternité ou 
amiable compagnie de certain nombre de Chevaliers jus- 
ques à trente-six, lequel nous voulons estre nommé l'Ordre 
de Sainct-Michel sous la forme ci-après descrite(l). » 

c Ces articles sont soixante-six en nombre : au premier 
le Roy se déclare, et ses successeurs Roys de France, 
chef et souverain de cet Ordre, et ordonne que les Cheva- 
liers seront gentilshommes de nom et d'armes sans 
reproche. 

c Au second il est faict dénomination de quinze sei- 
gneurs du royaume choisis et premièrement instituez Che- 
valiers dudit Ordre Sainct-Michel, dont voici les noms : 

Charles, duc de Guyenne, frère du Roy, auparavant duc 
de Normandie ; 

Jean, duc de Bourbonnais et d'Auvergne, qualifié 
frère et cousin du Roy ; 



1. Nous trouvons dans rAvertissement d'un livre rare la note 
suivaute : c Les statuts du nouvel Ordre furent arrêtez le vingt- 
deux décembre 1469 >. Le livre qui les contient, avec les règle- 
ments qui furent faits depuis, a été imprimé en 4725 à Tlmprimerie 
Rojale. (Livre de Prières à V usage de Messieurs les Chevaliers 
de l* Ordre S .'Michel et des personnes qui ont de la dévotion pour 
ce premier de tous les anges,). — A Paris, chez Pierre Jean Ma- 
riette. Rue Saint-Jacques, aux Colonnes d'Hercule. M . DGC.XXX. 
Avec approbation.) 



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DB SAINT-MICHEL 59 

Louis de Luxembourg, comte de Sainct-Pol, qualifié 
de mesme, et connestable de France ; 

André de Laval, seigneur de Lohéac, mareschal de 
France ; 

Jean, comte de Sancerre, seigneur de Bueil ; 

Louis de Beaunings, seigneur de la Forest et du 
Plessis ; 

Messire Louys d'Estouteville, seigneur de Farcy (ce 
n'est celui qui fut Capitaine de ce Mont, car il mourut l'an 
mil quatre cens soixante-quatre) ; 

Louys de Laval, seigneur de Chastillon; 

Louys, bastard de Bourbon, comte de Rossillon, amiral 
de France ; 

Antoyne de Ghabannes, comte de Dampmartin, grand 
maistre d'hostel de France ; 

Jean, bastard d'Armagnac, comte de Comminges, ma- 
reschal de France, gouverneur du Dauphiné ; 

Georges de la Trémouille, seigneur de Graon ; 

Gilbert de Ghabannes, seigneur de Gurton, seneschal 
de Guyenne ; 

Gharles, seigneur de Grussol, seneschal de Poictou ; 

Taneguy du Ghastel, gouverneur des pays de Rossillon 
et de Sardaigne. 

Il fut ordonné que le surplus pour parfaire le nombre 
des trente-six chevaliers dudit ordre seroit choisy au pre- 
mier Ghapitre. 

< Au troisième article il est dit que pour donner con- 



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60 



ORBBE ROTAL 



naissance dudit ordre et des cheyaliers qui en seront, 
sera donné par le Roy à chacun d'un pour une fois un 




/ 

10 bU. — BM-relief conservé au Mont Saint-Michel (1). 

collier d'or faict à coquilles, lacées l'une avec l'autre d'un 
double lacs, assises sur chaînettes ou mailles d'or, au 

1 . D'après un bas-relief ea granit, si rudement sculpté qu'il fait 
penser aux sculptures mexicaines : il nous parait dater de la fia du 
XY« siècle et il est conservé danslechartiier du Mont Saint-Michel 



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DE SAINT-MICHEL 61 

milieu duquel sur un roc y aura une image d'or de Sainct 
Michel qui viendra pendant sur la poitrine, avec ce dicton 

inscript dessus : IMMENSI TREMOR OCEANI 

(Dicton de Louys onziesme) : 

Poar dompter la terreur des démons et de Tonde, 
Qui nous peut plus ayder que cet Archange au monde? 

« Au quatriesme que ledit collier sera du poids de 
deux cens escus d'or. 




10 ter. — Plomb de pèlerinage 
troaié dans la Seine (i). 



« Au dix neufiesme que les cérémonies se feront en ce 
Mont Sainct-Michel. 

€ Au vingtiesme qu'il y aura sièges au chœur de cette 
église abbatiale du Mont, pour les Chevaliers. 

1. Une Enseigne (ou médaiUe de pèlerin) fabriquée pour le Pè- 
lerinage de Notre-Dame-de-Boulogne, vers la fin du xy« siècle, 
et trouvée dans la Seine à Paris (au Pont au Change) porte, sur le 
revers, le collier de TOrdre de Saint-Michel disposé selon les 
prescriptions des statuts royaux de 1469. 



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62 OBDRB ROYAL 

€ Au trente uniesme et es quatre suivants que, le jour 
Sainct-Michel, vingt neufiesme de septembre, sera tenue 
assemblée générale de l'Ordre ; que les Chevaliers seront 
tenus aller se présenter audit souverain la vigile de ladite 
feste pour venir en ordre et en habits en cette église à 
vespres ; que le jour ils viendront en ordre et habits à 
la messe et, allant à l'offertoire, offriront une pièce d'or 
de la valeur que voudra le Chevalier; qu'ils viendront à 
vespres, comme la veille dudit jour, et le lendemain vien- 
dront ouyr la messe des trespassez, y offriront chacun un 
cierge armoyé des armes de celuy qui le portera; et que, 
le jour ensuivant laditte feste, ils viendront, yestus comme 
bon leur semblera, ouyr la messe Nostre-Dame et com- 
menceront, si bon leur semble, leur Chapitre le mesme 
jour. • — € L'habit des chevaliers estoit un manteau de toile 
d'argent et, à certaines cérémonies, de damas blanc, long 
jusques à terre, bordé de coquilles semées en lacqs et la 
bordure fourrée d'ermines ; le chapperon de velours cra- 
moisy à longues cornettes, et celui du Chef de l'Ordre 
estoit d'escarlatte brune morée. Leur serment estoit de 
garder, soustenk et deffendre de tout leur pouvoir les 
hautesses et droicts de la couronne et Majesté Royale et 
l'authorité du souverain de l'Ordre et de ses successeurs 
souverains, de maintenir l'Ordre en sa splendeur et hon- 
neur, de comparoir aux Chapitres et assemblées de l'Ordre 
et à ses commis en toutes choses, qui regarderoient le 
mesme ordre. Les officiers d'iceluy estoient un chancelUer, 



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DE SAINT-MICHEL 63 

un greffier, un thrésorier et un héraut d'armes. Le chan- 
cellier avoit la garde du scel de l'Ordre, la charge de faire 
les promotions aux Chapitres, les remonstrances et correc- 
tions, de recueillir les voix et élections et de faire les 
preuves de l'extraction noble de ceux qui estoient nommez 
pour prendre l'Ordre, les généreux exploits des Chevaliers 
comme aussy leurs fautes, justifications, corrections et pu- 
nitions. Le thrésorier avoit la garde des titres, reliques et 
ornements de l'Ordre. Le héraut d'armes, nommé Sainct- 
Michel, portoit les lettres et commandements de l'Ordre et 
avoit charge de s'informer de leurs hauts faicts d'armes et 
d'en faire le rapport. 

• Les Chevaliers estoient dégradez et privez de l'Ordre 
pour trois sortes de crimes, à sçavoir d'heresie ou erreur 
contre la foy catholique, de trahison et pour avoir fuy en 
un jour de bataille. 

• Cet Ordre ainsy establi fat envoyé incontinent aux 
princes voisins alliez et confederez de la France, lesquels 
pour la plus part le reçeurent s'en tenants grandement 
honorez. » (1) 

En 1470, Louis XI présida le premier et peut-être le 
seul Chapitre de l'Ordre, qui fut tenu dans la grande salle 
d'assemblée de l'Abbaye, laquelle fut nommée depuis la 
Salle des Chevaliers. 



1. Dom Jean Huynes. — (^ii^otrtf^<^rale,etc.).— Qaatriesme 
traicté, chapitre dix-huictiesme. 



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64 OBDRB ROYAL 

€ Au mois d'aoust, Tan 1473, iceluy Roy, Louys on- 
ziesme, fut prendre possession du Duché d'Alençon, arriva 
en la ville le samedy 7 du moys et le lendemain, accompagné 
de grande Seigneurie, ouit messe en l'église Nostre-Dame, 
et après disner fut risiter le chasteau avec le parc, et à son 
retour, comme il entroit dudit parc au chasteau, tomba sur 
luy une pierre laquelle ne le blaissa pas, mais luy rompit 
une partie de la robbe qui estoit de camelot tanné, dont il 
fut fort efiârayé, se prosterna en terre, y fit le signe de la 
croix et la baisa, emporta la pierre en son logis et le len- 
demain partit pour aller au Mont Sainct-Michel, faisant 
porter avec luy laditte pierre, laquelle avec la pièce de sa 
robbe il fit pendre à une chaisne de fer en laditte 
église. . . (Histoire des pays et Comté du Perche et du Duché 
d'Alençon par M. Gilles Bry^ sieur de la Clergerie, im- 
prima à Paris Van 1620). 1 

Pendant ce troisième et dernier pèlerinage (i) Louis XI 
confirma l'Abbaye dans les droits et privilèges qu'il lui avait 
accordés. A cette époque, les pièces des. armoiries de 
l'Abbaye s'étaient augmentées en nombre ; au lieu de trois, 
les coquilles étaient sans nombre rappelant le manteau des 
chevaliers de l'ordre orné de coquilles sans nombre. Les 
armes du monastère se blasonnaient ainsi : d'argent chargé 
de coquilles de sable sans nombre au chef de France ancien; 
une crosse d'argent pour cimier. 

i. Dom Jean Huynes, Histoire générale, etc. — Quatriesme 
traicté, chapitre dix-huictiesme. 



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DB SAIKT-IOCHSL 65 




44. -^ Armoiries de l'Abbaye eo 1473. 

En 1476, Louis XI créa un prévost et maistre de céré- 
monies afin que les statuts, les constitutions et les règle- 
ments de rOrdre fussent bien observés, et fit à ce sujet 
trente et un articles nouveaux, qui furent ajoutés aux 
66 articles des premiers statuts, f Par tels statuts^ cet ordre 
dura longtemps en sa splendeur, et l'an mil cinq cens vingt 
sept, le roy François premier le fit porter au roy d'An- 
gleterre, Henry huictiesme, par messire Anne de Montmo- 
rency» mareschal de France, accompagné de cinq cens 

5 



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66 OBDRB ROYAir/ 

chevaux et fut bien reçeu avec une magnificence extraor- 
dinaire et tant de courtoisie que le Roy anglais voulut que 
sa fille Marie jouast ordinairement son personnage es corn- 
médies, qui furent représentées devant l'ambassadeur 
français. Néanmoins avec le temps» cet Henry en fut 
retranché, s'en rendant indigne, se séparant du giron de 
l'Église romaine pour jouir à son plaisir des voluptez qui 
sont communes plus aux bestes qu'aux hommes. Et tant à 
cause de celle de Calvin et autres semblables, que plu- 
sieurs vaux-riens excitent en France et ailleurs, cet Ordre 
fut quelque peu négligé comme aussy par la promotion de 
personnes de bas-lieu, et encore davantage par l'institu- 
tion de l'Ordre duSainct-Esprit, créé par Henry troisième, 
Roy de France à Paris l'an mil cinq cent septante huict, 
au mois de décembre, à cause que Dieu l'avait honoré de 
deux royaumes es jours de Pentecostes, à -sçavoir de 
Pologne et de France les ans mil cinq cens septante trois 
et septante quatre, tellement que la nouveauté de l'un a 
fait mettre comme en oubli l'antiquité de l'autre, jaçoit 
que les Roys de France et les Chevaliers se nomment 
encore Chevaliers des deux Ordres, sçavoir est du Sainct- 
Esprit et de Sainct- Michel, et qu'Henry troisiesme es 
statuz qu'il fit pour l'institution de l'Ordre du Sainct- 
Esprit mette les mots suivants : < Nous avons avisé avec 
nostre trés-honorée Dame et mère, à laquelle nous recon- 
naissons après Dieu, nostre principale et entière obli- 
gation, les princes de nostre sang et autres princes et 



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DE SAINT-MICHBL 67 

officiers de nostre couronne et les seigneurs de nostre 
Conseil estant près de nous, d'ériger un Ordre militaire 
en cestuy nostre dit royaume» outre celuy de Monsieur 
Sainct-Michel, lequel nous voulons et entendons demeurer 
en sa force et vigueur, et estre observé tout ainsy qu'il a 
esté depuis sa première institution jusques à présent. » De 
faict, toutes quantes fois que le Roy faict des Chevaliers de 
l'Ordre du Sainct-Esprit, il les faict aussy préalablement 
Chevaliers de l'Ordre Sainct-Michel. C'est pourquoy ils en 
portent le double collier en leurs armes et ne se qualifient 
point Chevaliers de l'Ordre du Roy, mais des Ordres du 
Roy, d'où vient que cette abbaye du Mont Sainct-Michel a 
cet honneur par préciput et avantage primitivement à tout 
autre que les Roys de leur grâce daignent porter ses armes, 
qui sont l'image Sainct-Michel, avec des coquilles dans le 
colUer de chevalerie et manteau royal, et luy ont aussy 
permis par spécial privilège de porter trois fleurs de lys 
dans son escusson. De plus les susdits Chevaliers, qui sont 
des plus illustres nobles et anciennes familles du royaume 
portent aussy dans leurs colliers les susdites armes de cette 
abbaye. » (1) 

Ces deux derniers passages confirment ce qui a été dit 
plus haut relativement à l'analogie existant entre le man- 
teau des Chevaliers et les coquilles sans nombre des ar- 
moiries. 

1 . Dom Jean Huynes (Histoire générale^ etc.). — Quatrlesme 
traicté, chapitre dix-huicUescne. 



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68 NOTES 

Jean de Lamps^ achevani vers i5âi le chœur com- 
mencé en 1450, fit sculpter et peindre des armoiries aux 
voûtes et aux vitres : « À la voûte il fit mettre les 
armes de France, celles de cette Abbaye et les sien- 
nes- •. » (1) 

Un des continuateurs de VHisUnre du Mont Sanu-Michel 
de Dom Jean Huynes blasonne ainsi les armes de l'Ab- 
baye en parlant des travaux de Jean de Lamps : • Ce 
monastère porte ^argent chargé de coqutUes Saint-Michel 
sans nombre, au chef d^azur à trois fleurs de lys d'or. 
L'abbé Robert Jolivet fut le premier qui inventa cet écus- 
son en 4420, à l'exception du chef de Roy que Louys XI 
donna l'an 4462 estant venu en dévotion au Mont Saint- 
Michel. I (2) 

Au XVI* et au, xvn« sièdes les armoiries du Mont se 
blasonnaient ainsi qu'il suit (fig. 12), et un manuscrit de 
la première moitié du xvm« siècle (3) nous donne ce ren- 
seignement : < L'Abbaye i^rte d'argent à dix coquilles de 
sable, au chef cousu d'azur chargé de 5 fleurs de lys d'or, 
et pour cimier une crosse et une mitre d^argent. » 



i. Dom Jean Haynes {Histoire générale), 

î. Addition au traité troisième de Dom Jean Haynes, par Dom 
L. de Camps. {Histoire générale du Mont Saint-Michel, etc., 
publiée par M. £• de Robiliard de Beaurepaire. 

3. Bibh nat., t français, n* 18949. 



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SUB LES ABMOntlES 



69 




43. — Armoiries de TAbbaye au xn* et au xtii* siècles. 



Enfin, pour clore cette série de blasons des Âbbés et de 
l'Abbaye, selon leurs diverses formes à différentes époques, 
depuis le xv® siècle Jusqu'ànos jours, nous donnons ()îgf. 13) 
le croquis d'un dessin colorié que nous avons vu à la Bi- 
bliothèque Nationale (i) et qui nous parait dater de la fin 
du xvi« siècle (page 70). 

i. Manuscrit, f. français, n* 4902. 



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13. — Armoiries de l'Abbaye 
•Dtoiirées du Collier de TOrdre de Saint-Michel. 



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DESCRIPTION 

DE L'ABBAYE ET DE SES ABORDS 



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Fi§. 14. 



LEGENDE, 



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M . 7^t?ur basses. 

N . 7Î7U/' <£i/^^ fifr Ll Liberté . 

. Tour df^ l'Ea cadre-, 

' Tour du Rûi . 

P Porte de U VUU . 

P ' Corps de Ireude, 

Q Ec^xau^ueitA . 

R Barharane de Lcl Porte . 
_HJ — flefetxt^et'i damimiuix 1/ FiUtrt'ir, 



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DigitJzed by 



Goosîle 







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DESCRIPTION 



DE 



L'ABBAYE ET DE SES ABORDS 




oifME nous l'avoDS annoncé, nous donnons» en 
commençant cette description, un plan général 
ou carte du Mont Saint-Michel, imprimé en 
couleurs et marquant par des tons variés 
l'origine des divers édifices du Mont ^evés à des époques 
différentes. Ces teintes ne déterminent que la masse de 
chaque construction, dont on trouvera tous les détaUs 
dans les plaAs suivants. Voici la légende explicative du 
plan général (/î^. 44). 
Les temtes indiquent : 



N«« I. -. Les constnictions de répoqoe romane. 



% - 

3. - 

4. - 

5. — 
«. - 

7. — 

8. ~ 
». — 

10. - 
M. - 
«. - 



du xn« siècle (Roger II}. 

du ui« siècle (Robert de Torisai). 

do xni* siècle. 

en xnr* siècle. 

dn XT« siècle (Pierre Le Roy). 

da xv« siècle (GhoBor de l'Église]. 

du XT« siècle (Robert Jolivet). 

du XT« siècle (Louis d'EstooteTÏUe). 

du XTi« siècle (Guillaoïue de Lamps). 

da xvi« siècle (Fortificalioos de U ville). 

da xviu« siècle (Fortiflcatioas de la Tille). 



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74 DBSOBIPnON 

Afin de pouvoir décrire clairement des Monuments 
d'époques si diverses» qui se pénétrent en se superposant, 
et arriver à diriger sûrement notre lecteur dans les détours 
d'un labyrinthe aussi compliqué, nous avons cru devoir 
commencer par l'Église. 

Ce mode de procéder, s'il intervertit les détails de la 
description quant à la topographie du Mont (i), nous a 
semblé être le plus rationnel et le plus sérieusement utile, 
n nous permettra d'étudier méthodiquement, et surtout — 
ce qui est à notre avis le point important — de suivre 
chronologiquement la construction de la Basilique, des 
b&timents de l'Âbbaye et des Remparts. Il nous fera voir 
sans confusion les transformations et les restaurations 
dont ces édifices ont été l'objet, ainsi que les mutilations 
et les vicissitudes de toute nature qu'ils ont subies depuis 
leur fondation jusqu'à nos jours. 

D'ailleurs, dans l'ordre spirituel aussi bien que dans la 
forme matérielle, l'Église a toujours été le centre et pour 
ainsi dire le cœur de l'Abbaye. C'est, du Mont, la con- 
struction la plus ancienne; c'est autour d'elle que sont 
vcoMis successivement se grouper les divers bâtiments et 
la viUe elle-même, composant naturellement une base ma- 
jestueuse à l'antique Sanctuaire de saint Michel et formant 
dans leur réunion étagée un magnifique ensemble, aussi 



1. A la fin de ce yolame on trouvera quelques indications des- 
tinées à fociliter la yisite complète de TAbbaye et de ses abords. 



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PLANS 75 

admirable par le pittoresque de sa situation que par la 
hardiesse de sa conception et la grandiose beauté de ses 
détaUs. 

Après avoir vu l'Abbaye, nous reviendrons sur les Rem- 
parts, que nous ne faisons que parcourir en arrivant, et 
nous les étudierons en suivant le même ordre chronolo- 
gique pour la description de* leurs constructions respec-. 
tives. 

Nous avons cru nécessaire de produire les plans des 
principales zones de TAbbaye. En donnant l'idée juste de 
la superposition des bâtiments, de leur groupement et de 
leurs formes à des niveaux différents, ils aideront le lec- 
teur à se conduire dans le dédale de leurs innombrables 
divisions. 

Le plan général, ou carte du Mont, indique les chemins 
qui conduisent de l'Arrivée de la Barbacane — i^ porte 
des Remparts — à l'Entrée de l'Abbaye, et, après avoir 
franchi l'escalier fortifié sous le Châtelet, on entre dans la 
Salle des Gardes, au niveau de laquelle a été tracé le plan 
de la première zone : 

Fkj. 45. Plan au niveau de la Salle des Gardes, de VAu- 
mânerie et du Cellier. 

En sortant de la Salle des Gardes par la porte sud, on se 
trouve dans la cour de l'Église, et, après avoir monté une 



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76 DESCRIPTIOii. — PLANS 

première rampe, on est au niveau de la seconde zone in- 
diquée par le plan suivant : 

FiG. i6. Plan au niveau de VÉglise basse, du Réfectoire 
et de la Salle des Chevaliers. 

Enfin, après avoir gravi le grand escalier longeant les 
Bâtiments abbatiaux et le côté sud de TËglise, on arrive à 
la plate-forme du sud, dite du Saut-Gaultier, au sommet 
du rocher, troisième et dernière zone: 

FiG. i7. Plan au niveau de VÉglise haute, du CloUre et 
du Dortoir. 

Voir ci-après les trois plans, /Sg. i5, i6 et i7, et leurs 
légendes explicatives placées en regard. 




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DESCRIPTION 



PLANS 



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15. ^ Plan an nifeati de la Salle dea Gardes (D}« de rAamdoerie (i) et dtt Cellier [t). 



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PLANS 79 



LÉGENDE EXPLICATIVE 

Flg, 15 

A — Tour Claudine. — Remparts. 

B — Preflûère enceinte fortifiée, on Barbaeane, entonranl le CMtelet et défendant 

rentrée de r Abbaye, 

fi* — Rninef dn grand Degré. 

C — Gbâtelet. — Aa-dessoos, escalier commandé par le ChAtelet, et montant à 

la Salle des Gardes. 

D — Salle des Gardes. -. (BeUe-Chaise). 

E — Tonr Perrine. 

F — Procnre et Baillirérie de l'Abbaye. 

G — Logis abbatial. 

G* — Logements de TAbbaye. 

G" — Chapelle Sainte-Catherine. 

H — Coor de l'Église et escalier montant à l'Église hante. 

1 — Conr de la Uerveille, — entre Belle^haise et la Merveille. 

J — Salle de FAumdnerie. \ 

J* — Ruines d'nn foomean. ( MerreiMe. 

E - CelUer. j 

L -^ Anciens bâtiments abbatianx. — Cuisines. — (fin dn xh siècle). 

M — Galerie on Crypte de l'Aquilon (Roger H). 

N ~ Snbstruetions de rHôtellerie (Robert de Torigni). 

-^ Passages communiquant avec l'Hôtellerie. 
P et P* — Prisons (an-dessons de F cachots dits des Deux- Jumeaux}. 

Q — Soubauements de la chapelle Saint-Étienne. 

R — Ruines de l'ancien poulain (Robert de Torigni). 

S — Poulain moderne. 

T — Murs de soutènement, construiu en^lSGS ou 1863. 

D — Jardins, terrasses et chemins de ronde. 

V — Masse dn rocher. 



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MÈTRES 



46. — Plan an nireaa de l'ÈgUte batse (A), da Réfectoire (K), et de la Salle 
des CheTalien (Lj. 



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PLANS 81 

LÉGENDE E3CPUGATITE 

Pig. 16. 

A — tgliM baste on Ciypto, dite des Groi-PiUerf . 

B -* ChapeUe sons le Transsept nord. 

B* » ^ sons le Transsept sud (Saint-llartin). 

G — Snbstrnction de la nef romane. 

C* et C — Charnier on Cimetière des Religiénx. 

C** — Sonbassements romans (sous la plate-forme dite dn Sant-Gftnitier). 

D — Ancienne dteme. 

B ^ Andens bâtiments abbatianx. ^ (Réfectoire. - Fin dn »• siède). 

F -^ Ancien Qoltre on Promenoir (Roger II). 

Q — Passages commnniqnant aTOC l'Hôtellerie. 

J — Chapelle SaiDt«Étieone. 

K — Réfectoire. \ 

K* — Tonr des Corbins. f 

L - Salle des CheyaUers. ( *" *'®'^«*"®- 

M -Gdsfaies. ) 

N — Salle des Officiers, on dn GonTemement. — (Belle-Chaise}. 

— Tonr Perrine. 

P — Crénelage dn Ghitelet. 

Q ^ Conr de Ja Henreille. 

R ^ Escalier montant de la eottr de la Menreille à la terrasse S. 

8 — Terrasse de Tabside. 

T ^ Conr de l'Église. 

U '— Pont fortifié faisant eommnniqner l'Église basse ayee le Logis abbatial. 

T -. Logis abbatial. 

X — Logements de l'Abbaye. 

Y — Citernes (x?« siède). 
Y* — Citerne (xn« siède). 

Z » Escalier montant des Sonterrains à l'Église hante. 

V . Maae da rodMr. 



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tUÈms 
47. — Plan aa nîTean de l'ÉgliM haat« (A}, do Cloître (L), et da Dortoir (K). 



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PLAN8 



83 



LÉGENDE EXPLICATIVE 

ii«. 17. 



C" 
D 

E 
F 


G» 
U 

I 
J 
K 

L 
V 



A — Église hante. 
A' — Chœur. 
A'* — TranssepU nord et sod. 

B.B.B— Les trois premières travées de la Nef romane 
(détruites en 1776). 
Vesllges i C et C* — Tonis en arant dn portail 1 
déeoiferla 1 roman. > (Robert de Torigni). 

en 4875 J C'* — Porche entre les denx Tours. ) 
( le dallage •] ^ — Ttanbeanx de Robert de Torigm et de D. Martin de 
de la grande 1 Fnrmendeio (?). 

plAle-forme. f E — Ancien panris. 

— Emplacement de -la salle dite de Sonore (salle dn 
Chapitre; ancien dortoir). 

— Anden Bâtiments abbatiaux. (Dortoir, fin dn ii« siècle). 

— Sacristie actuelle (ancien dortoir). 

— Plate-forme du Saut-Ganltier (entrée latérale sud de 
réglise). . 

— Rafales de rHdtellerie (Robert de Terigni). 
Infirmerie». 

— Dortoir (Les dirisions ont été faites par les Directeurs 
de la Prison). 

~ Tour des Corbins. 

— CMtre. 

— Charlrier. 

~ Entrée de la Salle du Chapitre (projeté et com- 
mencé au xm* siècle). 

— Bibliothèque (partie des anciens bâtiments abbatiaux . 
xii« siècle). 

— Logis abbatial. 

— Logements de TAbbaye. 

— Cour de la Menreille. 
<~ Terrasse de FAbside. 

— Cour de TÉglise et Escalier montant an Saut4;aaltier. 

— Cuisines (actuelles) des Religieux. 



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84 DBSORIPnON 



ÉGLISE 

(XI* ET XII* SIÈCLES) 



Si l'on en croit les traditions, TËglise qui couronne le 
rocher aurait été élevée sur les ruines de l'Oratoire érigé 
par saint Aubert au ym* siècle et de l'Église construite au 
X* siècle par Richard P', petit-fils de RoUon. Il ne sub- 
siste aucun vestige des édifices du vm* et du x* siècle. 
De l'Ë^se romane, fondée en 1020 par le Duc de 
Normandie, Richard H, fi existe. racore les transsepts et 
la plus grande partie de la nef. 

Gomme nous l'avons vu dans la Notice historique, 
l'Église fut commencée en 1020 par Hildebert II, qua- 
trième Abbé du Mont de 1017 à 1023, que Richard II 
chargea du détail des travaux. C'est à Hildebert n qu'il 
faut attribuer les vastes substructions de l'Église romane, 
qui, principalement du côté occidental, ont des propor- 
tions gigantesques (1). 

Cette partie du Mont Saint-Michel est des plus inté- 

1. Voir les plans, fig. 15 et 16; et les coupes, fig. 18 et 19. 



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ÉGLISE 85 

ressantes à étudier; elle démontre la grandeur et la 
hardiesse de l'œuvre de VArchUecte Hildebert. Au lieu 
de saper la crête de la montagne et surtout pour ne 
rien enlever à la majesté du piédestal, il forma un 
vaste plateau, dont le centre affleure l'extrémité du 
rocher, dont les côtés reposent sur des murs et des piles, 
reliés par des voûtes, et forment un soubassement d'une 
solidité parfaite. 

Cette immense construction est admkable de tous 
points ; d'abord par la grandeur de la conception et 
ensuite par les efforts qu'il a fallu faire pour la réaliser 
au milieu d'obstacles de toute nature résultant de la 
situation même, de la difficulté d'approvisionnement des 
matériaux et des moyens restreints pour les mettre en 
œuvre. 

La coupe, fig. 18 (coupe transversale du Mont Saint- 
Michel), montre les constructions romanes entourées des 
b&timents qui se sont successivement groupés autour 
d'elles à différentes époques. 

Elle fait voir, sous les transsepts nord et sud, les 
cryptes ou chapelles basses, qui n'ont pas été creusées 
dans le roc comme on l'a dit, mais qui ont été ménagées 
et bâties dans l'espace existant entre la déclivité de la 
montagne et le plateau construit par Hildebert. 

La coupe, fig. 19 (coupe longitudinale du Mont Saint- 
Michel), indique, avec les soubassements de l'ouest cités 
plus haut, ceux qui sont h Test soiis le Chœur, 



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88 DBSGBIPTION. — l^GLISB 

Les substructioDs romanes de l'est ont disparu et ont 
été recouvertes par celles du xv^ siècle» lors de la recon- 
struction du Chœur agrandi. Il ne nous est rien resté des 
dispositions du Chœur primitif; mais il est permis de 
supposer que son plan devait être, avec des dimensions 
moindres, le mtaie que celui de l'ËgUse abbatiale de 
Cerisy-la-Forêt (Manche), bâties, comme l'Église du Mont 
Saint-Michel, au commencement du xi^ siècle, parl'arrière- 
petit-fils de RoUon, Richard II, Duc de Normandie. 

La figure 20 donne le plan de l'Ë^se après son achève- 
ment, en 1135, et des bâtiments abbatiaux à la même 
époque. 

Les lignes ponctuées indiquent : 

Au nord, l'emplacement du Cloître et du Réfectoire du 
xm* siècle (Merveille). 

A Vest, la silhouette du Chœur reconstruit au xv^ siècle. 

Et à Vouest, les constructions faites par Robert de 
Torignidell54àll86- 



A 6f t U nef de l'église ; 

À* ~ le panris eo aTuit dn porUU roman; 

B — le elocher central; 

G — le tranisept nord; 

D — le transsept sod; 

E — le chœor; 

F — lef anciens BAtiments abbatiaux da xi« dècle, dont il reste la partie T\ 

G — les coDStmctions de Roger II joignant le collatéral nord (galeries de rAqnilon, 

da Promenoir et de Taneien Dortoir, ce dernier détroit k la fin do xrni* siècle); 
G* — Constructions de Roger II (à Test des bâtiments abbatiaux du xi« siècle) 

deyennes les annexes sud de la Merreille depuis le xiu* siècle ; 
H — Escalier descendant an Charnier, on Cimetière des Religieux. 



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SO. ~ PUo de riUflise et des BitimenU abbaliaax, en 1135. 



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90 DKSCBIPTION. — ÉGLISE 

L'église, commencée en 1020, fut achevée vers H 35 par 
Bernard du Bec, treizième Abbé du Mont, de iiSi à ii49. 

Ce vaste édifice, élevé sur le plateau artificiel construit 
par Hildebert, avait alors la forme d'une croix latine, 
figurée par la Nef composée de sept travées, par les deux 
Transsepts et enfin par le Chœur (fig. 20). Il subsiste de 
l'église romane: quatre travées de la nef ; les piliers triom- 
phaux qui supportaient le clocher roman, ou du moins celui 
que Bernard du Bec éleva dans les premières années du 
XII* siècle ; les deux transsepts ; les deux chapelles semi- 
circulah'es pratiquées dans les faces est des transsepts, et 
enfin les amorces du Chœur ruiné en 1421. 

NEF 

La Nef de l'église se composait de sept travées, dont les 
trois premières ont été détruites en 1776. (Voir le plan 
fig. 21 et sa légende explicative) : 

A est le Chœnr (reeonstmii aa xt« siècle). 

B - les transsepts. - C la nef. } Constructions romanes («. siècle); 

D — Fondations des trois travées détruites. ) ^ " 

E — Fondations des toars et da porche, conslmits par Robert de Torigui (xii« siècle); 

F — Tombeau de Robert de Torigni. j 

F* — Détails du tombeau de Robert do Torigni. ? (xii« siècle); 

G — Tombeau de Dom Martin de Furmedeio. 1 

H — Tombeaux vides (xi« siècle); 

1 — Vestiges du dallage du parvis ancien (xue siècle); 

J — Ruines de la salie, dite de Sonvré (ancien Dortoir); 

J* — Vestiges du dallage de la Salle de Souvré; 

K — Plate-forme, dite du Saut-Gaultier; 

L — Cloître (une siècle); 

M — • Ruines des escaliers descendant au Charnier des Religieux (xi« siècle) ; 

N — Façade reconstruite en 1780; 

— Anciens bâtiments abbatiaux (fin du xi« siècle). 



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pTi t ff se 1 r'^ 

i4. — PUn de rÉgline. — Nef actuelle. — Découvertes faites en 1875. 



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92 PBSOBipnoN 

Après sa mutilation, la nef fut fermée, vers 1780, par 
une façade construite selon la mode de ce temps, mais dont 
Tarcbitecture hybride fait d'autant plus regretter la sup- 
pression de la nef et du portail anciens. 

Le portail ancien était précédé d'un parvis, établi sur 
les substructions romanes soutenues par de puissants con* 
tre-forts (voir fig. 20). 

Les travaux de restauration, entrepris depuis 1873 par 
les soins de la Commission des Monumi»^ historiques, ont 
nécessité, en 1875, des fouilles sous le dallage de la grande 
plate-forme de l'ouest, lesquelles ont fait découvrir les fon- 
dations des trois premières travées. Le plan, fig. 21, 
constate ces découvertes, qui prouvent incontestablement 
que la nef ancienne comprenait sept travées (1). 



Le vaisseau antérieur est formé de trois parties, c'est- 
à-dire d'une grande nef et de deux collatéraux, relative- 
ment étroits. Ainsi que la plupart des églises construites 
au commencement du xi® siècle, et notamment en Nor- 
mandie, la nef centrale était couverte par une charpente 



1. Le plan, fig, 21, indique également : les constraclions faîtes, 
en avant du portail ancien, par Robert de Torigni; le tombeau 
de cet Abbé et celui de son successeur D. Martin. — Les fonda- 
tions des trois travées détruites, ainsi que les bases des tours de 
Robert, sont actuellement recouvertes par le nouveau dallage de 
la grande plate-forme (voir ci-après). 



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ÉGLISE 



93 



24>pareDte(l). Les bas-côtés seuls sont voûtés par des arcs 
doubleaux, latéraux et transversaux, dont les intervalles 
sont remplis par des voûtes d'arêtes. Les piles carrées 
sont cantonnées de colonnes engagées au tiers de leur 
diamètre (fig. 2â). 



Tr m h 4î«' ê j^i ^ nord 




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B- 



SI. — Plan d*UM tniTée de U Nef ronuuie. 



1. La voûte qui existe aujourd'hui est moderne; elle a été Adte 
après l'incendie de 1834. 



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23. ~ Nef. — Conpe transTen&le sur A-B. — ÊUi aeioel. 



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34. » Coope loogitadinale sur C-D. ~ ÉUl actnel. 



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96 



DBSGBIPnON 



Les colonnes, placées du côté delà grande nef, s'élèvent 
jusqu'à la corniche supérieure, et, couronnées de chapi- 
teaux, supportaient les fermes de la charpente apparente. 
Les trois autres colonnes surmontées de chapiteaux reçoi- 
vent les arcs doubleaux du mur latéral et ceux du bas- 
côté, qui relient, longitudinalement, les piles entre elles 
et, transversalement, celles-ci aux murs extérieurs. Du 
reste les dessins (pages 94 et 95) feront, avec les plaùs 
précédents, comprendre les disq^ositions générales et tous 
les détails de la construction romane. 



rraiièihpt s'vd 




S5. — Nef. — Plan da Tnforinm. 



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éOLISB 



97 



Les figares 23 et 24 donnent les coupes transversale et 
longitudinale de la Nef, suivant les lignes A-B et C-D du* 
plan, figure 22 ; la figure 25 complétera les indications 
utiles en reproduisant le plan du triforiûm de la Nef. 

La couverture en charpente apparente de la grande 
Nef a été détruite par les nombreux incendies qui ont 
causé tant de dommages à TÂbbaye, et ses derniers ves- 
tiges ont dû disparaître pendant Tembrasement de 1834; 




M. — Nff. — Çhaipenle apparente (RefUnritioD). 



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98 DESCRIPTION 

cependant les détails de la stractnre de la partie supé- 
rieure de la Nef, où aboutissent les colonnes dont on 
retrouve encore les tronçons calcinés sous la voûte mo- 
derne, permettent, sinon de donner exactement la forme 
primitive de la couverture, tout au moins de la recons- 
truire selon les données archéologiques. La figure 26 
indique, en coupe transversale, la charpente apparente 
restaurée. 

Les fouilles, qui furent pratiquées en 1875 sous la 
grande plate-forme et à l'entrée actuelle de la Nef, ont fait 
découvrir dans le bas-côté nord (en M du plan, fig. 21) 
les passages et les ruines de Tescalier descendant de la 
Nef au Charnier, ou Cimetière des Religieux. Un passage et 
un escalier plus larges existent également au sud, longeant 
la chapelle Saint-Élienne (voir le plan, fig. 16). Les com- 
munications entre l'église haute et les souterrains ont 
été interceptées par la construction de la façade actuelle 
de la nef réduite à quatre travées. Il serait possible de 
les rétabUr si la restauration générale de l'Âbbaye était 
entreprise, ce qu'il est permis d'espérer. 

 l'intersection de la Nef et desTranssepts s'élèvent les 
piUers triomphaux construits en 1058 par Radulphe de 
Beaumont, lesguels soutenaient le clocher, réédifié 
plusieurs fois depuis les premières années du xn* siècle, 
complètement détruit à la fin du xvi® siècle et remplacé, 
malheureusement, en 1602 par le massif pavillon carré 
qui existe encore aujourd'hui. De ces quatre piliers, deux 



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iOLlBE 99 

sont restés à peu près droits» ainsi que les arcs doubleaux 
qui les relient; mais les deux piliers joignant le chœur 
ont beaucoup souffert de l'écroulement de i421. Hs sont 
disloqués, déversés et n'ont pu être maintenus que par la 
constrnction du chœur (lu xv® siècle, dont les arcs de la 
première travée sont venus les arc-bouter. 

Les Transsepts et leurs chapelles basses ont conservé 
les dispositions anciennes, sauf pourtant la charpente 
apparente supérieure, remplacée par une voûte enduite 
sans caractère, et la façade du Iranssept nord, laquelle a 
été modifiée au xni® siècle par la construction du Cloître 
(Merveille). La grande verrière septentrionale, divisée par 
de larges meneaux, a remplacé les fenêtres romanes, qui 
existent encore dans les faces sud et ouest du transsept sud. 

Les chapelles semi-circulaires, pratiquées dans le côté 
est des transsepts, ont été bouchées; il serait facile de 
leur rendre, intérieurement, l'aspect roman qu'elles 
ont en grande partie, et principalem^t au sud, conservé 
extérieurement. 

Le Cbœur roman a complètement disparu après l'écrou- 
lement de 1431. Il devait se terminer par une abside 
circulaire voûtée en cul-de-four ; ses bas-côtés et son 
vaisseau central étaient sans nul doute voûtés et couverts 
par une charpente apparente comme celle de la nef. Sauf la 
tradition, il ne nous est resté aucun vestige de sa forme 
originelle ; toutefois son analogie avec l'Église abbatiale de 
Cerisy-la-Forêt, construite en même temps et sous les 



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100 DESGBIPTION 

mêmes auspices, ainsi que les dispositions identiques de 
ces deux édifices, bien que leurs proportions soient diffé- 
rentes, fournissent des indications à l'aide desquelles on 
peut, dans un but purement spéculatif d'ailleurs, essayer 
de reconstituer ce Chœur (voir fig. 20)- 



CHŒUR 

XV* ET XVI* SIÈCLES 

Le Chœur actuel s'éleva de 1450 à 4521 (1) sur l'em- 
placement agrandi du Chœur roman ruiné en 1421 . Bien 
qu'il soit bâti tout en granit fort dur, ainsi que les autres 
bâtiments du Mont, il est très-délicatement ouvragé et 
il présente un. très-bel exemple des édifices construits 
pendant les derniers temps de l'architecture ogivale. Par 
son plan, ses proportions et son style, ce Chœur diffère 
absolument de la Nef et des Transsepls romans. Ainsi que 
le dit Dom Jean Huynes (2), on voulait, au xv* siècle, re- 
bâtir entièrement l'Église selon la même ordonnée que le 
Chœur nouveau; ce projet a reçu un commencement 
d'exécution, et les intentions des constructeurs du Chœur 
sont nettement accusées. Cette préméditation est très-mar- 
quée dans l'ensemble de ces constructions, et notamment 

1. Voir la Notice historique. 

2. Histoire générale, etc. (Voir la Notice historique.) 



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OHŒUB 



101 



dans les angles formés par le choeur et les transsepts. Sur 
ces points les arcs-boutants, soutenant réellement la poussée 
des voûtes du Chœur s'entre-croisent, avec ceux des trans- 




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S7. — Chœur. — Plan m nbeia du Triforiam. 



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102 DESCRIPTION 

septs projetés; ces derniers arcs4)0utaQts, sans raison 
d'être et sans effet actuellement (en A du plan, fig. 27), 
n'ont été partiellement bâtis et amorcés qu'en prénsion 
de la reconstruction ultérieure des transsepts, suivant le 
plan nouveau. (Voir le plan, fig. 27, au niveau du trifo- 
rium). U faut remarquer l'ingénieuse disposition de ce 
triforium, contournant les points d'appui mr lesquels il est 
encorbellé, afin de leur laisser toute la force nécessaire (1) 
en formant à la base des grandes fenêtres et des contre- 
forts un arrangement architectural d'un très-heureux effet. 
La construction du Chœur du xv* siècle, de formes et 
de dimensions si différentes du reste de l'Église, a enlevé à 
l'édifice le caractère de grand style résultant de son unité; 
mais, par une comparaison des plus intéressantes à faire 
et que fait naître le rapprochement des deux parties 
bien distinctes du même édifice, elle permet d'étudier 
notre architecture française dans ses manifestations les 
plus caractéristiques. L'une, la Nef, est l'expression de l'art 
national naissant, simple, naïf même, mais fort, indiquant 
déjà le puissant essor qu'il prendra et faisant pressentir 
les œuvres magnifiques qu'il enfantera pendant plusieurs 
siècles. L'autre, le Chœur, est le produit de cet art arrivé 
à son plus grand développement, savant, riche, raffiné et 
penchant déjà vers le maniéré, indice certain de sa déca- 
dence prochaine. 

i. Voir la coupe {fig. 29). 



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GHŒUE 



103 



Qaoi qu'il en soit, ce Chœur n'en est pas moins une 
œuvre très-remarquable; la conception en est grande, et 
son exécution est un véritable chrf-d'œuvre du genre. La 
précision et la régularité des détails du plan démontrent 
qu'une science et une habileté consommées ont présidé aux 
opérations géométriques de sa plantation. (Voir fig. 16, 
17, plans d'ensemble, et fig. 28 le plan de détail au ni- 
veau de l'église.) 




28. — Chœur. — Plan au niveau des bases. 



La perfection de la taille du granit, la netteté des mou- 



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104 DESCRIPTION. — CHŒUR 

lures, des sculptures les plus fines et les plus compliquées 
indiquent que les plus grands soins ont été apportés à 
leur difficile exécution. Aussi la conservation du Cbœur 
est-elle presque complète» sauf quelques fleurons des 
pinacles et diverses parties de balustrade renversées» qui 
existent encore et peuvent être reposés à leurs places res- 
pectives. 

La différence de niveau entre Téglise haute et le sol 
extérieur (1) a nécessité la construction de soubassements 
considérables ; ils ont formé la Crypte ou Église basse» 
laquelle reproduit avec une simplicité robuste et soutient 
les dispositions du chœur» sauf en ce qui concerne les cha- 
pelles latérales de la première travée que le rocher ne 
permettait pas d'établir» et celles de la seconde travée» qui 
sont remplacées par des citernes ménagées lors de la con- 
struction dans la hauteur des substruct ions (2). Les piliers 
ronds et trapus» sans chapiteaux» reçoivent en pénétration 
les retombées de la voûte et sont» naturellement» les bases 
des piles du Chœur. Un pont fortifié (3)» jadis crénelé et 
qui est encore muni de ses mâchicoulis» franchit la cour 
de l'Église et met TÉglise basse en communication avec le 
Logis abbatial. (Voir h fig. 16» plan d'ensemble» et la 
fig. 29, coupe sur l'axe longitudinal du Chœur.) 



1. Voir la coupe (/S^. 19). 

2. La citerne du sud comprend deux travées et ceUe du nord 
une seule (voir en Y, plan fig. 16). 

S. Voir les Bâtiments abbatiaux et la fig, 74 



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Àjl 



99. — Coope Mr l'axe longitudinal. ~ Gboenr. 



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106 DBSCBIPnON 

Le Chœur se compose d'une nef centrale, terminée à 
Test par une abside à pans coupés, enveloppée d'un bas- 
côté autour duquel s'étendent et rayonnent les chapelles 
latérales et absidale. (Voir le plan, fig. 17). Les chapelles 
du côté nord sont plus étroites que celles du côté sud et 
déformes différentes de celles-ci. Cette dissemt)lance vou- 
lue par Tarchitecte s'explique par la proximité des bâti- 
ments «annexes (i) de la Merveille, lesquels auraient été 
entamés par le collatéral nord si cette partie de l'Église 
eût été absolument semblable à celle du sud. 

Un escalier ménagé dans l'épaisseur d'un contre-fort au 
sud (voir la fig. 28) et couronné par un élégant clocheton, 
prend naissance dans l'Église basse, qu'elle met en conunu- 
nication avec l'Église haute, monte au-dessus des chapelles 
et aboutit au comble supérieur en franchissant sur un es- 
calier — appelé très-justement Vescalier de dentelle {(sù 
B, fig. 27) et supporté par un des arcs-boutants supé- 
rieurs — l'espace compris entre le contre-fort du bas-côté 
et la balustrade surmontant la corniche du chœur. 

Nous donnons, fig. 30, une travée intérieure, faisant 
voir la composition architecturale ainsi que les détails de 
la construction, ce qui, joint aux fig. 27; 28 et 29, com- 
plétera les renseignements graphiques relatifs au Chœur. 

Indépendanunent de la reconstruction de son Chœur, 
que nous venons de décrire, et sans parler encore des mu- 

i. \ovcfig. 20, en G'. 



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CHŒUR 



107 








90.- ÇboBar. DéUil d'une traT^. 



tilâtions qu'elle a subies, 
l'Église a été agrandie et mo- 
difiée, notamment à la fin du 
XII® siècle (1), par l'édification 
des tours en ayant de sa façade 
à l'ouest, et, au xm® siècle, 
par la construction du portail 
latéral sud, s'ouvrant sur la 
plate-forme du sud, dite du 
Saut-Gaultier. 

A cette dernière époque 
(vers 1230) les substructions 
au sud de la Nef subirent 
quelques changements par la 
construction de la chapelle 
Saint-Étienne ainsi que du 
bâtiment s'élevant au-dessus 
d'elle et qui s'étend des sou- 
bassements du Saut-Gaultier 
à l'Hôtellerie, bâtie par Ro- 
bert de Torigni (2) à la fin 
du siècle précédent, et avec 
laquelle ils se reliaient par des 
escaliers et des passages. 

1. Voir ci-aprës : Robert de 
Torigni. 

2. Voir la Notice historique. 



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108 DBSCBIFnON 

BATIMENTS ABBATIAUX 

A LA FOC DU XI* SIÈCLB 

TRAVAUX DE ROGER II (Xlle SIÈCLE) 

A la fin du xi"* siècle les Bâtiments abbatiaux étaient situés 
au nord de l'Église (1). Ils s'étendaient de l'ouest à l'est et 
coii^)renaientles Lieux Réguliers, c'est-à-dire : le Cloître, 
le Réfectoire, le Dortoir et le Chapitre, ainsi que les habi- 
tations contenant les Cuisines, l'Infirmerie, les Logements 
des hôtes, ceux des serviteurs, et plus bas les Magasins. 

D subsiste quelques parties — authentiques — des con- 
structions de ce temps, notamment en F' du plan pg. 20 (2), 
où se trouve le bâtiment formé de trois étages, restes des 
Lieux RéguUers de l'Abbaye au xi'' siècle. Les autres par- 
ties romanes ont disparu au xm"* siècle, absorbées par la 
Merveille. 

Les constructions romanes souffrirent beaucoup de la 
chute de la Nef en 1103. Roger II (3), dès les premiers 
temps de son gouvernement abbatial, les répara et les 
agrandit à l'est en élevant, au sud de la Merveille (4), les 

1. Ed F du plan, /^. 20. 

%. Voir également la carte du Mont Saint-Michel (Jig, 14) et 
les plans 15, 16 et 17. 

3. XI* Abbé, de 1106 à 1122. 

4. En 6' du plan {fig. 20). — Voir la Notice historique. 



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BOGEB II 



109 



coDStructioDS dont il reste encore quatre travées ainsi que 
la plus grande partie de la façade. Après l'incendie de 
iil2, Roger II répara de nouveau les B&timents abba- 
tiaux ; il les modifia et les augmenta encore en construi- 








s m t,'#«uti 



4-i. 



^^^•M. 



31. — Bitiments de Roger II, au nord de la Nef. 

sant (en G du plan, /îgf. 20), le bâtiment — au septentrion 
— joignant le collatéral nord de la nef et contenant les 



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110 DBSOBIPTION 

galeries superposées de VAquihn, du.Prmmrir (op it^oitre 
au %B^ âëcle), au-dessus desquelles il rétablit le Dor- 
toir (i). 

Nous donnons, fig. 31, la coupe transversale de cette 
construction, — les lignes ponctuées indiquant le Dortoir 
détruit — et, fig. 32, une vue perspective delà galerie de 
l'Aquilon. 

Nous avons trouvé dans l'ouvrage de M. de Gerville les 
indications suivantes sur l'œuvre de Roger II, renseigne- 
ments qui concordent, sur ce point, avec les écrits de Dom 
Jean Huynes et les documents lapidaires dont nous cons- 
tatons l'existence : « Roger (Roger II) au nord éleva de fond 

en comble le Dortoir et le Réfectoire (2) » — « Roger 

(Roger II) restaura les toitures de l'Église incendiée ; il 
répara les dommages causés par l'incendie, refit en pierre 
les voûtes du cloître, qui auparavant étaient en bois, et au 
pied du Mont il établit des écuries voûtées (3). • ^ 



1. Recherches sur le Mont Saint^Miehel, — Mémoires de la 
Société des Antiqaaires de Normandie. ^ Voir la Notice histo* 
rique. 

2. Rogerius a septentrione funditus extruxit donnitorium, re» 
fectorium.... (Gall, Christ,) 

3. Rogerius sarta templi tecta inslauravit, incendii damna 
reparans claustri arcam de lignea lapideam faciens et ad men- 
tis radicem eguorum stationes arcuatis fomicibus lihrans 
(Neust, Pia, p. 38G et 387). Ces écuries, construites par Roger II, 
étaient alors, par des rampes, accessibles aux dievaux, ce qui ne 
fojt pl«s possible au xin* siècle après les constructions de la Mer- 



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^''ifiTjrp ^i,-'. 




GALERIE DE L'AQUILON. 



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BQOTO n 111 

Si> par ce qui précède, on peut déterminer la part qui 
revient à Roger II dans les constructions de TÂbbaye, on 
peut affirmer aussi que les bâtiments du septentrion et ceux 
appelés la Merveille, également au septentrion, existant en- 
core tous les deux et formant deux constructions bien dis- 
tinctes, ne sont ni du même temps ni du même auteur, et 
qu'ils ne peuvent être confondus sans commettre une grave 
erreur. Il est possible que les constructions de Roger II 
aient été achevées, — ainsi que le dit Dom Jean Huynes, ^ — 
< depuis les fondements jusques au coupeap, > de 
liiâ^ date de Tincendie, à ilââ, époque où Roger 
quitta l'Abbaye; mais il est difficile d'admettre que les 
immenses Bâtiments de la Merveille aient pu être élevés en 
aussi peu de temps, c'est-à-dire en moins de dix ans! 
D'ailleurs, les Abbés successeurs de Roger : Richard de 
Mère, Bernard du Bec, dit le Vénérable, Geoffl-oy, Ri- 
chard de la Mouche et Robert de Torigni même, qui fit 
exécuter de si grands travaux à l'ouest et au sud de 
l'Église, n'ont laissé aucune trace de constructions faites 
ou ajoutées par eux aux Bâtiments du nord. Il en eût été 
tout autremmt si la Merveille eût existé alors. Aussi, à 
partir du xm^ siècle, les historiens du Mont Saint-Michel 
fcmt-ils mention de la grande œuvre commencée en i203 
par Jourdain, continuée et achevée par ses successeurs. 

velUe et de Belle^baise, qui changèrent complètement les dispo- 
sitions des Lieux RéguUers, de l'Entrée et des Défenses exté- 
rieures de l'Abbaye. 



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112 DKSOBIPTION 

TRAVAUX DE ROBERT DE TORIGNI 

(XII- SIÈCLE) 

Ainsi que nous ravons va (i), Robert de Torigoi fut 
élu Abbé du Mont Saint-Michel en il 54 et, à son arriyée 
à l'Abbaye, il trouva, b&tis par Roger II depuis ii22, les 
Bâtiments du nord que divers auteurs lui attribuent. Nous 
avons également vu (2) que, deux années après son élec- 
tion, espace de temps pendant lequel il était matérielle- 
ment impossible que ces Bâtiments du nord eussent pu 
être construits, Robert érigea à la Vierge Marie un autel, 
que Hugues, Archevêque de Rouen, consacra le i6 juin 
H56. Cet autel avait été élevé dans la Crypte du nord ou 
de l'Aquilon — crypta Aquilonali. 

Cette dénomination doit s'appliquer à la Crypte ou ga- 
lerie de l'Aquilon et non à la Crypte ou Chapelle basse sous 
le Transsept nord, laquelle était peut-être placée sous le 
vocable de saint Symphorien ou d'un autre saint vénéré par 
les Religieux, comme la Chapelle basse sous le Transsept 
sud était dédiée à saint Martin. La Chapelle basse sous le 
Chœur étant consacrée à la Yiei^e, il ne pouvait exister 

1. Notice historique. 

2. Itnd. 



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BOBBBT DE TOBIGNI 113 

une Chapelle immédiatement voisine placée sous le même 
vocable. Il faut remarquer, du reste, qu'à celte époque 
les Chapelles des Transsepts et du Chœur communiquaient 
entre elles, et que cet état n'a été modifié que par la recon- 
struction du Chœur au xv® siècle (1). 

La Crypte ou galerie de l'Aquilon n'était pas du tout, 
en 1156, un passage banal comme de nos jours. C'était 
au contraire un lieu retiré, placé sous le Promenoir ou 
Cloître (2), à l'extrémité ouest des bâtiments au septentrion 
élevés par Roger II (3). Cette galerie communiquait par 
un degré intérieur avec le Cloître supérieur, dont elle 
était le complément ; elle était précédée au nord d'une 
terrasse-préau d'où, dominant les jardins et les chemins de 
ronde, l'on voit la mer ; elle était très-favorablement dis- 
posée pour le recueillement, la méditation et la prière. Il 
était tout naturel qu'on y érigeât un autel à la Vierge, pour 
laquelle les Bénédictins avaient une dévotion particuUère, 
et c'est, sans aucun doute, ce même autel que Robert de 
Torigni fit consacrer en 1156, deux ans après son élection, 
par Hugues, Archevêque de Rouen. 

En 1154, lorsque Robert de Torigni fut appelé au Gou- 
vernement du Mont, par le suffrage unanime des Moines, 

1. Voir le plan (fig. 46). 

%. Ce promenoir servit de Cloître aux Religieux, de 1122 à 1228, 
date de Tachèvement du Cloftre couronnant la Merveille. 

3. Ces bâtiments furent augmentés à Touest par Robert de 
Torigni (voir ci- après). 

8 



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114 DESCRIPTION 

rétablissant l'ordre et la paix parmi les membres de l'Ab- 
baye divisés par des compétitions et des querelles depuis 
plusieurs années, le Monastère comptait quarante Reli- 
gieux. Le nouvel Âbbé en porta le nombre à soixante 
t afin » , dit Dom Jean Huynes (1), « par ce moyen satisfaire 
aysément aux dévotions des pèlerins et que le service 
divin y fut faict honorablement. » Il modifia alors la 
destination des Bâtiments abbatiaux qui, à cette époque, 
existaient seulement au nord (2); il les agrandit en les 
étendant à l'ouest et au sud de la Basilique romane. Au 
nord, il transforma en dortoirs l'Hôtellerie et l'Infir- 
merie, et reporta ces dernières au midi en les séparant 
complètement des Logements Réguliers, bien que de nom- 
breuses communications existassent entre les divers ser- 
vices du Monastère. 

Nous donnons, par les fig. 33, 34 et 35, les plans des 
constructions de Robert de Torigni, lesquelles envelop- 
pent, complètement à l'ouest et partiellement au sud, les 
substructions romanes (3). 



i. Voir la Notice historique. 

2. Voir le plan (/î^. 20). 

3. Dans ces plans, les teintes noires indiquent : les constructions 
romanes ; celles du xn* siëde au nord (antérieures à Robert de 
Torigni) ; celles au sud, qui ont été faites au xm* siècle (chapelle 
Saint-Étienne.) Les hachures obliques indiquent — seulement dans 
ces plans — les construcUons de Robert de Torigni. 



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BOBBBT DE TOBIONI 



115 



Le plan fig. 33 détermine les soubassements des con- 
structions de Robert : en  les souterrains de l'Hôtellerie, où 




33. ~~ Gonsiruclions de Bobert de Torigoi. Plan des sonbassements. 



se trouvent en Â', à Test, l'amorce du plan incliné descendant 
le long du rocher jusqu'aux magasins de l'Abbaye (1) (il 
reste de ce plan incliné ou poulain l'ouverture supérieure 
et une partie de la voûte rampante); en B et B' les ca- 
chots, B' B' appelés les Deuoc jumeaux (2) ; en C un pas- 
sage conduisant de l'Hôtellerie au cachot B et à l'escalier C ; 
en C l'escalier montant aux prisons au-dessus; en D les 
passages conmiuniquant aux cachots, aux prisons au-des- 
sus et à la galerie de TAquilon E; en F le contre-fort bâti 
en 1618, et en G celui qui a été construit en 1873. 

i. Voir le plan (/Igr. \h). 

2. Les trois cachots avaient chacun une latrine dont on a 
retrouTô les débris des sièges. 



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116 



DESCHIFnON 



Le plan, pg. 34, indique les constructions de Robert au 
niveau de la Crypte ou galerie de l'Acpiilon; en A l'Hôtel- 




34. — GoDStractions de Robert de Torig ai. 
Plan au nivean de la Crypte on galerie de l'AqniloD. 

lerie; en B les Prisons; en C le passage conduisant aux 
prisons; en C l'escalier montant des cachots; en D les 
communications entre l'Hôtellerie, les Prisons et la Galerie 
de l'Aquilon; en F les soubassements (xm® siècle) de la 
chapelle Saint-Étienne; en G le contre-fort de 1618 et 
en H celui de 1873. 

Le plan, fig. 35, donne les détails des mêmes construc- 
tions au niveau de la galerie du Promenoir (ou ancien 



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ROBBBT DE TOBIGNI 



117 



cloître); en À l'Infirmerie; en B les dépendances de l'In- 
firmerie; en G le passage conduisant de l'Infirmerie aux 




35. — ContUuctioiu de Robert de Toiigoi. Plan au iii?eaa du Promenoir. 

dépendances ; en D communications entre l'Infirmerie, les 
dépendances et le Promenoir ; en E la galerie du Prome- 
noir ; en F la chapelle Saint-Étienne (xm^ siècle) ; en G le 
Charnier ou Cimetière des religieux ; en H les escaliers 



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118 



DESCBIPTION 



conduisant des sobstructions à l'Église haute; en I la ci<- 
terne, disposée ou réparée par Robert (1) ; en J le contre- 
fort de 1618 et en K celui de 1873. 




1. Voir la Notice historique. 



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BOBBBT DB TOBIGNI 



119 



La fig. 36 donne la coupe longitudinale (1) de la partie 
antérieure de l'Église romane et de ses substructions ; les 
parties hachées obliquement indiquent les constructions de 




1. Suivant la ligne A'B' des plans {fig. 33, 34 et 35). 



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120 DESCRIPTION 

Robert de Torigni et les croquis qui raccompagnent sont 
les détails des bases des coloones de la façade romane (1). 

Enfin la fig, 37 est la coupe transversale (â) des con- 
structions romanes, et les parties AocA^ obliquement indi- 
quent les constructions ajoutées par Robert. 

Suivant les historiens du Mont, le four de TAbbaye se 
trouvait à l'ouest dans les constructions de Robert de 
Torigni et, selon leurs appréciations, cette partie des bâti- 
ments s'appelait : le Plomb du four. Nous avons vaine- 
ment cherché la raison de cette désignation hasardée, et 
parmi les découvertes que nous avons faites, déterminant 
positivement les travaux de Robert de Torigni, nous 
n'avons trouvé aucune trace de four (3). Nous croyons 
qu'au lieu de Plomb du four il est plus juste de dire Plomb 
du fond (4), — plomb, synonyme de couverture et du 
fond, indiquant la partie extrême des Bâtiments. — Du 
reste, en l'absence des vestiges qui seuls pourraient fournir 
des preuves sérieuses, il suffit d'examiner la disposition 
des lieux pour être convaincu que le four de l'Abbaye 
n'était pas où on l'a supposé; on peut également, par ce 

1. Voir le plan (^gr. 21). 

2. Suivant la ligne C'O' des plans {fig. 33, 34 et 35). 

3. Voir les plans {fig. 33, 34 et 35). 

4. Dans ses deux manuscrits, ^ Bibl. nat, n» 18947 et 18948, 
— Dom J. Huynes a écrit plomb du four ei plomb du fond, ou 
du moins le mot fond est douteux dans le ms. 18948. M. de 
Robillard de Beaurepaire, en publiant VHistoire générale, etc. 
de Oom J. Huynes, a imprimé : plomb du fond (tomeI«',p. 176). 
A notre avis, cette dernière dénomination est la seule vraie. 



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BOBERT DB TOBIGNI 131 

même examen, se rendre compte des difficultés énormes 
qu'il eût fallu vaincre presque journellement pour faire 
monter à plus de 70 mètres de hauteur les matières né- 
cessaires à la confection du pain. Il était si simple d'ailleurs 
de le faire où on le fait encore aujourd'hui, c'est-à-dire 
dans les magasins situés au pied du rocher, au sud-ouest, 
d'où il était monté, ainsi que toutes les autres provisions 
de l'Abbaye, dans les bâtiments de l'Hôtellerie, à l'étage 
inférieur duquel Robert avait ménagé un plan incUné ou 
poulain (l). 

De 1180 à 1185, Robert de Torigni, continuant ses tra- 
vaux, refit la voûte du passage communiquant, du nord 
au sud, du Promenoir à l'Infirmerie, en s'appuyant sur 
les murs (romans) parallèles à la façade rooiane, et il pro- 
longea cette voûte jusqu'à l'extrémité du Promenoir (2). 
Au-dessus de cette voûte il construisit les deux Tours re- 
liées par un Porche en avant, et joignant la façade ro- 
mane (3) ; il refit le Parvis, dont on voit les vestiges du 
dallage (en I du plan, fig. 21), «ouvrant ses nouvelles 
constructions à l'ouest. Il faut remarquer que les fonda- 
tions des Tours sont insuffisantes ; elles ne sont pas liées 



1. Voir les plans {fig. 15, S3, et ci-après : Merveille, Fontaine 
SaiDt-Aubert, Poulains, etc.). 

2. Voir les plans {fig. 33, 34 et 35 et les coupes 36 et 37). 

3. Voir le plan {fig. 21 ; la face sud restaurée, fig. 3, ainsi que 
la fig, 100). Gravure de N« de Fer, 1705, représentant la Tour 
8nd crénelée au sommet 



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122 DBSompnoN 

avec la façade romane (1 ) ; les faces est et ouest $'^4[)payaîeBt 
sur le mur de façade et sur le mur parallèle (romans), 
mais les faces latérales nord et sud n'ont pas été fcmdées 
et portaient uniquement sur la voûte transversale, sans 
que celle-ci eût été renforcée même par un arc dou- 
bleau (2). 

Leis vices de construction, qui expliquent le peu de 
durée des deux Tours et du Porche intermédiaire, se re- 
marquent également dsms les bâtiments de l'ouest et prin- 
cipalement dans les ruines de ceux du midi. En 1618, la 
façade de l'ouest fléchissant, on dut la soutenir par un 
énorme contre-fort qui, mal combiné pour contre-buter 
effectivement les poussées intérieures, ne fit que retarder 
la ruine sans parvenir à l'arrêter. Le bâtiment du midi 
(l'Hôtellerie), composé de trois étages voûtés, avait ses 
murs et surtout ses contre-forts trop faibles ; ils s'écia- 
sérent sous la charge et la poussée des voûtes et s'écrou- 
lèrent en 1817 (3). 

Les constructions que Robert de Torigni éleva de 1154 
à 1186, que nous avons détaillées et que nous résumons, 
sont donc : 1^ l'Hôtellerie et l'Infirmerie au sud; 2"" les 
Bâtiments à l'ouest entourant les substructions romanes. 



1. Voir la coupe {fig. 37). 

2. Voir la coupe {fig. 37). 

3. Cette partie du Mont Saint-Michel a été consolidée de 1873 
à 1876 par les soins de la Commission des Monuments histori- 
ques. 



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ROBBBT DE TOBIONI 128 

« 

et 3"* les deux Tours reliées par un Porche eu ayant de la 
façade romane. 

On voit par la description que nous avons faite, en 
produisant à l'appui les preuves les plus authentiques, que 
les travaux de Robert de Torignî ont eu une importance 
considérable pour le Monastère, que sa sage administra- 
tion avait placé dans une situation prospère. Ces travaux 
architectoniques ne le cèdent en rien du reste aux œuvres 
théologiques, littéraires et scientifiques dont il enrichit 
l'Âbbaye, qu'il avait rendue célèbre tout en lui donnant, 
pendant les trente-deux années qu'il la gouverna, les plus 
beaux exemples de toutes les vertus. Aussi l'époque de 
Robert de Torigni doit-elle être considérée comme une des 
périodes les plus grandes et les plus brillantes de l'histoire 
du Mont Saint-Michel. 

Nous donnons ici (fig. 38) la Vue générale de la face 
ouest du Mont Saint-filichel. Elle montre au sommet du 
rocher : la façade occidentale des constructions de Robert 
de Torigni, flanquée de l'énorme pilier de soutènement 
bâti en 1618; les ruines de l'Hôtellerie, maintenues par 
les contre-forts élevés en 1863 qui, s'ils ont quelque raison 
d'être, n'ont pas des proportions très-heureuses; l'Église, 
couronnée de son massif pavillon carré du xvu® siècle et 
balafrée de sa façade moderne romano-grecque ; au nord, 
là façade ouest des bâtiments de la Merveille avec les che- 
mins de ronde ; au sud, les logis abbatiaux avec leurs ma- 
gasins inférieurs ; enfin, au pied du rocher, la GhapellQ 



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124 



DESCRIPTION, — ROBERT DE TORIGNI 



dédiée au fondateur de l'Abbaye, Saint-Aubert (fig. 37*^»), 
ruines de sa fontaine miraculeuse ; les Fortifications et l'En- 
trée de la ville (Voir le plan général ou carte du Mont 
Saint-Michel, fig. 14). 




I. Gauchenl, dd, & u. 
37 bis. ~ Chapelle Saint-Aobert. 



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126 DécOUYBBTES FAITES EN 1875 



TOMBEAUX 

DE ROBERT DE TORIGNI , DE DOM MARTIN, 
DE GUILLAUME ET DE JEAN DE LAMPS 

SÉPULTURES DIVERSES 
OBJETS TROUVÉS DANS LES FOUILLES 

Pendant le cours des travaux entrepris, en 4875, pour 
la Restauration de la grande plate-forme de Touest, les 
fouilles nécessitées par ces travaux ont fait découvrir les 
Tombeaux de Robert de Torigni et de Dom Martin, son 
successeur immédiat. Nous avons trouvé également plu- 
sieurs tombeaux vides (en H du plan, fig, 21) sous les 
constructions de Robert, ou en partie comblées par celles- 
ci et, par conséquent, antérieures à l'édification des Tours 
et du Porche bâtis de ii80 à 1485. 

Robert de Torigni mourut en 1186, et observant même 
après sa mort la règle de son ordre qu'il avait si bien 
suivie pendant sa vie, il avait été, disaient les chroniqueurs, 
enterré selon son vœu : mporticu ecclesîœ. C'est là en effet 
que sa sépulture a été découverte le 30 août 1875, sur 
remplaçaient du Porche et au pied des Tours qu'il avait 
élevées. Son tombeau, de deux mètres sept centimètres de 
longueur, creusé dans un calcaire grossier, était engagé 
de vingt-cinq centimètres dans le mur de. la façade romane 



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DESCRIPTION. — DécOUYEBTES 1875 



127 



et placé sons les marches a droite (1) de la porte prin- 
cipale de rÉglise, en F du plan, fig.^ii. 

En présence de plusieurs religieux habitant PÂbbaye et 
de leur supérieur le R. P. Robert, nous avons ouvert ce 




30. — Crosse de Robert de Torigni. 



4. A droite poar le spectateur placé en ftice de l'édifice, mais à 
lache, c'est-à-dire du c6té de VEpUre, par rapport à TÉglise. 



gaach< 



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128 



DBSCBIFTION 



tODibeau ; il cootenait les restes d'un Abbé revêtu de ses 
habits sacerdotaux, noircis et conune brûlés par le temps. 
La tête était au couchant (voir F' plan, /îgf. 21) ; les bras 
étaient croisés sur la poitrine, et sous le bras droit se trou- 
vait une crosse en bois, sans aucun ornement, surmontée 
d'une volute en plomb (Jig. 39). 
Au sommet du tombeau et posé de champ entre la tête 




40, ^ Èpitapbe de Robert de Torigni. — Face. 



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DÉCOUVERTES 1875 



129 



et la paroi interne du cercueil, était placé un disque en 
plomb portant gravée sur la face : au milieu, une main 
bénissant sur une croix pattée à branches égales, entre 
lesquelles, en haut, se voient V alpha et V oméga; en exergue 
on lit: Hic. requiescii. Robertus. de. Totigneio. abbas. 
hujus. loci (fig. 40), 




^-. 



U. ^ É^Upho do Robtft de Toripi. — Reren. 



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130 



DBSGBIPTIOIV 



et sur le reyers : Qui. prefuit. htM. monasterto. xxx. u. 
cmnis. viûint. vero. lxxx. annis (1). (Fig. 41.) 

Au côté gauche du tombeau de Robert de Torigni on 
découvrit ensuite — en 6 du plan fig. 21 — dans un 
cercueil en bois réduit en poussière, un squelette, ainsi 
que la volute en plomb de la crosse abbatiale (fig. 42), et 
un disque en même métal. Le corps, ou plutôt les osse- 




n 






43. — CroMe de Dom Martin. 



1. Ici repose Robert de Torigni» Abbé de ce lieu» qaigoavema 
ce monastère xxzn années, mais vécat lxxx ans. 



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DiicouTlSffnis 1875 



131 



meûts en ordre qui en rappelaient la forme, était orienté 
comme celui de Robert, et le disque en plomb était égale* 
ment placé entre le sommet de la tête et la paroi du cercueil. 
Le disque porte une main bénissant, gravée, semMable 
à celle de l'épitapbe de Robert, et en exergue on lit : 
Hie. requiesck. Dom. Martm. de. Furmedeio. abbas. huj. 
lociH).(Fig. 43.) 




43. — ÈpiUphe de Dom Martin. 



i. Ici repose DomMariiii de Funneiidi (ou PonneDdes?), Abbé 
de ce lieu. 



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132 DBSGBIPTION 

Quelques parties de rétole| de RoIh^ de Torigni^ son 
épitaphe et une de ses sandales, ainsi que le disque en 
plomb gravé et la crosse de Dom Martin ont été consenrés 
à titre de documents historiques; mais l^ou^ ossements 
sont restés là où les eorps ont été inhumés. Les tombeaux 
ont été fermés après qu'on eut déposé dans chacun d'eia 
une plaque en cuivre sur laquelle ont été gravés, sur une 
face, les épitaphes, le plan de la plate-forme indiquant le 
point où se trouvât les sépultures, et sur l'autre face le 
prjocès-verbal de la découverte. Toute la partie antérieure 
du portail roman a été enveloppée, sous le dallage, d'une 
voûte laissant intacts tous les détails d'architecture. 

On a trouvé un certain nombre de squelettes dans les 
fondations des trois premières travées de l'É^se et dans 
le bas-c6té nord de la nef, réduite à quatre travées. Le 
plan, fig. 21, détermine leurs positions. Trois tombeaux 
réunis dans le collatéral nord contenaient des osjsements. 
Les squelettes^ placés en divers endroits et oriaités diffé- 
renmient, sont les restes des religieux enterrés, sans cer- 
cueil, avec leurs habits monastiques dont il restait quelques 
parcelles, et entourés, la tète exceptée, de chaux vive 
dont on a retrouvé les débris formant le moule des vête- 
ments et gardant même l'empreinte du tissu* Il est impos- 
sible d'assigner une date à ces dernières sépultures, car 
aucune d'elles n'a fourni d'iadice qui soit de nature à cons- 
tater leur identité. Ceux des squelettes, dont le déplace- 
ment était nécessaire pour l'exécution des travaux de res- 



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DÉCOUVERTES 1875 133 

taùration de la plate-forme» ainsi que les ossements épars 
trouvés en grand nombre dans les fouilles, ont été réunis 
dans un ossuaire disposé à cet eiTet sous le dallage res- 
tauré. 



En 1863, le mont Saint-Michel dépendant alors, comme 
prison, du Ministère de l'Intérieur, un des Directeurs dé- 
couvrit dans la Chapelle absidale du Chœur (chapelle de 
la Vierçe) les sépultures de deux Abbés du Mont : Guil- 
laume de Lamps, « enterré du côté de l'Évangile, la tète 
à l'occident, entre le rond-point de cette chapelle et l'exca- 
vation pratiquée dans le mur pour renfermer les bu- 
rettes », et Jean de Lamps, enterré du côté de l'Épître, 
suivant la même orientation « contre et même en partie 
en dessous .des encorbellements des deux colonnes les 
plus rapprochées delà piscine ». Leurs corps, renfermés 
dans un cercueil en bois, étaient revêtus du c costume mo- 
nacal et d'ornements ecclésiastiques » et reposaient sur 
un Ut de paille ou de joncs mélangés de feuilles de laurier. 
Les débris des sandales et des vêtements ont été placés 
dans le Chârtrier. On y a joint les procès-verbaux qui 
nous ont donné les renseignements concernant les sépul- 
tures des Âbbés Guillaume et Jean de Lamps. 

Divers objets ont été recueillis dans les fouilles ; un an- 
neau dont le chaton porte, gravées en creux, deux co- 
lombes se désaltérant dans un calice, fig. 44 ; 



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IS4 



DESCRIPTION 





U. * BigBe. ^ Profil et face. 



des moDDaies dont nous donnons plasiears 
(grandeur naturelle), /fgr. 45, 46 et 47 ; 




/„ 



rAcc. 

45. — Monnaie de Toon. 




■msi!mfsm9%^ 











M. — Monnaie d*Anger», 



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Dicouv^nncs 1875 



135 




Sk. /Wv#|»i^xi 




FACC 



47. ^ Uonnaie dn Mans. 



des débris de carreaux en terre cuite émaillée, vestiges 
des carrelages des diverses salles de TÂbbaye ou de l'Église, 
et ^ifiû des morceaux de verre peint qui ont tous les ca- 
ractères des tntraux peints du xn® siècle; les fig. 48, 49, 
49 biSf 50, 50 bis, 51 et 53 reproduisent ces fragments, 
à moitié de leur grandeur naturelle (page 136). 

Ils proviennent peut-être des verrières dont Bernard du 
Bec orna la Nef, ou de celles que Robert de Torigni entre- 
tenait avec tant de soin. 

Tous ces précieux débris ont été recueillis soigneuse- 
ment, catalogués et déposés provisoirement dans le Char- 
trier joignant la Salle des Chevaliers. Puissent ces rudiments 
s'augmenter et former bientôt le Musée du Mont Saint- 
Michel, ou plutôt le Mus^ de Vanàenne province de Nor- 
mandie I 



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136 



DBSCBIFTION 




FACIATIS 



X.:c\-i.2)r-:^ 551'. 

48 à st. ^ Fragments de TÎtranx peinU troorés dans les fouilles en i875. 



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MERVEILLE 

(XIII« SIÈCLE) 

ORIGINE DE LA MERVEILLE 

Les constructions gigantesques s'élevant au nord, du 
Mont Saint-Michel furent appelées dès leur origine : la 
Merveille. 

c Les grands bâtiments, qui donnent sur la pleine mer 
au nord, peuvent passer pour le plus bel exemple que 
nous possédions de iWchitecture religieuse et militaire au 
moyen âge; aussi les a-t-on nommés de tout temps la 
Merveille (1) ». 

Cette immense construction se compose de trois étages : 
celui inférieur comprenant l'Aumônerie et le Cellier ; ce- 
lui intermédiaire le Réfectoire et la Salle des Chevaliers ; 
celui supérieur, le Dortoir et le Cloître. Il faut remarquer 
qu'elle est formée de deux bâtiments juxtaposés et réunis, 
orientés de l'est à Touest, et contenant en hauteur : celui 
de Test, l'Aumônerie, le Réfectoire, le Dortoir, et celui 
de l'ouest, le Cellier, la Salle des Chevaliers et le Cloître. 

La Merveille date des premières années du xm* siècle. 

i. ViolIct-le-Duc. — Dictionutaire raisonné de V Architecture 
française du zi« au xvi* siècle. Tome I***. Architecture monas- 
tique. 



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138 DESCRIPTION 

EUe fut commencée vers 1203 (ou 1204) par Jourdain (1), 
à qui le roi de France Philippe II envoya c une grande 
somme de deniers (2) » pour réparer les désastres de 
l'incendie allumé en 1203 par les Bretons, conduits par 
leur duc Guy de Touars ; sa construction, continuée par les 
Abbés successeurs de Jourdain, fut achevée en 1228 (3). 
Ces superbes bâtiments, construits entièrement en gra- 
nit, furent élevés d'un jet hardi, sur un plan savamment et 
puissamment conçu sous l'inspiration de Jourdain et que 
les successeurs de cet Âbbé suivirent religieusement jus- 
qu'à la fin. Il faut rendre hommage à cette oeuvre grandiose, 
et l'admirer, en songeant aux efforts énormes qu'il a fallu 
faire pour la réaliser aussi rapidement (c'est-à-dire en vingt- 
cinq ans), au sommet d'un rocher escarpé, séparé du con- 
tinent par la mer ou une grève mobile et dangereuse, cette 
situation augmentant les difficultés du transport des maté- 
riaux qui provenaient des carrières de la côte, d'où les 
Religieux tiraient le granit nécessaire à leurs travaux. Une 
partie de ces matériaux , fort peu importante du reste, 
était extraite de la base du rocher même ; mais, si la tra- 
versée de la grève était évitée, il existait néanmoins de 
grands obstacles pour les mettre en oeuvre après les avoir 
montés au pied de la Merveille, dont la base est à plus 
de 50 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer. 

i. xvuo Abbôdu Mont, de 1191 à 1212. 

2. Dom J. Huynea {Histoire générale,, etc.) 

3. Voir ci-après les Bâtiments de la Merveille. 



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MBRTBILLV 130 

Bien que des différences se remarquent dans la forme 
des contre-forts extérieurs» différences résultant des dis- 
positions intérieures des Salles, ii n'en est pas moins cer- 
tain que les deux bâtiments composant la Merveille ont 
été combinés et construits en même temps. Il suffit, pour 
en être conyainou, d^étudier, sur les plans, les coupes et 
les façades (1), leurs dispositions générales, surtout Tar- 
rangement particulier de l'escalier ménagé dans l'épaisseur 
du contre-fort, au point de jonction de ces deux bâtiments 
et couronné par une tourelle octogonale ; cet escalier prend 
naissance dans l'Âumônerie, dessert la Salle des Qieva- 
liers, à l'ouest, et aboutit au Dortoir à l'est, puis au cré- 
nelage au-dessus au Nord. 

Presque tous les historiens modernes du Mont Saint- 
Michel affirment que la Merveille fut élevée par Roger II, 
au commencement du xn® siècle. L'un d'eux la fait même 
remonter au xi** siècle : t Le duc Guillaume (le Conqué- 
rant) récompensa les Religieux du Mont Saint-Michel pour 
les revenus qu'ils lui avaient cédés. Ce fut sans doute avec 
les bienfaits de ce grand roi que l'abbé Renaud — Ranulphe 
de Bayeux, 1062-1086 — fit construire les bâtiments du 
Mont Saint-Michel qui existent encore de nos jours ef 
qu'on appelle la Merveille • (2). 

i. Voir les plans, fig. 15, 16 et 77, — 58, 59, 72 et 73. 
2. Histoire du Mont Saint'Michel et de l'ancien Diocèse d'À- 
tranches^ etc., par M. Tabbé Desroches. — Caen, 1838. 



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140 DBSGBIPnON 

Nous ayons tu quelle était la nature das ovrrages exé* 
cutés dans PÂbbaye du temps de Boger II et qû^ sont 
ceux émd A ht TMAen*; nous pensons d'ailleurs avoir 
démontré péremptoirement qu'il n'est p^ possible d'attri- 
buer à cet Abbé la Merveille, élevée un siècle plus tard, ce 
que nous croyons avoir prouvé en déterminant les diverses 
époques de sa construction. (Voir la Notice historique, 
les Travaux de Roger II et la Description.) 

Dom J. Huynes, dans son Histoire générale (1), donne 
sur l'origine de la Merveille d'intéressantes indications : 
c L'an mil cent quatre-vingt-six, le vingt-quatriesme du 
moys de Juin, Robert de Torigni estant mort, les Reli- 
gieux esleurent environ treize mois après, Martin, Rdigieux 
de ce Mont, pour estreleur seiziesme Abbé, lequel gouverna 
honorablement ce monastère, ne dissipant aucune chose 
mais ostant quelques biens d'iceluy des mains de ceux qui 
s'en estoient emparez depuis la mort de son prédécesseur. 

c Estant mort l'an mil cent nouante ou nouante et un. 
le dix neufiesme de febvrier, les Religieux l'enterrèrent en 
cette Église et esleurent pour luy succéder le douziesme 
du moys de mars ensuivant Jourdain, un d'entre eux, et 
fut le dix-septiesme Abbé de cette Abbaye, laquelle il gou- 
verna tousiours prudemment et y fut demeuré fort content 
si les Bretons, conduits par Guy de Touars leur Duc, n'eus- 
sent mis le feu en ce Mont et brûlé la ville et le monas- 

i. Ms. 18947. Bibl. Nat. 



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MBBYBILLB 141 

tère Le roy de France Philippe second, qui lors con- 
quit cette province sur Jean sans Terre, roy des Anglois, fut 
fort marry de cet incendie et, pour réparer la faute de 
Guy de Touars, il envoya une grande somme de deniers 
à cet Abbé Jourdain qui, sous la faveur du dit roy, fit recou- 
vrir l'Église et les bastimens du Monastère lesquels il ne 
put faire parachever, la mort se venant saisir de luy Tan 
mil deux cens douze le sixiesme jour d'aoust ». 

Le texte latin cité (en note) par le môme auteur (1) 
est plus explicite et constate les travaux considérables 
commencés par Jourdain : c Le 6 août 1212 mourut Jour- 
dain, Abbé du Mont; son corps fut enterré à Ton^aine 
(ou Tombelene). De son temps , l'Église fut brûlée par 
les Bretons ; c'est lui qui en refit la toiture et consacra à 
la construction de la Tour et du Réfectoire, du Dortoir et 
du Cellier, les dwiers qu'il devait à la libéralité de Phi- 
lippe, roi de France, qui, à cette époque « chassa les An- 
glais de la Normandie. > 

Selon D(»A Mabillcm, le Monastère fut reconstruit après 
l'incendie allumé par les Bretons (2). 

i. Dom Jean Haynes (Histoire générale, etc.)* 
« 1212. Die sexta augusH obiit Jordantu abbas Montis et se* 
pultus fiUtapud Tumbam Helenes. Tempore ipsius cotnbusta fuit 
tccUtia a Britannk et^ià ipso reœdijioaXa in tectura, turri et 
refectorio, darmitorio et celario liberalitate Philippi régis 
Praneorum qui tune Ânglos expulit. • 

(2) c Momuteriumj post incendiu/n Britannicumt restruxerat. 
(D. Mabmoo. Tome IV. Ann. BenecL) 



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M2 DBSGBIPnON. — MBRYBILLB 

L'incMdto aUumé par Gay de Toaars m 4203 dé- 
truisit les toitnras de TÉ^e, ne laissant ddsout que tes 
murs et les parties T<^é8s. Les bâtiments, ainsi que les 
galeries voûtées de PAqoilm et du Promenoir ou Cloître, 
élevés. par Roger II au commencment du siècle précé- 
dent, furent seuls préservés; le reste des bâtiments abba- 
tiaux, qui s'étendaient dors au nord de rÉ|^e (1), fut 
détruit, sauf les nmrs. Jourdain, riche des libéralités de 
Philippe-Âttguste, les reconstruisit &ï suivant fes traditions 
bénédictine, mais sur un plan beaucoup plus grand, et, si 
Ton en croît la légende, pour la satisfaction de ses goûts 
fastueux, ce qui ne saurait lui être reproché, en admettant 
l'exactitude du fait, puisqu'ils ont produit un magnifique 
ouvrage qui fait encore l'admiration des temps modernes. 

La figure 53 reproduit la vue d'ensemble de la face 
nord du Mont Saint-Michel ; elle montre : la façade sep- 
tentrionale de la Merveille et ses chemins de ronde au 
pied (2) ; à droite du dessm s'étendent les constructicms 
de Roger II et de Robert de Torigni ; au-dessus, l'Église 
avec sa Nef romane réduite à quatre travées, son lourd 
clocher moderne et son Chœur du xv® siècle ; à gauche, 
sur les escarpements du rocher, les remparts, au-dessus 
desquels se voient l'entrée de l'Abbaye et quelques mai- 
sons de la ville; au bas du rocher, la chapelle Saint- 
Aubert ; vers le miUeu, les ruines de la Tour fortifiée qui 

1. Voir le plan {fig. ÎO). 

2. Voir la /«^. 73. 



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144 DBSGBIPnON 

renfermait la fontaine Saint-Âobert ; sur les rampes du 
rocher, les vestiges de Tescalier montant aux chemins de 
ronde (voir le plan général ou carte du Mont Saint-Michel» 
fig. 14, les coupes et les façades de la Merveille, fig. 58, 
59, 72 et 73). 

Dès 1203 ou 1204, Jourdain commença la construc- 
tion de la Merveille ; il fit élever la Salle de rAumônerie, 
le Cellier, le Réfectoire (au-dessous de rAumônerie), ina- 
chevé à sa mort, arrivée le 6 août 1212. 

Son successeur, Raoul des Isles (1212-1218), conti- 
nua ses travaux : c Radulphe, second du nom, surnommé 
des Isles^ Religieux de ce Mont, ayant esté esleu pour Iny 
succéder, contmua de faire réparer les édifices, entre 
autres le grand réfectoire (auquel son prédécesseur avoit 
desja commencé à faire travailler) qu'il fit faire presque 
tout de neuf (1) • 

Raoul des Isles. mourut en 1218 et Thomas des Cham- 
bres (1218-1225) lui succéda; c'est à ce dernier Abbé 
qu'il faut attribuer la Salle dite des Chevaliers et le Dortoir. 
Le Cloître fut commencé par lui et achevé, vers 1228, par 
son successeur, Radulphe ou Raoul de Villedieu : c Incon- 
tinant après la mort de Thomas des Chambres les Reli- 
gieux esleurent Radulphe de ViUedieu, l'un d'entre eux, 
pourluy succéder, lequel fit faire tous ces beaux piliers du 
cloistre et toutes les figures qu'on voit au-dessus avec cin- 

1. Dom Jean Huynes (Histoire ginircUe, etc.). 



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MBBYEILLB 145 

qnante huict roses toutes diverses. Mais ce qui est de 
plus admirable c'est qu'on voit là du costé de l'occident 
Sainct François, patriarche des Frères Mineurs, représenté 
selon la forme et la figure que l'abbé Joachin l'avoit faict 
peindre dans Sainct-Marc de Venise auparavant que ce 
sainct eut fondé son ordre. Au costé de cette image en 
bosse le dit Abbé Radulphe fit mettre les paroles suivantes 
que nous y voyons encore : S. Frandscus canantzatus 
fuit anno Dommù.... M. CC. XXVIII quo daustrum isttul 
per/ectumanno Domini. C'est-à-dire : t St. François a esté 
canonizé l'an de Notre Seigneur mil deux cens vingt huict, 
auquel an de Notre -Seigneur ce cloistre a esté par- 
faict (1). » 

La Merveille fut donc achevée en 1228 par Raoul de 
Villedieu. Quelques autres travaux y furent faits ou com- 
mencés par Richard II, surnommé Tustin, qui fut élu 
en 1236, après la mort de Raoul de Villedieu (2). 

On voit encore dans le Qoître, sur le côté extérieur de 
la galerie de l'Ouest, une porte à triple arcature (3); 
c'est l'entrée du Chapitre, lequel fut seulement commencé 
par Richard Tustin. L'état de ruine des substructions joi- 
gnant la Salle des Chevaliers et le Cellier au-dessous, ne 

t. Dom Jean Hayoes {Histoire générale^ etc.). 

2. c Eodem aono (1264) die 29 Julii obiit Richard as Tostio, 
ylgesimas primas Abbas ModUs. Hic fecit bellam cavam, incipit 
etiam noyam capitalam et novum opus subtas bellam cayaou...» 
Dom Jean Hajnes (Histoire générale, etc., ms. 18947. Bibl. nat.) 

3. Voir ci-après le Cloître. 

10 



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146 DSSGBIPnON 

permet pas de détenniner si les Salles indiquées par le 
texte latin furent bâties, puis détruites, ou si elles ne re- 
çurent qu^un commencement d'exécution. Richard Tustin 
fit de son temps des travaux importants sur d'autres points 
de l'Abbaye (1). 

Ces citations et ces notes donnent les preuves les plus 
certaines que l'Abbaye, dans sa plus grande partie, sauf 
l'Église et les Salles voâtées au nord, fut reconstruite dans 
les premières années du xaf siècle. Elles attestât que 
les superbes bâtiments formant l'ensemble de la Merveilk^ 
debout tout entiers (2), furent conçus par Jourdain, eosà- 
mencés par lui en 1203 ou 1204, continués sur ses plans 
scrupuleusement suivis par ses successeurs, et achevés 
en 1228. Enfin, elles démontrent qu'il est impossible, 
après un examen sérieux, de les confondre avec les bâti- 
ments infiniment phis modestes qui nous ont été égale- 
ment conservés et qui sont les témoins authentiques des 
travaux faits* par Roger II dans le siècle précédent. 

. A défaut de tous ces précieux renseignements, Varchi- 
lecture de ces divers édifices fournirait seule les docu- 
ments, parlants pour ainsi dire, les plus sûrs et les plus 
incontestables pour rétablir les dates de leurs construc- 
tions respectives. Il suffit de comparer les dispositions 
architecturales des galeries de l'Aquilon et du Prome- 



1. Voir d-aprèa les Bâtiments formant l'Entrée deTAbbaye. 

2. Sauf le comble moderne du Dortoir. 



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MBRYEILLB 



147 



noir (1) avec celles des Salles de la Merveille (2) et 
d'en étudier les détails architectoniques (voir les pg. 54 
et 55, chapiteaux et bases de TAquilon et du PromeDoir), 




Xd.Cfrrûjff^ 




S4. ^ Colonnet de TAqnOon. 



55. — Golomes du Promenoir. 



i. Voir la /V^. 31. 

t. Voir les fig. 58 et 59. 



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148 



DESCBIPnON 



pour être convaincu que ces diverses constructions n'ont 
pas été élevées à la même époque (voir les fig. 56 et 57, 
chapiteaux et bases de TAumônerie et du Réfectoire). 




•h 





,i 



^^\ 



56. — Golonnei de rAumÔDerie. 57. — Colonneg da Réfectoire. 

Ces détails comparatifs, ajoutés ^ tout ce qui précède. 



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ilBBYBILLB 149 

prouvent surabondamment que les Salles superposées de 
TÂquilon et du Promenoir sont du xu^ siècle et que la 
Merveille toute entière est du xm^ siècle. 

D'ailleurs, les caractères de l'architecture sont absolu- 
ment différents dans ces divers b&timents. Autant les con- 
structions de Roger, lourdes, massives et presque gros- 
sières^ se ressentent des difficultés et des luttes de toute 
nature au milieu desquelles elles ont été élevées et sont le 
reflet des temps troublés où elles ont pris naissance, — au- 
tant celles de Jourdain sont grandes, hardies et, alliant la 
force à la beauté, forment un admirable ensemble, créé, 
grâce aux largesses royales de Philippe-Auguste, pendant 
une période de prospérité où l'art du moyen âge avait pris 
un puissant développement, et nous a légué un des plus 
magnifiques exemples de l'architecture française. 



BATIMENTS 
DE LA MERVEILLE 

La Merveille est, comme on l'a vu plus haut, formée de 
deux bâtiments juxtaposés s'élevant au nord de l'ÉgUse et 
orientés de l'est à l'ouest. 

Les fig. 58 et 59, coupes transversales de ces deux 
parties, montrent leur position par rapport à l'Église 



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150 DESCRIPTION. — MBBVBILLB 

et suivant la déclivité du rocher ; elles montrent également 
les détails de la structure des Salles sup^posées. 

La fig. 58 est la coupe transversale foite sur une des 
travées du bâtiment vers l'est, qui se compose : de TAu- 
mônerie ; du Réfectoire, au fond duquel est la vaste che- 
minée k double foyer dont on voit les souches au-dessus 
du comble ; du Dortoir supposé restauré et recouvert de 
sa charpente apparente en berceau. 

La fig. 59 donne la coupe transversale du b&timent 
vers rohest, qui est formé : du Cellier, de la Salle de& 
Chevaliers et du Cloître au-dessus, couronné par le pignon 
ouest du Dortoir. 



Les divers étages^ de la Merveille doivent être l'objet 
d'une description particulière que nous croyons utile de 
faire dans l'ordre où ils ont été bâtis. 

L'Aumônerie à l'est et le Cellier à l'ouest formant l'étage 
inférieur, sont les premiers ouvrages de Jourdain, com- 
mencés par lui vers 1203 ou 1204, suivant un plan savam- 
ment conçu, ainsi que le prouve la construction de ces 
deux Salles basses, prévoyant par la disposition des piles 
inférieures, la superposition, sur ces piles, des colonnes 
supportant les voûtes des deux Salles hautes: le Réfectoire 
à Test et la Salle des Chevaliers à l'ouest. 



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M. — MerreUle. — BàtifflenU de l'Est. — Goope'^iiifTertale, du Sud aa Mord. 



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.« ; . _iflf*^*iu, JÎi,/^., i.^^* î;*^- i?«, C.-^^'i^^ .', _j ,,-— i.,.-,*^-».. 



01^. — Menreille. — fiàtimenU de l'Onest. Goape innsTanale, da Nord aa Sad 
(Eut actuel). 



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MBBYBILLB* — AUMONBBIB 1S3 



AUMONERIE 



L'Aomôiierie^ ou Salle des Aumônes, est composée de 
deux nefs. Les voûtes d'arêtes, de forme ogivale, reposent 
sm* une épine de fortes colonnes dont la base et le chapi- 
teau sont carrés (1). Elle est éclairée par huit fenêtres 
étroites à voussures profondes, percées entre les contre- 
forts, deux à l'est et six au nord, divisées par un linteau 
dans la hauteur, largement évasées à l'intérieur de la salle 
et munies d'un banc en pierre dans l'ébrasement. 

La porte s'ouvre au sud sur une petite cour (2) ; sous 
le porche qui la précède se trouve l'entrée de l'escalier 
renfermé dans la Tour, dite des Gorbins, qui cantonne l'angle 
sud-est de la Merveille. Cet escalier aboutit au Dortonr et 
an chéneau du comble vers le sud, après avoir donné 
accès, à mi-hauteur, au créndage de la courtme du Gh&- 
telet. 

Pendant le cours des études faites en 1872 pour la 
Commission des Monuments historiques, nous avons dé- 
couvert, près de la porte d'entrée du sud, les débris d'un 

i. Voirie plan, fig. 15. 

2. Cour de laMenreille. — Plan, fig. i&. 



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164 I>BSORIPTION 

foonieau (1), et, aa milieu des débris d'argile calciDée, 
quelques morceaux d'une coulée de métal blanc couvert 
d'oxyde vert, indiquant un alliage où le cuivre existe en 
assez grande quantité. Ce sont peut-être les restes d'un 
métal préparé pour la fabrication des monnaies obsidio- 
noies, que les Abbés du Mont furent autorisés à émettre, 
sous le règne de Charles VU, pendant les guerres des 
Anglais. 

A l'extrémité de la Salle de l'Aumônerie, vers l'ouest» 
une ouverture la fait communiquer à niveau avec le Cel; 
lier. Cette baie à double feuillure présente une disposition 
particulière permettant de la clore par deux vantaux 
superposés, qui vers l'Aumônerie, étaient maintenus forte- 
ment fermés chacun par une traverse, engagée d'un côté 
dans une mortaise pratiquée sur un des pieds-droits» et 
fie l'autre dans la muraille où, au moment de l'ouverture 
dses vantaux, elle était logée, de toute la largeur de la porte^ 
d;ms une ouverture carrée pratiquée à cet eflét. 
^ A droite de la double porte se trouve l'entrée de l'es- 
£atier ménagé dans i'épaissair du cpntre-lort^ m point de 
jonction des deux bâtiments est et ouest. Cet escalier 
monte à la salle des Chevaliers, au Dortoir, et aboutit au 
o^ënelage du nord au-dessus du Dortoir (S). 



!• Eq J' du plan fig. 15. 

2. Voir la coupe transveraale, fig. 58. 



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MERVEILLE. — CELLIER 155 



CELLIER 



Le Cellier est formé de trois nefs dont les voûtes d'arêtes, 
ogivales et très-aiguës dans les deux nefs latérales, reposent 
sur des piles carrées supportant les colonnes de la Salle 
des Chevaliers au-dessus. Il est éclairé par cinq étroites 
fenêtres en ogive percées entre les contre -forts. Vers 
l'ouest^ une grande porte s'ouvre sur les terrasses et jar- 
dins en contre-bas, et devait établir la communication entre 
le Cellier et la Salle bâtie, et détruite ou simplement amorcée 
par Richard Tustin dans la seconde moitié du xui® siècle.' 

A droite de la porte, un escalier pratiqué dans l'épais- 
seur du mur conduit à la Salle des Chevaliers au-dessus (4). 

SMl fallait en croire les légendes, le Cellier aurait été 
f écurie des Chevaliers de S* Michel, fl est certain qu'il exîs^ 
tait au xn® siècle des écuries au pied du Mont « ad montis 
radicem * (2), mais les bâtiments qui les contenaient ayant 
été brûlés ^n 1203 et remplacés vers cette époque par les' 
constructions de la Merveille> les écuries furent reportées^ 
aioFS dans les fanils ou magasins de l'Abbaye, au pied de la 
montagne au sud- ouest. Les nouvelles constructions de 
Jourdain étaient inaccessibles aux chevaux et, d'ailleurs, 

1. Voir le plan /S^. 15. 

2. Voir les Travaux 4^ Ro|;er II txii« siMfO. 



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156 DBSOBIPnON 

ces Salles, et le Cellier principalement, très-convenablement 
disposées pour leurs destinations et trës-fraiches pour la 
conservation des provisions de l'Abbaye, eussent été mor- 
telles pour les chevaux. U faut remarquer que l'Ordre de 
Saint-Michel fut fondé par Louis XI en 1469, et qu'à 
cette époque la Merveille et les bâtiments formant l'Entrée 
de l'Abbaye — comprenant Belle-Chaise, élevée par Richard 
Tustin, au xdi* siècle, et le Châtelet, bâti par Pierre Le Roy 
dans les premières années du xv® siècle, — étaient con- 
struits déjà, tels qu'ils existent encore, avec leurs nombreux 
et raiàes escaliers. Alors, comme aujourd'hui, il était 
impossible de faire monter les chevaux par ces escaliers, 
et surtout de les faire descendre par le même chemin. 

Dans la deuxième travée, vers l'ouest et sous une des 
fenêtres, il a été ménagé une porte basse, qui s'ouvrait sur 
un pont-levis établi entre deux contre-forts (1) et dont on 
voit encore l'arc qui le soutenait lorsqu'il était baissé. Ce 
pont-levis, jiisposé en saillie sur la face du mur, de façon à 
échapper le talus de la base, servait à monter, au moyen 
d'une roue placée à l'intérieur du Cellier, l'eau provenant 
de la fontaine Saint-Aubert (2), au bas du rocher, et qu'on 
emmagasinait dans le Cellier pour les besoins de l'Abbaye. 

Le Cellier a été appelé Montgommerie ou Montgom- 
mery, depuis la tentative infructueuse faite par ce par- 

1 . Voir la coupe transversale, fig. 5§, et la façade nord de la 
Merveille, fig. 73. 

2. Voir ci-après la fontaine Saint-Aobert 



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MBBYBILLE. — CBLLIBB 157 

tisan, en 1591, pow s'emparer par surprise du Mont 
Saint-Michel. 

Nous trouvons dans un des manuscrits de Dom 
Jean Huynes (1) de curieux détails sur les tentatives faites 
par les Huguenots, pendant les guerres de la Ligue, poui* 
s'emparer de l'Abbaye. Nous reproduisons un des épisodes 
les plus intéressants de ces faits de guerre, dont les détails 
concernent particulièrement te Cellier qui en fiitle théâtre : 

€ Le gouverneur de Yicques estant mort, le sieur de 
Boissuzé fut instalé en sa place et, l'an mil cinq cens nouante 
et un, attrapa les ennemys dans le piège qu'ils avoyent 
dressé pour le perdre, selon que s'ensuit. Les Huguenots» 
tenant une grande partie de cette province de Normandie 
sous leur puissance et particulièrement les villes et chasir 
teaux des environs de ce Mont, dressoient tous les jours 
des embusches pour envahir ce sainct lieu. Et, dès aussy to^ 
qu'ils pouvoient attraper quelqu'un de cette place, le tuaient 
sur le champ ou le reservolent pour le mener au gibet. Il 
arriva un jour entre autres qu'ils prirent un des soldats et,, 
luy ayant desjà mis la corde au col, luy dirent que s'il 
vouloit sauver sa vie qu'il leur promit de leur livrer cette 
Abbaye, et que de plus ils luy donneroient une bonne 
somme de deniers. Cet homme, bien content de ne finir si 
tost ses jours, et alléché de l'argent qu'ils luy promet- 

1. Bibl. nat, ms. fr. 18947. — 4* traité, chapitre XVm*. 



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158 I>BSQBIPTK>N 

UÀ&at, dit ^qn'il le feroit et cimyint avec eux des^ moyens 
de mettre cette promesse à exécution, qui furent que le 
$oIdit reyiendpoit en ce Mont, espieroit, sans faire sem- 
blant de ma, la commodité de les introduire secrettement 
mcet^e Abbaje et leur assigoeroit le jour qu'il jugeroit 
plw commode pour cet ^ect. Le soldat leur ayant promis 
de n'y maqquer, ils luy donnèrent cent escnset, bien résolu 
de jcRiesT son coup, revint où il fut receu du Capitaine de 
Mont et des soldats sans aucun soupçon, puis se mit en 
devoir d'exécuter sa promesse. Pour donc la mettre à chef 
il advertit quelques jours après ces Huguenots de venir le 
vingt neufiesme de septembre, à huict heures du soir, jour 
de Dimanche et de la dédicace des élises SamctJMÎichel, 
qu'ils montassent le long des degrez de la fbntayneSainct- 
Aubert ; qu'estant là au pied de l'édifice il se trouveroit en 
ta plus basse sale de dessous le cloistre, oii, se mettant 
dans la roue (1), il en esleyeroit quelques-uns des leurs qui 
par après luy ayderoient en grand silence à monter les 
autres. Ainsy par cet artifice, ce Mont estoit vendu ; mais 
ce soldat, considérant le mal dont il alloit estre cause, fut 
marry de sa lascheté et advertit le Capitaine de tout ce qui 
se passoit. Iceluy lui pardonna et se résolut avec tous ses 
soldats et autres aydes de passer tous ces ennemys par le 
fil de Fespée. Quant à eux, ne sçachant le changement de 



1 . Roue établie dans le Cellier et servant à monter Peau par le 
pont-leviiB que notti avons décrit plus haut. ^ 



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M«tYBlLLB« --rOBLLIBB 159 

vdoQté i» chi hoi&me et se rëjooissaDs de ce que le tjsmps 
semUoit favoriser leur dessein, tant l'air estant ce joçr 
ramply d'e^paisses vapeurs ; conme ^Dus voyons airîv^ 
souvent, qm empesdioit qu'on les pût teoir venakits de 
Gourteil jusques sut* ce rocher, ne manquèrent de se trouver 
au lieu assigné à l'heure prescrite. Alors le soldat faisant 
semblant qu'il estoit encore pour eux, se mit dans la roue 
et commença de les enlever l'un après l'autre, puis deux 
soldats de cette place les recevoient à bras ouverts, les 
conduisoient jusques en la sale qui est dessous le réfectoire, 
où ils leur faisoient boire plain un verre de vin pour leur 
donner bon courage, mais les menoient par après dans le 
corps de garde et ils les transperçoient à jour, se compor- 
tons ainsy consécutivement envers tous. Sourdeval, Mont- 
gomery et €haseguey, conducteurs de cette canaille, a'es- 
merveilloient de ce qu'ils n'entendoient aucun tumulte, y 
en ayant desjà tant de montez, demandôitot impatiem- 
metit qu'on leur jettast un Rèligieiii par les fenestresafin 
de eonnoistre par ce signe si tout allait t^en pour eux, ce 
qui poussa les soldats de céans, desjà tout acharnez, de 
tuer un prïsonni^ de guerre qu'ils avoient depuis quelques 
jours lequel ils revestirent d'un habit de Religieux^ puiis 
luy firent une couronne et le jettèrent à ces ennemys. Mais, 
entrant en toubçon si d'estoît un ReUgieux, Montgomery, 
vMlant sçavoir la vérité, donna le mot du guet a mi de 
ses plus fidellefs soldats et le fit nionler devant luy; estant 
monté en haut et ne voyant personne des si^s il ne 



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160 DBSCBTPnON. — RiFBOTOIBB 

manqua de s'escrier : trahison t trahison t et de ce 
crj les eimemys prenants Tespouvante descendirent au 
plus f(Mrt du rocher, se sauvèrent le mieux qu'ils purent, 
laissant quatre vingt dix hmct soldats de leur con4)agnie, 
lesquels on enterra dans les grèves à quinze pas des 
poulins. » 



RÉFECTOIRE 



Le Réfectoire, commencé par Jourdain et achevé par son 
sucoesseur Raoul des Isles, vers 1215, est sans controdit 
lapins beHe Salle de la Merveille. Il se compose d'mie 
double nef dont les voûtés formées par des arcs-douMeaux, 
des arcs'^gives ornés à leur jonction d'une rosette sculp- 
tée, retombcût sur une épine de colonnes fondées sur 
celles de l'Aumônerie. 

Les proportions de cette Salle sont des plus heureuses 
et, en raison de là shnplicité des détails de Tarchitecture, 
l'effet général est très-grand; 

La figure 60 représente le Réfectoh*e supposé restauré ; 
die en donne une idée exacte par la vue perspective qui 
complète les détails techniques du plw et de la coupe 
(fig. 16 et 58). 



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60. — Réfectoire. 



11 



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162 



DBSOBIFnON 



Le Réfectoire est éclairé par neuf grandes fenêtres : six 
au nord» deux à Test» et une au sud vers la Tour des 
Corbins ; contenues dans les arcades formées par les pile» 
latérales des nefs, les arcs et les dosserets des voûtes, 
elles s'élèvent dans toute la hauteur du vaisseau, et sont 
divisées par un meneau supportant un linteau intermé- 
diaire ; elles sont munies d'un banc en pierre à leurs bases. 

Dans la partie latérale nord, au-dessous d'une des fenê- 
tres, dont le glacis inférieur est plus relevé que les autres 
au-dessus du sol, des latrines sont établies très-ingénieuse- 
ment ainsi que les deux entrées, discrètes, pratiquées obli- 
quement dans l'épaisseur des murs (voir le plan, fig. 61). 



4/ 'sà/ \L^'- 1 







M. -> Réfectoire. — L&trinee. 



La coupe {fig. 62), faite suivant la ligne Â-B du plan 
pg. 61, montre la structure des latrines, leur couverture 



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09. — Réfectoire. — Coupe mr A-fi [fig. (Hj. 



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164 DESCRIPTION 

en dalles, dont on retrouve les amorces parfaitement visi- 
bles sur les faces latérales des contre-forts, entre lesquelles 
les latrines ont été établies. Elle fait voir également, au- 
dessus de cette couverture, l'arrangement de la fenêtre 
que Ton a prise pour la chaire du lecteufy suivant les 
appréciations des auteurs de nos jours, dont l'opinion 
n'est pas admissible après qu'on a examiné sérieusement 
les détails de la construction. 

A l'extrémité du Réfectoire, vers l'ouest, sur le mur qui 
le sépare de la Salle contiguê des Chevaliers, se trouve une 
gigantesque cheminée, à deux foyers, dont les souches 
couronnent le pignon ouest du Dortoir. Une autre che- 
minée, dont on voit encore les vestiges, avait été faite 
sur le côté sud, probablement au point où se tenaient 
l'Âbbéou les Hôtes de distinction. Il n'existe pas, comme 
dans un grand nombre de réfectoires du même temps, de 
chaire bâtie ea pierre; elle devait être en bois et elle a été 
détruite, comme tout le mobilier ancien de l'Abbaye. 

Les Cuisines se trouvent au sud du Réfectoire^ conti- 
nuant l'entrée voûtée (du Réfectoire) qui les précède vers 
l'ouest; les trois travées qui composent cette entrée 
ainsi qu'une autre à la suite, à l'ouest, sont les restes des 
bâtiments abbatiaux construits par Roger II au commen- 
cement du xn^ siècle (1) ; ces Cuisines communiquaient 

1. Voir les travaux de Roger II — xn" nède, — et le plan 
fig. 20. 



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MBBYBILLB. — SALLE DBS CHEYÂLIEBS 165 

avec le Réfectoire par un guichet et une porte» bouchés 
aujourd'hui et visibles encore sur le mur sud. 

Les degrés qui partent de l'entrée du Réfectoire montent 
au Dortoir, au Cloître et à l'Église, et ont été construits, 
vers 1650, par l'agent du Prince Henry de Lorraine, Pierre 
Beraud, sieur de Brouhé, < faisant pour cet effect percer 
une voûte » (1). Avant cette époque, on accédait de l'Église, 
du Cloître et du Dortoir au Réfectoire, par deux voies 
détournées : l'une par l'Église haute où l'escalier, mé- 
nagé dans un des contre-forts au sud du chœur, arrive à 
l'Église basse dont la porte latérale nord s'ouvre en face 
de l'entrée du Réfectoire ; l'autre par le degré descendant 
du passage, près de la porte latérale nord de la nef, au 
Promenoir où, après l'avoir traversé, on trouve à droite 
un autre passage, longeant la Salle des Chevaliers, et 
aboutissant à l'entrée du Réfectoire (voir )îgf. 16; plan, au 
niveau de TÉglise basse, du Réfectoire et de la Salle des 
Chevaliers). 



SALLE DES CHEVALIERS 

La Salle, dite des Chevaliers, fut commencée vers 1215, 
par Raoul des Isles, mort^n 1218. Thomas des Chambres, 
qui lui succéda, là termina vers 1 220. Elle ne prit le nom de 
Salle des Chemliers qu'après l'institution de l'Ordre de 

1. Dom Jean Huyaes [Histoire générale, ctc.)« 



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166 



DBSCBIPnON 



Saint-Michel, fondé par Louis XI en 1469 ; c'était aupara- 
vant la Salle des Assemblées générales on celle du Chapitre 
de l'Abbaye. Selon M. VioUet-le-Duc, cette Salle « était pro- 
bablement, au xm"" siècle, le Dortoir de la garnison > (1). 
Quoi qu'il en soit, les dispositions générales de la Salle 
des Chevaliers indiquent qu'elle était destinée à des réu- 
nions nombreuses. Ce qui le prouve, ce sont, indépen- 
damment de ses vastes proportions, les trois latrines éta- 
blies spécialement et uniquement pour le service de cette 
Salle ; deux sont placées au nord, en dehors, entre les 
contre-forts reliés par des arcs. Elles sont précédées cha- 
cune d'un petit retrait, communiquant avec la Salle, éclairé 



^î- -v^v. jt^Si '^^^'t '^^ J^f^ 

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63. — Salle de( Cbevaliers. — Latrinet. 



1. Dictionnaire raisonné de l'Arehiteetvre franeaite, etc., 1. 1-. 



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IfBBYBILLB. -^ SILLB DBS OHBVÀUBBS 167 

par deux rangs de fines arcatures trilobées (en A dn plan, 
fig. 63). 

Une troisième latrine» qui n^est autre que celle des 
anciens Bâtiments abbatiaux du xi^ siècle (en E du plan, 
fig. 20) et qui a été utilisée par les constructeurs du 
zm^ siècle, se trouve dans Tangle sud-ouest. On y accède 
par une petite porte en pan coupé et un passage ménagé 
dans répaisseur du mur ouest. 

La Salle des Chevaliers est formée de quatre nefs d'iné- 
gales laideurs (1); les deux premières rangées de colonnes, 
vers le nord, reposent sur les piles du Cellier, la troisième 
rangée est fondée sur le rocher (2). Les voûtes, composées 
d'arcs-doubleaux, d*arcs-ogives, ornés à leur point de 
rencontre d'une clé sculptée, retombent sur des colonnes 
à bases octogonales très-finement taillées ; les chapiteaux, 
très-richement et très-vigoureusement sculptés, sont sur- 
montés, comme ceux du Réfectoire, de tailloirs circulaires à 
profils hauts profondément refouillés, qui ont tous les ca- 
ractères particuliers des édifices normands du xm® siècle. 

Deux grandes cheminées, en B du plan, ^g. 63 et 
fig. 65, existent sur le mur de face nord; leurs laides 
manteaux pyramidaux montent jusqu'à la voûte où leurs 
sommets sont très-heureusement mariés avec elle {fig. 65). 
Les conduits de ces cheminées s'élèvent au dehors, sur 
une série d'encorbellements ingénieusement combinés 

1. Voir le plao, fig. 16. 

2. Yoir la coape, /Eg. 59. 



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168 



DESCRIPTION 



avec les contre-forts dont ils surmontent les amortisse- 
ments» et leurs souches couronnent le mur latéral nord 
du Qoître. 

La Salle est éclairée, au nord, par des fenêtres de formes 
différentes, et à l'ouest par une grande baie, actuellement 
vitrée en partie, qui devait conununiquer avec les construc- 
tions élevées, ou seulement conunencées, par Richard Tustin 
vers 1260, et maintenant détruites. A l'est, une petite porte 




JSfd-. C*rrû^er-^ 



I- 



-1- 



-*« 



rA. 



6i. — Plaa du Charirier. 



donne accès à l'escalier partant de l'Aumônerie et abou- 
tissant au Dortoir et au crénelage nord. Sur le bas-côté 
sud, joignant les substructions romanes du Transsept 
nord, un passage latéral, élevé de deux mètres au-dessus 
du sol de la Salle, fait communiquer le Réfectoire avec les 



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MBBYBILLE. — SALLE DBS CHBTALIBBS 



169 



autres parties de TÂbbaye, notamment avec l'Église, le 
Promenoir ou ancien Ooitre et les souterrains à l'ouest. 
Un degré, aujourd'hui détruit, permettait de descendre 
directemeqt du Promenoir dans la Salle. 

Dans l'angle intérieur nord-ouest, à côté de l'escalier 
descendant au Cellier, se trouve l'entrée du Chartrier, bâti 
sur l'angle extérieur nord-ouest de la Merveille (voir les 
plans, fig. 15, 16, 17 et 64). 




C0. — Chartrier. — Coupe sur A-B {fig. 64]. 

Le Chartrier se compose de trois petites salles super- 



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170 DBSCBXPnON. — SALLB DBS 0HEYALIBB8 

posées, dont la première seule est voûtée ; une vis de 
Saint-Gilles les fait communiquer intérieurement entre 
elles et le deuxième étage aboutit ^ la galerie ouest du 
Cloître (voir la coupe sur A-B dans le sens des deux let- 
tres (renversées) fg. 65.) 

La Salle des Chevaliers et le Réfectoire sont actuelle- 
ment les plus beaux vaisseaux de la Merveille, auxquels 
s'ajoutera le Dortoir, après sa restauration, qu'on peut 
espérer prochaine. Leurs grandes proportions, leur beauté 
simple et forte, leurs dispositions ingénieusement origi- 
nales et particulières au Mont Saint-Michel, — principale- 
ment en ce qui concerne la Salle des Chevaliers et le 
Dortoir, — font de ces diverses salies une suite d'exem- 
ples extrêmement curieux, qui peuvent être considérés 
comme des spécimens les plus particulièrement intéres- 
sants de notre Architecture nationale au xn^ siècle. 

Voir la coupe transversale, fig. 59, et la vue perspec- 
tive, pg. 66 (prise dans la 2™^ travée de la 2"** nef à 
l'ouest), qui en est le complément pittoresque, pour ia 
Salle des Chevaliers. 



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66. — Salle des Chevaliers. 



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172 DBSGBIPnON 



DORTOIR 



Thomas des Chambres, en même temps qu'il achevait 
la Salle des Chevaliers, fit construire le Dortoir qu'il 
termina avant sa mort (1225). 

Le Dortoir est une vaste Salle élevée au-dessus du 
Réfectoire dont elle a les dimensions générales ; mais au 
Ueu d'être, comme celui-ci, voûtée en pierre et en deux 
parties, elle était couverte en charpente, d'une seule volée. 
La preuve de cette disposition primitive se voit dans le pi- 
gnon ouest, debout tout entier ; le formeret en pierre, qui 
supportait le lambris cintré, existe encore et atteste la forme 
ancienne. Le berceau lambrissé de la voûte en bois était 
en plein-cintre, soutenu par des poutres, des poinçons 
apparents et ornés, au droit de chaque contre-fort (1). 

Le Dortoir est éclairé, au nord et au sud, par une série 
de petites fenêtres longues et étroites, affectant la forme 
de meurtrières ; elles sont ébrasées à l'extérieur et leurs 
couronnements semblent être, par leur forme particulière 
en nids d'abeille, une réminiscence de l'art oriental; 
entrevu par les Croisés français pendant leurs expéditions 
en Pâlestme. A l'intérieur, ces fenêtres, ébrasées de même 
qu'au dehors, sont encadrées par des colonnettes suppor- 

1. Voir la coupe, fig, 58. 



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MBBYBILLB. — DOBTOIB 173 

tant des arcatures courantes, surmontées d'une corniche 
saillante, sur laquelle venaient s'appuyer les fermes appa- 
rentes et le berceau lambrissé. A Test, deux grandes 
fenêtres, d'où la vue est magnifique, éclairaient et ornaient 
l'extrémité orientale du Dortoir. Dans l'angle sud-est, une 
porte étroite donne accès à l'escalier en vis (contenu dans 
la Tour des Gofbins) qui, partant du porche précédant 
l'Aumônerie, arrive au Dortoir après avoir desservi le 
Ghâtelet, ainsi qu'à la galerie supérieure du comble, au 
sud, et se termine par une élégante pyramide octogonale 
couronnant ladite Tour des Gorbins. 

A l'ouest, la porte principale du Dortoir s'ouvre sur la 
galerie est du Cloître ; une autre porte latérale s'ouvre du 
même côté et conduit à l'Église, par la galerie sud du 
Qottre longeant le transsept nord. Vers l'angle sud-ouest, 
une porte fait communiquer le Dortoir avec la biblio- 
thèque, adjacente au sud, et avec le Gloitre, par la petite 
porte de l'ouest. Dans l'angle opposé, au nord-ouest, 
débouche l'escalier en vis (ménagé dans l'épaisseur du 
contre-fort, au point de jonction des deux bâthnents de la 
Merveille) lequel, ayant son point de départ dans l'Aumô- 
nerie, monte à la Salle des Chevaliers, au Dortoir, et abou- 
tit, au-dessus, au crénelage du nord, dont on voit les 
amorces sur un des côtés de la Tourelle couronnant l'es- 
caher. 

Dans la face sud, à peu près au milieu, se trouve une 
grande niche, comprenant deux arcatures, prévue et b&tie 



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174 DBBGBIPnON 

dès Torigine, ainsi qae le prouvent tons les détails de la 
canstraction. C'était là que se plaçaient les lampes, for- 
nées par des trous creusés dans une pierre et disposées 
de &C0O à recevoir une mèche, ou bien une boule de 
cire (pourvue également d'une mèche) dont le déchet per- 
mettait d'apprécior» à Vestime, l'heure qu'il était; ou» 
enfin, tout autre hoBioaire qui» selon la règle de Saint- 
Benoît, devait brûler toute la nuit dans le Dortoir : c Can- 
delà jugiter m eadem cella ardeca usque matw (1). > 
Suivant cette même règle, les moines devaient coucher 
seuls et tout vêtus — vestiH dormiant (2) sur des lits 
séparés, et autant que possible, dans une même saBe : 
Monachi singuli per smgulà lecta dormiant ^ si potesi 
fierif omnes in uno loco dormiant (3). > Aussi les dispo- 
sitions prises par les premiers constructeurs déterminent- 
elles très-nettement que le Dortoir fut, au xm® siècle, 
établi selon les usages réguliers des Bénédictins. A cette 
époque, c en général, les Dortoirs n'étaient pas plafonnés 
(ou voûtés) et la Charpente était apparente (4). » 

Au XV® siècle, contrairement à l'ancienne règle, le Dor- 
toir fut divisé en cellules, suivant les ordres que Pierre Le 
Roy, avant son départ pour ses longs voyages, donna au 
Prieur claustral de l'Abbaye, Dom Nicolas de Yandastin. 

1. « Le mot candela signifie ici tout laminaire, et non chan- 
delle. » Architecture monastique, 3»« partie, par M. Albert Lenoir. 
2.1bid. 

3. Jbid. 

4. Ibid. 



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IfBBYBUXB. — DOBTOnt 17& 

Le comble dn Dortoir fut incendié plusieurs fois . En i 300, 
la foudre tomba sur TËglise, dont les toits furent brûlés, 
ainsi que ceux du Dortoir. Guillaume du CMteau répara 
le dommage pendant le temps quMl gouverna l'Abbaye. 
En 1374, le feu du ciel incendia encore PËglise et le 
Dortoir, plusieurs logements du Monastère et presque 
toutes les maisons de la Ville ; Geo&oy de Servon com- 
mença la restauration du Dortoir, laquelle fut achevée en 
1391, par Pierre Le Roy, qui reconstruisit la pyramide 
de la Tour octogonale du Réfectoire, dite : Tour des Cor- 
bins. < Le temple orné, il passa au logis du Monas- 
tère, et là il fit rebastir le haut de la Tour du Réfectoire, 
qui estoit tombé depuis peu. (1) > 

Depuis cette époque (fin du xiv^ siècle) jusqu'au com- 
mencement du XYi"^ siècle, le Dortoir, ainsi que les bâti- 
ments du Monastère, furent soigneusement entretenus; 
mais, sous les Abbés commendataires, on cessa de bâtir 
et même de restaurer. Il fallut plusieurs arrêts du Par- 
lement de Normandie pour contraindre les Abbés à faire 
les réparations nécessaires. 

Au milieu des luttes de toute nature qui troublèrent 
l'Abbaye, un relâchement si profond se produisit dans les 
mœurs des moines qu'ils furent remplacés, en 1622, par 
les Religieux de la Congrégation de Saint-Maur; malheu- 

I. Dom Jean Hajiies (Histoire générale, etc.). 
(Voir la detcriptioa4es bâUmeats fonnaat l'Entrée de TAbbaye. 
— B&timents abbatiaux). 



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176 DESCRIPTION. — DOBTOIR 

reusement les nouveaux habitants du Moût Saint-Michel 
mutilèrent le Dortoir. En 1629 on divisa endeux, dans la 
hauteur, cette magnifique Salle, en établissant de nouvelles 
ceUules et, sous prétexte de les mieux éclairer, on élargit les 
ébrasements intérieursdes fenêtres, en sapant les colonnettes 
qui les encadraient et les arcatures qui les couronnent. 

La transformation de TAbbaye en prison, profanant 
l'Église et les Lieux Réguliers, augmenta les mutila- 
tions ruineuses. Comme les autres salles du monastère 
indignement habitées, le Dortoir fut divisé en deux étages 
de chambres pour les prisonniers, et surmonté d'un gre- 
nier; sur la face nord, on construisit des latrines tm//ion^ 
qui, heureusement, tombent en ruines. La toiture actuelle 
est moderne ; on voit au-dessus du formeret dont nous par- 
lons plus haut, sur la face interne du pignon ouest, lesfUets 
saillants destinés à empêcher l'infiltration des eaux plu- 
viales entre le mur et la couverture; ils déterminent sûre- 
ment la forme primitive du pignon et du comble anciens. 

Les Salles de la Merveille, sauf le Cellier et les gale- 
ries intérieures du Cloître, devaient être pavées en car- 
reaux de terre cuite, coloriée et émaillée, dont nous avons 
recueilli des débris dans les fouilles qui ont été faites sur 
divers points de l'Abbaye. 

Le comble du Dortoir était couvert en tuiles vernis- 
sées, jaunes et noires ; nous avons également trouvé quel- 
ques morceaux de ces tuiles dans les ruines du degré 
descendant à la fontaine Saint-Aubert. 



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MERVEILLE. — CLOITRE 177 



CLOITRE 



Le Cloître, commencé par Thomas des Chambres, fut 
achevé par Raoul de Villedieu en 1228, selon Dom Jean 
Huynes (1). 

La forme générale du Cloître est un quadrilatère irré- 
gulier, composé de quatre galeries, qui entourent le Préau 
découvert, ou Aire du Cloître. 

La galerie du sud communique avec l'Église et les an- 
ciens bâtiments abbatiaux du xi^ siècle, au sud-ouest, res- 
taurés et modifiés, au xn^ siècle, par Roger 11(2). Celle 
de Test se relie avec le Dortoir, la Bibliothèque, et avec 
le Réfectoire au-dessous. Celle du nord a vue sur la pleine 
mer, par de petites fenêtres basses, percées dans le 
mur de face nord, entre les contre-forts. Enfin, celle de 
l'ouest devait conduire au Chapitre, projeté par Richard 
Tustin. 

De ce chapitre, Richard ne fit que la porte (fig. 67), qui 
s'ouvre sur la galerie ouest et rappelle, par sa composition 



4 . Voir la Notice historique. 
2. Voir en G du plan, fig, 17. 

12 



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178 



DBSGBIPnON 



générale, l'entrée de la Salle Gapilulaire de Saint-Georges 
de Boscherville. 

A l'angle de cette dernière galerie vers le nord, angle 
nord-ouest de la Merveille, la petite porte, pratiquée dans 
une des arcatures latérales, accède à l'une des Salles du 







mEm 



•<> 



I.U: i'-' i' 1* ■'"■ 



liS^.^SnnmM 



67. — Entrée de la Salle Capitnlaire. (Galerie oaeit da Clottre). 

Chartrier, reliées à la Salle des Chevaliers par un escalier 
intérieur. 

Nous trouvons, dans un ouvrage très-justement cé- 
lèbre (1), des détails aussi exacts qu'intéressants sur la 

1. Dictionnaire raisonné de f Architecture française, etc., 
tome in«, par M. YioUet-le-Duc. 



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MEBYBILLE. — CLOITBB 



179 



Structure du Clottre : < Le Qoitre de l'Abbaye du Mont 
Saint-Michel en mer est l'un des plus curieux et des plus 

complets parmi ceux que nous possédons en France 

L'arcature se compose de deux rangées de côlonnettes se 
chevauchant, ainsi que l'indique le détail de l'angle du 
plan (fig. 68). 




68. — Glottn. — Plan de l'angle nord-ett 

Des archivoltes en tiers-point portent sur les côlonnettes 
de A en B, de B en C, à l'extérieur, de D en E, de E en F, 
à l'intérieur, etc. ; les triangles entre les archivoltes et les 
arcs diagonaux sont remplis comme des triangles de voûtes 
ordinaires. Il est évident que ce système de côlonnettes 
posées en herse est plus capable de résister à la poussée 



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180 DBSCBIPnON 

et au mouvemeot d'une charpente que le mode de 
colonnes jumelles, caries arcs diagonaux AD, ÂE, EB, etc., 
opposent une double résistance à ces poussées, étré- 
sillonnent la construction et rendent les deux rangs de co- 
lonnettes solidaires. D'ailleurs, il n'est pas besoin de dire 
qu'un poids reposant sur trois pieds est plus stable que 
s'il repose sur deux ou sur quatre. Or, la galerie du cloître 
de l'Abbaye du Mont Saint-Michel n'est qu'une suite de 

trépieds Les profils de l'ornementation rappellent la 

véritable architecture normande du xm* siècle. Les chapi- 
teaux, suivant la méthode anglo-normande, sont simple- 
ment tournés, sans feuillage ni crochets autour de la 
corbeille; seuls, les chapiteaux de l'arcature adossée à la 
muraille, sont ornés de crochets bâtards. Les écoinçons 
entre les archivoltes de l'intérieur des galeries présentent 
de belles rosaces sculptées en creux, des figures, l'agneau 
surmonté d'un dais ; puis, au-dessus des arcs, une frise 
d'enroulements ou de petites rosaces d'un beau travail. 
Entre les naissances des arcs diagonaux des petites voûtes 
sont sculptés des crochets. Ce Cloitre était complètement 
peint, du moins à l'intérieur et dans les deux rangs de 
colonnettes Les galeries ont été couvertes primitive- 
ment par une charpente lambrissée » (Voir h fig. 69). 



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MEBTBU.LG. — CIiOITSB 



181 




69. — Goape transTenale des galeries sur 0-P, fiç. 68. — Restauration. 

Dans la galerie sud, sur le côté longeant le Transsept 



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182 DBSOBIPnON 

nord (fig. 70), dont la façade a été reconstruite par Raoul 
de Yilledieu en même temps que le Ciottre, se trouve le 
Lavatorium. 

< C'est à cette fontaine, nommée Lavatorium, qu'ils 
(les moines) devaient se laver les pieds à Tépoque de cer- 
taines cérémonies : Omnes debentlavarepedes in claustra. > 
Elle servait en outre à laver les corps des frères qui avaient 
cessé de vivre; pendant cette opération, tous les religieux 
se rangeaient autour (ou au devant) du Lavatorium, dans 
le même ordre qu'au chœur, pour y réciter ;des prières. 
Règle de Saint-BenoU > (i). 

Le Lavatorium se trouvait ordinairement dans le voisi- 
nage du Réfectoire, celui-ci joignant le clottre ; mais au 
Mont Saint-Michel, où la dëcUvité de la montagne ne per- 
mettait pas d'étendre les bâtiments en les faisant commu- 
niquer à niveau l'un de l'autre, il a fallu superposer les 
Salles et changer les dispositions habituelles des Lieux Ré- 
guUers Bénédictins. 

Au lieu d'être placé, selon la coutume, soit dans Fun 
des angles du préau, soit dans l'une des façades du Cloître, 
le Lavatorium fut, au Mont Saint-Michel, établi autant que 
possible à proximité du Réfectoire, dans la galerie sud du 
cloître, sur la face extérieure du Transsept nord de l'Église ; 
la base de cette façade forme deux travées, reUées aux contre- 
forts saillants par des arcatures en pendentif arrondis. 



1. Architecture monastique. — 3« partie, par M. Albert 
Leooir. 



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MEBYEILLB. 



GLOITBE 



183 



Le LatxUorium se compose dans chaque travée (C et C) 
d'un double banc, dont le plus élevé servait de siège. 
Chaque double banc peut contenir six places , soit pour 
les deux, douze sièges, disposés intentionnellement, sans 
nul doute, en souvenir des douze Apôtres (fig. 70). 






70. ^ Glottre. Plan da Lavatorium. 

Des rigoles, visibles sur la partie haute des bancs su- 
périeurs, amenaient l'eau à une fontaine, munie d'un 
petit bassin, en D, D', ménagée dans la partie basse de 
chaque banc inférieur (Voir le plan et la coupe, fig. 70 et 
70 bis). 

Les dispositions du Lavatorium permettaient aux Reli- 
gieux de faire leurs ablutions obligatoires et d'accomplir, 
mutuellement, les cérémonies du lavement des pieds^ qui, 



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184 



DESCRIPTION 




70 bis. — Cloître. — Conpe du Lavatorium. 



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MERYBILLB^ — CLOITRE 185. 

selon la rè^e bénédictine, devaient se faire dans le Cloitre, 
non-seulement le Jeudi saint, mais aussi le jeudi de chaque 
semaine. € Dans les grands froids, lorsque Teau de la fon- 
taine située dans le Cloître était gelée, ils allaient au Dor- 
toir pour se laver les pieds et les mains avec de Teau 
chaude qu'on y portait pour ce service » (1). 

 l'intérieur des galeries, les motifs de sculpture déco- 
rant les écoinçons sont tous différents les uns des autres ; 
les frises même, bien que se renfermant dans un profil 
courant, sont trés-riches, très-variées, et toute cette sculp- 
ture, composée avec la plus extrême habileté, est exécutée 
dans la plus grande perfection. 

En face des portes, le Christ est représenté, selon les 
coutumes monastiques : à l'Est, en regard de la porte prin- 
cipale du Dortoir, et à l'ouest vis-à-vis de l'entrée du 
Ch24[)itre — projeté— dont la porte seule a été construite. 
Au sud, un peu à droite de la porte conduisant à l'église, 
le Christ e^t sur un trôiie, formé par une fine colonnette 
avec son chapiteau fleuri, et accompagné de deux figures. 
La partie haute de i'écoinçon est ornée de trois gables, 
très -délicatement sculptés, formant dais au-dessus du 
Christ et des personnages latéraux; l'état de mutilation de 
ce dernier bas-relief ne permet pas de déterminer exac- 
tement, sauf la figure du Christ bénissant, le sujet de la 
composition; mais ce qui le rend particulièrement inté- 



i. Architecture monastique, — 3« partie, par M. Albert' 
Lenoir. - ' 



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186 DESOBIFTION 

ressant, ce sont les noms gravés de chaque côté des tôtes, 
ou plutôt^ de la place qu'elles occupaient. Ce sont, selon 
toutes les probabilités, les noms des auteurs des char- 
mantes sculptures du Cloître ; les voici {fig. 7i) en commen- 
çant par la gauche du spectateur, dextre de l'inscription : 




71. — Cloître. *- Galerie sud 



Maître Roger (1), Dom Garin (2), Maître Jehan; trois 
artistes ëmérites, dont deux étaient laïques et le troisième 
Religieux. 

Les colonnettes et les chapiteaux qui sont à l'extérieur 
des galeries sont en granitelle (3) ; les unes et les autres 
ont été tournés et polis. 

1. M<ig\ Roger, ma^, abréviation de Magister. 

% Das Garîn. Dàs, avec Tabréviatioa, signifiant Seigneur ou 
Dom ; Dans ou Dan est plusieurs fois employé comme synonyme de 
Dom par Guillaume de Saint-Pair. —/{oman du Mont Saint-Michel 
par Guillaume de Saint-Pair, poète anglo-normand du xip siècle, 
publié pour la première fois par Francisque Michel, avec une 
étude sur Tauteur, par M. Eugène de Beaurepaire. — Caen. Har- 
del. MDCCCLVI. 

3. Du moins les rares colonnettes anciennes qui existent encore. 
Les autres ont été remplacées par de grossières colonnes. et des 
chapiteaux Informes en pierre blanche. La partie ouest de Tarca- 



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IfBBYBILLB. — OLOITSB 187 

Les arcades extérieures, sur FAire du Cloître, sculp- 
tées à Tintérieur, sont en pierre de Caen ; c'est le seul 
endrcHt de TÂbbaye où la pierre calcaire ait été employée. 
Malgré son peu de dureté et les refouillements extrêmes 
des moulures des arcs, cette pierre, relativement tendre, 
à résisté au vent salin, sauf pourtant dans une partie des 
laces Est et Nord, où les vents du Sud-Ouest, venant du 
large. Vont profondément altérée. 

L'Aire du Cloître forme, dans une grande partie de son 
étendue, la couverture de la Salle des Chevaliers (1) ; elle 
était garnie de plomb, et les pentes, ménagées transversa 
lement, renvoyaient les eaux pluviales au dehors par des 
Canaux qui traversent les galeries nord du Goître et aboutis- 
sent à des gargouilles, placées sur les contre-forts extérieurs 
de la face nord. A partir du xv^ siècle, Teau était recueillie 
et envoyée dans la citerne du bas-côté nord du chœur re- 
construit après Tëcroulement de 1421 et commencé, vers 
1450, par le Cardinal Guillaiime d'Estoutevilie. Aétuâl- 
lement le plomb a disparu et Penduit, qui recouvre Taire, 
est insuffisant pour empêcher l'eau de s'infiltrer au tra-. 
vers des voûtes de la Salle des Chevaliers, où elle entre- 
tient une humidité dangereuse. 

ture extérieure a été restaurée U y a une dizaiae d'années, mais 
sans style ni caractère, bien qu'on eût d'excellents modèles sous 
les yeux. — Les colonnes et les chapiteaux qui décorent les 
façades du mur intérieur sont en granit conune toutes les autres 
constructions du Mont. 
I. Voir la coupe, du Nord au Sud, fig. 59* 



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188 DBSCBIPTION 

Du r6st6» Tétat générai du Cloître est loin d'être rassu- 
rant; les galeries intérieures ont été disloquées par les 
constructions maladroites que les Directeurs de la prison^ 
afin d'augmenter le nombre des logements des détraus, 
avaient élevées lourdement sur les frêles colonnettes, sans 
prendre le soin d'augmenter la force des points d'appui; 
les bois du comble sont pourris et toute la toiture menace 
de s'effondrer ; les façades > nord et sud surtout, sont déver- 
sées, et nous avons dû les faire étayer et élever des petits 
murs provisoires en briques entre les piles diagonales^s 
afin d'en arrêter l'écroulement menaçant* Enfin, il faudrait 
craindre la ruine complète du Cloître^ s'il n'était bientôt 
l!objet de promptes restaurations que nous avons l'espoir 
de commencer bientôt, grâce à la sollicitude constante dont 
la Gonmiission des Monuments historiques entoure les édi- 
fices confiés à sa garde (1)« 



'!« Au moment de faire paraître ce Hvré, noua recevons du 
Ministère de Plastruction publique et des Beaux- Arts i'avis de la 
décisfon prise par M. le Ministre, par laquelle un crédit impor- 
tant vient d*ôtre affecté au Mont Saint-Michel, pour la continua-» 
tion des travaux en cours d'exécution depuis 1873. Il permettra 
d'entreprendre la Restauration de la Merveille, en commençant cette 
année par le Cloître. 



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MBBTBILLE. -^ FAÇADES 189 



FAÇADES 

f 

ET DÉFENSES EXTÉRIEURES DE LA MERVEILLE 



Les façades Est et Nord de la Merveille sont d'une mâle 
beauté en raison de leur extrême simplicité; elles pré- 
sentent l'image de la force et de la. grandeur ; leur aspect, 
particulièrement du côté de la pleine meir, au nord, est des 
plus imposants. 

Ces immenses murailles, construites en granit, ainsi que 
tous les bâtiments, de l'Abbaye, percées de fenêtrea de 
formes diverses, selon les Salles qu'elles éclairent'v sont 
renforcées extérieurement, au droit des poussées des voûtes 
intérieures, par de puissants contre-forts, qui ajoutent 
encore à l'effet général par la vigueur de leurs reliefs. 

Les deux bâtiments constituant la Merveille ont leurs 
détails de construction extérieurs différents, résultant des 
diverses dispositions intérieures ; mais ils n'en forment 
pas moins un magnifique ensemble d'un effet prodigieux, 
qui sera encore augmenté, notanunent pour le bâtiment 
vers l'est, lorsqu'on lui restituera son crénelage détruit 



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190 DBSGBIPTION^ — HBBYEILLB 

et qu'on aura rétabli, dans sa forme primitive, le comble 
qui le couronnait (!)• 

Indépendamment de ses formidables façades, qui 
peuvent être considérées comme de véritables fortifi- 
cations, la Merveille était défendue, au nord, par une 
muraille crénelée se reliant aux remparts. Cette muraille 
est flanquée d'une tour également crénelée qui servait de 
place d'armes aux chemins de ronde s'étendant vers 
l'ouest, où ils couronnaient les crêtes des rochers et se 
reliaient par des détours aux soubassements des ouvrages 
de l'ouest (2). Au milieu, à la hauteur de l'angle nord- 
ouest de la Merveille, un petit Châtelet, aujourd'hui dé- 
truit, défendait le passage du degré, fort raide, fermé 
de murs crénelés, qui descendait à la fontaine Saint- 
Aubert. 

1. Voir lês làçades est et nord de la Merveille, fig. 70 et 73. 

2. Voir le plan fig. 14» la face nord du Mont Saint-Michel» 
fig. 53, et la façade nord de la MerveiUe, fig. 73. 




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FONTAINB SAINT-AX7BBBT 191 

FONTAINE SAINT-AUBERT 

TOUR DE LA FONTAINE 

Cette fontaine est située au bas du Rocher^ au nord. Nous 
ayons vu, dans la Notice historique^ les détails que Dom 
Jean Huynes donne sur Torigine miraculeuse de cette fon- 
taine; nous les reproduisons partiellement afin de les 
mieux rattacher à notre description : c Saint Âubert se 
mit en prières et ceux qui estoient avec luy firent de 
mesme pour supplier Notre Seigneur, par Tintercession 
de l'arcange samt Michel, de leur vouloir descouvrir une 

source d'eau vive L'arcange s'apparust à l'évesque 

et luy monstra au bas du rocher, dans le roc, une fon- 
tayne..... On la nomma depuis la fontayne Sainct-Âubert, 

à cause qu'elle fut obtenue par ses prières Elle est 

enclose d'une haute tour et, depuis icelle jusques aux 
sales plus basses de dessous le cloistre, on voit un long 
degré, fermé de murailles, par lequel on descradoit au- 
trefois du monastère pour puiser de l'eau. » 

L'escaUer de la fontaine est en ruines. Sous les brous- 
sailles et les terres éboulées nous avons retrouvé ses 
marches, les bases de ses murs latéraux et, à l'extrémité 
inférieure des degrés, les vestiges d'une construction cir- 
culaire, ruines de la Tour qui contenait la fontaine Saintr 
Aubert. 



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192 DBSGBIPnON 

Jusqu'à l'époque où Guillaume d'Estouteville fit con- 
struire les deux grandes citernes, ménagées dans les colla- 
téraux inférieurs du nouveau Chœur, rebâti du xv* au xvi* 
siècle et commencé par cet abbé en i450, la haute tour 
dont parle Dom Jean Huynes renfermait l'unique fontaine 
du Mont Saint-Michel. On comprend aisément qu'il était 
indispensable de la défendre, d'abord contre la mer qui 
l'aurait envahie pendant les hautes mers et ensuite contre 
les tentatives que l'ennemi pouvait faire pour s'en 
emparer, La Tour de la fontaine, fortifiée, reliée aux 
ouvrages supérieurs de l'Abbaye par l'escalier crénelé^ 
était une des parties capitales des défenses extérieures de 
la place. Outre la nécessité de préserver la fontaine, la 
Tour formait une avancée très-importante au point de vue 
stratégique, puisque la situation de l'ouvrage permettait à 
]a garnison de se ravitailler par la mer (i). C'est, sans nul 
doute, sur ce point, abordable pendant la pleine mer, que 
l'Abbaye put recevoir les secours envoyés par le Duc d^ 
Bretagne lorsque, à la fin de l'année 4423 et au commen- 
cement de 4424, le Mont Saint-Michel était bloqué par 
terre et par mer. 

Dom Jean Huynes nous fournit encore, sur ce fait, 
des renseignements curieux (â) : t Les Religieux..... 
contribuèrent de tout ce qu'ils purent, des biens de 

1. Voir le plan, fig. 14, et la vue générale de la face est — res- 
tauration, — fig, 87. 

2. Histoire générale, etc., ms. fr. 18947. — 4»« traicté, — cha- 
pitre vm«. 



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FONTAINE SAINT-AUBEET 1^ 

cette Abbaye pour ayder à repousser les ennemys (les 
Âuglais), lesquels tenoient ce Mont assiégé de tous 
costez.Et, pour l'incommoder davantage, avoyentmisune 
garnison sur le roc de Tombelaine» fortifié par eux l'année 
précédente (1421), à la faveur du fleuve de Couesnon, 
lequel changea pendant plusieurs moys son cours ordi- 
naire passant au dessus de ce Mont, allant rejoindre les 
fleuves de Scée et Sélune et, par après, passant ensemble 
entre ce Mont et le roc de Tombelaine, tellement que ce 
grand cours d'eau empeschoit ceux de ce Mont de passer 
et d'aller donner l'assault à ceux qui à leur veue se forti- 
fioient pour les bastre, ainsi qu'ils s'efl^orcèrent de faire, 
la rivière de Couesnon ayant repris son cours ordinaire. 
Néantmoins tous leurs efforts furent vains et n'y eurent 
jamais que de la perte, ce qui les fit résoudre à redoubler 
leurs forces. Â cette fin, l'an mil quatre cens vingt trois, 
ils (les Anglais) s'assemblèrent en bon nombre et veinrent 
poser le siège, tant par terre que par mer, le roy d'Angle- 
terre y ayant envoyé un grand nombre de vaisseaux, tout 
chargés d'hommes d'armes et de munitions, avec force 
artillerie pour bastre cette place à bon escient. Du costé 
de la grève ils bastirent plusieurs forts, èsquels ils mirent 
grant nombre de soldats, tellement qu'on ne pouvôit 
entrer ny sortir de ce Mont ny moins ravitailler. Mais le 
Duc de Bretagne, Jean, cinquiesme du nom, prévoiant que, 
si les Anglais devenoient maistres de ce Mont si voisin de 
ses marches, ceux de la garnison viendroient d'heure à 

13 



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194 DBSCBIPTION 

autres fourrager et gaster les frontières de sou Duché» 
comme desjà commeuçoieut à faire ceux qui estoieut au 
siège. Ne voulant point avoir tels voisins, il se délibéra d'y 
pourvoir et d'empescher qu'il ne tombast es mains des 
ennemys, encore bien qu'il n'eut guerre ouverte contre 
eux. Pour cet effect, il fit secrettement armer quelques 
vaisseaux à Saint-Malo par le sieur de Beaufort» son 
Admirai. Â cette entreprise se joignirent Guillaume de 
Montfort, Cardinal et Évesque de Saint*Malo, le sieur de 
Combourg, de Montaubans, de Goelquen et plusieurs 
autres, lesquels tous ensemble délibérant d'astaflUr les 
vaisseaux anglois qui estoieut à la rade du cmté de la mer« 
Estant donc bien equippez, ils se mirent à voguer et, en 
moins de rien, veinrent serrer par derrière ces vaisseaux 
tenant à l'ancre. De quoy les Ânglois ne s'estonnèrent, 
mais se mirral en bataille, rangèrent leurs vaisseaux et se 
défendirmt vaillamment. Néantmoins les Bretons cramr 
ponnèrent les vaisseaux anglois, sur lesqu^ ils montèrent 
par force après les cordages, et, venus au combat mains à 
Qiains, en tuèrent plusieurs, de sorte que partie des &m^ 
mys commencèrent à perdre cœur et prendre le large 
pour se sauver à la voille. Ge que voyant, les autres 
Anglois, qui estoieut sur les grèves du costé de la rive 
d'Ardevon, conunencèrent d'abandonner leurs bastions 
en terre et à s'enfuir, sans attendre la descente de ceux 
des vaisseaux. Ainsi le siège fut levé et n'y demeura 
homme. Et ceux de ce Mont à la faveur de ces bons 



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POULAINS 196 

Bretons eurent commodité de sortir et de rafraîchir cette 
place. • 



POULAINS 

Le système employé pour monter habituellement Teau 
de la fontaine Saint-Àubert jusqu'au Cdlier, les cir- 
constances extraordinaires d^un siège et, par suite, le 
ravitaillement de la place, eu de son approyisionnement 
accidentel, par la Tour de la Fontaine, ont pu faire croire 
et dire, à certains historiens du Mont, que les Poulains (1) 
se trouvaient au n(Hrd. U sufi&t d'examiner les lieux pour 
se rendre compte des difficultés énormes qu'il eût Mu 
vaincre pour approvisicmner ordinairement l'Abbaye par 
ce côté du Mont» souv^t impraticable aux piétons, tou- 
jours inaccessible aux voitures, et inabordable en bateau, 
sauf par les hautes marées. U est possible que des Pou^ 
laine mobiles aient été établis sur les marches de l'escalier 
— fort raide — pour faciliter le transport de l'eau de la 
fontaine jusqu'au ciiemin de ronde, au pied de la Mer- 
veille, d'où elle était montée dans le Cellier par le pont- 
levis extérieur dont nous avons parlé, et à l'aide d'un câble 
enroulé sur une roue, qu'un honune seul pouvait mettre 
en mouvemait (2) ; mus, pour les motifs que nous préci* 

1. Oa Paulim, suivent Torthographa ftiioienoe« 

2. Voir le récit de Dom J. HtE^ncs» TenMive de Èkmtgommery^ 



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196 DBSOBIPnON 

SODS, il est impossible d'admettre qae les Poulains fixes, 
servant habituellemeot au montage des provisions, fussent 
placés au nord de TÂbbaye. 

Les Poulains étaient établis au sud, dans les caves ou 
souterrains de THôtelIerie bâtie par Robert de Torigni ; ils 
existaient dès la fin du xn* siècle. Les preuves de ces dis- 
positions subsistent encore dans la partie la plus basse des 
substructions de l'Hôtellerie (!)• On voit, dans le côté Est, 
Touverture d'une voûte rampante, dont l'orifice extérieur 
a été bouché par les murs de soutènement construits en 
1860 ou 4862. Les vestiges du plan incliné, qui par- 
taient de cette voûte rampante pour descendre sur un pla- 
teau du rocher, à peu près au tiers de la hauteur totale 
du Mont, existent encore sur le rocher à côté des nou- 
veaux contre-forts (2). 

Les Poulains actuels ont été placés dans les substruc- 
tions de la plate -forme, dite du Saut -Gaultier, après 
l'écroulement de l'Hôtellerie, en 1817. 

Le Plan du Mont Saint-Michjôl par N. de Fer— 1705 — 
constate que les Poulains étaient placés, à cette époque, 
dans l'ancienne Hôtellerie, au sud. Sur la légende du 



^ans le passage relatif à la rooe mise en mouyement par un seal 
homme ; il indique que cette roue était de petite dimension et ne 
pouvait faire monter que de légers fardeaux (Voir le Cellier). 

1. Voir en R du plan, fig. 15. 

2. Voir la Yue d'ensemble de la foçade sud du Mont Saint- 
Michel. -> Restauration» — fig^i: 



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POULAINS 197 

Plan, on lit : c 36. les Infirmeries (1), sous lesquelles est 
la grande Roue ou machine pour tirer les provisions le 
long du Rocher sur des poulams. t 

Enfin, comme dernière preuve de l'existence des Pou- 
lains au midi, un plan dressé vers 18H (2), au moment 
où le Mont Saint-Michel fut transformé en prison -centrale 
de détention et de correction, indique les changements 
nécessités par la nouvelle destination donnée à TAbbaye. 
Il constate également, au même point que celui désigné 
par N. de Fer, c'est-à-dire dans l'Hôtellerie, l'emplace- 
ment de la roue : t En (du plan de 1811), voûte où 
est la machine à roue, et en P (du même plan), souter- 
rain sous celui de la machine à roue. » 

C'était évidenunent l'endroit le plus favorable à l'instal- 
lation de cet appareil. Les approvisionnements, transpor- 
tés, en voiture ou en bateau, du continent jusqu'au Mont 
Saint-Michel, arrivaient dans les FanUs. ou Magasins de 
l'Abbaye (3); ils y étaient emmagasinés ou transportés 
directement jusqu'au plateau dont il est parlé plus haut, 
d'où partaient les Poulams pour aboutir à la Salle basse 
de l'Hôtellerie. Ce plateau naturel est, de tout le Mont, le 
seul point où les voitures et les chevaux puissent arriver et 

1. Les Infirmeries étaient établies dans un des étages de THô- 
teUerie, — en A» fig, 35. 

2. Plan comomniqué par on savant archéologue de Genêts 
(Manche), M. Victor Jacques, qui possède de très-curieux docu- 
ments inédits sur l'Histoire religieuse du Mont Saint-Michel. 

3. Voir le plan général, fig. 14* 



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198 DfisoBipnoN 

monter aussi haut, sinon fadlemept» au moins sûrement, 
diminuant ainsi les difficultés du montage des proTisions. 



BATIMENTS ABBATIAUX 

BATIMENTS FORMANT L'ENTRÉE DE L'ABBAYE 



n ne nous est rien resté des dispositions primitives de 
l'Entrée de l'Abbaye ; toutefois la position des bâtiments 
dèsxi« et xn* siècles, s'étendant de l'est à l'ouest au nord 
de l'Église, étant déterminée (1), la Porte devait être, selon 
toute probabilité, à l'extrémité de ces bâtiments vers l'est, 
à peu près au point où se trouve la Tour des Corbins. Les 
rampes qui y conduisaient n'étaient alors défendues, ainsi 
que la petite ville au pied de l'abbaye, que par des palissades, 
établies aux endroits les plus facilement accessibles. 

On ne trouve aucune trace d'ouvrages fortifiés qui 
soient antérieurs à la seconde moitié du xm^ siècle : 
c Jusqu'alors, si les couvents étaient entourés d'enceintes, 
c'était plutôt des clôtures rurales que des murailles propres 
à résister à une attaque à main armée ; mais la plupart 
des monastères que l'on bâtit au xm® siècle perdent leur ca- 
ractère purement agricole pour devenir des Fï/te fortifiées, 
ou même de véritables forteresses, quand la situation des 
lieux le permet. Les Abbayes de l'Ordre de Citeaux, érigées 

1. Voir le plan, fig.20. 



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BATIMENTS ABBATIAUX 199 

dans des yallëes creuses, ne permettaient guère Tapplica- 
tion d'un système défensif qui eût quelque valeur; mais 
celles qui appartenaient à d'autres règles de l'Ordre Béné- 
dictin» construites souvent sur des penchants de coteaux 
ou même des lieux escarpés, s'entourent de défenses éta- 
blies de façon à pouvoir soutenir un siège en règle, ou au 
moins se mettre à l'abri d'un coup de main (1). > 

L'Abbaye du Mont Saint-Michel présente bien nettement 
le caractère d'un établissement à la fois religieux et mili- 
taire. Au xm® siècle, les Abbés, seigneurs féodaux, avaient 
des goûts plus militaires que religieux ; aussi leurs cons- 
tructions se ressentent-elles des idées du temps, où la vie 
militaire, brillante et glorieuse, avait pris sur la vie religieuse, 
modeste et humble, une influence considérable, qui s'est ma- 
nifestée, dès cette époque, dans l'architecture monastique. 

Richard U, surnommé Tustin, offre un exemple des 
Abbés de ce temps. Seigneur féodal et Abbé, élu en iâ36, 
il accorde, comme don de joyeux avènement, divers privi- 
lèges à ses vassaux de Donville, Breville, Coudeville, etc. ; 
il manifeste sa puissance en élevant les remparts, dont il 
reste encore la Tour du nord et des vestiges des courtines 
au nord et à l'est (S); il satisfait ses goûts fastueux (3) en 

i. Dictionnaire raisonné de V Architecture française, etc., par 
M. Viollet-Ie-Duc. — Tome I^'. — Architecture monastique, 

2. Voir Remparts, et le plan fig. 14. 

3. Richard TuatiQ est le premier des Abbés du Mont qui ait 
porté la mitre et autres ornements pontificaux, par la permission 
que lui en donna le pape Alexandre FV. 



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200 DBSGBIPTION 

construisant : à Test, le superbe bâtiment nommé Belle- 
Chaise ; au sud, le nouveau Logis abbatial, avec ses dé- 
pendances, et en commençant le Chapitre, à l'ouest de la 
Merveille. 

La Merveille, érigée au commencement du xm"" siècle, 
changea complètement le Monastère et ses abords. Les 
nouveaux bâtiments, élevés au sud et à l'est de l'Église, 
au xm* et au xiv* siècle, formèrent la nouvelle Entrée de 
TÂbbaye. Cette Entrée fut encore considérablement mo- 
difiée, de la fin du xiy"^ siècle aux premières années du 
XV*, par la construction du Châtelet de la Porte, des nom- 
breux degrés et des ouvrages défensifs extérieurs qui exis- 
tent encore aujourd'hui. Ces constructions nouvelles avaient 
supprimé la plus grande partie des Bâtiments abbatiaux 
des xi"" et xn"" siècles, et, comme elles ne contenaient que 
les Lieux RéguUers et leurs divers services, il était indis- 
pensable de remplacer les habitations détruites par de 
nouveaux Logis pour l'Abbé, ses OflBciers et ses Hôtes. 



BATIMENTS ABBATIAUX 

Les B&timents abbatiaux et leurs dépendances, com- 
mencés par Richard, en 1250, furent continués, notam- 
ment au XIV* siècle, par Nicolas le Vitrier et Geoff^roy de 
Servon ; les abbés qui succédèrent immédiatement à Ri- 
chard, du xm® au xiv* siècle, s'étant beaucoup plus occu- 



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BATIMEirrS ABBATIAUX 201 

pés des travaux Décessités par les noQyelles fortifications 
de la place que des aménagements intérieurs de l'Ab- 
baye (1). 

Les logements de TÂbbaye s'étendaient alors au sud 
de l'Église (2) jusqu'à la hauteur de la façade ouest du 
Transsept sud, et se composaient de plusieurs bâtiments 
dont un surtout, le Logis abbatial (3), a un très^rand 
aspect (4) (voir le plan général, 6g. 14). Pierre Le Roy 
acheva ces bâtiments vers la fin du xit"* siècle, t excepté 
la chapelle, dite de Saiote-Gatherine, laquelle fut faicte du 
temps de son prédécesseur, GeofTroy de Servon (5). Une 
partie, à sçavoir ce qui se voit depuis la Perrine jusques 
à Bailli verie, il la destina pour la demeure des Religieux 
infirmes. En l'autre partie il y fit loger le Baillif ou Pro- 
cureur du Monastère et s'y logea aussy (6). » 

A l'angle nord-ouest du Logis abbatial (en G, fig. 15) 
sur la cour de l'Église, on voit les restes de la voûte d'un 
pont et la rainure de sa herse. Ce pont reliait le Logis ab- 

1. Voir les Remparts, — Guillaume du Château, Jean de la 
Porte, etc. 

2. Voir les plans, fig. 14, 15, 16 et 17. 

3. Voir en G. V et N des plans, fig, 15, 16 et 17. 

4. Voir les vues d'ensemble des faces sud du Mont Saint- 
Michel dans leur état actuel et d'après le projet de Restauration 
généi*a]e, — fig. 2 et 3. 

5. La chapelle Sainte-Catherine, — dont la destination a ét^ 
changée depuis longtemps, bien qu elle ait conservé sa forme 
ancienne, — se trouvait alors à l'extrémité ouest des Bâtiments 
abbatiaux. (Voir sur le plan fig. 15, la partie voûtée en G". 

6. Dom Jean Huynes. (Histoire gèr^rale^ etc.). 



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202 



DBSOBIPnON 



batial aux chapelles basses du Chœur de PËglise romane ; 
il fut ruiné, en même temps que Tancien chœur roman, 
en 1421. 

Un nouveau pont, dont le parapet crénelé est supporté 
par des mâchicoulis richement moulurés (Jig. 73 6»), a été 



^k\lWéLX}\m;!mâm> 




73 hiê. — Mâchicoulis du pont forliOé de la cour de l'Église 




construit plus bas, dans la même cour, par le Cardinal 
Guillaume d'Estouteville, en même temps que le nouveau 
chœur, commencé en 1450. Ce passage aérien, à niveau 
des chapelles de la Crypte, ou Église basse, et de l'un des 
étages du Logis abbatial, met en communication, par 
l'Église basse, les Bâtiments du sud avec ceux de la Mer- 
veille au nord. 
Nous donnons une vue perspective de ce pont, prise de 



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1 



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PONT FDRTmiE DANS LA QOlIR DE UÊGUSE ( RE E.TAU RATIO:: 



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BATIMENTS ABBATUUX 203 

la Porte sud de la Salle des Gardes (fig. 74. Eau-forte). 
La seconde moitié du xv' siècle fut consacrée par les 
Abbés à la reconstruction du Chœur. Dans les premières 
années du xvi* siècle, Guillaume de Lamps, tout en con- 
tinuant la grande œuvre commencée par Guillaume d'Es- 
touteville, fit faire des travaux importants aux bâtiments 
de l'Abbaye en les augmentant vers l'ouest, depuis la cha- 
pelle Sainte-Catherine (en G", fig. 15), qui formait alors 
Textrémité occidentale des Logis, jusqu'au Saut-Gaultier 
(voir le plan, fig. 14). « Il (Guillaume de Lamps) fit faire 
le Saut -Gaultier (1), ainsi nommé parce que tel fut le 
plaisir de cet Abbé; la galerie qui est joignante (2), le 
Logis qui est au bout 4e la galerie jusques à la chapelle 
Samte-Catherine (3), qu'on voit maintenant sans autel, où 
est un degré au dedans par lequel on monte de cette cha- 
pelle au haut de l'édifice (4). Et fit couvrir de plomb ce 
logis et le suivan^, qui est dessus la chapelle Sainte-Cathe- 
rine, jusques au degré qui est devant la cisteme du 



1. C'est-à-dire qu'il fit reûdre» du Saut-Gaultier, la plate-forme 
et la façade seulement, car les substructions sont romanes. 

2. Galerie couronnant la façade du 8aut*Gattltier. «- On voit 
encore, du côté de TEscalier, une partie des consoles qui suppor- 
taient les colonnettes ouïes meneaux des fenêtres de cette galerie. 

3. Voir ci-dessus, au plan général» fig, 14, et en G*' du plan, /C^. 15. 

4. Voir les fig. 2 et 3 sur la face sud des Logements abbatiaux, 
la tourelle encorbellée contenant un escalier, et à droite joignant 
celle-ci, la chapelle Sainte-Catherine, à Tun des étages des bâti- 
ments commencés au xin* siècle et achevés au xiv« siècle. 



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204 DBSCBIPTIQN 

Solier (1)> qa'oD diroit qu'ils auroient estez faicts au 
mesme temps : il fit faire rAumosuerie (2) et la cis- 
terue (3) qu'on y voit (4). » 

L'un des continuateurs de Dom J. Huynes (5) nous 
fournit, sur les travaux de Guillaume de Lamps, les ren- 
seignements suivants, qui diffèrent sur quelques points des 
indications àonnées par Dom Jean Huynes, mais qui les 
complètent par plusieurs détails intéressants : < H (Guil- 
aume de Lamps) fit abattre les degrez par lesquels on 
montoit depuis le corps-de-garde jusques dans Téglise et 
les murailles qui estoient à costé, et fit faire au lieu ce 
grand et spacieux escallier qui se voit à présent, cette 
belle platte-forme, vulgairement appelée le Saut-Gaultier, 
la galerie et le logis abbatial qu'il fit couvrir de plomb ; Il 
fit dresser le pont (6) par lequel on passe du logis en 
l'église de plain-pied à prendre du quatriesme estage dudit 

1 . Citerne ménagée dans le collatéral sud deTÉglise basse, en Y 
sud du plan, fig, 16. 

2. Bâtiment joignant le transsept sud et longeant le collatéral 
sud dé la nef; les substmctions de ce bâtiment contiennent une 
citerne et remplacent les anciens degrés extérieurs de l'Entrée 
latérale de l'Église. 

3. Citerne en Y*, plan fig, 15. 

4. Dom Jean Huynes. (Histoire générale^ etc.) 

5. Dom Louis de Camps. Addition au traité troisième de Dom 
Huynes. Extrait du ms. d'Avrancbes, n<> 209. — Publication de 
M. E. de Robillard de Beaurepairc. 

6. Pont en bois (à niveau du Transsept sud de TÉglise, dont les 
poutres portent sur des consoles engagées dans les murs paral- 
lèles de rÉglise et des Bâtiments abbatiaux. 



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BATIMENTS ABBATIAUX 205 

logis. De plus il fit faire rAumonerie et la grande cisteme 
qui est auprès (1), contenant plus de 1200 tonneaux; au- 
paravant il n'y avoit là qu'un cimetière (2) où on enterroit 
les moynes. Il fit aussy parachever la cisteme du dessous 
le thrésor, nommée du Solier, proche laquelle, où estmt 
autrefois la chapelle Saint-Martin (3), il fit faire le moulin 
à chevaux qui est une pièce fort rare pour sa façon et 
grandeur. » 

La ccmstructioa du Bâtiment joignant le collatéral sud 
de l'Église etleTradssept, ainsi que celle du grand esca- 
lier, ont profondément modifié cette partie de l'Abbaye. 
Jusqu'à la fin du xv* siècle, le degré montant de la cour 
de l'Église à la plate-forme, ei^ avant de la Porte latérale 
sud existait sur ce point seulement; il établissait les com- 
munications nécessaires entre l^Église haute et les sub- 
structions de l'ouest, où se trouvait le Charnier ou Cime- 
tière des ReUgieux, précédé de la Chapelle mortuaire, dite 
des Trente-Cierges (sous le Saut-Gaultier, là où est aujour- 
d'hui la grande roue), dont l'entrée se trouvait à l'Est 
de la plate-forme du midi, au pied des bas-côtés sud de 
l'ÉgUse. 

Des vestiges des dispositions anciennes de ce côté de 

1 . Au dessous — en Y', flg. 16. 

2. Bntrée des souterrains où se trouvait le Charnier ou Cioie- 
tière des Religieux. 

3. Giapelle basse sous le Traussept sud. 



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206 DBSOBIPTION 

TÂbbaye, avant la construction du grand degré actuel, 
existent encore et sont visibles dans quelques parties des 
souterrains au midi. 

Depuis le conunencement du xvi* siècle jusqu'à nos 
jours, et aprôs les incendies de 1564 et de 1594 qui cau- 
sèrent de si grands dommages, les Logis de l'Abbaye ont 
subi des modifications importantes» particulièrement en ce 
qui concerne leurs couronnements, ce dont on peut se 
rendre compte en comparant l'état actuel de la face sud 
avec le projet de sa restauration (voir les /^. 2 et 3). 



BATIMENTS 

FORMANT l'entrée DE l'aBBAYB 

BELLE-CHAISE 

C'est à Richard Tustin que l'on doit la construction de 
Belk-Chaire ou Belle-Chaide, à l'Est de l'ÉgUse. 

Ce b&timent se compose de deux Salles superposées» 
entre lesquelles, dans la partie Est de la Salle des Gardes» 
a été ménagée une chambre pour le logement des por- 
tiers. 

La fig. 75 donne la coupe longitudinale de ce bâti- 
ment (1), que nous supposons complétemwt restauré. 

1. Voir les plans, fig. 15» i6» 78 et 79. 



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75. — Belle-Ghabe. « Cpape longitudinale (Reslanraiion). 



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208 DBSCBIFnON 

Au xni* siècle, l'entrée de TAbbaye se trouvait sur la 
face Nord de Belle-Chaise, sur laquelle s'ouvre uue magnifi- 
que porte ijig, 76) composée de pieds-droits, ornés chacun 
de trois colonnettes, qui supportent les voussures de forme 
ogivale. Les bases, les chapileaux sculptés simplement et 
surmontés de tailloirs circulaires, ainsi que les profils des 
mouluies profondément refouillées , affectent les formes 
caractéristiques de Tarchitecture normande du xm* siècle. 

Le tjTiipan de la porte, soutenu par ud arc en segment 
appareillé, est décoré de trois arcatures aveugles {fig. 77, 
page 2tO), dont les écoinçons sont ornés de trèfles gravés. 

La porte était fermée par deux vantaux , intérieur et 

extérieur ; de ce dernier vantail on voit encore, scellés sur 

. les pieds-droits latéraux, les colliers en fer embrassant les 

montants, avec lesquels les deux vantaux pivotaient en 

'Couvrant extérieurement. 

On deviiit arriver It la porte par des rampes ou un 
degré ; elle devait aussi être précédée d'un ouvrage dé- 
fensif se reliant aux remparts que Richard Tustin éleva, 
en même temps que Belle-Chaise, au nord et à l'est du 
Mont (1). 

La porte de l'Abbaye (2) s'ouvre : au Nord, sur la Salle 
des Gardes, d'où l'on ne peut pénétrer dans la cour de 
l'Église; au sud, et dans celle de la Merveille, au nord, 
qu'en traversant cette Salle, dont l'accès pouvait être faci- 

1. Voir les Remparis, — Richard Tustin. 

2. l'* Porte au xm« siècle, et 2* Porte depuis le xv« siècle. 



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76. — BeUe-Chaife. — Façade nord. iRofUuration}. 



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77. — Belle-Chaise. — Porte de la façade nord. ^ DdUiig du tympan. 

lement défendu. C'était dans la Salle des Gardes que les 
arrivants devaient déposer leurs armes, avant d'entrer 
dans les bâtiments du Monastère, à moins d'ôtre dispen- 
sés de cette obligation par la permission spéciale du 
Prieur de l'Abbaye : c Adhseret huic portas domos prima 
custodiarum, ubi ab ingressuris, si qua habeani arma, 
deponuntur, nisi ea retinere permittat monasterii prier, 
qui arcis prorector est » (1). Geoffroy de Servon (2) ob- 
tint ce privilège en 1364 et en 1365, par lettres patentes 
du roi Charles V, afin de préserver l'Abbaye aune époque 

1. Dom Mabillon. — Annale$ bénédiettne$. Tome IV. 

2. xxvin" Abbé (136»-i39e). 



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BBLLB-OHAISB 311 

OÙ, les pèlerinages étant très-fréqaents et très-nombreux, 
Tennemi pouvait, sous les habits du pèlerin, s'introduire 
dans la place et tenter de s'en emparer (1). 

La Salle des Gardes est voûtée et son architecture, simple 
et sévère, est conforme à sa destination (voir fig. 75). 
Elle est éclairée à l'est par une fenêtre surmontée d'un 
oculus (voir la façade est, fig. 72). Dans la deuxième 
travée au sud, une petite porte s'ouvre sur un escalier, 
pratiqué dans l'épaisseur du mur, qui monte à un des 
•étages de la Tour Perriûe (2) (en A et B, fig. 78), à la 
chambre des Portiers (en G, fig. 78) et, par des détours, à 
la grande Salle au-dessus (voir fig. 75 et en G fig. 79). 
Dans la ^troisième travée au sud , se trouve le passs^e 
(Clique (en F, fig. 78) conduisant à la cour de l'Église 
(voirie plaû, fig. 15). 

La Salle des Gardes a été modifiée au xv"" siècle par 
Pierre Le Roy qui, après la construction du Ghàtelet et de 
la Gourtine adjacente, perça une porte et une poterne dans 
la face nord, sur la cour de la Merveille, nouvelle entrée 
du bâtiment projeté dont la Gourtine était la façade à l'est 
(voir fig. 76, et le plan, fig. 82); cet Abbé construisit aussi 
la grande cheminée en face de la porte d'entrée de la Salle 
des Gardes (voir fig. 75). 



1. Voir Rempartf » — Geoffroy de ServoD. 

2. Cet escalier coodaiait d*abord au logeaient des Portiers et plus 
tard, après la constraction de la Tour Perrine (fin du xiy siècle), 
à un des étages de cette Tour, affectée au logement des gens d'armes. 



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212 DESCRIPTION 

Au-dessus se trouve la grande Salle» dite du Gouyerne- 
ment (en G, fig. 79), qui servait de lieu de réunion aux 
Officiers de la garnison ; elle communique avec la Salle des 
Gardes par un petit escalier intérieur et détourné (en D, 
fig. 78 et 79) avec la Tour Perrine (en B, fig. 78), l'É- 
glise basse et les Bâtiments abbatiaux (en E, /{^. 79). Elle 
est éclairée au nord et au sud par des fenêtres géminées 
dont une, au sud, a été bouchée à moitié par la Tour Per-. 
rine, accolée à Belle-Chaise sans aucune Uaison (voir les 
fig. 78 et 79). Sur la face est s'ouvrent quatre fenêtres 
longues et étroites, encadrées extérieurement par des colon- 
nettes supportant des arcatures reproduites intérieure- 
ment. On voit à l'extrémité ouest les soubassements de la 
Ghapelle absidale du Chœur du xy"" siècle, lequel, bâti 
après Belle-Chaise, est venu la pénétrer pour se fonder sur 
le rocher qui forme une partie du sol de la Salle. 

La façade Est de Belle-Chaise était couronnée par un 
pignon, aujourd'hui détruit. Les trois façades est, nord 
et sud étaient surmontées d'une balustrade portée sur 
des corbeaux ; on en voit les amorces sur la face est du 
crénelage de la Tour Perrine, sur le côté extérieur de la 
souche de la cheminée (en G, fig. 79) placée sur la face 
nord de la salle des Officiers (1) et qui s'élève au-dessus 
du comble (2). Une toiture moderne en fort mauvais état 



1. Salle dite du Gouvernement. 

2. Voir la face Est, /î^. 72. 



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TOUB PBBBINB 213 

a remplacé ia charpente apparente lambrissée qui couvrait 
anciennement la Salle. 

Pierre le Roy (1), un des plus grands Abbés du Mont, 
fit faire de son temps de nombreux travaux sur plusieurs 
points du Monastère ; il modifia l'Entrée de l'Abbaye et 
compléta ses défenses extérieures. 11 fit construire la Tour 
carrée (2) : « De l'autre côté de Belle-Chaise joignant icelle 
il fit bastir la tour quarrée qu'on nomme la Perrine, nom 
dérivé de cet abbé Pierre, et, tant dans cette tour que dans 
le dongeon, il y fit accomoder plusieurs petites chambres 
pour la demeure de ses soldats, car il estoit aussy Capi- 
taine de ce Mont (3). » 



TOUR PERRINE 



La Tour, appelée Perrine, du nom de son auteur et par- 
rain, Pierre Le Roy, fut élevée pendant les dernières années 
du xiv^ siècle, dans Tangle rentrant des bâtiments con- 
struits vers 1250 par Richard Tustin; sa face ouest est 
soudée avec les bâtiments abbatiaux, mais sa face nord est 

1. XXIX* Abbé, de 1386 à 1411. 

2. En £ et des plaDS, fig, 15 et 16. 

3. Dom Jean Hajnes. (Histoire générale, etc.) 



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214 



DBSCBIFTION 



simplement accolée aa côté sud de Belle-Gbaise sans s'y 
relier (en B, fig. 78 et 79). 




78. ^ Bitiments formant rËntrée de l'Abbaye. — Tour Perrine. -< Belle-Chaise. — Qhâtelet. 

(Plan partiel). 



Sur ce côté sud, la tour bouche en partie d'une des 
fenêtres de la Salle des Officiers (en H, fig. 79) ; l'autre 
partie est libre, ou peut l'être, grâce à un ébrasement 
oblique» ménagé dans la hauteur de la fenêtre, sur la face 
Est de la Tour (voir la fig. 79). 

La forme générale de la Tour Perrine est un carré bar- 
long, cantonné, à l'angle de la face Est, d'un seul contre- 
fort. La Tour se compose de six chambres superposées; 
elle est couronnée par un crénelage, à la hauteur du ^xième 
étage. Un escalier, placé en encorbellement à l'angle ren- 



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TOUB PBBBINB 



215 



trant sud-ouest (en l, fig. 79), commeûDê à la hauteur de 
la Salle des Officiers, dessert quatre étages de la tour et 




79. _ Bâtiments formant rentrée de l'Abbaye. — Tour Perrine.*— BeUe-Chaise. 
Cbâtelet (Plan partiel). 



aboutit au crénelage supérieur. Entre le |quatrième et le 
cinquième étage, il existe un mâchicoulis (en K, fig. 79), 
très-ingénieusement placé pour défendre l'escalier, étabU 
sur le flanc sud de la Tour, qui descend des Bâtiments 
abbatiaux aux terrasses et aux chemins de ronde extérieurs 
de l'Abbaye. La figure 80 montre la face sud de la Tour, 
sa coupe partielle et les dispositions du mâchicoulis (4); 
la figure 80 bis donne les détails des consoles encorbellées 
supportant le mâchicoulis. 

i. Voir la Ikçade BbI, fig. 72. 



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80. * Tour Penine. ~ Façade sud et Goape. 



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TOUB ^ERBINE 



217 



La chambre intermédiaire (en B, fig. 78), entre le rez- 
de-chaussée et le deuxième étage, correspond avec la Salle, 
ou Corps-de-garde, par le degré ménagé dans l'épaisseur 
du mur sud (en A, fig. 78); la chambre du rez-de- 




80 bis. — Tour Perrine. — Détails en màchio^KilU. 

chaussée communique également avec la Salle par un pas- 
sage détourné, pratiqué derrière la cheminée, bâtie par 
Pierre Le Roy en même temps que la Tour Perrine. Cette 
cheminée a été mutilée par un des directeurs de la Prison, 
qui a sapé une partie du manteau et percé une porte dans 
le mur du fond, afin de relier le corps-de-garde à la 
chambre du rez-de-chaussée, dont on a enlevé le plancher 
haut entre les deux étages mférieurs, et qui est deveque la 
Porterie. 



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218 DBSOBipnoii 



CHATELET 

Dans les premières aimées du xv^ siècle, Pierre Le Roy 
construisit le Chàtelet (en L, fig. 78 et 79) et la Cour- 
tine, reliant cet ouvrage à la Merveille par la Tour des 
Corbins : c Et depuis cette tour (Tour desCorbins)jusques 
à Belle-Chaise fit bastir la muraille qu'op y voit. Auprès 
d'icelle il fit faire le dongeon au-dessus des degrez en en- 
trant dans le corps-de-garde (1). > Il contruisit également 
la Barbacane, formant l'avancée du Chàtelet et de la Porte 
de l'Âbbaye, ainsi que le grand Degré au nord et l'esca- 
lier du sud. 

Le Chàtelet (dongeon) fut tievé en avant de la face ex- 
térieure nord de BeUe-Chaise, sur laquelle il s'appuie sans 
liaison, laissant entre celle-ci et sa face sud un espace vide 
(en M, fig. 78 et 79), large mâchicoulis protégeant la 
porte nord, devenue la seconde porte intérieure depuis la 
construction du Chàtelet. Il se compose d'un bâtiment 
carré, flanqué, aux angles de la face nord, par deux tou- 
relles encorbellées reposant sur des contre-forts, et qui 
semblent être, par leurs formes générales, deux immenses 
bombardes dressées sur leurs culasses (2). Entre les pié- 
destaux de ces tourelles s'ouvre la porte, — où monte 

1. Dom Jean Haynes. {HUtoire générale, etc.) 
î. Voir la fig. 82 (Baa-forte). 



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CHATBLBT 219 

l'Edcali6r(l) coûdoisant à la Salle des Gardes (G, fig. 82), 
— qui était défendue par une herse (2) manœuvrée de 
l'intérieur au premier étage du Gh&telet (en G, flg.iS)eA 
par trois mâchicoulis disposés entre les sonmiets des too- 
reUes sous leur crénelage supérieur. 

Le Ghâtelet contient , d'abord, au-dessus de la voûte 
rampante de l'Escalier, un réduit ménagé entre cette voûte 
et le plancher de la première chambre (à niveau de 
la cour de la Merveille), pour le service de la meur- 
trière percée au-dessus de la Porte ; puis trois étages de 
chambres éclairées à l'est et au nord par d'étroites fe- 
nêtres; l'unique chambre de chaque étage (en L, fig. 78) 
communiquant avec les toureUes servant de guettes (en 0, 
fig. 78), est munie d'une cheminée dont la haute souche 
s'élève au-dessus du comble. Un escalier (en N, fig. 78 et 
79), en saillie sur la cour de la Merveille, dessert les deux 
derniers étages (le premier étant au niveau de la cour de 
la Merveille et de la Salle des Gardes) et se termine au 
crénelage supérieur, couronnant le Gh&telet, relié à la 
Merveille par laGourtine, également crénelée, qui aboutit 
à la Tour des Gorbins. 

La muraille ou courtine (en A du plan, fig. 82), reliant 
la Merveille au Gh&telet et b&tie en même temps que ce 



i. i'* marche de TEntrée, en D, fig. SI. 

2. Les rainures de la herse se voient sur les pieds-droits laté- 
raux de la Porte ; elles aboutissent à la chambre de la Herse, 
au 1«^ étage du Chàtelet. 



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230 DBSOBIPTION 

dernier, présente intérieurement sur la cour de la Mer- 
veille {en B^ fig. 82) les amorees d'un bâtiment projeté, 
dont la porte et la poterne seules, sur la face nord dé 
Belle-C3iaise) donnant sur la cour de la Merveille (fig. 76) 
dont elles devaient fonner rentrée, ont été terminées. Cette 
construction n'a pas été continuée, ainsi que le prouve 
l'état des formerets de la partie inférieure, qui devait être 
voûtée. 

Le Châtelet et la Courtine sont admirablement construits 
en granit; leurs assises, en bandes grises et roses alter- 
nées dans la hauteur du premier étage (du Châtelet seule- 
ment), ainsi que les profils des moulures, sont taiUés avec 
la plus grande perfection. Aussi leur conservation est-elle 
parfaite^ et, sauf la reconstruction nécessaire du comble, en 
partie ruiné, ils peuvent être remis dans leur état primitif 
par des travaux peu importants. 

La vue perspective, prise du point K (plan, fig.- 82) re- 
présente l'entrée de l'Abbaye dans son état actuel, sauf le 
erénelage de la Barbacane, qui est supposé rétabli (Eau- 
forte, fig, 81). Me montre : le Châtelet, dont la porte 
s'ouvre entre les contre-forts supportant les tourelles, où 
commence le degré qui monte à la SaUe des Gardes (BeHe- 
Chaise); à (koite (de l'image), la Courtine reliant le- 
Châtelet à la Merveille, et, à gauche, la porte sud de la 
Barbacane. 



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BÀBBAOANB DU CHATELET 221 

BARBACANE DU CHATELET 

GRAND DEGRÉ DU NORD ET ESCAUER DU SUD 

LaBarbàcane, enveloppant le Ghâteletàrest et au nord; 
constitue une première ligne de défense dont lecrénelage 
est desservi par un petit escalier. Une échauguetté cré- 
nelée est établie sur l'angle sud-est près de la porte 
sud (en M, fig. 82) ; elle est munie d'une cheminée, de 
mâchicoulis, et servait de refuge aux gens d'armes, gar- 
diens des deux portes de la Barbacane. 

c Devant la perte des Abbayes oa établissait quelque- 
fois des constructions militaires avancées, de manière à 
rendre plus difficile l'approche des assaSlants, comme on 
l'auraitfait devant une place de guerre : c'étaient des barba- 
canes qui, en cas d'attaque, devaient dcmner le temps 

de se mettre en défense et de fermer les. portes. On voyait 
un exemple remarquable de ces premiers travaux militaires 
à Saint-Jean-des- Vignes, à Soissons (barbacane de forme 
rectangulaire ayant une grande analogie avec celle de la 
figure 82) ...,., Ces constructions avancées — barba- 
canes, — qu'on établissait au moyen âge en avant d'une 
place, équivalaient aux travaux qu'on nomme tête de pont, 
demi-lune (ou ravelin) dans les fortifications modernes » (1). 



i. Architecture monastique^ — i'* partie , — par M. Albert 
Lenoir. 



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OBAMD vasBà 233 



GRAND DEGRÉ 

ESCALIER DU SUD 

On arrive à la Barbacane par deux escaliers ; Tun au 
nord, en E (fig. 82), est le^ grand Degré, très-large, dont 
remmarchement, très-doux, est la continuation des rampes 
de la rue de la Ville, en F, aboutissant aux défenses exté- 
rieures du Château. Le grand Degré est établi parallèle- 
ment au rempart de l'ouest ; une première porte fortifiée 
existait au bas des marches, w G ; une seconde porte bar- 
rait le passage à moitié de la hauteur, sur un palier H, où 
une petite poterne I, au niveau du palier E, communi- 
quant avec un corps-de-garde J, ménagé dans la partie 
basse de la Tour Claudine, permettait aux gens d'armes 
de se porter sur le Degré au premier signal. Enfin on arri- 
vait à une troisième porte, K, donnant entrée dans la 
Barbacane. 

L'escalier du nid (en L) est moins important ; il éta- 
blissait les communications nécessaires entre la Barbacane 
(porte M), le dehors, par une poterne (N), pratiquée au 
pied de l'escalier, et les diemins de ronde extérieurs (0) 
de l'Abbaye au sud. 

La figure 83 constate l'état actuel du grand Degré, par 
une coupe longitudinale faite suivant la ligne XY du 
plan fig. 82 (dans le sens des deux lettres renversées). 



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224 



DBdCBIPnON 




Le mur latéral est en partie ruiné, mais la porte de la 
Barbacaue existe toute entière, ainsi que le côté Est de la 
porte intermédiaire. Ces vestiges fournissent les preuves 
incontestables des dispositions primitives que nous avons 
rétablies dans les desàins^ suivants, fig. 84, 85 et 86. 



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esAND DBoaâ 



225 




15 



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226 



DBSCBIPnON 



La fig. 84 est la coupe longitudioale, faite suivant la 
ligne X-Y du plan, fig. 82; le grand Degré est rétabli ainsi 
que la 1^* porte (en G) ; celle-ci et la porte intermé- 
diaire sont munies de leurs vantaux, ouverts paraHèlement 
à Temmarchement. 




85. — Grand Degré. «- Façade de la in Port0. 



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GRAND DEGRÉ 



227 



La fig. 85 montre la façade Est de la 1" porte (G) res- 
taurée et décorée des armes de Pierre le Roy, qui la con- 
struisit dans les premières années du xv'' siècle, en 
complétant, par cet ouvrage, le système défensif deTÂbbaye 
à cette époque. 




JV. Cur^yên* 



PX. 



86. — Gnnd Degré. - Coapo de U i>« Porte, 



Enfin la fg. 86 donne la coupe transversale de la [re- 
mière porte, selon la ligne R-S du plan, fg. 82. 



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228 DBSCBIPTION 

Les deux portes du grand Degré et les deux entrées 
nord et sud de la Barbacane étaient fermées chacune par 
un seul vantail — occupant toute la largeur des ouvertures 
— qui se mouvait horizontalement et se manœuvrait par 
un système particulier, qui s'expUque, du reste, par la situar 
tion exceptionnelle du Mont Saint-Michel, dont les bâtiments 
ainsi que les ouvrages se superposent et ne se reUent 
entre eux que par une série de degrés et de rampes de 
toutes natures. 

Les vantaux des portes pivotaient sur leurs axes hori- 
zontaux reposant sur les pieds-droits saillants, établis de 
chaque côté intérieur des portes ; ils s'ouvraient parallè- 
lement à la pente de l'emmarchement (en A, fig. 83, 84 
et 86), et, à la moindre alerte, ils pouvaient se baisser 
très-rapidement, entrâmes par le propre poids de la 
partie inférieure garnie de lourdes ferrures; ils étaient 
mamtenus fermés par des verroux, fixés latéralement sur 
le côté intérieur des vantaux, et dont on voit les gâches 
scellées dans les pieds-droits des portes. 

Les vantaux fermés opposaient une grande résistance 
aux attaques extérieures, parce que, étant soutenus par 
les feuillures latérales et les marches à l'intérieur, dans le 
sens de la poussée, ils ne pouvaient être enfoncés ou 
relevés qu'après de longs efforts et défiaient amsi toute 
surprise. 

Les moyens ingénieux mis en œuvre pour défendre les 
approches de la Barbacane du Ghâtelet, ainsi que les 



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GRAND Dpaitâ 229 

obstacles accumulés sur les degrés qui aboutissent à ses 
portes, permettaient de retenir l'assaillant et de déjouer 
les tentatives qu'il pouvait faire pour s'emparer, par une 
attaque de vive force, des ouvrages extérieurs de la porte 
de r Abbaye-Forteresse. Aussi, grâce à ses défenseurs et 
surtout à ses Abbés, constructeurs habiles autant que 
gardiens vigilants, dont l'œuvre militaire compléta les 
défenses naturelles qui la rendaient inexpugnable, l'Ab- 
baye eut-elle le glorieux et rare honneur de résister 
victorieusement, aussi bien aux assauts furieux des An- 
glais qu'aux ruses perfides des Huguenots, et de n'avoir 
jamais été la proie des ennemis de la France ou de la 
Religion catholique. 

Nous donnons, fig. 87, la vue générale de la face Est 
du Mont Saint-Michel suivant le projet de restauration 
générale. Elle montre, au nord, la Tour de la Fontaine ré- 
tabUe et les remparts complétés par le crénelage et les 
couvertures de ses tours ; la Merveille, les Bâtiments abba- 
tiaux et ceux qui forment l'Entrée de l'Abbaye, restaurés, 
et au-dessus d'eux l'Église, couronnée par une flèche 
romane avec une statue de Saint-Michel aux ailes 
éployées. 



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^mm I IIIB^— i^^M^lÉ 



DBSGBIPnON. — KBMPABT3 233 



REMPARTS 



DÉFENSES DE L'ABBAYE 

ET 

REMPARTS DE LA VILLE 



I. - DU XIII» AU XV» SIÈCLE 
Voir le Plan général ou Carte da Mont Saint-Michel {fig. ii). 

L'Eoceiûte fortifiée, enveloppant le Mont Saint-Michel 
sur tous les points accessibles, subsiste presque tout entière, 
et, après Favoir défendu contre les attaques de ses enne- 
mis, elle préserve encore la Ville des envahissements pério- 
diques de la mer. Elle a été bâtie à différentes époques, 
mais il ne reste des fortifications primitives aucun vestige 
antérieur à la seconde moitié du xm* siècle. 

L'Abbaye, fondée, suivant les traditions, en 708 par 
samt Aubert et restaurée, à la fin du x* siècle, par Richard 
sans Peur, III* Duc de Normandie, avait pris un déve- 
loppement considérable au xi"^ siècle. Vers la fin du 
xn"" siècle, elle était dans un grand état do prospérité, dû 



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234 msGBiPTiON 

aa sage gooreroemwt de ses Abbés. Toatefote, les bâti- 
mmts da Monastère n'ayaient pas rimportance qu'ils ont 
eue dès le siècle suivant. A cette époque (xiT siècle), ils se 
composaient (1) : de l'Église, couronnant le Rocher, éleyée 
de 1020 à 1135; des Lieux Réguliers, avec les habita- 
tions des serviteurs et des hôtes — s'étendant, avec leurs dé- 
pendances, de Test à l'ouest, au nord de l'Église, restaurés 
et recoBstruits en grande partie par Roger II au c(Hnmen- 
cement du xn* siècle, et augmentés, à l'ouest et au sud- 
ouest, par Robert de Torigni, de 1154 à 1186. 

L'Abbaye n'était pas fortifiée alors. Placée au sonmiêt 
d'un rocher dont les escarpements inaccessibles, au nord 
et à l'ouest, forment les remparts naturels les plus sûrs, 
sa position constituait en ce temps son unique défense, 
qui pourtant la rendait, sinon imprenable, du moins per- 
mettait de la défendre facilement. Sa situation au milieu 
des grèves, presque toujours dangereuses à traverser après 
les hautes marées et que la mer couvre deux fois par 
jour, rendait impossible toute tentative d'investissement 
et la mettait même à Pabri d'un coup de main. Des clô- 
tures en pierre ou des palissades en bois l'entouraient sur 
les points où les pentes du rocher, moins rudes, permet- 
taient un abord relativement facile, surtout à l'Est, où se 
trouvait l'Entrée. Quelques clôtures, de même nature, de- 
vaient exister au sud, sur le plateau naturel, accessible 

1. Voir le plan, fig. ÎO. 



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BBMPABTS. — Xin* AU XY* SIÈCLB 285 

aux cheyant et anx voitures par des rampes soeeetoites, 
cil des magasins avaient été établis et d'où les provisions 
étai^ montées, par des plans inclinés nommés Pouhms, 
dans les souterrains de l'Hôtellerie, construite par Robert 
daTorigni(l). 

La Ville du Mont Saint-Michel» bien qu'elle soit de 
trés-minime inq^ortance aujourd'hui, n'était pas, au xn^ siè- 
cle, ce qu'elle est devenue depuis ce temps. Fondée, au 
x^ siècle, par quelques familles décimées par les Normands, 
qui dépeuplèrràt le pays d'Avranchës après la mort de 
Gharlemagne, elle ne se composait, au xn^ siècle, que de 
quelques maisons établies sur le point le plus élevé du 
rocher, à Test, afin d'être à l'abri des fluctuations de la 
mer, qui entoure le Mont à chaque marée et qui est parti- 
culièrement redoutable aux époques des équinoxes. La 
Ville ne s'est développée successivement, vers lé sud, qu'a- 
près la construction des Remparts, qui lui forment une so- 
lide ceinture et opposent une barrière infrandiissable à la 
mer, dont le niveau est, par les hautes mers, plus élevé 
que le sol de l'unique rue, dans la parUe basse dé la petite 
Ville. Il faut remarquer d'ailleurs, à l'appui de cette asser- 
tion, que les maisons ou les constructions les plus ancien- 
nes, dont quelques-unes remontent aux xr et xn* siè- 
cles, se trouvent dans le haut de la Ville, vers le nord-est, 
tandis que celles du bas, vers le sud, et même l'Église 

1. Voir Robert de Torigni et le plan, fig. 14 (en W). 



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236 DBSGRIPTION 

paroissiale, ne sont pas antérieures aux premères aimées 
daxv*siôde (i). 

Les maisoDS de la petite cité étaient Yesmes se grouper 
au pied du Mouastère, qui pouvait protéger, ou, du 
moins, offiir un asile à ses habitants au moment du danger. 
Leur voisinage immédiat avec les b&timènts de TÂbbaye 
fut pour celle-ci, et bicoi qu'elle n'eût jamais été prise, 
la cause dis plusieurs incendies dont elle eut à souffrir, en 
d^ors de ceux allumés piar la foudre. 

i En Tan mil cent trente huict, au mois d'aoust, les 
habitans d'Avranches, à l'occasion des troubles, venans 
en ce Mont par un furieux débordement, mirent le feu à la 
ville et au monastère, réduisant le tout en cendres, excepté 
l'Ëglise qui ne fut endommagée (2). » Dom Louis de 
Camps (3) nous donne les renseignements suivants sur l'in- 
cendie de 1 138 : t Durant ces troubles et calamités vint en 
ce Mont Saint-Michel une bande de canailles et fripons de 
la ville d'Âvranches ; ils mirent le feu en cette ville dont 
plusieurs maisons furent réduites en cendre. Le monas- 
tère n'en fut pas exempt, d'autant que tous les Lieux Régu- 
liers et logements des Religieux furent bruslés, à l'excep- 
tion toutefois de ce grand corps de logis basti par Roger n, 

i. Voir ci-aprè9 la/ï^. 89, tirée du Livre d'Heures de Pierre II, 
DacdeBretagDe.~MaDa8crit du xv« siècle. Bibl.Nat., fol. 1159. 

2. Dom Jean Hujmes. {Histoire générale, etc.) 

3. Addition au traité troisième de Dom Huynes (Histoire gêné' 
raie du Mont Saint-Mic^i, etc., publiée par M. £• de Robiilard 
deBeaurepaire). 



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BBMPABTS* — Xm* AU XV* SlàOLE 287 

OÙ est maintOBant le Réfectoire (1) ; TÉgMse ne fut pas 
ooD plus eodommagée. » 

En 1203, TÂbbaye fut en grande partie détruite, sauC 
rÉ^e, dont les toits furent incendiés toutefois, pendant 
les guerres entre le Roi de France, Philippe-Auguste, et 
Jean sans Terre, frère du Roi d'Angleterre: «... Ces 
troubles furent cause que ce Mont fut bruslé Fan mil deui 
cens trois par les Rretons, conduits par Ouy de Touars, 
sçachant que le roy Philippe avoit pris Caen et ne s'y 
estoit arrêté, se résolut de l'aller trouver et de ruiner les 
places fortes qu'il rencontreroit en son chemin. A ceft 
effet il assembla quatre cmis hommes de cheval et grand 
nombre de gens de pied avec résolution d'assiéger en 
premier lieu ce Mont, lequel n'estoit point si fort qu'il est 
à présent, tant à cause que la ville n'estoit ceinte de mu- 
railles, qu'à cause aussy que tous lesbastimensqui sont du 
costé de l'orient et devers le midy n'estoient encore 
bastys. C'est pourquoy la plus grande difficulté qu'ils 
eurent, fut de prévoir diligemment les dangers qui se 
rencontrent autour de ce rocher. Ce qu'ils firent aysé- 
ment, car plusieurs, des costes de Bretagne, bien expéri- 
mentés au flux et reflux de la mer, leur servoient de 
guides et les amenèrent en la decance et decours de. la 
mer. Ainsy ils se ruèrent de grande furie contre ce Mont, 
foncèrent les portes et barricades, mirent le feu par toute 

i. Voir en G\ du plan fig. 20, les quatre travées devenues, au 
xm« siècle, les annexes de la Merveille. 



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238 DBsoBipnoN 

la Tille et firent passer par le fil de l'épée ceux qui se 
présentëreût pour leur résister. Le feu qui réduisoit eu 
cendres les maisons de la yille, comme son naturel le 
porte toujours en haut, montant de maison en maisoui 
parvint jusques sous les chapelles du tour du diœur, 
lesquelles n'estoient point basties ny couvertes comme on 
les voit maintenant, mais comme sont les aisles de la nef. 
De là sautant et gaignant de tous costez sans qu'on y 
apporte aucun remède ou résistance, il brusla les toicts 
de l'Église du monastère et toute autre matière combus- 
tible qu'il put raicontrer. Gela faict, le duc de Bretagne, 
Touars et ceux de sa suite s'en allèrent et, estants à Caen, 
racontèrent au roy Philippe tous leurs beaux faicts. Mais 
ce Monarque fut très-marry du dégast que le feu avoit , 
faict en ce Mont et particulièrement à l'Église Sainct- 
Midiel, où les plus oppressez des misères de ce monde 
reçoivent de tout temps soulagement en leurs afflictions, 
et de plus il sçavoit bien que ceux de ce Mont ne refu- 
sment de luy obéyr. Ce qu'il put faire, pour réparer cette 
faute du boutefeu Touars, fut d'envoyer une grande 
somme de deniers à l'Âbbé de ce Mont, nommé Jourdain, 
lequel remédia à toutes ces pertes, ainsy que nous avcms 
desjà dit parlant de luy cy devant > (1). 

Les chroniqueurs qui mentionnent ces événements ne 
parient pas des murailles, ou disent nettement, conmie 

i. Dom Jean Huyoes (Histoire génércUe^ etc.). 



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REMPABTS. — Xm* AU 3;v* SlàOLE 239 

Dom Jean Huynes, qu'elles n'existaient pas encore. 
Les faits qu'ils racontent prouvent que, comme l'Âb- 
baye, la Ville n'avait pas d'ouvrages défensifs propre- 
ment dits au xu^ siècle, ni dans les premières années 
du xm* siècle. 

 partir de cette dernière époque, les Abbayes, particu- 
lièrement celles de l'ordre de Saint-Benoit, deviennent de 
véritables Forteresses, csqpables de soutenir un siège. Les 
Âbbés, seigneurs féodaux, unissant la puissance religieuse 
à la force militaire, fortifient leurs monastères pour dé- 
fendre leurs biens et les mettre à l'abri des désastres 
qui, au Mont Saint-Michel, avaient signalé le commen- 
cement du xm^ siècle. 

L'Abbaye du Mont Saint-Michel ofire un des exemples 
de cette transformation. Après l'incendie de 1203, 
devenue vassale du Domame royal, Jourdain et ses succes- 
seurs la reconstruisirent presque entièrement. Ds éta- 
blirent les Lieux Réguliers dans les magnifiques bâtiments 
formant la Merveille, qui constitue à elle seule une 
formidable défense. Cependant le Monastère fut entouré, 
vers le nord, d'une muraille crénelée couronnant les crêtes 
du rocher jusques aux points inaccessibles à l'ouest; de 
cette muraille, un degré, renfermé dans des murs égale- 
ment crénelés et dont il reste encore les ruines, descen- 
dait jusqu'à la Fontaine Saint-Âubert, qui était contenue 
dans une Tour, pour la préserver de la mer, et qui fut 
alors fortifiée pour la défendre des hommes. 



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240 DESCRIPTION 

Richard Tustin c(Hitioaa l'œuvre de ses devanciers 
et; indépendamment des b&Uments qu'il éleva en plusieurs 
endroits du Uoat (1), il construisit, vers 1240, la Tour 
fortifiée qui entourait et surmontait la Fontaine Saint- 
Aubert (2), et commença à cette époque les murs primitifs 
de l'ancienne Ville, dont les habitants étaient les tenanciers 
ou les vassaux de l'Âbbaye. 

Si la HerveiUe fut élevée en grande partie grâce aux li- 
béralités de Philippe-Auguste, la Ville dut ses premiers rem- 
parts aux largesses de saint Louis, qui vint en pèlerinage 
au Mont Saint-Michel en 1254 : « On vit bientôt arriver ce 
bon Roi dans le diocèse d'Avranches qu'il regardoit comme 
son patrimoine. Il mit sur l'autel une somme d'ai^ent 
destinée à aupienter les fortifications de la Place et du 
Château. — ColkcUon d'André Duchesne, p. 1009 (3). • 
Tustm continua alors ses travaux miUtaires ; il éleva la 
Tour du nord (4), à l'angle nord-est des Remparts, sur les 
premiers contre-forts de la montagne, formant le saillant 
des murailles du nord et assurant la défense des ouvrages 
avancés de l'Abbaye, dont il avait refait l'Entrée, — Belle- 
Chaise. 

La Tour du nord existe encore aujourd'hui et elle pré- 

1. Voir les Bâtiments abbatiaux. — Belle-Chaise, etc. 

2. Voir le plan, fig. 14 (en A, A\ B et B'}, et la vue générale de 
la face Est, fig.^. 

3. Histoire du Mont Saint-Miehel et de Vancien Diocèse d'A* 
vranches, par M. Fabbé Desroches. — Gaen, 1838. 

4. Voir le plan, fig. 14 (en C). 



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BBMPABTS. — Xm* AU XV* SlàCLE 241 

seote, par ses dispositions générales , ses meurtrières et 
les détails de sa construction» tous les caractères de 
Tarchitecture militaire du temps où elle fut construite (de 
1255 à 1260). Dans l'origine elle n'était pas couronnée 
par des mâchicoulis. Ce système ne fut établi que dans les 
premières années du xiv^ siècle, au moment où, toute la 
défense étant installée au sommet des murailles, on rem- 
plaça les hourds en bois, placés seulement en temps de 
guerre et souvent incendiés par les assaillants, par des 
hourds ou mâchicoulis en pierre avec des parapets créne- 
lés, également en pierre. 

Guillaume du Château (1299-1314) augmenta les forti- 
fications de la Ville et les compléta pendant le temps qu'il 
gouverna l'Abbaye. En 1300, l'incendie qui causa de 
grands dommages aux bâtiments de l'Abbaye, s'était 
conmiuniqué à la Ville et avait réduit en cendres presque 
toutes les habitations ; Guillaume restaura le Monastère et 
reconstruisit les maisons de la cité à l'aide des secours 
que lui envoya Philippe le Bel après un pèlerinage que ce 
monarque fit au Mont Saint-Michel. C'est à cette épo- 
que (1311) que Guillaume du Château continua la con- 
struction des Remparts commencés par Richard Tustin, 
en étendant le front est de la place vers le sud, et reliant 
ses murs aux escarpements du rocher sur lequel s'élèvent 
les Bâtiments abbatiaux. 

n subsiste encore, des Remparts bâtis par Guillaume du 
Château, une partie des courtmes et quelques-unes des 

16 



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242 



DESCRIPTION 



consoles formant les mâchicoulis. Ces vestiges sont yisi- 
blés à l'est, en dedans des remparts actuels (en D du plan 
fig. 14), et nous en donnons un croquis,/!^. 88 (page 242). 
Ces consoles sont au nombre de cinq ; elles sont com- 
posées de trois corbeaux superposés en encorbellement, 








88. -* Vestiges des mnraUles du ut* siècle. 



grossièrement taillés, mais disposés pour soutenir solide- 
ment le hourdy ou parapet en pierre, selon le système de 
défense, nouveau alors, et laissant entre chaque con- 
sole un large mâchicoulis, beaucoup plus grand que ceux 



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RBMPABTS. — Xm" AU XV* SIÈCLE 243 

qui ont été refaits au xv^ siècle. Le mur de la courtine, 
au-dessus des consoles, repose sur une base en talus, afin 
d'augmenter la force des projectiles ricochant sur ce glacis. 

La porte de TEnceinte, construite par Guillaume du 
Gh&teau, devait être à Test ou au sud-est, mais, selon 
toutes les probabilités, en E du plan,/{^. 14, au point 
où le rocher, permettant le débarquement ou l'abord re- 
lativement facile, nécessitait des ouvrages de défense, entre 
lesquels s'ouvrait l'entrée de la Ville. 

Il n'est rien resté des dispositions de ce temps. Il existe 
seulement quelques fragments de murailles sur le côté est, 
à l'intérieur des Remparts actuels ; mais, comme ces traces 
s'arrêtent en D' {fig. 14), elles ne peuvent qu'indiquer 
la direction des Remparts sans pouvoir préciser l'empla- 
cement de la Porte ancienne. Cependant il faut, dans une 
certaine mesure, temr compte des récits traditionnels qui 
placent la Porte des anciens Remparts de la Ville, à l'o- 
rient, en face d'Avranches. Un passage du manuscrit de 
Thomas Le Roy (1) relatif aux ouvrages de Robert Jolivet, 
dit : c La Porte de la ville fut changée. Estant vis-à-vis 
de l'Église parocchiale elle fut mise là où elle est à pré- 
sent. > Un manuscrit, du commencement du xv^ siècle (2), 
nous a fourni sur cette question, ainsi que sur celle des 
anciens Remparts, des documents précieux. Le Livre 

i. Cité par M. Tabbé Deschamps du Manoir : Histoire du Mont 
Saint'Michel au Péril de la Mer^ etc.; Avranches, 1869. 
2« Bibl. nat, f. latin, n* 1159. 



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344 DESCRIPTION 

â^ Heures de Pierre //, duc de Bretagne {{) contient un 
grand nombre de miniatures, et celle qui orne la page de 
rOffice de Saint-Michel nous représente, indépendamm^t 
de la figure de l'Archange (2), une image des plus curieu- 
ses, non-seulement par les renseignements qu'elle nous 
donne sur le Mont Saint-Michel, à la fin du xiv^ siècle, 
mais aussi parce que cette vue du Mont nous paraît être 
la plus ancienne ou, dans tous les cas, celle qui est la 
moins connue. Cette miniature, d'un dessin naïf pour- 
tant, très-finement et délicatement colorié, montre : au 
sommet du rocher, les maisons de la petite cité couron- 
née par l'Abbaye dont la façade rappelle la forme du châ- 
telet de Pierre le Roy (3) ; les Remparts entourant la ville 
à l'est, en face d'Avranches, ces derniers ouvrages tels 
qu'ils devaient être après les constructions faites par 
Guillaume du Château, pendant les premières années du 
XIV* siècle. 

Les vestiges des murailles de ce temps, dont nous avons 
constaté l'existence à l'est, en D et D' {fig, 14) , nous ont 
servi à reconstituer le plan des Remparts de la Ville au. 
XIV* siècle, que nous avons tracé sur le plan général ou 
carte du Mont Saint-Michel (4) en D, D', E et E'. Ils 
concordent parfaitement d'ailleurs avec les indications 

1. Mort en 1457. 

2. Voir le Frontispice de ce livre (Reproduction de la page du 
manuscrit H59, réduite d'un tiers). 

3. Voir la /Ç^. 81. 

4. Voir la fig. 14. 



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BEMPABTS. — Xm* AU XV* SIÈCLE 



245 



fournies par la miniature dont nous parlons et que nous 
donnons, /E^. 89, Dans ce dessin, reproduction partielle, de 




8». — Ynê da MMt Saint-Michel dant Im première! aonéee da ir* lièele. 



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246 DESCRIPTION 

la miniature originale (1) grandie de moitié, le rocher est 
entouré par la mer agitée ; à gauche (droite de Timage) on 
aperçoit Textrémité orientale de Tombelaine avec les rem- 
parts dont les Anglais l'entourèrent en 1417; à droite 
on voit Avranches, entourée de murailles, au-dessus des- 
quelles s'élèvent les clochers de ses Églises. Des Pèlerins, 
munis du bourdon et de la panetière, sont à pied, à cheval, 
en voiture, et se dirigent vers l'Abbaye ou la Ville, dont la 
porte est gardée par im homme d'armes, tenant une hache 
à long manche, ressemblant à une guisarme ou à une halle- 
barde. 

La miniature du Livre d'Heures de Pierre H, faite au 
commencement du xy"" siècle, détermine sûrement, à notre 
avis, la position de l'ancienne Ville et la forme de ses 
remparts au xw"" siècle, avant la construction de l'enceinte 
qui existe encore aujourd'hui, et qui fut b&tie dans sa plus 
grande partie par Robert Jolivet, de 1415 à 1420. Ce 
qui le prouve, c'est que les maisons de la Ville sont très- 
nettement indiquées, mais qu'il n'y a pas trace de l'Église 
paroissiale, laquelle ne fut élevée, vers 1440, qu'après la 
destruction des remparts anciens, et que la Ville, ceinte de 
ses nouvelles murailles, s'était agrandie vers le sud, bien 
au delà des remparts de Guillaume du Château (voir le plan 
général ou carte, fig. 14). 

Guillaume du Château établit l'Écuyer Pierre de Toufou 
gardien de la porte, c in nostra porta custodienda i , — «et 

i . Voir rensemble de la nÛBiature (Frontis^ce). 



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BBMPABTS. — Xm* AU XV* SIÈCLE 247 

loi assigna pour pension deax pains par jour et vingt-cinq 
sous de monnaie commune chaque année » (1). Diverses 
monnaies ont été trouvées dans les fouilles que nous 
avons faites au Mont Saint-Michel, et nous en avons donné 
plusieurs spécimens (voir les fig. 45, 46 et 47). Guillaume 

du Château avait établi un c manuscrit ou registre 

pour y inscrire les actes pubUcs de son temps, i et 
M. Tabbé Desroches cite un acte d'acquisition tiré de ce 
manuscrit : c Guillaume le Carpentier acheta une place 
dans la Ville du Mont Saint-Michel, entre la maison de 
Robert Pironaut et la propriété de Raoul Rouchot, au prix 
de trente sous, monnaie de Tours (voir fig. 45)». — 
Registrum litterarum sub sigillis nostris confectarum; 
manuscrit du conunencement du xv* siècle (2). 

Jean de la Porte succéda à Guillaume du Château en 
1314, et de c son temps les soldats commencèrent à gar- 
der cette place pour le Roy » (3). Jusqu'à cette époque, 
le Mont Saint-Michel avait été exempt de garnison. En 
1314, Guillaume de Merle, capitaine des ports et fron- 
tières de Normandie, appréciant l'importance du Mont, 
alors bien défendu par ses nouveaux Remparts et formant 
un poste militaire considérable, envoya, de son autorité, un 
soldat avec cinq serviteurs pour garder la place au nom du 



1. Histoire du MotU ScUnt^Michel, etc. , par M. Tabbô Des- 
roches. 

2. Ibid. 

3. Dom Jeaa Haynes {Histoire générale, etc.). 



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248 DESCBipnoN 

Roi. Jean de la Porte les reçut et les logea dans la de- 
meure ordinaire des Portiers. « Bientôt ces soldats préten- 
dirent au nom de leur chef être payés des deniers de 
l'Abbaye; l'Abbé leur résista, eut recours au roi Charles 
le Bel, et l'an 1326 ce monarque fit expédier une lettre, 
adressée aux sieurs Bertrand, Boniface et Pierre de Maury, 
ses Ck)nseillers et Réformateurs des États de Normandie, 
leur commandant d'apporter tous leurs soins à cette 
affaire. Il fut reconnu que depuis 708 l'Abbaye s'étoit gou- 
vernée elle-même et maintenue en l'obéissance de ses légi- 
times souverains, les chanoines s'étant fait garder par 
leurs domestiques. Les Religieux établirent des défenseurs 
illustres pour les secourir, et les Ducs de Normandie et 
les Rois de France approuvèrent une garde aussi hono- 
rable » (1). 

Les conseillers du Roi, admettant les bonnes raisons 
données par l'Abbé, décidèrent que l'Abbaye ne devait 
aucune solde à la garnison qui lui était imposée; cette 
décision fut confirmée par le roi Philippe deValois en 1334. 

A Jean de la Porte succéda Nicolas le Vitrier, né au 
Mont Saint-Michel et qui était Prieur de l'Abbaye au mo- 
ment où il fut élu Abbé du Mont. Nicolas le Vitrier restaura 
l'Abbaye après l'incendie de 1350 et entretint les Rem- 
parts. < Au milieu de tous ces soms, il fallut encore dé- 
fendre la forteresse contre les Anglais ; il fil lui-même la 

1 . Histoire du Mont Saint^Miehel, etc., par M. Tabbé Desroohes. 



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REMPABTS. — Xin* AU XV* SIÈCLE 249 

garde pour conserver cette place au Roi. Il se rendit si re- 
commandable que Charles Y, n'étant encore que Duc de 
Normandie, établit le premier les Abbés de Mont Gouver- 
neurs et Capitaines de la Ville et Abbaye du Mont Saint- 
Michel. Nicolas le Vitrier mérita le premier cet hon- 
neur » (1). 

Après sa mort, en 1362, Geoffroy de Servon lui succéda 
dans ses charges et dignités. En ces temps troublés, Geof- 
froy < sut aussi bien commander à ses Religieux qu'à ses 
soldats • (2). En 1364, le roi Charles V confirma les pré- 
rogatives des Abbés du Mont : < Charles cinquiesme 

donna des lettres ordonnant de rechef que nul ne fût Capi- 
taine de ce Mont, sinon celui qui en seroit Abbé, et dit les 
paroles suivantes en ses Patentes datées du dix-huictiesme 
d'octobre mil trois cens soixante quatre : Nous, considé- 
rant la grande loyauté, vraye amour et parfaicte obeyssance 
que ont toujours eu et à nos prédécesseurs et à la Cou- 
ronne de France en toutes manières, nos chiers et bien 
amez les Religieux, Abbé èz couvent du Monastère du Mont 
Saint-Michel au péril de la mer, et par especial considé- 
rant la grant et bonne diligence que lesdits Religieux, en 
demonstrant l'amour et loyauté des susdits, ont eue par 
tout le temps des guerres et encore ont continuellement 
chaque jour, de garder et en la garde de laditte église et 

1. Histoire du Mont Saint^Michel, etc., par M. Tabbé Des- 
roches. 

2. Jbid. 



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250 DB8CBIPTI0N 

fort dlcdle, à leurs propres coups, frais et desp^)s, contre 
toas les adversaires et eonemys de notre royaume, sans 
avoir en par tout le temps dessus dict aultre Capitaine que 
TÂbbé d'icelle é^ise si et en tant que nuls desdits ennemjs, 
par force, maliceou subtilité quelconque, n'y ont peu entrer 
ny faire grevance à iceux religieux, à ce que de bien en 
mieux ils soient diligens et curieux de bien et diligemment 
gouverner et garder leur dit monastère et fort d'iceluy, 
avons octroyé et avec ce voulons et leur octroyons de 
notre grâce especial et certaine science et authorité royal 
que en laditte église et fort d'icelle n'ait et ne soit autre 
Capitaine ne Gouverneur que l'Abbé d'icelle Église, se il ne 
plaisoit et plaist audit Âbbé èz couvent. Et, s'il avenoit que 
par nous ou aucun aultre, nostre lieutenant ou capitaine 
général ou par aultres, de quelconque pouvoir qu'ils 
usassent ou fussent fondez, fut par importunité ou autre- 
ment, aucun aultre ou aultres capitaines ou gouverneurs y 
fussent ordenez ou establis, et il ne plaisoit ne procédoit 
de la volonté desdits Abbés èz couvent, nous voulons, or- 
denons et nous plaist que ils le refusent et n'y soient tenus 
obéyr par quelque manière que ce soit » (1). 

L'Abbé Geo&oy justifia la confiance du roi de France 
et afin de mettre l'Abbaye à l'abri des surprises des en- 
nemis de la couronne, Anglais, Bretons et Navarrois, qui 
ravageaient la France et qui s'étaient emparés de presque 
toutes les places de la Normandie, il c conféra des fiefs à 

i. Dom Jean Haynes {Histoire générale ^ etc.}» 



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RBMPABTS. — Xmf M XY* SlàOLB S51 

des Seigneurs de la Province h charge de paraître en armes 
le jour de saint Michel*..., et défendre ce Mont en temp9 
de guerre. > L'historien (1) auquel nous empruntons ce 
passage cite en note» dans son ouvrage, un teinte latin (2) 
dont il ne donne que le sens général; nous le traduisons 
dans ses détails, bien que la phrase qui le termine nous 
paraisse être incomplète, parce que ce texte fournit d'in* 
téressantes indications sur Tarmement des chevaliers daos 
la seconde moitié du xi^" siècle, ainsi que sur les Âbbés 
de ce temps, dont les coutumes étaient nécessairemmt 
belliqueuses puisqu'ils étaient tout à la fois Abbés du 
Monastère et G^itaines de la place de guerre, dualité de 
fonctions imposée par la situation particulière de TÀbbaye- 
forteresse dont le Gouvernement religieux et la Défense 
militaire leur étaient imposés : c Geui qui tenaient ces va- 
vassories les tenaient en foi et hommage et devaient le 
relief et treize chevaliers, dont chacun était tenu de venir 
lui-même pour la garde de la porte de TÀbbaje, quand il 
était nécessaire, c'est-à-dire en temps de guerre ; chacun 

i. M. l'abbé Desroohes (Histoire du Mont ScUnt-Miohel, etc.). 

2. Tiré d^iin manuscrit de la Bibl. d'Ayranches: «, Et tenentes 
dictas vavassorias eas teneot per fidem et homagium, et pro eis 
debeat relevia et xiip» et tenetur eorum ipsi quiiibet adesse cos- 
todie porte dicte abbaUe quando opus est, videlicet temporegaer- 
rarum unom per cursum et decursum maris, seu alias descensum et 
ascensum, armati singuli decambeson, cappelinis, gantelete, gentis 
(sentis?) et lanceis et siogulis armis in festo 8^ Miohaelis in aepi- 
tembri. (ffistoire du Mont Saint-Mkhet, etc., par H. Fabbé Des- 
roohes.) 



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252 DBSCBIPTION 

deyoit la garde pour tout le temps du cours et du décours 
de la mer, c'est-à-dire de la descente et de la montée de 
la marée, armé chacun de gambeson, chapel de fer, gan- 
telets, bouclier (?) et toutes armes, et ils devaient se pré- 
senter aussi en armes le jour de saint Michel i . 

En 1364 et 1365, Geoffroy de Servon obtint plusieurs 
privilèges de < Sa Majesté (Charles V) pour la seureté 
de cette place. Entre autres la mesme année mil trois 
cens soixante quatre, le vingt septième décembre, il 
obtint que personne n'entrast en la viUe, ou Abbaye de ce 
Mont, avec espées ou autres armes quelconques. Nous 
vous mandons estroitement (dit le Roy parlant à l'Âbbé et 
aux Religieux) et deffendcms que vous n'y soufriez et 
laissiez entrer auculnes personnes, soit de près où de loin, 
de quelque condition euk soient, portant cuteauxpoinctus, 
espées ou aultres armures quelles qu'elles soient, nobles 
ou aultres, s'ils ne sont Nos Frères ou s'ils n'ont de Mon 
espécial commandement, duquiel ils soient tenus vous en- 
saigner. Bertrand du GuescUn, Lieutenant du Roy en cette 
province avoit dès auparavant donné des lettres à ce 
Monastère à ce sujet. Et le mesme roy, le dix-septiesme 
de janvier de la mesme année mil trois cens soixante 
quatre (maintenant qu'on conunence Tannée par le pre- 
mier jour de janvier, il faut dire mil trois cens soixante 
cinq), donna encore d'autres lettres sur le mesme sujet 
contre Jean Bonnaut, Vicomte d'Âvranches, ville lors 
navarroise et ennemye, lequel (est-il dit en cette Lettre) 



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BEMPABTS. — Xm* AU XV* SIÈCLE 253 

portant un grand cutel à poincte nez, de sa yolenté par 
force et puissance s'est naguère efforcé d'entrer en ladite 
Abbaye avecques plusieurs autres compagnons. Le roy 
Charles sixiesme, l'an mil trois cens quatre-vingt sept fit 
la mesme deffence touchant ces armes : s'ils ne sont, 
dit-il, Nos Oncles ou Frères, ou s'ils n'ont de Nous spécial 
commandement duquel ils soient tenus vous ensei- 
gner (1). » 

Ce même monarque (Charles V), voyant que l'Abbé et 
ses Religieux s'employaient vigoureusement à défendre la 
place, ordonna, par lettres, en 1364, c que tous marchands, 
trafiquant dans l'estendue des terres de cette Abbaye, 
payeroient 6 deniers pour livre audit Abbé, lequel, ne 
voulant soufiârir aucun bastiment en la ville de ce Mont 
qui fust dommageable à la forteresse, obtint secrète- 
ment du Roy commandement d'en faire raser quelques 
logis (2). » Ce passage indiquerait que la Ville, dès cette 
époque, s'était développée au sud en dehors des murs, et 
que les maisons voisines des remparts pouvaient gêner la 
défense de la place ou abriter les assiégeants. 

Pendant le temps que Geoffroy de Servon était Abbé 
du Mont, Bertrand du Guesclin, Connétable de France, fit 
bâtir un beau logis dans le haut de la ville (dont on 
voit encore quelques murailles), pour sa femme Tiphaine 

!. Dom Jean Huynes (Histoire générale^ etc.). 
2. HUtoire du Mont Saint-Uichel, etc., par M. l'abbé Deh- 
roches. 



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254 Ma c M gï i oN 

dôRagueneU fille du Vicomte de B^ière. — < Cette Dame, 
distmgQée par sa beauté, par son esprit et par sa science, 
se reodit si célèbre en astrologie qu'elle acquit la nom de 
Tiphaine la Fée » (1). 

Le successeur de Geoffi^oy de Servon, en 1386, Pierre 
le Roy fut un des plus illustres Abbés du Mont et l'un de 
ceux qui contribuèrent le plus aux travaux militaires de 
TÂbbaye. Après avoir restauré le Monastère, il en com- 
pléta les défenses de l'est en élevant la Tour Perrine vers 
la fin du XIV* siècle; il construisit en avant de Belle- 
Chaise, dans les premières années du xv* siècle, le Châ- 
telet et la Courtine (F, fig. 14) qui le rattache à la Mer- 
veille ; il construisit également en avant du Chàtelet la 
Barbacane avec son grand Degré au nord (G H, fig. 14). 
Il modifia en même t^nps les Remparts, des côtés nord 
et ouest, en élevant la Tour Claudine (I, fig. 14), joignant 
l'ange nord-est de la Merveille. Dans l'étage inférieur de 
cette Tour, à côté d'un passage défendu par des mâchi- 
coulis et conduisant aux chemins de ronde, il établit un 
corps-de-garde, commandant ce passage, ainsi que le grand 
Degré. Le corps-de-garde de la Tour Claudine se relie au 
grand Degré par la poterne I (fig. 82) à la partie haute de 
cette Tour, au crénelage supérieur des murailles, les- 
quelles s'arrêtent à la courtine nord de la Barbacane du Chà- 
telet, mais sans communication possible avec celle-ci. Ces 

i. Histoire du Mont Saint^^Michel, etc., M. par l'abbé Des- 
roches. 



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BEMPABTS. — Xm* AU XY* SlÀCLB 255 

remparts, complètement indépendants du Degré(ayec lequel 
ils pouvaient néanmoins communiquer parla Poterne ^, le 
dominant et rendant sa défense facile au besoin, étaient 
réunis à la Tour du nord et aux défenses de l'est par les 
courtines ouest et nord, pourvues de mâchicoulis avec un 
parapet crénelé, dont l'angle, formant le saillant nord- 
ouest, est surmonté d'une ëchauguette (Ji\fig. 14). Toutes 
ces constructions existent encore, sauf les marches du 
grand degré et les crénelages supérieurs, en grande partie 
ruinés. 

Pendant un pèlerinage que Charles YI fit au Mont 
Saint-Michel, en 1393, Pierre le Roy fut confirmé par le 
Roi dans sa diarge de Capitaine du Mont. 

Un manuscrit de la fin duxiv* siècle ou du commencement 
du xy* (1) nous donne des renseignements curieux sur les 
usagés des Religieux Bénédictins concernant la garde vigi- 
lante de l'Abbaye et des Remparts de la Ville : c Tous les 
matins ils disoient les Vigiles des morts, les Psaumes de la 
pénitence et Prime ; ensuite on célébroit une messe de la 
sainte Vierge dans la chapeHe des Trente-Cierges. Après 
cette messe, le chantre nommoit ceux qui dévoient la nuit 
suivante veiller à la garde du Mont : il désignoit deux Reli- 
gieux qui, accompagnés d'un Frère et d'un Clerc de l'ÉgUse, 
faisoient le tour du Monastère et des murs avant le milieu 
de la nuit ; deux des paroissiens d'Ardevon et autant dé 

i . Cérémonial du Mont Saint-Michel (Histoire du Mont Saint* 
Michel, pâtU, l'abbé Oesroches.) 



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256 DESCRIPTION 

la paroisse d'Huisnes veilloient sur les murs, et un Reli- 
gieux avec quatre ou cinq serviteurs gardoit la porte. » 



REMPARTS DE LA VILLE 



n. — DU XV» AU XVI» SIÈCLE 

Robert Jolivet succéda à Pierre le Roy, mort à Bolo- 
goe en 1411. Dans la Notice historique nous avons vu ce 
qu'il fit à PÂbbaye pendant ses séjours intermittents, et, 
si son administration conventuelle ne fut pas toujours un 
sujet d'édification pour ses Religieux, ses travaux militaires 
ne furent pas moins très-considérables. Ils contribuèrent 
puissamment à défendre avec succès le Mont Saint-Michel 
contre les Anglais qui, après la bataille d'Azincourt, avaient 
envahi la Normandie, fortifié la côte et particulièrement 
Tombelaine, dont ils firent leur principale place d'armes. 
. En 1415, au moment où Robert Jolivet éleva la nou- 
velle enceinte (1), la Ville ou plutôt les faubourgs de la 
Ville s'étaient agrandis vers le sud et, indépendamment 
de la nécessité de les défendre contre les Anglais retran- 
chés à Tombelaine, il était indispensable d'opposer à l'at- 
taque un front de défense beaucoup plus développé que 
celui des remparts du xiv® siècle. Cette disposition nou- 
velle, si elle nécessitait dans la place un plus grand nombre 

1. Voir la description des Remparts et le plan, fig. 14. 



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BEMPABTS. — XV* AU XVI* SIÈCLE 257 

de défenseurs, avait pour avantage d'obliger l'ennemi à 
étendre ses lignes d'investissement. Robert Jolivet vint 
souder ses nouvelles murailles, à Test, sur celles de Guil- 
laume du Château (en J du plan, fig. 14), et descendant des 
escarpements du rocher, défenduparlaTourdu nord, jusque 
sur la grève, il flanqua ses murs, d'abord par une Tour K, 
formant un saillant considérable(l) destiné abattre les flancs 
des courtines adjacentes et à défendre le front de l'ouvrage 
ainsi que celui de la place ; puis il continua les murs au 
sud en les renforçant de cinq autres tours, dont l'une, N, 
est placée à l'angle obtus formé par les courtines. La der- 
nière Tour 0, dite du Roi, constitue le saillant sud-ouest 
de la Place et défend en même temps la Porte de la Ville 
(en 0' et P). A partir de ce point les remparts se retour- 
nent à angle droit, se relient par des escaliers, des che- 
mins de ronde crénelés, — commandés par un corps-de- 
garde P, — aux rampes escarpées du rocher inaccessible, 
dont les crêtes sont pourtant fortifiées et communiquent 
avec les défenses de l'Abbaye au sud. 

Les murailles et leurs bases en glacis sont défendues 
par des m&chicoulis placés au sommet, dont les consoles 
supportent des parapets découverts et crénelés. 

Les Tours K, L, N, 0, 0' étaient couvertes et ser- 
vaient de place d'armes ou d'abris pour les défenseurs 
des Remparts. Deux pot^nes existaient sur le front est ; 

1. Transformée aa xvi* siècle en boulevard ou ba$tillon. (Voir 
Remparts du xvi« au xix« siècle). 

17 



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258 



DBSGBIPnON 



Vxme, pratiquée dans la Tour L et protégée par les mâchi- 
coulis supérieurs, pouvait être affectée au ravitaillement 
par la mer ; l'autre, dite le Trou-du-Chaty était placée dans 
Tangle rentrant de la Courtine et du Boulevard (ou Bastil- 
Ion K, fig. 14). Nous donnons, fig. 90, le plan des dispo- 
sitions de ces deux poternes ; fig. 91 la coupe des mu- 
railles, et enfin, fig. 92 (page 260), la face Est de ces 
divers ouvrages militaires. 

La poterne du Trou-du-Chaty en A, est bouchée ac* 
tuellement ; on en voit l'ouverture intérieure joignant le 
flanc sud du Bastion K. Il en est de même pour la tour L 
(Tour Boucle) ; Tébrasement mtérieur de la poterne est 
également visible en B de la tour L, ouverte du côté de la 




90. — Remparts du xt« liècle. — Plan des Poternes de l'Eai. 



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BEMPARTS. — XY* AU XVI* SIÈCLB 



259 



Ville. La poterne du Tron-du-Ghat fermée, sans doute, 
par une herse en fer, était protégée à Textérieur par 
quatre mâchicoulis descendant plus bas que les autres. 




„.^f.AMnr.^ 



M. — RempftrU da xt« liAelt. — Coupe des mnnUIet. — FlaBC nord de la 
Teor Boucle. 



Elle s'ouTrait à la base des murailles à peu prés au niveau 
moyen des hautes mers {fig. 92, page 260). Elle servait à 



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260 



DBSCBIPnON 



la sortie comme à la rentrée des rondes qui pouvaient se 
faire à pïed, à marée basse, ou même en bateau, pendant 
le temps de la pleine mer ou des hautes marées. 

Dans le mur de la Courtine Est, en L' (fig. 14 et 92), 
une niche, vide aujourd'hui, contenait les armes de Robert 




■-* • " ^ iii^i 



T 



,*H. 



96. ~~ Remparts du xt« siède. — Face des Poternes de l'Est. 



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BEMPABTS. — XV* AU XVI* SlàCLB 261 

Jotivet, supportées, ou plas exactement, maintenues par un 
lion nsuvement sculpté. Ce bas-relief est actuellement dans 
TÂvancée de la Barbacane de la Porte du Roi (1); il est 
posé dans un créneau du mur latéral et il devra être ré- 
tabli à sa place primitive en L'. 

La Porte de la Ville, Porte du Roi (en P, fig. 14), bâtie, 
en même temps que les murailles et les Tours de TEst et 
du Sud, par Robert Jolivet, se trouve sur le front ouest 
de la place. Ses approches sont protégées, outre la Barba- 
cane, par la Tour du Roi et parles murs crénelés établis sur 
les rampes et les crêtes du rocher (en B.\fig. 14) domi- 
nant la Barbacane et l'Entrée de la Ville. 

La Porte qui s'ouvre dans la Courtine ouest, flanquée 
par la Tour du Roi , est un ouvrage fort intéressant. 
Construit en granit, comme tous les Édifices et les Rem- 
parts du Mont, il est composé avec beaucoup d'art et traité 
avec un soin extrême, tout en satisfaisant aux exigences 
multiples de la défense militaire. Précédées d'un fossé 
sur lequel s'abattaient les ponts-levis, lesquels formaient 
une première fermeture alors qu'ils étaient relevés, la 
Porte principale, destinée aux chariots, et la poterne laté- 
rale donnent accès dans la ville. Au-dessus des portes est 



1. Voir les Notes sur les Armoiries (fig. 5). » La partie du 
Rempart, appelée par quelques auteurs : Cour du Lion, sans autre 
raison que la présence du bas-relief (de Robert Jolivet) déposé 
accidentellement dans cette cour, devrait se noomier plus exacte- 
ment Avancée de la Barbacane. 



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262 DB3CBIPTI0M 

le Logis du gardien de la porte ou Logts du Roi, le chef 
de la Porte gardant pour le Roi (voir fig. 93). 

LÊ6ENDE DU PLAN (/If. M). 

A — Lt Porte principale. 

A* — Les rainures de la herse. 

A" — La Porte intérieure ten la Tille. 

B — La Poterne. 

G — Le Fossé. 

C* et G^ — Les Ponto-lOTis. 

D — La Tonr da Roi (premier Corps-de-garde» la Ville). An-dessos, ui réduit 

semblable, joignant le Logii du Roi. 
E — La Courtine de la Barbacane. 

F — U Rne de la ViUe (Entrée). 

G — La Tonr de l'Escadre on de l'Arcade. 

H — La Toor du Gnet (an-dessus et à côté en I),deQxièBe Gorpe-de-garde de 

UViUe. 



Âu-dessous du Logis du Roi, le passage principal  et 
celui de la poterne B correspondent , à niveau, avec un 
premier Corps-de-garde D, ménagé dans l'étage inférieur 
(au rez-de-chaussée) de la Tour du Roi. Le grand passage 
était fermé, outre Je pont-levis, par deux VMitaux, Fun 
antérieur, défendu par la herse A' (1) placée entre le van- 
tail et le tablier du pont-levis relevé ; l'autre, postérieur, 
en À", s'ouvrait en dehors sur la rue de la Ville, après 
que le portier avait constaté la qualité des arrivants et le 
contenu des chariots. La porte principale se fermait exté- 
rieurement en relevant le pont-levis C, au moyen des deux 
bras latéraux, abaissés de l'intérieur du passage (fig. 93 ter); 

1. La herse en fer, qui date de 1420, est eacore engagée dans 
les rainures latérales où eUe glissait. 



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BEMPABTS. — XV* AU XVI* SIBCLB 



263 



le pont-Ieyis latéral C" se manœuvrait également de rin-* 
teneur et venait fermer, extérieurement, la poterne en se 




93. — Remparts da zr» iiède. « Plan de FEairée de la Ville. — Porte du Roi. 



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264 DBSGBIFTION 

repliant verticalement contre elle dans une feuillure en- 







I bii. — Remparts du xt« siècle. — Porte da Roi. — Façade oaest (Étal actudj. 



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/f« ,f.» • . M» »i 1^ • ^i; i; 




93 <er. * Remparts do xt« liède. — Goape de la Porte da Roi. 
(ResUaralioo). . 



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266 DBSGBIPnON 

touraût l'ouverture (voir la façade de la Porte du Roi, 
/îflr. 93 bis). 

A l'extérieur, la Porte du Roi, fermée par son pont-levis 
relevé, sa herse et ses vantaux, était défendue par les 
mâchicoulis qui décorent la partie supérieure de la façade et 
dominent le fossé creusé à la base de l'ouvrage (/i^. 93 ter). 

La grande baie de la porte, fermée par un arc en ogive 
trés-obtus, est surmontée d'un vaste tympan encadré laté- 
ralement par deux petits contre-forts bordant les ramures 
des bras du pont-levis ; elle supporte une rangée de fines 
arcatures trilobées, sur lesquelles reposent les principales 
consoles, richement moulurées, desmàchicoulis supérieurs, 
qui soutiennent un parapet, crénelé et couvert, se reliant 
avec le crénelage des Tours et des murailles. La figure 93 bis 
donne la façade ouest de la Porte du Roi dans son état 
actuel ; la figure 93 ter, la coupe transversale de l'est à 
l'ouest de la porte avec son pont-levis (supposé rétabli), 
et la figure 94, la vue pittoresque prise de la porte de la 
Barbacane. 

Le tympan de la Porte du Roi est orné de sculptures 
dont les divers motifs superposés ont évidemment une 
signification symbolique. Les armes du Roi de France en 
forment le principal objet; elles étaient, au xv® siècle, 
d'azur à trois fleurs de lys d'or, la couronne Royale ouverte 
pour timbre et deux anges pour supports (1) ; au-dessous 

1. Oa distingue encore la forme générale de la couronne Royale ; 
les pièces de Técu sont e&cées et Ton ne voit plus, de cet éca et 



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L. Gauàmtl del & se, 

M. * RenpirU du x?« riède. — Porte da Rot. — État actael. 
(Vue priM df U Porte de la Bvbtcane). 



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268 DESGBIPnON 

des Armes Royales, deux lignes de coquilles, pièces du 
blason de l'Abbaye, sont posées deux à deux (1) et, au- 
dessous, un bandeau sculpté retrace les armes de la Ville 
qui porte : d'azur onde à deux poissons d'argent posés en 
double fasce. 

Cette composition héraldique nous a semblé intéressante 
à étudier parce qu'elle nous paraît être, dans son ensemble, 
la représentation de la hiérarchie sociale au moyen âge. 
Placées sur l'ouvrage fortifié dont elles décorent l'entrée, 
les armes pleines du Roi sont l'image de la puissance 
Royale; les coquilles rappellent V Abbaye, vassale du roi de 
France, et enfin le bandeau onde, c'est la Ville, tout à la 
foi^ vassale du Roi et de l'Abbaye (Nous donnons, fig. 95, 
un croquis de cette décoration supposée restaurée et, 
en A, un détail grandi de l'état actuel des armoiries). 

Plusieurs auteurs modernes ont cru pouvoir dire que 
les sculptures décorant le tympan de la Porte, reprodui- 
sent — uniquement — les armes de P Abbaye. Nous 
croyons, ainsi que nous venons de le dire, qu'elles repré- 
sentent, non-seulement les armes du Monastère, mais en- 
core celles de la Ville et principalement celles du Roi. En 

4e ses supports mutilés, que les silhouettes frustes gardant encore 
des traces de leurs formes primitives. 

i. Le manuscrit vfi 4902, conservé à la BibUothèque nationale, 
nous a donné des renseignements précis sur la décoration héral- 
dique de la Porte du Roi, ainsi que sur les dispositions des co- 
quilles, dont pn4evine aisément la forme sous l'écu, et qui existaien 
entières à la fin du xvi|« siècle. 



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BEMPABTS. — XV* AU XVI* SIÈOLE 



269 



outre des preuves graphiques fournies par la figure 95> 
nous indiquons quelques faits historiques du temps ; ils 
démontrent que le Roi de France devait poser ses armes 
sur les Remparts entourant son Moustier du Mont Sainct- 
Michel. 




A 

imX ACTVtL, 

95 ~ Remparts da xt« siècle. — Porte du Roi. — Armoiries du Roi, 
de TAbbiye et de la Ville. 

Au XV* siècle, TAbbaye-Forteresse, fidèle à ses anciennes 
traditions, tenait pour le Roi; c'est avec les ressources de 
l'Abbaye, et surtout à l'aide des secours qu'il obtint de 
Charles VI, que Robert Jolivet construisit les remparts de 
la Ville, de 1415 à 1420. Les Capitaines qui défendirent le 
Mont, de 1420 à 1449 — Jean d'Harcourt, Jean, bâtard 
d'Orléans, et Louis d'Estouteville — furent nommés par le 
Roi, sur la demande des Abbés, avec réserves de leurs 



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270 rascBipnoN 

privilèges acquis de garder eui-mdmes le Mont Saint- 
Michel (1). 

D'ailleurs les vestiges des armoiries ne se rapportent 
pas aux armes de TÂbbaye qui, du temps de Robert Jolivet, 
portait : d'argent à trois coquilles de sable, une crosse d'ar- 
gent pour cmier, et, par conséquent, son blason ne pouvait 
en aucun cas être timbré d'une couronne, tandis que le 
timbre de Pécu royal, parfaitement visible et que nous 
reproduis<ms en A, fig. 95, est un argument péremptoire 
à Tappui de notre assertion, concernant la description des 
armoiries multiples de la Porte du Roi. 

Les défenses de la Porte sont complétées à Tintérieur 
de la ville par un deuxième Corps-de-garde (I, fig. 93) 
établi dans la Tour de l'Escadre, ou mieux de l'Arcade, 
lequel communique : avec la Porte, la Tour du Roi et le 
premier Corps- de-garde, avec le Logis du Roi, au-dessus 
de la Porte, par un degré extérieur, et avec le crénelage 
des remparts par un escalier contenu dans une élégante 
tourelle, encorbellée sur la rue delà Ville, et dont le som- 
met servait de guette, d'où lui est venu son nom da Tourelle 
ou Tour du guet.Woir le plan, fig. 93, et la vue pers- 
pective , fig. 96 , montrant la Tour du guet , là mais(m 
du Corps-de-garde, le degré montant au Logis du Roi et 
aux Remparts, ainsi que la face intérieure de la Porte du 
Roi (2). 

1. Voir ci-après, le Siège de 1423 A 1449. 

2. Vue prise de Fhôtel de la Téte-d*Or et de Saint-Michel. 



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INTERIEUR DE LA VILLE. PORTE DU ROI ET TOUR DU OUET. 



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BBHPABTS. — Xy* AU XVI* SièCLB 271 

Vers 1420, la porte de la Ville devait être, comme les 
défenses militaires de ce temps, précédée d'mie palissade 
en bois ou barrière, qui fut bientôt remplacée par une for- 
tification phis importante. 

Dans les premières années du x?® siècle, Tartillerie à feu 
commençant à être employée avec succès dans les sièges, 
on reconnut qu'il était important d'éloigner l'assiégeant du 
corps de la place et de couvrir les approches des Portes par 
des ouvrages d'une certaine étendue, composés de murs 
épais, percés de meurtrières et peu élevés, afin d'être com- 
mandés par les Courtines ou les Tours. 

L'habile Capitaine qui défenditle Mont, de 1425 à 1434, 
reconnut la nécessité de fortifier l'Entrée de la Ville par 
des travaux avancés, et il éleva la Barbacane qui pro- 
tège la Porte du Roi (en R, fig. 14). C'est à Louis d'Es- 
touteville, nommé, par le Roi, GouTmieur militaire et 
succédant, en 1425 , à Jean d'Harcourt, à Jean d'Or- 
léans (Dunois) et à son Lieutenant Nicolas Paisnel» qu'il 
faut attribuer cet ouvrage. Il se compose d'un mur épais, 
formant un saillant très-aigu vers le sud-ouest, et ména- 
geant une place d'armes en avant de la Porte. (Voir 
en A (page 272) le plan , fig. 97. D et D' sont la Porte 
et la Poterne de la Ville, E la Tour du Roi.) 

La Porte de la Barbacane et sa poterne s'ouvrent, en B 
et en C, sur la face ouest de la Courtine, flanquée par un 
Redan, en quart de cercle, conmiandant l'Entrée et abou- 
tissant à la base du rocher, maccessible sur ce point. Les 



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97. — Rempurti da xt« aiède. — Pltn de U Bârbmoe de U Porte 
daRoi. 



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BBMPARTS. — XV* AU XVI* SIBCLB 273 

murs sont percés d'embrasures pour des fauconneaux ou 
des couleuvrines» au sud, à l'ouest et dans le redan (voir 
en X); le sommet des murs est percé d'archères et de 
meurtrières, pourvues d'une mire circulaire au milieu, pour 
les tra$ts à poudre — première idée de l'arquebuse — con- 
nus dès le XIV* siècle et qui commençaient à servir à la dé- 
fense des places, ou bien pour les canons à matn, c fusil 

portatif employé au siège d'Ârras en 1414 ; on voit 

le canon à main apparaître au commencement du xv* siècle. 
Ces canons furent employés pendant toute la durée des 
guerres avec les Anglais » (1). 

L'avancée de la Barbacane était formée par une palis- 
sade en bois, selon les habitudes militaires du temps ; cette 
barrière fut remplacée au xvi* siècle [par un ouvrage plus 
solide en maçonnerie (2). 

Quelques historiens de nos jours croient pouvoir affir- 
mer que la Porte du Roi aurait été construite, en 1425^ 
par Louis d'EstouteviUe et l'Abbé Jean Gonault, Vicaire- 
Général, remplaçant Robert Jolivet qui avait abandonné le 
Mont depuis 1420. 

Il suffit de se rendre compte^ de la situation historique 
du Mont Saint-MicheU de 1420 à 1449, pour être con- 
vaincu que cette importante construction existait déjà 



i. Histoire du Costume en Francs, depuis les temps les plus 
reculés jusqu'à nos Jours, par M J. Quicberal. Pai*i8, 1875. 

2. Voir d-après, et ausai TAvancée de la Barbacane {fig, 98). 

18 



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274 DBSCBipnoif 

depuis plusieurs années lorsque le commandement de la 
place fut confié, par le Roi> à Louis d'Eslouteville, en 
1425. Le Capitaine du Mont et son Abbé songeaient alors 
à protéger la Ville par de grosses défenses, établies rapide- 
ment pour renforcer les Remparts, phitôt qu'à orner ses 
murs ou sa Porte de fins ouvrages, longs, coûteux, et qui 
n'ajoutaient rien à la solidité de la place. 

La porte du Roi fut très-certainement bâtie, comme les 
Remparts, par Robert Jolivet, de 1415 à 1420, avant les 
premières attaques des Anglais. 

En 1423, les Anglais, retranchés sur Tombelaine de- 
puis plusieurs années, inquiétaient le Mont et escarmou- 
chaient constanmient avec la garnison. Ils • s'assemblèrent 
en bon nombre et veinrent poser le siège, tant par terre 
que par mer, le roy d'Angleterre ayant envoyé un grand 
nombre de vaisseaux, tous chargés d'hommes d'armes 
et de munitions, avec force artillerie pour battre la place 
à bon escient » (1). 

Jean V, Duc de Bretagne, débloqua le Mont et ravitailla 
la place. Nous avons raconté ce fait de guerre en décrivant 
les Façades et défenses extérieures de la MerveUle (voir Fon- 
taine Saint-Aubert) ; nous continuons à reproduire les 
récits de Dom Jean Huynes, qui nous fournissent les plas 
intéressants détails sur les péripéties du long siège et de 
l'investissement que le Mont soutint et subit de 1423 
à 1449 : 

1. Dom JeaD Huynes (Histoire générale, etc.). 



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BEMPARTS. — XV* AU XVI* SIÈCLE 275 

c Les ÀBglois noDobstant, espérant toujours de s'en 
rendre maistres, s'avisèrent, après que ce siège fut levé, de 
faire une forle bastille sur la rive d'Ardevon et, le dix- 
septiesme de septembre de la susditte année mil quatre 
cens vingt trois, y firent entrer une garnison, qui alloit or- 
dinairement courant et rodant par les grèves pour escar- 
moucber ceux qui sortoient ou entroient en ce Mont et 
empescher qu'on y apportast des vivres. De quoy les ha- 
bitants de ce rocher, se sentants grandement incommodez, 
eurent recours à Messire Jean de la Haye, Capitaine de la 
ville du Mans, auquel ils firent entendre leur affliction, le 
priant de les venir secourir, ce qu'il fit en arrivant un 
jour avec sa Compagnie, sur les deux heures après midy, 
pendant que les Anglois couroient sur les grèves d'entre 
ce Mont et leur bastille. Il les surprit et en tua pour le 
moins deux cens, entre aultres Nicolas Bourdet, fort estimé 
entre eux. Or, jaçoit qu'ils eussent esté vaincus encore 
cette fois-lk, ceux qui restèrent n'abandonnèrent point 
néantmoins cette bastille jusques à ce qu'ils la bruslèrent 
l'an mil quatre cens vingt sept, le vingt quatriesme de 
febvrier avant que d'en sortir..... » 

c Jean, Bastard <l'Orléans, ayant esté deschargé de la 
Capitainerie de cette plac^eparle Roy, l'an mil quatre cens 
vingt cinq, Sa Majesté establit en sa place la mesme année, 
le second jour de septembre, Louys d'Estouteville, Sire 
d'Auseboc et de Moyon, lequel fut reçeu en ce Mont avec 
les conditions et conservations des privilèges de ce Monas- 



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276 DESCRIPTION 

tère. Et de ce le Roy Charles septiesme en donna des 
Lettres, le vingt sixiesme d'Octobre de la mesme année. Et, 
le dix septiesme de novembre ensuivant, ce Capitaine, à la 
supplication des Religieux, deffendit qu'aucune femme ne 
demeurast en Tenclos de cette Abbaye et que nul n'y fût mis 
prisonnier en temps de guerre ou de paix, si ce n'estoit 
pour quelque grande cause et moyennant le consentement 
des Religieux. Et de plus donna des patentes, le vingt et 
uniesme du mesme moys, par lesquelles il déclaroit en- 
core que la Capitainerie de ce Mont appartenoit à l'Abbé 
et qu'on ne pourroit tirer à conséquence d'en mettre un 
autre la guerre finie. Pour confirmer tout ce que dessus, 
le Roy, la mesme année, le troisième de décembre, en 
donna une ample déclaration, où il met plusieurs choses 
dignes de remarque touchant ce Mont selon que s'ensuit : 
c Charles, par la grâce de Dieu Roy de France, à tous 
ceux qui ces présentes Lettres verront j ^alut. Reçeue 
avons, humble supplication des Religieux et honnestes 
hommes les Vicaire apostolique et Coavent de nosMoustrer 
du Mont Sainct-Michel, contenant comme iceluy Moustier ait 
esté premièrement fondé par la révélation et commande- 
ment du benoist Arcange Monsieur Sainct Michel et par 
luy dédié consacré et du tout appliqué aux usages divins 
et la Religion ordonnée en iceluy pour y servir à Dieu, et, 
afin que iceluy très sainct lieu fust plus reveremment 
maintenu et gardé et le divin service à l'honneur dé Dieu 
et du benoist Arcange en iceluy fust entrefaict et continué 



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BBMPABTS. — XV* AU XVI* SIECLE 277 

en plus grande paix et tranquillité, et aussy en considération 
de ce que les Abbez et Religieux dudit lieu qui ont esté 
fondez en partie et augmentez par nos prédécesseurs et 
ont eu en tout temps Thonneur et renommée d'avoir esté 
preudhommes, dévots et religieux à Dieu, bien obéissants 
et d'entière et parfaicte subjection et loyauté à nos dits 
prédécesseurs, comme leurs Princes avoyent toujours es 
temps passez bien et loyalement gardée et tenue ladite 
place en l'obéissance et Seigneurie de France »... 

c Après tout ce que dessus, il est faict en ces Patentes 
une récapitulation assez longue de tous les privilèges donnez 
par ses prédécesseurs en cette Abbaye, touchant le droict 
de Capitainerie appartenant à l'Abbé, selon que nous avons 
montré ci-dessus 

• Pourquoy Nous, ces choses bien considérées, bien 
cognoissans que parleur bonne industrie, grant loyauté et 
diligence, ladite place a esté préservée des ennemys et 
gardée à nous, seule à présent au pays de Normandie par 
cette guerre, et que à ce faire ont mis et exposé corps, biens 
et quanques Dieu leur avoit preste en grant patience, dont 
ils sont et seront reconunandables à toujours et dignes de 
nostre grâce et rémunération, laquelle et leurs droicts vou- 
lons et voudrons plus amplement et libéralement aug- 
menter et accroistre envers eux et ledit Moustier, comme 
le plus desservant vers nous et pour la parfaicte dévotion 
et singulière fiance que nous avons au benoist Arcange 
Sainct Michel et son église et à ce que lesdits Religieux 



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278 DBSCBipnoN 

soient plus encUns et obligez en iceluy Moustier pour 
nous et les nostres, voulons et ordoonoos. et de espe- 
cial grâce octroyons auxdits Religieux présens et à ve- 
nir, etc 

c Après ce que dessus il s'adresse à tous ses Justiciers, 
Lieutenants, Capitaines et autres, et leur conunande de 
n'aller au contraire, et finallement au bout des dittes Pa- 
tentes sont ces mots : < Par le Roy en son Conseil, auquel 
ia Royne de Cicile, messieurs les Comtes de Foix et de 
Vendosme, Mons. l'Archevêque de Toulouze, l'Evesque 
de Laon et austres estoient. Signé : Alain, avec un paraphe 
et le grand sceau du Roy à double queue » (1). 

Le Roi Charies VII, ne pouvant envoyer aucun secours 
aux Religieux, leur permit • pour l'espace de trois ans, de 
battre toute sorte de monnoye en ce Mont, qui eut cours 
par toute sa domination.... ; les actes de concessions sont 
es archives, dattéesdel'an 1426 » (2). 

c Tandis que le Roy de France donnoit plusieurs beaux 
privilèges à ce Monastère, les Anglois tachoient de le sur- 
prendre et de s'en rendre maistres. Nous avons desjà dit 
qu'ils avoient faict réparer et fortifier le roc de Tombe- 
laine et mis sur iceluy une forte garnison. Icelle estoit 
tous les jours aux attaques et escarmouches contre ceux 



1. Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.) 

2. Histoire générale du MofU Saint'Michel, etc., publiée par 
M. de Roi>ilUrd de Beaure paire... Ma. d'AyraDchea, n* Î09. 



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BBMPABTS. — XV* AU XVI* SIÈCLE 279 

deceMoDt^ lesquels, à la vérité, en estoient graDdement in- 
commodez, particulièrement lors que ces ennemys se fai- 
soient assister des autres garnisons d'autour de ce Mont. 
Mais un jour ils laissèrent tous leurs carcasses sur les 
grèves, car, ceux de ce Mont s' estant résolus de les pour- 
suivre et charger à toute outrance, ils le firent si brusque- 
ment et courageusement, Tan mil quatre cent vingt cinq 
vers la Toussaincts, qu'ils les laissèrent . presque tous 
occis et estendus sur les grèves, ce qui fachoit grandement 
tous les autres Ânglois, qui maudissoient tous ceux de ce 
Mont tandis que le Roy de France les bénissoit. Et ce à 
bon droict car, outre la valeur des soldats qui y estoient 
à son service, les Religieux n'espargnoient rien pour 
se maintenir sous son obéissance. Jusques là non con- 
tents d'employer toutes les provisions de ce monastère et 
tout l'argent monnoyé qui y estoit, engaigèrent au Duché 
de Bretagne, à Dol et à Sainct-Malo, les croix, calices, 
chappes, mitres, bâton pastoral et toutes autres choses, 
pour ayder à sustenter de leur bon gré la garnison qui es- 
toit en ce Mont et ayder à plusieurs Gentilshommes, qui 
aussy les aydoient à deffendre cette place contre les An- 
glois » (1). 

L'Abbaye a inscrit, dans ses Annales, les noms des Gen- 
tilshommes qui, sous les ordres de Louis d'Estouteville, 
la défendirent contre les Anglais. Dom Jean Huynes en 

i. Dom Jean Hoynes (Histoire générale^ etc.)* 



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280 



DB8CBIPTI0M 



cite quatre-vingt-dix-Doof que nous donnoDS dans Tordre 
suivi par cet historien : 



i. CharletiepUMme.RoydeFrâoee 


36. G. de la Mote. 


t. Looyi d'Estoiit«Tine. 


37. L. de U Mote. 


3. Det Petneinx. 


38. M. de Plom. 


4. De Criqay (de Gréqny). 


39. P. Le Gry8. 


5. s. de GoymTiié (de Gaéméoée). 


40. L. de U PaUieUe. 


6. De U Haye. 


44. L. Goyton 


7. André do Pys (du Pu-««). 


49. De Naatret. 


8. G. de ManneTine. 


43. H. L. Gryt. 


9. De BriqaeTiUe. 


U. De Hally. 


40. DeBiart. 


45. De Metle. 


il. De la Laeerae. 


46. G. de Fontenny. 


IS. De FolUfny. 


47. G. Le Vicomte. 


13. R. de Bréeé (Bréié). 


48. Tonroebo. 


14. Le Baftard d'AoMeboe. 


49. R. Honel. 


15. G. Hé. 


50. H. Thetart. 


46. R. Roouel. 


54. F. Hérault. 


47. De Golombièrei. 


69. L. de la.Mote. 


48. G. de Sainct^îermain. 


53. Le bastard Pigace. 


49. D*Aiitiay8. 


54. A. de Longnes. 


SO. De Verdun. 


55. L. de Longuet. 


S4. G. de Ëelqoilly. 


56. De Folligny. 


SI. De ra Haye de Arm (De la 


57. Aux Espaolet. 


Haye de Harra). 


58. Le Bartard de Grombœnf. 


S3. G. Pigace. 


59. R. de BriqaeTiUe. 


94. L. Pigace. 


60. G. Benotst 


95. L. DesqniUy. . 


64. P. de Viette. 


96. R. do Homme. 


69. G. Hamon. 


97. T. de Percy. 


63. L. Hartel. 


98. Nel. 


64. R. de aymchamp (de Clin- 


99. De Veyx (de Ve^). 


champ). 


30. De U Haye Ufie. 


65. De Montiert (det Montiersj. 


34. L. de Noey. 


66. G. Detpat. 




67. E. AnW. 


33. L. Deipas. 


68. F. de Mardllé. 


34. G. de Prettel. 


69. E. d'Orgeral. 


35. G. de Gnit. 


70. L. MaMire on M alife. 



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BBMPABT3. — XT* AU XVI* SIÂGLB 



281 



7i. De U Mare. 


86. De U Mare. 


7t. R. de Nantret. 


87. S. Flambart on Lambart. 


73. P. Baicon. 


88. B. de Mons. 


74. Le BatUrd de Thorigni. ^ 


89. De Cnslé. 


75. L. de la Champaigne. 


90. Le BasUrd de Gombré. 


76. G. de BroUly. 


91. P. AUart. 


77. P. do Moulin. 


9S. R. dn Homme. 


78. L. Goohier. 


93. S. de Sainct^ermain. 


79. R. de Régnier. 


94. L. de Garpentier. 


80. R. Lambari oo Flambart 


95. L. de Pont-Fonl. 


81. R. de BaUUenl. 


96. 6. de Semilly. 


81. P. Daolcayt. 


97. R. de Semilly. 


83. L. Gnérin. 


96. De la Mote Yigor (de la Motte 


84. G. de la BoorgainoIIes. 


Vigor). 


85. Tm Prionx Yagn^de^er (?). 


99. L. Lebmn. 



c Nota, n est faict mention de vingt autres Gentils- 
hommes qui deffendirent avec ceux-cy cette place, les 
noms desquels ne se peuvent lire. Les noms des susdits 
Gentilshommes et leurs armes se voyent en cette église de 
Sainct-Michel, sur une muraille vis-à-vis de l'autel Sainct- 
Sauveur, avec le titre tel que s'en suit : Suivent les noms 
et armes des Gentilshommes, lesquels, avec le sieur d'Es- 
touteville, Capitame de ce Mont Sainct-Michel, gardèrent 
ladite place contre la puissance des Anglois, qui pour lors 
occupoient toute la Normandie hormis ce lieu, durant le 
règne de Charles septiesme, lesquels noms ont été remys 
icy parles ReUgieux de ce lieu, suivant l'ordre trouvé dans 
les archives de cette Abbaye, le dixiesme de mars l'an mil 
six cens trente. Ces noms furent mis pour la première fois 
au lieu susdit, l'an hûI quatre cens vingt sept. Or bien que 
nous ayons leu des historiens qui les rapportent autre- 



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282 DBSCBIPTION 

ment, toutefois nous ne les croyons et, s'ils yeulent dire 
la vérité, ils doivent les mettre selon l'ordre sus-dit, car les 
archives de cette Abbaye sont plus véritables. Et Gabriel 
du Moulin, autheur récent, à la fin du catalogue qu'il a faict 
desdits seigneurs, met : Ces noms et armes furent posez 
lors que les Anglois estoient devant Sainct-Sauveur, au lieu 
qu'il devoit dire : t Ces noms et armes furent posez par le 
commandement des susdits Seigneurs en un grand tableau. 
Fan mil quatre cent vingt sept, en l'Église du Mont Sainct- 
Michel devant l'autel de Sainct-Sauveur, lors que les 
Anglois occupoient toute la Normandie et tenoient as- 
siégé le susdit Mont Sainct-Michel » (i). 

Nous reproduisons également les noms suivants com- 
plétant, selon un historien de nos jours (2), non pas la 
Luitte d'armesy — c'est plutôt la Liste, ou Litre, — mais 
le tableau dont parle Dom Jean Huynes : 



De U Honaiidaye. 
De Torigid. 
De Borileaox. 
P. de GripeL 
De BeaaToir. 
De TooraemiDe. 
De GaroQget. 
T. Piroa. 
DAMQBlcair. 
De Vair. 
De Qaentm. 



De la Brayeax. 
De Rooencestre. 
De Conlonces. 
De BricqaebcBof. 
DeCantUly. 
L. Beaoist. 
De Clerc. 
De Bences. 
Misaard oq MUlaid. 
L. Drarari. 
6. Artor. 



1. Dom Jeao Huyoes {Histoire générale, etc.). 

2. M. l'Abbé E A. Pigeoa. — Description historique et monu- 
mentale du Mont Saint-Michel, etc. — Avranches, 1S65. 



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BEMPABTS. — XV* AU XVl* SIECLE 283' 

Cette liste additionnelle porterait à 121 le nombre des 
Chevaliers défenseurs du Mont, ou seulement à 120 sans 
y comprendre le Roi ; cependant l'historien précité (1) 
l'arrête kH9 chevaliers proprement dits, en exceptant le Roi 
et les deux chefs. Celte appréciation, toute modemey nous 
parait être quelque peu hasardée, parce qu'elle ne com- 
prend pas les deux chefs, — soit Louis d'Estouteville, qui 
était pourtant un des plus vaillants Chevaliers, et son Lieu- 
tenant inconnu, au moins en cette qualité, — parmi les 
défenseurs du Mont, et qu'elle en fiie arbitrairement le 
nombre à 119. Nous ne croyons pas qu'il soit possible 
de détermmer exactement ce dernier point, car, du com- 
mencement du siège en 1423, à 1449, date de l'abandon 
définitif de Tombelaine, marquant la fin des guerres avec 
les Anglais, les Gentilshommes qui se joignirent successi- 
vement à Louis d'Estouteville et aux Abbés, pour dé- 
fendre la Ville et l'Abbaye, pendant une période de vingt- 
six années, durent être beaucoup plus nombreux que ne 
l'indique la liste citée plus haut, donnant seulement les 
noms de 118 ou de 120 d'entre eux. 

Il faut remarquer d'ailleurs que Dom Jean Huynes ne 
parie pas du chiffre — légendaire — de 119 ; il se borne 
simplement à citer 99 noms qu'il a pu voir f en un grand 
tableau devant l'atttel Samt-Sauveur t notant que de 20 
autres Chevaliers • les noms ne se peuvent lire, » ce qui ne 

i. M.rabbéE. A. Pigeon. 



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284 DESCRIPTION 

âonnerait, en exceptant le Roi placé en tète du tableau, 
que 118 noms * posez par le commandement des susdits 
Seigneurs » en Tannée 1427, et prouverait que, au commen- 
cement du siège, ou même de cette dernière date à 1449, 
le nombre des Chevaliers défenseurs du Mont a dû être 
beaucoup plus considérable que 119. 

c Les gentilshommes susdits, faisant peindre leurs 
noms sur la muraille susdite, n'estant encore parvenus au 
bout de leurs victoires, monstroient assez la bonne résolu- 
tion qu'ils avoyent de persévérer et résister jusques à la 
fin à tous ceux qui voudroient s^emparer de ce Mont au pré- 
judice du Roy de France, ce qu'ils tesmoignèrent en eSect, 
car, les Anglois ayant sçeu et veu que le feu avoit réduit en 
cendres, par cas fortuit, une bonne partie de la ville de ce 
Mont, le lundy de Quasimodo en l'an mil quatre cens trente 
trois, de là ils conjecturèrent qu'ils pourroient facilement 
se rendre maistres du reste du rocher. C'est pourquoy ils 
se préparèrent d'exécuter leur dessein et, ayant bien con- 
sidéré le flux et reflux de la mer, voulant jouer de leur 
reste l'an mil quatre cens trente quatre, le dix septiesme de 
juin, ils veinrent environ vingt mille (ce nombre semble 
incroyable à quelques uns, le croira qui voudra, je l'ay 
vu, fol. 177) sous la conduite du Sieur d'Escailes, bien 
armés de pied en cap, menans quant et eux des machines 
espouvantables et plusieurs instruments de guerre, avec les- 
quels ils assaillirent si furieusement les murailles de la ville 
qu'ils y firent une grande brèche, de sorte qu'ils croyoient 



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REMPABTS. — Xy* AU XVl' SIECLE 285 

desjà ville gaigoée, mais> yenants à l'assault, ils furent si 
vivement repoussez par iesdits Seigneurs et leurs Gens d'ar- 
mes que presque toute cette troupe angloise demeura 
morte et estendue sur les grèves (i). Quelques uns qui en 
eschapèrent se réfugièrent dans la bastille d'Ardevon, qu'ils 
firent réparer et fortifier pour, lors qu'ils pourroient, reve- 
nir chercher des coquilles en ce Mont et en achepter a 
meilleur marché. Toutefois ils n'y demeurèrent que jusques 
au vingt et uniesme janvier de l'an mil quatre cens trente 
cinq, auquel temps ils en sortirent l'ayant bruslée aupara- 
vant. Cette victoire fut grandement remarquable et tôut-à- 
fait miraculeuse (et peut être comparée à ces illustres 
batailles de Josué contre les ennemys du peuple de 
Dieu) (â) ; car en cette grande deffecte des ennemys , de 
tous ceux qui deffendirent ce sainct lieu il n'y en eut aucun 
tué ny mesme blessé. De quoy tous rendirent grâces infi- 
nies après à la Vierge, au glorieux Archange Sainct-Michîel, 
Prince de la milice céleste, etàSainctAubert, l'honneur et 
la gloire des Prélats de ce diocèse; Nous voyons encore 
aujourd'huy des marques de cette tant signalée victoire. 
Cette grosse pièce d'artillerie qui est entre les portes de la 
ville, celle qui est sur la terrasse, appelée la Pilette, et plu- 

1. « Ilâ furent reçeus et si yertement repoossés par ceui^ de ce 
Mont, conduits par Louys d'Estouteville, qu'il demeura presque 
deux mille Anglois de tués dans les muraille» et sur les grèves. y> 
Ms. d'Avranches, ii«209, p. 134. (Publié par M.. de Eobillard de 
Beaurepaire.) 

2. , Ms. d'ÂTranches. (Ibid.) 



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286 DBSCBiPnOM 

sieurs antres qui soot eDcore en ce Mont, sans compter ce 
qu'oD en a autrefois vendu» sont des marques infaillibles 
de leur déroute. C'est ce que nous ont laissé ces ennemys» 
qui ne cessèrent d'envyer sur cette place jusques à ce que 
Charies septiesme, dans un an et vingt quatre jours à comp- 
ter depuis la surprise de Verneuil, qui fut le dix neufiesme 
de juillet de Pan mil quatre cens quarante neuf, jusques à 
la reddition de Cherbourg, qui fut le douziesme d'août de 
l'an mil quatre cens cinquante, reconquist toute cette 
grande province de Normandie et luy fit jouir de la pro- 
fonde paix qu'elle desiroit il y avoit jà longtemps, i 

c Les guerres finies, la Capitainerie de ce Mont devoit 
retourner à l'Abbé selon les privilèges susdits. Néantmoins, 
soit de peur que les troubles ne recommencent ou autre- 
ment, l'Âbbé Guillaume d'Estouteville, lors Commendataire 
de cette Abbaye, qui demeura toujours hors de ce Mont, la 
laissa à son frère, Louys d'Estouteville, Sieur d'Estouteville 
et de Hambye à raison de sa femme, à quoy s'accordèrent 
les Religieux, tellement qu'il continua d'en estre Capitaine 
jusques au vingt et uniesme d'aoust de l'an mil quatre cens 
soixante quatre, jour qu'il mourut. Incontinant après, Jean 
d'Estouteville, ChevaUer, Sieur et Baron de Briquebec, 
postula au Roy Louis onziesme cette charge, laquelle luy fut 
donnée et en eut des Patentes (les Lettres sont en ce Monas- 
tère) le vingt cinquiesme du susdit moys d'aoust, en vertu 
desquelles il donna commission à Robert Josel d'en venir 
prendre possession en son nom, ce qu'il fit la mesme 



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REMPABTS. — XV* AU XVI* SliCLB 287 

aDDée» le pénultième jour de septembre. A quoy s'opposa 
Frère Jean d'Adam, Vicaire temporel et spirituel de Guil- 
laume d'Estouteville, Abbé commendataire de ce nom, au 
nom du susdit Abbé, à raison de privilèges donnez à cette 
Abbaye touchant ce droict et ainsy que. nous avons faict 
veoir cy-dessus, et en advertit cet Abbé, lequel, l'an mil 
quatre cens soixante cinq le vingt troisiesme décembre, 
obtint des Lettres du Duc de Normandie, Charles, frère du 
Roy, confirmatives des privilèges de ce Monastère touchant 
le droict de Capitainerie, avec deifensse audit sieur de Bri- 
quebec d'aller au contrabe. Or nonobstant tout cela ledit Jean 
d'EstoutevilIe demeura Capitaine de cette place. Et pour 
lors, comme nous pouvons conjecturer, l'Abbé et les Reli- 
gieux consentirent que doresnavant, pour une plus graûde 
seoreté de la place, le Roy et ses successeurs y pourvoi- 
roient d'un Capitaine, lequel avec l'Abbé et les Religieux 
auroient soin de maintenir cette place sous l'obéissance de 
Leurs Majestez. Ce qui se pratique encore, les Religieux 
ayants la moytié des portes et des roues et de tous autres 
endroits par lesquels on pourroit entrer en cette Abbaye, 
et les Gouverneurs l'autre moytié ; les Gouverneurs payant 
des deniers du Roy leur Lieutenant et soldats qu'ils mettent 
pour garder cette place, outre l'assistance qu'ils ont de 
certains morte-payes. » 

c Depuis l'institution de Jean d'Estouteville pour estre Ca- 
pitaine de cette place jusques en l'an mil cinq cens septante 
cinq, nous ne retrouvons presque rien touchant les soldats et 



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288 DBSOBIPTION 

ne sçavoDS combien de temps ledit Jean d'Estonteville fut 
Capitaine ou ce qu'il y fit. Après luy les Sieurs de Boschs^e 
en eurent longtemps le Gouvernement. L'an mil quatre cens 
septante quatre le Comte de Boschage, Capitaine de ce 
Mont, obtint une lettre du Roy Louys onziesme pour con- 
traindre au guet les habitans de cette Ville, tant nobles 
que rotiiriers » (1). 



REMPARTS DE LA VILLE 



m. — DU XVI* AU XIXe SIÈCLE 

li^artillerie à feu, qui avait fait de si grands et de si ra- 
pides progrès à la fin du xv^ siècle et dont les effets étaient 
déjà si puissants, changea les conditions de l'attaque et par 
conséquent de la défense. Dès le commencement du 
xvi®. siècle, l'art de la fortification se perfectionne ; bien 
des places de guerre se modifient à cette époque et leurs 
Capitaines s'ingénient à renforcer leurs ouvrages ou à créer 
de nouvelles défenses, propres à résister aux nouveaux 
moyens d'attaque. 

Par sa situation exceptionnelle au milieu des grèves dan- 
gereuses, qui déjouaient toute tentative d'investissement, et 
mettaient la place à l'abri d'un siège régulier, parce qu'il 
était impossible d'entreprendre tous les travaux d'approche, 

1. Dom Jean tlujnes (Histoire générale, etc.). 



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REMPARTS. — XVl' AU XIX* SIECLE 289 

de tranchées, d'établissemeDt de batteries de brèche, né- 
cessairement longs, difficiles, et à Texécution desquels les 
marées périodiques opposaient un obstacle insurmontable, 
— le Mont Saint-Michel pouvait, mieux que toute autre for- 
teresse, trouver dans ses anciennes murailles une protection 
suffisante. Cependant nous voyons, sous François P', ses 
Remparts se modifier, suivant les progrès de l'art militaire 
du temps : en renforçant l'ancienne Sarbacane de la Porte de 
la Ville par un solide ouvrage avancé ; en construisant, à 
Fouest et sur un point stratégique hnportant, une Tour 
plate-forme renfermant plusieurs batteries à tir rasant, et 
enfin, en transformant également en batteries couvertes et 
découvertes deux des anciennes Tours des fronts Est et 
Sud des Remparts. 

Ces modifications sont peut-être moins importantes et 
moins caractéristiques ici que partout ailleurs, en rai- 
son de la position extraordinaire du Mont Saint-Michel. 
Néanmoins elles nous ont paru intéressantes à constater, 
parce qu'elles nous permettent de suivre et d'étudier les 
transformations architectoniques qu'ont subies les dé- 
fenses de la Ville, et parce qu'elles rentrent d'ailleurs dans 
le cadre que nous nous sonmies tracé. 

Pendant les premières années du xvi^ siècle, le système 
d'attaque employé précédenmient était encore suivi, et tous 
les efforts des assaillants se concentraient sur les Portes. 
Les anciennes Sarbacanes étaient devenues insuffisantes ; 
on les renforça alors par une Avancée, disposée de façon 

19 



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290 DBSCBIPnON 

à recevoir dn canon, afin de défendre les abords de PEn- 
trée. Nous trouvons, au Mont Saint-Michel, un ouvrage 
ajouté à la Barbacane du xy"" siècle et construit dans ces 
conditions. 

L'Avancée de la Barbacane de la Porte du Roi (S, fig. 14) 
remplaçant la palissade, ou barrière en bois, là où est ac- 
tuellement l'Entrée du Mont, a été construite par Gabriel 
du Puy vers 1530. Elle présente, au sud, un front relié à 
la courtine ouest de la Barbacane E, et défilant l'entrée de 
ce dernier ouvrage ; à l'angle ouest se trouve un corps-de- 
garde, à gauche (par rapport à l'arrivant), en A, f>g. 98 de 
la Poterne B et de la Porte principale G ; celle-ci était 
fermée par un vantail s'ouvrant extérieurement, afin de 
résister mieux à toute tentative d'enfoncement, ou même à 
la pression des eaux pendant les hautes mers. Le tympan 
de la grande Porte devait porter des armoiries, — celles du 
Roi François V sans doute, — que nous avons indiquées 
dans le projet de restauration (face sud). Entre la Porte et 
la Gourtine, une embrasure de canon perçait le mur et 
permettait de battre les approches de l'Avancée. Enfin, 
dans la cour, un petit mur crénelé (1) D, s'appuyant sur 
le redan de la Barbacane et communiquant avec le Gorps-de- 
garde A, formait une seconde ligne de défense qui permet- 



1. Le bas-relief représentant les armes de Robert JoUyet main- 
tenues par un lion, se trouve actuellement dans un des créneaux 
de ce mur. 



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REMPABTS. — XVI* AU XIX* SIÈCLE 



291 



tait de protéger TEotrée de là Barbâcane après que la 
Porte de TÀvancée était forcée (voir la ^. 98). 




96. — Plaa de rAvancée de la Barbacane (Première Porte de la Ville). 

Une gravure du ivu"" siècle (1) indique, eu avant de 
l'Avancée, une barrière en dedans de laquelle se dressent 
les fourches patibuiatres àe rÂbbaye(enO, fig. 98). Nous 

1. Topographia Galli»^ de Mërian, 1657 (voir fig. 101). 



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292 DBSCBipnoN 

ne connaissons aucun fait historique indiquant qu'elles 
sdent servi à autre chose qu'à manifester la puissance des 
Âbbés et leurs droits seigneuriaux. 

Au milieu de cette barrière s'ouvrait une porte (S', fig. 
14 et 98), fermée par un panneau roulant sur un axe 
horizontal. Le nom de Porte Bavole, donné par quelques 
historiens à la première entrée de la Ville, doit provenir 
de ce genre de clôture, havole pour bavokr, voltiger, 
indiquant une fermeture légère et facUe à manœuvrer. 

De l'Avancée jusqu'au sud-ouest, où se trouvaient les 
magasins de l'Abbaye, le rocher seul forme une défense 
infranchissable ; cependant son sommet est bordé d'un 
mur crénelé (R', fig. 14) se rattachant aux chemins de 
ronde extérieurs, entourant les Jardins de l'Abbaye au sud, 
dont l'angle sud-ouest est surmonté d'une échauguette 

(Q, fig. 14). 

Au pied du rocher, vers l'ouest, s'élevaient les bâtiments 
(V, /^. 1 4) qui dépendaient de l'Abbaye et renfermaient ses 
magasins, nommés les Fanils ou Fanis (de fœnum, fom, 
ou mieux, de fœnile, lieu où l'on serre le foin). Ils furent 
élevés, ou rebâtis, au commencement du xiv* siècle, sur 
l'emplacement de constructions plus anciennes remontant 
à Robert de Torigni (1). Il reste quelques vestiges de 
ces bâtiments (à l'ouest, en V, fig. 14) sur lesquels s'é- 
lève la caserne actuelle, bâtie en 1818. L'Entrée des 

1. Voir Robert de Torigni, •* Poulains. 



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RBMPABTS. — XVI* AU XIX* SIÈCLB 293 

Fanik était défendue par une Tour (1) flanquant l'angle 
sud-est, dont on voit la base (en V, fig. 14); elle fut, au 
XYi* siècle, précédée d'un rat;e/m percé d'embrasures, qui 
existe encore aujourd'hui et forme une première cour. 
Les' magasins avec leurs greniers, le four abbatial, les 
écuries, les étables, etc., s'étendaient de chaque côté delà 
deuxième cour intérieure au delà de la porte protégée par 
la Tour (V, fig. 14). De cette deuxième cour, les chevaux 
et les voitures même pouvaient monter, par des rampes 
successives, jusqu'au plateau (W, fig. 14) sur lequel s'éle- 
vaient les Poulains, qui partaient de ce plateau et abou- 
tissaient aux souterrains de l'Hôtellerie (2). 

La face extérieure des Fanils était, selon toutes les 
probabilités, crénelée et se reliait aux murs de ronde, 
également crénelés, dont on voit les ruines (y, fig. 14), qui 
montent sur les escarpements du rocher jusqu'aux points 
accessibles (3). 

Les défenses extérieures de ce côté de l'Abbaye furent 
complétées au xvi^ siècle par Gabriel du Puy, < Lieutenant 
du Roi en la place du Mont. » Il éleva la Tour ou Bas- 
tiUon Gabriel (4), (Z, fig. 14), au point où le rocher devient 

i. Tour des FaniU, dite, par corruption de langage : Tour Sté- 
phanie. 

2. Voir Robert de Torigni, — Poulains. 

3. Voir la face sud restaurée, fig. 3. 

4. Du nom de son auteur» Gabriel du Puy. 



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294 



DESCBIPnON 



praticable. Bâti vers 1534, cet oayrage est composé de 
trois étages de batteries rasantes, percés d'embrasures. 




99. — Plan de U Tour Gabriel. ^ Remparto da xn* siècle. 

de canon, évasées à l'extérieur (en B, fig. 99), et cou- 
verts par une voûte, annulaire en plan, retombant, à peu 



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BBMPABTS. — XVÏ* AU XIX* SEÈCLB 295 

près an centre, sur un énorme pilier G. À chacun des trois 
étages, le pilier central est pourvu d'une trémie qui servait 
à l'aération de la batterie, afin d'enlever rapidement la 
fiunée de la poudre ; ces trémies se réunissaient nécessai- 
rement dans une cheminée, dont la souche devait s'élever 
au-dessus de la Plate-forme, — avant la construction du 
Moulin. 

La Tour Bastillon, ou plutôt, suivant le langage du 
temps, le boulevard, ou plate-forme^ est terrassé, et une 
batterie barbette complétait le système de défense en 
usage à cette époque. La plate-forme supérieure était 
bordée par un parapet percé d'embrasures, reposant 
sur des mâchicoulis, qui ne sont plus qu'une décora- 
tion traditionnelle, sauf du côté du rocher où ils défen- 
daient effectivement le passage (en Z, fig. 99 et 100). 
Sur ce parapet, vers l'ouest, existait une échauguette 
dont on voit les ruines; (voir: le plan de la Tour Gabriel, 
fig. 99; sa face ouest — restaurée — fig. 100 Ws, et la 
coupe de son état actuel, fig. 100, pages 296 et 297). 

La Porte, ou poterne de la Tour Gabriel, ménagée dans 
l'étage inférieur vers le rocher en À, et dissimulée autant 
que possible, était défendue par une herse manœuvrée 
de l'étage supérieur. Des escaliers mettent les divers 
étages en conununication et aboutissent à la terrasse supé« 
rieure, qui se rdie aux murs de ronde grimpant sur le 
rocher. Une poterne, ménagée au troisième étage de la 
Tour, permettait de sortir dans la cour des Fanils (X, fig. 



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296 



DESCBIPnON 



14), précaution nécessaire pour communiquer intérieu- 
rement avec les défenses adjacentes ou, au besoin, avec 
les dehors par le même chemin, car l'étage inférieur, où se 




VA, 



iOO. — Coupe de la Toar Gabriel (sur C D\ /i^. M). 



trouve la poterne basse, était envahi par la mer pendant 
les grandes marées. 

En 1637, Dom Placide de Sarcus était Prieur de 
l'Abbaye, la Tour Gabriel fut surmontée d'une tourelle 
dans laquelle on étabUt un moulin à vent. Cette tourelle 



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'4= 



iOO 6m. — Tour oa Bastillon Gsbriel. — (ResUaration). 



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298 DESCRIPTION 

aujourd'hui détruite en partie, garde encore, sur le linteau 
de la porte Est, la date de sa construction. 

Plusieurs estampes des xvn* et xvm** siècles, repré- 
sentant le Mont Saint-Michel sous divers aspects, plus ou 
moins pittoresquement traduits, constatent pourtant Tétat 
de la Tour Gabriel avant et après rétablissement du 
Moulin. 

Une gravure de 1657, tirée de l'ouvrage de Gaspard 
Mérian (1), montre la Tour Gabriel dans sa forme primi- 
tive. Elle est surmontée d'un parapet, reposant sur des 
mâchicouUs et supportant une toiture conique (voir la 
fig. 101, — réduction de l'original). 

1. Nous donnons ci-après la traduction du titre de Touvrage 
de Martin Zeller, avec la Notice que cet auteur a consacrée au 
Mont Saint-Michel : 

M. Z, Topographia Gallix^ ou Description et Configuration du 
puissant Royaume de France. — Huitième partie. — Les villes et 
les places principales et les plus connues dans le duché de Nor^- 
mandie, — traitées et représentées. — Francfort-sur -le-Mayn, 
ches CasparMerian. M. DC. LFIL -^ cum privileg. S. Gœs. M. 

LE MONT SAINT-MICHEL 

A trois milles environ de ia ville épiscopale d*Âvranches est 
situé, dans la mer, un merveilleux rocher, sur lequel se trouvent 
une église et un couvent à saint Michel , vulgairement appelé le 
Mont Saint-Michel, et vers lequel on établit des pèlerinages de 
lointains endroits. Le roi Childebert II a fait bâtir cette église en 
Fan de JésusXhrist 708, près de Tombeiaine, comme quelqu'un 
le raconte. I^ treizième évéque d'AvrancheSi nommé MaugisiuSf 



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BBMPABTS. — XVI* AU XIX* SEECLB 299 

a chaasé de là les Chanoines dont la conduite n'a pas été digne 
de leur état, et par contre y a mis des moines. Mais Tassin dit 
que* dans le temps, des ermites auraient habité là et qu'en Tan- 
née susdite 708 9 saint Aubert, Tévéque d'Avranches, aurait fait 
édifier, au aommet du rocher, FËglise Saint-Michel, lequel lui 
était apparu. Ensuite Richard H, duc de Normandie, aurait, en 
Fan 1024, restauré cette église telle qu'on la voit maintenant. 
Après, écrit Du Chesne, auprès de cette abbaye bénédictine de 
saint Michel sont aussi situés une ville et un château, et que tout 
près coule une fontaine qui doit guérir beaucoup de maladies, et 
que le Docteur en théologie Feuardent a décrit l'histoire de ce 
lieu. Mais le sus-nommé Géographe du roi, Tassin, ne fait pas 
mention de la ville, mais seulement d'un château qu'il y a là, près 
duquel serait située la susdite fontaine. 

« A un mille français de la ville d'Avranches, vers le midi, il y a 
le célèbre pont d'Aubault (i), sous lequel coule la rivière de Selune 
et qui non loin de là se jette dans la mer susdite qui entoure le 
Mont ou rocher Saint-Michel. En Tannée 1593, le 15 avril, la fou- 
dre est tombée sur la tour du couvent appelé Saint-Michel, — 
laquelle tour était une des plus hautes en France, — et Ta entiè- 
rement consumée et a également fondu quelques cloches. Du temps 
de saint Louis, roi de France, ainsi que le raconte Robert Gaguin, 
dans sa vie de saint Louis imprimée à Paris en 1528, il tomba du 
ciel, en cet endroit, une petite pierre sur laquelle il y avait 
écrit le nom de Jésus ; oa la passa sur les yeux de quelques aveu- 
gles qui aussitôt ^recouvrèrent la vue ». (Fig. 101, page 300). 

1. PonUobaalt, petit vilUge à nne lieae on qairt aa snd d'ÀTranehes. 



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REMPABTS. -^ XVI* AU XIX* SDSCLB 301 

Une autre gravure — portant pour titre : « Isle, Rocher, 
Ville, Château et Abbaye du Mont Saint-Michel, situé aux 
confins de Normandie et de Bretagne, par N. de Fer, sur 
les mémoires de M, de la Salle, à Paris, avec privilège du 
Roy, i705 » — détermine les dispositions du couronnement 
de la Tour Gabriel après la construction du moulin à vent. 
La plate-forme supérieure est bordée d'un parapet crénelé, 
au-dessus duquel on voit le moulin. La Tour voisine est 
celle flanquant l'angle sud-est des Fanils (1), dont on 
trouve des vestiges en V (fig. 14) et dans la vue d'en- 
semble de la face ouest, fig.,3S. Les dimensions de la 
gravure de N. de Fer, — vue panoramique du Mont Saint- 
Michel, de Tombelaine et de la Baie, — ne nous per- 
mettent pas de la reproduire toute entière ; nous en don- 
nons une réduction partielle concernant particulièrement 
le Mont (wirfig. 102, page 302). 

Deux dessins, accompagnant un procès-verbal daté de 
1731 (2) et conservés à la Bibliothèque Nationale, Dépar- 
tement des Estampes (3), indiquent, pour le sommet de la 
Tour Gabriel, des dispositions semblables à celles de 1705 
(N. de Fer). 

A cette époque (1627), le temps des guerres était passé 
depuis longtemps, tout au moins pour le Mont Saint-Michel ; 

1. Tour des Fanils, 

2. Voir ci«après le procès-verbal. 

3. Topographie delà France. — Manche, arrondissement d'A- 
▼ranches. 



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8 



2 



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KBMPABTS. — XVl' AU XIX* SIÈCLE 303 

les fortifications, n'étant plus absolument nécessaires, 
deyinrent bientôt gênantes ; aussi le parapet supérieur 
fut-il abattu ; il devait d'ailleurs être un obstacle au 
fonctionnement des ailes du moulin. Il fut remplacé 
par le talus maçonné qui existe encore aujourd'hui, et la 
batterie barbette se transforma en motte sur laquelle s'éle- 
vait le moulin à vent. Il subsiste néanmoins, dans la partie 
est, des vestiges du parapet du xvi** siècle, supporté par 
des mâchicoulis effectifs, qui défendaient le passage (en Z, 
fig. 99 et 100) ménagé entre la Tour et le rocher et abou- 
tissant à la poterne des Fanils (en X', fig. 14). 

Après Teiécution des ouvrages que nous venons de 
décrire, ou à peu près au même temps, deux des Tours 
des Remparts, au sud et à l'est, furent appropriées sui- 
vant le nouveau mode de fortification. Au sud, la Tour N 
(fig. 14) fut disposée de façon à recevoir, dans son 
étage inférieur, une pièce d'artillerie, qui, par une ou- 
verture ébrasée pratiquée dans le flanc sud-ouest, permet- 
tait de battre la courtine adjacente. Le couronnement de 
cette Tour devint une batterie découverte, protégée par un 
parapet plus épais que celui du xv"* siècle. 

La Tour K (fig. 14), —bâtie par Robert Jolivet, de 1415 
à 1420, formant le principal saillant des Remparts et com- 
mandant les courtines au sud et au nord, — était le point 
capital des défenses de la place,à l'est, pendant le xv* siècle 
et les premières années du xvi^. Sous François P', les 



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304 DESCRIPTION 

Architectes militaires ne manquèrent pas de profiter de la 
situation avantageuse de Touyrage et le renforcèrent en se 
servant des anciennes murailles. 

La Tour de Robert Jolivet fut transformée en boulevard 
ou bastillon(^), composé de deux flancs parallèles reliés 
par deux faces obliques formant un éperon triangulaire 
très^saillant (K', fig. 14) ; cette nouvelle disposition aug- 
mentait rétendue du flanquement des courtines adjacentes, 
fortement défendues par les nouvelles batteries (voir le 
plan, fig. 103). 

Les deux étages de la Tour furent convertis en batte- 
ries couvertes ; les murs anciens, dans lesquels de rares 
meurtrières avaient été ménagées pour l'emploi de toutes 
les armes à main en usage au xv^ siècle, furent, ainsi que 
les murs nouveaux, percés d'embrasures horizontales (en 



1. « Oavrage saUlant de fortification adopté depuis le xvp siècle 
pour flanquer les enceintes et empêcher les approches par des feux 
croisés. Les bastions remplacèrent les tours du moyen âge. Les 
mots bastide, bastille, bottillon, expliquent l'origine du bastion. 
La plupart des anciennes enceintes que Ton voulut renforcer 
à la fin du xv« siècle furent entourées de bastions en terre gazon- 
née ou revêtue de maçonnerie lorsque le temps et les ressources le 
permettaient Dans ce dernier ci^, on donna aux bastions primi- 
tifs plusieurs étages de feux, afin de commander la campagne au 
loin et de battre les assiégeants lorsqu'ils s'emparaient des fos- 
sés {Dictionnaire raisonné de l* Architecture française^ .etc., 

par M. YioUet-le-Duc, tome II).— Le Mont Saint-Michel o£Qre deux 
exemples des ouvrages de ce genre élevés au xvi* siècle pour ren- 
forcer les remparts du xv« siècle : à Pouest la Tour (ou bastion) 
Gabriel, et à Test le Bastion de la Tour Boucle. 



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BBMPABTS. — XVI* AU XIX* SIÈCLE 



305 



A, /i^. 103) ne laissant que l'espace nécessaire pour la 
bouche des canons et le passage des projectiles (1). 

Ces ouvertures, largement ébrasées à l'intérieur, don- 
naient un champ de tir assez étendu et permettaient même 




103. . PUo da Boulevard oa Boêtillon de l'Est. 

de croiser les feux sur les flancs nord et sud. (Voir le 
plan, /ïflf. 14, les fig. 103, 104, et les vues générales du 
Mont). 

1. Voir en B, fig. 99 ci 100 (pUa et coupe de la Tour Gabriel). 

20 



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30(J DESCRIPTION 

Le sommet du Bastillon ou Bastion, terrassé, for- 
mait un troisième étage de feux. Les épaulements de cette 
batterie barbette, surmontés d'une échauguette sur le sail- 
lant, sont très-épais ; percés d'embrasures pour le canon 
et de meurtrières pour l'arquebuse, ils reposent sur des 




104. — Boaleyard — oo Bastillon — de TEst. — Flanc nord. 

mâchicoulis qui ne sont plus qu'une simple décoration. 
• Telle était la force des traditions féodales qu'on ne pou- 
vait rompre brusquement avec elles et qu'on les continuait 
encore malgré l'expérience des inconvénients attachés à la 
fortification du moyen âge en face de l'artillerie à feu. 



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BBMPABTS. — XVI* At XIX* SIECLE 307 

C'est ainsi qu'on Toit longtemps encore, et presque pendant 
tout le XVI'' siècle » les mâchicoulis employés concurrem* 
ment avec les batteries couvertes, bien que les mâ- 
chicoulis ne fussent plus qu'une défense nulle devant le 
eainon... » (1). 

De même que la Tour Gabriel — bastillon de l'ouest — 
défendait les approches du Mont du côté où il était pos- 
sible, avant la construction de cette nouvelle fortification, 
d'opérer un débarquement, le Bastillon ou Boulevard de 
la Tour Boucle complétait les défenses de la place à l'est, 
dans la partie relativement la plus faible de son encein^. 
Il commandait les courtines au nord et principalement au 
sud de l'ouvrage, où il protégeait les poternes de la 
Tour Boucle et du Trou-du-Chat, que l'assaillant pouvait 
essayer de forcer ou de surprendre ; il arrêtait toute tenta- 
tive d'abordage et surtout d'escalade, plus facile à l'Est que 
partout ailleurs ; cette dernière opération pouvait être 
favorisée par le flux de la mer diminuant , pendant les 
hautes marées, la hauteur des murailles à franchir (2). 

i. DiciioniuUre raisonné de i* Architecture françaiu, etc., par 
M. VioUet-lc Duc, tome !•'. 

î. On a du que le BastilloD oa Boulevard de la Tour Boucle a 
été bâti par Vauban ; cepeudaDt il est certain que cette dernière 
fortification fut construite au même temps que la Plate- for me ou 
Tour Gabriel, ainsi que le prouvent tous les détails architectooi- 
ques, identiques dans ces deux ouvrages. Ces défenses renforçant 
tes Remparts du xv« siècle furent élevées vers 1530, c'est-&dire 
plus d'un siècle avant la nabsance de riUustre ingénieur militaire, 
M. de Yaobao, né en 1633 et mort eo 1707. 



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308 DBSCBIPnON 

Du reste, dans les conditions partteulièrem^t larch 
rables (que nous avons décrites plus haut) où elle se trou* 
Tait, la place ne pouvait être emportée que par trahison 
ou par surprise. Aussi» vers la fia du xyi"" siècle, pendant 
les guerres de la Ligue, les Huguenots ne pouvant réduire 
le Mont Saint-Michel par un siège régulier, usèreirt^ils, 
san$ succès, de tous les moyens pour s'en rendre mattres^ 

Nous avons déjà parlé de Montgommery, qui tenta à 
son tour (1591) de s'introduire dans l'Abbaye par trahi- 
son, et nous avons reproduit les récits de Dom Jean 
Huynes (1) en décrivant le Cellier (2), afin de pouvoir 
suivre mieux toutes les péripéties de l'action sur les lieui 
mêmes qui en furent le théâtre. Nous donnons encorev 
d'après le même historien, dès détails intéressants suàr 
les tentatives des Religionnaires, qui précédèrent et .suin* 
rent l'expédition de Montgommery^ pour surprendre la 
Ville et l'Abbaye. 

c La France fut malheureuse au siècle de rnier(xvi* siècle), 
tant pour la sécularisation de la plus: part des bieiiB eedét 
siastiques que pour avoir engendré et nourri Jean Calvin, 
lequel, par sa détestable doctrine, la mit toute en combus; 
tion, 3es sectateurs s' élevants contre 1^ catholiciwi^ei. Ces 
Huguenots commencèrent premièrement par dës-oonqpira^ 
tions occultes contre le Roy François second. Puis,. jurant 



1. Dom Jean Hujmes (Histoire générale, etc.). 

2. Voir le Cellier. 



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BBlfPABTS. — HYl" AU XIX* SlàCLE 309 

le règûe 4e Charles neufnesme, se JDgeans assez forts ils 
prir(^t publiquement les armes et se mirent en campagne 
cwtre la Majesté Royale, tuant et massacrant plusieurs 
personnes très-dignes de remarques, bruslant les reliques 
des saîncts, pillant et renversant les églises. Leurs mes- 
chancetez s'augmentèrent encore davantage durant le règne 
d'Henry troisiesme, estant favorisez de plusieurs catho- 
liques malcontens, tellement que tous les jours on n'en- 
tendoit que surprises de villes et chasteaux faictes par les 
hérétiques (1). Un d'entre eux, nommé LeTouchet; sur- 
prit cette abbaye en cette sorte. 

' L'an mil cinq cens septante sept, ce Gentilhomme re^ 
ligioonake ayant dessein de se rendre maistre de cette 
Abbaye et prévoyant qu'il n'en pourroit venir à bout par 
force se résolut d'user de ce stratagème. Estant environ 
à deux lieues de ce Mont, il choisit dix sept ou, selon les 
autres, vingt dnq de ses soldats, lesquels il fit habiller en 
marchands, et sur leurs chevaux, au lieu d'y mettre des 
scelles, il y fit miettre des panneaux et fourer dextrement 
au dedaBs d'ieeux des poignards. Ces marchands, àinsy 
accomodez, veinfent ea pèlerinage en ce Mont et quit- 

I. «( Uan 1576, ^ette ville du Mont Saint-Michel, qui a toujours 
esté très idelie aux Roys de France, préféra en cette occasion la 
cause de la sainte Église aux interests de Sa Majesté et se déclara 
pour la Ligue, et ne se fit pas moins admirer en ces dernières 
guerres q«e dans les plus grands efforts des Anglois... . » Ma. 
d'Avranches , n« 209 (publié par M. de Robillard de Beaurepaire 
HisMrè générale dé V Abbaye du Mont Saint-Michel^ etc.). 



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310 DESCMPTION 

terrât leurs armes à la porte, mais non pas celle! qu'ils 
avoyent dans leurs pamieaux. Arrivez à rHosteUerie» 
comme gens fort curieux et soigneux du bon traietement 
de leurs chevaux, ils ne s'en voulurent fier aux serviteurs 
de PHostellerie, ains eux mesmes retirèrent leurs paâ- 
neaux de dessus le doz, les agencèrent tous propremrât 
en un coin, frotèrent leurs chevaux et leur donnèrent de 
Favoine. Cela faict (c'estoit le dimanche veille de la Mag* 
deleine après midy), ils burent chacun un coup et mon- 
tèrent en cette église faisant semblants d'y honorer TAr- 
change sainct Michel ; par après ils s'introduisirent en la 
bienveillance des soldats envoyant quérir du vin et burent 
ensemble avec toute sorte de resjouissance comme grands 
camarades. Et de là s'en retournèrent coucher en leur 
hostellerie. Le lendemain, sur les sept ou huict heures 
du matin, ils tirèrent de leurs panneaux les armes qui y 
estoient cachées, les mr&aX dextrement sous leurs habits 
et montèrrât en cette église pour entendre la sainete messe, 
selon qu'ils disoient. Leur arrivée fit resjouir les sddats, 
lesquels se souvenant du bon traietement qu'avoyent 
reçeu leurs compagnons qui estoient le jour précèdent de 
garde, n'en esperoient point un moindre. Montez à l'église 
ils entendirent une haute messe qu'on chantoit lors, firent 
dire plusieurs basses messes, visitèrent Nostre- Dame- 
sous -Terre et les autres lieux de dévotion. Ce faict ils 
s'assemblèrent sur le Sault-Gaultier où quelques-uns de- 
meurèrent^ les autres s'en allèrent au Corps-de-garde rire 



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BBMPABTS. — XVI* AU XIX* SIÈCLE 311 

et boire avec les soldats et trois descendirent en yille pour 
recevoir Le Tonchet quand il viendroit. Ainsi disposez ils 
s'apperceurent sur les huiet heures et demie qu'un Novice, 
nommé Loucelles, ainsy qu'ils confessèrent depuis» avoit 
découvert leur entreprise. C'est pourquoy ils n'eurent pa- 
tience d'attendre jusques à neuf heures, auquel temps Le 
Tôuchet devoit arriver, mais mirent soudain les armes au 
poing, desarmèrent les soldats, en tuèrent un, nommé Le 
Fort, qui ne vouloit quitter son espée et se saisirent de la 
porte, frappèrent et vulnerèrent les Religieux et prestres 
et mesme les pèlerins qui y estoient pour lors, tellement 
que les uns se jettèrent par les fenestres, qui tous presque, 
furent fort offensez, les autres se cachèrent es lieux plus 
secrets et maistre Jean Le Mansel, Secrétaire de cette Ab- 
baye pour lors et maistre des Novices, qui nous a laissé 
par escript ce qui s'y passa, escrit qu'il eut le col presque 
à demy coupé par dessus la nucque. Cela faict, quelques 
uns d'iceux estant au Sault-Gaultier virent une procession 
arriver et Le Touchet qui venoit à grand galop avec onze 
autres cavaliers et n'ayant la patience de les voir entrer 
dans la ville, cryerent k qui mieux mieux : Yille gaignée, 
ville gaignée. A ces crys toute la ville se mit en alarmes 
et empescha que la procession ny Le Touchet entrassent. 
Ce que voyant les cavaliers, ils retournèrent bride et s'en- 
fuirent sans faire autres efforts. De quoy les marchands 
contrefaiz qui estoient en cette Abbaye furent grandement 
marrys et, dès Taprès midy du mesme jour, Louys de la 



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312 DESCRIPTION 

Moricière» Cheralier de TOrdre du Roy, Gentilhomme ordi- 
naire de la Chambre, sieur deVicques, Enseigne du Ma- 
reschal de Matignon, estant avolé autour de ce rocher ayec 
sa Compagnie pour leur faire commandement de se rendre 
s'ils n'y vouloient y perdre la vie, ils mirent les armes bas 
et sortirent le lendemain à huict heures, sans faire aucun 
tort, n'emportant aucune chose que du dommage et de la 
honte, et quelque argent monoyé qu'on leur donna par com- 
position. La reddition de ce Mont plust tant au roy Henry 
troisiesme qu'il déposa celuy qui estoit lors Capitaine en 
ce Mont et y mit le sieur de Vicques en sa place, où il 
se comporta généreusement jusques à sa mort. Ce fut le 
premier qui se nomma Gouverneur du Mont Sainct-Michel, 
nom que ses successeurs entretenu. C'est pourquoy, quand 
nous parlerons doresnavant des Capitaines de ce Mont, nous 

les nommerons Gouverneurs » 

c Un an auparavant la susditte surprise de ce Mont, la 
Ligue s'esleva en France et ce Mont y donna son nom. 
Cause pourquoy les Huguenots s'efforcèrent plusieurs fois 
de le ruyner et particulièrement le sieur de Lorge et Ga- 
briel, son frère. Marquis de Montgomery. Quant est du 
sieur de Lorge, l'an mil cinq cens quatre vingt neuf, tost 
après la mort d'Henry troisiesme, il vint, accompagné de 
Gorbosont et de la Coudraye, ravager toute la ville de ce 
Mont, d'où il fut chassé quatre jours après par le Gouver- 
neur de Vicques. Et, s'estant retiré à Pontorson qui tenoit 
pour les Huguenots, il y fut assiégé par le Duc deMercqdur, 



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BRMPABTS. — XYI* AU XIX* SlàCLB 313 

Tan mil cinq cens quatre vingt dix. En ce siège, la mesme 
année, le treiziesme de septembre, fut tué nostre GouTer- 
neur de Yicqaes, et son corps fut apporté en ce Mont et 
enterré dans la chapelle Saincte-Ânne, où on voit ses armes» 

son enseigne et son casque » 

c Quelques jours après cette tragédie (tentative de 

Montgomery) (1), le Duc de Mercœur, un des principaux 
chefs de la Ligue, mit pour Gouverneur en ce Mont le sieur 
de Chesnaye Vaulonnet (ou Chenaye-Vauloiiet), et le Gou- 
verneur de Boissuzé en fut mis hors. De quoy il fut fort 
marry et, pour venger ceta&ont, l'an mil cinq cens nouante 
cinq, le septiesme de septembre vint en ceste ville accom- 
pagné de Goupigny (ou Gaupigny) et ravagea tous les logis 
d'icelle, avec dessein d'en faire autant en TÂbbaye si on luy 
eut laissé entrer. Pour cette cause les habitans de ce Mont 
le tuèrent quelque temps après. Le sieur de Chesnaye Vau- 
lonnet, Gouverneur de ce Mont et de Foclgères, eslanl mort 
l'an mil cinq cens nouante six, le susdit Duc de Mercœur 
donna ce Gouvernement à Julien de la Touche, sieur de 
Querolland, Gentilhomme breton, de quoy plusieurs eovyeux 
furent grandement marrys et particulièrement le marquis 
de Belle-Isle, gouverneur de la basse Normandie pour la 
Ligue, jaçoit que ledit Duc de Mercœur luy eut donné le 
gouvernement de Foulgères et que tou9 fussent du party 
de la Ligue. Voulant donc débouter ledit sieur de Querol- 

i.YoitleCêUiêr. 



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dl4 DBSCBIFnON 

. la&d. de cette place» il vint en ce Mont le vingt deaxieame 
de may la susditte année là veille dé rÂscénsion, accom- 
pagné de cent maistres et se logea en la ville sans faire pa- 
roistre aucun mauvais dessein ains toute sorte de bienveil- 
lance envers le Gouverneur et ceux de ce Mont. Et le 
lendemain, entre neuf et dix heures du matin» conunença 
à monter avec ses gens armez pour faire monstre, disoit-il, 
à la garnison en qualité de Gouverneur de basse Normandie 
et aussy pour prier l'Arcange Saint-Michel. Mais d'autant 
qu'il estoit suivy de tous ses gens armez, Henry de la 
Touche Escuyer, sieur de Campsguet, frère puisné et Lieu- 
tenant du sieur QueroUand en cette place, sortit du corps- 
de-garde et luy alla représenter qu'il troùvast bon que 
tous ses gens n'entrassent armez, crainte de desordre et 
suivant les droits de cette place. Que neantmoins ledit 
. sieur Marquis pourroit entrer avec ses armes et, pour son 
respect, partie de ses gens armez, pourvu qu'il luy plust 
en régler le nombre, ce qui fut trouvé bon et dit que six 
seulement le suiveroient. Lors Campsguet s'avança vers le 
corps- de-garde et Bellé-Isle le suivant ftit receu par le 
Gouverneur Querollànd avec tous les honneurs possibles. 
Cependant tous les gens du susdit Marquis entroient avec 
leurs armes. Ce que voyant, le corporal ferma la porte, de 
quoy s'appercevant ledit Marquis, il dit au sieur Querol- 
lànd qu'il desiroit que tous ses gens eùtrassient, qu'autre- 
ment il sortiroit. Et luy estant demandé quels des siens il 
desiroit faire entrer, ledit QueroUand fit ouvrir la porte. 



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BBMPABTS. — XVI* UJ 3UX* SlàOLB &15 

Ce que voyant ledit Marquis fit geste de vouloir sortir 9t> 
deseradant Jusques à la porte, mit la main à l'espée, taa^ le 
corporal et se tournant vers le sieur de Campsguet luy fit 
la m^e chose. Incontinent ses gens mirent les mains aux 
espées et pistolets et attaquèrent ledit sieur Querolland et 
ses gens qui, ne se deffiant d'une pareille action, eurent du 
pis en ce pr^er combat et sept, outre les deux susdits, y 
perdirent la vie. Les autres, qui n'estoient encore que 
blessez, furent contraincts de se retirer. Cependant le mar- 
quis de Belle-Isle et ses gens se rendirent maistres du 
corps-de-garde jusques à ce que ledit sieur de Querolland, 
ayant rallié quelques uns des si^is, retourna au combat où 
le marquis de Belle-Isle fut tué et le sieur de Villeb^e, 
son confident, et plusieurs de ses gens blessez qui mirent 
les armes bas voyant leur chef par terre. Le gouverneur 
Querolland fut blessé de dix huict coups tant d'espée que 
de pistolet, i 

« Ces deux adversaires, Boisuzé et BelleJsle, estant en 
l'autre monde, les habitans de Pontorson, qui tenoieut le 
party des Religionnaires et prétendus reformez, restoient à 
surmonter. Iceux plusieurs attentèrent contre ce Mont, 
mais toujours à leur confusion. Ds y estoient déjà venus 
Tan mil cinq cens nouante et un, le dix neufiesme de jum, 
environ demye-heure après mi-nuict, pour surprendre les 
gardes au despourveu, mais estant descouverts ils s'enfui- 
rent plus vite que le pas. Ds reveinrent l'an mil cinq cens 
nonante quatre, le vingt septiesme dé janvier, environ Une 



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316 DBSCBIPTION 

heure. i^rès mi-mitôt et attachèrent im pétard à la feneetre- 
de reseurie des Trois^rRoys et y ayant faict une bresche, 
entrèrent environ une quinzaine, qu'cm repoussa incon- 
tin^ ^ un d'entre eux fut tué sur la placç. Or, nonobs- 
tant ces deux efibrts inutiles, ils tentèrent encore Tan m^ 
cinq cens nouante huict, le second jour de febvrier, à rm* 
nuict^ de le surprendre ; mais, estant montez par devers les 
poulins jusques au pied des bastimens et se voyant des* 
convertSi, ils en descendirent si bastivement qu'un d'eui: 
s'y rompit le col et fut trouvé mort le lendemain sur les 



K .... La femme du marquis de Belle^Ide, grandement 
marryeide sa iqort et nç pouvant procéder en justice 
contre.ceuxqui l'avoyent.tué» d'autant que luy seul astoit 
coupable^ se resolutr de faire mourir: par trahison le sieur 
Querollwd. A cet effet elle.eonvini av^ee un certain viult* 
rien, nommé Nicolas Le Mocqueur, qui s'introduisit en 
l'amitié dudit QueroUand et demeum ptas de deux ans 
avec luy. en ce Mont» lusqufà ce qu'un Jour du mqys de 
septembre^ l'an mil cinq cens nonante neuf, le sieur Que* 
rolland estant sorty seul de la place et monté à cheval 
pomr aller conduire sur les grèves un Gentilhomme de ses 
amys, ledit Le Mocqueur prit ce temps pour exécuter 
son dessein et, montant sur un bon cheval dudit Querol- 
knd^ fi^gnit d'sJler.au devant de luy. L^sg^ant rencontré 
sur les grèves» le ^eurQueroHandluf demanda où il alloit, 
il dit qu^il v«Qoit avdevant de luy et» Kayant laissé passer 



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BBMPABTS, -^ XVÎ* kV XIX* SlàCLB 317 

drax OQ trois pas éermt, mit doucement uii pistotet en U 
main et l'approchant, luy donna dans la teste et le tna, à la 
veue de ceux de ce Mont, pnis fit sa retraicte chez une 
personne de qualité, ennemye dudit QueroUand déffimot. 
Ainsi mourut le Gouremeur QneroÙand, le corps duquel 
fut apporté en ce Mont et enterré en la chapelle Saint- 
Roc Quant audit Le Mocqueur il fut condamné d'éstre 

roué et, ne pouTant lors estre pria, il fut mis en effigie sur 
la porte de la ville de ce Mont, et, sept ans après, pris en 
la ville de Paris et amené à Constances, il fut exécuté le 
sixiesme de juillet mil six cens six. Pour la femme dîi 
Marquis de Bélle-Isle, elle se repentit de son péché, fit dé 
son gré plusieurs pénitences et, ayant passé cinq ans dé 
veufvage, s'en alla rendre religieuse aux Feuillantines de 
Tholose et institua après la congrégation du Calvaire. > 

< Pierre de la Luseme, sieur de Brevant, succéda audit 
QueroUand au gouvernement de t&te place et en vint 
prendre possession la mesme anuée (1599), le huictiesme 
jour de décembre..... Durant sa vie, il fit condamner». |t 
Rouen, les pàrdssiens d'Ardevon qui refusoient de venir 
faire le guet en cette place » (1). -l 

Avec le xvi^ siècle les guerres civiles et religieoses 
prirent fin. Si le Mont Saint-Michel eut encore quelques 
alertes pendant les premières années du siècle suivant^ il 
n'avait plus à redouter les dangers que ses défenseurs 

1. Dom Jean HujDes (Histoire générale, etc.). 



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818 DBflClOPTION 

avaient su conjurer « des temps périlleux. Une garoisou 
assez nombreuse (1) tenait la ville ainsi qu'une partie du 
Monastère. Cette occupation fut cause de nombreuses 
querelles entre les soldats, les Rdigieux et les habitants 
de la Ville. En 1667, TAbbé commimddtaire, Jacques de 
Souvré, obtint du Roi Louis XIY la restauration des 
anciens privOéges accordés à l'Abbaye par leà Rois de 
France ; lès Abbés firent garder eux-mêmes le Monastère 
ainsi que la Ville, t Après le deslogement de la gamisra 
(21 décembre 1667), nostre R. P. prieur (Dom Mayeul 
Gazon), suivant le mandement de monsieur nostre Abbé 

et Gouverneur (Jacques de Souvré) , prit le soin de 

toutes choses comme Lieutenant de M. nostre gouverneur 
en son absence; fit diviser toute la bourgeoisie m six 
escouades, chacune composée de 9 à 10 hommes, dont 
une escouade monteroit tous les jours en garde à la porte 
de la ville, dont trois hommes de cette escouade seroient 

1. Boas les ordres des Gouverneurs — nommés par le Roi ou 
ceux qui achetèrent la charge & beaux deniers comptants — : 
Pierre de la Luserne, aieur de BrevanI, 1599 à 1626; Richard, 
son fils, 1626-1636; Henri de Bricqaeyille, marquis de la Lusero^ 
et d'AranvilJe, 1636-164^; Gabriel de Bricqueville, son fils, âgé de 
treize ans ; la marquise d' Alferao, qui acheta la charge pour son 
fils, âgé de quatre ans, et qu'elle revendit, en 16&8, au marquis 
de la Garde, parent du surintendant des finances Fouquet, ieque) 
céda son gouvernement en 1661, pour la somme de dix mille 
cfciuàM. de la Ghastière; 1661-1666 (Tourangeau^ de latnaieàn 
de Condé) ; ce fut le dernier gouverneur. Il démolit en 1666 le 
fort de Tombelaine et VÉglUe Prieuré située dans ledit fort de 
Tomàelaine. 



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REMPARTS. — XVI* AU XIX* SIÈCLE 319 

tirés pour garder jour et nuit la porte d'en haut du 
ehasteau avec uo de nos trois portiers que nous avous 
rétablis à la seconde porte, lequel à la manière accou- 
tumée et suivant Tancienne coustume, avant l'usurpation 
susditte du dernier Gouverneur la Ghastière, apporte tous 
les soirs la moitié des clefs du ehasteau, les portes estant 
fermées, à la porte du R. P. Prieur et le matin les vient 
quérir pour ouvrir les portes du ehasteau. Mais, le Gou* 
verneur n'estant résidant, on porte toutes les clefs à 
nostre R. P. Prieur, et, pour les clefs de la ville, en l'ab- 
sence de monsieur le Gouverneur elles sont portées les 
soirs en la maison du Capitaine ou Sergent des habi- 
tants » (1). 

Jusqu'à cette époque, les Remparts avaient été ^(re- 
tenus par les Gouverneurs de la place, mais dès la fin du 
xv!!"" siècle ils furent à peu près abandonnés. Au com- 
mencement du xvm* siècle, au milieji des querelles 'et 
des procès qu'ils soutinrent contre leurs envahisseurs, 
les Abbés ne songèrent guère à réparer leurs murailles 
dont l'existence n'était plus» d'ailleurs, absolument néces- 
saire pour assurer leur sécurité. Dans les premières 
années de son règne, Louis XY reprit possession d'une 
partie de l'Abbaye, dans laquelle il renf^ma des pri- 
sonniers d'État et imposa une garnison à la place; en 



i, Dom KitieDDe Jobart, Mk. d*AvraDcbes, n* 209 (publié par 
M. B. de Robillard de Beaurepaire). 



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320 DBSOBIPnON 

1731, ce Monarque ordonna qne des réparations fassent 
faites aux Remparts qui, d'après l'édit de 1681, faisaient 
partie du domaine de la Couronne. 

Deux dessins au crayon teintés, conservés à la Biblio^ 
thèque nationale, indiquent l'état des nmrs de la Ville à 
cette époque. Ils représentent, l'un : le côté sud (1) consta- 
tant les défenses de la place en partie ruinées dans leurs 
couronnements; l'autre, vue du sud-est, porte pour titre : 
Aspect du Mont Saint-Michel en Normandie; les Tours du 
Roi, de l'Arcade et celle dite de la Liberté ont encore 
leurs crénelages et leurs toitures coniques. La Tour, qur 
se nomme aujourd'hui Tour basse, est découverte, maison 
voit encore son crénelage et ses mâchicoulis à la même 
hauteur que ceux des murailles adjacentes. Un devis de3 
dépenses accompagnait ces dessins et nous reproduisons 
le procès-verbal (2) de la mise en adjudication des ou- 
vrages nécessaires : 

i Réparations ordonnées aux murailles du Mont Saint- 
Michel par arrest du Si aoust i751 . 

t Le S^ de Cat^, ingénieur en chef sur les castes de < 
Normandie, a esté envoyé au Mont Saint-Michel pour y 

1. Cette figure montre les bâtiments de rhôtellerie a^ec sa 
triple toiture, au-dessus desquelles on voit la Tour sud du 
portail de TÉglise, Tune des doux Tours de Robert de Torigni; 
la Tour du nord s'était écroulée en 1300; cette Tour du sud est 
çfrénelée à la base de la pyramide du clocher. 

2. Conservé avec les dessins. — Bibl.' net./ dépdt dés Estampes 
— Topographie de la France — Manche. 



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KEMPAKTS. — XVI* AU XIX' SIÈCLE 321 

faire un devis des réparations nécessaires à faire aux mu- 
railles de lad* vUle. 

• Ce devis a monté à la somme de 37446 liv. et il a 
esté ordonné^ par arrest du 5 avril 1751, qu'il serait pro- 
cédé à Vadjudication au rabais et que le payement de ces 
ouvrages seroit fait par les sous-fermiers des Domaines de la 
Généralité de Caen, auxquels il en sera tenu compte par Sa 
Majesté, sauf à estre pourvu au remplacement de lad^ 
somme en trois années sur la Province de Nornumdie. 

• Ce remplacement a esté ordonné par arrest du Si 
€U)ust suivant, et il a esté ordonné que cette somme sera im- 
posée en deux années consécutives, à commencer de l'année 
i73S, sur tous les habitans taillables des trois Généralités 
de la Province de Normandie, au marc la livre de leur 
taille. 1 

Il ne nous est pas possible de détermiDer les parties 
des murs qui furent réparées vers 1731 ; mais c'est sans 
nul doute à cette époque que la Tour, dite Tour basse, 
fut abaissée, terrassée et disposée en batterie barbette, 
dont les épaulements et les embrasures ont tous les carac- 
tères des ouvrages militaires du temps (1). 

A partir de 1731, si l'on ne trouve plus de traces des 
réparations faites aux Remparts, on voit beaucoup trop 
de preuves de l'état d'abandon dans lequel ils furent 



1 . D'après le système des forlificaUons inventées ou perfec- 
tionnées par Yauban. 

21 



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322 DESCRIPTION 

laissés; ils ne furent même pas compris daos le clas- 
sement des places de guerre fait par la loi du 10 juillet 
1791. Non-seulement on ne les entretient plus, mais 
encore, en 1797, les Commissaires du District d'Avranches 
vendirent, pour une somme minime, la Tour Gabriel à 
un des habitants de la ville. Aussi le temps a-t-il pu faire 
sans entraves son œuvre destructive, et, si l'enceinte de 
la ville existe encore de nos jours, elle doit uniquement 
sa conservation à la construction robuste de ses mu- 
railles. 

Une ordonnance du 2 avril 1841 classa la ville forti- 
fiée du Mont parmi les places fortes de la France, cepen- 
dant nul travail n'y fut fait. Au contraire, les Tours du 
Nord et celle de la Liberté, dont les voûtes supérieures 
s'étaient effondrées, furent remplies de terre sans qu'on y 
fit aucune réparation. Un autre décret du 19 septembre 
1 855 déclassa les Remparts; ils furent dès lors complètement 
oubliés, sauf par les habitants de la ville, qui firent leurs 
magasins dans une partie des murs et des embrasures des 
meurtrières, et qui transformèrent les terrasses des Tours 
et les escaliers ruinés en jardins ou en potagers. 



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EEMPABTS. — ÉTAT ACTUEL 323 

ÉTAT ACTUEL 

DES REMPARTS 

En 4872 nous avons pu constater, après les études de 
TAbbaye, l'état déplorable des remparts (1). Les murailles 
ont conservé leurs mâchicoulis, mais elles sont dégradées 
et même crevassées en plusieurs endroits. 

La Tour Claudine, tangente à Tangle nord-est de la 
Merveille, est découverte et son crénelage est en partie 
renversé. 

VÉchauguette du saillant nord-ouest est devenue une 
latrine immonde, ce qui pourrait être et serait empêché 
si l'autorité locale voulait bien prendre quelques mesures, 
sinon pour réparer, tout au moins pour approprier et 
préserver les Remparts, à la conservation desquels la 
Ville est si particulièrement intéressée. 

La Tour du Nord, la plus ancienne de l'Enceinte, n'a 
plus de crénelage ; elle est remplie de terre ; l'eau y sé- 
journe et dégrade ses murs. Les escaliers reliant la Tour 
du Nord au Bastion sont disloqués et deviennent dange- 
reux à franchir, principalement à la descente. 

Le Bastion de la Tour Boucle est crevassé sur plusieurs 

i. Voir les faces sud et ouest du Mont Saint-Miche). — État 
actuel, fig. 2 et 87, * 



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324 DESGBIPnON 

de ses faces; les détonations de Tartillerie à feu, établie au 
xYi® siècle dans les deux étages disposés en batteries case- 
matées, doivent être la cause des désordres qui se sont 
produits dans la maçonnerie de l'ouvrage et qui se sont tra- 
duits par de profondes lézardes compromettant sa soli- 
dité. La plate-forme supérieure, couverte de terre, est main- 
tenant un jardin, qui entretient dans les étages de la Tour 
une humidité des plus dangereuses. 

Les Poternes de l'Est — le Trou-du-Chat et la Tour 
Boucle — sont bouchées, et la Tour Boucle est dépourvue 
de son crénelage et de sa toiture. 

La Tour basse, ou plutôt la batterie basse, sert actuelle- 
ment de magasin de bois. 

La Tour dite de la Liberté est, comme h Tour du Nord, 
rempUe de terre et sa terrasse supérieure a été convertie 
en potager qu'on arrose abondamment, ce qui entretient 
dans les murailles une humidité destructive dont l'effet est 
encore augmenté par des latrines qu'on a établies sur l'é- 
paisseur du mur. 

. La Tour de V Arcade est le seul ouvrage de l'Enceinte 
qui ait conservé sa forme primitive ; elle pojssède encore 
son crénelage entier, sa charpente ancienne, et elle est par 
conséquent la plus intéressante des Remparts ; malheu- 
reusement elle est dégradée encore par des latrines qui 
s'écoulent sur les murs et les glacis, corrodent la pierre et 
la salissent indignement. 

La Tour du Roi a perdu son couronnement ; le Logis 



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BBMPABTS. — ÉTAT AGTUBL 325 

du Roi et la façade de la Porte sont à peu près intacts 
et ont encore leur physionomie ancienne. 

La Barbacane est maintenant encombrée pai* diverses 
constructions dont une d'elles bouche malencontreusement 
la Poterne de l'Entrée principale (1) ; les murs du côté sud 
ont même été percés indûment et sont déshonorés par une 
construction parasite» oméOy sur la face extérieure vers 
l'Entrée du Mont, d'un balcon terminé par des latrines ! 
Toutefois cette construction doit disparaître en partie afin 
que les murs de la Barbacane reprennent leur aspect du 
XV* siècle. 

Les Poternes de la Barbacane et de l'Avancée étaient 
bouchées et V Avancée elle-même était convertie en dépôt 
d'immondices, laissant à peine le passage nécessaire ; les 
deux bombardes qui décoraient, ou devaient décorer la 
Porte de la Barbacane, reposaient sur un amas de détritus 
et l'Entrée de l'ancienne place de guerre était devenue la 
voirie de la ville. 

Heureusement ce triste état de choses a cessé depuis 
le décret rendu par Monsieur le Maréchal, Président de 
la République, en date du 20 avril 1874, qui affecte au 
service des Monuments historiques — pour en assurer la 
conservation — l'Abbaye et, virtuellement, les Remparts 
qui forment son enceinte et restent la propriété de l'État. 



K Ces coDfltnictioDS sont indiquées par les lignes ponctuées du 
plan, fig. 97. 



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326 DESGBIPTION 

L'État est rentré en possession de la Tour Gabriel 
après l'acquisition qui en a été faite, le 10 juin 1876, sur la 
proposition de la Commission des Monuments historiques, 
par les Ministres de Tlnstruction publique, des Beaux-arts 
et des Travaux publics. 

Depuis 1873 les travaux de restauration sont commen- 
cés et nous les avons détaillés dans la Notice historique. 

Les Bombardes anglaises ont été placées sur une plate- 
forme formant un petit parc, où l'on peut les examiner 
dans tous leurs détails. 

Ces curieuses bombardes que les Anglais laissèrent 
aux mains des Montois en 1434 (1), trophées du siège 
mémorable que la ville du Mont Saint -Michel soutint 
si vaillamment de 1423 à 1449, sont de rares spéci- 
mens de l'artillerie à feu du xv* siècle. Elles ont été 
fabriquées au moyen de douves en fer plat cerclées au 
feu par des colliers également en fer, solidement fret- 
tées (l'une par un bourrelet à la gueule) et terminées 
par une longue et forte culasse forgée avec la pièce. L'une 
d'elles, renflée au-dessus de la culasse, et dont l'âme n'a 
pas moins de 48 centimètres de diamètre, est encore char- 
gée d'une énorme bedaine ou boulet sphérique en granit ; 
l'autre est d'une forme différente et de dimensions moin- 
dres (voir hfig. 105). 

1. Voir le siège. — Remparts du xv« au xvi« siècle. 



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BBMPABTS- — BOMBABDES 



327 




^d' Cpri^ff. 



^ 



=♦= 



.3 ^ 



105. — Bombardes anglaises (AvaDcée de la Barbacaae). 

Ces bombardes n'étaient point montées sur des affûts 
proprement dits; du reste elles n'ont point de tourillons; 
Tune d'elles est seulement pourvue de deux anneaux laté- 
rauXy destinés à attacher la bombarde au camm dans 



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328 DBSCBIPTION. — BOMBABDBS 

lequel chaque pièce était encastrée, ainsi que nous Tavons 
dit dans la Notice historique (1). 

Enfin, grâce aux trayaux faits déjà par les soins de la 
Commission des Monuments historiques, TAvancée de la 
Barbacane est redeyenue l'Entrée digne de l'ancienne cité 
du Mont Saint-Michel, en attendant que la restauration 
des Remparts puisse être entreprise comme l'est celle de 
l'Abbaye. Cette mesure nécessaire aura pour résultat, 
sinon de restituer à l'Enceinte du moyen âge son aspect 
primitif, tout au moins de conserver tous ses ouvrages 
défensifs qui présentent, par leurs origines diverses, ainsi 
que par leurs transformations successives, des exemples 
fort intéressants de notre architecture militaire du xm* 
au xvi® siècle. 

1 . Une de ces bombardée présente, dans sa forme générale aussi 
bien que dans quelques détails de sa structure (les frettes) , une ana- 
logie singulière avec les pièces d'artillerie moderne , surtout avec 
les énormes canons actuellement en usage dans la marine. Il est 
intéressant d'étudier une des plus curieuses manifestations du 
génie humain en comparant ces productions meurtrières fabri- 
quées à quatre siècles et demi de distance : bombardes en 1434, 
ou canons de cent tonnes en 1877, et qui étaient» au moyen Age 
comme de nos jours, le dernier mot de la science de l'iiomme 
appliquée à la destruction de son espèce . 



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LA VILLE 3S& 



LA VILLE 

L'origine du village, ou plutôt — suivant la tradition 
séculaire — de la VUk du Mont Saint-Michel, est fort 
ancienne, si l'on en croit les chroniqueurs, qui la font 
remonter au x^ siècle, à l'époque où, les Normands rava* 
géant le pays d'Avranches, quelques familles vinrent se 
réfugier sur le rocher appelé dès le vm* siècle : le Mont 
Saint'Michd. 

La petite bourgade prospéra sous la protection des 
Bénédictins établis en 966 par le Duc de Normandie, 
Richard sans Peur. Elle suivit la fortune du Monastère, 
au pied duquel ses maisons s'étaient groupées sur les 
escarpements du rocher à l'est, qui lui formaient une pre- 
mière défense naturelle contre les envahissements de la 
mer et les attaques des hommes. Elle s'augmenta succes- 
sivement, préservée, sur ses parties les plus faibles, par 
des palissades, et, lors de la reconstruction des Bâtiments 
de l'Abbaye, elle fut comme celle-ci, du xm* au xr\r* siècle, 
entourée de soUdes murailles (1) formant la première 
enceinte du Monastère. 

i. Voir les Remparts, du xm* an zv« siède. 



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330 DESCRIPTION 

Vers ce même temps, les magasins de TAbbaye, établis 
dès le xu' siècle au sud-ouest sur le seul côté du Rocher 
accessible aux chevaux et aux voitures, et qui avaient été 
incendiés ou, détruits comme la ville en 1203, furent 
reconstruits, fortifiés et devinrent un point stratégique 
d'une grande importance, aussi bien pour la défense de 
FAbbaye-forteresse que pour la faciUté de ses approvision- 
nements. Aussi ces magasins — fortifiés — constituèrent-ils 
dès le xnr siècle, époque à laquelle les Bâtiments abbatiaux 
s'élevèrent à l'est et au sud, un poste avancé, fortement 
défendu, relié à l'Abbaye, dont il formait l'entrée au 
sud-ouest, par des chemins de ronde, et complètement 
indépendant d'ailleurs du corps de la place, qui avait elle- 
même ses propres ouvrages défensifs, protégeant les appro- 
ches du Monastère à l'est (1). 

Les dispositions de ce Ch&telet défendant les magasins 
ou FanUs ne furent point changées lorsque, au xv^ siècle, 
«'étendant au sud du Mont, la Ville, ceinte de ses nou- 
velles murailles, devint une place de guerre importante; 
les fortifications des FanUs furent même r^orcées au 
XVI* siècle, comme celles de la Ville, par la construc- 
tion de la Tour plate^forme Gabriel ainsi que du Ravelin 
protégeant l'entrée particulière de l'Abbaye et de ses 
magasins. 

Il ne reste de ces ouvrages militaires que le Ravelin et 

i, Voir la face sud restaurée, fig, 3, et le plan général, fig. 14. 



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LA VILLE 331 

la Tour Gabriel» à] peu près entiers, et les vestiges des 
coDstructions intermédiaires, c'est-à-dire les soubasse- 
ments des Bâtiments à l'ouest et la base de la Tour — 
dite des Pêcheurs ou de Stéphanie (corruption du mot des 
FanUs) ou plus exactement, à notre avis, Tour des 
Fanils — flanquant l'angle sud-ouest des magasins et 
défendant leur entrée au sud-est. 

Sur les ruines des Fanils s'éleva, en 1828, une caserne 
destinée aux soldats gardant la prison ; cette construction 
est actuellement très-dignement occupée par un Orphelinat 
que M^ de Coutances a fondé en 1865 et que la charité 
des Religieux du Mont entretient. Ces bâtiments modernes 
sont encore l'Entrée spéciale de l'Abbaye, où l'on peut 
accéder par cette voie (1). En entrant à l'Orphelinat par 
le Ravelin et le passage central entre les magasins actuels, 
puis côtoyant la Tour Gabriel, gravissant les rampes mon- 
tant en lacets au-dessus de l'ancienne caserne, les escaliers 
du sud, longeant les jardins en terrasse et suivant les che- 
mins de ronde au sud-est, on parvient à la Barbacane du 
Châtelet, à l'est, précédant l'Entrée du monastère (2). 

La Ville, agrandie de 1415 à 1420, qui s'étage au pied 
de l'Abbaye au sud et sur les escarpements de la mon- 
tagne à l'est, ne possède qu'une seule Entrée s'ouvrant 
au sud du Mont, sur le flanc ouest de ses Remparts du 

1. Voir le plan géDéral, etc., fig. 14. 

2. Eq O, N, L, m du plan, fig. 8%. 



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332 DESCRIPTION 

xv* siècle, dont la porte est précédée d'ouvrages qui &a 
couvrent les approches (1). 

Après avoir franchi les passages défilés de V Avancée et 
de la Barbacane, on arrive à la porte principale — Porte 
du Roi — qui donne accès dans la Ville. L'unique rue 
de la. petite cité suit à peu près la ligne des murailles et, 
de niveau avec l'Entrée jusqu'à la hauteur de la Tour dite 
de la Liberté, elle s'élève bientôt rapidement, serpente 
vers le nord sur les rampes du rocher et aboutit, par de 
grands emmarchements à l'est, au point où se dressait jadis 
la première porte du Graïu/De^r^ montant à la Barbacane 
du Châtelet (2). 

Quelques ruelles fort étroites, escaladant le roc, grim- 
pent aux jardins en terrasses ou aux maisons les plus éle- 
vées et aboutissent, par des détours, aux murs de ronde et 
à la Poterne de l'Escalier sud de la Barbacane protégeant 
l'Entrée de l'Abbaye (3). 

La rue de la Ville est bordée des deux côtés de mai- 
sons dont quelques-unes sont encore telles qu'elles de- 
vaient être au moyen âge. Elles n^offrent rien de bien 
curieux dans leurs détails ; pourtant, par leur réunion et 
leur étagement, elles forment un ensemble pittoresque, 
dont la figure 106 donne une idée (vue prise dans la 
partie basse de la rue, en X-X du plan, fig. 14.) 

1. Voir le plan général, etc., fig. 14. 

2. Ibid., et la fig. 82 en F, E, G. etc. 

3. Jbid., fig. 14, et fig. 82, en N, L, M. 



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I. Gaucherel, M. & se. 



106. - Rae de la Ville. 



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334 DESCRIPTION 

Il subsiste encore dans la partie haute de la Ville quel- 
ques vestiges des coustructious primitives affectant des 
formes romanes, ou dans tous les cas remontant aux jjt et 
xm* siècles ; ce sont les restes des habitations de l'an- 
cienne cité bâtie sur le point le plus élevé du Rocher, à 
Test de TAbbaye (1), ou, suivant quelques historiens, les 
ruines d'un couvent de femmes, restauré, dit-on, par Du 
Guesclin, et près duquel il aurait fait construire un beau 
Logis que sa femme Tiphaine de Ragumel aurait habité, 
de 1366 à 1374, pendant son séjour au Mont Saint- 
Michel. 

Les maisons du bas de la Ville et celles du versant 
méridional ne remontent pas au delà du xv* siècle ; elles 
sont postérieures à la construction des Remparts bâtis de 
1415 à 1420, -et ne présentent d'ailleurs, sauf dans leur 
ensemble, rien qui soit particulièrement intéressant. 
L'Église môme, qui fut élevée vers 1440, n'a rien de bien 
remarquable, sauf une figure couchée provenant d'un 
tombeau, qui nous paraît être du xiv* siècle, et par consé- 
quent bien antérieure à TÉglise, ainsi que plusieurs pierres 
tumulaires du xvi* et du xvn' siècle. 

i. Voir le plan général, etc., fig, 44 et 82. 



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LA yiLLB. — HOTBLLBBIES 335 



HOTELLERIES 

De temps immémorial la Ville, qui se compose aujour- 
d'hui d'une soixantaine de maisons, a été habitée par des 
pécheurs, excellents marins, rompus à toutes les fatigues 
de leur rude métier et bravant courageusement tous les 
périls des grèves dangereuses qui n'ont plus de secrets 
pour eux ; mais la plus grande partie des habitations de 
l'ancienne cité et de la Ville nouvelle furent de tout temps, 
en plus ou moins grand nombre, ce qu'elles sont de nos 
jours, c'est-à-dire des hôtelleries pour les pèlerins, ou bien 
des boutiques où se vendaient les images ou enseignes du 
benoist arcange Monsieur Saint-Michel, et où se débitent 
encore toutes sortes d'objets de piété. 

Un savant archéologue, qui a beaucoup écrit sur le 
Mont Saint-Michel (1), nous fournit de curieuses indica- 
tions sur plusieurs des anciennes hôtelleries de la Ville : 
c Cette auberge, qui est devant la Tour du Guet, était la 

Tête d'or C'était l'auberge à la mode au xvn* siècle ; 

c'est là que descendaient les grands seigneurs (2); 

1. M. Ed. Le Héricher, Régent au collège, secrétaire de la 
Société d'archéologie d'Avranches. 

2. Cette ancienne auberge, acgoard'hui : Hôtel de la Tête d'or et 
de Saini'Miohel, a conservé et maintient sa réputation séculaire ; 
c'est encore, à notre avis, la meilleure hôteUerie de la vllle« 



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336 DBSCBIPTION 

celle-ci qui est jetée comme une voûte sur la rue, qui 
porte sur ses lucarnes de petites flèches qui s'épanouissent 
en une espèce d'inflorescence ou d'épis, c'est la Licorne ; 
ce vieux porche porte le nom de Régnier ; chacune de 
ces maisons a son nom, que l'on retrouve dans \à Terrier 
du Monastère : il y a te Soleil Royal, les Trais-Rois, 
f Image Saint-Michel, la Truie-qui-file, la Sirène, Vhôtel 
Saint-Pierre, les Quatre fils Esmond, la Maison du Goblin, 
la Coquille, etc • (1). 



BOUTiaUES 

PLOMBS DE PÈLERINAGE 



Les boutiques et les marchands d'images, ou de quencail- 
lerie, furent toujours très-nombreux au Mont Saint-Michel, 
aussi bien dans l'ancienne Ville, avant le xv* siècle, que 
dans la nouvelle depuis cette époque. Nous avons- étudié 
avec un vif intérêt quelques-uns des objets qui sj ven- 
daient, et particulièrement les Plombs de pèlerinage, qui 
s'y débitaient en très-grande quantité. 

Dès les premiers temps des pèlerinages au Mont Saint- 

1. Mont Saint'Michel monumental et historique, par Ed. Le 
Héricher. — Avranches, i847. 



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PLOMBS DE PàLBBINAQB 337 

Michel, i les Pèlerins recueillirent dans la baie sainte où 
r Archange opérait tant de prodiges, ces coquilles mon- 

toises (coquilles de Saint-Michel) Attachée à. leur 

mantille en guise d'ornement et d'enseigne, la coquille 
servit à les faire reconnaître partout où les portait leur 
ferveur, à Jérusalem, à Rome, à Compostelle. En peu 
de temps cette décoration devint un accessoire indispen- 
sable du pèlerin. Tous voulurent avoir des coquilles et 
les lieux de pèlerinage les plus célèbres, bien qu'éloignés 
de la mer, distribuèrent néanmoins des coquilles et des col- 
liers comme ceux que l'on vendait au Mont Saint-Michel. 
Les coquillages, du reste, n'étaient point les seules marques 
distinctives des pèlerins du Mont Saint-Michel, et l'on a 
retrouvé de notre temps, dans le lit de la Seine, des ensei- 
gnes en plomb destinées à conserverie souvenir des pieuses 

visites accomplies au rocher de l'Archange Dès le 

XI* siècle, les pieux coquillages furent sculptés sur les cha- 
piteaux de l'Église angélique du Mont-Tumba ; un peu 
plus tard, les moines de l'Abbaye en ornèrent le champ de 
leur blason ; la fervente Galice les répandit sur la pèlerine 
de son saint Patron, et, lorsque Louis XI institua l'ordre 
militaire de Saint-Michel, il ne donna point d'autre déco- 
ration à ses Chevaliers qu'un colUer qui, à la matière près, 
rappelait en tout l'humble guirlande de coquilles des pèle- 
rins Michehte (1). 

1 . Pèlerinages au Mont Saint-Michel, etc., par DomPaul Plolin. 
— Solesmcs, 1868. 

22 



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338 



DBSORIFnON 



Le commerce des Enseignes et des Plombs de Pèlerinage 
était assez important pour que les Rois de France eussent 
établi de lourds impôts sur la vente de ces objets. 




106 bis. — Coquille naiorelle et Go<iQille en plomb (I). 

Charles VI, qui avait déjà accordé à l'Abbaye de grands 
privilèges, exempta des droits d'Aide les objets de piété 
qui se fabriquaient et se vendaient au Mont, par une 

i. A Tappui deTopinion très-justement émise par Dom Piolin, 
relativement à l'origine des coquilles portées par les pèlerins et à 
cet usage, qui aurait pris naissance au Mont Saint-Michel, nous 
donnons, fig. 106 bis en A, le dessin d*une coquille noire ^ dite 
de Saint-Michel, qu'on trouve sur les grèves environnant le Mont, 
et en B, un spécimen des coquilles en plomb fondues au Mont ou 
à Paris pendant le xv« siècle (A et B de forme et de grandeur 
naturelle). La coquille B a été recueillie en 1860 dans la Seine, à 
Paris, au pont au Change, ainsi qu'un grand nombre des plombs 
dont nous parlerons ci -après. La ressemblance est parfaite entre 
la coquille fondue et la coquille naturelle ; il nous parait évident 
que cette dernière a servi de modèle pour la fabrication des 
coquilles en plomb destinées, dès le moyen âge, aux pèlerinages 
en général et à ceux du Mont Saint-Michel en particulier. 



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PLOMBS DE PBLERINAQE 339 

Lettre-pcuenie, datée du mont Saint-Michel, pendant le 
pèlerinage que ce Roi fit au célèbre sanctuaire en 1393 : 

i Charles, etc., etc., savoir faisons à tous présens et 
à venir. Nous avons oye la supplication des povres gens 
demourans au Mont Sainct-Michiel, faisans et vendans 
enseignes de Monseigneur Sainct Michiel, coquilles et 
cornez qui sont nommez et appeliez quiencaillerie , 
avecques autre euvre de pion et estaing (1) getté en moule 
pour cause de Pèlerins qui illec viennent et afiOuent ; con- 
tenant que comme pour gaigner et avoir leur povre vie et 
sustentacion, ilz aient acoustumè de vendre lesdictes ensei- 
gnes et autres choses dessus déclairées, aux diz pèlerins 
venions en pèlerinages audit lieu du Mont Sainct-Michiel, 
lesquelz ne se sauroient vivre, chevir ne gouverner d'aus- 
tre mestier ; lequel mestier est si petit qu'il convient qu'il 
se vende par mailles et par deniers aux Pèlerins qui vien- 
nent audit pèlerinage, et par si petites parties que lesditz 
supplians peuvent à peine avoir de quoy vivre audit lieu 
du Mont Sainct-Michiel ; mesmement qu'il n'y croist blé 
ne aultres choses de quoy ilz puissent soustenir ne avoir 



1. Nous possédons on certain nombre de ces menues quincail- 
leries de pèlerinage (en plomb et en étain — absolument authen- 
tiques) : — des enseignes, des coquilles du temps de Charles Y, 
entre autres un cornet de pèlerin, pièce fort rare, trouvée dans la 
Beine, à Paris, au pont au Change, comme ceux dont nous don- 
nons ci-après plusieurs spécimens, choisis parmi les plus intéres- 
sants. 



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340 DBSCBIPnON 

leur povre vie et estât et convient qu'ilz achètent chiere- 
ment l'eaue de quoy ilz se gouvernent et toutes autres 
choses qu'il leur convient avoir pour leur sustentacion ; 
lesquelz supplians sont contrains de jour en jour à paier 
imposicion desdictes enseignes et austres choses dessus 
déclairées, pour laquelle chose ils sont si grevez qu'ils 
n'ont bonnement de quoy vivre, et sont yceulx supplians 
ou aucun d'eulx, en voye de laissier ladicte ville et aller 
ailleurs quérir leur vie, jaçoit ce que plusieurs d'eulx ne 
sachent autre mestier doat ilz se puissent vivre ; par quoy 
le sainct Pèlerinage dudict Ueu du Mont Sainct- Michiel 
pourroit estre diminué et la devoction des pèlerins apetissie, 
lesquelz pèlerins pour l'honneur et révérence dudict Mont 
Sainct-Michiel ont très grand plaisir de avoir desdictes 
enseignes et austres choses dessus déclairées , pour em- 
porter en l'onneur et remembrance dudict Mons Sainct- 
Michiel, si comme yceulx supplians dient; implorans 
humblement que, en nostre joyeux advènement audict lieu 
du Mont Samct-Michiel, nous plaise leur eslargir nostre 
grâce sur ce que dit est; pour quoy nous eue consideracion 
aux choses dessus dicttes pour la singulière et especial 
devocion que nous avons audict Mons. Saint-Michiel et 
aussi pour cause de nostre dit joyeux advènement audict 
lieu du Mont Sainct-Michiel, à yceulx supplians, de nostre 
certaine science, grâce especial, pleine puissance et auto- 
rité Royal, avons octroyé et octroyons par ces présentes 
que eulx et leurs successeurs marchans faisans et vendans 



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PLOMBS DE PBLBBINAeE 341 

lesdictes enseignes» ou austres choses dessus declairées, 
sotent frans, quittes et exemps à toujours-maiz de paier 
iadicte tmposicion de douze denirs pour livre, pour cause 
de la vente desdictes enseignes et aultres choses dessus de- 
clair ées. Si donnons en mandement à nos amez et féaux les 
Généraulx Conseillers à Paris, sur le fait des Aydes ordonez 
pour la guerre, aux Esleuz et Receveurs sur ledit fait, èz 
cité et Diocèse d'Avranches, et à tous noz autres Justiciers 
et OfBciers presens et à venir, ou à leurs lieux-tenans et à 
chascun d'eulx, si comme à luy appartiendra, que de 
nostre dicte grâce et octroy, facent, souffrent et laissent 
lesdits supplians et chascun d'eulx et les autres marchans 
ou vendeurs desdictes enseignes et austres choses dessus 
declairées, qui pour le tems advenir seront, joïr et user 
plainement et paisiblement et à toujours-maiz, sans leur 
y mettre ne souffrir estre mis contredit empeschement ou 
difficulté quelconque, et que ce soit chose ferme et estable 
à toujours. Nous avons faict mettre nostre scel à ces pré- 
sentes. Sauf en austres choses nostres droits et l'autruy 
en toutes, i 

• Donné audict lieu du Mont Sainct-Michiel, le xv* jour 
de febvrier. Tan de grâce mil trois cens quatre-vmsettreze 
et de nostre Règne le xm^. 

• Par le Roy : presens Mess, les Ducs de Berry et 
d'Orliens, le Connestabky VAmirault, les Seigneurs de Chas- 
tillon et d'Omont et plusieurs austres du Conseil : t J. Ber- 



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342 DBSGBIPTION 

taut i. (Ordonnaoces des Rois de France. Tome Vil» 
p. 590.) 

Cette Lettre-patente (1) démontre que des enseignes et 
surtout des coquilles j etc., étaient fondues au Mont Saint- 
Michel même. Cependant, en raison du nombre considé* 
rable A' Enseignes j de Coquilles et de Plombs de Pèlerinage 
trouvés dans la Seine (2), on peut affirmer qu'à la fin du 
xiv' siècle — date de ta Lettre-patente du Roi Charles VI 
— ainsi qu'avant et après cette époque, la fabrication de 
ces menues quiencailleries de pèlerinage était très-impor- 
tante à Paris. 

Au xm* siècle, le Prévôt de Paris, Etienne Boileau, qui 
rendit de son temps de si grands services aux Marchands et 
aux artisans de Paris, qu'il classa en différentes confréries 
en leur donnant des statuts ou des règlements, connus 
sous le nom de Livre des Métiers^ mentionne au Titre XIV: 
les < ouvriers de toutes les menues œuvres que on fait d'es^ 
taim ou de plom à Paris i et leur donne des statuts : 
c Qulconques veut estre ouvriers d'^taim, c'est à $ca- 
voir fesières de miroirs d'estain (de plomb ou d'étaîn poU), 
de fremaus d'estain, de souneites, de anèlès d'estain, de 
mailles de pion (petites médailles), de méreaus de toutes 
manières et de toutes austres menues choseites apparte- 

(1) Tirée de la Collection des Plombs historiés trouvés dans 
la Seine et recueillis par Arthur Forgeais, 5 volumea. Paris, 
1863. 

(2) Ibid. 



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PLOMBS DE PÈLBHINAGE 343 

nans à pion et à estain, il le puet estre franchement et ou- 
yrer de nuiz et de jours se il li plaist et il en a mestier, 
et avoir autant de Vallès corne il li plaira i (1). 

L'historien Sauvai, dans ses curieux manuscrits qui ont 
été imprimés sous le titre de : Histoire et Recherches sur 
les Antiquités de Paris (2), parie des Biblotiers fondeurs 
d'étain et donne la définition de leur métier : c Sçavoir ce 
que c'est qu^un Biblotier? c C'est un faiseur et mouleur 
de petites images en plomb qui se vendent aux pèlerins et 
autres > 

Les objets de plomb ou d'étain fondu, trouvés dans la 
Seine aux abords des ponts : pont au Change (ancien 
Grand-Pont), pont Samt-Michel, pont Notre-Dame, prou- 
vent qu'il y avait à Paris une # industrie de plomb qui 
devait alimenter nos grands pèlerinages en France. .. » (3) 

Les phmbs de pèlerinage recueillis dans la Seine en bien 
plus grande quantité au pont au Change qu'aux autres 
ponts, ainsi que le nombre de moules, en pierre litho- 
graphique ou en ardoise, ayant servi à couler ces plombs 
et trouvés sur ce point (pont au Change), prouvent égale- 

1. nèglemens sur les Arts et Métiers de Paris, rédiaés au 
xup siècle et connus sous le nom du LIVRE DES METIERS 
d'Ëtiennb BoiLEAU ; publiés pour la première fois, en 
entier, d'après les manuscrits de la Bibliothèque du Roi el des 
Archives du Royaume, avec des Notes et une Introduction, par 
G.-B. Dbppimo. — Paris. M. Dcca xxxvn. 

2. 3 vol. in-f». — Paris. 1724. 

3. Collection des Plombs historiés, etc., par A. Forgeais. 



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344 DESGBIPTION 

ment et en même temps que, si Tod Tendait ailleurs ces 
divers objets de pèlerinage, le principal centre de leur 
fabrication était localisé sur le pont au Change, où cette 
industrie était exercée soit par les ouvriers biblotiers qui 
s'y étaient installés, soit par les Orfèvres établis sur le 
Pont aux Changeurs seulement y puisqu'un édit de Louis 
le Jeune (1142) interdisait l'établissement des Orfèvres 
et des Changeurs sur les autres ponts de Paris. 

Nous possédons un certain nombre de plombs (trouvés 
dans la Seine, à Paris), d'une authenticité incontestable, 
qui ont été fabriqués à Paris, du xm* au xvi* siècle, pour 
les besoins des pèlerinages, si nombreux et si suivis en 
France au moyen &ge. Une partie importante de ces objets 
était particulièrement destinée aux pèlerins du Mont Saint- 
Michel et de Tombelaine ; ils se composent A'ampoulès ou 
sachets destinés à renfermer des reliques, de sonnettes 
(sounettes)j d'anneaux (anèlès d'estain), de figures de samt 
Michel qui s'attachaient aux habits ou au chapeau, de 
plaques, de boutons, de colliers, de coquilles, A'ensetgnesy 
mailles de plom ou médailles de plomb ou d'étain, qui 
pouvaient se fixer aux vêtements des pèlerins, et enfin 
d'un cornet de pèlerin. Quelques-uns de ces objets ont été 
fabriqués par des biblotiers, mais la plupart sont de véri- 
tables œuvres d'art, qui doivent avoir été composées, 
moulées, fondues et parfois frappées par des Orfèvres. 

Les Plombs, fig. 107, 108 et 109, ont été trouvés au 
pont au Change. Ce sont des ampoules en plomb (grandeur 



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PLOMBS DB PBLBRINAQE 



345 



naturelle) qui pouvaient se fermer en exerçant une pres- 
sion sur la partie haute du goulot; les traces de cette opé- 
ration existent en A et A' sur les figures 107 et 108. 




Face . ^\^ pRorii. 

107 6t 106. — Ampoules en plomb (xt* siècle). 

Ces an^poules ou sachets étaient destinés à contenir : 
de l'eau d'une fontaine miraculeuse ; un peu de cire des 
cierges, de l'huile des lampes brûlant dans les sanctuaires 



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346 



MBSGBIPTION 



visités; un morceau d'étoffe, de pierre même (1), ou tout 
autre souvenir d'un pieux pèlerinage. Le sachet qui les ren^ 




Face 



1. 




PRorii. 



i09 — Ampoule en plomb (xv« nèdeV 

fermait devenait un petit reliquaire qui pouvait être porté 

1. Pendant le moyen âge des mesures sévères durent être 
prises au Mont Saint-Michel pour empocher Tenlèvement des 
fragments de pierre provenant da sanctuaire de Saint-Michel : 

« Les peuples avaient pour ce sanctuaire une piété si ardente 
qu'ils emportaient comme des reliques les pierres de ce saint lieu ; 
et leur ferveur indiscrète aurait sans doute hâté sa ruine si une 
loi sévère n'eût mis un terme à leurs pieux larcins.... On dépo- 
sait ces pierres ainsi ravies par la piété dans des églises nou- 
velles que l'on édifiait en son honneur (de Sai.at-Michel) ; eUes 
étaient regardées comme des reliques précieuses et placées sous 
Tautel, même à c6té des corps des martyrs. En Bourgogne, on 
construisit un Oratoire dans le but de conserver plus précieuse- 
ment l'une de ces pierres. On pense que plusieurs églises de 
France, d'Angleterre, d'Allemagne et d'Itolie, édifiées au sein 
d'une plaine et nommées Saint-Michel-de-la-Pierre, Michelstein, 
Lapi9 tancH MichaelU, saokctus Michael de Petra, tiient leur 
vocable d'une relique semblable, s — Pèlerinages au Mont Saint- 
Mkhel, etc., par Dom Paul Piolin, — Abbaye de Solesmes, i868w 



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PLOMBS DB FJELBBINAaE 347 

à l'aide de deux anses ménagées ^or les côtés. Les figures 
107 et 108 datent du commencement du xy^ siècle^ et la 
figure 109 nous parait remonter au xiv^ siècle. La figure 




iÙ9 bis. - Pltqae de eoUier (Xf« siècle). 

109 bis est uoe plaque en étain qui devait faire partie 
d'un collier; elle gardp encore quelques traces de dorure. 
La figure 110 est le dessin, grandeur naturelle, d'une clo- 




110. — SoimeUe'de Pèlerin (iti« siècle), 

ehette, ou souneue d'estain, que sa petite dimension per- 
mettait de suspendre aux habits des pèlerins. Elle possècto 
mcore l'anse qui servait à cet effet, et elle porte entre deux 
filets, à la base du cerveau, une inscription en reUef : 
SANTA MARIA. 



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348 



DESCRIPTION 



La figure ilObU est im anèlè d'^tam formé par une 
courroie bouclée dont une coquille est lé chaton, et qui 




m^mmM^m 



I0H . Corroyef^ 

iiO 6i«. — Anneaa de Pèlerin (xit* siècle). 

porte une devisé en relief enlacée dans un rinceau de 
même, développée au-dessous de la figure 110 \m^ 




iii. - • Bourdon de Pèlerin (xv* siècle). 

La figure 111 donne un bourdon chargé d'une coquille; 
ce plomb et les précédente ont été recueillis au pont au 
Change. 

Les dessins, de 1 1 2 à 1 20 inclusivement, comprennent 
une série de figures ou dé fragments de saint Michel. Ils 
ont été trouvés au pont au Change {fg. 112, 11^3, 114, 



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PLOMBS DB PÈLmiNAGE 



349 



H9 et 120); au pont Notre-Dame (fig. 115, 116 et 118) 
ou au pont Neuf (fig. 117). 




mj 






116 




t 



Ut 





115 



116 bi$ 



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360 



D880BIPTI0N 



Ces dessins représentent tous saint Michel terrassant le 
Démon, et sont des fragments de plaques, à^enseignes ou 
de figures isolées, qui pouvaient se porter sur les vêtements 





lU bis. 



147 biê. 



ou s'attacher au chapeau, ainsi que l'indiquent les petites 
tiges, ou les boucles fixées au revers de l'image, notamment 
aux figures 114 bis et 117 bis. Elles étaient destinées au 
Pèlerinage du Mont Saint-Michel ou bien étaient vendues 
par toute la France, où saint Michel, patron de la France, 
était très -vénéré, particulièrement à Paris. Un grand 
nombre de corporations et de confréries parisiennes Pavaient 
pris pour patron, entre autres : les Balanciers, les Chape- 
liers, les Ëtuvistes, les Pâtissiers-OubUeurs, etc. A propos 
de ces derniers, nous donnons, fig. i20 bis, xm méreau, en 
étain^ de cette dernière corporation. Il représente : sur 



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PLOMBS DB PÂLEBINAGE 



351 




118 hU 




118 




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352 



DBSGBIPTION 



la face, saint Michel, et, sur le revers, un mouk à oublies. 
Ce méreau n'a pas été simplement fondu comme la plu- 
part des plombs de Pèlerinage, de Corporations ou de 




Tare, Rêvera, 

190 hit. — Méreao de U corporation des Pâtisaiers-Onblieiirs (xr siède). 



Confréries. Il a été frappé ou estampé au mouton (Voir 
ci-après : Pèlerinages ; Confréries de Saint-Michel aux 
Pèlerins et des Pâtissiers-Oublieurs). 

Ces figures appartiennent presque toutes au commen- 
cement du XV* siècle; pourtant un des fragments les plus 
intéressants (fig. 120) est de la fin du xiv* siècle, comme 
l'indiquent les détails de Tarmure, du temps de Charles VI. 

Saint Michel, debout, foule aux pieds le Démon, dont 
la tète est percée par la hampe d'une croix ou d'une lance. 
La Vierge, tenant l'enfant Jésus sur son bras gauche, est 
aussi debout sur le Démon ; entre la Vierge et la jambe 



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PLOMBS DB PàLBBINAGB 



853 



droite de saint Michel, un coq, planté sur le Diable et dont 
la patte s'appuie sur le soleret de rArchange, doit être le 




130. — Fragment d'une Enseigne de Saint-Michel (xnr* siècle). 



symbole de la vigilance et de la force victorieuse de saint 
Michel. 

Les^. 121, 121 biset 122, trouvées, l'une (/îgr. 121) 
au pont Notre-Dame, et les autres au pont au Change, 
sont trois plaques qui pouvaient être attachées sur les 

23 



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354 



DESCRIPTION 



babils des pèlerins; lesfig. 121 et 122 sont d'un travail 
de fonte assez grossier; la fig. 121 bis affecte la forme 





ISl et 123. — Pltqaes de Pèlerini (xt« liècle). 

d'un bouton fondu d'abord, puis frappé sur la (ace qui 
représente saint Michel. Elles nous semblent être, par 




iUJls. — Boaton de Pèlerin. 

l'armure de saint Michel, sa rondache ou sa large, du 
milieu du XV* siècle. 

Nous donnons, figures 123, 124, 125, 125 biset 125 ter, 
plusieurs types de coquilles fondues d'un jet. Elles ont 
été trouvées au pont Notre-Dame et au pont au Change/ 



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PLOMBS DE PÈLBRINÂGB 



355 



Denx sont chargées d'un saint Michel aux grandes ailes 
repliées; elles datent du xv* siècle, ainsi que les coquilles 




123. et iU. — Coquilles en plomb (xt« siècle). 

fig. 125. La fig. 124 est surmontée d'un ange ailé (saint 
Michel) issant à mi-corps la tète couronnée et nimbée » et 






125. — Coquilles en plomb (xt* siècle). 

tenant Técu de France ancien ; le revers de cette coquille 
est muni d'une attache perpendiculaire. 

La fig. 125 (à droite) est une petite coquille (grandeur 
naturelle), munie de son anneau et de ses attaches laté- 
rales ; la fig. 125 (à gauche) est une yariété des coquilles 
ornées de l'écu de France. 



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356 DBSGBIPTIOK 

Nous reproduisons également {fig. 126 et 127), dans 
leurs dimensions naturelles, comme celles qui précèdent, 
deux coquilles fondues en deux parties; elles ont été 





IM et iS7. — Coquilles de saint Michel (xt« siècle). 

trouvées au pont au Change et semblent être l'œuvre d'or - 
févres ou d'ouvriers habiles. Chacune d'elles est chargée 
d'une in^e de saint Michel très-délicatement fondue, 
attachée sur la coquille au moyen d'une petite tige fixée 
au dos de l'image et rivée par le reploiement de la tigette 
à l'intérieur de la coquille ; elles étaient munies à la partie 
supérieure d'une attache dont on voit les traces. Ces deux 
coquilles sont d'une très-grande finesse et nous paraissent 
être formées d'un alliage de plomb et d'étain. Elles 
doivent dater des premières années du xv' siècle, ainsi 
que l'indiquent l'armure, la rondache ou la targe de saint 
Michel. 

Pour achever de donner une idée des divers types des 
Phmbs fabriqués à Paris pour le Pèlerinage du Mont Saiot- 



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PLOMBS DB pàLBBINAGB 357 

Michel , nous reproduisons plusieurs exemples A^enseignen 
trouvées au pont au Change. Venseigm {fig. 128) à jour 
est formée d'un cercle cantonné d'ornements accolés; celui 
du haut se termine par un anneau destiné à suspendre 
l'image. Au milieu du cercle, et occupant toute la hau- 
teur, saint Michel, aux ailes éployées, est représenté ; il 
est couvert d'un haubert safré, t c'est-à-dire orné d'or- 
frois et d'ornements d'orfèvrerie » (1). La tête est nue et 




1». — BMdfiie (IiiM««) de saint Miehol (zm* siècle). 

sommée d'une croix ; le cou et les épaules sont armés 
ainsi que les jambes; le bras droit brandit une large épée, 
et le bras gauche tient un écu orné de neuf étoiles; la 
figure est debout sur un tronc d'arbre (?) d'où partent 
deux branches, terminées chacune par une coquille. Le 

1. VioUet-le-Doc, DicUomuiire du MobUier,A. YI. Paris, tô75; 



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358 DESCBipnoN 

bord intérieur du cercle est orné de grosses perles dispo- 
sées de façon à le renforcer et à le relier à la compo- 
sition centrale, tout en la consolidant. 

Cette très-rare enseigne nous a paru être des plus cu- 
rieuses à étudier et à reproduire. Elle est une des plus 
anciennes parmi celles qui ont été trouvées dans la Seine, 
et nous croyons pouvoir, d'après les détails du costume, 
la faire remonter au milieu du xm"^ siècle. 




128 bis. — Enseigne de saint Hichel (xiv* siècle}. 

Venseigne, figA2Sbt$, est aussi fort curieuse ; elle repré- 
sente saint Michel couronné et nimbé, revêtu d'une longue 
robe et transperçant le Dragon. La composition est rem- 
fermée dans une arcature à jour; par sa forme ogivale, 
ornée d'un redent, elle doit appartenir au xiv* siècle. Cette 
enseigne en étain, ou d'un alliage de plomb et d'étain, est 
munie au revers des attaches, qui, en se repliant, servaient 
à la fixer, et, à la partie supérieure, de trous destinés à 
la suspendre ou à l'attacher sur les vêtements. 



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PLOMBS DE PÂLEBINAGB 



359 



Moins ancienne que les précédentes et aussi moins 
bien conservée, renseigne fig. 129, trouvée au pont au 
Change, est pourtant fort intéressante, et ce qui en est 
resté permet de la reconstituer entièrement, sauf Tin- 
scription. Cette image est de forme ronde, à jour au 




119. ^ Enseigne de saint Michel (xnr* siècle). 

milieu, entourée d'un exergue orné de lettres et de 
coquilles reliées entre elles et qui ressemble à un collier. 
Debout, foulant aux pieds le Dragon, saint Michel, aux 



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S60 DBSCBIPnON 

brges ailes éployées, est couvert d'uae armure complète 
et revêtu (f un manteau drapé à larges plis ; la tète est 
couronnée et sommée d'une croix. L'Archange tient de la 
main droite la lance qui transperce la gueule du monstre 
et dont la poignée est formée d'une croix ps^tée. La main 
droite est couverte d'un gantelet de fer ainsi que la main 
gauche; celle-ci tient un écu à la croix latine, chargée au 
centre d'une croix pattée, accompagnée de quatre croix 
de même et orlée de perles; la courroie de l'attache est 
visible ainsi que le petit ornement qui la termine à l'angle 
dextre de l'écu. Une balance, chargée d'une âme — figurée 
par une tète — est suspendue à la ceinture de l'Archange 
et le coq, campé sur la tète du Diable, symbolise , ainsi 
que nous l'avons dit (fig. 120), la vigilance et la force 
victorieuse de saint Michel. 

Par sa composition générale aussi bien que par les par- 
ticuFarités du costume, notamment de l'armure, des 
grèves, des solerels, des gantelets et par dessus tout par 
la forme caractéristique de l'écu, nous pensons que cette 
enseigne doit dater de la fin du xiv^ siècle. 

Va fig. 130 représente une médaille ou enseigne re- 
cueillie au pont au Change ; elle rappelle par sa forme 
le collier de l'Ordre Royal de Saiot-Midiel, fondé par 
Louis XI, en 1469. Cette enseigne est à jour,' entourée 
d'un exergue, également à jour et bordé de perles. Au 
milieu, saiot Michel, armé de toutes pièces, terrasse le 
Dèmoq ; il brandit de Ja main droite une lance ou une croix 



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PLOMBS DE PBLBSINAGB 361 

dont 00 voit la partie inférieure de la hampe perçant la 
tôte du Diable, et de la main gauche TArchange tient un 
écu triangulaire, orlé de perles à la fasce de sable, accom- 
pagné en chef et en pointe de trois tourteaux ou 
besants (?) posés 3 et 1 . 



i3U. — EoMigne de saint Michel (xv« siècle). 

La partie supérieure de saint Michel manque à partir 
de la ceinture; on voit sur les bords intérieurs de 
Texergue les traces des ailes, et nous ayons essayé de déter- 
miner, par des lignes légèrement indiquées, l'ensemble 
àe la composition. 

h'fiji^Tffie est cantonné de coquilles entre lesquriles 



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362 DBSCBIPTION 

court ime inscription ajourée dont la partie supérieure est 

détruite, mais où Ton peut -lire encore SANTE 

ftOCAEL ANGELE ARCANGELE Si Ton 

juge de l'ensemble par les vestiges des détails, l'in- 
scription complète devait être : MICAEL SANTE MIGAEL 
ANGELE ARCANGELE. Cette médaille est munie de 
deux annelets faisant corps avec Texergue, et d'at- 
taches repliées qui servaient à fixer ou à suspendre 
l'image. L'aspect de cette enseigne, rappelant le collier 
de l'Ordre de Saint Michel, les détails de l'armure de 
l'Archange et la forme des lettres de l'exergue nous 
font croire qu'elle a été fondue vers la fin du xv* siècle. 

Enfin, pour terminer la série des plombs de pèlerinage, 
et principalement de ceux qui étaient destinés au Mont 
Saint-Michel, nous donnons le dessin d'un cornet de 
pèlerin, trouvé au pont au Change à Paris (fig. 130 bis; 
en A, développement de la face principale.) 

Ce cornet, très-rare et dans tous les cas des plus curieux , 
est en étain, fondu en deux parties, puis soudées; il n'y 
manque que l'embouchure que nous indiquons par une 
Ugne ponctuée; il devait être doré, comme le prouvent 
les traces de dorure, visibles sur plusieurs points; on voit 
aussi les vestiges des anneaux qui servaient à le suspendre. 
Il est enrichi d'ornements en reUef: rinceaux fleuris, 
demi-cercles terminés par un trèfle, d'un dessin très-fin et 
très-délicat. La face principale (celle qui se trouvait en 
dessus^ le cornet étant 9uspendu, à droite, sans nul doute. 



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PLOMBS DE PÂLBBINAaE 



363 



ainsi qae Tindique rornementation plus riche sur la partie 
qui devait rester apparente) est décorée d'un saint Michel 
aux longues ailes éployées et surmonté de Técu de France, 
timbré d'une couronne royale qui, par sa forme générale 






^N 




130 bU. " Cornet de pèlerin (xt« nèele). 



et ses détails, nous parait être du temps de Charles YIII 
ou de Louis XII, bien que ces ornements décoratifs rap- 
pellent, traditionnellement, une époque plus ancienne. 



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afté I>BSCBIPnON 

PÈLERINAGE 

DE TOMBELAINE 

L'ilot de Tombelaine est situé dans la baie du Mont 
Saint-Michel, à une petite distance de l'Abbaye. Un 
Prieuré y fat fondé, au xn* siècle, par un des Abbés du 
Mont, Bernard du Bec, surnommé le Vénérable; il y érigea 
en 4437 une belle église dédiée à la Vierge et desservie 
par les Bénédictins du Mont Saint*Michel. Le sanctuaire de 
Tombelaine devint bientôt le but d'un pèlerinage célèbre , 
surtout en raison de son illustre voisinage. Il était connu, 
dès te xii® siècle, sous des noms différents : Sainte-Marie 
de Tombelaine» ou Notre-Dame-la-Gisante de Tombelaine 
(Beat» Mari» jacentis) ou Notre-Dame de Pitié. 

Une chapelle, sous le vocable de Notre-Dafne'la-'Gisante 
de Tombelaine^ existait à la Sainte -Chapelle du Palais, à 
Paris : < Les titres sont : Lettres de 4240, par lesquelles 
saint Louis confirme la fondation de cette Chapelle faite 
dans la chapelle de Saint -Michel par Adam et Ameline, 
son épouse, portant que le Titulaire seroit obUgé de dire 
tous les jours les Heures Canoniales avec le Chapelain de 
Saint-Michel, et de célébrer ou faire célébrer tous les jours 
la Messe à Tautd. de la Vierge. Cette chapelle est dotée 
de seize li^. paris, de rente à prradre sur tous les étaux 
à poissona de mer et d'eau douce que Philippe-Au^^te 



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PLOMBS DB PéLBRINAeB. — TOMBBLÂINB 365 

lui avoit donné, attenans les mars du Petit-Châtelet jus* 
qu'à la descente de la rivière, et sur les étaux que 
Louis VIII lui avoit accordé près le Petit-Pont ; et en 
outre sur une maison en PHerberie, in orberiâ , aujour* 
d'hui le Marché-neuf; à la charge par le Chapelain de 
fournir deux cierges, d'une livre chaque, pour brûler pen- 
dant la Messe et tous les Samedis pendant les Vêpres de la 
Vierge. — Arrêt du Parlement de l'an 4322, qui maintient 
le même Chapelain dans la propriété de deux étaux près 
Gloriette, qui lui furent donnés pour dédommagement de 
l'emplacement attribué à la Chapelle par Adam et dimi- 
nué pour rétablissement et passage du Petit-Pont, — Sen- 
tence des Requêtes du Palais de l'an 4328 qui ordonne 
que le Chapelain de Notre-Dame-la-Gisante jouira des 
offrandes qui seront faites à son Autel, à la charge de 
payer quarante sols paris, de rente annuelle au Chapelain 
de Saint- Michel. — Sentence des Requêtes du Palais de 
l'an 4558, par laquelle il paroit que, pour dédommager ce 
Chapelam de deux étaux qu'il avoit près le Petit-Chàtelet, 
il lui fut donné deux autres étaux dans la place du Cime- 
tière Saint-Jean, adossés contre la Boucherie. — Ordon- 
nance des Prévôts des Marchands et Échevins de la Ville de 
Paris de l'an 4572, qui donne et assigne audit Chapelain 
cent liv. de rente sur le Domaine de la Ville, pour in- 
demnité des étaux à poissons dont il jouissoit près le 
Petit-Châtelet et qui furent supprimés et transférés dans 
le Marché-Neuf lors de la constructipn de ce Marché» en 



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366 DESCBipnoN 

vertu de Lettres-patentes d'Henri III en 1557. — Contrat 
du 7 avril i6i8, par lequel MM. de la Sainte-Chapelle 
s'obligent de payer quatre-vingt liv. de rente à Eustache 
Picot, Chapelain de Notre-Dame-la-Gisante, et à ses suc- 
cesseurs en ladite Chapelle, pour cession à eux faite par 
le Chapelain de deux places où il y avoit un grand appentis 
de tuiles contre le mur du Petit-Chàtelet. » 

f Les dix-huit Messagers de la Chambre des Comptes 
étoiait anciennement dans l'usage, le jour de la Fête de 
l'Assomption de la Vierge, de (aire dire tous les ans une 
basse-Messe, à dix heures du matin, à FAutel de Notre- 
Dame-la-Gisante, dans la dite Chapelle de Saml-Mi- 
chel » (i). 

C'est la première fois que nous voyons la Vierge Marie, 
vénérée à Tombelaine, appelée Notre-Dame-la-Gtsante de 
Tombelaine. La Vierge était-elle invoquée à Paris sous ce 
nom, par les femmes pendant leur grossesse, qui mettait 
obstacle à leur pèlerinage à Tombelaine? Notre-Dame-la- 
Gisante de Tombelaine était-elle, à Paris, dans la Sainte- 
ChapeUe du Palais, le but de pèlermages, que la longueur 
de la route, les dangers du chemin, les guerres empê- 
chaient d'accomplir au sanctuaire même de la Viei^e à 
Tombelaine? — De même que Notre-Dame de Boulogne- 
sur-Mer (moins éloignée de Paris que Tombelaine) avait 

i. Histoire de la Sainte- Chapelle Royale du PcUais, par 
M. Sauveur-Jérôme Morand, chanoine de ladite église. Paris, 
1790. 



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PLOMBS DB PàLBBINÂ0B. — TOMBBLAINB 367 

à la porte même de Paris, au village de Mmus-lez-Sanu- 
Cloudy une église bâtie au xiv'* siècle et dédiée à Notre- 
Dame de Boulogne-la-Petite, afin que < la pieuse coutume 
des pèlennages ne fût point interrompue par les accidents 
de guerre ou par la nécessité des affaires domestiques 
qui ne permettaient pas de réitérer un aussi long pèleri- 
nage. > — Enfin peut-il exister, comme nous le croyons» 
un rapprochement entre Notre-Dame- la-Gisante de Tom- 
belaine et le miracle» raconté par Dom Jean Huynes» 
qui eut lieu sur les grèves, entre le Mont Saint-Michd et 
Tombelaine? Autant de questions que nous laissons aux 
savants le soin de résoudre. 

Dom Jean Huynes (i) a fait du miracle dont nous venons 
de parler un récit dont le sentiment est si vrai et l'expres- 
sion si finement naïve que nous ne résistons pas au désir 
de le reproduire tout entier, bien qu'il ne se rattache 
qu'indirectement à notre ouvrage. Ce sera d'ailleurs, pour 
ceux que ces recherches intéresseront, un des éléments de 
l'étude des questions que nous avons posées : 

i Chapitre neufiesme. — D'une femme qm enfanta sur 
les grèves estant environnée des ondes de la mer, et d'une 
crotx bastie audit lieu. 

i Les hommes, voyans que plusieurs miracles se fai- 
soient tous les jours en cette église par l'intercession de 
l'Arcange S^ Michel, y accouroient de tous costez pour 

i. Histoire générale du Mont Saint-Michel^ etc. 



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368 DBdoitiPiiôil 

estre guéry ou pour voir ces merveilles. Ce qui esmeuti 
Tan mil onze, une femme de cette Province qui estoit 
presque au terme d'accoucheri d'importuner son mary 
pour y venir, ce dont il la voulut dissuader, luy conseillant 
d'attendre jusques à ce qu'elle seroit délivrée de son 
fruict. Mais, ne voulant différer, elle luy dit de si belles 
raisons qu'elle le contregnit de s'y accorder. Ils partir^t 
donc avec quelques-uns de leurs voisins et, arrivez en ce 
Mont, fort contents, y firent leurs prières et présentèrent 
leurs offrandes, puis se mirent en chemin pour retourner 
au pays. Estans desjà au milieu des grèves, entre «e Mont 
et le bourg de Genest, voicy qu'une espoisse vapeur s'es* 
leva soudain (ainsy que nous voyons souvent arriver), et, 
ne voyans ny ciel ny terre, ils ne sçavoient de quel côté 
tourner. La mer, de plus, dont ils entendoient bien les 
avant-coureurs, les contrègnoit de se retirer au plus tost; 
mais, comme ils tachoient de se sauver, la fenmie avança 
l'heure de son accouchement par l'effort qu'elle faisoit de 
suivre les austres, tellement que, ne pouvant plus marcher 
ny les austres demeurer s'ils ne vouloient périr avec ^le, 
ils la laissèrent là, grandement tristes, ayant desjà la mer à 
leurs pieds, et la reconunandèrent à Dieu et à S^ Michel. 
Cette femme, se voyant privée de tout secours humain, in- 
voquoit S^ Michel de tout son cœur et le supplioit de la 
secourir en cette extrême nécessité. Ce que fit le Sf' Ar- 
cange et la sauva par un miracle du tout admirable. Car 
il fit que la mer, l'environnant, faisant autour d'elle un 



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PLOMBS DE PÈLERINAGB. — TOMBELAINE 369 

cercle de ses ondes et luy laissant autant d'espace à sec 
comme elle en pouvoit occuper.de tous costez, de sorte 
que, la mer croissant tousjours, elle fit comme un puys très 
profond autour de cette femme et pas une goutte d'eau 
ne tomba dans le cercle, bien que les ilotz de la mer se 
brisassent là comme s'ils eussent rencontré un dur rocher. 
Ainsy cette femime, demeurant à l'abry de ces murs aqua- 
tiques, enfanta un fils qu'elle baptiza des eaux de la mer. 
Cependant la mer commençant à se retirer, la laissa sans 
luy nuyre aucunement. Alors la grève devenant sèche 
comme auparavant, son mary et toute la compagnie, 
ayans attendu à la rive que le flux et le reflux de la mer 
se fussent faicts, conmiencèrent à chercher de tous costez 
son corps, car ils l'e^timoient noyée, pour luy donner 
sépulture et, jettans les yeux vers le lieu où ils l'ayoyent 
laissée, la virent pleine de yie, tenant entre ses bras son 
petit fils, ce qui les resjouist grandement et, après avoir 
beny long temps Nostre-Seigneur d'une telle merveille et 
remercié l'Arcange S^ Michel, ils demandèrent à cette 
femme comment le tout s'e^toit passé et leur dit ce que 
nous venons de dire, de quoy ayans rendu grâces J^ Dieu 
et à S^ Michel ils s* m retournèrent en leur pays où ils 
nommèrent l'enfant Péril, à cause qu'il avoit esté enfanté 

au péril de la mer t 

< Or, afin qu'on pust monstrer à la postérité le 

propre endroict où se fit un tel miracle, l'Abbé Hildebért, 
premier du nom (ou Hildebért second) y fit dresser une 

24 



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370 DBSCBIPnOK 

croix haute de cent pieds et la fit appuyer de tous costez 
de plusieurs grosses pouttres et barres de fer à ce que> la 
mer faisans son flux et reflux, eUe ne la renversast. Main- 
teuaut cette hauteur ne se voit plus, et la mer a tellement 
couvert de son sable toutes les poultres qu^on ne voit que 
rarement cette croix. En un Obituaire, il est dit que. Tan 
1389, Frère Nicolas Germain fit réparer cette croix. La 
dernière fois qu'on la vit fut Tan mil six cens trente-deux. 
Tous ceux de ce pays sont témoins de cela, lesquels y 
alloient par bandes et en procession pour la voir. Elle fut 
environ huit jours descouverte (i). Elle a paru depuis, à 
sçavoir l'an mU six cens quarante-cinq, plusieurs de nos 
Religieux et autres la furent voir pendant un mois. Ce qui 
apparut est une charpente en quarré, de dix pieds de dia- 
mètre (sic), tout autour divers gros pouctres, et un 
au milieu surpasse les autres d'environ un pied. 
Quelques architectes la considérèrent sans en pouvoir 
comprendre la charpente. Il est à remarquer qu'en cet 
endroit, sçavoir entre ce Mont et Tombelaine, il y avoit 
une fort profonde vallée, qui est maintenant remplie et 
comblée de grève > (2). 

Interrompu plusieurs fois pendant les invasions des 
Anglais et les guerres de religion, le Pèlerinage de Tom- 
belaine fut fréquenté depuis le xn^ siècle jusqu'à la fin du 

1. Dom Jean Hujnes (Histoire générale, ele.). 

2. Manuserlt d'Avraaches (publié par M. de Robillard de Beau* 
repaire). 



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PLOKBS DE PàLBBINÀGB. — TOMBBLÂINE 371 

xvn^ siècle. Â cette dernière époque, les fortifications 
furent détruites par le sieur de la Ghastière, le dernier 
Gouverneur de la Place du Mont Saint-Michel en 4666, qui 
ruina rËglise-Prieuré en même temps que le fort de 
Tombelaine. 

Plusieurs enseignes de la Vierge de Tombelaine ont été 
trouvées à Paris, dans la Seine, au pont Notre-Dame 
(fig. i3i et 132) et au pont au Ghange (fig. 133). La 
figure 131 représente la Vierge, assise sur un large trône, 
et tenant dans ses bras l'Enfant Jésus, nu, s'appuyànt de 
la main gauche sur le trône, et dont la tète est nimbée. 
Sur le marchepied on lit : TOMBELAINE. 




431. — Ekiseigne (Imsge) de la Vierge de tombelaine (xr* nède;. 

Gette enseigne pourrait être attribuée au xiV' siècle n 
Pon n'examinait que le costume de la Vierge» revêtue 
d'une cotte-hardie, ou surcot, très-étroite sur la poitrine 
et laissant voir latéralement la ceinture ferrée posée sur la 
cotte de dessous au bas du corsage, — forme du vêtement 



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372 



DESCRIPTION 



des femmes en usage en France du milieu à la fia du xiv^ 
siècle. — Toutefois, iodépendammenl des formes tradition- 
nelles, dont il est toujours nécessaire de tenir grand compte 
et particulièrement pour les produits d'une fabrication 
courante comme ceux dont il s'agit, Yinscription est 
moins ancienne que la figure et rtma^^. entière ne nous 
parait pas remonter au delà de 4450. 

V enseigne (fig. 132) affecte la forme d'une double arca- 
ture du commencement du xv® siècle. Les pieds-droits 




13â. — Enseigne de la Vierge de Tombelaioe (xt« siècle). 

sont figurés par deux banderolles déroulées sur lesquelles 

sont tracés en relief ces mots : NOSTRE. DAME DE 

TOMBELAINE. lis sont reliés par deux arcs surbaissés» 
ornés de redents entrelacés et surmontés par deux gables» 
entre lesquels est placé l'anneau de. suspension. 



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PLOMBS DE PÈLERINAGE. — TOMBELAINE 373 

Au milieu de l'arcature, la Vierge, couronnée et nimbée, 
tient sur son bras gauche FEnfant Jésus, dont la tète nue 
est également nimbée. 

Là troisième enseigne, fig. 133, ressemble par ses dis- 
positions à la figure 131, mais elle en diffère par ses 
détails. La Vierge est assise sur un trône formé d'ar- 
catures ogivales, sur le couronnement et le marchepied 
duquel on lit : TOM-BE-LAI-NE. L'Enfant Jésus est 
debout sur le trône à droite de la Vierge. Les particularités 




133. — Enseigne de la Vierge de Tombelaine (xt« siècle). 

du costume et les draperies du vêtement permettent de 
supposer que cette image remonte au temps de Charles VII, 
c'est-à-dire au milieu du xv® siècle (1). 

1. Les figures portant les naméros 112 à 115, 118, 119, 120, 
121, 122. 124, 128, 131, 132 et 133, sont tirées âe\a Collection des 
Plombs historiés trouvés dans la Seine et recueillis par A. For'^ 
geais. 

Les bois gravés de ces figures nous ont été cédés par M. Forgeais. 
Les autres dessins sont complètement inédits, ainsi que ceux 
qui sont la reproduction des divers objets de pèlerinage trouvés 
dans la Seine et dont les Plombs originaux nous appai*tienaent. 



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374 DBSCBIPTION 

Enfin» en terminant cette suite à'images et de plombs 
qui se vendaient aux Pèlerins du Mont Saint- Michel ou dei 
Tombelaine, nous donnons, dans sa grandeur naturelle, 
le fragment d'une enseigne du xv"* siècle, oih*ant un in- 
térêt particulier, parce qu'elle représente, réunis dans une 
même enseigne^ la Vierge et saint Michel. 



134. — Eoseigoe de la Vierge et de saint Michel (xt* dècle). 

Cette image composée nous parait avoir eu une double 
destination. Elle rappelait tout à la fois les deux pèlerinages 
qui pouvaient se faire, pendant le même voyage, aux deux 
sanctuaires, voisins l'un de l'autre et très- fréquentés au 
moyen âge : de Sainte -Marie ou de Notre 'Dame- la- 
Gisante, à Tombelaine, et de Saint-Michel, au Mont Saint- 
Michel. 

Toutes ces anciennes images sont toujours composées 
naïvement et, si elles sont parfois d'une exécution gros- 



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PLOMBS DB PÂLBRINAGE. — DfAGBBIB 375 

sièr6> elles ont toujours aussi, avec le sentiment décoratif 
qui leur est particulier, un très-graud car^tère symbolique 
où rinspiratioD religieuse domine et dirige Tesprit de 
rimagier, si elle ne conduit pas toujours heureusement sa 
main. Elles sont bien dignes d'inspirer nos modernes fa- 
bricants d'images, surtout en ce qui concerne l'Archange 
saint Michel, qu'ils habillent de vêtements grotesques ou 
qu'ils affublent d'un costume théâtral, imité des Romains, 
costume paien par conséquent, ce qui nous parait être un 
véritable contre-sens et devrait les rendre plus scrupuleux, 
puisqu'ils ont la prétention de faire des images chré- 
tiennes. En attendant qu'ib aient composé, trouvé pour 
saint Michel un vêtement digoe d'une aussi grande figure, 
ils devraient tout au moins restituer au séculaire patron 
de la France son véritable costume national, c'est-à-dire 
l'armure française du mojen &ge. Les modèles ne man- 
quent pas dans notre pays ; nos cathédrales et leurs ver- 
rières en sont peuplées ; nos bibliothèques et nos musées 
en sont rempUs. Il suffît de voir, de bien regarder et sur- 
tout de retenir, d'étudier en un mot, de copier même pour 
réussir. C'est ce que nous souhaitons de voir faire à nos 
Imagiers présents et futurs, en leur prédisant le succès 
qu'ils obtiendront sûrement, lorsqu'ils voudront résister 
aux fantaisies capricieuses de la mode, éclectique et sté- 
rile, et qu'ils reviendront aux anciennes, fortes et saines 
traditions de l'Art français, sources toujours fécondes, 
d'où sont sortis tant de chefs-d'œuvre inspirés par une foi 



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376 



DESGBIPnON 



vive et dont rimagerie chrétienne du moyen âge, si belle 
et si fortement instructive, a été une des plus magnifiques 
expressions. 




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PÈLBRINAGES 377 



PÈLERINAGES 

Dès son origine, le Sanctuaire dédié à saint Michel fut 
visité par des pèlerins de toutes nationalités et devint 
bientôt célèbre. Depuis le xi"" siècle, le Mont Saint-Michel 
est un pèlerinage très-frëquenté. Il le fut surtout au 
moyen âge, même jusqu'à la fin du xvn* siècle, et sa glo- 
rieuse renommée s'étendait non-seulement par toute la 
France, mais encore dans plusieurs parties de l'Eu- 
rope (1). 

Une Confrérie de Pèlenns de Saint-Michel fut fondée à 
Paris dans les premières années du xm'' siècle. Déjà pen- 
dant le siècle précédent, c'est-à-dire au xn* siècle, il 
existait une chapelle dédiée à saint Michel < dans VEnchs 
du Palais. On ne sait rien de la première fondation de 
cette ÉgUse (du Mont Saint-Michel), dit Du Breul (2), si 
ce n'est qu'en 966 on y transféra des Chanoines séculiers 
qui desservoient auparavant la Chapelle Royale de Saint- 
Barthélemi. Corroset dit que la Chapelle de Saint-Michel 
ëtoit anciennement nommée Chapelle de Saint-Nicolas. 

i. Voir les pèlerinages des Rois de France, d'Angleterre, et 
ceux des Allemands an x?« siècle. 

2. Théâtre det Ânliquit de Paris, par Frère Jacques do Breul, 
moyne de Saint-Germain-des-Pre^es-Paris. — Paris» 1639. 



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378 PIRSÇWPTION 

Peut-être a-t-il confondu cette Église, ou Chapelle de 
Saint-Nicolas» que Louis le Gros avoit fait bâtir dans son 
Palais. On sait aussi qu'en ii65 Louis le Jeune fit bapti- 
ser son fils Pbilippe^Auguste dans la Chapelle de Saint- 
Michel de la Place Le Collège de la Sainte-Chapelle 

du Palais, érigée par S^ Louis> de 4245 à 4248, avoit de- 
puis longtemps des stations et des messes fondées pour 
certains jours de Tannée dans la Chapelle de Saint-Michel, 
dans laquelle la Confrérie des Pèlerins de Saint-Michel-du- 
Mont de la Mer, dont était le fameux Nicolas Flamel, fut 
érigée etfofidéa^en 4 240 par Philippe^Âuguste > (4). 

Après Tédification de la Sainte-Chapelle, Philippe le 
Bel, par Lettres de l'an 4343, < permit à Galeran, son 
Échanson etConciei^e du Palais, de fonder, dans la Sainte- 
Chapelle, laChapellenie de Saint-Michel (chapelle de Saint- 
Michel et Saint-Louis du Haut-Pas, au côté droit de la 
nef) et de la doter de quatre-vingts livres parisis à prendre 
sur quarante livres qu'il avoit droit de recevoir : sur le 
Pressoir de Saint-Etienne des Grès ; sur le Clos sis à Notre- 
Dame-des-Champs, et sur treize muids de vin des Francs- 

Mureaux dans la Censive du Concierge du Palais Le Roi 

Philippe le Long, par Lettres de l'an 4347, au mois de 
Janvier, donne au Chapelain de Saint-Michel, fondé par 
Galeran, la Maison sise dessous la Cuisine de la bouche du 
Roi...,, Nos Rois avoient anciennement coutume de tenir 

1. yUjtoire de la, Sainte-Chapelle Royale du Palaûr pv S.-J. 
Moraod.— Paris, 1790. 



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PÂLEBINAGES 379 

leur Cour ouverte le jour de Saint-Michel, et ils ^voient 
une grande vénération pour ce Saint, qu'ils regardoient 
comme l'Ange tutélaire de la France i (1), Aussi accor-^ 
dèrent-ils de nombreux privilèges au Chapelain de cette 
Chapelle jusqu'en 1781, où « tant à cause de Tétat de 

dégradation dans lequel étoit cette Chapelle que par 

rapport aux nouveaux plans de copstructions projetées 
dans la Cour du Palais, elle fut supprimée et démolie en 
vertu d'Ordonnances de la Chambre du Domaine des 
16 février, ^ août 1781 , rendues sur la Requête du Pro* 
cureur du Roi ; et les fondations des Chapelles de Saint* 
Michel, de Notre-Dame-la-Gisante de Tombelaine, de 
Saint-Jacques et de Saint-George, qui en dépendoient, 
furent transférées dans la Sainte-Chapelle basse » (â). 

Au moyen âge, les pèlerinages étaient très-suivis; 
ceux de Saint-Michel et de Saint-Jacques de ComposteHe 
étaient les plus particulièrement en honneur et attiraient 
un nombre considérable de pèlerins. La Confrérie de 
Saint- Jacques aux Pèlerins de Paris, rue Saint-Denis, à 
côté de la Porte de Ville, avait, avec sa Chapelle, un 
Hôpital € destiné à héberger gratuitement chaque nuit les 
Pèlerins en passage à Paris, qui se rendaient à S. Jacques 
de Compostelle, au Mont Saint-Michel et en d'autres lieux 



1. HUtoirt de la Sainte^ChapeUe du Palais, par 8.>J« Morand « 
— Paria, 1790. 

2. Ibid. 



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380 DESCRIPTION 

TéDérës... » (1). Dans les notes d'une liasse terminée par 
une Requête du xv* siècle, on trouve que, pour recevoir 
les pèlerins « y a bien, pour ce faire, xviij lits » que « de- 
puis le premier jour d'aoust ccaxiij (2) jusques au jour 
de Mons. S. Jacques et S. Christofle ensuivant (25 juillet, 
donc un an) ont esté logés et hébergés en l'Hôpital de 
céans xvi'^'vrrai^x pèlerins (16,690), qui aloient et ve- 
noient au Mont S. Michel et austres pèlerins. Et encore 
sont logés continuellement chascune nuict de xxrvi à xl 
povres pèlerins et austres povres, pourquoy le povre Hos- 
pital est moult chargé et en grande nécessité de liz, dé 
couvertures et de draps... » (3). 

< En 1476, Louis XI fonda, dans la Chapelle de Satnt- 
Michel aux Pèlerins, une CoUégide pour l'Ordre de Saint- 
Michel, composée de dix Chanoines sécûUers, huit Chape- 
lains ou Vicaires, six enfants de chœur, un Maître de 
musique et trois Huissiers Cette fondation fut con- 
firmée par Bulle du Pape Alexandre VI, en daté dû 13 

novembre 1476 » (4). Charles IX, par Lettres du 

2 septembre 1572 adressées au Bailli du Palais, portant 
confirmation de l'étabUssement de la Confrérie de Saint- 

!. Bordier. — Confrérie de Saint^Jacques aux Pèlerins, 1877, 
in-8S p. 22. 

2. 1368. 

3. Bordier. — Confi^fie de Saint-Jacques aux Pèlerins, 1877, 
iii-8», p. 22. 

4. Histoire de la Sainte-Chapelle du Palais, par 8.-J. Morand. 
— Paris, 1790. 



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PàLERINAGBS 381 

Michel en la Chs^elle de Saint-Michel-du-Palais, défen- 
dit aux PâtissierS'Oublieurs .de tenir nouvelle Confrérie 
de Saint-Michel et de porter les armoiries des pèlerinsi. 
qui sont cornets et coquilles. « La Confrérie des Pèlerins 
fut confirmée par Lettres-patentes d'Henri III, du mois 
d'août 1585 et 9 juillet 1588, d'Henri IV au mois de 
septembre 1601, et du Cardinal de Vendôme, Légat du 
Saint-Siège, du 16 juin 1668; enfin par Lettres-patentes 
de Louis XIV, du 15 janvier 1669, faisant défense à 
toutes autres* Confréries de prendre qualité de pèlerins et 
d'apposer aucune marque de pèlerinage ; permettant à la 
Confrérie des Pèlerins de Saint-Michel de nommer tous 
les ans, à la manière accoutumée, deux Bourgeois de 
Paris qui auront fait le voyage du Mont Saint-Michel, pour 
être Maîtres et Administrateurs de ladite Confrérie. Il 
paroit par un ancien registre et par les Lettres-patentes de 
Louis XIV que nos Rois, ainsi que les Princes du sang et 
les grands de la Cour, étoient encore jaloux à cette époque 
de rendre le pain béni à cette Confrérie. Les pèlerins 
étoient dans l'usage de faire dire, tous les seconds diman- 
ches du mois,, une basse messe dans cette Chapelle et de 
faire célébrer une grand'messe le dimanche d'après la 
fête de Saint-Michel et une messe basse le. lendemain pour 
les personnes . de la Confrérie qui étoient décédées 
pendant le cours de l'année • (1). 

i. Histoire de la Sainte-Chapette du Palais, par S.-J. MoraDd. 
— Paris, 1790. 



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382 DÉAOBÏ^noK 

La Confrérie des Pèlerins de Saint-Michel se dispersa 
en 1784 , après la destruction de laChapelle, et fut, comme 
tant d'autres utiles institutions religieuses, anéantie par la 
Révolution. 



Dans son Histoire générale de f Abbaye du Mont Saint- 
Michel au Péril de la Mer^ — collection de documents 
inépuisables, riches en indications de toute nature, -^ Dom 
Jean Huynes nous fournit encore des renseignements 
fort intéressants sur le Pèlerinage du Mont Saint-Michel : 

< Ce seroit chose impossible de faire icy un dénombre- 
ment de toutes les personnes de remarque qui sont 
venues visiter cette Église (du Mont Saint-Michel) depuis 
sa fondation jusques 2i présent. Et, chose admirable en 
un lieu tant escarté du monde, si on vouloit commencer 
de mettre sur le registre les Evesques, Abbez, Comtes, 
Marquis ou autres semblables personnages qui y viennent, 
je m'assure qu'en peu de temps on en auroit un beau 
catalogue. Et de plus, si nos ancestres eussent remarquez 
les Légats du Saint-Siège, les Cardinaux et Archevêques, 
les Roys, Reynes, Princes et Ducs qui y sont venus, nous 
nous contenterions de les nommer en général, tant y en 
auroit, et de dire que plusieurs Roys et Reynes de France, 
d'Angleterre et de Sicile y sont venus et ainsy des autres. 
Mais, pour parler certainement, mettons seulement icy 
ceux qu'ils ont Soigneusement remarquez : 



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i^âLSBmÂi^fis 383 

Chîldebert second, Rôy dô France, vint au commence- 
ment de la fondation de cette Église ; 

Richard P% Duc de Normandie, y est venu plusieurs 
fois; 

Richard II, Duc de Normandie, y vint et voulut que les 
cérémonies de ses noces avec Judith, sœur de Geoffroy !•% 
Duc de Bretagne, s'y fissent; 

Alain III, Duc de Bretagne, y vint Tan mil trente, ac- 
compagné de sa mère, Havoise, et de TArchevesque de 
Dol; 

Hugues, Comte du Haine, Rodolphe, Vicomte du Mans, 
y veinrent vers le même temps ; 

Robert I", Duc de Normandie, y vint, où Alain IIP, 
Duc de Bretagne, le veint trouver, et Hugues, Arche- 
vesque de Rouen, estoit avec eux ; 

Les trois fils de Guillaume le Conquérant, asçavoi 
Robert, Duc de Normandie, Guillaume le Roux, Roy d'An- 
gleterre, et Henry P', Roy d'Angleterre et Duc de Nor- 
mandie, y veinrent chacun durant leur règne. 

Henry II, Roy d'Angleterre, y veint l'an mil cent cin- 
quante buict et de ce Mont s'en estant allé prendre pos- 
session du Comté de Nantes, ayant appris là que le Roy de 
France Louys septiesme y venoit par dévotion, il se mit 
aussy tost en chemin pour l'aller recevoir avec toutes 
sortes d'honneurs sur les frontières de Normandie, puis 
veinrent tous deux ensemble en ce Mont; 

Estienne, abbé de Gluny, et Benoist, àkbé de S^ Michel 



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384 DESCBIPTION 

de Clu$e> y sont venus, Tan mil six cens septante deux 
et contractèrent une société spirituelle entre ce Monastère 
et les leurs. 

Saint Louis, après sa première croisade, visita la Nor- 
mandie en 1256 et vint en pèlerinage en Téglise du Mont 
Saint-Michel (1). 

Philippe III, le Hardi, de retour en France après la 
dernière croisade, ramenant la dépouille mortelle de 
saint Louis, qu'il porta sur ses épaules de Marseille à 
Saint- Denis, donnant ainsi un rare exemple de piété 
filiale, vint ensuite en pèlerinage au Mont Saint-Michel 
vers 1270. 

€ Le Roy de France, Philippe quatriesme, dit le Bel, 
y vint Pan mil. trois cens onze. » (2) 

La dévotion à Saint-Michel fut de tout temps très;-vive 
et, particulièrement au xiv** siècle, elle se manifesta par 
des pèlerinages plus nombreux qu'en d'autres temps, aux- 
quels prirent part non- seulement des hommes et des 
femmes de tous rangs et de toutes conditions, mais en- 
core, ce qui est bien digne de remarque, des enfants. 
Guidés par leur foi naïve, ils se réunissaient, sb ren- 
daient au Mont Saint-Michel sans aucune crainte, n'ayant 
d'autre préoccupation que celle d'arriver et de faire leurs 
dévotions au sanctuaire de saint Michel. 



1. Voir les Remparts, du xai« au xv« siècle. 

2. Dom Jean Huyoes (Histoire générale, etc.). 



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PÈLERINAGES 385 



Eo l'an M CGC XXXIII 
A Stint-Michiel, ta granl fiance» 
Fist Tenir an Mont grantentois (T) 
De pastoureaux grant babandance ; 
En Saint-Micbiel aroient fiance, 
Qui leur a donné allégeance (4). 



< Une chose advint, grandement admirable, et est 

telle. Une innombrable multitude de petits enfans, qui se 
Dommoientpa^^our^t^o;, veinrent en cette église de divers 
pays lointins, les uns par bande, les autres en particulier. 
Plusieurs desquels asseuroient qu'ils avoyent entendu des 
Yoix célestes qui disoient à chacun d'eux : Va au Mont 
Saint-Michel, et qu'incontinent ils avoyent obéis, poussez 
d'un ardent désir et s'estoient dès aussy tost mis en che- 
min, laissans leurs troupeaux emmy les champs, et mar- 
chants vers ce Mont sans dire adieu à personne. Le Reli- 
gieux, qui nous a laissé par escript tous les miracles qui 
arrivèrent en ceste année mil trois cens trente trois, dit : 
< Nous avons veu un prestre ceste année, lequel nous dit 
que, voyant tous ses paroissiens épris de ce désir si subit, 
il tacha de les faire attendre quelque peu et à les exhorter 
qu'ils pensassent meurement au voiage qu'ils alloient faire; 
mais que, perdant sa peine, il s'achemina vers son logis 

1. PèUrinaget au Mont Saint»Michel, etc., par Dom Paul 
Piolin. — Solesmes, 1868. 

25 



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386 DBSGBIPTION 

guère distant de l'assemblée, où il n'estoit encore arrivé 
que soudain il délibéra d'y venir aussy mais avec un tel 
désir que, sans entrer en sa maison, il rebroussa chemin, 
vint visiter ceste église avec eux, où il dit la saincte Messe 

à laquelle assistèrent ses paroissiens > 

c La mesme année une multitude de petits garçons ve- 
nans en pèlerinage en cette église arrivèrent un jour en un 
certain village où, entrans dans l'hostellerie, ils s'assirent 
à table et beurent et mangèrent suffisamment, dépensans 
six sols en tout (somme grande en ce temps là). A la fin 
du disner, n'ayant de quoi payer, ils ne demandèrent k 
compter mais à sortir. Mais l'hostellier les retint et leur 
dit qu'il vouloit estre tôt payé ; eux, n'ayans de quoi le 
satisfaire, imploroient sa miséricorde et le supplioient 
d'avoir compassion de leur pauvreté. Mais l'hostellier, qui 
aymoit mieux qu'on le satisfit d'argent que de belles pa- 
roles, ne prit point plaisir à ces discours. Voyant donc 
qu'il ne pouvoit recevoir d'eux aucun paiement, il leur dit 
qu'en vérité il les puniroit selon qu'ils le meritoient. Et, 
cela dit, commençant par le premier, il donna à chacun 
d'eux un bon soufflet, puis les mit hors de sa maison. Cela 
fait, il s'en alla retirer la nappe sur laquelle ils avoyent 
disné et, chose admirable , il vit une plus grande quantité 
de morceaux de pam qu'il ne leur devoit rester naturelle- 
ment et trouva dans un verre six sols, ce que considérant 
il fut marry d'avoir souffleté ces petits pellerins et, pre- 
nant l'argent, il courut après eux et le leur offrit, leur de- 



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PÈLERINAGES 387 

mandant pardon. Mais eux le refasèrent et, louans Dieu, 
joyeux, sains et gaillards, arrivèrent quelques jours après 
en ce Mont où, ayant faicts leurs dévotions, ils s'en retour- 
nèrent en leur pays rendans grâces à Celuy qui donne à 
manger aux faméliques et délivre les captifs » 

c La mesme année, treize pastoureaux^ qui venoient 
de fort loin en pèlerinage en cette église, passèrent par un 
village, nommé Dyssié, où ils se reposèrent et acheptèrent 
un pain de deux deniers tournois pour prendre leur réfec- 
tion et, s'assoians les uns près les autres, le coupèrent et 
distribuèrent par entre eux également. Or, bien que les 
portions d'un si petit pain ne parussent presque point 
dans les mains d'un chacun d'eux et qu'un chacun eût pu 
manger sa part en une bouchée ne rassasiant nullement sa 
faim mais l'excitant plus tost, neantmoins Celuy qui de 
cinq petits pains rassasia cinq mille hommes, renouvellant 
ses merveilles, multiplia tellement la portion d'un chacun 
que ces treize petits enfants en mangèrent tout leur saoul 
et, en ayans beaucoup de reste, le gardèrent soigneuse- 
ment dans leurs petits bissacs. Ce miracle fut veu par les 
honmies dignes de foy, habitans dudit village, lesquels, 
ayant veu ces pellerins achepter ce petit pain, les avoyent 
exhortez à le départir fidellement entre eux . Et ces hommes 
venants aussy en pèlerinage asseurèrent aux Religieux de 
ceste Abbaye qu'ils avoyent estez tesmoins oculaires de ce 
miracle.... » 

c La mesme année, à Mortain en Perche, un homme 



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388 BESOBipnoN 

Youloit finement empescher des petits enfans, qu'il tenoit 
en pension chez soy, de venir en pèlerinage en cette Église 
ainsy qu'ils desiroient, avec grande dévotion. Mais, dès 
aussy tost qu'il leur eut deffendu de sortir, il devint muet 
et demeura immobile sans qu'il luy restât aucun senti- 
ment. Ce que voyans ses amys, ils le portèrent à l'église 
où, revenant à soy, il fut marry de ce qu'il avoit faict et, 
du profond de son cœur, promit tacitement que, si Dieu 
luy redonnoit les forces corporelles, il viendroit, pieds et 
tète nuds, visiter ceste église du Mont. Ce qu'ayant promis 
il recouvra ses forces comme auparavant, puis se mit en 
chemin et vint en cette église demander pardon à l'Ar- 
cange Saint Michel de ce qu'il avoit empeschë des petits 
innocents de venir visiter son église et le remercier des 
forces corporelles qu'il avoit recouvertes par son inter- 
cession » 

€ La mesme année, au village de Sordeval, il y avoit 
trois tailleurs de pierre lesquels devisans ensemble, se mo- 
quaient des pastoureaux et pellerins qui venoient visiter 
cette église et disoient que telles gens estoient enchantez 
et deçeus par arts magiques ou autres sortilèges qui fay- 
soient ainsy voyager les hommes. Mais Nostre Seigneur 
Jésus-Christ, qui se mocque des mocqueurs, permit, lanuict 
suivante, qu'ils sentissent des douleurs telles en leurs corps 
que, croyans en mourir, ils se vouèrent à Dieu et à saint 
Michel et promirent que, s'ils en reschappoient, ilsneman- 
queroient de venir en pèlerinage en cette église. Ce vœu 



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PàLBBINÂGES 389 

faict, ils recouvrèrent leur sauté, puis l'accomplissaus, 
direut aux Religieux tout ce que dessus.... > (1). 

Ce sont peut-être aussi des enfants que les galopins 
de cet article des Comptes Royaux, publiés en extrait par 
M. Vallet de Viriyille à la suite de la Chronique de 

Charles VU, par Jean Chartier(2) Monseigneur le 

Régent, pour argent donné aux galopins de la Cuisine pour 
aller au Mont Saint -Michel au temps de Karesme, mer- 
credi 5 février (i42i); argent 16 sous i (3) Ces faits 

se passèrent à la fin du règne de Charles YI ; ce monarque 
était venu en pèlerinage au Mont en 1393. C'est pendant 
ce voyage que, par Lettres-patentes du 15 février 1393, il 
affranchit des droits d'Aides les menues quiencailleries, 
fabriquées et vendues aux Pèlerins par les marchands de la 
Ville du Mont Saint-Michel. 

€ Bfarie, Reine de France, femme de Charles septiesme, 

1. Dom Joan Huynes [Histoire générale, etc.) 

2. Paris. Bibl. ElzévirieiiDe, 1858. III. 317. 

3. M. A. de MootaigloD, Professeur à l'École des Chartes, à 
l'obligeance duquel dous devons ces renseignements, a relevé ces 
indications et ce dernier passage en tête de la réimpression qu'il 
a faite du Testament de Jehan de Lesche qui s'en va au Mont 
Saint • Miehel. (Anciennes poésies françaises des xv« et xvi* 
siècles. Tome X, 1875, p. 368-86.) Jehan de Lesche est un 
badin, un fou comme Caillette; le Testament qu'on lui prête, et 
qui date de François I**, ne dit rien du Mont, sauf le commence- 
ment qui se rapporte aux Pèlerinages d'enflants : 

CoBui« fODt, Pèlarint dn Mont 

Saint-Michel, oà les enfanU Tont 

Le plot toafent sans croix ni pUe, etc., p. 371. 



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390 DESCRIPTION 

vint au Mont, l'an mil quatre cens quarante sept, le vin- 
tiesme de juin ; y demeura depuis le lundy jusques au 
dimanche suivant, accompagnée de plusieurs Ducs et Du- 
chesses et de la troisiesme fille du Roy d'Ecosse » 

f Bien que, de tout temps, depuis la construction de 
cette église jusques à présent, il y soit toujours venu de 
divers quartiers plusieurs pellerins, neantmoins jusques 
en l'an mil quatre cens cinquante sept il n'en estoit 
presque venu d'Allemaignes. Cette année donc il com- 
mença à en venir desdits quartiers si grande quantité 
d'hommes, de femmes et d'enfans, si jeunes que plusieurs 
n'avoyent point encore atteint l'âge de neuf ans. De quoy 
plusieurs Prélats, Seigneurs et autres personnes de qua- 
lité s'esmerveillans en demandèrent la cause à plusieurs 
Prestres et autres gens de qualité qui estoient panny ces 
bandes, lesquels ne respondoient autre chose sinon que 
c'estoit la volonté de Dieu, que le désir de visiter celte 
église estoit venu à plusieurs d'entre eux, quelquefois si 
soudainement qu'ils quittoient toutes choses pour s'y ache- 
miner. Et, pour tesmoigner que cela estoit agréable à Dieu, 
c'est qu'il se faisoit ès-dits quartiers plusieurs miracles 
pour preuve de ceste dévotion, dont en voicy un. » 

t La sus-dite année mil quatre cens cinquante sept, le 
jeudy second jour de mars, un enfant, aagé de neuf ans, 
nommé Nicolas, fils de Pierre le Pelher, de la Ville de fitem- 
marieDaez (?), au Diocèse de Liège es basses Allemaignes, 
demeurant en la ville de Daez, eut un très-grand désir de venir 



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pâlbrinâgbs 391 

en pèlerinage en ceste église. Il demanda donc permission à 
son père avec beaucoup d'insistance d'y venir avec plu- 
sieurs personnes, les unes de son aage et les autres plus 
aagées, qui partoient de la susditte ville pour y venir. Le 
père luy fit ceste response : < Mon fils, attends encor un an 
ou deux ; pour lors tu seras plus grand et plus fort et je 
t'y meneray » . Par ces paroles il satisfit à ce petit enfant. 
Mais ce fut pour peu de temps ; car, incontinant après iceluy , 
voyant passer par devant le logis de son père trois autres 
pellerins, environ de son aage, qui venoient en ce Mont, il 
fut épris d'un si véhément désir de venir avec eux qu'a- 
bandonnant le logis de son père, sans dire adieu à per- 
sonne, il se mit en leur compagnie et estoit desjà arrivé à 
la porte de la ville de Daez lors que son père, adverty de 
sa sortie, tout transporté de colère à cause qu'il aymoit 
tendrement cet enfant et ne le vouloit voir esloigné de soy, 
courut vistement après et l'ayant atteint le prit par les 
cheveux luy disant : < Retourne au nom du Diable > . Mais, 
ô bon Dieu t quel advocat cet homme prenoit-il? que pou- 
voit-il espérer invoquant l'Ennemy de TArchange saint 
Michel aux inspirations duquel son fils correspondoit. A 
peine avoit-il proféré les dernières syllabes de ce blas- 
phème tant exécrable que soudam il tomba roide mort par 
terre et ne dit oncques depuis un seul mot. Ce triste spec- 
tacle fit assembler toute la ville et les prestres levèrent le 
cadavre , qu'ils portèrent premièrement devant l'autel de 
sainte Marie de Daez et par après en l'église saint Michel 



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392 DBSOBipnoN 

de Burchûe (?) où ud chacun, tant les séculiers que les pres- 
tres, pria Irès-instamment Nostre-Seigneur de vouloir res- 
sussiter ce pauvre homme, mais Dieu ne les exauça. C'est 
pourquoy ils enterrèrent son corps dans Sainte Marie de 
Daez et luy firent toutes ses funérailles. Cela faict, son 
fils qui, pour ce lamentable accident, n'avoit perdu la 
dévotion de venir visiter cette église, se mit aussy tost en 
chemin avec plus de trente personnes, entre lesquelles 
estoient Léonard de Valnuis, Léonard Le Febvre, Pierre 
le Masson et Michel d'En-huict-deniers, et tous arrivèrent 
en bonne santé en ce Mont, le vingt cinquiesme du mesme 
moys de may, où ils dirent aux Religieux de céans 
tout ce que dessus, lesquels, ne voulans croire si légère- 
ment une telle chose, Thomas Munier, Vicaire général en 
cette Abbaye pour le Cardinal d'Estouteville, sieur de 
Moyen, et de plusieurs autres, tant ecclésiastiques que sé- 
culiers, voulurent, pour tesmoigner qu'ils disoient la vérité 
qu'ils priassent sur les Évangiles, ce qu'ils firent, et Léo- 
nard de Valnuis comme aussy Léonard Le Febvre asseu- 
rèrent et affirmèrent de plus qu'ils avoyent aydé à porter 
le corps en terre. Après ce tesmoignage ils demandèrent 
quel aage avoit cet homme et si durant sa vie il n'avoit 
eu aucune infirmité. Ils respondirent qu'il avoit environ 
quarante ans, qu'il estoit sain durant sa vie, de forte 
complexion et bien composé en ses membres. Le lende- 
main une autre bande de pellerins composée de vingt cinq 
personnes de la mesme ville de Daez arriva en ce Mont ; 



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PÈLBBINAGBS 393 

les plus apparens d'icelle estoient Jean Ballehan, Henry 
de Coulongnes, Jacques de Foui et Jeau Mil. Iceux furent 
interrogez par le susdit Vicaire gênerai sur les mesmes 
poincts et asseurèrent de tout ce que dessus, adjoutans 
qu'ils Tavoyent veu enterrer. » 

c De cette punition on peut colliger deux choses ; la 
première que saint Michel se plaist grandement, à l'exem- 
ple de Nostre-Seigneur, que les petits enfants, qui igno- 
rent encor les malices du monde, s'approchent de luy 
venants visiter ceste sienne église. Et certe on peut dire 
véritablement que c'est une bénédiction. Car qui pourroit 
montrer, je ne dis pas tous ceux qui viennent en pèleri- 
nage mais seulement tous ceux qui y viennent tous les 
ans n'ayans encor attint que l'aage de douze, quinze ou 
vingt ans. La seconde, c'est qu'on peut voir par cette 
punition combien l'invocation du Diable deplaist à saint 
Michel. Et de là on peut inférer que, si cet Archange ne 
punit point tousjours sur le champ tels blasphèmes, 
qu'au plus tard il les pèsera exactement à l'article de la 
mort et laissera facilement choir de ses balances tels blas- 
phémateurs dans la gueule béante de Lucifer, Prince des 
ténèbres, si auparavant ils n'en font de leur bon gré une 
très rude et très exacte pénitence » (1). 

Louis XI se rendit plusieurs fois en pèlerinage au Mont ; 
en 1462 pendant la deuxième année de son règne; en 

1. Oom Jean Huyoes (Histoire générale, etc.). 



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394 DESCRIPTION 

1470 il y vint, dit-on, présider la première Assemblée da 
Chapitre de l'Ordre Royal de Saint-Michel qu'il avait fondé 
l'année précédente, et enfin en 1472 il y revint dans des 
circonstances que nous avons racontées (1). 

Vers 1488, après la défaite des Bretons révoltés, à Saint- 
Aubin du Cormier près de Fougères, le roi Charles VIU, 
alors &gé de 18 ans, fit en pellerm le voyage du Mont 
Saint-Michel pour remercier l'Archange Saint-Michel de la 
victoire qu'il avait remportée, grâce à la TremoïUe, sur 
François H, Duc de Bretagne, père d'Anne de Bretagne, 
laquelle Charles YIII épousa au château de Langeais , le 
16 décembre 1491. 

François !•' vint en pèlerinage au Mont Saint -Michel 
le 18 octobre 1518, la troisième année de son règne ; 
suivant Dom Jean Huynes (2), ce monarque revint au Mont 
au mois de mai 1532 avec son fils François, Dauphin, 
Duc de Bretagne, et Anthoine du Prat, Légat du Saint- 
Siège. 

En 1562, Charles IX, Roi de France, vint « au Mont 
Saint-Michel avec son frère Henri. Il tint ensuite un Cha- 
pitre de Chevaliers de son Ordre de Saint- Michel dans 
l'égUse de Notre-Dame, à Paris. Il prit place à main droite 
sous un dais de drap d'or ; et à la gauche, sous un pareil 
dais, étaient les armes des Rois d'Espagne, de Danne- 

1. Voir les Notes sur quelques Armoiries du Mont Saint-Mi" 
chel, etc., à la suite de la Notice historique, 

2, Histoire générale, etc. 



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PÉLERINAaBS 395 

marck et de Suède, qui étaient aussi CheTaliers de cet 
Ordre » (1). 

Charles IX est le dernier Roi de France qui ait accompli 
le pèlerinage du Mont Saint-Michel. Un grand nombre de 
personnages, dont quelques-uns sont cités par Dom Jean 
Huynes et ses continuateurs, se rendirent également au 
Mont dans le même but. Jusqu'à la fin du xvn^ siècle les 
pèlerinages furent encore très-suivis. Ils amenèrent au 
Mont Saint-Michel un nombre considérable de pèlerins, 
hommes, femmes ei jeunes homes fort lestes, Yenaiùt en com- 
pagnie avec enseignes et tambour selon la coustume. Mais, 
si les traditions anciennes se continuèrent encore pendant 
une partie du siècle suivant, les manifestations religieuses, 
si nombreuses, si extraordinairement grandes aux siècles 
précédents, cessèrent complètement avec le xvm' siècle. 
D'ailleurs les mœurs et les idées de cette époque n'étaient 
déjà plus favorables aux pèlerinages ; ce n'était pas de bon 
ton. Aussi un chroniqueur disait-il vers 1750, oubliant ou 
ignorant l'histoire du Sanctuaire de Saint-Michel où les 
Rois de France et les plus grands Seigneurs étaient venus 
faire humblement leurs dévotions : < le Mont Saint-Michel 
est un des plus fameux pèlerinages de France, particuliè- 
rement pour les jeunes gens de basse naissance qui y vont 
par troupes en été. > 

Les temps favorables aux pèlerinages étaient passés ; 

1. Histoire du Mont Saint-Michel, etc., par M. l'abbé Dea- 
rochea. — Caen, 1838. 



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396 DBSCBipnoN 

ils ne devaient renaître que près d'un siède plus tard. La 
Révolution, dans sa haine contre la Religion, et surtout 
contre le Gergé qu'elle confcHidait dans ses aveugles ven- 
geances, abolit les institutions les plus re^>ectables, eX, si 
elle ne parvint pas malgré tous ses efforts à détruire les 
Sanctuaires vénérés depuis tant de siècles, elle en dispersa 
les desservants par les lois de Février 1790, ordonnant la 
suppression des Ordres et des vœux monastiques. L'Ab- 
baye du Mont Saint-Michel, que toutes les guerres du 
moyen âge n'avaient pu entamer, ne fut point épai^paée et 
devint la proie de ses plus grands ennemis. Les ReUgieux 
qui l'habitaient durent l'abandonner et alors — contraire- 
ment à l'opinion d'un auteur moderne qui s'exprime ainsi 
sur cette immense catastrophe : c la Révolution ne démolit 
pas, mais ouvrit la Bastille normande, » — la Révolution 
s'empara légalement du Monastère et pilla son trésor, non 
moins légalement, c A peine ont-ils quitté (les Religieux) 
les rivages de la baie que les hommes de Saint-Michel, et 
en particulier ceux des Genêts et d'Ardevon, accourut au 
Monastère, montent au Ghartrier et brûlent une foule de 
monuments précieux, dans le but d'anéantir les titres de 
leurs redevances et de leur vasseiage. Les agents du Dis- 
trict (d'Avranches) arrivèrent trop tard pour empêcher 
cette dilapidation. Toutefois ils contmuèrent eux-mêmes le 
pillage en faisant enlever la célèbre bibliothèque et les 
riches manuscrits, qui, d'abord déposés dans la chapelle 
de l'Hôtel-Dieu de Genêts, furent ensuite transportés à 



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PàLEBINAQBS 397 

Ayranches, où pendant plus de vingt ans, ils furent pillés 
et méconnus I... * 

€ Ce que Ton s'empressa d'enlever immédiatement ce 
fut l'argenterie du trésor et des autels. On emporta (le 
12 octobre 1791) les statues d'or et d'argent, les croix et 
les crosses en vermeil, les vases sacrés et une foule de 
châsses précieuses, renfermant les saintes reliques. Quant 
aux pieux ossements, ils furent déposés sur une table, 
pële-mèle et avec mépris. Au milieu d'eux apparut le 
vénérable chef de saint Aubert. On voulait le briser comme 
un objet de superstition, mais il fut adroitement recueilli 
et sauvé par le pieux et vénérable docteur Cousin, qui 
l'emporta chez lui sous prétexte d'étude et de curiosité 
médicale... Les reliquaires en bois, en plomb ou en cuivre, 
furent dispersés et les saints ossements jetés dans une 
caisse, qui, nous a-t-on dit, doit se trouver encore dans 
les greniers du Mont Saint-Michel... * (1). 



1. Description historique et monumentale du Mont Saint- 
Michel, etc., par M. Tabbé E.-A. Pigeon. — Avranches, 1865. 

M. l'abbé Pigeon donne, à la fin de son ouvrage, des Notes sur 
les ReUgnes de V ancien Trésor du Mont Saint-Michel, qui exis- 
tent encore aujourd'hui et cite les Reliques conservées dans ta 
Sacristie de Saint-Gervais à Avranches ; entre autres cinq reli- 
quaires en bois ou en cuivre dorés et un magnifique ciboire en 
cuivre doré et émaUlé du xiP ou xiw siècle, et qui très proba* 
blement vient encore de C ancien Trésor du Mont Saint- Michel. 
— Nous avons vu, en 1876, le ciboire à la sacristie de Sainte 
Cervais, où il ne nous a pas semblé être gardé avec tout le soin 
qu'il mérite ; nous avons également vu deux reliquaires (indiqués 



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398 DESCRIPTION 

C'est évidemment pendant ces inyasions sauvages, anto- 
risées, commandées peut-être et dans tous les cas 
tolérées, que les verrières de PÉglise furent brisées et que 
les bas-reliefs du Cloître furent mutilés, principalement 
ceux qui représentaient les figures du Christ ou des 
saints ; mutilations d'autant plus faciles, pour les sculp- 
tures du Cloître, que leur extrême délicatesse et leur 
position à portée de mains grossières, les mettaient à la 
merci des brutalités de ces nouveaux vandales. 

Le Monastère fut, dès cette époque désastreuse, trans- 
formé en prison et renferma d'abord trois cents prêtres 
que les Vendéens délivrèrent en novembre 1793; puis 
Napoléon !•% par un décret de 1811, en fit une maison 
de correction; enfin, depuis Louis XVIII (1817) jusqu'en 
1863, il fut converti tout entier, sauf une très^etile 
partie du chœur, en Maison centrale de force et de cor- 
rection. 

Pendant plus de soixante-dix ans, l'illustre Abbaye subit 
toutes les souillures, toutes les mutilations, et n'eut plus 
d'autre célébrité que celle de quelques tristes personnages 
politiques qu'elle renferma à différentes époques. Un 



par M. Fabhé Pigeon^ p. i7S) rélégués sur une armoire pou- 
dreuse du presbytère de SaiDt-Gervais. Il serait heureux et juste 
que ces Reliquaires et ce Ciboire fissent retour, sinon au Trésor, 
du moins au Mtaée naissant du Mont Saint-Michel, qu'ils enrichi- 
raient, dont ils seraient les principaux ornements, et qui donne- 
raient une idée exacte des richesses d'art de l'Abbaye et de son 
ancien Trésor dispersé. 



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PàLBBINAGES 399 

décret de 1863 supprima enfin la prison et mit fin à une 
aussi déplorable situation. 

Le vénérable Prélat à qui l'Abbaye fut louée en 1864, 
rendit d'abord l'Église au Culte catholique et rétablit les 
pèlerinages, qui inaugurèrent leur restauration le 17 mai 
1865. Depuis cette époque ils ont pris un grand dévelop- 
pement et ils sont de plus en plus nombreux, grâce au 
zèle de Monseigneur TÉvêquede Ck)utances, secondé par 
les Religieux de l'Ordre de Saint-Edme de Pontigny, 
établis au Mont Saint-Michel sous la direction du T. R. 
P. Robert. Le livre ouvert dans le Monastère pour l'ins- 
cription des visiteurs et des pèlerins, contient déjà une 
longue liste de noms illustres ou célèbres et deviendra 
le Livre d'or de l'Abbaye restaurée. 

Le pèlerinage traditionnel du Mont Saint-Michel est 
désormais remis en honneur. Il aura cette année un éclat 
inaccoutumé en raison de la cérémonie particulière qui s'y 
accompUra le 3 juillet, Sa Sainteté le Pape Pie IX, dans 
l'audience du 23 juin 1875, ayant décerné les honneurs 
du couronnement à l'image de saint Michel. 



En aucun temps nous n'avons eu plus besoin d'im- 
plorer l'assistance du séculaire Protecteur de la France, 
afin que son intervention victorieuse ramène le calme 
dans les esprits troublés, la droitme dans les idées per- 
verties et nous préserve des dangers qui nous menacent* 



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400 DESCRIPTION 

Aussi la devise de l'image placée en tète de ce livre ne 
saurait-elle être rappelée plus à propos» au milieu de 
la lutte engagée entre le Bien et le Mal, étemel combat 
dont les périls seront conjurés lorsque saint Michel dai- 
gnera étendre sur nous sa puissante main. Puisse-t-il 
entendre les supplications des nouveaux pèlerins qui l'in- 
voquent dans son Sanctuaire rendu à leur vénération, en 
disant et répétant cette ancienne prière, toujours nouvelle 
et plus que jamais nécessaire : Michaél archangele vent 
m adjutorium populL Béate archangele in conspectu 
Angelorum ! 




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NOTES 

INDICATIVES 

POUR FACILITER LA VISITE DE L'ABBAYE 
DU MONT SAINT-MICHEL 

DE SES ABORDS 



ITINÉRAIRE 




ES plans que nous avons donnés, ainsi que les 
nombreuses figures du texte, pourraient suffire 
à' guider le lecteur dans les divers édifices du 
Mont Saint-Michel ; cependant nous croyons 
utile de donner quelques indications supplémentaires des- 
tinées à faciliter la visite méthodique de TÂbbaye et de ses 
abords. 

n est bien évident qu'un seul voyage au Mont Saint- 
Michel ne peut en donner qu'une notion incomplète. On 
emporte bien une impression plus ou moins grande de 
l'aspect général du Mont, mais il est impossible qu'une 
visite» souvent rapide, faite la plupart du temps au hasard 
et sans suite, laisse dans l'esprit autre chose que l'idée 

26 



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402 DESCBTPnON 

d'uD entassement confus d'édifices de toute nature dont 
le souvenir s'efface rapidement. Nous avons nous-même 
éprouvé cette première impression, que Tétude a bientôt 
modifiée, car rien n'est plus simple au fond que de bien 
voir le Mont Saint-Michel sans se tromper de direction, 
sans omettre la moindre de ses parties et, en résumé, 
sans aucune confusion. Seulement il faut procéder avec 
ordre, commencer d'abord par s'orienter, — ce qu'on oublie 
généralement, ce qui est pourtant fort utile ici, et ce 
qu'il est du reste très-facile de faire puisque l'Église 
peut servir de boussole, son grand axe longitudinal courant 
de l'est à l'ouest et par conséquent son axe transversal et 
ses transsepts du nord au sud, — puis ne visiter les divers 
édifices du Mont qu'à la suite les uns des autres et ne 
passer de Vun dans Vautre — ce que l'on fait souvent 
pour éviter quelques détours et l'ascension ou la descente 
de quelques marches — qu'après avoir vu complètement 
chacun de ces édifices qui, souvent juxtaposés et paraissant 
à première vue ne faire qu'une seule et môme chose, sont 
néanmoins d'époques différentes, ce dont on ne peut se 
rendre compte que par un examen sérieux et raisonné, en 
procédant comme nous venons de l'indiquer. 

Les renseignements concernant l'itinéraire à suivre, que 
nous croyons être le plus clair et le plus simple, viendront 
en second lieu, mais nous pensons qu'avant d'examiner les 
détails, il convient de voir V ensemble du Mont Saint-Michel, 
question fort intéressante et qui peut se résoudre de dif- 



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NOTES ITINÉRAIRES 403 

férentesfaçoDS» suivant les temps des petites ou àes grandes 



L'abordage du Mont est plus facile à Fépoque des pe- 
tites marées — en morte-eau — correspondant, comme 
on le sait, au premier et au dernier quartier de la lune, 
— parce qu'on peut arriver en voiture sans avoir à comp- 
ter absolument avec les heures de la marée (1), la mer 
n'entourant pas alors le Mont, ou, dans tous les cas, n'em- 
pêchant pas la traversée de la grève. On voit, en arrivajDit, la 
face sud du Mont Saint-Michel, et l'on peut toujours, à 
marée basse, en faire, à pied, le tour complet. Dfaut alors 
côtoyer le Rocher ou les Remparts, et la vue de l'Ab- 
baye est nécessairement bornée, dénaturée, l'extrême rap- 
prochement en déformant les plus belles perspectives. 

A basse mer, en tout temps et principalement en morte- 
eau, on peut avancer sur la grève, vers l'Est (après avoir 
traversé une des rivières qui se perdent sur le sable), afin 
de voir le Mont sous un de ses plus beaux aspects et dans 
tout son superbe développement ; mais les côtés ouest et 
nord sont moins faciles à voir par le même moyen. Il faut 
franchir la rivière à l'ouest, ou les bas-fonds au nord, et 
il n'est pas prudent de faire — sans guide — ces petites 
expéditions, qui ne sont pas toujours praticables à cause 
des sables, plus ou moins consistants selon les marées, 
qui changent et déplacent les fonds* 

1 . On peut arriver en voiture à d'autres époques qu'en mortes 
eau, à la condition de ne traverser la grève qu'à basse mer. 



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404 DESCRIPTION 

A notre avis, il vaut mieux choisir le temps des marées 
do vim-eau (1)» qui permettent d'aborder au Mont Saiot- 
Michel soit en voiture, soit à pied, à marée basse, et sur- 
tout à haute mer, à l'aide des bateaux qu'on trouve tou- 
jours sur la côte, à la pointe de la Digue, ou même dans 
l'anse de Moidrey, près de la gare du chemin de fer, si l'on 
a pris soin de prévenir les pécheurs du Mont. En s'em- 
barquant sur ce point, ou seulement à la Pointe de la 
Digue et profitant du jusanty on arrive rapidement au 
Mont Saint-Michel, qu'on aperçoit alors dans toute sa ma- 
jesté. Avant de débarquer sur la cale de l'Entrée, au 
sud, il faut faire le tour du rocher en s' éloignant à une 
centaine de métrés de sa base ; c'est la meilleure manière 
de voir le Mont dans toute sa beauté. La vue change à 
chaque coup d'aviron, pour ainsi dire, et toutes les faces 
de l'antique Monastère semblent se dérouler, présentant 
successivement les aspects les plus imposants et les plus 
grandioses, particulièrement à l'ouest, au nord, au nord- 
est et à Test : c'est une magnifique suite de vues, aussi 
pittoresques qu'on puisse les rêver, et rien d'ailleurs ne 
peut mieux favoriser l'étude de Varchite(^ure extérieure 
des différents édifices du Mont. Achevant le tour de l'ile. 



1 . Au moment de la pleine lune * ou conjonction^ -^ où les 
marées sont plus fortes que dans Vopposition , c'est du moins ce 
qui arrive ordinairement et périodiquement aux époques lunaires, 
sauf les phénomènes extraordinaires comme ceux qui se sont 
produits cette année, particulièrement en mai et en juin. 



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NOTBS ITINÉRAIRES 405 

commencé au sud-ouest, on débarque au sud sur la petite 
plage rocailleuse ou sur hcak, qui précèdent rAvciùcée de 
TEntrée de la Ville (1), et, après avoir franchi les ouvrages 
extérieurs et la Porte du Roi, on arrive dans la Ville (2), 
dont l'unique rue monte à f Abbaye. 

Le voyage au Mont Saint-Michel fait en temps de vive* 
mu, indépendammeût de Texcursion mantitm dont nous 
venons de parler et qu*il n'est possible de faire qu'aux 
époques périodiques des hautes marées, offre encore 
d'autres avantages qui seront particulièrement appréciés 
par les artistes; d'abord celui de voir le Mont Saint- 
Michel, son Abbaye, ses Remparts et les grèves entourés 
ou couvertes par ta mer, brillanmient éclairés par la lune 
et produisant, par les belles nuits d'été surtout, les effets 
les plus fantastiques et les plus inattendus. 

Mais ce qui est inappréciable, c'est le spectacle incom^ 
panble qu'on peut voir dans son développement, soit des 
Remparts à l'est et au nord, soit mieux encore de la grande 
Plate -forme supérieure de l'ouest, et que les grèves du Moût 
Saint-Michel présentent seules ; c'est-à-dire Varrkée do 
la mer. Nous employons intentionnellement Texpression : 
Varriv^ de la mer^ parce que c'est la saule qui convienne 
dans cette circonstance. 

Retirée à marée ba^se à plus do douze kilomètres du 



1. Voir le jïhn g^^nèrAl, fig* 14. 

2. Vdir b Yàllê, page 329. 



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406 DESCRIPTION 

MoDt, la mer arrive au moment du flot, s'aimouçant par 
un bruissement, confus d'abord et qui devient bientôt un 
bruit effrayant, en formant une barre formidable dans les 
rivières (1) qui s'écoulent sur les grèves (2) et dans toute 
retendue du vaste estuaire qu'elle couvre bientôt entiè- 
rement. Cette immense nappe d'eau inondant les grèves, 
non pas avec la rapidité d'un cheval lancé au galop comme 
on l'a dit hyperboliquement, mais s'avançant par un mou- 
vement continu, redoutable, avec une vitesse et une régu- 
larité implacables, produit un effet extraordinaire. Si 
les phénomènes des marées sont toujours intéressants à 
étudier et curieux à observer partout ailleurs, ils sont 
particulièrement étonnants sur les grèves du Mont Saint- 
Michel, où ils se produisent dans des conditions spéciales 



1. c Le premier flot ou pi*einière pointe de la marée se fait tel- 
lement sentir dans le Gouêsnon, surtout aux équinoxes, qu'en 
mettant l'oreille contre terre à Pont-Orson, on entend le bruit 
qu*il fait dès le moment où il entre dans la rivière. Il s'étend 
d'une rive à l'autre et il s'avance très-rapidement contre le cours 
de l'eau douce, qui est d'ordinaire assez lent, sans sq briser nulle 
part.... Son élévation et son action sont telles qu'il renverse assez 
souvent les plus grands bateaux, lorsqu'ils lui présentent le c6té. 
Dans les autres marées, il n'est ni si grand, ni si fort ; mais, dans 
tous les temps, il offre un spectacle vraiment curieux pour qui 
ne Ta jamais vu. » — Rivière de Couêsnon et son mascaret — 
De l'état ancien et de l'état actuel de la Baie du Mont Saint- 
Michelj etc...., par M. P. G. P. B. Manet.... — Saint- Malo, 
1829. 

2. Les rivières la 5e>, la Sélune, le Couêsnon et d'autres petits 
ruisseaux, notamment celui de la Guintre. 



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NOTBS ITméaAIBBS 407 

et sous des aspects grandioses qui laissent dans l'esprit 
les impressions les plus vives. 

Indépendamment des marées ordinaires et de celles de 
vive-eau, plus fortes que les autres, les équinoxes, et no- 
tammeot celui de sepLeuibrti, ramèûeot les grandes 
marées : * Marées de septembre, marées d'octobre , ce 
que les marins nomment les nmlims on les remrdm. Si le 
vent souffle du large et précipile les eaux eu cataractes 
puissantes sur les côtes, le phénomène présente un ta- 
bleau saisissant bien fait pour attirer les curieux. Les 
amateurs de grande marée ont pris peu à peu Thabitude 
d^aller voir la mer au Havre, à Dieppe, h Boulogne, etc.; 
on pourrait mieux choisir le lieu d'observation et peut- 
être serait-il bon de changer cet itiûéraire devenu un peu 
trop classique* 

I C'est dans cette vaste échancrure du littoral comprise 
entre Brest et Cherbourg que le flux prend toute son 
inlensité. 

f La marée atteint des proportions inusitées à Saint-Malo, 
au Mont Saint-Michel, aux lies Chausey et dans les iles 
anglo-normandes de Jersey, Gueroesey, Aurigny, Serk 
surtout* — Au Mont Saint-Michel, la marée montante 
offre on caractère particulier que Ton ne retrouve guère 
que diUiS la baie de Fuudy en Amérique ; c'est tout à la 
fois une marée et presque un mascaret tant l'inondation 
est brusque ; c'est le déluge.-..* A marée basse les sables 
s*étendent à perte de vue. Quoi qu*eu aient dit quelques 



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408 DBSOBIPnON 

auteurs, ou peut très-bien se promener sur cette pls^ de 
deux cent-cinquante kilomètres carrés sans crainte de 
s'enfoncer brusquement. Les sables moumnts de la grève 

me font tout Teffet d'appartenir à la légende (1) » 

Pourtant sur plusieurs points de la grève et notamment 
aux abords du Bec-d'Andène, au nord de Tombelaine, il 
existe des sables moumnts : c Le déplacement presque cott- 
tinuel des sables fait qu'ils fondent en quelques lieux 
sous les pieds, pour peu qu'on s'y arrête et y produisent 
de distance en distance de ces fnollières, fondrières, lises 
ou bougues, où il serait d'une souveraine imprudence de 
s'engager sans guide » (2). Presque toujours et sauf 
par les brouillards qui s'abattent souvent subitement et 
sont pour le voyageur, qu'ils égarent, le plus grave danger 
qu'il puisse courir, on peut circuler sans risqués sur les 
grèves, soit en partant de la côte, à la pointe de la Digue 
et surtout en suivant le sillon ou enrochement canalisant 
le Gouësnon jusqu'au Mont, soit du Mont à Tombelaine, 
soit en partant ou de la Rive ou de Bas-Courtil, du gué de 
l'Épine ou de Genêts, ou de tout autre point du littoral 
de la baie, pour se rendre au Mont ou en rev^iir; cepen- 
dant il est infiniment plus sage, particulièrement à l'époque 



1. Causeries scientifiques, etc., par M. Henri de Parville. — 
QuiDzième aunée, 4875. -^ Paris, 1876. 

2. De l'état ancien et de l'état actuel de la Baie du Mont 
Saint'MicM, par Tabbô F. G. P. B. Manet. — Saint-Malo, 
1829. 



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NOTBS irmiéRAiBBs 409 

des grandes marées qui déplacent les sables et à la suite 
desquelles les rivières changent de cours, de se faire 
accompagner par un des pêcheurs du Mont, qui sont tous 
d'excellents guides , aussi expérimentés que braves et 
prudents. Ces réserves faites, nous reprenons Tintérés- 
sante causerie de M. H. de Parville. c La mer se devine 
plutôt qu'on ne l'aperçoit à l'horizon... Lorsque de loin 
on voit les marins qui se promènent à pied sec autour 
de leur bateau échoué sur le sable, remonter à bord; 
quand les coquetières (i) (et les pêcheurs) reviennent vers le 
Mont à pas pressés, il ne faut phis s'aventurer sur la 
grève sans précaution. Une hgne brillante barre le ciel ; 
un bruit sourd arrive du large comme le grondement 
lointain de l'artillerie qui défile au galop ; c'est la Marée. 
Bientôt on distingue nettement le flot; la grève diminue 
rapidement d'étendue. Puis la mer n'est plus qu'à 3 ou 
3 kilomètres de distance. Le coup d'dôil change brusque-* 
ment, le flot n'avance plus en bon ordre ; les rangs sont 
rompus, il va plus vite au milieu que sur les côtés, à 
droite qu'à gauche. Et tout à coup la masse écumeuse 
projette en avant de grandes nappes d'eau qui luisent 
au soleil comme des coulées de plomb fondu ; on dirait 
d'inunenses tentacules qui barrent la grève, l'enserrent 
et l'étouffent. L'eau gonfle les ruisseaux tout à l'heure à 
sec ; de tous côtés les grands bras liquides se rejoignent ; 

1. Pêcheuses de coq^tet (coquillage trèt*aboDdant dans la baie 
du Mont SaiDt-Blichel;. 



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410 DESCRIPTION 

ne laissent plus çà et là que des lambeaux de grère. Le 
cercle se referme de toutes parts. Malheur à Timprudeot 
qui n'a pu fuir à temps I Les îlots se rapetissent à vue 
d'oeil et le sable disparait sous les eaux. Encore quelques 
minutes et l'inondation est complète ; une immense nappe 
d'eau a envahi les terres et le Mont Saint-Michel est 
séparé de la terre ferme par un bras de mer de 5 à 
6 mètres de profondeur. La rapidité de l'inondation est 
extraordinaire et ce spectacle par grande marée est terri- 
fiant, i (1) 

Lorsque le vent pousse la marée, les eaux franchissent 
laportedelaBarbacane et viennent baigner les Bombardes 
anglaises, trophées de l'assaut de i434, qui décorent 
l'Avancée de la Ville. La mer descend presque aussi rapi- 
dement qu'elle est montée ; une heure après Vétale de la 
marée, on peut sortir de la Ville, et très-peu de temps 
après, faire le tour du Rocher et des Remparts. 

Après avoir vu le Mont Saint-Michel dans son ensemble 
sous ses aspects extérieurs, et supposant que le lecteur 
a bien voulu nous suivre, nous lui donnons brièvement 
les renseignements nécessaires pour visiter — en détail et 
en ordre — tous les Bâthnents de l'Abbaye, ses défenses 
extérieures et les Remparts de la Ville, que nous avons 
décrits successivement et aux détails desquels le visiteur 
pourra se reporter facilement. 

1. Causeries sdentifigues, etc., par M. Henri de Parvilie. — 
Quinzième année, 1875. — Paris, 1876. 



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irmiRAiBB 411 



ITINÉRAIRE 



La Ville parcourue, la Barbacane du Ghàtelet et les 
Portes de TAbbaye franchies, il faut gravir le grand Degré 
de la Cour de l'Église pour monter directement à la Plate- 
forme du Saut-Gaultier, au sud de TÉglise ; car, si Ton 
veut se rendre exactement compte des dispositions géné- 
rales de l'Abbaye, il faut commencer la visite par les sou- 
terrains à l'ouest, consulter en montant les plans /S^. i5, 
i6 et i7, s'orienter, et, afin de voir tous les édifices suc- 
cessivement et sans confusion, suivre l'itinéraire que nous 
indiquons : 

Entrer à l'Église haute par la porte latérale sud (Plan, 
fig. i7), la traverser diagonalement, en sortir par la porte 
du collatéral nord ; prendre à gauche l'Escalier qui des- 
cend au Promenoir (Plan, fig. 16); suivre le degré qui 
longe, au nord, les soubassements de la nef romane et 
aboutit, au-dessous, à la Galerie basse ou Crypte de l'Aqui- 
lon (M, fig. i5); continuer et descendre encore jusqu'à 
l'extrémité des constructions à l'ouest (0, fig. 15); visiter 
les cachots (B, B', G, fig. 33) les Prisons (P. F,/î^. 15), 
les ruines de l'Hôtellerie (N, fig. 15) et ses substruetions 
au sud (Voir Robert dé Torigni, page 113), les ter- 



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412 DBBOBIPTION 

rasses, les jardins, les défenses et chemins de ronde du 
nord; voir la galerie basse ou crypte de V Aquilon 
(M, fig. 15 et coupe, fig. 31. — Vue perspective, fig. 32. 
— Travaux de Roger II, p. 108). 

Reprendre le degré longeant les soubassements nord de 
la nef; entrer, par une brèche existant actuellement à 
la troisième travée, dans les souterrains, substructions 
de la nef sur lesquelles s'élevaient jadis les trois pre- 
mières travées de la nef, détruites en 1776 et aujourd'hui 
sous la grande plate-forme, à Touest de l'Église haule ; 
voir ces souterrains (Hildebert II, p. 84); là se trou* 
vent Fancien Chamter ou Cunetière des Religieux (C. C, 
fig. 16), une ancienne dteme (D, idem), les degrés et pas- 
sages (Z, idem) — communiquant autrefois avec la nef de 
rÉglise haute, — laChapeHe Saint-Étienne (J, id^, l'an- 
cienne Chapelle mortuaire dite des Trente-Cierges (€", 
idem) sous la plate^forme du Saut-Gauhier. 

Revenir par la même voie et reprendre, au sortir de la 
brèche par où l'on ^t entré, l'escalier aboutiss^t au 
Promenoir (F, fig. 16), à l'extrémité ouest duquel une 
petite porte conduit au grand passage (G» idem) et aux 
dépendances (I, idem) de l'ancienne hôt^erie (H, idem). 
Visiter le Promenoir (F, idem) au nord de la nef 
(coupe, fig.3i. — Roger II, page 108), le [parcourir de 
l'ouest à l'est et voir en passant, au nord (E, fig. 16), 
les vestiges de l'anden Réfectoire du xi* siècle (Plan, 
/ij)f. 30). A l'extréwté Est du promenoir, traverser la 



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ITINdBÂIBB 413 

petite salle voûtée (xm"" siècle) qui précède la Chapelle 
basse du Traossept nord de TÉglise (B, fig. 16. — Voir 
Hildebert II, page 84). 

Sortir, à l'Est, au chevet de la Chapelle basse (6, fig. 16) 
entre les Bâtiments du nord et le Chœur de TÉglise. Entrer 
à droite, par la porte de la deuxième travée, dans V Église 
basse, dite Crypte des Gros-Piliers (plan, fig. 16. Chœur. 
Église basse, page 100). Après l'avoir visitée, prendre au 
sud, dans la troisième chapelle rayonnante, l'escalier pra- 
tiqué dans un des contre^forts, au sommet duquel se trouve 
V Escalier de dentelle. Il aboutit à la balustrade supé- 
rieure du Chœur, d'où la vue embrasse un panorama 
immense dont l'étendue s'augmente encore, si l'on veut 
s'élever jusqu'à la plate-forme supérieure du clocher actud, 
ce qui se peut faire sans trop de difficultés. 

Il faut descendre par le même chemin; s'arrêtera la 
hauteur du Triforium pour voir lesarcs-boutants du Chœur 
(fig. 29), puis descendre encore pour arriver à l'Église 
haute. 

Visiter en détail YÉglise haute (page 84), le Chceur 
d'une époque différente de la nef et des transsepts ; voir la 
grsmde plate-forme à l'ouest (Église. Nef. Robert de 
Torigni. Découvertes, page 126). Rentrer dans l'Église 
puis en sortir par la porte latérale sud s'ouvrant sur la 
plate-forme du Saut -Gaultier (Guillaume de Lamps, 
page 203) ; descendre le grand Degré de la cour de l'Église, 
en examinant la face latérale sud de la Basilique; en des- 



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414 DKOBIPnON 

ôendant, voir la Chapelle basse (romane) do Transsept sud, 
atitrefois Chapelle Saint-Martm^ au milieu de laquelle une 
citerne ( moderne) a été construite ; voir le pont fortifié 
(page 203 et la vue perspective, fig. 74). 

Revenir à la Salle des Gardes, la traverser du sud au 
nord et en sortir par la porte nord qui débouche dans la 
cour de la Merveille (I, fig. 15). 

Afin de conserver un souvenir exact de la MeryetUe 
(page i 37), il est utile de visiter les deux bâtiments — formés 
chacun de trois étages — dont elle se compose, sans inter- 
ruption et dans l'ordre suivant : de la cour de la Mer- 
veille (I, fig. 15) entrer dans TAumônerie par le Porche 
et la porte qui s'ouvrent au pied de la Tour des Cor- 
bins, voir VAumânerie (J, fig. 15 et page 153) et, dans 
l'angle nord-ouest, l'escalier qui dessert les étages supé- 
rieurs ; à la suite le Cellier (K, page 155); sur la face 
nord, le pont-levis qui servait au montage de l'eau (ten- 
tative de Montgomery, page 157); dans le côté ouest, 
la porte communiquant avec les jardins et les chemins de 
ronde. Prendre l'escalier, ménagé dans l'épaisseur des 
murs dans l'angle sud-ouest, qui aboutit au-dessus à la 
Salle des Chevaliers (page 165); voir cette SaUe (en L, 
fig. 16) trés-curieuse aussi bien par ses dispositions géné- 
rales que par les riches détails de son architecture (/S^. 16, 
coupe, fig. 59, et vue perspective, fig. 66), puis le Char^ 
trier {fig. 64 et 65). Sortir de la Salle des Chevaliers par 
la porte qui s'ouvre dans l'angle sud-est, traverser le passage 



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ITINiRAIBB 415 

YoAté OÙ se trouve qd escalier moderne, Mtrer dans le 
Réfectoire (page 160), la plus belle Salle ée FAbbaye (eu 
K, fig. i6) et, avec la Salle des Ghefaliers, un des plus 
beaux exemples de rArchitecture française du xm"" siède 
(fig. 16, coupes, fig. 151 et 152, et vue perspective, fig.60). 
Sortir du Réfectoire par la porte d'entrée, visiter les Cui- 
sines (M, fig. 16), gravir Tescalier moderne, qui commence 
dans le passage voûté en face de la porte du Réfectoire et 
aboutit au-dessoi, à proximité du Cloître, du Dortoir et de 
la Bibliothèque (L, R et M, fig. 17). Visiter attentivement 
le CloUrêj ses curieuses sculptures et son Lavatarium 
(page 182), le Chartrier (L, fig. 17). Entrer dans le Dortoir 
(page 172), par la grande porte de l'ouest (dans la galerie 
Est du Cloître), le parcourir dans toute sa longueur et, 
dans l'angle sud-est, prendre l'escalier de la Tour des 
Corbins (K', Ag^. 16 et 17). 

S'arrêter en descendant au crénelage de la Courtine 
reliant la Merveille au Châtelet ; voir le crénelage, contourner 
le comble du Châtelet où, dans l'angle sud-ouest, un escalier, 
encorbellé (fig. 78) sur le grand mâchicoulis de la porte 
de Belle-Chaise et sur la cour de la Merveille, conduit à la 
Salle des Officiers (N, fig. 16) ou d'assemblée, dite du 
Gouvernement (page 212). De là, voir les divers étages de la 
Tour Perrine (0, fig. 46) et le mâchicoulis pratiqué à l'un 
de ses étages (page 213). On peut ensuite visiter les Bâti-^ 
ments abbatiaux (page 198); voir la chapelle de Sainte- 
Catherine (G", fig. 15), sortir dans la cour de l'Église^ 



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416 DSSCBIPTION 

puis revenir encore à la Salle des Gardes (D, fig. i5 page 
206) et voir en passant les logements du Châtelet (C, /i^. 
45); examiner en sortant le bâtiment de BeUe^haise 
(page 206) qui contient la Salle des Gardes et au-dessus 
la salle des Officiers, puis le Châtelet (page 2i8) et ses 
curieuses dispositions défensives. 

Au sortir de TÂbbaye on se trouve dans la Barbacane 
du Châtelet (B, fig, 15) défendant les approches de TEntrée 
(page 22i). A la Barbacane aboutissent le grand Degré 
aijyourd'hui ruiné (page 223) et les Remparts de la Ville 
se rattachant aux fortifications de l'Abbaye-Château (voir 
le plan gtoéral, fig. H). 

En sortant de la Barbacane, prendre le chemin des 
Remparts (page 233) ; le premier ouvrage à gauche est la 
Tour Claudine (page 254) sur le point le plus élevé des 
murailles (I, fig. i4) et joignant Tangle nord-est de la Mer- 
veille; descendre une première rampe, voir VÉchau- 
guette (I, fig. 14) formant le saillant nordrouest du Mont, 
descendre une deuxième rampe jusqu'à la Tour du Nord 
(C, fig. 14, page 240) ; descendre encore et remarquer 
(en D, fig. 14) les vestiges des remparts du xiv* siècle et 
arriver enfin par des escaliers, fort raides, au Basttlhn ou 
Bastion de la Tour Boucle (pages 260 et 306). Suivre la 
ligne des murailles en voyant successivement la Tour Boucle 
(L, fig. 14), sa poterne et celle du Trou-du-Chat (K, 
fig. 14, page 260) ; la Tour basse (M, fig. 14) ou Batterie 
basse (pages 321 et 324); la Tour dite de la Liberté (N, 



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inNÉBAIRE 417 

fig. 14, page 324); la Tour de F Arcade (0, fig. 14, 
page 324). Voir la Tour du Roi (0, fig. 14, pages 263 et 
264) ; le crénelage et les mâchicoulis de la Porte du Roi 
(P, fig. 14, pages 264 et 265); le Lo^is du ilôt (page 261). 
Descendre en passant devant le Corps-de-garde et la Tour 
du Guet (page 271). Voir la Porte du Roi (page 264); 
la Barbacane de la Porte du Roi (R, fig. 14, pages 267 
et 272) ; VAmnc^ de la Barbacane (S, fig. 14, page 291), 
et Ton se retrouve alors sur la Cale(S\ fig. 14, précédant 
rentrée de la Ville au sud. 

De Y Avancée, en longeant le rocher au sud-ouest, on 
arrive aux anciens Bâtiments des magasins de l'Abbaye 
ou Fanils (page 292) ; voir leurs vestiges à l'ouest et à 
l'angle sud-ouest ; la base de la Tour des Fanils (U, fig. 14), 
la îbttf (plate-forme) Ga&ri^/(Z,/Sgf. 14, pages 294 et 296) 
et ses trois étages couronnés par les ruines d'un moulin à 
vent (page 297) ; sortir ensuite dans la cour des Fanils 
(X', fig. 14). L'on aura alors terminé la visite du Mont 
Saint-Michel après en avoir vu toutes les parties intéres- 
santes, si l'on a suivi nos indications. 

On pourra aussi, ce qui nous parait être la plus excel- 
lente manière d'achever l'excursion, visiter YOrphelinat, 
où trouvera moyen de s'exercer la charité de ceux qui 
voudront marquer par une bonne action leur passage au 
Mont Saint-Michel. 



27 



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TABLES 



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TABLE DES GRAVURES 



Figures. P«get. 

1. Frontispice. 

2. Eau-forte. — Vue générale de lat ace sud. — État actuel. 44 

3. Vue générale de la face sud. — Resuuration 45 

4. Armoiries de Pierre Le Roy $0 

5. Blason de Robert Jolivet (bas-relief) 52 

6. Armoiries de Robert Jolivet (141 7) $3 

7. Coquille naturelle, dite de Saint-Michel 54 

8. Fragment d*un carreau de terre cuite émaillée. ..... 54 

9. Armoiries de FAbbaye en 141 7 55 

10. — — en 1462 56 

10 bis. Ck>llier de TOrdre de Saint-Michel (bas-relief au Mont 

Saint-Michel 60 

10 ter, Ck>llier de TOrdre de Saint-Michel (revers d*une mé- 
daille de Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer) 61 

11. Armoiries de TAbbaye en 1473 6$ 

12. — — au xvi« et au xvn« siècles .... 69 

13. Armoiries de rAbba3re, entourées du collier de TOrdre de 

Saint-Michel 70 

— Saint-Michel (£iuz-titre de la Description) 72 

14. Plan général, ou Carte, du Mont Saint-NÛchel 73 

15. Plan au niveau de la Salle des Gardes 78 

16. Plan au niveau de l'Église basse 80 

17. Plan au niveau de l'Église haute 82 

18. Coupe transversale du Mont Saint-Michel 86 

19. Coupe longitudinale — 87 

aa Plan de l'élise et des Bâtiments abbatiaux en II 35. ... 89 



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422 TABLE DBS eBAVUBBS 

Figure». Pages. 

21. Plan de TÉglise — Nei actuelle. — Découvertes fiiites 

en 1875 91 

22. Plan d'une travée de la nef romane 93 

23. Nef. — Coupe transversale sur A-B. — État actuel ... 94. 

24. Nef. — Coupe longitudinale sur C-D. — État actuel. . . 95 

25. Nef. — Plan du Triforium , . . 96 

26. Nef. — Charpente apparente. — Restauration 97 

27. Chœur. — Plan au niveau du Triforium loi 

28. — — Plan au niveau de TÉglise haute 103 

29. — — Coupe sur Taxe longitudinal 105 

30. ' — — Coupe longitudinale. — Détail d*une travée . . 107 

31. Bâtiments de Roger II. — Aquilon. — Promenoir. — Dor- 

toir 109 

^2, Eau-forte, — Galerie de TAquilon iio 

33. Constructions de Robert de Torigni. -- Plan des soubasse- 

ments 115 

34. Constructions de Robert de Torigni. — Plan au niveau de 

la Galerie de TAquilon 116 

35. Constructions de Robert de Torigni. — Plan au niveau du 

Promenoir 117 

36. Constructions de Robert de Torigni. — Coupe longitudi- 

nale 118 

37. Constructions de Robert de Torigni. — Coupe transver- 

sale 119 

37 his. Chapelle Saint-Aubert 124 

38. Vue générale de la face ouest du Mont Saint-Michel. — 

État actuel 125 

39. Crosse de Robert de Torigni 127 

40. Épitaphe de Robert de Torigni. — Face 128 

41. Épitaphe de Robert de Torigni. — Revers 129 

42. Crosse de Dom Martin 130 

43. Épitaphe de Dom Martin 131 

44. Bague, — Profil et face. 134 

45. Monnaie de Tours 134 

46. Monnaie d'Angers 134 

47. Monnaie du Mans 135 



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TABLE DBS GBAYUBES 423 

Fignns. Pages. 
48. j 

• I Fragments de vitraux peints (trouvés dans les 

^ ' ( fouilles en 187s) 136 

51. I ' ^^ ^ 

52. J 

53. Vue générale de la face nord du Mont Saint-Michel. — État 

actuel 143 

54. Ck)lonnes de l'Aquilon 147 

5$. • — du Promenoir 147 

56. — de TAumônerie 148 

57. — du Réfectoire ^ 148 

58. Merveille. — Bâtiment à Test. — Coupe transversale. . . 151 
$9. Merveille. — Bâtiment à Touest. — Coupe transversale. . 152 

60. Réfectoire 161 

61. Réfectoire. — Latrines 162 

62. Coupe sur A-B (plan 61) 163 

63. Salle des Chevaliers. — Latrines 166 

64. Plan du Chartrier 168 

65. Chartrier.— Coupe sur la ligne A-B (plan 64), et face d'une 

des cheminées de la Salle des Chevaliers 169 

66. Salle des Chevaliers 171 

67. Porte de la Salle capitulaire (galerie ouest du Cloître). . 178 

68. Qoître. — Plan de Fangle nord-est 179 

69. Qoître. — C>)upe transversale des galeries. — - Restaura- 

tion 181 

70. Qoître. — Plan du Lavatoriym 183 

jo bis. Qoître. — C>)upe du Lavatorium 184 

71. Cloître. — Galerie sud. — Inscriptions 186 

72. Façades Est de la Merveille et des Bâtiments formant l'En- 

trée de TAbbaye. — Restauration 190 

73. Face nord de la Merveille. — Restauration 191 

73 bis. Mâchicoulis du Pont fortifié (Cour de l'Église) 202 

74. Em-forU, — Pont fortifié dans la Cour de l'Église. — Res- 

tauration 203 

75. Belle-Chaise. — Coupe longitudinale. — Restauration. . . 207 

76. — ^ Façade nord. — Restauration 209 



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424 TABLB DBS GBAYUBBS 

Figures. PagM. 

77. Belle-Chaise. — Détail du Tympan. — Coupe sur A-B. . 210 

78. Bâtiments formant l'Entrée de l'Abbaye. — Tour Perrine. 

— Belle-Chaise. — Châtelet (Plan partiel) 214 

79. Bâtiments formant l'Entrée de l'Abbaye. — Tour Perrine. 

— Belle-Chaise. — Châtelet (Plan partiel) 215 

80. Tour Perrine. — Face sud et Coupe 216 

80 bis. Tour Perrine. — Détails du mâchicoulis. ...... 217 

81. Eau-forte, — Châtelet. — Entrée de l'Abbaye 221 

82. Défenses extérieures de l'Entrée de l'Abbaye 222 

83. Grand degré. — État actuel 224 

84. Coupe longitudinale du Grand degré. —Restauration. . . 225 
8$. Grand degré. — Façade de la première Porte 226 

86. Grand degré. — Coupe transversale de la première Porte. . 227 

87. Vue générale de la fece Est du Mont Saint-Michel. — Res- 

tauration 231 

88. Ruines des murailles du xiv« siècle 242 

89. Vue du Mont Saint-Michel dans les premières années du 

xv* siècle. Bibl. nat., Ms. f. latin, no 11 59 245 

90. Remparts du xv« siècle. — Plan des Poternes de l'est. . . 258 

91. Remparts du xv« siècle. — Coupe des murailles. — Flanc 

nord de la Tour Boucle 259 

92. Remparts du xv« siècle. — Face des poternes de l'est. . . 260 

93. Remparts du xv* siècle. — Plan de l'Entrée de la Ville. — 

Porte du Roi 265 

<)l his. Remparts du xv« siècle. — Porte du Roi. — Façade 

ouest 264 

93 ter. Remparts du xv« siècle. — Coupe de la Porte du Roi 

(supposée restaurée) 265 

94. Remparts du xv« siècle. — Porte du Roi. — Vue prise de 

la Barbacane 267 

95. Remparts du xv« siècle. — Porte du Roi. — Armobies du 

Roi, de l'Abbaye et de la Ville 269 

96. Eau-forte, — (Remparts du xv« siècle). — Intérieur de la 

Ville. — Porte du Roi et Tour du Guet 271 

97. Plan de la Barbacane de la Porte du Roi 272 

98. Plan de l'Avancée de la Barbacane (i" Porte de la Ville). . 291 



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TABLB DBS 0BA.yUBBS 425 

P%Qret. Pages. 

99. Plan de la Tour Gabriel. (Remparts du xvtp ^ède). . . . 294 

00. Coupe de la Tour Gabriel, suivant la ligne C*-D*. .... 296 
00 his. Tour (BastiUon) Gabriel. — Resuuration 297 

01. Vue du Mont Saint-Michel (d*après la gravure de J. Peeters. 

Merlan, 1657) 300 

02. Vue du Mont Saint-Michel (d'après la gravure de N. de 

Fer, 170$) 302 

03. Plan du Boulevard — ouBasHOan ~ de l'Est 305 

04. Boulevard — ou Bastillon — de l'Est. — Flanc nord. . . 306 
0$. Bombardes anglaises (dans l'Avancée de la Barbacane). . . 327 

06. Rue de la Ville 333 

06 bis. Coquille naturelle et Coquille en plomb (de même 

forme) 338 

07. Ampoule en plomb (xv« siècle) 345 

08. Ampoule en plomb (xv« siècle) 345 

09. Ampoule en plomb (xiv« siècle) 346 

09 his. Plaque de Collier (xv« siècle) 347 

10. Sonnette de Pèlerin (xvi« siècle) 347 

10 his. Anneau de Pèlerin (xiv* siècle) 348 

11. Bourdon de pèlerin (xv« siècle) 348 

12. 

13- 
14. 

14 bis. 

15. 

15 his. / 349 

16 his ) P'g"'^ (^^ fr*É[™^^) ^^ saint Michel < 

'7- . ( îSJ 

17 his, 

18. 

18 his 

19. 
20. 

20 his. Méreau de la Corporation des P&tissier»Oublieurs 
(xv« siècle) i 352 



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42& TABLE DSS QIUYVKB^ 



• I Plaques de iPêlerin (xv* siècle) ) 354 

.hii. Bouton de Pèkria, ) 3S4 



121 

L22< 

ai 

as. ) Coqutltes m i^oniib (xy« âède) 355 

25 tw. 
36. 



. G)quilles de saint Michel 356 

27, j 

iS. Enseigne (image) de sûnt Midiel (xnp siède) 357 

28 his. Enseigne (image) de saint Michel (xnre siècle) 358 

29. Enseigne O^nage) de saint Michel (xiv« siècle) 359 

30. Enseigne de saint Michel (xv« siècle). . 361 

50 bis. Cornet de Pèlerin (xv« siècle) 363 

31. Enseigne (image) de la Vierge de Tombelaine (xiv« siècle). 371 

32. Enseigne (image) de la Vierge de Tombelaine (xv* siècle). 372 

33. Enseigne (image) de la Vierge de Tombelaine (xv« siècle). 373 

34. Enseigne de la Vierge et de saint Michel. 374 



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TABLE ALPHABÉTiaUE 



' P«gef. 

Ampoules en plomb, )iif. 107-108 34 j 

— fig' 109 . . .^ 346 ' 

Amieau de Pèlerin, j%^. 1 10 ^w .....*... 348 

Armoiries 47' 

Armoiries de Pierre Le Roy, Jijf. 4 , .50 

— de Robert Jolivet, Ji^. 5 . . . . ,., ..... . , .%i 

— - fig,6. . . . . . .* ,53; 

— de TAbbayeen 1417, j%^. 9 ,.,.... 5s 

S6' 

65 
69 



en ï462yfig, 10 . . . 

— — cû i473»-/5ir. II. ...... . . . 

— — au xvie et xvne siècles^ fii- 12.. . . 

— — entourées du Collier de TOrdre de Saint- 

Michel, Jijf. 13 7a 

Aumônerie i%i 

Avancée de la Sarbacane 291 

B 

Bogue, ;iif. 44 134 

Barbacane du Chltelet 221 

Bat-relief (Collier de l'Ordre de Saint-Michel), fig. 10 his .. . 60 

Bâtiments abbatiaux, fig. 198 200 

Bâtiments de la Merveille , ' 149 

Bâtiments formant TEntrée de TAbbaye. 906 

BAtiments formant TEntrée de TAbbi^. Plan partiel, j^". 78. • at^ 

- - - - ^^ J*-7^. . «5 



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428 TABLB ALPHABénQUB 



IVigct- 



Belle-Chaise. Coupe, fig.JS 207 

— Façade Nord, fig. j6 209 

— Détails, fig. 77 210 

Bombardes anglaises, ^ijf. 105 327 

Bourdon de Pèlerin, )^. m 34^ 

Boutiques 336 

Bouton de Pèlerin, fig, 121 bis 354 



CeUier 15S 

Chapelle Saint-Aubert, J^. 37 K; 124 

Chartrier, fig, 64 168 

— fig'6s 169 

Châtelet 218 

Chltelet. — Entrée de l'Abbaye. (Eau-forte), Ji^. 81 220 

Qottre 177 

Qottre. Coupe du Lavatorium, fig, 70 his 184 

— Coupe transversale des galeries, )ijf. 69 181 

— Inscription, )iif. 71 186 

— Plan de l'angle Nord-Est, j%^. 68 179 

— Plan du Lavatorium, fig. 70. . v 183 

Colonnes de l'Aquilon, ^. 54 , . 147 

— de rAumônerie,)iif. $6 148 

— du Promenoir, Jijf. 55 147 

— du Réfeaoire,)^. 57 148 

Constructions de Robert de Torigni, fig, ^$ 115 

— — fig. ^ 116 

- - fig'3S "7 

— — J^' 3^ "8 

- - fr- 37 "9 

Coquilles en plomb, fig. 123, 124, 125, 126, 127. . . . 355 et 356 

Coquilles naturelles, fig. j 54 

Coquille naturelle et coquille en plomb, )^, X06 Kf 338 

Cornet de Pèlerin, xv* siècle, >^. 130 Wî . , . 366 



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TABLB ALPHABânQtTB 429 

Pages. 

G)upe de la Tour Gabriel, )i^. loo 293 

Coupe longitudinale. (Nef), fig> 2A 95 

Coupe transversale. (Nef),Jiif. 23 94 

Coupe transversale du Mont Saint^chel, /^. 18 86 

Coupe longitudinale du Mont Saint-Michel, /if. 19 87 

Crosse de Dom Martin, fig. 42 1 30 

Crosse de Robert de Torigni, /i^. 39 127 



D 

Découvertes, 1875 126 

Défenses de TAbbaye et Remparts de la Ville du xiii« au xv« siè- 
cle 235 

Défenses extérieures de l*£ntrée de TAbbaye, yijf . 82 222 

Description de TAbbaye et de ses Abords 73 

— — — Plans 77 

Dortoir 172 



E 

Église 84 

Église basse ', 100 

Enseigne de saint Michel, xm* siècle, fig. 128 357 

— — — xiv« siècle, /%•. 128 Wf 358 

— - - - fig' "9 3S9 

— — — xv« siècle, fig. 130 361 

Enseigne de la Vierge de Tombelaine, /i^. 131 371 

- — %. 132 372 

— — fH^' 133 373 

Enseigne de la Vieige et de Saint-Michel,/)^. 134 374 

Épiuphe de Dom Martin, /Jf. 43 131 

Épiuphe de Robert de Torigni. Face, y^. 40 128 

— — — ^ Revers, yiif. 41 129 

Eut actuel des Remparts 323 



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<4Sû .xjms 

F 

Façades Est de la Merveille et des Bfitiments fonnant l'Entrée de 

l'Abbaye, /ijf. 72 içô 

Façade et défenses extérieures de la Merveille 189 

Façade Nord de la Merveille, /îf. 73 191 

Fanils (ou Magasins de l'Abbaye) 292 

Figures (ou fragments) de saint Michel, /5f. 112 à 117 349 

— — — /ï^. 114 Wjet 117 Wf. . 3$o 

— — — %. 118, iiSWjèt 119. 3$i 

Fontaine Saint-Aubert ' 191 

Fragment d'un carreau de terre cuite émaillée, fig. 8 54 

Fragment d'une £fw«^ii« de saint Michel, /if. .120 353 

Fragment de vitraux peints trouvés dans les fouilles en 1875, 

/55r. 48*52. . • • • ' , • ^^^ 

G 

Oalerie de l'Aquilon (Eau-forte), fig. ^2 xid 

Grand Degré 223 

— — Coupe. Étot actuel, /^. 83 224 

— — — ResUuration> fig, 84 225 

— — Façade de la if porte, %. 8$ 226 

. — — G)upe — fig. ^6 227 

H 

Hildebertn. . . . 84 

Hôtelleries 335 

I ^ . 

Imagerie r- ; . . . 375 

Itbéraire ^ .. . 411 

L 

Lavatorium ^ . . . . ^ • 182 



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TABLfr ALFHABBXIWB 481 

L^ende explicative du plan,/(f. î$. . . .... . ... . . 97 

— — fig. 16. 81 

- — /îr- 17. . . -. . . . 85 

Mâchicoulis du Pont lortifié, fig- 7} his, . , 2oi 

Méreau de la Corporation desPàtissiers-OubKeurs,^. 120 bis, . J52 

Merveille . . . ' rjj 

Merveille. — Bâtiments de l^Est, j^-. $8. . . . 151 

Merveille. — Bâtiments de rOuest, Jijf. $9. : . i-$2 

Monnaie d*Angers,)iif.' 46. 134 

Monmde du ManSy yijf . 47 . 135 

Monnaie de Tours, fig. 4$ '........,.. r $4 

- N 

Nef. . . . : . . . . 90 

Kotes sur quelques Armoiries du Mont Saint-Michel et sûr 

rOrdre Royal de Saint-Michel 49 

Notes indicatives pour faciliter la visite de l'Abbaye du Mont 

Saint-Michel et de ses abords. — Itinéraire.. . . . 401 et 411 

Notice historique «• • i 

o 

Ordre Royal de Saint-Michel 49 

- - S6 

Ordre Royal du Saint-Esprit 66 

P 

Pèlerinage de Tombeîabe 364 

Pèlerinages 377 

Plan, au niveau de la SaUe des Gantes, de TAumdnerie et du 

Cellier 7» 



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432 TABLB ALPHABiTIQUB 



Plan, au niveau de l'Église basse, du Réfectoire et de la Salle des 

Chevaliers 80 

Plan, au niveau de l'Église haute, du Qottre et du Dortoir, 

(Ar- î7) 8a 

Plan du Boulevard, ou Bastillon de l'Est 305 

Plan de l'Église et des Biitiments abbatiaux en 1135, fig. 20.. . 89 

Plan de l'Église. —Découvertes en 1875, y^. 21 91 

Plan d'une travée de la Nef romane, fg. 22 93 

Plan du Triforium (nef), )iif. 25 96 

Plan de l'Avancée de la Barbacane (i^ porte de la Ville), ^. 98. 291 

Plan de la Tour Gabriel, fig> <^ 294 

Plaque de G)llier, Jijf. 109 Kr 347 

— Pèlerin, Jijf. 121 et 122 354 

Plomb de pèlerinage (Ordre de Saint-Michel), fig. 10 ter, .. . 61 

Plombs de Pèlerinage 336 

Pont fortifié dans la Cour de l'Église. (Eau-forte), fig» 74. . . . 203 

Porte du Roi 264 

Porte de la Salle Capitulaire, /if . 67 178 

Poulains .' . 195 

Préface i à xvi 

R 

Réfectoire 160 

— fig' ^ i^i 

— fig- 6ï 162 

— fig' 62 163 

Remparts • 233 

— de la Ville du xv« au xvi« siècle 256 

— du xv« siècle. — Plan des poternes de l'Est, )^. 90. . . 258 

— — Coupe des murailles, ^. 91 259 

— — Face des poternes de l'Est, fig. 92. . 260 

— — Plan de l'Entrée de la Ville, /^. 93. . 263 

— — Porte du Roi. — Façade, fig. 93 Wj. 264 

— — Coupe de la Porte du Roi, fig. 93 ter. 26$ 

— — Porte du Roi. — Vue pittoresque, 

fig' 94 267 



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TABLE ALPHABETIQUE 433 

Pages 

Remparts. — Porte du Roi. — Armoiries, etc., 

/5f-9S 269 

— — Plan de la Barbacane de la Porte du 

^oïyfig, 97 272 

— du xvie au xix« siècle 288 

Robert de Torigtii 112 

Roger n 108 

Rue de la Ville, Z"^. 106 333 

S 

Salle des Chevaliers 165 

— fig' 6$ 166 

— fii' 66 171 

Salle des Gardes 2c6 

Salle des Officiers ou du Gouvernement 212 

Sonnette de Pèlerin, /i5f* i^o 347 

T 

Tombelaine 36$ 

Tour, Baslillon, ou Bastion de l'Est (Tour Boucle) 306 

Tpur (Bastillon) Gabriel. — Restauration, fig, 100 bis 297 

Tour Boucle 306 

Tour Claudine 254 

Tour de la Fontaine 191 

Tour Perrine 213 

— Face sud et coupe, fig* So 216 

— Détails, /i^. 80 H5 217 

Travaux de Robert de Torigni 112 

Travaux de Roger II 108 

V 

Vestiges des murailles du xiv« siècle, fig. 88 . . 242 

Vme(La) 329 

28 



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434 TABLB at.phabAtiqub 

Fagcs 

Vue du Mont Saint-Michel dans les premières années du xv^ siècle, 

/«f- 89 24S 

Vue du Mont Saint-Michel (Mérian), yi^. loi 300 

— (N. de Fer), fig. 102 302 

Vue générale de la £ice nord du Mont Saint-Michel, y^. 53. . . 14 3 

— sud. — État aauel (Eau-forte), /î^. 2. . 44 

— — Restauration, J^, 3 45 

— ouest, /i^. 38 125 

— Est. — Resuuration, /^if . 87 231 



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TABLE DES DIVISIONS 

DE L'OUVRAGE 



Préface i à xvi 

Notice historique » i 

Notes sur quelques Armoiries du Mont Sûnt-Michel et sur TOrdre 

Royal de Saint-Michel 49 

Description de TAbbaye et de ses Abords 73 

Notes indicatives pour £iciliter la visite de l'Abbaye du Mont 

Saint-Michel et de ses abords. — Itinéraire 401 



-^*UlC*'^* 



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ERRATA 



Page 23, ligne 12 : 1486 à 1311 ; lise^ : 1386 à 1411. 

Page 44, fig. 2 : Vue générale de la façade du sud ; ïise:^ : Vue géné- 
rale de la face sud. 

Page 45, fig. 3 : Vue générale de la façade sud ; liseï : Vue générale 
de la face sud. 

P^ 56» fig. 10 : 1642 ; Usai : 1462. 

Page 161, fig. 60 non signée ; lise^ : Ed. Corroyer del. & L. Gau- 
cherel se. 

Page 171, fig. 66 non signée ; îise^ : Ed. Corroyer del. & L. Gau- 
cherel se. 

Page 336, ligne 12 : quencaillerie ; /iV^ : quiencaillerie. 

Page 339, note : quincaillerie ; lise^^ : quiencaillerie. 

Page 341, ligne 3 ; denirs ; Use:^ : deniers. 



Il a été tiré de ce livre quelques exemplaires sur papier 
de Hollande et sur papier Whatman. 



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ACHEVÉ d'imprimer 
^ TARIS 

le 21 juin mil huit cent soixante-dix-sept 
Par Charles UNSINGER 

pour 

EDOUARD CORROYER 

Architecte du Couvemement 



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NOV 8 W74 (Lt 




APR 11 195^ 
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