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Full text of "Scarron inconnu, et les types des personnages du Roman comique"

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Henri CHARDON 

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l»r li«».\IAN hAl'UKS LK PKINTllK .M\N«.i:\I* IKAN 1»K «inlLuM 



TOMI-: SKCONI) 
Ouvrage couronne par l'Académie française 

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THdisir.Mi-: i'\i{Tii; 
m\ (iinVlLl AlfElK DE LA TIIOISIÈUE l'IHÎlE M ltOM\> COMIOIE 



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CHAMProN, rjlîliA(lU:-KI)ITKi:i;,î», Qi m Vni/rAim: 

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A. UK SAINT-IMiMS 



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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR SUR LE XVII« SIÈCLE 



La Troupe du Roman Comique dévoilée et les Comédiens 
de Campagne au XVIP siècle, 1 vol. in-8^ raisin, titre irou^'o 
et noir, 173 p. Paris, Champion, 1870 4 fr. 

Nouveaux documents sur la vie de Molière, M. de Modène. 
ses deux femmes et Madeleine Béjart. Paris, Picard, 188()^ 
grand in-8«», 508 pages 8 fr. 

La Vie de Rotrou mieux connue. Documents inédits sur 
la société polie de son temps et la Querelle du Gid 

grand in-H», 268 pages. Paris, Picard, 1884 (épuisé). 

Les Débuts au Mans de Marin Cureau de La Chambre et 
ses relations de famille, in-8". Le Mans, .Vîonnoyer. 2 fr. 

Amateurs d'art et collectionneurs du XVII* siècle. Les 
Frères Fréart de Ghantelou, 1 vol. ln-8° raisin. Le Mans. 
Monnoyer, imi 3 fr. 

Une Lettre inédite de Saint-Simon, in-8'\ ... 2 fr. 

Le Sépulchre de la Cathédrale du Mans, in-8''. 2 fr. 

Étude historique sur la Sculpture dans le Maine au 
XVII» siècle, in-8» 2 fr. 



Mamei-s. — Typ. Cf. Fleury et A. Dangin. — 1904. 







l'UltTRAlT LiK SUAIUtON 



itv MusKK m: .ii.\>s 



SCARRON INCONNU 

ET 

LES TYPES 

DES 

PERSONNAGES DU ROMAN COMIQUE 

PAR 

Hbnri chardon 

Ancien Élève de l' École des Chartes 

Maire de Marolles-les-Braux 

Ancien Conseiller général de la Sartlie 

Ex-Président et Vice-Président de diverses Sociétés savantes 

Officier d'Académie 

AVEC PORTRAITS , PHOTOGRAVURES ET UNE SUITE DES TABLEAUX 
DU ROMAN d'après LE PEINTRE MANCEAU JEAN DE COULOM 

TOME SECOND 



DEUXIEME PARTIE 

LES TYPES DES PERSONNAGES DU KOIAN GOIIQUE 

TROISIÈME PARTIE 

JEAN GIRAULT AUTEUR DE LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN CONIQUE 



PARIS 
CHAMPION, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 9, QuAi Vwltaire 



iMAMERS 

G. KLEURY & A. DANGIN 

IMPRIMEURS-ÉDITEURS 
Place des (ï rouas. 



LE. MANS 

A. DE SAINT -DENIS 

LIBRAIRE- ÉDITEUR 
Place Sl-Nicolas 



4 904 



C47 



• • • 






LES TYPES 



DES 



PERSONNAGES DU ROMAN COMIQUE 



CHAPITRE PREMIER 



LES CLEFS DU ROMAN COMIQUE 

Problème à résoudre. — Le lloman Comique n*est-il pas un roman 
ù Clefs? Il a toujours été considéré comme tel dans le Maine. — 
Les fausses Clefs du Roman Comique. — La Clef de l'Arsenal, i)ubliée 
en i857 par Victor Fournel. Depuis, les auteurs Manceaux l'adoptent 
sans la vérifier. — La fausse Clef mancelle inédite du XVIIl« siècle. 
Causes de son oubli. — La malignité des Manceaux. Leur passion 
pour le rajeunissement de la Clef et la généalogie des descendants 
des héros du Roman, — L'xVrmorial du Roman Comique. — Re- 
cherche de la vraie Clef à l'aide des moyens d'information de la 
méthode d'observation naturelle. 

Après avoir passé quelque temps dans le Maine, y avoir 
vu s'évanouir ses espérances de riches bénéfices, et y avoir 
rencontré les embarras d'un long procès pour la possession 
d'une maigre prébende, après y avoir subi les premières 
atteintes de ses affreuses infirmités et de sa douloureuse 
maladie, Scarron, je ne dis pas pour se venger, mais pour 
rire à leurs dépens, décocha contre les Manceaux la flèche 
du Parthe, et leur légua, pour se souvenir de lui à toujours, 
son joyeux Roman Comique. ,v 



^ . 



2 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Il serait curieux de savoir quelle figure firent ses léga- 
taires à la réception de ce singulier cadeau. Prirent-ils le 
parti d*en rire pour prouver qu'ils étaient aussi gens 
d'esprit? Ou bien se mirent-ils à froncer le sourcil, à faire 
la moue et à pincer les lèvres de dépit, ce qui n'eût fait que 
montrer qu'ils se reconnaissaient aux portraits tracés par 
Scarron et ajouter un ridicule de plus à ceux que leur avait 
prêtés libéralement l'ancien chanoine de Saint-Julien? En 
dehors du Maine (1) rendit-on tous les Manceaux solidaires 
des travers et des ridicules de Ragotin, de M. de la Rappi- 
nière, de M™^ Bouvillon, et du curé de Domfront, ou bien 
le rire s'arrêta-t-il à ces personnages, sans comprendre 
dans un large épanouissement tous leurs compatriotes? 
Chercha-t-on surtout dans la province, que Scarron avait 
choisie comme théâtre des hauts faits de sa troupe comique, 
à savoir quelle pouvait être la part de réalité qu'il avait 
mise dans son burlesque roman, l'auteur ayant eu soin d'en 
déclarer les aventures fort réelles, et de mêler en passant des 
personnages historiques, pourvus de leurs noms véritables 
et bien reconnaissables, à ses principaux héros, qu'il affu- 
blait de noms de convention si pittoresques? Chercha-t-on 
h dénouer les masques derrière lesquf^ls pouvaient se déro- 
ber les Manceaux véritables, qui se cachaient sous les traits 
de Ragotin, de La Rappinière, de M™® Bouvillon, de M. de 
La Garouffière (2) ? La malignité provinciale suivant en cela 
de vieilles traditions de terroir ne dut pas manquer de faire 
cette recherche et s'efforcer d'individualiser, de localiser 
les travers des acteurs de tout le roman, chacun voulant se 
donner le plaisir, d'abord de dauber sur le voisin, puis de 

(1) On a, dans les lettres de M™* de Sévigné, la preuve de la popu- 
larité du Homan Comique. — Voir aussi les Mémoires sur les grands 
jours d'Auvergne de Fléchier. 

(2) Les noms de Ragotin, de M"« Bouvillon, La Rappinière, La 
Rancune, sont devenus des noms types, comme celui de Tartuffe. 



DU ROMAN COMIQUE 3 

s'exonérer de sa part de responsabilité et de se retirer les 
braies nettes. En dehors des malins, les érudits se mirent- 
ils de la partie, et n'entreprirent-ils pas, sans songer à mal, 
un voyage à la découverte de la Clef du Roman Comique ? 
Voilà bien des points d'interrogation auxquels il ne sera 
pas toujours facile de faire des réponses précises. 

Nous avons peu ou point de témoignages provinciaux 
contemporains de Scarron ou ayant suivi sa mort d'assez 
près ; il y a à cela plusieurs bonnes raisons. Notons d'abord 
l'absence presque complète dans le Maine de Mémoires 
ou d'ouvrages critiques littéraires, qui seuls auraient pu 
nous donner quelques renseignements sur l'auteur et son 
œuvre (1). Joignez à cela le peu de notoriété que l'auteur de 
la Mazarinade^ avait eue dans le Maine, où son court séjour 
pendant sa jeunesse, alors qu'il n'était encore qu'un spiri- 
tuel inconnu, n'avait eu ni assez de durée ni assez de fixité 
pour le naturaliser manceau ; il faut enfin tenir compte pour 
expliquer la rareté des documents, du caractère même de 
satire des mœurs provinciales qu'avait par dessus tout le 
Roman Comique, Les Manceaux de cette génération devaient 
aimer assez peu voir la conversation s'engager sur ce cha- 
pitre ; ils durent parfois faire la sourde oreille, et à plus forte 
raison ne prendre jamais les devants. Ils croyaient plus 
sûr pour eux de n'en point souffler mot, ou de n'en parler 
que les portes closes, entre indigènes et à l'abri du sourire 
moqueur des étrangers. 

Un contemporain, l'avocat Claude Blondeau, l'auteur des 
Portraits des hommes illustres du Maine, qui en passant 
a parlé de Scarron, ne dit rien du Roman. Il estimait 
• 

(1) J'ai dit ailleurs que le journal de Bougurd, qui eût pu renfermer 
de précieuses indications à cet égard, avait disparu il y a bientôt 
quarante ans. Cf. H. Chardon, Un dernier mot sur Monchaingre. 
(Bulletin de h Société d* Agriculturej Sciences et Arts de la Sarthe, 
1876, p. 182 et suivantes.) 



i LES TYPES DES PERSONNAGES 

cependant assez son auteur à en juger par ces lignes : 
(( Les bons mots de Plante, toutes les railleries d'Aristo- 
phane, ne sont que de misérables sornettes, que de basses 
et grossières bouffonneries, si on les oppose aux ingé- 
nieuses comédies de Monsieur Scarron et à cette inimitable 
Gigantomachie (1). » 

C'était plutôt ceux qui, n'étant point d'origine mancelle 
avaient cependant des liens avec le Maine , soit qu'ils 
l'eussent choisi comme pays d'adoption, soit qu'ils n'y fissent 
qu'un court passage, qui se trouvèrent pris de l'envie de 
parler de Ragot in et de M. de La Rappinière et avoir la 
langue libre et plus déliée à leur égard. Costar, parisien de 
naissance mais qui tenait au Maine par ses bénéfices et par 
les chapons, Costar, chanoine du Mans, comme Scarron, et 
son ami malgré la différence de leurs caractères, frué au 
Mans de 1G49 à 1660, parle du Roman Comique^ mais sans 
rien nous révéler de particulier à son endroit. Il se borne 
h demander à Scarron après avoir reçu son livre, comme 
le cardinal d'Esté à l'Arioste, « où diable il a trouvé taule 
coyonerie ». Et il ajoute toutefois : « Un galant homme, 
nourri à la cour et qui entend la belle, la fine et la délicate 
raillerie peut rire sans se faire tort des aventures de 
Ragotin, de celles du marchand du Bas-Maine et de cent 
autres semblables » (2). 



( l) Préface des Portraits des hommes illustres du Maine, in fine, 1666. 
Il est vrai que l'année suivante, en 10G7, dans Philatèthe confondu^ 
in-12, 377, il jette à la tête de son contradicteur, Bondonnet, que « les 
recherches historiques ne s'accomodent guère à Thumeur d'un 
homme qui fait sa principale estude des Burlesques de Scaron et des 
farces de Molière ». 

(2) Lettres de Costar, t. I, pp. 797-71)9. — Voir encore ce qu'il dit de 
Scarron, pp. G44-661. Dans sa liste des gratifications aux gens de 
lettres, il écrit, ainsi que nous l'avons vu : « Je ne vous dirai rien de 
Scarron, vous le connaissez par son humeur, mais vous ne connaissez 
pas peut-être sa femme, qui est une des plus belles et des plus 
aimables personnes du monde ». 



DV ROMAN COMIQUE 5 

Le pédant chanoine qui aimait à ce que rien ne vint 
troubler son repos ni sa digestion, et qui disait « que les 
dens mancelles lorsqu'elles se ineslent de mordre ont des 
morsures plus venimeuses que n'auroient les Picardes ou 
les Poitevines » (1), n'avait garde de s'attirer des tracas par 
ses épigrammes contre de pareilles mâchoires, et ne con- 
fiait pas au papier les méchancetés qu'il pouvait laisser 
échapper après ses succulents dîners, devant des convives 
gens d'esprit, tels que Ménage, Girault, Saint-Amant ou 
M"»c de Sévigné. 

C'est dans des lettres d'autres personnages moins com- 
passés, dans des correspondances plus intimes, moins des- 
tinées à la publicité, qu'il y aurait chance de trouver un 
écho des bruits du Mans, à l'égard du Roman Comique et 
de découvrir si l'on s'y est préoccupé d'identifier les types 
de Scarron, et si l'on a percé Vincognito de ses plus célèbres 
personnages. 

Les lettres de ce temps sont malheureusement bien rares. 
Cependant il en existe une, tout imprégnée de la saveur du 
Roman Comique, et qui, écrite du Mans par un spirituel 
homme de cour, soulève un coin du voile que nous espé- 
rons faire disparaître tout entier. Elle nous montre qu'on 
s'était bien réellement préoccupé au Mans de mettre des 
noms réels à la suite de ceux des héros du roman de 
Scarron. Nous y voyons aussi que le Maine, pour les Pari- 
siens lettrés, qui y mettaient le pied, était avant tout le 
pays du Roman Comique, et qu'ils se montaient la tête à 
l'avance pour y trouver des aventures dignes de celles de 
Ragotin. Cette lettre déhcieuse est écrite, alors que vivait 
encore la veuve de Scarron, M™® de Mainlenon, c'est-à-dire 
à une époque où la tradition n'avait pas encore eu le temps 
de faire fausse route, et où les souvenirs véritables de 
l'œuvre de son mari étaient toujours bien vivants. Elle a 

(1) Lettres de Costar, t. l, 247. 



6 LES TYPES DES PERSONNAGES 

été publiée par M. Hauréau dans son Histoire littéraire du 
Maine^ et on peut dire qu'elle est comme la perle de la 
deuxième édition de cet ouvrage. Ce fut le 25 octobre 1711, 
à Vernie, qu'un des hùtes du maréchal de Tessé, après 
avoir fait avec lui le voyage de Paris à son château et après 
avoir séjourné un jour au Mans, envoya à un ami, ces lignes 
enjouées, qui prouvent qu'il s'était plus d'une fois pénétré 
du charmant badinage de Scarron (1). 

« A Vernie, dimanche matin, 25 octobre 1711 . 

« Vous voulez un itinéraire et vous en aurez un ; mais 
quoique le Maine soit le pays des aventures burlesques, je 
n'en ai aucune à vous conter. Notre voyage s'est passé sans 
incident, ni accident, à moins que nous n'en comptions 
pour un la pluie, le froid et les boues horribles qui n'ont 
pas cessé de nous tenir compagnie. Nous nous joignîmes 
sur les neuf heures du malin à Rambouillet et allâmes 
coucher à Chartres, où le duc Fornari acheta des chapelets et 
des Notre Dame, de quoi remplir une valise. De Chartres au 
Mans, les hôtelleries ne sont pas louables. Nous trouvâmes, 
dès la première, une vieille marquise qui faisait môme route 
que nous. Elle a été le premier objet des amours du maré- 
chal. Il y avoit trente ans qu'ils ne s'étoient rencontrés 

Nous avons séjourné un jour au Mans, où le maréchal a une 
maison meublée comme on l'est à Paris quand on l'est 
magnifiquement (2). Vous jugez bien que je n'ai pas passé 
ces vingt-quatre heures sans visiter les lieux où les fameux 
héros du Roman Comique ont joué de si grands rôles. Je me 
promenai sous la halle, où La Rapinière et Le Destin furent 
assaillis par huit bravos l'épée à la main. Mais je fus au 
désespoir de ne plus trouver le jeu de paume de la Biche. 
Ce tripot, qui a donné commencement à tant de belles 

(1) Cf. Hauréau, Histoire littéraire du Maine^ t. V, p. 70. Cette lettre 
est extraite des manuscrits de la Dibliotlicquc Nationale, carton 
des chevaliers du Saint-Esi)rit, au mot FrouUai. 

(2) L'ancien hôtel de Tessé, qui s'appela d'abord hôtel de Lavardin 
et (|ui a été remplacé de nos jours par le palais épiscopal du Mans. 



DU ROMAN COMIQUE / 

aventures, est détruit par la vicissitude du temps, qui détruit 
les monuments les plus respectables. J'en vis les débris en 
soupirant, et non sans m'écrier : Nunc seges est uhi Tvoja 
fuit. De là je passai devant la maison de La Rapinière, et 
fus chez un chanoine qui me lit voir le portrait de M'"*^ Bou- 
villon. Pour celui de Ragotin, ce n*est pas une chose aisée 
à trouver, car comme les plus fameuses villes de la Grèce 
se vantaient toutes qu'Homère était né chez elles, aussi 
plusieurs familles de la ville du Mans prétendent (|ue le 
fameux Ragotin a tiré son origine d'elles. Quand ce grand 
procès sera fini, on aura le portrait au naturel de Ragotin, 
et le maréchal ne manquera pas de le mettre ici, dans le 
nombre d'environ 900 tableaux ou portraits qu'il y a » (I). 

Dans une lettre plus récente, écrite de La Flèche, le 
8 novembre, il ajoute : 

« On croirait, à vous entendre parler, que le pays Man- 
ceau, doit fournir tous les mois un Roman Comique de la 
grosseur au moins du Mercure Galant A la vérité, si les 
aventures qui y arrivent avoient encore des écrivains 
comme celui de ce roman fameux, nous serions peut-être 
aussi sûrs de l'immortalité que ses héros, ne fût-ce que i)ar 
la chasse que nous avons faite le jour de saint Hubert, jour 
venteux et pluvieux s'il en fut de mémoire d'homme ; car 
ce bienheureux pays est si arrosé de la rosée du ciel que, 
quand il tombe deux gouttes de pluie sur un autre, il en 
tombe deux seaux sur lui, et par préférence sur les grands 
chemins » 

« .... Vous croyez, à la manière dont vous m'écrivez, qu'on 

ïl) I/inventaire des tableaux du château de Vernie, qui fut fait 
lorsque ce château devint bien national (1794), existe à la Bibliotlièque 
du Mans, où j'ai pu le consulter. Quant aux tableaux eux-mêmes, ils 
sont en grande partie conservés aujourd'hui au musée de cette ville 
ivoir le catalogue). On en trouve d'autres chez les héritiers des Tessé, 
notamment chez M. le marquis de Chavagnac, au château de la 
Itangèrc (Mayenne). On en rencontre même un peu partout : c'est 
ainsi qu'on a vu longtemps des portraits des Lavardin chez une 
blanchisseuse de la rue Saint-Flaceau, au Mans. 



8 LES TYPES DES PERSONNAGES 

ne peut trouver au Bas-Maine que des descendants de la 
Bouvillon et vous doutez môme si je serois aussi modeste 
que le Destin. Vous changeriez bien de langage, seigneur, 
si vous aviez comme moi passé une journée entière avec 
une petite-fille de M'"o la maréchale de La Ferté, dont la 
beauté neuve et brillante peut tenir son coin avec tout ce 
qu'il y a de plus aimable, et surtout pour ce que Madame de 
Bouvillon distribuait à poids égal sous les deux aisselles. 
Il ne tiendra qu'à elle que ses conquêtes ne cèdent en rien 
à celles de madame sa grand' mère. C'est chez M™® de Gha- 
millart que j'ai vu cette beauté. » 

Voilà comme on écrivait à une époque où les hommes 
avaient presque autant d'esprit que M""® de Sévigné ou 
M^o de Gaylus, et où le jargon des affaires et les préoccu- 
pations de la poUtique n'avaient pas encore alourdi leurs 
plumes qui couraient alors d'une façon si coquette et si 
preste. Mais, même en dehors de sa verve piquante, cette 
lettre est bien précieuse pour l'histoire de l'œuvre de 
Scarron. Elle montre qu'un demi-siècle après la mort du 
premier mari de Françoise d'Aubigné on respirait encore 
dans toute sa fraicheur, à travers le Mans, comme une 
odeur du Roman Comique. On s'y rappelait quels per- 
sonnages Scarron avait peints sous des noms d'emprunt ; 
on avait fait tomber leurs masques, déchiré leurs déguise- 
ments. On montrait aux curieux la maison de La Rappinière 
encore bien connue, on leur faisait voir les traits de 
M"" Bouvillon. Un chanoine entre autres doublement fidèle 
à la tradition de Scarron, avait chez lui le portrait de la 
(i grosse sensuelle ». Quant à Ragotin (et j'insiste tout 
spécialement sur ce point), on voit qu'on hésitait déjà sur 
son compte, que le souvenir de son identité, n'était plus très 
net, et qu'on n'était pas fixé sur sa ressemblance. « Quand 
on aura le portrait au naturel de Ragotin, disait le spirituel 
épistolier, le maréchal ne manquera pas de le mettre ici 



DU ROMAN COMIQUE 9 

(à Vernie) dans le nombre d'environ 900 tableaux ou por- 
traits qu'il y a. j^ 

Le souvenir de Scan*on était en effet précieusement con- 
servé au château de Vernie, où le jeune poète avait clé 
admis pendant sa jeunesse : 

« Verny, maison bien bâtie 

Un jour en bonne Compagnie 

J'y mangeai d'un fort grand saumon » (1). 

Il avait chanté dans un épithalame beaucoup trop gaillard 
les noces de la mère du maréchal, et celui-ci avait du plus 
d'une fois lire les meilleures pièces de Scarron, telles que 
les Légendes de Bourbon, le Virgile Travesti, afin de lui 
dérober son aimable enjouement, ce ton si alerte et si 
anmsant, qui font de ses lettres de vrais modèles de grâce 
badine, et de verve familière (2). Le maréchal de Tessé 
avait gagné le plus fin de son esprit à l'école de Scarron, 
il ne s'en cachait pas, comme le faisait pressentir son corres- 
pondant, presque aussi spirituel que lui. Il voulut implanter 
à jamais dans sa demeure le souvenir du gai conteur en 
faisant reproduire par un de ses peintres les traits des 
grands béros du Roman Comique, et les principales scènes 
de leurs aventures. 

Les tableaux du Roman Comique venant prendre place 
dans la splendide galerie du maréchal de Tessé, sont encore 
une preuve de plus de la popularité des personnages de 
Scarron et de leurs faits et gestes dans le Maine, au com- 
nnencement du XVIII^ siècle. 

Leur importance môme est telle pour l'histoire de la phy- 
sionomie de Ragolin, de M. de La Rappinière, de M'"*^ Bou- 

i\) Cf. Œuvres de Scarron, édition IJastien, t. VII, p. 207. 
(2) Voir les Lettres du maréchal do Tessé, publiéos par M. do Ram- 
biiteau, 1887, iii-8". 



10 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Villon, etc., que je suis forcé de m'arrôter un instant afin 
de révéler leur date exacte, ainsi que leur auteur, et de 
donner leur description. L'œuvre n'est guère plus connue 
que l'artiste ; de rares curieux seuls ont jeté des regards 
distraits sur les toiles du peintre du maréchal de Tessé, 
alors que tous les amis de Scarron connaissent ou possèdent 
la suite des dessins d'Oudry et des gravures de Pater. Elles 
sont cependant exposées aux yeux de tous dans une des 
salles du musée du Mans, où elles sont venues prendre place 
après la confiscation dans laquelle furent compris, en 1793, 
les tableaux du comte de Tessé, héritier de la galerie du 
maréchal et coupable d'avoir émigré pour mettre ses jours 
en sûreté, lui qui, ainsi que sa femme surtout, avait salué 
le soleil levant de 1789. Avant la Révolution elles servaient 
d'ornement à un élégant pavillon dépendant du château de 
Vernie et encore subsistant. On l'appelait le pavillon du 
Roman Comique. Par la galerie de tableaux, il communi- 
quait avec les grands appartements aujourd'hui détruits. 
Lorsque les toiles furent enlevées en 1794, on laissa subsis- 
ter la boiserie qui les encadrait, ainsi que les légendes 
explicatives figurant au bas de chacune d'elles. Elles sont 
au nombre de 27 : 4 sont les portraits de M. de La Rappi- 
nière, de M. de La Rancune, de M""*^ Bouvillon et de 
M. Ragotin ; les 23 autres sont la reproduction des princi- 
pales scènes du Roman de Scarron. Peints sur toile, ces 
tableaux ont environ un mètre carré de superficie (h. 0™ 85 
et 1. 1"» 14); les figure^ sont de 0"» 37. Leur dessin est 
incorrect, mais la composition en est pleine de verve et de 
brio. L'artiste a voulu lutter avec le romancier ; ayant à 
reproduire des scènes hautes en couleurs, comme celles 
qu'a imaginées Scarron, il a voulu que ses tons, ses tons de 
chair surtout (et l'on sait que Scarron ne met pas simple- 
ment à nu les chairs du visage), fussent aussi corsos (jue 
ceux de son modèle. Son pinceau a été le consciencieux 



DU ROMAN COMIQUE H 

traducteur de l'esprit du roman. Certains critiques (4) ont 
regretté que sa touche fut violente et dure : ils ont oublié 
que le Roman Comique n'avait rien de tendre, que les 
scènes de claques, de combats et de culbutes n'avaient rien 
de la grâce des bergères, faites pour appeler le pinceau d'un 
Boucher ou d'un Watteau. Un esprit parisien eût pu inter- 
préter autrement quelques-unes des scènes les moins bouf- 
fonnes ; mais son œuvre n'eut pas été un calque aussi 
fidèle, ni de l'œuvre de Scarron, ni des mœurs provinciales. 
La touche de ces toiles est comme imprégnée de couleur 
locale, et c'est ce qui en fait le prix pour l'histoire du 
Roman (2). 

Quel est donc l'artiste, chargé par le maréchal de Tessé, 
de traduire avec son pinceau le Roman, qui était comme 
l'épopée burlesque des Manceaux? A quelle date faut-il 
rapporter son œuvre, qui n'avait pas vu le jour en octobre 
1711, puisque la lettre écrite h Vernie, h cette époque, n'en 
parle aucunement, et annonce seulement l'intention du 

(1) H faut ranger parmi eux M. Clément de Ris, Musées de province. 

(2) Voir sur les illustrateurs du Roman Comique, l'excellente préface 
mise par Anatole de Montaiglon en tête du Roman Comique de Scarron 
peint par J.-B. Pater et J. Dumont le Romain, peintre du roi. (Paris, 
P. Rouquette, libraire, 55, passage Choiseul, 1883). — Je ne possède 
malheureusement que deux planches gravées de Pater ; je suis réduit 
pour le reste aux réductions de l'édition de Rouquette, si bien décrites 
par Montaiglon. — Un dessin des gravures d'Oudry a passé tout 
récemment en vente et a été adjugé pour 650 francs. 

4e voulais donner dans ce volume, en photogravures, la reproduction 
de ces tableaux du Musée du Mans. Cela m'a été impossible. Le couloir 
(ancien cloître de Tabbaye de la Couture) où ils sont placés, ne permet 
pas assez de recul pour qu'un objectif puisse les reproduire. I-.e 
châssis sur lesquels ils sont fixés est si vermoulu que l'Administration 
municipale n a pas voulu autoriser leur transport dans une autre salle 
du Murée, qui seul eût pu permettre de les photographier. — Quand 
aurons-nous au Mans un Musée municipal digne des toiles qui depuis 
plus d'un siècle sont logées provisoirement dans les salles du dépar- 
tement, où elles ont reçu un abri momentané? — Je suis parvenu à 
grand'peine à faire reproduire les portraits de Uagotin^ de La Rappinière, 
et de M»« Bouvillon, du Musée. 



12 LES TYPES DES PERSONNAGES 

maréchal de faire portraiturer tous les héros et les victimes 
de Scarron. 

Le maréchal, qui était possesseur d'une splendide galerie 
ainsi que je l'ai déjà dit, avait attaché à sa personne un 
peintre chargé de représenter les principaux événements 
où il avait figuré dans sa carrière militaire et diplomatique, 
et de fixer les traits des personnages de sa famille. C'était 
Laumosnier, qui travailla continuellement pour la maison 
de Tessé depuis 1690 jusqu'à 1725 (1), année de la mort ou 
de la retraite de la cour de l'ami de M™^ de Maintenon et 
de M»"" des Ursins. Ce ne fut pas lui, toutefois, qui fut 
chargé de lutter de verve et de couleur avec Scarron ; il 
fallait pour cette tâche un pinceau moins solennel, moins 
hahitué aux splendeurs de la nature arrangée par Lebrun, 
un pinceau plus provincial et moins soumis aux souvenirs 
de Versailles. 

Il y avait alors au Mans un peintre venu, on ne sait 
comment, peut-être amené par le maréchal lui-même, du 
fond du Béarn, originaire de Jurançon, qui s'était marié 
dans la paroisse Saint-Benoit du Mans le 24 septembre 
1696, ainsi cjue le constate son acte do mariage : 

« Jean de Coulom, peintre de profession, fils de Michel 
do Coulom, marchand, et de Marie Philip, do la paroisse 
de Jurançon, diocèse de Lascar on Béarn, a épousé Jeanne 
du Rocher, veuve Gabiiel Boulanger, do cette paroisse, 
los dits assistés de M*' Baptiste-Roland Guérin, avocat en 
parlement ; Pierre Beaupoil, horloger ; Pierre Robe, maître 
terrassier; Catherine Galland, Marie Boulanger, Mai'ieRobé; 
la dite Durocher a déclaré ne savoir signer. 

Signé : Coulom. » 

(1) Cf. le Catalogue du Musée du Mans. N"» 2()2 {Philippe V, roi 
d'KspagnCf confère la Toison d'Or au maréchal de Tessêj ambasi>adeur 
de France à la cour de Madrid) et 21)5 {Portrait en pied du maréchal 
de Tessé). 



DU ROMAN COMIQLE IIJ 

Voici encore d'autres données sur son compte. 

Le 16 juin 1695, demeurant alors paroisse Saint-Benoît, 
Coulom reconnaît avoir reçu de demoiselle Anne Pilon la 
somme de 12 livres pour le portrait de M" Arnoul Pilon, 
son père, avocat, qu'elle lui avait fait faire. — Le 26 avril 
1606, il faisait rédiger son contrat de mariage avec Jeanne 
du Rocher, veuve de Gabriel Boulanger. — Le 3 septembre 
1699, paroisse de la Couture, il était parrain de Mathurin 
Riballier, le futur architecte. — On lui attribue les deux 
tableaux ornant les petits autels de l'ancienne paroisse de 
Chevaigné, exécutés en 1725 pour 120 livres. — Le 8 sep- 
tembre 171^5, demeurant alors paroisse de Saint-Ouen-des- 
Fossés, il dictait chrétiennement son testament au notaire 
René Fay, demandait à être enterré au cimetière des Pères 
de rOraloire et donnait tout son bien à sa femme. Il signe : 
J.-B. Coulom (1). 

A la différence de beaucoup d'artistes provinciaux qui 
faisaient des tableaux de sainteté pour les églises, Jean de 
Coulom peignait surtout le portrait. On conserve plusieurs 
portraits peints par lui et datés, l'un, le plus ancien, portant 
la date de 1697, d'autres de 1703, avec l'inscription sui- 
vante : « Coulom . Cenomanensis . piiixit . May . » (2). 11 
était aussi peintre de genre. Le catalogue imprimé d'un 
amateur manceau , Véron du Verger , père de l'écono- 
miste Véron de Forbonnais, et dont la collection fut vendue 
en 1781, mentionne de lui un tableau de la Matrone 

li) Voir Dklionnaire des Artistes manccaux, Laval, 181)9, 2 volumes 
in-Ho, t. I, p. 155 et suivantes. 

r2) Le premier, le portrait do J.-B. Duprat, se trouve eliez M. le 
marquis Duprat, à sou cliàteau de Cîidouuière, près La Chartre. — Los 
portraits de G. Billard et de sa femme, de 17013, sont conservés à 
Fîellesme, au château de Saiiit-Santin, chez M™* la marquise de Chen- 
neviéres, veuve du regretté directeur des Beaux-Arts. — On en indique 
aussi chez M. des Essarts, à Mulsannc ; d'autres portraits non 
signés lui sont encore attribués. 



14 LES TYPKS DES PERSONNAGES 

(TEphèsey où il avait sans doute reproduit le conte bien 
connu de La Fontaine (1). 

Ce fut à ce Manceau d'adoption que s'adressa le maréchal 
de Tessé de 1714 à 1716, pour peindre les principales 
scènes du Uoman Comique. Depuis vingt ans environ qu'il 
habitait le Maine, Jean de Goulom, tout en conservant la 
richesse et la verve d'une imagination méridionale, avait eu 
le temps de se naturaliser manceau, et de communiquer à 
sa palette la teinte et la couleur locale. Il s'intitulait lui- 
môme manceau, Coulom Cenomanensis. C'est un point qu'il 
no faut pas oublier quand on est en face de ses tableaux. 
Ayant ainsi longtemps vécu dans le Maine, ayant vu les 
portraits des personnages du Roman Comique peints avant 
les siens, ayant pu se pénétrer de la tradition toujours 
vivante, non seulement en ouvrant les yeux, mais en 
ouvrant l'oreille h. l'écho des dires des contemporains de 
Scarron, dont on entendait encore comme le murmure loin- 
tain, Coulom pouvait de la sorte reproduire les scènes de 
Scarron, en leur conservant leur caractère de réalité locale. 
Oudry, Pater et les autres illustrateurs du Roman n'ont fait 
autre chose, au contraire, que de laisser libre carrière à 
leur imagination. Ils ont habillé leurs personnages à la 
mode de la Régence, ainsi que l'a dit si i)ien Montaiglon : 
« Pater n'a fait en somme ni du La Fontaine, ni du Scarron : 
il n'a fiiit que du Pater. » 

Ce sont surtout les trois portraits des principaux héros de 
Scarmn : Ragolin , La Rappinière, M'"o Bouvillon, qui 
doivent avant tout, sous le pinceau de Coulom, avoir con- 
servé leur physionomie traditionnelle. Je ne veux pas dire 

\\\ On voit que le nom de Coulom avait survécu, à la différence 
de bien dos artistes Kx^uix, oubliés tous presque aussitôt après leur 
mort. — Mais depuis la Uévolution. qui a rompu la tradition artistique 
comme tant d'autres, il était complètement inconnu. .Son nom même 
était presque complètement ignoré. L'ancien catalogue du Musée du 
Mans lui-même l'appelait Coulomme. 



DU ROMAN COMIQUE 15 

qu'ils soient fidèles comme des portraits d'après nature. Ce 
serait par trop naïf. J'entends seulement que la physiono- 
mie générale, l'allure, le type, l'âge, le caractère, prêtés 
par les Manceaux à ces personnages, dont les traits avaient 
déjà été fixés sur la toile, doivent se retrouver dans l'œuvre 
de Coulom, et que l'on a chance d'y rencontrer de la sorte 
les héros du Roman sous les traits qui les rapprochent le 
plus de la réalité (1). 

Après ces tableaux (sauf des toiles peintes ornant au 
Mans, avenue de Paris, la maison de feu M. Leret d'Aubigny, 
député de la Sarthe, et qui, après avoir été la demeure 
des Pères Jésuites, est aujourd'hui celle de M. Térouenne), 
on ne trouve plus trace, dans le Maine, des souvenirs de 
l'œuvre de Scarron. Comment ne se renconlre-t-il pas quel- 
que vieil exemplaire du Roman Comique^ sur les marges 
duquel un curieux du Maine ait noté les noms véritables ou 
traditionnels de Ragotin et de ses comparses (2) ? On pour- 
rait s'en étonner à bon droit, si l'on ne songeait à la rareté 
excessive de la première édition de ce livre vraiment popu- 
laire, et qui a été victime de sa popularité même. Destiné 
par son caractère à des mains très bourgeoises, bien diffé- 
rentes de celles des bibliophiles, n'étant guère conservé 
dans les bibliothèques monastiques qui ont été l'asile de 
tant de précieuses plaquettes, incessamment feuilleté de 
génération en génération, de main en main, le Roman 
Comique a bien vite vu s'efïeuillcr, s'émietter cette première 
édition, sur laquelle il y avait le plus de chance peut-être 
de trouver quelques notes des contemporains. La clef qu'il 



(i) Voir dçins le catalogue du Musée du Mans, n»» 76-102, rindication 
des 23 sujets des tableaux de Couloni. Plusieurs de ces tableaux sont 
doubles et représentent côte à côte sur la même toile deux scènes 
du Roman. 

(2) Je n'ai vu qu'un exemplaire de Blondeau, portant à la suite du 
nom du Ragotin « Ragotin-Denizot. Mademoiselle de la Chérouan- 
nerie? ». 



I() LES TYPKS DES PERSONNAGES 

pouvait contenir s'en est allé périr, avec ses feuilles éparses, 
chez répicier du coin. 

Cette clef, on la donnait dans les conversations intimes. 
C'était pour cela peut-être aussi qu'on ne sentait pas le 
besoin de la fixer par écrit. L'auteur du Dictionnaire du 
Maine^ Le Paige, en 1777 (tome II, 247) se borne à dire : 
« René Denizot, avocat du roi au présidial du Mans, mort 
en 1707, étoit, suivant les chroniqueurs de la ville, le Rago- 
tin du Roman Comique de Scarron. » 

Le premier auteur Manceau, qui se soit préoccupé ouver- 
tement de Scarron et du Roman Comique, n'a écrit qu'après 
la Révolution. C'est Renouard, qui*dans VAnnuairede 1818, 
faisait imprimer ses Notices et réflexions sur Scarron et lui 
consacrait toute une étude. Bien qu'au courant de la tradi- 
tion, bien qu'ayant habité le Mans longtemps avant la 
période révolutionnaire, bien qu'ayant connu lui-même la 
clef manuscrite qui, comme nous le dirons, circulait dans 
la seconde moitié du XVIII« siècle, Renouard se donna 
garde d'être explicite sur les personnages du Roman, et de 
dire ce qu'il savait. On va voir lout-à-l'heure pourquoi : 

« Les scènes de ce petit chef-d'œuvre d'enjouement, dit- 
il, .... se sont passées dans notre ville du Mans, et n'en 
sont que plus intéressantes pour ses habitants.... La mali- 
gnité humaine (il y en a partout), s'est tourmentée, pour 
connaître les noms propres des personnages manceaux qui 
figurent dans ce Roman, et qui en sont les principaux 
héros et héroïnes comiques, les Rapinière, les Ragotin, les 
Bouvillon, etc. Que d'efforts pour soulever le masque sous 
lequel Scarron les a déguisés ! Passe encore pour la curio- 
sité. Mais on a été plus loin et trop loin, par une déloyauté 
impardonnable, en essayant de faire rejaillir sur leur famille 
et leurs descendans les vices et les ridicules de ces origi- 
naux leurs ancêtres » (1). 

(!) Renouard^ Essais historiques. Annuaire de la Sarthe, 1818, p. 23. 



^fc 



DU ROMAN COMIQUE 17 

C'est précisément celle malignité, celle tendance à suivre 
la généalogie des grands personnages du Roman, et à englo- 
ber leurs descendants dans leurs ridicules, qui est cause 
que Renouard et d'autres ont gardé le silence, et paraissent 
ne pas avoir songé à deviner l'énigme que Scarron avait 
léguée aux curieux du Maine en leur laissant le soin de 
percer à jour les noms d'emprunt si expressifs, dont il avait 
affublé les amis et les compagnons de ses comédiens (1). 

Les érudils parisiens, qui n'étaient pas dans le secret de 
la coulisse et ne connaissaient pas le dessous des choses, 
s'étonnaient qu'on eût oublié dans le Maine le legs de 
Scarron. On avait vu les curieux se peinera découvrir quels 
étaient les grands seigneurs et les gens d'esprit qu'avait 
voulu peindre M^*'» de Scudéry dans le Cyrus et la Clélie. 
On avait vu publier force clefs des portraits de M«'^« de 
Montpensier, de ÏHistoire de la princesse de Paphlagonie, 
du Dictionnaire des Précieu:^es, des Caractères de La 
Bruyère, etc. (2) ; cependant on paraissait avoir peu de 

(1) En 1850, la Société des Sciences et Arts de la Sarthe mit an 
concours une étude sur Scarron et le Roman Comique. U en résulta 
une étude assez complète, mais très peu originale de Victor Kourniols, 
conservée manuscrite dans les Archives de cette Société. Voir aussi 
Du genre burlesque et des Œuvres de Scarron^ rapport sur les Mé- 
moires présentés au concours pour le prix de littérature proposé par 
la Société d' Agriculture t Sciences et Arts du Matis, en 1850. 

(2) On peut consulter sur ce curieux chapitre des Clefs, l'ouvrage 
de Quérard, publié par M. G. Brunet, Les livf*es à Clefs, li y donne 
d'après Desportes la Clef d'un Roman Manceau, presque contemporain 
de Scarron, Tarsis et Zélie de Roland Le Vayer de Boutigny, dont je 
parlerai plus loin. 

C*est un plaisir d'essayer des Clefs, dût-on parfois se tromper. 
On sait que les érudits ne se sont pas fait faute de ce plaisir. — Voir 
les Clefs des Caractères de la Bruyère (Édition des Caractères, des 
grands écrivains de France, I, 397), commentaires de M. Servois, 
les Clefs de la Psyché de La Fontaine. Geslaste est-il Chapelle^ ou 
est-il Molière ? L*on est d'accord, du moins, sur Acante (Racine), 
Arisie (Boileau)^ Polyphile (La Fontaine). — Je n'ai pas besoin de dire 
que tous les curieux savent quelle est la Marie de Brizeux, la Virginie 
de Bernardin de Saint-Pierre, etc. 

2 



18 LES TYPES DES PERSONNAGES 

souci dans la terre classique du Roman Comique^ de savoir 
si Ragolin avait vécu au Mans en chair et en os, si M. de 
La Rappinière avait été un vrai lieutenant de prévôt, aussi 
mauvais sujet que les voleurs qu'il faisait pendre, si tous 
les autres comparses étaient ou non des masques frappants 
de vérité. Sans doute les types bourgeois et ridicules de 
Scarron ne répondaient pas à des personnes d'aussi haute 
volée que les héros du Cyrua, et M™« Bouvillon, malgré 
toute la rondeur de ses attraits, ne pouvait tenter au même 
degré la curiosité et les désirs de M. Cousin que les charmes 
plus aristocratiques, bien qu'aussi prodigués de M™® de 
Longueville. 

Toutefois les chercheurs littéraires avaient appliqué de 
nos jours leur microscope à des objets moins en vue et 
moins intéressants ; le moment vint où, les Manceaux man- 
quant de piété filiale se refusant à faire un voyage h la 
découverte de leurs plus fameux ancêtres, un érudit pari- 
sien, fut pris du désir de dénouer les cordons des masques 
de Uagotin et de La Rappinière, au risque de compromettre 
ces gloires mancelles par des tentatives risquées et témé- 
raires. 

Jusqu'en 1857 les diverses éditions du Roman Comique 
n'avaient été faites que pour le plaisir des yeux, sans aucun 
souci de recherches érudites, quand un critique des plus 
versés dans l'histoire littéraire du XYIP siècle appliqua 
enfin à l'œuvre de Scarron les procédés d'investigation 
savante, qu'on avait trop longtemps réservés pour des 
ouvrages d'apparence plus sérieuse, ou d'auteurs moins 
burlesques. L'édition du Roman Comique de M. Victor 
Fournel (Jannet, Bibliothèque elzévirienne, in-12, 1857), 
est bien connue de tous les amis des lettres, ainsi que celle 
du Virgile Travesti^ donnée par l'auteur de La Littérature 
indépendante, et des Contemporains de Molière. V. Fournel 
n'avait garde de ne point chercher quelle part de réalité il 



DU ROMAN COMIQUE 19 

peut y avoir dans le livre de Scarron et jusqu'à quel point 
les personnages y sont peints d'après nature (1). 

c Peut-être, dit-il, quoique le souvenir ne s'en soit pas 
conservé dans le Maine, le sujet du Roman Comique lui 
a-t-il été inspiré par des aventures réelles, sur lesquelles 
a brodé, comme sur un thème choisi à souhait, son ima- 
gination bouffonne Probablement même tous ces 

types si vrais et si plaisants lui avaient été fournis par des 
originaux en chair et en os, dont on peut encore aujourd'hui 

retrouver quelques-uns dans l'histoire Ainsi le petit 

Ragotin n'est autre que René Denizot, avocat du roi au 
présidial du Mans mort en 1707, comme nous l'apprerment 
les chroniqueurs du pays.... Suivant une clef manuscrite, 
trouvée par Paul Lacroix dans les papiers non catalogués 
de l'Arsenal, et que nous donnons sous toutes réserves, La 
Rappinière serait M. de la Rousselière, lieutenant du prévôt 
du Mans, — le grand la Baguenodière, le fils do M. Pilon, 
avocat au Mans, — Roquebrune, M. de Moutiers, bailli de 
Touvoy , juridiction de M. l'évoque du Mans ; — enfm 
M™o Bouvillon, serait M™*^ Bautru, femme d'un trésorier de 
France à Alençon, morte en mars 1709, mère de M"»^ Bailly, 
femme de M. Bailly, maître des comptes à Paris, et grand- 
mère de M. le président Bailly. Scarron, pendant qu'il 
jouissait de son bénéfice au Mans, avait eu probablement 
des démêlés avec toutes ces personnes et il s'en vengea 
en les mettant dans son Roman. » 

Fournel donnait cette prétendue clef telle quelle, sans 
l'essayer, c'est dire qu'il ne pouvait aucunement en assurer 
la fidélité ; il avait soin du reste de ne pas se porter garant de 
son authenticité. C'est seulement en effet lorsqu'on a ouvert 
une serrure sans violence qu'on peut dire que la clef qu'on 
y a introduite est bel et bien faite pour elle ; mais ramasser 
à tout hasard une clef soi-disant faite pour une porte, restée 

(1) Voir p. Lxx. Voir aussi, mais avec de nombreuses retouches, le 
même passage dans La littérature indépendante, 1862, in-12, p. 26G. 



"20 LES TYPES DES PERSONNAGES 

fermée depuis deux siècles, et dire avant tout essai : « C'est 
la bonne », voilà qui est un peu risqué. C'est une témérité 
dont ne s'est pas rendu coupable V. Fournel ; mais cela n'a 
pas efîrayé les Manceaux. Il en est qui ont reproduit sa 
fausse clef, sans mentionner ses prudentes réserves (1). 

V. Fournel n'avait pas une confiance absolue dans la clef de 
l'Arsenal. Après l'avoir trouvée, il ne disait pas cavalière- 
ment à M'*><^ Bouvillon : « Je te connais, beau masque. » 
Il aurait bien voulu en découvrir une autre au Mans; il 
suppliait le correspondant manceau, qui lui avait fourni la 
plupart de ses notes relatives au Maine, de lui livrer cette 
clef mancelle, la bonne qui, semblable à celle des Mille et 
une nuitSj l'eut introduit sans peine au cœur du Roman, et 
lui en eut révélé tous les mystères. Malheureusement pour 
lui, il avait affaire à un correspondant aussi timoré qu'il 
était érudit, M. Anjubault, bibliothécaire du Mans (c'est de 
lui dont il est question, et je puis parler de tout cela d'au- 
tant plus pertinemment, qu'ayant été quelques années plus 
tard son collaborateur, nous avons plus d'une fois parlé 
ensemble de Scarron). M. Anjubault avait une c\eî mancelle 
du Roman ; il ne s'en dessaisit pas en faveur de Fournel (2). 

(!) Celte Clef comprise encore aujourd'hui dans les papiers non 
catalogués de l'Arsenal, je l'ai due comme lui, naguère, à Tobligeance 
de Paul Lacroix : elle a été écrite, dans la première moitié du 
XVlIh siècle, sur une demi-feuille de papier isolée. 

(2) Fournel a dit lui-même à propos de la Clef de TArsenal : « Nous 
eu garantissons d'autant moins l'autlienticité que nous en ignorons 
l'origine, et que du reste les traditions locales sont muettes là-dessus. 
M. Anjubault, en particulier, n'a pu nous transmettre aucun éclaircis- 
sement sur ce point. » Note p. Lxxi. — On eut pu croire que l'édition 
critique du Roman donnée par Fournel lui procura une nouvelle popu- 
larité dans le Maine. Il n'en fut rien ; Emma Bovary et M. Uomais 
vinrent faire tort à M"'* Bouvillon, à W^* de l'Etoile et à M. de I^ 
Bappinière. On aura peine à le croire : un lettré, le chevalier de 
(ilouvet ayant voulu faire une conférence sur le Roman Comique, un 
manceau de ses amis, destiné à devenir une des principales Cariatides 
du Sénat, chercha en vain pour lui chez les libraires du Mans une 
édition du Roman Comique qu'on fut obligé de faire venir de Paris : 



DU ROMAN COMIQUE 21 

Fut-ce par égoïsme ? Non, certes. Bien qu'il aimât, comme 
trop de provinciaux, à se réserver certains petits coins 
d'érudition locale, il eût livré sa clef, j'en suis sûr, à son 
pressant correspondant, s'il n'eut craint de désobliger 
Ragotin, La Rappinière et M™° Bouvillon, ou plutôt leurs 
descendants. Il craignait que les héritiers des victimes de 
Scarron ne l'attaquassent en diffamation pour avoir troublé 
les cendres de leurs ancêtres, comme ceux de M. de (^aylus 
eurent la naïveté de le faire à l'égard d'Alexandre Dumas, 
coupable d'avoir médit des mœurs et de la sarbacane du 
mignon de Henri III. Il tenait à vivre en paix au milieu de 
ses contemporains, de ses livres, de ses insectes, des nom- 
breuses pièces manuscrites dont il avait enrichi la Biblio- 
thèque du Mans ; il ne voulut pas même exposer aux dan- 

« Rodr'ujue, qui Veut cm. Chimère, qui Veûl dit? 3 — La Bibliothèque de 
la Ville du Mans, elle même, ne possède que depuis assez peu de temps 
une édition des Œuvres complètes de Scarron'. Elle possède du Roman 
Comique les éditions suivantes : Le Romant Comiquey par M. Scarron, 
Leiden, Sambic, 1655, in-12. — Le Romant Comique de M. Scarron, 
première et seconde parties, suivant la copie imprimée (Hollande, au 
Quœrendo). — Paris, 1678, 1 vol. in-12, Le Rovian Comique de Se. 
Paris, M. David, 1697. 2 vol. in-12; 1752, 3 vol. in-16. Le Roman 
Comique par Se. Paris, Didot, an iV, in-80, 3 parties, et enfin Tédition 
Fournel. 

C'est répoque aussi du travail critique de Montaiglon chez Rouquette, 
de rédition de Paul Bourget, chez Jouaust, 3 vol. in-12, 1880. Celle illus- 
trée par Zier, Paris, in-i", a été publiée chez Launette en 1888. 

Depuis 1870, le nom de Scarron est remonté sur l'eau. On a vu plu- 
sieurs fois représentée, sur le théâtre du Mans, la scène de la Mananne 
de Mairet, jouée par les Comédiens du Jioman Comt^ui;, dans une des 
salles du Tripot de la Biche. Enfin, un journal humoristique, en 1880, 
se plaça sous l'égide du Malade de la Reine, lui emprunta son nom 
pour titre, et plaça en tête de ses colonnes une vignette représentant 
la soi-disant maison du poète au Mans. Un buste de Scarron^ sculpte 
I>ar Damions, orne toujours le Musée Archéologique de la ville, alors 
qu'un portrait, donné comme étant celui de Scarron, mais sans preuves, 
œuvre du XVII« siècle, dû à la générosité de M»» Jubinal, scinir de 
M'' llortensius et Philippe de Saint-Albin, est venu dans ces dernières 
années prendre place dans les salles trop exiguës et si peu dignes 
d'une grande cité, où le Musée du Mans est actuellement installé. 



t>2 LES TYPES DES PERSONNAGES 

gers de l'orage Victor FourneJ, héroïque au point de pré- 
tendre assumer sur Jui toute la responsabilité du crime. 

Les descendants de Ragotin étaient loin d'être des rurawa; 
et de petits personnages. La famille des héros du Roman 
Comique avait fait son chemin dans le monde, nonobstant 
les moqueries de Scarron. De bourgeoise qu'elle était au 
temps du pauvre cul-de-jatte, elle était devenue de bonne 
noblesse au XVIII« siècle ; ses représentants eussent été peu 
flattés de voir introduire dans leur écusson un quartier de 
roture, sans parler de quartiers de ridicules sans nombre. 
On craignait, paraît-il, de s'attirer leurs courroux et leurs 
représailles. 

Bref, M. Anjuhault ne livra pas sa clef; il se borna à 
répondre que les noms mis en avant par une clef ancienne, 
d'un usage incertain et fort restreint, n'étaient pas tradi- 
tionnels, sauf celui de Denisot ; que les récits ne se rappor- 
taient probablement ^à aucune réalité particulière, qu'il valait 
mieux y trouver le tableau des mœurs d'une notable partie 
de la population du Maine au XVIl® siècle, et que c'étaient 
les types sociaux auxquels s'appliquaient les burlesques 
dénominations de Scarron que l'on devait considérer comme 
des réalités historiques à étudier. Malgré toutes les instances 
de Fournel, il refusa d'en dire plus long (1) et la clef resta 
dans l'ombre, d'où je viens la faire sortir aujourd'hui, mais 
en en détachant ce que j'appellerai la partie généalogique. 

Nos pères étaient moins soucieux (on l'a déjà vu et on 
s'en convaincra par les erreurs des deux clefs), de savoir 
quels personnages avaient posé devant Scarron que de 
connaître leurs descendants au milieu desquels ils vivaient. 
Fort peu charitables, comme tous les Manceaux (je parle de 

(1) Ce qui prouve bien les véritables sentiments de M. Anjubault, 
c'est qu'il n'hésita pas au contraire à entrer dans la voie des révélations 
sur le compte des personnages dont il n'était nullement question 
dans la Clef, et à dire ce qu'il croyait, souvent à tort, être la vérité 
sur le marquis d'Orsé, le curé de Domfront, l'abbesse d'Etival. 



DV ROMAN COMIQUE 23 

ceux de l'ancien temps), qui n*ont jamais péché par excès 
de bonté d'âme, ils rendaient leurs arrière-petits-fils, ainsi 
que Ta dit Renouard, responsables des hauts faits de leurs 
aïeux et les affublaient des mêmes ridicules. Cette tendance 
maligne est si vieille, que la clef dont je parle, et qui date 
de la deuxième moitié du XYIIP siècle, a grand soin d'ajou- 
ter aux noms véritables ou soi-disant tels des personnages, 
celui des diverses familles qui les représentent alors dans 
le Maine (1). Je n'ai pas besoin de dire que je ne me pré- 
occupe nullement de cet armoriai du Roman Comique. Bien 
que la plupart des familles dont il sera question soient 
éteintes, je ne soufflerai guère mot de leur généalogie. Je 
ne m'en préoccupe ni peu, ni prou. Ce n'est pas par excès 
de discrétion, ni par peur de poursuite en diffamation. Mais 
à quoi bon, puisque la clef est en grande partie fausse, 
aller donner une gloire posthume à des gens qui n'y ont 
aucun droit : de notre temps où l'on ne s'est jamais tant 
targué de prétentions généalogiques, on serait capable de 
tirer vanité de descendre des héros du Roman Coynique^ si 
héros il y a, et de se donner des gants de cette illustre ori- 
gine, sans y avoir des droits bien fondés. J'aime trop l'éga- 
lité pour favoriser une fraude nobiliaire de ce genre, et 
accepter une part de complicité dans l'usurpation d'une 
pareille noblesse. 
Quoi qu'il en soit, voici la clef mancelle (2). 

(1) Ce sont même les noms tle ces divers représentants qui permet- 
tent de dater cette Clef manuscrite. H ne faut pas exagérer d'ailleurs 
cette tendance à suivre la généalogie des personnages du Roman. Au 
XVin* siècle on avait la passion des généalogies et lorsqu'il est question 
des célébrités du Maine, de meilleur aloi que celles de Scarron, on u 
bien soin aussi d'indiquer les familles qui les représentent encore à 
ré|)oque. 

(2) Elle est postérieure en date à la Clef de l'Arsenal, qui n'est 
d'ailleurs qu'une fausse Clef. Elle est fort rare aujourd'bui. Il m'a 
cependant passé par les mains deux exemplaires (du XYllI* siècle) de 
cette pièce, qu'ont connue, comme M. Anjubault, bien des vieux 
curieux du Maine : Renouard, Ledru, Tendron, Richelet, Drouet, 



24 LES TYPES DES 1>ERS0NNAGES 

t Ragotin : Denisot, procureur en Télection, représenté 
par M. X., époux de Mademoiselle Denisot. 

Madame Bouvillon: Madeleine Bailly, représentée par 
les Bailly de Saint-Mars, de Fresnay, etc .... 

La Rappinière : Neveu, lieutenant du prévôt, dont sont 
issus MM. de BellefiUe et de Bouillon (1). 

La Rancune : M. Bondonnet de Parence, avocat, d'où les 
C. de B..,., par sa fille unique. 

Mademoiselle de VÉioile, fille de M. Chouet de Villaines 
et de la dame de la Gandie, son épouse, d'où Mademoiselle 
Chouet de Villaines, épouse de M. de M , d'où etc. » 

Voilà donc enfin ! au grand jour , cette clef dont on 
attendait des merveilles, et qui, pensait-on, devait ouvrir 
sans effraction toutes les portes du Roman Comique^ cette 
clef dont l'apparition devait faire tomber tous les masques. 
Eh bien, son apparition me laisse froid, complètement froid ; 
et je ne la crois ni plus sûre, ni plus authentique, ni plus 
fidèle, que celle de l'Arsenal. Étudions-les un instant intuset 
in cute^ voyons en quoi elles se ressemblent, et en quoi elles 
diffèrent. La pierre de touche à laquelle il faut d'abord les 
soumettre, ce sont les registres de l'état civil, afin de consta- 
ter si les personnages qu'elles mettent en avant ont bien 
réellement vécu à l'époque de Scarron. 

Le seul nom qui soit commun aux deux clefs, c'est celui 
de Denisot. Bien que la qualification, l'attribution de qualité 
soit différente, le personnage est de la môme famille. Celui 
de la clef parisienne est le Denisot dont a parlé aussi 
Lepaige d'après les chroniqueurs de la ville et qui est mort 
en 1707, tandis que le Denisot, procureur en l'élection dont 

d'Espaulart. Depuis que sont morts tous ces curieux qui se préoccupe 
du passé littéraire du Maine et de l'histoire de l'ancienne société 
mancelle ? 

(I) La descendance des Neveu étant connue de tout le monde et 
l'identification de Neveu avec La Rappinière n'étant pas soutenable, 
je conserve les indications généalogiques données ici par cette Clef. 



DU ROMAN COMIQUE 25 

parle la clef mancelle n'a vécu que beaucoup plus tard. 
L'almanach manceau de 1758 énumérant les bibliothèques 
de la paroisse du Crucifix à cette date, mentionne précisé- 
ment celle de M. Denisot, procureur du roi à Télection. 

Ne semble-t-il pas bien singulier déjà de voir un per- 
sonnage mis en scène dans le Roman Comique, et y figu- 
rant comme veuf et comme chauve, c'est-à-dire comme 
ayant déjà la quarantaine et plus môme, vers 1640 au plus 
tard, époque au-delà de laquelle on ne peut guère faire 
descendre l'ensemble des événements du Roman ; ne 
semble-t-il pas anormal de voir ce petit héros prolonger 
son existence jusqu'en 1707 ? Ragotin mort plus que cente- 
naire, à cent sept ans au moins ! N'est-ce pas là un cas de 
longévité qui amène tout d'abord sur les lèvres un sourire 
d'incrédulité? Il est étrange de voir se prolonger jusqu'à 
pareille date la vie d'un des acteurs de la burlesque comé- 
die de Scarron, alors que lui-même est mort quinquagénaire 
en 1660, près de cinquante ans plus tôt que le principal 
personnage qu'il aurait fait poser devant lui? N'y a-t-il pas 
là une impossibilité matérielle ? N'est-on pas en droit dès 
lors de s'inscrire en faux contre la clef de l'Arsenal et la 
prétendue tradition et a fortiori contre la clef du Mans, qui 
fait vivre Denisot presque aussi longtemps que l'autre. Il 
en est de môme pour M""® Bouvillon. La clef de l'Arsenal 
la fait mourir en 1709 ; la clef mancelle aggrave encore 
l'impossibilité et la tendance de rajeunissement. Tout en ne 
nommant pas la même personne, elle met en avant un nom 
emprunté à la même famille, mais plus moderne encore : 
c'est le nom de la fille de celle que la clef de l'Arsenal nous 
donne pour la massive séductrice de Destin. 

Bien que cette dernière clef se soit trompée sur l'époque 
de la mort de iM™^' Baulru, il est impossible, à cause de 
l'époque à laquelle celle-ci a vécu, de voir en elle et, à plus 
forte raison dans Madeleine Bailly, la forte femme aux 
puissants appas, qui mariait sa fille vers 1640, et devait 



20 LES TYPES DES 1»ERS0NNAGES 

alors avoir au moins quarante-cinq ans, le bel âge pour 
plaider, plutôt que pour avoir des passions. 

Ces deux personnages, la clef de voûte des deux clefs, ne 
résistent pas, ainsi qu'on le verra longuement plus lard au 
contrôle des registres de l'état civil, qui jettent sur elles un 
complet discrédit. 

Les autres personnages ne sont pas plus solides. 

Neveu, le La Rappinière de la clef mancelle, n'a pas été 
un lieutenant de prévôt, mais bien un prévôt provincial. 
Scarron s'est charge de réfuter cette attribution puisque 
dans son livre (II, iô) il parle lui-même de Neveu. « Rago- 
tin, dit-il, menaça les Bohémiens du prévôt du Mans, dont 
il se dit allié, à cause qu'il avoit épousé une Portail. » 
Daniel Neveu, prévôt provincial du Maine, avait épousé en 
effet Marie Portail en 1626 (1). Ce n'est pas lui, bien qu'il 
fut contemporain de Scarron, mais un de ses lieutenants, 
qui a été immortalisé par le Roman Comique. 

Ce lieutenant était-il M. de La Uousselière indiqué par la 
clef de l'Arsenal. C'est impossible, pour les mêmes raisons 
que j'ai déjà alléguées à l'égard de René Denisot et de 
M'"« Bautru. Le lieutenant de prévôt de ce nom (qui, lui 
aussi, a au moins la quarantaine) n'est mort comme on va 
le voir, qu'en 1710, et sa femme lui a même survécu. On 
lit sur les registres de la paroisse Saint-Pavin-la-Cité, du 
Mans, à la date du 31 mars 1710, que ce jour là « fut inhumé 
M« Jacques Pelu, s»" de la Rousselière, lieutenant de la 
mareschaussée provinciale du Mans, écuyer, conseiller » (2). 

Bien que le nom de La Rousselière existe au Mans du 

(1) Mario Portail lui donna (ic nombreux enfants, tandis que 
La Uappinière n'a pas été père d'après Scarron. Les autres traits du 
portrait ne conviennent pas non plus; les Neveu et les Portail faisaient 
aussi meilleure figure dans le monde (pie La Uappinière et sa maigre 
femme ; ils étaient de plus grands personnages et de meilleur aloi. 

(2)11 était marié à Aime Loiseau qui lui survécut. Sa fille épousa 
Jacques-Louis de Henusson, sieur de la Touche. 



DU HOMAN COMIQUE 27 

temps de Scarron, on ne trouve aucun lieutenant de prévôt 
de cette famille parmi ses contemporains. Là encore, on 
peut dire à coup sûr que la clef a fait fausse route. 

On peut répéter la même chose, avec des preuves de 
même nature pour mademoiselle Chouetde Villaines, qu'une 
des clefs identifie avec la comédienne l'Etoile, et pour M. de 
Montières, soi-disant bailli de Touvoye, dans lequel l'autre 
voit le poète Roquebrune. — D'ailleurs, ces deux derniers 
personnages (l'Etoile et Roquebrune) mis en scène par 
Scarron, appartiennent au monde du théâtre et non pas à la 
société mancelle. 

On voit tout de suite quelle est la tendance fatale et 
commune des deux clefs, c'est le rajeunissement des per- 
sonnages, la croyance qu'ils ont vécu à une époque beau- 
coup plus moderne que celle de leur vie réelle. A défaut 
de dates écrites, cette propension existe toujours dans 
l'esprit humain ; on la retrouve partout même chez les 
peuples où les individus qui confient à leur mémoire seule 
et à la tradition orale le soin de conserver le souvenir des 
événements. Il y avait un siècle environ que s'étaient 
passées les scènes du Roman Comtquey quand on s'avisa de 
mettre par écrit des souvenirs traditionnels qui avaient eu 
le temps de faire fausse route et n'étaient plus qu'un écho 
bien aflaibli des bruits du Mans, au temps de la Fronde. 
Cette tendance à moderniser les dates dut marcher de pair 
avec celle qui portait les Manceaux à rendre les descen- 
dants des personnages du fameux roman responsables des 
ridicules de leurs ancêtres. De là une autre cause de rajeu- 
nissement et l'introduction dans les clefs faites au XVIII« 
siècle de personnages qui peuvent tout au plus être con- 
sidérés comme les petits-fils des héros primitifs de Scarron. 

Ces deux clefs sont donc aussi loin l'une que l'autre de 
la vérité; on ne peut aucunement les dire des clefs de sûreté. 
Le nœud gordien du Roman ne se trouve ni tranché ni 
dénoué grâce à elles ; elles montrent seulement que dans le 



28 LES TYI»ES DES PERSONNAGES 

Maine on croyait bien certainement que Scarron n'avait 
pas fait un Roman de pure imagination, qu'il avait choisi 
ses types parmi les originaux vivant à ses côtés, qu'il avait, 
en un mot, fait du roman avec de la réalité. 

Faut-il pourtant, à défaut de l'authenticité de ces clefs, 
renoncer à découvrir quels ont été les véritables per- 
sonnages qui ont posé devant le chanoine manceau ! Ceux 
qui n'ont qu'une curiosité tiède, une haleine courte et une 
faible dose de courage pourraient en prendre leur parti. 
Mais ceux qui sont stimulés par le désir de connaître, et 
par le mystère des énigmes, ceux que l'obstacle aiguillonne 
au lieu de les abattre, ne se rebutent pas pour si peu — et 
je suis de ceux-là. — Il n'y a pas de clef faite pour ouvrir 
la porte du Roman ; jusqu'ici on n'a essayé que des crochets 
suspects, et l'on n'a réussi qu'à se rendre coupable de ten- 
tative d'effraction. Eh bien fabriquons la clef, tâchons de la 
fabriquer bonne, et d'ouvrir la porte sans rien forcer. 

La tâche n'est pas aisée. Si les masques de Scarron 
étaient appliqués à des personnages historiques, comme 
ceux du Cyrus ou de la Cléliey on pourrait facilement s'assu- 
rer si leur physionomie est conforme à celles qu'avaient 
leurs prétendus modèles dans la vie réelle ; mais les acteurs 
bourgeois de son Roman, si peu héroïques, n'ont pas d'his- 
toire, ou du moins, ils n'en ont d'autre que celle que le 
romancier leur a forgée. 

Ce qui rend aussi plus difficile cette chasse h l'homme 
c'est (luo l'œuvre de Scarron n'a pas dit son dernier mot, 
qu'elle est restée inachevée comme son Virgile travesti; 
elle laisse ses personnages en l'air, sans qu'on sache rien 
de la fin du drame ôu plutôt de la joyeuse comédie où on 
les voit figurer. 

Encore s'il y avait quelques Mémoires écrits dans le 
Maine par des contemporains (1), il y aurait chance d'y 

(Ij Les Mémoires inédits de Julien liodreau, les seuls existant sur 
le dix-seplième siècle manceau, sont plutôt un journal. J'espère si 



nu ROMAN COMIQUE 2^> 

trouver des jalons pour se guider dans ce voyage à Ja 
découverte à travers le pays burlesque et inexploré du 
Roman Comique, Mais non, rien, rien, je le répète, si ce 
n'est le Roman lui-même, et à ses côtés les registres de 
Tétat civil, qui rachètent d'ailleurs par leur précision ce qui 
leur manque en poésie. Leur examen eut été peu du goût 
de l'ancienne rhétorique ; mais l'observation naturelle qui 
a pris sa place dans l'étude des produits de l'esprit humain 
ne dédaigne pas les instruments d'information, quels qu'ils 
soient. Essayons donc, à l'aide de ces éléments et de ceux 
que la critique historique pourra nous fournir aussi, de 
ressusciter les personnages que ScaiTon a pris pour types, 
car il a brodé sur la réalité comme sur un canevas com- 
mode, au gré de son imagination burlesque. 

Grâce à cet examen rétrospectif, on sera mieux fixé sur 
la part de vérité et de fiction que contient son œuvre ; en 
s'aidant aussi comme moyen de contrôle de l'époque de 
son séjour au Mans, on arrivera à savoir à quel moment 
précis doivent se placer les gens qu'il a mis en scène, et 
leurs principaux faits et gestes. J'ai déjà montré (1) que, 
une fois cette date acquise, on était mieux en mesure de 
dire, avec quelque probabilité, quelle était la troupe de co- 
médiens dont les aventures se mêlent et s'enchevêtrent avec 
celles de Ragotin et de M. de La Rappinière. L'étude du 
Roman Comiqtie^ en tant que roman do mœurs provinciales 
et de roman de théâtre, en sera, par là même, élucidée. 

A l'œuvre donc, et que, dans cotte voie un peu rocailleuse, 
le but à atteindre puisse faire oublier les broussailles et les 
obstacles du chemin ! 

Dieu me prêle vie, les publier un beau jour, d'après la copie que j'en 
ai faite naguère, grâce à raffeclueuse obligeance de mon regretté ami 
M. de la Sicotière. Us sont l'œuvre d'un jurisconsulte qui dédaignait 
trop le monde des comédiens et de ceux vivant en leur compagnie pour 
se préoccuï>er des persoimages du Roman Comique. 

(l) Voir la Troupe du Roman Comique dévoilée et les Comédiens de 
campagne au XVII* siècle. Paris, Champion, 1876. 



CHAPITRE II 



RAGOTIN. — AMBROIS DENISOT 

Portrait de Ragotin. Le vrai Sosie de Hagotin est Ambrois Denisot, 
secrétaire de l'évêché du Mans. — Origines de la famille historique 
des Denisot. Accointances d'Ambrois Denisot avec Scarron. Sa 
ressemblance avec Ragotin. Ambrois Denisot poète. Ses vers gravés 
dans la pierre. La fontaine de la Raziniére. — Vers imprimés de 
Denisot. Sa famille. — Denisot prêtre. Ses biens. Son testament. 
Inventaire de Denisot. Ses soutanes. Ses arquebuses. Sa selle à 
sermons. Ses livres. — La Philis de Scire, à la Foucaudière. — Les 
héritiers de Denisot. Erreurs des Clefs sur leur compte. — Romans 
généalogiques. La vérité sur les descendants directs et les colla- 
téraux de Denisot. — Une gracieuse figure de femme. — Une déesse. 
— Les derniers Denisot. — Extinction de la famille après trois siècles 
de notoriété. — Ragotin et Ambrois Denisot canescent seclia innum- 
brabilibus. 

Le principal héros dont nous ayons à deviner le nom, 
c'est le petit Ragotin, petit par la taille, mais grand par le 
ridicule. L'immortel Ragotin « le plus grand petit fou qui 
ait couru les champs depuis Rolland » dit Scarron. Commen- 
çons donc par Ragotin (1). A tout seigneur tout honneur. 

(1) Ragotin a été affublé par Scarron d'un nom qui n'est pas com- 
mun : qu'il me suffise de rappeler que le nom de Ragot se rencontre 
bien souvent dans la littérature du XV1« siècle, sans parler du langage 
populaire du Maine. Francisque Michel, Etude de philologie comparée 
sur V argot, 1856, p. 350, après avoir dit que Ragot désigne un homme 
de petite taille, gros et court, y voit l'origine et le sens du nom que 
Scarron a donné au principal personnage de son œuvre. — La meilleure 
note qui ait été écrite sur ce nom est celle de Montaiglon, Recueil de 
poésies françaises des XF» et XV7« siècles^ 1856, t. V, p. 137 et suivantes, 
à propos du Grand regret et complainte du preux et vaillant capitaine 



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LES TYPES DES PERSONNAGES DU KOMAN COMIQUE 31 

Si nous trouvons au Mans, du temps du séjour 
de Scarron, un petit homme veuf, déjà sur le retour 
puisqu'il est chauve, avocat, et de plus avocat poète, rara 
avis, c'est-à-dire personnage rare partout et surtout dans 
le Maine, poète et qui plus est de souche poétique, pouvant 
se vanter d'avoir une écritoire de poète venant de sa famille, 
personnage ayant exercé une charge dans une petite juridic- 
tion, ayant dû entretenir avec Scarron des rapports qui aient 
motivé les représailles burlesques du Roman Comique^ et 
finissant par réaliser sa menace de se faire prêtre ; si 
nous rencontrons un pareil personnage, semblant avoir un 
orgueil naturel, une vanité de pédant, si nous donnons la 
preuve de sa manie poétique, ne serons-nous pas en droit 
de dire que nous avons découvert le type de Ragotin ? 

Eh bien, cet homme existe et nous avons les vers qu'il 
a commis : Hahemus confiteniem reiim. C'est Ambrois 
Denisot, et cet homme qui est le seul candidat sérieux au 
rôle du godenot, le vrai, Tunique Ragotin, était ni plus ni 
moins que le secrétaire de l'évéque du Mans Me^ Charles de 
Beaumanoir, alors que le jeune Scarron était le commensal, 
le domestique, comme on disait alors, du prélat. On voit 
clairement dès lors que les deux personnages, vivant sous 
le même toit, se sont trouvés en présence l'un de l'autre et 



Ragot f très scientifique en l'art de parfaite bélistrerie. Ou trouve ce 
fameux bélître du XVI» siècle, appelé aussi le grand maître des gueux, 
cité dans les Grands regrets et complaintes de A/«>'« du Palais^ et par 
Brantôme, Rabelais, Marot, Noël du Fail, Guillaume des Autels, 
ïahureau, d'Aubigné. J'ai cité moi-même le nom de Hagot employé dés 
le commencement du XVi« siècle dans les Novls de Jean Daniel, le 
IV* est sur l'air : 

u Sus Ragot lieve la cuisse 
Ton rost aura bonne cuisse. » 

Voir les Noëls de Jean Daniel, Paris, Cbampion, 1874, p. 10. En 
citant le mot ragoter (si souvent employé dans le Maine, comme 
celui de ragot) Montaiglon s'est demandé si cette expression ne vient 
pas du célèbre Ragot, ou si ce n'est pas ce mot qui lui a été appliqué. 



i>2 LKS TYPES DES 1>EHS0NNAGES 

qu'ils ont pu se regarder de travers ou comme deux chiens 
de faïence. 

La nomination de M® Ambrois Denisot licencié en droit, 
comme secrétaire de Tévéché du Mans, est inscrite dans le 
registre des Insinuations ecclésiastiques (1), à la date du 
19 juillet 1622. A partir de cette date, on trouve son nom 
au bas de la plupart des lettres de collation de bénéfices 
expédiées pendant Tépiscopat du fils du maréchal de Lavar- 
din ; ces lettres datées de Tévêché du Mans ou des châteaux 
de Touvoie et d'Yvré sont toutes données dit Tévêque, 
a Suh sigillo noslro et chirographo magistri Amhrosii 
Denisoty in juribus licentiati^ secvetarii nostri ovdinarii. » 

Cette formule et cette signature de Denisot on la trouve 
notamment le 18 décembre 1636, au bas des lettres de 
révéque qui confèrent à Scarron une prébende de Téglise 
de Saint-Juhen (2). Les deux personnages marchent, on 
peut le dire, de pair à compagnon. A la mort de Tévêque, 
le samedi 21 novembre 1637, les vicaires généraux, le doyen 
René des Chapelles et le grand archidiacre Claude Gault, 
continuent à Denisot ses pouvoirs : « Instituimus magis- 
trum Amhrosium Denysot, in juribus licentiatum, in secre- 
tarimn sede episcopali vacante^ cui inliibemus ne ullam 
collationem aut expeditionem subsignet quin prius sigillutn 
apponatur » (3). 

Mais les fonctions du secrétaire de Tévêché étaient à la 
veille d'expirer ; on voit, dès Tavènement du sévère Emery 
de La Ferté, peu de temps après, qu'elles sont remplies 

(1) Voir Registre des Insimialions ecclésiastiques à cette date, p. 237. 
Archives départementales de la Sarthe. 

(2) Voir cet acte cité au tome 1" de cette étude, p. 29. 

ÇS) Registre des Insinuations ecclésiastiques {\(j37)y p. 71. On le voit 
dès lors ( IG38-l()3î)) contresigner les actes du chapitre, sub chiro- 
grapho magistri Amhrosii Denizot , in juribus licenliatij a dicto 
capitula, ipsa sede episcopale vacayite, comissi. Le 27 août 1638 on 
trouve mentionné : u Maître Daniel Senault, notaire royal, pris pour 
secrétaire en l'absence de notre secrétaire ordinaire ». 



DU ROMAN COMIQUK 31^ 

par un autre titulaire ; on ne rencontre plus désormais au 
bas (le ses lettres, à partir du courant de septembre 1639, le 
nom d'Ambrois Denisot (1). 

J'ai voulu montrer d'emblée le point de contact existant 
entre Scarron et Denisot. Une fois ce point établi que nous 
avons affaire à deux domestiques de Tévêquedu Mans (ce qui 
rend vraisemblable entre eux les rivalités et les jalousies), 
voyons d*oii venait le personnage, et ce qu'on sait de ses 
relations de famille et de ses proches. 

Ambrois Denisot appartenait à une famille originaire du 
Perche, dans laquelle la poésie était quasi une vertu hé- 
réditaire et qui comptait parmi les siens, comme une dos 
gloires du Maine, le célèbre comte d'Alsinois, Nicolas Deni- 
sot, le dessinateur poète, le valet de chambre de François I^"", 
et de Henri II, Tami de Bonavenlure Despériers, pour ne pas 
dire son collaborateur. Son arrière-grand-père, Gérard De- 
nisot était le cousin germain du poète, et qui plus est, poète 
lui-môme. Ce Gérard Denisot né en 1521, à Nogent-le-Rotrou, 
savant, médecin, ami de Ronsard et de J. du Bellay, était 
à la fois le disciple d'Esculape et des Muses. Le comte 
d'Alsinois a inséré de ses vers grecs dans le Tombeau de 
Marguerite de Valois en 1551 (2). 

Les Denisot n'étaient cependant pas originaires du Maine, 
mais du Perche. Sans parler des prétentions à une origine 
anglaise, et à une noblesse de vieille date, sans remonter 
jusqu'à quelques-uns des membres antérieurs de cette 
famille, cités dans une généalogie ou livre de famille, qui 
subsiste encore aujourd'hui, qu'il me suffise de dire qu'au 

(1) Sa signature figure encore en qualité de secrétaire au bas d'actes 
du 3 septembre 1639 : le 4 il signe sans ajouter de qualité. Mais au mi- 
lieu du mois, le 16 septembre on voit les actes signés désormais par 
maître Gille Girard, « notre secrétaire », dit l'évéque. (Registre des Jn- 
tiniuxtionsy de 1639. 

(2) Voir Gerardi Denisoti Nogentini ad easdein heroidas sorores 
parocneticumy f^ K. m. 

3 



34 LES TYPES DES PERSONNAGES 

milieu du XV^ siècle on rencontre à Nogent-le-Rotrou, un 
Jean Denisot et sa femme Hélène Durand, qui sont les 
auteurs communs des différentes branches des Denisot. 

Ils eurent deux fils, Philippe et Jean. 

Un de ses deux enfants, Jean, vint s'établir au Mans en 
qualité d'avocat et mourut bailli d'Assé (1). C'est de lui 
que sont issus les Denisot du Mans di^XYI® siècle. 

De son premier mariage avec Simonne Moreau, naquit 
Jean qui devint conseiller au présidial du Mans et épousa 
le 25 janvier 1525, Nicole Beauvoisin, et qu'on trouve au 
Conseil de ville en 1544 (2). 

De ce mariage ne sortirent que des filles, Louise épouse 
de Jacques de Mondragon , sieur de Hyres ; Marguerite 
femme du lieutenant général Jacques Taron ; Françoise qui 
fut mariée à Michel Legras du Luart, conseiller au Mans ; 
Marie femme de Jacques Richer, sieur de Gaigné, médecin. 

De son second mariage, le bailli d'Assé eut deux fils, 
François, prieur d'Assé, Nicolas, le futur comte d'Alsinois, 
morts sans postérité et deux filles, Thomasse et Françoise, 
femme de Guillaume Leboindre, sieur de la Cerisaie au Mans. 

On voit que les Denisot avaient vite fait leur chemin dans 
le Maine ; il n'y a pas lieu dès lors de s'étonner de rencon- 
trer leurs armes (trois épis de blé en champ d'azur] gravées 
sur plus d'une maison de la ville au XVI® siècle. Malgré 

(1) Cité par Lacroix du Maine, qui dit que cette famille a déjà produit 
plusieurs personnages de marque au Mans, entre « autres M. le bailli 
d'Assé ». — Sa généalogie le fait mourir le 19 février 1539. — Jusqu'à 
présent on ne connaît de lui que son épitaphe qui était gravée sur 
une plaque de cuivre dans l'église Saint-Pavin-la-Cité. (Voir Notice 
sur Nicolas Denisot, par M. Boyer, p. 3). Je possède d'intéressants 
renseignements sur ce personnage, sur sa demeure, sur ses deux 
femmes, renseignements qui trouveront mieux leur place ailleurs, 
à propos des Denisot du XV1« siècle. — Je crains déjà que ces détails 
généalogiques ne fatiguent outre mesure les lecteurs, qui s'intéressent 
avant tout à Scarron. 

(2) Voir M. Robert Triger, De Vadministration municipale au Mans 
de i530 à i545, in-8», 1903, p. 38. 



DU ROMAN COMIQUE ."^ 

cette nombreuse descendance, le nom de Denisot se serait 
vile éteint au Mans, si une des filles de Guillaume Leboindre 
et de Françoise Denisot, Gatienne, n'eut épousé un des 
Denisot, de la brandie du Vendômois, René, natif de Mon- 
toire, président en l'élection du Maine, fils de Denisot, sieur 
de la Norais, procureur du roi à Montoire-Lavardin, rési- 
dant en sa terre de Villegager où il vivait noblement. 

Le nom des Denisot n'était pas seulement connu dans la 
ville du Mans. Le comte d'Alsinois n'était pas non plus le 
seul à l'avoir répandu dans Paris. 

Le frère du bailli d'Assé, Philippe Denisot, sieur de l'Em- 
bergerie, resté à Nogent-le-Rotrou et marié à Anne Avisard, 
eut sept enfants qui peuplèrent le Perche de nombreux 
Denisot. Cependant l'un de ses fils, Gérard, se transporta 
à Paris et y parvint à la célébrité (1521-1596). Savant méde- 
cin, ami de Ronsard et de J. du Bellay, il était, je l'ai dit, 
le disciple d'Esculape et des Muses, et honoré, comme 
médecin, de la confiance de Henri IIL Son cousin, le comte 
d'Alsinois inséra de ses vers grecs dans le Tombeau de 
Marguerite de Valois dès 1551. Il traduisit en vers latins les 
Aphoriames d'Hippocrale et un grand nombre d'épigrammos 
de l'Anthologie grecque, ces petits chefs-d'œuvre de malice, 
de grâce et d'esprit. 

Nous parlerons bientôt de ces œuvres à propos de la 
publication qu'en firent ses descendants restés pieusement 
fidèles à sa mémoire, à laquelle Ambrois (lisez Ragotin) ne 
demeura pas complètement étranger. 

Gérard, le médecin poète, marié à Jeanne Pouterrain, eut 
cinq enfants, dont les uns revinrent à Nogent, au pays 
paternel, et les autres se fixèrent à Paris. 

Une fille, Marie, épousa Denis Hubert, conseiller du roi, 
lieutenant-général et bailli de Nogent-le-Rotrou, le beau-frère 
du poète Robert Garnier. 

Un fils, Claude, conseiller du roi, trésorier des réparations 
des villes frontières de Brie, Metz et Champagne, marié 



30 LES TYPES DES PERSONNAGES 

deux fois, eut entre autres enfants de son second mariage 
avec Denise Josselin, Parisienne, Jacques, secrétaire du 
chancelier Séguier, qui eut le goût des lettres, héréditaire 
dans sa famille, et dont nous aurons occasion de reparler. 

Un des frères du médecin, un autre fils de Philippe Deni- 
sot et d'Anne Avisard, fut l'auteur de la branche d'où sortit 
Ambrois Denisot. Le grand-père d'Ambrois, Jean Denisot, 
seigneur de la Pousseraie, était avocat à Nogent-le-Rotrou 
et procureur du bailli de Saint-Jean. On le voit figurer dans 
le procès-verbal de la Coutume du Perche. Il fut marié deux 
fois, la première, à Marie Valette, fille du lieutenant-général 
à Nogent, et la seconde, à Renée de la Motte, fille du séné- 
chal de Nogent. Il mourut en 1583 ; sa seconde femme lui 
survécut jusqu'au 22 novembre 1586. 

De son premier mariage naquit Michel, procureur du roi 
au grenier à sel de La Ferté-Bernard, père d'Ambrois. On le 
voit en cette ville avec sa femme, Jeanne Girard, sur les 
registres paroissiaux, de 1569 à 1581. Sa parenté maternelle 
avec les Valette, dont étaient aussi parents les Girard, lui 
avait sans doute valu sa fonction au grenier à sel de La 
Ferté et avait déterminé son entrée dans le Maine. Jean 
Valette avait été grainetier de La Ferté, et la chambre du 
grenier à sel de Nogent dépendait de celui de La Ferlé- 
Bernard. 

Sur les registres baptismaux de La Ferté j'ai relevé plu- 
sieurs actes de baptême de nombreux enfants de Michel 
Denisot et de Jeanne Girard : Denis, né en 1569 ; Jeanne, 
10 janvier 1571 ; Jehanne, 1573 ; Perrine, 1576 ; Marie, 1577 
et Françoise, 1581. Probablement, ces enfants ne vécurent 
pas, du moins, les seuls que nous connaissions, qui aient 
perpétué sa race, furent Michel et Ambrois ; ce Michel, 
parlant de son père dans la généalogie ou plutôt dans un 
extrait de livre de raison, se borne à dire : a: Mon défunt 
père .... eut pour enfants Ambrois et moi. » 

Ambrois, toutefois (le seul qui doive nous occuper ici), 



DU ROMAN COMIQUE 37 

ne naquit pas à La Ferté ; cette ville n'a pas eu Thonneur 
d'avoir vu naître Tilluslre Ragotin, bien qu'elle put paraître 
avoir des droits à le revendiquer pour un de ses enfants. 

Ambrois naquit au Mans, où, sans doute, son père s'était 
retiré auprès d'autres membres de sa famille, peut-être 
après avoir laissé sa charge h son fils Michel, qui semble 
plus âgé qu'Ambrois, qu'on voit en effet, après lui, procu- 
reur du roi au grenier à sel. Il y avait peut-être même 
contracté un second mariage, car sa femme, dont le nom de 
famille n'est pas indiqué dans l'acte de baptême d'Ambrois, 
y figure avec un autre prénom. Quoi qu'il en soit, voici, 
tiré des registres de la paroisse de la Couture, la paroisse 
qui a donné le jour au fameux godenot, l'acte de naissance 
de Ragotin : 

€ Le 14 août 1584, fut baptisé Ambroys, fils de Michel 
Denisot et de Jeanne, sa femme, — parrain, Ambroys le 
Large, Jehan de Maumusson, Ysabel Le Tonnelier. y> 

Il n'y a pas d'erreur possible. Michel est bien le même 
que celui de La Ferté, et Ambroys est bien son fils, destiné 
h devenir secrétaire de l'évêque du Mans. 

Nous retrouverons Jehan de Maumusson au baptême 
d'un de ses enfants, et plus tard une maison, paroisse de la 
Couture, lui appartenant (1). 

On ne sait rien de la jeunesse d'Ambrois (c qui étudia 
toute sa vie ». Son frère fit ses études à Paris et y eut pour 
compagnon son parent Jacques Richer de Gaigny, futur 
conseiller au présidial du Mans, d'où il revint se fixer à 
La Ferté. 

Dans un mémoire généalogique dressé par lui alors qu'il 
était âgé de trente-trois ans et adressé à son cousin 
M. Denisot, secrétaire du roi et de M. Séguier, garde des 
sceaux, il dit de lui-même : 

« Michel Denisot, procureur du roi à La Ferté, y demeu- 

(1) Dans cette paroisse, on trouve déjà à cette époque un «noble 
Antoine Denyzot v. 



38 LES TYPES DES PERSONNAGES 

rant, mari de Charlotte Robille, avec Tagrément de feu 
M. le trésorier Denisot, votre père, qui vint à mes noces 
en 1591, lors étant réfugié à Nogent pendant les troubles 
de la Ligue et avait signé mon contrat avec feu M. le bailli 
de Nogent, Denis Hubert et autres nos parents »(1). 

Michel dit, dans son livre de raison : « Nous avons eu 
deux fils et cinq filles ». On trouve, en effet, aux dates de 
1596,1598,1601,1602,1603, 1605 et 1606, l'indication de 
ia naissance de ses enfants. C'est à la naissance de Girald, 
le 28 mai 1606, que je trouve mentionné pour la première 
fois le nom d'Ambrois Denisot, alors âgé de vingt-deux ans. 
Girald, fils d'honorable Michel Denisot, procureur du roi, 
sieur de la Malpougère, eut pour marraine très grande 
dame Marye de Vasse et pour parrain honorable homme 
Ambroys Denisot, qui a signé avec paraphe (2). Plus tard 
il est quahfié de licencié en droit et avocat (3). Sept ans 
après le baptême de Girald, il se maria à l'âge de vingt- 
neuf ans avec Anne Esnault, qui habitait dans la paroisse du 
Crucifix ; lui-même demeurait alors paroisse Saint-Nicolas 
au Mans. Peu de temps après son mariage, il alla habiter 
paroisse de la Couture. 

Le 14 juillet 1622, il était nommé secrétaire de l'évêché ; 
son acte de nomination est rédigé dans un latin emphatique, 
qui fait bien croire qu'il est lui-même l'auteur de la rédac- 
tion de l'acte (4). 

« Carolus de Beaumanoir, Dei et sacrae sedis apostolicae 
gralia episcopus Cenomanensis. Dilecto nostro magistro 

(1) Il vécut jusqu'en 1634: « Le 9 mars ful^humé en l'église de 
La Ferté-Bernard, honorable Michel Denisot, avocat et ancien pro- 
cureur du roi au grenier à sel ». Il n'avait pas survécu longtemps 
à sa femme, inhumée le 17 février 1634. 

(2) Voir, à la date indiquée, les registres de baptême de La Ferté- 
Bernard. 

(3) A son inventaire ligure « un sac portant étiquette sur laquelle 
y a escript : licence et provisions de M« Ambroys Denizot ». 

(i) Voir Registre des limnuations, p. 235, à cette date. 



DU ROMAN COMIQUE 39 

Ambrosio Denizot, in juribus liccnliato, salutem in Domino. 
Sagacilas humana et discretio el hominum memoric la- 

bilitatenxliligenter et acute, attendens in talibus per- 

sonis quibus vitae et morum honestas aliaque laudabilia 
probitalis et virtutum mérita sulTragantium honori benefi- 
cium concedatur pro laboribus proemium, nos itaque de 
vita, literatura, fidelitate, probitate, industria niatura discre- 
tione ad plénum ita inforraati et multa ampliori indigea- 
mus probatione, sperantes quod ea quac tibi duximus 
cominittenda fideliter et sollicito studio curabis adimplere 
et exequi, cum proesertim per anteacti temporis spatium 
in rébus nostris et episcopatus Cenomanici promovendis; 
te virum exhibuerint omni laude premioque dignissimum 

idcirco ibi tuis meritis labori premiura congruens tri- 

buant in eorum remunerationem et officiorurn , obsequio- 
rumque nobis hue usque prestitorum , te solum virum 
irrevocabilem et perpetuum secretarium nostrum et epis- 
copi nostri notariumque et tabellionem publicum fecimus, 
instituimus. » — « Démission faite par vénérable maître 
Jean Bedin soussigné. Datum Genom. 1622 14 juillet, 
sig. Charles de Beaumanoir et Bedin. Insinué au greffe de 
céiins, présenté par vénérable M® Ambrois Denisot, licencié 
en droit, demeurant au Mans, le 19« jour de juillet 1622. » 

Avant cette haute faveur, le premier document qu'on 
rencontre sur le compte d'Ambrois, c'est son acte de 
mariage. 

€ Le 27™® jour du novembre 1613 (paroisse du Crucifix)^ 
furent épousés honorable Ambrois Denisot^ avocat, de la 
paroisse Saint-Nicolas, et Anne Esnault, de cette paroisse, 
et furent présens son père et sa mère et M® René Rezé, 
presbtre ; fait sous mon seing, Besnard. j) 

Ambrois devait être alors ûgé de 29 ans environ. La 
famille à laquelle il s'unissait comptait parmi ses membres 
plusieurs apothicaires. Sa femme n'avait, comme lui, qu'un 
seul frère. Nous parlerons plus loin des biens de sa femme 
et de la maison de la Grande-Bue qui devait devenir son 
lieu d'habitation. 



40 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Anne Esnault était fille de Jehan Esnault et de Renée 
(ou Anne) Bougreau ; mais son père était mort de bonne 
heure et la veuve s'était remariée à Guy Barbe, sieur de la 
Rainerie, apothicaire en la Grande-Rue. Ce Guy Barbe était 
assez bien posé au Mans pendant le premier tiers du XVII® 
siècle. Il était apothicaire de l'hôtel de ville ; on le voit four- 
nir des médicaments pour les pauvres malades du Sanitas 
en 1628. Ses concitoyens, en 1626, rélevèrent à la dignité 
d'échevin. Les Esnault étaient eux-mêmes une famille 
d'apothicaires. Dès 1575, on trouve à Saint-Benoît, Guillaume 
Esnault, apoticaire, marié à Philippe Ghouen. Leur fils, sans 
doute, Jehan Esnault, sieur de la Paulmerye, fut maître 
apoticaire en Saint - Pavin - la - Cité (1). Il fut marié en 
premières noces à Jehanne Cotteblanche, et en deuxièmes 
à Barbe Delacroix, fille de M. Jacques Delacroix, avocat du 
roi. Il fut inhumé le 27 mars 1619, aux Cordeliers. Un Ragot 
(Jacques) en épousant une fille du sieur de la Paulmerye, 
Jeanne Esnault, perpétua dans la famille le culte de la 
pharmacie. 

Ambrois Denisot, après son mariage, disons-le tout de 
suite, resserra encore ses liens avec les Esnault, en faisant 
épouser une de ses nièces de La Ferté, Jehanne Denisot, 
au frère de sa femme, Pierre Esnault, avocat. Pierre Esnault 
était né paroisse du Crucifix, le 15 mai 1596, et Jehanne 
Denisot le 14 juin 1598 à La Ferté-Bernard. Son père dit 
d'elle dans son livre de raison : a Jeanne, mariée par le 
conseil de mon frère, femme de Pierre Esnault, avocat au 
Mans, y demeurant » (2). 

(1) Grande-Rue, car on voit dans les comptes de Saint- Pierre-la- 
Cour, comme débiteur en 1594, L. Grudé, pour une maison en Saint- 
Pavin-la-Cité, sur la Grande-Rue, en laquelle demeure M. de la 
Paulmerye. Inventaire des Archives départementales^ t. II, p. 260. 

(2) On voit, en effet, naître la série de leurs enfants dans cette ville. 
En 1G24 (l»"" mars), paroisse Saint-Nicolas, est baptisé Pierre, qui a 
pour parrain Guy Barbe, sieur de la Rainerie, et pour marraine 
Jeanne Le Bourdays, alliée au.x RobiUard. — Honorable Pierre 



DU ROMAN COMIQUE U 

Le premier enfant d'Ambrois Denisot et d'Anne Esnault, 
naquit paroisse de la Couture. Le jeudi 3 septembre 1615, 
on trouve inscrit le baptême de Marin, fils de honorable 
M® Ambrois Denisot, avocat au siège présidial du Mans, et 
d'Anne Esnault. Le parrain était honorable homme Guy 
Barbe, sieur de la Rainerie, apothicaire en la Grande-Rue, 
et la marraine, Marie Taron, alHée du père. Le lieutenant' 
général Taron, avait épousé en ofTet Marguerite Denisot, ce 
qui avait établi une alliance entre les deux familles. Ambrois 
demeurait apparemment alors dans une maison de la pa- 
roisse de la Couture, à lui appartenant, ou plutôt à la famille 
de sa femme ; car, dans l'état des maisons relevant de la 
prévôté régale du chapitre, dressé en 1636, lors de l'enquête 
du conseiller Nevelet (1), on trouve inscrit au chapitre des 
maisons du faubourg de la Couture : « Une maison, cour et 
jardin, cy devant appartenant à M^ Ambrois Denisot, avocat 
et de présent à M^ Pierre Esnault. » 

Cette résidence dans la paroisse contribua sans doute à 
lui faire acheter la charge de bailli de la Couture dont on 
le voit pourvu lors de la naissance de son second enfant, 
en 1622 (2). Il quitta cependant d'assez bonne heure cette 

Esnault se transporta ensuite paroisse de la Couture où il habita 
désormais et où nous trouvons les actes de baptême des siens. Le 
25 avril 1627, Marie est tenue par honorable homme M« Jacques 
Le Hoy et par Charlotte Denisot, sœur de la mère. Le 1*^ octobre 1629, 
Françoise est levée sur les fonts par Charles Denisot, un fils d'Ambrois, 
et Jehanne Robillard. — Le 3 février 1631, Françoise a pour parrain 
honorable homme Pierre Robillard et pour marraine Françoise 
Rouillet. — Le 8 mars 161^, Ambrois est tenu par un Pierre Esnault 
et par demoiselle Elisabeth du Mans, qui n'est autre que Madame de 
La Rappmiére. — Le 22 décembre 1636, Marguerite est présentée à 
l'église par M« Michel Denisot, frère de sa mère, et demoiselle Marie 
AHx. 

(1) Archives de la Sarthe, G, p. 97 v». 

(2) C'est là la petite charge « dans une juridiction voisine », dont 
était pourvu Ragotin aux dires de Scarron. 11 ne demeura pas bailli 
Jiis(ju'à sa fin ; car on voit cette charge remplie dès 1635 et 36 par 
l'avocat Pierre Trouillard. 



42 LES TYPES DES PERSONNAGES 

paroisse pour aller se flxer dans celle du Cruciflx où rési- 
daient les parents de sa femme. C'est dans cette dernière 
que nous le rencontrons quelque peu après. Il habita 
d'abord sans doute avec les parents de sa femme, pour 
retourner un instant vivre ailleurs, puis après leur mort, 
les remplaça dans leur maison, dont il hérita. En effet, lors 
de l'apposition des marques du chapitre sur les maisons 
relevant de sa juridiction, en novembre 1636, on trouve (1) 
mentionnée Grande-Rue : « la maison cy devant appartenant 
à Guy Barbe, appoticquaire et de présent à M'® Ambrois 
Denisot, secrétaire de Monsieur du Mans. ^^ C'est là qu'il 
habitait pendant le séjour de Scarron au Mans ; c'est là, 
Grande-Rue, que se trouve donc la demeure de Ragotin. 

Nous avons déjà dit que le 19 juillet 16!21, il avait eu les 
provisions de secrétaire de l'évêque du Mans. Le 13 octobre 
il figure avec ce titre et celui de bailli de la Couture et 
d'avocat, comme parrain d'une fille du boulanger Michel 
Izambart, dans sa nouvelle paroisse. C'est là qu'est baptisé 
le 26 décembre 1622, son enfant Charles, qui eut pour 
parrain le plus grand personnage du Maine, M^*" Charles de 
Beaumanoir, évêque du Mans, fils du maréchal de Lavardin, 
et pour marraine Anne Hubert, dame de la Chevalerie. Ce 
parrainage avait de quoi donner de la vanité à Denisot, et 
lui faire monter l'orgueil à la tête ; car Ms"" de Beaumanoir 
ne prodiguait pas de pareilles faveurs. 

Le quatrième enfant d'Ambrois, Guy, baptisé paroisse 
Saint-Nicolas, le 5 février 1625, fut tenu sur les fonts par 
de plus modestes personnages, par des parents : honorable 
Guy Barbe, sieur de la Rainerie, et Jeanne Denisot. A 
partir de 1628, tous les autres enfants de Denisot (et ils ne 
sont pas en petit nombre), naissent paroisse du Crucifix. 
Le cinquième, Jehan est tenu par vénérable et discret 
M® Jehan Richer, officiai en l'officialité du Mans, chanoine 

(1) Voir ut suprà, p. 71. 



DU ROMAN COMIQUE 43 

prébende et scholastique et par honnête femme Marie Alys. 
Le sixième, René, le 16 juin 1631, a encore un parrain de 
grande famille, René d'Averton (1), « fils de hault et puissant 
seigneur M»"*® de Belin », le célèbre Mécène Manceau, dont 
rhôtel au Mans était situé rue de Vaux, le patron des gens 
de lettres et des comédiens dans le Maine, Tami del'évêque. 
La commère de René était Marie Lelarge, dame de La 
Forterie, lemine du grand prévôt provincial Claude Barbe. Le 
septième enfant, Anne, fut présenté sur les fonts, le 9 juin 
1633 par honorable François Masse, sieur de la Garaudière, 
et par honnête femme, Marie Leroy, dame des Moulins. 
Le huitième, Charles, deuxième du nom, a pour parrain le 
21 juin 1634, M^^ Guillaume Thiersault protonotaire du Saint- 
Siège apostohque, abbé de Tironneau (2) et pour marraine 
dame Charlotte Leroy, femme de messire Pierre Thiersault, 
conseiller du roi, et maître des requêtes. Sur ces entre- 
faites, honorable M" Ambrois Denisot, est parrain dans sa 
paroisse, le 21 octobre 1634, avec demoiselle Suzanne 
Vasse, femme de M. de Courteilles et le 9 janvier 1636, avec 
demoiselle Magdeleine de Segrays, femme du sieur de la 
Goutte, écuyer. Enfin, pour clore cette généalogie, le neu- 
vième enfant de Densiot, Anne, deuxième du nom est tenu 
sur les fonts, le 16 décembre 1636, par noble Estienne de 
La Fontaine, conseiller du roi, grainetier au grenier à sel 
du Mans, et par dame Marthe Joubert, femme de messire 
René de Baigneux, escuyer, seigneur de Courcival. 

J'en ai fini avec cette longue série des enfants de Denisot. 
Elle n'a rien d'extraordinaire pour le temps, mais prouve 
cependant qu'il ne négligeait pas sa femme et prenait au 
sérieux son titre de mari. On voit aussi qu'il aimait à se 
frotter aux grands personnages et cherchait à se grandir 
par ses relations, alors que ses parents avaient gardé des 

li) C'est lui qui fut tué par le marquis de Donnivet. 

(2) C'est peut-être là l'abbé dont il est question dans le Roman, i 



44 LES TYPES DES PERSONNAGES 

allures plus modestes, et n'avaient pas comme lui ce qu'on 
peut appeler un « tic nobiliaire d. 

Ainsi Denisot n'était pas encore veuf alors qu'il signait 
les lettres de collation de la prébende de Scarron, le 18 dé- 
cembre 1636, deux jours après la naissance de son dernier 
enfant. Quand commença son veuvage ? Il est difficile de le 
savoir; les registres de décès de la paroisse du Crucifix 
faisant défaut de 1635 au commencement de 1654. 

Le décès de sa femme dut cependant suivre d'assez près 
la neuvième couche de celle-ci, qui put même être cause 
de sa mort. C'est pendant son veuvage que Va dépeint 
Scarron, qui commençait dès 1638 à être atteint de l'afTreuse 
maladie qui le cloua pour toujours sur sa chaise. Le peintre 
dut rassembler avant cette date tous les traits de ses por- 
traits et les aventures de son roman. 

D'un autre côté, Ambrois Denisot, que la mort de Mk' de 
Beaumanoir avait privé de sa charge de secrétaire de l'évê- 
que (1) entra bientôt dans les Ordres. Saint- Yves ne dut pas 
voir d'un mauvais œil son changement de condition. 
« Depuis la mort de sa petite femme, dit Scarron, Ragotin 
avait menacé les femmes de la ville de se remarier et le 
clergé de la province de se faire prêtre et même de se 
faire prélat a beaux sermons comptant » (2). Ambrois Deni- 
sot exécuta sa menace de se faire prêtre. En 1641, on trouve 
inscrit sur un rôle de prêts faits à la ville, qui se trouve aux 
Archives municipales, le nom de Af. Denizot^ prêtre ; cela 
achève de resserrer, dans des limites de temps assez 
étroites, le gros des événements qui ont donné à Scarron 
l'idée des aventures qu'il a attribuées dans son Roman à 
Ragotin. 

(1) Sur les registres du Chapitre, B. 18, p. 84, au bas de lettres de 
provisions du 14 août 1638, on lit quelles sont données &u6 sigiio 
magistri DamiHs SeiiauU, notarii régis ^pei' 7ws in absentia secreiani 
ordinarii pro secretario assumpti. 

(2) Dans son inventaire nous trouvons « une selle à sermon ». 



46 LES TYPES DES PERSONNAGES 

le voisinage et par les charges de judicature, il y avait entre 
eux un autre trait d'union, la communauté d'origine fertoise 
et d'origine nogentaise de la femme de Garnier. La femme 
du poète, poète elle-même, Françoise Hubert, était originaire 
de Nogent-le-Rotrou, comme les Denisot, avec lesquels sa 
famille était alliée. Aussi est-on à même de constater plu- 
sieurs rapports entre les deux familles, que d'ailleurs Michel 
a bien soin de ne pas omettre dans son livre de raison (1). 
On pourrait peut-être s'étonner tout d'abord de voir le 
type de Ragotin être un personnage aussi vieux ; on aurait 
tort cependant. Scarron lui-même en nous parlant du petit 
homme veuf, dit qu'il avait la tête chauve par en hant, ce 
qui suppose cinquante ans d'âge. C'est en elTet cinquante 
ans environ que devait avoir Ambrois Denisot , quand 
Scarron se rencontra avec lui chez l'évêque, à l'époque 
même où il fut nommé chanoine, et où il eut l'occasion 
d'étudier de plus près les traits de sa physionomie et de 

(t) La propre fille de Maître Robert Garnier, lieutenant criminel au 
siège présidial du Mans, baptisée le 12 mars 1579, eut pour marraine 
Marie Denisot (la femme de Jehan Richer, sieur de Gaigné, médecin), 
dont le compère fut honorable homme M« Bertran Hubert, chanoine 
et chevecier en l'église de Saint-Jean de Nogent-le-Rotrou. — Diane 
Garnier eut encore avec les Denisot d'autres liens, que créa son 
mariage. Elle épousa, on le sait, François Legras, conseiller au grand 
conseil, sieur du Luart, lequel était fils de Michel, lieutenant parti- 
culier, et de Françoise Denisot — Aussi voit-on des Denisot tenir 
sur les fonts ses enfants, ainsi que d'autres membres de la famille 
Lej^Tas. — Marie Denisot est marraine, le 14 août 1603, de Bertran, fils 
de François et de Diane. Avec elle est compère de nouveau vénérable 
et discret M« Bertran Hubert, officiai du Perche et chevecier en l'église 
de Saint-Jean de Nogent. — Le 24 septembre 1604, Marguerite Denisot, 
veuve de Jacques Taron, est marraine d'une fille de P^élix Legras, 
sieur de la Louserie. La môme année à Saint-Pierre-l'Enterré, Michel 
tient une lille de Pierre Legras. Le 24 août 1608, Marie Denisot, dame 
de Gaigné, tient Pierre, fils de Félix. Diane de son côté, le 2 janvier 
1608, fut marraine d'un fils d'Antoine Denisot dont plusieurs enfants 
furent aussi tenus par les Legras. On voit aussi la femme d'Antoine 
marraine avec François Legras, mari de Diane. Ce n'est pas la peine 
d'insister. Ambrois avait dû connaître Diane, et les prétentions de 
Ragotin se trouvent ainsi conformes à la réahté. 



DU ROMAN COMIQUK 47 

la graver à toujours dans son esprit. Cet étonnement 
pourrait se comprendre chez ceux qui, h Texeinple de la 
légende, rapporteraient seulement les origines du Roman à 
1646. Tout ce que j'ai dit jusqu'ici, tout ce qui me reste à 
avancer, tend à prouver que les événements qui ont fourni le 
cadre au Roman, remontent au contraire à dix années plus 
tôt environ, et se rapportent au temps de la belle jetmesse de 
Scarron, au lieu de se rattacher à une époque où il était 
paralytique depuis huit ans déjà. Les autres personnages 
dont je révélerai les noms réels au lieu des noms d'emprunt, 
M™* Bouvillon, La Rappinière ont à peu près le même âge 
que Ragolin ; ceux que Scarron appelle jeunes, comme 
M. de La Garouffière « jeune conseiller du parlement de 
Rennes », arrivaient eux-mêmes à la quarantaine. La tradi- 
tion mancelle ne s'était pas trompée à cet égard, et dans le 
portrait que Jean de Goulom a fait de Ragotin vers 1745 
d'après les souvenirs locaux, le godenot est représenté sous 
les traits d'un homme chauve, respirant la cinquantaine. 

Et cependant Jean de Coulom n'avait pas été guidé aussi 
facilement par la tradition pour le personnage de Ragotin, 
que pour M*"® Bouvillon, puisqu'on a vu que dès 1711, on 
hésitait au Mans sur l'identité du héros. Ce qui explique 
ces hésitations c'est sans doute l'entrée môme de Denisot 
dans les Ordres ; il répugnait aux contemporains d'attribuer 
les burlesques aventures du godenot à celui qui avait ra- 
cheté les quelques travers, qui avaient pu naguères entacher 
sa vie, par une fm plus noble et plus digne. La raillerie 
s'arrêtait devant la robe du prêtre, puis faisait place au 
doute et à l'oubli. Cependant la tradition a bien attaché le 
nom de Denisot à celui de Ragotin ; elle a eu raison, car 
Ambrois Denisot est bien son Sosie. 

Pour achever la preuve, montrons le poète chez Denisot, 
donnons un échantillon de sa manie poétique en exhumant 
ses vers de l'oubli. Qui eut pu croire qu'au bout de deux 
siècles et demi on découvrirait des vers de Ragotin et des 



48 LES TYPES DES PERSONNAGES 

vers authentiques ! Et cependant j'en citerai tout à l'heure. 
D'ailleurs la preuve du goût d'Ambrois Denisot pour les 
Muses, ce ne sont pas seulement ses vers impriniés qui 
nous la donnent encore aujourd'hui. Cette preuve elle est 
écrite et gravée dans la pierre ; on peut quasi dire du parent 
du comte d'Alsinois : Te vatem saxa loquxmtur. 

Que ceux qui veulent voir ce témoignage toujours vivant 
du culte de Denizot pour les Neuf Soeurs, me suivent dans 
une courte promenade à quelques kilomètres du Mans. 

Prenons la route de Tours , et après avoir traversé 
Pontlieue, arrivons au bas de ce Tertre-Rouge, aujourd'hui 
si tristement célèbre, au bas de ce tertre dont l'abandon par 
des jeunes troupes mal armées et incapables de défendre 
un pareil poste, décida en 1871 de la prise du Mans, d'où 
semblait alors dépendre la fortune de la France. Prenons 
sur la gauche ce chemin aux Bœufs, théâtre de plus glo- 
rieux combats et qui traverse cette triste lande, cette plaine 
de sable, où l'œil ne trouve à se fixer d'un côté que sur de 
maigres bruyères et de l'autre que sur des bois de sapins, 
qui, depuis un siècle, sont venus amener de la verdure 
et de l'ombre sur ce sol autrefois dénudé. Au bout de 
moins de cinq cents mètres à droite, nous apercevrons une 
petite closerie avec ses champs cultivés, bordés de haies de 
chênes et d'ormeaux, ensevehe comme une oasis au milieu 
de ces lieux arides. Poursuivons, guidés par la fumée du 
toit, qui seule annonce la vie au milieu du silence d'alen- 
tour. Entrons dans la cour de la Bazinière (c'est le nom de 
cette closerie de Pontlieue) et au fond à droite nous aper- 
cevrons au ras du sol, une fontaine enfermée entre trois 
murs qui la protègent et la dominent. Dans le mur du fond, 
faisant face h ceux qui viennent y puiser une eau bien pré- 
cieuse en pareil lieu est encastrée une pierre de taille sur 
laquelle l'œil ne tarde pas à entrevoir gravées en capitales 



DU ROMAN COMIQUE i9 

romaines quelques lignes de caraclères à moitié rongés, 
et noircis par le temps et l'humidité (1). 

On se rappelle involontairement les deux écoliers de 
Lesage allant de Penafiel à Salamanque, s'arrêtant au bord 
d'une fontaine, et apercevant sur une pierre, à fleur de terre, 
quelques mots déjà un peu effacés par le temps : « Ils je- 
tèrent de l'eau sur la pierre pour la laver et ils lurent ces 
paroles castillanes : Aqui esta encenada el aima del licencia- 
do Petro Gardas, » 

Celui qui a élevé la fontaine de la Bazinière a lui aussi 
pour ainsi dire enfermé son âme, dans l'inscription qu'il 
y a fait graver ; car elle révèle et met à jour tout son esprit 
et tous ses goûts, qui parlent à travers la pierre. L'homme 
qui h fait choix de ce durable écho de ses sentiments n'est 
autre qu'Ambrois Denisot. 

Voici l'inscription rivale de celle du héros de l'auteur de 
Gil Blas : 

DEO HORTI VIVO, 
SITI ET MUSIS SUIS 
DICABAT AMBROSIUS 
DENISOT ANNO 1614. 

A gauche de l'inscription sont gravés les trois épis posés 
2 et 1, armes bien connues de la famille Danisot : à droite 
est un écusson mi-parti portant d'un côté les mêmes épis 
et de l'autre des traits mal formés figurant une sorte d'arbre 
(un pommier?), sans doute choisi comme armes parlantes 

(t) Hélas ! ce témoignage encore vivant au temps où j'ai écrit ces 
lignes, ne l'est plus aujourd'liui. Le 21 septembre 1902, je suis retourné 
à La Bazinière, et à part deux ou trois lettres, je n'ai pu retrouver 
trace des vers de Ragotin. Les grandes herbes avaient envabi et troué 
la pierre sur laquelle étaient gravés ces vers, la propriété avait changé 
de maître et ceux qui la détiennent aujourd'hui n'avaient pas eu le 
souci de veiller à la conservation de l'inscription poétique gravée 
sur la pierre de la fontaine. 



50 LES TYPES DES PERSONNAGES 

de la femme de Denisot, Anne Esnault de la Paulmerye (1). 
Nous sommes, on le voit, dans un petit domaine ayant 
appartenu naguères, comme je le dirai plus longuement, au 
secrétaire de Mp»" du Mans, et d'où toute autre trace de 
maison de maître a, comme dans beaucoup de lieux, presque 
entièrement disparu. Le jeune poète tout plein du souvenir 
des Bucoliques et des Dryades, h peine sorti des bancs de 
l'école, marié depuis un an seulement et en pleine lune de 
miel, avait voulu poétiser la fontaine du jardin de son bumble 
closerie. Les divinités, sous les auspices desquelles il la 
plaçait, marquaient à la fois et ses prétentions poétiques et 
le grain de folie et de vanité qu'il avait dans le cerveau. Il 
ne la dédiait pas simplement à sa muse, comme eût pu se 
contenter de le faire un vrai poète , il la consacrait musis 
suù: il égalait apparemment son filet d'eau à la source 
d'Hippocrène, et se croyait sûr de l'aveu des Neuf Sœurs. 
Il la dédiait Deo horti vivo, dédicace empreinte d'un natura- 
lisme de collège, où je ne vois rien d'hérétique sans doute, 
mais où le culle du dieu Pan s'affiche d'une façon indiquant 
un esprit grisé par ses souvenirs classiques, plutôt que 
contenu par les sentiments chrétiens de son temps. Il la 
dédiait siti, h la soif, seule preuve de sens que je découvre 
en cette inscription ; encore la destinait-il à étancher la soif de 
la terre bien avide d'eau dans ces lieux sablonneux et arides, 
ou pensait-il à celle de son gosier altéré ? Si c'est à lui qu'il 

(1) Combien je préfère la gentille inscription gravée sur le marbre, 
au presbytère de Chançay en Touraine : 

« ÏAnquite, Nymphae 
Currere puras 
Fontis avili 
Leniter undas, 
Ut bibat hospes 
Atque colonus, 
Advena, messor, 
Pastor, ovisque. 
Floreat hortus 
Tempus in omne. » 



DU HOMAN COMIQUE 51 

songeait, il est probable que de bonne heure l'eau pure de 
sa fontaine ne lui suffit plus pour apaiser sa soif, et que 
pour animer sa verve poétique, il eut recours à un liquide 
moins fade et plus haut en couleur, mais moins propre à 
assurer la santé de son cerveau. Du moins c'est ce que nous 
donne à entendre le portrait de son spirituel ennemi. Enfin 
il avait soin d'inscrire dans la pierre l'indice de sa vanité 
nobiliaire, en faisant accoster son inscription des armes de 
sa famille, celles des Denisot et du comte d'Alsinois jointes 
à des armes parlantes de sa femme, qui était de plus 
modeste origine. 

N'avais-je pas raison de dire que l'âme de Denisot était 
enfermée dans cette pierre? Poète de bonne heure Ambrois 
Denisot demeura fidèle le reste de sa vie au culte de sa 
jeunesse (1). 

Il nous faut attendre de longues années avant de retrouver 
des vestiges des sacrifices faits aux muses, Musis suis, par 
Denisot. Ce n'est que vingt ans plus tard que nous rencon- 
trons deux pièces de ses vers. 

Un des Denisot, le médecin Girard, le savant du XVII® 
siècle dont j'ai déjà parlé, avait laissé plusieurs œuvres 
inédites, entre autres une traduction en vers latins des 
Aphorismes grecs d'Hippocrate et des épigrammes de 
l'Anthologie. Son petit-fils Jacques Denisot, secrétaire de 
Séguier, alors garde des sceaux, pensa h la fois se faire bien 
voir de ce moderne Mécène, et faire œuvre de piété filiale 
en publiant les œuvres de son aïeul. C'était établir en 

(1) M. Anjubault a le premier fait connaître cette curieuse inscription 
en 1857. {Chronique de VOuesty 1857, p. 203). Lui, qui s'était préoccupé 
des personnages du Roman Comique, a passé à côté d'Ambrois Denisot 
sans le reconnaître. Il s'est aussi trompé en le faisant secrétaire de 
l'évêque du Mans de 1632 à 1646 environ. — Ce petit domaine qui avait 
été transmis à M. Lambert, sieur de la Vannerie était resté jusqu'à 
ces dernières années, la propriété de la famille Cellier. Je tiens à 
remercier ici M. Alexandre Cellier d'avoir bien voulu me communiquer 
naguères les titres de propriété de la Bazinière. 



52 LES TYPES DES PERSONNAGES 

môme temps qu'il descendait de souche savante et poétique. 
Il publia donc ces Reliquix, ces reliques de son grand-père, 
sous les auspices de Séguier auquel il les dédia avec les 
plus grands éloges. Voici le titre du livre : 

Hippocratis aphorismi versibua grœcis et latinis exposUi 
per M. Gerardum Denisoiumy olim in celehrata Parisiensi 
Academia alumnum et medicum cuju$ selectiora aliquoi 
Epigrammata addita sunt huic operi, studio et sumptlhus 
Jacobi Denisot nepotis^ in lucem editi, Parisiis, apud Fiacrum 
Dehors, in monte Divi Hiiarii, sub signo sancti Fiacrii 1634, 
cum privilégie régis. 

On lisait à la fin d'un quatrain inscrit au bas d'un des 
portraits de Gérard : 

Les ^fuses ont eu soin qu'étemel je demeure. 

Honoré de la confiance des rois Henri III et Henri IV ses 
clients il s'éteignit à l'âge de soixante-quinze ans en 1596 
à Paris, dans sa belle maison de la rue du Goq-Saint- 
Honoré (1). Sa fille Ursine Denisot, épousa Michel 
Débonnaire, trésorier des Vieilles Bandes, habitant de 
Paris, mais originaire du Maine (2). 

Le chancelier Séguier s'était empressé de conférer les 
fonctions de secrétaire de sa chambre à Jacques Denisot, 
dès qu'il avait obtenu les sceaux en 1633. 

(1) L'inventaire des Archives départementales d'Eure-et-Loir, t. II, 
p. 310, an chapitre du Bailliage de Nogent-le-Rotrou, nous le montre 
en 1555-56 docteur régent en la faculté de médecine. On y trouve aussi 
des renseignements concernant des membres de sa famille. Page 316. 
1590-1591, les biens de René Denisot sont saisis à la requête de Louis 
des Fiez, sieur de la Ronce. Un chirurgien-barbier réclame six écus 
pour confitures de roses fournies à Nicole Denisot. — En 1627, Florent 
Denisot, sieur de Saint-Chéreau, par son testament élit sa sépulture 
en l'église de Saint-Hilaire de Nogent-le-Rotrou, devant l'autel 
Saint-Joseph. 

(2) Voir Ménage, Vitae Pétri Œi'odii et Guillelmi Mencufii^ 1675, in-i", 
p. 230. 



DU ROMAN COMIQUE 53 

M. Kerviler, dans Tintéressanl ouvrage qu'il a consacré à 
Séguier et à son groupe sous Louis XIII et Louis XIV, a 
négligé de parler de Jacques Denisot, bien que son titre de 
secrétaire et la dédicace d'une œuvre à son patron lui 
donnassent des droits à une petite place dans la galerie des 
commensaux du chancelier. On rencontre son nom cité par 
les contemporains. André d'Ormesson en avril 1635, parle 
de lettres remises au garde des sceaux « lequel les ayant 
scellées me les envoya par M. Denisot, son secrétaire fort 
honnêtement » (1). 

La correspondance manuscrite du chancelier conservée 
dans 46 volumes in-fol. h la Bibliothèque Nationale, renferme 
plusieure lettres inédites qui lui ont été adressées par son 
secrétaire. J'en ai remarqué deux entre autres qui lui ont été 
envoyées de Paris, pendant qu'il avait suivi le roi dans la 
campagne de Picardie (automne 1636). Denisot lui donne 
les détails les plus circonstanciés sur les affaires dont il est 
chargé, sur sa maison, sur sa famille; il lui annonce le 
prochain départ de six compagnons chirurgiens pour l'ar- 
mée, il lui parle même de sa^ orangers qu'il a vus chez 

4 

M. le Doyen (Dominique Séguier) « qui sont très beaux ; il 
y a encore de la fleur sur quelques-uns ». Gela valait la 
peine d'être remarqué au 2 novembre date de cette lettre. 
Il ne, lui mande malheureusement rien dans cette missive 
sur les travaux de son hôtel de la rue du Bouloi et sur les 
tableaux qu'y peignait alors Vouet. « Madame m'ayant dit 
qu'elle vous a escrit entièrement Testât de vos bastiments 
et peintures » (2). 

Il était sur le point de partir lui-même pour aller trouver 
son patron, quand on apprit la nouvelle de la reddition de 
Corbie, et du prompt retour de Séguier. Madame jugea 

{{) Journal de dOrmesson, in-i% 1. 1, p. cvi. 

(2) liée. niss. IV, p. 44, M. Kerviler a publié une lettre du C novembre 
de Pépin, intendant du chancelier, donnant des renseignements sur 
ses travaiyc. Le chancelier Séguier, 1874, in-8®, p. 79. 



54 LES TYPES DES PERSONNAGES 

inutile de le mettre en chemin. Denisot prit la plume pour 
l'écrire au chancelier le 11 novembre, et pour lui donner 
des nouvelles de M. d'Auxerre, de M. Fabry, de la grossesse 
de la marquise de Goislin, ainsi que de ce qui concernait 
ses intérêts financiers, et la manière dont en avait pris soin 
Madame la chancelière (1). Les autres volumes de la 
correspondance établissent de même l'intimité des rapports 
existant entre Séguier et le dévoué secrétaire qu'il initiait 
à tous les détails de ses affaires privées. 

Une autre pièce établit d'une façon plus probante le degré 
d'intimité de Jacques Denisot avec le chancelier, en mon- 
trant que ce fut lui que Séguier choisit pour tuteur de ses 
petits-enfants, issus du mariage de Marie Séguier et du feu 
marquis de Goislin. Cette pièce, de 1646, a été trouvée par 
M. Kerviler, qui a bien voulu me la communiquer, dans 
une enquête relative à la réception d'un frère du premier 
duc de Goislin dans l'ordre de Malte. 

« Devant nous a esté présentée certaine commission 

émanée de révérend Monsieur le Bailly frère Jacques de 

Souvré par noble homme Messire Denisot, conseiller 

et secrét'ûre du roy, maison et couronne de France et de 
ses finances, tuteur onéraire des enfans mineurs de feu 
M'''' Gésar du Gambout, vivant chevalier, marquis de Goislin 
et de dame Marie Séguier, son épouse » (2). 

Ainsi lorsque le gendre de Séguier, marquis de Goislin, 
et colonel général des Suisses, eût été tué au siège d'Aire en 
1641, Denisot était devenu le tuteur onéraire des trois petits- 
fils de Séguier, dont Tainé fut le duc de Goislin l'académi- 
cien de dix-sept ans, le second évêque d'Orléans et cardi- 
nal, et le troisième le chevalier de Malte auquel a trait 

(1) Hec. niss. IV, p. 69. 

(2) En 16W) elle était déjà remariée au chevalier de Laval Boisdauphin. 



DU ROMAN COMIQUE 55 

Tenquête où s'est retrouvé le nom de Denisot. On voit par 
là qu'il jouissait d'une insigne considération. 

Mais ce n'est pas de Jacques Denisot que nous avons à 
nous occuper, c'est de son cousin Arabrois. 

Le privilège du roi ne pouvait manquer à l'œuvre de 
Jacques Denisot puisque c'était son patron qui les donnait. 
Le garde des sceaux l'accorda à son protégé qu'il appelle : 
<r Le secrétaire de notre chambre », le 12 mars 1634. Le 
portrait de Gérard Denisot était gravé en tète du livre avec 
ce distique au bas : 

Hic nova cognoscit vetereni medicina parentem^ 
Hippocratis genium sic Denisote^ refers. 

A cette œuvre élevée en l'honneur de sa famille, le secré- 
Uiire de Séguier ne pouvait manquer d'associer les Denisot 
restés fidèles au culte des Muses. Aussi trouve-t-on des 
vers de son cousin Ambrois Denisot en tête de cette tra- 
duction des Aphorismes d'Hippocrate. Voici, avec leur 
entête, les vers de la victime de Scarron : 

« DE Plis MANIBUS GERARDI DENISOTI, MEDICI PARISIENSIS, 
REGNANTE LUDOVICO XII , CIIRISTIANISSIMO GALLORUM ET 
NAVARRE REGE, OPERUM VULGATIONE REDIVIVI SUB FELICI- 
BUS AUSPICIIS CLARISSIMl, SPECTATISSIMI ET AEQUISSIMI VHU 
D. PETRI SEGUIERIl, FRANCIAE NOMOPHVLACIS. 

Arte machaonia morbos frœnasse minaces 
Inque reluctaiitem [Mchesim potuisse tôt annis, 
Illud erat, Denisote, tuum, morbisque mederi. 
Est aliquid potuisse viros de faucibus Orci 
Derrière Pœoniis herbis et sistere fatum : 
Sed revocare graduni potis est Denisotus et ipsd 
Morte redemptus adit Justi penetralia Régis 
Cernere Seguerios tanto sub Principe fasces : 



56 LKS TYPES DES PERSONNAGES 

Quis Mânes credat dudum potnisse sepuUos ? 
Vivere qui tanto cupiu7it sub Principe mânes. 

Ambrosius Denisot, abnepos 
Révérend. Gœnoman. Episc. a secretis. » 

On a souvent fait de piquantes découvertes parmi les 
dizains, les sonnets, les madrigaux inédits, qui s'étalent alors 
en tète de tous les ouvrages, soit de science, soit de théâtre, 
pour célébrer les louanges de l'auteur. J'ai déjà moi-même 
découvert et révélé comme une curiosité littéraire des vers 
inédits du médecin Gureau de la Chambre ami de Jacques, 
placés à côté de ceux-ci, en tête des ilphoristnes. Mais je 
pense que pour le piquant rien n'égale cette révélation des 
vers de Denisot, c'est-à-dire de Ragotin (1). 

Sa part même dans cette publication se borna-t-elle à ces 
vers? N'est-ce pas lui plutôt, qui, jeune encore et ayant le 
goût de la poésie, procura cette édition de l'œuvre, que 
Jacques déjà vieux, et surabondamment occupé par sa 
charge de secrétaire de Séguier n'avait guère le temps de 
préparer. Il y a en tète une préface écrite en d'excellents 
termes, qui indiquent un bon latiniste et de bonnes études 
d'humanités, que le ton des lettres d'affaires écrites par 
Jacques Denisot ne fait pas pressentir ('2). 

Je soupçonne fort Ambrois d'y avoir mis la main : c'est là 
en effet une œuvre savante, qui devait plaire à un esprit 
pédant et ayant étudié toute sa vie. Je serais encore disposé 

(1) On trouve encore en tête des Aphorismes des vers grecs de 
Flineretz de Bellerophon, le savant avocat de Thiers, protégé de 
Séguier, et des vers latins de F. Fosseus, Faissot, sans doute médecin 
manceau. 

(2) Denisot, après avoir offert sa traduction en vers à Séguier, 
lui dit en terminant : « Ex camine delinitaj et quasi fascinata medicina 
quae in mille annos producet dierum lnorum stamiriay si Deus optimus 
Maximns voti compotim faxit celsitiidini tuae devotissimum et addic- 
tisaimum J. Detiiaol. C'est du latin charmant surtout pour du latin 
médical : on a jamais vu Uniment plus poétique. 



DU ROMAN COMIQUE 57 

à regarder comme un produit de sa vanité ces vers du livre 
à l'auteur : 

« Ne nimis ut parvum, noli contemnere Lector, 
Parvus erat Ttjdeus, sicut Homeru6^ ait. » 

Ne sont-ce pas bien là des vers tels qu'en devait faire le 
pédant et le présomptueux Hagotin? Toute sa folie ne 
perce-t-elle pas au travers ? 

Après avoir lu ces vers, peut-on dire que Denisot était 
assez mauvais poète pour être étouffé s'il y avait de la 
police dans le royaume? Non certes; ces vers valent ni plus 
ni moins que les vers latins des poètes d'alors. Mais ils 
suffisent à montrer que Scarron et Denisot étaient deux 
esprits de trempe différente, qu'il y avait antipathie entre 
le naturel, la verve enjouée, facile de l'un et le pédantisme 
savant de l'autre, qui rimait en latin malgré Minerve, montait 
péniblement sur Pégase pour se grandir et cherchait labo- 
rieusement ses antithèses et ses pointes surannées. 

Voici du reste encore d'autres vers d'Ambrois Denisot 
tout à faits inédits et qui se trouvent en tête d'un ouvrage 
demeuré plus encore dans l'oubli que la traduction du 
médecin nogentais. Ils datent de 1633 et se trouvent en tête 
de l'ouvrage paru sous le titre de Les Divins Trophées de la 
Croix d%i Sauveur ou les Séraphiques proio martyrs du 
Japon, de François d'Orléans, gardien des Cordeliers. Le 
Mans, Gervais Olivier, 4633 (1). 

« AD AUTHOREM HIST. JAPPONICiE ECCLESIiE MARTYRUM ! 

Martyribus tribuisse viris diadema coruscum 

Numinis est summi facta beanlis opus. 
Martyribus rtibuisse viris per sœcula nomen, 

(\) A la fin on lit cependant : c Achevé 4'imprimer le premier jour 
de février 1639 ». 



58 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Eximium sœdis est opus Aurelii ; 
Effert Aurelius^ quos fert super aethera Numen^ 
Participem laudis quis neget Aurelium? 

DENIZOT ILL. D. DOMINI EPISCOPI 
CŒNOMANENSIS AC EPISCOPATUS CŒNOM. A SECRETIS. » 

Après avoir lu ces vers, on ne doit pas s'étonner que 
Scarron dise de Ragotin qu'il prisait fort l'auteur de Pyrame 
et Thisbé. Les pointes de Théophile devaient faire le bonheur 
de Denisot (1). 

Dix ans après la preuve que j'ai donnée du culte filial 
dont les Denisot honoraient la mémoire de leurs ancêtres 
poètes, pour bien établir sans doute leur descendance poé- 
tique, j'en trouve une autre, aussi éclatante encore, dans le 
Mémoire sur Nicolas Denisot, le célèbre comte d'Alsinois, 
que fournit Jacques en 4646 à Guillaume Golletet, alors en 
quête de documents pour composer ses Vies des poètes 
français, Golletet voulant meubler au complet sa galerie de 
poètes et recomposer les traits de la figure du comte 
d'Alsinois, déjà bien oublié, s'adressa à Jacques Denisot 

(l) A côté de ces vers, on en trouve d'autres d'auteurs manceaux 
qui montrent quels étaient ceux qui cultivaient, en même temps que 
Denisot, la poésie latine et qui étaient ses confrères en Apollon. Je 
citerai, parmi ces auteurs, le sieur de Saint-Ouen, Le Corvaisier de 
Courteilles, le prêtre Ferrand, l'Oratorien André de Clercq, le médecin 
Jacques du Gleré, l'avocat J. Bodereau. En y ajoutant les noms de 
Marin Cureau de La Chambre, amide sa famille, et du médecin Faissot, 
de l'Oratorien Ferroy, on voit quels étaient ceux qui s'adonnaient alors, 
au Mans, au culte des lettres latines. 11 s'en trouve aussi en tête des 
ouvrages un peu postérieurs, de Le Corvaisier, de Bodereau, de 
Louis des Malicottes, de Trouillard, etc. Ce n'est guère qu'à pareille 
place que se trahit la poésie provinciale. Quant aux vers français, ils 
étaient alors dédaignés par le pédantisme des savants de province, 
qui eussent rougi de s'adresser aux Neuf Sœurs en langue vulgaire, 
ce qui devait bien faire rire le petit Scarron si français, si gaulois et 
si malin, qui en prenait tout à son aise avec sa Muse et ses ver- 
misseaux. 



DU ROMAN COMIQUE 59 

qui, le 2 juillet 1646, lui adressa le Mémoire de M. Denisot 
pour Nicolas Denisot, où Ton a puisé à peu près tout ce 
qu'on sait aujourd'hui du poète de la petite cour de Margue- 
rite de Navarre. C'est dé ce mémoire, dont une copie était 
restée dans la famille, que M. Boyer avait tiré la meilleure 
part de ses renseignements sur N. Denisot, sans indiquer 
d'une façon assez précise la source où il les avait puisés. 
M. Rathery a pris soin heureusement de le publier ou de 
l'analyser presque complètement en 4850 dans le Bulletin 
du Bibliophile (1), et de le sauver de la sorte de la destruc- 
tion dont il a été frappé dans l'incendie de la Bibliothèque 
du Louvre, en même temps que les Vies des poètes français 
de Colletet (2). Jacques, qui s'honore de cette parenté avec 
le comte d'Alsinois, a soin de dire que les héritiers du poète 
sont encore au Mans et que « Nicolas était le cousin-ger- 
main de Gérard son ayeul ». On voit donc que les Denisot 
considéraient chez eux la poésie comme une vertu de famille 
et que par là Ragotin se croyait fondé à dire qu'il ne fallait 
pas lui en remontrer. 

Toutefois quand Jacques envoya ce mémoire autographe 
à Colletet, Ambrois était depuis six ans au moins dans les 
Ordres, et s'occupait peut-être un peu moins que par le 
passé de sa marotte de poète. 

Voilà ce que je sais du bagage poétique de Denisot, voilà 
les seuls vers que je connaisse du petit avocat manceau, 
qui devait bien être avocat sans causes, car ni Bodereau, ni 
Louis des Malicottes ne prononcent son nom (3). 

(1) On s'étonne que M. Hauréau n'ait pas utilisé cette notice de 
M. Rathery, dans la deuxième édition de son Histoire littéraire du 
Maine. 

(2) Ce mémoire n'avait pas pris place dans les Vies des poètes^ mais 
était resté à part à l'état de document ; ces renseignements étaient 
des matériaux destinés à être mis en œuvre par Colletet. Depuis la 
mort de M. de Caussade, je ne sache pas qu'on songe à publier Ten- 
semble des Vies des poètes français. 

(3) Il n'est pas impossible peut-être d'en savoir davantage. M. An- 
jubault indiquait M. Boyer, l'auteur de la notice sur Nicolas Denisot, 



60 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Le personnage cadre bien avec Ragolin, le portrait de 
Denisot avec sa charge. Je crois l'avoir suffisamment établi. 
N'oublions pas que l'œuvre de Scarron, est une caricature, 
une vengeance de vieil enfant terrible, alors protégé par 
l'évoque du Mans et d'autres prélats, qui profitait de son 
goût pour le théâtre et les comédiens, pour mêler la vie du 
secrétaire de Ms^ de Beaumanoir à des aventures d'une 
troupe comique. 

Tout ce qu'on peut exiger ici en fait de similitude, c'est 
de la vraisemblance : ne s'y trouve-t-elle pas tout entière ? 
La ressemblance existe dans l'ensemble des traits, de même 
que la vraisemblance ressort du contact de Scarron et de 
Denisot et de la différence de leur caractère. Il n'y avait pas 
seulement entre eux opposition d'esprit, si je puis dire, 
et antagonisme de poètes ; l'un esprit vif et alerte, de race 
' gauloise, ami de Malherbe, ennemi du pathos, des pointes 
et de la préciosité, l'autre pédant ayant toujours gardé l'em- 
preinte du collège, figé dans le moule de la poésie latine de 
Stace, de Sénèque ou de Lucain, aimant l'enflure, le bour- 
soufflé, la poésie guindée de Théophile. Ces deux poètes 
placés aux antipodes l'un de l'autre par la différence de leurs 
goûts, purent, comme hommes aussi se trouver rivaux. 
Denisot fixé de vieille date auprès de l'évêque du 
JMans en qualité de secrétaire, dut ne pas voir s'implanter 
sans jalousie, comme commensal de M»"" de Beaumanoir, ce 
jeune abbé lettré, à la plume aussi prompte que la langue, 
dans lequel il pouvait pressentir un successeur. Il flairait 
peut-être dans Scarron un rival, qui pouvait le supplanter 
en partie et tenir la plume de l'évêque du Mans, comme 

et M. Guiel, juge de paix de Monlfort-le-llolrou, comme possédant 
des documents sur cette famille. M. Boyer qui, dans sa notice, parle 
en effet d'une généalogie des Denisot, n'a laissé, que je sache, parmi 
ses papiers aucvme pièce y ayant trait. M. Guiet est mort également ; 
peut-être trouverait-on des restes de ses documents chez l'un de ses 
héritiers. 



DU ROMAN COMIQUE 61 

Malhieu de Monireuil tint celle de Gosnac. Le craignant, le 
jalousant, blessé peut-être aussi de quelques traits sati- 
riques du jeune abbé, il put le desservir auprès de Tévêque, 
dont Scarron se plaignait dans la dernière période de sa vie. 
De là, sans parler du rôle qu'il put jouer dans le procès de la 
prébende de Scarron, plus d'une cause de représailles de la 
part de Tauteur du Typhon^ qui se vengea avec son Roman 
Comique. En un mot, qu'il s'agisse de rivalité de poètes, de 
rivalité de domestiques, ou de simple plaisir de la part de 
Scarron de rire d'un voisin ridicule, toujours est-il que 
l'idée de ridiculiser Denisot sort naturellement de la situa- 
tion où Scarron se trouvait placé vis-à-vis de lui. 

Je ne demande pas qu'on me croie sur parole, j'ai instruit 
le procès, en donnant mon avis d'après les pièces. Que tous 
jugent à leur tour et essaient le masque de Ragotin sur la 
figure d'Ambrois Denisot ; ils verront, je l'espère qu'il s'y 
adapte parfaitement. 

Ce nom de Denisot, la tradition d'ailleurs, l'avait toujours 
conservé ; sans doute, comme il nous reste à le dire, elle avait 
fait fausse route en allant chercher des descendants homony- 
mes et des parents d'Ambrois, pour les identifier avec le petit 
ragot. Elle obéissait de la sorte à la tendance générale de 
moderniser tous les personnages du Roman, qui, pour ainsi 
dire à chaque génération, fît adopter de nouveaux patients, 
de date plus récente, tout en les choisissant dans la mémo 
famille. D'un autre côté en présence de l'entrée d'Ambrois 
dans les Ordres elle avait respecté son caractère de prêtre 
à défaut de sa personne, et couvert du voile charitable du 
silence les singularités du premier tome de sa vie. Toujours 
est-il que le nom de Denisot surnagea de l'oubli et que les 
générations se le transmirent longtemps l'une à l'autre 
dans le Maine, comme celui du principal héros du Roman 
Comique. Hors de la province même, ainsi que l'indique 
la clef de l'Arsenal, on incarnait Ragotin dans un Denisot. 
On choisit d'abord un homonyme d'Ambrois pour lui faire 



62 LES TYPES DES PERSONNAGES 

recueillir, mais non sous bénéfice d'inventaire, la succes- 
sion des ridicules d*Ambrois. Un René Déni sot au commen- 
cement du XVIII® siècle, passa longtemps pour la victime de 
Scarron, et nous montrerons bientôt que cette identification 
ne peut se soutenir un instant. En suivant la généalogie des 
Denisot jusqu'au dernier personnage de ce nom, on verra 
que la clef mancelle, même au milieu du XVI1I° siècle, a 
poursuivi la confusion du héros de tant de burlesques 
aventures avec d'autres héritiers de son nom et de sa 
famille. 

Il nous reste seulement à parfaire l'histoire d'Ambrois 
Denisot jusqu'à sa mort. Il cessa de vivre quatre ans avant 
l'apparition du premier livre du Roman Comique. Son 
entrée dans les Ordres et l'habit ecclésiastique qu'il avait 
revêtu, sa mort enfin, avaient depuis longtemps déjà dérouté 
la curiosité avant la publication de l'œuvre de Scarron. 

Chose surprenante ! si les actes notariés , concernant 
Ambrois Denisot, sont rares à l'époque même antérieure 
où Scarron a quitté Le Mans, ils deviennent nombreux à 
partir de 1636, c'est-à-dire à dater du temps où Scarron ne 
devait plus rentrer dans le Maine. Nous avons le partage 
qu'il fait de ses biens entre ses enfants, plusieurs actes pré- 
cédant sa mort et qui font connaitre ses descendants, enfin 
son testament, son précieux inventaire (l'inventaire de 
Ragotin !), et la vente de ses meubles. Tout cela est curieux, 
on va le voir, mais c'est de Denisot prêtre qu'il s'agit, et non 
plus du Denisot qu'avait portraité Scarron. Periit artifex! 

La réunion de ces actes permet cependant de mieux 
apprécier certains points de la vie du personnage. Le par- 
tage de ses biens indique assez qu'il était loin d'être pauvre ; 
néanmoins une fois la fortune divisée en cinq parts, celle 
de chacun dut être assez faible. 

En 1646 , les 5 et 10 novembre eut lieu devant Des- 
mezerettes, notaire royal au Mans, le partage « entre les 
enfants de vénérable et discret Ambrois Denisot, demeu- 



DU ROMAN COMIQUE 63 

rant paroisse du Crucifix, à présent prebtre, secrétaire de 
révoque, et de défunte Anne Esnault », des biens de leur 
mère, et de ceux que leur père leur abandonna par avance- 
ment d'hoirie^ en vertu d'une transaction du 21 janvier 
précédent, qui lui fit recevoir 4782 livres 13 sols. 

Les nombreux enfants d'Ambrois Denisot étaient alors 
réduits à cinq : 

Honorable Pierre Denisot, docteur en médecine, Taîné 
d'entre eux, alors majeur de vingt-cinq ans (1). 

Charles, « escollyer », étudiant à l'université de Bordeaux. 

Trois autres, mineurs : 

René qui avait pour curateur honorable Jacques Ragot 
le jeune, apothicaire, paroisse de la Couture. 

Renée, qui épousa Nicolas Joubert, avocat à La Ferté. 

Et Anne, ayant son père pour curateur. 

La plupart des biens immeubles provenaient du partage, 
du 2 juin 1632, des biens d'Anne Bouguereau, mère d'Anne 
Esnault, qui en avait hérité ainsi que son frère, Pierre 
Esnault, prêtre, encore existant en 1646 et dans la maison 
duquel fut fait le partage des biens de sa sœur. 

C'étaient la métairie de la Foucaudière, paroisse de la 
Quinte ; la métairie de la Chaussée, en Mézière ; le bordage 
des Cuistres ; une maison et dépendances situées à La Suze, 
dans la Grande-Rue ; le bordage de l'Épiriette ; le lieu de la 
Petite-Molière, en Louplande, avec ses dépendances, en 
Souligné-sous-Vallon ; ainsi que le bordage de la Gasnerie, 
une maison manable avec salle basse, cuisine, cour, bou- 
tique au-devant, deux chambres hautes et deux petites et 
une montée de pierre, Grande-Rue, paroisse du Crucifix, 
qu'habitait Ambrois Denisot. C'était la maison où avait 

(1) U épousa Marie Hibou, laissa deux enfants , dont Marie-Françoise, 
mariée à Jac^iues du Moulinet, écuyer, sieur des Fromentières, 
habitant paroisse Saint-Pierre-rEnterré. Le 2:1 septembre 1675, sa veuve 
Ht, entre ses enfants, partage des biens de son défunt mari et des 
siens propres ; dans te partage se trouve comprise la Bazinière. 



04 LES TYPES DES PERSONNAGES 

deraeuré le ménage et où étaient nés leurs enfants, située 
au commencement de la Grande-Rue, paroisse du Crucifix, 
et qu'il ne serait pas impossible de retrouver aujourd'hui (1). 
Elle échut à Anne, qui comme la plus jeune eut le choix 
des lots. Les autres biens, compris dans le partage, pro- 
viennent du père. C'étaient la métairie de la Gouaserie, en 
Saint-Georges-du-Rosay, le Petit-Montauban, en Neuville, 
appartenant aujourd'hui au vicomte de Montesson, et quatre 
quartiers de vignes en Sainte-Croix. On voit que Ragotin 
n'était pas un pauvre homme (2). 

Je continue la reproduction des actes de notaire relatife 
à Ambrois Denisot. 

« Du mardi 30® jour d'apvril 1647. 

« Devant nous Michel Bugleau et Mathurin Pottier , 
notaires en la cour royale du Mans, fut présent en sa per- 
sonne, noble M° Ambroys Denisot, prebtre, conseiller du roy 
honoraire au siège présidial et sénéchaussée de ceste ville, 

lequel nous a dict et déclaré qu'il auroyt pieu au roy 

nostre sire le pourvoir de son dit office et charge de con- 
seiller, auquel il auroyt esté receu en la cour, et lequel office 
et charge ledit s"^ Denisot a par ces présentes remis et 
remect ladite charge et office de conseiller honoraire es 
mains de Sa Majesté ou de Mç»" le chancelier de France, pour 
y estre par sadite Majesté pourveu et en faveur de telles 
personnes qu'il luy plaira, à laquelle fin ledit sieur Denisot 
a constitué le porteur des présentes son procureur spécial, 
pour sa personne le représenter audit elOfect par tout où il 
appartiendra, consentira l'expédition' des lettres de provi- 

(1) Mon absence presque continuelle du Mans m'empêche de vérifier, 
d'après Cexamen intérieur des lieux^ si ce ne serait pas la maison dite 
du Pilier Vert, qui serait la maison d'Ambrois Denisot. 

(2) 11 y eut de nouveaux partages entre les enfants d'Ambrois par 
suite de la mort d'un d'entre eux. En 1659, 5 novembre, Nicolas 
Joubert, mari d'Anne, vendit à son beau-frére Pierre Denisot la 
Foucaudière. 



DU ROMAN COMIQUE (55 

sien qu'il plaira, à Sa Majesté en donner, dont il nous a 

requis le présent acte pour hiy servir co que de raison 

Fait et passé au Mans, maison dudit sieur Denisot, paroisse 
du Crucifix, par devant nous notaires soussignés » (i). 



* 
* « 



« Du lundi 0^ de inay 1647. 

« Par devant nous Michel Bugleau , fut présent 

vénérable et discret (et non Jioble) maître Ambrois Denisot, 
prebtre, cy devant secrétaire de Mf"" le Révérendissime 
Evesque et évesché du Mans, y demeurant paroisse du 
Crucifix, lequel nous a déclaré que par lettres de provision 
audit secrétariat il auroyt pouvoir de substituer ung ou 
plusieurs en son lieu et place, pour faire expédition et 
deslivrer copies d'icelles attestées par ses devanciers tant 
par luy que par ses substituts, pourquoi dujourd*huy il a 
commis par ces présentes M^^ Charles Denisot, son fils, 
pour par lui doresnavant estre déhvré coppyes desdits actes, 
par luy faicts et attestés pendant qu'il a exercé ledit secré- 
tariat, et en tant qu'il peut de ce luy a donné pouvoir, suy- 
vant sesdites lettres de provision par lui obtenues de feu 
R<* père M?"^ Charles de Beaumanoir, vivant Evesque du 
Mans, en datte du 14« jourde juillet 1621, signée Carolus de 
Beaumanoir y Episcopus Cenomanenshy et plus bas, N. Che- 
vallier et scellée. 

« Fait et passé au Mans en ce présent, stipulant et 

acceptant ledit s"* Denisot en présence de vénérable et 
discret M« Pierre Esnault, prebtre et M*" René Denisot, 
advocalau siège présidial de cette ville, témoins, h ce requis 
et appelés » (2). 

(1) La signature de Denisot est bonne. H signe son nom par un Z. 

(2) La signature de Denisot mourant est incomplète. L'acte est aussi 
signé de Charles Denisot, sans paraphe, et d'Esnault et Denisot (A et 
1) conjoints). 

Dans son inventaire ont été mentionnées deux pièces où est écrit : 

1. Partage des héritages bailléh à mes enfans. 

2. Transaction de M. Ambroys Denizot avec ses enfans. 

ê 5 



<Ki LES TYPES DES PERSONNAGES 

Ambrois Denisot ne devait pas survivre longtemps à ce par- 
tage. Six mois après, il allait s'éteindre à Tâge de soixante- 
trois ans. Quelques jours avant de mourir, il songea à 
résigner les charges qu'il occupait et à se substituer son 
fils Charles pour la délivrance des actes du secrétariat. Ce 
fut la veille et le matin même de sa mort que se révéla 
cette dernière pensée. 

Ce jour là il signa d'une façon à peine intelligible, la main 
raidie par les approches de la mort. Le même jour son beau- 
frère Pierre Esnault, prêtre comme lui, et le Père Loys 
Chailly de l'Oratoire, qui l'assistaient dans cette dernière 
maladie, recevaient de lui la déclaration de ses dernières 
volontés. Pierre Esnault, les mettait par écrit, et le mourant 
avait encore la force de les signer, afin de donner un 
commencement de validité à cette ombre de testament. 

Voici l'acte suprême d'Ambrois Denisot (1) : 

« In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Je désire 
estre enterré aux RR. PP. Jacobins, proche madame ma 
femme. Enterré avec les ornemens dont je me servis à ma 
première messe, couleur d'aurore, un sceau de deux escus, 
M. de la Rougerie, prié de le porter. Convoy de douze 
prêtres, avec messieurs les curez ; les PP. Cordeliers, 
assistans; douze cierges de demi livre chacqu'un. Mon missel 
romain à M. Nicolas Torchère, vicaire d'Arnage, avec ma 
soutane et mon manteau long. W Esnault, mon frère, 
tuteur, curateur, exécuteur testamentaire. J'ay Denisot 
donné au P. Chailly qui m'a assisté, mon grand bréviaire 
pour prier Dieu pour moy. Ce sixiesme jour de may mil 
six cens quarante et sept. 

(( Denizot (2). P. Esnault. 

« Loys Chailly, de l'Orat. de Jésus. » 

(Il Tantôt fe rédacteur l'a rédigé k la troisième personne et tantôt 
à la première. Il fait plusieurs ratures afin de mettre tout le texte 
d'accord avec cette dernière forme de rédaction que je reproduis. 

(2) Il signe A et D conjoints. i 



DU ROMAN COMIQUE 67 

Bientôt après, il mourait. Le bailli de la prévôté régale du 
chapitre, Jacques Vasse, se transportait le jour môme, 
sixième de mai 1647, à la demeure du défunt, sur la 
requête du procureur de cette prévôté et de U^ Pierre 
Esnault, pour apposer les scellés. 

Ceux qui professent un vrai fétichisme à Tégard des 
documents inédits et manuscrits ne manqueraient pas de 
reproduire intégralement l'inventaire de Ragotin. Je ne suis 
pas de ceux là. Je me suis toujours représenté l'Histoire 
sous les traits d'une belle personne tenant en ses mains 
un crible qui laisse passer tous les petits faits , les 
riens peu intéressants, ne faisant qu'occuper de la place, 
(comme le fameux soulier dans la soupe au chou de l'Auver- 
gnat), et retient seulement les dires et les événements 
d'importance. S'il s'agissait de Molière ou de Corneille, je 
conçois qu'on songeât à reproduire leur inventaire tout 
entier^ sans en retrancher une syllabe, mais Ragotin, tout 
Ragotin qu'il est, n'est qu'un personnage secondaire, un de 
ces poetœ minores qui ne méritent pas un si grand honneur. 
Je me bornerai donc à faire choix dans son inventaire des 
particularités vraiment intéressantes et pouvant nous aider 
à mieux connaître le personnage, après en avoir reproduit 
tout entier l'intitulé : 

« Inventaire des meubles, litres et papiers dépendant de 
la succession de delîunct, vénérable et discret M« Ambrois 
Denisot, vivant prebtre, demeurant au Mans, paroisse du 
Crucifix, faict par nous Michel Rugleau, notaire royal au 
Mans en vertu de l'ordonnance de Mons»" le bailly de la 
prévosté régalle du chapitre du Mans, en date du vendredi 
il^ du présent mois, signés V^asse. Ce requérant et pour- 
suivant noble W Pierre Denisot, docteur en médecine, fils 
aîné et héritier dudit defïunt, tant en son nom que comme 
curateur institué par justice aux personnes et biens de 
René et Anne les Denisot, ses frère et sœur. En présence 
de M*"® Charles Denisot, lils majeur et de vénérable et discret 



G8 LES TYPES DES PERSONNAGES 

M° Pierre Esnault, preblre, oncle maternel desdits enfants 
et M^ René Le Roy, sieur de la Pommeraye, cousin mater- 
nel desdits enfans. 
A quoy faire nous vacquons comme ensuit » 

Ambrois habitait la maison Grande-Rue, paroisse du Cru- 
cifix, venant de sa femme à qui elle était échue de ses 
parents, les Bouguereau. C'était un acquêt de François 
Bouguereau, son aïeul. Elle était composée d'une salle 
basse, d'une cuisine, cour, boutique au-devant, de deux 
chambres hautes, et deux petites et d' une montée de pierre. 
Le bas était occupé par un locataire. Ambrois Denisot 
occupait les chambres hautes. 

Dans celle où il faisait sa demeure ordinaire on trouva : 
« ung charlict, avec carrye en fonçays garny, une couverture 
en sarge sur fil jaulne, un ciel h trois pantes ayant six 
rideaux et ung dossier passementé de passement de laine 
et soye de couleur jaulne avec troys pommelles de boys 
doré, six grandes chèses à dossier, sept petites aussi à 
dossier, quatre tabourets bas, une bancelle, le tout couvert de 
vieille mocquette jaulne (1), une petite table haulte ronde 
sur huit petits piliers, cinq petits tapis de sarge verte et 
une aultre petite table basse pliante sur quatre pilliers, quatre 
tantes de vieille tapisserie à porte, trois tapis de poil, avec 
ung autre petit, deux autres vieux tapis servant de tapisse- 
rie au bas des fenêtres de la chambre, deux vieilles selles 
de sermon, ung tableau estant sur la cheminée, représen- 
tant ïAiDionciation de VAnge aux pasteurs^ en détrempe (2), 
ung aultre petit tableau en huille sur toile représentant 
l'image de Notre-Dame tenant l'image de Nostre-Sei- 
gneur (3). 

(1) Les chaises couvertes de a méchante turqiiise jaulne » furent 
adjugées X livres V sous, lors de la vente. 

(2) Il fut adjugé ,lors de la vente, à la dame Chéreau, pour trente sols. 

(3) Adjugé à M. l^mbert de la Vannerie cent sols. 




DU ROMAN COMIQUE 69 

Une petite paire de vieilles armoires de bois de chesrie, 
ayant quatre voilants, où se trouvait une petite touellettc ». 

Lors dudit inventaire on y trouva encore « une douzaine 
de cuillers d'argent de deux façons, pezant ung marc et 
demy, demye once deux gros, des s:illadiers do faïence ; au 
bas , du pain pour le service de la maison, dessus l'armoire 
deux petits boucquauts de faïence (1), ung mirouer ayant sa 
carrie dorée, deux petites cassettes couvertes de cuir noir, 
des vêtements et ornements d'église, deux bouettes ; ung 
grand vieil bahu où il mettait ses papiers. j> 

Dans l'autre chambre où Ragotin était décédé on trouva 
« un vieil charlit de boys de chesne, quatre vieux rideaux 
de sarge verte, ung dossier de camelot, un enlour de vieille 
broderie, sept ovales de fert blanc avec six coquilles et 
chandeliers servant à mettre des chandelles contre la ta- 
pisserie, item une grande arquebuse à ressort, ung ])etit 
canon dti carabine, un tableau en huille représentant une 
sainte Cécille, deux autres petits bocquauts de détrempe, 
ung petit tableau en huille sur carte représentant la Clia- 
rite (2), deux aultres petits tableaux sur cuivre représentant 
saint Augustin et saint Bernard » (3). 

Un bahut servant de garde robe contenait le linge ; étaient 
çà et là épars, des manteaux, des bonnets, une robe do 
chambre, des hauts et des bas de chausses, « ung drap de 
tante devant la cheminée, quinze rabalz, une petite figure de 
plomb ». C'était en un mot un vrai Gapharnaiim. La grande 
arquebuse à rouet, et le petit canon de carabine rappelaient 
surtout l'ancienne vie d'Ambrois et le personnage du Roman 
Comique. On trouva en argent « trois quarts d'escu en 
pièces de 58 sols, 8 sous marqués et 112 sols en deniers. » 

(1) Us venaient sans doute de chez un des apothicaires parent de 
la femme de Denisot. 

(2) n fut vendu 41 sols à M. Lambert de la Vannerie, qui accfuit aussi 
un tableau représentant l'image dun Cardinal^ pour 30 sols. 

(3) Ils furent vendus à M«*'« de la Championnicre, pour 43 sols. 



70 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Entré dans une autre petite chambre retranchée, le notaire 
y trouva « un petit charlict de bois de noyer, ayant un viel 
rideau de camelot bleu, trois tapis de poil à fil, un vaisselier 
de vieille sarge verte teignée, une grande paire de vieilles 
armoires où étaient les ustensiles de cuisine, un cocque- 
mart de cuivre rouge, deux viellea paires de bottes et une 
paire d'esperons, une méchante cassette d'archelet, un viel 
banc à dossier, dans lequel s'est trouvé les chemises et 
hardes de Gécille Guérinet, servante du défunct, un viel 
tricquetract et damier, un manteau de lict doublé de peau 
d'agneau. » 

Monté dans les hautes chambres étant à côté de l'étude, 
le notaire Michel Bugleau trouva « en l'une petite chambre 
un charlict, une chaise à bras avec brancards pour la por- 
ter, un viel porte épée, item une èpée en bâton^ dans une 
boîte carrée couverte de cuir une bayonnette et un couteau 
rouilles ; dans une autre chambre, une vieille couchette de 
bois, de haultes et basses armoires, un manteau court de 
sarge-seigneur noire, doublé de taffetas noir, d'autres de 
tripes de velours et de taffetas noir , cinq chapeaux , 
un bonnet carré avec sa boitte, estuy de carte, un pour- 
poinct de moire , mi-laine et mi-soye , une vielle sou- 
tane d'étamine, des pourpoincts , haut - de - chausses , 
robbes de sargette parées de taffetas, dix-sept aulnes de 
viel passement de soye à jour, dix-huit aulnes d'autre 
passement, manteaux de drap doublés de panne noire , 
item, deux bahus remplis de livres (leur inventaire fut 
ajourné pour être fait en même temps que celui des livres 
de l'étude). Item, avons trouvé un grand espadon, quatre 
vieilles espëes, une arbalette à jallet, une hallebarde, un 
pistolet de reitre, un autre pistolet à rouet, item, un viel 
espieu. » C'étaient là les reliquix de la jeunesse de Ragotin, 
ainsi que peut-être « une écharpe de gaze ». Enfin on 
mentionne quatre panneaux de vitre avec un petit vitrail 
de chacun deux pieds et demi. 



DU ROMAN COMIQUE 71 

Monté dans le grenier « étant sur les dites chambres et 
étude », on trouva « une selle de cheval à homme, et une 
à femme , une vieille selle de cheval à homme , une 
paire de presses à presser ». Dans la cave il y avait « pour 
tout un cart de vin ». 

Après avoir tout inventorié, sauf les livres et les papiers 
de l'étude, le notaire et les témoins remontèrent « dans la 
haulle chambre, sur le devant de la rue », où fut signé 
Tacte ; on trouve au bas les signatures de Charles et de 
René Denisot. 

Le mardi 21, on se disposa à procéder à l'inventaire des 
papiers de Denisot « estant dans le petit cabinet dedans la 
grande étude », mais il y fut différé sur la requête de 
l'évéque du Mans. 

Le lundi 17 juin, après assignation faite à Tévêque par 
Pierre et Charles Denisot et Esnault et Ragot, dépositaires 
des scellés, de se trouver le jour même à l'inventaire, le 
prélat s'y fit représenter par maître Julien Bougie, son 
avocat (1), et il fut procédé au descellé et à l'inventaire des 
titres du secrétariat de l'évêché <( qui étaient dans le cabinet 
de la troisième chambre et dans la haulte et les basses fe- 
nestres du cabinet ». On y trouva presque toutes les archives 
de l'évêché depuis le XV!" siècle, notamment quatre-vingt- 
cinq registres des expéditions faites au secrétariat, six 
autres registres non couverts de 1611 à 1618, les promo- 
tions faites aux Ordres de 1603 à 1637 ; au plancher de la 
dite étude, toutes les liasses des expé(htions du secrétariat 
depuis 1622 jusqu'à 1638 inclusivement , distinguées par 
chaque année, les procédures du P. Jacques, ermite de 
Montoire, les pièces relatives à la chapelle de la Forest et 
au bordage de la Patrie, en Courcité, etc., etc.... 

Sans doute il est curieux de voir mentionner dans l'in- 



(1) Les antres parties étaient repré.sentées par l'avocat Etienne 
Crosneau. 



72 LES TYPES DES PERSONNAGES 

venlaire les papiers de Tévêché dont Denisot était resté en 
possession. Mais combien plus nous eussions désiré y 
trouver l'indication des livres que Denisot avait dans sa 
bibliothèque, afin d*y voir l'indice de ses goûts littéraires. 

Nous trouvons seulement l'énumération des liasses de ses 
titres de propriétés, portant des étiquettes qui indiquaient 
au premier coup d'œil à quel bien ils se rapportaient. On y 
voit les pièces concernant : 

<r — Mon lieu de Montauban (107 pièces). 

— Le lieu de la Bazinière et le lieu des Saullaies (89 pièces). 

— Biens appartenant à M« Ambrois Denisot, au pays du 

Perche (67 pièces). 

— Affaires de La Suze (61 pièces). 

— Affaires de M® Ambrois Denisot (93 pièces). 

— Hérédité de défunte Mad® de la Rainerie. 

— (Dans le même sac). Maison Grande-Rue (84 pièces). 

— Comptes rendus à Pierre et à Anne les Esnault 

(187 pièces). 

— Le lieu de la Gouazerie (70 pièces). 

— Comptes avec Portail. 

— Sac où il y a étiquette : pièces touchant la succession 

de défunt M. de Maumusson (163 pièces), et de 
maître Michel Denisot, mon père (le nombre des 
pièces n'est pas indiqué dans l'inventaire). 
— - Vendition du lieu de la Merrerie (24 pièces). 

— Partage des héritages baillés h mes enfans (2 pièces). 

— Transaction de M^ Ambrois Denisot avec ses enfans. 

— Six sacs de pièces inutiles et de nulle valeur (concer- 

nant Marie du Pont, veuve de nostre cousin maître 
François Peschart, pour la demande de 1000 livres 
et intérêts). 

— Pièces de jonction de Michel Denisot, demandeur, 

contre M« Jacques Alotte le jeune, et consorts, dé- 
fendeurs. 

— Un sac où est écrit (lieu de) Villaret. 



DU ROMAN COMIQUE 73 

— Production pour M« Michel Denisot contre M« Jacques 

Alotte. 
— - Sac pour M. de la Gave, M« Denis de Baugé, avocat 
au siège présidial du Mans. 

— Maître Arnbrois Denisot, avocat, avec M. de Maumusson 

(34 pièces). 

— Ma rente sur René Foucqueré, sieur du Pin (27 pièces). 

— Hypothèques pour M° Arnbrois Denisot, contre M^Noel 

Breslan (7 pièces). ^ 

— Contre M^° Pierre Le Vayer, sieur de la Chevalerie Le 

Vayer (le nombre de pièces n'est pas indiqué). 

— Pièces pour compter avec Madame de la Primodière 

(ibid.). 
— - Pièces à compter avec Monsieur de Lousserie (où 
est écrit : « J'ai remboursé à M. de Villette, son fils, 
le vingt-et-troisième de janvier 1642 par devant Flotté, 
notaire royal au Mans »). 

— Pièces pour compter avec M. de Monchcnou (« depuis 

compté et y a acquit. J'ai remboursé le principal et 
payé tous les intérêts le 20 juillet 1630. L'acquit est 
au dos cy dedans. Passé par Touchart, notaire »). 

— Pièces pour comptes avec M. Le Cler, modo Bougie, 

modo M. Portail , modo les rehgieuses Ursulines. 
(« J'ai remboursé le principal auxdites Ursulines et 
rentes. L'acquit est passé par Ouvrard, le 28 janvier 
1642 »). 

— Pièces pour compter avec M. de La Monnerie, cha- 

noine. (« J'ai remboursé, et l'acquit est passé par 
Flotté, notaire, le 23 janvier 1642 »). 

— Licences et provisions de M® Ambrois Denisot. 

— 41 pièces touchant le remboursement que ledit sieur 

Denisot a esté contraint à faire de la somme de 
800 livres et intérêts, deue par le sieur de la Ploute- 
rie, dont ledit sieur Denisot a esté caution. 

— 14 sacs pleins de pièces de peu de valeur. 



r 74 



' 



^ 



LES TYPES DES PERSONNAGES 



— 1 petite boîte carrée contenant 11 pièces, tant acquis 
que cédules. 

— Item, une liasse de papiers, contenant 80 pièces, tant 
acquis que autres poursuites, de peu de conséquence, 
qui est tout ce que avons trouvé audit bahu. » 

Une mention de l'inventaire eut été infiniment plus cu- 
rieuse : c'est celle du relevé des livres d'Ambrois Denisot, 
qui nous eussent l'évélé ses goûts littéraires. Malheureuse- 
ment le notaire a omis de les y faire figurer et ils ont été 
peut-être exceptés de la vente. Un seul livre égaré sur 
le bureau d'une maison de campagne de Ragotin « avec une 
paire d'heures » a été mentionné par le notaire, il ne 
dément pas le goût attribué par Scarron à son héros pour 
les poésies de Théophile. 

On lit en effet, au revers d'un brouillon d'inventaire des 
meubles de « la Foucquauldière », paroisse de la Quinte, 
moins garnie de meubles que la Bazinière et où l'on ne trouva 
qu'un maigre mobilier: « Dans une des deux liettes d'un 
grand vieil buffet nous avons trouvé un livre intitulé la 
Philis de Sure et une vieille paire d'heures et une demi 
livre de dragées de plomb. » La Philis de Sure ! Cette comé- 
die pastorale en cinq actes traduite de l'italien du comte de 
Bonarelli, d'abord en prose, puis en vers, par Simon 
Ducros, dédiée par lui à M. le duc de Monlmorency, (Paris, 
Sommaville, 16Î30, in-8 (1), devait bien plaire en effet, à 
celui qui récitait les vers de Pyrame et Thisbé. 

L'indication de ce livre contenu dans la bibliothèque 

II 

i d'Ambrois Denisot, le seul, malheureusement, que nous 

?. connaissions, vient bien confirmer, s'il en était encore 

I besoin, la preuve que nous croyons avoir déjà suffisamment 

[ faite de l'identité de ce curieux personnage et du Ragotin 

du Roman Comique. 

(1) Les autres traductions de la P hilis sont postérieures. L'édition 
de Courbé, dans les Poésies diverses de Ducros [UMly in-4") n'avait pu 
parvenir à Ragotin. 




DU ROMAN COMIQUE iO 



* 



Le mercredi 22 mai avait eu lieu Tinventaire des meubles 
de la Bazinière en Ponllieue. Nous le reproduisons dans 
son intégrité, tant à cause de l'inscription de la fontaine 
que nous avons décrite, que parce qu'il fait connaître ce 
qu'était alors le mobilier des maisons de campagne de la 
petite bourgeoisie, qui s'occupait elle-même de l'exploitation 
des terres. 

(I.) <r Dans la chambre basse où demeuroit d'ordinaire le 
dit défunt a esté trouvé : 

En premier^ un vieil charlit de bois de noier enfoncé, 
garni d'une paillace, couette, travers-lit, panne, deux 
oreillers et couverture jaulne, entouré d'une petite pante 
au devant, quatre rideaulx et un dossier de sarge jaulne 
garni de passement jaulne et rouge my soie et mi laine et 
un ciel de toile jaune au dessus, le tout bien usé ; 

Item une vieille chère de bois de noier, garnie de mé- 
chante tapisserie ; 

Item six autres chères ù bras de bois de noyer, garnies 
de vieille broderie, le tout fort antique et usé ; 

Item une vieille table sur quatre pilliers, aussy de noier, 
tirante ; 

Item deux grandes bancelles, l'une couverte de sarge 
verte toute usée et l'autre en plain œuvre ; 

Item une petite table ronde de chesne, ploiante ; 

Item deux petites bancelles de bois de chesne en plain 
œuvre ; 

Item deux méchantes petites chères, couvertes de vieille 
broderie de fort peu de valeur ; 

Item une petite chère de bois de noier avec un petit tabou- 
ret autrefois garny de tapisseries ; 

Item^ une vieille arquebuse à rouet, une carabine et un 
f}isil ; 

Item, deux vieilles espées rouillées ; 

Item une arbalestre à prendre grenouilles ; 




76 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Item une autre vieille arhalestre d'acier avec le bandage ; 

Item deux landiers de fer, une barre de feu de fer, une 
pelle de feu, des pincettes, un garde feu cassé, deux cré- 
maillères et un cramaillon, le tout de fer, un soufflet, un 
mirouer ; 

Item cinq tableaux de paisage de destrempe, un aullre 
tableau en destrempe représentant un saint Ihérosme ; 

Item une pipe sur bout dans laquelle sont sept boisseaux 
et demy de seigle, et un boisseau et un vieil chapeau de 
buée ; 

Item un petit coffre de bois de. chesne, lequel avons 
ouvert et dans iccluy avons treuvé un tapis de poil jaulne 
et rouge, une vieille toilette de damara, dans laquelle esloit 
enveloppé un méchant bonnet de nuict ; 

Item une livre de sucre, et environ demie livre de plomb 
dans une gourde, une père de mouchettes de fer. 

(II.) Au costé de la susdite chambre, dans un petit retran- 
chement où est levier, a esté treuvé ce que s'ensuit : 

Un vieil buffet de bois de chesne à deux fermetures, sur 
le haut duquel a esté treuvé deux grands plats, sept grandes 
escuelles et trois petites, unze assiettes, un esgoutouer, 
une éguière, une pinte, une chopine, un vinaigrier, une 
salière, un bocal, le tout d'estain ; 

Item deux moiens chandeliers de cuivre et un petit, un 
petit mortier de fonte avec son pilon de cuivre ; 

— Et au dessoubs du dit buffet a esté treuvé grand chau- 
dron d'airain tenant trois seilles, et un petit chaudron de 
fer, deux marmites de fer (une moienne et une petite) avec 
une cuiller de fer, deux réchaulx de fer, deux tuiaux de 
buée, dont i en a un bon et un de nule valeur ; 

— Et au devant du dit buffet, une bancelle large et sur 
icelle une boteille de grès avec du résiné, une vieille paire 
de souillers et une paire de pantoufle ; un petit picher de 
grès, un petit entonnouer de fer blanc, une grande gede de 
bois et un godet de bois et un de cuivre ; 

— Et au dessus une poésie à frire, une passette et un 
poeslon de cuivre, deux broches de fer et deux cassées ; 

— A côté du dit évier, au dessoubs de la montée, a esté 
trouvé deux pelles de fer de jardin, une fourche, un rasteau, 
une petite pèle à prendre taupes, un volant, un cermeau. 



DU HOMAN COMIQUE 77 

une paire de cisailles à tondre des palissades, trois coings 
de fer et une hache, un croc, une bêche et un pic, une 
faulx, une faucille, une barre de fer et avec un couvercle de 
charnier garny d'une serrure, lequel charnier est dans la 
maison du Mans ; 

— Au-dessus est pandu un garde-mangier garny tout 
alentour de fer blanc, et deux brides de cheval, une paire 
d'espaullettes, un hachouer de bois et un hachereau de fer ; 

Item une basche à prendre poissons 

(III.) Dans le celier a esté treuvé : 

Deux cuviers, dont un est à cinq fenimes et l'autre à 
deux ; 

Deux'sarches ; 

Deux fûts de buce, dans l'un desquels il y a comme à 
l'estimation de douze pintes de vin. 

(IV.) Dans la petite chambre, à costé de la montée, a esté 
treuvé : 

('ne petite couchette de bois de noyer enfoncée et garnie 
d'une paillace, d'une couette, un traversier, une panne, une 
couverte verte ; 

Item a esté trouvé une petite fermine de bois à deux fer- 
mines, dans la haulte desquelles a esté trouvé six plats de 
faïance blanche et gouldronnée, deux oscuelles de terre et 
un saladier long, aussy de terre, une méchante salière de 
faïence — et en la fermine basse a esté trouvé une seringue 
d'estain avec son estuit de cuir bouilly garny d'un canon de 
buis ; 

Item un pasteau de cire neufve pesant sept li\Tes, qui 
est tout ce qui a esté trouvé dans la dite petite chambre ; 

Item dans un petit cabinet au-dessus de la susdite petite 
chambre, a esté trouvé un quart à vinaigre dans lequel il 
i en a comme à l'estimation de trois ou quatre pintes ; 

Hem cinquante livres de chambre ; 

Item deux paquets de testes de lin pesant treize livres 
les deux. 

(V.) Dans la chambre haulte, avons trouvé ce que s'en 
suit: 

En premier un vieil charlit de bois de chesne et enfoncé, 
dans lequel avons trouvé une couette de plume de poulie, 



78 LES TYPES DES PERSONNAGES 

un traversier, une vieille couverture de tapisserie et une 
courtine de tapisserie avec un ciel de toile, le tout do peu 
de valeur ; 

Item une petite couchette de bois de noier enfoncé, garnie 
d'une couette, d'un traversier, deux oreillers, un vieux 
matelas et deux méchantes couvertures vertes ; 

Item une vieille huge de bois de chesne de peu de valeur, 
dans laquelle avons trouvé un pot de garlande plain de mil, 
comme à l'estimation d'un quarteron ; 

Item un méchant vieil coffre sans serrure dans lequel 
avons trouvé quatre bissaux, deux bons et deux méchants, 
deux pouches, une bonne et une méchante, et un vieil filet 
et un vieil espervier de peu de valeur, à prendre poisson ; 

Item un marchepied, dans lequel avons treuvé douze 
draps, sçavoir dix petits draps de brin en estoupe et deux 
de brin en brin de peu de valeur, et une souille d'oriller ; 

Item quatre napes bien usées, seize serviettes, huict 
essuiaux, une cheminze d'homme et une coilTe d'homme, 
unze pièces de fil de meslinge, un grand chesrier tout neuf, 
— qui est tout ce qui a esté trouvé dans la dite chambre et 
marchepied. 

(VI.) Dans un petit cabinet à costé de l'estude avons 
treuvé : 

Un sciot, un marteau en pierre, une fueille de scie, un 
grand terrière, dix-sept gouges, deux compas de fer, deux 
écohines, quatre berquins et deux fusts, deux rabots, une 
serpe à tailler la vigne, un fer parouer, une vrille à percer 
du vin, une paire de tenailles, un petit marteau, trois limes, 
un poinçon, deux pantures de fer et quelques autres fer- 
railles, un piège avec sa chaisne, un trépied de fer, un 
alambic de terre vernissé, avec son fourneau de fer, un 
arosouer de terre. 

(VII.) Puis sommes entrés dans l'estude et y avons 
trouvé : 

Une petite table ronde pliante ; 

Item une vieille chesre à bras, deux ordoises carées, d'un 
pied en carré, une petite bancelle de bois de chesne en 
plain œuvre, un vieil jeu de trou-pesrette avec les boulettes ; 

Item dans le grenier du logis, avons treuvé comme à 
l'estimation de deux quintaux de foing ; 



DU ROMAN COMIQUE 79 

Item dans une petite chambre où y a encore à présent 
une cheminée, avons trouvé un petit pressoir tracart avec 
careaux, et une méchante auge à piler. Dans le pressoir 
avons treuvé un bas à selle de cheval avec le collier et les 
ustensiles pour charroier une brouette ; 

Item une selle à buée de charpente, au grenier du dit 
pressoir avons trouvé encore comme à l'estimation de deux 
quintaux de foing ; 

Item dans la court du dit logis avons treuvé vingt carliers 
de chesne pour faire bardeau avec deux pieds de chesne, 
de dix pieds de long chacun et gros de quatre par le gros 
bout, dont il y en a une escarie et blanchie de deux costés ; 

Item en Tapenti du costé du jardin il y a deux soliveaux 
neufs de dix pieds de long, et six poulies en tous sens, de 
grosseur, et deux petits bouts de charpente gros de quatre 
pouces en tous sens et longs de cinq pieds ; 

Item deux fust de pipe et deux de buce ; 

Item à l'estimation d'une chartée de gros bois et une 
civière rouleresse ; 

Item dans une petite court, derrière la maison du bor- 
dager une charette, dont les roues ne sont ferrées, montée 
sur un essieu de fer et ferlée ; 

Item un bas de cheval que le garçon a dit estre chez le 
meunier Esnault à Ponllieue. 

(VIII.) Après, nous sommes transporté es estables dudit 
lieu où avons trouvé : 

Quatre mères vaches, trois en poil rouge et une en poil 
brun, une tore de deux ans et deux tores d'un an, et un 
veau de deux mois, toutes en poil rouge, vingt-quatre 
mères brebis, un bélier, cinq moutons et seize aignaux et 
un porc que la bordagère a dit avoir fourny ; 

— Plus, dans le jardin, dix ruches d'avettes, qui est tout 
ce que nous avons trouvé audit lieu. 

(IX.) De là sommes allés sur le lieu des Gaulaiesoù avons 
trouvé le bordager dudit lieu, lequel nous a fait voir en 
estables : 

Trois mères vaches en poil rouge, et une tore de deux 
ans en poil noir, et deux veaux, l'un d'un an et l'autre de 
deux mois, de poil rouge, et un porc d'un an en poil blanc, 
qui est tout ce que nous avons treuvé sur ledit lieu. 



80 LES TYPKS DKS PEF^SONNAGES 

La moitié de tous lesquels bestiaux appartenant audit 
défunt, sieur Denizot, hormis du porc dudit lieu de la 
Bazinière, lequel le bordager nous a déclaré avoir fourni 
pour le tout. » 

Tous les meubles furent vendus, et nous savons le prix, 
hélas ! des soutanes de Ragotin. Cette vente est la dernière 
trace que nous trouvons d*Ambrois Denisot, qui, jusqu'à 
son dernier jour, avait conservé pieusement son arquebuse 
à rouet, sa vieille épée et ses « arbalestres ». Jusqu'à sa 
mort elles purent lui faire souvenir de ses prouesses, 
accomplies jadis sous les yeux d'Angélique et de Mademoi- 
selle de l'Étoile ! 



* 



Qu'advint-il de la postérité d'Ambrois Denisot? 

Il est indispensable, malgré l'aridité des détails, d'en dire 
quelques mots pour expliquer comment la généalogie des 
personnages du Roman Comique a fait fausse route, et 
pourquoi les parents collatéraux d'Ambrois se sont vu 
attribuer, sans y avoir aucun droit, l'honneur et le ridicule 
d'être identifiés avec Ragotin. 

Au moment du partage de biens de 1646, de tous les 
nombreux enfants de Denisot cinq seulement survivaient. 
L'aîné, honorable Pierre Denisot, docteur en médecine était 
seul majeur de vingt-cinq ans et demeurant paroisse de la 
Couture. Charles était encore « escoUyer, estudiant à l'uni- 
versité de Bordeaux jp. Il fut assisté, pour ce partage, de son 
parent RegnauU Hersant, écuyer, sieur de Champ-Sauvage, 
l'un des chevau-légers du. roi, demeurant près de La Ferté- 
Bernard , à Saint-Aubin-des-Coudrais , qui avait épousé 
Catherine Denisot, fille de Michel, procureur du roi au 
grenier à sel de La Ferté, frère d'Ambrois. 

René, le plus jeune des fils d'Ambrois, avait pour eu- 



DU ROMAN COMIQUE 81 

ratcur un de ses parents maternels , honorable Jacques 
Ragot le jeune, apothicaire, paroisse de la Couture. Jacques 
Ragot avait épousé Jeanne Esnault, fille de Jacques Esnault, 
sieur de la Paulmerye, maître apothicaire en Saint-Pavin- 
la-Cité. 

Des deux filles, Tune, Renée avait pour curateur, René 
Charlier, marchand a La Ferlé, l'autre, Anne, était sous la 
curatelle de son père, « vénérable et discret M^ Ambrois 
Denisot, prebtre». Qu'eussiez-vous dit, Scarron, de ces qua- 
lifications données à votre innocente victime ? 

Ils étaient de plus tous assistés du seul parent très proche 
qui leiïr restât, leur oncle maternel, Pierre EsnyuU, prêtre, 
dans la demeure duquel, paroisse de la Couture, s'était fait 
l'acte de partage par le ministère du notaire Léonard Des- 
mezerettes les 5 et 10 novembre 1646. Ce Pierre Esnault, 
était sans aucun doute l'ancien avocat, frère d'Anne Esnault, 
à qui Ambrois avait fait épouser sa nièce Jeanne et qui était 
entré dans les Ordres après son veuvage. 

Son exemple avait peut-être influé sur la détermination 
d' Ambrois. Toujours est-il qu'il est assez curieux de voir 
les deux beaux-frères troquer tous deux la robe de l'avocat 
contre celle du prêtre. 

Le partage des biens eut lieu en cinq lots. Anne, qui 
comme la plus jeune eut le choix, fut lotie du cinquième lot. 
Le composèrent: la maison de la Grande-Rue, paroisse du 
Crucifix, ladite maison qui provenait des Rouguereau, où 
Ambrois avait demeuré après les parents de sa femme, où 
Scarron l'avait vu habiter pendant son séjour au Mans, 
en un mot la vraie maison de Ragotin, celle où il devait 
mourir; puis le Petit-Montauban en Neuville, et quatre 
quartieis de vigne au clos de l'Ardoise en Sainte-Croix. 

Renée eut la métairie de la Gouasière, en Saint-Georges- 
du-Rosay. Charles, celle de la Foucaudière, paroisse de la 
Quinte. Renée, la métairie de la Chaussée, et le bordage 

6 



8!2 LES TYPES DES PEUSONNAGES 

des Aistres. Pierre, la maison située dans la Grande-Rue 
de La Suze et ses dépendances, le bordage de l'Épinetle, 
en Changé, et le lieu de la Petite-Molière, en Louplande 
avec des annexes en Souligné-sous-Vallon, ainsi que le 
bordage de la Gasnerie. 

Cette répartition des biens dans la famille ne se maintint 
pas longtemps en cet état. Charles, survécut peu de temps 
à son père. Ce jeune homme qui avait pris le nom de sieur 
de la Foucaudière, parcequ'il habitait la plus grande partie 
du temps cette métairie , qu'il faisait valoir par servi- 
teurs, était mort dès 1648. Le notaire Desmezerettes dressa 
le 26 août 1648, l'inventaire de honorable Charles Denisot, 
sieur de la Foucaudière, dont la succession fut partagée 
par quart entre ses quatre frères et sœurs (1). 

Les deux filles allèrent habiter La Ferté-Bernard, le pays 
d'origine de la famille d'Ambrois, où elles avaient encore 
des cousins ou des oncles h la mode de Bretagne. L'une 
Renée épousa Nicolas Joubert, avocat, appartenant à une 
des meilleures familles de La Ferté, à qui elle survécut ; 
Tautre Anne, paraît être restée fille. 

Le 5 novembre 1659, Nicolas Joubert vendait le bien do 
sa femme la Foucaudière, à son beau-frère, Pierre Denisot, 
le médecin. 

Le 6 juin 1661, Anne, encore fille et habitant toujours La 
Ferté, vendait à un cousin René Denisot, avocat au Mans, 
les quatre quartiers ûo vigne do l'Ardoise qu'elle avait 
recueillis dans la succession de ses parents. Elle avait choisi 
comme mandataire, son frère Pierre, le médecin, son an- 
cien curateur, qui fit la vente assisté de son oncle Pierre 



(1) Cet inventaire fut fait tant à la requête du frère aîné, Pierre, le 
médecin, curateur par justice de Renée et d'Anne, demeurant alors 
au Mans, paroisse Saint-Benoit, qu'à celle de leur oncle maternel, 
Pierre Esnault, procureur de Renée émancipée, et habitant La Ferté. 
Les livres qui figurent dans cet inventaire sont simplement des livres 
de collège et d'étudiant. • 



DU ROMAN COMIQUK 83 

Esnault, prôtre, et de Pierre Lambert, sieur de la Vannerie, 
avocat au présidial. 

Il serait intéressant de connaître Tépoque de sa mort et 
surtout le règlement de sa succession, ce qui permettrait 
de savoir à qui passa après elle la maison de la Grande- 
Rue, la maison de Ragotin, si toutefois elle ne l'avait pas 
vendue de son vivant, ainsi que le clos de vigne des 
coteaux de Sainte-Croix, dont le vin avait dû plus d'une 
fois échauffer la verve poétique de son père. 

Pierre, le médexin, resta au Mans, y vécut sur un bon 
pied, se donnant la qualification de noble comme son père. 
Il n'eut que des lilles. Ni lui ni ses descendants ne pou- 
vaient être pris pour Ragotin ; nous serons donc bref sur 
son compte. 

Le 10 avril 1046, sept mois avant le partage des biens de 
ses parents, il était marié, paroisse de la Couture, par le 
curé d'icelle, vénérable M^ Julian Laigneau, avec demoi- 
selle Marie Ribou. 

De son mariage naquirent Marie-Françoise, baptisée le 
28 avril 1G40, paroisse Saint-Benoît où il habitait dès lors ; 
elle fut tenue sur les fonts par M^ Pierre Esnault, prêtre et 
par Françoise Duclos. Renée, sa deuxième fille, née un an 
plus tard dans la même paroisse, eut pour parrain et 
marraine, le 26 avril 1649 son cousin M^ René Denisot, 
avocat, dont je parlerai longuement, et une parente mater- 
nelle Françoise Ribou. Sa maison prospéra ; outre l'acqui- 
sition totale de là Foucaudière en 1659, on le voit faire 
d'autres acquêts, celui du lieu de la Couldraye en Parignô- 
rÉvêque (30 octobre 1660), celui du lieu de l'Aubrière, en 
Saint-Jean-de-la-Motte (1656). 

Il était mort avant le 21 septembre 1675. A cette date sa 

veuve, Marie Ribou, fit entre ses deux filles le partage des 

biens de son défunt mari et des siens propres. L'une Marie- 

Françoise, avait épousé M. Jacques du Moulinet, sieur des 

Fromentières , et habitiiit aroisse Saint-Pierre-l'Enterré 



84 LES TYPES DES PERSONNAGES 

La Foucaudière lui échut ; on la voit encore vivante on 
1696. Sa sœur, Renée, eut la Bazinière, la petite closerie 
de Pontlieue. Elle paraît ne s'être pas mariée. Elle alla 
habiter la Bazinière où elle demeurait encore en 1692. 
Des Denisot, la Bazinière échut par succession sans doute, 
entre les mains des Lambert la Vannerie. Les Lambert, 
qu'on rencontre souvent aux côtés d'Ambrois, étaient en 
outre parents de Pierre Denisot par sa femme Marie 
Ribou (1). 

Des mains de cette famille, la Bazinière, passe d'abord en 
celles de la famille Cellier. Ce n'est que tout récemment 
qu'elle a été achetée par la famille Goudray, qui la possède 
aujourd'hui. 

Un seul des enfants d'Ambrois eut pu être identifié par 
ses contemporains avec Ragotin et se voir doté de l'héritage 
des ridicules paternels, c'était le plus jeune d'entre eux, 
René Denisot, né en 1631. Chose curieuse, la tradition le 
laissa complètement de côté. Malgré son nom de René, ce 
n'est pas lui qu'elle vise, mais bien un de ses parents, un 
homonyme, un autre René Denisot, son contemporain. Le 
motif de l'oubli où elle le laissa, c'est que ce fils d'Ambrois 
fut un personnage assez obscur; il passa sa vie sans faire 
ni bruit, ni bonne figure dans le monde ; au lieu d'augmen- 
ter sa fbrtune par un travail lucratif, il eut la vanité de vivre 
bourgeoisement. Ce descendant du secrétaire de M?»" de 
lUîaumanoir, cjui se trouvait chargé seul de perpétuer le 
nom (le son père et avait hérité de sa vanité, semble même 
s'être ruiné, et en tous cas avoir contribué à l'amoindrisse- 
ment de sa famille. Avec lui et ses enfants la race d'Ambrois 
semble arrivée de bonne heure à l'étiolement. 

Il habita d'abord paroisse de la Couture. C'est là que 

i!)En 1()IH3, paroisse de Saint-Pierre-rEnlerré, a lieu le baptême 
(l'une lille de Charles Lambert, sieur de la Vannerie, bailli de la 
Couture, en présence de Ueuée Hibou, sa mère. 




DU ROMAN COiMIQUE 85 

naquirent les premiers enfants que lui donna sa femme, 
demoiselle Louise Duval, fille de Noël Duval et de Jehanne 
Bommer. Le 10 octobre 1G66 est baptisée Louise , qui 
eut pour parrain honorable M*^ Pierre Esnault , prêtre , 
et pour marraine dame Jehan ne Bommer. Le Ij novembre 
1607, René est tenu sur les fonts par Noël Duval et Anne 
Lepage. Le 28 décembre 1668, un second René a pour 
parrain l'avocat François Lejoyant et pour marraine demoi- 
selle iMarie Guyonneau. Le père, dans ces actes, est qualiJlé 
(1667) , sieur de TEstre , et (1668) bourgeois (plus tard 
honorable 1671). L'Estre ou les Estres était le bordage qui 
lui était échu de la succession paternelle. 

Il quitta bientôt la paroisse de la Couture pour aller habi- 
ter celle de Gourdaine, où, le 6 décembre 1671, était baptisé 
un nouvel enfant, François, tenu par honorable François 
Griflaton, apothicaire, et Françoise Esnault, de Chaufour. 
C'est là (ju'on le voit désormais demeurer. 

Les différents actes où il ligure, indiquent une fortune en 
train de se défaire, et peu de fixité dans les idées. 

Ce ne sont guère que des ventes- ou des échanges succes- 
sifs qui nous les font connaître. Le 15 novembre 1668 ils 
avaient acheté au-dessous du collège de l'Oratoire, une 
maison et un jardin. Dès le 16 juin 1670, ils le vendent à 
M*» Gervais Febvrier, chapelain de la Mauvalelière, par 
échange de sa maison des Croisettes (1). 

Deni.sot put dès lors s'appeler sieur des Croisettes ; et on 
le voit en elTet prendre ce titre; mais ce ne fut pas pour 
bien longtemps. Les deux époux ne tardèrent pas à vendre 

(1) Ce jardin fut acheté 1400 livres, le 28 décenibre 1^>80, par les 
Pères de TOratoire, qui le réunirent à leur terrain et l'appelaient le 
jardin des Fleurs ; il en est souvent question dans les anciens 
registres de l'Oratoire qui se trouvent aux Archives de la Sarlhe. — 
l.os Croisettes sont situées |)resqu'en face de Mbntauban, la propriété 
d'Ainhrois, non loin de la route du Mans à Hallon. (René avait-il hérité 
du Petit-Montauban ?) Elles ont été longtemps possédées [)ar la famille 
Gui Hier. 




86 LES TYPES DES PERSONNAGES 

le lieu et métairie des Croisettes le 27 avril 1676, devant 
M* François Menu, notaire au Mans, pour 4000 livres de 
bonne monnaie. Ils vendirent aussi dans le voisinage le lieu 
et bordage de Chapeaux, en Neuville, dont ils étaient 
co-propriétaires avec Tapothicaire Charles Cureau el Anne 
Rousseau sa femme (6 juin 1676). 

Ce bordage fut acquis par les GrifTaton, alliés des Bou- 
greau et des Esnault, et parents, par conséquent, d'un des 
Denisot qui fit tenir un de ses fils par François Griflaton (1). 

Dès 1671 ils avaient cessé de même d'être propriétaires 
de la maison du Pilier-Vert, rue de TEcrevisse, touchant le 
Louvre, appartenant alors à Pierre Léperon (2). 

En 1677 (30 mars) on le voit chargé de la curatelle d'en- 
fants de parents de .sa femme, et transiger en cette qualité. 

En 1674, il hérite, avec sa femme, des biens des parents 
de Louise Duval, c'est-à-dire de Noël Duval, licencié ès-lois 
et de Jeanne Bommer, sa femme. 

A défaut des descendants d'Ambrois qu'elle exhérédait 
de la succession des ridicules paternels, la tradition choisit 
pour victime de ses caprices une branche collatérale des 
Denisot, dont elle confondit dès lors les membres avec 
Ragotin. 

Ambrois avait pour cousin-germain M»^ Jacques Denisot, 
procureur fiscal du comte de Soissons, en la ville de Bonné- 
table. Ce dernier, petit-fils, comme Ambrois, de Jean, sieur 
de la Pousseraie, avait eu pour père Thibault Denisot, bour- 
geois de Nogent-Ie-Rotrou, marié à Perrine Mande^uerre, 
mort en 1587. Les registres paroissiaux de Bonnélable sont 
remplis des actes de naissance de ses nombreux enfants. 
Il avait été marié deux fois : la première, à Renée Grassin, 

(1) On voit, le H juillet 162<), [)aroisse du Cnioinx, un (ils de r4liarJos 
Oriffaton tenu par Anne Esnault. Le 1G décembre 1628, un autre fils 
est tenu [>ar Jehanne Denisot, femme de Pierre Esnault. 

(2) Cette maison leur venait sans dout(î des IJommer, les apothicaires. 



DU ROMAN COMIQUE 87 

fille de Claude, lieutenant au siège ; la deuxième à Louise 
de Paindebourg. Il mourut en 1662, à Vùge de 80 ans. 

Deux de ses enfants, René et .Tulien, furent tour à tour 
alTublés, par une tradition erronée et légendaire, des ridi- 
cules de riagotin. Ce qui les rendit, eux ou leurs fils, vic- 
times de cette célébrité, c'est sans doule leur personnalité 
plus en vue que celle des descendants d'Ambrois. On va 
pouvoir en juger. 

René, fils du premier mariage de Jacques, était né en 
16!21 ; il vint de boime heure se fixer, en qualité d'avocat, 
au Mans, où on le voit en rapport avec ses cousins, les 
Denisot, surtout avec le médecin Pierre. En 1649, il est 
parrain d'une de ses filles Renée ; en 1651, il tient sur les 
fonts de la Couture une fille de l'apothicaire Ragot. 

En 1656, le 24 avril, il se mariait avec Marguerite Godet, 
fille de M<^ Jehan Godet, avocat, et de Marguerite Ribou, 
habitant comme lui la paroisse Saint-Benoit (baptisée le 
3 juillet 1633). I/intermédiaire de ce mariage avait sans 
doute été son parent, le médecin Pierre Denisot, marié lui- 
même à une Ribou. Aussi assistait-il à la célébration du 
mariage en compagnie de M^ Pierre Lambert, avocat au 
siège présidial, de Jehan Godet, le père de l'épouse, et de 
discret M« Jean Bourgouaing, prêtre vicaire. 

Au bout de neuf mois, le 27 janvier 1657, naissait leur 
premier enfant, René, qui eut pour parrain Pierre Denisot, 
et poin* marraine sa grand'mère M.... Ribou. 

Tout en se mariant, René Denisot n'avait apparenmient 
pas renoncé à la vie de garçon ; car le registre paroissial 
d'une paroisse voisine du Mans fait sur son compte une 
révélation bien indiscrète, en nous apprenant qu'il donnait 
dès celte époque des coups de canif dans son contrat de 
mariage. 

On lit en elîet dans les actes de baptême de la paroisse 
de la Bazoge, voisine du Mans: (on voit que les érudits 




88 LES TYPES DES PERSONNAGES 

sont sans pitié et que rien ne leur échappe après deux 
siècles et demi de silence I) 

a Le ler jour de mai 1657 fut baptisé François, fils illé- 
gitime de M»' René Denisot, avocat au Mans, et de Marie 
Coulom, paroissienne de Saint-Jean, faubourg du Mans, sui- 
vant la déclaration de la dite Coulom. Fut son parrain 
Léonard Malet et sa maraine Marthe Bouju. 
» Par nous soubsigné, 

» Hastet » (1). 

La déclaration delà mère fut-elle sincère? Les contem- 
porains connurenl-ils la naissance de cet enfant baptisé à 
trois lieues du Mans pour mieux dissimuler sa naissance ? 
Je rignore, mais je me prends à penser que ces libertés 
que se donnait René Denisot, restées dans le souvenir de 
ses contemporains, purent ne pas être étrangères à l'iden- 
titîcation qu'ils firent de lui avec Ragotin. 

Mais je reviens vite à ses nombreux descendants légi- 
times. En 1658, naissait Marie-Jeanne, tenue par Marguerite 
Godet et par noble Pierre Augereau, conseiller au présidial 
de Tours, un des parents des Denisot, de La Ferté (2). Le 
4 mars 1660, Marie était tenue par André Lambert, avocat, 
sieur de la Vannerie, parent des Ribou, et par sa tante, 
demoiselle Marie Godet. Le 8 août 1661, Anne avait pour 
parrain et marraine François Lambert, écolier, et Anne 
Godet. Le 27 août 1663, Françoise, était levée sur les fonts 
par Jacques Arondeau, avocat, et demoiselle Marie Denisot 
(sans doute de Bonnétable). 

Enfin, le 22 décembre 1664, Renée avait pour parrain un 
frère de son père. M'' Julien Denisot, procureur fiscal à 
Bonnétable, et pour marraine Renée Ribou (3). — René ne 

(I) Extrait des registres paroissiaux de la Bazoge. 

(2| Margii'Mile Denisot, une des filles de Michel, le procureur du roi 
au grenier à sel de La Kerté, avait épousé Jean Augereau, bourgeois 
à Mondoubleau. 

(Î3) Le 21 août I66i, René avait été parrain d'un enfant de Julien. 



DU ROMAN COMIQUE 89 

négligeait pas sa femme et lui avait sans doute fait ample- 
ment oublier ses péchés de jeunesse. Au reste, il avait 
conquis la considération de ses concitoyens el faisait assez 
bonne figure dans la ville, puisqu'il était échevin et rece- 
veur de ville, de 1676 à mai 1678. Il continuait à entretenir 
des relations avec Bonnétable : lors de la révocation de 
TEdit de Nantes à la fin de décembre 1680, on voit M. Deni- 
sot, avocat, mettre sur le bureau du conseil de ville une 
lettre de M. Pezé de la Galinière, ministre du culte réformé 
à Bonnétable, par laquelle ce dernier promettait de se 
rendre sous peu au Mans pour se réunir h la religion 
catholique. 

Le 16 mai 1681, il versait à l'hôpital du Mans une somme 
de dix livres pour le legs testamentaire de demoiselle Marie 
Godet, sa belle-sœur. Il devait encore prolonger sa vie 
pendant plus de vingt ans. Je trouve une trace de René 
Denisot jusque dans la commune du Maine, où j'écris ces 
lignes, à MaroUes. Le lo*" juillet 1699, René Denisot, avocat 
au siège présidial du Mans, rend acte au prieur de Saint- 
Symphorien de Marolles-les-Braux, à la seigneurie d'Effes, 
d'un quart d'iiommée de pré qu'il avait acquis avec les 
biens de Mathurin Riday. Il rend aussi aveu à la même sei- 
gneurie d'ElTes, pour le lieu el bordage de la Paisanterie, le 
4 juillet 1699(1). 

On ne s'étonnera pas, en réfléchissant, qu'à la fin du XVII" 
siècle et môme au commencement du suivant, on ait eu 
l'idée de lui attribuer les ridicules de Ragolin. Ambrois était 
mort avant môme qu*eut paru la première partie du Roman 
Comique, Cette mort, sans parler môme de son entrée dans 
les Ordres, déroutait complètement, je l'ai dit, les recherches 
des contemporains. Aucun de ses enfants, par sa profession, 
ne permettait Tidentification avec Ragotin. Vavocat, René 
Denisot, fixé au Mans avant même l'apparition du roman 

(1) Inventaire des Arcliives de la Sarthe, Il GOÎK 




90 LES TYPES DES PERSONNAGES 

de ècarron et ayant continué d'y vivre longtemps depuis, 
se prétait naturellement aux malignes attributions des Man- 
ceaux, qui voulaient à tout prix trouver le type de Ragotin 
pour avoir le plaisir d'en gausser à leur aise. René fut la 
victime de leurs plaisanteries et la victime innocente , 
disons le bien haut aujourd'hui, nous qui sommes de sens 
rassis. Il n'y a pas un seul instant matière à confusion entre 
lui et Ragotin, car il avait à peine l'âge d'homme (20 ans) 
quand Scarron quittait Le Mans en 1641, pour ne plus y 
venir faire plus tard qu'une courte apparition ; il no pouvait 
dès lol^s avoir servi de type aii peintre qui a immortalisé les 
travers de Ragotin. 

Mais, au commencement du XYIII^ siècle on avait oublié 
ce défaut de concordance de dates, pour ne voir que l'iden- 
tité de noms; sans se soucier de la longévité prodigieuse 
dont on dotait les héros du Roman Comique on écrivait 
comme le fait la clef de l'Arsenal, « Rîigotin : René Denisot, 
avocat du roi au Mans, mort en novembre 1707 enterré 
dans la paroisse de Changé à une lieue du Mans, il a laissé 
un fils appelé René Denisot, sieur de la Sauvagère. » 
Plus tard, Le Paige, répétait de même en 1777 : « René 
Denisot, avocat du roi, mort en 1707, était, suivant les 
chroniqueurs de la ville, le Ragotin du Roman Comique de 
Scarron » (1). C'est ce qu'écrivait encore au commence- 
ment du siècle le maire du Mans, Négrier de la Crochar- 
dière, qui toutefois se bornait à parler moins inexactement 
de René Denisot^ avocat, au présidial du ^fans. 



* 



Nouvelle surprise dans la généal ogie des pseudo Ragotin î 
Après René, ce ne furent pas ses enfants qui devinrent 
l'objet des ])laisanteries des Manceaux, ce furent comme on 

il) Dictionnaire, II, '247. 



ni: ROMAN COMIQUE 91 

va le voir, les descendants de son frère Julien. Le motif? 
Demandez-le aux caprices des habitants du Mans. Toujours 
est-il que le fils de René paraît être resté indemne et ne 
pas avoir recueilli sur ce point la succession de son père. 
Ce fils, le seul garçon qu'ait eu René, portait le même 
prénom que son père (1). Né le 2 janvier 1657, reçu licen- 
cié en droit à Angers, le 3 juillet 1677, avocat en Parlement, 
capitaine de bourgeoisie au Mans, ce René Denisot, sieur 
de la Sauvagèro, épousa Anne Bourée, issue d'une famille 
d'avocats (les Bourée de Réveillon), alliée aux Buffet (!2). 

Leur fils unique fut Jacques Denisot, licencié en droit, 
greffier en chef des eaux et forêts au Mans, plus tard 
commis aux aides lors de son mariage. Il jouissait de la 
Sauvagère en Changé, par convention avec sa mère, qui 
était encore vivante en 1739, et possédait en outre le lieu 
de Villeneuve dans les dehors de Saint-Vincent. Il se maria 
à Renée Le Bourgeois, veuve de René Moulin, qui survécut 
à son second mari. La veuve de Jacques mourut rue de 
Quatre-Roues vers 1755 (3). 

Des filles seules naquirent de ce mariage, Anne, Jacquine 
et Renée (i). L'une d'entre elles vivait encore en 1812 et 
continuait d'habiter la rue de Quatre-Roues, ainsi que me 
l'ont appris de vieux Manceaux, qui se rappelaient l'avoir 
connue. C'est d'elle, dont parle M. Boyer, dans sa notice 

(1) Une des (illes survivantes de René, Marguerite, épousa au Mans, 
Guillaume Boultier, sieur du Géinarcé, bourj,'eois. 

(2) Françoise Buffet, sœur de Jeainie, grand'mêre d'Anne Bourée, 
épousa Pierre Trotté, sieur du Pont, avocat, au nom duquel, pendant 
la première moitié de ce siècle on a aussi accolé le souvenirde Uagotin. 

(3) Elle hérita en partie d'une Denisot, visitandine. En 1774, comme 
nom à citer parmi les lilles qui portent celui de Denisot, je trouve 
encore celui de sœur Louise Denisot qui signe le Mémoire à consulter 
pour les Religieuses Ursulities du A/ans, 1774, 76 p., in-l2. Paris, 1775, 
Simon imprimeur. 

(4) Anne et Renée ont du hériter aussi de René Denisot, époux de 
x\nne Bourée. En 17r»5, elles sont propriétaires d'un lieu anciennement 
nommé la F''ouriére et maintenant Villeneuve, venant de lui. 




92 LES TYPES DES PERSONNAGES 

sur le comte d'Alsinois et dont il dit : « Il ne reste plus au 
Mans de cette nombreuse et intéressante famille qu'une 
seule personne qui en porte le nom ; c'est une respectable 
demoiselle qui a hérité des vertus de ses ayeux Quoi- 
qu'elle conserve religieusement les portraits de ceux de ses 
ancêtres qui se sont le plus distingués, elle est fort éloignée 
de tirer vanité d'être issue de personnages illustres autant 
par leurs talens que par leurs vertus, j) Quand s'éteignit 
cette dernière descendante des Denisot, le nom qui, pen- 
dant plus de trois siècles, avait résonné avec éclat dans le 
Maine , disparut avec elle au Mans. On peut dire que 
M. Boyer, dans les éloges qu'il lui adressa, fit l'oraison 
funèbre de la dernière des Denisot. Ce qu'il ne nous dit 
pas, c'est qu'il était quelque peu parent des demoiselles 
Denisot. Leur mère, Renée Lebourgeois, de son premier 
mariage avec René Moulin, avait eu une fille Renée, qui 
épousa en premières noces Etienne-Antoine Guiet, et en 
deuxièmes noces Alexis Biou, de qui était issue Madame 
Boyer, Anne-Victoire Biou, fort honorable dame qui eut 
aussi son heure de célébrité dans sa jeunesse ; mais bien (lu'il 
s'agisse d'une déesse j'aime autant la célébrité de Ragotin. 
Aussi, chose curieuse, est-ce dans ces deux familles Guiet 
et Boyer qu'ont été conservées longtemps les dernières 
épaves de la famille. Denisot, renseignements généalogiques 
et tableaux de famille. 

C'est chez elles qu'on trouvait notamment les porlraits 
des Denisot du XYI^ siècle que s'étaient transmis religieu- 
sement leurs descendants. Monsieur Guiet, juge de paix h 
Montfort, conservait encore trois de ces portraits, dont celui 
du niédecin poète (1), portraits qui après sa mort sont 

(1) Michel, le procureur du greuier à sol de ï.a Ferlé, écrivait à son 
cousin, le secrétaire de Séguier, en parlant du médecin poêle et de sa 
femme: « J'ai les portraits au naturel du mari et de la femme »>. I.e 
portrait du comte dWlsinois, qui est dans la collection souvent bien 
trompeuse de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, 



DU ROMAN COMIQUE 93 

devenus la propriété de la famille Haton de la Goupillière 
de La Flèche. M. Boyer, si je ne me trompe, en possédait un 
pareil nombre. Ces portraits, qui n'ont plus pour leurs 
possesseurs d'aujourd'hui aucun intérêt de famille, ne mé- 
riteraient-ils pas d'avoir une place d'honneur au Musée du 
Mans? Ne seiait-ce pas rester fidèle au culte des Denisot 
que de populariser leur souvenir en mettant ces portraits 
sous les yeux de tous et en assurant à toujours leur con- 
servation ? 

L'histoire des descendants de René Denisot (l'avocat 
veim au Mans, de Bonnétable), nous a entraîné loin, trop 
loin : il nous faut remonter en arrière pour nous raccrocher 
à un autre pseudo Ragotin. 






La clef de l'Arsenal disait : (c René Denisot avait un frère, 
Julien, encore vivant en 1714, âgé de quatre-vingt-quatre ans. 
Il esloit père de Jeanne Denisot, femme de M. Falloux, 
procureur du roy, en l'élection du Mans, très-belle femme 
et de beaucoup d'esprit, décédée à Paris, en janvier 1714, 
à l'ûge de vingt-et-un ans. » Eh bien, c'est ce Julien, ou 
plutôt un de ses descendants (jui à la fin du XYIII» siècle, 
se vit identifier par les charitables Manceaux du temps 
avec Ragotin. 

Ce Julien, frère de René, était né comme lui à Bonnétable. 
Voici son acte de naissance : « Le 25 septembre 1631 fut 
baptisé Julien, fils de M'' Jacques Denisot, procureur fiscal 
de la baronnie de Bonnétable, et de Louise Paindebourg, 
ses père et mère. Fut parain, honorable Julien Paindebourg, 
s»" de Courtaugis, en Marolles-les-Braults ; la maraine, Anne 

et d'après loquet a été fçravé le Nicolas Denisot dans Vlœnographte 
de Pesctie, est-il une copie du portrait de la collection de Michel 
Denisot de La Ferté-Bernard ? 




1)4 LKS TYPES DES PERSONNAGES 

Chauveau, fille de honorable homme M' Michel Chauveau, 
procureur fiscal de la Chastellenie de Sairit-Aignan. » 

Julien épousa en premières noces Louise Regiiart , lillo 
d'un marchand de Bonnétable, avec laquelle se passa dans 
cette ville, la première partie de sa vie. C'est là que, sans 
parler de son titre d'avocat en parlement, il exerça la 
fonction de procureur fiscal après son père. De iH60 à 1668 
on lui voit naître à Bonnétable six enfants, dont cinq filles. 

Après son veuvage, il se transporta au Mans où il acquit 
l'office de procureur du roi au siège présidial de l'élection 
et grenier à sel du Mans. Il y contracta, à cinquante-six ans, 
un nouveau mariage. Le 43 janvier 1687, paroisse du Pré, 
noble M« Julien Denisot, conseiller du roi et son procureur 
au siège de l'élection et grenier à sel du Mans, épousait 
demoiselle Louise de Becdelièvre, en présence de Julien 
Denisot (son fils), de René Denisot (c'est l'avocat), de Pierre 
Bouttier et d'Antoine Boulard, notaire royal (1). 

Comme le dit la clef du Boman Comique de la bibliothè- 
que de l'Arsenal, une fille née de ce second mariage épousa 
un Falloux (2). 

(1) Je trouve son nom cité, p. 419, dans le volume in-folio des Notes 
manuscrites du jurisconsulte iJondonnet de Parence dont je possède 
un exemplaire dans mon cabinet. c< Le 17 mars 1698 — le sieur Denisot 
procureur du roi au siège de l'élection, épousa la demoiselle lleiianl, 
laquelle décéda neuf années après leur mariage, laissant plusieurs 
enfants mineurs. — Le père et la mère de la demoiselle meurent après 
elle. Le sfeur Denisot ne fit inventaire pour résoudre la communauté 
qu'en 1687, lorsqu'il voulut passer en secondes noces. 11 eût un procès 
avec .ses enfants. La continuation de la communauté fût prononcée 
par arrêt rendu en la troisième chambre des Enquêtes au rapport de 
M. de la Grange; i il fut ordonné que les effets mobiliers échus aux 
enfants de la succession de leur ayeul ou ayeullo, rentreraient en la 
continuation de la communauté, r 

(2) J(î n'ai pas besoin de dire qu'il s'agit ici de la famille du grand 
catholique angevin et du grand royaliste du XIX* siècle, dont les 
Mémoires sont si curieux, et dont la vie i)rè.sente cette singulière 
particularité que malgré l'ardeur de son royalisme et de son catho- 
licisme, il fut brouillé à la fois avec son roi, avec son évéque et avec 
le pape. C'est a lui qu'on doit l'inoubliable loi de la liberté de Tensei- 



DU ROMAN COMIQUE 95 

c( l^e 10 octobre 1708 furent signés les articles du mariage 
projeté entre Mathurin Falloux, sieur de la Hunauldière, 
intéressé dans les affaires de sa Majesté, fils de M'' Mathurin 
Falloux, licentié es-loix et maire perpétuel de la Fontaine- 
Guérin, province d'Anjou, d'une part, et demoiselle Anne 
Denisot, fille de M« Jullien Denisot, ancien procureur du 
roi en Télection du Mans et de Louise de Becdelièvre, sa 
femme, en présence de Julienne-Louise-Julie Denisot, sœur 
de la future. Le père du mari alors à Paris, était raprésenté 
par Pierre Falloux, sieur de la Motte, conseiller du roi et 
son procureur en l'élection du Mans, son frère et son pro- 
cureur fondé » (1). 

La mariée, dont la clef de TArsenal fait un si charmant 
portrait, vécut peu. Sa mère, noble dame Louise de Becde- 
lièvre, veuve Denisot, lui survécut trois ans environ et fut 
inhumée dans l'église Saint-Vincent du Mans. 

La clef de l'Arsenal et le nom de son mari m'ont conduit 
à parler de cette jeune femme, apparition gracieuse au 
milieu de tous ces Denisot, parmi lesquels les femmes 
semblent n'avoir eu qu'un rôle effacé. Mais un autre per- 
sonnage qu'elle tient une plus large place dans l'arbre généa- 
logique des faux Ragotin (2). 

giieinent secondaire (1850). — Ou ne devait pas s'attendre à trouver le 
norn de M. Falloux cité à propos de Ragotin. Ce ne sera pas une des 
moindres surprises de cette étude. 

(l)Tous les doux étaient fils de feu Hené, conseiller du roi en 
l'élection de Reaugé et de Marie Courtin, sa femme. I/almanach du 
Maine de 1728 indicjue encore connue procureur du roi à léleclion 
M. Falloux, rue Saint- Vincent. 

("2) J'indiquerai encore parmi les femmes de la famille Denisot qui 
comme auteurs ont droit à voir leur nom cité dans la galerie célèbre 
de cettt famille littéraire, Cécile-Marie Denisot, auteur de la Reiation 
de tout tv (jui s'est passé déplus magnifique, de plus pompeux, de plus 
auguste pendant Voctare de la solennité de la canonisation de saint 
Pie V, pape et confesseur de V ordre de Saint-Dominiquej en l'église 
des hli. PP. Jacobins de la ville de Laval. Laval, Jean Ânibrax, 1713, 
petit livret adressé au P. Denisot, sous-prieur des Jacobins du Mans, 




96 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Julien Denisot avait eu de son premier mariage un fils 
Julien (1), avocat en parlement, qualifié tantôt d'officier du 
duc d'Orléans, tantôt d'officier chez le roi, tantôt d'officier 
de bourgeoisie, etc., qui le 24 janvier 1703, paroisse du 
Crucifix, épousa Madeleine Gremy, dont la famille habitait 
aussi Savigné-rÉvêque et où on voit demeurer les nouveaux 
mariés. C'est même dans cette paroisse que mourut Julien 
Denisot, tandis que sa femme décéda au Mans et fut inhu- 
mée aux Gordeliers, 13 mars 1763. 

Ils eurent trois enfants : un garçon Julien-Alexandre, né à 
Savigné-l'Évèque en 1705, tenu par dame Jeanne Denisot, 
femme d'Alexandre Billard , conseiller à l'élection de 
Bellême , et deux filles Madeleine et Catherin e-Scolastique ; 
la première fut mariée à Pierre Etard, seigneur de Bascar- 
don, chevalier, gentilhomme à La Flèche. Elle était veuve 
dès 1763. Catherine signait, le 30 septembre 1744, son con- 
trat de mariage avec M. Henri de Caipris, gentilhomme, 
qu'elle épousait en la paroisse du Crucifix, le 18 février 
1745. Elle fut inhumée aux Cordeliers, le 9 août 1752. (Je 
n'indique pas le nom de son mari, dont la famille est encore 
aujourd'hui des plus honorablement représentée dans 
le Maine.) 

Ces trois enfants de Julien, au milieu du XVIII^ siècle, 
étaient au Mans les survivants les plus en vue de Tan- 

coiisin de raiiteiir. Elle dit : « .le suis une fille d'un naturel très 
curieux : j'ai examiné toutes choses avec beaucoup d'attention ». 
Aussi n'omet -elle aucun détail ; l'enthousiaste admiration qu'elle 
manifeste était justifiée i)ar le déploiement des magnificences 
dont on fut témoin à Laval, du 14 au 21 mai 1713. Cette Helation a été 
reproduite dans le Bibliophile du Maine, n«« 13-15, sur l'unique 
exemplaire du fonds Couanier de la Bibliothèque de Laval. — Ce n'est 
pas à la famille Denisot du Maine qu'appartient le Jules Denisot, 
journaliste humoristique, auteur de VEsprit des ânes , mort le 22 
septembre 1878. 

(1) C'est lui sans doute, Julien Denisot, bourgeois, qui figure comme 
administrateur de l'hôpital du Mans dans le Règlement des Sc^irs de 
V hôpital, imprimé en 1713. 



DU ROMAN COMIQUE 97 

tique race des Denisot ; aussi le fils François-Alexandre 
fut-il impliqué par ses contemporains , dans le lioman 
Comique et son nom inscrit dans )a clef qui courait alors 
les salons. 

Julien-Alexandre était conseiller et procureur du roi à 
l'élection comme son grand-père et avait succédé proba- 
blement à M. Falloux. On se rappelle sans doute que la 
clef mancelle du Itoman Comique, cite précisément comme 
type de Ragotin, M, Denisot, procureur du roi à l'élection. 
Du reste ceux qui à cette époque parlent du comte d'Alsinois 
ont également soin de dire : « Sa famille subsiste par 
M, Denisot, procureur du roi au siège de l'élection et dames 
ses sœurs épouses Boiscardon et X ». 

M. Denisot mourut au Mans le 20 décembre 1760 âgé 
d'environ cinquante-cinq ans (1). Après lui il n'y eut plus 
dans cette ville que des femmes à porter ce nom vieux de 
trois siècles. Le nom de Denisot finissait dignement en 
sa personne. Julien-Alexandre était en effet un bibliophile 
lettré, un érudit, entouré d'honorables amitiés. 

En 1757, Mauny cite sa bibliothèque comme une des 
plus nombreuses de la paroisse du Crucifix ; il était ami de 
dom Colomb, le célèbre bénédictin de Saint- Vincent, qui 
parle de lui dans sa correspondance avec dom Housseau (2), 
auquel le 31 décembre 1760 il apprend ainsi la mort de son 
ami. « J'ai perdu la semaine dernière, un de mes anciens 
et bons amis M. Denisot, procureur du roi à l'élection et 
j'ai appris sa mort avant sa maladie » (3). Cette amilié de 
dom Colomb efface les plaisanteries des Manceaux et pro- 
teste éloquemment contre les attributions de ridicules dont 
on s'obstinait h poursuivre une famille, qui au contraire, 

(1) Apres lui on trouve comme procureur à l'élection, M. Ameslon 
de Saiiit-Clier, qui habitait la Grand'Rue. 

(2) Il lui dit le W février ITliO : • M. Denisot me demande les Droilu 
des Curés, de M. l'abbé Guéres et la Dissertation tur le* Interdits n. 

(UI Voir Revue d» Maine, 1. 11, pp. 230 et 343. 



98 LES TYPES DES PERSONNAGES 

pendant trois siècles, dans le Maine, a continué à vivre sur 
un pied, où bien peu de familles éteintes ou déchues de 
meilleure heure, ont pu se maintenir aussi longtemps. 

Il demeurait rue de la Verrerie (chose curieuse), tout 
près de la maison qu'habitait au XVI^ siècle le bailH d'Assé, 
le parent du comte d'Alsinois. Le dernier des Denisot venait 
ainsi mourir presque au lieu même où le bailli d'Assé avait 
jeté les fondements de la fortune de ses descendants. 

Après lui il n'y eut plus au Mans de Denisot mâles. C'est 
alors sans doute que la malignité publique, ne trouvant plus 
à qui, dans cette f imille, attribuer les ridicules de Ragotin, 
choisit d'autres noms, ceux d'aucuns de leurs alliés que 
dans ce siècle nous avons entendu parfois accoler à celui de 
la victime de Scarron. Quant aux Denisot, (tant va vite 
l'oubli des hommes), ils étaient complètement oubliés, et 
avant l'édition de M. Fournel, la tradition (je ne dis pas les 
érudits) ne songeait plus guère à mêler leur nom au 
Roynan Comique. 

Ce n'a pas été sans peine que je suis parvenu à recom- 
poser leur généalogie réelle et ce que j'appellerai le Roman 
Comique de leur généalogie. Puissent ceux qui liront ces 
pages, ne pas oublier combien il était difficile de donner un 
peu d'attrait à l'histoire de cette famille que la malignité 
publique poursuivait comme sa proie, atteignant par rico- 
chets les collatéraux plutôt que les héritiers en ligne 
directe (1). 

Ceux qui aiment à étudier aussi la marche en avant ou en 
arrière, la progression ou le déclin d'une famille, à travers 
les siècles, ne verront peut-être pas sans profit non plus ce 
spectacle des vicissitudes sans nombre d'une famille, qui 
pendant trois siècles a compté des célébrités de plus d'un 

(1) J'aurais pu fournir encore bien plus de renseignements sur les 
Denisot, mais je crains au contraire d'en avoir bien trop donné au 
gré des lecteurs qui ne sont pas du Maine. 



DU ROMAN COMIgUE 99 

genre, le comte d'Alsiiiois, le médecin poète Gérard Denisot, 
le secrétaire du chancelier Seguier, le célèbre Ragotin, une 
jeune et gracieuse femme moissonnée dans son printemps 
et unie à un nom destiné à une autre illustration, et enfin 
un ami de dom Colomb. 

Peu de familles historiques ont une pareille série de célé- 
brités (1). Pourtant, sans Ragotin et sans la malignité de 
Scarron (amère dérision du sort î), qui se serait avisé de 
recomposer cette série, de ressusciter et de faire sortir de 
Tombre tant d'oubliés et de dédaignés. 

Que la terre soit donc légère à Ambrois Denisot ! 

Que ses descendants lui pardonnent le legs de ridicules 
qu'il leur laissa, en compensation du rayon de lumière qui, 
grâce à lui, éclaire aujourd'hui leurs figures. 

Actuellement sans Ambrois, ils reposeraient dans la fosse, 
commune de l'oubli ! 

Ménage a dit du Roman Comique : 

« Canescet seclis mnumerahilihuis. » 

Avec lui sera immortel aussi le nom de Ragotin, c'est-à- 
dire celui d'Ambrois Denisot ! 



* 



Avant de finir*, un mot sur le nom de Ragotin dont Scarron 
a afi'ublé sa victime. On attribuait d'ordinaire le surnom ou 
l'épithète de Ragot à un homme de petite taille, court et 

(t) Je n'ai parlé que des Denisot qui intéressent ce que j'appellerai 
r.\rmorial du Roman Comique ; Dieu sait ce que j'en ai laissé de côté. 
On en trouve un nombre considérable à Nogent-le-Rotrou au XVI» 
siècle, à Bonnétable et même au Mans au XVIl« siècle, à La Ferté au 
XVIII» siècle, où ces deux dernières branches s'étaient mêlées. A la 
fin du siècle, à La Ferté, vivent encore Michel Denisot, officier de 
feu la duchesse d'Orléans, marié à une Pasquinot, qui lui survécut 
jusqu'au 2 septembre 1769, et dont la fille Renée-Rose-nénigne s'allia 
à une honorable famille du Fertois, encore subsistante aujourd'hui. 
Ce n'est pas par défaut de matériaux, mais à cause de leur excès, que 
je n'ai pas parlé de ceux des Denisot qui n'avaient rien à voir à cette 
place. 




100 LES TYPES DES PERSONNAGES 

gros (1). Scarron, afin de ridiculiser encore davantage « le 
petit homme », eut recours au diminutif de ragot, et fit 
d'Ambrois Denisot un ragotin. 

Le nom de Ragot se trouve employé à chaque pas dans la 
littérature du XVI^ siècle. Je crois être agréable aux lecteurs 
en reproduisant ici la meilleure partie de la note que 
Montaiglon dans son Recueil de poésies du XV« et du XVh 
siecley t. V, p. 137-141, a consacrée à Ragot, à propos du 
Grand regret et complainte du preux et vaillant capi- 
taine Ragot, très scientifique en Vart de parfaite helis- 
trerie . Brantôme dit de Brusquet (édition du Panthéon 
littéraire, I, 172), « qu'on eut fait un très gros livre de ses 
bons mots et traits et jamais il ne s'en vist de pareils 

n'en desplaise à ny h Villon, ny à Ragot, ny à 

Morel, ny à Chicot ». On lit dans les Grands regrets et 
complainte de M''^ du Palais de Jehan Chaperain (vers 
1536): 

(( Hellas, Ragot, prince de povreté 

Vous estes cil remply d'humillité, 

Roy insolent en grant collette 

Hardy estiez comme le grand Arthus. 

Sur vostre corps les fouets avez sentis 

Et vous Ragot preudhomme ramassé, 

Venez m'ayder à soullas ramasser. « 

Marot, ou l'auteur de VEpisire de Vasne au coq, parle déjà 
de Ragot. Rabelais fait croire qu'il serait mort avant 1535, 
puisqu'il écrit dans son livre II, chapitre 2 : ce comme disoit 
le bon Ragot ». Henri Estienne, Dialogue du nouveau lan^ 
gage françoisita lianisé, parle de Pathelin et de Ragot. Noël 

(l)Voir le Dictionnaire de V Académie. Francisque Michel, Étude 
de philologie comparée sur l'argot, 1856, p. xxxiii, y voit l'origine et le 
sens (lu nom (}ue Scarron a donné au personnage de son roman 
ridicule par excellence. — On sait qu'on dit aussi faiseur de ragofs, 
de bavardages , de bourdes grossières , et que ragoter veut dire 
rabâcher. 



DU ROMAN COMIQUE 101 

du Fail en 1547 dans ses Propos rustiques et facétieux, 
chap. II, cite « feu de bonne mémoire Ragot ». Les éditions 
de 1573 et 1576 portent même le titre immérité de : Les 
Ruses et finesses de Ragot, capitaine des Gueux de Vhôstière 
et de ses successeurs. 

Guillaume des Autels dans sa Mitistoire haragowjne de 
Fanfreluche et de Gaudichon parle aussi de feu « le bon 
compère Ragot », vers 1549, ainsi que Tahureau dans ses 
Dialogues, D'Aubigné, dans le Baron de Feneste, Tabarin 
dans plusieurs de ses Joyeusetés le citent comme le grand 
maître des Gueux, Torateur bellistral unique, jadis tant 
renommé entre les Gueux de Paris. On voit que Ragot était 
pour ses descendants un ancêtre de marque ; bien qu'on le 
dise le premier gentilhomme de sa race, Ragotin, comme 
Denisot, descendait donc de vieille famille, et Scarron ne fai- 
sait pas déchoir sa victime en lui donnant, pour nom, celui 
d'une des célébrités du commencement du XVP siècle. La 
renommée du diminutif qu'il employait devait même devenir 
plus grande que celle de Ragot. 

Le nom de Ragot est encore à l'heure qu'il est si popu- 
laire que d'aucuns l'empruntent pour signer des chroniques 
dans les journaux locaux, en s'abritant ainsi derrière l'ano- 
nymat. 

J'ai cité moi-même le nom de Ragot à une époque 
antérieure à celle où l'a fait connaître Montaiglon. Un des 
Noëls de Jean Daniel, dit maître Mitou, publié vers 1520, se 
chante sur l'air : 

(I Sus Ragot liève la cuisse, 
Ton rost aura bonne cuisse. 
Geste fesle t'est propice, 
Noël payera ton escot. 
Noël » (1). 

(1) Voir les Noëls Jean Daniel, Le Mans, 1874, in-S", p. 10. 




CHAPITRE III 



MONSIEUR ET MADEMOISELLE DE LA RAPPINIÈRE 
FRANÇOIS NOURRY DE VAUSEILLON ET SA FEMME 

Le faux La Rappiniére de la Clef de l'ArsenaL — Les nombreux 
lieutenants de prévôt dans le Maine, dans la première moitié du 
XVII» siècle. — Le seul dont le caractère et la situation de famille cor- 
respondent à La Rappiniére est François Nourry, sieur de Vauseillon, 
marié à Elisabeth du Mans. — Familles de M. et de M"* de Vauseillon. 
Leurs demeures. I^urs faits et gestes sentant les affaires véreuses- 

— Le prévôt de Beaumont. — Le maître des eaux et forêts du Mans. 

— I^ capitaine des chasses de sa Majesté. Son séjour à Paris. Sa 
mort vers 1681. — Motifs qui ont dû le faire choisir par Scarron pour 
une de ses victimes. — A rieur, rieur et demi. 

Ragotin reconnu, passons à un autre héros du Roman ; 
car, comme le dit Scarron, il y en a plusieurs dans son 
œuvre. 

Ce héros nouveau, c'est M. de La Rappiniére, que Ton 
voit faire son entrée, dès le début du livre, avant même le 
petit Ragotin. Le lieutenant du prévôt, au nom duquel 
tout genou fléchit, n'est pas un personnage ridicule comme 
l'avocat manceau ; c'est un fort vilain homme, n'ayant jamais 
été familier avec l'honnêteté, méritant le même sort que 
ceux qu'il était chargé de faire pendre. Singulier chef de la 
maréchaussée, dont il fallait se garer autant que des vo- 
leurs, au demeurant le meilleur fils du monde. Ses con- 
temporains semblent eux-mêmes avoir fait bon marché de 
ses méfaits, parcequ'il était bon compagnon, aimant le rire 
et la plaisanterie , qualités toujours appréciées dans la 
maréchaussée, même dans celle d'aujourd'hui. 




M. IIK LA BAPPIMKBE 



LES TYPES DES PERSONNAGES DU ROMAN COMIQUE 103 

Aussi Scarron nous présente-t-il tout d'abord M. de La 
Rappinière, comme le rieur de la ville du Mans et non 
comme un coquin. Seulement le lieutenant de prévôt, que 
son nom suffit pour percer à jour, se métamorphose en 
route. Le plaisant ne tarde pas à disparaître ; il ne reste plus 
qu'un eflronté p<^)ic/ard. On a dit que dans son portrait de La 
Rappinière, l'auteur du Roman n'avait pas présenté un 
caractère qui fut conséquent avec lui-même, et que le per- 
sonnage ne se tenait pas. A cela on pourrait répondre qu'il 
aimait tant le rire apparemment, qu'il avait un instant oublié 
le tire-laine dans son lieutenant de prévôt, pour ne plus voir 
en lui que le rieur et le goguenard ; mais il était trop 
honnête pour ne pas s'apercevoir de bonne heure de son 
erreur et ne pas nous montrer le fripon. La vérité, c'est 
que, comme beaucoup de gens, M. de La Rappinière était 
rieur et fripon tout h la fois. Scarron, voulant nous faire 
voir dans son œuvre la réalité vraie, et non des caractères 
tout d'une pièce, comme dans les romans d'imagination, 
nous a dépeint le personnage tel qu'il était en chair et en 
os, et non pas un scélérat à mine patibulaire, toujours 
repoussant comme un traître de mélodrame. Il a eu soin du 
reste de doter son héros d'un nom élogieux qui le désignait 
d'un seul mot. 

On pourrait croire tout d'abord que le nom véritable de 
M. de La Rappinière peut se découvrir sans peine. Une 
physionomie aussi accentuée et qui plus est, un lieutenant 
de prévôt ne devait pas facilement s'oublier! La tradition n'a 
pas dû, sans doute, avoir de mal à conserver son souvenir. 

C'est tout le contraire cjui est arrivé. Tandis que les deux 
clefs, malgré leurs erreurs et malgré leurs rajeunissements, 
ont été du moins unanimes à conserver un nom qui met 
sur la trace de Ragotin et de Madame Rouvillon, chacune 
d'elles a fait un choix différent pour le personnage de La 
Rappinière ; et le choix de l'une ne vaut pas mieux que 



104 LES TYPES DES PERSONNAGES 

celui de l'autre ; les deux clefs ont fait fausse route, chacune 
de leur côté. 

La clef la plus ancienne, celle de TArsenal, se borne à 
indiquer un lieutenant de prévôt, M. de la Rousselière^ 
mort au commencement du XVIII® siècle, c'est-à-dire à 
l'époque où sont décédés également les personnages dans 
lesquels elle a incarné Ragotin et Madame Bouvilïon. On 
trouve en effet dans les registres de la paroisse de Saint- 
Pavin-la-Gité que, le 31 mars 1710, a été inhumé M® Jacques 
Pelu, sieur de la Rousselière, lieutenant de la maréchaussée 
provinciale du Mans, écuyer, conseiller, marié à Anne Loi- 
seau, survivante. Sa fille, Anne-Suzanne, épousa Jacques- 
Louis Renusson de la Touche. Je n'ai pas besoin de répéter 
que le personnage est trop jeune pour avoir été le La Rappi- 
nière de Scarron. Y avait-il avant lui, et du temps de 
l'auteur du Roman Comique, des lieutenants de prévôt de 
son nom et de sa famille (sinon de ses ascendants directs, 
puisque le héros de Scarron n'a pas d'enfants) ? Les regis- 
tres de Tétat-civil n'en font pas connaître. On voit, au milieu 
du XVII<» siècle au Mans , des sieurs de la Rousselière 
portant un tout autre nom patronymique que Jacques Pelu, 
et n'étant nullement lieutenants de prévôt (1). 

Il semble qu'il était cependant bien facile de remonter la 
série des lieutenants de prévôt jusqu'au temps de Scarron, 
et d'arriver ainsi à celui qui avait pu lui servir de type ; 
mais à cette époque, le caractère historique de la critique 

(1) Parmi ces sieurs de la Rousselière on dislingue les Crosneau. — 
C'est ainsi que, paroisse de la Couture, est inhumé, le 13 mai IG30, 
honorable homme M* Estienne Crosneau, sieur de la Rousselière, et 
que, le !•' avril 1660, meurt M»« de la Rousselière Crosneau. Or à la 
fin du XVI« siècle, on voit mentionné sur les registres du Crucifix, 
à la date du 21 août 1580: « Jehan Crosneau, lieutenant du provost ». 
Le 16 décembre 1638, un autre Etienne Crosneau, sieur de la Rous- 
selière, est dit ancien lieutenant de la maréchaussée du Mans. Sa 
femme, Anne Savigné, lui survécut. Leur lille, Aliénor, se maria à 
celte date. 



DU ROMAN COMIQUE 406 

littéraire n'existait pas. Ceux qui se délectaient à la lecture 
du Roman Comique avaient bien garde de chercher dans 
de vieux papiers poudreux Tordre chronologique de ces 
fonctionnaires. 

Il est vrai qu'en fm de compte la recherche n'était pas 
des plus faciles, eu égard au nombre des lieutenants de 
prévôt. L'intendant Miroménil qui, à la fin du XVII« siècle, 
dans son Mémoire, nous fait connaître l'organisation de la 
maréchaussée du Maine, nous dit qu'alors elle était compo- 
sée « d'un prévost provincial, de trois lieutenants, un 
assesseur, un commissaire, un controlleur, un procureur 
du roy, deux exempts, un greffier et dix-neuf archers » (1). 

Les trois lieutenants ne résidaient pas tous au Mans ; ils 
étaient répartis dans diverses villes de la province, comme 
aujourd'hui les capitaines de gendarmerie. On en voit à 
Mayenne, à Sainte-Suzanne, àChi\teau-du-Loir, à Beaumont, 
ce qui complique les recherchés. Les lieutenants de prévôt 
étaient aussi des gens de robe courte, des gens d'épée et 
non des gens de robe longue. Ils ont, par conséquent laissé 
moins de souvenirs dans les archives judiciaires. Il faut 
même avoir soin de ne pas faire de confusion avec les lieu- 
tenants de la^ prévôté, juridiction civile relevant du prési- 
dial. Plus d'un, s'il n'était pas averti, pourrait aisément s'y 
tromper et les confondre avec ces gens de robe. 

Ce qui indique que la tradition était complètement dérou- 
tée, c'est qu'au milieu du XYIII^ siècle, la clef mancelle 
allait chercher son homme à côté des lieutenants de prévôt, 
et identifiait La Rappinière avec le prévôt lui-même, avec 
Neveu. Scarron avait pourtant mis la tradition en garde 
contre cette erreur, en faisant menacer les bohémiens à 
la fois du lieutenant de prévôt La Rappinière et du prévôt 
du Mans, dont Ragotin se dit allié « à. cause que ce prévôt 

(1) Voir à VAppendice: Les prévôts et les lieutenants de prévôts 
provinciaux dans le Maine. 



106 LES TYPES DES PERSONNAGES 

avait épousé une Portail » (1). Ce prévôt du Mans, qui avait 
épousé une Portail, n'est autre que Neveu lui-même, noble 
Daniel Neveu, sieur des Etrichés, écuyer, qui avait épousé 
Marie Portail en 1626 (2). 

Il avait succédé, comme grand prévôt, à Claude Barbe de 
la Forterie, devenu, avant 1630, conseiller du roi, trésorier 
général des finances de la généralité de Tours (3). 11 fut 
remplacé dans sa charge quelques années avant sa mort, 
par son fils Daniel, deuxième du nom, et mourut le 5 
octobre 1671. 

Qu'on ne dise pas que c'est afin de ne pas avoir l'air de 
s'attaquer à un personnage tel que le prévôt, que Scarron 
l'a dépeint sous la figure de son lieutenant. Aucun des traits 
du portrait de M. de La Rappinière ne convient à Daniel 
Neveu. Ce prévôt et sa femme, appartenant à la grande 
famille parlementaire des Portail, font trop bonne figure 
dans la société d'alors, pour pouvoir être assimilés à un 
tire-laine tel que La Rappinière, et à la maigre personne de 
sa femme, presque aussi avares, tous deux, que le fameux 
ménage Tardieu, dépeint par Boileau. De plus, La Rappi- 
nière n'a pas d'enfant. Daniel Neveu et sa femme eurent au 
contraire, une nombreuse postérité. • 

Depuis 1630 les registres de la paroisse Saint-Pierre- 
l'Enterré sont remplis des actes de baptême des enfants du 

(i) Des lettres de licence furent obtenues par Daniel Xeveu, en 
l'université de Reims, le 20 septembre 1629. 

(2) Roman Comique, II, 16. 

(ii) Claude liarbe, sieur de la Forterie, avant de devenir trésorier de 
France et grand-voyer en la généralité de Tours, avait exercé pendant 
vingt et un ans au Mans la charge de prévôt provincial. Barbe de la 
Forterie avait succédé lui-même à Fréart de Chantelou (mort à la fin 
de juin 1611), le père des célèbres amateurs d'art, nommé prévôt par 
Henri IV, au lieu et place du sieur de la Grange, dévoué aux intérêts 
de la Ligue. Kn 1562, le prévôt de la maréchaussée, René de Richot, 
était huguenot. Sa charge avait été donnée par Charles IX, au sieur 
des Chapelles, après sa mort en 15()9, à son retour d'Angleterre. Voir 
H. Chardon, Les frères Fréart de Chanteloti, pp. 10-12. 



DU ROMAN COMIQUE 107 

gi'and prévôt provincial (1) ; il est impossible en présence 
d'une pareille descendance, d'identifier la fécondité de 
Madame Neveu avec la stérilité de M«^'° de La Rappinière. 
Les clefs faisant ici complètement défaut et n'étant 
d'aucun secours, le fil d'Ariane étant tout h fait brisé, il 
reste à deviner quel était M. de La Rappinière, ou plutôt, au 
lieu de ce mot qui pourrait donner une idée fausse, à le 
trouver à l'aide des registres de l'état civil, de l'histoire, de 
la vraisemblance et du Roman lui-même. Scrutons intus et 
in dite tous les lieutenants du prévôt du Mans à cette 
époque et confrontons-les avec M. de La Rappinière. Éli- 
minons ceux qui n'ont que peu ou point de ressemblance 
avec le portrait peint par Scarron et quand nous en aurons 
rencontré un dont l'ensemble des traits répondra au héros 
du Roman, nous pourrons dire que nous tenons M. de 
La Rappinière. 

(1) 10 mars 1631), Marguerite ; 2^1 décembre U)34, François, tenu par 
haut et puissant seigneur Messire François d'Averton et par Madame 
de Pezé ; 3 janvier 1036, René ; 15 octobre 1640, Marie, présentée sur 
les fonts par noble Anthoine Portail, secrétaire de la chambre du roi 
et cour de France, et demoiselle Marie Marais (la future bru de 
M™e Bouvillon); 20 janvier 16V2, Jacques; 10 novembre 1643, Françoise, 
qui eût pour parrain et marraine M. Portail et Marie Corvaisier ; 
5 février 1646, Daniel, tenu par un lieutenant du prévôt, M. de La 
Rappinière en personne ; en 1653, Magdeleine. Cinq ans plus tard, le 
27 juin IfôS, mourait Marie Portail qui, comme son mari, fut inhumée 
aux Cordeliers. Souvent Marie l^ortail, fille d'Antoine Portail, procureur 
du roi en la sénéchaussée et siège présidial, est nommée Marie 
Corvaisier, du nom de sa mère, Marie Le Corvaisier (fille de Julian, 
sieur du Plessis, conseiller au présidial, et de Marie du Rreil), veuve 
de bonne heure. La famille des Xeveu s'est perpétuée jusqu'à nos 
jours par les Xeveu de Rellefille et de Rouillon. M«"« Neveu de Villée 
n'est morte ([uà la fin du XIX' siècle. — \ja charge de grand 
prévôt resta longtemi)S l'apanage des Neveu. Daniel II (qui la tenait 
de son père) , la transmit à son fils Jacques , mort en 1743 , qui 
fut le père du chanoine Jacques-François Neveu de la Manouillére, 
l'auteur des Mémoires sur la société mancelle de la fin du XV1II« siècle, 
qui ont été récemment publiés et dont im homme d'esprit de ma 
connaissance a dit (ju'ils ressemblaient autant aux mémoires d'une 
sage-femme qu'à ceux d'un chanoine. 



408 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Cette recherche, je l'ai faite pour mon propre compte. J*ai 
essayé successivement les divers lieutenants de prévôt. Il me 
serait fecile d'initier les lecteurs à ces tentatives de décou- 
vertes ; mais il y a un écueil dans cette innocente chasse 
à l'homme, c'est de lasser l'attention par la sécheresse et la 
minutie des recherches. Force m'est donc de me borner 
à donner le résultat de mon enquête, tout en mettant 
cependant les curieux à même de la recommencer pour 
leur propre édification. 

M. de La Rappinière ne peut être Guillaume Mann, Ueute- 
nant général du prévôt, sieur de la Perrigne, de 1617 h 1647 
environ, qui avait succédé à Roland Mann, d'archer devenu 
lieutenant général du prévôt et annobli à la fin du XYII^ 
siècle, qui prenait même parfois, comme son descendant, 
le titre de prévôt (1). Ce ne peut être non plus son succes- 
seur, Gilles Monteuil , sieur de Tombelle , fils de Marie 
Mann et de Gilles Monteuil, né en 1617, paroisse du 
Crucifix, qui ne fut lieutenant général de prévôt que vers 
le milieu du XYII® siècle, c'est-à-dire à une époque posté- 
rieure au séjour de Scarron au Mans. Il ne fut marié que 
le 13 octobre 1650 à demoiselle Françoise Mauloré (2). 

Nul trait de ressemblance encore ave'c noble Pierre 
Clouet, écuyer, sieur de Lalis, premier lieutenant de M. le 
prévôt provincial en la résidence de Mayenne, qu'on voit 
souvent au Mans, qui s'y mariait le 3 juillet 1633 à demoi- 
selle Madeleine du Breil, fille de noble François du Brcil, 

(1) Vers le môme temps que Roland Mann, on voit au Mans Roué 
Guilleu, sieur de Launay, lieutenant du prévôt des maréchaux, marié 
à Judith Coulon en 1G0(). 

(2) Sa fdle, Marie de Monteuil, épousa Jacques Clouet de la Lys, 
lieutenant de la maréchaussée provinciale. Les registres de Saint- 
Pierre-la-Cour nous indiquent les nombreux enfants de Gilles de 
Monteuil. 11 mourut le 4 février 1091, sept ans avant sa femme, dont le 
décès date du 26 avril 16118. Les enfants renoncèrent, le 7 mars 1691, 
â la succession. — Ces impossibilités de date et ce défaut de ressem- 
blance, n'ont pas empêché, dans ces derniers temps, d'identifier 
Gilles de Monteuil avec M. de La Rappinière. 



DU ROMAN COMIQUE 109 

conseiller, et qui y mourait en août 4662 (1). Son fils 
Jacques, né le 13 août 1649, eût un fils du môme nom, 
sieur de Lalis , lieutenant en la maréchaussée qui , le 
9 avril 1685, épousa Marie Monteuil, fille de noble Gilles 
de Monteuil, sieur de la Tombelle, premier lieutenant en 
la maréchaussée. 

Il en est de même pour Adam Espinard, escuyer, sieur de 
la Barre, conseiller du roi, lieutenant en la maréchaussée 
dès 1664, marié à demoiselle Françoise Duplessis, dont la 
fille Marie épousa, le 14 décembre 1666, Guillemaux, sieur 
de Resteau, lieutenant en la maréchaussée (2). 

Reste noble Nourry, sieur de Vauseillon, lieutenant en 
la maréchaussée que j'ai Thonneur de présenter aux lecteurs 
comme le Sosie de La Rappinière, en compagnie de sa 
femme, demoiselle F]lisabelh du Mans. 

Parlons de l'origine de notre héros et de sa généalogie. 
Au commencement du XVII« siècle, on voit au Mans, pa- 
roisse du Pré, deux frères du Aiom de Nourry, mariés à 
deux sœurs : Pierre, uni à Suzanne Hayrie, Jean, époux de 
Jeanne Hayrie, qui tous deux eurent de nombreux enfants. 
Encore les registres de la paroisse ne nous les font-ils pas 
connaître tous, car ils ne commencent qu'en 1605, et dès 
avant cette date, Tun des deux frères, au moins Pierre, 
avait été déjà père. 

C'était une modeste famille dont les divers membres à 
cette date n'avaient pas de prétentions à la noblesse. En 
1614, on voit comme receveur de ville, un Pierre Nourry, 
bientôt remplacé h cette date, par Rybot. Les comptes 
municipaux de 1600 à 1605, nous font connaître un Jehan 

(1) Le () août 1662 fut enterré aux Jacobins, par M. Ragot, Pierre 
Clouet, bourgeois, autrefois prévôt de Mayenne, âgé de soixante-deux 
ans. 

(2) Adam des Champs, conseiller du roi, lieutenant en la maré- 
chaussée, est mentionné, en 1640, dans l'Inventaire des Archives de la 
Sarthe (p. 48), qui l'indique comme habitant, en 1639, la paroisse du 
Crucifix. 



110 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Nourry, architecte, demeurant au Mans. Pierre, pour se 
distinguer de son frère Jean, d'après Tusage du temps, se 
fit cependant appeler à partir de 1615, Nourry -Vauseillon, 
Nourry, sieur de Vauseillon. C'est le père du futur lieute- 
nant du prévôt du Mans, de celui que Scarron a condamné 
à l'immortalité sous le nom de M. de La Itappinière. 

Son fils FrançoU, notre héros, naquit avant 1605, date 
du commencement des registres de la paroisse du Pré. On 
voit naître successivement ses autres enfants : Suzanne, le 
25 octobre 1607 ; une seconde fille, le 28 juillet 1609 ; Jac- 
ques, le 10 octobre 1610 ; René, le dernier, le 17 février 
1615. Les personnes qui tenaient ses enfants sur les fonts 
étaient d'assez grande lignée : les deux Suzanne furent 
tenues, l'une par Jehan Vasse, sieur de Sables, et demoiselle 
Marie Corvasier ; l'autre, par noble Jacques de la Croix, 
avocat du roi au présidial du Maine, et demoiselle Suzanne 
Vasse, femme de M. de Courteille. Jacques eut pour parrain, 
en 1610, noble Jacques Rioher, conseiller au siège présidial, 
et pour marraine, demoiselle Marie Le Divin, une parente 
de Madame Bouvillon. René fut présenté par maître René 
Richer, avocat du roi au présidial, et par vénérable dame 
Françoise de Miée de Guespray, l'abbesse du Pré. Ces 
parrainages et surtout le dernier, celui de madame l'ab- 
besse, montrent que Pierre Nourry était parvenu à une 
assez grande considération (1). 

On en trouve encore d'autres preuves. Le 13 août 1615, 
pendant les troubles de la minorité de Louis XIII, alors 
qu'on a, au Mans, quelques craintes de voir la ville assiégée, 
Nourry- Vauseillon est nommé enseigne de la paroisse du 
Pré. Le mardi 7 mars 1615, on choisit encore Nourry- 
Vauseillon comme commissaire pour le fait des fortifications 
des faubourgs. Cela suppose un homme d'épée ou du moins 

(1) Les huit enfants de son frère, de i60i)à 1628, ne sont pas entourés 
à leur naissance de noms qui sonnent aussi bien. 



DU ROMAN COMIQUE 111 

un homme connaissant Tart de la guerre ou de la fortifica- 
tion. C'est du père, qu'il semble être ici question, plutôt 
que d'un de ses fils (1). 

La première fois que M. François Nourry se montre clai- 
rement à nous , c'est le 24 septembre 1622 , paroisse du 
Pré, en qualité de parrain de son cousin Pierre, fils de Jean, 
frère de son père (2). Six ans plus tard, il se mariait. 

« Le mardi, 29"'° et dernier jour de febvrier 1628, furent 
épousés en l'église de Sainte-Croix, par M. le Curé de Saint- 
Nicolas, honorable François Nourry et damoyselle Elisabeth 
du Mans. » 

M«"o Elisabeth du Mans, était alors dans sa vingtième 
année, elle était née paroisse Saint-Nicolas, le 28 décembre 
1608, d'honorable Julien du Mans, et d'Elisabeth Letellier. 
C'était une famille assez bien posée. Julien, frère d'Elisa- 
beth, avait été tenu l'année précédente, le dernier juin, par 
Isaac Amy, sieur de Chaton, conseiller du roi, et par Marie 
Leboindre. Leur mère mourut dans sa paroisse le 12 no- 
vembre 1637 ; Françoise du Mans, marraine et tante sans 
doute d'Elisabeth, était décédée dès le 12 janvier 1635 (3). 

(1) En même temps il s'occupait d'affaires plus iucraUves. Il était 
procureur de l'abbé de TEpau, François de Gondi. On le voit, en iG20, 
donner des baux en cette qualité. Plus tard, sa veuve, Suzanne Hayrie, 
prend elle-même bail à la Bosse. (Inventaire des Archives de la Sarthe^ 
III, pp. 381-383). 

(2) La dernière fois qu'on voit des Nourry dans la paroisse du Pré, 
c'est en mai 1647 {Inventaire des Minutes des Notaires du Mans^ I, 180). 
Marie Nourry , femme d'Antoine de Lassenay , écuyer , sieur de 
Chevenon, demeurant à Nevers, est dite propriétaire d'une maison, 
sise paroisse du Pré, touchant l'hôtellerie de la Corne. — Notons ici 
que le 11 juillet 1636, honnête femme Charlotte Nourry, femme de 
René Gomboust, avocat, paroisse Saint-Nicolas, était mère d'un fils» 
Jean, qui eût pour parrain honorable Jean Nourry, du Pré, et dont 
fut marraine Anne Gomboust, de Saint-Aignan, près Marolles. 

(3) Cette famille continua d'exister dans le Maine : on voit les du 
Mans, sieur du Ressort, et à Laval d'autres du Mans dont l'un 
fut une des victimes de la Terreur. — Le 12 mai 1710 meurt à Mamers 
M. Charles-Joseph du Mans, sieur du Ressort, conseiller du roi et son 
procureur à Mamers. M. Victor-Pierre, dans les renseignements qu'il 



142 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Quelques mois après son mariage, demoiselle Elisabeth 
du Mans, femme d'honnête homme François Nourry, sieur 
de Vauseillon, était marraine au Pré, le 20 août 1628, d'une 
cousine de son mari, Elisabeth Nourry. 

Après cette première année de leur mariage, on est long- 
temps sans retrouver trace dans les registres de l'état civil 
du sieur de Vauseillon et de sa femme. Aucun des registres 
des dix-sept paroisses du Mans ne contient (que je sache) 
la trace de la naissance de leurs enfants ; on est donc bien 
autorisé à dire qu'ils n'en ont jamais eu. C'est aussi (qu'on 
se le rappelle) le sort de Monsieur et de Mademoiselle de La 
Rappinière (1). 

Le 20 septembre 1629, François Nourry obtenait ses 
lettres de licence en l'Université de Reims, en même temps 
que Daniel Neveu. Le 3 octobre 1629 lui étaient octroyées 
ses lettres de provision de la charge de lieutenant du prévôt 
du Maine (2). 

Le prévôt et ses lieutenants avaient alors fort à faire dans 
le Maine, ainsi qu'on le voit par la correspondance iné- 
dite de Laubardemont avec Séguier et Richelieu (3). 

« 25 mai 1628. 

« Les mauvais effets peuvent produire les méconiente- 
mens non seulement du peuple, mais de tous les ordres 
en général. Les charges que la nécessité du temps fait 

a donnés en mars 1882 sur Quelques déportés de Fructidor^ mentionne 
une leUre d'estime et d'amitié, écrite de Lusignan par Tronson du 
Coudray, le deuxième jour complémentaire, au citoyen du Mans et 
à sa femme. 

(1) I^ Rappinière dit à la Rancune qu'il « n'y avoit rien qu'il ne 
put espérer de lui, jusqu'à une charge d'archer et une sienne nièce en 
mariage, qui seroit son héritière, parcequ'il n'avoit point d'enfants ». 

(2) Sont-ce ses relations avec Daniel Neveu qui lui valurent ces 
provisions? Tout pouvoir demeurant au lieutenant général en cas 
dabsence, de récusation ou de légitime empêchement du prévôt, 
celui-ci devait tenir à avoir pour suppléant une personne amie. 

(3) Voir Bib. Nat. tome VI du n» 709 du fonds français de Saint- 
Germain. 



DU ROMAN COMfOUK 113 

imposer sur les sujets du roi sont très onéreuses ; mais 
Monseigneur, le plus grand mal vient de l'abus que commet- 
tent ceux qui sont ordonnés pour en recevoir les effets, 
aussi bien que des gens de guerre, dont les violences ne 
peuvent être représentées. » 

Il ajoute dans une lettre datée de Beaumont-le-Vicomte, 
le 30 juin 1636(1). 

« Les prévosts des maréchaux, leurs lieutenans et archers 
seront bien réjouis de la main levée que vous avez faite de 

leurs gages Je tiendrai la main à ce qu'en considération 

de ce bénéfice ils s'acquittent d'autant mieux de leurs 
charges j> 

11 a trouvé 

« les esprits des sujets de cette province telle- 
ment effarouchés des abus et désordres qu'on a commis 
par le passé (à la levée des droits du roi) que (sans lui) 
on se porterait fmalement en une révolte générale.... J'ai 
fait faire par le prévôt de ce lieu le procès à un homme de 
Fresnay, pour exposition de fausse monnaie. » 

Dans une troisième lettre du 7 août 1636, après avoir 
séjourné dans la même ville pendant deux mois pour dépar- 
tir la justice, il parle de violences faites pour empêcher la 
levée du droit de nouvelle imposition à Monsort, par le 
fermier, sans ordres du roi, de cinq grosses fermes ; il se 
plaint de grandes exactions exercées par ses commis et ses 
agents sur les pauvres sujets du roi. Il déplore le grand 
nombre de prisonniers obligés de reconquérir à prix d'ar- 
gent leur liberté. 

A partir de cette époque, un assez long silence se fait 
sur le compte de Nourry de Vauseillon. Qu'est-il devenu 
pendant les années qui correspondent à cette lacune? La 
première fois qu'il reparaît, c'est hors du Mans, mais dans 

(1) Tome VI, p. 8. 

8 



114 LES TYPES DES PERSONNAGES 

le Maine, précisément dans la contrée où ont dû se passer 
les aventures du voyage de M"® Bouvillon et des comé- 
diens , sur l'ancienne route de Mayenne et à Tépoque où 
Scarron, alors dans sa belle jeunesse, devait parcourir lui- 
même les grands chemins du Maine pour se rendre au 
château d'Averton, chez M. de Belin (1). 

Le 12 février 1635, M. François Nourry, sieur de 
Vauseillon , tient sur les fonts de la paroisse de Saint- 
Symphorien (2) le fils du notaire Moussaint, avec dame 
Nicole de Ghastillon, dame des Bordeaux (3). 

Ce qui explique sa présence à Saint-Symphorien, c'est 
qu'il était, comme nous allons le voir, seigneur châtelain 
d'une paroisse voisine. 

Le 18 janvier 1636, à Tennie, on voit en effet honorable 
M® François Nourry, lieutenant de Ms^ le prévost du Mans 
et seigneur châtelain de la paroisse de Tennie, parrain de 
François Rouillard. 

A cette époque, il paraît fréquemment avec sa femme 
dans cette paroisse où on ne s'attendait pas à le voir sei- 
gneur châtelain. Le 29 juillet 1637, il assiste à la sépulture 
du père de l'enfant dont il avait été parrain, honorable 
Etienne Rouillard, sieur de la Turpinière. — Le 17 juillet 
1638, honorable Klisabeth du Mans, femme de Messire 
François Nourry, écuyer du roi, sieur de Vauseillon, tient 
sur les fonts Etienne Pancher, avec le curé de la paroisse, 
Etienne Esnault. Le 15 mai 1643, dans la même commune, 
la femme du seigneur châtelain de Tennie est de nouveau 

(1) Au moment où on voit Scarron au Mans, la femme du sieur de 
Vauseillon, le 8 mars 1G3i, est marraine, paroisse de la Couture, 
d'Ambrois, fils Ue Pierre Esnault, avocat, et de Jeanne Denisot, 
c'est-à-dire d'un neveu de Ragotin. 

(2) Saint-Symphorien -en -Champagne où s'élève le château de 
Sourches, habité aujourd'hui par le duc des Cars, héritier de la famille 
du marquis de Sourches. 

(3) Celle-là même, probablement peut-être, dont a parlé Scarron 
dans son Epithalame du Comte de Tessé. 



DU ROMAN COMIQUE 415 

marraine avec noble Roland Lepeletier, conseiller du roi, 
bailli de Sainte-Suzanne. 

On le verra aussi débiteur, envers la confrérie de Saint- 
Michel-du-Cloître, d'une rente constituée sur les maisons 
et terres de la seigneurie des Vallées, en Tennie. Sa présence 
en cette contrée explique fort bien comment, dans le Roman 
Comique, il rencontre à point nommé les comédiens alors 
à la recherche d'Angélique et arrêtés dans une auberge, sur 
la route de Mayenne ou de Laval. Elle a pu fournir naturel- 
lement à Scarron l'idée de lui donner une place dans les 
épisodes de son œuvre burlesque, qui se passent en ces 
parages (1). 

Tout en faisant de fréquentes apparitions à Tennie, M. et 
M^ï'û de la Rappinière étaient cependant loin de rester étran- 
gers au Mans ; on les rencontre alors aussi dans cette ville. 

Le 28 février 1637, Ysabelle du Mans tient sur les fonts 
de la paroisse du Pré , Jean Jarossay (2) avec honnête 
homme Félix Le Vayer, sieur d'Ivay, conseiller au présidial. 

Ces deux noms de Le Vayer et d'Elisabeth du Mans ainsi 
rapprochés expliquent comment M. de La Garouffière, qui 
n'est autre, comme on le verra bientôt, que le conseiller 
Denis Ghouet, marié à Anne Le Vayer, peut dire que la 
femme de La Rappinière était un peu sa parente (3). 

(1) D'ailleurs les registres de la confrérie de Saint-Michel du Cloître 
nous parlent longtemps des recettes effectuées sur le sieur de Vau* 
seillon, M. de Gontault, et ses héritiers, à cause delà rente assise sur 
les maisons et terres de la seigneurie des Vallées, due au XVI* siècle, 
par noble Charles Le Moqueur et, au XVlll*, parM. de Sallaines dont la 
généalogie a été récemment publiée. Cf. Archives de la Sarthe, 
série G, 173 et suivantes. — C'est sans doute à Tennie que devait se 
trouver la pauvre veuve, victime de la rapacité de La Rappinière, dont 
il est question dans le Roman Comique. 

(2) n était lils de honorable Jean Jarossay, qui avait épousé Suzanne 
Nourry, sœur de M. de Vauseillon, née le 28 juillet 1609. En 1631, 
le 23 mai, était déjà née Suzanne Jarossay, nièce de La Rappinière. 

(3) Un autre acte explique d'autres rapports. On voit le 7 septembre 
1622, Elisabeth du Mans tenue sur les fonts de Saint- Vincent, avec 



116 LES TYPES DES PERSONNAGES 

En 1641 on voit inscrit sur un registre de prêts faits à 
la Ville le nom de M. de Vauseillon. La même année pa- 
roisse de la Couture, le 20 octobre, la femme de noble 
Nourry, conseiller du roi en la maréchaussée, est marraine 
d*un fils de Pasquier Ragot , huissier au Châtelet avec 
noble François Portail. Le !«»• octobre 1644, paroisse du 
Crucifix, demoiselle « Ysabelle » du Mans, femme du sieur de 
Vauseillon-Nourry, lieutenant en la maréchaussée du Mans 
est aussi marraine du fils de Daniel Senault. En 1645 (25 jan- 
vier) et 1646 (18 janvier), on voit à son tour noble François 
Nourry, escuier, parrain dans la même paroisse. A la même 
époque, le 5 mars 1645, paroisse Saint- Vincent, demoiselle 
Elisabeth du Mans, épouse de François Nourry, escuier,sieur 
de Vauseillon, de la paroisse Saint-Pierre-V Enterré, est 
marraine d*un fils de René Gomboust, avocat au Mans et de 
Charlotte Nourry, parente de son mari (1). 

Cet acte a cela d'intéressant qu'il nous fait connaître la 
paroisse où résidait notre lieutenant de prévôt. Les 
Vauseillon, n'ayant pas eu d'enfant, il était assez difficile 
de connaître leur paroisse. Cet acte de baptême nous 
l'apprend fort heureusement et peut être rapproché des 
données fournies, par Scarron, sur le lieu d'habitation du 
sieur de La Rappinière (2). 

L'ami du maréchal de Tessé, en 1713, dont j'ai cité une 
curieuse lettre, nous dit qu'il a passé au Mans devant la 
maison de La Rappinière. Le souvenir de cette maison 
n'avait donc pas encore disparu. Était-ce dans cette paroisse 

René Garnier, avocat do la paroisse de Gourdaiiie, René, fils de 
Pierre Clioiiet. 

(1) En 16'.^, René Gombonst était marié avec Charlotte Nonrry ; 
cette année-là ils ont, paroisse Saint-Vincent, un enfant dont fut 
parrain Jean, bourgeois du Pré. 

(2) Dans un acte du 2S mars 10i5, où le sieur de Vauseillon, lieutenant 
en la marécliaussée du Maine, escuyer, prend à ferme les droits 
attribués à l'office de garde scel de la province ; il est dit de même 
demeurant en la paroisse de Saint-Pierre-l'Enterré. 



DU ROMAN COMIQUE 147 

de Saint-Pierre-rEnterré, que résidait quelques années plus 
tôt le sieur de Vauseillon lors de la jeunesse de Scarron ? Il 
serait assez curieux de le savoir, surtout si Ton se rappelle 
que rhôlellerie où étaient logés les comédiens se trouvait 
tout auprès ; mais on ignore à quelle époque le lieutenant 
de prévôt était allé habiter Saint-Pierre-rEnterré. Comme 
on le voit plus tard aussi changer de demeure dans le cours 
de son existence nomade, on ne peut être certain qu'il 
demeurait dans cette paroisse avant 1640. Nous parle- 
rons d'ailleurs plus loin tout spécialement de la demeure 
de La Rappinière. 

Si nous ne savons malheureusement pas où il habitait avant 
1640, lors du séjour de Scarron au Mans, les renseignements 
ne manquent pas au contraire pour l'époque postérieure (1). 

Nous voyons, les 20 et 21 juin 1646, François Nourry, 
écuyer, sieur de Vauseillon, lieutenant de M. le prévôt pro- 
vincial du Maine, exhiber aux assises du CoélTort, un contrat 
passé devant Le Tessier, notaire, le 26 octobre 1642, portant 
acquisition par lui moyennant 6,600 livres de principal 
d'une maison située rue de la Verrerie, relevant de cette 
seigneurie. 

Les vendeurs étaient Daniel Neveu, prévôt provincial, 
noble W François Portail, conseiller au Chûtelet, noble 
René Portail, et noble René Marais, veuf de Marguerite 
Portail ; ladite maison leur était échue par succession, ce de 
delTunt noble Antoine Portail, vivant procureur du roy, et 
de son épouse ». Située rue de la Verrerie, elle donnait d'un 
bout sur le pavé de la rue et touchait de l'autre aux an- 
ciennes murailles de ville, joignant d'un côté la demoiselle 
Baptiste d'Anguy, veuve de Noël Amellon, de l'autre la 
veuve Sevin (2). J'indique tous ces tenants et aboutissants 

(1) Peut-être avant 1642 deineurait-il dans la paroisse Saint-Nicolas, 
qui était la paroisse de sa fennine et où on les voit vendre une maison 
en 1667. 

(2) C'est, on le sait, un quartier peu accessible aux voitures où les 



118 LES TYPES DES PERSONNAGES 

propres à faire reconnaître la maison, parce que l'acte d'exhi- 
bition (1) contient cette mention intéressante que le sieur 
de Vauseillon exhibe le contrat d'acquêt de la maison où il 
demeure^ rue de la Verrerie. A partir de 1642, le lieutenant 
du prévôt habitait donc la maison qu'il avait achetée, ce 
qui corrobore les mentions tirées des registres de Saint- 
Pierre - l'Enterré , paroisse dont dépendait la rue de la 
Verrerie. 

Ce ne fut pas toutefois la seule maison dont il fut pro- 
priétaire au Mans. Il avait acheté également de M® René 
Portail, une maison sise paroisse Saint-Benoît , qui avait 
appartenu à M« Pierre BeraultetdameMagdeleine Poullard, 
et dont les créanciers l'avaient adjugée audit M® René 
Portail, sieur de Vinay, maison que nous lui verrons vendre 
à son tour le 28 février 1667. 

Dans la même paroisse Saint-Pierre-l'Enterré, le 5 février 
1646, noble M® François Nourry, sieur de Vauseillon, lieu- 
tenant du prévôt en la maréchaussée du Mans, était parrain 
du fils du grand prévôt lui-même, Daniel Neveu, et il avait 
pour commère mademoiselle du Baril la jeune, fille de 
M. de la Giraudière. 

A cette époque (qu'on s'en souvienne), Scarron était un 
instant venu revoir Le Mans et ce parrainage d'importance 
dut contribuer à lui remettre en mémoire le nom du sieur 
de Vauseillon et à raviver, grâce à ce regain de notoriété, 
les contours et les couleurs d'un portrait qu'il avait déjà 
dessiné dans son esprit. 

Le 10 octobre 1643 à la requête do François Nourry, 
écuyer, sieur de Vauseillon, lieutenant à la maréchaussée 
du Maine, le notaire du Mans René Bobet, s'était transporté 
au presbytère de Jacques Nourry, prêtre, curé de Saint- 
Georges, à TefTet de procéder à l'inventaire des meubles 

hôtelleries ne devaient pas se gîter et où ne pouvaient pénétrer les 
chariots des troupes comiques. 
(1) Archives de la Sarthe, pp. 112 et 123. 



DU ROMAN COMIQUE 119 

appartenant à défunte Suzanne Hayrie, sa tante, femme de 
René Nourry, sieur de Vauseillon (1). 

Dès avant cette époque, on voit se faire jour, dans les actes 
qui le concernent , son goût pour l'argent, les affaires 
louches nécessitant des contrôles, qui contribuent à nous 
édifier §ur l'honorabilité assez suspecte du personnage. J'en 
citerai comme preuve une « recognoissance devant Michel 
Bugleau, de soussignés par M^° de Vauseillon et M^" Fran- 
çois Clottereau, notaire. » 

François Nourry, écuyer, sieur de Vauseillon, conseiller 
du roi, lieutenant en la maréchaussée du Maine, au Mans 
et y demeurant paroisse Saint-Pierre-l'Enterré et François 
Clottereau (2), prennent à ferme les droits attribués à Toffice 
de garde-scel de cette province, à partager entre M'* les 
trésorier et chapelains du Gué-de-Maulny , au Mans, le 
28 mars 1645. 

A la même date, on trouve le bail fait par M" du Gué-de- 
Maulny à M. de Vauseillon, que je crois devoir reproduire : 

« Du mardi 28 mars 1645. 

• 
« Par devant nous Michel Bugleau , furent présents 

vénérables et discrets chappeiains de la chapelle royale 

du Gué-de-Mauny, lesquels ont baillé à François Clottereau, 

notaire, paroisse etforsbourgdeSaint-Julien-de-la-Cheverye, 

pour le tems et terme de cinq années, à commencer du 

l*^*" janvier dernier, tous les droits et esmoluments du scel 

tant anciens que nouveau mentionnés en la déclaration du 

roy vérifié en la cour du parlement le 22 août 1639 , 5 

mars, 14 janvier, 6 février et 4 septembre 1640. Iceulx 

droits réduits et contenu/, en l'arrest de vérification et 

confirmez par l'arrest du conseil donné entre les sieurs du 

Gué-de-Mauny et maitre Guillaume Provin, adjudicataire 

(1) Inventaire des }finutes des notaires du Mans, 1, 180 ; IV, 149 ; V, 
148, 150, 180, 266. 

(2) Nourry de Vauseillon n'intervient en fait, dans cet acte, que 
comme caution du notaire François Clottereau. 



120 LES TYPES DES PERSONNAGES 

desdits nouveaux droits des 14° janvier et 11° février der- 
nier (ou ils sont fondez pour une moitié et un 9° au total). 
« Pour recevoir iceux droits sur tous les actes, contrats 
et obligations et instruments quelconques passés tant par les 
notaires royaux que subalternes au pays et comté du Maine et 
Burnouvel, duché et paieries de Mayenne, Laval, Sablé, La 
Ferté, Saint-Galais, Mondoubleau, faire tous les ét^blisse- 
• ments et bureaux qu'ils pourront estre tenu. Pour en faire 
payer aux sieurs bailleurs par an la somme de quinze cents 
livres tournois. Le premier fournira de sceaux, auxquelz il 
fera employer les armes du roy et au tour scel du roy pour 
les droits de Sa Majesté et ceux de la chapelle royale du 
Gué-de-Mauny (les rendra à fin, moyennant 40 livres). 
Et à tout ce que dessus est intervenu Françoys Nourry, 
escuyer, sieur de Vauseillon, conseiller du roi, lieutenant 
en la maréchaussée du Mayne, lequel a piégé et cautionné 
le sieur Glottereau et avec luy s*est rendu preneur, debteur 
et obligé à l'exécution du présent bail et contrat solidaire- 
ment et indivisément. 

« Signé Nourry (1). » 

Dans un acte du 30 juin 1647, cession de bail est faite 
par Houdaier, prêtre habitué aux Ardents^ pour 660 livres 
à René Morillon, meunier à Chahoué, en Allonnes ; on voit 
le sieur de Vauseillon intervenir encore comme caution et 
signer. L*acte est passé en sa maison de Saint-Pierre- 
TEnterré. Il y est dit maître des eaux et forêts. La cession 
est faite en présence de René Lair, archidiacre de ChAteau- 
du-Loii- et est dite ne concerner en fait que le sieur de 
Vauseillon , rintorventioii de Morillon étant purement 
nominale. 



(1) Vingt doyennés du pays du Maine, (qui à la réserve de Beaumont, 
Fresnay, Montsort, le Sonnois et Peray où il y a tabellions, ne sont 
pas compris dans ce bail, et sont réservés par les bailleurs). — 11 
ressort de ces différents actes comme un relent d'agent d'affaires et 
de coulissier marron. 



DU ROMAN COMIQUE 121 

La même année 1647, paroisse de Saint-Jean-de-la-Ghe- 
verie , François sieur de Vauseillon , est parrain de 
François Clottereau avec demoiselle Suzanne Jarossay. 



* 



A partir de cette époque Scarron ne Ta plus connu, et le 
reste de sa vie, où il figure comme maître des eaux et forêts 
du Mans, n'a pu influer sur le Roman Comique. 

Nous ne pouvons cependant abandonner M. de La Rappi- 
nière au milieu de sa carrière ; nous trouverons peut-être 
dans les dernières années de sa vie la conflrmation du 
caractère que lui a donné Scarron. 

Bien peu de temps après 1647 on rencontre le sieur de 
Vauseillon, non plus au Mans, mais à Beaumont-le-Vicomte, 
qualifié prévôt de cette ville. 

Il y succéda à noble René Vasse, marié à Marie du Fay, 
qui était prévôt de la maréchaussée de Beaumont en 1637. 
Dans cette ville, le '24 juin 1649, Elisabeth du Mans, est 
marraine de leur enfant. Quatre mois plus tard, le dernier 
octobre, noble François Nourry, prévôt de Beaumont et 
sieur de Vauseillon est parrain d'une fille d'un de ses 
archers. Palustre. Les signatures de M*'« de I^ Rappinière et 
de son mari existent au bas de ces deux actes. Il y a d'ailleurs 
beaucoup d'autres signatures des deux personnages. 

Le 26 mars 1650, noble Nourry, prévôt de Beaumont, 
écuyer, etc., est encore parrain à Beaumont ; après cela 
on ne l'y revoit plus. Là ne s'arrêtent pas ses pérégri- 
nations (1). ♦ 

Au bout de cinq ans nous retrouvons au Mans le héros 
de Scarron. Le 3 avril 1655, devant Nicolas Bommer, notaire 

(1) I^s registres de Beaumonl-sur-SarIhe sont curieux à cette 
époque. On y trouve de nombreux renseignements sur les Levayer et 
les Sevin, persoimages du Roman de Tarais et Zélie, dont il sera 
question plus loin. 



122 LES TYPES DES PERSONNAGES 

royal, François Nourry, écuyer, sieur de Vauseillon, exempt 
des gardes du corps de Sa Majesté, maître des eaux et 
forêts au pays et comté du Maine et prévôt de Beaumont, 
demeurant au Mans, paroisse saint-nicolas , reconnaît 
avoir reçu des mains de Claude Emery, apothicaire paroisse 
Saint-Pavin, 300 livres qui lui étaient dues par un des 
parents de sa femme M© Barthélémy Lecoffre, mari de Marie 
du Mans, et la veuve de B. Lecoffre, en vertu d'une obliga- 
tion du 3 novembre 1647 et d'un jugement du présidial du 
12 janvier 1650, et en outre 45 livres pour intérêts. Sa 
signature et son paraphe sont au bas de Tacte. On voit que 
le prévôt des maréchaux du duché de Beaumont avait 
encore monté en grade ; et en présence de son titre de 
maître particulier des eaux et forêts au pays et duché du 
Maine, qui raccompagne désormais on trouve plus naturel 
encore que le continuateur de Scarron nous le montre 
jusqu'à l'extrémité de la forêt de Perseigne aux environs de 
La Fresnaye. Il demeure paroisse Saint-Nicolas. L^tait-il 
revenu dans la maison de famille où il avait dû habiter 
après son mariage ? 

Le 28 décembre 1657, malgré l'escorte pompeuse de 
toutes ces qualités, on le voit figurer dans un acte en qualité 
d'homme d'affaires, c'est-à-dire de caution et decessionnairo 
de Guillaume Chantai, fermier général de la terre de Belin. 
Il baillait la prée de Belin et le bordage de la Galopièro y 
joignant, dépendant du comte de Belin, pour 580 livres 
payables en deux termes, avec réserve pour lui de quatre 
charretées de foin par an. 

Le 11 janvier 1658, sa femme Elisabeth du Mans, de- 
meurant au Mans, paroisse Saint-Nicolas, munie de sa 
procuration et qui dès lors remplit le rôle de son homme 
d'affaires, donne à bail la grande métairie de Belin, paroisse 
de Sainl-Ouen-en-Belin, à Jean Gasnier, laboureur, pour 



DU ROMAN COMIQUE 123 

six ans à partir de Pâques 1659, moyennant 390 livres 
6 poulets, 6 chapons et 180 livres de prisée (1). 

Vauseiilon avait besoin du reste que quelqu'un put 
parfois prendre sur place le soin de ses intérêts, qu'il ne 
pouvait plus surveiller de près. Il avait quitté le Maine 
pour paraître sur un plus grand théâtre, «t était allé à Paris, 
la ville qui est à la fois le pinacle des grandeurs et le refuge 
des gens véreux, qui y viennent dans Tombro cacher leurs 
vieux péchés. Est-ce le bruit du Roman Comiqiie qui avait 
mis M. de La Rappinière en fuite? 11 serait permis de le 
supposer sans faire de jugement téméraire. Toujours est-il 
qu'il habitait à Paris, rue de Grenelle - Saint - Honoré , 
paroisse Saint- Eustache. 

Le 28 septembre 1663, devant Nicolas Bommer, notaire 
royal au Mans, W^^ de Vauseiilon, fondée de la procuration 
à elle donnée par son mari, devant un notaire du Châtelet 
de Paris, demeurant en sa maison à Paris, rue de Grenelle- 
Saint-Honoré, et étant de présent au Mans, voulait faire dé- 
clarer exécutoire le contrat de vendition de la charge et office 
d'huissier faite à Fontaine , vivant huissier , archer à 
Beaumont. 

Les pauvres enfants du défunt étaient représentés par Fran- 
çois Piacé, notaire à Beaumont, alors logé au Mans, faubourg 
Saint-Nicolas, en la maison portant pour enseigne le Pot 
d'Étam. Moyennant une somme de 200 livres qui lui fut 
payée. M"" de Vauseiilon se désista pour elle et son mari 

(1) Le sieur de Vauseiilon agit toujours comme procureur et ayant 
ciiarfçe de l'ancien fermier général. Le preneur devra nourrir et 
coucher les personnes qui seront imposées par le bailleur pour la 
garde et le pressurage de la vendange et faire deux charrois dont Vun 
pour amener deux pipes de vin en la maison du sieur de Vauseiilon en 
la ville du Mans. L'acte signé d'Elisabeth du Mans est fait et passé en 
la maison du sieur Vauseiilon, en présence d'honnête homme François 
Davy, marchand, homme d'alTaires de Vauseiilon, demeurant au Mans, 
paroisse Saint-Benoît et de M. Silvestre Foucqué, archer-huissier, 
demeurant au Mans. Tout cela ne pue-t-il pas l'amour de l'argent 
et l'avarice de M«"* de La Rappinière? 



124 LES TYPES DES PERSONNAGES 

des prétentions qu'elle pouvait élever contre les héritiers 
et la veuve de Tarcher, qui renoncèrent à tous leurs droits 
sur ladite charge (1). M. de Vauseillon s'enrichissait à 
même les orphelins, comme M. de La Rappinière à même 
les pauvres veuves, ce qui achève de prouver que les deux 
personnages n'en fcnt qu'un. 

Le 13 mars 1(>65, M. de Vauseillon, parait avec le nou- 
veau titre de conseiller du roi capitaine des chasses de 

la province du Maine. Il figure en cette qualité devant 
M*^ Pierre Bourillon, huissier, de même que quelques se- 
maines plus tard, le 14 avril 1665, pour affaires relatives 
aux terres de Belin, il profitait de sa présence momentanée 
dans le Maine. Le 14 avril, étant encore de présent en la 
ville du Mans, il s'était rendu, on l'a vu, caution de Nicolas 
Baudry et de Guillaume Chantai ci-devant fermiers géné- 
raux. Un nouveau fermier général de ces terres Jacques 
Marchais, bourgeois, demeurant paroisse Saint-Benoit venait 
d'être choisi. Le sieur de Vauseillon prit ses arrangements 
avec ce nouvel homme d'affaires. Il lui céda le 14 avril les 
sommes qui lui étaient dues par les différents fermiers pour 
3138 livres 11 sols, que ledit Marchais s'obligea à payer aux 
propriétaires des terres. Maître Jacques de Mesgrigny, che- 
valier, conseiller du roi, marquis de Bonnivet et comte de 
Belin, à la décharge du sieur de Vauseillon, de telle façon 
qu'il demeurât quitte de toutes les prisées et réparations 
dont les sous-fermiers pourraient être tenus à cause de 

(i) Acte signé d'I-llisabeili du Mans. Le sieur de Vauseillon avait fait 
appeler devant le lieutenant général de Heaumont la veuve du défunt, 
Louise Deshayes, pour voir déclarer contre elle exécutoire, le contrat 
de vendition de la charge d'arclier-huissier, qui avait été faite à son 
mari, et en conséquence la faire condan)ner à lui payer la somme 
de ISOO livres en principal, les intérêts et dépens. L'affaire se termina, 
le 28 septembre, par une transaction entre M«^i'* de Vauseillon et les 
héritiers du défunt, SJi veuve qui avait renoncé à la commmiauté, et 
sa mère Mathurine Goulart, veuve de Guillaunic Fontaine. On voit le 
28 septembre 16(35, à Heaumont, le mariage de Julien Fontaine, archer 
et de Madeleine Deshayes, en présence de François Palastre, archer. 



DU ROMAN COMIQUE 125 

leur jouissance. Après le départ du sieur de Vauseillon, 
une nouvelle cession fut faite à Marchais le 14 juillet 1665, 
par François Davy, son procureur, à condition de payer 
encore 1709 livres 10 sols au comte de Belin. 

Il sort de tous ces actes comme une odeur d'usure, 
d'avarice, comme un parfum d'homme d'aftaires, avide, sans 
entrailles, ayant un coffre-fort en guise de cœur, et voulantle 
remplir per fas et nefas. Eût-on pu penser un seul instant 
que les comptes de M. de La Rappinière existaient encore 
aujourd'hui et pourraient témoigner des opérations véreuses 
auxquelles il se livrait pour s'enrichir? Leur découverte 
n'est-elle pas elle aussi un des miracles de la curiosité 
de nos jours. 

Nous voyons désormais M. de Vauseillon habiter h Paris. 
De même qu'au Mans il change fréquemment de demeure. 
Le 28 février 1667 il habite avec sa femme, rue Plalrière, 
paroisse Saint-Eustache, il y est dit conseiller du roi, maître 
particulier des eaux et forêts du comte du Maine. A cette 
date, il ratifie la vente faite par son mandataire, W Jacques 
Nourry, prêtre, curé de Saint-Georges-du-Plain, son frère, 
à demoiselle Catherine Le Tessier, veuve de M" Claude Le 
More, de sa maison de la paroisse Saint-Benoît , vente 
passée devant M^» Jacques Chevreul et Siméon Fréart, 
notaires royaux au Mans, le 21 lévrier 1667 (1). 

(1) Le 28 février 1667, pardevant les notaires royaux au Chàtelet de 
Paris, François Xourry, sieur de Vauseillon, conseiller du roi, maître 
particulier des eaux et forêts du comté du Maine, et demoiselle 
Elisabeth du Mans, sa femme, demeurant à Paris, rue Plastriére, 
paroisse Saint-Eustache, ayant pris lecture du contrat passé entre 
M«Jac(jues Nourry, prêtre, curé de Saint-Georges-du-Plain, pourvu 
de leur procuration, et demoiselle Catherine Le Tessier, veuve de 
M« Claude Le More, l'ont loué et ratifié. — Ce contrat, passé devant 
M" Jacques Chevreul et Siméon Fréart, notaires royaux au Mans, le 
21 février 1667, contenait la vente faite à ladite Catherine Le Tessier, 
pour la somme de 11,0()0 livres, d'une maison sise paroisse Saint- 
Benoit qui avait appartenu à défunt M'' Pierre Barault et dame 
Magdeleine Poullard, et que ledit sieur de Vauseillon avait acquise de 



l'26 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Auparavant le 12 février 1667, devant les notaires au 
Châtelet de Paris, François Nourry, sieur de Vauseilion, 
conseiller du roi, maître particulier des eaux et forêts du 
Maine, capitaine des chasses, et prévôt des maréchaux du 
duché de Beaumont, avait donné procuration à Jacques 
Nourry, prêtre, curé de Saint-Georges-du-Plain, de vendre 
sa maison sise au Mans, paroisse de Saint-Nicolas, celle-là 
même probablement, où il avait longtemps habité (1). 

Au mois de novembre 1673, nous le retrouvons demeu- 
rant rue Saint-André-des-Arts à Paris. 



♦ ♦ 



Jusqu'à quelle époque M. de La Rappinière prolongoa-t-il 
le cours de son existence qui devait être déjà bien avancée 
en 1673 puisqu'il était né avant 1605? C'est ce qui nous 
reste à préciser autant que possible. 

On peut arriver à la connaissance de cette date d'une 
façon assez précise à l'aide des registres de comptes du 
chapitre de Saint-Michel-du-Cloitre. 

Le sieur de Vauseilion devait, je l'ai dit, deux renies à 
ce chapitre. L'une de 22 Hvres 4 sols 5 deniers due à la 
Saint-Martin d'hiver, avait été constituée par son frère 
Jacques Nourry, curé de Saint-Georges- du Plain, par contrat 
du 27 juin lG-43, devant les notaires Bodereau et Lepellelier. 
François Nourry sieur de Vauseilion donna au chapitre, 
une nouvelle reconnaissance de cette rente devant Haton, 
notaire, le 11 janvier 1671 (2). 

M* René Portail, sieur de Vinay, auquel les créanciers dudit sieur 
Bérault Tavaient adjugée. 

(1) Inventaire des Minutes des notaires du Mans, I, IHO. 

(2) Une autre liéritiére du curé de Saint-Georges, Marie Nourry, 
donne une pareille reconnaissance, le \'S juin 1C75, que le chapitre 
obtint aussi par jugement du 15 janvier 1675, sans doute des héritiers 
du prévôt. 



DU ROMAN COMIQUE 127 

Cette cession fut ratifiée en ces termes par le mandant : 

« Je soubsigné rattifie et agrée le transport dont copie est 
cy dessus, consens et accorde qu'il sorte son plain et entier 
effaict et qu'il soit exécutté selon sa forme et teneur à la 
charge par M. Marchais, y dénommé, de payer le contenu 
à ma descharge à M. de Mesgrigny, de sorte que je ne sois 
inquiété ny recherché. En tesmoing de quoy j'ai signé le 
présent escript, à Paris, le 5 aoust 1(>55. Nourry. d 

L'autre rente de cent sols due à la décollation de saint 
Jean-Baptiste, était payée depuis longtemps par le sieur 
de Vauseillon. 

Il la payait dès 1641. Cette rente, assise sur le lieu des 
Vallées, en Tennie (1) et due par le seigneur de cette terre, 
était payée auparavant par M. René Allotte, pour défunt 
Charles Le Mocqueur, sieur des Vallées et par M. de 
Gontault. A partir de cette date on la voit acquittée par 
Nourry sieur de Vauseillon, au lieu d'Allotte, Gontault et 
le Mocqueur. Il n'était pas toutelois seul à la payer. On la voit 
acquittée tant bien que mal par lui et par les héritiers du 
sieur de Gontault. En 1674, la dame Renée Le Boucher, 
épouse de messire François de Gontault, chevalier, demeu- 
rant au Mans, rue Saint-Nicolas en donna reconnaissance 
à la confrérie du bas-chœur de Saint-Michel. Jusqu'en 1680 
on rencontre le nom du sieur de Vauseillon comme débi- 
teur ; tandis qu'on mentionne à la date du iO octobre i682, 
une reconnaissance de la rente donnée par ses héritiers, 
devant Varannc notaire, reconnaissance qu'on dit, dans un 
autre endroit, être donnée par le sieur de Villeneufve, héri- 
tier du sieur de Vauseillon (2). 

L'ancien lieutenant de prévôt avait donc prolongé sa vie 

(i) On fixe la date d'acMiuisitioii par le sieur de Vauseillon à 1033. 
Pierre Leclerc, seigneur châtelain de Tennie, la possédait auparavant. 

(2) Mademoiselle Nourry, sa nièce, était-elle donc morte auparavant? 
— On voit aussi à partir de 1G84, Jacques Coutoux et sa femme, et 
Pierre Jarossay, prévôt de Beaumont, qui doit être lils de sa nièce 
Suzanne. 



128 LES TYPES DES PERSONNAGES 

fort longtemps ; il y avait déjà de longues années que Rago- 
tin, M™° Bouvillon, même M. de La Garouf&ère, et le fils de 
M"»« Bouvillon, étaient morts quand il s'éteignit à un âge 
voisin de quatre-vingts ans. Scarron lui-même avait disparu 
de ce monde depuis plus de vingt ans. 

Il y avait près de vingt ans également que M. de 
Vauseillon avait quitté le Maine. Il avait eu le temps d'y 
être oublié. Aussi ne faut-il pas trop s'étonner de voir que 
les clefs du Boman Comique aient fait fausse route sur son 
compte et qu'on n'ait pas songé à lui, à la fin du XVIII« 
siècle, quand les mauvaises langues du Maine voulurent, 
vaille que vaille, forger une clef quelconque du Roman, 
surtout pour se gausser des héritiers des personnages que 
Scarron avait mis en scène. La Rappinière, n'avait laissé 
aucun descendant ; il n'intéressait plus dès lors ceux que 
Scarron appelle les goguenards du Marne. On comprend 
fort bien dès lors qu'il ait été complètement laissé de côté 
par les Manceaux du XVIII° siècle. 

Pourquoi Scarron l'avait-il introduit dans son Roman ? 
Qui les avait mis en présence l'un de l'autre, comme il en 
advint pour Scarron et Ragotin, au point que le jeune cha- 
noine en était venu aussi à le regarder comme un chien de 
faïence? C'est peut-être tout simplement parce que le sieur 
de La Rappinière était le rieur de la ville du Mans et que 
Scarron, qui aimait fort à rire, avait vu en lui un rival. 
L'auteur du Typfion avait probablement envie d'être aussi 
le rieur du Mans, comme il aurait pu être plus tard à Paris, 
dit-il, celui de son quartier, s'il l'avait voulu. La Rappinière 
était donc pour lui un concurrent. C'est pour cela, sans doute 
que Scarron l'aura présenté d'abord comme un rieur simple- 
ment, bientôt après comme un lire-laine, détroussant les 
gens sur le Pont-Neuf et, en fin de compte un fort méchant 
homme, méritant la pendaison, tout aussi bien que les 
coquins qu'il était chargé d'appréhender. 



CHAPITRE IV 



MADAME BOUVILLON 

MARGUERITE LE WVIN DAME BAUTRU 

SON FILS ET SA BELLE-FILLE 

Erreurs des Clefs sur M"»« Bouvillon. — Les personnes qu'elles 
désignent sont beaucoup plus modernes que l'héroïne du Roman. — 
La vraie M™* Bouvillon. — Marguerite Le Divin, femme de Jean Bau- 
tru. Sa vie. Son âge. Ses rapports avec Scarron. — Vengeance d'un 
malin beau garçon contre sa vieille commère. — Le fils, la belle- 
fille de M™» Bouvillon, les Bautru, les Marcst. — Les descendants 
de M™' Bouvillon. — La gracieuse M"* de Fondville, une de ses 
dernières descendantes à la fin du XVII I« siècle. 

Après Ragotin, après La Rappinière , que nous avons 
placé en seconde ligne, pour suivre Tordre hiérarchique des 
héros du Roman, passons à une personne de plus vaste 
envergure , M™° Bouvillon. C'est bien vraiment n'est-ce 
pas, le cas de dire : honneur aux dames ! M"*o Bouvillon 
n'a-t-elle pas aussi sa grande part d'importance dans 
Tœuvre burlesque de Scarron ? C'est le mariage de son fils 
qui amène les comédiens en visite^ comme on disait alors, 
et qui est l'occasion de l'enlèvement d'Angélique. C'est sa 
rencontre avec les principaux personnages de la troupe 
comique, alors qu'elle mène sa bru au pays de Laval, qui 
est pour ainsi dire le centre autour duquel se meuvent 
toutes les péripéties de la seconde partie du Roman. Quant 
h elle, elle est peinte avec tant de relief qu'on ne saurait 
l'oublier, bien qu'on ne fasse que l'entrevoir un instant. 
Ses formes opulentes la mettent d'ailleurs plus en vue, plus 

9 



1:30 LES TYPKS DKS PERSONNAGES 

en valeur, que la maigre et sèche figure de M^'® de La 
Rappinièro. C'est un Ruhens, 

Son souvenir était resté vivace dans le Maine. De môme 
que pour Ragotin, les deux clefs du Roman, tout en ne 
désignant pas la même personne, sont d'accord cependant 
pour attribuer à la même famille le personnage qui se 
dérobe à nous sous le masque de M™*' Bouvillon. L'une dé- 
signe M™^ Bautru, belle-mère de M. Bailly; l'autre, Madc- 
laine Bailly, fille ou petite-fille de M™® Bautru; dans tous les 
cas il V a du Bautru sous roche. Cette fois ce nom excite 
encore plus vivement la curiosité. Notre héroïne appar- 
tient-elle bien réellement à cette famille de grands rieurs 
et de célèbres bouffons du XYII^ siècle? En le choisissant 
comme objet de ses grotesques aventures, gcarron n'a-t-il 
pas cédé, pour ainsi dire, à l'attrait mystérieux de ce nom 
fatalement voué au comique et qui appelait le rire aux lèvres, 
non seulement par le fait de ceux qui le portaient, mais à 
cause de l'allure burlesque que lui avait communiquée ci 
la cour la prononciation italienne de la reine mère (1) ? 
Cela est, ma foi, vraisemblable, et le semble plus encore 
quand on se rappelle qu'une des premières personnes avec 
qui Scarron nous est apparu en relations au Mans, au temps 
de sa belle jeunesse, de la saison de ses plus joyeux rires 
et de ses aventures galantes, portait probablement elle- 
même ce nom. Le '20 avril 1634, il avait eu au Mans pour 
commère, à un baptême de hi paroisse Saint-Vincent, da- 
moiselle Marguerite Le Divin (de la paroisse du Crucifix), 
qui n'est autre ([ue Madame Bautru. J'avoue que n'était 
cotte première rencontre, ce saisissant coup de foudre, 
j'aurais [)eut-être hésité à identifier rhéroïne de Scarron 
avec M^'o Marguerite Le Divin, dame Bautru, belle-mère 

(!) Le Ména(jlana rapport».^ que M™« liautru voulut toujours (Hre 
appelée M'"« do Serrant, disant qu elle ne voulait pas laisser défigurer 
son nom par la reine, qui prononçait les u à l'italienne. 




MAIIAME rtOIVrLI-d 



'v:-'^ 



%9r. 












: n ■. 



DU ROMAN COMIQrK 131 

de Marie Bautru (1). Force est bien d'y consentir, quand on 
voit le mariage du fils de M«»o Bouvillon, qui est comme le 
nœud du second tome du Roman Comique^ et dont j'ai eu 
l'heureuse chance de découvrir la date, célébré au Mans le 
17 novembre 1G41 paroisse de la Couture. 

Telle est en effet la date du mariage de Jacques Bautru 
(aliàs Botru)^ conseiller au parlement de Rouen, fils de 
Marguerite Le Divin, avec Marie Marest, fille du président 
au présidial, Roland Marest. 

La mariée, née le 18 mars 1609, paroisse Saint-Pierre- 
la -Cour, avait par conséquent vingt- doux ans. Elle 
avait perdu, deux aimées environ avant son maiiage, étant 
encore mineure^ sa mère Marie Joubert, morte le 12 avril 
1639. Nous sommes, je puis le dire, au milieu do la haute 
bourgeoisie, sinon de la noblesse mancelle. Le père de la 
mariée, Roland Marest, sieur de Moltesans, était président du 
présidial du Mans. 11 appartenait à une famille de Lavât 
et était fils de Guillaume Marest, sieur de La Hardelière, 
élu de Laval, et de Jeanne Bignon, dame du Boistesson. Sa 
femme était fille de Marin Joubert, sieur de La Roche, élu, 
et avait pour sœur la femme de messire Charles Louet, iiou- 

(I) J*ai dit (t. I", p. IG) qu'il pouvait rester un doute sur l'identité 
de la marraine. Le registre do la paroisse Saint- Vincent rappelle 
« dainoisellc Marguerite Le Divin, de la paroisse du Crucifiyt ». 
Marguerite Le Divin, cest M"»»" liautru. Mais il n'y a pas de Marguerite 
Le Divin, paroisse du Crucifix. Celle-ci liahitail paroisse Saint-Pavin- 
la-Cité. Dans la paroisse du Crucifix on ne trouve que M»*''^ Mario 
Le Divin, nièce de Marguerite, tille de .son frère, le lieutenant parti- 
culier. De toute façon il y a eu erreur dans la rédaction de l'acte. On 
pourrait tout d'abord croire «lu'il s'agit de Marie, née en 1017, jeune 
lllle dont l'âge cadrait mieux, pour un compérage. avec celui du jeune 
Scarron. Mais en vovant tout le ridicule dont Scarron a couvert 
Marguerite, on est plus porté à croire (ju'il a voulu se venger de la 
commère hors cadre (|u'on lui avait duunée, et qu'il a peut-être 
supposé, bien gratuitement,, pour se moquer d'elle, une tentative de 
séduction. Je laisse cependant cliacun libre de croire cpi'il en a été 
l'objet de la part de « la grosse sensuelle », comme Destin le fut de 
« la non pareille Douvillon ». 



132 LES TYPES DES PERSONNAGES 

tenant au présidial, maire et capitaine général de la ville 
d'Angers (1). 

Nous parlerons tout à l'heure du marié, dont il n'est guère 
question dans le Roman ; quant à l'époque du mariage et à 
l'âge de la mariée, on voit qu'ils s'accordent assez bien avec 
les données du Roman. La demoiselle étant orpheline, on 
conçoit que le bal de ses noces soit donné par son parent, 
a un des plus riches bourgeois de la ville, so7i Uileur » (2). 
Sa famille étant de souche Lavalloise, on comprend qu'au 
lendemain de son mariage, son mari « la mène en son 
pays de Laval » (3). 

La pisle paraît bonne. Poursuivons-la donc pour arriver 
jusqu'à M"« Bouvillon. Madame Bouvillon étant la mère du 
marié, pour pénétrer jusqu'à elle il s'agit simplement désor- 
mais de savoir de qui était fils Jacques Botru ou Bautru. 

Jacques était précisément issu de Marguerite Le Divin, 
veuve alors de noble Jehan Bautru, sieur des Matras, bailly 
de Vendôme. 

Voilà en chair et en os l'opulente Madame Bautru, la con- 
temporaine de Scarron, et non celle de la clef, qui cette fois 
encore a modernisé le personnage. Voilà le masque dénoué ! 
Voilà M™® Bouvillon ! Oh ! que l'on ne se monte pas l'imagina- 
tion. C'est plutôt Scarron qui a dû se monter la sienne pour 
nous peindre la non-pareille Bouvillon. Il a l)ien soin 
d'écrire : « Après ce que je viens de vous dire, vous n'aurez 
pas de peine à croire qu'elle était très succulente, comme 
sont toutes les femmes rarjoites » (4). Il faut cependant avoir 
l'imagination assez complaisante pour se représenter cette 

(1) Voir Ménage. Viiae PetH Œrodli et GuUlchni Menafji'u Paris, 
1675, in-i", pp. liOl, 3G7, 308. De.s deux antres enfants du président 
Marest, l'un, Rolland, lui succéda dans sa eharjze ; l'autre, Anne, 
épousa Charles Fiiclier, escuier, sieur de Monthéard, qui fut éj^alement 
président au présidial. 

(2) Hotnan Comique^ l, chap. XIX, 204. 

(3) Homan Comiqiœ, H, cliap. VIII, 8, .318. 

(4) Roman Comique, II, chap. VIII, 319. 



DU ROMAN COMIQUE 133 

masse de chair, cette femme sur le retour, déjà mère 
d'un fils qui contracte mariage lui-même, se prenant à jouer 
le rôle de la femme de Putiphar et à faire le siège d'un 
comédien. 

L'état civil de M"^^ Bouvillon, au moment du mariage de 
son fils doit lui donner environ cinquante ans. Il faut avouer 
que la grosse sensuelle était un peu mûre. Un demi- 
siècle, c'est plutôt le bel âge pour plaider que pour agacer 
les comédiens ! Il est vrai que nous avons affaire à une 
dévergondée, et qu'il y a parfois lieu de se défier des ardeurs 
sans pareilles des soleils couchants (1). Il fijllait encore que 
M'"*^ Bouvillon fut aussi richement douée qu'elle l'était, 
en chair, qu'elle eût une forte confiance dans le pouvoir 
énorme de son iapabor d'écarlate, il fallait que ses formes 
opulentes fussent splendidement conservées et qu'elle 
portât gaillardement le poids de ses nombreux prin- 
temps, sans traces d'aucun hiver , pour qu'elle osât se 
lancer dans l'aventure que chacun sait. Il est vrai que 
Destin en fut effrayé pour elle, et fut sur le point (mais 
pour d'autres motifs), d'imiter la conduite de Joseph. 

Ajoutons à cela que Taventure n'a probablement jamais 
existé ailleurs que dans le cerveau de Scarron. Le récit qu'il 
nous conte n'est peut-être que la vengeance qu'il a voulu tirer 
d'une femme, qui lui avait fait des avances pendant sa jeunesse, 
sans parvenir à s'attirer autre chose que ses dédains et ses 
moqueries. Je ne sais pouniuoi, je me suis toujours figuré 
que le jeune Scarron, étant lui-même en présence de 
M™' Bouvillon, n'avait pas trouvé à son gré ses charmes 
surannés et qu'il s'était vengé d'elle par la cruelle satire 
qu'il en a faite dans son Roman (2). Nous venons de voir 

(1) Voir la Troupe du Roman Comique dévoilée^ p. 2L M. Morillot 
a répété textuellement ce que j'avais dit de la femme dont Scarron 
s'est vengé, immortalisant à jamais le burlesque portrait de celle qui 
aurait, sans doute, été bien aise de le séduire. 

(2) Les mauvaises langues pourraient même dire que c'était lui qui 



134 LES TYPES DES PERSONNAGES 

qu'ils s'étaient probablement rencontrés au temps de la 
folle jeunesse du poète ; il n'avait alors que vingt-quatre ans. 
Il avait ses entrées dans la maison de M"o Bouvillon, 
qui en avait quarante-cinq. Il est très plausible dès lors 
qu'il ait voulu tirer une vengeance personnelle de cette 
respectability^ en l'affublant des ridicules et du nom pitto- 
resque que chacun connaît (1). 

Tout cela est nécessaire pour faire comprendre comment 
je puis présenter sans peur une M"^ Bouvillon née en 
1589, ayant quarante-cinq ans au moment où on la ren- 
contre au bras de Scarron, et cinquante-et-un ans environ 
au moment du mariage de son fils (2). C'est en 1589, en 
effet, que naquit Marguerite Le Divin, dont voici l'acte de 
naissance, relevé sur les registres de la paroisse Saint- 
Pierre-le-Réitéré, du Mans. « Le 8 février 1589, fut baptizée 
Marguerite, fille de honorable homme M® Claude Le Divin, 
conseiller au Parlement de Bretagne et de damoiselle Mar- 
guerite Hoyau, su femme ; et fut parrain honorable homme 
M« Jehan Liger, conseiller au siège présidial du Mans, 
marraine damoiselle Marie Bellanger ». Nous prenons de la 
sorte M^^ Bouvillon à sa naissance pour la suivre jusqu'à 
sa mort. 

Elle appartenait à une famille célèbi-e du Maine dont les 
représentants ont leur nom inscrit dans l'histoire littéraire 

s était jeté à sHs pieds et (fue, n'en ayant pas été accueilli, il avait 
supposé tout jiistenient le contraire. 

(1) Quant au nom, dont il ne faut pas oublier qu'il la revêtue, 
il y avait alors au Mans un notaire et un liuissier portant un nom 
presfjue semblable, celui de Hourillon, qui lui aura peut-être inspiré 
celui de Bouvillon. bien plus expressif. 

(2) Le portrait que lit d'elle Jean de (]oulom, qui avait vu de M"« iJou- 
villou des portraits de son temps, est resté fidèle à la tradition. L'artiste 
manceau nous représente celle (pie Scarron a immortalisée d'une fa^'on 
grotesque sous les traits d'une femme bien conservée, ayant la 
cin(iuantaine et rien de dévergondé. — Tout cela paraîtra moins surpre- 
nant quand on se rapi)ellera combien Françoise d'Aubigné était encore 
nleine de cbarmes cpiand elU; épousa Louis XIV. 



DU ROMAN COMIQUE WS 

et administrative de la province, celles des Le Devin, qui se 
divinisa, comme dit Ménage, et changea au commencement 
du XVlIe siècle son nom en celui de Le Divin. 

Le père de Marguerite, Claude, était le troisième des cinq 
enfants du poète Antoine Le Divin et de Renée Moisant, 
mariée par contrat du 2 août J527. 

11 avait épousé Marguerite Hoyau, dame du Tronchay, 
appartenant aussi à une famille connue, nièce de M*" Bellan- 
ger, conseiller au Parlement de lirctagne (1). Conseiller lui- 
même à ce Parlement, il habita souvent Le Mans en dehors 
de ses semestres de service. 

C'est dans cette ville que naquirent aussi ses autres 
enfants: Jacques Le Divin, sieur du Tronchay, conseiller du 
roi, lieutenant particulier au présidial du Mans, et Marie 
qui épousa Jacques Belocier, fils du receveur des tailles. Il 
mourut d'assez boime heure, car on voit sa femme veuv^e dès 
juin 1006. Celle-ci lui survécut jusqu'en 1619. Cette année, 
le 5 septembre, elle fut inhumée à Saint-Benoit, quoique 
morte à Saint-Pavin, paroisse à laquelle elle avait fait un 
don de 20 livres. Huit ans avant de mourir, elle avait uni la 
plus jeune de ses fdles, Marguerite, âgée de vingt-deux 
ans (2), à une famille qui remplit alors l'histoire de l'Anjou' 
de son nom et de sa bruyante notoriété, la famille des 
Bautru. 

Voici cet acte de mariage inscrit sur les registres de la 
paroisse Saint-Benoit : 

ce Le 10 febvrier (1611), furent espousés par nioy, curé 
de Saint-Benoist, noble M'^ Jehan Bautru, sieur des Matras, 
baillif de Vendosme, de la paroisse de la Magdalène, et 

(1) Marguerite Iloyau, veuve Claude Le Divin, sieur du Tronchay, 
conseiller au Parlement de llennes, légua une somme de iOO livres 
à la fabrique de Saint-Pavin-la-Cité, pour l'entretien de services à 
célébrer en l'octave do la Fête-Dieu, dans la dite église. 

(2) On voit Marguerite marraine, paroisse Saint-Germain, en KXO 
et en UilS. 



136 LES TYPES DES PERSONNAGES 

damoiselle Marguaritte Le Divin, de ceste paroisse ; pré- 
sens: Noble Jacques Le Divin, escuier, conseiller à ce 
siège, et M® Anselme Poignant, prebtre. » 

Jehan Bautru était fils de Jean Bautru des Matras , 
avocat au Parlement de Paris, un des trois célèbres frères 
Bautru, qui firent tous souche de gens d'esprit (1). 

Jean Favocat , commença la renommée de sa famille. 
Antoine Loisel, passant en revue les grands avocats de son 
temps, parle ainsi de Jean : 

« Bautru voloit d'une plus grande aisle qu'eux tous ; je 
ne diroy point qu'il fust plus docte qu'aucun d'eux ; mais il 
avoit la langue mieux pendue, et, s'il faut le dire, plus 
angevine » (2). 

Ménage, originaire d'Angers, il est vrai, disait que les 
grands rieurs de son temps, parmi lesquels il n'a garde de 
ne pas placer un des Bautru, étaient Angevins. Bautru, 
ajoute Loisel, <( s'advançoit sans doubte aux plus hauts 
degrés de sa profession, si la mort ne l'eust prévenu au 
miheu de son esté » (3). 

(1) Voir sur la généalogie des Bautru : Ménage, Vitae Pétri Œrodii 
et Guillelmi Menagii^ 1675, in-i*», pp. 176, 339 ; Tallemant des Réaux, 
édition de 185i, in-8', l. II, p. 327 ; }il. Vo\% Dictionnaire de Main^- 
et-Loire, et M. Jal, Dictionnaire criti(jHe,a\i nom de fJaiitru. — L'avocat 
Jean était fils aîné de Maurice, premier lieutenant de la prévôté 
d'Angers. Il eut pour frères : 1» René Bautru des Matras, assesseur 
au présidial d'Angers, mort à Paris le 6 mars 1028, père de Charles, 
chanoine d'Angers, prieur des Matras, d'Adam^ escuier, seigneur de 
Cherelles, marié à M*'''* Amys, liile de Salomon, conseiller de Bretagne 
et de Christoplile, escuier, seigneur de la Bouillerie ; 2" Guillaume 
Bautru des Matras, conseiller au grand conseil et grand rapporteur 
de France, i)ére du fameux bouffon de la cour de Louis XIII, dont 
M. Kerviler a écrit la vie, en me faisant l'honneur de me la dédier. — 
Ménage, leur compatriote, et le Ménagiana ont établi largement la 
réputation spirituelle et burlesque des Bautru. Tallemant a dit de 
même (II, 32*2) : *( On a remarqué de toute la race des Bautru qu'elle 
est naturellement bouffonne ». 

(2) Dialogue des aduocats^ édition Dupin, 1884, in-12, p. 134. Voir 
aussi Lacroi.x du Maine, Bibliothèque françoise, 

(3; Il mourut en 1580. 



DU ROMAN COMIQUE 187 

C'est de cette race, à la langue bien pendue et à la prompte 
riposte, qu'était né Jean Bautru, le mari de Marguerite Le 
Divin, qui n'a guère compte parmi les membres de sa cé- 
lèbre famille parce que, comme son père, il fut arrêté 
dans sa carrière au milieu de son été ou môme dès son 
printemps. Bailli de Vendôme ou du duc de Vendômois (1), 
il lie s'était guère éloigné du lieu d'origine de sa famille. 
Les Bautru étaient originaires de Chahaignes, sur les con- 
fins du Maine et du Vendômois, et deux clos de vigne de 
cette paroisse portaient le nom de clos des Matras, et clos 
de Bautru. Suivant Thabitude du temps, l'épouse de Jean 
Bautru, Marguerite, comme toutes les jeunes femnics d'alors, 
viiit faire ses couches chez sa mère ; aussi vovons-nous ses 
enfants inscrits sur les registres de la paroisse Saint-Pavin-la- 
Cité, qu'habitait Marguerite Hoyau ('2). Le 8 mai ou 18 mars 
161(3, Louise fut tenue sur les foiits par noble François 
Legras, conseiller au grand conseil, et demoiselle Louise 
Lelarge, femme de Jaccpies Le Divin, frère de Marguerite ; 
le 27 juin 1617, Marguerite, tenue par Félix Legras et 
Marguerite Houeau ; le '23 septembre 1G18, Jehaii, eut pour 
parrain noble Jacques Belocier , receveur des tailles du 
Maine, beau-frère de la mère, et pour marraine Marguerite 
Le Corvaisier (3). Cette fois le père est appelé maître des 
reiiuètes de la maison de la reine ; le 7 mars Kî^O, Thomas 
est présenté sur les fonts par noble Félix Legras, conseiller, 
et par Marie Corvaisier. 

Nous sommes là au milieu de tous les grands noms des 
familles de robe du Maine. J'insiste sur ce point, alln de 

(1) .luge i\o Wndôine, dit Ménage. 

• 2) Le nom do la mère déteint sur la fille, qu'on appelle parfois 
Marguerite Hoyau ou Houeau, au lieu de Marguerite I.e Divin. 

(3) Cette même année le 7 octobre 1618, en la parois.so du Crucifix, 
Marguerite est marraine d'un fils d«' son frère Jacques, le lieutenant 
particidier ; elle a pour compéro le prévôt provincial Harhe. 



138 LES TYPES DES PERSONNAGES 

montrer dans quel milieu Scarron a placé ses personnages, 
et de bien faire voir qu'on n'a pas affaire à de petites gens : 

« Ce sont tous bons bourgeois ayant pignon sur rue ; » 

Qui plus est, ce sont tous gens nobles ou anoblis, ou ayant 
des prétentions à la noblesse. 

Jean Bautru, qui dans l'acte de baptême de son dernier 
enfant est dit noble , était de noblesse de fraîche date. 
Son contemporain Bodreau dans ses Coutumes du Maine 
(p. 320) , le dit anobli. Il survécut peu à cette distinc- 
tion, qu'il devait sans doute à la faveur dont jouissait 
auprès de Marie de Médicis celui des membres de sa famille 
qui remplissait alors, à la cour, le rôle qu'allait, bientôt 
après, y jouer Boisrobort. 

Le 29 mai 1620, mourait au Mans dans la paroisse Saint- 
Pavin-la-Gité , la paroisse parlementaire par excellence , 
« noble Jehan Bautru, sieur des Matheras » ; il fut inhumé 
aux Cordeliers. Il s'éteignait encore bien jeune, alors que la 
fortune lui souriait et lui présageait un brillant avenir, avant 
d'avoir vu tous les siens dans leur plein éclat, et d'avoir pu 
entendre Guérin de la Pinelière, dans la préface de son 
Hyppobjle en 1635, célébrer l'éloge de ces Bautru « (jui 
devaient devenir l'admiration des seigneurs et des princes 
et les délices de toute la cour. » 

Marguerite Le Divin se trouvait veuve et complètement 
libre, sans grands parents, après neuf années de mariage, 
à trente ans environ, le temps des passions violentes, IVige 
critique pour les âmes et les corps en peine, l'âge des 
fennnes mises à la mode par Honoré de Balzac. La jeune 
veuve était bien posée dans le monde. Son frère Jacques, 
écuyer, époux de Marie Leiarge, était conseiller au siège 
présidial du Mans, lieutenant particulier, et un des prin- 
cipaux personnages de la cité. On le voit, ainsi que Margue- 
rite, entouré des plus grands noms parlementaires du 



m: ROMAN COMIQUE 139 

Maine, les Legras, les Le Gorvaisier, les Bélocier, les Barbe. 
Un de ses enfants fut tenu sur les fonts par l'évoque du 
Mans, Charles de Beaumanoir, un autre par son beau-frère 
le grand prévôt provincial Barbe, qui eut pour commère 
Marguerite Le Divin. La jeune douairière chargée de Fédu- 
cation de ses enfants n'apparaît désormais qu'assez rare- 
ment sur les registres de Tétat civil en qualité de marraine 
dans diverses paroisses (l). 

Ses enfants curent des destinées diverses. Louise entra 
parmi les religieuses Ursulines nouvellement établies au 
Mans et mourut le 3 octobre 1G42, à l'âge de vingt-six ans. 
Le 30 novembre 1G39, paroisse Saint-Pavin, mourait noble 
personne Thomas Bautru, un de ses fils, qui n'était pas en- 
core parvenu à sa vingtième année. 

J'ai longuement parlé du compérage du 26 avril '163-4 : 
Scarron brillant écuyer, protégé et commensal de l'évéque, 
avait été certes admis d;ms la société des Le Divin et des 
Bautru. 

Le jeune abbé était alors j)lus ingambe qu'en 1641, et 
plus en élat do jouer un rôle dans quelque chapitre de folies 
amoureuses. La veuve de Jehan Bautru, supportant avec 
peine l'ennui d\m long veuvage, fière de ses formes arron- 
dies et putiMées, cpii donnaient à sa petite personne une 
apparence de jeunesse et un beau reste de fraîcheur, laissa 
peut-être échapper alors cpielques soupirs, ou quelques 
regards complaisants à l'adresse du jeune cavalier, admis 
dans sa maison et camarade de ses fils. Celui-ci, pour qui des 
beautés plus jeunes ne se montraient pas apparemment 
cruelles (et en particulier Mademoiselle Coquille), trouvant 
Madame Bouvillon sur le retour, lit .sans doute la .sourde oreille 

(i) Lo ii inar.s 1627, demoiselle Mar{»uerilo Le Divin, veiivtî de 
defTiint M. du Matras, est iiiarraino, paroisse Saint-Hilaire, de Michel 
Uiardeaii. En 1()28 (IT» f»>vri«M') elle e.^^t marraine de Marthe de Longueil, 
hlh* du hailli de la prévôté. Eu novend>re 161^7, elle est marraine, 
à la Couture, d'une fille d'Antoine Desaulnay. avocat. 



140 LES TYPES DES PERSONNAGES 

à ses avances ; cela dut lui valoir les rancunes de la « grosse 
sensuelle, dont la langue n'épargnait pas son prochain ». 
Pour se venger à son tour, le malin Scarron, qui, une fois en 
colère, n'y allait pas de main morte, témoin la Baronéide^ la 
Juliade, la Mazarinade, etc., aura fait la caricature et la 
charge de Marguerite Le Divin et en aura composé le 
portrait burlesque, qu'on lit dans la seconde partie du 
Roman (1). 

La pauvre femme prêtait peut-être à la moquerie : les 
contemporains qui ne s'effarouchaient pas d'un bon mot, 
fut-il gaulois, n'avaient eu garde sans doute de ne pas pro- 
noncer son nom à la façon de Marie de Médicis. Scarron, 
méchant comme un singe, profita de tout cela pour s'en 
donner à cœur joie et dauber sans pitié sur sa victime. Il 
est vrai que M*"® Bouvilion, comme nous le verrons, était 
morte plusieurs années avant la publication du Roman, et 
que la rancune posthume de Scarron, bien que n'étant pas 
charitable, perdait cependant de son venin. 

Qu'était en réalité le caractère de M'"^ Bautru dans le 
monde? Voilà ce qu'il est regrettable d'ignorer. Lors de son 
décès les registres de sa paroisse la (jualifient de « très 
honnête et très pieuse damoiselle ». 

Je sais que la mort a le don de purifier bien des fautes, 
et qu'à lire les épitaphes d'un cinielièrc on croirait qu'il n'y 
a eu sur la terre que des saints ; cependant en faisant la 
part aussi large que possil)le à la louange en faveur d'une 
paroissienne d'importance, et de la reconnaissance à l'égard 

(1) On lit partout qu'on s'aperçoit à la deuxième partie du Uouian de 
l'influence des vertus de M*"'''- d'Aubi^zné sur l'esprit de Scarron. On 
ne s'en doute guère, au contraire, en lisant entièrement l'épisode de 
M"« Bouvilion. Celle (fui n'avait cpie le titre de sa femme et lui servait 
de secrétaire aurait dvi alors rougir en transcrivant le récit de cette 
aventure un peu salée. Mais il y avait longtemps ipie le Roman était 
composé quand Scarron s'unit à la jeune François ; celle-ci n'eut pas 
à marquer de son infliience une (cuvre dont la comi)Osition avait 
[•recédé son mariage. 



DU ROMAN COMIQUE 141 

de SCS dons et ceux de sa famille, on ne peut s'empêcher 
de croire que M">o Bautru était accompagnée d'une bonne 
odeur de vertu et d'honnêteté. Le portrait qu'en a tracé 
Scarron pourrait doue bien n'être rien moins que ressem- 
blant. Elle pouvait être la plus grande diseuse de riens qui 
ait jamais été, abuser de la permission que se donnent les 
femmes de parler quand même, et en sa (jualité de femme 
d'un IJautru et de Mancelle ne pas épargner ses voisines et 
les déchirer à coups de langue. Gela est très vraisemblable, 
et, eu égard aux habitudes locales, ne préjudicie pas au cer- 
tificat de bonne vie et mœurs que lui décerne son épilaphe. 
Il me semble qu'après ce témoignage posthume on peut 
comparer le portrait qu'a fiut d'elle Scarron à une vraie 
charge d'atelier, et dire (jue le poète, en se vengeant de 
Marguerite Le Divin, n'a pas fait sur ce point un portrait 
plus lidèle que ceux de nos contemporains choisis pour 
têtes de turcs dans le Charivari ou naguèresle Tintamarre^ 
par Cham, Daumier, Gommerson ou bien aujourd'hui par 
Forain ou Garan d'Ache. 

Nous savons ti'op peu de chose d'elle pour insister outre 
mesure. 

Le 16 mai 1^)41, Marguerite Le Divin, dame des Matras, 
tint sur les fonts du Grucifix, avec Adam, sieur de la Touche, 
un fils de René \a^ Gamus, sieur de La Fuve et de Louise 
Le Divin. Six mois plus tard, le 17 novembre de la même 
année a lieu le mariage» de son fils Jacijues, fils et unique 
héritier de son mari Jean de l^autru, écnijer^ sur lequel 
nous en dirons plus long dans un instant, avec Marie 
Marest, mariage qui, d'après nous, est celui dont ])arle 
Scarron dans son roman, et montre bien la considération 
dont jouissait la famille (l). 

Marguerite Le Divin ne survécut pas longtemps à ce ma- 

(I) Il fut précédé d'im conlrat dressé le 10 octobre 1641, devîint le 
notaire Marin Pingault. 



142 LES TYPES DES PERSONNAGES 

riage de son fils. Elle mourait le 4 juillet 1645, âgée de 
cinquante-six ans. Elle fut inscrite sur les registres de 
décès de Saint-Pavin-la-Gité, sa paroisse, avec la qualité de 
très honnête et très pieuse damoiselle, comme pour pro- 
tester h l'avance contre les moqueries de Scarron. En 
présence de cette date du décès de Madame Bautru. on voit 
qu'on est loin de l'époque que les deux clefs assignent à la 
vie et à la mort des personnages de leur choix, loin de 
cette date de 1709 fixée par la clef de l'Arsenal comme 
terme à la vie de M"»® Bautru (1). 

La mort même marche plus vite qu'ailleurs dans cette 
famille Bautru, dont il nous faut maintenant mettre en scène 
l'autre génération. 

Jacques Bautru, le fils de M^'« Le Divin qui se mariait au 
Mans le 17 novembre 1641 à Marie Marest, ce fils sur lequel 
elle s'était conservée une grande autorité parce que tout 
le bien de la maison venait d'elle, (les Bautru étant plus 

(1) Le nom de Le Divin se perpétua plus longtemps que celui des 
Bautru. Le fils du frère de Marguerite, mort en 1617 et inhumé dans 
la chapelle du château de l'Essart, fut lieutenant particulier, comme 
son père. De nouvelles alliances eurent encore lieu entre les Le Divin 
et les Marest. Le nom de Le Divin s'éteignit cependant, dès avant le 
milieu du XVIII* siècle, par le décès de dame Marie-Anne Le Divin, 
épouse de Messire Charles Bouteiller de Chataufort, morte le 17 août 
1749 à l'âge de K) ans. — On trouve au milicfi du X.V1I» siècle ces 
vers inédits de M. Le Divin, lieutenant particulier de la sénéchaussée 
du Maine, inscrits sur un feuillet de garde des Remarques sur la 
Coutume du Maine de Louis des Malicottes (IG57, in-foHoj. 

« Il est de nos autheurs comme de la monnoye 

Dont il ne reste pas le moindre échantillon : 

Car n'estant plus de mise il faut qu'on la renvoyé 

Eschanger au billon. 
Tous nos vieux sont muets et ne peuvent répondre : 
A l'esclat du nouveau ils sont esvanouis. 
On met tous leurs escrits» comme l'argent, refontlre 

Pour avoir un Louis. 

M. Le Divin, lieutenant i)articulier 
de la sénéchaussée du Maine. » 



DU ROMAN COMIQUK 143 

chargés d'esprit que d'argent), n'eut pas une longue carrière. 

11 était de fraîche date conseiller au Parlement de Rouen, 
mais il revenait chaque année hors de son semestre de 
service revoir Le Mans, où on le trouve plus d'une fois 
parrain. Le 15 novembre 1644, dans la paroisse de la 
Couture, celle de sa femme, où ils habitaient, avait lieu 
le baptême de sa fille Marie (1). Le J6 juillet 1647, 
lorsqu'il tint sur les fonts Marie, fille de Jacques Amiot, 
avocat et de Rose-Marie Hoyau, il est dit ce messire Jacques 
de Botru » (2). C'était un personnage. On lit à la date du 
44 mai 1643 du Journal de d'Ormesson, publié par M. Ché- 
ruel : « Le grand maistre à l'armée avait voulu donner 
à M. de Champlastreux, intendant de justice, un intendant 
des finances et des vivres sans aucune despendance, contre 
l'ordre, qui estoit le fds de Bautru, conseiller à Rouen, nou- 
veau depuis deux ans » (3). 

Le 25 juin 1648, M. Bautru fut parrain avec demoiselle 
la présidente de Monthéard (paroisse Saint-Pierre-l'Enterré). 
Depuis 1643 on ne rencontre que des actes de notaire concer- 
nant le jeune ménage. Le Parlement de Rouen, établi par un 
édit de janvier 1641, avait été rendu (( semestre », c'est-îi-dire 
que chaque conseiller n'exerçait sa charge que pendant six 
mois. Jacques Bautru avait dès lors sa véritable résidence 
au Mans où sa fonune ne cessait d'habiter ; aussi le voit-on 
plusieurs fois lui donner procuration, avant de quitter Le 
Mans, pour la gestion de ses biens (4). 

(1) Marie (Je Bautru, fille do .lacques Bautru, ùcuyer, conseiller an 
parlement de Rouon, et de dame Marie Marest, parrain Nicolas Marest, 
écuyer président, et demoiselle Marguerite Le Divin. 

(2) Le 17 mars 1047, on lit dans les registres de la Couture : mort du 
iacquais de M. Bautru, nommé par sîi seigneurie Tannye. 

(IV) Journal de d'Ormesson, publié dans les Documents inédits^ t. II, 
p. 821. Au mois d'octobre 1048, avait lieu le décès de M. Bautru des 
Matras, chanoine d'Angers. 

(4) Voir aussi de Merval, Catalogue et Armoiries du parlement de 
Rouen, 1867, in-4«, qui (page 67) indique la date de 1643, comme celle 



iM LES TYPES DES PERSONNAGES 

La jeune mariée était riche non-seulement en terres mais 
en argent. Ils font de nombreux prêts, c'est-à-dire des 
constitutions de rentes pour parler le langage du temps. 
Le partîige des biens du président Rolland Marest et de sa 
femme Marie Joubert, entre leur fille Marie et ses cohéri- 
tiers Charles Riclier, époux d'Anne Marest, et Rolland 
Marest, donna lieu à de nombreuses contestations, toutes 
existantes encore en minutes aujourd'hui. Ces actes n'ont 
rien à démêler dans le Roman ; ils indiquent seulement la 
richesse de l'héritière du président. 

Jean Bautru mourut de bonne heure, le 23 septembre 
1652, antérieurement à la publication de la deuxième partie 
du Roman Comique, où il est explicitement question de lui. 

Le 16 août 1653, sa veuve, qui désormais réside sans 
interruption au Mans, faisait procéder à l'inventaire des 
meubles dépendant de la succession de son mari et de leur 
communauté. 

Quant à Marie Marest, cette jeune veuve fille du président 
au présidial du Mans, elle était née le 18 mars 1601), paroisse 
Saint-Pierre-la-Cour (1). Elle est la jeune mariée qui « s'é- 
bouffe de rire » au risque de scandaliser même sa belle- 
mère, Marguerite Le Divin. La mort de sa mère, inhumée 
paroisse de la Couture lo 12 mai 1639, l'avait rendue orphe- 
line à la veille de sa majorité (2). 

où Jacques lîautrii, ac(|iut l'oflice tin consoillor au parlement de Rouen. 
Avant lui, à la date de lOil» (pa<rf; iM)) il indicfue comme conseiller, 
le ci.'Iébre Guillaume Hantru, sieur de Serrant, qui sans doute céda 
son olTice à sou parent Jacques. Ce Jaccpies portail : d'azur ati chevron 
d'argent accompagné de 3 roses de rnêinc^ d'une tcle de loup arrachée 
aussi d'argent. 

(1) '( f.e \H mars l()(H) a été baptisée par moy, curé de Saint-IMerre, 
soul)signé. Mari»», tille de noble Koland Marais, président en ce siéjîe, 
et dhonorable demoiselU.' Marie Joubert , son épouse, et est sou 
parain honorable Joubert, sieur de la Hoclie, contrôleur en cette 
élection, et sa marainc, honorable Marie Marais, fenmie de M. Marin 
Aniellon. » 

(2) Elle avait pour frère Nicolas Marest qui succéda, à son père au 



DU ROMAN COMIQUE 145 

L'année qui avait précédé son mariage, elle avait tenu 
sur les fonts, le 29 juin 1040, une des illustrations du Maine, 
Bernard Lamy fils d'Alain Lamy, sieur de La Fontaine et 
de Marie Masnier, et le 15 octobre, Marie, une des filles du 
prévôt Neveu, sieur des Étrichés. Le 10 octobre 1641, elle 
signait son contrat de mariage rédigé par le notaire Michel 
Bugleau. Le 17 novembre 1641, paroisse de la Couture, 
son parent, vénérable et discret M^ Pierre Amellon, prêtre, 
archidiacre de la cathédrale et promoteur de M?*" du 
Mans (1), avait célébré soft union avec feu noble Jacques 
Bautru, le fils de Marguerite Le Divin. Le contrat avait eu 
lieu le 10 octobre. Elle avait alors vingt-deux ans. (Je 
spécifie l'âge de tous les personnages pour mieux montrer 
comment les clefs ont fait fausse route.) Veuve de bonne 
heure, comme sa belle-mère, Marie Marest, continua d'ha- 
biter au Mans. Elle ne parait pas avoir eu d'autres enfants 
de son mariage que Marie Bautru, née en 1644. C'est elle 
qui est la belle-mère de M. Bailly dont parle une des deux 
clefs du Roman (2). Sa fille Marie, eut en efi'et pour époux 
Messire Charles Bailly, chevalier, soigneur de Saint-Mars- 
de-Locquenay, conseiller du roy, son maître ordinaire des 
comptes à Paris. Le 16 octobre 1663, les jeunes époux fai- 
saient baptiser paroisse Saint-Nicolas, une fille, Marie, qui 
avait pour marraine sa grand'mère, dame Marie Marest, 

présidial et pour sœur Anne, mariée dés 1631, a Charles Richer de 
Monthéard, fils de Jacques et d'Antoine Barbe. 

(1) Le chanoine Pierre Amellon était (Us du jurisconsulte manceau 
Marin Amellon, marié à Marie Marest de Laval. (Voir Ilauréau Histoire 
littéraire du Maine, t. I, p. &1 ; Ménage, Histoire de Sablé, 2°»" partie, 
p. 212). 

(2) Le 29 novembre l()5^i, elle pailage les biens de la succession de 
ses père et mère, tant en son nom que comme ayant la garde noble 
de Marie de Bautru sa fille. En 1646 avait eu lieu le partage de biens 
de Marin .loubort. Prés de 3(J ans plus tard, on trouve encore le nom 
de Marie Marest, veuve de J. Bautru, conseiller du roi, inscrit sur les 
registres des remembrances des fiefs du Mans dépendant du mar- 
quisat de La vardin. (;4rc/iit'es de /a. *?ar//<e, £89(1679-1697). 

10 



i4G LES TYPES DES PERSONNAGES 

veuve de Messire Jacques Bautru, alors âgée de cinquante- 
qualrc ans. En 1698, elle est marraine, le 1'2 avril à Saint- 
Vincent, de Simon-Louis de Blanchardon. Elle était alors la 
plus vieille des personnes réelles du Roman Comique. Ses 
nombreux actes d'acquisition ou de prêt qui la concernent 
prouvent (ju'elle était parvenue à une grande situation de 
fortune. 

La jeune épouse sa fille, noble dame Marie de Bautru, 
fenmie Bailly, n'eut pas de longs jours (1). Elle mourait à 
vingt-huit ans, en 1672 et fut enterrée le 13 avril au.\ Gorde- 
liers. Elle mourut sans doute en couches ; car le '25 avril, 
paroisse Saint-Nicolas, on voit baptiser Françoise^ fille de 

Messire Charles Baillv et de feue dame Marie de Bautru. 

Cette enfant eut pour marraine une parente de sa mère, 
Marie Marest, femme de Jacques Le Divin. Les morts vont 
vite dans cette famille. Nous voyons s'éteindre en 1672, la 
deuxième génération de Bautru qui suit M'"^ Bouvillon, 
Marguerite Le Divin ; cependant nous sommes loin encore, 
de 1709, date donnée par une des clefs comme étant celle 
de la mort de Théroïne du burlesque roman de Scarron. 

Ces morts successives ont pu être une des causes même 
de Terreur des clefs et des rajeunissements qu'elles ont fait 
subir aux personnages. Elles ont conserv(» cependant le 
souvenir du nom primitif de Bautru, allié à celui i\e^ Bailly, 
comme elles l'ont fail. pour le nom de Denisot. En gai'dant 
ce souviMiir traditionnel, elles n'ont pas fait fausse roule. 
Les détails (|ue j'ai donnés montrent (|ue Marguerite Le 
Divin, veuve de Jean Baulru, a vécu juste au temps de 
Scarron, (lu'elle a été en rapport avt^c lui, et (pi'en fin de 
compte les événements (ju'il a accommodés, dans son 
Roman, au giv de son imagination ont bien pu avoir pour 



(1) 1.0 24 janviiM' IGlil, elle avait oncoro été marraiiio avec Nicolas 
Marest ()rési<leiit. 



DU HOMAN COMIQrE 447 

cause quelque aventure de cette famille Bautru, dont tous 
les membres semblent voués à la boufîonnerie. 

J'aurais désiré donner celte preuve aussi complète que 
pour Ragotin ; mais, on peut le dire, Denisot achève de 
rendre Madame Bautru plus vraisemblable, et de détruire 
les réserves qu'on aurait pu être tenté de faire à cause de 
son âge. Le godenot, le chevalier grotesque des jeunes 
comédiennes, n'est pas lui-même plus jeune que Madame 
Bautru ; ils peuvent aller de' compagnie. I/un s'est marié 
en 1613, l'autre en 1611. Les deux personnages font 
la paire. 

Quand Scarron se décida à publier son Honian, Madame 
Bautru était morte depuis six ans déjà, de sorte (jue les 
contemporains ne la trouvant plus là poiu* pouvoir en rire, 
se rejetèrent sur le compte de sa fille et de sa petite-fille, 
confondirent les Bautru avec les Bailly leurs descendants, 
comme on peut dès lors se l'expliquer facilement (1). 

Je n'irai pas plus loin dans la descendance de Madame 
Bouvillon. Avec Marie Bautru, femme de messire Charles 
de Bailly, le nom de riiéroine est éteint. Poursuivre cette 
généalogie, ce serait franchir le mur de la vie privée, ce 
serait imiter les provinciaux du XV'lïI*' siècle (jui avaient 
plaisir à englober partout les nobles descendants et les 
nombreuses branches de celte famille, bien comme, dans les 
ridicules dont Scarron avait si libéralement doté leur 
ancêtre. Charles de Bailly, conseiller du roi, Fépoux de 
Marie de Bautru, ancien maître des comptes à Paris, cheva- 
lier, seigneur de Sain t- Mars la-JUière, ne mourut qu'en 
1708. Ses descendants au reste sont faciles à connaître. 
Dans la seconde moitié du XVIII*^ siècle, une des femmes 

(l) Scarron lui-même semble parfois vouloir dépister les contem- 
porains : il (Ut que .M»"' IJouvillon (conduisait .*4a Ijru dans son pays de 
Laval ; cétaient les ancêtres paternels de la jeune Marie, Marie Marest 
qui étaient de cette ville et non pas M'"« Bouvillon. On pourrait s'y 
tromper de la façon dont parle Scarron. 



iAS LES TYPES DES PERSONNAGES 

les plus distinguées de la société mancelle, dont le souvenir 
n'est pas encore éteint aujourd'hui, et dont le buste char- 
mant et à la bouche railleuse, sculpté par Fernex, est une 
des plus belles œuvres du Musée du Maus, n'était autre 
qu'un des membres de cette famille, Louise-Marie Bailly de 
Saint-Mars, mariée le 27 août 1740 à M. de Fondville. 
Aurait-on pu croire que le nom de cette gracieuse et spiri- 
tuelle femme se rattachât à l'histoire de Madame Bouvillon ? 



CHAPITRE V 



MONSIEUR DE LA GAROUFFIÈRE 
JACQUES GFIOUET DE LA GANDIE, CONSEILLER 
AU PARLEMENT DE BRETAGNE 

M. de Ia Garouffiêre. — Portrait de ce jeune conseiller du parlement 
de Rennes. C'est le Benjamin de Scarron qui l'a peint con amore et 
auquel il a attribué ses idées personnelles en littérature. — C'est 
Jacques Chouet de la Gandie. Sa famille, sa vie, ses parents, ses 
descendants. -- Prétentions nobiliaires de certains membres de la 
famille Chouet. — Querelles de famille. — Parfaite identité de son 
portrait et de celui de M. de La Garouffiêre. 

Autour de M'"<^ Bouvillon se groupent d'autres comparses 
que son fils et sa belle-fille Le carrosse dans lequel elle 
arriva en Thôtellerie où étaient logés les comédiens, et où 
sa rencontre avec eux donna lieu h de joyeuses aventures, 
contenait sept personnes, parmi lesquelles Scarron a peint 
con amore Monsieur de La Garouffiêre. C'est pour ce per- 
sonnage (qu'il nous faut maintenant identifier), qu'il a mis 
en réserve toutes les tendresses de son pinceau ; tandis 
qu'il a peint en laid tous ses autres héros manceaux, qu'il a 
fait la caricature de Ragotin, de M™*' Bouvillon, de M. de La 
Rappinière, du curé de Domfront, du révérend père Gifflot, 
il a peint complètement en beau et sans ombres le conseiller 
au Parlement de Rennes, et nous l'a présenté comme un 
homme d'esprit, de sens, de jugement, un membre de la 
société polie et lettrée du temps, digne de figurer parmi 
« les honnêtes gens » de l'hôtel de Rambouillet. 

Qu'est-ce donc que M . de La Garouffiêre que les clefs ont 



150 LES TVPKS IJKS PERSONNAGES 

complètement laissé de côté, très probablement parce qu*on 
ne trouvait chez lui aucun ridicule à faire rejaillir sur ses 
descendants. Quel personnage réel se cache derrière le 
nom d'emprunt de ce sénateur breton ? 

Ce nom de La Garouffîère, qui, au dire de l'auteur, a lui 
fait croire qu'il était plutôt Angevin que Breton », était tout 
simplement iManceau Sciirron n'avait pas eu l)eaucoup de 
peine à le trouver, pas plus du reste qu'il n'en avait eu pour 
travestir celui de Bourillon en Bouvillon, à propos de 
Marguerite Le Divin. 

Le nom de La Garouffîère était alors celui de ces coteaux 
de l'ancienne paroisse de Sainte-Croix qui dominent Le 
Mans , et qu'on a appelés depuis Gazonfière. C'est ainsi 
(ju'on les trouve désignés alors et qu'ils Tétaient bien avant 
Scarron. Samson Bédouin, le moine de la Couture du XYI^ 
siècle, dont j'ai publié les NoëU, parle de bergers prenant 
leurs joyeux ébats à leur entrée au Mans : 

« Tant que de Garouffîère 
On eust ouv le son. » 

• 

On rencontre souvent ce nom dans les Archives des 
chanoines de Saint-Julien. Dans l'état si curieux des biens 
qui fut dressé en 1636, lors de Tenquète du conseiller 
Nevel(*t, on voit indiqué: « Le lieu et hordage de 
Garouflièro, cy-devant appartenant à M'*^ Charles du Tron- 
chiiy et île pi'ésent à ses héritiers ; le lieu de Garouffîère 
tenu par maître Robert Brindeau, chanoine de Saint-Julien, la 
maison, le pressoir de La (iaroufhère. » Ainsi un des biens 
fonds du cha[)itre se trouvait à la porte du Mans, sur ces 
cottniux de Garoullièr«\ alors pres(|ue coniplèlement plantés 
de vignes ; il était tenu par un des confrères de Scarron, et 
le gai chanoine^ y était allé s;ms doute plus d'une fois goûter 
le vin (lu ci*u dans ses promenades. Ce nom lui vint tout 
naturellement à la bouche lorsiiu'il voulut dénommer dans 



DÛ ROMAN COMIQUE 151 

son Roman un des Manceaux dont il avait gardé le meilleur 
souvenir. 

Voici les signes auxquels nous pouvons reconnaître 
M. de La Garouffière. Nous savons qu'il s'agit d'un jeune 
conseiller du Parlement de Rennes, proche parent du tuteur 
de la belle-fille de M'»« Bouvillon, honnête homme et des 
plus considérés du pays, qui avait appelé les comédiens h 
venir jouer en visite dans sa maison (1). 

« Un peu parent aussi de la femme de La Rappinière, il 
avait de l'esprit, et ne se croyait point homme de province 
en aucune manière, venant d'ordinaire hors de son semestre, 
manger quelque argent dans les auberges de Paris, et pre- 
nait le deuil quand la cour le prenait ; ce qui bien vérifié et 
enregistré devait être une lettre non pas de noblesse tout 
à fait, mais de non bourgeoisie, si j'ose ainsi parler. De plus 
il était bel esprit » ("2). 

C'était l'attrait de son bel esprit, son goût pour le théâtre 
et la poésie, (jui avaient dû bien disposer Scarron en sa 
faveur, et le déterminer à rechercher sa société au Mans, 
dans cette province éloignée de la place Royale, du Cours 
et de Ninon, et qu'il considérait comme un lieu d'exil, 
nonobstant ses poulardes et ses chapons. 

Ayant toujours donné un beau rôle à M. de La Garouffière 
dans son livre, l'auteur du Uo)nan Comique n'a pas du 
chercher à dérouter ses lecteurs dans la peinture qu'il en 
a faile. 

Puisqu'il le dil conseiller au parlement de Rennes, c'est 
qu'apparemment M. de La Garouffière avait bien réellement 
un siège à ce parlement. Les Manceaux « sénateurs bre- 
tons » ne courent pas les rues, de sorte cju'il ne me parait 

(l) Ce personiiîifîe est sans doute, comme on le verra plus loin, le 
lieutenant général Le Vayer, parent, en effet, de M. de La Garouflière. 
(*2) Homan (Comique, H, p. 13. 



152 LES TYPES DES PERSONNAGES 

pas impossible dès lors de découvrir le vrai nom du per- 
sonnage. 

Précisément à cette époque, parmi les conseillers de 
Rennes mêlés à la grande société parlementaire, aux jurandes 
familles de robe du Mans, il est un nom qui s'adapte par- 
faitement au type mis en scène par Scarron, celui de 
Jacques Ghouet, sieur de la Gandio. 

La famille des Ghouet était originaire du Perche. Le 
premier que Ton connaisse d'une façon un peu certaine 
Jean, sieur de Vaumorel, s'était marié en 1573, à Mortagne, 
et avait allié une de ses filles, dit-on, à un Gatinat (1). Un de 
ses fils, Zacharie, se maria également h Mortagne et eut 
de Renée Leroy trois fils et une fille; il quitta le Perche 
pour se transporter dans le Bas-Maine. Il devint maître 
de forges à Ghailland (département de la Mayenne), de 
concert avec Henri de Lorraine, duc de Mayenne (2). 
J^e 18 juillet 1609 il acquit la terre de la Gandie, en Monte- 
nay, dans la môme région. En 1023 il obtenait le brevet de 
l'un des cent gentilshommes ordinaires de la maison du 
roi, ce qui lui conterait l'anoblissement (3). Il faisait signifier 
aux habitants l'acquisition qu'il venait de faire de cette 
charge, afin d'être exempt de la taille et des droits de francs 
fiefs, et de donner enfin une base aux i)rétentions à la 
noblesse qu'il élevait depuis longtemps, et qui furent l'objet 
(le tant de contestations dans sa famille. Zacharie tut tué 

(1) (iiiillelnHiie Ghouet fut la mère do M. de Catinat, conseiller au 
parlement de Paris, père du maréchal, dont le tombeau est à la 
chapelle de l'hôpital de Mortagne. 

(2) Voir les [)ièces généalogiques des Ghouet à la Bihliothèque du 
Mans. « Il prit de M. Henri de Lorraine, duc de Mayenne, les 
grosses forges à fer de Ghailland et d'Amlouillé. » 

(3) Les lettres de provision à M. Zacharie Ghouet, écuyer, sieur des 
Fourches, de la part et état de l'un des cent gentilshommes ordinaires 
de l'ancienne bande des cent gentilshommes ordinaires de la maison 
du roi, lui furent accordées par Gabriel Xom|)ar de (^aunmnt, 
chevalier, capitaintî de la dite bande, vacante par la mort tle Jean du 
Puy, sieur de Vauxellos, et sont datées de Paris, le l<^f mai I62^L 



DU ROMAN COMIQUE 153 

d'un coup de canon au siège de La Rochelle, le 3 octobre 
1628 (l). Ses biens furent, dit-on, partagés roturièremenl ; 
ce partage roturier fut longtemps invoqué par les puînés de 
la famille, qui, à la différence des aines, abdiquaient toute 
prétentioîi à la noblesse, et préféraient s'en tenir aux avan- 
tages, plus réels ])our eux, d*un partage de biens roturier, 
au lieu de l'exclusion dont ils eussent été frappés dans un 
partage fait noblement. 

Jacques Chouet, un des fils de « Zacharie, écuyer, sieur 
des Fourches id do Renée Leroy », est bel et bien M. de La 
Garouflière. Les [)rovisions de conseiller au ParlemcuU de 
Bretagne lui furent accordées le 7 février l(»î2'2 ; sa réception 
eut lieu le '26 décembre de la même année (ti). Bientôt après 
il s'alliail à une des principales familles du Mans, celle des 
Le Vaver. 

Le jeudi 30 octobre et le '23 novembre i&Ib, avait lieu 
devant M<^ Franruis Guyard, notaire royal au Mans, paroisse 
Saint-Nicolas, la signature et la ratification de son contrat 
de maiiage avec Anne l,o Vayer (3). La mariée, âgée de 

(1) H fui inhumé en Siiinl-Uermain-le-(luillaunie. où <»tait située inie 
terre lui appartenant. 

(■2) Procuration ad resiijnandunt du 17 îioût 1021, tlonnéc par Maître 
Nicolas lie Vilantrois de son office de conseill(*r non orijiinaire au 
parlement de IJretajrne, p<Mir et en faveur de Maître .lacques Chouet. — 
Quittances, du V,i dëcendjre hril, de 200») livres, payées i»îu* .1. Chouet, 
jKjur le droit de marc d'or du même office. — I.ettres de provision 
à lui acconhVs par Sa Majt'sté. le 7 février 1622, de la charge de 
conseiller en son parlement île llretaj^Mie. — Acte de réception dans 
ledit office, du 2fi décemhre IG22. 

(^h Anne Le Vayer était stiMir : l" de René, sieur de la Davière, 
deuxième lieutenant général, marié le 2*2 septembre lOh), à Umiée 
Vas.se, et (|ui devint inlen»lant d'.Vrtois ; 2" d«^ l'Yan(;ois, sieur du 
Tronchet, marié à Uené») Lehoindre du (iros Chesnay. Voir Extrait de 
iagénéahfiie dt.' la fninille Le Vatjer, (impriméi, par l'abbé Pichon, 
Cette alliance îles Chouet et des Le Vayer tend à fair»; croire, j«? l'ai 
dit, i\\u- U) tuteur de Marie Marest, cpii donnait U' bal chez lui. à 
raison île son mariag*», et qui était parent de la Garouflîére, appartient 
très probabhMncnt à la célèbre familU? des Le Vayer. 



154 LES TYPES DES PERSONNAGES 

vingt-un ans (elle était née le 25 août 1604, paroisse du 
Crucifix), appartenait à la famille des Le Vayer, si célèbres 
dans le Maine et qui compte des illustrations dans les 
lettres, comme dans la jurisprudence et l'administration. 
Elle était fille de feu noble François Le Vayer, sieur de la 
Timonière et de demoiselle Marie Lemaître, qui assistait sa 
fille au contrat passé dans sa maison. Il demeurait alors 
paroisse du Grand-Saint-Pierre. Jacques Ghouet, sieur de 
la Gandie, conseiller au parlement de Bretagne, est dit 
demeurant au lieu seigneurial de la Cicorye, paroisse de 
Saint-Germain-le-Guillaume. 

Jacques est dit lui-même noble dans ce contrat comme 
dans l'acte de célébration du mariage ; son père, Zacharie, 
sieur des Fourches, y prend la qualité d'écuyer. 

C'était pour Jacques Chouet une alliance d'élite, qui pla- 
çait le jeune conseiller du parlement de Rennes parmi les 
personnages les plus importants de la ville ; on voit signer 
à son contrat, les Le Vayer, les Vas.se, les Le Gras, les 
Richer, les Portail, les Le Divin, les Dagues, les Aubert, 
etc., etc. 

Le 23 novembre 1625, en la paroisse de Saint-Pavin-la- 
Cité, était célébré le mariage des deux fiancés par Michel 
Bonouvrier, prêtre de la paroisse, en présence de François 
de l'Abbaie et de noble Le Vayer, lieutenant généi'al. 

Le Mans devint dès lors pour Jacques Chouet son pays 
d'adoption, el on l'y voit désormais résider en dehors de 
ses semestres de service. C'est là qu'on voit naître ses 
entants, d'abord dans la paroisse de Saint-Pierre-l'Enterré, 
plus tard dans la paroisse de Saint-Benoit, où il habitait au 
temps du séjour de Scarron au Mans. 

Le 10 juillet 1628 il fait baptiser un (ils paroisse Saint- 
Pierre-l'Enterré. Il en fait baptiser un autre en 1632. 
Quelques années plus tard il avait transporté sa demeure 
paroisse Saint-Benoit. C'est là que naissent ses autres 
enfants : un lils le 21 mai 163 i, une fille, Anne, tenue le 



DU ROMAN COMIQUE 155 

12 juillet 1642, par noble Michel Le Vayer, et par dame 
Marguerite sa mère. C'est avec cette famille qu'il est le 
plus souvent en relations. Le dernier juillet 1631 il tient sur 
les fonts de Saint-Nicolas, Anne, fille de son beau-frère 
François Le Vayer et d'Elisabeth Leboindre (1). 

On voit qu'il est tout à fait contemporain du séjour du 
jeune Sciirron au Mans ; si celui-ci l'appelle jeune conseiller, 
c'est qu'en effet il est plus jeune que la plupart des per- 
sonnages du Roman, que Ragotin, La Rappinière, Madame 
Bouvillon, etc. 

Ce qui indique bien encore que les événements, auxquels 
l'auteur fait allusion, se sont passés beaucoup plus tôt qu'on 
ne l'a cru jusqu'alors, c'est (jue, dès la fin de 164^3, Jacques 
Chouet avait vendu son office de conseiller au parlement de 
Bretagne 62,000 livres à M^*^ Jean Lefebvre, et ne figure 
plus dès lors que comme conseiller vétéran dudit parlement. 

Le 26 décembre 1()43, des lettres d'honneur et de vété- 
rance lui furent en effet accordées par Sa Majesté, pour faire 
l'exercice et jouir des honneurs et prérogatives dudit office, 
nonobstant la résignation qu'il en avait faite en faveur de 
M***» Jean Lefebvre, sans toutefois participer aux droits, 
émoluments et gages attribués audit office (2). L'enregistre- 
ment de ces lettres patentes, nommant M. de la Candie 
conseiller honoraire en la cour du parlement de Bretagne, 
eut lieu au greffe le 4 janvier 1644. 

Son alliance avec les Le Vayer explique comment il pou- 
vait être un peu parent de M"^ de La Rappinière. La qualité 

(1) l.e 27 février l()3i, Jacques Chouet est parrain avec Renée Vasse, 
femme du lieutenant général Le Vayer. 

(2) Par ces lettres le roi, voulant favorablement le traiter pour le 
niérile de ses services et do la fidélité et afîection qu'il a toujo\irs 
portées au bien de ses affaires, h permet et accorde que nonobstant la 
résignatif^n faite, .lacques Chouet puisse prendre la qualité de conseiller 
en ladite cour, et continuer l'entrée, séance, voix et opinion délibé- 
rative, et jouir lies honneurs et prérogatives qui appartenaient à son 
office, ainsi qu'il le faisait avant résignation b. 



156 LES TYPES DES PERSONNAGES 

de conseiller au Parlement de Rennes, le fait se trouver 
tout naturellement sur la route de Bretagne , dans le 
carrosse de la jeime mariée, fille du président du présidial 
du Mans, originaire de Laval. 

Il est probable que Scarron a entendu parler dans son 
Roman d'un de ces Le Vayer, qu'il avait dû connaître 
de bonne heure, par iM'»'' de Hautefort. 11 dit que le bal 
de noces de la jeune mariée et du fils de M'"*' Bouvillon, 
était donné par le tuteur (lisez le subrogé-tuteur) de la 
jeune mariée, un des principaux bourgeois du Mans, qui 
avait sa maison de campagne non loin de la ville et qui était 
parent de M. de La Garouffière (1). M. le conseiller de 
Bretagne, Jacques Ghouet de la Gandie était en effet marié 
à une Le Vayer (2). 

Le Le Vayer auquel fait allusion Scarron est le lieutenant 
général François Le Vayer , époux d'Elisabeth Leboindre 
du Gros-Ghesnai, reçu avocat le 12 janvier iOîH, mort pré- 
maturément le 23 septembre 1049 (3), ùgé de trente-deux 
ans environ et qui tint une grande [)lace au Palais conmie 
dans la ville. Je m'arrête, sinon j'en viendrais à passer en 
revue toute la grande société du Mans , du temps de 
Scarron. 

(l) Roïtian (Jonii(jno, I"*" f)artie, (îliapiliv.» XX.1. 

ri) S'il no s'iiî^i.ss;ait pas rl'mi Lo Vayer, il s agirait alors irun Le Divin 
et la inaisoii «le <'ani|»a^iie st;rait l'Kssart ou les Ktrieliés ; mais à 
cause de la parenté avo<; les C.houet, il est bien plus probable que 
Searron a visé nu Le Vaver. Il v eût plus d'une, idiianee entre les 
Cliouet et les l^e Vaver. Lu Kraneois Le Vavei' du Troncbav épousa 
Anne Chouet. L'n U\,i\, le dernier juilh^t, Anne, tille de noble Kraneois 
Le. Vayer et d'Llisabetli Leboindre est tenue par .lac(|nes ("houel sur 
les fonts de Saint-Xi(N)las. 

{'h C'(\st à lui «ph; s'adresse l'élojje de Louis des Malieotles ([u'on 
va lire : « Feu M. Le Vay»M , lieutenant }]fénéral, (pie je puis 
«lire avec vérit«'*, «M cfMix «pii l'ont «!oinni 1«> eonllrineront , avoir 
été «le son temps mi s-^i^ond Papinian en la jurispru(]«'nc«î ro- 
maine «»t un secnnil du Moulin «mi la t'ran«jais«? «. Au li«Mi de François 
fils, il pourrait encore étr«' «jueslion «le son pér«% du même prénom 
«pie lui, plus célèbre enc«Dre et é^'alenient lieubMiant jjré né rai, président 
au prési«lial. 



DU ROMAN COMIQUE 157 

Mais ce qui achève de me faire croire à l'identité du per- 
sonnage, c'est ce que dit Scarron : « Il prenait le deuil 
quand la cour le prenait, ce qui bien vérifié et enregistré 
devait être une lettre non pas de noblesse tout à fait mais 
de non bourgeosie, si j'ose ainsi parler. » 

Le malin Scarron faisait allusion aux prétentions à la 
noblesse qu'avait continué d'élever ie fils puîné de Zacharie 
Cliouet, qu'on trouve toujours qualifié de noble bien que 
celte qualité lui fut contestée. C'est ainsi ([u'en 1049, il fut 
imposé au Mans sur le rôle des personnes tenues de loger 
les gens de guerre, charge dont la noblesse était exempte. 
De là, procès de la part de Jacques Ghouet, qui excipa de sa 
qualité de noble, procès dans lequel intervint le parlement 
de Rennes, et terminé, après de curieuses péripéties, par 
deux arrêts du conseil du roi du 16 février 1G50 et du 
16 mars 1661, qui déchargèrent le conseiller honoi-aire du 
parlement des taxes de francs liefs (1). A celte dernière 
date le sieur de la Gandie était bien près de sa fin. 

L'année suivante il décédait, et était inhumé le 13 juin 
1662 dans l'église Saint-Pavin-la-Cilé (2). Les partages de 
sa succession furent faits noblement le 7 septembre 1666, 
entre : 1" René Ghouet (dit écuyer), sieur de Mauny, con- 



(1) Dans le rôle des nobles exempts et prétendus privilégiés de la 
ville du Mans et des taxes sur eux faites, messire Ghouet, sieur de la 
Gandie, conseiller vétéran au parlement de Bretagne, est inscrit pour 
cent livres. — On voit un arrêt du conseil d'Etat du IH février 1G50, par 
lequel Jacques Ghouet fut déchargé de la taxe sur lui faite, tant pour le 
logement des gens de guerre que pour la contribution d'ustensiles, 
avec ordre de le rayer des rôles des dites contributions et de lui 
restituer ce qui aurait été payé. 

(2) Anne Le Vayer, sa veuve, lui survécut. On voit en i()68, Kené, 
leur lîls, le conseiller du roi au grand conseil, demeurant alors à 
Paris; il était alors logé temporairement en la maison de M«"« de la 
Gandie, sa mère, en la paroisse Saint-Nicolas du Mans. {Archives de 
laSarlhe, II. 41). — Jacques Ghouet était mort trop tôt pour avoir pu 
figurer dans Tarsis et Zélie, le célèbre roman de son neveu Le Vayer 
de Boutigny. 



158 LES TYPES DES PERSONNAGES 

seiller au grand conseil, son fils aîné, qui avait obtenu ses 
provisions le 14 mars 1G51 (1); 2<» Jacques Ghouet de 
Mauny, écuyer, sieur de la Gandie, son fils puîné, époux 
de Charlotte Lemore. (Les registres de mariage avaient 
commencé le 31 mai 1665.) 3» Denis, sieur de Vilaine, marié 
le 13 mars 1671 avec une Le Jariel. 4« Anne Ghouet, qui de- 
vait épouser en 1670, Le Forestier et ne mourut qu'en 1719, 
âgée de soixante-dix-sept ans. Le conseiller au grand conseil, 
comme son père, se piquait de littérature et avait hérité de 
son goût pour l'esprit. Il est l'auteur d'une Explication des 
figures^ d^Osiris, d'Iris et autres fausses divinités, par M. de 
la Gandie Ghouet, sieur de iMauny, conseiller honoraire au 
grand conseil du roi. (H. Olivier, 1688.) 

Il est facile au reste de suivre cette famille distinguée, 
dont les membres eurent des destinées diverses et où se 
perpétuent, même au siècle suivant, les contestations rela- 
tives à la noblesse (2). 

(1) L'enregistrement des lettres nommant l'antiquaire et collec- 
tionneur, Messire \\ei\é Chouet de Mauny, conseiller au grand conseil, 
est du 19 décembre 1673. La lettre de CommiUimus lui fut accordée 
en 1(398. 11 habitait au Mans l'hôtel de la Gandie, paroisse Saint- 
Nicolas, d'où est tiré son portrait qui se trouve à la Bibliothèque de 
la Société d'Agriculture de la Sarthe. — En 1661, nouvelle atteinte 
porlée à la noblesse de Hené Chouet. Aussi, le 7 février 1661, présente- 
t-il requête à (in de se faire déclarer exempt de toutes taxes, tant 
par sa qualité de gentilhomme que comme oflicitM' de cour souve- 
raine ; il est reçu appelant et opposant à la taxe du don f,a'aluit et 
ceinture de la reine. Un arrêt du conseil d'Etat ordonne qu'il 
soit rayé etbiiïé du rôle des taxes, du don gratuit et autres impositions 
qui seraient faites dans Ix ville du Mans. — .\u reste, des lettres du 
roi datées de mars 1660, étaient venues accorder aux membres et 
officiers du parlement de Bretagne, les privilèges ci-devant accordés 
aux conseillers et secrétaires de la maison du roi et couroimc de 
France. — Ces dilTérents actes furent recueillis avec grand soin par 
ceux de ses héritiers qui prétendaient à la nobless»* transmissible. 

(2) Un arrêt du ^2i février 1674 déchargea Hené Chouet, sieur de 
Mauny, du droit d'affranchissement des fiels et terres nobles par lui 
possédées. — Son tils Jacques, sieur de Montbizot, accusé d'usurpation 
de titre de noblesse, fut mainterm dans sa qualité d 'écuyer par l'in- 
tendant Miroménil, le 12 mai 1698. — Les contestations de noblesse 



DU ROMAN COMIQUK 159 

Les trois fils de Jacques firent souche de trois branches 
qui devaient longtemps perpétuer le nom de Ghouet, mais 
dont Tune, par la faute d'un de ses membres, déchut de la 
haute fortune à laquelle était parvenu M. de La Garouffière. 

Jacques Ghouet ne devait pas être le premier venu pour 
s'être attiré aussi vivement les sympathies de Scarron ; il 
faut bien reconnaître aussi que ce sont ses propres idées que 
Scarron fait exprimer par M. de La Garouffière. Gependant, 
pour l'avoir choisi comme interprète de ses jugements 
littéraires, il fallait qu'il ne l'eût pas en médiocre estime. 
En voyant aussi le goût que le conseiller breton manifeste 
pour les Nouvelles espagnoles, pour celles de Michel de 
Gervantès en particulier et pour le Don Quichotte, on se 
prend h se souvenir des conseils que Gabart de Villermont 
prétend avoir donnés à Scarron pour l'introduction de 
Nouvelles espagnoles dans son Roman et à soupçonner que 
Scarron a bien pu prêter à La Garouffière bon nombre 
d'opinions littéraires de son ami et commensal. Quoi qu'il 
en soit, .lacques Ghouet parait bien, lui aussi, avoir été 
un des amis d(? Scarron qui l'a distingué parmi tous ses 
compatriotes. Il a été tout miel pour lui, en reconnaissance 
sans doute et de son bel esprit et de Taccueil qu'il avait 
reçu chez les Le Vayer, qui, ne l'oublions pas, étaient 
parents de M™® de Hautefort. 

Les contemporains avaient gardé comme un souvenir 
confus de ce nom de Ghouet de la Gandie, attaché aux 

étaient fréquentes. Denis, avocat du roi nu bailliage et présidial du 
Mans, marié à Marie Le Jariel, le 13 mars 1671, vit sa noblesse contestée 
par son collègue, Adam Drouet, avocat du roi comme lui au Mans, 
et linit par obtenir un arrêt du parlement de Paris, du 19 mars 1675, 
qui le maintenait dans la qualité de noble. 

.ïusqu'à la lin de lancien régime (1784), on voit les descendants des 
différentes brandies de cette famille demander la décharge des droits 
de francs-tiefs, fondée sur une prétendue noblesse d'origine, et les 
intendants et le conseil résister le plus souvent à leurs prétentions, 
les charges de conseillers aux parlements des provinces n^attribuant 
point une noblesse transmissible. 



160 LES TYPES DES PERSONNAGES 

personnages du Boman Comique. C'est de la sorte que nous 
expliquons celte mention singulière de la clef du Mans : 
« Mademoiselle de TEstoile, fille de M. Chouet de Villaines 
et de la dame de la Gandie son épouse. » La comédienne 
L'Estoile transformée en une demoiselle du Mans, et en 
une fille de M. Chouet de Villaines et de la dame de la 
Gandie, qui ne furent unis qu'au XVIII« siècle, est-ce assez 
ruisselant d'inouïsme ! N'est-ce pas le comble de l'invrai- 
semblance et de l'impossible? (1). Eh bien, derrière toutes 
ces erreurs, il y a comme une dernière lueur de la vérité, 
un dernier vestige de la tradition, le nom de Chouet de la 
Gandie avait survécu comme celui d'un personnage mis en 
œuvre par Scarron. Ne sachant auquel de ses masques attri- 
buer ce nom traditionnel , les malins du XVIII'' siècle 
l'avaient attaché à la charmante figure de M''^ de l'Etoile. Il 
a fallu que plus de deux siècles et demi s'écoulent, depuis 
les burlesques événements du Roman, avant qu'un ami de la 
vérité vint débrouiller tous ces fils d'Ariane, porter rétro- 
spectivement la lumière dans cet étiange imbroglio, et devi- 
ner ce passé parfois plus indéchiffrable qwe l'avenir. 

Je ne veux pas quitter les Chouet sans en dire plus long 
du fils aîné de Jacques Chouet, René Chouet de Maulny qui 
occupe une place dans l'histoire liltéraire du Maine. Il est 
l'auteur, je viens de le dire, de V Explicalioa des figures 
de Jxipiiei\ (VOsiris et d'his et autres fausses divinités, par 
M. de la Gandie Chouet de Mauny, conseiller lionoralre au 
tjrand conseil, (avec une austère préface dédiée à Louis XIV), 
Le Mans, H. Olivier, 1088. Le célèbre antiquaire Uni aussi 

(1) Aune Clnniel, fille do M. «le la (laiulie, mariée en KiST) avec 
Denis I)avicl Deschanips, vivait encore après I7;i(). M<'*'<' de Villaines, 
fille de Denis Chouet de Villaines, procureur du roi, éclievin en 172*2, 
et lie Anne Suzanne de Courloux, se maria en 171IÎ. — En 1()97. a 
lieu la sommation respectueuse, le 10 janvier, par M""'= Marie-Amie 
Chouet, majeure, pour épouser M. llichei- de Monihéard. Leui' contrat 
de mariage fut signé le 12 janvier 101)7. 



DU ROMAN COMIQUK 1()1 

une des premières places parmi les collectionneurs man- 
ceaux. A sa mort il laissa une collection romarquablo de 
médailles, de lOI tableaux de maîtres italiens et autres, 
d'objets d*art et de tapisseries. 

Son testament du 20 mai 1720 , nous montre qu'il eut 
deux fils, Jacques-René Ghouet, sieur de Montbizot, marié 
le 14 décembre 1694 à Marie- Anne Aubert, et qui ne sut 
pas conserver sa fortune, et Jérôme-François Ghouet, sieur 
de Poyer. Ses deux filles moururent religieuses. Son 
arrière-petit-fils, Denis-François Ghouet, écuyer, mari de 
Marguerite Marest, mort en 1710, eut une fille, Marguerite- 
Françoise, épouse de M. Charles Roland de Ghennevières, 
conseiller au présidial, qui occupa un rang élevé dans la 
société du Maine au XV1II« siècle et ne mourut, sans laisser 
d*enfants, qu'à la veille de la Révolution. 

Un autre fils de M. de La Garouffière, Denis, écuyer, 
conseiller et avocat du roi au présidial, chef de la branche 
des Ghouet de Villaines, épousa Marie Le Jariel le 21 avril 
1671. Sa fille, Marie- Anne Ghouet, majeure, fit le 12 janvier 
des gemmations respectueuses à son père pour se marier 
avec M. Richer de Monthéard, dont le contrat de mariage 
avec elle fut rédigé le 12 janvier 1697. Le 18 octobre 1711 
eut lieu l'inventaire des objets trouvés après le décès de 
M. Ghouet de Villaines. Un autre enfant de Denis Ghouet, 
nommé Denis, comme son père, épousa Anne-Suzanne de 
Gourtoux. Il en eut deux filles: l'une, dite Mademoiselle de 
Villaines, qui vivait encore en 1786; l'autre, Suzanne-Ghar- 
lolte, qui épousa M. François de Maridor, chevalier, et ne 
mourut que le 12 pluviôse an X. 

Le fils de M. de La Garouffière, dont il me reste à parler, 
Jacques Ghouet de la Gandie, écuyer, mari de Charlotte Le 
More, eut de nombreux enfants, dont Anne-Gharlotte, 
mariée à Daniel David Deschamps, receveur des tailles ii 



11 



Wl LES TYPES DES PEKSONNAGES DU HO.MAN COMIQUE 

Mayenne, et Charles-Denis Chouet, qui devint seigneur de 
Chères (1). 

Avec Denis Chouet, cette famille déchut de Tancienne 
fortune de ses ancêtres. Sa branche ne se continua guère 
au-delà du XVIII« siècle, 

Periitqiie ingloriua amiiis ! 

Je m'arrête. Les documents que j'ai entre les mains sur 
les Chouet sont tellement nombreux que je craindrais, en 
parlant plus longuement de leur histoire, de ne pas savoir 
me borner. D'ailleurs, c'est à M. de La Garouffière seul que 
j'avais affaire. 

(1) Sur les Chouet, seigneurs de Chères, Cfr. Revue historique et 
archéologique du Maine, t. 11 (1877) 5» livraison. 



CHAPITRE VI 



LE CURÉ DE DOMFUONT-EN-PASSAIS 
AMBROISE LE RÉES 

Le curé de Domfront. — Ce n'est pas un curé de Domfront dans la 
Cliampagne du Maine, mais de Domfront en Passais. — Le vrai 
curé de Domfront. Ambroise Le Rées, sa famille, sa nièce. — Les 
eaux de Hellesme. — Relations de Scarron avec Domfront par 
Madaillan et l'abbé d'Armentières. 

Je passe au curé de Domfront. Dans la personne du curé 
de Domfront et dans celle de sa nièce nous n'avons affaire 
qu'à des comparses ; mais le type, que Scarron a retracé, est 
trop unique pour que nous ne soyons pas tenté de recher- 
cher à quel perso^nap^e réel il correspond. D'ailleurs il 
importe de rectifier sur son compte l'erreur qu'a conmiise 
feu M. Anjubault et qui a trompé également Victor Fournel. 
M. Anjubault croyait qu'il s'agissait du curé de Domfront- 
en-Champagne, petite paroisse située auprès du Mans ; 
trouvant à la tôte de cette église vers le milieu du XVII»' 
siècle un prêtre du nom de Gomboust, il avait cru se 
trouver en présence de la victime de Scarron. 

11 y avait là une double erreur. Gomboust était trop jeune 
alors pour pouvoir être confondu avec le curé que Scarron 
a mis en scène. De plus Domfront-en-Champagne est une 
trop petite paroisse pour qu'il soit vraisemblable que l'au- 
teur du Roman Comique ait pu songer à elle. Domfront-en- 
Passais, au contraire, par son importance et sans doute 
aussi par sa notoriété légendaire, a dû bien plutôt appeler 



104 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Tattention de Scarron, avide de rencontrer des localités 
vouées au burlesque. On sait que, malgré le renom qu'eut 
dû lui donner la défense héroïque de Montgommery, le 
dicton : 

(( Domfront, ville de malheur ; 
Arrivé à midi, pendu à une heure, 
Seulement pas le temps de dîner, j> 

a valu à cette ville une réputation quasi ridicule. Le con- 
temporain et le rival de Scarron, d'Où ville, n'avait eu garde 
d'oublier cette localité dans ses Contes (1). 

Scarron, d'ailleurs, a dû bien connaître Domfront et y 
aller de Lassay soit avec Madaillan, soit avec d'Armentières. 
Il suffirait au surplus de lire le récit de l'aventure du curé 
pour voir que tous ses dires se rapportent à une localité du 
Bas-Maine. On le voit faire appel à des témoins de Gorron, 
située non loin de Domfront-en-Passais et bien loin au 
contraire de Domfront dans la Champagne du Maine (2). 

En faisant venir le curé des eaux de la Herse (3), on dit 

% 

(1) Voir L Elite des Contes du sieur d'Onvilley édition Ristelhuber, 
chez Lemerre, 1870 ; conte Lxvi, D'un curé de Domfront, pp. 208-210. 

(2) On sait quo les témoins de (iorron avaient une répntation de 
véracité fort mauvaise ; on connait le dicton : 

« Gorron, petite ville et grantl renom 
Quatre témoins pour un oignon. » 

Dans les Contes d'Eutrapel, édition llippeau, II, 138 (Jouanst), on 
voit le messager du Maine à Paris apporter « quatre ou cin(j pochées 
de falcitez et appellations comme d'abus de Gorron. » 

(S) Los registres du chapitre nous montrent les chanoines du Mans 
allant .souvent au.x eau.v de la Ilerse, anx portes de Bellesme. Loret, 
dans sa Gazette, nous parle de M'»' de I.ongnovillc allant faire une 
cure à Heilesme. Ces eaux, qui devaient sans doute leur vertu à la 
quantité d'arsenic qu'elles contiennent, ont bien perdu de leur répu- 
tation qu'elles avaient dès l'époque romaine. Mais la Ilerse est toujours 



DU ROMAN COMIQUE 165 

aussi qu'il re\ient d'un lointain voyage, ce qui n'eut pas été 
vrai s'il se fut agi d'un lieu tout voisin du Mans. Nous 
trouvons ausjsi à Montreuil-le-Ghélif le nom de M. de 
Laulne, qui ne devait pas être venu aux oreilles d'un curé 
de Domfront-en-Champagne , tandis que le lieu de son 
habitation pouvait le faire naturellement connaître du héros 
de Scarron, qui pouvait passer par Sillc ou Fresnay pour se 
rendre dans sa cure du Passais. 

Le curé de Domh'ont, la victime dont Scarron avait siuis 
doute dû rire plus d'une fois à la table de l'évéque du Mans 
à cause d'une de ses aventures grotesques, était alors 
Ambroise Le Rées. Je suis allé dans la capitale du Passais 
Normand pour m'enquérir dans les n^gistres de l'état civil 
des principaux faits relatifs à sa vie. 

Ambroise Le liées, prêtre curé de Domfront en Passais, 
à savoir de Saint-Julien et de Notre-Dame-sur-l'Eau, bache- 
lier de la faculté de théologie, a mis son nom et sa signa- 
ture en tète du registre des baptêmes de sa paroisse, le 
dixième jour de septembre 1638. 

(( Ad majorcm Dei gloriam : Je certifie tout ce qui est 
contenu dans ce livre estre vray et sans aucune fraude ny 
tromperie, en tesmoing de (fuoi j'ai mis et apposé mon 
seing. » 

11 signe d'une écriture tremblante (jui indique son âge 
avancé. Le surlendemain il baptise Etienne, fils de Etienne 



un lieu rie promenade très fréquenté à cîiuse de la beauté de son site 
et de la prciriouse inscription de sa fontaine : 

APHBODISIVM 

DUS INFKIIIS 

VENKRf 

MARTI ET 

MERCVRIO 

SACRVM 



166 . LES TYl'ES DES PERSONNAGES 

Le Rées, sieur de la Massardière (aliàs de la Semaizière), 
docteur en médecine et de damoiselle Julienne Pothier. 
Parrain : Etienne Le Rées, docteur en médecine. Marraine : 
Gilberte, femme de J. Pothier, avocat à Domfront (1). 

Cette Julienne Pothier, marraine, signe sur les registres 
d'une écriture grossiôre, indiquant qu'elle est peu habituée à 
tenir la plume (2). On y voit souvent son nom figurer à côté de 
celui d'Ambroise Le Rées. C'est là probablement la nièce du 
curé, dont il est question dans Scarron. Elle avait sans 
doute du prêter beaucoup à rire à Scarron, pour qu'il en fit 
le portrait ridicule que Ton sait. 

Le dernier baptême qu'ait célébré Ambrois Le Rées est 
du 24 mai 1655. Le 29^ registre des Insinuations ecclésias- 
tiques (3) mentionne en effet sa mort à la fin de ce mois. 
Son successeur fut pourvu le 4 juin 1655 ; la cure était à la 
présentation de l'abbé de Lonlay. 

Les registres de baptême mentionnent après lui François 
Ponchard, comme curé de Téglise de Domfront. 

Ce (jui a donné à Scarron l'occasion de connaître Dom- 
front, c'est qu'il avait fréquenté ce pays soit en allant voir 
son ami Madaillan, seigneur de Lassay , soit en allant à 
Lonlay voir Henry de Conflans, marquis d'Armeutières , 
l'amoureux de M'*° de Lavardin, qui é[)onsa le comte de 
Tessé, soil surtout le Irère cadet Eustache de Conflans, 
Tabbô (l'Aniientières, pourvu de la riche abbaye de Lonlay. 

On a i)arlé des relations de Scarron avec Armand do 
Madaillan, qiù remontent à sa jeunesse et les montrent 

(IjEii l<)i*J, AinhroisJî Le liées si^nie un acte de baptême où figure 
comuu; niarraiue Suzanne de la Sij^oigne, épouse de Jacques l)u]>out, 
lieutenant [)articulier de la vicomte. - Le li octobre 16i(), il présidait 
à l'iidunnation dKlienne Pailuau. sieur du Kresne, élu par le roi en 
cette vicomte. 

i'2) On la voil notamment, 1«^ '2D janvier H>4i, marraine avec («uillaume 
Pothier. écuyei', sieur de la Denaye, secrétaire du roi et assesseur au 
siège de Domlrout. 

'3i .\rclnves de la Sartlie, |)|). ii et <>('». 



DU ROMAN COMIQUE • 167 

compagnons de plaisirs (1) ; je ne m'arrêterai donc pas à 
répéter ce qu'on a raconté sur ce point. 

Parlons plutôt de Tabbé. Il avait été pourvu en commende 
par une bulle du pape Urbain VIII, du 14 décembre 162Î). 
Sa nomination par le roi, ses lettres épiscopales, etc., sont 
inscrites au registre des Insinuations ecclésiastiques du 
diocèse du Mans, à la date du 13 février 1G26 (2). Il dut con- 
server son abbaye jusqu'au commencement de 1039, c'est- 
à-dire jusqu'à la mort de son frère, épo(|ue à laquelle, deve- 
nu l'aîné de la famille, et marquis à son tour, il renonça au 
petit collet. Ses goûts, comme ceux de Scarron, n'étaient 
guère ecclésiastiques. Il aima de bonne beure le théâtre pour 
lui-même et pour les comédiennes. Avec le jeune Bense- 
rade, x^ il quittaient la Sorbonne où leurs parents voulaient 
qu'ils étudiassent l'un et l'autre, et cela pour aller presque 
tous les jours à l'hôtel de Bourgogne, où se trouvaient leurs 
inclinations la Valiote et la Bellerose ». Ce jeune seigneur 
était fait pour être l'ami de Scarron, et l'attirer souvent du 
côté de Domfrorit, qu'il est ainsi naturel de voir connu par 
le jeune protégé de l'évéque du Mans. 

Il faut avoir soin de ne pas confondre le curé de Domfront 
avec son homonyme le théologien manceau François Le 
Rées (3). 

(l)Voir .sur les Madaillan, Histoire d'un rievx château de France 
iMontataire), par le l)aroii de Comié, Pari.s, Picard, 1883 ; M. Cam[Kijj;ne, 
Histoire de la Maison de Madaillan, Hergerac, iii-i", xi et liH paj^^es ; 
Dictionnaire de la Mayenne, t. 11, p. 741, et les différents ouvrages 
sur Lassay du ujarquis de Heaucliesue. 

(2) Voir Registres des Insinuations ecclésiastiques, à cette date, f** 425. 

(3) Le théolopieu t'ranyois Le Uées, auteur du Ciirsus philosophicus 
(Paris, (luillemol, 1642, 3 vol. in-8"), appartenait à la famille du curé 
de Domfront. Le 26* registre des Insinuations ecclésiastiques mentionne 
les-capacités et les lettres de tonsure de Trançois Le liées, celles-ci 
datées de 1626 et insinuées en 1635. Cfr. 26» registre des Insinuations 
ecclésiastiques aux Archives de la Siirtlie, p. 90. On y voit encore 
figurer François Le Rées à la date de \ij.Vl. Cfr. aussi llauréau. 
Histoire littéraire du Maine, VII, 162. 



CHAPITRE VI [ 



L'ABBESSE D'ÉTIVAL. — CLAIRE NAU 

Claire Nau abbesse d'Étival. — La Renaissance catholique au premier 
tiers du XVII« siècle et les réformes de Claire Nau. — Désordres et 
« irrégularités ». La révolte de 1636-1637 et Charlotte d'Étampes. — 
\jes constitutions de 1637. Dernières résistances. La régularité. — 
Scarron et l'abbesse d'Étival. — Le père Gifflot, directeur discret de 
l'abbaye. — Les dernières années de Claire Nau. Sa coadjutrice 
Marie de Kerveno et la nouvelle abbesse Charlotte d'Étampes. 

Nous arrivons à la vieille abbesse d'Étival, qui n'est autre 
que Claire Nau, et au révérend père Gifflot, « directeur 
discret de Tabbaye i» (1). 

Claire Nau avait été pourvue en 1627 de la dignité 
d'abbesse en Tabbaye d'Étival-en-Charnie, devenue vacante 
par la résignation faite en sa faveur par sœur Henriette 
d'Espinay Saint-Luc, qui s'était retirée aux Feuillantines. 
Elle était étrangère par sa naissance au diocèse du Mans et 
religieuse professe on Tabbaye du Pont-aux-Dames (ordre 
de Citeaux) (2). Elle venait donc d'une abbaye cistercienne 
pour entrer dans une abbaye de Bénédictines, soumises à 

(1) Lliistoire do Tabbaye d'Ktival n'a jamais ètû écrite complètement 
jusqu'à ce jour. Dom Guilloreau, bénédictin de Solesmes, a publié 
récemment les premières pages de cette histoire. Il est à craindre 
que son oeuvre soit interrompue par suite du départ de France des 
Bénédictins, qui sont allés chercher en Angleterre et ailleurs un pays 
plus hospitalier pour eux (fue le nôtre. 

(2) Voir V .\l)ba\f(i 'tu Pont-aïuc- Dames (ordre de Citeaux, paroisse 
de Gouilly, diocèse de Meauxi, par M. Derlhault, in-I^, 1878. — Il y a 
cité le nom de (iilaire Nau vers 1()'21 (p. 228). Voir f)our les régies de 
l'Abbaye, pp. I^ii et suiv. et p. '244. 



LES TYPES DES PERSONNAGES DU ROMAN COMIQUE 169 

des règles bien moins austères. Le registre des insinuations 
ecclésiastiques, à la date du 29 avril 1628 (p. 147 v<>) ren- 
ferme la bulle élogieuse du pape Urbain VIII qui l'institue 
comme abbesse en date des ides de mai 1627, et les lettres 
du roi qui confirment cette institution. 
Voici d'abord la bulle du pape : 

« Urbanus episcopus, servus servorum Dei, dilectae in 
Christo filiae Glarae Nau, abbatissae monasterii monialium 
beatae Mariae Deslival Cenomannensis diocesis, salutem et 
apostolicam benedictionem. 

Inter solliciludines varias quibus assidue premimur, illa 
potissimum puisai et excitât mentern nostram ut circa sta- 
tum ecclesiaruni monasteriorum omniumque vacalionis 
incommoda deplorare noscuntur, solerte intendentes ne illa 
ob diulinam eorum vacationem in spiritualibus et tempo- 
ralibus detrimenta sustineanl, quantum nobis ex alto per- 
mittitur, salubriter providere curemus. Gum itaque monaste- 
rium monialium beatae Mariae Destival ordinis Sancti 
Benedicti Cenomanensis diocesis , cui dilecta in Christo 
filia Henrietta Despinoy, ipsius monasterii abbatissa, nuper 
praeerat, ex eo quod dicta Henrietta abbatissa regimini et 
administrationi illius ac omni et cuicumque juri et actioni 
sibi in illis vel ad illa quomodolibet competenti per dilectum 
filium Joannem Marchant, clericum pictavensem, procura- 
torem suum ad haec ab ea specialiter constitutum, hodie in 
manibus nostris sponte et libère cessit, nosque cessionem 
hujusmodi duximus admittendam vacaverit et vacet ad 
praesens. 

Nos cupientes eidem nionasterio, ne longae vacationis 
exponatur incommodis de persona secundum cor nostruin 
utili et idonea, per quam circumspecte régi et salubriter 
dirigi valeat, providere ac sperantes quod tu que, ut asseris, 
de nobili génère procreala ac in Irigesimo tuae aetatis anno 
constituta et ordinem Cisterciensem in monasterio monia- 
lium ejusdem beatae Mariae de ponte Dominarum, vulgo du 
Pont-aux-Dames, dicti Cistcrciensis ordinis Meldensis dio- 
cesis, expresse professa exislis et cui apud nos de religion is 
zelo, vitae munditia, honestate morum, spiritualium provi- 



170 LES TYPES DES PERSONNAGES 

dentia et temporalium circumspeclione aliisque multipli- 
cium virtutum doiiis, fide digna testimonia perhibentur, 
dicto monasterio esse quanta dilectis filiis venerabilium 
fratrum nostrorum archiepiscopi Parisiensis ac Genoma- 
nensis et Sagiensis episcoporum officialibus per apostolica 
scripta mandam, quantus ipsi vel duo aut unus eorum per 
se vel alios seu alias tibi in adipiscenda possessione seu 
quasi regiminis et administrationis bonorum primodicti 
monasterii auctoritate nostra assistentes faciant tibi a con- 
ventu praesentis obedientiam et reverentiam congruentes 
ac a dilectis filiis vassalis et aliis subditis primodicti mo- 
nasterii consueta servitia et jura tibi ab eis débita intègre 
exhiberi contradictores, auctoritate nostra appellatione post- 
posita, compescendo nonobstantibus piae memoriae Bonifacii 
papae VIII et pracdecessoris nostri et aliis apostolicis 
constitutionibus, ac monasterii et ordinis primodictorum 
juratorum confirmatione apostolica vel quavis firmitate alla 
roboratis statutis et consueludinibus (juibuscumque aut 
si conventui vassallis et subditis vel quibusvis aliis, comiter 
aut divisim, ab eadeni fit sede indultumque interdici vel 
excommunicari non possint per litteras apostolicas non 
facientes plenain et expressam ac de verbo ad verbum de 
induite hujusmodi nnentionem. Nos enini tibi ut postquam 
primodicto monasterio praeficeris a quocumque njalueris 
catholico Antistite gratiam dictae scdis Benedictionis reci- 
pere libère valcas, ac eidom Antislili ut numino praeson- 
tium tibi impendere licite possit, facultatom conccdimus 
per praeserites, vohunus aut quae idem autistes qui tibi 
muiius ()raescutium iiDpoiulet anlecinam illud til)i impen- 
dat il te uostro et Koiiianao ecclesiae noniino fidelitatis 
(lebitae solitum recipiat juratuni juxta lonnam, quam sub 
Bulla nostra mitliuuis introclusam ac formani jurati hujus- 
modi (juod praeslabis nobis dt^ verbo ad verbum, |)er 
tuas [)alentes Miteras tuo sifrilio munitas, per pi-o|)rium 
Nuntium (juantocitius destinare procures. Quodrjue per 
haec venerabili tVatri nostro episcopo Cenomanensi poteris 
plurimum utilis ac fructuosa, iLH\\w a quomodovis excom- 
municationis, suspensioriis et interdicti aliisque eccle- 
siasticis senlentiis, censiu'is et [xenis a jui'c vel ab homine, 
quavis occasione vel causa latis. Si quomodolibet innodata 



DU ROMAN COMIQUE 171 

existis ad effectuni presentium duntaxat consequendum 
hacque série absolventes et absolutam fore, censentes mo- 
nasterio primo dicto cujus et illi forsan annexorum fructus, 
redditus et proventus viginli quatuor ducatosque auri de 
Caméra, secunduin communem iestimationem , valorem 
annuuin ut et asseris non excédant sive ut premittitur sive 
altero quovismodo quem et si ex illo quaevis generalis re- 
servatae et in corpore juris clausa résultat praesenti- 
bus volumus pro expresso aut ex alterius cujuscumque 
persona semper liberam cessionem dictae Henrieltae abba- 
tissae vel cujusvis alterius de regimine et administratione 
primodicti monasterii, in Romana curia vel extra eani, et 
coram notario publico et testibus sponte factani aut consti- 
tutionem felicis recordationis Joannis papae XXII praedc- 
cessoris nostri quae incipit Execrabilis vel asseeutionem 
alterius beneficii ecclesiastici quavis auctoritate collati vacet 
et si tanto tcinpore vacaverit, quod ejus provisio juxta 
Latoranensem slatutaconcilii (aut alias canonicas sanctiones 
ad fidem apostolicam) devoluta existât, et illa ex quavis 
causa ad sedom eamdcni spécial is vel generalis pertineat, 
eique cura jurisdictionalis duntaxat immineat ac super esse 
regimine et administratione intcr aliquos seu illorum 
possessorio vel quasi moleslia cujus statum et praesentibus 
lierls volumus pro expresso pendant indecisa summo tem- 
père datque pelentium non sit primodicto monasterio de 
abbatissa canonice provisnm, et saltem medietatis dilecta- 
rum in Christo liliarum conventus primodicti monasterii 
ad haec accédât assensus, cum annexis juribus et pertinen- 
tiis suis de persona tua apostolica auctoritate providem. 
Teque illius nbbatissam praeficimus curam primodicti mo- 
nasterii ac hujus regimen et administrationem tibi in spi- 
ritualibus et lemporalibus plenarie committendo, cui pri- 
modictum monasterium ordinariojure subesse dignoscitur 
nullum irnposterium praejudicium generetur. Quodque 
ante(|uam regiminis et administrationis possossionem seu 
quasi iulipiscaris de secundo dicto monasterio et ordine 
Gistercienci ad primodictum monasterium et ordinem sancti 
IJenedicti hujusmodi domno iahibi parvet, arctior vigeat 
observantia regularis te transferas iilumque gestes babitum 



172 LES TYPES DES PERSONNAGES 

qui in primodicto monasterio geritur et habetur ac illius 
regularibus institutis te confirmare. 

Datae Romae apud sanctam Mariam Majorem, anno Incar- 
nationis Dominicae, millesimo sexentesimo vigesimo septi- 
mo, quinto Id. Maii, Pontificatus nostri anno quarto. » 

Nous reproduisons maintenant la lettre du roi : 

« Aujourd'hui, neufiesme jour du mois d'apvril 1627, le 
roy estant à Paris, dézirant gratifier et favorablement traiter 
sœur Claude Nau, Religieuse professe en Tabbaye du Pont- 
aux-Dames (ordre de Citeaux), désirant de mesme pour les 
bonnes mœurs et autres vertus et intégrités de vye qui se 
trouvent en sa personne. Sa Majesté a accordé et eu pour 
agréable la résignation que sœur Henriette d'Espinay , 
abbesse de l'abbaye Notre-Dame d'Estival, ordre de saint 
Benoit diocèse du Mans, a faicte en sa faveur de ladite 
abbaye, à la réserve toutefïois de la somme de 3000 livres de 
pension annuelle que ladite d'Espinay s'est retenue sa vie 
durant suivant le contenu en sa procuration du sixiesme jour 
du présent mois d'apvril, francs et quittes de toutes charges 
quelconques à prendre sur les fruits de ladite abbaye ; ladite 
Majesté commande d'expédier h ladite Nau toutes lettres 
pour ce nécessaires en cour de Rome, en vertu du pré- 
sent brevet qu'il a voulu signer de sa main et fait contre- 
signer par moy, son ordinaire secrétaire d'estat et de ses 
coannandemens. » 

Signé : Louis, et plus bas, Puilippeaux. 

Noble et révérende mère, Glaire Nau, pi'it possession le 
8 décembre 1G27, non |)as en personne, mais par son pi*o- 
cnreur Malhurin Vallet, prêtre, curé de la paroisse Notre- 
Dame d'Elival, assisté de Jean Prévôt, |)rêlre et docteur 
en théologie, et de Glande Picard, prieur de Saint- Martin 
en Guyenne. La (Cérémonie se fit en présence des dévotes 
et vénérables sœurs Louise Girard, Marie Augouy, Guyenne 
Bautru, Guyenne de Fontenailles, Elisabeth Liger, Julienne 



DU ROMAN COMIQUE 173 

et Françoise Louet, Françoise et Renée Le Roy, Marthe du 
Bouschet, Pétronilie Valori, Louise de Morée, Jeanne de 
Vaugirault, Claude Le Clerc, religieuses professes du mo- 
nastère, et de Marguerite de Saint-Rémy et Anne d'Espinay, 
novices (1). 

La nouvelle abbesse s'associa au mouvement de renais- 
sance catholique qui vint retremper les ûmes au premier 
tiers du XYII^ siècle. Elle voulut à Texemple de ce que 
faisaient madame Acarie, Angélique Arnaud, Charlotte-Marie 
de Gondy au monastère de Poissy , Louise de Marillac 
madame Legras, la mère Marguerite-Marie du Saint-Sacre- 
ment (2), réformer son abbaye et y faire régner le véri- 
table esprit de la vie religieuse par l'observation d'une règle 
plus austère. 

Elle songea à relever le temporel comme le spirituel de 
l'abbaye ; elle fit réparer l'église qui était en mauvais état, 
bâtir la clôture faisant la séparation de la basse-cour avec 
la cour du commun, abattre du bois pour le parloir des 
religieuses, construire un parloir nouveau dans sa maison 
abbatiale (13). Mais elle ne se contenta pas de restaurer les 

(1) « Die Domini octava metisis decemhris i627y nos Mathurinus 
Vallet, presbyter, curatui> parochiae beatae Mariae d'Estival, nec non 
notarius et procurât or ecclesiae jwisdictionis canonial is, — Joannea 
Prevot, presbylcv et doclor theologus, - ac Claudius Picard, in xUroque 
jure Hcentialiis, presbyter, prior Sancti Martini de Marquerot in Aqui- 
tania a déclarent installer « nobilcm et reverendam dominam sororem 
Claram Nan », en présence des dévotes et vénérables sœurs reli- 
fçieuses de ral)baye, de (iuillauine Hrièrc, curé d'Oisseau et des ofli- 
ciers de la juridiction de Sainte-Suzanne, demeurant à Étival. — Ou 
possède d'autres listes des religieuses d'Étival, qui furent faites 
pendant la durée du gouvernement de Claire Nau, Tune en 1G5t), 
l'autre en 165;^ 

(2) Voir entre autres Chantelauze, Saint Vincent de Paulet les Gondi , 
l'abbé Houssave, Le cardinal de Bérulle et Richelieu. 

Ci) Un procès- verbal de visite du 13 août 1629, nous apprend quel 
était alors l'état des bâtiments de l'abbaye. — Les portefeuilles de 
(laignièros contiennent une vue du portail de l'abbaye d'Étival. — 
M. Triger a en outre en 1901 reproduit une vue en couleur de Tabbaye 



174 LES TYPES DES PERSONNAGES 

murs du couvent, elle voulut aussi ralîermir les âmes, ce 
qu'elle ne put faire sans rencontrer de vives difficultés. 
Elle se heurta dès le début à des résistances, à propos des 
grilles et des tours qu'elle lit mettre « aux parloirs et lieux 
nécessaii'es » pour rétablir la régularité dans le couvent et 
elle dut s'adresser à l'évèque du Mans. 

L'abbaye d'Étival était en effet un asile pour les filles de 
grande maison. Elfe avait eu pour abbesse au XVP siècle 
Anne du Bellay, la sœur du grand cardinal. L'introduction 
de cette austérité, de ces règles, dont nous parlerons tout 
à l'heure, n'était pas du goût de ces jeunes femmes qui 
voyaient à regret, même d'un mauvais œil, les idées réfor- 
matrices de la vieille abbesse, sans pitié pour la tiédeur 
des jeunes religieuses. Au reste ces filles de la haute no- 
blesse, des Souvré, des Bellay, des Cossé, des Tucé, des 
Bouille, des Laval, etc., trouvaient que le nom de leur 
abbesse, indiquant une modeste origine, sonnait mal à leurs 
oreilles. « Quelques-unes des moins obéyssantes » ne se 
firent pas faute d'y résister. Il y eut dans l'abbaye discorde 
intestine ; une cabale fut montée contre l'abbesse, ainsi que 
nous le révèlent de rarissimes pièces du temps. 

Sœur Charlotte d'Étampes, religieuse professe de l'ordre 
de Saint-Benoît en l'abbaye de Faremoustier, fit rédiger une 
requête en date du 3 août \ij36y demandant à être pourvue 
de Tabbaye d'Étival soi-disant (( vacante par l' incapacité, 
irrégularité et simonie de sœur Cllaire N.ui » \^[). 

dans Sourenirs de la fête du ii juillet iOOi, à Etival, ^1\) p. grand in-8^ 
L'église Xolre-Datno d'Ktival est en ce nionieiit l'objet de réparations 
qui la sauveront de la ruirie. 

(I) Cf. 20^ registre des Insinuations à la date du juillet 1637 (T^» 1G5 v») : 
« Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, au premier 
de nos aniés et féaux conseillers de iiostre grand conseil, nommé sur 
les lieux, et en cas d'absence.... au premier juge royal salut. — Con- 
cédons par arrest, ce jourd'huy donné en nostre conseil sur la 
requesle en icelui présentée le 7'"* avril 1037 par nostre bien aymée 
sœur Charlotte d 'Estimipes, religieuse professe de l'ordre de Saint 
Benoist , abbaye de Faremoustier, nommée par nous en labbaye 



DU ROMAN COMIQUE 175 

Elle obtint qu'il lui fut permis de prendre possession de 
l'abbaye, même au cas où il y aurait résistance de la part 
de sœur Claire. Le 27 avril 1637, dans le grand parloir de 
l'abbaye de Faremoustier, Charlotte d'Étampes donna c pou- 
voir à son procureur de prendre possession de l'abbaye 
d'Étival en vertu de l'arrêt du grand conseil du 8 avril, et 
en cas qu'il y ait opposition à la prise de possession de la 
part de sœur Claire Nau, pouvoir de lui donner assignation 
à comparoir au Grand Conseil du Roy, un moys après la 
date de l'exploit, pour y procéder sur la complainte que 
ladite d'Estampes forme à l'opposition de ladite Nau. » 

En conséquence, le 17 juin 16137 , son procureur , 
GrilTaton, après avoir assisté dans l'église d'Étival h la 
grand'messe dite et célébrée par Maître Jean Racineaxiy 
prêtre^ chapelain de V abbaye, demeurant à Étival, se trans- 
porta au parloir et parlant à Marie du Verger, prieure de 
ladite abbaye, et aux religieuses se trouvant au chœur, à 
l'issue de la grand'messe, prit possession sans rencontrer 

d'Estival dudit ordre de S* Benoît audit pays du Maine, tendant afin 
que refus faict en cour de Rome de luy délivrer les lettres de provi- 
sion de ladite abbaye accordées par le pape, lui vaille titre et collation 
d'icelle, soit à elle permis prendre possession de laditte abbaye en 
Tune des chappelles de l'église S' llermain de l'Auxerrois en ceste ville 
de Paris, à la charge d'obtenir bulles de provision quand les causes 
d'empeschement cesseront, veu par ledit conseil ladite requeste, la 
nomination de ladite d'Estiimpes pour être prononcée en ladite abbaye, 
vacante par V incapacité^ irrégularité et si)nonie de sœur Claire Nau, 
au 3™» août 1G3G, — le certificat de Jean Loysel, banquier et solli- 
citeur des expéditions en cour de Rome, qu'il avaii obtenu en cour 
de Rome, les ex[)éditions pour ladite d Estampes, sur lesquelles le 
pape avait accordé et signé les provisions de ladite abbaye esquelles 
ont été retenues, — icelui nostre conseil ayant esgard à la requeste 
a ordonné que le refus faict en cour de Rome de délivrer à ladite 
d'Estampes les bulles de provision de ladite abbaye d'Estival luy vaul- 
dra tiltres, et a permis à ladite d'Estampes prendre possession de 
ladite abbaye, sur les lieux, à la conservation de ses droits, à la 
charge d'obtenir bulles de provision, sitôt que les causes d'empesche- 
ment cesseront. — Entériné larrest, ordonné de le mettre à exécution 
nonobstant opposition et appel. Donné à Paris, le 8 avril 1637. » 



176 LES TÏVES DES PERSONNAGES 

d*opposition. Mais le chapelain Racineau refusa de signer. 
Il n'en fut pas de même de la prieure et des religieuses qui 
étaient au parloir. Elles offrirent de signer l'acte de prise 
de possession dressé par Griffaton et requirent qu'il leur 
en fut délivré acte dans leur chœur. Elles en furent empê- 
chées par d'autres religieuses qui, « par force », fermèrent 
les fenêtres du parloir (1). 

(i) « Nous Jean du Chesne, prêtre et notaire apostolique demeurant 
à Sainte-Suzanne, savoir faisons que cejourd'huy 17™« jour de juin 
1637, avant midi, M« Jean Griffaton, sieur de Fiais, avocat en Parle- 
ment, bailli de la Chapelle Roinzoin, demeurant à Sainte-Suzanne, 
procureur de ladite d'Etampes, pourveue de l'abbaye d'Etival-en- 

Cliarnie par sa procuration du 27 avril se transporta à l'abbaye.... 

— Étant entré en laditte abbaye, — sur les 9 à 10 heures du matin 
dudit jour GrilTaton a pris possession corporelle, réelle et actuelle 
de Tabbaye et église, des droits appartenans et dépendans d'icelle, 
ayant pris en entrant de l'eau bénite et s'estant mis à deux genoux 
dans le chanceau et cœur de l'Église de l'abbaye, où est le maître 
autel, prié Dieu et assisté à la grande messe dite et célébrée par 
M« Jean Racineau, prestre chapelain de ladite abbaye à l'iieure susdite 
et s'est présenté au parloir, estant en ladite église a déélaré, hau- 
tement ei a intelligible voix, en parlant à sœur Marie Augouy du 
Verger, prieure de laditte abbaye et aux religieuses estant audit chœur 
à rissue de la grande messe, leur disant ledit Griffaton qu'il prenoit 
ladite possession pour et au nom de ladite dame d'Estampes en con- 
séquence de l'arrest du grand conseil, et à ce qu'aucun n'en prétende 
cause d'ignorance, et en signe de vraye et légitime possession, ledit 
(iriffaton a fait tous autn\s actes requis, soiinaiil la clo(;lie do ladite 

paroisse V laquelle i)rise de possession personne ne s'est opposé 

en contredit — dont ledit Griflaton a requis le présent acte, pour 
servir et valoir que de raison. — Après que le<Jit acte a esté leu 
et publié à haulte voix on ladite Kglise d'Estival, ce fait ot arresté 
en icelle église et au devant du parloir, en présouco dudit M* Jean 
Hacineau, prestre, demeurant audit Étival, au lieu de la Fontaine, 
paroisse d'Ktival, ledit Uacinoau a refusé signer, après l'avoir sonnné 
et interpellé de ce ladite dame prieure et les religieuses estant audit 
parloir ont offert signer le iirèsent acte et recpiis leur estre délivré 
dans leui" chœur à ceste fin, dont elles ont esté empcsclièes par autres 

religieuses (pii ont par force formé l(\s f(inètrosdu parloir — ledit 

Griffaton fait savoir à tous que le 17 juin Charlotte d'Kstanipes a pris 

possession Le curé d'Ktival en Cliarnie certifie avoir leu et publié 

le conteiui ci-dessus au prosne de la messe paroissiale, le dimanche 
5 juillet 1G37. Signé Vallée. » Insinué au greffe des insinuations sur la 
requeste de Charles Taffu, avocat, procureur fiscal de ladite dame. 



DU ROMAN COMIQUE 177 

Ou voit que, au milieu de ces conflits, la discorde était au 
couvent et qu*il était besoin d'y porter remède. La prise de 
possession de Charlotte d*Étampes ne fut pas suivie d*eflet. 



• 



Toutes ces contestations dont l'abbaye fut le théâtre nous 
sont révélées par deux pièces difl'érentes, les ConsftiMttons 
sur la règle de Sainl-DenoU faites et approuvées pour la ré- 
formation de V abbaye d'Étivalypour y être gardées et obser- 
vées en exécution de l'arrêt de la Cour du Parlement du 
2 septembre 1637 (254 p. in-12) ; — et les Modifications des 
constitutions précédentes faites par Monseigneur Vévêque 
du Mans, faisant sa visite en ladite abbaye d^Étival (Angers, 
chez Pierre Avril m dcl, 57 p.). On voit dans la première de 
ces pièces, que sœur Glaire Nau présenta plusieurs requêtes 
à révoque du Mans Monseigneur Charles de Beaumanoir, 
avec les constitutions et statuts dressés par elle, lui deman- 
dant d'interposer sur eux son autorité et sa confirmation, 
afin de les faire observer dans ladite abbaye. L'évêque 
rendit, le 5 janvier 1637, une ordonnance par laquelle il 
renvoyait les parties devant le Parlement. Un arrêt du 
2 septembre intervint entre l'abbesse et les religieuses, 
ordonnant que, pour parvenir au règlement requis en ladite 
abbaye, un conseiller se transporterait sur les lieux, avec 
deux Pères de Tordre de la congrégation de Saint-Maur, 
nommés par les supérieurs. 

En exécution de cet arrêt, les révérends pères dom 
Ignace Phihbert, abbé régulier de Saint-Vincent, et dom 
Faron de Chalus, abbé régulier de Saint-Martin de Sées, 
accompagnés de maître Jacob Phélippeaux, abbé de Bourg- 
moyen, conseiller en la grand chambre de Paris, commis par 
elle, se transportèrent à Tabbaye. « Après un long séjour et 
avoir pris grande connaissance de la cause, ils firent et 
dressèrent des constitutions et statuts suivant la règle de 

12 



478 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Saint-Benoît jusqu'au nombre de 226 articles, pour être 
gardés et observés en ladite abbaye ». Ces constitutions 
rédigées par les abbés des deux monastères bénédictins de 
Saint- Vincent et de Saint-Martin de Sées, promulguées le 
2 septembre 4637, furent lues et publiées par le conseiller 
Phélippeaux, au chapitre, le jeudi 5 novembre 4637, en pré- 
sence de la ifière abbesse et de toutes les religieuses de 
Tabbaye qui les acceptèrent et les signèrent. 

Elles furent, depuis lors, suivies et observées volontaire- 
ment, au dire de Tabbesse qui se plait à faire la situation plus 
calme qu'elle n'était en réalité. Craignant « que quelques- 
unes des religieuses des moins obéissantes ne pussent y 
résister, sous prétexte que ces constitutions n'avoient pas 
été homologuées, ni le procès-verbal reçu par le Parlement », 
elle demanda l'homologation et la réception du procès- 
verbal pour empêcher le changement de ces statuts et 
assurer leur observation et exécution selon leur forme et 
teneur. L'arrêt d'homologation fut rendu par le Parlement 
le 4°' juin 4650 : il enjoignait aux religieuses de l'observer 
et leur faisait défense d'y contrevenir. Néanmoins plusieurs 
religieuses refusèrent de s'y soumettre et de les observer 
en beaucoup d'articles, à cause de leur rigueur et de leur 
grande austérité. 

La règle était dure, en effet. Les religieuses se plaignaient 
d'excès de châssis et de grilles au parloir « qui était tondu 
de toiles noires , sans se pouvoir ouvrir que pour les 
parents ». Elles étaient tenues de se lever à deux heures du 
matin, d'assister à des offices au chœur aussi longs que 
multipliés, de faire certaines oraisons, de se tenir lors de 
certains offices debout ou à genoux, de se coucher dès 
huit heures. Elles ne pouvaient user de linge que si elles 
étaient malades. Les jours d'abstiFience étaient nombreux ; 
elles ne pouvaioFit manger d'ordinaire que de petites rations 
de viande, et, les jours de jeûne de petites rations de pain. 
Leurs robes étaient faites en forme de sac. Gomme à 



DU ROMAN COMIQUE 179 

l'abbaye de Pont-aux-Dames, le pouvoir de Tabbesse était 
énorme. 

Par suite de toutes ces discordes, Tabbaye était sur le 
point de tomber dans le désordre (1). Le parti opposé à Glaire 
Nau était soutenu, disait-elle, par le nouvel évêque du 
Mans, Mgr de La Ferté, avec qui elle avait procès. La reine 
régente Anne d'Autriche choisit quatre religieuses du Val- 
de-Grâce, formées à la pratique de la règle de Saint-Benoît 
par les mères Marguerite d'Arbrouse et Marguerite de Thé- 
ronneau, abbesses du Val-de-Grâce, pour remettre la paix 
dans Tabbaye. L'une d'elles, Anne de Gompans, travailla à la 
réforme en qualité de prieure. Les quatre religieuses res- 
tèrent au monastère la moitié de Tannée 1643. En 1649 
« Monsieur Vincent » (saint Vincent de Paul) apprenait 
que l'observance régnait à Étival ; il écrivait à Glaire Nau 
pour lui en exprimer son contentement (2). L'abbesse réfor- 
matrice , dont récriture annonce le caractère ferme et 
décidé , dut être payée ce jour-là de bien des peines. 




Gependant le cahïie n'était pas encore complètement ré- 
tabli. Les réformes austères de Glaire Nau n'étaient pas du 
goût de toutes les sœurs. Le parti (jui s'était formé contre 
l'abbesse subsistait toujours: il en fut de môme plus tard 
au sein des monastères de l'ordre des Bénédictins, lors de 
la Réforme de la Gongrégation de Saint-Maur. 

Le nouvel évêque du Mans, Mgr Philibert de Beaumanoir, 

(1) Sur les scènes dont les abbayes de femmes étaient parfois le 
théâtre voir le livre récent de M. Rodocanachi. Les Infortunes d'une 
petite fille d'Henri IV. 

(2) Dom Piolin. Histoire de l'Église du Mansy VI, 2^i9 (d'après Fleury 
et la Vie de saint Vincent de Paul, par Collet, 1. 111.). 



180 LES TYPES DES PERSONNAGES 

fut appelé par Tabbesse. Les 13 et 14 octobre 1650 il fit la 
visite du monastère. Les religieuses le prièrent de vouloir 
bien les dispenser de l'entière et exacte observance des 
statuts et d'en tempérer et modérer la rigueur. « N'ayant 
pas trouvé les suppliantes capables d'une si grande austérité 
que peuvent requérir lesdites constitutions, et pour contri- 
buer à l'accroissement de la gloire de Dieu et à la paix et 
tranquillité de cette abbaye », l'évêque consentit à les adou- 
cir. De là les (( Modifications des constitutions de 1637, con- 
senties par Monseigneur l'évesque du Mans faisant sa visite 
en l'abbaye d'Étival »,qui furent adoptées le 15 octobre 1650 
et imprimées à Angers, chez Pierre Avril la même année 
(57 pages). 

L'assistance aux matines fut remplacée par le lever à 
5 heures, le coucher n'eut plus lieu qu'à 9 heures; les 
offices et les oraisons furent raccourcis, primes au chœur 
furent supprimées. Il fut permis aux religieuses de s'appuyer 
sur les formes des chaises levées. Il dut y avoir à l'abbaye 
assez de sœurs converses pour que les religieuses de choeur 
n'eussent pas à vaquer aux travaux de domesticité. Les 
religieuses eurent des linceaux de toile dans leur lit, et des 
chemises de toile tant de jour que de nuit, au lieu que 
niiguère elles n'en avaient que de serge blanche ou d'étamine. 
Elles eurent la permission d'oter la nuit leur tunique , 
qu'elles ne pouvaient auparavant quitter (jue l'été. Le 
nombre des jours d'abstinence fut restreint, les jeûnes 
atténués, les rations de pain et de viande augmentées (leur 
poids en onces fut même spécifié). 

Depuis ce temps les religieuses d'Étival portèrent sur la 
tête une coifïe de toile et un bonnet de laine ou de futaine, 
un bandeau de toile couvrant les sourcils et une guimpe 
qui « couvroit aus.si la teste et l'estomach, sans façon, plis 
ny empois et alfection ». 

Elles avaient par dessus la guimpe un voile de toile noire 
ou d'étamine grossière. Quand elles pouvaient être vues, 



DU ROMAN COMIQUE 481 

elles devaient user d'un second voile, leur couvrant le visage 
pour garder la bienséance. 

Leur vêtement était composé d'une tunique d'étoffe vile, 
couleur naturelle, dont les manches très étroites aupara- 
vant, d'après la réforme de l'abbcsse Glaire Nau, purent 
être larges d'un quartier. Par dessus elles portaient une 
robe de couleur noire, selon la coutume de la maison, 
tombant à fleur de terre, sans façon ni plis. Elles devaient 
être ceintes de lisières de la même étoffe. Bien que la robe 
dut être sans façon ni plis, c'était déjà un adoucissement, 
presque une coquetterie, car du temps de la mère Nau, elle 
devait être en forme de sac ; les sœurs d'Étival avaient dû 
être tentées de commettre plus d'une irrégularité à la règle 
sur ce point. 

Une liberté plus grande au parloir fut laissée aux reli- 
gieuses, qui purent parler seules à leurs père, mère, frères 
et sœurs une fois par mois par permission de Vabbesse. 

Les pouvoirs de l'abbesse furent restreints, les ornements 
tout spéciaux de sa stalle supprimés ; elle fut tenue de 
prendre l'avis des mères discrètes dans les affaires d'impor- 
tance, telles que construction de bâtiments, procès, puni- 
tions des sœurs, dont les fautes et les chûtiments durent 
être inscrits sur un registre à présenter aux visiteiu\s, afm 
de leur permettre de se justifier. La faculté que possédait 
l'abbesse de faire des dons fut également limitée ; ces dons 
ne purent excéder cinquante livres. Elle n'eut désormais 
plus le droit de renvoyer les deux confesseurs (l) sans l'avis 
des discrètes. La dépositaire dut recevoir l'argent et en 
donner quittance. Des précautions furent également prises 
contre la destitution des discrètes et de la dépositaire, ([uï 
constituèrent comme une sorte de conseil de surveillance. 
Le père confesseur dut s'efforcer de maintenir une parfaite 

(l) n y avait à l'abbaye deux prêtres pour confesser les religieuses 
et administrer les sacremeuls. 



182 LES TYPES DES PERSONNAGES 

union et une bonne intelligence entre les religieuses et 
l'abbesse , « la règle leur prescrivant la douceur entre 
elles, rhumilité et le respect envers Tabbesse ». Il fut 
permis aux religieuses d'écrire à Tévêque, aux grands 
vicaires et aux visiteurs sans que leurs lettres eussent à 
passer sous les yeux de la mère abbesse. Elles purent 
retenir des dons avec sa permission, à charge de s'en 
démettre chaque année. 

Le point de règle qui concerne les voyages dit que 
les prêtres ou autres hommes qui les accompagneront 
« s'abstiendront, autant que faire se pourra, de manger avec 
elles ni dans la même chambre » (1). 

Le procès- verbal, relatant les modifications apportées par 
révéque à la règle, fut lu et pubUé au chapitre, en présence 
de l'abbesse et des religieuses, qui promirent de les garder 
et de les observer, le 15 octobre 1650 (2). 



* 



Que faut-il conclure de toutes ces discordes intestines, au 
point de vue de l'introduction delà vieille abbesse d'Éti val par- 
mi les personnages du Roman Comique? Le jeune Scarron, 
nous le savons pas, se trouvait au Mans en 1036 et 1037, c'est- 

(1) On peut rapprocher de cette règle l;i Ccrthnonie des veshires tjui 
se pratique dans Vabbaijc Saint-Julien du Pré au Mans, mise en 
ordre de Madame Catherine-Marie d'Aniiiont de Villeqnier, ahhesse 
du monastère de Saint-Juhen, 161>2, écrite par F*. Gangnard, rehgieux 
de la Mercy, à Paris, en lOlU. 

(2) « Ont été dispensées de signer, attendu leurs inlirmitès, sœur 
Uenèe I)(îlaniire et Françoise Le Hoy. — Ont signé: Philbert. — S. C- 
Nau, abbesse. — S. G. l>autru, S. Khsabeth Ligier, S. Marthe du 
Bouschet, S. Uenèe Le Hoy, S. Catherine de Honnairier, S. L. de More, 
S. I). Le Boindre, S. J. de Vaugirault, S. Claucie f.e Clerc, S. Anne 
Despinoy, S. C. de Tambonnea\i, M'"' Chapy, Marthe de Leau, Fran- 
çoise Deshayes, S. de Villereau, Charlotte (lot, M. Desnionhns. 

S. Tronillard, C. de Neufville, M. Caceau, S. Sevin, M. de Neuvide, 
M. Prieur, A. de Fontenailles, M. Dreux, Chaude Deshayes et Marie 
de Fontenailles. 



DU ROMAN COMIQUE 183 

à-dire quand la discorde battait son plein dans le monastère, 
quand Charlotte d'Étampes levait contre Tabbésse l'étendard 
de la révolte et quand Claire Nau avait contre elle jusqu'à 
la prieure Marie Augouy du Verger et la plupart des pro- 
fesses. Il avait entendu souvent parler à la table de l'évêque 
Charles de Beaumanoir, dont il était le domestique et 
qui non seulement à Rome, mais au Mans, ne défendait 
pas alors les gais propos, des idées réformatrices de 
Tabbesse, des règles plus sévères qu'elle voulait imposer 
aux jeunes religieuses de son monastère. Peut-être 
avait-il accompagné jusques à Étival - en - Charnie son 
évêque, que venaient importuner souvent, sans doute, 
les doléances de Claire Nau? Pour toutes ces raisons, 
il l'a mêlée par raillerie aux aventures de son roman ; 
« lorsqu'elle revenait du Mans », il a décrit à son adresse 
la plaisante scène où l'on voit, après le naufrage des reli- 
gieuses tirées d'un carrosse, le père Gifflot, monté sur une 
jument, faire tourner vivement le dos aux bonnes mères 
« de peur d'irrégularité (1) » et crier de toute sa force à 
Ragotin qu'il n'approchât pas de plus près. 

Je rappellerai aussi, mais en me donnant garde d'insister, 
le nom du pont près duquel était située l'abbaye réformée 
du Pont-aux-Dames, d'où venait Claire Nau. Ce nom a pu 
inspirer au jeune Scarron (qui était alors capable de tout..., 
si l'on en juge ])'dr VEpithalarne de Tessé et certains vers sca- 
tologiques de sa polémique contre Corneille), l'idée de faire 
passer sur un pont, sous les yeux des nonnes d'Étival, 
Ragotin dans un costume tout à fait primitif, in naturalibuSy 
et laissant voir, comme dit Gressel dans le Lutrin vivant^ 
a l'humanité du petit misérable ». Scarron se vengeait à sa 
manière de l'austérité de la vieille abbesse « qui avait fait 
tourner le dos en haie à ses religieuses, le voile baissé et 
le visage tourné vers la campagne ». 

(I) Roman Comique, t. H, chap. XVI, p. 6i et suivantes. 



184 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Toutefois sa pire vengeance semble s'être exercée sur la 
personne du révérend père Gifflot « directeur discret de 
Tabbaye ». C'est lui qui fut, plus encore que Tabbesse et ses 
religieuses, scandalisé d'avoir aperçu de loin la figure nue de 
Ragolin, c'est lui qui fit tourner le dos aux bonnes mères de 
peur d'irrégularité et fut sur le point d'exorciser le godenot, 
« tant il trouvait sa figure diabolique ». Toute son éloquence 
et les grands gestes dont il accompagnait ses objurgations 
n'empêchaient pas Ragotin de le pousser si rudement qu'il 
le fit choir dans l'eau, entraînant avec lui le cocher et le 
paysan. Au cocher qui zébrait de nombreux coups de fouet 
la peau du pauvre fustigé, il criait, tout essoufflé d'avoir 
couru : « Fouettez ! fouettez ! » (1). 

Quel est ce révérend père Gifflot, directeur discret de 
l'abbaye, qui semble avoir été, plus que tout autre, le point 
de mire des plaisanteries et de la rancune de Scarron et 
s'être trouvé assez souvent en contact avec lui pour qu'il 
prit le souci de le ridiculiser à ce point? 

On a vu que M° Jean Racincau, prêtre, était chapelain de 
l'abbaye d'Étival le 17 juin 1637 ; ce fut précisément un des 
rares soutier^ de l'abbesse Claire Nau, lorsque son adver- 
saire Charlotte d'Étampes voulut prendre possession de 
labbayc on son lieu et place. 

Esl-ce hii dont il s'agit dans le Roman Comique '? Cq^I 
possible, c'est même probable ; mais ce Ji'cst pas certain. 
On a vu qu'il y avait à l'abbaye, deux chapelains, deux 
prêtres pour confesser les religieuses et administrer les 
sacrements. 

Le second chapelain était probablement le curé d'Étival. 
La cure de la paruisse d'Étival était entretenue par l'abbaye 
et c'était l'abbesse qui présentait la cure. En 1027 le curé 
s'appelait Mathurin Vallet. Plus tard ce fut, au temps de 

(1) lio)nan Coni'ujue, t. II, p. O't et suivantes. Le nom de Gifllut fait 
piiilùt penser à appeler des giflles (jue des coups de fouet. 



DU ROMAN COMIQUE 185 

Scarron, vénérable et discret maître Geoffroy Belaillé, cha- 
noine prébende de TÉglise Saint-Julien , un des jeunes 
confrères de Scarron, dont il est à chaque pas question dans 
les registres du chapitre. Il se pouvait que le voisinage des 
deux chanoines eut donné lieu entre eux à quelques diffé- 
rends et que le malin Scarron se fut vengé de son confrère, 
bien plus en vue que Racineau, en le ridiculisant et en 
vouant ses ridicules à Timmortalilé (1). — Entre Bellaillé 
et Racineau, 

Devine si tu peux et choisis si tu Toses ! 

Geoffroy Bellaillé resta curé d'Étival jusqu'en 16M. l\ 
résigna alors sa cure, et Tabbesse, qui avait le patronage, 
présenta vénérable et discret maître Maximilien Gérard, 
prêtre du diocèse d'Arras, le 28 juin lG4i. La cure fut con- 
férée au nouveau titulaire par Tévêque du Mans le 19 juillet 
1641, à Touvoye « stib aigillo noslro et chirographo subsiiliiti 
secrelarii noatri pro sccretario Rozé ». (2). 

(1) Cependant lielaillô ne devait pas résider à Ktival, comme curé, 
n devait tenir celte cure en comniende et être remplacé par un vi- 
caire. Voir 2l)« rej^istro des Insinuations, pp. 7 et 100, nomination de 
Geoffroy Belaillé à la prébende de Saint-Julien (Il janvier IGili) ; 
pp. 'iliJ et 218 sa nomination à la cure d'Ktival en '1(>38 après la mort 
de Mathurin Vallet. Kn U>i5 on voit une prise de possession de Nicolas 
Lerou.x. 

(2) Cf. Inventaire des Archives de la »S'a/7/i6* (abbaye d'Éti val). Voir 
notamment la présentation qui fut faite de Gérard à l'évéque i)ar 
maître Julien Dionise, prêtre, notaire apostolique ; Gabriel Le Tour- 
neur, son cousin, a rédigé la pièce « par le commandement de ma- 
dame sieur Claire Nau, humble abbesse de Notre-Dame d'Étival en 
Charnie, ordre de Saint-Henoît, qui a signé ». — On voit, à la lin de 
1G50, sœur Claire Nau « humble abbesse de Notre-Dame en Charme » 
présenter son parent Charles Nau, clerc tonsuré à Paris, pour le 
prieuré du Parc des Chesnes en Charnie. — En 1651, vénérable et 
discret maître Thomas Charpentier, prêtre à fitival, prend possession. 
— Dans le 2î)* registre des Insinuations (p. 2fj0), on trouve, le 20 mars 
IGÔ*^, un acte de Claire Nau où figurent les noms de Marin Gaignot, 
prêtre, chapelain de l'abbaye, et de sou secrétaire. (Cf. aussi 3i« re- 
gistre, p. 178.) 



186 LES TYPES DES PERSONNAGES 



* 
« * 



Avant de quitter ce qui a trait à Tabbaye d*Étival, il nous 
reste à dire un dernier mot de Claire Nau. En 1653, on lui 
donna une coadjutrice, qu'elle avait demandée elle-même 
dès 1652. Elle avait alors dépassé sa soixantième année. 
Nous avons la bulle du pape Innocent X qui nomma sa 
coadjutrice et qui fut insinuée le 2 juin 1653 (1). On y 
expose que : dilecta in Cliristo filia Clara Nau, étant dans 
sa soixantième année et au-delà, accablée des infirmités de 
l'âge et de la vieillesse, a demandé à être pourvue d'une 
coadjutrice, le jour des calendes de juin 1652. Le pape, à 
sa supplication, pourvut Marie de Kerveno, religieuse pro- 
fesse de l'Abbaye-aux-Bois (diocèse de Noyon), qui devait être 
plus tard pourvue de la dignité abbatiale. La bulle pontifi- 
cale fut fulminée les 12 et 15 mai 1653 par Michel Le Vayer, 
grand archidiacre et officiai du Mans. — Le 16 mai, Marie 
de Kerveno fut installée en présence de : 

Jeanne Leboindre, prieure, Anthoi nette de Fontenailles, 
sous-prieure. Renée de La Mire, Guyenne Bautru, Élii^abeth 
Ligier, Françoise et Renée Le Roy, Marthe du Bouschet, 
Catherine de Bonnorier, Louise de More, Jeanne de Vaugi- 
rault, Claude Le Clerc , Anne dlvspinay , Claude de 
Tambonneau, Marguerite Chapj)elain, Marthe de Leau, 
Françoise Deshaycs, Jacqueline de Villereau, Charlotte Got, 
Madeleine Desmoulins, CnlherJFie Trouillanl, Marguerite de 
Ne'jfville, Catherine Sévin, Marie Gaceau, Madeleine Prieur, 
Marthe de Dreux, Claude Deshayes, Marie de Fontenailles et 
Françoise de Guihert, toutes professes. 

Claire Nau vécut jas(|u'en 1000. Marie de Kerveno, la 
coadjutrice, devint abbesse et fut |)Ourvue par Sa Majesté 
de Tabbaye de Notre-Daine-du-Parc de Charonne , près 

(1) Voir rej^MStre dos Insiiuiatioiis à celte date, p. 291) v. 



DU ROMAN COMIQUE 187 

Paris (1). En 1674 Charlotte d'Étampes de Valençay, Tan- 
cienne rivale de Claire Nau, qui était pourvue du prieuré 
de Pont-de-Gennes, résigna en faveur de Marie de Kerveno, 
qui en échange résigna son abbaye d'Étival en faveur de 
Charlotte d'Étampes (2). — Cette dernière, dont les bulles 
sont datées de 1675, se trouva ainsi pourvue régulièrement 
de Tabbaye de Notre-Dame d*Étival, dont, en 1637, dans sa 
première jeunesse, elle avait tenté de dépouiller Claire Nau. 
Le 29 avril 1675, elle prenait possession de sa dignité, par 
son procureur Guillaume Godefroy, archidiacre, accompa- 
gné de révérende Claire d*Illiers, abbesse de Bonlieu, en 
présence des religieuses « chacune en leur place et selon 
leur dignité et réception ». Cette cérémonie nous fait aussi 
connaître les noms des religieuses qui se trouvaient alors à 
Tabbaye et on rencontre parmi elles quelques-unes de celles 
qui avaient été les partisans de la nouvelle abbesse lors de 
sa révolte, trente-huit ans auparavant. Toutes vinrent alors 
faire la révérence devant elle et baiser sa main en témoi- 
gnage de leur obéissance. C'étaient les sœurs : 

M. Prieur, prieure, M. de Fontenailles, C. de Bonnerier, 
A. d'Espinay, F. de Crys, de Villercau, C. de Neufville, de 
Montferré, M. de Dreux, Sévin, A. de Fontenailles, M. de 
Bouille, des Moulins, A. I.e Boindre, Elisabeth dllliers, 
Suzanne de Vassay, Marie Robeau, de Guibert, M. d'Estra- 
gny, Gaceau, de TEstang, Féron, Le Maire, M. Chariot, 
Nouet. 

Charlotte d'Étampes mourut en 1714, laissant une grande 
réputation de vertu. Mais (chose curieuse !) les différends 
ne s'éteignirent pas, sous son gouvernement, à Tabbaye 

(1) Dans certains actes, elle est dite religieuse ecclesiae Liberae 
juxta Parisios. 

(2) Voir 3V registre des Insinuations, pp. 206, 230, 235, 237. Les 
huiles de Clément VII autorisant la permutation sont datées du 15 des 
calendes de février 167i. — Les lettres du roi du 8 décembre. — Ijb 
16 avril 1675 eut lieu la fulmination des bulles du pape au nom de 
Charlotte d'Étampes. Voir encore ibid. pp. 2i7-250. 



188 LES TYPES DES PERSONNAGES 

d'Étival, qui semble vouée à la discorde. Un arrêt du parle- 
ment imprimé (4 p. in-f«) le 17 mars 1684, fut rendu, les 
chambres étant assemblées, contre Louis Brossard, prêtre, 
pour avoir écrit des libelles diffamatoires contre Tabbesse 
du couvent d'Étival ; les libelles durent être lacérés, leur 
auteur banni, et l'arrêt reconnaissait l'abbesse pour une 
religieuse sage et vertueuse. J'aime autant, pour Claire Nau, 
le témoignage de Afonsieur Vincent (1). 

(1) Voir sur les rapports de saint Vinc ent de Paul avec le Maine, 
l'abbé Lochet, Saint Vincent de Paul et ses instUiitiona dans le Maine 
(1859), pp. 12 et 13. Voir également au 1. 1 de ces études ce que j'ai dit 
de ses rapports avec le clianoiue de Saint-Julien Nicolon. 

Monsieur Vincent est intervenu plus d'une fois dans les affaires du 
Maine. Je saisis l'occasion de reproduire ici l'acte inédit du 16 novem- 
bre 16f45, « ratification faite par MM. les confraires de la Maison-Dieu 
aux Pères de la Mission. » 

« Présents vénérableset discrets M«» Guillaume Cousin, curé, Charles 
Périer, Noël Angoulvent et André Paugey, prestres, Jacques Pon- 
davy et Françoys de la Taillaye, clercs, confrères en l'église collé- 
giale et royalle Notre-Dame de Coëffort et grand liostel Dieu du Mans, 
— après avoir entendu lecture du contrat de transaction fait et passé 
par devant Jean Dupuys et Estienne Paisant, notaire au Chastelet de 
Paris, le 31« octobre dernier, entre vénérable et discrette personne 
Ai« Vincent de Paul, supérieur général de la congrégation des prestres 
de la Mission et les prestres de ladite Mission y nommez, faisant la 
plus grande partie et saine des prestres d'icelle mission establis à 
Saint-l^zare les Paris, d'cme part. — Vénérables et discrettes per- 
sonnes M«* René du Tassey et Jean du Moussay, aussy prestres con- 
frères de lailitte collégiale et royale Nostre-Danie de CoëfTort et grand 
liostel Di3u de la ville du Mans, en leur nom et comme ayant charge 
et pouvoir ledit du Moussay dessusdits nommas, d'autre part. 

Ledit contrat contenant le désistement de l'opposition (|ue lesdits 
confraires avaient formée à la prise île possession desdits sieurs de 
la Mission à l'église et hostel Dieu, le consentement de l'union et leur 
plaire à ladite congrégation inoiennant la portion de ,'iOO livres à cha- 
cun, que lesdits sieurs de la Mission leur auraient accordée, outre les 
réserves et obligations portées audit contrat — payable au Mans ou à 
Paris. — L'ont ratilié, conhrmé, approuvé, produiront son plein et 
entier effet; laquelle ratilication a été stipulé»; et acceptée par véné- 
rable et discret maître Jelian Allain, prêtre de la Mission, demeurant 
audit Cocffort. Tait et passé au Couefort, maison presbitérale dudit 
S"" Cousin. 

La précieuse collection des jettres de saint Vincent de Paul, i)ubliée 



nu ROMAN COMIQUK 189 

Vors 1700 les revenus d'Élival s'élevaient h 8000 livres seu- 
lement. II n'y avait plus que huit religieuses au monastère. 
Madame de Gourmesnil fut la dernière abbesse d'Étival, 
à la veille de la Révolution. Les souvenirs de saint Vincent 
de l^aul, y avaient eiïacé depuis longtemps ceux de la bur- 
lesque rencontre de Tabbesse Glaire Nau et de Ragotin ! 



intôjîiMlomcnt dans ces derniers temps, fait aussi connaître plusieurs 
(le ses lettres adressées au Mans. 

Sur l'abbaye d'Étival voir Le Paige, Dictionnaire du Maine, ï, 303. 
Pesohe, H, 202. Cauvin, Géographie ancienne du Maine, p. 11)8. Doni 
Pioiin, Histoire de l'Église du 3/a?Wf, ÏIl, 481. Une notice de M. Brière 
sur une des dernières abbesses, etc. 

Les armoiries de l'abbaye portaient : Chevronné d'or et de gneules de 
8 pièces. Outre le moulin d'Ktival, l'abbaye possédait le moulin du 
Bourg-à-l' Abbesse près Loué, le moulin de la Buchaille à ft{)ineu-le- 
Chevreuil, des domaines sur la rivière du Palais, dans les Bordeaux, 
à Cbanlenay, etc. V«jir Invjntaire dus Archives de la Sarihe, A. 
8 VI et 2. 



CHAPITRE VIII 



LE TRIPOT DE LA. BICHE ET LA MAITRESSE 

DU TRIPOT 

Souvenirs du tripot de la Biche au Mans. — Les gravures de Pater et 
d'Oudry. — C'est le plus vivace des nombreux souvenirs qu'a laissés 
au Mans le JRoman Comique, — Une scène du jeu de paume au Mans 
en 1545, à rapprocher de celle du Roman. — Situation du tripot de 
la Biche au-devant des anciennes Halles. Son histoire depuis 1610 
jusqu'à sa fin, vers 1845. — Ses propriétaires. — Ses tenanciers. 
Françoise Boutevin, femme Gabriel Despins, tripotière de la Biche 
au temps de Scarron. Son histoire, ses descendants. — Hôtes 
successifs et avatars de la Biche. — En 1793, les chefs de l'armée 
Vendéenne y tiennent conseil, sous la présidence de l'évoque d'Agra. 
— En 1848, elle est le siège de la banque Trouvé-Chauvel ; la partie 
sur la place devient le magasin de l'éditeur Julien Lasnier. — La 
Bourse de Commerce et le boulevard Levasseur, eu 1887, suppriment 
les derniers vestiges de l'ancien jeu de paume. 

Le tripot de la Biche ! C'est là le souvenir du Roman 
Comique qui est resté le plus vivant, de nos jours, au 
Mans ; les revues de théâtre de fin d'année, les nombreuses 
reproductions des gravures de Pater et d'Oudry, représentant 
l'arrivée des comédiens devant le fameux tripot (i), ont po- 
pularisé la scène sur laquelle s'ouvre le roman de Scarron. 
D'ailleurs rien d'alerte, rien de vif comme celte t)age, qui 

(1) Celle de Pater a été reproduite entre autres dans le Magasin 
pittoresque^ dans la Revue hist. et archéol. du Maitw, où elle figure en 
tète de L'Histoire du théâtre au Mans au X VIII* siècle de M. Deschamps 
La Rivière (IIHK), in-S). — Tout le monde a ail mi ré au pavillon d'Alle- 
magne, à la dernière Exposition Universelle, la fine composition où 
Pater représenta l'arrivée de la troupe des Comédiens au Mans. 



LES TYPES DES PERSONNAGES DU ROMAN COMIQUE "191 

mérite de prendre place parmi les meilleurs morceaux de la 
littérature française au XVII® siècle (1). 

J'ai déjà parlé longuement des Jeux de Paume de la ville 
du Mans et, à cette occasion , dit un mot du tripot de 
la Biche (2). Gela me dispense d'entrer aujourd'hui dans 
d'aussi nombreux détails que je pourrais le faire. Mais je 
n'ai rien dit de la fameuse tripotière dont j'ai promis de 
faire connaître le nom et la personne et qui attend encore 
aujourd'hui la notoriété qu'elle mérite. 



* 
* * 



Les Jeux do Paume abondaient au Mans dès le X VI« siècle, 
«c Dès la fin de la première moitié de ce siècle, un des jeux 
de paume de cette ville fut le théâtre d'une scène, dont celle 
que le Roman Comique place au tripot de la Biche^ près d'un 
siècle plus tard, n'est pour ainsi dire qu'une pure reproduc- 
tion. Le 5 juin 1545, un prêtre du diocèse, de famille noble, 
René Lemusson, arrivait dans l'après midi au Mans, d'Amné 
où il habitait. Il venait en ville prendre un peu de diver- 
ti ss ment pour achever la journée. Il entra dans l'hôtellerie 

(1) Pendant longtemps ceux qui passaient au Mans se montaient 
encore la tète aux souvenirs du Roman comique et demandaient à voir 
le Tripot de la Biche. 

Me dispensant de mentionner les articles de journaux écrits à 
Toccasion des nombreuses fêtes dont le Mans a été le théâtre depuis 
mai 1854, épocjue de rouverlure de sa ligne ferrée, je citerai ces lignes, 
extraites de la Bretagne artistique, in-4", 1880, p. 90, écrites il y a 
environ vingt ans par M. Louis Le Bourg, sur la ville de Scarron : 

a C'est que Le Mans a toujours gardé, comme une auréole fantaisiste, 
le souvenir du Romaii camique. J'y vois vivre, courir et s'agiter tout le 
monde bariolé que Scarron a jeté dans ses murs. Cette nuit là je 
croyais entendre dans le lointain les orgues de Barbarie du poëte 
Ragotin, donnant une sérénade à M''« de l'Étoile.... » Cela rappelle la 
curieuse lettre écrite du Mans en 1711 par l'ami du comte de Tessé et 
où il est tant question du tripot de la Biche. 

(2) Voir mes Nouveaux Documents sur les comédiens de campagne et 
la vie de Molière (gr. in-8, Paris, Picard, 1. 1, pp. 32-03). 



192 LES TYI>ES DES PERSONNAGES 

(taherna] de Pierre Loriot, où achevaient de dîner plusieurs 
convives, tant ecclésiastiques que séculiers, tous nobles 
comme lui, et entre autres Jean Melland. On engage le 
nouveau venu à faire une partie de paume. Le sort lui 
donne pour adversaire Jean Melland, qui, dès les premières 
passes, est battu, succombe trois ou quatre fois avec ses 
partenaires, et perd encore dans plusieurs revanches suc- 
cessives. Cet insatiable joueur appelle à son aide son frère 
Jacques, reprend le jeu et gagne enfin une partie. 

« Le jeu fini, Lemusson s'en allait, quand il s'entendit 
appeler. C'était Jean Melland, qui lui réclamait son écot et 
l'accusait de partir sans payer, l'accablant d'injures, et le 

traitant de fils de p (filium meretricis). « Tu en as 

menti, riposta Lemusson, je ne suis pas ce que tu dis, je 
n'ai jamais été homme de mauvaise vie et je vaux mieux 
que toi. » Jean Melland, furieux, court sur son compagnon 
de jeu et le terrasse. Lemusson se relève, repousse son 
agresseur, tire son couteau de sa poche, en porte un coup 
à Melland, qui meurt le jour même de sa blessure, pendant 
que son frère et ses amis se jettent sur son meurtrier et le 
conduisent en prison. Lemusson dut s'estimer bien heureux 
d'obtenir, le 4 des nones de décembre 1545, une bulle de 
rémission du pape Paul III, grâce à laquelle nous avons pu 
recomposer cette scène de tripot manceau. 

« Gela ne rappelle-t-il pas la rixe qui s'engage au jeu de 
paume de la Biche, après Tarrivée des comédiens du Roman 
Comique, les joueurs de paume (|ui appellent le valet fils de 

chienne et barbe de c ? Le combat entre les deux 

champions du XVP siècle n'est-il pas le digne pendant de 
la mêlée entre La Rappinière et les joueurs de paume de 
la Biche, d'où résultèrent les coups d'épée que chacun sait, 
et la mort du valet Doguin, qui ne tarde pas à succomber 
du coup que lui ont [)orté les braves, venus au secours de 
leurs amis. Les Manceaux du temps de la fin du règne de 



DU ROMAN COMIQUK 193 

Louis XIII n'avaient pas dégénéré de leurs ancêtres du 
temps de François P"" » (1). 

Le jeu de paume de la Biche semble avoir existé avant 
d'avoir reçu cette appellation. Un aveu de la fin du XVP 
siècle nous indique que la maison du lieutenant général 
Jacques Taron (et le jardin attenant), célèbre maison qui 
avait appartenu auparavant aux Courthardy, et qui, après 
les Taron, passa à leurs héritiers, les Richer de Montlicard, 
était située au Mans, devant les Halles, entre le jeu de 
paulme de Bellanger et celui de Muzerotte (2). 

La situation d'un de ces jeux de paume répond parfaite- 
ment h celle de la Biche, D'ailleurs le registre des Archives 
de la Sarthe (A. 5) du commencement du XVIIIc siècle 
(f<* 225 v») dit la maison de Charles Richer de Monthéard, 
située entre le jeu de paume de la BicJie et la maison et 
le jardin de la Pitancerie de la Couture (3). 

En 1620 la maison de la Biche, qui n'était pas divisée, 
comme elle le fut plus lard et de fort bonne heure même, 
en deux maisons, se composait d'un grand corps de logis 
où pendait pour enseigne la Biche, et d'un autre petit corps 
de logis joignant au susdit, derrière lesquels il y avait un 
jeu de paume, le tout devant les Halles (4), joignant à la 

(1) V. H. Chardon. Nouveaiix documents sur les comédiens de catn- 
pwjnej p. 3i-35. — Revue des SocUtês savantes, .> série 1878, t. I, p. 102 
(communication faite par M. Cèlestin Port). 

("2) Extrait des manuscrits de l'abbé Helin de Béru. Cette maison des 
Courthardy passa aux Monthéard par le premier mariage de Jacques 
do Monthéard, le 6 décembre 1583, avec Anne Dujçué, fille de Jacques 
Dugué et d'Ambroise Taron, fille d'An.selme Taron, lieutenant-général 
du sénéchal en 1547, fils de Guillaume, sieur de la Roche-Taron, et 
d'Andrée de Courthardy. — Le nom de Muserotte ligure dans des 
aveux de maisons de la place des Halles dés le troisième tiers du 
XVI* siècle. 

(3) Dans une déclaration du 21 février 1645, la maison de la Licorne 
elle-même est dite joignant une allée dépendant de la maison du 
président Monthéard (A. 3, f» 86 v»). 

(4) Les vieilles Halles en bois du Mans, construites en 1568, démolies 

13 



194 Î.ES TYPES DKS PERSONNAGES 

rue tendant de l'église des Minimes à l'abbaye de la Couture, 
puis au jardin et aux choses de Jacques Richer de Mon- 
théard et à César Bellanger (1). 

Depuis 1610 on peut suivre la série des propriétaires de 
la maison et celle des maîtres de Thôtellerie, qui tenaient 
le tripot. Grûce au don bienveillant qui m'en a été fait 
par M. Malmouche, que je suis heureux de remercier, j'ai 
entre les mains les anciens titres de propriété de cette 
fameuse maison et je puis, grâce à eux et aux documents 
provenant des Archives de la Sarthe, faire l'histoire de ce 
célèbre jeu de paume. 

Voici d'abord une requête de Julien Dionisc (2), maître 
paulmier tripotier, du 20 octobre 1610. 

« A noble Monsieur le Sénéchal du Maine 
ou Monsieur son lieutenant au Mans, 

« Supplie humblement JulHan Dionise, maître paulmier, 
tripotier en ceste ville du Mans, disant que combien qu'il 
y ait d'ordinaire en ceste ville et fortbourg, capitale de la 
province, grandes assemblées de la noblesse dudit pays, 
que autre grand nombre de personnes d'honneur et qualité, 
habitants et résidants en icelle, auxquelles tant par les édits 
du roi que règlemens des cours souveraines, est permins 
s'exercer et récréer aux jeux de paulme et trii)0t aux temps 
et heures qu'ils ne sont occupés au service divin ni aux 
airaires du public, néanlmoins ils n'ont la plupart du temps 
moyen faire ledict exercice et en demeurent grandement 
incommodés pour n'y avoir es dites ville et forljourgs que 

en 18!2(», étaient bâties sur le cùtc méridional de la place et s'étendaient 
en longueur depuis la rue Couilhardy jusqu'à environ la rue des 
Minimes. — La construction de la Hourse de Conmierce et de l'hùtel 
des Postes et l'ouverture du boulevard Levasseur ont singulièrement 
modilié l'état des lieux correspondant aux anciennes maisons qui 
étaient situées de ce côté de la place. 

(1) Déclaration du 10 septembre i&lO (Arch. de la Sarthe, A. 5, n« 120). 

(2) Ce Julien Dionise appartient sans doute à la famille d'artistes de 
ce nom, qui doinia aussi un curé à la paroisse Saint-Vincent du Mans. 



DU ROMAN COMIQUE "195 

Iroys desdits jeux Mtis de pierre, les autres estans de petits 
jeux seullement, édifiés fort incommodes, et en lieux qui ne 
servent que la pluspart aux artisans, enfans escoliers et 
menu peuple, qui est occasion que pour le bien et utilité 
do la noblesse et personnes d'honneur et de qualité, aux- 
quels est permins ledict exercice et pour la décoration 
d'icelle ville et forbourgs, le suppliant désireroit faire baslir 
et élever, de pierre ou tufTeau, un jeu de paulme au devant 
des grandes halles forbourg de Coulture de ceste dicte ville 
(lu Mans, lieu le plus commode, fréquenté par ladicte no- 
blesse et personnes d'honneur et qualité et les plus éminents 
d'icelle ville et forbourg, ce qu'il n'a voulu entreprendre 
sans votre permission. 

« Ce considéré, mondict sieur, il vous plaise permettre 
au suppliant faire bastir et édifier de pierre et de tufTeau un 
jeu de paulme et tripot couvert au devant desdittes halles 
de nostre dicte ville du Mans, et ferez bien. Signé. /. DionUe, 

<(. Soit la présente communiquée au Procureur du Roy 
pour, luy ouy, ordonner ce qu'il appartiendra. — Au Mans, 
ie vingtiesme jour d'octobre mil six cent dix. Signé : 
Le Vayer, 

« Je n'empesche pour le Roy qu'il soit permins au 
suppliant de faire bastir un jeu de paulme de pierre ou de 
tuffeau. Faict au Mans les jour et an que dessus. Signé : 
Portail, 

« Soit faict ainsy qu'il est requis par le supphant. Faict 
aux jour et an ci-dessus. Signé : Le Vayer, i> 

Julien Dionise, bien qu'il demandât à faire construire un 
jeu de paume en pierres n'était sans doute que locataire de 
la maison. Deux ans plus tard, le !«•• octobre 1612, apparaît 
le vrai propriétaire, et celui-là se fait connaître à nous pré- 
cisément par l'acte par lequel il vend sa propriété à un 
nouvel acquéreur. A cette date, en la cour du Mans « devant 
maître François Godebcrt , notaire d'icelle », fut présent 
César Bellanger, sieur de Vaugaultyer, demeurant en la 



196 LES TYPES DES PERSONNAGES 

ville de Précigné, qui vend à maître Pierre Loré, notaire en 
la paroisse de la Couture du Mans : 

c Une maison manable, composée de salle basse, cave 
voûtée dessous, cuisine au côté, chambres haultes sur la 
dicte salle et cuisine, grenier dessus et monté pour exploi- 
tation ; — item un autre petit corps de logis y joignant, 
composé de deux chambres basses à cheminées, avecque 
le jeu de courle paulme par darrière, couvert de bardeau et 
toutes les issues et commodités d'icelle maison et jeu de 
paulme qui en dépend; — y compris une petite estable 
bastie sous le feste d'une autre estable dépendant d'autres 
grands corps de logis appartenant audict vendeur non com- 
pris en la présente vendition (1). Le tout, comme il se pour- 
suit et comporte, appartenant au dict César Bellanger, à 
titre successif de deffunct Jean Bellanger et Elizabeth Bor- 
dier, ses père et mère et à feu Guillaume Corbeau. Joignant 
d'un côté la dicte maison retenue par le vendeur et le jardin 
et estable qui en dépend, d'autre côté et d'un bout les 
maison, jardin et allée du sieur de Monthéart, d'autre bout 
la place publicque des Halles. » 

La vente est Mte pour la somme de 5,000 livres, dont 
l'acquéreur ne paie presque rien comptant. A ce contrat 
intervint René Pontdavy, marchand, demeurant au Mans, 
paroisse Saint-Benoît, comme caution du dit Loré. Ont 
signé : Bellanger, Loré, Pontdavy et Godebert (2). Parmi 
les témoins de la vente figure noble François Lespinay, 
sieur du Bignon, conseiller du roi en Télection , dont on 
retrouve le nom dans le Roman Comique. 

Le notaire Pierre Loré, sieur du Perré, et son épouse 
Marguerite Poisson, à laquelle il survécut, ne restèrent pas 
longtemps propriétaires de la Biche. Ils avaient hérité des 
acquêts de la communauté « de defïuncts Jullian Dionise et 

(1) Cette réserve fait Tobjet de mentions détaillées. 

(2) Voir le « contrat fait avec maître Loré, du jeu de paulme et maison 
de la Biche ». Pièce du cabinet de l'auteur. 



DU ROMAN COMIQUE 197 

Yolande Loré, sa première femme, sœur dudit Loré ». Le 
l^"" avril 1621, eut lieu le partage en deux lots des biens de 
Pierre Loré (1) : ce partage fut fait par maître Pierre Loré, 
sieur de la Mauvillière, avocat au présidial du Mans « pour 
présenter à maître René Pontdavy, huissier audit siège, et 
Jacquine Loré, sa femme ». 

Au premier lot figuraient, entre autres, « les maisons et 
jeu de paulme où pend pour enseigne la Biche^ proche les 
Halles .... joignant et abouttant aux appartenances de noble 
Jacques Uicher, sieur de Monlhéard, d'autre côté la maison 
et dépendances de Gézard Bellanger, sieur de Vaulgauthier, 
et d'aultre sur la place des Halles, lesdites maisons et jeu 
de paulme ejcploilées à titre de ferme par Jehan Perrigni et 
Margueritte Couldray sa femme » (2). 

Le 3 avril a Toption et choisie » du premier lot, compre- 
nant la Biche, furent faites par René Pontdavy et Jacquine 
Loré, qui devinrent ainsi propriétaires de la Biche. — 
L'huissier Pontdavy mourut le 13 novembre 1644. Sa veuve 
lui survécut et vivait encore en 1660 (3). 

(1) Pierre Loré paraît avoir survécu jusqu'au IG janvier 1635. 

(2) Dans le partage se trouve aussi compris la maison et jardin où 
demeuraient René Pontdavy et Jacquine Loré, sa femme, a rue de 
Quatre-(Eufs, en la paroisse de la Couture », ainsi qu'une créance de 
325 livres sur « dame Marguerite de la Baume, veuve de mestre Henri 
de Beaumanoir, marquis de Lavardin », la future dame de Modéne, à 
laquelle j'ai consacré une étude spéciale {Nouveaux Documents sur la 
vie de Molière : M. île Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjavt, 
par H. Cliardon, Paris, Picard, in-8 de 508 p. 1K8()). 

(3) De nombreux aveux de la Biche et de la maison voisine, faisant 
[lartie plus tard du couvent des Minimes, figurent dans le registre 
11. 1310 des Archives de la Sartlie, comme faits tant par la veuve Jullian 
Dionise que par Pierre Loré, René Pontdavy, etc. René Pontdavy y est 
dit donataire de Jullian Dionise, et Loré acquéreur de Jean Auberl, 
sieur de la Chapelle et de Resteau. Pierre Loré, sieur du Perré, Pierre 
Loré, sieur de la Mauvillière, et René Pontdavy, vendirent un de leurs 
immeubles pour 1500 livres h Jacques Hérissé, cordier, qui les vendit 
le \yd août 1631 aux Pères Minimes. La montrée en fut faite par l'expert 
Renaudin, architecte au Mans en 1788. 



198 LES TYPES DES PERSONNAGES 

La Biche se trouva de bonne heure partagée en deux 
moitiés, dont l'une fit dès lors partie de la maison voisine : 
cette dernière, propriété de César Bellanger, qui en rendait 
déclaration le 7 octobre 1622, fut vendue par ses héritiers 
à Renée Le Sourt, veuve de Julien Guiart. Elle est dite 
acquise de Jacques Juffault et de Jacques Bellanger, joi- 
gnante au jeu de paume de la Biche, aux choses de THôtel 
Dieu, au sieur de Monthéard et à la rue proche les Halles. 

Deux déclarations sont rendues pour la Biche, en 1651 : 
l'une par Jean Corbin « pour raison de la moitié par indivis 
du jeu de paulme et maison de la Biche, joignant les choses 
de Richer de Monthéard et de la veuve Guiart » ; l'autre, 
rendue le 21 août, par Jacquine Loré, veuve de René Pont- 
davy, « pour raison de la maison et jeu de paulme de la 
Biche » (1). L'avocat Jean Corbin avait acquis cette moitié 
par indivis le 13 avril 1651. — La propriétaire de l'autre 
moitié, Jacquine Loré, veuve Pontdavy, vendit sa part le 
19 décembre 1660 h Martin Ruaudin, marchand, et à Marie 
Despins, son épouse. Figura comme caution des acquéreurs 
pour 4,500 livres Françoise Bouievin, veuve Gabriel Despins, 
demeurant paroisse de la Couture, et qui est dite « ne 
savoir signer » (2). 

(1) On voit (niillaume IJoiiriclier, qui servit de caution au Mans au 
coméiHen Nicolas de Vis, mari de la des (Killels, en relations fréquentes 
avec les Pontdavy : le 27 octobre 1G3IÎ, notamment il fut parrain de 
leur fille Louise. 

(2) Le 5 juillet l(3i5, Louis .losias Poussé, conseiller dti roi, bailli de 
la prévôté du Mans, en assistance de François Poillevillain, clerc juré 
au greffe, se transporte en une maison sise prés des Halles appartenant 
à la veuve (iuiart afin de faire la montrée des clioses contenticus(\s 
entre elle d'une i)art et Jac(iuine Loré, veuve Pontdavy, et les béritiers 
de feu Pierre Loré, d'autre part, propriétaires tlu jeu de Paume ou 
pend pour enseigne la Biche. Les défendeurs avaient pour avocat 
maître Matbieu Bondonnet, (jue les malins Manceaux du XVllI*^ siècle 
identifiaient avec le comédien Im liancunc. Uobert Vai^n'oville, mailn? 
mar;on, fut cboisi connue «wpert par le prévôt. — La Biche est sise 
« joijjrnant la maison et cour de la veuve Guiart, ayant à retirer la 
galerie des (ikts dudit jeu de paume, depuis la cloison du palier 



DU ROMAN COMIQUE 199 

Françoise Boutevin, veuve Despins, avait tenu d'abord, 
sur le côté gauche de la rue du Porc-Epic, en descendant 

jusqu'à la maison de la demanderesse, y celle gallerie mettre au niveau 
de la muraille dudit jeu de paume, soutenant que la dicte gallerie 
surplumbe le dict niveau et avance du costé de la demanderesse et 
empesche la veue d'une fenestre d'une sienne chambre haulte ». La 
veuve Guiart se plaint aussi de ce que les eaux provenant de la cou- 
verture du jeu de paume s'écoulent en sa cour et de ce que les parti- 
culiers hantant ledit jeu « font aucunes urines et immondices contre 
la cloison du carreau de leur allée, attendu que les dictes urines et 
immondices ont leur égout. Même les latrines, quand elles sont 
pleines, regorgent en la cour de la dite Guiart, qui en est beaucoup 
incommodée, elle et toute sa famille, outre qu'il se remarque des 
choses deshonnctes de la part de ceux qui hantent le dict jeu». 
Suit un interminable avis des experts qui, entre autres, estiment 
que « les seigneurs du dit jeu de paulme doivent faire une muraille 
de 16 ou 17 pouces d'épaisseur et 6 pieds de hauteur le long de l'allée 
jusques aux latrines,... » etc., etc. 

Le 19 février 1646, intervint le jugement de la prévôté royale du Mans 
rendu entre Renée Le Sourt, veuve Guiart, d'une part, et Jacquine 
Loré, veuve Pontdavy, et Pierre Loré et consorts, propriétaires de la 
maison et jeu de paume de la Biche, d'autre part, qui succombèrent 
dans l'instance. 

Le 14 novembre 1646, nouvelle requête de la veuve Guiart, qui se 
plaint de ce que la couverture du jeu de paume a a été haussée du 
sol ». 

Le 21 novembre 1646, requête contraire est présentée au bailli de 
la prévosté par la veuve Pontdavy. 

Le 28 novembre est rendu le jugement de la prévôté à cet égard. 

Le \" décembre 1646, nouvel acte de procédure de la veuve Pontdavy. 

Le 4 décembre, jugement interlocutoire est rendu. 

Le 5 décembre, assignation à la veuve Guiart. 

Le 14 août 1651 intervient Jean Corbin, « advocat au siège du Mans, 
qui rend aveu au roi, à raison de la moitié par indivis de la maison et 
jeu de paulme de la Uiche^ qu'il avait acquise devant maître Simon 
Fouin, le 13 avril. 1651 . 

Le 7 septembre 1660, transaction entre la veuve Guiart, maître Jean 
Corbin et Jacquine Loré. — Le 7 décembre, vente par la veuve Pontdavy 
et Jean Corbin et approbation de la transaction précédente par Renée 
Guiart, veuve Jacques Tiger, demeurant paroisse Saint-Benoit. — Les 
17 et 19 décembre 166(), vente faite à Martin Ruaudin, marchand, et à 
Marie Despins, sa femme, moyennant 4,500 livres ; caution souscrite 
par Françoise Boutevin, veuve de Gabriel Despins. — Les 4 septembre 
et 2 octobre 1662, déclaration rendue par Ruaudin. — Le 13 mars 1666, 
constitution de rente par Martin Ruaudin et sa femme. — Le 17 juin 



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900 LES TYPES DES PERSONNAGES 

vers TEperon, un jeu de boule eo &ee du jeu de pauma 4u 
Porc-Epic. Ce jeu de paume avait suocédé au jw 4e pwmw 
de la Truie-qui-File (1). 

Le dernier jour de septembre 1696, Gabriel Despins rend 
aveu au roi c pour raison d'un lot de terre en carré, dans 
lequel il y a un jeu de boule, vis-à-vis la maison et jeu de 
paulme du Porc-Epy » qui appartenait alors à René Pont- 
davy. 

Il 1670, aveu au roi de Martin Ruardin -- Le 12 février 1674 aveu de 

G^riel Mesnager, second mari de Marie Despins. — Le 31 août 1690, 
vente par maître Henri Corbin, prêtre^ curé de la paroisse de Corner, 
à honnête femme Marie Despins, veuve Gabriel Mesnager, de sa moitié 
de la Biche, moyennant une rente de 150 livres foncières. — Le 36 
août 1691, aveu par Marie Despins de la maison appelée la Biehe^ com- 
posée de deux chambres basses et deux hautes à cheminée, et une 
autre aussi à cheminée, une petite lavanderie par bas, un cabinet au- 
dessus, un jeu de paume, une allée tout autour, au bout de laquelle 
est une petite écurie, une fosse de latrines, puisage au puits commun 
avec Grégoire Guiart, deux caves voûtées, deux greniers avec deux 
petits retranchements, le tout joignant d'un côté d'un bout le jardin 
des enfants et héritiers de deffunt Charles Richer, vivant écuyer, sieur 
de Monthéard, et Fallée qui sert à Texploiter, d'un côté le logis dudit 
Guiart et d'autre bout la dite place des HaUes. 

(1) Une déclaration de 168K) et 16S2 est faite par la veuve Gabriel 
Despins pour c un jardin contenant une hommée et demie, ou autrefois 
il y avoU un jeu de paume nommé la Truie-qui-file, aboutant d'un bout 
à la place publique des Halles, d'autre à Tissue et allée de feue 
Magdeleine Hamard, pour aller de sa maison au Porc-Epy, d'autre au 
chemin tendant des Halles à l'Épron, dans lequel jardin est construit 
un Jeu de boule avec une maison et sur les Halles un pavillon (Arch. 
de la Sarthe, A. 4, fo» 49, 50 et 59 ; A. 5, f« 22 v»). Cf. H. Chardon. 
Nouveaux documents sur les comédiens de campagne et la vie de Molière^ 
I, pp. 42-43. — Le dernier mars 1648, déclaration est faite par Marin 
Faifeu, pour une maison située sur les Halles, joignant à Renée Despins 
et à la rue aux Quatre- Vents. — Le 1" août 1651, la maison de Renée 
Despins, place des Halles, est dite joignant Guillaume Rouricher. — 
En 1615 (p. 109 v<> du registre des domaines du roi précédemment cité), 
• on voit figurer la veuve Andrée Routevin. — Julien fiodreau, dans ses 

Mémoires, rapporte que, le 21 juillet 1653, le feu parut -» au droict du 
Tripot du Porc-Épy, et à mesme temps print en la maison de la 
veuve Despins jusques à la Halle ». Cf. H. Chardon, Nouveaux Documents 
sur les comédiens de campagne^ p. 38. 






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DU ROMAN COMIQUE 201 

Le 8 août 1651, Françoise Boute vin, veuve Gabriel Des- 
pins, rend aveu « d'un demi-quart de journal de terre situé 
vis-à-vis le jeu de paume du Porc-Epic, avec les maisons 
et jeu de boule estant sur le jardin acquis à titre de rente 
par ledict Despins, du sieur Mocquereau, joignant à la place 
des Halles, à la ruelle du sieur de Bonaire, à la rue tendant 
de TEpron aux Halles et au jardin et issue de Jean Fresnays, 
dépendant autrefois du logis appelé le Poids-du-Roy, » 

Cette Françoise Boutevin^ veuve de Gabriel Despins, qui 
tint le jeu de boule de la rue du Cornet, le quitta pour aller, 
de l'autre côté de la place des Halles, tenir la maison et le 
jeu de paume de la Biche. Elle n'est autre que la maîtresse 
du tripot de la Biche, si bien mise en scène par Scarron, 
qui « aimait la comédie plus que sermons ni vêpres » (1). 
C'est elle qui prêta à Destin et à La Rancune, pour impro- 
viser une comédie, deux ou trois paires d'habits qu'elle 
avait en gage, ce qui devait donner lieu à la fameuse rixe 
que l'on sait (2). Elle vécut longtemps, peut-être même 
remariée, ainsi qu'on le voit par les aveux qu'elle rend à 
raison du jeu de boule dont elle était propriétaire. — Marie 
Despins, femme de Martin Ruaudin, acquéreur d'une moitié 
de la Biche h la fin de 1660, était sans doute sa nièce. 

Marie Despins, après la mort de son mari, se remaria à 
Gabriel Mesnager, ainsi qu'on le voit par des aveux de 
1670-1674. En 1694, la maison où demeurait la veuve de 
Gabriel Mesnager, avec le jeu de paume de la Biche en 
dépendant, lui appartenait à titre de rente annuelle, a moitié 
d'icelle amortissable à sa volonté, et l'autre moitié h toujours 
mais, payable et due aux héritiers de maître Jean Corbin, 
une seule maison entre elle et celle appartenant à l'hôpital 
général. » Cette rente avait été créée par elle et son mari 
le 13 mars 1666. Le 21 août 1690, l'héritier de Jean Corbin 



(1) Roman comique, \, chap. U' p. 12. 

(2) Ibidem, ch. 3, p. 19. 



202 LES TYPES DES PERSONNAGES 

vendit sa part de la Biche à la veuve de Gabriel Mesnager^ 
Marie Despins, qui en rendit aveu en 1691. Elle est dite 
défunte en 1701, époque à laquelle eut lieu la licitation de 
ses biens (1). 

(i) De Marie Despins et de Gabriel Mesnager, la maison de la Biche 
passa en 1701 à leur fils, Jacques Ruaudin, et à ses cohériUers, mais 
non sans contestations embrouillées, — puis à damoiselle Marie 
Champion, \'euve de Jacques-René Ruaudin (1707), marchande, paroisse 
de la Couture — Les 12 et 28 juin 1714, les Ruaudin et les Champion, 
qui s^étaient partagé Tancienne maison de la Biche remontrent que, 
€ les maisons, cours et issues qui joignent leurs appartenants ont 
été détruites par Tincendie arrivé le 21 mars dernier, de manière 
qu*il ne leur reste plus que quelques mazures des murailles » et 
demandent à faire \\n état des lieux délimitant leur propriété de 
celle des voisins. Antérieurement, le 90 mars 1703, un do leurs 
voisins, Grégoire Guiart Tainé, demeurant paroisse de Cou née, avait 
donné à bail, à partir de juin ITOi, une partie de la maison sise sur la 
place des HaUes prés le jeu de paume de la Biche, — En 1709, nouveau 
procès entre les propriétaires de la Biche et les héritiers Guiart. — 1^ 
8 juin 1713, bail d'une partie de la Biche et de Tautre partie apparte- 
nant aux hériUers Guiart moyennant 100 livres de rente. — Suivent de 
nombreuses constitutions de rente relatives à ces maisons. — Le 
8 juin 1714, Nicolas Champion déclare aux administrateurs de l'hôpital 
général du Mans qu'il entend faire réédifier le mur mitoyen étant entre 
sa maison, ci-devant incendiée, et celle des administrateurs de l'hôpital, 
où était rhôtellerie de la Petite-Notre-Dame. — Le 22 août 1716 traité 
entre Nicolas Champion, mess^iger de la ville du Mans à Tours, et les 
administrateurs de rhôpital-général du Mans, propriétaires de maisons 
incendiées proche la place des Halles, nommées le Croissant^ Notre- 
Dame et Saint- Frmiçois. — Le V^ avril 1717, traité entre les mêmes, 
après visite faite par maître Jean de Cherche, expert. — Ce Champion 
eut pour héritier Nicolas Champion, prêtre, chanoine prébende de 
l'église cathédrale du Mans. — Le 14 mars 1761), Guillaume Rigot, 
marchand, demoiselle Jeanne Doisteau, son épouse, et René Doisteau, 
praticien au Palais-Royal du Mans, propriétaires de la maison place des 
Halles louée au sieur Jean Marqueret, voiturier, pour 500 livres par an 
« n'étant pas eîi situation de faire à cette maison en mauvais état les 
réfections nécessaires »• la vendent au sieur Leduc. — Le 30 nivùse 
an VI, M. Leduc la vend au citoyen Rourdy et à son épouse pour 
i8,(XK) livres. — Le 21 mars 1812 a lieu une constitution de rente de 
500 livres par les propriétaires de la maison, jardins et dépendances, 
servant d'auberge place des Halles et ayant pour enseigne la Biche au 
profit du sieur Joseph-Renoit Dorison, propriétaire. — Le 27 vendé- 
miaire an XI, le citoyen Jacques Rourdy, messager et son épouse font 



DU ROMAN COMIQUE 203 

J'arrête ici, à la fin du XVII® siècle, le siècle de Scarron, 
cette histoire détaillée de la Bicîie, Elle avait eu, au cours 
de ce siècle, à souffrir de nombreux incendies dont j'ai 
parlé longuement dans mon histoire des jeux de paume du 
Mans (1). 

bail pour 18 ans au citoyen Thomas-Martin-François Guillouard, 
marchand, et Marguerite Beury, son épouse, d'une maison servant 
d'auberge et ayant pour enseigne VAigle^d'Or et ci-devant le Petit- 
Dauphin^ place des Halles, et tenue par Louis Jousse et Marie Cureau, 
sa fenmie, moyennant 1,000fr. — Le 5 juillet 1821, les héritiers Uourdy, 
consentent bail, à partir du 25 juin 1822, de la maison de leur auteur à 
M. et M"« Ulondel, moyennant 1,100 francs de loyer annuel. 

(1) Voir mes Nouveaux documents sur les comédiens de campagne^ 
pp. 39 et suivantes. Je rappelle que le théâtre des Comédiens à la Biche 
ne fut pour ainsi dire qu'un théâtre impromptu, et qu'ils allèrent 
ensuite dans une autre hôtellerie. J'ai dit (tome l*', p. 13-14) que c'était 
à l'Hôtellerie de l'Image Saint-Jacques, sise en face de la maison de 
La Rappinière, qui au lendepiain de son mariage habitait paroisse 
Saint-Nicolas dans une maison dont il était propriétaire. L'hôte et 
l'hôtesse de Saint-Jacques étaient, on l'a vu, Edouard Bottu et .**a femme 
Louise Le Roux. 

J'ai dit que Edouard Rottu et Louise Le Roux, sa femme, dont 
Scarron avait présenté un enfant au baptême de 1634, tenaient l'hô- 
tellerie de Saint-Jacques, oti étaient allés loger les comédiens. Rottu 
et sa femme furent bien les hôtes de cette bôtellerie ; mais ce ne fut 
qu'à une date postérieure. Ils ne l'étaient pas de 1(333 à I6i0, c'est-à- 
dire à l'époque où Ton peut rapporter appro.ximativement les* événe- 
ments du Roman Comique. Ils tenaient alors une hôtellerie située non 
loin de celle de Saint-Jacques et qui, comme elle, a longtemps donné 
son nom à la rue où elle se trouvait. La rue de la Perle qui fait 
suite à la rue Saint -Jacques, était appelée, jusque vei*s la An du 
XVIH« siècle, rue Saint-Detiis : elle devait cette appellation à V hôtelle- 
rie de l'Image Saint-Denis, située au coin de cette rue et de la place 
des Halles. 

J'ai déjà parlé de cette vieille hôtellerie de la place des Halles 
(paroisse de la Couture) dans mes Nouveaux documents sur Molière et 
les Comédiefis de campa/jne (p. TiB). J'ai dit qu'on possédait de nom- 
breux renseignements sur son compte jusqu'en 165U. On peut consul- 
ter en effet aux Archives de la Sarthe (A 3, 79 v», 92, 106, 106 vs etc.) 
les Déclarations faites au Domaine du roxj. Un hôte de l'hôtellerie de 
Saint-Denis joua un rôle dans l'histoire de la Ligue au Mans. I-,e 
6 octobre 1642, Edouard Bottu était encore 1 hôte de cette hôtellerie 
« où pondait pour enseigne l'Image Saint-Denis ». C'est là qu'eut lieu, 



904 LES TITPP» PES PSR9PNNAGES 



* 



Ce 30Qt les reisistres psa*oissiaux de la Couture qui pro-* 
jettent une pleine lumière sur les hôtes qui étaient à la t^te 
au tripot de la Biche au temps de Scarron, sur Despins et 
sa femme. Us nous font connaître que, le 9 octobre 1642, 
on enterra le petit Michel Millet , mort à la Biche chez 
De$pin$. 

Le 2 octobre 16^9 forent épousés, en l'église de la Couture, 
Gabriel Despins, de la paroisse Saint-Nicolas, et Françoise 
Boutevin^ de la paroisse de la Couture. Le 2 juillet 1630 
avait lieu le baptême de Françoys, fils de Gabriel de 
TEspinay, sieur Despins, et de Françoise Boutevin. 

Le 9 février 1632 eut lieu le baptême de Gabriel, fils dé 
Gabriel Despins et de Françoise Boutevin ; parrain : honnête 
homme Jean Maurice, archer de Monsieur le prévôt pro- 
yincial ; marraine : demoiselle Anne Thomas. On se trouve 
ainsi voisin des archers, dans la vie réelle, comme on l'est 
dans le Roman Comique^ du lieuten|int de La Rappinière. — 
Le 18 septembre 1634 est baptisée Marie Despins, fille des 
mêmes; le parrain est noblç maître François Senault, con- 
seiller du roi, commissaire des montres de la maréchaussée 
de La Flèche, la marraine est damoiselle Françoise Drouard. 

à cette date, le contrat de mariage d'Etienne Laisné et de Tugale 
Ârnoul, demeurant tous deux à Laval {Inventaire des Minutes des 
Notaires du Mans, t. I, p. G2). — On trouve encore, postérieurement 
à cette date, paroisse de la Couture, le baptême de plusieurs de ses 
enfants. Le M avril 1650, avait lieu celui de sa fille Madeleine ; le 
7 mai iC53, celui de Pierre, qui eut pour parrain un bourgeois de 
Paris. 

M. de La Rappinière, qui devait habiter alors, paroisse Saint-Nicolas, 
dans la maison qu'il tenait des parents de sa femme (bien que celle-ci 
ait été marraine en 16U à la paroisse de la Couture) pouvait demeurer 
tout prés de rhùtcUerie de Saint-Denis, car les deux paroisses étaient 
contiguës. (Consulter les études de M. Anjubault sur la délimitation 
des anciennes paroisses du Mans.) 



DU HOMAN COMIQUE 205 

— Lo 2G novembre, on voit Gabriel Despins, parrain avec 
Jehanne Livré. — Le 13 décembre 1635, Anne Despins, 
fille de Gabriel, est tenue sur les fonts par René Despins et 
Marie Hervé. — Le 25 mars est enterré le petit Gabriel 
Despins. — En 1636 également un fils de René Despins a 
pour parrain le théologal Catherin Fretault. — Un autre de 
ses fils a pour marraine, le 31 mars 1639, Françoise Bou- 
tevin, la ti-ipotière de la Biche en personne. — Le 8 mars 
1638 avait été baptisée Marguerite Despins ; parrain, noble 
Charles Ksnault, sieur de Chastenay , marraine, damoiselle 
Marguerite Aubert. — Le 22 août 1640, est baptisé Gabriel 
Despiiis qui a pour parrain Jacques Le Divin, écuyer, le 
frère de M"»*» Bouvillon, et pour marraine Marie Marest, la 
future bru de la même Bouvillon. 

La veuve Despins devait longtemps survivre à Scarron (1) 
qui l'avait immortalisée sans faire connaître son nom. On 
voit par ces actes la grande place que la maîtresse du tripot 
tenait dans la société mancelle du XVII® siècle. 



* 



La BicJip. ne fut pas plus heureuse au siècle suivant. On 
lit dans la curieuse lettre, tout embaumée du parfum du 
Rohian Comique, écrite le 25 octobre 171 1 par un ami du 
maréchal de Tcssé, venu visiter au Mans « les lieux où 
les fameux héros du Roman ont joué de si grands rôles », 
lettre que j'ai citée plus haut : a Je fus au désespoir 
de ne plus trouver le Jeu de paume de la Biche, Le tripot 
qui a donné commencement à tant de belles aventures est 
détruit par les vicissitudes du temps qui détruit les monu- 
ments les plus respectiibles. J'en vis les débris en soupirant 
et non sans m'écrier : Nunc seges est uhi Troja fuit (2), » — 

(1) Elle figure encore dans des actes de 1687. 

(2) Voir plus haut, chapitre I". 



206 LES TYPES DES PERSONNAGES 

La Biche était pourtant de bonne heure ressuscitée et sortie 
de ses débris. Mais elle jouait vraiment de malheur ; car, le 
21 mars 1714, elle était victime d'un nouvel incendie, qui 
prit aux Halles à ce jeu de paume et brûla toutes les maisons 
jusque chez M. de Monthéard (1). 

Reconstruite, elle passe sans gloire la plus grande partie 
du XVIIIe siècle. Ce n'est que le 11 décembre 1793 qu'elle 
voit son nom figurer à nouveau un instant dans l'histoire. 
Elle dut alors une nouvelle célébrité au conseil, présidé par 
Tévêqued'Agra, qu'y tinrent les chefs de l'armée vendéenne, 
lors de la prise du Mans (2). 

La Biche, on le voit, avait la vie dure ; elle avait prouvé 
plus d'une fois qu'elle savait renaître de ses cendres. 
Elle ne disparut définitivement qu'après la démolition des 
Halles en bois, derrière lesquelles elle était bâtie. Leur 
démolition en 1826 fait provoquer la transformation du côté 
sud de la place, mis pour ainsi dire au grand air par suite 
de la destruction de l'édifice, remplacé d'abord au milieu 
de la place par une halle ronde en pierre (démolie à son 
tour en 1883), sur l'emplacement de laquelle s'élève aujour- 
d'hui la statue du général Chanzy. 

A la fin du XVIlIo siècle, elle portait le numéro de ville 
1991. Après quoi, elle continua de vivre plus obscurément 
que par le passé jusqu'à la fin du premier tiers du XIX<^ 
siècle. M. Louis Ghauvel-llclix, propriétaire, demeurant rue 
Royale au Mans, qui l'avait achetée, faisait « intimation à 
nouvel ordre », le 29 mai 1828, à ses voisins Messieurs les 

(!) L'inscription, gravée sur une plaque de marbre blanc sur la 
maison ii" 5 attenant au Dauphin, porte en effet : « arrêt d'incendie en 
171 i et 1870 » au-dessous d'une statue de sainte Scholastique, patronne 
du Mans. Larequr»te des propriétaires do la Rirbe, que j'ai fait connaître 
dans une note précédente, prouve bien évidemment que cet incendie 
eut lieu en 1714. 

(2) V'oir II. Cbardon. Les Vendéens dans la Sarthe, III, 420 ; et GrUle, 
La Vendée en il03, III, ai2. 



IHT ROMAN COMIQUE 207 

administrateurs des hospices civils du Mans et h M. Ménard- 
Dubois, négociant, propriétaire, demeurant rue Courlhardy. 
Il les invitait à comparaître, assistés d'un architecte, sur 
les limites séparatives de leurs propriétés (l), « leur faisant 
savoir qu*il était dans l'intention de démolir sa maison de 
la Biche, vu son état de vétusté, pour la reconstruire sur 
le nouvel alignement .... h la fin de reconnaître la ligne 
séparative de leurs immeubles respectifs, la mitoyenneté des 
murs ou pans de bois, etc., etc.... » — Le 25 juin et le 10 
juillet, les expertises respectives avaient lieu et actes en 
étaient dressés d'un connnun accord par les parties (2). — • 
Le 17 décembre 1828, madame veuve Dubois cédait à 
M. Chauvel la mutualité d'un mur qui séparait sa maison 
d'un magasin dépendant de la propriété Chauvel. — La 
maison de l'hôpital était alors occupée par madame veuve 
Ducré. 

Dans un long jugement du 21 février 1829, relatif à des 
questions de mitoyenneté, M. Chauvel est dit propriétaire 
de la maison située au Mans, place des Halles, numéro 24, 
joignant immédiatement une autre maison, nommée la 
Bichej appartenant à M. François-Sébastien Oranger et dame 
Marguerite Leloup, son épouse, du chef de cette dernière 
représentant les Guiart (3). Les intérêts de M. Chauvel 
furent détendus par l'avocat Sévin et ceux des époux 
Oranger par maître Piédor (4). 



(1) f^a maison de la hiche était alors occupée par M. Blonde!, négo- 
ciant. 

(2) Le traité avec les administrateurs de l'hospice est signé de 
MM. Lalande-Villette, Bureau, vicaire-général, d'Hauteville, etc. 

(3) On voit qtie le nom de la Biche était alors attribué à deux 
maisons : celle de M. Cliauvel et celle de M. G ranger. 

(4) Le 9 février 18(11, M. Trouillard-Culier, négociant, rue Courthardy, 
sit^'nifiait à son tour à M«<> veuve Chauvel d'avoir à se trouver sur la 
limite de leurs propriétés respectives, le requérant ayant Tintention de 
faire des constructions sur son terrain, notamment dans la partie qui 
avoisine celui de M»» Chauvel. 



208 ' LES TYPES DES PEnSOKNAGES 

La maison passa au banquier Trouvé, qui avait épousé 
Mademoiselle Ghauvel. Elle fut démolie pour être transfor- 
mée en deux grandes maisons, Tune située sur la place 
même, l'autre au fond de la oour. M. Trouvé-Chauvel éta- 
blit dans cette ddiiiiôre les bureaux de sa banque et eût 
ridée de placer sur la façade du fond de la cour le buste 
de Scarron comme un souvenir de la vieille réputation du 
tripot de la Biclie (1). Mais cette intention ne fut jamais 
réalisée ; la fortune, déesse inconstante, ne sourit pas au 
nouvel occupant, chargé cependant, après la Révolution de 
1848, de la gestion des finances de la France. On a vu 
longtemps la maison, qu'il habitait, formant le numéro 13 
de la place deis Halles, et celle qui était située sur la place, 
servant de demeure au libraire-éditeur Julien Lasnier (2). 

Pendant longtemps il n'y eut à droite qu'une seule mai- 
son entre la Biche et la Licorne^ c'est-à-dire la maison ven- 
due aux Minimes en 1631 . De même à gauche une seule mai- 
son entre elle et celle appartenant à l'hôpital général du 
Mans. La maison dite des hospices existe toujours. Celle 
de la Licorne qui avait été remplacée par la maison Langlois- 
Guillouard, dite cour du Commercej devenue ensuite la pro- 
priété de Louise du Chapelet de Maillebois, a été ainsi que la 
Bichey démolie pour faire place à la Bourse de Commerce 
et à rouverture du boulevard Levasseur. La Biche et une 
partie de rancienne Licorne ont fait place à la Bourse de 
Commerce et au boulevard René Levasseur. L'ouverture 
de ce boulevard en 1886 est venu détruire à tout jamais 

(1) La Biche fîgure pour la dernière fois dans ï Annuaire de la Sarlhe 
de 1845. Voir aussi Pesche, Dictionnaire de la Sarlhe (1834), III, 2Î^2. 

(2) Le premier propriétaire de la Biche qui ait porté le nom de 
Chauvel, M. Louis-François Chauvel, avait épousé Françoise-Jacqueline- 
Charlotte Hélix. Leur fille épousa M. Charles-Paul Trouvé-Chauvel, 
le banquier, ministre des finances et préfet de police en 1848. Ils eurent 
pour fils Charles - Paul Trouvé - Chauvel, époux de Marie - Céleste 
Thiébaut, qui, veuve, se remaria en troisièmes noces au docteur Rey. 



DU ROMAN COMIQUE 209 

les derniers souvenirs du jeu de paume de la Biche (1). 
Nous avons fait Thistoire de la Biche pendant trois siècles. 
Il nous reste à souhaiter que d'autres chercheurs fassent de 
même pour d'autres maisons historiques du Mans (2). 

(1) On n'en peut guère reconnaître aujourd'hui l'emplacement exact 
qu'en consultant le plan cadastral de la ville, le journal La Sarthe du 
mardi 23 février 1886, qui donne le plandu nouveau boulevard, les noms 
des propriélaires à exproprier, la situation et la contenance de leurs im- 
meubles respectifs. Il convient surtout de se référer au plan dressé par 
l'administration de la ville du Mans proposant, au moment des projets 
d'expropriation, un emplacement pour la Bourse, la Chambre, le 
Tribunal de Commerce et le Conseil des Prud'hommes. 

(2) Dans mes Nouveaux Documents sur les comédiens de campagne, 
j'ai fait l'histoire des jeux de paume du Mans et celle de la plupart des 
hôtelleries situées sur la place des Hallos ou aux environs. Il me reste 
en portefeuille celle de riiôtellerie de La Fontaine, rue du Chêne- Vert, 
et celle de l'hôtel du Louvre, bâti au XVI« siècle par Jean de Vignolles 
et qui ressemble à un palais de Florence. 



14 



Ni 



CHAPITRE IX 



LE MARQUIS D'ORSÉ. — LE COMTE DE BKLIN 

Le marquis d'Orsé n'est autre que te comte de Belin, grand ami du 
thé&tre, protecteur des comédiennes du Marais et de Scarron. — J'en 
ai donné ta preuve certaine dans la Troupe du Roman Comique 
dévoilée, la Vie de HolfOH mieux connue et ta Querelle du Cid et les 
Nouveaux documenit sur Uolière. — Ne trouve-t-on pas aussi un 
écho des dramatiques événements de la vie de ses enfants dans le 
récit que fait Scarron de celle de Vervilie et de son beau-trère 
■ Saldagne ? 

L'identilication du marquis d'Orsé »'est plus à faire. J'ai 
prouvé, il y a déjà bien longtemps et à difTérentes reprises, 
que ce pei^onnage n'était autre que le comte de Belin, 
François Faudoas d'Avorton. Ce serait enfoncer une porte 
ouverte que de vouloir aujourd'hui revenir sur cette dé- 
monstration. ELle est entrée dans le domaine de la critique 
et ne saurait être contestée. Nous ne sommes plus au temps 
où, dans le Afaine, des écrivains sans critique rappro- 
chaient de ce nom celvii du comte de Tessé. On n'a qu'à 
consulter la Troupe du iluin an Comique dévoilée, la Vie de 
Hotroii mieux connue et Ut Querelle du Cid, les Nouveaux 
documenti sur la Vie de Molière, pour voir celte identifica- 
tion suffisamment élablie (I). On voudra bien aussi se 
reporter au premier volume de cette étude sur Scarron, 
et l'on y verra que c'est précisément sur la demande du 
comte de Belin, grand ami du théâtre et sou protecteur, que 

(1) A. tiastû, dans sa Querelle du Cid, a reconnu cette preuve 



LES TYPES DES PERSONNAGES UV ROMAN COMIQUE 211 

le jeune Scarron, domestique et commensal de Ms^"" de 
Bcaumanoir, évêque du Mans et aussi du comte, est in- 
tervenu dans la querelle et a décoché contre Corneille les 
pages de prose et les vers que Ton regrette qu'il ait écrits, 
mais qu'on ne saurait lui contester. Il les a expiés du reste 
en donnant toujours dans la suite, à l'auteur du Cid, qu'il 
avait si tristement attaqué, le nom d'inimitable Coi^eille, 

Scarron dut être plus d'une fois l'hôte du comte de Belin 
au château d'Averton dans le Bas-Maine. C'est en s'y ren- 
dant qu'il a suivi la route du Mans à Sillé-le-Guillaume sur 
laquelle il a placé les aventures de ses comédiens et de 
Ragotin à la recherche d'Angélique (1) et celles de la vieille 
abbesse d'Étival et du R.*P. Gifflot, directeur discret de 
l'abbaye. 

M. de Belin mourut le 29 septembre 1637, ce qui permet 
de dater la plupart des aventures du Roman Comique : elles 
durent se passer avant la mort de ce célèbre Mécène 
manceau et les débuts de la cruelle maladie, qui ne tarda 
pas à atteindre le jeune Scarron. 

Il y a même lieu de se demander s'il n'y a pas encore un 
écho lointain des événements de la vie de M. de Belin, de 
son fils et de son gendre, dans ce qu'écrit Scarron sur le 
baron d'Arqués, Verville et son beau-frère M. de Saldagne. 
On se prend à y voir surtout un souvenir du fils qu'il choi- 
sit comme héritier, René de Faudoas d'Averton, qui finit 
d'une façon tragique , et fut assassiné traîtreusement le 
7 décembre 1642, à la porte Saint- Honoré, par son beau- 
frère François de Rochechouart, marquis de Bonnivet (2). 

(1) Roman Comique, p. 56. 

(2) Voir sur cette mort une curieuse lettre de Tabbé de Rancé, dont 
le jeune Belin avait épousé la sœur, Claude-Catherine Le Bouthilier de 
Rancé (Gonod, Lettres de l'abbé de Rancé, p. 5 ; Tabbé Dubois, HUstotrti 
de Vabbé de Rancé, 1860, in-8, p. 36). 



CHAPITRE X 



LES COMPARSES DU ROMAN COMIQUE 

I^ Baguenodiëre. — Les Neveu et les Portail. ^ L*éhi du Bignon. — 
Le partisan Samuel Gandon de la Raillôre. ~ Le sénéchal Tanneguy 
de Lomblon des Essarts. 

J'arrive aux comparses da Roman, ou plutôt aux derniers 
d'entre eux dont il me reste à parler ; car plusieurs des 
personnages çue j'ai déjà fait connaître, le marquis d'Orsé, 
la vieille abbesse d'Étival, et d'autres encore, ne sont eux- 
mêmes que des comparses ; ils ne font pas partie intégrante 
du Roman, ce sont de plaisants intrus que Scarron a intro- 
duits chemin faisant, pour notre commun plaisir, dans son 
Uvf e, qui ressemble à une comédie à tiroirs. 

Il nous reste à parler d'abord d'un comparse du même 
ordre, le grand La Baguenodiëre, dont Scarron a placéla fleg 
matique figure à la fin de son deuxième livre. Les clefs 
mancelles du XVII !« siècle l'identifiaient avec le fils de 
M. Pilon, avocat au Mans, qui n'était rien moins que noble, 
alors que Scarron range La Baguenodiëre parmi la noblesse 
du Maine. Je ne puis considérer ce choix qu'elles ont fait 
de lui que comme une méchanceté des Manceaux du 
XVIII® siècle. Il leur fallait une victime ; elles ont choisi, 
vaille que vaille, sans rime ni raison, pour original du type 
de La Baguenodiëre, le fils de Monsieur Pilon. Je me borne 
à citer ce nom sans phrases, bien que je sois documenté 
sur son compte, parce qu'il ne repose, que je sache, sur 
aucune probabilité et que ce serait perdre son temps et son 
encre que de s'y arrêter un seul instant. 



LES TYPES DES PERSONNAGES DU ROMAN COMIQUE 213 



* 
* * 



Je pasie aux personnes dont Scarron a simplement cité 
les noms dans son Roman, pour lui donner encore une plus 
grande apparence de réalité et de véracité. Je veux parler 
du grand prévôt provincial Neveu, du sénéchal Lomblon 
des Essarts, des Portail, de l'élu du Bignon (c'est à tort que 
toutes les éditions ont imprimé du Rignon), du partisan 
La Raillère, qui était venu établir au Mans une maltôte, etc. 

Je dirai peu de choses sur leur compte, surtout sur celui 
des Neveu et des Portail. Le nom de la famille Neveu, qui 
resta si longtemps attaché h la charge de grand prévôt pro- 
vincial du Maine, se trouve partout chez les historiens du 
Maine; et de même celui des Portail, grande famille par- 
lementaire, qui se rencontre dans nos fastes historiques 
aussi bien au Mans qu'à Paris, jusque dans Tallemant des 
Réaux, et dont on comprend facilement que la vanité de 
Ragotin ait invoqué le nom, aussi bien qu'elle se recomman- 
dait de l'encrier du poète Robert Garnier (1). 

L'élu du Bignon, seul, est resté inconnu jusqu'ici. 

Les registres des paroisses du Mans sont pleins du nom 
de François L'Espinay, sieur du Bignon, conseiller à l'élec- 
tion. On le voit souvent qualifié du titre de « noble ». On 
le trouve parrain à la Couture le 8 mai 1637, c'est-à-dire 
au moment du séjour de Scarron dans le Maine. Dès 1G05 
était née, paroisse du Crucifix, le 27 août, Renée, fille de 
François de L'Espinay, sieur du Bignon, élu. En 1642, sœur 
Madeleine L'Espinay du Bignon meurt aux Ursulines. Le 

(1) On a vu que, par ses origines fertoises et nogen taises, Ragotin 
avait des liens avec ie poëte Gamier et avec sa femme Anne Hubert. 
D'ailleurs, il y avait un autre encrier de poète dans sa famille, celui 
de Nicolas Denisot, le comte d'Alsinois. Mais Scarron, je l'ai dit, ne 
pouvait pas citer le nom, sans dévoiler trop ouvertement celui de sa 
principale victime. 



214 LES TYPES DES PERSONNAGES 

14 mars 1635, le conseiller en l'élection du Mans, François 
L'Espinay, vend Tétat et l'ofiBce de président et conseiller 
du roi en l'élection de La Ferté, à un des Rouillé, de cette 
ville. Il avait épousé Marguerite Mairesse, qui lui survécut. 
Le 29 avril 1629 avait lieu le contrat de mariage de leur fille 
Marguerite L'Espinay, avec Pierre Chevalier, aieur de la 
Chicaudièrej conseiller en la dite élection. Il est encore plus, 
souvent question de celui-ci que de son beau-père dans les 
registres des paroisses et les actes des notaires du temps. 

* 

C'est sans doute de propos délibéré que Scarron a défiguré 
son nom en disant : « Il se trouva que le moulin étoit à l'élu 
du Rignon ou à son gendre Bagottière (je n'ai pas bien sçu 
lequel). Ce du Rignoq étoit parent de Ragotin » (1). 

Je pourrais m'arrêter plus longtemps sur le compte de 
ces deux personnages ; mais n'est-ce pas le cas de dire : 

c De minimis non curât praetor, » 



* 



La Raillère est un plus fameux personnage que l'élu du 
Bignon, dont le nom ne serait jamais venu jusqu'à nous 
sans la mention qu'en a faite Scarron. Au contraire, le nom 
du partisan Samuel Gaudon de la Raillère (2) appartient à 
rhisloire de France du XVIP siècle ; les Mazarinades l'ont 
rendu célèbre. La date du voyage de La Raillère au Mans 
dont parle Scarron, quand il dit qu'il y vint pour établir une 
maletôte, n'est pas aussi facile à préciser. La Raillère dut 
être chargé de la levée de la taxe dite des aisés. On trouve 
celte taxe levée sur les plus aisés des villes, imposée dès 
1639 et même dès 1636 dans le Maine. On voit à partir de 
ces dates, les villes de la province, Beauniont entre autres, 

(i) Roman comique, fl, ch. xvi, 67. 

(*2) Et non Gandon, comme on le trouve appelé par presque tous les 
historiens. 



DU ROMAN COMIQUE 215 

surchargées d'impôts de toutes sortes par les trésoriers de 
France, de taxes à imposer sur les aisés et d'emprunts forcés 
levés pour la solde des soldats et leur entretien. En 1641, 
un traitant vient « pour le traité de 20,000 livres à lever pour 
Tafifranchissement des francs fiefs », un autre en 1644 pour 
l'impôt à percevoir pour la nourriture des prisonniers espa- 
gnols et le loyer des régiments. On voit Laflfemas intervenir 
à raison des violences et des doléances auxquelles donnent 
lieu ces événements. En 1643 intervient l'intendant de 
Haire, bien connu par la correspondance de Mazarin et de 
Gostar ; en 1645 c'est le tour de Bautru. En 1643, les élus 
avaient refusé de vérifier les rôles des collecteurs qui, à la 
fin de 1645, déclarent impossible de lever la somme de 
60,000 livres imposée sur les aisés de la ville du Mans et 
demandent la modération de la taxe. Les élus leur ordon- 
nent de laire la collecte immédiate de la taille avant toute 
autre taxe. On se pourvut devant l'intendant et au conseil 
contre cette ordonnance ; un échevin fut 'emprisonné pour 
n'avoir pas payé le droit de joyeux avènement. La taxe fut 
diminuée de moitié et réduite à 30,000 livres. En 1646, La 
Raillère, fermier des entrées depuis 1644, entreprit la levée 
de la taxe des aisés dont il avait eu l'idée (1). 

Scarron, qui était au Mans au commencement de 1646, 
dit précisément dans son Epitre à Madame de Ilautefort : 

ce Vous parlerai-je des aisés. 
Qui sont un peu scandalisés 
Du retour de l'intendant d'Haire ? 
Mais je ferai mieux de m'en taire, 

(1) On voit aussi (Arch. municipales du ManSj n» 244) que le frère 
aillé de révoque Éineric de la Ferté, étant venu au Mans en IGiC, leva 
de nouveaux impôts, alors que la province était surcliargée depuis 
longtemps ; cette visite suscita à l'évoque quelques difficultés dans sa 
ville. 



216 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Car je les tiens, étant taxés, 
Sans qu'on les raille, assez vexés : 
Laissons-les en paix, je vous prie. 
Cacher lit et tapisserie » (i). 

Cela suffirait, à défaut d'autres documents, à dater le 
voyage de Scarron au Mans. L'intendant de Tours venait 
tous les ans au Mans en janvier, ainsi que le montrent les 
registres de la ville et ceux du chapitre. Scarron dut, pen- 
dant son séjour au Mans, entendre prononcer le nom de 
La Raillère. Plus tard, pendant la Fronde, il entendit de 
nouveau résonner à ses oreilles ce nom des plus reten- 
tissants et des plus maudits (2). 

Tallemant parle de lui dans ses Historiettes (3). Il avait 
épousé, le 7 février 1630, Anne Menjot, appartenant à une 
famille bien connue du Maine (4). Leur fille, Madeleine, née 
en 1633, épousa Georges de Clermont-Gallerande, marquis 
de Saint-Aignan, de la maison d'Amboise, né en 1622, frère 
de Henri de Clermont (5). On conserve d'elle un bon por- 
trait attribué h Mignard : ce tableau, aux mains mignardes, 

(1) Œuvres de Scarron, (éd. Bastien, t. VII, p. 134.) Il est bien sou- 
vent question des aisés dans les poésies du temps. 

« Et ses biens trop connus l'ont fait mettre aux aisés. » 

Grâce à cette taxe les partisans faisaient emprisonner qui bon leur 
semblait et placer partout des garnisaires. Il est souvent question do 
l'intendant d'ilaire dans la correspondance de Mazarin et surtout dans 
celle de Costar qui (II, 2^42) pleure sa mort. Les registres de rilôtel-de- 
ville du Mans montrent qu'il était venu dans cette ville dès IG43 pour 
lever des impùls. Armand de Foiiteuay lui succéda connue intendant. 
En lGi7 on voit au Mans le partisan Etienne Mirbel. 

(2) Voir Moreau, Choix de Mazarinades, t. I, p. 122 ; — Entretiens de 
Bonneau, Catelan et La Raillcre touchant leur retour à Paris, iOU>, 
in-4 ; — et Le Courrier d^ la Fronde, p. 382. 

(3) V, i40-r*S. 

[\) Aune Menjot avait été mariée eu premières noces à Christophe 
Petit, avocat du prince de Coudé. Elle portait : d'hermine au chef de 
gueules, charijê de trois fusées et de deux demi- fusées d'or. 

(5; Il portait: d'azur à trois chevrons d'or^ celui du chef brisé. Voir 



DU ROMAN COMIQUE 217 

représente en Madeleine la marquise de Saint-Ajgnan (1). 
C'est à elle que le calviniste manceau Bouvet, devenu amou- 
reux de la jolie marquise, a dédié en 1654 le Triomphe de 
r Amour ou les Métamorphoses de Daphné, publié alors à 
Alençon chez Morvel (2). 



* 



Le sénéchal Tanneguy de Lomblon des Essarts était un ami 
de Scarron. Il occupe une grande place dans l'histoire du 
Maine au XYII^ siècle et y est en rapport avec les plus 
grandes familles de la province (3). 

Le 30 avril 1637, en pleine présence de Scarron au Mans, 
il y épousait, paroisse Saint-Pierre-l'Enterré, Renée Belocier 
de Maulny, dont la sœur, Elisabeth, fut mariée à Claude 
Barbe, grand prévôt provincial de Touraine et trésorier de 
France à Tours. 

Le 29 avril 1637 était signé le contrat de mariage de Tan- 
neguy de Lomblon, chevalier, seigneur baron des Essarts, 
fils de messire Alexandre de Lomblon, chevalier, seigneur 
des Essarts, la Pontière, la Guéroulde et Croulard, demeu- 
rant en leur manoir seigneurial des Essarts, paroisse des 
Essarts, au pays de Normandie, petit-fils de dame Louise de 
Catinat, veuve de messire Philippe de Saint-Aignan, son 
aïeule maternelle, avec Renée Belocier, fille de noble 
Jacques Belocier, sieur île Maulny, receveur des tailles en 
l'élection, et de Renée de la Rivière « le tout soubz le bon 

Notice généaloqiqHe sur la famille Menjot, vicomtes de Champfleury 
Paris, au bureau de VAnnuaire de la noblesse, i818 {24 p. in-8). Tiré à 
35 exemplaires. 

(1) On la voit souvent à Saint-Aignan où, comme son mari, elle pro- 
tégeait les protestants ses coreligionnaires. 

(2) C'est à tort qu'on a parfois attribué à Blessebois cette pièce 
rarissime. 

(3) Voir Généalogie de la Maison de Lombelon des Essarts de 
Normandie, élection de Conches, généralité d'Âlençon, 1778, in-12. 



218 LES TYPES DES PERSONNAGES 

plaisir de Monseigneur, frère unique du roi. » Le futur 
reçoit 15,000 livres en argent et 30,000 en contrat de consti- 
tution. M. de Maulny leur donnera par an 2,000 livres, et 
les nourrira en sa maison. Furent présents messires de 
Montmorency, chevalier seigneur de Loresse, et dame 
Louise de Lomblon, sa femme, sœur germaine du futur, 
noble Jean de la Rivière, seigneur de Vert, et Marie Belo- 
cier, sa femme, sœur de la future, noble Josias Poussé, 
conseiller au présidial, et Françoise Belocier, son épouse, 
noble Antoine de la Rivière, sieur des Roches, lieutenant 
particulier en l'élection du Mans ; Pierre Rouillet, président 
en l'élection, Etienne de Godefroy, sieur de Boisdoublet, 
Charles du Tertre, sieur de la Ragotière^ avocat au Mans, 
Marie Lair, Madeleine Tufiière, Marguerite Poussé, etc. 

Citons seulement les documents inédits, relatifs aux 
événements les plus importants de sa carrière. Le 8 juin 
1637, il traitait de la charge de sénéchal du Maine avec le 
baron de Lavardin. 

« Nous soubsignés, avons accordé ce que en suit : Le 
baron de Lavardin promet et s'oblige bailler et fournir au 
baron des Essarts procuration à résigner sa charge de séné- 
chal du Maine, tout ainsi qu'il en a été pourveu et en jouit, 
et les droits qui en dérivent, moyennant la somme de 
20,000 livres que le baron des Essarts promet paier au 
baron de Lavardin ou aullre désigné par lui. Le dit baron 
des Essarts promet de faire intervenir au contrat qui sera 
fait d'hui en six semaines le sieur de Maulny, son beau- 
père, qui s'obligera solidairement au paiement, dans deux 
mois du contrat, avec les intérêts à raison de l^pdit, à com- 
mencer du jour des lettres de provisions obtenues. 

Si le dit des Essarts n'est pas agréé et receu en la dite 
charge, le présent traité sera nul. 

Fait au chasteau d'Yvré-rEvesque, le 8 juin 1637 » (1). 

(1) Le traité est signé des deux parties. Le nouveau sénéchal 
signe : Tanguy de Lonbdon. 



DU ROMAN COMIQUE 219 

« Le 12 septembre 1637, devant le notaire Gaultier, Mon- 
sieur de Beaumanoir-Lavardin, demeurant au château d'A.n- 
thoigné, et Messire Tanguy de Lombelon, aussi chevalier, 
seigneur baron des Essarts, de présent au Mans, recognois- 
sent leur traité et leurs signatures, et consentent à Texécu- 
ter. Intervient noble Jacques Belossier, conseiller du roy, 
sieur de Maulny, recepveur des tailles du Maine. Il s'est 
solidairement obligé avec des Essarts, son gendre, au paie- 
ment de la somme de 20,000 livres pour le prix de la vendi- 
cation de l'office de sénéchal, payable en l'acquit de baron 
de Lavardin aux sieurs Talon et Défita, en déduction de ce 
qu'il leur doit, sous la caution de Monsieur de BeHn (1). 

Passé au chasteau d'Yvré-l'Evesque en présence de maître 
Ambroys Denisot (2), secrétaire de Monseigneur l'Evesque 
du Mans, et vénérable et discret maître Michel de Lelée, 
prebtre, aulmosnier de mondit seigneur demeurant aussi 
au Mans. » Les témoins à ce requis et appelés Belocier et 
de Lelée ont signé à côté de Denisot. 

Je me borne à ajouter que le sénéchal des Essarts est 
surtout connu par son rôle pendant la Fronde dont j'ai parlé 
au tome premier, et où il prit ouvertement dans le Maine 
parti contre la cour, ainsi que je l'ai rapporté. Son fils 
épousa Madeleine de la Rivière, du château de la Groirie. 



* 



On le voit, les personnages dont Scarron introduit les 
noms dans son Roman, appartiennent bien tous au monde 
réel de son temps. Il n'est pas jusqu'au défunt Charles Dodo, 
oncle d'une des Bohémiennes et qui fut pendu, pendant le 
siège de La Rochelle, par la trahison du capitaine La Grave, 
qu'on ne retrouve dans l'histoire du temps, ainsi que celui 
de ce capitaine faux-frère. Le capitaine La Grave de la 

(1) Le baron des Essarts n'avait pas encore les provisions de la 
chaire de sénéchal. 

(2) C'est Roujotin en personne. 



220 LES TYPES DES PERSONNAGES DU Roif AN COMIQUE 

Rocbe est un personnage réel, et non pas un nom pris en 
rair. Le 27 mai 1629, on enterrait, dans l'élise paroissiale 
de Brissac, le corps de Charles de La Grave, chef des 
Egyptiens, attaché au service du duc de Gossé-Brissac. Get 
offider avait été assassiné sur le chemin des Ponts-de-Gé. 
Trois cents personnes assistaient à la cérémonie. Dans l'au- 
torisation d'enterrer, il est dit : c Bohemorum nuncupatar. » 
(Archives de Maine-et-Loire, GG, 1-10) (1). Tout cela prouve 
une fois de plus que Scarron, je ne saurais trop le répéter, 
a fidt son Roman avec de la réalité (2). 

(1) Voir Revue d^ Anjou, mai et juin 1885, p. 153. 

(9) Je ne m'arrêterai pas à prouver que le poète Roquebrune ne peut 
dire le bailli de Touvoie de la clef maaceUe du XVIII* siècle, qui de 
plus n'était pas alors M. de Moutières, ainsi qu'on l'a prétendu. De même 
La Rancune ne peut être l'avocat Bondonnet de Parence de la fausse 
clef mancelle. Son intrusion dans cette clef ne peut provenir que 
de la ra/neune d'un plaideur mécontent. 



CHAPITRE XI 



A TRAVERS LES CHEMINS DU BAS-MAINE. 
ESSAI DE TOPOGRAPHIE DU ROMAN COMIQUE 

Le chemin de Bonnétable et le pavé de Torcé. — Les échaliers du 
Maine. — Les chemins du Bas-Maine : les anciennes routes du Mans 
à Laval, à Mayenne, à Assé-le-Bôrenger, à Averton. — Un château 
tra lo8 montes. — La demeure de Jeanne de Cordouan, femme de 
Mairet, à Izé. — Les souliers portés à la main. — La peste dans 
FAlençonnais et dans le Maine. 

Il en est des localités du Roman comme des personnages : 
elles ont été empruntées à la réalité. Malheureusement, 
Scarron n'en a guère cité. A part celles de Bonnétable, de 
Sillé , on n'en rencontre pas dans son œuvre. Il s'est 
borné à de vagues désignations tout-à-fait approximatives, 
sans préciser aucun nom. Et cependant une bonne partie 
des aventures se passe sur les grands chemins et dans les 
hôtelleries des bourgs du Maine. 

La première aventure, celle des brancards (i), se passe 
sur le chemin de Bonnétable, où se rendaient les comédiens 
allant à la rencontre de Mademoiselle de TEstoile, qui s'était 
démis le pied dans un village voisin, en venant de Chûteau- 
du-Loir. « Ils allèrent boire un coup à la porte d'une hôtel- 
lerie qui se trouva dans un prochain village ». Scarron avait 
plus d'une fois dû parcourir le chemin de Bonnétable en 
allant avec l'évêque au château de Touvoye et aussi, avec 
lui, chez la comtesse de Soissons (2). Il en connaissait sans 

» 

(1) Roman Comique ^ I, ch. vn, p. 7 et suivantes. 

(2) Voir la Troupe du 'Roman comique dévoilée, p. 159 et suivantes. 



222 LES TYFES DES PERSONNAGES 

doute les c bourbiers » et les fondrières; il avait dû le 
longer en firanchissant les échaliers qui séparaient les 
champs, et dont il parle dans son livre (1). C'est peut-être 
tout près de là, au pavé de Toreé (2), qu'eut lieu l'aventure 
des brancards. Le grand chemin du Mans à Bonnétable ne 
fut fait qu'en 1734, longtemps après le Roman Comique (3). 
Quels sont les autres grands chemins qui furent le théâtre 
des aventures des comédiens et des principaux personnages 
du Roman, Ragotin, La Rappinière, Madame Bouvillon et 
M. de La GaroufBère, les uns allant à la poursuite des 
ravisseurs d'Angélique, les autres se rendant à Laval ? Quel 
est surtout ce chemin du Bas-Maine, non loin duquel Rago- 
tin, si fort admirateur du poète Théophile, récitait, au grand 
ébahissement des paysans, les tirades de Pyrame et Thisbé 9 
Scarron avait souvent suivi la route du Mans à Sillé-le- 
Guillaume, à Bais et à Mayenne, pour se rendre à Averton, 
chez le comte de Belin. Parfois aussi il avait dû aller non 
loin de la même région, du Mans à Evron, pour y voir la 
ferme qui parait avoir constitué le principal revenu de sa 
prébende, et qu'on a dit située à Assé-le-Bérenger. Je ne 
sache malheureusement pas qu'il y ait un ouvrage d'en- 
semble établissant d'une façon précise le parcours des 
anciens chemins du Maine, qu'on est obligé d'aller relever 
sur les cartes de Jaillot et de Cassini. Si nous connais- 

(1) Un échalier, suivant le parler du Maine et de l'Anjou (cf. Charles 
Menière, Glossaire angevin)^ se dit des petites barrières qui séparent 
un champ d*un autre en permettant toutefois de suivre les routes 
tnessières longeant les champs, alors surtout que les chemins étaient 

infranchissables. — On se moqua longtemps dans le Bas-Maine des 
notaires qui passaient plus d'échaliers que de contrats. 

(2) Scarron avait sans doute accompagné, en 1637, l'évêque du Mans 
se rendant au célèbre pèlerinage de Torcé. 

(3) Il reste à déterminer ce qu'était le chemin allant de Château-du- 
Loir à ce village auprès de Bonnétable, (Rotnariy I, ch. vu, p. 38). — 
Voir ce que j'ai dit ailleurs {La Troupe du Roman Comique, p. 159 et 
suiv.) sur les comédiens dans le Maine^ à Bonnétable, sur la comtesse 
de Soissons et sa fille }i°^* de LonguevUle. 



DU ROMAN COMIQUE 223 

sions bien le tracé des anciens chemins du Mans à Sainte- 
Suzanne , du Mans à Laval et k Mayenne , nous pour- 
rions, presque à coup sûr, déterminer toutes les localités 
où se passèrent sur route les diverses aventures du Roman. 

Les comédiens passèrent-ils par Coulans, Brains, Lognes, 
au chûteau des Bordeaux, situé entre ces deux localités, 
Montreuil, etc. ? Ou bien par Epineu-le-Chevreuil, Ruillé- 
en-Champagne, Saint-Symphorien ou Bernay et Tennie (1), 
Chemiré-en-Charnie, non loin de l'abbaye d'Etival (située 
sur la droite), etc.? ou bien encore par Fay, Crannes, 
Mareil-en-Champagne, Viré, etc. (2). 

Nous pourrions essayer d'indiquer le gros bourg du Bas- 
Maine où il y avait une assez bonne hôtellerie sur le grand 
chemin, qui est dite située tantôt sur la route de Laval, 
tantôt sur celle de Bretagne à Paris, tantôt sur celle d'Anjou 
en Normandie. Cette dernière répond-elle à la route dépar- 
tementale actuelle n» 5, d'Angers à Alençon ? 

Nous pourrions nous appliquer à préciser les distances 
qui séparent ce bourg du Mans ou de Laval et qui sont 
vaguement indiquées par Scarron. Ne peut-il pas être 
Saint-Denis-d'OrquesV Qu'est-ce que le château du baron 
d'Arqués situé à trois lieues de ce bourg?.... J'évite de citer 
aucun nom, de peur qu'il ne s'agisse, dans le Roman, d'un 
château situé Ira los monles^ en Espagne, c'est-à-dire dans 
le pays de la fiction et non pas dans le Bas-Maine. 



* 



Si je voulais descendre jusqu'aux infiniment petits, jus- 
qu'à la petite béte, il me resterait à parler encore de diflé- 

(1) A Tennie, la chapelle de Saint-Calais appartenait à Tabbesse 
d'Èlival. — L'ancienne route du Mans à Sainte-Suzanne passait près 
de Tennie. La route du Mans à Laval ne fut ouverte qu'en 1764. 

(2) Le château de Réru-en-Vallon était situé près de l'ancien chemin 
du Mans à LavaL — On se rappellera que La Rappinière devait très 




^4 UCB TYPES DBS pEBSOKNAGES 

rentes particularités. Hais c'est plutôt là l'affiùre de notes ft 
placer au bas des pages d'une nouvelle édition du Itonian 
Comique. Cette édition d^nitive du Eoman, j'aurais 
aimé à la donner ; mais c'est déjà une assez grosse alToire 
que celle de deux volumes ia-S" sur Scarron et ^on Roman, 
Cette édition dé&iitive du Roman Comiqu», un aulnï pourra 
la publier & l'aide de mes découvertes. Sic vos non vabit. 
Cest là l'étemelle histoire des découvreurs I 

J'indiquerai seulement quelques-uns des prindpaux points 
qui restent à préciser : 

1" Le nom et la situation de la maison de campagne 
appartenant au biteur de la jeune mariée, b^le-flUe de 
Madame Bonvilion (probablement un des Levayer), et où se 
donna le bal de noces ; — S* Le nom de la paroisse où 
s'arrètëreot la BouviUon et son carrosse, où il y avait une 
auberge tenue, par une hôtelière digne de la dAébrUé, ainsi 
que le curé qui fit si bon accueil aux comédiens (4) ; — 3" La 

tnen connaître Teonie. — On parle de la rencontra de TOfageura 
HllKDt d'Angers a Alengon : n'est-ce pas à Bais qu'avait lieu le croise- 
ment des deux routes î 

(1) Le gros boui^ où demeurait cette bfitesae ne serait pas bien 
ililBi-ilH a délenniner. On ne courrait guère de risque de se tromper en 
le cherchant soit à Bais, soit à Saint-Pierre-sur-Orthe, soit ft Saint- 
If artin-de-Con née, sur la route d'Averton. C'est aussi en parcourant 
cette roule pour se rendre chez le comte de Uelin à Averton que l'ami 
de Scarron. Mairet, connut sa Tuture épouse, Jeanne de Cordouan, qui 
habitait à Izè, le château de Cordouan , demeure de sa famille. 
Scarron, en nous parlant de cette hôtesse du Bas-Maioe, dit que son 
mari lui lit ôter ses souliers en revenant de Laval de peur de tes user. 

Ce trait de mœurs de ta vie rurale dans l'ancienne France n'èlait pas 
rare alors. D'Assoucy raconte qu'il (^jerçut un jour, en pleine cam- 
pagne, trois personnages, dont le spectacle lui inspira de loin une 
certaine terreur ; mais il se rassura dès qu'il les vit de près, c C'était, 
dit-il. un curé de village monté sur une bourrique, avec deux paysans 
qui, aimant mieux user leurs pieds que leurs souliers, portaient 
galamment leurs souliers au bout d'un baston. ■ 

J'ai vu de nos jours te même fait aux portes de [.esneven ; maïs il 
n'f a pas besoin d'aller jusqu'au fond de la Basse- Bretagne pour ren- 
contrer de pareils exemples. On cite également des traits de sordide 
avarice dans le Bas-Maine, notamment à Domfront, dont un premier 
magistrat i s'était mis à la tête de tous les avares i. 



DU ROMAN COMIQUE 225 

situation du moulin qui fut le théâtre des si piquantes infor- 
tunes de Ragotin, et même celle de la maison de campagne 
où le godenot hébergea les bohémiens et qui, placée en 
dehors du chemin des comédiens, était située, au dire de 
Scarron, non loin de Sillé (1). 

Il m'est impossible de rien préciser car ce serait là, sans 
grande utilité, se lancer dans le domaine des hypothèses. 






Ce qui empêcha les comédiens d'aller de Bonnétable à 
Alençon et de continuer alors à courir les grands chemins, 
c'est le bruit de la peste « qui régnait à Alençon. » 

On pourrait croire que les dires de Scarron, relatifs aux 
bruits du règne de la peste à Alençon, qui fit dévier les 
comédiens jusques au Mans, pourraient servir à dater d'une 
façon un peu précise, les événements du Boman Comique, 
Ce serait une erreur. La peste fut, pour ainsi dire, toujours 
endémique dans le Maine pendant le séjour de Scarron dans 
cette province et dans les environs, notamment dans la 
Basse-Normandie (2). Les registres de l'état civil de bien 
des paroisses nous font connaître d'une façon éloquente 
combien étaient grands les ravages que la contagion faisait 
alors dans le Maine. 

En 1632, la peste qui décimait le pays de Passais depuis 
se[)t ans, pénétra à Domfront. L'année 1633 fut une année 
calamiteuse : la peste y fut universelle. — En 1635, sur la 
nouvelle que la contagion était en Normandie, il fut défendu 
aux marchands du Mans, d'aller à la foire de Guibray (3). 

(1) Je n'ai rencontré parmi les biens appartenant à Ambrois Dcnisot 
aucune parcelle qui fut située dans le voisinage de Sillé. 

(2) M. Louis Duval, Bulletin de la Société histotHque de VChme, t. XUI, 
p. X)l, t. MV, p. 257 et suiv. 

(3) Voir M. de la f'^errière, Journal de la comtesse de Sanzay, p. 89. 
Voir également, sur la peste à Rouen à cette époque, Académie des 
Sciences et Belles-Lettres de Rotie^i, 1873, p. 419 et suivantes. 

45 



' ^^X§k,^^ 






SE96 LES TYPES DES PERSONNAGES 

AU ManS} la contagion reparut dans Tété de 1696, et s'y 
maintint en 1637, elle y fiit apportée, en juin, de La Ferté- 
Bemard (1). — En 1638, le l*'' août, la contagion commen- 
çait à Saint-Rigomer-des-Bois, aux portes d'Alencou. EDe 
dura cinq mois ; cinquante-cinq i^rsonnes en moururent. 
— La même année, au mois de mai, à cause de la contagion, 
on foisait défense au paulmier Hastet, au Mans, d'employer 
désormais des ventres de mouton pour foire des raquettes. 
La contagion fit de grands désastres au Mans, malgré les 
efforts réunis du Bureau de santé et de l'Hôtel de ville, 
malgré la défense de ne laisser pénétrer dans la ville ni 
gueux, ni vagabonds, et malgré l'ordre donné le l*' juin 
aux forains et étrangers de vider les lieux dans les vingt- 
quatre heures. Les élus s'étant opposés le 9 juin à une 
levée de deniers pour les frais de la contagion, le conseil de 
ville passa outre. Le registre, constatant les mesures qui 
furent prises *alors, est encore aujourd'hui conservé aux 
Archives municipales. — Le journal de Bodreau mentionne 
souvent de son côté la présence de la contagion au Mans, 
surtout en 1626, 1628, 1650, 1668, etc. 



* 
■ « 



Je m'arrête. Je crois avoir déjà fait assez, sinon trop, de 
révélations, pour ne pas avoir le droit de m'en tenir là et 
d'écrire à la fin de ces pages : Histoire du Roman Comique 
dévoilé. Je n'avais fait naguère que soulever un coin du 
voile qui nous dérobait la troupe du Roman ; aujourd'hui 
je crois avoir fait complètement tomber celui qui cachait 
les véritables personnages provinciaux mis en œuvre par 
Scarron dans son immortel Roman Comique. 

(1) Voir abbé Lochet, Étude sur la charité et la misère au Mans 
au XV 11* siècle. 



DU ROMAN COMIQUE 227 

Il me reste à parler quelque peu à cette place des comé- 
diens que Scarron a mêlés dans son œuvre ù ses per- 
sonnages, de môme que Shakespeare en a fait figurer, à 
côté de ses héros, au château d*Elseneur. 



CHAPITRE XII 



LES COMÉDIENS DE LA TROUPE DU ROMAN COMIQUE 
ET LES OPÉRATEURS AU MANS 

Etat des rechercbee sur l'identiAcation des comédiene dg la troupe du 
Roman Comique. — Un nouveau document sur les comédiens de 
Monsieur le Prince. — Nouveaux renseignements sur les comédiens 
de campagne. — Nicolas de Vis, sieur des Œillets. — Les opérateurs 
dans le Haine. Pierre Mëtro à Baugé (1638). — .Nouveaux documents 
sur la troupe de Filandre. —En Hollande, devant Christine de Suède. 
— Dans le Midi de la France, au moment du mariage espagnol. — 
Dans l'Ouest de la France. — Les comédiens du pnnce de Coudé 
après la retraite de Filandre. 

J'ai longuement braité, dans mon étude sur Lalroupe du 
Roman Comique dévoilée et les eomédient de campagne au 
XVII* siècle, des comédiens que Scarron a dû rencontrer 
dans le Maine, auxquels il a donné le beau rôle de son 
romnn et qu'il a mêlés ù ses personnages provinciaux, tous 
ridiculisés sauf M. de la GarouRiëre. Je l'ai fait trop longue- 
ment pour qu'il me soit besoin de revenir aujourd'hui sur 
leur compte et j'ai démoli la légende qui voyait dans Molière 
et dans sa troupe les comédiens mis en scène par Scarron 
dans le Roman Comique (i). Disons seulement que j'ai iden- 

(1| M. Brunetière, écrivait dans la Revue det Deux-Mondes du 
1» décembre 188t, p. 701 : « Paul Lacroix a Tait la fortune de quelques- 
unes des inventions qui se trouvent encore aujourd'hui mêlées à la 
biographie du poôte. C'est lui qui le premier s'est avisé par exemple 
d'aller chercher dons le Roman comique de Scarron la troupe de 
Molière, de retrouver Madelelue Béjart dans M'i' de l'Étoile, Molière 
lui-même dans le comédien Destin et ainsi, pour plusieurs années, de 



LES TYPES DES PERSONNAGES DU ROMAN COMIQUE 229 

tifié le Léandre du Roman Comique avec le célèbre comé- 
dien Filandre^ de son vrai nom Jean-Baptisle de Mou- 
chaingre. Je l'avais appelé de Monchaingre, croyant que la 
tradition orale n'avait pas fait fausse route ; mais les actes 
de Tétat civil, que j'ai consultés moi-même, et la pièce dont 
je devais communication à l'obligeance de M. Benjamin 
Fillon, m'ont convaincu, ainsi que le pensait feu Célestin 
Port, qu'il s'appelait bien de Mouchaingre. Se rencontrant 
à Saumur avec la troupe de Floridor dès 1638, il vivait 
encore h la fin du siècle, seigneur de la Brosse, en Anjou, 
officier et protégé de Monsieur le Prince dans sa baronnie 
de Trêves, concierge du château de Brissac, et enfin inhumé 
à Trêves le 25 avril 1691, à l'âge de 75 ans. 

J'ai également identifié sa femme Angélique Mounier (1), 
enterrée le 31 avril 1695, à l'ûge de 78 ans, dans l'église de 
Brissac, ville où son fils était mort le 5 avril 1670, avec 

dépister les chercheurs en dirigeant leur enquête sur une région de la 
France (jue Molière et sa troupe de province n'ont jamais exploitée. 
Car nous connaissons aujourd'hui la troupe du Roman comique ; nous 
savons les originaux qui passèrent devant Scarron et nous pouvons 
aflirmer que ce n'étaient ni Molière ni ses amis les Béjart. Mais il y a 
fallu du temps, et le nom du bibliophile a tellement accrédité l'hypo- 
thèse qu'encore je ne répondrais pas qu'elle ait fini de faire partie de 
la biographie de Molière. » 
Un de nos plus célèbres Moliéristes, L. Moland, disait de même : 
« Une légende aimable par laquelle nous nous étions laissé séduire 
un moment, a voulu voir dans le Roman comique de Scarron la 
peinture de la troupe nomade échappée de V Illustre Théâtre et parti- 
culièrement dans le jeune PoqueUn et Madeleine Béjart les originaux 
de Destin et de M^'" de l'Étoile. Elle ne résiste pas à un examen tant 
soit peu attentif. M. Henri Chardon Ta démolie avec une vigueur toute 
mathématique dans son histoire de la Troupe du Roman comique dévoi- 
lée, où, procédant par éliminations successives, il arrive à démontrer 
que c'est Mouchaingre, dit Filandre^ et ses acteurs ambulants, qui ont 
dû servir de modèles à l'écrivain burlesque. Rien d'ailleurs ne difTère 
plus de la vie précaire et misérable de Roquelaure, Léandre, la Ran- 
cune et la Caverne que la vie abondante et facile menée par le jeune 
Poquelin et ses compagnons. » 

(1) Elle signe Angélique Meunier. On la trouve appelée Meusnier, 
Moulnier, Moinier, Lemousnier. 



230 LES TYPES DES PERSONNAGES 

TAugélique du Roman Comique^ Me de la Caverne. — Ils 
avaient quitté le théâtre en 1670. 

Je n'ai rien à modifier à ce que j'ai écrit, sauf le point 
suivant. Après avoir dit que Mouchaingre se trouvait dans 
les Pays-Bas en 1656 et 1657 et qu'il y était quaUflé de 
comédien de la reine de Suède, j'avais pensé qu'il était allé 
dans ce lointain pays, dès lors comme aujourd'hui hospitalier 
aux Français. Je me suis aperçu que -c'était une erreur. La 
reine de Suède, la fameuse Christine, se trouvait alors, 
comme on le verra bientôt, dans les Pays-Bas : c'est à cette 
époque que Filandre joua devant elle et devant le prince de 
Condé, de la troupe duquel il était probablement déjà le chef. 
C'est ce qui lui permit de prendre le titre de Comédien de 
la reine de Suède. On voit en effet la reine aller alors au 
théâtre avec le prince de Condé, ainsi que je le dirai tout-à- 
l'heure plus longuement. 

Je n'ai que peu de choses à ajouter aux renseignements 
que j'ai donnés sur les comédiens de M. le Prince à l'épo- 
que de Scarron (1). Il en existe, au contraire, pour l'époque 
qui suit la publication du Roman Comiqiie. M. Gustave 
Maçon, bibliothécaire de Chantilly, a publié de curieux 
documents puisés dans les archives des Condé, allant de 
1676 à 1686. Mais Mouchaingre avait pris sa retraite dès 
1667 et définitivement en 1670. A partir de cette date, c'est 
Henri Pitel de Longehamp et Michel du Rieu qui ont pris 
la direction de la troupe dont ils faisaient partie depuis 
longtemps déjà. M. Georges Monval a, de son côté, donné 
sur ces comédiens, quelques renseignements dans sa bro- 
chure sur Le théâtre à Rouen au XVII^ siècle (1893, 
grand in-8«'), apportant quelques rectifications à celle de 
M. Nourry (2). 

(1) Voir cependant ce que j'ai écrit dans mes Nouveautc Dociimeyits 
sur les comédiens de campagne et la vie de Molière^ I, pp. 28-29. 

(2) Voir M. Nourry, Les Comédiens à Rouen au XVII^ siècle^ d'après 
les registres de Saint-Éloi. Rouen, 1893 petit in-8» de 41 p. Tiré à 
40 exemplaires. 



DU ROMAN COMIQUE 231 

J'ai heureusement un document à faire connaître pour une 
époque antérieure à celle de 1670, date à laquelle Filandre 
a définitivement quitté le théâtre, précédant même la pré- 
sence de la troupe à Saint-Jean-de-Luz, au moment du 
mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse. 

Le 14 mai 1652, à Nantes, paroisse Saint-Léonard, a lieu 
le baptême de « un enfant masle, fils de honestes personnes 
Henry Piter {sic pour Pitel), sieur du Longchamp, comé- 
dien du roy, et de Charlotte de Belleville, nommé Nicolas 
par honeste homme Nicolas Drouin , dit Dorimont , et 
honeste fille Anne Millot » (1). 

Quelques mois après Henri Pitel (appelé encore cette 
fois Piter) assistait le 29 juillet dans l'église Saint-Cybard 
de Poitiers avec sa femme Charlotte Legrand au curieux 
mariage de Philbert Gassot, dit du Croisy, avec Marie 
Claveau (2). 

(I) Voir Inventaire des Archives communales de Nantes (^ vol. in-4*>) 
t. H, p. 313. A la même page se trouve la mention suivante de l'acte 
relatif à la troupe où se trouvait Molière. — t Saint-Léonard. I^ lundi 
18« jour de mai 16i8 a esté baptisée Ysabelle, fille de noble homme 
Pierre Réveillon et de Marie Biet, sa femme, de laquelle a esté parrain 
messire Louis Hoju, seigneur de la Ménolière, conseiller du roy et son 
président au Parlement de Bretagne; maraine, dame Ysabelle Poullain, 
femme d'escuyer Cœsar de Renouard, sieur de Drouges, conseiller du 
roy et maître ordinaire de ses comptes en Bretagne, par moi soussigné 
recteur)». Ont signé Louis Bouin, Ysabelle Poullain, L. Menardeau, 
Réveillon, du Breil, de Régnier, M. Béjarty Marie Hervé^ Cressan ville, 
Dufresne, Duparc, Fouqueau, François Seuvrot. — P. Ouarq, prêtre. 
— La plupart des signataires sont des comédiens, compagnons de 
Molière dans la troupe du sieur Dufresne alors à Nantes, au jeu de 
Paume de la ville (et non à celui des Carmes, sur la façade duquel on 
a posé une plaque commémorative, mise là par erreur) (Note de M. de 
la Nicolière Tejeiro, archiviste de la ville). — Le parrain et la marraine 
appartenaient à la haute société de Nantes : le président Boju et sa 
femme L[ucrèceJ Menardeau, César de Renouard et sa femme Isabelle 
l^oullain comptaient parmi les plus notables ; par suite d'une mauvaise 
lecture, au lieu i\c' Boju, on a imprimé Boin (Je dois la communication 
de cette note à la bienveillance de M. Saulnier, conseiller honoraire à 
la Cour d'Appel de Rennes, hier encore président de la Société archéo- 
logique d'IUe-et-Vilaine, que je ne saurais trop remercier.) 

{"!) Voir Brincaud de Verneuil, Molière à Poitiers^ p. 27 ; IL Chardon 



232 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Mais ces deux comédiens n'appartenaient pas dès lors à 
laljrottpe de Filandre, où. on ne les trouve entrés que posté- 
rieurement, et dont ils devaient avoir après lui la direction. 

Les comédiens Srançais allaient depuis longtemps en 
Hollande, Constantin Huygens, écrivant à Corneille le 31 mai 
1648, parle de l'effet prodigieux qu'ont produit les repré- 
sentations de ses pièces dontiées en Hollande par la troupe 
royale que dirige le comédien Floridor. Il charge aussi ce 
dernier d'être l'interprète de sa gratitude auprès de Cor- 
neille pour le présent qu'il lui a fait d'un exemplaire de ses 
œuvres (6 mars 1649) (1). 

Le séjour de la reine de Suède dans les Pays-Bas vint 
appeler de nouveaux comédiens firangais dans ses parages. 
Christine, VAmazone du Nord, après avoir abdiqué le 6 juin 
1654, et s'être rendue à Hambourg, le 10 juillet, était iirrivée 
lé 12 août 1654 à Anvers. 

On sait que, à Stockholm, le règne de Magnus de 
la Gardie avait été celui de la politique française et celui 
de l'esprit, de la littérature et des modes de Paris. Les 
artistes français avaient afflué en Suède. On y avait vu 
successivement Chevreau, secrétaire des commandements 
de la reine, Naudé, Sommaize, Descartes, Bochart, Huet, 
Sébastien Bourdon, Nanteuil. Vint le médecin Bourdelot 
qui transforma le palais, en fit un petit Louvre de plaisirs. 

Molière à Poitiers y V Union de la Sarthe^ 22 février 1887 ; les signa- 
tures ont été reproduites par M. Clouzot (Le théâtre en Poitou, 
p. 111) et sont signées : LongchampSy Charlotte Legrand. 

(1) Emile Michel, Constantin Huytjens [Revue des Deux-Mondes, 
1«' juin 1893, p. 592). J'ai déjà parlé de la lettre des Duhuisson à 
d'Hozier, écrite de La Haye le 21 mars 1638, où il dit : « Les comédies 

ne nous manquent point un seul jour, si ce n'est le dimanche » — 

Ils continuèrent longtemps à se rendre en Hollande ; j'ai fait connaître 
{La Troupe du Roman Comique dévoilée^ p. 153 et suivantes) qu'en 
1662 et 1663, Dorimond , chef de la troupe des comédiens de 
Mademoiselle, s'était rendu dans les Pays-Bas et y avait joué avec son 
frère à La Haye, à Bruxelles, et sans doute à Anvers, où il lit im- 
primer une de ses pièces, etc., etc. 



DU ROMAN COMIQUE 233 

Christine, dont on peut dire qu'elle joua la comédie toute sa 
vie, dansa des ballets, se déguisa, berna les savants. Elle 
quitta les études sérieuses pour se livrer à des ludicra et 
inania, sous rinfluence d'un charlatan (voir une lettre 
de Henri de Valois à Heinsius, en 1653). Aussi Benserade 
déclina-t-il une invitation de la reine. Bourdelot s'en alla 
de Suède dans l'été de 1653 , chargé de présents , et 
recommanda à Mazarin d'avoir des attentions pour la reine. 
Elle faisait prévoir sa prochaine abdication dès le 11 février 
1654. Montglat dit qu'elle s'était adonnée à la lecture des 
poètes et des romans et que, pour faire une véritable vie de 
roman, elle résolut de renoncer à la couronne. Elle s'enfuit 
de Suède en aventurière, se rendit en Flandre, à Tarmée 
de Gondé, « pour faire le coup de pistolet », se montrait h 
l'Europe afin de recueillir des applaudissements, commen- 
çant une vie de vagabonde. « On croirait assister à la 
tournée d'un cirque ambulant ». Christine donnait çà et là 
une représentation ; elle coupait la pièce noble d'intermèdes 
comiques de sa façon. A Bruxelles, où elle s'attarda plu- 
sieurs mois, elle mena une vraie vie de carnaval. v<l Enfin je 
n'écoute plus de sermons » disait-elle : elle les avait, du 
reste, toujours eus en horreur. Plus tard, à Inspriick, le 
3 novembre 1655, on lui offrait la comédie : « Messieurs, 
disait-elle, il est bien juste que vous me donniez la comédie, 
après vous avoir donné la farce. » Mademoiselle dit de cette 
femme, unique entre toutes, qu'elle avait des postures de 
Trivelin et de Jodelet (1). 

C'est à l'époque du séjour de cette étrange souveraine 
dans les Pays-Bas que se rapportent les quelques rensei- 
gnements sur les comédiens français de la troupe de 
Filandre en ce pays. 

« Par une espèce de galanterie qui cachait peut-être quel- 

(1) Cf. Arvède Barine, Christine de Suède {Bévue des Deux-yfondeSy 
1.5 octobre 1888. 



/ 



234 ' LES T¥P^ DES PERSONNAGES 

que nouvelle intrigue politique, Mazarin, malgré la guerre, 
fit partir de Paris une troupe de comédiens pour divertii^ 
Christine à Bruxelles » (1). . 

Dans cette ville où, dès le lendemain de son entrée, elle 
faisait secrètement profession de la foi catholique, elle assis- 
tait à la comédie. Moitié curiosité, moitié intrigue, elle y 
allait avec le prince de Gondé (2), dévouée qu'elle était à 
l'Espagne et à l'ambassadeur Pimentelli. 

Dans une lettf e à la comtesse Ebba Spars, elle dit : « Je 
suis bien avec tout le monde, excepté avec le prince de 
Gondé, que je ne vois jamais qu'à la Gomédie et au Cours » (3). 

C'est alors que Filandre joua devant elle. Il dut à cette 
circonstance, et non à un voyage sur les rives de la Baltique, 
son titre de comédien de la reine de Suède. Il prolon- 
gea quelque temps son séjour dans les Pays-Bas, et dans 
les états du prince d'Orange (4). C'est alors, vers le prin- 
temps de 1655, qu'il rendit mère sa servante, Marthe Bois- 
seau, dont l'enfant, qu'il voulut bien prendre à sa charge 
c pour la faire nourrir, instruire et élever à la foy catholi- 

« 

que, apostolique et romaine, 9 est dite avoir dix-sept mois 
ou environ, à la fin d'avril 4657 (5). 

(1) V. les Anténors modernes^ Paris, édit. Buisson, 1806, 3 vol. in-8, 
I, 141. L'auleur fait dire plus loin (p. 223) à un de ses personnages : 
« Il est vrai que Mazarin nous donne la comédie à Bruxelles avec 
moins de frais et de périls qu'à Paris ». 

(2) V. Histoire des princes de Condé^ par le duc d'Aumale. Nous 
verrons plus loin le grand Condé pendant ses années de retraite à 
Chantilly « installer, près de lui chaque année pendant des mois, une 
troupe de comédiens, dont la direction appartient aux Pitel, puis à 
Raisin, dit le Petit Molière, et auxquels il distribue lui- même les rôles, 
dont il choisit le répertoire, guide les répétitions et règle les diffé- 
rents ». 

(3) Ut supra j p. 142. — Voir aussi Négociations de Pierre Chanut, 
1648 ; — Mémoire de ce qui s'est passé en Suède de i645 à i655 par Li- 
nage, Paris 1676, 3 vol. in-12. — Histoire de Suède deGeyer, traduite par 
Sundblad, 18i4, in-4; — et les Mémoires publiés par Archenholtz, etc. 

(4) Il est encore à Bruxelles le 28 mai 1657 et y donne procuration à 
Noël Viot, boucher de Paris. 

(5) Voir la Troupe du Roman Comique dévoilée^ p. 165 et suivantes. 



DU ROMAN COMIQUE 235 

On ne pouvait, du reste, passer les frontières de France 
au XVIIc siècle sans rencontrer à Tétranger des comédiens 
français. J'ai fait connaître la Relation d'un voyage de 
Copenhague à Brème, en vers burlesques (par Clément), 
dédiée à M. Besson, chef de la troupe de musiciens et de 
violons de Sa Majesté le roi de Danemark et de Norwège, 
(à Leyde, chez la veuve de Daniel Bosce, 68 pages in-12, 
1676) (1). 

Tavernier, dans son Voyage auprès de Son Altesse élec- 
torale de Brandebourg, à Berlin, auquel collabora Samuel 
Ghappuzeau, nous montre le duc de Zell, Georges-Guillaume, 
entouré de Français à une table servie à la Française, et le 
duc de Hanovre, Ernest-Auguste, entretenant une troupe 
de comédiens et comédiennes, tous Français et Fran- 
çaises (2). Le duc de Saxe-Meiningen avait aussi son théâtre 
dont la troupe était célèbre (3). 

Ce n'est qu'à la veille du mariage de Louis XIV avec 
Marie-Thérèse qu'il est très probablement permis de retrou- 
ver trace de la troupe de Filandre en France. Le 7 septem- 
bre 1659, Marianne Mancini écrit de La Rochelle au cardinal 
Mazarin, son oncle : 

« J'ai été à la Comédie 
Où je me suis fort divertie. 
Mais je ne pourrai plus y aller 
Parce que l'argent a manqué. » 



— Celte fille, Jeanne-F rsinçoise Motiseingre, est sans doute la niùiiie 
enfant que la petite Jeannetan Filandre, dont on trouvera plus loin la 
signature à Rennes, à côté de celle de son père le 3 juillet 166^}. 

(1) Un dernier renseignement sur Mouchaingre, p. 7, et Bulletin de la 
Société, Sciences et arts de la Sartfie, 1876, p. 90. 

(2) Charles Joret. J.-B. Tavernier d'après des documents inédits y 
(Pion, in-8. \m\). 

(3) Voir aussi, sur les comédiens français en Hollande, le Journal 
d'Aubenay, lï,2i)9; — et Les Comédiens français des cours d'Allemagne 
au XV] II* siècle (1901), par J.-J. Olivier (préface d'Emile Faguet^. 



'W' 






296 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Bartety l'agent du cardinal, lui écrit de Bordeaux le 14 
septembre : « Mademoiselle Mancini donna un bal précédé 
d'une comédie : Monsieur et toute la cour y étaient ; le roi 
ne voulut pas paraître ; Monsieur donna aussi une comédie. > 
Et aussi : c Le roi assistait à la comédie presque tous les 
soirs : il en fit représenter une le jour 4e la naissance de 
l'in&nte. » Il ajoute, quelques jours plus tard : 

« Il arriva ici avant-hier des comédiens français, qui 
vont en Hollande (1), ils ont passé à La Rochelle ; on les 
appelle le$ comédiens de mademoiselle Marianne^ parce 
qu'elle les faisait jouer tous les jours ; ils vinrent hier chez 
la reine comme elle entrait au cercle. Le roi leur fit diverses 
questions et ce propos les engagea à dire qu'il n'y avait 
jamais eu que M**^* Marianne qui les eût vu jouer et que les 
demoiselles ses sœurs n'avaient jamais vu la comédie. » 

Marie de Mancini avait dit elle-même que c ses sœurs et 
ses gens alloient tous les soirs à la comédie à La Rochelle. > 
De son côté, Madame de Venelle écrit de Paris au cardinal, 
le 10 mars 1660 : < Madame Golbert donna à Mesdemoiselles 
de Mancini, pour les divertir, la farce des Précieuses JRidi- 
cules par les marionnettes » (2). 

On se rappellera que, le 16 mai 1660, la troupe de comé- 
diens, dont faisaient partie Henri Pitel, sieur de Longchamp, 

(1) N'en venaient-ils pas plutôt? Avant d'arriver à Bordeaux, le 
16 août 1659, Louis XIV avait écrit aux jurats de lui faire préparer 
un théâtre « pour son divertissement pendant son séjour » dans la 
salle du jeu de paume de Barbarra (Archives de Bordeaux, AA, 12). 
J'ai dit que, dans leur Journal cfun foi/ âge à Paris en 1657, MM. de 
Villiers racontent qu'ils virent représenter, à Bruges, la Mort de 
Pompée, par une troupe qui avait été à « feu M. le prince d'Orange ». 

(2) Savait-on que la farce des Précieuses^ au lendemain de son appa- 
rition et au moment de sa plus grande vogue, avait eu l'iionneur d'être 
jouée par des marionnettes ? 

Les pièces de théâtre, qu'accueillait un grand succès à Paris, étaient 
parfois jouées en province au lendemain de leur apparition, par des 
troupes d'amateurs. La Société des Archives historiques de Saintonge 
et d'Aunis a publié une curieuse lettre faisant connaître une représen- 



ta 



nu ROMAN COMIQUE 237 

et sa femme, Anne Legrand, ainsi que Mouchaingre, repré- 
sentaient, à Saint-Jean-de-Luz , devant la Cour. Le jour 
de son mariage (juin 4660), le roi ne voulut ni bal ni comé- 
die (1). 

A tous ces nouveaux documents, malgré leur intérêt, 
j'en eusse préféré qui eussent donné des renseignements 
sur le passage des Comédiens au Mans, du temps de 
Scarron. 

talion du Cid à Blaye, par les ofOciers de la garnison, trois mois après 
la première représentation à Paris. 

C'est un Saintongeois, seigneur de Chamouillac, Philippe Fortin de 
la Hoguette, qui écrit à Dupuy cette lettre enthousiaste : 

« Il nous est venu de Paris une comédie qui est le Cid^ si belle selon 
» mon sens qu'elle surpasse de bien loin tout ce qui a jamais été 
» escript par les anciens et par les modernes en ce genre. Nous la 
» représentons icy, pour nous divertir, et je suis l'un des acteurs, 
» Don Diègue. Jugés si cela n'est pas rare de me voir à cinquante-deux 
» ans estudier pour estre bateleur ! Si l'Académie s'en offense, je luy 
» en demande pardon ; mais avant de me condamner, je la supplie de 
» lire la pièce, si elle ne l'a déjà faict ; mais pour la trouver belle, il la 
» faut lire tout le long, alin d'en voir, outre la diction, la tissure qui 
» en est miraculeuse. Je l'ai lue trente fois et j'en suis encore en 
» appétit... )» 

(1) Cf. Lucien Perey, Le Roman du grand Roi (Calmann Lévy, in-8, 
1896) pp. 301, 313, 327, 328, 462, TiOi. — Voir aussi E. Ducéré, Histoire 
du théâtre de Rayonne^ l""* partie (1 vol. in-8. Rayonne, 1886) et la 
Troupe du Roman comique dévoilée (d'après Jal). Nous avons vu Henri 
Pitel, sieur de Longchamp, époux d'Anne Legrand, figurer, le 29 juillet 
1652, à Poitiers, avec Charlotte Legrand, au mariage de Philibert Gassot 
(le comédien du Croisy) et de Marie Claveau. — Voir Bricauld, Molière à 
Poitiers. M. Bricauld mentionne aussi, le 7 juillet 1057, à Poitiers, le 
baptême de Marie, fille de Claude Jannequin et de Madeleine Desurlis. 
n fait connaître aussi, à une date bien reculée, celle du 22 février 1610, 
à Charroux (Vienne), le baptême de François Bausse, t fils de Nicolas 
Bausse, natif de Paris, et Françoise Petit, natifve de Chartres en 
Beausse, comédiens » (p. 60). — En mai 1664, à Pamiers, des bateleurs 
et opérateurs, sous prétexte de débiter des drogues, ayant quitté un 
théâtre où ils donnaient des représentations scandaleuses, l'évoque 
Etienne-François de Caulet, essayant d'empôcher ces représentations, 
le sieur De Rellerose^ chef de la troupe, y répondit par des insolences, 
et l'évêque fit lire des ordonnances prohibant les représentations. 
^Communication de M. Doublet, au Congrès des Sociétés savantes 
d'avril 1895). 



238 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Depuis la publication de la Troupe du Roman Comique 
dévoilée^ j'ai £sdt paraître, il est vrai, de nouveaux documents 
sur le passage des Comédiens de campagne au Mans pen- 
dant la période du séjour de Scarron dans cette ville. 
Je dois les mentionner ici, en les résumant, parce qu'ils 
peuvent apporter de nouvelles lumières sur la troupe comi- 
que qu'a vue de ses yeux le galant abbé et qu'il a immorta- 
lisée dans son Roman. 

Le 31 octobre 1633, nous trouvons au Mans Nicolas Devis, 
sieur des ŒiUets, logé au jeu de paume du Porc-Espy, qui 
donne main levée à l'hôtesse de la PetUe Etoile, de la saisie 
de ses meubles, bahuts et équipages, que Claude NoUeau, 
dict Belle Roche, et consorts avaient pratiquée entre les 
mains de la dite hôtesse. 

M« Guillaume Bourricher, fermier de la terre de Belin, 
appartenant à François d'Averton, demeurant paroisse de 
la Ciouture, que nous avons déjà souvent vu dans ces études, 
cautionne le comédien des Œillets, lequel Eût élection de 
domicile chez M* Gilles Amiot, avocat, paroisse du Crucifix, 
et signe Nicolas de Vis. Malheureusement, on ne sait rien 
sur le comédien des Œillets, qui a été complètement absorbé 
par la célébrité de sa femnis, Alice Faviot, fameuse comé- 
dienne de FHôtel de Bourgogne, que Ton tenait « sans 
pareille », comme disait Raymond Poisson, et dont a parlé 
Madame de Sévigné elle-même (1). 

Cette troupe des Œillets et de Belle-Roche est-elle celle 
dont il est question dans le Roman Comique et dans laquelle 
se seraient trouvés Filandre et Angélique? Je ne dis pas 
cela ; j'affirme seulement qu'elle passa au Mans pendant le 
séjour de Scarron, qui la vit de ses yeux et à qui elle dut 

(1) Voir sur des Œillets mes Nouveaux Documents sur les comédiens 
de campagne et la vie de Molière, 188G, in-8, p. 22 et suivantes. Quant à 
Claude NoUeau, sieur de Belle-Roche, il faut se garder de le confondre 
avec des comédiens postérieurs portant le même surnom (ut supra, 
p. 24). 



DU ROMAN COMIQUE 239 

laisser plus d'un souvenir. L'auteur du Virgile travesti lui- 
même nous laisse entendre qu'il a rencontré au Mans plus 
d'une troupe de comédiens. 

Il écrit en effet à propos du marquis d'Orsé, dont j'ai 
déjà dit h plusieurs reprises qu'il n'était autre que le comte 
de Belin (1) : « Il aimoit passionnément la comédie et tous 
ceux qui s'en mêlaient, et c'est ce qui attirait tous les ans 
dans la capitale du Maine les meilleures troupes de comé- 
diens du royaume » (2). On voit dès lors que plus d'une 
troupe comique a dû venir au Mans, attirée par ce « Mécé- 
nas moderne » (3) et que, de 1633 à 1638, année qui suivit 
la mort du comte de Belin et où commence sa terrible 
maladie, le futur auteur du Roman Comique a pu voir défi- 
ler devant lui d'autres acteurs que le sieur des Œillets et 
le sieur de Belle-Roche. Ceux-ci ont pu retourner au Mans, 
il est vrai, pendant les années qui vinrent après 1633 ; mais 
tant qu'on n'en saura pas plus long sur la troupe à laquelle 
appartenaient ces deux comédiens, il sera bon de rester, à 
son égard, dans une sage réserve ». 

Malheureusement, on ne trouve pas d'autres traces du 
passage de comédiens au Mans du temps de Scarron, et l'on 
ne rencontre que les mentions du séjour de troupes comi- 
ques à Bennes, à Angers, à Nantes (4), et dans les autres 

(1) Voir Troupe du Boman comique dévoilée p. 37. — La Vie de 
Rotrou mieux connue^ p. 90 et suivantes. 

(2) Voir Roman comique^ 2« partie, ch. xvn. 

(3) Nouveaux Documents sur les comédiens de campagne et la vie de 
Molière^ I, p. 27. Remarquons toutefois que la troupe des Œillets est 
pauvre couime la troupe du Roman comique (V. 2« partie, ch. xvii) 
« La pauvre troupe n'avoit pas encore bien fait ses affaires dans la 
ville du Mans, mais un homme de condition, qui aimoit fort la comédie» 
suppléa à l'humeur chiche des Manceaux.... Ce seigneur, que je vous 
dis, arriva au Mans dans le temps que nos pauvres comédiens en 
vouloient sortir, mal satisfaits de l'auditoire manceau.... » 

(4) Le 5 mai 1639, des comédiens qui étaient à Angers, ne peuvent 
obtenir l'autorisation de jouer à Nantes. V. Destranges, Le théâtre à 
NanteSy p. 9. 



240 LES TYPES DES PERSONNAGES 

villes des bords de la Loire, qui pourraient servir à tirer 
des inductions sur leur présence, dans le voisinage, dans 
la capitale du Maine. 



» 

V * 



n n'eu est pas de même à regard du fameux opérateur 
dont parle Scarron dans son Roman, « le seigneur Ferdi- 
nandi Ferdinando, gentilhomme vénitien, natif de Gaen en 
Normandie » et .sa femme Inézilla. 

Dans mes NouveatAx documenta $ur les comédien$ de 
campagne et la vie de Molière^ j'ai cité, comme ayant passé 
en Anjou au temps de Scarron et du Roman ComiqtiCj 
diflërents opérateurs, dont un surtout peut, je devrais même 
dire doit, être identifié avec celui du Roman Comiqw. 

Le 13 décembre 1650, on voit à Angers Jacques Gavai (1), 
opérateur, et Louise d'Etriché^ sa femme, avoir à cette date 
un fils, Jean, qui a pour parrain Jean Roquelin^ comédien 
du roi, et pour marraine Renée de Montjoyeux, femme de 
Kené Melet, comédijenne du roi; ce qui indique, comme 
dans le Roman, une rencontre de comédiens et d'opéra- 
teurs. 

Mais, le 25 juin 1638, c'est-à-dire au temps même du 
séjour de Scarron au Mans, on trouve encore en Anjou une 
mention beaucoup plus curieuse. Noble homme opérateur 
Pierre Métro et damoiselle Jehanne Jehan, font baptiser à 
cette date leur fille, Marie, dont est parrain noble homme 
Jehan Joly, médecin spagirique, soi-disayH natif de Romo- 
rantin^ et dont la marraine fut damoiselle Marie Salary, 
soi-disant « d'Alanson ». Signèrent : Pierre Methereau^ 
Joly (avec un grand paraphe), Audet Marbeuf, Madelin de 

(1) Jacques Caval s'appelait aussi sieur du Fresne. On voit à Dijon, 
en 1649, l'établissement du théâtre de Jacques Caval, sieur du Fresne, 
oculiete de la maison du roi {Nouveaux Documents sur les coynédiens 
de campagne, p. 10). 



DU ROMAN COMIQUE 241 

Samon, Jacques Camal (ou Camol) (1), Marie Sallary et C. Vé- 
liard. La comédienne Marie Salary devint femme de Nicolas 
Ozou, dit la Plesse, directeur d'une troupe de comédiens de 
campagne qu'on voit à Arras et à Abbeville en 1664 (2). 

Le 12 décembre 1642, on trouve au Mans : Michel Jean, 
sieur de Saint-Michel, médecin spagirique à Rennes, de 
présent au Mans ; Suzanne Drouet, sa femme ; Jean Lambert, 
sieur de Beausoleil, son beau-frère, de la ville de Bar-le- 
Duc. Une saisie-arrêt do leurs meubles, chevaux, etc., est 
pratiquée entre les mains de Thôte du Dauphin, Regnault, 
par Guillaume Aubot, sieur de la Fleur, joueur d'instru- 
ments de la ville de Brioude, demeurant domestiquement 
avec le sieur de Beausoleil (3). 

J'ai relevé dans les registres de l'état civil du Mans la 
mention, sans plus de précision, de la mort, à la date du 
1650, du fils d'un opérateur. 

Je rappellerai aussi en passant la citation que j'ai faite 
d'un extrait de la vie de M. Ragot, curé du Crucifix, relatif 
l\ un théâtre de bateleurs au Mans (1653-1683) et d'un autre 
extrait relatif à un théâtre d'opérateurs à Sées en 1662, tiré 
d'une requête d'un chanoine de Sées à l'archevêque de 
Rouen (4). 

Le 28 décembre 1671, Jean de Flelle, écuyer, sieur de 
Guerres, opérateur ambulant par les lieux et provinces du 

(i) La lecture du nom de Camal a été faite par Célestin Port, qui 
m'en a donné communication. 

(2) Voir mes Nouveaux Documents sur les comédiens de campagne et 
la vie de Molière, pp. 10, 53, 570-571. 

(3) Dictionnaire des artistes manceaux, 1899, in-8«, I, P» l^- 

(4) Voir Nouveaux Documents sur les comédiens de campagne, pp. 53, 
54. Cf. aussi Btdletin de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la 
Sarthe, 1876, p. 90, et M. de la Sicotiére, Gaultier* Garguille, 1890, in-8, 
p. 12. — Je rappelle aussi que j'ai mentionné, d'après le Bw^ie/m du 
Comité des travaux historiques de 1885 (n^S, pp. 142-146), la présence à 
Saumur et à Orléans, en 1647, de la troupe du sieur de la Gillaye, 
opérateur du roi (Voir Nouveaux Documents sur les comédiens de 
campagne, p. 570). 

16 






242 LES TYPES DES PERSONNAGES 

royaume, fait signer un contrat d'apprentissage au jeune 
Marin Dijon, à Assé-le-Riboul (près Beaumont-sur-Sartbe 
et non loin du Mans). 

Le 9 mars 1691 , on trouve un contrat entre noble Jacques 
de Lescot, opérateur, oculiste lithotamUte et seigneur de 

* 

Procheville en Bourgogne et damoiselle Marie de Lescot, 
veuve de maître Pierre Aubélin de Quersétan, vivant, opé- 
rateur privilégié du roi, sa sœur. U lui donne et vend pleins 
pouvoirs de débiter antimoine et antidote en tous lieux 
de France, à la place de son mari. Fait à l'hôtellerie du 
Croissant, au Mans (1). 

De tous ces opérateurs, celui qui se rapproche le plus de 
Ferdinando Ferdinandi, «c gentilhomme vénitien né à Caen 
et médecin spagirique », est sans contredit l'opérateur de 
Baugé, Pierre Métro ou Méthereau. La rédaction de l'acte 
de naissance de son fils rappelle tellement les dires de 
Scarron, que ceux-ci ne semblent être autre chose qu'un 
écho, pour ne pas dire la copie, de cet acte de naissance 
lui-même. J'ajoute que la date de 1638 se rapporte préci- 
sément à l'année même où les troupes de Floridor et de 
Filandre se rencontraient à Saumur. 

Ce n'est donc pas trop s'avancer que d'identifier l'opéra- 
teur du Roman Comique et sa femme Inézilla, avec Pierre 
Métro et Jehanne Jehan, de passage à Baugé le 25 juin 1638. 

Dans les années qui suivent, ainsi que je Tai déjà longue- 
ment fait connaître, on constate la présence, à Lyon et à 
Dijon, de la troupe de Filandre ; il est alors devenu comé- 
dien de M. de Villeroy, puis de M. le Prince dont il avait 
fait la connaissance à Bruxelles, si même il n'avait pas appar- 
tenu antérieurement à la troupe de ses comédiens ('2). 

(1) Dictionnaire des Artistes manceaux, I, p. 253 et 266 ; II, p. 121. — 
En 1679, la comédienne Marie Frement, la Det^ieux^ de son nom de 
théâtre, perd au Mans sa fille Anne, morte le 29 avril paroisse Salnt- 
Jean-de-la-Cheverie. 

(2) Filandre ne paraît toutefois, d'une façon précise, avec le titre de 
comédien de M. le Prince, qu'à partir de 1662, moment où, après avoir 



DU ROMAN COMIQUE 243 

En 1663 (le 3 juillet) nous retrouvons dans l'ouest delà 
France, cette fois à Rennes (1) en la paroisse Saint-Aubin, 
la présence, jusqu'ici inconnue, d'Henri Pitel et de Filan- 
dre (2). Les registres de cette paroisse font connaître que 

« Gharlotte-Margueritte, flUe Henry Pitel, sieur de Long- 
chamns et de Charlotte le Grand, ses père et mère, a esté 
ce jom* troisième juillet mil seix cent soixante et trois, bap- 
tisée par moy Jullien Marye, prebtre soudiacre de céans, et 
tenue sur les saincts fons de baptême par Jean Pitel, sieur 
de Beauval et damoiselle Anne Pitel, parrain et maraine. 

Hanry Pitel Longchampt. 
Jean Pitel de BeauvaU 

Anne Pitel, Françoise Gastel, 

Gastel. 

A. Lefehvre, Philandre, 

Jeanneton Filandre. 

J, Doucet » (3). 

L'année suivante, la troupe de Filandre revient dans la 
région de l'ouest. Nous la trouvons le 25 avril 1664 à 
Nantes : ce jour-là l'autorisation de représenter lui est 

figuré à Lyon, comme comédien de M. de Villeroy, il alla séjourner à 
Dijon. Mais depuis longtemps existaient les comédiens de M. le Prince. 
11 y en avait de longue date d'attachés à sa personne. J'ai montré qu'à 
Bourges le père du grand Gondé entretenait une troupe dès avant 1630, 
et qu'on trouvait même antérieurement, à Paris, les comédiens de 
M. le Prince. — Voir La Troupe du Roman comique dévoilée, les 
Nouveaux Documents sur Molière^ et M. Rigal : Le Ifœdtre français 
avant la période classique, Paris, Hachette 1901, in-12, p. 03, G4, 07, 70. 

(1) On se rappellera que Le Mans était sur l'itinéraire des Comédiens 
de campagne se rendant en Bretagne. 

(2) Je dois la connaissance de cet acte, ainsi que celle des deux qui 
suivent, à la parfaite obligeance de M. Saulnier, conseiller honoraire à 
la cour de Rennes, ancien président de la Société archéologique d'Ille- 
et-Vilaine. 

(3) Voir Destranges, Le théâtre à Nantes, p. 14, et Clouzot, Le 
théâtre en Poitou, p. 118. 




244 LES TYPES DES PERSONNAGES 

donnée par le Bureau de ville, deux ans après le contrat de 
société du 31 octobre 1665. 

Trois ans plus tard, en 1667, nous trouvons encore men- 
tionnée à Rennes, dans la même paroisse de Saint-Aubin, 
la même troupe de comédiens. 

« 

c François, fils de noble homme Jean Pitel, si|ur de 
Beauval, et damoiselle Jeanne Ollivier, a esté ce jour bap- 
tisé. Parain noble et discret messire François Bonnemez, 
prieur de Loiat, et maraine damoiselle Angélique Menier, 
ce troisième jour de juillet 1667, et baptisé par moy soussi- 
gné, prêtre habitué dans la dite paroisse. 

Angélique Meunier. Bonnemez. 

Guy Gardin (1). /.-B. Mouchaingre. 

Jean Piatel. Jean Nicolas. » 

La troupe comique était encore à Rennes deux mois plus 
tard. Le 22 septembre on trouve, toujours dans la même 
paroisse, cet acte de baptême : 

; < Michel-Henry, fils Henry Pitel, sieur de Longcbamps, 
et de damoiselle Charlotte Le Grand, ses père et mère, a 
esté baptisé par moy Julien Marye, prebtre officier de céans 
et tenu sur les saincts fonts de baptême, par Michel du 
Rieux, comédien de Monseigneur le prince et honorable 
femme Gillette le Marié, ce vingt et deuxiesme septembre 
mil seix cent soixante et sept. 

Signé : Henry Pistel lonchampt. du Rieu, 

Anne Pitel, 

A, le Fébvre, dehouy. 

N. dé Boutmcourt (2). de Rozanges. 

Bernarde Bois vert. Duriau. 

Ju : Marye. » 



(1) Guy Gardin sieur de la Vestière, fils d'un riche banquier de 
Rennes, n'avait alors que 22 ans. 

(2) Nicolas de Boutincourt est le maître du jeu de paume de la rue 



DU ROMAN COMIQUE 245 

Voilà de bien curieux documents pour servir à l'histoire 
de Filandre et de sa femme, et qui viennent enrichir l'his- 
toire de leurs pérégrinations. L'absence du nom de Filandre 
et d'Angélique Meunier dans le dernier de ces actes, prouve, 
ainsi que le font connaître les deux documents que j'ai cités 
ailleurs (1), que Filandre et sa femme, s'étaient bien retirés 
de la troupe dès le mois de février 1G67. Ces pièces font 
voir clairement, comme je l'ai déjà dit, que les comédiens 
avaient un itinéraire fixe et revenaient probablement chaque 
année s'installer dans les villes qui se trouvaient sur leur 
parcours. 

Filandre se retirait définitivement du théâtre en 1670, 
après plus de trente ans d'exercice de sa profession. Il 
prenait ses Invalides en Anjou, où le prince de Gondé, son 
ancien protecteur, l'avait nommé concierge de son château 
de Brissac. De comédien, Mpuchaingre devenait officier de 
Monsieur le Prince. 

Quant au grand Condé, pendant ses années de retraite à 
Chantilly, il continua de se donner le plaisir de la comédie. 
Il installa près de lui, chaque année, la troupe de comé- 
diens, dont Filandre avait été naguère le directeur et dont 
la direction était passée, après sa retraite, à Henri Pitel de 
Longchamp et à Michel du Rieu qui s'associèrent plus tard 
avec les Raisins. Le savant bibliothécaire de Chantilly, 
M. Gustave Maçon , a fait connaître récemment une 
bonne part de l'histoire des comédiens du prince de 
Condé depuis 1071 jusqu'en 1686 (2). Toutefois M. Maçon 

de la Poulaillerie sur la paroisse Saint-Aubin, dans lequel les comé- 
diens de campagne donnaient leurs représentations : il mourut cinq 
ans après et fut inhumé en Saint-Aubin le 2 mai 1672 (communication 
de M. Saulnier). 

(1) La Troupe du Roman Comique dé voilée y pp. 87 -ÎX). 

(2) V. Bulletin du Bibliophile, 15 déc. 189S, 15 janv. et 15 févr. 1899. 
M. Maçon, indépendamment des documents qu'il y a publiés sur le 
théâtre de Chantilly, nous fait connaître que la troupe de Pitel et de 
Durieu représent;i en Allemagne, à Marseille, en Angleterre, à la cour de 



wr-wm 



V 





4, "■ 



246. LES TYPES DES PERSONNAGES 

n'a pas cité un contrat d'association de cette troupe 4u 
10 octobre 1680, que je suis heureux de pouvoir citer 
d'après une note de M. Grermain Bapst (1), ainsi qu'un autre 
acte d'association antérieur, du 11 août 1672, passé entre 
eux à Rennes. Voici d'abord ce dernier acte, extrait des 
minute de M. Chassé, notaire à Rennes, déposé aux Archi- 
ves d'Iile-et-Vilaine (2). 

c L'an mil six cent soixante douze, l'onziesme jour d'aoust 
après midy, par devant les notaires du Roy à Rennes souIh 
signés, furent présants en leurs personnes le sieur Henry 
Pitel, sieur de Longchamps, dam*^>® Charlotte Le Grand, sa 
compagne, le sieur Michel du Rieux, sieur dudit lieu et 
damoiselle Anne Pitel, sa femme, le sieur Jean Mignoc, 
sieur de Mondorge, et damoiselle Angélique Maissac, sa 
compagne, lesd. femmes de leurs maris bien et deubment 
authorisées au contenu des présentes, elles les requérantes^ 
damoiselle Elisabeth de Bussy, femme et compagne du sieur 
Resmond CoifBer, ofQcier du Roy et de luy séparée de 
biens, authorisée de justice à la suite de ses droits, le sieur 
Vincent du Bourg, sieur de Jolimont, Ange-François Coirat, 
sieur de Belle Roche, le sieur Nicolas Desmarre, sieur de 
Champmeslé, et tous commédiens de son Altesse sérénis- 
sime Monseigneur le Prince de Condé, estant à présant en 
ceste ville d'une et autre part, lesquels d'un commun 



Charles II, d'où elle était de retour en France en 1677, qu'elle fusionna 
en cette année avec la troupe de Raisin, qu'ils jouèrent ensuite en 
Bourgogne (1678), puis à Rouen (1680-1685). Ce sont alors des comé- 
diens d'une autre génération. Ils continuaient à faire force pérégri- 
nations hors de France. Un d'eux, Chateauvert, qui avait d'abord fait 
partie de la troupe du duc de Savoie, dirigée par Jean Deschamps et 
qui entrait alors dans celle de M. le Prince, écrivait en 1683 : « Depuis 
que je suis à la Comédie, tous les camarades avec qui j'ai été, m'ont 
commis le soin des affaires tant du royaume qu'étrangers. J'ai été en 
Espagne, en Angleterre, en Hollande, en Italie, en Allemagne et 
presque jusqu'en Suéde ». 

(1) Voir M. Germain Bapst, Essai sur Vhistoire du Théâtre (in-4, 1893), 
note de la page 347. 

(2) Communication de M. Saulnier. 



■H.. 



DU ROMAN COMIQUE 247 

accord ont déclaré s'associer par les présentes pour un an 
commençant du mois de mars prochain et qui finira h pareil 
jour, pour, pendant led. temps, exercer lourd, profession 
hors le royaume de France, partout où ils trouveront à pro- 
pos d'aller à la pluralité des voix, sans pouvoir se séparer 
les uns des autres pour quelque raison que ce soit, à moins 
d'estre de retour aud. royaume de France, où estant, ils ne 
pourront encore se séparer qu'au jour du mercredy des 
Cendres ensuivant de leur arrivée, le tout à peine de tous 
dommages et intérêts, et de mil livres de pure perte à cha- 
cun des contrevenants, laquelle peine demeure dès h pré- 
sent comme dès lors acquise au profit de ceux qui n'auront 
contrevenu, sans qu'il soit besoin d'autre forme ny minis- 
tère de justice; partageront lesd. parties, hommes et 
femmes, les proffits qu'ils pourront faire tant et si long- 
temps qu'ils seront en société parce qu'ils en fourniront 
respectivement aux frais et despances qu'il leur conviendra 
faire pour l'utilité du général, conditionné que lesd. damoi- 
selles de Bussy et du Rieux partageront les rolles des 
premières pièces nouvelles qui leur viendront de Paris, et 
en considération de ce que damoiselle Charlotte Deflais, 
compagne dud. sieur de Belleroche, joindra lad. troupe et 
y rendra les services à son pouvoir qui lui sera prescript, 
ils promettent et s'obligent de payer et déhvrer à lad. da- 
moiselle de Belleroche la somme de deux cents livres avant 
l'expirement de lad. société; ont toutes lesd. parties sus- 
nommées, promis d'associer, s'ils voient l'avoir affaire, 
avec eux le sieur des Grands Champs ou telle autre per- 
sonne qu'ils verront bon aux mêmes conditions que celles 
ci-dessus exprimées, sans toutefois qu'ils ne jouent inces- 
samment la Commédye, tout ainsi que si led. sieur de 
Grands Champs serait présent ou autre personne en sa 
place, et à tout ce que dessus exécuter et accomplir obliga- 
tion respectifve sollidaire desd. parties chacun en ce que le 
fait les touche, sans division l'un pour l'autre et chacun 
d'eux pour le tout, y renonçant et h tout ordre de discussion 
et en tout donne hypothèque de tous et chacun leurs biens 
réels et mobiliers, présants et futurs, quelsconques, pour 
en cas deiîance estre exécutés, saisis et vendus, suivant la 






M.- 
■. J 



248 LES TYPES DES PERSONNAGES 

coutume et ordonoaDce royale et par toutes autres con* 
tfaiutes permises par les nouvelles ocdonoances de Sa 
Majesté, renonçant lesd. femmes aux droits du Velléien en 
l'Authentique si qua MuUerlexir donnés à entendre que les 
femmes ne se peuvent obliger pour autruy ni mesme pour 
I91US maris, sans avoir renoncé auxd. droits; ce qu'^es 
ont dit bien savoir et y renoncer, partant à ce que dessus 
les avons condamnés... Fait et passé au Jeu de paume de la 
Poulaillerie avec les signes desd. parties et les nôtres (1), 

Signé: Mondorge. Longchampt. De Jolimont. Durieu. 

BeUe-Rodie. Eliasah^ de BtisHe. Desmare. 

Charlotte le Grand. Delignac. Anne Pitel. Angélique Messa, 

Gohier, Chassé. 

P, r, P. r. » 

C'était à peu près l'époque à laquelle Madame de Sévigné 
parie des comédiens qu'elle vit au mois d'août i671, à Vitré, 
pendant la tenue des États, où l'on jouait des comédies 
trois fois la seinaine. « Madame de Chaulne me donna à 
souper lundi, avec la comédie du Tartuffe point trop mal 
jouée ». — « Hier je fus encore à la comédie: c'était 
Andromaque^ qui me fit pleurer plus de six larmes, c'est 
ctssez pour une troupe de campagne. » En septembre 1671, 
elle écrit encore : « Des comédiens de campagne ont joué 
parfaitement bien le Médecin malgré lui h Vitré : on en 
pensa pâmer de rire. » 

Voici maintenant le contrat d'association de 1681 à 1688 
qu'a le premier fait connaître M. Germain Bapst : 

« Association entre Marguerite Siret, veuve de Edme 
Raisin, vivant organiste du roy, sieur Michel Raisin, comé- 
dien de S. A. S. M»^ le prince, sire Michel du Rieu, huissier 
du cabinet de S. A. S., demoiselle Anne Pilel, sa femme 
qu'il autorise, d'une part ; 

(1) On ne trouve, en 1672, en la paroisse Saint-Aubin, qui était celle 
du jeu de paume de la Poulaillerie, aucun acte concernant les 
comédiens mentionnés dans ce contrat d'association. 



DU ROMAN COMIQUE 249 

« Sieur Bernard Vaulhier , sieur Deschamps , Pierre 
Besnard , sieur de Bonneuil , Daniel Racot, demoiselle 
Marguerite Poirier, sa femme qu'il autorise , Jacques 
Grosnier, comédiens de Mif le Dauphin, establis et demeu- 
rant en la ville de Rouen de présent en ceste ville de 
Paris, à Thôtel de Condé, lesquels s'associent ensemble 
pendant le temps de sept années, à commencer du 1«^ mars 
1681, jusqu'au i^^ mars 1688, pour représenter la comédie 
devant L. A. S. mesdits S?" et ducs et S. A. S. M"»® la 
duchesse, lorsqu'il plaira appeler lesdits associés et en la 
ville de Rouen où ils sont connus et établis, etc. » 

Nous retrouvons la troupe de Dominique Pitel à Rennes 
le 5 décembre 1685. Cette fois il n'est plus question de 
Filandre, retiré depuis longtemps du théâtre, et qui était à 
la veille de mourir, ni même de ses anciens associés, Henri 
Pitel et Durieu. Ce sont de nouveaux comédiens qu'on voit 
dans la capitale de la Bretagne à la fm de Tannée 1685 ; ils 
avaient dû passer au Mans avant d'entrer en Bretagne. 

« Marie-Charlotte Gillet, fille du sieur Pierre Gillet, recep- 
veur des comédiens de la troupe royalle^ et damoiselle 
Gillette Balisson, ses père et mère, née du jour d'hier, a 
esté ce jour baptizée par moy, curé de céans, et tenue sur 
les fonts de baptesme par Dominique Pistel, sieur de Long- 
champs, comédien de ladite troupe royale^ et damoiselle 
Marie Troche, aussi commédienne, et ont signé ce jour 
cinquiesme décembre 1685. 

Signé : Dominique pitelle. 

Gillet. Marie troche, 
Marie- Anne briteau. 

J. Troche, Françoise Mousson. 

Madeleine Diet, Philippe Chaumoni. 

L. Jumel, Benaud » (1). 
pbre. 

(!) Communication de M. Saulnier. — Ceux qui désirent connuitre 
encore plus en détail l'histoire des Pitel, de Durieu, des Raisin et de 






39) 



LES TyeE& .DES .PJ»SONNAOES 






Au printemps de l&Si^ le 24 avril, une troupe de comé- 
diens était installée à Poitiers, au jeu de Paume des 
FiageoUes. Nicolas Le Roy, sieur de la Marre, et Simone de 
la Chappe, sa femme, fille du comédien Michel de la Ghappe, 
faisaient baptiser leur fils François. Il fut tenu sur les fonts 
de l'église Saint^ybard, le 27, par H» François de la Motte 
et damoiselle Françoise Mesnier. Quelle est cette damoiselle 
et quelle est cette troupe ? 

Nous avons même bien peu de renseignements sur Simone 
de la Chappe : nous savons seulement qu'elle devait mourir 
subitement à Fontenay-le-Comte le 4 octobre 1666(1). Quant 
au chef de la troupe dans laquelle elle se trouve, ne serait-ce 
pas ce François de la Motte qui tient l'enfant sur les fonts ? 
N'est-ce pas lui qui, deux ans plus tard, le* 22 juin 1653 
obtient du corps de ville de Nantes, l'autorisation d'ouvrir 
son théâtre en cette ville, et à qui on impose l'obligation de 
représenter € la comédye de Judicque » ? 



ceux qui s'associent avec eux, venant d'autres compagnies de comé- 
diens, pourront consulter, sans parler de la notice de M. Maçon, 
M. Georges Monval, Documents inédits sur les Champmeslé, 1892, 
broch. in-8; M. Noury, le Théâtre à Rouen au XVII^ sjècle,hroch. 
in-8, 1893. D'après M. Noury, on y voit, le 15 mars 16H5, les comédiens 
restés à Rouen, faire un nouveau contrat d'association (p. 6 et 10), 
et un autre encore à Paris le 8 mars 1687 (p. 11). Voir aussi 
V Histoire des Tïiéàtres à Rouen depuis leur origine, 4 vol. in-8, par 
M. Bouteiller (1860-1880) ; h Théâtre en Savoie, F)ar M. Mugnier, 
Chambéry, 1887, in-8; le Théâtre à Dijon, par M. de Gouvenain, in-i«, 
1888, où il parle longuement des Raisin et des comédiens du duc 
d'Enghien p. 6i et suivantes. Mais nous sommes trop loin du temps 
de Filandre, pour qu'il y ait ici quelque chose à glaner pour l'histoire 
de la Troupe du Roman comique. Il faut lire enfin les études de 
MM. Ilerluison et Leroy sur les acteurs ayant vécu dans l'Orléanais. 

(1) V. Bricauld de Verneuil. Molière à Poitiers, Paris, Lecéne et 
Oudui, in-8, 1887, pp. 34 et 58, et M. II. Clouzot. L'ancien théâtre en 
Poitou, in-8, Niort, 19ai, p. 106. 



DU ROMAN COMIQUE 254 

Françoise Mesnier, dont le nom figure en tête des signa- 
tures doit être elle-même une des principales actrices de la 
compagnie. Qu'est-elle, selon toute vraisemblance ? 

On pourrait croire qu'il n'est pas téméraire de voir en 
elle M®"® de La Caverne, la comédienne du Roman Comique, 
la mère d'Angélique, l'amie, bientôt la femme de Léandre, 
c'est-à-dire de Filandre Mouchaingre, la mère de l'actrice 
qui signe Meunier et qu'on trouve appelée tantôt Meusnier, 
Moulnier , Moinier, Le Mousnier. On sait comment ces 
noms de comédiens sont souvent défigurés et difl'éremment 
orthographiés à cause de la prononciation sourde de 
la région de l'ouest. Il paraîtrait donc plausible, à cause 
de l'identité des noms, de voir en cette Françoise Mesnier, 
la mère d'Angélique qui ne mourut qu'à Brissac, en 1695, 
à soixante-dix-huit ans, et dont la mère pouvait encore 
être comédienne environ un demi-siècle plus tôt (1). 

Eh bien, cela n'est pas possible, malgré la vraisemblance. 
Françoise Mesnier, dont il est ici question, ne peut être la 
mère d'Angélique Meunier, parce que la mère d'Angélique 
était veuve vers 1638, et que la Françoise Mesnier, 
qu'on voit à Poitiers , au milieu du XVIP siècle , ne 
l'était pas. Elle ne s'appelait pas Mesnier, de son nom de 
fille, c'était celui de son mari. Elle se nommait Françoise 
Segui, et son mari, Estienne Munier. On voit en efiet, le 21 
décembre 1649, à Carcassonne, le comédien Estienne Mu- 
nier et sa femme Françoise Segui, avoir une fille dont est 
parrain Nicolas-Marie Desfontaines, qui a pour commère 
Victoire de la Ghappe, la bolle-sœur de Montfleury (2). 

La Françoise Segui de 1649 est la môme sans doute que 
la Françoise Mesnier de 1661 ; mais elle ne peut être la 



(1) Voir Destranges, Le théâtre à Nantesy in-8, 2« édition, Paris, 1873. 
(Fischbacher), et Clouzot, ut supra^ p. 107, qui reproduit la signature 
de Françoise Mesnier. 

(2) V. La Troupe du Hofnan comique dévoiléey p. 117. 



SSSt LES TYPES DES PBRWNNAGES 

même que la mère d'Angélique, qui était veuve lors du paa- 
sage des comédiens que Scarron a vus au Muns. .le ne suis 
pas assez naïf pour croire que )e récit que La Caverne fait 
de l'histoire de sa vie, dans le Roman Comique, vaut parole 
d'Evangile ; mais tout le Boman nous la montre, veuve, sans 
parier du récit qu'elle fait elle-même de la mort du c 
dieu son mari, des visées sur son compte du liaron de 
Sigognac qui veut l'épouser, et du plaisir qu'Angélique 
dit qu'elle' aurait eu k entendre appeler sa mi^re Madame lu 
baronne. 

U but donc, bon gré mal gré, renoncer ft l'idée assez 
séduisante d'identifier La Caverne avec Fran<:.oise Mesnîer, 
née Segui, et remettre à plus tard la découverte de la vérité 
sur «on compte. 



C'est encore la mention du passage d'une troupe de 
comédiens dans la région de l'ouest, à Nantes, qui permet 
de percer le pseudonyme d'un des principaux personnages 
de la troupe de Scarron, le fameux poète Roquebrune, c le 
vrai Roquebrune, le divin Boquebrune, le poète gascon, le 
nourrisson des Muses, aussi célèbre par ses hâbleries que 
par le grand nombre de ses œuvres » et dont j'ai longue- 
ment rassemblé les traits du portrait dans la Troupe du 
Homait comique dévoilée (1). 

Je disais alors en terminant : 

1 Quel était ce poète attaché à une troupe d'acteurs, ainsi 
que le furent Hardy, Deys, Rotrou, Tristan, sieur de Vau- 
zelle, l'auteur du Phaéton, Itaguenuuu, le Pâtissier-Poète, 
etc., qui eux aussi suivirent les comédiens dans leurs 
courses errantes, battirent l'estrade avec eux et à leurs 
gages? 

(1) V. le Moliériite, 11, 266, et Monval, Uocameiils inédits sur les 
Champmeslé, Puris, 1892, in-8", p. S. 



DU HOMAN COMIQUE 253 

» Est-ce Nicolas-Marie Desfontaines, tour à tour attaché à 
la troupe de Charles Dufresne, à Lyon en 1643, à celle de 
Vllluslre tliéâtre en 1644, qui connut certes Beys, mais dont 
le nom ne fait pas pressentir une origine méridionale, bien 
quMl ait une vanité toute gasconne? 

» Le grand nombre et les titres ambitieux de ses pièces de 
théâtre (treize dont la plupart sont des tragi-comédies), la 
date de ses vers, qu'on rencontre dès 1632 en tête des 
Passions égarées du poète saumurois Richemont-Banche- 
reau, à côté des vers de Racan, de Mairet et de Gombauld, 
le nombre aussi et la bizarrerie de ses romans parus à par- 
tir de 1637, les Illustres infortunes de Cléante et de Mavi- 
linde, veuves pucelles^ VInceste innocenty Vlllustre Amala- 
zonthe^ tout, quant à l'apparence littéraire, semble bien en 
lui se rapporter à Roquebrune. On pourra serrer de plus 
près sa ressemblance avec le poète de la Troupe du Roman 
Comique qui me parait assez probable (1). » 

Eh bien, aujourd'hui, Tidentification me parait presque 
certaine. On le trouve en effet chef de troupe à Nantes, le 
25 avril 1651 . On voit ce jour-là le sieur Baupré (2) « comé- 
dien de la troupe Desfontaines » venir au bureau de ville 
et solliciter l'autorisation de représenter. 

Dès le 16 août 1650, c'est-à-dire moins d'un an aupara- 
vant, il avait obtenu la permission de jouer dans cette 
ville (3). Nicolas Desfontaines avait été auparavant fournis- 
seur de l'Illustre théâtre, poète et acteur de cette troupe. 
J'ai indiqué (4) que, dans l'avis au lecteur placé en tête de 
sa tragédie de Vllluslre comédien ou le Martyre de Saint- 
Genest, dont l'achevé d'imprimer est du 8 mai 1645, il disait 

(1) Roman comique^ 2« partie, ch. m, p. 277-281. 

(2) V. La Troupe du Roman comique dévoilée^ p. 123 et suivantes. 

(3) Vt supra, p. 111. 

(4) Baupré s'appelait Nicolas Loir, sieur de Beaupré et était mari de 
Madeleine Lemoine. Celle-ci n'a pas appartenu, quoi qu'en ait dit 
Bricauld de Vernueil et d'après lui H. Qouzot, à la troupe de Molière. 



J ' ■ . .• •*■?«. ^"j:f'' 



i'^. 



254 LES TYPES DES PERSONNAGES 

qu'ayant été commandé par S. Â. R; de le suivre en son 
voyage de Bourbon, il n'avait pu surveiller l'impression ni 
même faire son épltre liminaire et que c'était un seigneur 
de condition (1) qui avait bien voulu se charger de ce soin. 

Le 21 décembre 16499 ^ faisait partie d'une autre 
troupe, et tenait, on l'a vu, sur les fonts à Carcassonne, la 
flUe du comédien Estienne Mesnier (2). C'est lui qui se 
retrouvait à Nantes en 1650, déjà probablement chef de 
troupe conune il le fut l'année suivante en 1651. 

On suit dès lors tous ses avatars presque pas à pas, jus- 
qu'au moment où le poète gascon est enfin devenu chef de 
troupe. Il ne faut pas s'étonner de le voir sans cesse passer 
d'une troupe à une autre. On sait que lés associations des co- 
médiens de campagne étaient sans consistance et qu'à peine 
une d'eUes était formée, elle ne tardait pas à se dissoudre. 

Tout cela achève de rendre plus que probable ce fait que 
Nicolas Desfontaines était bien le comédien poète que Scar- 
ron vit au Mans dans la troupe des comédiens qui jouèrent 
devant lui vers 1638 et qu'il a peint en traits inoubliables 
sous le nom du c divin Roquebrune ». 

Voilà donc encore, si je ne me trompe, un nouveau 
comédien de la Troupe du Roman Comique qui passe du 
Roman dans la réalité. 

Léandre, Angélique, Roquebrune, Topérateur Ferdinando 
Ferdinand! et sa femme, voilà donc presqu'une demi-dou- 
zaine des personnages comiques mis en scène par Scarron 
dont les vrais noms sont enfin découverts. Il ne reste plus à 
faire sortir du monde de Tabstraction, avec la Caverne, que la 

(1)Voir M. Destranges. Le Théâtre à Nantes^ 2» édition, p. 13; 
H. Clouzot, p. 112. Dès décembre 1650, on trouve à Lyon un autre 
comédien du nom de Louis Desfontaines faisant partie de la troupe des 
Comédiens de son Altesse Royale et, le 8 février 1643, Nicolas Desfon- 
taines avec Charles Dufresne, et Pierre Réveillon, servir de témoins 
au mariage de François de la Cour et de Madeleine Dufresne. 

(2) Voir H. Chardon. Nouveaux documents sur la troupe de Molière, 
p. 218-220, et le MoUériste, t. II, 266. 



DU ROMAN COMIQUE 255 

Rancune et les touchantes figures de Destin et de M«"« de 
l'Etoile. On eût pu croire qu'étant les plus en vue, ces deux 
charmantes personnalités auraient dû être les premières dé- 
couvertes. Il n'en a rien été , mais il ne faut pas se décou- 
rager (1) : un heureux hasard peut me mettre (ou un autre 
chercheur, s'il y en a) sur leur piste (2). Le jour où leur 
anonymat cessera, toute la troupe du Roman Comique, qui 
pendant deux siècles et demi est restée innommée, sera 
aussi connue que celle de Floridor, de Belle-Rose ou des 
Racan. 

Je laisse donc à d'autres le soin de rechercher s'il y a 
une part de vérité dans l'histoire de Destin, de mademoi- 
selle de l'Etoile et de mademoiselle de laBoissière, sa mère. 
Les noms que Scarron a mis en scène sont des noms de 
personnages qu'on retrouve ailleurs : c'est ainsi que le nom 
de La Boissière est celui d'un cousin de Scarron dont il a 
été question, surtout d'après Benjamin Fillon, dans le 
premier volume de cette étude (3). — Le nom de M. de 
Saldagne se rencontre également h cette époque dans le 
Maine et ailleurs. Il est cité par Tallemant. Le château où 
Destin rencontre Verville se trouvait-il réellement dans le 
Maine? 

On pourrait croire que les terribles discordes qui vinrent 
diviser les héritiers du comte de Belin et notamment le 
triste rôle qu'y joua le marquis de Bonnivet, ont leur écho 

(1) Je rappelle en passant que les Manceaux du XVIII» siècle iden- 
tifiaient sans critique la comédienne l'Étoile avec M"« Chouet de 
Villaines, Roquebrune avec M. de Moutières, bailli de Touvoye, et 
La Rancune avec l'avocat Bondonnet de Parence. 

(2) Les chercheurs devraient étudier parallèlement à la troupe de 
M. le Prince celle de «son Altesse Royale», autour de laquelle ils n'ont 
encore groupé aucune recherche d'ensemble, bien qu'on ait souvent 
l'occasion de rencontrer sa trace. Les comédiens de cette troupe sont 
autorisés, en 103(), en 1647, à représenter à Troyes, au jeu de paume 
de Bracque. Voir M. Monin, Le Théâtre à Troyea, Bulletin historique 
du Comité des travaux historiques^ année 1901, p. 2'23. 

(3) Le nom de l'Étoile est celui d'un jeu de paume bien connu. 






256 LES TYPES DES PERSONNAGl^ DU ROMAN COinQUE 

dans tes aventures de Sàldagne et de Verville. Ces dernière 
éTénements de 16^ ont pu encore trouver place, en effet, 
dans l'œuvre de Scarron (1). 

On pourra aussi se demander ce qu'il peut y avoir de vrai 
dans les aventures de Destin et de M«"* de l'Etoile, à Rome, 
dans celles de La Rancune, dans celles de la mère de la 
jeune Angélique avant les amours de cette jeune beauté 
avec Léandre. Jusqu'à plus amples informations, on en est 
réduit sur ce point à des suppositions (2), qui pourront 
disparaître un jour. A chacun d'apporter sa pierre à l'œuvre, 
et l'édifice devra un jour se trouver complètement achevé. 

(i) Voir H. Chardon. La vie de Roêrou mieux oonnti«, p. 199. 
(S) Voir H. Chardon. La Troupe du Homan comique dévoilée^ p. 12S et 
suivantes. 



CHAPITRE XIII 

LES NOUVELLES DU ROMAN COMIQUE 

Les Nouvelles espagnoles. — Leur origine. — Faut-il en attribuer 
l'inspiration à Cabart de Vil^ermont? — Scarron et la littérature espa- 
gnole. — Les Nouvelles françaises : Les Histoires de Destin, de 
Mademoiselle de l'Étoile, du baron d'Arqiies et de ses fils, etc. 

Scarron a intercalé, dans son Rornan Comique, quatre 
nouvelles espagnoles qui viennent interrompre le récit et 
qui aujourd'hui nous semblent un hors d'œuvre nuisant à 
Tunité de la composition. Quand il les fit paraître, c'était 
au contraire un moyen de procurer des lecteurs à son livre. 
Si les aventures de Ragotin par les grands chemins du Bas- 
Maine étaient faites pour plaire à la masse de ses lecteurs, 
à ceux de province, les Nouvelles Espagnoles lui faisaient 
pardonner ses grosses plaisanteries par la fine fleur de ses 
lectrices et les amis de Mademoiselle de Scudéry. Il ne 
voulait pas, quoi qu'il dise, rompre complètement avec la 
bonne préciosité, d'où dérivait son burlesque et dont on a 
considéré Voiture comme le père de ce côté des Alpes. 
Scarron lui-même a exphqué pourquoi il a introduit ces 
nouvelles dans son roman. Il en fait faire l'éloge par le 
conseiller au Parlement de Rennes, M. Chouet de la Gandie, 
dont il a fait un si joli portrait et à qui il attribue de si judi- 
cieuses idées sur le théâtre et les nouvelles. Voici comment 
il le fait parler (1) : 

« Le conseiller dit qu'il n'y avoit rien de plus divertissant 

(1) Roman comiquej I, 21, p. 212. 

17 



IS» LES TYPES DES PERSONNAOBS 

que quelques romans modernes ; que les François ^ 
savoient faire de bons, et que les Espagnols avoienl le secret 
de fitire de petites histoires, qu'ils appellent Nouvelles, qui 
sont bien plus à notre usage et plus selon la portée de 
l'humanitâ que ces héros imaginaires de l'antiquité, qui sont 
quelquefois incommodes à force d'être trop honuèi 
enfin, que les exemples imitables étoient pour le moins 
d'aussi grande utilité que ceux que l'on avoit prescjue peine 
& concevoir ; et il conclut que, si l'on foisoit des nouvelles 
en françois aussi bien faites que quelques-unes de celles de 
tlicbel de Cervantes, elles auroient coius autant que les 
romans héroïques. > 




n fit connaître à Destin et aux comédiennes qu'il avait 
essayé de composer des Nouvelles à l'imitation de l'espagnol 
et qu'il leur en voulait communiquer quelques-unes. La 
femme de l'otiérateur , loezilla, dit < que son premier 
miui avoit eu la réputation de bien écrire dans la cour 
d'Espagne ; qu'il avoit composé quantité de nouvelles , 
qui y avoient été bien remues, et qu'elle en avoit encore 
d'écrites à la main, qui réussiroient en francois si elles 
étoient bien traduites. Le conseiller étoit fort curieux 
de cette sorte de livres ; il témoigna à l'Espagnole qu'elle 
lui feroit un extrême plaisir de lui en donner la lec* 
lure.... » (l). 

S'il faut en croire Scarron, c'est donc à Monsieur de la 
Garoutïière, admiraleur si vif de Don Quichotte et des iVou- 
velles lie Michel de Cervantes, qu'il faudrait reporter le 
mérite de l'insertion des quatre nouvelles espagnoles dans 



(1) Boman comique, p. 21*. On semble revenir de nos jours au genre 
des Nouvelle*. A|)rès celles de Mérimée, citons celles de Guy de 
Maupussant el le recueil, tiui paraissait liier, publié par M. Edmond 
Haraucourl. — Avant d'étro devenues à la mode en Espagne, les 
Nouvelles l'avaient été en Italie au XV1« siècle. Voir les A^ouueife» du 
dominicain Bandetlo, qui devint évoque d'Agen à ceUe époque, et 
celles de Agnolo Firenzuols, moine bénédictin de Vallombreuse. 



i 



980 LES TYPES DES PERSONNAOES 




tttDement commencé à écrire aoD Roman Comique avant 
d'être en rapport avec Cabait (1). Victor Fournel a fait con- 
naître les emprunts de Scarron à la littérature espagnole, 
ce qui me dispense de m'attarder longtemps à leur pro- 
pos (S). Au reste, j'en ai déj& parlé longtemps dans la 
première partie de ceUe étude. 

La premite« nouvelle, Biatoirt de Vamante invisible, est 
trée, et, pour dire le mot vrai, tradaitâ de Lot AUvioê de 
Ctuttttidra de don AJonso CastiUo SolOfzano, pwus à Barce- 
knw en 1640 (in-13) et que Vanel devait traduire en 1683 et 
1685. ~ La deuxième nouvelle, A tmnpeur, trompeur et 
demi, n'est aussi que la deuxiàme nouvelle dra Détaae- 
menU de Cateandrê. — La troisième, Zm deux Frhret 
rivaux, est la traduction libre du premier récit de Solor- 
zano, qui porte pour titre La conftmon de una nocAe. — La 
qo^rième et dernière nouvelle, Le juge de sa propre cause, 
a été traduite d'un autre auteur, do5a Maria de Zayas y 
Sotomayor, qui avait publié en 1634 à Barcelone £1 Juez 
de $a causa, dans don recueil de Nouveliea amoureutet et 
exemplaires, et à qui Scarron devait &ire tant d'emprunts 
pour les Nouoeliet qu'il allait bientôt mettre au jour. 

Je renvoie à la première partie de cette étude pour ce 
qui a trait aux nouvelles espagnoles traduites par Scarron, 
qui furent l'objet d'une publication spéciale de sa part (3). 

(1) Pourquoi Scarron ne publia-t-tl pas plus tôt son Roman? C'est que 
le théâtre et même son Virgile Ifavetli lui rapportaient beaucoup plus 
de cet argent dont il avait si grand besoin. On a vu qu'il vendit 
7,000 livres â son éditeur le Virgile travesii, alors qu'il ne réussit à 
lui céder son roman que pour 1,000 livres. Ces chiffres sont plus 
éloquents que tout commentaire. 

(2) Cf. aussi Morillot, Scarron et le genre burleaque, Paris, Lecène et 
Oudin, 1888, p. 3&i. 

|3) Sur t'influence exercée alors sur la littérature française par la 
ir Mérimée, M. Lanson, Revue d'histoire litté- 



LES TYPES DES PEIISONNAGES DU ROMAN COMIQUE 261 



* 



Après avoir parlé des nouvelles espagnoles jointes au 
roman de Scarron, il me faut dire un mot des pages qu'il a 
consacrées à l'histoire de Destin , de Mademoiselle de 
rÉtoile, du baron d'Arqués et de ses deux fils : Saint-Far, 
et Verville, et aussi à l'histoire de la Caverne et de Léandre, 
etc. Ce sont là, en effet, comme autant de Nouvelles fran- 
çaises figurant à côté des nouvelles espagnoles. Ce sont 
autant de récits qui ne font pas, à vrai dire, partie intégrante 
du Roman et que Scarron y a introduites pour consoler les 
belles dames que pouvaient choquer certaines grossièretés 
de son œuvre. Les aventures du baron d'Arqués et de ses 
fils paraissent seules avoir un semblant de véracité, et peut- 
être aussi celles de Destin, de Mesdemoiselles de la Boissière 
et de l'Étoile à Rome. J'ai rappelé dans une note (1) que 
les tristes discordes des héritiers de M. de Belin avaient pu 
inspirer à Scarron quelques-unes des pages qu'il a consa- 
crées aux dissensions entre Verville et Saint-Far et à 
Mesdemoiselles de Saldagne et de Léry. C'est bien assez : 
appuyer davantage, ce serait risquer d'entrer dans le do- 
maine sans bornes de l'hypothèse. Bornons-nous, je le 
répèle, à ne voir dans ces annexes du roman ({ue des nou- 
velles introduites par l'auteur pour intéresser et distraire 
les lecteurs et mettre plus de variété dans son livre (2). 

(1) On trouve alors le nom de Saldagne dans le Maine. 

(2) Je me contente de dire ici que, dans le récit de certaines aven- 
tures de Destin et de M"« de l'Ktoile à llonie, Scarron à pu raconter 
certaines aventures de sa jeunesse lors de son voyage d'Italie en \(XM. 



CHAPITRE XIV 



LE ROMAN COMIQUE ET LA CRITIQUE 
CONTEMPORAINE 

Le réalisme du Roman Comique; anirécistion de M. Faguet. — La 
place de Scorron daos l'érolutioD d'un genre, d'après H. Brunetière. 
— la psychologie de Scarroa, par H. Paul Bourget. 

J'en ai fini avec les vrais personnages du Roman Comique, 
On voit, comme je l'ai dit, que cette œuvre n'est autre diose 
qu'un roman à clef et que Scarron ne nous avait pas trom- 
pé en nous parlant des c très réellet et très vérit(Alea aven- 
ture» > de son Roman. Jusqu'à ce jour, on n'avait foit que 
soupçonner la vérité : j'espère qu'elle apparaît éclatante 
aujourd'hui. Scarroa, sans vouloir faire un roman à thèse, 
s'est tout bonnement réjoui et a voulu réjouir ses lecteurs ' 
en mettant en œuvre les aventures des personnages auprès 
desquels il avait vécu pendant son séjour au Mans. C'est 
en ce sens qu'il est permis de dire de son œuvre qu'elle est 
une œuvre réaliste, comme l'a été de nos jours celle de 
Champlleury. Mais il ne faut pas placer Madame Bouvillon 
parmi les précurseurs d'Emma Bovary, ni Scarron parmi 
ceux de l'auteur de la Fille Élisa ou de Zola. Scarron 
s'est-rl proposé de réagir contre les romans interminables 
et idéalistes, ou soi-disant tels, de La Calprenède, de Gom- 
bervilie et même de son amie Mademoiselle deScudéry? 
On peut aller jusqu'au doute à cet égard. Son livre n'est pas 
une œuvre de parti pris. Quand il écrit un chapitre, il ne 
sait pas ce que sera le chapitre suivant: il laisse courir sa 




LES TYPES DES PERSONNAGES DU ROMAN COMIQUE 263 

plume en toute liberté. C'est pour ainsi dire malgré lui et 
sans qu'il y ait songé que son livre a été une œuvre de 
réaction contre le passé et d'avant-garde, si l'on peut ainsi 
parler, en se souvenant toutefois qu'il avait été précédé par 
Sorel dans son Francion et son Berger exty*avagant et par 
de rares novateurs qu'a fait connaître Fournel. 

Au reste, si le burlesque est la note dominante et le 
caractère essentiel du Roman Comique, le sentiment et la 
délicatesse y occupent cependant une large part, ainsi que 
le prouve le récit des amours de Destin et de mademoiselle 
de TEstoile, qui rappelle la Légende de Bourbon et les 
Épitres à Madame de Haute fort. 

Quoi qu'il en soit, le Roman Comique n'est pas seulement 
considéré comme une des meilleures œuvres des prosateurs 
français du milieu du XVII<î siècle, à côté des Provinciales. 
Il est cité aujourd'hui parmi les meilleures œuvres de la 
littérature française. M. Emile Faguet ne vient-il pas 
d'écrire : 

« Scarron est resté très célèbre .... pour son Roman 
Comique qui est excellent. Le Roman Comique, avec le 
Page disgracié, de Tristan l'Hermite, la Vraie Histoire 
comique de Francion de Sorel, Les caquets de V Accouchée, 
et le Roman bourgeois de Furetière, représentent au XVII« 
siècle le Roman réaliste, si peu en faveur à cette époque, 
et qui au siècle suivant et au XIX®, aura une si grande 
faveur. Les mœurs réelles des bourgeois, des provinciaux, 
des petites gens, des hommes de lettres et des comédiens 
de province y sont peintes avec vérité, quoique avec verve, 
et forment un tableau aussi instructif qu'amusant. Comme 
(( livre simplement plaisant », ainsi que Montaigne le disait 
trop dédaigneusement de Rabelais, le Roman Comique est, 
du reste, digne d'éloge, et telle narration y est d'un entrain, 
d'un mouvement et d'une couleur dignes d'un très grand 
maître » (1). 

(1) Faguet. Histoire de la littérature française y Pion, 4001, II, p. 71-72. 




9tH LOS TTPBB DBS PDISOKKAQES 

M. ftiutetière a tràs bien apprddé aussi la place de Scar- 
roB dans TAwIntùm du genre du roraan . a Avec les Scarron, 
Im d'Aasoaoy, les Saint-Anuat, dit-il, le burlesque s'en- 
gendre pour ainsi â»eâQ picaresque... ; l'inlluence itutio 
se mâle à l'e^agoole. . .. Scarron a souvenl de la verve ». 
Il va jusqu'il comparer le oomique de l'Ecotier de Sataman- 
qm et do don Japhtt SArménie tvec ce\m lie Ruy Blaa et 
de TragtUdaboê <1). Uaiotenant que les types du Raman 
Comique ont été déterminés, il pourrait écrire, avec plus de 
joBtesae eilcore : < Il n'y a de bonnes carioatures que c^es 
dcmt on reconnaît la ressemblance avec leurs modèles > (2). 

Je renvoi^ ceux qui voudraient en savoir plus long sur la 
portée du Rom'an Comice, à lire l'introduction de Foume), 
les quelques lignes que Anatole de Montaiglon a placées en 
tdte de la réduction des planches gravées, de Pater, donnée 
par Rouqiiette (1883), un chapitre de M. André Le Breton, 
leJRoman au XYII* aiède (V. sur le Roman Comique, pp. 87- 
iSf) ; G-. KiMing, Getchiehte des franUHisdten Romema im 
XVIP»''Jahrhundert, ^\oL, Leipsig, 1885-87; M. Morillot, 
Le Roman en France depuis 4610 (1893). 

Qu'il me suffise de citer, entre bien d'autres, comme 
résumé et comme conclusion de cette étude, les pages que 
M. Paul Bourget, aussi savant critique que profond psycho- 
logue, a écrites dans l'introduction ù l'édition Jouaust, du 
Roman Comique (3) : 

«Scarron.... a le sens suraigu de la réalité visible et de 
la ligne extérieure des choses et des personnes.... Scarron 

(1) H. Brunetière dit que te bu rlesque n'est pas d'origine Trançaise, 
que Scarron nb continue pas la tradition de Rabelais, que le burlesque 
est italien, compliqué d'espagnol et de roman picaresque. 

(2) Manuel d'HUtoire de la lillêfalvre française, Delagrave, in-12, 
1900, p. 147 et suiv. et IB. - Voir aussi Lanson, Histoire de ta littéiatuiv 
françaine, Paris, Hachette, 18», pp. 385, 380. 

(3) Scarron, Le Homan comique avec une préface de Paul Bourget, 
Paris, Jouaust, IfSO, 1, pp. xvii-xxxii. 



DU ROMAN COMIQUE 265 

est déjà un naturaliste, si Ton me permet de prendre ce 
mot dans une acception beaucoup plus large que celle de la 
polémique contemporaine.... Aucune étude n'est plus inté- 
ressante que celle du procédé naturaliste alors à ses débuts. 
Prendre un volume de la Comédie humaine en même temps 
qu'un volume du Roman Comique^ c'est proprement saisir 
à plein le point de départ et le point d'arrivée de la même 
méthode littéraire. Scarron ne sait pas encore composer un 
livre. Tandis que, dans Balzac, le commencement du récit 
est comme la mise à nu des causes qui vont soulever les 
passions, tendre les intérêts, exaspérer le combat social, 
ce même commencement n'est, pour Scarron, que l'occasion 
d'un croquis lestement enlevé du bout de la plume.... Le 
brave Scarron, lui, ne poursuit pas la chimère de dégager 
l'expression psychologique des objets. Comme un peintre 
pose sa toile sur son chevalet au détour d'une route, et note 
un <L motif » sans s'inquiéter de la composition géologique 
du terrain, uniquement parce que le paysage est plaisant, 
le ciel joli, la colline verte, de même le romancier du 
Roman Comique lave son aquarelle parce que le sujet lui 
semble gai à l'œil.... L'étude des caractères demeure, dans 
le Roman Comique, exactement à la hauteur de la nature 
visible.... Mais ces figures d'une vitalité presque grouillante, 
pour emprunter un terme à Molière, ne sont pas interpré- 
tées. Sont-ce des exceptions ou bien des types ? Tout un 
ensemble de mœurs locales se manifeste-t-il par ce fantoche- 
ci et cette débordée-là ? Quelle somme d'accidents sociaux 
a pu amener la naissance de ces fleurs aux formes aussi 
contournées que celles des plantes grasses d'une serre? 
Scarron no se soucie pas de répondre à de telles questions, 
qu'il ne s'est même jamais posées (1).... 

» .... Tel quel, et avec d'autres défauts dont le principal 
est le manque absolu d'unité, ce Roman Comique deriteure 
un ouvrage incomparable, et peut-être à cause même de 

(I) On a vu au contraire par celle étude et spécialement par le 
portrait de Ragotin, c'esl-à-dire d'Ambrois Denisot, que Scarron avait 
fait un roman avec de la réalité et que ses personnages étaient la copie 
exacte des provinciaux ridicules qu'il avait eus sous les yeux au 
Mans. 



r ^st- 



266 LES TYPES DBS NMfiOMNAQSS 

cette absence de recherche des causes qae ja vm» de 
marquer. Il ressemble à la vie et en procure la seasatioo, 
en vertu même des heurts et des ccmtradictions qu'fl pré^ 
sente. Tour à tour Calot et sentimental, racontant au recto 
de la page les pures amours de Destin, et au verso les 
farces nocturnes de La Rancune, il va, il court, jamais 
ennuyeux, jamais morose, bariolé comme les journées des 
comédiens, ses héros, et toujours pariant une langue d'une 
saveur si française I Même les nouvelles espagnoles, qui de 
ci de là, passent leur tète coiffée d'une mantille à travers 
les fenêtres des hasardeuses hôtelleries du Maine, ne sont 
pas sans un attrait de simplicité délicate. V Amante invisible 
est empreinte d'une grâce touchante et qui étonne presque, 
sous la plume du bouffon écrivain, par une conception tout 
idéale d'une volupté doublée de mystère. Et c'en est assez 
pour que ce premier essai de roman exact mérite d'être lu 
et goûté dans une époque comme la nôtre, où l'on prise par 
dessus tout le sens de la vie et de la vérité. » 



* 



Scarron n'avait pas l'intention de s'arrêter à la fin de la 
deuxième partie du Roman Comiqiie ; il continuait à pour- 
suivre la fin de son œuvre. Il en a parlé plus d'une fois. Il y tra- 
vaillait quand il quittait Paris pour aller respirer un meilleur 
air à Fontenay-aux-Roses, quand il s'abstenait de songer 
à trouver une guérison impossible dans l'or soluble. Dans 
une lettre à Marigny, qu'il a soin de remercier de la peine 
qu'il prenait de lui trouver des comédies espagnoles (8 mai 
i659L il lui faisait même connaître le commencement de la 
suite de son Roman. 

« Il n'y avoit point encore eu de Précieuses dans le 
monde, et ces Jansénistes d'Amour n'avoient point encore 
commencé à mépriser le genre humain. On n'avoit point 
encore ouy parler du Trait des traits, du dernier Deux, et 
du premier Désobligeant, quand le petit Ragotin » 



DU «OMAN COMIQUE 267 

Il y avait longtemps qu'il avait écrit que, ce qui le déso- 
lait, c'était de ne pouvoir empêcher son héros M. de La 
Rappinière d'être pendu à Pontoise. 

La mort vinl le surprendre avant qu'il eût achevé son 
œuvre (1). Ce qui l'empêcha de la parfaire, en outre de la 
maladie, c'est qu'il était toujours court d'argent et que 
les comédies se vendaient plus cher au libraire et lui 
rapportaient davantage qu'une suite au Roman Comique, 
L'œuvre n'était sans doute pas achevée à sa mort, sans 
quoi elle eût été publiée, comme d'autres œuvres pos- 
thumes, tandis que, comme nous allons bientôt le voir, il 
fallut chercher pour elle un continuateur. 

(1) Rien qu'il fût malade depuis de longues années, il pensait pouvoir 
continuer à vivre, et espérait trouver sa guorison dans For potable. 
De là sa demande, à son ami Cabart de Villermont, de livres sur cette 
matière, de là le brevet qu'il obtint pour faire des expériences, de là 
enfin ce qu'écrit Françoise d Aubigné aux Villette, après sa mort, sur 
l'argent que mangeait, à poursuivre cette découverte, Scarron alchi- 
miste ! Qui se fût attendu à ce dernier avatar du poète ? 



CHAPITRE XV 



UN ROMAN PRÉCIEUX DANS LE MAINE EN 1665 

LA qONTRE-PARTlE DU ROMAN COMIQUE 

TARSIS ET ZELIE, PAR R. LE VAYER DE DOUTIGNY 

Le précieux dans le Maine au Vsw^ du Boman Comique, — Roland Le 
Vayer de Boutigny et ses premièros œuvres : le Grand Setim, MU 
tltridate, •— TartU et Zéiiê. ^ La clef du roman. — Scarron y est 
r^NTésent^sous Je nom de PhiMpp^deh. — M"* Honorée de Buasy : ce 
(fu'elle est dans le livre de Le Yàyer ; c<»miient Scarron en a parlé. 
— Ces rapprochements littéraires ne préjugent pas la question 
d^amitié entre les deux auteurs : Le Vayer est un acharné Mazari- 
niste. — Réalistes et précieux dans le Maine vers 1665. 

Choae surprenante, le môme pays qui avait provoqué la 
naissance du Baman Comique et qui Tavait doué dès sa 
naissance d'une grande popularité, voyait sortir presqu'à 
la même époque de la plume d'un Manceau, qui connut 
Scarron, des ouvrages d'un tout autre caractère. Je veux 
parler de deux romans , celui de Mithridate et surtout 
celui de Tarsis et Zélie^ tous deux ayant pour auteur Roland 
Le Vayer de Boutigny , le futur intendant de Soissons , 
qui n'avait encore que vingt-et-un ans. 

La dédicace de Mithridate (1) à son cousin (qui lui avait 

(1) C'est par erreur qu'un bibliographe tel que M. Claudin (voir son 
catalogue d'août 1883, n» 6i, p. 655) a attribué à l'abbé Le Vayer, l'ami de 
Molière et de Boileau, cet ouvrage dû à la plume de son cousin Roland 
Le Vayer. C'est l'épi tre dédicatoire, adressée à M. La Mothe Le Vayer 
fils, qui a causé tout le mal. La première partie du roman parut chez 
Quinet, 1648, in-12. 11 y a une édition datée de 1651 qui est identique- 
ment la même. Le privilège fut accordé à Quinet le 19 juin 1648. 
L'achevé d'imprimer est du *28 août. La 2« partie est de 1651, l'achevé 



LES TYPES DES PERSONNAGES DU ROMAN COMIQUE 269 

conseillé de rendre ses ouvrages publics) est une confi- 
dence et une véritable confession. 

« Afin, lui dit-il, qu'il ne manque rien au portrait de 
mon héros, je corrigeay par tout ce que Tamour a de doux 
et de passionné, ce que Tamitié pouvoit avoir de trop 
austère. Hélas, mon cher cousin, je n'en suis à présent que 
trop capable. Les troublds d'un amant ne me sont que trop 
familiers, depuis que tu m'as fait voir ta belle parente, je 
ne consulte plus que mon cœur pour les dépeindre. Je 
règle maintenant les plus passionnez mouvemens de mes 
Héros sur ceux de mon ûme, et les yeux de cette adoral)lc *"* 
m'ont enfin rendu si scavant en moins de deux heures que 
je scay tout ce qu'un amant a coutume de dire et de 
faire d (1). 

Dans la deuxième partie, il donne le pas à l'amitié sur 
l'amour, il dépeint l'amitié de Mithridaie et de Spartacus ; 
il dit qu'il a choisi Gondé pour modèle, et qu'il a pris patron 
de philosophie sur le père de l'abbé Le Vayer pour peindre 
l'amitié de Pyrrus et de Glaucéas. Dans la suite de la 
seconde partie, où l'auteur parle longuement des Normands, 
il emprunte pour ses personnages les noms de Ptolémée, 
Philadelphe^ de Démétrius Phaléreus. On voit qu'on a 
affaire h un fervent imitateur de M^^^'o de Scudéry et de ses 
prédécesseurs (2). 

Roland Le Vayer, peu d'années auparavant, avait déjà 
commis une tragédie de collège, Le Grand Sélim ou Le 
Couronnement tragique^ parue chez Sercy, lfW5, in-4». Il 
était doublement le confrère de Scarron, comme romancier 
et comme poète. Dans sa dédicace à un anonyme « dont il 

d'imprimer du 28 février 1G51. IL existe une suite à la seconde partie, 
datée également du 28 février 1651 . 

(1) Cette persoime serait-elle M'^* Honorée de Bussy, dont nous allons 
bientôt parler, cousine de l'abbé F^ Vayer? C'est fort probable. 

(2) Une suite manuscrite de ce roman, faite an XVIII* siècle, est 
indiquée au catalogue Claudin d'août 1883, n« 64, 655. 



370 .us TTPES DES PERSONNAOES 

est le ixis hutnUe et très affectiooné serviteur et amy >, il 
dit qu'il a été obligé, par des cootndératioDB poissantes^ k 
mettre au jour une oeuvre imparfaite à ce point (1). 

Toid les armes de Rolland Le Vayer de Boutîgny, qui 
portait d'ornant à la croix de sable, diargée de 5 miroin 
^argent, bordia £or. 




La principale œuvre de Roland Le Vayer, celle dont je 
veux parier, qui rappelle la société précieuse et se passe 
tout entière dans le Maine, c'est son roman de Tarai» et 
Zélié. La première édition rarissime date de 1665 et fut 
publiée sous le nom du sieur Le Révery, anagramme du 
nom de l'auteur, (Paris, Thomas lolly, in-S»). Le privilège 
est du 6 décembre 1664. J'ai déjà parlé ailleurs de cette 
œuvre • qu'on pourrait, ai-je dit, appeler le Cyrug et la 
Clélie du Maine, l'Evangile des précieuses de cette province, 
et qui, comme les œuvres de M*"« de Scudéry, son modèle, 
n'a pu, malgré le charme et la finesse de quelques-uns de 
ses portraits, survivre à l'ennui que distillent ses inextri- 
cables aventures et ses interminables dissertations quinles- 

(1) 111 pages ; pas de privilège. En léte, on lit un rondeau burlesque 
non signé, qui est probabiemenl de Cyrano de licrgerac. Les person- 
nages M>nt Bajaïet, la Sultane, flUe d'Achomat et femme de Sëlim, 
deux fils de Bajazet, Zaïde, maîtresse de Sélim, etc. I.a scène se passe 
au sérail. Celte pièce ful-elie jouée? Le journal de M. Mouy, si peu sûr 
(r> 854 v°) dit qu'elle fut jouée au Marais, et qu'elle eut quelque succès 
quoiqu'elle fut fort médiocre. 11 serait curieux d'examiner si Racine l'a 
connue et s'en est servi. 



DU ROMAN COMIQUE 274 

senciées sur Tamour. Ce roman, qu'on a peine à croire 
composé dans le pays qui venait de fournir le cadre du 
Roman Comique^ est l'œuvre du célèbre avocat manceau 
Roland Le Vayer de Boutigny, et a surtout pour but de 
raconter Thistoire de ses longues amours avec M«"« Mar- 
guerite Sévin, fille du lieutenant-général de Beaumont, qu'il 
parvint à épouser seulement le 16 février 1659, bien qu'il 
Taimât depuis plus de sept ans. 

« Comme dans la Clélie^ les noms des véritables person- 
nages se cachent sous des noms d'emprunt, empruntés à 
la Grèce ; mais la clef du roman nous a été, par bonheur, 
conservée 3> (1). 

On y trouve le père de l'auteur, René Le Vayer, intendant 
d'Arras, son frère Jacques Le Vayer, l'abbé de La Mothe 
Le Vayer, l'ami de Molière et de Boileau-Despréaux, quatre 
autres membres de la famille Le Vayer. On y trouve jusqu'à 
M'"o Le Vayer de la Chevalerie, Céliane, la future authores 
des Psaumes en forme de prières^ (1600, in-8''), destinée à 
finir sa vie en austère Janséniste, l'académicien Cureau de 
La Chambre, encore un Manceau célèbre, M. de Voiture 
lui-même. Honorée de Bussy. Le roman de Tarsis et 
Zélie est rempli de W^^ de Bussy, qui y figure sous le 
nom d'Arélise(2), Elle était la nièce du philosophe La Mothe 
Le Vayer, elle connaissait Scarron et Molière. On y voit 
enfin bon nombre de membres de la famille Sévin, à laquelle 
appartenait Zélie, la fiancée de l'auteur, qui s'est lui-même 
dépeint sous les traits de Tarsis. Les principales scènes du 
Roman se déroulent tant au Mans, qu'à Beaumont-sur- 
Sarthe, et à Athènes, c'est-à-dire à Paris. 

(1) Elle a été reproduite dans l'ouvrage de Quérard, public par 
Hrunet, Livres à Clef^ et dans la Bibliographie du Maine de Desportes. 
— Voir Henri Chardon. Le» Débuts de Marin Cureau de la Chambre^ 
1874, p. 27 et suivantes. 

(2) Voir surtout 4« partie de Tarsis et Zélie p. 190, et son histoire, 
p. 215. 



La seule ressemblance qui existe entre l'cEuvre de Le 
Vayer de Coutigny et celle de Scarron, ouvrnges d'allure s 
disparate, c'est qu'elles sont toutes deux des romans à 
cleis. 

N'ayant rien de satirique, l'œuvre de Le Vayer n'a pas 
excité la mal^itd publique. Les personnagee réels qu'il 
s^^tmis en scène, n'avai^t rien à craindre de l'esprit 
I des Manceaux ; ' aussi la clef inscrite aar on 
aire toujours conservé de son Roman, est-elle par- 
venue intacte jusqu'à nous. Celle du roman de Scarron, au 
contraire, ;t été modifiée par les Hanceauxde chaque siècle, . 
qui voulaient retrouver parmi leurs contemporains les types 
et les ridicules des personnages que Scarron avait d^>eints 
tous des traits inoubliables et si hauts eu couleur. Leur 
différence, c'est que l'oeuvre de Scarron est toujours vivants, 
tandis que celle de Le Vayer de Boutigny est allée reijoindre 
dans la fosse commune de l'oubli le Cyrua et la CtéUe de 
H"* de Scudéry et les romans de lia Calprenède. 

Le Vayer de Boutigny a même parlé de Scarron dans son 
livre à propos, de ceux qui se r^ouissent au milieu des 
douleurs. Il bit dire par Gélémante (M. de Bussy, firère de la 
célèbre U*"* de Bussy, ArUûé): <: Tâmoing Philippides, 
cet illustre poète comique, qui vivoit il n'y a que quatre ou 
cinq ans, que toute Athènes alloit voir comme par miracle, 
et qui, dans un corps impuissant, contrefait et accablé de 
mille douleurs, ne laissoit pas de rire et de dire des choses 
si plaisantes et si agréables, qu'il n'y avoit point de sé- 
rieux qui peust tenir contre l'enjouement de sa conversa- 
tion» (1). 

Scarron a lui-même parlé d'une héroïne du livre de Le 
Vayer de Boutigny, M""" Honorée de Bussy, la parente de 
La Mothe Le Vayer, que Tallemant n'a eu garde d'oublier 

(1) Tunii et Zélie, 3> partie, G. de Luynes, 1666, 1119. 



DU ROMAN COMIQUE 273 

dans ses Historiettes. Il écrit de Paris en 4652, à M®"® de 
Neuillan, alors à Poitiers : 

« Bussi, qu'on surnomme la belle, 
Et Scarron, chétive haridelle, 
Vous baisent raille fois les mains, 



Bussi, charmante au dernier point 
Et moi qui charmant ne suis point, 
Vous composons ces rimes plates. » 

Il la mettait ainsi de moitié avec lui, et d'une façon qui 
indique Tintimité existant entre lui et la cousine de Tarai de 
Molière, qui occupe une grande place dans le Roraan de son 
parent. Le Vayer de Boutigny, ainsi que M"^ Bussy elle- 
raérae (1). 

Si cette étude n'était pas déjà bien longue, j'aurais ajouté 
ici une notice sur Honorée de Bussy. Ce qu'ont écrit sur 
elle tous ceux qui en ont parlé depuis Tallemant, no- 
tamment M. Etienne (Essai sur La Mothe Le Vayer, Rennes, 
1849, in-8"), M. Kerviler, etc., aurait besoin d'être revu et 
con'igé. Ces auteurs n'ont pas su s'abstenir d'inexactitudes 
sur la nièce de la ferarae du philosophe, ni sur ses relations 
avec Molière, dont elle fut le conseiller. 

Klle eut d'illustres amoureux, tels que le maréchal de 
Brézé, après la mort de la Grande Nicole, et auprès de qui elle 
fut la rivale de la Dervois, tels encore que le jeune et brillant 
Amaury de Goyon, marquis de la Moussaye, Villandry, 
Lozièrcs, l'intendant Villemontée et son cousin le jeune La 
Mothe Le Vayer, qu'il faut avoir grand soin de ne pas 
oubHer, et elle vit, hélas ! mourir tous ses soupirants. 

Eu voyant ainsi échouer tous ses espoirs amoureux, elle 
dut être aussi convaincue du peu de certitude qu'il y a dans 

11) Voir sur eUe, pp. 113, lUO, 215, G67, etc. 

18 



"1 *;-' i ,* 



274 LES TYPES DES PERSONNAGES 

Famour, qpie san onde La Moihe Le Vayar disait Pètre du 
peu de certitude qu'il y a dans Thistoire (1). 

L'œuvre précieuse de Le Vayer de Boutigny, bien qu'elle 
ait eu les honneurs de plusieurs éditions, même au Xvill« 
siècle, n'e^ plus connue aujourd'hui que de rares biblio- 
philes, surtout à cause des jolies gravures qui ornent une 
de ces éditions du XVIII* siècle, tandis que celle de Scarron 
vivra éternellement et trouve partout des lecteurs (2). 

Bien que se connaissant par l'intermédiaire de l'abbé 
Le Vayer et de Honorée de Bussy, Scarron et l'auteur de 
Tartis et Z^Ke ne sympathisaient peut-ôtre pas ensemble, 
fioland Le Vayer est un Mazariniste enthousiaste. La 
dédicace de son livre, écrite par son cousin, F. de La Moihe 
ht Vayer le /!b, et adressée par lui au caurdinal, renferme un 
éloge hyperbolique de Mazarin, où sont câébrés ses 
tri(Hnphes sur les frondeurs. Cependant nous avons vu que 
Le Vayer de Boutigny, dans Tarsis et Zélie^ avait parlé avec 
élogas de l'auteur du Roman Comique, sans le déguiser 
sous un nom d'emprunt, comme il a Mt pour presque tous 
ses personnages (3). 

n y a une importante conclusion à tirer de la publication 
inresque concomitante de ces deux œuvres mancelles. C'est 

(1) V. encore sur Honorée de Bussy, indépendamment du roman de 
Tarsis et Zélie (qui est pour ainsi dire rempli d'elle), Tallemant des 
Réaux ; la Correspondance entre Boileaii Despréaux et Brossette^ 1858, 
in-8«, p. 517, etc. — Ms"" le duc d'Aumale en a parlé dans son dernier 
volume sur la Maison de Condéj au chapitre sur le duc d'Enghien 
et les dames, à propos d'une de ses amies, Suzanne de Baudéan, la 
marraine de Françoise d'Aubigné, la parente de M»»« Scarron : il cite 
des compliments de M''» de Saint-Géran se trouvant «dans un très 
plat recueil manuscrit inédit, formé par Honorée de Bussy ». 

(2) Voir surtout pour Le Vayer, Livet, Précieux et Précieuses^ p. 175, 
207, 238, 200, 291. 4* partie, p. 182, 920. 

(3) Les deux œuvres furent presque contemporaines. Le Privilège 
de Tarsis, donné par Conrart, à Paris, le 9 mars 1051, fut cédé à Courbé 
le 6 avril 1051. L'achevé d'imprimer est du 5 décembre 1053, et la 
dédicace à l'abbé Le Vayer est datée du 2 juillet 1053. On sait que le 
Roman comique a commencé à paraître en 1051. 



DU ROMAN COMIQUE 275 

qu'il y avait, au milieu du XVII« siècle, jusque dans les pro- 
vinces, jusqu'au fond du Maine, deux sociétés bien diffé- 
rentes, Tune habitant surtout les campagnes, aimant la 
raillerie, la goguenardise, goûtant le burlesque de Scarron, 
et ne faisant pas la moue devant les grossièretés qu'il se 
permet ; l'autre recherchant le bel esprit, ayant ses alcôvis- 
tes, aimant la préciosité, tout comme les précieuses de 
Montpellier, qu'ont dépeint Chapelle et Bachaumont, et qui 
dut se pâmer devant les amours traversées par tant d'épreu- 
ves de Tarsis et de Zëlie. Etaient-ce des rivales de Cathos 
et de Madelon, ou des précieuses de la bonne école de 
Mn>« de Scudéry ? 

Je ne saurais le dire ; mais il paraît qu'il y avait (qui l'eût 
cru), bon nombre de précieuses dans cette province. Bien 
peu de temps après Scarron, au lendemain de la farce des 
Précieuses ridicules de Molière, Somaize, dans son Procès 
des précieuses, en vers burlesques, dédié à la marquise de 
Monlouet, met en scène un gentilhomme manceau, Ribecour, 
député à Paris par la noblesse du Maine, afin de plaider 
devant l'Académie française contre la préciosité qui avait 
envahi sa province (1). Des précieuses à Montpellier, à 
Ciermont, cela se conçoit encore. Mais au Mans, dans le 
pays de M"»o Bouvillon, c'est h n'y pas croire. Après la 
peinture que Scarron a faite des dames du Mans, dans ses 
vers à M™o de Hautefort, en 1646, il en est qui croiront que 
Somaize a fait d'elles un portrait en l'air, et a choisi la ville 
du Mans à l'aventure. 

Cependant, M"»®» de Tessé, de Lorière, de Chantelou, les 
femmes qui peuplaient les couvents de la Visitation du 
Mans et de Mamers, devaient être de bonnes précieuses, 
aimant le beau langage, l'amour pur, les sentiments et les 
plaisirs délicats. 

(i)On sait que, berné par un professeur de la langue précieuse, 
Parwrace^ et par de faux académiciens, Ribecour revient en poste au 
Mans avec sa courte honte. 






'^ 



216 LES TYPES DES PERSONNAGE DU ROMAN COMIQUE 

Celle&-là^âareiit être tavies da Roman de LeVayar de 
Boutigny et pousser des Oh / et des ilfc / d'indignation en 
lisant dans Scarron V Aventure du Pot de Chambre et celle 
de Ragotifij nu malgré lui et passant auprès des religieuses 
d'Etival, au grand scandale de la vieille abbesse et du direc- 
teur discret de Tabbaye. 

Le Vayer, lorsqu'il écrivit son œuvre, était encore un 
jeune homme ; il devait devenir plus tard» quand fut passée 
la saison des jeunes amours, un sévère intendant, un grave 
jurisconsulte, comme le furent la plupart des membres ile 
sa famille. N'eut-il pas même un jour la tentation de détruire 
son roman, ainsi que fit, ditron, Robert Gamier pour les 
Plaintee amoureuse» de sa jeunesse? 



UN OUBLIÉ DE L'HISTOIRE LITTÉRAIRE 

AU XVII» SIÈCLE 



LE CHANOINE JEAN GIRAULT 

ET 

LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 



CHAPITRE PREMIER 



GIRAULT SECRÉTAIRE DE MÉNAGE 

Jean Girauli est une des personnalités les plus intéressantes et les 
moins connues du XVII* siècle. — Sa jeunesse: il étudie à l'Univer- 
sité d'Angers. — Les hommes de lettres domestiques : Girault devient 
secrétaire de Ménage et le suit au cloître Notre-Dame. — Comment 
il prend part aux travaux littéraires de son maître. — La Requeste 
présentée par les Dictionnaires.... (de 1G38 à 165'2), Ménage s'y couvre 
de la responsabilité de Girault. — Les Poemata de 1656. — Girault 
est attaqué par les adversaires de Ménage : Boisrobert, Gilles Roileau 
et Chapelain. — Mais il est apprécié par les correspondants de sou 
maître : Sarrazin, Marigny, Madame de Sévigné, Louis Nublé. — - 
Fleury, successeur de Girault comme secrétaire de Ménage. — 
Girault, à l'école de Ménage, a trouvé un milieu excellent pour ache- 
ver l'éducation de son esprit quand, en 1652, il quitte définitive- 
ment Paris. 

L'histoire littéraire, môme à une époque voisine de la 
nôtre, même au XYII^ siècle, pour lequel les renseigne- 
ments affluent de toutes parts et où Ton croit qu'il n*y a 
plus guère de voiles à lever, a cependant commis plus d'un 



278 LE CHANOINE GIBAULT _ , 

oubli et laissé dans l'ombre plus d'une personnalité inté- 
ressante. Nous venons aujourd'hui réparer une de ces plus 
curieuses et de ces plus notables omissions, rendre à cha- 
cun ce qui lui appartient et attribuer au chanoine du Mans 
Jenn GirnuU, les œuvres sorties de sa plume et dont per- 
sonne jusqu'à ce jour n'a songé à lui donner la paternité. 
Le chanoine, qui succéda à Scarron dans son canonicat de 
Saint-Julien du Mans, mérite en effet d'occuper une place 
dans l'histoire littéraire et tient par plus d'une attache ft 
l'histoire de l'auteur du Roman Comique et à celle de ses 
œuvres. 

A. part quelques lignes de Tallemant, de Segrais et de 
Ménage,' on ne sait prescpie rien aujourd'hui sur son compte. 
Chose étonnante, la Vie de Coêtar et celle de Pauquet, la troi- 
sième partie du Roman Comique, qui sont ses titres à une 
véritable célébrité, sont restées anonymes jusqu'à ce jour. 
Ni Monteil, ni Aimé Martin, qui. en ont possédé le manus- 
crit, ni M. de Montmerqué, ni Paulin PAris, les deux savants 
éditeurs de Taillemant, pour qui le XVII« siècle n'avait guère 
de secrets, n'ont sa & qui attribuer les pages de la Vie de 
Cottar qu'ils ofit été les premiers k publier. Cette attribu- 
tion n'était eependant pas difficile et nous venons l'établir 
aujourd'hui. Quant à la paternité de la troisième partie du 
Roman Comique, c'est une autre affaire. L'attribution que 
je viens en faire à Jean Girault est une chose d'intuition, 
de flair, de discernement. Elle est la résultante d'un en- 
semble de probabilités permettant d'établir une présomption 
qui vaut, ou peut le dire, une certitude. J'espère faire par- 
tager mon opinion à tous les lecteurs et montrer en Jean 
Girault l'auteur certain de la Vie de Costar et de Pauquet, 
l'auteur plus que probable de la Jroisième partie du Romau 
Comique. 

Qu'est-ce que Jean Girault ? 

Jean Girault, ce que personne n'a su jusqu'ici, était 
Angevin. M. Célestin Port, qui savait tant de choses sur 



ET LA TROISIÈME 1»ARTIE DU ROMAN COMIQUE 279 

TAnjou el Thistoire littéraire de cette province, n'a pas 
connu son origine et n'a pu lui consacrer une place dans 
son savant Dicliomiaire de Maine-et-Loire, 

D'assez mince condition sans doute, s'il parvint cependant 
à faire son chemin dans le monde, ce fut grâce à la solide 
instruction qu'il reçut, et à l'étude des belles-lettres, qui, 
dans l'ancienne société, les bénéfices ecclésiastiques aidant, 
était un moyen, plus prompt peut-être qu'aujourd'hui, de 
sortir de l'obscurité, sinon d'arriver à la fortune. Il étudia à 
l'Université d'Angers (1). 

J'ai sous les yeux un certificat du recteur de cette Uni- 
versité, daté du 28 avril 1048, constatant qu'il y a étudié, 
résidé et fait acte scolastique pendant cinq ans et qu'il y a 
acquis le degré de maître. Le même jour, le doyen de la 
Faculté des Arts constatait que « dileclus noster Girautt^ 
diocesié Andegavensis, in dicta universitate juratus et imma- 
trictilatus^ actu studens ac residens ac in artiuni facultate 
licentiatiis, denique ad graduni magistri praesentatus^ 
expletis stiidiis per tempora détermina ta » a subi son exa- 
men dans la dite faculté et qu'il a été reçu maître ès-arts (2). 
En conséquence de sa nouvelle qualité, Girault demande 
qu'il lui soit conféré des bénéfices réservés aux gradués. Il 
obtint en effet des bénéfices séculiers vacants, donnés au 
collège d'Angers le 24 mars 1649. Le 22 avril 1650, alors 
qu'il habitait déjà Paris, son procureur fit insinuer notifi- 

(l)Si, à défaut d'une note que je ne peux retrouver, mes souvenirs 
ne sont pas inexacts Girault serait né auprès de Chainbellay en 
Anjou, ou y aurait obtenu de bonne heure un bénéfice; d'où ses 
rapports avec M™« de La Vorgne, la mère de M"« de La Fayette, épouse 
en secondes noces du chevalier llcnauid de Se vigne. Cela, et plus tard 
sa qualité de secrétaire de Ménage, lui créèrent des relations avec 
Marie de La Vergne, la future M"» de La Fayette, comme il en eut avec 
M"* de Sévigné. M'^** de La Vergne habitait avec sa mère, M"« Renaud 
de Sévigné, le chc\teau de Champiré, près Segré. 

(2) 1^ capacité de Jean Girault fut insinuée le 12 mai 1(550. Voir le 
R&jistre des insinuations ecclésiastiques j à cette date, p. 175 v», aux 
Archives de la Sarthe. 



St80 LB CHANOINE aiRADLT 

cation et laisser coiùe de ses lettres de degrés, de temps 
d'ôbides, etc., k l'évoque du M&qb. D laissa aussi la copie 
des mâmes actes aux (^apitres de SaintJulieD, aux abbayes 
de SuDt-ViQcent et de la Couture. 

Tout savaDt qa'oD est, il fout du temps pour pwcet. 
Avant que Girault pût song» k âtre mis ea possession d'an 
bAoMce, il lui tallait pourvoir & son existence, et trouver le 
moyen de parer au plus pressé. 

Les gens de lettres en renom -avaient, dès cette époque, 
des secrétaires qui les secondaient dans leurs travaux, ftans 
leurs recherches d'érudition, ce que les L^ns app^aient 
des tirone». Pour les jeunes gens sortis de l'Université, une 
fois leurs grades acquis, c'était une position sortable, bien 
que modeste, et qui devait sourire à ceux qui avaient, en 
même temps, la chance d'être bien tournés, plutôt que 
d'aller s'enfermer comme régent entre les quatre murs d'un 
collège. Girault était bel homme et bien fait; il semble ne 
pas avoir été dépourvu du désir de se faire remarquer dans 
les ru^es : un emploi de ce genre devait donc lui plaire. 

Un Angevin qui avait débuté depuis quelques années 
dons les lettres à Paris, et qui menait de fh>Dt la galanterie 
et l'érudition, l'abbé Ménage, pour tout dire, remarqua à 
Angers ce beau garçon lettré, son compatriote ; il le jugea 
capable de lui faire honneur, l'attacha k sa personne el 
remmena à Paris au cloître Notre-Dame. 

Voilà Girault devenu l'homme de Ménage, son factotum, 
son apprenti, comme dit Tallemaiit, son secrétaire, son 
domestique comme on disait au XVII" siècle dans un tout 
autre sens qu'aujourd'hui. Il remplissait, en un mot, auprès 
de Ménage l'oHice que. Pauquel remplissait auprès de Cos- 
tar. Mais, à la différence du curé de Saussay, personnage 
essentiellement subalterne, laid k faire peur, et ivrogne 
comme un Suisse, Girault rtlait un homme de bonne corn- 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 281 

pagnie et, je Tai dit, un fort joli garçon, au point de devenir 
Tobjet des insultes de Boisrobert (1). 

C'est dire que ce n'était pas du tout un valet, mais bien 
plutôt un collaborateur, un commensal de son patron. Les 
gens de lettres les plus en renom étaient eux-mêmes fort 
souvent les domestiques des grands seigneurs ou des pré- 
lats qui voulaient se donner des airs de Mécène. Ménage 
l'était de Retz; Boisrobert, de Richelieu. Chapelain, Cureau, 
Sarrasin, les Montreuil, etc., furent, de la sorte, de la maison 
du duc de Longueville, du chancelier de Séguier, du prince 
de Conti, et de Cosnac, l'évéque de Valence, fiers d'avoir 
chez eux des gentilshommes ou des abbés de lettres de 
pareille réputation. Scarron, dans sa jeunesse, ne fut autre 
chose au Mans que le doynestiq\ie de l'évéque Charles de 
Beaumanoir jusqu'à la mort de ce prélat. De même les 
grandes dames, qui n'avaient pas peur de tacher d'encre le 
bout de leurs doigts, avaient parfois pour dames de compa- 
gnie des filles d'esprit, qu'elles traitaient comme des amies. 
C'est ainsi que M«»"« de Chalais, qui était à M"»® de Sablé, 
correspondait non seulement avec Conrart et Chapelain et 
les autres beaux esprits, mais avec les grands seigneurs de 
son temps. , 

Girault, installé au cloître Notre-Dame (2), dans l'étude, 
dans le cabinet de Ménage, domestique lui-même du coad- 
juteur, aida son patron dans tous ses divers travaux d'éru- 
dition et de bel esprit, à la veille et au lendemain de 1650, 
et dut y aiguiser son esprit, y étendre et y affirmer ses 
connaissances littéraires (3). 

(1) Ménage a dit lui-monie qu'il était bel homme et bien fait, Mena- 
fjiana, III, 193; - Voir Tallemant, V, 219. 

(2) Ed. Fournier, Paris démoli ^ a dit que la maison illustrée par les 
Mercuriales portait le n" 4 de la rue Mas.«^illon. 

(3) Le jour où sera publiée la correspondance de Ménage et de 
M»*' de La Fayette, qui faisait partie de la collection de Feuillet de 
Conches, et dont a parlé le comte d'Haussonville, on y rencontrera sans 
doute le nom de Girault. 




2S! LE CTANOINE QIRAOLT 

C'était te temps ob Ménage, jaloux de devenir le Varron 
'du XVn* siècle, commençait à s'éri^r en docteur suprême 
de la grammaire et préparait ses Origines de la Langue 
françaiae (1). Son cabinet était fi'équenté inir Guyet, du 
Puy, de Valois, Nublé, Sarrasin, Salmonet, Bocbait, de 
Laanay, Dujat, qui le secondaient dans ses travaux philolo- 
giquea, dans ses rec^crdies d'étymolc^e et dans ses études 
sur notre vieille langue. Les travaux du jeune seo'étaire, 
chargé de lire les vieux poètes, les vieux romans, les vieux 
ooutumiers, c poor suivre comme à la piste et découvrir les 
altérations que nos mots ont souffertes de temps en temps >, 
lui valurent la conriwssanee et le gofit, assez rares alors, de 
notre ancienne littérature, en m^e temps que le goût des . 
recherches étymologiques et de l'étude de notre langue, à 
l'exemple de son patron et de Vaugelas. 

La première fois que nous voyons son nom i^paraltre, 
c'est à propos de ta spiritaelle satire décochée par Ménage 
à l'adresse de l'Académie, et qui lui en ferma à jamais les 
portes. Ce caustique pamphlet, La Requeate pràaentée par 
Ui Dictionnairea à Metaieun de l'Académie pour la réfor- 
mationdelaltmgue françoite ou le Parnasse alarmé {iB3S), 
courut d'abord manuscrit, comme la Comédie de» Acadà- 
mistes, de Sainl-Evremond, et fut lu entre amis les portes 
closes. Puis, un beau matin, en 16i6, il éclata luut à coup 
au grand jour, se répandit par les rues ('■!) et enfin fut im- 
primé en 1649 (3) II ru un grand tapage. Menthe a prétendu 

(1) Les Origines de la langue française (Courbé, 1650, iii-i") Turent 
actievëes d'imprimer le dernier octobre, l.e privilège, signé de Conrurt, 
est du 8 mai. 

{S| Il en est question dans deux lettres de Ualzac à Chnpelaiii de 
mars 'IGW {Lettres de Balzac publiées par M, Tamizey de l^rroque. 
1873, in-4, p.3Gl> etMÏÏ). 

(3) Cette pièce, imprimée dabord à l>aris(16W iii-4° et iii-l2de 16 
pages) a été reprotluile dans le Mënagiana, clans le tome IX dcTallemant 
lies Réaux, in-8°, 1880, p. SG9, dans l'éililion de l'Histoire de l'Académie 
française de M. I.ivet. — Sur Iilénage, voir le récent ouvrage (Paris, 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 283 

qu'il était resté étranger à la publicité de son œuvre ; il 
ne faut toutefois accepter ses dires que sous bénéfice 
d'inventaire. Quand on veut désavouer une publication, il 
est fort commode d'avoir un secrétaire, sur le dos duquel on 
peut mettre l'indiscrétion. Aussi Girault faillit-il être impli- 
qué dans l'affaire et se voir chargé du vol charitable sans 
lequel Ménage disait que sa pièce n'eût pas vu le grand 
jour. C'est ce qui ressort d'une lettre écrite par Ménage 
lui-même à Nublé : « La Requeste court Paris depuis 
quelques jours, Girault me fait des sermens horribles qu'il 
n'en a pas donné de copie » (1). 

Girault, en effet, n'était pas le coupable. Il avait bien en 
garde les papiers de son patron, mais il n'en avait pas donné 
de copie. La fameuse satire lui avait été dérobée, escroquée 
par Mathieu de Montreuil, douze fois plus étourdi qu'un 
hanneton, comme dit M"»® de Sévigné, et pour qui une malice 
de ce genre n'était qu'un jeu d'esprit de plus. Ce fut le 
galant abbé, qui n'eut jamais peur du scandale, qui porta la 
Requête chez l'imprimeur. 

C'est ce qui fut généralement admis alors par tout le 
monde et ce que Ménage reconnaît lui-même dans VAnti- 
Baillet , pour justifier Girault et pour se justifier lui- 
même (2). 

Fontemoing, 1902, iii-8) de M''* Samflresco, Ménage polémiste, philologue^ 
poète; l'abbé Fabre, les Ennemis de Chapelain. Sur Girault, voir Ibid., 
pp. 313-337. 

(1) Voir. Matter, Lettres, pièces rares ou inédites, 1846, in-8, p. 228. 

(2) V. Tallemant, t. V, p. 216, 219, 242. «Girault, beau garçon qui 
estoit l'appreulif (ie Ménage, comme Pauquet l'est de Costar, dit que 
Montreuil su rnonjmé le fou, luy avoit escroqué cette pièce»; Anti- 
Baillet, 1690, in-12, p. 295-298. — Voir les Factums de Furetière, édition 
Âsselineau, 1859, t. II, p. 333, l'édition des Poésies de M. de Montreuil 
par M. Octave Uzanne in-12, librairie des Bibliophiles, 1878, préface 
p. XIX, etc. — Ce serait un hors-d'œuvre de parler ici de Mathieu de 
Montreuil, qu'il faut avoir bien soin de ne pas confondre avec son frère 
Jean, lacadémicien. Disons seulement que Montreuil devint le secré- 
taire et l'homme de lettres de Gosnac. le célèbre évoque de Valence, 
comm e Girault avait été le secrétaire de Ménage. Bien qu e Walckenaër 



2Si , U CHANOINE GIRÂULT 

Cependant il y eut qudques incrédules, tienesçay ce 
qui en est, dit cette mauvaise langue de Tall^nant, mais 
Ménage e^ assez vain pour avoir laissé aller cette pièce (1) ». 

Ce qui prouve que ses regrets n'étaient pas bien vi£s et 
que, par vanité d*aiUeur, il avait pu laissa ouvrir ses tiroirs 
et se {lire complice cte celte publication , ne prévoyant 
piBS lea. suites qu'dte devait avoir pour lui, c'est que ia 
Aagui^e âgura bel et bien impriinée de nouveau dans les 
MimManéési de Ménage en 1653 (2). 

Cette fois, Oirault lui-même se trouvait bien et dûment 
mis en cause ; car, en tête de l'édition qui cont^oait kt 
Requête (3), figurait une lettre dédicacé adressée par Ménage 
à M. de Montausier, datée de Pans, le 9 avril 1652, et dans 
laquelle il mettait sa nouvelle pul^cation sur le dos de son 
dévoué secrétaire. Pour qu'on ne fûlt pas tenté de dire qu'il 
avait conservé et ML imprimer lui-même des p^ces qui ne 
valaient pas Tbonneur d'être recueillies, il se couvrait de la 
responsabilité de Girault et s'en servait comme d'un bou- 
clier, chargé de parer les premières attaques <ie ses critiques. 

> 

Edouard Foumier, Uippolyte Babou et son dernier éditeur, M. Uzanne, 
aient longuement écrit sur Tabbé de Montreuil, ils n'ont rien dit 
des "bénéfices dont il était pourvu ; je m'estime heureux d'en parler le 
premier. Prieur de Saint-Aignan au diocèse de Dié en Dauphiné, il fut 
pourvu, au commencement de 1664, de deux cliapelles dans le diocèse 
du Maine^ l'une, la chapelle de Vaubergier, desservie en l'église 
paroissiale de Saint-Denis du Maine, l'autre, la chapelle de la Bouge- 
liniére, desservie en Téglise de Saint-Sulpice-du-Genest. Mais il ne 
vint pas dans le Maine à cette occasion. Ses deux procurations afin 
d'en prendre possession sont datées de Valence du 10 janvier et 4 mars 
1664. 

(1) ïallemant, V, ^9. 

(2) Bien que le privilège des Miscellanées soit daté du 8 mai 1650, 
elles ne furent achevées d'imprimer, que le 27 août 1652, chez Courbé, 
in-4. 

(3) M"« Samfiresco, dont le livre i*écent (1902) ne renferme rien de 
nouveau ni de fouillé, sinon sur Ménage philologue, n'apporte aucun 
renseignement sur tout cela et ne prononce même qu'une peule fois 
en passant le nom de Girault. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 285 

Pour complaire à M. de Montausier, qui l'avait prié de 
réunir en un volume ses vers, semés un peu partout et qui 
risquaient de se perdre, il avait confié cette tâche à Girault : 

« Per quem perire non licet mets nugis. » 

Et Girault les avait rassemblés, le§ avait embaumés avec 
plus de soin qu'ils ne méritaient. L'étonnante amitié que 
Girault avait pour lui en faisait l'admirateur de toutes ses 
œuvres ; il avait sans doute apporté moins de discernement 
que de zèle à les recueillir. C'était dire que, si Ton trouvait 
parfois du remplissage dans ce petit volume de Afélanges, 
la faute n'était pas la sienne, mais celle de ce pauvre 
Girault qui avait le tort de traiter ces œuvres plutôt en 
amoureux qu'en juge. Voilà ce qui était écrit à l'adresse du 
public, mais soyons sCirs que Ménage était bien fier et bien 
heureux des tendresses que Girault avait pour tous ses 
petits vers, et que toutes ces bagatelles, ces bribes initgaej, 
n'avaient été rassemblées d'ailleurs que d'après le choix et 
les ordres de l'auteur lui-même (1). 

Quand Ménage n'eut plus Girault pour secrétaire, et qu'il 
fit réimprimer ses poésies, il eut bien soin néanmoins de 
conserver en tête de son uBuvre la lettre dans laquelle il le 
prenait pour caution. Plus tard, dans l'édition des Poemata 
de 1656 (in-4o), qui devait être suivie de bien d'autres (no- 
tamment en 1680), on lit toujours à la première page le nom 

(1) Voici celte épître dédicatoire laline, illustrissimo viro Mon- 
tausier : 

a Flagitaste, iUustrinsime et quod potuis discerim, Ei'tuiitissime 
Montausier, ut ea quœ passim jacebant cartnina in unum corpus 
redujerem. Mandavi GiRALDO, « per quem perire non licet nieis nugis » 
ea ut colligeret. Collegit : et quidem quam oportuit diligentius ; dum 
enim opunia mea probat qui fne mirum in modum amat, mirius profecto 
judicii in eis eligetuiis quatn studii in congerendis adfiibuit. Collecta ea 
ad te mitfo y>. 




^vn^rwic 



388 LE GHANOINë OIBAULT 

•de Girault, qui, h la toWe, cette fois, est dénommé tout au 
long iBiraldu» Johannea canonicus Cenomanemis. 

Cette part lùnsi prolongée que Girault prit h la publication 
des œuvreB de son patroa, ce Jévoueuicnl qu'il apporta 
eon amore k travailler à sa gloire, à s'o|^poser, comme lui, b 
l'excès de parisme et à l'élagage de la langue, lui valurent, 
par contre, une plwe dans les satires et les épigrammes 
que Ménage s'nttira par sa plume guerroyante et pédantes- 
que. Les anti-Ménsgistes, les Monbnaur, les d'Aubignac, 
tous CL'ux qui SI' LmuvuieQt soit vilipendés par la iïeguéte, 
comme Boisrobert, soit simplement égratigoés, comme 
Chapelain, Vaugelas, les nouveaux adversaires même de la 
Ménagerie, tels que <K11es Boileau, que se créa de twnne 
heure le trop caustique Angevin, ne devaient pas être très 
favorablement disposés. en faveur de Girault. Rien d'éton- 
nant donc à ce que, dans tout le Remue-Ménag« qui vint k 
la suite des œuvres oii figurait encore le nom de Girault, ce 
dernier ait attrapé sa part de horions. Associé en quelque 
sorte à l'honneur de ces publications, it le ^t uissi à la peine, 
alors que, depuis longtemps, il avait cessé d'être son secré- 
taire. Comme il mourut môme avant son ancien patron (qui 
im>liH)gea sa vie jusqu'en 1692), il reçut encore quelques 
coups outre-tombe (i) ; il est vrai de dire qu'en revanche, 
le Ménagtana, et le Segraiiiana pareillement, vinienl alors 
aussi lui donner un regain de notoriété posthume. 

Je ne dirai toutefois qu'un mol de ces attaques dont il se 

(1) Voir Jean Beniier, Anii ^nagiana, 1693, p. 33, 3t, 43. 

< Qiiaud des Costars et des Ménages 
S'érigent en grands personnages 
Et Tont les petits souverains, 
Pauquet a beau frapper des mains 
El Girault les traiter d'oracles. ... 
Quand même ils seroient plus suivis, 
Toujours quelque donneur d'avis 
Vient, par des routes il 
Immorlaliser leurs bevuês : 



ET LA THOISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 287 

vil l'objet par ricochet : elles ont plutôt trait à l'histoire de 
Ménage qu'a la sienne. Je ne parle pas, et pour cause, des 
attaques de Boisrobert (1). Quant à Gilles Boileau, en 1656, 
il n'oubliait ni Girault, ni un autre flatteur de Ménage, Gos- 
tar, dans son mordant et spirituel Avis à M, Ménage sur son 
églogue intitulée Christine (2). 

Chapelain, le bon Chapelain lui-même, pourtant si paterne, 
qui, après avoir entretenu une si longue amitié avec 
Ménage, se brouilla en 1659 avec lui pour plus de dix ans, à 
l'occasion de Gilles Boileau, et de son entrée à l'Académie, 
donnait place, au milieu de ce désaccord, à Girault, dans 
une épigramme qu'il rima contre son ancien ami (3) : 

« L'amoureux et docte Ménage, 
S'il faut en croire son langage. 
Depuis vingt ans ne s'est miré, 
Ne pouvant plus voir son visage 
Si hâve et si défiguré. 
Quand il eut pourtant fait l'image 
De l'archipédant renommé, 
GiRAUD nous rendit tesmoignage 
• Qu'il se mira dans son ouvrage, 

Gonmie en son portrait animé. 
Sans voir qu'il n'estoit guères StOge 
Do s'estre en ce beau personnage 
Luy mesme si bien exprimé. » 

Cependant, ces petites misères n'allaient pas sans com- 
pensation. Girault se faisait aimer des beaux esprits avec 
lesquels il était en correspondance par l'empressement qu'il 

(1) Talleinaiit, V, 219. 

(2) Voir cette pièce dans le liccueil des pièces choisies de La Montioye^ 
171 i, t. I, p. 278, préface. 

(3) Elle a été publiée» dans une étude sur Chapelain, par M. Kerviler, 
qui la tirée du tome VI des Manuscrits de Chapelain à la Bibliothèque 
nationale. Voir la Bretagne à l'Académie française, Nantes, Forest, 
1876, in-8, p. 329. 




LB CHANOINE QIHAULT 



avait mis^ft îles tenir au courant de toutes les nouveautés 
littéraires. Tooa ceux dont il avait réuni, dans le JJber ailop- 
tiwtu, les apologie», les dédicaces, les pièces composées en 
riKHinear de Ménage, lui Ikisaient bon accueil. 
, Sarrazin l'appelait LUw» Giraldua, fàî&ant allusion au 
savant de ce nom (1). Lorsqu'il eut quitté son putron, Mari- 
gny, dans son exil k Bruxelles, où U avait suivi M. le prince 
de Condé, ^rès la fin de la Fronde, regrettait fort de ne 
plus recevoir de ses lettres ^ écrivait & Ménage : 

c Ah 1 illustre de mon (mgle I M. Bigot me manque bien 
au besoin et en S(m absence un cher M. Giraut ; car très 
assurément je ne serois pas des derniers à avoii- lâa uou- 
veantez de Paris et je suis très-assuré qu'ils prendroient la 
peine de me les envoyer. Cela ne vous coûteroit pas beau- 
coup, si vous vouliez seulement dire à votre H. Fleury de 
me les ramasser et de m'en faire un paquet > (3). Fteury 
était le nouveau secrétaire de l'auteur des Mvxellanea ; 
mais il n'eut jamais la notoriété de Girault. Après cette 
mention que Harigny bit de son nom, je ne connais guère 
de lui que la part qu'il prit & la publication des Nouvelles 
Œuvre» de Sarrasin. En ltf56, Ménage, aidé par Pellissoa, 
avait feit un premier tri des œuvres de son ami. Fleury 
avait en ce temps-là pris copie de tout ce qu'avait laissé 
Sarrasin. En 1674, n'étant plus au service de Ménage, 
il traita avec Barbin, qui fit alors imprimer en deux volumes 
in-12 ces reliquiœ de l'émule de Voiture et de Scarron (3), 
Nous verrons que le bagage littéraire de Girault est, heu- 
reusement pour lui, bien plus contiidérable. 

Ménage, de son côté, ne laissait pas de savoir gré à son 

(1) itenagiana, III, p. tt^. 

(2) Menagiarm, [11, p. 193. 

(3) V. la préface de l'cditioii de Sarraiin, publiée en 1877, chez 
Jouausl, par M. Octave Uzanne. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 289 

clerc des bons soins qu*il donnait à sa renommée. On trouve 
un écho de sa reconnaissance dans le Menagiana : 

« La reine de Suède m'envoya une chaîne d*or de 1500 fr. 
que je donnai à mon homme, W Girault, qui fut depuis 
chanoine du Mans (i) ». Ce cadeau lui avait été envoyé sans 
doute à l'occasion de la dédicace qu'il avait faite à Christine 
de sa publication des vers et des lettres choisies de Balzac 
en 1650, publication à laquelle Girault avait sans doute 
aussi mis la main (2). 11 affectait môme de faire du bien à 
son secrétaire, pour en remontrer 5 son propre patron le 
coadjuteur, le futur cardinal de Retz, dont il croyait avoir à 
se plaindre. « Morbleu, je veux faire plus de bien à 
M. Girault que M. le coadjuteur ne m'en fera, » lui fait dire 
Tallemant des Réaux, qui ajoute : « En ce temps, lui et 
Girault se séparèrent. Il a raconté deux cents fois qu'il 
avait donné mille escus à Girault pour amortir la pension 
d'une prébende du Mans qu'il lui avait fait avoir, qu'outre 
cela il luy donna trois cents livres de pension viagère et 
qu'il l'avait fait bibliothécaire de M. le cardinal de Retz (3) ». 

Le fait est, comme on le verra, que Ménage fut l'auteur 
àe la fortune de Girault en lui servant d'intermédiaire, de 
caution, de bailleur de fonds dans la négociation qui lui valut 
un canonicat du Mans et que nous allons bientôt avoir à 
raconter tout au long. Quant à l'emploi qu'il lui avait pro- 
curé auprès du cardinal de Retz, je crois qu'au fond il y 
avait de ki vanterie de sa part et rien de bien solide pour 
Girault. Ménage était chargé des archives de la famille de 
Retz avec le soin d'en composer l'histoire. Avait-il pris son 
secrétaire en sous-ordre pour l'aider dans sa mission? 
C'est possible. En tous cas, ce n'était pour Girault qu'un 
accessoire de ses fonctions auprès de son patron qui rompit 

(h Menagianay 11, 5. 

['2) Guezii Balzacii camiinum libri trea^ ejusdem epistolx selectx 
(Courbé, 1660, in-4o). 
(3) Tallemant, V, 224-226, 

19 




^avec le cardinal, bien peu de temps après l'époque ob son ' 
secrétaire vint à le quitter. 

Tout cela, s'il faut en croire Tallemant, avait fini par 
donner de la vaaité à notre homme : « Le petit fat de GîrauH 
devint si lier qu'il fît son apologie à un homme qui le ren- 
contra h pied dans la rue Coquillière, disant qu'il n'avait pu 
trouver de dutise (1) >. La vanité de Ménage avait appa- 
reiçment déteint sur Girault, qui ne voulait pas être pris 
pour UD abbé crotté, mais bien pour un aiAé de lettre». 
Cest bien le cas de dire : c Tel maître, tel valet >. Au reste 
il était, dit-OD, bien tourné, et il eût fort bien pu exciter le 
dépit amoureux et la jalousie de son galant maître. Les 
dames lui trouvaient meilleure tournure qu'à Ménage. ïl 
fidiait donc qu'il fut réellement bien beau garçon ; car, 
loraqu'ott regarde le beau portrait de Ménage, chef-d'oeuvre 
de Nanteuil, on a devant soi un cavalier ainiable et galant, 
à la moustache âne et déliée, aux beaux yeux et au retard 
vif, à la jolie taille, ayant en, un mot tout l'air d'un petit 
maître. Cependant, suivant les dires de Tallemant, qui ne 
bit que rapporter ceux de I.e PaiUeur, M"* de Sévigné et 
H"« de La Vendue, la future Madame de La Fayette, le§ 
deux célèbres écoliëres de Ménage, aimaient mieux Girault 
que son patron et le trouvaient plus honnête homme (2), 
Le Mourant de M™" de Sévigné, le pauvre patilo, devait 
ignorer ce jugement sur son compte attribué à la cé- 
lèlire marquise. Il en serait mort de désespoir, et en 
tous cas n'aurait pas abrité longtemps sous son toit son 
rival. Mais je suis persuadé qu'il ne s'agit ]h tout simple- 
ment que d'une médisance de Tallemant, qui ne s'est pas 
montré tendre 'd l'égard de Ménage, dont l'humeur satirique 
appelait du reste les représailles. Ménage savait quels 
étaient les vrais sentiments de M"" de Sévigné à l'égard de 

(t)Talleinaiit. V, 2^. 
(2) Ibidem, 236. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 291 

Girault ; la belle écolière, écrivant à son ancien professeur, 
le chargeait lui-même d'un souvenir à l'adresse de Girault. 

L'ancien secrétaire, de Ménage a eu, en effet, l'honneur 
d'être nommé dans une des lettres écrites à son ancien 
patron par M™® de Sévigné, le l®*" octobre 1654, du château 
des Rochers : « Un compliment à Monsieur Giraut. Je n'ai 
point reçu son livre. » Walckenaër a pensé qu'il s'agissait là 
du volume des Miscellanées, où la marquise était louée en 
tète de Y Idylle du Pêcheur ou d'Alexis qui avait été compo- 
sée du reste longtemps auparavant. Le dernier éditeur des 
lettres de M"»<^ de Sévigné a fait observer avec raison qu'on 
avait donc attendu bien longtemps pour offrir l'ouvrage à 
M"**-* de Sévigné. Girault ne s'était pas montré empressé à 
l'égard de la belle marquise, ou peut-être avait-il eu peur 
de faire acte de pédanterie en adressant à M*"« de Sévigné, 
toute savante qu'elle était, un volume moins fait pour elle 
que pour t les gens de latin ou de collège » (1). 

Girault était encore en relations avec d'autres coiTespon- 
dants qui, bien que moins illustres que la célèbre marquise, 
n'en occupent pas moins un rang distingué dans l'histoire 
littéraire du temps. 

C'est ainsi que le Catalogue Uothschild^ t. II, n° 1881, 
mentionne les lettres de Louis Nublé à Girault et à 
Ménage (1648-1 6Sl. Ms. in-4'>, recueil de dix lettres auto- 
graphes) (2), où l'on relève les noms d'une foule de per- 
sonnages du temps et diverses nouvelles littéraires. Il est 

(!) Walckenaër. Mémoireu sur Af"»* de Sévigtiéy H, 16. — Édition des 
grands écrivains de France, Madame de Sévigné, I, 389. — En 1653, 
Ménage avait publié ses Osservazioni sopra VAminta del Tasso, mais je 
ne sais si Girault, avant de se séparer de lui, avait mis la main à cet 
ouvrage. 

(2) Le bulletin du Bibliophile de Techener, de novembre 1883, men- 
tionne aussi — à la vente des autographes de M. Granger de la 
Mannière — de nombreux papiers de Ménage, (168 lettres à lui 
adressées) parmi lesquels des lettres de Nublé. 





LE CHANOINE GIRAULT 



regrettable, dit M. Emile Vicot, qoe H. Honmerqué tfaft^ 
les publier (1). 

ie ne sache pas que ta corrmpon^ance de Nublé, qui i 
trouve & la bibliothèque de Vienne (Autriche) et dont â 
annonce depuis longtemps U proofasim pablicatioD, ait 4 
jusqu'il ce jour éditée. 

En tous cas, ce n'en est pas moins un htmneiir poi 
Girault de voir son nom gravé, naaai profondément qoe éau 
l'airain, dans la ^rrespondance de la câ^re man]aise. C 
qui lui a valu cette bonne fortune, qui a trait ft ce que j'appeHi 
rat le premier tome de sa vie, c'est Ha qualité de secrétata 
de Ménage. Bien que, en somme, il n'eût au fond do dotb 
Notre-Dame qu'une position subalterne, ce fat peut-être ! 
plus beau moment de ^n existence. En 16GS, il cesM 
d'être le secréUure de Ménage, d'être l'homme d'autmi ; 
jouissait h sou tour d'une (^ntîëre indépendance, il avait m: 
personoaUIé distincte, il allait vivre de sa vie prcqnre, l 
lieu de n'être que le satellite d'un homme céUbre. Hais 
lui allait dire adieu h toutes ces beUes rc^atims qa*il an 
dues & son passage dans le ctlnn^ de Ménage, très r^tami 
dans le monde, renoncer k ce Paris qne BtHsrobert a: 



t Ce doux Paris, ce Paris adorable 
Ce seul séjour de l'homme raisonnable. 




Il lui fallait aller vivTe en province, ce qui était un di 
exil pour tous les beau\ esprits qui avaient goùté 1< 
charmes de la capitale. Comme pour les courtisans foro 
de quitter Versailles sous le règne du grand roi et de s( 
successeur, c'était « entrer dans la région de l'oubli et dai 
la vallée de l'ombre, de la mort », Ce qui le prouve, c'e 



(1| Voir Ualaloyiu: RoUchUd. L II, d> 18X1, rédigé par U. Emile Pio 
metubre de l'Iiisiitul, greiid iii'8, 1S87, Darnascèoe Morgand, 
Tallciuant Jes Këaux. V, 291. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 293 

que, de toute la longue carrière de Girault, qui devait se pro- 
longer encore pendant plus de trente ans, on n*a connu 
jusqu'ici que les années de jeunesse qu'il a passées aux 
côtés de Ménage, et que Paris a éclairées des rayons de sa 
vivifiante lumière. Ces bien courtes années ont été un éclair 
dans sa vie. Quant au second tome de son existence, qu'il 
vécut dans l'éloignement et la solitude de la province, au 
fond du Maine, il est complètement inconnu jusqu'à ce jour. 
C'est celui-là qu'il nous faut tirer maintenant de l'ombre et 
mettre plus en lumière même que le premier. 



CHAPITRE TI 



GIRAULT, CHANOINE DU MANS 

Les premiers liéiiénces ilo Girnult; il succéda à Scurron dans sa prt 
beiule. Son iiislallulion. Son entrée dans les onlres. Il est le 
commansal de Coslur h l'âvéché. son ami et celui de rBUi[uel. 
Ses relations nvec lu marquise de LRvnnliii. Il olitienl lu cure dt* 
Bessé. Su vin au Mans ; ses rapports avec iee beaux esprits et tes 
belles dames qui rréquentent Costar, Correspondance de celui-t'i 
etde PincliâBDe. F.'auteur de la vie de Costar et de Pauquet publiée 
diuiB les IdifniAres île Talleinant n>st autre que Giraiitt. Preuves 
de cette attribution. 

En sa qualitû de commensal de Ménage, Gifault connaissait 
Scarron, dont celui-ci était depuis longtemps l'ami, Ia 
maladie de Scarroti lui faisait espérer que sa prébende serait 
ijifritiM vin'iiiile: aussi {■uignail-il depuis longtemps le 
canonicat du pauvre cul-de-jatte et se créait-il h l'avance 
des attaches dans le Maine, en s'y faisant pourvoir de petits 
bénéfices. 

Sur les registres des insinuations, le 12 novembre 1650, 
on voit que GiraulL est nommé par l'évêque pour remplir le 
bénéfice do la chapelle Sainte-Anne. Les pièces furent 
insinuées en ce jour. C'était sans doute déjà par l'entremise 
de Costar, prié par Ménage, que le beau clerc avait eu cette 
première et légère part du gâteau. 

Mais tout d'abord Jean Girault ne fut pas heureux dans 

cette circonstance. Il vint se heurter ii qui, grand 

Dieu!... et qui l'aurait cru?... à Pauquet en personne. 

Le bénéfice était contesté : il fallait dès lors procéder. Le 
il janvier 1651, le chapitre recevait les assignations données 



LA TROISIÈME PARTIE DV ROMAN COMIQUE 295 

de la part de maître Jean Girault à M. Godefroy, procureur 
du chapitre, pour représenter la fondation de Tune des 
chapelles Sainte-Anne, dont il était pourvu, ainsi qu'au 
secrétaire, pour représenter les registres du secrétariat 
afin de faire extrait du refus de la collation de la dite cha- 
pelle. — Le 29 mars l(>5i, à Paris, Girault nommait un 
autre procureur pour requérir de nouveau la collation de 
cette chapelle, à laquelle il avait droit comme gradué 
nommé ; il lui donnait, en cas de refus, le mandai de se 
pourvoir devant Tévôque, afin d'avoir une seconde collation 
de cette chapelle Sainte-Anne. Le 8 avril son procureur 
requérait en conséquence et sans succès la présentation du 
chapitre. Mais le 14 avril, le grand vicaire, René des Cha- 
pelles, lui donnait gain de cause et enjoignait de le mettre 
en possession. Le 29 avril il prenait enfin définitivement 
possession de la chapelle qui lui avait été donnée en com- 
mende. 

Une transaction ne tarda pas à intervenir entre Pauquet 
et Girault. Les deux amis de Ménage ne pouvaient se man- 
ger entre eux. Ils devaient vivre de pair à compagnon et 
finir par s'entendre, grâce surtout c'i l'entremise de Ménage. 
Leur contestation ne fut pas de longue durée. 

Comment la paix s'opéra- l-elle entre eux? 

Un canonical de la collégiale de Saint-Calais fut le gage 
de leur réconciUation. 

Un nouveau chanoine de ce chapitre, qui n'avait pris lui- 
môme possession que le 2 mai 1650 par procureur, Pierre 
du Breil, « clericiis diocesis Gebenensis », docteur en théo- 
logie, conseiller et aumônier ordinaire du roi, demeurant 
lui-même en l'ile Notre-Dame de Paris, résigna bientôt cette 
prébende le 16 juin. Le 13 juillet 1651, Girault en prit pos- 
session en présence de Louis Pauquet devenu son ami et 
son copain^ pourvu lui-même, d'ailleurs, d'une prébende à 
Saint-Calais. 



J.E CHANOINE GlRAULT 



Ce bénéfice n'était, i vrai dira, [luur Girault, qu'une sorte 
â'eotrée de jeo ; 



c Laissez leur prandre un pieti choz v 
Us en auront bientôt pris quatre. » 



Le 33 noTembre 16&1 il était pourvu dp la cure de Souli- 
gné-souB-Ballon par collation de l'évêque du Mans. U en 
prit possession par son procureur M" Guillaume BalorhP, 
dèflle26. 

I-egrand vicaire René des Chappl les lui avail donné des 
provibions de cette cure qui avail été vacante au mois 
d'octobre. 

Par là il avait vraiment pris pied dans le diocfee du 
Mans; il y était bien connu, et avQtt dès lors une plus largo 
part à la manne des bénéfices. 

Un événement imprévu vint IjAler le dénouement après i 
lequel aspirait Girault. Scarron, tout infirme qu'il fut, allait 
épouser Fruicoise d'Aubigné. Ce mariage allait rompre les 
liens du poète avec sa prébende. Mt-nige, r[ui était sans 
doute dans la confidence de ce proJL'i de niariit^'c, pria. 
Céleste Palaiseau, qui demeurait, paralt-il, cbez Scarron, 
d'intervenir auprès du paralytique, pour obtenir de lui la 
résignation de son canonicat en faveur de Girault. Sceur 
Céleste (ut une avocate éloquente. L'affaire réussit au gré 
de Ménage et de Girault, qui compta h Scarron» pour prix 
de sa résignation, 3,000 livres, qui lui furent données ou 
avancées par Ménage. J'ai fait connaître, i propos de 
l'abandon fait par le poète de son canonicat (1), l'acte 
même de sa résignation en cour de Rome daté du 14 fé- 
vrier 1652 et dont j'ai reproduit plus haut le texte tout au 
long (2). 

(1) Voir Impartie ch vni, p ïîi 

(2) Je n'ai rien trouve (lins [fit Rpfiistres du chapitre ou dans les 
Extraits cfui en existent qui ail trait à ladjuctication du gros de 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 297 

Voilà donc Girault quittant Paris pour devenir chanoine 
du Mans. Interrogeons ici les registres capitulaires. Le 
mercredi 10 avril 1652, paraît par procureur devant le 
chapitre, vénérable Jean Girault, clerc Angevin, cleHcus 
Andegavensis. Il présente « cerlam signaiiiram apo»lolicam 
infra gratiosa super provisionem canonicatus et prehendae 
vacantis per resignationem venerahilis magistri Pauli 
ScarroniSy factam dicto Giraldo, » Girault est dit avoir un 
canonicat et une prébende sans cure ni résidence dans 
réglise de Saint-Calais et la chapellenie de Sainte-Anne en 
ladite église. Il fut admis le même jour et défmitivement 
installé le 21 octobre 1652 : il est dit sous-diacre. — Ce 
n'était donc pas le premier bénéfice qu'occupait Girault 
dans le diocèse du Mans, alors, comme au milieu du XVI® 
siècle, fort hospitalier aux gens d'esprit et où Scarron, 
Montreuil, Chapelain, Gostar, Pauquet, etc., avaient des 
bénéfices, où Costar était archidiacre, où Monseigneur de 
Beaumanoir-Lavardin était évêque. 

Le 10 avril avait eu lieu, dans sa nouvelle prébende, l'ins- 
tallation de Jean Girault, qui le même jour faisait insinuer 
ses lettres de provision. Il y fut installé par procureur, 
prêta à genoux le serment d'usage, fut conduit à sa stalle 

M. Girault. On voit, au contrairo, dans l''s extraits de M. de Fontenay, 
qu'en 1037 il y est question de l'adjudication du gros de M. Scarron, 
et plus tard de celui de Leprince, en 1641. 11 est probable que le gros 
de Girault, comine celui de Scarron, était situé à Assé-le-Bérenger. Le 
1i juin 1658 il est commis, disent les membres du chapitre, pour avoir 
soin de nos affaires et faire ce que de besoin à notre terre et seigneurie 
d'Assé, et il est déclaré libre du service de l'église jusqu'au prochain 
chapitre, afin de vaquer en cette commission et de pourvoir à des 
réparations et acquisitions de maison près notre terre d'Assé. — On le 
voit passer contrat, le 10 juillet, devant le notaire d'Évron, et de plus 
aussi un traité avec M. Olivier Clément, »' du Bignon, fermier-général 
de notre terre d'Assé. — Eu 1677 et 1678, il régie des différends relatifs 
à la féodalité de cette terre, avec la duchesse du Lude, Kléonore de 
. Bouille et son mari Henri de Daillon. — En 1679, il est chargé de 
consulter les titres de la chapelle Sainte-Anne desservie en la 
cathédrale d'où dépendait le lieu de la Jarryére en Assé-le-Bérenger. 





ICCBANnlNl; UIHAULT 



par le chmofoe CatbariD Frélaull, reçut le haiaer de 
l'ut mis en ptiHlwiInn rtelle et protesta qu'il accompli 
preinii^niTiBODreaM rândeiic(>, ce dont acte lui fut dre»së( 

Un .in qprta'son inffl;illiil,Joii, il entrait définiliven 
dans les ordres. D était venu sa fixer au Mans où il d4 
vivre tranquille et heiireux pendant prt-s de trente ans. ' 
nouvelle vie coramencait pour lui. Il s'upparleiiait désom 
n'étant plus le satellite de Mé[ia^e, il allait être le comme 
de Cosinr, arant de devenir son historii^n et celui 
i'auquel, 

Sa (|iiaUtA de CO0imaisul de CusUir iH de fainili 
l'évèque du Mans le mett-iit en rapport avec la njurquisf 
[lin dont te flls-dtail l'élève de Costnr. On le voi 
23 s<.'pt<.<nbre 1800, témouj dan» un curieux lu^te ini 
cuneeriiaot la marquise, puur la reconstruction de 
château de Toed et que j« crois devoir reproduira fa < 
place. 



marquise de Lavardin, tutrice de nostro 

) l'advis et en assistance; du Monsieui- du M 

oncle et tuteur subrogé de uostiv Mis iM Pierre . 

ir de la Brière, jeaistre maçon et architecte, ti 
soubz lignez, avons &ict et accordé entre nous les marc 
et cunvention, qui ensuivent. 

B CQ:i[- à savoir que moy promez et m'oblige 

faire un corps de logis de seize à vingt toises, ou envin 
de longueur et de la mesme largeur du vteil-logis 
cliasteati de Tucé et y joignant.... 

Le de,ssus et les dessous de balustres sera de pierre 
Bcnuiy et le corps de balustrc de louffeau de Saumur, 
tout, selon le dessein qu'en donnera M. de Cbanlelou, mais 
d'ostel du roy, qui jugera aussi du prix que Madame lui c 
vra donner jj. 

Pour le marché, le dit s"" de la Brière recevra 45 écus 

(1) V. Registre des conclusions capitulaires du iH décembre 16U 

B juillet 1(152. 



IL 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 299 

devra parfaire son travail en deux ans ; il aura sept livres 
tournois par chaque toise pour la main d'œuvre. 

Signé : Marguerite-Renée de Rostaing. 

Phitl.'Emm. de Baumanoir, évesque 
du Mans, 



« Le 23 septembre 1659. 

« Par devant Jacques Gaultier, notaire royal au Mans, 

furent présents, haulte et puissante dame 

veufve de feu messire Henry de Beaumanoir , vivant 
marquis de Lavardin, tutrice de messire Henry-Charles de 
Beaumanoir, chevalier, fils mineur, demeurant au chasteau 

de Malicorne, estant de présent au Mans et Pierre 

sieur de la Brière, maistre maçon et architecte demeurant 
au bourg de Courcelles, veulent que le marché ci-dessus 
pour le bâtiment de Tucé produise son plein et entier effet 
et s'obligent chacun h l'exécuter. 

Fait et passé au manoir épiscopal du Mans en présence 
de vénérable et discret iV/« Jean Giraiilt^ preshtre^ chanoine 
de VÊglise du Mans^ et Pierre Thibault recepveur de 
l'évesché témoins à ce requis et appelez, demeurant au 
Mans (1)». 

. On voit aussi notre chanoine témoin d'actes concernant 
son ami Pauquet, ainsi que le montre une Procuration pour 
résigner de ce dernier : 

c( l^'ut présent en sa personne M« Louis Pauquet, clerc 
tonsuré, curé de la paroisse de Saint-Aignan au diocèse du 
Mans, demeurant en cette ville au palais épiscopal, lequel 
de son bon gré et franche volonté a faict et constitué son 

procureur M"* 

auquel il a donné pouvoir de pour luy et en son nom rési- 
gner et remettre la dite cure de Saint-Aignan, ses dépen- 
dances et appartenances et tout en tel droit par luy prétendu 

(1) On voit Jean Girault au Mans dès le 5 mars 1652. 




900 . u CBAHonrc OUUWtT . 

«1 ioeUa, entre les mains de notre saint p6re le papa, Uon- 
seigneor boo vice-cbancelier ou autre ayant & ce gti^uvoir. en 
&venr de H' Silvain Gaudon, acoljrtbe du diocèse de Bour- 
ges, prétendant droit à la dite cure et non d'autrrs, ny autre- 
ment cooseotir bTexpédilion des lettres sur ce iii^ccssuijcs, 
jurer en l'ftnie dudit sieur constituant qu'en la présente 
résig[iatioH et cession de droit n'est intervenu, ny intervien- 
dra aucun volf fraude, simonie ou paction illicite et vicieuse. 
Faicf et pEissé au dit Mans, maison de nous, notaire, le 
mercredi MfijqurtU janvier i6S4 en préivnea da vénérahl» 
M' Jfan GirauU, chanoine prAeadé de Féglite du Mon» et 
de Louis Lebbvre, marchand, te«noings, demeurant au 
Mans, àce requia et appelés (1). 

Pauquet. GirauU. » 

Les puissantes amitiés qu'il avait dans ses entours, lui va- 
laient fréquemment aussi de nouveaux bénéfices. Le 11 mai 
1657, il était pourvu de la cure de Ruillé-en-CIiampagne. H 
est dit alors demeurant au manoir épiscopal. Louis Pauquet 
et IjOuîs Dugué, fiuuiliers de Costar, sont ses témoins. 

Le 91 mars 16S9, le grand vicaire R. des Chapelles confé- 
rait à Jean GirauU la cure de Bessé, vacante par la mort de 
maître Bonaventure Foreau (2). L'archidiacre de Montfort, 
Michel Delelée, mandait par son procureur de ie mettre en 
possession. Le 21 mars, devant Etienne Ignard, notaire en 
la chdtellenie du Gué-de-Lau:iay, y demeurant, honorable 
et discret maître Jean GirauU, prêtre chanoine en l'Église du 
Mans, bachelier en droit canon faisait choix d'un procureur 
pour prendre possession, laquelle eut lieu le 22 mars. 

U ne resta pas longtemps possesseur de cette cure liti- 
gieuse. Dès le 29 avril lti59, devant Jacques Gaultier, 
licencié es droit, notaire apostoHque au Mans, fut présent 
vénérable et discret Jean GirauU, prêtre, curé de la cure 

(1) Figurent au-bas de l'acte les signatures de Pauqnet, Gîraiilt, etc. 
(3) Voir 29* FlegUIre des inHtriiialior», p. :)65. 



ET LA TROISIÈME FAÎ\TIE DU ROMAN COMIQUE 301 

de l'église paroissiale de Bessé, demeurant au Mans, pa- 
roisse du Crucifix, qui résignait sa cure entre les mains de 
révoque, ou plutôt ordonnait ses procureurs pour la rési- 
gner et s'en démettre es mains de Tévêque coUateur ordi- 
naire sous le bon vouloir des chanoines de Saint-Calais, 
patrons présentateurs de la dite cure, en présence de 
Jacques Nau, s' de S^-Clair et de Louis du Guéy témoins (1). 

En vertu de la dite réquisition, et des provisions du 
vicaire général des Chapelles, le 25 avril 1659, la cure était 
conférée à François Coustard (neveu de Costar), prêtre du 
diocèse de Paris, qui le 27, demeurant à Gesvres, donnait 
pouvoir de prendre possession, ce qui fut fait le 11 mai ; 
mais il rencontra Topposition de Christophe Narrais, prêtre, 
qui prétendait avoir droit au bénéfice (2). 

Girault n'avait pas eu seulement la chance de trou- 
ver au Mans. une prébende, il eut la bonne fortune de 
rencontrer dans cette ville , parmi les chanoines ses 
nouveaux confrères, un a*ni de Ménage qui, menant de 
front le goût des belles - lettres et de la bonne chère, 
installé commodément à Tévéché par Mff"^ Philibert de 
Lavardin, passait dans la capitale du Maine une bien douce 
vie, à laquelle le nouveau chanoine se trouva associé dès le 
premier jour. 

Il sortit de la maison du coadjuteur pour entrer dans le 
palais épiscopal du Mans. Fut-ce MJf*" de Beaumanoir- 
Lavardin, ou Costar, avec Tassenliment du prélat, qui lui 
donna l'hospitalité? On peut choisir entre ces deux 'patrons. 
Ménage dit qu'il fit obtenir à son ancien ami les bonnes 
grâces de l'évêcjue , qui n'était pas fûché de se frotter 
aux gens de lettres et d'avoir chez lui, en qualité de domes- 
tique, le successeur de Scarron, que son oncle M*^"^ Charles 

(i) Giruult a souvent parlé de Nau et de Dugué dans sa Vie de Costar 
et de Pauquet. 

(2) V. Registre des insinuations, à cette date, p. 38i v«, 391, 969, 
389 yo. 



de Beaumanoir avait eu naguèrâ auprès de lut au mâme 
titre. 

D'un autre côté, comrae nous voyons toujours Gîraiilt à 
l'évôclié fin qualité de commensal de Costar, il n'est pas 
téméraire de penser que le panégjTiate de Voiture a fourni 
h l'ancien secrétaire de son ami à la foi» la table et le 
logement. C'était au reste l'habitude de bien dcB gens de 
lettres et d'érudits d'alors de se mettre en pension chez 
autrui pour se soustraire aux ennuis de tenir dox-mâmes 
maison. C'est ainsi que Nublé resta jusqu'à sa mort le 
domestique de Ménage. En choisissant la maison de Costar, 
qui était au Mans l'auberge des beaux-esprits, Cirault avait 
obtenu Iti, grâce h la recouimundation et fi l'amlté de 
Ménage, l'entrée d'un vi^ai pays de Cocagne. Il y avait 
également profit pour son esprit oouirae pour sott estomac, 
car on pouvait dire de Costar, comme de Balzac, qu'il était 
magieter tara dicendi quam caenandi, 

Gîrault se trouva, pour ainsi cHre, grandi par ce voistnage; 
.11 avait quitté sa p<»ition aubsdterne et son exil de proviuËe 
. se trouvait être pour lui un lieu de bénédiction. 

Costar, ce grand picoreur d'érudition, était heureux 
d'avoir trouvé de son cdté, pour ses conversations comme 
pour ses travaux littéraires, un esprit orné, érudit, enjoué, 
rompu au travail, qui, sans lui servir de secrétaire comme 
Pauquet, pouvait lui prêter un secours gracieux dans ses 
recherches de lieux communs, et dont la belle prestance 
devait surtout, à côté de la laideur de Pauquet, faire bon 
effet à sa table où venaient s'asseoir les belles dames et les 
gens de cour qui passaient par Le Mans. 

Le fait est que la correspondance de Costar est pleine de 
Girault, et qu'elle nous fait toucher du doigt à quel degré 
le successeur de Scarron était entré dans son intimité, en 
sachant se rendre aussi agréable qu'utile. 

Ses lettres nous montrent eti même temps par les noms 
des personnes auxquelles elles sont adressées , quelles 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 303 

étaient les relations du nouveau chanoine de Saint-Julien. 
Costar écrit à Ménage, en le remerciant de lui avoir donné 
Girault : 

« Notre cher M"^ Girault, connoît tous mes sentimens et 
il y a longtemps que personne n'est entré si avant dans le 
lieu où se forment mes plus secrètes pensées. Il se donnera 
la peine de copier quelques-unes de mes lettres qu'il jugera 
les plus propres à divertir M*'« l'Incomparable » (1). 

Voici comme il parle à l'abbé Amelot, conseiller au Parle- 
ment qui, comme nous le verrons, était aussi un protecteur 
de Girault. 

« Je viens d'apprendre de M^ l'abbé Quillet les bonnes 
pensées que vous avez pour M' Girault ; je vous supplie de 
croire que si c'étoit pour moy que vous les eussiez, je n'en 
serois pas touché plus sensiblement. C'est un ami que le 
ciel m'a donné, pour la consolation de ma vie et pour 
adoucir le chagrin de ma solitude. 

« L'exil et la prison me seroient doux en sa compagnie 
et en un mot. Monsieur, il n'est pas un meilleur homme, 
plus généreux, plus commode et même plus agréable h 
toutes les heures. Je ne pense pas que vous puissiez jamais 
loger mieux et plus seurement vos bienfaits qu'en une Ame 
si reconnaissante...; il est tout brûlant de zèle et de passion 
pour votre personne. » (2) 

Les maladies de Girault lui donnent des transes, à lui qui 
ne paraissait guère capable de ressentir l'amitié. Il écrit à 
Conrart après une visite de M"o de Chalais, le priant de 
venir au Mans en allant « à Madame sainte fontaine de 
Vaxijour en AnjoUj près Le Lude, qui fait des miracles 
pour les goutteux. » 

(1) V. Correspondance de Costar, t. I, p. 669. 

(2) Ibid., p. 756. 



M 



LE CHANOINE OIHAULT 



< Je ferai durer votre séjour le plus qu'il me eera possible i 
afin d'éloigner de mon imagination le triste objet de la 
^ maladie du pauvre M^ Girault, que j'ai pensé perdre. Il m'a ; 
j donni^ des frayeurs mortelles et cet accident m'a lait 
[ <}Oiiiioi5tre que je l'ainioi, de la moitié plus que je ne pen- 
\ sois, quoique je seusse déjà bien que je l'aimois autant que 
\ moy mesrae. C'est un Ami si chaud, si zélé, si constant 
si agréable k toutes les heures, que si le malheur me fost 
i .ttri'ivé, je l'eusse pleuré tout le reste de mes jours. Grâces 
' â Dieu, Monsieur, il est absolument hors de danger, sitôt 
I qu'il iiura repris ses forces, il vous témoignera combien il 
[est touché de l'honneur que vous lui faites » (1). 

Ailleurs (2) il lui dit : « M"" Pauquet et M' Girault sont 

[ plus à vous que ceux qui sont k vos gages, » 

On voit qu'il y avait entre eux une profonda affinité 
d'esprit. Les lettres de Costar les montrent également assis 

I & la même table et font voir qu'il était ii la fois son commen- 
sal et son ami. Costar, écrivait 'a Saint-Amant, qui était 
vena passer quelques jours au Mans, et aprâs avoir célébré 
SOQ faiseur de potages et de ragoûts, ajoute : c Notre petit 
marquis (c'est le futur marquis de Lavardin) ne se lasse 
point de churbiper la goutte à vostre santé. II est admira- 
blement secondé par M' Pauquet et, avec un peu moins de 
force, par M"" Girault » (3). Girault devait s'estimer heureux 
de celte distinction. Son ami écrit à Aubery du Maurier 
qu'il s'en va souper. « Ce ne sera pas, Monsieur, sans boire 
a votre santé avec le cher M' Girault » (4). 

C'est assez parler de table, bien que, chez Costar, ce 
soit chose importante et qu'on ait ici affaire à un homme 
qui-aime à se dire magiater csenandi et dicendi, Giraull dut 

(1) V. Correspondance de Costar, t. I, p. 710. — Sur les goutteux, voir 
M. Kerviter, Valmttm Conrart. 
(2| Ibid., t. II, p. 389. 
(3) Lettres de Costar, I, 796. 
(4)JI.id,,Il,403. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 305 

voir Ici célèbre marquise de Sévigné quand elle vint souper 
chez Costar et que celui-ci lui prêta son manchon de poils 
d'ours. Son intimité avec Gostar ne le mettait pas seulement 
en rapport on le voit, avec des gens de lettres, mais avec 
de grands seigneurs et de belles dames, tels encore que 
Messieurs de Lavardin et de Tessé (1), Mademoiselle de 
La Vergue, la future Madame de La Fayette, autre élève 
de Ménage, la fameuse Angevine Laverna, « Puisque 
vous n*avez pas voulu, lui dit-il, vous fier à M. Ménage 
mesme du compliment dont vous vouliez m'honorer, il n*est 
pas juste que je me fie ù M. Girault des très humbles 
actions de grâces que je vous dois s> (2). 

Gostar ne faisait pas d'absences fréquentes : il n'allait à 
Paris que pour 'prescrire contre la barbarie. Aussi n'avait- 
il que peu d'occasions d'écrire à son commensal. La seule 
des lettres contenues dans ses volumes, qui soit adressée 
« à M. Girault, chanoine du Mans » (3), nous montre 
surtout ce dernier en relations avec la puissante famille 
Amelot, le président et sa femme, et leur entourage, le 
marquis de Magnanville , conseiller , M"" de Millemont , 
Briçonnet, la belle marquise d'Orville que Gostar avait vue 
dans les allées de Touvoie. Gostar se servait de Girault 
pour se recommander auprès de ces personnages, entrer 
dans leur faveur et se les concilier : « Vous savez si bien 
dire tout ce que vous voulez qu'il ne tiendra qu'à vous 
qu'elle (la marquise d'Orville) ne soit entièrement persua- 
dée du zèle ardent que j'ai pour son très humble ser- 
vice » (4). 

(t) Gostar, dans les actes qui le concernent de 1652 à 1060, est 
toujours dit demeurant au palais êpiscopal. 

(2) Lettres de Costar, \, 5i0. — On lit dans le Ménayiana : « M. Giraut 
était fort ainné de Mof révoque du Mans et c'est lui qui le produisit 
aussi à M. le prince de Conti ». 

(3) Ibid., II, 753. 

(4) Lettres de Costar, II, 883. — Voir aussi I, 610 (à M. Amelot) ; II, 
487 (au même) ; 5i6 (à Briçonnet) ; 761 (à M. de Magnanville). 

20 



306 



i.F. <:iiANnixE ( 



Los lettixis inédites à Plncliesne sonl égalenieiil remplies 

du nom do Girault. « Monsieur et Monsieur Girault vous 

baisent chacun autant de fois les mains i\uc je vuus em- 
brasse, vous bui^cnt les rauins et sont vos très humbles 
sorvileura x. Dans ses lettres imprimt^es, Pauquet écri- 
vant h Pinchesiie iiijx Ucu et place de son niaitre malade, 
disait: « M. Girault al moi nous vous rendons un million 
de Krflcps de l'honneur (jne vous nous faites de prendre 
part h nos intérêts ». Aussi la société des nmis de Pin- 
chesnc, qui se réunissuit <i Paris pour manger les poulardes 
de Costar ot célébrer ensuite ses louanges, avait-elle soin 
d'associer les noms dos deux amis de Costar. G'esl ainsi 
qu'on lit dauA une dÉilicâcc h MM. Ménage et Scarron : 

a Et les Girault et les Pauquet 

Valent bien ces francs perroquets, 
0,ui du moins, quand ils dogmatisent. 
Parlent sans savoir ce qu'ils disent. » 

Il y eut Ifi, pour Girault, huit années d'existence heureuse 
Hupri's de Costar. qui vivait le plus doucement possible !i 
l'évôclié du Mans. 

La vie de ce dernier a été racontée par celui qui en a été 
le témoin ; elle a été insérée dans le tome IX de Tallemant 
à la suite de ses Hhlorieltes. M, de Monmerqué, qui l'a 
éditée, l'a laissée sous le voile de l'anonymat. Or cet auteur 
n'est autre que le commensal et l'ami de Costar, le chanoine 
Jean Girault lui-même. On peut dire qu'il n'y a pas lieu 
de conserver un doute à cet égard. Bien plus on doit 
s'étonner que le voile n'ait pas été plus tôt soulevé, et qu'on 
n'ait pas deviné jusqu'ici un nom resté trop longtemps 
inconnu. Qu'on lise soigneusement la Vie de Costar et l'on 
sera suffisamment édifié. 

L'auteur des Viet de Costar et de Pauquet demeure à 
l'évéché du Mans : il est le pensionnaire et le commensal de 



i 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 307 

Costar, il est homme d'église, il est attaché à la cathédrale 
du Mans. Il vit en bons termes avec Tévèque et avec la 
marquise de Lavardin dont il fait le plus grand éloge, ainsi 
que de son château de Malicome. Il doit être arrivé au 
Mans en mai 1652 (1). Il connaît Scarron , il est son ami, 
il le défend contre ses détracteurs, il vit dans la plus 
grande intimité avec Costar, il est le confident de ses plus 
secrètes pensées (2). 11 connait Ménage, c*est à lui que sont 
adressées les deux vies de Costar et de Pauquet. C'est un 
lettré qui parle des auteurs du temps, de Chaplain, de 
Ménage, etc. C'est un homme de boniiQ compagnie qui vise 
le gentilhomme de lettres, et non un homme de bas étage 
comme son copain et son ami Pauquet. Ses procédés ne 
révèlent pas une ûme de forte trempe, mais un complaisant 
des faiblesses humaines, un flatteur de Costar, sinon de 
Pauquet. Tout cela se rapporte bien au chanoine Girault 
et ne peut se rapporter qu'à lui. Il n'est même pas besoin 
d'insister davantage : ce serait vouloir enfoncer une porte 
ouverte. Il ne reste plus qu'à trouver la signature de Girault 
soit au bas du testament de Costar, soit au bas de la rési- 
gnation de ses bénéfices au profit de Vin digne Pauquet (3). 
Donnons enfin une dernière preuve de l'identité de l'au- 



(1) Il y a probablement là une faute d'impression: je pense quMi faut 
lire mars. 

(2) Costar dans ses lettres fait lui-même l'éloge de Scarron. Il dit 
qu' K un galant homme nourri à la cour et qui entend la belle, la fine 
et la délicate raillerie,, peut rire, sans se faire tort, des aventures de 
Uagolin, de celles du marchand du Bas- Maine et de cent autres sem- 
blables. » 

(3) Pinchesne dit dans ses vers inédits que Pauquet pleura cependant 
Costar : 

« Le chagrin du pauvre Pauquet 
Passe plus outre dans sa lettre 
Il y pleure Monsieur Costard 
Il y craint pour son Éminence 
Et jamais tant de doléance 
Ne vint du Mans de sa part. 





.V. i;ilAN01NF. OIEIAULT 



tear. Cest aa Mans que le manuscrit de la Vie de Costar e 
de Pauqua, passé plus tord entre les mains de Monteil et 
d'Aimé llartiu, se trouvait à la finduXVIIP siècle: c'est 
dans (jette ville que son existence est alors signalise par le 
clinnoiiie et arcliîdiacro de l'Église du Mauf^, un curieux et 
un collectionneur de marque l'abbé Belin de Bérn (1), qui 
ne mourut qu'en 1782 et a laissé pour l'histoire littéraire 
du Miiine de précieuses notes restées Inédites josqu'fi ce 
Jour (2). 

Rnppelons, avant de lerminerce qui a trait ;^ l'attriluition 
de la Vie de Contar à GîtauH, quel'aoteur a un filyle tout 
& fait particulier, uno lourdeur et des longueurs de phrases 
interminabltis (Ji y l'il a qui n'mt pas niQins de dix-huit 
lignes). On peut tes considérer comme la caractéristique 
de son œuvre et elles serviront à nous faire reconnaître en 
Girauh l'auteur d'un autre ouvragé, je veux ilirc^ du llo'nan \ 
Comique. Son style traîne la jambe comme un vieillard. En 
voici un exemple entre bien d'autres (3). 

< De sorte. Monsieur, qu'on peut dire qu'il (Costar) estoit 
véritablement en cet et en toute autre (^ose, comme Hor- 
tensius, de qui Senec«|ue a dit : HorUtuius ea qux teaim 
commentatua est sine scrîpto, verbis iisdem reddebat ; et ce 

que je vous diray encore, Monsieur, en cet endroit, pour 
vous faire mieux connoistrc ce que j'ay remarqué de luy, 
c'est qu'il avoil autant d'esprit que de mémoire ce qui 

(L) M. Cetin de Uéru a inscrit dans ses inanuscrils la note suicanle : 
• J'ai tuil cet extrait des Vies de Messieurs Cmlar et Paaquel dans un 
recueil qui a pour tilre : Refiieit'.U Mémoire» et Factums, 2* vol. in-fol., 
et se trouve cliez M. Nicolas FroUô, ai'ocal et [ircwureiir fiscal du 
clinpitre du Mans, d 

(2) Ces notes se trouvaient naguère aux manuscrits de ta Bibliotlièque 
du Aluns. Je ne sais si elles font (lartic des Arciiivcs municipales de 
cette ville, qui se trouvent aujourd'iiui aux Arcliives départementales 
(où les Arcliives municipales ont été dcposées|, ou si elles sont résilies 
à \a Bililiottiêque. 

(3) Voir Vie de Costar et de Puiiquel, Tallemant, t. IX, p. 11. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 309 

paroissoil évidemment en ce quMl faisoit tout ce qu'il vou- 
loit des choses qu'il avoit mises dans sa mémoire , et 
qu'elles estoient là, comme semées dans une terre fertile, 
qui faisoil produire le centuple à chaque grain de la se- 
mence qu'elle avoit receue dans son sein ; ainsi l'on peut 
asseurer qu'il estoit sçavant suivant cette régie du mesmo 
Senecque. MeminUse est rem commisHion memovix cuslo- 
dire, at contra scire est sua facere qiueque, nec ah exemplari 
pendere et toties ad tyiagistrum respicere. » 

Je n'aurais que Temharras du choix pour citer bien 
d'autres exemples analogues de cette lourdeur de plume, 
mais il me faudrait trop citer (1). Décidément la plume de 
Girault s'était alourdie dans le Maine et ne rappelait guère 
le style que devait avoir le secrétaire de Ménage en sa 
prime jeunesse. 

(1) Voir notamment Ibidem, pp. 22, 27, 2S, il, 05, 75, Kl 8i, 87, 117, 
118, I i^\ etc. 



CHAPITRE ni 



LES DERNIÈRES ANNÉES DE GIRAULT 



Glnuilt «d]udicat^re, nie d«a Qurnoiaes, de U malaon canoniale de 
SoâU-JfarfJH, la plus aocienoe du Mans, pnia de eelle lire» tei 
'ÇonMior*. — Hort de Costar. CessloQ da sea bénéflcec â Pumiuet. 
— Ginult acteur dans one aoèoe du Léçalcùn wUwtel. — Mort de 
Pauqoet. — La aièce de Giraott. Son mariage tu Hane. — Déiiëlices 
de Jean Girsnlt H dat le protégé dea 4<nB^ ^ vioairo général de 
l'abbé d'Ëvron. — Sea rapporta avec lea LavardlD. — Mis.sinns que 
lui conSe le Chapitre. — Son rôle dans IspubUoatinn îles Get 
ifAIdrie par Baluie. — Sa mort au mois d'octobre 1683. 



Après la mort de Scarron et surtout après cello ilc Coslar, 
Oiraalt semble quelque peu rentrer dans l'ombre. Plus de 
visites de Madame de Sévigoé, ni de Saint-Atiianl , plus 
de savants, ni de belles dames; la mort de Confiai' avait 
mis un terme b son babitatiun à l'évéché. Au reste , 
Girault, voyant la santé de son hôle décliner et com- 
prenant que sa fm était prochaine, s'était précautionné 
d'un gite, en se rendant adjudicataire d'une des maisons 
canoniales, la maison de Saint-Martin, une des plus 
vieilles maisons du cliapitre de Saint -Julien (1). Une 
délibération du 26 mai 1059 avait onionné que le bail lui 
en fut passé suivant les conclusions du dit jour, et, dès 
le 22 avril, les commissaires des maisons avaient été commis 
pour vériHer l'état de l'immeuble, faire un procès-verbal des 
réfection», augmentations el réparations de la dite maison, 
puis en dresser nn rapport afin de contracter avec 

{{) Cl. Arcltivei du Ckapitre, [Ml, pjj. 518 et 552. 



LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 311 

M. Girault. Toutefois le chanoine de Saint-Julien ne resta 
pas longtemps dans cette demeure, où il était trop voisin 
de Pauquet , qui habitait une maison contiguë , celle de 
Saint-Sébastien (1). Dès 1661 , on le voit locataire d'une 
autre maison. 

Cette maison de Saint-Martin est sans contredit la 
plus ancienne et la plus curieuse du Mans. C'est la 
brasserie de Saint-Julien. Malheureusement ce qu'elle ren- 
ferme d'intéressant échappe aux regards. C'est d'abord ses 
deux étages de cryptes, dont l'inférieure possède la colonne 
et le chapiteau qui sont un des spécimens de la plus 
ancienne architecture du Mans ; c'est ensuite son antique 
pignon roman qu'on ne peut voir que de la maison voisine 
et dont on ne trouve pas même un dessin dans les aquarelles 
de Moulin à la Bibliothèque du Mans (2). lin 1036 elle était 
occupée par le chanoine Simon Gault, en 1675 par le chanoine 
Langlois, en 1719 par la veuve de M. IJailly, qui la louait 
420 livres à partir de 1725. Elle avait pour occupant en 1789 
le chanoine Dugast ; la description qui en est faite lors de 
sa vente comme bien national est des plus insignifiantes. 
Avant de devenir une brasserie elle avait été longtemps 
occupée au XIX^ siècle par M™*' de Tilly. L'abbé Voisin en 
dit à peine quelques mots dans Le Afans à Ions ses Ages^ 
p. 175. Depuis que la maison d'en face, dite les Greniers du 
Chapitre^ a été presque tout entière détruite par un in- 
cendie et que celle du Voilier a été démolie pour l'ouverture 
du Tunnel, c'est la maison la plus ancienne du Mans. 

Le mardi 26 juillet de cette année (3), devant Michel Bugleau 



(1) Lu maison de Sainl-Sébcistien était située rue des Chanoines, entre 
les maisons de Saint-Prothais et de Saint-Ale,ris. 

(2) Je reproduis ici, d'après une photographie de M. Bouveret, les 
fenêtres do ce pignon. G*i sera prescpio uno révélation pour tous les 
habitants du Mans, qui en ignorent l'existence. 

{'A) Extrait des minutes du notaire Bugleau. Signé : « Girault » avec 
un paraphe. 




LE CHANOINE RIIIALXT 



notaire; M' François Billard, priMre, chanoine semi prébendS 
en l'tSgîise cathédrale du Maiia, donne h bail à ferme, h 
vénérable et discret M" Joan Giniult, prèiri:, chanoine 
prtïbendé en la dite église, demeurant aussi au Mans pnroiMe 
de Noslre-Dame de la Cotilttire, la maison dépendant do sa 
semi prébende, située près la maison de la sacrislio de la 
dite égUse, pour le prix de cent livres tomnoù par an. 
Payables en deux tennâs, le dit bail devant dam- bois ans 
ft e(»amencer da jour de la Tonasaint 1061 . 

Sta le S mai 1858, il avait obtenu, sur sa demande, que la 
maison et le jardin près des Cordeittrt, qu'il haUtaît à vie 
fianontafa,luiAiBS«it adjugés ad vitom notyrotem^ kraistm 
des améliorations qu'il y avait &ite <1). 

La mort du cbanoine Nicdon lui avait permis de se rendre 
adjudicataire de cette maison canooiide près des C(»delier8, 
où U avait sous les yeux le même horizon, le même proap«ct 
que naguère b l'évôché, et ob il pouvait, étant au fiuiboui^, 
ineo qu'à quelques mètres de la catbé^ale, respirer plus b 
raise que dans l'étn^ et sombre rue des Cbaocrines. 

Le cb^ùtre lui passa bail devant H* Hicbel Bugleau, 
DoUire, le 6 mars 16(f3, de sa grande maison et jardin procbe 
les Ckirâ^ers, pour en commencer la jouissance du jour de 
Pasques 1663. Cette maison a été démolie en même temps 
que les Cordcliers. Elle était située à peu près à la place de 
ce qui devint en 1848 la Butte-aox-Canonsi, et elle est fort 
bien indiquée dans les plans du temps ('i). 

Établi dans une maison à son gré et ayant dès lors le 
dessein d'y flnir ses jours, Girault voulut embellir son 
nid et profiter des avantages de la situation. Le 3 jan- 
vier iii64, il commença par faire une augmentation à 
la terrasse du jardin. Le 24 avril 1665, le chapitre se 
résolut à voir c« qu'il y avait à faire à -sa terrasse : elle 



(1) Arcliivcs du Chapitre, 13 11, p. 194. 

(2) Cf. Areriives Uu Chapitre, H 12, pp. 227, 2 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 313 

vacquait, faute de murailles pour la retenir; il était né- 
cessaire d'établir un mur tout du long . Désirant que 
ce travail fut promptement exécuté , Girault se chargea 
d'une partie de la dépense ; il offrit à ses confrères de 
construire un mur à chaux et à sable, s'ils voulaient con- 
tribuer aux frais. Ceux-ci consentirent à payer cent sols 
par chaque toise. — Une cloison séparait son jardin d'avec 
la cour. De 166G à 1667, il eut un différend avec le cha- 
noine Bellaillé, pour avoir fait bêcher de la pierre, afin de 
construire sa terrasse, dans un champ dont celui-ci était 
adjudicataire. 

Ce qui contribue encore à mettre Girault un tant soit peu 
en vue après la mort de Gostar, ce sont ses rapports avec 
Pauquet (1). Un peu de la notoriété de ce triste satellite 
de Gostar rejaillit sur son commensal. Girault eut un assez 
vilain rôle dans la scène de comédie, qui se joua auprès du 
lit de Gostar à la veille de mourir et qui aboutit à lui faire 
résigner ses bénéfices en faveur de Pauquet. Elle rappelle 
le Maiide imaginaire et le Légataire universel. Il dit pour 
son excuse qu'il était l'ami de Pauquet. Bien qu'il ait mis 
au grand jour les défauts de ce triste chanoine, le portrait 
qu'il en a tracé n'est pas d'un ennemi ; il n'est que conforme 
à la vérité. On le voit figurer dans les actes relatifs à la 
transmission faite h Pauquet des bénéfices de Gostar. Les der- 

(1) Gostar était mort le 13 mai 1G60. U fut inhumé en l'église de 
Saint-Julien, au-devant de Tautel de Saint-Julien-des-Miracles. Pauquet 
lit une fondation, acceptée par le chapitre, de son anniversaire 
solennel au jour de son décès. U lui fut permis de faire mettre à ses 
frais une toml)e de cuivre ou de pierre sur la fosse du défunt et 
d'apposer une épitaphe au pilier proche de la dite fosse, au lieu le plus 
comnioile et le ijIus décent. Pauquet hailla au chapitre, pour la fonda- 
tion, la somme de 2,7()0 livres tournois en espèces de justes d'or et 
d'argent, (fui dût être employée en constitution de rente par Messieurs 
du chapitn?. — Extrait des manuscrits de Belin de Béru, à la Biblio- 
thécjuo du Mans, copie de la fondation de Pauquet faite le 1" mai 1705 
conforme « à celle (jui est dans le (j^rand Trésor ». Cf. aussi le minutier, 
de Miciiel Bugleau, à la date du 9 septembre 1661. 



3l4 LE CHANOINE GtOAtlLT 

nièrGS volontés de celui-ci (1) furent ratifiées par l'évéque 
du Mans qui, le 20 nitii 1660, à Paris, conférait à Pau(iuet 
l'égLse de Niort vacante par la mort do son ancien patrun. 
Le 8 juin Pauquet, ainsi pourvu par l'évéque, faisait choix 
d'un procureur, pour prendre possession de ce htînéfice 
devant Jacques Gaultier, notaire .ipostolique, demeurant 
au Mans, paroisse Saint-Vincent, en présence de vénérable 
et discret maître, Jean Giraiilt, prêtre, chanoine du Mans, 
et do I.0UÎB du Gué, marcliand, ancien valal de chambre 
de Costar. Le 15, avait lieu la prise do possession. Dans la 
procuration, la résignation est dite avoir été faite sponte 
coram notario jniblico et tattibm. I^ notaire élait sans 
doute, lui aussi, un tabellion de comi^die (S). Le 23 aoflt 
avait lieu l'insinuation, en faveur de Pauquet, de t'nrcliidia- 
coné de Sablé et de la prébende do Costar. dont la provision 
datait du 25 juin et la prise de possession du 19 juillet (.3). 
Le t!0 juillet Pauquet était installa dans la cui-e de Saint- 
Hilaire, dont il avait été également pourvu le 25 juin. Tout 
cela était joint h la chapelle de Sainte-Marguerite de l'hô- 
pital, il sa prébende de la collégiale de Saint-Calais et â la 
cure de Saussai. C'était vraiment un comble et l'on pou- 
vait dire de Pauquet qu'il était né cnifFé. 

Pauquet trouva s;in« doute lui-nii^inc que c'élail trop; il 
résigna d'assez bonne heure sa prébende de Saint-Calais, 
à maître François de Poix, clerc du diocèse, dont l'évéque 
signa les provisions le 24 mai 1662, après l'obtention d'une 
signature apostolique du 18 juin 1661 (4). Bientôt après 
il résignait encore la chapelle simple el sans charge du 
Ronseray, desservie en Marigné. L'acte de résignation, qui 

|t| Cf. Arcliives Je \aSanhe,S9' Hegistredes Inninvationt ecclétiaili- 
quel, p. 4%. 

(2) Cf. ArchLves de lo Rarlhe, 50' Hegislre de» Insintiathiis eccldsiat- 
lU/ueii. p. 12. 

(3) Cr. m supra, p. 162, insinuation du 27 juillet 16G2. 

(4) Cf. Vie de Pauquet. Talleinanl. IX. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 315 

en fut dressé le 20 mai 1664, est dit fait et passé en sa 
maison. 

Peu de temps après, pour parler comme Jean Girault 
lui-môme, il se jetait entre les mains de Messieurs Hardy (1). 
Il résignait sa prébende et son archidiaconé de Sablé le 
29 novembre 1670 à Jean Renault Hardy, Tainé de ces 
messieurs, à qui Jean-Baptiste de Beaumanoir, grand-vicaire 
de révoque, en fit la collation le 14 janvier 1671, et ({wi prit 
possession dès le 19 (2). 

Pauquet, resté plus de dix ans chanoine, à la lionte du 
chapitre, mourut trois ans après, le 14 novembre 1673. 

« Amen », dit Jean Girauil, en éclatant de rire. 

On sait (ju'il finit la biographie de son confrère par cotte 
inscription funéraire : 

« AmpJiora non meruit tam precibsa mori ». 

En dehors dos rapports de Girault avec i\iuquet, les 
renseignemonts que l'on possède sur sun compte scî résu- 
ment en des documents relatifs à ses bénéfices. Je me 
bornerai à en citer quelcjnes-uns. 

(1) Voir à l'appendice sur Les Ikhu'ficcs de Coslar et de Pauquet les 
rcnseiiJîMemcnts sur les Hardy, que j'ai extraits des Registres des Insi- 
nuations ecrlésiastiques. 

(2) \sQ '2i uoveinbrtî 1(>73, devant Matiiuriu Pottier, notaire royal au 
Mans, M* Jean Uegnault Hardy, prêtre, l)aclielier en théob^gie, de la 
facult»'* de Paris, chanoine préhendé et archidiacre de Sablé, fit une 
fondation pour Pauquet, décédé en la maison canoniale de Saint- 
Prothais, le 14 novembre 1073, d'une messe solennelle de loffice des 
morts qui dut être célébrée tous l»is ans le dit jour (14 novembre.), 
après matines, à l'autel de Notre-Djime-de-Pitié, pour l'entretien 
duquel service lo dit Hardy, rési^nataire de Pauquet, donna 000 livres 
en ar^^ent au chapitre. lx?s deux minutes signées Giratdt font partie 
des minutes du notaire liugleau rédacteur des deux actes. 



3x6 Le caiANOiNE ciradlt 

■Le mardi 16 décembre 1665, Jean Girault, demeurant 
paroisse de S«int-Ouen lèz cette vilie , en sa qualité de 
chap^sin de l'une des chapelles de Saint-Jacques, desservie 
en l'égliae cathédrale du Mans, bailla à ferme pour six ans 
à damoiselle Jeanne Buffel, veuve de mîdtre Jacques Bourée, 
vivant siear de Réveillon, avocat au présidial du Mans, une 
mais(m située sur la rue de Gourdaine d'un bout et d'autre 
bout sur les murs io la ville, la dite maison dépendant du 
domaine de ladite cliapelle et alors exploitée par M° François 
Uoncdet, sieur de Vouvereau, avocat, à raison de 70 livres 
par an. Le 23 août 1666, le dit bail, reçut uac prolongation 
de durée de trois années, et le prix du loyer en fut porté à 
75 livres tournois, k charge par le bailleur de faire différentes 
améliorations à la Dmjsoii (1). 

< Du mardi 7»» jour de tobvrier iW}», après mitiy. Par 
devant nous Michel Bugleau et Nicolas Guinoiseau, notaires 
«1 la cour royale du Hans, y demeurant, furent présents en 
leur personne, vénérable et discret M* Jean Girault, prêtre, 
curé de la paroisse de Champ-Geneteaux, et discret H* Noël 
Guesné, presbtre vicaire de ladite paroisse, y demeurant, 
estant de présent en ceste ville, qui ont fait ce qui s'ensuit : 

«Le dit S' Girault, au. nom du curé de la paroisse de 
Champ-Geneteaux, a baillé à titre de ferme et non autre- 
ment audit Guesné, pour le temps et terme d'une année 
seulement h commencer du l'^ janvier dernier tout et tel 
droit et jouissance des fruictz, profiilz, revenuz et émolu- 
ments, tant au spirituel qu'an temporel, dépendants de 
ladite cure, .'i la charge de faire administrer tous les droits 
curiaux et dont ung vicaire pouvoyt cstre tenu, en sorte 
qu'il n'en arrive aucun inconvénient et sans que le preneur 
puisse rien prétendre de rétribution au s' bailleur, lequel 
preneur s'est obligé de payer de ferme desdits fruits etc. 
en la maison du s' bailleur, la somme de 700 livres payables 

(1) liai! fait par M. Girault, curé de la paroisse de Champgeiieleiix à 
M' Noîil Ouesiiê, presbire, vicaire (Minutier de Michel liugleau). 



ET LA TROISIKMK PARTIE DU ROMAN COMIQUE 317 

par ledit preneur au i^^ janvier prochain, sans diminution 
de la dilTérence, acquitter le bailleur en ce qui pouvoyt 
estre deub de la taxe extraordinaire imposée sur ladite cure 
en la dernit'îre assemblée du clergé de ce diocèse. Le pre- 
neur pourrîi jouir de la grange, jusqu'à la Saint-Jean- 
Baptiste 1669 et des greniers, afin de triturer et agrener les 
grains et fourrages. Fait et passé au Mans, sous la signature 
des parties ». 

Dans la maison en face les Cordeliers, où habitait Girault, 
il vivait avec les siens, une nièce probablement. Le 8 juin 
4669, cette nièce, damoiselle Klisabelh Girault est marraine 
dans celte paroisse avec Nicolas Ililarion de Fromenlières, 
d'une fille d'Etienne Doudieux. Elle se maria, cinq ans plus 
tard, avec un notaire de la paroisse de Saint-Pavin-la-Cité, 
Noël Bouillie. Le mariage fut célébré le 6 mai 1674 summo 
mane h quatre heures du matin (après dispense des bans 
par le grand vicaire) par un prêtre de l'Oratoire, en l'absence 
du père Aubry, curé. On était pressé et on tenait à avoir 
peu d'assistants. L'oncle Girault était cependant présent au 
mariage et a signé le regi^stre (1), 




Deux ans plus tard, le 14 juin 1676, une fille des deux 
époux, Marguerite, était tenue sur les fonts de Saint-Pavin- 
la-Cité (2) par vénérable et discret Jean Girault, chanoine de 

(1) Extrait îles Hegistres de Saint-Oiicn-des-Fosêrs, Les signatures de 
la pièce indiquent peu (riiabitude de ta plume. — Le nom du mari a 
été écrit HouUé par le célébrant. 

{2} extrait des Registres de Saint-Pauin-la-CUé où on lit aussi la 
signature de Girault, le il juin 1G7G. — U signe toujours sans prénom. 



318 LE CHANOINE GinAI'I.T 

IV^glisu du Mans et par une parenlc Murguerile Oiraiilt, 
femme de noble Jean Uescnamps, commissaire des guen-es. 
L'oncle devait sumvre ii la niètie; dès le 18 février 1683 
dftcédait lionoi'iililc! feiiiiti(? Elisabeth Giraiilt, épouse de 
M. N. Uouîllie, notaire royal. Elle fnL inhumée en l'église 
des révérends Pères Jacobins, 

Le 13janvier iQQ-l, Girnult était pourvu de la chapelle de 
la Malemare, dans l'église du Pré, par déiniesioii de Louis 
Denis, prêtre. La présentation de cette chapelle appartenait 
k l'évéque et le patronage ii l'ahbesse. Collation lui en fut 
faite par le vicaire de l'évéquc, François Le Meunier, Le 
40 du môme mois, « vénérable et discret maître Jean 
Gir.'iull » on |in'iuiil pussessinii un présence de m;iilre 
inotaOD, prêtre curé du Pré, et d'himorable Eustache Pétn, 
docteur en médecine. Ce n'était au fond qu'an éohtm^ ; 
il se démettait de la chapelle de_ Coffrèoe, desservie tt 
l'autel du Gbevet en l'église oatbôdrale, au proflt de niattre 
Louis Denis, prfitre (i). 

La SU août 1666, l'âréque, . sur le vu d'une algoatare 
apostolique, portant provision du prieuré simple de Sainte- 
GfUberine, de l'ordre de Saînt-Benolt (vacant par la cession 
de lï^re Félix de l'Hommeau, prêtre, moiàc dudit ordre), 
le conférait h c vénérable et discret maître Jean Giniult », 
prêtre du diocèse d'Angers, possédant une prébende dans 
l'église cathédrale, une chapelle à l'autel Saint-Jacques dans 
la mf^me église et une autre (celle de la Malemare) dans 
l'église du Pré. 

Le 21 août Jean Girault, pourvu en commende du prieuré 
de Sainte-Catherine de Montcolhn, par notre Saint Père 
le Pape , se transportait en la paroisse de Bonnétable , 
et prenait possession de ce bénéfice par procureur, en pré- 
sence de Guillaume I^ Geay, hôte du Lion d'Or à Bonné- 
table (2). 

(1) Cf. 3i' Regiilre îles Insinuations ecclésiastiques, p. 78-79- 

(2) 33' Rei;ielre des Innnuatiûnii ecclésiasiiquci, p. 337 . 



ET LA TROISIÈME PAliTIE DU ROMAN COMIQUE 310 

Le 5 février 4670, « vénérable et discret maître Jean 
Girault, chanoine de l'église du Mans, pourvu en comniende 
d'un prieuré dépendant de l'abbaye du Gué-de-Launay, de 
la chapelle de Sainl-Jacques, desservie dans l'église de 
Saint-Julien, et de celle de la Malcmare dans l'église de 
l'abbaye du Pré, curé de l'église paroissiale de Saint-Ouen- 
des-Oies, au diocèse du Mans, et encore de la cure et église 
de Saint-Loup-du-Guast, demeurant paroisse de Saint- 
Ouen-des-Fossés », résignait sa euro de Saint-Loup en 
faveur do maître Jean Boguais, curé de Martigné. C'était on 
réalité une simple permutation de la chapelle Saint-Piorro 
et Sainte -Anne du château du Bois-de-Montboucher, 
desservie en l'église paroissiale de Chambellay du diocèse 
d'Angers (1). 

C'est alors que ses rap[)orts avec les Amelot, qu'il avait 
sans doute connus par Costar et l'évéque du Mans (2), lui 
valurent de nouveaux bénéfices. Le 2 octobre 1677, l'ar- 
chevêque de Tours, Michel Anielut, abbé d'Évron, le présen- 
tait à la cure de Saint-Christophe-du-Louat : elle lui était 
conférée dés le par le grand-vicaire Michel Le Vayer, qui 
l'appelait « dilectus noster tnagisler Johannes Girault (3) ». 
— Bientôt, le 23 décembre 1680, le môme archevêque le 
choisissait pour grand vicaire de son abbaye d'Évron (4). 

« Michael Amelot, miseratione divina et sacrae sedis 
apostolicaogratia archiepiscopus Turonensis, nec non abbas 
commendaturius monasterii Beatae Mariae de Ebronio 
ordinis Sancti Benodicti diocosis Ccnomanensis, universis 
praesentos lilteras inspccturis, Salutem in Domino. Notuin 
facimus quod nos de probitate, scientia, prudentia et circum- 

(1) Cf. 33^ Registre des Insinuations ecclésiastiques ^ pp, 116 et 158. On 
lit à cotte ilertiiêre page : Pensio ex jwnnulatione. — Cf. aussi p. !{03. 

(2) Costar dans ses Lettres, t. II, p. SS), dit qu'il a vu dans les allées 
de Touvoye la présidente Amelot. 

(3) 35*' Registre des Insinuations ecclésiastiques, p. 137. 

(i) Cf. liegislre des Insinuations à la date du 26 décembre 1680, p. 193. 



35(0 1,K CITANlllNK (ilRAUI.T 

epectione venerahiliç viri magislri Johannia Girautl |tree- 
bi(eri Ecc-lcsife Oenoinitiiiîtisis, canonici prœbendati, in 
jurilius Iiconit iti, plurimuin in Domino coiiÙdenles, idcirco 
ipsum Giiault, ei noatra scientia libéra et sponLanea volun- 
tate, nostium in spiritunle et temponde dicti monastprii 
faciiims et constituimus vicariuin generalein et specialem, 
ad qusecumque bcneOLia et oflicia ecdesiastica ad nostrani 
eollulionum, provisionem, praesenlalionein, perminalioiiein, 
iiistitutioneui scu rguamvig aliam disposilionem ad c^usam 
dicti noetri rnonnsterii Beatae Mariae de Ebronio speclantia | 
et pertiuentiu coiifePL'nda, praesentenda, providenda et. 

numinaiida proniillcntes nos ratum iiabere qiitcquiil por , 

eumdem GiraiiU vicarium nosLrum t;estiim fuerit. Dntum 
Turmiibus in palatio noslpo archiépiscopale, anno Doniini ' 
mdlesimo sexccntosimo octogesimo, die vcro vigesimu lerlia 
nlGnsi» decembriR ». 

La copie de cet acte fut présentée par Giroull lui-mémo 
uu greiTo des Insinuations. 

On voit que le chanoine Girault croissait en dignités et en 
considération. Ses rapports avec Assé-le-Bérenger (1), 
l'avaie nt fait charger en 1077 et en 1678 d'écrire à la du- ] 
j[du l.ude, Éléonore de Bouille, femme de Henri de 
ivec qui le chapitre avait des dilTérend'i pour la 
fëodalité de sa terre de Bouille. A la fin de l'année, commis 
pour faire les confrontations de la terre d'Assé, il était, 
quelques joure plus tard, commis aussi pour faire celles de 
Bonnétable et de Saint-Ouen-des- Fossés. Il était chargé 
également de consulter les titres de la chapelle Sainte- 
Anne, desservie en la cathédrale, d'où dépendait le lieu de 
ia Jarryèr'c, en Assé-le-Béi-enger (28 avril 1679) (2), 

(il On voit pur là qu'il est pcobalilc que Girault avait succédé à 
Scarron dans l'attribution <ie la terre d'Assé-le-Béreuger, comme 
gros de sa prâl>ende. La cure démette pnroisse dépendait du chapitre. 
Le S3 mars 1671>, Jean l'oquetin de Belle-Isic, prêtre du diocèse de 
Paris, prend possession de la cure d'Assé'Ie-Gérenger {35* Regintre 
dc> Ittsinuation», p. 368). 

(2) Cf. Archives du chapitre, 1G79. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 321 

Le 5 janvier 1678, il est commis, pour reconnaître Tan- 
cien cloître du chapitre. L'année précédente, il était chargé 
par Madame de Beaumanoir, de s'entendre avec le chapitre 
pour la célébration de l'annuel de Monsieur le Marquis, 
qu'elle voulait faire célébrer à Tautel de Saint-Jean (1). Les 
membres de cette famille, avec laquelle Girault était depuis 
si longtemps en relations, disparaissaient, successivement. 
Le 15 janvier 1683 devait mourir la comtesse de Tessé. Le 
18 janvier 1683, le chapitre l'avait député avec M. Portail, 
auprès de l'évêque, pour lui faire compliment sur la mort de 
M. de Gourdon, son jeune neveu, décédé le matin en la 
ville du Mans. 

On voit les gradués, qui postulaient des bénéfices sur 
l'abbaye d'Évron, faire de fréquentes notifications sur cette 
abbaye au chanoine Girault, qui était le vicaire général de 
l'abbé (2). 

Le 9 juin 1681, l'archevêque de Tours, Michel Amelot, 
résignait son abbaye d'Évron à son parent Charles Amelot (3), 
clerc du diocèse de Paris, bachelier en théologie, conseiller 
et aumônier du roi. Celui-ci, le 10 janvier 1683, établissait 
Jean Girault son grand-vicaire pour l'abbaye d'Évron. 

(1) Archives du chapitre, 1677. Dés le 10 mai 1676, lors de Tenterre- 
ment du marquis de Beaumanoir, lieutenant du roi, il avait demandé 
pour lui au chapitre la grande sonnerie. 

(2) Le 3 octobre 1681, M* François Lamier, prêtre du diocèse du 
Mans, bachelier en tliéologie de l'Université de Paris, et gradué 
nommé par icelle et dûment insinué sur l'abbaye d'Évron, laisse 
copie de ses lettres de bachelier à Tabbé, en parlant à vénérable et 
S' et discret maître Jean Girault, prêtre, chanoine et grand vicaire de 
Msf l'archevêque de Tours, abbé commendatciire de la dite abbaye, le 
dit Girault trouvé en sa maison, sise près les Cordeliers de cette ville 
du Mans. — Le 27 octobre de la même année, même notification faite 
par Antoine Fournier, maître es arts, prêtre du diocèse, gradué de 
l'Université de Paris, parlant à Jean Lhomeau, serviteur de Jean 
Girault (36* liegialre des Insinualions^ p. 328 et 329). 

(3) 36* Registre des Insinuations, p. 472, verso. 



21 



HANnlNK fiin, 



Jean Girault devcnnil vieux : il prenait ses précaulions 
vis-îi-vis du chapiire avant de mourir, I,e 28 avril 1679, lu 
chapitn} avait reconnu que l^s palissades de son jardin 
avaient 6t6 faites it ses frais et déclaré qu'il ne prétenilait 
puB (iiio ses liériliers fussent tenus de les rendre en éiat da 
réparation (1). 

L'influence de Giruull dans le chapitre croissait avec son 
âge. Le rang (ju'y occupaient les chanoines était déterminé 
par la dnie de leur entrée. Il était le dixième en 1680 et 
depuis 1651 il avait déjà vu mourir bien de ses conft'ères. 
Il étail dits lors chargé des commissions les pins impor- 
tantes. 

Cependant, il parait peu. C'est un érudil qui se dérobe ; it 
n'est pas aussi en vue que les chanoines, liummes d'airaires, 
qui paraissent plus souvent au premier plan, Lui, est plus 
occupa des papiers et des archives du chapitre que des 
alTaires. On le voit commis, les 18 et 23 juin 1665, pour 
faire extraits et inventaires de titres du chapitre arrivés de 
Paris (2). 

Le 2 mai 16G7 il est délégué pour continuer de travailler 
dans la chambre des titres et les melire en ordre, ainsi qu'il 
a commencé. Il pourra prendre pour lui aider Ji y travailler 
qui bon lui semblera. 

En 1674, pour la deuxième fois, il étail commissaire de la 
Forge avec son confrère Le Meunier; en cette qualité, il 
était chargé de faire tendre les tapisseries dans l'église pour 
les Te. Deumsans nombre, qui furent alors chantés à l'occa- 
sion de nos victoires et surtout de celles de Turcnne. 
GirauU était également choisi pour présenter les honoraires 



iS du chapitre, B 13, p. 3G8. 

:» ilu cliapitre, B 12, pp. r)GO, r*C ei 



ET LA THOISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 323 

du chapitre, c'est-à-dire le pain et le vin, aux grands per- 
sonnages qui venaient au Mans, tels que le maître des 
requêtes Le Vayer de Boutigny, le baron des Essarts, 
sénéchal, Tévêque d'Aire Monseigneur de Fromentières, 
l'intendant Tubœuf, Monsieur le gouverneur, marquis de 
Sourches, qui fit son entrée le 10 mai 1675, l'évêque à son 
arrivée de Paris, son beau-frère, le comte de Vallac, Madame 
la duchesse de La Meilleraye, le duc de Luynes, etc. On le 
trouve souvent désigné pour aller rendre visite à l'évêque. 
On utilisait ses relations avec les Lavardin, comme avec les 
Amelot. 11 avait toujours su conserver avec la première de ces 
deux familles les rapports que lui avait valu son intimité avec 
Gostar. Ses liens avec la marquise, avec son neveu l'évêque, 
avec son fils qui était quelque peu son élève, lui procurèrent 
de nouveaux rapports avec les autres membres de cette 
célèbre famille II allait complimenter à Paris le marquis, 
qu'avait épousé Mademoiselle de Luynes, le 12 février 1667. 

On le voit en rapport avec M. le comte d'Anthoigné, lieu- 
tenant pour le roi au Maine. Aussi a-t-il bien soin de ne pas 
oublier M. le marquis de Lavardin dans sa suite du Roman 
Comique (1). 

Lorsque meurt en son hôtel au Mans, le marquis Claude 
de Beaumanoir de Lavardin lieutenant général pour le 
roi dans le Maine, c'est Girault, qui, de la part de sa 
veuve, haute et puissante dame Marie de Neufchèze, 
requiert le chapitre de faire sonner la grosse cloche pour 
annoncer son trépas, puis de faire le convoi avec toutes les 
communautés ecclésiastiques et sécuHères et d'assister à 
l'oraison funèbre par le père David de l'Oratoire (10 et 
13 mai 1676). 

Quelques jours plus tard, le 22 mai, c'est Girault qui est 

(1) « Quand ils furent dans un petit bois qui est au bout du pavé, 
environ une lieue de la ville, un cerf, qui était poursuivi par les gens 
de monsieur le marquis de Lavardin, leur traversa le chemin». Roman 
Comique, 3» partie, p. 151. 



324 T.E nilANOINK GIRAUI-T 

r.hargé par le chapitre d'uniioiicer à la veuve qu'il ne 
tPnd nucun liorioraire pour son assistance à la sépuUuro, h 
ciiuse lie la li'i>s grande considération qu'il a pour toute la 
maison de Lavardin. 

C'est lui qui, toujours au nom de la veuve, requiert, le 
8 juillet, les chanoines ses confrères de faire le service du 
qnarantain. 

En 1077 ayaiil obtenu sn liberté pour un assez long 
temps il revient avant l'expiration rie son congé, le 10 mai 
pour assister h l'annuel de M. de Beaumanoir; il prie le 
chapitre de la part de sa veuve de lui permettre de faire 
encore dire son annuel h l'aulel Saint-Jean-Baptiste. 
Lorsque le marijuis arrive dans le Maine te i"' septembre 
1079, on voit aussitôt Girault se rendre au château de Lavar- 
din (ou de Tucé), parfois avec l'archidiacre do Montforl, Godo- 
fi'oy, parfois avec d'autres chanoines. Le chapitre est heureux 
d'employer ses bons offices auprès du murquis et de le voir 
faire de longs séjours au château. 

Avant de mourir Girault prit part h une œuvre qui met 
encore son nom en vedette, h une œuvre d'érudition qui 
dut lui rappeler les premières années qu'il avait passées chez 
Ménage ; je veux parler de la publication des Geata AldHei 
parUaluKO. Je prt^lt'Te, bien qu'il n'prel, renvoyer ailleurs le 
narré de la longue histoire inédite de cette publication, et 
me horner a cette place au strict nécessaire. Les Gestes de 
l'évêque du Mans saint Aldric, contemporain de Louis le 
Débonnaire, étaient un des plus précieux manuscrits de la 
bibliothèque du chapitre de Saint-Julien, manuscrit du pre- 
mier tiers du XI" siècle. Coibert qui, on le sait, désirait 
enrichir sa bibliothèque per fas et nefas, prélevait sur 
les chapitres et les abbayes la dime de la curiosité, et 
empruntait leurs plus rares manuscrits par l'intermédiaire 
de son bibliothécaire Baluzc. Malheureusement il oubliait 
la plupart du temps de les rendre. Bien des fois Baluze 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 325 

avait fait demander au chapitre de Saint-Julien, par Tinter- 
médiaire de Mi^»* de Tressan, les Gesta Aldrici, le chapitre 
avait toujours fait la sourde oreille ; il savait que Colbert 
mettait en pratique le dicton : « Ce qui est bon à prendre 
est bon à garder ». Enfin il se borna à demander une copie 
du manuscrit, et pour ne pas être refusé il employa Tinter- 
vention de Tintendant Tubœuf. Cotte fois le chapitre dut 
s'incliner; il fit préparer la copie, toutefois avec une sage 
lenteur. Il y avait près de trois ans et demi que Baluze avait 
adressé sa première demande. La copie fut faite par le sous- 
chantre Bosnard, qui habitait maison Nolro-Dame (l). Dès 
septembre 1678, les membres du chapitre avaient commis 
MM. Broust, Girault, Robelot et Denys leurs confrères pour 
exhiber au sieur Tédé, l'envoyé de Tintendant, après nu- 
mérotage des feuillets, les livres et titres pouvant servir à 
rhistoire ecclésiastique de France. 

Avant d'envoyer à Tubœuf la copie du chanoine Besnard, 
qui devait servir à Baluze à établir son texte et à faire sa 
publication (1680), le chapitre commit M. Girault « pour, 
avec le dit sous-chantre, coUationner cette copie de mot à 
mot à son original, afin que la dite copie fut entièrement con- 
forme au manuscrit ». La collation celte fois fut prompte- 
ment faite ; le 21 juillet le sous-chantre rapporta définitive- 
ment au chapitre le manuscrit des Gesta qui fut délivré au 
chanoine Morand, Tun des commissaires du Grand-Trésor, 
pour le remettre dans le coffre d'icelui (2). 

(1) C'est la maison, rue des Chanoines, n* 9, (|ui a servi pendant le 
XI \* siècle d'hôtel à la famille des Le Hardas d'Hauteville et où est 
mort M. le chanoine Heurlebize. 

(2) Je regrette que ce qui a trait aux rapports de Baluze et du cha- 
pitre d-i Mans, sur la publication des Gesta Aldriciy et que j'ai com- 
plètement écrit, soit trop long pour pouvoir être rapporté à cette place. 
Tout ce qui touche à Baluze mérite d'être mis en pleine lumière, mais 
))ourrait être considéré comme un hors-d'œuvre dans Thistoire de 
Girault, même dans un appendice. 



.8S& LE aiANOINE filllAULT 

Ce ne fut pas dans cette circfinstance. de marque, la seule 
fois que Girauit eut h faire des recherches dans les archives 
du chapitre, recherches qui ont servi h l'érudition. 

Ménage ne s'était pas adressé seulement h lui pour avoir 
des renseignements sur la vie de Costar et de Paiiquet ; 
il s'était enquis auprès de lui de documents pour son 
ffûtoii'e de Sablé. 

Pour répondre h la demande de son ancien patron, Girauit 
avait fait des recherches dons les registres du chapitre sur 
les archidiacres de Sablé, ainsi qu'en témoigne une conclu- 
sion capitulaire du 30 mars 1678 : 

« Seront délivrés à M. Girauit tels de nos secrétaires qu'il 
souhaifra par messieurs les commissaires de nos tiltres, 
pour faire extraire la liste des archidiacres de Sablé » (1). La 
moisson ne fut pas très abondante, ainsi qu'on peut le voir 
dans la deuxième partie de l'histoire de Sablé, qui u'a été 
publiée qu'au XIX" siècle. 

On voit par la mission que le chapitre lui confia ii l'occasion 
de la préparation de la publlc^ition des Geêtes d'Aldric, que 
Girauit était considéré par ses confrères comme un érudit. 
L'on comprendra d'autant mieux par là comme il dut avoir 
à cœur de tenir secrète sa publication d'une (uuvro du 
tout auth' genre, celle di' lu conlinumion du Roman 
Comique de Scarron. 

Le chapitre avait aussi recours à sa plume quand il fallait 
écrire une lettre en lieau style à un grand personnage. 

Ses relations avec les Amelot dont je vais parler tout à 
l'heure le faisaient souvent aller à Tours et charger de 
mission près de l'archevêché (1675-1679). C'était lui que le 
3 juillet 1675 l'Intendant priait de requérir le chapitre du 
Mans de lui faire connaître l'usage d'encenser les gouver- 
neurs de la province, au chœur. 

<l) Registi-Cf du ehapiti-e, Ii i:), p. 261. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 327 

La famille parlementaire bien connue des Amelot s'était 
créée des attaches avec le Maine par les bénéfices que plu- 
sieurs de ses membres y avaient acquis. Dès le milieu du 
XVII« siècle, maître Michel Amelot, conseiller du roi au 
Parlement, demeurant à Paris, rue des Enfants-Rouges, 
paroisse Saint-Nicolas, était abbé commendataire de Saint- 
Galais (1). Il était aussi abbé du Gué-de-Launay ; c'est en 
sa maison abbatiale du Gué-de-Launay qu'il conférait à 
l'archidiacre Lair, chanoine de Saint-Jnlien, qui a été l'objet 
des plaisanteries de Ménage et de Girault lui-même, le 
vicariat de l'abbave do Saint-Galais. Il devait donner sa 
démission d'abbé de Saint-Calais en 1671. Il fut pourvu de 
Tabbaye d'Évron, par permutation avec Amelot de Gournay, 
à la Vin de 1657 ; ses bulles furent expédiées en cour de 
Rome le 28 décembre et aussitôt Julien F<)u((ueré prit 
possession au nom du nouvel abbé (2). Nommé évêque de 
Vaure en 1671 , archevêque de Tours en 1673 , il pré- 
sente Jean Girault pour plusieurs cures et enfin pour le 
vicariat de l'abbaye d'Évron (3). Le 10 janvier 1683, une 
vraie manne de bénéfices s'était abattue sur Girault, en 
outre de ceux dont il avait été pourvu avant la mort de 
Costar. 

L'ancien secrétaire de Ménage, (jui depuis 1652 était attaché 
au chapitre de Saint-Julien, approchait de sa fin. Je n'ai pas 



(1) Cf. Archives de la SarUie, 57« Registre des Insinuations ecclésiasli' 
qiiesy p. 377 : insinuation du 15 avril 1G51. Sa prise de possession avait 
eu lieu par procureur le 22 mars précédent. — Abbé Froger, Hiatoire 
de Saint-CalaiSj Mayenne, in-8 (19(>1) p. 128. — Des Amelot paraissent 
pourvus de bénéfices, dans le Maine, dès I63i>. — Voir le 26* Registre 
des ItisinuationSy p. 13(). 

(2) Cf. abbé Gérault. Notice historique sur Évron^ Laval, lîiiO, in-8, 
p. (V4, et Registre des Insinuât ions ^ ut supra^ p. 472. 

(3) 57« Registre des Insinuations^ p. 41). — Micliel Amelot mourut en 
l()87, âgé de 03 ans. On voit son épitaphe à Tours. 



b9b le chanoine giuault 

trouvé son acte de décès dans les regisli-es de l'Ëbit-civil ; 
mais d'autres actes suppléent à leur silence (1). 

Le l"" avril 1684, maître Jacques Le Baigne, clerc du 
diocèse d'Amiens, maître ès-arts et professeur h l'Universllô 
de Paris, gradué, requérait l'évèqoe du Mans, de lui conférer 
le canonicat et la prébende vacante en l'église du Mans par 
le décès de Jean Girault, < mort au tnoia d'odobre dernier, 
aftecté aux gradués ». 

Le 4 avril, h Paris, l'i^véque Louis de Tressaa s'empressait 
de donner suite à sa demande (2). 

Jacques Le Baigue ne resta pas longtemps chanoine : il 
céda sa prébende à Félix-César de Mandat, clerc du diocèse 
de Paris. La signature de résignation fut expédiée en cour 
de Rome le iO juin 1684. LV^vëque du Mans la conférait au 
cessionnaire dès le 20 juin, et le 7 jniHel après matines, ledit 
César do Maridat prenait possession du canonicat et do la 
préliende, quos oblinebai defitncttts venerabiiis dominus 
Johannes Girault (3). 

Cest la dernière fois que nous rencontrons le nom de 



<1) n tuut avoir soin de ne pas confondre Jean Girault avec l'auteur 
des Lettres ijalanles. biUett tendret, et rapotitef lie M. Girault, Puris, 
Nie. Legraa, Ifi83. Ln-12. 

(2) L'an 1681, le 1" avril, en présence d'un notaire apostolique, à 
Paris, maître Jacques Le Baigue. clerc du diocèse d'Amiens, maître 
ès-arts et professeur de l'Université de Paris, gradué, nommé, 
dûment qualifié et insinue sur l'évéclié et chapitre du Mans, demeu- 
rant au collège du Cardinal-Lemoine, s'est retiré par devers Mo' du 
Mans, parlant à son Suisse de présent k Paris, au palais royal, auquel 
il aurait fait entendre qu'il venoit pour requérir Sa Grandeur de 
vouloir lui donner et conférer, en la dite qualité de gradué, les 
chanoinie et prébende de l'église catliédrale du Mans, qui ont vaqué 
par le décès de maître Jean Girault, dernier possesseur d'icelles, 
arrivé au mois d'octobre dernier, affecté aux gradués et do lui en faire 
expédier les lettres de provision sur ce nécessaires. Suivent les lettres 
de provision de l'évéque en date du t avril (37* Hegittre des Insinua- 
tions, p. 255. — Cliose étonnante, le décès de Girault ne se trouve pas 
dans les registres de la paroisse Saint-Ouen. 

0) 57' Registre des Insiniiatioru. p, 260. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 329 

Girault, mort en octobre 1683. Il est inutile de poursuivre 
plus longtemps le relevé des actes d'outre-tombe ayant trait 
aux bénéfices qu'il avait possédés. Il y avait trente-deux 
ans qu'il était devenu chanoine du Mans par la résignation 
de ScaiTon. Il n'en avait pas seulement occupé la prébende. 
Il voulut être le continuateur de sa principale œuvre litté- 
raire, en écrivant la troisième partie du Roman Comique. 



CHAPITRE IV 



1.A THOISIKME PARTII-: DU « ROMAN COMIQUE i 



l'uurquoi «IIg a piii'ii à Lyon, — L'anonymat d'un limiimu rt'^Klise* — 
Les relationa ilo GjfuiiK aveu Lyon : le ctiaiiolne Moraud. — Lu 
conanissance des paye maiiceauii et elencoiinais dans Ui troisième 
partie «lu Uoinan Comique. — Alençon el la vie iilençon nuise dans la 
(leuxiéma moitiù du XVll* siècle dépeiiilB par l'aiileiir île la iroisiènie 
partie du itoman. — Lea Aventures du Patx d'Aleni-on à<- Blesse- 
LwiB. — Le slyls de la troisième partie du Roman Comigua 
rappelle celui des Vie» de Coitar el de Pauquet. — Vacadé- 
mia dca puriste». — Conclusion. —Giroull auteur de ta troisième 
partie du Roman Comique. 



Que vient laire le fîoman Comique ii la suite de lous ces 
fiiils rolatirs à Jean Gifault? Pourquoi présumer dans ce 
chanoine de Saint-Julien du Mans un continuateur de l'œuvre 
de SfHn-on? Ce n'est pas trop de (luelques explications 
préliminaipes avant d'entrer au cœur rlu sujet. Scarron avait 
laissé son roman inachevé, de même qu'il avait abandonné 
de bonne heure sa Gazelle biirlesque et s'était lassé de 
travestir Virgile dès le huitième livre de VÉnéide ; de môme 
Marivaux devait plus tard laisser sa Marianne non ter- 
mhiée. Il ne travaillait que sous l'aiguillon du besoin ; 
d'ailleurs les pièces de théâtre lui rapportaient beaucoup 
plus que d'autres œuvres. Bien que, depuis 1655, il soit 
souvent que.stion, dans ses lettres ou ses vers, de la conli- 
nuiitiou du Roman, il mourut sans l'avoir conduit jusqu'à sa 
fin (1). 



i contemporains ont parité de cet él 



LE CHANOINE GinAULT 



iiécle, publié par M. Emile Raunii5 {Quentin, 1879, i vol. in-8,) 

« L'abominable banqueroute 
Que fait Louis dans sa déroute 
Va charger la barque k Caron, 
Il meurt si gueux dans son vieil âge 
Qu'on craint que la veuve ScaiTon 
N'ait fait un mauvais mariage. > 



On peut s'étonner que son ami Alexandre d'Elbène, qui 
recueillit probablement ce qui resta de ses papiers, n'ait pas 
compris le Itontan dans « la suite de ses dernières œuvres ». 
Mais d'Elbône, on Ta vu, était un dilettante paresseux, un 
cunctator, dépensant son esprit en conversations, comme ii 
dépensait sa fortune à l'aventure et mangeait tout son bien en 
viager. Il ne publia sous son nom aucune œuvre ; ce n'était 
pas ponr prendre la peine d'achever celles d'aiitrui (1). 

A défaut de d'Elbène, d'autres pensèrent-ils à faire de 
leur estoc une fm au Roman Comique, sans se préoccuper 
des manuscrits qu'avait pu laisser Scarronf En 16fi4, l'auteur 
de la Guerre coiniqite on la Deffuime de l'Escole des Femmes 
songeait à faire imprimer une troisième partie du Roman, 
Du moins le libraire, son éditpur, disait-il de lui : « Je vous 
advertis que Monsieur de La Croix est prest de mettre sous 
presse une troisième partie du Jioman Comique que 
Monsieur Scarron a ■commencé si galamment (2) », 

(1) D'ailleurs il eut peut-être craiiit Je déplaire ù la veuve de Scarron, 
doQt kl dévotion ne devait guère s'accomaioder des boulTonnerics du 
Roman Comique. Cabart de Villermoiit disait aussi qu'il ne publierait 
les nombreuses lettres qu'H avait re(;ues de Scarron qu'autant que sa 
veuve lui en donnerait la permission, et aucune de ces lettres n'a été 
publiée. — 11 n'est pas question des relii/uiae littéraires île Scarron 

(2) Voir Paul Ijicroix, catalogue Soleiiio, notice sur la Guerre 
Comique ; et (■'ournel, introduction au Itomaii CoDiiijue, lxxxiv. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 333 

Celte promesse ne fut pas réalisée ; il fallut attendre 
longtemps pour avoir cette suite, qu'enfin un libraire de 
Lyon, Offray, fit paraître en cette ville en 1678 au plus tard (4). 
11 la dédiait à M. Boullioud. Il n'était pas l'auteur de cette 
suite du roman, contrairement à ce qu'on a cru pendant 
longtemps : il en était seulement l'éditeur. Dans VAvis au 
Lecteur, Offray dit que Scarron « avait prorais de le faire 
voir revu, corrigé et augmenté, mais que la mort le prévint 
dans ce dessein et Tempescha de continuer les histoires de 
Destin et de Léandre, non plus que celles de la Caverne ». 
Il va, dit-il, donner une conclusion à l'ouvrage d'un esprit 
si agréable et si ingénieux. ; Au reste, j'ai attendu longtemps 
à la donner au public, sur l'avis que l'on m'avoit donné 
qu'un homme d'un mérite fort particuher y avoit travaillé 
sur les Mémoires de Tautheur : s'il l'eut entrepris, il aurait 
sans doute beaucoup mieux réussi que moi ; mais après trois 
années d'attente sans en avoir rien vu paroistre, j'ai hasardé 
le mien nonobstant la censure des critiques (2) ». 

Il écrit dans la dédicace à M. Boullioud : « Monsieur, 
après avoir agréé mon présent, ne jugerez-vous pas favora- 
blement de mon auteur et ne le croirez-vous sans mérite, 
puisque je ne doute presque plu s que vous ne l'estimiez ? 
Ses expressions sont naturelles, son style est aisé (3). Ses 
aventures ne sont point mal imaginées et, pour s'accomoder 
à son sujet, il étale partout un tour d'agrément qui lui tient 
lieu de force et de délicatesse. En un mot, il vient de four- 

(1) Le lloman Comique par M. Scarron, troisième partie j 1678, 1 vol. 
in- 12 (indiqué dans le catalogue manuscrit de la bibliothèque des 
Bénédictins de Saint-Vincent du Mans, par dom de Gennes). B.runet 
indique une suite du Roman dans le volume imprimé chez Wolfgang 
(Amsterdam, 1080). — J'ai inutilement cherché l'édition de 1678 à la 
bibliothèque de Lyon. 

(2) La référence d'Offray vise-t-elle d'Elbène ? D'un autre côté, les 
trois ans d'attente dont il est parlé ne font-ils pas penser à une édition 
antérieure à 1678 ? 

(3) On verra tout à l'heure qu'Ofifray surfaisait largement la valeur 
du style du continuateur de Scarron, qui était loin d'avoir ces qualités. 



334 LE CHANOINE GinAULT 

nir une currière qu'un illustre de uoti'e temps avouait laisser 
impurfaite, et il a fouillé jusque dans ses cendres pour y 
reprendre son génie et pour nous le redonner après sa 
mort. C'est de la sorte qu'on peut parler des deux premiers 
volumes du Itoman Comique, et c'est dans ce troisième que 
M. Scarron revivra tout entier ou du moins par la meilleure 
partie de lui-même. » 

On pourrait s'étonner de voir une suite du Roman Comi- 
q%ie paraître à Lyon. On sera moins surpris quand on saura 
que « le Itomant Cotniqtte reveti et corrigé de. phtsieurs 
faulié > avait paru à Lyon chez Antoine OlTi-ay (1(!63, deux 
parties), en un volume petit in-12 (l). 

Ce n'est pas le premier ouvrage qu'ait édile Antoine 
OITray. En 1661, paraissait chez lui le Seeosfm de Françoise 
Pascal (in'12). En 1C64, il édita le Vieillard amoureux ou 
VHeurense Feijite, de la même (2)1; la Vie de Calnii, par 
Bolsec ; laKie de iMbadie, par François Mauduict (petit in-8) 
qu'il a dédiée à Messieurs de la Propagation de la Foi ; il 
demeurait au Change. Rien, que je sache, depuis ce qu'a 
fait connailre Victor Fournel (3), il y a bientôt cinquanle 
ans, n'a été révélé sur son compte. L'histoire de l'impri- 
merie à Lyon, que doit faire connaître le savant conseiller 
de la cour de Lyon, M. Baudrier, que j'ai vainement 

[1) V. Biilleli» du liowiiiimsle d'Aubrj-, juin 1877. n" 467 el «8. 
Ces l la seule fois que j'aie vu cette édilion meniioiinée, sauf tout 
récemment aussi dans le catalogue II. Clouïot, Niort, janvier I9C6, 
n» 3121. 

(2) J'ai inutilement clierclié dans les Archives de Lyon, l.éopol(l 
Niepce, 1875, gr. in-8, de nouveaux renseignements sur Offray el sur 
le Ihéjlre lyonuais, que j'ai étudié dans La Troupe rfit Homait comique 
dévoilée el lea comédieni de campagne, Paris, Ctianipioii, t87G, tn-8. 
Il indique seulement l'Heureux nau/rage, comédie mise au théâtre par 
M. Barbier, représentée à l.yoïi par la troupe du sieur Dominique dans 
la salle de Ilelleeour, 1718, tn-18. 

Ili} Cf. sO[i introduction de l'édition du fioiiian Comique, chez Jannel, 
in-12,1857, p. Lxxxi. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 335 

interrogé sur Offray, est encore à faire (1). Celle des impri- 
meurs d'Avignon nous a au contraire été donnée par 
Madame Pellechet (2). 

On y voit que la famille des Offray venue de Lyon dans 
le Comtat, donna quatre générations d'imprimeurs à la 
ville d'Avignon. Le premier qui exerça dans cette ville 
fut Pierre Offray, frère ou cousin d'Antoine ; sa famille a 
continué d'exercer dans le Gomtat-Venaissin jusqu'en 1872. 

Quand parut à Lyon la troisième partie du Roman Comique 
éditée par Antoine ? Le catalogue manuscrit de l'ancienne 
bibliothèque des bénédictins de Saint-Vincent du Mans, 
composé à la fin du XVIIIo siècle par le savant dom de 
Gennes, et aujourd'hui conservé à la Bibliothèque munici- 
pale de cette ville, porte celte mention : « Le Roman Comique 
(par M. Scarron), troisième et dernière partie ; Lyon, Jean 
Biniysset^ 1678, i volume in-12. » On serait même tenté 
d'en reporter la première édition à une date plus ancienne ; 
mais il n'existe aucune preuve décisive qu'il y en ait une 
antérieure à cette date (3). 

Bien que cette troisième partie n'ait pas la valeur que lui 
attribue son éditeur, qui parle d'elle avec un amour de père, 
elle ne laisse pas d'avoir de l'intérêt, surtout pour ceux qui 
étudient de près le Roman Comique et ont du goût pour 
la solution des problèmes d'histoire littéraire. J'avoue que 

(1) M. Baudrier n'a encore étudié que Thistoire de rimprimerie et de 
la bibliographie lyonnaise du XVl« siècle. 

(2) Cf. Note sur les imprimeurs du Comtat Venaissin, Paris, 
Picard, 1887. 

(3) J,a Bibliothèque de Lyon ne renferme ni l'une ni l'autre des 
éditions du Roman œmique publié par Offray, ainsi que je m'en suis 
assuré sur place. — Le catalogue Morgand, de mars 1883, indique le 
Roman Comique de M. Scarron suivant la copie imprimée à Paris 1G68, 
2 vol. in-12 et troisième et dernière partie (par Offray) suivant la copie 
imprimée à Paris, à Amsterdam, chez Abraham Wolfgang, 1668, in-12 
hauteur 132 millimètres. D'après cette indication, les trois parties 
auraient été imprimées en 16G8, et la troisième dix ans avant l'époque 
indiquée par dom de Gennes. 



336 LE CHANUINE OIRAULT 

je suis lie ceux-là. J'aime à soulever le voile (ies ano- 
nymes et à deviner les énigmes, ainsi qu'on a pu le voir 
fi propos lies personnages et des comt^diens du Roman 
Comiijue. 

A défaut d'autre indication, ou pouvait se demaiuler loul 
d'abord si l'auteur n'était pas un ami de Scarron, intéressé 
par ses souvenirs k terminer, soit d'après sa seule initiative, 
soit en s'aidant des conseils d'autrui, l'œuvre inachevée du 
pauvre estropié. J'ai essayé quelques-uns de ses amis de 
Paris, mais sans succès, Je rae suis rabattu sur un de ceux 
que Scarron comptait au Mans et j'ai eu la lioime fortune 
de reconnaître qu'aucun, en dehoi-s de (Jiruult, ne pouvait 
être considéré comme le continuateur du Homan Comique. 
Girault, secrétaire de Ménage, ami de Scarron, avait 
connu le cul-de-jatte à Paris; il lui avait succédé dans sa 
prébende, il habitait dans la ville que l'auteur avait choisie 
comme théâtre de ses scènes comiques. Après lui avoir 
succédé dans son canonical, n'était-il pas naturel qu'il eût 
il cœur de lui succéder d'une autre tacon, de continuer son 
œuvre littéraire et d'achever son Roman Comique (1) '.' 

Mais il était homme d'église, il avait do la tenue, il aimait 
le décorum. C'était un érudit : il prêtait la main k la publi- 
cjition des Oesta AIdrici, par Bahize. Ceux qui écrivaient 
des romans, surtout des romans burlesques, et se frottaient 
aux comédiens, risquaient fort d'être mal vus de leurs 
confrères. Girault, pour conserver l'estime et la faveur des 
chanoines de Saint-Julien, se déroba sous le voile de l'ano- 
nymat et, pour mieux cacher son jeu, fit imprimer son livre 
à Lyon au lieu de le laisser éditer au Mans, où les libraires 
ne lui auraient pas longtemps gardé le secret. 

Depuis longtemps le théAtre, protégé jadis par le cardinal 
do Richelieu, comptait de nombreux adversaires. Des évoques 

(1) N'était-il pas un des familiers de l'évëque qui avait été un des 

amis de Scarron dans sa jeunesse ? 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 337 

même avaient dû calmer, vers 4647, les scrupules d'Anne 
d'Autriche, en lui disant que les comédies, qui ne représen- 
taient que des histoires sérieuses, ne pouvaient être un 
mal. 11 avait eu aussi contre lui les écrivains jansénistes de 
Port-Royal, auxquels Corneille riposta dans la dédicace de 
Théodore, En 1659 avait paru le Traité de la Comédie de 
Nicole, réimprimé dans ses Essais de Morale, précédé bien 
peu de temps auparavant de ses Visionnaires^ où il avait 
traité les poètes dramatiques d'empoisonneurs publics. En 
1667, le prince de Conti publiait son Traité de la Comédie^ 
tandis que Corneille prenait la défense du théûlre dans 
sa préface d'yl((î7a, parue au nïois de novembre de la même 
année. Survint la polémique h laquelle donnèrent lieu don 
Juan et Tartufe et à laquelle prit part Bourdaloue. On sait 
comment la sépulture religieuse faillit être refusée aux 
restes du grand poète. On voit que les sentiments du public 
envers les comédiens s'étaient modifiés, depuis le jour où 
Scarron avait publié la première partie du Roman Comique. 
Vers 1670, le monde n'avait pas pour les romans la même 
bienveillance que Tévèque de lielley, Camus, qui en faisait 
des œuvres de sainteté, ni que le bon évoque d'Avranches, 
Daniel Huet, qui dit cependant d'eux, tout en prenant leur 
défense, dans sa lettre à Segrais sur VOrigine des Romans^ 
parue en tête de Zayde : « Les Romans peuvent avoir des 
suites pires encore que Tignorance. Je scay de quoy on les 
accusa : ils dessèchent la dévotion, ils inspirent des passions 
déréglées et corrompent les mœurs » (1). 

(1) Coinine contre - partie de la proscription des Romans, qui 
montaient la tète des femmes et leur mettaient dans Tesprit 
même aux plus sensées, comme M™*" de Motteville, des amours ou des 
rêves romanesques, je rappellerai que le frère de M"« de Motte- 
ville, lui-même, lisait le Roman Comique au jeune Louis XIV qui 
prenait plaisir à cette lecture. Plus tard le Grand Roi devait trouver que 
cette kermesse mancelle manquait de tenue, comme les magots de 
Teniers. 

22 



.138 LE r:ll.\XolSK lilllAUl.T 

C'est celle iHulutiuri de rusprit public qui nous L'xplique 
comment fiirault se trouva amcni'! S i^ssayer tie <ii5roiiler 
la curiosité el pulilia son livro h i.yoïi poiii' y/ipifcr I'hdo- 
nymat (\). 

Au reste il avait un point «le jonction avec la ville de 
Lyon. CVtait son confrôrf lo chanointi*»]» Mans, k'\mi ou 
Auiuntl Morun^, pourvu d'une prt^bendu dans IVglisi? 
oathddralH du Mans le %i avril 1671, par résignation de 
Pierrp Esnoult. Morand tUait dit prêtre de Lyon, lacliplier 
in nlrnque jure, il étiiit pourvu d'un bénéfice dans l'église de 
Lyon qu'il échangea avec son co-échangiste, en vertu d'une 
signature apostolique du H mai IfiTO {'■2). En 1675 il .signait 
une pmcuriition pour prendre possession ou coininiRsiun 
do MM. du Chapitre, îi l'autel Saint-Jean nu nom de M. Jean 
Morand, docteur en droit, curé de Sidnl-Pierre-le-Vieil de 
Lyon, pour la prf^bcnde ou comtiiis!!iun fojidéc en l'église 
du Mans sous lo vocable de Sainl-Jean-Bnpliste (3). Collation 
lui en i5tail faite par i'évftque en juin 1C75. Le 13 juin 
vénérablu et disci-et Aimé Morand, demeurant paroisse du 
Cruoitix, prenait possession de la dite chapelle de saint Joan- 
Baptiste au nom et comme procureur de Jean Morand ! 
paient. Kii 1678, ki chapitre lui accordait su liberté poin 
aller h Lyon (4), 

Je pourrais, soit des registres des Insinuations, soit de 
ceux du chapitre, tirer de nombreux renseignements sur les 
bénéfices d'Aimé Morand ; mais j'aime mieux me borner ii 
parler de ses œuvies littéraires peu ou point connues. Il est 
l'auleur de VÉloge du vènéraUe Jacques-Ignace Leclerc, 
paru chez Hiérôme Olivier,' imprimeur-libraii-e au Mans près 



t Comi-iue dé-'oilée (Paris, Clinmpioi 

(2) 3» llegUire de» inain\ialions ecclésiaHiqaes. p. 2i8. 

(3) 54* Re'jUlie des iruimialinna ecclésiastiques, p. 258-261 . 

(4) C'est précisément l'année à Inquelle, d'3[)rè3 Fournel, on rapport 
la première ùitilion Ju Homan Comique parue à Lyon. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 339 

Saint-Julien (1691, 82 p. in-12), avec approbation du 22 jan- 
vier ol une épîlrc h Mif du Mans. Il ne faut pas confondre 
cet ouvrage avec la Vie de Leclerc par François Bondonnet, 
qui parut en 1694. Sur un feuillet de garde de l'Éloge écrit 
par Morand on lit : « Du don de M. Morand, auteur de cet 
éloge ». 

Dans les Affiches du Mans (1) on voit Tabbé Belin de Béru 
parlant de Morand, demander des renseignements sur son 
Histoire de TÉglise du Mans et celle de Lyon : a Ce savant, 
disait-il, était picHix et avait un amour singulier pour les 
belles-lettres ». On attribue à Morand une Histoire dus 
Évèques du ?rlans en deux volumes in-4", finissant en 1685 
et qui se trouverait à la bibliothèque de la Groirie. Il sur- 
vécut à son confrère Girault. 

Aimé Morand devait connaître l'édition des deux premières 
parties du Uoman publiées chez OlTray ; il dut proposer son 
compatriote à Girault pour éditeur de la troisième partie. 
Lyon était bien loin du Mans. Protégé par la distance 
considérable qui sépare Lyon du Maine, Girault pouvait 
penser avec raison cjue rien ne transpirerait de son rôle 
de continuateur et presque de collaborateur de Scarron. Il 
ne se trompait guèni et son secret fut bien gardé. Il n'est 
deviné cju'après environ deux siècles et demi (2). 



* 



Qu'on lise atlentivement cette troisième partie du Roman 
Comique et l'on se convaincra, comme moi, qu'elle n'a pu 

(1) Cf. aussi llauréîui, Hisloire littéraire du Maine^ (2« édition), vni, 
205. 

(2) J'ai inutiloinont cherché un exemplaire de la 3' partie du Uoman 
Comique dans Tinvcntairo de la bibliothèque de Ménage 1698, ms. de 
la nibIiotlic(|uc nat., fonds latin, moyen format 10378. 

J'ai cherclié vainement aussi à serrer de plus près la date de la 
publication de la 3^ |:artie du Roman^ en m'enquérant des dates des 
décès d'Antoine OfTray et de M. de Houllioud. C'est à des Lyonnais de 
faire eux-mêmes cette recherche à l'avenir. 



310 l.K CIIANOIMC IIIBAUI.T , 

âtrâ écrite naa par un auteur coiinuitjsunt bien Le Msns et 
AliHicou. Ces lieux ■ villes , voisines , entretenaient de 
fré(|uents rapports : un faubourg d'Aleiiçcm, le faubourg 
Monsort, faisait inôme partie du Maine. On pourrait liésiter 
entre des auteurs «l'une de ces deux viiles ; mais aucun tl«s 
Alençonnais du temps, Blesseboîs pas plus que Madame âc 
Villedieu, ne peut revendiquer l'honneur d'avoir parfait lu 
liontan Comique. Force est bien d'en revenir à un Mancenu 
d'adoption: je le dis nettement, on ne peut songer à un 
autre qu'à Girault. Mais je dois avant tout, au lecteur, la 
preuve tjue i-elle partie du lioman n'a pu ùlrc composée quo 
par un auteur qui connaissait & fond le pays pour y avoir 



A la dilTi'renco des di'u.v [iremîcres paplii's du Ihmrttt 
Comique, dans lesquelles Sfarron n'a guère parlé des lieux 
où BC. passent, hors du Manin, les aventures de ses héros, tant 
comMiens que personnages de la ville, l'auteur de la troi- 
siûinc partie se préoccupe des lucalités. Il a soin de bien 
préciser tous ]es endi-oils oti se déroulent les diverses 
scènes du Roman. 

Dès le début (1), avant le départ des comédiens du Mans, 
il fait faire îi Ragotin et li La Rancune une promenade 
jusque à la Coulure « qui est une très belle abbaye, située 
au faubourg qui porte le même nom » ; il les fait déjeuner 
tous deux h la Grande Étoile d'or , une hôtellerie bien 
connue de la ville, et qui n'était pas éloignée du logis des 
comédiens (2). 

(1) Anmon Coiniiiue » pnriic, cli. n, p. 135 nu t, lidcrèdilion 
Fouriiel. — Toutes les citalioiis qui vont suivre sont emprunlôes à 
celte éililioii. 

(Si Voir H. Chardon, dans les Nouveaux Documenté «»>■ lea comédiens 
decainpagtm, ch.i, p. 32 et suiv., l'Iiistoire des hôtelleries du Mans, 
entourant la place des Halles. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 341 

L'auteur fait suivre h la troupe comique Tancienne route 
du Mans à Alençon c par le petit bois qui est au bout du 
pavé, environ une lieue de la ville ji> (p. 151), par le bourg 
de la Guerche, par Vivoin (1). Elle descend au Coq-Hardi, 
« qui est le meilleur logis de l'endroit (2) » (p. 153), et où 
La Rancune réussit avec tant de malignité h dérober aux 
marchands logeant avec lui, leurs balles de toile. Elle prend 
le grand chemin d'Alençon, « arrive heureusement au 
Bourg-le-Roi, que le vulgaire appelle le Boulerey » (p. 158), 
on délibère « si Ton passeroit par Arsonnay, qui est un 
village à une lieue d*Alençon, ou si Ton prendroit de Tautre 
côté pour éviter Barrée, qui est un chemin où pendant les 
plus grandes chaleurs de Tété il y a de la boue où les che- 
vaux enfoncent jusqu'aux sangles. » On se décide pour le 
chemin de Barrée, « où il n'y avoit qu'environ cinq cents 
pas de mauvais chemin » et parce que « celui des com- 
munes de Saint-Pater, où il faudroit i)asser, n'étoit guère 
plus beau et beaucoup plus long » (3). C'est lii que versa si 
malencontreusement la charrette de la troupe comique et 
que Ragotin enfonça dans la boue jusqu'aux aisselles, ce 
qui donna fort à rire aux comédiennes « le voyant en si 
bel équipage. » Enfin on arrive aux Chônes-Verts, « qui est 
le premier logis que l'on trouve en venant du Mans au fau- 
bourg de Mont-Sort (4), où ils s'arrêtèrent )> (p. 1G1-IG2). 
Les Chênes 'Verls ou le Chêne -Vert était en elTet naguères, 
la première auberge que l'on trouvait en arrivant du Mans, 
à droite, dans le faubourg (5). Elle comprenait de vastes 
terrains sur lesquels on a ouvert une petite rue il y a plu- 
sieurs années. Il exista longtemps en cet endroit une petite 

(1) Vivoin, à une demi lieuo S.-K. de Beaatnont-siir-Sarlhe. 

(2) U n'y a pus longtemps que l'auberge du Coq-Hardi n'existe plus 
à Vivoin. 

ÇA) Voir Pcscho, Dictionnaire de In Sarthe, vi, p. 564. 
(i) Le premier imprimeur a écrit Mont-Fort par suite d'une erreur, 
qui a été reproduite dans toutes les éditions i)ostérieures. 
(5) Voir Pesche. v, iîH. 



312 



T.K rHANOLNT CmAULT 



auberge nommée le Chéne-Vert. Hogotin avaJI propostS de 
choisir « le Jeu ilr. Pauinn qui est au faubourg de Monl- 
Sort, lequel dt^pend de la province dn Maine, tant au spiri- 
tuel qu'au temporel ef qui est filoignci do la ville et en deç.^ 
de la rivièi'p » {!). 

C'était en effet au bas do MoHHorl, au rarrefour formé 
par la jonction de ta rue du Mans, de la rue des Tisone et 
(Ip la rup de Saithe, que se trouvait le Jeu de Paumo de la 
Téte-Noivit, qui, Iranefnrmi^ en hôtel, ii subsisté dans son 
intégrité jusqu'i'i la fin du deuxième tiers du XIX" si^le. Je 
l'ai fort bien connu nioi-môme et c'est \h que vennitinl loger 
bon imnibre de voyageurs arrivant du Maine (2), 

A cet antique jeu de paume de lu Téte-Soire, succéda 
une htMellcrie, dont les vastes et longs communs, remisos, 
écuries, etc., s'cîtendaienl jusqu'à la rue des Poulies et 
rappelaient bien leur ancienne uppi-opriation à un jeu 
de paume. Celte hôtellerie, bien counue jadis et qui n'a 
cessé d'exister que dans les dernières années du siècle 
précédent, était par sa grande sallt>, au haul de laquelle 
on voyait les nombreuses solives de son plancher, sa vasto 
cheminée 



« Ikiul m cbaudu était l'ii^leitiik 



et qui (îroupait autour d'elle tous les arrivants, son puissant 
tournebroche, ses grands landiers, son escalier commen- 

(!) Aujaurd'liuî le Chihm-Vert est descendu plus loin, an carrefour 
[tu Ras-Monsorl. 

On a montré longtem|)S à Alen(;on, près Je lu chapelle Loi-ette, une 
maison à biitcua (|iù était, disail-un, celle où s'étaient arrêtés les 
Comédiens. 

(2) Une boucherie et une autre maison de commerce lu remplacent. 
Dans les communs s'élèvent la petite auberge du CAéne-fei-r, qui est 
descendue là du haut de Monsort. Seul, à Alencon, l'hôtel de ta 
Pyramide rappelle encore les antiques hôtelleries de judis, bien qu'il 
lioil déjà modernisé. Tout le monde connaît à Dives en Normandie la 
célèbre hôtelUn'ia de Guillaume le Conquérant. 



ai4 LE CRANOrSE filRAULT 

comédiena s'arrêtaient aussi qiieliiiiefois (môme journa], 
1731). Le grand Jeu de Paiiiiiu du Marché-aux-Moutons, 
dont parle l'imteur, a était, dit-il, environné de toutes 
les meilloures maisons d'Alençon el au milieu dn I» 
ville » (1). D'après ces indiealions, on pouf présumer 
que les comédiens choisirent le Jeu de Paume do lu 
rue du Bercail, dont le nom rappelle celui du Miirché- 
aux-Mautoii» et cjui se trouvait dans le plus beau quartier, 
au centre môme de l'ancienne ville. 

On voit le cëlèbrn prévit de la maréGhaus.sée du Mans, 
La Rappiniëre, approcher de la Torèt de i Peraaine » (2). 
L'auteur (détail bien typique et qui ne peul-fitre coimu cjue 
d'un liumme du pays) nous apprend que le vice-bailli 
d'Alençon est le pn5v6t du LailliMgc d'oii dépend Monsort 
{p. 161)). (Je détail tr^.s curieux, très exceptionnel, est 
parlaitement esact (3). La preuve que la police d'Alençon 
avait juridiction sur la portiou voisine du Maine i-ésulte de 
ce [ait que, lors do la disette de 1725, les archers] d'Alençon, 
chargés de rechcrclicr Ins grains qui se trouvaient dans le: 
maisons des liabitunts de la campagne, en découvrirent uiiu 
certaine quantité dans le clocher et sous les voûtes 
l'église de Perseigne ; que les religieux s'opposèrent. 
renlèvenienl de ces grains el qu'il y eût une mêlée asf 
chaude (4). 



cie 

)n. _ 

les m 

no ^Ê 



seplembre1727, alors qu'au cummencement de 1722 on avait vu les 
tragédies des Pères jésuites jouées par extraordinaire sur des théâtres 
dresses dans te paluis d'iVIen^on. l'ius tard les coaiédiejis élevèrent 
leur théâtre sur lu place du Palais. Voir H. Chardon, Bulletin de la 
Société de) iciances et arts de la Sarthe, 1876, p. '.<0. 

(1) Où était le jeu de paume de Suint-Chris(«phe, dont je trouve aussi 
la mention ? Plus tard les comédiens, dressaient leur théâtre sur 
la place du Palais. 

(■J| Où écrit aujourd'hui l'erseigue; mais, le nom latin élanlPer»enia, 
il est probable qu'on a dCk dire longtemps Persaine. 

(3] Guillaume Desjurdina, le père do la -future M"' de Villedieu, 
Iloi'lense des Jardins, était vice-liaiUi d'Alençon. 

|i) Cf. le Journal de Gtiére déjà cité. Ce journal m'avait élé oliligeona- 
mcnt prêté par mon regretlé ami M. de la Sicotjére, dont la mort a été 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 345 

Je n'ai pu retrouver le logis de la Coupe tTOr où 
s'installèrent les comédiens (p. 168) : il ne se rencontre pas 
dans la liste des hôtelleries d'Alençon dressée en 1642, mais 
il pouvait fort bien exister trente ans plus tard. 

Madame de Villefleur (p. 174), « jeune dame, veuve, fort 
galante » qui invile les conïédiens à souper, pourrait bien 
être Madame de Champfleur ou du moins ce nom a pu 
être inspiré à l'auteur par le voisinage du chûteau et du 
bourg de Champfleur. L'auteur place la maison de 
celte dame à Alençon « dans une petite rue proche du 
Palais et de la Grande Place, ayant même une porte sur 
cette place ». Cette petite rue doit correspondre, soit à la 
rue du Jeudi, soit plutôt h celle du Pot-d'Étain. 

Nous arrivons au prieur de Saint-Louis. Cet ecclésiastique 
alençonnais, qui fréquentait la comédie et était lié avec les 
comédiens, mangeait souvent avec eux. « On l'appeloit 
M. le prieur de Saint-Louis, qui est un titre, plutôt hono- 
rable que lucratif, d'une petite église qui est située dans 
une ile que fait la rivière de Sarthe entre les ponts d'Alen- 
çon » (p. 179). La chapelle Saint-Louis était construite en 
effet dans Tile qui se trouvait entre les deux ponts sur la 
Sarthe et dont un seul subsiste encore, le bras sur lequel 
l'autre était jeté ayant été comblé. Cette chapelle, la pre- 
mière qui ait été consacrée en France sous le vocable du 
saint roi, fut détruite vers 1690. J'ai inutilement cherché le 
nom réel d'un prieur de Saint-Louis h cette époque. Le 
curieux Pouillé de Séez (en ce moment en cours de publi- 
cation) ne contient nulle trace de ce prieuré, ainsi qu'a bien 
voulu me le faire savoir Monsieur le vicaire général 
Dumaine. J'ai dit qu'il avait cessé d'exister quelque temps 
avant 1077. Peut-être même est-ce afin d'éviter toute iden- 
tification de personne que Girault a attribué à son princi- 

un (Iciiil si profond non seulement pour ses amis, mais pour tous les 
amis de Thistoire de la Normandie. 



3i8 I.E CHANOINE GIHAULT 

|)al pursoniluge alençonnais le titre d'iin ln^néfice (jui n'exis- 
tait déjà plus (1). 

L'auteui' nous apprend ([i. 100) que l'auditoire qui venait 
licouter les corm^diens « était toujours lieaii et nombreux. » 
On aimait beaucoup la comédie îi AlPncon, îi en jnRcr par les 
pasâagfs île coriitMicns nomades et par lus ropn^ntiilions 
de la troupe locale dont je parlerai plus loin (2). 

Ce que dit l'autour {p, lt)6) dP In dislance de Beaumont à 
Alençon, du miircliiî de eetle dernîùrc lotialili;, fréquenté 
par les marchands de loile est trts exact. 1^ mai-ché de 
Fresnay, distant de trois lieues de Heaumont, liLiit eitcure 
très fréquente' il y a quarante ans par les niarcliaiiil-s de 
toiii' qui s'y rendaient en grand nombre. 

MËme remarque pour « les fourches patibulaires, irês 
garnies sur le chemin d'Alençon ii Beaumont n (p. 197). 
II y eut au moins quatorze individus pondus à Alençon et 
quatre roués de 1712 à 1732, Les eadavres des suppliciés 
étalent portés aux fourches patibulaires ; dans certaines cir- 
constances on les attachait aux arbres tl'un bois voisin du 
lieu où le crime avait eu lieu (Journal de Brih-e). On peu 
dait il Alençon sur la pLaou du Palais, on y ruuait aussi;, 
quelquefois l'exécution i^tait faite sur le lieu du crime. 
trouve dans les notes rnanuHcritos de l^eqiieux, sur Alen- 
çon (3), ce passage qui confirme l'indication du loman ; 
« L'an 1470, Jean second, duc d'Alençon, fit transporter 
d'Alençon au Maine les fourches patibulaires de sa ville 

(])Cr. Pesclie, Dictionnaire du Maine, v> Mon tsort ; — 0. Desnos, 
I, 77 ; — Orne monumentale et pUioretque, v Alençon. — .\u mois 
d'aoïM 1672, l'évêque rendit une ordonnance contre les cliapeUins de 
la chapelle ^int-l.oui3, qui s'ùtuieiit mal conduits : iU refusèrent de 
l'observer. En 1677 le prôltit interdit la ctioiielle et, le 12 octobre 1IÎ90, 
autorisa sa démolition. 

(9) Il y avait à cette é|Joque à Alen^^on, d'après les Mémoires de 
Belanl, le cure Julien Pnsqiiicr, d'humeur fort facétieuse, amateur de 
la comédie, diseur de lions mots, qui mourut en IGVl après une vie 
pleine de scandales. 

(3) Communication de M. de lu Sicotière. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 347 

d'Alençon, ce qui causa une contestation entre le comte du 
Maine, Charles d'Anjou, et le duc d*Alençon, au sujet des 
limites du comté du Maine et du duché d'Alençon, puis une 
grande guerre et la mort de Charles d*Anjou en 1480. Ces 
fourches sont totalement tombées on 177G et réédifiées en 
1777. » Elles devaient se trouver sur la lisière des deux 
provinces, entre la rue du Mans et celle du Gué-de-Gênes. 

M. do la Frosnaye et sa fille dont parle Fauteur (p. 199), 
pourraient bien îippartenir à la famille de Bonacors, qui fut 
propriétaire du chûtoau de la Fresnaye ou de Chédouel, de 
1660 à 1680. C'est alors que commence la curieuse histoire 
du prieur de Saint-Louis. On y lit (p. 202) que « les fils aînés 
emportent presque tout le bien, et il en reste fort peu pour 
les autres garçons et pour les filles, suivant Tordre du cou- 
tuniier de cette province. » C'est en effet ce qu*édictent les 
articles 248 et suivants de la coutume de Normandie. — Ce 
que dit l'auteur des riches marchands de toiles et des 
alliances ou mésalliances intéressées est fort exact, de 
même que la coutume, pour enivrer les gens, de leur faire 
« boire du vin blanc on guise de cidre poiré. j> Le poiré est 
toujours, quoique moins qu'autrefois, très recherché des 
buveurs du départoment de TOrne, surtout de ceux du 
Passais normand. 

Ce que rapporte l'auteur (p. 204-205) d'une mère « baillant 
de l'argent à son fils pour jouer et aller au cabaret » est bien 
conforme au goût ipTavait alors la jeunesse alençonnaise 
pour ce genre do divertissement, et Blessebois dans ses 
Aventures du Parc (VAlençon (vers 1670) (1), le constate 
et le stigmatise. 

J'arrive à la mention de ce (|ue dit l'auteur (p. 206) de la 
maison d'un officier de la reine-mère du roi Louis XIII 
« située dans ce beau Parc, lequel a été autrefois le lieu de 

(1) V. le manuscrit de cet ouvruge dans lu Collection Mancel ù la 
Uibliothèque do la ville de Caen. 



3i8 LE CHANOINE filBAULT 

délices des anciens ducs d'Alein-on. Cette maison lui avait 
été donnée, avec un grand t'iiclus, par Ju rt-ine, sa innî- 
tresse, qui jouissait alors en apanage de co duchiS. » C'était 
Marie de Médicis, qui fut apanagëre d'Alen^-on à partir de 
101'2 (1). Le Pure, qui comprenait tout le vaste terrain entre 
le faubotirK La liarre cl le taubourg Lencrel (Promenades, 
enclos Frilouze, lue de Bretagne et rues adjacentes, Bicétre, 
Pré» du Collège!), était traversé par la rivière de Brillante el 
SQ divitiait en grand et petit pure, ( Il était décoré do pro- 
menades, de liosquuts; c'était un lieu délicieux pour le 
temps, sous les princes qui possédaient Alejiçon « (2). 

Voici ia description Urée des Aventure» du Parcd'Alcnçon 
de Blessehoi» : 



« Je ne sortis point d'abord de l'hostellent' o(i je 

m'esloi» logé ; mais enlin mon liusle, voubnl fiiîro l'oflicieux 
et le charitaltle, vint me parler avantageusement de sa ville. 
Il me décrivit les plaisirs que les tiabitunts prennent & boire 
les jours entiers, ii jouir des repas, à raisonner sur la 
gazette, à donner leur avis librement snr ta nécessité (Je 
rt;fonner l'eslut, k battre depuis le matin jusqu'au soir le 
))avé d'une place qui est devant le Palais et h plusieurs 
autres occupations, qui sont les délices des pmvinciaux. 
Mnis, ayunt reconnu que je n'fslois pas d'humcnr à me 
plaire à de tels divertissemens, il tasctia de me persuader 
au moins qu'un lieu qu'il nommoit le Parc estbit fort propre 

(l) 0. Desnos. It, 370. 

(ti) O. Uesnos, 1, 34-, 35. Voir sur le petit Parc Inventaire den Arcliicea 
de t'Orne, t. I, série D, pièces reiiitives aux jésuites <lu collège 
d'Alencoii, à ([ni fut cédi> le petil l'arc et sui-tonl la curieuse descrip- 
tion qu'en tail Blesselwis duns ses Aventurei du l'arc d'Alençon, vers 
cette époque même et dont un exemplaire manuscrit se tmuve ù Coeii 
dans la collection Muncel: On a dit que la ducljesse de Guise s'était 
vengée sur le parc d'Alencon de Ja mauvaise réputation dont l'avuit 
dotée Dlessebois par son livre. Corneille lltessebois vint pour la 
première Fois en 1G6.S ù Alençon, où il lit alors la connaissance de 
Marthe Le Hayer, Mi>< de ^ay, à laquelle il devait vouer plus tard une 
liaine implacable et qu*il devait truincr duns l'infamie. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 349 

à un mélancholique comme moy et qu'il y avoit une pro- 
menade fort agréable. Pour répondre civilement à ses 
bonnes intentions, je le priai de me mener dans cette char- 
mante solitude et, parce que j'avais (le mot k crainte » ou 
a peur » a été sauté par le copiste du manuscrit de Caen) 
do tomber à la mercy de quelqu'un de ceux qui ont de 
Tesprit à la mode des Provinces, je ne voulus point d'autre 
compagnie que la sienne. Estant donc partis de Thostellerie 
du Cygne, nous arrivâmes à la porte du château, dont l'en- 
trée me surprit et me parut plus belle que je ne l'aurois 
attendu. La porte est au milieu de trois belles tours, mal 
accompagnées d'une quatriesme et à les voir bâties comme 
elles sont, on juge aisément qu'elles sont propres à loger 
ceux que l'on veut mettre en lieu de sûreté. Après avoir 
passé la porte sans dire mot, nous entrasmes dans une 
cour très irrégulière d'où nous serions passé dans de vieilles 
mazures, si j'eusse cru mon guide qui me recommandoit 
leur antiquité ; mais, comme elles n'avoient plus la mine 
que de loger des lézards et des crapaux, j'aimay mieux 
prendre sur la gauche, et sans avoir mesme considéré un 
donjon carré qui tombe tout en ruines. Je passay par un 
guichet fort étroit et fort bas d'où je commençay à découvrir 
une touffe d'arbres qui sembloient promettre un peu 
d'ombre et de fraischeur. Mais, pour y arriver, on passe 
dans un chemin qui n'est planté que de ronces, qui est 
inégal et malpropre à surprendre les yeux qui ont vu, 
quelquefois le Luxembourg el les Tuileries. Là, me préva- 
lant du silence de mon hoste, je m'enfonçay dans les 
réflextions ; et je me comparay en passant dans un lieu si 
triste pour y chercher une promenade, que je ne trou- 
verai pas peut-être fort divertissante à ceux qui s'en- 
foncent dans des buissons où ils se déchirent les habits et 
les mains pour ne cueillir que des gratteculs. M'estant un 
peu trop laissé emporter â mes pensées, je trovay enfin, 
quand je revins à moi, que je suivois le bord du fossé et 
que j'avois quitté le chemin de la grande allée. Mais mon 
hoste, pour me consoler du dépit que j'en avois, me fit 
espérer que, quand nous aurions fait quelques pas de ce 
costé là, nous trouverions, sur le bord d'un ruisseau, une 



LC OUNOE» COUCI.T 




place 

IrwNéfne |ar1i« do Rotmmn Cmî^wt, |ruu Te1 seraboD- 
damnwint qoa «sa aat«ar coaoùsaait tan bien k> par« et ses 
hatiUnls- Ctet nam qoB le noui de du Frmr qu'il allrttnic 
k uo de aes penoanafles c«l «ffectîTviDent cHui d'oae 
ancii^noe EumlU* alet»vi>niui5c. Il parie ^galaneol arec bcan- 
COU|i «1« ja^ea««, de la part ffhéhU^ d«s DIbs selon la 
cuitanie de Nonnaadi^ (p. JDB). (7<^ parce i|ar les Gllcs 
ne p'js«Miuenl neo à Atencoii, cotnmv dans k rvsie de Is 
N'imundir, )|u'c4W ^U(i:nt etaaptes da logmeDl des gens^ 
de ga^TT^ et des aulrvs droits (3). 

U^ie remanfae poor ce i[ut esl dit i |>ro[H)s de$ Mont- 
piJtaiiivry fp. âlO; qui avaient eu d'immenses biens aux 
enviroos d'Aleoco" : Us étawnl «ooure saitneur? du Mesle- 
«or-SarUM! ; uni- partir de b forét dTroaves ^'appelle |ou- 
iuun • tes Munrpotnmer; * CJ\. Ils poâM^^tatenl aus^ daoA 
l'Avranchin et notamment du côté de Pontorson, le château 
de Ducey et des terres : leur nom ;^ retrouve dans toutes 
les légendes de ce pays {i). L'un d'eux était gouverneur de 



'il J'espére que tes curieux el surlotil l«s curieux AleociMiiMia 
me sauront gré de ceUe cilaliou des Areiitura du ParctTAUnfon. 
Cet ouvrage. (|u[ n'a pas élu compris dans l^s réimpressions <le 
Blessebois douiiées par Poulet -Ma iassis, est lelleutenl rare que je ne 
sais s'il eu existe un exemplaire iDiprimé. C'est d'nprês un manuscrit, 
qui contient sa copie intégrale, que je donne celte reproducliou de 
Blessebois. Cet ouvni)^ a-t-il même jamais été imprimé ? 

(3, O. llesaos. II, 4âi. 

I3> Voir Annuaire du département de l'Orne I87S. Aveu par tUnom- 
branent du comté de MoaUjoinMery etc.. tiî p. in-lâ. 

<\) Le Héricher, Acranchia tiionutiientat et pitloreupie. 11, 165 et 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 351 

Pontorson en 1621, et presque redoulable au roi (1) : c'est 
en 1C24 qu'ils firent construire le magnificiue château de 
Ducey. L'évocation que l'auteur fait d'un Mont^ommery entre 
Alencon et Pontorson est tout-à-fait caractéristique (2). 

Ce qui est dit (p. 212) du voyage de Louis XIII au Mans 
est également très exact. Le roi dirigea même sa marche sur 
Alençon en 1(320, toutefois sans entrer dans cette ville (3). 
— Le « lieutenant de bailli d'un bourg distant de trois lieues 
d'Alencjon », dont il est question (p. 212), est sans doute 
celui d'Essai qui avait une juridiction très importante (4). 
De même que le a gros bourg distant d'une lieue de la mai- 
son de campagne du Bailli et dont le curé était frère de sa 
femme » (p. 213) ressemble au Mesle-sur-Sarthe. — L'auteur 
connaît bien les habitudes de la région Alençonnaise, car 
ce qu'il dit du a déjeuner de laitage, grand régal dans ce 
pays » (p. 215) est conforme à la réalité et y était encore 
fort à la mode il y a cinquante ans. — Exacte, surtout, la 
description que l'auteur fait du parc d'Alen(;on (5) : la pein- 
ture est prise sur le vif : futaies, rivière, oiseaux, prairies, 



{{) Homan Cotn'iqiu:^ p. tilO « L'on fit des levées eu ceUo ville pour 
aller en Dutieinurk sous lîi conduite do M. le noinle de Montgomniori. 
Je me lit enrôler avec trois cadets, mes voisins, et nous partîmes de 
même en fort bon é(|uipage. M. de Montgommeri s'en retourna dans 
sa maison do Pontorson, en Rasse-Normandie. >» 

(2) Cf. 0. Desnos, H. 371 et suivantes. 

(3) Cf. Kxpilly, Dictionnaire des Gaules. 

(i) liotnan, p. 215-21C. • Nous allions demeurer seuls à roml)rage de 
ce bois de liante fntaie, et toujours sur le bord de la belle petite rivière 
qui passe au milieu, où nous avions la satisfaction d'ouïr le ramage 
des oiseaux qu'ils accordaient au doux murmure de l'eau, parmi lequel 
nous mêlions milh,' douceurs que nous nous disions. » 

(5) Cf. 0. Desnos, loc. cit.. H, 518. Cf. aussi Dlessebois, Aventures du 
parc d'Aleni'on; — Cl. Le Houille, Les Uossitjnols du parc d Alençon^ 
etc. — (^ que dit Hlesseliois, dans ses Aventures, au sujet du carnaval 
à Alençon, confirme également ce que notre auteur ra[)porte de ce 
divertissement. 



3Ga LE CBANOENE GiB&rt.T 

dfinnibtee aussi, c'âait & k Pwc — cooaait iMen b 
laiMfniifaie de U TiUe, car il ne se troai|K> naUnaeut en 
parluu du fmiboorg de U Bure « qui esl luul-^Cûl joienant 
te Psrc » (p. -216). U Bure est eu eBel oo faubuurg d'Alen- 
çoa c|ue suivait l'mcieniie route de BROgno. K qui devait 
«m oum à une pocte de vOle d»ol 9 RMe eacore une tour, 
npmditile dsos i'Onw M««unMcnIa{« H f ùUo re t g w . Celte 
porte (ot diHntile m 1774. Ce bubuuif tmgettil te Parc nu 
HidL 

Le galant donne le bat â sa iuailreâ»e, ùàt de gnuid<« 
dépensespourdleet tait jouerU oonéditi dio M. du Fre»ne 
(pp. Slit, ^33). Cta liooiuit alors le bal bors do chez soi, 
4Aez les pefsooiM» raénws à qui oo roUnil. ComeiUe (la 
noer Aoyoitf, U, IU> dit très oeUeaenl : 

t .... Au tmiir Jm hmt fM fa dMa« dtfs eUei » 

IiteoB avons vu qo'oa ainnil beiacoup b eo m Mt e à Alun- 
«on : j^n ai mà-wimtt tounil ta pccuve ea donnant il y a 
pc*B de tRBle BBS, grtee h roWennoe de M. ifte b Sîco- 
bère, de notolireas renseipwnienis sor les reprtsentatkms 
descnoiédîetis de passa^ 1 Alencon (!>. La pciteence de b 
petite cour <ii* U <\ncbvs^' ilf Gtii#*> ix> [«Hirail en t^fm 
manquer de le? attirer Çi^. Ces documents provesaient du 

• It BaUtIm de Im Modelé tTAgneMUMTe. St^Êoa a Artm é€ Im Smrtà^ 
lïCS. pp. lA) et suiï. Le tira^ â part qui a ét« fût de c«U« notice n'a 
pas é*iè mis lUcts le lumiiKrcv. 

•i. ItiJtm, p. 181. Briêre. Il meotioane l'arriicêe à Aleoc^u de 
canêttienâ, et d'ojiênteurs Je 1713 à 17^. 

Depuis que j'ai publié ces reu:i«i^nenkeats ( l^ï6k, de$ docookents Sar 
riûsloire antérieure du lbê^ti« à Aleoçoo ont <4ê lounits pur feu 
M-* Deepierrv. Le Tkràt.i: ri (ei CIowtiltAU û Almra», [^oo, 1891, 
io-&. p. 13 et suit, ta l€6T. k â> mai. elle Dole le séjour de la troape 
de M' ta duciMSse d'Ortêaus. daus laquelle se tiuuient Lanreas de 
Man^eot et Anne Ëartv soo épouse. NfOolas .Vuioul. sïeor de la ITi iim. 
Marie )lan.-our«au~Beaulieu. Le lî août ICtb. elle iodiqoe de même, 
d'après k:> ■vv^:stres [;aiv>c$siaux d'.Ueov-oa. le maria^ de Jaoïnes de 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 353 

journal manuscrit de l'alençonnais Jean Brière, allant de 
1709 à 1732 et faisaient partie de la riche collection de 
M. de la Sicotière. En bourgeois curieux, Jean Brière men- 
tionne avec soin Tarrivée dans sa ville des diverses troupes 
de comédiens, sans parler des représentations du théâtre 
des Jésuites entremêlées de ballets. 

Le prieur de Saint-Louis, on le voit par tout son récit, 
vivait en bonne intelligence et en relations intimes avec les 
comédiens. L'évêque de Séez lui donnait obligeamment 
aussi la permission de bénir à Alençon les mariages de 
Léandre et Angélique, de Destin et Mademoiselle de 
TEstoile (1), d'après ce que nous raconte Tauteur de la troi- 
sième partie du Roman. 

la Brière sieur d'Alidor, comédien de la Compagnie de la Reino, avec 
demoiselle HyppoUile Cille de la même compagnie, en présence de 
Lemy de Brouthier, sieur des R(iziéres, de Richard Desmoresle, 
Nicolas Praslin, Jean Rergé et Jean Ilusson, tous de la même troupe. 

(1) En 16<>2, au sujet de représentations scéniques autorisées à Séez 
par révéque Médavy, des désordres snivirent. Alors éclata entre lui 
et le fameux théologal janséniste Le Noir, la querelle acharnée et 
scandaleuse qui finit si tristement pour le théologal et dont voici 
l'origine : 

« Mï' révéque de Séez ayant permis à une troupe de charlatans de 
monter sur le théâtre dans la ville de Séez, leur defîendant néaimioins 
expressément de rien représenter contre la pureté, ces charlatans, au 
préjudice de cette défense, no laissèrent pas de donner au public des 
farces impudiques, contre lesquelles M. le Théologal ayant presché 
quelques débauchez joints aux charlatans, excitèrent contre luy une 
tempeste de 15 jours et autant de nuits, dont je suis témoin, la plus 
scandaleuse qui fut jamais, avec des tambours, et dos tronipettes et 
des clameurs d'Enfer, dansans et de jour et de nuit devant l'église 
cathédrale et la maison du s"" Théologal, chantans des chansons contre 
luy, vomissans mille injures contre son honneur et celuy de son 
ministère, ayant mis le feu mesme au pied des murailles de sa maison, 
demandant des fusils pour tuer ceux qui paroissoient à la fenestre, en 
sorte que le dit s»" Théologal, contraint de céder à la violence, fut forcé 
d'abandonner son logis et sa résidance au grand regret de tous les 
gens de bien ». (A Afflf Varchevesqtte de Rouen..., Nicolas Brodin preslre, 
chanoine en V église cathédrale de Séez présente ses plaintes contre 
M9^ VÉvesqne de Séez). Séez, 3 mai 1G67. Factunty pet. in-fol. de 78 p. 

23 



95t t^ CSANOINE CUUOLT 

L'éTèque de Séez était alors François Iloaxel de UéUa^f , 
pf^lat ainial)le et niuiiisaii, gui derinl fins tard aicberéqoft 
■k noat-n (lfôl-t<>71). Son swrc^sseur, Jean de Forcool 
(1671-168^, prélat sarioil mais jaloux de ses prérogalives 
et d'un caractère prucessif, ne lui pas animé des mêmes 
eentinents envers les IrMipvs de cMDédiexis (1>. i'ai mootré 
qa'eo 1680 (9), c'esl-^-dirv k une dote po«térietire aux 
npismlilioas de Dvn Juan et de rurlu/'e, les boas senti- 
nttâs du dergé envers les gens de Uniâlre aTaienf cessé, 
et pour <ause. Voici un curieux acte de décè^ «ixlnit de» 
rostres d'Aleacun, (|Di le pmvre sunboodammeiH. 

« Le tuardT, sixittneioar d'aou&t 1680, le corps de deffktnl 
Henry de Saint-Héian, âgé de 58 ans ou eanroo, décétlé 
le juor délier, au babooi^ de C^aulL, boaflîa et farsettr 
poMic moQlaai sur le UiéUre, aof-^smi de la nfle ti-^ Pau 
tu DAsni, apito anûr sodiemenl leeea ndeolutîon de 
nosire consentement par le Bê«6reod Pbn VicoUas d'Aleo- 
çoa, capodn, a e$ti^ privé de la sépulture eceléâûstique, 
par rocdrv de Slonâeigneor illustrissitiie et RêTcrendiasime 
Eïf^ue de Si-e^, suinuH *» UMns nisaive â bous adressée, 
ea date de ce jaat. i raison de la pfofcucJiMi infime dodil 
sieur de Sainl-Uirrui 

( ^t^ne : Chenard. eorè > (3). 

s. n. [». ± — La E>(b(ioU>«i]ue J 'AWnfoa possède an recaeO fai lii i de 
iMêofs tout^ rebiiï^:» *i •iiSfreiti du ibêoki^ Lt N<Nr aivc i^n^que 
Ik'Wi:$e( <Ie UïOaTy. owb^ual U CAntûm t Ammf tm •■ if VâUmgBmm 
oatôrAiar. Cwn ICi, iM funine J^ (d nAf « yM < " i i t—» et Mmuttàgmaa- 
rêsitpt * *«=- iS*-i«*f kitt. et tnkeai. et rOrme. t. lU, l«Mi- — Voir 
aussi Tiv aune lunucmif nktMaiM. J^'^ C . '— tiJ rie Sm^ pu- M. de 
b SAXiiéf^. - Vcir uifâ sur Le Noir, lahbé Dbbub£, Ifw X.Mrw 

Ik Voir fUT Lies eiviitKf l'ibbe HomoMf. Hatmrt pimii *tt *i rfiriTM 
dr :=«n. ta.V>L ui^ t. IV. |«^ âôS-ltU 

dCf. BmSittim de '« ^A-wOf J Jfru^iJtHfK, SciaUM cl Jr«t dr la 

\ï IVpUE? U pubiK-^ttou .|ik> ftt ttitf <ie fvt ade dr drâès, a a iaé 
fvJotK à UMTaïu. pif U. .W U Skutàêre. C*itfMr^»j»Mi, p. 13; UBO. 



ET LÀ TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 355 

Je reviens aux indications topographiques de la troisième 
partie du Roman, qui montrent que son auteur connaissait 
fort bien le pays. « Pour aller d'Alençon à La Fresnaye, 
dit-il (p. 222), il faut passer par une partie de la forêt de 
Persaine, qui est au pays du Maine. » Gela est fort exact. 
Il y avait cependant un autre chemin, plus direct, très 
ancien, longtemps impraticable, aujourd'hui fort beau, par 
le Chevain, Ghenay et Montigny. — La Rappinière, prévôt 
de la maréchaussée du Maine, plus scélérat que ceux qu'il 
était chargé de faire pendre, « cherchait alors dans Persaine 
des brigands qui avaient volé des marchands du côté de 
Balon » (p. 223). Or, en 1720, on voit un sieur de la Cer- 
velle, grand prévôt de la maréchaussée de Normandie, 
arrêté à Alençon par les commis des Aides, ce qui prouve 
que le persennage de la Rappinière n'est pas trop imagi- 
naire et que Scarron et son continuateur n'ont probablement 
pas manqué à la vérité en nous le peignant fort en laid. — 
Il y avait, dit l'auteur (p. 224) « au village de la Fresnaye, 
un fort bon chirurgien. — On avait fait venir au château de 
la Fresnaye la grande bande de violons du Mans, celle 
d'Alençon étant à une autre nooe à Argentan. » — « La compa- 
gnie, ajoute-t-il (p. 225) était composée de la noblesse 
campagnarde et des plus gros manans du village. » Le 
bourg de La Fresnaye, aujourd'hui transformé, était avant 
la Révolution et est resté bien longtemps peu peuplé, assez 
pauvre, ayant peu de gros manans en état de faire figure 
au château. 

On retrouve dans le troisième livre du Romaii Comique 
jusqu'à des expressions locales. C'est ainsi que, à propos de 
l'envahissement de la maison de M. du Fresne lors de la 
représentation qui y est donnée, il est dit (p. 226). « Nous 

et M>»* Despierres, loc, cit. p. 14. Elle y a joint, d'après un acte du 
tabellionage d'Alençon la renonciation faite peu de jours après le 
10 août 1680, par Pierre Cassan âgé de vingt-et-un ans, malade, c à son 
métier de bouffon et farceur public ayant monté sur le théâtre. » 



ffi6 LE UIANOINK GIHAUI.T 

fûmes accoblés de tout le monde qui avait jxxsad le château. ■ 
C'est une de ces expressions locales qu'un lîlruiiger n'eut 
jamais trouvée. Les comédiens improvisés avaient, paralt-il, 
« pris tous les soins de faire tenir les portes du parc bien 
fermiies », Pour entrer dans le parc, qui n'avait pas d'autres 
portea ù l'entrée de la ville, il fallait s'engager sous une 
voûte entre les deux belles tours jumelles du pavillon d'en- 
trée du cMteau (aujourd'hui la prison). Ce pavillon s'appe- 
lait le Château, dont il était Je seul dL^bris important. Les 
murs du psrc étaient fort dégradés et d'escalade facile (\). 
— L'auteur est auissi dans l'exacte véritt*- {pp, 228, 230, 2M, 
233) en nous montrant que les ballets mfMc's de pastorales, 
les mascarades courant iee maisons, les déguisements et 
les veillées étaient fort à lu mode alors à Alencou comjiie 
dans toute lu province, oit ce goût s'est longtemps main- 
tenu (2). 

La fête du lundi do Pâqued b. Saint-Pater a subsisté, 
inuina les diïvolioiis, jusqu'à nos jours elle a été renvoyée 
de mois on mois et compte toujours beaucoup do visi- 
teurs (3). — Madomuisulle du Lys, ses compagnes et leurs 

. tt| et. les dessins dous 0, Desnos et ceux qui fuiraient partie tle la 

Bollection (te M, de In Sicotiére. 

(S> Voir VaudeiAlleg et ithamon* du banquet da moituonnem'», ma»- 
carade diiiertisieinent {iean Coslaing) exéciilé ilanx la redoute à Aieaçon 
le lundi-graf 3 mars 1785, 3i p. in-12 (Bibl. d'Alencon). Voir du 
même auteur Opwiciiliis d'un amateur, imprimés par lui-même 
1783, ît vol. in-S. 17<ll-1792. Ces redoutes étaient nlors à ta mode à 
Alencon. Jean Costaing donnait des Têtes où il Taisait applaudir ses 
pilof ailles œuvres dramatiques. Voir sur lui \es Dr^maliques 
Ornais, 1892. Il Tul de la plus ancienne loge maçonnique à Alencon et . 
le frère du Conventionnel. \&\r- Hecherches sur lei imprimeries tmogi- 
naires Philomneste Junior, 1879, p. U et le Catalogue de la Biblio- 
thèque de M. deSoleinne, a' 23M. t. Il, p. 212. 

(3) Roman, p. 232. « U fille me dit : Me meneras-lu à Sainl-Pater ? 
• C'est une petite paroisse qui est à un quart de lieue du faubourg de 
Montsort, où l'on va en dévotion le lundi de Pâques, après diner, et 
c'est là aussi où l'on voit tous les galsns et galantes >. Saint-Pater, où 
était le logis de Quatre-Vents est appelé aujourd'hui administrative- 
ment Saint-Pateme, mais l'ancien nom s'est toujours maintenu dans le ^ 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 357 

galants vont un jour se promener en bateau sur la rivière. 
« Ces demoiselles nous attendaient à la porte du parc... 
Nous avançâmes sur Teau (au-delà du lieu où elles devaient 
prendre le bateau) et allâmes aborder à un aulre lieu proche 
des portes de la ville. » La promenade devait se faire en 
aval de la chaussée du Moulin (fort ancien, mais rebâti 
assez récemment), où s'appuyait la porte de Sarthe, au bout 
de Tancien pont de Sarthe. C'est encore de ce côté qu'on se 
promène en bateau. Il semble que l'on dût prendre le 
bateau plus bas, dans les prés qui longent la rivière vers 
le point où l'on a construit le pont de Fresnay. C'est évi- 
demment auprès de la porte de Sarthe que se fit l'abordage. 
L'auteur nous montre (p. '236) la du Lys « assise sur un 
banc de boutique, dans la rue la plus prochaine de la porte 
de la ville par laquelle j'allais sortir pour aller au faubourg. 
Allons-nous poster, dit-elle, un peu plus près de la porte, 
au-delà de cette petite rue où il nous pourroit éviter. » 
S'il s'agit du faubourg de la Barre, voisin de la maison 
du Fresne , et où le prieur de Saint - Louis avait des 
intérêts, la scène est exacte comme un plan (la physiono- 
mie du faubourg de la Barre n'a pas du reste changé). Les 
demoiselles sont dans la rue Saint-Léonard, devant l'église 
de ce nom. Le jeune homme passe devant elles, allant à la 
porte de la Barre qui termine la rue de la Barre (prolonge- 
ment fort court de la rue Saint^Léonard). Comme en reve- 
nant il pourrait s'échapper par la rue Bonettc, elles viennent 
s'instiiller entre cette rue et la porte (1). 

langage populaire. l.a famille de Saint-Pater, aujourd'hui éteinte et qui 
était propriétaire du château, conserva jusqu'à la fin le nom patro- 
nymique de Saint-Pater. Voir Moyen de défense de P. Marais cotUre 
Th.'L. Paterne Poulain de Martené, cofnte de Saint-Pater^ 53 p. in-8, 
Alencon, 185i. 

(1) Ce quartier de la Barre, (rue de la Barre, rue des Fossés de la 
Barre, etc.) n'a encore guère changé. 11 conserve l'aspect qu'il avait au 
XVIl» siècle. On y voit encore un banc de boutique, c'est-à-dire un étal, 
sur lequel étaient étalées les man'handiscs mises en vente. 



358 LE CHANOINE gihault 

L'auteur ne connaît pas moiDS les environs que la ville 
même, c Je m'en allais (p. 242) à une demi-lieue de celle 
ville dans un lieu où il y a un bois taillis de fort Rrande 
étendue, dans lequel la croyance du vulgaire est qu'il y 
habile de mauvais esprits, d'autant que c'a été autrefois la 
demeure de certaines fées. » Ce taillis est sans doute le 
bois de Malëfre, dans la commune de Saint-Pater, sur la 
route d'Alençon à Mamers. Il ne faut pas le confondre avec 
le Malôfpe dont parle Pesclie, qui fut longtemps possMé 
par la famille Hommey et se trouve près do la route du 
Mans. Les bois de Malèfre avaient un assez mauvais renom 
et ont été le théâtre de plusieurs méfaits et de nombreuses 
arrestations. 

M. du Fresne (p. 246) a employé ses gages en orfèvreries 
(bagues et autres joailleries) k pour y faire quelque profit, 
étant aussi avare qu'il était sourd d. Ces bagues étaient- 
elles ornées de diamants d'Alençon ? On ne trouve qu'une 
allusion à ces bijoux, dans les Aventure» du Parc écrites vers 
i670 par Blessebois. Ces diamants, dont Scarron a cependant 
parlé dans la première partie de son Roman, ne jouaient 
sans doute qu'un rôle secondaire dans le commerce de la 
ville et la toilette des dames Alenconnaises. 

Le départ d'Alençon de l'amanl de la du Lys interrompit 
ce qu'on peut appeler la partie Alençonnaise du Roman 
Comique. Voyant ses amours avec Mademoiselle du Fresne 
rompus par la violence du père, il quitte ia ville, se fait 
militaire. On marie de force la du Lys, elle meurt; son 
amant se fait religieux et devient le prieur de Saint- 
Louis. C'est lui qui raconte tout au long son histoire 
aux comédiens. 

On sait que l'auteur, à l'exemple de Scarron, a intercalé 
plusieurs nouvelles à la fin de son Roman : l'histoire des 
Deux Jalouses, l'histoire de la Capricieuse Amante, cette 
dernière ayant une certaine originalité, mais on ne retrouve 



ET LA TROISIÈME 1>ARTIE DU ROMAN COMIQUE 359 

ni dans Tune ni dans l'autre aucun trait précis de couleur 
locale (1). 

La troisième partie du Roman Comique se clôt par le 
mariage des comédiens d*Alençon et par la noyade de 
Ragotin. 

Notre auteur sait fort bien qu'il y avait deux églises à 
Alençon : Téglise Notre-Dame, paroissiale, et Téglise Saint- 
Léonard, succursale, avec la prétention d'être aussi pa- 
roissiale , sans compter Téglise du faubourg de Monsort 
qui faisait partie du Maine. Il a bien soin (p. 268), d'appeler 
Notre-Dame « la grande église y>. Cette expression est tout 
à fait locale : tout le monde désignait ainsi, jusqu'à la 
fin du siècle dernier, l'église Notre-Dame, qui cependant 
n'est pas grande. La description qu'il fait d(?s combles de 
l'église et l'itinéraire qu'il fait suivre au milieu d'eux par 
Ragotin sont parfaitement exacts (p. 268-269). L'escalier à 
vis conduisant à l'orgue , le pissage sur la voûte de sa 
chapelle du côté gauche de l'église, existent encore. La 
communication avec le clocher à l'extrémité de l'église, 
devait exister : le clocher ayant été détruit par un incendie 
en 1744, la communication a été supprimée. 

Le lieutenant-criminel, qu'alla trouver Ragotin, pour se 
plaindre du campanice et qui se conduisit en homme 
d'esprit dans la circonstance, devait être Got de la Rozière ; 
du moins c'est celui qu'on trouve remplissant cette fonction 
à Alençon en 1673. 

Ce que l'auteur dit à propos de Madame du Lac, l'héroïne 
d'une de ses nouvelles (p. 278), correspond à la réalité. 
Almenôches, ainsi qu'il le rapporte, était bien un monastère 
de religieuses réformées de l'ordre de Saint-Renoît au dio- 
cèse de Séez, mais sans grand renom en dehors de ce 

(i) On peut seulement faire remarquer que V Histoire de Mcidemoiselle 
DesjardiiiSj plus connue sous le nom de M»* de Villedicu et divers 
passages de Blossebois, montrent,conformément à ce que dit l'auteur, 
((ue les dames d'Alençon maniaient au besoin le pistolet. 



360 LE CHANOINE GiRACLT 

diocèse et n'étant guère connu que (l.ins le pays mvi- 
ronnant ; l'aJibesse, de 1652 à 1674, vXaîl Marie-Louise de 
Médavy (I). 

Nous arrivons h la lin du Rumau et h la mort de Hagotin ; 
les allusions sont toujours aussi précises. ■ Quand Verville 
et lUgotiu eurenl passé ies ponts, ils descendirent à la 
rivière pour faire boiie leurs chevaux, Ragotin s'avança 
par un endroil. o(i il y avoit une rive taillée, oii son 
clieval broiiciia si rudemisnt, que le putil bout d'iiomine 
pei-dit les étriers et sauta pur dessus la léte du cheval dans 
la rivière, qui estoit fort profonde en cet endroit là » 
(p. 294-295.) La description est si exacte qu'on reconnaît 
sans peine l'endroit o(i sb iioyu Itagolin ; Vabreuvoir existe 
aujourd'hui, je l'ai encore vu hier. Au contraire la chapelle 
Sainte-Catherine « qui n'est guère éloignée de la rivière » 
(p. 295), et dans le ciinelière de laquelle on le fit enterrer, 
i^tait située dans le Champ-du-Rol et très v 
la rivière ; elle fut détruilc en 1731» (2), 



J'ai proaré Barabondammsnt, Je l'espère, que l'auteur de 

ta troisième partie du Roman ne peut être un Lyonnais et 
qu'il connaissait parfaitement le pays d'Alençon. Cependant 
il ne s'ensuit pas pour cela qu'il fut Alenconnais. Moi- 

(i)Oitie archéologique al piltûreique, p. 39^396. Voir aussi Vie de 
tainte Opporluite, abbeae d'Almenècha, publiée par la Société des 
Uibliopliiles normands, 

(3) Cr. l'esche, v* Montsorl. 0. Desnos, I. '30. ~ Je ne dois pas ici 
laisser oublier l'obligeance de M. de la Sicotiére. C'est, grâce surtout 
aux iiombreu.i renseignements qu'il m'a Tournis, qu'il m'a été permis 
de reconstituer la topographie d'Alençon et la vie des habitants à 
l'époque de l'auteur de la troisième partie du Roman. — On peut encore 
consulter sur Alonçon uu XVII" siècle le Itapport sur la Généralité 
d'Alençon de l'Intendant l'omniereu, publié par M, Louis Duval. Voir 
aussi: Ettai «ur le» payeans de Basse- Normandie au XVlllsiècle. 
Thèse par M. l'abbé Besnier, in-8, Paris, 1892. 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 361 

môme, bien que Manceau, si je connais cette ville, c'est que 
dès mon enfance j'y ai séjourné souvent pendant les 
vacances et que depuis je ne l'ai jamais perdue de vue. 

J'ai fait remarquer, chemin faisant, que le Maine était 
aussi familier à l'auteur que l'Alençonnais (1). 11 cite les 
routes du pays, Vivoin, son hôtellerie du Coq-Hardi, Beau- 
mont, Arçonnay, Ballon, La Fresnaye, Saint-Pater, etc. Il 
parle fort bien de La Flèche « où est le plus fameux collège 
que les Jésuites aient dans ce royaume de France » (p. 272). 
Nous avons montré qu'il connaissait Le Mans où il nomme 
la Grande-Etoile et aussi le logis des Chênes -Verts, demeure 
d'un opérateur qui débitait ses drogues en public sur le 
théâtre (p. 247). Qui plus est, il aimait cette ville « la 
bonne ville du Mans » à la différence de Scarron, qui modi- 
fia plus d'une fois son opinion sur elle, selon qu'il était peu 
ou prou approvisionné de chapons, et récompensé ou oublié 
par ses protecteurs (2). Cette ville, dit-il (p. 24(3) « est une 
des plus agréables du royaume et où il y a du plus beau 
monde et du mieux civilisé, et où les filles y sont les plus 
accortes et les plus spirituelles » (3). 

Besoin n'est pas d'avoir habité continuellement une ville 
ou d'en être originaire pour en faire une description exacte. 
Alençon même en offre une preuve élo(iuente. Il a été 
décrit de main de maître par Balzac dans un de ses romans ; 
Balzac s'est tellement imprégné du caractère de cette ville, 
qu'il est impossible de rien voir de mieux rendu, ainsi que 

(1) Girault avait des rapports tout naturels avec Alençon par le 
moyen dos Sevin de Heaumont et de Saint-Paterne, dont l'un Uil curé 
d'Ancinnes et devait fonder la cliapcUc Lorette en Monsort, faubourg 
d'Alcnçon, non loin de l'auberge où s'arrêtèrent un instant les 
Comédiens. 

(2) Contrairement à Si'^rron, le chanoine Girault n'avait qu'à se 
louer du Maine, où il fut doté d'un grand nombre de bénéfices. 

(3) I^es appréciations ont varié sur Le Mans, ainsi que je l'ai dit. ~ 
Voir le jugement de Taine cité dans le premier volume de cette étude. 



LE nHANOTNE GIBAULT 



l'a constaté un Alençonnais lui-même (1) que la description 
qu'il en a fuite. 

On sait en effet que Balzac a choisi Alançun comme lieu 
de la scène de plusieurs de ses romans : /-« dernier den 
ChouaiiSy (deveuu plus tard Les Chouaus), La vieille fille, 
enfin le livre mystique, dont l'héro'ine e^it M"" de la Cliun- 
terie, c'cst-Wire M""* Geneviève Ouin, v» liélye Combray, 
demeurant îi Aubevoye, que MM. de la Sicotière, Ernest 
Daudet, et Lenôtre ont mise depuis en pleine lumière. Rien 
de plu» vrai que la |)einlure faite d'Alençon par a le grand 
saisisseur t a qui n'a éohuppt.^ aucun détail, ni l'hôtellerie 
tradition ne Ile ci» More, au coin de lu rue Saint-Biaise et 
de la rue de CazauU, ni la rue du Val-Noble, ni celle de la 
Cave-aux-Bœurs, ;iu coin de laquelle il alla un instant habi- 
ter en 1825. 

Cela fait songer h la description qu'a faite Marguerite 
d'Angouiêiue des rues du Val-Noble, du Jeudi elc,,au XVI" 
siècle dans VHeptameron. 



Il y a encore un motif ilécisif pour attribuer k Girault la 
continuation du Roman Comique : c'est la ressemblance 
existant entre le style de la Vie de Co»tar et de Pauqttety 
qui est certainement l'œuvre du chanoine du Mans, et celui 
de la troisième partie du Roman. Cette ressemblance est 
tellement frappante, ainsi que je l'ai dit, qu'elle crée l'évi- 
dence même. La manière de Girault est si particulière, 
qu'on ne saurait la confondre avec aucune autre et qu'on la 
reconnaît à première vue. Au style alerte, vit et précis de 
Scarron a succédé, dans la troisième partie du Roman, un 
style lent et lourd, se traînant péniblement, s'enchevètrant 

(1) Vo[r de Contades, BaUac AletifonnaU, {Bulletin de la Société his- 
torique et archéologique de l'Orne, t. VII, p. 357.) 



J 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 363 

de qui et de que^ comme autant de fâcheux c reposoirs » et 
raccrochant tant bien que mal les unes aux autres des 
phrases interminables (1). Autant on goûtait de plaisir à 
suivre Scarron, autant on éprouve de fatigue à lire Tœuvre 
de son continuateur. « Son style, qui contient des phrases 
d'un enchevêtrement incroyable, écrit V. Fournel, (Introd. 
à son édition du RomaUy p. lxxxii), est beaucoup plus 
lourd, plus vieux, plus embarrassé que celui de Scarron. » 
Rien qui rappelle moins la phrase agile, le bonheur d'ex- 
pression, le trait net de Scarron, que Tallure pénible du 
style de Girault. Chez lui, le jet du métal est déshonoré par 
des bavures. Il a cependant voulu faire un vrai calque de 
son modèle, mais il n*a pu pasticher son style, malgré tout 
le désir qu'il en avait. 

On dirait que l'auteur passe la manche sur son dessin à 
la mine de plomb pour que les traits en soient encore moins 
vifs. Il eût eu grand besoin de lire l'article de M. Henri de 
Ghennevières sur la proscription des qui et des que (2). 

(1) C'est de Vaugelas que date Thorreur des gui et des quCy multipliés 
auparavant dans les vieux prosateurs. Le goût les a fait proscrire 
depuis, ainsi que la longueur des phrases et les parenthèses. 

(2) Voir dans la Revue illustrée de janvier 1886 l'amusant réquisitoire 
de M. H. de Ghennevières : « .... Une fois maître du champ il {qui) fit des 
petits, il fit que, il fit dont, lequel il fit duquel, il fit à laquelle, tous les 

qu'ils, toutes les qu'elles, il fit que ce qu'il, il fit que ce qu'elle les 

postant au détour des phrases de manière à cerner les formes de la 
pensée. 

« Oh ! le grand siècle a-t-il assez commis de qui d'un bout à l'autre 
de son règne.... A l'état de moule officiel de la phrase, le conjonctif de 
nialheur s'impose partout avec une vraie tyrannie. Au reste, si qui qui 
n'eût pas existé Louis XIV l'aurait fait faire sur mesure tellement 
l'emmargouillis pompeux et filandreux des esprits avait besoin d'une 
équipe de relatifs pour se répandre en périodes. Dossuet le mettait 
sur les autels... » 
11 écrivait encore dans VÉcole^ recueil publié à Lausanne : 
c J'ai essayé d'approcher ce monstre, d'étudier sa tactique, ses 
moyens de défense. Enfin je l'ai surpris et je l'écorche vif ; il méritait 
ce châtiment. La patience fut ma seule arme, la patience à défaut de 
génie, une longue patience. Avec les qui, la phrase s'embourbe, les 



304 



LE CHANOINE (IIRAULT 



Malheureusement, le flis du savant Jirecleur des Beaux- 
Arls, liont je m'honore d'avoir élu l'ami cl d'uvoir reçu de 
trop grands éloges, n'a lancé son aiTfit d'élimination quo 
deux siècles après la mort de Giruult. Aussi ce dernier s'est- 
il délecté dans l'emploi des qui et dea que et en a émaillé 
ses phrases comme d'autant de vers luisanls. L'esprit el lo 
talent d'écrire sont des dons naturels et ne se transmettent 
pas comme un canonicat. On se rappelle les vers de \'Art 
poétique sur l'auteur : 

tjui ue sent point du ciel l'inHuciice secrète : 
Si son astre en naissant ne l'a formé poêle. 
Dans son génie étroit il est toujours captif; 
Pour lui Phéhus est sourd et Pégase est rétif. « 

Enfin il y a dans la troisième pai'tie du Roman Comique 
une ligne cnractérisliriuc que noa seulement Girault a dû 
écrire mjiis que lui seul pouvait écrire. 

K nagoliii, dit l'auteur, imaginait être dans ['Académie 
dea PurUtBH ï (1). Il iaul avoir été secrétaire de Ménage, 

n collaborateur aux Mercuriales el avoir perpétré d'accord 
^vec lui le crime de la publication de la Requête des 
^ctiomiuireu pour appeler de la sorte l'Académie fran- 



penaêea liautes ou gracienses revêlent une enveloppa bourgeoise, les 
virilités de ia concision perdent leur étreinte. I^e ijti'il iiiourûl du vieux 
Corneille ne me persuade pas ; émancipée des gui la phrase s'en va 
légère, leste, sautillante, agaçante, provoquante, amusante. Elle a le 
maintien jeune et aisé. Le parti-pris apparent de mon style, cette rage 
de l'anti-qui pourrait sembler d'abord une gageure peu digne d'un 
écrivain d'art, mais celle petite conquête grammaticale me parait 
capable d'intéresser les curieux de littérature •. M. Henri de Chenne- 
viéres venait d'écrire plusieurs livraisons des Dessins du Louvre dans 
un style excellent, sans employer une seule fois le mot gui ni le mot 
que. 
(1) V. lioman Comique, 3* partie, cli. ai, t. Il, édition Fournel, p. 145 



ET LA TROISIÈME PARTIE DU ROMAN COMIQUE 365 

çaise (1). Quarante ans s'étaient écoulés depuis l'apparition 
de ce pamphlet anti-académique où Ton reconnaissait 
l'œuvre d'un ami des libertés de l'ancienne langue fran- 
çaise, si restreintes par Vaugelas et les partisans de la 
prude académie (2). 

Ce singulier nom donné à l'Académie est une preuve 
décisive ; aussi Tai-je conservée pour la produire en dernier 
lieu. 

Que fiiut-il conclure ? Est-ce que les preuves morales, le 
milieu ambiant, la qualité de successeur de Scarron dans 
sa prébende et ce qu'on peut appeler dès lors l'atavisme, 
les particularités du style, tout en un mot ne se réunit pas 
pour démontrer que la troisième partie du Roman Comique 
a pour auteur le chanome Girault, et n'a pu en avoir d'autres 

(1) L'Académie îivait été nommée Académie des beaux esprits, de 
ïéloquencey l'Académie éminenle. {Histoire de l'Académie française, de 
Pelissoii Uil'l). Jean Soudier, sieur de Uichesource dont M. l'abbé 
Fabre après M. Héveillout, a crayonné le type dans la Jeunesse de 
Fléchier, avilit fondé V Académie des docteurs. M. de Vilicserain avait 
établi chez lui celle des Allègoristes où trônaient les Précieuses et 
l'abbé d'Aubignac. Mais un adversaire de Vaugelas pouvait seul 
désigner rAcadémie comme l'a fait Tauteur de la troisième partie du 
Roman. 

C'est en Italie, d'abord à Florence, puis à Rome, qu'on voit fleurir 
toutes sortes d'Académies aux noms pompeux : calle des Lyncées, des 
Humoristes, l'Académie de la Crusca, celle des Apatistes, etc. 

(2) Sur Vaugelas, voir précisément la 3« partie du Roman Comique, 
p. 1&4. Gabriel Naudé, le bibliothécaire de Mazarin, La Mothe I^ Vayer 
(V. la 3» journée de VHexameron rustique) étaient comme Ménage et 
Girault des adversaires de Vaugelas, des partisans de l'ancienne liberté 
de la langue. M. Êtieime dans son livre sur La Mothe Le Vayer cite un 
passage d'une Rhétorique manuscrite (Rib. de l'Arsenal, Belles-Lettres 
521 in-f° p. i, où il est dit à propos des grands sectateurs de la pureté 
du langage : c II s'est élevé un essaim d'auteurs qui se sont appelés 
académiques, nouvelle secte en France, i Le mot de puriste, dit-il fut 
toujours pris en mauvaise part. (Œuvres de Le Vayer, 2« partie, p. 3G()). 
Girault, qui écrit vers le même temps, est un écho du vieux La Mothe 
Le Va ver. 



I 






\ 



360 LE CHANOINE CilBAULT 

que lui (1)? Oui, on peut l'alTirmer, Girault l'ancien secré- 
taire de Ménage n'est pas seulement l'auteur probable (i(! 
cette troisième partie, il en est l'auteur cerlaîn ! 



ausai cliemln faisant île» expressionn qui sentent 
j, telles que celle-ci • le truit eut liaptéinB f etc. 



RESUME 



Je voudrais pouvoir dire : Exegi librum parvulum^ mais 
mon livre est trop volumineux pour que cela me soit per- 
mis. Je l'aurais cependant rendu facilement plus gros en- 
core. J'aurais pu longuement parler de la généalogie des 
Scarron, sur laquelle on trouve de nombreux documents au 
Cabinet des titres ; j'eusse pu citer quelques dires qu'on 
trouve à droite et à gauche sur l'auteur du Virgile ira- 
vesti (1). J'aurais été à mênje d'insister, à propos du 
Roman Comique, sur le caractère de cette œuvre et la place 
qu'elle occupe dans l'histoire de notre littérature (2). Enfin 

(1) J'ai cru cependant devoir écrire quelques lignes sur ces deux 
points dans un appendice. 

(2) Qu'il me suffise de dire que le Roman Comique occupe à l'heure 
actuelle une place à part dans l'histoire littéraire du XVÏI* siècle. 
N'a-t-on pas été jusqu'à écrire : « Les seules productions originales de 
ce grand dix-septiénie siècle sont : Quoi ? I>a Dîme royale de Vauban, 
le Roman Comique de Scarron, et tout près du XVIII* siècle, le 
Télémaque de Fénelon. » Et ailleurs : « Dans son genre, c'est une 
œuvre maintenant classique, qui s'est mise en son rang et qui n'en 
descendra plus. > Aussi n'est-il pas étonnant que le XVIU* siècle, 
qui Ta gardée, lui ait fait les honneurs de la tapisserie. 

Ce serait vraimtMit se tromper que de voir dans cette œuvre, comme 
on l'a fait, un roman à thèse, la contre-partie des personnages 
héroïques à la Scudéry. Scarron dans son roman de mœurs a été un 
observateur, qui a peint en artiste les portraits qu'il avait sous les 
yeux, sans se laisser complètement absorber par la passion du 
réalisme et le souvenir des Nouvelles picaresques de l'Espagne. Il a 
voulu satisfaire pleinement l'esprit français, qui se compose de deux 
éléments : l'esprit gaulois et l'esprit précieux. Pour contenter ce der- 
nier il a introduit dans son livre ses nouvelles espagnoles. (U a fait du 
reste l'éloge de Vlllustrc ttassa). Il a écrit pour la société bourgeoise 
du XViI<> siècle, qui a remplacé le goût des fabliaux et des récits 
grivois « des contes à rire et aventures plaisantes ou récréations 



Jba LE CHANOENE GIHAULT 

il in'ciiLélti bien facile de parler plus longuement île l'in- 
fluonce que la liltOraturc espagnole a exercée sur Scarron 
h. propos de aes comédies et de ses Nouvelles, et de dire un 
mot de ce que l'on a appelé l'Inspiration de son Roman par 
les œuvres de Mendoza, de Roaas de Villandrando et de 
l'auteur de Don Quichotte etc. (1). 

/'rntifaûei ■ pur une liltiirulure moins erosaiére et mieiiK appropriée 
A sfL trunsformiitioti. On l'a dit : A purlir de Scarron la vie iMiurgeoiae 
prcml druit de uiti! duns lu littérature. — Parmi les nutsura «lui oat 
truite rLtii'ninieiit du roinuil rùulîste au XVI!' siècle, voir Henri 
Cluiteluiu ; <Jtii-ltiues remarquer ttir Furetiére et lei prcdécesieun, dan* 
le Uoman réalitte du XVlh tiécte. Rnvue univeri'itaire, 15 mai 1002, 
pp. 485. im. 

(1) L'influence exeruée pur la liltùrature eB|)3gnale sur la littérature 
rranvulsu au XVII* si^lu est un sifjet ik lo mode A l'heure actuelle. 
Dans mes NfuuiiaïuB documaïUt (te Iw Camédient de Campagne et la 
Vie de Uolièrt, p. WO et suiv. j'ui loitjjuouiL-iit parlé de uelle qu'elle 
a exercée sur Suarcon. Ill'» siibio niiu seulement dans ses Nouutllef, 
inuiB duijs ses piâciis de tlx^lre. Ou la tniuve diiiiB son Japhet 
d'Arinétiit!, comme doua lu Cid de Corneille. Itiinsces ilernièrea années 
il s paru sur cette influence de nombreux ouvrages, doiU je ne furai 
que citer les titres, les Coinéditt Eapagnolt» de Hard\j à Racine, par 
MarlJnendre, 1 vol. ia-S, 1901, ilacliette. P. CûraeUle kI le Théâtre 
Stpagnot, pur M. Guillaume ilusxanl, 1 val. in-18, Emile Bouillon, 1003. 
CornelUs, pnr M. Lonaon, ia-lS, Diiohette, et les éludes spéciales que 
M. Unson a publJéea dans In Héeue lïllitloire HUÉraii-e, t. III et IV, 
laW-îr?, aiir les rapports dps deux liKc ratures au SVII' siècle. 
1600-1660. M. Brnretière, Bévue des Deux Monde, janvier 1903, 
Corneille el te Tliéàlre etpagnol, p. IBS et suiv. (M. Brunetiëre a mis 
en évidence ailleurs te rôle de Scarron). M. Morel Fatio, Etudet 
mr l'Espagne, Bouillon et Vierrey, 1W8, in-8. Théâtre eapagnot, 
par Alfred Morel FoUo et Léo Ronanet, Bibliothèque de» Bibliographies 
cHtiques, Paris, Foiitemoing, iii-8. Morel Fatio, Ambroia de Sakar el 
l'EludedeVEtpagneenFraneetouaLouitXUI,i'è(i\, in-12, Revue de 
t'Hiatoirc iiltéraire, t. VIll, 1901 — 512, 515. Sans oublier les ouvrages 
déjà anciens de MM. E. Mérimée, de Viel Castel, liaret. de M. de 
Puibasque, de Fournel . Demogeot, de Ticknor, de Damas Hinard, 
d'Alplionse [loyer, de Latour, etc. 

Je citerai seulement comme preuve de rapprochement entre te 
Jioman Comique et les œuvres picaresques espagnoles dont s'est 
inspiré Scarron, celte page qu'on dirait écrite par lui : 

( Un jour j'arrive dans un village avec Solano, mon camarade, 
chairs tous deux d'argent comme un crapaud de plumes. Nous 



ET LA TROISIÈME PAHTIE DU ROMAN COMIQUE 369 

Mais ces différents points ont déjà été effleurés antérieu- 
rement ou traités complètement par d'autres auteurs. Je 
n'aurais donc eu qu'à les compléter ou à répéter ce ({u'ils 
avaient fait connaître. Or, ce dont je ine suis surtout préoc- 
cupé dans ces études, c'est de révéler de l'inédit et des 
points que d'autres n'auraient pu aussi facilement mettre en 
lumière. J'ai peu de goût pour le rôle de répétiteur cher 
à tant de gens qui, sous prétexte de vulgaiisation, tirent 
des livres suggestifs^ écrits par leurs devanciers, la matière 
de chapitres de leurs livres faits pour le grand public. 

Je me suis contenté d'ajouter ici (luelques appendices, que 
j'aurais pu certes rendre plus nombreux encore. Il m'eut 
été facile de placer ici une étude sur Les maisons canoniales 
du Mans y dont j'ai cité un grand nombre, chemin faisant : 
celle dite de Scarron, celle de Leprince où est mort Métel 

demandons un lit, mais l'hôte ne peut nous en donner un, parce que, 
dit-il, c'est jour de foire. 

» Cette nouvelle fait naître en moi l'espérance d'une recette, je fais 
un conte à l'hôtesse qui me demande qui je suis, et après lui avoir 
commandé un bon souper, je cours chez l'ulcide pour obtenir une 
permission ; il me l'accorde, je prends mon tambour de basque, je 
parcours les rues du village, j'aimonce aux paysans ébahis que nous 
allons représenter la Résurrection de Lazare. De retour à l'auberge, 
je trouve moyen de m'introduire dans la chambre de Thôtesse ; je jette 
par la fenêtre à .Solano, qui m'attendait, les draps et les rideaux du lit 
•et nous allons nous habiller dans la grange qu'un paysan m'avait 
prêtée. 

• J'entre en scène enveloppé dans un drap, je fais Lazare; je répète 
mon monologue au milieu dos applaudissements^ mais quand Solano 
qui faisait le rôle du Père Eternel entre en scène, un chandelier à la 
main, pour représenter la foudre, drapé dans les rideaux de Thôte, 
celui-ci se met à crier au voleur, tombe sur mon pauvre camarade, qui 
ne sait comment pan^r les coups qui lui arrivent de tous côtés. Quant 
à moi, je fais le plongeon dans ma tombe, qui pur bonheur était ouverte 
et je ne résuscitc que quand je me vois eu rase campagne. » 

Dans un autre ordre d'idées, j'indiquerai comme terme de compa- 
raison, avec l'entrée de la troupe du Roman Cotnique au Mans, celle du 
Chariot de ThespiSy de Th. Gautier, dans le château de la Misère du Ca- 
pitaine Fracasse, et l'entrée qui se trouve au début de Zite d'Hector 
Malot. 

24 



370 LE CHANOINE GIRAULT 

d*Ouville, celle de saint Jacques, celles de saint Martin et d'au- 
près les Cordeliers qu'habita Girault, celles de saint Alexis, 
de saint Gervais, saint Prothais, saint Sébastien, où demeu- 
rèrent Pauquet et les Hardy, celle même du Grabatoire (i). 

Mais publier ce chapitre, écrit depuis longtemps déjà, à 
propos de Scarron et du Roman Comique, c'eut été servir 
au lecteur un hors d'œuvre et aussi faire déborder le tableau 
sur le cadre. — De même pour l'histoire des rapports de 
Baluze et de Colbert avec le chapitre de Saint-Julien du 
Mans, à propos de la publication des Gesta Aldrici et du 
rôle qu'y joua Girault. Je publierai ailleurs cette mono- 
graphie, déjà écrite aussi en son entier. 

Je m'arrête. C'est bien maintenant le moment de dire : 

« Claudiie jam rivos, pueri, sat prata hiberunt ! » 

(1) C'est à dessein que je n*ai pas écrit de note sur le Grabatoire. 
qui mérite une étude complète, pour remplacer la notice de M, 
d*Espaulurt, dans les Archioea historiques de la Sarthe^ 1846, p. 32, où 
Ton ne trouve que de brillantes fioritures. 

Dans ces derniers temps on a attribué à Simon Hayeneufve le plan 
de cette importante demeure. Elle ne porte cependant pas la marque 
de sa manière tout italienne. C'est bi»ii une maison française, comme 
celles que bâtirent les Courthardy au Mans, à Viré, à Vivoin, etc., depuis 
la fin du XV«^ siùclo. Ce n'est ])as une maison italienne, comme 
l'Iiùlol (lu Louvre (tnaison dii Jean th» Vignol(\s), comme la maison de 
la rue Saint-Henuit, actuellement asile de nuit pour les femmes, et 
d'autres encore de la ville du Mans. 



APPENDICE 



I 



ENCORE DES RENSEIGNEMENTS SUR LA FAMILLE 
DE SCARRON hlT SUR LUI-MÊME. 

On trouve dans presque tous les dossiers du Cabinet des 
titres à la Bibliothèque nationale, même dans les dossiers 
Bleus, des généalogies des Scarron, dont un, Jean Scarron, 
originaire de Montcallier en Piémont, vint dit-on, s'habituer 
à Lyon vers 1480 ; et aussi des documents sur les Scarron 
de Mandine, les Scarron de Vaujours, les Scarron dits tantôt 
de Vaures, tantôt de Vanvres, tantôt même de Vavres (1). 

Scarron, sieur de Mandine, frère do Pierre, était con- 
seiller au parlement de Paris, où il fut reçu le 18 juin 
1568. Il eut un fils du même nom, membre comme lui 
du parlement, (jui fut reçu prévôt des marchands de Paris 
en 1595, mourut en 164(5, fut inhumé à Saint-Paul et était 
• frère de Tévêque de Grenoble. 

On trouve aussi Pierre Scarron , seigneur de Try , de 
la ïour-du-Pin, maître d'hôtel de Catherine de Médicis et 
de Henri IV, mari do Françoise David. Une quittance de 
163!2 est aussi signée de Urbain Scarron, sieur de Try, qui 

(1) Sur Scarron, sieur de Vaure et de Vaujours, fils aîné d'Antoine, 
qui fut, de 163î)à 1641, le héros d'aventures dignes de celles du Roman 
Cofniquej voir le Journal des Audiences du Parlement, 1656, p. 663. 



37? Al'I'KNOICK 

demeurait m 1fi3C rue des Tournelles. Beaucoup se ren- 
contrent t''galement h. Lyon, îi lu fin du XVI" et au commen- 
cement du XVK" siècle, dont Michel-Antoine, sieur de 
Vaure, ?'ran(;ois, conseiller du roi et receveur général de- 
ttes finances de la gi^nôralitâ de Lyon eu 1631. 

On trouve de nombreuses quittances de ses gages données 
par le conseiller au parlemenl, Paul Scarron, père du 
poète (1), une autre de sa femme, demoiselle Fiançoise de 
Piaix, du 1" janvier IGUÎ, donnée par elle comme fondée 
de sa procuration. 

Je fournirais aussi plus d'un renseignement sur le 
père du poète, et son opjiosition au ministre de Louis XIII ; 
mais ou lus trouvaru facilement dans Dazin, t. III, pp. 45, 
78, 81, 304. Je prt^fôre indiquer dans les lettres de Jean 
Desl^, publiées par M. Ut'irjuet, Aydiives hisloriquea du 
Poitou, t. IX, ]). 42, une lettre du dernier octobre 161G, 
relative « & M. Scarron du faubourg, alliii du président 
Miron et du séii&hal de Funteiiay, François Brisson, sieur 
du Pakiia «. Duii^ ce volume on Iruuvi^ru aussi de nombreux 
renseignements sur les Drisson, parents des Scarron. 

Je ferai connaître encore h celle place un acte relatif aux 
parents consanguiii.s du porte, du 'iO miii 1069, alors qu'il 
était mort, mais que sa sœur Françoise vivait encore. 

K Aujourd'hui sont comparus par devant les nottaires 
garde nottes du roy au chastelol de Paris soubsignez, mes- 
sire Jean Scarron, chevalier, s' de Vaujours, conseiller du 
roy en ses conseils et en sa cour de parlement, demeurant 
rue du Grand-Chantier, paroisse Saint-Nicolas-des-Champs, 

(1) 1 Debeiilur mitri Puulo Scarron, duinini nostri régis ex 9ua parla- 
munli aui'iu cuusilaru luiou, pro vudîs nieis in dicta curia de servitiis, 
pro iiovem disciin ullitnis diiibus menais noveuibris, et trigiiita imo 
dielius mensis decembris aniii Uomint sexcenlesitnî trigestmi, in qiia 
pro qualiljet die xxxm * un * valent simut un xx m ' vi ■ ini ' : qiiam 
pecuniae eumraam accepi. 

1*. Scarron. > 



APPENDICE 373 

et messire Claude de Breteuil, aussi conseiller du roy en sa 
court de parlement, les quels certifient à tous qu'il appar- 
tiendra que m^^ Nicolas Scarron, chevalier, seigneur de 
Rosnay, Vaux et La Vallière, dame Magdeleine Scarron, 
veuve de m'""® Charles Robin, seigneur de Sigongne, et 
damoiselle Françoise Scarron, fille majeure, sont seuls héri- 
tiers de défunte dame Claude Scarron, leur sœur, au jour 
de son décès épouse de messire Daniel Boileau, chevalier, 
seigneur du Plessis, conseiller du roy en ses conseils, 
grand maître des eaux et forêts de France au département 
de Touraine, Anjou et Maine et qu'elle n'en a aucun autre. 
Le vingtième jour de mai 1669. » 

C'est dans ces dossiers et ceux de Gallois, n^ '28570, que 
se trouvent aussi les arrangements conclus par Scarron 
avec ses sœurs qu'a fait connaître M. de Boislisle (Retme 
des Questions historiques, i^^ juillet 1803), et les autres 
papiers de famille que j'ai publiés. On pourrait encore y 
joindre bien d'autres, notamment les actes suivants : 

« A la requête de Paul Scarron, écuyer, sieur de la Rivière 
et des Fougerets, René de Betz, seigneur de la Hartelouère, 
pour procéder en exécution de la transaction passée entre 
les parties, se portant fort de dame Marie Galloys, son 
épouse qu'il avait promis faire ratliffier, par devant Le 
Bouchet et Levesque, notaires, le 18 juin 1055, attendu le 
décès de ladite dame Gallois, (reconnaît) qu'il sera con- 
damné à faire ratifier ladite transaction par les enfants de 
lui et de la défunte de leur majesté. Fait donné au 1*^'' jour, 
au civil, siège présidial du Chûtelet de Paris. 

Le par devant les notaires garde nettes 

du roi au Chatelet, messire Paul Scarron, conseiller du roi 
en ses conseils, demeurant rue Neuve-Saint-Louis, paroisse 
Saint-Gervais, tant en son nom que comme ayant droit de 
damoiselle Anne Scarron, sa sœur, veuve de Euverte de 
Gallois, suivant acte passé le 18 juin 1655, entre ladite 
Anne et René de Betz, seigneur de la Harteloire, son 



374 APPKNTIICE 

gendre, demoiselle Marie Gallois, sa fille, et autres parties 
y nommées, Icsdits sieur et demoiselle Scarron, héritiers 
en partie du deffunt Claude Ogier , vivant seigneur de 
Charvin, déclarent céder et transporter tous leurs droits 
successif et prétentions en la terre et seigneurie dudit 
Gharvin au pays de Poitou, aux conditions que leur procu- 
reur avisera H. Lo 15 février 1K9, Anne Scarron résigna 
également pur acte séparé (1) a ses droits, pour luy estre 
ladite succession plus onéreuse que profitable ». 

On y trouve encore des pièces postérieures t la inoil de 
Scarron et relatives it sa iâmille. 

En outre de la pièce de 1674 que j'ai publiée (t. !, p. 388), 
on voit dans ces documents un certificat du 30 mars 1673, 
attestant qu'en vertu de la sentence arbitrale du 2 avril 1650, 
il est advenu à messirePaul Scarron, fils aîné ilu premier lit, 
et à demoiselle Françoise Scarron, sa sœur germaine, aussi 
fille dn premier lit, de la succession de leur père, également 
par moitié, trente-sept livres deux sols iiuit deniers de rente, 
pour chacun d'eux, lequel sieur Paul étant décédé a laissé 
M"" Scarron sa veuve, laquelle en qualité de sa créancière 
pour sou douaire et pour ses conventions de mariage, 
absorbe beaucoup au-delà de ladite portion de rente, appar- 
tenant à son mari. « Comme pareillement je certifie encore 
que les enfants du premier lit n'ont réclamé contre ladite 
rente et qu'ils s'y sont tenus. En foy de quoi j'ai signé le 
présent acte k Paris, ce 3° jours de mars 1673 » (2). 

(1) J'ai vu entra les mains de M. Monval, archiviste de la Comédie 
Française, d'autres pièces relatives à la sœur de Scarron, mariée à 
Eiiverte de Gallois. 

(2) On lit à ta suite : 

1 Pour tervir à M" Scarron, à M'i» Scarron ce que de raison, 
Philippe Bernard de Bouilly, avocat au parlement, demeurant cui-de- 
sac de la rue du Paon, paroisse St-Cosme », qui le 18 mai reconnaissait 
son écriture devant Irs notaires du Cliàlelel. — Voir aussi Biitlelin de 
l'histoire de Parit 1875, p. 19, la procuration donnée le 28 mai 1659 par 
Scarron et sa femme à messtre Phitippon do Valois, seigneur de 



APPENDICE 375 

Les pièces relatives à Françoise d'Aubigné pour assister 
au mariage de leur cousine germaine, Marie de Vallois, fille 
de Benjamin, sieur de Villette et do Louise d'Aubigny 
leur cousine germaine, y sont également en bon nombre, 
ainsi que sa déclaration du 21 juillet 1668 en qualité de veuve 
de Paul Scarron, vivant sieur de Fougerais, demeurant à 
Paris, rue des Trois-Pavillons : 

« Qu'elle n'entend se servir des qualitoz de chevalier ou 
escuier, et s'en est désistée » et plusieurs autres pièces ; 
mais elles ont été publiées soit par M. Bordier, dans la 
seconde édition de la France protestante^ soit par M. de 
Boislisle, ainsi que celles ayant trait à son frère et à la 
femme de celui-ci « dame Geneviève -Philippe Piètre, 
épouse de W^ Charles , chevalier , comte d'Aubigné , 
chevalier des ordres du roi ». Je n'ai donc pas à m'y arrêter. 
Qui se préoccupe aujourd'hui de savoir si les prétentions 
nobiliaires des Scarron étaient fondées ou non V 

Ce sont les autres particularités de la vie de l'auteur 
du Roman Comique , de dom Japhet iV Arménie et du 
Virgile travesti^ qui nous intéressent aujourd'hui, et ont fait 
apposer à la fui de novembre 1902, par le Comité des 
Inscriptions de la ville d(? Paris, sur sa maison portant le 
n" 54, de la rue de Turenno (autrefois rue Saint-Louis) , 
l'incription suivante : 

PAUL SCAHnoN 

rOÈTR KT ROMANCIER 

NÉ A PARIS EN 1610 

EST MORT DANS CETTE MAISON 

LE 7 OCTOBRE 1660. 

Je n'en finirais pas non plus si je voulais reproduire tous 
les témoignages des contemporains de Scarron sur son 

VilloUe, pour assister au mariage de leur cousine germaine Marie de 
Vallois, fille de lienjamin s' do Villette et de Louise d'Aubigny, leur 
cousine germaine. 



^ 



37P ArpTiNDir-E 

comple. S'en citerai quelciues-uns seulemeni, entre aotres 
celui diî (lu(irel. Dans l« Parnasse réforme, i\ fait iiitisî 
parler l'auteur du Virgile travesti : 

< Je vis flii prose el en vers, selon que la fantaisie m'en 
prend ; ttintût je buriM)uille les amours de M. Destin et de 
M""" de l'Estoifo; quelquefois je rae divertis avec La 
Raneitiie; je chante les prouesses de Typlimi, souvent je 
folâtre avec JodeU-t, et quand je ne sais plus que fmru, je 
badine avec votre Doiidou de Carihage. Je ne suis ny phi- 
losophe, ny rliètoiir, je ne fiiis par conséquent ny syllo- 
gismes, ni déclamations. Vuitâ comme je passe la vie : suas 
muy il y a trente ans qu'un ne rirait plus en France. » 

t^orel parle obligeamment de ses Nouvelles dans sa 
Bibliotkèque françaiiie : 

« On ne peut pas les dirti avoir été simplement traduites, 
parccqu'il y a ajout*'! beaucoup de choses agi'éables et qu'il 
les a (écrites d'un stite si particulier qu'il les a fait toutes 
siennes. » 

J'aurais dl^ faire connaître aussi cette lettre écrite par 
Scai'i-ou à Munseigiiuur le chancelier Séguiei', tirée des 
manuscrits des Lgtirea h Séguier, Bibliothèque nat, fr. 1396, 
page 35, lettre de la fin de la vie du poète, et qui est cepen- 
dant triicée d'une écriture bien formée, bien égale et bien 
nette. 

« Monseigneur, 

B Ce n'est pas un inutile comme moy h vous demander des 
grâces, niais je suis desjJi en possession, d'en recevoir et 
vous m'avez desjà tant donné de preuves de la bonté que 
vous avez pour moy et de la pitié que vous font les 
malheurs dont je suis accablé, que sans vouloir employer la 
faveur des personnes qui vous sont les plus chères, qui 
m'honnorent de leur bienveillance, je me fie assez au crédit 
que j'ay auprès de vous pour vous demander une grâce. Elle 



APPENDICE 377 

est de celles que vous accordez quelquefois, comme vous le 
verrez par la requeste que je vous envoyé et que je vous 
suplie d'avoir la bonté de lire. Elle est d'un parent de ma 
femme qui a tousjours esté bon serviteur du Roy et qui 
est persuadé que vous me faites l'honneur de m'aymer. Ce 
sera à vous, Monseigneur de luy faire voir qu'il ne s'est 
point trompé et à moy de publier à toute la France que 
vous estes le plus généreux de tous les hommes, aussi bien 
que le plus habile homme du siècle. Je suis 

Monseigneur, 

Vostre très humble, très obéyssant, 
et très obligé serviteur. 

SCARRON. » 

Aux amateurs d'autographes de consulter aussi les splen- 
dides catalogues qui ont été publiés à la fin du XIX® siècle. 
Ils y trouveront plus d'un fac-similé de curieuses lettres 
de l'auteur du Roman Comique. 



Il 

LES i'OIlTllAITS Dli SC\RRON ET IIK SA FEMME. 

j'ai reproduit, en lôte du premier volume de ces études, 
le Scarroii gravé par Flaraeng, qui se trouve au fronlispice 
de l'êdiliuii du Roman Comique de Jouaust, aujourd'hui 
la propriété de IVditeur Flammario». Si cela m'avait été 
possible , j'aurais plutùt reproduit , comme plus artis- 
tique , le Scarroii qui est placé en tète de la suite des 
ftravui'es du Homan Comique, de Pater, rééditée par Rou- 
quette. Mais pour des raisons, qui n'ont rieu h voir ici, 
M. Rouquette fils ne se trouve pas, à l'heure actuelle, maître 
d'autoriser à son gré ia reproduction de cette charmante 
composition . 

Ix Scarroii de Flameng n'est pas autre chose que le 
Searron de Daret eu de Qoizol, rajeuni et modernisé, mais 
fidèle ù lu tradition. Le portrait gravé, placé en tôte de l'édi- 
tion du Ihéftlre du poète, donnée par Edouard Fournier, est 
tout bonnement un Scarron de fanUiisie. Quant h lu médaille 
de Scarron qui se trouve daus Le Parntxsse français, de 
Titon du Tillet de 1717 et dont M. Jusserand, dans son édi- 
tion anglaise du Roman, dès aujourd'hui épuisée, a repro- 
duit les deux faces, en même temps que la suite des gra- 
vures d'Oudry, elle montre un Scarron trop beau, trop 
idéalisé, trop éloigné des types contemporains du poète, 
pour qu'on puisse la donner comme le portrait réel de l'au- 
teur du Virgile travesti. En la voyant au commencement de 
ces études on eut pu seulement dire que c'était bien là un 
Scarron inconnu (i). 



APPENDICE 379 

J'ai donc préféré m'en tenir au type traditionnel moder- 
nisé par Flameng. J'ai seulement placé dans le deuxième 
volume le Scarron du Musée du Mans, provenant de la col- 
lection de Madame Jubinal, qui celui-là, au contraire, abuse 
de la permission qu'on a d'être laid, mais dont je ne garan- 
tis ni la ressemblance, ni l'authenticité. 

J'arrive au portrait de Françoise d'Aubigné, c'est-à-dire 
de Madame Scarron. Jusqu'à ces derniers temps on ne 
connaissait de Madame de Maintenon jeune qu'un seul 
portrait, celui qu'a gravé GîfYart en 1687, et qui n'est autre 
que le portrait de M™« de Maintenon appartenant à la 
famille de Noailles, qui en avait hérité de son illustre pa- 
rente. Seulement, conformément à la maxime Traduttore 
traditorey Giffart dans sa gravure a trahi la beauté de son 
modèle. Il en a épaissi les traits et n'a pas su reproduire 
le charme et la grâce de la bouche adorable de M™» de 
Maintenon. J'ai dit que cette gravure de Giffart avait ensuite 
été reproduite par d'autres artistes. Aux Estampes, de la 
Bibliothèque Nationale on trouve une demi douzaine envi- 
ron d'exemplaires différents de l'œuvre de Giffart ou de ses 
reproductions. Un d'entre eux porte la mention Mignard 
pinxity et le nom du graveur ; un autre est une lithographie. 
Ainsi qu'on pouvait s'en assurer en parcourant les salles 
du château de Maintenon, la gravure de Giffart, tout im- 
parfaite qu'elle était, donnait bien le portrait authentique de 
M™° Scarron (1). Elle a été popularisée, ainsi que je l'ai 
dit (2) par la reproduction qu'on trouve dans le Magasin jnlto- 

Lacroix, Didot 1882, in-4<», contient, p. 225, une fort belle reproduction 
de la gravure, bien connue, de délia Bella, représentant Scarron dans 
son fauteuil et vu de dos. 

(1) Je m'empresse de remercier ici M. Penjon de l'obligeance avec 
laquelle il m'a permis de reproduire la photographie de son portrait» 
qu'il a donnée aux Estampes de la Bibliothèque nationale. 

(2) On remarque que dans le portrait, qu'on trouve dans Lafont 
d'Âussonne, la prétendue M<"* de Maintenon porte également un 
collier de perles. La gravure de ce portrait qui est aux Estampes de 



resque de iS51, ai dans VHUloirc du la litlèrature françaùe 
de M. Kinile Faguet, t. II. 

^ L-6 portrait, de M™" Scurron n'avait jamnis donné lien à 
aucune incvrliludi?, lorsqu'en 19()2 M, Pcnjoo, professeur à 
la Faculté de Lille, fit paraître une brochure, contenant 
l'explication de la d(?c«nveHe, qu'il avait faite dans le Dau- 
phiniï, d'un portriul de la future marquise de Maiiileuon, 
qu'il attribuait également h Mipnard, «t de plus deux repro- 
ductions photographiques du portrait faisant l'objet de sa 
découverte et de celui du cliâteaù de Mnintenon. (C'est lii 
qu'il faut aller, ainsi qu'à Versailles, pour connaître les por- 
traits de l'épouse morganatique de Louis XIV, à tous ses 
âges et dans les différents états de sa vie.) 

Ce iKirtrait était-il bien celui de M""" Scarron, et de plus, 
élait-it bien de Mignard'? 

Je crois qu'il n'est pas facile de contester son iitlhbution 
à iTuntuise d'Aubignti. 

Lo point qui Beiit, li mon avis, présente de l'incertitude, 
c'est celui de savoir s'il «at lo prototype des portraits de la 
future inurquiâQ, coluî dont il est question dans les vers de 
[■ Scarron et que Mignsird lit à la prière du poète, un un envi- 
[ ron avant la mort de celui-ci. Est-re simplt-ment uno 
rtpUoaf Eat-il antérieur ou postérieur au portrait de fbmille 
du château de Maintenon (1)? Ce dernier, de môme que la 
gravure de GilTart, représente la marquise ayant plus d'em- 
bonpoinl, plus fortement prise en chair, et aussi moins 

la Bibliothèque Nalionate, cou Irai remcnl aux assertions de Lafont 
d'Ausson ne, l'indique comme peint par ite Troi; et dessiné par Gabriel. 
(1) Ce n'est pas que celle explication fusse tomber tous les voiles. 
Si le portrait de M. Penjon est un original on s'explique difllcilement 
que Scarrou en ait privé su femme et s'en soit privé lui-même pour en 
doter son oncle, lout colleclionneur qu'était ce dernier, ce que n'a pas 
connu M. Penjon. Ce serait donc plus probablement une replica. D'ail- 
leurs il est probable que M"' Scarron avait gardé l'oi-igina! (bien qu'il 
ne sait pas mentionne- ilans l'inventaire fait à la mort de son mari). 
Plus tard son nouveau portrait indique que l'artiste, qui le fit, eut 
évidemment sous les yeux le portrait primitif de Françoise d'Aubigné. 



APPENDICE 381 

jeune, bien qu'il y ait entre les deux œuvres une grande 
similitude (1). Enfin, comme Ta toutd*abord remarqué M. le 
duc de Noailles il y a dix ans , le août 1892 : « La 
différence est l'absence du collier de perles dans le portrait 
appartenant à M. Penjon ». 

M. Penjon explique ainsi cette différence : « La remar- 
que de M. le duc de Noailles.... achève, si je ne me trompe, 
d'établir que nous avons bien là le prototype d'une série 
des portraits de Madame de Maintenon, et d'une manière 
générale, le premier anneau de la longue chaîne que for- 
meraient toutes les images (ju'on lui a consacrées. Il existe 
des reproductions, des répliques de ce portrait de 1659, 
faites quand la veuve de Scarron fut devenue la marquise 
de Maintenon. Elles la montrent plus forte et parée d'un 
collier de perles. La simple bourgeoise s'était fait peindre 
sans collier, embellie seulement de la grâce de son cou si 
dégagé, si élégant, et de la jeune perfection de ses admi- 
rables épaules. 

« Tous les artistes, niéme ceux qui ont travaillé de chic, 
ont tracé l'ovale de ce visage et la sorte de double menton 
qui déjà le caractérisent ; mais tous n'ont pas exactement 
rendu le nez mi-aquilin, dont la pointe cache la cloison, ou 
ces yeux, dont le droit est un peu plus ouvert que le 
gauche ». 

J'adopte l'explication de M. Penjon. Il n'était pas rare 
alors, quand la position des gens se modifiait, qu'eux ou 
plus souvent leurs descendants, fissent reproduire, avec des 
modifications en rapport avec leur changement de fortune 
ou avec celui des nouvelles modes du temps, le portrait 
primitif. C'est ainsi (jue j'ai sous les yeux deux portraits du 
jurisconsulte manceau Julien Bodereau, l'auteur d'un curieux 

(1) Une seule des estam{ies de la BiblioUièquc Nationale porte écrit 
au bas : « 3/"« Scarron ». Et c'est précisément un portrait qui devrait 
plutôt i)orter le nom de M""* de Maintenon, puisqu'il s'agit d'un potit 
portrait peint par Petitot, et gravé par Laugier. 




journal encore inédit. Le plus ancrien le montre coifTé h la 
mode de Louis XIII sou contemporain c'est-it-dire en che- 
veux courts. Le second au contraire, et c'est celui qui a 
élé gravé dans V Iconographie l'osche, d'après le portrait 
de la Société da Sciences et ArU de la Sarlhe, le montre 
alTublé de la majestueuse perruque, qui était pour aifiâi dire 
de règle sous Louis XIV et sans laquelle les descendants de 
Bodereau ne voulaient pas faire voir dans leur cabinet 
l'effigie de leur anoôlre. 

Il EU a 6lé do mOnie pour celle qui avait commencé par 
erre M"" Scarron. Celle-ci devenue marquise de Maiutenon 
a. voulu se faire voir sous un aspect présentant plus de 
reipeclabilily. De là le collier de perles, qui orne son cou 
dans la reproduction légèrement moditlée du portrait fait 
naguères dans la chambre de la rue Neuve-Saint-Louis ut 
qu'elle devait léguer à sa famille (i). 

Telle me paiull devoir ûti'o la plus judicieui^e explication 
de ces deux portraits et de rantérierité du premier. Quant k 
dire s'ils sont tous deux de Mignard, cela ne peut Ôtre 
décidé qu'en présence des deux portraits eux-mêmes et 
par des maîtres de l'art (2). 

(1) Voir t. I p. 2Si et suivantes ce quej'ai «iit îles [wrlraiis rie M°" de 
Uaintenon et de l'arlicte de Feuillet île Conciles à leur sujet. 

(2) l.a broctiure de M. Penjon contient une pliotolypie du portrait de 
Muîntenon, avec cette inscription : appartenant A M" la marqtiise 
de Virieu, née Noailles, attribua à Mignard, pliolograpliie Urémont. 
V. M. l'enjon, fliitoire d'un porfraîl, IMH, in-8", p. 14. Je me rappelle 
avoir vu naguère ù Maintenon ce portrait de M"* Scarron avec son 
collier et des perles aux oreilles. Elle est vue de dos, t/e trovs quarit. 
au Tond un paysage composé d'une fabrique et de montagnes. Elle 
porte une écharpe, une robe violette garnie île dentelles qui sortent du 
buste. On voyait aussi à Maintenon : M*" do Maintenon et sa nièce par 
Ferdinand ; l'original est à Versailles ; un autre portrait d'elle, vers 
1673 avec le duc du Maine et le comte de Vexin enfant ; ce dernier en 
St-Jean Baptiste. Sans parler de celui bien connu de Madame de 
Maintenon en sainte Françoise. Dans la chambre de M-' de Montche- 
vreul dame d'bonneur de l'épouse morganatique du grand roi, on 
voyait le portrait d'Agrippaet de Constant d'Aubignè. 



APPENDICE 383 



III 



BIBLIOGRAPHIE ET ICONOGRAPHIE DU 
« ROMAN COMIQUE ». 

Il nous reste h dire quelques mots de la bibliographie du 
Roman Comique. La première partie parut, pour la première 
fois en 1651, chez Toussaint Quinet. L'ouvrage paraissait 
ainsi en pleine Fronde, moment peu favorable au succès 
d'un roman. 

Le Romant Comique 

Heureux qui naist ainsi (1). 

A Paris, chez Toussaint Quinet, au Palais, sous 
la montée de la Cour des Aides 

1651 
Avec privilège du Roy (2). 

En tète, au frontispice, une gravure, au bas de laquelle 
on lit : 

Le Romant Comique 

de M. Scarron 

à Paris 

Toussaint Quinet, au Palais, avec privilège 

1652 

Cette gravure représente trois acteurs lisant de la musi- 
que, une vieille femme tenant un miroir et des ciseaux 

(1) Cette devise avec une fontaine, est la marque de Toussaint Quinet. 

(2) Le privilège est du 20 août 1G50 ; Tachevé d'imprimer pour la 
première fois est du 15 septembre. 1651. Le volume in 8* a 527 paf^es. 
La bibliothèque de l'Arsenal possède un exemplaire de cette première 
édition. On lit à la fîn : « Mais on n'a pas eu ce monde tout ce que Ton 
veut ». Voir aussi le catalogué du comte de LigneroUes. 



384 ai-pkmxce: 

(ii^unmt la coméilîe itulienne, un homme avec une grande 
burbe porluilt une èpèe, qui est le. lype. du cupituui un per- 
sonnage avec un plumet ft une baltP figuranl Arlcqliin. 
A gauchi! et El (Iroile, une fenétra : ii l'une des deux, uno 
tête d'tioinme grotesque, avec un nez très long; à l'autre, 
une Temme geulille et dont cm n'aperçoit que le buste. 

Une seconde édition de la première partie parut à Paris, 
chez Guillaume de Luyneiâ en 1055 (in-8) frontispice gravé. 
Quinet iJlnit sans doute mort dans l'intervalle. Cette édition, 
restée inconnue k la plupart des éditeurs modernes, ren- 
ferme pourtant des variantes niitaliles qui mériteraient 
d'être relevées, Un exemplaire figuraîl sous le numéro 'iO 
de la vente du prince Alexandre Gnlit^in, qui eut lieu du 18 
au 20 di^cembi-e -1876, Le catalogue Durci, numéro 121, du 
mois de novembre 1886, prétend que cette édition, tout en 
portant la date de 1655, est bien l'édition originale de 1651 , 
avec un texte renouvelé. 

Lu première édition de lu accondo partie, moins rare que 
celle de lu première, purul chez Guillaume de Luynes, en 
1657 (in-8). Le privilège est du 18 décembre 1ti54 et l'acbevt^. 
d'imprimer pour ia première fois du 90 septembre 1657 
seulement (1). 

On trouve, en UHK et leC"!, di?s éditions in-1'2 dfs ileiix 
parties du Roman Comique, suivant la copie imprimée li 
Paris, au Quaerendo. Il y en a des réimpressions datées de 
1668 et de 1678. 

En 1663 avait paru chez Antoine OfTray, libraire éditeur à 
Lyon, le Ramant Comique reveu et corrigé de plusieurs 
fautes {2 vol. petit in-12), édi o qu na e é citée, à ma 

(1) La vçnte Béljague f1S80) inetitionne e H an comique {Paria, 
Antoine de Somjiiaville IGM, et Gu aume de nés if-Sl) 2 vol. 
contenant les deux parliea in 8». Cet mpu e au armes de M. le 
comte de Hoyni, fut aciielé 1220 fr. pa eu M o o de l.tgneroUea 
le célèbre bibliophile. 



APPENDICE 385 

connaissance, ni par Brunet et ses continuateurs, ni par 
aucun bibliographe (1). 

Quand parut la première édition de la troisième partie, 
dite d'Offray? C'est ce qui reste encore à déterminer. La 
première édition qu'on rencontre (Le Romant Comique par 
M. Scarron^ troisième et der^iière partie, Lyon^ JeauBruys- 
set 1618^ in-i^) est mentionnée de la sorte sur le catalogue 
de l'ancienne bibliothèque de l'abbaye de Saint-Vincent, 
rédigé par dom de Gennes. On remarquera le nom de Jean 
Bruysset, qu'a oublié de relever Fournel (2). Je ne sache 
pas qu'on l'ait retrouvée jusqu'à ce jour et je l'ai vainement 
cherchée à la Bibliothèque de Lyon. 

Le catalogue Morgand (mars 1883) indique le Bornant 
Comique de M. Scarron suivant la copie imprimée à Paris 
[i668j 2 vol. in'i2J et troisième et detmière partie (par 
Offray) suivant la copie imprimée à Paris, à Amsterdam, 
chez Abraham Wolfgang 1668 in-12 (hauteur 132 milli- 
mètres). D'après cette indication, les trois parties auraient 
été imprimées en 1668 et la «troisième, dix ans avant l'épo- 
que indiquée par dom de Gennes. Mais il reste à savoir si 
cette indication est bien exacte. 

Le supplément de Brunet rapporte seulement la première 
édition connue de la troisième partie du Roman à 1680 
(157 p. outre les épltres liminaires et les tables), Amster- 
dam, chez Wolfgang. Des catalogues indiquent le Boman 
Comique, in-i^ trois parties, suivant la copie imprimée 
à Paris j au Quœrando (1678-1680). 

Je ne sais si l'édition du Roman de G. de Luynes de 
1677, in-12, contient ou non la 3« partie. 

(1) Voir le Bulletin du Bouquiniste d'Aubry, juin 1877, no» 467 et 468. 

Pendant longtemps ce fut la seule fois que j'aie vu mentionner cette 
édition. Je viens de la retrouver indiquée dans le 380°>* catalogue 
de L. Clouzot libraire à Niort n» 3121, (janvier 1903). Je reviendrai plus 
loin sur le compte d'Antoine OlTray. 

(â) Introd. à son édition du Roman Comique p. LXXXIII. 

25 



3S(i 



Au XVIII' siècle, les éditions du Roman abondent. Je 
me bornccai à indiquer celles de David, celle de Loudres 
(1781), in-12, Bibliothèque amusante, contenant la nuile 
de Prescliac. 



Je ne citerai plus guère maintenant que les éditions 
illustrées du Iloman (1). Le XVni" siècle est, on le sait, 
celui des illustrations. 

En tète des éditions illustrées du commencement du 
XVIII" siècle, voire même de la iûi du siècle pr(5cédem, je 
citerai a Scarron le lionian Comique, suite complète de un 
litre et onze figures grotesques coloriées du temps, gravées 
par Marie Michelle Blondel » (s. 1. n. d. format petit in-8). 
C'est une curieuse suite de caricatures satiriques, dont 
chaque sujet représente un des personnages du célèbre 
chef-d'œuvre de Scarron. Marie Michelle Blondel était la 
fille de Jacques Ulondoi, graveur et éditeur de cartes, plans 
et ouvrages illustrés vert ta fin du XVII» siècle. Cette suite 
intéressante n'est signalée nulle part ailleurs que dans le 
catalogue Greppe (ChiUeaiidun), septembre et octobre 188i, 
n" 41 hh (2). 

J'ai cité déjà la curieuse série des tableaux peints par 
Cnulom vers 1715, qui se trouve au Musée du Mans et qui 
est, je le répète, dans le sens et dans le ton des bouffonne- 
ries de Scarron. On verra plus loin, comment à la dernière 

(I) Voir, pour plus île détails, La France Littéraire de Quérard, 
Roman Comique, t. VIII, p. 5U5 ; et le siipiiléinent de Bourquelot, la 
Liitéi-ature françaite contemporaine, t. VI, p. 331. 

(3) .le ne sais trop à quelle suite, faite cit dehors du Rmnan, rappoi-ter 
une gravure en long se trouvaitt duns ma collection de seize gravures 
d'Oiidry et de l'aler, doul le nom du graveur a été gratté, Paris, chez 
jRadiguea, rue Saint-Jaajueê, portant au bas une légende en français 
et en latin, représentant Ragotin le pied pris dans un pot de cliambre. 
gravure assez fine, sentant son XVIit' siècle et rappelant la manière 
de Bonnal. 



APPENDICE 387 

heure et contre tout espoir, je suis parvenu à pouvoir 
donner en phototypie la reproduction de cette première 
suite, restée inconnue jusqu'à ce jour. 

Je dois citer maintenant les trois petites pfenches de 
Bucquay, d'après de Sève, pour l'illustration des œuvres de 
Scarron en dix volumes in- 18 publiées à Paris, chez Pissot, 
en 1752, sans oublier en tête du Roman Comique dans le 
tome V des Œuvres de M. Scarron (Amsterdam, Wetstein, 
1712, petit in-12), la planche de Kolkema d'après Pater et 
Dubourg, qui, comme celle des autres volumes, n'est qu'une 
vignette. 

Viennent alors les célèbres suites de gravures faites en 
dehors des éditions du Roman et qui seules, ont une 
grande célébrité. L'une est à Teau-forte et l'autre au burin. 
La première est d'Oudry. « C'est de 1717 à 1719, dit 
M. Roger Portalis (1), qu'il dessina et grava à Teau-forte cette 
ravissante suite pour le Roman Comique de Scarron, où les 
épisodes des malheurs burlesques de Ragotin, les faits et 
gestes de La Rappinière, de La Rancune et de Destin sont 
gravés si librement et avec tant d'entrain ». Cette suite 
entière se compose de trente-huit morceaux ; mais Oudry 
n'en a gravé lui-même que vingt-trois qui se trouvent au 
Cabinet des Estampes. M. Robert Dumesnil (Le Peintre 
Graveur français, t. II. 183G) no citait que douze eaux- 
fortes d'Oudry. 

C'est à l'imagination amusante et à la facilité spirituelle 
de cet artiste qu'on doit aussi les dessins des Fables de La 
Fontaine, gravés par Cochin. M. Josserand dans son édition 
anglaise du Roman a donné une reproduction réduite des 
gravures d'Oudry. 

La suite de J.-B. Pater et J. Dumont le Romain, qui 
comprend seize grandes planches datant de 1728 à 1739, 

(1) Voir les Dessinateurs d'illustrations au XVIII* siècle, 1877, t. II, 
p. 481. 



388 AprENbiΠ

est plus connue. Elle l'est surlout de{iuis que l'éditeur Rou- 
quotte, en ISSn, a publi<5 « Le Romun Comique de Scarroii 
peint par J.-B. Pater el J. Dûment le Romain, peintres du 
Roy, réduit d'après les gravures au liurin de Suruquo père 
ot (ils, B(3iiolt Audran, Edme Jeaurat, Lépicié et J. Scottin, 
graveurs du Roy, par M. Tiburce de Mare, et accompagné 
de notices explicatives et d'une préface par M. Anatole de 
Monlaigion. » J'ai dit plus haut la dilTérence qui sépare ces 
œuviïs, sentant l'art de la Rt^gence, des tableaux de Coulom 
tout au contraire imprégnés de l'esprit burlesque de Searron. 

A la fin liu siècle, rédilion séparée du Roman Comique 
publiée k Paris, chez Didot jeune (1796, 3 vol. in-8) est 
illuslrée do i5 compositions de Le Barbier (i). Mais le talent 
classique el tfo\d de Le llarbior, uu des élèves de Louis 
David, était peu fuit pour se plier t ce que M. deMontaiglon 
appelle la réalité tantaisiste de l'œuvre de Searron. 

Le regrcttt^' critique des illustrations du Romitn Comique, 
mon ancien confrère, M, ào Montuiglon, a tenniné la revue 
qu'il II faite de ces illustrations en citant les bois inclus 
dans II! texte de l'édition à bon marché de Baudry (1ë57) et 
gravés d'après les dessins de M. Frtire. 

En dehors de ces bois gravés, notre siècle a apporté sa 
part do conlribution îi l'illustration du Roman Comique 
avec les eaux-fortes de I^opold Flameng (2) qui se trouvent 
dans l'éditiuu donnée par Jouaust (librairie des Bibliophiles ; 
Paris, !1 vol. in-1'2, 1880). II est à regretter que cet artiste, 
malgré tout son talent, ne se soit pas pénétré davantage, 
surtout dans la reproduction do la scène de Madame Bou- 



suile de 15 gravures à l'étut d'eau forte el un 
poi'truit, qui 11 'existe pas ilans cet état. Les ligures de t.e Barbier, ont 
été gravées par Kaquoy, Uombrun, Simoiiel, Grère. On trouve en 
feuilles les épreuves des ligures de Le Burliier, parfois avec un frontis- 
pice Ue Cliapiiis, faites pour l'éilitiou de Casiii que je dois aussi iiien- 



APPENDICE 389 

Villon, du caractère et de la physionomie des personnages 
de Scarron. 

Il me faut citer enfin le Roman Comique publié en 1888, 
gr. in-4» par Launette (1), illustré de plus de 350 composi- 
tions par Edouard Zier, gravées en relief par Charles Gillot. 
On y retrouve la verve burlesque du peintre de Ragotin et 
de M. de la Rappinière. 

Désormais on devra joindre à ces suites, celle de Coulom, 
la seule, je viens de le dire, qui soit imprégnée de l'esprit 
de Scarron et qui soit le calque des scènes du Roman 
Comique, 



• 



Je ne veux pas terminer cette bibliographie de Tœuvre 
de Scarron sans dire un mot des principales éditions criti- 
ques du Roman parues dans ces derniers temps en France 
et à l'étranger. 

Après l'édition de la Bibliothèque elzévirienne, donnée 
chez Jannet par Victor Fournel (2 vol. in-12, Paris, 1857), 
je ne trouve guère à citer que l'édition donnée chez 
Lemerre avec une notice par M. Anatole France vers l'épo- 
que où M. Bourget donnait .la sienne chez Jouaust en 
1880 (2). 

L'ét^anger s'est également intéressé à l'œuvre du cha- 
noine du Mans. En 1892 a paru en Angleterre: The Comical 
Romance aiid other taies hij Paul Scarron done into english 
by Tom Brown ofSliifnal, John Savage and others, illus- 
iraied from the designs of Oudry (2 vol. in-8 1892) ; en tète 
de ce volume M. Jusserand a placé une biographie détaillée 

(1) Cette édition ne renferme que les deux premières parties. 

(2) On peut s'étonner qu'il n'y ait jamais eu de réédition du Boman 
Comiqiief publiée au Mans ; on en rencontre une imprimée à La Flèclie, 
vers 1810. 



390 APPENDICE 

de Scarron et a fait suivre ta fîn du Roman d'une nouvelle 
édition des nouvelles de l'auteur. 

L'Allemagne s'était plus vivement intéressée peut-être 
encore à ce ftoman Comique où les mœurs provinciales d« 
notre XVll" siMe apparaissent dans une joyeuse résurrec- 
tion. Dès i881 M. H. P. Junker, consacrait £i l'œuvre de 
SParron une élude consciencieuse (-1). Quelques années 
après, en 1887, paraissait une traduction tlu Romai\ 
Comique (2), que M. Charles-Claude Saar publiait !i Berlin et 

(Il Stiidieti âber Scarron iluns la ZeUachrift fhr neufranzothc/ie 
.Spruclie und Literatiir. (Uaad. 111, Hcft. f n. 1 1881.. in-8 de 381 p.) 
lier Hontaii Comique, pp. 1-311. Die Truppe des Roman Comique, pp. 

a.n-ai8. 

(2j On voudra bien me pardonner de reproduire traduites en notre 
langue, quelques lignes de l'Inti-odiiction, p. 17. • Jusqu'à ces derniers 
toDups, les meilleurs liistoriens du Ihëâlre Trançals (Paul I^Acroix, 
Edouard l'ournier, Louis ïlotand et Victor Founiel lui-même) croyaient 
voir dans le Homan Cotiiique un épisode des voyages du jeune Muliôre, 
qui parcourut comme on voit la province de iC45 à 1658, Il fallRit donc 
considérer l'ouvrage de Scarron comme une chronique de la troupe des 
bëjurt ; Destin Ëtatt le porti«it de ilolicre et l'bHoi le celui de Madeleine ; 
c'est en IfiW probablement, pendant son séjour au Mans, que Scnrron 
aurait rencontré la troupe de Molière. — Toutes ces théories, hardi- 
ment éditiéea avec une lêgèrelë incroyable, ont été renversées, 
comme des chAteaux de cartes sur lesquels on aurait aoutllé, par un 
livre remarquablp, postérieur à ceiui que nous avons cités plus liiiul. 
Ce livre a paru en 1870 sous ce titre : t La Troupe du Roman Comique 
dévoilée et les Comédiens de campagne au XVII* siècle. » 

a L'anleur eu esl M. Henri Chardon, un enlunt de ce lion petit pays 
du Maine, o(i lu vie est si douce et si egréalile. Il a composé une foule de 
monographies historiques, ^histoire générale, liistoire de la civilisation, 
histoire île l'art et histoire de la littérature) relatives à sou pays ; il 
est aussi vice-président de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts 
du dé|>artunient de la Sarihe, membre du conseil général : ce n'est 
donc pas, comme on voit, un écrivain banal, mais un cherclieur 
passionné et patriote. Son livre n'est que la prclaced'un ouvrage plus 
considérable sur Scarron et les («rsonnageM du lloman Comique, que 
malheureusement il ne nous a pas encore donné. Mais déjà cet exposé, 
qui contient les résultats de ses reclierches, nous apporte tant de 
«onclusions de première importance, que nous devons le remercier 
profondément : il u exploré un domaint- très peu connu de l'histoire du 



APPENDICE 394 

à Stuttgart, en trois volumes in-8, précédée d'une subslan- 
lielie introduction, et suivie d'une série de notes critiques 
des plus intéressantes. 

tliôàtre français, il a étudié les comédiens ambulants du XVII* siècle. » 
J'ai lente, on le voit, dans cette élude de réaliser l'ancien projet, que 
M. Saar me rappelait, il y a quinze ans, avec une si parfaite courtoisie, 
dont je lui suis infiniment reconnaissant. 



LES SUITES ET LES IMITATIONS 
DU ROMAN COMIQUE 

Scarron était mort sans avoir achevé la plus côlÈbre de 
ses œuvres, D'autres , après lui , se chargèrent de la 
continuer. 

J'ai parlé longueiueiil Je la troisième partie du Roman 
Comique dite d'OITray, la seule qui soit généralement con- 
sidérée comme annexée au roman de Scarron, et prouvé 
qu'elle avait pour auteur l'ancien secrétaire de Ménage, le 
successeur de Scarron dans sa prébende, le chanoine du 
Mans Jean Giraull, 

la suHe du Roman Comique de Précliac, dédiée au duc 
du Maine, n'a jamaisWait partie en réalité du roman de 
Scarron. Je renvoie à ce qu'ont dit Fouruel dans l'intro- 
duction de son édition (pp. Lxxxiii et suiv.) sur l'ouvrage 
de cet auteur et Paul Lacroix, Il y aurait seulement quelques 
notes à y ajouter à propos de l'identification de Préchac, 
sieur de I^ Croix. Le sieur de La Croix est surtout connu 
par sa défense à la fois sensée et spirituelle de \'Ècole des 
Femmes: La Guerre Comique ou la défense de l'^'co/e des 
Femmes, 1644, petit in-12de96 p.. Pans, Pierre Bienfait, qui 
a été réimprimée dans ces derniers temps, 1883. Le libraire 
y disait : n Je vous avertis que M. de La Croix est prêt 
de mettre sous presse une troisième partie du Roman 
Comique,que M. Scarron a commencé si galamment ». 
Préchac de La Croix prit on effet un privilège, le 13 février 
1664, mais la première édition de son oeuvre n'est pas 
connue. On en voit indiquée une de 1G70, Paris, chez Barbin. 



APPENDICE 393 

Une autre parut à Lyon, chez Thomas Amaury, qui publia 
V Estât de la poésie française et latine 1694, in-12, signé 
Pherotée de La Croix (1). 

Je me borne à renvoyer à Fournel au sujet de ce qu'il dit 
des autres suites du Roman Comique et du Roman Comique 
mis en vers de Le Teilier d*Orvilliers (publié à Paris, chez 
Christophe David, en 1733), ainsi que du Ragotin ou le 
Roman Comique^ comédie en 5 actes, en vers de La Fon- 
taine et Champmeslé (1684) , qui fut jouée surtout sous 

. le nom de Champmeslé. 

Après ces quelques lignes sur les suites du Roman 
Comique^ il me reste à dire un mot des ouvrages qui dé- 
rivent de lui, qui ont été inspirés par Tœuvre de Scarron 
et représentent la vie des comédiens, ambulants ou non, 

. depuis la seconde moitié du XYIII® siècle jusqu'à nos 
jours. J'ai parlé ailleurs de la Relation d'un voyage de 
Copenhague à Brème, en vers burlesques, par Clément (2), 
(Leyde, chez la veuve de Daniel Bosc, 68 p. in-12, 1676), du 
Voyage à Guibray (3), ou les Aventures des princes de B*"' et 

(1) Paul Lacroix a fait ressortir ce qu'il y a d'énigmatique 
dans ce personnage, qui veut trancher de l'auteur, qui a peut- 
être été comédien lui-môme et serait profondément oublié s'il 
n'avait pas pris la défense de Molière. — Le 13 juin 1678, le sieur de 
Préchac prenait un privilège pour Timpression d'un livre intitulé 
Yolande de Memne, daté du H novembre 1677. 

Voir aussi Roman Comique, M. Scarron, nouvelle édition, 4"« par- 
tie, à Londres, 1781, in-^. Il en parut une édition postérieure à Paris, 
chez les libraires associés, 178i, de l'imprimerie de Nyon. 

Je citerai encore la Suite et Conclusion du Roman Comique, par 
M. D. -L. (Amsterdam, et se trouve à Rouen, chez Le Boucher fils, 
et à Paris, chez Pillot, 1771 .) 

(2) Voir 11. Chardon, Un dernier rensevjnement sur Mouchaintjre et 
notes sur les Comédiens de catnpagne au XVII* siècle^ 2i p. in-8, et 
Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, 
1876, p. 162 et suivantes. 

(3) Voir La Troupe du Roman Comique dévoilée, pp. 12î)-i4i. 
M. Edouard Krére, dans son Manuel du Bibliographe Normand, in- 
dique aussi une édition de 1746, in-16, et attribue à un autre qu'Ëustache 
Lenoble ce récit romanesque renouvelé de Scarron. 



C"', pièce comique, avec l'hiatoire du fameux Bary, de 
Fitandrs et d'Atizon (1704, petit in-12 Je 2fti p. el 4 ff. 
ppélitii.). II l'imt citer avant tout le Wilhelm Mcister, oii 
Gœthe a immortnli^é li; portrait de Mignon. M. Emile 
Deschanc], diitis son livre sur la Vte des Comédiens (1) a 
déjà signalé, du rpste, la plupart des imitations du Roman 
Comique (2) (Imit la plus célèbre en- France est sans cod- 
tredit le Capitaine Frncaase de Théophile Gautier (3). Mais 
c'est surtout depuis la publication du livre de M. Deachanel 
qu'il a para, de notre temps , une nuée d'ouvrages sur 
l'odyssée des comédiens, inspirés plus oit moins par l'œuvre 
de Scarron. On sait d'aillenrs f(ueUe place le cahntinage 
occupe dans notro socii^té. On doit donc s'attendre à li-ouver 
de grandes différences entre la peinture do la vie do 
Coquelin ou de Sarah lïernlianit, et celle de Destin, de 
l/andre, de M""» de l'Etoile et d'Angélique, Il y en a d'aussi 
grandes que celles qui apparaissent, d^s le premier coup 
d'œil, si MOUS comparons le style et les alertes descriptions 
du Roman Comique avec le style dû CapHaine. Fracasse et 
l'inoubliable, mais înterminatile, description du château de 
la Misère. 

On a décrit bien souvent ce voyage des comédiens qi 
recommence sans cesse. Mais ils ne le font plus juchés sur 



(1) V. l*ariB, llacliette, s. d. in-l-2, toute la première partie p. 7-107. 
V. f'ouriiet, dans son introtluction an roman de Scarron, h fait aussi 
la revue des divers ■ Romans Comiiiucs n. 

(2) On peut aussi, à propos des ouv]'ii|;es uiiquissant lu vie des 
persoiina^'es de tlii'iUi'C, rappeler Eloniire lnjpoconilye , les Aven- 
tures ile \a Giiériii, \n Vie île HenfinIteSylvie de Molii-re, it^iivres 
restées lidéles à lit IraiJilioii de Scarron, que Le Sage se donna 
plus taixJ bioii «ante d'oublier duiis son Gil Blas. Voir aussi le 
Nouveau Bagolin ou t'Astaitt du Moulin, pcwina liéroï- comique en 
3 cliaiiU. {Paris, 1822.J 

(3) On doilaussi à Tliéopliite (iuutiur ini loux portrait de ï^carmii, 
qu'il a inséré dans ses Groiesitues, 



APPENDICE 395 

la charrette, qu'a si bien décrite Scarron h leur entrée au 
Mans, mais dans les trains express et sur les steamers, qui 
les promènent à travers le monde, ainsi que le montrent 
Les i^yOOO lieues de Tète de Linotte. 

Je citerai parmi les auteurs qui ont tenté de recomposer 
Toeuvre de Scarron, mais sans parvenir à l'imiter, Jean 
Monet, Su2^pléynent an Roman Coynique ou Mémoires pour 
servir à la vie de J. Monet, Londres, 1773, en deux parties ; 
D'Orvigny, Le nouveau Roman Comique, Voyages et Aven- 
tures d'un Souffleur. Paris, 1801, 2 vol. in-18 avec figures ; 
La Tournée de Pierre Thomas, où l'on voit ses aventures, 
celles de sa femme, de Charlotte Vanda, Mademoiselle 
Georgette, récit fait de façon gaillarde, a dit Sarcey, et d'un 
style courant, mais portant l'impression de tristesse que la 
Bohême traîne toujours après elle. Le Roman Comique du 
Citât noir, de Gabriel Montoy, récit humoristique, publié 
chez Flammarion, des tournées entreprises par Rodolphe 
Salis, le célèbre barnum montmartrois. Il y a peu do temps 
la Revue de Paris du lo-^juillet 1900, p. 199-21 i publiait le 
Roman Comique d'un musicien allemand au XVII° siècle 
et en 1901 dans la même revue, M. Lebreton, dans une 
notice sur Pigault- Lebrun, ïnontrait ce qu'il y a de Roman 
Comique dans sa vie et de Tesprit do Scarron dans son 
œuvre. 

Il n'est guère de romancier un peu fécond qui, de nos 
jours, n'ait esquissé une peinture de la vie des comédiens. 
Je ne citerai que les plus connus et ceux qui sortent de la 
manière de Paul de Kock : Hector Malot dans Zyte, Jules 
Claretie dans Brichantean comédien, etc. M. Paul Ginisty 
aunonçail hier, comme devant paraître dans la Bibliothèque 
théâtrale illustrée, publiée sous sa direction, un ouvrage 
qu'il intitule d'avance Les Comédiens, 

Au-dessus de ces œuvres de notre temps, j'en place 
cependant une qui leur survivra. Depuis plus d'un demi- 



396 



siècle qu'elle a paru, elle n'a pas vieilli, et elle est aussi jeune 
que le premier jour. Je veux parler de la comédie des Sallim- 
banques, qui fut jouée pour la première fois en 1838. Aussi 
l'iEUvre de Dumersan et Varin n'est-elle pas celle qui s'est 
le moins inspirée de l'esprit de Scarron ? 



APPENDICE 397 



RAPPORTS DE L'ÉVÊQUE DU MANS, CHARLES 
DE BEAUMANOIR ET DU COMTE DE BELIN. 

J'ai longuement parlé, tant dans ces études que dans la 
Troupe du Roman Comique dévoilée et La vie de Rotrou 
mieux connue et la Querelle du Cid du comte de Belin et 
de son ami Tévèque du Mans, Charles de Beaumanoir, tous 
deux protecteurs de Scarron. Voici un acte Jh 10 janvier 
4634 qui montre quelle était Tintimité de leurs rapports et 
comment François d'Averton venait en aide à la famille de 
son ami(l): 

« 10 Janvier 1634, Pardevant nous Jacques Gautier, licen- 
cié en droit, notaire royal au pais et comté du Maine, 
pour la résidence de la ville et quinte du Mans, y demeu- 
rant paroisse et forbourg de Saint-Vincent, furent présents 
en leurs personnes: Jean-Baptiste-Louis de Beaumanoir...., 
M»*" Charles de Beaumanoir, évoque du Mans, abhé de 
Beaulieu et de Saint-Ligaire, d'une part, et d'autre part, 
hault et puissant seigneur messire François d'Averton, 
chevalier des ordres du Roy, seigneur comte de Belin, du 
bourg d'Averton, La Fontaine Segreal, du Pail, Orthe, 
Chasseguerre, Girard , Pierrepont , Vaulx-en-Belin , baron 
de Milly en Gatinais et demeurant au Mans, Ainsi soit 
que le seigneur de Beaumanoir eut désiré récompenser la 
charge de lieutenant du roi es provinces du Maine et que 
lui et ses parents eussent prié M. de Belin de lui faire trou- 
ver deniers par prest ou rentes à cet elTet, sous promesse 

(1) J'aurais pu citer une quantité d'actes inédits ayant trait aux 
Beaumanoir, mais cos pièces n'ont pas de rapports avec Scarron. 



398 AP1>E.VI)ICE 

de toute asseurauce d'acquitter M, de Belin, le 10 

juillet 1632, a passé procure devant deux notaires du Chat^- 
telet de l'aiis, pour prendre d'un ou plusieurs créanciers 
jusqu'à la somme de 24,000 livres tournois à rente ou autre- 
ment îi Guy Cailly, qui par doux coutrats du 17 juillet 1632 
a pris rente de M. Charles-François Talon, docteur en théo- 
logie, curé de Saint-Gervaia à Paris, 12,000 livres, et de 
noble homme M. Jacques de Fila, avocat en parlement, 
pareille somme, pour en faire 'a chacun 750 livres tournois, 
total quinze cent livres de rente. Les quelles 24,000 li\Tes 
ayant au même instant été délivrés au seigneur de Lavar- 
diu, il auruil promis au seigneur de Belrn, acquitter, de 
l'effet des ditt contracLs et asseurance de paiement et pro- 
mis l'aire intervenir et utiliger vers lui l'évèque du Mans, 
messlre Claude de Beuumanoir, vicomte de Saint-Jean, 
baron de Varenncs, Ctroussiére et autres lieux, dame 
Renée de la Chapelle, sa femme, et dame Catherine de Lon- 
guevul, dame du Ilault Buis, veuve de messire Jean de 
Beaumanuir, vivant cliovalier, baron de TuimÎ, solidairement : 
n N'ayant icelui baron satisfait, le dit seigneur de Belin 
dfisiroit le poursuivre, alln d'ubleoir paiement et pour le 
faire obliger, pour k quoi satisfaire l'évÔque du Mans et le 
baron ont prié et requis messire Jean de Chevrière ..... 
beau-père de Jean-Baptiste-Louia de Beaumanoir, vouloir 
entrer en la dite obligation d'indemnité vers le seigneur de 
Belin au lieu et place du dit seigneur vicomte, ce qu'il a 
accepté, se taisant fort de sa femme, et promet payer dans 
4 ans à compter du 17 juillet 1032, le dit baron s'obligea nt 
acquitter son beau père de tout l'eflet de la présente inter- 
vention. 

Signé ; J. Baverton, Charles, évesque du Mans. » 



APPENDICE 399 



VI 



LES PRÉVÔTS ET LES LIEUTENANTS DE PRIÏVOTS 
PROVINCIAUX DANS LE MAINE. 

On n'a rien écrit jusqu'à ce jour sur les prévôts provin- 
ciaux du Maine, de môme que sur la plupart des sujets 
intéressant Thistoire générale de cette province. Il serait 
cependant curieux de connaître la série de ces « officiers 
du roi » y ayant commandé la uiaréchaussé» et de suivre 
les transformations qui ont été successivement apportées à 
leurs fonctions. 

Un édit daté de Fontainebleau (mai 1555) porta suppres- 
sion de Toffice de lieutenant-criminel de robe courte et créa 
un office de prévùt-criminel provincial, deux offices de 
lieutenant et un office de greffier, et seize arcbers au pays 
du Maine avec règlement de leurs fonctions. En mars 1559, 
à Amboise, nouvel édit rétablissant les offices de lieulenant 
de prévôt et huit archers au Maine. En mai 1594, autre édit 
portant création d'un office de lieutenant-général du prévôt 
des maréchaux de France, au Mans. 

Le 23 décembre 1597, à Saint-Germain, déclaration por- 
tant attribution au lieutenant du prévôt des maréchaux de 
France au Maine, de la qualité de prévôt, et h La Flèche, 
création de six ofiices d'archers, outre les dix déjà 
existant (1). 

En 1562, le grand prévôt de la maréchaussée du Maine, 
René de Richot, était huguenot. Après sa mort, en 1569, à 
son retour d'Angleterre, Charles IX donna sa charge au 

(1) Voir Compilation chronologique^ abrégé des ordotinances du rot, 
par Guillaume Blancliard, 1 vol. in-fol. 1715, ff»» 733, 812, 1255, 1313. 



400 APPENDICE 

aieur des Chapelles. Au temps qui suivit la mort Hé 
Henri III, le prévôt des maréchaux était le sieur de la 
Grange, dévoué aux intérêts de la IJgue (1). Les royaux le 
teinplacèrent temporairement par Laurent Maan, sieur de 
la Perrigne. 

Enfin, Henri IV nomma grand prévôt du Maine Jean 
Frôarl, appartenant à une famille originaire de Laval, qui se 
maria nu Mans en 1589, h Madeleine Lemaire, fille de René 
Lemaire, lieutenant-général di- la sénéchaussée, et belle- 
sœur du lieutenant-général Fran^,'oifi Le Vayer, sieur de la 
Timonière (2). 

Après la mort prématurée de Jean Frêurl, il eut pour 
successeur Claude Barbe, seigneur de la Forlerie qui, avant 
1630, devint conseiller du roi, trésoriei'-général des finances 
de la généralité de Tours et fut remplacé dans la prévôtâ 
par Daniel Nepveu, le contemporain de Scarron, qui a pro- 
noncé son nom dans son livre et dont la femme « madame 
la prévôté » fut enterrée en l'église des Pères Cordeliers le 
28 juin 1058. 

Celui-ci eut pour successeur Daniel Nepveu, marié h Marie- 
Renée de Courcelles, qui vint après lui comme prévôt provin- 
cial k la fin du XVtl" siècle. Il cul pour successeur son fils, 
Daniel Nepveu, sieur des Etrichés, dont le parent Pierre 
Nepveu lut aussi lieulenanl-criminel au Mans. La charge de 
prévôt provincial était héréditaire dans la famille. Nous 
trouvons encore après Daniel, comme étant revêtu de cette 
charge, son fils Jacques Nepveu dès 1714, 

En 1722 il est qualifié du titre d'ancien prévôt provincial, 
lieutenant de la maréchaussée générale de Touraine. Le 6 
septembre 1721 avait été dressé son contrat de mariage 
avec Louise-Françoise Lema^^jjn de la Corndiière. En 1730 

(1) Voir les Procès- ucf baux du conneit de la Ligue an Mans an 158!). 
(Archives niunicipates du Mans, n° 127.) 

(2) Voir H. Chardon, Amateurs et Collectionneurs 
frères Fréart de Chanlelou, 1867, în-8, p. 10 et suiv. 



A1»PENDICE 401 

nous trouvons Daniel Nepveu, sieur des Etrichés, prévôt 
provincial du Maine, marié à Madeleine Vaigreville. Sa 
femme était veuve en 1743 et faisait son testament le 4 juil- 
let 174(). On peut consuller sur cotte famille les Mémoires 
du chanoine Nepveu de la Manouillôre. 

11 serait intéressant de dresser une liste analogue pour 
la série des différents lieutenants du prévôt. Mais nous 
avons vu qu'il y en avait eu jusqu'à trois en môme temps 
dans le Maine, au temps de M. de La Rappinière, le sieur 
Nourry de Vauseillon. A cause de ce nombre il serait diffi- 
cile de dresser pour chacun d'eux une suite exacte. J'en ai 
d'ailleurs fait connaître un bon nombre. Pour ne pas risquer 
des erreurs, je préfère m'abstenir, pensant que ce que j'ai dit 
sur l'époque contemporaine de Scarron, suffit pour satisfLiire 
la curiosité des lecteurs. 



26 



API'BNniCK 



tCGAIL UV. LA TAILLK AU MANS 

Diin» leti documente but la Fronde au Man» en 1649, fi 
propos des impositions dont furent Ij-appés Ins habitanis du 
Mans pour l'entretien des troupes du marquis de iavzé, j'ni 
parlé de l'égail de la taille, qui fut fait alors sur les Man- 
ceaux. Voici un exemple inédit dccet i5gail,faitendécemlire 
1660 sur les habilanls de la paroisse Saint-Pierre-l'En terré 
du Mans, extrait inédit des minutes du notaire Foumior. 

« Égail et département fnil sur les habilnnta de la pa- 
roisse Saint-I'ierre-l'Enterré de la ville du Mans de ia taille, 
taillon, subsistance, ustensiles et autres deniers, ordonnés 
estre levez sur les habitants en l'année présente 1660, con- 
formément aux commissions des dernier octobre 1659, 
15 mars et 13 septembre dernier , signées Morand et 
Gratfin, le tout revenant h la somme de 759 livits 7 sols, 
y compris 52 livres 1 sol 9 deniers, pour le mauvais dû de 
Charles le Masson, vivant s"" de la Cornillfre. Ledit égail fait 
par M" Maihurin Le Doindre, sieur des Binières et François 
Fouqué, s' de Launay, collecteurs nommez pour cet effet : 

M' André Loys, avocat, 20 livres. 

Renaud, horloger. 

M"" Charles Le Tourneur, c", 37 livres, 

.lullien Gougeon, 34 sols. 

Jean Jaquelin, 27 sols. 

Jean Berault, 23 livres 10 sols, 

Jullien Chevalier, 23 sols. 

M" Noël Duval, avocat, 34 livres 10 sols. 

Mathurin Véfillard, 9 livres 5 sols. 

M. Mathurin Leboindre, s^ des Binières, 25 livres. 



APPENDICE 403 

M® René Levayer, conseiller, 37 livres. 

La v^ Leballeur, 47 livres. V" Leroy, 41. 

La vo Sevin, ÎW livres. 

La V" M"" Anïellon, 10 livres 15 sols. 

La ve Quetin, 6 livres. 

La vo Bourée, s»" de Réveillon, 40 livres. 

La veuve Pichon, 3 sols. 

Exempts payans, 

M*" Marin Amellon, c^^*', 26 livres 10 sols. 

M. Anthoine Pousset, président à la prevosté 24 liv. 10 sols. 

Exempta. 

M. François Levayer, prebtre curé. 

M"^ Thomas Hubert, prebtre curé du Grand-Saint-Pierre. 

M»" René Lair, officiai du Mans. 

M"^ Guy Besnard, prebtre sacriste. 

M' Maurice Cosné, prebtre. 

Daniel Nepveu, écuyer, provost provincial. 

M. Marin Amellon, prebtre. 

M. Amellon, lieutenant criminel en l'élection. 

M. Jean Vaigreville, elleu. 

M. Charles Levayer, elleu. 

M. Claude Chappelain, advocat du roy en ladite élection. 

La v*-* M"" Jacques Belocier, s*" de Maulny, receveur des 
tailles. 

Magdelon Vahays, écuyer. 

M. René Bolet, conimis en la recepte des tailles. 

M. Franc. Amellon, procureur du roy en Felection. 

Les présents taulx et roolles arrestés par lesdits sieurs 
Leboindre et Fouqué, devant M" Jean Fournier, notaire 
royal, 26 décembre 1660 » (1). 

(1) Le présent égail comprend cinquante-deux personnes, plus les 
exempts^ en tout soixante-neuf chefs de familles. 



WO APPENDICE 

Uon de ces actes eut Heu le deiiiier octobre de la même*" 
annéa (i). 

Suivirent ilt; prùs (2 novembre) les provisions de l'archi- 
diaconé do Sabk^, faites en fuveiir de Costar par l'évdque ; 
la miirl. de Mathieu Chereou l'avait rendu vacant. Costar fut 
instolié par les chanoines et prit possession dès le 3 novem- 
bre, Les actes furent insinui^'S le 14 novembre 1649 (2). 

La inanne des bénélices continuait k tomber pour lui : les 
provisions de la cure de Siiint-Hilaire dn Mans, vacante par 
la njori de Jacques Marsiiull, lui furent conférées le 
6 décembre. Le 7, il donnait procurulion devant Fontaine 
de prendre possession en son nom; cette procuration fut 
passée au manoir épificopal, et possession fut prise le 8 du 
mfcme mois (3). 

Dès le 15 juin 1650, les chanoines lui donnent acte d'avoir 
parfait sa premit^re et rigoureuse résidence. 

El la munni! tombait toujours, Le 29 novembre 1652, les 
provisions de la cure de la Bazoge des Allons furent données 
i vi'-iK^rable et circonspect Pierre Costar, prêtre, docteur en 
tliéulo^ie. par l'évôquc son ami. — Le 3 décembre devant 
le notairg Fontaine, ati manoir épiscopal, il donnait pouvoir 
de prendre possession eu son nom. La prise eut lieu le 
10 di'cembre de la même année (4). — Ainsi que lo montre 
Girault {5>, il résigna sa cure de la lla/.oge des Alleus : la 
résignation eut lieu deciino kal^ndas junii (le 21 mai), 
moyennant rétention de la pension sur ladite cure de la 

(1)27" fËfliïd'e des Tiuinuations ecctéiiastiqtici, fol. 50. et Vie de 
Costai; p, 72, 

|2] 27' rcgittre Jes Inginuatiotm ecclésiastiques, fol. (iO, el Vie de 
Costai; p. 72. 

(3j 87' regittre des Iitsinvationis ecctêiiastiyues, f° 85, Au f° -lOii du 
même registre, on trouve une autre i;ellutloi), du dernier décembre, 
laïta à Paiii|uet, 

(i) ?S* reijislre dei Intiniialiona ei-clêsiiisliiiitei, \i. 208. 

(5) 3S' legintre des Insinualians ecclésiastiques, p, ttiW, et Vie de 
Costar, p. 75. 



APPENDICE 407 

• 

Bazoge à son profit. La provision de cette cure fut donnée 
le 14 septembre à Guillaume Langlois, prêtre ; l'acte fut 
insinué le même jour. 

Girault a soin de nous dire que Costar pensait entre 
temps aux membres de sa famille. Le 21 mai 1655, eurent 
lieu les provisions de la cure de Saint-Germain d*Arquenay 
en faveur de Gilles Coustar^ son neveu, prêtre du dio- 
cèse (1). On sait par le même Girault qu'il obligea Pauquet 
à résigner une de ses cures en faveur d'un de ses parents : 
c'était son neveu François Cosiar. On trouve, en effet, dans 
les Registres des Insinuations cette résignation et la prise 
de possession de la cure par François Costar, qui eut lieu 
le 19 novembre 1656 (2). 

Le 25 avril 1659, la cure litigieuse de Bessé, après rési- 
gnation par Jean Girault lui-même, fut conférée au même 
François Costar, qui fit insinuer la dite collation le 19 mai. 
Un mois avant de mourir, Costar résignait ses bénéfices à 
Pauquet : Jean Girault nous a raconté toute la scène de 
comédie qui se passa alors devant le lit du malade (3). 
Costar mourait, gorgé de bénéfices par son évêque le 13 
mai 1660 (4). 

(1) 20* registre des Insinuations ecclésiastiques^ p. 75. 

(2) Ut suprà, p. 192, et Vie de Costar ^ p. 22. 

(3) Voir SO^ registre des Insinuations ecclésiastiques, p. 96, à la date 
du 9 juin, ce qui a trait au testament de Costar, — p. 97, ce qui a trait 
à du Gué, — p. 110, ce «pii se rapporte probablement à son médecin du 
Chesnay, — p. 126, ce qui concerne son laquais, le petit Nau, qui 
portait le même nom que l'abbesse d'Etival. (Sur Nau, voir Vie de 
Costar j p. 126. Girault y cite les vers que Costar fit pour son petit 
laquais). 

(i) Voir sur Costar Tabbé Fabre, les Ennemis de Chapelain, 
p. 158-190; — H. Chardon, du rôle des poulardes dans V histoire littéraire 
du Maine; — Paul d'Estrée, une Académie bachique au XVI 1^ siècle, 
dans la lievue d'histoire littéraire de la France, t. II (1895), pp. 491-522. 

On voit (|ue Mgr Philbert de Beaumanoir, ainsi que je l'ai dit, proté- 
giîait les gens de lettres. En voici une nouvelle preuve tirée d'une lettre 
de Chapelain à mademoiselle de Scudcry, que n'a pas connue l'auteur 



408 APPENDICE 






De Costar, passons à son triste domestique, Louis Pau- 
quet. 

de la brochure sur Chapelatn bénéficier dans le Maine et qu'a publiée 
le Bulletin du Bibliophile. 

« Mademoiselle, 

« Comme je scay que vous avez eu autrefois grande liaison avec 
M"" l'evêque du Mans et que je dois supposer qu^elle dure encore où il 
faudrait croire qu'il seroit moins honneste homme qu'il n'en a la 
réputation, j'ay pensé qu'il me seroit avantageux qu'un petit intérest, 
que j'ay et qui dépend de luy, passast par vos mains pour luy faire 
faire la chose que j'en attens de meilleure grâce et avec plus de 
chaleur qu'il ne feroit peut estre pas sans cela. Mi*« de Longueville 
m'a fait l'honneur de me donner un petit bénéfice qui est à sa nomi- 
nation et dont elle m'avait pourveu d'elle mesme sans quelques ver- 
sions qui l'en empeschent et dont je vous entretiendrai. Mais comme 
elle veut que je jouisse de sa grâce elle a pensé de me faire con- 
férer ce bénéllce par M' du Mans, sitost que les quatre mois seront 
expirés dans les quels elle pouvoit me le donner sans luy. Elle lui 
en escrit pour cela et le paquet qui accompagne ce mot et sa despéche 
les quels je vous supplie de lui envoyer par la voye la plus seure et 
la plus pronte que vous pourrez avec un mot de votre main sur le 
mesme sujet, dans le quel vous pourrez dire de moy ce que vous en 
croyer et ce que vous n'en croyer pas à mon avantage et surtoust que 
comme vous me connoissez je scay bien reconnoistre mes obligations. 
Il sera à propos aussy, s'il vous plaist, de luy tesmoigner que vous 
prondrcz paît à la giàco (jii'il mo fera olde Iny dire qui* je ne suis |)as 
icy et (|ue M"*' dit Lougue\ illi? nie veut faire ce ijieu pour ressentiment 
de mes services, sans ([\w jeu saclie encore rien, (^ela est alin (|u'il 
ne trouve pas estrangc (pie je ne luy en escrive [)oint et (pi'il cioye 
davantajjfe ([ue M"'- de LonuMievilIe le désir(» c(nnme elle le faict en 
effet. .le ne vous fais point d'excus(» (h* ma j)rièi"e sachant la ^^'iiêrosité 
d<} voslre àme. .Ii' vous supfilif seulement (]ue si vous n'estiez t>as 
en estât avec luy de me rendie cet oflice. de me voiiJoir renvoyer av<x: 
mon paipiet îmssist(;)l, alin cpie je l'envoyé par une autre V(.)ye. 

H Je suis mademoiselle, 
'< Vostre ti'ès hundile et très obéissant serviteiu', 

C/ia]iclain. 

i< .le Vous su|)plie de ne parit^r de ceey à ipii rpie (^e soit, car il 
importe de tout (]ue la cliosi.' ne soit j)oint éventée, .le baise tivs 
humblement les mains à. M. vosli'c frère. • i;Voir Bnllelix du Bihlio- 
lihilc, 1S72, p. VIS.) 



APPENDICE 4()9 

Je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit, dans la vie de Girault, 
du premier bénéfice que Pauquet obtint à Saint-Calais. 

Le 11 janvier 1651, maître Louis Pauquet, clerc du dio- 
cèse de Beau vais, demeurant au manoir épiscopal, était 
pourvu de la cure de Saint-Bié, vacante par la mort de 
Pierre Dussault, par le grand-vicaire René des Chapelles. 
Le 12, devant Fontaine, notaire royal au Mans, il instituait 
un procureur pour prendre possession de cette cure. Elle 
fut prise le 13 et les insinuations furent faites le 16 (1). 

Peu après, lui étaient accordées, en vertu d'une signature 
apostolique, les provisions de la chapelle Sainte-Anne, en 
Téghse cathédrale du Mans, vacante par la mort de Michel 
Broust. Les pièces furent immédiatement insinuées le 19 
mai (2). On le dit dès lors pourvu de la prébende de Téglise 
de Saint-Calais, de la chapelle Sainte-Anne ot d'une chapelle 
des Quinze-Vingts. En 1651, le 19 juillet, dans un mande- 
ment de Costar, archidiacre, où il figure avec la qualité de 
son secrétaire ordinaire, il est aussi dit prieur de Granzai. 

Le 27 novembre 1652, en vertu d'une signature aposto- 
lique obtenue le dernier septembre précédent, révéffue le 
pourvoyait de la cure de Thorigné. Le 3 décembre, il doimait 
à un procureur mission de prendre possession, ce qui eut 
lieu le 11 du même mois. 

Le 3 août 1653, nouvelle provision en laveur de Pauquet : 
il était pourvu par le grand vicaire des Chapelles de la cure 
de Saint-Aignan, dépendant de l'abbaye de Saint-Laumer de 
Blois, vacante par le décès de Julien Piau. Le 9 août il 
instituait Jean Lousier, notaire royal à Saint-Aignan, pour 
prendre possession ; elle fut prise par le curé de Souligné. 



(1) ^7* registre des Insinuations ecclésiastiques^ p, 342, — Pauquet ue 
resta pas longtemps en i>ossossion (Je cette cure : il la résignait le 
11 avril iroi, à GeofTroi Bellaillé. Ubid. p. 39i). 

("2) !27* registre des Insinuations ecclésiastiijues, p. TW) v®. - On a vu 
que celte chapelle fut pour lui l'objet d'une contestation, bientôt 
apaisée, avec Jean Girault. 



■410 Ari'ENIîICE 

Le 19 novembre i653, i'^vôtjoe donnait des provisions dé'" 
lu cure (le Gesvres îi Pauquet, clerc tonsuré, demeurant au 
manoir épiscopal, paroisse Saint-Ouen. Le dernier jou^ du 
mois, devant le notaire Foiilaine, il doiinail procuration 
d'en prendre possessiou (1). 

IdO '1 mars 1655 eurent lieu, do sa part, les n^signations 
qu'a meiilionntiniS Jean Giraull. Dès Ip 1"' de ce mois, devant 
Claude Agin et Michel Jeudon, notaires apostoliques, il 
donnait procuration pour résigner en son nom, entre les 
mains du Pape, les prieurés de Snint-Vaize de Granzay et de 
Saint-Léger (de l'ordre de saint Benoit), au dioc&sc de 
Saintes, en faveur de vénérable maître Jean Dougé, clerc 
tonsuré du diocèse de Luçon, Il est dit dans cet acte, curé 
do Uesvres, pourvu en commande et demeurant paroisse du 
Crucifix (2). 

C'est alors qu'il entra dans les ordres. « Il avoil quarante- 
sept uu quarante-huit ans, dit Cirault (3). quand il prit les 
premiers ordres et qn'il se fist prestre, sans gurdt-r les 
interstices, par In dispense qu'il en obtint en cour de Rome. 
Ce fut pour se mettre en estât de posséder la cure de 
Saussay, à quatre lieues du Mans, que M. du Mans lui donna, 
en l'obligeant de se défaire, en faveur d'un autre de ses 
domtîsliqucs, {l'un pstit prieuré île Poitou, de cinquante 
escus ou de deux cents livres de rente, dont il l'avoit pour- 
vu, dès le temps qu'il estoit dins ! i relrnte en son abbaye 
de Saint-Liguaire. » On tiou\e, en effet, au ?9' registre 
des inaimtalioHS ecclésinstiques, a la dite du 8 mar^ 1655, 
la collation et la provision faites le l"' « en fa\eur de Pau- 
quet, prêtre s de la cure de l église paioi^siale de « Saucé », 

{{) 37' reijislre des IiuiiiHalioiii LCtUsiatliques p 3G9 ï° — C'est 
iluiis ce registre (p. 44ô) iiiic se lraii\c 1 irisimiatiuii des capacités de 
Louis ilii Coiidray, dont parln Jeiii < iriiilt 

(2) 99* ittjistra des Insinuations i!ii.ksiastiqiif! ] Itl et Vie de 
Païu/uet, p. 147. 

(:!) Vie de Pauqtiel, p. 147. 



APPENDICE 411 

• 

qui lui appartenait et qui était vacante par la mort de Nicaise 
Noël, prêtre. Le procureur de Pauquet, Charles Rochereau, 
notaire en la cour épiscopale du Mans, paroisse Saint- 
Benoît, prenait possession, lui présent, le 3 mars de la 
même année (1). 

Peu de temps après, Pauquet cédait la cure de Saint- 
Aignan à M^ Silvain Gaudon, qui l'avait obtenue à Rome en 
vertu d'une signature apostolique du dernier février 1655 
et la cédait bientôt à René Poussé. L'insinuation de ces 
actes eut lieu le 26 mai (2). 

Le !<»'' juin 1655, Pauquet obtenait du vicaire général, 
René dos Chapelles des provisions pour la cure de Saint- 
Julien-du-Terroux. Devant Jacques Gautier, notaire aposto- 
lique, il donnait le 22 juin pouvoir de prendre possession 
en son nom, ce qui fut fait le 26 (3). 

Le vendredi 31 août 1657 avait lieu la collation de l'une 
des chapellenies de Saint-Georges (de l'église Saint-Julien), 
vacante par s\iit(» de résignation, à Louis Pauquet. La pré- 
sent atiorï en avait été faite par vénérable Pierre Costar, 
archidiacre de Sablé, René Lair, archidiacre de Chûteau-du- 
Loir, et Jean Girault, i)rêtre et chanoine prébende. Le 28 
novembre il la résignait, devant Jacques Tocciuelin, notaire 
royal au Mans, et elle était conférée le 7 décembre à Jean 
ChevaHer (4). 

Le 18 novembre 1655 il avait résigné en cour de Rome la 
cure de Gesvres en faveur de François Costar, sous-diacre 
du diocèse de Paris, à cpii René des Chapelles la conférait 
le i février 1656. Mais Pauquet avait eu soin de retenir une 
pension sur la dite cure, [)ar un acte du 20 novembre 1655. 
Les insinuations en furent faites le 2 avril 1657 (5). 

(1) t>0* registre des Insinuations ecclésiastiques, p. 20. 
C2) f}0* reffistrc des Insinuations ecclésiastiques ^ p. 40 v«. 
\t\) ^0* reifistre des Inainualimis ecclésiastiques, p. 4î), v«. 
[■%) Voir retfistre du Chapitre B 17^ |)p. 123 cl 134. 
(5) !29^ registre des Insinuations ecclésiastiques, p. 192. 



413 Ari'ENfUCE 

Après ]& mort, en mai 1660, rie son patron Costar, qui Ini 
CD «Tuit fuit lu transmission de la siogtilitïru tnçoii rpi'ii rap< 
portée Girault, Poiiquel se Iroiiva ftncoi-e [lonrvu tic hûnù- 
flceg plus hnporlniita, 

L'évèejui! du Mans, le '20 mai lOflO, (513111 îi Paris, coiif<:-i-ail 
h PauqiiPl l'église de Niort, vacante par la mort de Costar. 
t/arcbiiliaci'c i]e PosâiLis, te 8 juin munduil du Mans, de le 
mettre en poKEossîuu le môme jour, devant Jacques Giiullicr, 
licencit^ en droit, nntairi; apo»toliqn(> nu Mans, puruisee 
Saint-Vinccnl, Louis i'umiucl, pourvu pur l'iivi'que, demeu- 
rant paroisse du Crucitls, nntnmait son procureur pour 
prendre possession en pri^sence de vénérablo et discret 
M- Jean (UrauUf prêtre, elianoino du Mans, et lie I^uis du 
Guù, lUéU'L'liand. La 15juinouUicu la prise de possession (1). 

En vertu de la résignation en i^our de Rome, rt^^ignation 
fekto sponU et libère œvain tiolario publico el leslibua, de 
ses htSnëfines par Costar en faveur de I-onia Pauquet , 
pourvu de lu dmpL'Ile de Siunte-Margucritc. à l'hApilal des 
Quinze- Vingts, d'une préljendo de lu culli'gialc de Suint- 
Calais et de l'église paroisaiale de Saussay (it de l'église do 
Niort, le 25 join 1600 le grand vicaire H. des Chapelles 
domieil sca lettres de provision de l'urchidiacom^ de ïiublë 
et de la prébende de l'Église du Mans, en favrur do Pauquet, 
qui fut installé le 19 juillet 1000 (2). 

On voit bientôt après la résignation d'une prébende sécu- 
lière de l'église de Saint-Calais par Pauquet, en faveur de 
François Poix, clerc du diocèse, signature apostolique du 

(l)L'uctefiil insinué le "J juillet. Voir 2!»* re'jislve des Insinuai iotia 
c'cclétiastiquei, p. 4K> v°. 

(3) Insinue le X) août. \o\r 30^ reijiiti-e des hismvafions eccfeitasli- 
7iitw, p. 12, el fejjisiie i/ii C/i«pi((i! U 11. IJ. IK. — Voir aussi Jean 
Girault, Vie île Costar. p. fô : ( l'uuquct, uprôs la mort de Costar, se 
trouvait revêtu de plusieurs chapelles ((ii'il avait retirées des cures 
dont il s'étiiiltU'fuil pnurHc mettre RM liroit lie posséder sa prébende 
et R111I nrcliidiaconé, corir»rniéinciit à un airèt du i'arlemeni, qui avait 
déclaré ces liénéllces iiietmipiitibles avec une cure. ■ 



APPENDICE 413 

18 juin 1()61, provision de l'évêque du Mans du 24 mai 
1G()2 ; insinuations du 25 juillet 1662 (1). 

Le 15 novembre 1660, avait aussi eu lieu la collation 
à Pauquet de Tune des chapelles de Notre-Dame des Anges 
ou du Pilier, en vertu de la résignation d'Anselme Guillon, 
prêtre, il est dit dans l'acte curé de Téglise paroissiale de 
Saussay, et chapelain de la chapelle Sainte-iMarguerite dans 
l'église de l'hôpital des Quinze -Vingts , curé de l'église 
de Niort, chanoine prébende de l'église sécuhère et collé- 
giale do Saint-Calais, moyennant échange contre l'église de 
Saussay, cnm dispensalione de pouvoir conserver, sa vie 
durant , son canonicat, sa prébende et son archidiaconé 
dans l'Église du Mans, et ciim decveto que dans le délai de 
deux mois il sera tenu de se démettre de ses droits dans la 
cure de Niort et la prébende de Saint-Calais. Ce que nous 
avons vu réalisé (2). 

Le 20 mai 16()4, il donnait procuration à résigner la cha- 
pelle du Ronceray, desservie en Marigné, paroisse simple 
et sans charge. L'acte est fait et passé en sa présence, dans 
sa maison de la paroisse du Crucifix (3). 

Nous arrivons au temps où Pauquet, endetté par suite de 
sa passion pour le vin, sa fréquentation de la crapule, son 
goût pour les procès, etc., résolut, afm de se tirer d'em- 
barras , de se jeter dans les bras de MM. Hardy (4). 
Il résigna tous ses bénéfices au plus jeune des frères 
Hardy et s'en alla passer quelque temps avec lui à 
Yvré-I'Évêque , juscjuà ce que la résignation fut arrivée 
de Home et y eut élé admise. Girault fait l'éloge de la 
manière dont MM. Hardy s'élaient comportés envers le rési- 
gnataire. Dès le 4 avril ir)G5, Sébastien Hardy, manceau, 
maître ès-arts de la Faculté de Paris, clerc tonsuré, bachelier 

(1) 30* reijistre des Insinuations ecclésiastiques ^ p. 162 v». 

(2) Archives du Chapitre B 17, p. 200. 

(3) 3P retjistre des Insinuations ccclêsiastiqueSy p. 2iO. 
(i) Vie de Pauquety p. 154. 



414 AI'PENDICE 

en tliiWDgie ite l'Université lie Paris, y demeurant rue dé^ 
Sept-Vnies, (laroisse Saint-Eticnno-du-Mniil, nolilînit ses 
dcRTéA et r<>(iu<'-iiiit tics bi'Di^flccti dan» le diocèiof- du Mans. 
Lu mOilic n-quieilion était retiouveli^e par lui en Kîlifi, iin 
mois d'avril, moig réservé aux gradués (i). 

Le 3 décembre 1609, Jean-Renaud Hardy faisait insinuer 
ses capacités ('J), 

I-e ly janvier -ItiTO, maître SiJliastien Hardy l'^lait pourvu 
de In cure do Lombron (3). 

Lo 2!) septembre 1670, ,Iean-nonaiid Hardy, gradué, 
nommé par l'Université de Paris, laissait copie de ses actes 
de capacité aux abbayes du Mcins, au chapitre, fi Itei»'' Lair, 
archidiacre «l utUcial du Mans. Il est dit iachelier formé en 
Itiéologii) de lu Faculté de Paris, gradué nommé par la dite 
Université, y demeurant en t'ahbaye de Saint-Victor. Se« 
lettres de capacité étaient sigii^-s d'Egasse du Boiilay, ciirô 
de Coulombitirs, de ce diocèse, docteur ès-arts, régent au 
collège royal de Navarre, demeurant rue de la Montagne- 
Sainte-'Geneviéve. L'insinuation de cet acte eut lieu le 17 
dûcombi-c 1070 (4). 

C'est sans doute au commencement de 1071 que Pauquel 
lui résigna ses bénéfices. [^ 21 octobre de cette année, 
maître Joiiii-Renuud Hardy, prêtre, archidiaci'p de Sablé, 
donnait des lettres de vicaire, pendant son absence, à maUre 
Nicolas Antin, chanoine, archidiacre de Passais. L'acte était 
dit passé dans la maison de Hardy (5). — Le 14 octobre 
1671 le chapitre, ainsi qu'en témoignent ses registres, avait 
donné sa liberté l\ M, Hardy, archidiacre de Sablé, pour 
aller étudier ii Paris, mais sans pouvoir jouir du pain, du 

( I ) 52» registre des timnualwns ecclésiastiques, pp. 21 ei 2t0. 
(2l 33' registre des Insinuations ccelésiasliqiies, p. 16 v. 
(■i) 33* registre dei Insiniialiona fCcicsia«liV;ues p. 7C v et 90. Voir 
aussi p. Wi. 
[i] 53» registre des Insinuations eeclciiatliques, p. 206. 
(5) 33' registre des Insinuations ecclêstasliques, p. 311. 



APPENDICE 415 

blé, des fruits de la prévôté, ni des distributions manuelles. 

Plus tard, Jean-Renaud Hardy, qualifié de prêtre, docteur 
en théologie de la Faculté de Paris, obtint des provisions 
du prieuré de Saint-Nicolas de la Chartre (1). 

L'aîné des Hardy, je le répèle, avait bien agi à l'égard de 
Pauquet. H était receveur des tailles. Il avait succédé à son 
père, M. Jean Hardy, mort le '25 juin 1650, à trois heures de 
l'après-midi, paroisse Saint- Pavin-la-Cilé, et qui fut enterré 
en l'église de la Couture (2). 

En 1663, Sébastien Hardy reçoit la qualification de 
« noble )). En 1682 il habitait encore la maison de Saint- 
Jacques (3). 

Quant à l'ancien domestique de Costar, il mourut dans sa 
soixante-quatrième année, le 14 novembre 1673. C'était un 
honneur pour le chapitre d'être débarrassé de ce triste 
chanoine. 

(1) 33* registre des Insinuations ecclésiastiques, pp. 3l)-i2 v». 

(2) Dès IfiOi, un Sébastien Hardy était déjà receveur des tailles au 
Mans, paroisse du Crucifix. — .M. Charles Girault et M. Alphonse Callery, 
d'après Un (Histoire de la Comptabilité publique, civile et militaire^ du 
contrôle administratif et judiciaire^ en France au XVII siècle et avant 
les réformes de Sully (Fontainebleau 1878, gr. in-8'^), citent le Guidon 
des FinanceSy de Sébastien Ifardy, receveur des tailles et aides de 
l'élection du .Mans, avec annotations de Vincent Gelée, ouvrage impri- 
mé eu 1631, très rare. Cet ouvrage n'est pas cité par M. Hauréau 
(Histoire littéraire du Mairui, VI, 72). — Sébastien eut pour fils le 
Manceau Claude Hardy, dont les ouvrages ont été au contraire énunié- 
rés par l'auteur de V H istoirs littéraire du 3/aimî. Ami de Descartes, 
Claude le fut aussi de Gassendi. On lit dans la lievue des Questions 
historiques (i''^ iuWiel iSll , j). 22i), que Claude Hardy, conseiller au 
Parlement de Paris, donna ses instruments astronomiques à Gassendi 
(1635) et qu'il prit soin, avec Antoine de la Poterie et Chapelain, de 
l'édition de ses œuvres (Lyon, 1658). 

(3) Girault (Vie de Pauquety p. 155), dit que Pau(|uet se démit de sa 
maison et la fit prendre en charge, en chapitre, à l'aîné des MM. Hardy 
c et par là il se trouva entièrement dans la maison de ces MM. Hardy 
et, il les rendit ni'jîtres absolus de tout ce qu'il avait ». — Plus loin il 
dit que « le logement de Pauquet joignait celui de ces Messieurs i. — 
M. Hardy demeurait en elTet dans la maison de Saint-Alexi^. 



APPKNtlHIK 



IlU RÔLE DES POULAIIIJKS DANS L'HISTOIIiK 
DU MAINE AU XVII" SIÈCLE. 

Il a lih;, au cours lio ce livre, Iiil'ii souvent riiicslion det 
chapona ot des poulardes du Maine. GV'taienl les mcilteuH 
avocats des Manceaiix pendant ia Fronde, aupi-ôs d'An 
d'Auti-icliO, ceux (lu'ib députaient h Paris auprès des" 
mcnibruiï du Purleinrat pour no ftiire bien valoir dans leurs 
aflairca litigieuBes, h tel point qu'il y avait presque toujours, 
dans cette ville, un chanoine ou un membre du consoil de 
ville ctiurgé de dietribuei* des poulnrdes aux puissants du 
jour. Serv'ies sur la lablo do Scarron, grâce aux libéralilt's 
de Co.slar (1), ce dernier en gavait tant les gourmands qvio 
les gourmets gens d'esprit, ijui, [lartis du Maine, faisaient 
l'opinion îi Paris, Aussi peusé-jo qu'il n'est que juste de 
reproduire ici un article que j'ai naguère écrit, en leur hon- 
neur, sur leur rôle dans la société du XVII« siècle. C'est de 
la littt^'ralure <iu'euBseiil gofllée Berchoiix, Brillnt-S;tvariii. 
voire inôine Carême, le cuisinier de M. de Talleyrand et 
Gilles leur fameux arrangeur au temps de Louis XIV. 



(I| Voir enuorusiir Coslar et les chapons du Mans, l'aul d'EslrOe, 
Bévue liltéraii-e française, ISKi, [i. 491-522. — Quant à Scarron je rap- 
pelierai encore de lui ses vers à M*'i« d'Escurs : 

9 Mais je suis sur un bon chapitre 

Et je n'ai pas de compliments 

Si gras que vos clia[>ons du Mans : 

Je le dis et ne m'en puis taire, 

Je le redis et réilùre 

Que, foi d'auteur, je vous répond 

De faire honneur ù vos chapons. > 



SOT 



tMONNK MOHKAU. 



■ite d'Alsi- 
itr« poèltN 
oi}l9 et (les 
nés. 



I 

TlIOMASSE. 



I 

Mahie, épouse 

Jauquics 

RiCHER, sieur 

(le Gni(|:nê. 



Françoise, épouse 

Guillaume 

].EROiNi)RE, sieur 

de lu Cerisaie. 



I 



Gatiexne et les 

Dexisot 
(lu Yeii(l('>inois. 



'.OLSE. 



I 

Michel . 



AMBHOIS 

(le niigotin du 

Roman Comique), 

épouse Anne 

ESNAl'LT. 

I 



. I 

lERRE, 

inouse 

(lAlUE 

kinolî. 
r 



'<J(JISE, 
JUES DU 



; sieur 
Mères. 



I 
Charles, 

sieur de La 

FOUCAUDifeRE. 



Renée. 



I 
René, 

«>pous<' 

L. Du VAL. 



I 
Louise. 



I 

RENftK, 
C|)OUSi.' 

Nicolas 

JOURERT. 



I 

Anxe. 



I 

René. 



I 
René. 



François 



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APPi-INDieE il 7 

Je cède la parole à moi-même, alors que j'avais quarante 
ans de moins — et meilleur estomac qu'aujourd'hui , — 
chose qui n'est pas à dédaigner pour bien apprécier les 
Poulardes du Maine. 

« La table joua un grand rôle au temps de Louis XIV. 
Ne nous en étonnons pas ; ce siècle est par excellence celui 
des gens d'esprit et dans la loterie des défauts à laquelle il 
semble qu'aient dil tirer jadis nos premiers pères, les gens 
d'esprit ont eu pour lot la gourmandise. Depuis ce temps, 
elle est toujours restée leur péché mignon. Dire des Man- 
ceaux du XYII^ qu'ils furent des gourmands émérites, ce 
n'est donc pas en médire, ni les placer en mauvaise compa- 
gnie : je sais même plus d'un Manceau d'aujourd'hui qui, 
à ce compte-là, consentirait à entretenir soigneusement 
chez lui ce spirituel défaut et se chargerait la conscience du 
moins haïssable des sept péchés capitaux, dont Brillât- 
Savarin a tenté de faire une verlu. 

De nos jours où l'art culinaire a dégénéré, le Maine 
serait-il encore aussi bien noté sur une carie gastronomique 
de la France? Je ne sais ; mais alors c'était la terre classi- 
que de la bonne chère, et, on l'a dit, un pays d'élection^ 
môme pour la cuisine. Le Roman Comique, ce portrait peu 
flatté des mœurs de nos ancêtres, mais moins triste (jue les 
grotesques de Callot, n'a gai'de d'omettre ce privilège digne 
d'un pays de Cocagne et nous en donne des preuves h 
chaque pas. « On soupa à la mode du Maine, c'est-à-dire 
que l'on fit fort bonne chère. » — « Ils déjeunèrent à la 
mode du Maine, c'est-à-dire fort bien, » répètent à l'envi 
Scarron et son continuateur inconnu. Je ne parle point des 
autres repas, cependant l'on en faisait au moins quatre et 
l'on restait très longtemps à table ; aussi l'extérieur des 
habitants révélait-il fort indiscrètement leur occupation 
favorite. « Cette province abonde en personnes ventrues, 

27 



418 APPKNnicE 

je laisse aux naturalistes )e soin d'en chercher la raison, 
aussi bien que de !a graisse des chapons du pays. » C'est 
toujours Scarron qui parle ; comment choisir un meilleur 
guide pour explorer les terres de la gourmandise I Pourtant 
9a clairvoyance habituelle tui fait ici défaut : qu'il ait ignoré 
les procédés habiles et peu connus alors grâce auxquels les 
gens de Mézeray savaient si bien engraisser nos délicates 
volailles, on peut ît la rigueur le lui pardonner (1), mais 
qu'il n'ait pas reconnu que le florissant embonpoint des 
Manceaux provenait de leur sympathie pour les poulardes 
et des rapports intimes et fréquents qu'il y avait entre eux 
et elles, voilà ce qui ne fait pas honneur k son instinct , 
d'observateur et de gourmet. Il eut dû voir qu'en recevant 
sur leur sol une race si bien disposée k l'engraissement, 
les Manceaux, ces enlants gâtés de la Providence, étaient 
destinés aussi h no jamais maigrir, et que si lui, pauvre 
étranger, était resté en dépit de tout avec son corps diS- 
charné, c'est qu'il était une de nea organisations rebelles 
sur lesquelles les poulardes ne peuvent pas plus que la 
médecine. 

Mais ce serait folie de médire davanlagc de l'auteur du 
Bontan Comique en parlant des chapons. Il a trop fait pour 
eux et pour leur gloiri? ; chose nire chez lui, il s'esl mCnio 
élevé jusqu'au lyrisme pour les célébrer, témoin ce jour où 
voulant arracher Mignard à l'Italie, aux splendeurs du Vati- 



(1) Ce serait impardonnable de nos jours où l'on peut consulter tes 
curieuses notices de M. Leirone el de M. Simier, un des lauréats, 
ainsi que M. Delouche, de tous les concours de gallinacés. — J'appelle 
indifTércinment nos volailles tléclioiscs, chapons ou poulardes, en 
Taisant remarquer que les chapons dominent au XVIl* siècle, et qu'on 
comprend aujourd'hui sous le nom de poulardes, les gelînes d'autre- 
fois et les coqs vierges qu'on ne chaponne plus. 



APPENDICE 419 

can et du palais Farnèse, il Tamorce et ralTriande en lui 
disant ces simples mots : 

De succulentes perdris 
Et des chapons gras du Mayne 

Te donneront du mépris 
Pour tes mets à la romaine (1). 

Scarron en parlait vraiment d'après son expérience per- 
sonnelle : venu chez nous bien peu de temps après son 
retour de Rome, admis aux meilleures tables, goûtant aux 
sujets de choix, aux pièces les plus succulentes, il était trop 
fin gourmand pour ne pas trouver nos grasses gelines plus 
à son gré que la polenta d'Italie. Plus tard, quand il eut 
quitté le Maine, ses protecteurs virent qu'en dépit de la 
maladie, sa verve continuait à croître avec la saveur des 
morceaux et prirent soin de toujours l'approvisionner d'es- 
prit. Ce fut surtout le rôle de M^o d'Hautefort et de sa sœur 
M"« d'Escars, qui loin de l'oublier après l'avoir fait nommer 
malade de la reine, lui payèrent sa pension, à la mode du 
Maine, en pâtés de perdrix et en bourriches de chapons. 

Aussi leur ancien commensal a-t-il pour elles une recon- 
naissance que rien ne surpasse, si ce n'est celle qu'il a pour 
leurs savoureux présents. Brouillé avec tous les Manceaux, 
il excepte de ses rancunes les fines volailles qui lui ont 
laissé de si délicieux souvenirs, et avec lesquelles il veut 
continuer à vivre en bons termes jusqu'à sa fin. Le Maine 
pour lui est un « séjour hideux, :» mais il a grand soin 
d'ajouter : « n'en déplaise aux chapons ; » les habitants sont 
sa bête noire et il a grand plaisir à s'en moquer, mais ce 

(1) Les mets à la romaine devaient être eu grande réputation auprès 
des lettréSf depuis que Saint-Amant, dans sa Rome iHdicule, n'avait 
respecté de tous les monuments de Tltalie que la polenta au fromage 
et le vin de Montefiascone. 



n'est qu'après avoir rendu ses devoirs et présenté ses ïiom- 
niQges aux poiilapiles, sans quoi sa conscience H sa «liges- 
lion ne seraient pua tranquilles. 

« Or cà, dame Haulefort la belle. 
Vous dirai-je quelque nouvelle 
Iles Mancelles et des Manceaux 
Oe qui les ctmpons sont si beaux... » 

Du reste cette épitro n'est tout au long qu'une satire 
des plue murdantcs des ridicules manceaux. Déjîi, ilans 
le Roman Comique, Scarron s'dtait moqué à loisir de Thii- 
nicur chiclie de nos pures, do lours gens dejustiee, des 
aventures d'auburge et de grand chemin, des soufflets et 
des mêlées, dont un de nos peintres a su si bien repro- 
duire lu cuulcur locale. Des travers les plus saillants il avait 
composé les types impérissables que clmcun sait, et dé- 
chargé sur le Maine une mitraille de gros rires et de gro- 
tesques plaisanteries ; mais dans ses petits vers adressés 
à une précieuse, c'est à coups d'épingle qu'il déchire les 
Mancelles, c'est de sa verve la moins grossière qu'il dé- 
nonce nos fausses coquettes et toutes les hérésies de leur 
ajustement avec aussi peu de pitié que le ferait la femme 
la plus malicieuse et la mieux initiée h tous les savants 
mystères de la toilette. Heureusement ces ridicules sont 
à jamais disparus et les attaques de Scarron porteraient à 
faux ft notre époque. A quoi bon alors les citer! Les 
Mancelles d'aujourd'hui sont devenues de charmants mo- 
dèles d'élégances et ne sentent plus du tout la provinciale. 
Est-ce il elles que vous reprocheriez l'avarice en matière de 
toilette? Les accuseriez- vous de ne porter le velours qu'aux 
bonnes fêtes'? Pourriez-vous encore rire de leurs souliers 
ferrés, maintenant que leurs petits pieds sont enveloppés 
dans de mignonnes chaussures aussi fragiles que les pan- 



APPENDICE 421 

toufles de verre de Cendrillon (i)? Ah! les Mancelles se 
sont montrées fort sensibles à vos reproches, ami Scarron, 
et s'il vous était donné de revoir le Maine, peut-être trou- 
veriez-vous qu'elles se sont suffisamment corrigées î 

Dans les antiques railleries de notre joyeux ennemi, il 
y a une bonne part de rancune, mais disons-le franchement 
il y a aussi un point de vérité. La provmce entière prêtait 
aux moqueries de la cour et de la ville ; une véritable 
révolution s'était opérée, grâce à rinlluence de M™« de 
Rambouillet des salons qui s'étaient créés h Timage du sien. 
On avait appris dans ces aimables réduits la politesse des 
mœurs et du langage, Télégance des manières et du cos- 
tume, la vie de salon, l'esprit de conversation et do socia- 
bilité, voire même les éléments de Tortliographe et de la 
propreté, choses dont on ne se doutait guèrcs au commen- 
cement du siècle. On y remplaçait la grosse gaité par 
Tenjouement, le sans-gène et la gaillardise par la retenue 
et la décence, Bassompierre et Hoquelaure, par Julie 
d'Angennos et M"® de Scudéry. Le Maine où il y avait excès 
de sève gauloise et rabelaisienne eut du mal à se faire à 
ce nouveau régime ; il lui semblait qu'on voulait refor- 
mer sa cuisine, et au lieu de ses poulardes au gros sel, 
de ses vieilles sauces au verjus et ù la ravigote, le nourrir 
de crème fouettée et de parfaits glacés. Il résista et, sauf 
(juelques précieuses ridicules à force d'exagération, il resta 
iidèle à ses traditions. On n'embrassa (jue trop tard les 
nouvelles modes ; aussi lorsqu'arriva ce jeune monde» des 
Racine et des Boileau, il se trouva encore fort en arrière, 
et désigné ([u'il était aux railleries par l(»s attaques de 
Scarron, il dut essuyer un nouveau feu de moqueries, et 
voir dans les vers des jeunes satiri([ues ses ridicules con- 
damnés il l'immortidilé. 

(1) .le ne dis pas cela à |)ro()Os de bottes. 



Le Maille, dès lors, s'enfonçfi de plus en plus dans cette 
mer de plate^ntHrJus, et c'en lïUiit fait de lui sans ses gros 
chapons qui le soutinrent à fleur d'eau. Benucoup drt ses 
travers, grossis par lu leinrips, n'étaient, il est vrai, qu'un 
lieu commun littéraire et du mauvais bruits que les poètes 
entretenaient !i grands frais d'esprit pour y puiser îi discré- 
tion. Pour oux noire pays était une boite de Pandore d'où 
s'échappaient à leur gré tous les dâlauts dont ils étaient en 
quête pour embellir leurs vers et enlaidir rhumunit<5. 
Avaient-ils besoin d'un plaideur acharné, ils avaient toute 
la province sous la main : leur fallait-il une nièce revéclie, 
à allures surannées, un témoin crimplaisant, ils le faisaient 
arriver par le coche du Mans : voulaient-ils rendre un mari 
haïssable, ils le faisaient « roux L-t nmnoeau ». Uref, en 
vers, le Maine n'existait plus qu'îi l'état de ridicule. 

En prose il prenait bien sa i-evanche : c'était une terro 
plantureuse produisant ces grosEPs poulardes nus chairs 
d^ilicates, au fumet délicieux, !i l'attrait irrésistible, et qui 
valaient la peine d'un voyage dans le Maine, bien que le» 
Maaceaux, bonnes gens au fond et point du tout égoïstes, 
en envoyassent au loin de heaux échantillons, faisant venir 
l'eau k la bouche et donnant h tous envie d'en manger. 
Ci-Iiiit ou •■1} pays, riche i^n pibior do louli' ospiVcr, iiiit- 
croissaient, surtout au milieu des genêts des Coëvrons, ces 
perdrix rouges, rivales au moins pour la bonté et la saveur 
des perdrix d'Auvergne ; c'était là encore que mûrissaient 
ces gros marrons que Scarron souhaitait si fort à Ninon sa 
voisine. Toute cette prose-là et surtout les chapons ont 
sauvé le Maine : plus on les accablait de moqueries, plus les 
Manceaux accablaient de bourriches de poulardes leurs 
maigres blasphémateurs (1) et se vengeaient d'eux en les 
faisant engraisser. Ils plaidaieni, j'en conviens, mais ils 

(1) Il est vrai que du Matis il en vient par douzaine. 



APPENDICE 423 

avaient toujours dans leurs poches de beaux chapons pour 
solliciter leurs juges : ils n'avaient que de gros et gras pro- 
cès, c'est vrai, mais ils les façonnaient à l'image de leurs 
volailles (1). Aussi leur pardonnait-on à table, la fourchette 
en main et entre deux morceaux. 

Malgré cela ils faisaient encore parfois des ingrats ; des 
profanes, des gens à gastrite peut-être, en venaient jusqu'à 
mettre les chapons au nombre des ridicules des Manceaux. 
L'avocat général Talon s'opposait à l'établissement d'une 
juridiction consulaire en notre ville, sous prétexte qu'elle 
était inutile puisque notre commerce ne s'étendait que sur 
la volaille. Louis XIV lui-même, à propos de notre sédition 
de 1675 et du pillage de la maison de Blondeau, s'écriait : 
« Il n'y a pas jusqu'aux Manceaux, poulaillers du Mans, qui 
ne veuillent faire pai'ier d'eux, jd Le mot était vif, venant de 
la bouche d'un roi qui avait tant mangé de nos poulardes : 
mais Louis n'était rien moins qu'un gourmet, et ne savait 
pas apprécier à sa valeur ces succulents produits du Maine 
qui brillaient si souvent au grand couvert. Il n'était qu'un 
grand mangeur : ses jours de diète, on lui servait des 
croûtes, un potage avec une volaille et trois poulets rôtis 
dont il mangeait quatre ailes et une cuisse. Je laisse à pen- 
ser ce que devaient être ses repas lorsqu'il n'était point au 
régime. Aussi, lors(|u'on voit le gros menu de ses dîners 
aux lendemains parfois si désastreux, songe- t-on malgré 
soi aux noces de Gamache, ou plutôt à ces festins d'alors, 
de Chapelle et de Bachaumont, où chacun s'empiiïrait à 



( 1) n acliotait sous main de petits procillons, 

Qu'il savait élever, nourrir de procédures ; 
U les empâtait bien, et de ces nourritures. 
11 en faisait de bons et gros procès du Mans. 

(DuFKESNY, Réconciliation normande^ iv, 3.) 



l'envi, et l'on a hâte d'aller «limirer nos chapons sur des 
tables plus délicalcs (1). 

Dion des tables de Paris étaient alors plus fines et mieux 
servies que celle!! de tu cour. C'étaient celles des Manceaux : 
les rois de la table, les vrais gourmets, c'est-à-dire l'élite, 
la Une fleur, le pur lïlixîr des gourmands, c'étaient les 
grands soigneurs du Mnine. Tout le siècle de Louis XIV a 
dîné chez le commandeur de Souvré, ciMe h côte avec les 
princes de lu Gnslronomie, les d'Olonne, les Saint-Evre- 
raont, les Broussin, les Villandry et les grands rieurs, les 
du Lude et les .lamé, deux Angevins k demi Manceaux. 
Tous ces dîners Liaient, on peut le proclamer haut, autant 
d'hommages rendus h nos chapons; c'est là que Ménago a 
dépensé pour eux son plus bel esprit, et dit en l'honneur 
des gelincs de Mé?.eray qu'elles étaient beaucoup meilleures 
que l'histoire de co nom. Quant au marquis de Boisdauphin, 
c'est un des fondateurs de l'ordre des Trois-Côteaux, c'est 
tout dire. FA quelle table j'allais oublier, celle de Me de 
Lavardin, a si friande et si polie », digne de sa haute fortune 
et de la réputation culinaire des Beaumanoir et des Tessé t 
charmant asile do la table, où l'appétit règne sans la sen- 
sualité, où l'on est ami de la bonne chère sans on 6tre 
l'esclave, où la délicatesse ne va pas si loin que le raffine- 
ment des Trois-Cùteaux, où l'on ne s'enivre que de bons 
mots, où l'esprit pétille A toutes les lèvres comme lamtj^sse 
dans tous les verres, car les convives s'appellent Li Roche- 
foucauld, Benserade, M'"" de Coulanges, de Lafayette et de 
Sévigné ! Tout ce beau inonde mange h belles dents, savoure 
avec finesse les mets apprêtés avec science, célèbre avec 

(I) Consuller le Journal de ta tante rfu roi XIV. En voyant le succès 
de cette publication réaliste, on regrette de ne pas avoir le jounial <le 
Bouvard, méitecin manceau de l^uis X1I1, et qui, dans l'espace d'une 
année, lit subir à son royul malade 47 saignées, 2)5 médecines et 
212 de ces remcdea bénins qai menaient M. de Pourceaugnac en fuite. 



APPENDICE 425 

enthousiasme les cuisiniers d'élite, ancêtres renommés des 
Carême et des Beauvilliers, et donne une larme à la mort 
de Vatel. Personne ne songe à faire la petite bouche, pas 
même les femmes. Et pourquoi auraient-elles peur d'un 
léger soupçon d'embonpoint? N'est-ce pas au contraire le 
temps de cette forte et opulente beauté qu'a tant célébrée 
M. Cousin dans la personne de M"»*» de Longueviiie. Regar- 
dez tous ces portraits de femmes du grand siècle, qu'ont 
peints les Beaubrun, Mignard et Petitot, vous devinerez 
que toutes ces bouches friandes n'ont pas impunément 
goûté à nos produits du Maine, et que toutes ces grandes 
dames si différentes des frôles poupées Pompadour du 
siècle suivant, leur ont emprunté une partie de la grandeur 
et de la puissance de leurs charmes ! 

C'est ainsi que la poularde a sa place jusque dans l'his- 
toire des révolutions de la Beauté. Et où faire un pas alors 
sans rencontrer cette gloire du Maine? elle est partout. Nos 
princesses, en portant le goût de la cuisine française à 
travers l'Europe, y portent avec elles le règne du chapon : 
une d'elles, W^^ d'Orléans, la femme de Charles II, se con- 
sole de ses ennuis en Espagne, comme Scarron au Mans, 
en mangeant des poulardes ; c'est pour elle un souvenir de 
France. Elle a trouvé là les andalouses qui ressemblent tant 
aux mancelles (c'est des volailles que je parle) (1), et elle 
s'en fait toujours servir, rien que pour sa collation, une 
bouillie sur un potage et une autre rôtie. Dieu sait si elle 
mange, et si elle engraisse : rien qu'à ce trait on reconnaît 
son passage à la cour de Louis XIV. 

Mais il est temps de revenir dans le Maine, cet heureux 
pays de sapience qui, tout en envoyant au loin ses belles et 
succulentes pièces, sait toujours s'en réserver une bonne 



(1) M. Lctrone a constaté cette ressemblance des poules fléchoises 
avec la race andalouse. 



«ni AI'PEiNDlCE 

part el les apprécier avec une bienveillance que ne ressen- 
Icut pas les étrangers, avec un je ne sais quoi de passionné 
qui indique cbez les Manceaux l'amour du pays et des 
entmilles de père. Certes, Paris mange encore de nos pou- 
lardes ; mais la province seule sait en manger. Piiris, comme 
le fiiisaieiit Chapelle et Saint-A.mant, dine au cabaret, se 
nourrit d'ombres, d'apparences ou d'excitants, s'emplit de 
vide un de poison, tandis qu'avec sa cuisine saine et forti- 
fiante, le Maine resté toujours lidèle au culle de la poularde, 
proteste par ses cuisiniers d'élite contre la centralisation et 
conserve les traditions culinaires du grand siticle. 

DÈS le temps de Louis XIV, il y avait au Mans une des 
meilleures lubies du royaume, c'était celle de Goslar. Souf- 
Irant de la goutte qu'il avait trouvée dans la succession de 
son p6re, n'ayant plus de jarnbes que par bienséance, Cos- 
tard était un grand mangeur comme presque tous les gout- 
teux. De plus, c'était une vraie coquette, fardant sa personne 
et son style, m<iis surtout parant sa table. < Son principal 
artifice était la bonne chère, qu'il entretenait par nn excel- 
lent cuisinier & ses gages. » Il en était aussi tier que de ses 
lettres les plus laborieusement écrites, surtout depuis que 
Saint-Amant, le roi, je ne dirai i^as des gourmands, mais 
dos goinfres, lui avait prodigué de [louipuux éloges. Tenir 
table alors n'était pas un mince honneur, et peu de gens de 
lettres en étaient arrivés ii ce haut rang, qui de parasites 
les transformait en amphylrions. Il y avait bien eu quelques 
repas chez Scarron ; mais il était logé souvent à Vhôlel de 
l'impécuniosité, et les dîners chez lui n'étaient guère que 
des pique-niques, 0(1 chacun apportait son plat et son 
esprit. Balzac seul s'était distingué par la richesse de sa 
table, et Voiture l'avait proclamé magiater cxnandi et 
dicendi. Costar, qui rêvait la gloire des lettres de Balzac, 
avait hérité de celle de ses dîners. 



APPENDICE 427 

Sa maison était ouverte à tous les gens de qualité et de 
mérite, à tous les voyageurs de distinction qui passaient 
par Le Mans : c'était tour à tour Ménage, Colbert, M'"o' de 
Sévigné, de Lafayette, etc. Ces jours là, il tirait de ses 
tiroirs ses plus fines citations, préparait et réparait ses 
bons mots les plus galants ou les plus pédants, pour lutter 
de science et d'esprit avec ses convives, et coqueter surtout 
avec la spirituelle marquise de Sévigné. Heureusement i)our 
lui, sa table valait mieux que son esprit : on y voyait briller 
« le vin d'Espagne, les jambons de Mayence ou de Dayonne 
et autres choses rares pour le Maine, que ses amis de Paris 
lui envoyaient en échange des gelinottes do Mézoray. » 
Car, ne l'oublions pas, le grand rôle de Costar, c'est celui 
de distributeur des poulardes. On sait combien il prodiguait 
de flatteries et d'encens pour parvenir; mais ce qu'on 
ignore, c'est que la plupart du temps cet encens était envoyé 
sous forme de gelines ou du moins n'allait pas sans elles. 
Costar, qui se connaissait en hommes, comptait plus sur la 
reconnaissance de l'estomac que sur celle du cœur. Aussi 
certaine pension de 500 écus pourrait-elle être bien due 
autant au bon goût de ses présents qu'à celui de ses fades 
compliments. Pas un Caton ne résistait à ses envois : Col- 
bert surtout, alors intendant de Mazarin, était soigné de 
main de maître. Bourré de la meilleure et de la plus fine 
chère lorsque ses voyages de Mayenne l'appelaient au Mans, 
il voyait les poulardes mancclles arriver chez lui pour solli- 
citer et reconnaître chaque faveur du ministre. Rien (lue 
pour la promesse du portrait de Mazarin, voilà ce que lui 
répond son protégé : « S'il se pouvait, Monsieur, je souhai- 
terois qu'il fust en petit afin de le porter partout (il eut dû 
dire de le mettre sur mon cœiu') et de ne le perdre point de 
vue. Trouvez bon que M. de Chantehm vous sollicite de 
cette grâce... En reconnaissance de cette faveur, je ne vous 
envoirai plus qu'une demie douzaine de nos gelinottes tous 



les hyvers. n Costar eut, il est vrai, plus d'un imitateur r 
je pourrais cilor (1), mais personne ne sut envoyer ces 
rameuses gelines aussi giilamuient, après les avoir Tnit si 
bien apprécier aur ea table. Colbert s'étonnait naïvement 
qu'il restât ù demeurer dans le Maine, n C'est, Monsieur, 
que je vis icy tm pupe et que je ne pourrais vivre à Paris 
qu'en malheureux cbupelain. » Il y vécut si bien qu'il y 
mourut dès lOOCI- I.e Mans, pendant plus de dix ans, avait 
ùlé pour lui l'hùtel des Invalides de la Gourmandise : de 
méchantes langues pourraient dire quo La Flèche remplit 
dignement ce râle aujourd'hui. 

Arrêtons-nous : aussi bien, c'est rester trop longtemps h 
table en cnréme. Célébrer les poulardes en ce temps-ci, 
c'est pire ijue se faire poissonnier la veille sie Pâques. 
Espérons qu'en des temps meilleurs, une bouche autorisée 
nous racontera une histoire complète de la poularde. Elle 
n'a pas régné qu'au XVII" siècle, Avant, elle a fait les 
délices de Villon : plus lard elle fil ie charme des soupers 
fins des fermiers généraux. Proscrite comme mets aristo- 
cratique et peu Spartiate en fl?, elle repurut ii la lin du 
Directoire sur lea labius de Urimud de la Reynière (2) et de 
Gambacérès; il y eut même alors des passes d'arme.'^ plus 

(1) Mauny dit qu'au iitilieu du XVIIl* siècle, c'est encore ovec les 
chapons que les Manceaux entr«tieniienl leurs protecteurs à Paris. 
On a remarqué qu'ils brillent au contraire par leur absence parmi 
les cadeau.\ diplomatiques prodigués au W* siècle par nus èclievins. 
Ëtaienl-ils alors trop maigres ou trop comiiiuns. Dans le tarit de 1572 
le prix du meilleur chapon est évalué à 7 sous. 

('2) On suit quelles énoi'mités u dites sur la poularde cet excentrique 
de Griniod, que la gourmandise avait rendu fou : il fuul bien le citer, 
ce sera sa condamnation : a (Juelle comparaison peiil-oii faire entre 
une figure piquante el cliiiïonnëe et ces poulardes de Dresse, ces 
chapons du Mans, etc. > C'est encore lui qui a comparé de la même 
racon mademoiselle Georges et madame nëcaniier t a ces admirables 
perdrix de Cahors M ! • 



APPENDICE 429 

OU moins courtoises en son honneur (i). Depuis, sa gloire 
n'a ftiit qu'augmenter, et hier encore elle brillait au congrès 
de Francfort. Non contents do voir nos volailles à la place 
d'honneur sur toutes les tables, nous les envoyons vaincre 
dans tous les concours. L'Angleterre, le pays de la graisse, 
bien qu'elle ait ses grasses Dorking, comme elle a ses 
Durham, ses Leicester et ses South-Down, nous emprunte 
nos coqs et nos pondeuses de La Flèche. Les Bressannes, 
qu'avaient vantées Brillat-Savarin et Borchoux, ne peuvent 
soutenir la lutte : il faut célébrer éloquemment un pareil 
succès. Allons, vite à vos armes, gourmets érudits, prenez 
vos plus spirituelles lourchettes en guise de plumes et 
retracez-nous toutes les gloires de la poularde : ce sera un 
morceau fort goûté et « dont l'éloge sera dans toutes les 
% bouches ! » 

Les Fléchois n'ont pas manqué de notre temps à célébrer 
en vers leurs grosses poulardes. Depuis 1895 on chante 
à La Flèche le fameux air de La Poularde^ musique de 
M. Bayle, professeur, paroles de M. X..., professeur au 
Prytanée : 



ii Notre poularde, avec raison 

Méprise la comparaison. 

Elle est i)lus fine et mieux en graisse 

Que la volaille de la Bresse. 

On trouve des gens malveillants 

Qui, malgré la géographie. 



(1) Question d'État pour les poulardes de La Flèche , contre 
celles du Mans^ Paris, an I.\, in-i« de 2i pages et la réponse : Les 
poulardes du Mans contre les dindons de La Flèchey 15 avril 1801, in-4» 
de 22 pages. 

Ces deux pièces, d'allure pédante, scliolastique et basochienne ne 
méritent pas d'être reproduites ; leur rareté est leur principal 
mérite. 



L'appellent « poularde tiu Mans, n 
Qucllo erreur et quelle iHfami(> 1 
Croyez-vûus qu'on puisse vraimenl 
Attribuer sans inipoAure 
Au chef-lieu du département 
L'honneur de la Sous-Préfecture'.' 

Refrain 

S'il est un mets di^Hcieux 
Qui noua suuiit et nous alltehe, 
Digne de la lahie des dieux, 
C'est la Poularde de La Klèctie, » 



Ce. cniiplot ne 
hrdfs de La Flvii 



iut-ij pas mieux pour la gloire des poii- 
(lue le lourd fattum de 1801 1 



APPENDICE 



4M 



fX 



FAC-SIMILE D'AUTOGRAPHES (4) 





Charles de Beaumanoir 
Évoque du Mans 



Philibert-Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin 
Abbé de Beaulieu, futur évéque du Mans 




Marie Marest, femme de Jean Bautru 

La mariée du Roman Coynique^ belle-fille de Marguerite 
Le Divin, c'est-à-dire de Madame Bouvillon, 

(1) On trouvera ici les fac-simiie d'autographes de plusieurs per- 
sonnages dont il a été question dans ces volumes. Il eut été facile d'en 
reproduire un plus grand nombre ; mais les Registres de l'état civil 
du Mans et ceux des Insinuations ecclésiastiques en sont remplis. Il 
n'y a pour ainsi dire qu'à les ouvrir pour s*en procurer. 



APPENniCE 



/. 



François d'Averton, comte de Helin 
Le ninrquis d'Orsé du Roman Comique 



HENÉ DI; l'[.ESS[S, MAHQUIM DE JAIïZÉ 



'ièmi 



"Mademoiselle de Cofihoi'en 

Fiile de Jacques, écuyer, seigneur de Courloux 

Femme do poète Jean de Mairet 



APPKNniCE 433 



X[I 

ALBUM 

IJE LA 

SUITE DES SCÈNES OU « ROMAN COMIQUE » 

PEINTES PAR JEAN DE COULOM 

ET QUI SE TROUVENT AU MUSÉE DU MANS 

J'ai ou pendant longtemps le regret de ne pouvoir repro- 
duire, ainsi que je l^espérais et (jne j'en avais le vif désir, 
la suite des scènes du Roman Comique peintes par Jean de 
Conloni, et qui se trouvent au Musée de la ville du Mans. 
Je pensais même être réduit à ne donner que des dessins 
des portraits de llagotin, de M""' Bouvillon et de M. de La 
Rappinière, d'après ces tableaux. Une municipalité, sou- 
cieuse de rintérét des arts et, je puis même ajouter, du 
patriotisme local, n'aurait i)as refusé de laisser transporter, 
pendant un moment, dans une autre salle, ces tableaux de 
Goulom, que le défaut de recul et le miroitement, dans 
l'étroit couloir où ils sont placés, ne permettent pas de 
photographier sur place. Cela n'avait pu être obtenu, mal- 
gré l'engagement pris de supporter les frais de divers 
genres qu'entraînerait ce déplacement. 

Heureusement, à une époque antérieure, une autre muni- 
cipalité, moins étrangère aux idées d'esthétique et plus 
jalouse de laisser mettre en valeur des ouivres d'art, dont 
la vulgarisation doit attirer et retenir au Mans plus d'un 
curieux, avait permis le déplacement de ces tableaux. 

28 



434 APl'ENDICK 

M. Guittet, pholograplm au Mans, ttii iivnit pris naguèros 
des olichiîs. Mais, après sa mort, son stuccesseur M. Gam- 
liournet, étranger au Mans, iëuorant l'inlérét rie ces clichés, 
vieux dOJ à (ils onl étû pris au collodion), les avait, uvec 
bien li'autrce, laissé dormir dans son grenier. Un curieux, 
(M. R. Triger), taisant des recherclies avec lui parmi ces 
reliques du piiisB(?, lui en a découvert l'intérêt et a bien 
voulu m'en signaler l'existence. Je n'ai pas hésité ii faire 
profiter des épreuves de ces clichés tes amis des arts et de 
Scarron. Un bon nombre était encore en état d'èlre re- 
produit par la pliototypie; quatre ne pouvaient plus l'être. 
Les tons rouges, dont a abusé Coulnm, surtout pour ta pein- 
ture des [nirties charnues de toitte eupèce <{u'il a prodiguées 
dans ses toiles, avaient donné du noir en photographie. 
Ceux que j'ai pu faire reproduire, et qu'on trouvera placés 
à la suite de cette publicalion^siifUront pour mettre en 
lumière l'œuvre de Coulom. Aveclesportruitsdtr/tajfodn, de 
M™" Bouvillon, de M. de Lu liappintère, cela constituera un 
véritable Albutn ilu Uotnitn Comique. J'espère que les amis 
de l'art me sauront gré de leur liiire connaître les toiles du 
peintre du maréchal de Tessé (1), et que cette «uite du Roman 
Comique sera désormais recherchée par eux comme celles 
d'Oudry et de Pater (2). C'e^t la seule, du reste, qui soit 
imprégnée de l'esprit de Scarron el présente un vrai calque 

(1) Les tableaux de Coulom, restèrent jusqu'à lu Réi'olulion dans un 
pavillon du château de Vcniie, propriété des Tessé, communiquant 
uvec tes grands apparie meiits aujourd'hui détruits. La hoiserie, qui 
les encadrait, ainsi que les légendes explicatives qu'on trouver» repro- 
duites plus loin avec l'orthographe du temps, sont conservées en grande 
partie. Voir le Catalogue du Mutée du Mans. ~ Les toiles peintes du 
Itoman Comique qui ornent aujourd'hui une maison de l'avenue de 
Paris au Mans, proviennent de chez le chanoine iiureau, curé de ]a 
cathédrale au commencement du XIX* siècle et qui a laissé au Mans 

(2) Une suite de l*ater, que J'ai contribué à rendre complète à l'aide 
du double d'une gravure que je possédais, u été récemment vendue 
au Mans un prix fort élevé. 



Av£>titure ili 
il'aulriiy. 



boUes, iiù La Riincuric s'approprie cclIc! 



RogoUn tout niid, diiris une LoiilTâ ik' rosierg, où sa frayeur 
l'a coniiiiit, en oui retiré avec force claques sur les fesses. ■ 



loijilic «laiis un bui. 



r'iuunE 0. 

|iour Ibu, iiud el I 
liicr où on le laiss 

VHilUK 1(1. 



M'"" tie Bouvilloii, pressée par sa passion pniir 1p Destin, 
voulaut In sntisrairf, i*o. fuit une hAsso. nu front. 

Fkiuiœ 11. 

Aventure; rit; l'ahbesse d'Etivu) reveii;uil dti Mans avec 
quatre religieuses ; iGur frayeur k la vue de Kagotiii tout 
und ; et comme le père Gifllut, directeur de l'ubbaye, voulait 
l'empécher de passer sur une planche, ItaijOLiii le puUKsa 

ti j'udoiiii;!]! ijii'JI II- fil i.-)]uir dans l'eau. 

Figure 12. 

Pour fuir un impitoyable cocher et le chien du meunier 
de l'éleu du Bignon, Ragotin entre dans le jardin du moulin 
el renverse, par malheur, des ruches dont les mouches 
l'assaillent et le laissent dans un pitoyable état. » 



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TABLE DES MATIÈRES 



DIT TOME SECOND 



LES TYPES 



DES PERSONNAGES Dlj KOMAN COMIQUE 



CHAPITRK PREMUNIR 

I.ES (JLEFS DU IlOMAN COMIQUE 

Problôine à iv.soudre. — Le Roman Comique n'est-il pas un ruinaii 
ù Clefs V II a toujours i.'té considêrù coinnic toi dans le Maine. — 
Les fausses Clefs du Jioman Comique. — La Clef de l'Arsenal, 
|)ul»liée en \K)1 par Victor Kournel. Depuis, les autiMirs Maneeaux 
l'adoptent sans la vérifier. — La fausse Clef maneelle inédite du 
XVIII' siècle. Causes de son ouhli. — F.a malignité des Manceaux. 
lAMir passion pour le rajeunissement de la Clef et la ^çénéalogie des 
ileseendanls dt-s héros ilu lioinan. — L'Annorial du Homan Comique. 
— Recherche de la vraie Clef à l'aide des moyens d'information de 
la méthode d'nhservation naturelle 1 



CHAPITRE H 

J\AGOTIN. - AMBllOIS DENISOT 

Portrait de Haj^olin. Le vrai Sosie de Hagotin est Andjrois Dcnisot, 
secrétaire de l'évéché «lu Mans. — Origines de la famille histori(|ue 



TABLE DKS lIATrfcnES 



àoa Dcniaol. Accointances d'Ambrùis Dcnisnl avec Scarrmt. 
ressemblanc« nvec Rogotin. AnibroiN Dutiisiit ixiéle. Sesvors gravée 
duns Ih iilerrc. Ia rontume de \a Uatiaièm. — Vers impriitii^ de 
D«nlBOl. Sa JaxaWif- — Tienlsot prêtre. Ses biens. Son testonient. 
InvenUira de Dcnisol. Ses souIoiiob. Ses arquebuses. Su scllo A 
senuocis, Se» livres, — lA Fkilitde Scire.à Ut Koucoiidiéro. — t.ea 
liâriliere lia l'etiiiaot. Krri^iirB des Clpre sur leur compte, ~ tlomaiis 
gânéAtagiques. La Tërité sur les desceudmilH directs et lee culli^- 
timux da Deniaot. — Une gruciQuse Hgurc de rL^mnib. — Une dâcsso. 
— Les deniinrEt Denisot. — Extinction de la raniillc uprés truÎH si^Iv» 
de notorii^té, — [iugiitin fl Aniliriiis Denisnl fi 
rabilibiii. 



CIÏAPITHK III 

MONSIKUK tn-MAUlCMOISKI-t,!-: UK LA UAI'PINIÈHK 
FilANÇOIS NOLIRHY DR VAUSF.ILI-ON ET SA FEMME 

1^ riius La KappinlArn dn la CInf iIp l'Arsenal. — Les nonil)rcux 
lieuleu(iRl9 de prévôt diuia lo Miilni^, dune la première moitié du 
XVIII Giâcte. - Le seul dont le carnctAïc nA Is siUiaUon de lamillc cor- 
reapundcnl ft Lu Happinîère est fraiicols Nourry, aieur de Vausedlon, 
ninrié à Bliwtwtb du Mans. — VamilledcM. eideH'i'de Vanseilloii. 
Ijturs demeuna. i.enrs (ails et tieslee seiibiiil lesalTaires véreusiie. 

— Le provot de lieiiuinont. — Le ntaitra dtts eaux el forèls du Mans. 

— Ly tiiiiiliiiiie di's cijasses ili; s» Mnjesté. Son at'jour ii l'uns. Sa 
raorl vers 1681. — Motifs qui ont dû le faire choisir par ScarroD pour 
une de ses victimes. — A rieur, rieur et demi 102 



CHAPITHK rv 

MADAME BOUVILLON 

MARGUERITE LE DIVIN DAME BAUTRU 

SON rlLS ET SA BELI.E-FILLE 



ErcRui-K des Clofs Hiir M™' UouviUoii. — Ixe personnes qu'elles 
dûâiBnuiit sont buaucuu)) plus modernes guc l'Iiéroïne du Roman. ~ 
Ln vraie M" Itonvillon. — Marpuerilc Le Divin, femme de Jean 



TABLE DES MATIÈRES 439 

Huutni. Sa vie. Son àj^e. Ses rapports avec Scarron. — Vengeance 
(1*110 malin beau g^arçon contre sa vieille commère. — I^ fiLs, la belle- 
fille (le M™* Bouvilion, les Bautru, les Marest. — Les descendants 
(le M"» Houvillon. — La tîracieuse M"»« de Tonclville, une do ses 
dernières (Jescendantes à la (in du XVIIl*^ siècle 129 



CHAPITRE V 

MONSIEUR DE LA GAROUFFIÈRE 

JACQUES GHOUET DE LA GANDIE, CONSEILLER 

AU PARLEMENT DE RHETAGNE 

M. de La Cîarouffière. — Portrait d«* ce jeune conseiller du i)arlement 
de Rennes. C'est le Benjamin de Scarron qui l'a peint con amore et 
au({uel il a attribué ses idées pt»rsonnelles en liltèraturo. — C'est 
Jaccjues Cliouet de la Ciandie. Sa famille, sa vie, ses panants, ses 
dos(;endants. — l*rétentions nobiliaires de certains membres de la 
famille Chouet. — (Querelles dii famille. — Parfaite identité de son 
portrait et de celui de M. de La Garuuflière lil) 



CHAPITRE Vf 

LE CURÉ DE DOMFRONT-EN-PASSAIS 
AMBROISE LE RÉES 

Le curé de Domfront. — Ce n'est pas un curé de iKanfront dans la 
Cliampajîue du Maine^ mais de Domfront eu Passais. — Le vrai 
curé de Domfront. And>roise Le liées, sa familh.', sa ni(.;ce. — Les 
(»aux de Hellesme. — lîelatious de Scarron avec Domfront par 
Madaillan et l'abbé d'Arnientiéres Hj;{ 

CHAPITRE VU 

L'ADRESSE D'ÉTÏVAL. — CLAIRE NAU 

Claire Nau abbesse d'Étival. — T^ Ilenaissancc catholique au premier 
tiers du XVH* siijcle et les réformes de Claire Nau. — Dtîsordres et 



440 TAULK tlKS MATIKHblB 

> iirégulaiilét >. U révolte île 1(>3G-1I)37 et Charlotte d'Ëtampes. — 
l^s conxtlIUtianB de IGUT. llemîéres résistancea. La régulai-ilc. — 
Scnrron al l'abbcsae il'Élîïnl. — Le père Ginial, liirGcteur discret de 
iHjjlwye, — l^s (Jeinicres années de Claire Nau. Sa coadjiitrice 
Marie do Kervniio vl lu noavL'Ui: abbcssc Ctiurloltc d'Ëluinfies, 108 



CHAPITRE VIII 

LE THIPOT DE LA BICHE ET LA MAITRESSE 
UU TRIPOT 

Souvenir du trljjot du la Itlclie au Mans. — Les gravures de l'alei' et 
d'Oudry, — C'est le plus vivace des nombreux souvenirs qu"o laisste 
nu Mans le Boinan Cûmii/ue. ~ Une scono du jeu de paume au Mans 
en 1545 A rnpnrocher de celle du Roman, — Situation du tripot de 
In Bicha au-ilevant dea ancionnes Ualles. Sun histoire depuis ]GIO 
Jusiju'ù sa lin, vers ItMô. — Sob propriélaires, — Ses tenaiiolcrs. 
Françoise Bouteviii, rucniiie Gabriel Itespiiis, triitotiére de la Diche 
uu temps de Suirruii. Sou iiistuirt;, ses descejidiuils. — llûtcs 
BUCcesHifs et avatars de la Biche. -~ En 1703, les chefs de l'armée 
Vendéenne y tiennent conseil, sous lu présidence de l'évâque d'Agra. 
— En 1848, elle est le siège de la lianqae Trouvé-Cltauvcl ; la ijarlie 
sur la place devient le magasin do l'éditeur Julien Losnier. — La 
Bourse de Conunerce el le boulevard Levasseur, en llitST, suppri- 
ment Its di^ruiers vcsiigcs de l'aiHioii ji^ii de paume, . . . 190 



CHAPITRE IX 



LE MARQUIS D'ORSÉ, — LE COMTE DE BELIN 



Le martiuis d'Orsê n'est aulre que le comte de Belin, grand ami de 
lliéaire. protecteur des comédiennes du Marais et deScarron. — J'en 
ai donné la preuve certaine dans la Troupe du Boman Cotnique 
dévoilée, la Vie de Rotrou miMx connue et la Querette de Cid et les 
A'oiiveaux docamentii sur Molière. — Ne trouve-t-on pas aussi un 
éclio des dramaliques événements de la vie ije ses enfants dans le 
récit que fait Scarron de celle de Verville et de son beau-frère 
Saldagne ? SIO 



TABLE DES MATIÈRES 441 



CHAPITRE X 

LES COMPARSES DU ROMAN COMIQUE 

La liaijuenodière. — Les Neveu et les Portail. — L'élu du Hignon. — 
Le partisan Samuel Gandon d(i la Haillère. — Le Sénêclial Tanueguy 
de Lomblon des Essarts 212 



CHAPITRE XI 

A TRAVERS LES CHEMINS DU BAS-MAINE 
ESSAI DE TOPOGRAPHIE DU I^OMAN COMIQUE 

Le chemin do Honnùtable et le pavé de Torcé. — Les éclialiers du 
Maine. — Les chemins du Ras-Maine : les anciennes route du Mans 
à Laval, à Mayenne, à Assé-le-IJérenger, à Avorton. — Un ciiîUeau 
Ira los montes. — La demeure de .leanue de Cordouan, femme de 
Mairet, à Izé. — Les souliers portés à la uïain. — La peste dans 
TAlenvonnais et dans le Maine 2*21 



CHAPITRE XII 

LES COMÉDIENS DE LA TROUPE DU ROMAN COMIQUE 
ET LES OPÉRATEURS AU MANS- 

Etat des recherches sur l'identification des comédiens de la troupe» du 
Roman Comique. — Un nouveau document sur les comédiens de 
Monsieur le Prince. — Nouveaux renseignements sur les comédiens 
de campagne. — Nicolas de Vis, sieur des (Eillets. — Les opérateurs 
dans le Maine. Pierre Métro à Haugé « 163H). — Nouveaux documents 
sur la troupe de Filandre. — En Hollande, devant Christine de Suède. 
— Dans le Midi de la France, au moment du mariage espagnol. — 
Dans l'Ouest de la France. — Les comédiens du prince de Condé 
après la retraite de Filandre 228 



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■l'AHLE DES MATIKHES 



CHAPITRE XIII 

LES NOUVELLES DU ROMAN COMIQUE 

Les Nouvelles eapaguoles. — Leur origine. — raut-ll en ntlrlbiHU* 
l'inEpiralioD à CaLart do ViUenuont ? — Scarroii el la liltératiire emior 
gnoIe, — lies NoiivoIIsb françaises : Les HiBtuirw de Destin, île 
Madenioiadle de l'Ëloile, du baron d'Angues et de ses lils, etc. 357 



CHAPITRE XIV 

LE ROMAN COMIQUE ET LA CRITIQUE 
CONTEMPORAINE 

Liftrtolifline lia Hotitan Comiyva: appréuiation de M. Kuguel. — I.a iilnc 
de Scarroii dmi» révolution d'un genre, d"a[irBe M, Bruueliôre. ■ 
La iisycliologie de Suarroti, pur M. l'uul Bourget- . 



CHAPITRE XV 

UN nONLVN PHÉniEIJX DANS LE MAINE EN I(i65 . 

LA CONTRE-PARTIE DU ROMAN COMIQUE 

TARSIS ET ZELIE, PAR R. LE VAYER DE BOUTIGNY 

Le précieux dans le Maine an temps du Roman Comique. — Roland 
Le Vayer de Qoutigny et ses premières ccuvres : le Grand $êl>m> 
ISithridale, Tarais et Zèlie. — La clef du roman. — Scarron y est 
représenté sous le nom de Piiilippides. — M'"' Honorée de Bussy : 
ce qu'elle est dans le livre de Le Vayer; comment Scarron en a 
parlé. — Ces rapprocliemenis littéraires ne préjugent [Mis la question 
d'aniitié entre les deux auteurs : Le Vayer est un acharné Maza- 
rinisle. — Déalisles et précieux dans le Maine rei-s 1G65 . . 368 



444 TABLE DES MATIÈRES 

Bessé. Sa vie au Mans ; ses rapports avec les beaux esprits et les 
belles dames qui fréquentent Costar. Correspondances de celui-ci 
et de Pinchesnes. L'auteur de la Vie de Costar et de Pauquet publiée 
dans les Mémoires de Tallemant n'est autre que Girault. Preuves 
de cette attribution 294 



CHAPITRE III 

LES DERNIÈRES ANNÉES DE GIRAULT 

Girault adjudicataire, rue des Chanoines, de la maison canoniale de 
Saint-Martin, la plus ancienne du Mans, puis de celle près les 
Cordeliers. — Mort de Costar. Cession de ses bénéfices à Pauquet. 
— Girault acteur dans une scène du Légataire universel. — Mort de 
Pauquet. — La nièce de Girault. Son mariage au Mans. — Bénéfices 
de Jean Girault. 11 est le protégé des Ainelot, et vicaire général de 
l'abbé d'Évron. — Ses rapports avec les Lavardin. — Missions que 
lui confie le Chapitre. — Son rôle dans la publication des Gestes 
d'Aldnc par Baluze. — Sa mort au mois d'octobre 1683. . . 310 



CHAPITRE IV 

LA TROISIÈME PARTIE DU « ROMAN COMIQUE » 

i'ouixiuoi ille cl piiru à l^yuii. — l/aiionynial d'mi lioiniiie d'église. — 
Los relations »l<.' (iiraiill avec l.yoïi : le eliauoine Morand. — La 
eoniiaissanee des pays inanceaux et aleneoiinais dans la troisième 
partie du Roïiiau (k)))ii^jue. — Aleneon cl la vie alenc^'onnaise dans la 
d(.Mixièrne moitié du Wil*' siècle dépiMuts par l'auteur de la tioisièiiie 
partie ilu itoinaii. -- Les ArcïUnres du Parc dWloiçon dv lUesse- 
l)ois. - Le styltî df la troisième partit» du Ro>nan Comique 
ra[»pL'lle celui des Vies de Costar et de Pauquet. -- L'acadé- 
mie des pjovsfes. - Conclusion. — (liraull auteur de la troisième 
partie du lioinau Co)nique 'S^) 

i;rùSL'.Mi': 307 



TABLE DES MATIÈRES 445 



APPENDICK 

I. — Encore des rensoignoments sur la famille de Scarron et sur 
lui-nième 371 

II. — Les portraits de Scarron et de sa femme 378 

m. — Bibliographie et iconographie du Roman Comique. . 383 

IV. — Les suites et les imitations du Roman Comique . . 3*>2 

V. — Ilapports de l'évêque du Mans, Charles de Heaumanoir et 

du comte de Belin 3Î)7 

VI. — L(;s prévôts et les lieutenants de prévôts provinciaux 
dans le Maine» 39Î) 

Vil. — Kgail de la taille au Mans 4<>2 

VIII. — Los bénélices île Coslar et de l*au<iuet iOi 

IX. — Du rôU.» des poulardes dans l'histoire du Maine au 
XVIl» siècle 419 

X. — Fac-similé d'autographes i^U 

XI. — Arbre généalogique de la famille Denisot 433 

XII. — Album de la suite des scènes du Roman Comique, peintes 

par .lean de CduIohj. et qui s'î trouvent au Musée du .Mîuis. . i'ilî 



TABLK DKS PLANCtIKS ET GRAVURES 

TOMK PREMIER 

Portrait de Scarron. (Sur ce portrait, voir tome II, p. i). Kkoxtispick. 

Portrait de Mo"" Charles de Beamnanoir, inédit, « d'après 
le portrait qui existe dans la sacristit; de la cathédrale 
du Mans »>, photographie de M. Viol. .... 3i 

Portrait de M™^ d«î Ilautefort. (Gaitte sculpsit), gravure 
extraite de .V'"« <le Ilautefort, île Victor Cousin, éditée 
par MM. I)idier-I*errin (H 

Plaque gravée aux armes du Chapitre, pour les maisons 

can(*iiiales I'i3 

Maison dite de Scarron au Mans. (D'après une photogra- 
phie de M. G. Fleury, gravure extraite de la Cathédrale 
Saint-Julien du Mans) 134 



446 TABLE DES MATIÈRES 

Portrait de Mb' de Lavardin. (Gravure extraite de i>oin<e- 
Schoîastique^ de M. Robert Triger.) 156 

Armes de Scarron 253 

Portrait de M"»« Scarron. (D'après le tableau appartenant 
à M. Penjon.) 258 

Maison où est mort d'Ouville. (D'après une photographie 
de M. Viot.) 317 

TOME SEœND 

Portrait dit de Scarron, d'après le tableau du Musée du 

Mans et une gravure de l'Essor du Maine. . . Frontispice. 
Ragotin, d'après le cliché de M. Guittet. ... 31 

M. de La Rappinière. (Dessin de M. G. de Cordoue, 

d'après le tableau de Coulom, au Musée du Mans.) 103 

M"* Bou Villon, d'après le cliché de M. Guittet. . . . 131 

Fac-similé de la signature de Tabbesse d'Étival, Claire 

Nau 179 

Armes des Le Vayer de Boutigny 270 

Fenêtre de la maison de Saint-Martin, rue des Chanoi- 
nes. (D'après une photographie de M. Bouveret.) 311 
Fac-similé de la signature du chanoine Jean Girault, 

auteur de la troisième partie du Roman Comique. . 317 

Album de la suite des scènes du Roman Comique ^ 
peintes par Jean de Coulom et qui se trouvent au 
Musée du Mans, d'après les clichés de M. Guittet. . 437 



Mamers. — Typ. G. Fleury et A. Dangin. — 1903. 



p:hrata et additions 



TOMK IMtEMIKK 

l*iiy«» l'iJ, note î<, Ure : Les ainios «h; Louis XI!! au Heu de Los amis. 
Paye *25H, ajoxUer à lu fin de lu note i : 1857, p. ±ir>. 
PajnV Ain, li'-no 15, lire : (iôranl c*/ n<»i (u?rart. 

TOMI-: SIXONI.) 

Pa^'<* .'17, W'fiut.* '2G, /ire ; (iaipu* et mm Gai^iiy. 

l*atre 5<i, iiot«; "2, lire : Vlcvo et non Kx. 

Paj^e 7i, lij^iies "2<.) et :il, /t>v; de Seiie t7 /k>/< de Sure. 




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