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J 



I 

I 



CHRONIQUES 



DE 



J. FROISSART 



I. 



9924. — PARIS, TYPOGRAPHIE LAHURE 

Rne de FlenniSy 9 



^^ 



1 



I 



CHRONIQUES 



DE 



J. FROISSART 



PUBLIÉES POUR LA SOCIÉTÉ DE L'hISTOIRB DE FRANCE 



PAR SIMEON LUGE 



TOME QUATRIEME 

1346-1356 

(dSPUIS le SIÉGB DB CALA» JUSQu'il LA PB1SB DB BBBTBUIL 
ET AUX PBÉLmiKAIBES DE LA BATAILLE DB POITIBBS) 




A PARIS 

.CHEZ H" y* JULES RENOUARD 

UBBAIRE DB. LA SOCI6TË DB l'hISTOIRB DB FRANCE 

■m !>■ TOOMON, M* 6 

HOCCCUXOI 4U 



EXTRAIT DU RÈGLBHEIIT. 



Aat. 14. Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit 
les personnes les plus capables d'en préparer et d'en suivre la 
publication. 

U nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire 
responsable chargé d'en surveiller l'exécution. 

Le nom de l'Éditeur sera placé en tête de chaque volume. 

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société 
sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une dé- 
claration du Commissaire responsable, portant que le travail lui 
a para mériter d'être publié. 



Le Commissaire responsable soussigné déclare que le 
tome IV de V Édition des Chroniques de J. Fboissart, 
préparée par M. Siméon Luce, lui a paru digne cCêtre pu- 
blié par la Société de l'Histoire de France. 

Fait à Paris, le 1 novembre 1872. 



Si^nè : L. DELISLE. 



Certifié, 

Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, 

J. DESNOYERS. 



SOMMAIRE 



SOMMAIRE. 



GHilPITRE LXI. 

nCTZmSBDIXHT BT SIÈGE DK CALAIS; nODUiBB F^IIODK : OU 3 AO^ 

jLVkwanE D^dMBBx 1346 ^ (§§ 288 à 291). 

Edouard III investit Calais *, dont la garnison, composa surtout 
de cheraliers de l'Artois, a pour capitaine Jean de Vienne, d'une 



1. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ t. Il, chap. ixxxa et lxxiy, p. 95 
k 103. 

2. D'après Michel de Northbiirgh, chapelain et confessenr d'E- 
douard III, qui accompagnait ce prince dans Pexpëdition de 1346) les 
Anglais arrirèrent derant Calais le 2 septembre 1346. (Hisi. Ed, UlyfAT 
Robert de Aresbnrj, p. 140 et 141.) Ainsi le roi d'Angleterre mit le siëge 
derant cette place forte une semaine seulement après sa victoire de Crécj. 
On nous permettra de citer ici une pièce d'une importance capitale, 
relative à l'incident le plus décisif de cette dernière tiataille, que nous 
avons connue postérieurement à la publication du troisième volume 
de notre édition. En novembre 1375, des lettres de rémission furent 
octroyées à Pierre Coquet, âgé de cinquante ans, de 1 Étoile (Somme, 
mrr. Amiens, c. Picquigny); c du fait de la mort des Geneuoiz et autres 
estningiers qui, après k desordenance qui fu sur la rivière de Somme 
quant Edwart d'Angleterre nostre adversaire et ses alliez passèrent la 
Blanche Tache, et au retour du conflict de la bataille de Crecy, 
trente ans a ou environ, avint en plusieurs lieux ou pais de Picardie, 

VOUm es QUE BEKOUMÈR KT VOIX PUBUQUB COUBOrT QUB TCEULX GeHB- 
VOIS XT KSTBAMGIB&S AVOIBST TRAT LB BOT PHBUPPB ITOtrBB AYKUI., 

€pie Dieu absoille, nostre dit ayeul fesist dès lors gênerai remission et 
aboiicion.... de ce que ou temps dessus dit ot aucuns des diz Geneuoys 
au autres estrangîers occis ^ en la ville de PEstoille sur la dite rivière de 
Somme , à une lieue de Lone en Pontieu ou environ oit il demouroit et en" 
cote demoure^ par les habitant d^ieelle. (Arch. nat., sect. hist., JJIO?, 
f' 150, p. 310.) 



li 



fv CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

famille de Bourgogne *■ . Entre les remparts, la rivière * et le pont 
de Nieulej *, le roi anglais fait construire une véritable ville pour 
y loger son armëe. Le plan des assiégeants est d^affamer cette 
place qu'ils n'espèrent point prendre d'assaut. Jean de Vienne, de 
son côté, donne Tordre de sortir à tous ceux des habitants de 
Calais qui ne sont point suffisamment approvisionnés pour un long 
siège ; le roi d'Angleterre laisse passer généreusement ces mal- 
heureux à travers son armée après les avoir fait manger et leur 
avoir distribué quelque argent. P. 1 à 3, 201 à 20S. 

Sur ces entrefaites , Philippe de Bourgogne * meurt d'une 
chute de cheval au siège devant Aiguillon, que Jean, duc de 
Normandie, lève par l'ordre de son père, à la suite du désastre 
de Crécy. Le capitaine de la garnison d'Aiguillon, Gautier de 
Mauny, en harcelant la retraite des Français, fait prisonnier un 
des chevaliers de l'entourage du duc de Normandie nommé Gri- 
mouton de Ghambly ^ ; informé par ce chevalier de la victoire des 



1 . D'après la plupart des manuscrits de Froissart, Jean de Vienne 
aurait appartenu à une famille de Champagne ; mais c'est une erreur : 
le défenseur de Calais descendait d*une des plus illustres familles de 
Bourgogne. Jean de Vienne, de la branche des seigneurs de Pagny et 
de Seignelay, Pun des quatre fils de Jean de Vienne et de Jeanne de 
Genève, seigneur de Pollans et de Rothelanges, reçut le Ik novembre 
1338 une pension sur le tr^or royal de cent livres portée à trois cents le 
17 septénaire 1340 et à six cents en 1348; il mourut à Paris le k août 
1361 (Ansehne, hist, géntal,^ t. VII, p. 806). Il faut bien se garder de 
confondre le héros du siège de Calais avec Jean de Vienne, amiral de 
France sous Charles V, de la branche des seigneurs de RoUans, de 
Clairvaux et de Listenois. 

2. Il s'agit sans doute ici de la rivière de Hem qui passe à Guines 
et vient se jeter dans la mer. à Calais. 

3. Le pont de Nieuley se trouvait près de l'emplacement qu'occupe 
aujourd'hui le fort de Kieuley, au sud- ouest de Calais, dans le voisi- 
nage de la basse ville , du côté de Sangatte ; il était jeté sur la rivière 
de Hem. 

4. Le siège d'Aiguillon fut levé dès le 20 août (v. t. III de notre édi- 
tion, sommaire, p. xxxn, note 2) ; et Philippe de Bourgogne ne mou- 
rut que le 22 septembre 1346. Par conséquent si Grimouton de Cham- 
biy fut fait prisonnier avant le 26 août, il ne put donner à Gautier 
de Mauny des nouvelles de la journée dé Crécy. Froissart se trompe 
en attribuant à Philippe le titre de duc de Bourgogne. Philippe, mané 
en 1338 & Jeanne, comtesse d'Auveigne et de Boulogne, était simple- 
ment le fils et l'héritier présomptif du duc Eudes IV qui ne mourut 
qu'en 1350. 

5. Philippe de Chambly, dit Grismouton, était, comme le dit 
Froissart, un des favoris du duc de r^ormandie. Par lettres datées 



• • • 



• 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $$ 292-294. v 

ApglaU à Crécjy il promet de le mettre en liberté sans rançon, si 
Grimouton réussit à obtenir du duc un sauf-conduit qui permette 
à Gautier de Mauny de chevaucher à travers la France avec une 
escorte de vingt compagnons, poiur aller rejoindre à Calais le roi 
d'Angleterre, son maître. Jean accorde de très-bonne grâce le 
sauf-conduit, moyennant quoi Grimouton de Ghambly recouvre sa 
liberté ; mais au moment où Gautier de Mauny, muni de ce sauf- 
cooduity traverse la France, il est arrêté à Orléans* et amené 
prisonnier à Paris par l'ordre de Philippe de Valois qui veut le 
faire mettre à mort. Le chevalier anglais doit son salut à l'inter- 
vention chaleureuse du duc de Normandie en sa faveur; il est 
mis en liberté et dine à l'hôtel de Nesle à la table du roi, qui lui 
fait au départ de magnifiques présents ; Gautier les renvoie, sur 
rinvitation de son souverain , aussitôt après son arrivée à Calais. 
P. 3 à iO, 205 à 218. 



CHAPITRE LXn. 

4346. CHEVÀvrciiÉB du comtk db dbbbt bm SAcrroifGB 
BT BN roiTou' (§§ 292 à 294). 

Le comte de Derby, qui s'est tenu à Bordeaux* pendant le 
siège d'Aiguillon par les Français, aussitôt qu'il apprend que le 
duc de Normandie vient de lever ce siège, entreprend de faire 



d'Arras en aoôt 1347, Jean, duc de Normandie, céda à son amé et féal 
cheralier Philippe de Chambly, dit Grismonton, frère de Bon amé et 
féal Pierre de Chambly, cheralier, moyennant 1000 liyres tournois, 
une rente de 100 livres sur les halles et moulins de Rouen achetée 
1000 lirres de Pierre de Chambly et donnée par Philippe de Valois à 
son fils aiué (Arch. nat., sect. hist., JJ68, p. 198, f^ 108). 

1. Nous apprenons par une lettre de Derby (Robert de Avesbury, 

&143) qu'ayant le 20 septembre des gens de la suite de Gautier de 
a«my avaient été arrêtés, malgré leur sauf-conduit, à Saint-Jean- 
d*Angëly d'où Gautier lui-même s'était sauvé a grand'peine avec deux 
compagnons. 

2. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ t. II, chap. lxxt, p. 106 à 108. 

3. Le comte de Derby ne se tint pas a Bordeaux, au moins pen- 
dant le dernier mois du siège d'Aiguillon. Le 12 août 134^6, il partit 



Ti CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

une chevauchée ' en Saintonge et en Poitou à la tète de douze 
cents' hommes d*armes, de deux mille archers et de trois mille 
piétons. P. 10 et il, 218 et 219. 
^ Prise de Mirabel*^ d'Aulnay *, de Surgères ' et de Benon ' ; — 
assaut infructueux de Marans ^ ; — prise de Mortagne-sur-mer *; 
— assaut infructueux du château de Lusignan*; — prise de 
TaiUebourg-sur-Charente*°; — arrivée des Anglais devant Saint- 
Jean-d'Angély. P. 11 et 12, 219 et 220. 

Après un assaut, Saint-Jean-Kl'Angély se rend aux Anglais, qui 
y restent quatre jours"; — Derby est repoussé devant Niort, 
place très-forte et bien fortifiée, dont la garnison a pour capi- 

de la. Kéoie pour Bergerac , et il reçut dans cette ville des messagers 
du duc de Normandie, qui venaient lui demander une trêve; il ne 
voulut pas l'accorder, parce qu'il venait d'apprendre le débarquement 
d'Edouard III en Normandie, et c'est sans doute la nouvelle de ce d^ 
barquement qui força le fils du roi de France à lever précipitamment 
le siëge d'Aiguillon. Robert de Avesbury, H'ut. Ed. III ^ p. 141 
et U2. 

1. Le 12 septembre 1346, Derby inaugura cette chevauchée en Sain- 
tonge par la prise d'Aubeterre (Aubeterre-sur^Dronne, Charente, arr. 
Barbezieux) suivie de celle de Chateauneuf-sui^harente (Charente, 
arr. Cognac). Robert de Avesbury, Hut, Ed. III ^ p. 142 et 143. 

2. Derby dit dans sa lettre déjà citée qu'il avait seulement mille hom- 
mes d'armes. /&i</., p. 242. 

3. Peut-être Mirambeau (Charente-Inférieure, arr. Jonzac). D'après 
Jean le Bel, dont Froissart reproduit ici la narration, en intervertissant 
Tordre des faits d'une manière trè»-malheureuse, Derby prit successi- 
vement Taillebourg, Surgères, Aulnay, Sain t- Jean -d'Anffély, Niort, 
Saint-Maixent, Lusignan, Vivonne, Montreuil-Bonnin, Poitiers. 

4. Aujourd'hui Aulnay-de-Saintonge, Charente-Inférieure, arrond. 
Saint-Jean-d'Angély. 

5. Charente-Inférieure, arr. Rochefort-sur-Mer. 

6. Charente-Inférieure, arr. la Rochelle, c. Courçon. 

7. Charente-Inférieure, arr. la Rochelle. 

6. Mortagne-sor-Gironde , Charente-Inférieure , arr. Saintes , c. 
Cozes. 

9. L'assaut de Lusignan précédé et suivi de la prise de Mortagne et 
de Taillebourg semblerait indiquer Saint-Germain-de-Lusignan (Cha- 
rente-Inférieure , arr. et c. Jonzac); mais on voit par la lettre de 
Derby que le Lusignan qui fut pris par les Anglais est le célèbre Lu- 
signan au Poitou (Vienne, arr. Poitiers). 

10. Charente-Inférieure, arr. Saint-Jean-d'Angély, c. Saint-Sa- 
vinien. 

11. La prise de Saint- Jean-d'Angély, qui suivit celle de Saintes 
{Grandes Chroniques^ éd. in- 12, t. V, p. 464 et 465), eut lieu vers le 
21 septembre 1346 ; Derby resta huit jours dans cette ville. Robert de 
Avesbmy, Eut. Ed, III, p. 143. 



SOMMIIRB DU PREMIER LIVRE, $$ 2^2-294. m 

taîne Gnichard d* Angle; — il emporte d'assaut Saint-Maixent ^ et 
Montreuil-Bonnin ^ P. 12 à 14, 220 à 222. 

Les Anglais attaquent Poitiers et sont repousses à un premier 
assaut; ils se rendent maîtres* de cette vaste cité en donnant 
l'assaut par trois côtes à la fois. Poitiers est mis à sac *, à feu et 
à sang. Derby, après s'y être reposé douze * jours, reprend à 
petites journées le chemin de Saint-Jean-d'Angély ; puis il re- 
tourne à Bordeaux, d'où il ne tarde pas à s'embarquer pour Lon- 
dres*. P. 14 à 17, 222 à 226. 

1. Dcox-Sèrres, air. Niort. 

2. Vienne, arr. Poitiers, c. Vouillé. Il n'est question dans la lettre 
de Derby ni de Tattaque de Niort ni de la prise de Saint-Maixent et 
de Montreuil-Bonnin. Henri de Lancastre dit seulement qu'en cheran- 
cfaant de Saint-Jéan-d'Ansély vers Poitiers, il s*empara du château de 
Losignan, l'un des plus forts de France et de Gascogne, et qu'il y 
laissa une garnison de cent hommes d'armes, sans compter les gens de 
pied./*fW., p. 143 et 144. 

3. D'aprâ la lettre de Dèrby, Poitiers tomba au pouvoir des Anglaii 
< le proschein mersquerdy aprèi le Seint Michel », c est-à-dire le 4 oc- 
tobre 1346. làid., p. 144. 

4. L'ëvéque de Poitiers et quatre barons qui avaient essayé de ré- 
sister aux envahisseurs, s'étant sauvés à la prise de la ville, les Anglais 
firent main basse sur tout ce qu'ils trouvèrent. Harbert Bellant, l'un 
des seize hommes d'armes de la garnison de Poitiers, fut dépouillé de 
tous ses biens meubles évalués six mille livres. (Arch. nat., sect. hist., 
JJ81, p. 450.) c .... apparuit episcopum, capitula, coUegia et alias 
gentes ecclesie ville Pictavis, in capcione facta per inimicos nostros de 
dicta villa, omnia bona que tune habebant, libros, calices, vestimenta, 
vasa argentea .... amisisse.... » Il résulte d'une enquête faite en 1351 
que les parties du diocèse de Poitiers qui souffrirent le plus, tant de la 
chevauchée de Henri de Lancastre en 1346 que de la peste de 1348, 
ce furent les archiprétrés et lieux <£e Lisigmaco (Lusignan, Vienne, arr. 
Poitiers), de Sanxaio (Sanxay, Vienne, arr. Poitiers, c. Lusignan), de 
j9oyito (Bouin, Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Chef-Boutonne), de Âoffiaeo 
(Rouifiac-d'Aubeterre , Charente, arr. Barbezieux, c. Aubeterre), de 
Âomio (Rom, Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Lezay), de Chauniaco (Cfaau- 
nay. Vienne, arr. Civray, c. Couhé), </« ExoJuno (Issoudun, Creuse y 
arr. Anbusson, c. Chénérailles], et partie des archiprétrés et lieux de 
Gencajo (Gençay, Vienne, arr. Civray) et de Melle. JJ80, 778. 

5. Derby dit qu'il resta à Poitiers huit jours seulement, après quoi 
il revint à Saint-Jean-d'Angély d'où est datée la curieuse lettre qui 
contient le récit de son expédition. Aux conquêtes de Derby mention- 
nées plus haut, des pièces du Trésor des Chartes nous %utonsent, à 
ajouter Tonnay-Charente (JJ76, p. 321), le château de Soid)ize (JJ81, 
p. 147), les chatellenies de Loudun (JJ80, p. 577), de Soubize, de 
TaiUebourg(JJ77, p. 34) et Ja plupart des K>rteresses de Saintonge, 
Poitou et Périgord (JJ77, p. 51). 

6. Derby était de retour à Londres le 14 janvier 1347, jour où il 
s'entretint à la Tour avec David Bruce, roi d'Ecosse. 



TOI CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. 



/ 



CHAPITRE LXm. 

1346. nrvAsioN des icossiis bn anolbtbbbb; vigtoisb des anglais 

A nbtill's cboss* (§§ 295 à 299). 

David Bruce, roi d'Ecosse, à l'instigation du roi de France, 
son allié ', profite de l'absence d'Edouard III retenu au siëge de 
Calais pour envahir l'Angleterre à la tête d'une puissante armée. 
Le rassemblement se fait à Edimbourg : les forces des Écossais 
s'élèvent à trois mille armures de fer', sans compter trente mille 
d'autres gens tous montés sur haquenées selon l'usage d'Ecosse. 
David Bruce, laissant derrière lui Roxburgh *, la forteresse la plus 
avancée de l'Angleterre du côté de l'Ecosse, dont la garde a été 
confiée à Guillaume de Montagu, entre en Northumberland, et, 
après une halte entre Percy * et Urcol •, sur une ri^ère , vient 
camper à une journée de Newcastle-upon-Tyne. P. 17 à 20, 226 
à 231. 

1. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ t. Il, chap. lxxti, p. 109 à 114. 

2. Les ÉcoMais, qui araient été compris dans la trére de Malestroit 
du 18 janvier 1343 comme alliés de la France (Ârch. nat., sect. l|ist., 
J. 636 , no 17), furent aussi compris au même titre dans la trêve de 
Calais du 28 septembre 1347 (J 636, n» 2i). Dans le poème de Lau- 
rent Minot sur la campagne qui aboutit à la victoire des Anglais à 
Nevill^s Cross, le poète prête a David Bruce des paroles où le roi d'E- 
cosse, vaincu et prisonnier, attribue son malheur aux conseils de Phi- 
lippe de Valois et de Jean son fils. 

3. Un clerc du diocèse d'York, nomme Thomas Samson. dans une 
lettre conservée à la Bibliothèque Bodlëienne , à Oxford , qm est rela- 
tive à la bataille de Durham ou de Nevill's Gross et contemporaine de 
cet ëvënement, Thomas Samson, dis-je, fait ainsi le dénombrement 
des forces écossaises : « baronets, chivalers et gents d'armes noumbrés 
entour deux mille, et altères armés envirun vingt mille, et des comu- 
nés ou lances, haches et arcs, près de quarante mille. » Kervjn de 
Lettenhove, OEuvres de Froissart^ t. Y, p. 489. 

4. Old Roxburgh, château aujourd'hui détruit, non loin de Kelso, 
près du confluent des rivières de Teviot et de Tweed. 

. 5. Aujourd'hui Alnwick, dans le Northumberland, entre Berwick- 
upon-Tweed et Newcastle-upon-Tjme. Ce fief devint au commence- 
ment du quatorzième siècle la propriété de lord Henri de Percjr, et 
prit le nom de cette illustre famiUe normande, tige des ducs de North- 
umberland. 

6. Sot Urcol^ roy, le tome I de notre édition, sommaire, p. glxx, 
note 1. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 295-299. ne 

Philippe de Hainaut, reine d'Angleterre, chargée de la défense 
du royaume en Tabsence de son mari, fait les plus grands pré- 
paratifs pour repousser l'invasion des Écossais et rassemble ses 
forces à Newcastle-upon-Tyne. Elle divise son armée 'en quatre 
corps * : le premier est commandé par Févêque de Durham et le 
sire de Pei*cy, le second par l'archevêque d'York et le sire de 
Nevill, le troisième par l'évèque de Lincoln et le sire de Mow- 
bray, le quatrième par Edouard Baillol, gouverneur de Berwick 
et l'archevêque de Gantorbéry. Écossais et Anglais en viennent 
aux mains, à quelque distahce de Newcastle-upon-T3me ', le 
mardi après la Saint-Michel' 1346. Les Écossais sont vaincus et 
laissent quinze mille des leurs sur le champ de bataille. David 
Bruce est fait prisonnier par Jean de Copeland, écuyer de North- 
umberland*, qui se hâte d'emmener le roi d'Ecosse, de peur 
qu'on ne lui dispute sa capture, loin du champ de bataille» et 
l'enferme dans un château appelé Chastel Orgueilleux *. 

Du côté des Écossais , les comtes de Fife *, de Bu« 



1 . D'après la lettre de Thomas Samson, citée plus haut, l*armée an- 
glaise, composëe de mille hommes d'armes, de mille kobbiliers ou cava- 
bers armés à la légère, de dix mille archers et de vingt mille gens des 
communes, fut divisée en trois corps ou échelles ; la première sous les 
ordres des seigneurs de Percy et de Nevill, la seconde que comman- 
dait l'archevêque d'York en personne, la troisième, qui formait l'ar^ 
rière-garde, sous la conduite du seigneur de Mowbray. 

2. La bataille se livra, non dans les environs de Newcastle, comme 
Froissart semble Pindiquer, mais beaucoup plus au sud et tout près de 
Durham, en un lieu de la banlieue méridionale de cette ville, appelé 
Nevill's Cross : ad crueem Nevjrle in campo juxta Durham^ dit Robert de 
Avesbnry. Aussi tous les historiens anglais désignent-ils cette bataille 
sous le nom de bataille de Durham ou de Neviirs Cross. 

'3. D'après Thomas Samson, Bobert de Avesbury et Knyghton, la 
bataille de Durham ou de Nevill's Cross se livra le 17 octobre 1346, 
veille de Saint>Luc. Robert de Avesbury, Uist.Ed. III, p. 145. 

4 . Le château de Copeland ou Coupland ,' qui appartenait à cet 
écuyer, est situé dans le comté de Northumberland et le district de 
Kirk-Nevrton, sur la rivière de Glen ; il a été rebâti par les Wallace an 
conmiencement du dix-septième siècle. 

5. Aujourd'hui Ogle ou Ogles, dans le comté de Northumberland, 
an nord de Newcastle et au sud- ouest de Morpeth; on voit encore les 
ruines du château à motte féodale où Jean de Copeland mit en sâreté 
sa royale capture. 

6. Le comté de Fife, en Ecosse, est bonié au nord par le golfe de 
Tay, à Test par la mer du Nord, au sud par le golfe de Forth, a Ponest 
par les comtés de Perth, de Kinross et de Qackmann. Duncan, comte 
de Fife, ne fut pas mé, comme le dit Frobsart, mais seulement fait 



X CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. 

chan*,' de Sutherland', de Strathdeam', de Marr*, Jean* et 
Thomas de Douglas, Simon ^ Fraser et Alexandre de Ramsey ^ 
sont tués ; les comtes de Murray ' et de March ^, Guillaume *^ 
et Archibald de Douglas, Robert de Vescy, les évêques d'Aber* 
deen et de St-Andrews sont faits prisonniers. P. 20 à 24, 231 
à 239. 

<c Et moi Jean Froissart ^S auteur de ces Chroniques et Histoires, 
je fis un voyage en Ecosse en 1365, et je fus de l'hôtel de David 
Bruce pendant quinze semaines. Ma très-honorée dame, la reine 
Philippe d'Angleterre, m'avait donné des lettres pour le roi et 
les barons d'Ecosse, qui, à sa recommandation, me firent très- 

Çrisonnier; et ordre fut donné le 8 décembre 1346 de le conduire à la 
'onr de Londres. Rymer, Fatdera^ vol. III, p. 95. 

I. L'ancien comté de Buchan formait autrefois une des quatre sub- 
divisions du comté d*Aberdeen ; il correspond aux districts actuels de 
Deer et d'Ellon. 

3. Le comté de Sutherland est, comme chacun sait, à la pointe sep- 
tentrionale de l'Ecosse. Walsingham et Boethius disent que le comte 
de Sutherland fut fait prisonnier. 

3. Ancien comté , aujourd'hui district des comtés de Naim et d'In- 
▼emess, en Ecosse, à l'ouest du comté d'Elgin ou de Moray. Maurice 
de Murray, comte de Strathdearn, fut tué a Nerill's Cross, au té/noi- 
gnage non-seulement de Froissart, mais encore de Robert de Avesbuiy 
(p. 14) et de Thomas Samson. 

4. La seigneurie de Marr, à laquelle était attaché le titre de comte, 
est un ancien district du comté d'Aberdeen , en Ecosse. 

5. Jean de Douglas ne fut pas tué, mais fait prisonnier par Robert 
de Ogle et Robert Bertram. Rymer, vol. III, p. 95. 

6. Ce fut Guillaume Fraser, et non Simon Fraser, qui fut tué à la 
bataille de Nerill's Cross. Voyez Annals of Scotland by lord Hailes, 
éd. de 1797, toI. in, p. 108. 

7. Alexandre de Ramsey ne fut pas tué, mais fait prisonnier par 
Jean de Ever. Rymer, vol. III, p. 95. 

8. Jean ou John Randolph, comte de Murray, fut tué et non fait 
prisonnier. Robert de Avesbury, But, Ed, JIl^ p. 145. 

9. Il s^agit ici de Patrick, comte de Dunbar et de March. Dunbar, 
siège d'un comté et forteresse très-importante au moyen âge, est au- 
jourd'hui une ville du comté de Haddington, en Ecosse. Patrick de 
Dunbar, comte de March, ne fut pas tué, mais fait prisonnier par Raoul 
de Nevill. (Rymer, vol. III, p. 95.) 

10. Guillaume de Douglas t'ainé fut en effet fait prisonnier par Guil- 
laume Deincourt. (Rymer, vol. III, p. 95.) Thomas Samson mentionne 
un autre Guillaume Douglas qu'il appelle c monsir William Douglas 
le frère » et « monsir Henri Douglas, le frère monsir William » comme 
ayant été faits prisonniers à NeYill*s Cross. 

II. Ce curieux passage ne se trouve que dans la rédaction de 
Rome. 



SOMMAIRE DU PREMIER LITRE, gg 295-299. xi 

bon accueil, spécialement le roi, qui parlait fort bien français, car 
il avait été dès sa jeunesse élevé en France, ainsi qu'il a été dit 
plus haut en cette histoire ; et j'eus cette bonne fortune que, tout 
le temps que je fus auprès de lui et de son hôtel, il visita la plus 
grande partie de ^on royaume. J'appris ainsi à connaître l'Ecosse 
en l'accompagnant dans ses excursions, et je l'entendis souvent 
parler, ainsi que plusieurs gens de sa suite , de la bataille où il 
avait été fait prisonnier. Il y avait là, entre autres chevaliers qui 
avaient combattu à Nevill's Cross, messire Robert de Vescy, qui 
y fut fait prisonnier par le seigneur de Sees en Northumberland, 
messire Guillaume de Glaudigevin, messire Robert Bourme et 
messire Alexandre de Ramsey ; quant aux comtes de Douglas et 
de Murray que je trouvai en Ecosse , ils étaient les fils de ceux 
qui avaient été à la bataille. Je dis ceci, parce que le roi d'Ecosse 
avait encore à la tête la pointe de la flèche dont il fut atteint ; et 
à toutes les nouvelles lunes, il avait coutume de soufi&ir beau- 
coup à la partie de la tête où le fer était resté ; il n'en vécut pas 
moins encore douze ans après mon voyage d'Ecosse : il porta 
donc ce fer trente-deux ans. » P. 235 et 236. 

La reine d'Angleterre, qui s'est tenue à Newcastle ^ pendant la 
bataille, informée que le roi d'Ecosse a été pris par un écuyer 
nommé Jean de Copeland, écrit à celui-ci pour l'inviter à lui 
amener son prisonnier. Jean de Copeland répond qu'il ne livrera 
David Bruce qu'au roi d'Angleterre lui-même ; il est mandé par 
Edouard et se rend à Calais. P. 24 à 26, 239 à 244. 

Edouard III comble Jean de Copeland de félicitations^ et 
d'honneurs ; il l'invite à livrer à la reine son prisonnier, lui as- 

1 . Cette mention de la présence de Philippe de Hainaut à Newcastle 
pendant que se lirrait la bataille de Neviirs Cross est une erreur que 
Froissait a enmruntëe à Jean le Bel (Chroniques^ t. Il, p. 110). La reine ' 
d'Angleterre dut passer la mer vers le 10 septembre , car des lettres 
de sauTegarde furent délirrëes à quatre personnes qui deyaient rac- 
compagner dans son voyage sur le continent, et ces lettres devaient 
avoir leur effet depuis le 10 septembre jusqu'à Noël 1346. (Ry- 
mer, Foederoj vol. III, p. 90). On conserve d'ailleurs aux archives de 
Mons une charte qui prouve que le jour même où se livrait la bataille 
de Nevill's Cross, c'est-à-dire le 17 octobre 1346, Philippe de Hainaut 
se trouvait à Ypres avec sa sœur l'impératrice Marguerite. 

2. Des lettres de fëlicitation et de remercîment , datées de la Tour 
de Londres le 20 octobre 1346, furent adressées à l'occasion de la vic- 
toire de Nevill's Cross par Lionel, régent du royaume en l'absence du 
roi son p^e, à Gnillaume de la Zouche, archevêque d'York, et à onze 



VI CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

signe dnq cents livres ^ sterling de pension annuelle et l'attache à son 
service personnel. Philippe de Hainaut fait enfermer à la Tour de 
Londres David Bruce et le comte de Murray *, met des garnisons 
à Berwick, à Roxburgh, à Durham , à Newcastle et en général 
dans toutes les forteresses des frontières d'Ecosse dont elle con- 
fie la garde aux seigneurs de Percy et de Nevill ; puis elle passe 
la mer avec une nombreuse suite de dames et ^e damoiselles 
pour aller rejoindre son mari; elle débarque à Calais trois jours 
avant la Toussaint : le roi Edouard célèbre cette fête, à l'occasion 
de la venue de sa femme, avec un éclat inusité. P. 26 à 29, 244 
à 247. 



CHAPITRE LXIV. 

1347. Sn&GS DB CALAIS ; seconde PÉBIODB : DE LA riN DE 1346 À 

XAi i347. — Loms, coim de rLAND&B, poussé contre son 

6&i PAB LES FLAMANDS DANS L ALUANGB DU BOI d'aNGLETEBEB 
dont IL A FIANCÉ LA HLLB , SB EiFUOIB AUPBÂS DU BOI DE 
FBANCE* (§§ 300 à 303). 

Calais résiste victorieusement à% toutes les attaques des Anglais ; 
mais les habitants commencent à souffrir de la famine, car ils ne 
reçoivent des vivres que subrepticement, grâce à deux intrépides 
marins d'Abbeville, Marant et Mestriel. Les assiégeants ont à 
soutenir de continuelles escarmouches contre les garnisons fran- 
çaises de Guines *, de Hames *, de Nesles •, d'Oye ', de Bayen- 

seîgneurs du nord de l'Angleterre parmi lesquels figure Jean de Gope- 
land. Rymer, Fœdera, vol. III, p. 91 et 92. 

1. Le 20 janvier 1347, le roi d'Angleterre assigne à son amé Jean 
de Copeland, qui lui a livré David Bruce, roi d'Ecosse, son prisonnier, 
cinq cents livres de rente annuelle et perpétuelle sur les ports de Lon- 
dres et de Berwick et en outre cent livres de rente annuelle et viagère 
sur le port de Newcastle pour son service de banneret. Rymer, Fœ^ 
dera, vol. III, p. 102 et 103. 

2. Ce n'est pas le comte de Murray tué à la bataille, mais les comtes 
de Fife et de Menteith qui furent enfermés à la Tour de Londres. 

> 3. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ t. II, chap. Lxxvn, p. 115 à 118. 

4. Pas-de-Calais, arr. Boulogne-sur-Mer. 

5. Auj. Hames-Boucres, Pas-de-Calais, arr. Boulogne-sur-Mer, c. 
Gaines. 

6. Pas-de-Calais, arr. Boalogne-sur>Mer, c. Samer, 

7. Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Audrnicq. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §$ 300-303. xin 

ghemS de Fiennes', de la Montoire*, de Saînt-Omer, de Thé- 
rouanne * et de Boulogne. P. 29 et 30, 247 à 249. 

Pendant l'expédition d'Edouard III en Normandie, les Fla- 
mands, alliés du roi d'Angleterre, avaient assiégé Béthune S d'où 
ils avaient été repoussés par Geofiroi de Chamy, Eustache de Ri* 
bemont, Beaudouin d'Annequin, Jean de Landas, que le roi de 
France avait mis à la tête de la garnison. Dès le commencement 
du siège de Calais, le roi d'Angleterre négocie, de concert avec 
les communes flamandes, un mariage entre sa fille Isabelle et le 
jeune comte Louis'. Ce projet est combattu par Jean, duc de 
Brabant, qui, voulant faire épouser sa propre fille au comte de 
Flandre, parvient à mettre le roi de France dans ses intérêts'. 
Par l'entremise du duc de Brabant et du roi de France ', le 
comte de Flandre se réconcilie avec ses sujets et retourne dans 

1. Anj. Bayenghem-Iez-Eperlecqaea , Pas-de-Calais, arr. Saint- 
Omer, c. Ardres. 
3. Pas-de-Calais, arr. Boologne-sur-Mer, c. Gnines. 

3. Anj. hameau de Zutkerqiie, Pas-de-Calais, arr. Saint*^mer^ 
c. Andmicq. 

4. Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer. c. Aire-sur-la-Lys. 

5. Philippe de Valois fait sans doute allusion à ce siège dans une 
charte d^aTril 1347, où il amortit mille livres de terre en faveur des 
hôpitaux et maladreries de Bëthune « pour ce que nos amez les esche- 
vins, prevost, maieur et comunauté de la ville de Betune ont esté moult 
domagîet C9ste présente armée pour cause de noz guerres et leurs mai- 
sons arses. 9 (Areh. nat., sect. hist., JJ68, p. 168.) D'autres pièces du 
27 octobre 1346 (JJ81, p. 944), de janvier 1347 (JJ81, p. 950), de fé- 
vrier 1347 (JJ81, p. 945, 946 et 948), de mars 1347 (JJ81, p. 947), de 
juillet 1347 (JJ68, p. 331 et JJ81, p. 949) contiennent des confirma- 
tions ou concessions de privilèges en faveur des habitants de Bëthune. 
La plus importante de ces donations est celle de la ville de la Gorgue 
(Nord, arr. Hazebrouck, c. Merville) situëe au nord de Bëthune entre 
cette ville et Armentières (JJ81, p. 948). 

6. Louis , III du nom, dit de Maie, comte de Flandre, de Nevers 
et 4e Rethel, baron de Donzj. 

7. Mahieu Legier de Mouy fut le nëgociateur employé par le roi de 
France, avant le lo janvier i347i pour ses « besoignes sécrétez es par* 
ties de Brebant ». Arch. nat., JJ68, p. ia8. 

8. Par lettres de janvier i347 (°* ^^*)i 1^ '^^ ^® France autorise le 
comte de Flandre à aUer et venir en Flandre, espërant aue « pour la 
présence de lui en son pais de Flandre les habitans et sungez aHcellui 
se porteront et auront envers lui comme bons et vrais subgez.... en se 
retraiant et délaissant de leurs simples et indeues emprises et asseoH 
blëes. t (Arch. nat., s^ct. hist., JJ77, p. 4*.) Louis de Maie fit sa pre- 
mière entrée à Bruges le s3 janvier i347« i^^^^'ù'^ ^ Archives de 
Bmgtesy m-4», Bruges, 1871, p. 5oo. 



XYi CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

de cette trêve, la guerre se rallume : Edouard III expëdie en 
Bretagne un renfort de deux cents hommes d'armes et de quatre 
cents archers sous la conduite de Thomas de Dagworth' et de 
Jean de Hartsel. Ces deux chevaliers font souvent, en compagnie 
d'un vaillant homme d'armes breton nomme Tannegui du Châtel, 
des chevauchées contre les gens de Charles de Blois. P. 38, 39, 
260. 

Thomas de Dagworth, Jean de EUurtsel et Tannegui du Châ- 
tel s'emparent de la Roche-Derrien ^ au nom de la comtesse de 
Montfort. P. 39, 40, 261, 262. 

A cette nouvelle, Charles de Blois rassemble à Nantes une 
armée de douze cents armures de fer, de quatre cents chevaliers, 
dont vingt-trois bannerets, et de douze mille hommes de pied ' et 
. vient mettre le siège devant la' Roche-Derrien. Il fait dresser 
trois engins dont le jet incommode fort la garnison de cette for- 
teresse *. La comtesse delSdontfort ^ charge Thomas de Dagworth, 



1. Le lo îanvier i347v Edouard m nomme son amé et féal Thomas 
de Dagworth lieutenant et capitaine dans le duché de Bretagne. Ry- 
mer. Feulera^ toI. III, p. loo. 

2. C6tes^u-Nord, ar. Lannion. Froissart, reproduisant une erreur 
de Jean le Bel (r. p. 194), dit que la forteresse de la Roche-Derrien 
fut prise par Thomas de Dagworth, ce qui reporterait la date de cet 
érénementà la fin de jauTier i347 '^ pl^* ^6t ; en Tabsence d'actes à 
date certaine, il y a lieu de proférer aux données vagues et incertaines, 
quand elles ne sont pas inexactes, de Jean le Bel et de Froissart, le ré- 
cit très-précis et très-circonstancié des Grandes Chroniques d'après le- 
quel le château de la Roche-Deirien se rendit à Guillaume de Bofaun, 
comte de Northampton, en décembre i345. Voyez l'édit. de M. P. Pa- 
ris, in-is, t. y, p. 443 et 444. 

3. D'après une lettre adressée en Angleterre par Thomas de Dae- 
worth, qui est, comme nous dirions aujourd'hui , le bulletin de la 

^bataille i^digé par le vainqueur, l'armée de Charles de Blois se compo- 
sait de douze cents chevaliers et écuyers, de six cents autres gens d'ar- 
mes, de six cents archers du pays et de deux mille arbalétriers, sans 
compter les gens de commune. Robert de Avesbury, Bisi. Ed, III ^ 
p. 159. 

4. D'après les Grandes Chroniques (t. V, p. 472), ces engins étaient 
au nombre de neuf, dont un, d'une dimension énorme, lançait des 

Sierres pesant trois cents livres. Du reste, tout le récit ae la bataille 
e la Roche-Derrien dans les Grandes Chroniques (p. 471 à 478), par 
l'étendue des développements, par l'abondance des détails et des parti- 
cularités, par la précision des indications locales qu'il renferme, sem- 
ble écrit par un témoin oculaire ou du moins sous sa dictée. 

5. n y a tout lieu de penser, selon l'observation de dom François 
Plaine, que la comtesse ae Montfort, qui s'était retirée en Angleterre 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $$ 304-30S. xm 

Jean de Haitsel et Taimegui du Chttel de marcher au secours 
des assièges à la tète de mille armures de fer et de huit mille 
hommes ^ de pied. Une première rencontre entre l'armée de 
Charles de Blois et la moitié des forces de Thomas de Dagworth 
a Uen au milieu de la nuit; Thomas de Dagworth y est grièye- 
ment blessé et fait prisonnier, après avoir perdu la plus grande 
partie de ses gens. Au moment où Jean de Hartsel et Tannegui 
du Chitel se préparent à effectuer leur retraite dans la direction 
d'Hennebont, Gamier, sire de Cadoudal, arrive avec un renfort 
de cent armures de fer et les décide à recommencer le combat; 
ils surprennent, vers le lever du soleil, l'armée de Charles de 
Biois OKdormie et que ne garde aucune sentinelle *, Cette armée 
est taillée en pièces : deux cents chevaliers et bien quatre mille 
hommes restent sur le champ de bataille'. Les Anglais re- 

vrwc son fili, après la trêre de Malestroit, ne se trouTait pas alors en 
Bretagne. Voyez la brochure intitulée : De PautorUé de Frousart comme 
kutonen des guerres de Bretagne^ Nantes, 1871, p. 29 à 31. 

1 . Dans le huUetin de sa rictoire , dont nous avons parlé pins haut , 
Thomas de Dagworth prétend qa*Û n'avait qne quatre cents hoDunes 
d'armes et trois cents archers, sans compter la garnison de la Roche- 
Derrien qui vint au secours des Anglais et tomba sur les derrières de 
Farmée de Charles de Blois, dès que le jour fut levé. L*hahi]e capitaine 
•Dglaîs avait eu soin de donner a ses hommes un mot d*ordre qui leur 
permit de se reconnaître dans la confusion de cette mêlée de nuit; 
note de cette précaution, il arriva aux gens de Charles de Blois de 
ecnnbattre les uns contre les autres, et de faire eux-mêmes la besogne 
des Ai^S^. Robert de Avesbury, Hist. Ed. III^ p. 158 à 160. 

S. La bataille de la Roche-Derrien se livra le 20 juin 1347, suivant 
le témoignage de Thomas de Dagworth : c le vingtième jour de juyn, 
environ le quarter, devaunt le jour. > Robert de Avesbury , Hist, Ed, ///, 

p. 159. 

3. D'après Thomas de Dagworth , six ou sept cents chevaliers et 
éeajen périrent à la Roche-Derrien. Le capitaine anglais cite, parmi 
les morts, Alain, vicomte de Rohan, les seigneurs de Laval , de Cha- 
teaubriand, de Malestroit, de Qnintin, de Rougé, de Derval^ le fils et 
hériti^ de ce dernier, Raoul de Montfort; et, parmi les prisonniers, 
Charies de Blois, Gui de Laval, fils du sire de Laval, les seigneurs de 
Sochefort, de Beaumanoir, de Lohéac, de Tinteniac (Robert de Aves- 
bvy, p. 160). Le seigneur de Rougé, qui fut tué a la Roche-Derrien, 
s'appelait Guillaume. Le 12 mai 1361, Charles de Blois donna la châ- 
teUeme de Pontealeuc à Bonabbé, seigneur de Rougé et de Derval, 
« fils de Guillaume, seigneur de Rougé, qui morut à la Roche Derian 
pour la défense de nostre droit, quant pnns fumes de nos ennemis, s 
(Arch. nat., sect. hist., JJ90, p. 13). Avant de se rendre aux Anglais, 
Charles de Biois s'était battu comme un lion et avait reçu dix-sept 
blcssttres; on écuyer de sa compagnie, fait prisonnier avec son maître, 

b 






xna CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

prennent Thomas de Dagwoith; Charles de Blois, fait prison- 
nier pendant la bataille, est enferme au château d'Hennebont, et 
le siëge de la Roche-Derrien est lève. Les hostilités n'en conti- 
nuent pas moins entre Jeanne de Penthièvre, femme de Charles de 
BI0ÎS9 qui dirige les opérations au lieu et place de son mari, et 
les partisans de Jeanne de Flandre, comtesse de Montfort. P. 40 
à 44, Î6î à 269. 



CHAPITRE LXYI. 

1347. SIÈGE DB GAI1AI8, TEoisiàitB piEeioob : DB MAI A Aoirr 1347. 

ARRIVÉE FRÂS DB CALAIS ET RETRAITE SANS COMBAT DB PHI- 

UPPB DB VALOIS A LA TiTB d'uNE NOMBREUSE ARlfiE. — REDDI* 
TION DE CALAIS (3 AOUT); DÉVOUEUENT d'eUSTACBE DB SAINT- 
PIERRE ET DB CINQ AXITRB8 BOURGEOIS^ (§§ 306 à 314). 

Philippe de Valois entreprend de réunir une armée pour mar- 
cher au secours de Calais ; il donne rendez-vous à ses gens à 
Amiens* pour le jour de la Pentecôte. Il n'adresse son mande- 
ment qu'aux gentilshommes , car il pense que les gens des com- 
munautés, à la guerre, ne sont qu'un obstacle et un encombre- 
ment : ces gens-là fondent dans une mêlée comme la neige au 
soleil, ainsi qu'on l'a vu à Caen, à Blanquetaque, à Grécy et dans 
toutes les affaires où ils ont figuré. Le roi de France n'en veut 
plus avoir, excepté les arbalétriers des cités et des bonnes villes. 
Il veut bien leur or et leur argent pour subvenir aux frais et 



nommé Michel de Chamaire, fut taxé par les Anglais à si forte rançon 
que, pour la payer, il dut se mettre au serrice de Foulque de Mathas, 
cneralier de Saintonge, comme simple archer. JJ85y p. 113. 

1. Cf. Jean le Bel, Chroniques, chap. lxxx et lxxxi, p. 127 à lk2. 

2. Philippe de Valob était à Montdidier le 27 arril 1347 (Bibl. nat., 
dép. des mas., Chartes rojrales, t. III, p. 70 ; Ârch. nat., JJ68, p. 281); 
il était à Moreuil , entre Montdidier et Amiens, au mois de mai (J J68, 

Î>. 140); il passa la plus grande partie du mois de mai à Amiens 
JJ68, p. 167); il quitta cette Tille avant la fin de mai, car plusieurs 
actes qui portent la date de ce mois sont donnés, soit sur les champs 
entre Èeauquesne (Somme, arr. et c. Doullens, entre Amiens et Dooi- 
lens] et Lucneux, soit à Lucheux (Somme, arr. et c. Doullens, entre 
Doullens et Arras) JJ68, p. 272, 137, 301. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS 306-314. xix 

payer les gages des gentilshommes : voilà 1;out. Qu'ils se conten- 
tent de rester chez eux pour garder leurs femmes et leurs en- 
fimts, labourer la terre et faire le commerce : le métier des 
armes n'appartient qu'aux gentilshommes qui l'ont appris et s'y 
sont formés dès l'enfance^. Jacques de Bourbon, comte de Pon- 
thieu, connétable de France par intérim en l'absence du comte 
d'Eu, prisonnier en Angleterre, les seigneurs de Beaujeu et de 
Montmorency, maréchaux de France, le seigneur de Saint-Te- 
nant, maître des arbalétriers, sont à la tête des forces françaises 
remues à Amiens. On n'y compte pas moins de douze mille 
heaumes, ce qui fait soixante mille honmies, car chaque heaume 
suppose au moins cinq honmies, et en outre vingt-quatre mille 
arbalétriers génois , espagnols et hommes des cités et bonnes 
villes. P. 44, 269 à 272. 

Le roi de France, qui voudrait bien envoyer une partie de ses 
gens du côté de Gra vélines * et qui a besoin pour cela du con- 
cours des Flamands, essaye de détacher ceux-ci de Talliance 
d'Edouard III ; il n'y réussit pas et se décide alors à se diriger 
du côté de Boulogne. — Informé de ces préparatifs de son ad- 
versaire, le roi d'Angleterre redouble d'efforts pour réduire Calais 
par la famine ; il Hat construire sur le bord de la mer, à l'en- 
trée du havre, un énorme château muni d'espringales, de bom- 
l>ardes, d'arcs à tour, et il y établit soixante hommes d'armes et 
deux cents archers : aucune embarcation ne peut entrer dans le 
port de Calais ni en sortir sans s'exposer à être criblée par l'ar- 
tiUerie de ce château. En même temps, les Flamands, à l'instiga- 
tion d'Edouard III, viennent, au nombre de cent mille, mettre le 
siège devant Aire ' ; ils brûlent tout le pays des environs, Saint- 



1. Ce curieux passage, où ron yoit si bien les préventions passion- 
nées de Philippe de Valois et de sa noblesse conU*e Temploi des vil- 
^ins à la guerre, ne se trouve que dans la rédaction de Rome (p. 270 
et â71 de ce volume]. Des trois combats cités, il y en a un au moms où 
les yillains firent très-bonne figure, c'est celui de Caen, dont les bour- 
geois, d'après les propres paroles d'Edouard III lui-même, « se defen- 
derent mult bien et événement , si que la m elle fat très fort et bmg du- 
rant, j» Voyez Jules Delpit, CoUection générale des documents français 
fd se trouvent en Angleterre^ in-4<', 1847, p. 71. 

2. Nord, arr. Dunkerque, à Pest de Calais. 

3. Aire«ui^la-Lys, Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, au sud-est de 
Calais et de Saint-Omer, entre Thérouanne à Touest et Saint-Venant à 
l'est. £n novembre 1348» Philippe de Valois accorda aui maire, ëche* 



XX ŒRONIQUES DE J. FROISSART. 

Venant ^ Merville*, la. Gorgue*, Estaires*, Laventie*, localités 
situées sur une marche qu'on appelle Laleu*, et ils se répandent 
jusqu'aux portes de Saint-Omer et de Thérouanne. — Sur ces 
entrefaites, Philippe de Valois vient camper à Arras ' et envoie 
Qiarles d'Espagne tenir garnison à Saint-Omer. P. 45, 46, 272 
à 274. 

Philippe de Valois apprend que la position des habitants et de 
la garnison de Calais est de plus en plus critique *; il quitte Ar- 

vins et oommtme d*Aire, en réoompente de lenr fidélité, des privilèges 
confirmés en 1350 par le roi Jean (JJ80, p. 97). En novembre 1353, le 
roi Jean accorda à la ville d'Aire an comté d'Artois, en considération 
de ce qa'elle avait souffert pendant les guerres, one foire annuelle 
durant quatre jours , à partir du lundi avant la Pentecôte (JJ82 , 
p. 151). 

1. Pas-de-Calais, arr. Béthune, c. LUlers. 

3. Nord, air. Haiebrouck. 

3. Nord, arr. Haiebrouck, c. Merville. 

4. Nord^ arr. Hazebrouck, c. Merville. 

5. Pàs-de-Calais, arr. Béthune. 

6. Le pays de' Laleu, au diocèse d*Arras, était situé k peu près au 

S oint de jonction de ce diocèse avec ceux de Saint-Omer, d'Ivres et 
e Tournai. 

7. Philippe de Valois et son fils Jean passèrent à Arras la plus 
grande partie du mois de juin (JJ68, p. 170, 300, 323); le roi de 
France était à Hesdin à la fin de ce mois (JJ68, p. 335). 

8. Le roi de France reçut sans doute à Arras radmirable lettre que 
lui adressa Jean de Vienne dans le courant du mois de juin 1347. Les 
Anglais interceptèrent une copie de cette lettre le 26 juin, et voici 
dans quelles circonstances. Le lendemain de la Saint-Jean (25 îuin 1847), 
les comtes de Northampton et de Pembroke surprirent, à la hauteur 
du CrotoY, une flotte de quarante-quatre vaisseaux français envoyés 
pour ravitailler Calais et la mirent en déroute. Le 26, A Paube du 
jour, les Anglais s^emparèrent d'une embarcation, montée par des 
Génois, qui essayait de sortir du port du Crotoy. Ije Génois qui com* 
mandait cette embarcation, n*eut que le temps de jeter à la mer, at- 
tachée à une hache, une lettre très-importante adressée par Jean de 
Vienne, capitaine de Calais, an roi de France, pour lui exposer sa 
détresse et celle des habitants de Calais; on la retrouva A marée basse, 
c SachiÀ, disait Jean de Vienne, que ly m ad riens qui ne soit tut 
mangé et lez chiens et le* ckates et le» chipoux si qe de nvere nous ne 
poions pluis troper en la pille si nous ne mangeons enars des gentx, ^o* 
antrefois vous avez escript que jeo tendroy la ville taunt que yaueroit 
i mangier : sy sûmes i ces points qe nousn'avoms dount pluis vivere. 
Sî avons pris accord entre nous que, si n^apoms en brief soeour^ que nous 
issiroms hors de la pille tautz à champs pour comAatre ^ pour vtpre ou pour 
morir^ qar nous avoms meulz à morir as champs honourablement que 
manger Tnn l'autre. » (Robert de Avesbury, ffist, Md. lil^ p. 157 
et là.) Si Ton songe que ces lignes étaient écrites dès le mob de juin 



SOMMAHUB DU PREfillER LIVRE, SS 306-314. xxt 

m et prend le chemin de Hesdin *, où 3 s'arrête pour attendre 
ceux de ses gens d'armes qui ne Tont pas encore rejoint ; puis il 
passe à Blangy \ à Fanquembergue', à Thëronanne \ traverse le 
piys qn'<m appelle VJlequine^^ et vient camper sur la hauteur de 
SangatteS entre Wissant et Calais, p! 46, 47, 274 à 276. 

Les assiégeants ont eu soin d'établir leurs campements dans 
une situation si favorable à la défense qu'on ne peut s'approcher 
d'eux, pour les attaquer, que par trois côtés : ou, par le grand 
diemin^ qui va tout droit à Calais, ou par les dunes qui bordent 



et que Calais se rendit seulement le 3 août, on ne saurait trop 

h rétUtance vraiment héroïque de Jean de Vienne, de la gamiion et 

des bourgeois de Calais. 

1. Philippe de Valois s'arrêta en effet assez longtemps à Hesdin 
(auj. Vicil-Hesdin, Pas-de-Calais, air. Saint-Pol-sur-Temoise, c. le 
Pana); car, arrivé dans cette ville dès la fin de juin (JJ68, p. 335), il 
J était encore le 10 juillet (JJ68» p. 331), il campa ensuite près d^Au- 
cfaj (aaj. Auchj-l^Hesdin, au nord-est de Hesdm; JJ68, jp. 337), et 
il étsit devant Ut CoupeU (aaj. Coupelle-vieille, Pas-de-<Jalais, atr. 
MontreoilHsar-Mer, c. Fruges, entre Hesdin au nord et Fauquember- 
gnean sod) les 17 et 18 juillet (JJ68, p. 288 et 289). 

S. Anj. Blan^-sur-Temoise, Pas-de-Calais, arr. Saint-Pol-sur-Ter- 
Boiae, c. le Parcq. 

S. Pas-de-Calais, arr. Sain^Onler• Philippe de Valob était campé 
près de Fanquembergue le 20 millet (JJ68, p. 316). 

4. Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, 0. Airensur-la Lvs. 

5. Alquines est aujourd'hui un village du Pas-de-Calais, arr. Saint- 
QoMr, c. Lumbres. F^isaart se sert, en plusieurs passages de ses Chro- 
oiqoes, du mot JUqume pour désigner rancien pays des Morins. Phi- 
lippe de Valois était près d'Ausques (auj. Nordausques, Pas-de-Calab, 
irr. Saint-Omer, c. Ardres, sur la voie romaine de Leulingne, au 
nerd-ouest de Saint-Omer et au sud-est de Guines), le 2^ juillet f JJ68, 
p. 299* et 310], le même jour entre Ansques et Tomnehem (JJ68, 
^. 299*), enfin près de Gaines (Pas-de-Calais, arr. Boulogne-snr-Mer, 
a trois Heues environ an sud de Calais) le 26 juillet (JJ68, p. 261). 

6. Pas-de-Calais, arr. Boulogne-sur-Mer, c. Calais, à 10 kil. de cette 
^e. Ce que Froissart appelle le mont de Sangtau est une falaise hante 
h 13^ mètres, située entre la mer et de vastes marécages, aujourd'hui 

V^ ^chés en partie. Puisque Philippe de Valois était encore à Gaines 
' V'^f il ne put arriver à Sancatte que le vendredi 27 juillet an plus 
4t : c'est du reste la date donnée par Edouard m lui--méme dans 
le lettre rapportée par Robert de Avesburj : t ceo darrein vendredjr 
-oschein devant le goal d*aust. b Hîst. Ed. ili^p, Ï63. 

7. Froissart veut sans doute désigner ici l'antique voie de commu- 
iication, marquée sur la carte de Qissini comme Chemin de Letdmgue^ 

t\eieniu route des Bowtaûu , qui aboutit à Sangatte et dont une pro- 
ngation va tout droit, comme dit le chroniqueur, de Sangatte à 
Calais. 



xzB CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

le rivage de la mer, ou par Gaines*, Marck^ et Oye^ mais les 
routes qui vont en ligne directe de ces trois forteresses àCSalab sont 
impossibles à suivre, tant elles sont coupées de fossés , de fon- 
drières et de marécages. Du côté le plus accessible, il n'y a qu'un 
pont où l'on puisse passer, qu'on appelle le pont de Nieuley^. Le 
roi d'Angleterre fait ranger en ligne tous ses navires sur la grève 
et charge les bombardiers, les arbalétriers, les archers qui mon- 
tent ces navires, de garder le passage des dunes. Quant au pont 
de Nieuley, le comte de Derby en garde l'entrée à la tète d'une 
troupe de gens d'armes et d'archers, afin d'en interdire l'accès 
aux Français et de ne leur laisser d'autre moyen d'approche que 
des marais impraticables. En même temps, à l'appel d'Edouard III, 
les Flamands du Franc, de Bruges, de Gourtrai, d'Ypres, de 
Gand, de Grammont, d'Audenarde, d'Alost et de Termonde, pas- 
sent la rivière ' de Gravelines et se postent entre cette ville et 
Calais. Grâce à ces mesures, l'investissement est si complet qu'un 
oiselet n'aurait pu s'échapper sans être aussitôt arrêté au passage. 
P. 47, 48, 276, 277. 

Entre la hauteur de Sangatte et la mer s'élève une haute tour, 
entourée de doubles fossés , où se tiennent trente-deux archers 
anglais pour interdire le passage des dunes aux Français. Les 
gens de la conmiunauté de Tournai aperçoivent cette tour, s'en 
emparent après un assaut meurtrier, et la jettent par terre aux 
applaudissements des Français. P. 48, 49, 277, 278. 

Les seigneurs de Beaujeu et de Saint-Venant, qui sont allés, 
aussitôt après l'arrivée des Français à Sangatte, examiner la po- 
sition des Anglais, déclarent au roi que cette position leur paraît 
inexpugnable. Philippe de Valois envoie le lendemain Geoffroi de 
Chamy, Eustache de Ribemont, Gui de Nesle et le seigneur de 
Beaujeu, offrir la bataille au roi d'Angleterre en tel lieu qui 



1. Gaines est aa sad de Calais; Marck et Oye sont à l'est de'^eul 
ville, du côté de la Flandre. Vtui 

2. Pas-de-Calais, arr. Boulogne-siir>Mer, c. Calais. 

3. Pas-de-Calais, arr. Saînt-Omer, c. Andmioq. 

4. Le pont de Nieuley devait être situe , comme nous l'aTons d| 
plus haut, non loin de l'emplacement du fort actuel de Nieuley, 
sud-ouest de Calais, près ae la èasse tdlle, du côté de Sangatte. 
pont était jeté sur la rivière de Hem qui, des environs d'Ardres 
elle prend sa source, passe à Guines et vient se jeter dans la mer 



Calais. 



5. La rivière de Gravelines est TAa. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, Sg 306-314. xxxn 

rait choisî par quatre chevaliers de l'un et l'autre parti. Edouard 
refuse d'accepter cette proposition ^ P. 49 à 51, 278 à âSi. 

Grâce à la médiation de deux cardinaux envoyés ' par le pape 
Clément VI, les ducs de Bourgogne et de Bourbon, Louis de Sa- 
voie et Jean de Hainaut*, du côté des Français^ les comtes de 
Derby et de Northampton, Renaud de Cobham et Gautier de 
HiMmy ^, du côté des Anglais, passent trois jours en conférence^ 

1 . D'après la lettre d'Edouard III dëjà citée, ce dëfi ne fat port^ 
que le mardi 31 juillet, après trois jours de négociatiouB infructueuses. 
« Et puis le marsdi vers le ve^re, viendrent certajms graunts et chira- 
1ers de part nostre adversarie , à la place du tretë, et offrirent à nos 
gentz la bataille de part nostre adversarie susdit par ensy que nos 
vousîasoms venir hors le marreis, et il nous durroit place convenable 
pur combatre, quele heure qe nous pleroit, entre celé heure et ven- 
oredy à soir proschein suaunt (3 août) ; et vorroient que quatre chiva- 
1ers de noz et aultrè quatre de lor esleirent place covenable pur l'une 
partie et pur l'autre, a Le roi d'Angleterre prétend qu'il fit répondre 
àè* le lendemain mercredi !•' août à Philippe de Valois qu'il accep- 
tait son défi ; Jean le Bel (t. Il, p. 130 et 131) et Froissart rapportent 
le contraire. U y a lieu de croire, comme l'ont pensé Bréquigny (Afi- 
Uoires de F Académie de* inscriptions^ t. L, p. 611 à 614) et Dacièr 
(p. 846 de son édition de Froissart, note 1) qu'Edouard m dut accep- 
ter en principe le défi du roi de France : le point d'honneur chevale- 
resque exigeait impérieusement cette acceptation qui au fond n'enga- 
éeait à rien le roi anglais, puisqu'il lui restait mille moyens d'éluder 
lu de difKérer le combat, quand on en viendrait à la mise en pratique, 

i Tezécution. U semble, à vrai dire, que le défi n'avait guère été porté 
dus sérieusement par Philippe qu'il ne fut accepté par Edouard ; et le 
pi de France ne proposa sans doute la bataille à son adversaire que 
loor dérober sa retraite ou du moins se ménager une explication ho- 
korable. 

2. Ces deux légats étaient Annibal Ceccano, évêque de Frascati, et 
Itienne Aubert, cardinal prêtre du titre des Saints Jean et Paul. Du 

ste, Clément VI n'avait pas cessé, depuis le commencement de la 

lerre, d'intervenir pour la conclusion d'une paix entre les deux rois. 

avait même adressé des reproches assez vifs au roi d'Angleterre, 

ir lettres datées d'Avignon le 15 janvier 1347, au sujet du peu d'é- 

trd que ce prince avait eu à la médiation des légats du saint-si^e. 

'oyez Robert de Avesbuiy, p. 146 à 153 et Rymer, vol. III, p. 100 

101. 

d. Les plénipotentiaires français étaient, d'après la lettre d'Edouard, 
^s ducs de Bourbon et d'Athènes, le chancelier de France (qui était 
alQrs Guillaume Flotte, sire de Revel), Gui de Nesle, sire d'Offémont, 
et GeofBroide Chamy. 

k. D'après la lettre d'Edouard, les plénipotentiaires anglais étaient 
bien ceux indiqués par Froissart ; il y faut ajouter seulement le mar- 
quis de Juiliers et Barthélémy de Burghersh, chambellan du roi anglais. 
Voyez Robert de Ave«bury, p. 1$4. 



XXIV CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

pour traiter de la paix, mais ces nëgociations restent sans résul- 
tat. Philippe de Valois, qui ne voit aucun moyen de faire lever le 
âëge de Calais ni d'en venir aux mains avec les Anglais, prend 
le parti de décamper bnisquement ^ et de reprendre le chemin 
d'Amiens. Ce départ précipité de l'armée, dont ils attendaient 
leur délivrance, met les habitants de Calais au 'désespoir, tandis 
que les assiégeants qui poursuivait les Français dans leur retraite 
font un grand butin. P. 5i à 53, S81 à 283. 

Le départ du roi de France vient de faire perdre aux habi- 
tants de Calais leur dernier espoir^ et, pendant ce temps, la fa- 
mine, qui sévit avec une rigueur croissante, est arrivée à tel point 
que les riches eux-mêmes ne sont pas épargnés. C'est pourquoi 
les assiégés prient Jean de Vienne de s'aboucher avec les Anglais 
pour traiter de la reddition de la ville. Le gouverneur de Calais 
fait signe, du haut des remparts, aux assiégeants qu'il a une com- 
munication à leur faire. Le roi d'Angleterre charge Gautier de 
liauny de recevoir les ouvertures des Calaisiens. Jean de Vienne 
propose de rendre la ville à la condition que la garnison et la po\* 
pulation auront la liberté et la vie sauves. Gautier de Mauny réV 
pond que la volonté bien arrêtée d'Edouard est que les assiégés^ 
se rendent sans conditions. Le capitaine de Calais s'élève cou 
une telle prétention, et l'envoyé anglais s'engage à user de tou 
son influence pour obtenir des conditions moins dures. De retou 
auprès du roi son mattre, Gautier de Mauny plaide avec ta 
d'habileté et de chaleur la cause des habitants de Calais qu'l^- 
douard, se relâchant de ses premières exigences, promet de fairOs 

1. Edouard dit que Philippe de Valois décampa précipitamment ]|e 
jeadi (2 aoÂt) de grand matin : «.... jeosdi, devaunt le joor.... s*elii 
départi od toutes ses genu auxi comme disconfit, et hasterent tauiyt 
qu'ib ardèrent lor tentes et graunt partie de lor hemeys à lor depaip- 
tir; et noz gentz lez pursnerent bien près à la cowe : issint, à l*escr3- 
Tere de cestes, n'estoient ils mve unqore rcYenuz.... » {Ibid,^ p. 1661. 
Nous devons dire que la date des actes émanés de Philippe de Valois, 
au commencement d*aoât, s*accorde bien arec le témoignage du r^i 
anglais. Plusieurs pièces ont été données derant Calais (JJ68, p. 297) 
on près de Sanptte (JJ68, p. 132) « ou mois d'aoust » c'est-à-dire te 
1« aoât; mais il résulte de deux actes (JJ68, p. 122 et 283) que, dè^ 
U 3 *u>àt , le roi de FVance était à Lnmbres (Pas-de-Calais, ar. Saint-f 
Orner, au sud-ouest de cette Tille), après aroir passé (JJ68| p. 290) i 
Ausqnes (auj. Nordausqnes, Pas-de-Calais, ar. Saint -Orner, c. Ardres ou 
Zndansques, c. Lumbres), et que le 7 aoât il était à Hesdin (JJ68| 
p. 271) après aroir pané à Fauquembergoe (JJ68, p. 299 et 907). 



SOMBfAIRE DU PREMIER LIVRE, $$ 306-314. 

grSœ aux habitants de Calais à ]a condition que six des plus no- 
tables bourgeois viendront, tète et pieds nus, en chemise, la corde 
au cou, lui présenter les clefs de leur ville et se mettre entière- 
ment à sa discrétion, P. 53 à 57, 283 à 287. 

Gautier de Mauny retourne porter à Jean de Vienne l'ultima- 
tum du roi d'Angleterre qui plonge dans la consternation les Ga- 
laisiens. A la vue de l'affliction gâiérale, un des plus riches bour- 
geois, nommé Eustache de Saint-Pierre, n'hésite pas à exposer 
sa vie pour sauver ses concitoyens : il s'offre le premier pour 
(tre Tune des six victimes; et bientôt Jean d'Aire, Jacques et 
Pierre de Wissant, Jean de Fiennes et André d'Ardres, entraînés 
par l'héroïque exemple d*£ustache, veulent bien se joindre à lui 
et s'associer à son dévouement ^. Ces six bourgeois se mettent 



1. Cet épisode du dérouement des six bourgeois de Calais est em- 
pnmté à Jean le Bel {^Chroniques ^ t. II, p. 135 et 136). Un savant 
académicien du dernier siècle, Bréquiany, a éler^ des doutes sor 
l'exactitude du récit de Froissart dans deux dissertations, l'une rda- 
tiTe à des recherches sur l'histoire de France faites à Londres {Mé" 
moires de t Académie des inscriptions^ t. XXXVII, p. 538 à 540), l'autre 
eoasacrée au si^e et k la prise de Calais par Edouard III {Ihid^ t. L, 
p. 618 i 621). &équigny se fonde, pour mettre en doute le dévoue- 
ment d'Eustache de Saint-Pierre et ae ses compagnons, sur les quatre 
actes suivants qu'il avait eu le mérite de découvrir dans les Archives de 
Londres et de sînialer le premier : 1** Une concession à vie faite le 
24 aoât 1347 à Philippe, reine d'Angleterre, des maisons que Jean 
d'Aire possédait à Calais avec leurs dépendances (Cales. Roi. pat., an. 
91 Ed. m, memb. 2) ; — 2<> une pension de 40 marcs sterling consti- 
uée le 8 octobre 1347 au profit d'Eustache de Saint-Pierre « pro 
>no servicio nobis pro custodia et bona disposicione ville nostre Ca- 
[esii impendendo, pro sustentaeione sua..,, quousque de statu ejusdem 
stacii aliter duxerimus providendum. » (Rymer, vol. m, p. 138.) 
3<> La restitution faite le 8 octobre 1347 au dit Eustache die Saint- 
4erre de quelques-unes des maisons qu'il possédait à Calais et qui 
ivaient été connsquées «< dum tamen eiga nos et heredes nostros [Ens- 
achius et sui heredes] bene et fideliter se gérant et pro salva custodia 
>t municione dicte ville faciant débite quod debebunt » (Ibid.) ; «- 
b« la concession faite à Jean de Gerwadbjr en date du 29 juillet 1351 
les biens situés & Calais qui avaient appartenu à Eustache de Saint- 
Pierre et qui avaient été confisqués après sa mort sur ses héritiers 
M que per forisiactum heredum ipsîus Eustachii, qui adversariis nostris 
Francîe contra nos adhérentes existunt, ad manus nostras devene- 
mnt.... » (Rot. Franc, an. 25 Ed. III, memb. 5). Bréqoigny aurait 
pu ajouter que le jour même où Edouard restituait à Eustache quel- 
ques-uns de ses biens, c'est4-dire le 8 octobre 1347, il distribuait en- 
core à trois Anglais, à Jean Goldbeter, à Jean Qerc de Londres, i Jean 
le, des propriétés qui avaient appartenu à ce même Eustache 



xzvi CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

tête et pieds nns, en chemise, la corde au cou, comme Va or- 
domië le vainqueur; puis, au milieu de toute la population de 
Calais qui leur fait cortège et éclate en sanglots, ils se rendent, 
dans cet appareil, jusqu'aux remparts. Là, ils sont livrés par 
Jean de Vienne à Gautier de Mauny, qui les amène en présence 
d'Edouard. Ils se prosternent devant le roi d'Angleterre, lui pré- 
sentent les clefs de Calais et le supplient à mams jointes d'avoir 
pitié d'eux. Edouard reste sourd à leurs prières et donne Tordre 
de leur faire trancher la tète, malgré les représentations de Gau- 
tier de Mauny. La reine Philippe, qui est enceinte et assiste tout 
en larmes à cette scène, se jette alors aux pieds de son mari, et, 
à force d'instances, parvient à lui arracher la. grâce des six bour- 
geois ; elle distribue ensuite des vêtements à ces malheureux, les 
fait dîner à sa table et les renvoie en donnant à chacun six no- 
bles. P. 57 à 63, 287 à 293. 

C'est ainsi que la ville de Calais, qui avait été assiégée au mois 
d'août^ 4346, vers la fête de la Décollation de Saint-Jean, fut 
prise dans le courant de ce même mois d'août de l'an 1347. — 
Par l'ordre du roi d'Angleterre, Jean de Vienne et tous les gen- 
tilshommes de la garnison sont faits prisonniers, tandis que Ton 
somme les autres gens d'armes, venus là comme mercenaires, et 
tous les habitants, hommes, femmes et enfants, d'évacuer la vill< 
que l'on veut repeupler de purs Anglais. On ne garde * qc 




de Saint-Pierre. H suffit de citer les arguments de Brëquignj poi 
montrer qu'ils n'infirment nullement le témoignage de Jean le Bel ej 
de Froissart. Eustache de Saint-Pierre, agë de soixante ans lors de U 
capitulation, puisque dans un acte de 1335, où il figure comme témoin] 
il déclare avoir quarante-huit ans, aura voulu mourir dans sa rille natale] 
dans cette ville qui lui avait inspiré son dévouement : en quoi cela c 
il en contradiction avec le récit de Froissart ? Voyez l'excellent lii 
de U. Auguste Lebeau, intitulé : Dissertation sur le dévouement itEus^ 
tache de Saint^Pierre et de ses compagnons en 1347, Calais, 1839, in-lj 
de 232 pages. 

1. Comme l'a fait observer Dacier (p. 354 de son ëd. de Frois- 
sart, note 1], cette date n'est pas tout à lait exacte : c'est une des 
nombreuses erreurs empruntées par Froissart à Jean le Bel (t. II, 
p. 139). La tète de la décollation de Saint-Jean tombe le 29 août, et 
te roi d'Angleterre, au rappoit de Robert de Avesbury [Uist. Ed, III^ 
p. 1^0) n'arriva devant Calais que le 3 septembre. D'après le même 
nistorien {Ibid.^ p. 166], cette ville se rendit le vendredi 3 août, le 
lendemain du décampement de Philippe de Valois et de son armée : 
le siège avait duré par conséquent juste onze mois. 

2. « Dominus rex, semper misericors et benignus, on^is et reientis 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS 306-314. zxvii 

prêtre et deux autres personnes âgées et expérimentées, dont le 
vainqueur a besoin pour se renseigner sur les propriétés, les lois 
et ordonnances. Edouard fait son entrée solennelle à Calais dont 
il va habiter le château et où la reine sa femme met au monde 
une fille qui a nom Marguerite. En même temps, le roi an- 
glais donne quelques-uns des plus beaux hôtels de la ville à Gau- 
tier de Mauny, à Renaud de Gobham, à Barthélémy de Burghersh, 
au baron de Stafford et à d'autres chevaliers de son entourage. 
P. 63 à 65, 293 à 297. 
Les habitants de Calais ne reçoivent aucun dédonmiagement * 



paucis de majorihus^ comtnunitatem dictas vîllœ cum bonis suis omnibus 
graciose permisit abire, dictamque villam sno retinuit imperio aubju- 
gatam. » (Robert de Ayesbury, p. 167.) D'après Gilles li Muisis, 
Edouard ni laissa à Calais ringt-deux des plus riches bourgeois c pour 
rensegnier les hiretages », selon Texpression de Froissart. Eastache de 
Saint^Pierre était désigné par sa position de fortune et la considéra- 
tion qui Tentonrait pour être l'un de ces vingt-deux ; ainsi s'expUquent 
les faveurs, très^relatiwes , d'Edouard en faveur d'Eustache : c . . . . pro 
hona dispositione vîllm CttUiii, quousque de statu ejusdem Eustachii 
duxerimuB providendum. » 

1. Cette erreur a été empruntée par Froissart à Jean le Bel (t. II, 
p. 140). Philippe de Valois, par une ordonnance antérieure au 7 sep* 
tembre 1347 et qui fut renouvelée en septembre 1349 (Arch. nat. , 
JJ78, p. 162 et 169) fit don de toutes les forfaitures qui viendraient à 
échoir dans le royaume aux habitants de Calais chassés de leur ville 
par les Anglais; le 7 septembre 1347, il accorda aux dits habitants, en 
considération des pertes que leur avaient fait éprouver les ennemis, 
tous les offices dont la nomination lui appartenait ou au duc de Nor^ 
nandie, son fils aine (Arch, nat.. Kl 87, liasse 2, p. 97; une copie de 
cette pièce originale : JJ68, p. 245, est datée d'Amiens le 8 septem- 
bre). Enfin le 10 septembre suivant, il leur octroya, par une nou- 
velle ordonnance, un grand nombre de privilèges et franchises qui 
furent confirmés sous les règnes suivants (Recueil des Ordonnances , t. IV, 
p. 606 et suivantes). Ces promesses ne restèrent pas a l'état de lettre 
morte ; un grand nombre d'actes authentiques attestent qu'elles furent 
tenues. En mai 1348, le roi de France donne une maison sise à Pro- 
vins à Thomas de Hallangues , bourgeois et habitant de Calais (JJ76, 
p. 10); en septembre 1349, il concède les biens confisqués d'un nsu-. 
rier lombard , sis au bailliage de Vitry, à Colart de Londeners , jadis 
bourgeois de Calais, c en considération de ce qu'il a souffert au siège 
de cette ville » (JJ68, p. 390); le 9 mars 1350, il indemnise Mabille, 
veuve d'Ënguerrand dit Ëstrecletrop et Marguerite, fille de feu Lenoir, 
scBurs, lesquelles avaient perdu leurs biens durant le siège de Calais 
(,M80, p. 226). En juillet 1351, Jean de Boulogne, comte de Montfort, 
lieutenant du roi Jean, son neveu es parties de Picardie et sur les 
frontières de Flandres, donne à Jean du Fresne le Jeune, fils de Jean 
du Freane, à présent prévôt de Montreuil, jadis bourgeois de Calais^ 



xxmi CHRONIQUBS DB J. FR0IS8ÂRT. 

du rrâ de France pour qui ils ont tout perdu ; la plupart d'entre 
eux se retirent à Saint-Omer. — Grâce à la médiation du cardinal 
Gui de Boulogne *, lëgat du Saint-Siëge, une trêve de deux ans 
est conclue entre les rois de France et d'Angleterre : la Bretagne 
seule est exceptée de cette trêve. — Edouard repasse en Angle- 
terre, après avoir confié la garde de sa nouvelle conquête à un 
Lombard nommé Aimeri de Pavie ^ ; il ne se contente pas d'en* 
voyer à Calais, qu'il veut repeupler ', trente-six riches bourgeois 
anglais, dont douze de Londres { il octroie à cette ville de grandes 
libertés et frandiises * pour y attirer des étrangers. — Charles de 
Blds, fait prisonnier à la Roche-Derrien, et Raoul, comte d'Eu , 
tombé à Caen au pouvcnr des Anglais, que l'on détient alors à la 



des biens m à Bouvines et en U comté de Gninet confisqués sur 
Gillebert d^Aire qoi est allé demeurer à Calais arec les Anglais. JJ82', 

p. 271. 

1. Gui de Boulogne n'eut aucune part à ces trêres qui furent con- 
clues le 28 septembre 1347. Les médiateurs furent les cardinaux An- 
nibal Ceccano et Etienne Aubert. La trére ne derait durer que quinze 
jours après la fête de Saint-Jean-Baptiste de Tannée 1348, c*est-a-dire 
enTÎron dix mois, et non pas deux ans, comme TaTanee le chroniqueur 
trompé sans doute par les prolongations accordées à différentes re- 
prises. Froissart se trompe aussi en disant que la Bretagne fîit exceptée 
de ces tréTes. ifiymm, Fœderm, vol. III, p. 136 à 138.) Dacier arait déjà 
rectifié FVoissart sur tous ces points. Voyez son édit. de Froissart, p. 356, 
note 2. 

2. C'est Jean de Montgommery, et non Aimeri de Parie, qui fut 
nommé capitaine de Calau, arant le départ du roi d*An^eterre, le 
8 octobre 1347 (Rymer, vol. III, p. 138). Jean de Montgommery fut 
remplacé le 1*' décembre de cette même année par Jean de Chiveres- 
ton \lM.j p. 142). C^est seulement le 24 avril 1348 qu^Èdouard nomme 
son amé Auneri de Parie, non capitaine de Calais, mais capitaine et 
oonduiseur de ses galées et de tous les arbalétriers et mariniers mon- 
tant les dites galées {Ihid,^ p. 159V Aimeri de Parie, chargé sans 
doute comme capitaine des «dées ae défendre les approches de Ca- 
lais du côté de la mer, remplit-il en outre par intérim ou autrement 
les fonctions de gouverneur de cette rille ? On en est réduit sur ce 
point à des suppositions. 

3. Le 12 aoât 1347, le roi d'Angleterre fit annoncer par tout son 
royaume qu'il concéderait des maisons, des rentes et ferait toute sorte 
d'arantages a ceux de ses sujets qui roudraient s'établir à Calais avant 
le l*' septembre suirant. Y. Rymer, roi. III, p. 130« 

4. Le 3 décembre 1347, Edouard confirma les statnts donnés à la 
rille de Calais en 1317 par Mahant, comtesse d'Artois. (Rymer, roi. m, 
p. 142 à 144.) Les dispositions que le roi arait ajoutées à ces statuts 
dès le 8 octobre 1347 sont relatirement libérales. [Ihid, p. 139.) V.Bré- 
qnigny, Mém, de VAcûdénue des InseriptionSf t. 50, p. 623 à 627. 



SOMBIAIRE DU PREBUER LIVRE, SS 3i»-316. xin 

Toar de Londres avec David Bruce, roi d'Écoase, et le comte de 
Miirrey, sont traites avec beaucoup de courtoisie ', Charles de 
Bloîs, à la prière de la reine d'Angleterre, sa cousine germaine ', 
Raoul d'Eu, parce qu'il a su gagner par sa galanterie les bonnes 
grâces de toute la cour. P. 65 à 67, 297 i 209. 



CHAPITRE LXVn. 

1348. BAVAon hbs bbigauds nr UMomm n izr Banioin; ixrLom 

DB BÂOOZr BT DB CBOQUABT* (§5 315 Ct 3i6). 

Guillaume Douglas, retire dans la forêt de Jedburgh, continue 
de fiure la guerre aux Anglais, même après la prise du roi 
d'Ecosse et maigre les trêves entre l'Angleterre et la France *. 
P. 67. 

Les trêves ne sont pas observées davantage en Gascogne, Poi- 
tou, Saintonge et Limousin. Dans ces pays de frontière, les pau* 
vres gens d'armes exercent le brigandage comme un métier et 
s'y enrichissent avec une promptitude merveilleuse ; il y en a qui 
font des fortunes de quarante mille ëcus. Voici comment ils pro- 
cèdent. Rassemblés par bandes de vingt ou trente, ils épient 
pendant quelque temps un riche village ou un fort château situé 
dans les environs ; puis un beau jour, de très-grand matin, ils y 
pénètrent furtivement et mettent le feu à une maison. Les habi- 
tants, qui croient avoir affaire è mille armures de fer, s'enfuient 
affolés de teireur ; les brigands pillent le village ou le château, 
après quoi ils se retirent chargés de butin. Us font ainsi à Don- 



1 . Le témoîgnaae de FroÎMart est cont^edit par George de Lemea, 
médedD de Charies de Blois, et Olirier de Bignon , son ralet de 
diambre, qui déclarent, dans l'enqnéte faite ponr la canonisation de 
ce prince, qae les Anglais le soumirent à une captiritë très-dure. 
V. dom Monce, Bisi, de Bntûgnty t. II des Preuves^ p. 6 et 7. 

2. Charles de Blois était fils de Marguerite, et Philippe de Hainaut 
ëtait fille de Jeanne, toutes deux sours de Philippe de Valois. 

3. Cf. Jean le Bel, Chnmiques, t. II, cha|>. i.xxxn, p. 143 à 145. 

4. Les Ecossais étaient cependant conipris dans ces trêres comme 
alliés de la Fnuaoe. V. Ardu Nat., sect. hist., J636, n* SI. 



CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. 

lenac^ et ailleurs; ils s'emparent des châteaux et les reyendent. 
Un de ces brigands emporte par escalade le château de Gom- 
born ', en Limousin. Le vicomte de Gombom, fait prisonnier 
dans son château , ne recouvre la liberté qu'en payant une ran- 
çon de vingt -quatre mille écus. Ce brigand, nomme Bacon, 
après avoir vendu le château de Combom à Philippe de Valois 
moyennant vingt mille écus , devient huissier d'armes ' du 
roi de France, qui le comble de faveurs. P. 67 à 69, 299 à 
302. 

En Bretagne,, un autre brigand nommé Croquart, ancien page 
du seigneur de Herck en Hollande, gagne bien soixante mille 

1. Coirèze, air. Brire, on peu aa nord de cette rille, à peu près à 
ëgale distance des deux riyières de Corrèze et de Vëzère. £n 1355, le 
fiU de Guiraud de Ventadour, seigneur de Donzenac, nommé Bernard 
de Ventadour et châtelain de Beyssac (auj. château de Saint- Augustin, 
Corrèze, arr. Tulle, c. Corrèze] joua un tour du même genre à Pierre 
de Mulceone^ seigneur de Bar (Corrèze, arr. Tulle, c. Corrèze] • Il s'in- 
troduisit dans le château de Bar avec seize hommes armés en disant 
que les Anglais établis à Beaumont (Corrèze, arr. Tulle, c. Seilhac] le 
poursuivaient et y vola deux mille sommées de blé, soixante lards et 
six mille cinq cents deniers de bon or à Vange^ au pavillon^ à la chaire^ 
à Vagneau. kVécu (Arch. nat., X*« 6, f»* 416 à 424). Le 15 mars 1362, 
Guiraud de Ventadour, seigneur de Donzenac, prêta serment de fidé^ 
lité au roi d'Angleterre représenté par Jean Chandos, TÎcomte de 
Saint-SauYeur, lieutenant audit roi; il s'engagea en outre à faire 

Srêter serment à tous ses tenanciers et à rapporter leurs noms à Chan- 
os ou à son sénéchal. V. Bardonnet, Procès^erhal à Jean Chandos des 
piaees françaises abandonnées par le traité de Brétigny, Niort, 1870, in-8, 
p. 115. 

2. Combom, autrefois siège d'une ricomté, est aujourd'hui un châ- 
teau ruiné de la commune d'Orgnac, Corrèze, arr. Bnve, c. Yigeois; ce 
château est situé sur la rive droite de la Vézère. Le 23 octobre 1363, 
à Poitiers, en l'église Saint-Maixent, Archambaud, vicomte de Combom^ 
prêta serment de fidélité, tant en son nom qu'au nom de Marie sa 
temmç, à Edouard, fils aîné du roi d'Angleterre, prince d'Aquitaine et 
de Galles, duc de Cornouaille et comte de Chester. Y. Delpit, />oca- 
ments français conservés en Angleterre ^ p. 114. 

, 3. Ce Bacon est peut-être Jean Bacon, écuyer, fils de Guillaume 
Bacon, seigneur du Molay (Calvados ^ arr. Bayeux, c. Balleroy), exé- 
cuté pour crime de lèse-majesté, au commencement de l'année 1344. 
Comme les biens de sa famille avaient été confisqués, Jean Bacon 

Sut être plus vivement tenté de refaire aa fortune par le brigan- 
age ; et la guerre en Limousin entre les partisans de Jeanne de Pen- 
thièvre. et ceux de Jeanne de Montfort lui en fournissait l'occasion. 
Comme il faisait cette guerre de partisan au service ou du moins sous 
le couvert de la maison de Blob, le roi de France le combla de fa- 
veurs. 



SOMMAIRB DU PREMIBR LIVRB, $$ 317-321. 

^Gus; il figure à la bataille des Trente * du côté des Anglais et se 
montre le plus brave. Le roi de France lui oflGre une pension de 
deux mille livres, s'il veut se faire Français, mais il meurt d'une 
chute de cheval. P. 69, 70, 302, 303. 



CHAPITRE LXVin. 

1349 et i350. TBrrATiTB MAmuBRUSB db gbofteoi db ghaaut 

VOm RBPBBKDEB CALAIS AUX ANGLAIS (§§ 317 à 321). 

Geoffroi de CSiamy ^, capitaine de Saint-Omer, conclut secrè- 
tem^t une convention avec un Lombard, nommé Aimeri de Pa- 

1. Croquait figure en effet le premier sur la liste des quinse gens 
d'armes qai, réunis à sept cheyaliers et à huit écuyers, composaient les 
trente champions du parti anglais. 

2. Geoffroi de Chamj, seigneur de Pierre-Perthuîs, de Montfort 
et de SaToi^, arait serri, en qualité de bachelier, avec six écvtyen 
dans la bataille de Raoul, comte d'En, connétable de France, du 
9 mars 1339 au l**" octobre 1340, sur les frontières de Flandre; il était 
Tenu de Pierre-Pcrthuis sous Vézelay (Yonne, arr. Ayallon, c. Véze- 
ky; — De Camps, portef. 83, f* 317, à la Bibl. nat.). Le 2 aoât 
1346, Geoffroi promu cheralier était au siège devant Aiguillon où, par 
acte daté de Port- Sainte-Marie, il donnait quittance de 150 lirres sur 
ses gages et ceux des gens d'armes de sa compagnie (Anselme, hist. 
généai.^ t. Vill, p. 202) ; le 6 janvier 1352, il était chcTalierde Tordre 
de rÉtoile de la première promotion (Pannier, hist, de Saint-Oueifp 
p. 95 et 96) ; le 10 septembre 1352, il était à Tabbaye d'Ardres où il 
faisait payer 50 livres à Robert de Yarennes, capitaine de la bastide 
de Guines (Anselme, Ihid,^ p. 203] ; en octobre 1353, dans un acte où 
il est qualifié c conseiller du roi > , il obtenait l'amortissement do 
62 livres 10 sous tournois pour la dotation d'une chapelle ou église 
coU^iale dont il avait projeté la fondation dès 1343 dans son manoir 
de Lirey (Aube, arr. Troyes, c. Bouilly ; — JJ83, p. 28]; en juillet 1356 
ii était gratifié par le roi Jean de deux maisons confisquées sur Joceran 
de Biacon et sises à Paris, Tune en face l'église Saint-Eustache, et 
l'autre à la Yille-rÉvéque, et cette* donation était confirmée le 21 no- 
vembre 1356, à la requête de Jeanne de Vergy sa veuve, par Charles 
duc de Normandie, en faveur de Geoffroi de Charny, fils mineur du 
dit Geoffroi c tué à la bataille livrée dernièrement près de Poitiers. » 
(Arch. nat., JJ84, p. 671.) Geoffroi de Charny avait été choisi, en effet, 
le 25 juin 1355, pour porter l'oriflamme, et il se fit tuer à Poitiers en 
couvrant le roi Jean de son corps. Comme Boucicaut, comme le petit . 
sénéchal d'£n, comme Jean de Saintré et la plupart des chevaliers de 



CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

vie, auquel Edouard III a confie la garde du château de Calais; 
Aimeri s'engage à livrer ce château moyennant vingt mille ëcus. 
Le roi d'Angleterre est informe de cette convention; il mande à 
Londres Aimeri de Pavie, et, après une scène de viOs reproches, 
.il promet le pardon au Lombard à condition que celui-ci fera 
semblant de poursuivre le marche : Edouard, prévenu à temps, 
aura soin de se trouver en force à Calais le jour où Geoffroi de 
Chamy viendra pour prendre livraison du château, et ainsi les 
Français seront pris au piëge qu'ils ont voulu tendre. — Geoffroi 
de Chamy, de son côté, ne confie son secret qu'à quelques che- 
valiers de Picardie, et met sur pied cinq cents lances en vue du 
coup de main projeté. Il est entendu avec le capitaine du château 
de Calais que le marché recevrai son exécution dans la nuit du 
Si décembre 1349 au 1^ janvier^ 1350. Aussitôt que le jour est 
fixé, Aimeri envoie à Londres son firère prévenir le roi d'Angle- 
terre. P. 70 à 73, 303 à 806. 

Edouard se rend aussitôt à Calais avec une troupe de tnns 
cents hommes d'armes et de six cents archers placés en apparence 
sous les ordres de Gautier de Mauny, car le roi veut qu'on ignore 
sa présence. Au jour dit, c'est-à-dire le 31 décembre 1349, 
Geoffroi de Chamy, à la tête de cinq cents lances, arrive vers 
minuit en vue du château de Calais, ainsi qu'il a été convenu. Il 
passe le pont de ^euley dont il confie la garde à Moreau de 
Fiennes, au sire de Crésecques, aux arbaléti^ers de Saint-Omer 
et d'Aire, tandis qu'il prend position entre ce pont et Calais, en 
face de la porte dite de Boulogne. Puis il envoie en avant Oudart 
de Renty avec onze autres chevaliers et cent armures de fer por- 
ter à Aimeri de Pavie les vingt nulle écus promb et prendre 
possession du château. Oudart de Renty et ses compagnons trou- 

son temps, Geoffroi de Charay était lettré ; il est Tauteur d'un ou«> 
TTage en prose intitnlë : c Demandes ponr le tonmoy que je, Geoffroi 
de Chanu, fais à haut et paissant prince des cheraliers de Nostve 
Dame de la Noble Maison. > (Galfand , Mérn, de tMaJ. des Inicrio^ 
tiûiUj t. U, p. 739.) M. Léopold Pannier a bien touIu nous signaler 
en outre dans le ms. n* 25447 du fonds français, à la Bibliothèque na- 
tionale, une pièce de vers inédite dont Tauteur est un Geoffroi de 
Channr. 

1. (Jette date, confirmée par les Grandes Chromaues de France (éd. P. 
Paris, t. V, p. 491) et par Robert de Aresbuiy (181), est donnée par 
vingt manuscrits de la première rédaction proprement dite (p. 313) qui 
sont ici plus exacts que ceux de la premiore rédaction reruée. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §S 317-3Î1. zxxiii 

vent le pont-levis abaisse pour leur livrer passage ; mais à peine 
ont-ils pénétré dans la cour du château et remis entre les mains 
d'Aimeri un sac contenant la somme convenue qu'à un signal 
donné le roi d'Angleterre S son fils et Gautier de Mauny, suivis de 
deux cents combattants, se précipitent sur les Français au cri 
de : <c Mauny, Mauny, à la rescousse I » Oudart et les siens n'ont 
pas même le temps de se reconnaître et sont faits prisonniers. 
Puis les Anglais montent à cheval et courent attaquer Geofifroi 
de Charny qui ne se doute de rien et commence à s'impatienter 
en ne voyant pas revenir Oudart de Renty. Avant d'engager cette 
seconde action, Edouard, qui veut couper la retraite aux Fran- 
çais, dépêche en toute hâte un fort détachement composé de six 
bannières et de trois cents archers, contre les arbalétriers des 
sires de Fiennes et de Crésecques préposés à la garde du pont 
de Pfîeuley. Plus de cent vingt Français sont tués ou noyés en 
défendant ce pont ; mais les seigneurs de Fiennes, de Crésecques, 
de Sempy, de Longvillers et de Mametz parviennent à se sauver. 
P. 73 à 79, 306 à 311. 

Le fort de l'action s'engage là où GeofiRroi de Charny combat 
en personne; il voit tomber à ses côtés, frappés mortellement, 
Henri du Bos et Pépin de Wierre ; il est fait lui-même prisonnier, 
ainsi que Jean de Landas, Hector et Gauvain de Bailleul, le sire 
de Gréquy et tous ses autres compagnons, après avoir fait des 
prodiges de valeur. Toutefois, l'honneur de la journée est pour 
Eustache de Ribemont, qui se rend au roi d'Angleterre contre qui 
il a soutenu une lutte acharnée, sans le connaître. P. 79 à 81, 
311 à 313. 

La nuit du jour de l'an , Edouard offre en son château de Ca- 
lais un magnifique souper à ses compagnons d'armes et aux che- 
valiers français prisonniers. Après le repas, il donne devant tous 
les assistants son propre chapelet ^ (chapeau) enrichi de perles à 

1. L*affaire fut chaude, et le roi d* Angleterre y fut serré de près, 
car quinze jours après cet engagement, le 15 janvier 1350, on le voit 
donner deux cents marcs de rente annuelle à Gui de Bryan « consi- 
dérantes grata et laudabilia obsequia nobis per dilectum et fidelem 
nostrum Guidonem de Bryan a dîu multipliclter impensa ac bonum 
gestum suum, in uUimo conflictu in ter nos et quosdam inimicos nos- 
tros Francis i^ud Caiesium habito^ vexiUum nostrum ib^^em contra dictas 
inimicos nostros prudenter deferendo et illud erectum sustinendo strenue et 
patenter.,., » Rymer, Fadera, vol. IH, p. 195. 

2. Les princes et les grands seigneurs portaient à cette époque de 



XXXIV CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Eustacbe de Ribemont comme au plus brave, en accompagnant 
ce présent des ëloges les plus flatteurs ; puis il rend la liberté au 
chevalier français, sans exiger aucune rançon^. P. 81 à 84, 313 
à 317. 

Mort de Jeanne, fille de Robert, duc de Bourgogne *, mariée à 
Pbilippe de Valois, et de Bonne', fille de Jean de Luxembourg , 
roi de Bohême, mariée à Jean, duc de Normandie. Philippe et 
Jean se remarient bientôt après, le premier à Blanche ^, fille de 
Philippe d'Évreux, roi de Navarre, le second à Jeanne ^, comtesse 
de Boulogne, veuve de Philippe de Bourgogne, mort devant Ai- 
guillon. P. 84, 85, 317, 318. 

chapeaux ou chapelets du plus grand luxe. En 1359, le comte d'É- 
tampes, empruntant de Guillaume Marcel, changeur et bourgeois de 
Pans, mille moutons d*or, à raison de quatre cents moutons a*intërêt 
pour six semaines, afin de racheter aux Anglais le pays d'Étampes 
qulls occupaient, donne à son préteur, en gage du payement de cet 
intérêt, son t chapeau d'or du pris de deux cenz moutons». Arch. nat., 
sect. hist., JJ91, p. 399. 

1. Edouard Toiuut sans doute se rattraper de cet acte de gëncfrosité 
chevaleresque sur ses autres prisonniers. Il est certain du moins qu'il 
soumit Geoflroi de Chamy à une rançon énorme, puisque le roi Jean, 

Sour aider ce cheralier à la payer, lui fit donner, le 31 juillet 1351, 
ouze mille écus d'or. Anselme, Hist. gén.^ t. VIII, p. 201. 

2. Jeanne, fille de Robert II, duc de Bourgogne, mourut le samedi 
12 décembre 1349, d'après les Grandes Chroniques de France (éd. de 
M. P. Paris, in-12, t. Y, p. 490]. Les Bénédictms se sont trompés en 
fidsant mourir cette reine le 12 septembre 1348. 

3. D'après l'épitaphe qu'on voyait sur le tombeau de cette princesse, 
dans l'abbaye de Maubuisson, Bonne de Luxembourg mourut le 
11 septembre 1349. (Dacier, édit. de Froissart, p. 366, note 2, et 
VArt de vérifier les dates, t. I, p. 600.) Elle serait morte le vendredi 
11 août 1349, d'après les Grandes Chroniques de France (t. V, p. 490). 

4. Le 29 janvier 1350, d'après VJrt de périfier Us dates (t. I, p. 597), 
le mardi 11 janvier 1350, d'après les Grandes Chroniques de France 
(t. y, p. 491), Philippe de Valois se remaria à Blanche, fille de Phi- 
lippe d'Évreux, roi de Navarre. 

5. Jean, fils aîné du roi de France, duc de Normandie, se remaria à 
Jeanne, comtesse de Boulogne, le mardi 9 février 1350, d'après les 
Grandes Chroniques de France {Ibid., p. 492), et non le 19 février 1350, 
comme on l'a imprimé par erreur dans VArt de vérifier les datesy t. I, 
p. 600. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, § 322. 



CHAPITRE LXK. 

1347. MABIAOE DE LOUIS, COMTE DE FLAITDBE, AVEC lUBOUEAITE 
FILLE DE JEAN, DUC DE BEABANT * (§ 322). 

Il a été dit plus haut que Louis, comte de Flandre, après avoir 
fiance à Bergues Isabelle, fille d'Edouard III, s'était réfugié en 
France pour échapper à la conclusion de ce mariage. Le duc 
Jean de Brabant ouvre aussitôt des négociations auprès du roi 
de France, afin d'obtenir la main du comte de Flandre pour sa 
fille Marguerite. Philippe de Valois, auquel le duc de Brabant 
promet d'engager les Flamands dans l'aUiance française, conseille 
à Louis de Maie ' d'agréer les ouvertures de Jean III. Quant aux 
bonnes viUes de Flandre , le duc de Brabant les menace , si elles 
ne lui sont pas favorables, de leur faire la guerre. A la suite de 
conférences tenues à Arras entre le jeune comte de Flandre et les 



1 . Ce chapitre appartient en propre à FroiBsart et ne se tronve pas 
dans les Chroniques de Jean le Bel. 

2. Dès le 17 mai 1347, à G>nfians près Paris, Loois de Maie élisait 
certains procureurs pour traiter de son mariage avec Marguerite, fille 
de Jean, duc de Brabant (Ârch. nat., Transcripta, JJC, f° 118 v^); à Saint- 
Quentin, le 6 juin, il promettait d*étre le marai 26 juin à Lewre en Brabant 
(auj. Leeuw-Saint-Pierre, prov. Brabant, à 13 kil. de Bruxelles^ pour 
accomplir le dit mariage (Arch. nat., JJC, f^ 135 v>, p. 64), et û assi- 
gnait a sa femme 6000 livres en terre sur le comté d^Alost (JJC, f> 1 28 
▼«). De son côté, Jean, duc de Brabant, le 18 mai 1347, à Bruxelles, 
nommait certains procureurs pour traiter du mariage entre son fils 
aine Henri et Jeanne, fille du duc de Normandie, et entre son fils Go- 
defroi et Bonne, fille du duc de Bourbon (JJC, (^ 123^; à Saint-Q uen-* 
tin, le 2 juin, il s'engageait à rompre le plus tôt possible son alliance 
areC les Flamands et le comte de Hainaut (JJC, f** 1 19) ; il promettait au 
dit Saint-Quentin, le 6 juin, d^aider le comte de Flandre a se faire 
olM^ir des Flamands (JJC, f^ 1 1 8) ? il déclarait n'être aucunement Pallié 
du roi d'Angleterre (JJC, f^ 116); enfin, il signait une alliance aTec le 
roi de France dans la maison des Frères Prêcheurs (JJC, f<> 139 to). En 
retour, Philippe de Valois, par lettres aussi datées de Saint-Quentin, le 
6 juin 1347, promettait que Jeanne de Normandie et Bonne de Bour- 
bon se trouveraient au château de Vincennes le 19 juin pour leurs ma- 
riages ayec Henri et Godefroi de Brabant, et que Louis, comte de 
Flandre, se trouverait à Leeuw en Brabant le 26 juin pour son ma- 
riage avec Marguerite de Brabant (JJC, (^140 v*). 



XXXVI CHRONIQUES DE J. FROISSARï. 

envoyés de Jean III, Louis de Maie s'engage solennellement à 
prendre Marguerite en mariage, puis il vient en Flandre où il 
rentre en possession de tous ses droits seigneuriaux, et bientôt 
après il épouse la fille du duc de Brabant. Une clause secrète du 
contrat fut que Malines ^ et Anvers, après la mort de Jean III, 
feraient retour au comte de Flandre. — L'irritation que le roi 
d'Angleterre ressent de ce mariage dans le premier moment ne 
l'empêche pas au bout de peu de temps de faire sa paix avec le 
duc de Brabant et le comte de Flandre >. P. 85 à 88, 3i8 à 320. 



CHAPITRE LXX. 

1350. DÉFArri dks espagnols dans une bataille havale livb^e 

EN VUE DE WINCHELSEA COUTBX LES ANGLAIS. 1352. XXicCTION 

d'aimebi de favir a saint-omee' (S§ 323 à 329). 

Edouard III apprend que les Espagnols, dont la marine s'est 
|K>rtëe naguère à des actes d'hostilité contre les Anglais *, sont 

1. Par cet acte date de Saint-Quentiiiy le 5 février 1347, Philippe de 
Valois garantit le comte de Flandre contre révéoue et le chapitre de 
Liëge au «ujet de Malines cëdée par ledit comte a Henri, fils du duc 
de Brabant, à l'occasion de son mariage avec Jeanne, fille dû duc de 
Normandie. (Arch. nat., sect. hist., JJC, f^ 133.) Par un autre acte 
rendu aussi à Saint-Quentin le 5 juin, le roi de Navarre donne au 
comte de Flandre cina mille livres de terre en échange de la cession 
de Malines a Henri de Brabant (Ibid., f^ 131). Philippe de Valois 
achève de dédommager Louie de Maie en érigeant en pairie, par lettres 
patentes du 27 août 13<!i7, les comtés de Nevers, de Rethel et la ba- 
ronnie de Donzjr. V. Blanchard, Compilation chronologique^ col. 105 
et 106. 

2. Un traité fut conclu entre le roi d'Angleterre et le comte de 
Flandre dans les premiers jours de décembre 1348. Par ce traité, 
Edouard III et Louis de Maie ratifient les articles arrêtés par leurs dé- 
putés et renouvellent Talliance entre TAngleteire et la Flandre. Henri, 
comte deLancastre, est chargé de recevoir l'acte d'hommage du comte 
qui s'engage à pardonner aux villes de Gand et de Bruges tout ce 

Qu'elles ont fait contre lui pendant leurs rébellions. Ce traité fut ratl- 
é par Louis de Maie, le k décembre 1348 (Archives du Nord , fonds 
de la Chambre des Comptes de Lille, orig. parch.) et par Edouard III 
le 10 décembre suivant. V. Rymer, Foedera^ vol. lU^-p. 178 et 179. 

3. Ce chapitre ne se trouve pas dans les Chronique* de Jean le Bel. 

4. Vers la Toussaint, c'est-à-dire au commencement de novembre 
1349, les Espagnols s'étaient emparés, à l'embouchure de la Gironde, 



SOMMAIRE DU PREMIER UVRE, §§ 323-329. xxivii 

allés avec de nombreux vaisseaux acheter des draps, des toiles et 
autres marchandises en Flandre; il ne veut pas laisser échapper 
cette occasion de se venger de ses ennemis. Il équipe une flotte 
paissante, dont les navires sont montés par l'élite de sa noblesse ; 
il en prend le commandement et va croiser entre Douvres et 
Calais. P. 88 à 90, 320, 321 . 

Les Espagnols, de leur côté, informés des projets du roi d'An- 
gleterre, ont fait leurs préparatifs pour soutenir la lutte ; ils ont 
muni d'artillerie leurs quarante gros vaisseaux et pris des bri- 
gands à leur solde. — Au moment où Edouard III, monté sur un 
navire appelé La Salle du Roi, dont Robert de Namur est capi- 
taine, fait exécuter par ses ménestrek un air de danse que Jean 
Chandos vient de rapporter d'Allemagne, tout à coup une. senti- 
nelle placée au haut du mât annonce que les Espagnols sont en 
vue : le roi fait aussitôt sonner le branlebas de combat'; les navi- 
res se rapprochent pour former une ligne très-serrée; ]$douard et 
ses chevaliers boivent du vin, revêtent leurs armes en toute hâte, 
et la bataille commence. P. 90 à 92, 321 à 324. 

Les navires espagnols et anglais s'accrochent les uns aux au- 
tres, deux par deux, avec des crampons et des chaînes de fer, et 
Ton se bat à l'abordage. Après diverses alternatives, le roi d'An- 
gleterre et le prince de Galles, son fils, montent sur deux vais- 
seaux ennemis qu'ils ont conquis après une lutte acharnée; ils 
sont forcés d'abandonner leurs propres navires qui ont été horri- 
blement maltraités et font eau de toutes parts. La Salle du Roi 
allait être emmenée par les Espagnols, qui l'avaient accrochée, 
sans le dévouement d'un valet «de Robert de Namur, nommé 



de plusieurs navires anglais qui portaient une cargaison de vin en An- 
gleterre et avaient tuë les équipages, f Robert de Avesburv, Hiit. 
JSd. Illf p. 18^ et 185.) Édouarci se plaint amèrement des pirateries 
des Espagnols, dans une lettre adressée le 10 août 1350 à Tarchevéque 
de Cantorbërj pour demander des prières publiques ; on y trouve ce 
passage : c Jamque in tantam erecti sunt (Hispani) superbiam quod, 
immensa classe in partibus Flandriae per ipsos congregata et gentibus 
armatis vallata, nedum se navigium nostrum in totum velle destruere 
et mari anglxcano dominari jactare prsesumunt, sed regnum nostrum 
invadere populumque nobis subjectum exterminio subdere velle ex- 
presse comminantur. > V. Rymer, vol. III, p. 202. 

1 . Cette bataille navale se livra en vue de Winchelsea, le jour de 
la fête de la décollation de Saint-Jean, c*est-a-dire le 29 août 1350. 
L'armement de la flotte anglaise s'éuit fait à Sandwich. V. Robert de 
Aveabary, p. 185. 



zxxYui CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Hennequin, qui, en sautant à bord du navire ennemi, parvient à 
couper les cordes qui soutiennent les voiles. Le vaisseau espagnol 
ne peut plus avancer, et Robert de Namur le prend à l'abordage. 
Bref, les Espagnols perdent quatorze *■ de leurs navires ; les au- 
tres parviennent à se sauver. La flotte victorieuse rentre à Rye 
et à Winchelsea. Edouard va rejoindre sa femme qui l'attend 
dans un château situé à deux lieues de là et qui est fort inquiète, 
car les habitants de cette partie des côtes d'Angleterre ont vu le 
combat du haut des falaises. P. 92 à 98, 824 à 328. 

Geofiroi de Giarny surprend Aimeri de Pavie dans un petit 
château de la marche de Calais, nommé Frethun*, qui lui avait 
été donné par le roi d'Angleterre, et le fait mettre à mort à Saint- 
Omer, pour le punir de sa trahison. P. 98, 99, 328 à 330. 



CHAPITRE LXXI. 

1348. EAVAOKS DB LA PBSTB. 1349. DinONSTRATIOHS DR Pfoa- 

TENGB DBS FLAGBLLANTS ; BXTBBMINATION DBS 2Vm DAVS TOUS 
LBS PAYS DB l'bUBOPB BXGEPTâ A AVIGNON BT SUB LB TBBBFrOIBB 

PAPAL» (S 330). 

En ce temps éclaté une peste qui fait mourir le tiers de la po- 
pulation *• Pour apaiser la colère de Dieu, il surgit alors en Alle_^ 

1. D'après Robert de Avesbury (p. 185), lea Espagnols perdirent 
Tmgt-gnatre vaisseaux à la bataille navale de Winchelsea. 

2. ras-de-Calais , an*. Boulogne-sur-Mer, c. Calais. Geoffroi de 
Chaxvijr était encore prisonnier en Angleterre le 20 décembre 1350 

SAymer, Tol. III, p. 212); et le parfait payement de sa rançon dut 
tre réglé uu mois d'août 1351 au plus tôt (▼. plus haut, p. xxxnr, 
note 1) D'un autre côté, ce chevalier, après sa mise en liberté, ne fut 
envoyé de nouveau sur la frontière de Calais qu'en février 1352 (Bibl. 
nat., Titres scellés^ vol. 29). Par conséquent, si ce fut Geoffroi qui sur- 
prît à Frethun Aimeri de Pavie, cet événement eut lieu sans doute au 
commencement de 1352. 

3. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ t. II, p. 15(i. 

4. La peste de 1348 fut un de ces nombreux cas de peste asiatique 
qui sont venus à diverses reprises fondre sur l'Europe. « Dicta autem 
mortalitas, dit Jean deVenetle, inter incredulos inchoavU, deinde ad 
Italiam venit; postea montes pertransiens ad Avinionem accessit.... » 
{G. de Nangit^ édit. Géraud, t. II, p. 212.) Simon de Covins, astronome 
du temps, attribua cette peste à l'influence des astres (voyez un article 



S03dMAIRE DU PREMIER LIVRE, § 330. xxxix 

magne ^ une secte dont les adeptes se fouettent le dos et les 
^Mules jusqu'au sang avec des courroies garnies d'aiguillons de 
fer; d'où on les appelle flagellants. Ils chantent des complaintes^ 
snr la Passion, et vont de ville en ville, en faisant pénitence, pen- 
dant trente-trois jours, parce que Jésus-Christ alla sur terre 
pendant trente-trois ans. Ces pénitences font cesser les ravages 
de la peste en beaucoup d'endroits ; mais le roi de France interdit 
aux flagellants l'entrée de son royaume, et le pape lance des 
bulles d'excommunication contre eux. — - On arrête alors les Juifs 
par toute l'Europe, on les brûle et on confisque leurs biens, 
excepté à Avignon et en la terre de l'Église, sous les ailes du 
pape. Une prédiction avait annoncé aux Juifs, cent ans auparavant, 
qu'ils seraient détruits quand on verrait apparaître des gens ar- 
més de verges de fer. L'apparition des flagellants explique le sens 
de cette prédiction. P. 100, 101, 330 à 332. 

de M. Littré, BibL de P École des Chartes, t. II, p. 208 et suir.). Dans 
le nord de la France, la peste s^yit d*ahord à Aoissy (Seine-et-Oise, 
aiT. Pontoise, c. Gonesse); elle fit périr cinquante mille personnes à 
Paris et seize mille à Saint-Denis , et continua ses ravages pendant 
on an et demi [Grandes Chroniques^ t. V, p. 485 et 486). £n Angle- 
terre comme en France, la peste commença par le sud; elle éclata 
d'abord Ters le l^ août 1348 dans le comté de Dorset ; elle exerça 
ensuite de tels ravages à Londres que, de la Purification k Pâques 
1349, on enterra deux cents cadavres par jour dans un nouveau cime- 
tière près de Smiethfield sur remplacement duquel s'élève aujourd'hui 
Técole-hospice , jadis couvent, de Charterbouse. De Londres, la peste 
gagna le nord ae TAngleterre et TÉcosse où elle ne cessa ses ravages 
que vers la Saint-Michel 1349 (Robert de Avesburj, HUt. Ed. III, 
p. 177 à 179). Comme il arrive toujours, la peste de 1348 frappa sur^ 
tout les classes nécessiteuses. La plupart des ouvriers et domestiques 
étant morts de la peste, ceux qui avaient sqrvécu eurent l'idée de pro- 
fiter de leur petit nombre pour se faire donner des gages et des salai- 
res pins élevés. Edouard III mit bon ordre à ce qu'il considérait 
comme un abus, par ordonnance du 18 novembre 1350 (Rymer, 
vol. ni, p. 210 et 211). La Faculté de Médecine de Paris rédigea 
en 1349 un mémoire sur la peste de 1348 ; il est conservé au dép. des 
mss. de la Bibl. nat., fonds latin, n» 11227. M. le docteur Michon a 
publié en 1860 sur cette épidémie un travail capital intitule ; Doeu" 
memts inédits sur In grande peste de 1348 {consultations de la Faculté de 
Paris y d^un médecin de Montpellier, description de G. de Machaut), par 
L. A. Joseph Michon, in-8^, 99 p., Paris, J. B. Baillîère. 

1. La Hollande, la Flandre et le Brabant furent le berceau de la 
secte des flagellants. Cf. Robert de Avesbury, p. 179; Grandes Chroiû'- 
fues, t. V, p. 492 et 493; G. de Nangis, t. II, p. 216 à 218. 

9. Voyez deux chansons des flagellants dans Le Roux de Lincy, 
Beeueil des ehant^ historiques français, première série, p. 237 et snîv. 



XL CHRONIQUES DE J. FROISSART. 



CHAPITRE LXXn. 

1350. AyÉstïïMtar du boi jkan. — i351. victoims dbs ànolais mte 

DB TAILLSBOUBO; SIÉGB KT PKISB DB SAINT -JBIN-d'anGIÎLT P1& 
U8 nUNÇAM. -» COMBAT DBS TKBNTX. — BSCAEMOUCHX d'abDBBS 
BT MOBT d'ÏOOUABD DE BBAUIBU. — i352. AVÈNEMENT d'iNNO- 
GBNT VI. — - 1350. EXÉCUTION DE BAOUL, COMTE d'bU ET DE 
GUINBS — 1352. VENTE DU CHÂTEAU DE GUINBS AUX ANGLAIS. 

• 1351. FONDATION DE l'obdbe DE l'ïtoile ^ (§§ 331 à 342). 

Mort de Philippe de Valois, avënement du roi Jean '. Le nou- 
veau roi *, aussitôt après son couronnement à Reims, fait mettre 

1. Cf. Jean le Bel, Chroniques ^ t. H, chap. lxxxv à lxixvii, lxxxix, 
p. 157 à 168, 173 à 175. 

2. Philippe de Valois mourut le dimanche 22 aoât 1350 à Nogeht- 
le-Roi prec Coulombs (auj. Nocent-Eure-et-Loir, ar. Dreux). Jean II 
fut couronne à Reims le dimanche 26 septembre suivant (p. 400 de ce 
volume). Le château de Nogent-le-Roi appartenait au roi de Navarre, 
mais Philippe de Valois mourut sans doute à Pabbaye de Coulombs 
d^ou le roi Jean a daté des lettres de rémission du mois d'août 1350 
(JJ80, p. 31). 

3. Quelques-uns de nos lecteurs s*étonneront peut-être des dévelop- 
pements que nous donnons . a ces notes. C^est que malheureusement 
beaucoup des erreurs, même grossières, que nous relevons dans les 
Chroniques de Froissart se retrouvent dans les ouvrages les plus esti- 
més. Il faut bien le dire, Thistoire du quatorzième siècle, dans ses 
deux parties essentielles, la chronologie et la géographie, reste encore 
en grande partie à faire. U n'entre pas dans notre plan de signaler 
les erreurs qui ont pu échapper à nos prédécesseurs ; nous croyons 
seulement qu'il importe de dfonner une fois pour toutes l'idée de ces 
lacunes dont nous parlons ; à ce titre, nous citerons les lignes sui- 
vantes que les auteurs de Vjért de vérifier les dates (t. I, p. 598) ont 
consacrées aux deux premières années du règne du roi Jean : « Nos 
armes n'avaient aucun succès contre les Anglais. Cette même année 
(1351), ils se rendirent maîtres de Guines au mois de septembre par 
la trahison de Beaucaurroy, lieutenant de la place, qui expia ce crime 
par une mort honteuse. Aimeri de Pavie, commandant de Calais, qui 
avait séduit Beancaurroy, voulut surprendre Tannée suivante Saint-Omer 
où commandait Chamy. II est pris lui-même dans une embuscade, 
et Chamy le fait écarteler. Le roi d'Angleterre n'avait pas ainsi traité 
Chamy, comme on Ta vu, lorsqu'ayant engagé l'an 1348 ce même 
Aimen à lui livrer Calais, U fut surpris au moment où il allait s'em- 
parer de la place. Edouard lui ayant pardonné généreusement, 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 331-342. xu 

en liberté ses cousins Jean et Charles d'Artois, fils de Robert 
d'Artois, détenus en prison, et comble de faveurs ses deux cou- 
sins germains, Pierre, duc de Bourbon, et Jacques de Bourbon, 
comte de la Marche. Il quitte Paris avec un train magnifique, 
prend le chemin de la Bourgogne, et se rend à Avignon ^ où le 
pape Clément VI et le sacré collège donnent des fêtes en son 
honneur.. D* Avignon, il va passer une quinzaine de jours à Mont- 
pellier' d'où il se dioge vers le Poitou'. Il convoque à Poitiers 
ses gens d'armes placés sous les ordres de Charles d'Espagne, 
connétable, d'Edouard de Beaujeu et d'Arnoul d'Audrehem *, ma* 



Chamy, par reconnaissance, devait user de la même gënérositë. » Les 
Bénëdictins ont commis dans ce peu de lignes presque autant d'erreurs 
qu'ils ont avancé de faits. Ce n'est pas au mois de septembre 1351, 
mais en 1352, entre le 6 et le 22 janvier, que les Anglais s'emparèrent 
par surprise du château de Guines. C'est Robert de Herle, et non 
Aimeri de Pavie, qui était capitaine de Calais lorsque le Lombard, 
devenu simple châtelain de Frethun, fut surpris à son tour par Geoffroi 
de Chamy. Enfin, la tentative de ce dernier contre Calais eut lieu, 
non en 1348, mais dans la nuit du 31 décembre 1349 au 1» janvier 1350. 

1. Le roi Jean se mit en route pour Avignon dans les derniers jours 
de novembre 1350. Le dernier jour de novembre, i) passait à Château- 
neuf-sur- Loire (Loiret, ar. Orléans) ; il était arrivé a Villeneuve-lès- 
Avignon (Gard, arr. Uzès, sur la droite du Rhône) le 23 décembre 
(JJ80, p. 867; JJ81, p. 166, 167. 237, 760, 203, 460). 

2. Le roi de France, arrivé de Beaucaire à Montpellier le 7 janvier 
1351, tînt le lendemain 8 dans cette ville les états généraux de la pro- 
vince où avaient été convoqués les prélats, barons et communes des 
sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne, Beaucaire et Rouergue, les 
évéques d'Agde, Béziers, Lodève, Saint-Papoul, Lombez et Comminges 
(dom Vaissette, Hist, du Languedoc, t. IV, p. 272). La présence de 
Jean à Montpellier du 9 au 21 janvier est attestée par divers actes (JJ80, 
p. 466, 761, 149, 759, 269, 532, 763, 356, 456, 457, 458). Le roi de 
France fit une excursion à Aigues-Mortes le 22 janvier et jours suivants 
(JJ80, p. 463, 459, 749, 771); il éuit le 26 (JJ80, p. 318, 455, 476) 
de retour à Villeneuve, où il donnait un tournoi magnifique et séjour- 
nait de nouveau jusque vers les premiers jours de février (jJ80, p. 476, 
472, 587, 568). 

3. Le roi Jean ne se dirigea pas vers le Poitou, mais il regagna di- 
rectement Paris, où le rappelaient les états généraux de la Languedoil 
et de la Languedoc convoqués pour le 16 février 1351, convocation 
qui fut, il est vrai, prorogée au 15 mars suivant. Au retour, il passa 
par Lyon, où il se trouvait le 7 février (JJ80, p. 216, 372); il était ren- 
tré à Paris le 19 février au plus tard (JJ80, p. 212). 

4. Froissart a conîmis une erreur en donnant dès cette époque à Ar- 
nonl d'Audrehem le titre de maréchal de France. Le sire d'Audrehem 
prit en effet, comme le dit notre chroniqueur, une part active à la 
campagne des Français en Saintonge pendant la première moitié de 1351, 



zui CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

réchaux de France, et vient mettre le siëge devant Saint- Jean- 
d'Angëly, dont les habitants appellent à leur secours le roi d'An- 
gleterre. P. 100 à 103, 332 à 334. 

Jean de Beauchamp ^ et quarante autres chevaliers anglais, en- 
voyés au secours de Saint-Jean-d'Angély, débarquent à Bordeaux 
à la tête de trois cents hommes d'armes et de six cents archers. 
Ces forces, réunies à celles des seigneurs d'Albret, de Mussidan 
et des autres chevaliers gascons du parti anglais, s'élèvent à 
cinq ' cents lances, quinze cents archers et trois mille brigands à 
pied. Gascons et Anglais franchissent la Garonne, passent à Blaye 
et arrivent à une journée de distance de la Charente, en vue du 
pont de Taillebourg. Les Français, qui assiègent Saint-Jean- 
d'Angély, ont envoyé un détachement garder ce pont sous les 
ordres de Jean de Saintré, de Guichard d'Angle, de Boucicaut et 
de Gui de Nesle '• A la vue de ce détachemeQt, les Anglais veu- 



maîs il n'était alors que capitaine du comté d'AngouIéme pour Charles 
d'Espagne. Nous avons des lettres données à Angouléme le 5 janvier 
1350 par Amoul d'Andrehem, chevalier du roi et capitaine souverain de^ 
puté ou comté <tÂngoulesme (JJ78, p. 87), et le 24 avril 1351 par le même 
Amçul d'Audrehem, capitaine et gouverneur du comté tCAngouUsme pour 
Charles é^Ef pagne (JJ84, p. 224). Fait prisonnier au combat de Saintes, 
Amoul d'Auorehem fut nommé maréchal de France après Ja mort 
d'Edouard de Beaujeu, entre le 21 et le 30 juin 1351. Il avait éxé mis 
en liberté et se trouvait à Paris dès le 25 mai, jour où dans l'hôtel des 
hoirs feu Vincent du Castel, près la porte Saint-Honoré, lui et Jeanne 
de Hamelincourt sa femme se firent une donation entre vifs de tous 
leurs biens meubles et immeubles ; il n'est encore qualifié dans cet acte 

Sue noble homme et puissant M9^ Amoul d'Odeneham^ chevalier y seigneur 
u dit lieu, et dans la confirmation, en date du 21 juin suivant, de la 
dite donation, on l'appelle simplement dilectum et fidelem militemet con^ 
siliarium nostrum (JJ80, p. 495). Mais dans une donation que le rot Jean 
lui fit à Saint-Ouen au mois de juin 1351 de la ville et du château de 
Wassigny (Aisne, ar. Vervins), on donne déjà 4 Amoul d'Audrehem 
le titre de maréchal de France (JJ81, p. 110). Le P. Anselme s'est 
donc trompe en faisant dater la promotion d'Amoul d'Audrehem 
comme maréchal de France du mois d'août 1351. V. Hist, généai., 
t. VI, p. 751 et 752. 

1 . D'après Robert de Avesbury, les forces anglo^gasconnes, envoyées 
au secours de Saint-Jean-d'Angélv, étaient commandées par le sire 
d'Albret. Hist. Ed. ///, p. 186. 

2. L'historien du règne d'Edouard III, qui tend à diminuer l'effectif 
des forces anglaises, toutes les fois qu'il s'agit d'une affaire où elles ont 
donné, ne prête que six cents hommes d'armes au sire d'Albret. Ihid, 

3. Nous avons des lettres de Gui de Nesle, sire de Mello, maréchal 
de France, lieutenant du roi en Poitou, Limousin, Saintonge, An- 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS 331-342. xuii 

ent rebrousser chemin, mais les Français s'ëlancent à leur pour- 
suite. Un combat s'engage qui tourne à l'avantage des Anglo- 
Gascons. Tous les Français sont tues ou pris*. Les Anglais qui 
ne se sentent pas en mesure, malgré ce succès, de faire lever le 
siège de Saint-Jean-d'Angély, retournent à Bordeaux avec leur 
butin et de bons prisonniers tels que Gui de Nesle, dont par la 
suite ils ne tirèrent pas moins de cent mille moutons. P. 103 à 
108, 334 à 336. 

Le roi Jean apprend à Poitiers^ la déconfiture de Taillebourg; 



gonmoîs et Pérîgord par deçà Dordogne, datées de Niort le 4 novem- 
bre 1349 (JJ78, p. 87), le 18 décembre 1350 (JJ80, 577), de Chiié 
Kux-Sèirrea, arr. Melle, c. Brioax) le 19 février 1351 (JJ81, p. 118). 
acte daté de Paris le 16 mars 1351 c présente domino constabu- 
lario > (Charles d^Ëspagne), le roi Jean donne à son amé et fëal cb"' et 
c"' Gui de Nesle , maréchal de France, mille livres toamois de rente 
annuelle sur les forfaitures qui viendront à échoir ;JJ83, p. 344). 

1. D'après Robert d^Avesburj, ce combat se livra près de Saintes, 
le 8 avril 1351, et trois cents chevaliers français y furent faits prison- 
nier» {HUt, Ed, III ^ p. 186 et 187). D'après les Grandes Chroniques 
de France fv. p. 401 de ce volume), cette affaire eut lieu le 1*' avril 
1351 ; et Gui de Nesle, maréchal de France, Guillaume son frère, 
Amoul d'Audrehem tombèrent au pouvoir des Anglais. Ce qui est cer- 
tain, c'est que le combat de Saintes eut lieu avant le mois de juin 1351, 
puisque Gui de Nesle avait déjà recouvré sa liberté, sous caution ou 
autrement, à cette date, comme on le voit par des lettres du roi Jean 
données à Paris en juin 1351, présenté Guidone de Nigella marescallo 
Francie (JJ80, p. 552). On lit dans d'autres lettres datées du Val Co- 
quatrix le 15 juillet 1351 que le roi Jean donne à Gui de Beaumont, 

Sour Taider à payer sa rançon, trente huit arpents de bois dans la forât 
e Halate c cum praedictus miles nuper cum dilecto et fideli milite et 
marescallo nostro Guidone de Nigella , cujus dictus Guido de fiello- 
monte marescallus erat , in nostro servicio in partibus Xantonensibus 
per regni nostri inimicos captus fuerit et adhuc eorum prisonarius exis- 
tât 1 fJJSO, p. 719). D'un autre côté, ce combat se livra, comme le dit 
Robert d'Avesburj, près de Saintes, car nous lisons dans des lettres de 
.rémission accordées par Gui de Nesle le 24 septembre 1351 à Renoul 
de Saint-Pardoulf, écuyer,que le dit Renoul avait été pris darrainement 
en la hatàiUe de Sainctes (JJ81, p. 62). Sismondi, M. H. Martin et tous 
es historiens contemporains se trompent donc à la suite de Froissart 
en plaçant l'affaire de Saintes à l'époque où le roi Jean vint en Poitou 
et en Saintonge pour renforcer le siège de Saint-Jean-d'Angély, c'est- 
à-^ire au mois d'août 1351. Y. Sismondi, t. X, p. 392 et 393, et 
M. H. Martin, éd. de 1839, t. V, p. 450. 

2. L'affaire de Saintes eut lieu, comme nous venons de le voir, dans 
les premiers jours d'avril 1351 , et le roi Jean n'était pas. alors à Poi- 
tiers. Il est même fort douteux que le siège fât déjà mis devant Saint- 
Jean-d'Angély à cette date. La noblesse de la sénéchaussée de Beau- 



XLiv CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

il est fort irrite à cette nouvelle et vient en personne devant Saint- 
Jean-d'Angëly pour renforcer le siëge. Les assièges sollicitent et 
obtiennent une trêve de quinze jours, à la condition qu'ils se ren- 
dront, s'ils ne sont pas secourus dans cet intervalle. A l'expiration 
de cette trêve, le 7 août^ 1354, Saint- Jean-d'Angély ouvre ses 
portes au roi de France. P. 108, 109^ 337. 

Après la reddition de Saint- Jean-d'Angëly, le roi Jean re- 
tourne à Paris, tandis que Jean de Beauchamp et les siens repas- 
sent en Angleterre où ils emmènent leurs prisonniers. De retour 
à Londres, Jean de Beauchamp' est nomme, en récompense du 
succès qu'il a remporté près de Taillebourg, capitaine et gou- 
verneur de Calais. Le roi de France, de son côté, envoie à Saint* 
Omer Edouard, seigneur de Beaujeu*, pour garder la frontière 
contre les Anglais. P. 110, 337. 

Caire, placée sous les ordres de Guillaume Rolland, sénéchal de ce pays, 
ne servit en Poitou^ sous Charles d'Espagne, connétable de France, que 
de la mi'judlet à la mi-septembre 1351 (dom Vaîssette, Hut, du Lan" 
guedoc ^ t. rV, p. 27^). Nous avons des lettres de Charles d'Espagne, 
connétable de France, lieutenant du roi entre Loire et Dordogne, datées 
de ses tentes devant Saint- Jean-d^jingéljr^ le 26 juillet 1351 (JJ81, p. 575), 
du siège devant Saint-Jean^ jingéijr^ le 30 août 1351 (JJ82, p. 202). 

1. La dernière pièce, citée dans la note précédente, prouve que la 
reddition de Saint-Jean-d'Angély n'a pu avoir lieu le 7 août, puisque 
Charles d^Espagne assiégeait encore cette ville le 30 août 1351. Dans 
tous les cas, cette reddition n'aurait pu être faite au roi Jean, qui était 
encore à Chanteloup (auj. hameau de Saint- Germain-lès^Arpajon , 
Seine -et-Oise, ar. Corbeil, c. Arpajon) le 10 août 1351 (JJ81, p. 160). 
Le roi de France ne dut arriver devant Saint-Jean-d'Angély qu'a la 
fin d'août ; il délivra des lettres de rémission le 29 août 1351 a Jean 
de Pontallier, chevallier, in tentis nostris ante Sanetum Johannem Àngelia- 
eensem (JJ81, p. 917). Diaprés les Grandes Chroniques (v. p. 401 de ce 
volume), Saint-Jean-d'Angély se rendit au mois de septembre. La 
reddition de cette ville dut avoir lieu entre le 29 août et le 5 septem- 
hre ; à cette dernière date, le roi de France avait déjà repris le chemin 
de Paris, comme on le voit par des lettres datées de Niort le 5 septem- 
bre 1351, auxquelles Jean fit apposer le sceau de son cousin Cbarles 
d'Espagne in nostrorum magni et secreti abseneia (JJ81, p. 145). Jean 
était de retour à Paris au plus tard le 17 septembre (JJ81, p. 935). 

2. Jean de Beauchamp était capitaine du château de Calais dès le 
19 juillet 1348 (Rymer, vol. III, p. 165). Fait prisonnier à l'affaire 
d'Ardres, au commencement de juin 1351, il fut remplacé le 20 de ce 
mois par Robert de Herle {Jhid.^ p. 222>. 

3. Edouard, sire de Beaujeu, marécnal de France depuis 1347 par 
la démission de Charles, sire de Montmorency, ne fut pas envoyé à 
Saint-Omer après la reddition de Saint-Jean-d^Ansély, puisque, comme 
nous le verrons, il était certainement mort avant le 30 juin 1351. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $$ 331-342. xlv 

Combat des Trente. Trente gens d'armes, bretons et français, 
|>artisans de Charles de Rlois, sous les ordrjes de Robert de Beau- 
manoir, châtelain de Josselin, se battent en vertu d'une conven- 
tion et dans des conditions réglées à l'avance contre trente sou- 
dojers anglais, allemands et bretons, partisans de la comtesse 
de Montfort, commandés par Bramborough, châtelain de Ploêr- 
mel *. A la première passe, quatre Français et deux Anglais sont 
tués. On suspend la lutte pour prendre quelques instants de re- 
pos; puis le combat recommence. A la seconde passe, les Fran- 
çais prennent le dessus : Bramborough est tué avec huit de ses 
compagnons; les autres se rendent. Robert de Beaumanoir et les 
Français survivants emmènent leurs prisonniers à Josselin et les 
mettent à rançon courtoise, dès que leurs blessures sont guéries, 
car il n'y a personne, d'un côté comme de l'autre , qui n'ait été 
blessé. P. iiO à 115, 338 à 340. 

«Vingt-deux ans* après le combat des Trente, ajoute Froissart, 
je vis assis à la table du roi Charles de France un chevalier qu'on 
appelait Yvain Charuel. Comme il avait pris part à ce combat, 
on l'honorait par-dessus tous les autres. On voyait bien du reste, 

1 . Ce combat passe pour s'être livré le 27 mars, quatrième dimanche 
de carême 1351, sur le territoire de la commune de la Croix-Helléan 
(Morbihan, ar. Ploêrmel, c. Josselin, à 10 kil. de Plo&'mel). Une py- 
ramide de granit a été élevée en 1823 en remplacement du Chine dé 
JâivoUy à 150 mètres environ de Tendroit où se livra le combat. Une 
croix, reconstruite après la Révolution avec les débris d'une croix plus 
ancienne, porte une vieille inscription commémorative de ce fait d'ar- 
mes (art. de M. Rosenzweig dans le Dictionnaire de la France de 
M. A. Joanne). Le combat des Trente a donné Heu à un curieux 
po^me, publié en 1819 par Fréminville, en 1827 par Crapelet, et enfin 
par Buchon. V. l'ouvrage intitulé : Le Combat de trente Bretons contre 
trente Anglais^ d'après les documents originaux des quatorzième et qtûn- 
zième siècles^ suivi de la biographie et des armes des combatt€Mtt^ par Poi 
de Courcy.' Saint-Brieuc, 1857, impr. Prud'homme, in-4<'y 76 p. , 
3 pi. 

2. Ce curieux passage est emprunté au ms. B6 dont le texte est très- 
corrompn. Peut-être le copiste a-t-il mis un X de trop, et faut-il lire : 
« XII ans puîssedy > au lieu de : a XXII ans puissedy, » ce qui pla- 
cerait ce séjour de Froissart à Paris vers 136^ , au lieu de 1374. d'est 
précisément en cette année 1364 que, diaprés un fragment de compte 
découvert par M. CafBaux, Froissart rapporta de Paris des nouvelles 
d'un procès de la ville de Valenciennes pendant devant le Parlement 
c ....pour yaus moustrer les nouvielles que Froisars avoit rapportées 
an prouvost et as jurés dou plait que li viûe a à Paris à l'encontre Mon- 
seigneur. XL Compte de 1364. V. liicole de Dury^ par H. CafBaux, Ya- 
enciennes, 1866, in-12, p. 34 et 100. 



xLvi CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

à son visage, qu*il savait ce que valent coups d'ëpées, de haches 
et de dagues; car il ëtait très-balafirë. Il me fut dit vers ce même 
temps que messire Enguerrand de Hesdin avait été lui aussi Tun 
des Trente, et que c'était là Torigine de la* faveur dont il jouis- 
sait auprès du roi de France. Ce glorieux fait d'armes se livra 
entre Ploêrmel et Josselin le 27 juillet 1351. > P. 341. 

Escannouche d'Ardres^. Edouard, sire de Beaujeu, maréchal 
de France, envoyé à Saint-Omer après la reddition de Saint- 
Jean-d'Angély *, est tué entre Ausques • et Ardres en poursuivant 
les Anglais de Calais, qui sont venus un matin faire une incur- 
sion et recueillir du butin jusqu'aux portes de Saint-Omer. En 
revanche, Jean de Beauchamp, gouverneur de Calais, et vingt 



1. Sismondi (t. X, p. 398), M. Henri Martin (ëdit. de 1839, t. Y, 
p. 457) et tous les historiens placent l'affaire d' Ardres en 1352; c*est 
une erreur qu^ils ont empruntée à Froissart (v. p. 115 de ce to- 
lume). Un érudit distingué, M. René de Belleyal, s'écarte un peu 
moins de la Tërité en disant que ce combat suivit immédiatement 
la reddition de Saint-Jean-d'Angély {La grondé guerre^ Paris, Durand, 
1862, in-8, p. 48, note 1). Le sire de Beaujeu était' certainement 
mort avant le 30 juin 1351, puisqu'à cette date Toflicial de Ljon et 
le juge ordinaire de Beaujeu font citer les témoins qui ont souscrit 
le testament d^Édouard , sire de Beaujeu , ainsi que les principaux 

Sarents et amis du défunt, à comparaître, le lundi après l'octave 
e Saint-Pierre et Saint-Paul, à Villefranche, pour assister à la pu- 
blication et à l'ouverture du testament dudit Edouard (Arch. nat., 
orig. lat. sur parchemin jadis scellé, sect. adm.. Pi 362*, cote 1498. 
V. Huillard-Bréholles , Titres de la maison de Bourbon^ t. I, p. 449). 
Edouard, sire de Beaujeu, est mentionné comme décédé dans un acte 
du 8 juillet 1351 : c dilectum et fidelem nostrum Eduardum , domi- 
num de Bellojoco, tune viventem. » (JJ80, p> 504). Le combat d' Ardres 
dut même se livrer avant le 20 juin 1351, car Robert de Herle fut 
nommé à cette date capitaine du château de Calais en remplacement 
de Jean de Beauchamp, fait prisonnier dans cette rencontre (Rymer, 
vol. m, p. 222). 

2. Edouard de Beaujeu était mort depuis trois mois environ lorsque 
Saint-Jean-d'Angély se rendit aux Français. Le sire de Beaujeu n'avait 
d'ailleurs pris aucune part, quoi qu'en dise Froissart, à la campagne 
des Français en Saintonge pendant la première moitié de 1351. U se 
tenait pendant ce temps à Saint-Omer et à Guines en qualité de gar- 
dien de la frontière et de lieutenant du roi es parties de Picardie, tan- 
dis que Pierre, duc de Bourbon, comte de Clermont et de la Marche, 
chambrier de France, résidait au même titre à Arras (JJ80, p. 607). 

3. Auj. Nordausques, Pas-de-Calais, ar. Saint-Omer, c. Ardres et 
Zndausques, Pas-de-Calais, ar. Saint-Omer, c. Lumbres, au nord-ouest 
de Saint-Omer et au sud- est d' Ardres, sur la route de Saint-Omer a 
Calais, passant par Ardres. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 331-342. xlvii 

autres chevaliers anglais sont faits prisonniers par les Français, 
grâce à un renfort de cinq cents brigands de la garnison de 
Saint-Omer, qui surviennent vers la fin de l'action. En même 
temps, le butin fait par les Anglais est repris par le sire de Eou- 
velinghem, les trois frères de Hames *■ et les garnisons françaises 
de Hames , de la Montoire ' et de Guines '. — Arnoul d'André- 
hem ^ est envoyé à Saint-Omer, et succède à Edouard de Beaujeu 
comme gardien de la frontière contre les Anglais. D'un autre 
côté, le comte de Warwick ' est nommé par Edouard III gouver- 
neur de Calais en remplacement de Jean de Beauchamp qui vient 
d'être fait prisonnier ; celui-ci , toutefois , ne tarde pas à recou- 
vrer sa liberté : les Français l'échangent contre Gui de Nesle ' 
pris par les Anglais à l'afTaire de Taillebourg. P. 115 à 122, 341 
à 346. 

Mort de Clément VI; avènement d'Innocent VP. Grâce à la 
médiation du cardinal Gui de Boulogne, légat du nouveau pape, 
une trêve * est conclue pour deux ans entre les rois de France et 
d'Angleterre. P. 122, 123, 346. 

1. Hames fut cédé aux Anglais en 1360 par le traite de Brëtiçny; et 
le roi Jean, par acte daté de Hesdin en novembre 1360» pour indem- 
niser ses amés et féaux Guillaume, seigneur de Hames, et Enguerrand 
son frère, leur assigna cinq cents livrées de terre en rente perpétuelle 
sur sa recette d'Amiens. JJ118, p. 92. 

2. Voy. plus haut, p. xiii, note 3. 

3. Voy. plus haut, p. xi(, note 4. 

Si le combat d'Ardres avait eu lieu en 1352, comme Tavancent 
tous les historiens, la garnison de Guines ne serait pas venue au se- 
cours des Français, puisque cette forteresse tomba au pouvoir des An- 
glais dès le commencement de janvier de cette année. 

4. Ce fut Jean de Boulogne, qui succéda à Edouard de Beaujeu et 
fut envoyé à Saint-Omer dès le mois de juillet 1351 comme lieutenant 
du roi es parties de Picardie et sur les frontières de Flandre (JJ82, 
p. 276). 

5. Ce ne fut pas Thomas de Beauchamp, comte de Warwick, qui 
succéda à Jean de Beauchamp son frère ; Robert de Herle fut nommé 
capitaine du château de Calais le 20 juin 1351 (Rymer, vol. lU, p. 222). 

6. Jean de Beaucbamp ne fut pas échangé contre Gui de Nesle; il 
était encore prisonnier le 4 décembre 1351 (Rymer, vol. UI, p. 236). 

7. Etienne Aubert, ancien évêque de Clermont, cardinal d'Ostie, fut 
élu pape sous le nom d'Innocent VI le 18 décembre 1352 en rempla- 
cement detZlément YI mort le 6 décembre précédent. 

8. Une trêve fut en effet conclue, grâce a la médiation du cardinal 
Gai de Boulogne, entre le château et la bastide de Guines, le 10 mars 
1353 (n. st.); elle devait durer jusqu'au 1«' août suivant (Rymer, 
vol. m, p. 254). 



xLviii CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Raoul, comte d'Eu et de Guincs, connétable de France, peu 
après son retour d'Angleterre ^ où il a passe quatre ans en prison, 
est mis à mort sans jugement par Tordre du roi Jean qui donne 
les biens de la victime à Jean d'Artois, comte d'Eu; et cette exé- 
cution excite de violents murmures en France comme aussi au 
dehors du royaume. P. 423 à 125, 346, 347. 

Quelque temps après l'exécution du comte de Guines, et durant 
la trêve ^ conclue avec le roi d'Angleterre, un traître vend et 

1. Raoul deBrienne, comte d*Eu et de Guines, connétable de France, 
fait prisonnier à la prise de Caen par les Anglais le 26 juillet 1346« 
était encore en Angleterre le 20 octobre 1350, jour où Edouard oc- 
troya des lettres de sauTeffarde à quinze personnes envoyées en France 
pour rassembler l'argent destiné à la rançon du connétable (Rymer, 
Tol. III, p. 206). Le 8 novembre 1350, Raoul d'Eu était encore dans 
les bonnes grâces du roi Jean qui ordonna, f "^r un mandement en date 
de ce jour, d'exproprier Jean Morier, chtngeur, qui avait pris la fuite, 
emportant quatre cents deniers d^or à Técu qui appartenaient à son 
très cher et féal cousin le connétable de France du lait de sa cbarge 
(JJ80, p. 312). Il dat être exécuté le 18 novembre au matin, car il est 
déjà mentionné comme défunt dans un acte de ce jour par lequel le 
roi Jean donne à Gautier duc d'Athènes, marié à Jeanne d'Eu, sœur 
du connétable, Thôtel que Raoul d'£u possédait à Paris dans le quar- 
tier Saint- Paul (JJ80, p. 168). Sauf le château et la châtellenie de 
Beaurain concédés le 23 décembre 1350 à Robert de Lorris (JJ81, 
p. 220), le comté d'Eu donné en février 1351 à Jean d'Artois (JJ81, 
p. 282) et la reprise en mars 1351 (JJ80, p. 348) par Catherine de Savoie, 
ulle de feu Louis de Savoie et veuve de Raoul d'Eu, d'un apport dotal 
de quatre mille florins d'or assis sur la terre de Sauchay (Seine-Infé- 
rieure, arr. Dieppe, c. Envermeu), le reste de la succession de Raoul 
passa, en vertu de -donations faites par le roi Jean en février (JJ80, 
p. 368) le 16 mars(JJ80, p. 659) et le 26 septembre 1351 (JJ80,p. 464), 
a Gautier de Brienne-Cnâtillon , duc d'Athènes, comte de Braisne, 
beau-frère, et à Jeanne d'Eu, duchesse d'Athènes, sœur de l'infortuné 
connétable. Villani dit (1. II, c. 50) que le roi Jean fit mettre à mort 
Raoul d'Eu parce que, n^ayant pu se procurer l'énorme somme exigée 
pour sa rançon, le comte de Guines promit de livrer au roi d'Angle- 
terre en échange de sa liberté le comté et la forteresse de Guines. Ce 
qui rend la version du chroniqueur florentin très-vraisemblable, c'est 
que Jean confisqua au profit ae la couronne et ne donna à personne 
le comté de Guines. 

2. Cettre trêve fut conclue entre Guines et Calais le soir du 11 sep- 
tembre 1351 et devait durer jusqu'au matin du 12 septembre 1352 
(Rymer, vol. III, p. 232). Diaprés les Grandes Chroniques de France 
QV. p. 401 de ce volume) et la Chronique des Valois (p. 24), le château 
de Guines fut pris par les Anglais pendant la première fête de l'Étoile à 
laquelle s'était rendu le sire de Bouvelinghem, capitaine de ce château. 
Or cette fête se tint le 6 janvier 1352. Le rédacteur des Grandes Chro- 
niques rapporte, il est vrai, la lête dont il s'agit au mois de novembre 



SOAIMAIRE DU PREMIER LIVRE, g§ 331-342. xux 

livre le château de Guines aux Anglais. Jean de Beauchamp, gou« 
vemeur de Calais, répond à toutes les réclamations du roi de 
France au sujet de ce marché que l'achat d'un château ne con- 
stitue pas une infraction à la trêve. P. 125, 126, 347, 348. 

Le roi Jean fonde ^, à l'imitation de la Table Ronde du roi 
Arthur, un ordre de chevalerie composé des trois cents cheva- 
liers les plus preux de France, et appelé l'ordre de l'Etoile, parce 
qu'il a pour signe distinctif une étoile d'or, d'argent doré ou de 
parles qu'on porte par-dessus le vêtement. Les membres de l'or- 
dre doivent, à toutes les fêtes solennelles, se réunir à la Noble 
Maison construite exprès pour cet objet près de Saint-Denis ; c'est 
là que le roi dent cour plénière au moins une fois l'an, et que 
chaque compagnon vient raconter ses faits d'armes enregistrés 
sous sa dictée par des clercs. On ne peut être admis dans la con- 
frérie qu'avec l'assentiment du roi et de la majorité des compa- 
gnons ; on fait serment, en y entrant, de ne jamais fuir dans une 
bataille plus loin que quatre arpents, au risque d'être tué ou fait 
prisonnier; on jure aussi de se porter secours les uns aux autres 
en toute occasion. Si un compagnon de l'Etoile se trouve sans 
ressource sur ses vieux jours, la Noble Maison lui ofifre un asile 
où est assuré d'un train de vie honorable pour lui et pour deux 
varlets. — Peu après la fondation de Tordre de l'Etoile, la guerre 
redouble en Bretagne où le roi d'Angleterre, allié de la comtesse 
de Montfort, expédie des forces considérables. Gui de Nesle, sire 
d'Offémont^, et plus de quatre-vingt-dix chevaliers de l'Étoile, 

1351 : mais il aura confond a sans doute Tordonnance de fondation en 
date du 16 norembre 1351 avec la première fête de TOrdre qui eat 
lien, comme nous Tenons de le dire, le 6 janvier 1352. D'un autre 
côte, Robert de Âvesbury place la prise de Guines vers la Saint-Vincent 
(22 janvier) 1352 : tune instante festo Saneti Fincent'ii {Eut, Ed, III, 
p. 188). D'où il suit que la prise de Guines par les Anglaisent lieu du 
6 au 22 janvier 1352. Un archer anglais , nommé Jean de Dancaster, 
8*empara't-il de ce château par surprise, suivant le témoignage de 
Robert de Avesbury; ou la forteresse française fut-elle livrée par la tra- 
hison de Guillaume de Beaucaurroy, suivant la version de la plupart 
des chroniqueurs français? C'est ce que le silence des actes ne nous 
permet pas de décider. 

1. L^ordonnance de fondation est du 16 novembre 1351, et la pre- 
mière fête se tint le 6 janvier 1352. Du reste, pour tout ce qui con- 
cerne Tordre de l'Étoile, il nous suffit de renvoyer à l'excellent ou- 
vrage de M. Lëopold Pannier, La NohU Maison de Saint^Ouen^ Paris, 
1872, in-12, p. 84 à 127. 

2. Froissart désigne ici le combat de Mauron (Morbihan, arr. Ploêr- 

d 



L CHRONIQUES DE J. FROISSABT. 

envoyés par le roi de France au secours de la comtesse de Blois, 
trouvent la mort dans une embuscade que les Anglais leur avaient 
tendue; ils auraient pu se sauver, mais ils venaient de s'engager 
par serment, en vertu des statuts de la nouvelle confrérie » à ne 
jamais fuir. Un aussi malheureux début et plus encore les désas- 
tres qui s'abattent ensuite sur la France ne tardent pas à amener 
la ruine de Tordre de l'Étoile. P. i26 à 128, 348, 349. 



CHAPITRE LXXm. 

1354. ASSASSIlfAT DB CHÀBLB8 o'bSPAGNB; BUPTUBE BlfTaB LB BOI DE 
HAVÀBRB ET SES FBÈBES, INSTIGATEUBS DB CET ATTEIfTAT, ET LB BOI 
DE FBANCB. — 1355. EXPIRATION DES TBÊVBS ET OUVEETUBE DBS 

HOSTILTHÎS ENTBB LA FBANCB ET l'aNGLETERBB. MOBT DB JEAN, 

DUC DB BBABANT, ET AVENEMENT DE JEANNE, MABD^B A WENGB8LA8 
DE LUXEHBOUBG. 1356. OI7BBBB ENTBE FLANDRE ET BBABANT * 

(SS 3^3 et 344). 

Le roi Jean, non content d'avoir fait après l'exécution du comte 
d'Eu Charles d'Espagne connétable de France, le comble de 
biens ^ et lui donne notamment une terre que le roi de Navarre et 

mel , au nord-est de Ploërmel , à Test de Rennes et de Montfort-sur- 
Mea\ liYrë le \k août 1352. où Gantier de Bentlej, capitaine ponr le 
roi d'Angleterre en Bretagne, à la tête de trois cents hommes a' armes 
et d'un égal nombre d'archers , battit Gui de Nesle , sire d'Offémont, 
maréchal de France, qui se fit tuer ainsi que le sire de Bricquebec et 
Gui de Nesle, châtelain de Beaurais. Robert de Ayeshury cite en outre 
parmi les morts, du côté des Français, le Ticomte de Rohan, Jean 
Frère, les seigneurs de Quintin, de Tinténiac, de Rochemont, de 
Montauban , Renaud de Montauban , Robert Raguenel , Guillaume de 
Launay, etc., en tout quatre-vingts cheraliers et cinq cents écujers. 
V. Goândes Chroniques, p. 402 de ce volume, et Robert de Avesbury, 
p. 189 à 191. 

1. Cf. Jean le Bel, Chroniques, t. II, chap. Lxxxvni, p. 169 à 171. 

2. Charles de CastUle, dit d'Espagne, fils d'Alphonse de la Cerda, 
seigneur de Lunel, fut fait connétable de France en janvier 1351 en 
remplacement de Raoul de Brienne, II du nom, comte d'Eu et de 
Gnines, exécuté le 18 novembre 1350. Dès le 23 décembre 1350, le 
roi Jean fit don à Charles d'Espagne, son cousin, du comté d^An- 
gooléme (Aroh. nat., sect. hist., JJ80, p. 768), et ce don fut renou- 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §$ 343-344. u 

ses firères prëtendent leur appartenir. A dater de ce moment, les 
enfants de Navarre vouent au favori une haine mortelle. Pour 
assouvir leur vengeance, ils ont recours à un guet-apens : ils 
surprennent une nuit le connétable dans un petit village situe 
près de Laigle ^ et le font mettre à mort par une bande que com- 
mande leur cousin le Bascle de Mareuil. A la nouvelle de l'assas- 
sinat de Charles d'Espagne, Jean confisque le comté d'Évreux et 
tout ce que le roi de Navarre possède en Normandie ; il fait aussi 
envahir la Navarre par les comtes de Gomminges et d'Armagnac, 
mais le comte de Foix, allié du roi de Navarre son beau-frère, 
porte la guerre en Armagnac. P. 129 à 131, 349, 350. 

Pierre, duc de Rourbon et Henri, duc de Lancastre, envoyés à 
Avignon pour traiter de la paix, ne parviennent pas à s'entendre 
malgré tous les efforts du pape Innocent VI; et comme la trêve 
vient d'expirer ', la guerre recommence entre la France et l'An- 

▼elé en octobre 1352 (JJ81, p. 464). En norembre 1352, Charles 
d'Espagne est gratifié da château et de la chatellenîe d'Archiac (JJ81 , 
p. 452). En janTier 1353, le roi de France unit diverses terres a la 
haronnie de Lune! en faveur de Charles d'Espagne (J166, n» 28). Le 
17 juillet 1353« le roi Jean concède à Chanes d'Espagne les ville, 
château et chatellenie de la Roche d'Agoux (Puj-de-Dôme, ar. Riom, 
c. Poinsat) donnés naguère par Philippe de Valois au connétable Im- 
bert de Beaujeu, seigneur de Montpensier (JJ81, p. 767). 

1. Charles d'Espagne fut assassiné le 6 janvier 1354. Charles, roi 
de Navarre, Philippe et Louis de Navarre, frères du dit roi, in- 
stigateurs de cet assassinat (JJ82, p. 278), eurent pour complices 
Jean Malet, seigneur de Graville (JJ82, p. 226), Guillaume de Ittaine- 
mares, dit Maubue, chev. (JJ82, p. 469), Colard Doublel, écuyer 
^J82, p. 511), Jean dit de Fricamps, chev. (JJ82, p. 183), le seigneur 
de Clèies (JJ82, p. 477), le seigneur d'Aulnaj, chev. (JJ82, p. 468), 
Ancel de Villiers, chev. (JJ82, p. 466), le seigneur de Morbecque, 
chev. (JJ82, p. 467), Jean de Champgerboust (JJ82, p. 443), Gillet de 
Banthelu (JJ82, p. 445), Jean de Belangues (JJ82, p. 446), Jean de 
Gramoue (JJ82, p. 447), Henri de Mucy (JJ82, p. 463), Philippe de 
Boutanvilliers (JJ82, p. 464), Drouet de Lintot (JJ82, p. 465), Jean 
Du Quesne (JJ82, p. 474), Geffroi de Marson (JJ82, p. 475), Henr 
Du Bois (JJ82, D. 476), Guillaume de Mantevllle (JJ82, p. 510), écujers, 
qui obtinrent des lettres de rémission le 4 mars 1354. 

Des lettres de rémission, octroyées au roi de Navarre sur le fait du 
meurtre du connétable Charles d*£spagne, furent entérinées au parle- 
ment, en séance du roi, le 4 mars 1354. Arch. nat., U 524, t. 33, f^ 61. 

2. La trêve, conclue es tentes devant Guines le 6 avril 1354, devait 
expirer le 6 avril 1355. Les pleins pouvoirs donnés par Edouard à 
Gniliaume, évéque de Norwich, à Michel évéque élu de Londres, à 
Henri duc de Lancastre, àlUchard comte d^Arundel, à Barthélémy de 
Burghersh, chambellan du roi, à Gui de Bryan seigneur de Laghem. 



Lii CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

gleterre. — Mort de Jean*, duc de Brabant. Le duché de 
Brabant échoit à Jeanne, fille ainée de Jean, mariée à Wenceslas, 
duc de Luxembourg, fils de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, 
et d'une sœur de Pierre, duc de Bourbon. Wenceslas est encore 
jeune, mais il gouverne par le conseil de son oncle Jacques 
de Bourbon '. Louis, comte de Flandre, marié à Tune des filles 
de Jean de Brabant, réclame Malines et Anvers conmie devant 
faire retour au comté de Flandre après la mort de son beau-père, 
en vertu d'une convention consentie par le feu duc de Brabant. 
Une guerre terrible éclate au sujet de cet^e réclamation entre 
Flandre et Brabant ; elle ne dure pas moins de trois ' ans. Cette 
guerre prend fin grâce à l'arbitrage de Guillaume de Hainaut *, 
fils de l'empereor Louis de Bavière, qui adjuge fiialines et Anvers 
au comte de Flandre. P. i32, 133, 350, 351. 



■ont datés de Westminster le 28 août 1354 (Rymer, vol. IIl, p. 283;. 
Le roi leur adjoignit des auxiliaires, le 30 octobre suirant, pour le cas 
où un traité serait conclu (Jb'id,^ p. 289]. Les plénipotentiaires du roi 
de France, Pierre I, duc de Bourbon et Pierre de la Forêt, archeTê- 
que de Rouen, chancelier de France, partirent pour Arignon dans le 
courant du mois de norembre 1354. Les négociations, qui remplirent 
les mois de janxier et de février 1355, n^eurent d'autre résultat que la 
prolongation de la trére jusqu'au S4 juin suivant. 

1. Jean III, dit le Triomphant, duc de Brabant, mourut le 5 dé- 
cembre 1355. Il avait épousé en 1314 Marie, seconde fille de Louis 
comte d'Évreux, décédée le 30 octobre 1335, après lui avoir donné 
trois fils morts sans lignée avant leur père, et trois filles : Jeanne, ma- 
riée à Wenceslas de Luxembourg, qui lui succéda ; Marguerite mariée 
a Louis de Maie comte de Flandre ; Marie femme de Renaud duc de 
Gueldre. Jean laissait, en outre, dix-sept bâtards, sept garçons et dix 
fiUes. 

2. Wenceslas, marié en 1347 à Jeanne de Brabant, veuve de Guil- 
laume II comte de Hainaut, comte de Luxembourg à la fin de 1353, 
fait duc par Tempereur Charles IV son frère le 13 mars 1354, était 
fils de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, tué à Crécy, et de sa se- 
conde femme, Béatrix, fille de Louis I^'', duc de Bourbon. Wenceslas 
se trouvait donc, comme le dit Froissart, neveu de Jacques de Bourbon, 
comte de la Marche, frère cadet de sa mère. 

3. Cette guerre ne dura guère quW an et demi, et non trois ans ; 
elle ne commença qu*en 1356, et fut signalée par la bataille de Scheut 
près Bruxelles (auj. écart d'Anderlecht, prov. Brabant, c. Molenbeek- 
Saint-Jean, à 4 kil. de Bruxelles), gagnée le 18 août 1356 par les Fla- 
mands sur les Brabançons. Le traité de paix qui mit fin à cette guerre 
est daté du 3 juillet 1357. 

4. Guillaume III, dit l'Insensé, fils de Louis I» de Barière, empe- 
reur d'Allemagne, et de sa seconde femme, Marguerite de Hainaut, 
succéda à sa mère dans le comté de Hainaut le 26 février 1357. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 3^5-351. un 



CHAPITRE LXXIV. 

1355. Tmirn d'alliabcb bntee les rois db fbangb et db mavarbb. 

CSEVÂUGKÉB DU ROI d'aU GLBTERRB BN BOULONNAIS BT EN ARTOIS ; 

COHCSNTRATIOlf A AMIBNS BT MARCHE DBS FRANÇAIS CONTRE l'eNVA- 

HISSBUR. PRISE DU CHATEAU DE BBRWICX. PAR LES ÉCOSSAIS ; 

RETOUR d'ÏDOUARD A CALAIS ^ (§§ 345 à 351). 

Les frères de Navarre se rendent en Angleterre où ils con- 
claent une alliance offensive et défensive avec Edouard contre le 
roi de France ^ ; à leur retour en Normandie, ils mettent en ëtat 
de défense les châteaux d'Ëvreux, de Breteuil et de Couches. Le 
roi d'Angleterre lève trois armées à la fois : la première, com- 
posée de cinq cents hommes d' aimes et de mille archers sous la 
conduite du duc de Lancastre, doit opérer en Bretagne contre 
Charles de Blois qui vient de recouvrer sa liberté moyennant une 
rançon de quatre cent * mille écus ; la seconde, dont Feffectif ne 

1. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ t. Il, chap. xc, p. 177 à 183. 

2. Les actes ne font aucune mention de ce voyage du roi de Na- 
varre et de son frère en Angleterre. On voit seulement par la déposi- 
tion en date du 5 mai 1356 de Friquet, gouTemeur de Caen pour le 
roi de Nararre, que le duc de Lancastre, qui ëtait alors en Flandre, 
fit offrir à Charles le Mauvais le secours de son cousin Edouard contre 
la Tengeance du roi Jean, que le roi de Navarre se réfugia aussitôt 
auprès du pape à Avignon d'où il se rendit en Navarre, et que ce fut 
de là qu'il expédia un de ses agents, nommé Colin Doublet, en An- 
ffleterre pour annoncer au roi quMl se rendrait par mer avec des troupes 
a Cherbourg afin de recouvrer ses places occupées par le roi de France. 
Cette déposition de Friquet a été publiée par Secousse, Preuves de 
P histoire de Charles le Mauvais ^ p. 49 à 57. 

3. Les lettres de sauvegarde aonnées par le roi d'Angleterre à Charles 
de Blois pour aller en Bretagne assister au mariage de sa fille Mar- 
guerite avec le connétable Charles d'Espagne et chercher l'argent de sa 
rançon, sont datées du 10 novembre 1354 (Rymer, vol. III, p. 290). 
Des lettres de sauf-conduit furent aussi délivrées le même jour à seize 
seigneurs bretons qui , après avoir accompagné Charles sur le conti- 
nent, devaient revenir en Angleterre se constituer otages, en cas de non- 

{>ayement de la rançon, si Charles lui-même n'était pas de retour avant 
e 24 juin 1355. Parmi ces seigneurs figurent Jean, vicomte de Rohan, 
banneret, Thibaiid, sire de Rochefort, banneret, Bonabbé de Rougé, 
sire de Derval, banneret, Jean de Beaumanoir, Yvain Charnel, Ber- 



Lrr CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. 

s'ëlève pas à moins de mille hommes d*armes et de deux mille 
archers, est dirigée sur la Guienne et placée sous les ordres du 
prince de Galles^ et de Jean Chandos; la troisième enfin, forte de 
deux mille hommes d'armes et de quatre mille archers, est com- 
mandée par le roi d'Angleterre en personne et doit débarquer en 
Normandie. P. 133 à 136, 351 à 354. 

Edouard s'embarque à Southampton' et fait voile vers Gierbourg' 
où l'attend le roi de Navarre ; mais les vents contraires l'obligent 
à relâcher quinze jours à l'île de Wight, puis à Guemesey. Le 
roi de France est informé de ces préparatifs ainsi que de la pro- 
chaine descente des Anglais en Normandie; il envoie à Cherbourg 
l'évèque de Bayeux et le comte de Saarbruck qui parviennent à 
détacher le roi de Navarre de l'alliance d'Edouard et le décident 
à faire la paix* avec Jean son beau-père; toutefois Philippe 
de Navarre reste attaché au parti anglais. P. 136 à 138, 354 
à 356. 

A la nouvelle de la défection de son allié, le roi d'Angleterre 
renonce à descendre en Normandie et débarque à Calais. Il en- 



trand duGnesclin. En même temps, par acte daté du 11 novembre 1354, 
il fut convenu qu'il y aurait trêve en Bretagne entre les Anglais et les 
partisans de Charles de Blois jusqu^au 24 juin 1355 {Jhid,^ p. 290 et 
291). Le 8 février 1355, Thomas de Holland avait élé. nommé pour 
un an capitaine et lieutenant en Bretagne (p. 295), mais Edouard lui 
notifia, le 14 septembre suivant, qu'il eût à livrer les places fortes à 
Henri, duc de Lancastre, appelé a le remplacer dans le commande- 
ment de cette province et des pays adjacents {Ibid.^ p. 312). 

L Dès le 27 avril 1355, Edouard donne des ordres pour rassembler 
la flotte qui doit transporter en Guienne le prince de Galles et son ar- 
mée ; le 6 mai il fait préparer pour l'expédition de son fils deux mille 
cinq cents claies et quinze équipages de ponts (Rymer, vol. UI, p. 298 
et 299). 

2. Le l*' juin 1355, le roi d'Angleterre demande des prières k l'ar- 
cbevêque de Cantorbéry, primat du royaume, à l'occasion de la guerre 
contre la France qui va recommencer (Jbid.^ p. 303) ; le 1<^ juillet sui- 
vant, il nomme gardiens du royaume pendant son absence Thomas 
son fils, les archevêques de Cantorbéry et d'York, l'évêqiie de Win- 
chester, Richard comte d'Arundel et Barthélémy de Burghersh (Jbld,^ 
p. 305). 

3. Un traité fut conclu à Valognes le 10 septembre 1355 entre 
Charles II , roi de Navarre, et le roi Jean ; il avait été négocié au nom 
du roi de France par Jacques de Bourbon, comte de Ponthieu, conné- 
table de France, et par Gautier, duc d'Athènes, comte de Braine. Ce 
traité a été publié par Secousse, Preuve* de ChUtoire de Charles te Jfoti- 
(vif, p. 582 k 595. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $$ 345-354 . ly 

treprend une chevauchëe à travers la France, passe devant 
Ardres * et la Montoire ', court devant Saint-Omer, dont Louis de 
Namur est capitaine , et s'avance tellement dans la direction de 
Hesdin que les habitants d'Arras s attendent à être assiégés par 
les Anglais *, — Le roi de France, de son côté, fdt de grands 
préparatifs pour repousser Tenvahisseur ; il appelle à son secours 
ses bons amis de l'Empire, entre autres Jean de Hainaut; il 
convoque à Amiens tous les chevaliers et écuyers depuis quinze 



1. Ardre^r^n-CalaisÎB, Pas^e- Calais, ar. Saint-Omer. 

2. Auj. hameaa de Zatkerque, Pas-de-Calais, ar. Saint-Omer, 
c. Andmicq. 

3. D*apré« Robert de Avesbuiy, Edouard fit crier dans les met de 
Londres le 11 septembre que tons chevaliers, gens d'armes et 
archers se tinssent prêts à partir le 29 septembre de Sandwich pour 
Calais ; le 15 et le 26 de ce mois, il défendait de faire sortir des ports 
aucun naTire jusqu'à la Saint- Michel (Rjmer, toI. Ill, p. 313). Grdoe 
a ces mesures, une armée de plus de trois mille hommes d'armes, ayeo 
deux mille archers à cheval et un grand nombre d archers à pied, 
était réunie à Calais avant la fin d'octobre. Ce qui avait dëtermmé le 
roi d'Angleterre à lever des forces si considérables, c'était sans doute 
la célèbre ordonnance par laquelle le roi Jean son adversaire avait con- 
voqué à Amiens, dès le 17 mai de cette année, le ban et Parrière-ban, 
c'est-à-dire tous les hommes valides depub dix-huit jusqu'à soixante 
ans (Arch. nat. , sect. hist., K47, n9 35); mais nous apprenons par 
des lettres de rémission, octroyées en décembre 1355 aux nabitants de 
Paris, que les contingents des communes, outre qu'ils étaient très-incom- 
plets, n'arrivèrent pas en temps (JJ84, p. 456). S'il fallait en croire Ro- 
iMert de Avesburjr (v. p. 205 à 207), Edouard serait entré en campagne et 
aurait marché sur Saint-Omer le 2 novembre. Le roi Jean, arrivé dans 
cette ville avec une puissante armée, n'aurait osé attendre les Anglais 
et se serait retiré devant eux en ajant soin d'enlever tous les approvi- 
sionnements pour les affamer. La disette de vivres seule aurait forcé 
Edouard à s'arrêter à Hesdin et à regagner, par la route de Boulogne, 
Calais, où il serait rentré après dix jours de chevauchée le jour de Saint* 
Martin d'hiver (11 novembre). L'itinéraire du roi Jean, que nous avons 
dressé d'après les actes, prouve que le récit du'chroniqueur anglais est 
de toute fausseté, du moms en ce qui concerne la marche de l'année 
française. Le roi de France, en effet, est à l'abbaje de Saint-Fuscien 
(Somme, ar. Amiens, c. Sains) le 28 octobre (JJ84, p. 352], à Amiens 
le 5 (JJ84, p. 335) et le 7 novembre (JJ 84, p. 412), à Coisj près 
Amiens (Somme, ar. Amiens, c. Villiers-Bocage) en novembre (JJ84, 

ÎK 419), à Lucheux (Somme, ar. et c. Doullens, sur les confins de 
'Artois] le 9 novembre (JJ84, p. 445], à Aire et à Saint-Omer en 
novembre (JJ84, p. 371, 233, 330, 365). On voit par ces étapes que, du 
2 au 11 novembre, le roi Jean, loin de se retirer devant les Anglais en 
s'enfujant de Saint-Omer à Amiens, ne cessa au contraire de s'avancer 
à leur rencontre. 



LTi CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

jusqu'à soixante ans; il se rend lui-même dans cette ville avec 
s^ quatre fils , le roi de Navarre son gendre , le duc d' Orléans 
son frère et l'élite de la noblesse du royaume; il parvient à 
réunir sous ses ordres une armée de douze mille hommes d'armes 
et de trente mille gens des communautés. P. 138 à 141, 356 
à 359. 

Sur ces entrefaites, les Ecossais, qui reçoivent des renforts du 
roi de France ', profitent de l'absence d'Edouard, du prince de 
Galles et du duc de Lancastre, pour attaquer, sous les ordres de 
Guillaume de Douglas, Roxburgh et Berwick; ils échouent de- 
vant Roxburgh , mais ils s'emparent du château de Berwick ' et 
sont sur le point de prendre la cité elle-même dont les bourgeois 
demandent du secours au roi d'Angleterre. P. 141 à 143, 359 
à 361. 

Dans le même temps, un chevalier français nommé Boucicaut, 
prisonnier des Anglais, qui lui ont permis seulement d'aller quel- 
ques mois dans son pays mettre ordre à ses affaires, vient re- 
joindre le roi d'Angleterre devant Blangy, beau château et fort 
du comté d'Artois. Edouard met Boucicaut en liberté sans rançon, 
à condition qu'il ira de sa part ofi&îr la bataille au roi de France ' 
qui se tient toujours à Amiens où il achève de rassembler ses 
forces. P. 143 à 146, 361 à 363. 

Le roi Jean laisse sans réponse le défi de son adversaire. Ce 
que voyant, Edouard rebrousse chemin à travers le comté de 
Fauquembergue, passe à Licques* dans le pays d'Alquines, con- 
tourne la bastide d'Ardres, et, par le beau chemin de plaine dit 
de Leulingue, rentre tout droit à Calais. Amoul d'Audrehem, 

1 . Diaprés la Seala Chronica^ le roi de France avait envoyé en Ecosse 
le sire de Garanciéres avec cinquante hommes d*armes et une somme 
de dix mille marcs à partager entre les barons d'Ecosse , à condition 
qu'ils violeraient la trive. 

2. D'après Robert de Avesbury fp. 209], les Écossais s'empirèrent 
par surprise, le 6 novembre, de la viJJe de Berwick, et non du château, 
qui resta au pouvoir des Anglais. Il ne fallait pas moins de trois jours 
pour faire parvenir cette nouvelle à Edouard ; et en effet le roi d'An- 

Sleterre, interrompant sa marche en avant à travers PArtois , se mit en 
evoir de regagner Calais dès le 9 novembre. 

3. Robert de Avesbury prétend (p. 206) que Jean fut effrayé en ap- 
prenant par Boucicaut, qu il appelle c ^re Bursyngaud », combien était 
forte l'armée anglaise qui marcnait en bon ordre, divisée en trois ba- 
tailles. 

4. Pas-<le-Calais, arr. Boulogne-sur-Mer, c. Guines. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 352-35S. lvii 

capitaine d'Ardres ^, se jette sur l'arrière-garde anglaise et fait 
dix ou douze prisonniers. Jean fait défier à son tour Edouard par 
Boncicaut et Amoul d'Audrehem; mais les mauvaises nouvelles 
reçues d'Ecosse empêchent le roi d'Angleterre d'accepter ce défi '. 
Le roi de France licencie son armée. — Au retour de cette expé- 
dition, Jean de Hainaut meurt dans la nuit de la Saint-Grégoire 
en son hôtel de Beaumont; il est enterré en l'église des Corde- 
liers de Yalenciennes. Il laisse pour héritiers ses petits-fils Louis, 
Jean et Gui, fils du comte de Blois tué à Grécy et de Jeanne de 
Beaumont. P. 146 à iSO, 363 à 368. 



CHAPITRE LXXV. 

1356. EXPEDITION d'^ouabd hi xn teossK ' (§§ 352 à 355). 

Le roi d'Angleterre quitte Calais dont il confie la garde au 
comte de Salisbury, repasse en Angleterre et se dirige tout droit 
vers l'Ecosse *. Gautier de Mauny, qui marche à l'avant-garde de 

1. Amoul d*Audrehem, maréchal de France, qui avait été nommé, 
le 1*' janvier 1355, lieutenant es parties de Picardie, d'Artois et de 
Boulonnais (Arch. nat., JJ84, p. 181) tenait habituellement garnison à 
Saint-Omer (JJ85, p. 132) ou a Ardres (JJ84, p. dôl). Philippe, duc 
d'Orléans, avait été nomme aussi lieutenant du roi es dites parties le 
6 juiUct 1355 fJJ84, p. 499). 

2. Robert de ATesbury raconte aussi que le lendemain du retour 
d'Edouard à Calais, c'est-à-dire le 12 novembre, le connétable de 
France et d'autres seigneurs vinrent au bout de la chaussée de Calais 
offrir la bataille pour le mardi suivant 16 novembre ; mais le duc de 
Lancastre, le comte de Northampton et Gautier de Mauny, chargés de 
s'entendre avec les envoyés français, répondirent à ceux-ci par des 
faux-fuyants, de telle sorte que l'entrevue n'aboutit à aucun résultat. 
Robert de Avesbury, HUt. Ed, III, p. 207 à 209. 

3. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ t. II, chap. xci, p. 185 et 186. 

4. Edouard, qui repassa en Angleterre oans la seconde quinzaine de 
novembre, octroya, le 3 décembre suivant, à Westminster, des lettres 
de rémission à des seigneurs qui avaient chassé avec Edouard Baillol 
dans sa forêt d'Inglewod en Cumberland ; dès le 22 décembre, il était 
à Dnrham où il convoqua à Newcastle-upon-Tyne, pour le l"" janvier 
1356, au plus tard, tous les hommes valides entre seize et soixante 
ans; il était à Newcastle le 6 et le 9 janvier 1356 (Rymer, vol. III, 
p. 314 et 315). Le 13 janvier, il arriva devant Berwick où il rejoignit 
Gantier de Mauny qui Pavait précédé pour prendre le commandement 



LTni CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. 

Texpëditîon, parvient à reprendre le château de Berwick aux 
Ecossais avant Tarrivëe d'Edouard dans cette ville. P. 150 à 153, 
368, 369. 

Les Anglais occupent Edimbourg qui est une ville ouverte; le 
roi habite la maison d'un bourgeois auquel David Bruce avait 
promis naguère de le faire maire de Londres; il met le siëge de- 
vant le château. P. 153, 154, 369, 370. 

La famine menace bientôt les assiégeants^. On est au fort de 
l'hiver. Les Écossais, pour affamer les envahisseurs, ont emporte 
vivres et bétail de l'autre côté de la rivière de Tay ; et une hor- 
rible tempête force la flotte qui apporte des provisions aux An- 
glais à rentrer dans le port de Berwick *. Edouard reçoit à Edim- 
bourg la visite de la comtesse de Douglas qui habite le château 
de Dalkeith , à la prière de cette dame, il s'engage à ne pas brû- 
ler la capitale de TÉcosse. Pendant ce temps, Guillaume de Dou- 
glas*, mari de ladite comtesse, garde avec cinq cents armures 
de fer des défilés par où les ennemis doivent passer pour retour- 
ner chez eux. P. 155, 156, 370, 371. 

Aussi, les envahisseurs, à leur retour en Angleterre, sont at- 
taqués à i'improviste par Guillaume de Douglas au moment où 

du château et qui avait fait miner les remparts de la ville, dont les 
habitants se rendirent le jour même (Robert de Avesbury, p. 228 et 
229). Les prélats et barons d*Écosse tenaient un grand conseil à Perth, 
le 17 janvier, pour traiter de la délivrance de Robert Bruce (Rjmer, 
vol. ni, p. 317). Trois jours plus tard, le 20 janvier, à Roxburgh, 
Edouard III se faisait cëaer solennellement par Edouard Baillol tous 
les droits de ce prétendant sur le trône d'Ecosse (Jèid,, p. 317 à 320). 

1. D'après Robert de Avesbury (p. 235 et 236), Tarmée anglaise se 
composait de trois mille hommes d'armes, de dix mille sondoyers, de 
plus de dix mille archers à cheval et d'un égal nombre d'archers à 
pied ; elle avait un front de vingt lieues. 

2. < Flores naves, de Anglia versus ipsum regem cum victualibus 
venientes, adeo fuerant per tempestates maris hoiribiliter agitatœ quod 
quœdam earum, ut dicebatur, perierunt ; et qusedam ad portus diver- 
SOS Angliœ redierunt per tempestatem compulsée, et qusedam ad partes 
exteras transvehebantur. > Robert de Avesbury, p. 237. 

3. D'après Robert de Avesbury (p. 236 à 238), Guillaume de Dou- 
glas aurait sollicité et obtenu du roi de l'Angleterre une trêve de dix 
jours, en promettant d'attirer les prélats et barons d'Ecosse dans 
l'obéissance d'Edouard ; mais au lieu de tenir sa promesse, il n'aurait 
profité de cette trêve que pour faire transporter tous les vivres et ap- 
provisionnements dans ses places fortes ou dans des cachettes souter^ 
raines et pour se mettre en sâreté lui et les siens dans des forêts inac- 
cessibles. 



SOMMAIRE DU PREMIER LITRE, §§ 356-362. lix 

îb traversent, morcelas en petits pelotons, les défilés de Gheviot 
d'où sort la Tweed qui forme la limite entre les deux royaumes. 
Edouard ne se trouve pas dans le détachement qui est ainsi sur- 
pris et ne doit son salut qu'à cette circonstance ; toutefois, les 
Écossais ne se retirèrent pas sans emmener des prisonniers par** 
nû lesquek se trouvent six Brabançons ^ P. 157 à i59, 374. 



CHAPITRE LXXVI- 

m 

1355. BxnbiTiON du prince db galles bn langubdoo * 

(SS 3^6 ^ 362). 

A peine débarqué en Guyenne ' avec mille hommes d'armes et 
deux mille archers, le prince de Galles entreprend de faire une 
chevauchée en Languedoc et convoque à Bordeaux les princi- 
paux seigneurs de Gascogne. P. i 59 à 461, 371, 372. 

L'armée anglo-gasconne, forte de quinze cents lances, de deux 
mille archers et de trois mille bidauds, passe à gué la Garonne 
au Port-Sainte-Marie* et marche sur Toulouse. Les habitants de 



1 . Robert de ATeabuiy dit seulement que Guillaume de Douglas ne 
cessa d'épier les Anglais pendant leur retour d'Ecosse en Angleterre 
et qu'il surprit un jour dans un manoir écarté Robert Erlee chevalier 
et ▼ingt hommes de sa suite. 

2. Cf. Jean le Bel, Chroniques^ t. II, chap. xcii, p.* 187 à 189. 

3. Le prince de Galles débaïqua en Gujenne après le 16 juiU 
let 1355, car c'est la date du mandement par lequel Edouard ordonne 
de réunir une flotte pour transporter en Gascogne le prince et son ar- 
mée. V. Rjmer, Fadera^ vol. III, p. 308 et 309. 

k. Lot-et-Garonne, ar. Agen, entre Aiguillon au nord-est et Agen au 
sud -est. Comme le prince oe Galles commença sa chcTauchée par une 
incursion dans le comté d'Armagnac, il put faire passer la Garonne à 
son armée au Port-Sainte-Marie, qui n'est pas, comme le dit Froissart, 
à trois lieues de Toulouse, mais entre Aiguillon et Agen. Les Anglais 
raTagèrent ensuite les comtés d'Astarac et de Comminges; ils restèrent 
sur la rire gauche de la Garonne jusqu'à une lieue en amont de Tou- 
louse où ils passèrent ce fleuve non loin de son confluent avec l'Ariége. 
Le prince de Galles lui-même a pris soin de raconter son expédition 
dans une lettre adressée de Bordeaux , en date de Noël ( 25 décem- 
bre) 1355, à i'érêque de Winchester ; il faut joindre à ce document 
capital deux lettres de Jean de Wingfield, cheyalier, l'un des conseil- 



Lx CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

cette ville, alors presque aussi grande que Paris, mettent le feu 
à leurs faubourgs par Tordre du comte d'Armagnac* leur capi- 
taine ; ils sont quarante mille honmies sous les armes et font si 
bonne contenance du haut de leurs remparts que les Anglais 
n'osent les attaquer et se dirigent vers Garcassonne. Leur pre- 
mière halte est Montgiscardj'. Cette petite place, situëe dans un 
pays où la pierre * fait défaut, n'est fermée que de murs de terre. 
Les Anglais l'emportent d'assaut et, après l'avoir livrée aux 
flanmies, chevauchent vers Avignonet^, gros village ouvert de 
quinze cents maisons, où l'on fabrique beaucoup de draperie. Au- 
dessus de ce .village s'élève un château en amphithéâtre où les 
riches bourgeois ont cherché un refuge. Les Anglo-Gascops s'en 
emparent, mettent tout au pillage et prennent le chemin de Cas- 
tehuudary. P. 161 à i64, 372 à 374. 

La ville et le château de Castelnaudary ', qui ne sont entourés 
que de murs de terre , sont pris et pillés ainsi que le bourg de 
Villefranche ' en Carcassonnois. Ce pays est un des plus riches du 
monde. Des draps et des matelas garnissent les chambres; les 
écrins et }es coffres sont remplis de joyaux. Les envahisseurs, et 



len principaux du prince , datées la première de Bordeaux le mer- 
credi avant Noël 1355, la seconde de Liboume le 22 janTÎer 1356. 
V. Robert de Avesbury, Hut. Ed, III, éd. de 1720, p. 210 à 227. 

1. Le prince de GaUes {Ibld.^ p. 214) et Jean de Wingfield (p. 219) 
disent qu^au moment du passage des Anglais à une lieue en amont de 
Toulouse, Jacques de Bourbon, connétable, Jean de Clermont, maré- 
chal de France, Jean comte d*Armagnac étaient enfermés dans cette 
ville. 

2. Haute-Garonne, ar. Villefiranche-de-Lauraguab, a 21 kil. au sud- 
est de Toulouse, sur la route de Toulouse à Garcassonne. 

3. Les plateaux du Lauraguais sont en effet boueux aux environs 
de Montgiscard. Encore aujourd'hui, beaucoup de constructions sont 
en briques. 

4. Haute-Garonne, ar. et c. Villefranche-de-Lauraguais, à 42 klI. 
au sud-est de Toulouse, sur la route de Toulouse à Garcassonne. Le 
prince de Galles mentionne dans la lettre déjà citée la prise d^Avigno- 
net ce qu'estoit bien graunt et fort, m La ville est, selon la description 
fort exacte de Froissart, pittoresquemement bâtie en ampbitliéâtre. 

5. Castelnaudary fut pris par les Anglais la veille de la Toussaint 
(31 octobre) 1355. Ibid,, p. 214. 

6. Nous ne connaissons aucune localité du nom de Villefranche entre 
Castelnaudary et Garcassonne. Si Froissart a voulu parler de Ville- 
franche-de- Lauraguais, il aurait dâ citer cette ville après Montgiscard, 
car on la trouve avant Avignonet et Castelnaudary quand on va de 
Toulouse à Garcassonne. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §S 3S6-362. lxi 

smtoat les Gascons, qui sont très-avidesy font main basse sur 
tout. P. i64, 465, 374. 

La ville de Carcassonne est situëe au milieu d'une plaine, sur 
le bord de la rivière d'Aude ; à la main droite, en venant de Tou- 
louse, la cité, dont les remparts sont hérissés de tours, couronne 
le sommet d'une haute falaise et domine la ville. Les habitants de 
Carcassonne* ont mis en sûreté dans cette cité leurs femmes et 
leurs enfants, avec ce qu'ils ont de plus précieux; néanmoins, aidés 
d'un certain nombre de bidauds à lances et à pavais, ils entre- 
prennent de défendre la ville elle-même, dont ils barrent chaque 
rue au moyen de chaînes. Deux chevaliers du Hainaut, Eustache 
d'Auberchicourt et Jean de Ghistelles, se distinguent à Tassant de 
ces chaînes. La ville est conquise rue par rue, et c'est à peine si 
quelques-uns de ses défenseurs parviennent à se sauver dans la 
dté. Les vainqueurs mettent à sac toutes les maisons ', au nombre 
de près de sept mille, et à rançon les plus riches bourgeois; ils 
cherchent ensuite pendant deux nuits et un jour de quel côté ils 
pourront assaillir la cité, mais elle est imprenable. P. i65 à 167, 
374, 375. 

Cette cité, jadis appelée Carsaude et fondée par les Sarrasins, 
résista sept ans à Charlemagne *. — Les Anglo-Gascons franchis- 
sent l'Aude sur le pont de Carcassonne, passent à Trèbes ^ et à 



1. La Tiile de Carcassonne y^ropr^men/ dite, ou Tille basse, qae TAude 
sépare de la cité, n'arait pas alors de fortifications. L'enceinte, dont 
une partie subsiste encore, fiit ëlerée de 1355 à 1359 par les soins de 
Thibaad de Barbazan , sénéchal de Carcassonne , aux frais des habi- 
tants de cette ville, qui s'imposèrent pour cela une taille extraordinaire 
en ayril 1358. Arch. nat., sect. hist., JJ90, p. 141. 

2. Le prieure des religieuses de Saint-Augustin, situé dans la ban- 
lieue de Carcassonne, fut détruit par les Anglais et rebâti plus tard dans 
la Tille (Arch. nat., sect. hist., JJ82, p. 353, JJ86, p. 24; JJ144, 
p. 445). Par acte daté de Toulouse en juin 1359, Jean, fils de roi de 
France et son lieutenant es parties de Langue d'Oc, comte de Poitiers, 
accorde des privilèges aux bouchers de Carcassonne « propter cur- 
snm principis Gallorum et concremacionem dieti loci » f Arch. nat., 
JJll^, p. 351). Carcassonne devait surtout sa richesse a la fabrica- 
tion du drap. JJ69, p. 41 ; JJ70, p. 51, 476; JJ143, p. 8. 

3. Jean le Bel, si Tersé dans l'histoire poétique de Charlemagne, n'a 
pas mentionné cette légende que Froissart emprunte aux poèmes che- 
valeresques. 

4. Aude, ar. Carcassonne, c. Capendu, a 8 kilomètres à Test de 
Carcassonne , sur la route qui Ta ae cette Tille à Béziers et à Nar- 
bonne. 



I.ZIZ GHAONIQUES DE J. FROISSART. 

Homps *■ que l'on épargne à la prière du seigneur d' Albret moyen- 
nant le payement d'une rançon de douze mille écus, et arrivent 
à Capestang ', gros bourg situé près de la mer, dont les salines 
sont une source de richesses pour ses habitants'. Ceux-ci se ran- 
çonnent à quarante mille écus, qu'ils s'engagent à payer dans cinq 
jours ; mais après le départ des Anglais, les bourgeois de Capes- 
tang reçoivent de Jacques de Bourbon, connétable de France, qui 
se tient à Montpellier ^, un renfort de cinq cents combattants, que 
leur amène Arnaud de Cervole, dit l'Archiprêtre ; ils fortifient 
leur bourg et refusent de payer la somme promise. P. 167 à 170| 
375 à 377. 

Narbonné se compose, comme Carcassonne, d'une cité et d'un 
bourg. Le bourg, situé sur le bord de l'Aude, est une ville ou- 
verte ; la cité, attenante au bourg, est défendue par une enceinte 
munie de portes et de tours. Aimeri de Narbonné s'est enfermé 
dans la cité avec une garnison ^ de gens d'armes de ^a vicomte 
et de l'Auvergne; cette cité, qui regorge de richesses, possède 
une église de Saint-Just ', dont les canonicats valent par an cinq 
cents florins. Les Anglais occupent le bourg et le pillent, mais la 



1. Nous identifions Ourmes de Froiuart avec Homps, Aude, ar. 
Narbonné, c. Lézignan, à Test de Trèbes, sur la route de Carcassonne 
à Capestang et à Béziers. 

2. Hérault, ar. Bëziers, entre Homps à l^ouest et Béziers a l'est, à 
12 kil. au nord de Narbonné, sur le bord septentrional d*im étang que 
PAade met en communication arec la mer. 

3. M. Cauvet, avocat à Narbonné, a fait gagner un procès relatif à 
la possession de ces salines, en s*appnyant principalement sur ce pas- 
sage de Froissart. 

4. Jacques de Bourbon ne se tenait pas à Montpellier ; il était venu 
de Toulouse à Carcassonne (Robert de Avesbury, p. 221) et inquiétait 
l'armée anglaise sur ses derrières. C'étaient les milices de la sénéchaus- 
sée de Beaucaire qui s'avançaient par Montpellier et qui , combinant 
leurs mouvements avec ceux du comte d'Armagnac et de Jacques de 
Bourbon, tendaient à envelopper les Anglo-Gascons. 

5. Le prince de Galles dit (p. 215) que le vicomte de Narbonné avait 
sous ses ordres cinq cents hommes d'armes. C'est a Narbonné que le 
prince reçut du pape une demande de sauf-conduit pour deux évéques 
envoyés en négociation, mais il refusa d'accorder aux deux légats les 
lettres de sauf-conduit. 

6. L'église Saint-Just, commencée en 1272, ne consiste que dans un 
chœur dont les voûtes s'élèvent à kO mètres ; elle était la cathédrale 
des archevêques de Narbonné, primats du Languedoc. La paroisse de 
Narbonné qui souffrit le plus du passage des Anglais fut oeUe de Saint- 
Étienne ; elle resta longtemps déserte. 



SOM^IÂIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 3S6-362. lxiii 

cité résiste à tous leurs assauts. A la grande joie des habitants de 
Bëziers *, de Montpellier, de Lunel et de Nltaes, les Anglo-Gas- 
cons vident après une semaine de sëjour le bourg de Narbonne, 
non sans y avoir mis le feu, et reprennent le chemin de Carcas- 
sonne. Sur leur route, ils pillent limoux^ où Ton fabrique des 
draps renommes pour leur beauté; en passant par Carcassonne, 
ils incendient une seconde fois la ville et emportent d'assaut 
Montréal ^ ; puis ils gagnent les montagnes dans la direction de 
Fougax * et de Rodes * ; enfin, ils repassent la Garonne au Port- 
Sainte-Marie. L'inaction du comte d'Armagnac dans tout le cours 
de cette incursion occasionne une émeute à Toulouse; le comte 



1 . Jacques Mascaro, historiographe de la commune de Bëziers , nous 
a laissé une chronique qui ra de 1347 k 1390 où on lit le curieux pas- 
sage qui soit : « L'an 1335« davan las Totz Sanz, renc en aquest pays 
lo prmcep de Galas; et vengueron los coredos entro à Bezes. Mais 
quand el saup que en Bezes ayia grands gens d'armas, ne tolc pus avant 
passar ; et venc tant gran neu que si no s'en fos tomat, non y a guera 
Engies no fos remangut en las plassas. » BuUetin de la société archéolo- 
gique de Béziers, t. 1, p. 81. 

2. Montrëal-de-PAude, Aude, ar. Carcassonne, au sud-ouest de cette 
fille. 

3. Fongax-et-Barrineuf, Ariëge, ar. Foix, c. Lavelanet. 

4. Aujourd'hui château de la Bastide-de-Sérou, Ariëge, ar. Foix. Le 
prince de Galles s^en alla par un autre chemin qu'il n'ëtait venu ; il 
opéra sa retraite par les montagnes des diocèses de Carcassonne, de Pa- 
miers et de Rieux, soit, comme il l'affirme, qu'il poursuivît les Français 
qui reculaient devant lui dans cette direction, soit qu'il craignît de ne 
plus trouver dans le pays qu'il avait ravage en venant de Toulouse à 
Carcassonne de quoi nourrir son armée. Quoi qu'il en' soit, il repassa la 
Garonne à Carbonne (Haute-Garonne, ar. Muret) ; il campa une nuit 
sur la rive droite de la Save qui le séparait du comte d'Armagnac, du 
connétable de France et du maréchal deQermont dont on apercevait les 
feux de l'antre côté de la rivière à Lombez et à Sauveterre (Gers, ar. 
et c. Lombez). Il poursuivit l'ennemi jusqu'à Gimont (Gers, ar. Auch) 
où l'armée française se débanda, tandis que ses chefs s'enfermaient 
dans cette place forte. Gimont ou Francheville , situé « in inimicorum 
fronteria», avait été pourvu d'une enceinte avant janvier 1351. date 
d'une charte où Jean concède l'encan aux habitants (JJ80, p. 155). Sur 
la route de Gimont à Bordeaux, le prince de Galles réduisit six villes 
fermées, le Port-Sainte-Marie, Clairac (Lot-et-Garonne, ar. Marmande, 
c. Tonneins), Tonneins. (Lot-et-Garonne, arr. Marmande), Bourg Saint- 
Pierre, Castelsagrat (Tam-et Garonne, ar. Moissac, c. Valence-d'Agen), 
Brassac (Tam-et- Garonne, ar. Moissac, c. Bourg-de-Visa) et dix-sept 
châteaux. Le bâtard de Tlsle, capitaine de Castelsagrat, fut tué à 
l'assaut de cette forteresse par Jean Chandos, James a'Audley et Re- 
naud de Cobham. Cette chevauchée avait duré deux mois, en octobre 
et novembre 1355. 



LxiY CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

est assiège dans le château et réduit à se sauver par une fenêtre. 
Jacques de Bourbon et le comte d'Armagac opèrent la jonction 
de leurs forces trop tard pour pouvoir couper la retraite aux An- 
glais. De retour à Bordeaux, le prince de Galles licencie son ar- 
mée, qui rapporte de cette expédition un butin immense. P. 170 
à 174, 377 à 382. 



CHAPITRE LXXVII. 

1356. TBOUBLB8 ▲ ABRAS ET BN NORMAND» A l'oCCASION DB LA 
OABBLLB OU IMPÔT SUB LB SEL ; ABBBSTATION DU BOI DB NAVABBB A 

BOUBN, BXÉCUTION DU COMTE DB HABCOUBT. GUBBBB ENTBB LB 

BOI DE FBANCB ET LES FBÈEES DB NAVABBB QUI FONT ALLUNCE AVEC 
LB ROI d'aNGLBTEBBB ; CHEVAUCHibl DU DUC DB LANCASTBB ET DBS 

HAVARRAIS EN NOBMANDIE. SltOB ET FBI8B D*ÉVBBUX, DE RHOTES 

ET DE BRBTBUIL PAR LE BOI DE FBANCB* (§§ 363 à 370). 

L'impôt de la gabelle' excite à Ârras une révolte des petites 
gens qui tuent quatorze* des plus riches bourgeois; le roi de 
France fait pendre les meneurs. — En Normandie , le roi de Na- 



1. Cf. Jean le Bel, Chroniques, cbap. xcni, t. II, p. 191 à 194. 

2. Cet impôt et celui de huit deniers pour liyre araient été décrétés 
par la célèbre ordonnance du 28 dëcembre 1355 tenue à la suite de la 
réunion des Etats Généraux à Paris le 30 norembre précédent. L'impo- 
pularité de ces taxes détermina l'assemblée qui se réunit de nouveau 
le l*' mars 1356 à les remplacer par une sorte d'impôt sur le revenu ou 
de capitation qui frappait mégalement les nobles, les clercs et les non* 
nobles. 

3- Le nombre de dix-sept, donné par les Grandes Chroniques de 
France, est confirmé par les lettres de rémission octroyées à Ârras le 
28 avril 1356 aux habitants de ladite ville par Amoul d'Audrehem, 
maréchal de France, lieutenant du roi es parties de Picardie, d* Artois et 
de Boulonnais : ^ Comme plusieurs commocions, rebellions, a^mblées 
et monopoles eussent esté faites en la ville d'Aras, et encores de ce fust 
ensivi uns fais piteux ouquel Willaumes U Borgnes, Jaquemart Lou- 
chart , esquievin , Andrieu de Mouchi , bourgois de le dite ville , et 
plusieurs autres, jusques au nombre de dix-sept personnes, furent ochiz 
en le maison du dit Willaume, et aucuns d'iceulx jeté jus inhumaine- 
ment en le Gauchie par les fenestres du dit hostel, et le ministre de le 
Trinité de l'Ordre Saint Mathelin et un autre navré mortelment, et de- 
puis au tiers jour deux autres mis k mort par voie de fiiit... i Amoul 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, Sg 363-370. txf 

varre, comte d'Évreuz, le comte de Harcourt, Godefroi de Har- 
court, Jean de Graville et plusieurs autres seigneurs s'opposent 
aussi à la levée de la gabelle sur leurs terres. Le roi Jean, furieux 
de cette résistance, saisit la première occasion de s'en venger : 
Un jour que le roi de Navarre et le comte de Harcourt dînent au 
diâteaa de Rouen à la table de Charles, duc de Normandie, fils 
atoé du roi de France, celui-ci survient à Fimproviste ^ pendant le 
repas; le roi de Navarre est arrête séance tenante malgré les 
supplications du jeune duc dont il est Thôte ; le comte de Har- 
court, Jean de Graville', Maubue* de Mainemares et Golinet 
Dooblel* ont la tète tranchée. P. 174 à 180, 382 à 386. 

A la nouvelle des événements de Rouen, Philippe et Louis de 
Navarre, firères du roi Charles, Godefroi de Harcourt, oncle et 



d^Andrehem fit décapiter en ^ présence quatorze des coupables, jeter 
leurs cadaTxes k la voirie et suspendre les têtes aa-dessns des portes de 
la ville (Arch. nat., sect. hist., JJ84, p. 528, f^ 274 yo et 275). Des lettres 
de rémission furent accordées en octobre 1356 à André de Mouchi, 
ch*, pour aToir tué Henri Wion d'Arras , accusé d'avoir provoqué la 
sédition et le meurtre du p^ du dit André. JJ84, p. 808. 

1. La tragique scène de Rouen eut lieu le mardi 5 avril 1356, d*aprèf 
des lettres de Charles dauphin du 12 décembre 1357 (JJ89, p. 289) et 
les Grandes Chroniques de France (v. p. 414 de ce volume). On lit par 
eirenr : c Le mardi sixietme jour d avril » dans l'édition de M. P. Pa- 
ris, in-12, t. VI, p. 26. 

2. Le seigneur de Préaux fut exécuté avec Jean, comte de Harcourt, 
et Jean Malet, sîre de Graville (Table de Lenain, U524, t. XXX, f» 64). 
Le 5 juin 1356, le roi Jean échangea une terre située dans le comté 
d'Alençon , provenant de la confiscation des biens de feu Jean Malet, 
sire de Graville, contre un manoir que Marie d'Espagne, comtesse 
d'Alençon, possédait à Saint-Ouen (Arch. nat., J169, n» 32). Le 
13 juin 1356, le roi de France fit présent à la dite comtesse d'Alençon, 
pour elle et ses enfants, des biens ajant appartenu à Jean Malet à Séez , 
et à Bernai (V. Desnos, Hitt, d^Alen^on, t. I, p. 388). 

3. Maubue était un surnom de ce chevdder, dont le prénom était 
Guillaume (JJ83, p. 469); Jean de Mainemares, écujer, frère aîné 
de Guillaume, obtmt des lettres de rémission en jaimer 1358 (JJ89, 
p. 215). 

4. Cet écujer, désigné par Froissart et les autres chroniqueurs sous 
le nom de DouhUt^ est appelé DoubUl dans les registres du Trésor des 
Chartes (JJ82, P. 511 et JJ85, p. 30). En janvier 1357 (n. st.) le roi Jean 
donne à Jean du Saussaj, écujer, huissier d^armes du duc de Norman- 
die, la maison de Raffetot (Seine-Inférieure, ar. le Havre, c. Bolbec), 
avec 50 livres tournois de rente, confisquée pour la forfaiture de feu 
Colinet Doublel (JJ85, p. 30). D'autres biens de Colin Doublel furent 
donnés en décembre 1357 à son frère messire Jean Doublel (JJ89, 
p. 330). 

IV — c 



Lxvi CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

[Jean] de Harcourt, fils aine du fea comte de Harcoort, l'héritier 
de Jean de Graville, Pierre de Sacquenville et bien vingt cheya- 
liers défient le roi de France. Le roi de Navarre, détena d'abord 
au château du Louvre, est bientôt transféré dans la forteresse de 
Grèveconir en Gambrésis. P. 180 à 183, 386, 387. 

Louis de Harcourt, l'un des familiers du duc de Normandie, 
firère du comte de Harcourt exécuté à Rouen, refuse, en dépit 
des instances et des menaces de son oncle Godefroi, de prendre 
parti contre le roi de France*. Philippe de Navarre* et Godefroi 
de Harcourt, laissant leurs forteresses de Normandie sous la 
garde de Louis de Navarre et du Bascle de Mareuil, vont à Lon- 
dres pendant la session du Parlement solliciter l'appui du roi 
d'Angleterre. Edouard s'engage à les soutenir et, non content de 
leur fournir cent hommes d'armes et deux cents archers, sous le 
commandement des seigneurs de Ross et de Nevill, il donne 
l'ordre au duc de Lancastre qui guerroie en Bretagne de secon- 
der les frères de Navarre avec toutes les forces dont il dispose. 
P. 183 à 186, 387, 388. 

Le duc de Lancastre, qui a sous ses ordres le fameux Robert 
KnoUes, vient de Pontorson à Évreux rejoindre Philippe de Na- 



1. En mai 1359, Charles régent donne à Lonis de Harcourt, Ticomte 
de Châtellerault, les terres et châtellenîes de Vibraye et de Bonnétable 
dans le comté da Maine, Tenues à hëritage à Jean, comte de Harcourt, 
du chef de sa mère, et confisquées sur ledit Jean, neveu de Louis, 
complice du roi de Navarre. JJ90, p. 112. 

2. Philippe de Navarre ne perdit pas de temps, car la tragique scène 
de Rouen avait eu lien le mardi 5 avril 1356, et dès le commencement 
du mois suivant des négociations étaient ouvertes avec le roi d* Angle- 
terre, vers lequel Philippe de Navarre et Godefroi de Harcourt avaient 
député Jean, sire de Morbecque et Guillaume Carbonnel, sire de Bre- 
vands. Ces négociateurs avaient rempli leur mission dès le 12 mai, date 
du sauf-conduit qui leur fut délivré pour revenir en Normandie (Ry- 
mer* ▼ol. ni, p. 328, 329). Le 24 juin, Edouard envoyait à Philippe 
de Navaire et a Godefroi de Harcourt un sauf-conduit pour venir à sa 
cour {ihîd,^ p. 331). Mais Godefroi de Harcourt, occupé dès le 22 juin 
à guerroyer en Normandie en compagnie du duc de Lancastre (Robert 
de Avesburj, p. 247), n'eut pas le temps de se rendre en Angleterre ; 
et son voyage resta, quoi qu*en dise Froissart, à Fétat de projet. Quant 
à Philippe de Navarre, il alla bien à la cour d^Édouard , mais posté- 
rieurement à la campagne du duc de Lancastre à laquelle il avait prii 
part, comme il résulte de deux lettres d^Édouard des 20 et 24 août 1356 
(Rymer, vol. HI, p. 338, 339), et du traité de Clarendon du 4 sep- 
tembre 1356 (/^Mf., p. 340). V. Léopold Delisle, Histoire du château 
etdeeevreâ de Saittt^auveur^'Fieomte, p. 84 et 85. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §S 363-370. lxvu 

varre et Godefroi de Harcourt, aussitôt après leur retour d'An- 
gleterre. L'armée auglo-nayarraise s'élève à douze cents lances, 
seize cents archers et deux mille brigands^ à lances et à pavais; 
elle occupe, pille et brûle successivement Acquigny, Pacy, Ver- 
non, Verneuil' et les faubourgs de Rouen. A cette nouvelle, le 
roi de France, accompagné de ses deux maréchaux Jean de Cler- 
mont et Amoul d'Audrehem, vient à Pontoise, à Mantes, à Rouen; 
il rassemble une armée de dix mille hommes d'armes, ce qui fait 
trente ou quarante mille combattants , et marche contre les An- 
glo-Navarrais. Ceux-ci, qui se sentent inférieurs en nombre, se 
retirent précipitamment dans la direction de Pontorson et de 
Cherbourg. Les Français les poursuivent et parviennent à les join- 
dre à peu de distance de Laigle * ; le duc de Lancastre n'évite la 
bataille qu'à la faveur d'un habile stratagème. L'armée anglo-na- 
varraise se disperse : Jean Carbonnel s'enferme à Évreux avec 



1. Le dac de Lancastre arait en tont neuf cents hommes d'armes 
et quatorze cents archen. Les cinq cents hommes d^armes et huit cents 
archers qa*il ayait primitiTement sous ses ordres sVtaient grossis des 
cent hommes d'armes de Philippe de Navarre et de Godefroi de Har 
court et de trois cents hommes d^armes et cinq cents archers amenés 
par Robert Knolles de Carentoir en Bretagne (Morbihan, ar. Vannes, 
c. la Gacilly). L'abbaye de Montebourg, et non Evreux, avait été 
choisie comme quartier général. La petite armée se mit en marche le 
22 juin; elle était de retour à Montebourg le 13 juillet. Ces détails 
sont tirés d'une lettre écrite à Montebourg Te 16 juillet 1356 qui donne 

{'our par jour l'itinéraire suivi par le duc de Lancastre (▼. Robert de Aves- 
inry, p. 2^6 à 251). Le but principal de cette expédition était de 
forcer les Français qui assiégeaient le Pont-Audemer sous les ordres de 
Robert de Houdetot à lever le siège de cette viUe occupée par les Navar- 
rais. Les dates extrêmes de ce siège nous sont fournies par des lettres 
de rémission de mai 1357, en faveur de Guillaume l'Engigneur de 
MangrevUU mr U Ponteaudemer (auj. MannevilIe-sur-Risle), où on lit 
que «. . . nostre amé et féal messire Robert de Houdetot et plusieurs 
gens d'armes eztans sous son gouvernement venissent tenir siège devant 
le dit chastel, et y fussent depuis Pasques 1356 jiuques à la Saint Jehan 
(2^ }vàn) ensivant... t Arch. nat., sect. hist., JJ85, p. 120. 

2. Le 4 juillet, le duc de Lancastre surprit et pilla Vemeuil , où il 
se reposa trois jours. 

3. Le roi Jean attendait les Anglais à une petite lieue de Laigle, à 
TnboBuf (Orne, ar. Mortagne, c. Laigle), avec son fils aine Charles, 
)e duc d'Orléans son frère, une armée de huit mille hommes d'armes 
et de quarante mille arbalétriers et autres gens des communes. Le roi 
de France, au lieu de tomber sur les Anglais, envoya deux hérauts offrir 
U bataille au duc de Lancastre, qui profita de cet avertissement pour 
s'échapper. V. Robert de Avesbury, p. 249 et 250. 



hxna CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. 

Goillauine Bonnemare et Jean de Sëgur, Foadrigais à Gonches, 
Sanson Lopin à Breteuil en compagnie de Radigot et de Frank 
Hennequin, tandis que le duc de Lancastre et les Anglais rega- 
gnent la forte marche de Cherbourg. P. 186 à 491, 388 à 390. 

Évreux se compose d'un bourg, d'une cite et d'un château, et 
il y a des fortifications particulières pour chacune de ces trois 
parties de la ville. Le roi Jean^ assiège cette place et rëduit suc- 
cessivement le bourg et la cite à se rendre ; le château lui-même, 
confié à la garde de Guillaume de Gauville et de Jean Carbon- 
nel, capitule au bout de quelques semaines : la garnison a la vie 
sauve et peut se retirer à Breteuil. Pendant ce temps, Robert 
KnoUes essaye de s'emparer du château de Domfront. P. 191 à 
193, 390 à 392. 

Après la prise d'Évreux et du château de Rothes ^, le roi de 
France, dont l'armée est forte de soixante mille chevaux, met le 

1 . Le siège d'Ëvreux ne fut pas fait par le roi Jean en personne ; 
ce siëge, comme celui du Pont-Audemer, suivit immédiatement l'ar- 
restation du roi de Navarre : il est antérieur à la chevauchée du duc 
de Lancastre. Évreux s'était rendu aux Français avant le 20 juin, jour 
où Guillaume, abbé de Saint-Taurin , fit remise à Jean de Montigny, 
aumônier, et à Adam de Pinchemont, infirmier de ladite abbaye, qui 
s'étaient enfermés dans la cité et église d'Évreux pour mettre en su* 
reté les joyaux de leur abbaye, de la peine qu'ils pouvaient avoir en- 
courue en prenant les armes et en concourant à la défense. Ces lettres 
de rémission furent confirmées le ]2 août 1356 par le roi Jean : 
c Comme depuis que nous eusmes fait prendre ou chastel de Rouen 
le roy de Navarre et conte d'Evreux , nostre filz et homme , et mettre 
en prison fermée pour certainnes causes, plusieurs personnes se soient 
mis et requeulis en la cité d*£vreux et icelle tenue a force par certain 
temps contre nostre volenté et la puissance de certainne quantité de 
gens d*armes que nous y avions envoie , jusques à tant que certain 
traictié et accort fu fait de nostre congié et consentement entre noz 
dictes gens et les gens estans en la dicte cité : par lequel traictié et ac- 
cort iceulx de la dicte cité rendirent à noz dictes gens pour nous 
icelle cité, sauf leurs corps et leurs biens, et par certaines autres con- 
dicions contenues plus plainnement es diz traictié et accort sur ce 
fais... » (Arch. nat., JJ84, p. 638). Jean </e Torpo, d'Évreux, poisson- 
nier du roi de Navarre, avait approvisionné de poisson salé le château 
où il s'enferma pendant le siège ; et nous voyons dans des lettres de 
rémission qui lui furent* délivrées en octobre 1356, que Roberge, sa 
femme, munie d*un sauf-conduit du comte de Tancarville, connétable 
de Normandie, alla se retirer avec la femme de Pierre de Sacquenville, 
après la reddition d*Évreux, dans le château de Breteuil. JJ85, 
f^67 v«. 

2. Auj. Saint-Léger-de-Rothes ou Saint-Léger-du-Boscdel, Eure, 
aiT. et c. Bernai. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, Sg 363-370. 

siëge devant Breteail, tin des plus forts châteaux assb en plaine 
qn'il y ait en Normandie; ce fut le plus beau siëge qja'oa eût vu 
depuis celui d'Aiguillon. — A ce moment, le comte de Douglas 
d'Ecosse et Henri de Castille, bâtard d'Espagne et comte de 
Transtamare, viennent offrir leurs services au roi Jean, qui 
les accueille courtoisement et assigne à Douglas cinq cents livres 
de revenu annuel.— -Les assiégeants font construire un chat ou 
atoumement d'assaut, monte sur quatre roues, crënelë et cui- 
rasse, compose de trois étages, dont chacun peut contenir deux 
cents combattants. On comble pendant un mois, avec des fascines, 
les fosses du château de Breteuil, à l'endroit où l'on veut donner 
Tassant, et l'on parvient ainsi à amener, au moyen des roues, cette 
énorme machine contre les remparts ; mais les assiégés ont eu 
soin de se pourvoir de canons qui vomissent du feu grégeois *■ : ce 

1. Tout le monde sait qa^îl était d^usage dès cette époque d'em- 
ployer Partillerie au siège des places fortes ; ce que l'on ignore géné- 
ralement, c'est que, dès le règne de Charles Y, et peut-être auparavant, 
on ayait l'habitude de tirer le canon à Paris pendant les représenta- 
tions du mystère de la Passion. C'est ce qui résulte de lettres de ré- 
mission que nous aTons dëcourertes et que nous publions ici pour la 
première fois. Ces lettres sont datées, il est Trai, ae 1380 ; mais eUea 
constatent que l'usage de tirer le canon dans cette circonstance était 
établi depuis longtemps. Nous prions les historiens de l'artillerie et de 
notre théâtre au moyen âge de nous pardonner cette publication qui 
est ici un hors-d'œuTre. 

« Charles, etc. Savoir faisons à touz presens et à venir à nous avoir 
esté exposé de la partie de Guillaume Langlois que, comme, le mardi 
après Pasqnes damin passées, es jeux qui furent faiz et ordenex en 
i'onneur et remembrance de la Passion Nostre Seigneur Jhesucrit 
en nostre bonne ville de Paris, par aucuns des bourgois et autres 
bonnes genz d'icelle, le dit exposant eust esté requis, prié et ordené 
de cenlx qui es diz jeux faisoient les personnages des figures des enne- 
mis et deables, de estre aux diz jeux pour getter des canons , quant 
temps seroit, afin que leurs personnages fussent mieulz faiz, si comme 
es dit jeux on a acoustumé à faire par chacun an à Paris, Et lors avint 

2ue avec le dit exposant vint et s'embati illec amiablement Jehan 
lemon, varlet d'estuves, pour lui cuidier aidier à jouer et faire getter 
des diz canons, quant lieu et temps seroit, comme autre ffoU on a aeous^ 
tumé à faire. Et il soit ainsi que ilz ordenèrent et mistrent à point 
icenix canons pour getter et faire bruit sur l'appointement et arrôy 
du Gruxifiement que on a acoustumé à faire en iceulx jeux en remen- 
brance de la mort et passion de Nostre Seigneur Jhesucrit. Et pour ce 
que illec où les diz exposanz et Jehan Hemon estoient, fu mise une 
broche chaude et boutée en un canon estant ou dit lieu, la cheville 
d'ioellni canon par force de feu s'en issy et sailli plus tost et autrement 
que ne cuidoient et pensoient yceulx exposanz, et Hemon, par tèle 



ux CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

feu embrase le toit de la machine, et les gens d'annes qai la mon- 
tent sont obliges de se sauver. Les assiégeants entreprennent alors 
de combler, dans toute leur étendue, les fosses qui entourent les 
remparts, et ils emploient à ce travail quinze cents terrassiers. 
P. 493 à 196, 392, 393. 

Pendant que le roi de France assiège ainsi Breteuil, le prince 
de Galles, informe de l'alliance conclue entre son père et les 
Navarrais, veut faire une diversion en faveur de ses nouveaux 
alliés; c'est pourquoi, il part de Bordeaux aux approches de la 
Saint-Jean à la tête d'une armée de deux mille hommes d'armes 
et de six mille archers et il se dirige vers la Loire à travers 
l'Agenais, le Limousin et le Berry. — A la nouvelle de cette 
incursion , le roi Jean presse le siège de Breteuil avec plus de 
vigueur encore qu'auparavant^. Les assiégés font prisonnier 
Robert de Montigny, chevalier de TOstrevant, qui s'est aven- 
turé trop près du rempart, et tuent Jacquemart de Wingles son 
écuyer. Sept jours après cet incident , le capitaine de Breteuil 
nommé Sanson Lopin, écuyer navarrais, qui résiste depuis sept 
semaines ^ aux efforts d'une armée tout entière , se voit con« 



manière que le dit Hemon d'icelle cheville fu fera et attaint d'aven- 
ture en Tune de ses jambes. Et aussi fu le dit Guillaume par la force 
du feu qui en yssi embrasé et brûlé parmi le risage et fu en grand 
doubte et en aventure d*estre mort ou affolé de touz poins. Après 
lesquèles choses ainsi avenues, le dit Hemon ^ qui estoit bon et vray 
ami d'icellui exposant , et qui ne vouloit que, pour la bleceure qu*il 
avoit ainsi de la cheville du dit canon , il fust aucunement dommagié 
ne poursuy.... Donné à Paris Tan de erace mil trois cens et quatre 
vins, ou moys d'avril et le dix septième ae nostre règne. » Arch. nat., 
•ect. hist., JJ116, p. 264, f»* 152 vo et 153. 

1. Cf. Chronique des quatre premiers Valois^ p. 42 à 46. D'après cette 
chronique, le roi Jean aurait fait venir le roi de Navarre du Château- 
Gaillard, afin que Charles ordonnât lui-même à ses capitaines de Bre- 
teuil et du Pont-Audemer d'évacuer ces places, démarche qui n'abou- 
tit i aucun résultat. 

S. On peut dresser sârement d'après les actes l'itinéraire du roi Jean 
dans le cours de cette expédition ae Normandie. Le jour même où le 
duc de Lancastre entrait en campagne, c'est-à-dire le 22 juin, le roi de 
FHnce était à Dreux (Arch. nat., JJ84, p. 554), après avoir passé le 
7 juin à Saint- Amoul -en «Yvelines fSeine->et-Oise, ar. Rambouillet, 
c. Dourdan), et au Gué-de-Longroi (Eure-et-Loir, ar. Chartres, c. An- 
neau); le 8 juillet, il se trouvait a Tubœuf près Laiele où il laissa 
échapper le duc de Lancastre et les Anglais. L^ siège de Breteuil dut 
suivre immédiatement cette poursuite infructueuse, car nous avons un 
très-grand nombre de lettres du roi Jean et de son fils Charles datées 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 363-370. xjos 

traint de rendre la forteresse mojeimaiit que la garnison aura la 
vie sauve et pourra se retirer au château de Cherbourg. Le roi 
Jean rentre à Paris et fait ses préparatifs pour marcher à la roi- 
contre du prince de Galles. P. 196 à 198, 393 à 398. 



jinte BritoUum in liormannia anno Domini 1356 » mêiue Juui (JJ84, 
p. 788. Cf. JJ84, p. 566, 567, 570, 587, 606, 788). D'autres lettres 
•ont datées : In exercUu nostro ante BriioUum^ même Aucutn (JJ84, 
p. 571, 574, 582, 586, 602 à 604, 680, 681, 720). Cet pièces men- 
tionnent la présence au siëge du connétable Gautier de Brienne, duc 
d'Athènes, des maréchaux d'Audrehem et de Qermont, de l*arche- 
▼êque de Sens, de i'éréque de Chalons, des comtes d'Eu, de Tancai^ 
▼ille et de Yentadour, de Geoffroi de Chamj, de Boucicaut et d'Aubert 
de Hangest. Le 1 2 août, le roi Jean datait encore ses lettres : En noz 
tentes devant Bretueil (JJ84, p. 638) ; mais dès le 19 il était au château 
de Tremblav-le-Vioomte (Eure-et-Loir, ar. Dreux, c. Châteannenf- 
en-Thjmerais) et se préparait à marcher contre le prince de GaUes 
(JJ84, p. 633). La reddition du château de Breteuil eut lieu par con- 
séquent entre le 12 et le 19 aoât 1356. 



CHRONIQUES 

DE J. FROISSART. 



LIVRE PREMIER. 



§ 288. De le ville de Calais estoit chapitainne ans 
gentilz et vaillans chevaUers de Campagne as armes, 
qui s'appelloit messires Jehans de Yiane. Avoeoques 
lui estoient pluiaeur bon chevalier d'Artois et de le 
oontë de Ghines, telz que messires Ërnoulz d'Audre- 5 
hen^ messires Jehans de Surie, messires Bauduins de 
Belleborne^ monsigneur Jofiroi de le Motte, monsi- 
gneur Pépin de Were et pluiseur aultre chevalier et 
escuier, liquel trop loyaument en tous estas dou gar* 
der s'en acquittèrent, si com vous orés .recorder en*- 10 
sievant. 

Quant li rois d'Engleterre fu venus premièrement 
devant le ville de Calais, ensi que cilz qui moult le 
desiroit à conquerre, [il] le assega par grant manière 
et bonne ordenance. Et fist bastir et prdonner entre 15 
le ville et le rivière et le pont de Nulais hostelz et 



2 CHRONIQUES DE h FBOISSART. [1346] 

maisons^ e.t carpenter de gros mairlens^ et couvrir 
les dittes maisons^ qui estoient assises et ordonnées 
par rues bien et faiticement^ d'estrain et de genes- 
tres^ ensi que donc que il deuist là demorer dix ans 
i" ou douze. Car tèle estoit se intention qu'il ne s'en 
partiroit^ ne par ivier ne par esté^ si l'aroit conquis, 
quel temps ne quel painne qu'il y deuist mettre ne 
prendre. Et avoit en ceste noeve ville dou roy toutes 
coses nécessaires apertenans à une host et plus en^ 

10 cores^ et place ordonnée pour tenir marchiet le mer- 
kedi et le samedi. Et là estoient merceries, bouceries^ 
halles de draps et de pain et de toutes aultres néces- 
sités^ et en recouvroit on tout aisiement pour son 
argent. Et tout ce leur venoit tous les jours, par mer^ 

15 d'Sngleterre et ossi de Flandres^ dont il estoient con- 
forté de vivres et de marcheandises. 
< Avoech toul ce^ les gens le roy d'Engletei^re cou- 
roient moult souvent sus le pays en le conté de 
Ghîpes^ en Tierenois^ et jusques as portes de Saint 

20 Qmer et de Boulongne; si . oonqua:t>ient. et rame- 
nôient en leur host grant iîiison de proie: dont il 
estoient rafireschi et ravitailliez Et point ne Êdsoit li 
dis rois ses gens assallir le ditte ville de Calais, cat 
bien savoit que il perderoit se painne et qu'il s'i tra- 

35 vèilleroit en vain. Si espargnoit. ses gens et se artil^ 
lerie^ et disoit que il les affameroit, com londi terme 
que il y deuist mettre, se li rois Phelippes de recief nie 
le venoit combatre et lever le siège. 

Quant messires Jehans de Yiane, qui chapitainne 

80 estoit de Calais, vei que li rois d'Engleterre s'ordon-^ 
noit et amanagoit pour là tenir le siège, et que c'es- 
toit tûut acertes, si fist une ordenanœ dedens le ville 



[1346] UVRE PREMIER, § 289. 8 

de. Calais^ tèle que loute[s] manières de menues gens^ 
qui pourveances n'avoient^ vuidaissent sans point 
d'arrest. Si en vuidièrent et partirent sus un merkedi 
au matin^ que hommes, que femmes^ que enfans^ 
plus de dix sept cens^ et passèrent parmi l'ost dou 5 
roy d'Engleterre, Et leur fu demandé pourquoi il vui- 
doient; il respondirent que il n'avoient de quoi vivre. 
Adonc leur fîst li rois grasce que de passer et aler 
parmi son host sauvement; et leur fîst tous et toutes 
doimer à disner bien et largement^ et apriès disnei^ à IQ 
çascun deux estrelins : laquèle grasce et aumosne on 
recommenda à moult belle, ce fu bien raisons. Or 
nous soufiferons nous un petit à parler dou siège de 
Calais, et retourrons au duch de Normendie qui seoît 
devant Aguillon. 15 

$ 289. Li dus de Normendie se tenoit^ devant 
Aguillon^ et dedens avoit assegiés les bons chevaliers 
d'Eogleterre ^ monsigneur Gautier de Mauni et les 
aultres, qui si vaillamment s'i estoient tenu et tinrent 
toutdis^ le siège pendant et durant, et qui tant de so 
belles apertises d'armes y fisent, si com "chi dessus 
est recordë : pour lesquelz grans apertises li dis dus 
avoit parlé si avant que point ne s'en partiroit^ si 
aroit pris le forterèce et chiaus qui dedens estoient. 

Or avint, ce siège estant, environ le mi aoust, que 25 
Une escarmuce se fist devant le ehastiel d'Aguillon, 
et se monteplia telement, par convoitise d'armes, que 
le plus grant partie dechiaus de l'ost y alèrent. Adonc 
estoit là venus nouvellement en l'ost messires Phe- 

1. Bfa». RI, 3, 4 : équité tenoit. » Mauvaise Ufo», 



4 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1346] 

lippes de Bourgongne, pour ce temps conte d'Artois 
et de Boulongne^ et cousins germains au dit duch de 
Normendie, liquelz estoit uns moult jones chevaliers 
et de grant volentéy ensi que là le moustra. Car si tretos 
5 que li escarmuce fîi commenciez il ne volt pas estre 
des darrains^ mes se arma et monta sus un coursier 
fort et rade malement, et de grant haste, pour plus 
tost estre et venir à l'escarmuce. Li dis messires Phe- 
lippes prist une adrèce parmi les camps, et brocha 

10 coursier des esporons, liquelz coursiers^ qui estoit 
grans et fors^ s'escueilla au cours et emporta le che- 
valier maugré lui : si ques, en traversant un fosset, li 
coursiers trébucha et chei et jetta le dit monsigneur 
Phelippe desous lui. Onques il ne peut estre aidiés ne 

15 secourus si à tans que il ne fust si confroissiés que 
onques puis n'eut santé^ et morut de ceste bleceure : 
dont li dus de Normendie fu durement courouciës , 
ce fu bien raisons. 

Assés tost apriès ceste aventure et le trespas de 

*30 monsigneur Phelippe^ les nouvelles vinrent en Fost 
de le desconfîture de Creci. Et remandoient li rois et 
la royne de France leur fil le duch de Normendie, 
et U enjoindoient très especialment que^ toutes pa- 
rqlles et ensongnes mises jus, il se partesist et deffe- 

S5 «ist son siège et retoumast en France^ pour aidier à 
garder son hiretage que li Englès li destruisoient. Et 
encores li segnefioient il clerement le grant damage 
des nobles et proçains de son sanc qui demoret 
estoient à Creci. 

30 Quant li dus de Normendie eut leu ces lettres^ si 
pensa sus moult longement^ et en demanda conseil 
as contes et as barons qui dalès lui estoient^ car moult 



[1346] LIVRE PREHIER, $ 289. » 

envis se partoit, pour le cause de ce que il avoit 
parlé si avant dou siège tenir. Et ossi il n'osoit aler 
contre le mandement et ordenance dou roy son père. 
Et me samble que adonc il fu si consilliés des plus 
espeeiaulz de son conseil que^ ou cas que li rois ses i^ 
pères le remiandoit si especiaument, il se pooit bien 
partir sans nul fourfait. Si fu adonc ordonné et ar- 
resté que à l'endemain on se deslpgeroit et s'en re- 
tourroit on en France. Quant ce vint au point doiî 
jour^ on 9e commença à deslogier et à tourser tentes 10 
et très et toutes aultres ordenances^ et à recueillier 
moult hasteement et mettre à voie et à chepain. 

Li compagnon, qui dedens Âguillon se tenoient, 
forent durement esmervilliet pour quoi si soudaine-». ' 
ment li Françob se deslogoient. Si se coururent ar- 15 
mer au plus tost qu'il peureht^ et montèrent sus leurs 
chevaus^ le pennon monsigneur Gautier de Maunî 
devant yaus ; et s'en vinrent bouter en l'ost le duch, 
qui tout n'estoient mies encores deslogié .ne mis à 
voie. Si en ruèrent par terre pluiseur^^ et occirent et 20 
decopèrent^ et lisent un grant esparsin, et en prisent 
d'uns et d'aultres plus de soixante, que il ramenèrent 
arrière ep leur forterèce. 

Et entre les aultres prisonniers^ il y eut, un grant 
chevalier de Normendie^ cousins dou duc^ et moult S5 
{»x>çain de son conseil^ auquel messires Gantiers de- 
manda pour quel cause li dus de Normendie si sou- 
.dainnement se partoit, et quel cose estoit avenu là 
entre yaus. Li chevaliers moult à envis le dist. Toutes 
fois il fil tant aparlés et démenés dou dit monsigneur 30 
Gautier^ que il recorda la besongne ensi comme elle 
aloit, et comment li rois d'Engleterre estoit arrivés 



• CHRONIQUES Iffi J. FROISSART. [iS46] 

ea Normendie^ et tout le voiage que il avoit fait^ et 
ies passages où il avoit passés, et en le fin à Creci 
en Pontieu desconfi le roi de France et toute se pois- 
sance. Et li compta par nom les princes et les signeurs 

b qui mort y estoient> et comment enoores, en fin de 
voiage, li rois d'Ëngleterre ot assis le forte ville de 
Calais. Quant messire9 Gantiers de Mauni entendi ce, 
si en fo grandement resjoïs; et ossi furent tout li 
compagnon, et en fisent pour ces nouvelles milleur 

10 compagnie à leurs ^pris<mniers. Et li dus de Normen? 
die s'en revint en France devers le roy Phelippe son 
père et la royne sa mère, qui moult volentiers le 
veirent. 

§ 290. Depuis ne demora gaires de temps que li 

15 dis messirQS Gantiers de Mauni^ qui grant désir avoit 
de venir devant Calais et de veoir son signeur le roy 
d'Engleterre, mist en parolle le chevalier normant 
qu'il tenoit pour son prisonnier^ et li demanda quèle 
quantité d'argent pour sa raençon il poroit paiier. 

20 Cilz respondi, ensi comme cilz qui volentiers veist 
sa délivrance^ que jusques à trois mille esous paieroit 
il bien. Dont dist messires Gantiers moult courtoi- 
sèment : « Sire, je sçai bien que vous estes dou sanck 
dou duch de Normendie, et moult amés de lui et très 

25 especiaulz en son conseil : si vous dirai que vous fe- 
rés. Je vous recrerai sus vostre foy, et vous partirés 
de ci, et irés devers le duch vostre signeur, et me 
impeterés un saufconduit, pour moi vingtime tant 
seulement, à chevaucier parmi France, paiant cour- 

30 toisement tout ce que je despenderai. Et se ce me 
poés impetrer dou duch ou dou roy, je n'ai cure 



[1346] LIVBJB BREUIER, S *^^- ^ 

douquel j je vous quitterai vostre raençon et vous en 
sarai gré. Car je désire tant à veoir mon chier signeur 
le roy d'Ëngleterre que ce me tourra à grant plai- 
sanee^ se le saufconduit vous me raportés. Et que bien 
l'entendes^ je ne voeil jesir en une ville que une seule . s 
nuit^ tant que je serai venus devant Calais. Et se ce 
vous ne poës &ire^ vous revenrés dedens un mois 
tenir prison en oeste forterèce. » 

Li chevaliers respondi qu'il en teroit son plain 
pooir; si se parti de Aguillon. Et le recrut li dis 10 
messires Gantiers sus sa foy. Si chevauça tant li dis 
chevaliers que il vint à Paris^ là où il trouva le duch 
de Normendie^ son signeur^ qui 11 fist grant cière et 
li demanda de son estât, et comment il avoit finet. 
Li chevaliers li conta toute la besongne, et comment 15 
messires Gantiers de Mauni li voloit quitter sa raen- 
^n y mes que il ewist un «aufconduit que il peuist 
paisieulement , lui vingtime^ chevaucier parmi le 
royaume de France jusques à Calais. Li dus li acorda^ 
et li fist escrire tout tel que il le volt prendre et so 
avoir; et le prist disons le seelé dou dit duch et 
s*en passa atant. Et esploita depuis tant par ses jour- 
nées que il retourna en Aguillon , et moustra au dit 
monsigneur Gautier tout ce que il avoit fait et esploi- 
tié. Douquel esploit et saufconduit messires Gautiers 25 
de Mauni eut grant joie , et quitta tantost le dit che- 
vaUer nonnant de sa foy et de sa raençon, et se or- 
donna pour passer parmi le royaume de France sus 
le confort de sa lettre. 

$ 291. Aisés tost apriès, se parti li dis messires 30 
Gautiers de Mauni de le ville et dou chastiel d'A- 



_J 



s CHRONIQUES DE J. FROISSART. fl84«] 

guillon à .tout vingt ohevaus seulement , ensi que sa 
lettre parloit^ et se mist au chemin parmi Auverg^ne» 
En chevauçant le royaume , ii gentilz chevaliers ne 
se faisoit point celer, mes se nommoit partout. Et 
5 quant il estoit arrestés , il moustroit sa lettre et tan- 
tost estoit délivrés. Ensi chevauça il tant que il vint 
jusques à Orliens ^ et fu là arrestés , et ne pe^t estre 
desarrestés pour lettres que il moustrast; mes fu 
amenés à Paris et là mis en prison en Chastelet^ 

10 comme cilz qui estoit des François grandement hays^ 
poiMT les grans proèces dont il estoit renommés. 

Quant li dus de Normendie le sceut^ il en fu dure- 
ment courouciés; si s'en ala tantost par devers le roy 
son père y et li requist si acerte^ qu'il peut^ que ii 

15 volsist le chevalier délivrer pour l'amour de lui , ou 
il seroit deshonnourés. Et diroit on que il l'aroit 
trahi ^ car il l'a voit asseguret par bonnes lettres see* 
léea de son seel, par tel raison. Et compta li dis dus 
au roy la cause, ensi que vous l'avés oy. Li rois n'en 

sa volt riens faire^ pour requeste ne pour priière que li 
dus ses filz en fesist ; mes respondi que il le feroit mettre 
à mort^ et qu'il le tenoit pour son trop grant anemi. 
Dont respondi li dus^ se il en faisoit ensi^ il fust cer- 
tains que il ne s'armeroit jamais contre le roy d'En- 

S5 gleterre^ ne tout cil qui destourner il en poroit. Et 
eut adonc en Ire le roy de France et le duch de Nor- 
mendie grosses parolles, et s'en parti li dus par 
mautalent. Et dist li dus, au partir, que jamès en 
l'ostel dou roy il n'enteroit, tant que messires Gau- 

30 tiers de Mauni seroit en prison. 

Ensi demora ceste cose un grant temps, et pouiv 
caçoit le dessus dit uns chevaliers de Haynau, uns 



[1346] LITIUS PREMIER, $ 291. 9 

siens cousins, qui se appelloit messires Mansars 
d'Esne. Cils en eut moult de painne et de travel 
pour aler et pour venir devers le duch de Normen- 
die. En le fin^ li rois de France fu si consilliés que il 
délivra le dit monsigneur Gautier de prison^ et li fi^t 5 
paiier tous ses frès. Et le volt veoir li rois; et disna 
messires Gantiers de Mauni dalès lui , en l'ostel de 
*Nielle à Paris. Et li fist adonc li rois presens de dons 
et de jeuiaulz qui bien valoient mil florins. Li dis 
messires Gantiers^ pour l'onneur dou roy qui li Êdsoit 10 
présenter, les rechut par condition que^ lui vènut 
devant X!^lais^ il en parleroit au roy d'Engleterre son 
signeur; et se il 4i plaisoit, il les retenrott^ ou aul- 
irement il les renvoieroit. Geste response plaisi bien 
au roy de France et au duch de Normendie^ et di- 15 
sent que il avoit parlé comme loyaus chevaliers. 

Depuis ce fait , il prist congiet d'yaus et chevauça 
tant par ses journées que il vint en Haynau. Si se 
rafreschi en Valenciènes trois jours^ et puis s'en parti 
et esplbita tant que il vint devant Calais^ où il fîi 3o 
receus à grant joie dou roy et de tous les barons^ ce 
fu bien raisons. Et là leur recorda toutes ses avenues^ 
depuis que partis s'estoit d'Aguillon. Et remoustta 
au roy son signeur les biaus jeuiaùs que li rois de 
France li avoit fait présenter. Et demanda fiablement S5 
au roy quel cose^en estoit bonne à faire; car il les 
avoit receus par manière que , se il plaisoit à lui , il * 
les retenroit , ou aultrçment il les renvoieroit. Si me 
samble que li rois d'Engleterre li dist adonc : « Mes- 
sire Gautier^ vous nous avés tous jours loyaument 30 
servi jusques à drès j et ferés encores, si com nous 
espérons : renvoiiés au roy Phelippe ses presens ; 



10 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i346] 

vdos n'avés nulle cause dou retenir. Nous avons ^ 
Dieu merci I aâsés pour nous et pour vous ; et sons 
en grant volenté de vous bien faire , selonch le bon 
service que fait nous avés. i^ — «c Monsigneur^ ce 
5 respondi messires Gantiers^ grans mercis I » 

Tantost apriès ces paroUes^ il prist tous ces jeuiaus 
et presens^et carga à son cousin monsigneur Mansart, 
et li dist : « Chevauciés en France devers le roy et 
me recommendés à lui moult de fois ; et li dittes que 

10 je le mercie grandement 4cs biaus presens que il m'a 
présenté. Mais ce n'est mies li grés ne la pais ^ dou 
roy d'Ëngleterre^ mon signeur, que je les retiegne. » 
Ce dist messires Mansars : h Tout ce ferai je volen- 
tiers. M Si se parti atant de monsigneur Gautier et 

15 dou siège de Calais^ les dis jeuiaus avoecques lui. 
Et esploita tant par ses Journées qu'il vint à Paris ; si 
fist son message bien et à point. Li rois ne volt 
nulles nouvelles oïr de reprendre les jeuiaus^ mes 
les donna y ensi qu'il estoient^ au dit monsigneur 

20 Mansart, qui en remercia le roy, et n'eut nulle vo«- 
lente contraire dou. prendre. 

§ 292. Vous avés bien chi dessus oy recorder com- 
ment li contes Dérbi s'estoit tenus toute le saison en 
le cité de Bourdiaus^ le siège pendant des François 
25 devant Aguillon. Si tost qu'il sceut de vérité que li 
dus de Normendie avoit défiait son siège et estoit 
retrais en France^ il s'avisa que il feroit une che- 
vaucie en Poito; si fist son mandement de tous les 
barons, les chevaliers et les escuiers de le Gascongne 

1. Mm. B (i, 3 : « li aise ne li plaisir. » P^ 129 r**. 



[f345] UVKE PREMIER, g 2d2. Il 

qui pour Englès se tenoient^ et leur assigna journée 
à estre à Bourdiaus. A le semonse et mandement dou 
dit conte vinrent li sires de Labret^ li sires de Les- 
pare^ li sires de Rosem^ li sires de Moucident, li 
sires de Pumiers^ li sires de Courton^ li sires de Lon- 5 
guerem^ messires Aymeris de Tarste et pluiseur 
aultre. £t fist tant li contes Derbi qu'il lurent bien 
douze cens hommes d'armes^ deux mil arciers et 
troi mil piétons. 

Si passèrent toutes ces gens le rivière de Garone^ 10 
entre Bourdiaus et Blaves. Quant il furent tout oultre^ 
il prisent le chemin de Saintonge et chevaucièrent 
tant que il vinrent à Mirabiel; si assallirent le ville^ 
si tost qu'il furent venu^ et le prisent de force et 
Ofisi le chastiel^ et y misent gens pour yaus. Et puis 15 
chevaucièrent vers Ausnay; si conquisent le ville et 
le ohastiel^ et puis Surgières et Benon; mes au 
chastiel de Marant^ à quatre liewes de le Rocelle^ ne 
peurent il riens four&ire. Et vinrent à Mortagne sus 
mer en Poito^ et là eut grant assaut, et le prisent ; et ao 
y misent et laissièrent gens en garnison de par yaus. 
Et puis chevaucièrent vers I^uzegnon ; si ardirent le 
ville desous^ mes au chastiel ne peurent il riens 
fourfaire. En apriès, il vinrent à Taillebourch^ sus le 
rivière de Charente ; si conquisent le pont^ le ville 25 
et le chastiel; et oecirent tous ceuls qui dedens 
estoient^ pour tant que^ en yaus assallant^ il leur 
avoient mort un chevalier des leurs ^ apert homme 
d'armes durement. Et puis passèrent oultre, pour 
venir devant le ville* de Saint Jehan l'Angelier. 30 

Et saciés que tous li pays estoit adonc si efiraés de 
la venue dou conte Derbi et des Englès que nulz 



i% CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i846] 

n'avoit contenance ne arroy en soy meismes; mes 
fuioient devant yaus et s'endooient ens es bonnes 
villes et laissoient tout vaghe, hostelz et maisons^ et 
n'i avoit aultre apparant de deffense. Neis li che- 
5 valier et escuier de Saintonge et de Poito se tenoient 
ens leurs fors et ens leurs garnisons^ et ne mous- 
troient nul samblant de combatre les Englès. 

$ 293. Tant esploitièrent li contes Derbi et leurs 

• routes que il vinrent devant le bonne ville de Saint 

10 Jehan TAngelier^ et si ordonnèrent tout à mettre y 

siège. A ce jour, quant li Englès y vinrent^ il n'y 

avoit dedens nulles gens d'armes^ chevaliers et es- 

cuiers^ pour aidier à garder le ville et consillier les 

bourgoisy qui n'estoient mies bien coustumier de 

15' guerriier. Si furent durement effraé li dit bourgois 

quant il veirent tant d'Englès devant leur ville^ et qui 

leur livrèrent de venue un très grant assaut; et doub- 

tèrent à perdre corps et biens, fenmaes et enfans^ car 

il ne leur apparoit secours ne confors de nul costë. 

30 Si eurent plus chier à trettier devers les Englès que 

plus grans maulz leur sourvenist. Apriès cel assault 

que li Englès eurent fait devant Saint Jehan^ et que 

il se furent retrait en leurs logeis pour yaus reposer 

celle nuit^ et avoient bien entention que de assallir 

S5 à l'endemain , li maires de le ville^ que on appelloit 

sire Guillaume de Rion, par le conseil de le plus 

saine partie de le ville, en voilèrent • devers le conte 

Derbi pour avoir un saufconduit, alant et venant^ six 

de leurs bourgois, qui dévoient porter ces trettiës. 

30 Li gentilz contes leur acorda legierement, à durer 

celle nuit et l'endemaiti toute jour. Quant ce vint au 



[1346} LIVRE PREMIER, S S<^3. 13 

a 

matinet à heure de prime, li dit boui^ois de Saint 
Jehan vinrent ens ou pavillon dou conte et parlèrent 
à lui quant il [eut*] oy messe. 'Et me samble que 
traittiés se porta en tel manière^ que il se misent dou 
tout en Tobeissancë dou conte et rendirent leur ville^ 5 
et jurèrent à estre bon Englès^ de ce jour en avant^ 
tant que li rois d'Engleterre^ ou personne forte de 
par lui^ les voroit ou poroit tenir en pais devers les 
François. Sus cel estât et ordenance les reçut li 
contes Derbi et entra en le ville et en prist le foy et lo 
Fommage^ et devinrent si homme. 

Si se rafreschirent li contes Derbi et li Englès 
quatre jours en le ville de Saint Jehan ; et au cinq- 
quime il s'en partirent et chevaucièrent devers Miorthi " 
une très forte ville et bien fremëe^ de laquèle mes- 15 
sires Guiçars d'Angle, uns très gentilz chevaliers, 
estoit chapitains et souverains pour le temps. Si y 
fîsent li Englès jusques à trois assaus^ mes riens n'i 
conquisent; si s'en partirent et chevaucièrent par 
devers le cité de Poitiers. Mais ançois qu'il y venis-' so 
sent, il trouvèrent le bourch de Saint Maximiien; 
si le prisent de force, et furent tout cil mort qui 
dedens estoient. Et puis chevaucièrent à le senestre 
main, et vinrent devant Moustruel Bonin, où il avoit 
pour ce temps plus de deux cens monnoiiers, qui là 35 
forgoient et faisoient le monnoie dou roy. Et liquél 
disent que trop bien il se deffenderoient; si ne se 
veurent rendre à le requeste des Englès, et moustrè-^ 
rent grant samblant d'yaus deffendre. Li contes 
Derbi et ses gens, qui estoient coustumier de assallir, 8a 

. J. Ms. B 3, 0> 1^*7, — * Msft. B ], 4 : «eureot. » âfùuiwise Uéon, 



«4 CHRONIQUES DE J. FROISffîLRT. [1346] 

» 

assaOûreiit à ce commencement de grant façon. Et 
estoient arcier tout devant^ qui traioient as deffendans 
si ouaiement que à painnes osoit nulz apparoir 
as deffenses. £t tant s'avancièrent li dit Englès et si 

5 bien s'i esprouvèrent ^ que de force il conquisent 
Moustruel Bonin. Et furent tout cil mort qui dedens 
estoient : onques homs n*i fu pris à raençon. Et 
retinrent le chastiel pour yaus^ et le rafreschirent de 
nouvelles gens. 

10 Et puis chevaucièrent oultre vers Poitiers^ qui est 
ilioult grande et moult esparse. Si fisent tant que il 
y parvinrent, et le assegièrent à l'un des lés ; car il 
n'estoient mies tant de gens que pour le assegier de 
tous costés. Si tost que il furent parvenu devant^ il 

1& se misent à l'assallir de grant volenté^ et cil de , le 
ville à yaus deffendre, qui estoient grant fuison de 
menues gens peu aidables en guerre; et encores pour 
le temps de lors il ne savoient gueriier. Toutes fois^ 
de ce premier assault ^ il se portèrent si bien et si 

so vaillamment^ que li Englès ne leur peurent riens 
finiriaire} et se retraisent à leurs logeis tous lassés 
et tous traviUiés^ et se reposèrent celle nuit. Quant 
ee vint à l'endemain , aucun chevalier dou conte 
Derhi s'armèrent et montèrent as chevaus^ et chevau- 

35 otèrent autour de le ville dou plus priés qu'il peu- 
rent^ pour aviser et imaginer là où elle estoit plus 
foible. Si trouvèrent bien tel lieu par leur avis qui 
n'estoit mies trop fors à conquerre, car encores n'i 
avoit dedens nul gentil homme qui seuissent que 

SQ c'estoit d'armes ; si en fisent leur raport au conte de 
tout ce que il avoient veu et trouvé. Si eurent ce 
soir conseil que à l'endemain on assaurroit en trois 



[t34«] UYEB P&EMIPI, S ^^^ *S 

lieus^ et que il mdtteroient le grigoour partie de 
leurs gens d'armes et arciers à l'endroit où il &isoit 
le plus foible^ ensi qu'il fisent à Fendemain apriès 
soleil levant. Et livrèrent li dit Englès trois assaus 
en trois parties à chiaus de Poitiers. La cité de Poi^ 5 
tiers est grande et esparsë^ et n'estoit mies adonc fui-* 
sonnée de gens; si ne pooient tost aler ne courir de 
Pun à l'autre : par lequel meschief et dur assaut .elle . 
fu par le plus foible lés prise et conquise, et entr^eat 
li Englès dedens. lo 

Quant li homme de Poitiers se veirent pris et con^ 
quis^'si vuidièrent et se partirent au plus tosi' qu'il 
peurent par aultres portes^ car il y a pluiseuis issues; 
mais il ne s'en alèrent mies si à point que il n'en 
demorast mors et oeds plus de six cens. Et mettoient 15 
li Englès tout à l'espée^ fenpnes et enÊuas^ dont c'es^* 
toit pités. Si fu la ditte cités courue; toute pillie et 
robée. Et y trouvèrent et conquisent li dit EngUs 
trop 'fier avoir ^ car elle estoit maleipent riche e€ 
trop plainne de grans biens^ tant dou leur meismes^ 20 
que de ceulz dou plat pays , qui s'estoient pour le 
doubtance des Englès retrait et recueilliet^ et qui 
le leur y avoient amenet. Si ardirent, briderait et 
destniisirent li dit Englès grant fuison de ^lises^ et 
y fisent moult de desrois : de quoi . li contes Deibi S5 
fu durement courouciés pour les graùs violenses 
que on y fist, et euist encores fait^ se il ne fust aies 
au devant. Mes il deffendi sus le hart que nulz ne 
boutast feu en ^lise ne en maison qui y fust^ 
car il se voloit là tenir et reposer dix où douze 30 
jours. Nulz n'osa son commandement brisier. Si fur 
rent cessé ^1 partie li mal à &ire^ mes encores en 



16 CHRONIQUES DE h FROISSART. [iS4«] 

fist on assés en larecin , qui point ne vinrent à cog* 
nissanoe. 

§ 294. Ensi prist et conquist li contes Derbi^ le roy 
d'Engleterre séant devant Calais^ le cite de Poitiers. 

.5 Et le tint douze jours, et plus Teuist encores tenu, 
se il volsist, car nuls ne li venoit calengier; mes 

. trambloit tous li pays jusques à le rivière de Loire 
devant les Englès. Quant il eurent courut tout le 
pays de là environ et pillié et robe, et que riens 

10 n'esioit demoré dehors les fors et les grandes gar- 
nisons, li contes Derbi eut conseil que il se retràiroit 
et lairoit Poitiers toute vage, car elle n'estoit point 
tenable, tant estoit elle de grant garde. Si se ordon- 
nèrent li Englès au partir, mais à leur département 

15 il emportèrent tout l'avoir de le cité que trouvé 

avoient; et si cai^é en estoient que il pe faisoient 

compte de draps, fors d'or et d'argent et de pennes. 

Si s'en retournèrent à petites journées à Saint Jehan 

. l'Angdier . Là. fu li contes Derbi des bourgois et des 

30 dames de le ville receus à grant joie et à haute hon- 
neur. Si se reposèrent li contes Derbi et ses gens el 
rafrescirent en le ditte ville de Saint Jehan une espasse 
de temps. En ce séjour, li dis contes acquist grant 
grasce et grant amour as boui^is, as dames et as 

a^-damoiselles de le ville, car il leur donna et départi 
largement grans dons et biaus presens et biaus 
jeuiaus. Et fist tant que il disoient communalement 
que c'estoit li plus nobles princes qui peuist chevau- 
cier sus palefiroy. Et donnoit as dames et damoiselles 

30 li contes Derby priés que tous les jours disners et 
soupers grans et biaus, et les tenoit toutdis en reviel. 



[1346] LIVBE PREBflER, § 295. 17 

Quant il eut là séjourné tant que bon U fa, il se 
ordonna au partir et toutes ses gens^ et prist congiet 
as bourgois et as dames de le ville^ et leur commanda 
le ville à garder. Et fist au dessus dit mayeur et as 
plus riches hommes de le ville renouveler leur siere- 5 
mens que il tenroient et garderoient le ville bien et 
souffissamment ensi que le bon hyretage dou roy d'En- 
gleterre : il l'eurent ensi en couvent. Adonc s'en 
parti li dis contes o tout son arroy^ et s'en chemina à 
petites journées devers le cité de Bourdiaus par les 10 
forterèces que conquis avoit, et fist tant que il [y ^] 
parvint. Et là donna congiet à toutes gens d'armes^ 
Gascons et aultres; et les remercia grandement de 
leur bon service. Assés tost apriès^ il s'ordonna pour 
monter en mer et venir devant Calais veoir le roy 15 
d'Engleten*e son gentil signeur. Or nous soufferons 
nous à parler de lui et parlerons dou roy d'Escoce. 

§ 295. Je me sui longement tenus à parler dou roy 
David d'Escoce^ mais jusques à maintenant je n'ai eu 
nulle cause de parler eut; car^ si com ci dessus il est 20 
contenu, les triewes qu'il prisent et donnèrent par 
acord li un à l'autre furent bien tenues, sans enfrain- 
dre ne brisier de nulles des parties. Or avint que, 
quant li rois d'Engleterre eut assegiet le forte ville de 
Calais, li Escot s'avisèrent que il feroient guerre as 25 
Englès et contrevengeroient les grans- anois que il 
leur avoient fais, car leur pays estoit maintenant vuis 
de gens d'armes, pour le cause de ce que li rois en 
tenoit fuison devant Calais. Et si en avoit ossî en 



1. Mê.hk,^ 131. — Ms. B 1, t. u, f> 13 (kciine). 

nr— .2 



18 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

Bretagne^ en Poito et en Gascongne. A ceste guerre 
et esmouvement adonc rendi grant painne li rois 
Phelippes de France, qui avoit grans alliances au roy 
d'Escoce^ car il voloit^ se il pooit^ si ensonniier les 

S Englès que li rois d'Ëngleterre brisast son sige de de- 
vant Calais et s'en retournast en Engleterre. Si fist li 
rois d'Escoce son mandement tout secrètement à 
estre en le ville de Saint Jehan sus Taye en Escoce. 
Si vinrent là tenir leur parlement li conte^ li prélat 

10 et li baron d'Escoce; et furent tout d'un acord que^ au 
plus hastievement que il poroient et au plus effor- 
ciement ossi^ il enteroient en Engleterre au lés devers 
Rosebourch^ si fort et si bien pourveu que pour com- 
battre la poissance de tout le demorant d'Ëngleterre^ 

15 qui pour le temps de lors estoit ens ou pays. A cel 
acord lurent avoec le roy tout li baron ^ li prélat, li 
chevalier et li escuier dou royalme d'Escoce où plus 
a de cinquante mil combattans^ uns c'autres; et fîsent 
leur assemblée, tout quoiement^ pour plus grever leurs 

90 ennemis. Et fu adonc priiés et mandés Jehans des 
Adultilles^ qui gouverne les Sauvages Escos^ qui obéis- 
sent à lui et non à autrui , que il vosist estre en leur 
armée et chevaucie : il s'i acorda'legierement, et y 
vint à trois mil hommes^ tous des plus outrageus de 

25 son pays. 

Onques li rois d'Escoce ne li baron de ce royalme 
ne sceurent si secrètement faire leur mandement ne 
leur assamblée, que madame la royne Phelippe d'Ën- 
gleterre^ qui se tenoit ou I^orth sus les marches de 

30 Evruich^ n'en fiist toute enfourmée^ et que elle y 
pourveist de remède et de conseil. Si tost que la très 
bonne dame sceut ce, elle fii toute consillie de escrire 



[1346] LIVRE FREBIIER, $ 296. 19 

et de priier ses amis et de mander tous chiaus qui 
tenoient dou roy d'Engleterre son signeur. Et s'en 
vint la bonne dame^ pour mieulx moustrer que la 
besongne estoit à lui ^ tenir en le cité d'Iorch que 
on dist Evruich. En le contrée de Northombreland^ 5 
quant lî rois d'Engleterre passa oultre^ estoient de- 
moret li sires de Persi^ li sires de Ros, li sires de 
Nuefrille et li sires de Montbrai^ quatre grant baron , 
pour aidier à garder le pays^ se il touchoit. Si furent 
lantost cil signeur pourveu et avisé, quant il seurent 10 
le mouvement des Escos, et s'en vinrent à Evruic de- 
vers leur dame qui les reçut à grant joie. Dou mande- 
ment la vaillans dame, qui s'estendi jusques à le cité de 
Londres et oultre^ s'esmurent grant fuison de bonnes 
gens d'armes et arciers qui estoient ens ou pays. Et i5 
se prist cescuns dou plus priés qu'U peut, pour estre 
à celle journée contre les Escos. Car tèle estoit li in- 
tention de le royne et li teneur de son mandement 
que li Escot seroient combatu, et que cescuns pour 
se honneur se hastast dou plus que il peuist, et s'en 20 
venist devers le Nuef Chastel sur Thin, là où li man- 
démens se faisoit. 

§ 296. Entrues que la royne d'Engleterre faisoit 
sen assamblée, li E^ot^ qui estoient tout pourveu de 
leur Élit, se partirent de Saint Jehanston en grant ar- 25 
roi et à grant route. Et s'en vinrent ce premier jour 
logier à Donfremelin, et l'endemain passèrent un 
petit brach de mer qui là est. Et li rois s*en vint à 
Struvelin; là passa il à l'estroit l'aiguë, et le second 
jour, il vint en Uaindebourch. Là se recueillièrent et ao 
rassamblèrent tout li Escot. Si estoient trois mil ar- 



20 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [13M] 

meures de fier^ chevaliers et escuiers^ et bien trente 
mil hommes d'autres gens^ et tous montés sus hage- 
nées^ car nulz ne va à piet en Escoce^ mes tout à 
cheval. Si esploitièrent tant que il vinrent à Rose- 
5 bourch, la première forterèce d'Engleterre à ce costé 
de là^ laquèle messires Guillaumes de Montagut avoit 
en garde et en gouvrenance^ et jadis l'avoit basti 
contre les Escos. Li chastiaus de Rosebourch est 
durement biaus et fors^ et ne fait mies à prendre si 

10 legierement. Si passèrent li Escot oultre et point n'i 
assaUirent^ et s'en vinrent logier] entre Persi et Urcol^ 
sus une rivière qui là est. Et commencièrent à des- 
truire et ardoir le contrée de Northombrelant moult 
villainnement. Et coururent leur coureur jusques à 

15 Bervichy et ardirent tout ce qui dehors les murs estoit 
et tout contre val le marine; et puis revinrent à leur 
grant host^ qui estoit logie à une journée dou Noef 
Chastiel sur Thin. 

§ 297. La royne d'Engleterre, qui desiroit à def- 
20 fendre son pays et garder de tous encombriers, pour 
mieus moustrer que la besongne estoit sienne, s'en 
vint jusques en le bonne ville dou Noef Chastiel sur 
Thin, et là se loga et attendi toutes ses gens. Avoech 
la bonne dame vinrent en le d(tte ville li archeves- 
25 ques d'Yorch, li archevesques de Cantorbie, li eves- 
ques de Durem et li evesques de Lincolle, et ossi li sires 
de Persi, li sires de Roos, li sires de Montbray et li 
sires de Nuefville. Et se logièrent cil quatre grant ba- 
ron et cil quatre prélat dedens le ville et li plus grant 
30 partie de leurs gens. Et toutdis leur venoient gens 
des marces dou North et dou pays de Northombrelant 



[1346] LIVRE PREMIER, S ^^'^' 21 

et de Galles , qui marcissent assés priés de là ; car 
cescuns qui segnefiiés estoit se prendoit priés de 
Venir contre les Escos pour l'amour de la bonne 
royne leur dame , qui les prioit si doucement que 
pour garder leur pays à leur pooir de tout villain 5 
destourbier. 

IJ rois d'Ëscoce et ses gens^ qui efforciement es- 
toient entré en Engleterre^ entendirent de vérité que 
li Englès se assambloient en le ville dou Noef Chastel 
pour venir contre yaus; si en furent grandement res- 10 
joy et se traisent tout de celle part^ et envoiièrent 
leurs coureurs courir devant le ville. Et ardirent cil 
qui envoiiet y furent^ à leur retour, aucuns hamelés 
qui là estoient^ tant que les lumières et flamesches en 
avolèrent dedens le Noef Chastiel^ et que li Englès se 15 
rastinrent à grant malaise, et voloient issir hors sou- 
dainnement sus eiaus qui cel oultrage faisoient, mes 
lor souverain ne les laissièrent. A l'endemain^ li rois 
d'Escoce et toute son host, où bien avoit quarante 
mil hommes, uns c'autres^ s'en vinrent logierà trois 20 
petites liewes englesces dou Noef Chastiel sur Thin , 
en le terre le signeur de Nuefville. Et mandèrent, 
ensi que par grant presumption^ à chiaus qui dedens 
le Noef Chastiel estoieni , que^ se il voloient issir hors^ 
il les attenderoient et les combateroient volentiers. 25 
Li prélat et li baron d'Engleterre furent avisé de res- 
pondre et disent que oil^ et qu'il enventurroient leurs 
vies avoeoques l'iretage de leur signeur le roy d'En- 
gleterre. Si se traisent tout sus les camps et se trou- 
vèrent environ douze cens hommes d'armes, troi mil 30 
arciers et cinq mil autres hommes parmi les Galois. 
Li Escot^ qui bien sa voient leur poissance , les ami- 



2t CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

roient moult petit, ne prisoient, et disoient que^ se il 
estoient quatre tans de gens^ se seroient il combatu. 
Et se rengièrent un jour sus les eamps devant yaus^ 
et se misent en ordenance de bataille^ et li Englès 

5 ossi d'autre part. 

Quant la bonne dame la royne d'Engleterre en- 
tendi que ses gens se dévoient eombatre^ et que li 
affaires estoit si approciés que li Escot tout ordonné 
estoient sus les camps devant yaus, elle se parti de 

10 le ville dou Noef Chastiel et s'en vint là où ses gens 
se tenoient^ qui se rengoient et ordonnoient pour 
mettre en arroi de bataille. Si fu là tant la ditte royne 
que leurs gens furent tout ordonné et mis en quatre 
batailles. La première gouvrenoit li evesques de Du- 

15 rem et li sires de Persi; la seconde^ li archevesques 

d'Iorch et li sires de Nuefville; la tierce, li evesques 

de Lincolle et li sires de Montbray; la quatrime, 

' messires Edowars de Bailluel^ gouvrenères de Ber- 

vich^ et li arcevesques de Cantorbie. Si eut en cas- 

20 cune bataille se droite portion de gens d'armes et 
d'arciers^ selonch leur aisément. Et là estoit la bonne 
royne d'Engleterre en mi eulz^ qui leur prioit et 
amonnestoit de bien faire la besongne et de garder 
l'onneur de son signeur le roy et dou royalme d'En- 

35 gleterre^ et que pour Dieu çascuns se presist priés 
de estre bien combatans. Et par especial elle recom- 
mendoit toute la besongne en le garde des quatre 
barons qui là estoient et des quatre prelas. Cil qui 
envis, pour leur honneur, se fuissent faint, eurent en 

30 couvent à le bonne dame que il s'en acquitteroient 
loyaument, à leur pooir^ otant ou mieulz que donc 
que li rois leurs sires y fust personelment. Lors se 



[i346] LIYBE FREBOER, S ^^T- ^ 23 

départi de ses gens la ditte royne et s'en retourna 
arrière au Noef Ghastiel sur Thin, et les recom- 
menda à son département en la garde de Dieu et de 
saint Joi^e. 

Assés tost aprîès ce que la bonne dame se fu par* 5 
tie^ les batailles qui se desiroient à trouver^ et par 
espeeial li Escot^ s'encontrèrent. Lors commencièrent 
li arcier l'un à l'autre traire , mes li trais des Escos 
ne dura point grant fuison. LÀ estoient cil arcier 
d'Engletèrre able et legier^ et qui traioient par art et lO 
par grant avis , et de tel ravine que grans hideurs 
seroit au regarder. Si vous di que^ quant les batailles 
se furent mises et approcies toutes ensamble, il y eut 
ossi dure besongne^ ossi forte et ossi bien combatue 
que on avoit veu ne oy parler de grant temps. Et 15 
commença la balaille environ heure de tierce^ et dura 
jusques à haute nonne. Si poés bien croire que là en 
dedens il y eut &it tamaintes grans apertises d'ar- 
mes, mainte prise et mainte belle rescousse , car cil 
Escot tenoient haces dures et bien trençans^ et en SO 
donnoient trop biaus horions. D'autre part^ Englès 
se prendroient priés d'iaus defFendre , pour garder 
leur pays ^ et pour acquerre le grasce dou roy leur 
signeur, qui pas n'estoit là. Et &isoient tant^ au jus- 
tement considérer^ que li plus petis valoit bien un S5 
bon chevalier. Et tant se penèrent li uns pour l'autre^ 
ensi que par envie^ que en le fin il desconfisent leurs 
ennemis; mes grandement leur côusta de leurs gens. 
Toutes fois il obtinrent le place. Et y demorèrent 
mort sus le ditte place^ des Escos^ li contes de Fi^ li 30 
contes de Boskem^ li contes Patris^ li contes de Sur- 
lant^ li contes d'Astredeme^ li contes de^ Mare, mes- 



t4 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4346] 

sires Jehans de Douglas [messires Thumas^ de Du- 
glas], messires Symons Fresiel et messires Âiixandres 
de Ramesay, qui poVtoit la banière dou roy, et 
pluiseur aultre baron et chevalier et escuier d'Es- 
5 coce. Et là fu li rois pris qui vaillamment se com- 
batif et durement^ au prendre, navrés d'un escuier 
de Northombreland , qui s'appelloit Jehans de Co- 
peland^ apert homme d'armes durement. Cils Je- 
hans^ si Iretost que il tint le roy d'Escoce, sage- 

10 ment il en ouvra^ car il se bouta au plus tost qu'il 
peut hors de le presse^ lui vingtime de compagnons 
qui estoient de sa carge, et chevauça tant que ce 
jour il eslonga le place où la besongne avoit esté en- 
viron quinze [lieues ']. Et vint chiés soy en un chas- 

15 tiel qui s'appelle Chastiel Orghilleus, et dist bien que 
il ne le renderoit à homme ne à femme, fors à son 
signeur le roy d'Engleterre. Encores en ce jour furent 
pris li contes de Mouret, li contes de le Marce, mes- 
sires Guillaumes de Duglas, messires Archebaus de 

SO Duglas, messires Robers de Versi, li evesques d'A- 
bredane et li evesques de Saint Andrieu et pluiseur 
aultre baron et chevalier. Et en y eut mors, uns 
c'autres, sus le place, environ quinze mil^ et li demo- 
rant se sauvèrent au miex. qu'il peurent. Si fu ceste 

25 bataille assés priés dou Noef Chastiel sus Thin l'an 
mil trois cens quarante six^ le mardi proçain apriès 
le jour Saint Michiel. 

» 
§ 298. Quant la royne d'Engleterre, qui se tenoit 



1. Bis. B 4, f^ 183 To. -. Mm. B 1, 3, t. H, P> 15 to (lacune). 
S. Mm. B 4, 3, f> 132 to. — Ms. B 1, t. H, f> 15 to ^cane). 



[1 346] UVRE PRliaE& , S 2^^- 28 

au Noef Chastiel^ entendi que la journée estoit pour 
li et pour ses gens^ si en fu grandement resjoïe^ ce 
fu bien raisons. Et monta tantost sus son palefroy, 
et s^en vint dou plus tost qu'[elle *] peut sus le place^ 
là où la bataille avoit esté. Li quatre prélat et li troi 5 
baron ^ qui chief et ordeneur de eeste besongne 
avoient esté, reçurent la noble royne moult douce- 
ment et moult joieusementy et li recordèrent assés 
ordonneement comment Diex les avoit visetés et re- 
gardés, que une puignie de gens qu'il estoient, il lo 
avoient desconfi le roy d'Escoce et toute sa poissance. 
Lors demanda [la roine] dou roy d'Ëscoce que il estoil 
devenus. On li respondi que uns escuiers d'Engle- 
terre^ qui s'appelloit Jehans de Copeland^ l'avoit pris 
et mené avoech lui^ mes on ne savoit à dire où ne quel 15 
part. Donc eut la royne conseil que elle escriroit 
devers le dit escuier et li manderoit tout acertes que 
il li amenast son prisonnier le roy d'Escoce^ et que 
mies bien à point n'avoit fait ne au gret de lui^ 
quant ensi l'en avoit mené hors des aultres et sans 30 
congié. Ces lettres furent escrites et envoiies par un 
chevalier de madame. Entrues que li dis chevaliers 
fist son voiage^ se parordonnèrent li Englès et se 
tinrent tout ce jour sus le place que gaegnie vaillam- 
ment avoient^ et la royne avoech eulz, qui honnouroit 25 
et festioit grandement les bons et vaillans chevaliers 
qui à ceste besongne avoient esté. Là li furent pré- 
senté li contes de Mouret^ li contes de le Marce et 
tout li aultre. Et retournèrent à lendemain à grant 



1. Mu. B 3, 4, f^ 140. — Ma. B 1 , t. n, P» 15 To : « il. » Maupaue 



te CaraONIQUES l» J. RLOISSâRT. [1346] 

joie la royne et tout li signeur en le ville dou Noef 
Chastiel sur Thin. 

Or vous parlerons de Jehan de Copelant^ comment 
il respondi as lettres et au message que madame 

5 d'Engleterre li envoia. C'estoit se intention que le dit 
roy d'Eseooe son prisonnier il ne renderoit à homme 
nul n^ à femme , fors à son signeur le roy d'Engle- 
terre^ et que on fust tout segur de lui^ car il le pen- 
soit si bien à garder que il en renderoit bon compte. 

10 Madame d'Engleterre à ceste fois n'en peut aidtre 
cose avoir. Se ne se tint elle pas pour bien contente 
de l'escuier ; et fist tantost lettres escrire et seeler^ et 
les envoia à son chier signeur le roy d'Engleterre 
qui seoit devant Calais. Par ces lettres fu li rois en- 

15 fourmes de tout l'estat d'Engleterre et de le prise le 
roy David d'Escoce. Si eut grant joie en soi meismes 
de la belle fortune que Diex avoit envoiiet à se[s] 
gens. Si ordonna tantost li rois pour aler querre ce 
Jehan de Copeland^ et le manda bien acertes que il 

20 venist parler à lui devant Calais. Quant Jehans de 
Copeland se vei mandés de son signeur le roy d'En- 
gleterre^ si en fu moult resjoïs^ et obey. Et mist son 
'prisonnier en bonnes gardes et segures en un fort 
chastiel sus le marce de Northombreland [et de Gal- 

25 les'], et se mist au chemin parmi Engleterre. Et fist 
tant qu'il vint à Douvres, et là passa le mer^ et vint 
devant Calais et ou logeis dou roy. 

§ 299. Quant li gentilz rois d'Engleterre vei l'es- 
cuier et il sceut que c'estoit Jehans de Copeland, se 

1. Mm. B 4, 3, F> 133. ^ Mt. B 1, t. U, F> 16 (kciine). 



[1346] UYRB FRSHIKR, $ 2^* ^7 

li fist grant cière et le prist par le main et li dist : 
« A bien viegne mon escuier, qui par sa vaillance a 
pris nostre adversaire le roy d'Ëscoce !» — « Mon- 
signeur^ dist Jehans, qui se mist en un jenoul devant 
le roy^ se Diex m'a volut consentir si grant grasce que 5 
il m'a envoiiet entre mes mains le roy d'Escoce et 
je l'aie conquis par bataille et par fait d'armes^ cm 
n'en doit pas avoir envie ne rancune sur mi. Car 
ossi bien poet Diex envoiier sa grasce et sa fortune^ 
quant il eschiet^ à un povre escuier que il Êdt à un 10 
grant signeur. £t^ sire^ ne m'en voeilliés nul mal 
gré se je ne le rendi tantost à madame la royne^ car 
je tieng de vous et mon sierement ay de vous, et non 
à li^ fors tout à point. » Dont respondi li rois et dist : 
a Jehan, Jehan^ nennil. Li bons services que vous 15 
nous ^vés fait et la vaillance de vous vault bien que 
vous soiiés excusés de toutes coses. Et honnit soient 
cil qui sur vous ont envie I Jehan ^ dist encores li 
rois, je vous dirai que vous ferés. Vous retournerés 
en vostre maison et prenderés vostre prisonnier et SO 
le menrés devers ma femme. Et en nom de rémuné- 
ration^ je vous donne et assigne au plus priés de vostre 
hostel que aviser et regarder on pora, cinq cens livres 
à l'estreUn par an de revenue, et vous retieng escuier 
de mon corps et de mon hostel. » 25 

De ce don fu Jehans moult resjoys, ce fu raisons^ 
et l'en remercia grandement. Depuis demora il deux 
jours dalés le roy et les barons qui moult l'onnerèrent, 
ensi que bien faire le savoient, et que on doit faire 
un vaillant homme* Et au tierch jour s'en départi et 30 
retourna arrière en Engleterre, et esploita tant par 
ses journées que il vint chiés soy. Si assambla ses 



28 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i346] 

amis et ses voisins, et recorda tout ce que il avoit 
trouvet ou roy son signeur^ et le don que il li avoit 
fait, et comment li rois voloit que li rois d'Ëscoce 
fîist menés devers madame la royne qui se tenoit 

5 encores en le cité de Evruich. Chil qui assamblé là 
estoient furent tout appareilliet d'aler avoech Jehan 
et li faire compagnie. Si prisent le roy d'Escoce et 
le montèrent bien et honourablement , ensi comme 
à lui apertenoit^ et l'en menèrent jusques en le cité 

10 dessus ditte. Si le présenta de par le roy d'Engleterre 
li dis Jehans à madame la royne^ qui en devant avoit 
esté moult couroucie sus Jehan. Mais la pais en fu 
lors Êdte^ quant elle vei le roy d'Escoce son prison- 
nier^ avoech ce que Jehans s'escusa si sagement que 

15 madame la royne s'en tint bien dou tout à contente. 

Depuis ceste avenue^ et que madame d'Engleterre 

eut entendu à pourveir bien et grossement le cité de 

Bervich^ le chastiel de Rosebourch^ le cité de Du- 

rem, le ville dou Noef Chastiel sur Thin el toutes les 

SO garnisons sus les frontières d'Escoce^ et là laissié ou 
pays de Northombreland le signeur de Persi et le 
signeur de Nuefville, comme gardiiens et souverains^ 
pour entendre à toutes besongnes y elle se parti de 
Evruich et s'en retourna arrière vers Londres , et en- 

25 mena avoecques lui le roy d'Escoce son prisonnier^ 
le conte de Mouret et tous les barons qui à le bataille 
avoient esté pris. Si fist tant la ditte dame par ses 
journées que elle vint à Londres^ où elle fu recheute 
à grant joie^ et tout cil qui avoecques lui estoient^ qui 

30 à le bataille dessus ditte avoient esté. Madame d'En- 
gleterre^ par le bon conseil de ses hommes^ fist 
mettre ens ou chastiel de Londres le roy d'Escoce, 



[1346] LIVRE PREMIER, g 300. 29 

le conte de Mouret et les aultres^ et ordonna bonnes 
gardes sus yaus. Et puis entendi à ordonner ses be* 
songnes^ ensi que celle qui voloit passer mer^ et venir 
devant Calais^ pour veoir le roy son mari et le prince 
son fil j que moult desiroit à veoir. Et se hasta dou 5 
plus que elle peut^ et passa le mer à Douvres, et eut 
bon vent. Dieu merci ! et fu tantos oultre. Si fu 
recheue, ce poet on croire et savoir^ à grant joie et 
logie tantost moult honnourablement^ toutes ses da- 
mes et ses damoiselles ossi largement comme elles lo 
fuissent à Londres : ce fu trois jours devant la Tous« 
sains. De quoi li rois d'Engleterre, pour l'amour de 
la royne, tint court ouverte le jour de le Toussains^ 
et donna à disner à tous signeurs qui là estoient et à 
toutes dames prmcipaument; car la royne en avoit 15 
d'Engleterre grant fuison amenet avoecques lui^ tant 
pour soy acompagnier que pour venir veoir leurs 
maris et leurs pères, frères et amis^ qui se tenoient 
au siège devant Calais. 

§ 300. Cils sièges se tint longement devant Calais; 20 
et si y avinrent moult de grandes aventures et des 
belles proèces, d'un costé et d'autre, par terre et par 
mer, lesquèles je ne poroie mies toutes, non le qua- 
trime partie, escrire ne recorder. Car li rois de 
France avoit fait establir si bonnes gens d'armes [et S5 
tant par toutes les fortreschcs qui sont et estoient 
pour ce tamps en le marche des contés de Ghines^], 
d'Artois et de Boulongne, et autour de Calais, et tant 
de Geneuois et de Normans et d'autres maronniers sus 

1. Bis. B 4, f> 13^. — Ms. B 1, t. II, f» 17 (Uoane). 



30 CHRONIQUES DE J. F&OISSAIIT. [1346] 

mer; que li Englès qui voloient hors issir^ à cheval ou 
à piet; pour aler fourer ou enventurer^ ne Tavoient 
mies davantagey mes trouvoient souvent des rencon- 
tres durs et fors. Et ossi y avoit souvent pluiseurs 
5 paietis et escarmuces^ entours les portes et sus les 
fosses, dont point ne se partoient sans mors et sans 
navrés. Un jour perdoient li un^ et l'autre jour ossi 
perdoient li aultre, ensi que on voit souvent avenir 
en telz besongnes. Ossi li rois d'Engleterre et ses con- 

10 saulz estudioient nuit et jour à faire engiens et in- 
strumenS; pour chiaus de Calais mieulz apresser et 
constraindre. Et cil de le ville de Calais contrepen- 
soient le contraire^ et faisoient tant à l'encontre que 
cil engien ne cil instrument ne lor pcx^toient nul da- 

15 mage. Ne riens ne les grevoit ne les pooit tant gre- 
ver que li afiamers ; mes nulles pourveances ne leur 
pooient venir^ fors en larecin^ et par deux maronniers 
qui estoient mestre et conduiseur de tous les aultres^ 
lesquels on nommoit l'un Marant et Pautre Mestriel. 

80 Et estoient cil demorant à Abbeville. Par ces deux 
maronniers estoient cil de Calais souvent conforté^ 
mes c'estoit en larrecin et par eulz hardiement en- 
venturer. Et s'en misent par pluiseurs fois en grant 
péril, et en ftirent moult de fois caciet et priés atrapé 

25 entre Boulongne et Calais; mes toutdis escapoient il^ 
et fisent tamaint Englès morir^ ce siège durant. 

5 301 . Tout cel yvier demora li rois d'Engleterre 

à siège à tout son host devant le forte ville de Calais. 

Et y avinrent grant fiiison de mervilleuses aventures^ 

30 d'une part et d'autre^ et priés que çascun jour. Et 

toutdis^ ce siège pendant, avoit U dis rois grant ima- 



[1346] LIVRE PREBIIER, $ 301. 31 

ginatîon de tenir les communautés de Flandres en ' 
amisté^ car vis li estoit que parmi yaus il pooit le 
plus aise venir à sen entente. Si envoioit souvent par 
devers yaus grans prommesses; et leur disoit et Êd- 
soit dire que^ se il pooit parvenir à sen entente de 5 
Calais^ il leur recouveroit sans doubte Lille^ Douay 
et les appendances : si ques par telz prommesses li 
Flamench s'esmurent en ce temps^ et sus le saison que 
li rois d'Engleterre estoit encor en Normendie^ dou- 
quel voiage il vint à Creci et à Calais^ et vinrent 10 
mettre le siège devant Bietune. Et estoit pour ce temps 
leur chapitains messires Oudars de Renti^ car il estoit 
banis de France. £t tinrent moult grant siège devant 
la ditte ville^ et moult le constraindirent par assaus ; 
mais il y avqit dedens en garnison , de par le roy 15 
Phelippe^ quatre bons chevaliers^ qui très bien le 
gardèrent et en pensèrent : monsigneur Joffiroi de 
Chargniy monsigneur Ëustasce de Ribeumont, mon- 
signeur Bauduin Danekin et monsigneur Jehan de 
Landas. Si fu la ditte ville de Bietune si bien deffen- 80 
due et poursongnie que li Flamench n'i conquestè- 
rent riens ^ mes s'en retournèrent en Flandres sans 
riens faire. 

Nequedent^ quant li rois d'Engleterre fu venus 
devant Calais, il ne cessa mies de envoiier devers les 25 
communautés de Flandres grans messages , et de 
faire grans prommesses pour détenir leur amisté et 
abatre l'opinion dou roy Phelippe^ qui trop fort [les ^] 
pressoit d'yaus retraire à sen amour. Et volentiers 
euist li rois d'Engleterre veu que li jones contes Loeis 8o 

L Ml. B % f» Ikl 10. ^ Mm. B 1, 4 (kcime). 



3t CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

de Flandres, qui point n'avoit quinze ans d'aage^ 
volsist sa fille Ysabiel espouser. Et tant procura li dis 
rois que li dis communs de Flandres s'i acorda enti- 
rement : dont li rois d'Engleterre fu moult resjoïs^ 
5 car il li sambloit que, parmi ce mariage et ce moiien, 
il s'aideroit des Flamens plus p^innement. Et ossi il 
sambloit as Flamens que, se il avoient le roy d'En- 
gleterre et les Englès d'acort^ il poroient bien résister 
as François; et plus leur estoit nécessaire et pourfi- 

10 table li amour dou roy d'Engleterre que dou roy de 
France. Mais leurs sires, qui avoit esté nouris d'en- 
fance entre les François et les royaus et encores y 
demoroit, ne s'i voloit point acorder ; et disoit firan- 
chement que jà n'aroit à femme la fille de celi qui 

15 li avoit mort son père. 

D'autre part, li dus Jehans de Braibant pourcaçoit 
adonc fortement que cilz jones contes de Flandres 
vosist prendre sa fille ^ et li prommetoit que il le 
feroit joïr plainnement de la conté de Flandres, par 

20 amours ou aultrement. Et faisoit li dis dus entendant 
au roy de France que, se cilz mariages de sa fille se 
faisoit, il feroit tant que tout li Flamench seroient de 
son acord et contraire au roy d'Engleterre. De quoi 
par telz prommesses li rois de France s'acorda au 

25 mariage de Braibant. 

Quant li dus de Braibant eut l'acort dou roy 
de France, il envoia tantos grans messages en Flan- 
dres devers les plus souffissans bourgois des bonnes 
villes; et leur fist dire et remoustrer tant de belles 

80 raisons coulourées que li consaulz des bonnes villes 
mandèrent le jone conte leur signeur^ et li fisent 
croire et à savoir que il vosist venir en Flandres 



[1346] LIVRE PREMIER, S 3^^- 93 

et user par leur conseil : il seroient si bon amit et 
subjet y et li renderoient et deliveroient toutes ses 
justices et juridicions et les droitures de Flandres, 
ensi ou plus avant que nulz contes y ewist ewes. Li 
Jones contes eut conseil que il l'assaieroit; si vint en 5 
Flandres et y fu receus à grant joie. Et li furent pre^ 
sente de par les bonnes villes grans dons et biaus 
presens. 

Si tretos que li rois dnSngleterre sceut ces nouvelles, 
il envoia en Flandres le conte de Norbantonne. le 10 
conte d'Arondiel et le signeur de Gobehen, liquel 
parlementèrent tant et pourchacièrent as commu- 
nautés de Flandres, que il eurent plus chier que leurs 
sires presist à femme la fille dou roy d'Engleterre 
que la fille au duch de Braibant. Et en requisent et 15 
priièrent afiectueusement leur jone signeur, et li re- 
moustrèrent pluiseurs belles raisons pour lui attraire, 
que merveilles seroit à recorder, et tant que li bour- 
gois qui portoient le partie dou duch de Braibant 
n'osoient dire le contraire. Mais Loeis li jones contes so 
ne s'i voloit aucunement consentir, par parolles ne 
par raisons que on li desist; ains disoit toutdis que il 
n'aroit jà à femme la fille de celi qui li avoit son père 
occis, et li deuist on donner la moitié dou royalme 
d'Engleterre. Quant li Flamench oirent ce, il disent 25 
que cilz sires estoit trop François et mal consilliés, 
et que il ne leur feroit jà bien, puisque il ne voloit 
croire leur conseil. Si le prisent et misent en prison 
courtoise, et bien li disent que jamais n'en isteroit 
se ilz ne creoit leur conseil; car bien disoient, se 30 
messires ses pères n'euist tant amet les François, 

mais ewist creu leur conseil, il euist esté li plus grans 

nr — 8 



y 



34 CHRONIQUES DE J. FAOISSâHT. [1340] 

sires des* Crestiiens^ et euist recouvré Lille^ Douay 
et Bietime^ et fust encores en vie. 

§ 302. Ce demora ensi une espasse de temps* Et 
li rois d'Engleterre tint toutdis son siège devant Ca- 
5 lais^ et tint grant court et noble le jour dou Noël. Le 
quaresme ensievant^ revinrent de Gascongne U contes 
Derbi^ li contes de Pennebruch et li contes de Ken- 
fort et grant fuison de chevaliers et d'escuiers qui 
passet avoient la mer avoech yaus^ et arrivèrent de- 
10 vaut Calais. Si furent li très bien venu et liement re- 
cueilliet et conjoy dou roy, de la royne^ des signeurs 
et des dames qui là estoient. Et se Ipgièrent tout cil 
signeur tantost^ et leurs gens, devant Calais : de tant 
fu li sièges renforciés. 
15 Or revenons au pourpos dont je parloie mainte- 
nant^ dou jone conte de Flandres et des Flamiens. 
Longement fit li jones contes ou dangier de chiaus 
de Flandres et en prison courtoise^ mais il li anoioit^ 
car il n'avoit point ce apris. Finablement il mua son 
20 pourpos^ ne sçai se il le fist par cautèle ou de vo* 
lente \ mais il dist à ses gens que il creroit leur con- 
seil, car plus de biens U pooient venir d'yaus que 
de^ nul aultre pays. Ces parolles resjoïrent moult les 
Flamens , et le misent tantost hors de prison ; se li 
25 acomplirent une partie de ses déduis^ tant que d'aler 
en rivière. A ce estait il moult enclins^ mais il y avoit 
toutdis sus lui bonnes gardes^ afin que il ne leur 
escapast ou fust emblés^ qui Favoient empris à garder^ 
sur leur tiestes, et qui estoient dou tout de le faveur 
30 dou roy d'Engleterre^ et le gettoient si priés que à 
painnes pooit il aler pissier. Ceste cose se procéda 



[1847] LI¥RB PRBMIEa, $ 90S. i!i 

et approça. Et eat li jones contes de Flandres en 
couyent à ses gens que volentiers il prenderoit à 
femme la fille don roy d'Ëngleteire. Et ensi li Fk- 
jnench le s^^nefiièrent au roy et à le royne , qui se 
tenoient devant Calais, et que il se vosissent traire s 
devers Berghes et venir en l'abbeye et là amener leur 
jEille^ car il y amenroient leur signeur; et là se oon- ' 
cluroit cilz mariages. !" 

Vous devés savoir que li rois et k. royne furent de 
ces nouvelles grandement resjoy^ et disent que li Fk- lo 
mench estoient bonnes gens. Si fu par acord de toutes 
parties une journée assignée à estre à Beighes sus le 
mer, entre le Nuef Port et Giavelines. Là vinrent li « 
plus notable homme et plus autentike des bonnes 
villes de Fkndres, en grant estât et poissant, et y 15 
amenèrent leur jone signeur qui courtoisement s*en- 
clina devers le roy d'Engleterre et k royne, qui jà 
estoient venu en très grant arroy . Li rois d'Engleterre 
prist le dit conte par le main droite moult douce- 
ment^ et le conjoy en parlant, et puis s'escusa moult . 90 
humiement de k m<x*t son père. Et dist, se Diex li 
peuist aidier, que onques, tout le jour de le bataille 
de Creci ne à l'endemain ossi, il ne vey ne oy parler 
dou conte de Fkndres. Li jones contes, par sambknt, 
se tint de ces escusances assés à contais ; et puis fîi 25 
. parlé dou mariage. Et eut k certains articles et trettiés 
Eus, jettes et acordés entre le roy d'Engleterre et le jone 
conte Loeis [et le pais^] de Flandres, sus grans con- 
fédérations et allknces, et toutes pronunises et jurées 
à tenir» Là jura et fiança li dis contes madame Ysa- 30 

I. Mps. B 4, 3,.^ 135. r- Ma. B 1, u H, f» 19 (laeune)» 



36 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1847] 

biel^ b fille dou roy d'Engleterre, et si le prommist 
à espouser. Si ta ceste journée relaxée jusques à une 
aultre fois que on aroit plus grant loisir. Et s'en re- 
tournèrent U Flamench en Flandres, qui en remenè- 
5 rent leur signeur# Et moult amiablement se partirent 
dou roy d'Engleterre et de la royne et de leur conseil^ 
et li rois d'yaus, liquelz s'en retourna devaiit Calais. 
Ensi demorèrent les coses en eel estât. Et se pourrei 
et fîst pourveir li rois d'Engleterre , si grandement 

10 que merveilles seroit à recorder, pour tenir celle feste 
très estoifeement, et ossi de biaus et de riches jeuiaulz 
pour donner et départir au jour des noces; et la 
royne ossi, qui bien s'en voloit acquitter, et qui d'on- 
neur et de larghèce passa à son temps toutes dames. 

15 Li Jones contes de Flandres, qui estoit revenus en 
son pays entre ses gens, aloit toutdis en rivière, et 
moustroit par samblant que cilz mariages as Englès 
li plaisoit très grandement. Et s'en tenoient li Fla- 
mench ensi que pour tout asseguré; et n'i avoit mes 

90 sur lui si grant regart comme en devant. Il ne cognis- 
soient pas bien encores la condition de leur signeur. 
Car, quel samblant qu'il moustroit deforainnement^ 
il avoit dedentrainnement le corage tout fiiançois, 
ensi que on l'esprouva par oevres. Car un jour il 

95 estoit aies voler en rivière; et fu en le propre sep- 
mainne que il devoit espouser la dessus ditte la da* 
mdiselle d'Engleterre. Et jetta ses &uconniers un 
faucon apriès le hairon, et li contes ossi un. Si se 
misent cil doy faucon en cange, et li contes apriès , 

30 ensi que pour le[s] lorier ', en disant : hoie ! hoie ! Et 



1. Hf. B 4 : c loTiier. i F* 135 t«. — Bb. B S : c lenmr. i F* 148. 



[IS47] UVBB PKKIOEa, $ SOS. S7 

quant il fil un peu eûoïïffés, et qu'il eut l'avantage 
des camps y il feri cheval des esporons et s'en ala 
toutdis avant, sans retourner^ par tel manière que ses 
gens le perdirent. Si s'en vint li dis contes en Ar- 
tois^ et ]à fu à segur; et puis vint en France devers le 5 
roy Phelippe et les François^ asquelz il compta ses 
aventures et com^ par grant soutilleté^ il estoit escapés 
ses gens et les Engiès. Li rois de France en eut grant 
joie et dist que il avoit trop bien ouvret ; et otant en 
disent tout li François. Et li Engiès^ d'autre part^ lo 
disent que il les avoit trahis et deceus. 

Mes pour ce ne laissa mies li rois d'Engleterre à 
tenir à amour les Flamens^ car il savoit bien que li 
contes n'avoit point ce fait par leur conseil^ et en es- 
toient moult courouciet; et l'escusance que il en 15 
fisent^ il le crei assés l^ierement. 

§ 303. En ce temps que li siges se tenoit devant 
Calais, venoient veoir le roy et la royne pluiseur ba- 
ron et chevalier de Flandres^ de Braibant, de Haynau 
et d'Alemagne. Et ne s'en partoit nulz sans grant so 
pourfit, car li rois et la royne d'Engleterre^ d'onneur 
et de larghèce estoient si plain et si afiectuel que 
tout il donnoient, et par celle virtu conquisent il le 
grasce et le renommée de toute honneur. 

En ce temps estoit nouvellement revenus en le 35 
conté de Namur, dou voiage de Prusce et dou Saint 
Sépulcre^ cilz gentilz et vaillans chevaliers messires 
Robers de Namur. Et l'avoit li sires de Spontin £ût 
chevalier en le Sainte Terre. Messires Robers estoit 
pour ce temps moult jones^ et n'avoit encores esté 30 
priiés de l'un roy ne de l'autre. Toutes fois il estoit 



38 * GHaONIQDES 1» 3. FROISSART. [1846] 

plus encKns assés à estre Englès que François^ pour 
l'amour de monsigneur Robert d'Artob , son oncle , 
que li rois d'Engleterre avoit moult amet. Si se avisa 
que il venroit devant Calais veoir le roy d'Ëngleterre 

5 et la royne et les signeurs qui là estoient. Si se or- 
donna selonch ce^ et mist en bon arroi et riche^ ensi 
comme à lui apertenoit et que toutdis il a aie par le 
chemin. Si esploita tant par ses journées que il vint 
au siège de Calais^ honnourablement acompagniés de 

10 ^chevaliers et d'escuiers^ et se représenta au roy, qui 
liement le reçut; et ossi fist madame la royne. Si 
entra grandement en leur amour et en leur grasce^ 
pour le cause de ce que il portoit le nom de mon- 
signeur Robert son onde^ que jadis avoient tant amé 

15 et ouquel il avoient trouvé grant conseil. 

Si devint en ce temps li dis messires Robers de 
Namur homs au roy d'Engleterre. Et li donna li dis 
rois trois cens livres à Testrelin de pension p^ an^ 
et li assigna sus ses coffires à estre paiiés à Bruges. 

so Depuis se tint li dis messires Robers dalés le roy et 
la royne^ au sige de Calais, tant que^la ville fu garnie, 

' ' ensi comme vous orés en avant recorder. 



§ 304. Je me sui longement tenus à parler de 
monsigneur Charle de Blois^ duch de Bretagne pour 

S5 ce temps ^ et de la contesse de Montfort. AÎais ce a 
esté pour les triewes qui furent prises devant la cité 
de Venues^ lesquèles furent moult bien gardées. Et 
joîrent^ les triewes durant^ oescune des parties assés 
paisieuvlement de ce que il tenoit en devant. Si tost 

30 comme elles furent passées^ il commencièrent à 
gueriier fortement^ li rois de France à conforter 



[It46j LnrBB PRraOER, s 304. 99 

monsigneur Charle de Blois son neveu^ et li rcHs 
d'Engleterre madame la oontesse de Moatfort^ ensî 
qae prommis et en couvent li avoit. Et estoient venu 
en Bretagne^ de par le roy d'Engleterre^ doy moult 
grant et moult vaillant chevalier, et parti dou siège 5 
de Calais, à tout deux cens hommes d armes et qua- 
tre cens arciers : ce estoient messires Thumas d'Au* 
goume et messires Jehans de Hartecelle; et démo- 
rèrent dalés la ditte contesse en la ville de Haimbon. 
Avoecques eulz avoit un chevalier breton bretonnant, lo 
durement vaillant et bon homme d'armes^ qui s'ap- 
pelloit messires Tanguis dou Chastief. Si fiiisoient 
souvent cil Englès et cil Breton des chevaucies et des 
issues CQUtre les gens monsigneur Gharle de Blois^ et 
sus le pays qui se tenoit de par lui ; et les gens mon- 15 
signeur Charle ossi sur yaus. Une heure perdoient li 
un, aultre heure perdoient U aultre. Et estoit li pays 
par ces gens d'armes courus, gastés et essilliés et 
rançonnés, et tout comparoient les povres gens. 

Or avint un jour que cil troi chevalier dessus ao 
nommet avoient assamblet grant fuison de gens d'ar- 
mes à cheval et de saudoiiers à piet. Et alèrent asse- 
gier une bonne ville et forte et un bon chastiel que 
on claime le Roce Deurient, et le fisent assaUir par 
pluiseurs fois fortement. Et cil de le ville et dou S5 
chastiel se deffendirent vassaument qu'il n'i perdi*^ 
rent riens. En la garnison avoit un chapitainne , de 
par monsigneur Charle^ escuier, qui s'appelloit par 
nom Thassart de Ghines , apert homme d'armes du- 
rement. Or y eut tel meschief que les trois pars des 80 
gens de la ville estoient en coer plus Englès assés que 
François. Si prisent leur chapitainne et disent qu'il 



40 GHRONIQUBS MB J. FBOISSAKT. [1347] 

l'ociroient , se ilz avoech yaus ne se toumoît englès. 
Tassars à ce donc ressongna le mort et dist que il 
feroit tout che que il vorroient. Sus oel estât il le 
laissièrent aler^ et conunencièrent à trettiier devers 

5 les dessus dis chevaliers englès. Finablement^ trettiës 
se porta telz^ que il se tournèrent de le partie la con- 
tesse de Montfort. Et demora li dis Tfaassars^ comme 
en devant^ chapitains de la ditte ville. Et quant li 
Englès s'en partirent pour retourner vers Hembon , 

10 il li laissièrent grant fiiison de gens d'armes et d'ar- 
ciers^ pour la ditte forterèce aidier à garder. 

Quant messires Charles de Blois sceut ces nouvelles 
que la Roce Deurient est oit tournée englesce^ si fîi 
durement courouciés^ et dist et jura que ce ne de- 

15 morroit pas ensi. Et manda partout les signeurs de 
sa partie en Bretagne et en Normendie , et fist un 
grant amas de gens d'armes en le cité de Nantes^ et 
tant qu'il furent bien seize cens armeures de fier et 
douze mil hommes de piet. Et bien y avoit quatre 

90 cens chevaliers^ et entre ces quatre^ cens, vingt trois 
banerés. Si se départi de Nantes li dis messires Char- 
les et toutes ses gens. Et esploitièrent tant que il vin- 
rent devant le Roce Deurient; si le assegièrent^ toute 
la ville et le chastiel ossi. Et fisent devant drecier 

95 grans engiens qui jettoient nuit et jour et qui moult 
travUloient [ciaulz']j de la ville. Si envoiièrent tan- 
tost messages devers la contesse de Montfort^ en re- 
moustrant comment il estoient constraint et assegiet^ 
et requeroient que on les confortast^ car on leur 

30 avoit eu en couvent, se il estoient assegiet. La con- 



1. Mt. B è, f» 136 T«. — Ml. B 1, t. n, (^ 30 ^ (Ucane). 



[4847] LIVRE PBIMIIR, $ 304. 41 

tesae et li troi chevalier dessus nommé ne Feuissent 
jamais laissiet. Si envoia partout la ditte eontesse ses - 
messages où elle pensoit avoir gens , et fist tant que 
elle eut en peu de temps mil armeures de fier et huit 
mil honmies de piet. Si les mist tous ou conduit et 5 
en le garde de ces trois chevaliers dessus nommés 
cpii baudement et volentiers les rechurent; et li di* 
sent au département que il ne retourroient mes , si 
seroient la ville et li chastiaus desassegiés^ ou il de- 
morroient tout en le painne. Puis se misent au che- 10 
min, et s'en alèrent celle part à grant esploit; et 
fisent tant que il vinrent assés pries de l'ost monsi- 
gneur Charle de Blois. 

Quant messires Thumas d'Agourne^ messires Je- 
hans de Hartecelle et messires Tangis dou Chastiel , 15 
et li aultre chevalier qui là estoient assamblé^ furent 
parvenut à deux liewes priés de l'ost des François, 
il se logièrent sus une rivière , à celle entente que 
pour combattre à l'endemain. £t quant il furent lo- 
giet et mis à repos^ messires Thumas d'Agoume et so 
messires Jehans de Hartecelle prisent environ la 
moitié de leurs gens^ et les fisent armer et monter à 
cheval tout quoiement. Et puis se partirent et^ droit 
à heure de mienuit, il se boutèrent en l'ost de mon- 
signeur Charle^ à l'un des costés; si y fisent grant da« 25 
mage^ et occirent et abatirent grant fuison de genSé 
Et demorèrent tant^ en ce fidsant, que toute li hos fii 
estourmis^ et armé toutes manières de gens^ et ne 
se peurent partir sans bataille. Là furent il enclos et 
combatu et rebouté durement et asprement^ et ne 30 
peurent porter le fitis des François. Si y fu pris et 
moult dolereusement navrés messires Thumas d'A- 



U CHEOinQUES DK J. FAOISSART. [1847] 

gcnime* Et se sauva au mieulz qu'il peut li dis mes- 
sfaies Jehans de Harteoelle et une partie de ces gens^ 
mes la grigneur partie y demorèrent mort. Ensi 
tous desconfis retourna li dis monsigneur Jehan à 

h ses aultres compagnons, qui estoient logiet sus le 

rivière^ et trouva monsigneur Tangb dou Chastiel 

et les aultres, asquelz il recorda sen aventore. Dont 

'il furent moult esmervilliet et esbahit^ et eurent 

conseil qu'il se deslogeroient et se retrairoient vers 

10 Hembon. 

§ 305. A celle propre heure et en cel estat^ en- 
trues que il estoient en grant conseil de yaus deslo- 
gier^ vint là uns chevaliers de par le contesse^ qui 
s'appelloit Garnier, sires de Quadudal^ à tout cent ar- 

15 meures de fer, et n'avoit pout plus tost venir. Si tost 
qu'il sceut le convenant et le parti où il estoient^ et 
comment par leur emprise perdu il avoient, si 
donna nouviel conseil. Et ne fu noient efiraés, et dist 
à monsigneur Jehan et à monsigneur Tangis : « Or 

so tos armés vous, et. faites armer vos gens et monter as 
chevaus qui cheval [a*]; et qui point n'en a, si viegne 
à piet^ car nous irons veoir nos ennemis. Et ne me 
doubte mies^ selonch ce que il se tiennent pour tous 
assegurés^ que nous ne les desconfisons et recouvrons 

i5 nos damages et nos gens. » ^ 

Cilz consaulz fu creus^ et s'armèrent^ et disent que 
de recief il s'enventurroient. Si se départirent cil qui 
à dieval estoient tout premiers, et cil à piet les sic- 



1. Ms. B 4, (^ 136 ▼<>. — Ms. B 1, t. H, f^ 21 t<» Gacime).»M8. B 3 : 
c qui en auoit. a F» 156 ^. 



[1347| UVRl PREBOER, $ 305. 48 

voient. Et s'en vinrent^ environ soleil levant, ferir en 
l'ost monsigneor Charion de Blois, qui se donnoient 
et reposoient^ et ne cui^oient avoir plus de destour- 
bier. Cil Breton et cil Englès d'un costé se commen* 
cièrent à haster et à abatre tentes et trës et pavil* 5 
lons^ et à occire et à decoper gens et à mettre en 
grant meschief. Et forent si souspris^ car il ne fai- 
soient point de ghet^ que oncques ne se peurent ai- 
dier. LÀ eut grant desconfiture sus les gens de mon-* 
signeur Charle, et mors plus de deux cens chevaliers 10 
et bien quatre mil d'aultres gens^ et pris li dis mes- 
sires Charles de Blois et tout li baron de Bretagne et 
de Normendie qui là avoecques lui estoient^ et res- 
cous messires Thumas d'Augourne et tout leur com- 
pagnon. Onques si belle aventure n'avint à gens 15 
d'armes, qu'il avint là as Englès et as Bretons, que de 
desconfire sus une matinée tant de nobles gens : on 
leur doit bien tourner à grant proèce et à grant aper- 
tise d'armes. 

Ensi fu pris messires Charles de Blois des gens le 20 
roy d'Engleterre et la contesse de Montfort, et toute 
la fleur de son pays avoecques lui; et fu amenés 
ens ou chastiel de Hembon^ et li sièges levés de la 
Roce Deurient. Si fu la guerre de la contesse de 
Montfort grandement embellie. Mes toutdis se tin- 35 
rent les villes^ les cités et les forterèces de monsi- 
gneur Charle , car madame sa femme , qui s'appel- 
k>it duçoise de Bretagne^ prist la guerre de grant 
volenté. Ensi fu la guerre de ces deux dames* Vous 
devés savoir que, quant ces nouvelles furent venues 30 
devant Calais au roy d'Engleterre et as barons^ il 
en furent grandement resjoy, et comptèrent laven- 



44 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1847] 

' ture moult belle pour leurs gens. Or parlerons nous 
dou roy Phelippe et de son conseil et dou siège de 
Calab. 

§ 306. Li rois Phelippes de France^ qui sentoit 

5 ses gens de Calais durement constrains et apressés 
selonch ce que il estoit enfourmés^ et veoit que li rois 
d'Engleterre ne s'en partiroit point, si les aroit con- 
quis^ estoit grandement courouciés. Si se avisa et 
dist que il les vorroit conforter, et le roy d'Engle- 

10 terre combatre, et lever le siège^ se il pooit. Si com- 
manda par tout son royaume que tout chevalier et 
escuier fuissent > à la feste de le Pentecouste , en le 
cité d'Amiens ou là priés. Chilz mandemens et com- 
mandemens dou roy de France s'estendi par tout 

15 son royaume. Si n'osa nulz laissier qu'il ne venist 
et fust là où mandés estoit, au jour de le Pente- 
couste , ou tost apriès. Et meismement li rois y fu 
et tint là sa court solennèle, au dit jour, et moult 
de princes et de haus barons dalés li^ car li roiau- 

so mes de France est si grans , et tant y a de bonne et 
noble chevalerie et escuierie^ que il n'en poet estre 
desgarnis. Là estoient li dus de Normendie ses filz^ 
li dus d'Orliens ses mai[n]snés filz^ li dus Oedes de 
Boui^ongne^ li dus de Bourbon, li contes de Fois^ 

SS messires Loeis de Savoie^ messires Jehans de Hay- 
nau, li contes d'Ermignach^ li contes de Forés ^ li 
contes de Pontieu^ li contes de Yalentinois^ et tant 
de contes et de barons que merveilles seroit à re- 
corder. 

80 Quant tout furent venu et assamblé à Amiens et 
là en le marce^ si eut li rois de France pluiseurs 



[1347] UVRE PREMIER, $ 806. 4^ 

consaulz par quel costé il poroit sus courir et corn- 
batre les Englès. Et euist volentiers veu que li pas 
de Flandres li fuissent ouvert; si euist envoiiet au 
costé devers Gravelines une partie de ses gens, pour 
rafreschir chiaus de Calais et combatre les Englès à 5 
ce costé bien aisiement par la ville de Calais. Et en 
envoia li dis rois en Flandres grans messages , pour 
trettier envers les Flamens sus cel estât. Mais li rois 
d'Engleterre, pour ce temps, avoit tant de bons amis 
en Flandres que jamais ne li euissent otriiet ceste lo 
courtoisie. Quant li rois Phelippes vei ce que il n'en 
poroit venir à coron/ si ne volt mies pour ce laissier 
se emprise, ne les bonnes gens de le ville de Calais 
mettre en non caloir^ et dist que il se trairoit avant 
au lés devers Boulongne. 15 

Li rois d'Engleterre^ qui se tenoit là à siège et 
estoit tenus tout le temps^ ensi que vous savés^ et à 
grans coustages^ estudioit nuit et jour comment il 
peuist chiaus de Calais le plus constraindre et gre- 
ver; car bien avoit oy dire que ses adversaires li rois 20 
Phelippes feisoit un grant amas de gens d'armes^ et 
que il le voloit venir combatre. Et si sentoit la ville 
de Calais si forte que, pour assaut ne pour escar- 
muce que ilz ne ses gens y feissent^ il ne les pooient 
conquerre : dont il y busioit et imaginoit souvent. S5 
Mais la riens del monde qui plus le reconfortoit^ 
c'estoit ce que il sentoit la ville de Calab mal pour- 
veue de vivres : si ques encores, pour yaus clore et 
toUir le pas de le mer^ il fist faire et carpenter un 
chastiel hault et grant de Ions mairiens^ et le fist 80 
faire si fort et si bien breteskiet que on ne le pooit 
grever. Et jGist le dit chastiel asseoir droit sus le rive 



'46 CHROHIQDBS DB J. FRQISSART. [1847] 

de le mer^ et le [fist*] bien pourveir d'espringalles^ 
de bombardes et d'ars à tour et d'autres instrumens. 
Et y establi dedens soixante hommes d'armes et 
deux eens arciers, qui gardoient le havene et le port 
5 de Calais, si pries que riens n'i pooit entrer ne issir 
que tout ne fust confondut; ee fîi li avis qui plus fist 
de contraires à ehiaus de Calais, et qui plus tost les 
fist affamer. 
En ce temps exhorta tant li rois d'Engleterre les 

10 Flamens^ lesquelz li rois de France^ si com ci dessus 
est dit^ voloit mettre en trettiés, que il issirent hors 
de Flandres bien cent mil^ et s'en vinrent mettre le 
siège devant la bonne ville d'Aire. Et ardijrent tout 
le pays de là environ^ Saint Venant^ Menreville, le 

15 Gorge^ Estelles^ le Yentie, et une marce que on dist 
Laloe, et jusques ens es portes de Saint Omer et de 
Tieruane. Et s'en vint li rois logier à Arras, et ehvoia 
grans gens d'armes ens es garnisons d'Artois^ et par 
especial son connestable monsigneur Charle d'Es- 

20 pagne à Saint Qmer^ car li contes d'Eu et de Ghines^ 
qui connestables avoit estet de France^ estoit prison- 
niers en Engleterre, ensi que vous savés. Ensi se 
porta toute celle saison bien avant, et ensonniièrent 
li Flamench grandement les François, ançois que il 

35 se retraissent. 

§ 307. Quant li Flamench fiirent retrait et il eu- 
rent courut les basses marces en Laloe^ donc s'avisa 
li rois de France qu'il s'en iroit à toute son grant host 



1. Mm. B 4, 3, (^ 137. — flff. B 1 , t. H, f^ 22 ¥« : c fisent. > Mou- 



[1347] LIVRE raSBIIER, $ 808. 47 

devers Calais pour lever le siège^ se il pooit aucu- 
nemaiit, et combatre le roy d'Ëngleterre et toute se 
poissance qui si longhement avoient là séjourné ; car 
il sentoit monsigneur Jehan de Yiafbe et ses compa- 
gnons et les bonnes gens de Calais durement astrains^ 5 
et avoit bien oy dire et recorder comment on leur 
avoit clos le pas de le mer^ pour laquèle cause la ville 
estoit en péril de perdre. Si s'esmut li dis rois et se 
parti de le cité d'Arras et prist le chemin de Hedin, 
et tant fist qu'il y parvint; et tenoit bien son host ]0 
parmi le charoy trois grans liewes de pays. Quant 
li rois se fil reposés un jour à Hedin^ il vint l'autre à 
Blangis^ et là s'arresta pour savoir quel chemin il 
feroit. Si eut conseil d'aler tout le pays que on dist 
l'Âlekine; dont se mist il à voie^ et toutes gens apriès, 15 
où bien avoit deux cens mil hommes^ uns c'autres. 
Et passèrent li rois et ses gens parmi le conté de Fau- 
kemberghe, et se vinrent droitement sus le mont de 
Sangates, entre Calais et Wissant. £t chevauçoient 
cil François tout armé au der, ensi que pour tantost so 
combatre^ banières desploiies; et estoit grans biau- 
tés au veoir et considérer leur poissant arroy. Quant 
cil de Calais, qui s'apooient à leurs murs^ les veirent 
premièrement poindre et apparoir sus le mont de 
Sangates^ et leurs banières et pennons venteler, il S5 
eurent moult grant joie, et cuidièrent certainnement 
estre tantost dessegiet et delivret. Mais quant il vei- 
rent que on se logoit^ si furent plus courouciet que 
devant, et leur sambla uns petis signes. 

$ 308. Or vous dirai que li rois d'Ëngleterre fist 30 
et avoit jà fait, quant il sceut que li rois de France 



48 GHROHIQUBS DE J. FROISSAET. [1347] 

venoit à si garant host pour lui combatre et pour 
dessieger la ville de Calais , qui tant li avoit ooustë 
d'avoir^ de gens et de painne de son corps; et si sa- 
voit bien que ii avoit la ditte ville si menëe et si 

5 astrainte que elle ne se pooit longement tenir : se li 
venroit à grant contraire ^ se il l'en couvenoit ensi 
partir. Si avisa et imagina li dis rois que li François 
ne pooient venir à lui ne approcier son host ne le 
ville de Calais^ fors que par l'un des deux pas, ou par 

10 les dunes sus le rivage de le mer, ou par dessus là où 
il avoit grant fuison de fossés , de croleis et de ma- 
res* Et n'i avoit sur che chemin que un seul pont 
par où on peuist passer ; si l'appelloit on le pont de 
Nulais. Si fist li dis rois traire toutes ses naves et 

15 ses vaissiaus par devers les dunes, et bien garnir et 
furnir de bombardes, d'arbalestres^ d'arciers et d'es- 
pringalles , et de telz coses par quoi li hos de Fran- 
çois ne peuist ne osast par là passer. Et fist le conte 
Derbi son cousin aler logier sus le dit pont de Nu- 

20 lais, à grant fuison de gens d'armes et d'arciers^ par 

quoi li François n'i peuissent passer^ se ilz ne pas- 

soient parmi les mares, liquel sont impossible à 

passer. 

Entre le mont de Sangates et le mer, à l'autre les 

^ devers Calais, avoit une haute tour que trente deux 
arcier englès gardoient, et tenoient là endroit le pas- 
sage des dunes pour les François ; et l'avoient à leur 
avis durement fortefiiet de grans doubles fossés. 
Quant li François furent logiet sur le mont de San- 

30 gâte, ensi que vous avés oy, les gens des communau* 
tés perchurent celle tour. Si s'avancièrent cil de Tour- 
nay, qui bien estoient là quinze cens combatant^ et 



[i347] LmiB PRBBflER, $ 309. 49 

alèrent de grant yolentet celle part. Quant cil qoi 
dedens estoient les veirent approcier^ il traisent à 
yaus^ et en navrèrent aucuns. Quant cil de Tournay 
veirent ce, si furent moult courouciet, et se misent 
de grant volenté à assallir celle tour et ces Englès; 5 
et passèrent de force oultre les fossés, et vinrent jus- 
ques à le mote de terre et au piet de le tour à pik 
et à hauiaus* L)à eut grant assaut et dur, et moult de 
chiaus de Tournay bleciës; mais pour ce ne se re- 
firaindirent il mies à assallir^ et fisent tant que , de 10 
force et par grant apertise de corps, il conquisent 
ceUe tour. Et furent mort tout cil qui dedens estoient, 
et la tour abatue et reversée : de quoi li François 
tinrent ce Eût à grant proèce. 

§ 309. Quant li hos des François se fîi logie sus 15 
le mont de Sangates^ li rois envoia ses maresdbaus, 
le signeur de Biaugeu et le signeur de Saint Venant, 
pour regarder et aviser comment et par où son host 
plus aisiement poroit passer, pour approcier les En- 
glès et yaus combatre. Cil doy signeur, mareschal de 90 
France pour le temps , alèrent partout regarder et 
considérer les passages et les . destrois, et puis s'en 
retournèrent au roy et li disent à brief parole qu'il 
ne pooient aviser que il peuist nullement approcier 
les Englès que il ne perdesist ses gens davantage. Si S5 
demora ensi la cose cesii jour et la nuit ensiewant. 

A l'endemain apriès messe, li rois Phelippes envoia 
grans messages, par le conseil de ses hommes, au roy 
d'Engleterre. Et passèrent li message [par congiet*] 

1. lus. B 4, a, f> las. — Us. B 1, t. n, f> S8 ^ (UMae). 



M CHRONIQUES IX J. FROISSART. [i347] 

dou conte Derbi au pont de Nulais : ce furent mes- 
sires Jofirois de Chai^i^ messires Eustasses de Ri- 
beumont^ messires Guis de Neelle et U sires de Biaugeu. 
En passant et en chevauçant celle forte voie, cil qua- 

5 tre signeur avisèrent bien et considérèrent le fort pas- 
sage^ et comment li pons estoit bien gardés. On les 
laissa paisieuvlement passer tout oultre^ car li rois 
d'Engleterre l'avoit ensi ordonné. Et durement en 
passant prisièrent l'arroy et l'ordenance dou conte 

10 Derbi et de ses gens , qui gardoient ce pont parmi 
lequel il passèrent. Et tant chevaucièrent que il 
vinrent jusques à Fostel dou roy, qui bien estoit pour- 
veus de grant baronnie dalés lui. Tantost tout quatre 
il misent piet à terre , et passèrent avant et vinrent 

15 jusques au roy : il l'encUnèrent; et li rois les recueilli^ 
ensi comme il apertenoit à faire. Là s'avança messires 
Ustasses de Ribeumont à parler pour tous; et disent : 
« Sire^ li rois de France nous envoie par devers vous 
et vous segnefîe que il est ci venus et arrestés sus le 

80 mont de Sangates pour vous combatre;.mais il ne 
poet veoir ne trouver voie comment il puist venir 
jusc'à vous : si en a il grant desir^ pour dessegier sa 
bonne ville de Calais. Si a il fait aviser et regarder 
par ses gens comment il poront venir jusc'à vous, 

85 mes c'est cose impossible. Si veroit volentiers que 
vous volsissiés mettre de vostre conseil ensamble. et 
il metteroit dou sien, et par l'avis de chiaus , aviser 
place là où on se peuist combatre^ et de ce sommes 
nous cargié de vous dire et requerre. » 

30 Li rois d'Engleterre, qui bien entendi ceste pa- 
rolle, fil tantost consilliés et avisés de respondre, et 
respondi et dist : m Signeur, j'ay bien entendu tout 



[1347] UVRS PREMIER, $ 310. 81 

ce que vous me requerés de par mon adversaire, qui 
tient mon droit hiretage à tort^ dont il me poise. Se 
li dires de par mi^ se il vous plaist^ que je sui ci en- 
droit^ et y ay demoret, depuis que je y vinc^ priés 
d'un an. Tout ce a il bien sceu; et y fust bien venus 5 
plus tost^ se il volsist. Mais il m'a ci laissiet demorer 
si longement que jou ay grossement despendu dou 
mien. Et y pense avoir tant fait que assés tempre- 
ment je serai sires de le ville et dou chastiel de Ca- 
lais. Si ne sui mies consilliés dou tout faire à sa de* 10 
vise et se aise, ne d'esïongier ce que je pense à avoir 
conquis et que j'ay tant desiret et comparet. Se li 
disés^ se ilz ne ses gens ne poeent par là passer^ si 
voisent autour pour quérir la voie. » Li baron et 
message dou roy de France veirent bien que il n'en 15 
porteroienl aultre response; si prisent congiet. 

Li rois leur donna qui les fist convoiier jusques 
oultre le dit pont de Nulais. Et s'en revinrent en 
leur host^ et recordèrent au roy de France tout ensi 
et les propres paroles que li rois d'Engleterre avoit 20 
dittes. De laquèle response li rois de France fu tous 
courouciés^ car il vei bien que perdre li couvenoit la 
forte [ville ^] de Calais^ et se n'i pooit remediier par 
nulle voie. 

§ 310. Entrues que li rois de France estoit sus le S5 
mont de Sangate^ et qu'il estudioit comment et par 
quel tour il poroit combatre les Englès qui si s'es- 
toient fortefiiety vinrent doy cardinal en son host, 
envoliés en légation de par le pape Clément qui re*^ 

1. BIm. B 4, 3, ^ 13€l ^. — Bb. B 1, t. n, 1^ S4 T* (lacune). 



M CHRONIQUES DB J. FRCHSSâRT. [18M]j 

gooit pour ce temps. Cil doi cardinal se misent tan- 
toftt en grant painne d'aler de l'une host à Tautre^ et 
Tolentiers euissent veu que li rois d'£ngleterre euist 
brisiet son siège, ce que il n'euist jamais fait. Toutes 
5 fois, sus certains articles et trettiés d'acort et de pais^ 
il procurèrent tant que uns respis fu pris entre ces 
deux rois et leurs gens, là estans au siège et sus les 
camps seulement. Et misent par leurs promotions, de 
toutes parties, quatre signeurs ensamble qui dévoient 

10 parlementer de le pais. De le partie dou roy de 
France y furent li dus de Bouii^ongne, li dus de 
Bourbon, messires Loeis de Savoie et messires Jehans 
de Haynau; et dou costé des Englès, li contes Derbi, li 
contes de Norhantonne, messires Renaulz de Go-* 

"15 behem et messires Gantiers [de Mauni']. Et li doi 
cardinal estoient trettieur et moiien, alant de l'un 
lés à l'autre. Si furent tout cil signeur les trois jours 
la grigneur partie dou jour ensamble ; et misent plui* 
seurs devises et pareçons avant, desquèles nulles ne 

SO vinrent à effect. 

Entrues que on parlementoit et ces triewes durant, 
li rois d'Engleterre faisoit toutdis efforcier son host 
et &ire grans fossés sus les dunes, par quoi li Fran- 
çois ne les peuissent sousprendre. Et saciés que cilz 

25 parlemens et detriemens anoioit durement à chiaus 
de Calais qui volentiers euissent veu plus tost leur 
délivrance, car on les Êiisoit trop juner. Cil troi jour 
se passèrent sans pais et sans acort, car li rois 
d'Engleterre tenoit toutdis sen oppinion que il se- 

30 roit sires de Calais, et li rois de France voloit que 

1. Hm. B 4, 3, f» 138 v«. — bu. B 1, t. II« ^ Sfc t« (lacue). 



eOe li demorast. En cel estri se départirent les par* 
ties^ ne on ne les peut rassambler depuis ; si s'en te- 
tournèrent li cardinal à Saint Orner. 

Quant li rois Phelippes vei ce que perdre li cou- 
venoit Calais^ si fu durement courouciés; à envis 5 
s'en partoit sans aucune oose faire. Et si ne pooit 
traire avant ne combatre les Englès qu'il ne fuissent 
tout perdu davantage : si ques, tout considère^ li se- 
journers là ne li esloit point pourfitable ; si ordonna 
au partir et à deslogier. Si fist, à l'endemain au ma- 10 
tin que li parlemens fu finës^ recueillier en grant 
haste tentes et très et tourser^ et se mist au chemin 
par devers la cité d'Amiens, et donna congiet toutes 
manières de gens d'armes et de commugnes. Quant 
cil de Calais veirent le deslogement de leurs gens^ si l& 
furent tout pardesconfi et desbaretë. Et n'a si dur 
coer ou monde que, qui les veist démener et dolouser, 
qui n'en ewist pité. A ce deslogement ne perdirent 
point aucun Englès qui s'aventurèrent et qui se feri- 
rent en la kewe des François, mes gaegnièrent des » 
kars, des sonmiiers et des chevaus, des vins et des 
pourveances et des prisonniers qu'il ramenèrent en 
Post devant Calais. 

§ 34 1 • Apriès le département dou roy de France 
et de son host dôu mont de Sangates, chil de Calais as 
veirent bien que li secours en quoi il avoient fiance 
leur estoit fallis ; et si estoient à si très grant des- 
trèoe de £unine que li plus poissans et plus fors se 
pooit à grant malaise soustenir. Si eurent conseil ; et 
lemr sambla qu'il valoit mieulz yaus mettre en le vo- 80 
lente dou roy d'Engleterre, se plus grant merci n*i 



M cBBomqinËS smi. fsoissart. hwi] 

pooient trouver, que yaus laissier morir Fun apriès 
Tautre par destrèce de fimune^ car ii pluiseur en 
poroient perdre eorps et ame par rage de fiaûm. Si priiè- 
rent tant à monsigneur Jehan de Yiane que il en 
5 Yolsist trettier et parler^ que il s'i acorda ; et monta 
as crestiaus des murs de le ville^ et fist signe à chiaus 
de dehors que il voloit parler. 

Quant li rois d'Engleterre entendi ces nouvelles^ 
il envoia là tantos monsigneur Gautier de Mauni et 

10 le signeur de Basset. Quant il furent là venu^ li dis 
messires Jehans de Yiane lor dist : « Chier signeur, 
TOUS estes moult vaillant chevalier et usé d'armes^ 
et savés que li rois de France, que nous tenons à si* 
gneur, nous a ceens envoiiet et commandé que nous 

15 gardissions ceste ville et ce chastiel, si que blasme 
n'en euissions^ ne ilz point de damage : nous en 
avons &it nostre pooir. Or est nos secours fallis. Et 
vous nous avés si astrains que nous n'avons de quoi 
vivre : si nous couvenra tous morir ou esragier par 

M fiuEnine^ se li gentibs rois qui est vos sires n'a pité de 
nous, Chier signeur^ se li voelliés priier en pité qu'il 
voeUe avoir merci de nous^ et nous en voelle laisûer 
aler tout ensi que nous sommes , et voelle pren- 
dre le ville et le chastiel et tout l'avoir qui est de- 

S5 dens : si en trouvera assés. » 

Adonc respondi messires Gantiers de Mauni et 
dist : « Messire Jehan^ messire Jehan^ nous savons 
partie de l'intention nostre signeur le roy d'Engle- 
terre, car il le nous a dit. Saciés que ce n'est mies 

80 se entente que vous en peuissiés aler ensi que vous 
avés ci dit ; ains est sa volenté que vous vos metés 
tous en se pure volenté , ou pour rançonner ehîaus 



[t347] LITBB PREMIER, $ 311. W 

qu'U li jABin, ou.pour &ire morir; car cil de Calais li 
ont tant &it de contraires et de despis^ le sien fait 
despendre et grant fiiison de ses gens [fidt ^] morir : 
dont^ se il l'en poise^ ce n'est mies merveilles. » 

Adonc respondi messires Jehans de Yiane et dist : 5 
« Ce seroit trop dure cose pour nous, se nous con- 
sentions ce que vous dittes. Nous sommes un petit 
de chevaliers et d'escuiers qui loyaument à nostre 
pooir avons servi nostre signeur^ ensi cqmme vous 
fériés le vostre^ en samblant cas ; et en avons enduré 10 
mainte painne et tamainte mesaise. Mais ançois en 
soufferions nous tèle mesaise que onques gens n'en* 
durèrent ne souffirirent la parelle^ que nous consen<> 
tissions, que li plus petis garçons ou variés de le ville 
eoist aultre mal que li plus grans de nous. Mais nous 15 
vous prions que vous voelliés aler par vostre humi- • 
lité devers le roy d'Ëngleterre , et li priiés que il ait 
pité de nous : si ferés courtoisie , car nous espérons 
en lui tant de gentillèce que il ara merci de nous. » 
— « Par ma foy, respondi messires Gantiers, mefr- so 
sire Jehan, je le ferai volentiers. Et vorroie^ se Diex 
me vaille, qu'il m'en vosist croire mes : vous en 
vaoniés tout mieulz. » 

Lors se départirent U sires de Mauni et li sires de 
Basset^ et hdssièrent monsigaeur Jehan de Viane 85 
apoiant as murs, car tantost dévoient retourner; et 
s'en vinrent dévers le roy d'Ëngleterre qui les atten* 
doit à l'entrée de son hostel et avoit grant désir d'oiir 
noa:veUes de chiaus de Calais. Dalés lui estoient li 

1. Ms. B3, f^I58^. — Mm B 1,4, i^aS^o: «faire. » Hmtfms9 



86 GHEONIQUBS I» J. FROISSART. [i347] 

contes Derbi^ li contes de Norhantonne^ li contes 
d*Arondiel et pluiseur hault baron d'Engleterre. Mes- 
sires Gantiers de Mauni et li sires de Basset enclinè- 
rent le roy, et puis se traisent devers lui. Li sires de 
5 Mauni, qui sagement estoit enlangagiés, commença à 
parler, car li rois souverainnement le volt oïr, et dlst : 
c Mon signeur^ nous venons de Calais et avons trouvé 
le chapitainne, monsigneur Jehan de Yiane, qui lon- 
gement a parlé à nous. Et me samble que ilz et si 

10 compagnon et li communaultés de Calais sont en 
grant volenté de vous rendre la ville et le chastiel de 
Calais et tout ce qui dedens est^ mes que leurs c(Nrps 
singulerement il en peuissent mettre hors. » 

Dont respondi li rois : « Messire Gautier, vous sa^- 

15 vés la grigneur partie en ce cas de nostre entente : 
quel cose^ en avés vous respondu? » — « En nom 
Dieu^ monsigneur, dist messires Gantiers^ que vous 
n'en fériés riens^ se il ne se rendoient simplement à 
vostre volenté, pour vivre et pour morir, se il vous 

so plaist. Et quant je leur ay ce remoustré^ messires 
Jehans de Viane me respondi et cogneut bien qu'il 
sont moult constraint et astraint de Êunine ; mais, 
ançois que il entrassent en ce parti, il se venderoient 
si chier que onques gens fisent. « Dont respondi li 

S5 rois et dist : « Messire Gautier^ je n'ai mies espoir 
ne volenté endont que j*en face aultre cose. » Lors 
se retrest avant li gentilz sires de Mauni et parla 
moult sagement au roy, et dist pour aidier chiaus de 
Calais : « Monsigneur^ vous poriés bien avoir tcurt, 

30 car vous nous donnés mauvais exemple. Se vous nous 
voliiés envoiier en aucunes de vos forterèces, nous 
n'irions mies si volentiers^ se vous faites ces gens 



[1347] UYRB FRElflER, $ 8it. 57 

mettre à mort, ensi que vous dittes^ car ensi feroit 
on de nous en samblant cas. » 

Cilz exemples amolia grandement le corage dou 
roy d'Engleterre^ car li plus des barons qui là estoient 
l'aidièrent à soustenir. Dont dist li rois : « Signeur^ je 5 
ne Yoeil mies estre tous seulz contre vous tous, Gau- 
tier^ vous en irés à chiaus de Calais, et dires au cha- 
pitainne, monsigneur Jehan de Viane, que vous avés 
tant travilliet pour yaus^ et ossi ont tout mi baron , 
que je me sui acordés à grant dur à ce que la plus lo 
grant grasce qu'il poront trouver ne avoir en moy, 
c'est que il se partent de le ville de Calais six des 
plus notables bourgois, en purs^ les chiés et tous des- 
chaus^ les hars ou col^ les clés de le ville et dou 
chastiel en leurs mains. Et de chiaus je ferai ma 15 
volenté^ et le demorant je prenderai à merci. » — . 
« Monsigneur^ respondi messires Gantiers, je le ferai 
volentiers. )i 

§ 312. A ces parlers se départi li gentilz sires de 
Mauni , et retourna jusques à Calais là où messires 30 
Jehans de Yiane l'attendoit; se li recorda toutes les 
paroles devant dittes^ ensi que vous les avés oyes. 
Et dist bien que c'estoit tout ce que il en avoit 
pout impetrer. « Messire Gautier^ dist messires Je- 
hans^ je vous en croi bien. Or vous prie je que vous 25 
Toelliés ci tant demorer que j'aie remoustré tout cel 
afaire à le communaulté de le ville^ car il m'ont chi 
envoiiet, et à yaus en tient^ ce m'est avis^ dou res- 
pondre. » Respondi li sires de Mauni : « Je le ferai 
volentiers. » 30 

Lors se parti des crestiaus messires Jehans de Viane, 



58 CHRONIQUES DB J. FROISSART. [1847] 

et vint ou marchié, et fist sonner la cloche pour as- 
sambler toutes manières de gens en le haie. Au son 
de le cloche vinrent il tout^ hommes et femmes, 
car moult desiroient à oïr nouvelles, ensi que gens 
5 si astrains de famine que plus n'en pooient porter. 
Quant il furent tout venu et assamblé en le place, 
hommes et femmes, messires Jehans de Yiane leur 
remoustra moult doucement les paroles toutes tèles 
que chi devant sont recitées, et leur dist bien que 

10 aultrement ne pooit estre, et euissent sur ce avis et 
brief response. Quant il oïrent ce raport, il com- 
mencièrent tout à criier et à plorer telement et si 
amèrement qu'il ne fust nulz si durs coers ou 
monde, se il les veist et oïst yaus démener, qui 

15 n'en euist pité, et n'eurent en l'eure pooir de res- 
pondre ne de parler. Et mesmement messires Jehans 
de Yiane en avoit tel pité que il en larmioit moult 
tenrement. 

Une espasse apriès, se leva en pies li plus riches 

30 bourgois de le ville , que on clamoit sire Ustasse de 
Saint Pière, et dist devant tous ensi : « Signeur, grans 
pités et grans meschiés seroit de laissier morir un 
tel peuple que ci a, par famine ou autrement, quant 
on y poet trouver aucun moiien. Et si seroit grant 

35 aumosne et grant grasce à Nostre Signeur qui de tel 
meschief les poroit garder. Je, endroit de moy, ay si 
grant espérance d'avoir grasce et pardon envers 
Nostre Signeur, se je muir pour ce peuple sauver, 
que je voeil estre li premiers. Et me metterai volen- 

30 tiers en pur ma chemise , à nu chief et à nus piés^ 
le hart ou col, en le merci dou gentil roy d'Engle- 
terre. » 



[iS47] . UVBB PREMIER, S ^i^- 

Quant sires Ustasses de Saint Pière eut dit œste 
parole^ oescuns l'ala aourer de pité, et pluiseurs 
hommes et femmes se jettoient à ses pies tenrement 
plorant : c'estoit grans pités dou là estre, yaus otr et 
regarder. 5 

Secondement, uns aultres très honnestes boui^ois 
et de grant afaire, et qui avoit deux belles damoi- 
selles à fiUes^ se leva et dist tout ensi^ et qu'il feroit 
compagnie à son compère sire Ustasse de Saint Pière; 
on appelloit cesti^ sire Jehan d'Aire. 10 

Apriès se leva li tiers^ qui s'appelloit sire Jakemes 
de Wissant^ qui estoit riches homs de meuble et 
d'iretage^ et dist que il feroit à ses deux cousins com- 
pagnie. Ensi fîst sire Pières de Wissant ses frères, et 
puis li cinquimez et li siximez. Et se desvestirent là 15 
cil six bourgois tout nu^ en pur leur braies et leurs 
chemises, en le haie de Calais^ et misent hars en leurs 
colz^ ensi que ordenance se portoit. Et prisent les clés 
de le ville de Calais et dou chastiel; cescuns des six 
en tenoit une puignie. SO 

' Quant il fiirent ensi apparilliet^ messires Jehans de 
Viane^ montés sus une petite haghenée, car à grant 
Bpuilaise pooit il aler à piet^ se mist devant et prist le 
chemin de le porte. Qui donc veist hommes^ les 
femmes et en&ns de chiaus plorer et tordre leurs S5 
mains et criier à haulte vois très amèrement^ il n'est 
si durs coers ou monde qui n'en euist pUé. Ensi 
vinrent il jusques à le porte, convoiiet en plaiûs^ en 
cris et en plours. Messires Jehans de Yiane fîst .ou- 
vrir le porte toute arrière, et se fîst enclore dehors 30 
avoecques les six bourgois, entre le porte et les bar- 
rières; et vint à monsigneur Gautier qui là l'atten- 



60 CHRONIQUES DB J. FROISSART. [1347] 

doit, et li dist : « Messire Gautier^ je vous délivre, 
comme chapitains de Calais, par le consentement 
dou povre peuple de celi ville, ces six bourgois. Et 
vous jur que ce sont au jour d'ui et estoient li plus 
5 honnourable et notable de corps^ de chevance et 
d'ancisserie de le ville de Calais ; et portent avoech 
yaus toutes les clés de le dit te ville et dou chastiei. 
Si vous pri^ gentilz sires^ que vous voelliés priier 
pour yaus au gentil roy d'Engleterre pour ces bon- 

10 nés gens qu'il ne soient mies mort. » — a Je ne sçai, 
respondi li sires de Mauni^ que messires li rois en 
vorra faire^ mais je vous ay en couvent que j'en ferai 
mon devoir. » 

Adonc fîi la barrière ouverte. Si s'en alèrent li six 

15 bourgois, en cel estât que je vous di, avoech monsi* 
gneur Gautier de Mauni qui les amena tout bellement 
devers le palais dou roy^ et messires Jehans de Yiane 
rentra en le ville de Calais. 

Li rois estoit à celle heure en sa cambre , à grant 

so compagnie de contes^ de barons et de chevaliers. Si 
entendi que cil de Calais venoient en l'arroy que il 
avoit deviset et ordonnet; si se mist hors et s'en 
vint en la place devant son hostel, et tout cil signeur 
après lui et encores grant fuison qui y aourvinrent , 

S5 pour veoir chiaus de Calais ne comment il fineroient. 
Et meismement la royne d'Engleterre^ qui moult 
enchainte estoit^ sievi le roy son signeur. Evous venu 
monsigneur Gautier de Mauni et les bourgois dalés 
lui qui le sie voient^ et descendi en la place^ et puis 

30 s'en vint devers le roy et li dist : « Monsigneur^ veci 
le représentation de le ville de Calais^ à vostre orde- 
nance. » Li rois se taiai tous quois et regatrda moult 



[1347] LIVRE PREBUKR» S 3^<- ^i 

fellement sur chiaus; car moult haoit les habitans de 
Calais, pour les grans damages et contraires que dou 
temps passet sus mer li avoient fais. 

Cil six bourgois se misent tantost en genoulz par 
devant le roy, et disent ensi en joindant leurs mains : 5 
c Gentilz sires et gentilz rois , ves nous chi six y qui 
avons esté d'ancisserie bourgois de Calais et grans 
mareeans. Si vous aportons les clés de le ville et dou 
chastiel de Calais, et les vous rendons à vostre plai- 
sir^ et nous mettons en tel point que vous nous veés, lo 
en vostre pure volenté, pour sauver le demorant dou 
peuple de Calais; si voelliés avoir de nous pité et 
merci par vostre très haute noblèce. » Certes il n'i 
eut adonc en le place signeur, chevalier ne vaillant 
homme , qui se peuist abstenir de plorer de droite 15 
pité, ne qui peuist en grant pièce parler. Li rois re- 
garda sus yaus très ireusement^ car il avoit le coer si 
dur et si espris de grant courons que il ne peut par- 
ler; et quant il parla^ il commanda que on leur co- 
past les tiestes tantost. Tout li baron et li chevalier 90 
qui là estoient, en plorant prioient si aoertes que faire 
le pooient au roy qu'il en vosist avoir pité, merci ; 
mais il n'i voloit entendre. 

Adonc parla messires Gantiers de Mauni et dist : 
ff Ha ! gentilz sires , voelliés rafrener vostre corage. S5 
Vous avés le nom et le renommée de souveràinne 
gentillèce et noblèce. Or ne voelliés donc faire cose 
par quoi elle soit noient amenrie, ne que on puist 
parler sur vous en nulle manière villainne. Se vous 
n'avés pité de ces gens , toutes aultres gens diront 30 
que ce sera grant cruaultés, se vous &ites morir ces 
honnestes bourgois, qui de lor propre volenté se 



«f CHRONIQUES DE J. FEOISSART. [1347} 

sont mis en vostre merci pour les aultres sauver. » 
A ce point se grigna li rois et dist : « Messire Gau- 
tier^ souffres vous^ il ne sera^aultrement^ mes on 
face venir le cope teste. Chil de Calais ont fait morir 

5 tant de mes hommes , que il convient chiaus morir 
ossi. » 

Adonc fist la noble royne d'Engleterre grant hu- 
milité^ qui estoit durement enchainte, et ploroit si ten- 
rement de pité que on ne le pooit soustenir. Elle se 

10 jetta en jenoulz par devant le roy son signeur et dist 
ensi : « Ha I gentilz sires, puis que je apassai le mer 
par deçà en grant péril ^ si com vous savés, je ne 
vous ay riens rouvet ne don demandet. Or vous prî 
jou humlement et requier en propre don que^ pour 

15 le fil sainte Marie et pour l'amour de mi, vous voel« 
liés avoir de ces six hommes merci. » 

Li rois attendi un petit de parler et regarda la 
bonne dame sa femme, qui moult estoit enchainte et 
ploroit devant lui en jenoulz moult tenrement. Se li 

20 amolia li coers^ car envis Teuist couroucie ens ou 
point là où elle estoit ; si dist : « Ha I dame^ je amaisse 
mieulz que vous fîiissiés d'autre part que ci. Vous me 
priiés si acertes que je ne le vous ose escondire ; et 
comment que je le face envis, tenés, je les vous 

25 donne : si en faites vostre plaisir. » La bonne dame 
dist : « Monsigneur, très grans mercis. » 

Lors se leva la royne et fist lever les six bourgois, 
et leur fist oster les chevestres d'entours les colz, et 
les amena avoecques lui en sa cambre, et les fist re- 

30 vestir et donner à disner tout aise ; et puis donna à 
çascun six nobles, et les fist conduire hors de Tost à 
sauveté. 



[i347] LIVRE PREMIER, S ^^^* 03 

§ 31 3. Ensi ta la forte ville de Calais assise par le 
roy Edowart d'Engleterre , Fan de grasce mil trois 
cens quarante six , environ le Saint Jehan deeolasse y 
ou mois d'aoust^ et fu conquise Fan de grasce mil 
trois cens quarante sept, en ce meismes mois. 5 

Quant li rois d'Ëngleterre eut fait sa volenté des six 
bourgois de Calais^ et il les eut donnés à la royne sa 
femme^ il appella monsigneur Gautier de Mauni et ses 
deux mareschaus, le conte de Warvich et le baron de 
Stanforty et leur dist : « Signeur, prendés ces clés de 10 
le ville et dou chastiel de Calais : si en aies prendre le 
saisine et le possession. Et prendés tous les cheva- 
liers qui laiens sont et les metés en prison, ou faites 
leur jurer et fiancier prison; ils sont gentil homme : 
je les recrerai bien sus leurs fois. Et tous aultres sau- l& 
doiiers , qui sont là venu pour gaegnier leur argent, 
faites les partir simplement^ et tout le demorant de 
le ville^ honunes et femmes et en£sins^ car je voeil la 
ville repeupler de purs Englès. » 

Tout ensi [fu fait ^] que li rois commanda et que so 
vous poés oïr. Li doi mareschal d'Engleterre et li sires 
de Mauni^ à cent hommes tant seulement^ s'en vin- 
rent prendre le saisine de Calais; et fisent aler eus 
es portes tenir prison monsigneur Jehan de Viane j 
monsigneur Ernoul d'Audrehen^ monsigneur Jehan S5 
de Surie, monsigneur Bauduin de Belleboume et les 
aultres. Et fisent li mareschal d'Engleterre aporter les 
saudoiiers toutes armeures et jetter en un mont en 
le halle de Calais. Et puis fisent toutes manières de 
gens^ petis et grans, partir; et ne retinrent que trois 80 

1. Mm. B, 4, 3, f> 141. — Ab. B 1, t. Il, f^ 28 (lacune). 



64 CHRONIQUES DR J. FROISSART. [1347] 

hommes^ un prestre et deux aultres aneiiens hommes^ 
bons coustumiers des lois et ordenances de Calais, 
et fu pour rensegnier les hiretages. Quant il eurent 
tout ce fait et le chastiel ordonné pour logier le roy 

5 et la royne, et tout li aultre hostel furent widié et 
appareillié pour rechevoir les gens dou roy , on le 
segnefia au roy. Adonc monta il à chevaly et fîst mon- 
ter la royne et les barons et chevaliers, et chevau- 
cièrent à grant glore devers Calais; et entrèrent en 

10 le ville à si grant fuison de menestraudies, de trompes, 
de tabours et de muses, que ce seroit merveilles à 
recorder. Et chevauça ensi li rois jusques au chastiel, 
et le trouva bien paré et bien ordonné pour lui rece- 
voir et le disner tout prest. Si donna li dis [rois ^], ce 

15 premier jour que il entra en Calais, à disner ens ou 
chastiel les contes, les barons et les chevaliers qui là 
estoient , et la royne j les dames et les damoiselles , 
qui au siège estoient et qui le mer avoient passet 
avoecques li ; et y furent en grant solas, ce poet on 

20 bien croire. 

Ensi se porta li ordenance de Calais. Et se tint li 
rois ou chastiel et en le ville tant que la royne fu re- 
levée d'une fille, qui eut nom Margherite; et donna à 
aucuns de ses chevahers, ce terme pendant, biaus 

S5 hostelz en le ville de Calais, au signeUr de Mauni, au 
baron de Stanfort, au signeur de Gobehen, à mon- 
signeur Bietremieu de Brues , et ensi à tous les aul- 
tres, pour mieulz repeupler la ville. Et estoit se inten- 
tion, lui retourné en Engleterre, que il envoieroit là 

80 trente six riches bourgois, leurs femmes et leurs en- 

1. Bfi. B 4, ^ 141. ~ Ml. B 1, t. n, f> 2S(koime). 



[1347] LIVRE PREMIER, $ 314. 65 

fensy demorer de tous poins en le ville de Calais. Et 
par especial il y aroit douze boui^ois, riches hommes 
et notables de Londres; et feroit tant que la ditte ville 
seroit toute repeuplée de purs Englès : laquèle inten- 
tion il accompli. Si fu la noeve ville et la bastide^ 5 
qui devant Calais estoit faite pour tenir le siège^ toute 
deffîiite^ et li chastiaus qui estoit sur le havene aba- 
tus, et li gros mairiens amenés à (Valais. Si ordena 
li rois gens pour entendre as portes^ as murs, as tours 
et as barrières de le ville. Et tout ce qui estoit brisiet lo 
€tt romput y on le iîst rappareillier : si ne fu mies si 
tost fait. Et furent envoiiet en EngleterrCi ains le dé- 
partement dou roy, messires Jehans de Yiane et si 
compagnon ; et furent environ demi an à Londres, et 
puis mis à raençon. 15 

§ 314. Or me samble que c'est grans a[n]uis* de 
piteusement penser et ossi considérer que cil grant 
bourgois et ces nobles bourgoises et leurs biaus en- 
fans , qui d'estoch et d'estration avoient demoret, et 
leur ancisseur, en le ville de Calais, devinrent : des 20 
quelz il y avoit grant fuison au jour que elle fu con- 
quise. Ce fu grans pités, quant il leur convint guerpir 
leurs biaus hostelz et leurs avoirs, car riens n'en por- 
tèrent; et si n'en eurent oncques restorier ne recou- 
vrier dou roy de France , pour qui il avoient tout 25 
perdu. Je me passerai d'yaus briefînent : il fisent au 
mieulz qu'il peurent ; mes la grignour partie se trai- 
sent en le bonne ville de Saint Qmer. 



1. Mf. B 4 : f Or m'est adris cpie c'est grans anis. » F<> 141 ^ — 
Bfs. B 3 : « Or m'est il adris qae. • F» 160 vo. 

IV — 5 



66 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] 

Eaoores se tenoit li rois d'Engleterre à Calais pour 
entendre le plus parfailement as besongnes de le 
ville^ et li rois Phelippes en le cité d'Amiens. Si estoit 
dalés lui li cardinaulz Guis de Boulongne^ qui venus 

5 estoit en France en légation : par laquel promotion 
il pourcaça une triewe à durer deus ans. Et fu ceste 
triewe acordée de toutes parties; niais on excepta 
hors la terre et ducé de Bretagne^ car là tenoient et 
tinrent toutdis les deus dames guerre Tune contre 

10 l'autre. 

Si s'en retournèrent li rois d'Engleterre, la royne 
et leur enfant en Engleterre. Et laissa li dis rois ^ à 
son département de Calais, à chapitainne un Lombart 
que moult amoit et lequel il avoit avanciet, qui s'ap- 

15 pelloit Aymeri de Pavie; et li recarga en garde toute 

la ville et le chastiel, dont il Ven deubt estre priés 

mescheu, ensi que vous orés recorder temprement. 

Quant li rois d'Engleterre fu retournés à Londres, 

il mist grant entente de repeupler le ville de Calais 

20 et y envoia trente six riches bourgois et sages hom- 
mes, leurs femmes et leurs enfans, et plus de quatre 
cens aultres hommes de mendre estât. Et toutdis 
croissoit li nombres, car li rois y donna et seela li- 
bertés et franchises si grandes que cescuns y vint 

S5 volentiers. 

En ce temps fii amenés en Engleterre messires 
Charles de Blois, qui s'appelloit dus de Bretagne, qui 
avoit esté pris devant le Roce Deurient, ensi que chi 
dessus est contenu; si fu mis en courtoise prison 

30 ens ou chastiel de Londres , avoecques le roy David 
d'Escoce et le conte de Mouret. Mes il n'i eut point 
esté longement quant, à la priière madame la royne 



[1348] UYRE PREBOER, S 3^^- ^ 

d'Engleterre ^ qui estoit sa cousine germainne, il fii 
recreus sus sa foy. Et chevauçoit à sa volenté au tour 
de Londres ; mes il ne pooit jesir que une nuit de- 
hors^ se il n'estoit en le compagnie dou roy d'Engle- 
terre et de la royne. 5 

En ce temps estoit prisonniers en Engleterre li 
contes d'Eu et de Ghines , mes il estoit si friches et 
si joli chevaliers , et si bien li avenoit à faire quan- 
qu'il Êdsoit , que il estoit partout li bien venus dou 
roy, de la royne^ des dames et des damoiselles d'En- lo 
gleterre. 

§ 315. Toute celle anée que celle triewe fîi acor- 
dée que vous avés oy, se tinrent li doy roy à pais li 
uns contre l'autre. Mes pour ce ne demora mies que 
messires Guillaumes Douglas^ cilz vaiUans chevaliers 15 
d*Escoce f et li Escoçois qui se tenoient en le forest 
de Gedours^ ne guerriassent toutdis les Englès par 
tout là où il les pooient trouver, quoique li rois d'Es- 
coce leurs sires fust pris. Et ne tinrent onques 
triewes que li rois d'Engleterre et li rois de France 20 
euissent ensamble. 

D'autre part ossi^ cil qui estoient en Gascongne, 
en Poito et en Saintonge ^ Gant des François comme 
des Englès^ ne tinrent onques fermement triewe ne 
respit qui fust ordenée entre les deux rois; ains 25 
gaegnoient et conqueroient villes et fors chastiaus 
souvent li uns sus l'autre^ par force ou par pourcas, 
par embler ou par eschieller de nuit ou de jour. Et 
leur avenoient souvent des belles aventures^ une fois 
as Englès^ l'autre fois as François. Et toutdis gae- 30 
gnoient povre brigant à desrober et pillier les villes 



M CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1348] 

et les ohastiaus^ et y conqueroient si grant avoir que 
c'estoit merveilles. Et en devenoient li aueun si 
riehe^ qui se faisoient maistre et chapitain des aul- 
très brigans^ que il en y avoit de telz qui avoient 
5 bien le finance de quarante mil escus. Au voir dire 
et raconter, c'estoit grans merveilles de ce qu'il fid- 
soient. Il espioient, tèle fois estoit et bien souvent^ 
une bonne ville ou un bon chastiel^ une journée ou 
deux loing. Et puis si s'assambloient vingt brigant ou 

10 trente , et en aloient , par voies couvertes , tant de 
nuit que de jour qu'il entroient en« celle ville ou ce 
chastiel que espiiet avoient , droit sus le point dou 
jour, et boutoient le feu en une maison. Et cil de le 
ville cuidoient que ce fuissent mil armeures de fier^ 

15 qui volsissent ardoir leur ville; si en fuioient que 
mieulz mieulz. Et cil brigant brisoient maisons, cof- 
fres et escrins, et prendoient quanqu'il trouvoient; 
puis en aloient leur chemin , tout cargiet de pillage. 
Ensi fisent il à Donsonak et en pluiseurs aultres 

20 villes; et gaagnièrent ensi pluiseurs chastiaus, et puis 
les revendirent. 

* 

Entre les aultres, eut un brigant en le marce de le 
langue d'ok , qui en tel manière avisa et espia le fort 
chastiel de Ck>mbourne, qui siet en Limozin, en très 

35 fort pays durement. Si chevauça de nuit avoecques 
trente de ses compagnons, et vinrent à ce fort chas- 
tiel, et l'eschiellèrent et le gaegnièrent, et prisent ens 
le signeur que on appelloit le visconte de Corn- 
boume. Et occirent toutes les mesnies de laiens , et 

30 misent en prison le signeur en son chastiel meismes; 
et le tinrent si longement qu'il se rançonna à vingt 
quatre mil escus tous appareilliés. Et enoores détint 



[I3i8] LIVRE PRSMIER, $ 316. 69 

li dis brigans le dit chastiel et le garni bien , et en 
gaerria le pays. Et depuis, pour ses proèces, li rois de 
France le volt avoir dalés lui , et achata son chastiel 
vingt mil escus ; et fu huissiers d'armes au roy de 
France, et en grant honneur dalés le roy. Et estoit 5 
appelles cilz brigans Bacons, et estoit toutdis bien 
montés de [biaux courssiers*], de doubles ronchis et 
de gros palefrois , et ossi armés ensi c'uns contes et 
vestLs très ricement, et demora en cel bon estât tant 
qu'il vesqui. 10 

§ 31 6. En tèle manière se maintenoit on ou ducée' 
de Bretagne , car si fait brigant conqueroient et gae- 
gnoient villes fortes et bons chastiaus, et les roboient 
ou tenoient, et puis les revendoient à chiaus dou 
pays bien et chier. Si en devenoient li aucun, qui se 15 
&isoient mestre deseure tous les aultres , si rice que 
c'estoU merveilles. 

Et en y eut un entre les aultres, que on damoit 
Crokart, qui avoit esté en son commencement uns 
povres garçons, et lonc temps pages au signeur d'Er- 20 
de en Hollandes. Quant cilz Crokars commença à 
devenir grans, il eut congiet; si s'en ala eus es 
guerres de Bretagne et se mist au servir un homme 
d'armes; si se porta si bien que, à un rencontre où 
il furent, ses mestres fu tués. Mes par le vasselage de 25 
lui, li compagnon le eslisirent à estre chapitainne ou 
liu de son mestre, et y demora. Depuis, en bien peu 
de temps, il gaegna tant et acquist et pourfîta par 

1. Mm. B 4i, 8, f» 142. — Ms. B 1, t. II, f> 29 t« (lacune). 

2. Mt. B 4 : c ducyaume. » F* 142. — Ma. B 3 : « dnchi^. » 
F«16lT« • 



70 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1349] 

raençons^ par prises de villes et de chastiaus^ que il 
devint si riches que on disoit que il avoit bien le fin 
de soissante mil escus^ sans ses chevaus, dont il 
avoit bien sus son estable vingt ou trente bons cour- 

5 siers et doubles roncins. Et avoech ce il avoit le nom 
de estre li plus apers homs d'armes qui fust ens ou 
pays. Et fu esleus pour estre à le bataille des Trente ; 
et fil tous li mieudres de son costé, de le partie des 
Englès^ où il acquist grant grasce. Et li fu prommis^ 

10 dou roy de France que, se il voloit devenir françois, 
li rois le feroit chevalier et le marieroit bien et rice- 
ment , et li donroit deus mil livres de revenue par 
an^ mes il n'en volt riens faire. Et depuis li meschei 
îlj ensi comme je vous dirai. 

15 Chilz Crokars chevauçoit une fois un jone coursier 
fort enbridé j que il avoit acaté trois cens escus , et 
l'esprouvoit au courir. Si Fescaufa telement que li 
coursiers , oultre sa volenté , l'emporta : si ques , au 
sallir un fosset, li coursiers trébucha et rompi son 

SO mestre le col. Je ne sçai que ses avoirs devint, ne qui 
eut l'ame; mes je sçai bien que Crokars fina ensi. 

§ 31 7. En ce temps se tenoit en le ville de Saint 
Omer cilz vaillans chevaliers messires Joffrois de Char- 
gni. Et l'avoit li rois [de France^] là envoiiet pour gar- 
35 der les frontières; et y estoit et usoit de toutes coses 
touchans as armes^ comme rois. Cilz messires Jofirois 
estoit en coer trop durement courouciés de le prise 
et dou conques de Calais; et l'en desplaisoit^ par 
samblanty plus c'a nul aultre chevalier de Pikardie. 

1. Bfii. B 4, 3, f> U2 to. — Ms. B 1, t. n, f> 30 (laonne). 



[4349] LIVRE PREMIER, $ 317. 7i 

Si metoit toutes ses ententes et imaginations au re- 
garder comment il le peuist ravoir. Et sentoit pour 
ce temps un capitainne en Calais , qui n'estoit mies 
trop haus homs ne de l'estration d'Ëngleterre. 

Si s'avisa li dis mesires Jofïrois que il feroit assaiier 5 
au dit chapitainne, qui s'appelloit Aymeris de Pavie; 
se pour argent il poroit marchander à lui^ par quoi 
il reuist en se baillie la ditte ville de Calais. Et s'i 
enclina, pour tant que cilz Aymeris estoit Lombars^ 
et Lombart sont de leur nature convoiteus. Onques lo 
de ceste imagination li dis messires Joffrois ne peut 
issir ; mes procéda sus et envoia secrètement et cou- 
vertement trettier devers cel Aymeri, car pour ce 
temps triewes estoient. Si pooient bien cil de Saint 
Omer aler à Calais^ et cil de Calais à Saint Omer ; et i^ 
y aloient les gens de Tun à l'autre faire leurs mar 
chandises. Tant fu trettiet^ parlé, et li afiaires déme- 
nés secrètement que cilz Aymeris s'enclina à ce mar- 
chiet; et dist que, parmi vingt mil escus qu'il devoit 
avoir au livrer le chastiel de Calais dont il estoit SO 
chastelains^ il le renderoit. [Et se tint li dis messires 
Jofirois de Cargni pour tous asseurs de ce marchiet']. 

Or avint ensi que li rois d'Ëngleterre le sceut, je 
ne sçai mies comment ne par quèle condition ; mais 
il manda cel Aymeri qu'il venist à lui parler à Lon- 25 
dres. Li Lombars, qui jamais n'euist pensé que li 
rois d'Ëngleterre sceuist cel afaire, car trop secrète- 
ment l'avoient demenet , entra en une nef et arriva 
à Douvres , et vint à Londres à Wesmoustier devers 
le roy. 30 

* 1. Mm. B i^, 3, f> 142 ▼«. — Mi. B 1, t. O, 6> 30 to (lacune). 



71 GHROmQUES DE J. FROISSART. [1349] 

Quant li rois vei son Lombart y il le tmist d'une 
part et dist: aAymeri, vîen avant. Tu scès que je 
t'ay donnet en garde la riens ou monde que plus 
ayme apriès ma femme et mes enfans^ le chastiel et 
5 le ville de Calais; et tu l'as vendu as François et me 
voelz trahir : tu as bien desservi mort. » Aymeris fu 
tous esbahis des paroles dou roy^ car il se sentoit 
fourfais; si se getta en genoulz devant le roy et dist, 
en priant merci à mains jointes : « Ha 1 gentilz sires^ 

10 pour Dieu merei^ il est bien voirs ce que vous dittes. 
Mes encores se poet bien li marchiés tous desrompre^ 
car je n'en receu onques denier. » 

Li gentilz rois d'Ëngleterre eut pité dou liOmbart, 
que moult avoit amet, car il l'avoit nouri d'enfance; 

15 si dist : a Aymeri, se tu voes faire ce que je te dirai , 
je te pardonrai mon mautalent. » Aymeris^ qui gran- 
dement se reconforta de ceste parole, dist : « Mon- 
signeur, oil. Je ferai, quoique couster me doie, tout 
ce que vous me commanderés. » — « Je voeil, dist 

so li rois^ que tu poursieves ton marchiet; et je serai si 
fors en le ville de Calais, à le journée^ que li François 
ne l'aront mies, ensi qu'il cuident. Et pour toy aidier 
à escuser, se Diex me vaille^ j'en sçai pieur gré mes- 
sire Joffroy de Chargni que toy, qui en bonnes triewes 

25 a ce pourchaciet. » 

Aymeris de Pavie se leva atant de devant le roy^ 
qui en genoulz et en grant cremeur avoit esté; si 
dist : ce Chiers sires , voirement a ce est[é] par son 
pourcac, non par le mien, car jamais je n'i cuisse 

30 osé penser. » — k Or va, dist li rois, et fai la be* 
songne ensi com je t'ay dit; et le jour que tu deve- 
ras délivrer le chastiel, si le me segnefîe. » 



[1849] LIVRE PREIOER, S ^^^' 73 

En cel estai et sus le parole dou roy se départi 
Aymeris de Pavie^ et retourna arrière à Calais. Et ne 
fist nul samblant à ses compagnons de cose que il 
euist empensé à faire. Messire Jofirois de Chai^i^ 
qui se tenoit pour tous assegurés d'avoir le chastiel 5 
de Calais^ pourvei l'argent. Et oroy que il n'en parla 
onques au roy de France^ car li rois ne li euist jamàds 
oonsilliet à ce faire^ pour la cause des triewes qu'il 
euist enfraintes. Mes li dis messires Jofirois de Char- 
gni s'en descouvri bien secreteoient à aucuns cheva- 10 
Uers de Pikardie, qui [tous *] furent de son acort^ car la 
prise de Calais lor touchoit trop malement^ et à telz 
que monsigneur de Fiennes^ à monsigneur Ustasse de 
Ribeumont, à monsigneur Jehan de Landas, au si- 
gneur deKreki^ à monsigneur Pépin de Were^ à monsi- 15 
gneur Henri dou Bos et à pluiseurs [aultres ']. Et avoit 
sa cose si bien apparillie que il devoit avoir cinq cens 
lances; mes la grigneur partie de ces gens d'armes ne 
savoient où il les voloit mener^ fors tant seulement 
aucun grant baron et bon chevalier, as quelz il en 30 
touchoit bien dou savoir. Si fu ceste cose si approcie 
que, droitement le nuit de Tan, la cose fu arrestée de 
estre faite. Et devoit li dis Aymeris délivrer le chas- 
tiel de Calais en celle nuit par nuit. Si le segnefîa li 
dis Aymeris , par un sien frère , ensi au roy d*Engle- 25 
terre. 

§ 318. Quant li rois sceutces nouvelles et le cer- 
tainneté dou jour qui arrestës y estoit^ si manda 



1. Mas. B 4, 3, f> 143. — fifs. B 1, t. U, P> 31 (lacune). 
3. Mm. B 4, 3. — Mt. B 1 (lacime), 



74 CHRONIQUES DE J. FBOISSART. [1349] 

monsigneur Gautier de Mauni, en qui il avoit grant 
fiance, et pluiseurs aultres chevaliers et escuiers^ pour 
mieulz furnir son fait. Quant messires Gantiers fîi 
venus^ il li compta pour quoy il l'avoit mandé^ et 
5 que il [le *] voloit mener avoecques lui à Calais. Mes- 
sires Gantiers s'i acorda legierement. 

Si se départi li rois d'Engleterre , à trois cens 
hommes d'armes et six cens arciers, de le cité de Lon- 
dres y et s'en vint à Douvres j et emmena son fil le 

10 jone prince avoecques lui. Si montèrent li dis rois 
et ses gens au port de Douvres, et vinrent sus une 
avesprée à Calais; et s'i embuschièrent si quoiement 
que nuls n'en sceut riens pour quoi il estoient là 
venu. Si se boutèrent les gens le roy ens ou chastiel, 

15 en tours et en cambres^ et li rois meismes. Et or- 
donna et dist ensi à monsigneur Gautier de Mauni : 
ce Messire Gautier^ je voeil que vous soiiés chiés de 
ceste besongne^ car moy et mes filz nous coml>ate- 
rons desous vostre banière. d Messires Gantiers res- 

30 pondi et dist : « Monsigneur^ Diex y ait part : si me 
ferés haulte honnour. » 

Or vou^ dirai de monsigneur JoflGroy de Chargni, 
qui ne mist mies en oubli l'eure que il devoit estre à 
Calais, mes fist son amas de gens d'armes et d'arba- 

25 lestriers en le ville de Saint Orner, et puis parti dou 
soir et cbevauoa avoech sa route , et fist tant que à 
priés de mienuit il vint assés priés de Calais. Si at- 
tendirent là li uns l'autre. Et envoia li dis messires 
Jofirois devant jusques au chastiel de Calais, deus de 

30 ses escuiers, pour parler au chastelain, et savoir se il 

1. BIis. B 4, 3, f* \kZ. — Ms. B 1 (lacnne). 



[1850] liVRE PREBflER, S 318. 75 

estoit heure^ et se il se trairoient ayant. Li escuier 
tout secrètement chevaucièrent oultre, et vinrent jus- 
ques au ohastiel, et trouvèrent Aymeri qui les atten* 
doit et qui parla à yaus^ et leur demanda où mes- 
sires Jofl&^ois estoit. U respondirent que il n'estoit 5 
point loing, mais il les avoit envoiiés là pour savoir 
se il estoit heure. Messires Aymeris li Lombars dist : 
a Oil^ aies devers lui, et se le faites traire avant : je 
li tenrai son couvent^ mes qu'il me tiegne le mien. » 
Li escuier retournèrent et disent tout ce qu'il avoient lo 
veu et trouvé. 

Adonc se trest avant messires Jofirois , et fist par 
ordenance passer toutes gens d'armes et les arbales- 
triers ossi^ dont il y avoit grant fuison ; et passèrent 
tout oultre le rivière et le pont de Nulais , et appro- 15 
cièrent Calais. £t envoia devant li dis messires Jof- 
firois douze de ses chevaliers et cent armeures de fer, 
pour prendre le saisine dou chastiel de Calais. Car 
bien li sambloit que, se il avoit le chastiel, il seroit 
sires de le ville , parmi ce que il estoit assés fors de 20 
gens; et encores sus un jour il en aroit assés, se il 
besongnoit. Et fist délivrer à monsigneur Oudart de 
Renti y quij estoit en celle chevaucie , les vingt mil 
escus , pour paiier à Aymeri. Et demora tous quois 
avoecques ses gens li dis messires Jofirois^ sa banière 25 
devant lui^ sus les camps, au dehors de le fille et dou 
chastiel. Et estoit sen entente que par la porte de le 
ville il enteroit en Calais : autrement n*i voloit il 
entrée. 

Aymeris de Pavie^ qui estoit tous sages de son fsdt^ 30 
avoit avalé le pont dou chastiel de le porte des camps; 
si mist ens tout paisieuvlement tous chiaus qui en- 



76 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1350] 

trer y vorrent. Quant il furent amont ou chastiel^ il 
cuidièrent que ce deuist estre tout leur. Adonc de- 
manda Aymeris à monsigneur Oudart de Reiiti où. li 
florin estoient. On li délivra tout prest en un sach ; 

5 et li fu dit : «c II y sont tout bien compté : comptés 
les^ se vous volés. » Aymeris respondi : u Je n'ay 
mies tant de loisir^ car il sera tantost jours. » Si prist 
le sach as florins et dist , en jettant en une cambre : 
a Je croy bien qu'il y soient » ; et puis recloy Fuis 

10 de la cambre. Et dist à monsigneur Oudart : « At- 
tendes moy et tout vo compagnon : je vous vois ou- 
vrir celle mestre tour^ par quoi vous serés plus asse- 
gur et signeur de ceens. » Et se traist celle part et 
tira le veriel oultre ; et tantost fu la porte de la tour 

15 ouverte. En celle tour estoit li rois d'Engleterre et ses 
filz et messires Gantiers de Mauni, et bien deus cens 
combatans qui tantost sallirent hors^ les espées et les 
haces en leurs mains^ en escriant : « Mauni, Mauni^ 
à la rescousse I » et en disant : « Guident donc cil 

20 François avoir reconquis^ et à si peu fait^ le chas- 
tiel et le ville de Galais ! » 

Quant li François veirent venir sus yaus ces Englès 
si soubdainement^ si furent tout esbahi, et veirent 
bien que deffense n'i valoit riens; si se rendirent 

25 pour prisonniers et à peu de fait; De ces premiers 
n'i eut gaires de bleciés; se les fist on entrer en 
celle tour dont li Englès estoient partie et là furent 
enfremé. De chiaus là furent li Englès tout asseguré. 
Quant il eurent ensi fait^ il se misent en ordenance , 

30 et partirent dou chastiel, et se recueillièrent en le 
place devant le chastiel. Et quant il furent tout en- 
samble^ il montèrent sus leurs chevaus^ car bien sça- 



[1350] LITRE PREMIER, $ 318. 17 

Toient qae li François avoient les leurs, et misent 
leurs arciers tout devant yaus, et se traisent en cel 
arroy devers le porte de Boulongne. Là estoit mes- 
sires Jofirois de Chargni, se banière devant lui, de 
geules à trois escuçons d'argent, et avoit grant désir 5 
d'entrer premiers en le ville. Et de ce que on ouvroit 
la porte si longhement, il en avoit grant merveille, 
car il volsist bien avoir plus tost fait; et disoit as 
chevaliers qui estoient dalés lui : a Que cil I^ombars 
le fait longe : il nous fait si morir de froit. p — « En 10 
nom Dieu, sire, ce respondi messires Pépins de 
Were, Lombart sont malicieuses gens : il regarde vos 
florins se il en y a nul faulz, et espoir ossi il y sont 
tout. » 

Ensi bourdoient et gengloient là li chevalier l'un à 15 
l'autre, mais il [oyrent^] tantost aultres nouvelles. 
Car evous le roy desous le banière le signeur de 
Mauni et son fil dalés lui, et ossi aultres banières 
dou conte de Stafort, dou conte d'Akesufforch , de 
monsigneur Jehan de Montagut, firère au conte de 30 
Sallebrin, dou signeur de Biaucamp, dou signeur 
de Bercler et dou signeur de le Ware. Tout cil ess 
toient baron et à banière, et plus n'en y eut à celle 
journée. Si fu tantost la grande porte ouverte arrière^ 
et issirent li dessus dit tout hors. 25 

Quant li François les veirent issir, et il oïrent 
escriier « Mauni, Mauni, à le rescousse I » si cogneu- 
rent bien qu'il estoient trahi. Là dist messires Jof- 
frois de Chargni une haute parole à monsigneur Us- 



1. lÎM. B J^, 3, F> Ikk, — Mf. B 1, t. n, f> 39 : t oront. i Hau^ûUê 



78 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1350] 

tasse de Ribeumont et à monsigneur Jehan de Lan- 
dasy qui n'estoient pas trop loing de li : « Signeur^ li 
fiiirs ne nous vault riens; et se nous fuions^ nous 
sommes perdu davantage. Mieus vault que nous* nos 
5 deffendons de bonne volenté contre chiaus qui vien- 
nent que^ en fuiant comme lasque et recréant^ nous 
soions pris et desconfi. Espoir sera la journée pour 
nous. » — « Par saint Jorge, respondirent li doi 
chevalier, sire, vous dittes voir, et mal dehait ait 

10 qui fuira I » 

Lors se recueillièrent tout cil compagnon et misent 
à piet, et cacièrent leurs chevaus en voies, car il les 
sentoient trop foulés. Quant li rois d^Engleterre les vei 
ensi faire, si fist arrester tout quoi la banière desous 

15 qui il estoit , et dist : a Je me vorrai ci adrecier et 
combatre : on face la plus grant partie de nos gens 
chevaucier avant viers le pont et le rivière de Nu- 
lais, car j'ay entendu que il en y a là grant fuison à 
piet et à cheval. » 

20 Tout ensi que li rois ordonna, il fti feit. Si se dé- 
partirent de se route jusques à six banières et trois 
cens arciers, et s'en vinrent vers le pont de Nulais 
que messires Moriaus de Fiennes et li sires de Cre-' 
sekes gardoient. Et estoient li arbalestrier de Saint 

25 Omer et d'Aire entre Calais et ce pont, liquel eurent 
ce premier rencontre. Et en y eut occis sus le place 
[que noiiés *] plus de six vingt , car il furent tantost 
desconfi et caciet jusques à le rivière. Il estoit encores 
moult matin, mes tantost fu jours. Si tinrent ce 

30 pont li chevalier de Pikardie, li sires de Fiennes et li 

1. Mm. B 4, 3, f> Ikk. ^ Ms. B 1, t. H, 1^ 33 to (lacune). 



[432(0] IITRE PREiilER, § 349. 79 

aiiltre^ un grant temps. Et là eut fait tamaintes grans 
apertises d'armes^ de l'un les et de lautre. Mes II dis 
messires Moriaus de Fiennes, li sires de Kresekes et 
li aultre chevalier qui là estoient^ veirent bien que 
en le fin il ne le poroient tenir; car li Ënglès crois- 5 
soient toutdis^ qui issoient hors de Calais^ et leurs 
gens amçnrissoient. Si montèrent sus leurs coursiers 
cil qui les avoient, et moustrèrent les talons^ et li 
Englès apriès en cace. 

Là eut à celle journée grant encauch et dur, et lo 
maint homme reversé ; et toutefois li bien monté le 
gaegnièrent. Et se sauvèrent li sires de Fiennes^ li sires 
de Cresekes^ li sires de Saintpi^ li sires de Loncvillers, 
li sires de M aunier et pluiseur aultre. Et si en y eut 
moult de pris par leur oultrage^ qui se fîiissent bien 15 
sauvet^ se il volsissent. Mes quant il fu haus jours^ et 
il peurent cognoistre l'un l'autre^ aucun chevalier et 
escuier se recueillièrent ensamble et se combatirent 
moult vaillamment as Englès, et tant qu'il en y eut 
des François qui en cace prisent des bons prison- so 
niers^ dont il eurent honneur et pourfit. 

§ 319. Nous parlerons dou roy d'Engleterre qui là 
estoit^ sans cognissance de ses ennemis^ desous le 
banière monsigneur Gautier de Mauni^ et compte- 
rons comment il persévéra ce jour. Tout à piet et 25 
de bonne ordenance, il se vint avoech ses gens re- 
querre ses ennemis qui se tenoient moult serré^ leurs 
lances retaillies de cinq pies par devant yaus. De 
premières venues, il y eut dur encontre et fort bou- 
teis. Et s'adreça li rois dessus monsigneur Ustasse de 30 
Ribeumont^ liquelz estoit moult ^ors chevaliers et 



80 CXmONIQUES DE J. FROISSART. [13S0] 

moult hardis et de grant emprise, et qui recueilli le 
roy moult chevalereusement^ non qu'il le cognuist» 
ne il ne savoit à qui il avoit à faire. Là se combati li 
rois à monsigneur Ustasse moult longement, et mes- 

5 sires Ustasses à lui^ et tant que il les faisoit moult 
plaisant veoir. Depuis^ tout en combatant, fu lor ba- 
taille rompue, car deux grosses routes des uns et des 
aultres vinrent celle part qui les départirent. 

Là eut grant estour et dur et bien combatu. Et y 

10 furent et François et Englès^ cescuns en son conve- 
nant, très bons chevaliers. Là eut fait pluiseurs grans 
apertises d'armes. Et ne s'i espai^a li rois d'Engle- 
terre noient^ mes estoit toutdis entre les plus drus ; 
et eut de le main ce jour le plus à faire à monsigneur 

15 Ustasse de Ribeumont. Là fu ses filz^ li joncs princes 
de Galles, très bons chevaliers. Et fîi li rois abatus 
en jenoulz, [si com je fuis infourmés^,] par deux fois, 
dou dessus dit monsigneur Ustasse; mes messires 
Gantiers de Mauni et messires Renaulz de Gobehen^ 

30 qui estoient dalés lui, l'aidièrent à relever. Là furent 
bon chevalier messires Jofirois de Chargni , messires 
Jehans de Landas, messires Hectors et messires Gau- 
vains de BaiUuel^ li sires de Creki et li aultre. Mais 
de tout les passoit, de bien combatre et vaillamment, 

S5 messires Ustasses de Ribeumont. 

Que vous feroi je lonch recort? La journée de- 
mora pour les Englès. Et y furent tout pris ou mort 
cil qui avoech monsigneur Joffroy estoient au dehors 
de Calais. Et là furent mort^ dont ce fut damages, 

80 messires Henris dou Bos et messires Pépins de Were^ 

1 . Mm.'B k, 3, f 144 v<». — fijb. B 1, t. U, f> 33 (Iftcone). 



[i380] LITRE PREMIER, S ^^O. 89 

doi moult vaillant chevalier^ et pris messires JoflQx>is 
de Chai^^ni et tout li aultre. Et tous li daarainniers 
qui y fu pris, et qui ce jour y fist moult d'armes, ce 
fti messires Ustasses de Ribeumont; et le conquist li 
rois d'Engleterre par armes. Et li rendi li dis mes- 5 
sires Ustasses sen espée, non qu'il sceuist que ce fust 
li rois; ains cuidoit que ce fust uns des compagnons 
monsigneur Gautier de Mauni. Et se rendi à lui pour 
celle cause que ce jour il s'estoit continuelment 
oombatus à lui. Et bien veoit messires Ustasses ossi lo 
que rendre ou morir le couvenoit. Si bailla au roy 
sen espée et li dist : « Chevaliers^ je me rens vostre 
prisonnier. » Et li rois le prist qui en eut grant joie. 
Ensi fu ceste besongne achievée^ qui fu desous 
Calais, en l'an de grasce Nostre Signeur mil trois 15 
cens quarante huit^ droitement le darrain jour de 
décembre. 

§ 320. Quant ceste besongne fu toute passée^ li 
rois d'Engleterre se retraist en Calais et droit ou 
chastiel^ et là fist mener tous les chevaliers prison- 20 
niers. Adonc sceurent bien li François que li rois 
d'Engleterre avoit là esté en propre personne, et de- 
sous le banière à monsigneur Gautier de, Mauni. Si 
en furent plus joiant tout li prisonnier, car il espe- 
roient qu'il en vaurroiént mieulz. Si leur fist dire li 35 
rois de par lui que^ celle nuit de l'an^^ il leur voloit 
tous donner à souper en son chastiel de Calais^ ce 
lor vint à grant plaisance. Or vint li heure dou sou- 
per que les tables furent couvertes^ et que li rois et 
si chevalier furent tout appareilliet et fricement et so 
richement revesti de noeves robes^ ensi oemme a 

nr — 6 



n CHRONIQUES DE J. FROISSART. [iSM] 

yaus apertenoit> et tout li François ossi qui Êiisoient 
grant chière^ quoiqu'il fiissent prisoimier^ mes li rois 
le voloit. 

Quant li soupers fii appareilliés^ li rois lava, et [fist 
5 laver tous ces chevaliers françois; si s'assist à table, 
et les fist seoir dalés lui moult honnourablement. Et 
les servirent do^i premier mes li princes de Galles et 
li chevalier d'Engleterre^ et au second mes il alèrent 
seoir à une aultre table. Si furent servi bien et à pais 

10 et à grant loisir. 

Quant on ot soupe ^ on leva les tables. Si demora 
li dis rois en la salle entre ces chevaliers françois et 
englès. Et estoit à nu chief, et poptoit un capelet de 
fins perles sus son chief. Si commença à aler li rois 

15 de l'un à l'autre, et à entrer en paroles. Si s'en vint 
sa voie et s'adreça sus monsigneur Joffix>i de Char- 
. gni. Et là, en parlant à lui, canga il un peu conte- 
nance , car il le regarda sus costé en disant : a Mes- 
sire Jofiroi^ messire Jofiroi^ je vous doi par raison 

SO petit amer^ quant vous voUés par nuit embler ce que 
j'ay si comparet, et qui m'a coustet tant de deniers. 
Si sui moult liés^ quant je vous ay mis à Tëspreuve. 
Vous en voliés avoir milleur marchiet que je n'en ay 
eu^ qui le cuidiés avoir pour vingt mil escus; mais 

25 Diex m'a aidiet, que vous avés falli à vostre entente. 
Encores m*aidera il^ se il li plaist, à ma plus grant 
entente. » 

A ces mos passa oultre li rois et laissa ester mon- 
signeur Joffh>i^ qui nul mot n'avait respondu; et 

30 s'en vint devers monsigneur Ustasse de Bibeumont, 
et li dist tout joieusement : « Messire Ustasse^ vous 
estes li chevaliers del monde que je veisse onques 



[1350] LIYBE FREBfEBR, $ 8M. 83 

mieus ne plus vassaument assallir ses ennemis ne 
sen corps deffendre. Ne ne trouyai onques^ en ba- 
taille là où je fuisse, qui tant me donnast à faire > 
corps à corps^ que vous ayés hui fedt : si vous en 
donne le pris; et ossi font tout li chevalier de ma s 
court par droite sieute. » 

Adonc prisi li rois le chapelet qu'il portoit sus son 
chiefy qui estoit bons et riches^ et le mist et assist 
sus le chief à monsigneur Ustasse , et li dist ensi : 
c Messire Ustasse^ je vous donne ce chapelet pour le lo 
mieulz combatant de toute la journée de chiaus de 
dedens et de hors^ et tous pri que vous le portes 
ceste anée pour l'amour de mi. Je sçai bien que 
vous estes gais et amoureus^ et que volentiers vous 
vos trouvés entre dames et damoiselles. Si ditles 15 
partout là où vous venés que je le vous ay donnet. 
Et parmi tant , vous estes mon prisonnier : je vous 
quitte vostre prison; et vous poés partir de matin, se 
il vous plest. » 

Quant messires Ustasses de Ribeumont oy le gentil 90 
roy d'Engleterre ensi parler^ vous poés bien croire 
qu'il fu moult resjois. Li une raison fii, pour tant 
que li rois li faisoit grant honneur^ quant il li don- 
noit le prix de le journée et li avoit assis et mis sur 
son chief son propre chapelet d'argent et de perles 25 
moult bon et moult riche^ voiant tant de bons che- 
valiers qui là estoient. Li aultre raison fîi, pour tant 
que li gentilz rois li quittoit sa prison. Si respondi 
li dis messires Ustasses ensi^ en endinant le roy 
moult bas : <c Gentilz sires^ vous me &ites plus d'on- 30 
neur que je ne vaille. Et Diex vous puist remerir 
la courtoisie que vous me fiûtes I Je sui uns povres 



64 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [13B0] 

homs qui désire mon avancement^ et vous me don- 
nés bien matère et exemple que je traveille volen- 
tiers. Si ferais chiers sires^ liement et appareilliement 
tout ce dont vous me cargiés. Et apriès le service de 
5 mon très chier et très redoubté s^eur le roy, je ne 
sçai nul roy qui je serviroie si volentiers ne si de coer 
comme je feroie vous, t» — « Grans mercis^ Ustasse^ 
respondi li rois d'Engleterre^ tout ce croy je vrai- 
ment. » Âssés tost apriés y aporta on vin et espisses. 

10 Et puis se retrest li rois en ses cambres; si donna 
congiet toutes manières de gens. 

A l'endemain au matin , li rois fist délivrer au dit 
messire Ustasse de Ribeumont deux roncins et vingt 
escus pour retourner à son hostel ; si prist congiet as 

15 chevaliers de France qui là estoient et qui prisonnier 
demoroienty et qui en Engleterre s'en alèrent avoec- 
ques le roy, et il retourna en France. Si disoit par- 
tout où il venoit ce dont il estoit enjoins et cargiës 
de faire ^ et porta le chapelet toute l'anëe^ ensi que 

so li rois li avoit donnet. 

* 

§ 321 • En celle anée trespassa de ce siècle la royne 
de France^ femme au roy Phelippe et suer germainne 
au duch Oede de Bourgongne. Ossi fist madame 
Bonne ^ duçoise de Normendie^ fille au gentil roy de 

25 Behagne qui demora à Creci. Si furent li pères et li 
fik veves de leurs deus femmes. 

Assés tost apriès, se remaria li rois Phelippes à ma- 
dame Blanche, fille au roy Loeis de Navare qui mo- 
rut devant Ai^esille. Et ossi se remaria li dus Jehans 

30 de Nonnendie , fils ainnés dou roy de France , à la 
contesse de Boulongne qui veve estoit de monsigneur 



[1350] MTRE PREBIIBR, $ 3n. 8tt 

Phelippe de Boui^ongne, son cousin germain^ qui 
mors avoit esté devant Âguillon en Gaseongne. Com- 
ment que ces dames feussent moult proçainnes de 
sanc et de linage au père et au fil , si fii ce tout fait 
par le dispensation dou pape Clément qui r^;noit 5 
pour ce temps. 

§ 322. Vous avés ci dessus bien oy compter com- 
ment li Jones contes Loeis de Flandres fiança en l'ab- 
beye de Berghes madame Ysabiel d'Engleterre , fille 
au roy Ëdouwart, et comment^ malicieusement et par lo 
grant avis, depuis qu'il fu retournés en France où il 
fil receus liement^ [il ^] li fii dit dou roy et de tous 
les barons qu'il avoit trop bien ouvret et très sage- 
ment^ car cilz mariages ne li valloit riens^ ou cas que 
par constrainte on li voloit fitire faire. Et li dist li 15 
rois que il le marieroit bien ailleurs, à son plus grant 
honneur et pourfit. Si demora la cose en cel estât un 
an ou environ. 

De ceste avenue n'estoit mies courouciés li dus 
Jehan de Braibant qui tiroit pour sen ainnée fille^ so 
excepté une qui avoit eu le conte de Haynau^ à ce 
jone conte de Flandres. Si envoia tantost 'grans mes- 
sages en France devers le roy Phelippe , en priant 
que il volsist laissier ce mariage au conte de Flan* 
dres pour sa moyenne ^ et il li seroit bons amis et 25 
bons voisins à tousjours mes , ne jamais ne [s'arme- 
roit'], ne en&nt qu'il euist^ pour le roy d'Ëngle- 
terre. 

1. BUm. B : « et. > Ml. B 1, t. II, f» 34 to. 

2. m». B 4, 3, P» 145 vo. '■^ Ms. fi 1, t. n, f> 34 T« : c f'aoMroit. > 
MauvaUê Ufon, 



86 CHRONIQUES DE J. FROIâSART. [i350] 

Li rois de France^ qui sentoit le duc de Braibant 
un grant signeur, et qui bien le pooit nuire et aidier^ 
se il voloit^ s'enclina à ce mariage plus que à nul 
aultre. Et manda au duch de Bruant , se il pooit 

5 tant Élire que li pays de Flandres fust de son acord, 
il veroit volentiers le mariage et le conseilleroit entiè- 
rement au conte de Flandres son cousin. Li dus de 
Braibant respondi que oil, et de ce se faisoit il fors. 
Si envoia tantost li dus de Braibant en Flandres 

10 grans messages par devers les bonnes villes^ pour 
trettier et parlementer de ce mariage. Et prioit li 
dus de Braibant, Fespée en le main; car il leur faisoit 
dire^ se il le marioient ailleurs que à sa fille ^ il leur 
fefoit guerre; et se la besongne se faisoit , il leur 

15 seroit^ en droite unité, aidans et confortans contre 
tous aultres signeurs. Li consaulz des bonnes villes 
de Flandres ooient les prommesses et les paroUes 
que li dus de Braibant leurs voisins leur offroit. Et 
veoient que leurs sires n'estoit mies en leur volenté, 

20 mes en l'ordenance dou roy de France et de ma- 
dame sa mère. Et ossi leurs sires avoit tout entire* 
ment le coer firançois. Si regardèrent pour le milleur, 
tout considéré^ ou cas que li dus de Braibant l'avoit 
si encargié^ qui estoit pour le temps uns très puissans 

35 sires et de grant emprise, [que^] miëulz valoit que 
il le mariaissent là que aultre part^ et que par ce 
mariage il demorroient en paix et raroient leur si- 
gneur que moult desiroient à ravoir : si ques finà- 
blement il s'i acordèrent. 



1. BIm. B 4, 3, f^ 146. — > Ms. B 1 , t. H, f> 35 : c qui. » Mawntê 

UfOH. 



[1880] LIVRE PREMIER, $ ^2. 87 

Et furent les eoses si approcies, que li jones contes 
de Flandres fii amenés à Arras. Et là envoia li dus 
de Braibant monsigneur Godefroy^ son ainsnet fil^ 

^ le conte des Mons^ le conte de Los et tout son con- 

I ' seil. Et là furent des bonnes villes de Flandres tout 5 

li conseil. Si y eut grans parlemens sus ce mariage 
et grans alliances. Finablement^ li jones contes jura, 
et tous ses pays pour lui^ à prendre et espouser la 
fiUe au duch de Braibant, mais que li église s'i acor- 

, dast. Oil^ car li dispensation dou pape estoit jà faite, lo 

Si ne demora mies depuis lonch terme que li dis 
contes vint en Flandres. Et li rendi on fiefs, hom- 
mages^ francises^ signouries et juriditions toutes en- 

9 ûeves, otant [ou ^] plus que li contes ses pères en avoit 

à son temps ^ en sen plus grant prospérité^ goy et i5 
possessé.. Si espousa li dis contes la fille au dessus 
dit duch de Braibant. 

En ce mariage faisant , deurent revenir la bonne 
ville de Malignes et celle. d' An wiers^ apriès le mort 
dou duch^ au conte de Flandres. Mes ces couvenen« 20 
ches furent prises si secrètement que trop peu de 

> gens en seurent parler. Et de tant acata li dus de 

Braibant le conte de Flandres pour sa fiUe. Dont 
depuis en vinrent grans guerres entre Flandres et 
Braibant^ si com vous orés touchier çà en avant; 25 

' * mais pour ce que ce n'est point de ma principal ma- 

tère^ quant je serai venus jusques à là^ je m'en pas- 
serai assés briefînent. 

De ce mariage de Flandres, pour le temps de lors, 
fu li rois d'Engleterre moult courouciés sus toutes 30 

1. Mu. B ^ 3, (^ 1^6. — Ms. B 1, t. II, f» 35 (lacune). 



88 CHRONIQUES I» J. FROISSâRT. [1380] 

les parties au duc de Braibant qui ses cousins ger- 
mains estoit^ quant il li ayoit tolut le pourfit de sa 
fille que li contes de Flandres en avant avoit fian* 
cie^ et sus le conte de Flandres ossi, pour tant que 
5 il li avoit falli de couvent. Mais li dus de Braibant 
s'en escusa bien et sagement depuis, et ossi fist li 

contes de Flandres. 

» , 

§ 323. En ce temps avoit grant rancune entre le 
roy d'Ëngleterre et les Espagnolz, pour aucunes 

10 maleÊiQons et pillages que li dit Espagnol avoient fiiit 
sus mer as Englès. Dont il avint que^ en celle anée, 
li Espagnol, qui estoient venu en Flandres' pour leurs 
marcheandises^ lurent enfourmé que il ne poroient 
retourner en leur pays qu'il ne fuissent rencontré 

15 des Englès. Sur ce eurent conseil li Espagnol et avis, 
qui n'en fîsent mies trop grant compte. Et se pour- 
veirent bien et grossement^ et leurs nefs et leurs 
vatssiaus^ à l'Escluse, de toutes armeures et de bonne 
artillerie^ et retinrent toutes manières de gens^ sau- 

so doiiers, arciers et arbalestriers^ qui voloient prendre 
et recevoir leurs saudées. Et attendirent tout l'un 
l'autre; et fîsent leurs emploites et marcheandises, 
ainsi qu'il apertenoit. 

Li rois d'Ëngleterre^ qui les avoit grandement 

25 enhay^ entendi qu'il se pourveoient grossement ; si 
dist tout hault : « Nous avons maneciet ces Espa- 
gnolz^ de lonch temps a , et nous ont fais pluiseurs 
despis ; et encores n'en viènent il à nul amendement^ 
mais se fortefient contre : si &ult qu'il soient re« 

30 cueilliet au rapasser. » A celle devise s'acordèrent 
legierement ses gens, qui desiroient que li Espagnol 



[1380] UTRB FREIOER, $ 323. 89 

foissent combatu. Si fist li dis rois un grant et espe* 
mal mandement de tous ses gentiiz hommes qui pour 
le temps estoient en Engleterre^ et se parti de Lon- 
dres, et s'en vint en le conté d'Exesses qui siet sus le 
mer^ entre Hantonne et Douvres^ à l'encontre dou 5 
pays de Pontieu et de Dieppe. Et vint là tenir son 
hostel en une abbeye sus le mer^ et proprement ma- 
dame la royne sa femme y vint. 

En ce temps vint devers le roy, et là en ce propre 
lieu, cilz gentiiz chevaliers messires Robers de Namur, lo 
qui nouvellement estoit revenus d'oultre mer; se li 
chei si bien qu'il fu à celle armée. Et fu li rois d'En- 
gleterre moult resjoïs de sa venue. 

Quant li rois dessus nommés sceut que poins fu et 
que li Espagnol dévoient rapasser^ il se mist sus mer 15 
à moult belle gent d'armes^ chevaliers et escuiers^ et 
à plus grant quantité de haus signeurs que onques 
ewist en nul voiage c[ue il fesist. 

En celle anée avoit il fait et créé son cousin , le 
conte Henri Derbi^ duch de Làncastre^ et le baron so 
deStanfort^ conte de Stanfort; si estoient avoecques 
li en celle armée, et si doi fil^ li princes de Galles et 
Jehans^ contes de Ricemont : mes cilz estoit encores 
si Jones que point il ne s'armoit^ mais l'avoit li 
princes avoecques lui en sa nef, pour ce que moult 25 
l'amoit. Là estoient li contes d'Arondiel, li contes 
de Norhantonne, li contes de Herfort^ li contes de 
Sufforch^ li contes de Warvich^ messires Renaulz de 
Gobehen^ messires Gantiers de Mauni^ messires 
Thumas de Hollandes^ messires I<ioeis de Biaucamp^ 30 
messires James d'Audelée, messires Bietremieus de 
Brues^ li sires de Persi, li sires de Moutbrai^ li sires 



90 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [I3»0] 

de NuefVille^ li sires de Clifford , li sires de Ros^ li 
sires de Grastoch , ii sires de Bercler et moult d'aul- 
tres. Et estoit li rois là acompagniés de quatre eens 
chevaliers; ne onques n'eut tant de gi^ns signeurs 
5 ensambie, en besongne où il fust^ comme il ot là. Si 
se tinrent li rois et ses gens sus mer en leurs vais- 
siaus^ tous frétés et appareilliés pour attendre leurs 
ennemis; car ilz estoient enfoiumé que il dévoient 
rapasser^ et point n'attenderoient longement; et se 
10 tinrent à l'ancre trois jours entre Douvres et Calais. 

§ 324. Quant li Espagnol eurent fait leur emploite 
et leur marcheandise^ et il eurent cargiet leurs vais- 
siaus de draps^ de toilles et de tout ce que bon et 
pourfitable leur sambloit pour remener en leur pays, 

15 et bien sa voient que il seroient rencontré des En- 
glès^ mais de tout ce ne faisoient il compte^ il s'en 
vinrent en le ville de l'Escluse, et entrèrent en leurs 
vaissiaus. Et jà les avoient il pourveus telement et 
si grossement de toute artillerie que merveilles seroit 

20 à penser^ et ossi de gros barriaus de fer forgiés et 
fais tous faitis pour lancier et pour effondrer nefs^ 
en lançant de pières et de cailiiaus sans nombre. 
Quant il perçurent qu'il avoient le vent pour yaus^ 
il se desancrèrent. Et estoient quarante grosses nefs 

25 tout d'un train^ si fortes et si belles que plaisant les 
faisoit veoir et regarder. Et avoient à mont ces mas 
chastiaus breteskiés^ pourveus de pières et de cail- 
iiaus pour jetter^ et brigant qui les gardoient. Là 
estoient encores sus ces mas ces estramières armoiies 

30 et ensegnies de leurs ensengnes qui baulioient au 
vent et venteloient et freteloient : c'estoit grans biau- 



[iSSO] LIVRB PREMIER, $ 324. 91 

tes dou veoir et imaginer. Et me samble que^ se li 
Englès avoieût grant désir d'yaus trouver^ encores 
Favoient il grignom*, ensi que on en vel l'apparant^ 
et que je vous dirai ci apriès. Cil Espagnol estoîent 
bien dix mil, uns c'autres^ parmi les saudoiiers que 5 
il avoient pris et retenus à gages en Flandres. Si se 
sentoient et tenoient fort assés pour combatre sus 
mer le roy d'Engleterre et se poissanee. Et en celle 
entente s'en venoient il tout nagant et singlant à 
plain vent^ car il l'avoient pour yaus^ par devers 10 
Calais. 

Li rois d'Engleterre^ qui estoit sus mer avec sa 
navie^ avoit jà ordonné toutes ses besongnes et dit 
comment il voloit que on se combatesist et que on 
fesist; et avoit monsigneur Robert de Namur &it 15 
maistre d'une nef, que on appelloit La Sale dou Rojr^ 
où tous ses hostek estoit. Si se tenoit li rois d'En*^ 
gleterre ou chief de sa nef, vestis d'un noir jake de 
veluiel; et portoit sus son chief un noir capelet de 
[bièvre*], qui moult bien li seoit. Et estoit adonc, so 
selonch ce «que dit me fu par chiaus qui avoec lui 
estoient pour ce jour, ossi joieus que on ]e vei on- 
ques. Et faisoit ses menestrelz corner devant lui une 
danse d'Âlemagne, que messires Jehans Chandos, qui 
là estoit, avoit nouvellement raporté. Et encores par S5 
ebatement il feisoit le dit chevalier chanter avoech 
ses menestrelz, et y prendoit graat plaisance. Et à 
le fois regardoit en hault, car il avoit mis une gette 
ou chastiel de sa nef, pour noncier quant li Espa- 
gnol venroient. 30 

1. BIm. B 3, 4, P> 167. — Mt. B 1 : I berenet. > Mmmaue iefon. 



M CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1380] 

Ensi que li rois estoit en ce déduit , et que tout li 
cheyalier estoit moult liet de ce que il ,[le] veoient 
si joieusy li gette, qui perçut nestre la navie des 
Espagnolz, dist: « Ho! j^en voi une venir, et me 
5 samble une nef d'Espagne. » Lors s*apaisièrent li 
ménestrel; et li fu de recief demandé se il en veoit 
plus. Assés tost apriès, il respondi et dist : a Oil^ j'en 
voi deus, et puis trois, et puis quatre. » Et puis dist, 
quant il vey la grosse flote : « J'en voy tant^ se Diex 

10 m'ayt, que je ne les puis compter. » Adonc cogneu- 
rent bien li rois et ses gens que c'estoient li Espa- 
gnol. Si fîst li rois sonner ses trompètes, et se re- 
misent et recueillièrent ensamble toutes leurs nefs 
pour estre en milleur ordenance et jesir plus segu- 

15 rement, car bien savoient que il aroient la bataille, 
puisque li Espagnol venoient en si grant flote. Jà 
estoit tard , ensi que sus Feure de vespres ou envi- 
ron. Si fist li rois aporter le vin, et but, et tout si 
chevalier, et puis mist le bacinet en la tieste, et ossi 

80 fîsent tout li aultre. Tantost approcièrent li Espagnol 
qui s'en fuissent bien aie sans combatre, se il vol- 
sissent^ car selonch ce que il estoient l^ien frété et 
en grans vaissiaus et avoient le vent pour yaus, il 
n'euissent jà parlé as Englès, se il vosissent; mes, par 

S5 orgueil et par presumption , il ne daignièrent passer 
devant yaus qu'il ne parlaissent. Et s'en vinrent tout 
de fait et par grant ordenance commencier la ba- 
taille. 

§ 325. Quant li rois d'Engleterre, qui estoit en sa 

30 nef, en vei la manière, si adreça sa nef contre une 

nef espagnole qui venoit tout devant, et dist à celui 



[1350] LIVRE PREMIER, $ 325. 03 

qui gouvrenoit son vaissiel : a Àdreciés vous contre 
ceste nef qui vient, car je voeil jouster contre li. » 
li maronniers n'euist jamais oset faire le contraûrey 
puisque li rois le voloit. Si s'adreça contre celle nef 
espagnole, qui s'en venoit au vent^ de grant randon. 5 
La nef dou roy estoit forte et bien loiie^ aultrement 
celle euist esté rompue ; car elle et la nef espagnole^ 
qui estoit grande et grosse , s'encontrèrënt de tel ra- 
vine que ce sambla uns tempestes qui la fust cheus* 
Et dou rebombe qu'il fîsent , li chastiaus de la nef lo 
dou roy d'Engleterre consievi le chastiel de la nef 
espagnole par tel manière , que li force dou mas le 
rompi amont sus le mas où il seoit^ et le reversa 
en le iner. Si furent cil noiiet et perdu qui ens 
estoient. 15 

De cel encontre fii la nef dou dit roy si estonnée 
que elle fu crokie^ et faisoit aiguë tant que li cheva- 
lier dou roy s'en perçurent; mes point ne le dirent 
encores au roy^ ains s'ensonnièrent de widier et 
d'espuisier. Âdonc dist li rois, qui regarda la nef 30 
contre qui il avoit jousté qui se tenoit devant lui : 
« Acrokiés ma nef à ceste, car je le voeil avoir. » 
Dont respondirent si chevalier : a Sire, laissiés aler 
ceste ^ vous ares milleur. » Ceste nef passa ouUre, et 
une aultre grosse nef vint; si acrokièrent à cros S5 
de fer et de kainnes li chevalier dou roy leur nef à 
celle. 

Là se commença bataille dure^ forte et fière^ et 
arcier à traire^ et Espagnol à yaus combatre et def- 
fendre de grant volenté, et non pas tant seulement 30 
en un lieu^ mes en dix ou en douze. Et quant il se 
veoient à jeu partie ou plus fort deleurs ennemis. 



94 CHRONIQUES DE J. FEQISSART. [13M] 

il s'acrokoient et là faisoient merveilles d'armes. Si 
ne l'avoient mies li Englès d'avantage. Et estoient cil 
Espagnol en ces'rgrosses nefs plus hautes et plus 
grandes assés que^[les nefs englesces ne fuissent; si 
5 avoient grant avantage de traire, de lancier et de 
getter grans bariaus de fier dont il donnoient moult 
à souffrir les Englès. 

Li chevalier dou roy d'Engleterre, qui en sa nef 
estoient, po^r tant que elle estoit en péril d'estre 

10 effondrée, car elle traioit aiguë, ensi que chi dessus 
est dit, se haitoient durement de conquerre la nef 
où il estoient acrokiet. Et là eut fait pluiseurs grans 
aper lises d'armes. Finablement, li rois et chil de son 
vaissiel se portèrent si bien que ceste nef fu con- 

15 quise, et tout chil mis à bort qui dedens estoient. 

Adonc fil dit au roy le péril où il estoit, et com- 
ment sa nef faisoit aiguë, et que il se mesist en celle 
que conquis avoit. Li rois crut ce conseil, et entra 
en le ditte nef espagnole, et ossi lisent si chevalier 

20 et tout chil qui dedens estoient. Et laissièrent l'autre 
toute vuide, et puis entendirent à aler avant et à 
envaïr leurs ennemis qui se combatoient moult vas- 
saument, et avoient arbalestriers qui traioient qua- 
riaus de fora arbalestres qui- moult travilloient les 

25 Englès. 

§ 326. Geste bataille sus mer des Espagnolz et des 
Englès fu durement forte et bien combatue; mais 
elle commença tart. Si se prendoient li Englès priés 
de bien faire la besongne et desconfîre leurs ennemis. 
30 Ossi li Espagnol, qui sont gens usé de mer et qui es- 
toient en grans vaissiaus et fors^ s*acquittoient ioyau- 



[1350] LIVIUB PREMIER, $ 327. 95 

ment à leur pooir. Iâ jones princes de Galles et cil de 
sa carge se combatoient d'autre part. Si fu leur nefs 
acrokie et arrestée d'une grosse nefe espagnole. Et là 
eurent li princes et ses gens moult à souffrir^ car 
leur nef fu trawée ^ et pertruisie en pluiseurs lieus : 5 
dont li yawe entroit à grant randon dedens ; ne pour 
cause que on entendesist à l'espuisier, point ne de- 
moroit que elle n'apesandesist toutdis. Pour laquel 
doubte les gens dou prince estoient en grant an- 
gousse, et se combatoient moult aigrement pour con- lo 
querre la nef espagnole ; mais il n'i pooient avenir^ car 
elle estoit gardée et deffendue de grant manière. 

Sus ce péril et ce dangier où li princes et ses 
gens estoient^ vint li dus de Lancastre tout arifSant, 
en costiant la nef dou prince. Si cognent tantost que 15 
il n'en avoient mies le milleur, et que leur nefs avoit 
à faire^ car on gettoit aiguë hors à tous lés. Si ala 
autour et ^'arresta à la nef espagnole^ et puis escria : 
a [D]erbi, à le rescousse 1 » Là furent cil Espagnol en- 
vay et combat u de grant façon , et ne durèrent point 20 
depuis longement. Si fu leur nefs conquise^ et yaus 
tout mis à borty sans nuUui prendre à merci. Si 
entrèrent li princes de Galles et ses gens dedens ; à 
painnes eurent il si tost fait que leur nefs effondra. Si 
considérèrent adonc plus parÊdtement le grant péril 25 
où il avoient esté. 

§ 327. D'autre part, se combatoient 11 baron et li 
chevalier d'Engleterre, cescuns selonch ce que or*- 
donnés et estabUs estoit. Et bien besongnoit qu'il 

1. Us. B ky fo Ikl To : c trauëe. • — ]|fs. B 3 : « tron^. » P> 168. 



96 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1380] 

fuissent fort et remuant, car il trouToient bien à qui 
parler. Ensi que sus le soir tout tart^ la nef de Lol 
Sale dou Roy d'Engleterre, dont messires Robers de 
Namur estoit chiés^ fu acrokie d'une grosse nef d'Es- 
5 pagne^ et là eut grant estour -et dur. Et pour ce que 
li dit Espagnol voloient celle nef mieulz mestriier à 
leur aise^ et avoir chiaus qui dedens estoient, et 
l'avoir ossi^ il misent grant entente que il l'en menais- 
sent avoec yaus. Si traisent leur single amont^ et pri- 

10 sent le cours dou vent et l'avantage^ et se partirent 
maugré les maronniers de monsigneur Robert et 
chiaus qui avoech lui estoient; car la nef espagnole 
estoit plus grande et plus grosse que la leur ne le fust : 
si avoient bon avantage dou mestriier. Ensi en alant 

15 il passèrent devant la ^ef dou roy ; si disent : « Res- 
coués La Sale dou Rojr! » Mais il ne furent point 
entendu^ car il estoit ja tart ; et s'il furent oy , si ne 
furent il point rescous. 

Et croy que cil Espagnol les en euissent menés à 

30 leur aise^ quant uns variés de monsigneur Robert, 
qui«s'appelloit Hanekin^ fist là une grant apertise 
d'armes; car^l'espée toute nue ou poing, il s'escueilla 
et salli en la nef espagnole, et vint jusques au mast et 
copa le cable qui porte le voile, par quoi li voiles 

S5 chei et n'eut point de force. Car avoech tout ce^ par 
grant apertise de corps^ il copa quatre cordes souve- 
rainnes qui gouvrenoient le mas et le voille^ par quoi 
li dis voilles chei en la nef. Et s'arresta la nef toute 
quoie, et ne peut aler plus avant. Adonc s'avanciè- 

30 rent messires Robers de Namur et ses gens quant il 
veirent cel avantage^ et salirent en la nef espagnole 
de grant volenté, les espées toutes nues ens es mains; 



[1350] LIVRE PREMIER, S 3t8. 07 

et requisent et envièrent chiaus que là dedens il trou- 
vèrent, telement qu'il furent tout mort et mis à bort, 
et la nef conquise. 

§ 328. Je ne puis mies de tous parler ne dire : 
« Cilz le fist bien^ ne cilz mieulz » ; mais là eut, le 5 
terme que elle dura, moult forte bataille et moult 
aspre. Et donnèrent li Espagnol au roy d'Engleterre 
et à ses gens moult à faire. Toutes fois, finablement, 
la besongne demora pour les Englès, et y perdirent 
li Espagnol quatorze ne&; li demorant passèrent oui- lo 
tre et se sauvèrent. Quant il furent tout passet^ et 
que li dis rois et ses geos ne se savoient à qui com- 
batre, il sonnèrent leurs trompètes de retrette; si 
se misent à voie devers Engleterre, et prisent terre à 
Rie et à Wincenesée, un peu apriès jour falli. 15 

A celle propre heure, issirent li rois et si enfant, li 
princes et li contes de Ricemont, li dus de Lancas- 
tre et aucun baron qui là estoient, hors de leurs ne£i, 
et prisent chevaus en le ville, et chevaucièrent de- 
vers le manoir la royne qui n'estoit mies deus liewes 20 
englesces loing de là. Si fu la royne grandement res- 
joie, quant elle vei son signeur et ses enfans ; et avoit 
en ce jour tamainte grant angousse de coer, pour le 
doubtance des Espagnolz. Car à ce lés là des costes 
d'Engleterre, on les avoit, des montagnes, bien veu 25 
combatre, car il avoit fait moult der et moult bel. Si 
avoit on dit à la royne, car elle Tavoit voulu savoir, 
que li Espagnol avoient plus de quarante grosses 
nefs. Pour ce fu la royne toute reconfortée, quant 
elle vei son mari et ses enfans. Si passèrent celle 30 
nuit li signeur et les dames en grant reviel, en par- 

!▼ — 7 



M GHR(»nQU£S.OE J. FROISSART. [1350] 

É 

lant d'armes et d'amours. Â Pendemain , revinrent 
devers le roy la grignour partie des barons et cheva- 
liers qui à le bataille avoient esté. Si les remercia li 
rois grandement de leur bienfait et de leur service^ et 
5 puis prisent congiet^ et s'en retourna cescuns chiés 
soy. 

§ 329. Vous avés ci dessus bien oy recorder com- 
ment Aymeris de Pavie^ uns Lombars, deut rendre 
et livrer le chastiel et le forte ville de Calais as Fran* 

10 çois pour une somme de florins^ et comment il leur 
en chei. Yoirs est que messires Joffrois de Chargni 
et li aultre chevalier^ qui avoecques lui furent menet 
en prison en Engleterre, se rançonnèrent au plus tost 
qu'il peurent , et paiièrent leurs raençons y et puis 

15 retournèrent en France. Si s'en vint comme en 
devant li dis messires Joffrois demorer en le ville 
de Saint Omer^ par le institution dou roy Phe- 
lippe de France. Si entendi li dessus dis que cilz Ix)m- 
bars estoit amasés en un petit chastiel en le marce 

20 de Calais^ que on dist Fretin^ que li rois d'Engle- 
terre li avoit donnet. Et se tenoit là tous quois li dis 
Aymeris et se donnoit dou bon temps^ et avoit avoeo- 
ques lui une trop belle femme à amie que il avoit 
amenet d'Engleterre. Et cuidoit que li François euis- 

S5 sent oubliiet la courtoisie qu'il leur avoit fait^ mes 
non avoient^ ensi que bien apparut. Car si tretost 
que messires Joffrois sceut que li dis Aymeris estoit 
là arrestés , il enquist et demanda secrètement à 
phiaus dou pays^ qui cognissoient celle maison de 

30 Fretin^ se on le poroit avoir ; il en fu enfourmés que 
oil trop legierement. Car cilz Aymeris ne se tenoit 



[1380] LIVRE PREMIER, S ^^' M 

ea nulle double, mes ossi segur en son chastiel, sans 
garde et sans get , que donc qn'il fust à Londres ou 
en Calais. 

Âdonc li messires Joffirois ne mist mies en non ca- 
loir ceste besongne, mes fist en Saint Orner une as- 5 
samblée de gens d'armes tout secrètement, et prist les 
arbalestriers de le ditte ville avoech lui , et se parti 
de Saint Orner sus un vespre; et chemina tant toute 
nuit ayoecques ses gens que, droitement au point dou 
jour, il vinrent à Fretin. Si environnèrent le chastelet lo 
qui n'estoitmies grans; et entrèrent chil de piet ens es 
fossés, et fisent tant qu'il furent oultre. Les mesnies de 
laiens s'esviilièrent pour le friente , et viirent à leur 
mestre qui se dormoit, et li disent : a Sire, or tos le- 
vés vous sus, car il y a là dehors grans gens d'armes 15 
qui mettent grant entente à entrer ceens. » Aymeris 
fu tous effraés , et se leva dou plus tost qu'il peut ; 
mes il ne sceut onques si' tost avoir fait que se cours 
fîi plainne de gens d*armes. Si fii pris à mains, et sen 
amie tant seulement : on ne viola onques de plus SO 
riens le chastiel, car triewes estoient entre les Fran- 
çois et les Englès. Et ossi messires Jofirois ne voloit 
aultrui que cel Aymeri ; si en ot grant joie, quant il 
le tint et le fist amener en le ville de Saint Omer. 
Et ne le garda gaires . depuis longement , quant 25 
il le fist morir à. grant martire ens ou marchiet, 
présent les chevaliers et escuiers dou pays qui mandé 
y furent et le commun peuple. Ensi fîna Aymeris de 
Pavie, mes sen amie, n'eut garde, car il le descoupa 
à le mort, et depuis se mist la damoiselle avœoques 30 
un escuier de France. 



iOt CHRONIQUES DB J. FROISSART. [1354] 

Afais avant toutes coses^ ançois que il se partesist de 
Paris^ et tantost apriès le trespas dou roy Phelippe 
son père, il fîst mettre hors de prison ses deus cou- 
sins germains^ Jehan et Charle^ jadis filz à monsigneur 

5 Robert d'Artois^ qui avoient este en prison plus de 
quinze ans^ et les tint dalés lui. Et pour ce que li rois 
ses pères leur avoit tolut et osté leurs hiretages^ il leur 
en rendi assés pour yaus déduire et tenir bon estât 
et grant. Cilz rois Jehans ama moult grandement ses 

.0 proçains de père et de mère^ et prist en grant chiérté 
ses deus aultres cousins germains monsigneur Pière^ 
le gentil duch de Bourbon, et monsigneur Jakeme de 
Bourbon son frère^ et les tint toutdis les plus espe- 
ciaulz de son conseil. Et certainnement bien le va- 

15 loient^ car il furent sage^ vaillant et gentil chevalier 
et de grant providense. 

Si se parti lirois Jehans de Paris en grant arroy et 
poissant, et prist le chemin de Bourgongne^ et fîst 
tant par ses journées qu'il vint en Avignon. Si fu re- 

90 cens dou pape et dou collège joieusement et gran- 
dement, et séjourna là une espasse de temps. Et puis 
s'en parti et prist le chemin de Montpellier; si sé- 
journa en la ditte ville plus de quinze jours.' Et là U 
vinrent foire hommage et relever leurs terres li conte^ 

S5 li visconte^ li baron et li chevalier de le langue d'ok^ 
desquelz il y a grant fuison. Si y renouvela li rois se- 
neschaus^ baillius et tous aultres officiiers^ desquelz il 
en laissa aucuns^ et aucuns en osta. Et puis chevauça 
oultre^ et fist tant par ses journées que il entra ou 

80 bon pays de Poito. Si s'en vint reposer et rafreschir 
à Poitiers, et là fist un grant mandement et amas de 
gens d'armes. Si gouvrenoit l'offisce de le connesta- 



[4391] UVhE PREBOER, $ 332. 103 

blie de France^ pour le temps d'adonc^ li eheyaliers 
del monde que le plus il amoit^ car il avoient esté 
ensamble nouri d'enfance^ messires Charles d'Espa» 
gne. Et estoient mareschal de France messires Edo- 
^^ars^ sires de Biaugeu^ et messires Ernoulz d'Au- 5 
drehen. 

Si vous di que li rois en se nouveleté s'en vint 
poissamment mettre le siège devant le bonne ville 
de Saint Jehan l'Angelier. Et par especial li baron et 
li chevalier de Poito^ de Saintonge^ de Ango, [du lo 
Maine *] , de Tourainne , y estoient tout. Si environ- 
nèrent, ces gens d'armes , le ville de. Saint Jehan 
telement que nulz vivres ne leur pooient venir. Si 
s'avisèrent li bourgois de le ville qu'il manderoient se- 
cours à leur signeur le roy d'Engleterre^ par quoi il 15 
volsist là envoiier gens qui les peuissent ravitaillier, 
car il n'avoient mies vivres assés pour yaus tenir 
oultre un terme que il y ordonnèrent; car il avoient 
partout aie et viseté cescun hostel selonch son aisé- 
ment. Et ensi le segnefiièrent il autentikement au roy so 
d'Engleterre par certains messages^ qui tant esploi- 
tièrent qu'il vinrent en Engleterre et trouvèrent le 
roy ens ou chastiel de Windesore; se li baillièrent 
les lettres de ses bonnes gens de le ville de Saint 
Jehan l'Angelier. Si les ouvri li dis rois et les fîst 75 
lire par deus fois, pour mieus entendre la miatère. 

§ 332. Quant li rois d'Engleterre entendi ces nou- 
velles que li rois de France et li François avoient 
assegiet le ville de Saint Jehan, et prioient qu'il fuis- 

1. Mt. B 3, f^ 170. — Mss. B 1/4 : c de Hnmaîime. » Mauvaise Ufom, 



104 CBŒIONIQUES DE J. FROISSâRT. [Î3M] 

sent reconforté et ravitailliet^ si respondi li rois si 
bault que tout l'oïrent : « C'est bien une requeste 
raisonnable et à laquèle je doy bien entendre. » Et 
respondi as messages : « J'en ordonnerai tempre- 

5 ment. » Depuis ne demora gaires de temps que li 
rois ordonna d'aler celle part monsigneur Jehan de 
Biaucamp^ monsigneur Loeis et monsigneur Rogier 
de Biaucamp^ le visconte de Byaucamp^ monsigneur 
Jame d'Audelée, monsigneur Jehan Chandos^ mon- 

10 signeur Bietremieu de Brues^ monsigneur Jehan de 
LUle^ monsigneur Guillaume Fil Warine, le signeur 
de Fil Watier, monsigneur Raoul de Hastinges, mon- 
signeur Raoul de Ferrières^ monsigneur Franke de 
Halle et bien quarante chevaliers. Et leur dist que il 

]5 les couvenoit aler à Bourdiaus^ et leur donna cer* 
tainnes ensengnes pour parler au signem* de La- 
breth^ au signeur de Mouchident^ au signeur de 
Lespare et as signeurs de Pommiers^ ses bons amis, 
en yaus priant de par lui que il se volsissent priés 

so prendre de conforter la ville de Saint Jehan par quoi 
elle fust rafireschie. 

Cil baron et chevalier dessus nommet furent tout 
resjoy, quant li rois les voloit emptoiier. Si s'ordon- 
nèrent dou plus tost qu'il peurent et vinrent à Han- 

25 tonne, et là trouvèrent vaissiaus et pourveances 
toutes appareillies : si entrèrent ens; et pooient estre 
environ trois cens hommes d'armes et six cens 
arciers. Si singlèrent tant par mer, que il ancrèrent 
ou havene de Bourdiaus; si issirent de leurs vais- 

30 siaus sus le kay. Et furent grandement bien receu 
et recueilliet' des bourgois de le cité et des cheva- 
liers gascons qui là estoient et qui attendoient ce 



[I35i] LIVRB PREMIER, $ 332. 105 

secours venu d'Engleterre. li sires de Labreth et li 
sires de Mouehident n'i estoient point pour le jour; 
mes si tost qu'il sceurent le flote des Englès venue, 
il se traisent celle part. Si se conjoïrent grandement 
quant il se trouvèrent tout ensamble ; et fisent leurs 5 
ordenances au plus tost qu'il peurent, et passèrent 
la Garone et s'en vinrent à Blaves. Si fisent cai^ier 
soixante sommiers de vitaille pour rafreschir chiaus 
de Saint Jehan, et puis se misent au chemin celle 
part; et estoient cinq cens lances et quinze cens ar-- 10 
ciers et trois mille brigans à piet. Si esploitièrent tant 
par leurs journées que il vinrent à une journée priés 
de le rivière de Carente. 

Or vous dirai des François et comment il s'es- 
toient ordonné. Bien avoient il entendu que li En- 15 
glès estoient arivet à Bourdiaus^ et faisoient là leur 
amas pour venir lever le siège et rafreschir la ville de 
Saint Jehan. Si avoient ordonné li mareschal que mes- 
sires Jehans de Saintré , messires Guichars d'Angle , 
messires Boucicaus, messires Guis de Neelle^ li sires de 20 
Pons, li sires de Partenay, li sires de Puiane^ li sires 
de Tannai Bouton, li sires de Surgières, li sires de 
Crusances^ li sires de Linières, [li sires de Matefelon ^] 
et grant fuison de barons et de chevaliers jusques à 
cinq cens lances, toutes bonnes gens à l'eslite, s'en 35 
venissent garder le pont sus le rivière de le Cha- 
rente par où li Englès dévoient passer. Si estoient là 
venu li dessus dit et logiet tout contreval le rivière. 
Et avoient pris le pont li Englès; et li Gascon qui 
chevauQoient celle part ne savoient riens de cela, 30 

1. Mm. B 4, 3, fi 150. — M§. B 1, t. n, ^ kl (lacune). 



i06 CHRONIQUES DE J. FBKHSSÂRT. [iSM] 

car, se il le sceuissent^ il euissent ouvré par aultre 
ordenanee; mes estoient tout conforté de passer le 
rivière au pont desous le chastiel de Taillebourch. 
Si s'en venoient une matinée par bonne ordenanee^ 
5 leur vitaille toute arroutée^ par devant yaus^ et che- 
vaucièrent tant que il vinrent assés priés dou pont^ 
et envoiièrent leurs coureurs courir devers le pont. 
Si reportèrent chil qui envoiiet y furent^ à leurs si- 
gneurs^ que li François estoient tout rengiet et or- 

10 donnet au pont, et le gardoient telement que on ne 
le pooit passer. 

Si furent li Englès et li Gascon tout esmervilliet de 
ces nouvelles. Et s'arrestèrent tout quoi sus les camps, 
et se conseillièrent un grant temps pour savoir com- 

15 ment il se maintenroient. Si regardèrent^ tout consi- 
deret^ que nullement il ne pooient passer^ et que cent 
homme d'armes feroient plus maintenant^ pour gar- 
der le pont^ que cinq cens ne feroient pour les assal- 
lir : si ques^ tout consideret « et peset le bien contre 

20 le mal^ il regardèrent que mieulz leur valoit retour* 
ner et ramener arrière leur^ pourveances , que aler 
plus avant et mettre en nul dangier. Si se tinrent 
tout à ce conseil^ et fisent retourner leurs pour- 
veances et leurs sommiers, et se misent au retour. 

25 Cil baron de France et de Poito^ qui estoient au 
pont et qui le gardoient^ entendirent que li Englès se 
mettoient au retour, et leur fu dit qu'il s'enfuiôient. 
De ces nouvelles furent il tout resjoy; et furent tan- 
tost consilliet que il les sievroient et combateroient^ 

30 car il estoient [grant*] gens et fors assés pour com- 

1. Mm. B 4, 3f r 150. — Mt. B 1, t. H, P 41 (lacune). 



[1851] LIVRB PREBUER/S 33S. 107 

batre. Si furent taatost monté sus leurs coursiers et 
chevaus^ car il les avoient dalés yaus^ et se misent 
ouhre le rivière ou froais des Englès^ en disant : 
a Vous n'en irés mies ensi^ signeur d'Ëngleterre : il 
vous fault paiier vostre escot. » 5 

Quant li Englès se veirent ensi si fort poursievi 
des François^ si s'arestèrent tout quoi, et leur tour- 
nèrent les fiers des glaves^ et disent que à droit 
souhet il ne vosissent mies mieulz^ quant il les te- 
noient oultre le rivière. Si fisent par leurs variés ca- 10 
cier tout adies avant leurs sommiers et leur vitaille^ 
et puis si s'en vinrent d'encontre et de grant volenté 
ferir sus ces François. Là eut de commencement des 
uns as aultres moult bonne joiiste et moult rade^ et 
tamaint homme reversé à terre, de une part et d'au- 15 
tre. Et me samble^ selonch ce que je fui enfourmés^ 
que en joustant li François s'ouvrirent^ et passèrent li 
Englès tout oultre. Au retour que il fisent^ il sachiè- 
rent les espées toutes nues^ et s'en vinrent requerre 
leurs ennemis. 20 

Là eut bonne bataille et dure et bien combatue^ et 
fait tamainte grant apertise d'armes^ car il estoient 
droite fleur de chevalerie , d'un costé et d'aultre. Si 
furent un grant temps tournoiant sus les camps et 
combatant moult ablement^ ançois que on peuist sa- 25 
voir ne cognoistre liquel en aroient le milleur^ et li- 
quel non. Et fu tel fois que li Englès branlèrent^ et 
furent priés desconfi^ et puis se recouvrèrent et se 
misent au dessus^ et desrompirent^ par bien combatre 
et hardiement^ leurs ennemis^ et les desconfirent. Là 30 
furent pris tout cil chevalier de Poito et de Saintonge 
dessus nommé, et messires Guis de Neelle. Nulz homs 




i08 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i351] 

d'onneur ne s'en parti. Et eurent là li Englès et li 
Gascon de bons prisonniers qui leur vallirent cent 
mille moutons, sans le grant conques des chevaus et 
des armeures que il avoient eu sus le place. Si leur 

S sambla que, pour ce voiage, il en avoient assés fait. Si 
entendirent au sauver leurs prisonniers^ et que la ville 
de Saint Jehan ne pooit par yaus^ tant c'a celle fois^ 
estre ravitaillie et rafreschie. Si s'en retournèrent 
vers le cité de Bourdiaus^ et fisent tant par leurs jour- 

10 nées que il y parvinrent; si y furent recueillie t à grant 
joie. 

§ 333. Vous devés savoir que li rois Jehans de 
France^ qui estoit en le cité de Poitiers^ au jour que 
ses gens se combatirent au dehors dou pont de Tail- 

15 lebourch sur le Charente^ fu durement courouciés 
quant il sceut ces nouvelles : que une partie de ses 
gens avoient ensi esté rencontré et ruet jus au pas- 
sage de le rivière de Charente, et pris la fleur de la 
chevalerie de son host, messires Jehans Saintré^ mes- 

20 sires Guiçars d'Angle^ messires Bouchicaus et li aultre. 
Si en fu li rois durement courouciés^ et se parti de 
Poitiers^ et s'en vint devant Saint Jehan TAngelier^ 
et jura l'ame de son père que jamais ne s'en partiroit 
s'aroit conquis la ville. 

25 Quant ces nouvelles furent sceues en le ville de 
Saint Jehan^ que li Englès avoient esté jusques au 
pont de le Charente et estoient retourné^ et en avoient 
remené leurs pourveances, et ne seroient point ravi- 
tailliet^ si en furent tout esbahi, et se consillièrent 

30 entre yaus comment il se maintenroient. Si eurent 
conseil que il prenderoient^ se avoir le pooient^ une 



[1351] LIVRE PREMIER, S 3S3. i09 

souffi'anoe à durer quinze jours. Et se dedens ce jour 
il n'estoient conforté et li sièges levés^ il se rende- 
roient au roy de France^ salve leurs corps et leurs 
biens. 

Cilz consaulz fu tenus et creus^ et commencièrent à 5 
entamer trettiés devers le roy de France et son conseil 
qui passèrent oultre. £t me samble que li rois Jehans 
de France leur donna quinze jours de respit; et là en 
dedens^ se il n*estoient secourut de gens si fors que 
pour lever le siège, il dévoient rendre le ville et 10 
yaus mettre en l'obéissance dou roy de France. Mes 
il ne se dévoient nullement renforcier non plus qu'il 
estoient^ et pooient leur estât partout segnefîier oh 
il lor plaisoit. Ensi demorèrent il à pais^ ne on ne 
leur fist point de guerre. Et encores, par grasce es« 15 
pecialy li rois^ qui les voloit attraire à amour^ lor en- 
vola^ celle souffiance durant^ des vivres bien et lar- 
gement pour leurs deniers raisonnablement : de quoi 
toutes manières de gens li sceurent grant gré, et tin- 
rent ce à grant courtoisie. 20 

Cil de Saint^Jehean segnefiièrent tout leur estât et 
leur trettiés par certains messages as chevaliers englès 
et gascons qui se tenoient en le cité de Bourdiaus^ et 
sus quel estât il estoient. Et me samble que on laissa 
les quinze jours espirer^ et ne furent point secourut 35 
ne conforté. Au seizisme jour, li rois de France entra 
en le ville de Saint Jehan à grant solennité. Et le 
recueillièrent li bourgois de le ditte ville moult lie- 
ment^ et li lisent toute feaulté et hommage^ et se 
misent en se obéissance. Ghe fu le septime jour 30 
d'aoust Fan mil trois cens cinquante et un. 



ifO CHRONIQUES DE J. FR0IS8ART. [1351] 

§ 334. Apriès le reconquès de Saint Jehan PAn* 
gelier^ si oom chi dessus est dit^ et que li rois de 
France s'i fu reposés et rafreschis sept jours, et eut 
renouvelé et ordené nouviaus officiiers^ il s'en parti 

5 et retourna en France , et laissa en le ville de Saint 
Jehan à chapitainne le signeur d'Argenton de l^oito^ et 
donna toutes manières de gens d'armes congiet^ et 
revint en France. Ossi se départirent li Englès de 
BourdiauSy et retournèrent en Éngleterre; si menèrent 

10 là leurs prisonniers, dont li rois d'Engleterre eut grant 
joie. Et fu adonc envoiiés messires Jehans de Biau- 
camp à Calais, pour estre là chapitains et gouvrenères 
de toutes les frontières. Se s'i vint li dessus dis tenir, 
et y amena en se compagnie des bons chevaliers et 

15 escuiers et des arciers. 

Quant li rois de France sceut ces nouvelles^ il en- 
voia à Saint Omer ce vaillant chevalier, monsigneur 
Edowart^ signeur de Biaugeu, pour estre là chapi- 
tains de toutes gens d'armes et des frontières contre 

so les Englès. Si chevauçoient à le fois ces deus chapi- 
tainnes et leurs gens l'un sus l'autre; mes point ne se 
trouvoient ne encontroient^ dont assés leur desplai* 
soit. Et se mettoient il grant entente à yaus trouver^ 
mes ensi se portoit li aventure. 

25 § 335. En celle propre saison, avint en Bretagne 
uns moult haus fais d'armes que on ne doit mies ou- 
bliier^ mes le doit on mettre avant pour tous bace- 
1ers encoragier et exempliier. Et afin que vous le 
puissiés mieus entendre, vous dévés savoir que tout- 

30 dis estoient guerres en Bretagne entre les parties des 
deus damesy comment que messires Charles de Blois 



[i3M] LIVRE PREBilER, $ 33S. iii 

fust emprisonnés. Et se guerrioient les parties des 
deas dames par garnisons qui se tenoient ens es chas- 
tiaus et ens es fortes villes de l'une partie et de 
l'autre. 

Si avint un jour que messires Robers de Biauma- 5 
noir^ vaillant chevalier durement et dou plus grant 
linage de Bretagne , et estoit chastelains d'un chas- 
tiel qui s'appelle Chastiel Josselin^ et avoit avoecques 
lui grant fuison de gens d'armes de son linage et 
d'autres saudoiiers^ si s'en vint par devant le ville et 10 
le chastiel de Plaremïel^ dont chapitains estoit uns 
homs qui s'appelloit Brandebourch ; et avoit avoec 
lui grant fuison de saudoiiers alemans^ englès et bre- 
tons^ et estoient de la partie la contesse de Montfort. 
Et coururent li dis messires Robers et ses gens par 15 
devant les barrières^ et euist volentiers veu que cil 
de dedens fuissent issu hoi*s^ mes nulz n'en issi. 

Quant messires Robers vei ce^ il approça encores 
de plus près^ et fis! appeller le chapitainne. Cilz vint 
avant à le porte parler au dit monsigneur Robert, et 20 
sus assegurances d'une part et d'autre. « Brande- 
bourchy dist messires Robers, a il là dedens nul homme 
d'armes, vous ne aultre, deus ou trois, qui volsissent 
jouster de fers de glaves contre aultres trois, pour 
l'amour de leurs amies? » Brandebourch respondi et 25 
dist que leurs amies ne vorroient mies que il se fesis- 
sent tuer si meschamment que de une seule jouste, 
car c'est une aventure de fortune trop tost passée. Si en 
acquiert on plus tost le nom d'outrage et de folie que 
renommée d'onneur ne de pris. 30 

a Mais je vous dirai que nous ferons, se il vous 
plaist. Vous prenderés vingt ou trente de vos compa- 



lis CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1351] 

gnons de vostre garnison, et j'en prenderai otant de 
la nostre : si alons en un biei camp , là où nulz ne 
nous puist empeecier ne destourber. Et commandons 
sus le hart à nos compagnons^ d'une part et d'aultre^ 
5 et à tous chiaus qui nous regarderont j que nulz ne 
&ce à homme combatant confort ne aye. Et là en* 
droit nous esprouvons et faisons tant que on en 
parle ou tamps à venir en sales^ en palais^ en plaches 
et en aultres lieus par le monde. Et en aient la for- 

10 tune et l'onneur cil à qui Diex l'aura destiné. » — 
et Par ma foy^ dist messires Robers de Biaumanoir^ je 
m'i acord^ et moult parlés ores vassaument. Or soiiés 
vous trente : nous serons nous trente^ et le créante 
ensi par ma foy. » — « Ossi le créante jou^ dist Bran- 

15 debourchy car là acquerra plus d'onneur qui bien 
s'i maintenra que à une jouste. » 

Ensi fu ceste besongne afiremée et creantée, et 
journée acordée au merkedi apriès , qui devoit estre 
li quars jours de l'emprise. Le terme pendant, ces- 

30 cuns eslisi les siens trente, ensi que bon li sambla. 
Et tout cil soixante se pourveirent d*armeures, ensi 
que pour yaus, bien et à point. 

§ 336. Quant li jours fu venus , li trente compa- 
gnon Brandebourch oïrent messe ^ puis se fisent ar- 

25 mer, et s'en alèrent en le place de terre là où la ba- 
taiUe devoit estre. Et descendirent tout à piet, et 
deffendirent à tous chiaus qui là estoient que nuls 
ne s'entremesist d'yaus, pour cose ne pour meschief 
que il veist avoir à ses compagnons. Et ensi fisent li 

30 trente compagnon à monsigneur Robert de Biauma- 
noir. Cil trente compagnon , que nous appellerons 



[iSM] UVRE PREBOSR, $ 336. 113 

Englès^ à oeste besongne attendirent longement les 
auitres que nous appellerons François. 

Quant li trente François furent venu^ il descendi- 
rent à piet et fîsent à leurs compagnons le comman* 
dément dessus dit. Aucun dient que cinq des leurs 5 
demorèrent as chevaus à l'entrée de le place ^ et li 
vingt cinq descendirent à piet ^ si com li Englès es- 
toient. Et quant il furent Fun devant l'autre^ il par- 
lementèrent un petit ensamble tout soixante; puis se 
retraisent arrière^ li uns d'une part et li auitres lo 
d'autre. Et lisent toutes leurs gens traire en sus de le 
place bien loing. Puis fist li uns dVaus un signe ^ et 
tantost se coururent sus et se combatirent fortement 
tout en un tas; et rescouoient bellement li uns l'au- 
tre^ quant il veoient leurs compagnons à meschief. 15 

Assés tost apriès ce qu'il furent assamblé , fu occis 
li uns des François. Mes pour ce ne laissièrent mies li 
aultre le combatre; ains se maintinrent moult vas- 
saument d'une part et d'aultre, ossi bien que tout 
fuissent RoUans et Oliviers. Je ne sçai à dire à le ve- SO 
rite : « cil se maintinrent le mieulz, et cil le lisent le 
mieulz, » ne n'en oy onques nul prisier plus avant 
de l'aultre; mais tant se combatirent longement 
que tout perdirent force et alainne et pooir entire- 
ment. 35 

Si les convint arester et reposer, et se reposèrent 
par acord^ li uns d'une part et li auitres d'aiultre. Et 
se donnèrent trièwes jusques adonc qu'il se seroient 
reposet^ et que li premiers qui se releveroit rappel- 
leroit les auitres. Adonc estoient mort quatre Fran- 30 
çois et deus des Englès : il se reposèrent longement, 
d'une part et d'aultre. Et telz y eut qui burent dou 

IT — 8 



114 CHRONIQUES D£ J. FROISSÂRT. [1351] 

vin que on leur aporta en bouteilles y et restraindi- 
rent leurs armeures qui desroutes estoient^ et four- 
birent leurs plaies. 

§ 337. Quant il Auvent ensi ra£reschi^ li premiers 

5 qui se releva fist signe et rappella les aultres. Si re- 
commença la bataille si forte comme en devant, et 
dura moult longement. Et avoient courtes espées de 
Bourdiaus roides et agues , et espois et daghes , et li 
aucun haces; et s'en donnoient mervilleusement 

10 grans horions. Et li aucun se prendoient as bras à le 
luitte et se frapoient sans yaus espargnier. Vous poés 
bien croire qu'il fisent entre yaus mainte belle aper- 
tise d'armes, gens pour gens, corps à corps et main 
à main. On n'avoit point en devant, passet avoit 

15 cent ans^ oy recorder la cause pareille. 

Ensi se combatirent comme bon campion^ et se 
tinrent ceste seconde empainte moult vassaument. 
Mais jGmtablement li Englès en eurent le pieur; car^ 
ensi que je oy recorder^ li uns des François^ qui de- 

20 morés estoit à cheval^ les debrisoit et defouloit trop 
mesaisiement : si ques Brandebourc leurs chapitains 
y fu tués et huit de leurs compagnons. Et li aultre se 
Tendirent prisons, quant il veirent que leurs deffen* 
dres ne leur pooit aidier^ car il ne pooient ne de- 

25 voient fuir. Et li dis messires Robers et si compa- 
gnon^ qui estoient demoret en vie^ les prisent et les 
emmenèrent ou Chastiel Josselin comme leurs pri- 
sonniers^ et les rancenèrent depuis courtoisement, 
quant il furent tout resanet; car il n'en y avoit nulz 

30 qui ne fust fort blechiés^ et otant bien des François 
comme des Englès. 



fi35i] UVRB FREUUSR, S ^38. ii5 

Et depuis je vi seoir à le table dou roy Charle de 
France an chevalier breton qui esté y avoit, qui 
s'appelloit messires Yewains Charuelz ; mais il avoit 
le viaire si detailliet et decopet qu'il moustroit bien 
que la besongne fu bien combatue. Et ossi y lu mes- 5 
sires Engherans du Edins, uns bons chevaliers de 
Pikardie , qui moustroit bien qu'il y avoit esté ^ et 
uns aultres bons escuiers qui s'appelloit Hues de 
Raincevaus. Si fîi en pluiseurs lieus ceste avenue 
comptée et recordée. Li aucun le tenoient à proèce^ 10 
et li aucun à outrage et grant outrecuidance. 

§ 338. Nous parlerons d'un aultre fait d'armes 
qui avint en celle saison en le marce de Saint Omer, 
assés priés de la bastide d'Arde. Vous avés bien chi 
dessus oy parler comment , apriès le reconquès de 15 
Saint Jehan TÂngelier^ li rois de France envoia à 
Saint Omer ce gentil chevalier, le signeur de Biaugeu, 
pour estre regars et souverains de toutes gens d'ar- 
mes et gouvrenères dou pays. D'autre part estoit à 
Calais uns moult vaillans chevaliers de par le roy 20 
d'Engleterre, qui s'appelloit messires Jehans de Biau- 
camp. Ces deus chapitainnes avoient fuison de bons 
chevaliers et escuiers desous yaus^ et mettoient grant 
painne que il 'peuissent trouver et rencontrer l'un 
l'autre. S5 

Or avint que ^ droitement le lundi de le Pente« 
couste^ l'an mil trois cens cinquante deus^ messires 
Jehans de Biaucamp se départi de Calais à trois cens 
armeures de fier et deus cens arciers. Et avoient tant 
chevauciet de nuit que^ droitement ce lundi au 80 
matin , il furent devant Saint Omer^ environ soleil 



116 CHRONIQUES DB J. FROBSART. [I3M] 

levant, et se misent en ordenance de bataille sus un 
terne assés priés de là. Et puis envoiièrent leurs oou* 
reurs descouvrir et prendre et lever le proie qui es» 
toit issue de Saint Orner et des villages là environ^ et 
5 le recueillièrent toute ensamble : si y avoit il grant 
proie. 

Quant il eurent courut et fait leur emprise^ il se 
commencièrent à retraire moult sagement, et prisent 
leurs gens de piet qui les sievoient^ et vingt hommes 

10 d'armes et soissante arciers , et leur disent : « Re- 
traiiés vous bellement viers Calais , et cachiës ceste 
proie devant vous : nous le sieurons et le condui- 
rons. » Tout cil qui ordonné furent de cela faire, le 
fisent^ et li chevalier et escuier se remisent ensamble, 

15 et puis chevaucièrent tout le pas. 

Les nouvelles estoient jà venues en Saint Omer, et 
au signeur de Biaugeu qui gisoit en le porte de Bou- 
longue^ que li Englès chevauçoient. Et avoient leurs 
coureurs esté jusques as barrières et en menoient le 

so proie : de quoi li sii*es de Biaugeu estoit durement 
courouciés. Et avoit fait sonner sa trompeté et aler 
aval le ville, pour resvillier chevaliers et escuiers qui 
là dormoient à leurs hosteulz; si ne furent mies si 
tdst armé ne assamblé. Mais li sires de Biaugeu ne* 

S5 les volt mies tous attendre; ançois se partie espoir ' 
li centime , montés bien et faiticement, et fist sa ba- 
nière porter et passer devant lui. Si issi de le ville, 
ensi que je vous di; et li aultre compagnon, ensi que 
il avoient fait, le sievoient caudement. A ce jour e^ 

30 toient à Saint Omer li contes de Porciien, messires 
Guillaumes de Bourbon , messires Bauduins Denne- 
kins , messires Drues de Roie , messires Guillaumes 



[1851] IJVRE PRBBilBR, $ 338. ii7 

de Cran, messires Oudars de Renti^ messires Guil- 
laumes de BaiUuel, messires Hectors Kierés^ messires 
Hues de Tx>ncval, li sires de Sains^ messires Bauduins 
de Bellebourne ^ li sires de Saint Digier^ li sires de 
Saint Saufliu^ messires Robers de Basentin^ mes- » 
sires Bauduins de Cuvilers^ et pluiseur bon chevalier 
et eseuier d'Artois et de Yermendois. 

Si sievi premièrement li sires de Biaugeu les esclos 
des Englès moult radement^ et avoit grant doub- 
tance qu'il ne li escapaissent^ car envis les euist lais- lo 
siés sans combatre. Toutes ces gens d'armes et li 
brigant^ desquelz il avoit bien cinq cens à Saint 
Omer, n'estoient mies encores avoech le signeur de 
Biaugeu. Et cilz qui le sievoit plus priés derrière^ 
c'estoit messires Guichars ses frères , qui ne s'estoit 15 
mies partis avoecques li ne de se route. Ensi chevau- 
çoient il li un et li aultre^ li Englès devant et li 
François apriès. Et prendoient toutdis li Englès l'a- 
vantage d'aler devant en approçant Calais ; mes leurs 
chevaus se commençoient moult à fouler^ car il es« so 
toient travilliet de le nuit devant que il avoient fort 
chevauciet. 

Si avint que li Englès avoient jà eslongiet Saint 
Qmer quatre liewes dou pays^ et avoient passet le ri- 
vière d'Oske^ et estoient entre Arde et Hoske; si re- 95 
gardèrent derrière yaus et veirent le signeur de Biau- 
geu et se banière, et n'estoient non plus de cent 
hommes d'armes. Si disent entre yaus : « Nous nos 
faisons cacier de ces François qui ne sont c'un petit; 
arrestons nous et nos combatons à yaus : ossi sont - ao 
nostres chevaus durement foulé. » Tout s'acordèrent 
à ce conseil et entrèrent en un prêt, et prisent l'avan- 



il8 OœiONIQDES 0B J. FROISSART. fiSM] 

tage d'un lai^e fosset qui là estoit environ oe prêt ; 
et se misent tout à piet^ les lances devant yaus^ et 
en bonne ordenance. 

Evous le signeur de Biaugeu venu^ monte sus un 

5 coursier^ et sa banière devant lui^ et s'arreste sus ce 
fossé à rencontre des Englès qui faisoient là visage^ 
et toutes ses gens s'arrestent. Quant il vei que il ne 
passeroit point à sen aise , il commença à tourniier 
autour dou fosset pour trouver le plus estroit^ et tant 

10 ala qu'il le trouva. Mais à cel endroit li fossés estoit 
nouvellement relevés : si estoit la hurée trop roiste 
pour sallir son coursier; et se il fust oultre, pour ce 
n*i estoient mies li aultre. Si eut avis de descendre à 
piet^ et ossi fisent toutes ses gens. Quant il furent à 

15 piet, li sires de Biauge[u] prist son glaive en son poing 
et s'escueilla pour sallir oultre^ et dist à celui qui 
portoit sa banière : « Avant , banière , ou nom de 
Dieu et de saint Joi^e I j» En ce disant il salli oultre 
de si grant volenté que par dessus le hurée dou fos< 

iO set; mais li pies li gUça tant que il s'abusça un petit 
et qu'il se descouvri par desous. 

Là fîi uns homs d'armes englès apparilliés qui li 
jetta son glave en lançant, et le consievi ou fusiel 
desous^ et li embara là dedens ; se li donna le cop de 

S5 le mort : dont ce fut pités et damages. Li sires de 
Biaugeu^ de la grant angousse qu'il eut^ se tournia 
deus tours ou pret^ et puis si s'arresta sus son costé. 
Là vinrent deus de ses chevaliers de son hostel qui 
s*arrestèrent sur lui^ et le commencièrent à deffendre 

30 moult vaillamment. Li aultre compagnon y chevalier 
et escuier^ qui veoient leur signeur là jesir et en tel 
parti, furent si foursené que il sambloit que il deuis- 



[i35l] LITRE PREMIER, § 338. il9 

sent issir dou sens. Si se commença li hustins et li 
estekeis de toutes pars. Et se tinrent les gens le si- 
gneur de Bîaugeu une espasse en bon couvenant; 
mes finablement cil premier ne peurent souffrir ne 
porter le fais^ et furent desconfi^ et pris la grigneur S 
partie. Et là perdi messires Bauduins de Cuvilers un 
oel et fu prisonniers , et ossi furent tout li aultre. Et 
se li Englès euissent eu leurs chevaus^ il se fuissent 
tout parti sans damage; mais nennil : dont il per 
dirent. 10 

Evous venu achevauçant moult radement monsi- 
gneur Guichart de Biaugeu et se route qui estoit tout 
devant les aultres, le trettié d'un arc ou plus. Quant 
il fu venus sus le place où li desconfi estoient^ et où 
ses frères gisoit^ si fîi tous esmerveilliés ; et feri che- 15 
val des esporons^ et salli oultre le fosset. Et ossi li 
aultre, en venant cescuns qui mieux mieux ^ en 
sievant le bon chevalier^ fisent tant qu'il furent oultre. 
La première voie que messires Guiçars fist, ce fu 
qu'il s'adreça sus son frère , pour savoir comment il 11 ao 
estoit. Encores parloit li sires de Biaugeu et recogneut 
bien son frère; se li dist : <r Biaus frère , je sui na- 
vrés à mort y ensi que je le sent bien : si vous pri 
que vous relevés le banière de Biaugeu qui onques 
ne fui^ et pensés de moy contrevengier. Et se de ce S5 
camp partes en vie ^ je vous pri que vous songniés 
d'Antoine mon iil^ car je le vous recarge. Et mon 
corps faites le reporter en Biaugeulois , car je voel 
jesir en ma ville de Belleville : de lonch temps a^ y 
ai jon ordonné ma sépulture. » 30 

Messires Guiçars^ qui oy son frère ensi parler et 
deviser^ eut si grant anoy que à painnes se pooit il 



iiO GHKONIQUES DE J. FROISSAET. [I35|] 

sottstenir^ et li aoorda tout de grant affection. Puis 
s'en vint à le banière son frère, qui estoit d^at à un 
lyon de sable couronnet et endentet de geules^ et 
le prist par le hanste et le leva contremont, et le 

5 bailla à un sien escuier des siens, bon homme d'ar- 
mes. Jà estoient venu toutes leurs gens à cheval et pas- 
set oultre ou pré ; si estoient moult courouciet quant 
il veirent leur chapitainne là jesir en tel parti, et il 
oïrent dire que il estoit navrés à mort. Si s'en vin- 

10 rent requerre les Englès moult fièrement en escriant 
« Biaugeu I » qui s'estoient retrait et mis ensamble 
par bonne ordenance, pour le force de François que 
il veirent venir sus yaus. 

§ 339. Tout à piet devant les aultres s'en vint 

15 messires Guiçars de Biaugeu, le glave ou poing, as- 
sambler à ses ennemis et commencier la bataille* 
Là eut fort bouteis et estecheis des lances, ançois 
que il peuissent entrer l'un dedens l'autre. Et quant 
il y furent entré, si y eut fait pluiseurs grans aper- 

80 tises d'armes. Là se combaLoient li Englès si vail- 
lamment que mervelles seroit à recorder. Si s'en 
vint li dis messires Guiçars de Biaugeu assambler 
droitement desous le banière messire Jehan de Biau- 
camp, et là fîst grant fuison d'armes, car il estoit 

25 bons chevaliers, hardis et entreprendans; et ossi 
son hardement li estoit doublés pour le cause de son 
frère que il voloit contrevengier. Si s'abandonna à 
ce commencement li dis chevaliers si folement que 
il l'en deubt priés estre mesavenu; car il fu enclos 

30 des Englès et si fort assaliis que durement bleciés et 
navrés. Mais à le rescouse vinrent li contes de Por- 



[IS8I] LIVRE PREMIER, $ 339. iSl 

siien^ messires Guillaumes de Bourbon^ messires 
Bauduins Danekins et pluiseur aultre bon chevalier 
et escuier. Si fa messires Guiçars rescous et mis 
hors de le presse , pour lui un petit rafireschir^ car il 
estoit tout essannés. 5 

8i vous di que li Englès se combatirent si bien et 
si vassaument que encores euissent il desconfis chiaus 
qui là estoient venu^ se n'euissent esté li brigant qui 
vinrent là au secours plus de cinq cens^ as lances et 
as pavais^ tous bien armés^ frès et nouviaus. Si ne lo 
peurent avoir durée li Englès^ quant il furent recar- 
giet de ces gens là nommés brigans^ car il estoient 
tout lasset et hodet de longement combatre. Ensi 
fîsent li brigant la desconfiture. Si y furent pris mes- 
sires Jehans de Biaucamp, messires Loeis de Glifort^ 15 
messires Oliviers de Baucestre^ messires Phelippes 
de Biauvers^ messires Loeis Tuiton^ messires Âlixan- 
dres Ansiel et bien vingt chevaliers^ tous de nom et 
ossi tout li escuier. Et furent rescous tout li aultre 
prisonnier françois qui pris estoient en devant. Si SO 
fîist trop bien la besongne alée pour les François^ se 
li sires de Biaugeu n'euist esté là mors; mes U gentilz 
chevaliers, qui si vaillans homs fu et si preudons^ 
dévia là sus le place: de quoi tout li compagnon 
furent durement courouciet^ mes amender ne le peu- S5 
rent. Si fu cargiés et raportés à Saint Omer ; et ossi 
fu messires Guiçars ses frères , qui si navrés estoit 
qu'il ne pooit chevaucier. Si retournèrent tout li 
compagnon à Saint Omer et là ramenèrent leurs pri- 
sonniers. 30 

Or vous dirai de le proie de Saint Omer que li 
Englès avoient pris devint. Entre Bavelinghehen et 



IÎ2 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [I35i] 

Hames^ li sires de Bavelinghehen et li troi frère de 
Hames^ qui èstoient moult bon chevalier^ et cil de 
le garnison de Ghines et de le Montoire se misent 
en embusce : si èstoient bien trois cens armeures de 

5 fier. Si rencontrèrent ces Englès qui le proie emme- 
noiént^ et leur vinrent au devant et leur coururent 
seure. Yraiement li Englès se tinrent et deffendirent 
tant qu'il peurent durer^ mes en le fin il furent des- 
confit^ tout mort ou pris^ et la proie rescousse^ et fu 

10 là sus les camps départie à chiaus des garnisons cpii 
au conquerre avoient esté. Onques cil de Saint Orner 
n'en eurent nulle restitution. Si en fisent il bien de- 
puis question, mes on trouva par droit d'armes qu'il 
n'i avoient riens; ançois estoit à chiaus qui l'avoient 

15 gaegniet. Si leur convint porter et passer ce damage 
au plus biel qu'il peurent. 

Or fu li sires de Biaugeu embausmés et aportés en 
son pays de Biaugeulois et ensepelis en Tabbeye de 
BelleviUe, ensi que deviset l'avoit. 

20 Si fu messires Ernoulz d'Audrehen envoiiés à Saint 
Omer pour là faire frontière contre les Englès^ et li 
contes de Warvich à Calais^ ou lieu de son oncle 
monsigneur Jehan de Biaucamp; mes il fu délivrés 
en celle anée en escange pour monsigneur Gui de 

25 Neelle. Si se rançonnèrent li compagnon d'une part 
et d'autre^ ensi que Englès et François ont eu entre 
yaus toutdis bon usage. 

É 

§ 340. En ce temps trespassa à YiUenove dalés 

Avignon papes Clemens; si fu Innocens papes. Assés 

30 tost après le création dou pape Innocent, s'en vint 

en France et à Paris messires Guis li cardinaulz de 



[IS5f] UVRS PREBOER, S ^^0. 123 

Boulongne; si fu reçeus et conjoîs grandement dou 
roy Jehan^ ce fu bien raisons. Et estoit envoiiés en 
France U dis cardinaulz pour trettier unes trièwes 
entre le roy de France et le roy d'Engleterre. Et l'a- 
Yoit en celle istance li papes Innocens là envoiiet en 5 
légation^ liquels papes par ses bulles prioit douce- 
ment à l'un roy et à l'autre que il vosissent faire 
comparoir leurs consaulz devant lui et le collège de 
Romme ens ou palais en Avignon; et, se on pooit 
nullement , on les metteroit à pais. 10 

Si esploita si bien li dis cardinaulz , qui fu sages 
boms et vaillans^ avoech les lettres dou pape^ que 
unes trièwes furent données entre les deux rois des- 
sus nommés et tous leurs aherdans^ excepté Bretagne 
(chilz pays là y f u réservés)^ à durer deus ans. Et 15 
furent les trièwes données et seelées sus certains ar- 
ticles qui dévoient estre remoustré de toutes parties 
devant le pape et les cardinaulz. Et se à Dieu il plai- 
soity on y trouveroit aucun moiien par quoi pais se 
feroit; si demora la cose en cel estât. SO 

Vous avés bien oy et sceu comment li contes de 
Ghines^ connestables de France^ fu pris des Englès 
jadis en le ville de Kem en Normendie^ et li contes 
de Tankarville avoecques lui. Et furent envoiiet pri- 
sonnier en Engleterre où il furent un grant temps^ 2S 
et par especial li contes Raoulz d'Eu et de Ghines^ 
car on le voloit trop hault rançonner. En ce conte 
Raoul d'Eu et de Ghines et connestable de France 
avoit un chevalier durement able^ gay, frice^ plaisant, 
joli et legier; et estoit en tous estas si très gracieus 30 
que dessus tous aultres il passoit route. Et le temps 
qu'il demora en Engleterre, il e^hei grandement en 



4S4 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1380] 

le grasce et amour dou roy et de la royne, des si- 
gneurs et des dames dont il avoit le cognissanoe. Et 
procura tant li dis contes devers le roy d'Engleterre 
qu'il se mist à finance, et deubt paiier dedens un an 
5 soissante mil escus ou retourner en le prison dou 
roy. 

Sus cel estât se départi li dis contes de Ghines et 
retourna en France. Quant il fu venus à Paris^ il se 
traist devers le roy Jehan, de qui il cuidoit estre 

10 moult bien amés^ ensi que il estoit^ ançois qu'il fîist 
rois^ et l'enclina de si lonch que il le vei et le salua 
humlement ; et en cuidoit estre bien venus, par tant 
que il avoit esté cinq ans hors dou pays et prison- 
niers pour lui. Si tost que li rois Jehans le vei, il re- 

15 garda sur lui et puis li dist : « Contes de Ghines^ 
sievés moy : j'ay à parïer à vous de conseil. » Li 
contes^ qui nul mal n'i pensoit^ respondi : « Monsi- 
gneur^ volentiers. » Lors l'en mena li rois en une 
cambre et li moustra unes lettres^ et puis li demanda : 

so N Contes de Ghines^ veistes vous onques mes cestes 
aultre part que ci? » Li contes^ si com il me fu dit^ 
fil durement assouplis et pris deventrainnement, quant 
il vei la lettre. Adonc dist li rois Jehans : « Ha 1 ha 1 
mauvais trahitres, vous avés bien mort desservie; se 

S5 n'i faurrés mies, par l'ame de mon père, m Si le fist 
li dis rois tantos prendre par ses sei^ns d'armes et 
mettre en prison en le tour dou J^uvre dalés PariSj 
là où li contes de Montfort fii mis. 

li signeur et baron de France dou linage le con- 

80 nestable et aultre^ fiirent durement esmervilliet quant 
il sceurent ces nouvelles/car il tenoient le conte pour 
loyal et preudomme sans nulle lasqueté* Si se traisent 



[1350] liVRX PREMIER, $ ^i. iU 

devers le roy, en priant moult humlement que il leur 
Tolsist dire pour quoi ne à quel cause il avoit empri- 
sonné leur cousin^ un si gentil chevalier^ et qui tant 
aToit perdu et travilUet pour lui et pour le royaume. 
Li rois les oy bien parler^ mes il ne leur volt onques 5 
dire; et jura^ le secont jour qu'il fu mis en prison, 
oant tous les amis dou connestable qui prioient pour 
lui, que jamais ne dormiroit tant que li contes de 
Ghines fust en vie. De ce ne falli il point, car il li 
fist secrètement ou chastiel dou Louvre oster la teste : 10 
de quoi ce fa grans damages et pitës se li chevaliers 
le desservi; mais je le tieng si vaillant et si gentil 
que jamais il n'euist pensé trahison. Toutes fois, fust 
à droit y fiist à tort, il morut; et donna sa terre li rois 
Jehans à son cousin le conte d'Eu, monsigneur Jehan 15 
d'Artois. De ceste justice fu li rois durement bksmés 
en derrière de pluiseurs haus barons dou royaume de 
France et des dus et des contes marcissans au dit 
royaume. 

§ 341. Assés tost apriès le mort dou conte de 80 
Ghines, dont toutes manières de bonnes gens furent 
courouciet, fu pris et emblés li fors et li biaus chas- 
tiaus de Ghines, qui est uns des biaus chastiaus dou 
monde. Et fu acatés à bons deniers se[c]s de monsi- 
gneur Jehan de Biaucamp, chapitainne de Calais, et S5 
délivrés de chiaus qui le vendirent as Englès, qui &i 
prisent le saisine et possession, et ne l'euissent rendu 
pour nul avoir. 

Quant les nouvelles en vinrent à Paris, li rois de 
France en fu durement courouciés, ce fu raison, car ao 
de force il n'estoit mies à reprendre. Si en parla à 



it6 ŒRONIQIJES DE J. FROISSAAT. [1851] 

son cousin le cardinal de Boulongne^ en priant que 
il volsist mander à chiaus de Calais qu'il avoient mal 
fait^ quant dedens trièwes il avoient pris et emblet le 
chastiel de Ghines^ et que par ce Êdt il avoient les 

5 trièwes enfraintes. 

Li cardinaulz à Tordenance dou roy obei^ et en* 
voia certains et especiaus messages à Calais devers 
monsigneur Jehan de Biaucamp^ en li remoustrant 
que il avoit trop mal &di, quant il avoit consenti à 

10 faire tel cose que prendre et embler en trièwes le 

chastiel de Ghines , et que par ce point il avoit les 

trièwes enfraintes; se li mandoit que ce fust deffiiit et 

li chastiaus remis arrière en le main des François. 

Messires Jehans de Biaucamp fu tantost consilliés 

15 dou respondrCy et respondi qu'il n'eskiewoit nul 
homme en trièwes et hors trièwes acater chastiauS| 
terres^ possessions et hyretages; et pour ce ne sont 
mies trièwes enfraintes ne brisies. Il n'en peurent 
chil qui envoiiet y furent aultre cose avoir. Si demora 

30 la cose en cel estât, et obtinrent li Englès le fort 
chastiel de Ghines, qu'il n'euissent rendu pour nul 
avoir. 

§ 3A2. En ce temps et en celle saison , devisa et 
ordonna li rois Jehans de France une belle compa- 

95 gnie grande et noble ^ sus le manière de le Table 
Reonde qui fu jadis au temps dou roy Ârtus : de la- 
quèle compagnie dévoient estre trois cens chevaliers^ 
li plus vaillant as armes et li plus souffissant dou 
royaume de France. Et dévoient estre appelle cil che- 

80 valier^ li chevalier de l'Estoille. Et devoit cescuns 
chevaliers de le ditte compagnie porter une estoille 



[135!] UVRE PREMIER, $ 342. ft? 

d'or ou d'ai^ent dorée, ou de perles, sus son deseu- 
rain vestement^ pour recognissance de le compagnie* 

Et eut adonc en couvent li rois Jefaans as compa- 
gnons de faire une beUe maison et grande , à son 
coust et à son fret^ dalés Saint Denis^ là où tout li 5 
compagnon et confrère dévoient repairier à toutes 
les festes solennèles de l'an, chil qui seroient ens ou 
pays, se il n'avoient trop grant ensongne qui les escu-, 
sast^ ou à tout le mains cescuns une fois Tan. Et de- 
voit estre appellée li noble maison de l'Estoille. Et y lo 
devoit li rois, au mains une fois l'an, tenir court ple- 
nière de tous les compagnons. Et à celle court devoit 
cescuns des compagnons raconter toutes les aven* 
tures, sus son sierement, qui avenues li estoient en 
l'an, ossi bien les honteuses comme les honnou- 15 
râbles. 

Et li rois devoit establir deus ders ou trois sour 
ses couls^ qui toutes ces aventures dévoient mettre 
en escript, et Ëiire de ces aventures un livre^ afin que 
ces aventures ne fuissent mies oubliées^ mes raportées so 
tous les ans en place par devant les compagnons^ 
par quoi on peuist savoir les plus preus, et honnou- 
rer cescun selonch ce qu'il seroit. Et ne pooit nulz 
entrer en celle compagnie^ se U n'avoit le consent 
dou roy et de la grignour partie de compagnons, et se S5 
il n'estoit sans diffame de reproce. Et leur couvenoit 
jurer que jamais il ne fiiiroient en bataille plus lonch 
que de quatre arpens à leur avis ; ançois morroient ou 
se renderoient pris, et que cescuns aideroit et secour- 
roit l'autre à toutes ses besongnes comme loyaus 30 
amis, et pluiseurs aultres estatus et ordenances que 
tout li compagnon avoient juret. 



Iî8 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [13M] 

Si fîi la maison priés que faite^ et encores est elle 
assés priés de Saint Denis. 

Et se il avenoit que aucun des compagnons de l'Es- 
toille en viellèce euissent mestier de estre aidiet, et que 

5 il fiiissent affoibli de corps et amenri de chavance^ on 
li devoit &ire ses frès en le maison bien et honnoura- 
blement, pour lui et pour deus variés^ se en la maison 
voloit demorer, à fin que le compagnie fîist mieulz 
détenue. Ensi (îi ceste cose ordenée et devisée. 

10 Or ayint que^ assés tost apriès ceste ordenance 
emprise^ grant fuison de gens d'armes issirent hors 
d'Engleterre et vinrent en Bretagne, pour conforter 
la contesse de .Montfort. Tantost que li rois de 
France le sceut^ il envoia celle part son mareschal et 

15 grant fuison de bons chevaliers , pour contrester as 
Englès. 

En celle chevaucie alèrent fuison de ces chevaliers 
de l'Estoille. Quant il furent venu en Bretagùe, li 
Englès fisent lor besongne si soutievement que, par 

20 un embuschement qu'il lisent, li François, qui s'ern*- 
bâtirent trop avant folement^ furent tout mort et 
desconfi. Et y demora mors sus le place messires 
Guis de Neelle^ sires d'Aufemont en Yermendois: 
dont ce fu damages^ car il estoit vaillans chevaliers 

35 et preùs durement. Et avoecques lui demorèrent 
plus de quatre vingt et dix chevaliers de l'Estoille^ 
pour tant qu'il avoient juret que jamais ne fuiroient; 
car se li sieremens n'euist esté, il se fuissent retret et 
sauvet. Ensi se desrompi ceste noble compagnie de 

30 l'Estoille avoecques les grans meschiés qui avinrent 
depuis en France^ si com vous orés recorder avant 
en l'ystore. 



[I3Î$4] LIVRE PREMIER, § 343. 129 

§ 343. En ce temps et en celle saison avoit li rois 
de France dalés lui un chevalier que durement amoit^ 
car il avoit esté avoecques lui nouris d'enfance : c'es- 
toit messires Charles d'Espagne. Et l'avoît li rois fait 
son connestable de France^ et l'avançoit en quan- 
qu'il pooit de donner terres, possessions et hiretâges^ 
or et argent et tout ce qu'il voloit. Se li donna li 
rois de France une terre qui longement avoit esté en 
débat entre le roy de Navare le père et le roy Phe- 
lippe son père. \ 10 

Quant li rois Charles de Navare et messires Phe- 
lippes ses frères veirent que li rois Jehans leur eslon- 
goit leur hyretage, et l'avoit donnet à un homme qui 
ne leur estoit de sanc ne de linage^ si en furent du- 
rement courouciet^ et en manecièrent couvertement 15 
le dit connestable ; mais il ne li osoient faire nulle 
felonnie^ pour le cause dou roy qu'il ne voloient 
mies couroucier^ car li rois de Navare avoit sa fille 
à femme y et savoit bien que c'estoit Pomme dou 
monde, apriès ses enfans, que li rois amoit le mieulz. 20 
Si se couva ceste hayne un grant temps. 

Bien sentoit messires Charles d'Espagne que li rois 

de Navare l'avoit grandement contre coer, et s'en 

tenoit en bien dur parti, et l'avoit remoustré au roy 

de France. Mais li 4X)is l'en avoit asseguré et di- 25 

soit : <x Charle^ ne vous doubtés de mon fil de Navare; 

il ne vous oseroit couroucier , car se il le faisoit^ il 

n'aroit plus grant ennemi de moy. » Ensi se passa li 

temps, et s'umelioît toutdis li connestables de France 

envers les enfans de Navare^ quant d'aventure il les 30 

trouvoit en l'ostel dou rov France ou ailleurs. 

Pour ce ne demora mies que li enÊmt de Navare 

nr — 9 



190 CHRONIQUES DE 1. FROISSAAT. [1354] 

n'en feissent leur entente. Car messires C3iarles d'Es* 
pagne estoit une fois à l'Aigle en Normendie : si ques^ 
ensi que de nuit il gisoit en un petit village assés 
pries de TAigle en Normendie^ il fu là trouvés des 

5 gens le roy de Navare qui le demandoient, et qui 
avoient fait et bastis agais sur lui^ desquelz^ tant qu'à 
ceste fois et à ce Ëdt^ uns cousins des enfans de Na- 
vare^ qui s'appelloit li Bascles de Maruel^ estoit sou- 
verains et chapitainne. Si fu li dis connestables là 

10 pris et assallis en sa cambre et occis. 

 ce fisdt pour estre^ en fii priiés de ses cousins les 
en&ns de Navare li contes Guillaumes de Namur, 
qui pour ce temps se tenoit à Paris ; mais il s'en con- 
silla à son cousin le cardinal de Boulongne , qui li 

15 dist : fc Vous n'irés points il sont gens assés sans vous* » 
Et si trestost que li Êûs fîi avenus et que li dis cardi- 
naulz le peut savoir^ il manda son cousin le conte de 
Namur et li remoustra le péril où il en poroit estre 
dou roy Jehan^ qui estoit soudains et hastieulz en 

so son aïr; se li consilla à partir dou plus tost qu'il 
peuist. li contes de Namur crei ce conseil; si se 
parti de Paris sans prendre oongiet au roy^ et fist 
tant par ses journées qu'il se trouva en son pays da- 
tés madame sa femme : onques depuis ne retourna à 

35 Paris. 

•Quant li rois de France sceut le vérité de son con- 
nestable monsigneur Charle d'Espagne, que li rois de 
Navare avpit fait morir^ si en fu trop durement cou- 
rouciés , et dist bien que ce seroit trop chierement 

30 comparet ; et trop se repentoit que onques li avoit 
donnet sa fille par mariage. Si envoia tantost li dis 
rois grans gens d'armes en Normendie pour saisir 



[1384] UVRE PREMIER, § 344. 131 

la conté d'Evrues, qui estoit hiretages au dit roy de 
Navare; et furent repris en oe temps une partie des 
chastiaus que li rois de Navare tenoit< 

D'autre part^ li rois Jehans^ qui prist ceste cose en 
grant despit, esploita tant devers le conte d'Ermignach 5 
et le conte de Commignes et aucuns barons de le 
haute Gascongne , qu'il fisent guerre au roy de Na- 
vare ; et entrèrent par les montagnes en son pays^ et 
li ardirent aucunes povres villes. Mes plente ne fu ce 
mies , car li contes de Fois , qui seroui^es estoit au 10 
roy de Navare, ala au devant et se allia avoech le dit 
roy, et entra à grans gens d'armes en le conté d'Er- 
mignach : par quoi il convint que ceste cose se ces- 
sast et que li contes d'Ermignach et li aultre qui 
avoecques lui estoient retoumaissent et venissent 15 
garder leur pays. 

§ 344. En ce temps vinrent en Avignon li esleu 
dou roy de France et dou roy d'Engleterre yaus com- 
paroir devant le pape Innocent et les cardinaulz. Et 
si especiaulz personnes y vinrent que , de par le roy 30 
de France, ses cousins germains messires Pières, dus 
de Bourbon, uns très gentilz et vaillans chevaliers; 
et de par le roy d'Engleterre, ses cousins germains 
ossi li dus Henris de Lancastre. Si furent cil doy 
signeur en Avignon un grant temps, et y tinrent 35 
grant estât et noble. Et là eut grans parlemens et 
grans trettiés de pais, et pluiseurs coses proposées et 
parlementées devant le pape ; mais à ce donc on n'i 
peut onques trouver moiien de pais, et brisa li ar^ ' 
tides de Bretagne, ensi que il a Êdt aultre fois, gran- 30 
dément le pais. Si demora la cose en cel estât, et 



13S CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4388] 

s'en retournèrent li Englès en Engleterre^ et li Fran- 
çois en France. Si fu la triewe inspirée et la guerre 
renouvelée plus forte assés que devant. 
En ce temps trespassa li dus Jehans de Braibant, 
5 qui poissamment et sagement avoit regnet contre 
tous ses voisins. Si reschei la terre et la ducé de 
Braibant à madame Jehane, se ainsnée fille^ car mes- 
sires Godefrois ses filz estoit mors. Si fu ceste dame 
duçoise de Braibant y et espousa mo.nsigneur Win- 

10 celin de Boesme , filz jadis au gentil roy de Boesme 
et de le soer monsigneur le duch de Bourbon. Si 
estoit cilz sires pour ce temps moult jones; mais il 
estoit consilliés de son bel oncle monsigneur Jake- 
mon de Bourbon quiscntendoit à ses besongnes, et 

15 jà estoit il dus de Lussembourch. Si fist en sa nou- 
veleté à ce jone duch de Braibant et de Lussem- 
bourch li contes Loeis de Flandres grant guerre, 
pour la cause de madame sa femme y qui fille avoit 
esté au duc de Braibant pour avoir ses pareçons. Et 

so par especial il demandoit à avoir Malignes et Anwers 
et les appendances. Et disoit et proposoit et remous- 
troit li dis contes^ par seelés^ que li dus Jehans de 
Braibant^ quant il prist sa fille en mariage^ li avoit 
donnet et acordet à tenir apriès son deciès. 

25 Ces demandes venoient à grant contraire à ma- 
dame Jehane , duçoise de Braibant , et au jone duch 
son mari^ et à tous les barons dou pays et les bonnes 
villes ossi ^ car il n'en savoient parler. Et l'avoit li 
dus Jehans fait secrètement; car, si com ci dessus en 

do celle hystore est dit, quant li dus de Braibant maria 
sa fille au conte de Flandres^ il acata le mariage. 
Pour lesquèles demandes grans guerres en ce temps 



[1355] LIVRE PREMIER, § 345. 133 

s'esmurent entre les pays de Braibant et de Flandres^ 
et y eut ptuiseurs batailles et rencontres, et durèrent 
trois ans ou environ. Finablement , li contes Guil- 
laumes de Haynau^ filz à Loeis de Baivière le roy 
d'Alemagne^ y trouva un moiien parmi le bon con- 5 
seil qu'il eut. £t fîst loiier toutes les parties telement 
qu'il en fu dou tout à son dit ; si en détermina sus 
le marce de Flandres^ de Braibant et de Haynau^ et 
ordonna adonc bonne pais entre les pays de Flandres 
et de Braibant; mais Malignes et Anwiers^ qui sont lo 
deus grosses villes et de grant pourfit^ demorèrent 
au conte de Flandres. Je me sui de ceste matère 
passés assés briefînent^ pour tant que elle ne touche 
de riens au fait de ma principal matère^ des guerres 
de France et d'Engleterre. 15 

§ 3A5. Li rois de France avoit pris en si grant 
hayne le fait de son connestable, que li enfant de 
Navare avoient fait morir^ que il n'en pooit issir; 
ne li enÊint de Navare^ pour amendes qu'il en seuis- 
sent offrir ne présenter, li rois de France n'i voloit 20 
entendre, mais les faisoit guerriier de tous costés. 
Quant il veirent ce, si s'avisèrent qu'il se trairoient 
en Engleterre et se fortefieroient des Englès , et les 
metteroient en leurs chastiaus en Normendie; aul- 
trement il ne pooient venir à pais, se il ne faisoient 25 
guerre. Si se départirent de Chierebourch , et mon- 
tèrent en mer et arrivèrent en Engleterre. Si fisent 
tant que il vinrent à Windesore, où il trouvèrent le 
roy et grant fuison de signeurs j car c'estoit à une 
feste de Saint Gorge que il festioient. 30 

Si fu li rois de Navare grandement bien venus et 



134 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1355] 

conjoîs dou roy dnËiigleteiTe et de tous les barons^ 
et ossi fil messires Phelippes ses firères. En celle Visi- 
tation que li rois de Navarre et ses firères fisent en 
Engleterre, eut grans trettiés et grans alliances en- 
5 samble; et devoit li rois d'Engleterre efforciement 
ariver en Normendie et prendre terre à Chiere- 
bourch. Et li rois de Navare li devoit, à lui et à ses 
gens^ prester ses forterèces pour guerriier le royaume 
de France. 

10 Quant toutes ces coses fiirent bien faites et ordon- 
nées à leurs ententes ^ et li enfiint de Navare eurent 
séjourné dalés le roy et le royne environ quinze 
jours ^ il se départirent et s'en retournèrent arrière 
en le conte d'Evrues. Si fisent pourveir et garnir 

15 leurs chastiaus bien et grossement^ et par especial la 
cité^ [la] ville et le chastiel d'Evrues^ le fi)rt chastiel 
de Bretuel ^ Ronces et tous aultres chastiaus qui dou 
roy de Navare se tenoient. 

li rois d'Engleterre ne mist mies en non caloir son 

90 pourpos, et dist^ puisque pais ne s'estoit pout fidre en 
Avignon^ que il ne fist onques si forte guerre en 
France que il feroit. Et ordonna en celle saison de 
faire trois armées^ l'une en Normendie^ et l'autre en 
Bretagne^ et la tierce en Gascongne. Car de Gascon- 

S5 gne estoient venu en Engleterre li sires de Pumiers^ 
li sires de Rosem ^ li sires de Lespare et li sires de 
Muchident^ qui prioient au roy que il lor volsist bail- 
lier et envoiier ens es parties par de delà son fil le 
prince de Galles^ et il li aideroient à fiiire bonne 

80 guerre. 

Li rois d'Engleterre fu adonc si consilliés qu'il 
leur acorda. Et deut li dus de Lancastre aler en Bre- 



[1355] LIVRE PREfiilER, $ 345. 135 

tagne à tout cinq cens hommes d^armes et mil ai^ 
chiers, car messires Charles de Blois estoit revenus 
ou pays^ qui faisoit grant guerre à la contesse de 
Montfort^ car il s'estoit rançonnés quatre cens mil 
escus qu'il devoit paiier^ et en nom de cran il en 5 
avoit envoiiés deus de ses filz^ Jehan et Gui^ en En* 
gleterre. Et li rois d*Engleterre^ à deus mil hommes 
d'armes et quatre mil arciers, [ariveroit^] en Nor- 
mendie sus la terre dou roy de Navare. 

Si fist li dis rois faire ses pourveances grandes et 10 
grosses pour toutes ces besongnes parfumir, et manda 
partout gens d'armes là où il les peut avoir. Si se dé- 
partirent d*Engleterre en trois parties^ et arrivèrent 
en trois pors ou havenes^ auques en une saison^ ces 
trois hos. Li princes de Galles s'en aia devers Bour- 15 
diaus à mil hommes d'armes et deux mil arciers et 
toute fleur de chevalerie avoecques lui. Première- 
ment de se route estoient li contes de Sufforch^ li 
contes d*Askesuffbrch ^ li contes de Warvich et li 
contes de Sallebrin, messires Renaulz de (jobehen^ le 30 
baron de Stanfort^ messires Jehans Chandos, qui jà 
avoit le renommée d'estre li ims des milleurs cheval- 
liers de toute Engleterre^ de sens^ de force^ d'eur^ de 
fortune^ de haute emprise et de bon conseil ; et par 
especial li rois avoit son fil le prince recommendé à 95 
lui et en sa garde. Là estoient li sires de Bercler^ 
messires James d'Audelée et messires Pières ses frères, 
messires Bietremieus de Brues^ li sires de le Ware^ 
messires Thiunas et messires Guillaumes de Felleton^ 
li sires de Basset^ messires Estievenes de Gonsenton, 30 

1. Bis. B 4. f^ 154. — Mts. B 1, 3 : c arrÎTerment. • Mau9àuê %»«. 



136 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

messires Edowars^ sires Despensiers^ li sires de Wil- 
lebi^ messires Ustasses d'Âubrecicourt et messires 
Jehans de Ghislelies^ et pluiseur aultre que je ne puis 
mies tous nommer. 
S Si me tairai dou prince et de ses gens j et ossi dou 
duch de Lancastre qui ariva en Bretagne, et parlerai 
dou roy d'Engleterre et de sen armée qui en ce temps 
volt venir en Normendie. sus la terre dou roy de Na- 
vare. 

10 $ 346. Quant li rois d'Engleterre eut Êdt toutes 
ses pourveances^ il monta en mer ou havene de 
Hantonne à tout deus mil hommes d'armes et quatre 
mil arciers. Si estoient en se compagnie li contes 
d'Arondiely li contes de Norhantonne, li contes de 

15 Herfort^ li contes de Stafort^ li contes de le Marce» li 
contes de Hostidonne^ li contes de Cornuaille^ li 
evesques de Lincolle et li evesques de Wincestre^ 
messires Jehans de Biaucamp^ messires Rogiers de 
Biaucamp, messires Gantiers de Mauni^ li sires de 

30 Manne^ li sires de Montbray^ li sires de Ros^ li sires 
de Persi^ li sires de NuefVille^ messires Jehans de Mon- 
tagut^ li sires de Grastoch^ li sires de Clifort, mes- 
sires Symons de Burlé^ messires Richars de Penne- 
bruge^ messires Âlains de Bouqueselle^ et pluiseurs 

25 aultres barons et chevaliers desquels je ne puis mies 
de tous Élire mention. Si s'adrecièrent li rois, ces 
gens d'armes et ceste armée^ devers Normendie pour 
prendre terre à Chierebourch, où li rois de Navare 
les attendoit. 

30 Quant il furent entré en mer et il eurent single un 
jour^ il eurent vent contraire^ et les convint retour- 



[1385] LIVRE PREMIER, S ^46. i37 

ner en l'isle de Wiske^ et là furent quinze jours. Et 
quant il s'en partirent^ il ne se peurent adrecier vers 
Chierebourc^ tant leui* estoit li vens contraires; mais 
prisent terre en Tisle de Grenesée, à rencontrée de 
Normendie^ et là furent un grant temps, car il ooient 5 
souvent nouvelles dou roy de Navare^ qui se tenoit 
à Chierebourch. 

Bien estoit li rois de France enfourmés de ces ar- 
mées que li rois d'Engleterre en celle saison avoit 
mis sus^ et comment il tiroit à venir et ariver en lo 
Normendie^ et que li rois de Navare s'estoit alliiés à 
lui^ et le voloit et ses gens mettre en ses forterèces. 
Si en fu dit et remoustret au roy de France^ par 
grant délibération de conseil, que ceste guerre de 
Normendie li pooit trop grever^ ou cas que li rois de 15 
Navare possessoit des villes et des chastiaus de le 
conté d'Evrues^ et que mieuls valoit que il se dis- 
simulast un petit et laissast à dire devers le roy de 
Navare que donc que ses royaumes fust si malement 
menés ne grevés. 20 

Li rois de France^ qui estoit de grant conception 
hors de son aîr^ regarda que ses consauls le consilloit 
loyaument; si se rafrena de son mautalent et laissa 
bonnes gens ensonniier et convenir de lui et dou roy 
de Navare. Si furent envoiiet à Chierebourch li eves- 25 
ques de Bayeus et li contes de Salebruce^ qui parlè- 
rent si doucement et si bellement au roy de Nayare^ 
et li remoustrèrent tant de belles raisons coulourées^ 
que li dis rois se laissa à dire et entendi à raison^ 
parmi tant ossi qu'il desiroit le pais à son grant si- SO 
gneur le roy Jehan de France. Mais ce ne fu mies si 
tost Élit; ançois y eut moult de paroUes retournées 



138 CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [1355] 

ançois que [la] pais venist et que li rois de Navare vol* 
sist renoncier as trettiés et as alliances qu'il avoit au 
roy d'Ëngleterre. Et quant la pais entre lui et le roy 
de France fii acordée et seelée , et qu'il renonça en 
5 lui escusant moult sagement as alliances qu'il avoit 
au roy d'Engleterre, si demora messires Phelippes de 
Navare ses firères englès, et sceut trop mauvais gré au 
roy son frère de ce qu'il avoit travilliet le roy d'En- 
gleterre de venir si avant^ et puis avoit brisiet toutes 
10 ses couvenences. 

§ 347. Quant li rois d'Engleterre^ qui se tenoit 
sus les frontières de Normendie en l'isle de Grene- 
sée et estoit tenus bien sept sepmainnes^ car là en de- 
dens il n'avoit oy nulles nouvelles estables dou roy 

15 de Navare pourquoi il euist eu cause de traire avant, 
entendi que li rois de Navare estoit acordés au roy 
de France et que bonne pais estoit jurée entre yaus, 
si fu durement courouciés; mes amender ne le peut 
tant qu'à celle fois^ et li couvint souffrir et porter les 

20 dangiers son cousin le roy de Navare. Si eut volenté 
de desancrer de là et de retourner en Engleterre, 
ensi qu'il fist^ et s'en revint o toute sa navie à Han- 
tonne. Si issûrent là des vaissiaus et prisent terre li 
rois et leurs gens, pour yaus rafreschir tant seulement, 

25 car il avoient estet bien douze sepmainnes sus le mer, 
dont il estoient tout travilliet. Si donna li rois d'En- 
gleterre grasce à ses gens d'armes et arciers de retraire 
vers Londres ou en Engleterre, là où le mieulz leur 
plaisoit, pour yaus rafreschir et renouveler de ves- 

30 teure, d'armeures et de tous aultres ostilz necces- 
saires pour leurs corps, car aultrement il ne donna 



[4355] LIVRE PREMIER, § 347. 139 

nullui congiet^ anoois avoit entention d'entrer en 
France au lés devers Calais. Et fist li dis rois venir et 
amener toute sa navie^ où bien avoit trois cens vais- 
siaus^ uns c'autres^ à Douvres et là arester. 

Quant li rois d'Engleterre et li signeur se furent 5 
raireschi environ quinze jours sus le pays^ il se trai- 
sent tout en le marce de Douvres; si fîsent passer 
tout premièrement leurs chevaux^ leur harnois et 
leur menues coses , et venir à Calais. Et puis passè- 
rent li rois et si doi fil^ Lyons contes de Dulnestre et 10 
Jehans contes de Ricemont^ et se commençoient jà li 
enfant à armer. Si vinrent à Calais^ et se loga li rois 
et si enfant ens ou chastiel^ et tous li demorans en le 
ville. 

Quant li rois d'Engleterre eut séjourné en le ville 15 
de Calais un petit de terme^ si eut volenté de partir et 
de chevaucier en France. Si fist connestable de 
toute son host le conte de Sallebrin^ et mareschaus 
le signeur de Persi et le signeur de Nuef^ille. Si se 
départirent de Calais moult ordonneement en grant 20 
arroy^ banières desploiies^ et chevaucièrent vers 
Saint Omer. Et passèrent devant Arde et puis de- 
vant le Montoire^ et se logièrent sus le rivière 
d'Oske. Et à lendemain li marescal de Thost le roy 
coururent devant Saint Omer^ dont messires Loeis 25 
de Namur estoit chapitains. Si vinrent jusques as 
barrières, mes il n'i fîsent aultre cose. 

Li rois de France^ qui bien avoit entendu que li 
rois d'Engleteire toute celle saison avoit fait ses 
pourveances grandes et grosses^ et qu'il s'estoit te- 80 
nus sus mer^ supposoit bien que li rois dessus nom- 
més^ quoique les alliances de lui et dou roy de Na* 



140 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

varre fussent brisies^ ne se tenroit point à tant que 
il n'emploiast ses gens où que fust. Et quant il sceut 
que il estoit o toute son host arrivés à Calai^^ si en- 
voia tantost grans gens d'armes par toutes les forte- 

5 rèces de Pikardie en le conté d'Artois. Et fîst un 
très grant et espeeial mandement par tout son 
royaume que tout chevàBer et escuier, entre l'eage 
de quinze ans et de soissante^ fuissent à un certain 
jour que il y assista en le cité d'Amiens ou là environ^ 

10 car il voloit aier contre les Englès et yaus combatre. 
En ce temps estoit connestables de France li dus 
d'Athènes^ et mareschal messires Ernouk d'Audrehen 
et messires Jehans de Clermont. 

Si envoia encores li dis rois de France devers ses 

15 bons amis en l'Empire , et par espeeial monsigneur 

Jehan de Haynau en qui moult se confioit de sens^ 

de proèce et de bon conseil. Li gentilz chevaliers ne 

volt mies fallir à ce grant besoing le roy de France^ 

^ mes vint vers lui moult estoffeement^ ensi que bien 

20 le savoit Êtire^ et le trouva en le cité d'Amiens. 

Là estoient dalés le roy de France si quatre en- 
fant : premièrement Charles l'ainnet , duch de Nor- 
mendie et dalphin de Yiane^ messires Loys^ li se- 
cons apriès, contes d'Ango et du Mainne^ li tiers 

25 messires Jehans contes de Poitiers^ et li quars mes- 
sires Phelippes. Et quoique cil quatre signeur et en- 
fant fuissent avoech le roy leur père, il estoient 
pour ce temps encores moult jone; mais li rois les y 
menoit pour aprendre les armes. Là estoit li rob 

30 Charles de Navarre^ li dus d'Orliens frères dou roy 
Jehan, li dus de Bourbon^ messires Jakemes de Bour- 
bon contes de Poitiers ses frères^ li contes de Forès^ 



[1359] LIVRE PREMIER, S ^^8. 141 

messires Jehans de Boulongne contes d'Auvei^e, li^ 
contes de Tankarville^ li contes d'Ëu^ messires Charles 
d'Artois ses frères^ li contes de Dammartin^ li contes 
de Saint Pol^ et tant de contes et de barons que grans 
tanisons seroit à recorder. 5 

Si eut li rois en le cité d*Amiens bien douze mil 
hommes d'armes^ sans les communautés dont il avoit 
bien trente mil. Et quoique li dis rois de France 
fesist son amas de gens d'armes et ses pourveances 
si grandes et si grosses pour chevaucier contre les lO 
Englès^ pour ce ne sejournoit mies li rois d'Engle- 
terre d'aler toutdis avant ou royaume de France^ 
car nulz ne li aloit au devant; et chevauçoit vers 
Hediuy dont il avoient si grant paour en le cité d'Ar- 
ras^ que merveilles seroit à penser, car il cuidoient 15 
que li rois d'Engleterre deuist mettre le siège devant 
leur ville et leur cité. 

Or vous lairons nous un petit à parler dou roy 
d'Engleterre et dou roy de France, et vous parlerons 
de une haute emprise et grande que messires Guil- 20 
laumes Douglas et li Escot lisent en Engleterre^ en- 
trues que li rois Edowars estoit en ce volage de 
France. . 

§ 348. Messires Guillaumes de Douglas^ cils bons 
chevaliers d'Escoce^ guerrioit toutdis à son pooir les 25 
Englès^ quoique li rois David d'Escoce fust prison- 
niers^ ensi que vous savés; et estoit chiés de tous les 
Escos^ leur confors et leur ralloiance^ et se tenoit en 
le forest de Gedours. Si avoit avoecques lui pluiseurs 
chevaliers et escuiers d'Escoce et de France que li 30 
rois Jehans y avoit envoiiés^ liquel faisoient guerre 



i4t CHRONIQUES DE J. FB.OISSÂRT. [1858] 

avoecques lui as Englès. Et comment qu'il ne fuis* 
sent c'un petit de gens^ se donnoient il à faire moult 
les EnglèSy et les ressongnoient durement cil dou 
pays de Northombrelande. Cils messires Guillaumes 

5 de Douglas^ par proèce et par vasselage^ depuis le 
prise dou roy d*£scosse^ avoit reconquis sus les En- 
glès sept bonnes forterèces qu'il tenoient des Escos^ 
et avoit mis chiaus de son pays assés au dessus de 
leur guerre. 

10 Or entendi il ensi que li royaumes d'Engleterre 
estoit durement eswidiés de gens d'armes et d'ar- 
ciers^ et que il estoient tout ou en partie avoecques le 
roy d'Engleterre ou son fil prince de Galles^ ou le 
duch Henri de Lancastre. Si s'avisa li dessus dis mes^ 

15 sires Guillaumes avoecques ses compagnons que il 
feroient secrètement une cbevaucie en Engleterre et 
venroient eschieller le fort chastiel de Rosebourch 
qui siet sus le rivière de Tuide, et le ville et le 
chastiel de Bervich séant sus celle meisme rivière, 

20 Si fisent leur besongne et leur ordenance tout quoie- 
ment; et s'en vinrent^ pourveu d'eschielles et aviset 
de leur fait^ à un ajournement en deus batailles à 
Rosebourch et à Bervich. Les gardes de Rosebourch^ 
qui estoient toutdis en doubte et en cremeur pour 

25 les Escos^ faisoient bon gait; et fallirent li Escot à 
leur entente de prendre et eschieller Rosebourch. 
Mais cil qui vinrent à Bervich ne fallirent mies; an- 
çois assenèrent de prendre et eschieller le chastiel et 
tuèrent toutes les gardes qui dedens estoient. 

30 Li chastiaus de Bervich siet au dehors de le cite, 
et y a murs^ portes et fossés entre deus. Et toutdis, 
quoique on garde le chastiel de Bervich^ ossi est 



[4355] LIVRE PREBIIER, § 349. 143 

on moult songneus de garder le cite. Si oïrent les 
gardes de le porte l'efiroy qui estoit eus ou chastiel; 
si sallirent tantost sus et alèrent rompre les planées^ 
par quoi li Escot soubdaionement ne peuissent Tenir 
plus avant. Et esyillièrent ceulz de le ville qui tan- 5 
tost s'armèrent et alèrent celle part et deffendirent 
leur ville. Jamais li Escot ne l'euissent eu, puisqu'il 
en estoient mancevi. Toutes fois li chastiaus demora 
as Escos. 

Si eurent avis li boui^ois de Bervich qu'il le segne- lo 
fieroient au roy d'Engleterre^ car encores li sires de 
Grastoch^ uns grans barons de Northombrelande^ 
qui avoit tout ce pays en gouvrenance^ estoit avoec- 
ques le roy d'Engleterre en ce voiage en France. Si 
escripsirent cil de Bervich lettres, et segnefiièrent ens , 15 
tout leur estât, et comment li Escot avoient esploitié, 
desquelz messires Guillaumes Douglas estoit menères 
et souverains. Ançois que ces lettres et ces nouvelles 
venissent au roy d'Ëngleterre, fîst li dis messires 
Guillaumes une partie de son emprise, si com vous so 
orés compter ensiewant. 

§ 349. Tant ala li rois d'Engleterre que il vint de- 
vant Blangis, un biau chastiel et fort de la conté 
d'Artois^ et estoit pour le temps au jone duch de 
Bourgongne. Si s'arresta li rois d'Engleterre par de- 35 
vant^ dont cil de Hedin furent tout esbahi^ car c'est 
marcissant à deus petites liewes pries. Et couroient 
li Englès le pays à leur volenté jusques bien avant en 
le conté de Saint Pol et d'Artois. 

Entrues que li rois d'Engleterre se tenoit là, vint so 
en son host uns moult bons chevaliers de France des 



ikk CHRONIQUES DE J. FROISSART.. [I3S5] 

basses marces qui s'appelloit Bouchicaus, et estoit 
prisonniers au roy d'Engleterre de le prise de Poito, 
et avoit bien esté trois ans. Se li avoit li rois d'Engle- 
terre fait grasce d^estre retournés en .France et en 
5 son pays pour mettre ses besongnes à point; si de- 
Yoit dedens le jour Saint Michiel restre en le prison 
dou roy dessus dit. Qlz messires Boucicaus estoit uns 
vaillans homs^ grans chevaliers et fors^ et durement 
bons compains, et bien en le grasce et amour dou 
10 roy d'Engleterre et des Englès^ tout par sens et par 
biau langage qu'il avoit bien apparilliet. Si trouva 
sus les camps d'aventure^ entre Saint Pol et Hedin^ 
les mareschaus dou roy d'Engleterre qui tantost [le *] 
recogneurent et qui li fîsent grant cière, car il sa- 
is voient bien qu'il estoit prisonniers; se leur demanda 
dou roy où il estoit. Il li respondirent qu'il l'i [men- 
roient'] tout droite car ossi aloient il celle part. Si se 
nist li dis messires Bouchicaus en leur compagnie; 
et lisent tant qu'il vinrent devant Blangis où li rois 
20 estoit logiés. 

Messires Boucicaus se trest tantost devers le roy, 

que il trouva devant son pavillon^ et regardoit une 

luitte de deus Bretons. 

Messires Boucicaus se traist vers le roy^ et l'enclina 

25 tout bas^ et le salua. Li rois, qui desiroit à oïr nou- 

' velles de son adversaire le roy Jehan^ dist ensi : « A 

bien viègne Boucicaus! » Et puis li demanda : < Et 

dont venés vous, messire Boucicau? » — « Monsi- 

gneuTy respondi li chevaliers , je vieng de France et 

1. Mss. B ^, 3, fo 158. — Ms. B 1, t. II, (^ 53 : c les. i Maupoûe 
leçon, 

2. Biat. B 4, 3. — Ms. B 1 : c mer^îent. » Mauvmu iefon. 



[i3S5] LIVRE PREMIER, $ 349. 145 

tout droit de le cite d'Amiens, où j'ay là laissiet le ro^ 
monsigneur et grant foison de noble chevalerie : dont 
je espoir que vous orés temprement nouvelles. » 

Li rois d'Engleterre pensa un petit , et puis dist : 
M Messire Boucicau^ qu'es cou à dire^ quant mon ad- 5 
versaire scet que je sui logiés en son pays^ et ay jà 
esté par trois jours à siège devant uns de ses chas- 
tiaus, et si a tant de chevaliers que vous dittes, et si 
ne me vient point combatre? » Messires Bouchicaus 
respondi moult aviseement, et dist : « Monsigneur^ de 10 
tout che ne sai je riens^ car je ne suis mies de son 
secret conseil; mes je me vieng remettre en vostre 
prison pour moy acquitter envers vous. » 

Adonc dist li rois une moult belle paroUe pour le 
chevalier : <k Messire Boucicau^ je sçaibien que^ se je 15 
vous voloie plenté presser , j'aroie bien de vous deus 
ou trois mil florins; mais je vous dirai que vous 
ferés : vous en irés à Amiens devers mon adversaire, 
et li dires où je sui^ et que je l'i ay attendu trois 
jourS| encores l'i attenderai je cinq, et que là en de- SO 
dens il traie avant; il me trouvera tout prest pour 
combatre. Et parmi tant que vous ferés ce message^ 
je vous quitte vostre prison. » Messires Boucicaus fu 
tous resjoïs de ces nouvelles et dist : « Monsigneur^ 
vostre message ferai je sans fallir bien et à point ; et 95 
vous me faites grant courtoisie : Diex le vous puist 
meriri » 

Assés tost apriès ces paroUes^ (a il heure de sou* 
per. Si soupa li rois et si chevalier et messires Bouci- 
caus avoec yaus. Quant ce vint au matin^ messires 30 
Boucicaus monta à cheval et se mesnie, et se mist au 
retour au plus droit qu'il peut devers Amiens^ et fist 



146 CHRONIQUES DE J, FROISSAET. [1355] 

tant qu*il y parvint. Si trouva là le roy de France et 
grant fuison de dus, de contes^ de barons et de ehe- 
yaliers. Si fu li bien venus entre yaus ; et eurent grant 
merveille de ce qu'il estoit si tost retournés : si leur 
6 conta sen aventure. Et fist au roy tout premièrement 
son message^ ensi que li rois d'Ëngetérre li mandoit; 
et li dist^ presens grant fuison de haus signeurs. Et 
puis dist messires Bouchicaus tout en riant : ce Li 
lewiers de ce message est telz que li rois d'Engle* 
10 terre m'a quitté ma prison^ qui me vient trop bien à 
point. » Li rois de France respondi : « Bouchicau^ 
vous avés pris pour vous, et nous y entenderons 
pour nous^ quant bon nous samblera, jion à l'aise 
ne ordenance de nos ennemis, ji 

15 § 350. Ensi demora la cose en cel estat^ et li rois 

de France encores à Amiens ; ne point ne se meut si 

tretos pour le mandement dou roy d'Engleterre, car 

toutdis li venoient gens et encores en attendoit il. 

Quant li rois d'Engleterre, puis le département de 

30 monsigneur Boucicau^ vei que li rois Jehans ne trai- 
roit point avant, et que li jour estoient passet que 
ordonné il y avoit^ il eut conseil de deslogier et de 
lui retraire vers Calais^ car pour celle saison il en 
avoit assés fait. Si se desloga li dis rois^ et se deslo- 

25 gièrent toutes ses gens^ et puis se misent au chemin 
toute l'Alekine^ un biau plain chemin que on dist 
Leueline^^ qui s'en va tout droit devers Calais; si 
passèrent parmi la conté de Faukemberghe. 

Quant li rois de France^ qui se tenoit à Amiens, 

1. Ms. B 3 : c Laueline. » F» 181 r>. 



[i355] UVRE PREMIER, $ 350. 147 

sceut que li rois d'Engleterre s'en retournoit vers 
Calais, o primes se desloga il; et fu tous courouciés 
sur chiaus qui l'avoient là tant tenu^ car on l'avoit 
enfourmé que li rois d'Engleterre yenroit mettre le 
siège devant Arras^ et là le voloit il trouver et com- 5 
batre. Si se hasta li dis rois durement et s'en vint 
jesir ce premier jour à Saint Paul à Tierenois^ et Ten- 
demain à Tieruane. Et li Englès estoient oultre à 
Faukemberge^ et l'avoient toute robée et piUie. 

À Pendemain s'en parti li rois d'Engleterre et toute 10 
son host^ et passèrent à Liques et desous Arde^ et 
rentrèrent ce jour en le ville de Calais. Messires Er- 
noulz d'Âudreben^ qui alant et venant avoit toutdis 
costiiet les Englès^ et tenus si cours^ que li arrière* 
garde ne s'estoit onques oset dessouchier, poursievi 15 
les Englès de si priés que^ au rentrer en Calais, il se 
feri en le kewe et parti à leur butin^ et eut de leurs 
chevaus et de leur pillage et bien dix ou douze pri- 
sonniers; et puis s'en retourna en le bastide d'Ârde, 
dont il estoit ehapitains. 80 

Ce propre jour ^nt li rois de France jesir à Faukem- 
berghe, et toute son host là environ^ où bien avoit plus 
de cent mil hommes. Si se tinrent là li François celle 
nuit. Et l'endèmain au matin vint U mareschaus de 
France, messires Emoulz d'Audrehen, qui aporta 25 
nouvelles au roy que li Englès estoit retrait en le 
ville de Calais. Quant U rois de France entendi ces 
nouvelles^ si demanda conseil quel cose il feroit. On 
li dist que de chevaucier plus avant contre les En- 
glès il perderoit se painne^ mes se retraisist vers 30 
Saint Omer et là aroit nouvel avis. 

A ceste ordenance s'aoorda li rois^ et se retrest 



148 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

vers .Saint Orner et toutes ses gens ossi. Et se loga li 
dis rois en Pabbeye de Saint Bertin , qui est abbeye 
royaus. Là manda li rois tous les barons et les plus 
especiaulz de son conseil à savoir comment de ceste 

5 chevaucie il poroit issir à son honneur, car il estoit 
enfourmés que li rois d'Engleterre estoit encores ar- 
restés à Calais. Si fu adonc li rois consilliés qu'il en- 
voiast monsigneur Ernoul d'Audrehen et monsi- 
gneur Bouchicau devers le roy d'Angleterre^ lesquelz 

10 deus chevaliers il cognissoit assés bien , et li deman- 
dassent bataille de cent à cent , ou de mil à mil , ou 
de pooir à pooir, « et que vous li liverés place et 
pièce de terre par Favis de six de vos chevaliers et 
de six des siens. » 

15 Li rois tint ce consseil à bon ; et montèrent li doi 
chevalier, et se départirent de Saint Omer, et che- 
vaucièrent vers Calais. Et envoyèrent devant un hi- 
raut pour empêtrer un saufconduit, pour aler parler 
au roy d'Engleterre. Li hiraus s'esploita tant que le 

90 saufconduit il leur raporta à Arde y dont chevauciè- 
rent li dessjas dit chevalier oultre, et vinrent jusques 
à Calais. 

En ce propre jour au matin estoit arrivés ou ha- 
vene de Calais cllz qui aportoit les nouvelles de Ber- 

S5 vich, comment li Escot avoient pris le chastiel de 
Bervich et volut eschieller Rosebourch. Si en estoit 
encores li rois tous pensieus et merancolieus, et en 
avoit parlé ireusement au signeur de Grastoch, qui la 
terre de Bervich, le cité et le *dit chastiel avoit en 

30 garde, quant il s'en estoit partis, telement que il n'i 
avoit mis si bonnes gardes que nulz damages ne l'en 
fust pris, et de ce l'avoit il grandement blasmé. Mais 



[1355] UVRE PREMIER, $ 351. iW 

li sires de Grastoch s'estoit à son pooir escusés, en 
disant qu'il y avoit laissiet gens assés; mais qu'il en 
euissent bien songniet. Si avoit li rois ordenet de re* 
tourner en Engleterre et dit ensi que lui venut à Dou* 
vres^ il ne giroit jamais en une ville que une nuit, si 5 
aroit esté à Bervich et atourné tel le pays que on di- 
roit : « Ci sist Escoce. » 

Non obstant ce et l'ordenance que il avoit mis de 
retourner en Engleterre^ quant il sceut que li che- 
valier de son aversaire le roy Jehan voloient parle- 10 
menter à lui^ il cessa de sen ordenance tant que il les 
euist oys, et les fist venir avant devant li. Et ne leur 
fist nul samblant^ en langage ne aultrement, que il 
vosist partir si soudainnement ne retourner en En- 
gleterre. 15 

§ 351 . Quant messires Ernoulz d'Audrehen et mes* 
sires Boucicaus furent venu devant le roy, il l'encli- 
nèrent et saluèrent bien et à point , ensi que il le 
sceurent'bien faire et c'a lui apartenoit. Et puis li re- 
moustrèrent pourquoi il estoient là venu en reque- ^ 
rant la bataille^ ensi que ci dessus est contenu et qu'il 
estoient chargiet dou dire. Li rois d'Engleterre res- 
pondi à ce briefînent^ en regardant sus monsigneur 
Boucicau et leur dist : a Dou temps que j'ay chevaucié 
en France et logiet devant Blangis bien dix jours^ je ^ 
li mandai , ensi que vous savés , que je ne desiroie 
aultre cose que la bataille. Or me sont venu aultres 
nouvelles pourquoi je ne me combaterai mies à l'or- 
denance de mes anemis^ mes à le volenté de mes 
amis. 9 ^ 

Ce (u la response finable que il en peurent don 



i«0 CHRONIQUES HB J. FROISSâRT. [i35Sq 

roy avoir et porter. Si prisent congiet et se partirent 
de Calais et retournèrent arrière à Saint Orner; et re- 
cordèrent au roy de France et à son conseil la res- 
ponse^ tout ensi que il l'avoient entendu et retenu 

5 dou roy d'Engleterre. Si eurent li François sur ce 
avis^ et veirent bien que pour celle saison il ne se 
combateroient point as Ënglès. Si donna li rois de 
France toutes manières de gens d'armes congiet, et 
de communaultés ossi; si s'en retournèrent cescuns 

10 en leurs lieus. Ilz meismes s'en retourna en France^ 
mais à son département il laissa ens es garnisons de 
Pikardie grant iuison de bonnes gens d'armes. Et de- 
mora messires Ernoulz d'Audrehen en le bastide 
d'Arde^ pour garder les frontières. 

15 Si retourna messires Jehans de Haynau arrière en 
le conté de Haynau^ quant il eut pris congiet au roy 
de France. Ce f u la darrainne chevaucie où li gentilz 
chevaliers fu^ car le quaresme ensievant, droitement 
le nuit Saint Grigore^ il trespassa de ce siècle en 

30 l'ostel de Byaumont en Haynau; et fu ensepelis en 
Teglise des Cordeliers en le ville de Yalenchiènes : là 
gist il moult reveramment. Si furent hi^etier de toute 
sa terre li enfant le conte de Blois qui demora à 
Creci ^ car il estoient enfant de sa fiUe : ce furent 

35 Loeis^ Jehans et Guis. 

§ 352. Nous parlerons dou roy d'Engleterre qui 
n'avoit mies mis en oubli le voiage d'Escoce^ et 
compterons comment il persévéra. U se départi 
adonc de Calais à tout ses gens d'armes et arciers^ et 
30 entra en ses vaissiaus, et prist le chemin de Douvres. 
A son département, il institua le conte de Sallebrin 



[485Sq LIVRE PREBOER, $ 382. 481 

à cent hommes d'armes et deus cens arders , à de- 
morer en le ville de Calais, pour garder le ville contre 
les François ■ qu^il senloit encores à Saint Orner. 
Quant li rois d'Engleterre et ses gens furent arrivet à 
Douvres, il issirent des vaissiaus et s'i tinrent ce jour 5 
et le nuit ensievant , pour ravoir leurs chevaus et 
leurs hamas hors des nefs. Et à l'endemain li dis 
rois se parti et vint à Cantorbie^ et fist là sen offrande 
au corps saint Thumas. Et disna en le ville ^ et puis 
passa oultre, et toutes ses gens ossi; et ne prist 10 
mies le chemin de Londres, mes les adrèces pour 
venir jusques à Bervich. 

Or vous dirai .d'une haute emprise et grande que 
messires Gantiers de Mauni, cilz vaillans et gentilz 
chevaliers, fist en ce voiage. Il prist congiet dou roy 15 
et dist qu'il voloit chevaucier devant pour ouvrir les 
chemins. Li rois li oitria assés legierement. Si che- 
vauça li dis messires Gantiers o chiaus de sa carge 
tant, par nuit et par jour, qu'il vint devant Bervich 
et entra en le ville, quant il eut passet le rivière de )0 
Tuyde qui keurt devant. Et fîi grandement conjoïs 
de chiaus de Bervich et liement recueillies. Si de- 
manda à chiaus qui là estoient dou convenant des 
Escos et de chiaus dou chastiel. On li dist que li Escot 
tenoient le chastiel, mes il n'estoient point fuison de S5 
gens dedens. « Et qui est leur chapitains? » dist mes- 
sires Gantiers de Mauni. a II l'est, respondirent chil, 
uns chevaliers escos, cousins au conte de Douglas, 
qui s'appelle messires Guillaumes Asneton. » — « En 
non Dieu , dist messires Gantiers , je le cognois 30 
bien : c'est uns bons homs d'armes. Je voeil qu'il 
sente, et ossi tout si compagnon , que je sui ci 



I5Î CHRONIQUES DE J, FROISSART. [1355] 

yenvB devant pour prendre les logeis dou roy d'En- 
gletenre. » 

Âdonc messires Gantiers de Manni mist ouvriers 
en oevre^ et avoit usage que il menoit toutdis qua- 

5 rante ou cinquante mineurs : si ques ces mineurs il 
les fist entrer en mine à l'endroit dou chastiel. Cil 
mineur n'eurent gaires minet quant ^ par dessous les 
murs, ils trouvèrent uns biaus d^és de pière qui 
avaloient aval et puis remontoient contremont par 

10 desous les murs de le ville et aloient droitement ou 
chastiel. Et euissent li Escot sans faute esté pris par 
celle mine^ quant il se perçurent que on les minott. 
Et furent s^[nefîiet ossi que li rois d'Engleterre o 
tout son effort venoit. Si eurent conseil entre yaus 

15 qu'il n'attenderoient mies ces deus perilz^ l'aventure 
de le mine et le venue dou roy* d'Engleterre. Si tour- 
sèrent tout ce que il avoient de bon une nuit^ et 
montèrent sus leurs chevaus^ et se partirent dou 
chastiel de Bervich et le laissièrent tout vaghe. Et 

90 yolentiers l'euissent ars au partir^ et s'en misent en 
painne^ mais li feus ne s'i volt onques prendre. Ensi 
reconquist messires Gautiers de Mauni le chastiel de 
Bervich ançois que li rois ses sires i peuist venir et 
l'en fist présent des clés. Et li raconta sus les camps^ 

515 en venant celle part , comment il l'avoit reconquis 
et l'aventure de le bonne mine qu'il avoit trouvé. Si 
l'en sent li rois d'Engleterre grant gré, et le tint 
pour grant vasselage. Si entra en le ville de Bervich 
à grant ordenance de menestraudies. Si le recueil- 

30 lièrent moult honnourablement li bourgois de le 
ville. 



[IS55] LIVRE PREBŒR, $ 353. 453 

§ 353. Apriès le reconquès de Bervich^ si com 
vous avés oy^ et que li rois et ses gens se furent ra- 
firesci en le cité et en le marée cinq jours, li dis rois 
ordonna d'aler plus avant ou pays et dist que, ains 
son retour, il arderoit tout le plain pays d'Escoce et 5 
abateroit toutes les forterèces. Et pour ce mieus es- 
ploitier, il avoit fait cargier sus le rivière de Hombre, 
en grosses nefs , grant fuison d'engiens et d'esprin- 
galles pour ariver en le mer d'Escoce , desous Hain- 
debourch, et tout premièrement abatre le fort chas- lo 
tiel d'Aindebourch. Et disoit li rois que il atourneroit 
tèle Escoce qu'il n'i lairoit chastiel ne forte maison 
en estant. Avoech tout ce, pour ce que li rois d'En- 
gleterre savoit bien que il ne trouveroient mies 
pourveances à leur aise ens ou royaume d'Escoce, 15 
car c'est pour gens d'armes aforains uns moult po- 
vres pays, et que li Escot avoient tout retret ens es 
forés inhabitables, li dis rois avoit fait cargier bien 
quatre vingt nefs de blés , de farines , de vins , de 
chars^ d'avaines et de chervoises, pour soustenir 20 
l'ost, car il estoit jà moult avant en l'ivier . 

Si se départirent li rois d'Engleterre et ses gens , 
et chevaucièrent avant ou pays en approçant Hain- 
debourdi. Et ensi que il aloient, li mareschal de 
l'host et leurs banières couroient, mais il ne trou- S5 
voient riens que fourer. Si chevaucièrent tant li rois 
et ses gens qu'il vinrent en Haindebourch et se lo- 
gièrent à leur volenté en le ville, car elle n'est point 
fremée. Si se loga li rois en l'ostel de le monnoie, 
qui estoit grans et biaus. Et demanda li rois se c'es- 30 
toit li hostelz dou bourgois d'Aindebourch qui avoit 
dit qu'il seroit maires de Londres; on li dist : c oil. » 



154 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

Si en eut li rois bons ris^ et dist là à ses chevaliers le 
conte^ ensi qu'il aloit. 

cr Quant li rois David d'Escoce entra en nostre 
pays de Northombrelande , et il vint devant le Noef 

5 Chastiel sur Thin^ le temps que nous estions devant 

Calais y il avoit avoeeques li un homme qui estoit 

sires de eel hostel; si disoit^ et ossi disoient pluiseur 

Eseot^ que il conquerroit tout nostre royaume d'En- 

< gleterre : si que cilz homs demanda par grant sens 

10 un don au roy d'Escoce, en rémunérant les services 
qu'il li avoit fais. Li rois d'Escoce li acorda et li dist 
qu'il demandast hardiement^ et qu'il li donroit^ car 
il estoit trop tenus à lui. Cilz homs dist : « Sire, 
quant vous ares Engleterre conquis et vous depar- 

15 tirés les terres et les pays à vos gens^ je vous pri que 
je puisse estre vos maires de Londres, car c'est uns 
moult biaus offisces. Et en toute Engleterre je ne 
désir aulti*e cose. » Li rois d'Escoce li acorda legie- 
rementy car ce lui coustoit peu à donner. Si fupris 

30 li rois, ensi que vous savés et qu'il gist encores en 
nostre prison ; mais je ne sçai que li homs est deve- 
nus , s'il est mors ou vis : je le saroie volentiers. » 
Li chevalier, qui avoient oy le conte dou roy, eurent 
bon ris et disent : « Sire, nous en demanderons. » 

S5 Si en demandèrent et reportèrent au roy qu'il estoit 
mors puis un an. 

Si passa li rois oultre ce pourpos, et entra en un 
aultre, que de faire assallir le fort chastiel d'Ainde- 
bourch à l'endemain; mais ses gens, qui l'avoient 

30 avisé et imaginé tout environ à leur pooir, l'en res- 
pondirent que on s*en travilleroit en vain, et qu'il 
ne faisoit mies à reprendre, fors par force d'engiens. 



[1355] UVRE PREMIER, S 354. i55 

§ 354. Ensi se tint li rois d'Engleterre en Hain- 
debourch bien douze jours; et attendoit là ses pour- 
veances, vivres et artillerie, dont il avoient grant 
nécessité^ car de bleds ^ de farines et de chars trou- 
voient il petit ens ou pays. Car ii Escot avoient 5 
caciet tout leur bestail oultre le mer d'Escoce et le 
rivière de Taye , où li Englès ne pooient avenir. Et 
se il sentesissent que li Englès venissent avant ^ il 
euissent tout caciet ens es bois et ens es forés. Et 
avoient bouté le feu ens es gragnes^ et tout ars bleds 10 
et avainnes^ par quoi li Englès n'en euissent aise. 

Pour celle deffaute couvint le roy d'Engleterre et 
ses gens retourner , car il n'a voient nul vivre , se ii 
ne leur venoient d'Engleterre, et la grosse navie dou 
roy qui estoit cargie sus le Hombre, où bien avoit 15 
quatre vingt gros vaissiaus de pourveances ; mais 
onques il ne peurent prendre terre en Escoce^ là où 
il tiroient à venir^ car c'est uns dangereus pays pour 
ariver estragniers qui^ne le cognoissent. Et y eut, si 
com je fui adonc enfourmés, par tempeste de mer, 20 
douze nefs peries et desvoiies, et les aultres retour- 
nèrent à Bervich. 

Entrues que li rois d'Engleterre se tenoit en le 
ville de Haindebourch, le vint veoir la contesse de 
Douglas, une moult noble, frice et gentil dame, suer 25 
au conte de Le Mare d'Escoce. La venue de la dame 
resjoy moult le roy d'Engleterre, car il veoit volen- 
tiers toutes frices dames. Et Ja bonne dame avoit jà 
envoiiet le roy de ses bons vins, car elle demoroit à 
cinq liewes de Haindebourch, en un fort chastiel 30 
que on dist Dalquest : de quoi li rois l'en savoit bou- 
gre. La plus especiaulz cause pour quoi la bonne 



156 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1356] 

dame vint la, je le vous dirai. £Ue a voit oy dire que 
li rois d'Engleterre avoit fort maneciet d'ardoir à 
son département le plainne ville d'Aindebourch où 
eHe retoumoit à le fois, car c^est Paris en Escooe^ 

5 comment que elle ne soit point fremée : si ques la 
contesse Douglas^ quant elle eut parlé au roy, et 
li rois l'eut recueilliet et conjoy, ensi que bien le 
savoit faire^ elle li demanda tout en riant que il li 
volsist faire grasce. Li rois li demanda de quoi^ 

10 qui jamais ne se fust adonnés que la dame fîist là 
venue pour tel cause. Et la dame li dist que il vo- 
sist respirer de non ardoir le ville d'Aindebourch 
pour l'amour de lui. a Certes^ dame, respondi li rois, 
plus grant cose feroi je pour l'amour de vous. Et je 

15 le vous accorde liement que, pour moy ne pour mes 
gens, elle n'ara jà nul mal. » Et la contesse l'en re- 
mercia pluiseurs fois, et puis prist congiet au roy et 
as barons qui là estoient; si s'en retourna en son 
chastiel de Dalquest. 

30 Saciés que messires Guillaumes Douglas ses maris 
n'estoit mies là, mes se tenoit sus le pays eus es bois, 
à tout cinq cens armeures de fier, tous bien montés, 
et n'attendoit aultre cose que le retour dou roy et 
des Englès, car il disoit que il leur porteroit con- 

25 traire. Avoecques lui estoient li contes de Mare, li 
contes de Surlant, li contes de Boskentin, li contes 
d'Astrederne , messires Arcebaus Douglas ses cou- 
sins, messires Robers de Yersi, messires Guillaumes 
Asneton et pluiseur bon chevalier et escuier d'Es- 

30 coce qui estoient tout pourveu de leur fait et sa- 
voient les destrois et les passages, qui leur estoit grans 
avantages pour porter contraire à leurs ennemis. 



[1356] LIVRE PREMIER, S ^^^' ^^^ 

§ 355. Quant li rois d'Engleterre vei qae ses 
pourveances ne venroient points et si n'en pooient 
ses gens recouvrer de nuUes ens ou royaume d'Es- 
coce^ car il n'osoient chevaucier trop avant ou pays^ 
si eut conseil qu'il s'en retourneroit arrière en En- 5 
gleterre. Si ordonna à deslogier d'Aindebourch^ et 
de çascun mettre au retour. Ce fu une cose qui 
grandement plaisi bien à la grignour partie des En- 
glès^ car il gisoient là moult malaisiement. Et fist li 
rois commander sus le hart que nulz nie ftist si har- lo 
dis y qui au département boutast ne mesist feu en le 
ville de Haindebourh. Cilz commandemens fu 
tenus. 

Adonc se misent au retour li rois et ses gens pour 
râler en Engleterre. Et vous di que il chevauçoient 15 
en trois batailles et par bonne ordenance. Et tous 
les soirs faisoient bons gais, car il se doubtoient 
moult à estre resvilliet des Escos. Et bien suppo- 
soient que li Escot estaient ensamble^ mais il ne sa- 
voent où ne de quel costé. Et avint un jour que, au so 
destroit d'une montagne oui li Engiès et toute leur 
host dévoient passer^ li Escot qui cognissoient ce pas* 
sage^ s'estoient mis en embusce. Et chevauçoient li 
Engiès par le destroit de le montagne et le malaisiu 
chemin en pluiseurs routes; et ne cuidaissent jamais 25 
que li Escot se fuissent mis sus ce chemin^ mais si 
estoient. Et savoient bien que li rois et toute sen host 
dévoient rapasser par là. 

Ce propre jour faisoit lait et froit et plouvieus, et 
si mauvais chevaucier^ pour le vent et pour le fifoit, 30 
que il ne pooit faire pieur. Li Engiès, qui chevau- 
çoient par routes» ne savoient mies que li Escot fuis- 



158 CHRONIQUES DE J. FROISSART. \iZW] 

sent si priés d'yaus mis en embusce. Et laissièrent li 
Escot passer le première, le seconde et le tierce 
route , et se boutèrent en le quarte , en escriant : 
c( Douglas I Douglas I » Et cuidoient certainnement 
5 que li rois d'Engleterre ftist en celle compagnie, car 
leur espie leur avoit dit qu'il faisoit le quarte ba- 
taille. Mais le soir devant, li Englès^ par soutilleté^ 
avoient renouvelé leurs ordenances; et avoient &it 
sept routes pour passer plus aise ces destrois, qu'il 

10 appellent ou pays les destrois de Tuydon. Et de ces 
montagnes nest la rivière de Tuyde^ qui ancienne- 
ment suelt départir Escoce et Engleterre; et tournie 
celle rivière en pluiseurs lieus en Escoce et en En- 
gleterre. Et sus se fin, desous Bervich, elle s'en vient 

15 ferir en le mer^ et là est elle moult grosse. 

Li contes Douglas et se route, où bien avoit cinq 
cens armeures de fier, s'en vinrent, ensi que je vous 
di^ ferir d'un rencontre sus ces Englès, où il avoit 
pluiseurs haus barons et chevaliers d'Engleterre et 

20 de Braibant. Là furent cil Englès reculé et rebouté^ 
et en y eut pluiseurs rués par terre, car il chevau- 
çoient sans arroi. Et se il euissent attendu l'autre 
route^ il fuissent venu à leur entente, car li rois y 
estoit qui fu tantos enfourmés de ce rencontre. 

35 Âdonc sonnèrent les trompettes dou roy, et se re- 

cueillièrent toutes gens qui ces montagnes avoient à 

passer. Et vint là li arrie[re]garde, li contes de Salle- 

\ brin et li contes de Le Marce, où bien avoit cinq 

cens lances et mil arciers. Si ferirent chevaus des 

30 esporons et s'en vinrent dalés le roy; si boutèrent 
hors leurs banières. Tantost li Escot perçurent qu'il 
avoient falli à leur entente , et que li rois estoit der- 



[1356] LIVRE PREMIER, S 356. 459 

rière. Si n'eurent mies conseil de là plus attendre^ 
ançois se partirent; mais il en menèrent pluiseurs 
bons chevaliers d'Ëngleterre et de Braibant pour pri- 
sonniers y qui là leur cheirent en es mains. Il iîirent 
tantost esvanui; on ne sceut qu'il devinrent, car il se 5 
reboutèrent entre les montagnes ens ou fort pays. Si 
fa li sires de Baudresen priés atrapés, car il estoit 
en celle compagnie; mais il chevauçoit tout derrière, 
et ce le sauva, mais il y eut pris six chevaliers de 
Braibant. 10 

§ 356. Depuis ceste avenue chevaucièrent toutdis 
li Englès plus sagement et mieulz ensamble, tant 
qu'il furent en leur pays, et passèrent devant Rose- 
bourch et puis parmi la lerre le signeur. de Persi. Et 
fisent tant qu'il vinrent au Noefchastiel sur Thin^ 15 
et là se reposèrent et rafreschirent. Et donna li 
rois d'Engleterre congiet à toutes manières de gens 
pour retraire çascun en son lieu. Si se misent au re* 
tour , et li rois proprement ossi , qui petit séjourna 
sus le pays ; si fu venus à Windesore, où madame la 20 
royne sa femme tenoit l'ostel grant et estofièt. 

Or nous reposerons nous à parler une espasse 
dou roy d'Engleterre, et parlerons de son ainsnet fil 
monsigneur Edowart, prince de Galles, qui fist en 
celle saison et mist sus une grande et belle chevau- 25 
cie de gens d'armes englès et gascons, et les mena 
en un pays où il fisent grandement bien leur pour- 
fit, et où onques Englès n'avoient esté. Et tout ce 
fu par l'enort et ordenance des Gascons, que li dis 
grinces avoit dalés lui de son conseil et en sa com- 30 
pagnie» 



160 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [i35S] 

Vous avës bien chi dessus oy recorder comment 
aucun baron de Gascongne vinrent en Engleterre^ 
et fisent priière au roy d'Ëngleterre qu'il leur volsist 
baillier son fil le prince de Galles pour aler en Gas- 

5 congne avoech yaus^ et que tout cil de par de delà^ 
qui pour englès se tenoient, en seroient trop gran- 
dement resjoï et réconforté^ et comment li rois leur 
acorda et délivra à son fil mil hommes d'armes 
et deus mil arciers^ où il avoit grant fuison de 

10 bonne chevalerie^ desquelz de nom et de sournom et 
les plus renommés j'ay fait mention : si ques^ quant 
li princes fu venus à Bourdiaus, ce fu environ le 
Saint Michiel^ il manda tous les barons et chevaliers 
de Gascongne desquelz il pensoit à estre servis et 

15 aidiés : premièrement le signeur de Labreth et ses 
firères^ les trois frères de Pumiers, monsigneur Je- 
han^ monsigneur Helye et monsigneur Aymemon^ 
monsigneur Aymeri de Tarste^ le signeur de Muci- 
dent^ le signeur de Courton^ le signeur de Longhe- 

20 ren, le signeur de Rosem^ le signeur de Landuras^ 
monsigneur Bemardet de Labreth^ signeur de Ge- 
ronde ^ monsigneur Jehan de Graili, captai de Beus^ 
monsigneur le soudich de Lestrade et tous les 
aultres. 

25 Quant il furent tout venu à Bourdiaus, il leur re« 
moustra sen entente^ et leur dist qu'il voloit chevau- 
cier en France^ et qu'il n'estoit mies là venus pour 
longement séjourner. Cil signeur respondirent qu'il 
estoient tout appareilliet d'aler avoecques lui^ et que 

30 ossi en avoient il grant désir. Si jettèrent leur avis 
l'un par l'autre^ que en ceste chevaucie il se trai- 
roient vers Thoulouse^ et iroient passer la rivière de 



[id85] LIVRE PREMIER, $ 357. 161 

Garone d'amont desous Thoulouse^ au Port Sainte 
Marie ^ car elle estoit durement basse et li saison 
belle et sèche : si £adsoit bon hostoiier. 

§ 357. A ce conseil s'acordèrent li Englès, et fist 
cescuns son appareil dou plus tost qu'il peut. Si se 5 
départi li princes de Bourdiaus à belles gens d'armes ; 
et estoient bien quinze cens lances^ deux mil ar- 
ciers et trois mil bidaus, sans les Bemès que li Gas- 
con menoient avoecques yaus. Si n'entendirent ces 
gens d'armes à prendre ne à assallir nulle forterèce^ 10 
jusques à tant que il eurent passet le Garone au Port 
Sainte Marie^ à trois liewes priés de Thoulouse^ et le 
passèrent adonc à gué ; ne^ passet avoit vingt ans, cil 
dou pays ne l'avoient veu si petite que elle fu en celle 
saison. 15 

Quant li Englès et li Gascon furent oultre et logiet 
ou pays thoulousain^ cil de Thoulouse se commenciez 
rent durement à esbahir quant il sentirent les Englès 
si priés d'yaus. En ce temps estoit en le cité de Thou- 
louse li contes d'Ermignach ouquel cil de Thoulouse 20 
avoient granl fiance^ et c'estoit raisons; aultrement il 
fuissent trop desconforté et à bonne cause^ car il ne 
savoient adonc que c'estoit de gerre. Pour ce temps 
la cité de Thoulouse n'estoit mies gramment meure 
que la cité de Paris; mes li contes d'Ermignach fist fd 
abatre tous les fourbours^ où en un seul lieu il avoit 
plus de trois mil maisons. Et le fist pour ce qu'il ne 
Yoloit mies que li Englès s'i venissent logier ne bouter 
les feus. 

Ce premier jour que li Englès eurent passet la ri- 30 
vière de Garone^ li princes et toute son host se logiè 

nr — Il 



les CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [1355] 

rent dessus le pays en un très biau vignoble^ et li 
coureur vinrent courir jusques as barrières de Thou- 
louse. Et là y eut forte escarmuce des uns as aultres^ 
des gens le conte d'Ërmignach et des Englès. Et quant 
' 5 il eurent fait leur emprise , il retournèrent à leur 
host et enmenèrent aucuns prisonniers; si passè- 
rent celle nuit tout aise^ car il avoient bien trouvé 
de quoi. " 
A Tendemain au matin ^ li princes et tous li baron 

10 de l'host et leur sievant s'armèrent et montèrent as 
chevaus et se misent en ordenance de bataille, et che- 
vaucièrent tout arreement^ banières desploiies^ et ap- 
procièrent le cité de Thoulouse. Lors cuidièrent bien 
cil de Tboulouse avoir l'assaut^ quant il veirent ensi 

15 en bataille les Englès approciar. Si se misent tout en 
ordenance as portes et as barrières^ par connestablies 
et par mestiers. Et se trouvoient bien de commu- 
naulté quarante mil hommes , qui estoient en grant 
volenté de issir hors et de combatre les Englès ; mes li 

20 contes d'Ërmignach leur deffendoit et leur aloit au de- 
vant. Et disoit que^ se il issoient hors^ il s'iroient 
tout perdre^ car il n'estoient mies usé d'armes ensi 
que li Englès et li Gascon^ et ne pooient faire milleur 
esploit que de garder leur ville. Ensi se tinrent tout 

35 quoi cil de Tboulouse^ et ne veurent désobéir au 
commandement dou conte d'Ërmignach qu'il ne leur 
en mesvenist^ et se tinrent devant leurs barrières. 

Li princes de Galles et ses batailles passèrent tout 
joindant Tboulouse et veirent bien une partie dou 

30 convenant de chiaus de Tboulouse que^ se on les assal- 
loit^ il se deffenderoient. Si passèrent oultre tout pai- 
sievlement sans riens dire^ et ne furent ne tret ne 



[1355] LIVRE PREMIER, S 3^7- 463 

bersety et prisent le chemin de Montgiseart^ à trois 
liewes avant^ en alant vers Charcassonne. Si se logiè- 
rent ce secont jour li Englès et li Gascon assés priés 
delà^ sus une petite rivière. Et l'endemain bien matin 
se deslogièrent et approcièrent le forterèce qui n*es- 5 
toit fremée , fors de murs de terre et de portes de 
terre couvertes d'estrain, car on recuevre ens ou pays 
à grant dur de pière. Nequedent cil de Montgiscart 
se cuidoient trop bien tenir^ et se misent tout à def- 
fense sus les murs et sus les portes. Là s'arrestèrent 10 
li Englès et li Gascon, et disent que celle ville estoit 
bien prendable. Si l'assallirent fièrement et vistement 
de tous lés. Et là eut gisant assaut et dur, et pluiseurs 
hommes bleciés dou tret et dou jet des pières. Fina- 
blement^ elle fu prise de force^ et li mur rompu et 15 
abatu ; et entrèrent tout chil ens qui entrer y veurent. 
Mes li princes n'i entra point ne tout li signeur^ 
pour le feu , fors que pillart et robeur. Si trouvè- 
rent en le ville grant avoir; si en prisent douquel 
qu'il veurent, et le remanant il ardirent. Là eut grant 20 
persécution d'ommes, de femmes et d'enËins y dont 
ce fu pités. 

Quant il eurent fait leur entente de Montgiscart, il 
chevaucièrent devers Avignonlet, une grosse ville et 
marcheande, et où on fait fuison de draps. Et bien y 25 
avoit à ce donc quinze cens maisons, mais elle n'es- 
toit point fremée. Et au dehors sus un terne avoit 
un chastiel de terre assés fort, où li riche homme de 
le ville estoient retret; et cuidoient estre là bien à 
segur, mais non furent, car on les assalli de grant 30 
randon. Si fîi li chastiaus conquis et abatus, et cil 
que dedens estoient prisonnier as Englès et as Gas- 



464 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1358] 

cons qui venir y peurent à temps. Ensi (ut Avignon- 
let prise et desCruite^ où il eurent grant pillage ; et 
puis chevaueièrent devers le Noef Chastiel d'Auri. 

§ 358. Tant esploitièrent li Englès que il vinrent 

5 à Chastiel Noef d'Auri, une moult grosse ville et bon 
chastiel, et raempiie de gens et de biens; mais elle 
n'estoit fremée ne li chastiaus ossi, fors de murs de 
terre, selon l'usage dou pays. Quant li Englès furent 
venu devant, il le commeneièrent à environner et 

10 assallir fortement , et cil qui dedens estoient à yaus 
deffendre. Cil arcier qui devant estoient arouté, 
traioient si fort et si ouniement que à painnes se osoit 
nulz apparoir as deffenses. Finablement, cilz assaus fu 
si bien continués, et si fort s'i esprouvèrent Englès, 

15 que la ville de Noef Chastiel d'Auri fu prise et con- 
quise. Là eut grant occision et persécution d'ommes 
et de bidaus. Si fu la ville toute courue, pillie et ro- 
bée, et tous li bons avoirs pris et levés ; ne li Englès 
ne faisoient compte de draps ne de pennes, fors de 

20 vaisselle d'argent ou de bons florins. Et quant il te- 
noient un homme, un bourgois ou un paysant, il le 
retenoient à prisonnier et le rançonnoient, ou il li &i- 
soient meschief dou corps, se il ne se voloit rançon- 
ner. Si furent la ditte ville et li chastiaus dou Noef 

25 Chastiel d'Anri tout ars et abatu, et reversé les murs 
à le terre. 

Et puis passèrent oultre li Englès devers Charcas- 
sonne , et cheminèrent tant que il vinrent à Yille- 
france en Carcassonnois, une bonne ville et grosse 

30 et bien seans, et où il demoroient grant fuison de 
riches gens. 



[i3S5] LIVRE PREMIER, § 359 165 

Saciës que cilz pays de Charcassonnois et de Nerbon- 
nois et de Thoulousain , où li Englès furent en celle 
saison^ estoit en devant uns des cras pays dou monde^ 
bonnes gens et simples gens qui ne savoient que c*es- 
toit de guerre^ car onques ne furent guerriiet^ ne 5 
n'avoient esté en devant, ançois que li princes de 
Galles y conversast. Si trouvolent li Englès et li Gas- 
con le pays plain et drut^ les cambres parées de 
kieutes et de draps, les escrins et les cofires plains 
de bons jeuiaus ; mes riens ne demoroit de bon de- lo 
vant ces pillars : il en portoient tout^ et par especial 
Gascon qui sont moult convoiteus. 

Cilz bours de Villefrance fu tantos pris^ et grans 
avoirs dedens conquis. Se s'i logièrent et reposèrent 
demi jour et une nuit li princes et toutes ses gens ; à 15 
l'endemain^ il s'en partirent et cheminèrent devers le 
cité' de Carcassonne. 

§ 359. La ville de Carcassonne siet sus une rivière 
que on appelle Aude, et tout au plain ; un petit en 
sus^ à le droite main en venant de Thoulouse^ sus un 30 
hault rocier^ siet la cités^ qui est belle. et forte et bien 
fremée de bons murs de pière^ de portes^ de tours^ 
et ne fait mies à prendre. En le cité que je di, avoient 
cil de Carcassonne mis le plus gmnt partie de leur 
avoir^ et retrait femmes et enfans. Mais li bourgois 25 
de le ville se tenoient en le ville^ qui pour celi temps 
n'estoit fremée que de chainnes^ mais il n'i avoit rue 
où il n'en y eust dix ou douze; et les avoit on levées^ 
par quoi on ne pooit aler ne chevaucier parmi. Entre 
ces kainnes^ et bien à segur, par batailles^ se tenoient 30 
li homme de le ville^ que on appelle ens ou pays bi- 



i66 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [4355] 

daus à lances et à pavais^ et tout ordonné et arresté 
pour attendre les Englès. 

Quant li doi mareschal de l'host yeirent celle 
grosse ville^ où bien par samblant avoit sept mil mai- 
5 sons^ et le contenance de ces bidaus qui se voloient 
defFendre, si s'arrestèrent en une place devant le 
ville, et consillièrent comment à leur plus grant 
pourfit il poroient assallir ce^ gens : si ques, tout 
consideret, consillief et avisé, il se misent tout à piet, 

10 gendarmes et aultres, et prisent leurs glaves ; et s'en 
vinrent, ceseuns sires desous sa banière ou son pen- 
nom , eombatre parmi ces chainnes à ces bidaus qui 
les recueillièrent ossi faiticement as lances et as pa- 
vais. Là eut fait pluiseurs grans apertises d'armes, 

15 car li jone chevalier englès et gascon, qui se desi- 
roient à avancier, s'abandonnoient et se mettoient en 
painne de sallir oultre ces kainnes et de conquerre 
leurs ennemis. 

Et me samble que messires Ustasses d'Aubreci- 

20 court, qui pour ce temps estoit uns chevaliers moult 
ables et moult vighereus et en grant désir d'acquerre, 
fu uns des premiers, selonch ce que je fui adonc en- 
fourmés, qui le glave au poing salli oultre une 
chainne, et s'en vint eombatre, ensonniier et recu- 

25 1er ses ennemis. Quant il fu oultre, li aultre le sievi- 
rent et se misent entre ces kainnes, et en conquîsent 
une, puis deus, puis trois, puis quatre; car avoech 
ce que gens d'armes s'avançoient pour passer, arcier 
traioient si fort et si ouniement que cil bidau ne sa- 

30 voient auquel entendre. Et en y eut de telz qui 
avoient leurs pavais si cargiés de saiettes que mer- 
veilles seroit à recorder. Finablement, ces gens de 



[4355] LIVRE PREMIER, S 360. 167 

Carcassonne ne peurent darer^ mes furent reculet^ 
et leurs kaînnes gaegnies sur yaus^ et bouté tout 
hors de leur ville et desconfî. Si en y eut pluiseur 
qui se sauvèrent par derrière^ quant il veirent le des- 
confiture^ et passèrent le rivière d'Aude et s'en aie- 5 
rent à garant en le eité. 

Ensi fu li bours de Carcassonne pris et grant avoir 
dedenS; car les gens n'avoiént| mies tout widiet; et 
par especial de leurs pourveances n'avoient il riens 
widiet. Si trouvoient Englès et Gascon ces celiers lo 
plains de vins; si prisent desquelz qu'il veurent, des 
plus fors et des milleurs : des petis ne faisoient il 
compte. Et ce jour que li bataille y fu, il prisent 
pluiseurs riches boui^ois que il rançonnèrent bien 
et chier. 15 

Si demorèrent li princes et ses gens en le ville de 
Clarcassonne^ pour les grosses pourveances qu'il y 
trouvèrent^ deus nuis et un jour, et ossi pour yaus 
et leurs chevaus rafreschir^ et pour aviser comment 
ne par quel voie il poroient faire assaut à le cité qui so 
leur fust pour fi tables; mais elle siet si hault et s'est 
si très bien fremée de grosses tours et de bons murs 
de pière que^ tout consideret^ il ne pooient trouver 
voie que à l'assallir il ne deuissent plus perdre que 
gaegnier. 25 

§ 360. Geste cités de Carcassonne dont je vous pa- 
rolle fu anciennement appellée Garsaude^ car la ri- 
vière d'Aude s'i keurt au piet desous ; et le fîsent 
fremer et edefiier Sarrasin. Onques depuis on ne vei 
les murs ne le maçonnement desmentir; et est ceste ao 
où li grans rois de France et d'Alemagne, Char- 



168 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

lemainne, sist sept ans, ançois que il le peuist 
avoir. 

Quant ce vint au matin, à heure de tierce, que li 
princes et li signeur eurent oy messe et beu un cop^ 
5 il montèrent à ebevaus et se misent en ordenance 
pour passer le pont et le rivière d'Aude^ car il voloit 
encores aler avant. Si passèrent tout à piet et à 
cheval et assés priés ^ à le trettie d'un arcb de le 
cité de Carcassonne. Au passer, on leur envoia des 

10 bastions de le forterèce en kanons et en esprin- 
galles^ quariaus gros et lons^ qui en blecièrent au- 
cuns en passant^ car d'artillerie la cités estoit bien 
pourveue. • 

Quant li princes et tout sen host furent oultre^ il 

15 prisent le chemin de Cabestain; mais il trouvèrent 
ançois deus villes fremées, Ourmes et Tèbres^ seans 
sus une meisme rivière qu'il pooient passer et rapas- 
ser à leur aise. Ces deux villes estoient bien fremées 
de bons murs et de bonnes portes^ et tout à plainne 

20 terre. Si furent les gens qui dedens estoient si efireé 
des Englès^ qui avoient pris Carcassonne et pluiseurs 
villes en devant^ que il s'avisèrent que il se racate- 
roient à non ardoir et à assallir : si ques^ quant li 
coureur furent venu à Ourmes, il trouvèrent aucuns 

25 bourgois de le ville qui demandèrent se li princes 
ou si mareschal estoient en leur route. Cil respondi- 
rent que nennil. « Et pour quoi le demandés vous?» 
— Pour ce que nous volons entrer en trettiés 
d'acort, se il v voloient entendre. » 

30 Ces paroUes vinrent jusques au prince. Si envoia li 
db princes le signeur de Labreth, qui vint jusques à 
là^ et en fist la composition, parmi douze mil escus 



[1385] LIVRE PREMIER, g 360. 169 

qu'il deurent paiier au prince^ dont il livrèrent bons 
hostages. Et puis chevaucièrent vers Tèbres, qui se 
rançonnèrent ossi. Et tous li plas pays d'environ es- 
toit ars et bruis sans nul déport. 

Et sachiés que eil de Nerbonne, de Besiers et de 5 
Montpellier n'estoient mies bien à segur^ quant il 
sentoient les Englès ensi approcier. Et par especial cil 
de Montpellier^ qui est ville poissans^ rice et mar- 
cheande^ estoient à grant angousse de coer , car il n'es- 
toient point fremet. Si envoiierent li riche homme 10 
la grigneur partie de leurs jeuiaus à sauveté en Avi- 
gnon ou ou fort chastiel de Biaukaire. 

Tant esploitièrent li Englès que il vinrent à Cabes- 
tain^ une bonne ville et forte^ seans à deus liewes de 
Besiers et à deus de Nerbonne. Et vous di que ceste 15 
ville de Cabestain est durement riche^ seans sus le 
mer^ et ont les salines dont il font le sel par le vertu 
dou soleil. Si doubtèrent ces gens de Cabestain à tout 
perdre^ corps et biens^ car il estoient faiblement fremet • 
et muret. Si envoiierent au devant dou prince et de 20 
son host pour trettier que il les laissast en pais^ et il 
se racateroient selonch leur poissance. Li sires de La- 
breth^ qui cognissoit auques le pays^ faisoit ces tret- 
tiés quant li princes y voloit entendre. Si se rençon- 
nèrent cU de Cabestain à paiier quarante mil escus , 25 
mes que il euissent cinq jours de pouveance, et de' 
ce livi'èrent il ostages. Depuis me fu dit qu'il laissiez 
rent perdre leurs hostages et ne paiièrent point d'ar- 
gent^ et se fortefiièrent telement de fossés et de palis 
que pour attendre le prince et toute son host. Je ne 30 
sçai de vérité comment il en ala^ se il paiièrent ou 
non; mais toutesfois il ne furent point ars ne assalU. 



i70 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

Et s'en vinrent li Englès à Nerbonne^ et se logièrent 
au boureh. 

§ 361 . A Nerbonne a cité et boureh. Le boureh 
pour le temps estoit une grosse ville non fremée^ 
5 seans sus le rivière d'Aude^ qui descent d'amont de- 
vers Carcassonne ; et desous Nerbonne^ à trois liewes^ 
elle chiet en le mer qui va en Cippre et par tout le 
monde. 

La cité de Nerbonne^ qui joint au bourc^ estoit 

10 assés bien fremée de murs^ de portes et de tours. Et 
là dedens est li hostelz le conte Avmeri de Nerbonne, 
qui^ pour ce temps que li princes de Galles et li En- 
glès se vinrent logier où boureh^ y estoit, et grant fui- 
son de chevaliers et d'escuiers dou pays nerbonnois 

15 et d'Auvergne, que li dis contes y avoit fait venir pour 
aidier à garder sa cité. En le cité a canonneries moult 
grandes et moult nobles, et sont en une église que 
on dist de Saint Just^ et valent par an bien cinq cens 
florins. 

20 Geste marce de Nerbonne est uns des bons et des 
cras pays dou monde. Et quant li Englès et li Gascon 
y vinrent, il le trouvèrent durement riche et plain. 
Voirs est que cil dou bourg de Nerbonne avoient re- 
trait en le cité leurs femmes et leurs enfans et partie 

25 de leur avoir. Et encores en trouvèrent li Englès et 
li Gascon assés. 

Quant li Englès eurent conquis le boureh de Ner- 
bonne sus les Nerbonnois, desquelz il y eut mors et 
pris assés, il se logèrent à leur aise dans ces biaus 

30 hostelz , dont il y avoit à ce jour plus de trois mil. 
Et trouvèrent ens tant de biens, de belles pour- 



[i3S5] LIVRE PREMIER, S 36i. f7i 

veances et de bons vins, qu'il n'en savoient que faire. 
Et estoit li intention dou prince que de faire assallir 
le cité, ensi qu'il fîst, et dou prendre, car dit li fu 
que, s'il le prendoient, il trouveroient tant d'or et 
d'argent dedens^ de bons jeuiaus et de riches prison- 5 
niers que li plus povres des leurs en seroit riches à 
tous jours. Et ossi li princes attendoit le rédemption 
de chiaus de Cabestain et d'aucunes villes et chastiaus 
en Nerbonnois qui s'estoient rançonné à non ardoir. 
Et si se tenoient tout aise sus celle belle rivière d'Aude, 10 
yaus et leurs chevaus; et buvoient de ces bons vins 
et de ces bons muscades, et t'outdis en espoir de plus 
gaegnier. 

Si devés savoir que ces cinq jours que li princes fu 
ou dit bourch de Nerbonne, il n'y eut onques jour 15 
que li Englès et Gascon ne fesissent et livrassent cinq 
ou six assaus à chiaus de le cité si grans, si fors et si 
merviUeus que grant merveilles seroit à penser com- 
ment de çascun assaut il n'estoient pris et conquis. 
Et l'euissent esté, il n'est mies doubte, se ne ftiissent 20 
li gentil homme qui en le cité estoient ; mais cil en 
pensèrent si bien et s'i portèrent si vassaument que li 
Englès ne li Gascon n'i peurent riens conquerre. Si 
s'en partirent li princes et toutes ses gens; mes à leur 
département li Englès varlet et pillart paiièrent leur 25 
hoste, car il boutèrent en plus de cinq cens lieus le 
feu ou bourch, par quoi il fu tous ars. 

Si chevaucièrent li princes et ses gens en retour- 
nant vers Carcassonne, car il avoient tant conquis 
d'avoir et si en estoient cargié, que pour celle saison 30 
il n'en voloient plus. De quoi cil de Bediers, de Mont- 
pellier, de Luniel et de Nimes, qui bien cuidoient 



i7i CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

avoir l'assaut^ en furent moult joiant quant il sceu- 
rent que li Englès leur tournoient le dos. 

Et vinrent li Englès en une bonne et grosse ville^ 
par delà la rivière d'Aude^ car il l'avoieht passet au 
5 pont à Nerbonne en Carcassonnois^ que on appelle 
limous; et y fait pines plus et milleurs que d'autre 
part. Geste ville de Limous, pour le temps d'adonc, 
estoit faiblement fremée; si fu tantost prise et con- 
quise et grant avoir dedens. Et y eut ars et abatu à 

10 leur département plus de quatre mil maisons et biaus 
hosteuz^ dont ce fu grans damages. 

Ensi fu en ce temps cilz bons pays et cras de Ner- 
bonnois^ de Charcassonnois et deThoulousain pilliés^ 
desrobés^ ars et perdus par les Englès et par les Gas- 

15 cons. Yoirs est que li contes d'Ermignach estoit à 
Thoulouse et faisoit son amas de gens d'armes à che- 
vaus et à piet pour aler contre yaus^ mes ce fu trop 
tart ; et se mist as camps, à bien trente mil hommes^ 
uns c'autres, quant li Englès eurent tout essilliet le 

20 pays. Mais li dis contes d'Ermignach attendoit mon- 
signeur Jakemon de Bourbon, qui faisoit son amas de 
gens d'armes à Limoges et avoit intention d'enclore 
les Englès et Gascons, mais i] s'esmut ossi trop tart, 
car li princes et ses consaus, qui olrent parler de ces 

25 deus grandes ehevaucies que li contes d'Ermignach 
et messires Jakemes de Bourbon faisoient, s'avisèrent 
selonch ce, et prisent à leur département de Limous 
le chemin de Charcassonne , pour rapasser le rivière 
d'Aude. Et tant fisent qu'il y parvinrent; si le trou- 

30 vèrent en l'estat où il le laissièrent, ne nulz ne s'i 
estoit encores retrais. Si fu telement pararse et des- 
truite des Englès que onqiies n'i demora de ville 



[1355] LIVRE PREMIER, $ 362. 473 

pour herbeiçîer un cheval; ne à painnes savoient 
li hiretier ne li manant de le ville, rassener ne dire 
de voir : « Chi sist mes hiretages » ; ensi (u elle 
menée. 

§ 362- Quant U princes et ses gens eurent rapasset 5 
le rivière d'Aude, il prisent leur chemin vers Mont- 
royal, qui estoit une bonne ville et fremée de murs 
et de portes, et siet en Carcassonnois. Si l'assallirent 
fortement quant il furent là venu, et le conquisent de 
force, et grant pillage dedens que cil dou pays y lo 
avoient attrait sus le fiance dou fort liu. Et là eut 
mors grans fuison de bidaus hommes de le ville, 
pour tant qu'il s'estoient mis à deffense et qu'il ne 
s'estoient volut rançonner. Et (îi au département des 
Englès la ville toute arse. Et puis prisent le chemin 15 
des montagnes, ensi que pour avaler vers Fougans et 
vers Rodais, toutdis ardant et essillant pays et ran- 
çonnans aucune[s] villes iremées et petis fors qui n'es- 
toient mies tailliet d'yaus tenir. Et devés savoir que 
en ce voiage li princes et ses gens eurent très grant so 
pourfît. 

Et rapassèrent li Englès et li Gascon tout paisie- 
vlement desous le bonne cité de Thoulouse au Port 
Sainte Marie la rivière de Garone, si chargiet d'avoir 
que à jpainnes pooient leur cheval aler avant. De quoi 25 
cil de Tholouse furent durement esmeu et couroucié 
sus les gentilz hommes, quant il sceurent que li En- 
glès et Gascon, sans yaus combatre, avoient rapasset 
la rivière de Garone et s'estoient mis à sauveté, et en 
parlèrent moult villainnement sus leur partie. Mais ao 
tout ce se passa : les povres gens le comparèrent qui 



174 CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1355] 

en eurent adonc^ ensi qu'il ont encores maintenant^ 
toutdis dou pieur. 

Ces chevaucies se desrompirent, car li princes s'en 
' retourna à Bourdiaus et donna une partie de ses gens 

5 d'armes congiet, et especialment les Gascons, pour 
aler viseter les villes et leurs maisons. Mais tèle estoit 
li intention dou prince, et se leur disoit bien au par- 
tir que, à Testé qui revenoit, il les menroit un aultre 
chemin en France, où il feroient plus grandement 

10 leur pourfit qu'il n'avoient fait, ou il y remetteroient 
tout ce qu'il avoient conquis et encores dou leur as- 
sés. Li Gascon estoient tout conforté de faire le com- 
mandement dou prince et d'aler tout partout là où 
il les vorroit mener. 

15 § 363. Nous nos soufferons un petit à parler dou 
prince, et parlerons d'aucunes incidenses qui avinrent 
en celle saison, qui trop grevèrent le royaume. Vous 
avés bien oy compter ci dessus comment messires 
Charles d'Espagne fu mors par le fait dou roy de Na- 

ao vare : dont li rois de France fii si courouciés sus le 
dit roy, quoiqu'il euist sa fille espousé, que onques 
depuis ne le peut amer, comment que par moiiens 
et par bonnes gens qui s'en ensonniierent, li rois de 
France, pour eskiewer plus de damage, en celle anée 

25 li pardonnast. 

Or avint que li consaus dou roy Jehan l'enortè- 
rent à ce que, pour avoir ayde sus ses guerres, il me- 
sist aucune gabelle sus le sel où il trouveroit grant 
reprise pour paiier ^es soudoiiers ; se l'i mist li rois, 

30 et fu acordé en trop de lieus en France, et le levèrent 
li impositeur. Dont pour celle imposition et gabelle 



[i355] LIVRE PREMIER, $ 363. i7S 

il avint uns grans meschiés en le cité d'Arras en Pi- 
kardie; car li communauté de le ville se révélèrent 
sus les riches hommes et en tuèrent sus un samedi^ 
à heure de tierce^ jusques à miedi^ quatorze des plus 
souffîssans . Dont ce fu pités et damages^ et est quant 5 
meschans gens sont au dessus des vaillans hommes. 
Toutes fois il le comparèrent depuis^ car li rois y en- 
voia son cousin monsigneur Jakemon de Bourbon^ qui 
fist prendre tous chiaus par lesquels li motion avoit 
estet faite^ et leur fist sur le place coper les tiestes. 10 

J'ay de ceste gabelle touchiet un petite pour tant 
que, quant les nouvelles en vinrent en Normendie, 
li pays en fu moult esmervilliés , car il n'avoient 
point apris de paiier tel cose. En ce temps y avoit 
un conte en Harcom't^ qui siet en Normendie^ qui 15 
estoit si bien de chiaus de Roem qu'il voloit : si ques 
il dist ou deubt avoir dit à chiaus de Roem qu'il 
seroient bien serf et bien meschant, se il s'acordoient 
à celle gabelle, et que, se Diex le pooit aidier, elle 
ne courroit jà en son pays; ne il ne trouveroit si 20 
hardi homme de par le roy de France qui l'i deuist 
faire courir, ne sergant qui en levast, pour le inno- 
bediense, amende, qui ne le deuist comparer dou 
corps. 

Li rois de Navare, qui pour ce temps se tenoit en 25 
le conté d'Evrues, en dist otretant, et dist bien que 
jà ceste imposition ne courroit en sa terre. Aucun 
baron et chevalier dou pays tinrent leur oppinion, 
et se alliièrent tout, par foy jurée, au roy de Navare, 
et li rois avoech yaus. Et furent rebelle as comman- 30 
démens et ordenances dou roy, tant que pluiseqr 
aultre pays y prisent piet. 



176 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1356] 

Ces nouvelles vinrent jusques au roy Jehan ^ qui 
estoit chaus et soudains^ comment li rois de Navare^ 
li contes de Harcourt^ messires Jehans de Graville et 
pluiseur aultre chevalier de Normendie estoient con- 
5 traire à ces impositions et les avoient deffendues en 
leurs terres. Li rois retint ceste cose en grant orgueil 
et grant presumption^ et dist qu'il ne voloit nul 
mestre en France fors lui. Ceste cose se couva un 
petit avoecques aultres haynes que on y atisa^ tant 

10 que li rois Jehans fu trop malement dur enfourmés 
sus le roy de Navare et le conte de Harcourt et ossi 
monsigneur Godefroy de Harcourt, qui devoit estre 
de leur alliance et uns des principaus. 

Et fu dit au roy de France que li rois de Navare 

15 et cil de Harcourt dévoient mettre les Englès en leur 
pays, et avoient de nouviel fait alliance au roy d'En- 
gle terre. Je ne sçai se c'estoit voirs ou non, ou se on 
le disoit par envie; mais je ne croi mies que si vail- 
lant gent et si noble et de si haute estralion vosissent 

20 faire ne penser trahison contre leur naturel signeur. 
Il fu bien vérités que le gabelle dou sel il /le veurent 
onques consentir que elle courust en leurs terres. Li 
rois Jehans , qui estoit legiers à enfourmer et durs à 
oster d'une oppinion^ puis qu'il y estoit arrestés, prist 

S5 les dessus dis en si grant hayne que il dist et jura 
que jamais n'aroit parfaite joie tant que il fuissent 
en vie. 

En ce temps estoit ses ainsnés filz, messires Charles, 
en Normendie dont il estoit dus^ et tenoit son hostel 

30 ens ou chastiel de Roem et ne savoit riens des ran- 
cunes mortèles que li rois ses pères avoit sus le roy 
de Navare et le conte de Harcourt et monsigneur 



[id56] LIVRE PREMIER, § 363. 177 

Godefroy son oncle ^ mes leur faisoit toute le bonne 
compagnie qu'il pooit^ l'amour et le [vicinage^]. £t 
avint que il les fist priier par ses chevaliers de venir 
disner avoecques lui ou chastiel de Roem. Li rois de 
Navare et li contes de Harcourt ne li vorrent mies 5 
escondire^ mes li acordèrent liement. Toutes fois^ se 
il euissent creu monsigneur Phelippe de Navare et 
monsigneur Godefroy de Harcourt , il n'i fuissent jà 
entré. Il ne les crurent pas^ dont ce fu folie; mes 
vinrent à Roem, et entrèrent par les camps ou chas- 10 
tiely où il furent receu à grant joie. 

Li rois Jehans^ qui tous enfourmés estoit de ce fait 
et qui bien savoit l'eure que li rois de Navare et li 
contes de Harcourt dévoient estre à Roem et disner 
avoec son fil, et devoit estre le samedi , se départi le 15 
venredi à privée mesnie; et chevaucièrent tout ce 
jour, et fu en temps de quaresme^ le nuit de Pasques 
flories. Si entra ens ou chastiel de Roem^ ensi que 
cil signeur seoient à table ^ et monta les degrés de 
la sale^ et messires Emoulz d'Audrehen devant lui, 20 
qui traist une espée et dist : « Nulz ne se mueve 
pour cose qu'il voie, se il ne voelt estre mors de celle 
espée l 9 

Vous devés savoir que li dus de Normendie, li 
rois de Navare , li contes de Harcourt et cil qui S5 
seoient à table , furent bien esmervilliet et esbahi , 
quant il veirent le roy de France entrer en le salle et 
faire tel contenance, et vosissent bien estre aultre 
part. Li rois Jehans vint jusques à la table où il 



1. Mm. B 4, 3, f^ 165. — Ms. B 1, t. H, f» 63 : c rinage. » Moupmm 
leçon, 

IT— li 



i7S CHRONIQUES DE J. FR0I8SART. [1356] 

seoient. Adonc se levèrent il tout contre lui, et li 
cuidièrent faire le reverensce, mais il n'en avoit dou 
recevoir nul talent. Ançois s'avança parmi la table 
et lança son brach dessus le roy de Navare et le prist 

5 par le kevèce, et le tira moult roit contre lui, en di- 
sant : <K Or sus^ traittres^ tu n'i es pas dignes de seoir 
à la table mon fil. Par l'ame à mon père, je ne pense 
jamais à boire ne à mengier^ tant com tu vives, n 
Là avoit un escuier^ qui s'appelloit Colinet de 

10 Bleville^ et trençoit devant le roy de Navare : si fîi 
moult courouciés ^ quant il vei son mestre ensi de- 
' mener; et trest son baselaire^ et Faporta en la poi- 
trine dou roy de France^ et dist qu'il l'occiroit. Li 
^rois laissa à ces cops le roy de Navare aler et dist à 

15 ses sergans : « Prendés moy ce garçon et son mestre 
ossi. » Macier et sergant d'armes sallirent tantost 
avant ^ et misent les mains sus le roy de Navare et 
l'escuier ossi^ et disent : « Il vous fault partir de ci, 
quand li rois le voelt. » 

30 Là s'umelioit li rois de Navare grandement, et 
disoit au roy de France : « A 1 monsigneur, pour 
Dieu merci I Qui vous a si dur enfourmé sur moy? 
Se Diex m'ayt, onques je ne fis, salve soit vostre 
grasce, ne pensay trahison contre vous ne monsi- 

25 gneur vostre fil, et pour Dieu merci, voeilliés enten- 
dre à raison. Se il est homs ou monde qui m'en 
voelle amettre, je m'en purgerai par l'ordenance de 
vos pers, soit dou corps ou aultrement. Yoirs est 
que je fis occire Charle d'Espagne, qui estoit mon 

30 adversaire; mais pais en est, et s'en ay fait la peni- 
tance. » — « Aies, trahitres, aies , respondi li rois de 
France. Par monsigneur saint Denis, vous sarés bien 



[1356] LIVRE PREMIER, § 363. 179 

preeoier ou jewer d'enfaumenterie^ se vous m*es- 
capés. » 

Ensi en fu li rois de Navare menés en une cambre 
et tirés moult villatnnement et messires Friches de 
FrichanSy uns siens chevaliers, avoecques lui, et Co- 5 
linés de Bleville; ne pour cose que li dus de Nor- 
mendie desist, qui estoit en jenoulz et à mains jointes 
devant le roy son père^ il ne s'en voloit passer ne 
soufirir. Et se disoit li dus^ qui lors estoit uns jones 
enfes : « Ha 1 monsigneur^ pour Dieu merci , vous 10 
me deshonnourés. Que pora on dire ne recorder de 
moy, quant j 'a voie le roy et ces barons priiés de 
disner dalés moy, et vous les trettiés ensi ? On dira 
que je les arai trahis. Et si ne vi onques en eulz que 
tout bien et toute courtoisie. » — « Souflrés vous , 15 
Charle^ respondi li rois : il sont mauvais trahiteur, 
et leur fait les descouveront temprement. Vous ne 
savés pas tout ce que je sçai. » 

A ces mos passa li rois avant , et prist une mace 
de sei^nt et s'en vint sus le conte de Harcourt , et 20 
li donna un grant horion entre les espaules et dist : 
« Avant^ trahittres orguilleus^ passés en prison à mal 
estrine. Par l'âme mon père, vous sarés bien chan- 
ter, quant vous m'escaperés. Vous estes dou linage 
le conte de Ghines : vo fourfait et vos trahisons se 35 
descouveront temprement. » Là ne pooit escusance 
avoir son lieu ne estre ove, car li dis rois estoit en- 
fiâmes de si grant aïr qu'il ne voloit à riens entendre^ 
fors à yaus porter contraire et damage. 

Si furent pris à son commandement et ordenance 30 
li dessus nommet y et encores avoech yaus messires 
Jehans de Graville, et uns aultres chevaliers qui s'ap* 



i80 CHRONIQUBS DE J. FROISSART. [i356] 

pelloit ïnessire Maubue^ et bouté en prison moult 
yillainnement. De quoi li dus de Normendie et tous 
li hostelz fu durement tourblés, et ossi furent les 
bonnes gens de Roem^ car il amoient grandement le 
5 conte de Harcourt , pour tant qu'il leur estoit pro- 
pisces et grans consillières à leurs besoings. Mais 
nulz n'osoit aler au devanl ne dire au roy : a Sire, 
vous faites mal d'ensi trettier ces vaillans hommes. » 
Et pour ce que li rois desiroit le fin des dessus 

10 nommés^ et qu'il se doubtoit que li communautés 
de Roem ne l'en fesissent force ^ car bien sçavoit 
qu'il avoient grandement à grasce le conte de Har- 
court , il fist venir avant le roy des ribaus et dist : 
« Délivrés nous de telz; » Chilz fu tous appareilliés 

15 au commandement dou roy. Et furent trait hors dou 
chastiel de Roem et mené as camps li contes de 
Harcourt^ messires Jehans de Graville, messires Mau- 
bue et Ck)linés de Bleville. Et furent decolé sans ce 
que li rois volsist souffrir que oncques fuissent con- 

20 fessé y excepté l'escuier^ mes cesti fist il grasce. Et li 

fu dit qu'il mor[r]oit ^ pour tant que il avoit tret son 

baselaire sus le roy. Et disoit li dis rois de France 

que trahiteur ne dévoient avoir point de confession. 

Ensi fu ceste haute justice faite dehors le chastiel 

25 de Roem^ au commandement dou dit roy : dont 
depuis avinrent pluiseurs grans meschiés ou royaume 
de France, ensi que vous orés recorder avant en 
l'y store. 

§ 364. Ces nouvelles vinrent jusques à monsigneur 
30 Phelippe de Navare et à monsigneur Godefroi de Har- 
court, qui n'estoient mies lonch de là. Si furent^ ce 



[13K6] LIVRE PREMIER, g 365. 181 

poés VOUS bien croire^ grandement esbahi et courou- 
ciet. Tantost messires Phelippes de Navare fist escrire 
unes lettres de deffianees et les bailla à un hiraut, et 
li commanda de l'aporter au roi Jehan, qui se tenoit 
encores ens ou ehastiel de Roem. Li hiraus aporta 5 
les lettres de par monsigneur Phelippe de Navare au 
roy de France , laquèle lettre singulerement disoit 
ensi : a A Jehan de Valois , qui s'escript rois de 
France, Phelippes de Navare. A vous, Jehan de Valois, 
segnefions que, pour le grant tort et injure que vous lo 
faites à nostre très chier signeur de frère monsigneur 
Charle^ roy de Navare, que de son corps amettre de 
villain fait et de trahison, où onques ne pensa aucu^ 
nement, et de vostre poissance, sans loy, droit ne 
raison , l'avés démené et mené villainnement : de 15 
quoi moult courouciés sons. Et le fourfet venu et né 
de par vous sur nostre très chier frère, sans aucun 
title juste, amenderons, quant nous porons. Et sa- 
chiés que vous n'avés qfte faire de penser à son hy- 
retage ne au nostre pour lui faire morir par vostre 20 
cruèle opinion, ensi que jà fesistes pour le convoitise 
de sa terre le conte Raoul d'Eu et de Ghines , car 
jà vous n'en tenrés piet. Et de ce jour en avant vous 
défiions et toute vostre poissance, et vous ferons 
guerre mortèle si très grande comme nous porons. 35 
En tesmoing de laquèle cose averir, nous avons à ces 
présentes fait metti*e nostre see}. Données à Conces 
sus Yton, le dix septime jour dou mois d'avril, l'an 
de grasce Nostre Signeui* mil trois cens cinquante 
cinq. » 30 

§ 365. Quant li rois Jehans vei ces lettres, et il 



189 CHRONIQUES DE J. FROISSA&T. [1356] 

les eut oy lire^ il fîi plus pensieus que devant; mais 
par samblant il n'en fist nul compte. Toutefois li 
rois de Navare demora en prison. £t ne fist mies 11 
dis rois tout ce qu'il avoit empris; car on li ala au 

5 devant, aucun de son conseil, qui un petit li brisiè- 
rent son aïr. Mais c'estoit bien se intention qu'il le 
tenroit en prison tant comme il viveroit, et li retor- 
roit toute la terre de Normendie. 

Encores estoit li dis rois Jehans ou chastiel de 

10 Roem, quant aultres lettres de deffiances li vinrent 
de monsigneur Loeis de Navare , de monsigneur 
Godefroi de Harcourt^ dou jone fil ainnë le conte 
de Harcourt^ qui s'appelloit Guillaumes^ de l'oîr de 
Graville, de monsigneur Pière de Sakenville et bien 

15 de vingt chevaliers. Or eut li rois plus à faire et à 

penser que devant^ mais par samblant il passa tout 

* legierement et n'en fist compte, car il se sentoit 

grans et fors assés pour résister contre tous et yaus 

destruire. Si se départi li dis rois de Roem, et li dus 

20 de Normendie avoecques lui, et s'en retournèrent à 
Paris. 

Si fîi li rois de Navare en celle sepmainne ame*- 
nës à Paris à tout grant fuison de gens d'armes et 
de sergans et mis ou chastiel dou Louvre, où on li 

25 fist moult de malaises et de paours^ car tous les 
jours et toutes les nuis, cinq ou six fois, on li don- 
noit à entendre que on le feroit morir, une heure 
que on li trenceroit la teste, l'autre que on le jette- 
roit en un sac en Sainne. Il li couvenoit tout oïr et 

30 prendre en gré, car il ne pooit mies là faire le mes- 
tre. Et paloit si bellement et si doucement à ses 
gardes, toutdis en li escusant si raisonnablement, 



[1356] LIVRE PREMIEE, $ 3M. 183 

que cil qai ensi le demenoient et trettioient, par le 
commandement dou roy de France^ en avoient grant 
pité. Si fu en celle saison translatés et menés en 
Cambresis et mis ens ou fort chastiel de Grievecoer. 
et sur lui bonnes et especiaulz gardes , ne point ne 5 
vuidoit d'une tour où il estoit mis, mais il avoit 
toutes cos^ apertenans à luî^ et estoit servis bien 
et notablement. Si le commença li rois de France à 
entroublier; mais si frère ne l'oubliièrent point, ensi 
que je vous dirai ensievant. 10 

§ 366. Tantost apriès les deffiances envoiies des 
enfans de Navare et des Normans dessus nommés 
au roy de France^ il pourveirent leurs villes, leurs 
chastiaus et leurs garnisons bien et grossement de 
tout ce qu'il apertient, sus entente de faire guerre au 15 
royaume de France. 

En ce temps se tenoit messires Loeis de Harcourt, 
fi^ères au conte de Harcourt que li rois de France 
avoit fait morir^ dalés le duch de Mormendie; et 
n'estoit de riens encoupés ne retés en France ne en so 
l'ostel dou roy ne dou duch , de nulle maie ùçon. 
Dont il avint que messires Godefrois de Harcourt li 
segnefia sen entente, et li manda qu'il retournast 
devers lui et devers son linage, pour aidier à contre- 
vengier le mort dou conte son firère, que on avait fait S5 
morir à tort et sans cause^ dont ce leur estoit uns 
grans blasmes. 

Messires Loeis de Harcourt ne fîi miea adonc con* 
silliés de lui traire celle part, mes s'en escusa; et dist 
qu'il estoit homs de fief au roy de France et au duch 30 
de Normendie, et que, se il plaisoit à Dieu^ il ne guer- 



184 CHRONIQUES DE J. FROISSA&T. [13tt6] 

rieroit son naturel signeur ne iroit contre ce qu'il 
avoit juret. 

Quant messires Godefrois ses oncles vei ce, si fu 
durement courouciés sus son neveu ^ et li manda 
5 que c'estoit uns homs fallis et que jamais il n'avoit 
que faire de tendre ne de penser à hiretage qu'il te- 
nist^ car il l'en feroit si eiLcnt que il n'en tenroit den- 
rée; et tout ce que il li prommist^ il le tint bien^ si 
com je vous irecorderai. 

10 Si tretost que li dessus dis messires Phelippes de 
Navare et messires Godefrois de Harcourt eurent 
garni et pouryeu leurs vUles et leurs chastiaus, U 
s'avisèrent qu'il s'en iroient en Engleterre parler au 
roy Edouwart^ et feroient grans alliances à lui^ car aul- 

15 trement ne se pooient il contrevengier. Si ordon- 
nèrent monsigneur Loeis de Navare à demorer en 
Normendie^ et avoech lui le Basde de Maruel et au- 
cuns chevaliers navaroîs, pour garder les frontières 
, jusques à leur retour. Et vinrent à Chierebourch, et 

20 là montèrent il en mer, et esploitièrent tant par 
leurs journées qu'il vinrent à Hantonne : là prisent 
il terre en Engleterre. Et puis issirent de leurs vais- 
siaus^ et se rafreschirent en le ville un jour. A l'en- 
demain j il montèrent sus leurs chevaus et chevau- 

S5 cièrent tant que il vinrent à Cènes, oit li rois 
d'Engleterre se tenoit,- assés priés de Londres, car 
tous ses consaulz estoit adonc à Londres. 

Vous devés savoir que li rois reçut à grant joie 
son cousin monsigneur Phelippe de Navare et mon- 

30 bigneur Godefroi de Harcourt, car il estoit jà tous 
enfourmés de leur matère : si en pensoit bien 
mieulz à valoir^ en fortefiant sa guerre. Li dessus dit 



[1356] UVRB PREBOER, g 366. 185 

fisent leur plainte au roy, li uns de le mort de son 
neveu^ et li aultres de le prise et dou grant blasme^ 
et sans cause, ce disoit, que on faisoit à son frère. 
Si s'en traioient par devers le roy d'Ëngleterre 
comme au plus droiturier signeur de toute cres- 5 
tienté^ pour avoir vengance et amendement de ce 
Élit qui regardoit à trop grant cose. Et ou cas que 
ilz les en vodroit adrecier^ conforter et consillier^ il 
li raportoient et mettoient çn ses mains cités^ villes 
et chastiaus que il tenoient en Normendie^ et que li lo 
rois de Navare et li contes de Harcourt y tenoient au 
jour de leur prise. 

li rois d'Ëngleterre n'euist jamais reftiset ce pré- 
sent, mais leur dist que volentiers les aideroit et 
feroit aidier par ses gens. « Et pour ce que vostre 15 
fait demande hastieve expédition, et que veci la sai- 
son qu'il fait bon guerroiier, mon biau cousin de 
Lancastre est sus les frontières de Bretagne. Je li 
escrirai et manderai , especialment que^ à tout ce 
que il a de gens, il se traie devers vous. Et encores y 30 
envolerai je temprement, tant que pour faire bonne 
guerre à vos ennemis. Si conunencerés à guerrier celle 
saison; et toutdis vous croistera et venra devant le 
main force, ayde et poissance. » — « Chiers sires, res- 
pondirent li dessus nommet, vous nous offres tant 35 
que par raison il nous doit et poet bien souflBj^; et 
Diex le vous puist merir 1 » 

Apriès ces alliances et ces confirmations d'amour, 
li dessus dit, qui tiroient de retourner en Normen- 
die, ne séjournèrent point plenté; mais ançois leur 30 
département, il alèrent veoir madame la royne d'Ën- 
gleterre qui se tenoit à Windesore, laquèle leur fist 



186 CHRONIQUES DE J. FROISSAHT. [I3M] 

grant feste^ et ossi fisent toutes les aultres dames et 
damoiselles. 

Apriès ces honneurs et ces conjoissemen^ Eus, li 
dessus dit se misent au retour, grandement bien con- 

5 tenté dou roy et de son conseil. Et leur furent bail- 
liet cent hommes d'armes et dèus cens arciers^ des- 
quelz li sires de Ros et li sires de I^uefville estoient 
chapitainne. Si fisent tant qu'il arrivèrent sans péril 
et sans damage ou havene de Chierebourch, qui est^ 

10 ensi que Calais, une des fortes places dou monde. 

§ 367. Depuis ne demora gaires de temps que li 
dus de Lancastre, qui se tenoit viers Pontourson^ fil 
segnefiiés dou roy d'Ëngleterre^ son signeur et son 
cousin^ que tout le confort et ayde que il pooit faire 

15 as enfans de Navare et à chiaus de Harcourt et leurs 
aUiiés^ il le fesist^ en contrevengant les despis que 
son adversaire de Valois leur avoit fais. Li dus de 
Lancastre se tint tantost pour tous enfourmés de ceste 
besongne et volt obéir au commandement son ^i- 

20 gneur le roy^ ce fu raisons; et recueiUa toutes ses 

gens^ où il avoit bien cinq cens lances et mil ar- 

ciers. Si se mist au chemin par devers Normendie et 

devers Chierebourch. 

En se route estoit messires Robers CanoUe, qui se 

25 commençoit jà grandement à faire et à avancier; et 
estoit moult renommés ens [es] guerres de Bretagne 
pour le plus able et soubtil homme d'armes qui fîist 
en toutes les routes, et le mieulz amés de tous po- 
vres compagnons, et qui plus de biens leur faisoit. 

30 Li dus de Lancastre^ messires Phelippes de Na- 
vare, messires Godefrois de Harcourt et leurs gens se 



[4356] UnUB PREMIER, S 3B7. 187 

misent tout ensamble^ et li sires de Ros et li sires de 
NuefVilley qui avoient passet le mer avoech yaus ; et 
firent tant qu'il se trouvèrent douze cens lances^ 
seize cens archiers et deus mil brigans à lances et à 
pavais^ et fisent leur assamblée en le cité d'Eyrues. 5 

Là estoient messires Loeis de Navare^ li jones contes 
de Harcourt^ messires Robers CanoUes, messires li 
Bascles de Maruel^ messires Pières de Sakenville^ mes- 
sires Guillaumes de Gauville^ messires Jehans Car- 
beniaus^ messires Sanses Lopins, messires Jehans 10 
Jeuiel y messires Guillaumes Bonnemare , messires 
Foudrigais^ Jehans de Segure^ Fallemont^ Hanekin 
François et pluiseurs bons chevaliers et escuiers^ 
appert homme d'armes y qui ne desiroient fors que 
le guerre. Si se départirent ces gens d'armes d'E- 15 
vrues en grant ordenance^ et bon arroi^ banières et 
pennons desploiiés ; et chevaucièrent devers Vernon. 
Si passèrent à Aquegni et puis à Pasci^ et commen- 
cièrent à pillier^ à rober et à ardoir tout le pays par 
devant yaus^ et à faire le plus grant essil et le plus 20 
forte guerre dou monde. ^ 

Li rois de France^ qui n'en attendoit aultre cose, 
et qui avoit jette son avis et imagination à entrer 
efforciement en le conté d'Evrues pour saisir villes 
et chastiaus^ avoit fait son mandement par tout son S5 
royaume^ ossi grant et ossi fort que pour aler contre 
le roy d'Engleterre et se poissance. Si entendi li dis 
rois que li dus de Lancastre^ Englès et Navarois, che- 
vauçoient vers Roem et mettoient le pays en grant 
tribulation^ et que li Englès dou temps passé n'i 30 
avoient point fait tant de despis que chil qui à pré- 
sent y estoient y faisoient^ par l'enort et confort des 



i88 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1386] 

Navarois. Âdonc li rois de France, esmeus de contre- 
vengier ces despis, se parti de Paris et s'en vint à 
Saint Denis ^ où là l'attendoit grant fuison de gens 
d'armes^ et encores l'en venoient tous les jours. 

5 Li dus de Lancastre et li Navarois^ qui chevau- 
çoient en grant route et qui ardoient tout le plat 
pays^ s'en vinrent à Vrenon, qui estoit bonne ville 
et grosse ; si fu toute arse et toute robée : n'i demora 
que li chastiaus. Et puis chevaucièrent vers Yrenuel, 

10 et fisent tant qu'il y parvinrent. Si fu la ditte ville 
toute arse^ et ossi furent les fourbours de Roem. 

Adonc s'esmut li rois de France et s'en vint à Pon- 
toise, où si doi mareschal estoient^ messires Jehans de 
Qermont et messires Ernoulz d'Audrehen. Et toutes 

15 ses gens d'armes s'en vinrent celle part et le sievoient 
à effort. Li rois s'en vint à Mantes pour aprendre 
dou convenant des Englès et des Navarois; si entendi 
qu'il se tenoient entours Roem^ et ardoient et des- 
truisoient le plat pays. Adonc li rois^ esmeus et cou- 

20 rouciës^ se desparti de Mantes^ et chevauça tant qu'il 
vint à Roem; si y séjourna trois jours. 

En ce terme furent toutes ses gens venues^ où plus 
avoit de dix mil hommes d'armes, sans les aultres de 
mendre estât ; et estoient bien trente mil comba- 

35 tans^ uns c'autres. Si entra li rois ou droit esclos des 
Englès et des Navarois^ et dist que jamais ne retour*- 
neroit à Paris , si les aroit combatus^ se il l'osoient 
attendre. 

Li dus de Lancastre^ messires Phelippes de Navare^ 

30 messires Godefrois de Harcourt et messires Robers 
Canolles^ qui gouvrenoient leurs gens^ entendirent 
et sceurent de vérité que li rois de France et li Fran- 



[1356] LIVRE PREMIER, S 367. 189 

çois venoient sus yaus^ si efforciemenl que à qua- 
rante mil chevaus. Si eurent conseil que petit à pe- 
tit il se retrairoient^ et point en forterèce qui fust en 
Normendie ne en Constentin ne s'encloroient. Si se 
retraisent tout bellement et prisent le chemin de 5 
PAigle, pour aler devers Pontourson et viers Chie- 
rebourch. 

Li rois de France^ qui grant désir avoit d'yaus 
trouver et combatre^ les sievoit moult aigrement^ et 
avoit grant compassion, ensi qu'il chevauçoit, de son lo 
bon pays qu'il trouvoit ars^ perdu et destruit trop 
malement. Si prommetoit bien as dis Navarois que 
chierement leur feroit comparer ce fourfait^ se il les 
pooit attaindre. Tant s'esploita li rois et si fort les 
poursievi que si coureur trouvèrent les leurs assés 15 
priés de l'Aigle en Normendie^ où li dit Englès et 
Navarois estoient logiet et arresté; et moustroient 
par samblant contenance et visage qu'il se vorroient 
combatre. 

Et tout ensi fu raporté au roy de France, qui en so 
eut grant joie, quant il oy ces nouvelles ; et chevauça 
avant et commanda toutes gens à logier et à prendre 
place, car il voloit combatre ses ennemis. Si se lo- 
gièrent li François ens lins biaus plains, et estoient 
quarante mil hommes. Là estoit toute la fleur de 9& 
la chevalerie de France , et tant de grans et de haus 
signeurs que merveilles seroit au recorder. 

Que vous feroi je lonch compte de ceste beson- 
gne? Li rois de France et li François cuidièrent bien 
ce jour combatre leurs ennemis, car li Englès et li 80 
Navarois avoient ordonné leurs batailles. Et pour ce 
ossi, d'autre part, li François ordonnèrent les leurs. 



190 CHRONIQUES DE J. FROISSâAT. [i8S6] 

Et furent tout ce jour en œl cistat Tun devant l'autre 
que point n'assamblèrent. Et faisoient trop bien 
mousse ^ U Englès et li Navarois^ et ordenance de 
bataille; et puis se faindoient et point ne traioient 

5 avant^ car il ne se veoient à juste pareçon contre les 
François. 

Si se retraisent li dit François pour ce soir en 
leurs logeis et fisent grant ghet^ car il cuidoient bien 
estre escannuciet^ pour tant que li Navarois ne s'es<- 

10 toient ce jour point tret avant. Moult fii ceste orde- 
nance des Englès et des Navarois sagement et belle* 
ment démenée^ car au soir il ordonnèrent deus cens 
des leurs ^ tous des mieulz montés ^ à faire à l'ende- 
main monstre et visage contre les François jusques à 

15 heure de nonne^ et puis les sievroient ; si leur disent 
où il les trouveroient. 

Ensi qu'il fu ordonné , fîi il fait. Quant ce vint 
environ mienuit^ li dus de Lancastre , messires Phe- 
lippes de Navare et tout li demorant de l'ost montè- 

ao rent et se partirent et prisent le chemin de Chiere- 
bourch y excepté aucuns chapitains navarois qui se 
retraisent vers leurs garnisons^ dont en devant il s'es- 
toient parti. Si s'en retournèrent à Evrues messires 
Jehans Carbeniaus , messires Guillaumes Bonnemare 

S5 et Jehans de Segure , à Conces messires Foudrigais , 
messires Martins de Spaiçne, Fallemont^ Richars 
Frankelins et Robins Lescot^ à Bretuel messires San* 
ses Lopins, Radigos et Hennekins François, et ensi 
tout li compagnon : cescuns se retrest en sa garnison* 

80 Et li dus de Lancastre et li aultre se retraisent en 
celle forte marce de Chierebourch. 
Or vous compterons dou roy de France qui à l'en- 



[1396] LIVRE PREMIER, $ 368. 191 

demain cuidoit avoir la bataille; si fist au matin 
sonner ses trompètes. Si s'armèrent toutes gens et 
montèrent à chevaus, banières et pennons devant 
yaus^ et se traisent tout sus les camps , et se misent 
en ordenaace de bataille. Et veoient devant yaus au 5 
dehors d'une haie ces deus cens Navarois tous ren- 
giés. Si cuidoient li dit François que ce fust des leurs 
une bataille à cheval qui s'arrestassent là contre 
yaus. Si les tinrent cil Navarois ensi jusques à nonne^ 
et puis ferirent chevaus des esporons et se par- lo 
tirent. 

Li rois de France enyoia ses coureurs jusques à là, 
à savoir que ce volôit estre. Si chevaucièrent cil qui 
envoiiet y furent jusques à la haie ^ et raportèrent 
que il n'avoient nullui trouvet. Assés tost vinrent 15 
nouvelles en l'ost, des gens dou pays, que li Englès 
et li Navarois pooient bien estre eslongié quinze 
liewes^ car il estoient parti très le mienuit., Adonc fii 
dit au roy que de yaus plus poursievir il perderoit 
se painne, mes presist un aultre conseil. Lors se con- 90 
seilla li rois à chiaus qui dalés lui estoient où il avoit 
le plus grant fiance y à ses cousins de Bourbon et à 
ses cousins d'Artois et à ses deus mareschaus. 

§ 368. Li rois de France fu adonc consiUiés, ou 
cas que il avoit là si grans gens d'armes et toutes S5 
ses ordenances prestes pour guerriier^ que il se trai- 
sist devant la cité d'Evrues et y mesist le siège ; car 
mieulz ne pooit il emploiier ses gens que d'aler 
devant celle cilé^ et fesist tant que il l'euist^ et puis 
tous les fors et les chastiaus dou roy de Navare. Ce 80 
conseil tînt li rois de France à bon y et s'en retourna 



19S CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1396] 

vers Roem, et fist tant que il y parvint. Et comment 
que il euist laissiet le poursieute des Englès et des 
Navarois^ si ne donna il. nullui congiet. 

Quant li rois fu venus à Roem^ il n'i séjourna point 
5 lonch temps ^ mes se trest o toutes ses hoos par 
avant le cité d'Evrues^ et là mist le siège fortement 
et durement. Et fist achariier et amener avoecques 
lui de le cité de Roem tous les engiens pour drecier 
devant le ville et le cité d'Evrues, et encores en fist 

10 il faire assés. 

A Evrues^ a bourch^ cité et chastiel, et tout fermé 
à par lui. Si se loga li rois de France devant le bourch 
et y fist faire pluiseurs assaus. Finablement^ cil de le 
ville doubtèrent à perdre corps et biens , car il es- 

15 toient moult apressé d'assaus que li François leur 
faisoient. Si entrèrent en grans trettiés que d'yaus 
rendre^ salve leurs corps et leurs biens. Li rois 
Jehaos fu si consilliés qu'il le prist. Si ouvrirent li 
boui^ois d*Evrues les portes de leur ville et misent 

20 les François dedens ; mes pour ce ne furent il mies 
en le cité^ car elle estoit et est ossi bien fremée de 
murs , de portes et de fossés comme li bours est. 
Toutes fois li rois de France fist logier son connesta- 
ble et ses mareschaus et le plus grant partie de son 

25 host en le ditte ville^ et il tint encores son logeis as 
camps^ ensi comme il avoit fait en devant. 

Les gens le roy de France^ quant il se fiirent logiet 
ou bourch d'Evrues^ commencièrent à soutillier 
comment il poroient conquerre la cité. Si fisent em- 

30 plir les fossés au plus estroit et mains parfont , tant 
que on pooit bien aler jusqu'à murs pour combatre 
main à main. Quant cil qui en le cité demoroient se 



[1356] LIVRE PREMIER, S ^69. 193 

veirent ensi apressé^ si se commencièrent à esbahir^ 
et eurent conseil que d^yaus rendre, salve leurs vies 
et leurs biens. On remoustra ces trettiés au roy de 
France^ se il le voloit faire; il fîi adonc si consilliés 
que il les prist à merci. & 

Ensi eurent li François le bourch et le cité; mes 
pour ce n'eurent il mies le chastiel qui estoit en le 
garde de monsigneur Jehan Carbiniel et de monsi- 
gneur Guillaume de Gauville. Ançois y sist li rois 
de France plus de sept sepmainnes devant qu'il le ^^ 
peuist avoir. Et quant il l'eut, ce fu par compo- 
sition tèle que tout li chevalier et escuier qui de- 
dens estoient s'en partirent^ salve le leur et leurs 
corps ; et se pooient sauvement traire là où il leur 
plaisoit. Si se traisent^ si com je fui enfourmés^ ens ^^ 
ou chastiel de Bretuel^ qui est uns des biaus et des 
fors, seans à plainne terre ^ qui soit en toute Nor- 
mendie. 

Si fist li rois Jehans de France prendre le saisine 
et possession par ses mareschaus dou chastiel d'E- ^^ 
vrues^ et en ot grant joie quant il en fii sires; et 
dist bien que jamais de son temps ne le renderoit 
as Navarois. Ensi eut li rois de France le bourch^ le 
cité et le chastiel d'Evrues; mais moult li cousta 
d'or et d'argent en saudoiiers^ et le fist depuis bien ^^ 
garder à son pooir. Mais encores le reut li rois de 
Navare, par le fût de monsigneur Guillaume de 
Gauville^ ensi que vous orés recorder avant en 
l'istore. 

§ 369. Âpriès le conques d'Evrues, si com ci des- ^^ 
sus est dit j li rois de France et toute son host s'en 

IV— 13 



IM CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1356] 

partie et se traist par devant le ehastiel de Bretuel^ 
et là mist le siège. Si avoit bien en son host sois- 
sante mil chevaus ; et eut devant Bretuel le plus 
biau siège et le plus plentiveus^ et le plus grant 

5 fuisoiï de chevaliers et d'escuiers et de haus signeurs 
que on avoit veu en France ensamble devant forte- 
rèce séant à siège^ depuis le siège d'AguiUon. 

Là vinrent veoir le roy de France pluiseur signeur 
estragnier^ telz que li contes de Douglas d'Escoce^ à 

10 qui li rois de France fîst grant cière^ et li donna cinq 
cens livrées de revenue par an en hiretage séant en 
France. Et de ce devint li dis contes homs au roy de 
France^ et demora toute la saison avoecques lui. 

. Ossi vint en Fost dou dit roy de France dan Henri 

15 de Chastille^ qui s'appelloit bastars d'Espagne et 

contes de Tristemare, et amena avoecques lui une 

grant route d'Espagnolz^ qui furent tout receu à sans 

et à gages par le commandement dou roy de France. 

Et saciés que li François, qui estoient devant Bre- 

20 tuel , ne sejoumoient mies de imaginer et soutiUier 
pluiseurs assaus^ pour plus grever chiaus de le gar- 
nison. Ossi li chevalier et escuier^ qui dedens es- 
toient ^ soutilloient nuit et jour^ pour yaus porter 
contraire et damage. Et avoient cil de l'host Eût 

S5 lever et drecier grans engiens qui jettoient nuit et 
jour sus les combles des tours, et ce moult les travil- 
loit. Et fîst li rois de France faire par grant fuison 
de carpentiers un grant berfroit à . trois estages^ cpie 
on menoit à roes^ quel part que on voloit : en çascun 

30 estage pooient bien entrer deus cens hommes et tous 
yaus aidier; et estoit breteskiés et cuiriés, pour le 
tret^ trop malement fort. Et Tappelloient li pluiseur 



[1356] UVRE PREMIER, § 369. 195 

un cat^ et li aultre un atournement d'assaut. Si ne 
fu mies si tost fais^ carpentés ne ouvrés. Entrues 
que on le carpenta et appareilla , on fist par les vil- 
lains dou pays amener^ aporter et achariier grant 
foison de bois, et tout reverser ens es fossés, et es- 5 
train et terre sus pour amener le dît engien sus les 
quatre roes jusques as murs, pour combatre à chiaus 
de d'ens. Si mist on bien un mois à emplir les 
fossés, à Fendroit où on voloit assallir, et à faire le 
chai. Quant tout fu prest, en ce bierefroi entrèrent 10 
grant fuison de bons chevaliers et escuiers qui se 
desiroient à avancier. Si fu cis berfrois sus ces quatre 
roes aboutés et amenés jusques as murs. 

Cil de le garnison avoient bien veu faire le dit 
berfroi, et savoient Fordenance en partie comment 15 
on les devoit assallir. Si s'estoient pourveu, selonch 
ce, de kanons jettans feu et grans gros quariaus, pour 
tout desrompre. Si se misent tan tost en ordenance, 
pour assallir cel berfroi, et yaus defiendre de grant 
volenté. Et de commencement, ançois que il fesis- 20 
sent traire leurs canons , il s'en vinrent combatre à 
chiaus dou berfroi francement , main à main ; la eut 
fait pluiseurs grans apertises d'armes. Quant il se fu- 
rent plenté esbatu, il conunencièrent à traire de 
leur kanons et à jetter feu sus ce berfroi et dedens, 25 
et avoecques ce feu traire espessement grans qua- 
riaus et gros qui en blecièrent et occirent grant 
fuison; et telement les ensonniièrent que il ne sa- 
voient auquel entendre. Li feus, qui estoit grigois, 
se prist ou toit de ce berfroi, et convint chiaus qui 30 
dedens estoient issir de force ; aultrement il euissent 
esté tout ars et perdu. 



«96 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1356] 

Quant li compagnon de Bretuel veirent ce^ si eut 
entre yaus grant juperie, et s'escriièrent hault : 
(( Saint Joi^e I loyauté !» et a Navare ! loyauté 1 » 
Et puis disent : « Signeur irançois^ par Dieu^ vous 
5 ne nous avés point , ensi que vous cuidiés. » Si de- 
mora la grigneur partie de ce berrefroi en ces fossés^ 
ne onques depuis nulz n'i entra; mes entendi on à 
emplir les dis fossés à tous lés^ et y avoit bien tous 
les jours quinze cens hommes qui ne faisoient aultre 
10 cose. 

§ 370. En ce temps que li rois de France tenoit 
le siège devant Bretuel^ se départi li princes de 
Galles de Bourdiaus sus Garone^ où tenus s*estoît 
tout le temps ^ et avoit fait faire ses pourveances si 

15 belles et si grosses [qu'il avoit peu *], car il voloit che- 
vaucier en France bien avant, espoir venir jusques 
e^ Normendie et sus les frontières de Bretagne pour 
conforter les Navarois; car bien estoit enfourmés et 
segnefiiés que li rois ses pères et li enfant de Navare 

20 et cil de Harcourt avoient grans alliances ensamble. 
Si estoit li dis princes de Galles partis en celle istance 
de Bourdiaus, à tout deus mil hommes d'armes et 
six mil arciers parmi les brigans. Et tout chil baron 
et chevalier y estoient, especiaument qui furent 

25 avoecques lui en le chevaucie de Carcassonne et de 
le langue d'ok; se n'ont que faire d'estre maintenant 
nommet* 
Si chevauçoient li dis princes et cil signeur et leurs 



1. M». B 3, f> 182 To. — Ms. B 1, t. II, f»6d : t qu'à parer, i — 
Ms. B 4, f> 162 : c préparer. » 



[i3»61 LIVRE PREMIER, $ 370. 197 

gens ordonneement ^ et passèrent la rivière de Ga- 
rone à Br^erach^ et puis oultre^ en venant en Roerge^ 
le rivière de Dourdonne. Si entrèrent en ce pays de 
Roerge^ et commencièrent à guerriier fortement^ à 
rançonner villes et chastiaus ou ardoir^ à prendre 5 
gens^ à trouver pourveanees grandes et grosses^ car 
li pays estoit lors pourveus^ et demoroit tout brisiet 
et essilliet derrière yaus. Si entrèrent en Auvergne^ 
et passèrent et rapassèrent pluiseurs fois le rivière 
d'Allier^ ne nulz ne lor aloit au devant. Et prisent 10 
leur adrèce en Limozin , pour venir en ce bon et 
gras pays de Berri^ et trouver celle rivière de Loire. 
Des vivres qu'il trouvoient , faisoient il grans super- 
fluités^ car ce qui leur demoroit il ardoient et exil- 
loient. 15 

Les nouvelles en vinrent au roy de France, qui se 
tenoit à siège devant Bretuel, comment li princes 
efforciement chevauçoit en son royaume, si en fu 
durement esmeus et courouciés. Et volentiers euist 
veu que cil de Bretuel se fuissent rendu par compo- 20 
sition ou aultrement, pour chevaucier contre les En- 
glès et deffendre son pays que on li ardoit, et toutdis 
entendoiton à emplir les fossés de tous lés. Et jet- 
toîent engien nuit et jour à le forterèce pières et 
mangoniaus : ce les esbahissoit plus c'autre cose. 25 

Or avint à un chevalier de Pikardie, qui s'appel- 
loit messires Robers de Montegni en Ostrevant, à ce 
siège y une dure aventure, car ilz et uns siens escuiers, 
qui se nommoit Jakemars de Wingles , tout doi ap- 
pert homme d'armes, malement s'en alèrent un jour 30 
au matin sus les fossés que on a voit raemplis, pour 
regarder le forterèce. Si furent perceu de chiaus de- 



198 CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [1356] 

dens; si issirent hors jusques à sept compagnons 
par une posteme^ et s'en vinrent sus le chevalier et 
Pescuier^ et furent assalli fièrement. Il se deffendi- 
rent^ car il avoient leurs espées. Et se il euissent esté 

5 conforté de chiaus de l'ost d'otant de gens que cil 
estoient^ il se fuissent bien osté de ce péril; mais 
nennil^ car onques nuls n'en sceut riens. Si fu li dis 
chevaliers pris et menés ou chastiel^ et navrés parmi 
le jenoul^ dont il demora afolés^ et li escuiers mors 

10 sus le place^ dont ce fu damages. Et en fu li rois de 
France bien courouciés^ quant il le sceut. 

Au septime jour apriès7 entrèrent li compagnon 
de Bretuel en trettiés devers le roy de France pour 
yaus rendre ; car li engien^ qui nuit et jour jettoient^ 

15 les travilloient malement^ et si ne leur apparoit con- 
fors de nul costé. Et bien savoient que^ se de force 
il estoient pris^ il seroient tout mort sans merci. Li 
rois de France y d'autre part j avoit grant désir de 
chevaucier contre les Englès qui ardoient son pays ; 

20 et estoir ossi tous tanés de seoir devant le forterèce^ 
où bien avoit ^ et à grant fret^ esté et tenu soixante 
mil hommes. Si les prist à merci; et se partirent, 
salves leurs vies et ce qu'il en pooient porter devant 
yaus tant seulement. Si se retraisent li chevalier et 

S5 li escuier de Bretuel à Chierebourch ; jusques à là 
eurent il conduit dou roy. Si fist li dis rois prendre 
le saisine dou biau chastiel de Bretuel et remparer 
bien et à point. Et se desloga et retourna vers Paris^ 
mais il ne donna nuls de ses gens d'armes congiet, 

30 car il les pensoit bien à emploiier aultre part. 

nu DU TEXTE DU TOHS QUATRIËHB. 



VARIANTES. 



4 



VARIANTES. 



S M8. Page 1, ligne I : De le ville. — Ms, dAndens:\Ieùr 
demain, il (le roi d'Angleterre) s'em parti de Wissan et s'en vint 
devant le forte ville de Gallaix et l'assega de tous poîns, et dist 
qu'il ne s'en partiroit, par 3rvier ne par esté^ si l'aroit à se 
vollentë, com forte qu'elle fust, se U roys Phelippes ne se 
venoit de rechief combattre à lui, et l'en levast par force. Et 
pour tant que la ditte ville de Callais estoit si forte et qu'il avoit 
dedens grant fuisson de bonnes gens d'armes, tels que monsei- 
gneur Jehan de Vianne, qui cappittaine en estoit, messire Emoul 
d'Audrehen, monseigneur Jehan de' Surie, monseigneur Pépin 
de Were, monseigneur Henry dou Bos et pluisseurs autres, il ne 
vot oncques conssentir que ses gens d'armes l'assaillissent, car 
il y pewissent plus perdre que gaegnier ; ains fist tantost faire 
son hostel, grande salle, cambres et chou qu'il y appertenoit 
de planées et de mairiiens, et bien couvrir d'estrain pour de- 
mourer y tout celui yvier et l'estet enssic, ou plus, se mestier 
faisoit, et fist faire grans fosses tout autour de son host, par 
quoy on ne les pewist ^nbnssier ne destourber. 

GaBcuns des autres seigneurs et li chevalier et chacuns autres, 
seloncq son estât, fist faire se loge au mieux qu'il peult, li ungs 
de bois, li autres de genestres, li autre d'estrain, tant que en 
assës petis de tamps il fissent là endroit une bonne forte ville et 
grande; et y trouvoit on à vendre tout ce qu'il besongnoit pour 
vivre à grant marchiet. Et si y avoit boucerie, mercerie, hallez 
de draps et de touttes mercandises, ossi bien comme à Arras 
ou à Amiens, car il avoient les Flammens de leur accord : dont 
tous li biens leur venoit. Si leur en venoit il ossi partie d'En- 
gleterre, par le mer qui n'est mies là grande à passer; encorres 
leur en venist plus grant fuison, se ne fuissent Geneuois et autres 
maronniers qui gisoient sus le mer et alloient souvent waucrant 
par le mer avant et airière, pour destourber les allans et les ve* 



202 CEŒIONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

Dans à l'ost des Englès, et en appelloit on l'un Marant et l'autre 
Mestriel. Et avoient souvent grant compaignie d'autres maron- 
niers qui faisoient grans anois et grans destourbiers as Englès, 
et souvent gaegnoient des vàîssiaux chargiés de pourveanches, 
dont il desplaisoit moût au roy englès et à chiaux de l'ost, et à le 
fob estoient rencontre, si perdoient. Et souvent avoit paletb et 
escarmuches contre le ville, là où li pluisseur volloient mouslrer 
leur appertise, de chiaux de hors contre chiaux de dedens ; si y 
avoit souvent des mors et des navres, d'une part et d'autre. 

Et souvent chevauchoient li marescal aval le pays d'entours 
Calais à grant fuisson de gens d'armes et d'archiers pour aven- 
turer, un jour deviers Saint Orner, l'autre deviers Tieruanne, 
puis deviers Bouloîngne, pour quère grosses bestes et menues 
pour avîtaillier leur host, et essilloient tout le pays d'entours 
yaux. Ossi il y avoit dedens Saint Omer bonne garnison de gens 
d'armes, car là se deffendoient et faisoient frontière contre les 
ennemis, ossi en le Montoîre, en Guines, en Oye, en Merk, en 
likes, en Fiennes, en Bonloingne, en Tieruanne, en Aire, en Bie- 
tune, en Saint Venant, en Hames, en Arde et en tous les fors là 
environ. Et y avenoit auvent tout plain d'aventures et d'en- 
contres aventureulx, dont li ung perdoient et li autre gaegnoient, 
enssi que telles aventures aviennent en si faittes guerres et en 
telx sièges. Si m'en passerai tant c'a ores assés brefïnent, car je 
y pensse bien à recouvrer, ains que li sièges soit conclus ; mes 
je voeil parler d'une grant courtoisie que li roys «nglès fist as 
povres gens de Calais, le siège pendant. 

Quant chil de le ville de Callais virent que li Englès ne se 
partiroient mies de ce siège et que lors pourveanches de vivres 
amenrissoient durement, il eurent consseil qu'il envoieroîent hors 
les povres gens dont il ne se pooient aidier. Si en envoiièrent 
hors bien six cens povres hommes mal pourveus, et les fissent 
passer tout parmy l'ost des Englès. Si tost que li roys Edouwars 
le sceut, il les fist tous arrester et venir devant lui, et leur fist 
tous dounner à boire et à mengier plentiveusement en se grande 
salle de bois qu'il avoit là fait faire, et fist à chacun dounner 
troix vies estrellins pour Dieu; et avoecq chou, il les fist conduire 
sauvement hors de son host : laquelle cose on retint à grant au- 
moonne et à grant noblèce. Or me tairay un petit à parler dou 
siège de Calais et retouray au siège de Aguillon, là où je le 
laissay quant je conmmençay à parler dou dit roy qui ariva en 



[1346] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 288. 203 

Nonnendie, et vous diray ooommeiit li departemens s'en fist. F^ 
9» V* et 96. 

— Ms. de Borné: Qant IL rois d'Engleterre et toutes ses gens 
forent là venus, il se boutèrent et amanagièrent en une grande 
place nide, qui sdet au dehors de Calais, et conmenchièrent là à 
faire et à darpenter maisons et logis petit à petit. Et estoient les 
Englois signeûr dbu Havene et envoioient lor navie, qant il lor 
plaisoit, en Engléterre, dont vivres et pourveances lor venoient 
par mer. Et aussi li coureur englois courirent toute la conte de 
Boulongne et le conte de Ghines , et le pais jusques à Saint 
Orner et Aire et Tiemane, né il ne trouvoient qui lor alast au 
devant. Si fii envoiiës mesures Jehans de Viane, uns chevaliers de 
Campagne et de Bourgohgne, à estre chapitainne de Calais, et s'i 
bouta de nuit à toute sa carge par le sabelon, et cevauça de 
Wisan jusques à là. Si le requellièrent tout li honme de la ville, 
et en furent moult resjol de sa venue; et s*i porta li dis chevaliers 
vaillanment et sagement. Par la voie de la marine fu la ville de 
Calais plus de demi an confortée et rafiresqie de vivres; et s'i vin- 
rent bouter par ce cemin meismes, mesires Amouls d'Andre- 
hem, mesires Jehans de Surie, mesires Banduins de Belleboume, 
mesires Joflfrois de la Mote, mesire Pépins de Were^ mesires 
Ckrars de Werières, qui adonc estoit joues esquiers, et pluisseurs 
aultres chevaliers et esquiers, qui tout i furent très honnoura- 
blement. 

Qant li rois d'Engleterre îa venus premièrement devant la ville 
de Calais, ensi que chils qui moult le desiroit à conquérir, il le 
asega par grant manière et par bonne ordenance. Et fist bastir 
et ordonner entre la ville et la rivière et le pont de Nulais hos- 
tels et maisons, ouvrer et carpenter de grans mairiiens et cou- 
vrir les dittes maisons, qui estoient asisses et ordonnées par rues, 
bien et faiticement, de ros, d'estrain et de genestres et de ce dont 
on puet recouvrer là ou pais, ensi que il vosist là demorer diis ou 
douse ans; car li intension de li estoit telle que de là il ne s'en 
partiroit, si l'aueroit conqub par force ou par tretië. Et avoit en 
ceste nove ville dou roi, toutes coses nécessaires, apertenans à 
un boost et plus encores, et place ordonnée pour tenir marchiet 
le merquedi et le samedi. Et là estoient halles de draps et de mer- 
chiers et aussi estas de bouciers et de boulengiers. Et de toutes 
coses on i pooit recouvrer aussi largement comme à Bruges ou 
à Londres, et tavernes de tons vins de Grenate, de Grec, de Ma- 



204 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

levisie, de Rivière, de vins de Gascongne, de Poito, de France 
et de Rin, bons cabarès et bien pourveus de chars, de volilles, 
de poissons. Et lor venoient de Flandres les marceandises toutes 
prestes de Hollandes^ de Zellandes et d'Alemagne, et tout par 
mer. Et en i avoit là plûisseurs ouvriers juponniers, parmentiers, 
corduaniers, peletiers, cabareteur, foumiers et tavreniers, qui i 
gissoient assés mieuls à lor plaisance et pourfit que donc que il 
fuissent chiës leur. Et furent biencourouciet qant U sièges se des- 
fîst et que Calais fu conquise, car il perdirent le flour de lor wa- 
gnage. 

Qant mesures Jehans de Tiane îa venus en Calais, et il ot veu 
et considère le siège et conment les Englois estoient amasë, ensi 
que pour demorer vint ou trente ans là devant au siège, et il ot 
fait viseter lapoisance des vivres qui estoient en la ville, il enfist 
un jour widier et partir plus de vint sept cens honmes, fenmes et 
enfansy pour alegerir la ville. Qant chils peuples issi hors pre* 
mierement de Calais, tous en blans qamises, et portoient confa- 
nons de moustiers en signe de humelite, auquns Englois quidièrent, 
qant il les veirent issir, que il les venissent courir sus. Si se as- 
samblèrent à rencontre de euls les archiers, et les fissent requler 
jusques eus es fossés de la ville. Là i ot entre ces Englois, auquns 
preudonmes piteus, qui congneurent tantos que ce n'estoient pas 
gens pour faire nul contraire. Si fissent cesser les aultres de euls 
courir sus, et lor demandèrent où il alpient. Il respondireut que 
on les avoit bouté hors de Calais, pour tant que il cargoient trop 
la ville et le fouUoient de vivres et en aloient ailleurs à l'aventure 
quérir lor mieuls, ensi que povres gens qui avoient tout perdu 
sans nul recouvrier. 

Ces nouveUes vinrent au roi d'Engleterre et as signeurs que 
chils povres peuples de Calais estoit là ensi à merchi. li rois, 
meus en pité, les fist entrer en l'oost, et conmanda que tout et 
toutes fuissent bien disné; il le furent. Avoecques tout ce, au 
départir et issir de Thoost^ il fist à casqun, grant et petit, don- 
ner et délivrer un estrelin d'Engleterre. Et depuis ces povres gens 
se départirent et s'espardirent, pour avoir lor vivre et lor ca- 
vance. Par ces gens orent la cong^sance li rois d'Engleterre et 
ses consauls, que li vivres afoiblissoient grandement en la ville 
de Calais : si n'en furent pas courouchiet. Or retournons au duch 
de Normendie et au siège qui se tenoit devant Agillon. F** 124 v* 
et 125. 



[1346] VABIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 289. 205 

P. 4,1. i et 2 : uns gentilz et vaillans chevaliers de Campa- 
gne as armes. — Mss. ^ i ^ 6 : un gentil chevalier de Gham- 
paigne vaillant aux armes. F® 152. — Mss. ^ 7 à 10 : un gen- 
til et vaillant chevalier de Champaigne aux armes. F* 136. — 
Mss. A 11 à 14 : ung chevalier de ' Champaigne vaiUant aux 
armes. F** 144 v« et 145. — Mss^A 15 <2 17 : un gentil et 
vaillant chevalier de Champaingne aux armes. F® 151 v®. «^ 
Mss. .^ 20 À 22 : ung vaillant et hardy chevalier. F* 217 v«.— 
Mss, utf 23 à 29 : ung chevalier de Champaigne. F» 169 v«. — 
Mss, ^ 30 <^ 33 : ung chevalier de Bourgoigne. F* 190 v®. — 
Ms, B 3 : ung vaillant gentilhomme chevalier du pais de Cham- 
paigne. F» 135 V*. 

P. 1, 1. 5 et 6 : d'Audrehen. — Mss. ^ 11 a 14 : d'Autre- 
hen. F> 145. 

P. 1, 1. 7 : de le Motte. — Mss. ^ 30 a 33 : de la Mente. 
P» 190 v«. ^ 

P. 1, 1. 8 : Were. —Mss. A \ h \% x Werie. F> 152. — 
Mss. A 10 à 22, 30 ^ 33 : Verre. F» 169 v^. 

P. 1, 1. 16 : Nulais. — Mss, ^ 1 à 6, 11 ^ 19, B 3 : Milais. 
F« 152. — Mss. ^ 20 à 22 : MuUais. F« 218. — Mss. ^ 23 à 
29 : Calays. F« 169 V». — Mss. A 30 à 33 : Calaiz. F» 190 v«. 

P. 2, 1. 3 et 4 : d'estrain et de genestres. — Ms. £ 6 : d'es- 
train ou de banque. F* 343. 

P. 2, 1. 4 et 5 : dix ans ou douze. — * Ms. B 6 : quarante 
ans. P» 343. 

P. 2, 1. 12 et 13 : nécessités. -* Le ms, B 6 ajoute : taver- 
nes de toutes manières de vins osy bien que che fust à Londres. 
F« 343. 

P. 2, 1. 19 : Tierenois. — Mss. ^ 1 <^ 6, 18 à 22 : The- 

rouennois. ¥• 152 Mss. A 7 à iO : Therenbis. F* 136 v«. — 

Mss. ^ 11 1^ 14 : Theuoroilenois. F» 145. — Mss. ^ 23 à 29 : 
Temois. F» 169 v«. — Mss. ^ 30 à 33 : Tirenoiz. F» 190 v«. 
— Ms. B. 3 : Tiemois. F* 135 v*». 

P. 3, 1. 1 : menues gens. — Ms. ^ 6 : qui tout se vivotent 
de la mer. F» 344. 

P. 3, L 11 : deux estrelins. — Ms. J?. 6 : six estrelins. 
F>344. 

g 989. P. 3, I. 16 : U dus. — Ms. d Amiens : Tout ce 
tamps de le moiiennë d'avril jusques à le moiiennë de septembre. 



S06 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i346] 

demora U dus de Normendie à siège devant le fort castîel d'A- 
guillon, en Gasooiogne, et y fist maintes fois assaillir par dî- 
viersses mannierres, et moût y eut de bonne chevalerie et de 
noble avoecq lui. Et y mist grant coustages d'engfaiens et d'an* 
très instrummens et atoumemens d'asaut, desquels messirea 
Loeis d'Espaingne, chilx bons chevaliers de qui vous avës oy 
parler eus es guerres de Bretaingne, estoît souverains et ordon^ 
nères, car lî dis dus avoit plus de fianche en lui et en son cons- 
seil, que il n'emst en tout le demorant de son host. Si y trouva 
li dis mesdres Loeis d'Espaiogne, le siège durant, maint nouviel 
et soutil en^en dont on n'avoit oncquez veu user devant che, 
pour chiaux de le ditte fortrèche grever et adammagier ; mes 
dedens avoit si bonne bachelerie que il se deffendoient bien contre 
tout et deffendirent, si comme vous avés chy dessus» oy. End^- 
mentroes que dlz sièges se tenoit devant Agnillon et que tous les 
jours priés y avoit asjault et escarmuches, ungs assauz se fist 
de chianx de l'ost à cldaux de dedens, et y eut pluisseurs bettes 
appertisses d'armes faittes. Avint que messires Phelippes de 
Bourgoingnot filz au duc de Bourgoingne et cousins germains 
au duc de Normendie, et qui estoit li ungs des biaux chevaliers 
de toutte l'ost de son eage, et qui voUentiers s'avanchoit en ar- 
mes, entendi de cel assaidt qui jà estoit coummenchiëz; si s'arma 
vistement et monta sus un courssier durement appert, pour son 
corps avanchier et pour plus tost venir à l'assaidt, et le feri des 
espérons. li courssiers qui estoit durement fors et rades et or* 
gidlleus,. se mbt au cours et s'abusça parmi un fosset , et chei 
en lui touillant sus le dit monsigneur Phelippe de Bourgoingne, 
et le confroissa et bleça tellement que li chevaliers n'eut oncques 
puis bonne sancté, mes morut assës briefinent, dont li dus de 
Normendie fu trop durement courouchîës : che fîi bien raisons, 
car c'estoit li plus puissans de linaige, d'iretaige et de riooise de 
toutte Franche. 

Assës tost apriès ceste aventure, vinrent les nouvellez au dit 
ducq de le bataille de Grechi et de le grant desconfiture qui y 
avoit estet. Et remandoit li roys son fil le duc de Normendie, et 
li senefioit qu'il s'en revenist en Franche et deffësistson siège de 
devant Aguillon. De ces nouvellez fu li dus de Normendie dure- 
ment Gourouchiës, che fu bien drois, car il avoit juret le siège et 
dit qu'il ne s'em partiroit, si aroit le castiel à se voUenté; mes 
li mandement dou roy son père escusoient et dispenssoient son 



[1346] YARIAJMTES DU PREMIER LIVRE, § 289. 207 

sierement. Non obstantce, ces lettrez veues, manda en sa tente 
tous lez grans seigneurs de l'ost qui là estoîent, le ducq de 
Bourgoingne, le duc de Bourbon, monsigneur Jaqueme de Bour- 
bon, le comte de Fores, le daufin d'Auviergne, le comte de Yen- 
dosme, le comte de Laille, le comte de Ventadour, le comte de 
Bouloingne, le comte de Nerbonne, monseigneur Loeys d'Es- 
paingne et monseigneur Carie d'Espaigne, son fil, seigneur de 
Partenay, le seigneur de Grain et pluisseurs autres bannerès et 
chevaliers qui là estoient, et leur compta lez nouvelles que on 
leur avoit apportées, et le mandement que li roys ses pères li 
faisoit. Si leur pria amiablement que sour ce il li volsissent cons- 
sillier bonnerablement. Tout cbil seigneur furent durement cou- 
rouchiet et dolant de ces nouvelles et de le desconfiture de Grechi^ 
che fil bien raisons, car li courounne de Franche esto^t moult 
afoiblie de haulte honneur, et ce ne fu mies merveiUez ; n^ke- 
dent il conssillièrent au dit duc, tout d'un acort et d'une vois, et 
li dissent que se plus haute honneur seroit et estoit dou raller 
deviers le roy son père, qui le mandoit, que là demourer» seloncq 
che que avenu estoit et seloncq Testât dou royaume qui à. lui 
parvenir devoit. Adonc fîi ordounné et coummandé que chacuns 
toursast et deslogast au matin et sieuwist les bannierrez. 

Quant ce vint au matin, chacuns se hasta de toursser et de 
deslogier et sieuwir les bannierres. Chil qui estoient dedens 
Aguillon, perchurent tantost que li hos se deslogoit et s'en alloit 
en voiez. Sitos que messires Gauti^s de Mauny vit chou, il se 
courut armer et fist tous ses compaignons armer et monter sour 
lors chevaux, et passèrent parmi le pont qui fisiis y estoit, et vin- 
rent as loges. Si trouvèrent des gens assës qui derière estoient 
atargiës ; si leur coururent sus et en ocirent grant pleatë. li dis 
messires Gantiers ne se vot mies là arester, ains fist son pignon- 
del chevauchier avant jusques à Tarière garde, qui les darrains 
volloit rataindre et garder, et dont messires Caries d'Espaingne, 
qui portoit les armes de CastiUe à un quartier de France, estoit 
chiës. Là coummencha ungs hustins très grans et très durs, et y 
eut pluisseurs chevaliers et escuiers d'un les et d'autre reverssës. 
Touttesfois, Englès et Gascon s'i portèrent si bien que il obtin- 
rent le plache. Et fii desconfite ceste arrière garde, et pris ungs 
bons chevaliers de Normendie, moût amis et prochain dou duc, 
qui se clamoit messires Grimoutons de Cambli. Et retourna mes- 
sires Gauders de Mauny avoecq ses ccMnpaignons dedens Aguîl- 



208 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

Ion et ramenèrent des pourveances et don harnas .assës des 
Franchois avoecq pluisseurs prisonniers. 

Quant li compaignon de Aguillon eurent fait leur chevauchie, 
enssî connue vous avés oy, et il furent rentres à tous leurs pri- 
sonniers et lor gaing ou dit castiel, il demandèrent bellement et 
sagement à aucuns gentilz hommes - qu'il tenoient pour prison- 
niers, pourquoi li dus s'estoit deslogiës si soudainnement. A envis 
le disoient, mes on les examina et pria tant qu'il le dissent, et 
recordèr^it touttes les avenues qui estoient avenues au roy englès 
et à ses gens, et commuent il avoit à Crechi desconfit le roy de 
Franche et se puissance, et leur recordèrent le grant cantitet des 
prinches et des seigneurs qui demouret y estoient, et coumment 
li roys englès avoit assegiet le forte ville de Callais. De ces nou- 
velles furent li compaignon de Aguillon durement Uet, et en 
firent à leurs prisonniers milleur compaignie et toutte le bonne 
chière qu'il peurent. A l'endemain, ils départirent leur butin. 
Si eschei messires Grimoutons de Gambli en le part de monsei* 
gneur Gautier de Mauny, parmi un restorier qu'il ûat as compai- 
gnons, etdemourases prisonniers. F^ 96. 

— Ms. de Borne : Li dus Jehans de Normendie, toute la saison, 
avoit tenu son siège devant Agillon, et là dedens enclos les bons 
chevaliers d'Engleterre, messire Gautier de Mauni et les aultres 
qui si vaillanment s'i estoient tenu et porte, et tenoient enoores 
que, pour asaut que on lor fesist, onques ne s'esbahirent, mais 
Âurent trois jours tous reconfortés, non que li dus de Normendie 
se tenist là pour cose que li castiaus de AgiUon vausist, fors que 
par droite herredrie et merancolie ; car on euist fait quatre tels 
castiaus que Agillon est, pour ce que li sièges cdustaau roiaulme 
de France. Et encores avint uns grans mesciés entre les Fran- 
çois, ensi que je vous recorderai, et environ la moiienné d'aoust 
que li rois d'Engleterre passoit parmi le roiaulme de France. 11 
avint que une escarmuce se fist devant le chastiel d' Agillon, des 
chevaliers et esquiers de l'hoost à rencontre de ceuls de dedens 
qui vaillanment les requelloient, toutes fois qantes fois que il 
estment requis et assalli. 

Assës nouvellement estoit venus en l'oost mesires Phelippes de 
Bourgongne, fils au duch Oede de Bourgongne, pour ce temps, 
contes d'Artois et de Boulongne, et cousins germains au duch de 
Normendie. Ghil mesuras Phelippes de Bourgongne estoit uns moult 
Jones chevaliers et de grant volentë, ensi que là le moustra ; car 



[1346] YARLàlVTES DU PREMIER LIVRE, g 289. 209 

si tretos que li escarmuce fu conmenchie, 3 ne volt pas estre des 
dairains, mais se fist armer et monta sus un coursier fort et rade 
durement et de grant haste, pour plus tos venir à Fescarmuce. Li 
dis mesires Phelippes de Bourgongne prist une adrèce parmi les 
camps, et broca coursier des esporons, liquels estoit grans et 
fors, et qui se esquella au cours et enporta le chevalier, tout 
maugrë lui : siques, en traversant et sallant un fosset, li coursiers 
trebusça et cei et jetta le dit mesire Phelippe desous lui. Onques 
il ne pot estre aidiës ne seqourus, mais fu si confroissiës que 
onques depuis n'ot santë , et morut dedens trois jours apriès : 
dont li dus de Normendie et tout U jsigneur furent durement 
courechiet et à bonne cause. 

Assës tos apriès ceste aventure et la mort dou dit mesire Phe- 
lippe de Bourgongne, vinrent les nouvelles en Poost de la de&« 
confiture de la bataille de Crechi. Et remandoient li rois de 
France et la roine, lor fil, le duch de Normendie , et li enjoin- 
doient expresseement et especiaiunent, toutes paroles et ensongnes 
misses arrière, il se partesist et deffesist son siège, et retoumast 
en France pour aidier à deffendre et garder son hiretage. Et 
avoecques tout ce encores li segnefioient il le grant damage que 
li noble du roiaulme de France avoient pris et eu par celle ba<- 
taille de Cred. Quant li dus de Normendie ot leu tout au lonc 
ces lettres, si pensa sus moult longement, et en demanda consel 
as contes et as barons, qui dalés lui estoient, car moult à envis 
se departoit, pour la cause de ce que il en avoit parle si avant* 
li signeur li dissent que tout estoit réservé, puisque père et m^ 
le mandoient, et que bien et par son honnour il se pooit dépar- 
tir. Si fu adonc ordonné et aresté que, à Tendemain, on se des- 
logeroit, et retoumeroient toutes gens en France : des quelles 
nouvelles la grignour partie de ceuls de Toost furent moult resjol, 
car chils sièges lor avoit esté trop lontains et moult pesans. La 
nuit passa. Qant ce vint au point dou jour, on se conmença à 
deslogter et à tourser tentes et très et tout mettre à charoi et 
à voiture. Et se hastoit et delivroit casquns dou plus tos conme il 
pooit; et se missent tout au cemin environ solel levant. Li com- 
pagnon, qui dedens Âgillon estoient, perchurent cel affaire que 
on sedeslogoit; si en furent tout esmervilliet. 

Les nouvelles en vinrent à mesire Gautier de Mauni, qui tous 
jours estoit des premiers levés et des darrains couchiés, Sitos 
que il le soeut, il fu armés et apparilliés, et aussi furent tout li 

XV — 14 



210 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

ccMiipagiKXi, et montèrent as chevaus: « Or tos, dist il, li Fran- 
cis s'en vont sans dire adieu. Il fault que il paient lor bien allée 
en auqune manière, et fault que il aient auqunes noilvellesqui lor 
soient venues de France, car li rois, nostres sires, est deçà la 
mer; et poroit avenir que ils et ses gens aueroient combatu 
les François, et i poroit avoir eu une grande desconEture. Il nous 
en fault sçavoir, conment que ce soit, la venté; car c'est tout 
acertes que il se deslogent pour celle saison. » Adonc se dépar- 
tirent euls de le forterèce de Agillon en grant volenté, et estoient 
bien trois cens, messires Gantiers de Mauni tout devant. Et s'en 
vinrent ferir et firaper en la qoue de ces François qui s'en aloient; 
et trouvèrent d'aventure un chevalier de Normendie, mestre 
d'ostel dou duch, et de son consel, et estoit demorés derrière, 
pour faire haster le clutDi et le somnage : ils et tout chil qui 
avoecques lui estoient, furent pris, et biaucop encores d'aultres. 
Et retournèrent messires Gantiers de Mauni et les Englois dedens 
Agillon, et i ramenèrent tout le butin et les prisonniers. 

Par ce chevalier de Normendie sceut li dis mesires Gantiers de 
Blauni tout ce qui avenu estoit en France, et conment li rois 
d'Eagleterre avoit pris terre en Normendie et estoit venus tout 
son cemin, ardant et essillant le pais, et avoit passet la rivière de 
Sainne et de Sonme, maugré tous ses nuisans, et arestés à Gre- 
chi en Pontieu, et là atendu deux jours le roi de France et sa 
poissance et combatu et desconfi et cachiet en voiles. Et i estoient 
mort et demoret sus la place onse chiés de pais, quatre vins 
banerès et douze cens chevaliers et plus de trente mille honmes 
d'autres jgens. Et apriès tout ce, il estoit aies mettre le siège 
devant la forte ville de Calais. De ces nouvelles fu li dis messires 
Gantiers de Mauni si resjols que il n'en vosist pas tenir cent mille 
fraos, et dist au chevalier, lequel on nonmoit mesire Mouton de 
CambeU : « CazAbeli, des rices et bonnes nouvelles que vous avés 
dites, vous en vaudrés grandement mieuls. » F* 125. 

P. 4, 1. 8 : Li dis messires. — Ms.B 6 : Messires Phelipfies, 
pour eulx veoîr, demanda «on coursier, comme a ung grant sei- 
gneur qui plniseurs en avoit; on luj amena ung jone poulain, que 
nouvellement on luy avoit envoiet et sur lequel il n'avoit oncques 
monté. Quant on lui ot amenet, il le refiisa, pour che que 
oncques ne ravoitchevauchiet.Et ensy que on en aloit quérir ung 
aultre, vey queches escarmuches estoient trop belles. Adonc messires 
Phelippes, qui eult grant désir de veoir , dist : « Aniène me che 



[1346] VARUNTES DU PREBŒR LIVRE, $ SOO. îll 

coursier. Jemonteray desus ; chis anltres vient trop longement. » 
Il monta sas et le fery des esporons et le hasta moult. Ghe poullain, 
qui les esporons ne connisoit, se commencha à enorguillîer et à se 
mentenir merveilleusement et assallir et atreper diversement. Bt 
messires Phelippes, pour lui aprivisier, le feroit des espcntms 
aigrement. Che coursiës enporta son seigneur de telle fachon que 
il n'en peult estre maistre, et l'enporta parmy ung fosset où il 
trebuscha li uns dessus l'autre. Oncques il ne pot estre à tamps 
aidiës qu'il ne Aist blechiës et sy froisiés que oncques puis il 
n'eut sanctë, mais morut dedens quinze jours : dont tous les sei- 
gneurs furent durement courouchiësy car c'estoit le plus riches et 
le plus grant de linaige du royaume de Franche. F* 345 et 346. 

Dans les mss. Ai à^^ ii à 14, 18, 19, ie chapitre ne se ier^ 
mine pas À .* « Aguillon \ ^ et la phrase se continue ainsi: et qui 
dedens avoit assiegië les bons chevaliers d'Angleterre, messire 
Gaultier de Mauny.... F» 152 v*. 

P. 5, 1. 7 : fourfait. — Ms. £6: sj ques le duc de Normen- 
die ne fut mies adonc maistres de son argu. F* 347. 

P. 5, 1. 15 : deslogoient. — Ms. S 6 i Et yssirent hors et 
ferirent en la keue; et y prirent des chevaliers et des escuiers 
qui s'estoient trop tart levet et des chevaulz et du hamast. 
F« 347. 

P. 5, 1. 22 : soixante. — Mss. A 20 ^-32 : quarante. F* 219. 

S SOO. P. 6, 1. 14: Depuis. — Ms. £ Amiens: Avint ung peu 
apriès que messires Gantiers de Mauny dist à sen prisonnier, qui 
K offroit trois mil vies escns pour se raenchon : « Grimouton, 
Grimouton, je say bien que, se je vous volloie presser, vous me 
paieriez bien de raenchon cinq mil ou sii mil escus, car vous, 
estes nngs grans chevalierz en Normendie et forment amet dou 
duc. Si vous diray que vous ferës: vous yrës, sur vostre foy, par 
deviers le duc vostre seigneur, de qui Unage et consseil vous 
estes, et me pourcacheréz que j'aye une lettre ouverte, seellëe 
de son seel ou don seel le roy de Franche, son pèfe, que je 
puisse cevauder seurement pahny le royaumme de Franche à 
vingt chevaux tant seuUement, mon escot payant raisonnablement 
de ville en ville, d'ostel en ostel, tant que je sqie venus devant 
Calais deviers le Iroy, mon seigneur, que je désir moult à veoir, 
et ne vorai jesîr en nulle ville que une nuit et bien . paner mon 
escot ; et,- s» ce ne me poës impetrer, vous revenrës cfay dedens 



2iS CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [134(11 

ung mois. » Li chevaliers li creanta loyaument qu'O en feroit 
son pooir. Si se parti dou signeur de Matmy et vint en France 
deviers le duc de Normendie, et impetra de lui un sauf conduit 
pour le dit seigneur de Mauni, et le raporta arrière en Agoillon, 
où il fu recheu à grant joie. F» 96 v*. 

— Ms. de Borne: Depuis ne demora gaires de temps que li dis 
mesures Gantiers de Mauni , qui très grant désir avoit de venir 
devant Calais et de veoir son signeur le roi d'Engleterre, mist 
en parole le chevalier, et li dist : « Camheli, je sçai bien que vous 
estes moult proçains dou duch de Normendie, et je désire à aler 
devant Calais et veoir mon naturel signeur le roi d'Engleterre. 
Se vous poés tant faire et esploitier, sus une relaxion que je vous 
ferai, qui sera telle : je meterai en soufirance votre prise, et vous 
recrerai courtoisement sus vostre foi, tant que vous serës aies 
deviers le duc vostre signeur et enpieterës, ou nom de moi, un 
bon sauf conduit, que je puisse passer et cevauchier parmi le 
roiaulme de France, et aler devant Calais, moi vintime tant 
seullement, et point dormir en une ville, non plus de une nuit, 
se trop grande nécessite ne le fait, et bien paiier partout. Et en- 
tendes li sauf conduis soit tels que je m'i puisse bonnement ase- 
gurer, et vous retourne deviers moi, ou cas que vous le m'apcH^ 
terés, je vous ferai de vostre raençon si bonne compagnie que 
vous vodrés. » 

Li chevaliers ot grant joie de ceste parole et respondi : « Chiers 
sire, vous devés sçayoir que ma ligance veroi je volentiers, et je 
m'en meterai en painne. Vous ferés un ject sus quel fourme vous 
vodrés avoir le sauf conduit, et nonmerés tous ceuls que vous 
vodrés avoir en vostre compagnie ; et, sus Tescript que vous me 
baillerës, je ordonnerai ma requeste et priière. » Mesires Gantiers 
respondi : <c Vous dites bien. » Il fist escrire tantos une lettre qui 
contenoit auques la manière don sauf conduit, et puis le bailla au 
chevalier, et li dist : ce Cambeli, tenés, qant vous venës par de 
delà, si le faites, par un clerc qui s'i congnoise, groser sus la 
fourme et ordenance que on a en France ; et le faites faire si bien, 
se li dus le vous voelt acorder, que il me puist partout sus mon 
cemin valoir. » — « Certes, sire, respondi li chevaliers, je en 
ferai en toutes manières bien mon acquit. » 

Li chevaliers se départi de Agillonet cevauça tant par ses jour- 
nées que il vint à Paris et trouva le duch de Normendie, son sei- 
gneur, qui fu moult resjols de sa venue, et li demanda tantos 



[i346] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 291. 213 

conment il avoitfiuiet. Li chevaliers li compta la founne el matère» 
ensi que chi desus est contenu. li dus tantos li acorda et li dist : 
«c Faites le escripre dou mieuls que vous poës ; nous le saiellerons. 
Ce nous monte petite cose, qant ils, li vintime tant seuUement, 
voelt courtoisement passer parmi le roiaulme de Franche. Et se de 
vous riens n'estoit, il est bien si gentils chevaliers et si loiaus, que 
là ou il m'en requerroit ou prieroit, je li acorderoie, car ce ne 
nous touce à nul préjudice* » Li chevaliers fu tous resjols de ceste 
response, car il en pensoit grandement mieuls valoir, ensi que il 
fist. Et fu li sauf conduis escrips et grosses dou mieuls que on le 
pot ne sceut faire à l'usage et setille de France, ne riens n'i ot 
oubliiet, qui i fesist à mètre. Li dus de Normendie le fist sceller et 
le bailla au chevalier, qui tantos se mist au retour, et cevauça tant 
par ses journées que il retourna en Agillon. 

De sa venue et dou sauf conduit que il aportoit; fu mesires 
Gantiers de Mauni tous resjols, et le fist lire, et li sambla très 
bons et très bien fais, ensi que il estoit, et aussi fist il à tout son 
consel. Si dist ensi au cevalier: « Cambeli, vousavës bien exploi- 
tiez à ma plaisance, et je vous tenrai vostre pronmesse. Je vous 
quite vostre prise et vostre foi, et poes partir toutes fois que 
vous voles. » — « Sire, dist li chevaliers, grant merchis; je 
nieuise ose avoir demande si avant. » Depuis ne séjourna li che- 
valiers que un jour. H se mist au retour en France, quites e% 
délivrés de sa prison. Considérés, je vous pri, la vaillance et la 
bonté de messire Gautier de Mauni, et la grande afiection que il 
avoit à veoir son signeur le roi d'Engleterre, car il euist eu dou 
chevalier que il quitta cinq ou siis mille florins, se il vosist, et il 
le laissa aler legierement, par la manière que dit vous ay. F*" 125 
V* et 126. 

P. 6, 1. 21 : trois mille. — Ms. BS : deux mille. P 348. 

% S9t. P. 7, 1. 30: Assés. — Ms. it Amiens : Sus le con- 
duit dou duc de Normendie, se mist [en voie] li sirez de Mauny 
à vingt chevaux seullement, et passa parmy Franche sans mil 
empecement et vint jusques à Orliiens. Là fu il arestéz et ne peut 
estre desarestés pour lettres quHl moustrast. Si fu amenés à Paris 
deviers le roy, et là fu il en grant péril et en grant dangier ; et 
voUoient li plus dou consseil dou roy que on li coppast le teste 
pour ses grans baceleries, tant estoit il fort hays. Finablement, H 
dus de Normendie, sus quel conduit il alloit, exploita tant pour 



ti4 CHRONIQUES DK J. FROISSART. [1346] 

lui qu'O fil délivrés sans nul danunaige. Et vint li gentils che- 
valiers devant Calais, où il fa grandement bien festiîÀ don roj 
d'Engleterre et de tous les seigneurs. F* 96 v^. 

— - M$, de Borne: Messires Gantiers de Mauni ordonna ses be- 
songnes et s'en vînt à liebonme, où li contes Derbi se tenoit, et li 
remoustra conment il voloit cevauchier parmi France^ et aler de- 
vant Calais veoir le roi son signeur et le prince de Galles, son 
fil, et les signeurs et cevaliers d'Engleterre. 

A tont ce s'acorda assés li contes Derbi et escripsi lettres, qui 
dévoient venir au roi, et les bailla à mesîre Gautier de Mauni, 
liquels s'en carga de l'aporter. Assés tos apriès, toutes, ses be- 
songnes furent prestes et se départi d'Aquitaines, lui vintime, 
ensi que son sauf conduit parloit, et se mist au cemin, et passa 
Agens et Agenenois et Limosin. Et par tout les chités et bonnes 
villes où il venoit, il moustroit son sauf conduit ; pour l'onnour 
don duch de Nonnendie, il estoit partout délivres et passa ensi 
sans nul empecement, tant que il vint en la chitë d'Orluens. 

Quant il fil là venus, il se traist à ost^l et se ordonna là à de- 
morer dou disner et don souper, pour lui rafresqir et ses gens, 
et faire refierer ses cevaus, et pour partir à l'endemain. On 11 soof- 
fri à prendre toutes ses aises. Au matin, qant U ot oy messe, li 
ballieus d'Orliiens vint deviers li et mist un arest sus lui de par 
le roi de France. Tantos mesires Gantiers de Mauni moustra son 
sauf conduit et se quida délivrer parmi che, mais non peut. Et 
dist li baillieus que il li estoit conmandé estroitement que il le 
menast à Paris. Force ne esqusance ne sauf conduit ne aultre 
cose ne valli riens à messîre Gautier de Mauni. Et fu. li baillieus 
fors de li, et amena à grant cevauchie de gens d'armes le dit 
messire Gautier tout courtoisement, et ses gens, à Paris. Euls là 
venu, on mist les gens et les chevaus de messire Gautier à bos- 
tel ; et le chevalier, on le bouta en la prison de Chastellet. Et li 
fil délivrée une cambré as&ës honeste, et avoit de ses variés deus 
ou trois avecques li, qui li aminîstroient toat ce que à lui aper- 
tenoit. 

Qant la congnisance en (ii venue au duch de Normend&e coiw 
ment mesires Gantiers de Mauni, sus se asegurance et sauf oon- 
duit, avoit celle painne et desplaisance que estoit pris et mis ea 
prison, en ChasteUet, là où on met et bpu^ les larrons, ^ en fii 
durement courouchiés, et s'en vint deviers le roi, son père, et li 
demanda pourquoi il l'avoit fait prendre, qant il li avoit donné» 



[1346] VARIAMTBS DU PREMIER LIVRE, S 291. 118 

sus son sedéj sauf conduit pour li vintime seullement, et il pas- 
soit courtoisement et paioit partout bien, ne nuls ne se (^Indoit 
de li. Li rois de France, qui haioit mortdment le chevalier pour 
ses grandes vaillances, respondi à son fil et dist : ce Jehan, je l'ai 
Êdt prendre voirement. Vous n'avës pas ens ou roiaulme de Fran- 
ce, encores tant que je vive, si grande poissance que pour don«- 
ner ne seeler sauf conduit à mes adversaires; et pour ce que 
vous vos en estes avanciés, je le ferai pendre par le col : se si 
exemplieront li aultre. » — « Monsigneur, respondi li dus, se 
TOUS faisiës ce faire, jamais en toute ma vie je ne m'armeroîe 
pour la guerre de France à rencontre des Englois, ne tout chU 
qui destourner je poroie; et en feroie. pendre tant de ceub qui ce 
consel vous donnent et qui par envie grieuvent le chevalier que 
aussi tout li aultre s'i exempUeroient* » Et se départi adonc li 
dus de Normendie, par grant mautalent, de la cambre le roi son 
père, et se tint bien quinse jours que point n'aloit deviers le roi. 
Li rois disoit à le fois que y le feroit pendre, et en estoit grant 
nouvelle dedens Paris. Et par trois ou quatre samedis, moult 
grant peuple s'asamblpit devant Ghastellet, et couroient vois et 
renonmée : « On pendera Gautier de Mauni; alons le veoir* » 

ÎÀ gentils chevaliers estoit en prison en Chastellet et npn à sa 
plaisance, car il sentoit le roi de Fi:ance durement crueuls et 
liauster, et son consel desraisonnable : si ques, qant telles imagi- 
nations li venoient devant, il avoit grande angousse de coer, et 
iaisdit chanter messe dedens Chastellet tous les jours devant lui, 
et dcmner tous les jours Taumonne de l'argent de sib esqus. de 
PheUppe. Et prioient les povres gens pour lui, et vosissent bien, 
pour la convoitise de Targent et avoir laumonne, que il demorast 
un grant tempore en prison. 

Uns chevaliers de Hainnauet de Cambresis, qui se nonma m^s- 
sires Mansars d'Esne, et son cousin, si tos que il .^^ce^t 1a prise 
de mesire Gautier, il vint à Pans et poursievi le duch de Nor- 
mendie caudement. Et bien voloit li dus que il en fust 
poursievois, car ce estoit la cose dou monde qui pour ces jours 
li aloit plus pries dou coer, et disoit bien à ceuls qui le dit che- 
valier pourcaçoient : « Ne vous esbahissiës. en riens de Gautier de 
Mauni, car il n'i a si osé en France, réserve monsigneur mon 
père, qui Tose jugier à mort ne mettre; et monsigneur brisera 
uns de ces jours son air, et le rauerës quite et délivré. » En ce 
dangier, péril' et aventure fu messires Gantiers de Mauni bien 



ftl6 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

5ept semainnes. Et aussi li dus de Normeudie n'esiongoit point 
Paris, mais petit antoit Tostel dou roi, et tant que chil qui le plus 
avoient apressé le chevalier, furent chil qui dissent au roi: a Sire, 
il vous fault brisier de ce Englois qui vous tenés en prison, car 
monsigneur de Normendie, vostres fils, l'a encargiet. Et au voir 
.dire et à considérer raison, petit puet il faire ne avoir en Fran* 
che, se il ne puet donner un sauf conduit. Et se vous aueriez fait 
morir le chevalier, pour ce ne seroit pas vostre guerre achievée 
deviers les Englois, ne pour un cent de tels ; et se i prenderoit 
vostres fils si grant desplaisanoe que il le mousteroit de fait, et 
jà en veons nous les apparans. » 

lirois conchut et eutendi ces paroles bien parfaitement et sâi- 
ti assës que on li disoitveritë, et que il n'avoitque faire de nonrir 
nulle haine deviers son hiretier, pour un chevalier. Si fist li rois 
mettre hors de Castelet messire Gautier de Mauni, et mener par 
mesire Bouchicau et par mesire Guichart d'Angle, qui lors estoient 
jone chevalier, mesire Gautier de Mauni à son hostel où ses gens 
estaient logiet. Et avoient tout dis esté, depuis que il fu mis en 
prison, au Chastiel Festu, à le Crois en Tiroi; et fii là laissiés des 
chevaliers. Et sus le soir on li vint dire, de par le roi, que à l'en- 
demain li rois voloit que il venist disner à Tostel de Nielle, où il 
se tenoit conmunement; et mesires Gantiers Tacorda. Qant ce vint 
à Tendemain, li rois l'envoia quérir moult notablement par ses 
chevaliers, qui l'amenèrent tout au lonc des rues de Paris et mon- 
tés sus cevaus, et passèrent Grant Pont et Petit Pont et venirent 
à Nielle dalés les Augustins; et là fu il receus moult honnoura- 
blement de tous les chevaliers dou roi. Et fu li asisse adonc de 
la table dou roi, li arcevesques de Sens, premiers, et puis le roi, 
et desous, mesire Jaquemes de Bourbon et mesire Gautier de 
filauni : plus n*en i ot à celle table* 

Et là sus la fin dou disner, on présenta à mesire Gautier de 
Mauni, de par le roi, moult rices jeuiauls d'or et d'argent, et 
furent mis et assis devant lui sus la table. lA chevaliers, qui 
fu moult sages et moult honnerables, remercia gruidement ceuls 
qui jeuiauls avoient aportés : ce f u li sire de Biaujeu et mesire 
Carie de Montmorensi. Qant li heure vint de lever la table, en- 
cores estoient li jeuiel sus la table. Ondistàmesire Gautier : « Sire, 
faites lever ces jeuiauls par vostres gens, car il sont vostre* » 
Mesire Gautier respondi et dist : « Je n'ai pas deservi à recevoir 
dou roi de France si grans dons; et qant je li auerai fait serrice 



[1346] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S ^^l* Si 7 

(fui le vaille, je prenderai bien ce don ou aultres. » On detria sus 
cel estât un petit. lirois volt sçavoir quel cose il avoit respondu. 
On 11 dist. li rois pensa sus et puis dist : « Il est frans homs et 
loiaus. Or li demandes de par nous conment il les voelt prendre, 
car nous volons que il li demeurent. » On retourna à mesire 
Gautier de Mauni, et li fîi dite la parole dou roi. Il respondi à ce 
moult prudentement et dist : a Je les prenderai par condition 
tèle que je les ferai porter avoecques moi devant Calais, et en 
parlerai au roi mon signeur; et se il li plaist que je lesretiengne, 
je les retenrai, et aultrement non. » Geste parole (a recordëe au 
roi. li rois l'en sceut bon gré et dist: « Faites li lever sus. Nous 
le volons. » Donc fist lever sus les jeuiauls messires Gantiers de 
Mauni, par mesire Mansart d'Esne, son cousin, et valoient bien 
mille florins. 

Ce disner fait, messires Gantiers prist eongiet au roi; li rois li 
donna. Et se départi de Nielle et fu raconvoiiés<ies cevaliers don 
roi à son hostel et là laissiés. Mais au souper, li dus de Normen« 
die l'eut, et toutes ses gens, et lor fist très IxHine chière, et don- 
na à casqun ou coupe ou hanap d'argent, et fu raconduis À se» 
hostel des chevaliers dou duch. Et fist li rois de France 
compter et paiier tout ce que il avoit fraiiet à Paris, tant en 
prison conme aillours, là où on le pot sçavoir. Et qant, au matin, 
messires Gantiers de Mauni deubt monter achevai, li dus de Nor- 
mendie li envoia une hagenée ambkns, et un coursier bon ou pris 
de mille livres. Ensi se deparâ mesires Gantiers de Mauni de 
Paris, et cevauça depuis toute la frontière de France en segur 
estât, tant que il vint devant Calais et en la ville nove dou roi. 

De la venue messire Gautier de Mauni furent li rois et li prin* 
ces son fil et tout li signeur de l'oost moult resjol, car bienavoient 
ol parler dou péril et dou dangier où il avoit esté. Assés tos 
apriès ce que il fu là venus, et que il ot parle au roi de pluisaeurs 
ooses, il li remoustra par paroles moult sagement, conment, sa 
délivrance faite, on l'avoit honnouré à Paris, et que li rois de 
France li avoit, seans à table, fait présenter moult riches dons et 
jeuiauls ; mais nuls n'en avoit retenus, fors par condition se il li 
plaisoit, et non aultrement. li rois d'Engleterre respondi à ce et 
dist : a Gautier, nous avons assës pour vous donner; renvoiiësti. 
Nous ne volons que vous en retenés nuls. » Sm ceste parole, 
mesires Gantiers prist tantos les jeviauls ceuls que li rois U avoit 
£ttt présenter, et dist à sob cousin, mesire Mansart d'Esne : <c II 



218 CHRONIQUES DB J. FROISSART, [1346] 

vous fouit GeTaacIiier viers PariS) et rendre au roi ou à ses con- 
mis ces jeuiauls ; car li rois mon sigaenr ne vQelt. point que je en 
retiengne nuls. » Mesîres Mansars d!£sne Ai tous apariliés défaire 
ce mesage et se ordonna sur ce, et se départi 4ou siège de Ca* 
lais et esploita tant par ses journées que il vint à Paris. Qant il fii 
là venus, ils qui estoit assés congneus en l'ostel dou roi, car on 
li avoit veu pluisseurs fois, se traist avant et fist tant que il fu me- 
nés devant le roi, pour faire son message, et le fist bien et sage- 
ment, et remercia grandement le roi de par mesire Gautier de 
Mauni; mais, tant que des jeuiauls, il les avoit ri^rtés. Donc de- 
manda li rois où li jeuiel estoient; il dist: «c Sire, il sont ceens et 
tous près de mettre là ou vous le conmanderés. » li rois regarda 
sus le chevalier et dist: «Va, va; je le tes donne. Nous en avons 
encores des aultres assës, » Ensi fu enrichis mesires Mansars d'Es- 
ne, des jeuiauls dou roi. Nous lairons un petit à parler de ces 
besongnes ichi, et retournerons à celles de Gascongne. F" IM 
V à 127 v«. 

P. 8, 1. 32 : de Hajnan. — £e ms^ B 6 ajoute: et de €am- 
bresis. F» 350. 

P. 9,1. d : frès. — Mss. ^tf 20 à 22: que à cause de Tarrest 
avoit eu. P 220. 

P. 9, 1. 8 : Nielle. — Msm. A \ à ti Neelle. P 154. — M4. 
B. 3 : Nesle F* 137. 

P. 9,U 9 : jeuiaulz. — Ms. B 6 : à'ot et d'argent. F* 350. 

P. 10, 1. 20: le roy. '—Ms* BZ: car n'osa refuzer de lespren* 
dre.P»137v«. 

P. 10, 1. 21 : dou prendre. •— Mss. A 18, 19 : au prendre. 
F* 154. — Mss. ^ 30 tf 33 : du reprendre. P> 191 v«. 

S S9a. P. 10, 1. 22 : Vous avës. — Ms. d Amiens : En ce 
meisme tamps, mist H comtez Derbi, qui se tenoit à Bourdiauz et 
«■toit tenus toutte le saison, une chevauchie sus de Gascons et 
d'Englèz, et passa à Blaves, et Ji tout ses gens d'armes entra en 
Bwto. F* 96 v«. 

— j|f#. de Rome : Vous avez bien ol recorder conment li confies 
Derbi, les François séant devant AgiUon, s'estoit tenus à Bour- 
diaus sus Geronde ou à Liebourne. Assës tos apriès que messires 
Gantiers de Manni 'se fu departb de li et du pais, sus la fourme 
que vous avez ol, li dis contes s'avisa, et dist que trop avoit 
séjourné, et que il voloit &ire une cevauchie en Poito et en Sain* 



[1346] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 298. 219 

tongle. Si fist son mandement sus tons ceuls desquels il pensmt 
à estre aidiës, et asigna journée à estre à Bourdiaus. A ce man* 
dément vinrent de Gasconjgne li sires de Labret, li sires de 
Mouchident, li sires de Copane, ii sires de Pumiers et mesures 
HeHes son frère, li sires de Lespare, li sires de Rosem, li sires 
de Duras, li sires de Landuras, li sires de Courton, li sires de 
Labarte, li sires de Taride, li sires de Gervols et de Caries, li 
sires de Longeren, et tant que il furent bien douse cens lances 
et deus mille gros varies à lances et à pavais. 

Si passèrent toutes gens d'armes et aultres la grose rivière de 
la Geronde et prissent le chemin de Mirabiel. Qant il furent 
venu jusques à là^ il asallirent la ville et le prisent d'asaut; mais 
au chastiel ne porent il riens fourfaire, car il est trop fors et 
s'est bien gardés tous jours par usage, pour tant que il fait fron- 
tière sus la Giane. Et puis chevauchièrent deviers Aunai et 
conquissent ville et chastiel et puis Surgières et Benon. Et vin- 
rent devant Marant, à quatre lieues de la Rocelle, mais il le 
trouvèrent si fort que point n'i tournèrent pour le asallir. Et 
passèrent oultre, et puis vinrent à Luzegnen et ardirent la ville, 
mais au chastiel il ne fourfissent riens et laissièrent derière euls 
Pons en Poito et Saintes; mais pour tant que elles estoient fortes 
et bien pourveues, ils n'i livrèrent nuls assaus. Et laissièrent 
Niorth et Chiset et point n'i assalirent ; et vinrent à Taillebourc 
sus la Carente : si conquissent la ville et le castiel, et prisent 
tout et ardirent et desemparèrent. F** 127 v* et 128. 

P. 11, 1. 2 : A le semonse. .*- Ms. M : U prist le signeur 
de Labreth, le sire de Lespine, le signeur de Machident, le sè- 
gneur de Gaumont, le segneur de Pumers, le signeur de Condon, 
le seigneur de Tarse et pluiseurs aultres chevaliers, gascmis et 
englès du pais bourdelois. F® 351 et 352. 

P. 11,1. 4:Rosem. — Jlfxf.^1 à ik, t8à22 :Rostin. F«154 
v». — Mss. ^ 30 à 33 : Rosam. F» 191 V*. — Ms. B 3 : Ro- 
san. F* 137 v». 

P. 11, 1. 5 et 6 : Longuerem. — Msa. ^ 15 à 17 : Langoran 
Fo 154. — Mss. ^ 23 à 29 : Bougueton. F* 171 v«. — M$s. A 
30 à 33 : Bouqneton. F» 191 ^. — Ms. B 3 : Langorren 
F* 137 v«. 

P. 11 , 1. 6 : Aymeris* — Mss^ ^ 20 « 23 : Aymon, Aymond. 
F* 154 v«. 
_P. 11, 1. 6 : Tarste. -^ Mss. > 1 à 6 : Tarsse. F» 154 v«. ^ 



tSO CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1346] 

Mss.A^Z à 29 : Traste. F* 171 y». — Mss. utf 20 i22 : Ta- 
ride. P221. 

P. 11, 1. 8 : douce cens. — Ms. £ 3 : deux cens. F* 137 v«. 

P. 11, 1. 9 : piétons. — Mss. ^^ 15 A 17: brigans à piet. 
P 154. — Mst. ^ 20 à 22 : compaignons de piet. F> 22. 

P. 11, 1. 10 : passèrent : — Ms, B 6 : et passa la mer et la 
rivière de Gironde desous Blaves. Et puis chevaucha tant qu'il 
vint à Taillebourcq et le conquist, puis entra ens ou pais de 
Poitou et conquist le bonne ville de Messières, après conquist 
Surgières, Ausnay et puis Mirabel et puis Mortaigne sur la mer. 
F* 352. 

P. 11, L 13 : MirabieK — Ms. JB 3 : Miranbel. P 137 v» 

P. 11, I. 16 : Ausnay. — Mss. ^ 20 à 22 : Aukiay. F« 221. 
— Mss. ^ 23 â 29 : Ausnoy. F* 172. — Mss. J i^ k 17, 30 
à 33 : Annoy. F» 154. —Ms.JB3 : Annay. F* 137 v*. 

P. 11 , 1. 17 : Benon. — Mss. utf 20 à 22 : Vemon. F» 221. 

P. 11, 1. 18 : Marant. — JlfM. Jiù à2% : Maurant. F» 22i. 

P. 11, 1. 18 : quatre. — Mss. J 30 à 33 : trois. F* 191 v*. 

P. 11, 1. 22 : Luzegnon. — Mss. Ji 1 à iO : Luzegnen. 
F> 138 v«. — Mss. A 18 à 22 : Luzignen, Lusignen. F» 158 
V®. ^ Mss, A 1 tf 6, 11 À 14, 15 à 17 : Lizignen, Lisignem. 
P» 154 vo. — Mss. ^ 30 à 33 : Luzenen. P 191 v«. — Ms. B 
3 : Lesignen. F^" 221 . 

S S93. P. 12, 1. 8 : Tant. — Af/. d Amiens : Et vint (le comte 
de Derby) assegier le ville de Saint Jehan TAngelier, et y sist 
quatre jours et y fist pluisseurs assaus. Li bourgois de le ville, 
qui doubtoient à perdre corps et avoir, se rendirent à lui et ou- 
vrirent leurs portez et li jurèrent feaultë et hoummaige. Puis s'em 
parti li dis comtez et chevaucha à esploit devers Monstroel Bon- 
nin. Si le assaillirent fortement quant il furent là venu. Et y avoit 
dedens bien trois cens monnoiiers qui là ouvrcnent monnoie, qui 
ne se veurent rendre, mes dissent quil se tenroient trop bien; 
finablement, il furent pris et concquis par assaut, et tout mort 
chii qui dedens estoient, et mis le castiaux en le saisinne dou 
comte Derbi, qui y ordonna gens de par lui; et de là il vinrent 
devant le cité de Poitiers, qui estoit pour le tamps rice et puis- 
sante. Si l'environnèrent li Englèz et li Gascon, et bien Tavisèrent, 
et regai*dèrent que elle n'estoit point tenable. Si l'assaillirent fort- 
ment en quatre pars et le prissent de forche. Si le coururent 



[1346] VARIANTES DU PREBŒR LIVRE, $ 293.^ ni 

toatte et robèi^nt, et y ardirent pluisseiirs grans edefficez et 
beUez et bonnes églises, dont il y avoit grant fîiisson, et y cono- 
qoissent si grant avoir que sans nombre : dont il furent si char- 
giet que il ne faisoient compte de pennes ne de draps, fors d'or 
et d'argent. P» 96 v* et 97. 

— Ms. de Rome : Et passèrent (les Anglais) la rivière et vin* 
rent devant la vOle de Saint Jehan l'Angelier, et se ordonnèrent 
pour le assegier. A ce jour que les Englois vinrent là, il n'i avoit 
dedens nulles gens d'armes. Et tout li chevalier et esquier de 
Poito et de Saintonge estoient retrait en lors forterèces, et les 
gardoient au mieuls que il pooient; ne nulle asamblëe il ne fai- 
soient, mais estoit li pais ensi que tous desconfis. Qant chil de 
Saint Jehan veirent que il aueroient le siège, si doubtèrent le 
lour à perdre, fenmes et enfans, et lor ville arse, et ne lour ap- 
paroit confors de nul costé. Si tretiièrent deviers les Englois à 
euls rendre et mettre en lor obeisance, salve lors corps et lors 
biens. Li Englois entendirent as lors trettiés, et entrèrent en la 
ville de Saint Jehan, et en furent signeur et prissent les fois et 
la seguretë des hommes de la ville. Et s'i rafiresqirent trois jours 
et puis passèrent oultre, et prissent Je cemin de Poitiers, et tant 
esploitièrent que il i parvinrent. Qant chil de la chitë de Poitiers 
entendirent que les Englois venoient ensi sus eub, si furent tout 
esbahi. 

li contes Derbi et les Gascons et Englois, qui en sa compagnie 
estoient, avant que il parvenissent à Poitiers, il vinrent devant 
Monstmei Bonnin, où il avoit pour ce temps plus de deus cens 
monnouersy qui là forgoient et faisoient la monnoie dou roi. Et 
estoient chil monnoieur de pluiseurs nations et dissent: « Entre 
nous sons en forte place assës ; trop bien nous nos deffenderons. » 
Qant les Englois et Gascons furent là venu, il envoiièrent dire à 
ces ouvriers de monnoie que il se vosissent rendre, ou il aueroient 
l'assaut. Il respondirent orguilleusement que il ne faisoient compte 
de lors manaces. Qant les Englois entendirent ce, si furent tout 
courechiet, et dissent que il ne se departiroient point ensi. Si con- 
menchièrent à asallir la forterèce de Monstmei Bonnin, moult ^as- 
prementy pour le convoitise de le gaegnier; car il i esperoient k 
trouver grant argent, pour tant que li monnoiier i estoient et le 
tenoient. Ce premier jour, il ne le porent conquérir; mais au se- 
cont jour, toutes gens alèrent à l'asaut de si grande volentë et 
si bien se esprouvèrent que de force il le prissent. Et entrèrent 



âSS CHRONIQUES DE 1. FROISSART. [1B46] 

dedens Englois et Gascons et ocirent tout cenls que 3 i trouvè- 
rent, et i conquissent grant finance en monnoie appariUie; et en- 
cores ne vint pas tout à congnissance. Qant il se deubrent départir 
de Monstruel Bonnin, il ardîrent la ville, mais i retinrent le castel 
pour euls et i laissièrent quarante archiers, pour le garder, et lor 
baillièrent un capitaine qui se nonmoit Richart Fouque ; et puis 
passèrent oultre et chevauchièrent viers Poitiers. 

Les hommes de la chitë de Poitiers estoient tout segnefiiet de 
la venue des Englois, et conment sus lor cemin il avoient pris vil- 
les et castiaus. Si en estoient tant plus esbahi, et ne sentoient pas 
lor ville forte assës; mes sus la fiance de auquns chevaliers et es- 
quiers dou pais qui dedens s'estoient boutet et requelliet, tels que 
li sires de Tannai Bouton, li sires de Puissances et li sires de 
Cors et lorsgens,ilseconfortoient.Nequedent, 11 plus riche avoient 
widiet lors coses les miUours et envoiiet oultre à Cbasteleraut et 
d'autre part , et lors femnes et lors en£ams, pour estre à sau- 
veté. 

Vous devës savoir que Poitiers est une très grande chité^ et 
de forte garde et perileusse, et moult raemplie d'églises et de 
moustiers. Et très que les Englois se départirent de Bourdiaus, 
avoient ils jette lor visëe de venir à Poitiers, et de euls mettre en 
painne dou prendre, sus la fiance de avoir i un très grant pourfit. 
Qant il fiirent venu par devant, et li signeur Forent avisée, et oon* 
ment elle estoit de grant garde, si dissent que elle estoit trop bien 
prendable. Si se logièrent ce premier jour devant, sans faire nul 
samblant de Tasalir, et envoiièrent lors coureurs tout autour sus 
le pais et trouvèrent assës à fourer, car li pais estoit raemplis de 
vivres, et les gragnes plainnes de tons biens, de bleds, de fains 
et d'avainnes, et les celiers plains de bons vins. Si prendoient 
les Englois, desqueb que il vdioient, et le demorant laissoient. 

Qant ce vint à Tendemain, il se départirent en siis pars, et 
envoiia li contes Derbi asallir en siis lieus les Englois et les Gas- 
cons. Et estoient en casqune de ces batailles, les archiers partis 
ouniement. Et tout à une fois les siisassaus conmenchièrent, dont 
ohil de la ville furent tout esbahit, car il ne sceurent auquel les 
entendre. Li gentilhomme qui dedens Poitiers estoient, se missent 
au deffendre vaillanment, mais il ne porent pas partout entendre. 
Et ces archiers traioient si ouniement que nuls ne s'osoit bouter 
en lor trait, fit entrèrent de deus assaus la première fois dedens 
Poitiers : ce furent fi sires de Ck>pane et sa. banière, et li sires de 



[1346] VARIÂIÎTES DU PREMIER LIVRE, S ^93. 223 

Pcmmiers et sa banière. Qant li chevalier et esipiier veireiit que 
on les avoit efforciéSf et que lors ennemis entroient ens, si se r^ 
traisent au plas tos que U porent deniers le chastiel, et se bou- 
tèrent dedens. Et aussi S''i requellièrent grant foisson de ceols de 
Poitiers. Et moult de hommes, de fenmes et de enfans prissent 
les camps par deus portes qui forent ouvertes, et se sauvèrent. 
Et chil qui demorèrent furent ens ou dangier de lors ennemis qui 
n'en avoient nulle pitë, mais i ot ce jour grande odsion. P* 128. 

P. 12, 1. 10: l'AngeHer. — Mss. Ai à H, 18 à 33, B 3: 
d'Angeli. F» 15». — Mss. ^ 15 ^ 17 : d'Angele. F* 154 v«. 

P. 12, L 26: deRiom. — ilfr. ^ 3: du Bïcm. F" 138. 

P. 13, 1. 16: chevaliers. — Les Mss» A 15 ^17 ajoutent: et 
moult vaillant homme d'armes, f^ 155. 

P. 13, 1. 21: Saint Maxhniien. — Ms. J?3: Saint Maixent. 
F* 138. 

P. 13, 1. 23: estoient. — Ms. B 6: Après il (le comte Derby) 
s'en ala par devers Luzegnen ; sy prirent la ville, car les bourgois 
se redirent par acord et se racatèrent pour une somme de flo- 
rins; mais au chastiel n'aprochèrent il point, car il est trop fort: 
il eussent perdu leur paine à l'asallir. Puis s'en vint à Baionne, 
mais il n'i firent point de damaige, car les bourgois et les hom- 
mez de la ville se composèrent au dit conte. Après les Englès s'en 
alèrent par devers Monstreau Bonin, là où on forgoit grant foison 
de monnoie de par le roy de Franche: sy y pensoient les Englès 
de y trouver grant finanche. Monstreul Bonin est ung bieau cas- 
tîeau et fors. P» 353 et 354. 

P. 13, 1. 24: Mottstruel Bonin. — Mss. A \ à^x Monstereul 
Bonin. F« 155 v«. — Mss. AlO àî^: Monstrueil Boinin. P»222. 
*- Mss. ^ 23 À 29 : Montereul Bonnin. F» 172. — Mss. A ZO à 
38: Monstruel Boyvin. F* 192. — Ms. B 3: Montereul Bonin. 
P» 138, 

P. 14, 1. 9: gens. — Ms. A 29: Quant li contes Derbi eut 
conquis les chasteaux et forteresses dessus déclarées, il conclud 
de venir à tout son ost assiéger la cite de Poictiers, laquelle es- 
toit lors grande et esparse, et y avoit assez de terre labourée à 
la fermeté. TàutefoysÛ l'assiégea à l'mTdes lés, car il n'avoitpas 
tant de gens que pour l'assiéger de tous costés. Si commanda 
incontinent que l'assaut y fîist donné. Et ceux de la ville, qui es- 
toyent un grand nombre, de gens et la pluspart populaires et mal 
aîdables en tel cas, se défendirent si bien que pour ce jour te 



2t4 CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [I3M] 

gens du conte ne peurent rien conquérir sur la dvé ; ainçois moult 
las et travailles, à tout plenté de fort blecés, ils se retrairent sur 
le soir à leur logis. Quant vint le matin, aucuns des chevaliers 
du conte, qui moult desiroient à gaigner, se firent armer et mon- 
tèrent à cheval, puis chevauchèrent autour de la viUe, pour aviser 
où elle se pourroit plus tost gangner d'assault. Et quant ils eu- 
rent partout avise, ils raportèrent au conte ce qu'ils avoient veu 
et trouvé, lequel trouva en son conseil d'assaillir le lendemain la 
cité en trois Ueux et mettre la greigneur partie de ses gens d'ar- 
mes et archers en un endroit où il faisoit le plus foible, et ainsi 
fut faict. Mais il n'y avoit adonc en la ville, nul gentilhomme de 
nom, qui sceut que c'estoit d'armes ; et aussi n'estoit elle mie 
fort artillée, ne haut murée en maint lieu, ne ordonnée tellemoit 
qu'on peust tost aller d'une deffense à l'autre. Les Angloys com- 
mencèrent à assaillir par grand randon, et ces archers à tirer sans 
arreste : si que les bourgeoys et manans ne se savoyent où tenser, 
pour les saiettes qui mallement les navroyent, comme gens mal 
armés et mal paveschés lapluspart qu'ils estoyent. Et si fut si bien 
continué cel assault, que les gens du conte entrèrent en la cité 
par le plus foible quartier. 

P. 15, 1. 10: dedens. — Ms. u^ 29: Si tost que les Poitevins 
se veirent ainsi conquis par les Angloys, ils se mirent en fuite, 
sans autre résistance monstrer, au plus tost qu'ils peurent, par 
aucunes des portes ; car en la cité il y avoit plusieurs yssues, 
mais il en demoura de tués, que uns que autres, plus de trois 
cens de venue, et depuis plus de quatre cens, car les gens du 
conte mettoient tout à l'espée, hommes, femmes et enfiins. Si fut 
ce jour la cité toute courue et robée de toutes parts, qui estoit 
pleine de grandes richesses et de tous biens, tant de bourgeois, 
marchans et habitans, comme de ceux du plat pais qui en la cité 
s'estoyent retraicts. Si destruirent iceux gens du conte Derbi 
plusieurs églises, et y firent de moult grans desroys, et plus eus- 
sent faict ; mais le dict conte commanda sus la hart que nul ne 
boutast feu en église ne en maison, car il se vouloit là tenir dix 
ou douze jours. Lors cessèrent en partie les maux à faire par la 
cité, mais encores en fit on par les maisons assez en larrecin. Si 
tint le conte la dté douze jours, et plus l'eust tenue s'il vouâst 
car personne du monde ne luy venoit caleoger ; mais trembloit 
tout le pays à l'environ, que rien n'estoit demouré dehors les 
grandes garnisons. 



^ 



[1346] VARIANTES DU PREMISa LIVRE, S 294. 215 

P. 45, 1. 15: six cens. — Ms. j9 6: bouchiers et aultres gens 
de mestier, et toute la chitë courue et robée, et maisons brisies, 
et églises et femmes et pucelles violées. Dont che fu grant pité, 
mais en fait de guerre n'y a nui remède ne point de merchy. P* 
354 et 355. 

S S94. P. i6, 1. 3: Ensi. — Ms. ^ Amiens: Si se avisèrent 
li Englès et li Gascon, Tun par Fautre, que il avoient assës 
esploitié pour ce voiaige et n'iroient plus avant, mes retouroient 
et metteroient le leur à sauveté. Si retournèrent et vinrent à 
Saint Jehan l'Angelier, et là se reposèrent il et rafresquirent, et 
puis retournèrent à Rourdiaux, dont il estoient parti; et se dépar- 
tirent touttes ces gens d'armes. Et assés tost apriès, s'ordonna li 
comtez Derbi pour venir à Calais. Y^ 97. 

^^Mtn de home: Ensi orent en ce temps les Englois et les Gas- 
cons la chitë de Poitiers, et i fissent che que il vorrent. Elle fu 
toute courue; et grandement i pourfitèrent les Englois et i séjour- 
nèrent quatre jours. Et qant il se départirent, tout cargiet d'or et 
d'argent, de draps, de planes et de jeuiauls, il boutèrent le feu 
dedens, car il n'orent pas consel de le tenir : liquels feus fu si 
grans et tant mouteplia que pluisseurs églises furent arses et 
peries, dont ce fu pités et damages. 

Et s'en retournèrent les Englois viers Rourdiaus par un aultre 
cemin queU n'estoient venu, et rentrèrent en Rourdiaus tout rice 
et toursé de bonnes coses. Et orent sus ce voiage les Ekiglois et 
les Gascons plus de quatre cens prisonniers, lesquels ils rançon- 
nèrent, qant il furent venu à Rourdiaus, tout à lor plaisance; et 
en recrurent courtoisement les auquns sus lors fois, qui depuis 
paiièrent à lor aise, car en tels coses Englois et Gascons ont esté 
moult courtois. Qant li contes Derbi fu retournés à Rourdiaus, il 
donna à toutes gens d'armes congiet, et se ordonna de monter 
sus mer, et de venir devant Calais veoir son signeur et cousin le 
roi d'Engleterre que moult desiroit à veoir; et fistses pourveances 
de nefs, de vassiaus et de balenghiers sus la rivière de Geronde, 
devant la bonne chité de Rourdiaus. Nous retournerons as 
besongnes d'Engleterre, et parlerons dou roi David d'Escoce et 
des Escocois, qui fist en celle saison une grande asamblée en 
Escoce, pour entrer en Engleterre et destruire le pais. F* 129. 

P. 16, 1. 5 : douze. — 3fx. ^ 6 : quinze. F» 355. 

P. 16, 1. 6: nub. — > Les mss. Ai à^ ajoutent: ne lui me- 

tv--15 



tt6 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

noit guerre. P> 156. — Mss. u^ 10^ 22: n'y mettcât quelque 
empeschemenl. F® 223. 

P. 16, 1. 6 : calengier. — Mss. ^ 1 à 6, 30 a 33 : chaleogier. 
F» 156. — Mss. u^ 23 à 29 : au devant. P» 172 V». ~ Jlfo. B 3 : 
empescher. F® 139. 

P. 16, 1. 8 : Englès. — Ms. B6 :car tous les joursil oouroient 
jusques au Casteleraut et jusques à Chauvegni, pillant et robant 
villes et villaiges et tout che qu'ils trouvoient, et revenoient au 
soir dedens la chité de Poitiers. F® 355. 

P. 16, 1. 10 : demorë. — Ms. B 3 : dedens les fors et grandes 
garnisons. F* 139, 

P. 16, 1. 10: dehors. — Mss. A i à 6, 11 ^ 14, 18, 19: 
fors les forts. F» 156. 

P. 16, 1. 13: de grant garde. — Mss. ^ 20 à 22 : de grant 
tour. P» 223. — Ms. B 3: grande. F» 139. 

P. 16, 1. 17: compte. — Ms. j9 6: de blanche monnoie. 
F« 355. 

P. 16, 1, 19 : TAngelier. — Ms. B 6: Quant le conte Derby 
et toute sa route fot revenue à Saint Jehan, on les rechut à 
grant joie, les plus par forche, et les mains par amour. F* 355. 

P. 16, 1. 31 : soupers. — B 3 ajoute: et banquets. F* 139. 

P. 16, 1. 31 : les tenoit. — Mss. ^ 1 à 6, 18 à 22 : se tenoit. 
F» 160 v«. 

P. 17, 1. 1: séjourne. '^ Ms, B 6: envu*on quinze jours. 
F* 356. 

P. 17, 1. 4 : le viUe. — Ze ms. B 3 ajoute: et fit maire le 
plus riche homme d'icelle. F» 139. 

P. 17, 1. 7 : le bon. — Zes mss. ^ 15 à 17 ajoutera: et droit. 
F» 155 V. 

P. 17, 1. 9 : parti. — - Ms. B 6 : mais il laissa bien deux cens 
Eng]ès par les fortressez qu'il avoit conqub et ung chevalier à 
cappitaine que on clamoit monseigneur Richart de Hebedon. 
F»356. 

P. 17, 1. 13: Gascons. — Ms. B 6: et bidaults. F* 356. — 
Mss. ^ 20 à 22 : et Anglois. P 223 v«. 

P. 17, L 15 : devant. — Mss. A i à &^ \% à ili devers. 
F» 160 V*. 

P. 17, 1. 17: roy. — Ms.Ji 6 : David. F* 356. 

S S8iS. P. 17, 1. 18 1 Je me sui. ~ Ms. dJmiem: En 



[1346] VARIANTES DU FREBflER LIVEE, g 295. SS7 

tamps que U rois d'Engleterre seoit devant Calais, s'esmorent li 
Esoot et entrèrent en Engleterre moult efforceement aprestë pour 
tout ardoir, et passèrent entre Bervich et Rosebourcq. Si 
estoient en le compaignie dou roy d'Escoce li comtes Patrie, li 
contes de Moret, li contes de Douglas, li contes de Surlant, li 
contes de Mare, li contes de Fi, messires Robiers de Verssi, mes- 
sires Simons Fresel, Alixandrez de Ramesai et pluisseur autre, et 
estoient bien deux mil hommes d'armes et vingt mil d'autrez 
gens. Li roynne d'Engleterre, qui pour le temps se tenoit sus les 
marches de Northombrelant, entendi que li Escot avoient fait ung 
grant mandement et voUoient entrer en Engleterre. Si fist une 
semonsce de gens d'armez par tout le royaumme d'Engleterre, là 
où elle penssoit qu'il fuissent, et leur mist journée àestre au Noef 
Castiel sur Thin, pour résister contre les Escos. lâ pays estoit 
adonc moût nds de gens d'armes, car il estoient avoecq le roy 
devant Gallais , et ossi avoecq le comte Derbi en Gascoingne, et 
s'en y avoit ossi en Bretaingne, qui là faisoient gherre. Nonpour- 
quant, la bonne damme assambla de gens ce qu'elle en peult 
avoir, et s'en vint au Noef Castiel sur Thin. Et là se requeillièrent 
et assamblèrent li Englès, et se missent sour lez camps pour com- 
battre les Escos, qui estoient assës priés de là. F^ 97. 

— J£r. de Borne : Qant li rois de France et ses consauls veirent 
que li rois d'Engleterre et les Englois estoient aresté devant Ca- 
lais et tellement fortefiiet et ordonné que on ne lor pooit porter 
contraire ne damage ne lever le siège, si en furent moult courou- 
chié ; car de perdre une telle ville que Calais est, ce pooit estre 
trop grandement aublame et ouprejudice dou roîaulme de France, 
et par especial des marces et frontières de Piqardie. Si jettèrent 
Vx visée K François que il feroient le roi d'Escoce et les Escoçois 
resvillier, et entrer à poissance au lés deviers euls, ens ou 
roiaulme d'Engleterre, et ardoir et essillier tout devant euls . Il 
n'i veoient aultre remède, car qant les Englois aueroient ces nour 
velles, pour obviier à l'encontre, il se departiroient dou siège de 
devant Calais et s'en retoumeroient en Engleterre. 

li rois d'Engleterre, qui seoit devant Calais, avoit bien imaginet 
et consideret, et son consel aussi, toutes ces besongnes, et que 
▼drement les Escoçois qui desiroient à contrevengier les damages 
et despis que les Englois lor avoient fais, poroient entrer en 
Engleterre et faire i un grant damage. Et sin'estoit pas li pais bien 
pourveus pour le delTendre et garder à l'encontre des Escoçois ; 



Si8 CHRONIQUES DB J. FROISSART. [1346] 

car il tenoit là au siège devant Calais toute la flour de la bonne 
chevalerie d'Engleterre ; et aussi son cousin li contes Derbi en 
avoit grant fuisson en sa compagnie en Gascongne : si ques, pour 
toutes ces doubtes et inconveniens qui pooient avenir, le roi 
d'Engleterre, venu devant Calais, et basti son siège en la fourme 
et manière que vous avës ol recorder, il ordonna que li sires de 
Persi, li sires de Noefville, li sires de Roos et li sires de Lussi 
retoumeroient en Engleterre, à tout deus cens lances et cinq 
cens archiers, et iroient en Norhombrelande garder la frontière 
contre les Escocois. 

Encores demoroient gens assés au roi d'Engleterre pour fîiniir 
et tenir son siège, parmi le moiien de ce que nuls ne pooit venir 
sus euls, tant estoient il bien fortefiiet. Et aussi les Flamens de 
Flandres escripsoient et envoioient souvent deviers le roi d'Engle- 
terre, en li remoustrant, conme si soubject, amie et aloiiet, que, 
qant il les vodroit avoir et ils leur segnefieroit, il le venroient dou 
jour à Tendemain servir à soissante mille hommes. li rois d'En* 
gleterre ne renonçoit pas à ce comfort, mais les tenoit à amour 
moult grandement : si ques, sus lor fiance et confort, ils s'estoit 
priés pris de renvoiier ces quatre barons desus iionmés en Engle- 
terre. Et qant il i furent venu, il trouvèrent la roine Phelippe 
d'Engleterre, qui n'estoit pas esbahie, mais, conme vaillans dame, 
requelloit et asambloit gens de toutes pars ; et estoit la bonne 
dame traite en la chité de Evruich, que on dist lorch. 

Si fu la dame moult resjole de la venue des quatre chevaliers 
desus dis et des bonnes nouvelles que elle ot de son signeur et 
mari , le roi d'Engleterre. Et se ordonnèrent tout l'un parmi 
l'autre, atendans le roi d'Escoce et les Escocois qui estoient issu 
d'Escoce et jà entré eus es frontières de Norhombrelande, et ar- 
doient et essilloient à lor pooir tout le pais. Et estoient plus de 
quarante mille; ne nuls n'estoit demorës derrière, de qui on se 
peuist aidier. F» 429 r® et V>. 

P. 17, 1. 21 : prisent. — Ms, i? 6 : à durer trois ans. F* 356. 

P. 18, 1. 21 : Adultilles. — Ms. S 3: Adulailles. F» 139 v*. 

P. 18, 1. 29: qui se tenoit. — Ms. £ 6 : adonc en Nothingen. 
F* 358. 

P. 18, 1. 29 et 30 : de Evruich. —Mss. ^ 15 à 17 : d'Euricb. 
F» 156. — Mss. ^ 23 a 29: de Bervich. F» 173 v«, — Ms. BZ : 
de Everuich. F* 139 v«. 

P. 18, 1. 30 : enfourmée. — Ms. B 6: car tous jours avoit 



[1346] VARUimS DU PREBflER LIVRE, S 296. 2t9 

die ses espies sur les marches d'Escoche, et en estoit moult soi- 
gneuse, pour tant que \y rois ses sires n'estoit mies ou pais. 
Quant la roine entendy que \y Escos estoient assemblez pour en- 
trer ou pais, elle se party hastivement de Nothingen et s'en vint 
devers le Neuf Gastel sur Thin et envoia par tout le pais de 
Northonbreland et par toute le province d'Iorc et de Camtorbie 
as chevaliers et as escuiers qui demorës estoient en Engleterre, 
as evesques et as abbés, à contes et gens qui valloir povoient. 
F* 358. 

P. 19, 1. 4 : d'Iorch. — Mss. A \\ à 14: de Diorch. F» 149. 
— Mss. A%Zà 29, 30 à 33 : d'Ebruich. P> 1 74 v«. 

P. 19, 1. 5 : Evruich. — Mss. ^ 1 à 6, 18 à 22 : Bervich. 
P»157. 

P. 19, 1. 10 : signeur. — Ms. A 29 : qu'à tout ce qu'ils 
pof oient recouvrer de gens d'armes, ils vinssent vers elle. 

P. 19, 1. 11 : Evruic. — Mss. A i à6i Bervich. F* 157, — 
Mss. A i^ à 17: Ewruich. F» 156. — Mss. A iS à 22, i? 3; 
Bervich. F* 224. 

P. 19, 1. 21 : Nuef Ghastel, — Mss. ^ 15 à 17: Neuf Chas- 
teau. F> 156 v*. 

Sg 996 à S99. P. 19 à 29 : Entrues. — Ms. d'Amiens : Si 
reooummanda la ditte roynne touttes ses besoingnes et ses gens 
d'armes et archiers en le garde de quatre prelas et quatre barons 
qui là estoient : Tarcevesque de Cantorbie, l'arcevesque d'Iorch, 
l'evesque de Durem et l'evesque de Uncolle; et les barons : le 
seigneur de Persi, le seigneur de NuefviUe, le seigneur de Mout- 
hray et le seigneur de Luzi. Si se traissent ces gens d'armes 
d'Engleterre et chil archier, qui n'estoient non plus de huit mil 
hommes, ungs c'autres, sus les camps et ordonnèrent trois batail- 
lez bien et faiticement, les archiers sus elle, enssi que bien sèvent 
faire» et les gens d'armes apriès. Là eut grande bataille et dure, 
car Escot sont moût bonne gens et dure, et qui, pour ce tamps, 
heoient trop les Englès pour les grans dammaigez qu'il leur 
avoient fais; et si estoient adonc là grant fuisson: si les ami- 
roient petit. Là eut otant de grans appertisses d'armez faittez 
que on ^wist oy parler de grant tamps. Et se prendoient li En- 
glès, qui n'estoient que ung peu de gens, moult priés de bien 
faire, et fissent tant par leur proèce et hardement que il obtin- 
rent le place. Et fîi là pris li roys David d'Escoce d'un escuier 



Î30 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [1S46] 

englèz qui s'appielloit Jehans de Gopelant, à qui li roys d'En» 
gleterre fist depuis grant prouffit, et li donna toutte la terre 
que li sîrez de G>uchi, pour le temps, tenoit en Engleterre. Et 
furent là mort et pris tout li plus grant partie des seigneurs 
d'Escoche. Geste bataille fii assës pries dou Nuef Gastiel sur Tin, 
l'an de grasce Nostre Seigneur mil trois cens quarante six, par un 
mardi, l'endemaîn dou jour de Saint Mikiel, en septembre. Si 
devës savoir que li roys d'Engleterre sceut grant gret à ses 
gens qui là avoient estet et qui si bien s'i estoient porté que 
desconfi ses ennemis et pris le roy d'Escoce son adversaire. De 
la joie qu'il en eult, ne vous voeille je mies longement parler, 
mes nous retourons au siège de Calais. F^ 97. 

P. 19, 1. 23 : Entrues. — Ms. de Rome: Entmes que laroyne 
d'Engleterre avoit fait son asamblëe et faisoit encores en la 
marce et la firontière d'Iorch, li rois David d'Escoce et les Esco- 
çois, à trois mille armeures de fier, chevaliers et esquiers, et 
bien trente mille de aultres gens, tout homme de guerre et en 
pourpos de courir toute Engleterre, car il le sentoient desnuëe 
de gens d'armes et d'archiers, entrèrent an lés deviers Rose- 
bourch, en la terre le signeur de Persi. Et vinrent un jour à 
Annuich, mais au chastiel ils ne peurent riens fourfaire ; et pas-* 
sèrent oultre pour passer à gué la rivière de Thin, pour venir 
devant Durâmes et lorch et entrer en la plainne Engleterre. 
F» 129 v«. 

P. 19, 1. 25 : Saint Jehanston. — Mss. Ai à 17 : Saint 
Jehan. F* 157 v*. — Mss. ^^ 23 à 29 : Saint Jehan surTaye. 
F* 173 V. 

P. 19, 1. 27 : Donfremelin.—Jlfj*. J \ à 6, ii à ik : Dour- 
fremelin.^F» 157 V». — Mss. ^^ 20 4 22 : Destrumelin. F«224 
V*. — Mss. u^ 30 à 33 : Donfremesnil. F* 1 92 v». 

P. 19, 1. 29 : Struvelin. — Mss. ^^ 1 à 10, 15 ^ 19. Stru- 
melin. P> 157 v«. — Mss. A 10 à ^f : Estrumelin. F» 224. ~ 
Mss. A 13 à 19 : Sturmelin. F» 173 v*. — Mss. ^ 30 à 33 : 
Esturmelin. F* 192 v». 

P. 19, 1. 31 : tout li Escot. — Ms. B Q : Se fist le (tit roy 
son especial mandement et une grant asamblée à y estre à le 
Saint Jehan ensuivant tous à celle assamblée. Et y furent cil si- 
gneur que je nommeray : premiers le conte Patris, le conte de 
Moret, le conte de Douglas, messire Archebaus Duglaz ses cou- 
sins, messire James Douglas leur oncle, le conte d'Qrquenay, le 



[t346] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, g 297. 231 

conte d'ABtrederne, le conte de Rose, le conte de Fy, le conte 
de Surlant, le comte de Bosqnem, messire Robert de Versy, mes* 
sire Simon Fresiel, Alixandre de Ramesay, tant qu'il furent bien 
deux mille lances et dix sept mille hommes sur hagenées, car 
toutes les basses gens d'Escoche ont haghenëes, quant ils vont 
en l'ost. F» 357 et 358. 

P. 19, 1. 31 : trois mil. — Ms. £ Z : quatre mil. F» 139 V. 

P. 20, 1. 10 : legierement. — Ms. ^^ 29 : Et quant les Es- 
cossoys l'eurent regarde, ils passèrent oultre sans y assaillir, car 
c'estoit peine perdue. 

P. ^0, 1. 11 : Urcol. — Mss. ^ 1 ^ 14, 18 à 22, B 3 : Vicol. 
F> 157 v«. — Mss. jii^àil i Nichol. F» 156 v«. — Mss. A 
23 à 33 : lincol. F» 173 v«. 

P. 20, 1. 13 : Northombrelant. — Ms. S 3 : Notombrelant. 
F* 140. 

P. 20, 1. 15 : Bervich. — Mss. ^^ 23 iz 29 : Ebruich. F<> 173 
▼•. — Mss. ^ 30 à 33 : Bruicb. 192 v«. 

P. 20, 1. 17 et 18 : Noef Cbastiel. — Ms. B 3 : Mareschal 
sur Tin. F* 140. 

S S07. P. 20, 1. 19 : La royne. — Ms, de Borne : Sus celle 
entente le faisoient il (les Écossais] et ne quidoient pas que nuls 
lor deuist aler au devant ne résister lor cemin, tant estoient il 
orguilleusetpresomptieus; mais si fissent, car si U*etos que les 
nouvelles vinrent à la roine d'Engleterre, qui se tenoit à lorch, 
et qui là avoit asamblë ce que elle pooit avoir de gens, [et que 
elle] sceut que li rois d'Escoce et les Escoçois estoient entré en 
Norbombrelande et ardoient et essilloient le pais, pour mieux 
montrer que la besongne estoit sienne, eUe se départi de Evruich 
à ce que elle avoit de gens, le conte de Honstidonne , que elle 
avoit fait connestable de toute son hoost, et le signeur de Mout*- 
brai, marescal, en sa compaignie. Et là estoient li archevesques 
de Cantorbie, li archevesques d'Iorch, li evesques de Londres, li 
evesques de Harfort, li evesques de Nordvich, li evesques de 
lincole et li evesques de Durâmes; car en Engleterre, qant li 
besoins est, tout Û prélat et li clergiës s'arment pour aidier à 
deffendre et garder leur pais. li rois d'Escoce et les Escoçois 
esploitièrent tant q[ue il vinrent logier à trois petites lieues dou 
Noef Chastiel sur Thin, où la roine d'Engleterre estoit venue. Et 
pas ne savoient les Escoçob que elle fust là ne en celle assamblée 



33S CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1346] 

des An§^ois, et ne le tènoient pas à si vaillant fenme que elle 
estoit et que il le trouvèrent. 

Bien sçavoient les Escocois que les Englois estoient requelliet 
en la ville dou Noef Ghastiel sur Thin; si ques, qant il furent 
venu et arestë à trois petites lieues englesces priés de là, il leur 
mandèrent par un hiraut que, se il voloient traire hors et venir 
sur les camps, il trouveroient les Escocois tous près, qui les 
combateroient ; et, se il ne venoient, il fuissent tout conforte que 
il les venroient requerre dedens le Noef Ghastiel. ÎA baron de 
Northombrelande et li contes de Hostidonne, as quels les paroles 
et resquestes adrechièrent, respondirent \qae il isceroient bien, 
qant bon lor sambleroit, non à la volentë de lors ennemis. Qant 
ceste response lu oie, li Escocois dissent ensi ensamble : « Ces 
Englois nous doubtent. Il ne sont que un petit de gens ; il n'ose- 
ront issir hors du Noef Ghastiel. Se nous les voulons avoir, il les 
nous convient là aler querre. Nous les assegerons; il seront 
nostre. Nous tenons les camps en Engleterre. Avant que li rois 
d'Engleterre et sa poissance qui sont à siège devant Calais, 
soient chi venu, nous auerons fait nostre fait et desconO tout le 
pais. Nous sçavons bien, honmes pour honmes, que nous sonmes 
siis contre un, car U pais d'Engleterre est à présent tout wis ; et 
ont encores avoecques euls grant fuisson de dergiet, liquel n'aue- 
ront nulle durée contre nous, car il ne sont point fait de la guerre. » 

Ensi se devisoient li Escocois et comptoient les Englois pour 
tous desconfis; maïs li Englois ne Tentendoient pas ensi. Ançois 
missent ils en lors arrois sens, ordenance, avis, et moustrèrent 
corage de vaillance. Et furent consilliet, sus la response que il 
avoient faite as hiraus qui lor avoient aportë la bataille, que il 
n'atenderoient pas que les Escos les venissent requerre ne en- 
clore dedens la ville dou Noef Ghastiel sur Thin, mais se depar- 
tiroient, le bon matin, tout aprestë pour tantos combatre, se il 
besongnoit, et se meteroient sus les camps et prenderoient cel 
avantage, et ensi esbahiroient ils lors ennemis. Sus la fourme et 
manière que il proposèrent, ensi le fissent ils. Ce prope soir, li 
contes de Hostidonne, connestables de l'oost, et li sires de 
Moutbrai, marescaus, envoiièrent nonchier, d'ostel en ostel, 
parmi la ville dou Noef Ghastiel sus Thin que au point dou jour, 
au son de la tronpette, casquns fust près pour monter à cheval 
et pour sievir Toost là où les banières chevauceroient. Tout 
Facordèrent. 



[1346] VABIANTES DU PREMIER LIVRE, § 297. 233 

Qant ce vint au point dou jour, les tronpètes sonnèrent; 
toutes manières de gens se resvillièrent. Au second cop de la 
tronpète, tout s'armèrent; et au tîerch son de la tronpète, tout 
montèrent as chevaus, voires chil qui cheval avoient. Et chil de 
piet furent tous près aussi pour partir et euls poursievir ; et issi- 
rent tout dou Noef Chastiel et se traissent sus les camps, et ce- 
minèrent tout droit deviers les Escoçois. Et là estoit la bonne 
roine d'Engleterre, la très vaillans dame, de quoi tous estoient 
plus rencoragiet assës, de ce que il le sentoient avoecques euls. 

Les Escos ne se donnèrent de garde au matin, qant les nou- 
veUes lor vinrent. Et leur fu dit ensi : « Vechi les Englois : il 
nous viennent courir sus et combatre. » De ces paroles furent 
ils moult esmervilliet, et ne le voloient li auqun croire; et i en- 
voiièrent lors coureurs pour descouvrir et sçavoir se ces nou- 
velles estoient vraies. Cbil qui i furent envoiiet raportèrent que 
il avoient veu les Englois qui tout s'estoient ordonné au lonch 
de une haie et mis en bataille, et les archiers sus deux elles. 
Donc demandèrent li contes Douglas et li contes de Moret, en la 
(Nresence du roi d'Escoce, se il estoient grant fuisson. Chil res- 
pondirent sagement et disent : « Nous ne les poons avoir tous 
nombres, car il se sont couvert et fortefiiet de la haie. Se ne 
savons se il en i a otretant delà la haie que nous en avons veu 
dechà. 3> Donc fu dit et devise entre les Escos : « Or les lai- 
sons en ce parti où il sont ; il n'osent traire avant, car il ne se 
sentent pas fort assës. Il se taneront et hoderont, et jà sus le 
soir, nous les irons combatre, se il nous vient bien à pomt. » 
Chils consauls fu tenus, et se tinrent les Escoçois tout quoi; et 
n'estoit nuUes nouvelles de euls ne fu jusques à haute nonne : 
dont les Englois furent tout esmervilliet de ce que il ne traioient 
avant. 

En celle detriance se consellièrent li baron et li prélat d'En* 
gleterre et regardèrent pour le millour et le plus segur que la 
roine, lor dame, retoumeroit au Noef Chastiel : si aueroient mains 
de carge et de songne; et remoustrèrent cel avis et lor consel à 
la roine, et le péril aussi que ce pooit estre de li, car pour le 
millour on l'avoit consilliet. La bonne dame ne volt pas brisier 
lor consel, quoique volentiers elle fust demorëe dalés ses gens. 
Qant ce vint au départir, elle lor pria de bon coer et par grande 
affection que tout vosissent entendre au bien conbatre, se la ba- 
taille avoient ; et tout li fianchèrent, par la foi de lor coer, que 



^ 



134 CHRONIQUES DB J. FROISSAAT. [1846] 

jà ne se fainderoient, mais feroient tant qae il aueroient honnour 
et pourfit. Adonc se départi la roine de la place, et retourna 
deviers le Noef Ghastiel et laissa ses gens convenir. 

Qant la roine fii départie, li signeur et li prélat se remissent 
ensamble en consel; et dissent chil liquel estoient le plus usé 
d'armes : « Se nous atendons jusques à la nuit, ces Escoçois, qui 
sont grans gens, nous poront venir courir . sus et porter trop 
grant damage. Si seroit bon que nous envolons viers euls jusques 
à cinq cens lances, pour euls atraire hors de lors logeis, et que 
li nostre se lacent cachier, tout au lonch de celle haie, là où 
nostre archier seront mis et aresté. Et se les Escos viennent 
soudainement après nos gens, ensi que il sont bien tailliet de ce 
foire, car il sont chaut, bouUant et orguilleus, et tant que pour 
l'eure il prisent moult petit nostre affaire, nostres archiers, qui 
sont frès et nouviauls, trairont sus euls et entre euls ; et nous 
aussi, gens d'armes, les requellerons ensi conme il aperdent à 
faire : par ce parti porons nous bien avoir bonne aventure. Et se 
il se voellent tenir lâ où il sont, il donront à entendre que il 
nous vodront venir courir sus de nuit, mais nous nos départirons 
avant et nous retrairons 'dedens le Noef Ghastiel, car pas ne nous 
seroit pourfitable à chi atendre et logîer le nuit. » 

Chils consauls fu tenus, et chil ordonne, liquel iroient veoir les 
Escos. Et se départirent tout en une brouse, bien cinq cens 
lances, tous as chevaus ; et cevauchièrent tant que U vinrent sua 
le logeis des Escoçois : liquel avoient aussi de lors gens sus les 
camps, pour savoir le convenant des Englois. Si tretos que ces 
chevauceours d'Escoce les veirent cevauchier, il se hastèrent de 
retourner viers lors gens et de euls nonder les nouvelles. Les 
Escoçois se conmenchièrent à estourmir et à armer, chil qui 
désarme estoient et avoient lors chevaus tous près. Evous les 
Englois venus en une brousse, et vinrent faire une course devant 
les Escos. Qant les Escoçois les veirent venus, tantos ils furent 
prest de monter à chevaus et de prendre leurs glaves et de venir 
sus ces Englois, liquel n'atendirent pomt, mais se missent au 
retour tout sagement. Qant les Escos les veirent fuir, ^ conmen- 
chièrent à juper et à criier moult hault et à brochier de l'esporon 
apriès euls. Les Englois, qui estoient aviset de ce que il dévoient 
foire, passèrent tout au lonch de la haie où lor archier estoient; 
et qant les Escos furent venu jusques à celle haie, les archiers 
englois conmenchièrent à traire moult fort et moult roit, et à 



[1346] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 297. 235 

enpaller hommes et cevaus et à mettre à grant meschief « €es 
cinq cens lances d'Englès retournèrent tout à un fais et mous- 
trèrent visage, et encores plus de mille lances qui estoient tout 
pourveu et aviset de lor fait. 

Ensi se conmença li bataille qui fa. grande et grose, et issirent 
tous les Escoçois de lors logeis. Et les archiers d'Engleterre 
s'estendirent au lonc et donnèrent moult grant confort as gens 
d'armes de lor costë et grant painne as Escoçois, liquel se con- 
fioient grandement en lor poissance. Et pour ce que les Englois 
sentoient bien que il estoient grans gens, et que, se la journée 
estoit contre euls, il i prenderoient si grant damage que jamais 
ne seroit recouvré, car toute Engleterre seroit courue tant que 
dou plat pais, ne jà li rois d'Engleterre, qui tenoit son siège de- 
vant Calais, n'i poroit venir à temps. Et tout ce lor avoit bien 
et sagement la ditte roine remoustrë avant que elle se departesist 
de euls, et que toute l'onnour dou roiaulme d'Engleterre gisoit en 
celle journée. Et, au voir dire, Englois moustrèrent bien là, et 
aussi ont il fait aillours, en toutes places où il se sont trouvé, que 
ce sont vaiUans gens et de grant corageet conforté en lors beson- 
gnes; et tant plus voient de sanch espars et'espandu, et tant sont 
il plus hardi et outrageus. 

Che jour, ensi que de la belle aventure que li rois d'Engleterre 
et ses gens orent de la bataille de Grechi et que euls quinze mille 
hommes en tout en desconfirent cent mille, parellement à la ba- 
taiUe dont je vous parole présentement, un petit de gens que les 
Englois estoient ou regart des Escos, desconfirent lors ennemis. 
Et fu pris li rois qui moult vaillanment se combati et fo navrés 
en venant en la bataille, ou chief, de deus saiètes : de quoi, au 
traire hors, les fiers li demorèrent entre lés tes et le quir; et de- 
puis par puissons on l'en fist l'une des saiètes issir hors par le 
nés, et li aultre li demora tant que il vesqi. ^i le porta il moult 
lonc temps, car il fu pris l'an de grâce mil trois cens quarante siis. 

Et je Jehans Froissars, actères de ces croniques et histores, 
fîii eus ou roiaulme d'Escoce l'an de grâce mil trois cens et 
soissante cinq , et de Fostel le dit roi quinse sepmainnes, car ma 
très honnourée dame, madame la roine PheUppe d'Engleterre, 
m'escripsi deviers li et deviers les barons d'Escoce, qui pour 
l'amour de ma dame me fissent tout bonne chière, et especiaul- 
ment li rois, et scavoit parler moult biau françois, car il fu de sa 
jonèce nouris en France, ensi que il est contenu ichi desns eo 



\ 



t86 GHRONIQUBS DB J. FROISSÂRT. [1346] 

nostre histore ; et euch l'aTenture, de tant que je fiii avoecqoes 
lui et de son hostel, que il viseta la grignour partie de son 
roiaulme. Si le vei tout et considérai par estre en ses cevanchies, 
et moult de fois li oy parler et deviser à ses gens qui là estoient 
[et] à auquns chevaliers, de la bataille et de sa prise. Et là i 
estoient, qui furent à la bataille, mesires Robers de Yersi, et i fu 
pris dou signeur de Sees en Northombrelant, et mesires Guillaumes 
de Glaudigevin, et messire Robert Bourme et mesires Âlizan- 
dres de Ramesai ; mais li contes de Douglas et le conte de Moret 
que je trouvai en Escoce, ce fu lors pères qui avoient este à celle 
besongne. Et le di pour tant que li rois d'Escoce avoit encores le 
fier de la saiette ou chief ; et qant la lune se renouvelloit, il avcHt 
par usage le chief moult dolereus, et vesqi depuis que je 07 esté 
en Escoce, plus de douse ans. Ensi appert il que il porta ce fier 
enfieret, bien trente deus ans. 

Or retournons à la bataille dont je parloie présentement, et re- 
cordons oonment elle se persévéra, et la grâce que Dieus fist ce 
jour as Englois, car vous devës sçavoir que Escoçois en bataille 
sont mallement fort, appert, dur et hardi. A fiûre une telle bataille 
et là où li rois est navrés et pris, il convient que il i ait des grans 
apertisses d'armes faites. Ces Escos portent haces par usage, dont 
il donnent et frapent trop biaus horions; et n'est homs, tant 
soit bien armes, se il en est atains de bon brac, qui ne soit cou- 
chiës par terre. La bataille des Englois branla deux ou trois fois, 
et furent les Englois sur le point de estre tout desconfi; et 
l'enissent [este], se Dieus et fortune et bonne aventure ne les 
euist aidiës. li evesques de Durâmes, oncles au signeur de Persi, 
qui là estoit, uns moult vaillans homs, tenoit une bataille sus èle, 
qui reconfortoit les branlans ; et ce leur fist trop de biens, et li 
trais des archiers. Finablement, les Escoçois furent là desconfis, 
mort et pris et tournes en voies, et tantos fii tart. Si ne dura 
point la cace longement. 

Et escei li rais eus es mains d'un esquier de Norhombrelande, 
liquels se nonmoit Jehans de Qopelant. Chils prist le roid'Escooe 
par vaillance de corps et d'armes, et ot son gant et Je fist fian- 
cier à lui. Chils Jehans de Qopelant, qant il congneut que il 
avoit si grande aventure et si belle que pris le roi d'Escoce, il se 
doubta que on ne li vosist rescourre ou efforcier ; car il i avoit 
là des grans barons et chevaliers d'Engleterre trop plus grans 
que il ne fust, et que les envies en ce monde sont grandes et les 



[1346] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 297. S37 

convoitises: si destoumale roi d'Escoce et ne le mena pas deviers 
la roîne d'Engleterre an Noef Gastiel, mais aillours en un chastiel 
assës fort et d'un sien grant ami. Et dist bien Jehans de Qopelant 
que il ne le renderoit à nul honme dou monde, fors au roi qui 
estoit son signeur, et de qui il tenoit son hiretage. P" 129 v® à 
131 V*. 

P. 20, 1. 23 : ses gens. — Ms. J? 6 : A che mandement vint 
l'archevesque d'Iorch, Farcheyesque de Gantorbie, Tevesque nou- 
viaulx de Lincole, Tevesque de Duram, qui nouvellement estoit 
revenu du siège de Calais. Et amena chacun prélat tout che qu'il 
pot de gens d'armes et d'archiers et de gens de piet. Là vint 
messire Edouart de Railleul, le sûre de Montbray, le sire de Persy 
et le sire de Nuefville et pluiseurs aultres chevaliers et esquiers, 
et tant qu'il furent douze cens à cheval et cinq mille archiës et 
bien neuf mille hommes de piet. F® 3S9. 

P. 20, 1. 24 à 26: li archevesques.... Lincolle. — Ms. B 3 : 
les evesques d'Iorc, de Durem et de Lincole. F^ 140. 

P. 20,1. 26 : d'Yorch.— ^w. ^ 1 à 6: de Diorth. F» 157 V. 

P. 20, L 30: gens. — Mss. ^ 1 à 6, 11 à 29, ^ 3: es mar- 
ches de north et du pais de Northombrelande et de Galles qui 
marchissent assez près de là. F» 1 57 v«. 

P. 21, L S : se prendoit. — Mss. ^^ 1 â 6, 11 àik : se penoit. 
P140. 

P. 21, 1. 15 et 16: se rastinrent. — Mss. A iti à 17: se 
abistindrent. P 157. — Mss. J ±0 à 22: se retindrent. ¥• 225. 
— Ms, ^ 3 : se boutèrent. F» 140. 

P. 21, L 31 : hommes. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutent: toffes, 
grueliers, bomules, termulons et tacriers. P 157. 
P. 22, 1. 18 : de fiailluel. — Mss. A 20 h 22 : de Ros. 
P 225 v^. — Les mss. A t3 à 33 ajoutent : le sire de Ros. 
P174V», 

P. 22, 1. 20 : li arcevesques. — Mss. A iS à il: monseigneur 
Guillaume arcevesque.... P 157. 

P. 23, 1. 7 : s'encontrèrent. — Ms. B 6: Les Escochois, qui 
estoient sur les camps assës près des Englès, se ordonnèrent et se 
rengièrent et firent quatre batailles : en chacune avoit six mille 
hommes. Et se mirent tous* à piet et leur chevaulx derrière yaulx. 
En la prumière bataille estoit le sire de 'Douglas, en le seconde 
le conte de Moret, le conte Patris, le conte de Mare ; en le 
tierche, le conte d'Qrkenay, le conte de Rose ; en la quatrième , 



S38 CEOIONIQDES DE J. FROISSÂ&T. [1346] 

le roj David d'Escoche, le conte d'Astrederne, le conte de Fy, le 
ooDte de Boskem, le conte de Surlant, Tevesque d'Abredane, 
Tevesque de Saint Andriea, messire Robert de Versy, messire 
Simon Fresiel. Et estoient ces dea$ chevaliers delés le roy et à 
son frain. Et portoit à ce donc le souveraine banière du rqy 
Alixandre de Ramesay, ung très bon et vaillant homme d'armes. 
Et vous dy que les Escochois estoient bien ordonnez et avoient 
mis devant leur bataille che qu'il avoient d'archiers. Et, d'aultre 
part, les Englès, qui n'estoient pas sy grant nombre, avoient 
ausy ordonné quatre batailles, mis en chacune quinze cens archiés, 
trois cens homes d'armes et deux mille piétons. F» 361 et 362. 

P. 23, 1. 8: l'autre. -— Ms, ^ 29: à tirer ces saiettez, qui 
voloient aussi espessement que neige. 

P. 23, 1. 10 : able. — Mss. ^ 7 À 19: habilles. F> 141. — 
Mss. ^ 20 À 22 : habilliez legierement. F» 225 y. 

P. 23, 1. 21 : donnoient. ^- Les mss. A 11 à 14 ajoutad : 
aux Godons dis Anglois. F* 150 V*. 

P. 23, L 21 : horions. — Ms. utf 29 : si grands qu'ils pourfen- 
doyent testes et bacinets, et abatoyent bras et poings. 

P. 23, 1. 22 : se prendoient. — Mss. A i à %^ \i à 14, 18 à 
22 : se .penoient. F* 158 v«. — Mss. Al àiO^BZisit pre- 
noient. F* 141 v*. — Mss. ^ 15 à 17 : se prenoient près garde. 
F» 157 r*. 

P. 23, 1. 30 : de H. — Mss. A 1 ^ 14, 18, 19, 23 29 : de 
Fii. — ilfw.^15^17: deFye. Fo 157 Vi— ilfr/.^20 ^22: 
de Zii. F* 226. — Mss. ^ 30 <^ 33 : deSiz. F» 193. 

P. 23, 1. 31 : Boskem. — Mss. ^ 23 à 29 : Oskem. ^ 175. — 
Mss. ^ 30 à 33 : Oske. P> 193. 

P. 23, 1. 32 : Astredeme. — Mss. A 18, 19, 23 à 33 : Astre- 
deru. F*162v«. 

P. 24, 1. 1 : Thumas. — Mss. ^ 20 22 : Guillame. P 226. 

P. 24, 1. 2 : Fresiel. — Mss. ^133 à 29 : Fresnel. F* 162 v*. 

P. 24, 1. 6 : navres. — Ms. JB 6 : ou corps et ou chief, dont 
il y parut, tant qu'il vesquy. F* 363. 

P. 24, 1. 7 et 8 : Gopeûnd. — - Ms. £ %\ q/à mist grant 
painne à le garder, car les Englès le voUoient tuer entre ses 
mains. F» 363. 

P. 24, 1. 12 : carge* -^ Ms. 3 6 : Et fist le roy David son 
prisonnier monter sur ung pallefroy, et l'enmena secrètement 
hors de Tarmée. Et puis dievau^a fort et fist tant que il vint en 



[1346] VA&IANIES DU PREMIER LIVRE, $ 298. S39 

uDg sien castiel, qae on appelloit le Castiel Orguilloos, qay siet 
sur la rivière de Tin, à vingt cinq lieuesdu Neuf Castiel où la ba- 
taille «voit esté. F" 364. 

P. 24, 1. i9: Ârchdïaus. •— Msi. Ai à 6, il A 14: Dassam- 
baut. F* 158 v«. — Mss. A 18, 19 : Arsambault, F» 162 v«. — 
MsB. ^ 20 ^ 22 : Arquembault. F* 226. — Mss. A ±Z à 29, 
30 À 33: Archembault. F<> 175. 

P. 24, 1. 20 : Versi, — Mu. ^ 20 à 22 : Persy. F* 226. 

P. 24, 1. 20 et 21 : d'Abredane. — Mu. ^ 1 ik 6 : de Rre- 
dant. — Mss. ^ 20 ^ 29, j9 3 : de Bredane. 

P. 24, 1. 26 : six. — Mss. ^ 20 A 22 : cinq. F* 226. 

P. 24, 1. 26 : le mardi. — Mu. ^ 23 à 33 : le samedy. 
F* 175. 

S S98. P. 24, 1. 28 : Quant la royne. —Ms. de Rome: Qant 
la roine d'Engleterre, qui se tenoit au Noef Ghastiel, entendi que 
la joumëe estoit pour li et pour ses gens, si en f u grandement 
resjole, et ce fu raisons. Or vinrent ses gens, les uns apriès les 
aultres, ensi que on se départ de tèles besongnes, le conte de 
Honstidonne, connestable de Toost, le signeur de Moutbrai, ma- 
rescal, le signeur de Persi, le signeur de Noefville, les prelas, 
les barons et les chevaliers. Et ensi que il rentroient en la ville, la 
bonne roine lor estoit au devant, et les requelloit doucement et 
Kement, et les prioit et disoit: « Vous venrës souper avoecques 
moi; vous l'avës bien gaegniet. » Ghil signeur li acordoient; et 
tant fu la bonne dame là sus son palefroi avoecques ses damoih 
selles, que tout li signeur ou auques priés furent rentret. 

Or avoit on dit i la roine que li rois d'Escoce estoit pris, si ques 
la bonne dame demandoit: a Et qant verai je mon prisonnier, le 
roi d'Escoce, et celi qui Fa pris aussi ? » Qant elle vei que point 
on ne Tamenoit, si dist as chevaliers qui estoient dalés li : « Et 
pourquoi ne me amainne cliib qui a pris le roi d'Escoce mon ad- 
versaire, son prisonnier, et je le veroie jà moult volentiers. » — - 
a Madame, respondirent li chevalier, où que il soit, il est vostres 
et est bien : n'en aies nulle soiqieçon ; espoir le vous amenra il jà 
au souper, pour vous plus honnourer et conjoir. » La roine s'a- 
paisa tant et vint à son hostel, et fîi li soupers apparilliés très 
grans et très biaus. Et i furent tout li chevalier, vobres chil qui i 
vodrent estre ; auquns en i avoit des bleciës et des navrés et des 
lassés qui demwèrent à lors hostek, pour euls aisier. 



t40 CHRONIQUES DB J. FROISSART. [1846] 

Qant la roine vei que Jehans de Qopelant n'amenoit point le 
roi d'Escoce, si fu toute merancolieuse et se contenta mal de li. 
Mais li chevalier le rapaisièrent et li dissent : a Madame, où que 
li rois d'Escoce soit, c'est Tostres prisonniers. Jehans en fera 
bonne garde. » Ensi se passa la nuit. Qant ce vint à l'endemain, 
nouvelles vinrent à la roine, car on en avoit fait bonne enqueste, 
que Jehans de Qopelant en avoit menet le roi d'Escoce en un 
chastiel assës pourHc, et que ce estoit se intension que là le ten- 
roit il et garderoit, tant que li rois d'Engleterre, ses sires, retour- 
neroit au pais, et ne le deliveroit à honme ne à fenme, fors au 
roi meismes ou à son conmant. La roine d'Engleterre, pour sa- 
voir mieuls le intension de ce Jehan de Qopelant, envoia le con- 
te de Honstidonne et de ses chevaliers parler à lui. Et cevauchièrent 
tant que il vinrent au chastiel où Jehans estoit, et aussi li rois 
d'Escoce son prisonnier; et parlèrent à lui et li remoustrèrent con- 
ment sa dame, la roine d'Engleterre, les envoioit là, et li remous- 
trèrent tout au lonc, ensi que la matère requeroit. 

Jehans de Qopelant ne fii pas esbahis de respondre et dist: 
« Mi chier signeur, je congnois assës que ce que vous me re- 
monstres, vous le me dittes pour mon bien, et le deveroie faire; 
mais dittes ensi à ma très redoubtëe dame, madame d'Engleterre, 
que mon prisonnier le roi d'Escoce, je l'ai encores peu garde ; 
et qant la congmssance en sera venue à mon très redoublé si- 
gneur, monsigneur le roi d'Engleterre, que je l'aie assës garde, 
et que je le rende et mette là où il l'en plaira à ordonner, je le 
ferai, et non, de ma volentë oultre, se on ne le m'esforce. Mais 
je prench si très grande plaisance à lui veoir que je m'i consoole 
tous. Et m'est avis que j'en doi rendre trop grans grâces à Nos- 
tre Signeur, qant à moi qui sui uns povres bacelers, entre tant de 
vaillans honmes, chevaliers etesquiers dou roiaulme d'Engleterre 
qui ont este à celle journée, Dieus le m'a envoiiet. Et m'est avis 
que nuls n'en doit estre couroudés, ne n'en doit avoir envie. Et, 
mi signeur, ensi que vous pores dire à madame la roine, j'en 
ferai bonne garde et renderai bon compte; et de ce elle ne soit, 
ne nuls, en doubte ne en soupecon. Avoecques tout ce, il est ble- 
ciës et ne poroit soufrir le cevauchier ne le cariier, ne prendre 
nul air. Et dient chil qui l'ont en garde, tant que pour le mede- 
ciner et purgier dou mal dou chief, il seront plus de trois mois, 
avant que il puisse issir de la cambre. Et se il me moroit par ma 
coupe, otant que je sui resjols de sa prise,, seroi je conrouchiés 



[i346] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 298. S41 

de sa mort, et à bonne cause. Et toutes ces raisons que je vous 
remoustre en espice de bien, Toelliés dire et moustrer sus bonne 
fourme à madame la roine, et je tous en prie ; car, se tous ne 
fuissiés ichi venus, si euissë jou euToiië deTiers li, ou je i fuisse 
aies en prope personne pour moi escuser, car je me Todroie ao- 
quiter deviers madame et deviers le roiaulme d'Engleterre, loiau- 
ment. Et on n'a point veu le contraire en moi, ne ne Tera on jà 
tant que je vive, et Dieus, qui a bien conmenchiet, dont je l'en 
regratie, me doinst tousjours bonne persévérance. » 

« Ce face ! Jeban, » ce respondi li contes de Honstidonne, qui 
avoit proposé toutes les paroles : « Et je vous escuserai, dist li 
contes, taîit que madame et son consel se contenteront de vous, 
mais je vous pri, se on puet veoir ce roi d'Escoce, que je le voie. » 
— <c Oil^ » respondi Jehans de Qopelant. U li fist veoir qant il 
fu heure, et le mena dedens la cambre où il se gissoit sus une 
couce. Et parla li rois au dit conte, et li contes à lui, et li dist 
que madame d'Engleterre l'avoit là envoiiet, pour lui veoir et vi- 
seter. Li rois s'en contenta et li dist : « Salués moi la roine d'En- 
gleterre. Quoi que je me tiengne ichi et en la garde de Fesquier 
qui m'a créante, je me tieng à son prisonnier. » — ce Sire, dist 
li contes, pensés de vostre santé, et ne vous merancoliiés point, 
tant que vous en valés mains; car tous jours finerés vous bien. 
Et considérés le bon moiien que vous avés en vostre querelle, 
c'est que madame la roine d'Escoce est serour germainne de nos- 
tre signeur le roi d'Engleterre. » Donc respondi li rois d'Escoce 
et dist : €<Ck>ntes de Honstidonne, je vosisse bien aultrement se il 
deuist estre, et tant que ma santé, j'en passerai ; mais je vous pri : 
dites à la roine qui chi vous envoie, que elle me face viseter par 
bons fîisesiiens et médecins, car, se je moroie an uit, les Escoçois 
feroient demain un roi en Escoce. » 

A toutes ces paroles respondi li contes de Honstidonne moult 
doucement au roi d'Escoce, et dist que il le feroit vôlentiers et 
prist congiet à lui , et li rois li donna. Et prist congiet li db 
contes à Jehan de Qopelant et à ceuls dou chastiel, et puis s'en 
départi et retourna au Noef Chastiel sus Thin, où la roine d'En- 
gleterre estoit et tout li signeur. là contes de Honstidonne fist si 
seneement la response de toutes ces coses desus dittes, que la 
roine et tout li signeur s'en contentèrent. Et fu la roine consillie 
que d'escrire tout Testât de la besongne et le prise dou roi, et 
de tantes ces nouvelles envoiier deviers son ^signeur et mari, le 

IV — 16 



S4Î CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

rm d'Engleterre. Qerc forent mis en besongne ; la roine escripsî 
au roi, à son fil et as barons d'Engleterre qui deYant Calais se 
tenoient. Le lettres escriptes et seelëes, honme bien esploitant fo- 
rent cargiet de faire ce message et se missent à voie, et chevau- 
dèrent tant quoitonsement de nuit et de jour que il tinrent à 
Douvres. £t tantos entrèrent en un vassiel et forent oultre de une 
marëe, et vinrent deviers le roi premièrement, et baillièrent lors 
lettres de par la roine. Li rois les ouvri et lissi tout au lonc. Et 
qant il ot entendu tonte la substance de la lettre et la prise don 
roi d'Escoce, son serouge et son adversaire, et l'ordenance de la 
bataille et les noms des mors et des pris, des honmes d'onnour, 
qui à la bataille avoient esté, et conment Jehans de Qopelant, 
esquiers de Northombrelande, Tavoit pris et le tenoit en un chas- 
tiel, et ne le voloit rendre à nul honme ne fenme ne à la roine 
sa femme meismement, et toutes ces coses et nouvelles la roine li 
specifioit clerement, vous devës savoir que il ot grant joie, et ap- 
peUa tantos mesire Godefiroi de Harcourt qui estoit dalés lui, et 
li lissi les lettres tout au lonch. De ces nouvelles fo mesires Go- 
defirois moult resjols et dist : «Sire, madame la roine d'Engleterre 
est une vaillans fenme ; c'est une noble paire de vous deus. pieus 
est en vostres oevres et mains. Persévères tousjours avant : vous 
venrës à chief ou en partie de vostres ententes et calenge. Et se 
vous avës, ensi que vous auerës, celle ville de Calais, vous auerës 
un grant avantage, et porterës les clefs dou roiaulme de Erance 
à vostre çainture. Et à bonne heure passai la mer pour vous, car 
je vous ai resvilliet ; à très grant painne vous amenai je par de 
deçà. Considères le biau voiage que vous avés fait, et desconfi 
vostres ennemis. Et d'autre part et tout une saison vostre fen- 
me a eu une telle journée pour lui que pris le roi d'Escoce et 
toute la flour de celi roiaulme. Jamais de vostre eage ne se relè- 
veront les Escoçois. Vostres coses vous viennent à plain et pur 
souhet.» — « Godefroi, dist lirois, vous dittesverité. Et je sui 
grandement tenus, et aussi est tous mes roiaulmes, de rendre 
grâces à Dieu qui ce nous a envoiiet. » 

Qant ces nouvelles furent esparses en l'oost devant Calais, de 
la prise le roi d'Escoce, et que la poissance des Escoçois avoit 
tout netement esté ruée jus par fait de bataille assés priés dou 
Noef Chastiel sur Tin, toutes manières de gens furent très resjol 
et à bonne cause, et mieuls amée des Englois la roine assés que 
devant. Et dissoient en l'oost generaument : « Vive la bcmne Phe- 



[1346] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, $ 298. 248 

lippe de Hainnau, la roine d'Engleterre, nostre chière et redoub- 
tëe dame, car elle amena et aporta entre nous et en Engleterre, 
honnour, pourfit, grâce et tranqillitë; et tant conme elle vivera, 
biens, honnours, larguèces et poorfis nous habonderont. Et elle 
[est] de un si bon pais, si doub, si courtois et si amiable et raem- 
pli de bonnes gens, et qui dou tout s'enclinent à nous amer et 
honnourer; et fu fille de si bon signeur et si sage et si vaillant, 
que elle ne poroit que tous bien faire. y> Ensi couroit vois et re- 
nonmée conmunement entre les Englois devant Calais, et non pas 
là tant seullement, mais parmi tout le roiaulme d'Engleterre. 

ÏÀ rois d'Engleterre fii consilliës que de escrire à Jehan de Qo- 
pelant, et de li mander que il venist parler à lui devant Calais. 
Si escripsi li rois à la roine sa fenme et à Jehan de Qopelant, et 
li manda que ces lettres veues, sans quérir nulle esqusance, il 
venist devant Calais, car il le voloit veoir. Ces lettres escriptes 
et seelées, li rois les fist délivrer à ceuls mebmes qui là estoient 
venu de par la roine, liquel se missent au retour dou plus tos 
que il porent et rapassèrent la mer, de Calais à Douvres, et puis 
cevauchièrent tant que il vinrent deviers la roine qui se tenoit 
encores es parties de Northombrelande. Se li baillièrent les let- 
tres que à lui apertenoit, et puis cevauchièrent deviers Jehan de 
Qopelant; et tant fissent que il le trouvèrent et parièrent à lui, 
et fissent lor message de par le roi et li délivrèrent les lettres 
que li rois li envoioit. Jehans les lissi tout au lonch et respondi 
à celles et dist que il obeiroit volentiers au mandement dou roi, 
car il i estoit tenus, et fist les messagiers dou roi très bonnecière; 
et pub ordonna ses besongnes don plus tos que il pot et recon- 
manda le roi d'Escoce son prisonnier en bonnes gardes. Et puisse 
départi et cevauça tant par ses journées que il vint à Douvres, et 
là monta en mer en un vassiel passagier, et fist tant que il vint 
devant Calais. Se issi dou vassiel et se mist sus terre, et ala de- 
viers le roi. F»» 131 v* à 133. 

P. 25, 1. 11 : poissance. — Mt. BSi Celle meisme nuitlaroyne 
demoura avec yaulx sur le camp. Et Tendemain montèrent il tous 
à cheval, et s'en vinrent avecque leur dame à Neuf Chastel. L'e- 
vesque de Durem, qui pris avoit le conte de Moret, le présenta 
à la royne, et riiarima ensy son prisonnier. La dame leur en seut 
bon grë. F* 365. 

P. 25, 1. 14: Gopeland. — Mss. ui i à e-, Coupelant. F* 159. 
— JUs. A 7: Copelant. F* 151. — Mss. A 18, 19: Compelant. 



f44 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

F» 163. ^ Mss. ^ 23 ^ 29 : Copiant. F* 1 75. — iiff . S 4 : Go* 
polant. F" 133. 

P. 26, 1. 12: escrire. — Le ms. A 29 ajoute: par son cban 
celier. 

P. 26, 1. 18 : gens. — M$. B 6 : car le roy d'Escoche estoit 
oelay de ses ennemis que il doubtoit le plus. F® 367. 

P. 26, 1. 24 : le marce.— M$. ^ 3: la rivière. E» 141 v«. 

P. 26, 1. 24 et 25: Galles. —Les Mss. ^ 15 ^ 17 ajoutent: 
nomme le Chastel Orgueilleux. F^ 158. 

P. 26, 1. 27 : dou roy. «^ Le ms, A 7 ajoute : d'Engleterre. 
F> 161. 

S 998. P. 26, 1. 28 : Quant li gentilz. — Ms. de Borne : 
Tous devés sçavoir que, qant les Englob sceurent que Jèhans de 
Qopelant estoit venus, il i ot grant priesse à lui veoir, car 
moult en i avoit en Toost qui onques ne l'avoient veu ; et moult 
le desiroient à veoir pour la renonmée de ce que il estoit si vail- 
lans homs, que il avoit pris le roi d'Escoce. Qant il fu venus jus- 
ques au logeis dou roi d'Engleterre, moult grant fuisson des si- 
gneurs d'Engleterre estoient là venu et assamblë pour li veoir. 
Li rois meismes ]^s avoit mandes et le desiroit à veoir. 

Qant Jehans de Qopelant fu devant le roi, il se mist en un 
jenoul et dist : <c Très chiers sires, vous m'avés escript et mandé 
que je venise parler à vous. Je sui venus, car je vous doi toute 
obeisance. Très chiers sires et redoubtés, se Dieus m'a volut con- 
sentir si grant grâce que il m'a volut envoiier et mis entre mes 
maios le roi d'Escoce, et je l'ai conquis en bataille par fait d'ar- 
mes, on n'en doit point avoir envie ne ranqune sus moi. Aussi 
puet bien Dieus envoiier sa grâce sus un povre baceler de bonne 
volentë, que il fait sus un grant signeur. » — - «Vous dites venté, 
Jehan, respondi li rois, je vodroie bien en mon roiaulme avoir 
assés de teb bacelers que vous estes. Vous m'avés fait service 
moult agréable, et je vous ai mandé, non pour mal que je vous 
voelle, mais tout pourfit et avancement ; et onques mes ne vous 
avoie veu que je vous commisse. Se sui resjols de vostre venue, 
et en vaudrés mieuls. » 

Adonc le prist li rois par le main et le fist lever. Tantos li 
contes de Warvich et mesires Renauk de Gobehen et mesires 
Richars de Stanfort et mesires Jehans Candos et li chevalier d'En- 
gleterre s'aquintièrent de lui et le missent en paroles. A painnes 



[1346] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 299. 242{ 

pooit li rois oster ses ieuls de li, et en parloit à mesure Godefiroi 
de Harcourt et à messire Gautier de Mauni, et disoit : «cRegardës 
les aventures d*armes, conment uns povres bacelers a pris en ba- 
taille et conquis par armes le roi d'Esooce. » — a Sire, respondi- 
rent à ceste parole li doi chevalier, Dieus li a envoiiet celle grâce 
et cel eur. Se l'en devës bien rémunérer, et tellement que tout 
aultre baceler, chevaliers et esquiers qui vous servent, s'i puis- 
sent exempliier. » — <c Cest moult bien nostre intention, »' res- 
pondi li rois. Ensi fu Jehansde Qopelant requelliës et conjols dou 
roi et des signeurs, et eslevés de grâce et de renonmée et hon- 
nourës de tous. 

Qant Jehans de Qopelant eut este dalës le roi, tant que bon li 
fu et au roi, ensi li rois li dist: « Jehan, vous retoumerés en 
Engleterre et, vous venu chiës vous, vostre prisonnier, le roi 
d'Escoce, vous le presenterës à ma fenme et l'en ferës don. Vous 
estes tous esqusës de ce que vous l'avez tenu et gardé. Et pour 
vostre service que nous tenons à grant et à agréable, nous vous 
retenons pour nostre corps et de nostre cambre, parmi dnq' cens 
livres à i'estrelin de revenue, par an, que vous auerés. Et, nous 
reloumë en Engleterre, nous vous en ferons asignation, telle que 
bien vous devera souffire.» De ce don remercia Jehansde Qopelant 
le roi d'Engleterre. Encores avoecques tout ce et ces lettres, 
qant Jehans se départi dou roi et des signeurs, on li donna une 
lettre de par le roi à prendre deus miUe marcs en deniers appa- 
rilliës sus Testaplier des laiimes. Ensi se départi Jehanâ de 
Qopelant dou roi et retourna en Engleterre. Et qant il Ai venus 
chiës soi, et que li rois d'Escoce peut souffiîr le cevauchier, il le 
prist, et bien acompagniës, il l'amena à la roine d'Engleterre, ensi 
quq^dit et cargiet U estoit dou roi. La roine, qui fîi dame pourveue 
de sens et d'onnour, rechut Jehan de Qopelant doucement et belle- 
ment, ne onques ne li moustra parole nulle de duretë, ne que 
elle euist eu merancolie sus li ; et avoecques tout ce, elle conjol 
le roi d'Escoce, ensi que à faire apertenoit. 

Depuis que Jehans de Qopelant ot rendu le roi d'Escoce à la 
roine d'Engleterre, et que elle s'en tint saisie, ne demora elle 
gaires ou pais de Northombrelant, mais ordonna ses besongnes 
et recarga toute la terre à quatre barons desus nonmës, liquel 
sont grant hiretier en Northombrelande; et puis, bien aconpagnie, 
elle s'en retouma viers Londres et enmena avoecques li le rot 
d'Escoce, et fist tant par ses joumëes qu'elle vint à Londres. Qant 



246 CHRœnQUBS DE J. FROISSART. [i346] 

U Londriien sœorent la venue de la roînev ^ <iu^ ^^ lor ane- 
noh le roi d'Escooe, si se esfordèrent toat generaolment de li 
requellier honnonrablement, ensi que h loi apertenoit; et indiè- 
rent un jour, qant elle deubt entrer en Londres, plus de dens 
mille chevaus à l'enoontre de li. Et fu amende la roine tout au 
lonc de Londres, et le roi d'Escooe en sa compagnie, à grant fuis- 
son de menestrandiesy jusques au palais de Wesmoustier. Et là- 
desoendirent la roine et li rois d'Eseoce. Depuis ceste ordenance, 
li rois d'Eseoce fu amènes par une barge sus la Tamise eus ou 
fort chastiel de Londres, et là enclos sus bonnes gardes, qjae an 
mist dalës lui ; car la ditte roine avoit intension que de passer 
proçainement la mer et venir devant Calais veoir son signeur, le 
roi d'Engleterre, et se ordonna à ce et grant fuisson des dames 
d'Engleterre aussi, qui toutes avoient grant désir de veoir lors 
maris, qui estoient avœcques le roi devant Calais. Si se ordon* 
nèrent à ce, et pour passer, la roine et les dames ; et envoiièrent 
lors ponrveances devant par la rivière de la Tamise, qui rentre 
dedens la mer à Mergate. Et depuis la ditte roine et les dames, 
montées sus hagenées amblans, cevauclùèrent par terre jusques 
en la cité de Gantorbie, et fissent lors offrandes au beneoit corps 
saint Tomas. Et puis vinrent à Douvres, et entrèrent eus es vas- 
sîaus et passèrent ogltre et vinrent devant Calais : de quoi toute li 
hoos fu grandement resjole de lor venue. Et vint là la roine envi- 
ron la Toussains, et tint court ouverte, le jour de la Toossains, 
de tous signeurs et de toutes dames. F* 133. 

P. 26, L 29 : Copeland. — Ms. JS 6 : qm estoit bieaulx 
escniers, fors et drois, saiges et bien avisez. F> 367. 

P. 27, 1. 17 : coses. — Ms, i? 6 : et voel que vous soies che- 
valier. F> 368. 

P. 27, 1. 27 : grandement. — Ms. B 6i k l'endemain il fut 
chevalier. P* 368 et 369. 

P. 27, 1. 30: au tierch. — Ms. ^ 6: an sixième. P 369. 

P. 28, 1. 1 : amis. — Ms. A 29: parens. 

P. 28, 1. 5 : Evruich. — Mss. ^ 8 ^ 10, 20 à 22 : Bervidi. 
P 142 v«. — Mss. Al,i\ h 14, 18, 19, 30 à 33 : Ebruich. 
P 151 V. — Mss. A\^hilx Ewrich. P \^% V. — Mss. A 23 
h 29 : Vervich. P 176. — ilf#. j5 4 : Ewruich. P 133 v». 

P. 28, 1. 8 : montèrent. — /> m^. ^ 29 iyouie: sur un petit 
cheval. 

P. i8, 1. 10: dessus ditte. — > Ms. £ ^i JSX prist (Jean de 



[i346] VARIANTES DU PREMIER UVRE, S 3^0. 2» 

Gopeland) le roy d'Escoche son prisonnier et l'amena et bien con- 
duit de gens d'armes jusques à Londres, et le présentai la royae 
d'Engleterre qui en ot grant joye. Si le fist la dame mettre en 
son cbastel à Londres et le conte de Moret et le conte de Ghines, 
connestable de France, et le conte de Tanquarville. F^ 369. 

P. 28, L 18 : Bervich. — Mss. ^ 15 à 17 : Ewruich. F«158 v«. 
— Mu. A 18, 19 : Ebruich. F» 164. — Mss. ^ 23 à 33: 
Bruich. F* 176. — Ms. B 3: Everuicb. F^" 142. . 

P. 28, 1. 18 : Rosebonrch.— Mss. ^ 15 à 17. Rosembourch. 
FM58v«. 

P. 28, 1. 24: Evruicb. — Mss. A\ à^\ Bervich. F"" 160.— 
Msi. Al, 11 1^ 14: Ebruich. F 151 v«. — Mss. A iti à il : 
Ewrich. F* 158 V. — Mss. A 23 à 33 : Bruich. P> 176. — 
Ms.B3 : Vruich.F» 142. --' Ms. £ k : Ewruich. F* 133 v«. 

P. 29, 1. 6 : à Donyreis. -** Ms, £ 6i Sy passa la mer en 
grant péril et en grant aventure, car toudis y avoit robeurs de 
sus la mer, normans et geneuois, qui faisoient grant destourbier 
as Englès. F» 169. 

P. 29, 1. 13 : Toussains. — Ms. B 6 : il ' i ot bien sept cens 
chevaliers et d'autres seigneurs à grant foison que on ne les po- 
voit à paine servir, qui estoient plus venus pour veoir la royne 
que aultre cose. Et le gentille royneappella ces chevaliers en leur 
faisant si bonne chière, et les araisonnoit et festioit sy gracieuse- 
ment que c'estoit ung grant déduit de le regarder. Sy donna 
adonc la bonne royne grant foison de joiaulx à ceulx où elle les 
tenoit pour bien enploiet. Et demora longtemps par delés le roy 
son seigneur en grant revel tant que le siège dura. Et avoit amené 
foison de dames et damoiselles. Si y prendoient les chevaliers et 
aultres compaignons grant solas et grant déport, quant il leor 
plaisoit, en toutes bonnes manières; et li rois les veoit volentiers 
et les honnouroit tant qu'il pooit. F® 370. 

P. 29, 1. 19 : Galais.-^X^n». i?8a/oitfe«* car cesiège yde- 
moura longuement. F* 142. 

S 800. P. 29, 1. 20 : Gis sièges. — Ms. dT Amiens : U 
sièges fil longement devant Callais, et si y avinrent moult d'aven- 
turez et de bêliez proècez d'un costé et d'autre, par terre et par 
mer, lesquelles je ne puis mies toattez ne le qarte partie recorder ; 
car li roys de Franche avoit fait establir si bonnes gens d'armes 
et tant par touttez les fortrècez, que li Englès, qui volloient hors 



Î48 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

jssir à ceval <m à piet pour aler fourer ou aventurer, ne l'avoient 
mies d'avantage, mes trouvoîent souvent des rencontrez durs et 
fors. Et ossi il avoient souvent pluisseurs paletis et escarmuches 
entour lez portez. Un jour perdoit li ung, l'autre jour perdoit li 
autre; et avoit un maronnier sur mer, qui s'apelloit Marans, qui 
oonforta grandement par pluisseurs fois ciauz de Calais. F* 97. 

— Ms, de Borne : Chils sièges .se tint longement devant Calais, 
et si i avinrent des grandes aventures et des belles proèces de l'un 
costë et de l'autre, par terre et par mer, lesquelles je ne puis pas 
toutes, non la moitié, escripre ne recorder. Car li rois de France 
avoit fait establir si bonnes gens d'armes sus les frontières d'Ar- 
tois, de Boulenois et en la conte de Ghines, qui pour ce temps 
se tenoit toute françoise, et aussi mis et establi sur la mer, Ge- 
neuob, Normans et Espagnols, que, quant les Englois voloient 
issir hors de lor siège, il couvenoit que il fuissent trop bien 
acompagniet, se il n'estoient reboutë ; et qant il estoient plus 
fors de lors ennemis, il les reboutoient ens es forterèces, en 
Ghines, en Hames, en Niele, en Oie, en Bavelingehen, en Fien- 
nes, en la Montoire, en Saint Omer, en Heruane et en Boulon- 
gne, car li Englois, seans devant Calais, couroient bien, pour 
fouragier, jusques à là. 

Et vint adonc devant Calais li sires d'Aughimont, sires dou 
Rues en Hainnau, voires son temps durant, veoir le roi d'fingle- 
terre et devint son honme parmi deus cens livres à l'estrelin, 
que li rois d'Engleterre H donna de revenue par an, asignés sus 
ses cofiBres. Et en fu li sires d'Aughimont bien paiiës, tant que 
il volt estre et demorer ou service des Englois. Et pour le temps 
il estoit fors et jones, hardis et entreprendans chevaliers, et fa 
nonipës Emouls, et fist des belles cevauchies avoecques les En- 
glois et des grans apertises d'armes, par lesquelles il i acquist 
grant grâce et l'amour des Englois. Et estoient acompagniet li et 
messires Renauls de Gobehen, et ne chevauçoient point l'un sans 
l'autre. F* 134. 

P. 29, 1. 27 : le marche. — Ms. ^ 3 : en la subjection. 
F»i42. 

P. 30, 1. 17 : larecÎD. — Les nus. ^ 15 à 17 afouteni : et en 
tapinaige. F* 159. 

P. 30, 1. 19 { Mestriel. — Mss. ^ 1 à 6, 11 ^ 14 : Menes^ 

trcul. F» 160 ^. Mss. -rf 15 à 17 : Mestrisel. F» 159. — 

Mu. A 18 ^19 : Mestniel. P 164 v«. 



[i346] VARIAMES DU PREMIER UVRE, § 301. 249 

P. 30, 1. 26 : fisent... morir. — Ms, B 3 : firent noier et 
morir plusieurs Anglois. F* 142 y«. — Ms, B 4 : firent tamaînt 
Englès morir et noiier. F* 134. 

P. 30, 1. 26 : durant. — Les mss. A i à il, H à 14, 20 à 
22 ajoutent : devant Calais. F* 160 v«. — Les mss. A. 18, 19 
ajoutent : devant la ville de Calais. F® 164 v®. — Les mss. A 
15 à 17 ajoutent: dont le roy estoit moult durement courrocië. 
P 159 V. 

S SOI . P. 30, 1. 27 : Tout ce! yvier. — Ms. ^ Amiens : Enssi 
demoura là l'ivier tout chil siège. Et passa le mer et vint d'entre 
Calais li comtes Derbi ; et ossi la roynne d'Engleterre environ le 
Noël y vint; si y fu rechupte à grande joie, ce fu bien raissons. 

Et estoient conforte ossi li Englèz si grandement dé le commu- 
naltë de Flandrez, car li roys englès les tenoit à amoiu* te qu'il 
pooit ; et estoit adonc en le garde de ciaux de Gand li jouènes 
Loeis, filz au comte leur seigneur. De quoy li dus de Braibant li 
volloit dounner se fille et proumetoit au roy de France que, se II 
mariage adrechoit, il le meteroit à se entente dez Englès. Quant 
li roys d'Engleterre entendi ce, il envoia grans messaiges en 
Flandres, le comte de Norhantonne et autrez, qui donnèrent et 
présentèrent , de par le roy leur seigneur, au pays de Flandres 
pluisseurs dons et presens, pour yaux oster de celle opinion. Et 
proumetoient que s'il acordoit leur signeur à sa fille, qu'il leur 
recouveroit sus lez Franchois liile, Bietune et Douay et touttez 
lez appendancez : li Flammencq estoient trop plus enclins sans 
comparison au roy d'Engleterre que au roy de Franche. F* 97. 

— Ms. de Rome : Tout cel ivier, demora li rois d'Engleterre à 
siège devant Calais; et estudioient ils et ses gens, conment il 
peuissent avanchier lor besongne, et constraindre le plus ceuls 
de Calais. Et rendoit li rois d'Engleterre grant painne pour tenir 
à amour la conmunautë dou pais de Fandres, car avis li estoit 
que parmi euls le plus aise il poroit venir à ses ententes. Et en- 
voioit souvent deviers euls grans pronmesses, et leur faisoit dire 
et leur disoit aussi, qant il le venoient veoir au siège, que, se il 
le voloient aidier tant que il peuist venir à son entente de la ville 
de Calab, il lor recouverroit sans doubte Lille, Douai et Bietune 
et toutes les apendances qui anciennement s'estoient tenues des 
resors de Flandres; si ques, par tels pronmesses, li Flamenc 
s'esmurent en ce temps et vinrent mettre le siège devant Bie- 



280 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1346] 

tune. Et avoient à chapitainne un chevalier d'Artois qui se non- 
ma messires Oadars de Renti, liquels estoit bams de France et 
ne s'i osoit tenir; car se on l'i euist tenu, on l'euist pendu : si 
s'en vint en Flandres. Et le requellièrent li Flamenc et en fissent 
lor chapitaione, car Jaquemes d'Artevelle, ensi que vous savës, 
estoit mors; et estoient li Flamenc devant Bietune bien soissante 
mille. 

Si estoient par dedens la ville, pour le garder et deffendre, 
quatre vaillant chevalier, messires Joffrob de Gargni, messires 
Ustasses de Ribeumont, mesires Jehans de Landas et messires 
Bauduins d'Enneqins; et avoient bien deus cens lances desous 
euls, chevaliers et esquiers. Et bien besongna à Bietune que 
droite gens d'armes i fuissent et entendesissent à euls, car par 
trop de fois, la vîUe euist esté prise, se lor bonne pourveance et 
diligense n'euist esté ; car les Flamens i fissent moult de grans et 
orible^ assaus, et i furent les Flamens onse sepmainnes que riens 
n'i conquissent. Qant il veirent ce que la ville estoit si bien gar- 
dée et defiPendue, ils se tanèrent et rompirent lor siège et re- 
tournèrent en Flandres et casquns en son tien. li quatre cheva- 
liers desus nonmé acquissent grant grasce de ce que si bien il 
avoient gardé et defiendu Bietune à lencontre des Flamens. 

Moult volentiers euist veu li rois d'Engleterre que li jones 
Lois de Maie et hiretiers de Flandres euist pris*à fenme sa fille 
Issabiel; et, pour ce et pour aultres coses, tenoit il moult à amour 
tout le pais de Flandres. Et tant fist et tant procura par dons, 
par pronmesses et par bons moiiens, que li pais de Flandres s'i 
acorda entièrement : dont li rois d*Engleterre fut moult resjols, 
car il li sambloit que, parmi ce mariage et ce moîien, il s'aide- 
roit des Flamens plus plainnement. Et aussi il sambloit as Fla- 
mens que, se il avoient le roi d'Engleterre et les Englois de lor 
acort, il poroient bien résister as François ; et plus lor estoit né- 
cessaire et pourfitable li amour dou roi d'Engleterre que dou roi 
de France. Mais lors jones sires. Lois de Maie, qui avoit esté 
nouris entre les roiaids de Frapce et encores i estoit il, ne s'i 
voloit point accorder; et disoit financement que jà n'aueroit à 
fenme la fille de celj qui li avait mort son père. 

D'autre part, li dus Jehans de Braibant, quoi que il fust cou- 
sins germains au roi d'Engleterre, rendoit grant diligense et 
pourcaçoit adonc moult fort que chils jones contes de Flandres 
vosist prendre par mariage Margehte, sa fille ; et li pronmetoit 



[1846] VAIUANIES DU PREBIIEEI LIVRE, § 30i. S5I 

qae, se il req)ousoit, il le feroit joir plainnement et pasieavlement, 
Âist par force ou autrement, de la conte de Flandres. Et faisoit 
li dus de Braibant entendant au roi de France que, se chils ma- 
riages se faisoit de sa fille au jone conte de Flandres, il feroit 
tanjt que tout li Flamenc seroient de son acord et contraire au 
roi d'Êngleterre : de quoi, par ces pronmesses, li rois de France 
s'acorda au dit mariage de Braibant. 

Qant li dus de Braibant eut lacort dou roi de France, il en» 
voiia tantos grans messages en Flandres deviers les plus soufissans 
bourgois des bonnes viUes de Flandres, et leur fist dite et re- 
moustrer tant de belles paroles coulourëes que li consauls des bon- 
nes villes mandèrent le jone conte, lor signeur, et li fisent asavoir 
que, [se] il vosist venir en Flandres et user par lor consel, il 
seroient si bon amie et subject, et li renderoient et deliveroient 
toutes ses justiches et juridicions et les droitures de Flandres, 
ensi ou plus avant que nuls contes de Flandres euist onques en. 
Li Jones contes fu consilliës par .ceuls qui le gouvrenoient et par 
madame sa mère, que il venist en Flandres et cruist ses honmes, 
pub que il li presentoient amour et subjection. Et vint sus cel 
estât en Flandres, et i fu receus à grant joie et ala et chevauça 
de bonne ville en bonne ville; et li furent donne et présente grans 
dons et biaus presens. 

Si tretos que li rois d'Engleterre, qui se tenoit devant Calais, 
sceut ces nouvelles, il envoia en Flandres le conte de Norhan» 
tonnCy le conte d'Arondiel et mesire Jehan Candos et mesure Re- 
nault de Gobehem, liquel parlementèrent tant et pourcachièrent 
as communautés de Flandres que il eurent plus chier que leurs 
sires presist à fenme la fille dou roi d'Engleterre que la fille an 
duch de Braibant. Et en requissent et priièrent leur jone signeur, 
et li remoustrèrent pluisseurs belles raisons pour lui atraire, et 
tant que li bourgois qui avoient nus avant le fait le duch de Brai- 
bant n'osoient parler ne contredire à ceuls qui proposoient le 
fait le roi d'Engleterre. Mais Lois, li jones contes, ne s'i voloit 
nullement acorder, et disoit que jà n'aueroit à fenme la fille de 
celi qui avoit son père mort, et li deuist li rois d'Engleterre don- 
ner la moitié de son roiaulme. 

Qant li Flamenc olrent ce et le veirent en cel estât, si forent 
tout courouchie, et dissent que chils sires estoit trop François, et 
qae jà il ne lor feroit bien, et que trop pries il s'endinoit as opi- 
nions de son père, et que jà il necreroit oonsel qui bien li vosist» 



252 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4346] 

Si le prissent chil de Gant et le missent en prison courtoise, et 
bien ti disent que jamais n'en isceroit, se il ne creoit lor consel ; 
et bien disoient, si messires ses pères n'euist tant amet les Fran- 
çois, et euist oavrë par lor consel, il l'euissent fait un des grans 
signeurs des crestiiens, et euist recouvre Lille, Douai et Bietune. 
F- J34 et 135. 

P. 31, 1. 6 : Douay. — Ms, B 6 ajoute : et Bietune. F* 372. 

P. 3i, 1. i8: Ribeumont. — Mss. ^ 15 à 17, 23 à 29 et B 
3: Ribemont. F* 159 v«. — Mss. ^ 20 i^ 22: Ribeaumont. 
P> 228 v«. 

P. 32, 1. 2: Ysabiel. —Ms.B3: Ysabeau. F* 142 v«. 

P. 32, 1. 2: espouser* -— Mss. A 18, 19 : quiavoit nom Heli- 
zabeth. F» 165. 

P. 33, 1. 10: Norhantonne. — Mss. A 15 ^17: Northantonne. 
F» 160. — Mss, \A1 et B kl Norhanton. Fo 134 v«. — Ms. B 
3: Norantonne. Fo 143. 

P. 33, 1. 20: contes. — Les mss. ^ 20 à 22 ajoutent: forment 
contredisoit. P> 229. 

P. 34, 1. 1 : des Crestiiens. — Mss, ^ 20 à 22 : qu'oncques 
fust en Flandres. F« 229 v«. 

P. 34, 1. 2: Bietune. —Les mss. utf 20^ 22 ajoutent: Orchies. 
F» 229 V. 

5 SOfi. P. 34, 1. 3: Ce demora. — Ms. de Rome: Ce demora 
une espasce de temps, et li rois d'Engleterre tint toutdis son siège 
devant Calais, et tint grant court et noble le jour dou Noël. Le 
quaresme ensievant, retournèrent de Gascogne li contes Derbi, 
li contes de Pennebruq et li contes de Quenfort et grant fuisson 
de chevaliers etd'esquiers en lor compagnie, et ancrèrent devant 
Calais. Si furent li rois et li signeur et toutes gens resjol de lor 
venue, et se restraindirent auquns signeurs pour euls logier, et de 
tant (h li hoos renforcie. 

Or retournons à la matère dont je parloie présentement dou 
jone conte Lois de Flandres, que ses gens tenoient en prison 
courtoise. Nonobstant ce, il ne prenoit point la prison à agréable, 
mais à grant desplaisance, et point ne le pooit amender. Si estoit 
il soubtils et moult imaginatis, et consideroit à le fois son estât 
et son afaire, et disoit en soi meismes : « Je sui uns grans sires 
assës, et se n'ai point de poissance, se mes gens ne le me donnent. 
U me fault, voelle ou non, brisier mon coer et dissimuler, car je 



[1347] VARIAMES DU PREMIER LIVRE, S 30S. tSS* 

ai bien tant de congnissance que mon peuple m'ainme et amera,* 
se je les sçai tenir, et me acompliront toutes mes volentës. Enco- 
res vault il trop mieuls que je me brise et dissimule un temps 
que je soie ichi tenus en prison, quoi que je m'encline assës plus 
à la fille de Rraibant que d'Engleterre ; car par Braibant, ou 
temps à venir, pueent avenir très grandes alianoes à Flandres. 
Et se je avoie fait ce mariage en Braibant, oultre la volentë de 
auquns de mes bommes, qui me remoustrent que li mariages en 
Engleterre m'est plus pourfitables et nécessaires que il ne sôit en 
Braibant, et je fuisse en Braibant ou en la conté de Nevers et de 
Retels, et li rob d'Engleterre fiist retournes en son pais, li doi 
pais, Flandres et Braibant, se racorderoient ensamble, et li rois 
d'Engleterre marieroit sa fille ailleurs, et je retoumeroie en paix 
entre mes gens; si ques je me laisserai consillier et leur dirai par 
couvreture que je les voel croire et entendre à lors volentës. » 

Et trouva li jones contes celle cautelle, et manda cheuls qui la 
plus grande domination avoient sur li, tant que de sa garde, et 
par lesquels on usoit le plus en Flandres, et leur dist: « Je qui 
sui vostres sires, vous me tenës en dangier, lequel je n'ai point 
apris, car à painnes puis je aler pissier que trois ou quatre gardes 
ne soient sur mi. Je considère mon estât et l'ai considère à grant 
loisir, ce temps que je ai chi séjourne. Dur me seroit d'estriver 
contre l'agillon. Il m'est avis que vous m'amës et amës l'onnour 
de mon pais de Flandres, qui me volés marier à la fille le roi 
d'Engleterre. Je voel bien procéder avant en ce mariage, mais que 
sainte Eglise s'i asente. » 

Qant ses gens l'olrent parler sus celle fourme, laquelle il desi-* 
roient à olr, si furent resjol, et le missent tantos hors de prison, 
et li acordèrent une partie de ses déduis, tant que d'aler des ois- 
siaus en rivière. Ace estoit il moult enclins, mais il i avoit toutdis 
sur li bonnes gardes, à la fin que il ne lor escapast ou fiist emblës; 
et l'avoient les gardes empris à garder sus l'abandon de lors 
testes. Si en estoient tant plus songneus, et si estoient les gardes 
dou tout de la favour le roi d'Engleterre, et le gettoient si pries 
que à painnes pooit il aler pissier. 

On segnefia au roi d'Engleterre cel estât, et que li jones contes 
de Flandres estoit hors de prison et en volentë de prendre sa fille 
par mariage. De ces nouvelles fu li dis rois tous resjols, et 
renvoia en Flandres l'evesque de Harfort, le conte de Norhan- 
tonne et messire Jehan de Biaucamp. Et vinrent à Bruges en 



254 CHRONIQUES DE J. FR0I6SAAT. [1347] 

grant estât, et furent liement recea des signeurs de la ville; et de 
là il cevauchièrent à Gant, aaqnns bourgeois de Brages des plus 
notables en lor compagnie. Cfail qui gouvrenoient pour ce temps 
le jone conte de Flandres et la viJle de Gant, requellièrent toute 
celle compagnie liement; et i furent fais et moustrës grans apro- 
cemens d'amour. 

La conclusion fu telle que li contes fu tellement mènes de pa- 
role^, tant de ses gens que de ces signeurs d'Engletere, que il 
s'acorda à ce et dist de bonne volentë, par samblant, que volentiers 
il procederoit avant ou mariage, mais que sainte Eglise s'i aseo:- 
tesist, car il estoient moult proçain de linage. Les Englès se fis- 
sent fort et se cargîèrent de cela, et dissent que jà pour la 
dispensation, li mariages ne se laisseroit à faire; et retournèrent, 
qant il orent este bien festoiiet, arrière devant Calais, et recor- 
dèrent tout ce que il avoient trouve, ol et veu en Flandres au roi 
et à son consel : desquèles coses li rois se contenta grandement, 
et moult amoit cheuls de Flandres, et disoit que il estoient bien 
si ami. Ceste cose se procéda et aproca sus les couvenances que 
Lois, li Jones contes de Flandres, avoit eu as ambassadeurs de par 
le roi d'Engleterre, et à ses gens, aussi en la ville de Gant. Et 
forent escript et segnefîiet li rois et la roine d'Engleterre noto- 
rement par tous les consauls des bonnes villes de Flandres et 
don tieroit dou Franc , escript et seelet conjointement ensamble, 
que il vosbsent estre et leur fille en la ville de Berghes, entre 
Saint Omer et Bourbourch, et que là il seroient à rencontre de 
li, et aueroient leur signeur tel que li mariages se concluroit là. 

Vous devës sçavoir que li rois et la roine d'Engleterre furent 
grandement resjol. Et ne fîi riens espargniet pour estas tenir à 
celle journée. Et vinrent au Noef Port les Flamens, et encores 
plus priés en une aultre bonne ville priés des dunes, que on dist 
Vome. Tous li pais de là environ fu raempHs des bonnes gens 
sus la poissance de Flandres, tant de par le roi d'Engleterre com- 
me de par le pais de Flandres. Et vinrent li plus notable homme 
et li plus autentiqe des bonnes villes de Flandres, en grant estât 
et poissant, en la ditte viUe de Berghes, et i amenèrent lor si- 
gneur le jone conte, qui par samblant faisoit très bonne chière; 
et qant il fii parvenus jusques au roi d'Engleterre, il s'enclina 
tous bas, et aussi fist il à la roine. Li rois d'Engleterre prist le 
jone conte par la main destre moult doucement, et le leva sus et 
puis le conjol et requdlide paroles, et s'escusa moult hnmlement 



[1347] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 302. 255 

de la mort de son père. Et dist, se Dieux le peuist aidier, que 
onqaes tout le jour de la bataille de Creci il ne le vei ne oy par- 
ler, et que, se il l'euist veu, il Teuist pris sus ; mais tels cas sont 
aventures de batailles : <t Tous les fault, biaus fils, passer et 
oublier. » li jones contes, par samblant, se tint de ces escus- 
sauces assës à contens. 

Et puis fu parlé dou mariage; et là ot certains tretiés aleghiës 
et proposés. Et là jfu empris Û mariages dou joue conte Lois de 
Maie, conte de Flandres, et de madamoiselle Isabiel d'Engleterre, 
Et jurèrent les parties à procéder avant et sus grans misses de 
repentises. Et à ce se oblïgièrent les bonnes villes de Flandres et 
Il rois d'Engleterre pour sa fille, mais il couvenoit envoiier en 
Avignon pour la dispensation. De ce se cargoient par acord lirois 
d'Engleterre et les bonnes [villes] de Flandres. Et fu la journée 
de espouser relaxsée jusques à une autre fois, et là en dedens la 
dispensation seroit aceptée et impetrée. Et se départirent de 
Berghes toutes gens, et retournèrent li rois d'Engleterre et la roine 
au siège devant Calais, et enmenèrent lor fille, et li Flamenc, lor 
ûgneur en Flandres. 

De toutes ces avenues estoient trop bien enfourmé li rois de 
France et ses consauls et n'en savoient que imaginer, fors tant 
que il esperoient bien que li contes de Flandres, com jones que 
il fust, avoit sens et soutilleté assés, pour li délivrer de ces 
dangiers, et tout par couvreture et par li sçavoir dissimuler. 

Qant li contes fu retournés en Flandres, et ses gens veirent 
que il voloit ouvrer par lor consel....^ et li furent mis au large 
tous ses déduis et esbatemens, et n'avoit mes sus lui si fort regard 
que il i avoit eu, pour tant que il avoit juret et fianchiet la fille 
au roi d'Engleterre, et de espouser au jour qui ordonnés i estoit, 
mais toutdis reservoit il et avoit réservé la dispensation dou 
pape. 

li rois d'Engleterre et la roine, quoi que il fuissent à siège 
devant Calais, se apparilloient de grant poissance, et metoient 
ouvriers en oevre; et n'i avoit riens espargniet de cambres, d'abis, 
de rices jeuiauls, pour donner au jour des espousailles. Et aussi 
tout signeur et toutes dames, qui là estoient au siège, s'en efibr- 
çoient pour estre en ces jours en grant estât et estofé oultre 
mesure. 

1* Lacune* 



2M CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] 

Li Jones contes de Flandres, liquels estoit revenus en pais en- 
tre ses gens, ensi que vous savés, aloit tous les jours en rivière 
et moustroit par samblant que chils mariages à Isabiel d'Engle- 
terre li plaisoit très grandement bien. Et s'en tenoient li Flamenc, 
ensi que pour tout, asegurë ; et n'i avoit mes sus li si grant re- 
gard comme en devant. Qant chils contes vei que la journée apro- 
çoit que il devoit retourner à Berghes et pour espouser la fille 
d'Engleterre, laquelle cose il ne voloit nullement faire, quoique 
juré et promis l'euist par foi fianchie, il se apensa que i^ meteroit 
tout pour tout. 

Et avint que un jour il estoit aies rivoiier, et jetta son fau* 
connier un faucon apriès le hairon, et li contes aussi un. Et se 
missent chil doi faucon en cange, et li contes apriès en quoitant 
son ceval et moustrans que il le vosist ravoir ; et disoit en ce- 
vauçant : « Hoie I hoie 1 » Et qant il fu eslongiés et que il ot 
l'avantage des camps, il feri cheval des esporons et cevauça tout- 
dis avant, sans retourner, par telle manière que ses gardes le 
perdirent. Point ne sçai se de ce fait il furent coupable, mais il 
en fissent moult l'esfraë et le courouchië; et n'osèrent retourner 
en Flandres, tant que les coses furent remises en aultre estât. Li 
Jones contes de Flandres, qant il se f u ensi emblés, s'en vint à 
Saint Venant et trouva le signeur qui li fist très bonne chière; 
car il avoit esté son mestre et l'af oit plus introduit ens es ois- 
siaus que nuls aultres. Et fu li sires de Saint Venant moult resjols 
de ce que il estoit ensi issus des dangiers le roi d'Engleterre et 
des Flamens, et l'amena bien acompagniésà Pieronneen Vermen- 
dois deviers le roi de France qui là se tenoit. 

Qant li rois Phelippes vei son cousin, le conte de Flandres, et 
il l'ot oy parler conment il avoit lobé les Englois et les Flamens, 
et issus de lors dangiers par grande soutilleté, si en fii moult 
resjols et dist : a Biaus cousins, vous estes li bien venus : vous 
avés trop bien esploitié. Laissiés ces Englois et nostre adversaire 
marier sa fille ailleurs. Vous n'en avés que faire. Je vous marierai 
en Braibant. Ce mariage là vous sera mieuls à la main et plus 
propisces et pour véstre pais aussi, que ne seroit chils d'Engle- 
terre. » li Jones contes de Flandres acorda au roi toute sa pa- 
role et li dist: « Monsigneur, pour tant que je m'encline plus au 
mariage de la fiUe au duch de Braibant que à ceste d'Engleterre, 
ai je fait ce que je ai fût, et me sui départis de mon pais et de 
mes gens sans congiet. Je ne sai mais qant je i retournerai. » 



[1347] VARUNTES DU PREBilER LIVRE, $ 302. 287 

Respondi li rois : « Vous avës très bien fait, et tous en sçai bon 
gré^ et aussi doient faire tout chil qui vous ainment et vostre 
honnour. » 

Ensi demora li jones contes de Flandres un grant temps dalës 
le roi de France, et ne levoit nulles rentes ne revenues dou pais 
de Flandres. Et se tenoient li Flamench à deceu de ce que il ne 
l'avoient mieuls garde. Et afin que li rois d'Engleterre ne se me- 
rancoliast sus euls, car trop le doubtoient à courouchier, les 
consauk des bonnes viles de Flandres, liquel avoient este as con- 
venances prendre et jurer dou mariage de lor signeur et de la 
fille le roi d'Engleterre, s'en vinrent devant Calais euls esquser 
au roi desus nonmë; et moustrèrent de fait, de parole et de sam- 
blant, que il estoient moult courouchië de ce que lors sires defalloit 
ensi sur ce qu il avoit couvenenchië et jure. Li rois d'Engleterre, 
qui voloit tenir à amour les Flamens, car à venir à son entente 
de Calais il le pooient trop grandement valoir, tint lors escu- 
sances à bonnes ; et dist bien que de tout ce que li contes avoit 
fait, et de sa foi que il avoit mentie à tout le mains il estoit en 
procès dou mentir, il tenoit bien je pais de Flandres pour esqusë. 
De ceste response remerciièrent li Flamenc le roi d'Engleterre, 
et se ofinrent àestre apparilliet au roi, et de venir devant Calais, 
trois jours apriès ce que il en seroient requis et semons. Li rois 
d'Engleterre ne. renonça pas à ces offres, mais les tint à très bon* 
nés et les en remercia. Chil Flamenc prissent congiet au roi, 
et puis il s'en retournèrent en Flandres, et li rois demora devant 
Calais. 

Vous àevés savoir que li dus de Braibant, qui tendoit et avoit 
tendu un lonc temps à marier sa fille Margerite au joue conte de 
Flandres, fu trop grandement resjols, jà fust il* cousins germains 
au roi d'Engleterre, qant il sceut la veritë conment li caates de 
Flandres avoit tronpé le roi d'Engleterre et les Flamens, et avoit 
briûet le mariage de la fille d'Engleterre, et n'avoit nulle affec- 
tion de le prendre, mais pour l'eslongier, en estoit volés en France 
et se tenoit dalës le roi de France et madame sa mère qui trop 
fort haioit les Englois, et li disoit moult souvent: « Lois,' se vous 
euissiés procédé avant ou mariage d'Engleterre et pris la fille de 
celi qui vous a vostre père mort, je fuisse très tos morte d'anoi, 
ne jamais en ce monde de vous n'euissiés eu honnour. » — 
« Madame, respondoit li contes, jamais je ne m'i fuisse acordës; 
et ce qui en a este ùdt à la promotion de mes gens, c'a esté par 

XV— 17 



858 CHRONIQUES DE J. FROISSART« [1347] 

force et par constrainte. Si me couvenoit trouver voie et cao- 
telle, conment je me peaisse de eiils délivrer. Or Tai fait, et pour 
perdre rentes et revenues en Flandres, jamais en ce dangier je 
ne me meterai. » 

Ensi apaisoit li jones contes de Flandres sa dame de mère. Et 
li dus de Braibant, qui tiroit à venir à son entente, procuroît 
trop fort par tous les bons moiîens que il pooit avoir deviers le 
roi de France, que sa fille Margerite peuist venir par mariage au 
conte de Flandres ; et lui prometoit, là où li mariages se feroit, 
que il romperoit et briseroit le pourpos des Alemans, que jamais 
n'en seroit grèves ne guerriiés, et aideroit mesire Carie de Boes- 
me, roi d'Alemagne, à parvenir à la pwfection de l'Empire. li 
rois de France recevoit toutes ces paroles en bien, et rescripsoit 
doucement deviers le duch de Braibant, et li donnoit à entendre 
que li jones .contes de Flandres prenderoit sa fille. F^" 435 
et 136. 

P. 34, 1. 37 : gardes. — Ms. B 6 : mais il (les Flamands) en- 
Toieroient tondis trente de leurs hommes bourgois qui sy près le 
gaiteroient que à paine poroit il aller pisser; et n'avoit de son 
consail privet que deus chevaliers : encores estoient il Flamens. 
F» 376. 

P. 34, 1. 31 et P. 35, 1. 1 et 2: Ceste... en couvent. — 
Mts. Aià Ij i\ à 14, 18 à 38 : Ceste chose se procéda et du- 
ra tant que le jeune conte ot en convenant. F^ 164. 

P. 35, 1. 20: conjoy. —Ms.BZi froissoit. P» 143 v*. 

P. 36, 1. 22 et 23: quel samblant... dedentrainnement. — 
Mss. Ai ^ 6, 11 A 14, 15 ^ 17 : quelque samblant qu'il mons- 
trat au dehors, il avoît dedens. F* 162 V. — Mss. A 8 à 10: 
quel semblant qu'il monstroit au dehors , il ^voit dedens. — • 
Mst. ^ 23 à 29 : quelque semblant qu'il monstrast forafamement, 
il avoit dedens. F^ 178 ^. — Mss, u^ 30 à 33 : quelque semblant 
qu'il monstrast au dehors, il avoit ens. F* 195 v®. — Mss. ^18, 
19 : quelque semblant qu'il monstrast deforainement, il avoit în- 
teramement. F^ 166 v^. — Ms, B 3 : quelque semblant qu'il 
monstrast dehors, il avoit en son courage toujours les Françob. 
F» 144. 

P. 36, 1. 25: en rivière. — Mss. udT 23 A 29 : sur l'eaue. 
F* 230 V*. 

P. 36, 1. 25 : en. — Mss. ^^ 30a 33, B 3: sur la. F'i95 v«. 

P. 36, 1. 29: cil doy faucon. — Ms. B 6 : l'un de ses fau* 



[1347] VâRIAMTES DU PREMIER LIVRE, g 303. 289 

consala chargieraucange, et ses fauconniers après pour le loirer. 
F* 377 et 378. 

P. 36,1.29: en cange.—Mss. ^1^ 33 : en chace.F<> 162v«. 
— Ms» £ 3 : en champs. P* 444. 

P. 36, 1. 30 : les lorier. — Mss. ^ 1 à 7, il à i4: le loirier. 
Mss. jiSàiO: les loirrer. F» 144 V. — Mss. ^ 15 à 17 : les 
loirer. F* 161.— ilf«. ^ 18, 19: le loirier. F* iS^V. — Mss.A 
20 a 22 : le loirer. F* 230 v^. — Mss. urf 23 « 29 : le lorier. 
F» 178 v*. — Mss. JZOàZS: les suir. F» 195 v«. — Ms. BZ: 
les leurrer. F* 144. — Ms. i? 4: le loyrier. F® 135 V. 

P. 37, 1. 11 : deceus. — Ms.Bd: Mais pour ce ne demora mie 
que les Flamens ne confortaissent tondis les Englès, et vidèrent 
pluiseurs fois hors et furent devant Aire et devant Saint Omer; 
et ardirent tout le pais d'environ et le bonne chitë de Terouané, 
et toudis en confortant les Englès. F^ 378. 

§ 503. P. 37, 1. 17: En ce temps. — Ms. de Rome: Ensi 
demorèrent les coses en cel estât un lonch temps, et li sièges se 
tenoit devant Calais. 

En ce temps estoit nouvellement revenus dou voiage dou Saint 
Sépulcre et dou mont de Signal et de Sainte Kateline, chik gen- 
tils chevaliers, messires Robers de Namur ; et l'avoit fait cheva- 
lier au Saint Sépulcre li sires de Spontin. 

Qant messires Robers de Namur fii retournes de ce voiage en 
la conte de Namur, il entendi que li rois d'Engleterre seoit de- 
vant Calais ; si se ordonna à là venir et i vint moult estofeement, 
et se mist au serviche dou roi d'Engleterre. Et le retint li rois 
parmi deus cens livres à Testrelin que il li donna de revenue par 
an ; et en fu bien paiiës, tant que il vesqi. F® 137. 

P. 37, 1. 22 : affectuel. — Mss. A i à Z3: afifetiez. — Ms. B 
4:affeitië. F» 135 v«. 

P. 37, 1. 28 : Robers de Namur. — Ms.B 6 : filz jadis au con- 
te Jehan de Namur. F* 378. 

P. 37, 1. 30 : Jones. — Ms. B 6 : ossy il n'avoit encores est^ 
mandes ne prié du roy Phelippe : sy povoit bien par honneur 
traire devers lequel roy que mieulx luy plaisoit, car il ne tenait 
riens de l'un ne de l'autre; et toutes fois il estoit plus enclin au 
roy d'Engleterre que au roy de France. Sy se party 'le conte de 
Namur en bon arroy, ensy que toudis a fait honnorablement par 
k pais et par le monde, et passa parmy Flandres, et esploita tant 



i60 CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [1346] 

qu'il vint devant Calais. Sy ala devers messire Gautier de Maunj, 
faainuier, lequel l'acointa du conte Derby et de messire Henry de 
Lenclastre. Et cheulx le menèrent devers le roy et la royne, quy 
forent moult resjols de sa venue et le rechurent liement. Et mes- 
sire Robert de Namur estoit grandement en la grâce du roy et 
de la royne pour le cause de son oncle, messire Robert d'Artois, 
de qui il portoit tel nom. Si le retint le roy d'Engleterre et luy 
donna par an trois cens livres à Testrelin, qui vaUent dix huit 
cens frans de Franche ; et luy donna par telle condision que on 
luy pairoit, tant que il vivroit, la dite revenue prendre aulx canges 
à Bruges. Adonc fist hommaige le dit conte au roy d'Engleterre 
et le baisa en la bouche, et demoura devant Calais tant que la 
« ville fut rendue. Après la ville rendue, il s'en ala en Engleterre 
avecques le roy et la royne juer et esbatre et veoir le pais, et 
ossy pour aprendre à congnoîstre les seigneurs et les dames du 
royalme d'Engleterre, dont il desiroit moult de avoir Tacointanche. 
F> 379 v« et 380. 

P. 37, 1. 31 : priiës. — Ms. B 4: près. F« 135 v*. 

P. 38, 1. 18 : trois cens. — Mss, ^ 20 à 22 : cinq cens. 
P>231. 

§ 504. P. 38, 1. 23 : Je me sui. — Ms, d Amiens: Le siège 
estant devant Callais, tondis guerioient en Bretaingne enssamble 
messires Caries de Blois et la comtesse de Montfort. li roys de 
France confortoit monseigneur Carie, son nepveu, et la ditte 
comtesse confortoit li roys d'Engleterre. 

Or estoient en Bretaingne venu, de par le dit roy d'Engleterre, 
doy moult vaillant chevalier avoec une cuandtë de gens d^armes 
et d'archiers, dont on noummoit l'un messire Thummas d'An- 
goume, [et l'autre] monseigneur Jehan de Harteceile; si se 
tenoient en le ville de Hainbon. Avoecq eulx avoit un autre che- 
valier, breton bretonnant, qui s'apelloit messires Tangis dou 
Castiel. Si assamblèrent chil troy chevalier dessus noummet un 
jour ce qu'il peurent avoir de gens, en instance que pour aller 
assegier une ville et un castiel qui s'apelle le Roce Deurient : si 
en estoit cappitainne Tassars de Ghinnes, ungs moult appers 
escuierz. 

Quant li Englès et li Breton furent là venu par devant, il asse- 
gièrent le Roce Deurient tout environ, et le assaillirent forte- 
ment. Or y eut tant de meschief que cil de le ville estoient 



[1346] VAIOANTES DU PREMIER LIVRE, S 304. 261 

mieux de Tacort la comtesse de Montfort que de monsîgnear 
Carie. Si se tournèrent deviers la comtesse et li escuiers ossi, et 
demoura cappittainne. 

Quant messire Carie de Blois le seut, si en fu moût courouc- 
cbiës, et manda partout gens où il les peut avoir, et par especial 
grant iiiisson de chevalerie en Bretaingne et en Normendie. Si 
vint à seize cens armurez de fier et quatre cens chevaliers et bien 
douze mil hommez de piet mettre le siège devant le Roce Deu- 
rient, et comnmenchièrent le ville à assaillir fortement et le as- 
trainssent grandement. 

Ces nouvellez vinrent à la comtesse et as chevaliers englès et 
bretons comment on avoit le Roce Deurient assis. Si se pourvei 
tantost la dite contesse et manda gens partout où elle les peut 
avoir, et eult bien mil armurez de fier et quinze mil hommez de 
piet. Si s'esmurent ces gens d'armes et aprochièrent les Fniir- 
chois. Quant il furent à deux lieuwes priés de Thost monsigneur 
Carie, il se logièrent sus une rivierre celle nuit, à l'entente que 
de combattre à lendemain. Et quant il furent logiet et mis à 
repos, monsigneur Thummas d'Anghoume et messires Jehans de 
Hartecelle prissent le moitiet de leurs gens et les fissent armer 
et monter à cheval, et s'en allèrent devant mienuit ferir en l'ost 
monseigneur Carie à l'un des costéz, et y fissent moult grant 
dammaige. 

Adonc s'estourmy li hos, et furent tantost tout arme. ÏA En- 
glès et li Breton arestèrent si longement qu'il ne se peurent re- 
traire, et furent enclos et combatu dez gens monsigneur Carie, 
et tellement combatu que mort et pris le plus grant partie. Et y 
fu pris et navrés durement messires Thumas d'Anghoume ; et 
messires Jehans de Hartecelle se retraist au' mieux qu'il peut et 
revint si comme tous desconfis à leur host, et leur conta se 
aventure. ?• 97 v*. 

— Ms. de Rome : Je me sui longement tenus à parler des 
gerres de Bretagne et de mesure Carie de Blois et de la contesse 
de Montfort. La cause pourquoi je m'en sui soufiers, c'a este 
pour les trieuves qui furent prisses devant la chitë de Vennes, 
lesquelles furent moult bien tenues et gardées. Et joirent assés 
pasieuvlement toutes les parties, casquns et casqune, de ce que 
sien estoit et que en devant il tenoit. Et sitos que elles furent 
passées, il conmenchièrent à guerriier fortement, li rois de 
France à conforter mesire Carie de Blois son neveu, et li rois 



962 GBRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] 

dllngleterre, la contesse de Mcmtforty ensi que pronmis et oon- 
venenchiet li avoit« 

Et estoient venu en Bretagne, de par le roi d'Engleterre, doi 
moult vaillant chevalier, et départi dou siège de Calais, k tout 
deus cens hommes d'armes et quatre cens archiers. Les noms des 
chevaliers furent tel : mesire Thomas d'Agoume et mesire Jehan 
de Hartecelle ; et se tenoient dalës la ditte contesse en la ville de 
Hainbon. Avoecques euls avoit un chevalier breton bretonnant, 
moult vaillant honme, qui se nonmoit mesires Tangis dou Chas- 
tiel. Et faisoient souvent ces Englois et ces Bretons des issues et 
cevauchies contre, les gens mesire Carie de Blois et sus le pais 
qui se tenoit de sa partie, et les gens à mesire Carie aussi sus 
euls. Une ^eure perdoient les uns, et une autre fois gaegnioient. 

Et avint un jour que chil troi chevalier desus nonmet avoient 
mis ensamble grant fuisson de gens d'armes et de saudoiiers à 
piet, et alèrent mettre le siège devant une ville que on dist La 
Roce Deurient, qui se tenoit de messire Carie de Blois, et par 
pluisseurs fob i fissent livrer des assaus. Chil qui dedens estoient, 
se deffendoient vaillanment, tant que riens n'i perdoient. Et 
estoit chapitainne, de par le dit mesire Carie, de la ditte garnison» 
uns esquiers de Piqardie qui se nonmoit Tassars de Chines, ap- 
pert homme d'armes durement. Or i ot un grant meschief, car li 
homme de la ville, les trois pars estoient plus pour la contesse 
de Montfort que pour messire Carie. Et prissent chil homme lor 
chapitainne, et qant il en furent saisi, il dissent que il l'ociroient, 
se il ne se toumoit à lor opinion. Tassars, qui se vei en dur 
parti, pour eslongier la mort, leur dist que il feroit tout ce que 
il vodroient. Sus cel estât, il le laissièrent alef , et leur souffi 
ceste parole ; et conmencièrent à tretiier deviers ces chevaliers 
d'Epgleterre. Trettiés se porta que tout se tournèrent de la par- 
tie la contesse de Montfort, et demora li dis Tassars de Ghines, 
capitains de la Roce Deurient, comme en devant. Ce fait, li 
sièges des Englois se deffist, et retournèrent li chevalier deviers 
la contesse de Montfort à Hainbon, qui toute resjole fîi de ce 
que ses gens avoient si bien esploitië. 

Les nouvelles vinrent à messire Carie de Blois, qui se tenoit 
en la chitë de Nantes, que la ville de la Roce Deurient estoit 
tournée englesce, et la manière conment Tassars de Ghines avoit 
esté menés et pris de fait et de force ; et vosist ou non, aultre« 
ment il euist esté mors, il li convint faire ce marchiez» Qant mesires 



[1347} VARIANTES DU PREMIER LIVRE, g 304. ^63 

Caries entendi ces paroles, si fa durement oourouchiës et dist et 
jura que jamais n'entenderoit à aultre cose, quoique couster li 
deuist, si aueroit repris la Roce Deurient et castoiiet cheuls qui 
ces trettiés avoieut fais, et pris si crueuse venganche que tout li 
aultre s'i exemplieroient. Et fist tantos un très grant mandement 
partout, et s'estendirent ses priières jusques en Normendie. Et fist 
son amas de gens d'armes en la chitë de Nantes et là environ; 
et furent bien seise cens hommes d'armes, dont il estoient quatre 
cens chevaliers et plus, et environ douze mille hommes de piet 
parmi les arbalestriers. Entre ces quatre cens chevaliers avoit 
vingt trois banerès. 

Si départi li dis messires Caries en grant arroi de la chité de 
Nantes, et tout chil signeur et ces gens en sa compagnie ; et es- 
ploitièrent tant que il vinrent devant la Roce Deurient, et bas- 
tirent là le siège grant et fort. Et fissent li signeur drechier grans 
enghiens devant, qui jettoient nuit et jour : dont chil de dedens 
furent tout esbahi et considérèrent Tafaire, et de ceuls qui asegiës 
les avoient et lor poissanche ; et congneurent bien que durer ne 
poroient longement, se il n'estoient conforte. Si segnefiièrent 
lor estât à la contesse de Montfort et as chevaliers d'Engleterre 
et de Rretagne, qui en Hainbon se tenoient, et leur mandoient que 
il fuisent aidië, ensi que en convenant, quant il se tournèrent, 
lor avoient. 

La dite contesse et li troi chevalier desus nonmé , qant il en- 
tendirent ce, jamais pour leur honnour ne l'euissent laissiet. Et 
envoia partout la contesse ses lettres et ses messages, là où eUe 
pensoit à avoir gens, ses soubjès commandoit et ses amis prioit; 
et fist tant que elle ot en petit de temps mille armeures de fier, 
tous bien armés et montes à cheval, et huit mille hommes de piet. 
Qant il furent tout venu, la contesse les reconmenda et mist en 
la garde et conduit des trois chevaliers desus nonmës, qui volen- 
tiers en prisent la carge et le faix. Et se départirent sus celle en- 
tente que pour lever le siège des François qui seoient devant la 
Roce Deurien; et esploitièrent tant que il vinrent à deus petites 
lieues priés de la Roce Deurient, et se logièrent sus une petite 
rivière. Et riens ne savoit mesires Caries de Blois de lor cou- 
venant. 

Qant messires Thomas d'Angoume, messires Jehans de Har- 
tecelle et messires Tangis dou Chastiel et tout h chevalier et 
esquier de lor route, qui là estoient assamblé, furent parvenu à 



264 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [13471 

deus lieues pries de l'oost des François, ils se logièrent au lonch 
de cette rivière, sus l'entente que pour demorer là tonte la nuit 
et à Fendemain aler combatre lors ennemis. Qant il orent soupe 
assës legierement, il considérèrent lor fait et emprise, et dissent 
entre euls li troi chevalier : « Nous ferons armer une partie de 
nostres gens et monter as chevaus, et nous en irons veoir l'oost 
des François droit sus le point de mie nuit; et enterons en 
euls et lor porterons par ce fait très grant damage, et porons 
mieuls pourfiiter par celle manière que demain dou jour venir sus 
euls en bataille, car il sont grant gent et de nobles et rices si- 
gneurs grant fuisson. Si poroit bien avoir demain si grant sens 
entre euls et si bonne ordenance que nous n'i ferions riens. » 

Chils consauls bi tenus, et ordonne tout chil qui se départi- 
roient et chil qui demorroient. Et s'armèrent et montèrent as 
chevas ou conduit des trois chevaliers desus nonmés et cevau- 
cièrent tout quoiement; et droit à l'eure de mie nuit, il se 
boutèrent en l'oost de mesire Carie de Blois à l'un des costës, et 
i fissent de premières venues grant damage, et ocirent, mehagniè- 
rent et abatirent biaucop de gens. li hoos se conmença à es- 
tourmir ; et se courirent armer tout chil qui le plus apparilliet 
estoient, et à venir à force sus ces Englois et Bretons : liquel se 
quidièrent partir, qant il veirent l'oost toute estourmie et retraire 
arrière, mais il ne porent ; car il furent enclos de trois costés et 
combatu et rebouté durement et asprement, et ne porent porter 
ne soustenir, tant que pour celle heure, le fait des François. Et 
y fu pris et moult dolereusement navrés mesîres Thomas d'An- 
goume, et se sauva, au mieuls que il pot, raessires Jehans de 
Hartecelle, et aussi fist messires Tangis dou Chastiel, et se dépar- 
tirent de la bataïQe; mais il i laissièrent une partie de lors gens 
mors et pris. F^ 137. 

P. 39, 1. 6 et 7 : quatre cens. — Mss. ^ 8 a 10 : trpis cens. 
F* 145. 

P. 39, 1. 7 et 8 : d^Augoume. ^^Mss. u/ 20 à 22 : de Gomî. 
P» 221 V*. 

P. 39, 1. 8 : Hartecelle. —Mss. J i à 6, ii à 14, 20 à 22 : 
Artevelle. ¥^ 163. — Mss. A 15 à 17 : Harcelée. P 161 v«.— 
Mts. A 18, 19 : Bartavelle. F» 167. —Mss. utf 20 à 33 : Harte- 
velle. F» 179. — if*. B 3 : Artecelle. F* 144 v«. 

P. 39, 1. 12 : Tanguis. — Mss. AU à 14, 18, 19 : Tanne- 
guy. F» 154. 



[1347] VAMANTES DU PRElflER LIVRE, S 305. 265 

P. 39, 1. 24 : le Roce Deurient. — Mss. Ai à e, i^ à il : 
la Roche Derien. F* 463. — Ms. A 1 : la Roche Derian. 
F» 154 v«. — Mss. A a à 14, 23 à 33 : la Roche Darien. 
F» 154. — Mss, ^ 18 À 22 : la Roche Darian. — Ms. B Z : 
Rochebriant. P> 144 v®. < 

P. 40, 1. 18 : seize cens. — Mss. udf 15 ^ 17 : dix huit cens. 
F» 162. 

P. 40, 1. 19 : douze mil. — Mss. A ii à 14, 18 à 22 : deux 
mil. P 154. 

P. 40, 1. 20 : cheyaliers.— JlfjTJ.u^l a 6 : archers. F* 163 v*. 

P. 41, 1. 4: mil. — Ms. B 6 : lanches et quinze mille hom- 
mes à piet et quinze cens archiës. P* 383. 

P. 41 , 1. 4 : armeures de fier. — Mss. j9 3, 4 : honmies 
d'armes. F* 144 v*. 

P. 41, 1. 4 et 5 : huit mil. — Mss. A i à%,ii à 14, 18 à 
22 : huit cens. F* 163 v«. 

P. 41, 1. 25 : à l'un des costës. — Ms. ^ 29 : Et prindrent à 
coupper cordes et abbatre trefs, tentes et pavillons et à occir et 
mehaingnier gens en grand nombre ; et tellement se contindrent 
et si longuement en ce faisant, que l'ost des François et Bretons 
fust de toutes parts estourmi et mis en armes, grands et petits. 
Et lors chascun se retrait dessous son enseigne, par ainsi la 
meslëe ne se povoit d'illecq partir sans battaille. Là furent iceulx 
Àngloys assez tost enclos et combattus moult asprement par les 
Françoys et Bretons, dont ils ne purent soutenir le fais pour la 
grant multitude qui les environnoit. Et là iîit prins, très doulou- 
reusement nayrë, monseigneur Thomas d'Agome ; et se sauva le 
mieux qu'il peut le dit monseigneur Jehan d'Artecelle et une 
partie de ses gens. Mab la greigneur partie y demoura morts ou 
prins. Et retourna monseigneur Jehan avecques ceux qui eschap- 
per povoyent ; si raconta à monseigneur Tanegui du Chastel et 
aux autres son aventure, dont tous furent moult dolens. Lors ils 
eurent conseil qu'ils retoumeroyent devers Haimbont. 

P. 41, 1. 31 et p. 42, 1. 1 : d'Agoume. — Ms. B 3 ajoute : 
luy vingtième de bons compaignons. F* 384. 

S 30tt. P. 42, 1. 11 : A celle. — Ms. d! Amiens: A celle 
heure estoit là descendus, à tout cent armurez de fier, ungs 
mont vaillans chevaliers englès qui dist, se il en estoit creus, il 
cevauceroit deviers les ennemis et rescouroit ses compaignons. 



266 GHRONIQUBS DE J. FROISSART. [1347] 

oailparperderoit tout; il en fa creus: il prist le demourant de 
Tost et se parti à celle heure, et vint ferir en l'ost messire Carie, 
environ soleil levant. 

Li Franchois, qui cuidoient avoir tout desconfi, dormoient en 
leurs logeis et estoient tout désarme ; si furent tout esbahi, quant 
il olrenC criier : « A l'arme! » Nonpourquant il s'armèrent dou 
plus tost qu'il peurent ; mais ainschois qu'il fuissent tout recueil- 
liât, li Breton et li Englès leur portèrent tel dammaige, qu'il 
rescoussent leur compaignons et desconfirent monseigneur Carie 
de Blois, et y fu pris. Et mors que prb y eut ce jour plus de deux 
cens chevaliers, dont il en y avoit vingt trois à bannierre ; et y 
eut bien mors troi mil hommez, et li demourans s'enfuirent, et 
gaegnièrent tentes et très et tout ce qu'il avoient là amenet et 
achariiet. Si retournèrent li Englès à tout leur concquès à Hain- 
bon deviers la contesse, qui leur fist grant feste. Si âi li dis mes- 
sire Cariez envoiiës en Engleterre. F* 97 v*. 

«- Ms, de Rome : Et retournèrent chil doi chevalier sus lors lo- 
geis, ensi que tous desconfis, et furent sus un estât que de tantos 
départir de là et retourner arrière, qant evous descendu et venu 
entre eqls un vaillant cavalier breton bretonnant, qui se nonmoit 
messires Garniers de Quadugal, et amenoit en 'sa compagnie cent 
lances de bonnes gens, tous à élection. Si tretos que U fu venus, 
li compagnon encrent grant jbie ; mais non obstant sa venue, en* 
cores se voloient ils départir de la place, et ne se tenoient pas 
bien aseguret. 

Qant messires Garniers de Quadugal les vei en cel efiBroi^ si leur 
demanda que il lor falloit. Li doi chevalier, qui retourne estoient 
de la besongne, li recordèrent sus briefs paroles com il avoient 
cevauchiet devant la Roce Dorient et conment il avoient esté 
met jus, et estoit demorés prisonniers mesires Thomas d'Agoume 
et encores pluisseurs autres chevaliers et esquiers: a Et ne veons 
point de rescouse en cela, et pour ce, nous volons nous retraire 
et retourner en Hainbon. Se nous perdons la Roce Deurient pour 
celle fois, une aultre fois venra que nous le recouverons. Il n'a 
pas deus mois que nous le conquesimes. Une fois desoos et l'autre 
desus, ce sont li estât de geire. » 

Qant messires Garniers les ot ol parler, il fu moult esmervillià 
et considéra en se moi meismes tout lor estât et ces paroles, et 
pensa sus un petit; et puis, ensi comme inspirés de grant proèce, 
dist : « Biau signeur et mi compagnoui metës aultre arroi et 



[1347] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 305. 267 

ordenance en Vous, et me crées de ce que je vous dirai, et grans 
biens vous en venra. Nous ferons armer et monter à cheval tons 
ceuls qui chevaus ont; et cbeuls de piet nous les ferons sievir. 
Vous dites que il n'i a que deus petites lieues de chi en Toost des 
François. Nous les courrons sus de grande volentë ; il quident 
avoir tout achievë, et se tient tous asegurés, ou il donnent et se 
reposent ou il menguent et boivent : il sont si raempli de glore, 
pour tant que il vous ont met jus, que il ne font point de gait, et sont, 
par le parti que je vous di, moult legier à desconfire et à ruer jus. » 

Qant li doi chevalier olrent parler messire Gamier, tantos il 
s'acordèrent à son pourpos. Et fu conmandë à tout homme que 
il fust armés et appariUiës, et que on sievist les trob pennons des 
trois chevaliers, quelle part que il vosissent aler. Tout se armè- 
rent à cheval et à piet, et se missent au cemin, en grant volenté 
de lors corps aventurer, et messires Gamiers et messires Jehans 
de Hartecelle tout devant; et messires Tangis conduissoit ceuls de 
piet et les hastoit ce que il pooit. 

Taût ceminèrent que, droit sus le point dou jour, il entrèrent 
eus es logeis de messire Carie de Blois et trouvèrent que il i fai- 
soit aussi quoit que tout fuissent endormi, et aussi estoient il le 
plus et sans gait; car, ensi que dit avoit messires Gamiers, il 
estoient si resjol de l'aventure que il avoient eu , et de ce que il 
avoient met jus, ce lor sambloit, lors enemis, et retenu lor capi- 
tainne, que il ne se doubtoientde nului, et par ce furent il deceu* 
Car il chil qui vinrent sus euls, frès et nouviaus, les envairent 
tellement et les prissent si sus un piet que il n'eurent loisir ne 
espasse de eub armer ; mais s'espardirent ces gens bretons, tant 
à piet comme à cheval, tout contreval Tost, et conmenchièrentà 
ruer jus tentes et trefs et à reverser l'un sus l'autre et à abatre 
hommes, mehagnier et ocire. Et trouvèrent ces grans barons de 
Bretagne et de Normendie, les auquns qui estoient couchiës, les. 
autres qui se tostoient devant les feus en lors logeis tous désar- 
mes, euls et lors gens. Là furent il pris à petit de fait et de 
deffense. Finablement , la besongne se porta si mal pour mesiA 
Carie de Blois et ses gens et si bien pour ceuls qui les envairent, 
que messires Caries fu pris et fiandës : aultrement il euist eslë 
mors , et la plus grant partie des barons et des chevahers fran- 
çois et normans. EU [fu]resqous messires Thomas d'Agoume qui 
gissoit tous navres sus une quouce en la tente messire Carie de 
Blob, et resqous tout chil qui pris estoient. 



268 CHRONIQUES DB J. FROISSART. [1347] 

Ensi YODt les aventures, mais ceste fu trop grande ; et furent 
desconfi et mis en cace tout chil qui devant la Roce Deuriant se 
t^iKoient. Et orent les Englois et les Bretons très grans conques, 
et en donnèrent largement et laissièrent prendre à ceuls de la gar- 
nison, et retournèrent à tout lor pourfit et prisonniers à Hainbon 
deviers la contesse ; mais mesires Jehans de Harteoelle ne mena 
point là mesure Carie de Blois, son prisonnier, mais d'aultre part, 
où il en fil mieuls mestres que il n'euist este. Toutes fois, la con- 
tesse de Montfort laissa bieUement convenir ses gens de lors pri- 
sonniers , et avoit fait tous jours en devant. Aultrement il ne 
Teuissent point servi, car ce que il prendoient estoit lour; et qant 
il estoient pris, il se rachetoient. Mais laditte contesse de Mont* 
fort fu trop grandement resjole de la prise de son adversaire. 
Carie de Blois, car elle imagina que sa guerre en seroit plus belle, 
et que li rois <l'Engleterre le vodroit avoir et le acateroit au che- 
valier englès qui pris Tavoit. 

Se la contesse de Montfort fu resjole, la fenme à messire Carie 
de Blois, qui se tenoit en Nantes et qui se nonmoit ducoise de 
Bretagne, fu durement courouchie et à bonne cause, car elle se 
veoit eslongie de consel et de comfort. Nequedent elle prist et 
requelli le frain aux dens et moustra corage d'onme et de lion, et 
retint tous les compagnons, chevaliers et esquiers, qui de sa par* 
tie estoient, et fist le visconte de Rohem et messire Robert de 
Biaumanoir, capitainnes et regars de sa chevalerie. Et qant che- 
valiers et esquiers vendent deviers li en son service, elle lor 
moustroit deus biaus fils que elle avoit de messire Carie de Blois 
son mari, Jehan et Gui, et disoit : « Vechi mes enfans et hiretiers. 
Se lors pères vous a bien fait, je et li enfant vous ferons encores 
mieuls. » Et cevauça li ditte dame de ville en ville et de for- 
terèce en forterèce qui pour li se tenoient, en rafresqissant et 
en rencoragant ceuls que mesires Caries de Blois, son mari, i 
avoit mis et establis. Et fist la dame aussi bonne gerre et aussi 
forte à rencontre de la contesse de Montfort et de ses gens, 
cAnme en devant mesires Caries, son mari, et ses gens avoient 
fait. Ausi li rois Phelippes, qui oncles estoit de mesire Carie de 
Blois, qui bien l'ama et qui trop fii courouciés de ceste aventure 
qui avenue estoit devant la Roce Deurient,pour conforter sa cou- 
sine, i envoia tous jours gens en Bretagne, pour garder le pais et 
deffendre contre les Englois. 

Qant les nouvelles vinrent devant Calais au roi d'Engleterre et 



[4347] VARIANTES DU PREBilER LIVRE, $ 306. 269 

as signeurs que mesires Caries de Blois avoit este rues jus en Bre- 
tagne devant la Roce Deurient, et U sceurent la fourme de Forde- 
nance conment, il tinrent le fait à grant et à notable et ravenlure 
à belle. Et escrîpsi tantos li rois à mesire Jehan de Hatecele et li 
manda que, dou plus tos que il peuist, il le venist veoir devant 
Calais et menast messire Carie de Blois, son prisonnier, en Engle- 
terre. Li cevaliers obéi as lettres dou roi son signeur, ce fii rai- 
sons, et mena mesire Carie de Blois en Engleterre et le mist eus 
ou chastiel à Lopdres avoecques le roy David d'Escoces; et là 
jeuoient ils et s'esbatoient as escès et as tables. Et puis s'en vint 
mesures Jehans de Hartecelle par mer devant Calais veoir le roi 
d'Engleterre et la roine et les signeurs, qui li fissent très bonne 
chière. Or parlerons nous dou roi Phelippe de France. F^ 138. 

P. 42, 1. 11 et 12: entnies. — Ms. A 7 : entrementières. 
F* 155. 

P. 42, 1. 14 et 15: armeures de fer. — Ms, B 4 : hommes 
d armes. F* 136 v«. 

P. 43, 1. 7 : meschief. — Ms. A 29 : Ainsi fn l'ost de France 
surprins tellement que la plupart n'eurent loisir d'eulx armer ne 
traire aux champs ; et si y furent occis le plus en leurs tentes et 
logis de la partie de monseigneur Charles de Bloys, plus de deux 
cens chevaliers et escuyers et quattre mille autres gens. Là fu pris 
le dit monseigneur Charles, et tous les barons de Bretaigne et 
de Normendie, qui avec luy estoyent en celle besongne. Et fu là 
resGous monseigneur Thomas d'Agorne et tous ceux qui en celle 
nuit avoient este prins par lesFrancoys. 

P. 43, 1. 19 : d'armes. — Af/. B^ \ Sy fut messires Charles 
de Blois envoiiës en Engleterre comme prisonniers au roy englès , 
qui en ot grant joie, qOant il en oit les nouvelles devant Calais 
où il seoit. Ceste bataille de Roche Deuriant fu Fan de grâce mille 
trois cens quarante sept, le septième jour du mois de may. F* 385. 

P. 43, 1. 28 : Bretagne. — AKr. A 29 : et estoit de grant 
emprinse. 

§ 506. P. 44, 1. 4 : Li rois. — Ms. d Amiens : li rois de 
Franche, qui sentoit ses bonnes gens de le ville de Callab dure- 
ment astrains, s'avisa et dist qu'il les voroit comforter et com- 
battre le roy d'Engleterre et lever le siège. Si coummanda par 
tout son royaunune que tout chevalier et escuier fuissent à le feste 
de le Pentecouste en le dtë d'Amienz ou là pries. Chils mande- 



270 CHRONIQUES DE J. FROISSAIT. [1347] 

mens s'estendi partny son royaumme, et y furent. Si y eut grant 
fuisson de prinches, de comtez, de barons, de chevaliers et d'es- 
coiers. Si eut là en la cité d'Ammiens grans conssaulx et grans 
parlemens, coumment on voroit lever le siège de Callais; car on 
disoit bien au roy de Franche que ii Englès estoient en si fort 
lieu, que on ne les pooit avoir. Si se tînt là li roys de France 
iing grant temps sans aller plus avant, et tondis li croissoient 
gens. 

Li roys d'Engleterre, qui se tenoit devant Calais, avoit bien 
entendu que cil de Calais ne se pooient longement tenir, car il 
estoient durement astraint de vivrez, et se ne leur en pooit venir 
nul de nul costë. Encorres fist il clore le pas de le mer dont en 
larecin il leur venoit, et fist faire un castiel de bois sus le rivaige 
assës pries de Calais, et celi ponrveir de canonâ et d'espringalles 
et d'archiers, que nulz n'osoit entrer ne yssir par là à Calais. 
P»97 V». 

— Ms. de Rome : Li rois Phelippes de France, qui sentoit ses 
hommes qui enclos estoient dedens la ville de Calais, moult as- 
trains et opressés, et veoit que li rois d'Engleterre ne s'en de- 
partiroit point, se à force on ne l'en levoit dou siège, et que li 
rois d'Escoce estoit pris et toute la poissance de TEscoce ruée 
jus, dont il avoit eu espérance que par la guerre que les Escos 
enissent fait en Engleterre, li rois englois se fost levé don siège 
de devant Calais, or estoit tout dou contraire, et bien trouvoît 
qui li disoit : « Chiers sires, il vous fault ces bonnes gens con- 
forter, car se vous perdes la forte ville de Calais, ce vous sera 
mis trop grans prejudisses et à vostre roiaubne, et aueront les 
Englois trop biel à venir et à ariver à Calais et courir en France 
et là retraire et retourner en lor pais. » Li rois, qui fu uns 
moult vaillans homs et moult usés d'armes, car de sa jonèce il les 
avoit acoustumées et continuées, consideroit bien toutes ces 
coses, et sentoit aussi que on li disoit vérité ; si en respondoit 
ensi et disoit : « Par m'ame et par mon corps, vous avés cause 
de tout ce dire, et no uy pourverons; car il nous toumeroit 
voirement à trop grant blâme et damage, se nous perdions 
Calais. » 

Et avint que, sus l'espoir de reconforter ceuls de Calais et lever 
le siège, H rois de France fist un très grant mandement de 
chief en qor son roiaulme, et dist que il ne voloit fors gnerriier 
des gentils hommes dou roiaume de France, et que des conmu* 



[1347] VARIAIfTES DU PRESHER LIVRE, S 306. 271 

nauttfs amener en bataille, ce n'est que tonte perte et empece- 
mens, et que tels manières de genz ne font que fondre en 
bataille, ensi conme la nive font au solel; et bien avoît apam à 
la bataille de Greclii, à la Blanqe Taqe, à Kern en Normendie et 
en tous les lieus où on les avmt menés, et que plus il n'en voloit 
nuls avoir, fors les arbalestriers des chitës et des bonnes villes. 
Bien voloit lor op et lor argent pour paiier les coustages et sau- 
dëes des gentib honmes, et non plus avant ; il deinorassent as 
hostels et gardaissent lors fenmes et lors enlans, il devoit souf<- 
fire, et fesissent leur labeur et marceandise, et les nobles use- 
roient dou mestier d'armes, dont il estoient estruit et introduit. 

JÀ rois de France, en istance que pour conforter la ville de 
Calais et ceuls qui dedens estoient^ aproça les marces de Piqar^ 
die et s'en vint en la chitë de Amiens. Et fu là le jour de la Fan* 
tecouste et toutes les festes, et estendi ses mandemens et con- 
mandemens parmi tout son .roiaulme , et mandoit et conmandoît 
très estroitement que tout venissent sans nul ddai , ses lettres 
veues, en la chitë d'Amiens bu là environ. Pour ces jours estoit 
connestables de France et usoit de l'office messires Jaquemes de 
Bourbon, conte de Pontieu; et estoient mareschal H sires de 
Biaugeu, qui se nonma Edouwars, et li sires de Montmorensi, et 
mestres des arbalestriers , li sires de Saint Venant. Et n'estent 
mais nulle nouvelle en France de messire Godemar dou Fai, 
mais estoit retrais en Normendie, sa nation, et là se tenoit sus le 
sien, ne point il n'estoit en la grâce dou roi. 

Au mandement dou roi de Franoe obéirent tout chil qui furent 
escript et mandé, et vinrent li signeur en grant arroi, premio^ 
ment li dus de Bourgongne, li dus de Bourbon, li contes de Sa- 
voie, mesires Lois de Savoie, son frère, messires Jehans de 
fiainnau, li contes de Namur, li comte de Forois, le daufin d'Au- 
vergne, le conte de Boulongne, le conte de Nerbonne, le conte de 
Pieregorth, le conte de Valentinois, le conte de Saint Pol, et tant 
de hauls barons et sif^urs que mervelles seroit à penser et de- 
triance au nrauner. Et ne sambloit point, quoi que la bataille de 
Greci euist esté en oeUe année, que li roiaulmes de France ne 
fust ausi raemplis, apriès que devant, de noble et poissans cheva- 
lerie, et estoient, qant il forent tout asamblé et nombre, douse 
mille hiaumes. 

Considérés la grant noblèce de gentils hommes , car casquns 
hiaumes doit dou mains avoir cinq hommes dalés li; et estoient 



%n CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] 

vingt quatre mille arbalestriers geneuois, espagnols et hommes 
des chitës et bonnes villes don roiaulme de France, tout en 
compte. Qant il furent venu sus le Mont de Sangate, à deus 
lieues priés de Calais, il se trouvèrent plus de cent mille hom- 
mes. Si ne furent pas sitos venus ne asamblës, car il vinrent 
gens de Gascongne, tels que le conte d'Ermignac, le conte de 
Fois, le conte de Berne, le conte de Quarmain. Et tous les si- 
gneurs manda et pria li rois de France, desquels il pensa à estre 
aidiés, car ce estoit se intension que il leveroit le siège et comn 
bateroit les Englois, et pourtant ^soit il si grandes pourveances. 

Et envola li rois de France des prelas de France et des che- 
valiers pour tretiier as Flamens que il vosissent venir dalés leur 
signeur le conte et faire à lui ce que il dévoient, car voirement 
estoit li Jones contes de Flandres en celle assamblée dou roi. là 
Flamenc li remandèrent par ses gens meismes que il n'avoient 
point de signeur, puisque il se absentoit de euls et ne les voloit 
croire, ne que pour li il ne feroient riensi ne des rentes et reve- 
nues de Fandres il n'en porteroit nulles; et se avoir les voloit, il 
les Yesmi bellement et courtoisement despendre ou pais, et ouvrer 
par lor consel , mais il n'avoit pas encores bien conmencbiet ; et 
se il voloit persévérer en ces opinions, il trouveroit lès Flamens 
plus durs et plus hausters que onques n'eubt fait son père. 

Qant li rois de France entendi ces paroles et les responses des 
Flamens , si les laissa ester, et considéra assés lor manière et vei 
bien que ils n'en aueroit aultre cose, et que point n'enteroît en 
euk sus cel estât pour ratraire à sa volentë, fors par le moiien 
dou duch de Braibant ; mais pour le présent, ils et ses consauls 
estoient cargiet de si grant cose que à ceste des Flamens il ne 
pooit entendre. Si mist li rois de France ceste cose en soufirance 
tant que à une aultre fois, et entendi à voloir lever le siège de 
Calais. 

li rois d'E^leterre, qui se tenoit devant Calais à siège et 
estoit tenus tout le temps, ensi que vous savës, et à grans oous- 
tages, estudioit nuit et jour conment il peuist chiaus de Calais 
le plus constraindre et grever; car bien avoit oy dire que ses 
adversaires, li rois Phelippe de France, faisoit un très grant 
amas de gens d'armes, et que il le voloit venir combatre; et si 
sentoit la ville de Calais si forte que , pour asaut ne escarmuce 
que ils et ses gens y fesissent, ils ne le poroient conqnerre, et 
ces pensées et imaginations le metoient sovent en abusions. Avoeo- 



[1347] VARWmSS DU PREMIER LIVRE, § 306. 273 

qnes ce, sus son réconfort, il sentoit la ville de Calais mal pour- 
▼ene de tous vivres, car là dedens il en i avoit ensi que riens. 

Et encores, pour euls clore et tolir le pas de la mer, il fist 
faire et carpenter un chastiel hault et grant de Ions mairiens et 
de gros, lesquels on aloit coper en la forest de Boulongne, et à 
force de gens les dis mairiens on amenoit et à force de cevaus à 
Wisan ou là pries, et. estoient là boute dedens la mer et acon- 
voiiet jusques sus le sabelon devant Calais. Et là fu fais et car- 
pentés li dis chastiaus, et fîi si fors et si bien bretesqiés que on 
ne le pooit grever. Et qant li chastiaus fii tous ouvrés, li rois 
et ses consauls le fissent asseoir et lever droit sus l'entrée dou 
havene, en l'enbouqure de la mer, et fu pourveus d'espringalles , 
de bonbardes, d'ars à tour et d'aultres instrumens bons et soub- 
tieus. Et furent ordonné, pour garder le havene et le chastiel, à 
la fin que nuls n'entrast ou dit havene oultre lor volenté, sois- 
sante honmes d'armes et deux cens archiers. Ce fîi li ordenance 
qui plus constraindi ceuls de Calais, et qui plus tos les fist 
afamer. 

En ce temps enorta li rois d'Engleterre les Flamens, lesquels 
li rois de France voloit mettre en tretié deviers li et le jone 
conte, leur signeur, ensi que chi dessus est contenu, que il vosis- 
sent issir hors et faire guerre avoecques lui. Et issirent des bonnes 
villes de Flandres et dou tieroit dou Franch bien cent mille Fla- 
mens, et vinrent mettre le siège devant la ville d'Aire, et ardirent 
et destruisirent tout le pais de là environ, Saint Venant, Meure- 
ville, le Gorge, Estelles et le Ventie, le Bassée et tout le pais que 
on dist l'Aleue. De quoi li rois de France, qui faisoit son amas 
de gens d'armes, en envoia grant fuisson en garnison à Saint 
Omer, à Lille et Bietune et par tous les chastiaus, sus les fron- 
tières d'Artois et Boulenois, car on ne sçavoit que les Flamens 
avoient en pensé. Mais li Flamench se retrairent petit à petit, 
qant il orent fait lor escaufée, et retournèrent tous en lors lieus. 
F»- 139 et 140. 

P. 44, 1. 22 : desgamis. — Ms, ^ 6 : Là estoit le duc de 
Bourgongne, le duc de Bourbon, le conte de Poitiers, le conte 
de Fois, le duc de Normendie, aisné filz du roy, le conte d'Ermi- 
gnach, le conte de Savoie, messire Lois de Savoie ses frères, 
messire Jehan de Ha3mau, le conte de Namur, le conte de Forés, 
le conte daufin d'Auveme, le conte de Vendomme. F^' 386 
et 387. 

nr — 18 



274 CHRONIQUES DE J. FROISSART, [1347] 

P. 45, 1. 95 : bosicnt. — Ms. Al : musoit. F> 156. 

P. 46, 1. 3 : soixante. — Mss. ^ 8 ^ 10, 15 ^ 17 : quarante. 
P 146 V*. 

P. 46, 1. 12 : Flandres. -~ Mi. B 6 : environ le Saint Jehan 
Baptiste Tan mil trois cens quarante sept. Et vinrent devant Ayre 
et y mirent le siège. Sy y couvint le roy de Franche envoier 
gens d'armes. Sy envoya de Saint Orner le duc de Bourbon, le 
conte daulpfin d'Auvergne et messire Charles d'Espaigne , et de- 
dens Aire le conte de Danmartin, le conte de Poursien, messire 
Gui de Nielle, le sire de Raineval et messire Joffiroy de Digon; 
et ensy en toutes les fortresses d'Artois mist bonnes gens d'ar- 
mes pour les garder et deffendre contre les dis Flamens qui 
furent pluiseurs fois bien reboutés. Et exillèrent aâonc les Fran- 
chcHS ung parc sur yeaulz que on clamoit la Boe. Et s'en vint le 
roy de France demorer à la bonne chitë d'Aras, pour mieulz en- 
tendre à deffendre le conté d'Artois. F» 388 et 389. 

P. 46, 1. 14 et 15 : le Gorge. — Ms. ^ 7 : la Gorge. F^" 156. 
— Mss. ^ 20 À 22 : la Gorgue. F» 234. 

P. 46, 1. 15 : Estelles. — Mss. u^ 15 ^ 17 : Estoilles, — 
Mss. ^ 20 à 22 : Esterres. F" 234. 

P. 46, L 15 : le Ventie. — Mss. A 15 <^ 17 : la Ventre. 
F* 163 V*. — Mss. ^ 23 tf 33, B 3 : le Ventre. F» 181. 

P. 46, 1. 16 : i'Aloe.— Mss. ^ 20 à 22 : l'Aleue. P 234.— 
Ms. B 3 : l'Alues. P» 146. — Ms. B 4 : l'Aleues. P 137 v*. 

P. 46, 1. 17 : Tieruane. — Ms. A 29 : Quant le roy Philippe 
entendi ces nouvelles, il en fîi tout courrouce. 

S 507. P. 46, 1. 26 : Quant li Flamaich. — Ms. J Amiens: 
Et envoiièrent à grant meschief li chevalier qui dedens Calais es- 
toient, messirez Jehans de Vianne, messires Jehans de Suirie et 
messires Emoulx d'Audehen, leur povreté segnefiier au roy de 
France, et en lui mandant qu'ils fuissent secouru et conforté, 
ou autrement il les couvenoit rendre. Adonc se parti li roys de 
Franche d'Amiens , et coummanda à touttez manierez de gens à 
aprochier Calais. Si chevauchièrent et esploitièrent tant qu'il 
vinrent sus le mont de Sangates, à deux lieuwes de Calais. Si se 
logièrent là li roys et les seigneurs bien et souffisamment; et di- 
soit on adonc que li roys de Franche avoit bien deux cens mil 
hommez en son host. P* 97 v^ et 98. 

— Ms. de Rome : Quant il (les Flamands) furent retrait, li rois 



[i347] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 307. 275 

de France se départi d'Amiens et aproça les marches de Calais, 
en istance de ce que pour conforter messire Jehan de Viane et 
les bons chevaliers et esquiers qui dedens Calais estoient enclos. 
Et vint li rois à Hedin, et là s'aresta pour atendre ses hoos, et 
avoit peuple sans nombre. Qant tout furent venu ceuls de qui il 
se pensoit aidier, il se départi de Hedin et cemina viers la chitë 
de lieruane et là fu deux jours. Et puis s'en départi et cemina 
tout ce plain pais, que on dist l'Alequine, et vint logier entre 
Calais et \^sant, droit sus le mont de Sangates. 

Qant chil de Calab , liquel estoient ens ou chastiel et sus les 
murs de la ville, les veirent premièrement aparoir sus le dit mont 
de Sangates, pennons et banières venteler, il eurent moult grant 
joie et quidièrent tantos estre deslogiet et delivret don dangier 
des Englois; mais qant il veirent que on se logoit, il furent 
plus courouchiet que devant, et leur sambla que point on ne se 
combateroit, et ne savoient que dire de celle venue. F* 140. 

P. 47, 1. 4 : il sentoit. — Ms, B 6 : Entreus que le roy de 
Franche estoit à Aras et ses gens entendoient à guerrier les Fia- 
menS| messagiers chertains ly vinrent de par ses gens qui cô- 
toient dedens Calais asegiës, dont messire Jehan de Vianne, mes- 
sire Jehan de Surie, messire Emoul d'Audrehem, messire Pépin 
de Wère, messire Henry du Bois, qui estoient chiefiE, et encore 
aultres bons chevaliers et escuiers ; et prioient le roy en caritë 
qu'il les volsist hastivement secourir, car vitaille leur estoit 
falie, et ne se povoîent longement tenir. F* 389. 

P. 47, 1. il : pays. — Ms. B 6 : Quant le roy de Franche 
eut este à Heddin environ sept jours, il s'en party à tout son 
grant host et s'en vint par devers Fauquemberghe et s'y loga une 
nuit. Et puis s'en party et vint l'endemain logier entour Ghines 
où tout le pais estoit gastë; mais prouveanches le sievoient de 
tous costës et à grant foison. A l'endemain il se desloga et vint 
logier droit sur le mont de Sangate qui estoit asës près de Calais 
et assés près de l'ost du roy d'Engleterre : sy ques on les po- 
voit bien veoir derement de Fost des Englès et de la ville de 
Calais. Et sachi^s que le roy de Frandie avoit grant ost et grant 
train de seignourie, de gens d'armes et d'aultres gens, que on les 
nombroit à deus cens mille hommes. P 390. 

P. 47, 1. 14 : tout le pays. — Mss. ^ 15 ^ 17 : tout le che- 
min. F* 163 V>. 

P. 47, 1. 15 : l'Alekine. — Mss, ^ 8 à 10, 15 à 17, ^ 3 t 



276 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4347] 

l'Alequine. P 146 y*. — Ms$. ^ 20 <^ 22 : de l'Aleyii, 
F« 234 v«. 

P. 47, 1. 16 : deux cens mil. — Ms$. ^ 20 à 22, ^ 3 : cent 
mille. F» 234 vo. 

P. 47, 1. 22 : arroy. — Ls ms. A 7 ajxmte : on ne se peust 
saouler d'eulz regarder. F* 1 56 vo. 

§ 508. P. 47, 1. 30 : Or vous dirai. — Ms. d Amiens : Or vous 
diray que li roys d'Engleterre fist, quant il seut que li roys de 
France venoit là à si grant host pour combattre à lui et pour 
deslogier de devant Calais, qui tant li avoit coustet de paynne de 
corps et de mise d'argent. Il avisa que li Franchois ne pooient 
venir à lui, ne aprochier son host ne le ville de Calais, fors que 
par Tun des deux pas, ou par les dunes sus le rivaige, ou par de- 
seure là où il avoit grant fuisson de fosses, de crolièrez et de 
mares; et n'y avoit que ung seul pont par où on pewist passer : si 
l'apelloit on le pont de Nulais. Si fist traire- ses naves et ses vais- 
siaux par deviers cez dunez et bien garnir et pourveir de bonbar- 
des, de gens d'armez et d'archiers, par quoy li faos de France 
n'osast ne pewist par là passer; et fist le comte Derbi, son cousin, 
aller logier sour le dit pont de Nulais à grant fuisson de gens 
d*armes et d'archiers, par quoy li Franchois ne pewissent passer 
parla. 

Entre le mont de Sangatte et le mer, avoit une haute tour que 
trente deus Englès gardoient ; si le aUèrent veoir chil de Tour- 
nay, si le concquissent et abatirent, et ochirent tous ceux qui 
dedens estoient. F* 98. 

— Ms, de Rome : Or vous diray que li rois d'Engleterre fist et 
avoit jà fait, qant il sceut que li rois de France venoit à si grande 
hoost pour li combatre et pour dessegier la ville de Calais , qui 
tant li avoit coustë d'avoir, de gens et de painne de son corps ; 
et si sçavoit bien que il avoit la ditte ville si menée et si astrainte 
que elle ne se pooit longement tenir : se li toumeroit à grant 
contraire, se il le couvenoit ensi de là départir. Si avisa et ima- 
gina li dis rois que U François ne pooient venir à lui, ne apro- 
chier son hoost ne la ville de Calais, fors que par une voie, la- 
quelle venoit tout droit le grant cemin, ou par les dunes de la 
mer, ou par deviers Ghines, Melq et Oie, où il avoit grant fuis- 
son de fossés et de lieus impossibles, pour si grant hoost, à pas- 
^r. Et le lieu et le pas par où 11 François pooient venir le plus 



[i347] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 308. 277 

apparliement, il i a un pont que on dist Nulais, et, de une part et 
d'aultre dou cemin, marescages et croleis si grans et si parfons 
que il ne font point à passer. 

Si fist li rois d'Engleterre traire toutes ses naves et ses vas- 
siaus par deviers les dunes et bien garnir et fumir de bonbardes 
et d'archiers et de tous tels atoumemens de deffenses, par quoi 
li hoos des François ne peuist ne osast passer par là. Et fist son 
cousin le conte Derbi logier sus le pont de Nulais à grant fîiisson 
de gens d'armes et d*archiers, par quoi li François n'i peuissent 
passer, se il ne passoient parmi les mares qui sont impossible à 
passer. Ensi se fortefia li rois d'Engleterre contre la venue dou 
roi Phelippe. 

Encores ayœcques tout ce, li rois d'Engleterre, qui tenoit à 
amour les Flamens ce que il pooit, les envoia priier et requerre, 
sur certainnes aliances et convenances que il avoient Tun avoec- 
ques l'autre, que il vosissent venir si estofeement au lés deviers 
lor costé, entre Gravelines et Calais, et là logier, et ils leur en 
saueroit très bon gré, et de tant seroit il le plus tenus' deviers 
euls. li Flamens, pour ce temps, furent tout apparilliet de obéir à 
la plaisance dou roi d'Engleterre, car tous les jours il avoient 
mestier de li; si s*esmurent. Et vinrent premiers chil dou tieroit 
dou Franc, et passèrent la rivière de Gravelines, et se logièrent 
assés priés de Calais, et estoient environ vint mille. Apriès vin- 
rent chil de Bruges, chil de Courtrai et de Ippre, et puis chil de 
Gant et de Granmont, d'Audenarde, d'Alos et de Tenremonde. 
Et passèrent toutes ces gens la rivière de Gravelines et de Calais, 
et se logièrent et amanagièrent entre ces deus villes. Ensi fu Ca- 
lais assegie de tous les, ne uns oizellës ne s'en peuist pas partir, 
que il ne fiist veus et congneus et arestés. 

Entre le mont de Sangates et la mer, à l'autre lés deviers Ca* 
lais, avoit une haute tour que trente deux archiers gardoient, et 
tenoient là endroit le passage des dunes pour les François; et 
avoient li dit englois archier, à lor avis, grandement fortefiiet 
de grans doubles fossés. Qant li François furent logiet sus le 
mont de Sangates, ensi que vous avés ol compter, chil de Tour- 
nai, liquel estoient venu servir le roi de France, et pooient estre 
environ quinze cens, perchurent celle tour. Si se traissent de 
celle part , et l'environnèrent et la conmenchièrent à asallir, et 
les Englois qui dedens estoient à euls deffendre; et conmenchièrent 
à traire à euls de grant randon et à blecier et navrer les auquns. 



t78 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i347] 

Qant li compagnon de Tounui veirent ce, si farent tout cou- 
rouchiet et se missent de grant volentë à asallir celle tour et ces 
Englois, et passèrent de forche oultre les fossés, et vinrent jus- 
ques à la mote de terre et au piet de la tour as pils et as hau- 
iauls. Là ot grant assaut et dur, et moult de chiaus de Tournai 
bledës, mais pour ce ne se reiraindirent il pas à assallir, et fissent 
tant que, de force et par grant apertise de corps, il conquissoit 
celle tour. Et furent mort tout cil qui dedens estoient, et la tour 
abatue et reversëe ens es fosses : de quoi li Françcns tinrent 
ce fait à grant proèche, et en furent grandement reconmendë. 
F* 140. 

P. 49, 1.5: — Ms. B % i sans commandement des mari- 
sauk. F" 392. 

P. 49, 1. 7 : pik. — Ms. A 1 : pilz. P 157. — Ms. A k i 
pib. F* 138. 

P. 49, 1. 8 : hauiaus. — Ms. B 4 : heuiaulx. P 138. 

P. 49, I. 12 : estoient. — Ms. jf 29 : car ainsi Tavoient les 
marescfaaux ordonne. 

S SOO. P. 49, 1. 15 : Qant li hos. — Ms. d Amiens : li rois 
de Franche envoya ses marescaux, le seigneur de Biaugen et le 
seigneur de Saint Venant, pour regarder et considérer par où 
son host plus aisiement poroit passer. Cil doy baron chevauchiè- 
rent de celle part et avisèrent bien tout le lieu, et raportèrent an 
roy que on n'y pooit aler, fors par une voie, et celle voie estoit 
bien gardëe, et n'y pooient que quatre hommez de froncq cevau- 
ehier. Ces nouvellez ne furent mies bien plaisantes au roy de 
France; si y envoya de rechief monseigneur Jofiroy de Chargny 
et le seigneur de Montmorensi, et allèrent sus conduit parler an 
roy d'Engleterre. Ghil, au passer par le pont de Nulais, considé- 
rèrent bien le passage et vinrent jusques au roy d'Engleterre, et 
li disent que li rois de Franche les envoiioit à lui, et li mandoit 
qu'il estoit là venus pour dessegier la ville de Calais que assegiet 
avoit, et à grant tost, mes il s'estoit si emforchiës de fors pas- 
saiges, que on ne pooit venir jusquez à lui. Se li requeroit que 
il volsist livrer passaige par où il et ses gens aisiement pewissent 
passer, et il le combateroit. Et, se ce faire ne volloit, li roys de 
Franche se retrairoit anîère et li liveroit place et terre. A ces 
^arolles respondi li roys d'Engleterre et dist qu*il n'en feroit 
riens; mes, si li roys Phelippes ne pooit passer par là, si alast au 



[i347] VAAIAJVTES DU PREBilER LIVRE, $ 309. S79 

tour pour querre le voie. Celle responsce raportèrent li doy che* 
valier arrière en l'ost au roy de France. F° 98. 

— Ms. de Rome : Qant li hoos des François se fîi logie sus le 
mont de Sangates, li rois de France envoia ses mareschaus et le 
mestre des arbalestriers pour aviser et regarder conment et 
par où son hoost plus aisiement poroit passer pour aprochier les 
Englois eteub combatre. Chil chevalier chevauchièrent et alèrent 
partout regarder et considérer les passages et les destrois, et puis 
retournèrent au roi de France et li recordèrent à brief paroles 
que il ne pooient veoir ne aviser que nullement il peuist apro- 
chier les Englob, non que il ne perdesist ses gens davantage. Si 
demora la cose ensi tout ce jour et la nuit ensieuvant. 

Quant ce vintàfendemain, li rois Phelippes ot consel de envoiier 
deviers le roi d'Engleterre et i envoia grans messages. Et pas- 
sèrent li signeur qui envoiiet i furent par le pont de Nulais par le 
congiet dou conte Derbi qui le gia*doit. Les signeurs, je les vous 
nonmerai; il furent quatre : premièrement messire Bdouwart, si- 
gneur de Biaugeu, messire Ustasse de Ribeumont, messire JeSroi 
de Cargni et messire Gui de Neelle. 

En passant et en cevauchant celle forte voie et le cemin où dou 
plus il ne pueent aler que euls quatre de firont, se il ne se vœl- 
lent perdre, car ce sont tous marescages à deus costés, chil signeur 
de l^ance avisèrent et considérèrent bien le pont et le fort pas- 
sage qui dure bien le quart de une lieue, et conment li pons de 
Nulais estoit gardes de gens d*armes et d'archiers, et prissièrent 
en euls meismes moult grandement ceste ordenance. Qant il furent 
tout oultre le pont, il trouvèrent les chevaliers dou roi tels que 
messire Jehan Gandos, messire Richart Sturi, messire Richart la 
Vace et pluisseurs qui là estoient moult ordonneement et les aten- 
doient; et les enmenèrènt tout droit deviers l'ostel dou roi, qui 
bien estoit pourveus de grande baronnie et de vaillans hommes, 
dont il estoit acostés et acompagniës. 

Chil quatre baron de France descendirent de lors chevaus de- 
vant Tostel dou roi, et puis les chevaliers d'Eçgleterre les menè- 
rent deviers le roi, et le trouvèrent acostë et adestré, ensi que je 
vous di, de moult vaillans hommes. Qant il furent parvenu jusqnes 
au roi, il l'enclinèrent; et li rois les requelli assës ordonneement 
de contenance et de parole. Messires Ustasses de Ribeumont s a- 
vança de parler et dist : « Sire, li rois de France nous envoie par 
deviers vous et vous segnefie que il est chi venus et arest^s sus le 



280 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] 

mont de Sangates pour vous combatre ; mais il ne puet veotr ne 
trouver Toie conment il puist venir jusques à vous. Si en a il 
grant désir pour dessegier sa bonne ville de Calais, et a fait avi- 
ser, taster et regarder par ses honmes conment il poroit venir 
jusques à vous; mais c'est cose imposible à faire, ce li ont re- 
porté si honme. Si veroit volentiers que vous vosissiés mettre 
de vostre consel ensamble, et il i meteroit dou »en, et par l'avis 
de ceuls , aviser place raisonnable là où on se peuist com- 
batre. 'Et de ce sonmes nous cargiet de vous dire et remous- 
trer. Si nous en voelliës respondre de par vous ou de par vostre 
consel. » 

Li rois d'Engleterre, qui bien entendi ceste parole, fu tantos 
consiltiës et avises de respondre et dist : « Signeur, je ai bien en- 
tendu tout ce que vous me requerës de par mon adversaire, qui 
tient mon droit hiretage à tort, dont il me poise. Se li dires de 
par moi, se il vous plest, que je sui chi endroit, et j'ai demoret 
pries d'un an. Tout ce a il bien sceu, et i ftist bien venus plus tos, 
se il vosist; mais il m'a chi laissiet demorer si longement que je 
ay grossement despendu dou mien, et i pense avoir tant fait que 
assës temprement je serai sires de la ville et dou chastiel de Ca- 
lais. Et ne sui pas consilliës dou tout faire à sa devise ne à se 
aise, ne de eslongier ce que je pense à avoir conquis; et que je 
ai tant desiret et comparet. Se li dires, se ils ne ses gens ne 
pueent par là passer, si voissent autour pour quérir la voie. » 

Li chevalier de France veirent bien que ils n'aueroient auitre 
response, si prissent congiet. Li rois lor donna, qui ]es fist con- 
duire par les chevaliers meismes de sa cambre qui amène les 
avoient jusques à lui, et montèrent sus lors chevaus. Et les ame- 
nèrent chil jusques au pont de Nulais, là où li contes Deriû et ses 
gens estoient; et puis retournèrent li chevalier dou roi en l'oost. 
Et li chevalier françois passèrent oultre, et enchnèrent en passant 
le conte Derbi, et cevauchièrent tout le cemin sans nul empece- 
ment; et s'en vinrent sus le mont de Sangate et as tentes dou roi 
de France. Et li comptèrent, presens pluisseurs hauls barons, tout 
ce que il avoient veu et trouve, et la response dou roi d'Engle- 
terre, de laquelle li rois de France fu tous merancolieus; car, 
qant il vint là, il quidoit par bataille recouvrer la ville de Calais, 
et n'i pooit obviier ne pourveir par auitre voie, fors que par la 
bataille et avoir eut la victore. F^' 140 v^ et 141. 

P. 50, 1. 1 : Nulais. — Ms. ^ 6 : Et fut messire Jofifroj de 



[1347] Variantes du premier livre, § 310. 281 

Cargni, le sire d'Aubegni, messire Gui de Nelle et le sire de 
Oiastelvelin. F* 393. 

P. 50, 1. 2 et 3 : Ribeumont.— ^j. A 4 : Ribemont. F* i38. 

P. 50, I. 7 : paisieuvlement. — Ms, B 4 : paisivlement. F* 133. 
-^Ms* A 7 : paisiblement. F» 157. 

P. 50, 1. 24 : ses gens. ^ Jlfj#. u^ 11 à 19 : ses mareschaus. 

P. 51, 1. 18 : Nulais. — Mss, A 1 et B k i Milais. F» 157 v«. 

S 310. P. 51, 1. 25 : Entrues. — Ms. ^Amiens : Quant il (le 
roi Philippe) vi qu'il n'en aroit autre cose, il se parti de là et 
compta le ville de Callais pour perdue, et se retraist à Arras et 
donna touttes mannierrez de gens d' armez congiet, et laissa chiaux 
de Callais finner au mieux qu'il peurent. P 98. 

-^ Ms. de Rome : Entrues que li rois de France estoit sur le mont 
de Sangates, et que il estudioit conment et par quel tour il poroit 
combatre les Englois qui fortefiiet estoient, ensi que ichi desus 
vous avës oy recorder, vinrent doi cardinal en son hbost, le car- 
dinal d'Espagne, uns moult vaillans et sages homs, et li cardi- 
nanls d'Oten, envoiiës là en légation de par le pape Clément, qui 
resgnoit pour ce temps. Cil doi cardinal, ensi que il estoient car- 
giet, se missent tantos en grant painne d'aler de l'une hoost en 
l'autre ; et volentiers euissent veu par lors promotions que li rois 
d'Engleterre euist brisiet son siège, laquelle cose il n'euist jamais 
.fait. Toutes fois il parlementèrent tant et alèrent de l'un à l'autre 
que, sus certains articles et tretti^s d'acord et de paix, ils procu- 
rèrent que uns respis fa pris entre ces deus rois et lors gens là 
estans au siège et sus les camps, à durer tant seuUement trois 
jours. Et furent ordonne [par] euls, huit nobles àgneurs, quatre 
de par le roi de France, et quatre de par le roi d'Engleterre : de 
par le roi de France, li dus Oedes de Bourgongne, li dus Pières 
de Bourbon, messires Jehans de Hainnau et mesires Lois de Sa- 
voie; et dou costé les Englois, li contes Derbi, li contes de Nor- 
hantonne, messires Renauls de Gobehen, et messires Gautiers de 
Mauni. Et li doi cardinal estoient traitieur et moiien et alant de 
l'un à l'autre. Si furent chil signeur, les trois jours durans. la gri- 
gnour partie dou jour en conclave ensamble, et missent pluisseurs 
devises et pareçons avant, des quelles nulles ne vinrent à effet. 

Entrues que on parlementoit et le respit durant, li rois d'En- 
gleterre faisoit toutdis efforcier son hoost et faire grans fosses sus 
les dunes, par quoi li François ne les peuissent sousprendre. Et 



282 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] 

sadiiës que cbils parlemens et detriemens anoicHt diiremeiit à oeuls 
de Calais, qui volentiers euissent yen plus tos lor délivrance, car 
on les Êdsoit trop juner. Chil troi jour se passèrent sans paix et 
sans acord, car li rois d'Engleterre tenoit tout dis son opinion et 
metoit en termes que point ne se delairoit que il ne fust sûres de 
Calais, et li rois de France iroloit que elle li demorast. En cel 
estri se départirent les parties, ne li cardinal ne les peurent puis 
rasambler, liquel, qant il veirent ce que on ne voloit attendre à 
enls, il se départirent et retournèrent à Saint Orner. 

Qant li rois Phelippes vei ce que perdre li couvenoit Calais, û 
ia durement oourouchiës : à envis le laisoit perdre. Et, tout ooih 
sidéré, ils ne ses gens n'i savoient conment aidier ne adrecfaier; 
car de aler de fait sus l'oost le roi d'Engleterre, c'estoit cose îm- 
posible, pour les grans marescages qui sont tout autour de Calais 
et la mer qui estoit fort gardée. Avise fu et proposé en Toost de 
France que il retoumeroient à Saint Orner et venroient dou costé 
de Bergbes et de Bourbourch ; mais qant il regardoient le pasage 
de Gravelines et les destrois et mauvais et perilleus passages que 
il aueroient à passer, et conment bien soissante mille Flamens 
gisoient de ce lés devant Calais, il rompaient et anulioient lors 
imaginations et disoient : « Toutes nostres pensées sont vainnes. 
Il nous fault perdre Calais. Mieuls nous vault une ville à perdre 
que de mettre en péril euls cent mille. Se nous le perdcms celle 
fois, une aultre fois le porons nous bien recouvrer. Il n'est aven- 
ture qui n'aviegne. On en a petitement songniet dou temps passé, 
car on le deuist avoir pourveue pour tenir dis ans ou vint, sekmch 
la force dont elle est et la belle garde, ou on le deuist avoir aba- 
tue et mise tout par terre ; car avant que on le puist ravoir, eUe 
fera mouit de mauls au roiaulme de France. » 

Ensi se devisoient et parloient li François, qant il veirent que 
li trettié furent falli, et li cardinal retoumet à Saint Orner. Un 
jour, il fîi ordonné au départir et au deslogier de là, et de retraire 
casqun là où mieuls li plaisoit. Si se deslogièrent un matin, et 
montèrent li signeur sus lors cevaus ; et variés demorèrent en- 
cores derrière, qui entendirent au requellier tentes et trefs et à 
tourser et à mettre à charoi et à voiture. Là i ot des vitalliers de 
l'oost pluisseurs atrapés qui perdirent chevaus et pourveances, 
car Englois sallirent hors de l'ost pour gaegnier. Si prissent des 
prisonniers et conquissent des chevaus et des sonmiers, des vins 
et des pourveances, et tout ramenèrent en l'ost devant Calais. Et 



[1347] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 311. 283 

li signeiir de France et li François retournèrent en lors liens. 
F> 141 V*. 

P. 51 9 1. 25 : Entmes. — Ms. J. 1 y Entrementières. 
F» 157 V. 

P. 52, 1. 6 : tant. •— Ms. B 6 : qu'il otriast une triève trois 
jours. iP» 395. 

P. 52, 1. 8 et 9 : misent... ensamble. '^^Mss* u^ 2 à 6, 11 ^ 
14, 18, 19 : ordonnèrent des deux parties quatre seigneurs en- 
semble. 

P. 52, 1. 11 : furent. — Ms, B 6 i le duc de Bourbon, mes- 
sire Jehan de Haynau, le sire de Biaugeu et messire Jofroy de 
Gargny. F" 395. 

P. 52, 1. 19 : pareçons. — Ms. A 7 : parechons. F® 158. 

P. 53, 1. 16 : desbaretë. — Ms. A 7 : desbaratës. F* 158. 

P. 53, 1. 20 : kewe. — Ms. B 6 : des deslogeurs. Sy en 
trouvèrent de dûaus et assës qui avoient trop tart dormy. 
P»396. 

$ 311. P. 53, 1. 24 : Apriès. — ilf^. a Amiens : Quant chil de 
Callais virent que point ne seroient secouru, et que li roys de 
France estoit partb, si furent durement esbahy. Adonc commen- 
cièrent il à entrer en grans tretiës deviers monseigneur Gautier 
de Mauny, qui en portoit pour Dieu et par aumousne les pa- 
roUez. Nullement il ne pooit abrisier le roy d'Bngleterre qu'il les 
presist à merchy, mes les volloit tous faire morir, tant Favoient 
il courouchiet don tamps passet. Y^ 98. 

— Ms* de Rome : Apriès le département don roi de France et de 
son hoost don dit mont de Sangate, chil de Calab veirent bien 
que le secours en quoi il avoient eu fiance, lor estoit fallis ; et si 
estoient à si très grande destrèce de famine que li plus poissans 
et li plus fors se pooient à ^ant malaise soustenir. Si orent 
consel et lor sambla que il valloit mieuls euls mettre en la volentë 
dou roi d'Engleterre , se plus grant merchi n'i pooient trouver, 
que euls laissier morir Tun apriès l'autre par destrèce de famine, 
car li pluiseur en poroient perdre corps et ame par rage de fiiin. 
Si priièrent generaulment à mesire Jehan de Viane, lor chapi- 
tainne, que il en vosist tretiier et parler. li gentils chevaliers lor 
acorda et monta as crestiaus des murs de la ville , et fist signe 
as cheuls de dehors que il voloit parler à euls. On i envoia. Il 
pria que on vosist donner à sentir au roi d'Engleterre que il en- 



284 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] 

yoiast homme notable parler à lui, car il voloit entrer en trettié. 
On le fist tantos et sans délai. 

Qant li rois d'Engleterre entendi ces nouvelles, il fist yenir 
mesire Gautier de Mauni devant lui. Qant U fu venus, il li dist : 
« Gautier, aies veoir que ces gens de Calais voellent dire : il me 
font requerre par lor chapitainne que je envoie parler à euls. » 
Mesures Gantiers respondi et dist : <x Sire, volentiers. » Âdonc se 
départi il don roi et s'en vint tout à cheval, assës bien acompa- 
gniës de sa famille seuUement, et. vint as barrières de Calais, et 
trouva messire Jehan de Viane qui se apoioît sus une baille, et 
estoit issus hors de la porte par le guichet. 

Qant li doi chevalier se veirent, il se recongnurent assës, car 
aultres fois il s'estoient veu. « Mesire Gautier, dist mesire Jehan 
de Viane , vous estes uns vaillans homs et moult uses d'armes. 
Si devés tant mieuls entendre à raison. Li rois de France, moi et 
mi compagnon qui ichi dedens sonmes enclos, nous a ichi en- 
voiiet, ensi que faire le puet, car il est nostres sires, et nous 
sonmes si subject, et nous conmanda estroitement au départir de 
li que nous gardisions la ville et le chastiel de Calais si que blâme 
n'en euissions, ne ils point de damage. Nous en avons fait nostre 
pooir et diligense jusques à chi , et tous les jours nous avions 
espérance de estre delivret, et li sièges levés. Or est avenu que 
nostres espoirs est fallis de tous poins, et nous fault esceir ou 
dangier de vostre signeur le roi d'Engleterre; car nous sonmes 
si astrains que nous n'avons de quoi vivre, et nous couvenra tous 
morir de maie mort, se li gentils rois, qui est vos sires, ne prent 
pité de nous. Si vous suppli chierement, messire Gautier, que 
vous voelliës aler deviers lui et li priier pour nous et remoustrer 
conment loiaument nous avons servi nostre signeur le roi de 
France conme si saudoiier et si soubject, et [pour] les povres 
gens de ceste ville aussi qui n'en pooient ne osoient aultre cose 
foire, et nous laise partir hors de la ville nous, chevaliers et es- 
quiersy qui ichi dedens sonmes enclos, et prende en merchi et en 
pité le povre peuple de Calais, plenté n'en i a pas, et nous laise 
partir et isir et aler ailleurs querre nostre mieuls, et prende la 
ville et le chastiel, l'or et l'argent et tout ce que il i trouvera. » 

 ces paroles respondi mesires Gantiers de Mauni et dist : 
« Mesire Jehan, mesire Jehan, je sçai assës de l'intension et vo» 
lente le roi nostre sire, et bien sachiës que c'est se entente que 
vous n'en irës pas ensi que vous avës chi dit; ains est sa volentë, 



[1347] VAIilANTES DU PREMIER LIVRE, S ^^^^ 285 

et intension que vous vos metës dou tout en sa pure volentë, on 
pour rançonner ceuls qui il li plaira ou pour faire morir. Car chil 
de Calais li ont tant fait de contraires et de damages et despis, et 
ocis de ses honnnes et fait despendre si grant fuisson d'avoir au 
seoir devant celle ville dont moult l'en est, ce n'est pas mervelles ; 
et ne sçai pas , en Talr et argu où il est et l'ai veu tous jours 
jusques à ores, se vous pores passer pour raençon, que il ne 
voelle avoir vos vies. » 

Donc respondi messires Jehans de Viane et dist : «Mesire 
Gautier, ce seroit trop dure cose pour nous et grant cruautés 
pour le roi d'Engleterre, se nous/ qui chi sonmes envoiiet de par 
le roi de France, on nous fesist morir. Nous avons servi nostre 
signeur, ensi que vous fériés le vostre, en cas semblable. Si con- 
sidérés nostre estât, et nous vous en prions, il li doit soufiBre, se 
il a nostres corps pour prisonniers, et la ville et ]e chastiel en 
son conmandement, que tant a désiré à avoir, et le povre peuple 
de Calais, il laise partir et aler lor cemin. » Donc se rafrena un 
petit mesires Gantiers de Mauni et considéra les humles paroles 
de mesire Jehan de Viane et dist : « Certes, mesire Jehan, pour 
l'onnour de chevalerie et Tamour de vous, j'en parlerai et prierai 
si acertes que je porai; mes je sçai bien que li rois d'Engleterre 
est moult courchiés sus vous tous, et ne sçai pas conment on le 
pora brisier ne amoderer. Vous demorrés chi; je retournerai 
tantos et vous ferai response. » 

Adonc s'en retourna li dis messires Gantiers de Mauni, et vint 
deviers le roi qui l'atendoit devant son hostel. Et là estoient 
grant fuisson de signeurs, li contes Derbi, son cousin, le conte 
d'Arondiel, le conte de Norhantonne, mesire Renault de Gobehen, 
mesire Richart de Stanfort et pluisseur hault baron d'Engleterre, 
lesquels li rois avoit tous mandés pour olr et sçavoir que chil de 
Calais voloîent dire* Bien supposoit li rois que il se voloient ren- 
dre, mais il ne sçavoit pas la fourme conment; si le desiroit à 
savoir. 

Qant mesires Gantiers de Mauni fu venus jusques à Tostel dou 
roi, il descendi de son palefroi. Tout chil chevalier se ouvrirent 
à sa venue et li fissent voie. Il vint devant le roi et l'enclina. 
Tantos que il ot fait reverense au roi, li rois li demanda : 
« Mesire Gautier, que dient chil de Calais ?» — « Très chiers 
sires, respondi li chevaliers, il se voeUent rendre, et longement 
et assés sus cel estât je ai parlé à la chapitainne, mesire Jehan de 



288 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] 

en croi bien. Or vous pri je qae voos yoelliés chi tant demorer 
que je aie remoostré tout cel afiaire à la conmunautë de la ville, 
car il m'ont chi envoiiet; et en euls en tient, ce m'est avis, doa 
faire et dou laissier. » Donc respondi li aires de Mauni et dist : 
a Je le ferai volentiers. » 

Lors se départi messires Jehans de Viane des barrières et vint 
sus le marchië, et fist sonner la doce pour assambler toutes ma- 
nières de gens en la halle. Au son de la cloce vinrent ils tous, 
honmes et fenmes, car moult desiroient à olr nouvelles, ensi que 
gens si astrains de famine que plus ne pooient. Qant il furent 
tout venu et assamblë en la place, honmes et fenmes, messires 
Jehans de Viane lor remoustra moult doucement les paroles toutes 
itelles que chi devant sont dittes et recitées; et leur dist bien que 
aultrement ne pooit estre, et euissent sur ce avis et brief consel, 
car il en couvenoit faire response. Qant il olrent ce raport, il 
conmenchiërent tout et toutes à criier et à plorer si tenrement et 
si amèrement que il ne fust si durs coers ou monde, se il les veist 
et oist euls démener, qui n'en euist pité. Et n'orent pour l'eure 
nul pooir de respondre ne de parler; et meismement mesires 
Jehans de Viane en avoit telle pitë que il en larmioit moult ten- 
rement. 

Une espace apriès, se leva en pies li plus rices bourgois de La 
ville de Calais et de plus grande reconmendation, que on cla- 
moit sire Ustasse de Saint Pière, et dist devant tous et toutes ensi : 
<K Bonnes gens, grans pitës et grans meschiës seroit de laissier 
morir un tel peuple que chi a, par famine ou aultrement, qant on 
i puet trouver auqun mouen; et si seroit grande ausmonne et 
grant grâce enviers Nostre Signeur, qui de tel mesciës les poroit 
garder et esqiever. Je, endroit de moi, ai si grande espérance 
d'avoir grâce et pardon enviers Nostre Signeur, se je muir pour 
che peuple sauver, que je voel estre li premiers ; et me meterai 
volentiers en purs ma cemise, à nu chief et a nu pies, la hart ou 
col, en la merchi doa gentil roi d'Engleterre. » 

Qant sires Ustasses de Saint Pière ot dit ceste parole, tout 
honme le alèrent aourer de pité, et pluisseurs honmes et fenmes 
se jettèrent en genouls à ses pies, tendrement plorant. Ce estoit 
grans pités de là estre et euls olr et regarder. 

Secondement, uns aultres très honestes bourgob et de grant 
a£sdre, et liquels avoit deus damoiselles à filles, jones, belles et 
gratieuses, se leva et dist tout ensi, et que il feroit compagnie en 



I 



[1347] VARIAMES DU PREMIER LIVRE, $ 312. 289 

ce cas à son compère et cousin sire Ustasse de Saint Pière, et se 
nonmoit li dis boorgois Jehans d'Aire. 

Apriès se leva li tiers bourgois de Calais qui se nonmoit sires 
Jaquemes de Wisant, qui moult estoit rices homs de meubles et 
d'iretages dedens Calais et au dehors de Calais, et se ofiri aler en 
lor compagnie ; et aussi fist sire Pières de Wisant, son frère. Li 
chienqimes fu sire Jehans de Fiennes et li sisimes sires Andrieus 
d*Ardre. 

Tout chil siis bourgois avoient esté en la ville de Calais li plus 
rice et li plus manant, et qui plus avoient d'iretage eus et hors 
Calais, et dont la ville par mer et par terre s'estoit le plus estofée ; 
mais pour pitë et pour sauver lors fenmes et lors enfans et le de- 
morant de la ville, il se ofi&irent tout de bonne volentë et dissent 
à lor chapitainne : « Sire, délivres vous et nous enmenës deviers 
le roi d'Engleterre, ou point et en Testât que vostres trettiës de- 
vise; car nous volons tout morir se nous sonmes à ce destiné, et 
prenderons la mort en bon gré. » 

Messires Jehans de Viane avoit si grant pité de ce que il veoit 
et ooit, que il ploroit ausi tenrement que donc que il veist tous 
ses amis en bière. Toutes fois, pour abregier la besongne, puisque 
faire le couvenoit, il les fist desvestir en la halle en purs lors 
braies et lors cemisses, nus pies et nus chiefs ; et là furent apor- 
tées toutes les clefs des portes et des guicès de la ville de Calais 
et celles dou chastiel ensi. Et furent à ces siis honestes bourgois 
mis les bars ou col ; et en cel estât tout siis il se départirent de 
la halle et dou marchiet de Calais, mesire Jehan de Viane qui 
ploroit moult tendrement devant euls, et aussi faisoient tout li 
chevalier et li esquier qui là estoient, de la grande pité que il 
avoient. Honmes et fenmes et enfans honestes de la nation de la 
ville les sievoient et crioient et braioient si hault que ce estoit 
grans pités au considérer. li siis bourgois, par avis assés liement, 
en aloient et avoient petite espérance de retourner, et pour re- 
conforter le peuple, il disoîent : « Bonnes gens, ne plorés point. 
Ce que nous faisons, c'est en istance de bien, et pour sauver le 
demorant de la ville. Trop mieuls vault que nous morons, puis 
que il fault qu'il soit ensi, que toutes les bonnes gens de la viUe 
soient péri, et Dieus auera merchi de nos âmes. » 

Ensi en plours et en cris et en grans angousses de cuers dole- 
reus les amena mesires Jehans de Viane jusqaes à la porte et [le 
fist ouvrir. Et qant ils et li siis bourgois furent dehors, il le fist 

rr — 49 



890 CHRONIQUES DE J. FEOISSAET. [1347] 

reclore et se mist entre les bailles et la porte* et là trouva mesire 
Gautier de Mauni qui Tatendoit, et liquels s'apoioit sus les bailles 
par dedens la ville de Calais. Avoit et ot, qant on vei issir des 
portes ces sus bourgois, et il se retournèrent deviers la ville et 
les gens et il dissent : t Adieu, bonnes gens, priiës pour nous 3», 
et la porte ia reclose, si très grande plorrie, brairie et criie des 
fenmes et enfans et des amis de ces bonnes gens que grans his- 
deurs estoit à Tolr et considérer; et meismement messires Gan- 
tiers de Mauni en entendi bien la vois et en ot pité. 

Qant mesires Jehans de Viane fu venus jusques à lui» il li dist : 
« Mesire Gautier, je vous délivre conme chapitainne de Calais, 
par le consentement dou povre peuple dlceli ville, ces sus bour- 
gois, et vous jure que ce sont et estoient aujourd'ui li plus hon- 
nourable et notable honme de corps, de cavanche et d'ancesserie 
de la ditte ville de Calais, et portent avoecqnes euls toutes les 
defs de la ville et don chastiel de Calais. Si vous pri, obiers sires, 
en nom d'amour et de gentillèce, que vous voelliés priier pour 
euls au gentil roi d'Engleterre, à la fin que il en ait pitë et com- 
padon, et que il ne soient point mort. » Donc respondi messires 
Gantiers de Mauni et dist : ce Je ne sçai que li rois mon signeur 
en vodra faire; mais je vous créance et convenence que je en ferai 
mon pooîr. » 

Adonc fil la barrière ouverte, et passèrent oultre li siis bour» 
gob et en alèrent en cel estât que je vous di, avoecques mesire 
Gautier de Mauni, liquds les amena tout bellement jusques à l'ostel 
dou roi. Et messires Jebans de Viane rentra en la ville de Calais 
par le guicbet. 

Li rois d*Engleterre estoit à celle heure en la salle de son hos- 
tel, bien acompagniës de contes et de barons, liquel estoient là 
venu pour veoîr Tordenance de ceuls de Calais; et meismement 
la roinei vint, mais ce ne fu pas si tos. Qanton dist au roi : « Sire, 
vechi mesire Gautier de fiiauni qui amainne ceuls de Calais, 1» 
adonc issi li rois de son bostel et vint en la place, et tout cbil 
signeur apriès lui, et encores grant fîiisson qui i sourvinrent, pour 
veoir ceuls de Calais et conment il finneroient; et la roine d'En- 
gleterre, qui moult ençainte estoit, sievi le roi son signeur. Evous 
messire Gautier de Mauni venu et les bourgois dalës li^ qui le 
sievoient, et descendi de une basse hagenëe que il cevauçoit. En 
la place toutes gens se ouvrirent à Tencontre de li. Si passèrent 
oultre messires Gantiers et li siis bourgois, et s'en vint devant le 



[1347] VAMàlVTES DU PREMIER LIVRE, § 312. 291 

roi et li dist en langage englois : « Très chiers sires, vechi la re- 
présentation de la ville de Calais à vostre ordenance. » Li rois se 
taisi tous quois et regarda moult fellement sus euls, car moult les 
haioit et tous les habitans de Calais, pour les grans damages et con- 
traires que dou temps passet li avoient £sdt. 

Chil siis bourgois se missent tantos en genouls devant le roi,, et 
dissent ensi en joindant lors mains : «c Gentils sires et nobles rois« 
veés nous chi siis, qui avons este d'ancesserie bourgois de Calais 
et grans marceans par mer et par terre, et vous aportons les clefs 
de la ville et dou chastiel de Calais, et les vons rendons à vostre 
plaisir, et nous mettons en tel point que vous nous veës en vostre 
pure volenté, pour sauver le demorant dou peuple de Calais qui 
souffert a moult degrietés. Si voelliés de nous avoir pitë et merchi 
par vostre baute noblèce. » Certes il n'i ot adonc en la place, 
conte, baron, ne chevalier, ne vaillant honme qui se peuist aste- 
nir de plorer de droite pitë, ne qui peuist parler en grant pièce. 
Li rois regarda sus euls très crueusement, car il avoit le coer si 
dur et si enfellonniiet de grans courons, que il ne pot parler; et 
qant il parla, il oonmanda en langage englois que on lor copast 
les testes tantos. Tout li baron et li chevalier qui là estoient, en 
plorant prioient, si acertes que faire pooient, an roi que il en 
vosist avoir pile et merchi; mes il n'i voloit entendre. 

Adonc parla li gentils chevaliers mesires Gautier» de Mauni et 
dist : ce Haï gentils sires, voelliës rafrener vostre oorage. Vous 
avës le nom et renonmëe de souverainne gentiUèce et noblèce. Or 
ne voelliës donc faire cose par quoi elle smt noient amemie, ne 
que on puist parler sur vous en nulle cruantë ne vilennie. Se vous 
n'avës pitë de ces honmes qui sont en vostre merchi, toutes aul- 
tres gens diront que ce sera grans cruaultës, se vous faites morir 
ces lu>nestes bourgois, qui de lor propre volentë se aont mis en 
vostre ordenance pour les aultres sauver. » Adonc se grigna li 
rois et dist : « Mauni, Mauni, soufres vous. U ne sera aultrement. » 
Mesires Gantiers de Mauni*. ... et n'osa plus parler, car li rois dist 
moult ireusement : « On Cache venir là cope teste. Chil de Calais 
ont fait morir tant de mes honmes que il couvient ceuls morir 
aussi* 3» 

Adonc fist la noble roine d'Engleterre grande humelitë, qui 
estoit durement enchainte, et ploroit si tendrement de fâtë qu^ on 

1. Laoone. 



292 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] 

ne le pooit soustenir. La vaillans et bonne dame se jetta en ge- 
nouls par devant le roi son signeor et dist : « Ha! très chiers 
^es, puis que je apassai par deçà la mer en grant péril, ensi que 
vous savés, je ne vous ai requis ne don demandet. Or vous prie 
je humlement et reqier en propre don que, pour le Fil à sainte 
Marie et pour l'amour de mi, vous vœlliës avoir de ces siis honmes 
merchi. 3» 

lÀ rois atendi un petit à parler et regarda la bonne dame sa 
fenme qui moult estoit enchainte et ploroit devant lui en genouls 
moult tenrement. Se li amolia li coers, car envis Teuist courou- 
cbiet ens ou point là où elle estoit; et qant il parla, il dist : a Ha! 
dame, je amaisse trop mieuls que vous fuissiës d'autre part que 
chi. Vous priiës si acertes que je ne vous ose escondire le don 
que vous me demandes ; et conment que je le face envis, tenés, je 
les vous donne, et en faites vostre plaisir. » La vaillans dame dist : 
et Monsigneur, très grant merchis. » 

Lors se leva la roine et fist lever les siis bourgois, et lor fist 
oster les cevestres d'entours lors cols, et les enmena avoecques 
lui en son hostel et les fist revestir et donner à disner et tenir 
tout aise ce jour. Et au matin elle fist donner à casqun sus nobles 
et les fist conduire hors de l'oost par mesire Sanse d'Aubrecicourt 
et mesire Paon de Ruet, si avant que il vorrent, et que il fu avis 
as deus chevaliers que il estoient hors dou péril ; et au départir il 
les conmandèrent à Dieu. Et retournèrent li chevalier en l'oost, et 
li bourgois alèrent à Saint Omer. F^ 143 à 144 v^. 

P. 57, 1. 31 : crestiaus. — Ms. J i à 6, H à 14, 15 à 17, 
18 À 22 : creneauk. F* 168 v^. — Mss. ^ 8 à 10 : creniauz. 
P» 149. — Ms. A 7 : carniaux. F* 159. — Ms. B 3 : cameaux. 
P»149. 

P. 58, 1. 11 : response. — Ms^ A 29 : Lors commencèrent à 
plorer moult amèrement, à crier et à souspirer, à détordre leurs 
mains et à faire maints piteux regrets, toutes manières de gens, 
et à démener tel dueil qu'il n'est si dur coer, qui les veist ou 
ouist, qu'il n'en eust grant pitië; et mesmement monseigneur 
Jehan de Vienne en larmoyoit tendrement. Quand monseigneur 
Jehan de "^enne, capitaine de Calais, eut déclare au peuple de 
CSalais ce qu'on povoit exploitter de grâce au roy d'Engleterre, 
après se leva.... 

P. 58, i. 30 : en pur. — Mss. u^ 1 à 6 : en pour. P 169. — 
Mss. ^ 15 à 17 : en pure. P» 166 V. —Ms. BZ : en. P 149. 



[1347] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 313. 293 

P. 59, 1. 8 : filles. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutent : mais que 
maigres estoient de faim. F* 166 v^. 
P. 59, 1. 10 : d'Aire. — Mss. ^ 8 i 10 : d'Ane. F» 149 v». 

— Mss. ^ 15 à 17 : d'Ayres. F* 166 v*. 

P. 59, 1. 11 : Jakemes. — Mss. A \ à ik i Jaqaes. F» 169. 

— Mss. ^ 15 à 17 : Pierres, F» 166 ▼•. 

P. 59, 1. 14 : Pières. — Mss. ^ 15 « 17 : Jaqaes. 

P. 60, 1. 6 : d'ancisserie. — Ms. B 3 : d'anciemietë. F* 149. 

P. 61, 1. 1 : fellement. — Mss. A i à ^ -. felomieusement. 
F» 169 v«. — Mss. ^ 15 à 17 : felomiessement. F» 166 V>. — 
Ms. B 3 : felomiement. F» 149 v«. 

P. 62, 1. 2 : grigna. — Mss. ^ 20 <^ 29 : grigna le roy les 
dens. F« 239 v^. — Mss. A 1, ZO à 33 : grigna. F» 198 v*. — 
Ms. B Z : se renga. F^ 150. 

P. 62, 1. 31 : six nobles. — Ms. B 6 : quarante cinq estre- 
lins. F> 406. 

P. 62, 1. 32 : sauvetë. — Les mss. AiHàil ajoutent : et s'en 
alèrent habiter et demeurer en plusieurs TÎlles de Picardie. 
F» 166 V*. 

S 515. P. 63, 1. 1 : Ensi fîi. — Ms. d'Amiens : Si envoya li 
rois (d'Angleterre) prendre le saisinne de Callais par ses mares- 
eaux. Et furent pris prisonnier tout li chevalier qui là estoient, 
et envoiiet en Engleterre. Et li roy s et la royne entrèrent en Cal- 
lais à grant feste. Si furent boute hors de Callais touttez mannier- 
rez de gens, hommes, femmez et enfans ; et perdirent tout le leur 
et leur hiretaiges, et allèrent demorer là où il peurent. Et le re- 
peupla li roys englèz de nouvellez gens d'Engleterre. F® 98. 

— Ms. de Rome : Ensi fu la forte ville de Calais assegie par le roi 
Edouwart d'Engleterre en l'an de grâce Nostre Signeur mil trois 
cens quarante siis, environ la Saint Jehan decolasse, ou mois 
d'août; et fu conquise en l'an de grâce Nostre Signeur mil trois 
cens quarante sept, ou mois de septembre. 

Qant li rois d'Engleterre ot fait sa volent^ des siis bourgois de 
Calais et il les ot donnes à la roine sa fenme, ensi que chi desus 
est dit, il appella messire Gautier de Mauni et ses mareschaus le 
conte de Warvich et mesire Richart de Stanfort et leur dist : 
<c Signeur, prenës ces clefs de la ville et dou chastiel de Calais. 
Si en aies prendre la saisine et posession, et prenës tous les che- 
valiers qui là dedens sont et les metës en prison ou faites leur 



Î94 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] 

jurer et fiander prison. Il sont gentilhonme, on les recrera bien 
sus lors fois ; et tout le demorant, saudoiiers et aultres, faites les 
partir : je les quite.» Ghil doi baron, ayoecques mesire Gautier 
de Mauni, respondirent : « Il sera fait. » 

Si s'en tinrent li doi marescal et mesires Gantiers de Mauni, à 
cent hommes et deus cens archiers tant seullement, en la yille de 
Calais, et trouvèrent mesire Jehan de Viane, mesire Emoul d'Au- 
drehen, mesire Jehan de Surie et les chevaliers, qui les atendoient 
à rentrée de la porte, qui estoit toute close, horsmis le guicet. 
Chil chevalier firanoois requellièrent ces chevaliers d'Engleterre 
bellement et lor demandèrent des siis bornais conment il avoient 
finet, et se li rois les avoit pris à merchi. Il respondirent : « OÙ, 
à la priière madame la roine d'Engleterre. » De ce furent il tout 
resjol. 

Les portes et les baïQes de Calais forent ouvertes : les Englois 
entrèrent dedens et se saisirent de la ville et don chastiel. Et fo- 
rent mis en prison courtoise mesires Jehans de Viane et tout li 
chevalier de France, et toutes aultres gens, honmes, fenmes, en- 
fsms, mis hors. Chil qui passèrent parmi l'ost d'Engleterre, li che- 
valier englois et li vaillant honme en avoient pité et lor donnoient 
à disner, et encores de l'argent à lor département; et il s'en 
aloîent, ensi que gens esgarës, pour quérir lors mieuls aillours. Il 
en i ot aussi auquns qui passèrent parmi l'ost des Flamens qui 
gissoient entre Gravelines et Calais. Aussi les Flamens par pîté 
lor fissent des douçours et des courtoisies assës. Ensi s'espardi- 
rent ces povres gens de Calais, mais la grignour partie se retrais- 
sent à Saint Omer, et orent là biaucop de recouvrances. 

Les marescaus d'Engleterre et mesires Gantiers de Mauni, qui 
forent envoiiet de par le roi en la ville de Calais, le fissent toute 
et tantos, et le chastiel aussi, netoîier, ordonner et apparillier,. 
ensi que pour le roi et là roine recevoh*. Qant il orent tout ce fait 
et le chastiel ordonne pour logier le roi et la roine, et tout li 
aultre hostel furent widië et apparilliet pour recevoir les gens 
• dou roi, on le segnefia au roi. Âdonc monta il à ceval et fist 
monter la roine et leur fil le prince, les barons et les chevaliers; 
et oevauchièrent à grant glore deviers Calais et entrèrent dedens 
la ville à si grant foisson de menestrandies, de troupes, de ta- 
bours, de claronchiaus, de muses et de canemelles que grant 
plaisance estoit à considérer et regarder. Et chevaucièrent ensi 
jusques au chastiel; et là descendirent li rois, la roine, li princes, 



[1347] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 313. 295 

Ë contes Derbi et li sign/eur. Les auquns demorèrent avoecques 
le roi, qui logîet on chastiel estoient ; et les aultres se traissent as 
hostels, lesquels on avoit ordonné pour euls. 

Et donna U rois, ce premier jour que il entra en Calais, à dis- 
ner ens ou chastiel de Calais, la roine, les dames et les damoi* 
selles, les contes, les barons et les chevaliers, et non pas de 
pourveances de la ville, mais de celles de lor hoost qui lor estoient 
venues et venoient encores tous les jours de Flandres et d'Engle- 
terre. Et devës savoir que, le siège estant devant Calais, il vinrent 
en Toost le roi d'Engleterre moult de biens et de larguèces par 
mer et par terre dou pais de Flandres ; et euissent eu les Engïois 
des defautes assës, se les Flamens n'euissent esté. Ghe jour furent 
toutes les portes de Calais ouvertes, et vinrent moult de Flamens 
veoir Testât dou roi d'Engleterre. Et estoient toutes les cambres 
dou chastiel de Calais, la salle et les alëes encourtinées et parées 
de draps de haute lice, si ricement conme as estas dou roi et de 
la roine apertenoit. Et aussi estoient les hostels des contes et des 
barons d'Bngleterre, qui se tenoient en la ville, et persévérèrent 
ce jour, en grant joie et en grant reviel. 

Le second jour, aprîès que li rois d'Engleterre entra en Calais, 
il donna à disner ens ou chastiel de Calais tous les plus notables 
bourgois de Flandres des conmunautés des bonnes viles, par la- 
quelle promotion les honmes de Flandres estoient là venu servir 
le roi. Et fil li disners biaus et grans et bien estofés; et au congiet 
prendre au roi, li dis rois les remercia grandement dou service 
que fait li avoient. Et retournèrent les Flamens en lor hoost, et à 
l'endemain il se départirent tout et retournèrent en leurs liens. 
Ensi se portèrent les besongnes de Calab. Et donna li rois d'En- 
gleterre congiet à toutes manières de gens d'armes et archiers pour 
retourner en Bngleterre, et ne retint que son fil, le prince de 
Galles, et son consel, et sa fenme la roine, dames et damoiselles 
et lor estât, et son cousin le conte Derbi. 

Et donna li rois as pluisseurs de ses barons des biaus hostels de 
Calais, à casqun selonc son estât, pour euls tenir, demorer et lo- 
gier, qant il vodrolent passer la mer d'Engleterre à Calais. Et 
forent les dons, les auquns à hiretage, et les aultres à la volenté 
dou roi. Et furent tout li manant en la viUe de Calais, au jour que 
elle fu rendue, bouté hors. Et ne furent retenu tant seullement 
que euls trois anciiens honmes, lesquels savoient les usages et les 
coustumes de la ville, entre lesquels il i avoit un prestre pour 



296 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1347] ' 

rasener les maniemens des hiretages, ensi conme il se portoîe&t. ^^ 

Car ce estoit li intension don roi et de son consel que elle seroit 
redefie et raemplie de purs Englois, et que on i envoieroit de la 
chitë de Londres douse bonrgois notables, rices honnies et bons 
marceans, et encores des chités et bonnes villes d'Engleten^ 
vingt quatre bourgois et avoecques ces trente siis, fenmes, enfims 
et toutes lors familles, et en desous de euls, aoltres honmes, ou- 
vriers de tous estas, par quoi la ville se refourmeroit toute de 
purs Englois. Et seroit à Calais li estaples des lainnes d'Engleterre, 
dou plonc et de Festain; et se venroient ces trois maroeandises 
coustumer à Calais, et feroient là le qai et le havene. 

li rois d'Engleterre, pour toutes ces coses ordonner et mettre 
à lor devoir, se tint à Calais sans retourner en Engleterre bien 
un quartier de un an, et tant que la roine sa fenme i fu acouchie 
et ralev^ de une belle fille, laquelle ot nom Margerite, et fii 
depuis contesse de Pennebruq, mais elle morut jone. Le roi d'En- 
gleterre estant à Calais, tout fu remparet et raparilliet ce qui 
desemparet estoit. Et furent envoiiet en Engleterre mesures 
Jehans de Viane et mesires Emouls d'Audrehen et les cbevaHers 
qui dedens Calais estoient au jour que elle fu rendue, et avant 
que li rois d'Engleterre se departesist de Calais. F^ 144 v^ 
et 145. 

P. 63, 1. 3 : decolasse. — Ms. f 6 : à l'isue du mois d'auoust. 
F» 406. 

P. 63, 1. 8 : femme. — Mt. ^ 9 : il envia ses marisaulx 
monseigneur Gautier de Mauny, messire Renault de Gobehen. 
F» 406. 

P. 63, 1. 9 : le baron. — Mss. ^ 1 i^ 6, 11 a 14, 18 à 33 : 
le conte. F» 170 v». 

P. 63, 1. 17 : partir. — Mt. J? 6 : en leurs simples draps sans 
plus. F* 406. 

P. 63, 1. 24 : Viane. — Les mss. A omettent : Emoul d'Au- 
drehen. 

P. 63, 1. 26 : Bauduin. — Mss. ^ 20 à 22 : Baudin. F" 240. 
— Mss, ^ 23 â 33 : Jehan. F> 185. 

P. 64, 1. 3 : hiretages. — Ms, A 29 : Quand le peuple de 
Calais, hommes, femmes et enfans, eurent vuidë la ville, les troys 
chevaliers firent très honnestement ordonner le chastel pour 
loger le roy et la royne, puis vindrent sur le marche; et si ap- 
pareillèrent tous les bons hostels pour loger les comtes, barons 



[i347] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 3i4. 297 

et chevaliers, chascun selon son estât. Et ainsi fut ordonné pour 
recevoir en Calais le roy et sa chevalerie. Quant ce fut fait, le 
roy monta à cheval et fit monter la royne sur son chariot, qui 
fut moult grandement acom|>agnëe de dames et damoiselles; puis 
montèrent snr bons destriers, comtes , barons , chevaliers et es- 
cuyers. 

P. 64, 1. 11 : tabours. — Ltt mss. Jl iàl.iî à 14, 18 à 33 
ajouient : de nacaires. F* 170 v*». — Les mss, ^ 8 à 10 ajoutent: 
de nacaires, de chalemies. F* 150 v<*. — Les mss, ^ 15 à 17 
ajoutent : de nacaires, de chalemies, de vieUes, cistolles et autres 
talleraires. F* 168. — Le ms. B 3 ajoute : de menestriers, de 
trompâtes, tabourins, chalumelles et tous autres instrumens qu'on 
pourroit nommer. — /> ms. B 4 ajoute : de canemelles. F* 141. 

P. 64, 1. 27 : Bietremieu de Brues. — Mss, A i à ^ \ Berthe- 
lemi de Brunes. F<* 171. — Ms. A 7 : Bertremieu de Breuues. 
P> 161. — Mss. ^ 8 ^ 10 : Berthelemi de Bruhes. P> 151. — 
Mss. ^ 11 ^ 14, 18, 19 : Berthelemi de Breuues. F* 159 v«. — 
Mss. ^ 15 à 17 : Berthelemieu de Brunes. F* 168. — Mss. A 20 
à 22 : Bartholomieu de Brunes. F* 240 v«. — Mss. ^ 28 ^ 33 : 
Berthelemy de Brunes. F* 185 v«. — Ms. B 3 : Bartolemy de 
Bruges. F» 150 v<>. — Ms, B 4 : Bertremieu de Bruhes. F° 141. 

P. 65 , 1. 7 : deffaite. — Ms. ^ 6 : et fist abatre et oster le 
grant castiel de bos qui estoit sur les dunes à Tendroit du havre. 
F» 407. 

P. 65, 1. 12 : fait. — Ms. 2^ 6 : Et demora là à tout grans gens 
d'armes par l'espasse de trois sepmaines. F* 407. 

P. 65, 1. 13 : Viane. — Le ms. A 29 ajoute : monseigneur 
Jehan de Surie. 

P. 65, 1. 15 : raençon. — Les mss, ^15^17 ajoutent : assez 
courtoise. F» 168. 

S S14. P. 65, 1. 16 : Or me samble. — Ms. iT Amiens : En 
celle annëe fii acordée une trieuwe entre le roy de France et le 
roy d'Engleterre, à durer deus ans, par le pourcach don cardinal 
de Boulongne, qui estoit en Franche. Et retourna li roys d'En- 
gleterre arrière en son pays, quant il eut bien pourveu le ville de 
Cailais, et la roynne, sa femme, avoecq lui. F° ^8. 

— Ms. de Borne : Or m'est avis que c'est grande imagination 
de piteusement penser et osi considérer que chil grant bourgois 
et ces nobles bourgoises et lors biaus enfans, qui d'estoc et d'e^ 



298 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1347] 

tration avoient demoret, et lor predicessour, en la viOe de Calais» 
devinrent, des quels il î avoit grant fuisson, au jour que elle fîi 
rendue. Ce fu grans pitës, qant il lor convint guerpir lors biaus 
hostels et lors fairetages, lors meubles et lors avoirs , car riens 
n'enportèrent; et si n'en orent onques restorier ne recouvrîer 
dou roi de France pour qui il avoient tout perdu. Je m'en pas- 
serai de euls briefinent à parler : il fissent au mieuls que il po- 
rent, mais la grignour partie de euls se traist en la viDe de Saint 
Omer. 

Encores se tenoit li rois d'Engleterre à Calais, pour entendre 
le plus parfaitement as besongnes de la ville, et li rois Phelippes 
de France, en la bonne chitë d'Amiens. Et estoit dalës lui nou- 
vellement venus uns siens cousins cardinauls, mesires.Gms de 
Boulongne , en très grant estât. Et l'avoit papes Clemens , qui 
resgnoit pour ce temps, envoiiet d'Avignon en France. Et tenoit 
chib dis cardinauls trop grandement biel estât et estofet, et aloit. 
sus les biens de l'Eglise à plus de deus cens cbevaus. Onques 
sains Pières, ne sains Pois, ne sains Andrieus n'i alèrent ensi; 

Chîls cardinauls de Boulongne, à sa bienvenue deviers le roi 
de France, quist voie et moiien et amis deviers le roi d'Engleterre 
conment il vint à Calais; et lui là venu, il procura tant deviers 
le dit roi et son consel le conte Derbi, mesire Renault de Gobe- 
bem, mesire Richart de Stanfort et mesire Gautier de Mauni, que 
unes trieuves furent prises entre les deus rois de France et d'En- 
gleterre et de tous lors abers et aidans , à durer deus ans par 
mer et par terre. Et fiirent reservet et exceptet en celle trieuve 
les deus dames de Bretagne, la fenme à mesire Carie de Blois et 
la contesse de Montfort; et tinrent toutdis ces deus dames en 
Bretagne la guerre li une contre l'autre. 

Ces trieuves acordëes et jurées à tenir le terme de deus ans 
tant seullement, li cardinaus de Boulongne retourna à Amiens 
deviers le roi de France. Et li rois d'Engleterre ordonna ses be- 
songnes et s'en retourna en Engleterre, et i remena la roine sa 
fenme et tous lors enfans et lor estât, dames et damoiselles, et ne 
laissièrent nului derrière; et ordonna à demorer en Calais et à 
estre chapitainne un chevalier lombart, lequel on nonmoit mesire 
Ameri de Pavie. Et estoit li dis chevaliers très grandement en la 
grâce et amour dou dit roi, car il l'avoit servi un lonch temps. 
Et bien se confioit li rois en li , qant il li bailloit en garde le 
jeuiel ou monde à ce jour que il amoit le mieuls : c'estoit la ville 



[1847] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 315. «99 

et le castiel de Calais. Se l'en deobt estre priés mesvenUy ensi 
que vous orës recorder en l'istore. F* 145 V* et 146. 

P. 65, 1. 16 : Or.... anuis. — Mss. ^ 1 à 6, 15 ^ 17 : Or 
m'est advis qae c'est grand advis. F* 171. ^ilf^. ^ 7 ^ 10, 18, 
19 : Or m'est avis que c'est grant avis. F* 151 . — Mss. J M à 
14 : Or m'est advis que c'est grant avis. F* 159 v<*. — Mss. A 20 
À 22 : Or me samble que c'est grant annuy. F* 249 v*. — 
Mss. ^ 23 À 33 : Or m'est avis que c'estoit grant pitié. 
F» 185 V». 

P. 65, K 28 : Saint Omer. — Ms, i? 6 : Et en Flandres et en 
Artois et en Boulenois et aultre part. Les aucuns les plaindoient 
et les antres non , car en devant le siège le ville de Calais avoit 
le renommée de tous cheulx qui le congnoissoient et antoient, que 
c'estoit l'eune des villes du monde le plus plaine de pechiés, où le 
plus de roberies et de choses mal acquises demoroient et conver- 
tisoient. Sy disoient les aulcuns qui les congnoissoient que Dieu 
les avoit paiiet seloncq leur déserte, car à paine povoient nulz 
gens aller par mer, s'U n'estoient trop bien acompaigniés, qui pas- 
soient devant le havre qu'il ne fussent mourdris ou desrobés. Et 
pour che les haioit le roy englès. F^ 408. 

P. 66» l. 4 : Boulongne. — Les mss, ^ 1 ^ 6, 11 ^ 14', 18 à 
22 ajovunt : son cousin. F* 171 . 

P. 66, 1. 5 : légation. — Ms» B 6 : Tant alèrent (les deux 
cardinaux) de l'un à l'autre que unes trièvez furent prisez entre 
les deux rois et leur gens, et devoit durer jusques à le Saint 
Jehan Baptiste qui seroit Tan de grâce mil trois cens quarante huit. 
F» 409. 

P. 66, 1. 10 : l'autre. — Ms. A 29 : Quant la dame eut esté 
un mois en gesine en la ville de Calais. 

P. 66, L 21 et 22 : quatre cens. ^Mss. Ai à 14, 18 ^ 38 : 
trois cens. F* 171 v*. 

P. 66, 1. 24 : si grandes. — Ms, A 29 : que plusieurs beaux 
et bons mesnages s'y vindrent amasser voulontiers. 

§ 515. P. 67, 1. 12 : Toute. — Ms. de Rome: Quoi que les 
trieuves fuissent bien tenues entre le roi de France et le roi 
d'Engleterre, tant que de lors personnes et de ceuls où lors pois- 
sances et semonces et conmandemens se pooient estendre, se 
conmençoient jà à courir pluisseurs enventureus brigans et p3- 
lars ens es lontainnes marces de France , eus es lieus où Q sen- 



300 CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1348] 

toient les chevaliers foibles et non fait de la guerre, et pren- 
doient lors villes et lors castiaus; car il se queUoient ensamble 
une qantitë de tels gens d'armes, alemans ou autres, qui sus 
l'ombre de la guerre faisoient lors fais et lors emprises, et ne 
lor aloit nuls au devant. Et voloient bien li auqun dire *que il 
estoient porte couvertement et souffert des offîciiers dou roi et 
des chevaliers et esquiers dou pais où il conversoient, et que 
chil estoient participant à lors butins et pillages. Dont je vous di 
que, depuis toutes teb coses et apertises d'armes, furent, parmi 
le roiaulme de France, escoles de toutes iniquités et mauvestés; 
car trop fort se moutepliièrent, par le laisseur et amplèce que il 
orent de conmencement, ensi que vous orés recorder avant en 
l'istore. 

Il i eut un brigant pillart, et croi que il fa alemans, qui trop 
fort resgna en Limosin et en la Lange d'Oc, lequel on nonmoit 
Bacon. Chils avoit aultres brigans desous lui, et le tenoient à 
mestre et à capitainne, pour tant que il estoit le pieur de tous 
les aultres et li plus outrageus, et bien les paioit de mois en mois, 
et fu trop malement apers et soubtieus à embler et esqieler villes 
et forterèces. Et cevauçoient, tels fois estoit, ils et ses compa- 
gnons, vint ou trente lieues de nuit par voies couvertes, et ve- 
noient, sus le point de un ajournement, là où il voloient estre, et 
esqielloient le lieu où il avoient jetë et asis leur visée ; et qant il 
estoient dedens une ville, ils boutoient le feu en cinq ou en siis 
maisons. Les gens de celi ville estoient esbahi et gerpisoient tout 
et s'enfuioient. Et chil pillart ronpoient cofres et escrins et pren- 
doient ce que de bon il trouvoient dedens, et aussi des plus rices 
honmes à prisonniers, et les rançonnoient. Et vendoient les villes 
que pris avoient as honmes dou pais et à ceuls meismes lesqueb 
boutes hors il en avoient, et en prendoient grant argent, selonch 
ce que il se pooient composer. Et par tels cas asamblèrent chil 
pillart trop malement grant finance. Et prist chils Bacons la ville 
de Dousenach en Limosin et le pilla toute, et encores le vendi 
ilss en deniers apparilliés, qant il s'en départi, diis mille esqus. 

Apriès, chils Bacons et ses gens prisent le ville et le chastiel de 
GomJxtme et le visconte et la contesse et lors enfans dedens, et 
les rançonna à vingt quatre mille esqus et retint le chastiel et 
trouva cautelle et action de guerrier le pais, pour tant que chils 
viscontes de Gomborne s' estoit armés pour la contesse de Mont- 
fort, car chils Bacons estoit de la partie à la fenme mesire Carie 



[1348] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 315. 301 

de Blois. En la fin il vendi le chastiel an roi de France, et en ot 
en deniers tous apparilliës vingt quatre [mille] esqus, mais on 
les fist paiier le plat pais. Et fist chils viscontes de Gonboume sa 
paix au roi de France. Et li rois volt avoir ce Bacon dalës li, et 
fu wisiers d'armes don roi et bien en la grâce don roi Phelippe 
et dou roi Jehan, et tous jours bien montés de coursiers, de ron- 
cins et de hagenëes ; et avoit assés grant finance d'or et d'argent, 
et demora en bon estât tant que il vesqui. F> 146. 

P. 67, 1. 30 et 31 : gaegnoient. — Ms, B 3 : pauvres gens 
de guerre et brigans. P» 151 v«. 

P. 68, 1. 5 : quarante mil. — Mss. ^ 8 ^ 10, 15 à 17 : 
soixante mil. F® 151 v®. 

P. 68, 1. 5 : escus. — Ms. B ^ : florins. F« 411. 

P. 68, 1. 9 : s'assembloient — Ms. B 6 : trente brigans ou 
quarante. P* 411. 

P. 68, 1. 13 : maison. — Les mss. J i àe, ii à 14, 16 àll 
ajoutent: ou en deux. P 172. 

P. 68, 1. 19 : Donsonak. — Mss. Aiàl,i\ à 14, 23 à 29 : 
Donsenok, Dousenok. F» 172. — Mss. A % à \(i : Donsenac. 
F* 151 V». — Mss. ^ 15 à 17. : Dondenach. P» 169. — 
Mss. A \%, 19 : Dousenach. F» 176. — Mss. ^ 20 à 22 : Don- 
zenork« F> 242. — Mss. ^ 30 à 33 : Dousenos. P> 199 v». 
— Ms. B 3 : Donzenac. F* 151 v*. -^ Ms. B 4 : Dousenak. 
Fol42. 

P. 68, 1. 24 : Gomboume. — Mss. .^ 18, 19 : Gombom. 
F» 176. ^ Ms.Al : Couboume. F« 162 — Ms. B 3 : Gom- 
bort. F 151 v«. 

P. 68, 1. 24 : en Limozin. — Ms. B 6 : assës près de limo- 
ges. F» 412. 

P. 68, 1. 27 : prisent. — Ms. ^ 6 : sur son lit. P» 412. 

P. 68, 1. 28 : appelloit. — Mss. A 29 : monseigneur Jehan. 

P. 68, 1. 31 et 32 : vingt quatre. — Ms. B 6 : vingt trois. 
P»412. 

P. 69, 1. 4 : vingt mil. — - Mss. A1(S à ^% et B ^ -. trente 
mille. P> 242. 

P. 69, 1. 4 et 5 : au roy de France. — Mss. ^ 20 à 22 : au 
dit roy Phelippe. 

P. 69, 1. 6 : Bacons.—- ilfr. ^6 : Bâchons. F»412. — ilf«. A 1 
à 14 : Bacon. F"» 172. — Mss. ^ 15 ^ 17 : Guillaume Bacon 
F 168. 



302 CmiONIQU£S DB J. FROISSAET. [1348] 

P. 69, 1. iO : vesqpi* — Les nus» ^ 20 â 22 ajoutent •* en ce 
monde. F* 242. 

§ S16. P. 69, 1. il :| En. — Ms. de Rome : Parenement 
et de ce temps ot un homme d'armes , en Bretagne y alemant 
que Ton clama Grokart, liqueb avoit este en son commen- 
cement uns varies au signeur d'Erde en Hollandes, mais il se 
porta si bien ens es guerres de Bretagne par prises de villes et 
de chasdaus et des racas fais et de raençons de gentils honmies 
que, qant il ot assës menet celle ruse et il fu tanés de guerriier 
et de mal faire, il raporta la finance de soissante mille vies 
esqus. Et fîi chib Grokars uns des chiaus qui forent arme avoec- 
ques les Englois en la bataille des Trente, et fu tous li mieudres 
de son costë; eti acquist tel grâce que li rois Jehans de France 
li manda que, se il voloit relenqir les Englois et devenir Fran- 
çois, il le feroit chevalier et li donroit fenme et mille esqus de 
revenue par an. Il refosa à ce. 

Chib Grokars vint en Hollandes en grant estât, et pour ce que 
il vei que li signeur qui le congnissoient, n'en faisoient point de 
compte, il retourna en Bretagne, en ce temps que li dus de Lan- 
castre, Henris qui chi desus est nonmës contes Derbi, seoit à 
siège devant la chitë de Rennes. li dus li fist grant chière et le 
retint de son hostel à douse chevaus, et avint de Grokarf ce que 
je vous en dirai. 

Une fois, il cevauçoit un coursier, liqueb li avoit cousté trois 
cens esqnsy et l'avoit tout nouviel et le volt asaiier pour veoir et 
scavoir conment il s'en poroit aidier, se il li besongnoit ; et ferit 
ce coursier des esporons, liqueb estoient fors et rades et mal 
enbouqiës, et vint asallir un fosset. Li coursiers tresbusca et 
rompi son mestre le col. Ensi fina Grokars. F<* 146 v^. 

P. 69, 1. il : En tèle. — Msi. Ai à ik, i8, i9, 30 à 33 : 
En autelle. F» 172. — ilf^. ^ 4 : En otelle. po 142. 

P. 69, 1. 19 : Grokart. — Mss. ^ 1 ^ 6, 11 à 14, 18, 19 : 
Grokat. F> 172. — Mss. ^ 8 à 10, 15 ^ 17, 20 à 33 : Gro- 
quart. F» 152. — Mss. A 18, 19 : Groquat. F» 176. — Ms. 
B 3 : Grocart. F" 151 V». — Ze nu. ^ 29 ajoute : natif du 
comté de Flandres. 

P. 69, 1. 20 et 21 : Ercle. — Mss. A i\^ à il : Herdeh. 
po 169 V>. — . Mss. ^ 20 â 22 : Arcles. F» 242. 

P. 69, 1. 25 : le vasselage. •» Mss. Ai à il^ ii à 14» 



[1349] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 317. 808 

18 à 33 : la prouesce. F» 17S. — Ms. ^ 3 ; la vaillantise. 
F* 182. 

P. 70, \. S : le fin. — Mu. ^ 1 à 14, 18 ^ 22 : la finance. 
F"» 172. 

P. 70, 1. 3 : soissante mil. — Mss. ^ 15 à 17 : cent mille. 
F> 169 v<>. — Mst. u/ 20 à 33 : quarante mille. F> 242 y«. 

P. 70, 1. 7 : Trente. — M$. i? 6 : et fu li uns des prins à 
celle bataille avoecques les aultres. F® 414. — leM Mss. Ai^^ 

19 ajoutent : contre Trente. F® 176 y®. 

P. 70, 1. 8 : li mieudres. — Jdss. Ai àl.iià 14, 18, 19, 
23 ^ 33 : le meilleur oombatant. F» 172. — Mst. A ^àiO, 15 
À 17 : le mendre. F* 152. — Ms. B ^ : le meilleur. F^" 152. 

P. 70, 1. 16 : trois cens. — Mss, A i à Q : trois mille. 
P 172 y». — ilf^. i? 3 : quatre cens. F* 152. 

P. 70, 1. 19 : trébucha. — M^. J^ 6 : Sy se brisa le dit Gro- 
kars le haterieU F^ 414. 

P. 70, 1. 21 : ensi. — Ms, B ^ i Sy brigans montepljèrent 
puissedy tant que maint damaige en avint en pbiiseors marches 
par le royalme de Franche. P 414. 

S 517. P. 70, 1. 22 : En ce temps. — Ms. d'Amiens : Celle 
trieuwe fîi assës bien tenue, mais il avint en celle année que mes- 
sires Jolfirois de Ciargny, qui se tenoit à Saint Qmer et à qui du- 
rement anuioit, et à aucuns chevaliers de Picardie, de le prise de 
dallais, tretièrent tant deviers monseigneur Ainmeri de Pavie, un 
chevalier lombart, cappittaine de dallais, que pour argent il leur 
eut en couvent de rendre et livrer dallais, à un certain jour qui 
mis y fu, parmy vingt mil escus qu'il en dévoient paiier. Qr avint 
que li roys d'Ebgleterre seut ce markiet, je ne say oumnent, et 
manda à Londres monseigneur Ainmeri et Tespoenta bien. Tout» 
tesfois, finablement, il li dist qu'il poursieuvist son marchiet et 
qu'il seroit à le journée, et parmy tant il li pardonroit tout son 
fourfet. Messires Aiomeri, qui cuida hien estre mors, li eut en 
couvent et vint de redef à dallais. F* 98. 

— Ms. de Borne : Or retournons à la matère dont je parloie, qant 
je oonmençai à parler de Racon et de drokart. Vous devés sça- 
voir que en la ville de Saint Omer se tenoit uns moult vaillans 
chevaliers firançois, liquels se nonmoit mesires Joffirois de dargni, 
et croi que il soit as armes dampegnob. dhib mesires JoflBrois es- 
toit en coer trop grandement cooronchiés de la prisa et don ooo- 



304 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1349] 

quès de la ville et dou chastiel de Calais , que les Englois te- 
noient, et metoit tontes ses ententes et imaginations au regarder 
conment il le peuist ravoir, et sentoit pour ce temps un chapî- 
tainne en Calais, qui n'estoit pas trop haus homs, ne de Testra- 
tion d'Engleterre. Si se avisa mesires Jofi&x>y de Cami que il 
feroit asaiier au dit chapitainne, qui se nonmoit mesires Ainmeris 
de Pavie, se pour argent pronmetre et donner, il poroit mar- 
ceander à lui par quoi il peuist avoir Calais. Et se enclina en ceste 
pensée le plus, pour tant que mesires Ainmeris estoit Lombars et 
de nation estragne ; car se il fîist Englois ou Hainnuiers, il ne se 
fîist jamais avanchiës de faire ce que il fist. Et envoia secrètement 
tretier deviers cel mesire Ainmeri par un Lombart demorant [à 
Paris] qui se disoit son cousin. 

Ainmeris entendi à ces tretdës et se dissimula trop fort, ensi 
que il apparu, car il fist entendant à ce Lombart parisiien que on 
nonmoit Ambrosin , que il renderoit Calais as François pour vint 
mille esqus , car il estoit tanës de servir le roi d'Engleterre et 
voloit retourner en son pais. Et tout che que il disoit, estoit 
bourde, car jamais ne l'euist fait ; et bien le creoient de ses paro- 
les AmbrosÎDS et mesires JoflSrois. Et furent les coses si aprochies 
que jours mis et asis que de rendre et livrer as François le chas- 
tiel de Calais, et par le chastiel on enteroit en la ville. Et de ce 
se tenoient tout à segur et à conforte mesires Joffrois et ses con- 
sauls. Et s'en vint li dis mesires Joffrois de Cami à Paris, et re- 
mostra ce marchiet et ce trettiet as plus proçains dou roi. li 
auqun le voloient croire et li aultre non ; et disoient que ce estoit 
une barterie couverte, et que jamais pour vint mille esqus, on 
ne retoumeroh à avoir Calais. li aultre disoient, qui desiroient 
à veoir le marchiet acompli, que si poroit bien Caire. Mesires 
Joffirois afremoit les coses si acertes que il en fu creus. Et furent 
ordonné et délivre par le trésorier de France li vint mille esqus ; 
et furent envoiiet et aportë en l'abeie de Saint Bertin à Saint 
Omer. Messires Jofifrois de Cargni fist une semonse et priière se- 
crète de gens d'armes en Artois, en Boulenois et là environ; et ne 
sçavoient nuls encores pour où c'estoit à aler. 

Entrues que mesires Joffrois de Cargni entendoit de grant désir 
et volenté au procurer ses besongnes, mesires Ainmeris de Pavie, 
d'autre costë, qui les voloit décevoir, monta en mer et vint en 
Angleterre. Et trouva le rot à Eltem, et li remostra toute la beson- 
gne, conment elle aloit et démenée elle estent. Li rois entendi à 



[1349] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 3i7. 305 

ces paroles, qui fu moult esmervilliës de ce, et pensa sus un petit. 
Et apella mesire Gautier de Mauni qui pour ces jours estoit dalës 
li, et fist à mesure Ainmeri de Pavie recorder toute la marcean- 
dise, conment elle aloit; et en demanda consel, quel cose en estoit 
bonne à faire. Mesires Gantiers en respondi son entente et dist : 
CK Sire, li François folient et abusent trop grandement, qui, en 
bonnes trieuves jurées et données, marceandent de vous trahir, 
et voeUent avoir la ville et le chastiel qui tant vous ont cousté : 
il ne fait point à souffrir. Vous m'avés demandé consel et je vous 
consillerai. Vous envoierés là à Calais des bonnes gens d'armes 
assés et par raison, pour résister à l'encontre des François, et 
dires à Ainmeri que il procède avant en son marchié, et bien se 
garde que de son lés il n'i ait fraude ne traison , car vous vos 
estes confiiés en li et vous confiierés encores. » — «c Gautier, 
respondi li rois, vous dites bien, et je le ferai ensi et vous institue 
à estre souverains de celle armée. Traiiés vous viers Douvres et 
celle marce là, et je vous envoierai gens assés. » Mesires Gautiers 
de Mauni respondi au roi : « Sire, je le ferai volontiers. » Puis 
appella li rois Ainmeri de Pavie et li dist à part : ce Je voel, dist 
li rois, que tu poursieves ton marchiet. Gautiers de Mauni re- 
tournera avoecques toi, et de tout ce que il te conselle, uses apriès 
son consel. » 11 respondi et dist : « Volentiers. » F®« 1 46 v« et 1 47. 

P. 70, 1. 22 : En ce temps. — Ms. ^ 6 : en l'an de grâce mil 
trois cens quarante huit. F<» 414. 

P. 70, 1. 26 : touchans. — Mss, Ai ^ 6, 8 à 19 ajoutent: fait 
d'armes. F" 172 v«. — Ms. ^ 3 : le fait d'armes. F* 152. 

P. 71, 1. 10 : convoiteus. — Ms. B 3 : ambicieux. F" 152. 

P. 72, 1. 2 : part. — Ms. ^ 29 : et lui demanda des nouvelles 
de Callais : c Chier, sire, respondit le Lombart, je n'y sache que 
tout bien. » Adonc il le traict à part, si lui dit : c Tu sçais que 
pour la grant fiance que j'ay eu en toy, je t'avoye donné en 
garde. » 

P. 72, 1. 3 : la riens. — Mss. ^ 1 à 6, 8 ^ 22 ^< ^ 3 : la 
chose. P» 173. — ilf*. ^ 7 : la rien. F» 162 V. 

P. 72, 1. 23 : se Diex me vaille. — Mss. ^ 1 «^ 22 : se Dieu 
me vueille aidier. F<* 173. 

P. 73, 1. 4 : empensé. — Mss. ^ 15 A 17, 20 à 22 : en pen- 
sée. F» 170. — Ms. BZi pensoit. F* 152 v«. 

P. 73, 1. 13 : monseigneur de Fiennes. — Mss. A i à% : mes- 

sire Morel de Fiennes. F« 173. 

IV — 20 



306 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1849] 

P. 73, 1. 14 : Ribeumont. ^ Mss. ^ 20 à 22 : Bibeaimont. 
F* 243 V". 

P. 73, 1. 15 : Kreki. — Mss. ^ 20 à 22 : Creci. 

P. 73, 1. 15 : Were. — Mss. ^ 20 « 22 : Ware. 

P. 73, 1. 16 : dou Bos. — Mss. Al à M .an Boys. F» 163. 

P. 73, 1. 24 : par nuit. — Ce mots manquent dans les mss. A 
i^ 6, 8 À 14. — Ms, ^ 3 : à ce jour, de nuyt. F> 152 V" 

5 SI8. P. 73, 1. 27 : Quant li rois. — Ms. éC Amiens: li roys 
d'Engleterre ne mist mies en oubli ce que faire yolloit, mes se 
bouta à mil hommez d'armes de nuit secrètement en le yUle de 
Gallais. Au jour que li dis messire Ainmeris dubt délivrer le ville 
de Callais, y vinrent messires JofiQroix de Cargny, messires Mo- 
raux de Fiennez, messires Jehans de Landas, messires Ustasses 
de Ribeumont, messires Pépins de Were, messires Henris dou 
Bos, U sîrez de Kikempoi et pluisseurs autres d'Artois, de Vei^ 
mendois et de Picardie, et fissent ung secret mandement. Si furent 
mis en le ville de Gallais de nuit. Dont saillirent li Englès bors et 
envairent les Francbois , et les reboutèrent hors de la ville. Et 
là eut grant bataille et crueuse, car li Francbois se reqaeillièrent, 
qui estoient grant fuisson. F* 98. 

— Ms, de Home : Adonc se départirent dou roi d'Engleterre me- 
sires Ainmeris et mesires Gauders et vinrent à Douvres, et là pas- 
sèrent la mer et vinrent sus un tart à Calais. Depuis envoia li 
rois d'Engleterre gens d'armes et archiers d'Exsesses et de Sou- 
sexses et de la conte de Kent viers Douvres et viers Zandvich, 
et passèrent petit à petit la mer et se boutèrent couvertement à 
Calais et tant que la ville en fu bien pourveue. Et droit sus le 
point dou darrain jour, de quoi à l'endemain li marchiés devoit 
estre Uvrës à l'entente des François, li rois d'Engleterre en prope 
personne vint à Calais, non congneus de plentë de gens : de quoi 
mesires Gautiers de Mauni fu moult esmervilliés qant il le vei; 
nequedent il se fissent bonne chière. Et dist li rois : « Gautier, 
je voel veoir et connoistre quels gens vendront pour moi tofir 
Calais, que je ai tant comparet. Je le voel aidier à defiendre et à 
garder; mais je me meterai desous vostre pennon, ensi conme 
uns de vostres chevaliers, ne je ne voel pas que toutes mes gens 
sachent que je soie ichi venus maintenant pour tèle côse. » — 
« Sire, respondi mesires Gautiers, vous avës raison. Or en ordon- 
nés à vostre ordenance, car bien me plaist. » 



[1350] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 318. 307 

Moult des gens le roi d'Engleterre ne sçavoient pour quoi il 
estoient venu et furent boute en cambres et en celiers ens ou 
chastiel ; et cheuls liquel estoient en la viUe, se tinrent tous qois en 
lors hostels. Et leur fu dit : « Ne tous bougies de chi, tant que 
vous auerës aultres nouvelles. » Tout se acordèrent à l'ordenanoe 
que on les volt mètre. 

Geste besongne estoit poursievoite moult aigrement et couver- 
tement de mesire JofiBroi de Garni, et ne quidoit point fallir à 
ravoir Galab; si fort se confioit il ens es paroles et convenances 
de mesire Ainmeri de Pavie , et avoit segnefiiet à pluisseurs 
bons chevaliers et esquiers d'Artois, de Boulenois et de Piqardie, 
à tels que à mesire Jehan de Landas, à mesire Ustasse de Ri- 
beumont, à mesire Pépin de Were, au visconte des Qènes, au 
chastelain de Biauvais, au signeur de Greqi, au signeur de Gre- 
sèques, au signeur de Brimeu, au signeur de Santi, au signeur 
de Fransures et à moult d'aultres. Et qant il furent venu ^n l'a- 
beie de liques, il dist as capitainnes de l'ordenance de la mar- 
ceandise que il avoit à cel Ainmeri de Pavie. Li auqun suppo- 
soient assës que Ainmeris, pour tant que il estoit Lombars, 
prenderoit les deniers et renderoit le chastiel de Galais, et se il 
avoient le chastiel], il aueroient la ville. Et li aultre creoient 
mieuls ie contraire que le fait, et doubtoient fort traison; et 
chil qui estoient de celle opinion, se tenoient tous jours derière. 

Mesires Jofrois de Garni, liquels avoit fait son amas de gens 
d'armes et d'arbalestriers, remist, sus un ajournement qui fii le 
nuit de Fan mil trob cens quarante huit, toutes ces gens d'armes 
ensamble et aproça Galais ; et cevauehièrent de nuit et vinrent 
sus un ajournement assës priés de Galais, ensi que devise se por- 
toit. Et envoia li dis mesires Jofrois de Gargni deus de ses varies 
devant, pour parler à mesire Ainmeri et pour sçavoir le couve-> 
nant de Galais. Li varlet trouvèrent à la porte don chastiel, à 
celle qui oevre sus la mer, mesire Ainmeri, et leur dist : « Oil. 
Faites les traire avant. > li varlet retournèrent et recordèrent 
toutes ces paroles k mesire Joffiroi qui de ce fu grandement res- 
jols, et dist as chevaliers qui là estoient dalës li : c Galais est 
nostre. Sievés me tout le pas, car je m'en vois prendre la sasine 
dou chastiel. » Il le fissent et estoient bien euls cinq cens en une 
brousse, sans les arbalestriers qui venoient derrière. Âdonc se 
ravisa mesires Jofrois et dist à mesire Oudart de Renti liquels 
estoit dalës li : t Oudart, prenës les florins; portes leSt Vous 



308 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1350] 

ferës le paiement. Je voel entrer en Calais par la porte toute 
ouverte. Je nH enterai jà par le guichet, ne moi, ne ma ba- 
nière. > 

Mesires Oudars de Renti s'i acorda et prist les florins qui 
estoient en deus bouges et les fist encargier par ses varies ; et 
vint deviers le chastiel et trouva le guichet de la porte ouvert, 
et mesire Ainmert à l'entrée. Et entrèrent tout chil qui entrer 
vorrent adonc, et chil qui ordonné estoient de aler pour prendre 
la sasine don chastiel. Si tos que il furent tout entré dedens, mesires 
Aimmeris fist reclore et barer le guicet : de quoi mesires Oudars 
de Renti li dist : « Pourqoi serrés vous le guichet? il apertient 
que il soit ouvers. Si enteront nostres gens dedens. » Donc dist 
mesires Ainmeris : « Il n'i enteront meshui fors que par la porte 
toute ouverte, et tantos le sera , mais que je aie recheu les de* 
mers que je doi avoir. Vous estes gens assés. « Et puis dist par 
couvreture : « Vous veés bien que vous estes signeur dou chas- 
tiel. » 

Mesires Oudars de Renti s'apaisa de ceste parole et sievi me- 
sire Ainmeri ; et aussi fissent tout li aultre , et trouvèrent le pont 
dou castel avalé et la porte ouverte. Il passèrent sus et oultre, 
et ne veirent pas samblant , ne olrent honme ne fenme. Mesires 
Ainmeris enmena mesire Oudart de Renti en la chambre dou 
portier, à l'entrée de la porte, et li dist : « Metés ichi les deniers. • 
Mesires Oudars de Renti le fist à sa resqueste. Il furent mis sus 
une table. Et dist messires Ainmeris : « I sont il tout? > — « Oil, 
par ma foi, dist mesires Oudars. 'Mesires Jofrois de Cargni le 
mes a ensi fait prendre. » •&- « Je vous en croi bien , dist messires 
Ainmeris. Or vous tenés ichi un petit , je voi quérir les clefs des 
poites de la ville, car je les fis her soir toutes aporter ichi de- 
dens. 9 Mesires Oudars de Renti le crei bien de ceste parole. 
Mesires Ainmeris entra dedens une salle qui estoit toute plainne 
de gens d'armes. Si tretos que elle fu ouverte , tout à une fois il 
sallirent hors, et ausi chil de la grose tour, où li rois d'Engle- 
terre estoit. En mesire Oudars de Renti et en ses gens qui là 
estoient venu , n'ot point de deffense, car il lurent pris as mains 
et tout boutés en tours et en prisons. 

Je vous dirai que mesires Ainmeris de Pavie avoit fait pour 
resjoir les François. Il avoit bouté hors dou chastiel les banières 
dou roi de France ; mais si tretos que ceste aventure fu avenue 
que pris chil qm estoient aie devant pour saisir le chastiel, il osta 



[1380] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, % 348. 300 

ces banières et mist cestes don roi d'Engleterre. Il estoit encores 
moult matm, environ solel levant. 

Qant li François, cfui estoient sus le sabelon devant Calais, vei- 
rent ce convenant, il congneurent tantos que il estoient trahi. 
Mesires Jofrois de Garni, qui grant désir avoit d'entrer ens ou 
chastiel et liquels estoit avoecques ses gens et desous banière, 
regarde viers une porte et le voit ouvrir, et issir à brousse grant 
fuisson de gens d'armes et d'archiers et venant le bon pas sur 
euls, et dist à mesire Ustase de Ribeumont et à mesire Jehan de 
Landas qui n'estoient pas trop lonch de li : « Signeur et compa* 
gnon, nous sonmes trahi. Chils fans Lombars m'a deeeu, et je vous 
ai bouté en ce dangier, ce poise moi, se amender le pooie; et 
puisque combatre nous fault, moustrons que nous sonmes gens de 
volenté et de deffense. » — « Sire , respondirent il , c'est bien 
nostre intention. » Lors se missent ces trois banères ensamble et 
requellièrent lors gens par bonne ordenance et apuignièrent les 
glaves et moustrèrent visage. 

Evous les Englois venus, le pennon mesire Gautier de Mauni 
tout devant, et le roi d'Engleterre desous celi; et savoient trop 
petit de gens de son costé que li rois fust là. Les Englois avoient 
retailliet lors lances jusques à cinq pies de lonc et s'en vinrent le 
bon pas et entrèrent en ces François et conmenchièrent à pousser, 
et les François à euls. Et là ot très fort pousseis avant que il 
peuissent entrer l'un dedans l'autre ; et trop bien se tinrent en 
estât sans perdre ne gaegnier terre, une longe espasse. Li Fran^ 
cois estoient là grant fuisson, et se tout euissent monstre corage 
et deffense, ensi que li troi chevalier desus nonmet fissent, il euis- 
sent espoir mieuls besongniet que il me fissent ; car [qant] chil 
qui estoient derrière et qui recranment traioient avant, entendi- 
rent que il estoient trahi et que lors gens se combatoient , il se 
missent grant fuisson au retour. Et chil qui voloient aler avant 
ne pooient, car il estoient sus un cemin destroit que il ne pooient 
dou plus aler ou cevauchier que euls quatre de front. Se les cou- 
venoit requler avoecques les esbahis et les fiiians, vosissent ou 
non. Et auquns vaîllans hommes, qant il se trouvèrent au large 
sus les camps, et bien savoient que mesires Joffrois de Garni, 
mesires Ustasses de Ribeumont et mesires Jehans de Landas 
estoient devant, s'arestoient et atendoient là l'un l'autre et disoient, 
tels que mesires Pépins de Were, mesires Henris de Qreqi, li 
sires de Reli : « Se nous en alons sans nostres chapitainnes qoi 



3i0 ŒRONIQtlES DE J. FROISSAAT. [I3»0] 

sont encores derrière et qui se oonbatent, nous sonmes deshon- 
nouret à tous jours mes. » Et par la parole et monitions des 
bons et vaillaus honmes s'en requellièrent plus de sept cens qui 
tout Yoloient tourner les dos. Or parlerons dou pouseîs et de la 
bataille qui lu devant Calais. F^ 147 à 148 y*. 

P. 74, 1. 7 : trois cens. — Mss. A i^ à il i quatre cens. 
F» 170 y». 

P. 74, 1. 24 : Calais. — Ms. ^ 6 : à tout grant bachelerie et 
grant foison de gens d'armes et bien dix mille hommes de pîet. 
P»417. 

P. 74, 1. 26 et 27 : à priés de mienuit. — Mss. ^ 1 à 14, 18, 
19 «I i? 3, 4 : après mienuit. F* 173 v^". ~ Mss. ^ 15 à 17 : 
après la mienuit. F* 170 v*. — Mss. A 10 à 22, 30 à 33 : envi- 
ron heure de mynnit. Fo 244. — Mss. ^ 23 à 29 : environ my- 
nuit. Fo 188. 

P. 74, 1. 27 ! vint. — Ms. J 19 : k une lieue. 

P. 76, 1. 4 : sach. — Ms. A 29 ajoute: de cuir. 

P. 76, 1. 14 : veriel. — Mss. A i àB : verroil. F» 174. — 
Mss. ^ 8 À 10, 15 à 19, 23 À 33 : yerroul. F» 153 v«. — Mss. A 
7, 11 à 14, 20 À 22 : verrouil. P^" 164. — Ms. B 3 : verroux. 
F» 153 v«. — Af#. Bk : vcrueil. F» 143 v». 

P. 77, 1. 8 et 9 : as chevaliers. — Ms. B 3 : aux archiers. 
F» 153 y^. 

P. 77, 1. 12 : Were. — Mss. A li à 14, 20 ^ 22 : Wastre. 
F» 162. — Mss. A 18, 19 : Wasère. F» 178 v«. — Mss. A 23 
à 29 : Ware. ¥• 189. — ilf«. ^ 3 : la Were. F» 153 y*. 

P. 77, 1. 12 : sont. — Ms. A 29 : par usage, gens subtils, 
avarîcieux et pleins de grand malice. 

P. 77, 1. 17 : evous. — Mss. ^ 1 ^ 6, 11 à 14 : veez ci ve- 
nir. F* 174. — Mss. ^ 15 ^ 17 : atant va venir. F* 171. — 
Mss. ^ 20 À 22 : veës vous yci venir. F* 245. 

P. 77, 1. 19 : Akesufforch. — Ms. B Z : d'Aque. P» 153 v«. 
^ Ms. B k: d'Eskesuforch. F* 144. 

P. 78, 1. 8 : par saint Jorge. — Mss. ^ 18 a 22 : par saint 
Denis. F> 178 V». 

P. 78, 1. 9 : mal dehait ait. — Mss. ^ 15 a 22 : mal ait. 
F* 171 V*. — Ms. B3 : maudit soit. F* 154. 

P. 78, 1. 14 : tout quoi. — Mss. Ai à 22 : tantost. P»174 v*. 
— Ms. B 3 : tout court. F* 154. 

P. 78, 1. 20 : fait. ^ Ms. ^ 6 : Et vs^v le roy par le porte et tous 



[1380] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 319. 3il 

les aultres après, et coanirent vistement sas messire loScoy et ses 
gens d'armes, dont il y ayoit grant foison de Picardie, d'Artois et 
de Boalen(»s avecq messire Jofiroy, telz que le seigneur de Fié- 
nés, le seigneur de Cresecke, le seigneur de Bassentin, le seigneur 
de Jocourt, le seigneur^ de Crekj, monseigneur Ustasse de Ribe- 
mont, monseigneur Henry du Bois, messire Pépin de Werre, mon- 
seigneur Jehan de Landas, messire Oudart de Renty et pluiseurs 
autres. Quant chil seigneur perchurent qu'il estoient decheu et 
trahis, sy furent tous esbahis et se retrairent che qu'il peurent. 
Et se recuellèrent les aucuns, et ly aucuns montèrent sur leurs 
chevaulx et s'en partirent le plus tost qu'il porent. Là eult dure 
mellée et grant hustin, car les Englès, gens d'armes et archiers, 
qui s'estoient enbuschiet en ches muraiUes et en ces maisons dç 
Calais^ sallirent hors yistement si trestost qu'il olrent sonner ung 
cors, qui leur estoit signe de envair ches Franchois, et les enval- 
rent moult radement. Et ches chevaliers de Franche entendoient 
à yaulx deffendre ; mais les Englès recullèrent les gens de piet 
jusques à une grose rivière qui queurt au quart d'une lieue ou 
pau mains desous Callais. Et là y eult grant foison de noiiés et de 
mors sur le rivière et sur le rivaige entre Calais [et] la rivière. 

Tant s'ensonnièrent ly chevaliers et escuiers, d'un costë et 
d'aultre, que le jour vint et qu'il commenchièrent à recongnoistre 
l'un l'autre. Sy se requellèrent avoecques monseigneur Godeffiroy 
de Gargny aulcun bon chevalier quy envis s'enfuioient sans luy, 
telz que messire Ustasses de Ribemont, messire Jehan de Landas, 
messire Pépins de Werre, messire Gavain de Bailleul, messire 
Henry du Bos, le sire de Creky, messire Oudart de Renty et plui« 
seurs autres. F*' 4I8 et 4i9. 

P. 79, 1. 3 : Kresekes. — Mss. J i à Q et B 3 : Gresques. 
F» 174 V* — ilfj. ^ 7 : Krekes, F* 164 v«. 

P. 79, 1. 13 : Saintpi. — Mss. ^ 1 à 6, 8 ^ 14, 18, 19 : 
Gempy. F* 175. — Mss, ^ 23 à 33 i?f ^ 3, 4 : Sempy. F» 189 v«. 

P. 79, 1. 13 : Loncvillers. — Mss. ^ 1 <è 6, 8 à 14, 18, 19 : 
Longvillier. F«> 175. -^ Ms. A 1 : Lonchvileis. F* 164 v*. — 
Ms. B 3 : Loncvilliers. F» 154. — Mss. ^ 23 à 33 : Lonchim- 
berth. F» 189 v«. 

P. 79, 1. 14 : Maunier. — Mss. ^ 15 ^ 17 : Maumer. F« 171 
v«. — Ms.B3 : Nanni». F» 154. 

S 818. P. 79, 1. 22 : Nous parlerons. — Ms. tt Amiens : Et 



312 CHRONIQUBS DB J. FROISSART. [4350] 

se combati ce jour 11 roys d'Engleterre desoubs le bannière mes- 
sire Gautier de Mauny. Et y fu très bons cbevaliers, dou costet 
des Franchois, messires Ustassez de Ribeumont. Touttezfois, H 
Franchois furent tout desconfi, tout mort et tout pris, et ranunené 
au soir en le ville de Callais. F^ 98 v^. 

— Ms, de Rome : Bien moustra là li gentis rois Edouwars que il 
avoit grant désir de conbatre et amour as armes, qant il s'estoit 
mis en tel parti et tant humeliiës que desous le pennon mesire 
Gautier de Mauni, son chevalier. Et s'en vint li rois conbatre 
main à main à mesire Ustasse de Ribeumont, et escremirent de 
lors espëes et jettè)*ent pluisseurs cops l'un sus l'autre, une longe 
espace ; car tout doi en savoient bien jeuer et escremir, et mieuls 
assës li rois d'Engleterre et de plus soutiens tours ne fesist li dis 
messire Ustasse, car il l'avoit apris d'enfanche. Mesires listasses 
ne savoit à qui il se conbatoit; mais li rob le sçavoit bien, car il* 
le recongnissoit par ses armes. Et li rois estoit armes simplement 
ensi que uns aultres chevaliers ; et toutes fois il estoit gardes d'au- 
quns chevaliers et esquiers qui là estoient ordonne pour son corps, 
à la fin que il ne fîist trop avant sourquis. Tant issirent de gens 
d'armes de Calais que li Françob, qui là estoient sus le sabelon 
et requlë en la place où l'anëe devant H rois d'Engleterre avoit 
mis son siège, ne porent souffiâr celle painne ; et en i ot grant 
fuisson de mors et de pris, et par especial li troi chevalier là de- 
morèrent. Et prist li rois d'Engleterre mesire Ustasse de Ribeu- 
mont, et se rendi à lui et le fiança : de quoi li dis chevaliers fu 
moult resjols depuis, qant il sceut que li rois d'Engleterre l'avoit 
oombatu et pris à prisonnier. Là furent pris mesires Jofrois de 
Garni et mesires Jehans de Landas, et trop petit se sauvèrent de 
ces premiers. 

Adonc montèrent pluisseurs Englois as chevaus que il avoient 
tous apparilliës, et passèrent delivrement la rivière, les auquns à 
guë, car elle estoit basse, et les aultres au pont, et se missent en 
cace et sus les camps apriès les François ; et là trouvèrent il les 
bons chevaliers entre Hames et Calais, tels que mesire Henri dou 
Bob, mesire Pépin de Were, le signeur de Qreqi, le signeur .de 
Reli, le signeur de Brimeu, le signeur de Fransures et pluissieurs 
aultres qui moustrèrent visage et deffense moult vaiUanment. Et 
descendirent les auquns à piet pour mieuls combatre ; car pour ce 
jour et pour ce que il faisoit grant relin, les terres estoient si 
molles que ceval ne s'en pooient ravoir. Et fu là uns pousseis et 



[1350] VARIANTES DU PREBilER LIVRE, S 320. 313 

uns esteqeis moult grans et bien soustenus et vaillanment des 
François, mais finablement il les couvint perdre; car lors honmes 
se esclardsoient toutdis et les Englois mouteplioient.'Là furent 
mort, dont ce fu damages, mesires Pépins de Were et mesires 
Henris dou Bois, et pris, li sires de Qreqi et li sires de Reli. Et se 
sauvèrent par estre bien montés mesires Moriauls de Fiennes, li 
sires de Cresèqes, li sires de Santi, li yiscontes des Qènes, li chas- 
telains de Biauvais et li sires de Fransures et moult d'aultres, et 
s'en alèrent bouter ens es forterèces proçainnes; et les Englois 
retournèrent et n'alèrent plus avant. 

Geste besongne avint droitement le nuit de l'an mil trois cens 
quarante huit ; et en fu grant nouvelle en France et en Engleterre, 
pour tant que li rois d'Engleterre i avoit este. F** 148 v* et 149. 

P. 70, 1. 31 : Ribeumont. — Ms. B 3 : Ribemont. P 154 v<*. 

P* 80, 1. 5 : Ustasses. — M$. ^ 29 : au roy que il ne cognis- 
soit. 

P. 80, 1. 22 et 23 : Gauvains de Bailluel. — Mss. J H àik: 
Gauvain de Bailleul. — Ms. B 3 : Gauvaing de Ballouel. F» 1 54 v«. 
— Ms. B 4 : Gavains de Bailluel. F» 144 v«. 

P. 80, 1. 23 : Greki. — Mss. ^ 1 i^ 6, 8 à 33 : Crequi. 
F*154 v<». 

P. 81, 1. 2 : aultre. — Ms. B 6 : Et dura le cache moult 
longement jusques entre Ghines. Là en dedens en y eult moult de 
mors, d'affolës et de navres. Et y eult bien mors de cheaulx de 
Saint Omer seullement quatre cens hommes parmy les arbalestriës. 
F* 420. 

P. 81, 1. 16 : quarante huit. — - Mss. u^ 1 à 6, 8 ^ 22 : qua- 
rante neuf, droitement le premier jour de janvier. F^ 1 75 v^. 

S 390. P. 81, 1. 18 : Quant. — Ms. d'Amiens : Et donna li 
roys d'Engleterre à soupper les chevaliers franchois prisonniers ; 
et là donna il de sa main à messire Ustasse de Bibeumont le 
cappelet d'argent pour le mieux combatant de son costet, et li 
quita sa prison et li fist encorres délivrer deux cevaux et vingt 
escus pour retourner en se maison. F^ 98 v^. 

— Ms, de Borne : Qant toute ceste besongne fu passée et les 
cachans retournes et tous rentres dedens Calais, et les chevaliers 
prisonniers là menés et mis en la tour et en belles cambres avoec- 
ques mesire Oudart de Renti et auquns aultres qui pris avoient 
esté en devant, ensi que vous savés, adonc s'espandirent les 



314 CHRONIQUES DE J. FROBSART. fl350] 

nouvelles en ploisseurs liens aval la ville àe Calais qne li rois 
d'Engleterre avoit este en celle besongne. Li auqun.le creoîent et 
li aultre non ; et en la fin ton le crurent Englois et Françob, car 
il le sceurent de veritë. 

Ensi que mesures Joffrois de Cargni, mesires Jehans de Landas, 
mesires Ustasses de Ribeumont et li aultre estoient tout ensam- 
ble en une cambre, et se devisoient et parloient conment chil 
fauls chevaliers lombars, mesires Aînmeris de Pavie les avoit 
trahis et deceus fausement et couvertement, evous venu messire 
Gautier de Mauni en la cambre, lui.quatrime tant seuUement; et 
se aquinta de paroles à ces chevaliers moult sagement et leur 
dist : « Biau signeur, faites bonnes chière. Li rois d'Engleterre, 
nostres sires, vous voelt avoir à nuit au souper. » 

Chil chevalier françois furent tout esmervilliet de ceste pa- 
role et regardèrent l'un l'autre, car il ne quidoient pas que li 
rois d'Engleterre fust à Calais. Messires Gantiers de Mauni s'en 
perchut bien que il s'en esmervilloient ; si leur dit de rechief : 
c II est ensi. Vous le verés ce soir seoir au souper, et vous fera 
à tous bonne chière, car je li ai oy dire ensi, quoique vcmis li 
avés volut embler Calais que il ainme tant. » — Donc respondi- 
rent il : « Dieus i ait part, et nous le verons volentiers. » Lors 
prist ccmgiet li dis mesires Gantiers de Mauni à euls et se dé- 
parti, et il demorèrent, ensi que chil qui en furent tout resjol, 
car ils en espérèrent grandement mieuls à valoir. 

Qant li heure du souper fu venue, et que tout fu q>parilliës et 
les tables couvertes, li rois d'Engleterre envoia quérir par mesire 
Gautier de Mauni ces chevaliers françois prisonniers, liquels bien 
acompagniés les vint quérir là où il estoient et les enmena 
avoecques lui ; et trouvèrent le roi qui les atendoit et fiiisson de 
chevaliers d'Engleterre dalës lui. Qant il le veirent enmi la sale 
devant le dreçoir, et grant fiiisson de cerges et de tortis tout au- 
tour de li, il l'approchièrent et l'enclinèrent bien bas. Il les fist 
tous lever sus pies l'un apriès l'autre et leur dist : c Bien ve- 
nant. » Et tantos chevaliers aportèrent l'aige, et lava li rois et 
puis esquiers d'offisce, et donnèrent à laver. Si s'asist li rois et 
fist seoir d'encoste li et à sa table tous les chevaliers prisonniers. 
Si furent servi bien et à paix et à grant loisir. 

Qant on ot soupe, on leva les tables, et demora li rois en la 
salle entre ces chevaliers françois et englois, et estoit à nu chief 
et portoit un capelet de fins perles sus ses cheviaus qui estoient 



[1350] VARIANTES DU PREMIER UVRE, S 3t0. 3i5 

plus noirs que meure. Et conmença U rois à aler de l'un à l'autre 
et entra en paroles joieuses, tant à ses gens conme as François et 
s'adreça sus mesire Jofroy de Cargni; et là, en parlant à lui, il 
canga un petit contenance, car il regarda sus costë et dist : « Me* 
sire Jofroi, mesire Jofroî, je tous doi, par vostre déserte, petit 
amer, qant vous voliës par nuit embler ce que j'ai si comparet, et 
qui m'a coustet tant de deniers. Si sui moult liés, qant je vous ai 
pris à Fesprueve. Vous en voliës avoir millour marchiet que je 
n'aie eu, qant vous le quidiës avoir pour vint mille escus ; mais 
Dieus m'a aidië que vous avës falli à vostre entente. Encores m'ai- 
dera il, se il li plaist, je i ai bien fiance, maugrë en aient tout mi 
ennemi. » Mesires Joffrois fîi tous honteus et ne respondi mot. 

Et U rois passa oultre et s'en vint devant mesire Ustasse de 
Ribeumont et li dist tout joieusement : « Mesire Ustasse, vous estes 
li cbevaliers del monde où en armes je me sui jusques à chi le 
plus esbatus de l'espëe , et je vous ai veu moult volentiers , et 
vous tieng pour la journëe pour le mieuls asallant et requérant 
ses ennemis. Et de la bataille je vous en donne le pris, et aussi 
font tout li cevalier de ma court par droite sieute. » 

Adonc prist li rois le chapelet lequel il portoit sus son chief, 
qui estoit bons et riches, et le mist et asist' sus le chief à mesire 
Ustasse, et li dist ensi : « Mesire Ustase, je vous donne ce capelet 
pour le mieuls combatant de toute la journëe de ceuls de dedens 
et de ceub de dehors, et vous pri que vous le portes ceste anëe 
pour l'amour de mi. Je sçai bien que vous estes gais et amoureus, 
et que volentiers vous vos trouves entre dames et damoiselles. Si 
dittes partout où vous venës que je le vom ai donne, et parmi 
tant je vous quite vostre prison. Vous estes mon prisonnier, et 
vous poës partir demain, se vous voles, s» 

li chevaliers fii tous resjoTs de ces deus dons, le premier de 
l'onnour que li rois d'Engleterre li faisoit de donner si rice jeuiel 
que le chapelet que il portoit sus son chief, et l'autre don de ce 
que il li quitoit sa prison. Si se volt engenoullier devant le roi, 
mais U rois ne le volt souffrir. Et le remerchia grandement li dis 
mesire Ustasse et dist : « Très chiers sires et nobles rois, je ferai 
tout ce dont vous me cargiës. » Adonc fîi là aportë vins et espis- 
ces, et en prist li rois et li chevalier, et puis casquns ala en son 
retret et passèrent la nuit. 

Qant ce vint à lendemain, par le congiet dou roi, mesires Us- 
tasses de Ribeumont se départi de Calais quites et délivres et à 



ai 6 CHRONIQUES DE J, FROISSART. [1350] 

son honnour, ensi que vous savës, et prist congiet à ses compa- 
gnons. Et s'en retourna en France devîers le roi Phelippe et le 
duch de Normendie qui moult Famoit, et leur recorda son aven- 
ture. Et toute celle anée il porta ce capelet de perles sus son chief, 
de quoi il furent grandes nouvelles en France et en aultres pais. 

Et li rois d'Engleterre se départi de Calais, mais à son dépar- 
tement il institua mesire Jehan de Biaucamp à estre capitainne 
et gardiien de Calais, et en osta mesire Ainmeri de Pavie, et li 
donna terre ailleurs en la chastelerie de Calais, une forte maison 
que on dîst Fretun. Et puis entra en mer avoecques ses gens et 
enmena avoecques lui en Engleterre ses prisonniers; et vinrent à 
Londres et trouvèrent là le conte de Ghines, le conte de Tanqar- 
ville, mesire Carie de Blois et des aultres barons et chevaliers de 
France qui avoient esté pris en Bretagne et en Gascongne et ail- 
leurs, ensi que les armes amennent. Si se conjoirent et festiièrent 
l'un l'autre, ne onques ne furent mis en prison serrëe, mais recreu 
sus lors fois courtoisement, et pooient par tout Londres aler, 
jeuer et esbatre. 

Et mesire Caries de Blois, li contes de Ghines et li contes de 
Tanqarville aloient voler des faucons et des lanerés au dehors de 
Londres et esbatre sus le pais, qant il voloient. Et pooient demo- 
rer quatre jours hors, et au chienqime retomner à Londres; et 
qant il s'estoient remoustré un jour, ils s'en pooient partir à l'en- 
demain et retourner arrière en lors esbas. F® 149. 

P. 81, 1. 18 : Quant. — Le § 320 manque dans les mss. jiià6^ 
P» 175 v«, dans les mss. ji S à iO, i^ 154, dans les mss. A i\ à 
14, f» 163, dans les mss. Ai^ à 17, f» 172, dans les mss. A 18, 
19, P» 179 v«, enfin dans les mss. A ^0 à 22, f» 246 v*. — Xff 
§ 320, dans lems. u^ 7, f* 165 v*, s* arrête à ces mots : îa, moult 
resjols (p. 83, 1. 22), et dans les mss. A ±d à 33, f' 190, à ces 
mots : demain s'il vous plaîst (p. 83, 1. 18 et 19). 

P. 81, 1. 18 : Quant. ^ Ms. B 6 : Quant la bataille fut finée 
et la chasse cessée et tout le camp délivré, et que les Englès ne 
savoient point à qui combatre, car les cappitaines des François 
estoient que mors ou pris pour celle bataille, excepté aulcuns si- 
gneurs qui se sauvèrent, messire Moriaulx de Fi[e]ne, le sire de 
Rely, le sire de Cresekes ; et laissèrent mors le sire de Quiquen*- 
pois, monseigneur Pépin de Werre et le sire du Bos et des aultres 
chevaliers : donc se. retrait le roy en la ville de Calais. F"* 420 et 
421. 



[1350] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, $ 321. 317 

P. 81, 1. 19 : se retraist. — Ms. J9 3 : se tira. F* 154 y*. 

P. 83, 1. 6 : par droite sieute. — Mss, ^^ 23 a 29 : par droite 
sentence. F» 190 v*. —-Mss. J 30 à 33: par droit science. F" 201 
▼•. — Ms, B 3 : par droicte raison. F* 155. — Ms, ^ 4 : par 
droite science. F® 145. 

P. 83, 1. 8 : chief. — Ms, B 6 : bien richement ouvre de 
grandes perles et grosses. P 422. 

P. 83, 1. 10 : chapelet. — Ms. B 6 : cappiel. F*" 422. 

P« 83, 1. 17 : prisonnier. — Ms. j9 6 : je vous quiteray pour 
l'amour des dames et demoyselles vostre prison. F* 422. 

P. 84, 1. 14 : escus. — Ms. B 6 : florins. P 423. 

§ 3SI. P. 84, 1. 21 : En celle anëe*. — Ms. d! Amiens : 
En ceste annëe trespassa de ce siècle la roynne de France, femme 
au roy Phelippe et suer au duc Oede de Bourgoingne. Ossi fist 
madamme Bonne, la duçoise de Normendie, fille au roy de Be- 
haingne : si furent li pères et li filz vesvëz de lors deux femmes. 
Assës tost apriès, se remaria li roys Phelippes à madamme Blance 
de Navarre, fille au roy Carie de Navarre. Et ossi se remaria li 
dusJehans de Normendie à la comtesse de Boulongne, duçoise de 
Bourgongne. Si se tinrent toudis lez trieuwez entre le roy de 
Franche et le roy d'Engleterre eus es marcez de Picardie, mes 
ens es lontains pays non ; car toudb se herioient il et guerioient 
en Poito, en Saintonge et sur les finontièrez d' Acquitaine. P* 98 vo. 

— Ms, de Rome : En celle prope anëe trespassa de ce siècle la 
roine de France, fenme au roi Phelippe et soer germainne au duch 
Oede de Bourgongne. Aussi fist madame Bonne, duçoise de Nor- 
mendie, qui fille avoit este au gentil roi de Behagne. Si furent li 
pères et li fils vevës de leurs deus fenmes. 

Assës tos apriès se remaria li rois Phelippes de France à ma- 
dame Blance, fille au roi de Navare ; et aussi se remaria li dos de 
Normendie à la contesse d'Artois et de Boulongne, qui veve estoit 
et avoit esté fenme à mesire Phelippe de Bourgongne, fil au duch 
Oede de Bourgongne. 

1. A partir de ce § 321 jusqu^aa % 370 inclntiTement, les mss. A 
on mss. de la première rëdaction proprement dite présentent un texte 
complètement différent de celui des mss. B ou mss. de la première 
rédaction révisée : ce texte des mss. A est un fragment emprunté aux 
Grandes Chroniques de France ; on le trourera reproduit, comme sup* 
plément à nos variantes, à la fin de oe Tolome. 



318 CHRONIQUES DE J. FAOISSART. [1347] 

Et estoit chils mesires Phelippes mors devant Âgnillon, ensi que 
chi desus il est contenu en nostre histore. Et estoit demorés de li 
uns fils qui se nonma Phelippes et morut jones; mes il fu avant 
maries à la fille le conte de Flandres : douquel conte je parlerai 
assés tos, pour un tant que il fiança et jura en i'abeie de Berghes 
en Flandres que il espouseroit madame Isabiel qui fille ettoit au 
roi d'Engleterre, et point ne procéda avant ou mariage. 

Et estoit ceste contesse d'Artois et de Boulongne, cousine ger- 
mainne au duch Jehan de Normendie et conmère deus fois ; mais 
de toutes ces proismetës dispensa papes Clemens qui resnoit pour 
ce temps. F" 149 v« et 150. 

P. 84, 1. Ï3 : Oede. — Ms. B 3 : Odes. P» 153 v«. 

P. 84, h 25 : demora à Creci. — Ms. B 3 : fut tuhé devant 
Crecy. 

P. 84, l. 26 : vevés. — Ms. B 3 : vefvës. — Ms. B 4 : ves- 
vés. F» 145 v«. 

.P. 84, 1. 29 : ArgesiUe. — Ms.B^ : Àgresille. F> 358. 

P. 85, L 2 : devant. — Le ms. B 5 ajoute : le chastel. 

P. 85, 1. 5 et 6 : regnoit pour ce temps.— Af'. il? 3 : presidoit 
en sainte église. 

§ S9S. P. 85, 1. 7 : Vous avës. — Ms. de Rome : Vous avés 
bien chi desus ol conter conment Lois, li jones contes de Flan- 
dres, fiança, ensi que je disoie maintenant, la fille au roi d'En- 
gleterre et conment, malescieusement et par grant avis, il se 
départi de Flandres et vint en France, et se tint dalës le roi Phe- 
lippe et madame se mère. 

De toutes ces coses fu enfourmës li dus Jehans de Braibant. Si 
n'en estoit pas courouchiësi mais resjols, ensi que chils qui avoit 
sa fille à marier ; mes bien veoit que à ce mariage par nul moiien 
il ne pooit venir^ fors par le roi de France. Si envoia 11 dis dus 
grans messages à Paris deviers le roi, en li priant que i) vosist 
consentir que li joues contes de Flandres espousast sa fille, et il 
demorroit dalës lui et bons François à tous jours mes, et feroit 
tant par force ou par amours que la conte de Flandres seroit en 
l'obesance de li, et aideroit la ville de Calais à recouvrer, et mist 
moult de belles proumesses et de grandes avant, pour atraire à 
ses volentés le roi Phelippe. 

Qant li rois de France se vei priiés et si acertes dou duch de 
Braibant, et que si il.s'umelioit enviers.lui^ si se laissa à dire el 



[1347] VARIAMfiS DU PREMIEa UVRE, $ 322. 319 

crei son ccmsel. Et li fu dit que li dus de Braibant estoit uns grans 
sires et de grans poorcas, et que moult il pooit brisier le fait des 
Alemans par li et par son pais et moult grever les Flamens ; si 
se acorda à ce mariage. Et fu li jones contes envoiiës à Arras, et 
là fu amenée la fille de Braibant; et là ot grans parlemens et tret* 
tiés secrès entre le duch de Braibant et le jone conte de Flandres 
et son consel. Et trop grandement en ce mariage i fii bien gardes 
li contes de Flandres, car on fist escrire et seeler au ducb de 
Braibant, pour tant que on le veoit chaut et désirant à procéder 
en ce mariage que, se il moroit, la ville de Malignes et la ville 
d' Anwiers et toutes les apendances et signourîes par icelles à elles 
retoumeroient à tous jours mes au conte et as contes de Flan- 
dres. Et seela li dus et se obliga si fort par serement mis et jures 
en la main dou roi de France et de ses conmis et sus tabelion» 
nages pubHques, que les convenances souflSrent bien au conte de 
Flandres et à son consel. Et parmi tant li mariages se passa, et 
espoussèrent en la chitë d' Arras ; et furent dispensé tout li article 
que li contes de Flandres avoit eu et les convenances au roi 
d'Engleterre. Encores fu on tous resjol de ce que il l'avoit de« 
oeu, et que par malisce il lor estoit escapës. Et dissent li papes 
et les cardinaus que bons sens naturels H avoit tout ce fait faire. 

Et qant la oongnissance en vint an roi d'Engleterre que li dus 
de Braibant, qui ses cousins germains estoit, avoit mariet sa fille 
au jone cimte de Flandres par le moiien don roi Phelippe et des 
Francis, et devoit avoir grans aliances dou dit duc, parmi ce 
mariage faisant, as François, si se contenta moult mal du duc et 
dist que jamais il n'aueroit parfaite fiance en li, et porta son anoi 
au plus biel que il pot, et dist bien que Lois de Maie seroit en- 
cores uns baretères. F* 150. 

P. 85, l. Il : en France. — Ms$. J? 3 er 4 : en Flandres, il se 
partit de ses gens et s'en vint en France. F® 155 v®. 

P. 85, 1. 14 : ou cas que. — Mss, B S et ^ : veu que. 

P. 85, l. 20 : tiroit. — Ms. B 3 : traictoit. 

P. 85, 1. 21 et 22 : excepte.... Flandres. — « Mi. ^ 3 : car le 
conte de Haynaut avoit eu l'autre. 

P. 85, l. 24 : laissier. — Le ms, BZ ajoute : traicter. — Xe 
ms. B 4 ajoute : passer. F» 145 v*. 

P. 86, 1. 6 : veroit. — Ms. B 3 : feroit. — Ms. B 4 : voroit. 
F»146. 

P. 86, 1. 12 : en le main. — Ms. B : au poing. 



8i0 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1350] 

P. 86, 1. 16 : li consaulz. — Ms. B 3 : les oodsuLb. P 156. 

P. 86, 1. 23 : ou cas. — Jlf/« J? 3 : es condicions. 

P. 86, 1. 27 : raroient. — Mi, B 3 : recouvreroienU 

P. 87, 1. 3 et 4 : monsigneur.... des Mons. — Ms. B 3 : mes- 
sire Godefroy, conte de Mons. 

P. 87, 1. 15 et 16 : goy et possessë. — Ms. B 3 : joyt et pos- 
séda. 

P. 87, 1. 22 : seorent. — Ms» B 3 : sauroient. 

P. 87, 1. 28 : brieiinent. — Ms, B 3 : legierement. 

P. 87, 1. 29 : pour le temps de lors. — Ms» B 3 : par lors. 

P. 88, 1. 7 : Flandres. — Ms. B 3 ajoute : son fils. 

§ 585. P. 88, 1. 8 : En ce temps. — Ms. de Rome .* En ce 
temps avoit grant ranqune entre le roi d'Engleterre et les Espa- 
gnols, pour auqunes malles Csiçons et pillages que les dis Espa- 
gnols avoient fait sus mer as Englois. Et avint que dedens cel an 
li Espagnol, qui estoient venu en Flandres «i lor marceandisses, 
furent enfourmë que nullement il ne pooient retourner arrière 
que par le dangier des Englois, et que on lor avoit clos la mer par 
samblant. Li Espagnol n'en fissent nul compte et parlèrent en- 
samble à Bruges et aillours là où il se trouvèrent, et se requelliè- 
rent et atendirent l'un l'autre et se pourveirent moult grandement 
de tout che qui nécessaire estoit pour li defiendre de chanons, de 
barriaus de fier aguissiés, d'ars, arbalestres et d'arbalestriers, et 
engagièrent plus de chienq cens Flamens, François et HoUandois. 
Tout estoient retenu as saudëes gens qui lor venoient. 

Qant li rois d'Engleterre, qui avoit ses espies en Flandres, 
sceut que poins fu, et que li Espagnol dévoient rapasser et retour- 
ner en lors pais, ils se mist sus mer à moult belle gent d'armes, 
chevaliers et esquiers, et moult ot de grans signeurs en sa com- 
pagnie. En celle anëe avoit il fait et crée son cousin le conte 
Derbiy duch de Lancastre, et le baron de Stanfort, conte de 
Stanfort. Et estoient là en celle armée avoecques li, si doi fil, li 
princes de Galles et Jehans, contes de Ricemont, mab chils estoit 
encores moult jones ; et l'avoit li princes amené avoecques li 
pour mostrer les armes, car moult l'amoit. Là estoient li contes 
d'Arondiel, li contes de Herfort, li contes de Norhantonne, li 
contes de Sasleberi, li contes de Suforc, li contes de Warvich, 
messires Renauls de Gobehen, messires Gantiers de Mauni, me- 
sires Robers de Namur, bien acompagniés de chevaliers et d'< 



[1350] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 324. 321 

quiers de son pais, li sires de Basset, messires Thomas de Hollan- 
des, messires Guis de Briane, li sires de Manne et pluisseurs 
aultres que je ne puis pas tous nonmer. Et se tinrent li rois et 
lors gens en lor vassiaus tous croissiés sus la mer, atendans les 
Espagnols. P» 150 v*». 

P. 88, 1. 8 : rancune. — Mss. B 3 et k : hayne. F® 156. 

P. 88, 1. 17 et 18 : et leurs nefs et leurs vaissiaus.— Ms, B 3 : 
en leurs navires et vaisseaux. F® 1 56 v®. 

P. 88, 1. 22 : leurs emploites. — Aïs. B d'i leur exploict.' — 
Ms B kl leurs exploites. ¥^ 146 v«. 

P. 88, l. 25 : enhay. — Mss. B 3 et k : en hayne. 

P. 88, 1. 29 : contre. — Les mss. B 3 et k ajoutent : nous. 

P. 88, 1. 29 et 30 : recueilliet. — Ms. B 3 : recueilliz. 

P. 89, 1. 4 : d'Exesses. — Ms. B 2 : d'Exestre. 

P. 89, 1. 8 : sa femme. — Ms. J9 3 : sa mère. 

P. 89, 1. 21 : Stanfort. — Ms. B 3 : Stafort. 

P. 89, L 22 : li princes de Galles. — Ms. j? 5 : le patriche do 
GaUes. F« 359. 

P. 89, 1. 26 : l'amoit. — Ms. j9 6 : Là eetoient avecques luy 
ses filz le prinches de Galles, le conte Derby, le conte de Stan- 
fort, le conte de Norhantone,' le conte de Warvich, 1^ conté de 
Suforty le conte d'Askessufort, le conte de Salbry, messire Re- 
nault de Gobehen, messire Gautier de Mauny, messire Jehan 
Camdos et toute le fleur des barons et des chevaliers d'|Sngle- 
terre. Y^ 424. 

P. 89, ]. 31 et 32 : Bietremieus de Brues. — > Ms. B 3 : Barte- 
lemy de Bruges. — Ms. B 4 : Betremieux de Bruhes. — Ms. B 5 : 
Bertelemy de Bruves. 

P. 90, 1. 9 : n attenderoient. — Ms. B 3 : n'attendirent. ' 

g 524. P. 90, 1. 11 : Quant li Espagnol. — Ms. Je Rome : 
Qant li Espagnol orent fait l«iir emploite et lor murceandise, et il 
orent cargiet lors vassiaus de draps et de toiJles, et de tout ce 
que bon et pourfitable lor sambloit pour retourner en lor pais, et 
bien supposoient que il soroient rencontf^ des Englqis , mais de 
tout ce il ne faisoient point grant compte, puis ^ue il estoient 
pourveu d'artelerie et de chanons. Et Vous di que Espagnols se 
confient grandement en fors vassiaus, lesquels il ont grans et 
fors trop plus que le^ Englois n'aient, e/. tout s'asamblèrent de- 
vant TEscluse. Qant il veirent-que temps Tu de départir, et que 

IV — 21 



322 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1350] 

tout par ordenAnce il entendirent à entrer en lors vassiaus, il se 
desancrèrent et se départirent tout de une flote et estoient belle 
compagnie, bien soissante gros vassiaus, et prissent le parfont et 
les bendes d'Engleterre. Et dient li auqun que il s'en fuissent 
bien aie, se il vossissent, et que jà il n'euissent eu nul rencontre 
des Englois ; mais orgoels les surmonta et outrequidance, et qui- 
dièrent bien desconfire le roi d'Engleterre et ruer jus les Englois, 
et disoient que il estoient fort assës pour tout cela faire. Toutes 
fois, il donnèrent au roi d'Engleterre et à ses gens otant à faire, 
par hardiment asambler et combatre, que onques aultres gens li 
donnassent painne, ensi que je vous recorderai assës briefment. 

Li rois d'Engleterre qui estoit sur mer o tout sa navie, avoit 
jà ordonne toutes ses besongnes et devisé conment on se comba- 
teroit; et avoit mesire Robert de Namur fait mestre et gouvreneur 
de une nef que on appelloit la Sale dou Roi^ là où tous 11 hostels 
dou roi estoit. Et se tenoit li rois d'Engleterre ou chief de sa nef, 
vestis d'un noir jaque de veluiel, et portoit sus son chief un noir 
chapelet de beveres qui bien li seoit ; et estoit adonc, selonch ce 
que di|.me fu par ceuls quiavoecques lui estoient, ausi joieus que 
onques on l'avoit veu. Et fist ses ménestrels coumer devant li 
une danse d'^lemagne que mfessires Jehans Camdos qui là estoit 
presens, avoit nouvellement raporté; et encores par esbatement 
il faisoit le dit chevalier chanter avoecques ses menestrès, et 
prendoit en ce grant plaisance. Et à le fois regardoit en hault, car 
il avoit mis une gette ou chastiel de sa nef, pour anonchier qant 
li Espagnol venroient. 

Ensi que li rois estoit en ce déduit, et que tout si chevalier 
estoient moult liet de ce que il le veoient si joieus, la gaitte qui 
perchut la navie des Espagnols venir fillant aval vent, dist : « Ho! 
je vois une nef venant, et croi que elle soit d'Espagne. » Lors 
cessèrent li ménestrel, et fu à la ditte gaitte assës tos apriès de- 
mande se il en veoit plus : « ûil, respondi il, j'en voi deus et 
puis trois et puis quatre, » et puis dist : « Je voi la flote, et s'a- 
procent durement. » Donc sonnèrent trompètes ens es vassiaus, et 
claronchiaus : grant plaisance estoit à l'olr. Et lors se requel- 
lierent toutes nel's dou costë le roi d'Engleterre et se missent en 
ordenance, ensi comme il dévoient aler. Et estoit li contes de 
Warvich amirauls de la mer, de par les Englois; et jà estoit tart 
qant li Espagnol aprochèrent. Et fist li rois aporter le vin et but, 
et tout SI chevalier qui en sou vassiel estoient; et pms mist li rois 



[1350] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 324, 323 

le bachinet en la teste, et aussi fissent toat li aultre. Tantos apro- 
chièrent li Espagnol, qui bien s'en fuissent aie sans combatre, se 
il vosissent; car, selonc che que ils estoient bien frété et en grans 
vassiaus, et avoient le vent pour euls, ils n'euissent jà parlé as 
Englois, se il vosissent. Mab orgoels et outrequidance les fist 
traire avant, et par samblant de grant volenté conmenchier la ba- 
taille et par bonne ordenance. F^' d50 v® et i5i. 

P. 90, 1. 11 : emploite. — Ms.B k\ exploite. F« 146 v». 

P. 90, 1. 12 : marcheandise. — Ms. ^ 6 : en Flandres, en 
Haynau et en Brabant. F* 424. 

P. 90, 1. 12 et 13 : vaissîaus. — Ms, B 6 : dont il avoient 
plus de cent. F^ 424. 

P. 90, 1. 16 : ne faisoient il compte. — Ms, i? 3 ! ne faisoient 
il pas grant compte. F* 157. 

P. 90, 1. 17 : TEscluse. — Ms. B k x TEscuze. F» 147. 

P. 90, 1. 18 : vaissiaus. — Ms. B 6 : environ le mois de sep- 
tembre. F" 324. 

P, 90, 1. 19 : artUlerie. — Ms, B 3 : d'arbalestriers, canons 
et grandes coulouvrines. F* 157. — Mss, B k et 5 i quarriaux 
d'arbalestres, de canons et de grant artillerie. 

P. 90, 1. 21 : tous faitis. — Ms. B 3 : expressément. 

P. 90, 1. 21 : effondrer. — Ms. B 3 : fondre. 

P. 90, h 22 : cailliaux. — Ms. B 3 : caillots. 

P. 90, 1. 29 : estramières. — - Jfi. B 3 : estandars. — Ms. i?5 : 
enseignes. F** 359. 

P. 90, 1. 30 : ensegnies. — Ms. B 3 : signets. 

P. 91, 1. 5 : dix mil. — Ms. B3 : quarante mil. 

P. 91 , 1. 10 : vent. — Ms. B 3 : tref. 

P. 9!, 1. 10 : par devers. — Ms. B 3 : pour aller à. 

P. 91, 1. 17 : ses hotelz. — Ms. B 3 : son logiz. 

P. 91, 1. 19 : veluiel. — Ms. B 3 : vieil veau. — Ms. B 5 : 
vermeil. F* 359. 

^,P. 91, 1. 20 : bièvre. —Ms.Bk: beuvres, F» 147. — Ms. 
B 5 : beneves. 

P. 91, 1. 23 : menestrelz. — Ms. B 3 : menestriers. — , Ms. 
B 4 : menestreux. 

P. 91 , 1. 23 : corner. — Ms. B 3 : jouer. 

P. 91, 1. 26 : chanter. — Ms. B 4 : canter. 

P. 91, 1. 27 et 28 : à le fois. — Ms. B 3 : aucunes fois. 

P. 91, 1. 28 : gette. —Ms. B 3 : gaitte. -^ Ms. B k : guette. 



I 



324 GHIiONIQUES D£ J. FROISSART. [1350] 

P. 91, 1. 29 : noncier, — Ms, B 3 : annimcier. — ilfr. B 4 : 
nonchier. 

P. 92, J. 3 : li gette. — Ms, B 6 ajoute : qui estoit sur la 
hune. F» 245. 

P. 92, 1. 16 : ilote. — Là estoit messire Robert de Namur qui 
' fu ordonnes de par le roy d'Eogleterre à estre mestre de se salle. 
F« 425 v\ 

P. 92, 1. 24 : vosissent. — Ms. B 3 : eussent volu. F» 157 v*. 

§ 525. P. 92, 1. 29 : Quant li rois. — Jlfr. de Rome : Qant li 
rois d*£ngleterre qui estuit en sa nef, en vei la manière, si fist 
adrechier ' son vassiel contre une nef espagnole qui venoit tout 
droit vi^rs li, et dist.ii celi qui gouvrenoit sa nef. « Adrèce noos à 
celi qui vient, car je vœl jouster à lui. » Et chils le fist. Si se en- 
contrèrent de grant randon les deus nefs, car elles estoient gran- 
des et foftes et bien esquellies; et fu mervelles que elles ne se 
. esquartelèrent dou cop que elles se donnèrent. li mas de la nef 
dou roi à tout le chastiel consievi le cbastiel de la nef espagnole 
où dedens il avoit douse hommes. Li chastiaus fii rompus et les 
hommes voles en la mer et noiiës. 

Et la nef dou roi fà croqie et faisoit aige tant que li chevalier 
dou roi s'en perchurent, mais point ne le dissent encores au roi, 
et s'ensonaiièrent les auquns à le tiidier. Donc regarda li rois la 
nef contre qui il avoit joustë, et li plaisi grandement et dist : 
« Acroqons nous à celle nef et entrons dedens ; elle est plus forte 
que la nostre. » Donc respondirent si chevalier : « Sire, laissiés le 
aler. vous en anerës une millour. » Geste nef espagnole passa 
oultre; une ault^ vint, qui estoit grose et belle et bien garnie. 
Si acroqièrent li cbevalier lor nef à ceste à cros et à chainnes 
de fier. 

Lors se conmençal)ataille forte et fière durement «t archiers à 
traire as Espagnols, et 'Espagnols au traire et lanchiar de grande 
volentë et non pas tant seullement en^un Heu, mais en vint ou en 
trente. Et se acroqoient lés nefs unes as aultres pour euls mieuls 
combatre. Et vous di gue les Englois ne l'avaient pas d'van- 
lage; car Espagnols jettoi«Dt pières de faix et grans barriaus de 
fier dont il estoient bien pourveu, car lors nefs estoient hautes : 
si avoient grant avantage à euls bien defiendré^ 

T^a' nef Espagnole où li rois d'Engleterra et si chevalier •stoient 
acroquiet fut moult bien defiendue, tant que elle pot durer $ mais 



[i350] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 32G. 385 

finablement elle fu conquise, et tout mis à bort chil qui decjens 
estoient. Et entrèrent dedens li rois et si chevalier, et les varies 
entendirent à widier lors coses de la nef croqie et remettre en ce 
fort vassiel ; et qant elle fu toute widie, il le descroqièrent et le 
laissièrent aler à Tenventure. Je croi bien que elle se eafoadra 
quelque part, car elle traioit moult fort aige, et riens n'en savoit 
li rois. 

Se li dissent si chevalier, et le péril où il avoit este, pois en- 
tendirent à aler avant et à combatre lors ennemis les JSspagnols 
qui se combatoient durement bien et ne faisoient nul compte de^ 
Englois, à che que il moustroient; et avoient arbalestriers qui 
traioient quariaus de forts arbalestres, et ce travilloient moult les 
Englois. FM SI. 

P. 93, 1, 6 : loiie. —Ms. B 3 : lyëe. 

P. 93, 1. 9 : uns tempestes. Ms. ^ 3 : la tempeste y fîist 
tumbée. 

P. 93, 1. 10 : dou rebombe. — Ms. ^ 3 : du rebonst. 

P. 93, 1. il : consievi. — Ms^ B 4 : consivi. P» 147 v« — 
Ms, B 3 : confondit. 

P. 93, 1. 14 : mer. — Ms. -B 6 : et ot plus de quatorze hom- 
mes qui dedens estoient, qui furent tout noies. F^ 426'. 

P. 93, 1. 17 : crokie. — Ms. B 3 : acrochée. 

P. 93, 1. 19 : widier. — i»fj. ^ 4 : huidîer. 

P. 93, 1. 20 : espuisier. — Le ms. B 3 ajoute : l'eaue. 

m 

§ 526. P. 94, 1. 26 : Geste bataille. — Ms. de Rome t Geste 
bataille sus mer des Espagnols et des Englois fu moult dure ; car 
ces deux nations sont toutes gens marins et qui bien sèvent con- 
ment on s'i doit et poet maintenir. Mais die conmença trop tart; 
car se li aventure euist donné que dou matin avoecques la marée 
il se fuissent trouvé, avant que il euLst «sté tart, U euissent fait 
plus grant conquest l'un sur l'autre, que il ne fesissent. 

Li Jones princes de Galles et clûl de aci carge se combattent 
bien en sus et avoient lorst nefs acrbquies à vassiaus espagnols on 
moult avoit de fors hommes et de durs, qui grant fuisson faisoient 
d'appertîsses. Et fu la nef df^u prince tellement fourmenée do 
grans barriaus de fier aguissiés que li Espagnol Ihnçoient contre 
les assielles, que elle fu petruîssée en trois ou quatre ligues et ren- 
doit grant aige \ et ne Fen pooient garder chil qui i entendoicnt, 
dont if Mtoient tout esbghi,* car la nef apesandisoit fort. 



326 CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [1380] 

Li dus de L&ncastre, assés pries de là, se combatoit à Espa- 
gnols et oy criier en englois : « Rescouse, rescouse au prince de 
Galles ! » Si dist à ses chevaliers : « Alons deviers mon cousin le 
prince ; je voi bien que il a à faire. » Donc chil qui tenoient le 
gouvrenal de sa nef, le fissent tourner à force, et li aultre esten- 
dirent lor single contremont; et tout combatant, vosissent ou non 
li Espagnol, il vinrent jusques à la nef du prinche que li Espa- 
gnol tenoient à dangier. Et qant li dus fu venus, li prinches 
failli en sa nef; et aussi fissent tout si chevalier, et là se comba- 
tirent et moult longement à ces deus nefs espagnoles : desquelles 
li une fil conquise par bien combattre et tout chil mis à bort qui 
dedens estoient, et li aultre se sauva et s'en ala à plain voille sans 
damage. F"" 151. 

P. 94, 1. 28 et 29 : se prendoient.,.. de. — Ms. ^ 3 : se pre- 
noîent à. F» 158. 

P. 94, 1. 30 : usé de mer, — Ms, B 3 : expers sur mer. 

P. 93, 1. 1 et 2 : de sa carge. — Ms, B 3 : soubz sa carge. 

P. 95, 1. 5 : pertruisie. — Ms. B 3 : persée. — Ms. B 4 : 
pertrausie. F* 147 v®. 

P. 95, 1. 11 : espagnole. — Lesmss. B^etBk ajoutent: qui 
estoit acrochëe {B 4 : acroquie) à la leur. 

P. 95, 1, 14 : li dus de Lancastre. — Ms. B6 : le conte. Derby. 
F» 427. 

P. 95, 1. 14 : ariflflant. — ilfjr. B 3 : astivement. — ilfj. B 5 : 
riflaht. F» 359 v». 

P. 95, 1. 18 : s'arresta.— Ms. B 2 : s'acrocha. — Ms, B 4 : 
s'acroka» 

S 527. P. 95, 1. 27 : D'autre part. —Ms. de Rome : D'autre 
part, se comWoient li baron et li chevalier d'Engleterre, cas- 
quns en son vassiel et ordonnenche, ensi que à faire apertenoit. 
Et Bien couvenoit que il fuissent fort et remuant et de grant em- 
prise, car il trouvèrent dure gent et qui petit les prisoient. Toutes 
fois, qant il les orent assailés et veirent et congneurent que tant 
de vaiUans hommes i avoit, il se combatoient en passant ensi 
comme Fescoufle vole; et ne reioumoient point, puis que il 
avoîent fait lor emprise. 

Messires^Robers àe Namur estoit mestres de la Salle don Bm, 
et avint que deus groses nefs espagnoles le vinrent environner et 
le conmenchièrent à asalir et Tacroqièrent de fait et de force ; 



[iZW] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 3J8. 3«7 

et renmenoîent et euissent menet sans dangier, qant chil qui de- 
dens estoient conmenchièrent h criier en hault : ccRescoués, res- 
couës la Saie dou Roi I » La. vois fu oie , et vinrent li sires de 
Biaumont en Engleterre et li sires de Basset à la rescouse. 

Encores i ot fait une grande apertise d'armes des uns des var- 
iés au dit mesire Robert ; car, qant il vei que lor nef estoit acroqie 
et que li aultre nef Feumenoit aval, Tespëe toute nue en sa main, 
il salli de sa nef en la nef espagnolle et vint coper les mestres 
cordes qui gouvrenoient le single : par quoi il chei aval, et ne 
pot la nef aler plus avant. Et par ensi vinrent H desus nonmë 
chevalier et lors gens tout à point à la rescouse ; et furent ces 
deus nefs espagnolles assallies de grant manière et conquises, et 
tout mis à bort chil qui dedens estoient. F® 151 v». 

P. 95, 1. 29 : besongnoit — Le ms, B 3 ajoute : car on les 
gardoit bien de séjourner. P* 158. 

P. 96 1. 5 : estour. — Ms. B 3 : esfort. 

P. 96, 1. 14 : dou mestriier. — Ms, i9 3 : du maistre. 

P. 96, 1. 22 et 23 : s'escueilla et salli en. — Ms. B 3 : entra 
dedens. 

P. 96, 1. 24 : cable. — Ms. B ^ : chable. F« 359 V». 

P. 96, 1. 24 : le voile. — Ms. B ^ : le single. P 427. 

P. 96, 1. 31 : cel avantage. «- Ms. B 3 : ceste aventure. 
F» 158 V». 

§ S98. P. 97, 1. 4 : Je ne puis. — Ms, de Rome : Moult de 
apertisses d^armes se fissent en pluisseurs liens, lesquels ne vin- 
rent pas tous à congnisance. Che soir furent les envales et ba- 
tailles fortes des Espagnols as Englois sus la mer; et en i ot 
grant fuisson de mors et de bleciés, de une part et d'anltre , et 
plus assés des Espagnols que des Englois, ensi comme il fu appa- 
rans, car il i laissièrent quatorse nefs et les hommes et l'avoir 
qui dedens estoient. Et qant il veirent que les Espagnols estoient 
tous passes, car, que bien vous sachiés, tous n'asamblèrent pas, il 
tournèrent les singles viers Engleterre et vinrent prendre terre en 
Exsesses. 

La roine d'Engleterre estoit logie en une abbeie en Exsesses et 
avoit ses variés devant envoiiés, pour olr nouvelles ue son si- 
gneur le roi et de ses enfans, et sçavoit bien que à celle heiu*e là 
il se combatoient. Si estoit en orissons à Dieu que il lor vosist 
donner et envoiier victore. Nouvelles li vinrent que li rois et si doi 



328 CHRONIQUES DE J. FROISSAHT. [1350] 

fil, li princes et li contes de Richemont, venoient et que la beson- 
gne avoit este pour euls : si en fu grandement resjoTe et fist tan- 
tos alumer fallos et tortis et widier gens à force pour aler contre 
son signour et ses enfans et les aultres qui venoient, qui mieuls 
mieiils, car là où il estoient arrivet, il n'i a ne port ne haverne 
accoQstumé d'ariver, fors à Taventure. 

Quant li rois vint en Tabeie où la roine estoit, il pooient estre 
bien deus heures en la nuit ; si se conjoîrent grandement, ce fu 
raisons. Le plus des signours et des hommes demorèrent en lor 
navie, toute l^ nuit, et se aisièrent de che que il orent; mais li 
rois fu dalës la roine. Et à Tendemain si ménestrel furent revesti, 
par cause de nouvelleté, de cotes de draps de Valenchiennes que 
U Espagnol en remenoient en lors pais, Flaiolet de Chimai, Jehan 
et Perrinde Savoie. Quant ce vint à lendemain, toutli baron etli 
chevalier, qui à la besongne avoient este, vinrent deviers le roi 
et Tabeie. Si les requellièrent liement et doucement li rois et la 
roine et les remerciièrent dou bon- service que fait avoient ; et 
puis prissent congiet, et retourna casquns en son lieu. Et li rois 
et la roine se départirent et vinrent à Londres, ?**• 151 v« 
et 152. 

P. 97, 1. 4 : tous. — Ms. B 3 ': tout. F» 158 v». 

P. 97. 1. 7 : aspre. — Ms. B 6 : car sur mer Espaignos sont 
malle gent et ont grans vasseaulr et fors, et chil bateaulx estoient 
tout à Teslite et bien proveus d'artillerie. Et jettoient en passant 
ou en arestant et en combatant chil Espaignos de leurs nefs 
grande[s] pières de fais et gros baraulx de fer. F^ 428. 

P. 97, 1. 15 : Wincenesée. — Ms, B, 3 : Vincestre. — Ms, B 
5 : Wincenesse. F« 360. 

P. 97, 1, 17 : princes. — Le ms. B 3 ajoute : de Galles. 

P. 97, 1. 24 : Espagnolz. — Ms. -ff 6 : car madame d'Engle- 
terre et son hostel estoit en le conte d'Exesses, en Tabeie de 
Liaus. F~ 424 et 425. 

P. 97, 1.'31 : reviel. — Ms, B 3 : réveil. -^ Ms, B k : re- 
vel. P 148 v«. 

P. 97, 1. 16 à p. 98, 1. 6 : A celle.... soy. -^Cet alinéa map^ 
que dans le ms, B 5, f^ 360. 

§ 529. P. 99, 1. V : Vous avés. — Ms. de Borne: Vous avés 
bien ichi desus oy recorder conment Aimneris de Pavie, uns 
Lombars, deubt rendre et livrer as Frjtnçois le chastiel et la forte 



[1350] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 329. 329 

ville de Calais, et conment il en chei à ceuls qui là alèrent, et 
qui la marceandise avoient pour cachiet. 

Messires Joffrois de Garni, pour ce temps, se tenoit à Saint 
Orner et entendi que chils Lombars desus nonmës estoit amasés en 
une petite belle maison non pas trop forte dalës Calais, que li rois 
d'Engleterre li avoit donnet, laqueUe maison on nonmoit Fretun, 
et se donnoit là dou bon temps, et avoit en partie moult de ses 
déduis, car il avoit une très belle damoiselle, fenme englesce, en 
sa compagnie. Et ne quidoit pas que jamais il deuist olr nouvelles 
des François ; mais si fist, car messires Joffrois de Carni ne pooit 
oubliier la traison que chils Ainmeris de Pavie li avoit fait. Qant 
il senti que il estoit là arestés, il fist secrètement un mandement 
des chevaliers et esquiers de là environ et pnst tous les arbales- 
triers de Saint-Omer, et se partirent de nuit, et cevauchièrent 
tant que, droit sus le point dou jour, il vinrent à Fretun et l'en* 
vironnèrent. 

Qant ce vint au cler jour, chil qui le chastiel gardoient, veirent 
gens d'armes et arbalestriers tous apparilliës environ euls pour 
asalir. Si furent tout esbahi, et le nonchièrent tantos à lor mestre 
en disant : « Sire, avisés vous. Vechi les François qui vous sont 
venu à ce matin veoir, et sont plus de cinq cens. Et est messires 
Joffrois de Carni, ce nous est avis, chiës de ceste assamblée, 
car nous avons veu sa banière de geuUes à trois esquçons d'ar- 
gent. » 

Qant messires Ainmeris de Pavie oy parler de messire Joffroi 
et des François, se li revinrent toutes angousses au devant; et li 
ala souvenir dou vendage que fait avoit dou chastiel de Calais, et 
les avoit decheus. Si ne sceut que dire et se leva tantos, car à 
celle heure, il estoit encores en son lit dalés son amie qui si belle 
estoit que à mervelles; et dist en li levant : « Margerite, je croi 
bien que nostre compagnie se desfera, car je n'ai pas chastiel pour 
moi tenir tant que fuisse confortés. » La damoiselle à ces mos 
conmença moult tendrement à plorer; li chevaliers se leva et 
vesti et arma et fist armer ses variés, et tout compté ils n'estoient 
que euls douse. Lor deffense ne dura point longement, car il y i 
avoit là bien cent arbalestriers et cinq cens hommes. 

Tantos li maison de Fretun fu prise, et messire Ainmeris de 
Pavie dcdens, et la damoiselle aussi, et tout amenèrent à Saint 
Orner. Et là fut decolés li dis Lombars et mis en quatre quartiers 
as portes : et les auquns des variés au dit Ainmeri furent pendut. 



330 CHRONIQUES DE J. FROÏSSART. [1349] 

et li aultre non. La damoiselle n'ot garde : li signeur en orent 
pitë ; aussi elle n'estoit en riens coupable de ce fait. Et le rouva 
uns esquiers de là environ, lequel on nonmoit Robert de Frelant : 
on li donna; et demora depuis avoecques li, tant que elleyesqi. 
Pi52. 

P. 98, 1. 18 et 19 : cilz Lombars estoit amasës. — Ms. B 3 : 
ces Lombars estoient assemblez. F^ 158 v^. 

P. 98, 1. 20 : Fretin. — Mss, 3 à 5 : Fretun. 

P. 99, 1. 12 : mesnies. — Ms, B 3 : serviteurs. F* 159. 

P. 99, 1. 13 : le friente. — Ms. Jî 3 : le bruit. — Ms, B 5 : 
la frainte. F» 360. 

P. 99, 1, 16 : entente. — Ms. B 3 : dilîgense. 

P. 99, 1. 19 : à mains. — Ms. B : 3 pour le moins. 

P. 99, 1. 26 : ens ou marchiet. — Ms. B 3 : dedens le 
marche. 

P. 99, 1. 29 : le descoupa. — Ms. J? 3 : la descoulpa. 

§ 550. P. 100, 1. 1 : En Tan. — Ms. de Rome : En Tan de 
grâce Nostre Signeur mil trois cens quarante neuf, alèrent li 
penant et issirent premièrement d' Alemagne ; et furent honmes 
ïiquel faisoient penitances publiques, et se batoient d'escorgies à 
neus durs de quir farsis de petites pointelètes de fier. Et se fai- 
soient li auqun entre deus espaules sainier moult vilainnement; 
et auqunes sotes fenmes avoient drapelès apparilliés, et requel- 
loient ce sanc et le metoient à lors ieuls et disoient que c'estoit 
sans de miracle. Et chantoient, en faisant lors penitances, can- 
çons moult piteuses de la Nativité Nostre Signeur et de sa sainte 
souffrance. 

Et fu emprise ceste penitance à faire pour faire priière à Dieu 
pour cesser la mortalité, car en ce temps de la mort ot boce et 
epedimie. Les gens moroient soudainnement, et morurent bien en 
ce temps par univers monde, la tierce partie dou peuple qui pour 
lors resgnoient. Et ces penans des quels je parloie maintenant, 
aloient de ville en ville et de chite en chité par compagnies, et 
portoient sus leurs chiës Ions capiaus de fautre, casqune compa- 
gnie de une coulour. Et ne dévoient par droit estatut et orde- 
nance dormir en une ville que une nuit, et avoient terme d'aler : 
trente trois ans et demi ala Dieus Jhesu Cris par terre, ensi que 
les saintes Escriptures tesmongnent; et il alèrent casqune com- 
pagnie trente trois jours et demi, et adonc ils rentroient ens es 



[J349] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 330. 331 

villes et chités ou chastîaus dont il estoîent issu. Et ne despen- 
doient point fuisson dou lour sus lors journées faisans; car les 
bonnes gens des villes et chitës où il s'enbatoient les prioient de 
disner et de souper. Et ne gisoient que sus estrain, se force de 
maladie ne lor faisoit faire. Et qant il entroient dedens la maison 
des gens, là où il dévoient disner ou souper, il se mettoient en 
genouls devant le suel par humelité et disoient trois fois la pâtre 
nostre et Ave Marie, et ensi et en tel estât qant il s'en departoient. 
Moult de belles paix se fissent, les penans alans entre les honmes, 
tant que de cas d'ocisions liquel estoient avenu et desquels cas 
en devant on ne pooit venir à paix ; mais par le moiien de Tafaire 
des penans on en venoit à paix. 

En lors ordenances avoît plusieurs coses assës raisonnables et 
traitables et là où nature humainne s'enclinoit que de Taler ou 
voiage et de faire la penitance, mais point n'entrèrent ens ou 
roiaulme de France, car papes Innocens qui pour ce temps res- 
gnoit et qui en Avignon se tenoit, et 11 cardinal considérèrent cel 
afaire et alèrent au devant trop fort, et proposèrent à rencontre 
de ces penans que penitance puble et prises de li meismes n'es- 
toient pas licite ne raisonnable. Et furent esquemeniiet de lor fait, 
et par especial le clergiet qui avoecques euls estoit et s'acompa- 
gnoit. Et en furent pluisseurs curet, chanonne et capelain, qui lor 
oppinîon tenoient, privet de lor benefisce; et qui absolution voloit 
avoir, il le couvenoit aler quérir en Avignon. Si se degasta ceste 
ordenance et ala toute à noient, qant on vei que li papes et li 
rois de France lor estoit contraires et rebelles, et ne passèrent 
point oultre Hainnau ; car se il fuissent aie à Cambrai ou à Saint 
Quentin, on lor euist clos au devant les portes. 

Si tretos que ces penans aparurent et que les nouvelles en vin- 
rent, li sexste des Juîs considérèrent et imaginèrent lors destruc- 
tions, et avoicnt sorti plus de deus cens ans en devant et dit par 
figure : <c II doivent venir chevaliers qui porteront mailles de fier 
et seront moult crueuls; mais il n'aueront point de chiefs, et ne 
s'estenderont point lors poissanches ne lors oeuvres hors de 
l'empire d'Alemagne ; mais qant il seront venu, nous serons tous 
destruis. » Lors sors averirent, car voîrement ftirent en che 
temps tous les Juis destruis, et plus en un pais que en aultre; car 
li papes, li rois d'Espagne, li rois d'Arragon et li rois de Navare 
en requellièrent grant fuisson et les tinrent à treu desous euls. 



332 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1350] 

P. 100, !. 2 : peneant. — ifcff. B 4 : penant. F» 149. — Ms. B 
3 : penitens. F» 159. — Ms, B 5 : penitanciers. F" 360. 

P. 100, 1. 3 : d'Alemagne. — Ms, ^ 6 : et resgnèrent ens es 
marches de Flandres, de Hainau et de Brabant et n'entrèrent 
oncques ou royalme de Franche, car li église leur fii contraire 
pour tant que il avoient empris ceste cose à faire sans le sent de 
leur prelas et de leurs curés. F* 429. 

P. 100, 1. 4 : se batoient. — Ms. B 6 : d'escorgies de cuir, à 
neuls de cuir, à pointe de fer. F» 429. 

P. 100, 1. 4 : d'escorgies. — Ms. B 5 : descorgées. 

P. 100, 1. 14 : humilité. — Les mss. B Z et k ajoutent: et cou- 
venance. 

P. 100, 1. 21 : par. — - Le ms, B 3 ajoute : aucuns. 

P. 100, 1. 26 : vaille. — Ms. B 3 : valeur. 

P. 100, 1. 27 : de raison. — Ms. ^ 3 : et raisons. 

P. 101, 1. 3 : è\es. — Ms. B 3 : ailes. F* 159 v«. — Ms.B^ : 
esles. F«» 350 v«. 

P. 101, 1. 3 : pape. — Ms. B 6 : car U église ne trouve mies 
que on les deuist mettre à mort, pour tant que il seroîent saulvés 
se il se voUoient retourner à no foy. F** 430. 

P. 101, 1. 5 : à là. — Ms. j9 3 : en Avignon. 

P. 101, 1. 5 : garde de mort. — Ms. B 3 : point paour de 
mourir. 

P. 101, 1. 6 : sorti. — Ms. B 3 : deviné par leur sort. 
F° 159 v«. 

P. 101, l. 9 : exposition. — Ms. B 5 : oppinion. 

§ 33t. P. 101, 1. 12 : En l'an. — Ms. dt Amiens: En l'an de 
grâce Nostre Seigneur mil trois cens cinquante, trespassa de ce 
siècle li roys Phelippes; si fu tantost couronnés li dus de Normen- 
die sez filz, à grant solempnité, en le chyté de Rains, et fist grâce 
à ses deux cousins germains, monseigneur Jehan d'Artois et mon- 
seigneur Carie, que li roys, ses pères, avoit tenu en prison bien 
seize ans et plus; et les mist dallés li et avança grandement. 
Fo 98 v«. 

— Ms. de Rome: En l'an de grâce Nostre Sîgneur mil trois cens 
et cinquante, trespassa de ce siècle li rois Phelippes de France, et 
^u enseupelis à grant solempnité en l'abeie de Saint Denis en 
Francç. Et- puis fu Jehans, ses ainnés iils, dus de Normendie, 
r^oîs, et sacrés et couronnés en l'eglLse de Nostre Dame de Rains 



[1351] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 331. 333 

à très haute solempDitë. Tantos apriès son couronnement, il s'en 
retourna à Paris et entend! à faire ses pourveances et ses beson- 
gnes, car les trieuwes est[oient*]. P 152 v«. 

P. 101, 1. 19 : pourveances. — Ms, B 3 : provisions. F® 160. 

P. 101, 1. 26 : la langue d'och. -— Ms. i? 3 : ce bon pais de 
Languedoc. 

P. 101, 1. 29 : FAngelier. — iiff. ^ 3 : d'Angely. — Ms.Bki 
l'Anglier. Fo 149. 

P. 102, 1. 3 et 4 : cousins germains.— iftfr.i? 6 : cousins ger- 
main[s] ossi as enfans de Haynau, as enfans de Blois et as enfans 
de Namur. F« 430. 

P. 102, 1. 5 et 6 : plus de quinze ans. — Ms. B 3 : par l'espace 
de quinze ans. 

P. 102, 1. 12: Jakeme.— Ms. B 3: Jacques.— Ms. B 4: 
Jaqme. F» 149v«. 

P. 102, 1. 13 et 14: les plus.... conseil. — Ms, i? 5: lez lui et 
à son especial conseil. F* 360 v«. 

P. 102, 1. 16: providense. — Mss. BZ et k: prudence. 

P. 102, 1. 19 : Avignon. — Les mss. i? 3 à 5 ajoutent : et se 
logea à Villenove dehors Avignon. 

P. 102, 1. 21 : là. — Ms. B 6 : environ six sepmaines. F^ 431. 

P. 102, 1. 23 : plus de quinze. — Ms. B 3 : quinze. 

P. 102, 1. 23: jours. — Ms, B 6: puis ala à Besiers, puis à 
Nerbonne, puis à Carquasonne, puis à la bonne cite de Toulouse. 
F«431. 

P. 102, 1. 28 : en osta. — Ms, B 3 : déposa. — Ms. B 6 ajoute: 
Sy s'en revint par Roherge, par Limosin et par le pais de Brie et 
de là arière en Franche. P» 431. 

P. 103, 1. 3 et 4 : d'Espagne. — Ms. B 6: filz à messire Lois 
d'Espaigne qui tant a voit este bons chevaliers en Bretaigne. 
F° 431 . 

P. 103, 1. 5 et 6 : d'Audrehen. — • Ms. ^ 6 : En ceste meisme 
annëe, il envoia ses deux marisaulx, monsigneur Edouart, signeur 
de Bieaugeu et monsigneur Guy de Nelle et grand foison de bons 
chevaliers de Franche et de Poitou et de Saiatonge par devant 
Saint Jehan d'Angely. F"" 431 . 



1 . Ici finit le manuscrit de Rome dont les tfoîs derniers feuillets ont 
été lacères. Voy. riotrodnction au I** Uyre , en tdte da tome premier • 
de cette édition, p. ixxv et lxxtx. • 



\ 



3Zk CEDflONIQUES DE J. FROISSAAT. [13S1] 

P. 403, 1. 7 : nouveleté. — Ms. B 3 : nouvelle venue. — Ms. 
£ 4 : nouvelle arivëe. F« 149 v». 1 

P. 103, 1. 19 : hostel. — 2> ms. B ^ ajoute : et les provisions 
qu'ilz avoient. F* 160 v*. 



I 



I 



§ 559. P. 103, 1. 27 : Quant. — Ms. d Amiens : Quant chil 
de le ville Saint Jehan TAngelier se virent asegiet dou roy de 
Franche et que nulx oomfors de nul costé ne leur aparoit, â en 
furent durement esbahy, et cnvoiièrent messaigez en Engleterre 
deviers le roy, en priant que il lez volsist secourir et comforter, 
car il en avoient grant mestier. Tant esploitièrent li messaige 
qu'il vinrent en Engleterre deviers le roy, et li moustrèrent les 
lettrez qu'il portoient de par ses gens de le ville de Saint Jehan. 

Quant li roys oy ces nouvelles, si dist que voUentiers les re- 
çomforteroit il, car c'est raisons. Si coumanda à messire Jehans 
de Biaucamp et à pluisseurs autrez qu'il se volsissent traire de 
celle part. Dont se pourveirent messires Jehans de Biaucamp et 
si compaignon, se partirent d'Engleterre et nagièrent tant par | 

mer qu'il arrivèrent à Bourdiaux. Si se rafreskirent là, et priiè- 
rent au seigneur de Labreth , au signeur de Lespare, au signeur 
de Pumiers, au signeur de Muchident et as autres Gascons, qu'il 
se volsissent appareillier de aller avoecq liû aidier à rafreschir le 
ville de Saint Jehan, et que li roys d'Engleterre, leurs sirez, leur 
mandoit. 

Ghil seigneur furent tout appareilliet à l'ordonnanche de mon- 
seigneur Jehan de Biaucamp, et se pourveirent tost et hasteement, 
et se départirent de Bourdiaux. Si estoient en nombre cinq cens 
armures de fier, quinze cens archiers et troi mil bidaus, et as- 
samblèrent grant fuisson de bleds, de vins et de chars salléez tout 
en soummiers, pour rafreschir chiaux de Saint Jehan, et chevau- 
cièrent en cel arroy tant qu'U vinrent à une journée pries de Saint 
Jehan. 

Nouvellez vinrent en Tost des Franchoîs que li Englès venoient 
rafrescir le ville de Saint Jehan. A ce donc estoit retrais li roys 
Jehans à Poitiers, et avoit laissiet ses gens et ses marescaux là au 
siège. Si eurent consseil li Franchois que une partie de leurs gens 
îroient garder le pont de le rivierre de Charente , et li autre de- 
morôient au siège. Si se partirent messires Guis de Neelle, ma- 
rescaux de France, li sires de Pons, li sires de Parthenay, li sires 
de Tannai Bouton, li sires d'Argenton^ messires Guichars d'Angle 



[135i] VARIAMES DU PREMIER LIVRE, g 332. 335 

et bien quatre cens chevaliers, et estoient bien mil hommes d'ar- 
mes, de bonne estofife. Si se avanchièrent et vinrent desoubz Tail- 
lebourcq^ au pont de le Charente, tout premiers, ainschois que li 
Englès y pewissent venir. Si se logièrent bien et biel sus le rivierre 
et furent signeur dou pont. 

A Tendemain au matin, vinrent là li Englèz et li Gascon qui 
furent tout esbahi quant il virent là ces seigneurs de France là 
logiés enssi, et perchurent bien qu'il estoient decheu et qu'il 
a voient falli à leur entente. Si se consiilièrent grant temps, car à 
envis retoumoient, et envis sus le pont se mettoient. Tout consi- 
dère il se missent au retour et fissent touttes leurs pourveanches 
et leurs soummiers retourner. 

Quant chii seigneur de France en virent le mannière et que 
li Englèz s'en ralloient : « Or tos passons le pont ; car il nous 
fault avoir de leurs vitaiUes. » Dont passèrent il outre commu- 
naument à grant esploit, et tondis s'en alloient li Englès. Quant 
il furent tout oultre et li Englès en virent le mannierre, si dis- 
sent entr'iaux : « Nous ne demandons autre cose ; or tos allons 
les combattre. 3» Lors se missent il en bon arroy de bataille, et 
retournèrent tout à ung fès sur les Franchois. 

Là eut de premières venuez grant hurteis et fort lanceis, et 
maint homme reverssé par terre. Finablement, li Englès et li 
Gascon, par leur proèche, obtinrent le place. Et furent là des- 
confi li Franchois, tout mort et tout pris ; oncquez homme d'on- 
neur n'en- escappa. Si retournèrent li dit Englès et Gascon deviers 
Bourdiauz à tout ce gaaing, et en remenèrent arrierre leur pour- 
veanches. F" 98 v« et 99. 

P. 104, 1. 7 : Biaucamp. — Ms, B 3 : Beaumont F" 160 v*. 

P. 104, 1. 8 : Byaucamp. — Mts. ^3^5: Beaumont. 

P. 104, 1. 9 : Jame. — Ms. B 3 : Jehan. 

P. 104, I. 10 : Brues. — Ms. B 3 : Bruges. — Ms. B 4 : 
Bruhes. F» 149 v«. — ilfj. i? 5 : Brunes. F* 360 V>. 

P. 104, 1. 29 : havene. — Ms. B 3 : havre. 

P. 104, 1. 30 : kay. — Ms. B 3 : chays. 

P. 103, 1. 7 : Blaves. — Ms. B %\ Blaye. ^ Ms. B k\ 
Bloves. P» 180. 

P. 105, 1. 10 : cinq cens. — Mss. J9 3 à 5 : six cens. 

P. 105, 1. 11 : brigans. — Ms. B 6 : bidaus. P» 433. 

P. 105, 1. 13 : Carente. — Ms. B 3 : Gharante. 

P. 105, 1. 17 : amas. — Mss. B ^ et kti armée. 



«S36 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1351] 

P. i05, 1. 18 : Jehan. — Ms, B 6 i Sy s'acordèrent à chou 
que le sire de Bieaugeu demor[r]oit au siège tout cois à tout le 
moitié de l'ost; et messire Guy de Nielle, marisaulx de Franche, 
messire Renault de Pois, ung vaillant chevalier, messire Guichart 
d'Angle, le sire de Partenay, le sire de Matelin et pluiseurs 
aultres grant barons et chevaliers, qui là estoient à tout l'autre 
moitié de Tost, iroient garder le pont de la forte rivière de Qua- 
rente : par lequel pont il couvenoit ces Englès passer, s'il vol- 
loient venir en la ville de Saint Jehan, et se n'y avoient que cinq 
lieues. F<> 433 et 434. 

P. 405, 1. 19 : Saintrë. — 3f^. B 3 : Santerrë. 

P. 105, 1. 21 : Puiane. — Ms. B 3 : Puyarne. — Ms. B 4 : 
Pivaire. 

P. 105, 1. 22 : Tannai Bouton. — Ms^ B 3 : Tonnay Bou- 
ton. 

P. 406, 1. 16 : passer. — Ms. B 6 : car otant voldroît 
soixante hommes au delà le pont, si comme il disoient, par de- 
viers les Franchois, comme feroient dix mille de leur costé. 
F» 434. 

P. 106, 1. 48 et 19 : les assallir. — Ms. B 3 : l'assallir. 
F>16i. 

P. 406, 1. 30 : gens. — Ms, B 3 : nombre. 

P. 107, 1. 3 : ou froais. — Ms. ^ 3 : au froy. — Ms. B 4 : 
de froais. 

P. 107, 1. 8 : droit. — Ms.B^i fin. 

P. 107, 1. 25 : ablement. — Ms. B 3 : asprement. 

P. 107, 1. 30 : desconfirent. — Ms. B 6 : mais il détinrent 
le camp et prinrent le marescal du roy monseigneur Gui de 
Ndle, monseigneur Guichart d'Eagle, che bon chevalier, mon- 
seigneur Renault de Pons, le seigneur d'Esprenay, monseigneur 
Bouchicau, monseigneur Emoul d'Audrehem, le sire de Matelin 
et pluiseurs bons chevaliers de Poitou et de Saintonge et ossy 
de Vermendois et de Franche qui estoient là aies avec le mares- 
cal, tant qu'il eurent bien soixante bons prisonniers, et se logè- 
rent celle nuit en celle plache. Bien le sceut le sire de Biaugeu, 
mais il n^osoit laissier le siège que cil de Saint Jehan ne se ravi- 
taillaissent. F« 436. 

P, 407, 1. ^2 ;. Neelle. — Les nus. B 3 et ik ajoutent : et 
groxfc iûson de bons chevaliers et escuiers de Picardie qui furent 
tons prins ou tuez. F® ^((4. , 



[1351] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 334. 337 

g 385. P. 108, 1. 12 : Vous devës. — Ms. d Amiens : Ces 
nouvelles vinrent en l'ost que messires Guis de Neelle, mares- 
eaux de France, li sirez de Pons, li sirez de Partenay et tout li 
baron et H chevalier qui là [estoient] avoient estetpris ; si le segne- 
fiièrent au roi de Franche qui se tenoit à Poitiers, qui en fa 
moult courouchiéz, mes amender ne le peult, tant c à ceste fois. 
Si renvoia nouvelles gens d'armes au siège, et ne veult mies que 
on s'en departesist enssi: 

Quant chil de Saint Jehan TAngelier entendirent ces nouvel- 
lez, que leur secours estoit per4us et que point n'en aroient, ne 
que ravitaillië ossi point ne seroient, si furent plus esbahi que 
oncques mes , car il estoient durement astraint; si eurent 
consseil de tretiier à ces seigneurs de Franche qui là estoient. Si 
tretiièrent sus cel estât que , s'il n'estoient comfortë , dedens 
un mois, de gens fors assës pour lever le siège, il se rende- 
roient. Li sires de Riaugeu envoya ce tretîet deviers le roy de 
France qui se tenoit à Poitiers, assavoir se il le vorroit faire, ou 
non. Il l'acorda et se parti de Poitiers et vint en l'ost dalles ses 
gens; et pour tant qu'il savoit que li deffaulte de viiares estoit si 
grans en le ville de Saint Jehan, qu'il moroient de famine, il y 
envoya de tous vivrez, bien et largement, tant qu'il en furent 
tout raempli : laquel cose il tinrent à grant courtoisie. Li roys 
Jehans tint là sa journée bien et puissamment, ne oncques nus 
n'aparut pour lever le siège. 

Si convint que cil de Saint Jehan se rendesissent, car à che 
estoient il obligié, et en avoient livre bon ostaigez. Si furent 
franchois comme en devant, et jurèrent feaulté et hoummaige à 
devoir et à palier au roy de Franche. Si y mist li roys de recief 
offidiers de par lui, et y fist ung senescal dou pays d'un che- 
valier que on appelloit messire Jehan de Montendre. Et puis s'en 
parti li dis roys et dounna touttez ses gens congiet, et retourna 
en France et vint séjourner à Paris. F» 99. 

P. 108, 1. 18 : et pris. — Ms. j9 3 : et presque toute. 
F» 161 V». 

P. 108, 1. 19 : Saintrë. — Hîs. B ^ i Santres. 

S 534. P. 110, 1. 11 : envoiiés. — Le ms. B 4 ajoute : du 
roy d'Engleterre et de son conseil. P» 151. 

P. 110, 1. 12 : Calais. — Le ms. B 3 ajoute : qui estoit de 
sonconseU. F^162. 

IV — Î2 • 



338 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1851] 

$ S3tt. P. iiO, 1. 25 : En celle. — Ms. dC Amiens : En oeste 
meysme saison que li sièges fu par devant Saint Jehan TÂngelîer, 
ayint en Bretaingne ung moult mervilleux fait d'armes que on ne 
doibt mies oubliier, mes le doit on mettre avant pour tous baoe- 
1ers encorragier. Et affin que vous le puissiës mieux entendre» 
vous devés savoir que tondis estoient guerres en Bretaingne entre 
les parties des deus dammes, ooumment que messires Cariez de 
Blois fust eprisonnës. Et se guerioient les partiez des deus dam- 
mes par garnisons qui se tenoient en^ es castiaux et es fortes vil- 
les de l'une partie et de l'autre. 

Si avint ung jour que messires Robers de Bianmanoir, vaillant 
chevalier durement et don plus grant linage de Bretaingne, estoit 
castelains don Castiel Joselin, et avoit avoec lui grant fuisson de 
gens d'armez de son linage et d'aultres saudoiiers, et s'en vint 
courir par devant le ville et le castiel de Plaremiel^i dont il estoit 
castelains ungs saudoiiers allemans que on clammoit Blandebonrch, 

avoit avoecq lui grant fuisson de saudoiiers allemans, englès, 
bretons et d'autrez pays, et estoient de le partie de la contesse 
de Montfort. 

Quant li dis messires Robiers vit que nuls de le garnison n'i^ 
troit, il s'en vint à le porte et fist appeller ce Blandebonrch sus 
asegurancez, et li demanda se il avoit layens nul compaignon, 
deux ou trois, qui vobissent jouster de fiers de glaves oioontre 
autres troix pour l'amour de leurs dammez. Blancquebourcq 
respondi et dist que leurs dammez ne voroient mies que il se 
fesissent tuer si simplement que d'une seulle jouste, car c'est une 
aventure de fortune trop tost passée. 

« Mes je vous dirai que nous ferons , se il vous plaist. Nous 
prenderons vingt ou trente de nos compaignons de nostre garni- 
son et nous metterons à plains camps, et là nous combaterons 
tant que nous porons durer : si en ait le milleur à qui Dieux le 
vorra donner 1 » — c Par ma foyl respondi messires Robiers de 
Biaumanoirs, vous en parlés en bonne manierre, et je le voeil 
enssi; or, prendés journée. » Elle fîi prise au merquedi prochain 
venant, et donnèrent là entr'iaux certainnez trieuwez jusques ad 
ce jour, et retournèrent mesirez Robiers et ses gens sus cel estât. 
Si se pourveirent de trente compaignons, chevaliers et escuiers, 
et les prissent en leurs garnisons, et Branquebourch ossi de trente 
autrez compaignons tous à eslite. F® 99. 

P. 110, 1. 28 : exempliier.— Jf#. £ 3 : donner exemple. F* 162. 



[1381] VAiOANrES DU PREMIER LIVRE, § 336. 839 

P. m, 1. li : Plaremiel. -^ Ms. B b : Paremiel. F^ 361. 

P. iliy 1* 11 : uns. — Les mss. ^ 4, 3 a/otOent : uns 
bons escuiers alemant, hardis homs d'armes malement. F* 151. 
— Le ms» B 5 ajoute : un escuier alemant. 

P. 111, 1. 24 : de fers de glaves. — Ms. /? 3 : de pointes de 
lances. 

P. 111, 1. 25 : amies. — Ms, B 3 : dames. 

P. 112, 1. 4 : sus le hart. — Ms, ^ 3 : à peine de la hart. 
F» 162 ▼•. 

P. 112, 1. 13 : créante. — Ms. B 5 : créance. 

P. 112, 1. 14 : créante jou. — Ms, j9 3 : je le prometz. 

P. 112, 1. 22 : yaus. — Le ms. B 3 €i/o£i/^ ; mettre. 

§ 5S6. P. 112, l. 23 : Quant li jours. — Ms. dAmieru: Quant 
li jours fu venus, li trente compaignon Eranquebourck olrent 
messe, puis se fissent armer et s'en allèrent en le pièce de terre 
là où li bataille devoit y estre. Et descendirent tout à piet et 
coummandèrent à tous ciauz qui là estoient, que nulx ne fuist si 
hardis qui s'entremesist d'iaux, pour cose ne pour mescief qu'il 
veist. Et ensi fissent li trente compaignon de monseigneur Ro- 
bert de Biaumanoir. Ghil trente compaignon que nous appellerons 
Englèz, à ceste besoingne atendirent longement lez autrez trente 
que nous appellerons Franchois. 

Quant il furent venu, il descendirent à piet, et fissent adonc le 
coummandement dessus dit. Et quant il furent l'un devant l'autre, 
il parlementèrent un petit enssamble tout soissante, puis se re- 
traissent un petit arrière, li ungs d'une part et li autre d'autre 
part. Et fissent touttez leurs gens traire arrière de le place, bien 
loing. Puis fist li ungs d'iaux ung signe, et tantost se coururent 
seure, et se combatirent fortement tous en ung tas. Et rescouoient 
bellement H ungs l'autre, quant il veoient leurs compaignons à 
mescief. 

Assës tost apriès ce qu'il furent assamblë, fu ochis li , ungs 
dez Franchois. Mes pour ce ne laissièrent mies.li autre le com- 
battre ; ains se maintinrent moult vassaument d'une part et d'au- 
tre, ossi bien que tout fuissent RoUans et Oliviers. Je ne say dire 
à le veritë : « Ghilz s'i maiotint le mieux, ne chilz autrez ; » mes 
tant se combatirent longement, que tout perdirent force et alainne 
et pooir entirement. 

Si les convint arester et reposer, et se reposèrent par acort 



340 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1351] 

li uns d'une part et li autre d'autre. Et s'en donnèrent trieuwes 
jusques adonc qu'il se seroient repose et que li premier qui se 
releveroit, rapelleroit les autrez. Adonc estoient mort quatre 
des Franchois et deux des Englès. Il se reposèrent longement 
d'une part et d'autre. Et telz y eult qui burent dou vin que on 
leur aporta en boutaillez, et restraindirent leurs armures qui 
desrouttez estoient , et fourbirent leurs plaies et rebendelèrent, 
F» 99. 

P. 113, 1. 5 : des leurs. — Ms. ^ 3 : des François. F* 162. 

P. 113, 1. 13 : se coururent sus. — Ms, B 5 : s'entrecou- 
rurent sus. F* 361 v*». 

P. 113, 1. Î2 : plus avant, — Ms. B 3 : mieulx. F» 16Î v«. 

P. 114, 1. 2 et 3 : leurs armeures.... plaies. — Ms, B 3 : leurs 
amois qui estoient gastez et nestoiarent leurs playes. F 162 v**. 

§ 357. P. 114, 1. 4 : Quant.— ilfr. dAmiens\ Quant il furent 
assës repose, K premiers qui se releva, fist signe et rapella les 
autres. Si recoummencha li bataille si forte comme en devant, et 
dura moult longement; et se tinrent ceste seconde enpainte moult 
vaillamment. Mes finablement li Englès en eurent le pieur; car, 
enssi que je oy recorder chiaux qui les virent, li ungs des Fran- 
chois, qui estoit à cheval,' les debrisoit et defouloit laidement : si 
ques Blandebourch , leur cappittainne, y fii tues, et huit de leurs 
compaignons. Si les enmenèrent messires Robiers de Biaumanoir 
et li sien en leur garnison» Enssi alla il de ceste besoingne. 
F* 99. 

P. 1 14, 1. 8 : et espois et daghes. — Ms. ^ 3 : et espoisses da- 
gues. F» 163. 

P. 114, 1. 18 : le pieur. — Ms,B^\àxy pire. F» 163. 

P. 114, 1. 20 : les. — Le ms, B 3 ajoute: Anglois. 

P. 114, 1. 21 : mesaisiement. — Ms. B 4 : mesaisement. 
F« 1 51 V*. 

P. 114, 1. 22 : huit. — Jlfj. i? 6 : vingt. F 445. 

P. 114, 1. 24 : aidier. — Les mss, BSetk ajoutent : qu'il ne les 
couvint rendre ou mourir. 

P. 114, 1. 28 : rancenèrent. — Ms, B 4 : ranchonnèrent. 
F» 152. 

P. 1 14, 1. 29 : resanet. — Ms. B 3 : gueriz. 

P. 114, 1. 31 : Englès. — Ms. B6: Je n'oys oncques mais dire 
ne raconter que sy Êdte astine ne entreprise ne fust pour recom« 



[4351] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 338. 341 

mander, et partout là où il venroient, cheulx qui y furent et qui 
en escapèrent en vie. Et osy furent il , il n*est pas doubte , car 
bien fingt deus ans puissedy j'en vich ung seoir à la table du roy 
Charle de Franche , que on apelloit monseigneur levain Caruiel. 
Et pour chu que il àvoit este Teun des Trente, on Tonnouroit de« 
seure tous aultres. Et ousy il moustroit bien à son viaire qu'il 
sçavoit que cops d'espëes, de dagHes et de haches valloient, car 
il estoit moult plaiîës. Et ossi oy jou dire de che tamps que mes- 
sires Engherans d'Uedins avoit este avoecques en Felection, et 
pour che estoit il sy honnourës et amés dou roy de Franche. Se 
che fu voir, il en valy mieulx, et tout chil qui y furent , car che 
fut ung honnourable fait d'arme, et avint entre Plaremiel et Gas- 
tiel Josselin l'an de grâce mil trois cens cinquante un, le vingt 
septième de jullet. F® 445 et 446. 

P. 145, 1. 1 a 11 : Et.... outrecuidance.— Cet alinéa manque 
dans le ms. ^ 5, 1* 361 v«. 

P. 115, 1. 3: Yewains.— Ms. J? 3: Gauvain. P 163.— Ms. 
B 4 : Jovains. F* 152. 

P. 115, 1. 3 : Charuelz. — Ms. B 3 : Garuel. — Jf/. B 4 : Ke- 
rnels. 

P. 115, 1. 7 : bien.— Ms. B 3 ajoute: les enseignes. 

§ 558. P. 115, 1. 12: Nous parlerons. — Ms. iP Amiens :A.pnhs 
le département dou siège de Saint Jehan l'Angelier, et que li 
roys de France fut retrèz à Paris, il envoya son marescal, le 
seigneur de Biaugeu, à Saint Orner, pour là garder lez frontières 
contre les Englès. A ce donc estoit cappittainne de Calais mes- 
sires Jehans de Biaucamp, et avoit grant ftiison de bons compai- 
gnons avoecq lui, qui souvent yssoient et couroient sus le pays, 
d'une part et d'autre. Dont il avint une fois qu'il se partirent de 
Callais à trois cens armurez de fer et quatre cens archiers, et 
vinrent à un ajournement courir devant Saint Omer et queillirent 
le proie et l'enmenoient devant yaux. 

Ces nouvellez vinrent au seigneur de Biaugeu que les Englès 
chevauchoient et avoient estet jusques ens es fourbours de Saint 
Omer. Tantost il fist sounner ses trompettes et armer touttes man- 
nierres de gens d'armes qui laiiens estoient, dont il avoit grant 
fuison ; et tous premiers se parti à ce qu'il avoit de gens , sans 
atendre les autres , et vint sus les camps et fist desvoleper se 
bannierre. Si pooient y estre en ceste premierre routte environ 



342 CHRONIQUES DE J. FROISSART« [1351] 

six vingt armures de fier, et tondis yeno[ient] gens. Si poursoî- 
wirent les Englès bien quatre lieuwez, et tant que assés pries 
d'Arde il les raconssuirent. Li Englèz ne veurent plus fuir, mes se 
requeillièrent et entrèrent en un prêt. F® 99 V*. 

P. 115, 1. 28 : trois cens. — Ms, B 6 : quatre cens. F* 446. 

P. 115, 1. 31 : Saint Orner. — Ms. B 6 : entre Arques et Saint 
Orner. F» 446. 

P. 116, 1. 2 : terne. — ilf^. B 3 : tertre. F* 163. — Ms. B k : 
tieme. FM 52. 

P. 116, 1. 8 : retraire. — Ms, B 3 : eulx retirer. 

P. 116, 1. 28 et 29 : ensi.... fait. — Ms. B 3 : quant ilz furent 
prestz. F> 163 v«. 

P. 116, 1. 29 : caudement. — Ms, B 3 : hastivement. 

P. 116, 1. 32: Drues. — Ms, 5 3: Drieuvez. 

P. 117, 1. 1 et 2 : Guillaumes. — Mss, ^ 3 et 4 : Gauvaing. 

P. 1 17, 1. 6 : Cuvilers. — Ms. B 4 : Giviliers. 

P. 117, 1. 7 : Yermendois. — Ms, ^ 6 : Et sy avoît bien six 
cens bringans à pavais , dont Anbrose Bonnefin et Gorge de 
Pistoie et Franchois de Rose estoient meneurs et capitaines. Si 
gardoient et defifendoient le pais à leur pooir. Si chevauçoient 
une fois devers Calais pour quérir leur aventurez, et chil de Ca- 
lais aloient ung aultre jour. Ensy aloient il de l'un à Vautre; et 
tondis le comparoient les povres gens. F<^ 439 et 440. 

P. 117, 1. 27 : cent. — Ms, B 6 : quatre cens. F« 447. 

P. 118, 1. 4: Evous. — Jlfj. B 3 : Et vint. 

P. 118, 1, 4 : venu. — Ms, B%: et ceulx de son ostel tant seu- 
lement, et vint jusques au prêt, montés sur son coursier, se ba- 
nière devant luy, et monseigneur Oudart de Renty, monseigneur 
Bauduin d'Ennequin, messire Baudart de Cuvillers, le seigneur de 
Haveskerke ossy delës luy. Et tondis ly venoient gens, mais en- 
cores n'estoient point venu le conte de Porsiien et sa banière ne 
messire Gilles de Bourbon ne messire Gicart de Biaugeu son 
frère. 

Quant le sire de Biaugeu fu venus jusques as Englès, et il les 
vit eus ou prêt, tantost imagina leur afaire et dist à ses gens : 
<c A piet, à piet 1 Nous ne les poons combattre aultrement. » 
Adonc se mist il à piet; ossi firent tous ly aultres. Quant il fu à 
piet, il regarda entour luy et se vit en petite compaignie. Sy de- 
manda à messire Bauduin de Cuvillers : « Où sont tous nos 
gens?» Respondy le chevalier: cil vous sievent, et vous vos 



[131] VARIANTES DU PRSBOER LIVRE, § 338. 343 

estes trop hastës. Ghe seroit bon que d'ieaux atendre : il venront 
tantost; et vous n'avës pas gens pour chy asallir à yaulx à jeu 
party. » 

Adonc se retourna le sire de Biaugeu et dist par mautalent s 
« Baudart, Baudart, se vous avës paour, sy retournés et les aten- 
dës. 9 — « Sire, nanil, dist le chevalier; ains vous sievray, mes 
je vous le disoie pour bien. » 

Adonc fist le sire de Biaugeu cheiuy qui portoit sa banière 
passer oultre le fosset; et il mesmes prit sa lance et en apoiant 
il sally oultre. Et à che qu'il sally, il vint ung Englès qui le re- 
queUy de sa glave, et le fery par desous ou fusiel, car il n'estoit 
point armes de braies, de mailles, ne d'aultire armure deffensable 
à chel endroit. F» 448 et 449. 

P. 118, 1. 8 : tourniier. — Ms. B 3 : tournoier. 

P. 118, 1. 11 : hurëe. — ilfj. i? 3: levée. F» 163 v». 

P. 118, 1. 12 : sallir. — Xtf ms. £3 ajoute: à. F> 164. 

P. 118, 1.16: s'escueilla.^-ilfi. i?3: se reculla. -^ ilfj . ^ 4 : 
s'esqueUia. P» 152 v«. 

P. 118, h 17: banière. — ilfr. B 3 : estandart. 

P. 118, 1. 20: s*abus^. — Ms. B3: trébucha. 

P. 1 18, 1. 24 : embara. — Ms. B 3 : l'abatit. — Ms. B 4 : em- 
bati. 

P. 118, 1. 30 : vaillamment. — Ms, B 6 : Adonc s'avanchèrent 
les deus chevaliers et aultres qui estoient là venus avecques luy, 
messire Oudart de Renty, messire Bauduin d'Annekin, le sire 
de Mannier, le sire de Haveskerque, messire Lois d'Ecalles, 
messire Bauduin de Cuvillers, et y firent mervelles d'armes. 
F* 450. 

P. 118, 1. 32: foursené. — Ms. B 3 : forcennez. F» 164. 

P. 119, 1. 2 : estekeis. — Ms. B 3 : estry. 

P. Ii9, 1. 6 et 7 : un oel. — Ms. B 3 : Jehan Oel. 

P. 119, 1. 13 : le trettië. — Ms.BZ : le trait. F* 164. — Ms. 
B k: h traittiée. 

P. H9, 1. 15 : esmerveilliës. — Ms. B 3 : esbay. 

P. 119, 1. 28 : reporter. — Ms. B6i « .... ensevelir en nostre 
paisy en Tabeie de Belleville là où nostre anciseur gisent. > Son 
frère tout en plorant ly eult en couvent. Oncques depuis ces pa- 
rolles le sire de Biaugeu ne parla; là morut. Dieu en ait l'ame, 
car il fut moult vaillant chevalier et preudons et bien congneu 
en pluiseurs pais. Meismement le roy Englès et les seigneurs 



344 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1351] 

d'Engleterre en furent oonrchiës de sa mort pour le proescke et 
le bien de luy. P> 451 et 452. 

P. 120, 1. 3 : geules. — Lm mss. BZ^k ajouteni: à trois lam- 
baux [B 4 : labiaus. P 153) de gueules. F* 164. 

P. 120, 1. 10 : requerre. — Ms. B 3 : oonquerre. 

S 539. P. 120, 1. 14 : Tout à piet. — Ms. d! Amiens : U 
sires de Biaugeu, qui estoit chaux et boullans de combattre, des- 
cendi à piet et fist descendre les siens, et alla autour de ce 
prêt; et n'y pooit entrer à sen aise pour un fosset qui y estoit, 
si ques par mautalent il prist son glaive et sailli oultre. En sai^- 
lans, uns Englès li bouta son glaive ou fusiel où point n'estoit 
armes, et li embara ou corps et là l'abati navret à mort. 
Quant ses gens virent le grant mescief, il saillirent oultre qui 
mieux mieux. Et là eult deus chevaliers qui se fissent tuer sus le 
corps le signeur de Biaugeu. Si ne durèrent li Franchois qui là 
estoient, point longement, et furent tout mort et tout pris chil 
premiers. 

Evous venant grant secours de Saint Omer, messires Guiehart 
de Biaugeu, frère au dessus dit, le comte de Porsiien, messire 
Guillaumme de Bourbon et bien trois cens armures de fier ; si se 
boutèrent en cez Englès. Et là eut de rechief grant bataille et dure, 
et maint homme reverssë d'une part et d'autre. Et vous di que li 
Franchois ne Favoient mies d'avantaige, car li Englès s'i esprou- 
voient trop vaillamment: et ewissent, enssi que on suppose, esté 
desconffi, se li brigant, bien sept cens, ne fiiusent là venu, mes 
chil parfissent le besoingne et desconfirent les Englès. Si furent 
tout mort et tout pris, et rescous cil qui pris estoient, et li proie 
ossi rescousse; car li sires de Bavelingehen, par où li foureur les 
menoient, yssi hors de se fortrèce, et ossi fissent chil d'Àrde. Si 
le rescoussent et furent tout mort et tout pris chil qui le menoient, 
mes li sirez de Biaugeu morut là sus le place, dont tous li Fran- 
chob furent moult courouchiet; si le ramenèrent à Saint Omer. 
Si le fist messires Guichars, ses frères, enbausoummer et mettre 
en un sarqu, et le renvoya en son pays arrierre en Biaugeulois. 
Si fu assës tost apriès envoiiës à Saint Omer messires Emoulx 
d'Audrehen, et fais marescaux de Franche. Ghilx garda ung grant 
tems le frontière contre lez Englès. F» 99 v^. 

P. 120, 1. 26 : son hardement. — Ms. B 3 : l'ardiesse. 
F* 164 yo. 



[i35i] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 339. 345 

P. i2i, 1. 5 : essaimes. — Ms, B 3 : lasse. — Ms. B 4 : en- 
sannës. F" 153. 

P. 121, 1. 9 : plus de cinq cens. — * Ms. ^ 6 : six cens. 
F»453. 

P. 121, 1. 10 : pavais. — Ms. B 3 : pennons. 

P. 121, 1. 13 : hodet. — Ms. B 3 : ennuyez. 

P. 121, 1. 17 : Riauvers. — il/#. B 3 : Rauvères. — Ms. B 5 : 
Reauvais. P» 361 v«. 

P. 121, 1. 17 : Tuiton. — Ms. B 4 : Tuton. 

P. 121, 1. 24 : dévia. — Ms. B 3 : trespassa. 

P. 121, 1. 24 : place. — Le ms. B 5 ajoute : Dieux pardoint à 
tons trespassës et à nous tous nos pechiës. 

P. 121, 1. 31 : le proie. — Ms. ^ 3 : la prise. 

P. 121, 1. 32 : devint. — Mss. i? 3, 4 : de nuyt. 

P. 122, 1. 4 : embusce. — Ms. J? 6 : Et estoient bien six vingt 
hommes d'armes et trois cens à piet et mis en ung bosquet entre 
Ardre et Ghines. F* 454. 

P. 122, 1. 4 et 5 : armeures de fer. ^- Ms. B 4 : honunes 
d'armes. 

P. 122, 1. 11 : Saint Omer. — Mss. i? 3, 4 ajoutent : où on 
l'avoit levée. 

P. 122, 1. 16 : peurent. — Ms, B 6 : Geste bataille fu Fan de 
,grace mil trois cens cinquante un, le septième jour de septembre 
entre le bastille d'Ardre et le ville de Hoske. Après le desconfi- 
ture, les Franchois retournèrent à Saint Omer et enmenèrent leur 
prisonniers monseigneur Jehan de Riaucamp et les aultres et rap- 
portèrent le seigneur de Riaugeu tout mort, dont che fu pitë, et 
monseigneur Guichart son frère moult fort navre, et ensevelirent 
les mors et entendirent as navrés. Assés tos après fut fait ung 
escange de monseigneur Jehan de Riaucamp et d'un aultre che- 
valier englès, que on nommoit messire Olivier de Clitfort, pour 
monseigneur Guy de Nelle, mariscal de Franche, et pour monsei- 
gneur Emoul d'Audrehen. Si s'en râlèrent cilz chevaliers à Calais, 
et li aultres revinrent en Franche. Sy fu assés tos après esleu à 
y estre mariscal de Franche ou lieu de monseigneur de Riaugeu 
et fu envoie à Pontorson , car là avoit une grosse route d'Englès 
qui couroient le pais et venoient de le marche de Rretaigne. Sy 
se tint là messire Emoul d'Audrehen ung grant temps en garnison, 
et avoit grant plenté de chevaliers et d'escuiers qui gardoient et 
defflmdoient le pais de Normendie à che chosté. F®' 454 et 455. 



346 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [i3S0] 

P. 123, 1. 21 : faire frontière. — Ms. B Z : fortifier. 
P. 122, 1. 26 : d'autre. — Les mss. B Z et k ajoutent : cour^ 
toisement. 

§ 340. P. 122, 1. 28 : En ce t^mps. — Ms. é Amiens : Voos 
avés bien oy recorder coumment li comtez de Ghines, connesta* 
blez de Franche, fu pris à Kern en Normendie, et li comtez de 
Tancarville, et prisonnier en Engleterre. li dis connestabiez de 
Franche acqoist grant grâce en Engleterre don roy premièrement, 
de le roynne et de tous les seigneurs, car il estoit doulx et cour- 
tois chevaliers durement^ Si fii là prisonniers Tespasse de cinq ans 
et plus, et se mist à finanche à soissante mil escns. Et le recrut 
li roys englès sus se foy à renvoiier se raenchon dedens ung jour 
qui mis y fii, ou de revenir tenir prison en Engleterre. 

Si rapasa le mer li dis comtes de Ghines, et vint en France et 
se traist deviers le roy, dont il quidoit estre moult bien [amés], et 
le salua et enclina enssi comme son seigneur. li roys Jehans li 
dist : <c Comtes de Ghinnez, sieuwës nous. » Adonc se partirent 
de là et entrèrent en une cambre. Se li moustra une lettre, et li 
dist : a Veistes vous oncques mes ces lettrez chy ? » li connes- 
tables îxx durement souspris et mua couleur quant il vi la lettre, 
che dist on. Quant li roys le vi abaubi, se li dist : « Ha ! ha f 
mauvais traistres, vous avés bien mort deservi ; si morës, foy que 
je doy à Tame à mon père. » Si le fist tantost prendre et mettre 
en prison. 

Cescuns fu dolens et esmervilliës dou connestable qui enssi en 
fîi menés, car il estoit durement ammés. Et si ne savoit nulx 
pensser ne adeviner pourquoy ly roys le faisoit. Et comment que 
ce fiist, li roys jura à Tendemain, par devant lez amis dou con- 
nestable qui prioient pour li, que jammais ne dormiroit se li 
aroit fait copper le teste, ne jà pour ung, ne pour autre, ne l'en 
respiteroit ; si ques le nuit meysmes li connestables eut la teste 
coppée en le tour dou Louvre : dont li roys en fu durement 
blamméz, mes on n'en eult autre cose. F*"* 99 v* et 100. 

P. 122, 1. 29 : Clemens. — Le ms. B 3 ajotae : siziesme. 
F« 165. 

P. 123, 1. 2 : Jehan. -^Les mss. B Z et k ajoutent : qui moult 
Tamoit. 

P. 123, 1. 8 : et. -^ Ms. B k : en. F» 153 v«. 

P. 123, 1. 8 et 9 : de Romme. — - Ms, ^ 3 : des cardinaux. 



[I35i] VABIANTES DU PREBIIER LIVRE, S 341. 347 

P. 123, 1. 14 : aherdans. — Mss. i? 3, 5 : adherens. 

P. 123, 1. 23 : Kern. — Ms. B 5 : Caen. F"" 362. 

P. 123, 1. 26 : d'Eu et. — Le ms. B Z ajoute : le conte. 

P. 123, 1. 29 : able. — Mss. ^ 3, 5 : habile. 

P. 123, 1. 29 : frice. —Ms.Bk: frische. — Ms.BZ: fris- 
que. 

P. 124, 1. 11 : l'enclina. — Ms, B 3 : s'enclina. 

P. 124, 1. 22 : assouplis. — Mss, i? 3, 5 : esbay. 

P. 124, 1. 22 : et pris deventrainnement. — - Ms, ^ 3 : et 
transy. / 

P. 125, 1. 4 : royaume. -* Le ms. B 5 ajoute : et tenu prison 
pour cinq ans. F® 362. 

P. 125, 1. 5 : onques. — Le ms. B 3 ajoute : riens. P 165 v«« 

P. 125» 1. 10 : teste. — » Ms. B 6 : sans loy et sans jugem^it, 
et le fist le roy faire de sa puissanche. Je ne say se che fut à 
droit ou à tort, car de leur secret ne de leurs parlers ne de leur 
afaire je ne voel mie parler trop avant ; j'en poroie bien mentir : 
se vault mieux que je m'en taise que j'en die chose que j'en soie 
repris. F" 456 et 457. 

P. 125, 1. 12 : je le tieng. — Ms. B Z . A estoit. 

P. 125, 1. 12 : vaillant. — Ms.B 3: noble. 

§ S4t. P. 125, 1. 20 : Assës tost. — Ms. et Amiens .- En ce 
tamps estoient trieuwez en Franche par le pourcach dou cardinal 
de Bouloingne, qui se tenoit en le cite de Paris, dallés le roy. Or 
avint que ungs escuiers de Pikardie, qui gardoit le fort castiel de 
Ghines, s'acorda si bien as Englès et à monseigneur Jehan de 
Biaucamp, cappittainne de Gallais, que, parmy une somme d'ar- 
gent et de florins, il délivra as Englès le castiel de Ghinnes. Et 
en furent boute hors à une journée chil qui le gardoient, et en 
eurent li Englès le possession. 

Ces nouvellez vinrent à Paris au roi de Franche, comment li 
fors castiaus de Ghinnes estoit perdus. Si en fu 11 roys durement 
courouciés, et s'en complaindi au cardinal de Bouloingne coum- 
ment li Englès en trieuwes avoient pris et emblé se forterèce. li 
cardinaux en escripsi à monseigneur Jehan de Biaucamp, et li 
manda que il avoit les trieuwez enfraintez et c[ue ce fust deffait 
et qu'il remesist le castiel arrière. Messirez Jehans de Biaucamp 
respondi et rescripsi enssi, et dist que U n'eschievoit nul homme 
en trieuwez et hors trieuwez à vendre et achater maisons, terrez 



348 ŒRONIQUES DB J. FROISSART. [i35i] 

et hiretaiges. Si demora la cose en cel estât, et n'en peurent li 
Franchois avoir autre cose. F" iOO. 

P. 125, 1. 20. : Assës.^ Ms. B 6 : Encores endementiers que 
ly cardinaulx de Boulongne estoit à Paris, le roy de Franche qu^ 
avoit saisy le conté d'Eu et de Ghines, avoit donné le conté d'Eu 
à monseigneur Jehan d'Artois, son cousin germain, et le conté 
de Ghines tenoit il encore. Et avoit mis dedens le castiel de Ghi- 
nes ung castelain, escuier, que on nommoit de Bielconroy. Dont 
il avint que messire Jehan de Biaucamp, qui estoit gardien et sou- 
verain de Calais de par le roy d'Engleterre, fist tant parlementer 
à che castelain de Ghines qu'il ly eult en couvent de livrer le cas- 
tiel à certain terme. Et me samble que che de voit estre par nuit, 
quant tout les compaignons^dormyroient, parmy une somme de 
florins, mais ne say quelle. Et l'argent fut paiiet, et ly castieau 
Kvrés. Et y vinrent chil qui entrèrent par batiel et par derièro 
sus les mares qui sont grant et large d'iauve : il n'y fait oncques 
sy secq qu'il n'y ait tondis plus de deux lieues d'iaves de large. 
Les Englès entrèrent dedens baudement et trouvèrent tout les 
saudoiiers qu'il estoient encores en leur lit. Il ne leur firent nul 
mal, car la chose estoit faite ensy, mais il leur disoient : « Or sus, 
or sus, seigneurs, vous avés trop dormy ; levés vous, et sy vidiés 
le castiel, car cheens ne demor[r]és plus. » 

Les sauldoiiers furent moult esbahis, quant il virent ces Englès 
en leur cambre entrer : il volsissent bien estre en Jherusalem. Et 
lors s'armèrent et se partirent de laiens le plus tost qu'il porent 
tout desconfis et barretés. Et estoient entre aulx moult esmer- 
villiés de ceste aventure ; sy se mespensèrént de che Hue de Biel* 
coroy , pour che que pluiseurs fois puis huit jours il avoit esté 
plus de fois hors que les aultres fois acoustumé n'estoit : si le pri- 
rent, car il estoit adonc avoecques yaus et li mirent seur le trai- 
son et oncques ne s'en seult escondire ne escuser. Et fat menés 
à Saint Aumer et délivré à messire Joffroy de Gargny, qui pour 
le tamps gouvrenoit la ville de Saint Omer et les frontières d'ileuc 
de par le roy de Franche : liquelx mit à mort ce Hue de Bielco- 
roy, seloncq la congnoissance qu'il fist. F®" 460 et 461. 

P. 125, 1. 26 : de. — ilfj. ^ 4 : à. F«» 154. 

P. 126, 1, 15 : n'eskiewoit. — Ms.BZ\ creignoit, F» 155 v». 
— Mi. B 4 : n'esqueroit. F® 1 54. 

S 34S. P. 127, 1. 1 et 2 : deseurain.— ^#. B 3 : derrain. F"" 166. 



[1354] VARIANTES DU PREMIER UVRE, S 343. 349 

P. 427, 1. 8 : ensongne. — Ms. B 3 : exoîne. 
P. 127, 1. 18 : couls. — Ms. £ 4 : cousis. P 154 V». 
P. 127, 1. 24 : consent. -— Ms. B 3 : consentement. 
P. 127, l. 26 ; nestoit. — Les mss. B d et B k ajoutent: 
souffisant. 

P. 128, 1. 1 : maison. — Les mss. B 3 et k ajoutent : noble. 
P. 128, 1. 9 : détenue. — Ms. B 3 : entretenue. 

§ 545. P. 129, 1. 1 : en ce temps. — Ms. éP Amiens : En ce 
tamps et en celle saison avoit li roys de France un chevalier 
dalles luy, que durement il amoit, avoecq qui il avoit estet non- 
ris d'enfance, que on clammoit monseigneur Carie d'Esp.iigne, 
et estoit ses compains de touttez coses, et le creoit devant tous 
autrez. Et le fist li roys Jehans connestablez apriès le mort dou 
comte de Ghines, et li dounna une terre qui avoit estet en débat 
entre le roy son père et le roy de Navarre, dont par Tocquoison 
de celle terre, grant envie et hajnone s'esmurent entre les enfans 
de Navarre et monseigneur Carie d'Espaigne. Li connestables 
s'afioit si en le puissance dou roy et en s'amour, qu'il n'amiroit 
de riens le roy de Navare. Dont il avint un jour qu'il estoit en 
Normendie entre l'Aigle et une autre ville, si fu là espiiësy et le 
trouvèrent les gens le roy de Navarre, et fu ochis en son lit 
d'un Navarois qui s'appelloit le Bascle de Maruel. Ces nouvellez 
vinrent au roi de France que ses connestablez estoit mors; si en 
fil trop durement courouchiés sus le roy de Navarre, et le 
enqueilli en si grant haynne, quoyque il ewist sa fille espousée, 
que oncques puis ne l'amma, si comme vous orës reoorder avant 
en l'istoire. F^ 100. 

P. 129, 1. 17 : felonnie. ^ Ms. B3 : villennie. F« 166 v«. 

P. 129, 1. 21 : temps. — Ms. B 6 : Ceste hayne ne peult 
oncques yssir de son cuer, quelconque samblant que il moustra, 
mais tous jours pensoit à luy faire contraire et s'en descouvry à 
aulcuns de son consail. Ung jour s'avisa le roy de Franche qu'il 
le manderoit qu'il venist parler à luy à Paris à ung certain jour 
et qu'il ne le laissa nullement. Qr avint que dedens che mande- 
ment aulcuns du secret consail du roi de Franche s'en descouvry 
en confession au cardinal de Boulongne en grant bien et ly re- 
ghey aulcune chose de L'intencion du roy son seigneur, pour tant 
qu'il doubtoit que grant mal n'en venist. 

Quant le cardinal entendy che que le roy Jehan avoit vollentë 



350 CHRONIQUES OE J. FROISSAAT. [1354] 

de faire, il le fist sçavoir au roy de Navare son cousin tout se- 
crètement qu'il ne yenist mie au mandement du roy, car il doub- 
toit que mal ne l'en yenist : si ques par che point le roy de Na- 
yare ne ly yenist point au jour; mais il se tint tous garnis et 
prouyeus en le conte d'Eyrues pour attendre le roy de Franche 
ou ses gens, se il le yolloient guerier. 

Quant le roy de Franche yit che, il fut moult couroudùës, et 
ymagina et apensa que messire Robert de Lorris ayoit reyelié 
son consail et che qu'il yolloit faire. Sy en fut le dit messire Ro- 
bert ung grant tamps en le maUeyyolense du roy, et l'en conyint 
yidier du royalme de Franche. En che tamps reyint le cardinal 
de Eoulongne en Ayignon. F~ 466 et 467. 

P. 129, 1. 23 : grandement. — Le ms. B 3 ajoute : en 
hayne. 

P. 129, 1. 24 : dur parti. — Ms. B 3 : grant soucy. 

P. 129, 1. 26 : doubtës. — Ms, B 3 : soucyës. 

P. 129, 1. 28 : n'aroit. — Le ms. B 3 ajoiue : au monde. 

P. 129, h 28 : de. — Ms, B 3 : que. 

P. 130, 1. 1 : leur entente. — Ms, B 3 : k leur yolentë. 

P. 130, 1. 5 : demandoient. — Ms. B 3 : poursuiyoient. 

P. 130, 1. 5 et 6 : et qui.... sur lui. — il/5, f 3 : et qui 
ayoient conspire sa mort contre lui. 

P. 130, 1. 11 : pour. — Le ms, B 5 ajoute : y. 

P. 130, 1. 20 : air. — Ms. B b : haïr. F* 362 y*. 

P. 130, 1. 23 et 24 : dalës. — Ms. B 3 : ayec. 

P. 131, 1. 9 et 10 : yilles.... mies. — Ms. B 3 : yillages, 
mais plainctz ne furent mye. F® 167. 

g 544. P. 131, 1. 25 : un grant temps. — Ms. B 6 : bien 
dix sepmaines. F® 467. 

P. 131, 1. 29 et 30 : li articles. — Ms. ^ 3 : les articles. 
F» 167. 

P. 132, 1. 2 : France. — Ms. ^ 6 : Ce fu enyiron après Pas- 
ques, et à le Saint Jehan Baptiste ensieyant deyoit fallir le respit 
entre le roy de Franche et le roy d'Engleterre. En che meisme 
tamps, yint le roy de Nayare en Ayignon et se complaindy au 
pape et à aulcuns cardinaus du roy de Franche qui ensy le 
hayoit, et se luy sambloit qu'il ly faisoit grant tort. Après se 
party le roy de Nayare et s'en reyint en son pais. F' 467 et 468. 

P. 132, 1. 2 : inspirée. <-* M^- B 3 : expirée. 



[1385] VARIANTES DU PREBilER LIVRE, $ 345. 351 

P. 132, 1. 6 : reschei. — Ms. B 3 : escheut. — Ms. B 4 : 
eachci. F<»155V. 

P. 132, 1. 19 : au duc. — Le ms. B 5 ajoute : Jehan. 
P363. 

P.132, 1. 19 : pareçons. — Ms. B 3 : portions. — Ms. B 4 : 
parcbons. — Ms, B 5 : part. 

§ 548. P. 133, 1. 16 : Li rois. — Ms, d Amiens : Vous avés 
chi dessus bien oy recorder coumment li roys de France hayoit 
en coer le jone roy de Navare et ses frères, pour le mort de son 
connestable messire Cariez d'Espaingne. Oncquéz ceste haynne ne 
li peult yssir dou coer, quel samblant qu'il li moustrast, et s'en 
descouvri à aucuns de son consseil. 

Or avint que li roys de Franche le manda ung jour que il ve- 
nist parler à lui à Paris. Li roys de Navare, qui nul mal n'y 
penssoit, se mist au chemin et s'en venoit à Paris droitement. 
Sus sa voie li fii segnefiiet que, se il alloit à Paris deviers le roy, 
il aroit à souffrir dou corps. Si retourna li roys de Navare à 
Chierebourcq, dont il estoit partis, et grant hiretaige en Normen- 
die qu'il tenoit de par sa femme. 

Li roys sceut ces nouvelles coumment il estoit retournez ; si 
en souppeçonna aucuns de son consseil qu'il ne l'ewissent revelë, 
et en fù dou tout mescrus messires Robers de Loris. Et l'en 
convint wuidier France et aller demorer en Avignon dallez le 
pappe, tant que li roys ewist passes son mautalent. 

Quant li roys de Navarre et si frère se virent en ce parti et 
que li roys de France les haioit couvertement, si se coummen- 
dèrent à doubter de lui, pour tant qu'il estoit trop crueulx. Et 
se pourveirent d'autre part et fissent grans allianches au roy 
d'Engleterre, qui leur jura à aidier et conforter contre le dit roy 
de Franche, et pourveirent leurs castiaux et leurs garnisons. 
F» 100. 

P. 133, 1. 17 : hayne le fait. — Ms. B 3 : indignation la 
mort. F* 107 vo. 

P. 133, 1. 18 : pôoit. -^ Ms. B k : pooient. P 155 vo. 

P. 133, 1. 21 : costés. — Ms. B 6 : Quant le roy de Navare 
eult este et vissetë son royalme de Navare bien ung an, il en- 
tendy que le roy de Franche avoit envoiiet puissance de gens 
d'armes sus les frontières d'Evrues pour ardoir et essillier son 
pais. Sy se mist Je roy de Navare en mer à tout grant foison de 



352 CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1355] 

gens d'armes et arriva en Normendie à Chierbourch qui se te- 
noit pour luy. Sy pounrey ses fortresses du mieulx qu'il pol 
pour contrester contre les Franchois. 

Assës tost après s'apensèrent les deux frères de Navare qu'il 
s'aliroient au roy d'Engleterre pour estre plus fors en leur guerre, 
ou cas qu'il ne pooient avoir pais au roy de Franche. Et eurent 
chertains couvenanches ces deux rois ensamble. Et devoit le roy 
d'Engleterre le saison après, à grant puissance de gens de gherre, 
ariver en Normandie sur le pooir du roy de Navare et par là 
entrer en Franche. 

Et bien supposoit le jroy de Franche aulcune cose dont , affin 
qu'il fust plus fors et mieulx amës en Normendie, et que plus y 
euist d'amis, il pardonna à sire Godefroy de Harcourt tout son 
mautalent et cheaulx qui son père le roy y avoit eus, et ly rendy 
toute sa terre de Goustentin. Et revint le dit messire Godefroy en 
Franche en grant honneur et y fut moult conjoys de tous les 
seigneurs et les barons de Normendie où il avoit moult grant 
linage. 

Ensy se démenèrent ces choses couvertement. Et avoît le roy 
Jehan encuelliet en grant hajme les enfans de Navare, et n*estoit 
nulz qui en peuist faire le pais. Quant che vint en may l'an mil 
trois cens cinquante cinq, le roy d'Engleterre tint une moult 
grose feste et moult noble en la cite de Londrez. À chelle feste 
eult moult grant foison de chevahers et de seigneurs, de da- 
mes et demoiselles, et dura la feste quinze jours. Et y eult 
moult de belles joustes, et belle feste de tout poins. En fin de la 
feste, il y eult grant parlement ; et y fu messires Phelippes de 
Navare , qui parconfruma les alianches du roy son frère au roy 
d'Engleterre. Et eult le roy englès en couvent au dit monsei- 
gneur Phelippe que moult eCTorchiement à la Saint Jehan Bap- 
tiste ensievant se meteroit en mer et yroit prendre terre en Nor- 
mendie sur le pooir du roy de Navare. Et le roy de Navare ly 
devoit délivrer ses fortresses qu'il tenoit en Normendie , pour 
mieulx grever Franche et constraindre ses ennemis. 

Encores fu là ordonné ly mariage du jouene conte Jehan de 
Monfort et de l'une des fiUes du roy d'Engleterre, parmy tant 
que le roy d'Engleterre eult en couvent au dit conte cpi'il luy 
aideroit à poursievir sa guerre contre la fème à monseigneur 
Charles de Blois qui s'en tenoit hirtière et qui moult forte y estoit 
de villes, de cites et de fortresses et ossy de grande banmnie 



[1355] VÀRUNTES DU PREMIER LIVRE, § 345. 353 

et de bonne chevalierie, Bretons, qui estoient de son acord. 
Et y faisoit tondis la damme bonhe guerre et forte, quoyque 
son marit messire Qiarles de Blois fîist prisonniers en Engieterre. 
P* 468 à 471 . 
P. 134, 1. 17 : Ronces. — Hfs. B 3 : Couches. 

- P. 134, 1. 26 Rosem. — Ms. B 3 : Rozan. — Ms. B 5 : 
Ros. F* 363 V*. 

P. 135, 1. 1 : cinq cens. — Ms, ^ 4 : six cens. F^ 156. 

P. 135, 1. 5 : en nom de cran. — Ms, B 3 : pour le creancer. 

— Ms. B k ' en nom de craon. 

P. 135, 1. 16 : mil. — Mss. i? 3, 6 : deux mille. 

P. 135, 1. 16 : deux mil. — Jlf^. ^ 6 : six mille. F> 471. 

P. 135, 1. 17 : lui. — Ms, B6 : Et che fu acordet à le re- 
queste et prière d'aucuns barons de Gascongne, qui là estoient 
venu veoir le roy leur seigneur, tels que le seigneur de Labreth, 
messire Jehan de Pumiers, messire Elies de Pumiers, le sire de 
Lespare, le sire de Ghaumont, le sire de Muchident et messire 
Aymers de Tharse. P 471 . 

P. 135, 1. 18 : li contes. — Le ms. B 3 ajoute : de Quenfort. 
F*168. 

P. 135, 1. 21 : le baron de Stanfort. — Ms. B 6 : Richard 
de Stanfort. F* 168. 

P. 135, 1. 22 :milleurs. — Ms. B 3 : merveilleux. 

P. 135, 1. 24 : d'eur. — Ms. ^ 5 : de honneur. 

P. 135, 1. 26 : et. — Le ms, B Z ajoute : mis. 

P. 135, 1. 26 : Là estoient. — Ms. B 6 : ossy le sire de le 
Ware, le sire de Willeby, messire Guillaume filz à Wervic, le 
sire de Despensier et sy doy frères, Thomas et Hues, qui devin- 
rent chevaliers en che voiage, le sires de Felleton, messire Ber- 
themieulx de Bruch, messire Estievenes de Gensesenton, le sires 
de Bercler, le sire de Briseton, messire Noël Loruich, messire 
Richart de Poncardon, messire Daniaus Pasèle, messire Denis de 
Morbecque, messire Ustasse d'Auberchicourt, messire Jehan de 
Gistellez et pluiseurs aultres, que je ne puis mie tout nommer. 
Dont, environ le Saint Jehan, tout ches seigneurs chevaliers et 
toutes gens d'armes et archiers se partirent d'Engleterre et mon- 
tèrent à Hantone bien pourveu de gros vaisseaulx et de belle 
navire et allèrent devers Gascongne. F® 472. 

P. 135, 1. 28 : Brues. —Ms.Bk: Brouhes. F» 156. 

P. 135, 1. 30 : Estievenes. — Ms. B 5 : Estienne. F» 363 v*. 

IV — 23 



354 GHRONIQUJ^ DE J. FROISSART. [1355] 

P. 136, 1. 2 : Ustasses. — Ms. B 2 : Ytasse. — Âù. B k i 
Wistaches. 

§ 546. P. 136, 1. 10 : Quant li rois *- Ms. if Amiens ; Et 
ayint que li rois d'Eiig|,eterre, sus le confort dou roy de Navare, 
fist ung très grant mandement par tout son royaumme, et eut bien 
quatre cens vaissiaux appareilliez sus mer. Si entrèrent ens touttes 
mannierrez de gens d'armes et d'archiers , et s'en vinrent un- 
g^t pour arriver en Normendie; mes li vens leur fu toudis si 
contrairez que bien six sepmainnez qu'il furent sus Taige, il ne 
peurent prendre terre à Chierebourch, làoùil tiroient et t^adoîent 
à ariver. 

Li roys de France, qui estoit enfourméz de l'armée dou roy 
d'Engleterre et des alliances qu'il avoit au roy de Navarre, fu 
adonc si cojisilliëz parmi bonnes gens qui s'en ensonniièrent, et 
par especial li cardinaux de Bouloingne, que on les mist à acord. 
Et fu ensi dit au roy de Franche que il valloit trop mieux que il se 
laisast à dire et refirennast son coraige que donc que ses royaum- 
mes fust nullement fouliez ne grevés. 

Si descendi adonc li roys de France à l'ordonnance de ses 
gens, et fist paix au roy de Navare. Et li pardonna li roys de 
France, par samblant, tous ses mautalens. Et dubt li roys de 
Navarre adonc, par paix faisant, defHier le roi d'Engleterre; 
mais il n'en fist riens et s'en sent bien dissimuler. F^ 100. 

P. 136, 1. 11 : en mer. — Ms. J? 6 : sur le rivière de Ta- 
misse. P 473. 

P. 136, 1. 12 : deus mil. — Ms. B 6 : trois mille. 
F* 473. 

P. 136, 1. 12 et 13 : quatre mil. — Ms. J 6 : dk mille ar- 
chiés et cinq mille hommes de piet, Gallois et aultres, quy ont 
usaige de suir les genres. Là estoient des seigneurs englès 
avecques le roy, le duc de Lenclastre, son cousin, et ung des 
filz du roy, que on appeloit Jehan conte de Richemont, et povoit 
estre en l'eaige de seize ans, le conte de Pennebrucq, le conte 
d'Arondel, le conte de Northonne, le conte de Renfort, le conte 
de Comuaille, le conte de la Marche, le sires de Persy, le sires 
de Ros, le sires de Grisop, le sire de Noefville, mesirre Richart 
de Bennebruge, l'evesque de LincoUe et chilz de Duren, le sire 
de Monbray, le sire de Fillvastre, mesire Gautié de Mauny, le 
sire de Multonne, mesire James d'Audelée, messire Pière d'Au- 



[1355] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 346. 355 

delëe frères, le sire de Lantonne et pimseurs anltres barons et 
chevaliers, bien en point de servir le roy. 

Sy se partirent du havre de Londres sur la Tamise et vinrent 
à chdle pnunière marëe gésir à Gravesaindez, et lendemain au 
soir à Mergate. Quant il se furent de là desancrës à l'autre marée, 
il entrèrent en mer et costioient Engleterre et Boulongne et tout 
le Pontieu, en approchant de Normendie. Bien estoient veu des 
costes de Franche, mes mies ne sçavoient quelle part il voUoient 
traire. 

Dont ces nouvelles furent raportées au roy de Franche et à 
son consail que le roy d'Engleterre, & plus de deux cens vai»- 
siaulx, que uns que aultres, et estoit sur mer, et prendoit le 
chemin de Normendie. Sy vimrent aulcun grant seigneur de 
Franche, telz que le duc de Bourbon, mes^e Jacques de Bour- 
bon frères, le duc d'Athènez, connestable de Franche, le conte 
d'Eu messire Jehan d'Artois et plniseurs aultres grant seigneur 
du conseil du roy qui seurent les couvenenches et les traitiës 
qui estoient entre le roy d'Engleterre et le roy de Navare. Sy 
considérèrent que parmy chel acord le roialme de Franche pou- 
roit estre destruit. Sy parlèrent au roy Jehan et ly remoustrèrent 
tant de raisons souffîsans qu'il convint qu'il s'enclinast à leur 
conseil, combien que che fust contre son coraige. F°* 473 à 
475. 

P. 436, 1. 15 : Stafort. — Mss. -ff 4, 5 : Stanfort. F» 156 v*. 

P. 136, 1. 15 : le Marce. — ilfr. JB 3 : la Mare. F« 168. 

P. 136, 1. 16 : Hostidonne. — Ms.BS : Antiton. 

P. 136, 1. 23 : Symons de Burlë. — Ms$. ^ 3, 5 : Symon 
Burlë. 

P. 137, 1. 4 : à rencontrée de — Ms. B k z k l'encontre. — 
Ms, iS 5 : qui est contre. F*» 364. 

P. 137, 1. 15 : li pooit — Ms. ^ 3 : le pourroit. 

P. 137, 1. 15 : ou cas que. — Ms. ^ 3 : si d'aventure. 

P. 137, 1. 16 : possessoit des villes et des chastiaus, — Ms. 
B 3 : mettoit les Anglois es villes et chasteaux. 

P. 137, 1. 17 : valoit. — Ms. B 3 : seroit. 

P. 137, 1. 18 : laissast à dire. — Ms. B 3 : envoiast. — Ms. 
B k : se laissast à dire. 

P. 137, 1. 21 : conception. — Le Ms. B 3 ajoute : et qui jà 
estoit. 

P. 137, l. 22 : air. — ilf^. i? 3 : ire. 



356 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

P. 137, 1. 23 : se rafrena. — Ms. B 3 : refréna. 

P. 437, 1. 23 h 25 : et laissa... Navare. — Ms. B 3 : embe- 
soigna de ses gens devers le roy de Navarre. 

P. 137, 1. 25 : Chierebourch. — Le Ms. B 4 ajoute : devers 
le roy de Navare. 

P. 137, 1. 25 et 26 : li evesques de Bayeus. — ilfjr. ^ 6 : H 
dfchevesques de Sens. F^ 475. 

P. 137, 1. 32 : retournées. — Ms.B 3 : remoustrëes. 

P. 138, 1. 3 : d'Engleterre. — Af/. B 6 : Tant fiit traitiéetpar- 
lementë entre le roy Jehan de Franche et le roy de Navare que 
une joumëe fut prinse de faire Tacord entre Paris et Evreus, et 
convint adonc que le roy de Franche venist hors de Paris pour 
parlementer au roy de Navare. A che parlement fut acordet que 
le roy Jehan renderoit au roy de Navare toute [s] les terres qu'U 
avoit devant donne à monseigneur Charles d'Espaigne : pour 
quoy il fut ochis, et dont le hainç venoit, et ly rendy tous les 
hirta^es et les proufis que il et le roy son père en avoient 
levet pas Tespasse de vingt ans, qui povoit monter plus de six 
*">iQgt mille florins* Et parmy chou bonne pais, et devoît estre 
le roy de Navare establis de donc en avant au roy Jehan et au 
royahne de Franche et contremander les couvenanches du roy 
d'Engleterre toutes .telles que il les i avoit. Et encores avoecq 
che, le roy de Navare et ses frères povoient chevauchier par 
tout le royalme de Franche à tout cent bachinës ou cent glaives, 
sans meffaire, s'il leur plaisoit. Et, toutes ces choses ordenées et 
confermëes et saillëes, le roy de Franche retourna à Paris, et le 
roy de Navare et ses frères retournèrent à Evreus. P 476. 

g S47. P. 138, 1. 11 : Quant li rob. — Ms. d Amiens : U 
roys d'Engleterre fu enfourmés de celle paix, qui gisoit sur mer 
à l'ancre à l'encontre de Tille de Grenesie; si se retraist adonc 
vers Engleterre ; mes pour ce que U avoit ses gens assamblës, il 
lez vot emploiier et fist tourner toutte se navie à Calais, et là 
ariva. Si yssirent li Englès de lors vaissiaux et sen vinrent logier 
à Callais, et li roys ou castiel. 

Ces nouvellez vinrent en Franche que li roys d'Engleterre et 
ses hoos estoient arivet à Calais, et suposoit on que il feroit une 
chevauchie en France. Si envoya tantost li dis roys de Franche 
grant fuisson de gens d'armes à Saint Omer, desquelx messire 
Lœys de Namur et li comtez de Porsiien furent cappittainne ; et 



[1355] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 347. 357 

fist ung coumandement par tout son royaumme que touttes gens 
fuissent pries as armes et as chevaux pour résister contre leurs 
ennemis. Enoorres envoya U roys de Franche grant gent d'armes 
à Arde, à Bouloingne, à le Montoire, à Bavelingehen, à Oudruich, 
à Hamez et ens es garnisons françoisses sus lez firontierres de 
Callais. 

Quant li roys d'Engleterre et ses gens se furent cinq jours 
reposet et rafiresci à Callais, il s'ordonnèrent pour partir et de 
chevauchier en Franche. Si se départirent de Callais en grant 
arroy et grant fuisson de chars et de sommiers, et estoient en- 
viron deus mil hommes d'armes et quatre mil archiers. Si prissent 
le chemin de Tieruanne, et coururent li Englès le premier jour 
jusques à Moustroel sus Mer et environ Saint Pol et Tierrenob. 
Si ardirent tout le pays là environ, puis retournèrent à leur grant 
ost. F» 100. 

P. 138, 1. 19 et 20 : les dangiers.^ Ms, J9 3 : le dangier. 
F» 168 V. 

P. 138, 1. 28 : ou — 2> ms. B 5 ajouie : aillieurs. F« 364. 

P. 138, 1. 29 et 30 : vesteure. — Ms. B 3 : vestemens. 

P. 138, 1. 30 : ostilz. — Jlfr. B 3 : choses. -— ilfr. B 4 : esUs. 
P 157. 

P. 139, 1. 2 : au les. — Ms, i? 3 : du coUstë. 

P. 139, 1. 10 : Lyons. — Ms. i? 4 : li uns. 

P. 139, 1. 18 : Sallebrin. — Ms. B Z : Salebry. 

P. 139, 1. 23 : le Montoire. — Ms. i? 3 : la Motoire. 

P. 140, 1. 2 : où que fust. — Ms. ^ 3 : en quelque part que 
ce fust. F* 169. 

P. 140, 1. 2 : fust. — Ms. J? 6 : Et sceult (le roi de France) 
tantost par ses garnisons de Boulongne et d'ailleurs que le roy 
d'Engleterre estoit arivés à Calais ; lors fist ung moult grant man- 
dement à yestre à Amiens, car il voloit aller à rencontre du roy 
d'Engleterre et deffendre son pais. Sy envoia le dit roy monsei- 
gneur Lois de Namur son cousin à Saint Omer à tout deux cens 
lanches pour estre capitaine de la dite ville et des frontières par 
delà. Et envoia son marisal, messire Emoul d'Audrehem, en le 
bastille d'Ardre, à tout deux cens armes de fer, pour le garder 
et deffendre à tous venans. Et envoia le jouene conte de Saint Pol 
en la chitë de Terouane, à tout deux cens lanches pour le garder, 
et les gamy bien et soufisanment, et Boulongne et Monstreul, 
Heddin» Saint Pol et toutes les fortresses de là entour. Et le roy 



358 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

meismes se party de Paris et le duc de Normendie son filz, le 
duc d'Orliens ses frères, le duc de Bourbon, le conte de Pou- 
tieu, le conte d'Eu, le conte de Dammartin, le conte de Tancar- 
ville, le conte de Vaudemont et de Genville, le conte de Monpensé 
et de Ventadour, le conte de Nerbonne et pluiseurs aultres barons 
et seigneurs; et chevauchèrent devers Amiens. Et d'autre part 
vinrent de l'Empire messire Jehan de Haynau, sire de Bieaumont 
et de Ghymay, en très grant aroy, car le roy Jehan l'amoit dure-> 
ment et avoit en luy très grant fiance. Et y vint le conte de Na- 
mur nomë Gillame, le conte Jehan de Nanso, le conte de Qèves, 
l'evesque de Mes, l'evesque de Verdun et grant foisons de che- 
valiers d'Alemaigne. Et, d'autre part, se asambla le roy de Navare 
ly troisième de frères, messire Phelippes, messire Lois, à tout 
grant foisons de saudoiers, pour venir [à] Amiens où le roy de 
Franche faisoit son mandement. 

Sy se party le roy d'Engleterre de Calais en moult grant arroy 
et avoit adonc avecques luy deus de ses enfans, monseigneur Lois 
et monseigneur Jehan, et le duc de Lenclastre son cousin, le duc 
de Norhantone et de Herfort, le conte d'Arondel, le conte de 
Pennebourcq, le conte de Renfort et le plus grant parde des 
contes et des chevaliers qu'il avoit, quant il cuida ariver en Nor- 
mendie sus le povoir du roy de Navare. Et estoit connestable de 
toute son armée le conte de la Marche, et marescal le sire de 
Noefville et messire Jehan de Bieaucamp. 

Sy vint le roy englès ce pmmier jour entour Fiènes ; et y eult 
ung très grant assault au castiel, mab riens n'y fourfirent, car il 
estoit bien gamy de bonnes gens d'armes qui bien le tinrent et 
deffendirent tant qu'il n'y perdirent riens. Adonc s'en partirent 
les Englès en celle entente que pour venir devant le chitë d'Arras 
et le assegier, se le roy n'ot aultre[s] nouvelles. Sy chevauchèrent 
l'endemain devers Saint Pol en Temois, et coururent les coureurs 
des Englès environ Monstreul, mais point ne passèrent la rivière. 
Et s'en vint le roy englès à tout son ost logier à Blangy de lès 
Heddin, et là se (int tout cois sans aler plus avant, car il entendy 
que le roy de Franche estoit [à] Amiens et faisoit là sen asam- 
blëe de gens d'armes. F<^ 478 à 480. 

P. 140, 1. 5 : Pikardie.. — Le ms. B 3 ajoute : en la conté de 
Boulonnois. F* 169. — Les mis. JEf 4, 5 ajoutent : en le conté de 
Boulongne. F" i57. 

P. 140, 1. 9 : y assist. — Ms. B 3 : assigna. 



[1355] VARIANTES DU PREMIER UVRE, § 348. 359 

P. 140, 1. 15 : especial. — Le ms, B 3 ajoute : devers. — 
Le ms. B 4 ajoute : à. 
. P. 140, 1. 24 : du Maine. — Ms. B H : d'Auvergne. F« 364. 

P. 140, 1. 32 : Poitiers. —Ms.BZ : Ponthieu. — Ms. B k i 
Pontiu. 

P. 141, 1. 5 : tanisons. — Mss. iî 3, 5 : ennuy. — JIff. B 4 : 
merveilles. 

P. 141, 1. 7 : les. — Mss. Jî 3, 4 : ses. 

P. 141, 1. 8 : trente mil. — Le ms, B 3 ajoute : hommes. 

P. 141, 1. 14 : avoient. — Ms. B 3 : avoit. 

P. 141, 1. 21 et 22 : entrues. — Ms. B 3 : cependent. 

§ 548. P. 141, 1. 31 : faisoient. — Ms. B 3 ajoute : grande. 
F» 169. 

P. 142, 1. 3 : resongnoient. — Ms. B 3 : ensonnyoient. 
Fo 169, v«. 

P. 142, 1. 5 : vasselage. — Ms. B 3 : vaillance. 

P. 142, 1. 7 : sept. —Ms.Bti: huit. F» 364 V». 

P. 142, 1. 7 : des. — Ms. B 3 : devant les. 

P. 142, 1. 14 : Lancastre. — Ms. B 6 : Sy s'avisa ou prmnier 
il feroit son enprise et s'en descouvry à son serouge qui sa seur 
il avoit, le conte de le Mare, et à ung sien cousin, monseur Ar- 
chebault Douglas, vaillant homme ; et leur dist qu'il avoit aviset 
d'esquieller et de prendre par fait d'armes, tout en une nuit, le 
bonne chitë de Bervich et le castiel de Rosebourcq qui jadis fîi 
de leur yretaige. Chil deus chevaliers et messire Robîert de Versy 
avecques yaulz sy s'acordèrent. Et deult le dit messire Guillaumes 
Douglas et messire Archebaus son cousin avecques leur route ve- 
nir à Bervich, et le conte de la Mare et messire Robert de Versy 
allèrent à Rosebourcq en celle meismes nuit. Et sy s'ordonnèrent 
si bien leur besoigne et sy couvertement que il vinrent de jour en 
leur embusque. Et le dit messire Guillaumes et son cousin messire 
Archebaut se boutèrent en ung bosquet assës près de le cite de 
Bervich, sans che qu'il fuissent de nuluy apercent et là se tin- 
rent jusques à bien avant en la nuit ; et pooient [estre] environ 
trois cens hommes de guerre. Sy se partirent de leur embusque 
environ minuit et vinrent tout coiement jusques à Bervich. Et en- 
vo[ièrent] devant trois de leurs variés pour sçavoir se chil de 
Bervich faisoient point de gait sur les murs ; il raportèrent à leur 
mestres que nanil. Adonc s'avanchèrent il et vinrent sur les fosses 



360 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

et avoient eschelles cordées. Sy passèrent oultre les fossés, en 
portant leurs eschelles, au plus foible lieu et où il n'i avoit point 
d'iaue. Et jettèrent leurs eschelles et montèrent contremont, et 
entrèrent en la ville environ deux cens. Et vinrent tout coiement 
à la porte que cil de la cité ne s'en perchurent riens jusques à 
tant que de haches et de cuignies il busquèrent au fiaiel pour le 
coper. Aulcuns gens qui estoient en leurs lis se esvillèrent pour 
le busquement. Sy se levèrent et vinrent à leur fenestre et se 
commenchèrent à estourmir ; mais anchois qu'il fussent levés et 
armet ne asamblé, le porte fut ouverte par forcbe, et tout les Es- 
cochois entrèrent dedens la ville. Et decopoient tous cheulx qui 
encontre eulx venoient à main armée. Et fyrent tant qu'il furent 
maistre de la cité et que les bourgois se rendirent à yaulx, saulve. 
leurs vies et leurs biens; mais il ne porent avoir le castiel qui est 
assés près, car le gait oy la noize. Sy esvilla le castelain et les 
compaignons qui gardoient ledit chastiel ; et jamais de forche les 
Escochois ne l'euissent eut. 

Or vous dirons de leurs aultres compaignons qui dévoient Ro- 
chebourch esceller. Il ne demora mie en leur defaulte qu*il ne 
fesissent leur aproches saigement ; mais il fallirent, car le gait du 
dit chastiel villoit et s'apoioit à crestieaulx qu'il les virent sus les 
murs du dit chastiel. Sy entendy le bruit des Escochois murmu* 
rer ensamble ; sy coury moult tost esviilier le chastelain et les 
compaignons de laiens et se pourveirent de leur fait et vinrent as 
garites. Quant les Escochoiz les virent, il retournèrent arière tout 
esbahy, et virent bien qu'il avoient fally à leur emprinse. Sy se 
retirèrent devers Bervich et trouvèrent messire Guillame Dou- 
glas et leur compaignie qui tenoient la cité comme le leur. Si en 
furent tous joieulx ; sy prirent consail ensamble qu'il asegeroient 
le dit chastiel. Sy Tasegèrent de tous costés, car à l'un des lés il 
marchist à le ville. Ches nouvelles vinrent en Engleterre que les 
Escochois avoient reprins Bervich. Sy en furent les Englès moult 
courouchiés, mab amender ne le peurent tant que à celle fois. 
F- 481 à 484. 

P. 142, 1. i8 : siet. — Ms. ^ 3 : est assis. 

P. 142, 1. 24 : cremeur. — Ms. B 3 : crainte. 

P. 142, 1. 27 : Bervich. — le ms* B 5 ajoute : qui siet sur 
la dicte rivière. F» 364 v«. 

P. 142, 1. 28 : assenèrent. — Ms. B 3 : essaièrent. 

P. 142, 1. 32 : quoique. — Mi. JEf 3 ; et qui. 



[1355] VARUISTES DU PREMIER LIVRE, S 349. 36i 

P. i43, l. 7 : puisqu'il. — Ms. B 3 : puisque les Anglois. 

P. 143, 1. 8 : mancevi. — Ms, B 3 : advertiz. — Ms. B 4 : 
manchevi. P» 157 v®. 

P. i43, 1. 9 : Escos. — Le ms, B 3 ajoute: dont toute la 
marce estoit en doubtance, et point n'y avoit gens au pais pour 
faire un siège ne résister aux Escos. — Le ms. B k ajoute : de 
quoi toute lé marche estoit en grant doubtance, et point n'y avoit 
gens ou pais pour faire siège ne résister as Escos. F^ 157 v*. 

P. 143, 1. 10 : Bervich. — Ms. B 3 : Vervich. F» 169 v«. 

P. 143, 1. lî ; Grastoch. — Ms. B 3 : Grascop. — Ms. B 4: 
Grascok. F* 157 v«. 

P. 143, 1. 13 : gouvernance. — Mss. B3 etk : gouvernement. 

P. 143, 1. 17 : Guillaumes Douglas. — ilfr. B 3 : Jehan de 
Douglas. — Ms. B 4 : Guillaumes de Douglas. 

P. 143, 1. 17 : menères. — Ms, B 3 : conducteur. — Ce mot 
manque dans le ms, B 4. 

g 549. P. 143, 1. 22 : Tant ala.^— Ms, d Amiens : A Tende- 
main chevauça li roys d'Engleterre et vint logier à Blangi, à deus 
lieuwez de Hedin, et point ne passa adonc oultre, et dist qu'il 
atenderoit là le roy de Franche. 

Li roys de Franche estoit avalez à Pieronne en Vermendois, et 
avoit fait ung si grant mandement partout que merveilles seroit au 
deviser, et s'en vint en le chitë d'Arras, et touttes mannierres de 
gens le sieuvoient, et avoit bien soissante mil hommes. Là estoit 
dalles lui messires Jehans de Haynnau o grant routte de gens 
d'armes, et ouvroit li dis roys de France en partie par son cons- 
seil. 

Or avint que messires Bouchicaus, ungs chevaliers de Poito, 
qui pour le tamps estoit prison au roy d'Engleterre, et l'avoit li 
dis roys recreu sus sa foi le tierme de huit mois, si s'en revenoit 
messires Bouchicaus deviers le roy d'Engleterre pour li remettre 
en se prison, enssi que couvens portoit, et vint ung soir à Blangi, 
là où Û roys englès estoit logiës. Quant U roys le vi, se li de- 
manda tout eii hault : <c Et dont revient Bouchicaux ?» — « En 
nom Dieu, dist il, sire, de France et de deviers le roi de Fran- 
che. » — « Et que dist ly roys de France ? ce dist li roys d'En- 
gleterre ; me venra il point combattre ? » -^ « En non Dieu, sire, 
dist il, de cela ne sai je riens, ne je ne sui mies de son consseil si 
avant. » 



362 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

Adonc musa li roys d'Engletef re ung petit et puis dist ; « Mes- 
sire Bouchicau, je poroie avoir de vous deus mil ou trois mil flo- 
rins, se je volloie ; mes je lez vous quitteray, se vous voUéz alkr 
deviers mon adverssaire, vostre roy, et lui dire de par my que 
je Tatens droit cby, et l'ai attendu et attenderay encorrez trois 
jours, se il voelt traire avant pour combattre, et de ce me venrës 
vous faire le responsce. » ^- « Saint Jorge I sire, dist messires 
Boucicaus, vous me offices grant courtoisie, et je le voeil faire et 
di grant merchis. » Ghilx soirs passa ; l'endemain au matin , il 
monta à cheval et vint à Arras, et là trouva le roy de Franche ; 
se fist son message bien et à point. 

JÀ roys de Franche respondi et dist : c Messîre Bouchicaux, 
puisque en couvent avës de raller par delà, vous dires à nostre 
adverssaire que nous nos partirons, quant bon nous samblera, et 
non pas par se ordonnance. » F* iOO. 

P. 143, 1. 21 : ensiewant. — Ms, ^ 6 : Or revenons au rôy 
d'Engleterre , qui estoit à Blangy delés Heddin. Entreus que le 
roy englès estoit à Blangy, coururent ses maiisaulx ens on pais 
de Ternois et d'Artois et vinrent à Saint Pol. Et y eult ung jour 
moult grant assault ; mais chil qui dedens estoient le gardèrent 
bien et vaiUanment et tant que les Englès ne firent point de da- 
maige. F® 484. 

P. 143, 1. 23 : Blangis. ^ Ms. B 3 : Blangy. F» 169 v«. 

P. 143, 1. 30 : entrues que. — Ms. B 3 : cependent que. 

P. 143, 1. 30 : vint, — Ms. B 6 ajoute : sur ung soir. F* 484. 

P. 143, 1. 31 : bons. — Ms. B 3 : vaillant. 

P. 144, l. 2 : de le. — ilfx. -ff 3 : dès la. F» 170. 

P. 144, 1. 3 : et. — Xe mx. i? 3 ajoute: y. 

P. 144, 1. 6 : restre. — Ms. B 3 : revenir. 

P. 144, 1. 7 à 20 : Cilz.... logiës. — Ce passage manque dans 
le ms. ^ 5, f> 365. 

P. 144, 1. 10 et 11 : teut.... langage. — Ms. B 3 : tant par 
son beau et doulx langaige. 

P. 144, 1. 11 : apparilliet. •— Ms, B 3 : plaisant que par ses 
autres prouesses. 

P. 144, 1. 14 : grant cière. — Ms. B 3 : bonne chière. 

P. 144, 1. 15 : estoit. — Le ms. B 3 ajoute : en la grâce du 
roy et son. 

P. 144, 1. 21 : se trest. — Ms. i? 3 : se tira. 

P. 144, 1. 22 : devant. -- Ms. B 3 : dedens. 



[4355] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 350. 363 

P. 144, 1. 23 : laite de deux Bretons. — Ms. B 5 : Initier 
deux Bretons. F* 365. 

P. 144, 1. 24 : Tenclina. — Ms, ^ 3 : se enclina : 

P. 144, 1. 26 : Jehan. — Le ms, B Z aj0ute : de France. 

P. 145, 1. 3 : temprement. — Ms. B 3 : en brief. 

P. 145, 1. 4 à 13 : Li rois... vous. — Ce passage manque dans 
le ms. B 5. 

P. 145, 1. 5 : cou -^ Ms. B Z : ce. — Ms. B 4 : chou. 
P>158. 

P. 145, 1. 16 et 17 : deus ou trois mil florins. — Ms. B 6 : 
trois ou quatre mille escus. F> 485. 

P. 145, 1. 22 : combatre. — Ms. B 6 >et se response vous me 
lair^s savoir par ung hirault des nostres, que je vous cergeray à 
vostre département. F^ 485 et 486. 

P. 145, 1. 22 : message. •— Le ms, B 3 ajoute : bien à point, 
vous me ferez service, et je vous quicteray vostre prison. 

P. 145, 1. 24 : resjols. — Ms. B 3 : esjoy. 

P. 145, 1. 30 : yaus. — Ms. B 3 : luy. 

P. 145, 1. 31 : mesnie. — Ms. B 3 : compaignîe. 

P. 145, 1. 32 : retour. — Ms. B 6 : ung hirault o luy que on 
apelloit Faucon. F^ 486. 

P. 146, 1. 9 : lewiers. — Ms. B 3 : louyer. F* 170. — Ms. B 
4 : leuiers. F* 158 v*. — Jlf*. ^ 5 : louier. F» 365. 

P. 146, 1. 12 : avës. — Le ms. B 3 ajoute : premier. 

P. 146, 1. 14 : ennemis. — Ms. i? 6 : la response du roy fu telle 
par Faucon le hirault, qui le aporta arrière, que c'estoit bien Fin- 
tencion du roy de Franche que de aller devers ses ennemis et 
plus avant, mais que ses gens fussent tout venus qu'il avoit man- 
det. F* 486. 

§ 3^. P. 146, 1. 15: Ensi demora. — Ms. et Amiens: Sus cel 
estât se parti messires Bouchieaus, et -vint arrière à Blangi et re- 
corda au roy d'Engleterre le responsce que vous avës oy. 

Quant li roys entendi ce, si eult sur ce avis, et dounna à mon- 
seigneur Bouchicau congiet et le quita de sa foy et puis se des- 
loga dedens un jour apriès et retourna vers Saint Omer. Et en- 
trèrent ses gens en le comte de Fauckenberghe; si le ardirent 
moult villainnement. Et enssi que li Englès chevauchoient, mes- 
sires Hemoulx d'Audrehen, marescaux de Franche, à deux cens 
armurez de fier, les costioit et leur porta plusseurs dammaiges. 



364 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

Quant li roys de Franche sceut par monsigneur Bouchîcau que 
li roys d'Engleterre estoit deslogiës et qu'il s'en raUoit vers Cal- 
lais, si se départi adonc à grant esploit de le chité d'Arras, et 
chevaucha viers Saint Orner et vint gésir à Tieruane. Et li roys 
d'Engleterre ce jour vint à Eske sus le rivierre, et là se loga. Et 
l'endemain li roys de Franche le poursui. Et li roys d'Engleterre 
s'en rentra dedens Callais. F* 100 v*. 

P. 146, 1. 15 : cel. — ;if*. B 4 : tel. F» 158 v*. 

P. 146, 1. 23 : lui retrairc. — Ms. i? 3 : se retirer. P 170. 

P. 146, 1. 27 : Leueline. — ^^. B 3: Laueline. F» 170 v». — 
Ms.Bk: Leveline. F« 158 V>. — Jlfj. ^ 5 : Liveline. F» 365. 

P. 146, 1. 27 : devers. — Ms. B3 ik. 

P. 146, 1. 28 : Faukemberghe. — Aff. i? 6 : Sy tost que le roy 
de Franche sceut que le roy Englès estoit deslogiet et qu'il se 
tiroit et retraioit arière, il se party de la ville d'Amiens et s'en 
vint à Aras et fist commandement que toutes manières de gens à 
cheval et à piet le sievissent. Et envoia devant son connestable, 
messire Jaques de Bourbon, en le chité de Terouane, à tout trois 
cens lanches, pour le garder contre les Englès, se nul assault y 
fasoient. Le roy Englès et son host, yauls party de Heddin et de 
là environ , chevauchèrent et passèrent assés priés de Terouane, 
mais point n'y assallirent, car il entendirent que elle estoit gar- 
nie de bonnes gens d*armes. Se passèrent les Englès oultre et 
vinrent logier droit à Alekine et sus celle rivière qui Jceurt desous 
le castiel de Maunier et qui vient à Arques. Et messire Emoul 
d'Audrehem, marisal de Franche, à tout cinq cens compaignons 
bien montés, les poursievy et se logea celle nuit moult près 
d'ieaulx sus le mont de Herfault, et tant qu'il veoient bien l'un 
l'autre. Et l'endemain se desloga le roy et passa desous le mont 
de Herfault et s'en vint devers Fauquemberghe, qui estoit une 
bonne ville et grose et où on faisoit grant draperie. Sy fa la dite 
ville prinse des Englès, car il n'y avoit point de deffense, et fu 
toute pillie et robée et à leur département toute arse. Et le roy 
de Franche s'en vint che mesme jour à Terouane, et tout son ost, 
et avoit bien cent mille hommes, que uns, que aultres. L'ende- 
main, se party le roy englès de Fauquemberghe et passa à Lie- 
ques et desoubz Ardre, et fist tant qu'il rentra en Calais. P 487 
et 488. 

P. 147, L2: o primes se desloga il. — MsnB3i et qu'il se 
deslogeoit. P> 170 v«. 



[i355] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 350. 365 
P. 147, 1. 3: sur. — Ms. B 3: contre. — Ms. B 4: sor. 

P. 147, 1. 7 : Ticrenois. — Mss. ^ 3 « 5 : Hernois. 

P. 147, 1.8 : Tieruanc — ilfj. B 3 : Therouanne. — Ms. B 4 : 
Tierewane. 

P. 147, 1. 8 et 9 : estoient... Faukemberge. -> Ms. B 5 : avoient 
passe Fauquenbergue. F® 365. 

P. 147, 1. 11 : Liques. — Mss, i? 3 et 5 : Lîsques. — Ms, B 4 : 
licques. 

t^. 147, 1.14: costiiet. — Ms, B 3 : coustoië. 

P. 147, 1. 15 : dessoucbier. — jlf j. B 4 : defiTouchier. F> 158 v^. 
— Ms, B 3 : bouger pour poursuir les Anglois. 

P. 147, 1. 19 : en le kewe. — Ms. ^ 3 : à la queue.^ Ms. B 4 : 
à la keue. 

P. 147, 1. 19 : le bastide. — Ms. i? 3 : la bastille. 

P. 147, 1. 20 : chapitains. — Ms, B 6 : Che prope jour, vint le 
roy de Franche à Fauquenberghe et là se loga sur la rivière, et 
cuidoit que les Englès fussent là environ, et les avoit tout le jour 
poursievy à l'avis des fumières qu'il faisoient. 

Or advint que, entreulx que le roy de Franche et les seigneurs 
estoient là logiet, ung grant remous et moult felle s entreprist 
entre les gens de monseigneur Jehan de Haynau et le commun de 
Toumay. Et fu la chose bien ordonne de mal aler, car il furent 
rengiës ly uns devant l'autre. Et y eult pluiseurs de chiaulx de 
Toumay ochis et blechiës, dont il estaient moult ayret. Et en- 
cores euissent il rechut plus grant damaige, se ly rois n'y eust 
envoiet et mis defifense sur yaulx et yaulx appaisiet, car grans 
foisons de bons chevaliers et escuiers se tournoient et tiroient de* 
vers monseigneur Jehan de Haynau à l'encontre de cheaulx de 
Toumay. Sy fu la chose ensy départie : qui plus y eult mis plus 
y eult perdu. Chil de Toumay plouroient leur damaige : che fu le 
reconfort qu'il en eurent. 

Assës tost après ceste advenue, vint le marescaus de Franche, 
messire Emoul d'Audrehem devers le roy, et ly dist que les En- 
glès estoient entrés à Calais. Quant le roy de Franche entendy 
che, sy eult consail de luy retraire à Saint Omer et se party à 
tout son ost et s'en vint en sa bonne ville de Saint Omer et là se 
tint. Et demanda conseil à monseigneur Jehan de Haynau, en 
quy il avoit fiance, coment il poroit persévérer à son honneur 
de ceste armëe; il luy dist: « Sire, se vous envoierës quatre 



B66 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

chevaliers à Calais devers le roy d'Engletenre, et lay manderës 
que vous l'avës poursievy au plus bastivement que vous avës 
peult depuis les nouvelles que vous eustes de messire Bou- 
chicault et qu'il vide hors de Calais, et vous luy bailierés 
plache là où il le voldra prendre et eslire , et là le comba- 
terës. » 

A che consail le roy entendy voUentiers. Et furent les quatre 
chevaliers nommes et ordonnes qui yroient ce messaige faire; et 
furent messires Emoul d' Audrehem , messire Guichart de Biau* 
geu, messire Bouchicault et le sire de Saint Venant. Et cheulx y 
alèrent et ung hirault avecques eulx jusques à Calais pour parler 
au roy d'Engletenre. Quant il furent venus assës près de Calais, 
il envoièrent leur hirau dedens la ville dire et senefier au toy en- 
glès que là estoient quatre chevaliers firanchois pour parler au 
roy d'Engleterre de par le roy de Franche, mais que il eussent 
sauconduit. Le roy respondy au hirault qu'il n'avoient que faire 
de entrer en la ville de Calais; mais il envoiroit de son consail 
pour parler à yaulx et sçavoir quelle chose il voUoient dire. Sj i 
envoia son cousin le duc Henry de Lendastre et messire Gautier 
de Mauny et deux aultres chevaliers. Sy chevauchèrent tant que 
il vinrent là où les quatre chevaliers de Franche lés atendoient. 
Sy les saluèrent courtoisement et leur demandèrent qu'il leur 
plaisoit. Messire Emoul d'Audrehem prist le paroUe et dist qu'il 
estoient là envoiet de par )e roy de Franche pour requerre au 
roy d'Engletenre qu'il volsist yssir hors de Calais et venir en 
ung biel camp, car il se volroit combattre à luy. Le duc de Lan- 
castre respondy que ly roy Jehan avoit eut assés tamps et losir 
de venir jusques à yauls, s'il volsist, car il avoit séjourné au pais 
de l'Artois bien onze jours, où le roy son seigneur l'avoit atendut 
et luy avoit mande bataille « par vous monseigneur Bouchicault 
qui chy estes presens. Sy vous respondons de par le roy nostre 
seigneur qu'il n*est pas consilliës dé faire che que vous ly reque- 
rës, car jà le moitié de ses gens en sont raUet leur voie, et ly 
aultres sont moult travilliet. Se ly venroit mal à point de com- 
batre au plaisir et à l'aise du roy de Franche et à tous les bons 
poins. » Là endroit furent pluiseurs raisons dites entre yauls, dont 
je m'en tais, car riens n'en fut accordé. Sy se partirent atant 
les chevaliers de Franche et vinrent à Saint Omer raporter au roy 
de Franche leur response, et ly chevaliers d'Engletenre s'en râlè- 
rent à Calais. F~ 488 à 492. 



[1355] VARIANTES DU PREMIER UVRE, $ 351. 367 

P. 147, 1. 26 : li Englès estait.^ Ms. J? 3 : les Anglois estoient. 
— Ms. B k:\y EDglès estoient. 

P. 148, 1. 3 : royaus. — Ms, B 3 : roialle. 

P. 148, 1. 5 : chevaucie. — Ms. B 3 : chevauchëe. 

P. 148, 1. 13 : pièce de terre. — Ms. B3: terre» 

P. 148, 1.20: Arde. — iiff. Jî3: Ardre. P» 171 v*. 

P. 148, 1. 23 et 24 : havene. — Ms. B 3 : havre. 

P. 148, 1. 24 et 25 : Bervich. — Afo. B 3 : Vervich. P» 172. 

P. 148, 1. 26 : Rosebourch. — Le ms.B^ ajoute: et fally. 

P. 148, 1. 27 : pensietis. — Mss. i? 3, 5 : pensif. 

P. 148, 1. 28 : Grastoch. — Ms. B 3 : Grastop. — Ms. B 4 : 
Grascok. F» 159. — Jlfj. j5 6 : Grisep. F> 492. 

P. 149, 1. 3 : eussent... songniet. — Mss. ^ 3, 4 : eussent esté 
bien soigneux. F* 172. 

P. 149, 1. 3: songniet. — ^#« B 6: Adonc se mirent les sei- 
gneurs d*Èngleterre entre le roy et le chevalier, et dirent : 
« Monseigneur, il sera bien amende. » Lors soupa le roy moult 
petit et fist là venir tout son consail après souper en sa chambre. 
Sy fu dit et ordonné que, à heure de minuit, quant la marée ven- 
roit, que il entraissent tous en leurs batieaulx et s'en yroient en 
Engleterre; et ne dormiroit jamais en une ville que une nuit, sy 
serait venu devant Bervich. Ensi fu il segnefiet et criet parmy la 
ville de Calais. Et fu tout toursé, et les chevaulx mis en es ba- 
tieaulx devant minuit, et à chelle heure le roy entra en son batiel 
et toute[s] ses gens; et furent Fendemain, à heure de prime, à 
Douvres. Sy dessendirent et mirent tout leur baghes hors, et puis 
montèrent à cheval, et prirent le chemin de Londres. Et fist com- 
mandement le roy par toute son ost que nulz ne presist aultre che- 
min que chely d'Escoche. F* 493. 

P. 149, 1. 6 : tel. — Ms.BZi tellement. F> 172. ^Ms.Bki 
atoumé telle paix. 

P. 149, 1. 7 : sist. — ilfo. ^ 3, 4 : fat. P» 172. 

S Sttt. P. 149, 1. 16 : Quant messires. — Ms, d Amiens : 
Et li rays de Franche vint logier. sus le mont de Sangate, 
et envoya à Gallais monseigneur Emoul d'Audrehen parler 
au roy d'Engleterre pour atraire hors ; mes il s'escuza et 
dist que il n'en feroit pour celle saison plus. Enssi se des- 
rompi ceste chevauchie , et retourna li roys Jehans en Franche. 
P 100 v*. 



368 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

P. 149, 1. 17 et 18 : renclinèrent. — Mt. B 9 : s'aclinèrent. 
P172. 

P. 149, 1. 18 : bien.... point. — Ms: B 3 : bien honnestement. 

P. 149, 1. 27 : la bataille. -^ Ms. B Zi batailler. 

P. 149, 1. 31 : finable. — Ms. B ^ : finale. 

P. 150, ]. 11 : en ses. — Mss. B, 3 et k : en ses. 

P. 150, 1. 13 et 14 : le bastide d'Arde. — Ms. 2^. 5 : la ville 
d'Ardre. 

P. 150, 1. 21 : Yalenchiènes. -— Ms, B. 6 : delés le boin conte 
Guillaume de Haynau son frère : Dieu leur faiche pardon ! Car 
le gentil chevalier resgna moult vaillamment et fu en son vivant 
moult amës de ses amis et redoubtés de ses ennemis. Sy s'en râla 
son hirtaige, tout che qu'il en tenoit, as enfans monseigneur le 
conte Loys de Blois, qui furent filz de se fille, et qui adonc estment 
moult jouene : Loys, Jehan çt Guis. Chil resgnèrent moult hon- 
nourablement et moult loyaument, si comme vous orës recorder 
chy avant en ceste matère. F* 494. 

P. 150, 1. 25 : — Guis. — Le ms. B 5 q/oute : de Blois. 
F» 365 v^. 

S 5ttS. P. 151 . 1. 1 : à cent. — Ms. B 3 : avec cent. 
F» 172 V*. 

P. 151, l. 13 : emprise. — Ms. B 3 : entreprinse. 

P. 151, 1. 18 : Gantiers. — Ms. B 6 : avecques luy soixante 
compaignons bien montés et bien armes. P 495. 

P. 151, 1. 19 : Bervich. — Ms. B ^ : et se bouta ou cfaastel 
.qui se tenoit Englès et qui siet delës la cité. Et adonc messire 
Thomas Kol esloit chastelain. Quant le sire de Mauny fut venu 
jusques à là, il avisa et ymagina comment le plus tost il pouroit 
faire ouvraige qui apparust pour constraindre cheàulz de Ber- 
vich. Il avoit avec luy sept mineurs de l'esvesquiet de Liège, car 
tondis les menoit il vollentiers avoecq luy, puis qu'il pensoit à 
£ure siège ne assault à une fortresse. Si les appella et leur dist : 
« Regardés entre vous se par nûne nous porimes entrer en ceste 
cité. » Il respondirent : «c Sire, oil. » — « Or vous aparliés et 
vous esploitiés, adonc dist le sire de Mauny. Mettes vos hos- 
tieus en euvre, car se nous poons entrer par mine, je vous feray 
tous riches. » 

Âdonc se ordonnèrent et commenchèrent à miner à l'endroit 
de une grose tour qui estoit sur les murs et respondant à le 



[1355] VARIAM'ES DU PREMIER LIVRE, § 353. 369 

dtè et servoit à l'enoontre du dit castiel. Et commenchèrent à 
fouir moayant en Fenprise du chastiel. Il n'eurent gaire minet 
ne aie avant quant il trouvèrent bieau[x] degrés bien assis et 
bien mâchonnés et une croûte, toute vantée à manière de ung 
chelier, qui s'en aloit vers le cité de Bervich par desous les 
murs. 

Advint, entreuz que ces mineurs minoient, chil de la cité s'en 
perchurent bien. Et bien savoient ly aucuns anchiens bonunes que 
là en che contour il devoit avoir crouste et chelier qui aloit de 
la ville ou castiel. Sy se doublèrent et esmaièrent durement 
qu'il ne fussent par là pris, et le remoustrèrent à aulcuns che- 
valiers d'Escoche qui là estoient pour garder la cité ; et leur di- 
rent qu'il s'avisaissent, car il estoient en grande volenté que de 
yaus rendre à monseigneur Gautié de Mauny, et anchois que le 
roy englès y peuist venir ne qu'D fust pris par forche. 

Quant les Escochois qui 1^ estoient entendirent che langaige et 
perchurent le coraige des bourgois de Bervich, sy se doubtèrent 
que mauls ne leur en venist. Si se consillèrent et avisèrent entre 
yaulx sur che, et toursèrent tout che qu'il pourent et qui leur 
estoit, et se partirent ung jour et rentrèrent en leur pais. Et à 
Tendemain, ung traitiet se fist entre cheaus de Bervich et mon- 
seigneur Gautié de Mauny qu'il se rendroient, sauve leurs corps 
et leurs biens. Et les devoit le sire de Mauny parmy tant apaisier 
au roy d'Engleterre, ensy qu'il fist ; car le roy i entra le second 
jour après à grant joie. F^ 495 à 497. 

P. i5i, 1. 29 : Asneton. — Ms. £ 3 : Anreton. F* i72 v«.— 
Ms. B. 4 : Ameton. F* 159 v«. 

P. 151, 1. 32 : sente. * Ms. B 3 : sache. 

P. 152, 1. 15 : perilz. '^Ms. B 3 : dangiers. 

P. 152, 1. 16 et 17 : toursèrent. — Ms. B 3 : troussèrent. 

P. 152, 1. 19 : vaghe. — Ms. B 3 : vuide. — Ms. B 4 : vage. 

P. 152, 1. 28 : vasselage. — Ms. B 3 : vaillance. 

P. 152, 1. 29 : menestraudies. — Ms. B 3 : menestri^. — 
Ms. B 4 : menestreuz. P 159 v*. 

S 8tt3. P. 153, 1. 11 : Aindebourch.— ilf^. B 3 : Andebourg. 
F- 173. 

P. 153, 1. 12 : tèle. — Ms. B Z : tellement. 
P. 153, 1. 18 : estant. — Ms. B 3 : esUt. 
P. 153, 1. 16 : aforains. — Ms. B Z : forains. 

IV — 24 



370 CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1355] 

P. i53, 1. 23 et 24 : Haindebourch. — Ms. i? 6 : la souve- 
raine ville d'Escoche. F^ 498. 

P. 153, 1. 23 à 26 : en approçant.... fourer. — Ms. ^ 5 : et 
en approchant Haindebourc, couroient les fourriers, mais ilz ne 
trouvoient néant. F® 366. 

P. 153, 1. 26 : fourer. — Ms. B 3 : fourrager. 

P. 153, 1. 29 : li rois. — M$. ^ 6 : en le souveraine abeye 
dehors la ville, et le plus grant partie de ses gens en la ville, car 
elle n'estoit point frummëe. Mais il y a ung chastel, qui siet an 
desoubz sur une roche haulte et belle, et est très bi^i fruméz ; et 
adonc y avoit dedens de bons chevaliers et escuiers pour le gar- 
der. F» 498. 

P. 154, 1. 3 : nostre. — M$. B 5 : vostre. 

P. 154, 1. 8 : il. •— Ms. ^ 5 : le roy d'Escoce. 

P. 154, 1. 10 : en rémunérant les. — Ms. B 3 : pour rémuné- 
ration des. 

P. 154, 1. 16 et 17 : uns... offisces. — Ms* B 3 : une belle 
office. 

P. 154, 1. 21 : nostre. — Ms. B 5 : vostre. 

S 554. P. 155, 1. 2 et 3 : pourveances. ^^Ms. J? 6 : et se 

navire, qui le devoit sieuvir par mer, mais point ne vinrent, car ils 
eurent vent toudis sy contraire qu'il ne porent oncques à celle fois 
aprochier Escoche. Quant le roy englès vit che que ses pourvean- 
ches ne venoient pas, ne le grant engien dont il devoit assallir 
Handebourch et les aultres fortresses, sy eut consail qu'il retour- 
neroit en ardant le plat pais d'Escoche. F^ 499. 

P. 155, 1. 3 à 13 : dont... vivre. — Ce passade manque dans 
le ms. ^6, f»366 v«. 

P. 155, 1. 10 : ens es gragnes. — Ms, B 3 : dedens les gran- 
ges. F» 173 V*. — Ms. B k : eos es granges. F» 160. 

P. 155, 1. 15 : le Hombre. — Ms. ^ 3 : le avre. 

P. 155, 1. 22 et p. 156, 1. 19 : Entrues... Dalqaest. — Cet 
alinéa est résumé en une phrase dans le ms, B 5. 

P. 155, 1. 29 : le. — Ms. -fi 3 : au. 
. P. 1 55, 1. 32 : plus especiaulz. — Ms. B 3 : principale. 

P. 156, 1. 4 : retoumoit... fois. — jUs» B 3 : repairoit aucunes 
fois. 

P. 156, 1. 12 : respirer. — Mss.B Z et k i respiter. 

P. 156, 1. 17 : fois. — Ms. i? 6 : Et le fist le roy reconduire 



[1355] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 356. 371 

jusques à Dalquest par deux de ses chevaliers, le seigneur de 
Montbray et le seigneur de Noef^ille : et fu commande au deslo- 
gier que nulz, sur le hart, ne boutast le lu ne aultrement à le ville 
de Haindebourch. F» 499 et 500. 

P. 156, 1. 27 : Arcebaus. — Mss. £ 3 et ^ : Archambault. 
P 173 v«. 

P. 156, 1. 29 : Asneton. — Mss. i? 4, 5 : Assaeton. F" 160 v«. 

§ S5S. P. 157, 1. 24 : malaisiu. — Ms. B 3 : malaisé. 
P 173 v*. — Ms. B 4 : malaisieu. F» 160 v». 

P. 157, 1. 30 : froit. — Ms. B 6 : ensj que il fait en yvier 
envers le Noël. F* 500. 

P. 158, 1: 7 : soutilleté. -^ Ms. B ^ i subtilitë. F» 174. — 
Ms. B k: soustilletë. FM 61. 

P. 158, 1. 9 : aise. — Ms. B 3 : aiseement. 

P. 158, 1. 10 : Tuydon. — Ms. B Z : Tuyde. — Jlf/. i? 5 : 
Tuydein. F> 366 v«. 

P. 158, 1. 14 : se fin. —Ms. ^ 3 : la fin. — ^^. ^ 4 : le fin. 

P. 158, 1. 16 : Li contes Douglas. — Ms. B 6 : messire Guil- 
laumez Duglas, maris à le contesse dessus dite, qui se faisoit chief 
de tous les Escochois et estoit moult vaillant et saiges. F^ 500. 

P. 158, 1. 21 : rues. — Ms. B 3 : boutez. 

P. 158, 1. 22 : arroi. — Ms. B 6 : Alors fu le duc de Lan- 
clastre très bon chevalier, et bien le couvenoit, et y fist de la main 
mainte apertise d'armes. F* 501 . 

P. 158, 1. 24 : ce. — Ms. B 3 : ceste. 

P. 159, 1. 2 : menèrent. — Ms, B 6 : jusques à quinze bons 
prisonniers, dont il eurent des chevaliers de Brabant, et les aultres 
furent Englèz; et s'en retournèrent en la forest et entre les mon- 
tjûgnes, de coy il faisoient leur fortresse. F" 502. 

P. 159, 1. 5 : esvanui. — Ms. B 3 : esvanoys. 

P. 159, 1. 7 : Baudresen. — Ms. B 3 : Andrehen. — Jlfr. B 4 : 
Baudresem. P 161. 

P. 159, 1. 9 : six. — ilff. -» 3 : unze. F» 174. 

5 556. P. 159, 1. 11 : Depuis. — Ms. et Amiens : Et envoya 
(le roi Jean) une partie de ses gens d'armes avoecq son connes- 
table, messire Jaqueme de Bourbon, devers le Langhe d'ock ; car 
li prinches de Galles y estoit entrés à tout grant fuisson de gens 
d'armes de Gascoingne et d'Engleterre : de laquelle cevaucie nous 



372 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1358] 

parlerons maintenant, car elle fii moult honnerable et de grant 
emprise. 

Li prînches de Galles, en celle saison, estoit yssus de Boordians 
à deus mil lanches, Englès et Gascons, et quatre mil archiers et 
grant fiiisson de gens de piet. Et vint passer le Garonne à Brege- 
rach, et fist tant que, sus le conduit dou seigneur de Labreth, 
qui là estoit parsonelment, dou seigneur de Pumiers, dou seigneur 
de Muchident, dou seigneur de Lespare, dou seigneur de Cour- 
ton, dou seigneur de Cendren, dou seigneur de Rosem et de cesti 
de Landuras et dou captai de Beus, il entra en France et vint 
passer au Port Sainte Marie dalles Toulouse, et entra ou pays 
toulousain. ¥• 100 v«. 

P. 159, 1. 11 : avenue. — Ms. B 3 : aventure. F" 174. 

P. 159, 1. 21 : grant et estoffet. — Ms. B 3 : grandement 
estoffë. 

P. 160, 1. 15 : de Labreth.— Jlfi. B 3 : d'Albret. F* 174 v*. 

P. 160, 1. 17 : Aymemon. — Ms* B 3 : Aymond. 

P. 160, 1. 18 : Tarste. — Ms. B 6 : Tharse. F» 503. 

P. 160, 1. 18 : Aymeri de Tarste. — Ms. B 3 : Aymon de 
Castre. 

P. 160, 1. 18 et 19 : Mucident. — Ms. ^ 6 : le sire de Cou- 
don, messire Jehan de Caumont. F^ 503. 

P. 160, 1. 19 et 20 : Longheren. — Ms. B 3 : Lengoiren. 

P. 160, 1. 20 : Rosem. — Ms, B 3 : Rosan. 

P. 160, 1. 21 et 22 : Geronde. — Ms. B 4 : Gironde. 
F* 161 y. 

P. 160, L 21 : Bemadet de Labreth. — Ms. B 3 : Bemardel 
d'Albret. 

P. 160, L 22 : Beus. — Ms. B Z i Buch. 

P. 161,. 1. 3 : hostoiier. — Ms. B k i hostier. F» 161 v». — 
Ms.BZ : passer. F* 174 v«. 

S Stt7. P. 161, 1. 4 : A ce conseil. — Ms. d Amiens : Et 
passèrent [le prince de GaUes et les Anglais) assës pries de 
le bonne chité de Thoulouse, et y vinrent si marescal escarmu- 
chier, et boutèrent le feu ens es fourbours. Et puis passèrent oul- 
tre, et s'en vinrent logier à Montgisart, une bonne viUe et 
grosse, mais elle n'estoit adonc point firemmëe : si fu de ces 
Englès arsse, courue et robée. Et de là il vinrent à Avignoulet, 
qui estoit fremmëe de murs de terre. Si se missent li homme de 



[1 355] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 357. 373 

dedens à deffensce ; mes chil archier, qui traioient si roit et si 
dur, ne les laissoient aprochier à garittes. Si fu la ditte ville de 
Avignoolet, prise, concquise et toutte arse^ et y eut grant occi- 
sion d'ommez et de femmez. P 100 v*. 

P. iOi, 1. 7 : lances. •— Ms. B % \ ti deux mille bidauls à piet 
parmy les Bernes et trois mille archiés. F^ 503. 

P. 161, 1. 8 : Bemès. — Mss. -ff 3, 4 : Bornés. F» 174 ^.— 
Ms. B 5 : Biemois. F» 367. 

P. 161, 1. 13 : guë. — Ms. ^ 6 : et puis entrèrent en che 
biau plain et cras pais de Toulouse. F* 503. 

P. 161, L 24 et 25 : n'estoit.... Paris. — Ms. B 3 : n'estoit pas 
grandement murëe ne que Paris. F® 174 v*. 

P. 161, I. 29 : feus. — Ms. J? 6 : car point n'y avoit de fru- 
metë. Et fist tantost lettres escrîpre et messaigiers monter pour 
senifier Testât des Englès à monseigneur Jaques de Bourbon, con- 
nestable de Franche, qui se tenoit à Limoge et là faisoit son 
asamblée de gens d'armes pour aler contre les Englès et defifen* 
dre le pais. Mais anchois qu'il y peuist parvenir, ly Englès et les 
Gascon eulrent villaînement escardë le bon pais de Toulonsein, le 
senescaudie de Carquasonne, le terre de limous et le viscootë de 
Nerbonne, sy comme vous orës chy après. F* 503 et 504. 

P. 162, 1. 22: use. — ATf. ^3: rusez. F*175. — Jlf#. i?5: 
maniers. F* 367. 

P. 162, 1. 26 : d'Ermignach. — Le ms. B Z ajoute : pour 
doubte. 

P. 163, L 2 : Charcassonne. — Ms. B 4 : Garcasone. F^ 162. 

P. 163, 1. 7 : recuevre. — Ms. B 4 : recouvre. 

P. 163, 1. 7 : d'estrain. — Ms. ^ 3 : de paille. 

P. 163, 1. 8 : à grant dur. — Ms. B Z \ k grant peine. 

P. 163, 1, 12 : prendable. — Ms. B 3 : prenable. 

P. 163, 1. 16 : veurent. — Ms. ^ 6 : et estoit le marîsal de 
l'ost le conte de Wervich et messire Jehan de Caumont de Gas-< 
congne, car les Gascons les conduisoient qui congnisoient le pais. 
F* 505. 

P. 163, 1. 18 : pour le feu. — Ms. B 3 : pourpaour du feu. 

P. 163, 1. 24 : Avignonlet. — Mss. ^ 3, 5, 6 : Avignolet. 

P. 163, 1. 27 : un terne. ^» Ms. B 3 : une petite montaigne. 

P. 163, 1. 29 et 30 : à segnr. — Mss. J9 3, 4 : asseur. 

P. 164, 1. 3 : Noef Chastiel d'Auri. ^ Ms. B^ : Chastel Neuf 
d'Arry. F* 175 v*. 



874 CHRONIQUES DE J. FROISSART, [1355] 

S SiS8. P. 164, 1. 4 : Tant e^loitièrent. — M$. djmieiu : 
Tant chevaucièrent li Englès et li Gascon, ardant et essîllant tout 
le pays, et concquerant villes et castiaoz, qu'il vinrent jusques à 
le cite de Gharcasonne. F* 100 v«. 

P. 164, 1. 30 : seans. — Jlfj. -ff 3 : assise. F» 175 V. — Ms. 
B 4 : saians. F» 162. 

P. 165, I. 3 : cras. — Ms. B 3 : gras. 

P. 165, 1. 9 : kieutes. — Ms. B 4 : keutes. — Ms. B 3 : coitis. 

P. 165. 1. 17 : Garcassonne. — Ms. B 6 ajouie : qui est chief 
de tout le pais. F" 505. 

S Stt9. P. 165, 1. 18 : La ville. — Ms. dJmiesis: La ville 
de Garcasonne siet sus une rivierre que on a[^lle Aude, et est 
une moult grosse viUe et grande, et estoit adonc. Au dessus de la 
yille, oultre le rivière , sus une montaigne imprendable , sciet la 
chitë qui est forte et bipn fremmëe. Et là avoient les gens de Gar- 
casonne retrait le plus grant partie de leurs fenunes et en£uis ; et 
estoient tout rengiet au devant des Englès et avoient tendu kain- 
nés au loing des rues. 

Quant li princhez et ses gens forent là venu, et il eurent con- 
sidéré Testât de ces hommes qui moustroient samblant de yaux 
deffendre, se missent piet à terre et ordonnèrent leurs archiers 
et fissent passer devant. Ghil archier coummenchièrent à traire 
de grant mannierre sus ces gens qui là estoient mal arme. Si tosi 
que il sentirent ces saiettez, il resongnièrent et coummenchièrent 
à perdre terre et à laissier leurs kainnes. 

Là fo messires Ustasses d'Aubrecicourt bons chevaliers, car il 
sailli oultre deus ou iroix de ces kainnes et les concquist à Vesçét 
sus yaulx. Que vous feroie je loing parlement ? Ges kainnez fo- 
rent concquises, et cil qui les gardoient, cachiet en voies. Et y 
eut bien deus mil de ces bons hommes mors et ochis sus le place. 

Enssi fo la ville de Garcassonne prise, courue et robée ; et à 
Tendemain, au département don prince, elle fo si netement arse, 
que oncquez n'y demoura ostel ne maison. F<^ 101. 

P. 165, 1. 18 : siet. — Ms. B 3 : est assise. F* 175 v«. 

P. 165, 1. 19 : Aude. —Ms.B^i Oude. P» 367 v^. 

P. 165, 1. 19 : au plain. — Ms ^ 3 : en plain. 

P. 165, 1. 20 : de. — Ms. B 3 : devers. 

P. 165, 1. 21 : rocier. — Ms. B 6 : outre le rivière, à deux 
trait[s] d'un arc, siet la chité de Garcasonne, qui est une des for- 



[i385] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 360. 375 

te[8] chitë[s] du monde, car elle est asise hault si comme le mont 
de Lan, et tout sur une roche, bien frumëe de pière, de grès, de 
tours, de murs, de portes.... Dedens le chitë estoit adonc le se- 
nescal, ung moult vaillant chevalier, et avoit avecques luy grant 
foison de bonnes gens d'armes. Et quojque la ville de Carca- 
sonne fuist grande et remplie de bourgois et de bidauls du pays, 
li riche et ly saiges hommes avoient leurs femmes et leurs enOms 
et leurs corps meismes enfrumës en la cité. Et tout chil qui ensy 
firent furent saige. P S06. 

P. 165, 1. 23 : ne fait mies. -* Ms, J? 3 : est forte. P 175 v<». 

P. 165, 1. Ï6 : ceU. — jiff. -fi 4 : ce. F> 16Î V. 

P. 165, 1. 27 : chainnes. — Le ms. B 3 ajoute : de fer. 

P. 165, 1. 30 : à segur. — Ms. B 4 : asseur. 

P. 166, 1. i : pavais. — Ms. B 3 : pavois. F>176. 

P. 166, 1. 19 et 20 : d'Aubrecicourt. — Ms. B 4 : d'Aubregi- 
court. F* 162 V*. 

P. 166, 1. 20 : chevaliers. — - Ms, B 5 : jeune bacelcr. 
F* 368. 

P. 166, 1. 21 : ables. -^ Ms. B 3 i abile. F» 176. 

P. 166, 1. 23 : le glave. — Ms. B k : la glave. F» 162 v«. 

P. 166, 1. 24 et 25 : reculer. — Ms. B 4 : requellier. 

P. 166, 1. 25 : ennemis. — Ms. B 6 : Assës tost après se lan- 
cha oultre ung aultre chevalier de Haynau, messire Jehan de 
Ghistelle, vaillant chevalier durement de grant voUentë. Et adonc 
compaignons ensamble chil doy chevaliers assallirent ces bidauls 
fièrement et y firent mervelles d'armes, car il estoient jouene et 
amoureus et moult hardis. P 508 et 509. 

P. 166, 1. 31 : saiettes. — Ms. B 3 : flèches. F» 176. 

P. 167, 1. 6 : à garant. — Ms. B 5 : garantir. 

P. 167, 1. 18 : trouvèrent. — Ms. B 6 ajoute: par Tespasse de 
trois jours. F"" 508. 

P. 167, 1. 18 : nms.—Ms. B 3 : moys. P» 176. 

5 360. P. 167, 1. 26 : ICeste dtës. — Ms. et Amiens : Si che- 
vaucièrent li Englès le chemin de Nerbonne, et vinrent par de- 
viers une ville que on appelle Tèbres. Si se logièrent 11 Englès 
de haulte heure sus celle rivierre de Terres, et robèrent et ardi- 
rent toutte le ville et le pays d'environ. Et puis chevauchièrent 
viers le ville de Cabestan, qui siet à deus lieuwez de Nerbonne. 

Quant chil de Besiers et de Monpelier entendirent que li prin- 



376 CHRONIQUES DE J. FROISSAILT. [1355] 

chez de Galles cevancoit û effordement et approcboit leurs 
mettes, et avoit pris en son venant tant de villes et de casdaox, 
si forent grandement e£Braé , et envoiièrent le plus grant partie 
de leurs Uens en Avigncm à sauf garant et on castel de Aîge- 
morte et de Biauquaire. 

Tant esploitièrent li Englès qu'il vinrent devant Kabestain, une 
ville durement rice et où on fait tout le sel que on alenwe en ce- 
lui pays ; n l'environnèrent «t se appareillièrent pour le assaillir. 
Quant chil de le ville virent venu le prinche et ses gens devant 
leur ville, si forent moult esbahy et donbtèrent tout à perdre, 
corps et avoir. Si se avisèrent sagement et demandèrent trieuvea 
au prince, et que il pewissent parler au seigneur de Labreth. li 
prinches leur acorda. Àdonc se traist li sirez de Labreth avant, 
et demanda qéfil voUoient dire. U dissent que c'estoient povres 
gens et mal use de gueriier, et que li prinches ewist fûtë d'iaux, 
parmy tant que ce voiaige il lez volsist respiter, et il U donroîent 
vingt mil florins. li sires de Labreth dist et respondi qu'il en 
parleroit vollentiers au prince. Si en parla, et en pria p<mr tant 
que il l'avoient demandé par fianche« Li prinches eult consseil 
que il lez prenderoit et leur donroit trieuwez pour celle saison, 
parmi vingt mil florins que il dévoient envoiier, où que li prin- 
chez fost, dedens quatre jours, et de ce délivrèrent il bons hos- 
taiges. 

Apriès ce fait et ordonne, li princes et ses gens se départirent 
de Kabestain et prissent le chemin de Nerbonne, et ne veurent 
adonc aller plus avant en aprochant Montpelier, car on leur dist 
que li connestablez de Franche y estoit, qui feisoit U ung grant 
amas de gens d'armes, et ossi li comtez d'Ermignach d'autre part 
à Toulouse. F» 101. 

P. 167, 1. 27 : Carsaude. —Ms.Bki Charsaude. F» 163. 

P. 167, 1. 30 : maçonnement. — Ms, B 3 : maçonnerie. 

P. 168, 1. 6 : et le. — Mss. J? 4, 5 : de le. 

P. 168, 1. 10 : bastions. — Mis. i? 3, 4 : biens. 

P. 168, 1. 18 : aise. •— Le ms. É 3 ajoute : quant ilz vou- 
loient. F*176v». 

P. 168, 1. 23 : à non ardoir. — Ms. B 3 : affin qu'ilz ne fus- 
sent ars ne assaillis. 

P. 168, 1. 26 : route. — Ms. B 3 : compaignie. 

P. 169, 1. 4 : bruis. — Ms. B Z : brouys. F» 176 v*. — Ms. 
^4:brulës.F^163. 



[1885] YARIANTBS DU PRBlimR LIVRE; $ 361. 877 

P. 169, 1. 7 : à segur. — Ms. B 8 : asseurés. ^ Jlf/. B 4 : 
•asenr. 

P. 169, 1. IS : Biankaire. — Afx. J? 3 : Beikaîre. 

P. 169, 1. 17 : le sel. — Ms. J? 6 : de quoy tout le pais de 
environ vit. F* 509. 

P. 169, 1. 25 : quarante mil escus. — Ms. B 6 : vingt cinq 
mille moutons. F* 509. 

P. 169, 1. 26 : pourveance. — Ms. B 8 : terme. F* 176 v*. — 
Ms. B 4 : pourveancfae. F^ 163. 

P. 169, 1. 32 : assalli. — Ms, J? 6 : Sy passa oultre (le prince 
de Galles), et alèrent ses coureulx jusques à fiesiers et jusques à 
Saint Thiberi, et point ne passèrent la rivière de delà , et prist 
son chemin devers Nerbonne. Àdonc estoit le connestable de 
Francbey messire Jaques de Bourbon, venu à Menpellier à grant 
foison de gens d'armes, et enoores Fen venoit il tout les jours. Et 
atendoit le conte de Erminach, le conte de Gommignes , le conte 
de Pieregort, le conte de Laille, le visoonte de Quarmain et grant 
foison de bons chevaliers de Gascongne, de Roherge, d'Agens et 
de Toulouse qui estoient mis as camps. Sy entendy le dit cong* 
nestable, entreus qu'il estoit à Monpellier, que ly bourgois de 
Kabestain s'estoient rachète devers le prinche, mais ilz n'avoient 
point encore paiiës les deniers. Sy s'aresta le dit connestable sur 
che et dist à l'Archeprestre : «Prendës jtisques à cinq cens com* 
batans et en aies à Kabestain, et aydiës à conforter la ville. Et se 
ly Englès y reviennent, sy le tenez contre yaulx, et je vous con- 
forteray, comment qu'il soit. » 

Adonc se party ly Archeprestre, et grant foison de bons che- 
valiers et esGuiers avecques luy, du pais d'Auvergne et de Limo- 
sin, et se vinrent mettre en la ville de Kabestain. Et fist tantost 
les hommes de la ville entendre à yaulx forteiier et faire grans 
fosses et parà>ns. Et y ouverèrent nuit et jour plus de quatre 
mille hommes comme à foss^ et as portes et as gantes, et moult 
le renforchèrept. De tout die ne savoit riens le prinche qui se 
tenoit an bourcq de Nerbonne , et ùdsoit la chitë de Neihonne 
moult fort assallir, et sejoumoit là en atendant son paiement, 
mais il estoit mal aparliës. F>* 509 et 510. 

P. 170, 1. 2.: *att bourch. — Ms. B 3 : aux fouhc bourgs. 
F» 176 V». 

S 561. P. 170, 1. 3 : A Neri)ODne. — Jlfr. dAmiau: Or vint 



378 GHRONIQUIS DE J. FROISSAUT. [1385] 

li |iriiicb6% de Galles à tout son eflPort devant Nerbonne, [où] il 
y a ville et cite. Adonc estoit la ville, qui sciet sus le rivière 
d'Aude, foiblement fremmëe. Si furent tantost li Englès dedens, 
et moult petit dura contre yaux. Les bonnes gens de le ville 
avoient retrait le plus grant partie dou leur en le cité, femmes 
et enfans. Et là estoit li viscontez de Nerbonne et fuison de che- 
liers et d'escuiers que il y avoit assamblëz pour aidier à garder 
et d^endre le chité. 

Sachiës que li Englès ne reposèrent gaires ou bourcq de Ner- 
bonne, quant il y forent venu; mes se traissent tantost à l'as- 
sault à la dite cité de grant voll^itë. Et séjourna li prinches et 
touttes ses gens ou dit bourcq cinq jours, mes tous les jours il y 
eult cinq ou six assaux à le chitë. Si le deffendirent li gentih 
hommez qui là estoient, si vaillamment que riens n'y perdiroit; 
autrement elle ewist estet concquise. Là en dedens aportèrent chil 
de Kabestain leur raençon, et paiièr^it as gens dou princbe et 
eur«it leurs hostaiges. 

Quant li pnnches et ses gens virent que point il ne cooquer- 
roient la chitë de Nerbonne, où il tendoient à venir et au cono- 
querre, si «urent consseil de partir et se deslogièrent. Au dealo- 
gement du princbe, li bours de Nerbonne fu tous ars. Si cbevau* 
chièrent le chemin de Lymous, qui est une bonne ville et grosse, en 
le marce nerbcmnâse ; si le prissent et ftlstèrent et y conquissent 
grant avoir, et puis Villefrance et Montroial et pluisseurs autres 
grosses villes en celi pays. Et avoient tant d'avoir que li varies 
ne faisoient compte de draps ne de pennes, fors d'or et d*argent 
et de vaissiel d'argent. F^ i 01 . 

P. 170, 1. 3: Nerbonne a. — Ms. B 3: par lors avoit. 
F» 176 V». 

P. 1 70, 1. 7 : Gppre. — Ms.Bk : Napple. F> 163 v«. 

P. 170, 1. 11 : Nerbonne. — Ms. ^ 6: et messire Engasoons 
ses frères et ung de leurs oncles bon chevalier. F" 511 . 

P. 170, 1. 16: canonneries. — Ms. B 3: chanoynies. P177. 
Mi. B 5 : chanoinenies. F> 368 v«. 

P. 170, 1. 19 : florins. -*- ^j. i? 5 : livres. F> 368 v*. 

P. 170, 1. îl : cras. — Ms.BS : fertilz. F» 177. • 

P. 170, 1. 30. : trois mil. — Ms. B 3 : quatre mil. 

P. 171, 1. 7: jours. — Ms, B 6: Quant che vint au sixième 
jour, le princbe demanda à son consail se on n'avoit oyt nulles 
nouvelles de cbaus de Gabestain; on ly respondy que nannil. De 



[1355] VARIANTES DU PREMIER UVRE, $ 361. 37« 

che fîit le prinche tous esmervilliés. Adonc fist il partir Fauchon 
le hirault, et luy dist qu'il chevauchast jusques à là et demandast 
à chiaus de Cabestain pour quoy il avoient fally de oouyeneaches 
et qu'il marchandoient de eulx faire tous ochire et exillier. Le 
hirault se party et chevaucha tant qu'il vint à Cabestain. Sy 
trouva comment chil de la ville estoient fortifie de grans îoaséè 
et parfons et de bons pallis. Sy fist son messaige à cheaus qu'il 
trouva à le barière. Il luy respondirent tout promptement que 
an princh^ n'avoit que faire de séjourner pour che eus ou pays, 
car d'argent n'aroit il point. Che fût toute le response qu'il firent 
et qu'il raporta arière à son maistre. 

Quant le prinche entendy che, sy fut moult courouchiés et fist 
moult tost partir ses marescaus à tout cinq cens hommes d'ar- 
mes et trois mille archiës, et leur dist qu'il mesissent Cabestain 
en fil et en flame et sans déport, et toutes les gens à l'espée sans 
merchy. Et tant chevauchèrent les gens du prinche qu'il vinrent 
devant Cabestain. Sy le trouvèrent trop renforcie et bien garnie 
de bonnes gens d'armes et d'artillerie qui commenchèrent fort à 
traire contre les Englès. Quant il les virent aprochier et abro* 
chier leurs chevaulz, adonc se retirèrent ung poy arrière les 
deux marisaus englès qui là estoient et le sires de Labreth, et 
firent retraire leur gens. Sy avisèrent et ymaginèrent le forche 
de chiaus de Cabestain et le foison de gens d'armes qui dedens 
estoient. Sy dirent bien entre aulx, tout consideret, que à l'a- 
sallir on pouroit plus perdre que gaignier. Il s'en paitirent et 
s'en retournèrent à Nerbonne devers le prinche et ly recordèrent 
tout che que il avoient veu et trouve. Et adonc se tint le prinche 
pour decheus de ehiaulx de Cabestain et demanda consail à ses 
chevaliers quel chose il en feroit, sy il chevaucheroit plus avant 
ou pais et se il lairoient Nerbonne, car à assallir le chitë ne po- 
roit gaire conquerre, car trop estoit forte et bien gardée. 

Sy fut dit et conseiUiet pour le milleur et pJus honourable, à 
Favis des plus saiges, que il se retrairoient tout bellement et sair 
gement, car pour celle saison il avoient assés avant chevauchiet 
ens ou pais, et sy estoient chergiet durement de grant avoir qu*il 
avoient conquis^ tant que cars et sommiers en estoient chergiet, 
et ossy de bons prisonniers dont il en orent grant rainchon. Sy 
£aisoit bon tout che mettre en garde et à sauveté. D'aultre part, 
il avoient entendu que le connestable de Franche, le conte de 
Forés, le conte d'Enôinac et tous les barons et chevaliers du pais 



380 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1355] 

•*asaniibloient. Sy pourroient bien tant demorer que [à] leur re- 
tour le chemin leur seroit estroit, et que chil seigneur de Franche 
dessus nommes leur tauroîent leur passaige de le Geronde par 
où il leur couvenoit passer : sy quez, tout pourpeset et oonsi- 
déret, le prinche regarda que on le consilloit loyaument. Sy fist 
ung jour crier et assavoir en son ost que tout fut tourset et cher- 
giet, car au matin il voUoit partir. 

Celle nuit entendirent toutes manières de gens à yaulx ordon- 
ner et apparelier selonc le cry du prinche, et se deslogèrent au 
inatin : dont chilz de Nerbonne furent moult joienlx, car il avoient 
este six jours en grant esmay. Sy chevauchèrent les Englès de- 
vers une bonne ville , que on clame Limous , où on fait les pines, 
mig aultre chemin qu'il n'estoient point venus devers Toulouse. 
Quant il parfurent venu devers Toulouse et qu'il furent jusques 
à là, sy trouvèrent la dite ville de Limous bien garnie et bien 
pourveue selonc l'usaige du pais. Poiu* che ne demora mie que il 
ne l'assallisent fièrement. Et chil qui dedens estoient se deffen*- 
dirent che qu'il porent selon leur povoir, et se tinrent du matin 
jusques à heures de viespres ; mais finablement elle fîit prise et 
toute robëe et gastëe sans déport. Et y gaignèrent ly Englès et ly 
Gascons moult grant avoir et plmseurs bons prisonniers. 

Che mesme jour vinrent ly conte d'Erminac, le conte de Piere- 
goth, le conte de Laille, le conte de Comminges, le vies conte de 
Quarmaing, le conte de Yillemur, le vies conte de Thalar, le vies 
conte de Murudon, le sire de Labarde et pluiseurs aultres grans 
seigneurs de Gascongne, en Tost de monseigneur Jaques de Bour- 
bon, connestable de Franche, qui estoit venus à Besiers à tout 
son grant ost. Quant tout ces contes furent asamblë, il furent 
grant gens yaub bien trente mille, c'uns que aultres, et eurent 
oonsail qu'il yroient au devant des Englès et les encloroient entre 
le Geronde et les montagnes de Roherge. Sy se mirent tous à 
camps à grant esploit et vinrent l'endemain à Cabestain. P* 511 
à 515. 

P. 171, 1. 7 : rédemption. — Mf.Bd: rençon. F»n7. 

P. 171, 1. 9 : Â non ardoir. — Ms. B 3 : pour paour d'estre ars. 

P. 171, l. 31 : Bediers. — Ms.Bl^i Besieres. F* 163 v». 

P. 172, 1. 5 : pont. — Mi. B 3 : port. 

P. 172, l. 6: fait. — 1> ms. B 4 ajoute: on. 

P. 172, 1.6: pines. — Ms. B 3: pignes. — ilf# B 4: pures. 
F» 163 V». . 



[1355] VARIANTES DU PREBilBR UVRE, $ 362. 381 

P. 172, L 21 : Jakemon. — Ms. B 3 : Jacques. 
P. 172, 1. 28 : Charcassonne. — Ms. B 3 : Gabansonne. — M$. 
B 5 : Terrascon. F* 369. 

g ses. p. 173, 1. 5 : Quant li princes. — Ms. âJmimu : Si 
se retraist adonc li prinches à tout son concquès en Bourdeloîs, 
sans avoir nul rencontre. Ne oncques li connestablez de France ne 
li comtez d'Emûgnach ne li empechièrent son voiaige ; mes, se il 
fuissent un peu plus demorë, sans faulte il Pewissent combatu, 
car il avoient et eurent sus les camps à une journée plus de trente 
mil armures de fier. Mes li prinches et ses gens se retraissent si 
à point que oncqnez il ne virent Tun l'autre. Enssi se deflBst et 
desrompi celle grosse chevauchie. Et parlerons des aucunez av^ 
nues qui avinrent en celle saison ou royaumme de Franche, qui 
durement le grevèrent et afoiblirent. F" 101. 

P. 173, 1. 5 : Quant. — Ms. B 6 : Et ly Englès se partirent 
de le ville de limous che meismes jour et s'en vinrent à Montaral, 
où il avoit assës bonne ville et forte ; mais pour che que elle seoii 
en leur chemin, il ne le volloient pas espargnier. Sy l'asallirent 
et prirent par forche et le pillèrent toute, et s'y logèrent le jour 
et le nuit. Et là seurent il, par les prisonniers qu'il prirent, que le 
connestable de Franche et le conte d'Erminac et tout grant puis- 
sanche les sievoient à grant pnisanche, et estoient plus de trente 
mille hommes à cheval, sans les bidaus qui estoient i piet i tout 
gravelos et pavais. 

Adonc se consillèrent les Englès et Gascons quel chose il fe- 
roient, se il les atenderoient ou se il retoumeroient arière en leur 
pais. Sy trouvèrent en leur consail, tout considère et ymaginet, 
que il se retoumeroient au plus tost que il pouroient et metteroient 
leur avoir conquis et leurs prisonniers à sauvetë au plus hastive- 
ment qu'il pouroient, et n'entenderoient à nule ville à asallir. Se se 
partirent de Montaral et prirent le chemin des montaignes et s'en 
vinrent vers Fougans. Et les Franchois passèrent le rivière d'Aude 
à Carquasonne et s'en vinrent après yaulz à grant esploit; mais 
<mcques ne se peurent tant esploitier que les Englès ne furent deus 
journées devant yaulz. Et passèrent le Pont Painte llarie desoubz 
Toulouse la rivière de Geronde, et s*en revinrent en leur pais 
tous sauvement en Bourdelois, et y amenèrent leur grant avoir. 

Quant le connestable de Franche, le conte de Forés, le conte 
d'Erminac et les aultres seigneurs de Franche et Gascons virent 



aSt CHRONIQUES DE J« FROISSART. [1355] 

qae les Eoglès en estment allet et repasset la rivière de Geronde, 
et qae ponrsievir ne leur valloit riens, il se retrairent tout belle- 
ment. Et donna le connestable toate[s] les gens d'armes congiet, 
car il veoit bien que pour celle saison il n'en avoit plus à faire et 
ordonna que chascun signeur ralast en son lieu. Et il meismes 
s'en revint en Franche, et le conte d'Erminac à Toulouse : ensj 
sedeparty celle grose armëe. 

Or avint ung pan après que, quant ces ôhoses furent nng pau 
apaisies et les seigneurs revenut en leur maisons, le conte d'Er- 
minac, qui se tenoit à Toulouse, estoit moult fort en hayne de 
chiaus de Toulouse, pour tant que ly Englès avoient passé et râ- 
passe le Geronde sans estre combatus. Et tant se mouteplia cheste 
murmure que ung jour tout ly chitoiiens de la ville s'armèrent et 
assamblèrent et s'en vinrent, tout d'un acord, au castiel de Tou- 
louse, pour le prendre à forche, et le conte d'Erminac qui dedens 
se tenoitt et y livrèrent moult grant assault. Le conte d'Erminac, 
qui dedens estoit à privée maignie, entendy comment les hommes 
de le ville estoient là venu pour luy prendre à forche et ochire. 
Sy (iit moult esbahis et se fist hors mettre en une corbaille par 
une des fenestre[s] sur les camps ens es fosés, et ung seul sien 
escuier avecq luy ,et se sauva par celle manière. Tant asallirent 
chil de la chité le castiel qu'il i'enforchièrent et entrèrent dedens. 
Et prirent les gens du conte d'Erminac et en ochirent douze, des- 
quelz il volrent. Entre lesquelz il y eult quatre bons chevaliers du 
consail et du pais au dessus dit conte, qui adonc n'en peult avoir 
aultre chose. Mais le dit conte depuis deffia chiaus de Toulouse et 
les greva tellement qu'il furent tous joieulx que il luy porrent 
amender che meffait à se vollenté plainement. F~ 515 à 5i8. 

P. 473, 1. 7 : estoit. — Ms. É ^ -, est. F* 477 V». 

P. 173, 1. 11 : sus le fiance. — Ms. B 3 : pour la seurté. 

P. 173, 1. ii : eut. — Ms. B 3 : avoit. 

P. 173, 1. i6 : Fongans. — Ms. B 3 : Fouganx. — Ms. B 4 : 
Fougians. F* 164. — /Kfr. ^ 5 : Fondans. F» 369. 

P. 178, 1. 17 : Rodais. — Ms. B 3 : Rodés. 

P. 174, 1. 1 : adonc. — Ms. B 3 : alors. 

P. 174, 1. 2 : toutdis dou pieur. — Ms. B 3 : tousjours du pire. 

P. 174, 1. 6 : les. — Ms. B 3 : leurs. 

P. 174, 1. 8 : mem*oit. — Le ms. B ^ ajoute : par. 

S S68. P. 1 74, 1. 15 : Nous nos. — Ms. d'Amiens : Vous avés 



[1356] YARIAI9TES DU PHBMISR LIVRE, $ 363. 383 

bien chy dessus oy reoorder comment li roys de France hayoit en 
coer le jone roy de Navare, quel samblant qu'il li moustrast, pour 
le cause de son connestable. Si avint, assës tost apriàs que ceste 
cevauchie fu faite dou prinche de Gallez en le Langhe d'ock, que li 
roys de France fu trop mallement dur enfoormës contre lui. Et 
seurent adoac moult peu de gens dont chilx nouviaux mautalens 
venoit, mes il fu trop grans et trop menrilleux, et moult cousta 
puisedi au royaumme de Franche. 

Ung jour, en quaresme, environ Pasquez, estoit Caries, dus de 
Normendie, ainnës filz dou roy Jehan, eus ou castiel de Roem, et 
là donnoit à disner le dit roy de Navare, son serourge, le comte 
de Harcourt, le signeur de Graville et pluisseurs autres. Et y de* 
voit y estre messires Phelippes de Navarre et ossi messires 6o« 
deffiroit de Harcourt, mes point n'y furent. 

Ensi que on seoit à table, H roys Jehaos entra en la salle, lui 
trentime de gens tous armez et messires Emoulx d'Àudrehen de- 
vant lui, qui traist son espëe et dist enssi si hault que- tout l'olrent : 
« Nulz ne se mueve pour cose qu'il voie, ou je le pourfenderai 
de ceste espée. » li signeur qui là estoient, quant il virent le roy 
de Franche venu si alrë, furent moult esbahi. 

Àdonc se traist li roys de Franche deviers le roy de Navaire, 
et s'avancha parmi la table et le prist par le kevech de sa cote, et 
li dist : <K Sus, mauvais traistres, tu n'es pas dignes de seoir à la 
table de mon fil. » Et le tira si roit à lui qu'il li pourfendi jusques 
en le poitrinne. Là fu pris de sergans d'armez et de machiers li 
dis roys de Navarre, et boutez en une cambre en prisson et li 
eomtez de Harcourt d'autre part, et messires Jehans de Graville, 
et messires Maubuës et Collines de Blevilie qui trençoit deyant le 
dit roy de Navarre. 

Tantost apriès disner, li roys de Franche fist décoller sondainne* 
ment le comte de Harcourt, le signeur de Graville, monsigneur 
Maubuë et ce Golinet, sans entendre à homme, ne à sen fil le duc 
de Normendie, qui moult en prioit, ne à autrui; et fist de nuit 
amener moult villainnement le jouene roy de Navarre à Paris et 
bouter en Castelet, et avoecq lui ung chevalier que on appelloit 
messire Fricket de Frikans. F* 101. 

P. 174, 1. 15 : soufferons. — Afr. J? 3 : tairons. V 177 v«. 

P. 174, 1. 16 : d'aucunes inddenses. — Ms, B 3 : d'aucuns 
incidens. 

P. 174,1. 23 : et par. — Ifi. J? 3 : de. F* 178. 



N 



884 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1356] 

P. 174, 1. 29 : reprise. — ilf. i? 3 : prinse. 

P. 174, L 30 : levèrent. — Mss. J? 3« 4 : levoient. 

P. 175, 1. 2 : se révélèrent. — ^f. J? 4 : se rebellèrent. F* 164 
V*. — Ms, ^ 3 : 8e rebella. 

P. 175, 1. 4 : à heure. — Ms. B 3 : depuis l'eure. F" 178. 

P. 175, 1. 8 : Jali^mon. — Ms. B 3 : Jaques. 

P. 175, 1. 9 : li motion. — Ms, i? 3 : la commotion. 

P. 175, 1. 14 : tel cose. -* Ms. B 3 : telz succides. 

P. 175, 1. 15 : en Harcourt. — Ms. ^ 3 : à Arecourt. 

P. 175, 1. 16 : Roem. —Ms. B 3 : Rouen. 

P. 175, 1. 26 : otretant. •— Ms. B 3 : autant. — Ms. B 4 : 
autretant. P 164 v«. 

P. 176, 1. 2 : soudains. — Ms. B 3 : boullant. 

P. 176, 1. 6 : retînt. — Ms. B 3 : extima. 

P. 176, 1. 7 : voloit. — Le ms. B 3 ajouu : avoir. 

P. 176, 1. 8 : fors. — Les mss. ^ 3, 4 ajoutem : que. 

P. 176, 1. Il : sus. — Ms. B 3 : contre. 

P. 176, 1. 17 : voirs. — Ms. B 3 : vray. 

P. 176, 1. 19 : estration. — Ms. B 3 : lignée. 

P. 176, 1. 21 : veurent. — Ms. B 3 : vousirent. 

P. 176, 1. 23 et 24 : legiers à enfourmer et durs à oster. — 
Ms. ^ 3 : de legière créance et fort à oster.... 

P. 176, l. 26 : fuissent. — Ms. B 3 : seroient. 

P. 176, 1. 30 : ens ou. — Ms. B 3 : dedens le. 

P. 177, 1. 2 : l'amour et le vicinage. — Ms. B 3 : pour l'a- 
mour du voisinage. F* 178 V*. 

P. 177, 1. 4 : Roem. -— Ms. B 6 : Ung jour de qnaresme, 
environ Pasque florie, l'an mil trois cens cinquante cinq, Charles, 
aisnés filz du rpy de Franche, duc de Normendie, estoit en son 
castel à Roem et donnoit à disner le roy Charlon de Navare, le 
conte de Harcourt, le signeur de Graville, et pluiseurs barons et 
chevaliers de Normendie. F* 51^. 

P. 175, 1. 5 et 6 : ne li vorrent mies escondire. -» Ms. B 3 : 
ne le voulurent pas escondire. F* 178 v*. 

P. 177, 1. 6 : li. — ilfx. ^ 3 : le lui. 

P. 177, 1. 15 : se départi. — Ms. B 6 ti^oute : secrètement de 
Paris environ à cent hommes d'armes. F* 519. 

P. 177, 1. 16 : à privée mesnie. — Ms. B Z i ï. peu de gens 
ses privez. 

P. 177, 1. 18 : Roenu — 4^'. B 6 : armés d'un jaque de noir 



[4356] VAJaiÂNTES DU PREMIER LIVRE, S 363. 385 

velours, \y vingtième, et monta les degrés de le salle* là où le 
disner se fasoit. Sy tos que le roy de Navare le vit entrer dedens, 
il dist : <e Sire, sire, venës boire. » Et osy firent tous ly aultres. 
Et se levèrent tout contre sa venue, che fu bien raison : amours 
ne chière nient ment. <c Signeurs, ne vous mouvës, et ne soit nuls 
qui se mueve sur le hart! » Tantost messires Emouls d'Andrehem 
saça son espée hors du fourel et dist : <c Or y parra qui se mou- 
vra. » Et tantost après che mot, le roy Jehan se lancha au roy 
de Navare et le prist par le quevèche et le tira parmi le table 
môult vilainnement et luy dist : « Certes, mauvais traites, or vous 
convient morir. » 

; Le duc de Normendie, son aisnë filz, dist : « Ha! chier sires, 
que es che chou que vous voilés faire! Jà savës vous qu'il est en 
ma compaignie et en mon ostel. » 

Le roy Jehan li commanda qu'il se soufiresist, et fist mener 
moult rudement le roy de Navare en une cambre. Et fist prendre 
le conte de Harcourt et monseigneur Jehan de Graville et monsei- 
gneur Maubuë et Colinet de Bleville, ung escuier qui trenchoit 
devant le roy de Navare et les fist tout quatre décoller. Et prist 
encore ung moult vaillant chevalier qui estoit au rôy de Navare, 
que on apelloit monseigneur Frichet de Fricamps, mais cestui ne 
fist il point morir. Et les fist amener en Chastelet à Paris. De 
ceste prise et de ceste justiche fu le roialme de Franche de re- 
chief encore moult esmervilliës et moult tourblës, car nul ni 
savoit à dire à quelle cause ne raison le roy l'avoit fait. F** 520 
et 5Î1 . 

P. 177, 1. 28 : vosissent. — Ms. B 3 : eussent volu. 
F» i78 v«. 

P. 178, 1. 1 : contre. — Ms, B 3 : envers. 

P. 178, 1. 3 : table. — Ms. B 3 : bataille. 

P. 178, 1. 5 : kevèce. — Ms, B 3 : chevesse. — Ms. B 4 : 
koueto. F* 165. — Ms, B 5 : keute. F» 370. 

P. 178, 1. 5 : roit. — Ms, B 3 : rudement. 

P. 178, 1. 22 : dur. — Ms, B 3 : malement. 

P. 178, 1. 22 : sur. — Ms, B 3 : contre. 

P. 178, 1. 26 et 27 : m'en voelle amettre. — Ms. ^ 3 : le me 
vueiile mettre sus. 

P. 1 79, 1. d et 5 : Friches de Frichans. — Ms. B 5 : Friquet 
de Friquant. F" 370. 

P. 179, 1. 16 : trahiteur. — Ms.BZx traittres. F^" 179. 

IV — 25 



386 CHRONIQUES DE J. FROISSiLRT. [1356] 

P. 179, 1. 17 : descouveront temprement. — Ms. B 3 : des- 
ooayrent à présent. 
P. 179, 1. 33 : estrine. — Ms, B 3 : estraine. 
P. 179, 1. 25 : v^. — Ms. B 3 : voz. 
P. 179, 1. 26 : escusance. — Ms. B 3 : escusation. 
P. 179, 1. 27 et 28 : enflâmes. — Ms. B 3 : enflambe'. 
P. 179, 1. 29 : contraire. — Ms, B 3 : contrariété. 
P. 180, 1. 12 : à g^rasce. — Ms, ^ 3 : en grant amour. 
P. 180, 1. 43 : le roy des ribaus. — Ms, i? 3 : le bourreau. 
P. 180, 1. 20 : cesti. — Ms, ^ 3 : à cellni là. 
P. 180, 1. 22 : baselaire. — Ms, B 3 : badelaire. 

§ 564. P. 180, 1. 29 : Ces nouvelles. — Ms. d Amiens : 

Encorres estoit li roys de France à Roem quant ces nouvelles 
vinrent à monsigneur Phelîppe de Navarre et à monsigneur Go- 
defroy de Harcourt, qui furent moût courouchiés de ceste ave- 
nue, et envoiièrent tantost deffiier le roy de Franche. Et li manda 
li dis messires Phelippes de Navarre ensi que il se gardast bien 
que il ne fesist morir son frère, et que jammais n'aroit paix à 
lui, et que point ne penssast à avoir les villez et castîaux Me 
Normendie que il tenoit, ensi que il avoit euv la terre au comte 
de Ghinnez que il avoit fait morir sans raison, car nulz n'en aroit. 
F» 101 v«. 

P. 180, 1. 30 et 31 : Godefroi de Harcourt. — Le ms. B ^ 
ajoute : oncle du dit conte de Harcourt. ¥^ 370. 

P. 181, 1. 12 : amettre de. — Mss, ^3,5: mettre à. 
F» 179 v<». 

P. 181 9 1. 13 et 14 : aucunement. — Mss. B 3, 4, 5 : viUaî- 
nement. 

P. 181, 1. 16 : sons. — Mss. -ff 3, 4 : sommes. F® 179 v«. 

P. 181, 1. 20 : ne au nostre. — Ms, ^ 5 : ne autre. F" 370 v«. 

P. 181, 1. 30 : cinq. — Ms, ^ 3 : six. 

S 56». P. 182, 1. 1 : pensieus. —Ms.B^: pensif. F* 179 v«. 

P. 182, 1. 5 et 6 : brisièrent son air. -» Ms. B 3 : refrénèrent 
son yre. 

P. 182, 1. 6 : se. — Ms. B 3 : son. 

P. 182, 1. 7 et 8 : retorroit. — Ms. B 3 : retiendroit. — 
Ms, B k i roteroit. P» 166. 

P. 182, 1. 8 : la. — Ms. ^ 3 : sa. 



[13^56] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 366. 387 

P. i82, 1. 13 : l'oir. — Ms. B 3 : Feritier. 

P. 182, 1. 14 : SakenviUe.-^ilfr. J9 3 : Saqueville. — ilfr. ^ 4 : 
Sakeville. F« 166. — Ms.B^-. SUukeville. F^ 370 V. 

P. 182, l. 16 : passa. — Ms. B ^ : portoit. P» 179 v«. — 
Ms. B 4 : porta. F» 166. 

P. 182, 1. 25 : malaises. — Ms, B 3 : meschief. 

P. 183, 1. 5 : et sur lui.... gardes. — Ms, ^ 3 : et mis en 
bomies et seures gardes. 

P. 183, I. 9 : entroublier. — Ms. B 3 : mettre en obly. 

§ 566. P. 183, 1. 11 : Tantost. — Ms. et Amiens : Tantost 
apriès ces deffaultez , messires Phelippe de Navarre et messires 
Ghodeffiroix de Harcourt fissent grant guerre et forte en Normen- 
die, et saisirent tous les castiaux que li roys de Navarre y tenoit, 
et y missent gens de par yaux ; et puis passèrent le mer et vin- 
rent en Engleterre compter leur fait au roy d'Engleterre , et 
fissent grans allianchez à lui^ et li rois à yaux. Et fu adonc or- 
donnes li dus de Lancastres que il passeroit le mer à une quan- 
tité de gens d'armes et d'archiers et venroit anver en Gonstentin ; 
et se metteroient enssamble li Englès et li Navarrois, et feroient 
guerre aspre et dure au royaumme de France, en contrevengant 
lez despis que on avoit fais au dit roy de Navare et au comte de 
Harcourt. Si retournèrent li dit seigneur de Normendie à Saint 
Sauveur le Viscomte, et fissent encore en Normendie pluisseurs 
alianches as autres seigneurs de leur linaige. F^ 101 v^. 

P. 183, 1. 13 : pourveirent. — Ms, B 3 : pourveurent. 
F» 179 V». 

P. 183, 1. 15 : sus entente. — Ms, i? 3 : en entencion. 

P. 183, 1. 17 : Harcourt. — Ms, B 6 : biel chevalier, lequel 
estoit adonc chevalier et compains au duc de Normendie et ly 
uns des plus privés qu*il euist. P* 521 . 

P. 183, 1. 19 : dalës. — Ms. B 3 : avec. F" 180. 

P. 183, 1. 20 : encoupés. — Ms. B 3 : encoulpez. 

P. i83, 1. 26 et 27 : leur.... blasmes. — Ms. B 3 : leur venoit 
à grant deshonneur. 

P. 183, 1. 29 : lui traire. — Ms. B Z \ se tirer. P» 180. — 
Ms. iî 4 : lui retraire. P» 166 v®. 

P. 184, 1. 4 : sus. — Ms, B 3 : contre. F* 180. 

P. 184, 1. 7 et 8 : denrée. — Ms. 2? 6 : et prist les enfans du 
dit conte de Harcourt; trois jone filz demoret en estoient. F* 522. 



388 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1356] 

P. 185, 1. 1 : li uns. — Ms. ^ 3 : les uns. F"" 180. 

P. 185, 1. 2 : li aultres. — Ms. ^ 3 : les autres. 

P. 185, 1. 13 et 14 : ce présent. — Ms. B 3 : cest ofire. 

P. 185, 1. 29 : tiroient. — Ms. B 3 : traictoient. F> 180 v«. 

P. 186, 1. 3 : oonjoissemens. — Ms. B 3 : conjonctions. 
f 180 V. 

P. 186, 1. 5 : conseil. — Ms. ^ 6 : Et fu adonc ordonne et 
acordë que le duc de Lencastre passerait la mer à cinq cens 
honunes d'armes et quinze cens archiés et s'en yroit en Normen- 
die avecq les dessus diz seigneurs pour faire guerre au roy de 
Franche. A ches paroUes entendy et fist faire ung mandement et 
délivra au duc de Lenclastre son cousin cinq cens hommes d'ar- 
mes et quinze cens archiës. Et là estoient avecques luy d'Engle- 
terre le conte de la Marche, le conte de Pennebourc, messire 
Jehan le visconte de Biaumont, messire Gautiet de Mauny, le 
sire de Moubray, le sire de Ros, le sire de Fil Watier, messire 
Jehan Boursier, messire Jehan de Vanthone et pluiseurs aultres 
chevaliers et escuiers. Sy montèrent en mer et vinrent ariver en 
Normandie en Constantin sur le pooir de messire Godefroy de 
Harcourt. Sy commenchèrent bien avant en Normendie, et ar- 
doient villes et maisons, et firent moult forte guerre envers l'As- 
sension Tan mil trois cens cinquante six. F* 523. 

5 567. P. 186, 1. 11 : Depuis. — Ms. £ Amiens: Entroes se 
pourvei li dus de Lancastre de gens d'armes et d'archiers, et 
avoit en se route quatre cens hommez d'armes et huit cens ar- 
chiers. Là estoient avoecq lui d'Engleterre li comtez de le Marche, 
li comtes de Pennebruc, messires Jehans, visoomtez de Biaumont, 
messires Baucestre, messires Jehan de Lantonne et pluisseur aul- 
tre. Si montèrent en mer à ung port d'Engleterre que on dist 
Wincesëe, et arivèrent en Normendie et droit à Chierebourc. 

Là estoient messires Phelippes de Navarre, messires Godefroix 
de Harcourt et bien mil hommez d'armes. Si se conjoirent cil 
seigneur grandement quant il se trouvèrent, et rafresquirent là 
quatre jours. Entroes il se appareillièrent et envouèrent leurs 
coureurs devant; si coummenchièrent à faire une forte guerre, 
et vinrent ces gens d'armes faire frontière à Ewruez. 

Quant li roys Jehans de Frauce eut entendu que li dus de 
Lancastre estoit arivés en Normendie, et là venu sus le conduit 
à monseigneur Phelippe de Navarre et à monseigneur Godefifroî 



[i3b6] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 367. 389 

de Harcourt, et aboient jà leurs gens chevauchiet et ars et des- 
trait dou pays de Normendie environ Kern et en Tevesquië d'E- 
wrues , si y vot poui*veir de remède , et fist tantost et sans delay 
ung très especial et graut mandement à estre à Biauvais et à 
Poissi sus Sainne, et que nuls ne s'escusast sus se honneur et à 
perdi^e corps et avoir ; car il voUoit cevaucier sus les Englèz et 
les Navarois qu'il tenoit pour ennemis, et yaux combattre. 

Au mandement dou roy obéirent tout chevalier et escuier, ce 
fu bien raisons; et montèrent amont viers Biauvais, où li mande- 
ment se faisoient, d'Artois, de Vermendois, de Cambresîs, de 
Flandrez, de Haynnau et de Pikardie. D'autre part, il revenoient 
de Campagne, de Barrois, de Lorainne , de Braibant et de Bour- 
goingne. 

Meysmement li roys se parti de Paris cointousement avoecq 
ses marescaux, monsigneur Emoul d'Andrehen et monsigneur 
Bouchicau, et s'en vint à Mantez sus Sainne pour mieux mous- 
trer que la besoingne li touchoit. Et envoya adonc le roy de Na- 
vacre, que il avoit fait tenir en prison dedens Castelet à Paris, à 
Grievecoeur en Cambresis, une très forte place, et le délivra as 
bonnes gardes et leur recarga sus leur honneur. 

Quant le roy de France eut tous ses gens assamblëz, si en eut 
bien soissante mil, ungs c'autrez, et estoit en grant vollenté de 
trouver sez ennemis et d'iaux combattre. Si se mist as camps 
efforciement au lés deviers Ewruez, car on li dist que li annemis 
chevauçoient et avoient jà passe Vrenuel et Vrenon. 

Quant li dus de Lancastre et li autre entendirent cez nouvelles, 
que li roys de Franche venoit sus yaux quoitousement et avoit 
en se routte plus de soissante mil hommes as armez, si se avisè- 
rent et consillièrent enssamble, et dissent entr'iaux qu'il n'estoient 
mies fors assés ]Mir atendre tel numbre de gens d'armes que li 
rois menoit; si se retraissent tout bellement deviers Constentin. 
Et les pourssuiwirent li roys et li Franchob par trois jours, et 
venoient tondis au soir là où il avoient disnë. F" lOi v« et 102. 

P. 186, 1. i2 : dus. — Let mss, ^ 3 à S ajouteni : Henri. 

P. 186, 1. 20 : recueilla. — Ms. B ^ \ recueillit. F* ISO^v*". 
— Mss, B 4 : requella. F« 167. 

P. 186, 1. 22 et 23 : et devers. — Ms. B 3 : pour venir. 

P. 187, 1. 9 : Gauville. — Jlf/. ^ 3 : Graville. F« 180 V. 

P. 187, 1. 9 et 10 : Carbeniaus. — Ms. B 3 : Carbonneau. — 
Ms, B 4 : Caiiwnniaux. — Mt. B 5 : Carboniau. P» 371 



390 

P. 137 
P. 187 
P. 187 
P. 187 
P. 187 
P. 187 

toit. 
P. 187 
P. 188 
P. 188 
P. 188 

savoir des 
P. 188 

entour. P* 
P. 188 
P. 189 
P. 189 
P. 180 
P. 189 

plain. 
P. 190 
P. 190 
P. 190 
P. 190 
P. 190 
P. 190 
P. 190 
P. 191 



CHRONIQUES DE J. FROISSART. 



[1356] 



. 12 : Foudrigais. — Ms, B 3 : Foudrigas. 
. 12 : de Segure. — Ms, ^ 3 : de Seure. 
. 13 : François. — Ms. B 4 : Franchois. F* 167. 
. 18 : Aquegni. — Ms, B 3 : Aquegnyes. 
. 20 : essil. — Ms^ B 3 : exil. 
22 : qui n'en attendoit. — Ms, J? 3 : qui ne doub- 

. 23 : jette. — Ms, B 3 : mis. 
. 7 : Vrenon. — Mss. J? 3, 4 : Veraon, F« 181. 
. 9 : Vrenuel. — Ms. B 3 : Vemueil. 
. 16 et 17 : aprendre dou convenant. — Ms, B 3 : 
nouvelles. F<'181. 

. 18 : entours. — Ms, B 3 : autour de. — Ms. B. 4 : 
67 v«. 

. 25 : ou droit esclos. — Ms, B 3 : tout es flotz. 
. 9 : aigrement. — Ms, B 3 : hastivement. 
. 13 : comparer. — Ms, B 3 : comprer. 
. 16 : l'Aigle. ^ Ms. B Z i l'Agle. 

• 24 : en uns biaus plains. — Ms, i? 3 : en ung beau 

• 2 : trop. — Ms, B 3 : très. 

. 24 : Carbeniaus. — Ms. B 3 : Carbonneau. 

. 25 : de Segure. — Ms, ^ 3 : de Seure. 

. 25 : Foudrigais. — Ms. B 4 : Soudrigans. F* 168. 

. 26 : de Spargne. — Ms. B 3 : d'Espaigne. F* 181 v«. 

. 26 : Fallemont. — Ms, B k : Sallemont. F^" 168. 

. 28 : Radigos. — Ms. B 4 : Rodiges. 

. 18 : très. — Ms. B Z \ dès. F» 181 v«. 



§ 568. P. 191, 1. 24 : li rois. -- Ms. et^iens : Quant li 
roys de Franche vei que nuls n'en aroit et qinl fuioient devant 
lui, si laissa le cache et s'en vint mettre le siège devant le ville 
et le chitë d'Ewruez. A Ewnies a ville, chitë et castiel, qui pour 
le tens se tenoit dou roy de Navarre. £t en estoit chappittaione 
ungs chevaliers de Navare, qui s'appelloit messires Jehans Carbe- 
niaux, apers hommes d'armes durement. Si assega li roys de 
France enssi Ewruez et y fist pluisseurs grans assaux et fors, et 
constraindi moult chiaux de le ville. 

En ce tamps que li siégez se tenoit devant Ewruez, chevau- 
choit en le Rasse Normendie, environ Pontourson, messires Ro- 



[13S6] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, g 368. 39i 

bers CanoUez, qui jà estoit moût renoumméz, et tenoit grant route 
et tiroit à venir deviers le duch de Lancastre pour renforchier 
leur armée, et avoit bien trois cens combatans eng]ès, allemans et 
gascons, qui li aidoient à gueriier. Quant il entendi que li dus de 
Lancastre estoit retrès, et messires Phelippes de Navare, si se 
retraist ossi et s'en vint asegier, entre Bretaingne et Normendie, 
un castiel que on appelloit Danfronth. 

li roys Jehans de Franche, qui se tenoit devant Ewruez, fist 
tant que cil de le ville d'Ewruez li ouvrirent leurs portez, et en- 
trèrent ses gens dedens, mes pour ce n'eurent il mies le chité 
nei le castiel ; car les gens d'armes navarois se retfaissent layens 
et se deffendirent mieux que devaut, et s'i tinrent depuis moult 
longement, tant qu'il coummenchièrent moult à afoiblir de pour- 
veances. Quant il virent qu'il ne seroi^dt reconforté de nul oosté, 
et que li roys de France ne se partiroit point de là, si les aroit, 
si counmienchièrent à tretiier deviers les marescaux. Et se por- 
tèrent tretiet enssi que il se partiroient, cil qui partir se voroient, 
le leur devant y aux, et non plus ne autrement, et se trairoient 
quel part qu'il voroient. Li roys de Franche, qui là se tenoit à 
grant frait, leur acorda, car encorrez y avoit fuisson de castlaux 
à prendre, dont se partirent messires Jehans Carbeniaux et li Na- 
varroix, et se traissent tout dedens le fort castiel de Bretoeil. Et 
li roys de Franche fist prendre le possession de Evrrues par ses 
marescaux. F® 102. 

P. 191, 1. 27 : devant. — Mss. i? 3, 4 : devers. F» 181 v«. 

P. 191, 1. 27 : d'Evmes. — Mss. ^ 4, 5 : d'Ewrues. F* l68. 

P. 192, 1. 2 : le poursieute. — Ms. i? 3 : la poursuite. 

P. 192, 1. 6 : avant. — Mss, i? 3, 4 : devant. 

P. 192, 1. 10 : assés. — Le ms, B 3 ajoute : de nouvelle. 

P. 192, 1. 15 : apressé. — Ms, B 3 : oppressez. — Ms. Bk : 
appressés, F* 168. 

P. 192, 1. 18 : le. — Ms.Bk: les. 

P. 192, 1. 18 : si.... prist. — Ms, B 3 : conseillé de les pren- 
dre à mercy. 
*P. 193, 1. 1 : apressé. — Ms, B 3 : oppressez. F* 182. 

P. 193, 1. 8 : Carbiniel. ^ Mss, ^ 3, 4 : de Carbonnel. 

. P. 193, 1. 9 : Guillaume de Gauville. — Ms. J? 6 : Et trop 

bien le garda et le deffendy messîre Garbeniaus, et ossy messire 

Pière de Sakenville, qui y sourvint à tout quarante lanches. En- 

cores estoit le duc de Lenclastre, messire Phelippe de Navare et 



392 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1356] 

messires Godefrois de Haroourt , en Ncurmendie ; et gerrioîent le 
pais vers Pontoise et devers Bretaigne, et y 6rent en ce tamps 
moult de damaige. D'aultre part, avoît une grant guerre sur le 
pais de Bretaigne, entre Auvergne et Limosîn, qui se commença à 
monter, que on appelloit Robert Canolle, et gerrioit et ranconnott 
durement le pais. F* 528. 

P. 193, 1. 9 : Gauville. — Ms. B 3 : Graville. V 182. 

P. 493, 1. 9 : sist. — Ms. B 3 : demoura. 

P. 193, 1. 14 : sauvement traire. -^Ms. B 3 : aller à sauveté. 

P. 193, 1. 26 : reut. — Jkts, B 3 : reeut. 

P. 193, 1. 28 : Gauville. — itfi. j9 3 : Graville. 

$ 569. P. 193, 1. 30: Àpriès. ^ iiff . d Amiens: Et puis alla 
(le roi Jean) par devant le castiel de Routtez; se n'y furent que 
six jours quant il se rendirent. Et de là endroit li roys de Fran- 
che et ses gens vinrent devant le fort castiel de Bretuel; si le as- 
segièrent de tous costëz, car on le poet bien faire pour tant qu'il 
siet à plainne terre. Si y fist li roys de France amener des 
grans enghiens de le chitë de Roem, et les fist lever devant le 
forterèche. Et jettoient chil enghien jour et nuit au dit castiel et 
moult le grevèrent, mèz cil qui dedens estoient, se tinrent comme 
vaillans gens. 

Don dit castiel de Bretuel estoit souverains et cappittainnes, de 
par le roy de Navarre, uns très bons escuiers navarois qui s'ap- 
pelloit Sansses Lopins. Chilz tint, deffendi et garda la fortrèce 
contre lez Franchois plus de sept sepmainnez. En ce terme et 
priés chacun jour y avoit pluisseurs assaux et moult d'escarmu- 
ches et des grans appertisses d'armes faittes. Et furent tout em- 
pli li fosse de environ le fortrèce, de bos et de velourdez que on 
y fist par les villains dou pays amenner et chariier rés à rës de 
la terre. Et quant on eut cela fait, on fist lever et carpenter ung 
grant escaufaut et amener à roez jusquez as murs dou dit castel; 
et avoit dedens deux cens qui se vinrent combattre main à main 
à chiaux de dens. Là veoit on tout le jour grans appertisses 
d'armes. Finablement, chil de dens trouvèrent voie et enghien, 
par quoy chilz escauffaux fu tous desrous; et y eut perdu de 
chiaux de dedens pluisseurs bonnes gens d' armez, dont cbe fii 
dammaigez. Si les laissa on ester de cel assaut, et lez constraindî 
on d'autrez enghiens qui jettoient pierres et mangonniaux nuit et 
jour à le dite fortrèce. P 102. 



[4356] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 370. 393 

P. 194, 1. i : par devant. — Ms, £ 3 : par devers. 

P. i94, 1. 2 : siège. — Ms. B 6 : Dou dit castiel de Bretuel 
estoit souverain capitaine de par le roy de Navare ung très bon 
escuiers navarois, qui s'apelloit Sanses Lopins. Chil deffendy et 
garda le fortresse plus de douze sepmaines. F** 5i5. 

P. 194, L4: plentiveus. — ilfj. B 3: plantureux. F> 182. «- 
Ms, B 4 : plentureux. F» 168 v». 

P. 194, 1. 11 : livrées. — Mss. i? 3, 4: livres. 

P. 194, 1. 12 : homs. — Ms. B 3 : vassal et homme subget. 

P. 194, 1. 14: dan. — Ms. B 3 : damp. 

P. 194, 1. 15 : Chastille. — Mss. ^ 3, 4 : Castille. 

P. 194, 1. 17 : sans. — Ms. B 3 : saultz. — Ms. B 4 : sauls. 

P. 194, 1. 20 : soutillier. — Ms. B 3 : subtilizer. 

P. 194, 1. 23: yaus. — Ms, i? 3 : à leurs adversaires. 

P. 194, 1. 20 : berfroit. — Ms.BZ-, beufroit. — Ms.Bk : bie- 
refroit. --Ms.BH : beffroy. F» 372 v«. 

P. 195, 1. 1 : cat. — Jftff. B 3 : chat. 

P. 195, 1. 2 : Entrues. — Jlfj. ^3: Gependent. F* 182 v"*. 

P. 195, 1. 5 : reverser. — Ms. B 3 : renverser. 

P. 195, 1. 5 et 6 : estrain.^ ^j. B 3 : paille. 

P. 195, 1. 10 : bierefroi— Ms.B^: beufroy. 

P. 195, 1. 1 9 : cel berfroi. ^Ms.Bk: ce biaufroy . F* 169. 

P. 195, 1. 29 et p. 196, 1. 10: Et de.... coae. — Toute cette fin 
du § 369 manque ilans le ms. B 5. 

P. 195, 1. 28 : ensonniièrent. — Ms. B 3 : mirent en nec- 
cessitë. 

P. 195, 1. 30 : ou toit. :— Ms. B 3: slvl cuyr. — Ms. B k: ou 
cuier. 

P. 196, 1. 8 : à tous les. — Ms. B 3: de tous coustés. 

§570. P. 196, 1. 11 : En ce temps. — Ms. d Amiens : Li 
prinches de Galles se tenoit en le chitë de Bourdiaux et eut désir 
de chevauchier en Franche si avant que de passer le rivierre de 
Loire, et de venir en Normendie deviers son cousin le duc de 
Lancastre, qui faisoit la guerre pour les Navarrois, car bien 
estoit informés et segnefiés que il avoit grans aliances entre le 
roy son père et monaeigneur Phelippe de Navarre. Si fist tout le 
temps ses pourveancez de touttez coses. Et quant li Sains Jehans 
aprocha, que li bleds sont sur le meurir et qu'il fait boin hos- 
toiler, il se parti de Bourdiaux à belle compaignie de gens d'ar- 



394 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1356] 

mes, trois miUe armures de' fier, chevaliers et escuiers, tant d'En- 
gleterre comme de Gascoingne, car destraigniers y eut petit, 
et estoient quatre mille archiers et six mille brigans de piet. 

Or vous voeil compter les plus grant partie des seigneurs qui 
en ceste chevauchie furent, et premièrement d'Engleterre : li 
comtez de Warvich, li comtes de Sufforch (chil estoient li doy 
marescal de l'hoost), et puis li comtes de Saliebrin et li comtes 
d'Âskesufforch, messires Rénaux de Gobehen, messires Richars 
de Stamfort, messires Jehans Gamdos, messires Bietremieux de 
Broues, messires Edouars Despenssiers, messires Estievenes de 
Gouseigon, li sires de le Warre, messirez Jamez d'Audelée, mes- 
sires Pières d'Audelëe, ses frèrez, messires Guillaumez Fil Wa- 
rine, li sirez de Berder, U sîrez de Basset, li sires de Willebi; 
Gascons : li sires de Labret, lui quatrime de frèrez, messires Er» 
naut, messires Ainmemon, et Bemardet li mainnës, li sirez de 
Pumiers, lui tiers de frèrez, messires Jehans, messires Helies et 
messires Ainmemons, li sirez de Ghamnmont, li sirez de TEs- 
pare, li sirez de Muchident, messires Jehans de Grailli, cappit- 
tainnes de Beus, messires Aimerîs de Tarse, li sirez de Rosem, 
li sirez de Landuras, li sirez de Gourton. Et encorres y furent 
d'Engleterre messires Thummas de FeJleton et GniUaummes, ses 
frères, et li sirez de Braseton. Et se y furent li sires de Salich 
et messires Danniaux Pasèle; et de Haynnau: messires Ustasses 
d'Aubrechicourt et messires Jehans de Ghistellez. Encorrez y eut 
pluisseurs chevaliers et escuiers que je ne puis mies tout noum- 
mer. Si se départirent de le chitë de Bourdiaux à grant arroy, 
et avoient très grant charroy et grosses pourveandies de tout 
ce que il besongnoit à gens d'armes. Et chevauçoient li seigneur 
à l'aise de leurs cevaux trois ou quatre lieuwez par jour tant seu- 
lement, et entrèrent en ce bon pays d*Aginois et s'adrechièrent 
pour venir vers Rochemadour et en limozin, ardant et essillant 
le pays. Et quant il trouvoient une crasse marce-, il y sejour- 
noient trois jours ou quatre, tant qu'il estoient tout rafresci et leurs 
chevaux. Et puis si chevauchoient plus avant et envoioient* leurs 
coureurs courir et fourer le pays entours yaulx bien souvent 
dix lieuwez de large à deux costés. Et quant il trouvoient bien à 
fourer, il demoroient deux jours ou troix et ramenoient en leur 
host grant proie de touttez bestes, dont il estoient bien servi; et 
largement trouvoient de vins plus qu'il ne leur besongnast, dont 
il faisoient grant essil. Ensi chevaucièrent tant par leurs journées 



[1356] VARIANTES DU PREMIER LITRE, § 370. 395 

qu'il entrèrent en Limozin; si trouvèrent le pays bon et gras, car, 
en devant ce, il n'y avoit euv point de guerre. 

Ces nouvellez vinrent au roy de France, qui se tenoit devant 
Evrues, coumment li Englèz li ardoient et essilloient son pays. 
Si en fu durement courouchiëz, et se hasta moult d'assaillir et 
constraindre ciaux du castîel d'Evruez, affin que plus tost il 
pewist chevauchier contre ses ennemis. Tant lez appressa li roys 
Jehans, que messires Jehans Carbiniaux, cappitaines d'Evrues, 
rendi le dit castiel parmy che qu'il s'en pooit partir, lui et li 
sien, sauvement et sans penl, et portèrent tout ce qui leur estoit. 
A ce tretië s'acorda li roys Jehans plus legierement pour ce qu'il 
volloit chevauchier ailleurs; si pnst le fort castiel d'Evrues et 
envoya dedens son marescal monseigneur Ernoul d'Audrehen 
pour ent prendre le saisinne, et mist ung chevalier à cappittainne 
de par lui, de Kaus, qui s'appelloit messire Toumebus. Et puis 
deffist son siège et s'en revint à Roem, et ne donna à nullui con- 
giet, car il volloit ses gens emploiier d'autre part. Si ne séjourna 
gairez à Roem, mèz s'en vint à Paris. F* i02 v®. 

Or avint que li sirez de Montegny en Ostrevant, qui s'appelloit 
Robers, li et uns siens escuiers qui se noummoit Jakemez de Win- 
clez allèrent un jour à heure de relevée esbattre sus ces terrëez 
autour dou castiel pour adviser et regarder le fortrèce. Si allèrent 
trop follement, car il furent apercheu de ciaux de le garnison; si 
yssirent hors aucuns compaignons par une posteme qui ouvroit 
sus lez fossés. Là fiirent assailli li sirez de Montegny et sez es- 
cuiers, et combatu tellement que pris li sirez et mors li escuiers : 
de laquelle, prise. li ipys Jehans fu durement courouchiës, mes 
amender ne le peult tant qu'à ceste fois. Ne demeura gairez de 
tamps apriès que chil de dedens eurent consseil d'iaux rendre, 
sauve leurs viez et le leur, car il virent bien qu'il ne seroient 
secouru ne comfortë de nul costé. Si tretiièrent deviers le roy 
Jehan si doucement qu'il lez prist à merchy, et se partifent sans 
danmiaige du corps, mes il n'enportèrent riens dou leur, et si 
rendirent tous leurs prisonniers : parmy ce rendaige fu li sirez 
de Montegny délivrés. Enssi eult li roys Jehans le fort castel de 
Bretuel, que li Navarois avoient tenu contre li moult vaillamment. 
Si emprist li dis roys le saisinne et possession, et le fist remparer 
et y mist gens et gardez de par lui, et puis se retraist devers le 
chité de Chartrez et touttes ses hoos pour yaux rafrescir. Or par- 
lerons dou prince de Galles, et d'un grant esploît d'armez et 



ê 



396 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1356] 

haute emprise qu'il fist en celle saison sus le royaumme de France. 
F» iOî. 

P. i96f 1. 12 : se départi. — Ms. j9 6 : Le prinche de Galles 
se tenoit à Bourdiau et eult désir de chevauchier en Franche et 
sy avant, che disoit, que de passer la rivière de Loire et venir en 
Normendie devers son cousin le duc de Lenclastre et mon- 
seigneur Phelippe de Navare, pour aydier à reconquerre les cas- 
tiaulx perdus que le roy Jehan avoit pris sur l'irtaige du roy de 
Navare. Sur celle entente et en celle meisme saison que le roy 
de Franche avoit mis le siège devant Bretuel, environ le Saint 
Jehan Baptiste l'an mil trois cens cinquante six que les blës et 
les avaines sont meurs à camps et qu'il fait bon ostoiier pour 
hommes et pour chevaulx, sy party le dit prinche de Bourdiaus 
à belle compaignie de gens d'armes, trois mille lanches de che- 
valiers et d'escuiers de Gascongne et de Engleterre et quatre 
mille archiës et cinq mille bidaus et brigans de piet. 

Or vous voel jou nommer la plus grant partie des signeurs qui 
en che voiaige furent, et prumiers : d'Engleterre , le conte de 
Wervich, le conte de Sallebry, le conte de Sufort, le conte 
d'Asquesoufibrt, messire Renaus de Gobehem, messire Richart 
de Stanfort, messire Jehan Gandos, messire Bertran de Bruch, le 
droit sire Despensier, messire Edouart, messire Estiène de Gon- 
senton, messire GiUame Fil Warine, messire James, messire Pières 
d'Àudelëe, le sire de le Ware, le sire de Willeby, le sire de 
Berclo, messire Thomas et messire Guillaume de Fellton, le sire 
de Brasertons; et de cheulx de Gascongne : le sire de Labret, 
luy quatrième de frères, messire Emault, messire Amemons et 
Bemaudet le maisnë, le sire de Pumiers, luy troisième de frères, 
messire Jehan, messire Helies et messire Ammemons, le sire de 
Gaumont, le sire de Lespare, messire Jehan de Grailly le capital 
de Beus, messire Aimery de Tharse, le sire de Muchident, le sire 
de Condon, le sire de Salich, messire Daniaus Pasèle; et deus che- 
valiers de Haynau : messire Eustasses d*Aubrechicourt, messire 
Jehan de Ghistellez , et pluiseurs aultres chevaliers que escuiers, 
que je ne puis mies tous nommer. Et se partirent de Bourdiaus 
en grant arroy et en bonne conduite. Et esloient marisal de l'ost 
le conte de Wervich et le conte de SufTort, et avoient très grant 
caroy et très belles pourveanches. Si chevauchèrent chil signeurs 
et leur ost à petite[s] journées à l'aise de leurs chevaulx, et s es- 
ploitèrent tant qu'il entrèrent en Berry, où il trouvèrent bon pais 



[1356] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, g 370. 397 

et cras; se s y arestèrent et sy commenchièrent à faire moult de 
desroy. P» 528 à 530. 

P. 496, 1. i3 : sus Garone. — Ms, i? 3 : sur Gironde. 
FM82v«. 

P. 196, 1. 14 : poorveances. — - Ms. B 3 : provisions. 

P. 196, 1. 17 : et.... Bretagne. — Ms. B 3 : devers les fron- 
tières de Navarre. 

P. 196, 1. 19 : li rois. — Le ms. B 3 ajtmte : d'Angleterre. 

P. 196, 1. 21 : istance. — Ms, B 3 : entention. 

P. 196, 1. 23 : parmi. — Ms. B 3 : sans. 

P. 197, 1. 2 : Bregerach. — Ms. B 3 : Bragerac. 

P. 197, 1. 2 : et puis.... Roerge.^JIfi. ^ 3 : et puis entrèrent 
ou pais de Rouergue. 

P. 197, 1. 8 : essilliet. — Ms. B 3 -. exillé. 

P. 197, 1. 8 : Auvergne. — Ms. B 4 : Avergne. F® 169. 

P. 197, 1. 10 : d'Allier. — Jlfj. -ff 5 : d'Aliec. F» 372 y. 

P, 197, 1. 13 : Des.... trouvoient. — Ms. i? 4 : De vivres re- 
couvroient tant li Englès et li Gascon que il.... 

P. 197, 1. 18 : efforciement. — Ms. ^ 3 : à grant puissance. 
F* 183. 

P. 197, 1. 27 : Montegni. — Ms. B 3 : Montigny. 

P. 197, 1. 27 : Ostrevant. — Ms» B 6 ajoute : qui estoit biau 
chevalier, preu et hardb. F^ 525. 

P. 197, 1. 31 : au matin. — Ms. B 3 : devers le matin. 

P. 197, 1. 32 : perceu. — Ms» B 3 : aparceuz. — Ms. B 4 : 
percheu. F» 169 v«. 

P. 198, 1. 3 et 4 : deffendirent. — Le ms. B 3 ajoute : vail- 
lamment. 

P. 198, 1. 5 : conforte. — Ms. B 3 : âecouruz. 

P. 198, 1. 6 : péril. — Ms. B 3 : dangier. 

P. 198, 1. 8 : parmi. — Ms. i? 6 : le roielle du genoul. 
F» 526. 

P. 198, 1. 15 et 16 : confors. — Ms. B 3 : secours. 

P. 198, 1. 20 : tanës. — Ms. B 3 : ennuyé. F* 183. — Ms. B 
5 : tennë. F' 373. 

P. 108, 1. 24 : yaus. — Ms. ^ 6 : sur leur chevaufac. Et ensy 
fu le castiel de Bretuel pris, et rendirent le sire de Montigny qui 
niaisement avoit esté poursongniés et medechinës de se biechure 
en prison : dont il demora afollés d'une gambe, tant qu'il vesqni. 
F* 527. 



398 CHRONIQUES DE J. FROiSSART. [1386] 

P. 198, 1. 25 : Ghierebourch. — Ms. B 3 : Cherbourg. 
P. 498, 1. 26 : conduit. — Ms, B 3 : leur saufconduit. 
P* 198, 1. 27 : le saisine. — Ms. ^ 3 : la possession. 
P. 198, 1. 30 : les pensoit.... part. — Ms, B 5 : avoit enten- 
cion de les emploier assez briefînent. F* 373. 



SUPPLÉMENT AUX VARIANTES, 



Le texte que nous publions ci-après comme supplément 
aux variantes de ce volume, est fourni par les mss. A ou 
mss. de la première rédaction proprement dite*; il cor- 
respond à cette partie des mss. B ou mss. de la première . 
rédaction revisée où Froissart raconte les événements 
compris entre les années 1350 et 13d6, c'est-à-dire aux 
paragraphes 321 à 370 inclusivement. Ce texte n'est que 
la reproduction, parfois abrégée*, le plus souvent litté- 
rale*, des Grandes Chroniques de France, à tel point que 
le savant qui voudra donner un jour une édition critique 
de ce dernier ouvrage, devra comprendre cette partie des 
mss. A dans son travail de classification et de collation. 
Toutefois, comme le fragment emprunté aux Grandes 
Chroniques par les mss. A, qui sont au nombre de 40, est 
devenu en quelque sorte partie intégrante de ces manu- 
scrits, comme il figure à ce titre dans les éditions de Vé- 
rard, de Sauvage, de Dacier, et même dans la première édi- 
tion de Buchon, il a semblé indispensable de le reproduire, 
au moins comme supplément, dans une édition complète 
des Chroniques de Froissart. 

1 . Voyez rintroduction an premier liTre, en tête da t. I de notre 
édition, p. xxxi à xuai. 

2. Cf. l'édition de M. P. Paris, in-19, Paris, Techener, 1837 et 
1838, t. y, p. k^l, 493, 494 et 495. 

3. Cf. rëdition précitée, t. VI, p. 1 à 31. 



400 SUPPLEMENT AUX VARIANTES. [4350] 

5§ Sfii à 570. — Mss, A ' : En Tan mil trois cens cinquante, 
en l'entrée du mois d'aoust, se combati monseigneur Raoul de 
Gaours et plusieurs autres chevaliers et escuiers jusques au nom- 
bre de six vingt honunes d'armes ou environ, contre le capitaine 
du roy d'Engleterre en Rretaigne appelle messire Thomas d'Au- 
gorne, anglois, devant un chastel appelé Auroy. Et fu le dit mes- 
sire Thomas morl, et toutes ses gens jusques au nombre de cent 
hommes d'armes ou environ. 

Item, au dit an trois cens cinquante, le dymenche vingt 
deuxième jour du dit mois d'aoust, le dit roy de France mourut 
à Nogent le Roy près de Coulons; et fu apporté à Nostre Dame 
de Paris. Le jeudi ensievant, fut enterré le corps à Saint Denis, 
au costé senestre du grant autel ; et les entrailles en furent enter- 
rées aus Jacobins de Paris; et le cuer fu enterré à Rourfontaine 
en Valois. 

Item, ou dit an, le vingt sixième jour de septembre, un jour 
de dimenche, fu sacré à Reins le roy Jehan, ainsné filz du dit 
roy Phelippe. Et aussi fu couronnée le dit jour la royne Jehanne, 
femme au dit roy Jehan. Et là fist le dit roy chevaliers, c'est as- 
savoir Charles son ainsné, dalphin de Vienne, Loys, son second 
filz, le conte d'Alençon, le comte d'Estampes, monseigneur Jehan 
d'Artoys, messire Phelippe, duc d'Orliens, frère du dit roy Jehan 
et duc de Bourgoingne, filz de la dite royne Jehanne de son pre- 
mier mari, c'est assavoir de monseigneur Phelippe de Bourgoin- 
gne, le comte de Dampmartin et plusieurs autres. Et puis se 
parti le dit roy de la dite ville de Reins le lundi au soir et s'en 
retourna à Paris par Laon, par Soissons et par Senlis. Et entrè- 
rent les diz roy et royne à Paris à très belle feste le dimanche 
dix septième jour d'octobre après ensievant après vespres ; et dura 
la feste toute celle sepmaine. Et puis demora le roy à Paris à 
Neelle au Palais jusques près de la Saint Martin ensievant, et fist 
l'ordenance de son parlement. 

Item, le mardi seizième jour de novembre après ensievant, 
Raoul, conte d'Eu et de Guines, conestable de France, qui nou- 

1 . Le texte qui suit est établi d'après le ms. A 7 (n« 2655 de la Bibh 
nat.), que nous considërons comme l'un des plus anciens et meilleurt 
manuscrits de la première rédaction proprement dite ; dans les passages 
défectueux , nous l'avons collationnë arec le ms. des Grandes Chroni- 
ques de France qui a appartenu à Charles V (n» 2813 de la Bibl. nat.). 



[1350-51] SUPPLÉMENT AUX VARIANTES. 401 

vellement estoit venu d'Engleterre, de sa prison en laquelle il 
avoit esté depms Tan quarante six qu'il avoit este pris à Caen, 
fors tant qu'il avoit este eslargi pour venir en France par plu- 
sieurs fois, fil pris en Tostel de Neelle à Paris, là où le dit roy 
Jehan estoit, par le prevost de Paris, du commandement du roy; 
et ou dit hostel de Neelle fu tenu prisonnier jusques au jeudi en- 
sievant dix huitième jour du dit mois de novembre. Et là, à 
heures de matines dont le vendredi adjouma, en la prison là où 
il estoit, fu décapité, presens le duc de Bourbon, le conte d'Ar- 
mignac, le conte de Monfort, monseigneur Jehan de Boulongne, 
le seigneur de Revel et plusieurs autres chevaliers et autres qui, 
du commandement du roy, estoient là : lequel estoit au Palais. 
Et fil le dit connestable décapité pour très grans et mauvaises 
traisons qu'il avoit faites et commises contre le dit roy de France 
Jehan, lesquelles il confessa en la présence du duc d'Athènes et 
de plusieurs autres de son lignage. Et en fu le corps enterré aus 
Augusdns de Paris hors du moustier, du commandement du dit 
roy, pour l'onneur des amis du dit connestable. 

Item, ou mois de janvier après ensuiant, Charles de Espaigne, 
à qui le dit roy Jehan avoit donné la conté d'Angolesme, fu fait 
par celui roy connestable de France. 

Item, le premier jour d'avril après ensuiant, se combati mon- 
seigneur Guy de Neelle, mareschal de France, en Xantonge à 
plusieurs Anglois et Gascons; et [fu*] le dit mareschal et sa 
compaignie desconfiz. Et y fu pris le dit mareschal, messire 
Guillaume son frère , messire Emoul [d' Audrehen '] et plusieurs 
autres. 

Item , le jour de Pasques flouries qui fiirent le dixième jour 
d'avril l'an mil trois cens cinquante, fu présenté à Gille Rigaut 
de Roici , qui avoit esté abbé de Saint Denis, et de nouvel avoit 
esté fait cardinal, le chappeau rouge, au Palais^ à Paris, en la pré- 
sence du dit roy Jehan, par les evesques de Laon et de Paris, 
et par mandement du pape fait à eulz par bulle : ce qui n'avoit 
point acoustumé à estre faiz autres foiz , mais fu par la prière du 
dit roy Jehan. 

Item, en ycelui an mil trois cens cinquante un, ou moys de 
septembre, fu recouvrée des François la ville de Saint Jehan 

1. Sis. 2813, f^ 393 r>. ~ Ms. 2655, f> 166 : • fust ». 

2. Ms. 2813. — Ms. 2655 : c d'Audechon » 

IV— 26 



402 SUPPLÉMENT AUX VARIANTES. [135I-5S] 

d'Angeli que les Anglois avoient tenae cinq ans oa environ; et 
fu rendue par les gens du roy anglois, pour ce qu'ilz n'avoient 
nulz vivres, et sans bataille aucune. 

Item, en ycelui an mil trois cens cinquante un , ou mois d'oc- 
tobre, fu publiée la confrairie de la No^le Maison de Saint Qîn 
près de Paris par le dit roy Jehan. Et portoient ceulz qui en 
estoient chascun une estoiUe en son chaperon par devant [ou *] en 
son mantel. 

Item, en ycelui an cinquante un, fu la plus grant chiertë de 
toutes choses que homme qui vesquist lors eust onques veue, par 
tout le royaume de France, et par especial de grains; car un 
sextier de firoment valoit à Paris par aucun temps en la dite an- 
née huit livres parisis, un sextier d'avoine soixante sous parisis, 
un sextier de pois huit, et les autres grains à la value. 

Item, en ycelui an, ou dit mois d'octobre, le jour que la dite 
confrarie seist à Saint Oin, comme dit est, fu prise la ville de 
Guines des Anglois durans les trêves. 

Item, en ycelui an, fu fait le mariage de monseigneur Charles 
d'Espaigne, lors connestable de France, auquel le dit roy Jehan 
avoit donné la conté d'Angolesme, et de la fille de monseigneur 
Charles de Blois duc de Bretaigne. 

En l'an mil trois cens cinquante deux, la veille de la Nostre 
Dame en aoust, se combad monseigneur Guy de Neelle, seigneur 
d'Offemont, lors mareschal de France, en Bretaigne. Et fu le dit 
mareschal occis en la dite bataille, le sire de Briquebec, le chas- 
tellain de Beauvais et plusieurs autres nobles, tant du dit pais de 
Bretaigne comme d'autres marches du royaume de France. 

Item, en ycelui an trois cens [cinquante deux '], le mardi qua- 
trième jour de décembre, se dot combatre à Paris un duc d'Ale* 
maigne appelle le duc de Bresvic contre le duc de Lencastre, 
pour paroles que le dit duc de Lencastre devoit avoir dittes du 
dit duc de Bresvic : dont il appella en la court du roy de France. 
Et vindrent le dit jour les deux ducs dessus nommez en champ 
touz armés pour combatre en unes lices qui pour celle cause fu- 
rent faites ou Pré aus Clers, l'Alemant demandeur et l'Anglob 
<leffendeur. Et jà soit ce que le dit Anglois fust ennemi du dit roy 
Jehan de France, et que par sauf conduit il fiist venu soy corn- 

1. Ms. 2813, P> 393 y^. — Ma. 2655, f» 166 r> (lacnne). 

2. Ms. 2813, f> 39(1. — Ms. 2655, f> 166 to (lacune). 



[1354] SUPPLÉMENT AUX VARIiJNTES. 403 

batre pour garder son honneur, toutesvoies le dit roy de France 
ne souffri pas qu'i[l] se combatissent. Mais depuis qu'ilz orent 
fait les seremens, et qu'ilz furent montes à cheval pour assem- 
bler, les glaives es poings, le roy prist la besoingne sur lui et les 
mist à acort. 

Item, en icelui an trois cens cinquante de