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Full text of "Société de l'histoire de France"

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CHRONIQUES 



DE 



J. FROISSART 



CHRONIQUES 



DE 



J. FROISSART 



992* -> PARIS, TYPOGRAPHIE LAHURE 

Rue de Fleorof, 9 



CHRONIQUES 

DE 



J. FROISSIRT 



niBLIÉBS POUR LA SOCIÉTÉ DB l'hISTOIRB DE FRANCE 

PAR 8IHÉON LUGE 



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TOME SIXIÈME 
1360-1366 

(depuis les PRÉUXINAIRKS du TBAITÉ DE BB^GNY 
jusqu'aux FrMpARATIFS DE l'eXP^ITION du PBtNCB DE GALLES 

RN Espagne) 




A PARIS 

CHEZ M" V JULES RENOUARD 

(H. LOONES, SUCCESSEUR) 

LIBRAIRE DB LA SOCIÉTÉ DB L'HISTOIRE DB FRANCE 

nmc DE TOOBNOM» H' 6 

M DCCC LXXVI 



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■ZTBAIT DU RteUDONT. 



AIT. 14. Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit 
les personnes les plus capables d'en préparer et d*en suivre la 
publication. 

Il nonune, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire 
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sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une dé- 
claration du Commissaire responsable, portant que le travail lui 
a paru mériter d'être publié. 



U CommUsaire responsable soussigné déclare que le 
tome FI de l'Edition des Chroniques db J. Froissaat, pré* 
parée par M. Sim^on Lues, lui a paru digne d^ètre publié 
peur la Société db l'Hibtoirb db Francb. 



Fait à Paris, U i^ décembre 1876. 

Signé L. DELISLE. 
Certifié, 

Le Secréuire de la Société de l'Histoire de France, 

J. DESNOYERS. 



SOMMAIRE. 



VI — a 



SOMMAIRE. 



CHAPITRE LXXXIV. 

1360. TBirré db bbétiont (§§ 474 à 490). 

Edouard III et son armée sont toujours campés à Montlhéry^ 
Charles, duc de Normandie, régent du royaume, et les princi- 
paux de son Conseil, les ducs d'Anjou et de Berry ses frères, 
Gilles Aycelin de Montagu , évèque de Thérouanne, chancelier 
de France, se décident à faire des ouvertures de paix au roi 
d'Angleterre. Androuin de la Roche, abbé de Quny, Simon de 
Langres, maître des Frères Prêcheurs, Hugues de Genève^ 
seigneur d'Anthon^, sont chargés de ces négociations'. Edouard III, 
indigné au plus haut point de la descente des Français à 
Winchelsea* dont il vient d'être informé, repousse d'abord, mal- 
gré les avis du duc de Lancastre, toutes les propositions d'accom- 

1. Edouard III fut logé en Phôtel de Chanteloup (aujourd'hui châ- 
teau de Saint-Germain-iez-ArpajoD^ entre Montlhëiy et Châtres (Ar- 
pajon), du mardi 1 1 mars au lundi 6 ayril 1360. Grandet Chroniques^ 
VI, 169 et Rymer, m, 480. 

2. Isère, arr. Vienne, c. Meyzieu. Hugues de Génère, trobième fils 
d'Amédée, II* du nom, comte de Genève, et d'Agnès de Chalon, était 
le Tassai, du chef de sa seigneurie d'Anthon, de Charles, dauphin dé 
Viennois. 

3. Ces négociations infructueuses s'ouvrirent à la maladrerie de 
Longjnmeau le vendredi saint 3 avril. Froissart omet de dire que les 
trois négociateurs qu'il nomme étaient des légats du Saint-Siëge qu'In- 
nocent VI avait envoyés en France, par une bulle datée d'Avignon le 
3 mars 1360 (Rymer, III, 472; Arch, Nat., JJ91, n» 204), pour traiter 
de la paix ; mais ces trois négociateurs ne prirent point part à la con- 
férence de Longjumeau et n'arrivèrent à Paris que Ters le 10 avril. 

4. La descente des Français a Winchelsea, suivie du sac de ce port 
de mer, eut lieu le 14 mars 1360 (voyez notre Histoire^ de du GuescUn; 
ta jeunesse de Bertrand^ p. 307, 546 à 550). En outre, par un traité 



IV CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

modement. Il ne veut à aucun prix renoncer au titre de roi de 
France, et son projet est, après être allé se rafraîchir deux ou 
trois mois en Normandie et en Bretagne, de revenir devant Paris 
au moment de la moisson et des vendanges. 11 lève donc son 
camp de Montlhéry' et se dirige vers le pays chartrain, pendant 
que les trois envoyés du régent, duc de Normandie, reviennent 
sans cesse à la charge pour le presser de conclure la paix. Au 
moment où le monarque anglais et ses gens passent à Gallardon, 
un orage effroyable éclate tout à coup accompagné d'éclairs, de 
tonnerre, d'une trombe de vent, de grêle et de pierres d'une 
grosseur énorme, qui terrifie les Anglais et leur tue hommes et 
chevaux'. Edouard y voit un signe de la volonté de Dieu en 
faveur de la paix ; en même temps, le regard fixé sur Téglise 
Notre-Dame de Chartres' qu'il aperçoit dans le lointain, il fait 
un vœu et se consacre à la Sainte Vierge. Après avoir campé la 
nuit suivante sur le bord de la rivière de Gallardon *, il n'en con- 
tinue pas moins le lendemain sa route vers Bonneval ^ et la marche 
de Vendôme. Toutefois, il finit par céder aux supplications de 
l'abbé de Cluny, et des négociations' s'engagent àBrétigny' près 

secret conclu à Paris le jeudi 30 janvier 1360 (n. st.), dont tous les 
historiens semblent avoir ignore Inexistence, David Bruce, II« du nom, 
roi d'Ecosse, quoiqu'il fut alors prisonnier du roi d'Angleterre, s'étant 
fait représenter par Robert Erskine, chevalier, et Normand de Lesly, 
écuyer, avait conclu une alliance offensive et dëfensive avec Charles, 
rëgent, à condition que ledit régent fournirait dans un délai déter- 
miné à son allié 50000 marcs d'esterlins en or payables à Paris, au 
Palais Royal, en la Salle Neuve. Arch. Nat,^ J677, n« 7. 

1. Edouard III ne leva son camp et ne prit le chemin de la Beaace 
que le dimanche 12 avril, jour de Quasimodo, au soir. Grandes Chro" 
niques, VI, 171. 

2. Le rédacteur des Grandes Cftroniques, le mieux renseigné de tous 
les chroniqueurs sur ces événements, ne dit- pas un mot de cet orage, 
qui parait n'avoir eu d'autre effet que d'empêcher Edouard de mar- 
cher sur Chartres, comme le roi anglais en avait eu d'abord l'in- 
tention. 

3. De Gallardon , en effet , on commence à apercevoir la flèche de 
la cathédrale de Chartres. 

k. Cette rivière est la Voise qui se jette dans l'Eure à Maintenon. 

5. Eure-et-Loir, arr. Chateaudun. Edouard et ses gens s'avancèrent 
jusqu'à Bonneval et même jusqu'à Chateaudun, et c'est un indice cjue 
l'orage survenu près de Gallardon n'eut pas une influence immédiate 
et déterminante sur la conclusion de la paix de Brétigny. 

6. Les négociateurs, chargés des pleins pouvoirs du régent, parti- 
rent de Paris le lundi 27 avnl et arrivèrent le même jour à Chartres. 

7. Aujourd'hui hameau de 127 habitants de la commune de Sours, 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 474-490. v 

de Chartres entre ses délègues et ceux du rëgent : les pourparlers 
durent plusieurs jours et aboutissent à la conclusion d'un traite 
de paix. P. j à 5, 237 à 241 . 

Edouard III confirme^ le traité de paix conclu à Brétigny-lez- 
Chartres le 8 mai 1360 entre Edouard, prince de Galles, au nom 
du roi d'Angleterre, et Charles, duc de Normandie, au nom de 
Jean, roi de France. Dans la rédaction définitive, un peu diffé- 
rente du texte primitif du traité qui fut quelques mois plus tard 
ratifié par les deux rois, les conseillers français eurent soin d'in- 
sérer une clause réservant le droit de suzeraineté de leur maître 
et pouvant servir de point de d^art à des revendications ulté- 
rieures». P. 5 à 17, 241 à 243. 

Eure-et-Loir, arr. et c. Chartres, à 9 kil. au sud-est de cette ville. 
Pendant que ses plénipotentiaires ou plutôt ceux de son fils le prince 
de Galles traitaient à Brëtigny avec tes envoyés du rëgent, Edouard 
loi-même avait rétrogradé et élait venu se loger à Sours. Le rëgent, 
de son côte , se rendit à Chartres où il était le 7 mai. Les pourparlers 
commencèrent le vendredi 1^ mai et durèrent jusqu'au vendredi 8 du 
même mois. Grandes Chroniques^ YI, 172» 173; Rymer, III, 485, 486. 
1. Le texte de cette confirmation, tel que le donne Froissart, se 
rapproche beaucoup pour le fond, sans être identique pour la forme, 
de Ja charte dite aes renonciations, publiée par Rjrmer (III, 524 et 
525). Seulement, comme l'a bien vu D^cier avec sa sagacité et sa con- 
science ordinaires (p. 528, note 1), si Froissart ne s'est pas trompé 
sur la date de mois et de jour (25 mai), il ^s'est certainement trompé 
sur la date de lieu (Brétigny-lezrGhartres). Edouard III, en effet, était 
de retour en Angleterre et débarqua au port de Rye le lundi 18 mai 
TRymer, HI, 494). D'un autre côté, Jean avait donné pleins pouvoirs 
a son fils Charles pour traiter avec son adversaire, par acte daté du 
1«' avril 1360 (Martène, Tkes. Anecdot,^ I, 1422 et 1423); et la ratifi- 
cation provisoire par les deux rois du traité de paix conclu à Brétigny 
eut lieu à la Tour de Londres le 14 juin suivant {Bibl, Nat,y De Camps, 
portef. 46, ^ 432). Antérieurement à cette date, il y a lieu de croire 
que tout se passa, au moins officiellement, d'abord entre les plénipo- 
tentiaires des fils aines rassemblés pour cela à Brétigny, ensuite entre 
les fils aînés eux-mêmes de Jean et d'Edouard. Du reste ^ on trouve tout 
au long dans les Grandes Chroniques (YI, 175 à 200) la confirmation par 
le prince de Galles du traité conclu entre ses plénipotentiaires et ceux 
de Charles, duc de Normandie ; or, cette confirmation est datée, non de 
Brétigny^ mais de Téowiers en Normandie^ le 16 mai 1360 {I6id,,^, 199). 
Quoi qu'il en soit, la charte, dite des renonciations, publiée par Ry- 
mer^ est datée de Calais le 24 octobre 1360. 

2. Cette observation de Froissart, particulière à la rédaction d'A- 
miens (p. 242, 243), mérite d'être notée, parce qu'elle accuse l'inter- 
prétation que les juristes de Charles Y voulaient donner, lorsque cette 
rédaction hit composée, à l'une des clauses du traité de Bréti^y. Notre 
chroniqueur semble faire allusion à une convention subsidiaire par où 



VI CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Une trêve est conclue entre les belligérants qui doit durer 
jusqu'au terme de Saint*Michel prochain et de là en un an^. 
Charles, duc de Normandie, ratifie* le traite de paix conclu à 
Brétigny entre ses plénipotentiaires et ceux d'Edouard, prince de 
Galles. Cette; ratification et la publication de la trêve sont accueil- 
lies par tout le royaume avec une joie unanime. Le roi d'Angle- 
terre envoie quatre* de ses barons à Paris et les charge de prêter 
serment^ en son nom sur le fait du traite de paix. Les Parisiens 
font à ces envoyés une réception triomphale, sonnent les cloches 
à leur venue, jonchent les rues de draps d'or sur leur passage ; 
et le duc Charles, après avoir reçu leur serment, leur fait fête 
et donne à chacun un beau coursier ainsi qu'une épine de la 



le roi Jean, le 26 octobre, pendant son séjour à Boulogne-sur-Mer, 
prenait rengagement de renoncer à tout droit de suzeraineté sur les 
proTinces cédées, mais seulement lorsqu'il aurait été remis en posses- 
sion d*une manière complète et effective de ce qui lui restait de son 
royaume ([BihL Nat,^ fonds de Camps, portef. xi.vi, t^ 553 à 559, 
571 à 580 ; ms. fir. n« 8359, f«* 45 to et 51). Dès le 10 fémer 1361, les 
Anglais se plaignaient à Jean de Melun, comte de Tancarrille, charsé 
d'une mission en Angleterre, que le roi de France eût reçu ou yoiuu 
receroir Tappel du comte d'Armagnac et du sire d'Albret (Martène, 
Tkes. Ane^t., I, 1487 à 1489). 

1. Cette trêVe fut confirmée à Sours devant Chartres par Edouard, 
prince de Galles, le 7 mai 1360 {Grandes Chroniques^ YI, 207 à 211), et 
a Chartres, par Charles, régent du royaume, le même jour (Ihid,, 202 
à 206). Le mandement de publication de la trdre, donne par le rëgent 
à Brëtigny-lez-Chartres le 7 mai (Ibid,, 206, 207), ne fut sans doute 
promulgué qu'à la suite d'une entrerue du duc Charles et du prince de 
GaUes. 

2. Cette ratification, dont le rédacteur des Grandes Chroniques a pu- 
blié le texte (VI, 200 et 201), est datée de Paris le 10 mai 1360. 

3. Le roi d'Angleterre et le prince de Galles envovèrent, non pas 
quatre, mais six cheraliers. trois bannerets et trois bacheliers {Grandes 
Chroniques, VI, 212 et 213). 

4. Froissart commet ici une méprise. Les six cheraliers, dont il ré- 
duit par erreur le nombre à quatre, étaient chargés, non pas, comme 
le dit notre chroniqueur, de prêter serment au nom du roi d'Angleterre 
et du prince de Galles, maiA au contraire d'assister, de la part des 
princes anglais leurs maîtres, à la prestation solennelle de serment de 
Charles, régent du royaume, sur le fait du traité de paix, presta- 
tion qui, on l'a dit plus haut, eut lieu à Paris le 10 mai 1360. En 
retour, six cheraliers français, trois bannerets et trois bacheliers, as- 
sistèrent, comme représentants du ragent Charles, à la prestation so- 
lennelle du serment d'Edouard, prince de Galles, qui se fit dans l'église 
Notre-Uame de Louviers le vendredi 15 mai 1360 {Grandes Chroniques, 
VI, 212 à 214). 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $S 474-490. tii 

couronne du Sauveur conservëé à la Sainte-*ChapeQe, P. 17 
à 21, S43 à 245. 

Edouard m fait diriger ses gens d'armes sur Calais par Pont- 
de-r Arche où ils doivent traverser la Seine et par AbbeviUe*. Il 
passe une nuit à Chartres où il fait ses dévotions et présente une 
offrande à Notre-Dame*, puis il se rend à Harfleur' où il s'em- 
barque avec ses enfants pour l'Angleterre. Il annonce à Jean son 
prisonnier la fin de sa captivité, et les deux rois ratifient* de con- 
cert les conventions arrêtées entre les députés ' et procureurs de 
leurs deux fils aines. De grandes fêtes ont lieu à cette occasion à 
Londres où Jacques de Bourbon vient rejoindre les deux souve- 
rains^ puis à Windsor où Jean fait ses adieux à sa cousine la 



1. Le 23 décembre 1375, Charles accorda des lettres de rémistion à 
Gaxot Turpin de Wicquinghem (Pas-de-Calab, an*. Montreuil-sur- 
Mer, c. Hacqaeliers) , qui avait tué en 1360 un soudoyer anglais 
c comme , environ la fesU de la Pentheeouite derrain passée ot quinze ans 
(2% mai 1360), pour lequel temps certain acord on trêres estoient, si 
comme Ten cusoit, entre nostre très cher seigneur et père, que Dieux 
absoîUe! et nous et Edouard d'Angleterre, plusieurs routes d'Anglois, 
passons par nostre royaume pour ien retourner à Calais j se fussent logiés en 
la diète pille de fVinldnguehen, dont les aaewu estaient de la route a un des > 
maresehaux d^ Angleterre , lesquels, disans qu'ils pOYoient prendre par- 
tout fivres pour enlx et leurs cheraux, prindrent en la dicte ville, 
oultro ce qu'il leur falloit, pour leurs dis Yivres, plusieurs autres biens 
comme draps, linges, robes, or et argent et plusieurs autres choses et 
firent moult d'autres oultrages contre la yonlenté des bonnes gens ha- 
bitanz de la dicte ville et à leur grant grief et desplaisir» Arch, Nat.^ 
JJ108, n« 28. 

2. D'après Jean de Venette {Contin. G. de Nangiaeo, II, 310), plu- 
sieurs chevaliers allèrent, nus pieds, en pèlerinage, du camp anglais à 
la cathédrale de Chartres. 

3. Froissart se trompe . sur le liet^ d'embarquement du roi d'Angle- 
rerre. Cest à Honfleur, comme le dit fort bien le rédacteur des Grandes 
Chroniques (VI, 214), non a Harflenr, qu'Edouard mit à la voile pour 
l'Angleterre, le mardi 19 mai 1360. Harfleur ëtait alors occupé par une 
forte garnison française placée sous les ordres de Louis de Harcourt, 
vicomte de Châtellerault, lieutenant général en Normandie et es Vexins 
français et normand (JJ87, n» 283], tandis que Honfleur, pris par les 
Anglais avant le 16 septembre 1357 (La Roque, Hist, de la maison de 
Harcourt, IV, 1881, 1882; JJ87, no» 146, 315; JJ105, 00 13^, ne fut 
définitivement évacué par les envahisseurs qu'entre les mois ae février 
et de mai 1361 (Rjrmer, III, 547. ^i^/.^a/., Quittances, XIII, 1144, 1186). 

4. Le 14 jmn 1360, Jean et Edouard dînèrent ensemble à la Tour 
de Londres et ratifièrent les conditions de paix arrôtées le 8 mai précé- 
dent, près de Chartres, par les députés ae leurs deux fils aînés, en 
présence de Philippe, duc d'Orléans, des comtes de Ponthien, de Tan- 



vin CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. 

reine, enfin à Douvres où il prend congé d'Edouard IIP. Le roi 
de France met à la voile pour retourner dans son royaume en 
compagnie du prince de Galles, du duc de Lancastre, du comte 
de Warwichy de Jean Ghandos et débarque à Calais vers la Saint- 
Jean-Baptiste ^. Il doit rester dans cette ville jusqu'à ce qu'on ait 
payé la première échéance de sa rançon qui est de six cent mille 
francs. Le duc de Normandie et ses deux frères' se rendent à 
Amiens* pour être plus rapprochés du roi leur père et aviser de 
concert avec lui aux mesures^ à prendre pour assurer sa mise en 
liberté. Sur ces entrefaites, Galéas Visconti, sire de Milan*, 



carviUe, d^Auxerre, de Joigny, de Sancerre, de Saarbrack, d*Adam de 
Meliin, des seigneurs de Dernd, d'Aobigny et de Slaienelay (Bibl. Nat.^ 
fonds de Camps, xlti, 432; Grandes Chroniques^ vl, 215; Martène, 
Vet, Seript. nova eoiUctio, I, 154). 

1. C'est le prince de Galles, non Edouard III, qui fit la conduite au 
roi de France jusqu'à Douvres, en passant par CcmterbuTT, d'où Jean 
adressa, le 5 juillet 1360, un numdement à ses gens des Comptes 
{BihL JNat,^ fonds de Camps, xi.yi, 437). 

2. Jean débarqua à Calais quinze jours après la Saint-Jean-Baptiste, 
le mercredi 8 juillet. Gr, Chron.^Vly 215. BihL Nat.^ fonds de Camps, 
XI.TI, 438. 

3. Froissart veut désigner ici les comtes d'Anjou et de Poitou; mais 
Louis, comte d'Anjou, qui se trouvait alors dans son comté où il épousa, 
le 9 juillet 1360, Iklarie ue Bretagne, fille de Charles de Blois et de Jeanne 
de Penthièvre (le contrat de mariage est daté du château de Sanmur en 
aoât 1360; dom Morice, Preuves^ I, 1534 à 1537), et Jean, comte de 
Poitiers, alors en Languedoc où il était lieutenant du roi son père et à 
la cour d'Avignon (JJ93, n^* 107, 184), les comtes d'Anjou et de Poi« 
tou, dis-je, n'arrivèrent à Calais ^1379*, n» 3116) et à Boulogne-sur* 
Mer (JJ88, n«« 86, 102, 115) qu'a la fin de septembre on dans les pre- 
miers jours d'octobre. 

4. Le dimanche 12 juillet, le régent Charles partit de Paris pour 
aller à Saint-Omer {Gr. Chron,^ VI, 215); mais il s'airéta en route à 
Amiens d'où il a daté plusieurs actes (JJ91, n» 435). 

5. Dès le lendemain de son débarquement, le 9 juillet, Jean adres- 
sait un mandement aux gens de sa Chambre des Comptes. U les pres- 
sait de lui envoyer en un rôje : 1» les noms des villes qui contribuaient 
à sa rançon, 2^ le chiffre de la quote-part afférente à chaque ville, 
3^ les noms des simples particuliers qui lui font prêt à son besoin (De 
Camps, XLVX, 438). Trois jours après ce mandement, le 12, un des 
secrétaires du roi, Jean Lemercier, de Gbors, envoya des instructions 
aux commissaire* charaés de recueillir le premier terme de la rançon 
de Jean {^BibL de H École des Chartes^ xxxyi, 81 à 90). Paris s'imposa 
à 100000 vieux écus, Rouen à 20000 moutons d'or vieux, Soissons à 
8000 royaux (JJ88, n» 21), Vervins à 200 royaux d'or (JJ88, n» 90). 

6. Par acte daté de Paris en mai 1360, Charles régent accorda des 
lettres de bourgeoisie parisienne à « Amixns de Concorecio », bonr- 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 474-490. ix 

demande en mariage pour un de ses fils une des filles du roi de 
France*, moyennant quoi il s'engage à fournir à Jean les six cent 
mille francs dont celui-ci à besoin ; mais les pourparlers relatifs à 
ce mariage entraînent des lenteurs qui empêchent Galéas de verser 
la somme convenue en temps opportun ^. Le roi de France doit 
attendre que ses gens des comptes aient recueilli la première* 
échéance de sa rançon au moyen d'une aide extraordinaire levée 
sur ses sujets. P. 21 à 24, 245 à 248. 

Le prince de Galles et le duc de Lancastre, lassés d'attendre 
en vain à Calais le versement des six cent mille francs promis, 
retournent en Angleterre. Ils laissent le roi de France sous la 
garde de quatre chevaliers dont Jean paye les frais de séjour, en 
même temps qu'il a à sa charge les siens propres*. Depuis 1357 
et 1358, un grand nombre de chevaliers et d'hommes d'armes an- 
glais ont occupé des forteresses* en France d'où ils rançonnent 

geois de Milan, à la prière de son amë « Speronelus de Concorecio 9, 
nls à^AmUus^ c ad nos ex parte carissimi consanguinei nostri domini 
Galeaz, yicecomitit Mediolani, cETBais db gaums JestlnatL » JJ91, 
!!• 433. 

1. Aa mois d'ayrii 1361, en mariant sa fille Isabelle de France à 
Jean Galéas, dit Visconti, fils aîné de son cousin Galéas Visconti, sei- 
gneur de Milan, le roi Jean assigna en dot à sa dite fille les château et 
TÎlle de Sommières (Gard, air. Nîmes) râlant 3000 lirres tournois de 
rente annuelle, les lieux de Vertus, de Rosnay et de la Fertë-sur-Aube 
(JJ107, no 164). Un des oncles de Galëas Visconti était le féroce 
Bamabo. 

2. Le 24 juillet 1363, Charles, duc de Normandie, fit mettre en 
garde en une chambre au-dessus du Trésor de l'abbaye de Saint-Denis 
« douze miUe florins de Florence venus de Mîlan^ dont MS' en aroit' 
donné trois mille à Saint Denis, avec huit cens frans.pour la fonda- 
cion de sa chapelle, d BibL JNat.^ ms. fr. n» 21 447, f** 42. C'est à cause 
de ce mariage avec Isabelle de France que le 27 janvier 1394 (n. st.) 
Jean Galéas Visconti, père de Valentîne de Milan, mariée à Louis, duc 
d'Oriéans, fut autorisé par Charles VI à porter des fleurs de lis de 
France dans ses armes. J145, n® 433. 

3. Un article du traité de firétigny portait que le roi de France 
n'aurait rien à payer pendant le premier mois de son séjour à Calais 
pour sa garde, mais que pour chaque mois en plus il payerait 10 000 
réaux (le réal vieux équivalait à 27 sous et le réal nouveau â 26). Arrivé 
à Calais le 8 juillet, le roi de France ne recouvra pleinement la liberté 
qu'après la ratification définitive du traité de Brétigny, le 24 octobre 
suivant. Il eut ainsi à payer ses frais de garde et de séjour pour deux 
mois et demi environ, du 8 août au 24 octobre, frais qui devaient s'é- 
lever par conséquent à 25000 réaux. La quittance d'Éaouard est datée 
de Calais le 24 octobre 1360 (J638, n« 5). 

4. Nous avons dressé on tanleau de ces lieux forts occupés par les 



X CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

les habitants du plat pays; Edouard III leur enjoint de vider ces 
forteresses. Quelques-uns obéissent à cette injonction et vendent 
les lieux forts qu'ils occupent ; mais d'autres refusent de déloger, 
surtout ceux qui se tiennent sur les marches de Normandie et de 
Bretagne, et continuent de faire la guerre sous le couvert du roi 
de Navarre» Eustache d'Auberchicourt vend bien cher la forte- 
resse d'Attigny * aux gens du pays, mais il ne parvint jamais dans la 
suite à se faire payer. Les lieux forts du Laonnais, du Soissonnais, 
de la Picardie, de la Brie, du Gâtinais et de la Champagne, sont 
évacués les premiers. Les capitaines qui les occupaient retournent 
dans leur pays après fortune faite, ou bien ils vont grossir les 
garnisons navarraises de Normandie '. Pendant ce temps, on est 
parvenu à recueillir de quoi faire face au payement des six cent 
mille florins. On met cet argent en dépôt provisoire à Saint-Omer' 
dans le trésor de Tabbaye de Saint-Bertin, car les princes et les 
hauts barons de France, désignés comme otages du traité, prennent 
des atermoiements et font des difficultés pour se remettre entre 
les mains des Anglais\ P. 24 à 26, 248 et 249. 

Le roi de France séjourne à Calais depuis le mois de juillet 
jusqu'à la fin d'octobre^ ; il crée son fils Louis^ auparavant comte 



Compagnies anglo-nayarraîseft, de 1356 à 1364. Histoire de Bertrand du 
Guesclin et de son époque; la jeunesse de Bertrand^ p. 459 à 509. 

1. Eustache d'Auberchioourt vendit, rers le 19 mars 1360, Attigny 
(Ardennes, arr. Vouziers) 25000 deniers d'or, et le 16 juin suiTantone 
antre forteresse, Autry (Ardennes, arr. Vouziers, c. Monthois), 8000 
florins. On remarquera que Froissart semble plaindre sincèrement son 
compatriote de n'avoir pu se faire payer. 

2. Ce fut le cas d'Eustache d'Auberchicourt qui alla tenir garnison à 
Carentan pour le roi de Navarre et rançonner les plantureux marais 
du Cotentin, après avoir exploité les plus fertiles plateaux des Ar-- 
dennes. 

3. Charles, régent du royaume, et les gens de son Conseil sont k 
Saint-Omer pendant la première quinzaine d'août (JJ88, n«* 2^, 68) ; 
ils sont à Boulogne-sur-Mer le 23 août (JJ88, n» 29), le 27 août (JJ88, 
n« 70), le 7 (JJ88, n»» 66, 75), le 22 (JJ88, n» 109) et le 27 septembre 
(J332, n» 26), le 7 octobre (X"* 7, f» 72 v* et 73) et le 17 octobre 
(X«* 7, P 98 vo) 1360. 

4. Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Edouard lU jure sur 
le corps de Jésus-Cbrist de bien traiter les otages, de les faire rendre 
à Boiilogne-sur-Mer aussitôt que les choses pour lesquelles ils sont 
otages seront accomplies, de ne les pas mettre en prison fermée, enfin 
de les laisser s'ébattre par son royaume deux jours et une nuit. Mar« 
tène, Tkes, Anecdot., I, 1440 et 1441. 

5. Débarqué à Calais le mercredi 8 juillet, Jean quitta cette ville le 



SOMMAIRE DU PREMIER UYRE, SS 474-490. xi 

d'Anjou et du Maine, duc d'Anjou et du Maine ^, et son fils 
Jean, auparavant comte de Poitiers, duc de Berrj et d'Auvergne ^. 
Une fois le payement du premier terme prêt et les otages venus 
à Saint-Omer, Edouard III repasse la mer et vient à Calais'. 
Là, les deux rois de France et d'Angleterre, qui dès lors s'ap- 
pellent frères , se font lire et ratifient définitivement ^ tous ks 
articles du traite de Brétigny. Ils se donnent à dîner tous les 
jours l'un à l'autre, à tour de rôle, ainsi que leurs enfants ^ Ils 
passent le temps en fêtes, pendant que leurs gens achèvent de 
régler toutes les conventions relatives au traité de paix. Chaque 
clause, chaque article du traité fait l'objet d'une charte spéciale et 
distincte à laquelle les deux rois et leu^s enfants apposent leurs 
sceaux*. P. 26, 249, 250. 

Suit le texte de l'une de ces chartes, datée de Calais le 24 oc- 
tobre i360, par laquelle Edouard et Jean contractent une alliance 
ofifensive et défensive envers et contre tous, excepté le pape et 
l'empereur de Rome^ P. 27 à 33. 



dimanche 25 octobre 1360, aa matin, après y Stre reste cent neuf 
jours. Gr. Ohron,^ VI, 217, 218. 

1. La charte d*â^ction da comté d* Anjou et da Maine en duché 
pairie au profit de Louis, le second des fils du roi Jean, est seulement 
datée de Boulogne-sur-Mer en octobre 1360 {Jreh. Nat,^ PI 334 ', n«|3); 
mais comme le roi de France ne séjourna dans cette ville que du di- 
manche 25 au jeudi 29 octobre, c'est entre ces deux dates que le titre 
de duc dut être confëré à Louis I*' d'Anjou. 

2. La charte par laquelle le roi Jean crée Jean, son troisième fils, 
naguère comte de Poitiers et de Maçonnais, duc de Berrj et d'Au- 
vergne, est datée, comme la précédente, de Boulogne-sur-Mer en oc- 
tobre 1360 (JJ91, no 203); elle doit pour les mêmes raisons avoir été 
octroyëe du 25 au 29 octobre 1360. 

3. Le roi d'Angleterre arriva à Calais le vendredi 9 octobre. Gr, 
Chr.^ VI, 215. 

k. Cette ratification définitive eut lieu le 24 octobre 1360. 

5. Le roi de France était logé au château de Calais, tandis qu'E- 
douard III était descendu dans un hôtel de cette ville. 

6. La plupart de ces protocoles séparés sont renfermés, parfois en 
double et même en triple exemplaire, dans trois cartons des Archives 
Nationales : le carton J638, qui contient 21 pièces cotées 1 à 21, et les 
cartons J639 et J640 qui en contiennent, l'un 18, l'autre 19, cotées 1 
à 37. Ces documents ont presque tous été publiés par dom Martène, 
Thés. Aneedot,^ I, 1427 à 1464. 

7. Nous avons collationné le texte donné par Froissart, dans les pas- 
sages où les manuscrits de ce chroniqueur ne nous fournissaient pas de 
bonne leçon, avec l'un des doubles de la charte originale, contenu dans 
le carton J639, n» 15. Froissart a reproduit le dodble de cette charte 



XII CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Les deux rois se font lire cette charte, dite de confédération et 
d'alliance, et la ratifient solennellement en présence de leurs en- 
fants et de leurs conseillers. L'évêque de Thérouanne, chancelier 
de France*, invite ensuite le roi d'Angleterre à faire les renoncia- 
tions auxquelles il s'était engagé par le traité de Brétigny. Les 
commissaires des deux rois se réunissent en conférence et prépa- 
rent de eoncert la charte destinée à régler ces renonciations. 
P. 33, 34, 250. 

Suit le texte* de cette charte, dite des renonciations, datée de 
Calais le 24 octobre 1360, par laquelle Edouard III, en confirma- 
tion du traité conclu à Brétigny et en retour de la cession qui lui 
est faite par Jean des provinces y désignées, renonce au nom, au 
droit, aux armes et à la revendication de la couronne et du 
royaume de France*, a tous droits de possession et de souverai- 
neté sur la Normandie, la Touraine, l'Anjou et le Maine, à tous 
droits de souveraineté et d'hommage sur le duché de Bretagne et 
le comté de Flandre. P. 34 à 46. 

Les deux rois se font lire cette charte et la ratifient en pré- 
sence de \evan conseillers; ils jurent sur les saints Évangiles et 
sur une hostie consacrée de l'observer de point en point. Puis, 



destiné au roi de France. Le double, destiné au roi d'Angleterre et re- 
yétu en conséquence de la signature des princes et seigneurs français, 
est daté de Boologne-snr-Mer le 26 octobre 1360. 11 a été publié par 
Rymer. Fœdera, III, 530, 531. 

1. M. le duc d'Aumale {Notes et documents relatifs au roi Jean, p. 20) 
et M. Bardonnet {Procès-Verbal de délivrance à Jean C/iandos, p. 5) nous 
semblent s'être mépris lorsqu'ils ont pens^ que le titre de chancelier de 
France porté par Gilles Aycelin de Montagu, II* du nom, n'ayait pu 
coexister légalement avec un titre, non semblable, mais analogue, 
donne dans le même temps à Jean de Dormans. Par acte daté de Saint- 
Denis le 18 mars 1358 (n. st.), maître Jean de Dormans, archidiacre 
de Provins en l'église de Sens, fut nomme chancelier du régent du 
royaume, duc de r(ormandie, aux gages de 2000 livres parisis par an 
{Bihl. Nat.^ ms. fr., n« 20691, f» 665; de Camps, xlvi, 316 et 317); 
mais dans Pacte même de nomination de Jean de Dormans, on eut soin 
de réserver expressément les droits de Gilles Aycelin de Montagu qui 
n'en resta pas moins chancelier de France jusqu'au 18 septembre 1361. 

2. Nous avons coUationné le texte donné par Froissart, là où la leçon 
des divers manuscrits nous semblait fautive, sur la charte originale 
conservée dans le carton J639, n« 15. 

3. Edouard III abandonna le titre de roi de France, qu'il prenait 
dans tous ses actes depuis sa déclaration de guerre à Philippe de Va- 
lois, le samedi 24 octobre 1360, après la ratification définitive du traité 
de Brétigny. Gr. Chron.^ VI, 218. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $$ 474-490. xiii 

on se réunit de nouveau en conférence, à la requête du roi Jean, 
pour préparer un mandement destiné à assurer l'évacuation des 
villes, châteaux et lieux forts du royaume de France par les gens 
d'armes qui les détiennent sous le couvert du roi d'Angleterre. 
P. 46, 47, 250,251. 

Suit le texte de ce mandement, daté de Calais le 24 octo- 
bre 1 360, par lequel Edouard III enjoint sous les peines les plus 
sévères à ses capitaines, gardiens de villes et de châteaux, adhé- 
rents et alliés, de vider, dans le délai d'un mois après qu'ils en au- 
ront été requis, les lieux qu'il» occupent es parties de France, en 
Picardie, en Bourgogne, en Anjou, en Berry, en Normandie, en 
Bretagne, en Auvergne, en Champagne, dans le Maine et en 
Touraine. P. 47 à 50. 

Edouard et Jean, après avoir réglé toutes les questions qui les 
concernent, s'occupent de la lutte toujours ouverte entre Jean de 
Montfort et Charles de Blois au sujet de la succession de Bre- 
tagne, mais ils ne s'arrêtent à rien de définitif par suite du peu 
d'empressement du roi d'Angleterre ^ Celui-ci est, au fond, bien 
aise que les deux partis continuent de rester en armes dans le 
duché ; il voit dans cette guerre un débouché pour bon nombre 
de ses soudoyers, forcés, en vertu du traité de Brétigny, de vi- 
der les forteresses qu'ils occupent en France, et dont il redoute 
le retour en Angleterre où ils pourraient être tentés de transpor- 
ter les habitudes de pillage contractées en pays conquis ^. A l'in- 
stigation du duc de Lancastre, tout dévoué à Jean de Montfort', 
on se borne à proroger jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste (24 juin ' 
1361} les trêves qui duraient depuis le siège de Rennes et qui 

1. Sur la questioii de Bretagne, le traité de Brétigny stipule seule- 
ment (art. 20) que , pendant Tannée oui suirra l'arrirée de Jean à 
Calais, les deux rois feront tous leurs eAbrts pour amener un arrange- 
ment entre les deux prétendants. Si, au bout de cette année, Jean et 
Edouard ont échoue dans leurs tentatives de conciliation, les anus 
des deux compétiteurs auront encore une demi année pour retenir à 
la charge, après quoi « Charles de Blois et Jean de Montfort fer<mt ce 
qui mieux leur semblera. » Rymer, III, 490, 491, 516. 

2. Henri, duc de Lancastre, arait été lieutenant et capitaine général 
en Breugne, du H septembre 1354 (Rymer, III, 312) an mois d'aoât 
1358 (/*«/., 403). 

3. En vertu de la convention conclue à Brétigny le 8 mai 1360, la 
trêre entre les deux royaumes, où la Bretagne était comprise, fut pro- 
rogée, non, comme le dit Froissart, jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste, 
mais jusqu'à la Saint-Michel (29 septembre) 1361. Rymer, III, 662. 



zYi CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

saint* et va à Saint-Omer*, puis à Montreuil et à Hesdîn*, et de 
là à Amiens *, où II reste jusqu'à Noël. Il se rend ensuite à Paris *, 
où ses sujets de toutes les classes lui offrent des cadeaux de bien- 
venue et lui font une réception enthousiaste. P. 56, 57, 254. 

Les commissaires d'Edouard III passent la mer et viennent en 
France pour se faire délivrer les provinces cédées au roi d'Angle- 
terre en vertu du traité de Brétigny*. Cette délivrance demande 
beaucoup de temps ^^ parce que plusieurs seigneurs de Guyenne, 



1. Le roi Jean partit de Boulogne-aur-Mer poar aller à Saint-Omer 
trois jours ayant la Toossainti le jeudi 29 octobre. H fêta la Toussaint 
dans cette dernière ville ; et les mardi et mercredi 3 et 4 novembre 
on y donna des joutes en son honneur. Grandes Chvniques^ VI, 218 
à 221. 

2. Jean resta à Saint-Omer an moins jusqu'au 7 norembre, car 
nous ayons deux mandements de ce prince, datés Tun du 2 {Ordorni,^ 
III, 432), l'autre du 7 noyembre (/^ca., 433), à Saint-Omer. 

3. On connaît deux actes émanés de Jean et datés de Hesdin les 14 
(J1084, n» 5) et 16 novembre (JJ91, n« 217). Le roi de France paraît 
être retourné à Saint-Omer à la fin de ce mob , car un autre de ses 
actes est daté dç cette ville le 30 noyembre (JJ95, n» Ô3). 

4. Jean ne resta pas à Amiens jusqu'à Noël, puisque dès le 5 dé- 
cembre il était de passage à Compiègne d'où il a daté la grande ordon- 
nance édictant la leyée de l'aide pour sa rançon de 12 deniers pour 
liyre sur la vente de toutes les marchandises , du cinquième sur la 
vente du sel et du treizième sur l'entrée des vins, ai^si que l'ordon- 
nance fixant le prix des espèces d'or et d'argent. Ordonn,^ III , 433 
à 442. * / 

5. Jean, après avoir passé la soirée du yendredi 11 et la journée du 
samedi 12 décembre à Tàbbaye de Saint-Denis où il se réconcilia ayec 
son gendre Charles II, dit le Mauvais, roi de Nayarre (Secousse, 
Preuves des Mémoires sur Charles //, 182 à 185), fit son entrée à Paris le 
dimanche 13 décembre 1360. Grandes Chroniques^ YI, 223. 

6. La commission donnée à ce sujet par Edouard III à Richard de 
StafTord, sénéchal de Gascogne, Jean Chandos, Etienne de Cusyngton, 
Neel Loryng, Richard de Totesham, Adam de Houghton et Guil- 
laume de Felton, est datée du !•' juillet 1361. Champollion-Figeac, 
Lettres des rois et reines^ II, 135. 

7. Les opérations de cette déliyrance, commencées à Châtelleranlt 
le samedi 11 septembre 1364, ne se terminèrent que le lundi 28 mars 
1362 à Angouléme; elles demandèrent par conséquent un peu plus de 
six mois et demi. Voyez la belle publication de M. Bardonnet, Procès- 
verbal de délivrance à Jean Chandos, Niort, in'-8**, p* 9, 116. Le roi de 
France, de son côté, par lettres datées du Bois de Yincennes le 12 août 
1361, avait nommé commissaires : les maréchaux d'Audrehem et Bou- 
cicaut, Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, Guichard d'Angle, 
le sire d'Aubigny, sénéchal de Toulouse et le Bègue de Vilaines, séné- 
chal de Carcassonne. Ibid,^ p. 12 à 14. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $§ 474-490. xvii 

notamment les comtes de PérigordS d'Annagnac' et de Gom- 
minges*, les vicomtes de Garaman* et de Gastelbon*, prétendent 
qae le roi de France lenr suzerain n'a pas le droit de les trans- 
porter sans leur aveu, eux et leurs fiefs, sous une autre souve- 
raineté que la sienne. Les seigneurs et les bonnes villes du Poitou 
et de la,Saintonge ne font pas moins de difficultés pour passer 
sous la domination anglaise. Il faut plus d'un an pour vaincre la 
résistance des habitants de la Rochelle. Us disent qu'ils aiment 
mieux rester Français et être taillés tous les ans de la moitié de 
leur chevance, ou encore qu'ils se soumettront aux Anglais des 
lèvres, mais de cœur jamais'. Jean Chandos, nommé lieutenant- 

1. Roger Bernard, comte de Périgord, prêta serment de fidélité au 
roi d'Angleterre à Montignac (Dordogne, arr. Sarlat) le jeudi 30 dé- 
cembre. 

2. Jean I, comte d'Armagnac, de Fézensac et de Rhodez, qni, par 
contrat passé à Carcasêonne le 24 juin 1360, aTait marié sa fiUe aînée 
Jeanne d'Armagnac à Jean de France , alors comte de Poitiers et de 
Maçonnais, créé à la fin d'octobre de la même année duc de Berrj et 
d^Aurergne. 

3. Pierre Raymond, II* du nom, comte de G>mminges. 

4. Arnaud d'Eauze [Gers, arr. Gondom), Ticomte de Caraman 
(Haute-Garonne, arr. Viliefrancfae-de-Lauragais). 

5. Roger Bernard de Foix, II* du nom , "vicomte de Castelbon, sei- 
gneur de Moncade. Le nom de cette Ticomté est resté au château de 
Gastelbon situe dans la commune de Betchat, Ariége, arr. Saint- 
Girons, c. Saiiit-Lîzier. 

6. Le roi Jean, sachant le prix qu'Edouard III atuchait à la prise 
de possession de la Rochelle, cette clef de la Saintonge et du Poitou, 
arait écrit d'Angleterre dès le 8 juin 1360 pour inviter ses chers et bons 
omis y les maire, jurés et commune de la Rochelle, à enrojer rers lui 
leurs députés; le 18 juillet suivant, par un mandement date de Calais, 
il renouvelle la même invitation (Martène, Tlies, Anecdot,^ I, 1428). Il 
envoie exprès i la Rochelle Amoul, sire d'Audrehem, pour presser les 
habitants, et nous avons deux actes de ce maréchal de France, datés de 
cette ville les 5 et 8 aoât (JJ88, n*» 76, 93; Rjmer, 111, 558, 551 ; 
JJ88, no 67). Les Rochellais s'exécutent enfin le 15 août et chargent 
Guillaume de Seris, Pierre Buffet, Jean Chaudrier et deux autres bour- 
geois d'aller trouver le roi de France à Calais (Martène, Ihid,^ 1427 à 
1429). Par acte daté de cette ville le 24 octobre, Jean s'engage à livrer 
comme otage son très-cher fils Philippe, duc de Touraine, au cas où 
un mois après son départ de Calais la ville de la Rochelle n'aurait pas 
été remise entre les mains des Anglais (Rjmer, III, 541 ; Martène, /W., 
1449). A BouIogne-sur-Mer, le 26 octobre, il délie les Rochellais du 
serment d'obéissance (Martène, Thés, Aneedot.^ I, 1462 à 1464). Le 
même jour, il mande à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de 
France, et à Guichard d'Angle, sénéchal de Saintonge, de délivrer 
royaument et de fait à son très-cher frère le roi d'Angleterre la posses^ 

VI — b 



xYiii CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

général du roi d'Angleterre dans ses possessions d'outre-mer *. 
vient prendre la saisine des provinces cédées et recevoir au nom de 
son maître le serment de fidélité des comtes, vicomtes, barons et 
chevaliers, ainsi que des cités, villes et forteresses : il établit par- 
tout de nouveaux officiers, et fixe sa résidence ordinaire à Niort, 
où il tient graûd état. P. 57 à 59, 254 à 256. 



CHAPIÎRE LXXXV. 

1360 KT 1361, FORMATION DE LÀ GRANDE COkPÀGNIB. — 4360, 

28 DÉCEMBRE. PRISE DU PONT-SAINT-BSPRIT. 1362, 6 AVRIL. 

BATAILLE DE BRIGNAIS (§§ 491 à 498.) 

Le roi d'Angleterre nomme des commissaires chargés de faire 
évacuer les forteresses occupées en France par des hommes d'ar- 
mes à sa solde. Parmi les capitaines de garnisons, quelques che- 
valiers et écuyers^. Anglais de nation, obéissent au mandement 

sion des vilk, château et forteresse de la Rochelle (Blbi. Nat,^ ms. fr. 
vP 8354, f» 22 ; De Camps, xlvi, 593 et 594). Enfin, par acte daté de 
Westminster le 28 janvier 1361, Edouard III, sur le rapport de Ber- 
trand, seigneur de Monferrand, qu*il avait nommé gouverneur de la 
Rochelle le 38 octobre 1360 (Rymer, III, 548, 549), donne acte au roi de 
France de la délivrance de la Rochelle à l'Angleterre , qui avait eu lieu 
le 6 décembre 1360 (Bardonnet, 143 à 154; Rymer, III, 597). Par 
conséquent, la livraison ou, pour employer Texpression du temps, la 
délivrance de la Rochelle aux Anglais avait demandé, non pas plus d'un 
an, comme le dit Froissart avec quelque exagération, mais des démar- 
ches et des négociations ininterrompues penaant sept ou huit mois. 

1 . Par acte daté de Westminster le 20 janvier 1361, Edouard III nom- 
mé Jean Chandos, chevalier, baron de Saint-Sauveur en Normandie, 
son lieutenant et capitaine es parties de France et conservateur spécial 
de la paix et des trêves es dites parties. Rymer, III, 555* 

2. Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Edouard III charge» 
Guillaume de Grantson et Nicolas de Tamworth de faire évacuer les 
forteresses de Champagne, de Brie, des duché et comté de Bourgogne, 
de rOrléanais et du Gatinais ; Thomas Fogg et Thomas Caun celles du 
Perche, du Chartrain et du Drouais (pays de Dreux) ; le sire de Pom- 
miers,' Bérard et Arnaud d'Albret, celles du Berry, du Bourbonnais, 
tic la Tourainc et de l'Auvergne ; Amauri de Fossat et Hélie de Pom- 
miers, cellée'Ju.iVrigord, du Quercy et de TAgenais; le captai de 
Buch, le sire d^Monferrand et Thomas de HoUand, celles de la Nor- 
mandie, de TA^ou et du Maine. Rymcr^ III, 546 et 547. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS 491-498. xix 

royal; d'autres y résistent sous prétexte de guerroyer pour le ro 
de Navarre. Mais les bandes de soudoyers étrangers, allemands, 
brabançons, gascons, flamands, hainuyers, bretons, gascons ou 
de mauvais Français ruinés par les guerres, loin de se disperser, 
exploitent à Tenvi le royaume et continuent leur vie de pil- 
lage. Les capitaines des garnisons ont beau congédier leurs sou- 
doyers, ceux-ci mettent à leur tête les pires d'entre eux et re- 
forment de nouvelles bandes. Les aventuriers qui infestent la 
Champagne et la Bourgogne se donnent le surnom de Tard-Ve- 
nus. En Champagne, ils s'emparent du château de Joinville où ils 
font un butin considérable que Ton évalue à cent mille francs ; en 
outre, ils ne consentent à le rendre que moyennant une rançon 
de vingt mille francs^. Après avoir couru toute la province de 
Champagne, ils dévastent les évêchés de Langres ', de Toul et de 
Verdun. Ils entrent ensmte en Bourgogne où ils sont appelés et 
soutenus par certains chevaliers Qt écuyers de ce pays ' ; ils se 

1 . Le château de Joinville (JoinTilie-sur-Mame ou en Vallage, Haute- 
Marne, aiT. Vassy) fut pris par une compagnie d'aventuriers allemands, 
qui se nommaient les Tard- Venus. Ce château , appartenant à Henri, 
comte de Vaudémont et sire de Joinville, fut occupé après le traitéjde Bré" 
tlgny conclu le 8 mai 1360 (a. ..son chastel de Joinville depuis nostre paiz 

§ris par noz ennemis» Areh, Nat,^ JJ91, n^ 245), et avant le 24 octobre 
e la même année, puisque, dans la ratification définitive du traité du 
8 mai datée de Calais le 24 octobre 1360, on eut soin de stipuler expres- 
sément Févacuation de Joinville (Rymer, lU, 535, 546). Le sire de 
Joinville s'étant ruiné pour racheter son château, le roi Jean, par acte 
date de Saint-Denis le 25 février 1362 (n. st.), lui constitua une rente 
annuelle et viagère de 2000 livres (c ad relevanda gravamina que 
passns fuit et est in captione et detentione castri et ville suarum de 
Joinvilla ». JJ91, n^ 134). Gui, sire de Choiseul, paya aussi une grande 
somme de florins a pour le rachat de la forteresce de Joingville dont il 
estoit plesge et pour ce hostage en la ville de Meiz. » JJ91, n^ 451. 
JJ93, n<» 9, 239. J1036, nos 22 à 24. Chroniques de Jean le Bel, H, 274. 

2. Voyez notre liste des lieux forts occupes par les Compagnies dans 
le diocèse de Langres. Histoire de Bertrand du Guesclin, p. 487 et 488. 

3. En 1361, on découvrit que les Compagnies avaient des intelligences 
en Bourgogne ; quatre capitaines de forteresses du duché furent révo- 
qués, et le sire d'Ëstrabonne arrêté à Chalon {Jrchîv, dép, de la Côte- 
d'Or^ fonds de la Chambre des Comptes du duché de Bourgogne, 
compte de Dimanche Vitel pour 1361 ; Finot, Recherches sur les Con^- 
pagnies en Bourgogne^ p. 16). Si Ton songe que Charles le Mauvais, roi 
de Navarre, éleva des prétentions sur le duché de Bourgogne après la 
mort de Philippe de Rouvre survenue le 21 novembre 1361, on ne dou- 
tera pas que les menées de ce prince perfide n'aient contribué particu- 
lièrement à attirer sur cette province le fléau des Compagnies, dont le 
nombre et l'audace redoublèrent lorsque le gendre du roi Jean, sans 



XX CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

tiennent longtemps aux alentours de Besançon, de Dijon et de 
Beaune. Us prennent et pillent VergyS Gevrey* en Beaunois, et 
s'attardent dans cette région plantureuse. La réunion de ces ban- 
des constitue la Grande Compagnie dont l'efiectif s'élève, pendant 
le carême de 1362, à quinze mille combattants. Seguin de fia- 
defol% le plus puissant de ces capitaines d'aventuriers, n'a pas 
sous ses ordres moins de deux mille soudoyers. On compte en- 
core parmi ces chefs de bandes Talbart Talbardon S Guiot du 



oser rompre ouvertement avec son beau-père, essaya de lui disputer 
sous main la succession du duché. On verra, dans une des notes sui- 
vantes, que quelques-uns des aventuriers qui infestèrent alors la Bour- 
gogne, éuient d*origine navarraise. Les prétentions de Jean de Bour^ 
gogne, dernier descendant mâle de Jean de Clialon T Antique, sur le 
comté de Bourgogne, dont Marguerite de France, grand^tante de Phi- 
lippe de Rouvre et grand'mère de sa veuve, avait été reconnue héri- 
tière, en faisant éclater la guerre entre Jean et Marguerite, ces prétentions, 
dis-je, furent aussi Tune des causes qui mirent, dans le courant de 1362, 
le comté aussi bien que le duché de Bourgogne à la merci des Compa- 
gnies. Finot, ibid.^ p. 70, 71. 

1. Aujourd'hui ReuUe-Vergy, Côte-d'Or, arr. Dijon, c. Gevrey. 

2* Côte-d'Or, arr. Dijon. Tous les gourmets savent que le clos de 
Chambertin est situé sur la commune de Gevrey. Les Compagnies occu- 
pèrent aussi en 1361 unautreGivrey (auj. Givry-Cortiambles ouGivry- 
près-l'Orbize, Saône-et-Loire, arr. Chalon-sur-Saône), car le bailli de 
Chalon envoya, de Noél 1360 au 15 janvier 1361, a Robert de Mamay, 
châtelain de Montaigu (château de Chauffailles, Sa6ne-et-L6ire, arr. 
Charolles), des hommes d'armes qui gardèrent le dit château depuis 
le 2 février jusqu'au mois d'août 1361 contre les gens des Compagnies 
qui étaient a Couches (auj. Couches-les-Mines, Saône-et-Loire, arr. 
Autnn) et à Givry (Archives de la Côte^ttOr^ fonds de la Chambre des 
Comptes de Bourgogne, B5251. Inventaire^ ii,237). Vo3'-ez notre liste 
des Ueux forts occupés par les Compagnies en Bourgogne {Hîst. de du 
Gueselin, p. 471, 497, 498, 507 à 509). Les trois volumes de l'inven- 
taire des archives de la Côte-d'Or permettraient d'ajouter à cette liste 
près de cinquante forteresses. 

3. Seguin de Badefol était l'un des quatre fils légitimes de Seguin 
de Gontaut, sire de Badefols (auj. BadefoIs-de-Cadouin, Dordogne, 
arr. Bergerac, c. Cadouin). Marié le 15 juin 1329 à Marguerite de 
Berail, Seguin de Gontaut, père de Seguin de Badefol, eut trois antres 
fils, Jean, Pierre et Gaston, une fille, Dauphine mariée à Pierre de 
Cugnac, et cinq enfants naturels, dont deux fils et trois filles; dans son 
testament daté du 23 aoât 1371, il ne nomme point Seguin qui était 
mort empoisonné à la fin de 1365 et élit sa sépulture dans l'abbaye de 
Cadouin. 

4. Ce chef de Compagnie est appelé Taillevardon dans une lettre de 
rémission accordée le 10 juin 1379 à Guillemin Martin de « Crome- 
neau », au bailliage de Maçon, qui avait quitté ton pays natal c pour 



SOMMIRE DU PREMIER UYRE, $$ 491-498. xxi 
Pin\ Espiote', le Petit Meschin S Bataille \ Frank Hennequin', le 

cause des gens de rArcheprestre, de feu Guiot du Pin et de feu Tail- 
lerardon et de plusieurs autres gens d'armes qui lors (en 1362) gas- 
toient etpilloîenttoutlepajrs... > Jrch, Nat,^ JJ115, n« TO.-»* En 1363, un 
ëcuyer de Philippe le Hardi, lieutenant du roi son père dans le duchë 
de Bourgogne, s'appelait Arnaud de Talbardon. {Ârch, delà CôU-^Or^ 
fonds de la Chambre des Comptes, sërie B, liasse 371 ; inpent.^ I, 40.) 
D'après Paradin, le roi Jean fit pendre en 1362, à Trichastel, Talle- 
bardon, Guillaume Pot et Jean de Chauffour; mais cet érudit est dans 
Terreur an moins en ce qui concerne ces deux derniers routiers. Pot 
rirait encore en 1367 et Jean de Chauffour fut dëcapitë à Langres 
rers le milieu de 1364. 

1 . Par acte date de Paris en arril 1364, Charles Y accorda des lettres 
de rémission à Jean BrufTaut, écuyer, né à la Vouzailles, en la séné- 
chaussée d^ Anjou, à quatre lieues de Poitiers (Vienne, arr. Poitiers, 
c. Mirebeau), i comme à ceste Penthecouste prochain renant aura 
deux ans ou enriron (5 juin 1362), il se fust parti de son pais et ac-^ 
eompaignez arec Gujrot an Pyn, nez de nostre royaume et lequel es- 
toit ou au moins apparoit estre pour lors bon et lojal Irançoîs, et s*en 
feussent alez en lointains et estranges pays et par especiai es parties de 
Bourgoingne, pour nous serrir et eulx adrenturer bonnement et loyale- 
ment, sanz ce que le dit Jehan y pensast à nul mauraiz, malice ou 
fraude, mais supposoit et tenoit estre le dit Guiot bon et loyal fran- 
çois. Kt| après certain temps, ycellui Guyot, le dit Jehan encore estant 
en sa compaignie, se mist et accompaigna arec certains Anglois et au- 
tres ennemiz et rebelles de nostre royaume et de nous. > Jreh, Nat», 
JJ94, n» 46. — Dans une autre lettre de rémission en date du 

10 juin 1379, on lit que i bien a quinze ans ou enriron (en 1363^, feu 
Guyot du Pin et plusieurs autres pillârs de sa suite et compaignie es- 
toient sur le pays et y tenoient et occupoient le fort de Mannay (auj. 
Manlay, Côtcsd'Or, arr. Beaune, c. Liemais), prenoient et raençon- 
noient hommes et femmes.... • JJ115, n« 70. 

2. Espiote, dont le nom s'écrit aussi Lespiote, était cantonné près 
de Chalon lorsque, le 20 norembre 1365, on lui apporta, ainsi qu'à 
une dizaine d'autres chefs de Compagnies, a lettres ae par messire du 
Gœsclin que tantos ils se départissent du duché et s'en allassent après 
li. > (Areh, de la Côte^d^Ot^ compte de Dimanche Vittel en 1365). Un 
messager qui portait une lettre aes officiers du duc de Bourgogne à du 
Guescun n*en fut pas moins dépouillé au delà de Dijon par la route 
d'Espiote. Finot, Heclterches, p. 99. 

3. Le Petit Meschin , d'origine gasconne, arait été dans sa jeunesse 
rarlet d'homme d'armes, comme un autre chef de bande. Limousin. 

11 fut fait prisonnier par le bailli Huart de Raicheral, en 1368, derant 
Orgelet (Jura, arr. Lons-le-Saulnier). Finot , Recherches^ p. 106. Le 11 
mai 1369, Louis, duc d'Anjou, fit noyer dans la Garonne, à Toulouse, 
le Petit Meschin, ainsi que Perrin de Saroie. Thalamus parvus^ p. 384. 

4. D'après une interpolation du copiste d'un manuscrit de Froissart, 
manuscrit conserré aujourd'hui à la Bibliotlièque de Leyde (ms. Al 5 
de notre classification), Bataillé était d'origine bretonne. 

5. Sur ce Frank Hennequin, paune garçon d'Allemagne, royez notre 



XXII CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

I 

bour Camus ^, le bour de Lesparre*, le bour de Breteuil', Naudon 
de Bageran*, Lamit', Hagre TEscot, Albrest, Ourri T Allemand, 
Bourdeille*, Bernard^ et Hortingo de la Salle, Robert Briquet', 



sommaire du t. V, p, 53 et 54. D'après un témoin dans Tenquéte pour 
la canonisation de Charles de Blois, ce Frank Hennequin tenait au 
mois de mai 1369 garnison pour Jean de Montfort à Carnaix, et saint 
Charles l'aurait frappe, puis guéri à Guingamp d'une paralysie géné- 
rale. Frank Hennequin, en reconnaissance de ce miracle, aurait fait nu- 
pieds un pèlerinage à l'église des Frères Mineurs de Guingamp, i pro- 
voquant en duel quiconque nierait désormais la sainteté de Cnarleft de 
Blois. > Bitl. Nat.^ ms. lat., n» 5381, t. H, f»» 216 et 217. 

1. Le bour ou bâtard Camus, Navarrais ou Gascon d'origine, comme 
l'indique ce sobriquet de bour, passa en Italie après la bataille de Bri- 
guais avec Hawkood, Creswejr, Briquet (Froissart de Buchon, II, 407) * 
et fut pris après décembre 1367 dans le château de Beauvoir (Nièvre, 
com. de Saint-Germain-Chassenaj, arr. Nevers, c. Decîze) par les gens 
du duc de Bourbon. C'est lui qui faisait jeter dans une fosse pleine de 
feu les prisonniers qui ne se voulaient ou ne se pouvaient racheter. 
Chronique de Louis Je Bourbon, éd. de M. Chazaud, p. 16 à 20. Archives 
départementales de la Cote^Or^ fonds de la Chambre des Comptes de 
Dijon, reg. B4406, 5498; Jm^ent., U, 112, 273. 

2. Cet aventurier gascon était un bâtard de la puissante maison de 
Lesparre (Gironde). 

3. Le bour de Breteuil accompagna aussi Hawkood et Creswey en 
Italie (Froissart de Buchon, H, 407). 

4. En janvier 1365, Charles V accorda des lettres <^e rémission à 
Naudon de Bageran, c né du pajs de Gascoingne, capitaine de Com- 
pagnies. » JJ98, no 720, f» 213. — En novembre et décembre 1367, le 
gouverneur de Nivernais fit pajer la solde des gens d'armes opposés à 
messire Bernard de Lobrac , à Naudon de Baugerant , au bour Camus 
et à leurs gens c pleins de maie volenté, lesquelz ennemis s'efTorçoient 
de prendre villes et forteresses et demeurant sur le pays en novembre 
et décembre 1367- » jirch. départ, de la Céte^d'Or^ fonds de la Chambre 
des Comptes, B5498; Invent, ^ II, 273; Finot, RecliercheSy 105. — Nau- 
don de Bageran , qui, fut plus tard capitaine pour les Anglais du châ- 
teau de Segur en Limousin (Corrèze, arr. Brive , c. Lubersac) , est 
mentionné comme mort en 1394. Areh, Nat,^ JJl46y n^ 189. 

5. Lami, routier breton, était capitaine de Longwy en 1365. Finot, 
p. 99. 

6. Cet aventurier appartenait-il à la famille de Bourdeilles (Dor- 
dogne, arr. Périgueux, c. Brantôme) ? 

7. Bernard de la Salle , qui, le lundi 18 novembre 1359, étant au 
service du captai de Buch , escalada le château de Clermont avec des 
grappins d'acier, se mit à piller la Bourgogne après le traité de Bréti- 
gny. Il était encore dans cette province en 1368 avec Bérard d'Albret, 
Gaillard de la Motte, Bernard d'Eauze, le bour de Badefol. Arch, de la 
Cdte-d'Or, B9292; Invent, , 111, 398. 

8. Robert Briquet, après la bataille de Brignais, alla en Italie avec 
Creswej; il revint avec ce dernier ravager l'Anjou, vers 1367 « au 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 491-498. xxiii 

Greswey ^, Amanieu d'Ortigue*, Garciot du CasteP, Guyonnet de 
Pau^. Vers la mi-carème, les Compagnies se mettent en mesure 
de marcher sur Avignon en passant par le comte de Mâcon, le 
Lyonnais et le comté de Forez. P. 59 à 62, 256 à S58. 



temps que les gens de Compaignie, desquelles Peu disoit soaTerain 
capitaine un Anglois appeM Briquet, couroient par le pals d'Anjou ou 
enTÎTon. • Jean d*Anaignë, capitaine du château de la Roche d^lté 
(château de Loire, Maine-et-Loire, air. Segré, c« Gandë), fit alors la 
guerre à ce Robert Briquet. JJ104, n» 164. 

1. Sur Jean Greswey, voyez notre Histoire de du Gtteselin, p. 362. 

2. Le prénom et le nom de cet aventurier indiquent clairement son 
origine gasconne. Il y a un Ortigues qui est aujourd'hui hameau de la 
commune de Cëzac, Gironde, arr. Blaye, c. Saint-Savin. 

3. D'après le témoignage d'Espaing de Lëon, rapporte par Froissart 
(Chron., éd. de Buchon, II, 383), Garciot del ou du Gastel était origi- 
naire de la région des Pyrénées, comme l'indique du reste son prénom 
de Garciot, diminutif de Garcia. Lorsque les chefs des Compagnies qui 
ravageaient les trois sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne et de 
Nîmes conclurent avec Amoul, sire d'Âudrehem, maréchal de France, 
et Henri, comte de Trastamare, le 23 juillet 1362, à Clermont en Au- 
vergne, un traité qui fut confirmé à Paris le 13 août suivant, traité par 
lequel ces aventuriers s'engageaient à évacuer le royaume moyennant 
la sonmie de 100 000 florins, c'est entre les mains de Garciot du Gastel 
que cet argent fut versé en décembre 1362 et en janvier 1363. « Item, 
solrit dictus Stephanus de Montemejano domino Gassiono de Ctutello^ 
capitaneo unius ex societatibits , pro complemento de c°> florenis dictis 
societatihus promîssis ut a regno exirent, de quibus per Bernardum 
Francisci , receptorem Nemausi , traditi et persoluti fuerunt iiii<^ x^ 
floreni, qui x"> floreni restantes, eidem domino Gassiono soluti, man- 
date dicti domini d'Audenehan, valent viii°^ franci. Item, solvit dictus 
Stephanus predicto domino Gassiono, pro dono sibi facto per dictum 
dominum u'Audenehan in recompensacione expensarum per eum fac- 
tarum cum domino Garssia de Nassi , militi , eundo Parisius versus 
regem et alias diversas partes, pro tractatu habendo cum dictis capi- 
taneis societatum ut exirent regnum : m floreni == viii^ franci. v Biil. 
Nai.^ ms. lat., n» 6957, f^ 14 v». — Garciot ou Garcion du Gastel 
était au service de Jean, comte d'Armagnac, lorsqu'il fut fait prison- 
nier par le comte de Foix à la bataille de Launac (Haute-Garonne, 
arr. Toulouse, c. Grenade-sur-Garonne), livrée le lundi 5 décembre 
1362. Vaissète, Hitt. du Languedoc, IV, 321. 

4. Cet aventurier était, comme son nom l'indique, originaire de Pau 
en Béam. Pau n'était encore à cette époque qu'un simple village de la 
rive droite du Gave, qui servait de station aux bergers de la vallée 
d'Ossau lorsqu'ils allaient hiverner leurs troupeaux dans les landes 
immenses du Pont-Long. Le 11 mai 1369, Louis, duc d'Anjou, fit dé- 
capiter et écarteler Amanieu de l'Artigue (ou d'Ortigue), Noii Pava- 
Ihon et Boulhomet (peut-être faut-il lire : Guyonnet) de Pau, qui 
avaient conspiré avec le Petit Meschin et Perrin de Savoie, pour livrer 
le duc leur maître aux Anglais. Thalamus parvus^ p. 384. 



xxiT . CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Le roi Jean mande à son cousin Jacques de Bourbon* de mar- 
cher contre les Compagnies. Le comte de la Marche, qui se tient 
alors en Languedoc où il vient de livrer à Jean Chandos les cités, 
villes, seigneuries et forteresses de Gayenne cédées aux Anglais 
par le traité de Brétigny', se rend par Montpellier et Avignon 
dans le comté de Forez .auprès de la comtesse de Forez, sa 
sœur*, etdeRenaud deForez*, beau-frère delacomtesse.il appelle 
sous les armes les seigneurs d'Auvergne, de Limousin, de Pro- 
vence, de Savoie, du Dauphiné, du duché et du comté de 
Bourgogne', et il les concentre entre Lyon et Mâcon. Louis, comte 
de Forez' et Jean de Forez', son frère, neVeux de Jacques de 
Bourbon, se rendent les premiers à Tappel de leur oncle. P. 62 
à 64, 259. 

Les chefs des Compagnies, après avoir concentré leurs bandes 
aux environs de Chalon ' et de Tournus , prennent la résolution 

1. Jacques de Bourbon, I du nom, comte de la Marche, comte de 
Pontieu avant la cession de ce comté au roi d'Angleterre par le traité 
de Brëtigny, 3"^^ fils de Louis I, duc de Bourbon, et de Marie de 
Hainaut, onde de Louis II, duc de Bourbon, marié à Jeanne de Cha^ 
tillon-Saint-PoL Anselme, Hisi, généaL, I, 318. 

2. Ce fut Jean le Maingre, dit Boucicaut, et non Jacques de Bour- 
bon, qui fit cette remise a Jean Chandos (Bardonnet, PrœiS'çerbal de 
délivrance y p. 105 à 110). Seulement, le roi Jean put charger son cousin 
le comte de la Marche, comme le raconte Froissart, d'une mission offi- 
cieuse auprès des grands seigneurs du parti français, qui firent des 
difficultés pour se soumettre an traité de Brédgny, tels que les comtes 
de Périgord.et d'Armagnac. 

3. Jeanne de Bourbon, l'aînée des filles de Louis I, duc de Bour- 
bon, et de Marie de Hainaut, mariée à Avignon le 14 février 1318 à 
Guigne, VU du nom, comte de Forez, mort en 1360. 

i^. Renaud de Forez, second fils de Jean I, comte de Forez, frère de 
Guigne Vil, comte de Forez, fut fait prisonnier à Briguais. Anselme, 
Eut. généal,^ VI, 730. 

5. Froîssart dit que « le jeune duc i envoya vers Jacques de Bourbon 
les chevaliers et écuyers, tant du duché que du comté de Bourgogne. 
Notre chroniqueur commet ainsi un anachronisme. Ces expressions 
de jeune duc ne peuvent s'appliquer qu'à Philippe de Rouvre, qui mourut 
le 21 novembre 1361, plus de cinq mois avant la bataille de Briguais. 

6. Louis, fils de Guigne VII et de Jeanne de Bourbon, avait succédé 
en 1360, comme comte de Forez, à son père. D'après Froissart, il était 
encore en 1362 sous la tutelle de Renaud de Forez, son oncle paternel; 
il était né à Saint-Galmier en 1338. 

7. Jean de Forez, second fils de Guigue VII et de Jeanne de Bour- 
bon, soBur de Jacques de Bourbon. 

8. Au moyen âge, les foires froides (d'hiver) et chaudes /d'été) de 
Chalon étaient le centre d'un négoce immense. Les marcnands du 



L 



SOMMAIRE DU PREMnSR LIVRE, §$ 49i-498. xxy 

d'envahir le Forez et de marcher contre les gens d'armes du roi 
de France^. Ils ravagent le Beaujolais', le Lyonnais, assiègent en 
vain Charlieu', passent par Montbrison et s'emparent du château 
de Brignais *, à trois lieues de Lyon, où ils attendent les Français 
qui les poursuivent sons les ordres de Jacques de Bourbon, Noms 

midi et du nord de TEorope s'y donnaient rendes-TOUs. Les produits 
de ritalie et du Levant remontaient la Saône jusqu'à Chalon et jus- 
qu'à Saint-Jean-de-Losne ; et ces deux rilles, aujourd'hui si dëchues, 
possédaient alors des entrepôts considérables où on déposait les mar- 
chandises. Saint* Jean-de-Losne était le principal péage où Ton perce- 
rait des droits de transit sur les marchandises exportées du royaume 
en l'Empire ou importées du comté de Bourgogne ou de l'Empire dans 
le duché de Bourgogne ou dans le royaume de France. L'entrepôt de 
ceue Tille s'appelait la Maison des Balles^ à cause des balles de laines 
ou d'antres aenrées qu'y déposaient les marchands {archives de la 
Côte^d^Or^ B3455). Ces richesses, on le comprend, éuient de nature 
à éveiller la conroîtise des chefs des Compagnies. Voilà pourquoi ces 
pillards, après avoir tenté vainement, à la fin de 1361 et dans les deux 
premiers mois de 1362, de surprendre Chalon pendant les foires {Jrch, 
de la Câte^Or^ B3561), s^emparèrent de Saint-Jean-de-Losne ou du 
moins détruisirent les moulins de cette ville et pillèrent le grand ma- 
gasin d'entrepôt appelé Maison des Balles {Ibid.^BdkkO et 3434b). Maîtres 
des passages de la Loire , ils pillent et tuent a les marchans venans es 
foires de Chalon. » (Ikid.^ BZb&k). On est obligé de faire garder par 
des hommes d'armes « les frontières de Chalon pendant les foires » 
« (/^<W.,B3ô61); et l'on fait placer une cloche au-dessus de la tour neuve 
du château de cette ville, c pour esveiller les guettes. » (/^û/., B3566). 

1. La ville deToumus (Saône-et-Loire , an*. Maçon) est située au 
nord de Mâcon et au sud de Chalon, sur la rive droite de la Saône. 
Grâce à l'occupation simultanée de Saint-Jean-de-Losne et de Toumus, 
les Compagnies commandaient le cours de la Saône en amont et en aval 
de Chalon. 

2. Les Anglo-Gascons avaient fait irruption en Beaujolais dès le mois 
de juin 1360 {Archives de la Côte-JtOr^ B8074b). 

3. Loire, arr. Roanne, sur la rive droite de la Loire. Charlieu, 
comme le dit Froissart, dépendait alors du comté de Mâcon, et ressor- 
tait au bailliage de cette ville. Si les Compagnies échouèrent devant 
Charlieu, elles s'emparèrent de Marcigny (Saône-et-Loire, arr. Cha- 
roUes), surnommé alors les Nonnains, à cause d'un prieuré de filles de 
l'ordre de Saint-Benoit, dont plusieurs actes établissent l'occupation 
parles routiers à cette date (JJ108, n* 370; JJ114, n» 180). Marcigny 
est situé sur la rive droite de la Loire, et les Compagnies purent tra- 
verser le fleuve en cet endroit pour se rendre du Charollais dans le Forez. 

4. Rhône, arr. Lyon, c. Saint-Genis-Laval, à 13 kil. au sud-ouest 
de Lyon. Ce bourg, arrosé par le Garon, petite rivière qui se jette dans 
le Rhône à Givors, est traversé par la route de Lyon à Saint-Etienne. 
Au quatorzième siècle, il y avait à Brignais un château fort, muni de 
fossâ et d*une enceinte, et, d'après M. AUut (les Boutiers et la bataille 
de Brignais j Lyon, Louis Perrin, 1859, p* 23), quelques pans de mur 



xxTi CHR0NIQ1JES DE J. FROISSART. 

des principaux seigneurs qui ont répondu à l'appel du comte de 
la Marche. P. 64, 65, 259 à 261. 

Jacques de Bourbon S après avoir rassemblé ses gens d'armes 
à Lyon, quitte cette ville et s'avance dans la direction de Bri- 
guais. Les Compagnies dissimulent Je gros de leurs forces der- 
rière de hautes collines* et ne font montre que de cinq à six mille 
hommes postés sur un mamelon * appuyé à ces collines et sur- 
plombant le chemin que suivent les Français. Jacques de Bour- 
bon, trompé par ce stratagème, fait nouveaux chevaliers son fils, 

de la première enceinte subsistent encore. Par une bulle datée de Lyon 
le 13 avril 1251 {Arch. du Rhône , fonds de la seigneurie de Brignais, 
n« 2), Innocent IV avait donné la seigneurie de Brignais au chapitre 
de Saint-Just de Lyon. Par conséquent, quand Froissart dit que les 
Compagnies prirent le château de Brignais et le seigneur et sa femme 
dedans, notre chroniqueur se trompe, ou il veut désigner le châtelain 
qui gardait ce château pour le chapitre de Saint-Just. 

1. Le principal organisateur de Tannée vaincue à Brignais par les 
Compagmes ne fut pas Jacques de Bourbon, mais Jean de Melun, 
comte de Tancarville, que le roi Jean, par acte daté de Beaune le 
25 janvier 1362 (n. st.), avait établi son lieutenant en tout son duché de 
Bourgogne, en tout le bailliage de Mâcon et de Lyonnais, dans les 
comtés de Forez et de Nevers, dans les baronnies de Beaujeu et de 
Donzy, dans les duchés de Berry et d'Auvergne, dans tout le comté de 
Champagne et de Brie, enfin dans tous les bailliages de Sens et de 
Saint-Pierre-Ie-Moutier, en le chargeant spécialement c de faire host 
et chevauchées encontre les Compaingnes et autres noz ennemis qui 
s'efforceront de meffaire en nostre dit royaume. » Jrch, Nat,^ JJ93, 
n* 301. — Jean de Melun, comte de Tancarville, était à Dijon en fé- 
vrier 1362 (JJ93, no 301), à Beaune en mars (JJ93, n* 36), à Autun 
aussi en mars, où il convoqua le ban et Tarrière-ban du duché, tandis 
que les abbés et prieurs furent sommés de fournir selon l'usage les charrois, 
sommiers et contributions (Dom Plancher, H'ist. de Bourgogne^ II, 245). 

2. Ces collines sont probablement celles des Barolles, situées à peu 
près à égale distance de Saint-Genis et de Brignais, à droite du chemin 
par où Ton va de la première de ces localités à la seconde. 

3. D'après l'historiographe Sauvage {Chronique de Froissart^ Lyon, 
1559, k vol. in-fol., note 88), ce mamelon est le lieu dit encore aujour- 
d'hui le bois Goyet, où cet erudit, dans une excursion faite à Brignais le 
27 juillet 1558, constaU des tranchées de trois pieds de {profondeur et 
de cinq à six pieds de largeur, c parmi monceaux de caillons au de- 
dans du fort. > Le plan incliné des collines des Barolles se prolongeait 
autrefois jusqu'au pied de ce mamelon dont il n'était séparé ^e par 
l'ancienne route de Saint-Genis à Brignais. Quoi qu'il en soit, c^est 
sur les dépendances d'une petite ferme nommée les Saignes^ située entre 
le pied de la colline des Barolles et le bourg de Brignais, à droite du 
chemin qui va de Saint-Genis à ce bourg, que Ton a trouvé autrefois, 
en labourant, des fers de lance et des débris d'armures. Allut, Us Rou' 
tiers, p. 228. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS ^di-498. xxtii 

Pierre de Bourbon» ainsi que son neveu, le comte de Forez, et 
donne l'ordre à rArchiprêtre, qui coitamande son avant-garde, à 
Jean de Chalon et à Robert de Beaujeu , d'attaquer les gens des 
Compagnies. Ceux-ci, des hauteurs où ils se tiennent et où sont 
entassés d'énormes monceaux de cailloux*, font pleuvoir une 
grêle de pierres sur les assaillants, et jettent ainsi le désordre 
dans les rangs des chevaliers français '. Pendant ce temps , les 
mieux armés et les mieux montés des gens des Compagnies con- 
tournent la montagne et viennent tomber à l'improviste sur les 
derrières de l'ennemi. Les Français sont mis en pleine déroute. 
L'Archiprêtre*, le vicomte d'Uzès*, Renaud de Forez, Robert et 

1. Le P. Menestrier prétend que les deux mille charrettées de pierres 
dont parle Froissart provenaient de Taqueduc de Briguais (restes d'un 
aqueduc romain destiné à amener du Mont-Pila à Lyon les eaux du 
Gier) ; les gens des Compagnies auraient ruiné cet aqueduc pour aroir 
de quoi lapider les hommes d'armes du comte de Tancarville. Il faut 
plutôt, à rexemple de M. Allut, attribuer la présence de ces amas de 
cailloux à la nature pierreuse du terrain des Barolles, où les travaux 
de la culture ont nécessité de tout temps l'extraction de ces cailloux. 
Les paysans en font encore aujourd'hui, lorsqu'ils défrichent leurs 
terres, des tas considérables qu'ils appellent chirats {Les Routiers, p. 212). 

2. D'après Mathieu Villani, et un chroniqueur de Montpelher con- 
temporain de la bataille, dont la version est plus vraisemblable que 
celle de Froissart, les gens des Compagnies attaquèrent les premiers et 
surprirent les Français, selon le chroniqueur florentin, plusieurs heures 
avant le jour, selon Tannaliste roman, à l'heure de none (3 heures du 
soir). Les routiers qui venaient de rendre, le 25 mars précédent, le châ- 
teau de Saugues (Haute-Loire, arr. le Puj) à Amoul, sire d'Âudrehem, 
maréchal de France, lieutenant du roi en Languedoc, avaient fait leur 
jonction avec ceux de Briguais pour écraser les hommes d'armes du 
comte de Tancarville et de Jacques de Bourbon. 

3. Arnaud de Cervolleou de ServoUe, surnommé l'Archiprêtre de Vé- 
lines, fut fait prisonnier par im Périgourdin son compatriote, le bour ou 
le bâtard de Monsac (Dordogne, arr. Bergerac, c. Beaumont). Le roi Jean, 
paya une grande partie, sinon la totalité de la rançon de cet habile 
spéculateur en aventures guerrières : c Domino Amaldo de Servola, 
militi, dicto l'Arceprestre, pro denariis mandato domini nostri régis et 
Pétri Scatisse, thesaurarii Francie, traditis domino d'Audeneham, ma- 
rescallo Francie, tanquamfidejussorisuo ergA spurium de Monsaco, eujus 
spurii idem domînus Arnaudus fuit prisonarius,»,, pro financia ipsius do- 
mini Amaudi : \^ floreni vaientes IIII°> franci. » Bi&i. Nat,, ms. lat. 
n» 5957, f» 15 (fin de 1362). — Par acte daté de RoyaKeu près Com- 
piègne en juin 1362, le roi Jean se reconnut redevable de' 35 000 flo- 
rins envers l'avide partisan qui en réclamait 100 000 et lui donna en 
gage son château ae Cuisery en la comté de Bourgogne (Saône-et- 
Loire, arr. Louhans). Areh. Nat.^ JJ91, n<> kkl. 

4. Froissart oublie de mentionner Jean de Melun, comte de Tan- 



xxTni CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Louis de BeaojeuS Jean et Louis de Chalon, les seigneurs de 
Toumon, de Roussillon, de Chalançon et de Groslëe sont faits 
prisonniers. Le jeune comte de Forez et Je seigneur de Montmo- 
riUon sont tnës'. Jacques de Bourbon et son fils Pierre, blesses 
mortellement et rapportes à Lyon, succombent peu de jours après 
l'action'. Cette bataille de Briguais se livre le vendredi après 

canrille, Jean, comte de Saarbruck {Grandes Chroniques^ VI, 226)» qui 
furent aiusi faits prisonniers à Brignais, ainsi que Guillaume de Melun, 
cheTaUer, chambellan du duc de Normandie, a qui ledit duc, par acte 
date de Conflans le 8 mai 1362, donna 1000 francs d*or c pour paier 
sa rançon aus ennemis desquels il a este pris en la besongne qui derrain 
a esté vers Lion sur le Rosne, » JJ92, n^ 87. ^- Jean de Melun, comte de 
Tancanrille, lieutenant du roi en Bourgogne, avait payé sa rançon ou 
avait éxé mis en liberté sous caution peu de jours après la bataille ; car, 
par acte daté de Lyon sur le Rhône en avril 1362. il accorda des lettres 
de rémission a un certain Jean Doublet, a comme il avoit esté arecques 
les Grans Compaingnes en la bataille devant Brinays en laquelle il prist 
nostre très cbier et bon ami messire Gerart de Toury (maréchal du 
duché de Bourgogne), par Tinduccion duquel il est retournez à Tobeis- 
•ance du roi nostre sire, et ledit messire Gerart a délivré à plein de sa 
prison sansraençon et s^est départis des dites Compaingnes.... » JJ93, 
no 34. 

1. Robert et Louis de Beanjeu étaient les fils de Guichard, seigneur 
de Beaujeu, et de sa troisième femme, Jeanne de Châteanvillain (An- 
selme, VI, 732 et 733). Diaprés la chronique romane de Montpellier, 
le jeune seigneur de Beaujeu, Antoine, né le 12 août 1343, et fils 
d'Edouard, sire de Beaujeu, tué au combat d*Ardres en 1351, assistait 
aussi à la bataille de Brignais, non, comme le dit cette chronique, avec 
ses frères, mais avec ses deux oncles, frères consanguins de son père, 
Louis et Robert. 

2. D'après le dernier historien des seigneurs de Noyers (Petit, Month- 
graphie des sires de Noyers^ Auxerre, 1874* in-8), Jean de Noyers, 
comte de Joigny, aurait été tué aussi à la bataille de Brignais. Le ré- 
dacteur des Grandes Chroniques et le père Anselme auraient confondu, 
selon M. Petit, Jean de Noyers, comte de Joigny, avec son neveu Miles 
de Noyers IX, ou, d'après cet érudit, XII du nom, fait prisonnier à 
Poitiers en 1356, è Brion en 1359, et mort dans son lit en 1369. 

3. Voici le texte de Tinscription gravée sur la pierre sépulcrale de 
ces deux princes. Ce marbre, autrefois placé dans réglise des Domini- 
cains de Confort à Lyon, a été découvert en 1856 dans la cuisine d'un 
maçon, et on le conserve aujourd'hui dans le musée lapidaire de cette 
ville : i Cy gist messire Jacques de Bourbon, conte de la Marche, qui 
morut à Lyon à la bataille de Brignecz, qui fut Tan mil gccxxxii 
(pour 1362), le mercredy devant les Rameaulx. — Iten (sic), cy gist 
messire Pierre de Bourbon, conte de la Marche, son filz, qui morut 
à Lyon de cette mesme bataille Tan dcMus dict. Priés pour eniz. » 
Dans cette inscription refaite en 1472, selon la conjecture ingénieuse 
et vraisemblable de M. Allât, le graveur a mis par mégarde 1372 au 
lieu de 1362. Les Routiers^ p. 231 è 249. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §$ 491-^98. xzix 

les Grandes Pâques (ou le 12 avril 1361 *). P. 65 à 69, 261 
à 265. 

Les habitants de Lyon recueillent les victimes et les fuyards de 
Brignais. Jacques de Bourbon meurt de ses blessures dans cette 
ville trois jours après la bataille, et Pierre de Bourbon ne survit 
que peu de temps à son père. Après leur victoire, les Compa- 
gnies mettent au pillage le comte de Forez '. Seguin de Badefol, 
qui a sous ses ordres trois miUe combattants, s'empare d'Anse, 
château situé sur la Saône, à une lieue' en amont de Lyon, d^où 

1. Les deux dates données par Froissart sont fausses. La bataille de 
Brignais se HYra le mercredi ayant les Rameanx, 6 atHI 1362. Le ré- 
dacteur des Grandes Chroniques (VI, 225) et l'annaliste roman du 
Thalamus parvus (p. 360) sont d*accord sur ce point ayec Tinseription 
grarëe sur la pierre tombale des deux princes ; et Pon a peine à com- 
prendre que dom Vaissète, si exact d'ordinaire, ait rapporté cet événe- 
ment à Tannée 1361 {B\4t. du Languedoc^ IV, 312). L'erreur des Béné- 
dictins a entraîné celle de presque tous les historiens modernes. 

3. Les Compagnies araient envahi le Forez dès le mois de jan- 
vier 1362, car vers la fête de TÉpiphanie ou 6 janvier de cette année, 
la bande du Petit Mescliin occupa le prieuré d'Estivareilles (Loire, 
arr. Montbrison, c. Saint-Bonnet-le-Chateau), à une lieue de Viverols 
(Puy-de-Dôme, arr. Ambert), dans la haute, moyenne et basse justice 
de Henri de Rochebaron, chevalier, seigneur de Montarcher (Loire, 
arr. Montbrison, c. Saint-Jean-Soleymieux) : i Circa festum Epiphanie 
ultimo preteritum (6 janvier 1362), alii nostri inimici vei Tebelles ac 
aliqui de Socletate Parvi Mesquini, depredatores et regni nostri malivoli 
nostrorumque subjectorum oppressores, dictum prioratum occupave-> 
runt et aliquandiu tenuerunt. » Areh, Nat,^ JJ91, n» 313» 

3. Anse (Rhône, arr. Villefranche-sur-Saône) n'est pas à une lieue, 
comme le dit Froissart, mais à 22 kil. en amont de Lyon, sur la rive 
droite de la Saône. La seigneurie et le château d'Anse, dont il reste 
d'imposants débris, appartenaient aux chanoines du chapitre cathé- 
dral de Samt-4ean, comtes de Lyon. D'après Froissart, Seguin de Ba- 
defol se serait emparé (^'Anse presque immédiatement après la bataille 
de Brignais. Ce routier prend, en effet, le titre de capitaine d'Anse 
dans une pièce en date du 12 mai 1362» qui faisait parde an dernier 
siècle des archives du comte de Gonuut-Saint-Gemès et dont dom 
ViUevieilIe (Bibl. nat.. Trésor généalogique^ au» mot Badefol) a donné 
l'analyse. Mais personne n'ignore que la compilation du savant reli- 
gieux, si précieuse du reste, fourmille d'erreurs; et d'autre part, le 
rédacteur de la chronique romane du Thalamus parvus, l'un des chro- 
nologistes les plus exacts du quatorrième siècle, dit que Seguin de 
Badefol s'empara d'Anse vers la fin de novembre 1364 : « Item, entom 
la fin de novembre (1364), Seguin de Badafol près per escalament, 
égal mattinas, lo luoc d'Aussa (Usez : Anssa) prop Lyon en Bergonha, 
local tenc long temps, entro a xm de setembre l'an ucv que ne yssi 
am finanssa de xlv» floris. > Thalamus parvus, p. 367. — Par lettres 
datées de Mtcon le 6 novembre 1364, Jean de Salomay, chantre et 



XXX CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

il rançoime le comté de Mâcon, rarchevêché de Lyon, la terre 
du seigneur de Beaujeu et tout le pays environnant jusqu'à Mar- 
cigny-les*Nonnains. Les autres chefs de bandes, Naudon de Ba- 
geran, Espiote^, Creswey, Robert Briquet, Ortingho etBemardet 
de la Salle, Lamit, Bataillé, le bour Camus, le bour de Bre- 
teuil^, le bour de Lesparre, marchent sur Avignon pour mettre à 
rançon le pape et les cardinaux. Apprenant qu'on vient de dépo- 
ser une somme considérable dans la forteresse du Pont-Saint- 



capitaîne de cette ville, manda à Jacques de Yienne, sire de Longwy 
(Jura, arr. Dôle, c. Chemin), capitaine général pour le roi en Bour- 
gogne et Maçonnais, que mesaire Seguin de Badefol était venu à 
grande force et s'était emparé nuitamment de la ville d^Anse, le priant 
de pourvoir à la sâreté du pays {Arch, de la Côte-itOr^ fonds de la 
Chambre des Comptes de Bourgogne). A la fin de ce mois, Seguin 
menaça Lyon du côté de la porte de la Lanterne {Ihîd,^ B 8550; 
Invent. y III, 269) ; et Janiard Provana, bailli de Valbonne et châtelain 
de Montluel (Ain, arr. Trévoux) pour le comte de Savoie, dut garder 
la rive gauche de la Saône à la tête de 33 cavaliers armés {ibid.j 
B 8551 ; Inçent,^ III, 269). En juin 1365, Seguin faisait encore épier 
les villes de Bresse \lbid,^ B 7590; Inveni., lU, 142), et quelc^ues-uns 
de ses bandits furent pendus à Pont-de-Veyle par le i carnassier > ou 
bourreau de Mâcon {l6id,, B 9291 ; Invent. ^ III , 397). Cf. Arch, Nat., 
JJ97, no« 70, 203, 387; JJlll, n« 290 ; JJ112, n» 198. 

1. Le 24 août 1362, fête de Saint-Barthélémy, à neuf heures du 
matin, le gascon Espiote, en compagnie de deu^ autres chefs de Com- 
pagnies, Tallemand Jean Hanezorgues et le gascon P. de Montant, passa à 
Saint-Martin* de-Prunet, près de Montpellier. Ces Compagnies allèrent 
se loger à Mireval, à Vie, à la Veyrune et à Pignan (Hérault, arr. 
Montpellier, c. de Frontignaii et de Montpellier); et, la nuit suivante, 
elles mirent le feu aux palissades qui entouraient Pignan, Mireval et 
Vie. Tfialamus parvus^jt. 361. 

2. Après la bataille de Brignais, le bour de Breteuil ou de Bretalh, 
à la tête d'environ douze cents combattants, alla ravager l'Auvergne, 
où, le 3 juin 1362, il fut taillé en pièces devant Montpensier (Puy-de- 
Dôme, arr. Riom, c. Aigueperse) par quatre cents Espagnols et Castil- 
lans, sous les ordres de Henri, comte de Trastamare. C'est à la suite de 
cette défaite que quelques-uns des principaux chefs des Compagnies 
s'engagèrent à évacuer le royaume en vertu du traité, conclu à Clermont 
en Auvergne le 23 juillet suivant , dont il a été question plus haut 
(p. xxTTi, note 3) et dont le texte a été publié plusieurs fois, notamment par 
Hay du Chastelet {But. de du Guesclin, p. 313 à 315). Le 24 août 1362, 
à trois heures du soir, le bâtard de Bretalh et Bertuquin, capitaines de 
Compagnies, arrivèrent à Montpellier, se logèrent aux Frères Mineurs, 
et le lendemain matin se mirent en route pour la sénéchaussée de Car- 
cassonne. Du 25 au 31 août, le Navarrais Garciot du Castel, l'Anglais 
Jean Âymeri et le Petit Meschin passèrent aussi devant Montpellier. 
Thalamus parvus, p. 361. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 4^1-498. xzxi 

Esprits située sur le Rhône, à sept lieues en amont d'Avignony 
Bataille, Guyot du Pin, Espiote, les i>ours Camus et de Lesparre, 



1. Gard, arr. Uzès, sur la rire droite du Rhône, à 30 kil. en amont 
d'Arignon. Le Pont-Saiat-Esprit fut pris par les Compagnies, non, 
comme le dit Froîssart, après Briguais, c^est-à-dire en 1362, mais 
dans la nuit du dimanche 27 au lundi 28 décembre 1360, « aquel an 
metejs an lx, la nuog dels Innocens, fo près lo Inoc de Sant Esprit 
SOS lo Roze per une companha d^Anglezes et de fais Franceses... » 
Thalamus parvus, p. 357. — Notre chroniqueur a raison de dire que les 
Compagnies, qui infestaient à la fin de 1360 la sénéchaussée de Beau- 
Caire et de Nîmes, sVmparèrent par surprise du Pont*Saint-£sprit, 
afin de faire main basse sur un c grant trésor d qu'elles y croyaient 
déposé. Ce grand trésor, estait le premier versement fait par les con- 
tribuables des trois sénéchaussées ae Toulouse, de Carcassonne et de 
Nîmes sur l'aide levée pour la rançon du roi Jean. Mais ce que Frois- 
sart semble avoir ignoré, c'est que les Compagnies, malgré Thabileté 
avec laquelle elles avaient organisé l'espionnage, firent leur coup de 
main un ou deux jour&jtrop tôt. Les deux commis, chargés par le tré- 
sorier de France à Ntmes, d'aller au Pont-Saint-Esprit remettre le 
montant de ce versement entre les mains de Jean Souvain, ch*', alors 
sénéchal de Beaucaire , qui devait le porter au roi à Paris sous bonne 
escorte, ces deux commis, dis-jé, nommés maître Jean de Lunel et 
Jean Gilles, n'arrivèrent à Avignon avec les besaces de cuir contenant 
le produit de l'aide que le 26 décembre. Dès le surlendemain, à la 
nouvelle que le Pont-Saint-Esprit venait d'être pris par les Compa- 
gnies, et que Jean Souvain avait Eait une chute mortelle en voulant 
repousser leur assaut, Jean de Lunel et Jean Gilles n'eurent rien de 
plus pressé que de rebrousser chemin et de retourner à Nîmes avec 
leur argent. « Pro expensis factis per magistrum Johannem de Lnnello 
oui una cum Johanne Egidii portaverunt (sic) apud Avinionem xxvi* 
aie decembris ocglx, de mandato dicti aomini thesaurarii Francie, 
in besaciis corii, v™ n* mutones, n^ v* regales veteres, n^ et o scuta 
vetera et M uii« regales novos, pro ipsis abinde portandis Parisius 
dicto domino régi per dominum Johannem Silvani, militem , tune 
senescallum Bellica<m, tune accedere Parisius debentem pro condn- 
cenda moneta redempcionis régis que tune portabatur per commimi- 
tates senescalliarum Tholose et Carcassonne. Et cum fuit (Johannes 
Silvani) in loco Sancti Spiritus, in crastinum locus in quo dictus senes- 
callns erat, pro arripiendo iter suum, fuit ab Anglicis inimicis regni 
occnpatus. Et opportuit ibi ipsos cum dicta moneta remanere cum 
dicto thesanrario rrancie et domino Rothomagensi cardinali, per très 
dies, donec fuit deliberatum quod custodiretur donec itinera essent ma* 
gis secura. Et reversi fuerunt apud Nemausum cum dicta moneta 
usque ad mensem marcii quo fuit missa per personas inferius decla^ 
ratas dicto domino régi. Li quo viagîo fuerunt per quinque dies cum 
tribus equitaturis et expendiderunt ix francos m grosses. » (Bihl, 
Nat,^ fonds latin, n» 5957, f<» 25 vo). Cf. Grandes Chroniques^ VI, 223; 
Chronique de Jean le Bel^ II, 274 à 277; Histoire de Nismes, par Léon 
Mesnard, II, 220 à 225. ^rch. Nat.^ JJ92, n« 80. 



xxxii CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Lamit et le Petit Meschin font une cheyauchée de quinze lieues 
pendant la nuit; ils arrivent au point du jour devant le Pont- 
Saint-Esprit qu'ils prennent par escalade, et où Us trouvent d'im- 
menses richesses. Ils tiennent dès lors à discrétion les deux rives 
du Rhône, le côté de l'Empire comme celui du royaume de 
France et courent jusqu'aux portes d'Avignon. P. 69 à 72, 265 
à 267. 

A la nouvelle de la prise du Pont-Saint-Esprit^, beaucoup de 
Compagnies, cantonnées en Champagne et en Brie, en Orlëanab, 
dans le Chartrain, le comte de Blois, l'Anjou, le Maine et la Tou- 
raine, prennent à leur tour le chemin de la vallée du Rhône, enva- 
hissent le Comtat et la Provence*. P. 72, 73, 267, 268. 

Le pape Innocent VI, affamé dans Avignon ainsi que le sacré 



1. Dès le 8 janrier 1361, Innocent VI écrit à Louis, éyéque élu de 
Valence, de continuer à l'ayertir des agissements de la Grande Com- 
pagnie (Martène, Thes,AnMcdot,^ II, 846); le 9, il mande auprès de lui 
don Juan Fernandez de Heredia, châtelain d'Amposta et prieur de 
Saint-Gilles {Ibid,^ 847 et 848) ; le 10, il écrit au gouTemeur du Dau- 
phiné et à Philippe de Routtc, duc de Bourgogne, pour les prier d*em- 
pécher les gen^ des Compagnies de trarerser leurs terres et les prévenir 
de la croisade préchée contre ces brigands (Jbid,^ 848, 849) que le pape 
a sommés en yain d'évacuer le Pont-Saint-Esprit c castrum Sancti Spi- 
ritus, Uticensis diocesis » ; le 17, il s'adresse pour la même fin au roi 
de France, au duc de Normandie, au duc de Touraine [Ihid,^ 851, 
852, 854, 855); le 18, à Jean, comte d* Armagnac, et à Gaston, comte 
de Foix {ihid,^ 857); le 23» à Pempereur Clurles IV, roi de Bohême 
{Ibid., 859 k 861), et à Rodolphe, duc d'Autriche {Ihid., 862 à 864) ; 
le 26, à Robert, sire de Fîennes, connétable de France, que le roi 
Jean vient d^envoyer avec Amoul, sire d'Audrehem, maréchal de 
France, contre les Compagnies [Ibid,^ 867); à Pierre, roi d'Aragon 
{Ibid.^ 868, 869), et à Amédée, comte de Savoie {Ibid., 864, 865). 
Enfin, le 28 janvier 1361, Innocent VI charge Pierre Sicard, chanoine 
de Narbonne, de diriger la construction d'une enceinte de remparts 
dont il veut entourer sa cité d'Avignon « super constructione mœnio- 
rum seu murorum dausurœ civitatis nostrœ Avinionensis. s Thés, 
jinecdot,^ II, 869. — Cette enceinte, commencée en 1361 par ordre 
d'Innocent VI, et terminée sous le pontificat d'Urbain V, successeur 
d'Innocent, est celle qui subsiste encore aujourd'hui, du moins en 
partie. 

2. Dans le courant du mois de février 1361, Innocent VI écrit i 
Louis, évêque élu de Valence, à .Amédée, comte de Savoie, à rarche- 
vêque de Lvon, à celui de Vienne, a l'évéque de Viviers , à Adhëmar, 
comte de Valentinois, pour les prier de s'opposer au passage des bri- 
gands qui, c de diversis regni Francias partibus », s'avancent et vien- 
nent rejoindre ceux qui se sont établis au Pont*SflLint*Efprit. Martène, 
Thés. Aneedot.^ Il, 872 & 874. ' 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 491-498. xxxm 

collège, prêche la croisade contre ces brigands. Le cardinal d'Os- 
tie*, mis à la tête de Texpëdition projetée, convoque à Garpentras 
ceux qui en veulent faire partie; mais comme on ne donne à ces 
croisés que es indulgences, ils retournent bientôt chez eux et 
quelques-uns vont même grossir les bandes des Compagnies. 
P. 73, 74, 268, 269. 

L'avortement complet de cette croisade oblige le pape' à faire 
remettre une somme considérable à Jean, marquis de Montferrat, 
à charge de prendre à ses gages les gens des Compagnies, maî- 
tres du Pont-Saint-Esprit, pour les enmiener en Italie*. Les prin- 
cipaux chefs de ces bandes se laissent enrôler, sauf Seguin de 
Badefol qui tient Anse, et vont faire la guerre à Galéas et à Bar- 



1. Ce cardinal est le fameux Pierre Bertrandi, cardinal évêque d'Os* 
tie. Froissart rappelle sans doute Pierre du Moustier ou du Monestier 
(Ardèche, arr. Tonrnon, c. Annonay), parce qu'il était seigneur de 
cette localité ainsi que de Colombier, qui s*est appelé depuis lors, en 
souTenir de ce prélat illustre, Colombier-le-Cardmal (Ardèche , arr. 
Tonmon, c. Serrières). JJ81, n* 815. Cf. Pabbé de Sade, Mémoires sur 
Pétrarque^ lil, 564 et 565. 

2. Innocent YI entra en négociations ayec les brigands du Pont- 
Saint-Esprit dès la première quinzaine de février. Le 13 de ce mois, il 
députa Juan Femandez de Heredia, châtelain d*Amposta , prieur de 
Saint-Gilles de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, le dominicain Eu- 
mène Begamon, son pénitencier, et Etienne de la Tuile, de l'ordre dei» 
Frères Mineurs, bachelier en théologie, vers c Waltero, militi et capi- 
taneo gentis armigene qu» Magna Societas dicitur, et Johanni Scakaik 
ac Ricardo Mussato, Armigero Nigro, ejusdem capitanei marescallis et 
conestabulariis. » Le malheureux pape s'efforce de prendre les routiers 

Sar la douceur, a Bénigne ac placide intelleximus qualiter tos, obe- 
ientiam yestram nostris beneplacitis etmandatispromptiusofferentes, 
contra nos et romanam curiam vestrum nuUatenus dirigebatis propo- 
situm, nec nos et sedem apostolicam Tel curiam îpsam intendebatis 
aliqualiter perturbare. » Martène, Thés, Anecdot,^ II, 882 et 883. 

3. Par un bref date d'Angnon le 8 des ides de juin (6 juin) 1361 , 
Innocent VI donna quittance générale k son amé fils Juan Femandez 
de Heredia, ik qui Regnault, ëvéque d*Autun, son trésorier, a de man- 
dato nostro super hoc facto eidem oraculo riToe Tocis >, avait compté 
de la main à la main 14 500 florins d'or, en le chargeant de les re- 
mettre a Jean, marquis de Montferrat, et « per eumdem marchionem 
certis gentibus arnugeris quae Magna Societas dicebantur. > Martène, 
ibid,^ 995. — La peste, qui ëdau alors à Avignon et qui sérit dans la 
TaJiée du Rhône avec une intensité effrayante, fut néanmoins la prin- 
cipale cause qui détermina les Compagnies a évacuer le Pont-Saint- 
Esprit et à suivre le marquis de Montferrat en Italie (Martène, Thés, 
Anecdot, ^11^ 1027; Villani, 1. X, cap. xlvi), A la Voulte-sur-Rhône 
(Ardèche, arr. Privas), « la mortiditë a esté si grande que de dix Vun 
iCut escftappé, b Arch, Nat,^ JJ95y n^ 161. 

\i — c 



xzxiv CHRONIQUES D£ J. FAOISSÀRT. 

nabOf seigneurs de Milan. Pendant ce temps, Seguin de Badefol 
s'empare de Brioude^ d'où il ravage tout le pays d'Auvergne. 
Ses gens d'armes font des excursions jusqu'au Puy, à la Chaise- 
Dieu', àClermont, à Montferrant', à Chilhac\ à Riom, à Nonette', 
à Issoire, à Yodables ', à Saint-Bonnet-l'Arsis ' et sur toutes les 

1. Seguin de Badefol s'empara de Brioude le 13 septembre 1363, de 
grand matin : a Item a xin de setembre (1363), davan matinas, lo dig 
mossen Segui de Badafol près lo luoc de Brieude en AlTemhe, e lo tenc 
ben entoru x meses e plus. » Thalamus patvus, p. 363. — La prise de 
Brioude est par conséquent antérieure ae plus d'un an à celle d*Anse, 
d'où il suit aue Froissart, en racontant ces deux faits, a interverti com- 
plètement 1 ordre chronologique. Le témoignage de l'auteur de la 
chronique romane de Montpelher est confirmé par une lettre de rémis- 
sion accordée en juin 1366 à Jean Baille, sergent rojal au bailliage d'Au- 
vergne, « comme, environ trois cmz a, la ville de Briode eust esté prise 
par les ennemis de nostre royaume et yeelU eussent tenu Pespace d^un 
an ou environ, en laquelle ville le dit Jehan, sa femme et enfanz demou- 
roient, et à la prinse d'icelle ville fu le dit Jehan pris par les dix enne- 
mis et mis à grant raençon. » Jrch, Nat.y JJ97t 107. — Dans une autre 
lettre de rémission octroyée en mai 1365 à Bertrand Basteir, marchand 
de Brioude, il est fait mention de a la prise de la dicte ville de Brioude 
faicte nagueires par Seguin de Baldefol et ses aliez, ennemis de nostre 
royaume, n JJ98, n* 279. Cf. sect. judic, X«*20, f» kl. — Peu après 
la prise de Brioude, Amoul d'Audrehem, lieutenant en Languedoc, 

Ear un mandement daté de Nîmes le 13 octobre 1363, poussait la fai- 
iesse jus<}u'à autoriser les habitants du Vêlai à s'imposer une aide ex- 
traordinaire pour payer rançon à Seguin de Badefol à la suite d'un 
pactis récemment conclu f cum ipso et ejus tirannida Societate. » 
Bibi. Nat.^ ms. lat., n» 10 ÛÛ2, f« 32 v«. — Par acte passé à Qermont 
le 21 mai 1364, les trois États d'Auvergne et le gouverneur du duché 
pour le duc de Berry, alors otage en Angleterre, rachetèrent Brioude 
ainsi que Varennes (auj. Varennes -Saint-Honorat, arr. le Puy, c. Al- 
lègre) des mains de Seguin de Badefol. Archives des Basses-Pyrénées , 
arm. Albret, invent. C, chap. m. 

2. Haute-Loire, arr. Brioude. 

3. Aujourd'hui section de Clermont-Ferrand. 

4. Haute-Loire, arr. Brioude, c. Lavoûte-Chilhac. Dans notre texte 
(p. 76, 1. 4), on a imprimé, par erreur : Tillath. Lisez : Cillach. 

5. Puy-de-Dôme, arr. Issoire, c. Saînt-Germain-Lembron. 

6. Pu^-de-Dôme, arr. et c. Issoire. 

7. Saint-Bonnet-l'Arsis nous est inconnu. Le contexte ne nous per- 
met pas de voir là deux localités distinctes, par exemple Saint-Bonnet 
et Lastic, suivant la leçon de quelques éditeurs ; car, dans ce cas, Lar- 
sb ou l'Arsis devrait être précédé, comme les autres noms de lieu, de la 
préposition à. Peut-être tArsis ou le Brûlé est-il un ancien surnom de 
Saint-Bonnet-le-Cliateau (Loire, arr. Montbrison), par opposition à 
Saint-Bonnet-le-Froid (Haute-Loire, arr. Yssingeaux, c. Montfaucon). 
Le voisinage de ces deux localisés donne au moins quelque vraisem- 
bhmce à cette hypothèse. Seguin de Badefol pilla aussi l'hôtel-Dieu de 
Montbrison {Arch, Nat,^ sect. adm., Pi 409*, n» 1394). 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §g 491-498. xuly 

terres du comte dauphin* alors otage en Angleterre. Après une 
occupation de plus d'une année, Seguin de Badefol évacue Brioude' 
moyennant finance et se retire avec ses trésors en Gascogne, son 
pays natal. J'ai oui dire depuis que cet aventurier eut une fin 
tout à fait tragique*. P. 74 à 76, 269 à 271. 

1. Béraud l«c, comte de Clermont et dauphin d'Aurergne, marié à 
Marie de Villemur, fut en effet l'mi des otages du traité de Brétigny 
(Rjmer, III, 515^. Les domaines dn comte Dauphin 8*étendaient entre 
Clermont et Brioude. 

2. S'il fallait en croire un curieux et charmant récit d'un ancien 
chef de Compagnie nommé le Bascot de Maoléon, rapporté par Frois- 
sart , après le départ pour Anse de Seguin de Badetbl , Loois Rou- 
baut, de Nice , lieutenant de Seguin , aurait occupé Brioude, à la place 
de son maître. Un auure routier nommé Limousin aurait obtenu ]es 
fiiTeurs d*une maîtresse, cune trop belle femme », que Ronbant, pen- 
dant un voyage à Anse, avait laissée à Brioude. Informé du fait, nou- 
baut, pour se venger, aurait chassé ignominieusement Limousin, après 
l'avoir fait « mener et courir tout nud en ses braies parmi la ville. » 
Limousin se serait vengé à son tour en faisant tomber Roubaut dans 
une embuscade où le bandit niçob fut taillé en pièces et pris par le 
seigneur de la Vonlte et les habitants du Puy (Froissart de Buchon, II, 
411 à 413), à la Batterie (auj. hameau de Graix, Loire, arr. Saint- 
Étienne, c. Bourg- Argental), entre Annonay et Saint-Julien. Cet enga- 
gement i où Louis Roubaut fiit battu et fait prisonnier^ se livra le ven- 
dredi 2 mai 1365. Thalamus parptu, p. 368. 

3. Lorsque Seguin évacua Brioude en vertu d'une convention con- 
clue k Clermont le 21 mai 1364, il ne se retira pas immédiatement en 
Gascogne ; mais, dans les premiers jours du mois de novembre de cette 
année, il s'empara d*Anse, comime nous avons déjà eu lieu de le dire 
plus haut. Après huit mois d'occunation, dans le courant de juillet 
1365, il s'engagea, envers le pape Urbain V, à rendre cette forteresse 
aux chanoines de Saint-Jean , comtes de Lyon, qui en étaient sei- 
gneurs, moyennant l'absolution et une somme de 40 000 petits florins, 
on 32 000 francs, dont une moitié devait être nayée à Anse dans les 
premiers jours d'aoât, et Tautre moitié à Roaez au terme de Noël 
suivant. Seguin s'engageait, en outre, a faire sortir ses compagnons du 
royaume, et consentait, en garantie de l'exécution de cette clause, à 
livrer messire Seguin son père et ses frères comme otages k Avignon. 
Le pape, de son côté, promettait de donner Tabsolntion aux compa- 
gnons de Seguin de Badefol, au cas où ceux-ci voudraient aller au 
voyage d'outre-mer c avec les autres qui y doivent aler en la compai- 
gnie de l'Archiprestre. s A cette occasion, les consuls de Lyon prêtè- 
rent 4000 florins au chapitre de Saint-Jean, et fournirent en outre les 
otages, qui furent enyoyés à Avignon jusqu'à l'entier acquittement des 
20 000 florins restants. Le roi Charles Y viot aussi au secours des comtes 
de Lyon; il leur fit don d'une somme de 12000 francs, pour le paye* 
ment de laquelle on leva 3 gros par feu sur les habitants du Lyonnais 
et du GéVaudan {Jrch, Nai.^ K49, n« 5), et un franc et un florin par feu 
sur ceux de l'Auvergne {Bibi, Nai,j Quittances, XV, 192). Le chapitre 



XXXVI CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. 



CHAPITRE LXXXYI. 

1361. MORT DU DUC DB lANCÀSTHB, — MORT DU DUC DR BOURGOCNR 

RT PARTAGR DK SA SUCCESSION • 1362. MORT DU PAPR INNOCENT VI 

ET ÉLECTION d'uRBAIN V. YOTAGR ET SÉJOUR DU ROI JEAN A LA 

COUR d'aVIONON. CRÉATION DE LA PRINCIPAUTÉ d' AQUITAINE EN 

FAVEUR DU PRINCE DB OALLBS ET ARRIVÉE d'ÉDOUARD DANS SA NOU- 
VELLE PRINCIPAUTÉ (§§ 499 à 502). 

I 

Mort de Henri, duc de Lancastre^. Ce duc laisse deux filles, 
FaLnëe, Mathilde , mariée au comte Guillaume de Hainaut, et la 
jeune Blanche, à Jean, comte de Richmond, fils d'Edouard IIIj, 
qui devient duc de Lancastre du chef de sa femme. — Mort de 



de Salnt^ean reprit possession du château d^Anse dès le mois d'aoât, 
paisqu'on le voit nommer, le 30 de ce mois, Guillaume de Chalamont, 
chevalier, capitaine de ce château, aux gages annuels de 400 écus d*or 
{Areh. du Rhône ^ arm. Énoch, vol. 20, n» 26; AUut, Us Rouiiert^ 
p. 155 à 170). Toutefois, au mois de novembre 1365, Seguin de Bade- 
fol ëtait encore à Anse, ou du moins il était supposé j être, car il 
figure parmi les routiers à qui Bertrand du Guesclin fit porter, le 20 
de ce mois, une lettre où il les invitait a vider le pajs et a le suivre 
(Archhes de. la Câte-^Or^ fonds de la Chambre des Comptes de Bour- 
gopie, B1423). Quoi qu'il en soit, du Guesclin réussit à entraîner Se- 
guin. Seulement, ce routier voulut, chemin faisant, rendre visite au 
roi de Navarre à Tinstigation duquel il avait naguère saccagé le 
royaume, et mal lui en prit. Charles le Mauvais, à qui Seguin récla- 
mait un arriéré de solde, trouva plus simple de Tempoisonner que de 
le payer. Telle est la fin tragique à laquelle Froissart fait allusion, et 
qu^il faut rapporter aux derniers jours du mois de décembre 1365 : 
« Item, en lo dich mes de dezembre (1365), lo sobredich Segni de Ba- 
dafol mori à Pampalona (Pampelune, en Navarre) per lo fuoc de Sant 
Anthoni, » Thalamus parvus^ p. 370. Cf. Martène, thés, j4necdot., I, 
1576, et Secousse, Preupes de P histoire de Charles le Bîauptds^ p. 381 
et 411. 

1. Un mandement d^Édonard III, en date du 16 avril 1361 {Rymer^ 
III, 614), est adressé à Henri, duc de Lahcastre. Cependant Knyghton, 
chanoine de Leicester (apud Tmysderiy U, 2625) dit que Henri de Derby 
mourut dans le carême qui suivit le traité de Brétigny, c'est-à-dire 'au 
plus tard dans les vingt-et-un premiers jours de mars 1361 . Le duc de 
Lancastre fut enterré près de la porte septentrionale de Téglise collé- 
giale de Leicester, qu'il avait fondée à côté d*un hôpital destiné à re- 
cevoir cent pauvres malades. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 49^802. xxxvii 

Philippe, dit de Rouvre, duc de Bourgogne ^ marie à la jeune 
Marguerite, fille de Louis, comte de Flandre. Marguerite*, mère 
du comte de Flandre, succède à Philippe, son petit neveu, dans 
la possession des comtes d'Artois et de Bourgogne. Jean de Bou- 
logne a pour sa part les comtés d'Auvergne et de Boulogne*. 
Enfin, Jean, roi de France, hérite à titre de plus proche parent^, 
du duché de Bourgogne, au grand déplaisir du roi de Navarre^ 
qui prétend avoir des droits sur cette succession ainsi que sur la 
Champagne et la Brie. P. 76, 77, 271 et 272. 
Le roi de France entreprend de visiter son nouveau duché ' et 



1. Philippe, dit de Rouvre, mourut le 21 novembre 1361, cinq mois 
à peine ^après son mariage avec Marguerite de Flandre, accompli le 
l**" juillet précédent, alors que Marguerite n'avait pas encore attemt sa 
douzième année. 

2. Marguerite de France, mariée le 2 juin 1320 à Louis II, comte de 
Flandre, mère de Louis III, dit de Maie, et grand*mère de Marguerite 
de Flandre, était la seconde fille de Philippe le Long et de Jeanne, 
comtesse de Bourgogne et d* Artois. Cette princesse, sœur de Jeanne 
de France, mariée a Eudes IV, recueillit les comtés de Bourgogne 
et d'Artois du chef de sa mère Jeanne, bisaïeule de Philippe de 
Rouvre. 

3. Jeanne de Boulogne, fille de Guillaume, comte d'Auvergne et de 
Boulogne et de Marguerite d'Évreux, mariée en premières noces k Phi- 
lippe de Bourgogne, dont elle eut Philippe de Rouvre, remariée le 
19 février 1349 à Jean, roi Je France, mourut à ArgilJj le même jour 
que son fils, c'est-à-dire le 21 novembre 1361. Jean d'Auvergne ou de 
Boulogne, qui, par suite de ce double décès, entra en possession des 
comtés de Boulogne et d'Auvergne, était, ainsi que le cardinal Gui de 
Boulogne, l'oncle de Jeanne du côté paternel. Jean et Gui étaient les 
fils de Robert VU, comte d'Auvergne et de Boulogne, et de sa seconde 
femme, Marie de Flandre, tandis que Guillaume, père de Jeanne de 
Boulogne, était le fils de ce même Robert VII et de sa première 
femme. Blanche de Clermont. Anselme Nut, généal,^ VIII, 56 et 57. 

4. Le roi Jean, fils de Jeanne de Bourgogne, soeur d'Eudes IV, 
grand -père de Philippe de Rouvre, était par conséquent le neveu 
d'Eudes IV, le cousin germain du fils d'Eudes, Philippe de Bourgogne, 
tué an siège d'Aiguillon le 22 septembre 1346, et l'oncle à la mode de 
Bretagne de Philippe de Rouvre, fils de Philippe de Bourgogne. 

5. Charles II, roi de Navarre, dit le Mauvais, petit-fils par sa mère 
de Marguerite de Bourgogne, première femme de Louis le Hutin et 
sœur d'Eudes IV, était seulement le cousin issu de germain du der- 
nier duc de Bourgogne. Pour couper comt à ces prétentions de son 
gendre, le roi Jean, par une ordonnance rendue au Louvre lez Paris 
au mois de novembre 1361, réunit perpétuellement à la Couronne : 
1° le duché de Bourgogne, 2<^ les comtés de Champagne et de Brie, 3° le 
comté de Toulouse. Oretonn,, IV, 212 et suiv. 

6. Le voyage du roi Jean en Bourgogne pour prendre possession de 



xxxmt CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

d'aller voir le pape à Avignon; il part de Paris vers la Saint- 
Jean-Baptiste 1362*, après avoir nommé Charles son fils aîné 
régent pendant son absence, et arrive à Avignon aux approches 
de Noël suivant*. Innocent YI meurt sur ces entrefaites*. Les 



son nouveau duché, n'a rien de commun, qaoi qu'en dise Froissart, 
avec le vojage à Avignon. Le voyage en Bourgogne eut lieu en dé- 
cembre 1361 et janvier 1362, tandis que le voyage à Avignon ne se fit, 
conmie nous le montrerons plus loin, qu'aux mois d'octobre et de no- 
vembre de cett même année 1362. Voici les principales étapes du 
voyage en Bourgogne. 1361,5 décembre : départ du bois de Vin- 
cennes (Gr, Ckron., VI, 225); du 5 au 9 décembre : passage à Moret 
(JJ91, n* 30), à Sens (JJ91,'no 31), à ViUeneuve-le-Roi (JJ119, 
n» 415), à Saint-Florentin (JJ91, n» 100), à Auxerre (JJ91, n» 230), à 
Tonnerre (JJ91, n<> 33). Jean arriva à Dijon le 10 décembre et confirma 
le jour même de son arrivée le traité conclu à Guillon le 10 mars 
1360 (dom Plancher, Hut. de Bourg,^ t. II, Preuves, p. gclxxii à 
ccLXXvi). C'est encore à Dijon que ce prince confirma, le 23 décembre 
suivant, les libertés et franchises des habitants de cette ville (JJ91, 
no kk), 1362 (n. st.), 2 janvier, à Talant (JJ91, n*» 46, 66, 57, 98); 
7 janvier, à Rouvre (dom Plancher, H, Preuves, ccunn et cclxvii) ; 
16 janvier, à Cîteaux (Ibid., cgi.xvii et gclxviii); 20 et 25 janvier, à 
Beaune (JJ91, n^ 103 à 106: JJ93, n» 69); février, à Amay-le-Duc 
(JJ91, n^B 69 à 71). Le roi Jean, après avoir passé par ChâtiIlon>sur« 
Seine (JJ91, n« 68) et Troyes (JJ91, n»» 84 et 85) pendant la première 
quinzaine de février, était de retour au boisdeVincennes le 17 février 
(JJ91, no 221). 

1 : Froissart commet ici, comme l'a déjà fait remarquer dom Vais- 
sète (Hitt, du Languedoc^ IV, 572), une grave erreur de date. Le roi 
Jean ne partit point de Paris vers le 24 juin ; il était encore dans cette 
ville non à la fin, comme le dit dom Vaissète, mais dans les premiers 
jours de septembre (JJ91, no* 368, 370), au manoir de Tourvoye, près 
Provins (K179, liasse 21 , n® 4) ; à Torcenay (K179, liasse 28, n« 2128); 
à Troyes le 30 septembre et dans les premiers jours d'octobre (Pi 377*, 
no 2891. JJ119, n» 219. JJ93, n«« 1 à 12); à Châtillon-sur-Seine fJJ93, 
no> 13 et 14) ; à Villaines-en-Duesmois (JJ93, n» 15), à Beaune (JJ93, 
n*» 18 à 20, 37, 38), à Chalon (JJ93, n* 21, 35, 36, 39, 40, 41, 43, 
51, 54 à 56) en octobre; à Tournus, le 22 octobre (JJ93, n» 69); à 
Mâcon (Ordonn,, III, 594, 595, 599) dans les derniers jours d'octobre. 
Le roi de France n'arriva à Villeneuve-lez-Avignon que dans les pre- 
miers jours de novembre (Ordonn,, lïl, 600). 

2. La fête de Noël se célèbre le 25 décembre. On a vu par la note 
précédente que Jean arriva à Villeneuve-lez-Avignon dans les premiers 
jours de novembre. Par conséquent, Froissart place près de deux mois 
trop tard l'arrivée du roi de France à Avignon ou du moins à Ville- 
neuve-lez-Avignon. 

3. Etienne Aubert, né à Mont près Pompadour au diocèse de' Li- 
moges, élu pape, sous le nom d'Innocent VI, le 18 décembre 1352, 
mourut à Avignon le lundi 12 septembre 1362, après un pontificat de 
9 ans 8 mois 26 jours depuis son couronnement. Froissart place la 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 499-502. xzxix 

cardinaux de Boulogne et de Përigord se disputent les voix du 
conclave. Ne pouvant réunir la majbrité, parce qu'ils se tiennent 
en échec l'un Tautre, ils prennent le parti de Caire élire un sim- 
ple moine, abbé de Saint-Victor de Marseille, qui devient pape 
^us le nom d'Urbain V^ Informé que Pierre de Lusignan, roi 
de Chypre, doit venir bientôt à Avignon, Jean passe Thiver à 
Villeneuve et dans ses villes du midi, en attendant l'arrivée du 
vainqueur des Sarrasins, du conquérant de Satalie'. P. 77 à 
79, 272 à 274. 

Edouard Ul crée Edouard, prince de Galles, son fils aîné, 
prince d'Aquitaine ' ; Lionel , son second fils , naguère comte 
d'Ulster, duc de Clarence; Jean, son troisième fils, auparavant 
comte de Richmond, duc de Lancastre ^ ; et il demande pour son 
quatrième fils Aymon, comte de Cambridge, la main ^ de Margue- 

mort de ce pape après rarrivée da roi Jean à ATÎgnon, tandis qa*elle 
eut lieu près de deax mois auparavant. « 

1. Le 22 septembre 1362, dix jours après les funérailles d'Innocent VI, 
les cardinaux présents à Arignon entrèrent an conelaye au nombre de 
vingt, y compris Andronin de la Roche arrivé dans la capitale du 
Comtat alors qu'Innocent était à Tagonie. Par suite de la lutte qui s'é- 
tablit entre les cardinaux de Boulogne et de Périg jrd, les membres du 
sacré collège lurent plus d'un mois dans le concUre avant de convenir 
d'un pape. Ils ne parvinrent à se mettre d'accord qu'en portant leur 
choix sur quelqu'un qui n'était pas leur collègue, Guillaume Grimoard, 
abbé de Saint-Victor de Marseille, qui fut ëlu pape le 28 octobre, 
quelques jours seulement avant l'arrivée du roi Jean à Avignon. Guil- 
laume, né au château de Grizac (alors paroisse de Bédouès, aujour- 
d'hui commune de Pont-de-Montvert, Lozère, arr. Florac), au diocèse 
de Mende, successivement professeur de droit canon à l'université de 
Montpellier, abbé de Saint-Germain d'Auxerre, puis en 1358 de Saint- 
Victor de Marseille, légat en Italie au moment de son élection, entra 
secrètement à Avignon le 30 octobre et fut sacré évéque et couronné 
pape le dimanche 6 novembre sous le nom d'Urbain Y. D'après Raj- 
naldi, le roi Jean ne serait allé visiter le nouveau pape et n'aurait fait 
son entrée k Avignon que le 20 novembre 1362. 

2. Aujourd'hui Satalieh, Turquie d'Asie, province d'Anatolie, sur la 
Méditerranée, à l'entrée du golfe du même nom. C'est l'ancienne Atta- 
lie qui tirait son nom d'Attale son fondateur. D'après les Grandes 
CItroniaues (VI, 225), Saulie fut prise par Pierre I«', roi de Chypre, 
le jeudi !«' juillet 1361. 

3. JÉdouard, prince de Galles, fut créé prince d'Aquitaine le 19 juil- 
let 1362. Rymer, in, 668, 669. 

4.aiean, dit de Gand, à cause du lien de sa naissance, était marié à 
Blanche, la seconde fille de Henri de Derby, duc de Lancastre. 

5. Ces négociations furent entamées peu après la mort de Philippe 
de Rouvre, premier mari de Marguerite de Flandre, dès le commen- 



XL CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

rite, fille du comte de Flandre et veuve de Philippe de Rouvre. 
— Mort d'Isabelle de France S fille de Philippe le Bel et mère 
d'Edouard III. Après avoir assisté aux obsèques de sa grand'mère, 
Edouard, prince d'Aquitaine et de Galles, qui vient de se marier 
à Jeanne de Kent, veuve de Thomas de Holland ^, quitte l'An- 
gleterre et fait voile vers le continent * où il se rend pour pren- 
dre possession de sa nouvelle principauté; il débarque à la Ro- 
chelle et y reste quatre jours. P. 79 à 8i, 274, 278. 

Jean Ghandos, gouverneur d'Aquitaine pour le roi d'Angleterre, 
va de Niort où il réside à la Rochelle au-devant du prince; il 
l'accompagne à Poitiers où tous les feudataires de Poitou^ et de 
Saintonge viennent rendre hommage à leur nouveau suzerain. Le 
prince d'Aquitaine se dirige ensuite vers Bordeaux. Il fait en 
compagnie de la princesse un long séjour dans cette ville et y re- 



cernent de l'année 1362. Par acte daté de son château de Windsor le 
8 férrier de cette année, Edouard III donna pleins pouToirs à l'éyéqae 
de Wincester, au comte de Suffolk, etc., pour négocier cette affaire 
auprès de son très-cher cousin le comte de Flandre. Rymer, III, 
636. 

1. Froissart s'est trompé de quatre ans sur la date de cet éréne- 
ment. Cette princesse mourut en novembre 1358, avant le 20 do ce 
mou. Rymer, III, 411. 

2. Froissart n'a mentionné ce mariage , contracté malgré l'opposi- 
tion du pape et d'Edouard III et qui fiit l'une des causes du départ 
du prince de Galles pour TAquitaine, Froissart , dis-je, n*a mentionné 
ce mariage à sa date que dans la seconde rédaction représentée par le 
manuscrit d'Amiens. Voyez p. 274. 

3. Le 29 aoât 1362, Edouard III autorisa son très-cher fils, te 
prince d'Aquitaine et de Galles, qui avait contracté des dettes à l'occa- 
sion de son départ pour l'Aquitaine, à faire son testament afin de don- 
ner des gages et une hypothèque, le cas ëchëant, à ses créanciers, 
tt cum in obsequium nostrum ad partes Fasconim profeeturus est, » 
Rymer, III, 676. 

4. Les feudataires de Poitou prêtèrent serment de foi et hommage 
à Edouard, prince d'Aquitaine et de Galles, au château de Benon, le 
l«v septembre 1363 ;, à Niort, le 3 septembre; au monastère de Saint- 
Maixent, le 6; en l'église cathédrale de Saint-Pierre de Poitiers, le 13; 
en l'église des Frères Mineurs de la même ville, le \k ; en la chambre 
du prince d'Aquitaine, à Poitiers , le 23 ; au palais de Poitiers, le 29 
de ce mois (Delpit, Documents français en Angleterre^ p. 108 à 114). 
Les feudataires de Saintonge avaient prêté serment du 23 au 29 août 

! précédent {Ibid.^ p. 106 à 107), ceus^^'Àçgoumois , du 18 au 2# aoât 
Ibid,^ p. 104 à 106), ceux de Périgoraf/le Quercy et de Rouergue , à 
Bergerac, à Sainte-Foy et en l'église^Saint-Front de Périgueux, du k 
au 15 août {Ibîd., p. 100 à 104). 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 499-502. xu 

çoit le serment des seigneurs de Gascogne^. Grâce à sa médiation, 
la paix est conclue ^ entre les comtes de Foix et d'Armagnac qui 
sont depuis longtemps en guerre. Il fait Jean Chandos connétable, 
et Guichard d'Angle maréchal, d'Aquitaine. Il distribue les 
meilleurs offices de la principauté aux chevaliers de son entou- 
rage et à des Anglais, au grand mécontentement des gens du pays. 
P. 81,82, 278 à 277. 



CHAPITRE LXXXVn. 

1363. AB&nriB sr séjoub db fiebkb i*', boi db chtpbb, a avionon. 

niOJBT DB CBOI8AOB. TBArri CONCLU BNTBB foOUABD lO BT 

LBS QUATBB OTAOBS DBS rLBURS DB LU. YOTAOBS DU BOI DB 

CHYPBB A PABI8, BN NOBMAHDn BT EN ANOLBTBBBB. 1 364. BBTOUB 

DB JBAN U A LONDBB8. YOTAGB DB PIBBBB 1*' EN AQmTAINB. 

M(H1T DU BOI DB FBANCE A LONDBBS BT AViNRMBNT DB CHABLBS V 
(SS 503 à 510). 

Arrivée de Pierre I*', roi de Chypre, à Avignon*. Les rois de 
France et de Oiypre prennent la croix* à l'instigation d'Urbain V. 
P. 82 à 84, 277 et 278. 



1. C'est du 9 an 30 juillet 1363, ATant de se rendre en Poitou, 
qu'Edouard, prince d'Aquitaine et de Galles , duc de Comouaille et 
comte de Chester, reçut le serment des feudataires de Gascogne, soit 
dans l'église cathédrale de Saint-André, soit dans le palais de Tarche- 
Têque de Bordeaux. Delpit, Documents français , p. 86 à 100. 

2. Cette paix fut conclue en Fëglise Saint-Volusien de Foix le 14 
ami 1363 à la suite de la yictoire remportée par le comte de Foix à 
Launac le 5 décembre précédent (dom Yaissète, H'ut. de Languedoc, 
lY, Preuves^ 281 à 284); mais le roi Jean et le pape Urbain Y eurent 
beaucoup plus de part que le prince d'Aquitaine à la réconciliation 
des deux comtes. 

3. Pierre I»"", roi de Chypre, fit son entrée à Avignon le mercredi 
saint 29 mars 1363. Baluz., Fitm pap. Apen., I, 401, 983. 

k. Les rois de France et de Chypre et un troisième roi dont Frots- 
sart ne parle pas, Yaldemar III, roi de Danemark , prirent la croix le 
vendredi saint, 31 mars 1363, le surlendemain de TarriTée du roi de 
Chypre. Yaldemar III étai^ iwivé à Avignon le 26 février, un mois 
environ avant Pierre I«» : ' •' bie vigesima sexta februarii , rex Daciœ 
intravit cnnam (Avenionis), qna de causa ignoratur. » Baluz., Fitœ 
pop, A9en,^ I, 401. 



xhn CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Après Pftqaes 1363, départ d'Avigncm des rois de Chypre* et 
de France'. Voyages de Pierre I*' à Prague* auprès de l'empe- 
reur Charles IV, roi de Bohème, en Allemagne, dans le duchë de 
JulierSy en Brabant, en Flandre où il rencontre à Bruges le roi 
de Danemark qui a quitté son royaume pour le venir voir, en 
Hainaut. Le roi de Chypre s'efforce de recruter dans tous ces 
pays des adhérents à la croisade projetée. P. 84 à 86, 278 à 280.- 

Traité conclu entre Edouard III et les quatre ducs d'Orléans, 
d'Anjou, de Berry et de Bourbon, otages en Angleterre^. Edouard 

1 . Pierre !•' partît d*ATignon le mercredi 31 mai 1 363 (Ihid. , I^ 401) . 

2. Le roi Jean, après aroir fait set adieux an Saint-Père le 9 mai 
(Ibid,^ I, 401), quitta VilleneuTe-]ez-ATignon pour retourner en France, 
entre le 15 et le 17 mai 1363 (Bibl. Nat,^ ms. lat. n» 10002, f«» 63, 55 
y* et 56). Voici les principales étapes de son retour : à Bagnols-dn- 
Gard, le 17 mai (ms. lat. n» 10002, f>* 55 -^ et 56) ; au Pont-Saint- 
Esprit (JJ93, n» 242), à Romans (X**7, f" 191 t» et 196 ▼•»), entre le 
17 et le 28 mai ; à Lyon, le 28 (PI 360', n» 797) et le 31 mai (ms. lat. 
n« 10002, f» 17 ▼•). Pierre !•', parti d'Avignon le 31 mai, alla rejoindre 
le roi de France à Lyon. Après quoi, Jean se remit en route vers Paris. 
Il était à Chalon le 7 juin (ms. lat. n^ 10002, ^ 1), à Beaune entre le 
7 et le 27 juin (JJ93, n*» 263, 279 à 281), èTalant-sur-Dijonle27 juin, 
où il nomma son plus jeune fils Philippe, duc de Touraine, son lien- 
tenant en Bourgogne (JJ95, n<> 43), à Troyes (JJ91 , n<» 483, 489 ; 
JJ95, no 140), puis à rroTins (JJ91, n^ 485), dans les premiers jours 
de juillet, et il arriva à Paris dans la première quinzaine de ce mois 
(JJ91, n«* 486 à 488, 490). Le 23 jmllet, il tint cour plënière à la 
Noble Maison de Saint-Ouen fK48, n» 33). 

3. Il est invraisemblable et a peu près impossible que Pierre I*i^, roi 
de Chypre, ait fait alors ce voyage à Prague dont parle Froissait, 
quoique la version du brillant chroniqueur ait éié adoptée par le der-i 
nier et savant historien de Chypre, M. de Mas-Latrie [Hist. de Chypre^ 
II, 240, en note). Parti, comme nous venons de le voir, d'Avignon le 
31 mai 1363, Pierre I«r éuit en Normandie à la fin d'août, à Rouen et - 
à Caen, où le dauphin Charles fêtait sa venue, au commencement de 
septembre de la même année {Contin, chron. G, de Nangiaeo, II, 330 et 
331; Chronique det quatre premiers Valois^ 128). On admettra difficile- 
ment que deux mois et demi aient pu suffire au roi de Chypre pour se 
rendre d'Avignon en Bohême et pour revenir en Normandie après 
avoir parcouru l'Allemagne, le duché de Juliers, le Brabant et le mi- 
nant. D'ailleurs, deux chroniqueurs, d'ordinaire plus exacts que Frois- 
sart, Jean de Yenette et l'auteur de la Chronique des Faloîs, affirment 
que Pierre I*', après son départ d'Avignon, accompagna le roi Jean en 
France : i Et, istis sic ordinatis, reversus est ad Franciam indilate 
(Johannes, rex Francise), et rex Cyprl similiter çenit illuc, s Contin, G, de 
Nangiaeo^ U, 330. 

4. Aux termes de ce traité, conclu à Londres en novembre 1362, ' 
Edouard III s'engageait à mettre en liberté les quatre ducs d'Orléans , 
d'Anjou, de Berry et de Bourbon, appelés les quatre princes des Fleurs 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §S 503-510. xlhi 

s'engage a mettre en liberté ces quatre otages sous certaines con- 
ditions; et, en attendant que ces conditions soient remplies, les 
ducs sont internés à Calais ^ L'embarras des finances vient se 
joindre au projet de croisade pour faire traîner en longueur les 
négociations relatives à ce traité, au grand mécontentement du 
duc d'Anjou. D'un autre côté, le roi de Navarre se prépare à 
recommencer les hostilités et prend à sa solde les Compagnies 
qui reviennent de Lombardie, pour faire la guerre au royaume'. 
P. 86,87, 280, 281. 

Au retour de son voyage en Allemagne, le roi de Oiypre va 
voir le roi de France à Paris', le dauphin duc de Normandie à 



de Lis, moyennant le prix de 200 000 florins et la cession de la terre 
de Belleville et du comt^ de Gaure. En outre, le duc d'Orléans devait 
donner en gage au roi anglais les châteaux de Chizé, de Melle, de 
Ciyray et de Villenenve, sis en Poitou et Saintonge, ainsi que le châ- 
teau aç Beaurain situé en Pontieu. U ëtait conTenn aussi que la Roche* 
snr-Yon, Dun-le-Roi et Ainay lez Dun>]e-Roi (anj. Ainay-le-Viei]) 
seraient livres à Edouard en échange de la mise en liberté des comtes 
de Braisne, de Grantpré, des seigneurs de Montmorency, de Clères, 
de Hangest et d'And^el (Rymer, III, 681 , 682). Par acte daté de 
VilleneuTe-le^Avignon, le 26 janrier 1363, le roi Jean confirma le traité 
conclu entre son frère, ses deux fils, le duc de Bourbon et Edouard III, 
au mois de novembre précédent. U pria seulement le toi anelais de 
Tonloir bien mettre en liberté Pierre d'Alençon, le comte dauphin 
d'Aurergne et le seigneur de Coucy au lieu et place du comte de Grant- 
pré, des seigneurs de Clères et aAndrezel (Rymer, III, 685) ; mais 
Edouard ne voulut pas consentir à cette modification. 

1. Par acte daté du 15 mai 1363, Philippe, duc d'Orléans, comte de 
Valois et de Beaumont, Louis, duc d'Anjou et comte du Maine, Jean, 
duc de Berry et d'Auvergne^ Louis, duc de Bourbon et comte de Qer- 
mont, auxquels Edouard III avait permis de Tenir et de résider à 
Calais jusqu'à l'entier accomplissement des conditions stipulées dans le 
traité qui devait assurer leur mise en liberté, promirent de retourner 
oUges en Angleterre, si une entente définitive ne parvenait pas à s'é- 
tablir au sujet de l'exécution de ce traité (Rymer, III, 700'). Vers la 
mi-mai 1363, une nef d'Abbeville transporta de Londres a Calais les 
garnisons de salle, de chambre, les harnais de joute, les lévriers et 
chiens, ainsi que les seize domestiques, clercs et valets de Philippe, 
duc d'Orléans (Rymer, III, 699). ' 

2. Sur les préparatifs de guerre et les menées hostiles du roi de Na- 
varre en 1363, voyez notre Histoire de du Guesclin, p. 409 à klk, 

3. Aucun acte ne constate la présence du roi Jean à Paris depuis la 
seconde quinzaine d'août 1363 jusqu'au départ de ce prince pour l'An- 
gleterre. Par conséquent, les deux rois de France et de Chypre n'ont 
pu se trouver ensemble dans cette ville qu'à la fin de juillet ou pen- 
dant la première quinzaine d'août de cette année. 



xtiv CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Rouen* et le roi de Nayarre à Qierbourg^; il essaye en vain de 
réconcilier les enfants de Navarre avec le roi Jean et le dauphin 
Charles. De Cherbourg, Pierre I" revient à Caen, passe par Pont- 
de-r Arche, Abbeville, Rue, Montreuil et arrive à Calais où il ne 
trouve que les ducs d'Orlëans, de Berry et de Bourbon, car le 
duc d'Anjou a rompu son otagerie et est retourne en France*. 
P. 87 i 89, 281 à 283. 

1. Jean de Venette rapporte ce vovaee du roi de Chypre à Rouen 
au mois de septembre 1363 : « Et ÎTit dominas rex Cjrpri usqne Ro- 
thomagum atque Cadomum, ubi fuit in mense septembrihujusaruù (1363) 
receptus solenmiter per ducem Normaniœ, scilicet dominum Karolum, 
primogenitom régis Francise, et per nobiies et burgenses. » {Contin. 
eluron. G. de NangiaeOy II, 330 et 331.) — L'itinéraire du dauphin 
Charles s'accorde parfaitement avec la version du second continuateur 
de Nangis : ce prince fit sa résidence principale, pour ne pas dire 
unique, à Rouen, entre le 13 août et le 11 septembre 1363 (JJ92, 
n«* 298, 299, 237, 238, 290, 239 à 241, 305). L'auteur de la Chronique 
des quatre premiers Valois (p. 128) dit en effet que le roi de Chypre 
passa bien un mois avec le ooc de Normandie. 

2. Ce voyage de Pierre I»»" à Cherbourg est d'autant plus douteux, 
que l'auteur oe la Chronique des Valois^ loin.de le mentionner, raconte 

Sue le roi de Chypre, après avoir résidé à Rouen, alla voir le duc de 
retagne. D'ailleurs, Charles le Mauvais ne mit pas le pied à Cherbourg 
ni en Normandie dans le courant de 1363; il passa toute cette année 
dans son royaume de Navarre. De plus, Philippe de Navarre, frère de 
Charles et son lieutenant en Normandie, ne nourrissait alors aucun 
sentiment hostile contre le royaume ; il était en si bons termes avec le 
roi Jean que celui-ci venait ae le mettre à la tête de la croisade pro- 
jetée contre les Sarrasins {Çliron, des Valois^ p. 128 et 129). • 

3. Nous avons l'acte par lequel Louis, duc d'Anjou et comte du 
Maine, avait fait serment de ne pas partir de Calais et de retourner en . 
Angleterre en cas de non- exécution du traité de novembre 1362 {BibL 
Nat., ms. lat. n^ 6049, f^ 89), et M. Kervyn de Lettenhoveen a publié 
un fragment (Chroniques de Froissart, VI, 506 ù 508). D'après une chro- 
nique latine conservée aujourd'hui dans la bibliothèque de la ville de 
Berne, le duc d'Anjou, pendant son internement à Calais, aurait de- 
mandé la permission de faire un pèlerinage à Notre-Dame de Bou- 
logne, en jurant de rctyenir. Il aurait trouvé à Boulogne sa jeune et 
charmante femme, fille de Charles de Blois, et au retour de son pèle- 
rinage, au lieu de regagner Calais, il se serait laissé attendrir par les 
larmes de la duchesse d'Anjou et se serait dirigé vers le château de 
Guise, que Marie de Bretagne lui avait apporté en dot. Le duc de 
Normandie, envoyé par son père à Saint-Quentin vers le fugitif, n'au- 
rait pu le décider à se remettre entre les mains des Anglais. Quoi qu'il 
en soit, le dauphin Charles ne semble pas avoir gardé longtemps ran- 
cune à Louis, car les deux frères échangèrent des étrennes au premier 
de l'an 1364. Le duc d'Anjou donna au duc de Normandie « une petite 
croix d'or à pierres de voirre à mettre en l'oratoire Moiiseigneur », et 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $§ 503-510. xlt 

Pierre I*' va rendre visite à Londres' au roi d'Angleterre qui, 
presse de participer à la croisade projetée, refuse de prendre 
un engagement formel. — Entrevue des rob de Chypre et d'E- 
cosse*. — Edouard III fait cadeau à son hôte d'une nef nommée 
Catherine^ construite en vue d'un voyage à Jérusalem, ancrée 
alors dans le havre de Sandwick, qui avait coûté douze miUe 
francs. « Un fait que je ne m'explique pas, ajoute Froissart, c'est 
que, deux ans après le départ du roi de Chypre, cette nef était 
encore à Sandwick, où je la vis. Je suis porté à croire que ce 
prince la laissa dans ce port pour s'éviter l'embarras de la traî- 
ner après lui plutôt que pour d'autres motifs*. Je demandai la 

reçut dn dauphin c un gobelet d*or fait à manière d'un carier à une 
rose au fond. » Bibl, Nat,^ nu. fr. 214(^7, ^* 3 to et 7. — Par un acte 
daté de Westminster le 20 noTembre 1364, Edouard III somma le duo 
d*Anjou de comparaître à Londres par-derant lui dans 20 jours , l'ac- 
cusant d'aToir enfralnt c garde and avez parti hors de nostre puis- 
sance, sans demander ne avoir sur ce nostre congié par noz lettres ne 
autrement...; parmi ce vous avez moult blêmi Tonurde vous et de tout 
vostre lignage. » Rjmer, III, 756. — Ce même jour, le monarque an- 
glais requit le roi et les pairs de France de forcer le duc d'Anjou à 
revenir se constituer prisonnier à Londres. Rymer, III, 755 à 757. 

1. Pierre I*' arriva à Londres le lundi 6 novembre 1363. U amenait 
avec lui deux rois ou princes païens, Ton qui était prisonnier et qu'une 
chronique latine contemporame appelle le roi « de Lecto >, l'autre, 
non prisonnier, dit « le seigneur ae Jérusalem » qui se convertit à 
Londres à la foi chrétienne et qui reçut du roi d'Angleterre son par- 
rain le nom d'Edouard. 

2. David Bruce vint à la cour de Westminster le lundi qui suivit 
l'arrivée du roi de Chypre, c'est-Â-dire le lundi 13 novembre. Un 
chroniqueur anglais fait remarquer à cette occasion avec un certain 
orgueil que cinq rois se trouvèrent alors en même temps a Londres, et 
il ajoute, en homme nourri des légendes de la Table Ronde, que cela 
ne s'ëtait pas vu depuis le temps d Arthur qui eut un jour six rois tri- 
butaires pour commensaux à une grande fête donnée en son palais de 
Kaerleon. Eidogium historiarum^ III, 233. 

3. Froissart insinue ici, sans l'oser dire expressément, que la crainte 
de la dépense fut la principale raison qid empêcha le roi de Chypre 
de profiter du cadeau d'Edouard III et d'équiper la Catherine, On re- 
connaît dans ce langage respectueux et circonspect l'habitué de la cour 
de Westminster et de Windsor, le digne secrétaire de la reine Philippe 
de Hainaut. L'histoire est tenue à moins de réticences. Au moment 
même de son séjour en Angleterre, Pierre I^r dut se trouver dans une 
véritable gêne, parce qu'il ne put toucher, au moins immédiatement , 
une somme de 7000 florins que sa femme, la reine de Chypre, lui avait 
envoyée pendant la seconde moitié de 1363. Aussi, par acte daté 
d'Albi le 24 décembre de cette année, le maréchal de France Amonl, 
sire d'Audrehem , alors lieutenant du roi Jean es parties de Taoguc- 



XLvi CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

raison de ce fait, lors de mon passage à Sandwich, mais personne 
ne put me renseigner à cet égard. » P. 89 à 92, 283 à 285. 

Le roi de Chypre retourne d'Angleterre ^ en France par Bou- 
logne et va rejoindre à Amiens le roi de France, les ducs de Nor- 
mandie, d* Anjou et de Touraine. Ensuite , il passe par Beauvais, 
Pontoise, Poitiers, Niort, et va voir le' prince de Galles à Angou- 
lême*. — Sur ces entrefaites, le roi de France, qui se tient alors 
à Amiens', se décide malgré l'opposition de son conseil, à retour- 
doc, manda au yiguier de Narbonne de contraindre par la saisie et au 
besoin par la ▼ente de leurs biens les héritiers de feu Raymond Sar- 
ralhan, en son rivant bourgeois de Montpellier, patron d*un narire de 
Provence, qui refusaient de délivrer au roi de Chypre une somme de 
7000 florins naguère confiée par la reine de Chypre audit Raymond, 
à titre de commande ou de dépôt on par manière de chance , pour la 
porter es parties de France et la remettre à première réquisition au roi 
Pierre l» dont elle était destinée à défrayer les dépenses (Bibl. Nat,^ 
ms. lat. n» 10002, f« 45). Le 14 janvier suivant, le roi de Chypre n'é- 
tait pas encore parvenu à se faire payer, car, par un mandement en 
date de ce jom\ le lieutenant du roi en Languedoc enjoignit à deux 
sergents de saisir les personnes et de vendre aux enchères les biens des 
héritiers de Raymona Sarralhan [Ibid.^ i^ kl). 

1. Arrivé vers la Toussaint en Angleterre où des joutes furent don- 
nées en son honneur à Smithfield (Londres, archives de la garderobe 
à Carlton Ride, rouleaux 37 et 38), le roi de Chypre était encore le 
24 novembre à Londres d'où il a daté plusieurs lettres (Archives géné- 
rales de Venise, Commemoriali^ VII, f» .27 v«, d'après M. de Mas- 
Latrie). Pierre I*' revint en France pendant la première quinzaine de 
décembre. 

2. Quoi qu'en dise Froissart, le roi de Chypre n'alla pas en Aqui- 
taine immédiatement après son retour d'Angleterre. Nous savons par 
Jean de Venette {Contin, ekron. Guill, de Niuigiaeo, H, 332) que Pierre I«' 
vint peu après Nofil, en compagnie du dauphin régent, à Paris. A l'occa- 
sion du premier de l'an 1364, le duc de Normandie donna comme étrenne 
à son hôte c une aiguière et un gobelet d'or qui ne sont en nul inven- 
taire » Bihl. Nat.y ms. fr. n© 21447, f« 7. — Le 29 février snirant, le 
roi de Chypre assista à la séance solennelle du Parlement où lut jugé 
le différend entre Bertrand du Guesclin et Guillaume de Felton (X'*7> 
fo 143; H'ut, de du Guetelin, p. 405, note 2). Jean de Venette constate 
la présence de ce prince aux obsèques du roi Jean dans les derniers 
jours d'avril (Cont. Gtdll, de NangiaeOy II, 339) ; et l'auteur de la C/iro- 
nique des quatre premiers Falois (p. 144) nomme Pierre de Lusignan 
parmi les grands personnages qui accompagnèrent Charles V à Reims 
lors de son couronnement le 19 mai suivant. Le voyage du roi de 
Chypre en Aquitaine, à moins qu'il n'ait eu lieu en janvier et pendant 
les trois premières semaines de février 1364, ne peut être que posté- 
rieur à ces éyéiiements. ^ 

3- De nombreux actes constatent la présence du roi Jean à Amiens 
pendant les dix ou douze premiers jours de décembre. JJ95, n^» 82, 



SOMMAIRE OU PREMIER LIVRE, §§ 503-510. xltu 

ner en Angleterre, pour faire des excuses à Edouard III au sujet 
du départ du duc d'Anjou. II nomme le duc de Normandie régent 
et gouverneur du royaume pendant son absence, promet le duché 
de Bourgogne à Philippe, son plus jeune fils*, et se dirige vers 
Boulogne par Hesdin', où il a une entrevue avec le comte de 
Flandre, et où il s'arrête du 22 au 28 décembre, et par Môntreuil- 
sur-Mer. P, 92 à 94, 285 à 287. 

Jean s'embarque à Boulogne' et débarque à Douvres dans Ta- 
près-midi, la veille de l'Apparition des trob Rois. Il passe à 
Canterbury, à Eitham^, qui est alors la résidence de la cour 
d'Angleterre, et arrive à Londres, où il va se loger à l'hôtel de 
Savoie^. Les deux rois et leurs enfants se donnent des fêtes et 
échangent sans cesse des visites en allant en barque l'un chez 
l'autre par la Tamise , qui coule au pied du manoir de Savoie et 
du palais de Westminster. P. 94 à 96, 287 à 289. 

83, 84, 131 ter et quatuor, 132 hu. JJ94, n* 9. XM, f» 121 v«. K48, 
no 36. BibL Nat,, Chartes royales, IV, 149. Ordonn., III, 646. 

1 . Cest à Germigny-siir-Mame, non à Amiens, le 6 septembre 1363, 
crae le roi Jean érigea le duch^ de Bourgogne en duchë-pairie et le 
donna à Philippe, a reducentes serritia que carissimus Philippus quar- 
togenitus, qui, sponte expositus mortis pericnlo, nobiscom imperter- 
ritus et impavidus stetit in acie prope Pictayis vulneratus, captus et de- 
tentus. 1 (dom Plancher^ HUt. de Bourg,, II, ooLXXvni et cclxxix). 
Seulement, c'est à Amiens que le roi de Fiance assigna à son fils aine 
le dauphin, comme une sorte de compensation, le duché de Touraine 
dont Philippe avait joui avant d'être investi du duché de Bourgogne. , 
JJ95, n» 132. 

2.. Le roi Jean était arrivé à Uesdin dès le 15 décembre (JJ95, 
n» 140 bis; JJ94, nM 24, 25 ; JJ95, n«« 85, 142 bis; Ordorm., HI, 649, 
655, 662). 

3. Ceci n'est pas tout à fait exact. Jean mit à la voile de Boulogne 
le mercredi soir 3 janvier et débarqua à Douvres le lendemain jeudi 
4 janvier 1364, Tavant-veiUe , et non la TeUle, de l'Epiphanie, he roi 
de France était monté à bord du navire qui devait le transporter en 
Angleterre dès le mardi 2 ; mais la flottille de transport, composée de 
vingt navires, resta à l'ancre dans le port de Boulogne pendant toute 
cette journée. 

4. Château situé dans le comté de Kent, à 3 lieues S. S. £. de 
Londres. 

5. L'hôtel ou manoir de Savoie, aujourd'hui détruit, était situé sur 
la rive gauche de la Tamise , au sud du Strand , et il en faut chercher 
l'emplacement aux abords de WelHngton-Street. La Saçoy eftapei, con- 
sumée par un incendie en 1864, mais qui a été reconstruite depuis 
aux frais du gouvernement, rappelle encore le souvenir de cette rési- 
dence historique. Le roi Jean fit son entrée à Londres le dimanche 
1^ janvier j et les bourgeois et les gens des métiers de la cité, au nom- 



xLYiu CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Pierre I*' passe un mois à Angoulême à la cour du prince d'A- 
quitaine ; il fait un voyage à la Rochelle et prêche partout la croi- 
sade'. A son retour à Paris, il apprend que le roi Jean est tombe 
malade à Londres', d'où le maréchal Boucicaut vient d'en appor- 
ter la nouvelle au dauphin. — Charles le Mauvais, qui se tient à 
Cherbourg', mande en Normandie son cousin^ le captai de Buch, 
alors hôte du comte de Foix*, pour lui donner la direction de la 
guerre qu'il veut faire à la France. — Sur ces entrefaites, le roi 
Jean meurt à Thôtel de Savoie*. Le dauphin Charles, qui hérite 
de la couronne par suite du décès de son père, redouble ses pré- 
paratifs pour tenir tête aux Navarrais*. P. 97 à 99, 289, 290. 



bre de mille chevaux, reTÉtos des insignes de leurs corporations, allè- 
rent au-devant de lui jusqu'à Eltham. Grandet Ckromquesy VI, 228 
et 229. 

1 . Sur ce voyage du roi de Chypre en Aquitaine, voyez une des 
notes prëcëdentes, p. xlvi, note 2. 

2. Le roi ïean tomba malade au commencement de mars. 

3. Nous avons déjà eu l'occasion de relever cette erreur vraiment 
grossière. Charles le Mauvais ^tait alors en Navarre. 

k. Fils de Jean de Grailly, II* du nom, et de Blanche de Foix, Jean 
de Grailly, III^ du nom, captai de Buch (aujourd'hui la Teste de Buch, 
Gironde^ arr. Bordeaux), était par sa mère le cousin germain de Gas- 
ton Phœbus, comte de Foix. 

5. Le roi Jean mourut à Londres le lundi 8 avril 1364, vers minuit. 

6. Ces préparatifs sont y comme nous l'avons fait remarquer plus 
haut , antàrieurs à la maladie du roi Jean dont la mort n'eut d'autre 
effet que de les activer. Jean II mourut à Londres dans la nuit du 8 
au 9 avril, et, le 12 de ce mois, Charles V adressait un mandement 
aux maîtres de ses forêts « pour qu'il soit faict hastivement, ainsi 
qu'il l'a ordonné, cent milliers de viretons avec plusieurs autres «artil- 
leries nécessaires et convenues pour la defence du pays, i dont le bots 
doit être pris dans la forêt de Roumare pour être délivré à Richard 
de Brumare, garde du clos des galëes de Rouen, chargé de la con- 
fection de ces viretons et artilleries* Du Chatellier, Jnvtuio/u en Angle 
terre ^ Paris, 1872 » in-12, p. 13 et Ik. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 5IO-»29. xux 



CHAPITRE LXXXVffl. 

1364. PBISB DE MANTES ET DE MBULAN (7 ET il AYBIl) . — BATAILLE 
DE COCBBBBL (16 MAl). — GOUBONNEMENT DE CHABLBS V (19 MAl). 
CAMPAGNE DU DUC DE BOUBGOGNE EN BEAUGB (jUIn) •— 8I^E ET 
BEDDTTION DE LA CHABITÂ (§$ ^^^ ^ ^^^}« 

Eo ce temps s'armait* pour le roi de France mi chevalier bre- 
ton nommé Bertrand du Guesclin, dont jusqu'alors la renommée 
n'avait guère dépassé la Bretag^ae où il avait toujours tenu le parti 
de Charles de Blois contre Jean de Montfort. «-> Aussitôt qu'U est 
informé de la mort de Jean son père^ le duc de Normandie , de- 
venu le roi Charles V, charge le maréchal Boucicaut d'aller re- 
joindre du Guesclin devant Rolleboise afin d'aviser de concert 
avec Bertrand aux moyens de reprendre Mantes et Meulan au roi 
de Navarre*. P. 100, Î90. 

Rolleboise ' est un beau et fort château, situé sur le bord de la 

1. Froissait semble croire qae Bertrand du Guesclin n'entra au ser- 
riez de la France qu'au commencement de 1364. Nous avons prouvé 
ailleurs que le iiitur connétable se mit à la solde de Pierre de Yilliers , 
capitaine de Pontorson pour le duc d'Orléans, frère du roi, dès 1354, 
et que le dauphin Charles, duc de Normandie, l'institua capitaine de 
cette forteresse le 33 décembre 1357. liisi. de du Guesclin^ p. 119 à 127, 
248, 246, 522, 523. 

2. Du Guesclin prit Mantes par surprise le dimanche 7 a^ril. D'un 
autre côté, le roi Jean mourut à Loncures dans la nuit du 8 au 9 avril. 
Le rapprochement de ces deux dates montre que Froissart s'est trompé. 
Le dauphin, duc de Normandie, n'attendit pas la mort de son père 

Sour concerter et faire exécuter les mesures qui aboutirent à la prise 
e Mantes et de MeuJan. 

3. Seine-et-Oise, arr. Mantes, c. Bonnières. La tour de Rolleboise^ 
dont il reste d'imposants débris, située à 9 kil. de Mantes, entre cette 
▼ille etVemon, sur une hauteur qui domine la Seine, était occupée 
en 1363 et 1364 per un petit nombre de brigands anglo-brabançons 
qui j Tivaient avec une femme. Les gens du pays et les habitants de 
Rouen, opprimés par ces brigands, ne purent prendre cette tour, tant 
elle étoit haute et inexpugnable. Rachetée à prix d'or vers Pâques 
(13 avril) 1365, la tour de Rolleboise fut démolie de fond en comble 
par les gens du pays d'après Tordre du roi Charles V. Des ouvriers 
d'une force herculéenne, armés de marteaux de fer, mirent beaucoup 
de temps à l'abattre, car les murs avaient plus de neuf pieds d'épai»- 

VI — rf 



L CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Seine, à une lieue de Mantes. Les gens de Compagnie qui occu- 
pent ce château sous les ordres d'un capitaine nomme Wauter 
[Straêl] ^, originaire de Bruxelles, font la guerre pour leur propre 
compte et mettent au pillage les possessions du roi de Navarre 
aussi bien que le royaume de France. Le duc d'Anjou , Bertrand 
du Guesclin, le comte d'Auxerre, Antoine, sire de Beaujeu, assiè- 
gent RoUeboise depuis quelques semaines au moment où Bouci- 
caut vient apporter à Bertrand l'ordre de s'emparer à tout prix 
de Mantes et de Meulan. Voici le stratagème que ces deux capi- 
taines imaginent. Boucicaut se présente un jour à Tune des portes 
de Mantes à la tête de cent chevaux seulement. Il fait semblant 
d'être poursuivi par les brigands de RoUeboise et prie instamment 
les gardiens de lui donner entrée dans l'enceinte. Ceux-ci con- 
sentent à ouvrir la porte, et Bertrand, qui s'est posté dans le 
voisinage avec ses Bretons, profite de cette circonstance pour pé- 
nétrer dans Mantes dont il se rend maître et qu'il met au pillage. 
Le jour même de la prise de cette ville , une troupe de Bretons 
chevauche en toute hâte vers Mejulan où ils se disent envoyés par 
Guillaume de Gauville, capitaine d'Évreux pour le roi de Navarre. 
On les croit sur parole^ on leur ouvre les portes et Meulan a le 
même sort que Mantes. Les maisons sont livrées au pillage et 
une partie de la population est massacrée'. P. 100 à 105, 290 
à 292. ' 



Beur. Le second continuateur de Guillaume de Nangis, le moine Jean 
de Venette, dit que déjà de son temps les ruines de cette tour, dont 
naguère on n*admirait pas la prodigieuse élévation sans une Certaine 
stupeur, jonchaient au loin le sol environnant. Contin. ehron, Guill, de 
Nangiaco^ H, 357, 358. 

1. Wauter Straêl est le véritable nom du capitaine de RoUeboise. 
Ce nom nous est fourni par une lettre de rémission octroyée par 
Charles y en octobre 1368 a « Gautier Stiael, escuier, nez de Broi»r 
selle.... ayant tenu et occupé contre nostre voulenté le fort de Roule* 
boise, s Jrch. Nat.^ JJ99, n» 416. — La forme Obttraie^ donnée par 
Froissart, est une corruption d^Estraile qui nous représenterait fidèle- 
ment la prononciation française et populaire du flamand Straêl au qua- 
torzième siècle. La forme Stroty altération de Strol^ employée par Fau- 
teur de la Cfwonique des Valois (p. 138), semblerait provenir plutôt de 
la prononciation anglaise de Straêl, 

2. Ces pages, où Froissart raconte la ruse imaginée par Boucicaut 
pour pénétrer dans Mantes , peuvent être citées comme un modèle de 
narraUon vive et pittoresque. Cela a le charme du roman, mais c'est 
un roman. Si Ton veut savoir comment les choses se sont passées en 
réalité, il faut interroger un témoin contemporain, qui appartenait^ 



SOMIVIAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 510-529. li 

Le captai de Ruch débarque au havre de Cherbourg à la tête 
de quatre cents hommes d'armes. Le roi de Navarre le met ^ à la 
tète des forces qu'il rassemble pour faire la guerre au roi de 
France^ et lui adjoint un chevalier anglais nommé Jean Jouel, qui 
dispose de trois cents combattants de la même nation. — Le duc 
de Normandie, de son côté, ne reste pas inactif. A la nouvelle de 
la maladie dont le roi son père vient d'être atteint à Londres, il 
redouble ses préparatifs militaires^. Du Guesclin et Olivier de 
Mauny son neveu ' reçoivent l'ordre de quitter Mantes où ils se 
tiennent avec leurs Bretons et de s'avancer dans la direction de 
Vemon pour y faire frontière contre les Navarrais. Philippe, duc 
de Bourgogne *, Arnaud de GervoUe, dit rArchiprètre, marié à la 



selon tonte probabilité, au clergé de Rouen, et qui, dans tous les 
cas, semble avoir tu de très-près ces érénements. Chronique des quatre 
premiers Valois, p. 135 à 142. Histoire de Bertrand du Guesclin, p. 417 
à 429. — Toutefois, il est certain que Boucicant accompagna le duc de 
Normandie dans le Tojage que celui-ci fit au Goulet et à Vemon 
Ters la mi-aTril 1364. On lit, en effet, dans un mandement en date du 
k mai suivant: c Comme... lemarescbal Bouciquaut... ait moult gran- 
dement firajë... pour estre arec nous et à nostre conseil et à venir en 
nostre compaignie à Meurlant et à Mante ou nagaires allasmes. » L. 
Delisle, Mandements de Charles V, p. 10. 

1. On retrouve ici Perreur que nous avons déji signalée. Pendant 
que tout ceci se passe, le chroniqueur de Valenciennes continue de 
supposer Charles le Mauvais à Cherbourg, tandis qu'en réalité il était 
alors dans son royaume de Navarre. 

2. Sur ces préparatifs, antérieurs à la mort du roi Jean, voyez plus 
haut, p. xLvm, note 6. 

3. Irfant se garder de confondre, à Texemple de savants d'ailleurs 
très^utorisés (Inventaire des Archivu nationales ; collection de sceaux^ 
1,661) les Mauny de Bretagne avec les Mauny de Haute Normandie 
(Manni, fief et château de la conmiune de Saint-Nicolas-d'Âttez, Eure^ 
arr. Évieux, c. Breteuil), et surtout avec les Masny des environs de 
Douai dont le nom s'ëcrivait souvent Mauny au moyen âse (auj. Masny, 
Nord, arr. et c. Douai). Les armes, du reste, étaient différentes. Les 
Mauny de Bretagne portaient un croissant, et les Masny trois chevrons. 
La terre patrimoniale des Mauny, ancien fief et seigneurie de Bretagne» 
est représentée par le hameau actuel de ce nom situé en le Quiou 
(Gôtes-du-Nord, arr. Dinan, c. Évran). Le Quiou est un peu à Test de 
&oons, dont il n*est séparé que par les communes de Samt-Maden et 
d'Yvignac. Olivier de Mauny, dont il est ici question, était le neveu à 
la mode de Bretagne, c'est-à-dire le fils d'un cousin germain de Ber- 
trand du Guesclin. 

4. Dom Plancher dit {Hist, de Bourgogne, II, 302) que Philippe partit 
de Dijon le 16 avril 1364 pour serenore à la cour de France et ne revint 
dans son duché que le 13 novembre suivant, mais cela semble en con- 



ux CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

veave da seigneur de Château vîllain tué à la bataille de Poitiers ^^ 
conseiller et compère du duc de Bourgogne, le comte d'Auxerre, 
le vicomte de BeaumoQt', Antoine, seigneur de Beaujeu, Louis 
de Chalon, Amanieu de Pommiers', Petiton de Curton, le soudic 
de [la Trau *], le su*e de Mussidan', chef et conducteur des gens 
du seigneur d'Albret, sont les principaux chevaliers qui figurent 

tradiction avec le pauage soiyant extrait par M. Flnot d'un registre de 
la Chambre des comptes de Bourgogne : a Lettres en date du 4 mai 
1364 de Messeigneurs de Voudenoy et d'Aigremont au duc qui estoit à 
RouTres, ^avertissant qu'il prîst garde de sa personne, parce qu'il j avoit 
on parti de par d^là la Saône qui vouloit Tenleyer. » Finot, Recherches^ 
p. 88. 

1. Il y a plusieurs erreurs dans ce peu de mots. Jeanne de Château- 
villain, remariëe le 2 mai 1362 à Arnaud de Cervolle, Tainëe des ûWeé 
et la principale héritière de Jean III du nom, seigneur de Châteauvil- 
lain, et de Marguerite de Nojers, n'était nullement, comme le dit Froîs* 
sart, veuve d'un seigneur de Chateauvillain tué à la bataille de Poitiers. 
Elle avait été mariée en premières noces avant 1345 à Jean, seigneur 
de Thil en Auxois et de Marignj en Champagne, en secondes noces, 
à Hugues de Vienne VI du nom, seigneur de Saînt-Georges, qui vivait 
encore le 25 janvier 1358 (n. st.). Anselme, II, 343, VII, 799, 800. 

2. Louis, vicomte de Beaumont (Beaumont*Bur--Sarthe ou le- Vi- 
comte, Sarthe,' arr. Mamers), marié à Ljon le 13 novembre 1362 à 
Isabelle de Bourbon, fille de Jacques de Bourbon, comte de la Marche, 
blessé mortellement à Briguais. 

3. A peine monté sur le trône, Charles V eut soin de s'attacher par 
des pensions quelques-uns des principaux seigneurs de Gascogne, déjà 
mécontents du gouvernement du prince d'Aquitaine et de Galles. Ama- 
nieu de Pommiers, notamment, fit hommage au roi de France pour 
mille livres tournois de rente et promit de servir le dit roi contre tous 
excepté le roi d'Angleterre. Arch, JVat., J626, n» 105. 

4. La Trau est aujourd'hui un château ruiné de la commune de Pré- 
chac (Gironde, arr. Bazas, c. Villandraut). Le seigneur de Préchac 
s'intitulait, tantôt soudic, tantôt soudan de la Trau. Le Soudan de la Trau, 
chevalier banneret, reçut en 1364 2,905 florins d'or de Florence de bon 
poids, pour le reste de ses gages et de la solde des archers et des gens 
d'armes de sa compagnie ayant servi en Bourgogne sous le duc Phi- 
lippe (Arch. de la Cote tPOr^ fonds de la Chambre des Comptes, 
sÂieB, liasse 367; Invent., I, 38). Le 2 octobre 1364, ce même soudic, 
chevalier et sire de Didonne (auj. Saint-Georges-de-Didonne, Cha- 
rente-Inférieure, arr. Saintes, c. Saujon), fit hommage à Charles V 
pour le château de Beauvoir sis en la sénéchaussée de Toulouse {Arch, 
Nat., J622, n* 75; J400, n» 60), et il renouvela cet hommage en 1365 
^J622, n* 66). Deux ans environ après l'aveu du 2 octobre 1364, c'est- 
à-dire le 10 juin 1366, ce soudic ou soudan de la Trau n'en faisait pas 
moins hommage à Bordeaux, au prince d'Aquitaine, pour cette même 
seigneurie de Didonne (Maichin, Hist, de Saintonge , 1671, in-F>, 
p. 172). 

5* Dordogne, arr. Ribérac. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, JJg 510-529; un 

dans Tarm^e de du Guesclin. — [Bruraor*] de Laval, chevalier 
breton du parti français, est fait prisonnier par Gui de Gauville, 
jeune chevalier de la garnison d'Evreux, au retour d'une che- 
vauchée contre les Navarrais de cette ville. P. lOS à 108, 292, 
293. 

Retour du roi de Chypre d'Aquitaine à Paris ^. — Funérailles 
du roi Jean à l'abbaye de Saint-Denis'. — Préparatifs pour le 
couronnement de Charles Y à Reims. — Arrivée du captai de Buch 
à Évreux. P. 108 à 110, 293 à 295. 

Jean de Grailly part d'Évreux* et s'avance vers Pont-de- 
l'Arche pour couper le passage de la Seine à du Guesclin et aux 
Français. Les principaux chevaliers de l'armée du captai sont le 
sire de Sault *, banneret du royaume de Navarre , l'anglais Jean 
Jouel, Pierre de Sacquenville, Guillaume de Gauville, Bertrand 
du Franc, le| bascle dej Mareuil'. — Sur son chemin, le cap- 

1 . Froimart appelle ce personnage Braimon de Laval. Le véritable 
nom de ce chevaher, manceau et angevin plutôt que breton, était Gui 
de Laval, dit Bnimor, fils aine de Foulque de Laval et de Jeanne Cha- 
bot , dame de Rais. Marié en premières noces à Jeanne de Montmo- 
rency, dame de Blaison (Maine-et-Loire, arr. Angers, c. les Ponts-de- 
C^) et de Chemiilë (Maine-et-Loire, air. Cholet), Bnimor de Laval se 
remaria à Thiphaine de Husson, fille de Fraslin de Husson, chevalier, 
seigneur de Dncey (Manche, arr, Avranche^, de Champcervon (Manche, 
arr. Avranches, c. la Haye-Pesnel) et de Chërencé (auj. Chérencé-le- 
Hëron, Manche, arr. Avranches, c. Viliedieu), et de Clémence du 
Gnesclin, la plus jeune des sœurs du futur connétable. Gui de Laval, 
dit Brumor, oevint ainsi, par suite de ce mariage, le neveu par alliance 
de Bertrand du Guesclin. 

2. Pierre !•», roi de Chypre, était à Paris le 29 février 1364. Voyez 
plus haut, p. xLvi, note 2. 

3. Les obsèques du roi Jean furent célébrées, malgré l'épuisement du 
Trésor, avec un grande magnificence. On dépensa à ces obsèques, en 
trois jours, du 27 au 29 avril, dix-sept mille sept cent soixante et une 
livre de cire, qui, a 23 francs les cent livres, coûtèrent 4,805 francs 
7 deniers parisis, Bîèl, Naî,y Quittances, XY, n* 21. 

4. Le lundi 13 mai, le cantal de Buch était à Yemon, où la reine 
Blanche de Navarre, veuve ae Philippe YI de Yalois, dévouée de cœur 
a la cause du roi de Navarre son frère, offrit un dîner magnifique au 
généralissime de Charles le Mauvais. 

5. La seigneurie de Sault (auj. Sault-de-Navailles, Qassea-Pyrénées, 
arr. et c. Orthez) était située, non en Navarre, nuiis en Béam. 

6. Tous les historiens semblent avoir ignoré jusqu'à ce jour que le 
bascle ou le bascon de Mareuil appartenait à la famille béarnaise de 
Sault. Le surnom de bascle^ bascon ou basquin est un équivalent de notre 
mot basque, qui, au moyen âge, servait a désigner les Béarnais aussi 
bien que les Navarrais proprement dits. Le véritable nom de l'aventurier 



LIT CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

tal rencontre un hëraut nomme le Roi Fanoon qui arrive du 
camp français; dialogue échangé entre ce hëraut et le captai. — 
Jean de Grailly refuse de recevoir un autre héraut appelé Prie 
envoyé vers lui par l' Archiprètre , le mercredi de la Pentecôte*. 
P. 110 à 112, 295 à 297.! 

Marche, dispositions et ordre de bataille des Navarrais. P. 113 
à 115, 297 à 299. 

Marche, dispositions et ordre de bataille des Français. P. 115 
et 116, 299, 300. 

Ruse de guerre imaginée par les Gascons du parti français : 
trente hQmmes d'armes des plus hardis et des mieux montés sont 
chargés spécialement d'attaquer le captai dès le début de Faction, 
de le prendre et de l'emporter de vive force loin du champ de 
bataille. P. 116, 117, 300. 

Sur le refus du comte d'Auxerre , les barons français mettent 
du Guesclin à leur tête et adoptent d'un commun accord comme 
cri de ralliement le cri d'armes de Rertrand : Notre Dame! Gues- 
clin 1 Cependant la matinée s'avance, et les Français commencent 
à souffrir de la faim et de la chaleur. On délibère sur la con- 
duite à tenir : les uns sont d'avis d'aller offrir la bataille à Ten- 
nemi sur les hauteurs ' où il s'est retranché ; toutefois on finit 

qui périt à Cocherel est Jean de Sault, ainsi que le prouve la quittance 
suivante dont nous deyons l'indication à notre savant collègue M. Demay : 
a Sachent tous que je Jehan de Sault, dit le bascon de Mareul, escuier, 
sergant d^armes du roy de Navarre notre seignour, ay eu et recen de 
Jehan des Ylles, viconte de Coutances pour nostre dit seigneur, la 
somme de cent livres toumeis pour cest présent terme de la Saint Mi- 
chiel, en rabatant de la somme de deulx cens livres toumeis que je 
pren chacun an sur la recepte de la dicte vicontey à ma vie tant seule- 
ment du don de mon dit seigneur. De laquelle somme de cent livres je 
me tiens pour bien paie et promet aporter quitance envers le dit mon- 
seignour au dit viconte. En tesmoing de cen, j'ay scellé ces lettres de 
mon seel. Donné à Gavray, le ?« jour d'octoore mil ccc soixante et 
trois. » Bibl. Nai,^ Titres scellés de Oairambault, vol. 101, f» 7859. 

1. En 1364, le mercredi de la Pentecôte est tombe le 15 mai. 

2. Jean de Grailly, captai de Buch, occupa, dès la journée du mer- 
credi 15 mai, le sommet et les pentes d'une colline escarpée qui do- 
mine le village de Cocherel, situé sur la rive droite de l'Eure, à l'en- 
droit où un pont mettait alors en communication les deux tronçons 
d'une très-ancienne route reliant ensemble Vemon et Evreux. Coche- 
rel ^auj. Houlbecq-Cocherel, Eure, arr. Évreux, c. Vemon), situé sur 
la nve droite de l'Eure à environ 2 kil. 1/2 de cette rivière, est à peu 
près à égale distance d'Évreux, de Pacy, de Vemon et d'Acquigny, 
places qui étaient alors fortifiées et occupées par les Navarrais. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 510-S29. lv 

par se ranger à l'opinion des plus sages qui conseillent d'attendre 
en bon ordre l'attaque des Navarrais. P. 117 à 121, 300 à 302. 

Du Guesclin a recours à un stratagème pour faire descendre 
l'ennemi en rase campagne. Il donne Tordre à ses gens de battre 
en retraite et de retourner sur leurs pas avec armes et bagages 
de l'autre côté de la rivière. L'anglais Jean Jouel , en voyant ce 
mouvement, croit que ses adversaires cherchent à s'ëchapper et 
veut leur donner la chasse. Le captai s'y refuse; mais son lieu- 
tenant, qui brûle d'en venir aux mains, ne se peut plus contenir : 
il s'ëlance à la poursuite des Français. Force est alors à Jean de 
Grailly, qui ne peut ni ne veut laisser Jean Jouel ^ se mesurer 
seul contre les Français, d'abandonner ses positions et de des- 
cendre de la colline. L'ennemi une fois pris au piège, les Français 
font volte-face, reprennent TotTensive , et la bataille commence. 
Sous prétexte qu'il ne peut porter les armes contre certains che- 
valiers de l'armée iTavarraise, rArchiprêtre quitte le champ de 
bataille dès le début de l'action , mais il ordonne à ses gens de 
rester pour prêter main forte aux Français. P. 121 à 12S, 302 à 305. 

Les Navarrais, quoique surpris, ne se déconcertent pas. Ils 
font passer en avant leurs archers ; mais les Français sont si bien 

1. Ce Jean Jouel a^ait été en quelque sorte lâché sur la Normandie 
yaœ Edouard III, furieux de la mauraise foi de Louis, duc d'Anjou, qui 
refusait de revenir se constituer otage en Angleterre : c Puis manda le 
dit roi Edouart à monseigneur Jehan Jouel, qui avoit et tenoit plu- 
sieurs fors en Xormandie, qu'il guerroiast en France en son propre nom 
comme Jehan Jouel, et fut une guerre couYerte. » Chronique des quatre 
premiers Falois, p. 409. — Les Compagnies tenaient alors la France 
tellement à discrétion que, de tous les points du royaume, leurs chefs 
purent se rendre en Normandie et amener des renforts au captai de 
Buch sans être inquiètes. Il en yint jusque des confins du Berry, du 
NÎTemais, du Bourbonnais et de TAuvergne. Il faut lire le charmant 
épisode des chroniques de Froissart, où un aventurier basque, nommé 
le Bascot de Mauléon, capitaine du Bec-d'Allier (auj. forges de la 
commune de Cuffy, Cher, arr. Saint- Amand-Mont-Rond, c. la Guer- 
che) en 1364, raconte, vingt-quatre ans après ces ëyënements, à notre 
chroniqueur, son commensal à Thôtel de la Lune, à Orthez, ses proues- 
ses de routier et notamment la part qu'il prit à la bataille de Cocherel 
où il fut fait prisonnier par un Gascon au parti français, l'un de ses 
cousins, appelé Bernard de Terride, qui le rançonna a mille francs : 
K Quant les nouvelles me furent venues que le captai mon maistre es- 
toit en Costentin et assambloit gens à son povoir, pour le grant désir 
que je avois de le voir, je me partis de mon fort à douze lances et me 
mis en la route messire Jehan Jouel et messire Jacqueme Planthin et 
vinsmes sans dommage et sans rencontre qui nous portast dommage 
devers le captai. » Froissart de Buchon^ éd. du Panthéon, II, 408. 



Lvi CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

protégés par leurs pavois que le trait de l'ennemi ne leur fait 
presque aucun mal. Les Bretons et les Gascons se couvrent de 
gloire. Les trente hommes d'armes d'élite, montés sur fleur de 
coursiers, que Ton a spécialement chargés de s'assurer de la per- 
sonne du généralissime de l'armée navarraise, vont droit au 
captai, l'enlèvent après une résistance désespérée, l'emportent 
loin du champ de bataille et le mettent en lieu sûr ^ P. 1 25 à 1 27, 
305 et 306. 

Les Gascons' et notanunent les gens du seigneur d'Albret, 
ayant à leur tête Amanieu de Pommiers , Petiton de Curton , le 
soudic de la Trau, parviennent à s'emparer du pennon du captai 
que défendent le bascle de Maretdl et Geffroi de Roussillon. Le 
bascle de Mareuil est tué^ et Geffiroi de Roussillon est fait prison- 
nier par Amanieu de Pommiers. En revanche, le sire de Mussi- 
dan' est blessé grièvement et perd trois de ses écuyers, le sou- 

1 . On a ici la Tenion anglo-gasconne de la bataille de Cocherel que 
Froiisart, pendant son séjour à Bordeaux à la cour du prince d'Aqui- 
taine et de Galles en 1366 et 1367, s'était fait raconter par le Roi Fau- 
con et aosai sans doute par quelques-uns des seigneurs gascons, ralliés 
dès lors au parti anglais, qui avaient combattu à Cocherel dans les 
rangs français. Cette version est un conte inventé à plaisir et, comme 
nous Pavons dit ailleurs, une pure gasconnade. Pour prouver que la 

{>rise du captai par les Gascons ne se peut soutenir, il suffit de citer 
es lignes suivantes d'un acte authentique où Jean de Grailly recon- 
naît qu'il a été fait prisonnier par un écuyer breton, bien connu, 
nommé Roland Bodin : c Je Jehan de Greilly, captai du Buch, de ma 
pure et franche voulenté, reconnois et confesse par ces présentes que, 
comme pieça, en la bataille qui fu decoste Coicherel en Normandie, Jio- 
tant BoMn^ escuier^ nCtutt pris et fusse son loyal prison»,., » Arck, Nat.^ 
J616, no 6. Cf. HUt. de B. du Gueselin, p. kk% à 450, 600 à 603. 

2. Froissart a beaucoup surfait l'influence qu^ont pu avoir les Gas- 
cons sur l'heureuse issue de la journée du 16 mai. Nous avons prouvé 
ailleurs, en nous appuyant sur le témoignage très-explicite de quatre 
chroniqueurs contemporains, que Bertrand gagna la bataille de Coche- 
rel, d'abord grâce à sa retraite feinte, ensuite à la faveur du mouve- 
ment tournant exécuté au dernier moment par une réserve de ses Bre- 
tons qui chargèrent en queue les Anglo-navarrais. Hist, de du Guesclin^ 
p. kkh^ note k, 

3. Raymond de Montant, seigneur de Mussidan (Pordogne, arr. Ri- 
bérac), avait prêté serment de foi et hommage au prince d'Aquitaine et 
de Galles, en l'église Saint-Front de Périgueux, le 13 août 1363. (Del- 
pit. Documents français en Angleterre, p. 104). Arnaud Amanieu, sire 
d'Albret (auî. Lahrit, Landes, arr. Mont-de-Marsanj. voulant accom- 
pagner Charles Y à Reims et assister à la cérémonie au couronnement * 
an roi de France, avait placé ses gens d'armes sous la conduite du sire 
de Mussidan. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS »4 0-529. Lvn 

die de la Trau, de son côté, a un bras cassé. Du Guesclin vient 
au secours de la bataille ou division du comte d'Auxerre, qui 
commence à plier, mais le vicomte de Beaumont périt dans cette 
rescousse. Bertrand accourt ensuite prêter main-forte aux Picards 
qui ont atTaire à la division anglaise de l'armée du captai. Jean 
Jouel, chef de cette division, est terrassé et fait prisonnier par 
Olivier de Mauny, neveii de du Guesclin , qui le remet à un de 
ses écuyers nommé Guyon de Saint-Pem ^ ; 1^ capitaine anglais 

1. Ces détails intéressants sont empruntés à un manuscrit des Chro- 
niques de Froissart conservé aujourd'hui à la bibliothèque de l'nniTer- 
site de Leyde. Ce manuscrit, désigne dans notre classement des ma- 
nuscrits de Froissart et dans nos variantes sous le n9 17, paraît être 
l'œuvre de deux copistes ; mais les interpolations que nous signalons 
n'appartiennent qu'à l'un de ces copistes qui semble être le même que 
le scribe à qui nous devons le manuscrit n» Sklk et 6475 de la Biblio- 
thèque Nationale (nP 15 de notre classement). Or, le copiste de ce 
dernier manuscrit rappelait Raoul Tainguy. Ce nom accuse une ori- 
gine bretonne, et en effet presque toutes les interpolations, que nous 
avons relevées dans les deux manuscrits dont nous venons de parler, se 
rapportent a la Bretagne et surtout à Bertrand du Guesclin et â ses 
compagnons d'armes. C'est d'après le manuscrit de Raoul Tainguy, 
conserve à la Bibliothèque Nationale sous les n<» Sklk et 6475, que 
nous avons pu donner dans nos variantes (p. 299) la liste des princi- 
paux chevaliers bretons qui combattirent à Cocherel, et cette liste est 
tellement exacte, qu'on la croirait dressée d'après une montre authen- 
tique. La miniature, qui forme l'en- tête de ce manuscrit, est aux cou- 
leurs {èlancy vermeil^ vert et noir) et porte la devise (jamès) de Char- 
les VI. Du Guesclin y est représenté avec un costume de cérémonie 
brodé à ses armes, dd)Out, tête nue, tenant de la main droite son épée 
et de la main gauche l'épée de connétable. La physionomie du célèbre 
capitaine a une expression individuelle si prononcée, qu'il est impossi- 
ble de n'y pas voir un portrait. On lit sur la feuille de garde du 1" vo- 
lume de ce manuscrit (n® 6474) : a Ce manuscrit, échappé du château du 
Verger^ a été envoyé par M. Marchand de la part de M. le prince de 
Rohan pour la bibliothèque de M. le prince de Soubise. Ce 21 avril 
1779. » La terre et le château du Verger, en Anjou (auj. château de 
la commune de Seiches, Maine-et-Loire, arr. Baugé), avaient passé aux 
Rohan à la fin du quatorzième siècle par le mariage de Charles de Ro- 
han avec Catherine du Guesclin, dame du Verger, fille unique de Ber- 
trand du Guesclin, U du nom, marié à Isabeau d'Ancenis et neveu à la 
mode de Bretagne du connétable qui lui avait légué par testament, le 10 
juillet 1380, deux cents livres de rente assises sur sa seigneurie de Sens, 
n y a lieu de croire par conséquent que le manuscrit provenant du 
Verger, et dont l'écriture trahit la fin ou quatorzième siècle ou les pre- 
mières années du quinzième, a appartenu a Catherine du Guesclin. Le 
manuscrit de la bibliothèque de Leyde, qui est aussi en grande partie 
l'œuvre de Raoul Tainguy, provient de la même région que son con- 
génère de la Bibliothèque Nationale, car on y lit ces mots en marge, à 



ifiii CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

meurt des suites de ses blessures le soir même de la bataille. Cet 
eugagement coûte la vie à deux chevaliers picards, Baudouin, 
sire d'Annequin^y mattre des arbalétriers de FrancCt et Louis de 
Haverskerque. Finalement, les Français restent maîtres du champ 
de bataille. Guillaume de Gauville ', Pierre de Sacquenville, Ber- 
trand du Franc tombent entre les mams des vainqueurs*. Le 
reste de l'armée navarraise se débande et gagne la forteresse 
d'Acquigny*. Cette bataille de Cocherel se livre le jeudi 16 mai 
1364. P. 127 à 130, 306 à 310. 



la parde supérieure du premier feoiUet : c Premier rolome de l'hif- 
toire de mesure Jehan Froissart aehêpté à Angers par moi C. (Qande) 
Fauchet Tan 1593 ; fut relié à Tours; me cousta 5 livres 2 sous en 
tout, n Raoul Tainguy a forci le texte de Froissart, dans le manuscrit 
de Leyde, d'interpolations qui n*ont pas une sareur bretonne moins 
prononcée que celles du manuscrit de la Bibliothèoue Nationale. Le 




guy ajoutera a cette liste le nom d'un de ses compatriotes qu i 
gnera ainsi : c Maleterre, breton, nez de Saint Melair lez Cancalle où 
sont les bonnes oestres. » JUs. de la bibliothèque dt ^université de Lejrde^ 
fonds FouiuSy rfi 9, /*» 344 v®. 

1. Baudouin de Lens, sire d'Anneqnin (Pas-de-Calais, arr. Béthune, 
c. Cambrin), ëtait depuis dix ans le fidèle compagnon d*armes de Ber- 
trand du Guesclin avec lequel il avait organise des joutes à Pontorson 
dès 1354 (Bist, de du Guesclin, p. 122, note 2V Enriron trois semaines 
ayant Cocherel, le 25 avril, Baudouin, sire a*Annequin, avait donné 
quittance de 1088 francs d'or qui lui avaient été assignés « pour cer- 
tain service par lui fait ou roy nostre dit seigneur devant RoUeboise. s 
Bibl, Nat., Quittances, XV, n» 7. 

2. Charles Y donna vers 1366, les château et seigneurie de Tillières 
(auj. TilUères-sur-Avre, Eure, arr. Évreux, c. Yemeuil) à Gui le Ba- 
veux, seigneur de Longueville, « en récompense da ce qu'il avoit fait 
prisonnier en la bataille proche Cocherel Guillaume de Gauville, en- 
nemi du roi. » Areh, Nat.^ J217, n* 23. 

3. A la liste des prisonniers de Cocherel on peut ajouter Geffroi de 
Roussillon pris par Amanieu de Pommiers, l'Anglais Robert Chesnel 
par Gaudrjr de Ballore {Arch. Nat.y sect. jud., X** 19, i^» 300 et 301), 
te Navarrais Pierre d' Aigrement, capitaine du Boisnie-Maine, par un 
écuyer du diocèse de Quimper (Bibi. Nat,^ ms. lat. n* 5381, II, 175), 
Jacques Froissart, secrétaire du roi de Navarre {BibL Hat,, Quittances, 
XV, 211), Jean de Trousscauville, ch» (Ibid., XV, 258), Colin de Fré- 
ville, écuyer {Arch, Nat,, JJ146, n<» 364), Jean de Launoy, bourgeois 
d'Évreux (JJ116, n» 111,), enfin Baudouin de Bauloz, Jean Gansel, 
Lopez de Saint-Julien, capitaines navarrais d'Anet, de Livarot et de 
Samt-Sevcr {Arch. Nat, , J38 1 , n» 3) . 

4. Eure, arr. et c. Louviers. &i 1364, Acquigny était au pouvoir 
des Navarrais. Bibl. Nat,, Quittances, XV, 264. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, g§ 510-529. ux 

Gui de Gauville, fils de Guillaume de GauviLle, arrive sur le 
champ de bataille à la tète de la garnison navarraise de Conches; 
à la nouvelle de la défaite des siens, il reprend en toute 4iâte le 
chemin de sa forteresse. Les trente qui ont enlevé le captai le 
transportent à Vernon^ et de là à Rouen. P. 130 à 132, 310, 311 . 

Charles Y reçoit la nouvelle de cette victoire à Reims ^. ou il 
est allé se faire couronner roi de France. — Noms des principaux 
personnages qui assistent au couronnement. — - Retour de Charles V 
à Paris. P. 132 à 134, 311 à 313. 

Charles Y investit Philippe son plus jeune frère du duché de 
Bourgogne *, et, à la prière de celui-ci, pardonne à l'Archiprêtre 



1. Yemon a^ait été cédé par le dauphin régent le 21 août 1359, en 
échange de Meiun, à la reine Blanche de NaTarre, veure de Philippe 
de Yalois, ainsi qae Yernonnet, Pontoîse, Neaufles, toute laWicomté 
de Gîsors à l'exception de la rille et du château, Neufchatel et Gour- 
nay. Blanche, sœur de Charles le MauTais, était toute dérouée à son 
frère ; et , s'il faut en croire le Cauchois Pierre Cochon , la châtelaine 
de Yernon, trompée par la feinte de Bertrand, se hâta trop de fêter la 
rictoire du captai de Buch ; c Si ayint que messire Bertran se retrajr 
et fist passer ses sonunages oultre la riTière (d'Eure). Les nouTelles 
yindrent à la rojne Blanche que les Franchois estoient desconfits et, 
celles nouYclles oves, menestriex commenchèrent à corner, et dames 
et damoiselles à danser et démener si grant \oye que nul ne le peust 
penser. Et tantost après, en mainz de deux hores, oïrent autres non- 
Telles. De quoj les vielles lurent mises soubz le banc et fii la grant 
joje tournée à grant plor. Et avoit la dite roine une grant huche toute 
plaine de linges, robes et de chausses semellées à ponlaine , qui cou- 
roient pour le temps, à leur donner après la bataille ; et pour ce que le 
roy de Franche 07 parler de celle grant joye et que Vemon estoit 
trop entre les forteresches des Navarrois, elle ni mise hors. 9 Chronique 
Normande de P. Cochon, publiée par M. Charles de Beaurepaire, Ronen, 
1870, p. 111 et 112. — Il est certain, en effet, que presque tous les 
actes, émanés de la chancellerie de la reine Blanche postérieurement à 
la bataille de Cocherel, sont dates de son château de Neaufles (aujour- 
d'hui Neaufles-Saint-Martin , Eure, arr. les Andelys, c. Gisors). Bièl, 
Nat,, Quitt., XV, 167, 248. 

2. Charles Y reçut la nouvelle de la victoire de Cocherel la veille 
de son sacre, le samedi 18 mai, deux jours après la bataille, au mo- 
ment où il arrivait aux portes de Reims. Cette nouvelle lui fut appox^ 
tée par deux messagers, l'un, Thomas Lalemant, son huissier d'armes, 
à qui il assigna en récompense 200 livres parisis de rente {Arch, Nat,^ 
JJ96, n«> 372), l'autre Thibaud de la Rivière, ëcuyer breton de la 
Compagnie de du Guesclin, qu'il gratifia de 500 livres tournois de 
rente {Catalogue Joursanvault, I, 6, n» 33; 309, n^ 1710). 

3. Quoique Philippe eût été crée duc de Bourgogne par le roi 
Jean à Germigny-sur-Mame dès le 6 septembre 1363, Charles Y cou- 



tx CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

sa conduite à Gocherel. Il fait couper la tète à Pierre de Sacquen- 
ville à Rouen*. Guillaume de Gauville, fait prisonnier à Gocherel, 
est échange contre Brumor de Laval, captif à Évreux. Le captai 
de Buch est transféré de Paris à Meaux ' où il doit tenir prison. 
Bertrand du Guesclin rachète au prix de cinq ou six mille francs 
le château de Rolleboise à Wauter [Straël], capitaine de cette for- 
teresse. — Charles y met sur pied trois armées. La première, sous 
les ordres du duc de Bourgogne, va mettre le siège devant Mar- 
chelainville , en Beauce ; la seconde ^ dont Bertrand du Guesclin 
est le chef, opère dans la direction du Cotentin et sur les mar- 
ches de Cherbourg ; la troisième enfin , commandée par Jean de 
la Rivière, assiège le château d'Acquigny'. P. 134 à 137, 313 
à 315. 

Louis de Navarre, frère puîné de Charles le Mauvais, Robert 

tinua de donner à son plus jeune frère le titre de c duc de Touraine i 
jusqu'au 2 juin 1364, jour où il se décida à confirmer au profit de 
Philippe la donation du duché de Bourgogne faite par son père (dom 
Plancher, Hist, de Bourgogne ^ II, Preuves, ccLxxvni). Une particularité 
que tous les historiens semblent avoir ignorée, c'est que Charles V, par 
acte daté de son château du Goulet, le 18 avril 1364, dut promettre à 
son second frère Louis, duc d'Anjou , qu'au cas où il vienorait à avoir 
des héritiers mâles légitimes aptes à lui succéder sur le trône , il don- 
nerait à perpétuité à son dit frère le duché de Touraine, tant la cite et 
et le château de Tours, que toutes les autres appartenances de ce duché. 
Areh, Nat.^ J375, n» 3. 

1. Pierre de Sacquen ville fut exécuté a Rouen entre le 27 mai et le 
13 juin 1364. Le 13 juin 1364, Charles Y donna à son amé et féal ch** 
et chambellan Pierre de Domont les châteaux, forteresses ou manoirs 
de Sacquenrille (Eure, arr. et c. Évreux) et de Bérengeville ainsi que 
les terres, situées en Brie et ea Champagne, confisquées sur Pierre de 
Sacquenville, a comme il se feust mis en la bataille du captai de Buch 
pour le TOj de Navarre, ennemi de nous et de notre royaume , contre 
noz bons et loyaux chevaliers et subgiez et en jcelle bataille, à la des- 
confiture du dit captai et sa compaignie, le dit Pierre ait esté pris et, 
comme traitre de nous et de nostre rojaume, amené en noz prisons en 
nostre p'tlie de Rouen et illeucques pour ses démérites exécutez (Jreh, Nat,^ 
JJ96, no 116). A la même date, les châteaux ou manoirs de Corvail et 
de Couvay, confisqués comme les précédents sur feu Pierre de Sac- 
quenville, furent donnés à Jean de Gaillon, sire de Groslej. /&«/., 
no 118. 

2. Au commencement du mois de septembre 1364, la belle reine 
Jeanne d'Évreux, veuve de Charles le Bel, dame de Château-Thierry, 
qui nourrissait un sentiment tendre pour le captai de Buch, obtint du 
roi que le vaincu de Cocherel reviendrait tenir prison à Paris. Uisi. de 
du Guesclin^ p. 600 à 603. 

3. Du 14 juillet au 20 août, Mouton, sire de Blainville, capitaine 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS ^^1 0-^29. lzi 

Knolles, Robert Ceni, Robert Briquet, Creswey, à la tftte de 
douze cents combattants, ravagent le pays compris entre Loire 
et Allier, le Bourbonnais et surtout les environs de Moulins, de 
Saint-Pierre-le-Moutier * et de Saint-Pourçain. Bernard et Hor- 
tingo de la Salle, ayant sous leurs ordres quatre cents compa- 
gnons, s'emparent par surprise de la Charité-sur-Loire * dont les 



pour le roi au diocèse de Rouen pardeçà Seine, alla assiéger Acquif;ny, 
à la tête d'une troupe qui comprenait à la fin du siëge 44 cheraliers, 
tant bannerets que autres, et 105 ^cuyers (Bibl. Nat,^ Quitt., xt, 49, 
53). Mouton leva au commencement de septembre le siëge d*Acquigny 
pour aller avec le duc de Bourgogne sur les bords de la Loire renfor- 
cer le sî^e mis par les Français devant la Charité. 

1. L'une de ces forteresses, situées enure Loire et Allier, était encore 
oocnpëe en 1367 par un routier navarrais nommé le bour Camus. Nous 
▼oulons parler de Beauvoir qu'il nous est impossible d'identifier même 
d'une manière dubitative, ainsi que l'a fait M. Chazaud {La Chronique 
du Bon duc Lojs de Bourbon^ p. 16, note 2), arec Beauregard. Beauvoir 
est aujourd'hui un château de Saint-Germain-Chassenay , Nièvre, 
arr. Nevers, c. Decize. Ce lieu fort était tombé de bonne heure an 
pouvoir des Compagnies, car dès 1358 Pierre de Chandio, châtelain de 
Decize pour le comte de Flandre et de Nevers, faisait réparer le pont- 
levis du château confié à sa garde, t pour obvier à la maie volenté des 
Englois qui tenoient plus de cent forteresses... Droy, Beauvoir^ Vitry, 
Isenay, Saint Gracien sur Allier,... lesquels plusieurs fois se misent en 
essey de eschaler, embler et prendre la rille et le chastel de Decizè. s 
Arch. de la Céie d'Or^ B4406; Jnvent., II, 112. — La reddition de 
Beauvoir et la prise du bour Camus par les gens du duc de Bourbon 
durent aroir lieu après décembre 1367 (/^û/., Bô498;//i('eiU.,II, 273). 
— Un peu au nora-est de Beauvoir, sur la rive droite de la Loire, les 
Compagnies anglo-navarraises tenaient à la même ëpooue le château de 
Montëcot dont les ruines informes se voient encore à âémelay, Nièvre, 
arr. Château-Chinon, c. Luzy. L'identification, faite par M. Chazaud, 
de Montëcot avec Montesche nous parait inadmissible. La Chronique du 
bon duc Lojrs de Bourbon^ p. 16, note 3. 

2. La date de l'occupation de la Charité-sur-Loîre (Nièvre, arr. 
Cosne), qui n'a été donnée jusqu'à ce jour d'une manière un peu pré- 
cise par aucun historien, doit être fixée au mois d'octobre 1363. Cela 
résulte d'une lettre de rémission accordée par Charles Y en janvier 1367 
(n. st.) à Jeannet Sardon ou Sadon, de la Charité-sur-Loire, a conune, 
en la fin du moys de septembre en fan McccuLm, le fort de la tour de 
Bèvre (auj, château de Germigny, Nièvre, arr. Nevers, c. Fougues, sur 
la rive droite de la Loire, à peu près à ëgale distance de Nevers au sud 
et de la Charité-sur-Loire au nord) eust esté et fust prins par aucuns 
Angloiz, noz enemis et celiui an la ville de la Charité dessus dicte eust esté 
et fust ou moys <F octobre ensuivant prinse par autres Angloiz^ Gascons et 
autres gens de CompaigniCf eulx porians pour lors noz enemis, lesquelles 
forteresses, ainsin prises, furent détenues et occupées par noz diz enne- 
mis bien par Cespaee de sè»e ou dix et sept moys ou environ : durant le- 



IX T Cf IONIQUES DE J. FROISSAHT. 

habitants se réfugient à Nevers. A la nouvelle de la prise de cette 
ville, Louis de Navarre envoie aux vainqueurs un r^fort de trois 
cents armures de fer sous les ordres de Robert Briquet et de 
Creswey. P. 137 à 139, 315, 316. 

Prise de Marchelainville ^ par le duc de Bourgogne et d'Ac- 
quigny par Jean de la Rivière. P. 139 à 141, 316, 317. 

Siëge, prise et rasement du fort de Chamerolles^ par le duc 

quel temps, le dit Surdon, qai pour Tempeschemeiit de aoz diz enemis 
ne poToit demourer en la dicte ville de la Charité, demoura en la ville 
de Sancerre en l'ostel et on aeivlce de Ettienne de Heriçon, bourgois 
du dit lieu de Sancerre, ôon oncle. Si advint que par plusenrs foys les 
diz enemis furent et vlndrent en la dicte ville de Sancerre, tant pour 
traictier de finances ou raençons d'aucuns de leurs Compaignons qui 

Srins y furent par plusenrs intervalles par nostre amë et féal le conte 
e Sancerre et sez frères et par leurs genz qui contre yceulx enemis 
firent moult honorable et loyal guen*e et leur portèrent très grans do- 
maîges, si comme Ten dit, comme pour traictier de la raençon de plu- 
seurs personnes du pays que les enemis y tindrent prisonniers par de* 
vers eulx. Et mesmement les diz enemis, tenans la dicte ville de la 
Chante, forent et repaîrèreut ploseurs.foiz en la dicte ville de San- 
cerre pour traictier de la delÎTrance de la dicte Charité, duquel traictîé 
le dit conte fu par aucune parâe du temps chargié, si comme l'en dit, 
auxquielz enemis, tant pour ce (jue il fussent plus favorables et gra- 
cieux à la délivrance de leurs prisonniers et à passer et consentir lez 
traictiez de la dicte delivrrnce de la Charité et afin de apaisier leurs 
malvaises et dures volentez et que il n'ardissent les maisons et manoirs 
du dit Sadon et du dit Estienne son oncle, ycellni Sadon tint aucune 
foiz compaignie en la dicte ville de Sancerre et leur vendi et délivra 
vins, advenes et autres choses, et merchanda avec eulx de chevaulx et 
d'autres choses, tant pour lui et pour le dit Estienne son oncle comme 
pour le traictië et délivrance d'aucuns prisonniers qui prins furent ou 
temps dessus dit, tant en la dicte tour de Bèvre comme en la dicte ville 
de la Charité... » Arch. Nat.^ JJ97, n« 638, f» 178. 

1. Auj. hameau de Péronvilie, Eure-et-Loir, arr. Châteaudun, 
c. Orgères. Les ruines du fort de Marchelainvilie sont encore marquées 
sur la carte de Cassini. La forme de ce nom de lieu, dans les divers 
manuscrits de Freissart, est Marceranville^ MarcerainvilU^ MacerenvUle, 
Macheranvîlle (p. 139, 315). M. de Barante (^Hist. des ducs de Bourgogne^ 
éd. de Bruxelles, 1837, I, 74) a identifié la forteresse ainsi désignée 
avec Marchéville (Eure-et-Loir, arr. Chartres, c. Illiers), mais cette 
identification ne soutient pas l'examen. 

2. Château situé à Chilleurs-aux-Bois, Loiret, arr. et c. Pithiviers. 
Les ruines de ce lieu fort sont, comme celles de Marchelainvilie, mar- 

2 nées sur la carte de Cassini. Par acte daté de Paris en septembre 1367, 
Iharles Y octroya une lettre de rémission à Thibaud de Grassay, 
* - '' "" • ^" ^ • .Sal- 

; for- 
i deâ 




SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 510-529. lxlu 

de Bourgogne. — Siège et prbe da château de Dreux et du fort 
de Preux ^. — Reddition du fort de Ck)uyay '. — Le duc de Bour- 
gogne quitte la BeauceS et, après avoir eu une entrevue avec le 



enTirons et employant le produit de ses rapines à mettre la dite ëglise 
en état de résister aux attaques des Compagnies, « excepte une queue 
de Tin que ycellui suppliant yendi pour nure couvrir un jaque, quant il 
ala servir nostre très cher et tr^: amé frère le duc de Bourgoigne quant il fu 
devant le fort de Chamerolss,,, » Arch, Nat,^ JJ97, n» 413, ^ 106. — 
D'après le rëcit de Froi «art, le fort de ChameroUes derait être situe 
dans le voisinage de MarcheiainTÎHe. M. de Barante s'est donc trompe 
en roulant reconnaître dans le premier de ces deux forts un c Came- 
roUes » qu'il faudrait aller chercher à mi-chemin de Montareis et de 
Gien et un peu à Test de ces deux rilles (auj. hameau de Châtillon- 
sur-Loing, Loiret, arr. Montargis). 

!• Vers le milieu de 1364, le château de Dreux n'ëtait plus depuis 
longtemps au pouvoir des Compagnies, et nous révoquons en doute 
jusqu'à preuve du contraire cette partie du récit de Froissart. Quant à 
Preux, que M. de Barante a transformé en Preuil, nous ne connaissons 
aucun lieu fort de ce nom en Beauce, dans le pays chartrain ou le 
Perche. 

2. On peut lire à volon'^é dans les manusc -its de Froissart Connais 
Connay^ Couvai ou Couvay, Nous avons préféré la forme Couvai,^ nom 
de lieu qui s'est conservé en composition dans Crécy-Couvé, Eure*-et- 
Loir, arr. et. c. Di'enx. Quoi qu'il en soit, l'identification faite par 
M. de Barante du Couvai de Froissart avec un Conneray^ nom de heu 
qui nous est inconnu (serait-ce Connerré, Sarthe, arr. le Mans, c. Mont- 
rort?), cette identification est tout à fait inadmissible : le temps et 
l'usage contractent souvent les formes, mais ne les allongent jamais, 
surtout à l'intérieur des mots. Y. Histm des ducs de Bourgogne^ I, 75. 

3. Une montre publiée par dom Plancher {Hist, de Bourgogne^ III, 
556) nous fait connaître les principaux chevaliers qui servirent en 
Beauce sous le duc de Bourgogne. On y distingue le comte de la Mar- 
che, Simon, comte de Braine, Jean le Maingre, dit Boucicant, maré- 
chal de France, Enguerrand, sire de Concy, Amauri, sire de Craon, 
Antoine, sire de Beavjeu, Jean de Vienne et Robinet de Chartres, 
écuyer. Philippe, duc de Bourgogne, dut quitter la Beaucer, pour se 
rendre & la cour du roi son frère, du 10 au 24 août 1364, car c est en- 
tre ces deux dates que Charles Y fit un séjour en Brie, soit à Crevé* 
ccBur, soit à Vaux, soit à Crécy. L. Delisle, Mandements de Charles V^ 
p. 31 à 33, no* 66 à 70. — Cette campagne du duc de Bourgogne en 
Beauce fut entreprise presque au lendemain de la victoire de Cocherel, 
dans le courant de juin 1364. Du Guesclin semble avoir été chargé au 
début de la direction générale des opérations. Dans deux quittances de 
Renier le Coutelier, vicomte de Bayenx et trésorier des guerres, en 
date des 15 et 24 juin, Bertrand est qualifié capitaine général de la pro- 
vince de Rouen et du bailliage de Chartres ou encore lieutenant du roi entre 
Loire et Seine (Bibl, Nat.^ Quitt., xv, 29, 34). Cest seulement dans la 
dernière semaine de juin que le comte de Longueville fut envoyé en Basse 
Normandie contre les Navarrais (La Roque, Hist. de la maison de Har^ 



Lxiv CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. 

roi son frère à Vaux-la-Gomtesse en Brie, accourt à la tête de 
toutes ses forces en Bourgogne où il force le comte de Montbé- 
liard et ses alliés d'Allemagne , qui ont profité de l'absence de 
Philippe pour envahir le duché, à rebrousser chemin et à repasser 
précipitamment le Rhin^ P. 141 à 143, 317 à 320. 

Le connétable ^ et les deux maréchaux ' de France mettent le 
siège devant la Charité; ils sont bientôt rejoints par le duc de 

urgogne\ revenu de sa chevauchée dans le comté de Montbé- 



r 



courte IV, 2300). Bertrand était à Caen le 21 juin {Bibl. Nat,^ ms. fr. 
no 22469, f° 77); il assiégeait Valognes le 9 juillet {Arch. Nat,^ JJ98, 
n*» 210) et, le 11, il avait pris cette ville {Ibld.^ JJi08, n» 329).Le 24, 
il était de passage à Saint-Lo (Jbid,^ JJ96, n<» 429). Il allait renforcer 
la petite armée qui, dès le 12 juillet, avait mis le siège devant ixfaauf- 
four (Orne, arr. Argentan, c. Merlerault), sous les ordres du maréchal 
de la Ferté, de Pierre, seigneur de Tournebu, et de Guillaume du 
Merle, seigneur de Messey. Les machines des assiégeants lancèrent 
2960 pierres, et les assiégés ne se rendirent qu'au bout de 42 jours. 
{Bibl, Nat.^ ms. fr. n» 4987, f« 91; Quittances, xv, n» 72'. 

1 . Philippe, alors duc de Touraine, avait lancé les Compagnies sur 
le comté ae Bourgogne dès le mois de décembre 1363. La comtesse 
Marguerite avait appelé sous les armes la noblesse comtoise, après avoir 
fait rompre le pont d*Apremont (Haute-Saône, arr. et c. Graj) ; et le 
comte deMontbéliard et Jean de Neufchâtel, neveu du comte, s'étaient 
mis à la tête de cette noblesse. Le 25 juillet 1364, Ancel de Salins 
avait signé à Viliers-Farlay un traité de paix avec le duc au nom de la 
comtesse; mais le comte de Montbéliara et son neveu avaient refusé 
d'y souscrire. A la fin du mois de septembre suivant, apprenant que le 
comte de Montbéliard, à la tête de quinze cents lances recrutées en 
Alsace et en Allemagne, s'était avancé jusqu'à Châtiilon-sur-Seine, le 
duc de Bourgogne s'était mis à sa poursuite avec l'Archiprétre et l'avait 
forcé à chercher un refuge en Alsace, où Arnaud de Cervolle alla por- 
ter le ravage, ainsi que dans les comtés de Bourgogne et de Montbé- 
liard. Finot, Recherches^ p. 92. 

2. Robert, dit Moreau, sire de Fiennes. 

3. La première rédaction (p. 145, lignes 4 et 5) dit que ces maré- 
chaux étaient Boucicaut et Mouton, sire de Blainville. Boucicaut était 
en effet maréchal de France et il prit part au siège de la Charité. Quant 
à Jean de Mauquenchy, dit Mouton, sire de Blainville, il assista aussi 
à ce siège, à la fin de septembre et dans les premiers jours d'octobre 
{Bibl. Nat.^ Quitt., xv, .66, 95), et il y eut plusieurs chevaux tués et 
affolés (Delisle, Mandements de Charles T, p. 48, n* 93) ; mais il ne fut 
fait maréchal de France que le 20 juin 1368 (Anselme, Kist. généaL^ 
VI, 756). La seconde rédaction (p. 321) substitue Amoul, sire d'Au- 
drehem, à Mouton, sire de Blainville. 

4. Philippe, duc de Bourgogne, avait mis le siège devant le fort de 
Moulineaux (auj. hameau de la Bouille, Seine -Inférieure, arr. Rouen, 
c. Grand-Couronne) à la fin d'août et dans les premiers jours de sep- 
tembre. Le S septembre^ Guillaume de Calletot, ch***, était envoyé avec 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 510-529. lxv 

liard. Bertrand du Guesclin^ lai-même, après une campagne dans 
le G)tentin, Jean de la Rivière', après la levëe du siëge d'Évreux, 
viennent renforcer les assiégeants. La garnison de la Charité fait 
souvent des sorties, et, dans une de ces escarmouches, Robert 
d'Alençon, fils du comte d'Alençon, Louis d'Auxerre, fils et frère 
des deux comtes d'Auxerre % sont faits chevaliers. Louis de Na- 

un antre chevalier, quinze hommes d^armei et deux archers étoffée 
« en l'aide de très excellent et puissant prince mS' le duc de Bour- 
goigne qui a mis un siège devant U fort de Moulineaux, » Bi6l, Nai,^ 
Quitt., aV, 64 à 57. — Rappelé par l'invasion des Compagnies sur les 
frontières de son duché, Philippe quitta précipitamment la Normandie 
et n'arriva devant la Charité qu'à fa fin de septembre , car nous avons 
une lettre de Philippe adressée a Jacques de Vienne, son lieutenant 
dans le Lyonnais, et datée de Cosne-sur-Loire^ le lundi 30 septembre 
(dom Plancher, Hist, de Bourgogne^ II, 300). D'un autre côté, le man-^ 
dément de Charles V mentionnant la présence devant la Charité de Mou- 
ton, sire de Blainville, € en la compaignie de nostre très chier et amé 
frère le due de Bourgoigne *, est du 7 octobre 1364. 

1 . Quoi qu'en dise Froissart, il est presque impossible d'admettre 
que du Guesclin ait pu assister au siège de la Charité. Le 20 août 1364, 
le nouveau comte de Longueville, sire de Broons et de la Roche Tesson, 
chambellan du roi, s'intitulait encore « lieutenant général en Norman-^ 
die > dans une quittance de cent francs d'or de l'argenterie du roi dé- 
lÎTrée à Renier le Coutelier {Bibl, Nat.^ dép. des mss.. Titres originaux, 
au mot du Gueselin). Peu avant le 20 septembre, Charles Y donnait 
l'ordre d'annuler les assignations de deniers faites antérieurement à 
Bertrand sur les receveurs de Chartres, d'Évreux , de Lisieux de Séez , 
de Bayeux, de Coutances et d'Avranches {Bibl. Nat.^ Quitt., XV, 62) ; 
et cette annulation serait inexplicable , s'il fallait admettre avec Frois- 
sart que du Guesclin servait alors le roi de France devant la Charité. 
Le 29 septembre suivant, le vainqueur de Cocherel prenait part à la 
bataille d'Auraj. Entre ces deux aateS| on voit qu'il ne reste pas de 
place pour un vojage à la Charité et le retour en Bretagne. 

2. Dès le commencement de juillet 1364, Mouton, sire de Blainville, 
avait mis le siège devant Evreux {Bibl. Nat.y Quittances, XV, 53). Au 
mois de septembre suivant, Charles V accorda une lettre de rémission à 
Jean le Rebours, dojen, vicaire et officiai d'Évreux, partisan du roi 
de Navarre, « à Jarequeste de Hue de Chastillon, maistre de nos arba- 
lestriers (nommé en remplacement de Baudouin, sire d'Annequin, tué à 
Cocherel), de Jean, sire de la Rivière et de Préaux, nostre chambellan, 
et de Mouton, sire de Blainville, nostre conseiller, qui ont esté et sont de 
par nous à siège devant la dicte ville. » Arch, Nat.^ JJ96, n® 256, f^ 85 
vo. — Les Français avaient déjà levé le siège d'Évreux en octobre, 
car dans le courant de ce mois le roi octroya une lettre de rémission à 
Jean Quieret, seigneur de Fransu, chevalier, et à Godefroi de Nojelle, 
écuyer, considéré que « dicti miles et Godefridus coram civitate Ebroy- 
eensi in comitiva dilecti et fidelis militis et cambellani nostri Joliannis 
de Riparia fuerunt,... » Arch. Nat., JJ96, n© 294, f<» 93 et 94. 

3. En 1364, Jean de Chalon, IV du nom, fils aîné de Jean de Cha- 



Lxvi CHRONIQUES DE J. «"ROISSART. 

varre , cantonné sur la frontière d'Auvergne , appelle au secours 
des assièges Robert Knolles, Gautier Hewet et Mathieu de Gour- 
nay; mais le comte de Montfort a pris ces chevaliers anglais à 
son service pour assiéger le fort château d'Auray, et il a besoin 
plus que jamais de leur aide pour tenir tête à Charles de Blois 
son concurrent, qui se prépare à lui faire la guerre à la tête 
d'une puissante armée. P. 145, 146, 320 a 322. 

Louis de Navarre, en qui la garnison de la Charité met toute 
son espérance, évacue l'Auvergne pour se rendre en Normandie 
dans la région de Cherbourg*. Charles V est obligé de [rappeler 
ses gens d'armes de la Charité pour les enrôler au service de 
son cousin Charles de Blois ^, et il invite le duc de Bourgogne son 



Ion, III du nom, comte d^Auxerre et de Tonnerre, prenait le tître de 
comte d^Auxerre concurremment avec son père, quoique celui-ci, pri- 
sonnier non rachète des Anglais, fût encore Tivant. Le père Anselme 
(^Hist, généal,^ YUI, 419) se trompe en faisant mourir Jean III avant 
1361. BîbL Nat,^ Clairambault, xxvii, 1993. 

1. Louis de Navarre, frère de Charles le Mauvais, arriva en Norman- 
die, non pas, comme le dit Froissart, après la mort de Philippe de Na- 
varre, comte de Longueville, décédé dès le 29 août 1363, mais après 
la défaite du captai de Buch à Cocherel , vers le milieu du mois d'oc- 
tobre 1364. Le premier acte que nous connaissions, qui atteste Tar- 
rivée et la présence de Louis de Navarre en Normandie , est daté Je 
Mortain /e 21 octobre 1364 ; Louis, comte de Beaumont le Roger, prend 
dans cet acte le titre de lieutenant du roi de Navarre en France^ Nor^ 
mandie et Bourgogne {Bibl, Nat,, Quilt., XV, 92). D'autres actes, éma- 
nés de Louis de Navarre, sont datés de Cherbourg le 31 octobre {Ihid,^ 
no 99), de Bricquebec, le 2 novembre (Jbid.^ n* 104), de Valognes, le 
16 novembre (Jbid,, n» 110), d'Avranches, le 16 décembre 1364 [Ibid,^ 
no» 113 et lld), d'Evreux, le 14 février 1365 {Ibid., vP 136), de Pon- 
taudemer), le 19 février (Ibid.^ n» 138), d'Évreux, le 22 mars (Ibid,^ 
n» 151), de Cherbourg, le 10 avril {Ibid., n» 156), les 12 et 20 août 
(ibtd., n»* 195, 197) de Bricquebec, le 4 novembre (ibid.^ n© 226), de 
Cherbourg, le 13 novembre {/A/W., n» 232), de Gavray, le 24 novem- 
bre (Ibid., no 238), de Bricquebec, les 11 et 12 décembre (Ibid.^ 
uos 245, 246), de Gavray, le 19 décembre (/A«/.,n<»251), d'Avranches, 
le 20 décembre 1365 (Ibid,, no 252). 

2. Ce ne fut point, comme Froissart le dit par erreur, pour les enrôler 
au service de Charles de Blois, que le roi de France rappela les gens 
d*armes envoyés devant la Charité, car le retour de ces gens d'armes 
est postérieur à la bataille d'Aurajr. Cette bataille se livra le 29 sepj- 
tembre, et à cette date. Mouton, sire de Blaînville, par exemple, n'était 
pas encore revenu du siège de la Charité, puisque l'on fut obligé, « en 
Tahsence de ce chevalier, capitaine pour le roy es cité et diocèse de 
Rouen », de confier la défense du pays à Regnault des lUes, bailli de 
Caux (Bibl, Nat,^ Quitt., XV, 66). Traqué à outrance sur tous les 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ S30-545. lxvii 

frère à traiter avec les assiégés. On permet à ceux-ci de se reti- 
rer où bon leur semblera, après leur avoir fait prêter serment de 
ne point s'armer contre le royaume pendant trois ans. Les habi- 
tants de la Charité rentrent dans leurs foyers, et le duc de Rour- 
gogne retourne en France*. P. 147, 148, 322. 



CHAPITRE LXXXIX. 

13649 29 SEPTEMBRE. BATAILLE d'aUHAY. 136$, 12 AVRIL. 

TRAITA DE GUÉRAHDE. (§§ 530 à 545.) 

Le roi de France, apprenant que la guerre va se ralhmer entre 
Jean de Montfort et Qiarles de Rlois, envoie à ce dernier un se- 
cours de mille lances sous les ordres de Rertrand du Guesclin ^. 



points de la Normandie depuis la journée du 16 mai 1364, le parti 
nayarrais essaya dans le courant de septembre de mettre à profit le 
départ du duc de Bourgogne et du sire de Blainville pour la Charitë, 
de Bertrand du Guesclin pour la Bretagne ; il crut que les circonstances ~ 
étaient favorables pour regagner le terrain perdu depuis Cocherel. Les 
choses en vinrent à ce point «rue Ton craignit un instant que le clos 
des galées de Rouen, ce grana arsenal de la France an quatorzième 
siècle, ne tombât au pouvoir des Navarrais qui occupaient Moulineaux ; 
et Ton mit sur pied en toute hâte douze hommes cParmes, vingt arba- 
létriers et archers chargés spécialement de la défense de ce clos (Biùi. 
Nat,^ Quitt., XV, 58). C'est pour ces motifs que ^Charles V rappela ses 
gens d'armes de la Charité et que, comme nous le montrerons dans 
une des notes du chapitre suivant, il dut voir avec un certain déplaisir 
Bertrand du Guesclin interrompre une campagne signalée par tant de 
succès et laisser la Normandie à peu près sans défense pour aller en 
Bretagne mettre Tépée du vainqueur de Cocherel au service de Charles 
de Blois. 

1. Le duc de Bourgogne, après le siège de la Charité, ne retourna 
pas en France. Le 26 novembre 1364, il fit son entrée solennelle à 
Dijon en compagnie de son frère le duc d'Anjou. Au mois de janvier 
de Tannée suivante , il entreprit une expédition contre les Compagnies 
qui ravageaient la Champagne et assiégea Nogent-sur-Seine. Dom 
Plancher, III, 13, 557, 568. 

2. Du Guesclin, en allant mettre son épée au service de Charles de 
Blois, à la fin de septembre 1364, semble avoir obéi bien plutdt à 
l'inspiration de la fidélité et du dévouement qu'aux ordres du roi de 
France. Charles V, en effet, put être contrarié de voir le vainqueur de 
Cocherel s'éloigner de la Normandie au moment où le parti' navarrais. 



Lxvitt aiRONIQUES DE J. FROISSART. 

Charles, après avoir rassemble une année à Nantes S quitte cette 
ville pour marcher contre le comte de Montfort qui a mis le siège 
devant Auray. Noms des principaux chevaliers , tant bretons que 



rëdnit à la détentbre depuis la joumëe du 16 mai, tendait à reprendre 
rofTensive et redoublait d*audace dans toutes les parties de cette pro- 
vince. Quoi au'il en soit, il est certain que , dès les premiers jours 
d*aoât 1364, le roi de France fit tous ses efforts pour provenir le con- 
flit et dépêcha auprès des deux compétiteurs Pierre Domont, l'un de 
ses chambellans et Philippe de Troismons, Tun de ses conseillers, com- 
mis pour <K aller devers le duc de Bretagne et le comte de Montfort 
pour certaines choses touchans l'onneur et proufit du royaume. » Biùl. 
Nat,^ Quitt., XV, 46; cf. les n»» 41 et 47. — Et lorsque les hostilités 
furent sur le point d'éclater, lorsque Bertrand eut quitté la Normandie 
pour aller rejoindre le prince au service duquel il avait fait ses pre- 
mières armes, Charles Y n*eut rien de plus pressé que de casser aux 
gages le chevalier breton, conmae le prouve un curieux mandement des 
trésoriers généraux des aides, en date du 20 septembre 1364, dont le 
texte est signalé et publié ici pour la première fois : a De par les ge- 
nerauls trésoriers. Jehan TUissier, nous vous mandons que des deniers 
de vostre récente vous paiez et délivrez à Rollant Foumier, notaire du 
Chastellet de Paris, pour Tescripture de sept paires de lettres de vidi- 
mus du dit Chastellet faisans mencion des lettres du roy nostre sire 
encorporées es diz vidimus , par lesquelles le roy nostre dit seigneur 
rappclloit l'assignacion faicte a monseigneur Bertran du Glesquin, conte 
de Longueville, sur les esleuz et retîeveurs de Chartres, d'Evreux, de 
Lisieux, de Sées, de Baieux, de Constances et d^Avranches : pour 
chascune lettre , m sous parisis valent xxi sous parisis. Et , par rap- 
, portant ceste présente cedule avecques lettres de quittance sur ce du ait 
notaire, la dicte somme de xxi sous parisis sera allouée en voz comptes 
sanz aucun contredit. Escript à Pans le xx« jour de septembre l'an mil 
cccLXXiii. » BibL Nat.^ Quitt. » XV, n» 62. — Quand on connaît cet acte, 
il est impossible d^admettre avec Froissart que du Guesclin ait fourni à 
Charles de Blois un renfort de mille lances. Sans doute, Bertrand ne put 
guère amener en Bretagne que sa compagnie proprement dite, composée 
surtout de ses parents ou alliés de Bretagne et ae Normandie. L'un de 
ces derniers, Robert de Bnicourt, ch^, seigneur de Mauy (Calvados, 
arr. Bayeux, c. Isîgny), marie à Alice Paynel, fut fait prisonnier à Au- 
ray par un homme d'armes anglais nommé Thomas Caterton. Celui-ci 
exigea une rançon de quatorze mille francs. Robert de Brucourt, se 
trouvant hors d'état de payer cette somme , l'emprunta à Bertrand du 
Guesclin, son cousin, auquel il dut engager toutes ses terres et seigneu- 
ries à litre hypothécaire. Arch. Nat.y JJ109, n® 427. 

1 . Au mois d'août 1364, Charles de Blois ne se troqvait pas à Nantes, 
mais à Guiiigamp ; et Cuvelier est beaucoup plus exact que Froissart 
clans les deux vers suivants : 

Tout droit à une ville, qui nommée est Guinguans, 
Fu faite la semonce des hardiz combatans. 

(Vers 5412 et 5413.) 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 330-545. lxix 

français, qui ont rëpondii à l'appel du duc de Bretagne. Au mo- 
ment du départ, Jeanne de Penthièvre exhorte son mari à re- 
pousser toute proposition d'accommodement. Charles de Blois se 
met en marche et arrive à Rennes^ avec son armée. P. 148 à 152, 
323 à 327. 

Huit lieues de pays séparent Rennes d'Auray *, Charles de 
Blois part de Rennes un vendredi ' et se vient loger à trois lieues 
d'Auray. L'armée franco-bretonne s'avance dans le plus bel 
ordre. A cette nouvelle, Jean de Montfort et ses principaux capi- 
taines, Jean Chandos, Robert Knolles, Eustache d'Auberchicourt, 
Hugh de Calverly, Gautier Hewet, Mathieu de Gournay, tiennent 
conseil. On décide qu'on ira à la rencontre de l'ennemi, et le 
lendemain samedi la plus grande partie de l'armée assiégeante 
exécute un mouvement rétrograde et vient se placer en travers 
du coté par où s'avance Charles de Blois, pour lui barrer le che- 
min d'Auray*. Arrivés en présence des forces anglo-bretonnes, 

1. Charles de Blois, partant de Guingamp pour aller au secours 
d'Auray assiégé par Montfort, se serait détourné de son chemin en 
passant par Rendes, et il n'arait garde de suivre Titinéraîre indique 
par Froissart. U fit sa première et principale étape à Josselin , où les 
contingents qui n'avaient pas rallie Guingamp vinrent le rejoindre. 
Cuvelier, Chronique de Bertrand du Guesclin, édit. de Charrière, I, 203, 
ver» 5467 et 5476. 

2. Froissart travaillait sans avoir sous les yeux aucune carte des pays 
où se sont passés les événements qu'il raconte dans ses Chroniques. 
Aussi sa géographie est-elle très défectueuse, surtout quand il s'agit de 
régions où 1 infatigable narrateur n'avait pas été conduit par son hu- 
meur curieuse, ou les hasards de sa vie errante. Personne n'ignore que 
la distance qui sépare Rennes d'Aàray est, non pas de huit, mais de 
plus de vingt lieues. 

3. Nous avons dit , dans une des notes précédentes , que Charles de 
Blois avait fait sa première halte à Josselin (Morbihan, arr. Ploôrmel). 
La distance de Josselin à Auray (Morbihan, arr. Lorient) est de douze 
à quinze lieues. L'étape suivante se fit, pendant la nuit du vendredi 27 
au samedi 28 septembre, dans la lande de Lanvaux (à 3 kil. au N. de 
Rochefort, entre la rivière d'Arz et le cours de la Qaie). Un témoin 
qui déposa en 1371 dans l'enquête pour la canonisation de Charles de 
Blois c....vidit semel dictum dominum Carolum de Blesiis, dum ibat 
ad confiictum de Aurroyo in quo fuit mortuus, jacentem in abbatia 
de Longis Vallibus supra quamdam sargiam , prœcinctum ad camem 
quadam corda. » Bi6L Nat,, ms. lat., n» 5381, t. U, ^ 158. Cf. Cuve- 
lier, vers 5760 et 5761. 

4. A la nouvelle de l'approche de Charles de Blois, Jean de Mont- 
fort, qui venait de s'emparer d'Auray, abandonna ses positions et vint 
occuper, sur la rive droite du Loch, les hauteurs de la Forêt et de Ros- 



ixx CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Oiarles et les siens s'arrêtent dans une position avantageuse au 
milieu de grandes bruyères*. P. 152 à 154, 327, 328. 

Par le conseil de Bertrand du Guesclin, Charles de Blois par- 
tage son armée en trois batailles ou divisions , chacune de mille 
combattants *, et une arrière-garde. Bertrand commande la pre- 
mière de ces batailles^ les comtes d'Auxerre et de Joigny la se- 
conde, Charles de Blois la troisième. Les seigneurs de Rais, de 
Rieux, de Tournemine, du Pont forment l'arriêre-garde. Le duc 
chevauche de rang en rang, excitant chacun à faire son devoir; 
il affirme sur son âme et sa part de paradis ' que c'est pour son 
bon et juste droit que Ton va combattre. P. 154, 155, 328, 329. 



tevel, dans les environs de la gare actuelle d'Aurav. La rivière seule le 
sf^parait des Franco-Bretons campés dans le bois de Kermadio. Ces dé- 
tails topographiques, extraits d^une chronique inédite de la Chartreuse 
d^Auray conservée à Tahbaye de Solesmes, sont empruntés à un très- 
intéressant mémoire de dom François Plaine intitulé : La journée tCAu- 
ray itaprh quelques documents nouveaux. Mémoires de tassoeiaiion bre^ 
ionne\ Saint-Brieuc, 1875, in-8», p. 87 et 88. 

1 . Après avoir passé la nuit du 27 au 28 septembre dans la lande de 
Lanvaux, Tannée de Charles de Blois s'était remise en marche le sa- 
medi 28 par Plomergat (Morbihan, arr. Lorient, c. Auray). En peu 
d'heures, on atteignit Keranna, aujourd'hui Sainte- Anne, et ensuite 
les bois de Kermadio, sur la rive gauche du Loch ; mais il n'y eut 
qu'une partie des troupes à s'avancer si loin : le reste de l'armée s'é- 
clielonna entre le manoir de Kermadio et les moulins du duc en Tre- 
valleray. Dom François Plaine, Mém, de Passociation bretonne^ p. 88. 

2. Ce même nombre de quatre mille donné approximativement par 
le P. Péan de Quélen (dom Morice , Preuves de Phistoire de Bretagne^ 
II, 11), par Cuvelier (vers 5758), par Guillaume de Saint-André 
(vers 1129) confirme sur ce point la version de Froissart. Il parait y 
avoir eu beaucoup de recrues dans les rangs des Franco-Bretons {Étbl, 
Nat,^ ms, lat. n" 5381, t. I, f«» 109), et Cuvelier mentionne parmi les 
champions du duc de Bretagne un jeune damoiseau qui n avait pas 
quinze ans : c Chevaliers fu la faiz, n'ot pas quinze ans passez. » 
Vers 6915. 

3. Le saint et le héros sont si intimement fondus en la personne de 
Charles de Blois qu'il est impossible de les distinguer : « Carolus, ante- 
quam iret ad conflictum de Aurroyo in qao mortuus fuit, adeo infir- 
mus fuerat per septem septimanas quod se sustinere non poterat; sed 
illa infirmitate non obstante, ipse semper super straminibus, ut prœ- 
fertur, jacebat. £t dum per istum et alios cubicularios suos reprehen- 
debatyr pro eo quod ad conflictum ire volebat in tali debilitate, ipse 
dicebat : a Ego ibo defendere populum meum : placeret modo Deo 
quod contentio esset solum inter me et adversarium meum, absque eo 

?uod alii propter hoc morirenturi » Bibl, Nat,^ ms. lat. n*> 5381, 
» 175. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 530-S45. lxxï 

Jean Chandos, charge dans l'autre camp de la direction su- 
prême, divise aussi Tarmëe de Montfort en trois batailles et une 
arrière-garde. Il met à la tète de la première bataille Robert 
Knolles, Gautier Hewet et Richard Burleigh; la seconde a pour 
chefs Olivier de Clisson, Eustache d'Auberchicourt et Mathieu de 
Gournay; enfin, Chandos s'est réserve pour lui-même le com- 
mandement de la troisième où il doit combattre aux côtes du 
comte de Montfort. Chacune de ces batailles se compose de^ cinq 
cents hommes d'armes et de trois cents archers *. Après beau- 
coup de difficultés, Hugh de Calverly consent à. être le chef de 
la réserve ou arrière-garde qui compte cinq cents combattants. 
P. 155 à 157, 329 à 331. 

Le samedi [28 septembre'] 1364, les deux armées sont en face 
l'une de l'autre dans Tordre que nous venons d'indiquer. Le sire 
de Beaumanoir, qui ne se peut armer parce qu'il est prisonnier 
des Anglo-Bretons, va en parlementaire d'un camp à l'autre et 
parvient à obtenir un répit entre les deux parties jusqu'au lende- 
main, à l'heure de soleil levant. Le châtelain d'Auray profite de 
ce répit pour se rendre auprès de Charles de Blois , son maître, 
qui l'assure que l'ennemi lèvera le siège le lendemain par accord 
ou par bataille'. Les Anglais, de leur côté, sachant que leurs 



1. S'il fallait accepter les données de Froissait, reffectif de rarmée 
de Montfort ne se serait élevé qu'à environ trois mille deux cents 
combattants. L'auteur de la Chronique des quatre premiers Falots, le plus 
exact des chroniqueurs du quatorzième siècle, fait remarquer en effet 
que les Franco-Bretons avaient l'avantage du nombre: « Et avoit 
monseigneur Charles de Bloiz plus grant nombre de gent que n'avoit 
le conte de Montfort. > Guillaume de Saint- Andrë, dont on a le droit, 
il est vrai, de suspecter le témoignage, ne donne à Montfort que dix- 
huit cents hommes: « Montfort n'est que à dix hait cens. » vers 1130. 
Si l'on excepte Olivier de Clisson et la clientèle de ce grand seigneur, 
Montfort n'avait pour ainsi dire sous ses ordres que des Anglais. Or, 
les contingents disponibles des garnisons anglaises de la Bretagne et du 
Poitou ne pouvaient guère dépasser deux mille ou deux mille cinq 
cents combattants. 

2. On lit dans Froissart : c le samedi 8 octobre. » Il y a là deux 
erreurs. En 136(i, le 8 octobre tomba un mardi, et non un samedi, et 
la veille de la bataille d'Auray doit être rapportée, non au 8 octobre, 
mais au samedi 28 septembre. 

3. Cet épisode est purement romanesque. Le comte de Montfort 
venait de s'emparer de Ja ville' et avait forcé la garnison du château 
d'Auray à capituler, lorsque Charles de Blois arriva pour faire lever 
le siège de celle forteresse. 



Lxxii CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

adversaires sont à bout de ressources , ont pris la résolution de 
ne se prêter à aucun accommodement. P. i57 à 159, 331 à 333. 
Le dimanche, de grand matin, les chevaliers des deux armëes 
assistent à la messe et communient et, un peu après soleil levant, 
se mettent en ordre de bataille comme le jour précédent. Le sire 
de Beaumanoir revient au camp de Jean de Montfort où il porte 
des propositions de paix. Chandos, qui veut à tout prix livrer 
bataille, ne le laisse pas venir jusqu'au comte et prend sur lui de 
répondre à ce parlementaire : « Messire Jean de Montfort sera 
aujourd'hui duc de Bretagne ou il mourra à la peine. » Puis il va 
trouver Montfort et, pour l'exciter, il met dans la bouche de 
Charles de Blois les paroles qu'il vient lui-même de prêter aupa- 
ravant au compétiteur de Charles*. Grâce à cette ruse menson- 
gère, les deux prétendants sont également exaspérés, et leurs 
partisans se disposent à en venir aux mains, les Franco-Bretons 
en invoquant Dieu et saint Yves, les Anglo-Bretons en se recom- 
mandant à Dieu et à saint Georges. P. 159 à 162, 333 à 335. 



1. C'est Charles de Biois, et non Jean Chandos, qui rompit définitif 
yement les négociations. Les capitaines anglais, dont Montfort nVtait 
qae l'instrument, Youlaient conserver le droit de lever des rançons sur 
la Bretagne pendant cinq années. Le mari de Jeanne de Penthièvre 
aima mieux courir les chances d'une batailleque de laisser ses sujets en 
butte à de telles vexadons. Cela résulte de Taffirmation d'un témoin ocu- 
laire, Geoffroi de Dinan, ch*', qui déposa sous la foi du serment, en 1371, 
dans l'enquête pour la canonisation de Charles de Blois : « .... Die 
conâictus praedicti de Aurroyo, dum ipse (Carolus de Blesiis) cum suis 
gentibus armorum paratus fuisset ad hélium in campo contra adversa- 
rios suos etiam ex adverso paratos contra ipsum, perlocutum fuit de 
tracta tu habendo cum ipso ex parte dictorum adversariorum suorum, 
dummundo ipsi haherent redemptiones a popularibus sui dncatus us- 
que ad quinqnennium, prout antea de facto habuerant. Et cum nobiles 
viri dominus de Ruppeforti et vicecomes Rohanni, présentes ibidem in 
armis et de parte ipsius existentes, tractatui hujusmodi consentirent, 
dicens dictus dominus de Ruppeforti quod, quantum in ipso erat, prœ- 
diligebat summam triginta milium librarum levari et exigi a subditis 
suis, quam ipsa die debellare ; ac dixit presenti testi quod ipse iret ad 
dictum dommum Carolum et sibi diceret quod melius sibi foret per- 
mittere hujusmodi redempdones levari a dictis popularibus quam even- 
tum belli expectare. Qui presens testis accessit ad dictum dominum Cara- 
htm, et hoc ex parte dictorum nobiltum eidem nunciavit, Quod cum audisset, 
respondit quod prxdiUgebat incidere in eventum belli ^ ad voluntatem Deiy 
auam permittere populum suum talibus miseriis et cmgtutiis prmgravari qui- 
ius compatiebatur f et pro ipsis pugnare volebat, ut diêebtU, et finaliter pu^ 
rnavit ac mortuus fuit, n BibL ^at.. ms. lat. n» 5381, t. I, f« 360 V et 
361. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ »30-»45. lxxiii 

Du côte des Français, chaque homme d'armes est muni d'une 
lance retaillëe à la longueur de cinq pieds et d'une hache qui 
pend à la ceinture ou qu'on porte suspendue au cou. I^a bataille 
de Bertrand du Guesclin vient attaquer celle de Robert KnoUes 
et de Gautier Hewet. Les archers anglais commencent à tirer, 
mais leurs adversaires sont si bien protégés par leurs pavois que 
les traits ne les atteignent pas. Ces archers jettent alors leurs 
arcs , et quelques-uns d'entre eux |)arviennent à s'emparer des 
haches des hommes d'armes de dû Guesclin. Pendant ce temps, 
la bataille de Charles de Blois en vient aux mains avec celle de 
Jean de Montfort. Les gens de ce dernier ont d'abord le dessous, 
mais Hugh de Calverly, qui se tient sur aile, accourt leur prêter 
main- forte et parvient à réublir le combat. P. 162, 163, 335 
à 337. 

Olivier de Cllsson, Eustache d'Auberchicourt, Richard Bur- 
leigh, Jean Boursier, Mathieu de Gournay ^, ont affaire à la ba- 
taille des comtes d'Auxerre et de Joigny. La mêlée devient telle 
que toutes les batailles ou divisions des deux armées se confon- 
dent, excepté i'arrière-garde de Hugh de Calverly, q\ii se tient 
toujours en réserve du côté des Anglo-Bretofis. Olivier de Clisson, 
une hache de guerre à la main, fait merveille d'armes ; mais il a 
un œil crevé par la pointe d'une hache ennemie qui a rompu la 
visière de son bassinet. Les comtes d'Auxerre et de Joigny sont 
blessés grièvement et faits prisonniers sous le pennon de Jean 
Chandos; le sire de [Trie*], grand banneret de Normandie, est 
tué ; les Franco-Bretons , qui combattaient aux côtés de ces sei- 
gneurs, se laissent alors entraîner à une panique et à une déban- 
dade générales. P. 164 à 166, 337 à 339. 

Les deux batailles de du Guesclin et de Charles de Blois sou- 
tiennent encore la lutte. Toutefois les Anglo-Bretons de Mont- 
fort maintiennent mieux leurs lignes et gagnent du terrain, grâce 

1 . Od a publie, d'après une liste manuscrite dressée au dix-hui- 
tième siècle par YTes Duchesnoy, les noms des principaux capitaines 
qui combattirent à Àuray sous Jean Chandos (kevue des provinces de 
rOuest^ m, 203). Cf. un opuscule intitule : Jean Chandos^ connétable 
d'Aquitaine et sénéchal du Poitou^ par Benjamin Fillon, 1856, p. 13, 
note 1. 

2. « Prie d est la leçon que donnent tous les manuscrits; mais 
comme Froissart ajoute que ce chevalier ëtait un grand banneret de 
Normandie, on peut supposer qu*il a voulu dt^igner le seigneur de 
Trie. 



txxiv CHRONIQUES DE I. FROISSART. 

surtout à l'appui de la réserve commandée par Hugh de Cal- 
verly*. Jean Chandos, à la tête d'une troupe nombreuse d'An- 
glais, accourt prêter main-forte à la division opposée à celle de 
Bertrand du Guesclin. Après une résistance désespérée, Bertrand 
et le seigneur de Rais sont faits prisonniers par les gens de Jean 
Chandos. Le reste des forces franco-bretonnes se rallie autour de 
Charles de Blois qui se bat^^omme un lion. Bientôt la bannière 
de Charles est jetée par terre et conquise, et Charles lui-même 
est tué ^. On a prétendu que, le matin de la bataille, les cheva- 
liers des deux armées s'étaient donné le mot de ne pas prendre 
à rançon le chef de l'armée opposée, s'il venait à tond^er entre 
leurs mains , mais de le mettre à mort. Parmi les bannerets de 
Bretagne, Charles de Dinân, les seigneurs de Léon, d'Ancenis, 
d'Avaugour, de Lohéac, de Kergorlay, de Malestroit, du Pont, 
sont tués. Le vicomte de Rohan, les seigneurs de Léon, de Roche- 
fort, de Rais, de Rieux, de Tournemine, Henri de Malestroit, 
Olivier de Mauny, les seigneurs de Riville, de Fréauville et d'Es- 
neval, outre les comtes d'Auxerre, de Joigny et Bertrand du 
Guesclin, sont faits prisonniers. Cette bataille se livre dans les 
environs d'Auray le [29 septembre*] 1364. P. 166 à 169, 339 
à 342. 



1 . D'après la chroniqae de la Cbartreuse d'Auray, dont la rédaction 
relativement moderne, repose en général sur une tradition orale non 
interrompue, Hugh de Calrerly s'était embusqué dans le bois de Rerlain. 

2. En 1371, SIX ans après l'événement, Georges de Lesven, ëcolatre 
et chanoine de Nantes, maître es arts et bachelier en médecine, rap- 
portait comme une tradition très-autorisée que Charles de Blois s'était 
constitué prisonnier lorsqu'un partisan de Montfort (d'après les tradi- 
tions de ta maison de Peuthièvre, Pierre de Lesnérac, Guérandais 
d^origine) le tua par trahison : c per magnum spatium temporis postquam 
eapius fuit per inimlcot suos et se redd'iderat pruonar'uim eudem , ipsi ini- 
mtei eumdem oeeiderunt ac armis et aliis vestimentis sois despoliaverunt 
ac ipsum indutum cilicio ad camem invenemnt. » Bibl, JVat.^ ms. lat. 
n* 5381 ,!t- 1, f* 54. Cf. dom Morice, Preuves de ^histoire de Bretagne^ II, 7. 

3. Froissart, par suite de l'erreur que nous avons déjà signalée, as- 
signe à la bataille d'Auray la date au 9 octobre. U est constant que 
cette bataille se livra le dimanche 29 septembre 1364, le jour de la fête 
de saint Michel. On a pu dire, en réfléchissant à cette coïncidence et 
par allusion à la part prise par les Anglais, dont saint Georges était le 
patron, au succès de Montfort, que saint Michel avait fait les honneurs 
de cette journée à saint Georges. Peu de temps avant la bataille d'Au- 
ray, Charles de Blois était allé pieds nus en pèlerinage au Mont-Saint- 
Michel où il avait fait cadeau aux religieux d^une relique de saint Yves, 
comme en témoignait l'inscription suivante gravée sur un reliquaire 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ S30-545. lxxv 

Les principaux seigneurs anglo-bretons, laissant à leurs gens le 
soin de poursuivre les fuyards , viennent se dësarmer à l'ombre 
d'une haie et font compliment à Jean de Montfort de sa victoire. 
Celui-ci en reporte tout l'honneur sur Jean Chandos qu'il invite 
à boire après lui dans son hanap. Et , quand il apprend la mort 
de son adversaire Charles de Blois , il se fait conduire auprès du 
cadavre de son cousin dont la vue excite ses regrets et lui arra- 
che des larmes^. Jean Chandos s'empresse de mettre fin à cette 
scène attendrissante. Les restes de Charles de Blois sont portes 
à Rennes et de là à Guingamp. P. 469 à 174, 342 à 344. 

Le comte de Montfort donne trêve pour enterrer les morts, et 
Charles Y envoie en Bretagne Louis, duc d'Anjou, son firère, 
pour réconforter Jeanne de Penthièvre, veuve de Charles de 
Blois. — La nouvelle de la victoire d'Auray est apportée à 
Edouard III à Douvres, cinq jours après la bataille^, par un var- 
^let poursuivant armes que le roi d'Angleterre fait sur le champ 
héraut sous le nom de Windsor, et c'est de ce héraut ainsi que 
de certains chevaliers des deux partis que Froissart tient son 
récit de cette journée mémorable*. P. 471 à 174, 344 à 346. 

Cette nouvelle comble de joie Edouard III et Louis, comte de 

en vermeil de la célèbre abbaye : a Cest la coste saint Yves que mon- 
seigneur Charles de Blois cy donna, a Dom Huynes, But, du Mont-^fùnt" 
Michel, n, 44. 

1. II faut lire dans le texte tout ce rëcit empreint de je ne sais quel 
charme mélancolique qui va jusqu'à l'éloquence. Toutefois, il est im- 
possible de ne pas faire remarquer que la générosité prêtée ici à Mont- 
fort s'accorde assez mal avec l'irrévérence des Anglais attestée par un 
témoin oculaire. Frère GeofRroi Rabin, dominicam de la maison de 
Nantes : « Et postmodum, dum ipse dondmis Carolus. fuisstt dearmatus et 
despoUaius omnibus vettimentis suis per Angàeos , vidit aliquos dictonim 
Anglicorum tenentes quoddam cilicium album qnod dicebant fuisse et 
esse cilicium dicti domini Caroli auod habebat indutum, quod quasi 
pro nihiio reputantes ad terram oimiserant. • Bibl. Naî,, ms. lat. 
n- 5381, t. I, f^» 192 vo et 193. 

2. Le cinquième jour après la bataille d'Auray nous reporte au 4 oc- 
tobre; or, la veille, c'est-a-dire le 3 octobre, Edouard III a daté l'un 
de ses actes de Canterbury, ville située, comme chacun sait, sur la 
route de Londres à Douvres (Rvmer, III, 749) : l'assertion de Froissart 
offre par conséquent un haut degré de vraisemblance. 

3. L'historien et le critique ne doivent pas un instant perdre de vue 
que le récit de Froissart, relatif à la journée d'Auray, dérive principa- 
lement du héraut anglais Windsor , comme la narration que le même 
chroniqueur a consacrée à l'affaire de Cocherel provient surtout du 
roi d'armes ou héraut anglo-gascon Faucon. 



Lxxvi CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Flandre, qui se sont donne rendez-vous à Douvres pour traiter, 
moyennant dispense du pape Urbain Y, du mariage d'Aymon, 
comte de Cambridge, l'un des fils du roi d'Angleterre, avec Mar- 
guerite , fille du comte de Flandre et veuve du dernier duc de 
Bourgogne, Philippe de Rouvre*. P. 474, 4 73, 346 à 348. 

Siège d'Auray, de Jugon et de Dinan*, par le comte de Mont- 
fort ; reddition de ces trois places. — Siège de Quimper-Corentin. 
P. 175 à 177, 348 à 350. 

De l'avis de ses conseillers, firappés des progrès croissants et 
des conquêtes du vainqueur d'Auray, Charles Y envoie Jean de 
Craon, archevêque de Reims, le seigneur de Craon et le maré- 
chal Boucicaut ' à Quimper-Corentin * en qualité de plénipoten- 
tiaires et les charge de traiter avec Jean de Montfort'. Celui-ci 
demande du temps pour en référer à Edouard III, son beau-père 
et son protecteur, d'après les inspirations duquel il règle toute sa 
politique ; puis, il pose ses conditions que les ambassadeurs fran- 
çais soumettent à leur tour au roi leur maître et au duc d'Anjou. 
Fmalement, la paix est conclue aux conditions suivantes : 1 ^ Jean 
de Montfort sera reconnu duc de Bretagne , mais s'il meurt sans 
héritiers légitimes, le duché retournera aux enfants de Charles 
de Blois. 2^ Jean fera hommage du duché au roi de France, son 
suzerain. 3* Jeanne de Penthièvre, veuve de Charles de Blois, 
sera maintenue en possession du comté de Penthièvre dont le re- 



1. Les conventions relatives à ce projet de mariage, qui ne se 
réalisa point, sont datées de Douvres, le 19 octobre 1364> Rymer, 
III, 751. 

2. Dinan et Jugon se rendirent à Montfort dans le courant du mois 
d'octobre 1364. Dom Morice, Preuves, I, 1583. 

3. Par acte date de Paris le 25 octobre 1364, Charles Y donna 
pleins pouvoirs pour traiter de la paix à Jean de Craon , archevêque 
de Reims et au maréchal Boucicaut (Ihid., 1584); il n'est fait dans 
cet acte aucune mention d*Amauri, sire de Craon. 

4. U est très-vraisemblable , suivant une conjecture fort plausible de 
Dacier (p. 615 de son édition, note 1), que les préliminaires de la paix 
furent arrêtés devant Quimper-Corent\n qui se rendit à Montfort le 
17 novembre de cette année (/^<W., 1585 et 1586); mais la paix ne fut 
conclue définitivement et signée qu'à Guérande le samedi 12 avril de 
l'année suivante, la veille de Pâques. 

5. Par acte daté d'Angers le 11 mars 1365 (n. st.), Jeanne de Pen- 
thièvre, qui continuait rie s'intituler a duchesse de Bretagne », chargea 
de ses pleins pouvoirs Hugues de Montrelais , évêque de Saint-Brieuc , 
Jean, sire de Beaumanoir, Gui de Rochefort, sire d'Assérac, et maître 
Gui de Cleder. /^/V/., 1587 et 1588. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 530-545. lxxvu 

venu est évalué à vingt mille francs ^ Jean de Mont fort intervien- 
dra de tout son pouvoir auprès d'Edouard III pour faire mettre 
en liberté ses cousins Jean et Gui , les deux fils aînés de Charles 
de Blob, qui sont encore détenus prisonniers en Angleterre. 
P. 477 à 181, 350 à 352. 

Charles V rend à Olivier, sire de Gisson , ses terres sises dans 
le royaume, que Philippe de Valois avait autrefois confisquées, et 
le rallie ainsi au parti français *. — Jean de Montfort se marie à 
la fille de la princesse de Galles que Jeanne de Kent avait eue de 
son premier mariage avec Thomas de Holland ^ et les noces sont 
célébrées à Nantes. — Les reines Jeanne d'Évreux et Blanche de 
Navarre; la première tante et la seconde sœur de Charies le 
Mauvais, font mettre en liberté le captai de Buch à qui le roi de 
France donne le château de Nemours * dont le revenu est évalué 



1. Le traité de Guérande maintient en outre Jeanne de Penthièvre 
en possession de la vicomte de Limoges. Froissart donne seulement les 
grandes lignes de ce tFaitë, qu'il faut lire dans sa teneur pour en avoir 
une idée exacte. Ibid.^ 1588 à 1599. 

2. Le dauphin, duc de Normandie, avait travaillé de bonne heure 
à rallier Clisson au parti français. Dès le 27 septembre 1360, il avait 
rendu à Olivier la moitié de la baronnie de Thury (auj. Thurj-Har^ 
court. Calvados, arr. Falaise) et la terre du Thuit [Notre-Dame du 
Tuinx est marquée comme ruine sur la carte de Cassini , n<» 9^, au 
N. O. de la foi^t de Cinglais, sur la rive droite de TOme, a 16 kil. S. 
de Caen, entre Boulon et les Moutiers), que le sire de Clisson devait 
tenir dans le duché de Normandie et qui avaient été confisquées {Arch, 
Nat,^ JJ87, n^ 274). Aussitôt après le traité de Guérande, cette habile 
politique, servie par la morgue et les convoitises des Anglais, auxi- 
liaires de Montfort, réussit à rattacher peu à peu et par degrés Clisson 
et sa puissante clientèle au parti français {Ibid,^ JJ113, n» 162). Jeanne 
de Penthièvre, qui avait' nommé Olivier son lieutenant et gouverneur 
en ses terres et pays de Bretagne {BibL Nat,, ms. lat. n^ 5381, II, 83 
à 85; dom Morice, Preuves^ I, 1631 et 1632), Jeanne de Penthièvre fut 
le principal intermédiaire de cette réconciliation définitive, accomplie 
au mois de septembre 1367, et en vertu de laquelle Charles rétablit le 
fils unique et Théritier de Jeanne de Belleville dans la possession de 
toutes ses terres confisquées (Arch. Nat,, K 166«, n» 17*). 

3. Jean de Montfort, devenu duc de Bretagne, veuf en premières 
noces de Marie d'Angleterre, Tune des filles d'Edouard III, morte vers 
1363 après quelques mois de mariage, épousa en 1366 Jeanne Holland, 
fille de Thomas Holland et de la fameuse Jeanne de Kent, devenue en 
1362 princesse de Galles et d'Aquitaine par son mariage avec le prince 
Noir. Jeanne Holland mourut en 1384. 

4. Seine-et-Marne, arr. Fontainebleau. Nous ne connaissons aucun 
acte qui mentionne cette donation de Nemours au captai de Buch; 
mais Christine de Pisan dit aussi que Jean de Graillj fut comblé de 
fpveurs par Charles V et qu'il reçut même le titre de chambellan du 



Lxxviii CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

à trois mille francs. Le prince de Galles ayant témoigné son mé- 
contentement de l'acceptation de ce don, le captai renvoie son 
hommage à Charles V et renonce à la donation faite en sa faveur. 
— En vertu d'un traité conclu entre les rois de France et de Na- 
varre, Charles V conserve Mantes et Meulan et assigne en dédom- 
magement à son beau-frère d'autres châteaux en Normandie*. 
— • Louis de Navarre emprunte soixante mille florins ^ au roi de 
France pour passer en Lombardie où il va épouser la reine de 
Naples, mais il ne survit que peu de temps à ce mariage*. P. 181 
à 183, 3»2, 383. 



roi de France (Le livre des faits et bonnes mœurs] du sage roi Charles , 
l'* partie, chap. xxx). 

1. Par le traite de paix conclu à Paris le 6 mars 1365 (n. st.) entre 
les rois de France et de Nayarre, il fut stipulé qae Charles de Mauvais 
aurait, non comme le dit Froissait, des châteaux situes en Normandie, 
mais la ville et la baronnie de Montpellier en dédommagement de 
Mantes, de Meulan et du comté de Longueville (jâreh. Nat,, J617, d9 31; 
Secousse, Mémoires sur Charles 11^ II, 222 à 231). La confirmation de 
ce traité par Charles Y est, suivant la judicieuse remarque de M. De- 
lisle {Mandements de Charles V^ p. lOd, n. 2 et p. 112) antérieure au 
20 juin de la même année (Secousse, Mémoires^ II, 25^ a 256). 

2. Louis de Navarre emprunta à Charles V, non pas 60000, mais 
50000 florins d'or fin du coin de France, appelés francs. Le k avril 
1366 (n. st.), il engagea son comté de Beaumont-le-Roger, Bréval et 
Anet a son rojal créancier qui devait toucher le revenu de ces terres 
évalué à 8000 livres, jusqu*à parfait remboursement de la somme 
prêtée (Arch. Nat,^ J617, n» 32). 

3. Froissart conmiet ici deux erreurs. Louis de Navarre épousa en 
1366, non la reine de Sicile, mais Jeanne de Sicile, duchesse de Duras, 
fille de Charles de Sicile duc de Duras et de Marie de Sicile, et il 
survécut si bien a ce mariage qu*il mourut seulement en 1372, dans la 
Fouille et fut enterré à Naples. (Anselme, Hist, ginéal.^ I, 291). Louis 
de Navarre quitta Évreux vera la fin d*avril 1366, et il n'est plus fait 
mention de sa présence en Normandie à partir du 20 de ce mois {Bibl. 
Nat., Quitt., XVI, 290). Le captai de Buch, mis en liberté par Chai^ 
les y, remplit, dès les derniers mois de 1365 et jusqu'à la fin de 1366, 
les fonctions de lieutenant du roi de Navarre en Normandie {Ibîd., XV, 
224). Ajant appris, sur ces entrefaites, que le prince de Galles se dis- 

Ê osait à entrer en Espagne pour restaurer don Pèdre et renverser don 
[enri de Trastamarc soutenu par du Guesclin, le vaincu de Cochcrel 
rassembla en toute hâte les débris des Compagnies anglo-navarraises 
aux environs d'Avranches où il avait donné rendez-vous à Jean , duc 
de Lancastre, et se mit en route pour Bordeaux. Le dernier acte de sa 
lieutenance est un mandement daté de Genest (Manche, arr. Avran- 
ches, c. Sartilly), le 22 décembre 1366, par lequel il enjoignit de 
payer 88 livres ii sous w pour certains vivres qui nirent amenez à Gê- 
nez pour la despensc de monseigneur le duc de Lancastre et de nous. » 
Ibid., XVI, 340. 



SOMMAIRE DU PJEŒMIËR LIVRE, SS ^^6-559. ïmjdl 



CHAPITRE XC. 

1365, ocTOBBE-1 366 , mai. expédition de du gubsclin et des 

COMPAGNIES EN ESPAGNE. — 1366, 5 AVRIL. DON PÈDEE EST DÉ- 
TRÔNÉ ET DON HENRI, COMTE DE TRASTAMARE, EST PROCLAMÉ ROI 

DE CASTILLE. 14 AOUT. VICTOIRE REMPORTÉE PAR LES COMPAGNIES 

ANGLO-GASCONNES PRés DE MONTAUBAN. 23 SEPTEMBRE. TRAITÉ 

d'aLLUNCE ENTRE LE PRINCE D* AQUITAINE ET DE GALLES, DON 
PÈDRE ET LE ROI DE NAVARRE ; PRÉPARATIFS MILITAIRES DU PRINCE 
DE GALLES ET DÉMÊLÉS AVEC LE SIRE d' ALBERT (§§ 546 à 559). 

Redoublement des ravages des Compagnies dans le royaume 
de France à la suite des traités qui ont mis fin aux guerres de 
Navarre et de Bretagne; la principauté d'Aquitaine seule est à 
l'abri du fléau; plaintes et récriminations contre le roi d'Angle- 
terre* et le prince de Galles son fils. Charles V et Urbain V es- 
sayent en vain d'envoyer les gens des Compagnies en Hongrie 
faire la guerre contre les Turcs*. P. 183 à 185, 353, 354. 

Lutte entre don Pèdre, roi de Castille et Henri, comte de 
Trastamare, frère naturel de don Pèdre '. — Griefs du roi de 

1. Le 24 noTembre 1364, Edouard HI somma Eostache d'Auberchi- 
court, Robert Scot et Hugh de Calveriy, chevaliers anglais, qui fai- 
saient la guerre au royaume de France,* à l'ombre du roy deNayarre », 
de licencier leurs bandes. Bibl. Nat.^ collection Bréquigny, XV, 38. 

2. Froissart semble faire allusion ici à un projet d'expédition contre 
les infidèles conçu vers le milieu de 1365 par le pape Urbain V. Le 
trop fameux Arnaud de Cerrolle, dit TArchiprêtre, deyait être le chef 
de cette expédition (Y. plus haut, p. xxxv, note 3). Le samedi 5 avril 
1365, Urbain fulmina une bulle d'excommunication contre les Compa- 
gnies {Jrch. Nat., J711, n» 302'). 

3. Don Alphonse XI du nom, roi de Castille, ëtaît mort à la fieur 
de l'âge le vendredi saint, 27 mars 1350, U ne laissait qu'un fils légi- 
time, don Pèdre, alors âgé de quinze ans et quelques mois, dont la mère 
dona Maria était une infante de Portugal, fille du roi Alphonse IV, 
surnommé le Brave. Don Alphonse avait eu en outre de son union illé- 
gitime avec une jeune veuve d'une illustre maison de Séville, dona 
Léonor de Guzman, dix enfants naturels, neuf garçons et une fille. 
L'aîné de ces bâtards, don Henri, avait été fait de bonne heure comte 
de Trastamare et, aussitôt après l'avi'iiemeiit au trône de riiéritier lé- 



gitime, s'était posé en rival de don Pèdre. 



J 



LZM CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

France et du pape contre don Pèdre, meurtrier de sa femme 
Blanche de Bourbon *■ et excommunié par le Saint-Père '. Bertrand 
du Guesclin, fait prisonnier par Jean Chandos à Auray, dont 
Charles V, Urbain V et don Henri de Trastamare ont paye la 
rançon fixée à cent mille francs ', se met à la tète des gens des 
Compagnies pour les emmener en Espagne au secours de don 
Henri contre don Pèdre. A du Guesclin se joignent plusieurs che- 



1. Blanche de Bourbon, la seconde des filles de Pieire I"", duc de 
Bourbon, et d'Isabelle de Valois, sœur cadette de Jeanne de Bourbon, 
mariée a Lyon en juillet 1349 à Charles dauphin , depuis Charles V, 
avait ëpousé don Pèdre, roi de Castille, par contrat passé en l'abbaye 
dePreuilly, le 23 juillet 1352 {Jrch, Nat.^ J603, i\^ 55). Abandonnée 
dès les premiers mois de son mariage en fareur d'une maîtresse, nom- 
mée dona Maria de Padilla, cette princesse mourut en 1361, et la ru- 
meur publique accusa don* Pèdre de cette mort, a jnssu Pétri mariti 
cnidelis », ainsi que poruit l'inscription tracée à Jerez sur le tombeau 
de Blanche (Llaguno, nd Ayala^ p. 328, note 3). 

2. Innocent VI avait été pendant les dernières années de son pon- 
tificat en lutte presque continuelle avec don Pèdre, auprès duquel il 
avait député avec le titre de légat le célèbre Gui de Boulogne, cardi- 
nal évdque de Porto (Martène, Thés, Anecdot,^ II, 964, 997 et 998; 
Arch, iVa/., L377, caps. 217, u* 57). Urbain V, successeur d'Innocent VI, 
prit ouvertement parti pour Pierre IV, roi d'Aragon, et même pour le 
comte de Trastamare contre don Pèdre. 

3. Charles V contribua au payement de cette rançon pour une 
somme de quarante mille florins a'or, dont nous avons les quittances 
délivrées par Jean Chandos ; et en retour Bertrand du Guesclin fit le ser- 
ment, par acte daté de son château de la Roche-Tesson le 22 août 
1365, d'emmener les Compagnies hors du royaume, engageant au roi 
lé comté de Longueville en cas de non exécution de cette promesse 
{Arch, Nat.^ J28I, n«s 4, 5 et 6; Charrière, Chronique de B.du Guesclin^ 
II, 393 à 395 : Charrière a daté à tort du 20 et du 27 août deux pièces 

2ui ont été l'une et l'autre libellées à la Roche Tesson le 22 août), 
ertrand renouvela cet engagement par acte passé à Paris le mardi 
30 septembre, dans l'hôtel à l'enseigne du Pi^gaut^ près de Sainte- 
Opportune {Ibld.^ J381, n* 4^*»). Aussitôt après l'accomplissement de 
cette formalité, il se mit en route pour l'Espagne ; il était de passage à 
Auxerre, le 10 octobre {Arch, Nat,, X*'38, f* 246), à Avignon, du 
12 au 16 novembre (Ihid., K 49, n* 6, £^ 7), à Montpellier, du 29 no- 
vembre au ^3 décembre {TluUamus parvus\ p. 369), enfin à Barcelone, 
à la cour de Pierre , roi d'Aragon, du l*' au 9 janvier 1366 (Zurita, 
Annales, 1. IX, c. 61 ; Arch. Nat,^ X«*38, f 2^6). Prosper Mérimée a 
supposé par erreur que du Guesclin avait levé, à l'occasion de son 
passage à Avignon vers la fin de 1365, une rançon de 5000 florins sur 
les habiunts du Comtat. Du Guesclin ne commit cette exaction que 
deux ans plus tard, dans le cours d'une campagne qui se termina le 
8 avril 1368 par la prise de Tarascon. V. H'ut, de don Pèdre /«, p. 407, 
note 1. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §S 546-559. lxxxi 

valiers anglais ou à la solde du prince de Galles, Hugh de Cal- 
verly/, Gautier Hewet, Mathieu de Goumay, Eustache d'Auber- 
chicourt*, Bertucat d'Albret*. De cette expédition font aussi 



1 . Ce cheyalier accompagna du Guesclin sans PaTeu et même contre 
le gré du roi d* Angleterre, puisaue celui-ci, par acte daté du 6 dé- 
cembre 1365, alors que Bertrand et ses compagnons d'aventure étaient 
déjà en route pour TËspagne, manda à Jean Chandos, à Hugk de Cal- 
perlé, à Nicol de Dagworth et à William de Elmham, chevaliers, de 
prendre des mesures pour que nuls gens d*armes de sa ligeance, 
assemblés en certaines Compagnies, ne pussent entrer au royaume d'Es- 
pagne pour faire guerre à noble prince le roi de Castille son cousin. 
Rymer, IH, 779. 

2. Dans le courant du mois d'août 1365, Bertrand du Guesclin, en 
vertu d'un traité passé avec Louis de Navarre et Eustache d'Auber- 
chîcourt, lieutenants de Charles le Mauvais en basse Normandie, avait 
consenti à rendre les château et ville de Carentan au roi de Navarre, 
moyennant une rançon de 14000 francs; et en outre Olivier de 
Mauny, capitaine de Carentan pour son cousin, s'était fait donner 
3535 francs à titre d'arrérages des rançons (BibL Nat,, ms. fr. 10 367, 
fo 20). 

3. Ce Bertucat était un cadet, sinon même un bâtard, de la puis- 
sante maison d'Albret, et le père Anselme ne l'a pas classé dans sa gé« 
néalogie de cette famille. Parmi ces seigneurs anglais ou anglo-gascons 
qui accompagnèrent du Guescb'n en Espagne, Froissart n'a pas men- 
tionné le plus important. Nous voulons parler de Guardia Raymond, 
ch», seigneur d'Aubeterre (auj. Aubeterre-sur-Dronne , Charente, 
arr. Barbeûeux), qui parait avoir été le grand recruteur et condottiere 
des compagnies anglo-gasconnes. Il prétendit plus tard que, le 10 octo- 
bre 1365, à Auxerre, Bertrand lui avait souscrit une obligation de 
2400 francs d'or ; le 6 et le 9 janvier 1366, a Barcelone, deux autres 
obligations l'une de 6066. francs d'or et l'autre de 2060 florins du coin 
du roi d'Aragon, cette dernière de moitié avec Arnoul, sire d'Audre- 
hem, maréchal de France ; enfin, le 20 juillet suivant, à Albatera, en 
Castille, une quatrième obligation de 4000 florins d'or. L'année sui- 
vante, le sire d'Aubeterre ayant combattu à Najera dans l'armée du 
prince de Galles contre don Henri de Trastamare, du Guesclin avait 
différé de payer le chevalier anglo-gascon, qui mourut sans avoir pu 
rénssir à se faire rembourser. Plus de vingt ans après ces événemenu, 
en 1390, Jean Raymond, frère et héritier de Guardia Raymond, in- 
tenta pour ce fkit devant le Parlement à Olivier du Guesclin, comte de 
Longueville, le principal héritier du connétable, un procès^ dont les 
pièces, qui seront analysées à la fin du second volume de notre Histoire 

I de du Guescluiy nous ont permis d'établir pour la première fois d'une 
manière sûre les principales étapes ainsi que les dates précises de l'ex- 
pédition de du Guesclin et des Compagnies en Espagne [Ârch. Nat,^ 
sect. jud., X«« 1475, f» 87, V; X«« 37, f»» 333 V et 334; X«* 1475, 
f~ 176, 178 V et 179; X** 38, ^» 246 et 247). Une fois arrivés à 
Montpellier, les brigands des Compagnies voulurent être payés avant 
de continuer leur route; et du Guesclin fut obligé, pour les satisfaire, 

VI -A 



Lxxxii OmONiQUES DE J. FAOISSART. 

|Kirtîe un certain nombre de seigneurs français, en première ligne 
le jeune comte de la Marche qui veut venger la mort de sa cou- 
sme Blanche de Bourbon', Antoine, sire de Beaujeu*, Amoul, 
sire d'Audrehem, marëchai de France S le Bègue deViilainesS 



d^empmnter 10 000 francs aux bourgeois de cette ville : « Et alèrent à 
Montpellier dont ne vouldrent partir, se ilz n'avoient argent; et pour 
ce emprunta (Bertrand) à certains bourgois dix mille francs, et lors 
partirent. > X** 1475, f» 176. 

1. Jean de Bourbon, !•' du nom, comte de la Marche, fils de Jac- 
ques de Bourbon blesse mortellement à la bataille de Briguais , et de 
Jeanne de Chatillon-Saint-Pol, était le cousin germain de Blanche de 
Bourbon, fille de Pierre !«', frère aîné de Jacques de Bourbon. An- 
selme, Hist. génial,, I, 298„ 300, 319. 

2. Antoine, sire de Beaujeu, fils d'Edouard, sire de Beaujeu, tué au 
combat d'Ardres en 1351, et de Marie du Thil, passa a Alontpellier, 
en faisant route pour TEspagne, le 13 janvier 1366; mais Fauteur de la 
chronique romane Ta sans doute confondu avec son oncle Louis au- 
quel il donne à tort le titre de seigneur de Beaujeu qu'Antoine seul 
avait le droit de porter : « Item, a xm del dich mes (de janvier 1366)» 
passet a Montpellier M. Lojs, senhor de Beljoc , en Bergonha, am sa 
companha, e segui los autres. » Thalamus parvus, p. 370. — Le sire de 
Beaujeu retourna en Espagne trois ans plus tard et, avant de partir 
pour ce pays, fit son second testament daié de Beaujeu le 12 mai 1369. 
Mch. Nat., p. 1368S no 1586 ; Musée des Archives, p. 220 à 223. 

3. Ai-noul, sire d'Audrehem, l'un des premiers protecteurs de du 
(jucsclin qu'il avait pu apprécier dès la fin de 1353, pendant qu'il était 
lieutenant du roi Jean en basse Normandie {Hist. de du Guesclin, p. 118 
et 119), avait été envoyé en Languedoc vers le mois de janvier 1361 
(voyez plus haut, p. xxxii, note 1), en compagnie de Robert, dit Mo- 
roau, sire de Fiennes, connétable de France, avec le titre de capitaine 
de la Langue d'Oc (dom Vaissete, Hist. de Languedoc, IV, 314)> de 
capitaine général dans toute la Langue d'Oc {Ibid., Preuves, 276), 
enfin de lieutenant du roi es parties de Langue d'Oc {Arch. Nat., JJ93, 
n« 216). Le 23 juillet 1362, de concert avec Henri, comte de Trasta- 
mare , il avait passé à Qermont en Auvergne avec les principaux rou- 
tiers un traité tendant à faire évacuer le royaume par les Compagnies 
(voyez p. xxni, note 3). Le 13 août 1362, il avait été nomme par le 
roi Jean lieutenant général en tonte la Langue d'Oc {Arch, Nat., JJ93, 
n« 241)1 et depuis lors il n'avait cessé de lutter avec plus de courage 

3ue de succès contre les bandes qui infestaient le midi. Le sire d'Au- 
rehem, aussi modeste que brave , dut contribuer plus peut-être que 
personne à faire charger du Guesclin d'une entreprise aussi difficile 
que la conduite des Compagnies en Espagne. 

4. Pierre de Villaines, chevalier, dit le Bègue, qui tirait son nom du 
fief de Villaines (Seine-et-Oise, arr. Pontoise. c. Écouen), mentionné 
dès le mois de* mai 1360 comme sénéchal de Carcassonne et de Béziers 
{Ârch. Nat., JJ91 , n» 302), paraît avoir conservé cette charge jusaue 
vers la fin de ] 362. Créé chambellan du dauphin, duc de Normanciie, 
il guerroyait dans les premiers mois de 1363 aux environs de Falaise 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §S ^6-559. lxxxiii 

le Bègue deVilliersS le sire d'Antoing^, en Hainaut, Alard de 
Briffœuil *, Jean de Neuville ^, Gauvain de Bailleul, Jean de Ber- 
guette, Lallemand de Saint-Venant'. ;Le rassemblement gënëral 
a lieu à Perpignan', sur les confins de l' Aragon. L'effectif de 
toutes ces bandes s' élève à trente mille hommes. Là sont tous les 
chefs des Compagnies, Robert Briquet % Jean Gresii^ey, Naudon 



où il fut fait prisonnier (Ibld.^ JJ92, n» 208). Là sans doute [il connut 
du Guesclin, qui Tentraina en Espagne où il derint comte de Ribadeo. 

1. Adam de Villiers, dit le Bègue, seigneur de VilUers-le-Bel , de 
Vitzy en Brie et de la Tour de Chanmont. Le Bègue de Villiers fit 
montre à Pontorson le 1«' fërrier 1356 (n. st.) avec cinq écuyen et 
donna quittance au même lieu le 11 ariil suivant (Bibl. Nat,^ Titres 
originaux, au mot Vdliers), Adam servait sous son frère aine Pierre de 
Viluers, capitaine de Pontorson, et c'est alors sans doute que les deux 
frères eurent l'occasion d*appr^cier Bertrand, et se lièrent avec le che- 
valier breton. Par acte date d* Avignon le 26 janvier 1366, Pierre de 
Villiers, qualifie a officier procureur de Bertrand de Clesquin , comte 
de Longneville et seigneur de la Roche Tesson d, donna quittance au 
trésorier du pape de trente-deux florins {Jrch, Nat.^ L377, d'après 
Arch. du Vatican, Miscell., botte 222, n« 3). 

2. Auj. Belgique, prov. Hainaut, arr. Toumay, à 7 kil. de Tour- 
nay. , 

3. Auj. dëp. de Vasmes-Audemez, Belgique, prov. Hainaut, arr. 
Toumay, c. Péruwelz, 

k. Jean de Neuville ëtait le neveu d'Amoul , sire d'Audrehem , et 
après la prise de son oncle à Polders , il exerça par intérim l'office de 
maréchal de France de 1356 à 1360. jéreh, ^at,^ JJ86, n» 283 ; JJ90, 
nwl01ct232; JJ96, no 11. 

5. Bailleul , Berguette, Saint-Venant, sont des localités situées dans 
la même région que Valenciennes, et Froissart a pris soin de mention- 
ner les chevaliers qui portent ces noms, parce qu'ils étaient ses com- 
patriotes. 

6. Les Compagikies touchèrent à Perpignan ce qu'on peut appeler 
leur solde d'entrée en campagne ou du moins un à-compte sur cette 
solde ; mais il arriva qu'après avoir reçu l'argent, quelques-unes de ces 
bandes n'eurent rien de plus pressé que de revenir sur leurs pas et de 
rentrer en France : c .... alie certe Societates, que pagamentum^ ut di- 
Xïebatur, ceperant in Perpigniaco^ retroeedebant in regno Francie [24 dé- 
cembre 1365). » Arch, Nat, ,Kk9, n» 5, f» 8 vo. 

7. Ces Compagnies s'avançaient vers l'Espagne par bandes isolées 
et se comportaient partout où elles passaient comme si elles avaient été 
déjà en pays ennemi. C'est ainsi que Robert Briquet occupa entre le 
5 et le 8 novembre le fort de Belesgar près de Montpellier ; « Item, 
a V de novembre, Robert Briquet, capîtani d'una autra companha de 
Bretos, près lo fort de Belesgar et aqui estet entro a vin de dezem- 
bre. » Thalamus parvus^ p. 369. — Quelques jours auparavant, le l*»" no- 
vembre, c'étaient G. d'Aîgnay, Aufret de Guébriant et Henri de Dînan 
qui passaient devant Montpellier à la tête de Compagnies bretonnes ; 



Lxxxiv CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

de Bageran, I^mi, Maleterre, le Petit Meschin, les bours Oimus, 
de Lesparre et de Breteuil, Bataillé, Espiote, Amanieu d'Ortîgue, 
Perrot de Savoie. Le roi d'Aragon, allie de doo Henri, fait le 
meilleur accueil aux Compagnies *- avec Taide desquelles il recon- 
quiert les villes et forteresses de son royaume, occupées naguère 
par don Pèdre. Celui-ci se voit bientôt abandonné de l'immense 
majorité de ses sujets qui se déclarent pour le comte de Tras- 
tamare. Accompagné de don Femand de Castro ', le seul de ses 

le 13, d'autres Bretons occupaient Aigremont (Gard, arr. Alais, c. 
Ledignan) et y resuient plusieurs jours ; le 18, c^était le Gascon Bras 
de Fer, lieutenant du bour de Caupène (Gers, arr. Condom, c. Nogaro), 
qui mettait au pillage les environs de Montpellier (/^û/.); le 3 décembre, 
c'était le Limousin qui entrait dans cette ville et s'y arrêtait deux 
jours ; le 6 décembre, apparaissait Robert Lescot avec une compagnie 
d'Anglais (7^û/., p. 370); le 9, c*était le tour du seigneur d'Aubeterre, 
capitaine d'une bande d'Anglo-gascons ; le 18, c'étaient le vicomte de 
Lomagne et un chevalier d'Auvergne, nommé Jean de la Roche, qui 
se logeaient à Saint-Martin-de-Londres (Hérault, arr. Montpellier); 
enfin, du 7 au 10 janvier 1366, l'Anglo-gascon Raynaud de VignoUes 
et les Bretons Eon Budes et Thibaud du Pont venaient camper entre 
les Ma telles et Montamaud. Les dernières bandes, con^posées d'Alle- 
mands et de Bretons, dont le chroniqueur de Montpellier nous ait 
signalé le passage, s'écoulèrent les 18 et 19 février 1366 {Ibid,, 
p. 371). 

1. Pierre IV, roi d^Aragon, contribua aussi bien que le comte de 
Trastamare au payement de la solde des Compagnies : c Etalèrent jus- 
ques à Barsalonne, et par le trésorier du roy Henry furent paiez.... Et 
après eurent un aiiltre paiement à Sarragosse dont il ne vouldrent 
partir jusquez à ce que de tout le temps passé eussent esté paiez, ei le 
furent par le roy d* Aragon et messire Êertran. » Areh, Nat,, sect. jud,, 
A'^ 1475, f<> 176. — Par un traité conclu k Monzon le vendredi saint 
31 mars 1363, Pierre IV et le comte de Trastamare s'étaient engagés 
à détrôner don Pèdre à frais communs et à se partager la Castille 
(Areh. génér, J^ Aragon^ l^gAJo de Autografos, appendice G). Mérimée, 
Histoire de don Pèdre /«, éd. de 1874, p. 346, 545 et 546. ^ Dans un 
festin que Pierre FV offrit aux chefs des Compagnies à Barcelone le 
1*' janvier 1366, du Guesclin s'assit à la droite du roi, qui avait à sa 
gauche l'infant Raymond Berenger, son oncle (Chronique de Pedro IV 
rédigée par lui-même en catalan et publiée par Carbonell, Chroniques 
de Espanya^ p. 196). Pour payer les mercenaires français, le roi d'Ara- 
gon tut obligé de vendre ses biens patrimoniaux par acte daté de Sa- 
ra^osse le 12 mars 1366 {Archiv. génér, d! Aragon^ reg. 1213, p. 42 et 
suiv.), car il lui fallut ajouter aux 100000 florins qu'il avait promis 
aux chefs des Compagnies un supplément de 20000 florins. Mérimée, 
//«/. de don Pèdre ^ p. 411. 

2. Ce Femand de Castro était le frère de la célèbre Inez de Castro, 
surnommée Port de Héron, dont les tragiques aventures, racontées avec 
une naïveté pleine de saveur pur rcxcclleiit chroniqueur portugais Fer- 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 546-359. ljcxxv 

courtisans qui lui soit resté fidèle, de sa femme * et de ses deux 
filles Constance' et Isabelle *, il s'enferme avec ses trésors dans 
le château de Séville * d'où il fait voile ^ bientôt vers la Galice et 
se réfugie à la Corogne. P. 185 à 192, 354 à 360. 



nan Lopes, sont deTcnues de bonne heure une sorte de légende ro- 
manesque où les poètes de tons les pajs, à l'exemple de Camoêns, ont 
aimé k puiser des inspirations. Quelques-unes des plus belles pages de 
la chronique de Feman Lopes ont été traduites par M. Ferdinand 
Denis (Chroniques chevaleresques Je P Espagne et du Portugal, Paris, 1839, 
in-8, I, 107 a 165). Quoiau'en dise Froissart, don Femandde Castro 
n'accompagna pas don Pèare dans sa retraite sur Séville; il se trou- 
vait alors en Galice dont il éuit gouTemeur pbur le roi de Castîlle. 

1. Ce titre de femme ne peut s'appliquer ni à Blanche de Bourbon, 
épouse légitime de don Pèdre, morte en 1361, ni à la fameuse dona 
Maria de Padilla, la principale concubine du roi de Castille. Dans son 
testament écrit à Séville pendant l'hiver de 1362, don Pèdre désigne, 
il est vrai , dona Maria comme sa femme, mais on sait que l'heureuse 
rivale de Blanche de Bourbon n'avait survécu que quelques mois à 
cette infortunée princesse. Lorsqu'il rédigea son testament, don Pèdre 
entretenait quatre maîtresses, Mari Ordz, Mari Alfon de FermosiJla, 
Juana Garcia de Sotomajroi* et Urraca AJfon Carrillo ; il fit à la pre- 
mière un legs de 2000 doubles castillanes, aux trois autres un legs de 
1000 doubles seulement, à la condition qu'elles entreraient en religion 
toutes les quatre après la mort de leur bienfaiteur, jaloux jusque dans 
la mort. Si don Pèdre n'emmena qu'une femme avec lui en 1366 dans 
sa retraite sur Séville, ce fut sans aoute Mari Ortiz qui parait avoir été 
une sorte de sultane favorite. 

2* Constance devait épouser plus tard Jean de Gand, duc de Lan- 
castre, fils d'Edouard III. 

3. Isabelle fut mariée dans la suite à Edmond, duc d'Yorck, frère 
du duc de Lancastre. 

'4. Le 28 mars 1366, veille du dimanche des Rameaux, don Pèdre, 
qui se trouvait alors à Burgos, avait fait charger ce qu'il avait de plus 
précieux. sur des mules et s'était sauvé précipitamment avec les infantes 
ses filles, n'ayant pour toute escorte que les six cents cavaliers maures 
qui composaient sa garde. Il avait gagné Tolède, d'où il n'avait pas 
tardé à reculer jusqu'à Séville. Ayant fait venir dans cette ville tout 
l'or et l'argent monnayés qu'il gardait dans le château d'Almodovar del 
Rio, il l'avait fait embarquer sur une galère et avait chargé Martin Yanez 
de se rendre avec ce trésor à Tavira, en Portugal; mais le propre ami- 
ral de don Pèdre, le Génois Boccanegra, s'étant mis à la poursuite de 
Martin Yanez, captura le trésor, qu'il s'empressa de livrer a don Henri, 
pour se concilier les bonnes grâces de son nouveau maître. Ce trésor 
s'élevait à trente-six quintaux d'or, sans compter une quantité considé- 
rable de pierreries. Boccanegra reçut comme salaire ae sa trahison la 
riche seigneurie d'Otiel. Salazar, Casa de Lara^ t. II, lib. XII. Mérimée, 
Hist, de don Pèdre^ p. tô6. 

5. Don Pèdre ne s'embarqua point pour se rendre en Galice; il 
prit la voie de terre et essaya d'abord de chercher un refuge en Por- 



Lxxxvi CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

Gomez Garrillo% les grands maîtres de Calatrava' et de Saint- 
Jacques' prennent parti pour le comte de Trastamare devant 
qui toutes les villes ouvrent leurs portes *. Don Henri est cou- 
ronne roi, fait comtes ses deux frères don Sanche ^ et don Tello *, 
sans oublier les chefs des Compagnies'' auxiliaires qu'il comble 
de faveurs. P. 192^ 193, 360. 



tugal. Presque aanégé dans rAloazar de S^Tille par ses sujets ameutés 
cootre loi, il monta à cheval et sortit pour ainsi dire fortiTement de la 
capitale de l'Andalousie avec les deux infantes et une fille naturelle de 
don Henri son rival, surnommé doua Lëonor des Lions. U éuit suivi 
du maître d'Alçantara, Martin Lopez, de son chancelier et de deux 
cenU cavaliers seulement. Repoussé par le roi de Portugal Pierre !«>*, 
le monarque fugitif n'eut d'autre parti à prendre que de gagner la 
Galice où commandait en maître don Femand de Castro qui lui était 
entièrement dévoué. 

1 . Gomez Carillo était camarero major du prétendant don Henri, 
comte de Trastamare. 

2. Don Diego Gapcia de Padilla, frère de dona Maria de Padilla, 
grand maître de Calatrava sous don Pèdre. Pero Lopez de kya\a(Cro^ 
nica del rey don Pe^o^ p. 410) confirme sur ce point le témoignage de 
Froissart. ' 

3. Don Garcia Alvarez de Tolède, grand maître de Santiago, laissé 
par don Pèdre dans Tolède avec 600 hommes d'armes, s'empressa de 
livrer, après un semblant de résistance, cette ville à don Henri et rési- 
gna son office en^faveur de Gonzalo Mexia, vieux serviteur du préten- 
dant, moyennant* quoi il fut gratifié de deux domaines considérables 
et d'une grosse somme d'argent. 

k. Le comte de Trastamare et ses auxiliaires avaient occupé succes- 
sivement Borja, Calahorra, où don Henri s'était fait proclamer roi de 
Castille, Briviesca, enfin Burgos où le prétendant avait été couronné en 
grande pompe dans le monastère de las Huelgas le jour de Pâques 
b avril 1366. 

5. Don Sanche fut fait comte d'Albuquerque (Espagne, province 
d'Estramadure, sur la frontière de Portugal). Il recueillit ainsi l'im- 
portant héritage de don Juan d'Albuquerque qui , depuis la mort du 
fils de ce célèbre capitaine, avait été réuni au domaine royal de Castille. 

6. Don Tello reçut le titre de seigneur de Biscaye et fut en outre 
pourvu du fief de Castaneda. 

7. Tous les érudits prétendent, sur la foi d'Ayala, que don Henri 
donna alors à Bertrand du Guesclin le titre de comte de Trastamare 
et la seigneurie deMolina avec d'immenses domaines (Buchon, ChronU 
ques de Froissart^ éd. du Panthéon, I, 506, note 5 ; Mérimée, Hut, de 
don Pèdre^ p. ^21). Cette assertion n'est pas tout à fait exacte. Le 
titre qui fut alors conféré au comte de Longueville est celui de duc, 
non de comte, de Trastamare {Arck. Nat.^ J381, vP 7; L377, d'après 
Arch. du Vatican, Miscellanea, arm. XV, caps. 2, n<> 22 ; Thalamus 
parvus^ p. 382). Quant an duché de Molina, Bertrand n'en fut investi, 
du moins à perpétuité et à titre héréditaire, que par acte daté de Sé« 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 846.S39. lxxxvii 

Après le couronnement de don Henri, le comte de la Marche, 
Arnoul, sire d'Audrehem , et le sire de Beaujeu retournent en 
France ^ ; mais Bertrand du Guesclin^ et Olivier de Mauny * avec 
les Bretcms, Hugh de Galverly et Eustache d'Auberchicourt 

ville le k mai 1369 (dom Morice, Preuves de V histoire de Bretagne^ I, 
1628 à 1631). Diaprés Ayala, Hugh de Galverly, chef des bandes an- 
glo-gasconnes, fut fait comte de Garrion (auj. Carrion-de»los-Gondes, 
Espigne, prov. Léon, à 64 ki]. O. de Burgos), et le comte de Dénia, 
qui commandait les auxiliaires aragonais, devint marquis de Villena 
(Espagne, prov. Murcie, à 64 kil. N. N. E. de Murcie et à 88 kil. S.O. 
de Valence). Le nouveau marquis eut en partage tous les biens qui 
avaient composé la dot de la comtesse de T rastamare. 

1 . Le licenciement des Compagnies eut lieu Vers le mois de mai 1366, 
après rentrée de don Henri à Sëville où le trésor de don Pèdre livré 
par Tamiral Boccanegra fournit les moyens de payer la solde de ces 
bandes : <c Et de là alèrent à Barges (Burgos) où ilz entrèrent et orent 
grant finance, tant des Sarrazins que Chrestians que des Juis. Et avoient 
juré et promis non faire guerre a messire Bertran ne au roy Henry 
jusquez un an après leur retour. Et après avoient prise Tolète Çïo- 
lède) et y orent grant finance. Après, prindrent Sebille (Séville) où ilz 
trouvèrent le trésor du roi Piètre ^ dont ils furent paiez, poub buuc rbtour- 
HEB. » Arch. Nat,, X«* 1475, ^ 176. . 

2. Ayala (p. (i22)y d'accord sur ce point avec Froîssart, dît que don 
Henri garda a son service Bertrand du Guesclin et Hugh de Galverly 
ainsi que quinze cents lances choisies surtout parmi les bandes fran- 
çaises et bretonnes. Le sire d'Audrehem resta aussi en Espagne. 

3. Lorsque Bertrand était parti pour FEspagne à la fin de 1365, 
Olivier de Mauny, alors capitaine de Garentan pour le comte de 
Longueville, n'avait pas accompagné son cousin. Olivier de Mau- 
ny, seigneur de Lesnen (fief situe en Saint-Thual, lUe-et -Vilaine, 
arr. Samt-Malo, c. Tinténiac), n'arriva en Languedoc que vers le 
milieu de 1366. B passa devant Montpellier le premier juin de cette 
année et, après avoir mis au pillage tous les environs de cette ville 
récemment cédée au roi de Navarre, se remit en route, le 5, dans la 
direction d'Agde : « Item, le primier jom de junh (1366), M. Olivier 
de Mauni et M. G. Boten (il faut' sans doute lire : GefTroi Budes, 
d'Uzel, Gôtes-du-Nord, arr. Loudéac, le même qui déposa le 17 sep- 
tembre 1371 dans l'enquête pour la canonisation de Gnarles de Blois ; 
dom Mbrice, Preuves^ II, 10), cavaliers de Bretanha, capitanis d'alcu- 
nas grans companhas , am las dichas companhas se alojeron als barris 
dels Augustis et en los autres de Montpellier et à Gastel Nou et en los 
autres luocs entom Montpellier, et estant aqui gasteron motas toze- 
lieyras et iluotas sivadieyras et autres camps de Montpellier et dels 
dichs autres luocs, et y feron motz autres mais, e puoys a V joms del 
dich mes, s'en desalotjeron et aneron s'en en Agades (Agde, Hérault, 
arr. Béziers) , per seguir las autras companhas. » Thalamus parvus^ 
p. 372. — Olivier de Mauny se rendait en Aragon où il allait prendre 

Possession du poste de capitaine et châtelain de Borja (Aragon, sur la 
[uccha, à 25 kil. S. E. de Taraçona, à la limite de l' Aragon et de la 



Lxxxviii CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

avec les Anglais, restent en Espagne pour aller faire la guerre 
contre les Sarrasins de Grenade. — Retire à la Corogne avec sa 
femme, ses deux filles et don Femand de Castro, don Pèdre en- 
voie des messagers vers le prince d'Aquitaine et de Galles pour 
le prier de venir à son secours contre le bâtard Henri. Le prince, 
après en avoii" délibërë avec les gens de son conseil, accueille 
favorablement cette demande, et cinq chevaliers anglais partent 
pour la Corogne afin de ramener à Bordeaux le roi détrôné de 
Castille. Sur ces entrefaites, don Pèdre se rend lui-même à 
Rayonne. P. 193 à 109, 360 à 365. 

Arrivée et séjour de don Pèdre à Bordeaux ^ Il promet de 
faire roi de Castille Edouard, le jeune fils du prince de Galles, et 
de distribuer ce qu'il a consez^é de ses trésors ' aux gens d'ar- 
mes du prince. Celui-ci, malgré les avis de ses conseillers qui 
le détournent d'une intervention armée en faveur du roi détrôné, 
est disposé à prendre parti pour ce dernier, d'abord parce que , 
souverain légitime , don Pèdre a été supplanté par un bâtard, 
ensuite, parce que l'adversaire de don Henri de Trastamare a été 
de tout temps pour l'Angleterre un allié fidèle. Toutefois, avant 



Nararre), que Tenait de loi confier son cousin Bertrand nommé par 
Pierre IV comte de Borja, en récompense de ses services. En 1375, 
du Guesclin vendit ce comté à rarcherêque de Saragosse, movennant 
le prix de 27 000 florins d*or (communication de M. le marquis de Santa 
Coloma). 

1. La relation deLopez de Ayala diffère un peu de celle de Froissart. 
Le chroniqueur espagnol prétend que don Pèdre se rendit d'abord de 
Santiago à la Corogne où il reçut le sire de Pojane et un autre cheva- 
lier gascon députés par le prince de Galles pour Tinviter à se rendre 
dans ses États d'Aquitaine. De la Corogne le roi détrôné de Castille ga- 
gna Saint-Sébastien et de là Bajonne. Arrive dans cette dernière ville, 
il fit savoir son arrivée au prince et, sans attendre que celui-ci vint à 
sa rencontre, alla au-devant de lui jusqu'au Cap Breton (auj. Landes, 
arr. Dax, c. Saint-Vincent-d^Tyrossc). Quelques jours après l'entre- 
vue de Capbreton, le prince d'Aquitaine, don Pèdre et Charles, roi de 
Navarre, se donnèrent rendez-vous à Bayonne, et ce ne fut qu'après 
cette conférence que l'ex-roi de Castille alla lui-même à Bordeaux. 
Froissart, qui se trouvait alors dans cette ville à la cour du prince, de- 
vait, selon la judicieuse remarque de Buchon, être mieux informé de 
ces détails que Lopez de Ayala attaché au service personnel de don 
Henri de Trastamare. 

2. Don Pèdre n'avait emporté que trente-six mille doubles ; la plus 
forte partie de son trésor et ses joyaux, confiés à Martin Yanez et sai- 
sis par l'amiral Boccanegra, étaient devenus, comme nous l'avons dit 
plus haut, la proie de don Henri de Trastamare. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 546-5S9. lxxxtx 

de mettre ce dessein à éxecution, le prince d'Aquitaine veut avoir 
l'avis de ses vassaux et des grands feudataires de sa principauté. 
P. 199 à 204, 365. 

Le prince d'Aquitaine convoque à im parlement à Bordeaux les 
seigneurs et barons, tant de Poitou, de Saintonge, de Rouergue, 
de Quercy, de Limousin, que de Gascogne. On lui conseille d'en 
référer au roi d^Angleterre , son père , et quatre chevaliers sont 
envoyés à cette fin à Londres. Edouard III, après avoir consulté 
les gens de son Parlement, est d'avis que son fils donne suite à 
son projet et entreprenne une expédition pour remettre don Pèdre 
sur le trône. Les barons d'Aquitaine, convoqués de nouveau, de- 
, mandent qui payera leur solde. Don Pèdre promet d'employer 
tous ses trésors, qui sont immenses, au payement de cette solde ; 
et le prince anglais, de son côté, se charge de pourvoir aux frais 
de l'expédition et de faire les avances nécessaires jusqu'à l'arrivée 
en Castiile. Jean Cbandos et Thomas de Felton vont à Pampelune 
inviter Charles le Mauvais à se rendre à Rayonne, afin qu'on 
s'entende avec lui sur les conditions du passage à travers ses 
états ; car l'armée du prince ne peut pénétrer en Espagne sans 
traverser la Navarre en franchissant les défilés de Roncevaux^ 
P. i04 à 209, 366, 367. 

Le prince d'Aquitaine, don Pèdre et le roi de Navarre ont en- 
semble à Rayonne * des conférences qui durent plusieurs jours. 
Moyennant le payement d'une somme de cent vingt mille francs ' 
et la cession de Logroiio *, de Salvatierra ^ et de Saint-Jean-Pied- 

1. Roncevaux ou Roncesralles, vallée et port ou patsage situé en 
Navarre, sur le Tenant espagnol des Pyrénées, entre Pampelune et 
Saint- Jean-Pied-de-Port. Roland, chef de TaMère-garde de Tarmëe 
de Charlemagne, y fut vaincu par les Sarrasins et y périt le 15 août 778. 

2. ■ Nos igitur Petrus, rex Castellae et Legionis, Carolus, rex Na- 
vairae et Edwardus, princeps Aquitaniœ, supradicti, convenientes in 
unum in civitate BaionensL B.Rymer, III, 800. — Cette citation prouve 

2ue les conférences préliminaires, où le prince d'Aquitaine, les rois de 
lastille et de Navarre s'entendirent sur les conditions de leur alliance, 
se tinrent, comme le dit Froissart, à Rayonne ; mais le traité lui-même 
ne fut rédigé et signé par les plénipotentiaires des trois contractants 
qu'à Liboume, dans le couvent des Frères Mineurs du dit lieu, le 23 
septembre 1366. Itid., 800 à 807. 

3. Le traité porte 200000 fiorins <tor vieux : c £1 rey don Pedro pa- 
gara al rey de Navarra dozientas vezes mil florines de oro, s Rymer, III, 
801, 1- col., 1.21 et 22. 

k. Espagne, prov. Rurgos, sur TEbre, à 88 kil. £. de Rurgos. 

5. Espagne, prov. Alava, à 240 kii E. N. E. de Vittoria. Ayala dit 



xc CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

de-Port *, Charles le Mauvais consent à laisser passer à travers 
son royaume Farmëe qui doit se Vendre en Espagne pour réta- 
blir don Pèdre sur le trône de Castille. L'allie' de don Pèdre s'em- 
presse de rappeler près de lui ceux de ses hommes d'armes que 
du Guesclin a enrôlés sous la bannière du comte de Trastamare. 
Eustache d'Auberchicourt , Hugh de Calverly, Gautier Hewet, 
Mathieu de Goumay", Jean bevereux, répondent les premiers à 
l'appel du prince et quittent l'Espagne pour retourner à Bor- 
deaux. Bientôt après le départ de ces chevaliers, quelques-uns 
des principaux capitaines d'aventure, Robert Briquet, Jean Cres- 
wey, Robert Cem', Bertucat d'Albret, Gardot du Castel, Naudon 
de Bageran, les bours de Lesparre, Camus et de Breteuil, repren- 
nent aussi le chemin de la Gascogne pour aller offrir leurs ser- 
vices au prince d'Aquitaine, — Du Guesclin, de son côté, se rend 
auprès du roi d'Aragon, du duc d'Anjou qui se tient alors à 
Montpellier, et du roi de France *, afin d'engager ces princes à 
prendre parti pour Henri de Trastamare et à lui envoyer des 
renforts. P. 209 à 213, 367 à 369. 

A la nouvelle de l'expédition projetée par le prince d'Aqui- 
Uine et de Galles pour rétablir don Pèdre sur le trône de Cas- 
tille, Pierre, roi d'Aragon, fait alliance avec don Henri de Tras- 
tamare *, et interdit aux Compagnies anglo-gasconnes, qui veulent 



2ue don Pèdre s'engagea à céder au roi de Navarre la proYince de 
riiipuzcoa (oip. Saint-Sébastien) et celle de Logrono. 

1. Basses-Pyrénées, arr. Mauléon. Don Pèdre s'engageait, d'un autre 
côté, à céder au prince d'Aquitaine une partie de la Biscaye, particu- 
lièrement les ports de mer et le château d'Ordiales ; il se reconnaissait 
en outre le débiteur du prince pour une somme de 550 000 florins d*or 
au coiQ de Florence. Cette somme et 56000 florins, avancés par le 

S rince et payés au roi de NaTarre , deyaient être remboursés dans le 
élai d'un an. Les jeunes infantes, filles de Marie de Padilla, amsi que 
les femmes et les enfants des seigneurs castillans émigrés, demeureraient 
en orage à Bordeaux jusqu'au payement intégral de cette dette. Ry- 
mer, III, 802, 703. Ayala, p. 433. 

2. Vers le milieu de 1366, don Henri de Trastamare avait dépêché 
ce Mathieu de Goumay à Lisbonne pour obtenir du roi de Portugal 
r,u'il demeurât neutre dans la lutte qui allait s'ouvrir. Vicomte de 
Santarem, Quadro de relacôes poCitieas^ III, 26, d'après Mérimée, 
p. 439. 

3. Il y a tout lieu de croire, malgré l'assertion de Froissart, que du 
Guesclin ne se rendit pas de sa personne auprès du roi de France à la 
fin de 1366. 

4. Le 10 octobre 1363, don Henri de Trastamare s'était obligé par 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 546-559. xa 

quitter l'Espagne pour rejoindre la bannière du prince, le passage 
à travers l'Aragon et la Catalogne. Ces Compagnies sont enrôlées 
définitivement au service du prince d'Aquitaine par Jean Chandos 
envoy<^ en mission dans le pays basque auprès de leurs chefs ; et 
à la prière de ce chevalier, Gaston Phœbus, comte de Foix, con- 
sent à laisser passer les routiers et leurs bandes sur son terri- 
toire. P. 213 à 216, 369, 370. 

Par le conseil de Jean Chandos et de Thomas de Felton , le 
prince de Galles , non content d'avoir fait fondre les deux tiers 
de son argenterie, sollicite et obtient d'Edouard III cent mille 
friincs * pour subvenir aux frab de Fexpëdition projetée. P. 216 
à 218, 371, 372. 

Le sire d'Albret s'engage à servir le prince d'Aquitaine et de 
Galles à la tète de mille lances. Apprenant que les gens des Com- 
pagnies, au nombre de trois mille, après avoir franchi les Pyré- 
nées, doivent passer entre Toulouse et Montauban, Gui d'Azay, 
sénéchal de Teulouse, les sénéchaux de Carcassonne ', de Nîmes* 
et le [vicomte*] de Narbonne marchent à la poursuite de ces 



e traité deBenifar, de livrer à Pierre IV, roi d'Aragon, le rojanme de 
MoTcie et en outre dix villes importantes des deux Castilles, Requena, 
Moya, Otiel, Canyet, Cuenca, Molina, Médina Celi, Almazan, Soria, 
Agreda. Sommé vers le milieu de 1366 de mettre ce traité à exécution 

SArch. génér. d'Aragon , reg. 1293 Secretorum, p. 127), le rival de don 
^èdre, pour s'assurer Talliance de Pierre IV dans la ' lutte qui allait 
s'ouvrir, avait consenti à céder au roi d'Aragon le royaume de Murcie. 

1. La somme que le roi d'Angleterre mit à la disposition de son fils 
fut prélevée sur une des échéances de la rançon du roi Jean. Le 
l**" mars 1366, Edouard III, confirmant un acte en date du 13 décem- 
bre 1363, assigna à son fils aine lïidouard, prince de Galles, 60000 
écus d'or à prendre sur le premier payement du second million dâ par 
le roi de France, ou qui premièrement se doit faire du second million (R7- 
mer, m, 787). Par acte date d'Ax (Ax-sur-Ari<fge, Ariëge, arr. Foix), 
le 29 janvier 1367 (n. st.), Edouard, prince d'Aouitaine et de Galles, 
donna procuration à Jean des Roches, sénéchal ae Bigorre, pour rece- 
voir en son lieu et place 30 000 francs sur la rançon du roi Jean (Ârch, 
Nat,^ J6k2,n*2f). 

2. C'est Arnaud d*£spagne qui était alors sénéchal de Carcassonne. 

3. Le sénéchal de Beaucaire et de Nimes ^'appelait Gui de Pro- 
hins. 

k. Aimeri de Lara, vicomte de Narbonne, à qui Froissart donne par 
eri'eur le titre de comte, amiral de France du 28 octobre 1369 à fé- 
vrier 1373, mourut en 1382 et fut enterré à l'abbaye de Fontfroide, au 
diocèse de Narbonne (auj. château de la commune de Narbonne). An- 
selme, Histoire généal.^ VII, 759, 760. 



xcii CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

pillards ^ à la tète de cinq cents lances et de quatre mille bidaus. 
P. 218 à 220, 372 à 374. 

Traquée par les Français , une des bandes anglo-gasconnes se 
réfugie dans Montauban; et Jean Trivet, capitaine anglais de 
cette forteresse, dans une entrevue qu'il a avec Gui d'Azay et le 
vicomte de Narbonne' , refuse de livrer des gens d'armes qui 
viennent rallier la bannière du prince son maître '. P. 220 à 223, 
374 à 376. 

Une bataille se livre sous les murs de Montauban entre les 
Fr^'inçais et les gens des Compagnies commandés par Robert Ceni ' 



1 . OlÎTier de Maunjr, avant d'aller prendre possesaion de son poste 
de capitaine de Borja pour Bertrand du Guesclin, s'était mis à la pour- 
suite des Compagnies anglo-gasconnes, et était accouru au secours de 
Louis, duc d*Ânjou, frère du roi de France et aon lieutenant en Lan- 
guedoc, dont ces bandes avaient envahi le gouveniement. Le 13 août 
1366, Olivier, h la tête de ses Bretons renforcés des gens d*armes du 
duc d'Anjou et des arbalétriers de la commune de Toulouse, attaqua 
Tune de ces bandes retranchée derrière les palissades de Montech 
(Tarn-et-Garonne, arr. Castelsarrasin, à 12 kil. S. O. de Montauban), 
la mit en déroute, lui tua cent hommes, fit quatre-vingt prisonniers et 
captura cinq cents chevaux c Item en aquei an meteys (1366), a xni 
d*aost, loi gens d'armas de mossenhor GMivier de Mauni et de la co- 
muna de Tnoloza, aneron armatz combattre una oompanha d*Angles 
que era en los barris de Montuoch, en Tolzan, e los desconfiron si 
que nU ac entorn lxxx près e c mortz et entom \^ cavalguaduras pre- 
zas : els autres (ugiron. » Thalamus parvus, p. 372. 

2. Charles Y s*ëtant plaint au roi d'Angleterre, précisément à l'oc- 
casion de l'affaire de Montauban, de ce que les Compagnies s'auto- 
risaient du prince d'Aquitaine pour faire guerre au rojaume de 
France, Edouard III adressa à son fils aîné une lettre assez sévère où 
on lit ce qui suit : a Et les dites gentz d'armes et Compaignies, requis 
paravant (le combat livré devant Montaubau) par les gentz de nostre 
dit frère (le roi de France) par quoi et par qui et en quel noun il 
venoient faire guerre en la terre de nostre dit frère, respoudirent que 
c'estoit de par vous et pur vous et en vostre noun , et que de ce il 
avoient voz lettres et mandement : lesquelles choses seroient, se il est 
ainsi, contre la paix et alliances, à grant deshonour et esclaundre de 
nous et de nostre estât, et aussi de vous et de noz filz, prelatz et 
autres gentz de nostre roialme, et nous desplairoit très durement, ne 
ne pourriens en nulle manère ces choses par dissimulacion passer, 
sans y mettre remède. » Rjmer, III, 808. 

3. £n 1368, ce Robert Ceni ou Cheni fut fait prisonnier dans l'ab- 
baye fortifiée d'Olivet (auj. lieu-dit de la commune de Saint-Julien- 
sur-Cher, Loir-et-Cher, arr. de Romorantin, c. Menetou-sur-Cher, sur 
la rive gauche du Cher), par Louis de Sancerre, Gui le Baveux et le 
gouverneur de Blois. Robert Cheni eut la tête tranchée ainsi que tous 
les routiers plac^* sous ses ordres. Bièl. Nat,, ms. fr. n* 4987, f^ 87 >*. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 546-559. xciii 

et Bertucat d'Albret*. Les Français sont bien trois contre un; 
mais Jean Trivet et les soudoyers de la garnison viennent à la 
rescousse des routiers, et les habitants de la ville eux*mêmes font 
pleuvoir sur les Français une grêle de pierres *. En outre, le bour 
de Breteuil, Naudon de Bageran amènent aux Anglo-gascons 
pendant Faction un renfort de quatre cents combattants de trou- 
pes fraîches '. Les Français sont mis en pleine déroute. Gui 
d'Azay, les vicomtes de Narbonne et d'Uzès, le seigneur de Mont- 
morillon, les sénéchaux de Garcassonne, de Beaucaire et plas de 
cent chevaliers sont faits prisonniers. Cet engagement a lieu 
devant de Montauban la veille de la mi-août,1366. P. 223 à 226, 
376 à 379. 
Bertucat d'Albret, Robert Ceni, Jean Trivet, Robert d'Aube- 



1. La lettre du roi d'Angleterre, dont nous Tenons de citer un 
fragment, mentionne .en outre parmi les chefs de ces bandes Rocanpa- 
dour, le bour Camus, Garciot du Castel et un routier nommé Frère 
Darrère, que dom Vaissete appelle Fierderrière. Hist, du Languedoc^ 
IV, 332. 

2. Le combat n'eut pas lieu au pied des remparts de Montauban, 
comme le raconte Froissart, mais à la Villedieu (1 ani-ct-Garonne, arr. 
Castelsarrasin, c. Montech), à 12 kil. a l'ouest de Montauban. « Et 
Tendemain (l4 août 1366), ledit seneschal (de Toulouse) et ses gentz 
cheyauchèrent après les dites gentz d'armes et compaignes jtuqes près 
^unt pille appelée la Fille Dieu^ pris de Montauban^ en la terre et obeis^ 
sance de nostre dit frère^ et illoec s'arrestèrent les dites gentz d'armes et 
Compaignes et se mistrent en arroy de combattre.... » Rvmer, III, 
808, coi. 1. 

3. La défaite fut amenée par la défection d'une bande de routiers 
à la solde du duc d'Anjou qui, après avoir promis de rester simples 
spectateurs du combat, prirent parti pour les Anglo-gascons, aussitôt 
que l'action fut engagée et chargèrent en queue les Français, c Deux 
centz combattantz anglais, qui avoient au commencement esté avecques 
les gentz de nostre dit frère (le roi de France) et s'estoient retraitz, 
parceq'il disoient qu'il ne se combatroient point encontre les ditz 
gentz d'armes et Compaignes, parceq'il estoient de leur alliance et se- 
rement, et ^'il venoient de vostre principauté (c'est Edouard III qui , 
écrit au pnnce d'Aquitaine), corurent par darrère sur les gentz de 
nostre dit frère, et adonc furent les gentz de nostre dit frère aesconfiz 
et pris et mors une partie. » Rjrmer, III, 808, col. 2. — L'auteur de la 
chronique romane de Montpellier dit, de son côté, que Gui d'Azajr, 
sénéchal de Toulouse, Arnaud d'Espagne, sénéchal de Carcassonne, le 
bour de Béarn, les vicomtes de Narbonne et de Caraman et beaucoup 
d'autres vaillants hommes « y foron nafratz et apreyzonatz per la tra- 
cion de II<^ homes d'armas angles loscals anavon am los Frances ; els 
Frances, cofizan se d'els, los avian meses en l'arieregarda, e quant venc 
al combatre, els feriron sus los Frances. Thalamus parvus, p. 372. 



xciv CHRONIQUES DE J. FROISSART. 

terre *, le bour de Breteail et Naudon de Bageran se 'partagent 
le butin. Les prisonniers s'engagent à payer rançon à Bordeaux 
dans un délai convenu et sont mis en liberté à cette condition ; 
mais le pape Urbain Y leur défend sous peine d'excommunication 
de verser les sommes promises et déclare nuls tous engagements 
pris envers les gens des Compagnies ^. Ceux-ci adressent des ré- 
clamations à Jean Chandos, connétable d'Aquitaine', qui élude 
leurs plaintes pour ne pas froisser le Saint-Père. P. 226 à 228, 
379, 380. 

L'effectif des Compagnies anglo-gasconnes s'élève à douze mille 
soudoyers : le prince de Galles les prend à ses gages depuis la 
lin d'août i366 jusqu'à l'entrée de février 1367. D'un autre côté, 
don Henri de Trastamare retient à son service les soudoyers français 
et surtout les bandes bretonnes dont les principaux chefs sont, après 
Bertrand du Guesclin, Silvestre Budes \ Alain de Saint-Pol, Guil- 
laume du Bruel et Alain dé Lakouet*. — Sur ces entrefaites, 



1 . Ce Robert d^Aubeterre appartenait sans doute à la même famille 
aae Gtiardia Raymond, sire d Anbeteire, qui aTait été comme nous 
I avons dit plus haut , le principal condottiere des Compagnies anglo- 
gasconnes emmenées en Espagne par Bertrand du Guesclin, à moins 
que Froissart n'ait fait confusion et n'ait voulu désigner le sire d' Aube- 
terre lui-même. U est certain que celui-ci alla rejoindre le prince de 
Galles sons les ordres duquel il combattit à Najera : a Tontes les debtes 
d'Aubeterre furent confisquéez, car le sire estoit jure messire Bertran et 
se tourna contre lui. Oultre, il fit depuis ou royaulme de France avec les 
Compaignes, » jirch. Nat,^ sect. jud., X*« 1475, f> 176. 

2. Urbain Y, Tun des papes les plus grands et les plus saints qui 
aient régi la chrétienté, combattait alors les Compagnies sans trêve ni 
merci et lançait contre elles à coups redoublés les foudres apostoliques. 
Par une bulle datée d'Avignon le 2 mai 1366 et adressée a Parchevê- 
que de Toulouse, il venait d'excommunier et de frapper des pins ter- 
ribles anatbèmes les bandes de pillards cantonnées en France et spécia- 
lement dans le Languedoc {Areh, Nat,^ L312, n<> 9). S'il fallait en croire 
le duc d'Anjou dans les instructions qu'il remit en 1376 à ses ambassa- 
deurs auprès de don Henri, roi de Castille, l'affaire de la Villedieu aurait 
coûté plus de trois millions au royaume de France. 

3. Silvestre Budes, fils de Guillaume Budes et de Jeanne du Gues- 
clin, seigneur d'Uzel (auj. Uzel-près-l'Oust, Côtes-du-Nord, arr. Lou- 
déac), était le cousin de Bertrand du Guesclin dont, s'il faut en croire 
d'Argentré, il porta la bannière à la bataille de Najera. Il était frère de 
Geffroi Budes dont nous avons eu déjà l'occasion de parler. 

k. Cet Alain de Lakonet ou de Lakouet était sans doute le frère de 
Yon ou Yvon de Lacouet, c chevalier de Bretaigne », dont Olivier de 
Mauny se porta garant vis-à-vis du roi de France le 26 avril 1368. 
Arch, Nat., J65<1, nP 72. 



SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 546-559. «v 

Jean, duc de Lancastre^, vient amener au prince de Galles son 
frère un renfort de quatre cents hommes d'armes et de quatre 
cents archers. Le roi de Majorque , dépouillé de ses états par le 
roi d'Aragon, se rend aussi, vers la même époque, à la cour de 
Bordeaux où il expose ses griefs , et on lui donne l'assurance 
qu'au retour de l'expédition d'Espagne on l'aidera à recouvrer 
son royaume *. Le prince d'Aquitaine reçoit continuellement des 
plaintes au sujet des désordres de tout genre commis par les gens 
des Compagnies qu^il a enrôlés à son service; mais il attend la 
délivrance de la princesse sa fenmie, qui est sur le point d'accou- 
cher, et on lui conseille de laisser passer la fête de Noël avant 
de s'engager dans les défilés de Roncevaux '. Le 7 décembre, il 
écrit au sire d'Albret de lui amener deux cents lances, au lieu de 
mille, comme il avait été convenu d'abord. Le sire d'Albret se 

1. Par acte daté de Westminster le 20 octobre 1366, Edouard III 
mande à deux de ses sergents d'armer dans les ports de Plvmouth, de 
Dartmouth, de Weymouth et de Fowej, vingt naTires destinés à trans- 
porter en Aquitaine Jean, duc de Lancastre, avec des hommes d*armes 
et des archers (Rvmer, III, 810). Le départ d'Angleterre de Jean de 
Gand dut avoir lieu peu après le 2 novembre, jour où le roi son père 
lui accorda un sauf-«6nduit {Ihid.^ 812). Cf. p. x.xxvni, note 3. 

2. Jayme II, roi de Majorque, père de Jajme dont il est question 
dans ce passage de Froissart, avait été détrône par Pierre IV, roi 
d'Aragon, dit le Cérémonieux, qui avait réuni le rojratmie de Majorque 
à r^agon par un acte solennel an 29 mars I3kk. Dans une campagne 
entreprise pour reconquérir ses États, Jayme II fut blessé grièvement 
et mourut des suites de ses blessures le 25 octobre 1349. Pour subve- 
nir aux frais de cette dernière et malheureuse tentative, il avait vendu 
au roi de France, le 18 avril 1349, pour 120000 écus d'or, tout ee qui 
lui resuit de son royaume, c'est-à-dire les seigneuries de Montpellier 
et de Lattes (Hérault, arr. et c. Montpellier). Sa veuve Yolande, qui 
continuait de s'intituler reine de Majorque, se remaria à Othon, duc de 
Brunswick, et celui-ci autorisa sa femme, le 20 novembre 1353, à trai- 
ter avec le roi de France au sujet de 1000 livres de rente viagère qu'elle 
réclamait du dit roi pour son douaire (jirch, iVa/., J598, n9 21). Jayme, 
fils de Jayme II, qui prit part à l'expédition du prince de Galles en 
Espagne, était le troisième mari de Jeanne I de Naples, petite-fille de 
Robert, roi de Naples, qu'il avait épousée le 14 décembre 1362. Jeanne 
avait succédé comme reine de Naples à Robert son a!eul mort le 19 jan- 
vier 1343. 

3. Pour se rendre de Guyenne en Castille, il n'y avait au quatorzième 
siècle qu'une seule route ou une armée pût s'engager avec de la cava- 
lerie ; c'était celle qui, passant par Saint-Jean-Pied-de-Port, longe la 
fameuse vallée de Roncevaux, et qui, après avoir franchi la cime des 
Pyrénées par un col élevé, suit le cours de l'Arga pour venir débou- 
cher sur Pampelune. 



xcvi CHRONIQUES DE^J. FROISSART. 

fâche et répond qu'il renonce à servir le prince, car il ne saurait 
trier ces deux cents lances parmi les mille qu'il avait retenues 
pour faire partie de l'expédition. Le prince d'Aquitaine est outré 
de dépit d'une telle réponse et se montre bien résolu à ne pas 
laisser cette insolence impunie; toutefois, le comte d'Armagnac 
accourt à Bordeaux et réussit à obtenir la grâce du sire d'Albret, 
son neveu S grâce à l'entremise de Jean Chandos et de Thomas 
de Felton. Cet incident n'en doit pas moins être considéré comme 
le point de départ de la brouille entre le prince de Galles et le 
sire d'Albret>. P. 228 à 234, 380 à 382. 



1. Mathe d* Armagnac, seconde femme de Bernard Ezv et mère d'Ar- 
naud Amanieu, sire d'Albret, yicomte de Tartes, fille de Bernard VI, 
comte d'Armagnac et de sa première femme Isabelle d*Albret, ëuit 
Taînëe des deux sœurs de Jean I, comte d'Armagnac. Par. conséquent, 
Arnaud Amanieu, sire d'Albret, qui figure dans ce récit, était bien, 
comme le dit Froissart, le nereu du comte d^ Armagnac. Anselme, Hîst. 
génial., ra, (kl5, VI, 20d. 

2. Le mécontentement du sire d^Albret avait une cause moins che- 
valeresque que celle qui est indiquée ici par le secrétaire de la reine 
d'Angleterre, alors l'un des hôtes et des historiographes de la cour de 
Bordeaux. Arnaud Amanieu avait été gratifié d'une rente annuelle de 
1000 livres sterling, équivalant à 6000 francs d'or, sur la cassette d'E- 
douard III, mais cette rente éteit si mal payée, qu'à la fin de 1368, on 
devait au titulaire dix ans d'arrérages, soit 60 000 francs. Le k mai 
1368, Charles V maria Marguerite de Bourbon, l'une des sœurs ca- 
dettes de sa femme, au sire d'Albret et) le 19 novembre suivant , il 
s'engagea à verser entre les mains de son nouveau beau-frère les 
60000 francs d'arrérages dus par le roi d'Angleterre, et en outre à lui 
servir la rente annuelle de 6000 francs promise, mais non payée, par 
Edouard III : c'est en reconnaissance de ces deux actes si profondé- 
ment politiques qu'Arnaud Amanieu se décida, vers la fin de cette an- 
née, à porter appel devant le Parlement de Paris de ses démêlés avec le 
prince d'Aquitaine, en d'autres tenues, à fournir au roi de France, 
qui éuit prêt, un prétexte pour se faire atUquer et pour poursuivre, 
sous les apparences d'une guerre défensive, la revanche de Poitiers et 
de Brétigny. Areh, Nat.^ JJ99, n» 345. 



CHRONIQUES 

DE J. FROISSART. 

LIVRE PREMIER. 



§ 474. Li intention dou roy Edowart d'Englelerre 
estoit tèle que il enteroit en ce bon pays de Biausse 
et se trairoit tout bellement sus celle belle, douce et 
bonne rivière de Loire, et se venroit tout cel esté 
jusques apriès aoust rafreschir en Bretagne. Et tan- 5 
tost sus les vendenges, qui estoient moult belles ap- 
parans^ il retourroit en France et venroit de rechief 
mettre le siège devant Paris, car point ne voloit re- 
tourner en Engleterre, pour ce qu'il en avoit au 
partir parlé si avant, si aroit eu se intention dou dit lo 
royaume^ et lairoit ses gens par ses forterèces^ qui 
guerre faisoient pour lui, en France, en Brie, en Cam- 
pagne^ en Pikardie^ en Pontieu, en Vismeu, en Vexin 
et en Normendie, guerriîer et heriier le royaume de 
France, et si taner et fouler les cités et les bonnes ^5 
villes que de leur volenté il s'acorderoient à lui. 

Adonc estoient en Paris li dus de Normendie et si 

VI— 1 



2 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1360] 

doy frère^ et li dus d^Orliiens, leurs oncles, et tous li 
plus grans eonsaulz de France, qui imaginoient bien 
le voiage dou roy d'Engleterre, et comment il et ses 
gens fouloient et apovrissoient le royaume de France, 
5 et que ce ne se pooit longement tenir ne souffrir, 
car les rentes des signeurs et des ^lises se perdoient 
generaument partout. Adonc estoit canceliers de 
France uns moult sages et vaillans homs messires 
Guillaumes de Montagut, evesques de Tieruane, par 

10 qui conseil on ouvroit en partie en France, et bien 
le valoit, en tous estas, car ses eonsaulz estoit bons et 
loyaus. Avoecques lui estoient encores doi clerc de 
grant prudense, dont li uns estoit abbes de Clugni, 
et li autres mestres des Frères Preeceurs^ et le appel- 

15 loit on frère Symon de Lengres^ mestres en divinité. 
Cil doi clerch darrainnement nommet, à le priière^ 
[requeste*] et ordenance dou duc de Normendie et 
de ses firères et dou duch d*Orliiens, leur oncle, et 
de tout le grant conseil de France entirement^ se par- 

so tirent de Paris sus certains articles de pais^ et messi- 
res Hughes de Genève, signeur d'Antun, en leur com- 
pagnie, et s'en vinrent devers le roy d'Engleterre 
qui cheminoit en Biausse par devers Gaillardon. Si 
parlèrent cil doi prélat et li chevaliers au dit roy 

25 d'Engleterre, et commencièrent à trettier pais entre 
lui et ses alliiés et le royaume de France et ses alliiés, 
asquelz trettiés li dus de Lancastre et li princes de 
Galles, li contes de le Marce et pluiseur hault baron 
[d'Engleterre*] furent appelle. 



1. Ms. A 7, fo 224 vo. — Mss. B 1, l II, f» 146, B 3 et 4 (lacune). 

2. Ms. B 4, f> 221. — Ms. B 1, t. II (lacane). 



[1360] LIVRE PREUIER, § 474. 3 

Si ne fîi mies cilz trettiés si tost acomj^s, quoiqu'il 
fdst entamés, mes fu moult longement démenés. Et 
toutdis aloit li rois [d'Ëngleterre] avant, querant le eras 
pays. Cil trettieur, comme bien cohsilliet, ne voloient 
mies le roy lassier ne leur pourpos anientir ; car il 5 
veoienl le royaume de France en si povre estât et si 
grevé que en trop grant péril il estoit^ se il attendoient 
encores un esté. D'autre part^ li rois d'Ëngleterre de- 
mandoit [et requeroit*] les offres si grandes et si pre- 
judiciales pour tout le royaume de France^ que à envis 10 
s'i acordoient li signeur pour leur honneur. Et si oou- 
venoit par pure nécessité qu'il fust ensi ou auques priès^ 
se il voloient venir à pais : siques tous leurs trettiés. 
et leurs parlemens durèrent dixsept jours^ toutdis en 
poursievant le roy d'Ëngleterre. Li dessus nommet 15 
prélat et li sires d'Antun^ messires Hughes de Genève, 
qui moult bien estoit et volentiers oys en le court 
dou roy d'Ëngleterre^ renvoioient tous les soirs ou de 
jour à aultre leurs trettiés et leurs procès devers le 
duch de Normendie et ses frères en le cité de Paris, so 
et sus quel fourme ne estât il estoient^ pour avoir 
response quel cose en estoit bon à faire, et dou 
sourplus comment il se maintenroient. Cil procet et 
ces paroUes estoient consilliet secrètement et examiné 
souffissamment en le cambre dou duch de Normendie, S5 
et puis estoit rescrit justement et parfaitement li in- 
tention dou duch de Normendie et li advis de son 
conseil as dis trettieurs : par quoi riens ne se passoit^ 
de l'un costé ne d'autre, qu'il ne fust bien specefiiet 
et justement cancelé. 30 

1. Ms. B 4. — Ms. B 1 (Imiine). 



4 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i360] 

Là estoient^ en le cambre dou roy d'Engleterre 
sus son logeis^ ensi comme il cheoit à point et qu'il 
se logoit sus son chemin^ tant devant le cité de 
Chartres comme ailleurs^ des dessus dis trettieurs 
5 françois grans oflfres mises avant , pour venir à con- 
clusion et à fin de guerre et à ordenance de pais , 
asquelz coses li rois d'Engleterre fu trop durs à en- 
tamer; car li intentions de lui estoit tèle que il vo- 
loit demorer rois de France, comment que il ne le 

10 fust mies, et morir rois de France, et voloit ostoiier 
en Bretagne, en Blois, en Tourainne cel esté, si com 
ci dessus est dit. Et, se li dus de Lancastre ses cou- 
sins, que moult amoit et creoit, li euist otant descon- 
silliet le pais à faire que il li consilloit, il ne s'i fust 

15 point acordés; mais il li remoustroit moult sagement 
et disoit : « Monsigneur, ceste guerre que vous tenés 
au royaume de France, est moult mervilleuse et trop 
fretable pour vous. Vos gens y gaagnent, et vous y 
perdes et alewés le temps. Tout consideret, se vous 

20 guerriiés selonch vostre oppinion, vous y userés vos- 
tre vie, et c'est fort que vous en venés ja à vostre 
entente. Si vous conseille que, entrues que vous en 
poés issir à vostre honneur, vous en issiés et prendés 
les offires que on vous présente; car, monsigneur, 

25 nous poons plus perdre sus un jour que nous n'a- 
vons conquis dedens vingt ans. » 

Ces paroUes et pluiseurs aultres belles et soubtieves, 
que li dus de Lancastre remoustroit fiablement en 
istance de bien au roy d'Engleterre, convertirent si le 

30 dit roy, parmi le grasce dou Saint Esperit qui y ouvra 
ossi ; car il avint à lui et à toutes ses gens ossi , lui 
estant devant Chartres, un grant miracle qui moult le 



[1360] LIVRE PREMIER, $ 475. 5 

humilia et brisa son corage, car entrues que cil tret- 
tieur [franchois*] aloient et preeçoient le dit roy et 
son conseil et encores nulle response agréable n'en 
avoient^ uns orages, uns tempes et uns effbudres si 
grans et si horribles deseendi dou ciel en l'ost le roy 5 
d'Engleterre^ que il sambla bien proprement à tous 
ceulz qui là.estoient^ que li siècles deuist finer, car il 
cheoient de Tair pières si grosses que elles tuoient 
hommes et chevaus, et en furent li plus hardi tout 
eshidé. Et adonc regarda li rois d'Engleterre devers 10 
Teglise Nostre Dame de Chartres, et se voa et rendi 
dévotement à Nostre Dame^ et prommist^ si com il 
dist et confessa depuis, que il s'accorderoit à le pais. 
A ce donc estoit il logiés en un village assés priés de 
Chartres qui s'appelle Bretegni^ et là fu li certainne 15 
ordenance et compositions faite et jettée de le pais, 
sus certains poins et articles qui ci ensievant sont 
ordonné. Et pour ces coses plus entérinement faire 
et poursievir, li trettieur d'une part, et d'aulre grant 
clerch en droit dou conseil le roy d'Engleterre, or- 20 
donnèrent sus le fourme de la pais, par grant délibé- 
ration et par bon avis, une lettre qui s'appelle la 
chartre de la pais, dont la teneur s'ensieut ensi. 

§ 475. a Edowart, par le grasce de Dieu roy d'Engle- 
terre, signeur d'Irlande et d'Aquitainne, à tous ceulz 25 
qui ces présentes lettres veront, salut. [Savoir faisons 
que,] comme pour les dissentions, debas, descors et 
estris, meus et espérés^ à mouvoir entre nous et nostre 
très chier frère le roy de France, certains tretteurs 

1. M». B 4. — Ms. B 1, t. II, fo 146 vo (lacune). 



6 CHAONIQUES DE J. FRCMSSART. [i360] 

et procureurs de nous et de nostre très obier fil 

ainsnet Edouwart^ prince de Galles^ aians à ce souffis- 

,saat pooir et auctorité pour nous et pour lui et nostre 

royaume, d'une part, et certains aultres trettieurs et 

6 procureurs de nostre dit frère et de nostre très chier 
neveu Charle, duch de Normendie^ [dalphin de 
Vienne], fil ainsné de nostre dit frère de France, aiant 
pooir et auctorité de son dit père en ceste partie, 
pour son dit père et pour lui, soient assamblé à Bre- 

10 tegni priés de Chartres, ouquel Heu est trettié, parlé 
et acordé finable pais et concorde des trettieurs et 
procureurs de l'une et l'autre partie sus les dissen*^ 
tions, debas, guerres et descors devant dis, lesquelz 
trettiés et paix les procureurs de nous et de nostre 

15 dit fil, pour nous et pour lui, et les procureurs de 
nostre dit frère et de nostre dit neveu, pour son père 
et pour lui, jurront sus saintes Ewangiles, tenir, 
garder et acomplir ce dit trettié , [et ossi le jurerons 
et nostre dit filz ossi, ainsi comme dessus est dit 

20 et que il s'en sievra ou dit trettié ^] : parmi lequel 
acort, entre les aultres coses, nostre frère de France 
et son filz devant dis sont tenu et ont prommis bail- 
lier et délivrer et delaissier à nous, nos hoirs et suc- 
cesseurs à tous jours, les cités, contés, villes, chastiaus, 

25 forterèces, terres, isles, rentes et revenues et aultres 
coses qui s'ensievent, avoech ce que nous tenons en 
Ghiane et en Gascongne, à tenir et possesser perpe- 
tuelment, à nous et à nos hoirs et à nos succes- 
seurs, ce qui est en demainne, en demainne, et ce 

30 qui est en fief,' en fief, et par le temps et manière chî 

1. Ms. B 4, f> 221 yo. — Ms. B 1, t. II, F> 447 (lacune). 



[1360] LIVRE PREMIER, $ 475. 7 

apriès esclarcis : c'est à savoir, la cité^ le chastiel et 
la conté de Poitiers et toute la terre et le pays de 
Poito^ ensamble le fief de Thouwart et la terre de 
BelleviUe^ le cité et le chastiel de Saintes et toute la 
terre et le pays de Saintonge par deçà et par delà la 5 
Charente, avoech la ville ^ chastiel et forterèce de le 
Rooelle et leurs appertenances [et appendances] ; la 
dté et le chastiel d'Agens et la terre et le pays d'Agi- 
nois; la cité, la ville et le chastiel et toute la terre de 
Pieregorch, la terre et le pays de Piereguis; la cité et 10 
le chastiel de Limoges, la terre et le pays de Limo- 
zin; la cité et le chastiel de Chaours et la terre et le 
pays de Caoursin; la cité, le chastiel et le pays de 
Tarbe, et la terre, le pays et la conté de Bigorre; la 
conté, la terre et le pays de Gauvre; la cité et le chas- 15 
tiel d'Angouloime, et la conté, la terre et le pays 
d'Angoulesmois; le chastiel, le ville et la cité de Ro- 
dais, et la conté, la terre et le pays de Roerge. Et se 
il y a, en la ducé d'Aquitainne, aucuns signeurs, 
comme le conte de Fois, le conte d'Ërmignach, le 20 
conte de LaiUe, les visconte de Quarmaing, le conte 
de Pieregorch, le visconte de Limoges ou aultres qui 
tiennent aucunes terrés ou lieus dedens les mètes des 
dis lieus, il en feront hommage à nous et tous aultres 
services et devoirs deus à cause de leurs terres et 25 
lieus, en le manière qu'il les ont fais dou temps 
passé, tout soit ce que nous ou aucuns des rois d*£n- 
gleterre anciennement n'i aions rien eu ; en apriès, la 
visconte de Moustruel sus mer, en le manière que 
dou temps passé aucun roy d'Engleterre l'ont tenu, 30 
et, se en la ditte terre de Moustruel ont esté aucun 
débat dou partage de la terre, nostre frère de France 



8 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

nous a prommis que il le nous fera esclarcir au plu$ 
hasteement comme il pora, lui revenu en France; la 
conté de Pontieu tout entièrement, sauf et excepté 
que^ se aucunes coses y ont esté aliénées par les 
5 rois d'Engleterre qui ont régné pour le temps et ont 
ancienement tenu la ditte conté et appertenances^ [en*] 
aultres personnes que as rois de France^ nostre dit 
frère ne si successeur ne seront pas tenus de le ren- 
dre à nous. Et^ se les dittes allienations ont esté faites 

10 des rois de France qui ont esté pour le temps^ sans 
aucun moiien, et nostre dit^frère le tiegne en présent 
en sa main, il les laissera à nous entièrement^ excepté 
que^ se les rois de France les ont eus par escange à 
aultres terres, nous deliverons ce qu'il en a eu par 

15 escange^ ou nous laisserons à nostre dit frère les 
coses ensi aliénées. Mes, se li roy d'Engleterre qui 
ont esté pour le temps de lors^ en avoient aliéné ou 
transporté aucune cose en autres personnes que es 
rois de France, et ossi depuis il soient venus es 

20 mains de nostre dit frère, espoir par partage^ nostre 
dit frère ne sera pas tenus de les nous rendre. Et 
ossi^ se les coses dessus dittes doient hommage, nos- 
tre dit frère les baillera à aultres qui en feront hom^ 
mage à nous et à nos successeurs; et, se les dittes 

25 coses ne doient hommage^ il nous baillera un teneur 
qui nous en fera le devoir, dedens un an proçain 
apriès ce que il sera partis de Calais. Item, le chas- 
tiel et le ville et la signourie de Calais, le chastiel^ le 
ville et la signom*ie de Merk^ les villes, chastiaus et si- 

30 gnouries de Sangates^ Coulongne, Hames^ Walle et 

1. Ms. B 3, ^ 236. — Ms. B 1, t. II, f» Ikl vo (lacune). 



[4360] LIVB£ PREMIER, § 475. 9 

Oye, avoech tières, bois marès^ rivières, rentes, si- 
gnouries, advoesons d'églises, et toutes aultres aper- 
tenances et lieus entregisans dedens les mètes et 
bondes qui s'ensievent, c'est à savoir de Calais 
jusques au fil de le rivière par devant Gravelines, 5 
et ossi par le fil meismes de la rivière [tout entour 
Lengle, et aussi par la rivière qui va par delà Poil, 
et aussi par mesme la rivière *] qui chiet ou grant 
lay de Ghines, jusques à Fretin, et d'illuech par le 
vallée entour le montagne de Calkuli y encloant 10 
meisme la montagne, et ossi jusques à la mer, avoech 
Sangate et toutes ses a pper tenances; le chastiel et le 
ville et tout entirement la conté de Ghines avoech 
toutes les terres, villes, chastiaus, forterèces, lieus, 
hommes, hommages, signouries, bois, foriès, droitu- 15 
res d'icelles, ossi entièrement comme li contes de 
Ghines darrainnement mort les tenoit au temps de 
sa mort. Et obéiront les églises et les bonnes gens 
estans dedens les limitations de la ditte conté de 
Ghines, de Calais et de Merk et des aultres lieus des^ 20 
sus dis, à nous, ensi comme il obeissoient à nostre 
dit frère et au conte de Ghines qui fii pour le temps : 
toutes lesquelz coses, comprises en ce présent article 
et l'article proçain précèdent de Merk et de Calais, 
nous tendrons en demainne, excepté les hiretages 25 
des églises, [qui demourront as dites églises 1 entière- 
ment, quel part qu'il soient assis, et ossi excepté les 
hyretages des aultres gens des pays de Merk et de 
Calais assis hors de le ville et fremeté de Calais jus- 



1. jirch. I>îat,, J 638, n" 1. — Ms. B 1, t. U, fo 148 (lacune). 

2. Ms. B 4, f> 222 vo. — Ms. B 1 (lacune). 



iO CHRONIQUES DE J. FR0I8SART. [1360] 

ques à le value de cent livrées de terre par an^ de la 
monnoie courant ou pays^ et en desous, [lesquels 
hiretages leur demourront jusques à le value dessus 
dite et en desous']; mes [les] habitations et hyreta- 

5 ges assis en la ditte ville de (Valais avoech leur aper- 
tenanoes demorront [en demaine à nous pour en 
ordenner à nostre volunté. £t ossi demorront*] as 
habitans en la terre ^ ville et conté de Ghines^ tous 
leurs demainnes entièrement et y [revenront*] plainne- 

10 ment^ sauf ce qui est dit par avant des confortacions^ 
mètes et bondes dessus dittes en l'article de Calais^ 
et tous les isles adjacens as terres, pays et Ueus avant 
nommés^ ensamble avoech tous les aultres isles^ les^ 
quelz nous tenions on temps dou dit trettié. Et euist 

15 esté pourparlé que nostre dit frère et son ainsnet fil 
renonçassent as [dis] ressors et souverainnetés et à 
tout le droit qu'il poroient avoir as coses dessus 
dittes^ et que nous les tenissions comme voisins^ sans 
nul ressort et souverainneté de nostre dit frère ou 

20 ix)yaume de France, et que tout le droit que nostre dit 
frère avoit es coses dessus dittes^ il nous cedast et 
transportast perpetuelement et à tous jours. Et ossi 
euLst esté pourparlé que samblablement nous et 
oestres dit filz renoncissions expresseement à toutes 

S5 les coses qui ne doient estre baillies ou délivrées à 
nous par le dit trettié, et par especial au nom et au 
droit de la couronne et dou royaume de France, et 
hommage, souverainneté et demainne de la ducée de 

1. Ms. B ^, f» 222 y^. — M». B 1, t. II, f» 148 vo (lacune). 

2. jirch. Nat., J 638, n© 1. — M». B 1, t. II, f« 1^8 r> (lacune). 

3. Ms. B 4, f« 222 vo. — Ma. B 1 : « pcnderont. » — Ms. B 3, f» 236: 
« appartiendront. » 



[1360] LIVRE PRElilER, § 475. ii 

Normendie, de la conté de Touraiane, des contés d'An- 
gou et du Mainne, de la souveraînneté et hommage de 
la conté et dou pays de Flandres^ de la souverainneté 
et hommage de la ducée de Bretagne, excepté que le 
droit dou conte de Montfort, tel qu'il le poet et doit 5 
avoir en la ducé [et pais'] de Bretagne, nous reservons 
et metons par mos exprès hors de nostre trettié^ sauf 
tant que nous et nostre dit frère de France venu à 
Calais en ordenerons si à point, par le bon avis et 
conseil de nos gens à ce députés, que nous metteroi» lo 
à pais et à acord le dit conte de Montfbrt et nostre 
cousin messire Charle de Blois^ qui demande et ca- 
lenge droit à l'iretage de Bretagne. Et renonçcms à 
toutes aultres demandes que nous Élisions ou faire 
porions, pour quelque cause que ce soit^ exceptet les 15 
coses des^is dittes qui doient demorer et estre bail- 
lies à nous et à nos hoirs, et que nous leur trans|K>r- 
tissions^ cessisions et delaississions tout le droit que 
nous porions avoir à toutesles coses qui à nous ne 
doieiît estre baillies : sus lesquelz coses, apriès plui- 20 
seurs altercations eues sur ce, et par especial pour ce 
que les dittes renunciations [ne se font pas de pre^ 
sent^ avons finablement accordé avec nostre dit 
frère par la manière qui s'ensuit^ c'est assavoir que 
nous et nostre dit ainsné filz renoncerons et ferons 35 
et avons promis à faire lesrenunciftl»ns*j^ transpors^ 
cessions et delaissemens dessus dis^ quant et si tost 
que nostre dit frère ara bailliet à nous ou à nos 
gens especialment de par nous députés, la cité et le 

1. ais. B 4, r> 222 T«. — Ms. B I, t. II, f« US v» (lacune). 

2. Arch. Nai., J ^38, n» 3. — Ms. B 1, t. II, P> 149 (Uuîime). 



12 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

chastiel de Poitiers et toute la terre et le pays de 
Poito, ensamble le fief de Touwart et la terre de Bel- 
leville, le cité et le chastiel d'Agen, et toute la terre 
et le pays d'Aginois^ la cité et le chastiel de Piere- 
5 gorch et toute la terre et le pays de Piereguis, la 
eliité et le chastiel de Caours et toute la terre et le 
pays de Quersin^ la chité et le chastiel de Rodais et 
toute la terre et le pays de Roerge, la cité et le chas- 
tiel de Saintes et toute la terre et le pays de Sain- 

10 tonge, le chastiel et le ville de le Rocelle et toute la 
terre et le pays de Rocellois, le cité et le chastiel de 
Limoges et toute la terre et le pays de Lymozin, le 
cité et le chastiel d'Angouloisme^ la terre et le pays 
d'Angoulesmois^ la terre et le pays de Bigorre, la 

15 terre de Gauvre, la conté de Pontieu et la conté de 
Ghines : lesquelz coses nostre dit frère nous a prom- 
mis à baillier, en le fourme que ci dessus est con- 
tenu, ou à nos especiaus députés, dedens un an en- 
sievant^ lui parti de Calais pour retourner en France. 

20 Et tantos ce fait^ devant certainnes personnes que 
nostre dit frère députera, nous et nostre dit ainsnet 
fil ferons en nostre royaume en Engleterre ycelles 
renunciations, transpors^ cessions et delaissemens^ 
par foy et par sierement solenelment^ et d'icelles fe- 

S5 rons bonnes lettres ouvertes seelées de nostre grant 
seel, par [la] manière et fourme comprises en nos 
aultres lettres sur ce faites, et que compris est ou dit 
trettiet, lesquèles nous envoierons à la feste de l'As- 
sumption Nostre Dame proçainnement ensiewant, en 

30 l'église des Augustins en le ville de Bruges, et les fe- 
rons baillier à ceulz que nostre dit fi'ère y envoiera 
lors pour les recevoir. £t^ se dedens le terme qui mis 



[1360] LIVRE PREMIER, $ ^^^' ^3 

y est, nostre dit frère ne pooit baillier ne délivrer ai- 
siement à nous ou à nos députés les cités, villes, 
chastiaus, lieus, forterèees et pays ci dessus nommés, 
comment que il en doie faire son plain pooir sans 
nulle dissimulation, il les nous doit délivrer et bail- 5 
lier ou faire délivrer et baillier dedens le terme de 
quatre mois ensievant l'an acomplit. Avoech toutes 
ces coses et aultres qui s'ensievront chi apriès, est 
dit et acordé par le teneur dou trettié que nous, 
renvoiié et ramené nostre frère de France en le ville lo 
de Calais, six sepmainnes apriès ce que il y sera venus, 
nous devons recevoir, ou nos gens à ce especialment 
de par nous députés, six cens mille frans, et par quatre 
ans ensievant cescun an six cens mille frans, et de 
ce délivrer et mettre en ostage et envoiier demorer en 15 
nostre cité de I^ondres en Engleterre des plus nobles 
dou royaume de France, qui point ne furent prison- 
nier à le bataille de Poitiers, et de dix neuf cités et 
villes des plus notables dou royaume de France, de 
çascune deux ou quatre hommes, ensi comme il 20 
plaira à nostre conseil. Et tout ce acompli, les hosta- 
ges venus à Calais et le premier paiement paiiet, ensi 
que dit est, nous devons nostre frère de France et 
Phelippe son jone fil délivrer quittement en le ville 
de Boulongne sus mer, et tous ceulz qui avoech yaus 25 
furent prisonnier à le bataille de Poitiers, qui ne se- 
roient rançonné à nous ou à nos gens, sans paiier 
nulles raençons. Et pour ce que nous savons de vé- 
rité que nostres cousins messires Jakemes de Bour- 
bon, qui pris fti à le bataille de Poitiers, a tousjours 30 
mis et rendu grant painne à ce que pais et acord 
fuissent entre nous et nostre dit frère de France, en 



14 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

quelconque estât qu'il soit, rançonnés ou à rançon- 
ner, nous le deliverons sans eoust et sans fret avoec- 
ques nostre dit frère en le ville de Boulongne, mes 
que eilz trettiés soit tenus ensi que nous espérons 
5 qu'il le sera. Et ossi nous a prommis nostre dit frère 
que il et son ainsnet fil renonceront et feront sambla- 
blement lors et par le manière dessus ditte les renon- 
ciations, transpors, cessions et delaissemens, acordés 
par le 'dit trettié à faire de leur partie, si comme 

10 est dit dessus. Et envolera nostre frère ses lettres 
patentes seelées de son grant seel as dis lieus et ter- 
mes, pour les baillter et délivrer as gens qui de par 
nous y seront député, samblablement, comme dit est. 
Et ossi nous a prommis et acordé nostre dit frère 

15 que li et si hoir surserront, jusques as termes des 
dittes renunciations dessus esclarcis, de user de sou^ 
verainnetés etressors en toutes les cités, contés, villes, 
chastiaus, forterèces, pays, terres, isles et , lieus que 
nous tenions ou temps dou dit trettié, lesquelz nous 

20 doient demorer par le dit trettié, et as aultres qui à 
cause des dittes renunciations et dou dit trettié nous 
seront baillies et doient demorer à perpétuité à nous 
et à nos hoirs, sans ce que nostre dit frère ou ses 
hoirs ou aultres, à cause de le couronne de France, 

25 jusques as termes dessus esclarcis et yceulz [durans*], 
puissent user d'aucuns services de souverainneté ne 
demander subjection sur nous, nos hoirs, nos subjès 
d'icelles, presens et à venir, ne querelles ou appiaus 
en leur court recevoir, ne rescrire à ycelles, ne de 

30 juridition aucune user à cause des cités, contés, chas- 

I. Ms. A 8, f<» 220 vo. — M«». H I, t. II, f» 150 : « durer, i 



[1360] LIYIUE PREMIER, $ 475. 15 

tiausy villes^ terres , islez et lieus proçainnement 
nommez. Et nous a ossi aeordé tiostre dit frère que 
nous, nos hoirs ne aucuns de nos subgès^ à cause 
des dittes cités, contés^ chastiaus, villes, pays^ terres, 
isles et lieus proçains avant dis^ comme dit est^ soions 5 
tenus ne obUgiés del recognoistre nostre souverain^ 
ne de faire aucune subjection^ service ne devoir à lui 
ne à ses hoirs ne à le couronne de France jusques as 
termes des renunciations devant dittes. Et ossi acor- 
dons et prommetons à nostre dit frère que nous et lo 
nos hoirs {surserrons*] de nous appeller et porter title 
et nommer roy de France^ par lettres ou aultrement^ 
jusques as termes dessus nommés et yceulz [durans*]. 
Et combien que es articles dou dit acord et trettié de 
le pais^ ces présentes lettres ou aultres dependans des 15 
dis articles ou de ces présentes ou aultres quelcon- 
ques que elles soient^ soient ou fuissent aucunes [pa- 
reilles *] , ou fait aucun que nous ou nostre dit frère 
deissions ou feissions^ [4^^] sente^isseut translation 
ou renunciations taisibles ou expresses des ressors et 20 
souverainnetés, est li intentions de nous et de nostre 
dit frère que les avant dis souverainnetés et ressors 
que nostre dit frère se dit avoir ens es dittes terres 
qui nous seront baillies, comme dit est, demorront 
en Testât ouquel elles sont à présent; mais toutesfois 25 
il surserra de en user et demander subjection^ par 
le manière dessus ditte, jusques as termes dessus 
esclarcis. Et ossi volons et acordons à nostre dit frère 

1- Ms. B k, f<» 237. — Ms. B l : « «irsurrons. » 

2. Ms. A 8, f» 220 vo. — Ms. B 1 : « durer. 9 

3. Ms. A 8, F» 220 vo. — Ms. B 1 : « parolics. »> 
k. Ms. B 4, f» 223 vo. _ Ms. B 1 : c qu'il. > 



i6 CHRONIQUES DE J. FROISSàRT. [i360] 

que^ apriès ce que il ara baillies les dittes cités^ con- 
tés^ chastiaus^ villes, forterèeesy terres, P^ys» ' isles et 
lieus dessus nommés^ ensi que baillier les nous doit 
ou à nos députés, parmi sa délivrance et renuncia- 

5 tions, transpors et cessions qui sont à faire de se 
partie par lui et par son ainsné fil^ faites et envoiiés 
as dis lieus et jour à Bruges les dittes lettres, et bail- 
lies as députés de par nous, que la renunciation, 
cession, transport et délaissement à faire de nostre 

10 partie soient tenues pour faites. £t par habundant 
nous renunçons dès lors par exprès au nom, au droit 
et au calenge de le couronne et dou royaume de France 
et à toutes les coses où nous devons renuncier par 
force dou dit trettié, si avant comme pourfiter pora 

15 à nostre dit frère et à ses hoirs. Et volons et acor- 
dons que par ces présentes le dit trettiet de pais et 
acord fait entre nous et nostre dit frère, [ses*] subgès, 
alliiés et adkerens d'une part et d'autre, ne soit, 
quant as aultres coses contenues en ycelli, empiré et 

20 afoibli en aucune manière; mais volons et nous plaist 
que il soient et demeurent en leur plainne force et 
virtu. Toutes lesquèles coses en ces présentes lettres 
escriptes, nous, rois d'Engleterre [dessus dit'], volons, 
octroions et prommetons loyaument et en bonne foy, 

25 et par nostre sierement fait sus le corps de Dieu et 
sur saintes Ewangiles, tenir, garder, entériner et 
acomplir sans fraude et sans mal engin de nostre 
partie. Et à ce et pour ce faire, obligons à nostre dit 
frère de France nous et nos hoirs, presens et à venir, 



1. M«. A 8, ^ no To. — Mss. B : « les. »• 

2. Ms. B 4, f» 223 y^. — M». B 1, t. U, fo 150 r» (lacune). 



[i360] LIVRE PREMIER, § 476. 17 

en quelque lieu qu'il soient. Et renonçons par nos 
dis fois et sieremens^ à toutes exceptions de fraude, de 
decevance^ de crois [prinse*] et à prendre, et à im- 
petrer dispensation de pape ou d'autre au contraire^ 
laquèle^ se impetrée estoit^ nous volons estre nulle et 5 
de nulle valeur^ et que nous ne nous en puissions 
aidier, et as drois disans que royaume ne pora estre 
devisé et gênerai renonciation [non'j valloir fors en 
certainne manière^ et à tout ce que nous porions faire, 
dire ou opposer au contraire en jugement et dehors, lo 
En tesmoing desquèles coses , nous avons fait mettre 
nostre grant seel à ces présentes lettres^ données à 
Bretegni dalés Chartres, le vingt cinquime jour dou 
mois de may, l'an de grasce Notre Signeur mil trois 
cens et soixante, m 15 

§ 476. Quant ceste lettre, qui s'appelle li une des 
Chartres de le paix, car encores en y eut des aultres 
faites et seelées en celle anée en le ville de Calais, si 
com je vous en pafleray, quant temps et lieus seront, 
fu jettée, on le moustra au roy d'Engleterre et à son 20 
conseil. Liquelz rois et ses consaulz, quant il l'eurent 
oy lire, respondirent as trettieurs qui de ce s'estoient 
ensonniiet et en istance de bien cargié : « elle nous 
plaist moult bien ensi. » 

Dont fu ordonné que li abbes de Clugni et frères 25 
Jehans de Lengres et messires Huges de Genève, sires 
d'Antun, qui pour le duch de Normendie y estoient 
commis, partesissent de là, la chartre grossée et sec- 



1. Mft. B 3, ^ 237 yo. — Mw. B 1 et B 4 (]acime). 

2. Ms. B 3. — Ms8. B 1 et B 4 (lacune). 

VI — a 



18 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

lée avoech eulz^ et venissent à Paris devers le duch 
et son conseil et leur remoustrassent l'ordenance 
dessus ditte et en fesissent au plus briefinent qu'il 
peuissent relation. 
5 Li dessus nommé s'i acordèrent volentiers et re- 
tournèrent à Paris où il furent receu à grant joie. Si 
se traisent devers le duch de Normandie et ses frères, 
le duch d'Orliiens présent et le plus grant partie dou 
conseil de France. Là remoustrèrent 11 dessus dit 

10 mouk couvignablement sus quel estât il avoient parlé 
et quel cose fait et esploitié ; il furent volentiers oy, 
car la pais estoit moult désirée. Là fu la dessus ditte 
lettre leute et bien examinée, ne onques n'i fu de 
point ne d'article débat ue; mais seela li dus de Nor- 

15 mendie comme ainsnés filz dou roy de France et 
hoirs dou roy son père. Et furent assés tost apriès li 
dessus dit trettieur renvoiiet devers le roy d'Engle- 
terre qui les attendoit en son host priés de Chartres. 
Quant il furent venu, il n'i eut mies grans parle- 

20 menSy car il disent que à toutes ces coses li dus de 
Mormendie^ si frère, leurs oncles et tous li con- 
saulz de France estoient doucement et benignement 
acordé. 

Ces nouvelles plaisirent grandement bien au roy 

25 d'Engleterre et à son conseil. Adonc, pour le mieulz 
foire que laissier, et pour plus grant seurté, fu en 
l'ost le roy d'Engleterre une triewe criée à durer jus- 
ques à le Saint Michid en un an à tenir fermement 
et establement entre le royaume de France et Je 

30 royaume d'Engleterre et tous leurs adherens et alliés, 
d^uile part et d'aultre, et dedens ce terme, bonne 
pais entre les dis rois et leurs parties. Et tantost fu- 



[1360] LIVRE PREMIER, § 476. 19 

rent ordonné sergant d'armes de par le roy de 
France, commis et envoiîet de par le duch de Nor- 
mendie^ qui se esploitièrent parmi le royaume de 
France de chevaucier et de noncier publikement ens 
es cités, villes^ chastiaus^ bours et forteréces, ceste 5 
Iriewe et espérance de pais, lesquèles nouvelles fo- 
rent partout volentiers oyes. 

Encores revenu les dessus dis trettieurs en Tost le 
roy d'Engleterre, il requisent au dit roy et à son con- 
seil, que quatre baron d'Engleterre, comme procu- 10 
reur, à lui venissent avoech yaus en le cité de Paris 
pour venir jurer le pais en son nom, pour mieulz 
apaisier le peuple : laquel cose li rois d'Engleterre 
acorda moult volentiers. Et y forent ordonné et en- 
voiié li sires de Stanfort, messires Renaulz de Gobe- 15 
hem, messires Guis de Briane et messires Rogiers de 
Biaucamp, banereth. Cil quatre signeur, à l'orde- 
nance de leur signeur, se partirent et se misent au 
chemin avoecques l'abbé de Clugni et monsigneur 
Hughe de Genève, et chevaucièrent tant qu'il vinrent 20 
au Montleheri. 

Quant cil de Paris sceurent leur venue, par le 
commandement dou duch de Normendie, toutes les 
religions et li clergiés, en grant reverense et à pour- 
cessions, widièrent de le cité et vinrent bien avant 25 
sus les camps contre les barons d*Engleterre dessus 
nommés, et les amenèrent ensi moult honnourable- 
ment dedens Paris. Et encores vinrent contre yaus 
pluiseur hault signeur et grant baron de France, qui 
lors se tenoient dedens Paris, et sonnèrent toutes les 30 
cloches de Paris à leur venue. Et forent, à ce donc 
qu'il entrèrent en le cité, toutes les grans rues jon- 



20 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

chies et parées de draps d'or^ ossi honnourable- 
ment comme on pooit aviser et deviser; et ensi 
furent il amené au palais qui richement estoit appa- 
reilliés pour eulz recevoir. Là estoient li dus de Nor- 
5 mendie, si frère, leurs oncles li dus d'Orliiens et 
grant fuison de prelas et de signeurs dou royaume 
de France, qui les recueillièrent bellement et reve- 
ramment. 

Là lisent au palais, présent tout le peuple, cil 

10 quatre baron d'Engleterre sierement et jurèrent ou 
nom dou roy leur signeur et de ses enfans, sus le 
corps Jhesu Cris sacré et sus saintes Ewangiles, à tenir 
et à acomplir le dit trettié de le pais, si com ci des- 
sus est esclarcis. Ces coses faites, il furent mené ou 

15 palais, et là festiié et honnouré très grandement dou 
duch de Normendie, de ses frères et des haus barons 
de France qui là estoient. Apriès ce, il furent mené 
en le Sainte Chapelle dou palais, et lor furent mous- 
trées les plus belles reliques et li plus digne jeuiel 

20 dou monde qui là estoient et sont encores, et meis* 
mement la sainte couronne dont Diex fu couronnés 
à son saintisme traveiL Et en donna li dus de Nor- 
mendie à çascun des chevaliers une des plus grandes 
espines de la ditte couronne, laquèle c6se cescuns 

25 des chevaliers prisa moult et le tint au plus noble 
jeuiel que on li peuist donner. Et furent là ce jour 
et le soir et Tendemain, jusques apriès disner; et 
quant il prisent congiet, li dus de Normendie fist à 
çascun donner un moult biel et bon coursier riche- 

30 ment paré et ensellé, et pluiseurs aultres biaus jeuiaus, 
desquelz je me passerai assés briefment, et dont il 
remerciièrent grandement le duc de Normendie. 



[1360] LIVRE PREMIER, § 477. 21 

Apriès ce, il se partirent dou dit duc et dès si* 
gneurs qui là estoient, moult amiablement, et s'en 
retournèrent devers le roy lor signeur, et y vinrent 
Tendemain assés matin en grant compagnie de gens 
d'armes qui les convoiièrent jusques à là^ et qui de- 5 
voient ossi le roy d*£ngleterre et ses gens conduire 
jusques à Calais, et faire ouvrir cités^ villes et chas- 
tiaus^ pour yaus laissier passer [parmy ^] paisieulement 
et aministrer tous vivres. 

§ 477. Quant il furent parvenu jusques en Post le lo 
roy d'Engleterre leur signeur^ il li recordèrent com 
honnourablement il avoient esté receu, et li remous- 
trèrent les dignes jeuiaus que li dus de Normendie 
lor avoit donnés. De quoi li rois eut grant joie et 
festia grandement le connestable de France et les 15 
signeurs qui là estoient venu^ et leur donna biaus 
dons et grans jeuiaus et assés. 

Adonc fu ordonné que toutes manières de gens se 
deslogassent et traisissent bellement et en pais devers 
le Pont de l'Arce, [pour*] là passer le Sainne, et puis 20 
vers Abbeville, pour passer le Somme ^ et puis aller 
tout droit à Calais. Dont se deslogièrent toutes ma- 
nières de gens et se misent au chemin. Et avoient 
ghides et chevaliers de France envoiiés de par le 
duch de Normendie qui les conduisoient et les me- 25 
noient ensi comme il dévoient aler. 

Li rois d'Ëngleterre, quadt il se parti, passa parmi 
la cité de Chartres et y herbega une nuit. A Tende- 



1. Ms. E 4, fo 235. -- Ms. B 1, t. n, f> 152 (lacune). 

2. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune). 



22 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

main^ il vint moult dévotement et si enfant en l'église 
de Nostre Dame, et y oïrent messe ; et y fisent grande 
offrande et puis s'en partirent et montèrent à chevaK 
Si entendi que li rois et si enfant vinrent à Har- 

5 flues en Normendie, et là passèrent il le mer et re- 
tournèrent en Engleterre. Li demorant de l'host vin- 
rent au mieulz qu il peurent sans damage et sans 
péril, et partout leur estoient vivre appareillié pour 
leur argent jusques en le ville de Calais. Et là prisent 

10 li François congiet d'yaus qui les avoient aeonvoiiés. 
Si passèrent li Englès depuis^ au plus bellement qu'il 
peurent, sans damage et sans perU et retournèrent en 
• Engleterre. 

Sitost que li rois d'Engleterre fu retournés arrière 

15 en son pays, qui y vint auques des premiers, il se 
traist à Xx)ndres. Et fîst mettre hors de prison le roy 
de France et le fîst venir secrètement au palais à 
Wesmoustier; et se trouvèrent en le chapelle dou 
dit palais. Là remoustra li rois d'Engeleterre au roy 

îo de France tous les trettiés de le pais, et comment ses 
filz li dus de Normendie, ou nom de lui, avoit juret 
et seelé à savoir quel cose il en disoit. Li rois de 
France, qui ne desiroit aultre cose fors sa délivrance, 
à quel meschief que ce fust, et issir hors de prison, 

25 ne Teuist jamais contredit ne mis empeecement à ces 
ordenances; mes respondi que Diex en fust loés 
quant pais estoit entre yaus. Quant messires Jakemes 
de Bourbon seut ces nouvelles, si en fu durement 
resjoys ; et vînt à Londres au plus tost qu'il peut 

30 devers l'un roy et l'autre qui li fisent grant cière. 
Depuis chevaucièrent il tout ensamble et li princes 
de Galles en leur compagnie; et vinrent à Windesore 



[1360] LIVRE PREMIER, $ 477. 23 ' 

là OÙ madame la royne estoit^ qui moult fu resjoie de 
leur venue et de la pais dou roy son signeur et dou 
roy de France son cousin. Si eut là grans approce- 
mens d'amours entre ces parties, et donnés et rendus 
grans dons et biaus jeuiaus. Depuis fu il acordé que 5 
U rois de France et ses filz et li baron de France^ qui 
là estoient pour le temps^ se partesissent et se traisis- 
sent devers Calais. Adonc prisent il congiet à la royne 
d'Engleterre et à ses filles, qui moult estoit lie de le 
pais et dou département dou roy de France» Si 10 
aconvpia li rois d'Engleterre le roy de France jusques 
à Douvres, et là le tint tout aise eus ou chastiel de 
Douvres deux jours, et tous les François ossi. Au 
tierch jour, il entrèrent en mer, li princes de Galles, 
li dus de Lancastre, li contes de Warvich, messires 45 
Jehans Chandos et pluiseur aultre signeur en leur 
compagnie, et arrivèrent à Calais environ le Saint 
Jehan Baptiste. Si se tinrent en le ditte ville de 
Calais tout aisiement, et attendirent là un terme les 
messagiers dou duch de Normendie qui dévoient 20 
aporter le finance de six cens mille frans [de France ^]. 
Mais li paiemens ne vint mies si tost comme on esperoit 
que il deuist venir, car il ne fu pas si tost recueillies 
des officiiers dou roy de France. Si vinrent li dus de 
Normendie et si doi frère en le cité d'Amiens, pour 25 
mieulz oïr tous les jours nouvelles dou roy leur père 
et attendre à ses besongnes et à sa délivrance. £t 
entrues se coeilloit li paiemens parmi le dit royaume. 
Si entendi et oy recorder adonc que messires Galeas, 
sires de Melans et de pluiseurs cités en Lombardie, 30 

1 . Ms. A 8, f> 222 iro. _ Mm. B (lacune). 



24 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

fist ce premier paiement, parmi un trettiet qui se 
mist avant adonc, car il avoit un sien fil à marier; 
si rouva au roy de France que il li vosist donner et 
acorder une sienne fille : parmi tant il paieroit ces 

5 six cens mille firans. Li rois de France qui se veoit 
en dangier, pour avoir l'argent plus appareilliet^ s'i 
acorda legierement. Or ne fu mies cilz mariages si 
tost fais ne acordés ne confremés^ pour quoi la 
finance ne fu mies si tost appariilie ne ne vint avant. 

10 Si convint ce dangier souffrir au roy de France et 
attendre Pordenance de ses gens. 

§ 478. Quant li princes de Galles et li dus de Lan- 
castre^ qui se tenoient à Calais dalès le roy de France^ 
veirent que li termes passoit et que li paiemens point 

15 ne s'approçoît, si eurent volenté de retourner en 
Ëngleterre. Et misent ordenance [en ce *], et laissiè- 
rent le roy de France en le garde de quatre moult 
souffissans chevaliers, monsigneur Renault de Gobe- 
hem^ monsigneur Gautier de Mauni^ monsigneur Gui 

20 de Briane et monsigneur Rogier de Biaucamp. Et 
paioit li rois de France ses frès et les firès de ces 
signeurs et de leurs gens : si montèrent grant fuison 
le terme de quatre mois qu'il furent à Calais. 

Or vous parlerons d'aucuns chevaliers englès^ cha- 

25 pitains de garnisons, qui se tenoient en France et 
estoient tenus deux ans ou trois en avant, ançois 
que pais se fesist. Cil qui avoient apris à guerriier et 
à heriier le pays, furent moult courouciés de ces 
nouvelles^ quant il eurent commandement dou roy 

1. Ms. B 4, F> 225 ▼<>. — Ms. B 1, t. H, f> 153 (lacune). 



[1360] LIVRE PREMIER, § 478. 25 

d'Engleterre qu'il partesissent; mes amender ne le 
peurent. Si vendirent li pluiseur leurs forterèces à 
chiaus dou pays environ, et en reçurent grant argents 
Et puis s'en partirent li aueun ; et li aucun ne s'en 
veurent mies partir ensi, qui avoient apris à pillier. 5 
Et fisent guerre comme en devant, en l'ombre dou 
roy de Navare; et ce furent cil qui se tenoient sus 
les marées de Normendie et de Bretagne. Mes mes- 
sires Eustasses d'Aubrecicoiu*t, qui se tenoit dedens 
le ville de Âthegni, quant il s'en parti, le vendi bien 10 
et chier à chiaus dou pays. Or prist il simplement 
ses couvens, dont il fu depuis mal paiiés, et si n'en 
eut aultre cose. Si se partirent tout cil qui tenoient 
forterèces en Laonnois, en Soissonnois^ en Pikardie, 
en Brie, en Gastinois et en Campagne. Si retour- 15 
noient li aucun, qui avoient assés gaegniet, en leurs 
pays, ou qui estoient tanet de guerriier, et li pluiseur - 
se retraioient en Normendie devers les forterèces na- 
varoises. 

Or vint cilz paiemens de ces six cens mille florins en 30 
le ville de Saint Orner et fu tous quois, mis et arestés 
en l'abbeye c'on dist de Saint Bertin, sans porter 
adonc plus avant, car li aucun hault baron de France, 
qui esleu et nommé estoient pour estre ostagiier et 
entrer en Engleterre, refusoient et ne voloient venir 25 
avant et en faisoient grant dangier. De quoi, se li 
argens fîist paiiés et délivrés en le ville de Calais as 
Englès, et li signeur de France ne volsissent entrer 
en ostagerie, ensi que couvens et ordenance de 
trettié se portoient, la ditte somme des florins fust 30 
perdue, la pais fust brisie, et li rois Jehans de France 
fust remenés arrière en Engleterre. Sus ces coses 



26 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

avoit bien manière et avis de regarder comment on 
en peuist user. 

§ 479. Ensi demora lî rois de France à Calais^ dou 
mois de juUet jusques en le fin dou mois d*octembre. 

5 Quant ces coses furent si approcies que li paiemens 
premiers tous pourveus, si com chi dessus est dit^ 
et venu à Saint Omer cil qui dévoient entrer en os- 
tagerie pour le roy de France, et li rois d'Engleterre 
enfourmés de toutes ces coses, il rapassa le mer à 

10 grant quantité de signeurs et de barons et vint de 
rechief à Calais. Là eut grans parlemens de Fune 
partie et l'autre dou conseil des deux rois qui par 
l'ordenance de le paix s'appelloient frère. Là fiirent 
de rechief lentes, avisées et bien examinées les let- 

15 très qui s'appellent chartre de le pais, à savoir se 
riens y avoit à mettre ne à oster ne nul article à 
corrigier. £t tous les jours donnoient li doy roy l'un 
à l'autre à disner, et leurs en&ns, si grandement et 
si estoffeement que merveilles seroit à penser. Et es- 

20 toient en reviaus et en récréations ensamble si or- 
donneement que grant plaisance y prendoient toutes 
manières de gens au regarder. Et laissoient li doi 
roy leurs gens et leurs consaulz couvenir dou sour- 
plus : siques entre yaus il fu là avisé et regardé pour 

25 le milleur et pour le plus grant seurté que aultr^ 
lettres, comprendans tous les articles de le pais, fuis- 
sent escriptes et seelées les deux rois presens et leurs 
enfans. Et pour tant que li certains arrès de le pais 
venoit et descendoit dou roy d'Engleterre, ces lettres 

30 qui furent là Eûtes dient ensi. 



[1360] LIYRB PREMIER, g 480. 27 

§ 480, < Edouwars, par le grasce [de] Dieu roy d*En- 
gleterre, signeur d'Irlande et d'Acquitainne^ à tous 
ceulz qui ces présentes lettres veront^ salut. Savoir fai- 
sons que nous^ pensans et considerans que les rois et 
princes crestiien^^ qui yoelent bien gouvrener le peu- 5 
pie qui leur est subgeti doient fuir et eschiewer guer- 
res^ dissentions et discors, dont Diex est offendus, et 
querre et amer, pour eulz et pour leurs subgès, pais^ 
unité et concorde, par laquèle Tamour dou souverain 
roy des roys poet estre acquise, li subget sont gou- lo 
vrené en transquilité et as perilz des guerres est obvié, 
et recordans les grans maulz, damages et afflictions 
que nostre royaume et no subget ont soustenu par 
lonch tamps^ pour cause et occasion des guerres et 
descors qui ont duré longement entre nous et nostre 15 
très chier frère le roy de France, et les royaumes, 
subgès^ amis et aidans et alliiés d'une part et d'autre^ 
sur laquèle entre nous et nostre dit frère finablement 
est fais bons accors^ et bonne pais refourmée^ et de- 
sirans ycelle garder [et] tenir, et persévérer en vraie 20 
amour perpetuelment par bonnes et fermes alliances 
entre nous et nostre dit frère, nos hoirs et les royau- 
mes voisins et les subgès de l'un et de l'autre, par 
quoi justice en soit mieuls gardée et exersée, les 
drois et les signouries de l'un et de l'autre mieulz 25 
defTendus, les rebelles, malfaiteurs, desobeissans [à] 
l'un [et] à l'autre estre plus aisiement constrains à obéir 
[et cesser des rebellions et excès*,] et toute crestienté 
estre maintenue en plus paisieule estât, et la Terre 
Sainte en poroit estre mieus secourue et aidie; et 30 

1. Areh, NaU^ J 639, n» 15. 



28 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i360] 

toutes ces coses et aultres attendans^ et considerans 
que nostre Saint Père le pape ait dispensé^ par grant 
délibération avoech nous et nostre dit frère de France, 
c'est à savoir avoec nous et tous nos subgès, tant de 
5 gens d'église comme de seculers, sus toutes les con* 
fédérations y alliances y couvenances , obligations , 
liens et sieremens qui [pourroient *] iestre entre nous, 
nostre royaume et nos subgès, d'une part, et le pays 
et les bonnes villes, [g^ns et subgès *] de le conté de 

10 Flandres, d'autre part; comme le bien et l'effect de la 
ditte pais entre nous et nostre dit frère de France, 
les royaumes [et] subgès de France et d'Engleterre, 
poeent estre empeeciet par ycelles, et pour ce les ait 
le dit nostre Saint Père cassées, ostées, anuUées et 

45 irritées dou tout, si comme en ses lettres et pro- 
cès sur ce fait est plus plainnement contenu : pour 
considération des cessions et causes dessus dittes, et 
ossi [vouUiantz'J acomplir, en tant comme touchier 
nous poet , le dit acort fait sus les dittes alliances, si 

20 comme ottriié l'avons comme dit est, et [eue *] sur 
ce très grande et meure délibération, avons fait et 
par ces présentes faisons pour nous, nos enfans, nos 
hoirs et successeurs, nostre roialme, noz terres quel- 
conques et nos subjiz, d'une part, et le royaume de 

25 France, ses terres et ses subgès, d'autre part, perpé- 
tuelles alliances, confédérations, amistés, pactions et 
couvenances qui apriès s'ensievent : c'est assavoir 
que nous, nos en£ins, nos hoirs et successeurs, nos- 



1. Ms. B 3, f> 240. - Ms. B 1, t. H, f» 154 (lacune). 
^ Ms. B 4, f» 226 v«. — Ms. B 1 (lacune). 

3. jirck, Nat,^ J 639, n» 15. 

4. Arch, Nat., J 639, n» 15. 



[1360] LIVRE PREIOER, § 480. 29 

tre royaume, no terre et nos subgès quelconques, 
presens et à venir, nés et à nestre, serons à tousjours 
mes à nostre dit frère de France, ses hoirs, ses en- 
fans et successeurs, le royaume de France, ses terres et 
ses subgès quelconques, bons, vrais et loyaus amis et 5 
alliiés, et les garderons à nostre loyal pooir, leurs 
honneurs et leurs droîs. Et où nous sarions ne po- 
rions savoir leur deshonneur, lem* vitupère et leur 
damage, nous leur noncerions ou ferions noncier. Et 
empeecerons et grèverons de tout nostre pooir leurs lO 
ennemis [presens et advenir^], nés et à nestre, quelz 
qu'il soient; ne nul [conseil*], confort ne ayde encon- 
tre eulz ne soufferons ne ne donrons, par quelque 
cause et occasion que ce soit ou puist estre, en ap- 
pert ou en repost, ne ne dirons ne ferons; ne yceulz 15 
ennemis, au damage et prejudisse de nostre dit frère, 
ses hoirs ou le royaume de France, secrètement ne 
receptrons ne recevrons, ne recepter ne recevoir fe- 
rons ou soufferons en aucune manière, en nostre 
royaume ou aultres nos terres et nos signouries; ne 80 
par yceulz royaume et terres ou aucun d'eulz, ou pre- 
judisce et damage de nostre dit frère, ses hoirs suc- 
cesseurs, le royaume de France, ses terres et ses subgès, 
leurs dis ennemis passer ne demorer sciamment souf- 
ferons; ne aultrement yceulz ennemis, pour nous ou 85 
pour aultres, en appert ou en repost, sour quelque 
title ou couleur que ce soit, contre nostre frère, ses 
hoirs ou ses subgès et le royaume de France et aul- 
tres terres, ne porterons ne soustendrons; nos amis 

1. Ms. B 4, f^ 226 v«. — Ms. B 1, t. II, (o 154 yo (Ucunc). 

2. Ms. B d. -^ Ms. B 1 (lacune). 



30 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

et nos alliiés à leur amour et alliances, se il nous en 
requièrent^ de nostre pooir enduirons. Et ne souffe* 
rons aucuns de nos subgès ne aultres quelconques 
aler ne entrer ou royaume de France ou aultres ter- 

5 res de nostre dit frère, ses enfans, hoirs et succes- 
seurs, pour y faire guerre, damage ou offense aucune, 
as gages ou au service d'autrui ou aul trament, par 
quelconques cause et manière que ce soit; ançois les 
empeecerons et destourberons de tout nostre pooir. 

10 Et, se aucun de nos subgès faisoient le contraire ou 
aucune guerre villainne ou damage à nostre dit frère 
ou royaume de France, par terre ou par mer, à 
ses enfans, hoirs et successeurs ou subgès, nous les 
en punirons ou ferons punir si grandement qu'il sera 

15 exemples à tous aultres. Et de tout nostre pooir ferons 
reparer et radrecier tous les damages, attemptes ou 
emprises fais contre ces présentes alliances, se nous 
en sommes requis. Et toutes fois que nostre dit frère, 
ses hoirs et successeurs aront mestier de nostre ayde, 

20 et il nous en requerront ou feront requerre, nous, 
encontre toute personne qui puisse vivre et morir, 
leur aiderons et donrons tout le bon conseil, confort 
et ayde, à leurs propres frès et despens, que nous 
ferions ou porions faire pour nostre propre fait et 

35 besongne, et sans fraude et mal engin, non contres- 
tant quelconques aultres alliances^ amistés et con- 
fédérations que nous et nostre predicesseur avons 
eues ou temps passé à quelconques aultres persones, 
asquèles toutes et çascune d'icelles nous renonçons 

30 dou tout pour nous, nos successeurs, royaume, terres 
et subgès à tous jours mes par ces présentes, réservé 
toutesvoies et exepté le pape et le saint collège de 



[1360] LIVRE PREMIER, $ ^^^- ^i 

Romme, et Tempereur de Romme qui ores est^ les- 
quels nous ne volons estre compris en ces présentes 
alliances, en aucune manière. Et pour ce que les 
alliances, confédérations^ couvenances, pactions et 
aultres coses dessus dittes et çascune d'icelles soient 5 
plus fermement tenues, gardées et acomplies, nous 
avons juré sus le saint corps Jhesu Cris sacré, et en- 
core jurons et prommetons par le foy de nostre corps 
et en paroUe de roy, les coses dessus dittes et ças- 
cune d'icelles tenir fermement et acomplir à tous 10 
jours, sans les enfraindre en tout ou en [partie, en] 
aucune manière, par quelconques cause et occasion 
que ce soit. Et, se nous faisions, procurions ou souf- 
frions sciamment le contraire estre fait, ce que Diex 
ne voeille, nous volons estre tenu et réputé en tous 15 
Hex et en toutes places et en tous cas, pour faulz, 
mauvais et desloyaus parjure, et encourre en tel 
blasme et tel diffame comme roy sacré doit encourir 
en tel cas. Par ces présentes alliances, nous n'enten- 
dons ne volons que aucun préjudice se face à nous 20 
ne à nos hoirs et subgès, par quoi nous [et] eulz ne 
porions et porons recepter, porter et tenir tous les 
banis dou royaume de France et afuis, presens et à 
venir, nés et à nestre, par quelconques cause et oc- 
casion que ce soit» par manière qui a esté fait et 25 
acoustumé de faire ou temps passé. Et soumettons, 
quant à toutes ces coses, nous, nos hoirs et succes- 
seurs, à le juridition el cohertion de l'église de Romme. 
Et volons et consentons, tant comme en nous, que 
nostre Saint Père le pape conferme toutes ces coses, 30 
en donnant monitions et mandemens generaulz sour 
l'acomplissement d'icelles contre [nous], nos hoirs et 



32 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

successeurs et contre tous nos subgès^ soient com- 
munes, collèges, universités ou personnes singulères 
quelconques, et en donnant sentenses generaulz 
d'escumeniement, de suspention et de [interdiction*]^ 

5 pour estre encourut par nous et par eulz, sitost que 
nous et euls ferons ou attempterons , en occupant 
ville, chastiel et forterèce, ou aultre cose quelconque 
Élisant, ratefiant ou aggrevant, en donnant conseil, 
confort, faveur ou aide, celeement ou en appert, 

10 contre la ditte pais et ces certainnes alliances. Et 
avons fait samblablement jurer toutes les devant 
dittes coses par nostre très chier fil ainsné le prince 
de Galles, et nos filz puisnés, Leonniel, conte de 
Dulnestre, Jehan, conte de Ricemont, Ayn)on, conte 

15 de Langlée, et nos cousins, monsigneur Phelippe de 
Navare, et les dus de Lancastre et de Bretagne, le 
conte de Stanfort et le conte de Sallebrin, le signeur 
de Mauni, Gui de Briane, Renault de Gobehen, le 
captai de Beus, le signeur de Montferrant, Jame 

20 d'Audelée, Rogier de Biaucamp, Jehan Chandos, 
Raoul de Ferrières, chapitainne de Calais, Edowart 
le Despensier, Thomas et Guillaume de Felleton, 
Eustasse d'Aubrecicourt, Franke de Halle, Jehan de 
Montbray, Bietremieus de Bruwes, Henri de Persi, 

25 Nicole de Tambourne, Richart de Stafort, Guillaume 
de Grantson, Jehan de Gommegnies, Raoul Spigre- 
niel, Gastonnet de Graili et Guillaume Bourtonne, 
chevaliers. Et ferons ossi jurer samblablement, au 
plus tost que faire porons bonnement, nos aultres 

30 enfans et la plus grant partie des prelas, des églises, 

1. Arck Nat., i 639, no 15. — Mi. B 1 : t juridition. » F» 155 t«. 



[1360] LIVRE PREMIER, § 481. 33 

contes^ barons et aultres nobles de nostre royaume. 
En tesmoing de laquel cose^ nous avons fait mettre 
nostre seel à ces présentes lettres^ données en nostre 
ville de Calais, le vingt quatrime jour dou mois d'oc- 
tembre^ Tan de grasce Nostre Signeur mil trois cens ft 
et soixante. » 

§ 481 . Quant ceste lettre, qui s'appelle confédé- 
ration et alliance entre le roy de France et le roy 
d'Engleterre, fii grossée et seelée sus le fourme et 
manière que vous avés oy, on le lisi et publia devant 10 
les deut rois et tous leurs enfans et consaulz qui là 
estoient présent. Si sambla à çascun estre belle et 
bonne et grant conjonction d'amour et de paiâ. 
Âdonc se traisent d'un lés li consaulz dou roy de 
France, et consiUièrent une longhe espasse ensamble 15 
sus les renonciations que li rois d'Engleterre devoit 
faire et avoit prommis à faire par le trettié de le 
pais donné et ordonné à Bretegni priés de Chartres, 
lui venut à Calais. 

Quant il en eurent parlé ensamble, il se traisent 20 
devers le roy d'Engleterre et son conseil, le roy de 
France présent qui avoit toutdis parlé à lui, tant que 
ses gens avoient consilliet. Et là requist li evesques 
de Tieruane, canceliers de France et promeus à estre 
cardinaulz, au dit roy d'Engleterre que il volsist 25 
acomplir de point en point le dit trettié de le pais 
et tous les articles, à le cautèle dou temps à venir. 
Li rois d'Engleterre respondi qu'il en estoit tous 
desirans, mes que on li desist de quoi et comment. 

Là fil aportée la ditte chartre de le pais et leute so 
generalment. Et apriès ce li consauls dou roy de 

TI — 3 



84 CHRONIQUES DE J. FROISSIRT. [1S60] 

France requisent que une ohartre auques samblable 
à ceste^ faisans mention plainnement des renuncia- 
tions^ fust grossée pour mieus confermer leurs orde- 
nances et apaisier toutes gens as quelz la pais pooit 
5 touchier. Li rois d'Engleterre et ses consaulz Taoor- 
dèrent legierement et yolentiers. Dont furent li tret- 
tieur et li plus grant partie dou conseil de Tun roy 
et de l'autre mis ensamble. Et là fu une grosse lettre 
jettée de rechief et puis escripte notablement et 
10 grossée sus la date de la précèdent alliance et con- 
fédération : laquèle chartre des renunciations dist 
ensi. 

• § 482. « Edowars^ par le grasce de Dieu roy d*En- 
gleterre, signeur d'Irlande et d'Acquitainne, à tous 

15 ceulz qui ces présentes veront, salut. Savoir faisons 
que nous avons promimis et prommetons baillier ou 
Élire baillier et délivrer reaiment et de fait au roy 
de France nostre très chier firère ou à ses députés 
especiaus en celle partie as frères Âugustins dedens 

20 la ville de Bruges^ au jour de la feste Saint Ândrieu 
proçain venant en un an, lettres seelées de nostre 
grant seel en las de soie, en cire vert^ ou kas que 
nostre dit frère ara &it les renonciations qu'il doit 
Élire de se partie et nostre très chier neveu son fil 

95 ainsné^ et ycelles baillier à nos gens ou députés au 
dit lieu et terme, par le manière que obligié y sont : 
desquèles lettres la teneur de mot en mot s'ensieut 
ensi. 

Edowars, par le grâce de Dieu roi d'Engleterre, 

30 signeur d'Irlande et d'Acquitainne , savoir faisons à 
tous presens et à venir que^ comme guerres mor- 



[1360] UVBE PREBflER, § 482. 35 

tèles aient longement duret entre nous^ qui avons 
réclamé avoir droit au royaume et à le couronne de 
France, d'une part, et le roy Phelippe de France 
lui vivant, et après son décès entre nostre très chier 
firère son fil le roy Jehan de France, d'autre part^ 5 
et aient porté moult grans damages^ non pas seu- 
lement à nous et à tout nostre royaume, mes as 
royaumes voisins et à toute crestienté ; car par les 
dittes guerres sont maintes fois avenues batailles 
mortèles^ occisions de gens, pillemens^ arsures et 10 
destruction de peuple et perilz de ames^ défloration 
de pucelles et de viergenes^ deshonnestemens de 
femmes mariées et veves, et arsures de villes, de ab- 
beies et de manoirs et de edefisses^ roberies et [op- 
pressions*], guettemens de voies et de chemins^ jus- 15 
tiee en est faille et la foy crestiienne refroidie et . 
marchandise perie, et tant d autres malefîsces et horri- 
bles fais s'en sont ensievoit qu'il ne poeent estre dit^ 
nombret ne escript^ par lesquèles nostre dit royaume 
et li aultre royaume par crestienneté ont soustenu 20 
moult d'afQictions et de damages inreparables. Pour 
quoi, nous, considerans et pensans les maulz dessus 
dis et que vraisamblable estoit que plus grant s'en 
poroient venir ou temps à venir, et aians grant pité 
et grant compassion de nostre peuple qui, en le [pro- 25 
secucion'] de nos guerres, ont exposé leurs corps et 
leurs biens à tous perilz, sans eskiewer despens et 
mises, dont nous devons bien avoir perpetuèle me- 
more, avons pour ce soustenu par pluiseurs fois 



1. Ms. A 8, f^ 225 ^. — Ms. B 1, t. II, f« 156 vo : c expressions. » 

2. Arch. ^a/., J 639, no 11. 



36 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

trettié de pais^ premièrement par le moiien de hon- 
nourables pères en Dieu pluiseurs cardinaulz et mes- 
sages de nostre Saint Père le pape^ qui à grant dili- 
gense [et instance '] y travillièrent pour le temps de 
5 lors^ et depuis ce y ait eu pluiseurs trettiés pour- 
parles et pluiseurs voies touchies entre nous et nostre 
dit frère de France. Finablement^ ou mois de may 
darrainnement passet^ vinrent en France messages 
de par nostre Saint Père le pape, nostre très chier et 

10 féal l'abbet de Clugni, frères Symons de Lengres, 
mestre en divinité^ mestre de l'ordene des Frères 
Preeceurs, et Hughe de Genève, chevalier, signeur 
d'Antun, où nous estions lors en nostre host. Et tant 
alèrent et vinrent li dit message devers nous et 

15 devers nostre très ehier neveu Charle duc de Nor- 
mendie, dalphin de Yiane et régent pour le temps 
dou royalme de France, que en pluisem*s lieus se 
assamblèrent trettieurs d'une partie et d'aultre, pour 
parler^et trettiier de pais entre nous et nostre dit frère 

20 de France et les royaumes de Fun et de Tautre. Et 
au darrainnier se assamblèrent li dit trettieur et pro- 
cureur de par nous et de par nostre ainsné fil le 
prince de Galles, as coses dessus escriptes par espe- 
cial députés, et li procureur et trettieur de nostre dit 

25 frère et son ainsné fil, aiant à ce pooir et auctorité 
de Tun et de l'autre, à Bretegni priés de Chartres, ou- 
quel lieu fu parlé , trettié et acordé des trettieurs et 
procureurs de Tune partie et lautre, sus tous les 
discors, dissentions et guerres que nous et nostre dit 

30 frère avions l'un contre l'autre : lequel trettié et pais 

1. Mt. Bk,^ 228. - Mt. B 1, t. U, f> 156 to (lacnnO- 



[1360] LIVRE PREMIER, § 482. 37 

li procureur d'une partie et d'autre, pour Tune partie 
et pour l'autre, jurèrent sus saintes Ewangiles tenir 
et garder; et apriès le jurèrent nostres dis filz [solemp- 
nelment*] pour nous et pour lui, et le dit nostre 
neveu le duch de Normendie, aiant à ce pooir, pour 5 
son dit père nostre frère et pour lui. Apriès ces coses 
ensi faites et à nous raportées et exposées, conslderet 
que nostre dit frère de France s'acordoit et consen- 
toit au dit trettiet et voloit ycelui et la pais tenir, 
garder et acomplir de sa partie, yceulz trettiés et 10 
pais, dou conseil et consentement de pluiseurs de 
nostre sanch et linage, dus, contes, chevaliers et 
gens d'église, de [barons *] et aultres nobles, bour- 
gois et aultres sages de nostre royaulme, pour apai- 
sier les guerres , les maulz et les doleurs dessus 15 
dis dont le peuple estoit si malement mené, si com 
dessus est dit et escript, à Tonneur et la glore dou 
roy des roys, et pour reverense de Sainte Eglise, 
de nostre Saint Père le pape et de ses messages, 
avons consenti et consentons, et le rattefions, gréons 20 
et approuvons, comme, par le teneur dou dit trettié 
et pais, nostre dit frère de France doit délivrer et 
delaissier, et a baillié, délivré et delaissié, si comme 
il est contenu en ses lettres. sur ce faites plus plain- 
nement, à perpétuité à nous, pour nous et pour nos 25 
hoirs et successeurs, à tenir perpetuelment [et] à 
tous jours toutes les coses qui s'ensievent, par .e ma- 
nière que nostre dit frère et ses filz et leurs ancis- 
seurs rois de France les ont tenu dou temps passé, 

1. Meh. Nat,, J 639, n» 11. — Ms. B 1, t. II, P> 157 : « pewonelle- 
ment. » 

2. Ms. B 4, f» 228 ▼«. — fils. B 1, t. n, (^ 157 (lacune). 



38 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i360] 

c'est à savoir^ ce qui est en souverainneté, à tenir en 
souverainneté [et ce qui est en demaine^ tenir en 
demaine*]^ et ce qui est en fief^ à tenir en fief, 
et sans rappiel à tous jours mes pour lui ne pour ses 

5 hoirs^ quelzconques qu'il soient^ presens et à venir : 
c'est à savoir la cité et le chastiel et toute [la conté 
de Poitiers, et toute*] la terre et le pays de Poito, 
ensamble le fief de Towart et la terre de Belleville, 
la cité et le chastiel de Saintes et toute la terre et le 

10 pays de Saintonge par deçà et par delà le Charente^ 
la cité et le chastiel d'Agen, la terre et le pays d'A- 
ghinois, la chité, le chastiel et toute la conté de 
Pieregorch et la terre et le pays de Piereguis, le cité 
et le chastiel de Limoges et toute la terre et le pays 

15 de Limozin, la chité et le chastiel de Chaours et toute 
la terre et le pays de Quersin, le ville, le chastiel et 
[tout] le pays de Tarbe, et la terre, pays et conté de 
BigorrCy la conté, la terre et le pays de Gauvre, le 
cité et le chastiel d'Angouloisme et toute la terre 

20 et le pays d'Angoulesmois, la cité et le chastiel 
de Rodais et toute la terre et le pais de Roerge, 
et ce que nous ou aultres rois d'Engleterre ancien- 
nement tindrent en le ville de Moustruel sus mer 
et es apertenances. Item, la conté de Pontieu tout 

25 entièrement, sauf et excepté et selonch la teneur 
de Farticle contenu ou dit trettié qui de la ditte 
conté fait mention. Item, le chastiel et le ville 
[de Calais, le chastiel et ville'] et la signourie de 
Merk, les villes, chastiaus et signouries de Sangattes, 

1. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune). 

2. Ms. B 4. — Ms. B 1. (lacune). 

3. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune\ 



[1360] LIVRE PREMIER, S ^2. « 39 

Coulongne^ Hames^ Walle et Oye^ avoec les terres^ 
hoiSf mares, rivières, rentes^ signouries et aultres 
[choses ^] contenues en l'article dou trettiet faisant de 
ce mention. Item^ le chastiel, le ville et tout entière- 
ment la conté de Ghines, avoech toutes les terres, ^ 
villes^ chastiaus, forterèces, lieus^ hommes^ homma- 
ges^ signouries^ bois^ foriès et droitures^ selonc la 
teneur de l'article faisant de ce mention plus plain- 
nement ou dit trettié^ et avoech les isles et adjacens 
tierres^ pays et lieus avant nommés^ ensamble avoech 10 
tous les aultres isles et adjacens tierres^ pays et 
lieus avant nommés^ ensamble avoech tous les au- 
tres isles, lesquels nous tenions à présent et tenons^ 
c'est à entendre ou temps dou dit trettié. [Et 
comme. par la forme et manière du dit traictié*] et l& 
de le pais, nous et nostre dit firère le roy de France 
devons et avons prommis, par foy et par sierement, 
l'un à l'autre^ yceulz treltiés et pais tenir et garder et 
acomplir et non venir encontre, et soions tenu, nous 
et nostre dit frère et nos fils ainsnés dessus dis, 20 
par obligation et prommesse, par fois et par siere- 
mens fais d'une partie et d'aultre, certainnes renun- 
ciations l'un pour l'autre, selonch la fourme et teneur 
dou dit article entre les aultres ou dit trettié de le 
pais, dont la fourme est tèle : Item, est acordé que le 35 
roy de France et son ainsnet fil le régent, pour eulz 
et pour leurs hoirs et pour tous les rois de France et 
leurs successeurs à tous jours, et au plus tost qu'il se 
pora faire, sans mal engin, et au plus tart dedens le 



1. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune). 

2. Ms. B 3, F» 2^2. — Ms. B 1, t. II, £<> 157 vo (lacune). 



40 CHRONIQUES DE J. FEOISSART. [1360] 

Saint Michiel prochain venant en un an, renderont 
et bailleront au dit roy d'Engleterre et à tous ses 
hoirs et successeurs^ et transporteront en eulz tous 
les honneurs et regalitës, obedienses, hommages^ 

5 ligeautés, vassaus^ fiés^ services, recognissances, siere- 
mens^ droitures^ mère et mixte impare^ toutes ma- 
nières de juriditions^ hautes et basses, ressers^ sauve- 
gardes^ signouries et souverainnetés quiapertenoient^ 
apertiennent et poront en aucune manière apertenir 

10 as rois et [à] la couronne de France ou à aucune aul* 
tre personne^ pour cause dou roy et de la couronne 
de France, hoirs ne successeurs, tant de signeurs 
comme de subgès nobles ou non nobles^ en quelque 
temps que ce soit^ es cités, contés^ chastiaus, terres^ 

15 pays^ isles et lieus avant nommés^ ou en aucun 
d'iceulz, et à leur apertenances et apendances quel- 
conques, ou es personnes^ vassaus et subgès quel- 
conques d'iceulz, soient prince, duc, conte, visconte, 
arcevesque, evesque et aultres prelas d'église, barons, 

SO nobles et aultres quelconques, sans riens à eulz, 
leurs hoirs et successeurs, la couronne de France ou 
aultre que ce soit, retenir ne reserver en yceulz, pour 
quoi il ne leurs hoirs ou successeurs ou aucuns rois 
de France, ou aultres que ce soit, à cause dou roy et 

S5 de la couronne de France, aucune cose y poront ca- 
lengier ou demander ou temps à venir sus le roy 
d'Engleterre, ses hoirs et ses successeurs, ou sus au- 
cuns des vassaus et subgès avant dis pour cause des 
pays et lieus avant nommés, ensi que toutes les avant 

30 nommées personnes et leurs hoirs et successeurs 
[perpetuelment seront hommes lièges et subgiz du 
roi d'Engleterre et à touz ses heirs et succès- 



[1360] UVRE PREBUER, S ^^i^ 41 

sours*], et que le dît roy d'Engleterre, ses boira et ses 
successeurs^ toutes les personnes^ cités^ contés, terres, 
pays, isles, chastiaus et lieus avant nommés et toutes 
leurs apertenances et leur appendances aront et ten- 
ront, et à eulz demorront plainnement^ perpétuel- 5 
ment et franchement en leur signourie, souverain- 
neté, obéissance j ligeauté et subjection, comme les 
rois de France les avoient et tenoient ens ou temps 
passé, et que li dis rois d'Engleterre, ses hoirs et ses 
successeurs, aront et tendront perpetuelment et pai- 10 
sieulement tous les pays avant nommés^ avoech leurs 
apertenances et appendances et les aultres coses 
avant nommées, en toute francise et liberté perpe- 
tuèle^ comme signeur souverain et lige et voisin au 
roy de France et au dit royaume de France^ sans y 15 
recognoistre souverainneté ou faire obéissance^ hom- 
mage^ ressort^ subjection et sans faire ou temps à 
venir aucun service et recognissance au roy ne à le 
couronne de France^ des contés^ cités^ chastiaus^ 
terres, pays^ isles^ lieus et personnes avant nommées 20 
ou pour aucune d'icelles. Item^ est acordé que li 
rois de France et ses ainsnés fîlz renonceront expres- 
sément as dis ressors et souverainnetés et à tout le 
droit qu'il ont ou poront avoir à toutes les coses 
qui par ce présent trettié doient appertenir au roy 85 
d'Engleterre. Et samblablement li rois d'Engleterre 
et ses ainsnés filz renonceront expressément à toutes 
les coses qui par ce présent trettié ne doient estre bail- 
lies ne données au roy d'Engleterre, et à toutes les 
demandes qu'il Êiisoit au roy de France, et par espe- 30 

1. Jreh. Nat.t J 639, n* 11. 



4S CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

cial au nom^ au droit, as armes et au calenge de la 
couronne de France et dou royaume, à l'ommage et 
souverainneté et demainne de la ducé de Normen* 
die, de la ducé de Tourainne, des contés d*Ângo et 

5 du Mainne, et à la souverainneté et hommage de la 
ducé de Bretagne, et à la souverainneté et hommage 
de la conté et dou pays de Flandres, et à toutes aul- 
très demandes que li rois d'Engleterre feisoit en de- 
vant ou temps dou dit calenge ou faire poroit ou 

40 temps à venir au dit royaume de France, par quel- 
conque cause que ce soit, oultre et excepté ce qui 
par ce présent trettié doit demorer ou estre bailliés 
[au roy d'Engleterre et à ses hoirs. Et transporteront, 
cesseront et délaisseront li un roy à l'autre, perpe- 

15 tuelement tout le droit que chascuns d'eulx a ou peut 
avoir en toutes les choses qui par ce présent trettiet 
doivent demourer ou estre bailliés^] à çascun d*eulz; 
et dou temps et lieu où et quant les dittes renoncia- 
tions se feront, [parleront et ordeneront les deus 

20 rois à Calays ensemble']. Et pour ce que nostre dit 
(rêve de France et son ainsnet fil, pour tenir et 
acomplir les articles de la pais et accors dessus dis, 
ont renonciet expressément as ressers et souverain- 
netés compris es dis articles, et à tout le droit qu'il 

Sô avoient ou avoir pooient en toutes les coses dessus 

dittes que nostre dit frère nous a à baillier, délivrer 

* et delaissier et es aultres qui d*or en avant nous doient 

demorer ou apertenir par les dis trettiés et pais : 

[nous, parmi les dittes choses, renonchons expresse- 



1. M». B 4, P» 229 To. — Ms. B 1, t. II, fo 158 ^o (lacune). 

2. J'-ck. Nat.j J 639, no 11. 



[1360] UVRE PREIOKR, $ 488. 4S 

ment à toates les choses qui par les dis traitteurs et 
pais] ne doivent estres baillies ne demorer à nous^ 
pour nous ne pour nos hoirs, et à toutes les deman- 
des que nous faisions ou porions faire envers nostre 
dit fihère de France, et par especial^ au nom et au 5 
droit de la couronne et dou royaume de France, à 
l'ommage, souverainneté et demainne de la duoé de 
Normendie, dou ducé de Tourainne, des contés 
d'Ango et du Mainne, et à la souverainneté et hom- 
mage dou pays et de la conté de Flandres, et à la 10 
souverainneté et hommage de la ducé de Bretagne, 
et à toutes aultres demandes que nous disions ou 
Élire porions à nostre dit frère, pour quelque cause 
que ce fîist, oultre et excepté ce que par ce présent 
trettié doit demorer à nous et à nos hoirs. Et en lui 45 
transportons, cessons et délaissons, et il en nous, et 
li uns en l'autre, au mieulz que nous poons, tout le 
droit que cescuns de nous poroit ou poet avoir en 
toutes les coses qui par le dit trettiet et pais doient 
demorer ou estre baillies à çascun de nous, sauf et 30 
réservé as églises et gens d'églises ce qui à eulz aper- 
tient ou poet apertenir, et que tout ce qui a esté 
occuppé et est détenu dou leur pour ooquison des 
guerres leur soit [recompensé, restitué ^ et] rendu et 
délivré, et que les villes et forterèces et tous les ha- 25 
bitans en ycelles seront et demorront en tèles liber- 
tés et francises comme elles estoient par devant en 
nostre main et signourie, et leur seront confremés 
par nostre dit frère de France, se il en est requis, se 
contraires ne sont as coses devant dittes. Et soume- 30 

1. Ms. A 8, fo 227 vo, _ Bfi. B 1, t H, f> 150(lacun<f). 



4 CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1360] 

tons, quant à toutes ces coses, nous et nos hoirs et 
successeurs à le juridition et cohertion de l'église de 
Romme. Et volons et consentons que nostre Saint 
Père le pape conferme toutes ces coses^ en donnant 

5 monitions et mandemens generauls sus l'acomplisse- 
ment d'îcelles contre nous^ nos hoirs et successeurs, 
et contre tous nos subgès, soient communes ^ col- 
lèges, universités ou personnes singulères quelcon- 
ques, en donnant sentenses generauls d'escumenie- 

10 ment, de suspention et d*entredit^ pour estre encheut 
par nous ou par eulz par ce fait et si tost que nous ou 
eulz ferons ou attempterons^ en occuppant ville ou 
chastiel^ cité -ou forterèce, ouaultre quelconque cose 
faisant, ratefîant ou [aggreant*], en donnant conseil, 

15 confort, faveur ne ayde, celeement ou en appert, 
contre la ditte pais : desquèles sentenses il ne puis- 
sent estre absols jusques qu'il aient fait plenière sa- 
tisfacion à tous ceulz qui par celui fait aront soustenu 
ou soustendront damage. Et avoech ce volons et 

20 consentons que nostre Saint Père le pape, pour ce 
que plus fermement soit tenue et gardée la ditte pais 
à perpétuité, toutes pactions^ confédérations, allian- 
ces et convenances, comment que elles puissent estre 
nommées^ qui poront estre prejudiciales ou obviier 

25 par quelque voie à la ditte pais ou temps présent ou 
à venir, supposé que elles fuissent fermes ou vallées 
par painnes et par sieremens ou confremées de nos- 
tre Saint Père le pape ou d'autres, soient quassées, 
irritées et mises au noient, comme contraire au bien 

1. Ms. A 8, f» 227 ▼•. — M». B 1, t. n, P» 159 : « âggrcrant. ■ 



[1360] LIVRE PREMIER, $ 482. 45 

commun et au bien de [paix commune ^] et pourfi- 
table à toute crestienté, et desplaisans à Dieu^ et 
tous sieremens [fais en tel cas soient relaciés^ et 
diserné par le dit nostre Saint Père le pape, que 
nuls ne soit tenus à tels seremens*]^ alliances et cou- 5 
yenances tenir ou garder, et deffendre que ou temps 
à venir ne soient [faites*] tèles ou samblables; et^ se 
de fait aucuns attemptoit et faisoit le contraire, que 
dès maintenant les casse et irrite, et rende nulles et 
de nulle vertu^ et nientmains nous les en punirons, 10 
comme violateurs de pais^ par painne de eorps et de 
biens^ si comme li cas le requerra et que raisons le 
vodra. £t^ se nous faisions^ procurions ou souffrions 
estre fait le contraire, que Diex ne voeille! nous 
volons estre tenu et réputé pour desloyal et mençon- 15 
gier, et volons encourir en tel blasme et diffame 
comme rois sacrés doit encourir en tel cas. Et jurons 
sus le corps Jhesu Cris sacré les coses dessus dittes 
tenir^ garder et acomplir et encontre non venir par 
nous ou par aultre^ par quelque cause ou manière so 
que ce soit. Et pour ce que les dittes coses et çascune 
d'icelles soient, de point en point et par le fourme 
et manière dessus ditte, tenues et acomplies, nous 
obligons nous^ nos hoirs et tous les biens de nous et 
de nos hoirs, à nostre dit frère le roy de France et 85 
à ses hoirs ^ et jurons sus saintes Evangiles, par 
nous corporelment touchies^ que nous parlerons^ 
attenderons et acomplirons, ou cas dessus dit^ tou* 

1. Ms. A 8, f^ 227 T*. — Ms. B 1, t. II, f> 159 t« : c pays commun. 
•— Ms. B 4, f^ 230 : c paix commun» i' 

2. Ms. B ik. — Ms. B 1 (lacune). 

3. Ms. B 4. — Ms B 1 (lÉcane). 



46 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1360] 

tes les derant dittes coses par nous prommises et 
acordëes, comme devant est dit. Et volons que^ ou 
cas que nostre dit frère et nostre dit neveu aroient 
iaites les renonciations et envoiies et baillies, comme 

5 dit est, et les dittes lettres ne fuissent baillies à nos- 
tre dit firère ou à ses députes^ au lieu, au terme et 
par le [fourme et ^] manière que dessus est dit, dès 
lors ou cas dessus dit, nos présentes lettres et quan- 
ques compris est dedens^ aient tant de vigheur^ d'ef- 

10 fect et fermeté comme aroient nos aultres lettres par 
nous prommises et baillies, comme dessus est dit^ 
sauf toutesvoies et réservé pour nous, nos hoirs et 
successeurs, que les dittes lettres dessus eneorporées 
n'aient aucun effect, ne ne nous puissent porter au- 

15 cun prejudisse ou damage jusques à ce que nostre 
dit frère et nostre dit neveu aront faites^ envoiies et 
baillies les dittes renunciations par le manière dessus 
ditte^ et si soufBssamment baillies et délivrées en 
temps et en liu que il souffisse à nous et à nostre 

20 especial conseil, et ossi qu'il ne s'en puissent aidier 
contre tous nous^ nos hoirs et successeurs^ en au- 
cune manière^ se non ou cas dessus dit« En tiesmoing 
de laquel cose^ nous avons fait mettre nostre seel à 
ces présentes lettres, données à Calais, le vingt qua- 

35 trime jour dou mois de octembre, l'an de grasce 
Nostre Signeur mil trois cens et soissante. » 

§ 483. Quant ceste arrière chartre, qui s'appelle 
lettre des renonciations tant d'un roy comme de 
l'autre, fii escripte, grossée et seelée^ on le lisi et pu- 

1. Ms. B 4, P> 230. — M». B 1, t. II, f» 160 ▼<» (1mw>«)- 



[1360] UVBE PRranER, S ^^' ^^ 

blia generaument en le cambre dou Conseil^ presens 
les deux rois dessus nommés et leurs eonsauls : si 
samblaà çascun à estre belle et bonne^ bien dittee et 
bien ordenée. Et là de rechief jurèrent li doy roy et 
leur doy ainsnet fîl^ sus les saintes ewangiles corpo- 5 
rehnent touchies et sus le corps Jhesu Ois sacré, à 
tenir^ garder et acomplir et non enfiradndre tous les 
coses dessus dittes. Depuis encores^ par Favis et re- 
gard dou roy de France et de son estroit conseil et 
sus le fin de leur parlement^ fîi requis li rois d'En- lo 
gleterre que il volsist donner et acorder une com- 
mission gênerai qui s*estendesist sus tous ciaulz qui 
pour le temps tenoient en l'ombre de se guerre 
villes, chastiaus ou forterèces ou royaume de France, 
par quoi il euissent cause, conmiandement et co- 15 
gnissance de vuidier et partir. 

Li rois d'Engleterre, qui ne voloit que tout bien 
et bonne pais nourir entre lui et son frère le roy de 
France, ensi que juré et prommis Favoit, descendi à 
ceste cequeste legierement, et li sambla de raison. 90 
Et commanda à ses gens que elle fust faite sus le 
milleur fourme que on poroit, à Tentente et discré- 
tion dou roy de France son frère et de son conseil. 
Adonc de rechief se remisent li plus especial dou 
conseil des deux rois dessus nommés ensamble, et 25 
fîi là jettée^ escripte et puis grossée, par l'avis de 
l'un et de l'autre, une commission dont la teneur 
s'ensieut ensi. 

§ 484. (( Edouwars, par le grasce de Dieu roy d'Ën- 
gleterre, signeur d'Irlande et d'Acquitainnes, à tous 30 
nos chapitainnes, gardes de villes et de chastiaus. 



48 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

adherens et alliiés estans es parties de France^ tant 
en Pikardiei en Bourgongne, en Ango, en Berri^ en 
Normendie^ en Bretagne^ en Auvergne, en Campa- 
gne^ en [Mainne ^] et en Tourainne et en toutes les 

5 mètes et limitations dou demainne et de le tenure 
de France, salut. Comme paix et acord soient fait 
entre nous, nos alliiés, aidans et adherens^ d'une 
part, et nostre très chier frère le roy de France, ses 
alliiés et adherens, d'autre part, sus tous les debas 

10 et descors que nous avons eu dou temps passet ou 
porions avoir ensamble, et aions juré sus le corps 
Jhesu Cris la ditte pais, et ossi nostre très chier fil et 
ainsné et aultres enfans, et cil de nostre sanch avoec 
pluiseurs prelas, barons, chevaliers et des plus no- 

l& tables de nostre royaume; et ossî ont juré nostre dit 

frère et nostre dit neveu le duch de Normendie et 

nos aultres neveus ses en&ns et pluiseur de leur 

, sanch avoech pluiseurs prelas, barons, chevaliers dou 

dit royaume de France; comme ensi soit ou aviegne 

20 que aucun guerrieur de nostre royaume et de nos 
subgès se poront eflTorcier de faire ou d'entreprendre 
aucune cose contre la ditte pais, en prenant ou déte- 
nant forterèces, villes, cités ou chastiaus, ou Élisant 
pillage ou prenant gens ou arrestant leurs corps, 

25 leurs biens ou marchandises, ou aultres coses faisant 
contre la ditte pais, de quoi il nous desplairoit très 
grandement et ne le poKons nullement ne vorrions 
passer sus Tombre de dissimulation en aucune ma- 
nière, nous volons obviier de tout nostre pooir es 

30 coses dessus dittes. Si volons, desirons et ordonnons 

1. Ms. 6 i, ^ à44. — Mm. B 1 et B i^ : « Hiimainne. i 



[1360] UVRE PREMIER, § 484. 49 

par délibération de notre conseil, de certainne sieute^ 
que, se nulz de nos subgès^ de quelconques estât ne 
condition qu'il soit^ face ou efforce de faire contre 
le pais^ en faisant pillages, prenant ou détenant for- 
terèces, personne ou biens quelconques dou royaume 5 
de France ou aultres de nostre dit frère, de ses sub- 
gès^ alliiés et adherens ou aultres quelconques facent 
contre la ditte pais^ et il n'est delaissié, cessé et de- 
porté de ce faire et rendre les damages que fais ara 
dedens un mois apriès ce que il ara esté sur ce re- lo 
quis par aucuns de nos ofiîiciiers^ sergans^ persones 
publiques, [que ^] par tel fait seulement et sans aultres 
procès, condempnation ou déclaration il soient dès 
lors tous réputés pour banis de nostre royaume et 
de tout nostre pooir et ossi dou royaiune et terre de 15 
nostre dit frère, et tous leurs biens confisqués et 
obligiés à nous et à nostre demainne. Et se il pooient 
estre trouvé en nostre royaulme, nous commandons 
et volons expressément que punitions en soit , faite 
comme de traittes et rebelles à nous, par le manière 20 
qu'il est acoustumé à faire en crime de l'estat majes- 
tal, sans &ire sur ce grâce, remission, souffrance ne 
pardon. Et samblablement le volons faire de nos 
subgès, de quelconque estât qu'il soient, qui en 
nostre royaume deçà et delà la mer prenderont, oc- 25 
cuperont et detenront forterèces quelconques contre 
le volenté à ceulz de qui elles seront, ou qui boute- 
ront feus, ranceneront villes ou personnes, en facent 
pillages ou roberies, ou feront ou esmouveront 

1. Touf les manusorits de Froissait et même le texte original du 
protocole {Arch, Nat,, J 638, n» 16^") portent.: cqni», que nous n'en 
considérons pas moins comme une mauraise leçon. 

VI — 4 



50 CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [1360] 

guerre en nostre pooir et sous nos subgès. Si man- 
dons^ commandons et enjoindons destroitement et 
expressément à tous nos seneschaus^ baiUieus^ pre- 
Yos^ chastellains ou aultres nos officiiers^ sur quan- 

& que il se poeent fourfaire envers nous^ et sus painne 
de perdre leurs offisses^ qu'il publient et facent pu* 
bliier ces présentes par tous les lieus notables de 
leurs senescaudies, baillietés, prevostés et chastelle* 
ries, et que nulz, ce mandement oy et veu, ne de- 

10 meure en forterèce qu'il tiegne ou dit royaume de 
France hors de Tordenance et dou trettiet de le 
pais, sus à estre ennemis à nous et à nostre dit frère 
le roy de [France, et toutes les coses dessus dittes 
gardent et facent garder entérinement et acomplir 

15 de point en point. Et sacent tout que, se il en sont 
négligent ou defallant, avoech le painne dessus ditte, 
nous leur ferons rendre les damages à tous ceulz qui 
par leur deffaute ou negligense aront esté grevés ou 
damagiés. Et avoech ce les en punirons par tel manière 

20 qu'il sera exemples à tous aultres. En tesmoing des- 
quèles coses, nous avons Ëiit faire cestes nos lettres 
patentes, données à Calais le vingtquatrime jour dou 
mois d'octembre. Tan de grasce Nostre Signeur mil 
trois cens et soissante. » 

25 § 485. Apriès toutes ces coses Ëiites et devisées et 
ces lettres et commissions baillies et délivrées, et si 
bien tout ordonné par l'avis adonc de l'un et de l'au- 
tre que les parties se tenoient pour content, voîrs est 
qu'il fu parlé de monsîgneur Charle de Blois et de 

30 monsigneur Jehan de Montfort sus l'estat de Bre- 
tagne, car cescuns reclamoit avoir grant droit à Tire- 



[11160] LIVRE PREMIER, § 48». 51 

tage de Bretagne. Et quoique là en fust parlementé 
et regardé comment on poroit couchier les coses et 
yaus apaisier^ riens n'en fu diffiniement fait; car^ si 
com je fui depuis enfourmés^ li rois d*Ëngleterre et 
li sien n'i avoient mies trop grant affection. Car il 5 
presumoient le temps à venir^ pour ce que il couve- 
noit toutes manières de gens d'armes de leur costé 
partir et vuidier des garnisons et forterèces qu'il te- 
noient à présent et avoient tenu ou royaume de 
France, et retraire quel part que fust; et miculz va- 10 
loit et plus pourfîtable estoit que cil guerrieur et 
pilleur se retraisissent en la ducé de Bretagne, qui est 
uns des cras pays dou monde et bons pour tenir 
gens d'armes, que donc qu'il revenissent en £ngle- 
terre, car leur pays en poroit estre perdus et robes. 15 

Geste imagination fîst assés briefment passer les En- 
glès le parlement et l'article de Bretagne, dont ce fu 
pechiés et mal fait que on n'en esploita aultrement; 
car, se li doy roy volsissent bien acertes par l'avis 
de leurs consaulz, pais euist là esté entre les parties 20 
dessus dittes, et se fust cescuns tenus à ce que on li 
euist donné et départi, et si euist messires Charles de 
Blois reus ses enfans qui gisoient prisonnier en En- 
gleterre, et si euist plus longement vescu qu'il ne 
fist. Et pour ce qu'il n'en fu riens fait, onques les 25 
guerres ne furent si grandes en la ducé de Bretagne, 
en devant l'ordenance de la pais des deux rois dont 
nous parlons maintenant, que elles ont estet depuis, 
si com vous orés avant en l'ystore et par les signeurs, 
barons et chevaliers dou pays de Bretagne qui ont 30 
soustenu l'une opinion et l'autre : siques li dus 
Henris de Lancastre, qui fu vaillans sires, sages et 



52 GHR0;NIQUES de J. FROISSART. [1360] 

imaginatis^ et qui trop durement amoit le conte de 
Montfort et son avancement^ dist au roy Jehan de 
France, présent le roy d'Engleterre et le plus grant 
partie de leurs consaulz : « Sire, encores ont les 

5 triewes de Bretagne , qui furent prises et données 
devant Rennes, à durer jusques au premier jour de 
may qui vient. Là en dedens envoiera li rois nos 
sires, par le regard de son conseil, gens de par lui 
et de par son fil le jone duch monsigneur Jehan de 

10 Montfort, en France devers vous, et cil aront pooir 
et auctorité d'entendre et de prendre tel droit que li 
dis messires Jehans poet avoir de le succession son 
signeur de [père] à la ducé de Bretagne, et que vous 
et vos consaulz et li nostres mis ensamhie en ordon- 

15 neront. Et pour plus grant seurté, c'est bon que les 
triewes soient ralongies jusques à le Saint Jehan 
Baptiste ensievant. » Ënsi fu il fait comme li dessus 
dis dus de Lancastre le parlementa, et puis parlèrent 
li signeur d'aultre cose. 

ao § 486. Li rois Jehans de France , qui avoit grant 
désir de retourner en son royaume, et c'estoit rai- 
sons, moustroit au roy d'Engleterre de bon corage 
tous les signes d'amour qu il pooit et ossi à son neveu 
le prince de Galles, et li rois d'Engleterre otant bien 

S5 à lui. Et par plus grant conjonction d'amour, li doi 
roy, quoique il s*appellassent par l'ordenance de le 
pais frère, donnèrent à quatre chevaliers, cescuns de 
son costé, le somme de huit mif frans françois de 
revenue par an, c'est à entendre cescun deux mil. 

30 Et pour ce que la terre de Saint Salveur le Visconte 
en Constentin, qui venoit au roy d'Engleterre dou 



[1360] LIVRE PREMIER, $ 487. 53 

costé monsigneur Godefroy de Harcourt^ par don et 
par vendage que li dis messires Godefrois en avoit 
fait au dit roy d'Engleterre, si eom il est contenu ci 
dessus en ce livre , et que la ditte terre estoit hors 
de Fordenance dou trettié de le pais, et couveuoit 5 
que, quiconques tenist la terre, qu'il en fust homs de 
fief et d'ommage au roy de France, et pour celi cause 
li rois d'Engleterre Tavoit donné et réservé à monsi- 
gneur Jehan Chandos, qui pluiseurs biaus services li 
avoit fais et à ses enfans. De quoi li rois de France, 10 
par grant délibération de corage et d*amour, le con- 
ferma et seela, à le priière dou roy d'Engleterre, au 
dit monsigneur Jehan Chandos, à tenir et possesser 
ensi comme son bon hyretage* Si es ce une moult 
belle terre et rendable, car elle vault bien une fois 15 
l'an seize mil frans. Encores avoech toutes ces coses 
furent pluiseurs aultres lettres faites et alliances, des- 
quèlez je ne puis mies dou tout faire mention ; car 
quinze jours ou environ que li doy roy et leur enfant 
et leurs consaulz furent en le ville de Calais, tous les SO 
jours y avoit parlemens et nouvelles ordenances, en 
reconfermant et alloiant le paix. Et d'abundant re- 
nouvelloient lettres, sans brisier ne corrompre les 
premières, et les faisoient toutes sus une datte pour 
estre mieulz seures et plus approuvées, desquèles je 25 
euch depuis le copie par les registres de le cancelerie 
de Pun roy et l'autre. 

§ 487. Quant toutes ces coses furent si bien devi- 
sées et ordonnées que nulz n'i savoit ne pooit par rai- 
son riens amender ne corrigier, et que on ne cuidoit 30 
mies, par les grandes alliances et obligations où li doy 



84 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

roy et leur enfant estoient loîiet et avoient juret, que 
ceste pais se deuist brisier, mais si fist, si com vous 
orés avant ens ou livre, et que tout cil qui dévoient 
estre oslagiier pour le rédemption dou roy de France 

5 furent venu à Calais, et que li rois d'Engletenre 
leur eut juré à tenir et garder paisieulement en son 
royaume, et que li sis cens mil florin furent paiiet 
as députés le roy d'Engleterre, li dis rois d'Engleterre 
donna au roy de France en son chastiel de Calais un 

10 moult grant souper et bien ordonné. Et servirent si 
enfant et li dus de Lancastre et li plus grant baron 
d'Engleterre à nus chiés. Âpriès ce souper, prisent fina- 
blement li doy roy congiet li un à Fautre moult amia- 
blement, et retourna li rois de France à son hostel. 

15 A Fendemain, qu'il fu la vigile Saint Symon et Saint 
Jude, se parti li rois de France de Calais, et tout cil de 
son costet qui partir se dévoient. Et se mist li rois de 
France tout à piet en istance que pour venir en pè- 
lerinage à Nostre Dame de Boulongne, et li princes 

20 de Galles et si doi frère en se compagnie, monsigneur 
Leonniel et monsigneur Aymon% Et ensi vinrent il 
tout de piet et devant disner jusques à Boulongne, 
où il furent receu à grant joie. Et là estoit li dus de 
Normendie, qui les attendoit. Si vinrent li dessus dit 

25 sîgneur tout à piet en Feglise Nostre Dame de Bou- 
longne, et fisent leurs ofh:*andes moult deuement, et 
puis tournèrent en Tabbeye de laiens, qui estoit appa- 
reillie pour le roy recevoir et les enfans dou roy 
d'Engleterre. Si furent là ce jour et la nuit ensie- 

30 vaut dalés le roy en grant revel ; et Fendemain bien 
matin il retournèrent à Calais devers le roy leur père, 
qui les attendoit. Si rapassèrent tout cil signeur en- 



[1360] LIVRE PREMIER, $ 488. 85 

samble le mer et li ostagiier de Franee : ce fu la 
vigile de Toussains l'an mil trois cens et soissante. 

§ 488. Or est raisons que je tous nomme tous les 
nobles dou royaume de France qui entrèrent en En- 
gleterre pour le roy de France : premièrement mon- 5 
signeur Phelippe duc d'Orliiens jadis filz dou roy 
Phelippe de France^ en apriès ses deux neveus^ le 
duch d'Ango et le duch de Berri^ et puis le duch de 
Bourbon^ le conte d'Alençon, monsigneur Jehan 
d'Estampes^ Gui de Blois pour le conte Loeis de lo 
Blois son frère^ le conte de Saint Pol, le conte de 
Harcourt^ le conte daufin d'Auvergne, monsigneur 
Engherant signeur de Couci, monsigneur Jehan de 
Lini^ le conte de Porsiien, le conte de Brainne, le 
signeur de Montmorensi^ le signeur de Roie^ le 15 
signeur de Praiiaus, le signeur d'Estouteville, le si- 
gneur de Clères, le signeur de Saint Venant^ le 
signeur de la Tour d'Auvergne, le signeur d'En- 
glure, le signeur de Trainiel, le signeur de Mau- 
lévrier, le signeur de Bouberk et le signeur d'An- 20 
dresel et encores des aultres que je ne puis ou sai 
tous nommer. Ossi de h, bonne cité de Paris, de 
Thoulouse, de Roem, de Rains, de Bourges en Berri, 
de Tours en Touraine, de Lyons sus le Rosne, de 
Sens en Boui^ongne, d'Orliiens, de Troies, de Chaa- 25 
Ions en Champagne, d'Amiens, de Biauvais, d'Arras, 
de Tournay, de Rem en Normendie, de Saint Omer, 
de Lille et de Douay, de çascune deux ou quatre 
bourgois. Si passèrent fînablement tout le mer et 
s'en vinrent amanagier en le bonne cité de Londres. 30 
Là les recarga li rois d'Engleterre au maieur de Lon- 



56 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

dres et à ses officiiers, et leur commanda et enjoindi, 
sur quanqu'il se pooient meffaire envers lui^ que il 
fuissent à ces signeurs et à ces gens courtois , et les 
fesissent yaus et leurs gens tenir en pais, car il es- 
5 toient en se garde. Li commandemens dou roy fu 
tenus et bien gai^dés en toutes manières. Et aloient 
cil hostagier jeuer sans péril et sans rihote aval le 
cité de Londres et environ. Et li signeur aloient ca- 
chier et voler à leur volenté et yaus esbatre et de- 
10 duire sus le pays et veoir les dames et les signeurs 
ensi conmie il leur plaisoit; ne onques ne furent 
constraint, mais trouvèrent le roy d'Engleterre moult 
amiable et moult courtois. Or parlerons un petit dou 
roy de France qui estoit venus à Boulongne. 

15 $ 489. Li rois de France ne séjourna gaires à Bou- 
longne sus mer, mes s'en parti tantost apriès le fieste 
de le Toussains, et vint à Moustruel et puis à Hedin^ 
et fîst tant que il entra en le bonne cité d'Amiens, et 
partout estoit il receus grandement et noblement. 

20 Quant il eut esté à Amiens, où il se tint priés jusques 
au Noël, il s'en parti et vint à Paris. Là fu il solen- 
nelment et reveramment receus, et à grans pources- 
sions de tout le clergié de Paris amenés et aconvoiiés 
jusques au palais là où il descendis et messires Phe- 

25 lippes ses filz ossi, et tout li signeur qui avoecques 
le roy estoient. Et là fu li disners grans et nobles et 
bien estoffés. Je ne vous aroie jamais devisé com 
poissamment li rois de France fu recueillies, à ce re- 
tour en son royaume, de toutes manières de gens, 

80 car il y estoit moult désirés. Se li donna on des biaus 
dons et fist on des riches presens, et le vinrent veoir 



[1360] LIVRE PREMIER, S ^^0. 57 

et yiseter li prélat et li baron de son royaume, et le 
festioient et conjoissoient ensi eomme il apçrtenoit^ 
et li rois les i^cevoit doucement et bellement^ car 
moult bien le savoit £ïire. 

§ 490. Assés tost apriès ce que li rois Jehans fu 5 
retournés en France^ passèrent le mer li commis et 
establi de par le roy d'Engleterre pour prendre le 
possession de[s] terres^ des pays^ des contés, des se- 
neschàudies^ des cités, des villes, des chastiaus et des 
forterèces qui li dévoient estre baillies et délivrées lO 
par le trettiet de le pais. Si ne fu mies si tost fait, 
car pluiseurs signeurs en le Langue d'och ne veurent 
mies de premiers obéir ne yaus rendre au roy d'En- 
gleterre^ quoique li rois de France les quittast de foy 
et d'ommage^ et leur venoit à trop grant contraire et 15 
diversité ce que estre engiès les couvenoit, et espe- 
cialment ens es lontainnes marées, le conte de Pie- 
regorch, le conte de Comminges^ le visconte de 
Chastielbon^ le visconte de Quarmain, le signeur de 
Taride^ le signeur de Pincornet et pluiseur aultre. 30 
Et s'esmervilloient trop dou ressort dont li rois de 
France les quittoit. Et disoient li aucun que il n'aper- 
tenoit mies à lui à quitter et que par droit il ne le 
pooit faire^ car il estoient en le Gascongne tifop an- 
ciiennement chartret et privilegiiet dou grant Char- S5 
lemainne, qui fu rois de France et d'Alemagne et em- 
" perères de Romme^ que nuls rois de France ne pooit 
mettre le ressort en aultre court qu'en le sienne, et 
pour ce ne veurent mies cil signeur de premiers le- 
gierement obéir. Mais li rois de France, qui voloit 80 
tenir et à son pooir acomplir ce qu'il avoit jiu*et et 



88 CHROmQUES DB J. FROISSâRT. [4360] 

seelet, y envoia monsigneur Jakemon de Bourbon, 
son chier cousin^ liquelz apaisa le plus grant partie 
de ces signeurs. Et dennr^t homme cil qui devenir 
le dévoient au roy d*£iigl<?terre^ li contes d'Ermi- 
5 gnach, li sires de Labreth et moult d aultres qui à le 
priière dou roy de France et de monsigneur Jake- 
mon de Bourbon obéirent^ com envis que ce fust. 
A Tautre costé, ossi sus le marine^ en Poito et en 
Rocellois et tout en Saintonge, vint il à trop grant 
10 desplaisir as barons, as chevaliers et as bonnes villes 
dou pays, quant il les convînt estre englès. Et par 
especial cil de le ville de le Rocelle ne sU voloient 
acorder et s'escusèrent par trop de fois, et detriièrent 
plus d'un an que onques il ne veurent laissier entrer 
15 Englès en leur ville. Et se poroit on esmervillier des 
douces, amiables et piteuses paroUes qu'il escrisoient 
et rescrisoient au roy de France , en suppliant pour 
Dieu que il ne les volsist mies quitter de leurs fois 
ne eslongier de son demainne ne mettre en mains 
20 estragnes^ et que il avoient plus chier à estre tailliet 
tous les ans de le moitiet de leur chavance que donc 
que il fuissent ens es mains des Englès. Sachiés que 
li rois de France, qui veoit leur bonne volenté et 
loyauté et ooit leurs escusances moult souvent, avoit 
25 grant pité d'yaus; mais il leur mandoit et rescrisoit 
affectueusement et songneusement que il les couve- 
noit obéir : aultrement la pais seroitenfrainte et bri- 
sie, par lequel coupe ce seroit trop grant prejudisse 
au royaume de France. Siques quant cil de le Ro- 
se celle veirent le destroit, et que escusances ne mous- 
trances ne priières que il fesissent ne valloient riens, 
il obéirent, mes ce fu à trop grant dur. Et disent bien 



[1361] LIVRE PREMIER, § 491. 59 

li plus notable de le ville de le Roeelle : <r Nous aour- 
rons les Englès des lèvres^ mais li coers ne s'en mou- 
vera ja. » 

Ensi eut li rois d'Ënjsft^lerre le saisine et possession 
de la ducé d'Aqiiitainnes, déh conté de Pontieu et de 5 
Ghines et de toutes les terres que il devoit avoir par 
deçà la mer^ c'est à entendre ou royaume de France, 
qui li estoient données et acordées par Tordenance 
dou trettié. Et proprement en ceste anée passa messî- 
res Jehans Chandos^ comme regens et lieutenans de lo 
par le roy d'Engleterre, et vint prendre le possession 
de toutes les terres dessus dittes, les fois et les hom- 
mages des contes, des viscontes^ des barons et des 
chevaliers^ des cités, des villes et des forterèces^ et 
mist et institua partout seneschaus^ baillieus^ ofiî- 15 
cuiers à sen ordenance^ et vint demorer à Niorth. Si 
tenoit li dis mesires Jehans Chandos grant estât et 
noble^ et bien avoit de quoi, quant li rois d'Engle- 
terre qui moult Tamoit le voloit^ et certes il en estoit 
bien mérites^ car il fu doulz chevaliers^ courtois et so 
amiables, larges^ preus, sages et loyaus en tous estas 
et qui vaillamment se savoit estre et avoir entre tous 
signeurs et toutes dames, onques chevaliers de son 
temps mieus de li. 

§ 491 • Entrues que li commis et député de par le 25 
roy d'Engleterre prendoient les saisines et posses- 
sions des terres dessus dittes, si com ordenance de 
trettié et de pais se portoit^ estoient aultre commis et 
establi ossi de par le roy d'Engleterre ens es mètes 
et limitations de France avoecques les gens dou roy 30 
de France^ qui faisoient vuidier et partir toutes ma- 



60 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1361] 

nières de gens d'armes des fors et des garnisons qu'il 
tenoient. Et Ivmv oonimanfl<M(nt et enjoindoient 
estroitement^ s\is a perdra c^^ips et avoir et estre 
ennemi au roy d'Eni^Ieteri^e, quf il baillassent et de- 

5 livrassent les forloi cop*> qu^il k soient as gens dou 
roy de France. Là avoit aucuns chapitainnes^ cheva- 
liei*s et escuiers de le nation et dou ressort d'Engle- 
terre qui obeissoient et qui rendoient ou faisoient ren- 
dre par leurs compagnons les dis fors qu'il tenoient. 

10 Et s'en y avoit ossi de telz qui ne voloient obéir; 
et disoient qu'il faisoient guerre en l'ombre et nom 
dou roy de Navarre. Et encores en y avoit assés d'es- 
tragnes nations qui estoient grant chapitainne et 
grant pilleur qui ne s'en voloient mies partir si le- 

15 gierement telz que Alemans, Braibençons, Flamens, 
Haynuiers, Bretons, Gascons, mauvais François qui 
estoient apovrî des guerres : se voloient recouvrer au 
guerriier le dit royaume de France. De quoi telz ma- 
nières de gens persévérèrent en leur mauvaisté et 

20 fisent depuis moult de mauls ou dit royaume, oultre 
tous chiaus qui grever les voloient. Et quant les cha- 
pitainnes des dis fors estoient parti courtoisement 
et avoient rendu ce qu'il tenoient et il se trouvoient 
sus les camps, il donnoient leurs gens congiet. Cil 

25 qui avoient apris à pillier et qui bien savoient que 
de retournei en leur pays ne lor estoît point pourfi- 
table, ou e&poir n'i osoient il retourner pour les vil- 
lains fais dont il estoient acusé, se cueilloient en- 
samble et faisoient nouviaus chapitainnes et pren- 

30 doient par droite élection tout le pieur des leurs, et 
puis chevauçoient oultre en sievant l'un l'autre. Si 
se recueillièrent premièrement en Champagne et en 



[1361] LIVRE PREBOER, § 491. 61 

Bourgongne^ et fisent là grandes routes et grandes 
compagnies qui s'appelloient les Tart Venus, pour 
tant que il avoient encores peu pilliet ens ou 
royaume de France. Si vinrent et prisent soudaînne- 
ment en Campagne le fort chastiel de Genville et très 5 
grant avoir dedens que on y avoit assamblé de tout 
le pays d'environ sus le fiance dou fort lieu. Et quant 
ces Ck)mpagnes eurent trouvé ce grant avoir, qui bien 
estoit prisiés à cent mil frans, il le départirent entre 
yaus tant qu'il peut durer. Et tinrent le chastiel un lo 
temps; et coururent et gastèrent tout le pays de 
Champagne^ l'evesqué de Vredun, de Toul et de 
Lengres. Et quant il eurent assés pilliet^ il passèrent 
oultre, mes il vendirent ançois le chastiel de Gen« 
ville à chiaus dou pays et en eurent vingt mil 15 
frans. 

Et puis entrèrent en Bourgongne et là s'en vinrent 
esbatre et reposer et raireschir, en attendant l'un 
l'autre; et y fisent moult de mauls et de villains fais^ 
car il avoient de leur acord aucuns chevaliers et es- 20 
cuiers dou pays qui les menoient et conduisoient. Si 
se tinrent un grant temps entours Besençon, Digon 
et Biaune et robèrent tout celi pays, car nulz n'aloit 
au devant. Et prisent le bonne ville de Givri en 
Biaunois et le robèrent et pillièrent toute^ et se tin- 35 
rent là un temps et entours Vregi pour le cause dou 
cras pays. Et toutdis accroissoit leurs nombres^ car 
cil qui se partoient des forterèces et lesquels leur 
mestre donnoient congiet^ se traioient tous celle part. 
Si furent bien dedens le quaresme quinze mil comba- 30 
tans. Quant il se trouvèrent si grant nombre, il or- 
donnèrent et establirent entre yaus pluiseurs cha- 



/^ 



62 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [136J] 

pitainnes à qui il obéirent dou tout. Si vous en 
nommerai aucuns. Li plus grans mestres entre yaus 
estoit uns chevaliers ^ Gascongne^ qui s'appeUoit 
messires Segins de Batefol : cilz avoit de se route 

5 bien deux mil combatans. Ëncores y estoient Talbart 
Talbardon, Guios dou Pin, Ëspiote, le Petit Mes- 
chin^ Batillier, Hanekin François, le Bourch Gamus^ 
le JBourc de Lespare, Naudon de Bagherant, le 
Bourch de Bretueil^ Lamit^ Hagre l'Escot, ÂUn^est, 

10 Ourri l'Alemant^ Bourduelle, Bernart de la Sale^ Ro- 
bert Brikety Carsuelle, Ainmenion d'Ortige, Garsiot 
dou Chastiel, Guionet de Paus, Hortingo de la Salle 
et pluiseurs aultres. 

Si se avisèrent ces Compagnes, environ le mi qua- 

15 resme^ qu'il se trairoient vers Avignon et iroient 
veoir le pape et les cardinaulz. Si passèrent oultre et 
entrèrent en le conté de Mascons et s'adrecièrent 
pour venir en le conté de Forès^ ce bon cras pays, 
et vers Lyons sus le Rosne. 

20 § 492. Lî rois de France entendi ces nouvelles 
que ces Compagnes monteplioîent ensi^ qui gastoient 
et essilloient son royaume : si en fu durement cou- 
rouciés; car il li fu dit et remoustré par grant espe- 
cialité de conseil que ces Compagnes poroient si 

25 montepliier que ilz feroient plus de mauls et de vil- 
lains fais ou royaume de France, ensi que ja faisoient^ 
que li guerre des Englès n'euist fait. Si eut avis et 
conseil li dis rois que d envoiier contre yaus et com- 
batre. Si en escrisi li rois de France especiaument et 

30 souverainnement devers son cousin^ monsigneur 
Jakemon de Bourbon^ qui se tenoit adonc en le ville 



[136i] UVR£ PREMIER, $ 492. 63 

de Montpellier; et avoit mis nouvellement monsi- 
gneur Jehan Chandos en le saisine et possession de 
pluiseurs terres^ cités^ villes et chastiaus de la ducé 
de Ghiane^ si comme ci dessus est contenu. Et li 
mandoit li dis rois que il se fesist chiés contre ces 5 
Compagnes et presist tant de gens d'armes de tous 
costés que il fust fors assés pour yaus combatre. 

Quant messires Jakemes de Bourbon entendi ces 
nouvelles^ il s'avala incontinent vers Avignon sans 
faire nulle part point d'arrest. Et envoioit partout 10 
lettres et messages en priant et commandant les no- 
bles, chevaliers et escuiers^ ou nom dou roy de 
France, que il traisissent avant devers Lyons sus le 
Rosne, car il voloit ces maies gens combatre. Li dis 
messires Jakemes de Bourbon estoit tant amés des 15 
gentilz hommes parmi le royaume de France que 
cescuns obeissoit à lui très volentiers. Si le sievoient 
chevalier et escuier de tous costés, d'Auvergne , de 
Limozin, de Prouvence, de Savoie et de le daufîné 
deViane. Et d'autre part ossi revenoient grant fuison 20 
de chevaliers et d'escuiers de la ducé et de la conté 
de Bourgongne , que li jones dus de Boui^ongne y 
envoioit. Si se traioient toutes ces gens d'armes et 
passoient otdtre, ensi qu'il venoient, devers Lyons sus 
le Rosne et en le conté de Mascons. Si s* en vint mes- 25 
sires Jakemes de Bourbon en le conté de Forés dont 
la contesse de Forés sa suer estoit dame de par ses 
enfans, car li contes de Forés ses maris estoit nou- 
vellement trespassés. Et gouvrenoit pour le temps 
d'adonc messires Renaulz de Forés , frères au dit 30 
conte y la conté de Forés, liquelz recueiila le dit 
monsigneur Jakemon et ses gens moult liement. Et 



64 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1361] 

là estoient si doi neveu^ et neveu ossi à monsigneur 
JakemoQ^ à qui il les représenta moult doucement. 
Lî dis messires Jakemes les reçut moult bellement et 
les mist dalés lui pour chevaueier et yaus armer et 
5 pour aidier à deffendre leur pays^ car les Compagnes 
tiroient à venir celle part. 

§ 493. Quant ces routes et ces Compagnes, qui se 
tenoient vers Chalon sus la Sone et environ Tournus 
et tout là en ce bon pays et cras^ entendirent que li 

10 François se recueilloient et assambloient pour yaus 
combatre, si se traisent les chapitainnes tout ensam- 
ble pour avoir avis et conseil comment il se main- 
tenroient. Si nombrèrent entre yaus leurs gens et 
leurs routes et trouvèrent qu'il estoient environ seize 

15 mil combatansy uns c'autres. Si disent ensi entre 
yaus : a Nous irons contre ces François qui nous dé- 
sirent à trouver et les combaterons à nostre avantage^ 
se nous poons^ ne mies aultrement. S'aventure donne 
que li fortune soit pour nous^ nous serons tout riche 

20 et recouvré pour un grant temps ^ tant en bons pri- 
sonniers que nous prenderons que en ce que nous 
serons si redoubté où nous irons que nus ne se met- 
tent contre nous; et se nous perdons , nous serons 
paiiet de nos gages, d 

25 Cilz pourpos fîi entre yaus tenus et arrestés. Si se 
deslogièrent et montèrent contremont par devers les 
montagnes pour entrer en le conté de Forés et venir 
sus le rivière de Loire. Et trouvèrent en leur chemin 
une bonne ville qui s'appelle Chierleu^ dou bailliage 

30 de Mascons; si l'environnèrent et assallirent forte-' 
ment et se misent en grant painne dou prendre. Et 



[i36î] LIVRE PREMIER, § 494. 65 

y furent à Passaut un jour tout entier^ mes riens n'i 
fisent^ car elle fu bien gardée et bien deffendue des 
gentiiz hommes dou pays qui s'i estoient retrait : 
aultrement elle euist esté prise. Il passèrent oultre et 
s'espardirent parmi la terre le signeur de Biaugeu 5 
qui marcist illuech^ et y lisent moult de maulz. Et 
puis tantost entrèrent en Tarcevesquié de Lyons; et 
ensi qu'il aloient et cheminoient^ il prendoient petis 
fors où il se logoient et fisent moult de destourbiers 
partout où il conversèrent. Et prisent un chastiel^ et lo 
le signeur et la dame dedens, qui s'appelle Brinay, à 
trois liewes de Lyons sus le Rosne. Là se logièrent il 
et arrestèrent, car il entendirent que li François es- 
toient tout trait sus les camps et apparillié pour yaus 
eombatre. 15 

§ 494. Ces gens d'armes, assamblés avoech mon- 
signeur Jakemon de Bourbon qui se tenoit à Lyons 
sus le Rosne et là environ, entendirent que les Com- 
pagnes approçoient durement et avoient pris le ville 
de Brinay et encores des aultres fors, et gastoient et 20 
exilloient tout le pays. Si despleurent moult ces nou- 
velles à monsigneur Jakemon de Bourbon, pour tant 
que il avoit en gouvrenance le conté de Forés, la 
ten'e à ses neveus, et ossi fist il à tous les aultres. Si 
se misent as camps, et se trouvèrent grant fuison de 25 
bonnes gens d'armes, chevaliers et es.cuiers, et che- 
vaucièrent par devers les ennemis et envoiièrent 
leurs coureurs devant pour savoir quels gens il trou- 
veroient. 

Or vous dirai le grant malisse des Compagnes : il 30 
estoient logiet sus une montagne et avoient envoiiet 

VI — 5 



66 GEŒIONIQUES DE J. FROISSART. [i36t] 

desous^ [en lieu '] où on ne les pooit aviser ne ap- 
procier, la droite moitié de leurs gens et les mieus à 
harnas, et laissièrent ces coureurs françois, tout de 
fait avisety approcier si priés d'yaus que il les euis- 
5 sent bien^ se il volsissent. Et retournèrent cil sans 
damage devers monsigneur Jakemon de Bourbon et 
le viconte d'Usés et messire Renault de Forés et les 
signeurs qui là les avoîent envoiiés. Si en recordé- 
rent au plus priés qu'il peurent de ce que il avoient 

10 veu et disent ensi : « Nous avons veu les Compagnes 
rengies et ordenées sus un tertre, et bien avisé à 
nostre loyal pooir; mais, tout considéré^ il ne sont 
non plus de cinq ou de six mil hommes là environ^ 
et encores sont il si mal armé que merveiHes. » 

15 Quant messires Jakemes de Bourbon oy ce raport, 
si dist à TÂrceprestre qui estoit assés priés de lui : 
oc Ârcheprestre, vous m'aviés dit qu'il estoient bien 
quinze mil combatans^ et vous oés tout le contraire. » 
— « Sire, respondi li Arceprestres^ encores n'en y 

20 cuide jou mies mains ; et se il n'i sont^ Diex y ait 
parti C'est tout pour nous, si regardés que vous 
volés Ëiire. » — « En nom Dieu, respondi messires 
Jakemes de Bourbon, nous les irons combatre ou 
nom de Dieu et de saint Jorge. » 

25 Là fist li dis messires Jakemes arrester sus les 
camps toutes ses banières et ses pennons et cmionna 
ses batailles et inist en très bon arroy ensi que pour 
tantost combatre^ car il veoient leurs ennemis devant 
yaus. Et fist là pluiseurs nouviaus chevaliers : pre- 

30 mierement son ainsné Fil messire Pîère, et leva ba- 

1. Ms. B 4, f^ S34 vo. — Ms. B 1, t. U, t» 166 vo (lacune). 



[1362] UYRE PREBOEa, $ 494. 67 

nière, et son neveu le jone conte de Forés, et leva 
banière ossi, et le signeur de Yillars et de Rousseil- 
Ion, et leva banière, et li sires de Tourqon^ et li sires 
de Montelimar et li sires de Groulée^ de le Daufîné. 
Là estoient messires Robers et messires Loeis de 5 
Biaugeu, [messires Loys^] de Ghalon^ messires Huges 
de Viane , li vieontes d'Uzès et pluiseurs bons ehe- 
Taliers et escuiers de là environ^ qui tout se desi- 
roient à avanciër pour honneur, et ruer ces Compa- 
gnes jus qui vivoient sans nul title de raison. Si fu lo 
ordonnés li Arceprestres^ qui s'appelloit messires Re- 
naulz de Cervole^ à gouvrener la première bataille et 
Fentreprist volentiers, car il fu hardis et appers che- 
valiers durement et avoit en se route plus de quinze 
cens combatans. 15 

Ces gens de Compagnes^ qui estoient en une mon- 
tagne, veoient trop bien l'ordenance et le convenant 
des François, mes on ne pooit veoir le leur ne yaus 
approcier^ fors à meschief et à dangier. Et estoient sus 
une montagne où il avoit plus de mil charelées de 30 
rons cailliaus : ce leur fist trop d'avantage et de pourfit, 
je vous dirai par quel manière. Ces gens d*armes de 
France, qui les desiroient et voloient combatre, com- 
ment qu*il fust, ne pooient venir à yaus ne approcier^ 
s'il ne costioient celle montagne où il estoient tout S5 
aresté. Siques, quant il vinrent par desous yaus, cil 
d'amont qui estoient tout avisé de leur Ëiit et pour- 
veu cescuns de grant fuison de cailliaus, car il ne les 
couvenoit que baissier et prendre, commencièrent à 
jetter si fort et si ouniement et si roit sus ciaus qui 30 

1 Ms. B 4, f» 235. — Ms. B 1, t. II, f» 167 (lacune). 



(58 CHRONIQUES DE J. FKOISSART. [i362] 

les approçoienty qu'il efibndroient bacinès, com fors 
qu'il [fussent^ et navroient et mehaignoient telement 
gens d'armes que nuls ne pooit ne osoit aler ne 
passer avant, com bien que tai^iés il ^] fust. Et fu ceste 
5 première bataille si foulée que onques depuis ne se 
peut bonnement aidier. Âdonc au secours approciè- 
rent les aultres batailles, messires Jakemes de Bour- 
bon, ses filz et ses neveus, et leurs banières et grant 
fnison de bonnes gens qui tout s'aloient perdre, dont 

10 ce fu damages et pités que il n'ouvrèrent par plus 
grant avis et milleur conseil. ' 

Bien avoient dit li Arceprestres et aucun cheva- 
lier anciien qui là estoient que on aloit combatre 
les Compagnes en trop grant péril ou parti où il 

15 se tenoient et que on se souffresist tant que on les 
euist eslongiés de ce fort où il estoient mis, si les 
aroit on plus aise; mais il n'en peurent onques 
estre oy. Ensi que messires Jakemes de Bourbon et 
li aultre signeur, banières et pennons devant yaus, 

20 approçoient et costioient celle montagne, li plus 
niée et li pis armé des Compagnes les afoloient, car 
il jettoient si roit et si ouniement ces pières et ces 
cailliaus sus ces gens d*armes qu'il n'i avoit si 
hardi ne si bien armé qui ne les ressongnast. Et 

25 quant il les eurent tenus en tel estât et bien batus 
une grande espasse, leur grosse bataille fresce et 
nouvelle vinrent autour de celle montagne et trou- 
vèrent une aultre voie, et estoient ossi drut et ossi 
serré comme une brousse. Et avoient leurs lances 

30 toutes recopées à le mesure de six pies ou environ, 

1. Ms. B d, f^ 235. — Ms. B 1, t. II, f> 167 (lacune). 



[i362] LIVRE PREMIER, § 495. 69 

et puis s'en vinrent en cel estât de grant volenté, 
en escriant d'une vois : « Saint George I » ferir en 
ces François. Si en reversèrent à celle première 
empainte pluiseurs par terre. lA eut grant riflic et 
grant touellis des uns et des aultres. Et se abandon- 5 
noient et combatoient ces Compagnes si très hardie- 
ment que merveilles seroit à penser, et reculèrent les 
François. Et là fu li Arceprestres bien bons cheva- 
liers et vaillamment se combati, mes il fu si entre- 
pris et si menés par force d'armes que durement fu lo 
navrés et bleciés et retenus à prisonnier^ et pluiseur 
chevalier et escuier de se route. 

Que vous feroi je lonch parlement de celle beson- 
gne? Li François en eurent le pieur, et y fu dure- 
ment navrés messires Jakemes de Bourbon^ et ossi 15 
fu messires Pières ses filz. Et y fu mors li jones 
contes de Forés et pris messires Renaulz de Forés 
. ses oncles, li vicontes d'Usés, messires Robers de Biau- 
geu, messires Loeis de Chalon et plus de cent che- 
valiers. Encores à grant dur furent raporté en le 2o 
cité de Lyons sus le Rosne messires Jakemes de 
Bourbon et messires Pières ses filz. Geste bataille de 
Brinay fu l'an de grasce Nostre .Signeur mil trois 
cens soissante et un, le venredi apriés les Grandes 
Paskes. 25 

§ 495. Trop furent cil des marées où ces Compa- 
gnes se tenoient esbahi, quant il oïrent recorder que 
leurs gens estoient desconfi. Et n'i eut si hardi, ne 
tant euist bon chastiel et fort, qui ne fremesist ; car 
li sage supposèrent et imaginèrent tantost que grans hO 
meschiés en nesteroit et mouteplieroit, se Diex pro- 



70 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4362] 

prement n*i metoit remède. Cil de Lyons furent 
moult efiraé quant il entendirent que la journée es- 
toit pour les Compagnes; toutes fois^ il recueillièrent 
moult doucement toutes manières de gens qui de le 

5 bataille retournoient. Et furent par especial moult 
couroucié et destourbé de le navrure monsigneur 
Jakemon de Bourbon et de monsigneur Pière son fil; 
et les vinrent moult bellement viseter, et les dames 
et les damoiselles de le ville, dont il estoit bien amés. 

10 Messires Jakemes de Bourbon trespassa de ce siècle 
trois jours apriès ce que la bataille eut esté^ et mes- 
sires Pières ses filz ne vesqui nient longhement puis- 
sedi. Si furent de tout plaint et regreté. De la mort 
dou dit monsigneur jakemon fu li rois de France ses 

15 cousins moult courouciés^ mais amender ne le peut^ 
se li convint passer. 

Or vous parlerons de ces Compagnes comment il 
persévérèrent ensi que gens tout resjoy et reconforté 
de leurs besongnes, pour le belle journée qu'il avoient 

20 eu^ dont il eurent grant pourfit tant ou grant gaaing 
qu'il eurent sus le place comme en bons prisonniers. 
Ces dittes Compagnes menèrent bien le temps à leur 
volenté en celui pays, car nulz n'aloit à Fencontre. 
Tantost apriès le desconfiture de Brinay, il entrèrent 

25 et s'espardirent parmi le conté de Forés et le gaslè- 
rent et pillièrent toute, excepté les forterèces. Et pour 
ce que il estoient si grans routes que uns petis pays 
ne leur tenoit nient, il se partirent en deux pars. Et 
retint messires Seguis de Batefol le mendre part; 

30 toutes fois , il avoit bien en se part trois mil com- 
batans. Si s'en vînt séjourner et demorer en Anse, 
une ville sus le Sone à une lîewe de Lyons, et le fist 



[IMO] UVBX PBEBflKR, g ^^^- 71 

fortement remparer et fortefîierJ Et se tenoient ses 
gens environ celle marce^ où il y a un des cras pays 
dou monde. Si oouroient et rançonnoient à leur aise 
et volonté tout le pays par deçà et par delà le Sonnej 
le conté de Masoons^ l'arcevesquié de Lyons^ le tière 5 
le signeur de Biaugeu et tout le pays jusques à Mar- 
celli les Nonnains et le conte de Nevers. Li aultre 
partie des Cbmpagnes^ Naudon de Bagherant, Es^ 
piote^ Carsuelle^ Robert Briket> Qrtingho et Bernar- 
det de la Salle, Lamit, le bourch Camus^ le bouroh lo 
deBretuel^ le bourch de Lespare et pluiseur, tout 
d'une sorte et alliance^ s'avalèrent devers Avignon et 
disent que il iroient veoir le pape et les cardinaus 
et aroient de leur aident, ou il seroient heriiet de 
grant manière; et se tenroient là en oe contour et 15 
tout l'esté, tant pour attendre les laençons de leurs 
prisonniers que pour veoir comment la paix des 
deux rois se tenroit. En alant ce chemin d'Avignon, 
il prendoient villes et fors, ne riens ne se tenoit 
devant yaus, car li pays estoit durement eflraés^ et 30 
là en celle marce il n'avoient onques eu point de 
guerre : si ne se savoient li homme des petis fors 
tenir ne garder contre telz gens d*armes. 

Si entendirent ces Ck)mpagnes que au Pont Saint 
Esperit^ à sept liewes priés d'Avignon^ il y avoit grant 25 
avoir et grant trésor dou pays d'environ, qui là 
estoit recueillies et rassamblés et mis sus le fiance 
de le forterèce. Si avisèrent entre yaus li compa- 
gnon^ se il pooient prendre le Pont Saint Esperit, 
il lor vaurroit trop, car il seroient mestre et signeur 30 
dou Rosne et de chiaus d'Avignon. Si estudiièrent 
tant et jettèrent leur avis que, à ce que j'ai depuis 



72 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

oy recorder, Batilliêr, Guiot dou Pin, Lamit et Petit 
Meschin chevaucièrenl et leurs routes une nuit toute 
nuit bien quinze liewes et vinrent sus le point dou 
jour à le ditte ville dou Pont Saint Esperit, et Fes- 

5 ehiellèrent et le prisent et tous chiaus et toutes celles 
qui dedens estoient, dont ce fu pités et damages, car 
il y occirent tamaint preudomme, et violèrent ta- 
mainte dame et damoiselle. Et y conquisent si grant 
avoir que sans nombre, et grandes pourveances pour 

10 vivre un an tout entier. Et pooient par celi pont 
courir à leur aise et sans dangier, une heure ou 
royaume de France et l'autre en l'Empire. Si se ra- 
valèrent et rassamblèrent là tout li compagnon, et 
couroient tous les jours jusques ens es portes d'Avi- 

15 gnon. De quoi li papes et tout li cardinal estoient 
en grant angousse et en grant paour. Et avoient ces 
Compagnes dou Pont Saint Esperit fait un chapi- 
tainne souverain entre yaus, qui se faisoit adonc 
communément appeller amis à Dieu et anemis à 

20 tout le monde. 

§ 496. Encores avoit adonc en France grant fuison 
de pilleurs englès, gascons et alemans, qui voloient, 
ce disoient, vivre, et y tenoient des forterèces et des 
garnisons. Quoique li commis de par le roy d'Engle- 

25 terre leur euissent commandé à vuidier et partir, il 
n avoient pas tout obéi, dont moult desplaisoît au 
roy de France et à son conseil. Mais quant li plui- 
seur de ces pillars, qui se tenoient en divers lieus ou 
royaume de France, entendirent que leur compa- 

30 gnon avoient ruet jus monsigneur Jakemon de Bour- 
bon et bien deux mil chevaliers et escuiers et pris 



[4361] UVRE PREMIER, § 497. 73 

tamaint bon et riche prisonnier,' et de rechief pris et 
conquis le ville dou Pont Saint Esperit et si grant 
avoir dedens que sans nombre, et esperoient encores 
que il conquerroient Avignon où il metteroient à 
merci le pape et les cardinaulz et lout le pays de 5 
Prouvence, cescuus eut en pourpos d'aler celle part 
en convoitise de pluiseurs maulz faire et plus gae- 
gnier. Ce fu la cause pour quoi pluiseur pilleur et 
guerrieur laissièrent leurs fors et s'en alèrent devers 
leurs compagnons^ en espérance de plus pillier. lO 

§ 497. Quant li papes Innocens VI' et li collèges 
de Romme se veirent ensi vexé et guerriiet par ces 
maleoites gens^ si en furent durement esbahi et or- 
donnèrent une croiserie sus ces mauvais crestiiens 
qui se mettoient en painne de destruire crestienneté, 1& 
ensi comme les Wandeles fisent jadis, sans title de 
nulle raison^ et gastoient tous les pays où il conver- 
soient sans cause, et roboient sans déport quanqu*il 
pooient trouver,. et violoient femmes vielles et jones 
sans pité^ et tuoient honunes et femmes et enfans SO 
sans merci qui riens ne leur avoient méfait. Et qui 
plus de villains fais y faisoit, c'estoit li plus preus et 
li mieulz parés. Si fisent li papes et li cardinal ser* 
monner de le crois partout publikement, et absoloient 
de painne et de coupe tous chiaus qui prendoient le 25 
crois et qui s'abandonnoient de corps et de volenté 
pour destruire celle mauvaise gent et leur compa- 
gnie. Et eslLsirent li dit cardinal monsigneur Pière 
dou Moustier cardinal d'Arras, dit d'Ostie, à estre 
chapitainne de celle ditte croiserie, liquelz se traist 30 
tantost hors d'Avignon et s'en vint demorer et se- 



74 CHROraQUES DE J. FROISSAAT. [1861] 

journer à Garpentras^ à quatre liewes d'ÂTignon, et 
retenoit toutes manières de gens et de saudoiiers qui 
venoient devers li et qui voloient sauver leurs âmes 
et acquerre les pardons de le croiserie. Pluiseur s'en 
5 alèrent celle part^ chevaliers et escuiers et aultres, 
qui ouidoient avoir grans bienfais dou pape^ avoech 
les pardons deseure dis; mes on ne leur voloit riens 
donner. Si s'en partoient et aloient li auoun en Lom-* 
hardie. Li aultre retoumoient en leurs pays^ et li 
10 aultre se mettoient en le mauvaise compagnie qui 
toutdis accroissoit de jour en jour. Si se départirent 
en pluiseurs lieus et pluiseurs compagnies, et fisent 
otant de chapitainnes comme de compagnies. 

§ 498. Ensi herriièrent il le pape et les oardinaulz 

15 et les marées d'environ Avignon et y fisent moult de 
maulz jusques bien avant en Testé l'an mil trois cens 
soissante et un. Or avint que li papes et li cardinal 
s'avisèrent d'un moult gentil chevalier et bon guer* 
rieur, le markis de Montfermt» qui avoit grant temps 

10 tenu guerre contre les signeurs de Melans et encores 
faisoit. Si le mandèrent, et il vint en Avignon. Si fu 
moult festiiés et honnourés dou pape et de tous les 
cardinaus. Là fu trettié devers lui que, parmi une 
grande somme de florins qu'il devoit avoir^ il mette- 

95 roit hors de le terre dou pape et de là environ les 
Compagnes et les menroit en Lombardie. Si trettia li 
dis markis de Montferrat devers les chapitainnes des 
Compagnes et las amena à ce que, parmi sobsante 
mil florins qu'il eurent pour départir entre yaus, et 

80 ossi grans gages que. li db markis leur ordonna, il 
s'acordèrent à ce qu'il iroiejit en Lombardie, et 



[1861] LITRE PRIâdER, % 498. 75 

avoecques tout ce il seraient absols de painne et de 
coupe. Tout ce feit^ aoompli et acordé et les florins 
paiiés^ il rendirent le ville dou Pont Saint Esperit et 
laissièrent le marce d'Avignon et passèrent oultre 
avoecques le dit markis^ dont li rois Jehans et tous 5 
ses royaumes furent grandement resjoy quant il se 
veirent quitte de telz gens; mes encores en retour^ 
nèrent assës en Bourgongne. Et ne se parti mies 
adonc messires S^hins de Batefol qui tenoit Anse^ 
pour trettié ne cose que on li seuist prommettre. lo 
Mais li dis royaumes, en pluiseurs lieus^ fii plus à pais 
que devant^ quant les plus grans routes des Compa- 
gnes en furent parties et passées oultre avoecques le 
dit markis en le tière de Pieumont. Liquelz markis 
en fist trop bien se besongne sus les sîgneurs de Me- 15 
lansy et conquist villes^ chastiaus et forterèces et pays 
sus yaus. Et eut pluiseurs rencontres et esoarmuces sus 
yaus à sen honneur et pourfit. Et le misent les Com- 
pagnes dedens un an ou environ tout au dessus de 
sa guerre^ et li fisent en partie avoir sen entente des so 
deux sîgneurs de Mebns^monsigneur Oaleas et mon- 
signeur Bernabo, qui depuis régnèrent en grant pro- 
spérité. Et quant pais fu entre yaus et le markis^ li 
aucun de ces compagnons^ qui avoient assés gaa- 
gniet et qui estoient tanet de guerriier, retournèrent S5 
en leurs nations; mais li plus grant partie se misent 
encores au malfkire et retournèrent en Franee. 

Dont il avint que messires Seghins de Batefol, qui 
s'estoit tenus tout le temps en le garnison de Anse sus 
le rivière de Sone, prist, embla et esciella une bonne 80 
cité en Auvergne, c'on dist Brude, et siet sus le ri- 
vière d'Ailiier. Si se tint là dedens plus d'un anet le 



76 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4362] 

fortefia telement qu'il ne doubtoit nul homme. Et 
eouroit tout le pays d^environ jusques au Pui, jus- 
ques à la Casse Dieu, jusques à Clermont^ jusques à 
Tillathy jusques à Montferr[a]at, à Rion^ à le Nonnète^ 

5 à Ysoire^ à Oudable, à Saint Bonnet l'Arsis et toute 
la terre le conte dauSn qui estoit pour le temps os- 
tagiers en Engleterre, et y fist trop durement de 
grans damages. Et quant il eut honni et apovri le 
pays de là environ, il s'en parti par acord et par tret- 

40 tié et enmena tout son pillage et son grant trésor, et 
se retraist en Gascongne dont il estoit issus. Dou dit 
monsigneur Seghin ne sçai je plus avant, fors tant 
que j'ay oy depuis compter qu'il morut assés mer- 
villeusement. Diex li pardoinst tous ses méfiais ! 

15 § 499. En ce temps trespassa de ce siècle en En- 
gleterre li gentilz dus Henris de Lancastre, de quoi 
li rois et tout li hault baron dou pays furent du- 
rement courouciet^ se amender le peuissent. De lui 
demorèrent deux filles^ madame Mehaut et madame 

20 Blance. Li ainsnée eut le conte Guillaume de Haynau, 
filz à monsigneur Loeis de Baivière et à madame 
Margherite de Haynau^ et la mainsnée eut monsi- 
gneur Jehan, conte de Ricemont^ fil au roy d'Engle- 
terre, qui fii depuis dus de Lancastre de par ma- 

25 dame sa femme. Par le mort dou duc Henri de Lan- 
castre et monsigneur Jakemon de Bourbon demora 
li trettiés à poursievir de monsigneur Jehan de Mont- 
fort qui s'appelloit dus de Bretagne et de monsi- 
gneur Charle de Blois, qui avoient esté pourparlé 

30 en le ville de Calais^ si com ci dessus est dit, dont 
grans maulz et grans guerres avinrent depuis ens 



[1361] UVR£ PREMIER, S SOO. 77 

OU pays de Bretagne^ si corn vous orés avant en 
Tystore. 

Auques en celle saison ossi trespassa de ce siècle 
li Jones dus de Boui^ongne qui s'appelloit messires 
Phelippes, par laquèle mort vaghièrent pluiseur pays, 5 
car il estoit grans sires durement : premièrement 
dus de Bourgongne^ contes de Bourgongne^ contes 
d'Artois, [d'Auvergne*] et de Boulongne^ palatins [et 
seigneur de Salins']. £t avoit à fenune une jone 
damoiselle^ fille au conte Loeis de Flandres de l'une lo 
des filles le dueh Jehan de Braibant. Dont il avint 
que par proismeté madame Mai^herite^ mère au dit 
. conte de Flandres, se traist à le conté d'Artois et à 
le conté de Bourgongne et en fist foy et hommage 
au roy de France. Ossi messires Jehans de Boulon- 15 
gne [fut conte d'Auvergne, et lui vint par droite suc- 
cession*] la conté de Boulongne et en devint homs 
au roy de France. Avoech tout ce^ li rois Jehans de 
France par proismeté retint et prist la ducé de Bour- 
gongne et tous les drois de Campagne^ dont il des* 30 
plaisi grandement au roy de Navare, se amender le 
peuist^ car il s'en disoit hoirs et successères. de la 
ditte conté de Campagne. Mais ses demandes ne li 
valiirent onques nulle cose; car li rois Jehans le 
haioit durement : se dist bien que ja il ne tenroit 20 
piet de terre en Brie ne en Champagne, • 

§ 500. En ce temps vint en pourpos el en devo- 

1. M». A 8, P» 236. — Ms. B 1, t. II, fb 170 (lacune). 

2. M«. A 8. — Ms. B 1 : t de Brie et sires des foires de Cam- 
pagne. » 

3. Ms. A 8. — lis. B I : t contes d'Auvergne, se traist par droite 
succession à. » 



Y8 GHROniQUBS UB I. F1MMSSÂRT. [1362] 

tion au roy de France qu'il iroit en Avignon veoir le 
pape et les cardinaus^ tout jeuant et esbatant et vise- 
tant la ducé de Bourgongne qui nouvellement li 
estoit escheue. Si fist li dis rois &ire ses pourveances 

s et se parti de le cité de Paris entours le Saint Jehan 
Baptiste l'an mil trois cens soissante et deux^ et laissa 
monsigneur Charle^ son ainsnet fil le duch de Nor- 
mendie^ régent et gouvreneur dou royaume de France. 
Si enmena li dis rois avoecques li monsigneur Jehan 

10 d'Artois^ comte d'Eu^ son cousin germain, que moult 
amoit , le conte de Tankarville et le conte de Dam- 
martin^ monsigneur Boucicau^ mareschal de France^ 
et monsigneur Emoul d'Âudrehen^ monsigneur Tris- 
tran de Maignelers^ le grant prieur de France et 

15 pluiseurs aultres. Et chemina tant li dis rois à petites 
journées et à grans despens, et en séjournant de 
ville en ville et de cité en cité en le ducé de Bour- 
gongne^ que il vint environ [la feste de Noël] à Ville- 
nove dehors Avignon. Là estoit sei hostelz appareil- 

90 liés pour lui et pour ses gens et toutes ses grosses 
pourveances Ëiites. Si iu très grandement conjoïs et 
festiiés dou pape et de tout le collège d'Avignon. Et 
visetoient souvent l'un lautre, li rois de France le 
pape^ et li cardinal le dit roy. Si se tint à Yillenove 

95 tout le temps et toute le saison ensievant. 

Environ le Noël, trespassa de ce siècle li papes 
Innocens. Si furent li cardinal en grant discort de 
&ire pape, car çascuns le voloit estre, et par especial 
li cardinaulz de Boulongne et li cardinaulz de Piere- 

30 gorch^ qui estoient li plus grant de tout le collège. 
De quoy^ par leur dissension , et qu'il furent grant 
temps en conclave, li collèges se misent et arrestèrent 



[1S6«] UVRE PllBMIfi&, S KOI. T9 

dott tout en Fordenance et disposition des deux car- 
dinaulz dessus nommés. De quoi, quant il veirent 
que il avoient falli à le papalité et qu'il ne le pooient 
estre, il disent ensamble que nulz des aultres ossi ne 
le seroit. Si esllsirent Tabbé de Saint Victor de Maiv 5 
selle ^ qui estoit moult sains homs et de belle vie, 
grans clers et qui moult avoit travilliet pour l'église 
en Lombardie et ailleurs. Si le mandèrent li doi car^ 
dinal que il venist en Avignon. Il Tint au plus tost 
qu'il peut : si reçut ce don en bon gré, et fîi créés 10 
papes et appelles Urbains V*. Si régna depuis en 
grant prospérité et augmenta moult Teglise et y fist 
pluiseurs biens à Romme et ailleurs. Assés tost apriès 
sa création, entendi li rois de France que messires 
Pières de Lusegnon, rois de Cippre et de Jherusa- 15 
lem, devoit venir en Avignon et avoit apassé mer. 
Si dist li rois de France qu'il attenderoit sa venue, 
car moult grant désir avoit de lui veoir, pour les 
biens qu'il en avoit oy recorder et le guerre qu'il 
avoit fait as Sarrasins, car voirement avoit li rois de 90 
Cippre pris nouvellement le forte cité de Sathalie sus 
les ennemis de Dieu et occis tous chiaus et celles 
qui y furent trouvé. 

§ 501 . En ce meisme temps et en cel yvier eut 
grans parlemens en Engleterre sus les ordenances dou 25 
pays et especialment sus les enfans dou roy d'En- 
gleterre. Car on regarda et considéra que li princes 
de Galles tenoit grant estât et noble, et bien le pooit 
faire ^ car il estoit vaillans homs durement; mais il 
hioit ce biel et grant hyretage d'Aquitainne^ où tous 30 
biens et toutes habondances estoient. Se li fit re- 



80 CHRONIQUES DE J. FROISSAIT. [1362] 

moustré et dit dou roy son père que il se volsist 
traire de celle part, car il y avoit bien terre en la 
ducé pour tenir si grant estât comme il vorroit. Ossi 
li baron et li chevalier dpu pays d'Âquitainne le vo- 

5 loient avoir dalés yaus et en avoient priiet le roy son 
père, quoique messires Jehans Chandos leur fust doulz^ 
amiables et bien courtois et compains en tous estas^ 
mais encores avoient il plus chier leur naturel si- 
gneur que nul autre. Li princes descendi legierement 

10 à ceste ordenance et se apparilla grandement et es- 
toffeement^ ensi comme il apertenoit à lui, à son estât 
et à madame sa femme. Et quant tout fu pourveu^ 
il prisent congiet au roy et à la royne et à leurs frères 
et se partirent d'Engleterre et nagièrent tant par mer^ 

15 yaus et leurs gens, qu'il arrivèrent à le Rocelle. 

Nous soufierons un petit à parler dou prince et 
parlerons encores d'aucunes ordenances qui furent 
en celle saison faites et instituées en Engleterre. Il 
fu fait et ordonné, par l'avis dou roy premièrement 

so et de son conseil, que messires Lyonniaus, secons 
filz dou roy d'Engleterre, qui s'appelloit contes de 
Dulnestre^ fust en avant nommés et escris dus de Cla* 
rense; secondement, [que] mes^^ Jehans, filz dou 
dit roy puisnés, qui s'appelloit contes de Ricemont^ 

25 fust en avant nommés et pourveus de la ducé de Lan- 
castre^ laquèle terre li venoit de par madame Blance 
sa femme, pour la succession dou bon duc Henri de 
Lancastre. Encores fu adonc avisé et considéré entre 
le roy d'Engleterre et son conseil que, se messires 

30 Avmons, qui s'appelloit contes de Cantbruge, pooit 
venir par voie de mariage à le fiUe dou conte de 
Flandres qui estoit veve, on ne le poroit miex mettre 



[1362] LIVRE PREMIER, S ^^2. 8i 

ne assener. Et quoiqu'il en fust adonc proposé, il 
n'en fu pas sitost trettié^ car il couvenoit ceste cose 
faire par moiiens, et si estoit la dame encores assés 
jone. 

En ce temps trespassa la mère dou roy d*Engle* 5 
terre^ madame Ysabiel de France^ fille jadis au biau 
roy Phelippe de France. Se li fîst li rois d'Engleterre 
ses filz faire son obsèque as Frères Meneurs à Londres 
noblement et grandement et très reveramment. Et y 
furent tout li prélat et li baron d'Engleterre et li si- lo 
gneur de France qui ostagier estoient. Et fu ce Êiit 
ains le département dou prince et de le princesse. 
Et tantost apriès, si comme ci dessus [est] dit, il se 
partirent d'Engleterre et nagièrent tant par mer qu'il 
arrivèrent en le Rocelle^ où il furent receu à grant is 
joie^ et là reposèrent par quatre jours. 

$ 502. Sitost que messires Jehans Chandos^ qui 
grant temps avoit gouvrené la ducé d'Aquitainne, 
entendi ces nouvelles et la venue dou prince et de 
"la princesse, il se parti de Niorth où il se tenoit et so 
s'en vint à belle compagnie de chevaliers et d'es- 
cuiers en le ville de le Rocelle. Si se conjoïrent et 
festiièrent grandement li princes et ilz et madame la 
princesse et tout li compagnon qui se cognissoient. 
Si fu li princes amenés à grant joie à Poitiers^ et là 95 
le vinrent veoir tout li baron et li chevalier de Poito 
et de Saintonge qui pour le temps s'i tenoient^ et li 
lisent feaulté et homçiage. Puis chevauça li princes 
de cité en cité et de ville en ville et prist partout les 
fois et les hommages, ensi comme il apertenoit dou 30 
Ëdre, et vint à Bourdiaus et là se tint un grant temps, 

vi~6 



82 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363] 

et toutdis la princesse dalés lui. Si le vinrent là veoir 
li conte^ li visconte, li baron et li chevalier de Gas- 
congne ; et li princes les reçut tous liement et s'a- 
cointa si bellement d'yaus que tout s'en contentèrent. 

5 Et meismement li contes de Fois le vint veoir auquel 
li princes fîst grant feste. Et fu adonc la |>ais faite de 
lui et dou conte d'Ermignach , qui un grant temps 
s'estoient heriiet et guerriiet. Âssés tost après fu fais 
connestables de tout le pays d'Âquitainne messires 

10 Jebans Chandos^ et marescbaus messires Guiçars 
d'Angle. Si pourvei li princes les chevaliers de son 
hostel et chiaus qu'il amoit de ces biaus et grans 
offisces parmi la ducé d'Âquitainne; et raempli ces 
seneschaudies et ces bailliages de chevaliers d'Engle- 

15 terre qui tantost tinrent grant estât et poissant , es* 
poîr plus grant que cil dou pays ne vokissent, mais 
point n'en aloit par leur ordenance* Nous lairons à 
parler dou prince d'Âquitainnes et de Galles et de la 
princesse et parlerons dou roy Jehan de France qui 

20 se tenoit à Villenove dehors Avignon. 

§ 503. Environ le Candeler l'an de grasce mil trois 
cens soissante et deux, descendi li rois Pierres de Cipre 
en Avignon, de laquèle venue la cours fu moult res- 
joïe. Et alèrent pluiseur cardinal contre lui et l'ame- 

25 nèrent au palais devers le pape Urbain qui liement 
et doucement le reçut^ et ossi fist li rois de France 
qui là estoit presens. Et quant il eurent là esté une 
espasse et pris vin et espisses, li dôi roy se partirent 
dou pape, et se retraist çascuns à son hostel. Ce 

30 terme pendant, se fist uns gages de bataille devant le 
roy de France, à Villenove dehors Avignon, de deux 



[I363J LIVAË PREMIER, $ 503. 83 

moult apers chevaliers de Gascongne^ monsigneurÂy- 
meniou de Pumiers et monsigneur Fouque d'Arciac. 
Quant il se furent combatu bien et chevalereusement 
assés ensamble^ li dis rois de France fist trettier de 
le pais et les acorda de leur rihote. Ensi se tinrent 5 
cil doi roy tout ce temps et le quaresme en Avignon 
ou priés de là : si visetoient souvent le pape qui les 
recueilloit doucement. 

Or avint pluiseurs fois en ces visitations que li 
rois de Cippre remoustra au pape^ présent le roy 10 
de France et les cardlnaulz, comment pour sainte 
crestiennetet ce seroit noble cose et digne qu'i[l] ou- 
veroit le saint voiage d'oultre mer et qu'i[l] iroit sus 
les ennemis de Dieu. A ces paroUes entendoit li 
rois de France volentiers et bien proposoit en soi 15 
meismes qu'il iroit, se il pooit vivre trois ans tant 
seulement^ pour deux raisons. Li une estoit que 
li rois Phelippes ses pèrâs l'avoit jadis voé et prom- 
mis; la seconde, pour traire hors dou royaume de 
France toutes manières de gens d'armes, nommés 20 
Compagnes, qui pilloient et destruisoient sans nul 
title de raison son royaume et pour sauver leurs 
âmes. Ce pourpos garda et réserva li rois de France 
en soi meismes, sans parler à nullui^ jusques au jour 
dou saint venredi que papes Urbains preeça en sa S5 
chapelle en Avignon, présent les deux rois de France 
et de Cipre et le saint collège. 

Apriès la predicacion faite qui fu moult humle et 
moult dévote, li rois Jehans de France par grant dé- 
votion emprist la crois et le voa et pria doucement au 30 
pape que il li volsist acorder et confremer. Li papes li 
acorda volentiers et.benignement. Là présentement 



84 GEŒIONIQUES DE J. FROISSART. [i363] 

l'emprisent et encargièrent messires Tallerans^ car- 
dinal de Pieregorchy messires Jehans d'Artois, contes 
d'EUf li contes de Dammartin, li contes de Tankar- 
ville^ messire Emoulz d'Âudrehen^ li grans prieur 
5 de France^ messires Boucicaus et pluiseur aultre che- 
valier qui là estoient présent et dedens le cité d'Avi- 
gnon pour le jour. De ceste emprise fu durement 
liés li rois de Cipre et en regratia grandement Nostre 
Signeur et le tint à grant vertu et mistère. 

10 § 504. Tout ensi que vous poés oïr, emprisent et en- 
chargièrenty dessus leur deseurain vestement, la ver- 
melle crois, li rois Jehans de France et li dessus nommet. 
Avoech tout ce^ nos sains pères li papes le confrema 
et l'envoia preecier en pluiseurs lieus, et. non pas par 

15 universe monde : je vous dirai cause pour quoi. Li 
rois de Cipre ^ qui là estoit venus en istance de ce 
esmouvoir et qui avoit empris et en plaisance de 
venir veoir Fempereour de Romme et tous les haus 
signeurs de l'Empire, le roi d'Engleterre ossi et en 

so sievant tous les chiés des signeurs crestiens, ensi 
comme il fîst^ si com vous orés avant en Tystore, offiri 
au Saint Père et au roi de France corps^ chevance et 
parole pour dire et remoustrer^ là partout où il ven- 
roit et s'embateroit^ le grasce et le dévotion de leur 

S5 voiage, pour faire y encliner et descendre tous si- 
gneurs qui de ce aroient mention. Si estoit cilz dis 
rois tant creus et honnourés et de raison que on 
disoit que^ parmi son travel et le certainneté qu'il 
remousteroit à tous signeurs de ce voiage^ avanceroit 

80 plus tous coers que aultres predicacions. Si s'en 
souflSri on à preecier hors dou royaume de France^ 



[1363] LIVRE FREflllER, § 504. 85 

et SUS ce pourpos s'arrestèreal. Tantost apriès Paskes 
qui furent l'an mil trois cens soissante trois, li rois 
de Cipre parti d'Avignon et dist qu'il voloit aler 
veoir l'Empereur et les signeurs de l'Empire, et puis 
revenroit par Braibant, par Flandres et par Haynau, 5 
ou dit royaume de France. Si prist congiet au pape 
et au roy de France qui en tous cas s'acquittèrent 
trop bien devers lui en dons et en jeuiaus et en 
grasces que H papes li fist et à ses gens. Assés tost 
apriès le département dou roy de Cipre, li rois de lo 
France prist congiet et s'en ala devers le ville de 
Montpellier pour viseter la Langue d'och où il n avoit 
en grant temps esté. 

Or parlerons dou roy de Cipre et dou voiage qu'il 
fist. Il chemina tant par ses journées qu'il vint en Aie- 15 
magne, en une cité que on appelle Prage, et là trouva 
il l'empereur, monseigneur Charte de Behaigne, qui 
le reçut liement et grandement, et tout li signeur de 
l'Empire qui dalés lui estoient. Si fu li rois de Cipre à 
Praghe et là environ bien trois sepmainnes et enhorta 20 
grandement en l'Empire ce saint voiage. Et partout, 
ensi comme il ala et passa parmi Alemagne^ li Empe^ 
rères le fist defiretiier. Puis vint li dis rois de Cipre en 
le ducé de JuUers, où li dus li fist grant feste. Et de là 
s'avala il en Braibant^ où li dus ossi et la duçoise le S5 
reçurent grandement et liement en le bonne ville de 
Brouxelles en disners^ en soupers, en joustes, en re« 
viaus et en esbatemens^ car bien faire le savoient; 
et li donnèrent au département grans dons et biaus 
jeuiaus. Puis s'en parti li dis rois de Cipre et s en ala 30 
en Flandres veoir le conte Loeis^ qui ossi le reçut 
et festia grandement. Et trouva à ce donc li rois de 



86 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363] 

Cipre le roy de Danemarke en le bonne ville de 
Bruges; et disoit on là communément que cilz rois 
avoit passet mer pour venir veoîr le roy de Cipre. Si 
se conjoïrent et festiièrent assés. Et par especial li 
5 contes Loeis de Flandres conjoy et festia très hon- 
nourablement en le ville de Bruges le dit roy de 
Cipre, et fîst tant que li dis rois se contenta grande- 
ment de lui et des barons et des chevaliers de sa 
terre. Si se tint tout cel estet li dis rois de Cipre^ en 
10 faisant son voiage depuis le département d'Avignon^ 
en l'Empire et sus ces frontières pour enhorter ce 
saint voiage empris : de quoi pluiseur signeur avoient 
grant joie et desiroient bien que il se fesist. 

§ 505. En ce temps avoit li rois d'Engleterre (ait 
15 grasce à quatre dus qui estoient hostagier en Engle- 
terre pour le roy de France, c'est à savoir le duch 
d'Orliens, le duch d'Ango, le duch de Berri et le 
duch de Bourbon, et se tenoient cil quatre signeur à 
Calais. Et pooient chevaucier quel part qu'il voloient 
20 trois jours hors de Calais^ et au quatrime dedens 
soleil esconsant revenir. Et l'avoit fait li rois d'Engle- 
terre en istance de bien^ et pour ce qu'il fuissent 
plus proçain de leur pourcach de France et que il 
songnassent de leur délivrance ensi qu'il &isoient. 
25 Les quatre signeurs dessus dis estans à Calais^ il en- 
voiièrent pluiseurs fois grans messages de par yaus 
au roy de France et au duch de Normendie son 
ainsné fil qui là les avoient mis^ en yaus remous- 
trant et priant qu'il entendesissent à leur délivrance, 
ensi que juré et prommis leur avoient^ quant il en- 
trèrent en Engleterre; ou aultrement il y entende- 



[1363] LIVRE PREMira, § 506. 87 

roient eulz meismes et ne se tenroient point pour 
prisonnier. Quoique cîl signeur, ensi que vous sa- 
vés^ fuissent très proçain dou roy^ leur messagier et 
promoteur n'estoient mies oy ne délivré à leur aise, 
dont grandement en desplaisoit as signeurs dessus 5 
dis et par especial au duch d'Ango, et disoit bien 
qu'il y pourveroit de remède, comment qu'il s'en 
presist. Or estoit adonc li royaumes et li consaulz 
dou roy et dou duch de Normendie durement char- 
giés et ensonniiés, tant pour le crois que li rois de lo 
France avoit adonc encargiet que pour le guerre dou 
roy de Navarre, qui guerrioit et herioit fortement le 
royaume de France et avoit remandé aucuns des 
chapitainnes des Compagnes en Lombardie pour 
mieulz faire sa guerre. Ce estoit la principal cause 15 
pour quoi on ne pooit legierement entendre as qua- 
tre dus dessus nommés ne leurs messagiers délivrer, 
quant il estoient venu en France. 

« 

$ 506. Quant li rois de Cipre eut visetés et veus 
les signeurs et les pays dessus nommés, il retourna 20 
en France et trouva à Paris le roy Jehan et le duc de 
Normeddie et grant fuison de signeurs, barons et 
chevaliers de France que li rois y avoit mandés pour 
le roy de Cipre mieulz festier. Si y eut une espasse 
de temps grans reviaus et grans esbatemens et ossi 25 
grans parlemens et grans consaulz comment ceste 
croiserie, à savoir estoit, se poroit parfumir àhonnour 
tant dou roy de France comme de son royaume. Et 
pour ce en parloient et proposoient li aucun leur avis 
que il veoient le dît royaume grevé et occupé de 30 
guerres^ de Compagnes, de pilleurs et de reubeurs 



88 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363] 

qui y descendoient et venoient de tous pays. Si ne 
sambloit pas bon as pluiseurs que cilz volages se 
fesist jusques à tant que li royaumes fust en milleur 
estât ou à tout le mains on eùist pais au roy de Na- 
5 vare. Non obstant ce et toutes guerres^ nulz ne pooit 
abrisier ne oster le dévotion dou roy de France que 
il ne fesist le pèlerinage; et Facorda et jura au roy 
de Cipre à estre à Marselle dou march qui venoit en 
un an que on compteroit Tan mil trois cens soissante 

10 quatre^ et que sans £siute adonc il passeroit et live- 
roit passage et pourveances à tous chiaus qui passer 
vorroient. 

Sus cel estât, se parti li rois de Cipre dou roy 
de France et vei que il avoit bon terme encores 

15 de retraire en son pays et de faire ses pourveances. 
Si dist et considéra en soi meismes que il voloit aler 
veoir le roy Charle de Navare son cousin et trettiier 
bonne pais et acord entre lui et le roy de France. Si 
se mist à voie en grant arroy et issi de Paris et prist 

80 le chemin à Roem et fist tant qu'il y parvint. Jà le 
reçut li arcevesques de Roem, messires Jehans 
d'Alençon ses cousins^ moult grandement et le tint 
dalés li moult aisiement trois jours. Au quatrime^ il 
s'en parti et prist le chemin de Kem et esploita tant 

35 qu'il passa les gués Saint Clément et vint en la forte 
ville de Chierebourc. Là trouva il le roy de Navare 
et monsigneur Loeis son frère à bien petit de gens. 
Cil doi signeur de Navare recueliièrent le roy.de 
Cipre liement et grandement et le festiièrent selonc 

30 leur aisément moult honnourablement, car bien le 
pooient et sa voient Ëdre. 
En ce termine que li rois de Cipre se tenoit dalés 



[1363] LIVRE PREMIER, $ 507. 89 

yaus^ il s'avança de trettiier pour pais^ se trouver le 
peuist^ entre ces signeurs, d'une part, et le roy de 
France, d'autre; et en parla par pluiseurs fois moult 
ordonneement, car il fu sires de grant avis et bien 
enlangagiés. A toutes ses paroUes respondirent cil doi 5 
signeur de Navare ossi moult gracieusement et se excu- 
sèrent en ce que point n estoit leur coupe que il n'es- 
toient bon ami au roy de France et au royaume, car 
grant désir avoient de l'estre, mes que on leur rende- 
sist leur hiretage que on leur tenoit et empeeçoit à 10 
tort. Li rois de Cipre euist volentiers amoienet ces be- 
songnes, se il peuist, et veu que li enfant de Navare 
se fuissent mis sus lui, mes leurs trettiés ne s'estendi- 
rent mies si avant. Quant li rois de Cipre eut esté à 
Chierebourc environ quinze jours, et que li dessus 16 
dit signeur' l'eurent festiiet selonch leur pooir moult 
grandement, il prist congiet d'yaus et dist qu'il ne 
cesseroit jamais si aroit esté en Ëngleterre et là pree- 
cié et enhorté au dit roy d'Ëngleterre et à ses enfans 
le crois à prendre. Si se parti de Cierebourch et fist so 
tant par ses journées qu'il vint à Kem et passa outre 
et vint au Pont de l'Arce et là passa le Sainne. Et 
puis chevauça tant par ses journées qu'il entra en 
Pontieu et passa le rivière de Somme 'à Abbeville et 
puis vint à Rue et à Moustruel et puis à Calais où il S5 
trouva trois dus, le duch d'Orliens, le duch de Berri 
et le duch de Bourbon, car li dus d'Ango estoit re- 
tournés en France, je ne sçai mies sus quel estât. 

$ 507. Cil troi duch dessus nommet reçurent, ensi 
comme prisonnier. en la ditte ville de Calais, le roy 30 
de Cipre moult liement, et li rois ossi s'acointa 



90 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363] 

d'yaus moult doucement. Si furent là ensamble plus 
de douze jours. Finablement^ quant li rois de Gpre 
eut vent à volenté, il passa le mer et arriva à Dou- 
vres. Si se tint là et rafreschi par deus jours, entrues 

5 que on descarga ses vaissiaus et mîst hors ses che- 
vaus. Puis chevauça li dis rois de Cipre à petites 
journées à sen aise et s'en vint devers le bonne cité 
de Londres. Quant il y parvint^ il y fu grandement 
bien festiiés et conjoïs des barons de France qui là 

10 se tenoient et ossi de chiaus d'Engleterre qui che- 
vaucièrent contre lui, car li rois d'Ëngleterre y en- 
vola ses chevaliers, le conte de Herfort, monsigneur 
Gautier de Mauni, le signeur Despensier, monsigneur 
Raoul de Ferrières, monsigneur Richart de Penne- 

15 bruge, monsigneur Alain de Boukeselle et monsi- 
gneur Richart Sturi, qui l'acompagnièrent et amenè- 
rent jusques à son hostel parmi la cité de Londres. 
Je ne vous poroie mies dire ne compter en un jour 
les nobles disners, les soupers, les festiemens et les 

so conjoïssemens, les dons, les presens, les jouiaus c'on 
fisty donna et présenta, especialment li rois d*Engle- 
lerre et la royne Phelippe, sa femme, au gentil roy 
Pière de Cipre. Et, au voir dire, bien y estoient tenu 
dou fiiire, car il les estoit venus veoir de loing et à 

S5 grant fret, et tout pour enhorter et enditter le roy 
que il volsist prendre la vermeille crois et aidier à 
ouvrir ce passage sus les ennemis de Dieu. Mais li 
rois d'Engleterre s'escusa bellement et sagement et 
dist ensi : a Certes, biaus cousins, j'ay bien bonne 

30 volenté d'aler en ce voiage, mais je sui en avant trop 
vieubs, si en lairai convenir mesenfans. Et je croi que, 
quant li voiages sera ouvers, que vous ne le ferés pas 



[1363] LIVRE PREMIER, § 507. 91 * 

sealz ; ains ares des chevaliers et des escuiers de ce 
pays qui vous y serviront volentiers. » — « Sire, dist li 
rois de Cipre, vous parlés assës, et croy bien que 
voiremenl y venront il pour Dieu servir et yaus avan- 
cier, mes que vous leur acordés, car li chevalier et li 5 
escuier de ceste terre traveilient volentiers. » — 
« Oil, dist li rois d'Engleterre^ je ne leur debateroie 
jamèsy se aultres besongnes ne me sourdent et à mon 
royaume, dont je ne me donne de garde. » 

Onques li rois de Cipre ne peut aultre cose im- 10 
petrer au roy d'Ëngleterre ne plus grant clarté de 
son voiage^ fors tant que toutdis fu il liement et 
honourablement festiiés en disners et en grans sou- 
pers. Et avint ensi en ce termine que li rois David 
d^Escoce avoit à besongnier en Engleterre devers le 15 
roy^ siquesy quant il entendi sus son chemin que li 
rois de Cipre estoit à Londres, il se hasta durement 
et se prist moult priés de lui trouver. Et vint li dis 
rois d'Escoce si à point à Londres que encores n'es- 
toit il point partis. Si se recueillièrent et conjoirent SO 
grandement cil doi roy ensamble^ et leur donna de 
recief li rois d*Engleterre deux fois à souper ou pa- 
lais de Wesmoustier. Et prist là li rois de Cipre con- 
giet au roy d'Ëngleterre et à le royne^ qui li donnèrent 
à son département grans dons et biaus jeuiaus. Et 25 
donna li rois d'Ëngleterre au roy de Cipre une nef 
qui s*appelloit Katherine trop belle et trop grande 
malement. Et l'avoit li rois d'Ëngleterre meismement 
fait faire et edefiier ou nom de lui pour passer oultre 
en Jherusalem, et prisoit on ceste nef nommée Ka- 30 
tberinè douze mil frans^ et gisoit adonc ou havene 
de Zanduich. De ce don remercia li rois de Cipre le 



. M CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363] 

roy d'Engleterre moult grandement, et Ten sceut 
grant gret. Depuis ne séjourna il gaires ens ou pays^ 
mes eut volenté de retourner en France. Encores 
avoech toutes ces coses li rois d'Engleterre deffretia 
5 le roy de Cipre de tout ce qu'il et ses gens despendi- 
rent, alant et venant^ en son royaume. Mais je ne sçai 
que ce fu, car il laissa le vaissiel dessus nommé à 
Zanduic^ ne point ne Fenmena avoeeques lui, car 
depuis deux ans apriès je le vi la arester à Tancre. 

10 § 508. Or se parti li rois de Cipre d'Engleterre et 
rapassa le mer à Boulongne. Si oy dire sus son che- 
min que li rois de France , li dus de Normendie , li 
dus d'Ango et messires Phelippes ses mainsnés frères 
et li grans consaulz de France dévoient estre en le 

15 bonne cité d'Amiens. Si tira li rois de Cipre celle part 
et y trouva le roy de France voirement nouvellement 
venu et une partie de son conseil. Si fu d'yaus gran- 
dement festiiés et conjoïs, et leur recorda la grigneur 
partie de ses volages^ liquel l'oirent et l'entendirent 

^0 volentiers. Quant il eut là esté une espasse, il dist 
que il n'avoit riens fait jusques à tant que il aroit veu 
le prince de Galles son cousin et dist^ se il plaisoit à 
Dieu, que il l'iroit veoir ains son retour et les barons 
de Poito et d'Aquitainne. Tout ce li acorda li rois de 

S5 France assés bien. Mais il li pria chierement à son 
département que il ne presist nul aultre voiage à son 
retour, fors parmi France. Li rois de Cipre li eut en 
couvent. 

Si se parti li rois de Cipre d'Amiens et chevauça 

30 vers Biauvais et passa le Sainne à Pontoise et fist 
tant par ses journées que il vint à Poitiers. A ce donc 



[1363] UVRE PREMIER, $ 508. 98 

estoient li princes et la princesse en Angouloime. Et 
là devoit avoir moult proçainnement une très grant 
feste de quarante chevaliers et de quarante escuiers^ 
attendans dedens que madame la princesse devoit 
bouter hors de ses cambres à sa relevée^ car elle 5 
estoit acoucie d'un biau fil qui s'appelloit Edouwars 
ensi com son père. Sitost 'que li princes sceut la 
venue dou roy de Cipre, il envoia devers lui par es- 
pecial monsigneur Jehan Chandos et grant foison 
des chevaliers de son hostel^ qui l'amenèrent en grant lo 
reviel et moult honnourablement devers le prince, 
qui le reçut ossi humlement et grandement en tous 
estas que il avoit esté nulle part receus sus tout son 
voiage. 

Nous lairons un petit à parler dou roy de Cipre et 15 
parlerons dou roy de France et vous compterons en 
quel istance ilz et ses consaulz estoient venu à Amiens. 
Je fui adonc enfourmés, et voirs estoit, que li rois 
Jehans avoit pourpos et affection d'aler en Engle- 
terre veoir le roy Edouwart son frère et la royne SO 
d'Engleterre sa suer. Et pour ce avoit il là assamblé 
une partie de son conseil, et ne li pooit nulz brisier 
ne oster ce pourpos. Si estoit il fort consilliés dou 
contraire. Et li disoient pluiseur prélat et baron de 
France que il entreprendoit une grant folie, quant il 95 
se voloit mettre encores ou dangier dou roy d'En- 
gleterre. Il respondoit à ce et disoit que il avoit trouvé 
ou roy d'Engleterre son frère, en le royne et en ses 
neveus leurs enfans, tant de loyauté, d'onneur, d'a- 
mour et de courtoisie que il ne s'en pooit trop loer 30 
et que en riens il ne se doubtoit d'yaus qu'il ne li 
fuissent courtois, loyal et ami en tous cas. Et ossi il 



M CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

voloit excuser son fil le duch d'Ango qui estoit re- 
tournés en France. 

A ceste parolie n'osa nulz parler dou contraire^ 
puisque il l'avoit ensi £|rresté et affremé en lui. Si 

5 ordonna là de recief son fil le duch de Normendie 
à estre regens et gouvrenères dou royaume de 
France jusques à son retour. Et prommist bien à 
son mainsné fil, monsigneur Phelippe^ que, lui re- 
venu de ce voiage où il aloit, il le feroit duch de 

10 Bourgongne et le ahireteroit de le ducé. Quant 
toutes ces coses furent bien faites et ordonnées à sen 
entente et ses pourveances en le ville de Boulongne, 
il se parti de le cité d'Amiens et se mist à voie et 
chevauça tant qu'il vint à Hedin. Là s'arresta il et 

15 tint son NoeL Et là le vint veoir li contes Loeis de 
Flandres qui moult l'amoit, et li rois lui, et furent 
ensamble ne sai trois jours ou quatre. Le jour des 
Innocens^ se parti li dis rois de Hedin et prist le che- * 
min de Moustruel sus Mer. Et li contes de Flandres 

so retourna arrière en son pays. 

§ 509. Tant esploita li rois Jehans qu'il vint à 
Boulongne^ et se loga en l'abbeye, et tant i sé- 
journa qu'il eut vent à volenté. Si estoient avoec- 
ques li et de son royaume pour passer le mer, mes- 

25 sires Jehans d'Artois, contes d'Eu, li contes de Dam- 
martin^ li grans prieur de France^ messires Bouci- 
caus, marescbaus de France^ messires Tristrans de 
Maignelers^ messires Pierres de Villers, messires Je- 
hans de Ainviile^ messires Nicolas Brake et pluiseur 

30 aultre. Quant leurs nefs furent toutes chargies et li 
maronnier eurent bon vent^ il le segnefiièrent au roy. 



[1364] LIVRE PREMIER, S ^^* ^^ 

Si entra li rois en son vaissiel environ mienuit^ et 
toutes ses gens ens es aultres^ et furent à Tancre celle 
première marée jusques au jour devant Boulongne. 
Quant il se desancrèrent, il eurent vent à volenté : 
si tournèrent devers Engleterre. Si arrivèrent à Dou- 5 
vres environ heure de vespres; ce fu l'avant vigile 
de l'Apparition des trois Rois. 

Ces nouvelles vinrent au roy d'Engleterre et à 
la roynequi se tenoient adonc à Eltem^ un moult 
bel manoir dou roy à sept liewes de Londres^ que 10 
li rois de France estoit arivés et descendus à Dou- 
vresl Si envoia tantost des chevali^*s de son hostel 
celle part, monsigneur Bietremiu de Bruwes^ mon- 
signeur Alain de Boukeselle et monsigneur Richart 
de Pennebruge. Chil se partirent dou roy et che- I6 
*vaucièrent devers Douvres, et trouvèrent là encores 
le roy de France; si le conjoïrent et bienvegniè- 
rent grandement et li disent que li rois leurs sires 
estoit moult liés de sa venue. Li rois de France les 
en crut legierement. L'endemain au matin monta so 
li dis rois à cheval^ et montèrent tout cil qui avoec- 
ques lui estoient, et ehevaucièrent devers Cantor- 
bie, et vinrent là au disner. A entrer en l'église de 
Saint Thiunas, fist li rois de France grant reve- 
rense et donna au corps saint un moult riche jeuiel 25 
et de grant valeur. Si se tint là li dis rois deux 
'jours : au tierch jour il s'en parti et chevauça le che- 
min de Londres, et fist tant par ses journées qui 
estoient petites, qu'il vint à Eltem où li rois d'En- 
gleterre et la royne et grant fuison de signeurs^ 30 
de darnes^ de damoiselles estoient tout appareilliet 
pour lui recevoir. Ce f u un dimence à heure de re- 



96 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i364] 

levée qu'il vint là : si i eut entre celle heure et le 
souper grans danses et grans earoles, et là estoit 11 
Jones sires de Couei^ qui s'efibrçoit de bien danser et 
de canter quant son tour venoit. Et volentiers estoit 

5 veus des François et des Ënglès; car trop bien li 
aSreoit à faire quanqu'il faisoit. 

Je ne vous puis mies de tout parler ne recor- 
der corn honourablement li rois d'Englelerre et la 
royne reçurent le roy de France; et quant il se 

10 parti de Eltem^ il vint à Ix)ndres. Si vuidièrent 
toutes manières de gens par connestablies contre lui 
et le recueillièrent en grant reverense. Et ensi fu 
amenés^ en grant fuison de menestraudies , jusques 
en l'ostel de Savoie qui estoit ordenés et appareil- 

15 liés pour lui. Ens ou dit hostel avoecques le roy 
estoient herbergiet cil de son sanch^ li ostagier de 
France: premièrement, ses frères li dus d*Orliens^ 
ses fîlz li dus de Berri; si cousin^ li dus de Bour- 
bon^ li contes d'Alençon^ Guis de Blois^ li contes 

ao de Saint Pol et moult d'aultres. Si se tint là li 
rois de France une partie de l'ivier entre ses gens 
liement et amoureusement^ et le visetoient souvent 
li rois d'Engleterre et si eniant, li dus de Clarense, li 
dus de Lancastre et messires Aymons. Et furent par 

95 pluiseurs fois en grans reviaus et récréations ensam* 

ble, en diners et en soupers et aultres manières en 

. cel hostel de Savoie et ou palais de Wesmoustier, qui 

siet priés de là^ où li rois de France aloit secrètement, 

quant il voloit, par le rivière de le Tamise. Si regre- 

30 tèrent pluiseurs fois cil doy roy monsigneur Jakemon 
de Bourbon^ et disoient bien que ce fu grans damages 
de lui, car trop bien li affireoit à estre entre signeurs. 



[1364] LIVRE PREMIER, § 5i0. 97 

§ 510. Nous lairons un petit à parler dou roy 
Jehan de France, et parlerons dou roy de Cipre qui 
vint en Angouloime devers le prince de Galles, son 
cousin, qui le reçut liement. Ossi lisent tout li baron 
et li chevalier de Poito et de Saintonge qui dalés le 5 
prince estoient, li viscontes de Touwars, li jones 
sires de Pons, li sires de Partenai, messires Loeis de 
Harcourt, messires Guiçars d'Angle; et des Englès/ 
messires Jehans Chandos, messires Thumas de Felle- 
ton, messires Neel Lorinch, messires Richars de Pont- 10 
chardon, messires Symons de Burlé, messires Bau- 
duins de Fraiville, messires d'Aghorisses et li aultre. 
Si fu li rois de Cipre moult festiés et bien honnourés 
dou prince, de la princesse, des barons et des che- 
valiers dessus dis, et se tint illuech plus d'un mois. 15 
Et puis le mena messires Jehans Chandos jewer et 
esbatre parmi Saintonge et parmi Poito, et veoîr le 
bonne ville de le RoceUe, où on li iist grant feste. Et 
quant il eut partout esté, il retourna en Angouloime 
et fu à celle grosse feste que li princes y tint, où il 20 
eut grant fuisou de chevaliers et d'escuiers. 

Assés tost apriès la feste, li rois de Cipre prist 
congiet dou prince et des chevaliers dou pays; mes 
ançois leur eut il remoustré pourquoi il estoit là 
venus, et pourquoi especialment il portoit la crois 25 
vermeille, et comment [li papes li avoit confirmé, 
et la dignité du voiaige, et comment^] li rois de 
France, par dévotion, et pluiseur grant signeur 
Favoient empris et juré. Li princes et li chevalier 
li respondirent moult courtoisement que c'estoit 30 

1. Ms. B 4, (^ 2k2. — Ms. B 1, t. U, e> 177 (lacune). 

VI — 7 



98 CHRONIQUES DB J. PROISSAET. [1364] 

voirement uns voiages où toutes gens dV>nneur et 
de bien par raison dévoient bien entendre^ et qu^ 
s'il plaisoit à Dieu que li passages fust ouvers^ il 
ne le feroit mies seuls, mes en aroit de chiaus qui ' 

5 se désirent à avancier* De ces responses se tint 
li rois de Gpre tous oontens, et se parti dou dit 
prince et de la princesse et des barons dou pays. 
Mes messires Jehans Chandos le yeult acompagnier, 
ensi qu'il fist, et li tint toutdis compagnie tant qu'il 

<0 fîi hors de le prinçauté. 

Si me samble que li rois de Cipre retourna arrière 
par devers France pour revenir à Paris, en istance de 
ce que pour trouver le roy revenu : mais non fera, 
car li rois de France estoit, en l'ostel de Savoie, en 

15 Ëigleterre, acouciés malades; et aggrevoit tous les 
jours, dont trop grandement desplaisoit au roy d'&i- 
gleterre et à le roy ne, car li plus sage médecin dou 
pays le jugoient en grant péril. Et de ce estoit tout 
enfourmës li dus de Normendie, qui se tenoit à Paris 

90 et qui avoit le gouvrenement de France, comment 
li rois de France ses pères estoit fort grevés de ma- 
ladif; car messires Boucicaus estoit râpasses le mor 
et en avoit enfourmé le dit duch* 
Se ceste nouvelle estoit sceue en France, li rois de 

25 Navare, qui se tenoit en Chierebourch, en savoit ossi 
toute la certainneté, dont il n'estoit mies courou- 
ciés ; car il esperoit que, se li rois de France moroit, 
sa guerre en seroit plus belle. Si escrisi secrètement 
devers monsigneur le captai de Beus son cousin, qui 

âO se tenoit adonc dalés le conte de Fois, son serourge, 
en lui priant chierement que il volsist venir parler à 
lui en Normendie, et il le feix>it signeur et souverain 



[1364] LIVRE PREMIER, § 510. W 

par dessus tous ses chevaliers. Li captaus, qui desiroit 
les armes et qui estoit par linage tenus de servir son 
cousin monsigneur de Navare^ obéi et se parti dou 
conte de Fois^ et s'en vint par le prinçauté^ et pria 
aucuns chevaliers et escuiers sus son chemin. Mes 5 
petit en eut^ car point ne se voloient adonc armer li 
Englès, ne K Gascon^ ne li Poitevin, pour le fait dou 
roy de Navare, contre le couronne de France; car il 
sentoient les alliances^ jurées à Calais entre le roy d'En- 
gleterre leur signeur et le roy de France, si grandes et 10 
si fortes 'qu^ ne les voloient mies bleder ne brisier. 
Siques, ce terme pendant et le captai de Beus 
venant en Normendie devers le roy de Navare, li rois 
Jehans de France trespassa de ce siècle^ en Engle- 
terre, en Fostel de Savoie^ dont li rois d'Engleterre 15 
et la rôyne et tout leur enfant et pluiseur baron 
d'Engleterre forent moult courouciet, pour Torineur 
et la grant amour que li rois de France^ depuis la 
pais faite, leur avoit moustré. Li dus d'Orliens, ses 
frères, et 11 dus de Berri, ses ûh, qui de le mort le 20 
roy de France leur signeur estoient moult courou- 
ciet^ envoiièrent ces nouvelles en grant haste devers 
le duch de Normendie, qui se tenoit à Paris. Quant li 
dis dus en sceut la vérité de la mort le roy son père, 
fîi il moult courouciés^ ce fii raisons; mes ilz, comme 25 
cilz qui se séntoit successères de Firetage de France 
et de la couronne, et qui estoit enfourmés aucune- 
ment dou roy de Navare, coiounent il avoit pourveu 
et pourveoit encores tous les jours ses garnisons en 
le conté d'Evrues, et qu'il metoit sus gens d'armes 30 
pour lui guerriier, s'avisa que il y pourveroit de re- 
mède et de conseil, se il pooit. 



iOO CHRONIQUES DE J. FROISSAET. [1364] 

En ce temps s'armoit et estoit toutdis armés £ran- 
(oîs uns chevaliers de Bretagne qui s'appelloit mes- 
sires Bertrans de Gaiekin. li biens de lui, et la 
proèce n'estoit mies encores grandement renommée 
5 ne cogneue^ fors entre les chevaliers et escuiers qui 
Fantoient et ens ou pays de Bretagne^ où il avoit 
demoré et toutdis tenu la guerre pour monsigneur 
Charle de Blois contre le conte de Montfort. Cilz 
messires Bertrans estoit et fu toutdis durement ewi- 

10 reus chevaliers et bien amés de toutes gens d'armes^ 
et ja estoit il grandement en le grasce dou duc de 
Normendie^ pour les vertus qu'il en ooit recorder. 
Dont il avint que^ sitos que li dus de Normendie seut 
le trespas dou roy son père, ensi que cilz qui se 

15 doubtoit grandement dou roy de Navare, il dist à 
monsigneur Boucicau, mareschal de France : « Mes- 
sire Boucicauy partes de ci^ avoech ce que vous avés 
de gens, et chevauciés vers Normendie. Vous i trou- 
vères messire Bertran de Claiekin; si vous prendés 

20 priés, je vous prî, vous et lui, de reprendre sus le 
roy de Navare la ville de Mantes, par quoi nous 
soions signeur de la rivière de Sainne. » Messires 
Boucicaus respondi : c Sire, volentiers. » Âdonc se 
parti il, et emmena avoecques lui grant fuison de 

25 bons compagnons, chevaliers et escuiers, et prist le 
chemin de Normendie par devers Saint Germain en 
Laie, et donna à entendre à tous chiaus qui avoec- 
ques lui estoient, qu'il aloit devant le chastiel de Ro- 
leboise, que manière de gens nommés ^Compagnes 

80 tenoient. 

§ 51 1 . Roleboise est un chastiaus biaus et fors du- 



II364J UVBE PREMIER, $ 511. |0i 

rement, seans sus le rivière de Sainne, à une liewe 
priés de Mantes^ et estôit à ce temps garnis et raem- 
plis de compagnons gens d'armes qui Êiisoient 
guerre d'yaus meismes, et couitoient otant bien sus 
le terre le roy de Navare que sus le royaume de 5 
France. Et avoient un chapitainne à qui il obeis- 
soient dou tout, et qui les retenoit et paioit parmi 
certains gages qu'il leur donnoit. Et estoit cilz nés de 
le ville de Brouxelles^ et s'appelloit Wautre Obstrate, 
apert homme d'armes et outrageus durement. Cilz et lo 
ses gens avoient le pays de là environ tout pilliet et 
robet, et n'osoit nulz aler de Paris à Mantes^ ne de 
Mantes à Roem ne à Pontoise, pour chiaus de le 
garnison de Roleboise. Et n'avoient cure à qui : otant 
bien les gens le roy de Navare ruoient il jus, quant 15 
il les trouvoient, que les François; et par especial il 
constraîndoient si chiaus de Mantes, qu'il n'osoient 
issir hors de leurs portes, et se doubtoient plus 
d'yaus que des François. 

Quant messires Boucicaus se parti de Paris, quoi- 20 
qu'il donnast à entendre que il alast celle part, il 
se faindi de prendre le droit chemin de Roleboise, 
et attendi monsigneur Bertran de Claiekin et se route, 
qui avoit en devant chevauciet devant le cité d'Evrues 
et parlementé à chiaus de dedens; mes on ne li 35 
avoit volu ouvrir les portes : ançois avoient cil d'E- 
vrues fait samblant que de lui servir de pierres et 
de mangonniaus, et de traire à lui et à ses gens, se 
il ne se fust si legierement partis des barrières où il 
estoit arrestés. Et estoit messires Bertrans de Claiekin 30 
retrais arrière devers le mareschal Boucicau, qui l'at^ 
tendoit sus un certain lieu assés priés de Roleboise. 



102 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

Quant il se furent trouvé^ il estoient bien cinq cens 
hommes d'armes. 

Si eurent li doi chapitainne, messires Bertrans et 
messires Bouchicaus^ sus les camps là^ moult grant 

5 parlement ensamble^ à savoir comment il se mainten- 
roient, ne par quel manière il poroient avoir le ville 
de Mantes, où il tiroient. Si consUlièrent entre yaus que 
messires Boucicaus, lui centime de chevaus tant seu- 
lement, chevauceroit devant et venroit à Mantes, et 

10 feroit l'efi&aé, et diroit à chiaus de le ville que cil de 
Roleboise le cacent et que il le laissent [entrer] ens. Se 
il y entre, tantost il se saisira de le porte, et messires 
Bertrans et se grosse route tantost venront ferant bâ- 
tant, et enteront en le ville et en feront leur volenté : 

15 se il ne l'ont par celle voie, il ne poeent mies veoîr 
comment il l'aient. Toutesfois pour le milleur cilz 
consaulz fu tenus, et le tinrent entre yaus li signeur en 
secré, et se parti messires Boucicaus et le route qu'il 
devoit mener, et chevaucîèrent à le couverte par de- 

20 vers Mantes, et messires Bertrans d'autre part, et 
se misent il et li sien en embusche assés priés de 
Mantes. 

Quant messires Boucicaus et se route denrent 
approcier la ville de Mantes, il se desroutèrent ensi 

25 comme gens desconfîs et mis en cace. Et s'en vint li 
dis mareschaus, espoir lui dixime, et li aultre petit à 
petit le sievoîent. Si s arresta devant la barrière, car 
toutdis y avoit gens qui le gardoient, et dîst : « Ha- 
rou, bonnes gens de Mantes, ouvrés vos [portes et 

30 nous laissez entrer dedens *] et nous recueillies ; car 

1. Ms. A 8, fo 242 vo. -, Ms. B 1, t. Il, (» 178 y^ (lacune). 



[1364] UVÏÏE PBElflER, S ^^^- iOS 

yeci ces mourdreours et pillars de Roleboise qui nous 
encaucent et nous ont desconfîs par grant mesaven* 
tare. » — a Qui estes vous, sire? » dient cil qui là es- 
toient et qui la barrière et le porte gardoieat. — « Si- 
gneur, je sui Boucicaus, mareschaus de France, que li t 
dus de Normendie envoioit devant Roleboise, mais 
il m'en est trop mal pris; car li larron de dedens 
m'ont ja desconfî, et me convient fuir^ voelle ou non^ 
et me prenderont à mains et ce que j'ai de rema- 
nant de gens, se vous ne nous ouvrés le porte bien ic 
tost. 1^ Cil de Mantes respondirent^ qui cuidièrent 
bien que il leur desist vérité : ir Sire^ nous savons 
bien voirement que cil de Roleboise sont nostre eU' 
nemi et li vostre ossi, et n'ont cure à qui il aient la 
guerre, et d'autre part que li dus de Normendie vos 15 
sires nous het pour le cause dou roy de Navare 
nostre signeur : si sommes en grant double que nous 
ne soions deceu par vous qui estes mareschaus de 
France. » — « Par ma foy, signeur, dist il, nennil ; 
je ne sui ci venus en aultre entente que pour grever, 20 
comment qu'il m'en soit mal pris, la garnison de 
Roleboise. » 

A t^s parolles, ouvrirent cil de Mantes leur bar- 
rière et leur porte, et laissièrent ens passer mon- 
signeur Boucicau et se route, et toutdîs venoient S5 
gens petit à petit. Entre les darrainiers des gens 
monsigneur Boucicau et les gens monsigneur Ber- 
Iran, n'eurent cU de Mantes nul loisir de refremer 
leur porte; car quoique messires Boucicaus et li plus 
grant partie de ses gens se traissent tantost à hostel 80 
et se desarmèrent pour mieuls apaisier chiaus de le 
ville, li darrainnier qui estoient Breton, se saisirent 



104 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

des barrières et de le porte. Et n'en fiirent mies mes- 
tre cil de le ville^ car tantos messires Berlrans et se 
route vinrent les grans galos^ qui estoient mis en 
embusche, et entrèrent en le ville, et eseriièrent : 

5 c( Saint Yve 1 Claiekin ! A le mort^ à le mort tous Na- 
varois ! » Dont entrèrent cil Breton par ces hostels; 
si pillièrent et robèrent tout ce qu'il trouvèrent, et 
prisent des bourgois desquels qu'il veurent pour leurs 
prisonniers^ et en tuèrent ossi assés. 

10 Et tantos incontinent qu'il furent entré en Mantes, 
ensi com vous oés recorder, une route de Bretons se 
partirent et ferîrent chevaus des esporons et ne cessè- 
rent si vinrent à Meulent une liewe par dedelà et entrè- 
rent en le ville assés soubtievement ; car il disent que 

15 c'estoient gens d'armes que messires Guillaumes de 
Gauville, chapitainne d'Evrues, envoioit là, et que 
otant ou plus en estoient demoret à Mantes. Cil de 
Meulent cuidièrent proprement que il deissent vérité, 
pour tant qu'il estoient venu le chemin de Mantes et 

SO ne pooient venir aultre voie que par là ne avoir 
passé le Sainne fors au pont à Mantes. Si les crurent 
legierement et ouvrirent leurs barrières et leurs por- 
tes ^et misent en leur ville ces Bretons qui tantost se 
saisirent des portes et eseriièrent : « Saint Yve ! Clai- 

S5 kin ! 1^ Et commencièrent à occire et à decoper ces 
gens qui furent tout esperdu et prisent à fuir et à 
yaus sauver, cescuns qui mieuls mieulz, quant il se 
veirent ensi deceu et trahi et n'eurent nul pooir 
d'yaus recouvrer ne sauver. 

30 Ensi furent Mantes et Meulent prises, dont li dus 
de Normendie fu moult joians, quant il en sceut les 
nouvelles, et li rois de Navare moult courouciés, 



[13641 LIVRE PREMIER, § 512. 105 

quant il en sceut la vérité. Si mist tantost gardes et 
chapitainnes especiaulz partout ses villes et ses chas- 
tiaus, et tint à trop grant damage le perte de Mantes 
et Meulent^ car ce li estoit par là une trop belle 
entrée en France. 5 

§ 512. En celle propre sepmainne arriva li captaus . 
de Beus ou havene de Chierebourch, à bien quatre 
cens hommes d^armes. Se li fist li rois de Navare 
grant feste, et le recueilla moult doucement, et li re- 
moustra^ en lui complaindant dou duch de Normen- 10 
die, comment on li a voit pris et emblé ses villes, 
Mantes et Meulent, et se mettoient encores en painne 
tous les jours li François de tollir le demorant. Li 
captaus li dist : a Monsigneur, se il plaist à Dieu, 
nous irons au devant et esploiterons telement que 15 
vous les rares, et encores des aultres. On dist que li 
rois de France est mors en Engle terre: si verra on , 
pluiseurs nouvelletés avenir en France temprement, 
parmi ce que nous y renderons painne. » De la venue 
du captai de Beus fu 11 rois de Navare tous recon- 30 
fortes, et dist que il le feroit temprement chevaucier 
en France. Si manda li dis rois gens de toutes pars, 
là où il les pooit avoir. Âdonc estoit en Normendie, 
sus le marine, uns chevaliers d'Engleterre qui aultre- 
fois se estoit armés pour le roy de Navare', et estoit 25 
apers homs d'armes durement, et l'appelloit on mon- 
signeur Jehan Jeuiel : cils avoit toutdis de se route 
deux cens ou trois cens combatans. Li rois de Navare 
escrisi devers lui et le pria que il le volsist venir servir 
à ce que il avoit de gens, et il li remeriroit grande- 30 
ment. Messires Jehans Jeuiaus descendi à le priière 



fOa CHRONIQUES DS h FBOISSART. [4364J 

dou roy de Navare et vint devers lui tost et aperto* 
ment^ et se mist dou tout en son servioe« 

Bien savoit et estoit enfourmés li dus de Nonnen- 
die que II rois de Navare faisoit son amas de gens 
5 d'armes et que li captaus de Beus en seroit chiés et 
gouvrenères. Si se pourvei selonc ce et escnsi devers 
monsigneur Bertran de Qaiekin qui se teuoit à 
Mantes, et li manda que il et si Breton fesisseQt firon* 
tière contre les Navarois et se mesissent as camps^ 

10 et il li envoieroit gens assés pour combatre le pois-* 
sance dou roy de Navare, £t ordonna encores li dis 
dus de Normendie à demorer monsigneur Boucicau 
en le ville de Mantes^ et de garder là le firontière et 
Mantes et Meulent^ pour les Navarois, Tout ensi fu 

15 &it comme li dus ordonna. Si se parti messires Ber* 
brans à tout ses Bretons et se mist sus les camps par 
devers Vernon. En briefs jours^ envoia li dus de Nor* 
mendie devers lui grans gens d'armes en pluiseurs 
routes^ le conte d'Auçoirre^ le visconte de Byaumont, 

20 l6 signeur de Biaugeu^ monsigneur Loeis de Chalon, 
monsigneur l'Aroeprestre^ le mestre des arbalestriers 
et pluiseurs bons chevaliers et escuiers. Encores es- 
toient en ce temps issu de Gascongne et venu en 
France^ pour servir le duch de Normendie, li sires 

35 deLabrethy messires Âymenions de Pumiers, mes- 
sires Petitons de Courton^ messires li soudis de I^es- 
trade et pluiseur aultre appert chevalier et escuier : 

de quoi li dis dus de Normendie leur savoit grant 
gret, et leur donna tantos grans gages et grans pour- 

30 fis, et leur pria que il volsissent aler et chevaucier 
en Normendie contre ses ennemis. Li dessus nom- 
met^ qui ne desiroient ne demandoient aultre cose 



[1364] LIVRB PREMIER, g 512. 107 

qae les armes ^ obéirent volentiers et se misent en 
arroi et en ordenance et vuidièrent de Paris, et che- 
vaucièrent devers Normendie, excepte le corps dou 
signeur de Labreth. Cilz demora à Paris dalés le 
duch, mes ses gens alèrent en celle chevaucie. 5 

En ce temps, issî des frontières de Bretagne, des 
basses marces devers Âlençon, uns chevaliers bretons 
françois qui s'appelloit messires Braimons de Laval, 
et vint sus une ajournée courir devant le cité d^& 
vrues; si avoit en se compagnie bien quarante lances, 10 
tous Bretons. Â ce donc estoit dedens Evrues uns 
Jones chevaliers qui s'appelloit messires Guis de 
Gauville. Sitost qu'il entendi l'effroi de chiaus d'£« 
vrues, il se courut armer et fist armer tous les com^ 
pagnons saudoiiers qui laiens ou chastiel estoient, et 15 
puis montèrent sus leurs chevaus et vuidièrent par 
une porte desous le chastiel et se misent as camps. 
Messires Braimons avoit ja fait se emprise et se 
monstre et s'en retournoit tout le pas. Evous venu 
monsigneur Gui de Gauville, monté sus fleur de 20 
coursier, le tai^e au col et le glave ou poing, et e&- 
crie tout en hault : « Braimon, Braimon, vous n'en 
irés pas ensi, il vous fault parler à chiaus d'Evrues : 
vous les estes venus veoîr de si priés qu'il vbus voe-- 
lent aprendre à cognoistre. » 25 

Quant messires Braimons se oy escrier, si retourna 
son coursier et abaissa son glave, et s'adreoa droite- 
ment dessus moiisigneur Gui. Cil doi chevalier se con- 
sievirent de grant ravine telement sus les targés, que 
les glaves volèrent en tronçons ; mes il se tinrent si 30 
francement que onques ne se partirent des arçons, et 
passèrent oultre. Au retour qu'il fisent, il sacièren t leurs 



108 GHRONIQUBS DE J. FROISSART. [i364] 

espées^ ei'tantost s'entremellèrent leurs gens. De pre- 
mières venues^ il en y eut tamaint reversé^ d'une part 
et d'aultre. Là eut bon puigneis, et se acquittèrent 
li Breton moult loyaument^ et se combattirent vas- 
5 saument; mes finablement il ne peurent obtenir le 
place, ançois les convint demorer, car gens crois- 
soient toutdis sus yaus. Et furent tout mort ou pris; 
onques nuls n'en escapa, et prist messires Guis de 
Gauville monsigneur Braimon de Laval, et Teumena 
10 comme son prisonnier dedens le chastiel d'Evrues, 
[et ossi y furent menés tous les aultres qui pris es- 
toient. Ensi eschei de ceste aventure, dont messires 
Guis fu durement prisiés et amés dou roy de Navare 
et de tous ceux de la ville d'Evrues **] . 

15 § 513. Âuques en ce temps, retourna en France li 
rois de Cipre qui revenôit d'Aquitainne, et s'en vint 
droitement à Paris et se traist devers le régent le duc 
de Normendie. Â ce donc estoient dalés lui si doi 
frère, li dus d'Ango et messires Phelippes, qui puis fu 

20 dus de Bourgongne, et attendoient le corps dou roy 
leur père, que on raportoit d'Engleterre. Si leur aida 
à complaindre li dis rois de Cipre leur duel, et il 
meismes prist en grant desplaisance ceste mort dou 
roy de France, pour le cause de ce que ses voiages 

35 en estoit arriérés, et s'en vesli de noir. Or vint li 
jours que li corps dou dit roy de France, qui estoit 
embauàumés et mis en un sarcu, approça Paris, le- 
quel corps messires Jehans d'Artois , li contes de 
Dammartin et li grans prieus de France racondui- 

1. Ms. B 4, fo 244 vo. — Ms. B 1, t. H, (^ 180 r^ (lacune). 



[1364] LIVRE PREMIER, § 5i3. i09 

soient. Si vuidièrent de Paris li dus de Nonnendie et 
si frère et li rois de Cipre et la grigneur partie dou 
clergiet de Paris, et alèrent tout à piet oultre Saint 
Denis en France; et là fu il aportés et ensepelis en 
§rant solennité. Et canta li arcevesques de Sens la 5 
messe le jour de son obsèque. 

Apriès le service fait et le disner qui fu moult grans 
et moult nobles^ li signeur et li prélat retournèrent 
tout à Paris. Si eurent parlement et conseil ensamble 
à savoir comment il se maintenroient^ car li royau- 10 
mes ne pooit longement estre sans roy. Si fu consil- 
liet par Pavis des prelas et des nobles que on se trai- 
roit devers le cité de Rains^ pour couronner à roy 
monsigneur Charle, duch de Nonnendie. Lors fist 
on appareillier moult grandes pourveances par tout 15 
ensi que li nouviaus rois devoit aler, passer et de- 
morer, et par especial en le cité de Rains. Si en es- 
crisi cilz qui s'appelloit encores dus de Normendie 
à son oncle, monsigneur Wincelart^ duc de Brat- 
bant et de Lussembourc^ et ossi au conte de Flan- 20 
dres, en priant que il volsissent estre à son couron- 
nement. Et estoit li jours assignés au jour de le Tri- 
nité proçain venant. 

Entrues que ces besongnes, ces pourveances et cil 
signeur s'ordonnoient, s'approçoient ossi li François et 25 
li Navarois en Normendie. Et ja estoit venus en le cité 
de Evrues li captaus de Beus, qui là faisoit son amas 
et sen assamblée de gens d'armes et de compagnons 
tout partout où il les pooit avoir. Si parlerons de lui 
et de monsigneur Bertran de Claiekin, et d'une belle 30 
journée de bataille qu'il eurent le joedi devant le 
Trinité, que li dus de Normendie devoit estre cou- 



iiO CHRONIQUES DK J. FROISSART. [136k] 

ronnés et oonsacrés à roy de France^ ensi qu'il fii en 
PegUse cathedral de Rains. 

§ 514. Quant messires Jehans de Graili^ dis et 
nommés captaus de Beus^ eut fait son amas et sek 

5 assambiée^ en le cité de Evrues, de gens d'armes^ 
d'areiers et de brigans^ il ordonna ses besongnes et 
laissa en le ditte cité chapitainne^ un chevalier qui 
' s'appelloit messires Legiersd'Orgesi, et envoiaà Ron- 
ces monsigneur Gui de Gauville^ pour faire frontière 

10 sus le pays^et puis se parti de Eynies à tout ses gens 
d'armes et ses arciers^ car il entendi que li lYançois 
chevauçoient, mais il ne savoit quel part. Si se mist 
as camps ^ en grant désir que d'yaus combatre; si 
nombra ses gens et se trouva sept cens lances^ trois 

15 cens arciers et bien cinq cens aultres hommes aida- 
blés. Là estoient dalés lui pluiseur bon chevalier et 
escuier, e^ par especial uns banerès dou royaume de 
îîavare, qui s'appelloit li sires de Saus; et li plus 
grans après et li plus apers et qui tenoit le plus 

20 grande route de gens d'armes et d'arciers, c'estoît uns 
chevaliers d'Engleterre, qui s'appelloit messires Je- 
hans Jeuiel. Si y estoient messires Pierres de Saken- 
villè^ messires Guillaumes de GauviUe^ messires 
Bertrans dou Franc, le bascle de Maruel et pluiseur 

25 aullre, tout en grant volenté d'encontrer monsigneur 
Bertran et ses gens et dé combatre. Si tiroient à venir 
devers Pasci et le Pont de FArce; car bien pensoient 
que li François passeroient là le rivière de Sainne, 
voîres se il ne l'avoient ja passé. 

30 ' Or avint que, droitement le merkedi de le Pente- 
coustCj si com li captaus et se route chevauçoient au 



[Ide4] LIVAE PAïaUEA, $ 514; 111 

dehors d'un bois^ il enoontrèrent d'aventure un hi- 
raut qui s'appelloit le Roy Faucon, et estoit cilz au 
matin partis de Tost des François. Si tretost que li 
captaus de Beus le vei^ bien le recongneut et li fist 
grant cière^ car il estoit hiraus au roy d'Engleterre^ 5 
et K demanda dont il venoit et se il savoit* nulles nou- 
Telles des François. « En nom Dieu^ monsigneur^ 
dist il, oid: je me parti hui matin d'yaus %t de leur 
route^ et vous quièrent ossi et ont grant désir de 
vous trouver. » — « Et quel part sont il ? ce dist li 10 
captaus; sont il deçà le Pont de TArce ou delà? » — 
a En nom Dieu^ dist Faucons^ sire, il ont passé le 
Pont de FAroe et Yrenon, et. sont maintenant^ je 
oroi, assés priés de Pasci. » — « Et quelz gens sont 
il^ dist li captaus, et quelz capitainnes ont il? Di le 15 
moi) je t'en pri, doulz Faucon. * — <c En nom Dieu, 
sire, il sont bien mil et cinq cens combatans et tou- 
tes bonnes gais d'armes. Si y sont messires Betran 
de Claiekin, qui a le plus grant route de Bretons, li 
contes d'Auçoirre, li viscontes de Byaumont, mes- so 
sires Loeis de Ghalon, li sires de Biaugeu, monsi- . 
gneur le mestre des arbalestriers, monsigneur l'Ar- 
ceprestre, messires Oudars de Renti. Et si y sont 
de Gascongne, vostre pays, les gens le signeur de 
liabreth, messires Petiton de Ck>urton et messires 25 
Perducas de Labreth; si y est messires Aymenions de 
Pumiers et messires li soudis de Lestrade. » 

Quant li captaus oy nommer les Gascons, si fu du- 
rement esmerviUiés , et rougia tous de felonnie, et 
replika sa parolle en disant : « Faucon, Faucon, es[t] 80 
ce à bonne vérité oe que tu dis que cil chevalier de 
Gascongne, que tu nonmxes, sont là, et les gens le 



ii2 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364J 

signeur de Labreth? » — « Sire, dist li hiraus^ par 
ma foi, oïl. » — « Et où est 11 sires de Labreth? dist li 
captaus. » — « En nom Dieu, sire, respondi Fau- 
eons, il est à Paris dalés le régent le duch de Nor- 
5 mendie, qui s'appareille fort pour aler à Rains, car 
on dist ensi partout communément que dimence qui 
vient, il s'i fera sacrer et couronner. » Adonc mist li 
captaus sa main à sa tieste, et dist ensi que par mau- 
talent : « Par le cap saint Ântone, Gascon contre 

10 Gascon s^esprouveront. n 

Âdonc parla li Rois Faucons pour Prie, un hiraut 
que li Arceprestres envoioit là, et dist au captai : 
oc Monsigneur, assés priés de ci m'attent uns hiraus 
françois que li Arceprestres envoie devers vous, li- 

15 quels Arceprestres, à ce que j'entens par le hiraut, 
parleroit à vous volentiers. » Dont respondi li cap- 
taus et dist à Faucon : <r Faucon, dittes à ce hiraut 
françois qu'il n*a que faire plus avant, et qu'il die à 
PArceprestre que je ne voeil nul parlement à lui. » 

80 Adonc s'avança messires Jehans Jeuiel, et dist : «Sire, 
pourquoi ? Espoir est ce pour nostre proufit. » Dont 
dist li captaus : « Jehan, Jehan, non est ; mes est li 
Arceprestres si grans baretères, que, se il venoit jus- 
ques à nous, en nous comptant gengles et bourdes, 

25 il aviseroit et imagineroit nostre force et nos gens : 
si nous poroit tourner à grant contraire. Si n'ai cure 
de ses parlemens. » Adonc retourna li Rois Faucons 
devers Prie son compagnon qui Fattendoit au coron 
d'une haie, et escusa monsigneur le captai bien et 

80 sagement, tant que li hiraus en fu tous contens,- et 
raporta arrière à PArceprestre tout ce que Faucons li 
avoit dit. 



[1364] LIVRE PREMIER, § 545. 113 

§ 515. Ensi eurent li François et li Navarois co- 
gnissance li uns de l'autre^ par le raport des deux 
hiraus; si se consillièrent et avisèrent sur ce et se 
radrecièrent ensi que pour trouver Pun Tautre. Quant 
li captaus eut oy dire à Faueon quel nombre de gens 5 
d'armes li François estoient et qu'il estoient bien . 
quinze cens, il envoia tantost certains messages en le 
cité d'Evi*ues, devers le chapitainne^ en lui segnefiant 
que il fesist vuidier et partir toutes manières de jones 
compagnons armerés dont on se. pooit aidier^ et lo 
traire devers Cocheriel; car il pensoit bien que là en 
cel endroit trouveroit il les François^ et sans faute ^ 
quel part qu'il les trouvast^ il les combateroit. Quant 
ces nouvelles vinrent en le cité d'Evi'ues à monsi- 
gneur Legier d'Orgesi, il le fîst criier et publiier^ et 15 
commanda estroitement que tout cil qui à ceval 
estoient, incontinent se traissent devers le captai. Si 
en partirent de recief plus de six vingt, tous jones 
compagnons^ de le nation de le ville. 

Ce merkedi, se loga à heure de nonne li captaus sus 20 
une montagne 9 et ses gens tout environ; et li Fran- 
çois qui les desiroient à trouver, chevaucièrent avant 
et tant qu'il vinrent sus une rivière que on claime ou 
pays Yton, et keurt autour devers Evrues et nest de 
bien priés de Ronces ; si se logièrent ce merkedi tout 
aisiement, à heure de relevée, ens uns biaus prés tout 
dou lonch ceste rivière. 

Le joedi au matin, se deslogièrent li Navarois, et 
envoiièrent leurs coureurs devant, pour savoir se il 
oroient nulles nouvelles des François; et li François 30 
envoiièrent ossi les leurs, pour savoir se il oroient 
nulles telles nouvelles des Navarois. Si en raportèrent 

V! — B 



114 CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1364] 

oescans à se partie, en mains d'espasse que de deux 
liewes^ cerlainnes nouvelles; et chevauçoient li Na- 
varois^ ensi que Faucons les menoit, droit à Tadrèce, 
le chemin qu'il estoit venus. Si vinrent environ heure 

5 de prime sus les plains de Coceriel^ et veirent les 
François devant yaus , qui ja ordonnoient leurs ba- 
tailles, et y avoit grant fuison de banières et de pen- 
nons^ et estoient par samblant plus tant et demi qu'il 
ne fuissent. ^ 

10 Si se arrestèrent li dit Navarois tout quoi au dehors 
d'un petit bos qui là siet^ et puis se traisent avant les 
chapitainnes et se misent en ordenance. Première- 
ment, il fîsent trois batailles bien et faiticement tout 
à piet, et envoiièrent leurs chevaus^ leurs maies et 

15 leui^ garçons en ce petit bois qui estoit dalés yaus^ et 
establirent monsigneur Jehan Jeuiel en le première 
bataille, et li ordonnèrent tous les Englès^ hommes 
d'armes et arciers. La seconde eut li captaus, et 
pooient estre en se bataille environ quatre cens com- 

20 batans, uns c'autres. Si estoient dalés le captai li 
sires de Sa us en Navare, uns jones chevaliers, et se 
banière, et messires Guiilaumes de Gauville et mes- 
sires Pierres de Sakenville. La tierce eurent troi 
aultre chevalier, messires li bascles de Marueil, mes- 

25 sires Bertrans dou Franc et messires Sanses Lopins, 

et estoient ossi environ quatre cens armeures de fier. 

Quant il eui^ent ordonné leurs batailles, «il ne s'es- 

longièrent point trop lonchd'un de l'autre^ et prisent 

l'avantage d'une montagne qui estoit à le droite 

30 main entre le bois et yaus^ et se rengièrent tout de 
front sus celle montagne par devant leurs ennemis. 
Et misent encores, par grant avis, le pennon dou 



[iat>4] LIVRE PJEl£Mi£R, § 516. M5 

captai en un fort buisson espinerës, et ordonnèrent 
là autour' soissante armeures de fier pour le garder 
et deffendre. Et le fisent par manière d'estandart 
pour yaus ralloiier, se par force d'armes il estoient 
espars ; et ordonnèrent encores que point ne se de- 5 
voient partir ne descendre de le montagne pour cose 
qui avenist^ mès^ se on les voloit combatre^ on les 
alast là querre. 

§516. Tout ensi ordonné et rengié se tenoient 
bavarois et Ënglès, d'un costé^ sus le montagne que lo 
je TOUS di. Entrues ordonnoient li François leurs ba- 
tailles, et en fisent trois et une arrière garde. La 
première eut messires Bertrans de Claiekin à tout les 
Bretons^ et fu ordonnés pour assambler à le bataille 
dou captai. La seconde [eut li contes d'Auçoirre : si 15 
estoient avecques lui gouverneurs de celle bataille'] li 
viscontes de Byaumont et messires Bauduins d'Ane- 
kins, mestres des arbalestriers, et eurent avoech yaus 
les François^ les Normans et les Pikars^ monsigneur 
Oudart de Renti^ monsigneur Engherant d'Uedin, 20 
monsigneur Loeis de Haveskierkes et pluiseurs aultres 
bons chevaliers et escuiers. La tierce eut li Arcepres- 
tres et les Bourghegnons avoech lui^ moùsigneur 
Loeis de Chalon^ le signeur de Biaugeu^ monsigneur 
Jehan de Yiane, monsigneur Gui de Frelai^ monsi- 25 
gneur Hughe de Yiane et pluiseiu^s aultres; et devoît 
assambler ceste bataille au bascle de Marueil et à se 
route. Et l'autre bataille qui estoit pour arrière garde, 

1. Mf. A 8, F» 245 ^r^. '— Mm. B : « eurent H contes d'Ançoiire et 
Il viscontes de BjaumonX et messires Bauduins d'Anekins. i Ms. B 1 , 
^183. 



116 CHRONIQUES DE J. FR01S3ART. [1364] 

estoit toute purainne de Gascons^ desquelz messires 
Aymenions de Pumiers, messires li soudis de Les- 
trade, messires Perducas de Labreth et messires Pe- 
titon de Courton furent souverain et meneur. 

5 Or eurent là cil chevalier gascon un grant avis; il 
imaginèrent tantost Tordenance dou captai et com- 
ment cil de son lés avoient mis et assis son pennon sus 
un buisson, et le gardoient aucun des leurs, car il en 
voloient faire leur estandart. Si disent ensi : « Il est de 

10 nécessité que, quant nos batailles seront assamblées, 
nous nos traions de fait et adreçons de grant volenté 
droit au pennon le captai, et nous mettons en painne 
dou conquerre; se nous le poons avoir, nostre en- 
nemi en perderont moult de leur force et seront en 

15 péril de estre desconfî. » Encores avisèrent cil dît 
Gascon une aultre ordenance qui leur fu moult pour- 
fitable et qui leur parfist leur journée. 

S 517. Assés tost aprîès que li François eurent or- 
données leurs batailles, li chief des signeurs se misent 

20 ensamble et consillièrent [un grant temps ^] comment il 
se maintenroient; car il veoient leurs ennemis gran- 
dement sus leur avantage. Là disent li Gascon dessus 
nommet une paroUe qui fu volentiers oye : « Sîgneur, 
nous savons bien que ou captai a un ossi preu et seur 

25 chevalier et conforté de ses besongnes que on trou- 
veroit aujourd'ui en toutes terres, et tant comme il 
sera sus le place et pora entendre au combatre, il 
nous portera trop grant damage; si ordonnons que 
nous mettons as chevaux, trente des nostres, tous 

1. Ms. B d, fo 246 ▼<>. — Ms. fi 1, t. U, fb 183 (lacune). 



[1364] LIVRE PREMIER, § 518. 117 

des plus appers et plus hardis par avis^ et cil trente 
n'entendent à aultre cose fors vaus adrecier devers 
le captai. Et entrues que nous entenderons à con- 
querre son pennon, il se metteront en painne, par 
le force de leurs coursiers et de leurs bras, à desrom- 5 
pre le priesse et de venir jusques au dit captai; et de 
fait [il prenderont le captai *] et tourseront et Rem- 
porteront entre yaus, et [menront *] à sauveté où que 
soit, et ja n'i attenderont fin de bataille. Nous disons 
ensi que, se il [puet*] estre pris ne retenus par celle 10 
voie, la journée sera nostre, tant fort seront ses gens 
esbahi de sa prise. » 

Li chevalier de France et de Bretagne, qui là es- 
toient, acordèrent ce conseil legierement et disent 
que c'estoit uns bons avis et que ensi seroit fait. Si 15 
triièrent et eslisirent tantost, entre leurs batailles, 
trente hommes d'armes des plus hardis et plus en- 
treprendans par avis, qui fuissent en leurs routes, 
et furent monté cil trente cescun sus bons coursiers, 
les plus legiers et plus rades qui fuissent sus le place, 20 
et se traisent d'un lés sus les camps, avisé et enfour- 
mé quel cose il dévoient faire, et li aultre demorèrent 
tout à piet sus les camps en [leur*] ordenance, ensi 
qu'il [dévoient *] estre. 

§ 518. Quant cil signeur de France eurent ordonné 25 
à leur avis leurs batailles, et que cescuns savoit quel 



1. Ms. A 3, fo 246. — Ms. B 1, t. II, f« 183 vo : « il le prenderont. » 

2. Ms. A 8. — Ms. B 1 : c remporteront. 9 

3. M». B 4, f*> 246 v«. — Ms. B 1 : c iiocnt. » 

4. Ms. B 4. — Ms. B 1 : «se. » 

5. Ms. A 8, P» 246 ▼«. — Ms. B 1 : t le devoit. > 



liH CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

cose il devoil &ire, il regardèrent entre yaus et pour- 
parièrent longement quel cri pour le journée il crîe- 
roient, et à laquèle banière [ou pennon •] il se retrai- 
roient. Si fiirent grant temps sus un estât que de 
5 criier :' <<* Nostre Dame ! Auçoirre 1 » et de faire pour 
ce jour leur souverain dou conte d*Auçoirre. Mais li 
dis contes ne s'i volt onques acorder^ ançois s'escusa 
moult bellement^ en disant : a Signeur, grant mercis 
de i'onneur que veus me portés et volés faire ; mais 

10 tant comme à présent je ne voeil pas ceste , car je 
sui encores trop jones pour encargier si grant fais et 
tèle honneur, et s*est la première journée arrestée on 
je fm onques : pour quoi vous prenderés un aultre de 
moi. Ci sont pluiseur bon chevalier, monsigneur 

15 Bertran [de Claquin'], monsigneur FArceprestre , 
monsigneur le Mestre', monsigneur Loeis de Chalon 
monsigneur Aymenion de Pumiers, monsigneur Ou- 
dart de Renti, qui ont esté en pluiseurs grosses be- 
songnes et journées arrestées, et scèvent mieulz com- 

20 ment télz besongnes se doivent gouvrener que je ne 
face : si m'en déportés, et je vous en pri. » 

Adonc regardèrent tout li chevalier qui là estolent 
l'un l'autre, et li disent : « Contes d'Auçoirre, vous 
estes li plus grans de mise, de terre et de linage qui 

25 ci soit ; si poés bien et de droit estre nos chiés. » — 
w Certes , signeur, respondi il , vous dittes vostre 
courtoisie : je serai aujourd'ui vos compains, et 
morrai et viverai et attenderai l'aventure dalés vous; 



1. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune). 

2. M». B 3, f*» 259 ▼«. ^ Ms. B 1 (lacune). 

3. Ms. A 17, f^ 311 : « Baudouin d'Annequins, » Baudouin d'An- 
nequin c'tait maître des arbalétriers. 



£1364] UVRE PREMIER, § 518* il9 

mes de souverainneté n'i voeil je point avoir. » Adone 
Tardèrent il l'un par l'autre lequel done il ordon- 
neroieat. Si y fu avisés et regardés pour le milleur 
chevalier de toute le place^ et qui plus s'estoit corn- 
batus de le main et qui mieulz savoit ossi comment 5 
telz coses se dévoient maintenir, messires Bertrans 
de Claiekin. Si fu ordonné de commun acord que 
on crieroit : « Nostre Dame ! Claiekin 1 » et que on 
s'ordonneroit celle journée dou tout par le dit mon* 
signeur Bertran. 10 

Toutes ces coses faites et establies, et cescuns 
sires desous se banière ou sen pennon, il regardoient 
leurs ennemis qui estoient sus le tierne , et point ne 
partoient de leur fort, car il ne l'a voient mies en 
conseil ne en volenté : dont moult anoioit as Fran- 15 
çois^ pour tant que [il les veoient grandement en 
leur avantage^ et aussi que^] li solaus commençoit 
hault à monter, qui leur estoit uns grans contraires; 
car il faisoit malement chaut. Si le ressongnoient 
tout li plus seur; car encor estoient il tout enjun et 90 
n'avoient toursé ne porté vin ne vitaille avoech 
yaus, qui riens leur vausîst, fors aucuns signeurs qui 
avoient pelis flaconciaus plains de vin^ qui tantost 
furent vuidiet. Et point ne s'estoient de ce pourveu ne 
avisé dou matin, pour ce que il se cuidoient tantost 25 
combatre que il seroient là venu et sans arrest. Et 
non fisent^ ensi que il apparu; mes les detriièrent li 
Englès et li Navarois par soutilleté ce qu'il peurent^ 
et fu plus de remontière ançois que il se mesissent 
ensamble pour combatre. 30 

1. Ms. B 4, f» 247. — Ms. B 1, t. II, f^ 184 (Uca»e). 



iâO CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i364] 

Quant li signeur de France en veirent le couve- 
nant, il se remisent ensamble par manière de con- 
seil^ à savoir comment il se maintenroient et se on 
les iroit combatre ou non. A ce conseil n'estoient il 
5 mies bien d'acort j car li aucun voloient que on les 
alast requerre et combatre, comment qu il fust, et 
que c'estoit grans blasmes pour yaus^ quant tant y 
mettoient. lA debatoient li aucun mieulz avisé ce 
conseil, et disoient que^ se on les aloit combatre 

10 ens ou parti où il estoient et ensi aresté sus leur 
avantage, on se metteroit en très grant péril; car 
des cinq il aroient les trois. Finablement, il ne pooient 
estre d'acort que [de*] yaus aler combatre. Bien 
veoient et consideroient li Navarois le manière d'yaus^ 

15 et disoient : « y[e]és les ci : il venront tantost à nous 
pour nous combatre; il en sont en grant frefel et 
grant volenté. » 

Là avoit aucuns chevaliers et escuiers normans^ pri- 
sonniers entre les Englès et Navarois, qui estoient re- 

20 crus sus leurs fois; et les laissoient paisieulement lor 
mestre aler et chevaucier^ pour tant qu'il ne se pooient 
armer^ deviers les François. Se disoient cil as signeurs 
de France : « Signeur^ avisés vous, car, se la journée 
d'ui se départ sans bataille, nostre ennemi seront de- 

25 main trop grandement reconforté; car on dist entre 
yaus que messires Loeis de Navare y doit venir à bien 
trois cens lances. » Siques ces paroUes enclinoient 
grandement les chevaliers et les escuiers de France à 
combatre y comment qu'il fust, les Navarois. Et en 

30 furent tout appareillié et ahati par trois ou par quatre 

1. Ms. B a. — Ms. B 1 (lacune.) 



4364] LIVRE PREMIER, S ^^^' ^^^ 

fois; mes toutdis vaincoient li plus sage et disoient : 
« Signeur^ attendons encores un petit et veons com- 
ment il se maintenront; car il sont bien si grant et 
si presumptueus que il nous désirent otant à com- 
batre^ que nous faisons eulz. » 5 

La en y avoit pluiseur durement foulés et malme- 
nés, pour le grant caleur que il faisoit, car il estoit 
sus l'eure de nonne; si avoient juné toute la ma- 
tinée , et estoient armé et féru dou soleil parmi leurs 
armeures qui estoient eseaufées. Si disoient bien cil : 10 
et Se nous nos alons combatre ne lasser contre celle 
montagne, ou parti où nous sommes, nous serons 
perdu d^avantage; mes retreons nous meshui en 
nostres logeis^ et de matin arons nous aultre con- 
seil. M Ensi estoient il en diverses opinions. i& 

§ 51 9. Quant li chevalier de France, qui ces gens 
avoient sus leur honneur à conduire et à gouvi*ener, 
veirent que li Navarois et li Englès d'une sorte ne 
partiroient point de leur fort, et que il estoit [ja '] haute 
nonne, et si ooient les paroUes que li prisonnier 20 
françois qui venoient de Fost des Navarois, leur di- 
soient^ et si veoient le grigneur partie de leurs gens 
durement foulé et travilliet pour le chaut, si leur 
tournoit à grant desplaisance. Si se remisent ensam- 
ble et eurent aultre conseil, par l'avis de monsigneur 25 
Bertran de Claiekin^ qui estoit leurs chiés et à qui il 
obeissoient. « Signeur^ dist il, nous veons que nostre 
ennemi nous detrient à combatre, et si en sont en 
grant volenté, si com je l'espoir; mes point ne des- 

1. Mi. B 4, P> 2M To. — Ms. B 1, t. n, P> 184 T« (lacune). 



it2 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

cenderont de leur fort^ se ce ne n'est par un parti 
que je vous dirai. Nous ferons samblant de nous re- 
traire et de non combatre mesiiui, ossi sont nos gens 
durement foulé et travilliet pour le chaut; et ferons 
5 tous nos variés^ nos harnois et nos chevaus passer 
tout bellement et ordonneement outre ce pont et 
l'aiguë et retraire à nos logeis, et toutdis nous ten* 
rons sus èle et entre nos batailles en agait, pour veoir 
comment il se maintenront. Se il nous désirent à 

10 combatre, il descenderont de leur montagne et nous 
yenront requeire tout au plain. Tantost que nous 
yerons leur couvenanty se il le font ensi, nous serons 
tout appareillié de retourner sus yaus, et ensi les 
arons nous mieulz à nostre aise. » Cilz consaulz fu 

15 arestés de tous^ et le tinrent pour le milleur entre yaus. 
Adonc se retraist cescuns sires entre ses gens et des- 
sous se banière ou son pennon^ ensi comme il deroit 
estre^ et puis sonnèrent leurs trompètes et fisent 
grant samblant d'yaulz retraire; et commandèrent 

20 tout chevalier et escuier et gens d*armes^ leurs variés 
et garçons à passer le pont et mettre oultre le rivière 
leur harnas. Si en passèrent pluiseur en cel estât et 
priés ensi que tout^ et depuis aucunes gens d'armes 
iUintement. 

S5 Quant messires Jebans Jeuiel^ qui estoit appers 
chevaliers et vighereus durement et qui avoit gi*ant 
désir des François combatre, perçut le manière com- 
ment il se retraioienty si dist au captai : « Sire^ sire^ 
descendons apertement; ne veés vous le manière 

30 comment li François s'enfuient ? » Dont respondi li 
captaus et dist : a Messire Jehan ^ messire Jehan , ne 
créés ja que si vaillant homme qu'il sont là^ s'enfuient 



[1864] LIVRE PREMIER, $ S19. iS3 

ensî; il ne le font fors par malisse et pour nous 
attraire. » Âdonc s avança messires Jehans Jeuiaus^ 
qui moult engrans estoit de combatre^ et dist à ceulz 
de sa route ^ et en escriant : «Saint Jorge I Passés 
' avant I Qui m'aime, se me siewe : je m'en vois eom- 5 
batre. » Dont se hasta il^ son glave en son poing, par 
devant toutes les batailles^ et estoit ja avalés jus 
de le montagne et une partie de ses gens, ançois 
que li captaus se meuist. Quant messires li cap- 
taus veit que c'estoit acertes et que Jehans Jeuiel lo 
s'en aloit combatre sans lui^ se le tint à grant pre- 
sumption, et dist à chiaus qui dalés lui estoient : 
« Alons, alons, descendons la montagne apertement; 
messires Jehans Jeuiaus ne se combatera point sans 
mi. » Dont s'avancièrent toutes les gens dou captai^ 15 
et ils premièrement, son glave en son poing. 

Quant li François qui estoient en agait, les veirent 
descendus et venus ou plain^ si furent tout resjoy et 
disent entre yaus : « Veci che que nous demandions 
hui tout le jour. >i Adonc retournèrent il tout à un fois, 20 
en grant volenté de recueillier leurs ennemis^ et es- 
<n*iièrent d'une vois : « Nostre Dame I Claiekin ! » Si 
drecièrent leurs banières devers les Navarois, et com- 
mencièrent les batailles à assambler de toutes pars^ 
et tout à piet. Ëvous monsigneur Jehan Jeuiel tout 25 
devant, le glave ou poing, qui oorageusement vint 
assambler à le bataille des Bretons, desquels messires 
Bertrans estoit cbiés, et là fist tamainte grant apertise 
d'armes, car il fu hardis chevaliers malement. Dont 
s'espardirent ces batailles, cil chevalier et cil escuier 30 
sus ces plains, et commencièrent à lancier, à fertr et à 
fraper de toutes armeures, ensi que il les avoient à 



i24 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

maîn^ et à entrer en l'un l'autre par vasselage^ et yaus 
eombatre de grant volenté. Là crioient li Englès et li 
Navarois d'un lés : « Saint Jorge 1 Navare ! i> et li 
François : « Nostre Dame 1 Claiekin ! » Là furent moult 

5 bon chevalier, dou costet des François : premièrement 
messires Bertrans de Claiekin, li jones contes d'Au- 
çoirre, li viscontes de Byaumont, messires Bauduins 
d'AnekinSy messires Ix)eis de Chalon, li jones sires de 
Biaugeu messires Anthones, qui là leva banière, mes- 

10 sires Loeis de Haveskierke, messires Oudars de Renti, 
messires Engherans d'Uedins; et d'autre part^ li Gas- 
con, qui avoient leur bataille et qui se combatoient à 
par yaus : premièrement messires Aymenions de Pu- 
miersy messires Perducas de Labreth, messires li sou- 

15 dis de Leslrade, messires Petiton de Courton et plui- 
seur aultre, tout d'une sorte. Et s'adrecièrent cil 
Gascon à le bataille dou captai et des Gascons : ossi 
il avoient grant volenté d'yaus trouver. Là eut grant 
hustin et dur puigneis, et fait tamainte grant aper- 

20 tise d'armes. 

Et pour ce que en armes on ne doit point mentir 
à. son loyal pooir, on me poroit demander que li 
Arceprestres , qui là estoit uns grans chapitains et 
qui tenoit grant route, estoit devenus, pour ce que 

25 je n'en faî nulle mention. Je vous en dirai le vé- 
rité. Si tretost que li Arceprestres vei l'assamble- 
ment de le bataille et que on se combateroit, il se 
bouta hors des routes ; mais il dist à ses gens et à 
celui qui portoit se banière : « Je vous ordonne et 

30 commande, sur quanques vous poés fourfaire envers 
moy^ que vous demorés et attendes fin de journée. 
Je me pars sans retourner^ car je ne me puis hui 



[i364] UYRE PREMIER, § 510. 125 

combatre ne estre armés contre aucuns chevaliers 
qui sont par delà; et^ se on vous demande de mi^ si 
en respondés ensi à chiaus qui en parleront. » Adonc 
se parti il, et uns siens escuiers tant seulement, et ra- 
passa le rivière et laissa les aultres convenir. Onques 5 
François ne Breton ne s'en donnèrent garde , pour 
tant que il veoient ses gens et se banière jusques en 
le fin de le besongne, et le cuidoient dalés yaus. Or 
vous parlerons de le bataille, comment elle fu perse* 
verée, et des grans apertises d'armes qui y furent fai- 10 
tes celle journée, ensi que vous orés. 

§ 520. Au commencement de le bataille, quant 
messires Jehans Jeuiel fu descendus, et toutes gens le 
sievirent dou plus priés qu'il peurent, et meismement 
li captaus et se route, et cuidièrent avoir le journée 15 
pour yaus; mes il en fu tout aultrement. Quant li 
Navarois veirent que li François estoient retournet 
par bonne ordenance, il conçurent tantost qu'il s' es- 
toient fourfet. Nonpourquant, comme gens de grant 
emprise, il ne s'esbahirent de riens, mes eurent bien 20 
intention de tout recouvrer par bien combatre. Si 
reculèrent un petit et se remisent ensamble, et puis 
se ouvrirent et fisent voie à leurs arciers qui estoient 
derrière yaus, pour traire. Quant li arcier furent de- 
vant, si s'eslargirent et commencièrent à traire de 25 
grant manière; mes li François estoient si fort armé 
et si bien paveschié contre le tret, que onques il n'en 
lurent grevé, se petit non, ne pour ce n'en laissièrent 
il point à combatre, mes entrèrent, et tout à piet, eus es 
Navarois et Englès, et cil entre eulz de grant volenté. 30 
Là eut grant bouteis et lanceis des uns as aultres, et 



126 CHRONIQUES DB J« FROISSART. [1364] 

toUoient à l'un l'autre^ par force de bras et de lui- 
tier^ leurs lances et leurs haces et les armeures dont 
il se combatoient; et se prendoient et fiançoient pri- 
sonniers li un l'autre^ et se approçoîent de si priés 
5 que il se combatoient main à main si vaillamment 
que nulles gens mieulz. Si poés bien croire que en 
tel presse et en tel péril il en y avoît des mors et des 
reversés grant fuison; car nulz ne s'espargnoit, d'un 
costet ne d'aultre. Et vous di que li François n'a- 

10 voient que faire de dormir ne de reposer sus leur 
bride, car il avoient gens de grant fait et de hardie 
emprise à le main : si couvenoit çascun acquitter 
loyaument à son pooîr et deflFendre son corps, et 
garder son pas et prendre son avantage, quant il ve- 

15 noit à point; aultrement il euissient esté tout des- 
confi. Si vous dî pour vérité que li Breton et li 
Gascon y furent là très bonnes gens, et y fisent pluî- 
seurs belles aperlîses d'armes. 

Or vous voeil je compter des trente qui estoient 

20 esleu pour yaus adrecier au captai, et {estoient*] trop 
bien monté sus fleurs de coursiers. Chil qui n'enten- 
doient à aultre cose que à leur emprise, si com cargîé 
en estoient, s'en vinrent tout serré là où li captaus se 
combatoit moult vaillamment d'une hace et donnoit 

25 les cops si grans que nulz ne l'osoit approcier, et 
rompirent le priesse par force de chevaus, et ossi 
[parmi •] Payde des Gascons qui leur fisent voie. Cil 
trente qui estoient trop bien monté, ensi que vous 
savés, et qui sa voient quel cose il dévoient faire, ne 

1. Ms. B 3, ï^ 261 vo. — Ms. B 1, t. U, f» 186 t© (lacune). 

2. »b. B 4, fo 2W ▼«: — M». B 1 (lacune). 



[i3&4] LIVRE PREMIER, $ ^t\. 127 

veurent mies ressongnier le painne ne te péril ; mes 
vinrent jusques au captai et Tenvironnèrent, et s'ar- 
restèrent dou tout sur lui^ et le prisent et embraciè- 
rent de fait entre yaus par force, et puis vuidièrent 
le place et l'emportèrent en cel estât. Et en ce lieu 5 
eut adonc grant abateis et dur puigneis, et se corn- 
mencièrent toutes les batailles à converser de celle 
part, car les gens dou captai , qui sambloient bien 
foiu'sené, crioîent t « Rescousse au captai ! Rescousse I » 
Nientnuiins, ce ne leur peut valoir ne aidier : li cap- 10 
taus en fu portés et ravis en le manière que je 
vous di, et mis à sauveté; de quoi^ en Feure que ce 
avlnt, on ne savoit encores de vérité liquel en aroient 
le milleur. 

§ 521 . En ce toueil et en ce grant hustin et frois- 15 
seis, et que Navarois et Englès entendoient à sievir le 
trace dou captai qu'il en veoient mener [et porter *] 
devant yaus^ dont il sambloient tout foursené^ mes- 
sires Aymenions de Pumiers, messires Petilon de 
Courton, messires li soudis de Lestrade et les gens le 20 
signeurde Labreth, d'une sorte, entendirent de grant 
volenté à yaus adrecier au pennon le captai qui estoit 
en un buisson et dont li Navarois faisoient leur es- 
tandart. Là eut grant hustin et dur et forte bataille, 
car il estoit bien gardés et de bonnes gens, et par 25 
especial messires li bascles de Marueil et messires 
Joffrois de Rousseillon y estoient. Là eut fait tamainte 
grant apertise d'armes, mainte prise et mainte res- 
cousse, et maint homme blecié et navré et reversé 

1. M». B 4. — M». B, 1, t. II, f» 187 T" (lacune). 



128 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

par terre, qui onques depuis ne se relevèrent. Tou- 
tesfois^ ii Navarois^ qui là estoient dalés ce buisson et 
le pennon dou captai, furent ouvert et reculé par 
force d'armes, et mors li bascles de Marueil et plui- 

5 seur aultre, et pris messires Joffrois de Rousseillon et 
fianchiës prisons de monsigneur Aymenion de Fu- 
miers^ et tout li aultre qui là estoient, mort ou pris 
ou reculé si avant qu'il n'en estoit là nulle nouvelle 
entours le buisson, quant li pennons dou dit captai 

10 fu pris et conquis et deschirés et rués par terre. 

Entrues que li Gascon entendoien t à ce faire, li Pikart, 
li François^ li Normant^ li Breton et li Bourghegnon 
se combatoient 'd'autre part moult vaillamment. Et 
bien leur besongnoit, car li Navarois les avoient re- 

15 culés, et [estoit demourez ^] mort entre yaus, dou costé 
des François, li viscontes de Byaumont, dont ce fu 
damages; car il estoit à ce jour jones chevaliers et 
bien tailliés de valloir encores grant cose. Si l'avoient 
ses gens à grant meschief porté hors de le priesse 

20 ensus de le bataille^ et là le gardoîent. Je vous di, 
si com je oy depuis recorder ceulz qui y furent d'un 
costé et d'autre, que on n'avoit point veu la pareille 
bataille de celle, de otèle quantité de gens^ estre ossi 
bien combatue comme celle lu; car il estoient tout à 

25 piet et main à main. Si s'entrelaçoient li un dedens 
l'autre, et s'esprouvoient au bien combatre de telz 
armeures qu'il portoient; et par especial de ces haces 
donnoient il si grans horions que tout s'estonnoient. 
Là furent navré et durement blecié messires Petitons 

30 de Courton et messires li soudis de Lestrade, et tele- 

1. Ms. A 8, f" 249. — Ms8. £ : a estoient demoret. » MauvaUe leçon. 



[1364] LIVRE PREMIER, § 521. 129 

ment que depuis^ pour le journée, ne se peurent ai- 
dîer. Messires Jehans Jeuiel, par qui la bataille com- 
mença et qui de premiers moult vassaument avoit 
assaillis et envaïs les François, y fist ce jour tamainte 
grant apertise d'armes, et ne daigna onques reculer^ et 5 
se embati si avant qu'il fu durement bleciés et navrés, 
en pluiseurs lieus ou corps et ou cief,.et fu pris et 
fîanciés prisons d'un escuier de Bretagne desous le 
banière monsigneur Bertran de Claiekin : adonc fu il 
portés hors de la presse. Li sires de Biaugeu, messi* 10 
res Loeis de Chalon, les gens de l'Arceprestre, avoech 
grant fuison de bons chevaliers et escuiers de Bour- 
gongne , se combatoient d autre part moult vaillam- 
ment et bien savoient à qui respondre; car une route 
de Navarois et les gens à monsigneur Jehan Jeuiel 15 
leur estoient au devant. Et vous di que li François 
ne l'avoient point d'avantage, car il trouvoient dures 
gens merveilleusement contre yaus. Messires Ber- 
trans et si Breton se acquittèrent loyaument bien et 
se tinrent tousjours ensamble, en aidant l'un l'au- 20 
tre. Et ce qui desconfi les Navarois et Englès, ce 
fu la prise du captai, qui fu pris très le commen- 
cement, et le conques de son pennon, où ses gens 
ne se peurent ralloiier. Li François obtinrent le 
place, mes il leur cousla grandement des leurs; et y 25 
furent mort, de leur costé, li viscontes de Byaumont, 
si com vous avés oy, messires Bauduins d'Anekins, 
mestres des arbalestriers, messires Loeis de Haves- 
kierke et pluiseur aultre. Et des Navarois, mors uns 
banerès de Navare qui s'appelloit li sires de Sans, et 30 
grant fuison de ses gens dalés lui, et mors messires 
U bascles de Marueil, uns apers chevaliers durement. 



130 CHRONIQUES DE J. FROISSARÏ. [i364] 

si com dessus est dît, et ossî morut ce jour prison- 
niers messires Jehans Jeuîel. Si y furent pris messi- 
res Guillaumes de Gau ville, messire Pierres de Sa- 
kenville, messires Joffrois de Roussellon, messires 

5 Bertrans dou Franch et pluiseur aultre : petit s^en 
sauvèrent que tout ne fuissent ou mort ou pris 
sus le place. Geste bataille fu en Normendie assés 
pries de Coceriel, par un joedi, le [seizième*] jour 
de may, l'an de grasce mil trois cens soissante 

10 quatre. 

§ 522. Apriès ceste desconfiture, et que tout li 
mort estoient ja desvesti , et que eeseuns entendoit à 
ses prisonniers, qui les avoit, ou à lui mettre à point, 
qui bleciés estoit, et que ja la grignour partie des 

15 François avoient rapasset le pont et le rivière et se 
retraioient à leurs logeis , tout foulé et tout lassé, fu- 
rent il en aventure d'avoir aucun meschief, dont il 
ne se donnoient garde. Je vous dirai comment. 
Messires Guis de Gauville, filz à monsigneur Guil- 

20 laumé de Gauville, qui pris estoit sus le place, es- 
toit partis de Ronces, une garnison navaroise ; car 
il avoit entendu que leurs gens se dévoient combatre, 
ensi qu^il fîsent; et durement s'estoit hastés pour 
estre à celle journée, ou à tout le mains il esperoit 

25 qne à l'endemain on se combateroit. Si voloit estre 
dalés le captai, comment qu'il fust, et avoit en se 
route environ cinquante lances de bons compagnons 
et tous bien montés. Li dis messires Guis et se route 
s'en vinrent tout, à brochant les grans eslais, jusques 

1. M*. A 2. — MssfB : c qaatoriime. » M». B 1, t. II, f» 187 v©. 



[1364] UVRË PREMIER, g 522. 131 

en le place où la bataille avoit esté. Li François, qui 
estoient derrière et qui nulle garde ne s*en donnoient 
de celle sourvenue, sentirent la friente; si se re- 
boutèrent tantost tous ensamble et s'en vinrent 
contre les Navarois , en escriant : a Retournés 1 Re- 5 
tournés ! Yeei les ennemis ! » De cel effroi furent 
li pluiseur moult efiraé, et là fîst messires Aymenions 
de Pumiers à leurs gens un grant confort : encores 
estoit il, et toute se route^ sus le place. Sitos comme 
il vei ces Navarois approcier, il se retrest sus dextre lo 
et fist desvoleper son pennon, et lever et mettre tout 
bault sus un buisson ^ par manière d'estandart, pour 
ralloiier leurs gens. 

Quant messires Guis de Gauviile, qui en haste 
estoit adreciés sus le place, en vei le manière et re- 15 
cognut le pennon monsigneur Aymenion de Pumiers, 
et oy escrier : « Nostre Dame I Claiekin ! » et ne per- 
çut nuUui de cbiaus qu'il demandoit , mes en veoit 
grant fuison tous, mors gésir par terre, si cognent 
tantost que leurs gens avoient estet desconfi, et li 20 
François obtenu le place. Si fist tant seulement un 
puigneis, sans faire nul samblant de combatre, et 
passa ouUre assés priés de monsigneur Aymenion de 
Pumiers qui estoit tous appareilliés de lui recueillier, 
se il fust traist avant, et s'en râla son chemin ensi 20 
comme il estoit venus : je croi bien que ce fu devers 
le garnison de Conces. 

Or parlerons nous des François comment il persé- 
vérèrent. La journée, ensi que vous avés entendu, 
fu pour yaus, et rapassèrent le soir oultre le rivière, 30 
et se traisent à leurs logeis, et se aisièrent de ce qu'il 
- eurent. Si fu li Arcéprestres durement demandés et 



432 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

dépariés^ quant on se perçut qu'il n'avoit point estet 
a e bataille et qu'il s'en estoit partis sans parler. Si 
Tescusèrent ses gens au mieulz qu'il peurent. Et sachiés 
que li trente, qui le captai ravirent et emportèrent, 
5 ensi que vous avés oy, ne cessèrent onques de che- 
vaucier, si l'eurent amené ou chastiel de Yrenon et 
là dedens mis à sauveté. Quant ce vint à l'endemain, 
il se deslogièrent et toursèrent tout, et chevauciè- 
rent par devers Vrenon, pour venir en le cité de 

10 Roem, et tant fisent qu'il y parvinrent. En le cité et 
ou chastiel de Roem laissièrent il une partie de 
leurs prisonniers , et s'en retournèrent li pluiseur à 
Paris, tout liet et tout joiant, c'estoit raisons ; car il 
avoient eu une moult belle journée pour yaus, et 

15 moult pourfîtable pour le royaume de France. Car, 
se li contraires fust avenus as François, messires li 
captaus de Beus euist fait un grant escars en France; 
car il avoit empris et en pourpos que de chevaucier 
jusques à Rains, au devant dou duch de Normendie, 

20 qui ja y estoit venus pour lui faire couronner et con- 
sacrer, et la duçoise sa femme o lui ; mes Diex ne 
le veult mies consentir : ce doit on moult bien es- 
pérer. 

§ 523. Ces nouvelles s'espardirent en pluiseurs 
25 lieus, que li captaus estoit pris et toutes ses gens rués 
jus. Si en acquist messires Bertrans de Claîekin grant 
grasce et grant renommée de toutes manières de 
gens ou royaume de France, et en fu ses noms moult 
eslevés. Si vinrent les nouvelles jusques au duch de 
30 Normendie qui estoit à Rains; si s'en resjoy grande- 
ment et en loa Dieu pluiseurs fois. Si en fu sa cours 



[1364] LIVRB PREMIER, g 523. 133 

et toutes les cours des signeurs qui là estoient venu 
à son couronnement^ plus liet et plus joiant. 

Ce fu le jour de le Trinité Tan de grasce Nostre 
Signeur mil trois cens soissante quatre que li rois 
Charles, ainsnés fîlz dou roy Jehan de France, fu 5 
couronnés et consacrés à roy en le grant église Nostre 
Dame de Rains, et ensi madame la royne sa femme, 
fille au duch Pière de Bourbon, de révèrent père en 
Dieu monsigneur Jehan de Cran, arcevesque de 
Rains. Là furent li rois Pières de Cippre, li dus lO 
d'Ango, li dus de Bourgongne, messires Wincelaus 
de Behagne, dus de Lussembourch et de Braibant, 
oncles au dit roy, li contes d'Eu, li contes de Dam- 
martin, li contes de Tankarville, li contes de Wedi- 
mont, messires Robers d'Alençon, li arcevesques de 15 
Sens, li arcevesques de Roem et tant de prelas et de 
signeurs que je ne les aroie jamais tous nommés : si 
m'en passerai brielînent. Si y furent adonc les festes 
et les solennités grandes. Et demorèrent li rois de 
France et la royne en le cité de Rains cinq jours. Si 20 
y eut grans dons et grans presens donnés et pré- 
sentés as signeurs estragniers, dont la plus grant 
partie prisent là congiet au dit roy et retournèrent 
en leurs lieus. 

Si retourna li rois de France devers Paris à pe- 25 
tites journées et à grans esbatemens, et grant fuison 
de prelas et de signeurs avoecques lui, et toutdis li 
fist li rois de Cippre compagnie. On ne vous poroit 
mies dire ne recorder, en un jour d'esté , les solen- 
nités ne les grans reviaus que on li fist en le cité de 30 
Paris, quant il y entra. Si estoient ja revenu à Paris 
la grigneur partie des signeurs et chevaliers qui 



134 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

avoient esté à le besongne de Koeeriel. Si leur fist 
li rois grant fiesle et les vei moult volentiers, et par 
espeeial monsigneur Bertran de Claiekiu et les cheva- 
• liers de Gascongne, monsigneur Aymenion de Pu- 
6 miers et les autres, car li sires de Labreth avoit esté 
à son couronnement. 

§ 524. A le revenue dou roy de France à Paris, fu 
pourveus et ravestîs dou duçainné de Bourgongne 
messires Phelippes ses mainsnés frères. Et se parti de 

10 Paris à grant gent et en ala prendre le saisine et pos- 
session et Pommage des barons , chevaliers, cités, 
chastiaus et bonnes villes de la ditte ducé. Quant li 
dus de Bourgongne eut viseté tout son pays, il re- 
tourna en France en grant solas, et ramena avoecques 

15 lui son compère monsigneur l'Arceprestre, et le ra- 
paisa au roy parmi bonnes escusances que li Arcepres- 
très moustra au dit roy de ce que adonc, à le journée 
de Coceriel, il ne se pooit armer contre le captaL Et 
meismement li captaus, qui estoit adonc amenés à 

20 Paris dalés le roy et qui avoit 'juret à là tenir prison, 
et à le priière le signeur de Labreth et des Gascons li 
avoit li dis rois eslargi celle grasce, aida le dît Arce- 
prestre à escuser devers le roy et les chevaliers de 
France qui parloient villainnement sus se partie. Et 

25 ossi il avoit fait de nouviel aucuns biaus services au 
roy de France et au duch de Bourgongne, car il 
avoit en la ditte ducé de Boui^ongne ruet jus, au 
dehors de Digon, bien quatre cens pillars, des quelz 
Guios dou Pin, Tallebart Tallebardon, Jehan de Cau- 

30 four et Thiebaut de Caufour estoient meneur et cha- 
pitainne : pour quoi li rois descend i plus legiere- 



[1364] LIYJEΠPREMIER, $ 524. 135 

ment à lui faire grasce et de pardonner son mauta- 
lent. 

Si fist li dis rois en ce temps coper le chief à 
monsigneur Pière de Sakenville, en le cité de Roem, 
pour tant qu'il avoit esté navaroisj et messires Guil- 5 
laumes de Gauville n'en euist eu mies mains ^ se 
n'euist esté messires Guis ses fi\z, qui segnefîa au roy 
de France que, se on faisoit son père nulle griefté, 
il le feroit samblablement à monsigneur Braimont de 
Laval, un grant signeur de Bretagne, qu'il tenoit son ic 
prisonnier ens ou chastiel d'Evrues. De quoi li lina- 
ges dou chevalier, qui sentoient leur cousin en ce 
péril, en parlèrent au roy et fîsent tant que par es- 
cange il reurent monsigneur Braimont, et messires 
Guillaumes de Gauville fu délivrés : ensi se portèrent 15 
les pareçons. Si fu envoiiés li captaus, de Paris à 
Miaus en Brie, et là tenoit prison, entrues que lî dus 
de Bourgongne fist une clievaucie en Biausse dont je 
vous parlerai. Mais ançois racquitta messires Bertrans 
de Claiekin le chastiel de Roleboise , dont Wautre 20 
Obstrate estoit chapitains ; mais anbois qu'il le volsîst 
rendre, il en eut une grande somme de florins, ne 
sçai cinq ou six mil frans, et puis s'en retourna ar- 
rière en Braibant dont il estoit. 

Encores se tenoient pluiseurs forterèces en Kaus, 25 
en Normendie, ou Pierce, en Biausse et ailleurs qui 
trop fort herioîent le royaume de France, li aucun 
en l'ombre dou roy de Navare, et li aultre d'eulz 
meismes, pour pillier et pour rober sus le royaume 
à nul tîtle de raison. Si en desplaisoit grandement 30 
au roy de France, car les complaintes en venoîent 
tous le^ jours à lui : si y veult pourvèir de remède. 



436 ŒRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

Et y envoia son frère le duc de Bourgongae^ et grant 
fuison de bons chevaliers et escuiers en se compa- 
gnie. Et fist li dis dus son mandement et son amas 
de gens d'armes en le cité de Chartres. Si se partirent 

5 de là) quant tout furent assamblé, et se traisent par 
devers Machevanville, un moult fort chastiel que li 
Navarois tenoient. Et pour constraindre mieulz à 
leur aise le dit chastiel, il en fîsent mener et achariier 
avoech eulz pluiseurs engiens de la cité de Chartres. 

10 Si estoient en le compagnie dou duch de Bourgongne 
messires Bertrans de Claiekin, messires Boucicaus^ 
mareschaus de France^ li contes d'Auçoirre^ messires 
Loeis de Chalon, li sires de Biaugeu, messires Ayme- 
nions de Pumiers, li sires de Rainneval, li Beghes de 

15 Vellainnes, messires Nicoles de Ligne ^ mestrè des 

arbalestriers pour le temps , messires Oudars de 

Renti^ messires Engherans du Edins et pluiseur aul- 

tre bon chevalier et escuier. 

Si s'arroutèrent ces gens d'armes par devers Mar- 

20 cerain ville ^ et estoient bien cinq mil combatans. 
Quant il se veirent si grant fuison sus les camps ^ 
si eurent conseil que il se departiroient en trois 
pars , pour plus tost constraindre leurs ennemis : 
desquèles pars messires Bertrans de Claiekin en pren- 

25 deroit jusques à mil combatans et s'en iroit par de- 
vi'ers Constentin et sus les marces de Chierebourch, 
pour garder là les frontières que li Navarois ne 
fesissent nul damage au pays de Normendie. Si se 
départi li dis messires Bertrans de le route dou 

90 duch et enmena avoecques lui monsigneur Loeis de 
Sanssoirre, le conte de Joni, monsigneur Ernoul 
d'Audrehen et grant fuison de chevaliers et d'es- 



[1364] LIVRE PREMIER, § 525. i37 

cùiers de Bretagne et de Normendie. L^autre charge 
eut desous lui messires Jehans de le Rivière et se 
départi ossi de le route dou dueh, et en se com- 
pagnie grant fuison de chevaliers et d'escuiers de 
France et de Pikardie. Et entrèrent cil en le conté 5 
d'Evrues et s*en vinrent seoir devant un chastiel que 
on dist d'Akegni. Et li dus de Bourgongne et la plus 
grosse route s*en vinrent devant Macerenville ; si le 
assegièrent et environnèrent de tous poins. Et fisent 
tantost drecier et ass[eo]ir les engiens par devant, lo 
qui jettoient nuit et jour à le forterèce et durement le 
constraindoient. 

§ 525. Entrues que ces gens d'armes estoient ensi 
en Biausse et en Normendie et que il guerrioient as- 
prement et fortement les Navarois et les ennemis 15 
dou royaume^ estoit [sur les marches d'Auviergne, à 
tout bien trois mille combatans*], messires Loeis de 
Navare^ frères mainnés au roy de Navare et ossi à 
monsigneur Phelippe qui fu, car ja estoit il trespas* 
ses de ce siècle^ liquels messires Loeis avoit encar* 20 
giet le fais de le guerre pour le roy son frère^ et avoit 
deffiiet le roy de France, pour t^nt que ceste guerre 
touchoit au calenge de lor hiretage , si com enfour- 
més estoit, et avoit rassamblés depuis le bataille de 
Koceriel, et rassambloit encores tous les jours, gens 25 
d'armes, là où il les pooit avoir. Si avoit tant fait 
par moiiens et par chapitains de Ck)mpagnes , dont 
encores avoit grant fuison ens ou royaume de 
France, que il avoit bien douze cens' combatans en 

1. Ms. d'Amiens. — Mss. B et A (lacune). 



138 CHRONIQUES DB J. FRCHSSAAT. [1364] 

se route. Et e&toient dalés lui messîres Robers Ca- 
nolles^ messîres Robers Ceni, messîres Robers Bri- 
kés et Carsuelle. Et estoient ces gens d'armes j qui 
tous les jours croîssoîent, logîet entre le rivière de 

s Loire et le rivière d'Allier, et avoient courut upe 
grant partie dou pays de Bourbonnois environ Mou- 
lins en Auvergne et Saint Pierre le Moustier et Saint 
Poursain. 
De ces gens d'armes que messîres Loeis de Navare 

10 menoit, se parti une route dé compagnons^ envi- 
rons quatre cens, desquels Bemars de la Salle et 
Hortingo estoient conduiseur, et passèrent le Loire 
au dehoi^s de Marcelii les Nonnaîns, et puis chevau- 
cièrentj tant par nuit, car les jours il se tenoient ens 

15 es bois sans yaus amoustrer, que sus un ajourne* 
ment il vinrent à la Charité sus Loire, une grosse 
ville et bien- fremée : si Teschiellèrent .sans nul estri 
et se boutèrent dedens. Or aida adonc Diex trop 
bien chiaus de le ville; car, se cil compagnon se 

20 fuissent hasté, il euissent pris et eu hommes et femmes 
et moult grant pillage en la Charité; mes riens n'en 
lisent : je vous dirai pourquoi. A ce lés par où il 
entrèrent en le ville de le Charité, a une grande 
phàce entre le porte et le ville, où nuls ne demeure* 

35 Si cuidièrçnt adonc li compagnon que les gens euis- 
sent fait embusce en le ville et qu'il les attendesis- 
sent : si n'osèrent aler avant jusques a tant qu'il fu 
grans jour&. En ce terme se sauvèrent cil de la ville; 
car, si tretos comme il sentirent leurs ennemis ensi 

30 venus, il enportèrent à effort leurs milleurs coses ens 
es batiaiiB qui estoient sus le rivière de Loire, et mi- 
sent femmes et enfans tout à loisir, et. pi^is nagièrent 



[1364] LIVRE PREMIER, § 596. 139 

à sauveté derers la cité de NeVe»^ qui siet à cinq 
liewes de là. Quant il fu grans jours^ b Navarois et 
Englès et Gascon qui avoient eschiellé le ville^ se 
traisent avant et trouvèrent les maisons toutes vuides. 
Si eurent conseil que celle ville il tenroient et le for*» 5 
tefieroîenty car elle lor seroît trop bien seans pour 
courir deçà et delà le Loire. Si envoiièrent tantost 
noncier tout leur fait à monsigneur Loeis de Navare 
qui se tenoit en le marce d'Auvergne, comment U 
avoieiit esploitié et qu'il tenoient le Charité sus Loire, ta 
De ces nouvelles fu li dis messires Loeis tous joians^ 
et y envoia incontinent monsigneur Robert Briket 
et Carsuelle, à bien trois cens armeures de fier. Cil 
passèrent parmi le pays sans contredit^ et entrèrent 
par le pont sus Loire en la Charité. Quant il se trou- 15 
vêrent ensamble^ si fbrent plus fort, et commenoiè» 
rént à guerrîier fortement et destroitement le dît 
royaume, et couroient à leur aise et volenté par deçà 
et delà le Loire, ne nulz ne leur aloit au devant, et 
toutdis leur croissoient gens. Or vous parlerons dou 20 
duch de Bourgongne et dou siège de IMÔsicerënville. 

S 526. Tant sist U dis dus devant Macerainville et 
le constraîndî et apressa, par assau^et par les engiens 
qui jettoîent nuit et jour, que cil qui dedens estoient 
se rendirent, salve leurs cofps et leurs biens; si s'en 25 
partirent, et tantost lî dus en envoîa prendre le sai- 
sine et le possession par ses mareschaas, monsigneur 
Bôucîcau et monsigneur Tehail de Viane, mareschal 
de Bourgongne. Et délivra li dus le chastiel à un es- 
cuîèr de Biausse qui s'appellôlt Phelippofe de Chartres. 30 
Cilz le prîst en garde et quarante» compagnons avoech 



140 CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [1364] 

li. Puis s'en parti li dus et toute li hos^ et s'en vin- 
retit devant un aultre chastiei que on dist Chamero- 
les. Si le assegièrent ces gens d'armes tout environ^ 
car il siet en plain pays ; et y fist on asseoir et dre- 

.5 cier les engiens qui estoient amené de Chartres. Cil 

engien estoient grant durement, et en y avoit quatre 

qui moult constraindirent et travillièrent chiaus de 

le forterèce. 

Or vous parlerons ossi un petit de monsigneur 

10 Jehan de le Rivière qui tenoit siège devant Akegni, 
assés priés de Passi, en le conté d'Evrues, et avoit en 
se route bien deux mil combatans, car il estoit si 
bien dou roy qu'il voloit : se li faisoit on ses finan- 
ces et ses délivrances à sa volenté. Ens ou chastiei 

15 d'Akegni avoit Englès, Normans, François et Navarois, 
qui là estoient retrait puis la bataille de Coceriel. Et 
se tinrent et deffendirent cil le chastiei moult bien, 
et ne les pooit on mies bien avoir à sen aise, car il 
estoient bien pourveu d'artillerie et de vivres : pour 

20 quoi il se tinrent plus longement. Toutes fois finable- 
ment il furent si mené et si apressé qu'il se rendirent, 
salves leurs vies et leurs biens, et se partirent et se 
retraisent dedens Cherebourch. Si prist messires Je- 
hans de la Rivière la saisine dou dit chastiei d'Akegni 

25 et le rafreschi de nouvelles gens, et puis se desloga et 

parti et toutes ses hos, et se traisent par devant la 

ville et la cité d'Evrues. Si estoient avoecques lui et 

^ de se carge messires Hues de Chasteillon , li sires de 

Kauni, messires Mahieus de Roie, li sires de Montsaut, 

30 li sires de Helli, li sires de Cresekes,li sires de Saintpi, 
messires Oudars de Renti, messires Engherans du 
Edins et pluiseur bon chevalier et escuier de France. 



[1364] LIVRE PREMIER, § 527. iki 

Par dedens la cité d'Evrues estoient^ pour le garder, 
messires Guillaumes de Gauville et messires Legiers 
d'Orgesi qui trop bien en songnièrent. Si avoient il 
souvent l'assaut^ mes il estoient si bien sus leur garde 
quHl n'en faisoient compte. 5 

§ 527. Entrues que messires Jehans dp le Rivière 
et li dessus dit baron et chevalier de France seoient 
devant la cité d'Evrues, li dus de Bourgongne apressa 
si chiaus de Chamerolles qu'il ne peurent plus durer 
et se rendirent simplement en le volenté dou duch. lo 
Si furent pris à merci tout li saudoiier estragnier^ 
mes aucun pillars de le nation de France qui là s'es- 
toient bouté furent tout mort. Là vinrent en Tost li 
bourgois de Chartres et priièrent au duch de Bour- 
gongne qu'il leur volsist donner, pour le salaire de 15 
leurs engiens, le chastiel de Chamerolles qui moult 
les avoit heriiés et çuvriiés dou temps passé. Li dus 
leur acorda et donna en don à faire ent leur volenté. 
Tantost cil de Chartres misent ouvriers en oevre, et 
abatirent et rasèrent tout par terre le dit chastiel : on- 20 
ques n'i laissièrent pierre sur aultre. 

Âdonc se desloga li dis dus et passa oultre, et s'en 
vint devant un autre chastiel que on dist Drue[s], qui 
siet ou plain de le Biausse, et le tenoient pillart. Si 
le conquisent li François par force , et furent tout 25 
mort cil qui dedens estoient. Puis passèrent oultre et 
s'en alèrent devant un aultre fort que on dist Preus : 
si le assegièrent et environnèrent de tous costés, et y 
livrèrent tamaint assaut ^ ançois que le peuissent 
avoir. Finablement, cil de Preus se rendirent^ salve 30 
leurs corps, mais aultre cose il n en portèrent : en- 



1 

j 



i4S CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [i364] 

cores eouvint il demorer eu le prison dou dit dueb^ 
en sa volenté^ tous chiaus qui François estoient. Si 
fist li dus de Bourgongne par ses mareschaus prendre 
le saisine dou ehastiel de Preus^ et puis le donna à 

6 un chevalier de Biausse que on appelloit messire 

Pierre dou Bois Ruffin. Cilz le fist remparer et prde- 

ner bien et à point, et le garda toutdis depuis bien et 

souflissamment. 

Âpriès ces coses faites^ li dus de Bourgongne et 

10 une partie de ses gens s'en vinrent raifrescir en le cité 
de Chartres. Quant il eurent là esta cinq jours, , il 
s'en partirent et se traisent par devant le ehastiel de 
Couvai, et le assegièrent de tous poins. Ceste garni- 
son de Couvai avoit fait moult de destourbiers ens 

15 ou pays d'environ : pour tant se prendoit li dus de 
Bourgongne plus priés comment il le peuist avoir, et 
bien disoit qu'il ne s'en partiroit, si les aroit à sa vo- 
lenté, et avoit fait drecier par (Rêvant jusques à six 
grans engiens qui jettoient ouniement à le forterèce 

20 et moult le traviUoient. Quant cil de Couvai, veirent 
que il estoient si apressé, si commencièrent à trettier, 
et se fuissent volentiers rendu, salve leurs corps et 
leurs biens; mais li dus n'i voloit entendre, se il ne 
se rendoient simplement : ce que il n euissent jamais 

25 fait, car U savoient bien qu'il estoient tout mort d'a- 
vantage. 

Ëntrues que cil siège , ces prises , cil assaut et ces 
chevaucies se faisoient en Biausse et en Normendie, 
couroient d'autre part messires Loeis de Navare et 

30 ses gens en le Basse Auvergne et en Berri, et y te- 
noient les camps, et y honnissoient et apovrissoient 
durement le pays^ ne nulz n'aloit au devant. Et ossi 



[4364] LIVRB PREMIER, § 527. i43 

chil de le Charité Êiisoient autour d'yaus che qu'il 
voloient; dont les complaintes en venoient tous 
les jours au roy de France. D'autre part, li contes 
de Montbliar avoecques aucuns alliiés d'Alemagne 
" estoient entré en la ducé de Bourgongne par devers 5 
Besençon, et y honnissoient ossi tout le pays : pour 
quoi li rois de France eut conseil qu'il briseroit tous 
ces sièges de Biausse et de Normendie, et envoieroit * 
le duch de Boui^ongne son frère en son pays; car 
bien y besongnoit. Si le manda incontinent qu^il des- 10 
fesist son siège et se retraisist devers Paris , car il le 
couvenoit aler d'autre part, et se li segnefia dere- 
ment Fafaire ensi qu'il aloit. 

V' Quant li dus oy ces nouvelles, si fu tous pen- 
sieuSy tant pour son pays que on 11 ardoit^ que 15 
pour ce qu'il avoit parlé si avant dou siège de Cou- 
vai, qu'il ne s'en partiroit si les aroit à sa volenté. 
Si remoustra ce à son conseil, et trouva que, ou cas 
que li rois le remandoit, qui là l'avôit envoiiet, il 
s'en pooit bien partir sans fourfet, mais on n'en 20 
fist nul samblanl à chiaus de Couvai. Si leur fu de- 
mandé des mareschaus se il se voloient rendre sim- 
plement. Ils respondirent que nennii, mes volentiers 
se renderoient, salve leurs corps et leurs biens. 
Finablement , li dus vei que partir le couvenoit : si 25 
les laissa passer parmi ce trettié, et rendirent le chas- 
tiel de Couvai au dit duch, et s'en partirent, si com 
chi dessus est dit. Si en prîst li dus de Boui^ongne 
- le saisine et le possession et puis le délivra à un es- 
cuier de Biausse qui s'appelloit Phelippes d'Arcies. 80 
Chil2 le rempara bien et biel et le repourvei et ra- 
freschi de tous bons compagnons. 



i44 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4364] 

Ce fait, li dus de Bourgongne et ses gens d'annes 
s'en revinrent à Chartres. St recarga li dus le plus grant 
partie de ses gens au eonte d'Auçoûre et au maresehal 
Boucicau et à monsigneur Loeis de Sansoirre. Si se 

5 parti et en mena avoecques lui monsigneur Loeis de 
Chalon^ le signeur de Biaugeu^ monsigneur Jehan de 
Viane et tous les Bourghignons. Et chevaucièrent 
tant qu'il revinrent à Paris. Si passèrent oultre les 
gens d'armes^ sans point d'arrest^ en alant devers 

10 Bourgongne. Mes li dus s'en vint devers le roy son 
frère, qui se tenoit à Vaus la Contesse en Brie, et là 
fu il un jour tant seulement dalés lui et puis s'en 
parti. Si esploita tant qu'il vint à Troies en Campa- 
gne^ et puis passa oultre et prist le chemin de Len- 

15 grès, et partout mandoit gens efibreiement. 

Et ja s'estoient cueilliet et pourveu li Bourghegnon 
grandement et mis en frontière contre les ennemis. 
Et là estoit li Archeprestres, sires de Chastielvillain, li 
sires de Vregi, li sires de Grantsi, li sires de Sombre- 

20 non^ li sires de Rougemont, et uns moult riches et haulz 
gentilz homs qui s'appelloit Jehans de Bourgongne, 
li sires d'Epoises, messires Hughes de Viane, li sires 
de Trichastiel et proprement li evesques de Lengres. 
Si furent encores li baron et li chevalier de Bourgon- 

25 gne moult resjoï, quant leurs sires fu venus. Si che- 
vaucièrent contre leurs ennemis, de quoi on disoit 
bien que il estoient* quinze cens lances, mais il n'osè- 
rent attendre^ sitost que il sentirent la venue dou dit 
duch et de ses gens. Si se retraisent arrière oultre le 

30 Rin; mais li Bourghegnon ne se faindirent mies d'en- 
trer en le conté de Montbliar et en ardirent une 
grant partie. 



i364] LIVRE PREMIER, § 528. i4K 

§ 528. Entrues que ceste chevaucie se fist en 
Bourgongne, eavoia li rois de France monsigneur 
Moriel de Tiennes son eonnestable et ses deux ma- 
reschaus^ monsigneur Boucicau et monsigneur Mou- 
ton de BlainviUe, et grant fuison de chevaliers et es- 5 
cuiers, par devant la Charité sus Loire, liquel y misent 
le siège, si tost comme il y furent venu, et le asse- 
gièrent d'un costé bien et fortement. Si aloient li 
compagnon^ pour leurs corps avancier, pries que tous 
les jours escarmucier à chiaus de dedens. Là y avoit 10 
des apertises d'armes faites pluiseurs. Et y tinrent le 
siège li dis connestables et li doi mareschal de France, 
sans point partir jusques adonc que li dus de Bour- 
gongne et la plus grant partie de ses gens, qui avoient 
chevaucie avoecques lui en le conté de Montbliar, 15 
furent tout revenu en France devers le roy et le trou- 
vèrent à Paris. 

Sitost que li dus de Bourgongne fu là revenus, li 
dis rois l'envoia à plus de mil lances devant la 
Charité. Ensi fu U sièges renforciés. Et se fist chiés 90 
de toutes ces gens d'armes li dus de Bourgongne. 
Et estoient bien li François à siège par devant la 
Charité plus de trois mil lances, chevaliers et es- 
cuiers. De quoi li pluiseur se aloient souvent en- 
venturer et escarmucier à chiaus de le garnison. Si S5 
en y avoit des navrés des uns et des aultres. Et là 
furent fait chevalier et levèrent banière, à une sallie 
que chil de le Charité lisent hors, messires Robers 
d'Alençon, filz au conte d'Âlençon qui demora à 
Creci, et messires Loeis d'Auçoirre, filz au conte 30 
d'Auçoirre et frères au conte d'Auçoirre qui là estoit 
presens. Si furent durement li compagnon de le 

▼I — 10 



146 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [f364] 

Charité apressé^ et se fuissent volentiers parti par 
composition se il peuissent; mes li dos de Boorgon- 
gne n'i voloit entendre, se il ne se rendoient sim- 
plement. 
5 En ce temps ^ estoit sus le marce d'Auvergne , 
messires Loeis de Navare qui destmisoit et ardoit 
ossi là à ce lés tout le pays^ et assambloit et prioit 
gens de tous eostés pour venir secourir ses gens de 
le Charité; car volentiers ewist levé le siège^ et avoit 

10 bien deux mil combatans. Et avoit li dis messires 
Loeis de Navare envoiiet en Bretagne devers mon<- 
signeur Robert CanoUe et monsigneur Gautier Huet 
et monsigneur Mahieu de Goumay et aucuns cheva- 
liers et escuiers qui là estoient dalés le conte de 

15 Montfort, en priant que il se volsissent prendre priés 
de lui venir servir^ et que sans Êiute il iroit com- 
batre les François qui gisoient assés esparsement de- 
vant la Charité. Chil chevalier d'Engleterre i desi- 
roient moult à aler; mès^ en ce temps ^ seoit 11 dis 

20 contes de Montfort devant le fort chastiel d'Auroy 
en Bretagne, que li rois Artus fist jadis fonder^ et 
avoit juré qu'il ne s'en partiroit si Taroit pris et con- 
quis à sa volenté. Avoech tout ce, il entendoit que 
messires Charles de Blois estoit en France et pour- 

25 cacfaoit devers le roi de France à avoir gens d'armes 
pour venir lever le siège et yaus combatre. Si np 
laissoit mies volentiers ces chevaliers et escuiers d'En- 
gleterre partir de lui^ car il ne savoit quel besongne 
il en aroit; mes en mandoit et en prioit tous les 

30 jours là où il en pensoit à avoir et à recouvrer^ tant 
en Engleterre comme en la ducé d'Aquitainne 



[1364] LIVRE PREMIER, § Sl9. 147 

< § 529. On voet bien dire et maintenir que cil qui 
estoient en garnison en le Charité sus Loire^ euissent 
eu fort temps; car li dus de Bourgongne^ qui tenoit 
par devant toute la fleiu* de le chevalerie de France, 
les avoit ja durement apressés et tolut le rivière^ que 5 
nulles pourveances ne leur pooient venir. Si en es- 
toient li compagnon durement esbahi; car messires 
Loeis de Navare^ où leur espérance de reconfort 
gisoity estoit retrès et s'en raloit en Normendie devers 
Chierebourch, par l'ordenance et avis dou roy son lo 
frère. Mes che que messires Charles de Blois estoit 
pour le temps dalés le roy de Franche son cousin^ et 
li remoustroit pluiseurs voies de raison où li rois se 
sentoit grandement tenus de lui aidier contre le conte 
de Montfort^ et Êiire le voloit^ si en chei trop bien à 15 
chiaus de le Charité sus Loire ; car^ ensi que je vous 
ay dit comment il estoient apressé, li rois de France^ 
pour deffîdre ce siège ^ afin que messires Charles de 
Blois euist plus de gens d'armes, manda au duch de 
Bourgongne son frère^ que il presist chiaus de le SO 
Charité en trettié et les laiast passer^ parmi tant qu il 
rendesissent le forterèoe et qu'il jurassent ossi solen- 
nelment que^ dedens trois ans, pour le fait dou roy 
de Navare ne s'armeroient. 

Quant li dus vei le mandement dou roy son fi^re, S5 
si fist remoustrer par ses maresehaus as chapitainnes 
de le Charité , le trettié par où il pooient venir et 
descendre à acord. Cil de le Charité^ qui se veoient 
en bien periUeus parti, y entendirent volentiers, et 
jurèrent solennelment à yaus non armer contre le 30 
royaume de France , le terme de trois ans. pour le 

fait dou roy de Navare. Parmi tant, on les laissa pai* 



148 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

sieulement partir; mais il n'enportèrent riens dou 
leur, et s'en alèrent la plus grant partie tout à piet, 
et passèrent parmi le royaume de France, sus le 
conduit dou duc de Bourgongne. Ensi reconquisent 

5 li François le ville de la Charité sus Loire , et y re- 
vinrent cil [et. celles'] de le nation qui vuidié en es- 
toient et ailleurs aie demorer; et se deffist li sièges, 
et retourna li dus de Bourgongne arrière en France, 
et en remena tous ses Bourghegnons, dont il avoit 

10 grant plenté. 

Or vous parlerons de monsigneur Charlon de 
Blois, comment il persévéra, et d'une grant assam- 
blée dé gens d'armes qu'il mist sus et amena en Bre- 
tagne, et de monsigneur Jehan de Montfort, comment 

15 il se pourvei ossi à l'encontre. 

§ 530. Li rois de France acorda à son cousin, mon- 
signeur Charle de Blois, que il euist de son royaume 
jusques à mil lances, et escrisi à monsigneur Bertran 
de Claiekin, qui estoit en Normendie, que il s'en 

20 alast.en Bretagne pour aidier et conforter monsigneur 
Charle de Blois contre monsigneur Jehan de Mont- 
fort. De ces nouvelles fu li dis messires Bertrans 
moult resjoïs, car il avoit toutdis tenu le dit monsi- 
gneur Charle pour son naturel signeur. Si se parti 

25 de Normendie à tout che que il avoit de Bretons et 
chevauça devers Tours en Tourainne pour aler en 
Bretagne. Et messires Boucicaus, mareschaus de 
France, s'en vint en Normendie en son lieu tenir le 
frontière. Tant esploita li dis messires Bertrans et 

1. Ms. B 4, îo 253 v«. — Ms. B 1, t. H, f» 193 t« (lacune). 



[1364] LIVRE PREMIER, § 530. 449 

se route que il vint à Nantes en Bretagne, et là 
trouva le dit monsigneur Charle et madame sa famé 
qui le rechurent liement et doucement, et lî sceu- 
rent très grant gré de ce qu'il estoit ensi venus. Et 
eurent là parlement ensamble, comment il se main- 5 
tenroient; car ossî y estoient lî grigneur partie- des 
barons de Bretagne, et avoient tout pourpos et affec- 
tion de aidier monsigneur Charle, et le tenoient 
tout à duc et à signeur. Et pour venir lever le siège 
de devant Auroy et combatre monsigneur Jehan de 10 
Montfort, ne demorèrent Ions jours que grant baron- 
nie et chevalerie de France et de Normendie vinrent, 
li contes d'Auçoirre, li contes de Joni, li sires de 
Friauville, lî sires de Prie, li Bèghes de Vellainnes et 
pluîseur bon chevalier et escuier, tout d'une sorte 15 
et droite gens d*armes. 

Ces nouvelles vinrent à monsigneur Jehan de Mont- 
fort qui tenoit son siège devant Auroy, que messires 
Charles de Blois faisoit grant amas de gens d'ai*mes, et 
que grant fuison de signeurs de France li estoient venu 20 
et venoient encores tous les jours, avoecques Tayde 
et confort qu'il avoit encores des barons, chevaliers et 
escuiers de la ducé de Bretagne. Sitost que messires 
Jehans de Montfort entendi ces nouvelles, il le se- 
gnefîa fîablement en la ducé d'Aquitainne as cheva- 25 
liers et escuiers d'Engleterre qui là se tenoient, et 
especialment à monsigneur Jehan Chandos, en lui 
priant chierement que à che grant. besoing il le vol- 
sist venir conforter et consillier, et que il apparoit 
en Bretagne uns biaus fais d'armes, auquel tout si- 30 
gneur, chevalier et escuier, pour leur honneur avan- 
chier, dévoient volentiers entendre. Quant messires 



150 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1304] 

Jehans Chandos se vei priiés si affectueusement dou 
conte de Montfort^ si en parla à son signeur le prince 
de Galles^ à savoir que bon en estoit à faire. Li prin* 
ces li respondi qu'il y pooit bien aler sans nul fourfet; 
5 car ja faisoient li François partie contre le dit conte 
en l'ocquison de monsigneur Gharle de Blois, et qu'il 
l'en donnoit bon congiet. 

De ces nouvelles fu li dis messires Jehans Chandos 
moult liés^ et se pourvei bien et grandement et pria 

10 pluiseurs chevaliers et escuiers de la ducé d'Acqui- 
tainnes; mes trop petit en alèrent avoecques lui, se il 
n'estoient Englès. Toutesfois il enmena bien deux 
cens lances et otant d'arciers, et chevauça tant parmi 
Poîto et Saintonge^ qu'il entra en Bretagne et vînt au 

15 siège devant Auroy. Et là trouva il le conte de Mont- 
fort qui le recheut liement et grandement, et fu moult 
resjoïs de sa venue : ossi furent proprement messires 
Oliviers de Cliçon^ messires Robers CanoUes et li aultre 
compagnon; et leur sambloit proprement et generau- 

so ment que nulz maulz ne leur pooit avenue puisqu'il 
avoient monsigneur Jehan Chandos en leur compa- 
gnie. Si passèrent le mer [hastivement *] d'Engleterre 
en Bretagne pluiseur chevalier et escuier qui desî- 
roient leurs corps à avancier et yaus combattre as 

S5 François, et vinrent par devant Auroy, en l'ayde dou 
conte de Montfort, qui tout les rechut à grant joie. 
Si estoient bien Englès et Breton^ quant il furent 
tout assamblé, seize cens combatans^ chevaliers et 
escuiers et gens d'armes^ et environ huit cens ou 

30 neuf cens arciers. 

1. Ms. B ,{0 254. ^ M«. B 1, t. II, P> m r» (lacune). 



[1364] LIVRE PREMIER, § 531. 151 

§ 531 • Nous revenrons à monsigneur Charle de 
Blois qui se tenoit en la bonne cité de Nantes et là 
Êiisoit son amas et son mandement de chevaliers et 
escuiers de toutes pars, là où il en pensoit à recou- 
vrer par priière, car bien estoit enfourmës^. que li 5 
contes de Montfort estoit durement fors et bien re- 
confortés d^Englès. Si prioit les barons^ les che- 
valiers et les escuiers de Bretagne^ dont il avoit 
eus et recheus les hommages, que il li vosissent ai- 
dier à garder et à deffendre son hyretage contre ses lO 
ennemis» Si vinrent des barons de Bretagne, pour lui 
servir et à son mandement^ li viscontes de Hohem^ li 
sires de Lyon, messires Charles de Dignant^ li sires 
de Rays, li sires de Rieus, li sires de Tournemine, li 
sires d'Ansenis, li sires de Malatrait, li sires de Kin- 15 
tin, li sires d'Avaugor, li sires de Rocefort, li sires de 
Gargoulé, li sires de Lohiac, li sires dou Pont et 
moult d'aultres que je ne puis mies tous nommer. Si 
se logièrent cil signeur et leurs gens en le cité de 
Nantes et ens es villages d'environ. Quant il furent 20 
tout assamblé, on les esma à vingt cinq cens lances 
parmi chiaus qui estoient venu de France. Si ne veu- 
rent point ces gens d'armes là faire trop lontain sé- 
jour, mais consillièrent à monsigneur Charle de Blois 
de chevaucier par devers les ennemis. 25 

Au département et au congiet prendre, madame la 
femme à monsigneur Charle de Blois dist à son mari, 
présent monsigneur Bertran de Claiekin et aucuns 
barons de Bretagne : ccMonsigneur, vous en aies def- 
fendre et garder mon hiretage et le vostre, car ce qui 30 
est mien est vostre, lequel messires Jehans de Mont- 
fort nous empeece et a empeechiet un grant temps à 



j 



152 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

tort et sans cause : ce set Dieus et li baron de Breta- 
gne qui chi sont comment j'en sui droite hiretière. 
Si vous pri chierement que, sus nulle ordenance ne 
composition ne trettié d'acort ne voeilliés descendre 
5 que li cdrps de la ducë ne nous demeure. » Et ses ma- 
ris li eut en couvent. Adonc se parti, et se partirent 
tout li baron et li signeur qui là estoient , et prisent 
congiet à leur dame qu'il tenoient pour duçoise. Si 
se aroutèrent et acheminèrent ces gens d'armes et 
10 ces hos par devers Rennes et tant esploitièrent qu'il 
y parvinrent. Si se logièrent dedens la cité de Rennes 
et environ et s'i reposèrent et rafreschirent, pour 
aprendre et mieulz entendre dou couvenant de leurs 
ennemis. 

15 § 532. Entre Rennes et Auroy, là où messires Je- 
hans de Montfort seoit, a huit liewes de pays. Si 
vinrent ces nouvelles au dit siège que messires Char- 
les de Blois approçoit durement et avoit la plus belle 
gent d'armes, les mieulz ordenés et armés que on 

20 euist onques mes veus issir de France. De ces nou- 
velles furent li plus des Englès qui là estoient, qui 
desiroient à combatre, tout joiant. Si commencièrent 
cil compagnon à mettre leurs armeures à point et à 
refourbir leurs lances, leurs daghes, leurs haces, leurs 

25 plates, haubregonsy hyaumes, bachinés, visières, es- 

pées et toutes manières de harnas, car bien pen- 

soient qu'il en aroient mestier et qu'il se combate- 

roient. Adonc se traisent en conseil les chapitainnes 

^ de l'hosty li contes de Montfort premièrement, mes- 

30 sires Jehans Chandos, par lequel conseil en partie il 
voloit user, messires Robers CanoUes, messages Us- 



[1364] LIVRE PREMIER, § 532. 153 

tasses d'Aubrecicourt^ messires Hues de Cavrelée^ 
messires Gautîers Hués^ messires Mahieus de Gour- 
nay et li aultre. Si regardèrent et considérèrent cil 
baron et cil chevalier, par le conseil de Tun et de 
Pautre et par grant avis, qu'il se retraîroient au ma-^ 5 
tin hors de leurs logeis, et prenderoient terre et place 
sus les camps y et là aviseroient de tous assens, pour 
mieus avoir ent le cognissance. Si fu ensi nonciet et 
segnefiiet parmi leur host que cescuns fust à l'ende- 
fnain appareilliés et mis en arroi et en ordenance de 10 
bataille y ensi que pour tantost combatre. Geste nuit 
passa : l'endemain vint, qui fu par un samedi, que li 
Englès et Breton d'une sorte issirent hors de leurs 
logeis et s'erf vinrent moult faiticement et ordenee- 
ment ensus dou dit chastiei d'Âuroy, et prisent place 15 
et terre et distrent et afiremèrent entre yaus que là 
attenderoient il leurs ennemis. 

Droitement ensi que entours heure de prime j 
messires Charles de Blois et toute sen host vinrent, 
qui s'éstoient parti le venredi apriès boire de la cité 20 
de Rennes, et avoient celle nuit jeu à trois petites 
liewes priés d'[Auroy]. Et estoient les gens à monst- 
gneur Charlon de Blois le mieus ordené et le plus 
faiticement et mis en milleur convenant que on 
peuist veoir ne deviser. Et chevauçoient si serré que 25 
on ne peuist jetter un estuef que il ne cheist sus 
pointe de glave, tant les portoient il proprement roi- 
des et contremont. De yaus veoir et regarder propre- 
ment , li Englès gens d'onneur y prendoient grant 
plaisance. Si se arrestèrent li François, sans yaUs des- 30 
royer, devant leurs ennemis, et prisent terre entre 
grans bruières; et fu commandé de par leur mares* 



i$4 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

chai que nulz n alast avant sans commandement ne 
fesist course, jouste ne empainte. Si se arrestèrent 
toutes gens d'armes^ et se misent en arroi et en bon 
couvenant ensi que pour tantos combatre^ car il 
5 n'esperoient aultre cose et en avoient grant désir. 

§ 533. Messlres Charles de Blois^ par le conseil 
de monsigneur Bertran de Ciaiekin, qui estoit là ans 
grans chiés et moult creus et aloses des barons de 
Bretagne^ ordonna ses batailles, et en fîst trois et 

10 une arrière garde. Et me samble que messires Ber- 
trans eut le première, avoecques grant fuison de bons 
chevaliers et escuiers de Bretagne. La seconde eurent 
li contes d'Auçoirre et li contes de Joni, avoecques 
grant fuison de bons chevaliers et escuiers de France. 

15 Et la tierce eut et la grigneur partie messires Charles 
de Bloisy et en sa compagnie pluiseurs haus barons de 
Bretagne. Et estoient dalés lui li viscontes de Rohem, 
li sires de Lyon, li sires d?Avaugor, messires Charles 
de Dignant, li sires d'Ansenis, li sires de Malatrait et 

20 pluiseur aultre. En l'arrière garde estoient li sires de 
Rais, li sires de Rieus, li sires de Tournemine, li sires 
dou Pont et moult d'aultres bons chevaliers et es- 
cuiei^, et avoit en çascune de ces batailles bien mil 
combatans. lit aloit messires Charles de Blois de ba- 

25 taille en bataille amonester et priier çascun moult 
bellement et doucement, qu'il volstssent estre loyal 
et preudomme et bon combatant; et retenoit sus 
s'ame et sa part de paradys, que ce seroit sus son 
bon et juste droit que on se combateroit. Là K 

30 avoient tout en couvent li un par l'autre que si bieki 
s'en acquitteroient qu'il leur en saroit gré. Or vous 



[i364] LIVRE PREMIER, g ^34. i5S 

parlerons dou couvenant des Englès et des Bretons 
de Fautre costé, et comment il ordoimèrent leurs ba- 
tailles. 

§ 534* Messires Jehans Chandos^ qui estoit chapi- 
tains et souverains regars dessus yaus tous^ quoique 5 
li contes de Montfort en fust chiés^ car li rois d'En- 
gleterre li avoit ensi escript et ossi mandé que sou- 
verainnement et especialment il entendestst as be- 
songnés de son fil^ que bien tenoit pour fil^ car i) 
avoit eu sa fille par Cause de mariage^ estoit devant 10 
aucuns barons et chevaliers de Bretagne qui se te^ 
noient dalés monsigneur Jehan de Montfort^ et avoit 
bien imaginé et considéré le couvenant des François^ 
lequel en soi meismes il prisoit dur^nent et ne s'en 
peut taire. Si dist : « Se Diex m'ayt^ il appert hui 15 
que toute fleur d'onneur et de chevalerie est par 
delà, avoecques grant sens et bonne ordenance« )» Et 
puis dist tout en haut as chevaliers qui oïr le peu- 
rent : « Signeur^ il est heure que nous ordenons 
nos batailles^ car nostre ennemi nous en donnent so 
exemple. » Cil qui Poirent, respondirent : < Sire, 
vous dittes veritë, et vos estes ckî nos mestres 
et nos consilliers : si en ordenés à rostre entente > 
car dessus vous n'i ara point de regart, et si sa- 
vés mieuls tous seuls comment tel cose se doit main- 35 
tenir que nous ne faisons entre nous aultres. » 

Là fîst lidis messires Jehans Qiandos trois batailles 
et une aiTÎère garde, et mist en la première monsigneur 
Robert Canolle, monsigneur Gautier Huet et monsi- 
gneur Richart Burlé; en la seconde^ monsigneur 30 
Olivier de Qiçon, monsigneur Eustasse de Aubreci- 



ir)6 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4364] 

court et monsigneur Mahieu de Gournây. La tierce 
il ordonna au conte de Montfort, et demora dalés 
lui; et avoit en çascune bataille cinq cens hommes 
d'armes et trois cens arcîers. Quant ce vint sus le 

5 arrière garde, il appella monsigneur Hue de Cavrelée 
et li dist ensi : « Messire Hue, vous ferës l'arrière 
garde et ares cinq cens combatans desous vous en 
vo route, et vous tenrés sus èle, et ne vous mouverés 
de vostre pas, pour cose qui aviegne, se vous ne veés 

10 le besongne que nos batailles branlent ou ouvrent par 

aucune aventure; et là où vous les verés branler ou 

ouvrir, vous vos trairésetles reconforterés et rafreschi- 

rés : vous ne poés faire aujourd'ui milleur esploit. » 

Quant messires Hues de Cavrelée entendi monsigneur 

15 Jehan Chandos, si fu tous honteus et moult courou- 
ciés. Si dist : « Sire, sire, bailliés vostre arrière garde 
à un aultre qu'à moy, car je ne m'en quier ja enson- 
niier, » Et puis dist encor^s ensi : « Chiers sires, en 
quel manière ne^estat m'avés vous desveu que je ne 

20 soie ossi bien tailliés de moy combatre tout devant 
et des premiers c'uns aultresV » Dont respondi messi- 
res Jehans Chandos moult aviseement et dist ensi : 
« Messire Hue, messire Hue, je ne vous establis mies 
en l'arrière garde pour cose que vous ne soiiés uns 

25 des bons chevaliers de nostre compagnie. Et sçai 
bien et de vérité que très volentiers vous combate- 
riés des premiers; mais je vous y ordonne pour tant 
que vous estes uns sages et avisés chevaliers, et se 
convient que li uns y soit et le face. Si vous pri chic- 

30 rement que vous le voelliés faire. El je vous ai en 
couvent que, se vous le faites, nous en vaurrons 
mieulz, et vous meismes y acquerrés haulte honneur. 



[1364] LIVRE PREMIER, S ^35. 157 

Et plus avant je vous prommeth que toute la pre- 
mière requeste dont vous me prières je le feray et y 
descenderai. » 

Nientmains, pour toutes ces paroUes^ li dis messi- 
res Hues ne s'i voloit acorder et tenoit et aSremoit 5 
ce pour son grant blasme^ et prioit pour Dieu et à 
jointes mains que on y mesîst un aultre^ car brief- 
ment il se voloit combatre tous des premiers. De ces 
paroUes et responses estoit messires Jehans Chandos 
si courouciés que priés sur le point de larmiier; si 10 
dist encores moult doucement : « Messire Hue, ou il 
fault que vous le faciès ou je le face. Or regardés le- 
quel il vault mieulz. » Adonc s'avisa li dis messires 
Hues et fu à ceste darrainne parolle tous confus, si - 
dist : a Certes, sire, je sçai bien que vous ne me 15 
requeriés de nulle cose qui tournast à men deshon- 
neur, et je le ferai volentiers puisqu'ensi est. » Adonc 
prist messires Hues de Cavrelée ceste bataille qui 
s'appelloit arrière garde, et se trest sus les camps ar- 
rière des autres sus èle, et se mist en bonne orde- 20 
nance. 

§ 535. Ensi, ce samedi, au matin, qui fu le huitime 
jour dou mois de octembre l'an mil trois cens sois- 
sante quatre, furent ces batailles ordenées les unes 
devant les aultres ens uns biaus plains, assés priés 25 
d'Auroi en Bretagne. Si vous di que c'estoit moult 
belle cose à veoir et à considérer, car on y veoit ba- 
nières, pennons parés et armoiiés de tous costés 
moult richement. Et par especial li François estoient 
si souflissamment et si faiticement que c'estoit uns 3o 
grans déduis dou regarder. 



iM GHROIVIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

Or VOUS di que, entrues qu'il ordonnoient et avi- 
soient leurs batailles et leurs besongnes, H sires de 
Biaumanoir, uns grans barons et riches de Bretagne, 
aloit de l'un à l'autre, traittiant et pourparlant de la 

6 pais ; car volentiers l'i euist veu, pour les périls es- 
kiewer, et s'en ensonnioît de bonne manière, et le 
laissoient li Englès et li Breton de Montfort aler et 
venir et parlementer à monsigneur Jehan Chandos 
et au conte de Montfort, pour tant qu'il estoit, par 

10 foy fiancie, prisonniers par devers yaus, et ne se 
pooit armer. Si mist ce dit samedi maint pourpos et 
tamainte pareçon [avant*], pour venir à pais; mais nulle 
ne s'en list, et detria la besongne, toutdis alant de 
l'un à l'autre, jusques à nonne; et par son sens il im- 

15 petra des deux parties un certain respît pour le jour et 

le nuit ensievant jusques à l'endemain à soleil levant* 

Si se retraist çascuns en son logeis ce samedi, et se 

aisièrent de ce qu'il eurent :il avoient assés de quoi. 

Ce samedi au soir^ issi li chastelains d'Auroi de sa 

20 garnison, pour tant que li respis couroit de toutes par- 
ties, et s'en vint paisieulement en l'ost de monsigneur 
Charle de Blois, son mestre, qui le rechut liement. [Si 
appelloit on le dit escuier Henry de Sauternelle^ appert 
homme d'armes durement, et enmena*] en se com- 

25 pagnie quarante lanches de bons compagnons, tous 
armés et bien montés, qui li avoient aidiet à garder 
la forterèce. Quant messires Charles de Blois vei son 
chastelain, se li demanda tout en riant de l'estat dou 
chastiel. a En nom Dieu^ dist li dis chastelains, mon- 



1. Ms. B 4, fo 256. — Ms. B 1, t. II, fo 197 ilacime) 

2. M». B k, f» 256 — Ms. B 1, t. II, f« 197 (lacune). 



[1364] LIVRE PREMIER, S ^^^' ^^^ 

signeur, Dieu merci^ si sommes encores bien pourveu 
pour le tenir deux mois ou trois^ se il se besongne. » 
— « Hem*iy Henri^ respondi messires Charles, demain 
dou jour serés vous délivrés de tous poins, ou par 
acort de pais ou par bataille. » *-* « Sire^ oe dist 11 es- 5 
cuiers^ Diex y ait part !» — « Far ma Soy^ Henri, dist 
messires Charles, qui reprist encores la parolle, par 
la grasce de Dieu^ j'ai en ma compagnie jusques à 
▼ingt cinq cens hommes d'armes, de ossi bonne es- 
toffe et [ossi*] appareilliés d'yaus acquitter, qu'il en 10 
y ait nulz ou royaume de France. » •— « Monsigneur^ 
respondi li escuiers, c'est uns grans avantages : si en 
devés loer Dieu et regraoiier grandement^ et ossi 
monsigneur Bertran de Claiekin et les barons de 
France et de Bretagne, qui vous sont venu servir si 15 
courtoisement. i> 

Ensi se esbatoit de paroltes li dis messires Charles 
de Blois à ce Henri, et dont à l'un et puis à l'autre, 
et passèrent ses gens celle nuitie moult aisiement. 
Ce soir fu priiés moult affectueusement messires ao 
Jehans Chandos d aucuns Ënglès, chevaliers et es«* 
cuters, qu'il ne se vosist mies assentir à la pais de 
leur signeur et de monsigneur Charle de Blois^ car il 
avoient tout aleuet et despendu: si estoient povre. Si 
voloient par bataille ou tout parperdre ou recouvrer. » 
Et messires Jéhans Chandos leur eut en couvent. 

§ 536. Quant ce vint le dimenœ au matin, cescuns 
en son host se apparilta, vesti et arma. Si dist on 
pluiseurs messes en Tost monsigneur Charle de Blois, 

1. Ms. B 3, f> 369 t^. — BIss. B 1 et B4 (bcunt^ 



i60 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

et se acumenia qui acumeniier se veult. Et ossi fisent 
il en tel manière en Tost dou conte de Montfort. Un 
petit apriès soleil levant, se retraist cescuns en se 
bataille et en son arroi^ ensi qu'il avoient esté le jour 
5 devant. 

Assés tost apriès^ revint li sires de Biaumanoir, 
qui portoit les trettiés et qui volentiers les euist 
acordés^ se il peuist. Et s'en vint premiers^ à che- 
vauçant, devers monsigneur Jehan Chandos, qui issi 

10 de se bataille si tretost comme il le vei, et laissa le 
-conte de Montfort dalés qui il estoit, et s'en vint sus 
les camps parler à lui. Quant li sires de Biaumanoir 
le \eiy si le salua moult haultement et li dist : a Mes- 
sire Jehan, msssire Jehan ^ je vous pri, pour Dieu, 

15 que nous mettons ces deux signeurs à acord; car ce 
seroit trop grans pités, se tant de bonnes gens comme 
il y a ci, se combatoient pour leurs oppinions aidier 
à soustenir. » 

Âdonc respondi messires Jehans Chandos tout au 

so contraire des paroUes qu'il avoit mis avant le nuit 
devant, et dist : « Sire de Biaumanoir, je vous prî, 
ne chevauciés meshui plus avant; car nos gens dient 
que, se il vous poeent enclore entre yaus, il vous 
occiront. Avoech tout ce, dites à monsigneur Charle 

26 de Blois, que, [comment qu'il en aviengne*], mes- 
sires Jehans de Montfort se voet combatre et issir de 
tous trettiés de pais et d'acort, et dist [ensi que au- 
jourd'ui*] il demorra dus de Bretagne par bataille, ou 
il morra en le painne; » Quant li sires de Biaumanoir 



1. Ms. A 8, f° 257. — Mss. B (lacune). 

2. Ms. B k, fo 256 v«. •— M». B 1, t. U, £« 197 (lacune). 



[1364] LIVRE PREMIER, S ^^36. 461 

entendi mpnsigneur Jehan Chandos ensi parler, si 
s'enfelleni et fu moult courouciés^ et dist : <c Chandos^ 
Chandos^ ce n'est mies li intention de monsigneur 
qu'il n'ait plus grant désir de combatre que messires 
Jehans de Montfort^ et ossi ont toutes nos gens. » A 5 
ces parolles il se parti , sans plus riens dii'è, et re- 
tourna devers monsigneur Charle de Blois et les ba- 
rons de Bretagne qui l'attendoient. 

D'autre part, messires Jehans Chandos se retraist 
devers le conte de Montfort qui li demanda : a Com- 10 
ment va la besongne? que dist nostre adversaire? » 
— « Qu'il dist? respondi messires Jehans Chandos. 
Il vous mande par le signeur de Biaumanoir^ qui 
tantost se part de ci, qu'il se voet combatre^ com- 
ment qu'il soit^ et demorra dus de Bretagne^ 15 
ou il mourra en le painne. » Et tèle response fist 
adonc messires Jehans Chandos pour encoragier, 
plus encores qu'il ne fust, son dit signeur le conte 
de Montfort. Et fu la fins de la paroUe monsigneur 
Jehad Chandos qu'il dist : « Or regardés que vous en 20 
volés faire^ se vous vos volés combatre ou non. » — 
« Par monsigneur saint Jorge, dist messires Jehans 
de Montfort^ oïl; et Diex voeiUe aidier le droit: 
faites avant passer nos banières et nos arciers. » Et 
il si fisent. 25 

Or vous dirai dou signeur de Biaumanoir qui 
dist à monsigneur Charle de Blois : a Sire, sire, par 
monsigneur saint Yve, je ay oy la plus grosse pa- 
roUe de monsigneur Jehan Chandos, que je oïsse, 
grant temps a; car il dist que li contes de Montfort 30 
demorra dus de Bretagne et vous moustera aujour- 
•d'ui que vous n'i avés nul droit. » De ceste paroUe 

VI — i 1 



162 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

mua couleur messires diarles de Blois^ et respondi : 
c Dou droit soit hui en Dieu qui le scet, et ossi font 
li baron de Bretagne. » Adonc fist il avant passer 
banières et gens d'armes^ ou nom de Dieu et de 
5 saint Tve* 

§ 537. Un petit devant heure de prime, se appro- 
cièrent les batailles^ de quoi ce fu très belle cose à 
regarder, si com je l'oy dire chiaus qui y furent et qui 
veu les avoient, car li François estoient ossi serré et 

10 ossi joint que on ne peuist mies jetter une pomme 
que elle ne cheist sus un bachinet ou sus une lance. 
Et portoit cescuns homs d armes son glave droit de 
vaut lui, retaillé à le mesure de cinq pies, et une bace 
forte, dure et bien acérée, à courtes mances , à son 

15 costé ou sus son col. Et s'en yenoient ensi tout bel- 
lement le pas, cescuns sires en son arroi et entre ses 
gens, et sa banière ou son pennon devant lui, avises 
de ce qu'il devoit faire. Et d'autre part ossi, li En- 
glès estoient très faiticement et très bien ordonné. 

20 Si se assamblèrent premièrement la bataille monsi- 
gneur Berlran de Claiekin et li Breton de son lés, à le 
bataille monsigneur Robert CanoUe et monsigneur 
Gautier Iluet, Et misent li signeur de Bretagne, cil 
qui estoient d'un lés et de l'autre, les banières des 

25 deux signeurs qui s'appelloient dus, l'un contre l'au- 
tre, et les aultres batailles se assamblèrent ensi par 
grant ordenance Tun contre l'autre. Tjà eut de pre- 
miers encontres grans bouteis et esteceîs de lances et 
fort estour et dur. Bien est vérités que li arcier traii- 

30 rent de commencement; mes leurs très ne greva 
noient as François, car il estoient trop bien armet et 



£1364] UVRB PRBtilER, S ^^7. 163 

fort, et ossi bien paveschiet contre le tret. Si jettèrent 
cil arcier leurs ars jus, qui estoient fort compagnon, 
able et legier, et se boutèrent entre les gens d'armes 
de leur costé^ [et puis s'en vinrent à ces Franchois qui 
portoient ces haces. Si se aherdirent à iaulx de grant 5 
volenté*], et tollirent de commencement aspluiseurs 
leurs haces^ de quoi il se combatîrent depuis bien et 
faiticement. Là eut fait tamaintes . grans apertises 
d'armes, mainte luitte, mainte prise et mainte res- 
cousse; et sachiés qui estoit cheus à terre^ c'estoit 10 
fort dou relever, se il n'estoit trop bien secourus. 

La bataille monsigneur Charle de Blois s'adreça droi- 
tement à le bataille monsigneur Jehan de Montfort^ 
qui estoit forte et espesse. £n se compagnie et en se 
bataille estoient li viscontes de Rohem, li sires de 15 
Lyon, messires Charles de Dignant, li sires de Kin- 
tin, li sires d*Ânsenis et li sires de Rocefort, et ces- 
cuns sires se banière devapt lui. Là eut, je vous di, 
dure bataille, et grosse et bien combatue, et furent 
cil de Montfort de commencement durement rebouté. 20 
Mes messires Hues de Cavrelée, qui estoit sus èle et 
qui avoit une belle bataille et de bonnes gens, venoit 
à cel endroit où il veoit ses gens branler^ ouvrir ou 
desclore, et les reboutoit et mettoit sus par force 
d'armes. Et ceste ordenance leur valli trop grande* 25 
ment; car sitos qu'il avoit les foulés remis sus^ et il 
veoit une aultre bataille ouvrir ou branler, il se 
traioit celle part et les reconfortoit par tèle manière 
comme il est dit devant. 

. 1. M», B ï, (' 257. — Ms. B 1, t. If, fo 193 v» (lacune} 



164 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

§ 538. D*autre part, se combatoient messires Oli- 
viers de Cliçon, messires Ëustasses ^'Aubrecicourt^ 
messires Richars Burlé^ messires Jehans Boursiers^ 
messires Mahieus de Gournay et pluiseur aultre bon 
5 chevalier et escuier, à le bataille dou conte d'Au- 
çoirre et dou conte de Joni, qui estoit moult grande 
et moult grosse et moult bien estoffée de bonnes 
gens d'armes. Là eut fait ossi mainte belle apertise 
d'armes, mainte prise et mainte rescousse. Là se 

10 combatoient François et Bretons, d'un lés, moult vail- 
lamment et très kardiement des haces qu'il portoient 
et qu'il tenoient. 

Là fu messires Charles de Blois durement bons 
chevaliers et qui vaillamment et hardiement se com- 

15 bâti et assambla à ses ennemis de grant volenté. 
Et ossi y fu bons chevaliers ses aversaires li contes 
de Montfort : cescuns y entendoit ensi que pour li. 
Là estoit li dessus dis messires Jehans Chandos, qui 
y faisoit trop grant fuison d'armes; car il f u à son 

20 temps fors chevaliers et hardis durement et resson- 
gniés de ses ennemis, et en bataille sages et avisés et 
plains de grant ordenance. Si consilloit le conte de 
Montfort ce qu'il pooit et le adreçoit à entendre, à 
reconforter ses gens et li disoit : « Faites ensi et ensi, 

25 et traiiés vous de ceste part et d'autre. » Li jones 
contes de Montfort le creoit et ouvroit volentiers 
par son conseil. 

D'autre part, messires Bertrans de Claiekin, li sires 
de Tournemine, li sires d'Avaugor, li sires de Rais, 

30 li sires de Rieus, li sires de Lohiac, li sires de Gar- 
goulé, li sires de Malatrait, li sires dou Pont et li 
sires de Prie et tamaint bon chevalier et escuier de 



[4364] LIVRE PREMIER, § 538. 4 60 

Bretagne et de Normendie, qui là estoient dou costé 
monsigneur Charlon de Bloîs, se combatoient moult 
vaillamment, et y fisent mainte belle apertise d'ar- 
mes, et tant se combatirent que toutes ces batailles 
se recueillièrent ensamble, excepté li arrière garde 5 
des Englès, dont messires Hues de Cavrelée estoit 
chiés et souverains. Geste bataille se tenoit toutdis 
sus èle, et ne s'ensonnioit d'autre cose fors de ra- 
drecîer et mettre en conroy les leurs qui branloient 
ou qui se desconfisoient. 10 

Entre les autres chevaliers englès et bretons, mes- 
sires Oliviers de Cliçon y fu bien veus et avisés qu'il 
y fist merveilles d'armes de son corps, et tenoit une 
hace dont il ouvroit et rompoit ces presses, et ne 
Tosoit nuls approcier. Et se embati, tèle fois fu, si 15 
avant qu'il fu en grant péril, et y eut moult à faire de 
son corps en le bataille dou conte d'Auçoirre et dou 
conte de Joni. Et trouva durement fort encontre sur 
lui, tant que d'un cop d'une hace il fu férus en tra-, 
vers, qui li abati le visière de son bacinet, et li en- 20 
tra li pointe de le hace en l'ueil, et l'en eut depuis 
crevet ; mais pour ce ne demora mies que il ne fust 
encores très bons chevaliers. Là se recouvroient ba- 
tailles et banières, qui une heure estoient tout au 
bas, et tantost par bien combatre se remettoient sus, 25 
tant d'un lés comme de l'autre. 

Entre les aultres chevaliers, fu messires Jehans Chan- 
dos très bons chevaliers, et vaillamment s'i combati, 
et tenoit une hace dont il donnoit les horions si grans 
que nulz ne l'osoit approcier; car il estoit grans che- 30 
valiers et fors et bien fourmes de tous membres. Si 
s'en vint combatre à le bataille le conte d'Auçoirre et 



i66 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i364] 

des François, et là eut fait mainte belle apertise d^ar- 
mes. Et par force de bien combatre il rompirent et 
reboutèrent ceste bataille bien avant ^ et le misent à 
tel meschief que briefment elle fu desconfîte^ et toutes 
5 les banières et li pennon de eeste bataille jettes par 
terre, rompus et deschirés^ et li sîgneur mis et con- 
tourné en grant meschief; car il n'estoient aîdië ne 
conforté de nul costé^ mais estoient leurs gens tous 
ensonniiés d'yaus deOendre et entendre au combatre. 

10 Au voir dire, quant une desconliture vient, li des- 
confi se descoùfîsent et esbahissent de trop peu , et 
sus un cheu, il en chiet trois^ et sus trois, dix, et sus 
dix, trente, et pour dix, se il s^enfuient, il s'enfuient 
cent. Ensi fu de ceste bataille d'Auroy. Là crioient et 

15 escrioient cil signeur et leurs gens qui estoient dalés 
yaus, leurs ensengnes et leurs cris : de quoi li aucun 
estoient oy et reconforté, et li aucun non, qui es- 
toient en trop grant presse ou trop en sus de leurs 
gens. Toutesfois li contes d'Auçoirre, par force d'ar- 

20 mes, fa durement navrés et pris desous le pennon 
de monsigneur Jehan Chandos et fîanciés prisons, et 
li contes de Joni ossi, et occis li sires de [T]rie, uns 
grans banerès de Normendie, et pluiseur bon cheva- 
lier et escuier de Normendie. 

25 § 539. Encores se combatoient les aultres batailles 
moult vaillamment, et se tenoient li Breton en bon 
convenant. Et toutesfois, à parler loyaument d'armes, 
il ne tinrent mies si bien leur pas ne leur arroi, ensi 
qu'il apparu, que lisent li Englès et li Breton don 

30 costé le conte de Montfort, et trop grandement leur 
valli ce jour celle bataille sus èle de monsigneur Hue 



[1364] LIVRE PREMIER, § 539. 467 

de Cavrelée. Quant li Englès et li Breton de Mont- 
fort veîrent ouvrir et branlet* les François, si se con- 
fortèrent entre yaus moult grandement, et eurent 
tantost li pluiseur leur chevaus appareilliés; si mon- 
tèrent et eommeneièrent à cacier fort et vistement. 5 

Adonc se parti messires Jehans Chandos et une 
grant route des siens, et s^en vinrent adrecier sus 
le bataille monsigneur Bertran de Claiekin, où on 
faisoit merveilles d'armes, mais elle estoit ja ouverte, 
et pluiseur chevalier et escuier mis en grant mes- 10 
chief. Et encores le furent il plus, quant une grosse 
roule d'Englès et messires Jehans Chandos y sour- 
vinrent. Là eut donqé tamaint pesant horion de ces 
haces, et fendu et effondré tamaint bachinet, et maint 
homme navré et mort. Et ne peurent, au voir dire, 15 
messires Bertrans ne li sien porter ce fais. Si fu là 
pris li dis messires Bertrans de Claiekin d'un escuier 
englès desous le pennon à monsigneur Jehan Chan- 
dos. En celle presse, prist et fiança pour prisonnier li 
dis messires Jehans Chandos un baron de Bretagne ao 
qui s'appelloit le signeur de Rays, hardi chevalier 
durement* 

Apriès ceste grosse bataille des Bretons rompue, 
la ditte bataille fu ensi que desconflte. Et perdi- 
rent li aultre tout leur arroy, et se misent en fuite, 25 
cescuns au mieulz qu'il peut, pour lui sauver, 
excepté aucun bon chevalier et escuier de Bretagne, 
qui ne voloient mies laissier leur signeur monsigneur 
Charlon de Blois, mes avoient plus chîer à morir que 
reprocie lor fust fuite. Si se recueillièrent et ralliiè- 30 
rent autour de lui et se combatirent desous se ba- 
nière depuis moult vaillamment et très asprement, et 



168 amONIQUES D£ J. FROISSART. [1364] 

là eut fait tamainte grant apertise d'armes. Et se tin- 
rent inessires Charles de Blois et ehil qui dalés lui 
estoîent, une espasse de temps, en yaus deffendant 
et combatant; mes fînablement il ne se peurent tant 
5 tenir qu'il ne fuissent ouvert et desroutet par force 
d'armes, car la plus grànt partie des Englès conver- 
soient celle part. 

Là fu la banière à monsigneur Gharle de Blois 
conquise et jettée par terre, et cils ochis qui le 

10 portoit. Là fu occis en bon convenant li dis messires 
Charles de Blois, le viaire sus ses ennemis, et uns 
siens filz bastars qui s'appelloit messires Jehans de 
Blois, et pluiseur aultre chevalier et escuier de Bre- 
tagne. Et me samble que il avoit ensi esté ordené 

15 et pourparlé en Post des Eqglès, au matin, que, 
se on venoit au dessus de le bataille et que messires 
Charles de Blois fust trouvés en le place^ on ne le de- 
voit prendre à nulle raençon, mes occire. Et ensi, en 
cas samblable, li François et li Breton avoîent or^ 

20 donné de monsigneur Jehan de Montfort, car en ce 
jour il voloîent avoir fin de guerre. Là eut, quant 
ce vint à le cache et à le fuite, grant mortalité, grant 
occision et gfant desconfiture, et tamaint bon che- 
valier et escuier pris et mis en grant meschief. 

25 Là fu toute la fleur de la bonne chevalerie de Bre- 
tagne pour le temps et pour le journée morte ou prise, 
car moult petit de gens d'onneur escapèrent, qui ne 
fuissent mort ou pris. Et par especial des banerès de 
Bretagne y demorèrent mort messires Charles de Di- 

30 gnant, li sires de Lyon, li sires d'Ansenis, li sires 
d'Avaugor, li sires de LohiaCi li sires de Garçoulé, li 
sires de Malatrait, li sires dou Pont et pluiseur aultre 



[1364] LIVRE PREMIER, § 540. 169 

chevalier et escuier que je ne puis mies tous nom- 
mer; et pris li viseônles de Rohem, messires Guis de 
Lyon, li sires de Rocefort, li sires de Rays, li sires de 
Rieus, li sires de Tournemine, messires Henris de 
Malalrait, messires Oliviers de Mauni, li sires de Ri- 5 
ville, li sires de Friauville, li sires d'Ainneval et plui- 
seur aultre de Normendie, et pluiseur bon chevalier 
et escuier de France avoecques le conte d'Auçoirre 
et le conte de Joni. 

Briefment à parler, ceste desconfîture fu moult 10 
grande et moult grosse, et grant fuison de bonnes 
gens y eut mors, tant sus les camps comme en le 
cache, car elle dura huit liewes dou pays, d'Auroy 
jusques moult priés de Rennes. Si avinrent là en 
dedens tamaintes aventures, qui toutes ne vinrent 15 
mies à congnissance. Et y eut aussi maint homme 
mort et pris et recreu sus les camps, ensi que li au- 
cun escheoient en bonnes mains, et qu'il trouvoient 
leurs mestres courtois. Ceste bataille fu assés priés 
d'Auroy en Bretagne, Tan de grasce Nostre Signeur 20 
mil trois cens soissante quatre, le neuvime jour dou 
mois de octembre. 

§ 540. Apriès la grande desconfîture, si com vous 
avés oy, et la place toute délivrée, li chief des si- 
gneurs, Englés et Breton d'un lés, retournèrent et 25 
n^entendirent plus au cachier, mes en laissiérent con- 
venir leurs gens. Si se traisent d'un lés li contes de 
Montfort, messires Jehans Chandos, messires Robers 
CanoUes, sgiessires Eustasses d'Aubrecicourt, messires 
Mahieus de Goumay, messires Jehans Boursiers, 30 
messires Gautiers Hués, messires Hues de Cavrelée, 



170 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

messires Richars Burlé, messires Richars Tanton et 
pluiseur aultre. Et s'en vinrent ombriier dou lonch 
d'une haie, et se commencièrent à désarmer^ car il 
veirent bien que la journée estoit pour yaus. Si misent 

5 li aucun leurs banières et leurs pennciis à celle haie, 
et les armes de Bretagne tout hault sus un buisson ^ 
pour ralloiier leurs gens. Âdonc se traisent messires 
Jehans Chandos, messires Robers CanoUes, messires 
Hues de Cavrelée et aucun chevalier devers monsi* 

10 gneur Jehan de Montfort, et li disent tout en riant : 
« Sires ^ loés Dieu et si faites bonne chîère, car vous 
avés hui conquis l'iretage de Bretagne. » Il les enclina 
moult doucement, et puis parla que tout l'oïrent : 
€< Messire Jehan Chandos, ceste bonne aventure m'est 

16 hui avenue par le grant sens et proèce de vous, et 
se le sçai je de vérité, ossi le scèvent tout chilqui 
chi sont : si vous pri, buvés à mon hanap. » Âdonc 
li tendi un flascon [plain *] de vin où il avoit beu, pour 
lui rafreschir, etdist encores en lui donnant : « Avoec- 

20 ques Dieu, je vous en doi savoir plus de gré que à 
tout le monde. » En ces paroUes revint li sires de 
Cliçon, tous escaufés et enflâmes, et avoit moult lon- 
gement poursievis ses ennemis : à painnes s'en estoit 
il peus partir, et ramenoient ses gens grant fuison de 

25 prisonniers. Si se retraist tantost par devers le conte 
de Montfort et les chevaliers qui là estoient, et dcs- 
cendi de son coursier; si s'en vint esventer et rafres- 
chir dalés yaus. 

Enlrues que li contes de Montfort et li chevalier 

30 estoient en cel estât, revinrent doi chevalier et doi 

1. Ms. B 4, f» 258 To. — Ms. B 1, t. Il, P> 201 Ga^une). 



[1364] LIVRE PREMIER, S 5^^. *7i 

hiraut qui avoient chercié les mors, pour savoir que 
messires Charles de Blois estoit devenus, car il n'es- 
toient point certain se il estoit mors ou non. Si 
disent ensi tout en hault : « Monsigneur, faites bonne 
chière, car nous ayons veu vostre adversaire, messire 5 
Charle de Blois, mort. «> A ces parolles se leva li 
contes de Montfort, et dist qu'il le voloit aler veoîr 
et que il avoit désir de le veoir otant bien mort que 
vif. Si s'en alèrent avoecques lui li chevalier qui là es- 
toient. Quant il furent venu jusques au liu où il gisoit, 10 
tournés d^une part et acouvers d'une targe, il le fist 
descouwir, et puis le regarda moult piteusement, et 
pensa une espasse, et puis dist : a Ha ! monsigneur 
Charle, monsigneur Charle, biaus cousins, com par 
vostre oppinion maintenir sont advenu en Bretagne 15 
maint grant meschief ! Se Diex m'ayt, il me desplaist 
quant je vous trueve ensi, se estre peuist aultrement. » 
Et lors commença à larmiier. Adonc le tira arrière 
messires Jehans Chandos et li dist : « Sire, sire, 
partons de ci et regracions Dieu de le belle aventure 20 
que vous avés, car sans le mort de cesti -ne poiés 
vous venir à Tiretage de Bretagne. » Adonc ordonna 
li contes que messires Charles de Blois fust portés à 
Ghingant, et il le fu incontinent, et là ensepelis 
moult reveramment, liquels corps de li saîntefia par 25 
le grasce de Dieu, et le appelle on saint Charle, et 
le approuva et canonnisa papes Urbains V**, qui re- 
gnoit pour le temps, car il faisoit et fait encor en 
Bretagne tous les jours maint grant et biel miracle. 



30 



§ 541 . Apriès ceste ordenance^ et que li mort fu- 
rent desvestî et que leurs gens furent retourné de le 



172 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

cache, il se retraisent devers leurs logeis dont au 
. matin il s'estoienl parti. Si se desarmèrent et puis se 
aîsièrent de ce qu'il eurent, il avoient assés de quoi, 
et entendirent à leurs prisonniers. Et fisent remuer 
5 et apparillier les navrés et les blechîés, et leurs gens 
meismes qui esloient navret et blechiet fisent il rap- 
pareillier et remettre à point. 

Quant ce vint le lundi au matin, li contes de 
Montfort fist à savoir, sus le pays, à^chiaus de la cité 
10 de Rennes et des villes environ, qu'il donnoit et 
acordoit triewes trois jours pour recueillîer les mors 
dessus les camps et ensepelir et mettre tous en sainte 
terre : laquèle ordenance on tint à moult bonne. Si 
se tint li contes de Montfort par devant le chastiel 
15 d'Auroy à siège et dist que point ne s'en partiroit si 
l'aroit à sa volenté. 

Ces nouvelles s'espardirent en pluiseurs lieus et en 
pluiseurs pays, comment messires Jehans de Mont- 
fort, par le conseil et confort des Englès, avoit ob- 
20 tenu le place contre monsigneur Charle de Bloîs, et 
lui mort et desconfi, et mort et pris toute la fleur de 
Bretagne qui faisoient partie contre lui. Si en avoit 
messires Jehans Chandos grandement le grasce et le 
renommée. Et disoient toutes manières de gens, che- 
rs valiers et escuiers, qui à le besongne avoient esté, 
que par lui et par son sens et sa grant proèce avoient 
li Englès et li Breton obtenu [la place *]. 

De ces nouvelles furent tout li amit et li confor- 
tant à monsigneur Charle de Blois couroucié, ce fu 
30 bien raisons, et par especial li rois de France, car 

1. Ms. A 8, P> 260. — Mm. B (lacune^ 



[1364] LIVRE PREMIER, S ^^* ^"^3 

ceste descoâfiture li touchoit grandement, pour tant 
que pluiseur bon chevalier de son royaume avoient 
là esté mort et pris^ messires Bertrans de Claiekin 
que moult amoit^ li contes d'Âuçoirre^ 11 contes de 
Jonî et tout li baron de Bretagne^ sans nullui excep- 5 
ter. Si envola li dis rois Charles de France son frère 
monsigneur Loeis^ duc d'Angho, sus les marces de 
Bretagne, pour reconforter le pays qui estoit moult 
désolés pour l'amour de leur signeur monsigneur 
Charle de Blois que perdu avoient, et pour reconfor- lo 
ter ossi madame de Bretagne, femme au dit monsi- 
gneur Charle de Blois, qui estoit si désolée et descon- 
fortée de la mort de son mari que riens ni falloit. 

A ce estoit li dis dus d'Ango bien tenus dou faire, 
quoique volen tiers le fesist, car il avoit à espeuse la 15 
fille dou dit monsigneur Charle et de la ditte dame. 
Si prommetoit de grant volenté as bonnes villes, 
chités et chastiaus de Bretagne et au demorant dou 
pays, conseil, confort et ayde, en tous cas. En quoi 
la dame, que il clamoit mère, et li pays eurent une 20 
espasse de temps grant fiance jusques adonc que li 
rois de France et ses consaulz, pour tous perilz oster 
et eschiewer, y misent attemprance, si com vous orés 
recorder assés temprement. 

Si vinrent ossi ces nouvelles au dit roy d'Engle- 25 
terre, car li contes de Montfort l'en escrisi , au cin- 
quime jour que la bataille avoit esté devant Auroi, 
en le ville de Douvres. Et en aporta lettres de créance 
uns variés poursievans armes qui avoit esté à le ba- 
taille, et lequel li rois d'Engleterre fist tantost hiraut, 30 
par lequel hiraut et aucuns chevaliers d'un lés et de 
Tautre qui furent à le bataille je fui enfourmés. Et 



174 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [136<^] 

la cause pour quoi li rois d'Ëngleterre estoit adonç 
à Douvres^ je le vous dirai. 

§ 542. Il est bien voirs que uns mariages entre 
monsigneur Âymon^ conte de Cantbruge, fil au dit 
5 roy d'Ëngleterre^ et la fille dou conte Loeis de Flan- 
dres^ avoit esté trettiiës et pourparlés trois ans en 
devant. Auquel mariage li contes de Flandres estoit 
nouvellement assentis et acordés^ mes que papes 
Urbains Y*' les vosist dispenser^ car il estoient moult 

10 prooain de linage. Et en avoient esté li dus de Lian- 
castre et messires Aymenions ses firères et grant fui- 
son de barons et de chevaliers, en Flandres, devers le 
dit conte Loeis qui les avoit recbeus moult bonou- 
rablement. £t par plus grant conjonction de pais 

15 et d*amour, li dis contes de Flandres estoit venus 
avoecques eulz à Calais et passa le mer et vint à 
Pouvres , où li dis rois et une partie de son conseil 
l'avoit rechéu. Et encores estoient il là, quant li des- 
sus d^ variés et messages en ce cas aporta les nou- 

20 velles de la besongne d'Auroy, ensi comme elle avoit 
aie. 

De laquèle avenue li rois d'Engleterre et tout li 
baron qui là estoient furent moult resjoy, et ossi fu 
li contes de Flandres, pour l'amour et honneur et 

35 avancement de son cousin germain le conte de Mont- 
fort. Et donna li dis rois au dit varlet, qu'il fist hiraut, 
si com dessus est dit, le nom de Windesore et moult 
grant pourfit. Si furent li rois d'Engleterre, li contes 
de Flandres et li signeur dessus nommé environ 

30 trois jours à Douvres, en festes et en esbatemens. Et 
quant il eurent révélé et jeué et fait ce pour quoi il 



[1364] UYKR PREMIER, S ^^' ^'^ 

estoient là assamblé^ 11 dis contes de Flandres prist 
congiet au roy d'Ëngleterre et se parti. Si me samble 
que li dus de I^ancastre et messires Âymons rapassè- 
rent le mer à Calais avoecques le dit conte de Flan- 
dres et U tinrent toutdis ccHnpagnie jusques à tant 
qu'il fu revenus à Bruges. Nous nos soufferons à par- 
ler de ceste matère et parlerons dou conte de Mont- 
fort et dirons comment il persévéra en Bretagne. 

§ 543. Li contes de Montfort, si com ci dessus est 
dit, tint et mist le siège devant Auroy, et dist qu'il 10 
ne s'en partiroit si Taroit à se volentë. Cil dou 
chastiel n'estoient bien aise, car il avoient perdu 
leur chapitainne Henri de le Sauternèle, qui estoit 
demorés à le besongne^ et toute le fleur de leurs 
compagnons. Et ne se trouvoient laiens que un bien 15 
petit de gens, et se ne leur apparoit nulz secours de 
nul costé : si eurent conseil de yaus rendre et le 
forterèce, salve leurs corps et leurs bi^is. Si trettîiè- 
rent devers le dit conte de Montfort et son conseil 
sus Testât dessus dit. Lî dis contes, qui avoit en 20 
pluiseurs lieus à entendre et point ne savoit encores 
comment li pays se vorroit maintenir, les prist à 
merci et laissa paisieulement partir chiaus qui partir 
vorrent, et prist le saisine et possession de le forte- 
rèce et y mist gens de par lui. 25 

Et puis cbevauça oultre, et toute son host qui tous 
les jours croissoit , car gens d'armes et arcier li ve- 
noient d'Engleterre à effort; et ossi se tournoient 
pluiseur chevalier et escuier de Bretagne devers lui , 
et par especial cil Breton bretonnant. Si s'en vinrent 30 
devant le bonne ville de Jugon^ qui se doy contre lui 



i76 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

et se tint trois jours, et le fist li dis eontes de Mont- 
fort assallir par deux assaus^ et en y eut moult de 
blechiés dedens et dehors. Cil de Jugon, qui se 
veoient assalli et point de recouvrier ens ou pays ne 

5 savoient^ n'eurent mies conseil d*yaus tenir trop lon- 
gement ne de faire herriier^ et recogneurent le comte 
de Montfort à signeur^ et li ouvrirent leurs portes^ et 
li jurèrent foy et loyauté à tenir et à garder à tous- 
jours mes. Si remua li dis contes tous ofliciiers en 

10 le ville et mist nouviaus. 

Et puis chemina devers le [bonne *] ville de Di- 
gnant. La mist il grant siège^ et qui dura bien avant 
en l'ivier; car la ville estoit bien garnie de grans 
pourveances et de bonnes gens d'armes. Et ossi li 

15 dus d'Ango leur mandoit que il se tenissent ensi 
que bonnes gens dévoient faire ^ car il les confor- 
teroit. Geste oppinion les fist tenir et endurer ta- 
maint grant assaut. Quant il veirent que leurs pour- 
veances amenrissoient et que nulz secours ne leur 

20 apparoit, il treltièrent de le pais devers le conte de 
Montfort, liquelz y entendi volentiers et ne desiroit 
aultre cose, mes que il le volsissent recognoistre à 
signeur, ensi qu'il fisent. Et enti^a en la ditte ville de 
Dignant à grant solennité, et li fisent tout feaulté et 

25 hommage. 

Puis chevauça oultre et s'en vint à toutes ses 
hoos devant le bonne cité de Camper Correntin : si 
le assega de tous poins, et y fist amener et achariier 
les grans engiens de Vennes et de Dignant, et dist et 

30 prommist qu'il ne s'en partiroit si Taroit. Et vous di 

1. Ma. B k, f« 260. — Ms. B I, t. Il, f« 203 (lacune). 



[1364] LIVRE PREMIER, § 544. . 177 

ensi que li Englès et li Breton de Montfort, messires 
Jehans Chandos et li aultre, qui avoient en le bataille 
d^Auroi pris grant fuison de bons prisonniers, che- 
valiers et escuiers^ n'en rançonnoient nesun ne ne 
mettoient à finance^ pour tant qu'il ne voloient mies 5 
qu'il se recueillassent ensamble et en fuissent de re- 
chief combatu; mais les envoioient en Poito et en 
Saintonge, à Bourdiaus ou en le Rocelle, tenir prison^ 
et entrues conqueroient li dit Breton et Englès d'un 
costé le pays de Bretagne. 10 

§ 544. Entrues que li contes de Montfort seoit 
devant le cité de Camper Correntin^ et moult le abs- 
traint par assaus d'engiens qui nuit et jour y jet- 
toient, comoient ses gens tout le pays d'environ, et 
ne laissoient riens à prendre, se il n'estoit trop chaut 15 
ou tropcpesant. De ces avenues estoit li rois de France 
bien enfourmés. Si eut sur ce pluiseurs consaulz, 
pourpos et imaginations par pluiseurs fois à savoir 
comment il poroit user des besongnes de Bretagne, 
car elles estoient en moult dur parti , et se n*i pooit 20 
bonnement remediier, se il n'esmouvoit son royaume 
et fesist de rechief guerre as Englès, pour le fait de 
Bretagne, ce que on ne li consilloit mies à Êiire. 
Et li fu dit en grant especialité et délibération de 
conseil : « Très chiers sires, vous avés soustenu le 25 
oppinion monsigneur Charle de Blois vostre cousin, 
et ossi fist vostre signeur de père et li rois Phelippes 
vostres taions qui li donna en mariage Firetière [et la 
duché ^] de Bretagne, par lequel fait moult de grans 

1. Ma. B 4, f^ 260. — fils. B 1, t. U, f^ 203V (lacune). 



178 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [136^] 

mauls sont avenu en Bretagne et ens es pays voisins. 
Or est tant aie que messires Charles de Blois^ vostres 
cousins, en Firetage gardant et deffendant^ est mors; 
et n'est nulz de son costet qui ceste guerre ne le 
5 droit de son calenge reliève, ear ja sont en Ëngle- 
terre prisonnier, à qui moult il en touche et ap^tient, 
si doi ainné fil, Jehans et Guis. Et si veons et oons 
recorder tous les jours que messires Jehans de Mont- 
fort prent et conquiert cités, villes et ehastiaus, et 

10 les attribue dou tout à lui, ensi comme son lige hire- 
tage. Par ensi, poriés vous perdre vos drois et le 
hommage de Bretagne qui est une moult grosse et 
notable cose en vostre royaume et que vous devës 
bien doubler à perdre; car» se li contes de Mont- 

15 fort le relevoit de vostre frère le roy d'Engleterre, 
ensi que fist jadis ses pères, vous ne le porriés ra- 
voir sans grant guerre et hayne entre vous et le 
roy d'Ëngleterre, où bonne pais est miaintenant, que 
noas ne vous consillons pas à brisier. Si vous con- 

20 sillons, et nous samble, tout considéré et imaginé, 
chiers sires, que ce seroit bon que de envoiier cer- 
tains moiiens et sages trettieurs devers monsigoeur 
Jehan de Montfort, pour savoir comment il se voelt 
maintenir, et de entamer matère de pais entre lui et 

25 le pays et la ditte dame qui s*en est appellée duçoise; 
et sur ce que cil trettieur trouveront en lui et en son 
conseil, vous ares avis. Au fort, mieulz vaurroit que 
il demorast dus de Bretagne, afin que il le vokist 
reeognobtre de vous et vous en fesist toutes droi- 

30 tures^ ensi que uns sires feaulz doit faire à' son si- 
gneur, que la cose fust en plus grant péril ne va- 
riement. )i 



[1364] LIVRE PREMIER, $ 544. 179 

A ces paroUes entendi U dis rois de France volen» 
tiers^ et furent adonc avisé et ordonné en France 
messires Jehans de Craan, archevesques de Rains^ et 
li sires de Craan ses cousins, et messires Bouchicaus, 
mareschaus de France, d'aler en ce voiage devant 5 
Camper Correntin [parler et trettier au conte de Mont- 
tort et à son conseil, sur Testât que vous avés oy. Si 
se partirent ces trois seigneurs dessus nommés du 
roy de France^ quant il furent avisé et informé de ce 
que il dévoient faiire et dire, et exploitièrent tant par 10 
leurs journées qu'il vinrent au siège des Bretons et des 
Englès devant Camper Corentin ^], et se nommèrent 
messagier au roy de France. Li contes de Montfort, 
messires Jehans Chandos et cil de son conseil les 
reçurent liement. Si remoustrèrent chil signeur bien 15 
et sagement ce pour quoi il estdient là envoiiet. A 
ce premier trettié respondi li contes de Montfort 
que il s'en consilleroit, et y assigna journée. Ce terme 
pendant) vinrent cil troi signeur de France séjourner 
en le cité de Rennes. so 

Si envoya li contes de Montfort en Engleterre le 
signeur Latimier, pour remoustrer au roy ces trettiés 
et quel cose à faire il Ven consilleroit. Li rois d'An- 
gleterre, quant il en fîi enfburmés, respondi tantos 
que il consilloit bien le conte de Montfort à faire 25 
pais, mais que la ducé de Bretagne li demorast, et 
e$si que il recompensast la ditte dame, qui duçoise 
s*en estoit appellée, d'aucune cose , pour tenir son 
testât bien et honnestement, et li assignast sa rente 
et revenue en certain lieu où elle le peuist avoir sans 30 

1. Ms. B 4, ^ 260 ▼«. — Ms. B 1, t. II^ f> 204 (lacane). 



180 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

dangîer. Li sires Latimiers raporta arrière, par es- 
cript^ tout le conseil et la response dou roy dTEn- 
gleterre au conte de Montfort^ qui se tenoit devant 
Camper Correntin. 
5 Depuis ces lettres et ces responses veues et oyes, 
messires Jehans de Montfort et ses consaulz envoiiè- 
rent devers les messages dou roy de France, qui se 
tenoient à Rennes. Cil vinrent en Post. Là leur fii la 
response faite bien et courtoisement , et leur fu dit 

10 que ja messires Jehans de Montfort ne se partiroit 
dou calenge de Bretagne, pour cose qui avenist, se il 
ne demoroit dus, ensi qu'il s'en tenoit et appelloit ; 
mais là où lî rois de France li feroit ouvrir paisieu- 
lement cités, villes et chastiaus, et rendre fiés et 

15 hommages et toutes droitures, ensi que li duch de 
Bretagne anciennement l'avoient tenu, il le recognis- 
teroit volentiers à signeur naturel et l'en feroit hom- 
mages et tous services, présent et oant les pers de 
France, et encores, par cause de proïsmeté et de 

20 ayde, il aideroit et conforteroit de aucune recom- 
pensation sa cousine, la femme à monsigneur Charlon 
de Blois, et aideroit à délivrer ossi moult volentiers 
ses cousins qui estoient prisonnier en Engleterre, 
Jehan et Gui. 

35 Ces responses plaisirent bien à ces signeurs de 
France qui là avoient estet envoiiet * ; si prisent 
jour et terme de le accepter ou non : on lor acorda 
legierement. Tantost il envoiièrent devers le duch 
d'Ango, qui estoit retrais à Angîers, et auquel li rois 

30 avoit remis toutes les ordenances dou faire ou dou 

1. Ms. B 4, f» 261. — Ms. B 1, t. H, i^ 204 v« (lacune). 



[1365] LIVRE PREMIER, § 545. 181 

laiier. Quant li dus d'Ângo vei les trettiés, il se 
consilla sus une grant espassé : lui bien consilliet , 
iinablement il les accepta, et revinrent arrière doi 
chevalier qui envoiiet avoient esté devers lui, et ra- 
portèrent la response dou dit duc d'Ango, par escript 5 
et seelé. Si se départirent de le cité de Rennes li 
dessus dit messagier au roy de France, et vinrent 
devant Camper Correntin. 

Là fu finablement la pais faite et acordée et 
seelée de monsigneur Jehan de Montfort. Et de- lo 
mora adonc dus de Bretagne, parmi tant que^ se il 
n'avoit enfans de sa char par loyauté de mariage, la 
terre apriès son dechiés deyoit retourner as enfans 
monsigneur Charle de Blois. Et demorroit la dame, 
femme qui fu à monsigneur Charle de Blois ^ con- 15 
tesse de Pentèvre, laquèle terre' pooit valoir par an 
environ vingt mil frans, et tant li devoit on faire 
valoir. Et devoit li dis messires Jehans de Montfort 
venir en France, quant mandés y seroit, et faire 
hommage au roy de France et recognoistre la ducé 20 
de lui. De tout ce prist on Chartres et instrumens 
[publiques^] et lettres grossées et seelées de Tune 
partie et de l'autre. Et par ensi entra li contes de 
Montfort en l'iretage de Bretagne^ et en demora dus 
un temps, jusques adonc que aultres renouvelemens S5 
de guerres revinrent, si com vous orés recorder 
avant en Tistore. 

§ 545. Âvoech^toutes ces coses, parmi l'ordenance 
de le pais, reut li sires de Cliçon toute sa terre en- 

1. Bis. B 4, f> 261. — Bis. B 1, t. H, 6» 20k iro (lacune). 



i82 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i365] 

tiarement que li rob Phelippes jadis li avoit tolue et 
ostée, et li rendi li rois Charles de France et eneores 
de l'autre assés. Cilz sires de Cliçon depuis s'acointa 
dou roi de France que c'estoit fait en France tout 

5 ce qu'il voloit, et sans lui n'estoit riens fait. Si fu 
tous li pays de Bretagne moult joieus^ quant il se 
trouvèrent en pais. Et prist li dis dus les fois et les 
hommages des cités, des villes^ des chastiaus et de 
tous les prelas et les gentilz hommes. Assés tost apriès^ 

10 se maria cilz dis dus à la fille de madame la princesse 

de Galles que elle avoit eu de monsigneur Thumas 

de Hollandes. Et en fhrent les noces Eûtes en le 

bonne cité de Nantes moult grandes et moult nobles. 

Eneores avint, en cest yvier, que la royne Jehane^ 

15 ante dou dit roy de Navare^ et la royne Blance, sa suer 
germaine^ pourcacièrent et esfJoitièrent tant que pais 
fil faite et acordée entre le roy de France et le roy 
de Navare^ parmi Payde et le grant sens de monsi* 
gneur le captai de Beus^ qui y rendi grant cure et 

20 grant diligense^ et parmi tant fii il quittes et délivrés 
de sa prison. Et li moustra et fist de fait li rois de 
France grant signe d'amour^ et li donna le biel chastiei 
de Nemouses et toutes les appendances de la chaste- 
lerie^ où bien apertiennent troi mil frans par an de 

95 revenue. Et en devint homs li dis captaus au roy de 
France : douquel hommage li dis rois fu moult res^ 
joïs^ car il amoit grandement le service d*un tel che- 
valier comme li captaus estoit pour ce temps^ mes il 
ne le fu mies trop longement. 

30 C^ quant il revint en le prinçauté devers le prince 
de Galles^ li princes^ qui savoit et estoit enfourmœ 
de ceste ordenanoe^ l'en blasma durement et dist qu'il 



[136KJ LIVRE PREMIER, S ^^^ ^^ 

ne se pooit acquitter loyaument à sarvir deua signeurs, 
et qu'il estoit trop convoiteus, quant il avoit pris terre 
en France où il n'estoit ne prisiés ne honnourés. Quant 
li captaus se vei en ce parti et si dur recheus et ap- 
pelles dou prince de Galles son naturel signeur^ il se 5 
virgonda et dist^ en lui escusant^ qu'il n'estoit mies 
trop avant loiiés au roy de France et que bien pooit 
deffaire tout ce que fait estoit. Si renvoia par un 
sien chevalier son hommage au roy de France, et re- 
nonça à tout ce que donné li avoit. £t demora depuis lo 
li dis captaus dalés le prince. Parmi le composition 
et ordenance de le pais qui se fist entre le roy de 
France et le roy de Navare, tlemorèrent au dit roy 
de France Mantes et Meulent^ et li rois li rendi aul- 
tres chastiaus en Normendie. 15 

En ce temps^ se parti de France messires Loeis de 
Navare et passa oultre en Lombardie pour espouser 
la royne de Naples. Mais à son département il eni- 
prunta au roy de France, sus aucuns chastiaus que il 
tenoit en Normendie , soissante mil florins, liquelz, 20 
messires Loeis, depuis qu'i[l] eut espousé la ditte 
dame, ne vesqui point longement. Diex It pardoinst 
tous ses pechiés, car il fu moult courtois chevaliers ! 

§ 546. En ce temps , estoient les Compagnes si 
grandes en France que on n'en savoit que faire, car 25 
les guerres du roy de Navare et de Bretagne estoient 
Êdiies. Si avoient apris cil compagnon, qui poursie- 
voient les armes, à pillier et à vivre davantage sus lé 
plat pays. Si ne s'en pooient ne ossi ne voloient de* 
'tenir ne astenir, et tous leurs recours estoit en 30 
France. Et appelloient ces Compiles le royaume 



484 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1365] 

de France leur cambre. Toutes fois, il n'osoient con- 
verser en Acquitainnes, la terre dou prince, ne on 
ne les y ewist mies souffers. Et ossi, au voir dire, 
la plus grant partie des chapitainnes estoient gascon 

5 et englès et homme dou roy d'Engleterre ou dou 
prinche. Aucuns Bretons y pooit bien avoir, mais 
c'estoit petit. De quoi moult de gens ou royaume de 
France murmuroient et parloient sus le partie dou 
roy d'Engleterre et dou prince, et disoient couver- 

10 tement qu'il ne se acquittoient mies bien envers le 
roy de France, quant il n'aidoient à bouter hors ces 
maies gens dou dit royaume* Nequedent, il les avoient 
plus chier ensus de eulz que dalés yaus. Si considé- 
rèrent li sage homme dou royaume de France que, 

15 se on n'i mettoit remède et conseil, ou que on les 
combatesist ou que on les envoiast hors par grant 
mise d'argent, il destruiroient le noble royaume de 
France et sainte crestienneté. 

A ce donc avoit un roy en Hongherie qui les vol- 

20 sist bien avoir eus dalés lui, et les euist trop bien en- 
sonniiés contre les Turs à qui il guerioit et qui li por- 
toient moult de damages. Si en escripsi devers le pape 
Urbain cinquime, qui estoit pour le temps en Avignon, 
qui volentiers en euist veu le délivrance dou royaume 

25 de France, et ossi devers le roy de France et devers 
le prince de Galles. Si traitta on devers les chapi- 
tainnes, et leur oflfri on grant argent et vivres et pas- 
sage ; mes onques ne s'i veurent assentir. Et respon- 
dirent que ja il n'iroient si lonch guerriier, car il fu 

30 là dit entre yaus d'aucuns compagnons qui cognis- 
soient le pays de Hongrie que il y avoit telz destrôis 
que, se il y estoient embatu, jamais n'en isteroient, 



[1365] LIVRE PREMIER, § 547. i85 

et les y ferait on morir de maie mort. Geste cose les 
effrea si que il n'i eurent talent d'aler. 

§ 547. Quant li papes [Urbains *] et li rois de France 
veirent que il ne venroient point à leur entente de 
ces maleoites gens qui ne se voloient vuidier ne 5 
partir dou royaume de France^ mes y mouteplioient 
tous les jours, si regardèrent et avisèrent une aultre 
voie. 

En ce temps, y avoit un roy en Castille qui s ap- 
pelloit dan Pières, de mervilleuses opinions plains, lO 
et estoit durement rebelles à tous commandemens 
et ordenances de TEglise^ et voloit sousmettre tous 
ses voisins crestiiens, especialment le roy d'Arragon 
qui s'appelloit Pierre, liquelz estoit bons et [vrais *] 
catholikes, et li avoit tolut une grant partie de sa 15 
terre, et encores se mettoit il en painne dou tollir 
le demorant. Avoech tout ce, cilz rois dans Piètres 
avoit trois frères bastars, enfans dou bon roy Alphons 
son père et d'une dame qui s'appella la Riche Donc. 
Li ainnés avoit à nom Henris, li secons dan Tille, et 20 
li tiers Sanses. Cilz rois dans Piètres les haoit dure- 
ment et ne les pooit veoir dalés lui, et volentiers 
par pluiseurs fois les euist mis à fin et decolés, se il 
les euist tenus. Nekedent, il avoient esté moult amé 
dou roy leur père. Et avoit très son vivant donné li 25 
rois Alphons à Henri Fainnet le conté d'Ësturges; 
mes li rois dans Pières li avoit retolut, et tous jours 
guerrioient ensamble. Qlz bastars Henris estoit et 



1. Ms. A s, f» 363. — Mss. B (lacune). 

2. Ms. B 3, f» 275 ^. ^ Mss. B 1 et B 4t (lacune). 



186 CHRONIQUES BE J. FROISSART. [4365] 

fu moult hardis et preus chevaliers , et avoit grani 
temps conversé en France et poursievi les gaerres et 
servi le roy de France et le amoit durement. Gilz 
rois dans Pières, si com famés couroit^ avoit fait 

5 mofir la mère de ces enfens moult diversement : de 
quoi il lor en desplaisolt, c'estoit bien raisons. Avoech 
tout ce, ossi [avoit ^] &it morir et exilliet pluiseurs haus 
barons dou royaume de Gastille, et estoit si crueulz 
et si plains d'erreur et de austérité que tout si hom- 

10 me le cremoient et ressongnoient et le haoient, se 
moustrer li osaissent* Et avoit fait morir une très 
bonne et sainte dame que il avoit eu à fenmie, ma- 
dame Blance de Bourbon , fille au duch Pière de 
Bourbon et su^ germainne à la royne de France et 

15 à la contesse de Savoie* De laquèle mort il desplai** 
soit grandement à son linage^ qui est uns des nobles 
dou monde. 

Encores eouroit famés des gens ce roy dan Piètre 
meismement que il s'estoit amiablement composés 

ao au roy de Grenade et au roy de Bellemarîne et au 
roy de Tramesainnes^ qui estoient ennemi de Dieu et 
incrédule. Et se doubtoient ses gens que il ne fesist 
aucuns griés et molestés à son pays et ne violast les 
^Uâes^ car ja leur lolloit il lor rentes et revenues et 

25 tenoit les prelas de son royaume en prison et les 
constraindoit par manière de tirannisie. Dont les 
plaintes grandes et grosses venoient tous les jours à 
nostre saint père le pape^ en suppliant que il y vol- 
sist pourveir de remède : asquelz complaintes et 

30 priières papes Urbains descendi et envoia tantost ses 

1. Us. B 3, f> 275^. r- Mm. B 1 et B 4 (lacune). . 



[i365] LIVRE PREMIER, § 547. I8Y 

messages en Castille devers ee roy dan Piètre^ en lai 
mandant et commandant qu^il venist tantost et sans 
delay^ en propre personne^ en court de Romme, 
pour lui laver et purgier des villains mesfais dont il 
estoit amis.. Cilz rois dans Piètres^ comme orguilieus 5 
et presumptueus^ ne daigna obéir, mes villena en« 
cores grandement les messages dou Saint Père^ dont 
il encbei grandement en l'indignation de TEglise et 
dou chîef de TEglise nostre Saint Père le pape. Si 
persévéra toutdis cils rois dans Piètres en son pechié. lo 
Adonc fu regardé et avisé comment ne par quel 
voie on le poroit batre ne corrigier^ et fu dit qu'il 
n'estoit mies dignes de porter nom de roy et de tenir 
royaume. Et fa en plain concitore^ en Avignon et en 
le cambre dou pape^ escumeniiés publikement et re» I5 
pûtes pour bougre et incrédule^ et fu adonc avisé et 
regardé que on le constrainderoit par ces Compagnes 
qui se tenoient ou royaume de France. Si furent 
mandé en Avignon 11 rois d'Arragon^ qui durement 
haoit ce roi dan Piètre^ et Henris li bastars d'Es*» t6 
pagne. Là fu de nostre Saint Père le pape legttir 
mes Henris à obtenir royaame^ et maudis et con- 
dempnés de bouche de pape li rois dan Piètres. Là 
dist li rois d'Arragon que il ouveroit son royaume 
et liveroit passage^ et aministeroit vivres et pourras 
veances pour toutes gens d'armes et leurs poursie- 
vans, qui en Castille vorroient aler et entrer pour 
confondre ce roy dan Pière et bouter hors de son 
royaume. 

De ceste ordenance fu moult resjoïs li rois de 30 
France, et mist painne et conseil à ce que mes- 
sires Bertrans de Claiekin, que messires J^ians Chan- 



188 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366] 

dos tenoit [prisonnier ^]^ fust mis à finance; il le fu 
parmi cent mil frans qu'il paia : si, en paiièrent une 
partie li papes, li rois de France et Henris li Bastars. 
Tantos apriès sa délivrance, on traitta devers les cha- 
5 pitainnes des Compagnes, et leur prommist on grant 
pourfit à faire, mais que il volsissent aler en Castille. 
Il s'i acordèrent legierement parmi grant argent qu^il 
eurent pour départir entre yaus. Et fu adonc cilz 
voiages segnefiiés, en le prinçauté^ as chevaliers et as 

10 escuiers dou prince. Et par especial messires Jehans 

Chandos en fu priiés que il volsist estre uns des chiés 

avoech messire Be[r]tran de Claiekin ; mes il s'escusa 

et dist que point n'iroit. Pour ce, ne se demora mies 

• li voiages à faire; si y alèrent de le prinçauté et des 

15 chevaliers dou prince, messires Eustasses d'Aubreci- 
court, messires Hues de Cavrelée, messires Gautiers 
Huet, messires Mahieus de Gournay, messires Per- 
ducas de Labreth et pluiseur aultre. Si se fîst tous 
souverains chiés de ceste emprise messires Jehans de 

30 Bourbon, contes de le Marce, pour contrevengier la 
mort de sa cousine germainne la royne d'Espagne, et 
devoit user et ouvrer, ensi qu'il fist , par le conseil 
de monsigneur Bertran de Claeikin ; car li dis contes 
de le Marce estoit adonc uns moult jones chevaliers. 

25 En ce voiage se mist ossi, en grant route, li sires de 
Biaugeu qui s'appelloit Antones, et pluiseur aultre 
bon chevalier, telz que messires Ernoulz d'Audrehen, 
mareschaus de [France "J, messires li Bèghes de Vel- 
lainnes, messires li Bèghes de ViUers, li sires d'An- 



1. Mb. B 3, f> 276. — Mss. B 1 et B 4 (lacune). 

2. Ms. B 4, f> 262 To. -- Ms. B 1, t. U, f> 207 (Ucnne). 



[1366] LIVRE PREMIER, § 547. 189 

toing en Haynau, messires Alars de Brifueil^ messîres 
Jehans de NuefVille^ messires Gauwains de Bailluel^ 
messires [Jehans^] de Bergettes^ li Alemans de Saint 
Venant et moult d'autres que je ne puis mies tous 
nommer. Et se approcièrent toutes ces gens d'armes 5 
et avancièrent leur voiage, et se misent au chemin , 
et fîsent leur assamblée en le Languedok et à Mont- 
pellier et là environ, et passèrent tout à Nerbonne 
pour aler devers Parpegnant et pour entrer ens ou 
royaume d'Arragon. Si pooient ces gens d'armes 10 
estre environ trente mil. La estoient tout li chief des 
Compagnes, c'est à savoir messires Robers Briket, 
Jehan Carsuelle^ Naudon de Bagherant, Lamit^ le 
Petit Mescbin, le^ourch Camus, le bourch de Les- 
pare, le bourch de Bretueil, Batillier, Espiote, Aymé- 15 
nion d'Ortige, Perrot de Savoie et moult d'autres^ 
tout d un acort et d'une alliance^ et en grant volenté 
de bouter hors ce roy dan Piètre dou royaume de 
Castille et mettre [y*] le conte d'Esturge son frère le 
bastart Henri. Et envoiièrent ces gens d'armes, quant 20 
il deurent entrer en Arragon pour coulourer et em- 
bellir leur fait, certains messages de par yaus devers 
le roy dan Piètre, qui ja estoit enfourmés de ces gens 
d*armes qui voloient venir sus lui ens ou royaume 
de Castille. Mais il n'en faisoit nul compte; ançois 25 
assambloit ses gens pour résister contre yaus et com- 
batre bien et hardiement à l'entrée de son pays. Et 
li mandèrent que il volsist ouvrir les pas et les des- 
trois de son royaume et aministrer vivres et pour- 



1. Mft. B 4. — Ms. B 1 (lacune). 
^. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune]. 



190 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366] 

veances as pèlerins de Dieu qui avoîent emprîs, et 
par dévotion, d*entrer et aler ens ou royaume de Gre- 
nade , pour vengier la souffrance Nostre Sîgneur et 
destruire les incrédules et exaucier no foy. Li rois 

5 dan Piètres de ces nouvelles ne fist que rire, et res- 
pondi qu'il n'en feroît riens ne que il n'obeiroit ja 
à tel truandaille. 

Quant ces gens d'armes et ces Compagnes seorent 
sa response, si tinrent ce roy dan Piètre à moult or- 

10 guilleus et presumptueus^ et se hastèrent et avan- 
chièrent tantost de lui faire dou pis qu*il peurent. 
Si passèrent tout parmi le royaume d'Arragon et lé 
trouvèrent ouvert et appareilliet et partout vivres et 
pourveances à bon marchîet bien et largement; car 

15 li rois d'Arragon avoit grant joie de leur venue, pour 
tant que ces gens d'armes li raquisent et reconquîsent 
tantost sus le roy de Castille toute la terre entière- 
ment que li rois dans Piètres avoit de jadis conquis 
et le tenoit sur lui de force. Et passèrent ces gens 

20 d'anies le grant rivière qui départ Castille et Arra- 
gon, et entrèrent ou dit royaume d'Espagne. Quant 
il eurent tout reconquis, villes, cités, destrois, chas- 
tiaus, pors et passages que li rois dans Piètres avoit 
attribués à lui dou royaume d'Arragon, le rendirent 

25 messires Bertrans et ses routes au roy d'Arragon, 
parmi tant que il jura que de ce jour en avant il 
aideroit et coriforteroit en toutes manières Henri le 
Bastart contre le roy dan Piètre. 

Ces nouvelles vinrent au dit roy de Castille que 

30 François, Breton, Normant, Englès, Pikart et Bour- 
ghegnon estoient entré ens son royaume et avoient 
passé le grosse rivière qui départ Castille et Arragon^ 



[1366] UVRfi PREMIER, § 547. 191 

et avoient tout reconquis ce qui estoit par de delà 
l'aiguë où tant de painne avoit eu au conquerre. Si 
fu durement courouciés^ et dist que la cose ne de- 
morroit pas ensi. Si fist un très especial mandement 
et commandement par tout son royaume, en disant 5 
et en segneiiant à tous ceulz asquelz ses lettres et si 
message se adreçoient que il voloit tantost et sans 
delay aler combatre ces gens d'armes qui estoient 
entré en son pays et royaume de Castille. Trop peu 
de gens obéirent à ses cômmandemens ; et quant il 10 
cuida avoir une grant assamblée de ses hommes^ il 
n'eut nullui^ mes le relenquirent et refusèrent tout li 
baron et li chevalier d'Espagne , et se tournèrent 
devers son frère le bastart Henri^ et le convint fuir : 
autrement il euist esté pris à mains^ tant estoit il fort 15 
hays de ses hommes ; ne nulz ne demora en ce temps 
dalés lui^ fors uns loyaus chevaliers qui s'appelloit 
Ferrans de Chastres. Cilz ne le volt onques relenquir, 
pour cose qui avenist. Et s'en vint li rois dans Piètres 
en Seville, la milleur cité d'Espagne, Quant il y fii 20 
venus^ il ne se senti mies trop à segur, mes fist tour- 
ser et mettre en nef et en grans calans son trésor^ 
sa femme et ses enÊms^ et se parti de Séville^ Fer- 
rant de Castres avoecques lui. Si arriva li rois dan 
Piètres^ à privée mesnie et comme uns homs desba- 25 
retés et desconfis^ en Galisse^ à un port c'on dist le 
Calongne^ où il y a un fort chastiel durement. Si 
se boutèrent là dedens li rois dans Piètres^ sa 
femme et deus filles qu'il avoit ^ jones damoiselles, 
Constanses et YsabieL Et n'avoit de tous ses honn 30 
mes ne de tout son conseil^ fors seulement le des- 
sus dit chevalier dan Ferrant d^ Castres. Or vous 



192 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366] 

dirons de Henri le Bastart^ son frère, comment il 
persévéra. 

§ 548. Ensi que j'ai ja dit devant, cilz rois dan 
Piètres estoit si hays de ses hommes par tout le 

5 royaume de Castille, de ehief en cor, pour les grandes 
et mervilleuses justices qu'il avoit faites et le occision 
et destruction des nobles de son royaume qu'il avoit 
mis à fin et occis de sa main que^ si tretos que conte^ 
baron , chevalier et noble dou dit royaume veirent 

10 Henri, son frère le bastart, entrer en Castille à si grant 
poissance^ il se traisent tout par devers lui, et le re- 
churent à signeur. Et chevaucièrent partout avoec- 
ques lui, et fisent ouvrir cités, bours, villes et chas- 
tîauz, et toutes manières de gens faire hommage. Et 

15 crioient d'une vois li Espagnol une heure : « Vive 
Henris, et muire dans Piètres qui nous a esté si 
crueulz et si hausters 1 » Ensi menèrent tout parmi 
le royaume de Castille, c'est à savoir messires Gom- 
més Garilz, li grans mestres de Calletrave et li mes- 

20 très de Saint Jakeme, le dit Bastart, et fisent toutes 
gens obéir à lui, et le couronnèrent à roy en le cité 
d'Esturges. Et li fisent tout prélat, conte, baron et 
chevalier, reverense comme à roy, et li jurèrent 
qu'il le tenroient à tous jours mes, serviroient et 

25 obeiroient pour leur signeur et leur roy, et en cel 
estât, [se besoings estoit \] il morroient. 

Si chevauça li dis Henris de cité en cité et de ville 
en ville, et partout li fist on reverense et recueilloite 
de roy. Si donna li dis rois Henris as chevaliers es- 

1. Ifs. B %, i^ 263 ▼». — Mb. B 1, t. U, f» 208 v» (lacune). 



[1366] UVRfi PREMIER, S ^^9- ^^3 

tragniersy qui remis ens ou royaume de Castille Pa- 
voient, grans [dons '] et riches jeuiaus, tant et si lar- 
gement que tout le recommandoient pour large et 
honnourable signeur. Et [disoient communément 
Franchois, Normans et Bretons^ que en lui avoit noble 5 
et vaillant signeur ■], et qu'il estoit dignes de vivre et 
de tenir terre et regneroit encores poissamment et 
en grant prospérité. Ensi se vei li Bastars d*£spagne 
en le signourie dou royaume de Castille, et fist ses 
deus frères, dan Tille et Sanse, eescun conte, et leur lo 
donna grant revenue et grant pourfît. Si demora rois 
de Castille, de Galisse et de Seville , de Toulette et 
de Luzebonne jusques adonc que li poissance dou 
prince de Galles et d'Aquitainnes l'en mist hors et 
remist le roy dan Piètre, son frère, de rechief en le 15 
possession et signourie des royaumes dessus dis , si 
com vous orés recorder avant en l'istore, 

§ 549. Quant li rois Henris se vei en oel estât et 
ensi au dessus de toutes ses besongnes et que toutes 
gens, frans et villains, en Castille obeissoient à lui et 20 
le tenoient et appelloient leur signeur et leur roy, et 
encor n'estoit apparant de nul contraire que on li 
volsist debatre, si ymagina et jetta son avis, pour son 
nom exaucier et pour emploiier ces gens de Compa- 
gnes qui estoient issu hors de France, que il feroit un 25 
voiage sus le roy de Grenade. Si en parla à pluiseurs 
chevaliers qui là estoient et en furent bien d'acort, 
Encores retenoit toutdis dalés lui li dis rois Henris 



1. fils. B (i. — Ms. B 1 (lacune)> 

2. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune). 

VI — 13 



194 GHBONIQUKS DE J. E&OISSART. [13«6] 

lc;s, obevaliers 4ou prince, xaessir^s Sautasses d'Aubire- 
cicoart^ messires Hues de Cavrel^ et le$ autres, et 
|leur ^] faisoit et moustroit grant samblaot d'amour, 
en istance de ce qu'il en voloit estre aidiés et servis 
5 ens ou voiage de Grenade où il esperoit à aler. Assés 
tost apriès son couronnement, se départirent de lui 
et prisent congiet li plus grant partie des chevaliers 
de France y et lor fist grant pourfit au partir* Et re* 
jtournèrent li contes de le Marce, messires £rnoulz 

10 d*Audrehen, li sires de Biaugeu et pluisew aullre. 
Et enpores demorèrent en Castille, dalés le dit roy 
Henri, messires. Bertrans de Claiekin, messires 0}î- 
yie]:s de. Mauni et li Breton et ossi les Compagnes , 
jusques adonc que aultres nouvelles lor vinrent;, fit 

15 fu messires Bertrans de Claiekin connestables da tout 
le royaume de CastiUe, par Taoort dou roy Henri pre* 
mierement .çt de V>ius ies barons dou pays* Or vous 
parlerons dou roy dan Piètre comment il s'estoit 
maintenus» 

20 Vous avés bien oy recorder commuent il s'estoit 
boutas, eus Qu ohastiel de le iCalongne sus mer, sa 
fenp[Qe o lui et ses deus filles et dan Ferrant de Cas* 
tre^ tajat seulement, siques, entrues que li Bastars ses 
frères par le poissance des gens d'armes qu'il avoit 

35 attrais bors.de France, conqueroit Gastille, et qae 
tou9 li pays se rendoit à lui ^ si com dii dessus est 
dit^ il avoit esté durement efiraés^ et ne s*esloit mies 
dou tqut assegurés ou dit cbastiel de le Calongne, 
car il dopbtoît trop malement son frère le Bastart, et 

30 bien sentoit que là où on le saroit^ on le venroit 

1. Mi. B 4> t^ 26k. — M»^. B 1« t. U, (^ âQS v» (lacivie). . 



[laM] UVRE PREMIER, § B49. 19i( 

queire de force et assegier. Si n avoit mies attendu 
ce péril, mes estoit partis de nuit et mis ens une nef, 
sa femme o lui et ses deux filles et dan Ferrant de 
Castres et tout ce qu'il avoit d or et d'argent et de 
jeuîaus. Mes il eurent le vent si contraire que onques 5 
il ne peurent adonc eslongier le Calongne; et les y 
convint retourner et rentrer de rechief en le forte- 
rèce. Âdonc demanda conseil li rois dans Piètres à 
dant Ferrant de Castres, son chevalier, comment il se 
maintenroît, et en lui complaindant de fortune qui 10 
K estoit si contraire. « Monsigneur, dist li chevaliers, 
anoois que vous partes de chi, ce seroit bon que 
vous envoiîssiés deviers vostre cousin le prince de 
Galles a savoir se il vous vorroit recueillier, et que, 
pour Dieu et par pité, il volsist entendre à vous; car 15 
en aucunes manières il y est tenus pour grans allian- 
ces que li rois ses pères et ii vostres eurent de jadis 
ensamble. Li princes de Galles est bien si nobles et 
si gentilz de sanch et de corage que, quant il sera 
enfourmés de vos anois et tribulations, il y prendera 20 
grant compation. Et se il vous voloit aidier et remettre 
en vostre royaume , il n^est aujourd^ui sires qui le 
peuist faire avant lui, tant est cremus et redoublés 
par tout le monde et amés de toutes gens d'armes. 
Et vous estes encores chi bien et en bonne forterèce 25 
ponr vous tenir un temps, tant que nouvelles voos 
seront ï^ctoumées d'Aquitainnes. » 

A ce conseil s'acorda legierement li rois dans Piè- 
tres, et forent lettres escriptes mouh piteuses et 
moult amiables, et uns chevaliers et doi escuier priiet 30 
de faire ce voiage. Cil Temprisent volentiers et se 
boutèrent en un Iki en mer et arrivèrent à fiaioue, 



196 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366] 

une cité qui se tient dou roy d'Engleterre. Si deman- 
dèrent dou prince. On leur dîst qu'il estoit à Bour- 
diaus. Il montèrent as chevaus et fîsent tant par leur 
esploit qu'il vinrent en le cité de Bourdiaus et des- 
5 cendirent à hostel^ et puis assés tost il se traisent 
par devers Tabbeye de Saint Andrieu où li princes se 
tenoit. Si disent as chevaliers qu'il trouvèrent en le 
place ^ qu'il estoient Espagnol et messagier au roy 
dan Piètre de Castille. 

10 Ces nouvelles vinrent tantost au prince; si les veult 
veoir et savoir quel cose il demandoient. Cil s'en 
vinrent par devant lui, et se jettèrent en genoulz et 
le saluèrent à leur usage ^ et recommendèrent le roy 
leur signeur son cousin à lui, et li baillièrent leurs 

15 lettres. Li princes fîst lever les dis messages, et prist 
les lettres et les ouvri, et puis les lisi par deus fois à 
grant loisir, et regarda comment piteusement li rois 
dans Piètres avoit escript à lui et li segnefioit ses 
durtés et ses povretés, et comment ses frères li Bas- 

20 tars, par le poissance des grans alliances qu'il avoit 
faites au pape premièrement, au roy de France, au 
roy d'Arragon et as Compagnes, l'avoit bouté hors 
de son hiretage, le royaume de Castille. Se li prioit, 
pour Dieu et par pité, que il i volsist entendre et 

25 pourveir de conseil et de remède : si feroit bien et 
aumosne, et en acquerroit grasce à Dieu et loenge à 
tout le monde; car ce n'est mies drois d'un roy 
crestiien deshireter et ahireter par poissance et tyran- 
nidie un bastart. Li princes, qui estoit vaillans che- 

30 valiers et sages durement, cloy les lettres en ses 
mains, et puis dist as messages qui là estoient en 
présent : a Vous nous estes li bien venus de par 



[1366] UVRB PREMIER, § 549. 197 

nosire cousin le roy de Castiile : vous demorrés ci 
dalés nous^ et ne vous partirés point sans response. » 
Adonc furent tantost apparilliet li chevalier dou 
prince, qui trop bien savoient quel cose il dévoient 
faire ^ et emmenèrent le chevalier espagnol et les 5 
deus escuiers, et les tinrent tout aise. 

Li princes , qui estoit demorés en sa cambre et 
qui busioit grandement sus ces nouvelles et su5 
les lettres que li rois dans Piètres li avoit en- 
voiies^ manda tantost monsigneur Jehan Chandos lo 
et monsigneur Thumas de Felleton, les deus plus es- 
peciaulz de son conseil, car li uns estoit grans senes- 
chaus d'Aquitainnes et li aultres connestables. Quant 
il furent venu par devant lui, si leur dist tout en riant : 
cf Signeur, veci grans nouvelles qui nous viennent 15 
d'Espagne : li rois dans Pières nos cousins se com- 
plaint grandement dou bastart Henri son frère, qui 
li toit de fait son hiretage et l'en a bouté hors et es- 
cacietj ensi que vous avés bien oy recorder par ceulz 
qui en sont revenu. Si nous prie moult doucement 20 
sur ce de confort et d'ayde, ensi comme il appert par 
ses lettres. » Adonc de rechief leur lisi li dis princes 
les dittes lettres par deus fois de mot à mot, et li che- 
valier volentiers y entendirent. Quant il lor eut leu, 
si dist ensi : « Vous, messire Jehan, et vous, messire 25 
Thumas, vous estes li plus especial de mon conseil 
et cil où le plus je m'affie et arreste : si vous pri que 
vous m'en voeilliés consillier quel cose en est bonne 
à faire. » Adonc regardèrent li doi chevalier l'un 
l'autre, sans riens parler. Et li princes de rechief les 30 
appella et dist : ce Dittes, dittes hardiement ce qu'il 
vous en samble. a 



198 GHRONlQtES DE S. FftOlSSÀRT. [1366] 

Là fu li dîis princes de Galles consittiés de ces 
deas chevaliers, si com je fui depuis cnfourmés, 
que il volsîst envoiîer, devers ce roy dan Piètre de 
Castille, gens d'armes jusques à le Catongne où îl 
5 se tenoit, si com ses lettres et sî message disoient, 
et fust amenés avant jusques à Bourdîaus, pour 
savoir plus plaînnement quel cose il voloit dire, 
et adonc sus ses paroiles il aroient avis et seit>it si 
bien consUliés que par raison il lî deveroît souffire. 
10 Geste response plaîsî bien au prince. Si en furent 
prîiel et ordonné de par le prince, dealer en ce voîagô 
et querre à le Calongne en Galisse le roy dan Piètre 
et son remanant : premièrement messîres Thumas 
de Felleton souverain et chief de [ceste emprise *] et 
ih armée, messires Richars de Pontchardon, messires 
Neelz Lorinch , messîres Symons Burlé et messires 
Guk Jaumes Toursiaus ; et devait avoir en ceste armée 
iouze nés cargies d^arciers et de gens d armes. Si 
fisent cil chevalier dessus nommé leur pourveance 
20 et leur ordenance, tout ensî que pour aler en Galisse, 
et se partirent de Bourdiaus et dou prince, les mes- 
sagiers dou roy dan Piètre en [leur*] compagnie, et 
chevaucièrent devers Bayone, et tant fisent qu'il y 
parvinrent. Si séjournèrent là quatre jours, en atten- 
ds dant Tent, et cargant leurs vaissiaus et ordonnant 
leurs besongnes. 

Au cinquime jour, ensi comme îl dévoient partir, 
li rois dans Piètres de Castille arriva à Bayône, et 
éstoît partis de le Calongne en grant cremeur, et 



1. Ma. A 8, f» 266 v«. ^ Ms. B 1, t. II, £*> 210 (lacune) 

2. Ms. B 4, F> 265. ^ Ms. B 1, U IX - « vo. j 



[1366] LIVBE PREMIER^ $ 550. iM 

û'i avoit osé [plus*] demorer, son remanaiU avoec- 
ques lui^ qui n'estoit mie grans^ et une partie de 
son trésor, ce qu'il en avoit pout amener. Si furent 
)es nouvelles de sa venue moult grandes entre les 
Ënglès. Et se traisent tantost messires Thumas de 5 
Felleton et li chevalier devers lui, et le recueillièrent 
moult doucement, et li comptèrent et moustrèrent 
comment il estoient appariUiet et esmeu, par le com- 
mandement de leur signeur le prince, de lui aler 
querre jusques à le Calongne ou ailleurs, se il be* lo 
songnoit. De ces nouvelles fu li rois dans Piètres 
moult joieus» et en remercbia grandement monsi- 
gneur le prince et les chevaliers qui là estoient^ 

§ 550. La venue dou roy dan Piètre qui estoit 
arrivés à Bayone segnefiièreat messires Thumas de 15 
Felleton et li aultre au prince qui en fu tous resjoïsu 
Depuis ne séjournèrent gaires de temps li dessus dit 
chevalier dou prince en le cité de Bayone, et amenè- 
rent le roy dan Piètre de Castille par devers le cite 
de Bourdiaus^ et esploitièrent tant qu'il y vinrent. 20 
Mais U princes, qui moult desiroit à veoir ce roy dan 
Piètre son cousin, et pour lui plus honnourer et 
mieulz festiier, vuida hors de Bourdiaus, bien acon^- 
pagniés de chevaliers et d'escuiers, et vint contre le 
dit roy, et li fist grant reverense. Quant il Vencon- 25 
tra, [iP] Tonnera de fait et de parolles moult gran- 
dement, car bien le savoit faire, nulz princes à son 
temps mieulz de lui. £t quant il se furent recueilUet 



1. Ms. B 4. — Ms. B 1, t. Il, fû 210 ▼<* (lacune). 

2. Mb. a 8, f^ 267. — Msa. B : « et. > 



200 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4366] 

et conjoy, ensi comme il apertenoit, il chevaucièrenl 
vers Bourdiaus. Et mist li dis princes le roy dan 
Piètre au dessus de lui, ne onques ne le volt faire 
ne consentir aultrement. 

5 Lâ^ en chevauçant, remoustroit li rois dans Piètres 
au. prince, envers qui moult il se humilioit, ses po- 
vretés, et comment ses frères li Bastars Tavoit boutet 
et escachiet hors de son royaume de Castille, et se 
complaindoit ossi grandement de le desloyauté de 

10 ses hommes, car tout l'avoient relenqui, excepté 
uns chevaliers qui là estoit, qu'il li ensignoit, qui 
s'appelloit dan Ferrant de Castres. Li princes moult 
sagement et courtoisement le reconfortoit, et li prioit 
que il ne se volsist mies trop esbahir ne desconforter; 

15 car, se il avoit perdu , il estoit bien en le poîssance 
de Dieu de lui rendre toute sa perte et plus avant, 
et avoir vengance de ses ennemis. 

Ensi en parlant pluiseurs paroUes unes et aul- 
tres, chevaucièrent il jusques à Bourdiaus, et descen- 

20 dirent en Fabbeye de Saint Andrieu , Fostel dou 
prince et de la princesse. Et fu li rois dans Piètres 
menés en une cambre qui estoit ordonnée pour lui. 
Et quant il fu appareilliés, ensi que à lui apertenoit, il 
vint devers la princesse et les dames qui le rechurent 

25 bellement et courtoisement, ensi que bien le savoient 
faire. Je vous poroie ceste matère trop démener de 
leurs festes et leurs conjoïssemens; si m'en passe- 
rai briefment, et vous compterai comment cils rois 
dans Piètres esploita devers le prince, son cousin, 

30 lequel il trouva grandement courtois et amiable et 
descendant à ses priières et volentés, quoi que aucun 
de son conseil li euissent remoustré et dit, ensi que 



[4366] LIVRE PREMIER, $ 550. 201 

je VOUS dirais ançois que eilz rois daus Piètres fiist 
venus à Bourdiaus. 

Aucun sage signeur et imaginatif, tant de Gas-. 
congue comme d'Engleterre, qui estoient dou con- 
seil le dit prince^ et qui loyaument à leur avis le 5 
dévoient et voloient consillier, li avoient dit fiable- 
ment^ quant il en avoit rusé et parlé à yaus^ ançois 
que onque^ Feuist veu : « Monsigneur, vous avés oy 
dire et recorder par piuiseurs fois : Qui trop embrace, 
mal estraint. Il est vérités que vous estes li uns des lo 
princes dou monde li plus prisiés, li plus doubtés et 
li plus honnourés^ et tenés par de deçà le mer grant 
terre et belle signourie^ Dieu merci, bien et en 
pais; ne il n'est nulz rois^ tant soit proçains, pois- 
sans ne lontains^ qui au temps présent vous osast 15 
couroucier^ tant estes vous'^renommés de bonne che- 
valerie, de grasce et de fortune : si vous deveroit 
par raison souffire ce que vous avés, et non acquerre 
nul anemi. Nous le vous disons pour tant que cilz 
rois dans Piètres de Castille, qui maintenant est 20 
boutés hors de son royaume, est uns homs et a 
estet tousjours moult austères et cruelz et plains de 
mervilleuses semilles; et par li ont esté fait et eslevé 
tamaint mal ens ou royaume de Castille, et tamains 
[vaillans'] homs decolés et mis à iSn sans raison; et par 25 
lesquelz villains fais, que il a fais et consentis à faire, 
il s'en trueve ores decheus et boutés hors de «on 
royaume. Avoech tout ce, il est ennemis à l'Eglise et 
escumeniiés dou Saint Père, et est réputés et a esté 
un grant temps comme uns tirans , et sans nul title 30 

1. Ms. A 8, f» 267 yo. — AIss. B (lacune). 



SOI GHBOIOQtJES DB S. FROIfiSART. [f M6] 

de raidon â a tousjours grevd et gaerroiiet ses yoi« 
sins^ le roy d'Arragon et le roy de Navare^ et yaus 
par poksanoe yoIu ddriiireter, et fiat> si comme feme 
et renommée keurt parmi son royaume de ses gêna 

5 meismes, morir sa moultier^ une jone dame vostre 
cousine^ fille au duoh de Bourl>on : pour quoi vous 
y deveriës bien penser et regarder ; car tout ce qull 
a a sottfirir maintenant, ce sont verghes de Dieu, ech 
vdiies sur lui pour lui oastiiar et pour donner as 

10 autres rois erestiiens et princes de terres exemple que 
il ne fiicent mies enfà. » 

De lek parolles et samblables atoit esté avides et 
consiUiés U prinee^ en devant ce que li rois dans 
Piètres ftist arivés à Bayone; mais à ces paroUes et 

15 eonsaaljs il avoit respondu trop vaillamment et diat 
enst : « Signeur^ je eroi et tîeng dertaînnement que 
à vostre loyal pooir vous me consilliés. Je vous di 
que je sui tous enfourmés de le vie et l'estat ce roy 
dan Piètre ^ et sçai bien que sans nombre il a fait 

30 des maulE assés^ dont maintenant il s'en trueve der« 
rière; et ce qui en présent nous muet et enccv^e 
de lui voloir aidier, la cause est tèle que je le vous 
dirai. Ce n-est pas cose [afferant % deue ne raison* 
nable^ d'un bàstart tenir royaume et hiretage^ et 

% bouter hors de son royaume et hiretage un sien 
frère, roy et hoir de la terre par loyal mariage; et 
tout roy et en&nt de roy ne le doient nullement 
voloir ne consentir, car c'est uns grans prejudLsces 
contre Festat royal. Avoech tout ce, monsigneur mon 

30 père et cilz rois dans Piètres de Castille ont eu de 

1. Ms. A 8, f> 267 To. ^Mss. B (kieune). 



[1366] lilVlUI PAEHIEll, $ BSO* 20S 

grant temp», Cê sai je de vérité^ allknoet el ooafiMle^ 
rations endtunble^ par Ie6qaèlê6 nous sommes tenu 
de lui aidier^' ou cas que nous eiLscnnmes de Ir 
meismeâ priiet et requis, h 

EnsI li dis priûces^ meus et enooragiës de voloir 5 
àidiet* et conforter ee roy dati Piètre en son grant 
besoing, avoit respôndu à ehiaus de son conseil ^ 
quant àparlés et avises en avc4t estet; ne onques 
on ne li pot oster ne brisier son ^t pourpos que 
touldis il ne-fust en un, et eno(»es plus fermes et lo 
plus entiers^ quant li dis rois dans Piètres de CastiUe 
fil Tenus dalés lui en le cîié de Bourdiaus; Car li 
dis rois s'umelioit moult envers lui, et H offrok et 
prommetoit Igrans dons et grads pourfis à Aûre^ et 
disoit que il feroit Ëdowart, sonjone fil^ roy de Ga** 15 
lisse ^ et départiroit à lui et à ses hommes tcès grani 
avoir qu'il avoit laissiet derrière lî ens cni royaume 
de Gastille^ lequel il n'avoit po«it amener avoeoquea 
lui^ et estoit si bien repus et enfermes que nuk ne 
le savoit^ fors il tant seulement» A ees pardles ea-> ao 
tendoient li ofaevàlier dou prince Tolentâers, ear £n« 
glès et Gascon de leUr nature sont grandement ôon» 
voiteus. Si iu consilHet ati prince que il assambbst 
tous les barons de la duoé d'Aquitainne et son e»t 
pecial conseil) et euist à Bourdiaus un gênerai pttn> S5 
lement) et là remoustrast li rois dans Pièti»s à tous 
comment il se *v6loit maintenir et de qucH il les sate^ 
fieroit^ se il eStoit ensi que li princes l'empresist à ra- 
mener en son pays et fesist sa poissance don re- 
mettre. Dont furent lettres escriptes^ et messagier 30 
emploiié^ et signeur mandé de toutes pars : premiè- 
rement y li contes d'Ermignacb , li contes de Piere- 



204 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366] 

gorthy li contes de Comminges, li sires de Labreth^ 
li viscontes de Cannaing^ li captaus de Beus^ li sires 
deTaride, li viscontes de Chastielbon, li sires de 
Lescuty li sires de Rosem^ li sires de Lespare, li sires 
5 de Caumont^ li sires de Mouchident^ li sires de Cour- 
ton, li sires de Pincornet et tout li [autre*] baron de 
Gascongne et de Berne. Et en fu priiés li contes de 
Fois^ mais il n'i vint mies^ ançois s'escusa pour tant 
que il avoit adonc mal en une jambe ^ si ne pooit 
10 cevauchier; mes il y envoia son conseil. 

§ 551 . A ce parlement qui (a assignés en le bonne 
cité de Bourdiaus^ vinrent tout li conte, li visconte, 
li baron et li sage homme d'Aquitainne , tant de 
Poito, de Saintonge, de Rperge, de Quersin, de Li- 

15 mosin, comme de Gascongne. Quant il furent tout 
venu, il entrèrent en parlement, et parlementèrent 
par trois jours sus Testât et ordenance de ce roy dan 
Piètre d'Espagne qui estoit [et se tenoit ■] toutdis pre- 
sèns en mi le parlement, dalés le dit prince, son cou- 

20 sin, qui parloit et langagoit pour lui, en coulourant 
ses besongnes. Finablement, il fu dit et conseilliet au 
prince que il envoiast souffissans mess^^es devers le 
roy son père en Engleterre, pour savoir quel cose il 
en diroit et conseilleroijt à faire, ançois que de lui il 

25 empresist ce voiage [à foire']. Et quant on aroit eu la 
response dou dit roy d'Engleterre, li baron se remet- 
teroient ensamble et consilleroient si bien le dit 



1. Ms. A 8, f*> 268. — Ms». B (lacune). 

2. Ms. A 8. — Mfts. B (lacune). 

3. Ms. B 4, f^ 266. — Ms. B 1, t. II, ^ 212 (lacune^ 



[i366] LIVRE PREMIER, § mi. 205 

prince, que par raison il li deveroit souffire. Adone 
furent nommé et ordonné quatre chevalier dou 
prince , qui dévoient aler en Engleterre : li sires de 
le Ware , messires Neel Lorinch, messires Jehans et 
messires Helyes de Pumiers. .Si se départi adonc cilz 
parlemens ensi^ et s'en rala cescuns en son lieu, et 
demora li rois dans Piètres à Bourdiaus dalés le 
prince et le princesse qui moult l'onneroient. 

Assés tost se départirent de Bourdiaus li dessus dit 
[quatre *] chevalier qui estoient ordonné pour aler en 10 
Engleterre, et entrèrent en deus nefs ordonnées et 
appareillies pour yaus. Et esploitièrent tant par mer, 
à l'ayde de Dieu et dou vent, qu'il arrivèrent à Han- 
tonne, et reposèrent là un jour pour yaus rafreschir 
et traire hors des vaissiaus leurs chevaus et leurs har- 15 
nois. Et puis montèrent le secont jour et chevauciè- 
rent tant par leurs journées qu'il vinrent en le cité 
dé Londres ; si demandèrent dou roy où il estoit. On 
lor dist qu'il se tenoit à Windesore. Si alèrent celle 
part, et furent grandement bien venu et recueillie 20 
dou roy et de le royne, tant pour l'amour dou prince 
[leur fil'] qui là les envoioil, que pour ce que il es- 
toient signeur et chevalier de grant recommendation. 
Si moustrèrent cil dit signeur et chevalier leurs lettres 
au roy qui les ouvri et fist lire, et en respondi quant 25 
il y eut un petit pensé et visé, et dist : « Signeur, 
vous vos trairés à Londres, et je manderai aucuns 
barons et sages de mon conseil ; si vous en respon- 
derons et expédierons temprement. » Geste response 



1. M». B 4, f> 266 ▼•. — M». B 1, t. H, f> 212 ▼« (lacune). 

2. Mft. B 4. — Ms. B 1 (lacune). 



306 CHRONIQUES DE >. FROISSâRT. t^3663 

pleut adono assës bien à ces chevaliers, et se retrai- 
tent à l'endemain à Londres. Ne demora [gaires de 
temps *] depuis^ que li rois d'Engleterre vint à Wes^ 
mou^tier, et là furent à ce jour une partie des plus 
5 grans de son conseil, son fil le duc de Lanoastre, le 
conte d*Arondiel^ le conte de Saslebrin^ li sires de 
Mauni^ messires Renaus de Gobehem^ li sires de Persi^ 
li sires de Nuefville et moult d'autres^ et ossi des prelas^, 
K eVésques deWincestre/lî evesques de LincoHe tet li 

vo evesques de Londres. Si consillièrent grandement et 
longement sus les lettres dou prince et le priière que 
il feisoit au roy son père. Finablement^ il sambla au 
roy et à son conseil cose deue et raisonnable don 
prince de Galles emprendre ce voiage de remettre et 

16 mener le roy d'Espagne arrière en son [royaome^ et 
hiretage; et le acordèrent tout notorement^ et sur ce 
il rescriôrent lettres notables et autentikes, de par 
le roy et le conseil d'Engleterre, au dit prince et à 
tous les barons d'Aquitainnes. Et les raportèrent ar- 

«0 rièrechil qui aporté les avoient, et devinrent en le 
cité de Bourdiaus, où il trouvèrent le prince et le 
roy dan Piètre, asquelz il baîUièrent aucunes lettres 
ijne U roÎB d'Engleterre leur envoioit. Si fu de recief 
tms pariemens nommés et assignés en le cité de 

» Bôurdiaus, et y vinrent tout cil qui mandé y furent. 
Si furent' là leutes generalment les lettres don roy 
d'Engleterre, qui parloient et devisoient plainne- 
ment comïnent il voloit que li princes ses fiulz, ou 
nom de Dieu et de saint Jorge, empresist le roy dan 



1. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune). 

2. M: A 8, P> 268 to. ^ Mss. B (lacune). 



[Id60] liVRB PBEMIIER, S Mi. i07 

Piètre son cousin a remettre en son bycetage^ dont 
on l'avoit à tort et sans raison fraudeléusement, si oom 
apparant estoit^ bouté hors. St faisoient enoores les 
lettres dou roy d'Englet^re mention que moult il 
estoit tenus. par certainnes alliances faites de jadis^ 5 
obli§ies et acouvenencies entre lui et le roy de Cas* 
tille son cousin^ de lui aidier ou cas que li besoins 
touchoit et que priiés et requis en estoitv Et corn- 
mandoit li rois d*£ngle terre à tous ses feaulzet priait 
à. tous ses amis que ii princes de Galles ses filz fust 10 
aidiés^ confortés et oonsiUiés en toutes sesbeson*- 
gaes^ si comme il seroit d'yaus, se il y estoit pre- 
sens. 

' Quant tout U baron d'Aquitainne oïrent lire ces 
lettres et veirent le mandement dou roy et le grande is 
Tolenté dou prince lor signeur^ si en respondirent 
liement et disent ; «Monsigneur^ nous obéirons au 
commandement le roy nostre signeur et vostre père, 
c'est bien xaisons, et serons tout appareiUiet toutes 
fois qu'il vous plaira^ et vous servirons en ce voiage ss 
et le roy dan Piètre ossi; mes nous volons savmr 
qui. nous paiera et delivera de nos gages^ car on ne 
met mies gens d'armes hors de leurs hosteulz^ enû 
que pour aler guerriier en estragne pays^ sans estre 
paiiet et delivret. £t^ se ce fîist pour les besongoes 9b 
de nostre chter sigpeur vostre père ou pour les Yos^ 
très ou pour vostre honneur ou de nostre pays, nous 
n'en partissions pas si avant que nous faisons. » Adoo^ 
regarda li princes sus le roy dan Piètre et dist : ce Sire 
rois^ vous oés que nos gens dient , si en respondés : 3o 
à vous en tient à respondre qui les devés et volés 
ensonniier. » Adonc respondi li rois dans Piètres au 



208 CHRONIQUES DE J. FROTSSART. [1366] 

prince et dist :.« Mon [chier^] cousin^ si avant que 
mon or, mon argent et tout mon trésor que j'ai 
amené par de deçà^ qui n'est pas si grans de trente 
fois comme cilz de par de delà est, se pora estendre^ 

5 je le voeil donner et départir à vos gens. )» Dont dist 
li princes : a Vous dittes bien , et dou sourplus j'en 
ferai ma debte devers yaus et délivrance^ et vous 
presterai tout ce que il vous besongnera jusques à ce 
temps que nous serons en Castille. » — « Par mon 

10 chief, respondi li rois dans Piètres^ si me ferés grant 
grasce et grant courtoisie. » 

Encores en ce parlement regardèrent aucun sage, 
li contes d'Ermignach^ li sires de Pumiers^ messires 
Jehans Chandos^ li captaus de Beus et li aultre que 

15 li princes de Galles ne pooit nullement faire ce voiage 
sans Tacort et confort dou roy Charle de Navare ; ne 
il ne pooient entrer ne aler en Espagne fors par son 
pays et les destrois de Raincevaus^ douquel passage il 
n^estoient mies bien asseguré de Tavoir^ car li dis 

20 rois de Navare et li rois Henris avoient de nouviel 
faites grans alliances ensamble. Et là fu longement 
parlementé comment on s^en poroit chevir. Si fu dit 
et considéré des sages que uns parlemens se feroit et 
assigneroit en le cité de Baione de toutes ces parties^ 

25 et là en dedens envoieroit li princes souffissans hom* 
mes et trettieurs par devers le roy de Navare, qui li 
prieroiént ou nom dou prince que il volsist estre à 
ce parlement en le cité de Baione. Cilz consaulz fu 
tenus et arrestés^ et sur ce se parti li dis parlemens; 

30 et eurent en couvent cescuns de estre à Baione au 

1. Mb. A 8, fo 268 ▼<>. — Mm. B (lacune). 



[1366] LIVRE PREMIER, g S»^. 209 

jour que mis et ordonnés y fu. En ce terme, envoia 
li princes monsigneur Jehan Chandos et monsigneu^ * 
Thumas de Felleton devers le roy de Navare qui se 
tenoit en le cité de Pampelune. Cil doy chevalier, 
comme sage et bien enlangagiet, esploitièrent si bien 5 
par devers le roy de Navare que il leur eut en cou- 
vent et scella pour estre à ce parlement^ et sur ce il 
retournèrent (levers le prince à qui il recordèrent 
ces nouvelles. 

§ 552. Au jour que cilz parlemens fu assignés en lO 
le cité de Baione^ vinrent li princes, li rois d'Es- 
pagne, li contes d'Ermignach, li sires de Labreth et 
toutli baron de Gascongne, de Poito, de Quersin, 
de Saintonge, de Roerge et de Limozin. Et là fu li 
rois de Navare personelment, auquel li princes et li IB 
rois dans Piètres fisent moult d'onneur et de reve- 
rense, pour tant que il en pensoient mieulz à valoir. 
Là eut, en le cité^de Baione, de rechief grans parle- 
mens et Ions, et durèrent cinq jours. Et eurent li dis 
princes et ses consaulz moult de painne et de traveil 20 
ançois que il peuissent avoir le roy de Navare de leur 
acort y car il n*estoit mies legiers à entamer là où il 
veoitque on avoit besoingde lui. Toutes fois, li grans 
sens dou prince l'amena à ce que il jura, prommist 
et scella au roy dan Piètre pais , amour, alliances et 25 
confédération, et li rois dans Piètres ossi à lui sur 
certainnes compositions qui furent là ordonnées, des- 
quèles li princes de Galles fu moiiens, trettiières et 
devisères : c'est à savoir que li rois dans Piètres, > 
comme rois de toute Castille, donna, scella et acorda 30 
au roy /de Navare et à ses hoirs, pour tenir hireta- 

YI — ik 



210 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366] 

blement^ toute la terre dou Groing^ ensi comme elle 
s'estent par deçà et delà la rivière , et toute la terre 
et la contrée [de Sauveterre *], le ville, le chastiel et 
toutes les appendances, et le ville de Saint Jehan dou 
5 piet des Pors et le marce de là environ : lesquèles 
terres, villes et chastiaus et signouries il li avoit tolut 
de jadis et tenu de force. Avoech tout ce , li dis rois 
de Navare devoit avoir six vingt mil frans, pour ouvrir 
son pays et lassier passer paisieulement toutes gens 

10 d*armes et yaus faire aministrer vivres et pourvean- 
ces, leurs deniers paians. De laquèle somme de florins 
li princes fîst sa debte envers le roy de Navare. Quant 
li baron [de la prinçauté *] d'Aquitainnes seurent 
que parlemens et trettiés se portoient ensi que on 

15 estoit d'acort au roy de Navare, il veurent savoir qui 
les paieroit de leurs gages. Et là li princes, qui grant 
affection avoit en ce voiage, en fîst sa debte envers 
yaus, et li rois dans Piètres au prince. Quant toutes 
ces coses [furent ordonnées et confremées, et que 

20 cescuns sceut quel cose il devoit faire et avoir, et il 
eurent séjourné en le cité de Baione plus de douze 
jours et jeué et révélé ensamble moult amiablement, 
li rois de Navare prist congiet et se retraist ens ou 
royaume de Navare dont il s'estoit partis, et s'i tint 

25 depuis un temps pour mieulz garder son pays. Et si 
se départirent tout cil signeur li un de l'autre, et se 
retraist cescuns en son lieu. Meismement li princes 
s'en revint à Bourdiaus et li rois dans Piètres demora 
à Baione. 



1. M». B 4, fo 267 vo. — Ms. B I, t. II, f« 214 (lacune). 

2. Ms. B4. — Ms. Bl (lacune). 



[4366] LIVRE PREMIER, § 552. 211 

Si envoia tantost li dis princes ses hiraus en Es- 
pagne par devers ses chevaliers et aucunes chapi- 
tainnes des Compagnes^ qui estoient Ënglès et Gascon 
favourable et obéissant à lui , yaus dire et segnefîier 
que il se retraisissent tout bellement et presissent 5 
congiet dou dit bastart Henri ^ car il avoit mestier 
d'yaus et les emploieroit ailleurs. Quant li hiraut, qui 
ces lettres et ces nouvelles aportèrent en Castille 
devers les chevaliers dou prince furent venu devers 
yaus, il veirent et cogneurent tantost que il les re- 10 
mandoit : si prisent congiet au dit roy Henry^ au 
plus tost qu'il peurent et au plus courtoisement, sans 
yaus descouvrir ne l'intention dou prince. Li rois 
Henris, qui es toit larges, courtois et honnourables^ 
leur donna [congié*] moult doucement^ et les re- 15 
mercia grandement de leur bon service et leur de- 
parti au partir de ses biens tant que tout s'en con- 
tentèrent. Si vuidièrent d'Espagne messires Eustasses 
d*Aubrecicourt, messires Hues de Cavrelée, messires 
Gantiers Hués^ messires Mahieus dis de Gournay, 20 
messii*es Jehans d'Evrues et leurs routes et pluiseur 
aultre chevalier et escuier que je ne puis mies tous 
nommer, de Tostel dou prince^ et revinrent au plus 
tost et plus hasteement qu'il peurent. 

Encores estoient toutes les Compagnes et les cha- 25 
pitainnes des Compagnes esparses parmi le pays ; si 
ne sceurent mies sitost ces nouvelles que li dessus 
nommet chevalier fisent. Toutes fois, quant il les 
seurent, il se recueillièrent ensamble et se misent au 
retour, loist à savoir : messires Robers Brikés, Jehans 30 

1. Ms. B 3, r^ 281. — Mss. B 1 et 3 (lacune). 



212 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366] 

Cressuelle^ messires Robers Ceui^ messires Perducas 
de Labrelh, messires Garsis dou Chastiel^ Naudon 
de Bagerant^ le bourch de Lespare, le bourch Camus, 
le bourch de Bretueil et li aultre. Et ne seul mies 

5 sitost li rois Henris les nouvelles ne le volenté dou 
prince , que il voloit ramener son frère le roy dan 
Piètre en Espagne^ que fisent li dessus dit. Et bien 
lor besongna^ car^ se il l'euist sceu, il ne fuissent 
miès parti si legierement qu'il fisent^ car bien estoit 

10 en se poissance d'yaus porter contraire et destour- 
bier. Toutes fois, quant il en sceut le certainneté. 
par samblant il n'en fîst mies trop grant compte, et 
en parla à monsigneur Bertran de Claiekin qui estoit 
cncores dalés lui et dist : u Dan Bertran^ regardés 

15 dou prince [de Galles*]. On nous a dit qu'il nous vorra 
guerriier et remettre ce Juis, qui s'appelle rois de 
Castille^ par force, en nostre royaume. Et vous, qu'en 
dittes ?» — ce Monsigneur , respondi messires Ber- 
trand, il est bien si vaillans chevaliers, puisqu'il l'a 

20 entrepris, il en fera son pooir. Si vous di que yous 
faciès bien garder vos destrois et vos passages de 
tous lés, par quoi nulz ne puist entrer ne issir de 
vostre royaume, fors par vostre congiet, et tenés à 
amour toutes vos gens. Je sçai de vérité que vous 

25 ares en France grant aye de chevaliers et d'escuiers 
qui volentiers vos serviront : je m'en retournerai, 
par vostre congiet, par de delà, et vous y acquerrai 
tous les amis que je porai. » — « Par ma foy, dist li 
rois, dans Bertran, vous dilles bien, et dou sour- 

80 ^ plus je me ordonnerai par vous et par vostre con- 

1. M«. A 8, f« 269 vo. — Mss. B (lacune). 



[1366] LIVRE PREMIER, § 553. 213 

«eil. » Depuis ne demora gaires de temps que mes- 
sires Bertrans de Claiekin se parti dou roy Henri, et 
s'en vint en Arragon où li rois le reeueilla liement^ 
et fu bien quinze jours dalés lui. Et puis s'en parti 
et fist tant par ses journées qu'il vint à Montpellier^ 5 
et là trouva il le duc d'Ango qui le reçut ossî moult 
liement^ car moult l'amoit. Quant il eut là esté un 
terme dalés lui , il s'en parti et s'en revînt en France 
devers le roy qui le rechut à grant joie. 

§ 553. Quant les certainnes nouvelles s'espardi- lo 
rent en Espagne et en Arragon et ossi ou royaume 
de France, que li princes de Galles voloit remettre le 
roy dan Piètre arrière eus ou royaume de Castille, 
si en furent pluiseur gens esmervilliet et en parlèrent 
en tamainte manière. Li aucun disoient que li princes 15 
einprendoit ce voiage par orgueil et presumption, et 
estoit courouciés de l'onneur que messires Bertrans 
de Claiekin avoit eu de conquerre tout le royaume 
de Castille ou nom dou roy Henri et de li faire roy. 
Li autre disoient que pités et raisons le mouvoient à 20 
ce que de voloir aidier le roy dan Piètre à remettre 
en son hiretage; car ce n'estoit mies cose deue ne 
raisonable d'un bastart tenir royaume et porter 
nom de roy. Ensi estoient par le monde pluiseur 
chevalier et escuier en diverses opinions. Toulesfois, 25 
li rois Henris escripsi tantos devers le roy d'Arragon , 
et envoia grans messages, en priant que i\ ne se vosist 
nullement acorder ne composer par devers le prince 
[d*Acquitaine*l ne ses allyés; car il estoit et volpit eslre 

1, Ma. B 4, f*> 268. — Ms. B 1, t. II, P» 215 (lacune). 



214 CHRONIQUES DE J. FROÏSSART. [1366] 

ses bons amis. Li rois d'Arragon^ qui moult l'amoit à 
avoir à voisin, car il avoit trouvé dou temps passé le 
roy dan Piètre moult cruel et auster, Ven assegura 
et dist que nullement, pour à perdre grant partie 

5 de son royaume, il ne se allieroit ne acorderoit au 
dit prince, ne à ce roy dan Piètre, mais ouveroit 
son pays pour laissier passer toutes manières de 
gens dWmes qui en Espagne vorroient aler, tant de 
France comme d'ailleurs, en son confort, et einpe- 

10 ceroit tous chiaus qui grever et contrariier le vor- 
roient. 

Cilz rois d'Arragon tint bien tout ce qu'il pro- 

mist à ce roy Henri; cai*, si tretost comme il sceut 

* de vérité que li princes de Galles voloît aidier le roy 

15 dan Piètre, et que les Compagnes tendoient à retraii^e 
celle part et en le prinçaulé, il fist clore tous les pas 
d*Arragon et garder bien destroitement , et mist 
gens d'aimes et géniteurs sus les montagnes et es 
destrois de Catellongne, sique nulz ne pooit passer 

20 fors en grant péril. Mais les Compagnes trouvèrent un 
aultre chemin , et eurent trop de maulz et de povre- - 
tés, ançois que il peuissent issir hors des dangiers 
d'Arragon. Toutesfois, il vinrent sus les marces de le 
coûté de Fois, et trouvèrent le pays de Fois clos 

25 contre yaus; car li dis contes ne voloit nullement 
que telz gens entrassent en sa terre. 

Ces nouvelles vinrent au prince de Galles, qui pour 
le temps se tenoit à Boiirdiaus, et pensoit et imagi- 
noit nuit et jour comment à sen honneur il poroil 

30 parfurnir ce voiage, que ces Compagnes ne pooient 
passer ne retourner en Aquitainne, et que li pas et 
destroit d'Arragon et de Catellongne leur estoient 



[1366] LIVRE PREMIER, § SÎ53. 215 

deveé et clos, et estoient à l'entrée de le conté de 
Fois, et non pas trop à leur aise. Si se doubta li dis 
princes que li rois Henris et li rois d'Arragon par 
constrainte ne menassent telement ces gens d'armes 
qui estoient bien douze mil, desquels il esperoit à 5 
avoir le confort, et ossi par grans dons et prom- 
messes^ que il ne fuissent contre lui. Si se avisa li 
dis princes que il envoieroit devers yaus monsigneur 
Jehan Chandos pour trettier à yaus et retenir, et ossi 
par devers le conte de Fois^ que par amours il ne leur 10 
vosist faire nul contraire , et tout le damage que il 
feroient sus lui ne en sa terre, il leur renderoit au 
double. 

Ce message à faire , pour l'amour de son signeur 
le prince, emprist messires Jehans Chandos, et se 15 
parti de Bourdiaus et chevauça devers le cité de 
Dax en Gascongne, et esploita tant par ses journées 
qu'il vint en le conté de Fois où il trouva le dit 
conte. Si parla à lui si aviseement et si couvignable- 
ment que il eut le conte de Fois d'acort, et le laissa 20 
passer oultre parmi son pays paisieulement. Si trouva 
les Compagnes en un pays que on dist Bascle. Là 
tretta il à yaus , et esploita si bien que il eurent tout 
en couvent de servir et de aidier le prince en ce 
voiage , parmi grant argent qu'il dévoient avoir de 25 
prest. Et tout ce leur jura messires Jehans Ghandos 
[qu'il n'y trouveroient point de deflFaule. Si se parti 
dUaulx li dis messires Jehans Chandos ]\ et vint de 
recief devers le conte de Fois et li pria doucement 
que ces gens, qui estoient au prince, il volsist souf- 30 

1. Ms. B 4, f» 268 y^, — Ms. B 1, t. II, P» 216 (lacune). 



21 G CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i366] 

frir et laissier passer parmi un des corons de sa 
terre. 

Li contes de Fois, qui voloit estre agréables au prince 

et qui estoit ses lioms en aucune manière , pour lui 

5 complaire^ li acorda^ parmi tant que ces Compagnes 

ne dévoient porter nul damage à lui ne à se terre. 

Messires Jehans Cliandos li eut en couvent^ et envoia 

arrière un sien chevalier et un hiraut devers les Com- 

, pagnes, et tout le trettiet qui estoit entre lui et le 

10 conte de Fois^ et puis s*en retourna arrière en le 

prinçauté. Si trouva le dit prince à Bourdiaus, à qui 

il recorda tout son voiage et comment il avoit es- 

ploitié. Li princes, qui le creoit et amoit, se tint bien 

à contens de son esploit et de ce voiage. 

15 § 554. En ce temps, estoit li princes de Galles en 
la droite ileur de la jonèce, et ne fu onques soelés 
ne lassés^ depuis qu'il se commença premièrement à 
armer, de guerriier et de tendre à tous haus et no> 
blés fais d'armes. Et encores, à ceste emprise dou dit 

20 voiage d'Espagne et de remettre ce roy escachiet par 
force d'armes en son royaume, honneiu^s et pités l'en 
esmeurent. Si en parloit souvent à monsigneur Jehan 
Chandos et à monsigneur Thumas de Felleton, qui 
estoient li plus especial de son conseil, en demandant 

35 qu'il leur en sambloit. 

Chil doi chevalier li disoient bien : « Monsi- 
gneur, certes c'est une haute emprise et grahde, 
sans comparison plus forte et plus hautainne que 
ceste ne fu de bouter hors le roy dan Piètre de son 

30 pays , car il estoit hays de tous ses hommes , et 
tout le relenquirent, quant il en cuida estre aidiés. 



[4366] LIVRE PREMIER, § BK^. 217 

Or joist et possesse à présent cilz rois bastars de 
tout le royaume entièrement de Castille et a l'amour 
des nobles et des prelas et de tout le demorant, 
et l'ont fait roy : si le vorront tenir en cel estât, 
comment qu*il prende. Si avés bien mestier que 5 
vous aiiés en vostre compagnie grant fuison de 
bonnes gens d'armes et d'arciers, car vous trouvères 
bien à qui combatre, quant vous vem'és en Espagne. 
Si vous loons et consilions que vous rompes la gri- 
gnour partie de vo vaisselle d'argent et de vostre 10 
trésor, dont vous estes bien aisiés maintenant, et en 
faites &ire monnoie pour donner et departii* large-* 
ment as compagnons, desquelz vous serés servis en 
ce voiage et qui pour l'amour de vous iront, car 
pour le roy dan Piètre n'en feroient il riens. Et si 15 
envoiiés devers le roy vostre père, en priant que vous 
soiiés aidiés de cent mil frans^ que li rois de France 
doit envoiier en Engleterre dedens brief terme» 
Prendés finance tout partout là où vous le poés avoir, 
car bien vous besongnera, sans taillier vos hommes 20 
ne vostre pays : si en serés mieulz amés et servis de 
tous. » 

A ce conseil et à pluiseurs aultres bons, que li doi 
dessus dit chevalier li donnèrent , se tint li princes 
de Galles; et fist rompre et brisier les deus pars de 25 
toute se vaisselle d'or et d'argent, et en fist faire et 
forgier monnoie pour donner as compagnons. Avoech 
tout ce, il envoia en Engleterre devers le roy son 
père, pour impetrer ces cent mil frans dont je parloie 
maintenant. Li rois d'Engleterre , qui sentoit assés 30 
les besongnes dou prince son fil, li acorda legiere- 
ment et en escrisi devers le roy de France et l'en 



218 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366] 

envoia lettres de quittancez. Si furent li oent mii 
frans en celle saison délivré as gens dou prince et 
départi à toutes manières de gens d'armes. 

§ 555. Une fois, estoit en récréation li princes de 

5 Galles en sa cambre, en le cité d'Angouloime, avoech 
pluiseurs chevaliers de Gascongne, de Poito et d'En- 
gleterre; et bourdoit à yaus et yaus à lui de ce voiage 
d'Espagne, et fu dou temps que messires Jehans 
Chandos estoit oultre apriès les Compagnes. Si tourna 

10 son chief devers le signeur de Labreth et U dist : 
(f Sires de Labreth, à quèle quantité de gens d'armes 
me pores vous servir en ce voiage? » Li sires de 
Labret fu tous apparilliés de respondre, et moult lie- 
ment li dist ensi : « Monsigneur, se je voloie priier 

15 tous mes amis, c'est à entendre mes feaulz, j'en 
aroie bien mil lances, et toute ma terre gardée. » — 
« Par mon chief, sire de Labreth, dist li princes, 
c'est belle cose. » Lors regarda sus le signeur de Fel- 
leton et sus aucuns chevaliers d'Engleterre, et leur 

20 dist en englès : a Par ma foy, on doit bien amer la 
terre où on a un tel baron qui poet servir son si- 
gneur à mil lances. » Apriès, il s'en retourna devers 
le signeur de Labreth et dist de grant volenté : « Sires 
de Labreth, je les retieng tous. » — « Che soit, ou 

25 nom de Dieu, monsigneur, » ce respondi li sires de 
Labreth. De ceste retenue deubt depuis estre avenus 
grans maulz, si com vous orés avant en l'ystore. 

Or retournons nous as Compagnes qui s'estoient 
acordé et ahers avoech le prince. Si vous di que il 

30 eurent moult de maulz, ançois que il fuissent revenu 
et rentré en le prinçauté, tant de géniteurs comme 



[1366] LIVRE PREMIER, § 5SK. 21^ 

de chiaus de Kateliongne et d'Arragon^ et se dépar- 
tirent en trois routes. Li une des compagnies et plus 
grande s'en alèrent costiant Fois et Berne ; li aultre, 
Castellongne et Hermignach; et la tierce s'avalèrent 
entre Arragon et Fois, par l'acort dou conte d'Ermi- 5 
gnach, dou signeur de Labreth et dou conte de Fois. 
En celle route^ avoit le plus grant partie de Gascons. 
Et s'en venoient cil compagnon , qui pooient estre 
environ Iroi mil, par routes et par Ck)mpagnes^ en 
l'une Iroi cens, en l'autre quatre cens, devers Tar- 10 
cevesquiet de Thoulouse, et dévoient passer entre 
Thoulouse et Montalben. 

A ce donc, avoit un bon chevalier de Finance à sé- 
néchal à Thoulouse, qui s'appelloit messires Guis 
d'Azai. Quant il entendi que ces Compagnes appro- 15 
çoient et qu'il chevauçoient en routes et ne pooient 
estre en somme non plus de ti*ois mil combatans qui 
encores estoient foulé, lassé et mal armé, mal monté 
et pis cauchié, si dist qu'il ne voloit mies que tek 
gens approçassent Tholouse ne le royaume de France, 20 
pour yaus recouvrer, et qu'il leur iroit au devant et 
les combateroit, s'il plaisoit à Dieu. Si segnefia tan- 
tost se intention au conte de Nerbonne et au senes- 
cal de Carcassonne et à celui de Biaukaire et à tous 
les officiiez et chevaliers et escuiers de là environ , 25 
en yaus mandant et requérant ayde pour aidier à gar- 
der le frontière contre ces maies giens nommés Com- 
pagnes. Tout cil, qui mandé et priiet furent, obéirent 
et se hastèrent et vinrent, au plus tost qu'il peurent, 
en le cité de Toulouse. Et se trouvèrent grans gens, 30 
bien cinq cens lances, chevaliers et escuiers, et quatre 
mille bidaus, et se misent tout sus les camps par de- 



220 CHKONIQUES DE J. FROISSART. [i366] 

vers Montalben, à sept liewes de Thoulouse où ces 
gens se tenoient^ li premier qui venu estoient; et, 
tout compté, il ne se trouvoient non plus de deux: 
cens lances, mais il attendoient les routes de leurs 
5 compagnons qui dévoient passer par là. 

§ 556. Quant li contes de Nerbonne et messires 
Guis d'Azai, qui se faisoient souverain et meneur de 
toutes ces gens d'armes, furent parti de le cité de 
Thoulouse, il s'en vinrent logier assés pries de Mon- 

10 talben, qui adonc se tenoit dou prince, et en estoit 
chapitains à ce jour uns chevaliers englès qui s'ap^ 
pelloit messires Jehans Trivés. Si envoiièrent cil si- 
gneur de France leurs coureurs par devant Montalben, 
pour attraire hors ces Compagnes qui s'i tenoient. 

15 Quant le chapitainne de Montalben entendi que U 
François estoient venu à main armée et à host devant 
sa forterèce, si en fu durement esmervilliés, pour tant 
que la terre estoit dou prince. Si vint as barrières 
de la ditte ville, et fist tant que sus assegurances ii 

20 parla as dis coureurs et leur demanda qui là les en- 
voioit et pourquoi il s'avançoient de courir sus le 
terre dou prince , qui estoit voisine et devoit estre 
amie avoec le corps dou signeur au royaume et au 
roy de France. Cil respondirent et disent : « Nous ne 

25 sommes mies de nos signeurs, qui chi nous ont en- 
voiiet, dou rendre raison si avant cargiet ; mes pour 
vous apaisier, se vous volés venir ou envoiier par de- 
vers nos sîgneurs, vous en ares bien response. » — 
« Oil, dist la chapitainne de Montalben, je vous pri 

30 que vous vos retraiiés par devers yaus, et leur dittes 
qu'il m'envoient un saufconduit par quoi je puisse 



[i366] LIVRE PREMIER, § 556. 221 

aler parler à yaus et retourner arrière , ou il m'en- 
voient dire plainnement poiurquoi ne à quel title il 
me font guerre; car se je cuidoie que ce fust [tout*] à 
certes, je le segnefieroie à monsigneur le prince qui 
y pourveroit tantost de remède. » Chil respondirent 5 
qu'il le feroient volentiers. U retournèrent et recor- 
dèrent à leurs mestres toutes ces parolles. 

Li saufconduis [fu*] impetrés ou nom dou dit mes- 
sire Jehan Trivet et aportés à Montalben. Adonc se 
parti il, lui cinquime tant seulement, çt vint ou logeis lo 
des dessus dis François, et trouva les signeurs qui es- 
toient tout appareilUet de lui recevoir et avisé de res- 
pondre. Il les salua, il li rendirent sen salut, et puis leur 
demanda à quel cause il avoient envoiiet courir à main 
armée par devant sa forterèce qui se tenoit de mon- 15 
signeur li prince. Cil respondirent : « Messire Jehan, 
sachiés que, à vous ne à monsigneur le prince, nous 
ne volons nulle ahatie ne point de guerre; mes nous 
volons nos ennemis cachier, où que nous les savons. » 
— « Et qui sont vostre ennemi ne où sont il? » ce 20 
respondi li chevaliers. — a En nom Dieu , dist li 
contes de Nerbonne , il sont dedens Montalben et 
sont robeur et pilleur, qui ont robet et pilliet et pris 
et couru mal deuement sus le royaume de France : 
ce ne fait mies à souffrir. Et ossi, messire Jehan, se 25 
vous estiés bien courtois ne amis à vos voisins, vous 
ne les deveriés mies soustenir, qui pillent et robent 
les bonnes gens sans nul tifle de guei:*re, car par telz 
oevres s'esmuevent les haynes entre les signeurs. Si 



1. Ma. B 4, f> 270. — Ms. B 1, t. II, f« 217 vo (lacune). 

2. Ms. B4. — Ms. B 1 (lacane). 



222 CHRONIQUES DE J. FROISSâAT. [1366] 

les metés hors de vostre forterèce, ou aultrement 
vous n'estes mies amit au roy ne au royaume de 
France. » — ce Signeur, dist la capitainfte de Montal- 
ben, il est bien voirs que il a gens d'armes dedens 

5 ma garnison, que monsigneur le prince a mandés^ et 
les tient à lui et pour ses gens. Si ne sui mies con- 
silliés que d'yaus [faire partir si soubdainement *] ne 
faire vuidier; et^ se cil vous ont fais aucun desplaisir^ 
je ne puis mies veoir qui droit vous en face, car ce 

10 sont gens d'armes : si les convient vivre ensi qu'il 
ont acoustumé et sus le royaume de France et sus la 
prinçauté. d 

Dont respondirent li contes de Nerbonne et mes^ 
sires Guis d'Azai et disent : « Ce sont gens d'armes, 

15 voirement telz et quels ^ qui ne sèvent vivre fors de 
pillage et de roberie^ et qui mal courtoisement ont 
chevauciet sus nos mètes : si le comparront, se nous 
les poons tenir as camps. Car il ont ars, pris et 
pilliet et fait moult de mauls en le senescaudie de 

20 Thoulouse, dont les plaintes en sont venues à nous; 
et, se nous leur souffrions à faire, nous serions 
traitte et parjm^e envers le roy nostre signeur qui 
ci nous a establi pour garder sa terre. Si lor dittes 
hardiement de par nous ensi, car puisque nous sa- 

25 vous où il logent et herbergent, nous ne retourne- 
rons, si l'arons amendé, ou il nous coustera encores 
plus. » 

Aultre response n'en peut adonc avoir li capi- 
tainne de Montalben : si se parti mal contens d'yaus 

30 et dist que, pour leurs manaces, il ne .briseroit ja 

1. Ms. B 3, i^ 283 v<>. - Ms. fi 1, t. II, f» 218 (lacune). 



[1366] LIVRE PREMIER, § 557. 2S3 

sen entente, et retourna en Montalben et recorda 
as compagnons toutes les parolles que vous avés 
oyes. / 

§ 557. Quant li compagnon entendirent ces nou^ 
velles, si ne furent mies bien asseguret^ car il n^es- 5 
toient pas à jeu parti contre les François : si se tin- 
rent sus leur garde dou mieulz qu'il peurent. Or 
avint que, droit au cinquime jour que ces parolles 
eurent esté^ messires Perducas de Labreth à tout une 
grant route de compagnons deubt passer parmi lo 
Montalben^ car li passages estoit par là pour entrer 
en le prinçauté : si le fîst à savoir à chiaus de le ville. 
Quant messires Robers Geni et li aultre compagnon^ 
qui là se tenoient pour enclos, entendirent ces nou- 
velles^ si en furent moult resjoy, et segnefiièrent tout 15 
secrètement le convenant des François au dit monsi- 
gneur Perducas et comment il les avoient là assegiés 
et les maneçoient durement^ [et ossi quels gens il es* 
toient '] et quels chapitainnes il avoient. 

Quant messires Perducas de Labreth entendi ce^ si 20 
n'en fu de noient effraés, mes recueilla ses compa- 
gnons de tous lés et s*en vint bouter par dedens 
Montalben où il fu recheus à grant joie. Quant il fîi 
là venus^ il eurent parlement ensamble comment il 
se poroient maintenir, et eurent d'acort que à l'en- 25 
demain il s'armeroient et monteroient tout à cheval, 
et se metteroient hors de le ville et se adreceroient 
verâ les François, et leur prieroient que paisieule- 
ment il les laissassent passer, et^ se il ne voloient 

1. Ms. B k, f« 270 V». — Ms. B 1, t. U, P» ai8 ^ (lacune). 



224 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1366] 

à ce descendre et que combattre les couvenist, il 
s^enventurroient et se venderoient à leur loyal pooir. 
Tout ensi comme il l'ordonnèrent^ il le fisent. 
A. l'endemain^ il s'armèrent et sonnèrent leurs 

5 trompètes, et montèrent tout à cheval et vuidièrent 
hors de Montalben. Ja estoient armé li François 
pour l'effroi qu'il avoient oy et veu, et tout rengiet 
et mis devant le ville ^ et ne pooient passer les Com* 
pagnes fors que parmi yaus. Adonc |se misent tout 

10 devant messires Perducas de Labreth et messires Ro- 
bers Ceni et veurent parlementer as François et priier 
que on les laissast passer paisieulement ; mes li Fran- 
cois leiu* envoiièrent dire que il n*avoient cure de 
leur parlement et qu'il ne passeroient^ fors parmi les 

15 pointes de leurs glaves et de leurs espées. Et escriiè- 
rent tantost leurs cris et disent : «Avant! Avant! A 
ces pilleurs, qui pillent et robent le monde et vivent 
sans raison ! » 

Quant les Compagnes veirent que c'estoit à certes 

20 et que combattre les couvenoit ou morir à honte, 
si descendirent tantost jus de leurs chevaus, et se 
rengièrent et ordonnèrent tout à piet moult faitice- 
ment^ et attendirent les François qui vinrent sus yaus 
moult hardiement^ et se misent ossi par devant yaus^ 

25 tout à piet. Là commencièrent à traire^ à lanchier et à 
estechier li un à l'autre grans cops et apers, et en y 
eut pluiseurs abatus des uns et des aultres^ de premiè- 
res venues. Là eut grant bataille forte et dure et bien 
combatue, et tamainte apertise d'armes faite^ tamaint 

30 chevalier et tamaint escuier reversé et jette par terre, 
Toutesfois^ li François estoient trop plus sans com- 
parison que les Compagnes, bien troi contre un : 



[4366] LIVRE PREMIER, § 557. 225 

si n'en avoient mies la pieur pareçon et reboutèrent 
à ce commenchementles Compagnes, [par bien com- 
batre *,] bien avant jusques dedens les barrières. Là ot 
au rentrer maint homme mis à meschief, et euissent 
eu^ ce qu'il y avoit de Compagnes, trop fort temps, 5 
se n'euist esté la chapitainne de la ditte ville qui fîst 
armer toutes gens et commanda estroitement que 
cescuns à son loyal pooir aidast les Compagnes qui 
estoient homme au prince. 

Lors s'armèrent tout cil de le ville et se misent lo 
en conroy avoec les Compagnes^ et se boutèrent 
en l'escarmuce. Et meismement les femmes de le 
ville montèrent en leurs loges et en leurs soliers^ 
pourveues de pierres et de cailliaus, et commen- 
chièrent à jetter sus ces François si fort et si roit 15 
qu'il estoient tout ensonniA d'iaus targier^ pour le 
jet des pierres, et en blecièrent pluiseurs et recu- 
lèrent par force.' Dont se resvigurèrent li compa- 
gnon ) qui furent un grant temps en grant péril, et 
envaïrent fièrement les François. Et vous di que il 20 
y eut là fait otant de grans apertises d*armes^ de 
prises et de rescousses , que on avoit veu en grant 
temps faire ^ car les Compagnes n'estoient que un 
petit ens ou regart des François. Si se prendoient 
priés de bien faire le besongne^ et reboutèrent leurs 23 
ennemis par force d'armes tous hors de le ville. 

Et avint ensi, entrues que on se combatoit, que une 
route de Compagnes, que li bours de Bretuel et Nau- 
don de Bagherant menoient, en laquèle route estoient 
bien quatre cens combatans, se boutèrent par derrière 30 



1. Mt. A 8, (^ 273. — Mst. B (lacune). 

VI — : r> 



226 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366] 

en le ville ^ et avoient chevauciet toute le nuit en 
grant haste pour là estre, car on leur avoit donnet à 
sentir que li François avoient assegiet leurs compa- 
gnons dedens Montalben : si vinrent tout à point à 

. 5 le bataille. Là eut de rechief grant hustin et dur. Et 
furent li François par ces nouvelles gens fièrement 
assalli et combatu^ et dura cilz puigneis et cilz estours 
de l'eure de tierce jusques à basse nonne. 

Finablementy li François furent desconfi et mis en 

10 cace, et chil tout ewireus^ qui peurent partir, monter 
à cheval et aler leur voie. Là furent pris li contes de 
Nerbonne^ messires Guis d'Azai, li vicontes d'Uzès^ li 
sires de Montmorillon^ li seneschaus de Carcassonne, 
li seneschaus de Biaukaire et plus de cent chevaliers^ 

15 que de France, que de Prouvence , que des marées 
de là environ, et tamains bons escuiers et mains 
riches homs de Thoulouse et de Montpellier. Et en- 
core en euissent il plus pris , se il euissent cachiet , 
mais il n'estoient c'un peu de gens, et mal monté : 

20 si ne s'osèrent enventurer plus avant, et se tinrent à 
ce qu'il eurent. Geste escarmuce ta à Montalben, le 
vigile Nostre Dame, en le mi aoust, Fan de grasce 
mil trois cens sissante et sis. 

% 558. Apriès [la desconfiture ^] et le prise des dessus 
25 dis, messires Perducas de Labreth, messires Robers 
Ceni, messires Jehans Trivés, messires Robers d'Au- 
beterre, li bours de Bretuel, Naudon de Bagherant 
et leurs routes départirent leur butin et tout leur 
gaaing, dont il eurent grant fuison. Et tout cil qui 

1. Mfl. B 4, fo 271. — Ma. B 1, t. U, fo 219 to (lacune). 



[1366] LIVRE PREMIER, § 588. 227 

prisonnier avoient, il leur demoroient^ et en pooient 
faire leur pourfit, rançonner ou quitter^ se il to- 
loient^ dont il leur fisent très bonne compagnie. Et 
les rançonnèrent courtoisement, cescun seloneh son 
estât et son afaire, et encores plus doucement^ pour 5 
tant que ceste avenue leur estoit fortuneusement ve- 
nue et par biau fait d'armes; et les recrurent tous^ 
petit s'en fallirent^ et leur donnèrent terme de raporter 
leurs raençons à Bourdiaus ou ailleurs où bon leur 
sambla. Si se parti cescuns et revint en son lieu et en lo 
son pays. Et les Compagnes s'en alèrent devers mon- 
signeur le prince qui les rechut liement et les vei 
très Yolentiers et les envoia logier en une marce que 
on appelle Bascle^ entre les montagnes. 

Or vous dirai qu'il avint de ceste besongne, et 15 
comment li contes de Nerbonne , li seneschau» de 
Thoulouse et li aultre prisonnier^ qui avoient esté 
rançonné et recreu sus leurs fois , fînèrent et payè- 
rent. En ce temps, regnoit papes Urbains V**, qui 
tant haoit ces manières de gens nommés Compagnes 20 
que plus ne pooit, et les avoit de grant temps escu- 
meniiés et sentenciiés, pour les villains fais qu'il iai- 
soient : siques^ quant il fu enfourmés de céste jour- 
née et comment, en bien Élisant à sen entente^ li 
contes de Nerbonne et li aultre avoient esté ruet jus, 25 
si en fu durement courouchiés. Et se soufTri tant 
qu'il se furent tous mis à finance et revenu en leurs 
maisons. Si lor manda par mos exprès et defièndi 
estroitement que de leurs raençons il ne paiassent 
nulles^ et les dispensa et absolst de leurs fois. 30 

Ensi furent quitte chil signeur chevalier et es- 
cuier qui avoient estet pris à Montalben^ et n'osèrent 



nS CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4366] 

brîsier le commandement dou pape. Si vint as au- 
cuns bien à point et as Compagnes moult mal qui 
s'estoient attendu à avoir argent, et le cuidoient avoir 
pour faire leur besongnci yaus armer^ monter et ap- 

5 pareillier^ ensi que compagnon de guerre s*abillent^ 
quant il ont largement de quoi^ et il n'eurent riens. 
Si leur vint à grant contraire ceste ordenance dou 
pape^ et se complaindirent par pluiseurs fois à mon- 
signeur Jehan Chandos, qui estoit connestables d'A- 

10 quitainnes et regars par droit d'armes sus telz be- 
songnes, mais il s'en dissimuloit envers yaus au 
mieulz qu'il pooit^ pour tant que il savoit voirement 
que li papes les escumenioit, et que leur fais et estas 
touchoit à pillerie^ siques il me samble qu'il n'en 

15 eurent onques depuis aultre cose. 

§ 559. Nous parlerons dou prince de Galles et ap« 
procerons son voiage^ et vous compterons comment 
il persévéra. Premièrement, si com ci dessus est dit, 
il fîst tant qu'il eut toutes les Ck)mpagnes de son acort 

30 où il avoit douze mil bons combatans ^ et moult li 
coustèrent au retenir;. Et encores, quant il les eut^ il 
les soustint à ses frès et à ses gages, ançois que il 
partesissent de le prinçauté^ de l'issue d'aoust jusques 
à l'entrée de février. Avoech tout ce, li princes, 

25 d'autre part, retenoit toutes manières de gens d'armes 
là où il les pooit avoir. Dou royaume de France n'en 
avoit il nul, car tout se traioient devers le roy Henri, 
pour l'amour et les alliances qui estoient entre le roy 
leur signeur et le roy Henri. Et encores eut li dis 

30 rois Henris aucunes des Compagnes qui estoient 
Breton^ favourable à monsigneur Berlran de Claiekin^ 



[1366] UVR£ PREMIER, $ 5M. 2i9 

desquelz Selevestre Bude, Alains de Saint Pol^ Guil* 
laume dou Bruel et Alains de Lakonet estoient capi- 
tainne. 

Si euist bien eu li dis princes de Galles encores 
plus de gens d*armes estragniers^ Alemans^ Fia- 5 
mens et Braibençons^ se il volsist; mais il en ren- 
voia assés^ et eut plus chier à prendre -ses feaulz de 
le princeté que les estragniers. Ossi il li vint uns 
grans confors d'Engleterre , car quant li rois d*En- 
gleterre ses pères vei que cils volages se feroit, il 10 
donna congiet à son fil monsigneur Jehan , duch de 
Lancastre^ de venir veoir son frère le prince de Galles 
à une quantité de gens d'armes^ quatre cens hommes 
d*armes et quatre cens arciers. Dont, quant les nou- 
velles en vinrent au dit prince que ses frères devoit 16 
venir^ il en eut grant joie et se ordonna sur ce. 

En ce temps^ vint devers le dit prince en le cité de 
Bourdiaus messires James^ rois de Maiogres. Ensi se 
faisoit il appeller, quoique il nU euist riens ; car li 
rois d'Arragon le tenoit sus lui de force, et avoit le 90 
père ce dît.roy de Maiogres feit morir en prison en 
une cité, en Arragon, que on dist Barselone. Pour 
quoi cilz dis rois James, pour contrevengier le mort 
de son père et. recouvrer son hir étage, estoit trais 
hors de son pays, car il avoit pour ce temps à moul- 35 
lier la royne de Naples. Auquel roy de Maiogres li 
princes fist grant feste et le conjoy doucement et le 
reconforta grandement, quant il li eut oy recorder 
toutes les raisons pour quoi il estoit là venus et à 
quel cause li rois d'Arragon li faisoit tort et li tenoit ao 
son hiretage et avoil son père mort. Se li dist li dis 
princes : « Sire rois, je vous proumeth en loyauté 



230 CHRONIQUES DE J. FftOISSÀRT. [4366] 

que nous, revenu d'Espagne^ nous n'entenderons à 
aultre cose nulle^ si vous arons recouvré vostre hire- 
tage de Mayogres, ou par trettiés d'amour ou de force. » 
Ces prommesses plaisirent grandement bien au dit 

5 roy. Si se tint en le cité de Bourdiaus dalés le prince, 
attendans le département ensi que li aultre. Et li 
faisoit li dis princes, par honneur^ le plus grant partie 
de ses délivrances , pour tant qu'il estoit lontains et 
estragniers^ et n'avoit mies ses finances à sen aise. 

10 Tous les jours venoient les plaintes au dit prince 
de ces Compagnes qui faisoient tous les maulz dou 
monde as hommes et as femmes, ens ou pays où il 
conversoient. Et veissent volentiers cil des marces^ 
où ces gens se tenoient, que li princes avançast son 

15 voiage. Il en estoit en grant volenté^ mes on li con- 
silloit que il laissast passer le Noel^ par quoi il euis- 
sent Tivier au dos, car encores n'en saroient il si peu 
prendre que li passages de Raincevaus ne leur fust 
destrois, frois et lontains. A ce conseil s'enclinoit 

20 assés li princes , pour tant que madame la princesse 
sa femme estoit durement enchainte et ossi moult 
tenre et esplorée dou département son mari. Si euist 
volentiers veu li dis princes que elle se fust acoucie 
ançois son département. En ce detriement , se fai- 

25 soient et ordonnoient grandes pdurveances et grosses 
et trop fort besongnoient ^ car il dévoient errer en 
un pays où il en trouveroient tout petit. 

Entrues que cilz séjours se faisoit à Bourdiaus^ et 
que tous li pays d'environ estoit plains de gens d'ar- 

30 mes^ eurent li princes et ses consauls pluiseurs con- 
sultations ensamble. Et m'est avis que li sires de 
T^breth fa contremandés de ses mil lancée ^ et li 



[1366] LIVRE PREMIER, S ^^9. 231 

escripsi li dis princes par le conseil de ses hommes 
ensi : « Sires de Labreth^ comme ensi fu que de 
nostre Yolenté libéral^ en ce dit voiage où nous ten- 
dons par le grasce de Dieu temprement à procéder, 
considéré nos besongnes^ les frès et despens que nous 5 
avons ^ tant par les estragniers qui se sont bouté en 
nostre service comme par les gens des Compagnes 
desquels li nombres est grans^ et ne les volons pas 
laissier derrière pour les perilz qui s'en poroient en- 
sievir, et convient que nostre terre soit gardée, car 10 
tout ne s'en poeent pas venir ne tout demorer, pour 
quoi il est ordonné par nostre especial conseil que 
en cesti voiage vous nous servirés et estes escris à 
deus cens lances : si les voelliés triier et mettre hors 
des aultres^ et le remanant laissiés leur faire leur 15 
pourfit. £t Diex soit garde de vous ! Escript à Bout- 
dîaus le septime jour de décembre. » 

Ces lettres^ seelées dou grant seel le prince de 
Galles, furent envoiies au signeur de Labreth qui se 
tenoit en son pays et entendoit fort à faire toutes ses 20 
pourveances et à apparillier ses gens^ car on disoit de 
jour en jour que li princes devoit partir. Quant il 
vei ces lettres que li princes li envoioit, il les ouvrit 
et les lisi deus fois pour mieus entendre, car il en fu 
de ce qu'il trouva dedens durement esmervilliés et 25 
ne s'en pooit ravoir, tant fort estoit il courouciés et 
disoit ensi : «c Comment! messires li princes^ je croi, 
se gabe et trufe de mi^ quant il voet que je donne 
congiet maintenant huit cens lances^ chevaliers et 
esduiers, lesquels à son commandement et ordenance 30 
j'ai tous retenus. £t leur ay brisiet leurs poorfis à 
faire en pluiseûrs manières. » 



232 CHRONIQUES DE J. FROISSART. (4366] 

Adonc^ en son aïr, li sires de Labreth demanda 
tantost unl^clereh. Il vint. Quant il fu venus ^ il li 
dist : « Escrips ^ » et li elers escrisl ensi que li sires 
de Labreth le devisoit : <c Chiers sires ^ je sui trop 
5 grandement esmervilliés de unes lettres que vous 
m'avés envoiies. £t ne sai mies bonnement ne. ne 
trueve en mon conseil comment sur ce je vous en 
sace ne doie respondre^ car il me tourne à grant pre- 
judisce et à blasme et à tous mes hommes^ lesquelz 

10 à vostre ordenance et commandement je avoie re- 
tenus, et sont tout appareilliet de vous servir. Et 
leur ay destoumet leur pourfît à faire en pluiseurs 
manières^ car li aucun estoient meu et ordonné 
d'aler oultre mer en Prusce^ en Constantinoble ou 

13 en Iherusalem, ensi que tout chevalier et escuier^ qui 
se désirent à avancier, font. Si leur vient à grant 
merveille et desplaisance de ce qu'il sont bouté der- 
rière. Et sont tout esmervilliet^ et ossi sui je^ en quel 
manière je le puis envers vous avoir desservi. ^Chiers 

20 sires ^ plaise vous à savoir que je ne saroie les uns 
sevrer des aultres. Je sui li pires et li meures de tous. 
Et se li aucun y vont^ tout iront : ce sace Diex qui 
vous ait en sa sainte garde. Escript, etc. » 

Quant li princes de Galles eut oy ceste response, 

^ si le tint à moult presumptueuse^ et ossi lisent aucun 
de Son conseil d'Engleterre , chevalier qui là es- 
toient. Si crolla li dis princes la teste et dist en en- 
glès^ si com je fui adonc enfourmés^ car j*estoie 
lors pour le temps à Bourdiaus : a Li sires de La- 

30 breth est uns grans mestres en mon pays^ quant il 
voelt brisier l'ordenance de mon conseil. Par Dieu^ 
il n'ira pas ensi qu'il pense. Or demeure^ se il voelt^ 



[1366] LIVRE PREMIER, § 550. 233 

car sans lui ne ses mil lances ferons nous bien le 
voiage. » 

Adonc parlèrent aucun chevalier d'Engleterre qui 
là estoient et disent : a Monsigneur^ vous cognissiés 
encores petitement le ponée des Gascons et comment 5. 
il s'outrecuident. Il nous amirent peu et ont amiré 
dou temps passé. Ne vous souvient il pas com gran- 
dement il se veurent jadis porter encontre vous en 
ceste cité de Bourdiaus^ quant li rois Jehans de France 
y fu premièrement amenés? Il disoient et mainte- lo 
noient tout notorement que par yaus et leur, emprise 
vous aviés fait le voiage et pris le roy de France, Et 
bien fu apparant qu'il voloient ce porter oultre , car 
vous fîistes en grant trettiés contre yaus plus de 
quatre mois^ ançois que il volsissent consentir que li 15 
dis rois de France alast en Engleterre^ et leur con- 
vint plainnement satisfaire leur volenté^ pour yaus 
tenir à amour. » 

Sus ces paroUes se teut li princes, mes pour ce ne 
pensa il mies mains « Yeci auques le première fonda- 20 
tion de le hayne qui fu entre le prince de Galles et 
le signeur de Labreth. Et en fu adonc li sires de 
Labreth en grant péril, car li princes estoit durement 
grans et haus de corage et crueulz en son ' mr, et 
voloit^ fust à tort^ fust à droit, que tout signeur 25 
asquelz il pooit commander tenissent de lui. Mes li 
contes d'Ermignach^ qui oncles estoit au dit signeur 
de Labreth, fu enfourmés de ces avenues et des gri- 
gnes qui estoient entre le prince, son signeur, et son 
neveu le signeur de labreth. Si vint à Bourdiaus de- 30 
vers le prince et monsigneur Jehan Chandos et mon- 
signeur Thumas de Felleton par quel conseil li prin- 



134 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366] 

ces faisoit et ouvroit tout. Et amoiena si bien ces 
parties que li princes se teut et apaisa. Mes toutes fois 
li sires de Labreth ne fu escrips que à deus cens lances 
dont il n'estoit mies plus liés, ossi n*estoient s^ g^ns; 
ne onques depuis ne chierirent tant le prince comme 
il faisoient devant. Si leiir couvint porter et passer 
leur anoi au mieulz qu'il peurent^ car il n'en eurent 
adonc aultre cose. 



FIN DU TEXTE DU TOME SIXIÈME. 



VARIANTES. 



VARIANTES* 



§ 474. U intention. — Ms. ifJnuens : Chil doy prélat de 
Sainte Eglise, qui estoient dou plus estroit consseil le docq de 
Normendie et qui veoient, avoecq aucuns sages hommes du 
royaumme de France, que li dis royaummes es^oit durement 
blechiez et grèves de cief en^ijor, et se doubtoient que il ne pe<- 
wist longement porter si grans (es, car on ne pooit aller en nulle 
roarce dou royaumme de Franche qu'il n'y ewist Englès ou Na- 
varois qui constraindoient si les bonnes villes que nulle marcan^ 
dise n'y pooit aller ne venir, et ossi le plat pays que les tières 
demoroient en ries et les vignes à labourer, par quoy grant Cul- 
mine et grant chiereté de temps y apparoient. Et si y avoient 
porté et souffert ceste tribulation ung grant temps, et par espe- 
cial depuis le prise le roy Jehan, leur signeur, qui gisoit prison- 
niers en Engleterre, et qui vaillamment s'estoit combatus et avoit 
estet pris en deffendant son pays. Se le desiroient moult touttes 
gens à ravoir et veoir, et les vaillans hommes qui avoient estet 
pris dallés lui, dont li royaummes estoit moult afoiblis; et tout ce 
ne se pooit faire sans pès. Si estoit adonc li jonnes dus de Nor- 
mendie (onssiJliet de chiaux qu'il amoit et creoit le mieux, qu'il 
fesist pès au roi englès, à quel meschief que ce fuist,'car tous li 
royaummes le desiro^t. De quoy li dus, meus en pité, pour soller 
son coummun peuple et hoster de tribulation, dou royaumme dont 
il estoit drois hoirs, avoit envoiiés deviers le roy d'Engleterre les 
deus prelas dessus diz, qui à le premierre voie n'esploitièrent de 
riens; car li roy s d'Engleterre estoit durement courouchiés pour 
le mort de son cousin le comte de le Marche, connestable de son 
host, qui estoit nouvellement mors sour leur chemin, et pour unes 
nouvelles ossi qui lui estoient venues d'Engleterre, que li Fran- 
chois avoient mis sus, en Normendie, une armée de gens d'armes 



238 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4360] 

par mer, liquel avoient arivet et pris terre en Engleterre à uo 
port que on dist Winneceuesëe. Et avoient li Franchois le ditte 
ville arse et aucunes maisons d'entours, pour lesquelz coses li 
dessus dis roys, à le premierre requeste et priière que li prélat li 
fissent, ne respondi riens, et se partirent de li et revinrent à Paris, 
sans riens impetrer. 

Quant li roys englès eut jeu une nuit à Mont Leheri et toute se 
host, il se desloga et chevaucha par deviers Gaillardon. Che jour 
que li rob et ses gens chevauchoient vers Gaillardon , chei dou 
chiel en l'ost le roy uns effondres, uns tempestes, ungs orraiges, 
uns esclistres, uns vens, ungs gresilz si grans, si mervilleuz et si 
oribles qu'il sambloit que li chie[l]s dewist partir, et li tierre 
ouvrir et tout engloutir. Et cheoieàt les pierres si grandes et si 
grosses que elles tuoient ^hommes et cheval, et n'y avoit si hardi 
qui ne fuist tous esbahis. Et meysmement li roys se voa et dounna 
à Nostre Damme de Chartres. Adonc y eut en l'ost aucuns souf- 
fissans hommes qui disoient que c'estoit une verghe de Dieu en- 
voiiée pour exemple, et que Dieux moustroit par signe qu'il vol<- 
loit que on fesist pès. Si se rafrenna son corraige et fu plus 
humbles et débonnaire assés que devant, et se loga de haulte 
heure sus le rivierre de Gaillardon. A Tendemain, revinrent li 
prélat deviers lui, qui tant li prechièrent et remoustrèrent de 
biaux exemples et de bonnes parolles, que on li entama le coer, 
ensà que par force, à le pès, car trop à envis de premiers y en* 
tendoit ; mais se volloit aller cel este rafreschir en Bretaingne et 
en Normendie, et laissier couvenir les fortrèces qui pour lui se 
tenoient ou royaumme de France, et tantost apriès le Saint Jehan 
Baptiste que li bleds et les vignes meuriroient, revenir devant 
Paris. Telle estoit li intention dou roy englès; mes elle li mua et 
canga, car il fu inspires adonc de le grâce de Dieu à le priière et 
parolle que li prélat et li preudomme li moustrèrent. Et ossi li 
dus de Lancastre, ses cousms, en qui il avoit moult grant fiance, 
et qui avoit estet avoecq lui en gheriant li plus grans chiens qu'il 
ewist, y rendoit et rendi grant painne, si que en travillant et en 
allant à petittes journées deviers le chité de Cartres, tousjours 
en querant le plus cras pays pour mieux trouver à vivre, et puis 
par deviers Bonnevaus et par deviers le marche de Vendosme. 
Et adonc li dis rois englès se retray, à le priière de l'abbetide 
Clugny, par deviers le marce de Cartres, et là séjourna et de- 
moura par l'espaace de vingt et un jours, traitiant de pès, laquelle 



[1360] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 474. 239 

fa faitte et acord^e à grant joie, pour le tamps d'adonc, en le 
uiannière que chi apriès s'enssuit, seloncq le coppie dou proches 
que pluisseurs signeurs eurent. F<^ 122 v^ et 123. 

P. 1 , 1. 3 : belle, douce. —C^j mois manquent dans les mss. A 7 
à il. 

P. 1, 1. 4 et 5 : tout cel esté jusques apriès aoust. — Ms, Ail: 
tout cel jTver jusques après Pasques. F* 274. 

P. 1, 1. 7 : retourroit. — Mss, A 1 à iV: retourneroit. 

P. 1, 1. 12 : faisoient. -* Ms. A il : menroient. 

P. 1, !• 13 : Pikardie. — Le ms. A 11 ajoute : Poictou. 

P. 1, L 16 : leur. — Le ms, A il ajoute : bonne. 

P. 1, 1. 16 : U. — Mss. A : : elles. P 217 v». 

P. 1, 1. 17 : estoient. — Ms. A 8 ; estoit. 

P. 1, 1. 17 : si. — Mss. A : ses. 

P. 2, 1. 9 :*Tieruane. — Ms. A^ : Therouenne. F» 217 v». 

P. 2, 1. 16 : darrainnement. — Mss. A : derrenierement. 

P. 2, l. 21 : d'Anlun. — Ms. A 8 : d'Octuin. — Ms. A il : 
d'Antoin. F» 274 v«. 

P. 2, 1. 24 : doî. — Mss. A il : diz. 

P. 2, L 28 : pluiseur. — Le ms. A 8 ajoute : autres. 

P. 3, 1. 5 : ne leur pourpos anientir. — Ms. ^ 8 : en son 
propos anientir. 

P. 3, 1. 9 : requeroit. — Ms. AS: queroit. 

P. 3, 1. 11 : acordoient. — Ms. A il : accordassent. — Ms. A 
15 .' accorderoient. 

P. 3, 1. 18 et 19 : ou de jour. — Ms. A il : et tous les 
jours. , 

P. 3, 1. 19 : et leurs. — Le ms. A S ajoute : parlemens et. 

P. 3, 1. 23 et 24 : Cil procet et' ces paroUes. — - Mss. A i^ à 
17 ; ces paroUez et ces procedz. 

P. 3, 1. 26 : rescrit. — Ms. A il : escrit. F* 275. 

P. 3, 1. 28 : par quoi. -- Ms. A il : pourquoy. 

P. 3, 1. 30 : et justement cancelé. — Af jj . ^ 15 à 17 ; et jus- 
tement et parfaictement. 

P. 4, 1. 2 : cheoit. — -. Ms. A M : escheoit. 

P. 4, 1. 7 : fu trop durs. — Ms. A% : estoit dur. F» 218. 

P. 4, 1. 9 : comment. — Mss. A %^ 15 à 17 .* combien. 

P. 4, 1. 10 : rois de France. — Mss. A 7, 8, 15 à 17 : en cel 
esut. F^" 225. 

P. 4, 1. 10 : ostoiier. — Mss. J 1, S: estoîer. 



240 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

P. 4, 1. 14 : s'î. — Mss. Al,%: se. 

P. 4, U 15 : remoustroit. — Ms. J H : moustroit. 

P. 4, 1. 18 : fretable. — Ms. A il : (rayable. 

P. 4, 1« 19 : alewës. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : allouez. 

P. 4, 1. 20 : userés. — Ms, A il : useriez. 

P. 4, 1. 21 : venës. — Ms. AS; viengniez, — Mss. A iti à 
il : veniez. 

p. 4, 1. 22 : entente. — Ms. AS: entencion. 

P. 4, 1. 28 : entrues. — Ms. Al: entrementres. — Ms. AS: 
entre. — Ms. A 15 ; tandis. — Ms. A il : endementres. 

P. 4, 1. 25 : sus. — Ms. A 8 : en. 

P. 4, 1. 26 : dedens. — Mss. A1,S, i^ à il : en. ^ 

P. 4, 1. 27 : soubtieves. — Ms. A 8 ; soutilles. — Mss. A ii 
à il : subtilles. 

P. 4, 1. 30 : parmi. — Mss. A : par. 

P. 4, 1. 30 : ouvra. — Mss. A : ouvroit. 

P. 5, 1. 1 : entrues. — Ms. Al: entrementres. — Mss. A 8, 
15 •* pendant. — Ms. A il : endementroes. 

P. 5, 1. 4 : uns orages, uns tempes et uns e£foudres. — Ms. A 
8 : uns temps et uns efiToudres et uns orages. *- Ms. A il : une 
orage et une tempeste et une fouldre. — Ms. ^ 15 : uns oraiges, 
un temps et une fouldre. F* 238 v«. 

P. 5, 1. 5 : descendi. — Ms. A M : descendirent. 

P. 5, 1. 7 : finer. — Ms. A il : fenir. 

P. 5, 1. 8 : cheoient. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; cheoît. 

P. 5, 1. 10 : eshidé. — Mss. A : esbahis. 

P. 5, 1. 14 : à ce donc. — Ms. AS: adoncques. 

P. 5, 1. 15 : Chartres. — Ms. B Q: Anchois se desloga le roy 
de Galardon et toutes ses gens, et s'en vint devant la bonne ville 
de Chartres, en mstanche que pour l'asegier : de laquelle mes- 
sire Emoul d'Àudrehem estoit capitaine, avecques grant foison de 
chevaliers et d'escuiers du pais de Bieause. Sy se loga le roy 
d'Engleterre en ung villaige delës Chartres, qui s'apelloit Brete- 
gny, et toutes ses gens ens es villaiges d'entour, où il faisoient 
logis de feullcs et de bos; car le saison le devoit, car che fa o 
joly mois de may. F** 608 et 609. 

P. 5, 1. 15 : Bretegni. — Ms. AS : Bretingny. 

P. 5, 1. 17 : poins. — Mss. A 7, 17 ; couvens. 

P. 5, 1. 18 : entérinement. — Mss. A : entièrement. 

P. 5, 1. 19 : poursievir. — Mss. A 1 et S : poursuir. 



[1360] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S ^^5. 241 

P. 5, 1. 20 : clcrch. — Ms. A il : gens. 

P. 5, 1. 23 : s'ensieut ensi. — Ms. A S : est teUe. 

§ 47S. Edowart. — Ms. d'Amiens : C'est assavoir que li rois 
Edouwars d'Eogleterre et si hoir doient ravoir, tenir et possesser 
perpétuellement, paisieulement et quittement, sans nul resort et 
sans tenir en fief dou roj de France ne d'autrui, tous les pays et 
terres qui chi s'enssieuwent, et les senescauchies, c'est assavoir de 
Bergorre, d'Agenès, de Kaorsin, de Pieregorch, de Roergue, de 
Poito, de le Rocelle, de Saintongue et de Limoadn, le comte 
d'Agoulesme, le fief de Thouwart, le fief de Belleville, avoecq 
toutte la ducë de Gyane si avant que elle s'estendoit anchienne- 
ment. Et doit avoir et tenir es marches de Pikardie, sans ressort 
et sans tenir en fief de nuUui, le ville et le castiel de Gallais à tout 
ses appendanches, le terre de Melch et toutte le comté de Gines, 
villes et castiaux, ensi comme s'estent. Et doit avoir encorres 
toutte le comté de Ponthieu enthierement, enssi que elle fu jadis 
dounnée à madamme Ysabiel de Franche, roynne d'Engleterre, 
se mère, en mariaige; mes celle devera il tenir, en fief dou roy de 
Franche, s'il le voelt ravoir, enssi comme li roy s 9es pères fai- 
soit. Encoires devera avoir li dis roys Edouwars, pour ses frès, 
[cent] mil escus à paiier six fois, cent mil dedens trois sepmaines 
apriès le feste Saint Jehan, l'an soissante, et le remannant dedens 
trois ans enssuivant, chascun an le derche part. Et demourront 
au roy englès quittement touttes raenchons de pays, de villes, 
de maisons et de prisons acordées, soient paiiées ou à paiier. Et 
pour tous ces couvens et ces paiemens aemplir et pourssieuwir, 
enssi qu'il sont juret et creantet d'une part et d'autre, li dus de 
Normendie et li consseil de France doient envoiier bons hostages 
et souffissans, des plus nobles et plus gentils del royaumme de 
Franche, et d'aucunnes des bonnes chités et ossi des bonnes villes 
deux bourgois, pour jesir en le ville de Gallais ou en Engleterre, 
jusques à tant que tout chou que dit est, sera paiiet et acomplit 
eutirement. Et parmy tant li roys englès a en couvent de ra- 
mener le roy Jehan de Franche à Gallais, dedens le jour de 
le Saint Jehan Baptiste, et là endroit tenir par Tespasse de troix 
sepmainnes sous ses despens, dedens lesquelles troix sepmainnes 
doient li Franchois avoir acomplit tous les couvens deseure de- 
vises, et mis les gens le roy englès en possession paisieuUe de tous 
les chastiaux et de tous les pays et terre deseure dis, desquftlx 

VI — 16 



242 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

ils on ses gens ne sont point en saisinne. Et, se tout chou n'estoit 
plainnement fait et aemplit, enssi que dit est, dedens les trois sep- 
mainnes apriès le Saint Jehan, li roys Jehan de Franche et tout 
li dessus dit hostaige doîent demourer tous qois en prison à Cal- 
lais, par l'espasse de trois mois apriès enssuiwant, parmy le 
somme de trente mil florins que li Franchois doient rendre et 
paiier au roy des Englès, pour les frais et les gages de lui, de ses 
gardes et des sergans qui garderoient le roy Jehan et les autres 
hostaiges, par Tespasse des diz trois mois. Et deveront demourer 
tousjours li Englès saisis des castiaux et fortrèches qu'il ont gaegniet 
ou royaumme jde Franche, jusques à tant que tout chou que dit est, 
sera fait et acomplit ou bien asseguret, sauf tant qu'il ne doient point 
pillier, ne faire guerre ne tort à nullui. Et avoecq tout chou, li jonnes 
comtes de Montfort doit ravoir le comté de Montfort, entièrement 
quitte et liège, et le sienne part de la duchë de Bretaingne, si avant 
que li doy roy deseure dit diront par droit qu'il en deveroit avoir, 
oyes et examinées diligamment les raisons monseigneur Carlon de 
Blois, d'une part, et les siennes, d'autre. Et devera tout chou tenir 
en fief dou roy de«Franche. Et apriès, quant tout chou sera fait 
et acomplit, li roys Jehans de Franche doit estre délivrés et ra- 
mennés à Paris, et seize prisonniers seullement qui furent pris 
avoecq lui à le bataille de Poitiers, telx dont entre iaux deux li 
doy roy se poront acorder. Et affin que on puist paisieullement et 
parfettement aemplir tout chou que deviset est, une trieuwe gène- 
raubc fu acordée à durer par tant jusques à le feste Saint Micquiel, 
et de le feste Saint Mickiel en ung an apriès enssuivant. Et doient 
li Franchois menner et conduire le roy Edouwart à tout son host, 
parmy Franche jusques à Callais, paisieulement, et faire livrer à 
vivre pour leurs deniers payans, et ouvrir villes, castiaux, fortrè- 
ches et passages pour passer, dormir et reposer parmy, sans avoir 
grief ne molesté. Et parmy toutles ces couvenenchez, li roys 
Edouwars d'Engleterre et si hoir doient quiter et renonchier à le 
calenge, as armes et au nom del royaumme de Franche. 

Enssi et sus ceste fourme fii la pès devisée, acordée et con- 
fremmée, mes les cartres ne furent mies si tost escriptez ne gros- 
séez ; et quant elles furent escriptez, li conssaux de Franche y 
missent ung point, par mannière de langage, que li Englès au lire 
n'entendirent mies bien ne examinèrent, mais le laissièrent legie- 
rement passer ; c'est chou qui leur a depuis empechiet leur que- 
relle, car li rois Jehans, li dus de Normendie, ses aisnés Gh^ et li 



[i360] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 476. 243 

autre frère, quant il jurèrent le pès à tenir et à poursiewir sus 
Testât dou ressort, affin que, pour le temps à venir, il y eifissent 
droit de callenge et qu'il ne s'en desnuassent mies dou tout, dissent 
enàsi : « Seloncq le grosse de le cartre, nous dounnons et reser* 
vous toutes les coses dessus dittes, etc. » Je ne vous en. parleray 
plus tant c'a orres ; mes quant il en appertenra à parler, j'en 
parlerai, s'il plaist à Dieu, et à point. F* 123. 

§ 476. Quant ceste lettre. -* Ms, et Amiens: Or revenrons à 
nostre pourpos. li dus de Normendie jura à poursuiwir et à main- 
te[ni]r touttes ces coses dessus dites et devises, comme aisnés hoirs 
del royaumme, en le présence dou pnnche de Galles, dou duch 
de Lancastre, dou comte de Warvich, dou comte de Sallebrin, de 
monsigneur Renart de Gobehen, de monsigneur Richart de Slan- 
fort, du seigneur de Perssi, de monsigneur Gautier de Mauni et 
de monsigneur Rogier de Biaucamp, qui là estoient comme pro- 
cureur au roy englès, et ossi fissent pluisseur seigneur dou royaunu 
me de France. Et d'autre part ossi le jurèrent li dessus [dit] sei- 
gneur d'Engleterre , comme procureur dou roy englès, en le 
présence dou ducq de Normendie et des autres seigneurs de Franche. 

Quant toultes ces coses furent jurées et acordëes, li dus de 
Normendie et ses conssaux retourna à Paris. Et li prinches de 
Galles et li aultre retournèrent deviers le roy et son host, à qui 
il recordèrent coumment il avoient besongniet. Si pleut moult bien 
au roy tous li affaires. Et envoya li dis rois englès ces quatre che- 
valiers, monsigneur Renart de Gobehen, monsigneur Richard de 
Stanfort, monsigneur Gautier de Mauni, monsigneur Rogier de 
Biaucamp, à Paris, pour jurer le pès au palais devant tout le peu- 
ple. De quoy, quand on seut leur venue, on alla contre yaux hors 
de le chité de Paris bien loing, moult reveramment à grant pour- 
cession, et sonnèrent touttes les cloches de Paris à leur venue en 
nom de solempnitë et de feste. Et furent ensi amenet jusques au 
palais, là où il fissent le sierement, voiant et oiant tous chiaux qui 
olr et veoir les peurent, de par le roy englès et tous ses enfans. 
Et puis furent très grandement festiiet et honnouret dou duc de 
Normendie et de tous les seigneurs et les nobles de Franche qui 
là estoient, et furent menet en le belle cappelle dou palais de 
Paris. Si leur furent moustrëes les plus belles reliques et les plus 
digneus joyaux du monde qui là estoient, et meysmement le sainte 
couronne dont Dieux fu courounnés à son saintimme travel. Et 



244 CHRONIQUES DE J. FROISSART. . [1360] 

en dounna li dus de Normendie à chacun des chevaliers une des 
plus grandes espinnes de le dîtte courounne, laquelle cose cha* 
cuns chevaliers prisa moult et le tint au plus noble joyel que on 
li pewist dounner. Àpriès, li dis dus de Normendie fist dounner à 
chacun le plus biel courssier que on pewist veoir ne trouver, et 
grant plentë d'autres joyaux d'or et d'argent et de très presieuses 
pierres. Et puis furent conduit et remennet noblement et puissam- 
ment jusque à lors gens qui les atendoient par deviers Paloseal. Si 
chevaucièrent avoecq yaux, à grant compaignie de gens d'armes, 
li doy marescal de Franche jusques à l'ost du roy Edouwart, et 
de là en avant pour yaux conduire panny le royaumme [de Fran- 
che] sauvement, et pour yaux faire livrer à vivre et lors nécessitez 
pour leurs deniers payant, enssi que couvens estoit. P 123 v^. 

P. 17, 1. 16 : ceste. — Mss. A : celle. 

P. 17, 1. 16 : s'appeUe. — Mss. A : s'appelloit. 

P. 17, 1. 17 : Chartres. — Ms. A 17 ; lettres. 

P. 17, 1. 18 : en celle anée. — Ms. A % : en pluseurs ma- 
nières. P» 221 . 

P. 17, 1. 21 : quant il. — Les mss. A ajoutent : la virent et 
ik. 

P. 17, 1. 23 : ensonniiet. — Ms. AS: embesoingniez. 

P. 17, 1. 23 : istance. — Ms, AS: entencion. 

P. 18, 1. 8 : partie. ^^ Le ms. A il ajoute : de son conseil et. 
F» 279 V. 
t. P. 18, I. 10 : couvignablement. — Mss. A : convenablement. 

P. 18, 1. 12 : estoit. — Ms, A 17; fut. 

P. 18, 1. 12 : moult. — Mss. A : durement. 

P. 18, 1. 19 : venu. — Ms, AS: revenuz. 

P. 18, 1. 20 : à toutes ces coses. — Mss. A :k toutes les choses 
dessus dites. 

P. 18, 1. 24 : plaisirent. — Mss. A: pleurent. 

P. 18, I. 25 : et à son conseil. — Ces mots manquent dans les 
mss. A. 

P. 18, 1. 28 : Michiel. — Le$ mss. B k et A ajoutent : et de le 
Saint Michiel en. F<» 224. 

P. 19, 1. 4 : publikement. — Ce mot manque dans le ms. A il. 
F» 280. 

P. 19, 1. 6 : triewe. — Ms. A S : traittié. F» 221 v«. 

P. 19, I. 11 : à lui. — Ms. A S: de lui. 

P. 19, 1. 12 : venir."— Ces mots manquent dans les mss. A. 



[1360] VARIANTES DU PREJ^IER LIVRE, S ^77. 24» 

P. 19, 1. 46 : Briane. — Ms. À 17 ; Brienne. F* 280. — Ms. 
u/ 15 : le sire de Neufville. Y\ 242. 

P. 19, 1. 18 : de. — M&s. A: du roy. 

P. 19, 1. 24 : en grant. — Le ms, A 17 ajoute: ordonnance et, 
— Ce ms, omet : el à pourcessions. 

P. 19, 1. 25 : widièrent. — Ms. A 8 ; vindrent. F« 221 v». — 
Ms, ^ 15 : issirent. — Ms, A il : se partirent de la ville de Paris. 

P. 19, 1. 27 : ensi. — Ms. A il : dedens Paris. 

P. 19, 1. 31 : venue, — Ms, AS: voulenté. 

P. 19, 1. 31 : à ce donc. — Ms, AS : adonques. 

P. 19, 1. 32, et p. 20, 1. 1 : jonchies. — Mss, ^ il à 14 .- 
pavëes d'. 

P. 20, 1. 2 : pooit. — Ms, A S : pot. 

P. 20, 1. 7 : bellement. — Mss. A 8, 15 : bien. 

P. 20, 1. 7 et 8 : reveramment. — Ms» A 1"; aigement. 

P. 20, L 17 : mène. — Ms. AS: amenez. 

P. 20, 1. 19 : digne. — Ms. A S : riches. 

P. 20, 1. 29 : donner. — Ms. A il : baillier. 

P. 20, 1. 3^ : remercièrent. — Ms» A S : mercièrent. 

P. 21 , 1. 2 : estoient. — Ces mots manquent dans Us mss. A, 

P. 21, I. 4 : assës. — Ms. A il : bien. 

P. 21, 1. 9 : vivres. -* Le ms.A 15 ajoute : en paiant leurs 
deniers. 

§ 477. Quant il furent. — Ms, é^ Amiens : Quant il furent 
parvenu jusques en Vost dou roy Edouwart , li chevalier d'En- 
gleterre qui avoient esté à Paris, li racontèrent tantost le très 
grande honneur et feste que on leur avoit fait à Paris, et li mous- 
trèrent les nobles jewîaux que on leur avoit donnés : de quoy li 
roy s eut grant joie. Si festia grandement ces seigneurs franchois 
qui là estoient venu pour ses gens conduire, ensi que dit est. 
Si vint à l'endemain li roys englès en le cité de Gartres, et alla 
en grant dévotion à Teglise de Nostre Damme, et aucun des sei- 
gneurs d'Engleterre. Et y donna li roys grans dons et biaux 
jeuiaux, et ossi fissent li seigneur; puis s'en partirent et chevau- 
chièrent leur chemin bellement et ordonneement deviers Normen- 
die et par deviers le Pont de l'Arche, pour passer là endroit la 
rivierre de Sainne, si qu'il fissent. Et partout là où il venoient, il 
trouvoient les bonnes villes ouvertes pour passer tout oultre, et 
tout chou qu'il leur besongnoit à vendre pour marchiet raison- 



146 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [1360] 

nable. Si passoient bellement et courtoisement oultre , et se lo- 
goient en villes campestres; car vous devës savoir que, sitost 
que H pès fu parfaite et acordëe, on le fist nunchier etcriier 
par tout le royaumme de Franche, les cités et les bonnes vil- 
les : par quoy chacun pooit savoir qu'il devoit faire. Etli roys 
englès faisoit toudis ses marescaux chevauchier derierre, pour 
garder que ses gens ne fesissent forche, villonnie ne outraige à 
nullui, ne par nuit, ne par jour. Quant li Englès furent parve- 
nus jusques au Pont de l'Arce» ilz se logièrent environ. L'ende- 
main au matin, li roys se parti de ses gens et s'en alla en petite 
compaignie par deviers un port dé mer que on claimme Harflues. 
Là trouva il de ses vaissiaux qui estoient nouvellement venu 
d'Engleterre. 

Li roys d'Engleterre monta en mer à Harflues, pour revenir 
arrierre en Engleterre. Et ses gens passèrent le rivierre de Sainne 
au Pont à TArche, et cheminèrent bellement et courtoisement 
parmy le pays, enssi que dit est, tant qu'il vinrent à Pekegny. 
Si passèrent là endroit le rivière de Somme et fissent tant, en 
cheminant, qu'il parvinrent à le forte ville de Callaix. Adonc 
prissent li Franchois congiet d'iaux , qui les avoient courtoise- 
ment conduis; et li Englez s'appareillièrent pour passer oultre en 
Engleterre, chacuns enssi que mieux peult. Et ossi chacuns des 
gens d'armes estranges s'en ralla en son pays, mes petit en y avoit» 

Et si trestost que li roys Edouwars fu venus à Londres à tel 
compaignie qu'il avoit, et qu'il eut estes festiiés et conjols de ma- 
damme la roynne d'Engleterre, sa femme, il s'en alla au plus tost 
qu'il peult, là où li roys Jelians de Franche gisoit, et l'amena à 
son pallais à Wesmoustier, à Londres, où il fii festiiës et hon- 
nourés grandement dou roy d'Engleterre et de roadamme le 
roinne,. dou prinche de Gallez, qui point ne le haioit, dou duc de 
Lancastre et de tous les seigneurs enssuiwant d'Engleterre. Et 
estoit adonc li roys Jehans de Franche logiés en l'ostel de Savoie, 
messires Phelippes , ses filz , avoecq lui , messires Jaquemes de 
Bourbon , messires Jehans d'Artois, li comtez de Dammardn, li 
comtes de Tamkarville, li comtes d'Auçoire et li autre seigneur 
de Franche qui furent pris à le besoingne de Poitiers. Là eult 
grans festez et grans reviaux entre le roy de France et le roy 
d'Engleterre, et festioient de disners et de souppers si grandement 
l'un l'autre c'a merveilles. Et durèrent ces festes quinze jours. 
Et donnoient li doy roy les plus nobles mengiers à court ouverte 



[1360] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S ^77. 247 

que on se pooit esmervillîer où on prendoit chou que on y despen- 
doit, car chacuns s'eCTorchoit de fourpasser son compaignon. 
Quant chou fu passet et on eult appareilliet le roy de Franche de 
si nobles atours que à tel prince appartenoit , li roys englès et si 
enfans, li dus de Lancastre et tout li autre grant seigneur le ame- 
nèrent jusques à Douvres sus le mer, à très grant noblèce. Et 
envoya li roys englès leprinche de Galles son fil, le duc de Lan- 
castre, le comte de Warvich, monseigneur Regnart de Gobehen, 
monseigneur Gautier de Mauny, le seigneur de Perssi et grant 
fuisson de seigneurs avoecq le dit roy Jehan jusques à GaDais, 
enssi que couvenenchiet estoit, etli fissent toutte Tonneur, Famour 
et le compaignie que faire li peurent et si comme à lui appartenoit. 
Et attendirent à Calais les seigneurs de Franche assés longement, 
qui dévoient aporter six fois cent mil florins et entrer en hostaige, 
ensi que li pais faite et acordée entr'iaux portoit. F^ 124. 

P. 21, L 13 : dignes. — ilfj. A 17 ; noblesTF» 281. 

P. 21, 1. 13 : les dignes jeuiaus. — Ms, jà S : les dignitez et 
les joyaubL. F® 222. — Ms, ^ 15 ; les grans dignitez et joiaulz. 
F» 242 V*. 

P. 21, 1. 19 : traisissent. -^Ms. AS: retraissent. — Mss. A 
15 à 17 : se retraissent arrière. 

P. 21, L 21 : le Somme. — Ms» ^ 8 ; la rivière de Somme. 

P« 21, 1. 21 : aller. — Ce mot manque dans les mss» A, 

P. 22 , 1. 2 et 3 : grande offirande. — Ms, A % : grandes 
offrandes. 

P. 22, 1. 4 et 5 : Si entendi.... Harflues. — Ms. A ^ : el che- 
vauchèrent tant que le roy et ses enfans vindrent à Harfleu. 

P. 22, 1. 10 : aconvoiiës. — Mss, -^ 8, 15 à 17 .- convoiez. 

P. 22, 1. 12 : sans damage et sans péril. — Ces mots manquent 
dans les mss. A, 

P. 22, 1. 15 : auques des premiers. — Ms, A 17 .* avecques 
ses barons. 

P. 22, 1. 22 : disoit. — Ms. A% : diroit. 

P. 22, 1. 24 : à quel — Mss. ^ 15 à 17 ; à quelque. 

P. 22y 1. 25 : ne Teuist jamais contredit. — Ces mots manquent 
dans les mss. A, 

P. 22, 1. 27: Jakemes. —Ms. A 8; Jaques, F* 222 V. 

P. 22, 1. 28 : durement. — Ms, AS : grandement. 

P. 23, 1. 3 et 4 : approcemens. — Les mss. B 3^ ^ et A ajau^ 
tent : semblant. F« 239. 



248 CHRONIQUES DE J. FROISSilRT. [1360] 

P. 23, 1. 9 : cstoit. — Mss. A%,M : estoient. — ilfjr. ^15 : 
fut resjouie de leur venue et de la paix du roy son seigneur. 
F«243. 
f P. 23, 1. 12 : le. —Ms. J S : se — Mss. A iti à il : les. 

P. 23, 1. 20 : messagiers. — Ms. A 8 ; messages. 

P. 23, I. 22 : Li paiemens. — Mss. B 2^ k ei A : Mais li 
paiemens. 

P. 23, 1. 26 : dou roy leur père. — Ms. A % : de leur sei- 
gneur. 

P. 23, I. 27 : attendre. — Mss. A S, i^ à 17 : entendre. 

P. 23, 1. 28 : entrues. — Ms. A % : pendant ce. 

P. 23, 1. 28 : le dit royaume. — Ms. A S : le royaume de 
France. 

P. 23, 1. 30 : Melans. — Ms. A 1 : Melan. F» 229 v«. — 
Mss. AS.iHà 17 : Milan. 

P. 23, 1. 30 et p. 24, 1. 1 ; et de plusieurs cités en Lombar- 
die, fist. — Ms. A iT : et plusieurs citez de Lombardie firent. 
F» 281 v«. 

t, P. 24, 1, 3 : ronva. — Mss. ^8, 15 : fist requérir. — Ms, 
A n : ùst savoir. Le scribe du ms. A 7, ri ayant pu, lire ou ne 
comprenant pas le mot hodva, fa laissé en blanc. 

P. 24, 1. 4 : parmi tant. — Ms. A % : parmy ce'que. 

P. 24, 1. 6 : s'i : — Ms. A 17 : lui. 

P. 24, 1. 8 : pourquoi. — Ms. AS: pour ce que. 

P. 24, 1. 9 : ne fu.... avant, — Mss. A. 7, 8, 15 à 17 ; ne 
vint mie si tost avant. 

P. 24, 1. 10 : soufirir. — Le ms. A 8 ajoute : et endurer. 

S 478. Quant li princes. — Ms. dAMiens : Quant chil sei- 
gneur d'Engleterre eurent assés atendu et il virent que chil ht>s- 
taige n'estoient point appareilliet, ne li argens deseure dis pour- 
veus, il prissent congiet au roy de France et s'en railèrent en 
Engleterre, et laissièrent le roy Jehan et monsigneur Phelippe, 
son fil, en le garde de quatre moult vaillans chevaliers pour 
yaux garder, c'est assavoir le comte de Warvich, monsigneur 
Regnartde Gobehen, monsigneur Gautier de Mauny et monsigneur 
Rogier de Biaucamp et de pluisseurs autres gens d'armes souffis- 
sans, qui leur faisoient tous les solias que faire pooient bonne- 
ment, et laissoient parler au dit roy, et mengier, soupper et 
com|)aignier en tous solas avoccq lui les seigneurs et les cheva- 



[1360] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 479. 249 

liers de France, enssi qu'il leur plaisoit et enssi qu'il le venoient 
veoir de jour en jour, les ungs apriès les autres. Et menoient chil 
seigneur d'Engleterre esbanoiier le dit roy, monseigneur Phelippe, 
son fil, et les autres seigneurs de Franche demy lieuwe loing, 
fuist à piet ou à cheval, si comme il leur plaisoit, en attendant 
que li somme de florins dessus ditte fust paiiée et que li seigneur 
.qui dévoient entrer en hostaige pour le roy, leur seigneur» fuis- 
sent venn. 

Si estoit tous li db paiemens des six cens mil florins pourveus 
et mis en l'abbeie de Saint Bertin, à Saint Ommer, mes on ne le 
volloit mies délivrer jusques à tant que li hostaiges fuissent en- 
trés, ensi que couvenenchiet estoit, à bonne cause; car, se li 
somme de florins fust délivrée et apriès li hostaiges n'y volsissent 
tout entrer ou on ne se pevist acorder, li ditte somme fust per- 
due, li pès fubt brbie, et li roys Jehans de France fiist remennés 
en Engleterre comme devant. F^ 124. 

P. 2t$, 1. 3 : dou pays environ. — Ms. A il : d'environ 
icelles. 

P. 25, 1. 6 : en l'ombre. — Ms^ A% : soubz ombre. 

P. 25, 1. 10 : Athegni. — 3ff . ^8 : Athigny. F» 223. 

P. 25, 1. 11 : il. — Ms. A 8 : si. 

P. 25» 1. 15 et 16 : si retoumoient. — Ms. Ail : et s'en re- 
tournèrent. F*" 282. 

P. 25, 1. 20 : florins. — Mss. A : frans. * 

P. 25, 1. 21 : fil. — Ze ms. A 8 ajoute : là. 

P. 26, L 1 et 2 : comment... user. — Ces mots manquent dans 
les mss. A. 

§ 478. Ensi demora.— ilfr. d Amiens : Ensi demeura li roys 
de Franche à Gallais tout cel estet ensuiwant. Et vinrent si troy 
fil à le chité d'Amiens : là eut maint parlement de l'un à l'autre. 
Finablement, il s'acordèrent à entrer en hostagerie pour le roy 
leur père, voires messires Loeys et messires Jehans. Et leur eut en 
couvent messires Caries, leurs ainnés frerres, qui celle pais avoit 
tretie, que il ne cesseroit jamais deviers le roy leur père si les en 
aroit délivrés. Et pour acroistre leiir nom et leur seignourie, on 
fist monsigneur Loeys, ducq d'Ango et du Mainne, et monsigneur 
Jehan, duc de Berri et d'Auvergne. Si s'asamblèrent tout chil sei- 
gneur, qui ostagier dévoient estre, en le bonne ville de Saint Omer. 
Et quant il furent tout venu, il se traissent moult couvignablemcnt 



250 ŒRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

à Callais, et se remoustrèrent, chacuns par lui, au consseil dou roy 
d'Ëngleterre. Si jurèrent tout prison et hostagerie pour le roy leur 
sîgneur. Et li roys Jehans leur dist que il y entraissent ou nom de 
Dieu liement et voUentiers, car il les en deliveroit sans damage 
et sans fret. Vous devës savoir que chacuns sirez estoit si enclins 
à le pais pour tout le coummun prouffit de crestienneté^ et si avoient 
si grant fianche ou roy Jehan leur signeur, qui leur disoit et 
proummetoit qu'il les en deliveroit, que tout y entrèrent liement. 
Ghe fu le huit de tous les Sains qu'il passèrent le mer à Calions et 
arivèrent à Douvres Tan de grasce mil trois cens soissante. 
F» 124 V». 

P. 26, 1. 4 : octembre. — M$s. A %, i\i à 17 .* octobre. 
F* 223. 

P. 26, 1. 7 : dévoient. — Le nu, A il ajoute : venir et. 

P. 26, 1. 11 et 12 : de l'une... dou conseil. — Ms, A 17 .* 
d'un costé et d'autre du costë. F"» 282 V>. 

P. 26, 1. 15 : qui s'appellent cbartre. -* Ces mois manquent 
dans les mss, A. 

P. 26, 1. 28 : pour tant — Mss. ^ 8, 15 à 17 : pour ce 
que. 

P. 26, 1. 30 : dient. -^ Ms. A S : disoient. F« 223 v^. 

§ 481. P. 33, 1. 7 : Quant. — Les $% 481 et 482 numqueni 
dans le ms. A 17, f» 283 v«. 

lisi. —Ms. AS : lut. F» 225. 
çascun. — Ms, AS: tous. 
; ordonné. — Ms, AS : accorde. 
; Bretegni. — Ms. AS: Bretigny. 
estoit. — Les mss, A ajoutent s tout appareiUié 
et. Ms.Al.î'^âi v«. 

P. 33, 1.31 : li consauls. — Ms,Al: lesconsaulz. — Ms,AS: 
le conseil. 
P. 34, 1. 1 : requisent. — Ms, AS: requist. 
P. 34, 1. 3 : grossëe. — Les mss, J? 3, k et les mss. A ajou^ 
tent : et seellëe. F"" 241. 

P. 34, 1. 9 : notablement. — Ms, AS: noblement. 

§ 485. P. 47, 1. 9 : estroit. -* Ce mot manque dans les 
mss. A. 

P. 47, 1. 26 : grossée. — Ms. A M : grossoyëe. F» 287. 



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!• 


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[1360] V4RIANTES DU PREMIER LIVRE,. § 48(5. 231 

P. 47, 1. 28 : s'ensieut. — Mss. A 8, 15 .* est telle. F» 228 v^". 
— Les mss. A l^il ajoutent : ainsi. F* 234 v®. 

§ 488. P. 50, 1. 27 : de l'un. — Le ms. A % ajoute : roy. 
#•229. 

P. 50, 1. 28 : content. — Ms. A% : contens. — Ms. A il : 
comptentes. P 288. 

P. 50, 1. 28 ': voirs. — Ms. A % : vente. 

P. 50, 1. 31 : avoir grant droit. — Mss, Al^S : droit à avoir 
très grant. F<» 235. — JUs. A iT : k avoir très grant droit. 

P. 51, 1. 2 : concilier. — Mss. A S^ iH à il : touchier. 

P. 51, 1. 3 : diffiniement. — Âts. AS : diffinitivement. 

P. 51 , 1. 5 : mies. — Ms, AS: point. — Ms, Al: pas. 

P. 51, 1. 10 : quel part. — i Ms. AS: quelque part. 

P. 54 , 1. 14 : que donc qu'il. — Ms. AS: jusques à ce qu'ilz. 

P. 51, 1. 16 : brieûnent passer. — Ms, A M : brief partir. 

P. 51, 1. 19 : volsissent. — Ms. AS: eussent voulu. 

P. 51, 1. 20 : là. — Mss. ^ 15 à 17 ; ja. 

P. 51, 1. 23 : reus. — Ms. A il : receuz. 

P. 51, 1. 24 : plus longement. — Ms. AS: plainement. 

P. 51, 1. 27 : en devant. — Ms. AS: par avant 

P. 51 , 1. 27 et 28 : dont nous parlons. — Ms» AS: comme 
nous parlerons. 

P. 51, 1. 31 : et. — Ms. A S : ou. 

P. 52, 1. 7 : en dedens. — - ilfj. ^ 8 : ce pendant. 

P. 52, L 13 : de [père]. —Ms.£i : de frère. F* 245. 

P. 52, 1. 19 : cose. — Mss. A : matière. — Ms. Al,^ 235 v«. 

§ 486. li rois Jehans. — Ms. it Amiens : Encorres avoecq 
tout chou, par le confirmation de le pais, li doy roy s'appelloient 
frère. Et dounna li roys de Franche à quatre barons d'Engleterre 
où il eult le plus se grasce, à chacun deus mil frans de revenue 
par an et bien assignés en France. Et ossi li roys d'Engleterre 
dounna à quatre barons de Franche otelle revenue en Engleterre, 
et bien assignes et bien paiiës par an. Et eult messires Jehans 
Gambdos toutte la terre de Saint Sauveur le Visconte, en Gonsten- 
tin, qui jadis avoit estet à monsigneur Godefiroi de Harcourt, etli 
confrenmia et accorda 4i roys Jehans de Franche à le priierre de 
son frère, le roy d'Engleterre. Les coses furent adonc si bien cpn- 
chies et si bien ordounnées, au samblant et à Favis de l'une part 



352 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

et de l'antre, que on ne quidoit mie que le guerre dewist jammès 
renouTeller. 

Si tost que chil seigneur de Franche dessus nommé furent entré 
en mer pour |iasser en Engleterre, li roys Jehans, messires Phe- 
lippes, ses filx, messires Jaquemes de Bourbon, li comtes d'Eu, )i 
comtes de Dammartin et tout li autre comte et baron de France, 
qui prisonnier avoient estet en Engleterre avoecq le roy, leor sei- 
gneur, s'en partirent quitte et délivre, sans paiier nulle raenchon, 
non se rançonnet ne s'estoient en devant le pais. P 124 v*. 

P. S2, 1. 25 : plus grant. -— Le ms. B 3 ajotUe : affirmation et. 
F* 245. — Le ms, B k ei les mss, A ajoutent : confirmation et. 
F» 231 V*. 

P. 52, 1. 26 : quoique. — Mss, A : qui. 

P. 52, 1. 26 : s'appellassent. — Mu. A S, il : s'appellèrent. 
F* 229 V. — Mss. v^ 7, 15 : s'appcUoient. F» 235 V. 

P. 52, 1. 29 : cescun. — Mss. ^ 7, 15 à 17 : à chascun. 

P. 53, 1. 6 : terre. «— Les mss. A ajoutent : dessus ditte. 

P. 53, 1. 13 : possesser. — Ms. AS: possider. F<» 229 y. 

P. 53, 1. 20 : consaulz. — Ms. AS: conseilliers* 

P. 53, 1. 22 : allotant. — Ms. AS: alîant. 

P. 53, 1. 25 : mieulz. -^ Ms. A il : plus. F* 289. 

P. 53, 1. 25 et 26 : je euchl — Mss. Al^il : j'en ay eu. — 
Ms. AS î j'ay eu. F« 230. — Ms. A 15 ; j'ay depuis eu. P 251. 

P. 53, 1. 26 : de le cancelerie. — Ces mots manquent dans le 
ms. A 8. 

S 487. P. 53, 1. 28 : si bien. -^ Le ms. A il ajoute : 
faictes. 

P. 54, 1. 2 : se deuist brisier. — Ms. A 1 : ne se deust briser. 
F* 235 \\ — Ms. A 8 : seroit tenue sanz briser. F» 230. 

P. 54, 1. 6 : paisieulement. — Mss. A : paisiblement. 

P. 54, 1. 9 : en son. — Ms. Al : ens ou. — Mss. ^^ 8, 1 5 ; 
ou. — Ms. A il : dedens le. 

P. 54, 1. 10 et 11 : si enfant. ^ Ms. A 15 : ses trois fils. 
*» Ms. A il : les enffans du dit roy. 

P. 54, 1. 15 : vigile. ^ Ms. A S : veille. F» 230. 

P. 54, 1. 18 : en istance que pour, — Ms. AS: en enten* 
cîon de. 

P. 54, 1. 26 : deuement. — Ms. AS: dévotement. 

P. 54, 1. 27 : tournèrent. — Ms. AS: retournèrent. 



[1360] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, $ 488. 253 

S 488. Or est raisons. — Ms. ^Amiens : Or vous voeille 
noummer tous lez nobles seigneurs de Franche qui furent bos- 
tage pour le roy Jehan de Franche et qui vmrent demourer pour 
lui à Londres : premièrement li dus d'Ango, li dus de Berri, li 
dus d'Orliens, li dus de Bourbon, li comtez d'Allenchon, messires 
Guis de Blois pour le comte Loejs de Blois son frère, li comtes 
de Saint Pol, le comte daufin d'Auvergne, le comte de Halcourt, 
1q comte de Porsiien, le comte de Brainne» monsigneur Jehan 
d'Estampes, monsigneur Engheran signeur de Couchi, le seigneur 
de Montmorensi, le signeur de Prayaux, le signeur de Clères, le 
seigneur de Fontenielie, monsigneur Jehan de Lini, castelain de 
Lille, le signeur de Saint Venant, le signeur d'Englure, le si- 
gneur de Trainiel, le signeur de Malevrier, le signeur de Latour, 
le signeur de Roye, le seigneur de Bourbercq, le signeur d'An- 
dresel et les autres barons dont je n'ay mies bonnement le me- 
more. Ossi de le bonne cite de Paris, de Thoulouse, de Roem, 
de Rains, de Lions sus le Rosne, de Bourges en Berri, d'Orliiens, 
d'Amiens, de Toumay, de Chaalons en Campaingne, de Troies, 
d'Arras, de Saint Orner, de Lille et de Douais de chacune de ces 
cités et de ces villes, deux bourgois. Si passèrent tout le mer 
ensi que je vous di, et s'en vinrent amaser et amanagier ^n le 
chitë de Londres, chacuns sires par lui avoecquez ses gens et 
sen ordounnanche et tinrent bon estât et grant et noble. Et ossi 
li roys les tenoit liement ; et quant il venoient deviers lui, il les 
festioit et veoit vollentiers et leur demandoit des nouveUes et les 
laissoit, siis le recreance de leurs fois, aller et venir, chevauchier 
et esbatre, voiler et cachier parmy le royaunune d'Engleterre. 
F' 124 V. 

P. 55, l 14 : Lini. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : Ugay. 

P. 55, 1. 14 : Brainne. — JUss. ^ 8, 15 ; Brianne. 

P. 55, 1. 18 à 21 : d'Auvergne... d'Andresel. — Ces trois li- 
gnes manquent dans lems. A M, ^ 290. 

P. 55, 1. 22 : Ossi. — Ms. B % : et de dix neuf chitës et 
bonnes villes, de chascune deus bourgois, et de Paris quatre. Sy 
jurèrent tout chil signeur et bourgois solempnellement de aller 
tenir prison à Londres, en Engleterre, et là où au roy plairoit, 
JHsques adonc que on les aroit racheté de vingt quatre cens mille 
francs. P 616. 

P. 55, 1. 27 : Kem. — Mss. ^ 8, 15 « 17 : Cacn. F<»230 V. 

P. 55, L 28 : çascone. — Les mu. ^ 7, 15 à 17 t^ouunt : Aé. 



iK4 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4360] 

P. SSf^t I. 30 : amanagîer. — Mss, ^ 15 à 17 .* amenasgier. 

P. 55, I. 3i : recarga. — Mss. ^^ 7, 8, 15 : recharga. — 
Ms. A il : charcha. 

P» 56, 1. 1 : enjoindi. — Mst. A : enjoingni. 

P. 56, 1. 7 : ribote. — Mss. A : note. 

P. 56| 1. 8 et 9 : cachier. — Mss. A : chacier. 

P. 56, 1. 11 : ne furent. — Mss. A : n'y furent. 

P. 56, 1. 14 : Bçulongne. — Les mu. A i^ il ajotaent : et 
estoit party de la ditte ville de Galays. 

S 489. Li rois. — • Ms. JAmiem : Si vint li rois Jehans à 
grant oompaignie en le bonne ville de Saint Orner, où il fu gran- 
dement festiiës et conjols, et li dounna on et présenta des biaux 
presens, puis s'en parti et vint à Teruane et puis à Arras. Là 
vint li dus de Normendie, ses filx, contre lui, qui le conjol et re- 
queilli liement, si conuqe il estoit tenus dou faire. De touttes les 
gistes, les visitations que li roys fist par son royaumme, me voeil 
je briefment passer ; mes il alla tant de chitë en cité, de bonne 
ville en bonne ville, qu'il fu li Noêlx ainscois qu'il revenist à Pa- 
ris ; et quant il y rentra, on ne vous poroit mies deviser com no- 
blêmit et puissanment il y fu rechups, car moult y estoit désires. 
Et li donna on des biaux dons et des grans presens, et le vinrent 
veoir et viseter li prélat et li seigneiu* de son royaumme. Si les re- 
cevoit li rois bellement et sagement, ensi que bien le savoit faire. 
F- 124 V et 125. 

P. 56, 1. 21 : vint. — Ms. A il : revint. F* 290 v«. 

P. 56, 1. 26 : le roy. — Ms, A il : lui. 

P. 56, 1. 27 : devise'. — Ms. A 8 ; raconté. F» 230 v«. 

P. 56, 1. 27 : com. — Mi. A B : comment 

P. 56, 1. 28 : recueillies. — Mss, A : recueillis, recueilli. 

P. 56, 1. 28 : ce. — Ms. A 8 : son. 

P. 56, 1. 30 et 31 : biaus... presens. — Ms. A M : beaubc 
jouaulx et de grans dons, et fist on de rechief presens. 

P. 57, 1. 3 : recevoit. — Ms. A il : receut moult. 

P. 57, 1. 3 et 4 : et bellement.. • faire. — Ces mots manquent 
dans les mss. A. 

S 490. Assës tost. — Ms. J Amiens : Si envoya li dis roys mon- 
signeur Jakemon de Bourbon, son cousin, en le Langhe d'Ock, 
pour viseter le pays et mettre en saisinne et en possession des 



[1360] VARIAMES DU PREMIER LIVRE, § 490. 255 

villes et des casdaux et des pays les gens le roy d'Engleterre, 
qui y dévoient venir, enssi que couvens se portoit.... 

En ce tamps fu' advisë et regardé de par le consseil d'Engle- 
terre, que chils bons chevaliers messires Jehans Gambdos venroit 
en Acquittaine prendre le possession des cités, des villes et des 
pays que li roys englès y devoit tenir, car il avoit mis grant 
painne au concquerir, tant à le bataille de Poitiers comme ail- 
leurs; et si estoit ûrans et gentih de corraige et bien acorda- 
bles à tonttez gens d'onneur, sages et advisés durement : pour 
chou y fu il envoiiés. Si passa le mer messires Jehans Gambdos 
et vînt en Acquittainne en grant arroy, et prist le possession de 
toutes les terrez devisées et dittez en le cartre de le pès. Et 
quitta li dis rois de France à tous seigneurs, barons, chevaliers 
et escuiers, fois, hommaiges et services, et remist tout en le 
main dou roy d'Engleterre qui y entra, voirs messires Jehans 
Gambdos procureres pour lui, ossi purement, ossi quittement que 
li roys Jehans les tenoit : dont moult despleut à chiaux de le 
Rocelle, de Saint Jehan, de Poito, de Saintonge, que il les cou- 
venoit y estre englès. Ossi fîst il- à chiaux de Pontieu, ouquel 
pays li roys englès envoya monsigneur Gerar de Baudresen, 
qui fu senescaux de Pontieu et le gouvrenna ung grant tamps. 
F» 125. 

P. 57, 1. 7 : prendre. — Les mss, A \^ à il ajoutera : la 
possession et. 

P. 57, 1. 13 : obéir ne yaus rendre. — Ms. A 17 ; obeyr à 
eulx ne rendre. 

P. 57, 1. 14 : quoique. — Ms. AS: combien que. F^,231. 

P. 57, 1. 15 : venoit. — Mss. A 7,il : sembloit. F* 236 v«. 

P. 57, 1. 15 : grant. — Le ms, A 8 ajoute : dommage et. 

P. 57, 1. 17 : le conte. — Ms. ^^ 8 ; de la conté. 

P. 57, 1. 19 et 20 : le signeur de Taride. — Ces mots man- 
quent dans les mss. A, 

P. 58, 1. 1 : Jakemon. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; Jaques. 

P. 58, 1. 21 et 22 : que donc que il fuissent. ^^Mss. ^ 8, 15 
à 17 .* que ce qu'ilz feussent. 

P. 58, 1. 24 : escusances. — Ms. A % : excusacions. 

P. 58, l. 27 et 28 : enfrainte et brisie. — Ms. A M : en 
France brisée. 

P. 58, 1. 28 : par lequel coupe. — Ms. A il : laquelle chose. 

P. 58, 1. 30 et 31 : moustrances. — Ms, JBd : remoustrances. 



256 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360] 

F« 246 V*. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; paroles. — Le ms. A 1 
ajoute : ne paroles. 

P. 58, 1. 32 : à trop grant dur. — Ms, B Z : bien enviz. 

P. 58, 1. 32 : dur. — Mss. A : dui;eté. 

P. 58, 1. 32 : disent. — Ms. A S : disoient. 

P. 59, I. 1 : aourrons. — Mss. A 7, 8, 15 : aourerons. — 
Ms. A il : adourerons. 

P. 59, 1. 2 : lèvres. — Ms. A il : maxas. 

P. 59, 1. 2 et 3 : li coers ne s'en mouvera. — Mss, A : les 
cuers ne s'en mouveront, 

P. 59, 1. 23 et 24 : onques... de li. — Ms. 27 3 ; et mîeulx 
que chevalier qu'on sceust trouver de son temps. 

P. 59, 1. 24 : mieus de li. — Ms. A S : ne y sceut mieulx 
estre de lui. P 231 V*. — Mss. ^ 15 à 17 ; ne fist mieulx de 
lui. F» 253. 

§ 491. Entrues. — Ms. tt Amiens : Assés tost apriès le re- 
venue dou roy Jehan, envoyea li roys englès souffissans hommes 
de par lui ou royaumme de Franche pour faire wuidier et partir 
des garnisons touttes /nannierres d'Englès qui les tenoient. Et 
leur commandèrent li dit coummis, de par le roy englès, que, sus 
à perdre le royaumme d'Engleterre et lez vies, s'on les y tenoit, 
il se partesissent des fors et des castianx et remesissent en le 
main dou roy de Franche et de ses gens. Geste ordonna nche fn 
moult griefs pour les pluisseurs qui avoient apris à pillier et à 
rober, et qui estoient tout amonté et fet de le guerre, et qui, en 
devant cou, estoient povfe garchon et varlet. Si leur ressambla 
que, s*il retoumoient, il ne saroient vivre seloncq l'usaige dont 
il estoient parti, dont li pluisseur ne veurent mies si tost obéir,, 
et fissent moult de maux ens ou royaumme de Franche, si comme 
vous orés chy apriès. £^ chil qui obeissoient, vendoient les fors 
qu'il tenoient, as gens dou pays d'environ. Bien est voirs que li 
chevalier et bon escuier, gentil homme d'Engleterre, obéirent et 
partirent des villes et des fors qu'il tenoient; mais il avoit Aie- 
mans, Flammens, Braibenchons , Haynuiers, Bretons, Bourghi- 
gnons, mauvais Franchois, Normans, Pickars et Englès de basse 
venue, qui s'estoient amonté de le gherre et qui n'avoient riens 
à perdre, fors chou qu'il tenoient. Chil parseverèrent en leur 
mauvaistié et dissent qu'il les couvenoit vivre. Si se queiilièrent 
et assamblèrent de diviers lieux, et gneriièrent le royaumme ossi 



[1361] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 491. 257 

fort que devant : dont meismement moult desplaisi au roy d'En- 
gleterre.... 

En ce tamps estoît li grande Gompaigne en Bourgoingne et en 
Campagne, que on clanmioit les Tart Venus, et avoient gaegniet 
de force le fort castel de Genville et si grant trésor que on avoit 
dedens assamblës et mis en garde sus le fianche dou fort castiel, 
que on ne le pooit numbrer, et fu environ le Noél, Tan mil trois 
cens soissante. De quoy li compaignon qui avoient tout celui pays 
gastet et exilliet, ars et desrobet, départirent entre eux leur 
gaaing et leur pillage en grant reviel, et dissent entr'iaux qu'il 
ne cesseroient jammès de guerriier, car, sans ce, il ne saroient 
vivre. Si entrèrent en Bourgoingne et y fissent moult de maux, 
car il avoient de leur acord aucuns chevaliers et escuiers dou pays 
qui les menoient et conduisoient. Si se tinrent ung grant temps 
environ Dîgon et Bianne, et robèrent tout celui pays, car nuls 
n'alloit au devant; et prirent le bonne ville de Givri en Biamiois 
et le robèrent et essillièrent toutte, et se tinrent là ung grant 
temps et entours Vregy, pour le cause dou cras pays. Et tondis 
acroissoit leurs nombres; car cil qui se partoient des fortrèches et 
qui leur mestre donnoient congiet, se traioient tout de ceste part. 
Si furent bien dedens le quaresme quinze mil combatans. Si fis- 
sent et eslisirent entr'iaux pluisseurs cappitainnes à qui il obeis- 
soient et se tenoient dou tout. 

Si vous en voeil noummer les aucuns : li plus grans mestres 
entre yaiix estoit uns chevaliers de Gascoingne, qui s'appelloit 
messire Segins de Batefol. Ghils avoit de se routte bien deus mil 
combatans. Si estoient touttes cappitainnes et meneurs des autres, 
Talebart et Talebardon, Guios dou Pin, Espiote, le Petit Mes- 
chin, Batillier, Hannekin Franchois, le bourcq Camus, le bourcq 
de Bretoeil, le bourcq de l'Espare, Lamit, Naudon de Bagerant, 
Hagre TEscot, Albrest, Bourduelle, Carsuelle, Briquet, Am- 
menion de TOrtîghe , Garsiot dou Castiel et pluisseur autre. Si 
s'avisèrent ces compaignons, environ le my quaremme, qu'il se 
trairoient viers Avignon et venroient veoîr le pappe^et les cardi- 
naux. Si le senefièrent enssi li uns à l'autre par routez et par 
compagnies, et se dévoient tous trouver en Bourgoingne, entre 
lions sus le Rosne et Mascons, sus le rivière dou Sone et en ce 
bon cras pays. F^ 125. 

P. 59, l. 27 et 28 : de tretdé et de pais. —Ms.AS : et trait- 
tië de paix. F* 231 V. 

VI — 17 



258 CHRONIQUES DE J. FR0IS8ART. [1361] 

P. 59, L 28 : oominis. — Lt ms, A 15 ajovie : et ordonnez. 
F^ 253. —Lems.AM ajoute : et depputez. P> 291 v». 

P. 60, 1. 3 : sus i perdre. — Ms, £ 3 : k peine de perdre. 
P 246 y^.-^Ms. ^ 7 .• sus paine à perdre. F»237. — M$s.A%^ 
15 ^ 17 ; sur peine de perdre. 

P. 60, 1. 12 €t 13 : d'estragnes nations. ~ Ms. Ail : d'es- 
trangiers. 

P. 60, 1. 17 : des. — Mss. A : par les. 

P, 60, 1. 17 : an. — JUs. A 15 : à. — Ms. A IT : et. 

P. 60, 1. 20 : oultre. -^ Ms. A il : contre. 

P. 60, 1. 25 : à piffier. — Ms. A il ■: et à piHagler. 

P. 60, 1.26et27 : pourfitable. — Arx*^ff 6 : car tefe almt à «x 
ou à vingt chevaulz que, se il fnst à son oslel, il n'aroit point 
puissanche de luy monter. P> 647. 

P. 60, 1. 28 : cueiUoient. — Mss. A S, i^ à 47 .\recueil- 
loient. < ' 

P. 61, 1. 4 : prisent. — Ze mx . ^ 6 ajotae : en chel yvier. 
F» 618. 

P. 61, 1. 5 : GenvîUe. -^ Ms. A B : JoiûviUe. 

P. 61, 1. 12 : Vredon. — MssjA: Verdun." 

P. 61, 1. 14 : vendirent. — Ms". 'A 8 .•'rehdît'ent. 

P. 61, 1,. 17 : Bourjgongne. -* ilf*. i? 6 : sy en avôît ossj 
grant roule et grant flote en Bourgongné, que on n'ommoît les 
Tart Venus. F» 618. 

P. 61, 1. 24:Givri.— J||fx.^8;6yvré.F*232. — Âfr.>17; 
Givrey. 

P. 61, 1. 26 : Vregî. — Mis. A : Vergi, Vergy. ' " ' ' 

P. 61, 1. 80 : quinze mil. —Mss. ^2 A 6, 18, 19 : seize mil. 
— Ms. B 6 ; trente mille. F» 618. 

P. 62, 1. 4 : Segîns. ^ Mss. A : Seghîns, Seguins, Segiiîn. 

P. 62, 1. 6 : Espiote. — ilfx: A 15 ; Lespîote. ** 

P. 62, 1. 7 : Batillier. — Ms.Aifi : Bataillé, fc'reton. > SS53 v<>. 

P. 62, h 7 : Hanekin. —Mss. A : Hennequin; 

P. 62, 1. 9 : Lamit. — Lâms. Ai^i a/oo/e ; îtfaleteire, Hamée, 
Lescot, bretons. . . : 

P. 62, 1. 10 : Bcmrduelle. — Ms. Al : Borduelle/— Msi 
A 8 .• Berduelle. — Ms. A 15 ; Bourdîlle. — Ms. A 17; Bour-^ 
douelle. 

P. 62, 1. 12 * dou Chastiel. -^ Le ms, A i5 ajoute : breton. 



[i361] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 493. «59 

§ 499. là rois. — Ms, étJmiens : Il roys de Franche entendi 
ces Donvenes qae cez Goittpaingnes monteplioient enssi, qui gas- 
toient et essilloient son royanmme. Si en fu durement couroucbiës, 
car il li fiit dit et remoostrë par grant especialité que ils feroient 
pins de manx et de villains fès ou royaumme de Franche, ensn 
que ja faisoient, que li guerre des Englès n'ewist fait. Si eult avis 
et conseil K rois de France que d*envoiier contre yaux et com- 
battre. Si en escripsî li roys de France especialment et souverain» 
nement deviers son consseîl monseijgneur Jaquemon de Bourboni 
qui se tenoit adonc à Mon^ellier, et avoit mis nouvellement mon- 
seigneur Jehan Camdos eh le possession de toutte la ducë d'Ac- 
quittainne, si comme ch! dessus 6st contenu. Et li mandoit li db 
rois qu'il se fe«ist chiéz 'Contre ces Ck)iïipàignes et presîst tant de 
gens d'armes de tous costës qu'il fuist fort assës pour yaux com- 
battre. Quant messires Jaquemés de Bourbon entendi ces nou- 
velles, il s'avalla deviers Avignon et puis deviers lion sus le 
Rosne, pour venir au devant contre ces malles gens qui faisoient 
tous les maus dou monde là où il converssoient. Et pria et manda 
li dis messires Jaquemes tous les seigneurs, barons, chevaliers et 
escuiers de là entours. Ghacuns y obéi vollentiers pour aidier à 
desti*uire ces Compaingûes. F^» 425. 

P. 62, 1. 21 : Compagnes.. — Ms. A 17 .* compaignons. 

P. 63, 1. 9 : vers Avignon. — Mst. ^ 1 e/ 2, 4 <^ 6 : dever 
la cit^ d'Angiers. — Ms. Ai: devers la cité d'Agen. 

P. 63, 1. 14 ; maies gens. — Ms» ^A 17 : gens mauvaiz. F* 
292 vo. 

P. 63, 1. 27 : Forés. — ilfi. A 8 .• Foix. F» 2?2 vo. 

P. 63, 1. 30 : Renaulz. -— Ms. A 8 ; Raotd. 

P. è3, 1. 31 : la cpnté. — Ms. A%:\à. contesse. 

P. 64, 1. 3 : bellement. — Mss. A 8, 15 ; liement. — Ms. A 
17 : doulcement. 

p1 64, 1. 5 et 6 : car,...^part. — Ms, A 17 ; contre les Com- 
paignes. 

^ 495. Quant ces routes. -— Ms, J Amiens : Quant ces Gonh* 
paighes entendii*ent ce, qui se tenolent vers Mascon et vers Chaa- 
Ions et vers Tournus et en le terre le seigneur de Biaugeu, qup li 
Franchois s'asambloient pour yaux combattre, si se traiss^t les 
cappitainnes tous enssamble et eurent avis et conssçil .comment il 
se maintenroient. Si nombrèrent entr'iaux leurs gens et leurs 



Î60 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [4361] 

ronttes, et regardèrent qu^il estoient environ seize mil combatans, 
uns c'aatres. Si dissent enssi entre yaux : « Nous nous meterons 
as camps et atenderons l'aventure, et combaterons ces Franchois 
qui s'^samblent contre nous. Se fortune donne que nous les poons 
desconfire, nous serons tout riche homme et recouvrerons, tant 
par bons prisonniers que nous prenderons, que par ce que nous 
serons si doublé et cremus en ce pajs et là où nous vorrons aller, 
que nus ne s'osera mettre contre nous ; et, se nous sommes des- 
conflB, nous serons paiiës de nos gages. » 

Chilx pourpos fu entre yaux tenus : ils se deslogièrent et mon- 
tèrent amont devîers les montaignes pour entrer en le comte 
de Fores, en ce bon cras pajs, et s'en vinrent deviers Chierleu, 
qui est de le comte de Mascons, et assaillirent un jour toutte 
jour la ditte ville, mais il ne le peurent gaegnier. Puis passèrent 
oultre et chevauchièrent vers Montbrigon en Forés, gastant le 
pays, ranchonnant gens et villes à grant fuison et conquérant 
vivrez à grant plentë ; car 11 pays y est bons et cras et durement 
plentiveux. Ad ce donc estoit messires Jaquemes de Bourbon en 
le comté de Forés, car il le tenoit en bail et en gouvernement 
pour la cause de ses nepveux, enfiPans dou comte de Forrès qui 
estoit nouvellement trespassës, qui avoit eu sa serour à femme , 
laquelle damme vivoit encorres. 

Si estoit li dis messires Jakemes durement courouchiés sus ces 
Gompaignes, parce qu'il gastoient et essilloient enssi le pays de sa 
soer et de ses nepveux, et fist ung très grant mandement auquel 
vinrent li Arceprestres à bien deux cens lanches, li sires de Grantsi, 
messires Jehans de Chaalons, messires Robers de Biaugeu, li sires 
de Villars et de Roussellon, li sires de Toumon, li viscontes d'Uzès, 
messires Ansseaux de Sallins, messires Jehans de Vianne, messire 
Hughes de Vianne, messires Jaquemes de Vianne, messires Guil- 
laummes de Toraisse, messires Jehans de Rie, messires Jehans de 
Montmardn, li sires de Montmorillon, li sires de Gonssaut, li 
sires de Calençon, messires Henri de Montagut et grant fuison 
de bons chevaliers et escuiers de Bourgongne, de Savoie, de le 
daufinet de Vianne, d'Auviergne et des marches là environ, tant 
à le priière et mandement messire Jaqueme de Bourbon que 
pour ruer ces Compaingnes jus, qui enssi roboient et essilloient le 
pays sans title de nulle gherre, fors que par pillage et roberie. 
P» iî5 V. 

P. 64, 1. 9 : en. — Ms, Ail: entour. 



[1362] VRAUNTES DU PREMIER LIVRE, § 494. 261 

P. 64y 1. 15 : uns c'autres. — Ms. j4 % : que uns, que autres. 
F» 232 v'. 
P. 65, 1. 6 : maulz. — Ms. A il : dommaiges. 
P. 65, 1. 8 : cheminoient. — Mss. A : chevauchoient. 
P. 65, 1. 12 : trois. — Le ms. £ Z ajoute: petites. ¥• 247 ▼•. 
P. 65, 1. 12 : liewes. — Les mss. AT, 15 « 17 ajoutent: près. 

S 494. Ces gens. — Ms. d^ Amiens : Ces gens d'armes assam- 
blës avoecq monseigneur Jaqueme de Bourbon, qui se tenoient à 
Lion sus le Ronne et là entours, entendirent que les Compaingnes 
aprochoient [d'iaux] durement et avoient pris le ville et le castiel 
de Brinay, à trois lieuwes de Lyons, et encorres des autres fors, 
et gastoient et essilloient tout le pays. Si despleurent moult ces 
nouvelles à monsigneur Jaquemon de Bourbon et à tous les autres. 
Si partirent hors de Lions touttes gens d'armes et se missent as 
camps et prissent le chemin par deviers les ennemis, et envoiièrent 
leurs coureurs devant pour savoir où il se tenoient. Ghil chevau- 
chièrent si avant qu'il trouvèrent les Gompaignes rengies et or* 
dounné[es] sus une montaingne. Or vous di que mal[i]cieuzement 
ces Compaingnes avoient ordonne leur affaire, car il avoient enssi 
d'iaus repus ou fons d'une montaingne une grosse bataille, et de 
toutte le mendre et les pis armés il avoient fait monstre et visaige. 
Dont U coureur des Franchois raportèrent enssi à leurs maistres 
et seigneurs qu'il avoient veu les Gompaignes rengiez et ordounnées 
sus un terne, et bien aviset; mes, tout conssideret, ils n'estoient 
non plus [o]u de six mil et cinq cens ou sept mil honunes, et en« 
corres en estoit li droite moitiés moult mal armes. 

Quant messires Jacquemes de Bourbon oy ché raport, si dist à 
l'Archeprestre : « Archeprestre, vous m'àviéi dit qu'il estoient bien 
quinze mil combattans, et vous oës tout le contraire. » — « Sire, 
reapondi li Àrceprestres, encorres n'en i quide jou mies mains, et 
s'il n'y sont, c'est tout poiu* nous. Si regardes que vous voilés 
faire. » — «En nom Dieu, dit messires Jaquemes de Bourbon, nous 
les yrons combattre ou nom de Dieu et de saint Gorge. » Là fist 
arester sus les camps li dis messires Jaquemes de Bourbon touttez 
ses gens et ses bannierres, en chacune avoit six mil hommes. Et 
là fist son ainnet fil chevalier, monsigneur Pierre de Bourbon, et 
son nepveult le jonne comte de Forrez et pluisseùrs autres jonnes 
chevaliers. Et estaubli monsigneur l'Arceprestre en le première 
bataille, et puis fist chevauchier bannierrez et pignons areement et 



268 CHRONIQUES DE 1. FROISSART. [1362] 

ordottieeipeDt ayant par devicrs les ennemis. Si n'eurent gairez 
alet quant il les virent et trouvèrent, et s'enbatirent en un rplain 
où, par desus en le montaingne, li bataille des Gompaingnes estoit, 
dont je parloie maintenant. -.,... 

Si trestost que chil seigneur de Franche virent le bataille de ces 
malles gens qui estoit rengie et ordounnëe sus le tieme d'oicoste 
yaulx, si n'en fissent que gaber et dissent : « On devoit bien faire 
si grande assamblëe de gens d'armes pour tek ^gens ; toatte li 
mendre de nos bataillez lez deveroit desconffire. » Lors regardé* 
rent comment il poroient venir jusques à yanx, car grant désir 
avoient dou combattre. II leur couvenoit costoiier celle mon- 
taingne et passer par dessous assés- pries, des Gompaingnes^ s'il 
voUoient venir sus ung estault et ung grant pendant qui ouvroit le 
chemin de le montaingne. Si prissent li Franchois che chemin^ et 
par espedal 11 bataille l!Arceprestre et monsigneur Jehan de Ghaa* 
Ion et monsigneur Robert de Biaugeu. 

Enàsi qii'il chevauchoient pour venir à leur avantage, les Gom- 
paingnes qui estoiept ou terne dessus yaux, [estoient avisées de 
leur fait]. Il n'en y. avoit nuhc, qaàx. qu'il ifust, grans ne pelis, 
armes où desairmëSy qui ne luist pourveus de caillues aq, kokas, 
car la ,terre où il ;estQient en estoit. toutte plainne. Dont, si trestost 
qu'il virent venir leurs ennemis, ils. s'eslargirent et coummen* 
chièrent à jetter de, ces pierrez si dur et si roit sus ces gens d'ar- 
mes, que nulz n'osoit aller avant s'il i ne voUoit estre tous con^ 
froissiés, et moult de bons .chevaliers etescuiers, par leur jet^ 
n^ssent à grant meschief, car chil cailUel agut ou comut effitn* 
droient bachinès pu çappiaux de fier, con fort qu'il fuissent. 
Avoec.tout chou, en jettant il juppoient, et huioiènt si hault et 
si cler. qu'il sambloit propr^nent que. tout li- diauble d'infier y 
fuissent . - . . , 

Adpnc viAtJçur grosse .bataille qui bien estait rengie et ordoun- 
née, et où tputte li fleur ,de leurs gens d'armes estoient :>messires 
Segins de Batefol, Petit Mescin,. Naudon de Bagerant, le bourcq 
Camus, Espiote, Batillîer,! le bourcq de l'fispare, Lamit, Guiot 
dou Pin)..le bourch de Bretuel et pluisseur aultre, tout appert 
çompaignon as armes et fors et durs guerieurs. Evous vinrent sus 
costé à le semestre main sus ces Franchois, en escriant leur cri 
et leurs ensengnes, et crioient : a Aye Dieux, aye as Gompain- 
gnes 1 » Là coummenchièrent il à entrer entre lez Franchois et à 
ruer jus de cours de chevaux et de cops de glaivez et mettre à 



[1362] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 494. 263 

grant meschief ; car, avoeeq tout chou, chil qui estoieut en le 
moDtaingne, jettoient si ouniement et si yertueusement pierres et 
caillans, que Jr. Franchois ne pooient aller avant ne recuUer, 
mes estoient si entrepris de tous lés- qu'il ne se pooient aidier. 

Là fu très bons chevaliers li Aixeprestrez , et moult vassau- 
ment se combati, et chil de se route ; mes finablement se ba- 
taille fu toutte rompue, se bannierre' jettée par terre, et chils 
qui le portoit, mors, et plus d'iaux vingt cinq dallés lui. Et fîi 
li Archeprestres abattis et fianchiez prisons, avoec ce, dure- 
ment navres. Là furent pris messires Jehans de Chaalons, mes- 
sires Robiers de Biaugeu, li sirez de Roussellon, messires Gerars 
de Salière, li viscomtes d'Usés; et ochis, li sires de Toumon et 
li sirez de Montmorillon et pluisseur chevalier et escuier de Bour- 
goingne, d'Auvergne et des marches de là environ. Là fu navres 
à mort chilz gentilz chevaliers, dont ce fu pitës et grans dam- 
maigez, messires Jaquemez de Bourbon et furaportez à lions, et 
messire Pierre de Bourbon, ses aisnés fils, ossi navrez k mort, et 
li jonnes comtes de Forès^ ses kiepveulx, ossi ochis, et tamaint 
bon chevalier et eâcuiei^ de' leur route.' 

Briefmenty li Franchois furent tout desconfis, et obtinrent les 
Gompaingnes le joumëe, et prissent ou ochirent à leur vollentë 
les plus grans de Tost, dont il eurent puis'tamainte bonne raen- 
chon, et moult en adammagièrent le royaumme de France à cel 
les, si comme vous orës chi apriès. Geste' bataille fu assés pries 
de Brinay, à trois lieuwez de Lion sus le Rosne, l'an mil trois 
cens soissante et un, le douzième jour'd*avril. F^126. 

P. 68, 1. 17 : se tenoit; -^ Ms. B k et mss, J: se tenoient. 
F» 234 V*. 

P. 6t^; 1. 19 : pris, — Les, mss. A ajoutent: et conquis de force, 

P. 6S, 1. 1 9 : le ville. — Les nUs. B 3, 4 et les mss. A ajoutera : 
et le chastel. 

P. 65, 1. 23 : goûvrénance. — M^îs. A : gouvernement. 

' P. 65, 1.' 26 et 27 : et chevaucièrent.... ennemis. — Ces mots 
manquent dans les mss. A, 

P. 65, !• 28 et 29 : pour.... trouveroient. — Mss, ^ 15 ^ 17.* 
pour savoir et advisier combien vrayement ik estoient ne que ilz 
trouveroyent. Ms. A il,(^ 293 V». 

P. 65, 1. 28 : savoir. — Les mss. A 1 et S ajoutent : et aviser 
vraiement. P 238. 

P. 65, 1. 31 : envoiiet. ^- Ce mot manque dans les mss. A. 



164 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1362] 

P. 66| 1. 2 et 3 : les mieus à harnas. -* Ms* ^ 8 : les mieiiU 
armez et enharnechiez. F* 233. 

P. 66, 1. 4 : aviset.— Ms. A 8 ; appensë. F» 233. 

P. 66, I. 4 et 5 : euissent bien. •» Mss. A : eussent bien eus. 

P. 66, 1. 5 : volsissent. — Ms. AS: s'ilz eussent touIu. 
F* 233. 

P. 66, 1, 10 : veu. — Ms. A 8 ; veues. 

P. 66, 1. 11 : avise. -^ Ms. A S : avisées. 

P. 67, 1. 7 : Viane. —Mss. A S^ i^ à 17 : Vienne. 

P. 67, 1. 7 : vicontes. — Cène bonne leçon ne se trouve que 
dans le ms. A 8. 

P. 67, 1. 9 : pour. «~ Les mss. A 7, 8, 15 à 17 ajoutent : 
leur. 

P. 67, 1. 14 et 15 : plus de quinie cens. — Ms. A 17 .* quinze 
cens. 

: convenant. — Ms. AS: oouvine. 
: mil. — Ms. A 17 ; dix mil. 
: manière. — Mss. A : avantage, 
com. — Ms. A 8 ; tant. P 233 V. 
com. — Ms. AS: tant. 
; ses. -— Mss, A : son. 

: que il n'ouvrèrent. — iiff. ^ 17 : qui mouru- 
rent. F« 294 v». 

P. 68, l. 15 : se tenoient. — Mss. ^ là 6, 8, 17 ; estoient. 

P. 68, 1. 16 : eslongiës. — Ms. AS: esloingniez. 

P. 68, 1. 24 : ressongnast. — Ms. B 3 : craignist. P 248 v«. 

P. 69, 1. 2 : escriant. — Les mss. A ajoutent : tout. 

P. 69, 1. 3 : reversèrent. — - Ms. AS : renversèrent. 

P. 69, 1. 4 : ïîSàC. — Mss.B 3, ^ 1 à 6 .* rifflis. — Af*. -<^ 7 .• 
rifOich. F» 239. — Ms. A 8 ; riffleis. — Ms. A V\ : riffles. 
F» 295. 

P. 69, 1. 9 et 10 : entrepris. — Ms. B Z: presse. 

P. 69, 1. 1 1 : prisonnier. — - Mss. B k et A : prison. 

P. 69, 1. 13 et 14 : besongne. — Le ms. A 6 ajoute : dont 
vous ojez compter. F® 238 v«, — Les mss. ^ 7, 8, 15 ajoutent : 
dont vous oez parler. — Le ms. A il ajoute : jque vous oyez 
compter. 

P. 69, 1. 14 : eurent. -— Le ms. A 7 ajoute : là. — Le ms. A S' 
ajoute : pour lors. 

P. 69, 1. 14 : pieur. -— Ms. A il : pis. 



p. 


07,1. 


17 


p. 


67,1. 


20 


p. 


67,1. 


22 


p. 


68,1. 


1 : 


p. 


68,1. 


4: 


p. 


68,1. 


8: 


p. 


68,1. 


10 



[i362] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 495. 265 

P. 69, 1. 48 : vicontes. — Ctf//« bonne leçon est fournie par les 
mss. J Sj 15 ; tous les autres manuscrits donnent : conte • 

P. 69, 1, 20 ; àxa.-^Mss. A 6, 7, 45 à 17 ; pain^e. ^Ms.A^ : 
durté. 

P. 68, 1. 29 à p. 69, 1. 25 : Et avoient.... Pasques. — Ms. 
B 6 : Entre ches compaignons avoit bien mille lanches de ossy bon- 
nes gens et ossy bien montes et annës que on peuist estre, qui en- 
cores estoient tous fret et tout nouvieaulx. Quant la prumière ba- 
taille de l'Archepestre fu rompue, et s'en vinrent autour de celle 
montaigne as cours de cbevaulx ferir sur coslë sur ches gens d'ar- 
mes, et en ruèrent jus des prumiers venans plus de cinq cens. Là 
eult grant bataille et forte. Et trop vaillanment s'i portèrent ches 
Compaignes, et demora la plache pour euls, et y prirent plus de 
mille bons prisonniers. Et furent pris ly Archeprestre, le sire de 
Toumon messire Robert, messire Lois de Bieaugeu, le sire de Ga- 
lençon, messire Renault de Forés, messire Gerart de Salière, le 
sire de Benay, le sire de Roussillon, le sire de Groult, messire 
Jehan de Chalon et pluiseurs aultres, et mors messire Pierres de 
Bourbon et le jone conte de Forés, et navres à mort, dont che 
fîi pitié et damaige, messire Jaques de Bourbon, et fu raportés à 
grant meschief à lions. Ensy obtinrent ches Compaignes la plache 
et leur demora le journée, qui fu l'an mil trois cens soissante et 
un, le dix huitième jour en avril. P 622. 

§ 495. Trop furent. — Ms, ^Amiens : Apriès ceste bataille de 
Brinay, où chil qui y lurent pour combattre ces Gompaingnes, 
rechurent si grant dammaige que tout y furent mort ou pris ou 
en partie, les Compaignes menèrent bien le tamps à leur voUenté 
en celi pays, car nus n'alloit à rencontre, mes chevauchoient par- 
tout où qu'il voulloient, et gastoient et ranchonnoient tout le pays. 
Si s'en vint messires Seghins de Batefol demourer et séjourner 
à Anse, une ville sus le Sone, à une lieuwe de Lions, et le fist 
fortement remparer et fortefiîer. Et tenoit ou dit fort ou là envi- 
ron, en petis fors qull avoient pris, bien trob mille combatans qui 
ranchonnoient tout le pays, le terre le seigneur de Biaugeu, le 
comté de Mascons, le comté de Forés, le basse Bourgoingne, l'ar- 
ceveskiet de Lions et une partie de l'Auvergne. 

Or avint, apriès chou, que ces Compaignes eurent rués jus ces 
gens d'armes , si comme vous advés oy, et qu'il eurent départi 
leur butin et leur conquest et ranchonnet leurs prisonniers, il s*es- 



266 CHRONIQUES DB J. FROISSART. [1360] 

par«firenk et s'ayallèrent deviers le chitë d'Au?igiion, ardant et 
essillant le pays partout là où il passoient^ pour yaux faire plus 
caremir, et preadôîent viâes et fors et les assaiUoient et les ran- 
chonnoient as vivres et as pourveanches, quant il leur besonguoit, 
ou à grant sonuae de florîiis, quant ilavoient pourveanches assés. 
Si entendirent que , au Pont Saint fi^ierity-à sept lieuwez d'Àuvi- 
gnon, il 7 avoit grant avoir et grant[ trésor dou pays d'environ 
qni là esloit nissambUs et mis sus le fiandiede le fortrèche. Si 
regardèrent entre yaux, se il pooient prendre le Pont Saint Esperit, 
il leor vauroit trop, car il seroient mestre et signeur don Eosne 
et de datiz d'Auvignon. 

Si estodiiàrent tant et jetteront leur advis que, à chou que 
j'ay depuis oy recorder, BatîUiery Guiot doir Pin, Lamit, Petit 
Meschin, le bonrch Canunus, Espiote et le bourc de l'Espare, 
cfaevaucfaièrent et leur routes une nuit toutte nuit bien quinze 
lieuwes, et vinrent sus le point du jour à le ville dou Pont Saint 
Esperit, et Tesciellèrent et le prissent et tous ceux et tonttes 
celles qui dedens estoient : dont che fîi grans pités, car il y ochi- 
rent tamaint preadomme et violèrent tamainte damme et dam- 
mcHseUe* Et y conequisent si grant avoir que sans nombre et 
grandes pourveanches- pour vivre ung an ou deux, et pooient 
coorir,. s'il leur plaisoit et ensi qu'il fisdsoient, ung jour en TEm- 
pire, l'autre en Franche, car li viUe don Pont Saint Esperit siert 
à deus royaummes. Si se ravalèrent et rassamblèrent là tout li 
compaignon, et couroient tous les jours jusquez as portez d'Au- 
vignon, de quoy li pappes et tout 11 cardinal estoient en grant 
angouisse et en grant paoûr. Et avoient ces Gompaingnes dou 
Pont Saint Esperit fait un cappitainne souverain entre lez autres, 
c'estoit messires Seghins de Batefol, et s'escripsoit en ses lettres 
et se fai8(Mt*adonc coummunement appeler : amis à Dieu^ et enne- 
nûs à tout le inonde. F"» 126 r<> et v«. 

P. 69, 1. 29 : fremesist. — Mss. A. 8, 15 : fremist. 
F» 234. 

P. 76, lé 2 ; moult. ^^ Le msl A % àfouté: esbahis et. 

P. 70, 1. 2 : efiraë. — Mss. A i à 6, il : esbahis. 

P. 70, 1. 6 : et destourbé de le navrure. — Ms. A S: de ht 
destourbe. 

P. 70, 1. 8 : bellement. — Ms. A 8 : doucement. 

P. 70, 1. 9 : estoit. — Ms. A % : estoient. 

P. 70, 1. 10 : siècle. — Le ms. A ^ afotae: en l'autre. 



[4361] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, § 496. 267 

P. 70, 1, 12 : nient. — Ms. A% : mye. — Mss. ^8, ib à 
17 •'guerres* 

P. 70,: h 12 et 13 ; puisse^i. -^ Mss. A 6, 17 .• après. •— 
jlto. ^ 8, 15 / depuis. 

P. 70, .1. 21 : cornue en.-^Ze5 hmj. A ajoutent : raençons de. 

P* 70, 1.30 : part. ^ Mss. A 6, 7,15 : route. — Mss. A 8, 
17 .* compagnie. 

P. 71 , 1. 1 : remparer. — Mss. A S^ il : reparer. 

Pi 71, 1. 2 : environ celle marce. -^^ Ms^. B 3y k et mss. A: 
là environ sus celle marche. 

P. 71, 1. 4 : le Soniie. — Ms. i? 1 : le Loire. 

P. 7«, 1. 6 et 7 : Marcelli. — Ms. A 15 : Marsilly. F» 256 v«. 

P. 71, 1. * et 10 : Bemardet. — Mss. A : Bemart. . 

P. 71, 1. 10 : Lamit. — Ms. ^ 15 ; La Mite, Maleterre, bre- 
ton. F» 256 vo. 

P. 71, 1. 11 : Lespare.— Ze ms. A IJS ajoute: Bataillië. 

P. 71, 1. 15 : en ce contour. — Ms. AS : entour. 

P. 71, 1. 28 et 29= : li Compagnon. — Ms. AS: les Compai- 
gnes. 

P. 71, I. 30 : vaurroit. — Ms.AS: vaudroit. 

P. 72, 1. 1 et 2 : Batillier.... Meschin. — Jlf j. ^ 15 ; Bataillié, 
le breton, Giiiot du Pin, La Mitte, Maleterre, aussi breton, et le 
Petit Meschin. 

P. 72, 1. 14 : eus es. — Ms. AS : aux.. 

P. 72, 1. 18 : souverain. — Lems. À i^ ajoute : auquel tres- 
touz obeissoient. 

P. 72, 1. 20 : monde. — Les mss. A 20 à 22 ajoutent : telz 
noms et autres semblableis qu'ilz trouvoient sur leurs mauvaistiës 
dotlnoieliit Shs' à leurs capitaines. 

§ 496. Encorres avoit. — Ms. d Amiens : Encorres avoit 
adond grant fuisson, en Franèe et en pluisseurs marces, de ces 
pilleurs englès et autres qui volloient, ce disoient , vivre , et te- 
nbieût encorres grant fuisson de castiaux et de forterèches qu'il 
avoient gaegniet, et desroboient fortement le pays où il convers- 
soient meysmement en Gampaigne et en Brie, et entre Paris et 
Orliiens, et entre Paris et Cartres, et en le comte de Blois, en 
Ango, en Mainne et en Tourainne, coumment que bonne pais 
fnst faite, et coumment que li roys de Franche et li roys d'Engle- 
terre s'appellaissent frerre, et que li comte et li baron et les bon- 



268 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [136i] 

nés gens de l'un pays et de Tantre fuissent tont amit enssamble. 
Mais, quant chil pilleor et chil robeur, qui se tenoient en diviers 
lieux ou royaumme de Franche , enlendirent que leur compaignon 
avoient ruet jus monseigneur Jaquemon de Bourbon et bien deus 
mil chevaliers et escuiers, et pris tamaint bon et riche prisonnier, 
de redef pris et concquis le ville don Pont Saint Esperit et si 
grant avoir dedens que sans nombre, et qu'il penssoient qu'il con- 
querroient assés tost Auvignon et toutte Prouvenche , chacuns eut 
en proupos d*aller celle part, en convoitise de plus gaegnier. Si 
laissièrent li plus les fors qu'il tenoient et les vendoient à bon 
marchletj ou il les rendoient parmy tant qu'il pooient segurement, 
yaux et le leur, cevaudiier parmy le royaumme de Franche. 
Enssi s'aroutèrent et s'asamblèrent et s'acompaignoient , et tout 
s'avallèrent viers Auvignon, sus l'esperanche de plus pillier. 
F» 126 V». 

P. 72, 1. 24 : quoique. — Mss. A 8, 15 ; combien que. 

P. 72, K 24 : commis. — Lems. AVS tfyoii/e:depputez.F"257. 

P. 72, 1. 28 : pillars.— iifj#. B 3, 4, et nus. A : pilleurs. 

P. 73, 1. 4 : Avignon. — Ms. ^ 15 ; la bonne cité d'Avignon, 

P. 73, 1. 7 : en convoitise. '-^Ms. u^ 15 ; en convoitant tous* 
jours de plus mal faire. F<^ 257. 

P. 73, 1. 7 : plniseurs maulz. — Mss, A : plus mal. 

§ 497. Quant li papes. — Ms, ^Amiens ;. Quant li pappes 
Ynocens YI"* et 11 collèges de Romme se virent enssi vexe et 
gueriiet par ces maleoittez gens, si en furent durement esbahi et 
ordounnèrent une croiserie sour ces mauvais crestiiens qui des- 
truisoient crestienneté enssi que les Wandres fissent jadis, et 
gastoient tous les pays sans cause et roboient sans déport quant 
qu'il pooient trouver, et violloient femmes vielles et jonnes sans 
pitë, et tuoient hommes, femmes et enfans sans merchy, qui 
riens ne leur avoient méfiait; et qui plus de villains fès y faisoit, 
c'estoit li plus preus et li mieux parés. Si fissent li pappes et li 
cardinaux sermounner de le croix partout publicquement, et ab- 
solloient de painne et de couppe tous chiaux qui prendoient le 
croix et qui s'abandonnoient de corps et de vollenté pour des* 
truire celle mauvaise gent et leur compaignie. 

Et fissent monseigneur Pierre, cardinal d'Arras et d'Ostie, 
cappittainne de celle croiserie , qui assés tost se trai hors d' Au- 
vignon et s'en vint demourer et séjourner à Carpentras , k quatre 



[1361] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 498. 269 

lieuwes d'Auvignon, et retenoit touttes mannierrez de gens et 
de saudoiiers qui venoient deviers loi et qui yolloîent sauver leurs 
anmes et acquerre les pardons de celle croiserie. Pluisseurs gens 
allèrent celle part, chevaliers et escuiers et autres , qui quidoient 
avoir grans biensfais dou pappe avoecq les pardons deseure dis , 
mes on ne leur voUoit riens dounner. Si s'en partoient et s'en 
alloient li aucun en Lombardiey li autre retoumoient en leur pays, 
et li autre se mettoient en le mauvaise compaignie qui tondis 
acroissoit de jour en jour; et se départirent en pluisseurs Gom- 
paignies et fissent otant de cappitainnes conune de Gompaignies. 
F» 126 V. 

P. 73, 1. 13 : maleoites. — ^ Mss. J i àl, iT : maudites. 

P. 73, 1. 14 : croberie. — Mss. A 6, 17 ; croisiée, croisée. 

P. 73, 1. 15 : crestiennetë. — Mss, A : crestienté. 

P. 73, 1. 16 : Wandeles. — Mss. A 1^ 17 ; Wandes. — 
Mss. ^ 8, 15 : Wandres. 

P. 73, 1. 28 : eslisirent. — Ms, Al : eslirent. — Mss. A 8, 
15 ^ 17 ; esleurent. 

P. 73, 1. 29 : dou Moustier. — Mss. A 7, 8, 15 : du Mones- 
tier. 

P. 74, 1. 1 : quatre. — Ms* A 6 : six. — Mss. u^ 2, 17 à 19, 
23 à 29 .* sept. 

P. 74, 1. 4 : acquerre. — Ms, A B : acquérir. 

P. 74, 1. 9 : pays. ^ Ms. A S : hostelz. F» 235. 

P. 74, I. 13 : comme. — Le ms. ^15 ajoute : ils estoient. 
F» 257 V. 

§ 498. Ensi herriièrent. — Ms. if Amiens : Enssi heriièrent 
il et gheriièrient le pappe et les cardinaus et les marchez d'en- 
tour Auvignon, et y fissent mont de maux jusques bien avant en 
l'estet l'an mil trois cens soissante et un, et que li pappez et li 
cardinal s'avisèrent d'un moult gentil chevalier et bon guerieur, 
le marquis de Montferrat, qui avoit grant temps tenu genre con- 
tre les seigneurs de Melans et encorrez faisoit. Si le mandèrent , 
et il vint en Auvignon. Si y fîi moult festiiés et honnourës dou 
pappe et de tous les cardinaux. Là fu traitiet deviers lui que, 
parmy une grande somme de florins qu'il de voit lavoir, il mette- 
roit hors de le terre dou pappe et de là environ les Gompaignes, 
et les enmenroit en Lombardie. Si traita li dis marquis de Mont> 
ferrât devers les cappitainnez des Compagnes, et les amena ad ce 



270 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

que, parmy soissante nul florins qu'il eurent pour départir en- 
tr'iaux et ossi grans gaiges que U dis marquis leur dounnoit ou 
devoit dounner, il s'acordèrent à chou qu'il yroient en Lombardie, 
et, ayoecq tout choii, 'il seroieatibsols de painne et de oouppe. 
Tout ce fiâitf acompli et acordé et les florins pris, il fendirent le 
Tille dou Pont Saint Esperit et laissièrent le marche d'Auvignon 
et passèrent oultre avoecq le dit marquis, dont li roys de Fran- 
che et tous li royaummes forent durement resjoys, quant il se vi- 
rent quitte de tek genSé 

Enân fii li royaummes plus à pais, ce ta bien raisons, quant 
ces Gompaignes en furent parties par le pourkach dou Saint Père 
et des cardinaus et dou marquis de Montferratî qui en fist trop 
bien se besoingne sus les seigneurs ^de Melans, et concquist villes 
et castiaux et pays sus yaux, et eut plmsseurs rencontres et escar- 
muchez contre yaux pour lui. Et le missent ces Gompaignes de- 
dens un an ou environ tout au dessus de sa guerre', et li fissent 
avoir sen entente des seigneurs de Melans, qui pour le temps re- 
gnoient , messire Galeas et messire Bemabo. Et quant il li eurent 
sa guerre achievëe, il revinrent par routtes et parpetittes com- 
paignies par dechà les mons. De quoy li pluisseur, qui avoieUt 
assës gaegniet et qui estoient tout soellë de gueriïer, se retraioient 
en leur pays et en leur marches, et li aucun serassambloient 
comme devant et faisoient guerre. 

Dont il avint que messires (Segins^) de Batefol prist, embla et 
esciella une bonne chitë en Auvergne c'on dist Bnide, 'et^siet sour 
le rivierre d'Allier. Si se tint là dedens plus d'un an, et le fortefia 
tellement qu'il ne cremoit nul homme; et couroit tout le pays 
d'environ jusques au Puy, jusques à le Gasse Dieu, jusquez à 
Gieremontf à Môntferrant, à Rion, i le Nonnette, à Blière, à 
Oudable, à Cillach et toutte le terre le comte Daufin, qui estoit 
pour le temps hostagiiers en Engleterre, et y fist trop durement 
de grans dammaigez. Et quant il «ut honny et apovri le pays de 
là environ , il s'en parti par accord et en mena tout son pillage 
et son grant trésor^ et se retraist en Gascoingne , dont il estoit. 
De lui ne sai je plus avant, fors tant que jou oy depuis compter 
qu'il morut assés înervilleusement. Dieux fi pardoinst tous ses 
meffaix! P» 127. 



1. U mamuerlt porté : c GoMns. » Mauçûise k^n. 



[1361] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 499. 271 

P. 74, 1. 14 t hemèrent. — Mss. ^ 8, i5 ; guerrioient. — 
Ms, A il X herioient. 

P. 74, 1. 20 : Melans; •— M$s. A%,i}&à 17 : Milan, Millan. 

P. 74, 1. 26 : menroit. — Mss. ^ 7, 8 : enmenroit. F» 240. 

P. 74, 1. 30 : ordotmsr. ^Mss. A : donna. 

P. 75, 1. 10 : cosc. — Ms. AS : paix. F* 23» v*. 

P. 78, U 14 : Pieumont. — Mss. A 8, 17 t Piémont. 

P. 75, 1. 18 : à sen. . .ponrfit.;— Mss. B k ht mss. A : à l'bn- 
neur et prouffit de lui. F> 237. — Ms. A il : à Toniiétir et 
prooffit d*euk et de Im. F* 297. 

P. 75, 1. 30 : esciella. '^ Ms. A B r erilla; 

P. 76, 1. 5 : l'Arsis. — Ms. A il : l'Assis. — Ms. A 8 ••Lai- 
sis. — Ms. A 6 .* Lasis. -^ Mss. B 3, 4 : DarsTs. 

P. 76, L 10 : grant trésor. — Ms. B 6 : et avoit bien de 
finanche chil messire Seghins trois cens mille frans. P* 624. 

P. 76, 1. 11 : dont il... issus. -^ Mss. A c^Aàax il s'estdt par^ 
tis et issus. 

P.. 76, 1. 14 : meCTais. — Le ms.Aifi ajoute ': se il lui plaist. 
F» 258. 

§ 499. En ce temps. •» Ms. d* Amiens :EtL ce tamps trespassa 
Il dus de Lancastre. 

En ce tamps trespassa li jones dus de Bourgoingne, qui s'apel- 
loit messires Phelîppes, par laquelle mort vaqièrent pluisseur pays, 
car il estoit grans sirez durement : premièrement, ducs de Bour- 
goingne, comtes de Bourgongne, comtes d'Artois et de Boulongne, 
palatins de Brie et sirez des îfoires de Gampaingne^ et aWt à 
femme une jone dammcûselle, fille au comte Loeys de Flandrez, 
de l'une des filles le duc Jehan de Braibant. Dont il avint que, 
piir prolsmeté, madamme Margerite, mère an comte de Flandres 
dessus dit, se traist à le comte d'Artois et à le comte de Bour- 
goingne, et en fist foy et hoummaige au roy de France. Ossi mes- 
sires Jehans de Bouloingue se traist jiar droite hoirie à le comté 
de Bouloingne et en devint homs au roy de Franche. 

Avoecq tout ce, li roys Jehans de Franche, par proimetet, retint 
et prist le duché de Bourgoingne et tous les drois de Gampaingne. 
Dont il avint que h roys Charles de Navarre se traist avant par man- 
nierre de callenge, et dist et proposa que la ducé de Bourgoingne 
par prolsmeté li estoit esceuweet dévolue, mes ses moustranches ne 
peurent y estre de nulle valleur : dont il et si firerre deffiièrent le 



272 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [1362] 

roy de Franche et le royaumme, et le ooummenchièrent à gaeriier 
fortement et durement, et missent à Mantes et à Meulent grans 
garnisons qui guerioient et traviUoient maternent le Normendie. 
Et n'osoit nuls aller entre Paris et Roem, ne entre Roem et Kern, 
ne entre Kem et Ewrues, ne entre Ewrues et Ghierebourcq^ ne 
partout sus le marinne. Et d'autre part li rois de France tenoit 
contre lui, sus le marce de Normendie et d'Ewrues, grant fuison 
de gens d'armes qui deffendoient le pays contre les Navùrois. 
F» 127. 

P. 76, 1. i9 : Mehaut. — Mss, A: Mahaut, Mahault. 

P. 76, 1. 22 : Haynau. — Ze ms. A 17 ajonte: sa femme. — 
Ms Al \ sà, famé. 

P. 76, L 22 : la mainsnée. — Ms. A % : l'autre. F* 235 v« 

P. 76, 1. 26 et 27 : et monsigneur.... poursievir. ^^Ms A 17 : 
d'ore en avant entendrons à poursuivir le traittië. 

P. 77, 1. 5 : vaghièrent. — Ms. AS; escheirent. F* 236. 

P. 77, 1. 9 : et. — Ms. A 8 ; lequel. 

P. 77, 1. iO : damoiselle. — Mt. AS: dame. 

P. 77, 1. 19 : proismetë. — Mss: A 8, 15 ; prouchaineté. — 
Ms, A il : proximité. 

P. 77, 1. 20 : Campagne. — Ms. A 8 : Champagne. 

P. 77, 1. 20 et 21 : desplaisi. — Mss. A : despleut. 

P. 77, 1. 24 ; nulle cose. -^ Mss. A : riens. 

5 ttOO. En ce temps. — Ms. é^ Amiens ; En ce tamps vint en 
pourpos et en dévotion au roy Jehan de Franche qu'il yroit en 
Auvignon veoir le pappe et les cardinaux, tout jeuant et esbatant 
et visetant le ducé de Bourgoingne, qui nouvellement li estoît 
esceue. Et fist li dis roys faire ses pourveanches, et se parti de 
Paris environ le Saint Jehan Pan mil trois cens soissante deus, et 
laissa monseigneur Charlle, son aisnet fil, le ducq de Normendie, 
régent et gouvrenneur dou royaumme de Franche. Si en mena li 
dis rob avoecq lui monseigneur Jehan d'Artois, comte [d'Eu*], 
son cousin, et que moult amoit, le comte de Tamkarville, le comte 
de Dammartin^ monsigneur Bouciqau, monsigneur Emoul d'An- 
drehen, monseigneur Tristran de Maignelers, U grant prieur de 
Franche et plubseurs autres. Et chemina li roys à petittes jour- 



1 . Le manutcrit porte : « de Deu. » Mauvaise lefé/i. 



[1362] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, § 500. Î73 

nées et à grans séjours, de bonne ville en bonne ville, et vint en- 
viron le Nostre Damme en Auvignon, où il fu grandement conjols et 
festîiës dou pappe et de tout le collège. Si se tenoit li roys et tous 
ses hostelx à Villenove dallés Auvignon. Là fu li roys de Franche 
tout le temps de Tivier enssuiwant et le quaremme. 

Car le Noël, li pappes Ynocens trespassa. Si furent li cardinal 
en grant discort de faire un pappe entre yaux et ne l'i peurent 
trouver ne acorder ; car il en y avoit pluisseur de quoy chacuns 
tiroit à estre papes. Par cel discort fu esleus li abbes de Saint 
Victor de Marsellè, qui estoit moult sains homs et de belle vie, 
grans clers, et qui moult avoit travilliet pour l'Eglise en Lom> 
bardie et ailleurs. Si eut à nom cilz papes Urbains li cinqimes, et 
régna noblement et puissamment tant qu'il vesqui, et tînt TEglize 
en bonne prospérité. 

Assés tost apriès se création , entendi li roys de France que 
messires Pierres de Luzegnem, rois de Cippre et de Iherusalem, 
devoit venir en Auvignon. Si dist li roys de France qu'il atenderoit 
sa venue, car moult grant désir avoit de lui veoir, pour les biens 
qu'il en avoit oy recorder et le guerre qu'il avoit faite as Sarra- 
zins ; car voirement avoit li roys de Cippre pris nouvellement le 
forte chité de Satalie sus les ennemis de Dieu, et ochis tous ceux 
et celles qui dedens furent trouvet. F* 127. 

P. 78, 1. 8 : régent... de France. — Mss. ^ 8, 15 : et le fist 
son lieutenant par tout le royaume de France. P 236. 

P. 78, 1. 10 : germain. — Ms. AS: bien prouchain. 

P. 78, 1. 14 : Maignelers. — Ms. A 8 .' Maglers. 

P. 78, 1. 18 : [la feste de Noël]. Cette bonne leçon est fournie 
par le ms. A 8, f« 236, et par le ms. A 15, f> 258 \^. On lit dans 
les mss. B et les mss. A i àl^ii à 14, 17 à 19, 23 : la Saint 
Micbiel. 

P. 78, 1. 22 : pape. — Le ms. A % ajoute : Urbain. 

P. 78, 1. 26 : le. — Ms. A B : ce. 

P. 78, 1. 32 : se mbent et arrestèrent. — Aff . A%: ^ mist et 
arresta. 

P. 79, 1. 5 : eslisirent. — Mss. >^ 8, 15 ^ 17 : esleur^t. 

P. 79, 1. 7 : travilliet. — Mss. ^ 7, 15 à 17 .• traveillié. F* 
241 .—Ms.AS: travaillié. ' 

P. 79, 1. 9 : viût. — Les mss. A l^S tyoutent : en Avignon. 

P. 79, 1. 1 5 : Lusegnon. — Ms. AS: Lusignen. — Ms. A M: 
Lunon. 

VI — 18 



274 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1362] 

P. 79, 1. 16 : apassj. — Mss. A : passé. 
P. 79, U 23 : y. — Mss. A : dedens. 

§ SOI. En ce mesme. — Ms, iT Amiens : Eo ce meysme tamps 
et en cel yvier, eult grant parlement en Engleterre sur les ordon- 
nances dou pays ht especialment sur les enfants du dit roy englès, 
car on regarda que li princhez de Ghalles tenoit grant estât et noble; 
et bien le pooit faire, car il estoit vaillans homs durement, mes il 
laissoit ce bel et grant hiretaige d'Aquitaine où tous biens et toutte 
plenté estoit. Se lui fu remoustret et dit que il volsist traire celle 
part, car il y ayoit bien terre en la duchë pour tenir si grant es- 
tât qu'il vorroit. Ossi li baron et li seigneur dou pays le voUoient 
avoir dalles yaux, et bien appertenoit qu'il y fiiist et qu'il en 
ewist les prouffis, car il avoit rendut graint painne à gaegnier. 

li prinches s'i acorda assës legierement, et fist faire ses pour- 
veanches et ordounna son arroy pour venir en Gascoingne. Ëi- 
corres fu ordounné en Engleterre que messires Lions, frères 
secons dou prince, qui s'appelloit et escripsoit comtes de Lunester, 
de par madamme sa femme, laquelle avoit grant droit au royaumme 
d'Irlande, fust dus de Glarenche noummës en avant. Adonc (a ossi 
ordonnés et créés messires Jehans, U tiers des enfans apriès, à 
estre dus de Lancastre, qui devant s'appelloit comtes de Riche- 
mont; car la ditte duché lui estoit esceuwe l'année' devant par le 
mort dou duc Henry de Lancastre, qui fu pères à madamme 
Blanche, femme au ducq Jehan dessus dit, et ossi à madamme 
Mehaut, qui fu comtesse de Haynnau et eult à mari le comte 
GuiUaumme, filz à le comtesse Margerite et frères à monsigneur le 
duc Aubert et à monsigneur le duc Oste. 

Et encorres fu adonc proposet entre les sages d'Engleterre et 
regardé que, se messires Ammons, quars filz dou roy d'Engle- 
terre, pooit venir ad ce grant marriaige de le fille dou comte de 
Flandres, qui estoit alendant de très grant hiretaige, ce seroit 
ungs grans sires et dont li Englès poroient avoir ung grans con- 
fors par dechà le mer, s'il leur besongnoit. Mais, quoy qu'il le 
proposaissent, il n'en traitièrent mies si trestost. Ains regardèrent 
li roys et ses conssaux couvertement coumment ne par qui H en 
poroient faire traîtier et atraire le conte de Flandres à amour. Si 
laissièrent ceste cose reposer encorres un petit. 

Si entendirent à faire Tobsecque de madamme la royne Ysabiel, 
mère dou roy englès, qui estoit nouvellement trespassée. Et fu 



[4362] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, g «Oî. 275 

ensevelie as Cordeliers, à Londres, et ses obsèques fais moult 
honnorablement. Et là furent tout 11 baron de Franche qui osta-* 
gier estoîent pour le roy de Franche, avoecques les seigneurs et 
les prelas d'Engleterre. F» i27 v«. 

P. 79, 1. 30 : laioît. — Ms. A 6 .' laissoit. F» 240 v*, — Ms. 
A 7 : leuoit. F» 241 v«, — Mss. A%,i^ : avoît. P 236 v«. — 
M$.A\1 : aroit. P 298 v*. 

P. 80, 1. 15 : le Rocelle. — Mss. A : la Rochelle. 

P. 80, 1. 16 : Nous. — Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent : 
nous. 

P. 80, 1. 20 : Lyonniaus. — Ms. AT: Leonniel. '^Mss. A 8, 
15 ^ 17 : Leonnel. 

P. 80, 1. 22 : de Duhiestre. — Mss. utf 8, 15 : de Duluestre. 
^Ms. A il : de Luestre. F» 299. 

P. 80, 1. 32 : veve. — Ms. Al : veuve. — Mss. utf 8, 15 a 
17.'vesve. 

P. 81, 1. 12 : ains. — Ms. A % : avant. F» 237. 

§ BOS. Sitost que. — Ms. it Amiens : Assés tost apriès, se 
départi d'Engleterre li prinches de Galles et de son hostel de 
Rerkamestede, à vingt Ûeuwes de Londres, où il s'estoit tenus 
tout le temps en grant reviel avoecquez madamme la princhesse sa 
fenmie, qu'il avoit par amours prise à espeuse et à compaigne, de 
se voUentë, sans le sceu dou roy son père, laquelle damme avoît 
estet fille dou comte Ainmon de Kent, oncle dou roy englès. Et 
avoit la ditte damme estet mariée en devant à che bon chevalier 
monsigneur Thummas de Hollande, de qui elle avoit des biaus en- 
fans. Si vint madamme la roynne d'Engleterre, environ le Noël, à 
Berkamestede prendre congiet à son fil le prinche et à sa fille le 
princesse, et fù layens avoecq yaux environ cinq jours, pub s'en 
retourna à Windesore et tmt là son Noël. Et tantost après les fes- 
tes, 11 princes et 11 princesse et tous leurs arois vinrent à Hantonne 
et entrèrent là ens es vaissiaux appareillés pour yauz. Si nagîè- 
rent tant et singlèrent avoecq le confibrt dou vent qu'il arivèrent 
à le bonne ville de le Rocelle, où il furent recheu à grant joie, 
moult festilet et bien honneré; et leur dounna on et présenta grans 
dons et biauz jewiaux. 

Si tost que messires Jehans Cambdos, qui grant tamps avoit 
gouvrenné le duché d'Acquittainne et touttes les terres apperte- 
nans et respondans à celle, sceut la venue dou prinche et de la 



276 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1362] 

princesse, qu'il estoient avenut et arivet à le Rocelle, il en fa 
durement joLeans et se parti de Niorth, où il se tenolt, et s*en vint 
à belle compaignie de chevaliers et d'escuiers deviers monsei- 
gneur le prinche. Si se conjoirent et festiièrent grandement, quant 
1 se trouvèrent et encontrèrent* Assë5 tost apriès, vinrent veoir 
et conjoir le prinche 11 signeur de Poito et de Saintonge qui es- 
toient ou pays, et par especial chibL bons chevaliers messires Gui- 
chars d'Angle, qui avoit juret et voet, ou kas que li roys de Fran- 
che l'avoit rendu au roy d'Engleterre et quitte de foy et d'oummaige, 
qu'il seroit ossi loyaux au roy d'Engleterre qu'il avoit estet au roy 
de Erance ; et bien le moustra depuis voirement , si comme vous 
orés avant en l'istoire. 

Je ne vous puis mies tout dire, ne recorder les festez, les 
honneurs, les gistes, les séjours, les alers ne les venirs dou prin- 
che, qu'il fist et c'on li fist ossi, à ce donc, quant venu fu en Âc- 
quittainne, comme sires et souverains, pour mettre et pour oster 
senescaux, bailliux et tous offîsciiers à se vollenté, car trop y fau« 
roit de parolles ; mes ad ce commencement, il y fu durement am- 
més d'uns et d'autres, et aprist à connoistre les gentilz hommes 
et le pays. Si s'esbatoit et jewoit avoecq yaux, et petit acroissoit 
et montoit son estât, et le tint dedens l'année si grant, si noble et 
si puissant que on se pooit esmervillier où on prendroit ce que 
on fretioit en son hostel, tant de par lui que de par madamme 
la princesse. Et fist monseigneur Jehan Gambdos connestable et 
regart souverain apriès lui de toutte la duchë d'Acquittainne, li- 
quelx tenoit ossi grant estât et bien estoffet. Et avoit li princes, 
pour son hostel et à se délivrance, toudis dou mains vingt huit 
chevaliers et bien troix tans d'escuiers. D'autre part, la princesse 
estoit bien acompaignie de daqimes et de dammoiselles. 

Si venoient veoir le prinche en Angouloime, où il se tenoit le plus, 
li baron et 11 chevalier de Gascoingne, li comtes d'Ermignach, li 
sires de Labreth, U sires de Pummiers, li sires de la Barde, li si- 
res de Courton, li comtes de Pieregorth, li comtes de Gommignez, 
li viscomtes de Quarmaing, li captaux de Beus, li sirez de Mu- 
chident et li autre, dont grant fuison en y avoit qui tout estoient 
si homme de foi et d'ommaige parmy le tretiet de le pais. Et il 
les conjoissoit et requeilloit liement et doucement, et faisoit tant 
à che coummenchement que tout Tamoientet honnouroientcoomie 
leur seigneur, et li disoîent que sans royaunune c'estoit li plus 
grans du monde, et qui plus pooit mettre de bonnes gens d'ar» 



[1362] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 503. «77 

mes enssamble. Or lairons dou prince et revenrons au roy de 
Franche. P» 127 v* et 128. 

P. 81, 1. 49 : eU—Mss.A 7, 15 à 17 : de.-^Ms.A 8 ; a. 

P. 81, 1. 23 : ilz. — Mss. A 8, IfJ .- culx. 

P. 81, 1. 24 : se. — ilfr. u^ n ; le. 

P. 81, I. 24 : se cognissoient. — Ms. A 15 .' s'entrecognois- 
soient* 

P. 81 y 1. 20 : chevalier. — Les mss. u^ 8, 15 ajoutent : et 
escuiers, 

P. 81, 1. 30 : dou. -^ Ms. A S : de. 

P. 82, 1. 1 : tout dis. — Mss. ^ 8, 15 <v 17 ; tuusjours. 

P. 82, 1. 3 et 4 : s'acointa. — Mss. ^ 3, 4 et mss. A : s'ac- 
quitta. 

P. 82, 1. 8 : fais. — Le ms. A B ajoute : capitaine. F» 237. 

P. 82, 1. 10 : Guiçars. — Ms, ^ 15 ; Guichart. F» 259 v». 

P. 82, 1. 13 et 14 : ces seneschaudies. — Mss, A S, 15 à 17.* 
ses senescbaucées, ses seneschaucies. 

P. 82, 1. 17 : aloit. — Mss. A : ala. 

§ tf05. Environ le Candeler. — Ms. tt Amiens : Environ le 
Gandeler, l'an de grasce mil trois cens et soissante deus , vînt li 
roy s de Cippre en Auvignon, de laquelle venue li cours fu dure-- 
ment resjole, et allèrent pluisseurs cardinaux contre lui et l'ame- 
nèrent au palais deviers le pappe Urbain, qui liement et douce- 
ment le rechupt. Ossi fist li roys Jehans de Franche, qui là esloit 
presens. Et quant il eurent là estet une espasse et pris vin et es- 
pisses, li doy roy se partirent dou pappe, et se retraist chacuns 
à son hostel. Che tienne pendant, se fist uns gages de bataille de- 
vant le roy de Franche à Villenove, dehors Auvignon, de monsi- 
gneur Ainmenion de Pumiers et de monsigneur Fouque d'Archiac. 
Quant il se furent combatu bien et chevalereusement asaés ens- 
samble, li roys de Franche fist tretier de le pès et les acorda. Or 
se tinrent chil doy roy dessus noummet tout ce quaresme en Au- 
vignon, et visetoient souvent le pappe. 

Si avint pluisseurs fois en ces visitations que li roys de Chippre 
remoustra au pappe, présent le roy de Franche et les cardinaux, 
coumraent , pour sainte chrestiennetë, che seroit noble cose et 
digne , qui ouveroit le saint voiaige d'outre mer et qui iroit sour 
les' ennemis de Dieu. Dont sachiés que li roys de Franche y en- 
tendoit vollentiers, et en conssienche s'en sentoit chargiés et tenus 



S78 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363] 

pour le cause que li roys Phelippes, ses i)ères, emprist et en- 
charga jadis le crois, et voa à faire le voage, et point ne le fist ; 
car les gherres d'Engleterre li vinrent si sur le main qu'il lui 
convint cesser sa dévotion. Or à maintenant che proposoit li roys 
Jehans de Franche pais au roys englez, et li seroit chilx voiaiges 
bien seans pour acquitter l'ame dou roy son père et pour aidier 
à sauver le sienne, et ossi pour délivrer la sainte chrestienneté 
de ces mannierres de gens d'armes qui s'appelloient Gompaingnes, 
qtii destruisent, gastent et des robent tout sans droit et sans rai- 
son; et, se chilx voiages estoit ouvers, touttes mannierrez de 
gens le ûevroient et yroient. 

Che bon pourpos garda et réserva li roys de Franche jusquez au 
jour du Saint Yenredi, que pappes Urbains prêcha en sa cappelle en 
Auvignon, présent les deus roys de Franche et de Cippre et le saint 
collège. Apriès le predièation faite, qui fu moult humle et moult 
dévote de le souffrance Nostre Signeur, li roys Jehans de Fran- 
che emprist le croix et le voa, et requist au pappe que il li volsist 
confremer et acorder, et li pappes li comfremma. Ossi là présen- 
tement le prissent messires Talerans li cardinaulx de Pieregorth, 
messires Jehans d'Artois , comtes d'Eu, li comtes de Tankarville, 
li comtes de Dammartin, li grans prieux de Franche, messires 
Emoulx d'Audrehen, messires Bouchicau et pluisseur bon cheva- 
lier qui là estoient. Dont li roys de Qppre fu moult liez, et en re- 
gracia grandement Nostre Signeur de ce qu'il avoit si grant 
conffort que dou roy de France et de ses barons pour aller en 
Surrie. F> 128. 

P. 82, 1. 81 : leCandeler.— iiffj. A : la Chandeleur. —Ms, B 
k : le Chandelier. F« 238 v<>. 

P. 82, 1. 23 : moult. — Mss. Al,% : durement. 

P. 83, 1. 2 : Fouque. — On lit dans le ms. B i : Huge. 

P. 83, 1. 5 : rihote. — Mss. A : riote. 

P. 83, 1. 8 : recueilloit. — Mss. A : recevoit. — Le nu. A il 
ajoute : et Uement. 

P. 83, 1. 29 : moult. — Les mss. A B, iH ajoutent : douce 
et. F« 237 v«. 

P, 84, 1. 8 : regratia. — Ms. A 8 ; remercia. 

P. 84, 1. 9 : mistère. — Le ms. A 18 ajoute : divin, F» 260. 

§ tt04. Tout ensi. — Ms. d'Amiens .; Tout enssi que vous me 
poés olr reoorder, «mprissent et enchaînèrent, dessus le deseu- 



[1363] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 504. 279 

rain vestement, le vremeiUe croix li roys Jehans de France et li 
dessus noummet. Avoecq tout chou, nos Sains Pères li pappez 
le comfremma et l'envoiea prechierpar uni verse monde là où Dieux 
est servis et creus. Si Temprissent et encbargièrent pluisseur sei- 
gneur, baron, chevalier et escuier, de grant vollenté. 

Tantost apriès Pasques, li roys de Gippre parti d'Auvignon 
et dist qu'il volloit aller veoir l'empereur et lez seigneurs de 
l'Empire, et puis r^venroit par Braibant, par Flandrez et par 
Haynnau en France. Et ordonneroient et regarderoient adonc 
li roy enssamble, à son retour, quant il se pardroient, et 
de leurs pôurveanches coumment il en useroient, et auquel 
les en mer il monteroient. Si se partirent chil doy roy auques 
en un tierme : li roys de France prist le chemin de Mont- 
pellier pour venir en le Langhe d'Ock, et li roys de Gppre 
le chemin de l'Empire, liquelx chemina tant par ses joumëes qu'il 
vint en Alemaigne, où il trouva monseigneur Oiarle de Behain- 
gne, empereur de Romme , à Gonvalence, qui le rechupt liement 
et grandement. Et paya li dis emperères tous les firès et despens 
dou roy de Qppre, enssi que ses empirez estendoit, et li donna 
encorres grans dons et grans jewiaux pour lui plus honnourer et 
festiier. Et quant il se parti de lui, il le fist conduire et acompai- 
gnier par les plus grans de se court. 

Si vint li roys de Gppre en Jullers , où li dus le rechupt et 
festia liement, et de là en Braibant, où il trouva à Brouxellez 
monseigneur Winchelin de Behaingne , duch de Luxembourc et 
de Braibant et frère à l'empereour dessus noummet, et madamme 
la duçoise , sa femme , qui le rechuprent et festiièrent grande- 
ment et honnerablement en disners, en souppers, en joustez, en 
festez et en reviaux , car bien le savoient faire ; et li donnèrent 
au département grans dons et biaux jewiaux. Puis s'en parti li 
rois de Cippre et s'en alla en Flandres veoir le comte Loeys, qui 
ossi le festia moût grandement. Et trouva à ce donc le rôy de 
Dannemarche, qui estoit nouvellement venus à Bruges et apassés 
le mer pour lui veoir. Si y eut à Bruges grans festes et grans 
joustez à le venue dou roy de Cippre. Che fu environ le Made- 
lainne l'an mil trois cens soissante trois. 

Enssi en celle saison, ala veant et visetant li roys de Cippre 
les seigneurs de l'empire dessus noummës. F^» 128. 

P. 84, 1. li : leur deseurain vestement. — Ms. A % : lenc 
derrain vestement. F®' 237 v*». -t- Ms, A Vi : leurs souverains 



280 CHRONIQUBS DE J. FROISSART. [1363] 

yestemens. F* 300. — Ms^ Â^ : leur souverain vestement. — 
<— Ms. J m : leur derrenier vestement. F* 260. 

P. 84, 1. 13 : nos. — Mss. A : nostre. 

P. 84, l. 15 : universc. — Mss. -<rf 8, 15 « 17 ; universel. 

P. 84, 1. 16 : istance. — Mss. A 8, 17 : instance — Mss. A 
7, 15 .* entencion. 

P. 84, 1. 19 : sigueurs. — Mss. u^ 8, 15 a, 17 ; barons. 

P. 84, 1. 20 : les. — Xe I9U. ^ 8 ajoute : haulx. P 238. 

P. 84, 1. 20 : des. — Lesmss.A ajoutent : grans, 
. P. 84, 1. 28 : travel. — Ms. A 8 : travail. 

P. 84, 1. 29 et 30 : avanceroit.... ooers. — Aïs. ^ 17 : il 
aufoit plus tost les cuers. 

P. 84, 1. 31 : hors don. — Ms. AS: ou. 

P. 85, 1. 7 : cas. — On Ht dans les ms, B i : estas. 

P. 85, 1. 12 et 13 : il..., esté. — Ms A % : il de grant temps 
n'avoit point esté. 

P. 85, 1. 13 : grant. — Ms. A 17 ; trop grant. 

P. 85, 1. 15 : Il chemina. — Ms. A 8 .* et chemina. H erra. 

P. 85, 1. 23 : defiretiier. — Mss. ^ 8, 15 « 17 : deffrajer. 

P. 85, 1. 24 : li dus. — Les mss. A ajoutent : leconjoyet. 

P. 85, 1. 32 : à ce donc. — Ms. AS: lors. 

P. 86, 1. 13 : fesist. — Les mss. A 8, 15 ajoutent : et aoom- 



5 ttOtt. En ce temps* — Mss. d Amiens: En ce tamps avoit K 
roys d'Engieterre fait grasce à quatre dus qui estoient hostagier 
en Engleterre pour leroy de France, c'est assavoir : le duc d'Ango, 
le duc de Berri, le duc d'Orliiens et le ducq de Bourbon. Et se 
tenoient chil quatre seigneur à Callais, et pooîent chevanchier 
quel part qu'il voUoient, trois jours hors de Callais, et au qua- 
trimme, dedens soleil esconssant, retourner. Et l'avoit fait li roys 
englès en espesse de chou qu*il fuissent plus prochain dou cons- 
seil de Franche, et qu'il mesîssent cure et dîiligensce à leur deli- 
vranche, enssi qu'il faisoient, car il envoiiérent pluisseurs fois 
souffissans messaigez deviers le roy de Franche et le ducq de Nor- 
mendie qu'il vosissent entendre à yaux et on leur tenist les cou- 
vens telx c'on leur avoit proummis, ou il ne se tenroient mies 
pour prisonniers ne hostagiiers, mes se deliveroient au plus tost 
qu'il poroient. 

Or estoît adonc li royaummes et li conssaux dou roy et dou 



[4363] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 506. 281 

ducq de Normendie durement cargiés et ensonniiës, tant pour 
le croix que 11 rois de Franche avoit encargie, que* pour le gerre 
dou roy de Navarre , qui guerioit et herioit fortement le royaum- 
me de Franche, et avoit remandé les Gompaingnez en Lombardie 
pour mieux faire se guerre. Se n'estoient mies respondu ne 
delivret H messagier des quatre dus deseure dis, qui se tenoient 
à Callais à leur vollenté, dont moult leur en desplaisoit et plus à 
leurs seignem*s, quant il ooient conter le deluement dou consseil 
le roy et des ordonnanches de Franche, mes amender ne le pooient. 
Si leur couvenoit atendre et souffrir que aucune bonne aventure 
et grasce don roy englès leur venist. P i28 v«. 

P. 86, 1. i9 : quel part qu'il. — ÂKrj. ytf 8, 15 : quelque part 
qu'ilz. F» 238 v«. 

P. 86, 1. 22 : en istance de bien. -— Mss. ytf 8, i5; en bonne 
entencion. 

P. 86, 1. 24 : songnassent. — Le ms. J % ajoute : et enten- 
deissent. 

P. 87, 1. 2 : quoique. — Mss, ^ 8^ i5 ; combien que. 

P. 87, 1. 4 : promoteur. — Mss. A 8, 17 ; prometteurs. 

P. 87, 1. 4 : n'estoient. — Mss. A 8, 15 ; ne povoient estre, 

P. 87, 1. 7 et 8 : s'en presist. -— Ms, AS: en penst avenir. 
— Ms. ^ 15 : en deust advenir. F^» 261. 

P. 87, 1. 10 : ensonniiés. — Mss. ^ 8, 15: embesoingniez. 

P. 87, 1. Il : encargiet. — Mss. A 8, 15 ; prise et enchargiëe. 

P. 87, 1. i 3 : avoit. — Les mss, A ajoutent : adonc. 

P. 87, 1. 16 : entendre. — Ms. A AT : mettre remède, c'est 
assavoir. F" 301 . 

$ BOB. Quant li rois. — r Ms. d'Amiens : Quant li roys de 
Cippre eut visetës et veus les seigneurs et le pays dessus noummës, 
il retourna en Franche et trouva à Paris le roy Jehan et le duc 
de Normendie et grans fuison des seigneurs, barons et chevaliers 
de France, que li roys y avoit mandés pour lui mieux festiier et 
honnourêr. Si y eut grans festes , grans réviaux et grans esba* 
temens, et ossi grans parlemens et grans conssaux comment ceste 
croiserie se poroit parfumir à l'honneur dou roy de Franche et 
de son royaumme. Et li sage homme de Franche veoient encorres 
le royaumme durement grevé et pressé de guerres et de compai- 
gnez de pilleurs et de robeurs qui y descendoient et venoient de 
tous pays. Si ne sambloit mies bon as pluis^eur^ que chilx voiaiges 



282 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i363] 

se fesist jusquez à tant que li royaummes fuist en milleor estât 
ou à tout le mains on evist pais au roy de Navarre. Non obstant 
ce et touttez guerres, nulx ne pooit abrissîer ne oster le dévotion 
don roy Jehan qu'il ne fesist le pellerinage, et l'acorda et jura au 
roy de CSppre à estre à Marselle don march quivenoit en ung an, 
que on oompteroit Tan mil trois cens soissante quatre, et que, 
sans faulte, il passeroit et liveroit passage et ponnreanches i tons 
ciaus qui passer vorroient. 

Sus cel estât se parti li roys de Gippre don roy de France , 
et dist qu'il avoit bon terme de retraire encorres en son pais et 
de faire ses pourveanebes. Si volloit aller veoir le roy de Na'- 
▼arre , son cousin , et mettre pès , s'il pooit , entre lui et le roy 
de Franche. Si se parti de Paris et aqueilla son chemin vers 
Normendie, et fist tant par ses joumëes qu'il vînt à Chiere- 
bourch, où li roys de Navarre se tenoit et messires Loeys, ses 
frerres; car messires PheUppes, leurs frerrez, estoit nouvelle- 
ment trespassës. Chil seigneur de Navarre rechurent le roy de 
Cippre liement et grandement et le festiièrent moult honnerable- 
ment, car bien le pooient et savoient faire. Et quant li roys de 
Cippre eut estet , ne say deux jours ou trois , avoecq yaux , il 
coumencha à traitiier moult gratieusement et à parler de le pais 
entre les roys dessus dis ; car, au veoir dire, il estoit sages sirez 
et bien enlangagiés. Si l'oy li roys de Navarre parler moult vo- 
leiitiers, mes oncques à nulle pès ne se vot descendre ne encheir, 
pour cose que li roys de Cippre seuist faire ne priier^ non s'il 
n'avoit tout plainnement se demande, et il n'en estoit mies dou 
roy de France cargiés si avant. Si demoura la cause sus cel estât 
enssi que devant. Et se parti li rois de Cippre dou roy de Na- 
varre, et dist qu'il s'en iroit en Engleterre veoir le roy englès et 
madamme la roynne et leurs enffans, et ossi lez seigneurs de 
Franche qui là estoient ostâgiier. 

Li roys de Cippre prist congiet dou roy de Navarre et de mon- 
seigneur Loeis, son frère, liquel li donnèrent bellement et courtoi- 
sement, et le convoiièrent plus de trois lieuwes, puis s'en retour- 
nèrent il en Chierebourch , Et li rois de Gippre esploita tant par 
sed journées qu'il vint au Pont de l'Arche, et là passa le Sainne 
et puis chevaucha deviers Pontieu, et vint passer le Somme à* 
AbbeviUe où li senescaux de Ponthieu, messires Gerars de Bau- 
dresen, estoit de par le roy englès : si le festia et honnoura dou 
mieux qu'il peut. Puis s'en parti li roys, et chevaucha che jour à 



[mS] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 507. 283 

Saint Esperit de Rue et puis à Moustroeil et puis à Bouloingne. 
Là fa il un jour, et l'endemain il vint à Gallais. Si y trouva en- 
correz le duc d'Orliiens, le ducq de Berri et le duc de Bourbon, 
qui le rechurent liement, enssi que seigneur qui sont en prison et 
en hostage. P» 128 v«. 

P. 87, 1. 23 : li rois. — Les mss, A ajoutent: Jehans. — Le 
ms. jiiti ajoute: qui nagaires estoit venu d'Avignon et de Lan- 
guedoc son pais visiter, si comme j'ay devant dit. F^ 261 . 

P. 87, 1. 27 : croiserie. — Ms. A 17 ; croisée. P» 301 V». 

P. 87, 1. 27 : poroit. — Le ms. A S ajoute : persévérer et. 

P. 87, 1. 31 : reubeurs. -» Mss. A: robeurs. 

P. 88, 1. 5 : nulz. —JUs. A% : on. 

P. 88, 1. 6 : abrisier. — Mss. u^ 8, 15 à 17 ; brisier. 

P. 88, 1. 8 : dou march. — Ms. A % : an moys de mars. 

P. 88, 1. 20 : Roem. — Mss, A : Rouen. 

P. 88, 1. 32 : termine. •— Mss. A : terme. 

P. 89, 1. 5 : enlangagiës. — Le ms. A S ajoute : et moult amez. 
F^ 239. — Les mss. A 6^ 7, 15 à 17 ajoutent : et moult amez de 
tous, F» 242 V». 

P. 80, 1. 13 : trettiés. — ^j. ^ 17 : traitteurs. F« 302. 

P. 89, 1. 28 : estât. '^ Le ms. A ib ajoute : ou quèle condi- 
cion. F» 262. 

§ 807. Cil troi duch. — Ms. d'Amiens : Et séjourna li dis 
roys à Calais bien quinze jours, atendans bon vent, car li mers 
estoit adonc moult tempestëe par heurez. Au seizime jour, ses 
nefs furent cargies. Si entra en son vaissiel et touttez ses gens ens 
es autrez, che fu environ heure de mienuit et demy, [et demoura] 
à l'ancre devant Collais toutte le nuit. A l'endemain, à heure de 
nonne, il ariva à Douvrez. Si se reposa et rafreschi là par deus 
jours, entroes que on descarga tout bellement ses vaissiauz, et 
mist hors les chevaux. Puis chevaucha li roys de Cippre à petittes 
journées et à sen aise deviers Londres. Quant il y vint, il y fu 
durement bien festiiés et conjols des seigneurs de Franche et 
d'Engleterre qui chevauchièrent contre lui, et fu à grant solemp- 
nitë de trompes et de tous autres instrummens amenés et acon- 
voiiés à son hostel. 

Je ne vous poroie mie compter en un jour les nobles disners, 
les souppers, les festiiemens et les conjoïssemens, les dons, les 
presens , les jouiaus c'en fist , dounna et présenta , especialment 



284 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [1363] 

H roys d'Engleterre et medamme le roinne Phelippe, an jentil roy 
de Ôppre. Et bien le dévoient faire^ car il les estoit venus veoir 
de loing et à grant fret, et tout pour enhorter et enditer le roy 
que il volsist prendre le vremeil crois et aidier à ouvrir ce pas- 
saige sus les mescreans. Mes 11 roys s*escuza bellement et sage- 
ment et dist qu'il estoit mes trop vies et trop foibles pour aller 
gueriier si lonch, et qu'il avoit assës affaire à garder son pays et 
tenir en pès ; mes il n'escu[s]oit mie jones chevaliers et escuiers 
de sa terre, s'il y voUoient aller. Si demoura la cose enssi. Pluis- 
seurs parlemens, le tierme d'un mois que li roys de Cippre fu en 
Engleterre, eut entre le roy englès et le roy de Cippre et leurs 
conssaux sus Testât de le croisserie et dou voiaige qui se devoit 
faire ; mes toudis , trou voit il les Englès auques sus uns pourpos 
si sagement dis et monstres, qu'il en estoit tous comptens. 

Quant il vit qu'il n'en aroit autre cose, il prist congiet au roy, a 
madamme la roynne et à leurs enfians, qui bellement et doucement 
li dounnèrent. Et fist li roys englès, par ses oflisciiers, paiier et 
deffretiier le roy de Cippre de tout ce que il et ses gens en menus 
frès avoient despendut à Londrez ; et li dounna une très grosse 
nef c'on appelloit Catelinne, qui estoit ou havene de Zandvich, 
et avoit ooustë au roy englès plus de dix mil florins au faire : 
dont li roys de Cippre l'en remercia grandement. On ne sai de 
ceste nef qu'il en avint, car, depuis, deux ans apriès le départe- 
ment dou roy de Cippre, je le vi ù Zandvich. Si croy mieux que 
li roys de Cippre le laissa pour Tensonniement qu'il ewist eut dou 
mener c'autre cose. J'en demanday, quand je fui là, pourquoy 
c'estoity mes nulx ne m'en savoit le voir à dire. P 1 29. 

P. 89, 1. 31 : s'acointa. — Mss. £ 3, k ei mss, A : s'ac- 
quitta. 

P. 90, 1. il : d'Engleterre. — Mss. A: Edouart. 

P. 90, 1. 25 : enditter. — Ms. A 8 : enduire. P 232 v«. — 
Ms. A VS: induire. 

P. 90, 1. 30 : en avant. — Mss. -<^ 8, 15: d'ores en avant. 

P. 91, 1. 6 : traveillent. — Mss. A%, 15 ; travaillent. 

P. 91, 1. 18 ; se prist. — Mss. A 8, 15 : se pena. 

P. 91, 1. 29 : edefiier. — Mss. ^ 2, 18, 19 .' crestienner. 

P. 91, 1. 31 : douze mil. — Ms. B ^ : dix mille. F» 629. 

P. 91, 1. 31 : havene. — Mss. ^ 6, 8, 15 « 17 : havre. 

P. 92» 1. 4 : deffreda. — Mss. AS, 15 à 17 ; deffraia, def- 
frea. 



[1363] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 508. 285 

P. 92, 1, 8 : Zanduic. — Mm. B 6 ajoute : et le rendy à ma- 
dame la royne d'Engleterre. F*" 629. 
P. 92, 1. 9 : à Taocre. — Mss. A 6, 17 .* et ancré. 

S SOS. Or se parti. — Ms. <t Amiens : Or se parti li roys Piè- 
res de Cippre, d'Engleterre, et rappassa le mer à Bouloingne. Si 
entendi que li roys de Franche, li dus de Normendie, li dus 
d'Ango, messires Phelippes leurs frères et tous li grans conssaux 
de Franche dévoient y estre à Amiens. Si tira li roys de Cippre 
celle part et y trouva le roy de Franche nouvellement venu et 
une partie des seigneurs dessus dis. Si en fu grandement conjols 
et festiiés et leur compta une partie de son voiaige, et ossi il leur 
dist qu'il s'en yroit en Poito deviers le prince de Gallez son cousin, 
pour mieux acomplir son voiaige. Si fu là^ ne say quans jours 
avoecq le roy et ses enffans, et puis s'en parti et prist son chemin 
deviers Paris, et s'adrecha pour aller en la duchë d'Acquittainne 
et deviers le prinche qui se tenoit à Nîorth. Et devoit avoir de- 
dens bref terme, en le chité d'Angouloime, une très grosse et 
noble feste de jouste de quarante chevaliers de dedens et de qua- 
rante escuiers, que li prinches y devoit tenir à le relevée de ma- 
damme la princesse sa femme qui estoit acouchie d'un biau fil 
que on appellôit, enssi que son père, Edouwart, à laquelle feste li 
roys de (^ppre volloit y estre, s'il plaisoit à Dieu» 

Or revenrons au roy de Franche et à ce grant parlement qui 
fu à Amiens. Je fui adonc enfourmés, et voirs estoit, que li rois 
Jehans avoit proupos et affection de aler en Engleterre veoir le 
roy englès, son frère, et madamme la roynne, sa soer, enssi s'ap- 
pelloient il par le tretiet de le pès, et ordounnoit touttes ses pour- 
veances et ses besoingnes à BouUoingne. Se li consseilloient bien 
li aucun de Franche qu'il n'y volsist mie aller, et que c'estoit 
ungs grans périls sus le veu et proummesse qu'il a fait, et que on 
le poroit là détenir, pour le sonmie de se redemtion qui estoit en- 
corres à parpaiîer. Mes li roys Jehans respondoit qu'il avoit 
trouvet ou roy d'Engleterre, en madamme le roynne, en tous leurs 
enffans et ens es barons d'Engleterre tant d'onneur, d'amour, de 
courtoisie et de loyaulté, qu'il ne s'en doubtoit en riens et qu'il 
ne cesseroit jammais, si y aroit esté et yaux veus, et ossi ses amis 
qui là estoient ostagiier pour lui. Quant on vit que chilx pourpos 
li demouroit, se li fu demandé qui garderoit Franche jusqu'à son 
retour, et il ordounna Garlon, son ainsnet fil, régent et souverain 



286 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363] 

deseure tous. En apriès, monseigneur Loeys, dus d'Ango et du 
Mainne, son autre fil, il Testanbli à aller en Normendie contre le 
roy de Navarre, car bien savoit qu'il ne Tainmoit point. Et mon- 
seigneur Phelippe, comte adonc de Tourainne, il Tordounna à 
aller en Bonrgoingne, pour bouter hors les Gompaingnes qui y es- 
toient et qui gastoient et essilloient le pays. 

Quant il eut tout fet et ordounnë, il prbt congiet à ses enffans 
et à son consseil, et se parti d'Amiens et s'avalla vers Hedin, le 
comte d'Eu avoecq lui, le comte de Tankarville, le comte de Dam- 
martin, le grant prieur de Franche, monseigneur Bouchighau, 
monseigneur Tristran de Magnelers, monseigneur Jehan d'Anville, 
messire Pierre de Villers : che sont chiaux qu'il en mena avoecq 
lui pour aler en Engleterre. Si vint li roys de Franche à Hedin 
trois jours devant le feste dou Noël. Si y séjourna et demoura là, 
et dist qu'il y tenroit sa feste. Se vint là à lui li comtes Loeis de 
Flandres, ses cousins, qui durement l'ainmoit, et que li roys vit 
voUentiers, et le rechupt liement, et tinrent là leur Noël enssam- 
ble. Le jour des Innocens, s'en parti li roys et prist son chemin 
vers Bouloingne, et li comtez de Flandre vers Saint Ommer, pour 
revenir arrierre en son pays, F^ 429. 

P. 92, 1. 13 : ses mainsnës frères. — Mss, ^^ 8, 15 ; ses en- 
fims. P 240»— Ms. A M : le mainsnë filz du dit roy de France. 
F» 303. 

P. 92, 1. 28 : couvent. — ilfj*. >rf 8, 18 « 17 : convenant. 

P. 92, 1. 29 à p. 93, 1. 14 : Si se parti.... voiage. — ilfr . B 6.- 
Sy se departy le dit roy de Calais et vint à Boulongne, et puis à 
Monstreul et puis à Rue, et passa le Somme à Abeville et entra 
en Timmeu et vint passer la Saine au Pont de l'Arche et s'en alla 
tout droit en Gonstentin et à Ghierbourc veoir le roy de Navarre 
qui le rechut liement. Et euist adonc le dit roy de Ghippre vol- 
lentiers accorde le roy de Navarre au roy de Franche, se il peuist ; 
-mais il n'en peult à chief venir. Sy passa oultre et fist tant par 
ses joumëes qu'il vint en Poito et droit en Angolesme où il trouva 
le prinche et madame la princhesse qui nouvellement estoit relevée 
d*un bîel filz qui s'appelloit Edouart : à laquelle relevée de ma- 
dame la princhesse eult, en la chitë d'Angolesme, moult grant feste 
et grans joustes de plus de deux cens chevaliers, et fut la dite 
feste moult renforchie pour l'amour du roy de Ghippre. F^ 629 
et 630. 

P. 93, 1. 4 : que... devoit. — Ms. ^ 17 .* qui debvoient. 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 509. 287 

P. 93, 1. 13*: nulle part. — Ms, Jil : nullement. 

P. 93, 1. 13 : sus. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : en. 

P. 93, 1. 16 et 17 : en quel istance. — Mss. A 8, 15 .* pour 
quelle cause. — Ms. jiil : k quelle instance. 

P. 93, 1. 23 : ce. — Mss. A 8, 15 : son. 

P. 93, 1. 26 : ou. — Ms. ^ 8 : en. 

P. 93, 1. 32 : loyal. — Les mss, A ib à il ajoutent : doulx. 

P. 93, 1. 32 : ami. — Mss. A S^ 15 ; aimables. 

P. 94, 1. 10 : ahireteroit. — Mss. 4^ 8, 15 : heriteroit. 

P. 94, 1. 20 : en son pays. — Ms. A il : en Flandres. 
P304. 

5 S09. Tant esploita. — Ms, d'Amiens : Quant li roys de 
Franche fu venus à Bouloingne, il y séjourna tant qu'il eult vent à 
vollentë, et entra en son vaissiel le jour devant le nuit de l'Ap- 
parition des Trois Roys. Si y fu ce jour toulte jour jusques au 
soir, car il y faisoit moût quoit et moût cler j et avoit vingt vais- 
sianx parmy ses pourveanches. Si ariva à Douvrez , et y fu deus 
jours, tant c'on eut descargiet tous ses vaissiaux et que li cheval 
furent rafresd, puis s'en parti et vint à Cantorbie. La fu il ossi 
deus jours, et dounna à monseigneur saint Thumas un moût riche 
jeuiel et de grant pris. Et là vint ses filz li dus de Berri contre lui, 
et li dus d'Orliiens ses frères. Et ossi y envoiea li roys englès, pour 
lui festiier et requeillier à l'entrëe de son pays, quatre de ses 
chevaliers : monseigneur Bietremieu de Bruech, monseigneur 
Gautier de Ma^my, monseigneur Richart de Pennebruge, monsei- 
gneur Alain de Boukesel. 

Giil vinrent deviers le roy de Franche à Cantorbie de par le 
roy d'Engleterre, et le conjoirent et bienvegnièrent grandement, 
et li dissent que li roys, leurs sires, estoit moult lies de sa venue. 
De tout chou le crut li roys de Franche moult bien. Si les fist 
disner dalles lui, et apriès disner il montèrent et s'en retournèrent 
deviers le roy englès qui se tenoit à Eltem, et madamme le roynne» 
à sept lieuwes de Londres, pdur là atendre le roy de Franche, 
liquelx se partit de Cantorbie et vint à petittes joumëes ceUe 
part. Et quant il fii venus à Eltem, en l'ostel dou roy englès, il 
y fu rechups à grant joie, che puet on moût bien croire, et tout 
chil qui avoecq lui estoient, pour Tamour de lui. Là eult grans 
festes, grans soUas, grans esbatemens, belles dansses et belles 
caroUes de signeurs, de dammes et de dammoiselles, et s'effor- 



28B CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i364] 

choit chacuns de festiier et de jeuer pour le caase dou roy de 
Franche. 

Quant il eut là estet, je croy deux jours, il s'en parti et vint 
à Londrez, où il fu requeilliës moût honnourablement et mènes 
et aconvoiiës de ses cousins les enfans dou roy englès, jusques à 
l'ostel de Savoie qui estoit ordonnes pour lui, qui siet sus le 
Tamise au dehors Londres : là le laissièrent il. Et là se tint li roys 
Jehans et tout son hostel. Si avoit dalles lui chiaux de son sanch, 
le ducq de Berri, son fil, le ducq d'Orliiens, son frère, le comte 
d'Allenchon, Robert d'Alençon et Ghui de Blois, ses cousins, qui 
adonc estoient jone damoisel, ossi le ducq de Bourbon et le 
comte de Saint Pol et les seigneurs qu'il avoit là amenés de 
Franche. Si tenoit là li dis roys, et tint là Tivier grant estât et 
grant hostel, et estoit souvent visetës dou roy englès et de ses 
enSàns. 

Si donnoient chi[ roy grans disner et grans convys li un à l'au- 
tre, et jewoient et esbatoient enssamble et parloient et conssil- 
loient de leurs besoingnez. Et regretoît souvent li roys englès 
monsigneur Jaquemon de Bourbon, son cousin, car moult l'avoit 
amet. Et disoit au roy de Franche que c'estoit grans dammaiges 
de lui; car bien affreoit à estre entre telx seigneurs qu'il estoient, 
et mieux s'i avoit sceu avoir que nulx autres. li roys de Franche 
li acordoit et disoit que c'estoit vérités, et que moult li avoit des- 
pleut la mort et l'aventure de lui. Enssi passoient li roy le temps, 
et veoient souvent l'un l'autre, et donnoient et envoioient li uns 
à l'autre grans dons, biaux jewiaux et riches presens, pour nourir 
entr'iaux plus grant amour. F® 129 v^. 

P. 94, 1. 22 : l'abbeye. •» Les mss, A 8, 15 ajoutent: en la 
ditte ville. F« 240 V». 

P. 94, 1. 27 : Tristrans. — Mss. ^ 8, 15 : Tristan. 

P. 94, 1. 28 : Pierres. — Les mss. A M à ik ajoutent : et 
messire Jehan. 

P. 94, 1. 29 : de AinviUe. — Mss. A : DainviUe. 

P. 94, 1. 31 : maronnier. — Mss, A : mariniers. 

P. 95, 1. 2 : ens es. — Mss. ^ 8, 15 : dedens les. 

P. 95, 1. 17 et 18 : bienvegnièrent, — Mss. A 8, 15 ; lion- 
nourèrent. 

P. 96, 1. 2 : caroles. — Mss. A S^ 15 .* esbatemens. 

P. 96, 1. 6 : affreoit... faisoit. — Ms. A 8 ; afieroit à faire tout 
ce qu'il faisoit. 



[1364] VARIANm KU PREMIER LIVRE, S ^^10. 289 

P. 96, 1. 8 : com. — Mss. J 8, 15 ; comment. 

P. 96, 1. 10 : vuidièrent. — Mss. J 6^ 8, 17 : vindrent, vin- 
rent. 

P. 96, 1. 13 : en. -^ Mss. ^ 15 à 17 ; à. 

P. 96, 1. 16 : ostagier. — Jkfs, A il : hostages, 

P. 96, 1. 18 : si. — Mss. A 7, 15 ; son. F» 245.— Mss. A 8, 
17 z sef. P 241. 

P. 96, 1. 32 : afireoit. — Ms.Ai^ : lui advenoit. F* 264. 

§ 810. Nous lairons. — Ms, dt Amiens : Entroelz que li roys 
Jehans reposoit en Engleterre, si comme vous poés oyr, fist li 
roys de Cippre son voiaige et vint en Poito et droit en Angou- 
loime deviers le prinche de Galles, son cousin, qui le rechupt 
liement. Ossi fissent tout 11 baronet li chevalier de Poito et deSaio- 
tonge qui dallés le prinche estoient, li viscontes de Touwars, li jones 
sires de Pons, li sires de Partenay,messiresLoeys de Halcourt, mes- 
sires Ghuichars d* Angle ; et ossi des Englès : messires Jelians Gam- 
dos, messires Thummas de Felleton, messires Noël Lorinch, messires 
Richars de Pontchardon, messires Simons de Burlë, messires Bau- 
duîns de Frai ville, messires d'Agorisses et li autre. Si fu li roys 
de Gippre moult festës et bien honnourés dou prinche, de le prin- 
chesse, des barons et des chevaliers dessus dis, et se tînt illuec- 
ques plus d'un mois. Et puis le mena messires Jehans Gamdos 
jewer et esbattre parray Poito, parmy Saintonge et en le Rocelle 
et tout sus le marinne. 

Et quant il eut là estet ung gi*ant temps et qu'il eut remoustré 
au prinche et as chevaliers de son hostel et as autres jpourquoy 
il estoit venus et sour quel estât il avoit empris le croix, et que 
li signeur li eurent respondut moult courtoisement que c'estoit 
ungs voiaiges où tout gentil homme par raison dévoient voUen- 
tiers entendre, et que, s'il plaisoit à Dieu, il ne le feroit mies 
seux, mes en aroit de chiaux qui se désirent à avanchier, 
il prist congiet dou prinche, de madamme la princesse et de 
tous les seigneurs. Si s'en revint à petittez journées et à grans 
despeOB arrierre par deviers Franche, atendans qu'il oyst nou- 
velles dou roy Jehan qu'il fust râpasses le mer, et qu'il pewist 
encorres parler à lui et puis si se retraire viers Lombardie et à 
Venisse pour raller en Cippre. Bien entendi sus son chemin que 
li roys de Franche estoit acpuchiés malades en l'ostel de Savoie 
en £ngleteft*e, et empiroit tous les jours, et estoient repasset le 

ti— 19 



290 CHHONIQUKS DE J. ftUMKSART. [1164] 

mer et revenu en Franche li comtes de TankarviBe et messires 
BonchicattSy marescaoz de Franche. F* 429 v*. 

P. 97, 1. 6 : Touwars. — Mss. A : Touars, Thouars. 

P. 97, 1. 12 : Fraiville. — Mss. ^ 8, 15 ; Frainville. 

P. 97, 1. 18 : fist. — Le$ mss. ^ 8, 15 ûjouteni : grant 
chière et» 

P. 97, 1. 25 : pourquoi especialment il portoit. — Ms. B 4 
et mss. A : sus quel estât il avoit em[Hris à porter'., qu'il 
portoit, . 

P. 98, 1. 12 : istance. -^Mss. ^ 8, 15 : entencbn. 

P. 98, 1. 13 : ce que« — A//. A 6 ; cuidkr. P 244 v«. 

P. 98, 1. 13 : pour. — Ms. JB k : de. F* 242. 

P. 99, 1. 1 9 : moustrë. — Le ms. £ 6 ajoute : sj fu le corps 
An roj Jehan de Franche enbausmé et mis en ung sarcus et oon- 
roiës des signeurs de Franche jnsques à Douvres et là fu mis en 
nng batiel. F» 631. 

Pt 99, ). 23 : se tendt à Paris. — Mss. ^ 8, 15 .* estoît an 
Goulet les Vemon. F* 241 Y». 

P. 99, 1. 26 : se. — Xef mss. A 8, 15 ajoutent : se tenoit et. 

P. 99, 1. 26 : successères. — Mss, A S^ 15 : héritier. 

P. 100, 1. 1 et 2 : françois. — Ms. A 17 .• pour la couronne 
de France. 

P. 100, 1. 2 : uns. — 2> ms. Ai^ ajoute: vaillant. F» 264 v*. 

P. 100, 1. 3:\u -^ Le ms. A 15 ajoute : grant. 

P. 100, 1. 6 : Tantoient. — Ms. A 7 : l'avoient. F« 245 V. — 
Mss. ^ 8, 15 : le hantoient. -« Ms. A M : qui se tendent en- 
tour lui 

P. 100, 1. 9 et 10 ! cwireus, — Mss. A 6, 15 : eureux, 
F» 245. — ilf*. >^ 8 : envieux. P 242. — Mu A M : entr'euk. 

P. 100, 1. 11 : le grasce. — Ms. A 15 ; l'amour et grâce. 

P. 100, 1. 12 : ooit. — Le ms. A \^ ajoute : souvent. P 265. 

P. 100, 1. 19 î prends. — Mss. ^ 8, 15 ; tenez. 

P. 100, 1. 29 : manière àe.—Ms. A 17 .• certaines. F» 306. 

S ttll. Roleboise. — Ms. d! Amiens .* En ce tamps seoient 
devant le castiel de RoIIeboisse li dus d* Ango , messires Bertrans 
de Claieckin et li comtes d'Auçoire et grant fuison de bonne genl 
d'armes, et consttaindoient moult chiaus qui dedans se tenoîent. 
Or a vint, che siège pendant, que monsigneur Bertrans de Claie- 
kin, li comtez d'Auchoire, messires Boucighaus, qui nouvelle* 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 511. «91 

ment estoit revenus d'Engleterre, li sires de Biaugeu, qui s'appel- 
loit messires Anthonnes, et pluisseur aultre chevalier et escuier 
de Franche fissent sas on joar dens chevanchies et moult pour- 
fitables pour le royaumme de Franche ; car il prissent le ville de 
Mantes et le ville de Meulent, qui se tenoient pour le roy de Na- 
varre, et dedens grant fuison des ennemis au royaumme de Fran- 
che : dont li dus de Normendie, qui se tenoit à Paris, fu moult 
resjoys, car ces deux villes sont clefs de Normendie. F® 129 v» 
et 130. 

P. 100, I. 31 : bîaus. — M%s. Â : bon. 

P. 101, 1. 7 : retenoit. — Ms. A %: recevoit. F<» 242. 

P. 101, 1. 14 et 15 : otant bien.... ruoient il jus. — Ms$. A 8, 
15 .• autant chier.,,. à ruer jus. 

P. 101, 1. 17 : constraindoient. — Mss. A 8, 15 / contraÏK 
gnoient. 

P, 101, 1. 24 : le cité. — Mss. A 8, 15 : la ville. 

P. 101, 1. 32 : certain lieu. — Mss. A : chemin. 

P. 102, 1. 12 : porte. — Mss. A 8, 15 .• ville. 

P. 102, 1. 24 : desroutèrent. — Ms. A 8 ; deJfrontèrent. 
po 242 V». 

P. 103, 1. 1 : mourdreours. — Mss. .</ 8, 15 .' murtriers. 

P. 103, 1. 1 : pillars. —Ms.A\l: larrons. 

P. 103, 1. 2 : encaucent. — Ms. AS: enchacent. — Mss. A 
15 a 17 : chacent. 

P. 103, 1. 7 : li larron. — Ms. AS: les barons. 

P. 103, 1. 9 et 10 : remanant. — Mss. A S, il^: demourant. 

P. 103, I. 10 : le. — Mss. A: vostre. 

P. 103, 1. 20 : entente. — Mss. A 8, 15 .- entencion. 

P. 103, 1. 21 : comment. — Mss. A S^ 15 : combien. 

P. 103, 1. 24 : ens. — Mss. ^ 8, 15 : dedens. 

P. 103, I. 31 : apaisier. — Ms. A % : asseurer. — iff j. ^ 15 : 
décevoir, F» 266. 

P. 104, I. 6 à 9 : Dont.... assés. — Mss. A ii à U : Dont 
entrèrent Bretons par ces hostelz, et se saisirent de la ville sans 
riens piller, mais ilz pristrent des prisonniers desquelz qu'ilz 
vouldrent qui depuis furent délivrez sans riens paier, car messire 
Boucicaut et messire Bertran ne le vouldrent point souffrir, cv 
depuis le dit messire Boucicaut fut capitaine et garde de Mante. 

P. 104, l. 22 et 23 : portes, — Les mss. A 6 à S ajoutent : 
tost et upertement. 



âdi CHRONIQUES D£ J. FROISSART. [5364] 

P. 104, 1. 24 : saint Yve. ^Ms.Ail: Nostre Dame. F* 307. 
P. 104, 1. 23 : occire. — Mss, ^ 8, 15 ; tuer. 
P. 104, 1. 31 : joians. — Mss, A : joyeux. 
P. 105» 1. 2 : partout. — Mis, A : par toutes. 
P. 105, 1. 3 à 5 : Mantes... • France. — Ms. A [15 .* la perte 
qu'il avoit faicte de Mante et de Meulant. F* 266. 

§ SIS. En celle. — Ms. ^Amiens : Quant li roys de Navarre 
entendi ces nouvelles qu'il avoit perdu Mantes et Meulent et grant 
fuison de ses gens par dedens, si en fu durement courouchîës, et 
regarda et avisa coumment il se poroit contrevengier et grever 
le royaumme de Franche. Si escripsi et pria moult chierement 
et amiablement devers che hardi chevalier monsigneur le captai 
de Beos, que il vobist venir parler à lui en Normendie et qu'il 
amenast chou qu'il poroit avoir de gens d'armes, et que moult 
bien les paieroit. li captaus se pourvei de compaignons et vint 
deviers le roy de Navarre, et se mist et otria dou tout en son 
service, dont lî roys de Navarre fu moult lie's. Se le fist souve- 
rain et gouvreneur deseure tous ses chevaliers et escuiers, et lui 
délivra touttes ses gens d'armes. 

li dus de Normendie fu emfourmës de ceste armëe que li roys 
de Navarre mettoit sus, et si entendi d'autre part que li roys, ses 
pères, agrevoit durement de se maladie, et que li saige fusisiien 
n'y retenoient point de retour. Si ne volloît point ii dus, en se 
nouveletë, qu'il receuvist biamme ne dammaîge contre les Naya- 
rois. Si se pourveoit gi*andement de gens d'armes à l'autre les, ^t 
avoit mandes et retenus grant fuison de bons chevaliers et escuiers 
de Gascoingne, et si logement les paioit, qu'il le servoient vollen- 
tiers; car c'est bien chou qu'il aimment, large et secq paiement. 
Si avoit li dis dus atrait deviers lui et mis en se chevauchie sus 
les camps, une partie des gens le seigneur de Labreth, dont li 
sires de Mouchident estoit chiës et conduisièrez, et encorres mon- 
signeur Ainmon de Pumiers et monsigneur le soudich de Lestrade; 
chil estoient bien six vingt lanches de Gascons. 

Encoifes avoit li dus de Normendie remandé son frerre mon— 
signeur Phelîppe en Bourgoingne, et monsigneur Regnaut c'on 
dist rArceprestre , qui se tenolt en Bourgoingne, car il cstoit 
sires de Castielvillain de par le damme se femme, qui avoit estet 
femme du signeur de Castielvillain, mort à le bataille de Poitiers. 
Et l'avoit messires Phelippes, qui bien esperoit à estre dus^ de 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LïVTiE, § Hit. ?93 

Bourgoingne, car li rojs ses pères H avoit proummis , retenu de 
son conseil , et estoit ses compères, et li avoit tenut à fous ung 
biau fil qui eut nom Phelippes contre lui. F® 130. 

P. 105, 1. 11 : on. — Mss. ^ 8, 15 « 17 ; U. F» 243. 

P. 105, 1. 16 à 19 : li rois.... painne. — Ms. A 15 ; le duc 
de Normandie ira briefment à Reims pour lui fere couronner du ^ 
royaume de, France; si lui yrons à rencontre et lui porterons et 
ferons ennui et dommaige. F« 266. 

P. 105, 1. 17 à 19 : est mors.... painne. — Mss, A T^ B : ira 
temprement à Rains ; se Tirons à rencontre et li porterons et fe- 
rons anoy. F* 246 v«. — Ms. A & : se ira couronner à Reims ; 
si' lui yrons à Tencontre et luy porterons et ferons dommaige et 
ennuy. F» 246. 

P. 105, 1. 21 : temprement. — Mss. ^T 8, 15 : briefmint. — 
Ar5. ^ 17 : tantost. 

P. J05, 1. 23 : pooit. — Les mss. ^^ 8, 15 ajoutent : trouver et. 

P. 105, 1. 28 : deux cens outrois cens. — Ms. A 17 ; quatre 
cens. 

P. 105, I. 30 : remeriroit. ' — Mss. A %\ 15 ; reguerredon- 
neroit. 

P, 106, 1. 1 et 2 : apertement. — Mss. A 6, 7, 15 ; hastive- 
ment. 

P. 106, 1. 15 et 16 : Bertrans. — 2> ms. A 17 ajoute : et 
monseigneur Olivier de Mauuy son nepveu. F* 307 v». 

P. 106, 1. 16 : Bretons. — Les mss A M à 14 ajoutent : qui 
estoient hardiz et courageux. 

P. 107, 1. 11 : A ce donc. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; A ce temps 
en cellui temps. 

P. 107, 1. 19 : Evous venu, — 'Ms. A \H : Atant va venir. 
F» 267. 

P. 107, 1. 28 et 29 : se consievirent. — Ms. A S : se aconsui- 
virent. — Mss. A itiàil : s'aconsuirent. F» 308. 

P. 107, 1. 29 : ravine. — Mss. ^ 15 à 17 : manière. 

P. 108, 1. 2 : tamaint. — Mss. A : maint, mains. 
. P. 108, 1. 14 : d'Evrues. — Le ms. A 15 ajoute :Ety au voir 
dire, les Bretons se portèrent vaillamment , car ilz n'estoient que 
une poignie de gens au regart des Navarrob qui tousjours crois- 
soient. F^ 267. 

S 51 5, Auques en ce temps. — Ms. ^Amiens : En ce tamps 



294 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

qae cas semonscei et ces assamblëes se faisoient, tant de l'un lés 
comme de l'autre, les nouvelles vinrent au duc de Normendie 
que H roySy ses pères, estoit trespassés de ce siècle, et l'en es< 
cripsoit le veritë messires Jehans, ses frères, dus de Berri. 

Quant li dus de Normendie entendi chou, que li roys ses pères 
estoit mors, si eu fu moult courouchiés : che fu bien raisons. Si 
le senefia tantost au ducb d'Angho et as pcrs et as barons de 
France. Si se traissent à Paris deviers le duc de Normendie, 
•nssi que drois estoit, et s'ordonnèrent pour aller contre le corps 
dou roy, leur seigneur, que U comtes d'Eu et li comtes de Dam* 
martin et li grans prieux de Franche ramenoient et racondui- 
soient. Si fu li corps dou roy Jehan embaummés et, mis en ung 
sarku, raportés à Paris. Assés tost apriès, li dus de Normendie 
li fist faire son obsèque en Tabbeie de Saint Denis, et fu portés 
meut solcmpnelment parmy le chité de Paris à grant pources- 
sîon et à plus de mil torsses, à viaire descouvert, si troi fil de- 
rierre lui, vesti de noir, et li roy de Cippre ossi. Et fu enssi 
aportés moult bellement à le grant abbeie de Samt Denis en 
Franche, Si en chattta la messe et fist l'ofBsce li arcevesques de 
Sens, ungs moult doulx prelas , et fu ensepvelis li dis roys Je- 
hans en le ditte abbeie de Saint Denis, où grant fuison de ses an* 
cisseurs gissoient. 

Apriès le obsèque fait et le disner qui fu moult grans et moult 
nobles, li signeur et li prélat retournèrent tout à Paris. Si eurent 
parlement et consseil enssamble que on se trairoit vers Rains 
pour courounner le ducq de Normendie, car c' estoit ses drois « 
et que on s'en deliveroit. Si y fist on appareillier moult grans 
l)0urveanchez et moult grosses, et fu li certains jours arestés, 
que ce devoit estre droit au jour de le Trinité. Si le segnefia li 
dus et en escripsi as pluisseurs grans seigneurs, les uns prioic 
et les autres mandoit, et par especial il en pria son bel oncle 
le ducq de Braibant , liquelx s'ordounna et appareilla pour estre 
y en grant arroy et bien accompaigniés de chevaliers de Brai- 
bant et de Luxembourch dont il estoit sirez. F^ 130. 

P. i08, 1. 48 j A ce donc. ~ Mss. A 8, IK : Pour lors. 
P. 244. 

P. 108, I. 25 : arriérés. — Ms. JS: arrestez. — ^j. À i^: 
rompu et arresté. 

P. 408, 1. 27 . embausumés et mis en un sarcu. — Ms, JitS: 
eobasmé et mis en un sarcueil. 



[1364] VARIANISS BU PREMIER LIVRE, $ 514. i95 

P. 108, L â9 : Dammartin.-T^Lemt. £ 6 ajoute : le conte de 
Tancarville. F* 631. 

P. 109, 1. 1 : vuidièrent. — Ms. -^ 8 : vîndrent. 

P. 109, l. 2 ! Gipre. <-» 2> nu. ^ 6 ajoute : vestos de noir 
aroecq les enfans du roj et les procb^^ du linage. F* 631. *' 

P. 109, 1. 8 : retounièrent. — Ms» A%: vindrent. 

P. 109, I. 24 : Entrues. -- Mu. ^ 8, 15 .* Pendant. 

P. 109, 1. 31 : qu'il eurent. — Mss. utf ; qui fu. 

P. 110, 1. a : TegUse oathedral de Rains. — Ms. A 15 :U' 
gnuit église oathedral de Nostre Dame de Reins. P 267 v«. 

§ 814. Quant messires. — Ms. dAmienê. Entroez que ces 
besoingnes s ordounnoient et aprochoient, envoyoit toudis li du$ 
de Normendie gens d'armes deviers le comte d'Auçoire et mon- 
' tigneur Bertran de Claiekin, et bien besongnoit , si comme vous * 
orés chy apriès. Si y furent envoiiet li Arceprestrez et messires 
Loeys de Ghalon et leur routtes. 

Messire Jehans de Ghailli, qui s'appelloit caplaus de Beus, qui 
pour le temps estoit conduisièrez et souverains de touttes les gens 
Je roy de Navarre, dont il y^voit bien huit cens lanches, trois 
cens archiers et cinq cens autrez hommes aidablez, et tous les 
jours li croîssoient gens, chevauchoit en Normendie et desiroit 
moult à trouver lez Franchois, car on lui avoit dit qu'il estoient 
sour les camps. Si estoient de le routfe le dit captai uns bons che- 
valiers englès et f(»rs guerrières , qui s'appelloit messires Jehans 
Jeuil, messires li bascles de Maruel, messires Pierres de Saken- 
ville et plnisseur autre, pour leurs saudëes gaegnier et leurs corps 
avanchier, et s'en venoient droitement vers le Pont de l'AJCche, 
car bien penssoient que li Franchois passeroient là le Sainne, ensi 
qu'il fissent. ' 

Et advint que, droitement le merquedl de le Pentecouste, si 
comme li captaux et se routte chevauchoient au dehors d'un bois, 
il encontrèrent le Roy Faucon , un hiraut qui s'estoit an matin 
partis de Tost des Franchois. Si trestost que li captaus de Beus 
le vit, bien le recongnut et li fist grant chière, car il estoit hiraus' 
au roy d'Engleterre , et li demanda tantost dont il venoit et s'il 
savoit nulles . nouvellez des Franchois : oc En nom Dieu, mon- 
signeur, dîst il, oil. Je me parti hui matin d'iaux et de leurjoutte, 
et vous quèrent ossi et ont grant désir de vous trouver. » — 
ce Et quel part sont il? ce dist li capUux; sont il dechà le Pont 



296 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i364] 

de l'Arche ? » •— « En nom Dieu, sire, dist Faucons, oil. Il ont 
passet le Pont de TArche et Vf enon, et sont maintenant, je croy, 
«ssës pries de Passci. » 

(c Et quelx gens sont il, dist li captaux, et quelx cappittainnes ? 
Ja di le moy, je t'en pri. » — « En nom Dieu, sire, il sont bien 
mil et cinq cens combatans et toutte bonne gens d'armes. Si y 
sont : messires Bertrans de Claiequin , li comtez d'Auchoire , li 
viscomtes de Biaumont, messires Loeys de Chalon, li sirez de 
Biaugeu, li mestres des arbalestriers messires Bauduins d'Anne- 
kins, messires Loeys de Haweskierkes, messires Oudars de Rentî; 
messires li Arceprestrez , messires Engherans d'Uedins. Et si y 
sont de Gascoingne : les gens le seigneur de Labreth , li sires 
de Mouchident, messires Ammenions de Pumiers, li soudîa de 
Lestrade. » 

Quant H captaux oy noummer les Gascons, si fu trop durement 
|esmerviUîës:, et dist si comme en lui ariant : » Par le cap saint 
Anthonne, Gascons à Gascons s'espourveront. » Or le disoit il 
pour lui , car il estoit gascons. Adonc appella il de rechief Fau- 
con et li demanda s'il ne savoit plus nuUez nouvellez, et Faucons 
li respondi : <c Oil, sire, li dus d« Normendie se devoit partir 
ier ou huy pour aller vers Rains ; car, à dimence qui vient, doit 
il y estre couronnes. » Adonc dist li captaux : « Faucon, se Dieux 
et saint Jorge nous voUoient aidier, je poroie bien estre au devant 
de son courAmement. » 

Adonc parla Faucons pour Prie, un hiraut que li Archeprestres 
envoyea là avoecq lui, et li dist : « Sire, assés près de chy m'atent 
ungs hiraux francbois que li Arceprestrez envoie deviers vous , 
liquelx Arceprestrez, che dist Prie li hiraux, parleroit vollentiers 
à vous. » Dont respondi li captaux et dist: « Faucon, dittes au 
hiraut qu'il n'a que faire plus avant et qu'il die à l'Arceprestre 
que je ne voeil nul parlement à lui. » Adonc li demanda messires 
Jehans Jeuiel et dist : a Sire, pourquoy ? Espoir es chou pour vo 
prouffit. » — ce Jehan, Jehan, non est, mes est li Arceprestres si 
grans bartères, que, s'il venoit jusquez à nous , en nous comp- 
tant gengles et bourdes , il aviseroit et ymagineroit no force et 
nos gens; si nous porroit tourner à grant contraire. Si n'ay 
cure de ses parlemens. y> 

Adonc retourna Faucons li hiraux deviers Prie, son cbm- 
paignon , qui Tatendoit au coron|^d*une haie , et escuza le captai 
bien et sagement, tant que li hiraux en fu tous comptens, et 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S Si». 297 

raporta arrierre à l'Arceprestre chou que Faucons li eut dît de 
par le captai ; mes, dou couvenant des Navarois, ne quel somme 
de gens d*armes il estoient, ne seut il nient recorder à ses mes- 
tres, car il n'avoit mies esté jusqu'yaux. F* 430 v°. 

P. 110, 1. 7 : cite, — Mss, ^ 6, 7 : ville et cite. — Mss. A 8, 
15 a 17: viUe. 

P. 110, 1. 8 : Legiers. — Mss, A : Michiel. 

P. HO, 1. 13 : combatre. — Mss, A : trouver. 

P. HO, i. 18 : li sires de Sans. — Ms, A il : monseigneur 
J^an de Saulx. F« 308. 

P. 110, 1. 25 : d'encontren — Mss. ^ 8, 15 ^ 17 ; de ren- 
contrer. 

P. llly 1. 23 : Renti. — Le ms. B 6 ajoute : le Bèghes de 
Velaines. F» 633. 

P. 111, 1. 26 : Aymenions. — Ms. AS: Aymons. 

P. 411, 1. 29 : rougia tous de felonnie. — Ms. A 15 .* rougît 
tout de grant felonnie. F"" 268. 

P. 112, 1. 9 : cap. — Mss. ^ 8, 15 « 17 : chief, 

P. 112, 1. 11 : Prie. — Mss. A 8, 15 .• Pierre. P 245. — 
Ms. A il : Henrri. F» 309. 

P. 112, 1. 23 : baretèrcs. — Mss. A 1, i^ àil : barateur. 

P. 112, l. 24 : bourdes. — Le ms. A m ajoute : dont il est 
bon ouvrier. F« 268 v«. 

P. 112, l. 26 : contraire. — Mss. jrf8,15«17; dommage. 
— Le ms. A i^ ajoute : et à moult grant contraire, 

P. 112, 1. 27 : ses. — Les mss. ^ 8, 15 à 17 ajoutent : grans. 

P. 112, 1. 28 : Prie. — Mss. ^ 8, 15 à 17 .• Pierre. 

P. 112, 1. 28 : coron. — Ms. A il : bout. — Ms. A 15 .• 
coing. f , 

S ttlS.Ensi eurent. — Ms. ff Amiens: Enssi eurent li Fran- 
ahois et li N^varrois connissance li ung de l'autre par le raporl 
des deus hiraus. Si eurent avis et consseil li Franchois que ce 
merqedi, pour ce qu'il estoit tart, il se logeroient illuecq. Et se 
logièrent seloncq une rivierre, ensus un village que on appiellc 
Koceriel, ens uns biaux plains, et ossi li Navarois se tinrent assës 
priés de là« 

Quant ce vint le joedi au matin , que solaus fu lèves et que ii 
jours estoit appairans d'estre biaux et clers et sieris, li Nava- 
rois et li Englès , tous d'une alianche , chevauchièrent enssi que 



298 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4364] 

Franehois; li hirans les menoit tout serré et tout rengiet. Si 
vinreot environ primme sus les plains de Kooeriel, et virent les 
Franehois devant yaux qui ordonncnent leurs batailles, et estoient 
par samblant bien tant et demy plus qu'il ne fuissent. Si s'ares- 
tèrent tout quoy au dehors d'un bosquetiel qui là estoit, et 
puis se traissent avant les cappittaipnes et se missent en ordounr- 
nance. Premièrement, il fissent trois batailles bien et feticement 
tout à piet, et envoiièrent les chevaux, leurs maies et les ghai^ ' 
chons ens ung bois qui estoit dalles yaux, et establirent monsei- 
gneur Jehau Jeuiel en la premierre, et li ordounnèrent tous les 
Englès, hommes d'armes et archiers. La seconde eut li captaux, 
et pooient estre en se bataille environ quatre cens combatans, uns 
c'autres. Ial tierche eurent troy autre chevalier : li bascles de 
Maix)el, messires Pières de Saquenville et messires Bertrans dou 
Franch, uns bons chevaliers prouvenchiaux , et estoient ossi 
environ quatre cens armures de fier. 

Quant il eurent ordonné leur bataille, il ne s'eslongièrent point 
trop loing de l'un l'aotre, et prissent l'avantaige d'une montagne 
qui estoit à le droite main entre le bos et yaux, et se rengièrent 
tout de froncq sus celle montagne par devant leurs ennemis , et 
missent le pignon dou captai en ung fort buisson espinerech, 
et ordonnèrent soissante armures de fier autour pour le garder 
et deffendre, car tout se dévoient là raloiier et affiier bien entré 
yaus les cappittainnes, que de là ne se partiraient nullement, pour 
cose qui avenist , se seroient leurs ennemis tous descoAfis et mis 
en cache. Et tout ce veoient li Franehois coumment il s'ordon- 
noient, et ossi coumment il avoient pris le montaingne : se ne 
les en prisoient mies mains. Tout enssi ordounné et rengiés se 
tenoient Navarois et Englès sus le montaingne que je vous di. 
F» 130 V*. 

P« il 3, 1. 3 et 4 : se radrecièrent. — Mss. A : s'adrecièrent. 

P, 113, 1. 7 : quinze cens. «^ Le ms. A 15 ajoute : comba* 
tans, 

P. H3, 1. 23 : une. -^ Le ms. A 17 ajoute : petite. 

P. 113, 1. S6 : uns biaus prés. •« Mss. A 8, 17 ; deux beaux 
près. P» 94K. 

P. H 4, 1. 4 et 5 : heure de prime. — Ms. A il : midi. 

P. 114, 1. 8 : Cocerid. — ilir. A 8 ; Coucherel. — Jlf^i. >l i5 
rt 17 : Cocherel. 

P. 114, I. 18 : li captaus. <^ Les mss, A ojoutetit : deJBeuch. 



[1364] VARIAimiS DU PREMIER UWf, $ 516. 299 

P, 114, 1. 22 : baoière. -^ Ze ms. ^ 15 ^v'outê / devant lui. 
F* 269. 
P. 14 S, 1. i : espinerés. — Mss» ji S, iH à 17 ; espineux* 
P. 1 1 5, 1« 2 : armeures de fier. — Ms, J iîi: hommes d'armes, 
P. 11 K, 1. 8 : querre. — ilfw» ^8, 15 « 17 ; quérir. 

§ tSi6. Tout ensi^ — Aff, d Amiens : Undemeotroes, li Fran- 
chois ordonnèrent ossi leurs batailles, et en fissent trois et une 
arrierre garde. La premierre eut messires Bertrans de Ckdequin 
à tous les Bretons, et fu ordonnes pour assambler à le bataille dou 
captai. La seconde eult li comtez d'Auçoire et li viscomtes de 
Biaumont et messires Bauduins d'Enekins, et eurent avoecq jaux 
les Franchois, les Normans et les Pickars, monsigneur Oudart de 
Renti, monsigneur Engherant du Edin, monsigneur Loeis d'Aves* 
kierke et les autres. La tierce eut li Arceprestros et les Bourghi- 
gnons avoecq lui, monseigneur Loeys de Cbalon, le seigneur de 
Biaugeuy monsigneur Jehan de Vianne, monsigneur Gui de Fre** 
lay, monsigneur Huge de Vianne et pluisseurs autres. Et devoit 
s'asambler ceste bataille au bascle de Marueil et à se routte. El 
Tautre bataille, qui estoit pour arrierre garde, fîi des Gascons | 
monsigneur Aimmenion de Pumiers, le soudich de L^trade, le 
stgneur de Mucident et pluisseur aultre. Et pour ce qu'il veoieift 
le pignon le captaul mis et assis en uog buisson et en faisoient li 
Navarois leur estandart, il ordonnèrent leur bataille des Gascons 
à adrechîer ceste part. F" 130 v«. 

P. 115, 1. 11 : Entrues. — Jlfr. u^ 6 ; Entrementres. F» 248 v«. 
f— Mss, A 8, 45 à 17 : Pendant ce. 

P. 115, 1. 14 I Bretons. — Le nu. A 15 ajoute : dont je vous 
en nommeray aucuns chevaliers et escuiers : premièrement mon* 
seigneur Olivier de Mauny et roonseigneor Hervé de Mauny, mon- 
seigneur Eon de Mauny, frères, et nepveux du dit monseigneur 
Bertran, monseigneur Gefifroy Perron, monseigneur Allain de Saint 
Paul, monseigneur Robin de Guité, monseigneur fiastace et mon- 
seigneur Allain de la Hpussoye, monseigneur Robert de Saint 
fiern, monseigneur Jehan le Voler, monseigneur Guillaume Bodin, 
Olivier de Quoyquen, Lucas de Maillechat^ Giefiroy de Quedillae, 
6ieffroy Paiisn, Guillaume du Hallay, Jehan de Parrigny, Sevestre 
Budes, Berthelot d'Angoullevent, Olivier Perron, Jehan Ferron 
son frère et pluseurt autres bons chevaliers et escui^s que je ne 
puis mie tous nonnaer» F* 269. ' ^' 



300 CHRONIQUES DE J. FROISSART, [1364] 

P. i<5, 1. 17 et 18 : d'Anekins. — Ms$. ^ i8, 19 ; de Meleun. 

P. ii5, I« 48 à 21 : mestres.... Haveskierkes. — Ces lignes 
manquent dnns les mss, ^ 15 a 47. 

P. 115, I. 20 : d'Ucdin. — Mss. A 7, 18, 19 : de Hedin, Y^ 
249. 

P. U5, 1. 26 : Hughe. — Mss. A \^ h 17 : Jehan. 

P. 116, I. 1 : parainne. — Ms. A^: entière. F» 248 v«. — 
Mss. ^ 8, 15 : pure. F» 245 v^». 

P. 116, 1. 7 : les. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; costé. 

P. 116, 1. 8 : un. ^ Xtf ms. A 15 ajotite : hault. F* 269 v». 

§ tti7. Assës to8t. — Ms. ^Amiens: Et (ordonnèrent les Gas* 
cons) trente hommes des leurs, fors et appers, montez chacuns 
sus bons fors courssiers et délivres, et aler conequerre ce pignon 
et combattre au captaul, et rompre se bataille quant elle seroit 
entamée, et à riens entendre fors tant seuUement au captaul, et lui 
prendre par forche et toursser sur leurs chevaux et porter ent à 
sauveté ; car qui Taroit pris, fust li joumëe pour yaux ou non 
fust, il aroit bien esploitiet, et tenroient leurs ennemis pour tous 
JésconfGs. FM 31. 

P. 117, 1. 3 : entrues. — Ms. Al : entrementres. — Mss. A 
6, 15 à 17; pendant. 

P. 117, 1. 7 : tourseront. — - Mss. A : trousseront. 

P. 117, 1. 8 et 9 : où que soit. — Mss. A 6, iH à il : quel- 
que part. 

P. 117, 1. 20 : rades. — Mss. A: roides. 

P. 117, 1. 24 : estre. — Le ms. A i^ ajoute : pour faire et 
acomplir Tentreprinse que tous ces seigneurs de JPrance et de 
Gascongne avoient parle et ordonne entr'eulx. ¥^ 269 v^. 

§ 8iS. Quant cil. — Ms. ^Amiens : Quant li Franchoîs se 
furent enssi ordonne, ainchois que li signeur se trayssent en leurs 
bataillez où il estoient estaubli, il regardèrent entre yaux et pour- 
parlèrent à lequelle bannierre ou pignon il se retrairoient et quel 
crit il criroient. Si fu de premiers acordé entre yaux qu'il cri- 
roient. « Nostre Damme ! Auchoire ! » Mes li comtez , qoi là 
estoit presens, y refuza et s'escuza et dist que il estoit li ungs des 
jonnes chevaliers qui là fust, et la premierre besoingne arestée 
où il avoit estet, si ne volloit mies que on lui fesist celle honneur, 
mes fost baillie à un autre où elle fuist mieux emploiiée c'a lui. 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 518. 30i 

Dont fa regardé d'un coumun acord c'on crieroit : « Saint Yvel 
Gaiequinf » et pour yaux mieux recongnoistre : <c Nostre Damme ! 
Glaiequin! » 

ËDsi tout rengiet et ordonne et avise quel cose il dévoient faire 
et yaux maintenir, se tenoient tout quoy sus les camps et r^ar- 
doient leurs ennemis, qui nul samblant ne faisoient dou descen- 
dre. Si se traissent ens samble li chief des routtes environ yaux 
vingt cinq, et parlementèrent ung grant temps. Et volloient 
li aucun, especialment messires Bertrans de Glaiequin, que on 
les allast combattre. Et li aucun, mieux avisés, le debatoient et 
disoient que, se il faisoient enssi, il feroient ung grant outraige, 
mes souffresissent encorres et regardaissent le convenant de lem*s 
ennemis : « Sachiés, disoient messires Oudars de Renti et mes- 
sires Bauduins d'Ennekins , que, se nous avons grant désir d'iaux 
combattre, ossi ont il nous : si nous tenons en nos batailles belle- 
ment et quoiement. S'il descendent, bien nous les combaterons; 
et s il ne descendent dedens le soir , nous arons autre advis. » 

GhibL conssaux fa tenus, et se dnrent li Franchois tout quoy, 
chacuns sirez desoubs se ban nierre ou desoubs se pignon, enssi 
qu'il estoit ordounnés. Et tant atendirent qu'il fu baux midi et qne 
li jours estoit si escauffiSs que li pluisseur en estoient tout afoibli, 
car U n'avoient avoecq yaux nulles pourveanches pour boire ne 
pour mengier, se petit non. Et tondis se tenoient li Navarrois et 
li Englès en leur fort, sans yaux bougier ne faire samblant de 
descendre. Quant ce vint sus Teure de nonne et que li soUaux 
tourna dou tout au contraire des Franchois, et que de trop > 
junner li pluisseur estoient mont fouUé, si se coummenchièrent 
enssi que tout à descoragier, et dissent li aucun que li heure pas- 
soit pour combatti*e. Si se fuissent par samblant volentiers retret, 
et fu priesque tout conssilliet dou retraii'e et dou niens com- 
^ battre. 

Or vous di qu'il y avoit là aucuns gentilz hommes de Nor- 
mendie qui cevauchoient de l'un à l'autre, sans get et sans regard, 
• qui ne se pooient armer, car il estoient prisonnier as Navarois 
et recreus sus leurs fois. Si disoient bien as chevaliers franchois : 
« Sjgneur , advisës vous, car, se li journée se départ sans ba- 
taille, vostre ennemy seront demain deus tans qu'il ne sont hui, 
et toudis mouteplieront eu puissanche ; car messires Loeis de Na- 
varre doit venir à plus de mil combatans, » Si que ces paroUes 
. atraioient durement les Franchois à combattre. F* 1 3i . 



30Î CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1364 

P. H7, l. 23 : curent — Léi mss. ^ 6, 17 ajoutent : tout. 

P. 118, 1. 6 : dou. — Le ms. J 17 ajoute : noble. 

P. 118, l. 8 : bellement. — Mss. AB.ib à 17 : doucement. 

P. H8, h 12 : journée, r-- Ms. J 1» / besongne. F» 270. 

P. 118, 1. 13 : de. — Ms. ^ 8, 15 A 17 .• que. 

P. 118, 1. 16 : le Mestre. — Ms. A 15 : Baudequin d'Anne- 
qains, maistre des arbalestriers. 

P. 118, 1. 27 : vos compains. — Mss^ A 6, 7, 15 à 17 ; vos- 
tre compaignon. 

P. 119, 1: 13 : lîerne. — Mss. A: tertre. 

P. 119, 1. SI : vin. — Le ms. A il ajoute : ne baril. 

P. 119, I. 23 : flaconcîaus.— Jlff. Al: flaconniaus. F» 249 v«. 
— Mss. ^ 8, 15 A 17 ; flacons, petîz flacons. 

P. 119, 1. 28 s soutiUetë. -^ Ms. A il : subtilité'. F» 3U V. 

P. 119, 1.. 29 : remontière. — Mss. A : remonta. 

P. 120, L 1 et 2 : convenant. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : cou- 
vine. 

P. 120, I. 6 : requerre. — Mss. ^ 8, 18 ; requérir. 

P. 120, 1. 16 2 frefel. — Ms. B 3 : desîr. — Ms. B 4 : fres- 
tel. — Ms. AS: fresel, 

P. 120, I. 20 : paisieulement. -— Mss. A : paisiblement. 

P. 120, 1. 24 : nostre. -r- Mss. A : vos. 

P. 120, 1. 27 : trois cens. — Mss. A\aS,iia 14, 18, 19 : 
quatre cens. 

P. 120, I. 30 : ahatî. — Ms. A 17 : hastiz. — Ms. A 15 .• 
atiz. 

P. 121, I, 15 : diverses. — Le ms. A 17 ajoute : et con- 
traires. 

§ )$19. Quant K. — Ms. d Amiens : Quant li chevalier de 
Franche virent que li Navarois et li Englès ne partiroient point de 
leur fort et qu'il estoit ja haulte nonne, et si ooient les parolles 
que li prisonnier francfaois leur disoient, si se retraissent à cons- 
seil enssamble, et conssillièrent qu'il feroient passer le pont tous 
leurs chevaux et leurs harnas et leurs variés et les plus foullés 
par samblant de leur routte, et puis petit à petit il passeroient e( 
se logeroient bellement, chascuns sires par lui et entre ses gens, 
ce soir sus le rivierre, et Tendemain il aroient nonviel cbnsseîl et 
avis, car voirement estoient il durement mesabiet dou chaiàtet 
de trop junner. Et se, en yaux retrayant, il avenoit ensi que 



11364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 3*9- 303 

leur ennemy, qui sont chaut et bastien, descendoient de leur 
montaingne, il retourroient tout à uog fès sus yaux, et criroient 
leur criy et chacuns sires et hommes d'armes se traîroit à se ba- 
taille : il savoient bien quel consseil il dévoient faire. Che cons- 
seil donnèrent li Gascon messires Ainmenion [de Pummiers], mes* 
sires K soudis [de Lestrade] et li sires de Moucident. Dont son- 
nèrent il leur trompettes, et fissent moût grant signe d'iaux 
retraire, et fissent passer oultre le pont et le rivierre leurs har- 
nob et leurs pourveanches, les variés et tous leurs chevaux^ ex- 
cepte les trente qui se dévoient adrechier au captai. Et quant il 
furent enssi que tout passet, gens d'armes coummencbièrent ossi 
à passer. 

Quant messires Jehans Jeuiaux , qui estoit appers chevaliers et 
vighereux durement et qui avoit grant désir des Franchois com- 
battre, perchupt le mannierre et coumment il se retraioient, se 
dist au captai : ce Sire, sire, descendons appertement; ne veés vous 
pas coumment li Franchois s'enfuient? » Dont respondi li captax 
et dist : « Messires Jehan, messîre Jehan, ne créés ja que si vail- 
lant honmie qu'il sont , s'enfuient ensi : ils ne le font , fors par 
malisse et pour nous atraire. 3> Adonc s'avancha messires Jehans 
Jeuiaux, qui moult engerans estoit de combattre, et dist à chiaux 
de se routte : « Passés avant! Qui m'aimme, se me sieuwècel y> 
Dont s'avança en sallant devant touttes les battailles en descen- 
dant dou mont, son glaive en son poing, en escriant : « Lez les 
Franchois! » et « Saint Gorge! Giane ! » Quant li captaux en vit 
le mannierre, si le tint en soy meysmes à grant desdaing, et dist 
à sa bataille : <c Avant! Avant! messires Jehans Jeuiaux ne se 
combatera pomt sans my. » Dont descendirent il tout comnmu- 
nement dou fort où il s'estoient tenu, et se missent au plain. 

Quant li FranchoiS| qui estoienten aguet de ceste ordounnanche, 
les virent descendre, si s'arestèrent tout à yng fes et dissent en- 
tr'iaux : « Vesci chou que nous demandions. » Si huièrent et jupè- 
rent apriès leurs gens qui le pont passoient, et furent tantost remis 
en bon arroy, leurs bannièrez et pignons devant yaux. en criant : 
«Nostre Dame! Claiekin! » Evous monsigneur Jehan Jeuiel, qui de 
grant voUenté s'en venoit tout devant, et se vient ferir, son glaive 
en son poing, en le bataille des Bretons et combattre moût vas- 
saument, et ossi il fu moult bien recheu de monsigneur Bertran de 
<ïiaiequin et de chiaux de se routte. D'autre part, li ccHntes d'Au- 
choire, li viscomtez de Biaumont, messires Bauduins d'Ennekins, 



I 

9 



304 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

messire» Oudars de Renti et C aatre chevalier et leur bataille s*en 
Tiennent adrechier à le bataille des Bourgignons, li sires de Biau- 
geu, messires Loeis de Chalons et les gens de TArceprestre s'en 
vont adrechier à le bataille monsigneur Pière de Sakenville et 
monsigneur Joffit>y de Roussellon. Et pour chou que en armes on 
ne doit mies ipentir^ mes dire le vente à son loyal pooir, bien 
est voirs que li Arceprestres, si trestost qu'il vit c*on se combate- 
roit et que les batailles s'asambloient, il se parti et ungs siens 
escuiers seullement, et issi de se bataille, mes il dist à ses gens : 
« Demorës et si vous acquittés à voslre loyal pooir : je me pars, 
car je ne me puis combattre. » Dont monta à cheval et rapassa 
le Pont de TArche, et cil qui se combattoient, le quidoient dallés 
yaux, pour ce qu'il veoient se bannierre, et si n'avoit pris congiet 
à nullui, fors à ses gens. F<^ 131. 

P. 121, 1. 17 : sus. — Mss. >^ S, 15 à 17 ; pour. 

P. 121, 1. 29 : l'espoir. — Mss, ^^ 8, 13 « 17 : pense. 

P. 122, L 25 : Jeuiel. — Ms. B 6 : de Pipes. F» 631. 

P. 123, 1. 9 et 10 : li captaus. — Ms. ^ 8 : le capitaine. 
P 250 v^ — Mss. ^ 8, 17 ; les capitaines. F» 247 y\ 

P. 123, 1. 15 : mi. — Mss. A : moi. 

P. 123, 1. 24 : assambler. — Ms. AS: assaillir. 

P. 123, 1. 25 : Evous. — Mss. ^ 8, 15 ât 17 : Et va venir. 

P. 123, 1. 28 : Bertrans. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutent: du 
Guesclin. 

P. 123, L 29 : malement. — Le ms. Ail ajoute: Et d'aventure il 
encontra monseigneur Olivier de Mauny, nepveu de monseigneur 
Bertran, fort chevalier et asseuré durement. Là se combatirent ces 
deux vaillans chevaliers ensemble moult longuement, main à main, 
et tant que le dit monseigneur Olivier cheit de la presse. Et adonc 
monseigneur Jehan Jouel fut sur lui la dague ou poing, pour lui 
occire , en lui disant : ce Rendez vous tantost , ou vous estes 
mort. y> Adonc respondit le dit monseigneur Olivier : c< A Dieu le 
veu, monseigneur Jehan, non suis encore ; mais je vueii que vous 
essaiez vostre fois comment ceste terre est dure. » Et lors il le 
prant par le camail et à force de braz il mist monseigneur Jehan 
Jouel dessoubz lui, et fut monseigneur Olivier dessus. Et lors il 
bleça et navra à mort le dit monseigneur Jehan Jouel, et le laissa 
à un sien escuier qui estoit delez lui, qui avoit nom Guion de 
Saint Pers, lequel le fiança prinsonnier; mais il mourut cellui 
jour des plaies qu'il avoit receues la journée. F« 313 v«. 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 520. 305 

P. 124, 1. 6 : GlaiekÎD. ^^ Le ms. A 15 ajoute : monseigneur 
Olivier de Mauny son nepveu. F* 27i v®^ 

P. i24, 1. 8 et 9 : li.... Anthones. — Ms. A 17 ; monseigneur 
de Beaugieu et monseigneur Anthoine de Beaugieu. 

P. 124, 1. 13 : Aymenions. — Mss, A 8, 17 ; Aymons, 

P. 124, 1. 30 fourfraire. — Mss. ^ 8, 15 « 17 ; mefifaire. 

P. 125, 1. 5 : rivière. — Le ms. A il i ajoute : en plourant 
moult tendrement de ce qu'il ne povoit demourer à la bataille. 
F» 314. 

§ tt20. Au commencement. — Ms, d Amiens : Quant li Nava- 
rois et chil de leur costë virent le convenant des Franchois, si se 
reculèrent tout en combatant un petit, et fissent leurs archiers 
voie pour traire. Si se missent en bon aroy chil qui dévoient traire, 
mes li Franchois estoient si fort armet et si bien pavesciet, que 
oncques li trais ne les greva noyent, ne pour chou n'en laissiè- 
rent il point à combattre. Sitost que li trais fu passes, les batailles 
entrèrent l'une dedens l'autre, en boutant et en estechant des 
glaives. Là veoit on les plus apers et les plus bachelereus coum- 
ment il s'avanchoient et rompoient par bien combattre les routtes, 
et prendoient et fianchoient prisonniers, ou il se faissoient pren- 
dre par appertisses d'armes, ou navrer, ou ochire. Là avoit grant 
cliquetis d'espées, de daghes et de bastons d'armes, et s'apro- 
choient et se tenoient main à main , et se combatoient si vail- 
lamment que nulle gens mieux, et point ne s'espargnoient , et 
nul mot ne parloient que lem* cris à cief de fois il crioient pour 
yaux raloiier. 

Or vous diray des trente qui esleu estoient pour yaulx adrechier 
au captaf et trop bien monte par especial. Il s'en vinrent tout serré 
là où li captaux se combatoit moult vassaument, piet avant autre, 
tenant une hache en sen poing, dont il donnoit si grans horions 
que nulx ne l'osoit aprochier ; car il estoit grans chevaliers, fors 
et durs malement et resongniës de ses ennemis. Chil trente, qui 
estoient moult bien monte sus courssiers fors et puissans, et ossi 
appert, fort et dur hommes d'armes et bachelereus durement, ne 
veurent mies resongnier le paine ne le péril; mes brochièrent 
chevaux des espérons et rompirent par forche toutte le bataille 
et les gens le captai, et fissent voie au comte d'Auchoire, au vis- 
comte de Beaumont, à monsigneur Bauduin d'Anekin, à monsi- 
gneur Engherant du Edin , à monsigneur Oudart de Renti , à 

VI — 20 



306 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

monsigneur Loeys de Haveskerke et as bons chevaliers de lear 
routtez et escoiers ossi. Là eult très fort bouteîs et grans abateîs, 
et moult de bons hommes d*armes mis à grant mesaise. Avoecq 
tout chou, chil trente, qui n'entendoient à autre cose fors toudis 
à aller avant et faire leur emprise, s'arestèrent droitement sus le 
captai et coummenchièrent à lanchier et à ferir à lui grans horions 
de leurs roides espées et des bastons de guerre qu'il portoient, et 
à derompre gens et à abattre entour li et mettre à grant meschief ; 
car chil courssier, qui estoient fort et puissant et tous couvert de 
fers et bien brochiet sans espargnier des espérons^ confondoient 
tout devant et entour yaux. 

Et quant li captaux, qui estoit hardis et saiges chevaliers du^ 
rement , en vit le manierre et que on entendoit trop parfaitement 
à lui prendre , si s'esvertua et fist trop plus d'armes sans compa- 
rison que nuls autres, et se tint ung grant temps que nulx ne 
Tosoit aprochier, tant lançoit il les cops grans et périlleux. Mes 
il n'est force d'omme ne de lion que, au haster et au continuer, 
on ne foulast et afoiblesist. Là fu il si bien combatus des ungs et 
des autres à tous les , qu'il ne savoit auquel entendre. Si fu pris 
et ahers par forche et tirés de ces hommes d'armez à cheval hors 
de le presse, et si menés par force d'armes qu'il iiancha prison à 
yaux, et le cargièrent et portèrent et ravirent hors des bataillez 
maugret touttes ses gens, et passèrent oultre le pont et le rivière 
et le missent à sauveté. Enssi fu pris li captaux de Beus, si comme 
je l'oy recorder le Roy Faucon , qui fu toudis enmy le bataille et 
qui en vit tout le convenant et pluisseurs bêliez appertisses d'ar- 
mes des autres bons chevaliers et escuiers, tant d'un lés comme 
de l'autre. P 431 v^ 

P. 125, 1. 19 : fourfet. — Le ms. A il ajoute : grandement. 

P. 126, 1. 1 et 2 : Initier. — Mss. -^ 15 « 17 : luite. 

P. 126, 1. 12 : emprise. — Mss. A 8, 17 ; entreprise. F» 248. 

P. 126, 1. 14 : pas. ^ Ms. A ^ : pays. F* 251. 

P. 126, 1. 16 : U Breton. — Mss. A S, i5 à il : les Picars. 

P. 127, 1. 6 : grant. — Le ms. A 8 ajoute : grant débat et. 

P. 127, 1. 6 : puigneis. — Mss. A S, i^ à il : hustin. 

P. 127, 1. 9 : foursené. — Ms. A 8 : forcennez. F° 248 v^ 

P. 127, 1. 9 : crioient. --^ Le ms. A, il ajoute : tous à haulte 
Voix. F»315. 

S iS2i. En ce toueil. — Ms^ d Amiens : Pour ataindre le juste 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 52i. 307 

matère et parler de tout vivement, voir est que, entroes que chi 
trente homme à cheval et li bataille dou comte d'Auchoire et dou 
viscomte de Biaumont, avoecq les Franchois et les Pickars, enten- 
doient au prendre le captai et à combattre ses gens, messîres Ain- 
menions de Pumiers, li soudis de Lestrade, li sirez de Mucident 
et leur bataille s'adrecièrent droitement au penon du captai qui 
estoit enclos en un buisson espinerech, enssî que dessus est dit, 
et à ciaux qui le gardoient, qui estoient ossi toutte gens d'eslite. 
Là eut dur hustin et bien combatu, car cil gardoient leur pennon, 
tfai estaubli y estoient sus leur honneur, car il estoit resors et ra- 
loieanche d'iaux tous : si avoient plus chier à morir qu'il leur fust 
hostës. Si dura moult longement li bouteis et li estekeis entr iaux 
de lanches, de haches, d'espëes, d'espois et de daghes. Endemen- 
troes, se combatoient les autres batailles chascune à sa chascune, 
et estoient assés loyaument parti. 

Si vous di que, quant les gens dou captai en virent par force 
porter et mener leur mestre, enssi que tout fourssené, il le pour- 
siewirent vistement et corageusement et s'abandonnèrent de grant 
voUenté, et requissent leurs ennemis si dur et si fièrement qu'il 
les reculèrent. Là convint il maint homme morir, cheir et tre- 
buchier l'un parmy l'autre ; et sachiës, qui estoit cheus, s'il n'a- 
voit bon secours et hastieu, jammais depuis ne se relevoit, car H 
presse et li enchaus y estoit si grans que chascuns estoit tous en- 
. sonniiés dou deffendre et de lui garder. Et par especial les gens 
dou captai se combatirent trop vaillamment, et ne demora mies 
en yaux ne en leur emprise qu'il ne desconfîrent le bataille dou 
comte d'Auchoire, car il fu rués par terre et navrés moût dure- 
ment et se bannierre abatue, quant messires Bertrans de Oaie- 
quin et une grosse routte de Bretons vinrent celle part, et le 
rescoussirent par forche d'armes et relevèrent se bannierre et 
reculèrent leurs ennemis. Et adonc en celle presse et en ce! estekîs 
fu ochis li viscontes de Biaumont, dont che fu dammaiges, car 
il estoit jonnes chevaliers, hardis et appers durement et de grant 
voUenté. 

Or vous diray des Gascons et de chiaux qui estoient adrechiet 
vers le pennon le captai. Il fissent tant par forche d'armes qu'il 
rompirent le presse et délivrèrent le place de tous chiaux qui le 
gardoient, et furent, comme vaillant gent, tout mort ou tout pris; 
ne oncques ne daignièrent fuir, mes se vendirent si vaillamment 
que nule gens mieux* Touteffoix, li pennons fu conquestés et ostés 



308 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

de là où il estoit, abatas et deschirës, et li hanste coppëe. Mes en 
celle presse, li sires de Muchident fu moult navrés, et y eut mors 
trois de ses escuiers, et li soudis de Lestrade i eut le brach rom- 
put. Non obstant ce, messires Ainmenions requeilla touttes ses 
gens apriès le desconfiture de chiaux qui le pennon avoient garde, 
et s'en vinrent en criant : « Nostre Damme 1 Claiequinl > sus les 
gens dou captai, qui trop bien se tenoient et se combatoient. Là 
eut de rechief grant hustin et dur et bien combatu. 

Li sires de Biaugeu, messu*es Loeys de Ghalon et les gens 
l'Arceprestre, avoecq grant fuisson de bons chevaliers et escuiers 
de Bourgoingne, se combatoient d'autre part moult vaillamment à 
monsigneur le bascle de Maruel et à se route, à monsigneur 
Pière de Sakenville, à monsigneur Jofiûroy de Roussellon, à mon- 
signeur Bertran don Franch et à leur routte. Et vous di que là 
eult fait mainte belle appertisse d'armes, mainte prise et mainte 
rescousse; car chascuns, endroit de lui, se prencbroit moût priés 
de bien faire le besoingne pour sen onneur. 

D'autre part, li Pickart et leur routtes se combatoient à mon- 
signeur Jeuiel et à se bataille, où il y eut fait ossi mainte belle 
appertisse d'armes, car chils messires Jehans Jeuiel estoit bons 
chevaliers, durs, fors, hardis et appers et bien combatans. Si ne 
Tavoit on point d'avantaige contre lui. Là furent très bon cheva- 
lier messires Bauduins d'Enekins, messires Oudars de Rentî, 
messires Engherans du Edins, messires Renars de Bassentin, 
messires Jehans de Bergette et pluisseurs autres chevaliers de 
Picardie , que je ne say mies tous noummer, et ossi maint bon 
escuier. Là fu li bataille de monsigneur Jehan Jeuiel trop vassau- 
ment rencontrée et combatue , et fu par forche d'armes reboutée 
et rompue , et li dis chevaliers messires Jehans Jeuiel mallement 
navrés, pris et fianchés prissons et tirés hors de le presse, et 
tout li sien mort ou pris et mis en cache. Mes trop cousta as 
Franchois, car il perdirent des leurs, mors sus le plache^ mon- 
signeur Bauduin d'Ennekins, mestres pour le temps des arba- 
lestriers de Franche, et monseigneur Loeys de Haveskerkes et 
des autres chevaliers et escuiers. Si en y eult des navrés, des 
blechiés et des bien batus grant fuisson. 

Encorres se combatoient moult vaillamment li sires de Biaugeu, 
messires Loeys de Ghalon et li Bourgignon au bascle de Maruel 
et as autres Navarrois, et eut en celle bataille fait moult de belles 
appertisses d'armes. 



[i364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $lii\. 309 

Touttes fois , quant li Pickart eurent romput et rois en cache 
chiaux de le bataille monsigneur Jehan Jeuiel, il se radrechièrent 
celle part en escriant : « Nostre Damme ! Claiequin 1 » et se bou- 
tèrent avoecq leurs gens sus les dessus dis Navarois et les recu- 
lèrent par forche d'armes. 

Or se quidièrent retraire chil chevalier de Navarre et de Nor- 
mendie deviers le penon dou captai , et riens ne savoient de se 
prise. Si commencièrent petit à petit à recuUer, en escriant : 
ce Nostre Damme f Navarre ! », et moult bien se combatoient. Mes 
quant il virent qu'il en avoient perdu le veue et le ressort et que 
leurs gens se desroutoient et fuioient et n'ooient mes crier leur 
cri, mes : « Nostre Damme ! Claiequin ! », et veoient les bannierres 
des Franchois venteler sour les camps et tout premièrement celle 
de monsigneur Bertran Glaieldn, si se coummenchièrent à esbahir 
et à desconfire et à retraire vers le bois pour venir à leurs che- 
vaux. Mes li plus des garchons qui les gardoient, quant il virent 
le desconfiture sus leurs mestres , il se partirent et sauvèrent et 
en menèrent plentet de leurs maies et de leurs hamas, et se're- 
traissent deviers une fortrèce que on nomme d' Akegni , qui estoit 
navaroise. 

Quant li bascles de Maruel vit le desconfiture sus ses gens , il 
ne daigna fuir, mes s'aresta et requeilla ce de gens qu'il peult 
avoir, chevaliers et escuiers , qui ne le veurent mies laissier. Là 
se combatirent moult longeroent et moult vaillamment, et y fissent, 
au voir dire, merveilles d'armes; mes finablement il furent des- 
confit, et li bascles de Maruel, chils hardis chevaliers, mors sus 
le place , et pris messires Pières de Saquenville , messires Joffrois 
de Roussellon, messires Bertrans dou Franc, et tout li autre; 
petit s'en sauvèrent qu'il ne fuissent tout mort ou pris. Geste 
bataille fu assés priés de Goceriel en Normendie, le quatorzime 
jour de may l'an mil trois cens soissante quatre. F~ 134 v^ 
et 432. 

P. 127, 1. 15 : toueil. — Mss. ^ 8, 15 <^ 17 ; touillis, toul- 
leis. 

P. 127, l. 16 : sievir. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; suir. 

P. 128, 1. 14 : besongnoit. — Mss, ^ 8, 15 à 17 .* estoit be- 
soing. 

P. 128, 1. 20 : ensus. — Mss. A 8, 15 : arrière. F» 249. 

P. 129, 1. 2 et 3 : commença. — Le ms. A M ajoute : mourut 
ce jour des coups que monseigneur Olivier de Mauny lui donna. 



3i0 CHRONIQUES DE J. FROISSART, [1364] 

lui estant prisonnier d'un sien escuier breton dessoubz monseigneur 
Bcrtran du Guesclin. F« 3i5 v». 

P. 129, 1. 6 : se embati $i avant. — Ms, ^ 8 ; se combaty si 
vaiUanment. F° 249. — Ms. A il : ala tousjours avant comme 
vaillant chevalier que il estoit. 

P. 129, 1. 11 : Loeis. — Ms. A \^ : Jehan. F» 273. 

P. 129, 1. 17 et 18 : dures gens mervilleusement. — Mss. A 
15 à 17 •* bonnes gens d'armes durement. 

P. 129, 1. 22 : très le. — Ms. A 8 : dès le. ^Mss. ^ 15 à 
17: du. 

P. 129, U 24 : Les François. — Le ms. A il ajoute : et les 
Bretons. 

P. 129, 1. 32 : bascles. — Mss. A iH à il : bascon. 

P. 130, 1. 2 : Jeuiel. — Le ms, ^15 ajoute : De laqnèle mort 
l'escuier de Bretaingne qui l'avoit prins fut durement courrocië, 
car il en eust eu voluntiers cent mille frans. Et vous di que ce 
vaillant chevalier, monseigneur Jehan Jouel, avoit fait mettre 
et entaillier lettres entour son bacinet qui disoient ainsi : « Qui Je- 
han Jouel prandra cent mille frans aura, et autant lui en demourra 
pour s'armer que s' amie lui donrra. » F" 273. 

P. 130, l. 5 : aultre. — Le ms. B 6 ajoute : Oncques nuls n'en 
escapa. Tout furent mors ou pris, et rapassèrent che soir les Fran- 
chois Taige, et vinrent logier à Pasci et à Vemon^ et Tendemain 
à Roem. F» 634. 

P.^ 130, 1. 8 : seizime. — Mss. A : vingt quatrième. 

S B22. Apriès. — Ms. d'Amiens : Apriès celle desconfiture 
et que tout il mort estoient desvesti et que chacuns entendoit à 
ses prisonniers, s'il les avoit, et que là li moitiés des leurs et plus 
avoient rapasset l'aighe et rapassoient pour yaux retraire à leurs 
logeis, car il estoient^ durement lasset et foullet de combattre et 
ossi pour le calleur qu'il avoit fait ce jour, avint que, sus le ves- 
pre, environ quarante lanches des Navarois vinrent tout à bro- 
chant, et riens ne savoient de le desconfiture, mes quidoient que 
li leur ewissent le journée pour yaux. Si venoient esperonnant 
moult radement, en escriant : « Nostre Dammel Navarre! » 

Quant messires Ainmenion de Pummiers , qui estoit à l'arrière 
garde, les perchupt venir, il s'aresta tous quoys, et fist arester ses 
gens et mettre son pennon en un buisson et yaux tenir en bon 
convenant y les espées et les haces devant yaux. Evous venus ces 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § »Î3. 311 

Navarois au cours des espérons, et entrèrent au camp où li ba« 
taille avoit estet. Siperchurenttantostque li leur estoient descon* 
fit, et conneurent le pennon monsigneur Ainmenion de Pumiers. 
Si n'eurent mie consseil dou demourer, mes se traissent au plus 
tost qu'il peurent, sans lanchier ne feriiine riens faire d'armes. 
Depuis ni eut point d'aparant que nulx se traisist avant pour com- 
battre, ne [pour] rescoure le captai ne les autres qui estoient pris. 
Si rapassèrent li François le rivierre, et se logièrent celle nuit 
seloncq le rivierre et se aisièrent de chou qu'il eurent. Ce propre 
soir, mourut messires Jehans Jeuiel des plaies qu'il avoit. 

Quant ce vint au matin, li signeur de Franche donnèrent par les 
bons hommes dou pays des mors à ensevelir. Et puis cevaucièrent 
par deviers Vrenon pour venir deviers Roem. S'en menoient leur 
gaaing et leur prisonniers, tous jojans, c'estoit bien raisons, car 
il avoient euv une moult belle joumëe pour yaux et moult pourfi- 
table pour le royaumme ; car, se li contraires evist esté, li captaux de 
Beus ewist fait un grant escart en Franche et avoit empris de ve- 
nir à Rains au devant dou duc de Normendie, qui y estoit venus 
pour lui faire courounner et consacrer, et la duçoise sa femme 
ossi, fille qui fu à monsigneur Pière, le duc de Bourgoingne. 
F«132 V*. 

P. 130, 1. 12 : qui les avoit. — Ms. B k et mss. !// ; se il les 
avoit. 

P. 130, U 20 : Ronces. — Mss. A : Conches. 

P. 130, 1. 28 : les grans eslais. — Ms. A 6 : des espérons. 
F* 251 v«. — Mss, A 8, 15 : les grans galoz. F» 149 v«. — Ms. 
B 3 ; les lances baissées. F* 262 v«. 

P. 131, 1. 3 : la friente. — Ms. ^ 3 : la force. — Ms. AS: 
l'eflroy des chevaux. — Mss. ^ 15 à 17 : la frainte des chevaulx. 
F> 273 vo. 

P. 131 , 1. 13 : ralloiier. — Mss, ^ 8, 15 à 17 ; rassembler. 

P. 132, 1. 13 : joiant. — Mss. A : joieux. 

P. 132, 1. 17 : escars. — Ms. B 3 : eschec. P»S63. — Ms. 
B 4 : estât. F^" 250. — Mss. A : essart. 

§ 525. Ces nouvelles. — Ms» d Amiens : Ces nouvelles s'es- 
pardirent en pluisseurs lieux que li captaux de Beus estoit pris et 
toutte se routte ruée jus. Si en acquist messire Bertran de Ûaie- 
quin grant grasce et grant renommée de touttes mannierrez de 
gens dou royaumme de Franche, et ossi tout H chevalier qui 



3i2 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

aYoecq lui avoient esté. Si vinrent les nouvelles jusques au ducq 
de Normendie qui estoit à Rains : si en fu durement joians et en 
regracia Dieu humblement, quant en se nouvelletë une si belle 
aventure d'armez estoit avenue à ses gens. Si en fu de tant la 
feste plus noble et plus lie* 

Che fu le jour de le I^enité l'an mil trois cens soissante quatre 
que li roys Caries, ainnës filx dou roy Jehan de Franche, fu cou- 
rounnës et consacrez à roy en le grant église de Nostre Damme 
de Rains, et ossi madamme la roynne, sa femme, de Tarcevesque 
révérend père en Dieu monsigneur 'Jehan de Graam, arcevesque 
de Rains. Là furent li roys de Cippre, li dus d'Ango, li dus de 
Rourgoingne, frère germain au dessus dit roy de Franche, et mes- 
sires Wincelans de Roesme , dus de Luxembourcq et de Rraibant, 
leur oncles, et grant fuisson de comtes, de barons et de tous autres 
chevaliers et de prelas et d'arcevesques et d'evesques. Si furent 
les festez et les solempnitez grandes. Et dounna li roys de Fran- 
che grans dons et biaux jewiaux as seigneurs estragniers et là où 
il le tenoit à bien emploiiet. 

Si furent de tout en tout ces festez et ces solemnitës bien pour- 
siewies et bien achievëes. Et demoura li jone roys de Franche et 
madamme la roynne, sa femme, cinq jours en le chité de Rains. 
^ Si se partirent li dus de Rraibant et aucun signeur qui prissent 
congiet à lui , et s'en revinrent viers leurs maisons. Et li jones 
roys Caries de Franche et madamme la roynne se retraissent à 
petittes journées et à grans reviaux et esbatemens deviers Paris. 
Et vinrent à Laon, et de Laon à Soissons, et puis à Compiègne, 
et puis à Senlis et puis à Saint Denis. Et partout estoient il recheu 
liement et honnerablement, et par especial, quant il entrèrent en 
le chitë de Paris, che fu à très grant solempnité. 

Je ne vous puis mies recorder les dons, les presens , les esba- 
temens et les reviaux qui furent fais, dounnet et presentet à le 
nouvelletë dou roy, mes m'en vorray briefment passer. Voirs est 
que, à le revenue dou roy, messires Rertrans de Claiequin vint à 
Paris, et li sires de Riaugeu, li comtes d'Auchoire, messires Loeis 
de Calon, messires Thieubaux de Chantemelle, messires Oudars 
de Renti et li chevalier qui avoient este à le besoingne de Koce- 
riel. Se le vit U roys Caries moult volentiers, et les rechupt 
liement , et festia chascun par li et par especial monsigneur 
Rertran de Claiequin et les chevaliers de Gascoingne, monsi- 
gneur Ainmenion de Pumiers et les autres, car li vois alloit que 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 324. 313 

par yauk avoit este li bataille desconfite et li captaux pris. 
P 132 y^. 

P. 133, 1. 2 : plus liet et plus joiant. — Mss. A 8, 15 ; plus 
liées et plus joyeuses. P 250, 

P. 133, 1. 14 et 15 : Wedimont. — Mss. ^ 8, 15 ; Vaude- 
mont. 

P. 1 33, 1. 1 5 : d'Alençon. — Le ms, A \^ ajoute : arcevesque 
de Rouen. F* 274. Mauvaise leçon. 

P. 134, 1. 5 et 6 : car.... couronnement. — Mss. A 15 : car 
monseigneur de Labreth n'avoit point esté à la besongne, mais 
ses gens y furent , mais il avoit este à Reins au couronnement 
du roy Charles. 

5 524. A le revenue. — Ms, cC Amiens : Assës tost apriès le 
revenue dou roy Carie de Franche à Paris, fu ordonnés et dé- 
nommez, presens les pers et les barons dou royaumme qui à chou 
furent appiellet, messires Phelippez, mainnés frèrez dou roy, dus 
de Bourgoingne. Et se parti de Paris à grans gens, et en vint 
prendre le possession de la ditte duché, et prist le foy et houm- 
mage des barons, des chevaliers, des chités, des castiaux et des 
bonnes villes de Bourgoingne. Si estoient avoecq lui li sires de 
Biaugeu, qui s'apelloit messires Anthonnez, messires Phelippez de 
Bourgoingne, messires Lœis de Chalon, li Arceprestres, que li 
dessus dis dus avoit rappaisiet au roy de Franche, son frerre, 
parmy escuzance assés raisonnable qu'il H avoit moustret ; car li 
Arceprestres avoit dit enssi qu'il ne se pooit armer ne combattre, 
tant c' aucun chevalier, qui estoient avoecq le dit captil, fuissent 
encorres, pour se prise et pour se raenchon de le bataille de Bri- 
nai, dont il ne s'estoit mies encorres tous acquités. Se li avoit li 
roys de Franche pardounné son mautalent, parmy tant que li Ar- 
ceprestrez avoit proummîs et juret qu'il seroit en avant bons et 
loyaus au roiaumme de Franche et n'y feroit ne pensseroit jammès 
nulle lasqueté. 

A che donc estoient encorres les Compaignes en Bourgoin- 
gne, Guis dou Pin, le Petit Meschin , Tieubaus de Chaufour 
Jehans de Chaufour, Tallebart Tallebardon, qui gastoient et 
essîlloient tout le pays. Mes li dus Phelippez y mist consseil et y 
pourvei de remède , car il furent une fois ruet jus au dehors de 
Digon, et furent tout mort et tout pris, excepté le Petit Meschin, 
qui s'enfui et se sauva. Si en fist li dus de Bourgoingne pendre, 



314 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [^364] 

noiier et mettre à fin plus de quatre cens. Assés tost apriès, le re 
manda li rojs de Franche pour chevauchier en Normendie, en le 
comté d'Ewrues, contre grant fuîsson de Navarois qui là estoient, 
qui couroient, ardoient et essiiloient toutte le Normendie environ 
Roem et en Kaus, au title le roy de Navare. 

Vous avés bien oy chy dessus coumment li captaux de Beus fu 
pris et amenés par Tordounnance dou roy à Miaux en Brie, et fu 
là tenus en prison environ six sepmainnes. Là en dedens il eut bons 
moiiens qui parlèrent au roy pour lui. Et le manda li roys à Paris 
et li fist moût courtoise prison, car il le recrut sur sa foy, et le 
laissoit aller et venir, jeuer et esbattre partout à se plaisanche. Et 
meysmement li roys le mandoit bien souvent au disner et au soup- 
per, et le laissoit esbattre dallés lui. 

Entroes estoient les guerres en Kaus et en Normendie. Et vint 
li dus de Bourgoingne à bien six mil combatans devant le fort 
castiel de Macberenville, et y mist le siège et y fist livrer tamaint 
grant assault. Et avoit fait amener huit grans enghiens <le le 
chité de Cartres, qui nuit et jour jettoient à le fortrèche et moult 
Tempiroient et cuvrioient ; mes par dedens avoit très bonne gent 
d'armes qui trop bien le gardoient et defiendoient. Avoecques le 
ducq de Bourgoingne estoient li comtes d'Auchoire, messires Loeys 
d'Auchoire, ses frèrez, messires Bertrans de Claiekin, li sirez 
de Biaugeu, messires Loeys de Chalon, li sires de Raimieval, mes- 
sires Raoulx de Gouchy, li sires de Chantemerle, li sires de Mont- 
saut, li Bèghes de Velainnes, Robers d'Allenchon, li Bèghes de 
Villers, li sires de Chamremi et pluisseur baron et chevalier de 
Franche, de Bourgoingne et de Normendie. F*" 132 v* et 133. 

P. 134, 1. 8 : dou duçainné. — Ms. -^ 8 : de la duchié. P 250. 

P. 134, 1. 16 : escusances. — Mss, AS, 15 à 17 : excusacions. 

P. 134, 1. 23 et 24 : et les.... partie. — Ms. A 15': et aussi 
les chevaliers de France qui vaillamment parloient sur sa partie. 
F» 274 V*. 

P. 134, 1. 28 : Digon. — Ms. ^ 15 ; Dijon. 
, P. 134, 1. 28 à 31 : desquelz.... chapitainne. — Ms. A i^ : 
desquelz Guiot du Pin et Tallebart Tallebardon estoient meneurs 
et conduiseurs ; et aussi y estoit et les conduisoît un escuier du 
pais qui s'appelloit Jehan de Chaufour. F® 274 v^. 

P. 135, 1. 8 : son père nulle griefté. — Ms, AS: mourir son 
père ne .lutres griefz. 

P. 135, 1. 17 : entmes. — Mss, A S, iH: pendant. 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 325. 315 

P. 135, 1. 17 : prison. — Le ms, B 6 ajoute : Et là fu une es- 
passe de tamps. Et puis \y fist le roy CSiarles grâce, et fu recrut 
sur sa foy et amènes à Paris, et là alloit et yenoit à se volentë* 
Et fu en chelle saison, de par le roy de Franche, envoiiet en En- 
gleterre pour traitier le delivranche du duc de Berry, que il peuist 
passer parmy luy. Mais le roy d'Engleterre n'en volt riens faire 
en chel^ saison, combien que il amast moult le captai, et respondy 
au captai que il n'avoit pas esté pris pour luy. Sy retourna le 
captaus en Franche, sans riens faire. F<* 635 et 636. 

P. 135, 1. 23 : six. — Ms, A 15 : sept. 

P. 136, 1. 6 : Macheranville. — Mss. ^ 8, 15 ; Marceranville, 
Marcerainville. 

P. 136, I. 15 : Ligne. — Ms. A 15 ; Ligny. F» 275. 

P. 136, L 17 : du Edins. — Mss, A3,l : de Hedin. 

P. 136, 1. 25 : mil. — Mss. A 8, 9, 15 : trois mil. F» 251. 

P. 136, 1. 31 : Joni. — Ms. A 6 : Joygny. F* 252 W — Ms. 
-^15: Joingny. 

P. 137, 1. 12 : constraindoient. •— il/5. A 15 : contraingnoient 
et malmenoient. 

§ i(25. Entrues. — Ms. d'Amiens : En ce tamps estoit mes- 
sires Loeys de Navarre sus les marches d'Auviergne à tout bien 
trois mil combatans, et tous les jours li croissoient gens. Si ar<- 
doient et essilloient et gastoient tout le pais de Bourbonnois envi- 
ron Saint Poursain et Saint Pierre le Moustier et Moulins en 
Auvergne. Si passèrent une routte de ses gens le rivière d'Aillier 
au desoubs des montaingnes d'Auvergne , et puis vinrent passer 
le Loire au desoubz de Marcelli les Nonnains. Et chevauchièrent 
tant, de nuit et par embusces, qu'il vinrent à un ajournement à le 
Carité sus Loire, et Teschiellèrent et le prissent par un dimence 
au matin. Et pour ce que la ville estoit grande et moult wuide 
entre le fremmetë et les maisons, il ne s'osèrent aventurer de 
traire avant jusquez à heure de tierce. Si a voient il estet percheu 
d'aucuns de chiaux de le ville qui avoient retret leurs biens, leurs 
femmes et leurs enfians ens es nefs et ens es batiaux qui estoient 
en le rivière de Loire : par chou se sauvèrent chil de le Carité 
et s'en vinrent à le chité de Nevers, à sept lieuwes d'iluecq. Et 
ne concquissent les Gompaingnes et li Navarois, qui estoient par 
eschiellement entré en le Charité, nulle cose fors que pourvean- 
ches ; mes de chou eurent il à grant fuisson, et fissent de le ditte 



316 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1364] 

ville une bonne garnison et le tinrent contre tous venans Testet 
enssuivant, et grevèrent moult chiaux dou pays environ. F" 133« 

P. 137, 1. 24 : depuis le. •— Ms. ^ 15 : le demourant de la. 
F» 275 V». 

P. 138, 1. 2 : Ceni, — Ms.A% : Ceri. F» 251. 

P. 138, 1. 3 : et Carsuelle. ^- Mt, A 15 : et monseigneur 
Jehan Gressueile. 

P. 138, 1. 10 : menoit. -— Ms. J % : oonduisoit. 

P. 138, 1. 11 : quatre cens. — Mss. A : trois cens. 

P. 138, 1. 13 : au dehors. — M*. ^ 3 ; au dessoubz. F» 264 
V*. — jiff • B k et mss. A : au dessus. F° 251 . 

P. 138, 1. 13 : Marcelly. — Ms. B 3 : Marcilly. 

P. 138, 1. 13 : Nonnains. — Ms. A 1 : Nonniaux. F» 253 v«. 

P. 138, 1. 15 : amoustrer. — Mss. B Z, k^ A 6, % : mous* 
trer. 

P. 138, 1, 17 : estri. — Ms. A 17 ; delay. F» 316 V. 

P. 138, 1. 20 : femmes. — Le ms, A i^ ajoute : et enfans. 

P. 138, 1. 25 : gens. — Le ms. A ib ajoute : de la ville. 

P. 138, 1. 26 et 27 : attendesissent. — Xe nu. ^ 15 ajoute : 
illec. 

P. 139, 1. 13 : et Carsuelle. — Ms. ^ 15 : et monseigneur 
Jehan Cressuelle. 

S 696. Tant sist. — • Ms. d^ Amiens : Tant fist li dus de Bonr- 
goingne devant Macherainville, et si les constraindi par assaull et 
par les enghiens qui y jettoient nuit et jour, que chil qui dedens 
estoient se rendirent, sauve leurs corps et leurs biens. Si s*en par- 
tirent, et .li dus envoiia prendre le possession par ses marescaux 
monsigneur Bouchicau et monsigneur Jehan de Vianne , marescal 
de Bourgoingne. Apriès y mist et ordounna li dus à castellain ung 
bon escuier qui s'appelloit Phelippos de Chartres. Puis s'en 
parti li dus et tontte sen host et s'en vint devant Chamerol- 
les, et l'assega tout environ, et y fist amenner et achariier les 
grans enghiens qui avoient estet devant MarcheranvîUe, qui y 
jettoient nuit et jour et travilloient moût chiaux de le fortrèche. 

Entroes que li sièges estoit devant ChameroUes, tenoit le siège 
messires Jehans de le Rivierre devant le castiel d'Akegny, assës 
priés de Passi, en le comté d'Ewrues, et avoit des compaignons 
dont il estoit souverains, plus de deux mil combatans. Si avoit 
par dedens Navarois et Englès , qui là s'estoient retrais depuis le 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 527. 3i7 

bataille de Koceriel. Tant iist messîres Jehans de le Rivierre de- 
vant Akegni, que chil de dens se rendirent sauve leurs corps et 
leurs biens. Enssi les prist li dis messire Jehans, et puis dounna 
le castiel à un sien escuier et mist dedens arcbiers et compaignons 
pour le garder. Si s'en parti et s'en vint o toutte sa gent mettre 
le siège devant le cité d'Ewrues. Et encorres estoit li dus de 
Bourgoingne devant le castiel de GhameroUes , qui fortement le 
faisoit asaillir. Et entroes se tenoient en Gonstentin, par le doubte 
des Navarois qu'il ne venissent lever cez sièges, messires Bertrans 
de Claiequin, à plus de mil combatans bretons, pickars et fran- 
chois, messires Loeys de Sanssoire, li comtez de Joni et messirex 
Emouls d*Audrehen avoecq li. F<» 133. 

P. 139, 1. 30 : Phelippos. — Mss. ^ 3, 4 : Phelippes. — Ms. A 
6 ; Guillaume. F> 253. — Ms. A 1 : Grenoullart. F> 254. — 
Ms. Aiii : Hector. P 276. 

P. 139, 1. 31 : quarante. — Mss. AS, 11 à 15, 18, 19 ; 
soixante. F» 251 v«. 

P. 140, 1. 8 : le forterèce. — Ms.AS : la ville. 

P. 140, 1. 10 : Akegni. — Ms. A 15 : Aquigny. 

P. 140, 1. 14 ; Ens ou. — Ms.AS : Dedens le. F* 252. 

P. 140, 1. 21 : apressë. — ilf#. A 15 : oppressez. F« 276. 

P. 140, 1. 28 : Hues. — Ms. A 8 ; Hugues. 

P. 140, 1. 30 : Saintpi. — Mss. ^ 6, 15 ; Sempy. F*" 253. 

P. 140, 1. 31 et 32 : du Edins. — Mss. A 3, 6, 7, 20 à 23 ; 
Hedin, Hesdin. 

P. 141, 1. 3 : songnièrent. — Mss. A 8, 15 ; pensèrent. 

§ 827. Entrues. — Ms. tt Amiens : Entroes que messires Je- 
hans de le Rivierre, messires Hughes de Ghastellon, messires Ou- 
darsde Renti, messires Engherans du Edins et li chevalier de 
Franche se tenoient devant le cite d'Euwrues et moult le constrain- 
droient, apressa li dus de Bourgoingne si fort chiaux don fort 
chastiel de GhameroUe, qu'il ne peurent plus durer et se rendirent 
simplement en le vollentë dou dit duc : autrement il ne peurent 
finner ne marchander. Si furent li Englès et li Navarois et li sau- 
doiier estrainge pris prisounniers , et tout li Franchois qui layens 
furent trouvet, mis à mort sans merchy. Et encorres dounna et 
abandounna li dis dus le castiel de GhameroUez à chiaux de Ghar- 
tres et dou pays de Biausse, liquel l'abatirent et arasèrent toutte 
à l'ounie terre, pour tant qu'il leur avoit fais trop de contraires. 



3i8 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

Puis se départi li dus et toutte li hos de là, et s'en vint devant 
Drue, un castiel séant en Biausse. Si le prist par forche et par' 
assault et mist a fin le plus grant partie de chiaux de dens, et 
puis s'en vinrent devant Preus. Si l'asegièrent et l'environnèrent, 
et y livrèrent pluisseurs assaux ainschois que il le pewissent avoir* 
Finablement, chil de dens se rendirent, sauve leurs corps, et riens 
dou leur n'en portèrent. Et quant li dus eut le saisinne dou dit 
castiel de Preus, U le dounna à un chevalier c'on noummoit dou 
Bos Ruflin, qui le fist remparer et ordounner bien et à point, et 
en fist une bonne garnison pour le tenir et garder bien et à point 
contre les ennemis. 

Depuis le concquès dou castiel de Preux , s'en vint li dus de 
Bourgoingne à Chartres pour lui rafreschir et ses gens , et re- 
garder quel part il se trairoient. Quant il eurent là estet environ 
cinq jours, si se traissent devant le castiel de Couvay, qui estoit 
tous plains de Navarois et de pillars. Et jura li dis dus de Bour- 
goingne qu'il ne s'en partiroit, si l'aroit concquis, et fist lever et 
drechier par devant huit grans enghiens qui nuit et jour jettoient 
à le fortrèche, et travilloit ciaux de dedens. 

En ce tamps que li dus de Bourgoingne faisoit ces sièges et ces 
chevauchies en Biausse contre et sus les Navarois et, d'autre part, 
que messires Bertrans de Claiequin, à toutte une grande route 
de Bretons et de Pickars , se tenoit viers Chierebourch et vers 
Constentîn, en le cite de Coustansse, par quoy nulle assamblée 
de Navarrois ne se pewist là faire, qui empeçassent le dit duc de 
Bourgoingne à faire ses sièges et .ses cevauchies, que il n'alaissent 
au devant, estoit messires Loeis de Navarre en le basse Auvergne 
et sus les marches de Berri, qui essilloit et travilloit le pais male- 
ment. D'autre part, chil qui estoient en le Charité sus Loire, cou- 
roient, enssi qu'il leur plaisoit, une heure par delà le Loire, l'autre 
jour par de dechà, et faisoient moult de destourbîers au pays. 
Ensi estoit li royaummes gueriiës de pluisseurs les, ne nuls n'o- 
soit aller adonc pour les pilleurs qui se nommoient Navarois, entre 
le Charité et Bourghes, ne entre Bourges et Orliiens, ne entre Or- 
liiens et Blois, ne entre Blois et Thours, ne tout sus celle marche. 

Et vous di que, dedens le comté de Blois, avoit si grant fuison 
de pilleurs et de robeurs, qu'il couroient tous les jours jusques as 
portes de Blois, quant ungs bons escuiers de Haynnau, qui s'ap- 
pelloit Allars de Donscievène, y vint de par le comte Loeys de 
Blois. Chils emprist le gouviemement dou pays et le trouva dure- 



[i364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 527. 319 

ment empeschiet , quant il y vint premièrement. Si y fist sus les 
ennemis dou pays maintes belles chevauchies et maintes apper« 
tisses d'armes. Et ent mainte belle aventure sus yaux et en fist 
tammaint monr par ses hardies emprises, et en délivra toutte la 
ditte comte de Blois. Et fist tant par ses proèches, que il en chei 
grandement en le grasce et en l'amour dou roy de Franche, et y 
devint chevaliers. 

Or nous retrairons au siège de Ck>uvay, que li dus de Bour- 
goingne avoit assis. Et tant le constraindi par assaux d'enghien 
et d'autres instrummens qu'il desrompi les murs et les tours. Et 
se coummenchièrent chil dedens durement à esbahir, et vinrent 
deviers leur cappittainne c'on appelloit Jaquefort, et estoit englès. 
Si le priièrcnt qu'il volsist traitier au duc de Bourgoingne que 
courtoisement les laisast passer, sauve leurs corps seuUement. 
Chilx en traita asmarescaux de l'ost, monsigneur Boucicau et mon- 
signeur Jehan de Vianne ; mes li dus ne volt point faire, s'il ne 
se rendoient simplement. Quant chil de Couvay virent qu'il ne 
poroient finner au duc de Bourgoingne , si n'en furent mie plus 
aise. Toutesfois, il se tinrent depuis uug grant temps. 

Or avint que li roys de Franche escripsi deviers son frère le 
duc de Bourgoingne, que, ces lettres veuwes, il se delivrast dou 
plus tost qu'il pewist, et s'en revenist arière en Franche et^ 
Bourgoingne, à tout che que il avoit de gens d'armes, car li comtes 
de Montbliart estoit entrés en Bourgoingne à plus de douze cens 
lanches, et li ardoit et destruisoit son pays. Quant li dus de Bour- 
goingne entendi ces nouvelles, si fu moût courouchiez, che fu bien 
raisons et laissa, parmy tant c'on le remandoit, chiaux de Couvay 
finer plus douchement, et se partirent sauve feurs corps, enssi que 
premiers avoient tretiet, ei rendirent le fortrèce, mes riens n'en 
portèrent. Quant li dus en eut pris le saisinne et le possession, il 
s'en parti et s'en revint o toutte son ost à Chartres, et assés tost 
apriès, à Paris. Et carga ses gens au comte d'Auchoire, au si^ 
gneur de Biaugeu et à monsigneur Loeys de Chalon, et puis s'en 
vint en Brie deviers le roy, son frère, qui le rechupt liement , à 
Vaus la Comtesse où il se tenoit adonc. 

Si ne séjourna gairez là li dus, mes s'en parti et s'achemina 
vers Troiez, et fist une especiaux priière k touttes gens d'armes, 
chevaliers et escuiers , que il volsissent venir et traire deviers 
Digon. Si en assambla et eut li dus grant fuisson. Quant li comtes 
de Montbliart entendi les nouvellez que lî dus de Bourgoingne 



320 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

venoit si efforciement coutre lui, si n'eut mie consseil de Faten- 
dre, et se retraist à touttes ses gens en Alemaigne, dont il estoit. 
Et quant li dus de Bourgoingne le sceult , si cheyauça avant et 
délivra son pays d'aucuns pilleurs et robeurs qui s'i tenoient, 
dont messires Jehans de Gaufour estoit chiés. Si y laissa mon- 
signeur Oede de Grantsi à gouvreneur, et puis si s'en revint en 
Franche. FM 33 v** et 134. 

P. 141, 1, 17 : cuvriiës. — M$s. A 6^ 1 : ennuyez. — Mss, A 
8, 15 : guerroiez. 

P. 141, L 21 : sur aultre. » M$. A 8 : l'une sur l'auU'e. 

P. 141, 1. 23 : Drue[s]. — Ms. A 8: Druez. - Ms. A 15 : 
Dreux. F» 276 v\ 

P. 141, 1. 31 : corps. — Mss, wrf 8, 15 ; vies. 

P. 142, 1. 6 : remparer. — Ms. A 8 : reparer. 

P. 142, 1. 8 : souffissamment. — Ms. ^ 8 ; à point. — Ms. A 
15 : seurement. 

P. 142, 1. 13 : Couvai.— j|f«. ^ 7, 8 : Connay. — ilf5. ^ 17: 
Cougnay. F» 316*. 

P. 1 42, !• 15 : pour tant se prendoit. ^ Mss. -r^ 8, 15 : pour 
ce se penoit» F« 252 v<», 

P. 142, 1. 27 : cil siège. — Ms. w^ 8 ; cil sage siège. 

P. 143, 1. 4 : Montbliar. — Mss. ^ 8, 15 : Montbeliart. 
^. 143 , 1. 5 : par devers. ^^Le ms. A iH ajoute : Othun et. 
F» 277. . 

P. 143, 1. 10 ; y besongnoit. — Mss. A 8, 15 : lui estoit 
mestier. 

P. 143* 1. 14 et 15 : pensieus. — Mss. A 8, 15 ; pensis. — 
Ms. A il : melancolieux. 

P. 143 : d'Arcies. — Mss. ^ 2, 11 à 14, 17 à 19 : d'A- 
cières. — Ms. A 23 ; d'Artres. — Ms, ^ 15 : d'Orties. 

P, 144, 1. 4 : Sansoirre. — Ms. A 8 ; Sancerre. 

P. 144, 1. 19 : Vregi.... Grantsi. — Ms^AB^ 15 : Vergy.... 
Grancée.... Grancy. 

P. 144, 1. 21 : Bourgongne. — Mss. A : Boulongne. 

S 528. Entnies. —AT*, tf Amiens : Quant li dus de Bourgoingne fu 
revenus en Franche avoecq ses gens d'armes, si fu ordouiinës de 
par le roy qu'il s'en alast par devant le Charité sus Loire et y 
mesist le siège; car li Navarrois qui dedens estoient en garnison, 
laisoient trop de maux ou pays. Si se iraist li dus de Bourgoingne 



[i364] VAIOANTES DU PREMIER UVRE, § 528. 321 

de celle part à grant fiiison de gens d'armes , et mist le siège 
par devant le Caritë sus Loire. Là estoient avoecq lui li comtes 
d'Auchoire et Loeis d'Auchoire qui fii là fès chevaliers, et mes- 
sires Robiers d'Allenchon qui fu ossi là fez chevaliers à une escar- 
muche qui fu devant les baillez, li sires de Fiennes, connestables 
de Franche, messires Loeys de Sanssoire, messires Emouk d'Au- 
drehen, marescal de Franche, monseigneur Bouchicau, le sei- 
gneur de Cran, le seigneur de Sulli, le Bèghe de Villainnez, le 
castellain de Biauvais, le seigneur de Montagut, d'Auvergne , 
et monseigneur Robert DaufQn, le seigneur de Viilars et de 
Roussellon, le seigneur de Galenchon, le seigneur de Tournon 
et grant fuisson d'autres. Là eult par devant le Charitë sus 
Loire grant siège et bel, et grant fuison de bonne chevalerie. 

tj avoit souvent assaut et escarmuches, car childe dedens se te- 
noient et deffendoient vaillamment. 

Encorrez se tenoient messires Jehans de le RIvierre et li sires 
de Gastellon et li autre chevalier par devant Ewrues , et estoient 
tenu tout le temps; et l'avoient souvent fait assaillir, mes petit 
y avoient conquis, car la chité estoit durement remforchie. Si les 
remanda li roys de Franche qu'il se partesissent d'iiluecq et ve- 
nissent devant le Carité. Si obéirent au roy, et fu deffais li sièges 
de devant Ewrues. Ossi messires Bertrans de Gaiekin, qui se 
tenoit en Gonstentin à grant fuison de gens d'armes, se parti 
d'illuec par l'ordonnance dou roy de France et s'en vint devant 
le Caritë. Si se logièrent tout chil seigneur avoecq le duc de 
Bourgoingne , et y avoit bel host et grant. Si y assaillirent li 
Franchois par pluisseurs fois, et y fissent maintes bêliez apper- 
tisses d'armes, tant par le rivierre comme par le terre, et furent 
là tout l'aoust et le mois de septembre ou priés. Finablement, 
chil qui estoient dedens regardèrent que leurs pourveanches es- 
toient admenries grandement, et n'estoit mies apparant qu'il fuis^ 
sent comfortë de nul costë, car messires Loeys de Navarre s'es- 
toit retrais. Pour chou traitièrent il au duc de Bourgoingne que 
de rendre le Charitë , sauve leurs corps et leurs biens. Li dus ne 
s'i volloit assentir s'il ne se rendoient simplement, et segnefia le 
traitiet au roy de Franche, assavoir qu'il en volloit dire et faire. 
F« 134. 

P. 145, 1. 3 : Moriel. —Ms.jdi^: Moreau. F*. 277. 

P. 145, 1. 23 : lances. — Le ms, j4 i^ ajoute : tous. 

P. 146f 1. 10 : deux mil. ^ Ms. A 15 : trois miL 

VI— 21 



3Î2 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

P. IW, 1. 15 : prendre priés. — Mis. ^^ 8, 15 à 17 : pener. 
P 253 V*. 

P. 146, 1. t7 : ces. — Le ms. A il ajoute : bons. F<» 317. 

P. 146, 1. 28 : besongne. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : besoiag. — 
Ms. Â 7 : besoigne. 

JJ 829. On Yoet. — Mt. et Amiens : Or estoit adonc en Fran«- 
che et dalles le roy messires Charles de Blois, qui [a voit relevet 
le ducë de Bretaingne et fait ent hoummaige au roy, et requeroit 
et prioit au roy et à son consseil qu'il fuist aidiez et confortes de 
gens d'armes à rencontre dou jonne comte de Montfort, qui li 
faisoit grant guerre en Bretaingne et seoit devant le bon et le bel 
castiel d'Auroy, à grant fuisson de gens d'armes, englès et bretons. 
Et par raison bien estoit li roys de Franche tenus de lui aidier, 
ens ou kas qu'il le tenoit en foy et en hoummaige de lui. Et ossi 
jadis li roys Phelippes , ses tayons , et li roys Jehans , ses pères , 
li avoient toudis aidiet à faire sa guerre. Dont li roys Caries eut 
consseil et vollentë que d'aidier monsigneur Carie de Blois , son 
cousin, qui bellement l'en prioit et requeroit, et li dist qu'il se 
traisist en son pays de Bretaingne et semonsist et assamblast tous 
les barons et chevaliers de Bretaingne, car temprement il li en- 
voieroit grant fuison de gens d'armes pour estre fors assës contre 
le comte de Montfort. Si se parti messires Caries de Blois dou dit 
roy et s'en vint à Nantes , et fist là son mandement de tous les 
barons et les chevaliers de Bretaingne dont il avoit l'amour et 
l'acord. Entroes seoit on devant le Carité sus Loire, siques, pour 
monseigneur Carlon de Blois aidier et comforter de gens d'armes, 
li roys laissa passer che tretiet de le Charité. Et s'en partirent 
chil qui dedens estoient, sans dammaige de leurs corps et de leurs 
biens, et se deffist li sièges, et s'en revint li dus de Bourgoîngne 
deviers le roy, F* 134. 

P. 147, 1. 1 : voet. — Ms. B ^ : peut. F» 266 V. — Ms.Bk : 
veult. F» 253. — Mss. A : vouloit. 

P. 147, 1. 5 : apressés. — Mss. A ifi à AT : oppressez. 
F* 317. 

P. 147, 1. 5 : rivière. — Le ms. A il ajoute : en tèle ma- 
nière. 

P. 147, 1. 10 : dou roy, — Le ms. A il ajoute : de Navarre. 

P. 147, 1. 24 : Navare. -^ Le ms. A il ajoute : point. 

P. 147, 1. 25 : li dus. — Le ms. A il ajoute : de Bourgongne. 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 830. 323 

§ ttSO. Li rois de France. — • Ms. éC Amiens : Adonc ordoun- 
na li roys [de Franche] que messires Bertrans de Claiequin s'en 
alla[st] en Bretaingne à tout une grant armée de corabatans, et 
aidast monseigneur Carlon de Blois à lever le siège de devant 
Auroy et à reconcquerre le pays que li comtes de Montfort 
tenoit. Che voiaige emprist li dis messires Bertrans moult vollen- 
tiers, et se traist deviers Bretaingne au plus tost qu'il peult, à 
grant fuisson de gens d'armes de Franche , de Normendie et de 
Pikardie. Ces nouvelles vinrent en l'ost le comte de Montfort, 
que messires Caries de Blois faisoit un grant amas de gens d'ar- 
mes et en menoit grant fuison de Franche, que li roys li envoieoit 
et desquels messires Bertrans de Claiequin et li comtes d'Auchoire 
et li comtes de Joni estoient chief. 

Si tost que li comtes de Montfort entendi ces nouvelles, il les 
senefia fiablement en la ducë d'Acquitainne, especiaiment devers 
monsigneur Jehan Gambdos, en li priant chierement que à ce 
grant besoing il le vosist venir comforter et conssillier, et qu'il 
apparoit en Bretaingne uns biaux fais d'armes auquel tout si- 
gneur, chevalier et escuier, pour leur honneur avanchier, dé- 
voient voUentiers entendre. Quant messires Jehans Camdos se vit 
priiës si affectueusement d<9u comte de Montfort , si s'avisa qu'il 
ne li faudroit mie et que ce seroit bien li acors et li voUentës dou 
roy d'Engleterre et dou prinche de Galles, ses seigneurs, qui ont 
toudis fait partie pour le dit comte à l'encontre de monseigneur 
Carie de Blois et des Franchois. Si se pourvey messire Jehans 
Cambdos bien et grandement, et queilla tous les compaignons 
qu'il peut avoir, Englès et autres , et vint en Bretaingne devant 
Auroy à plus de trois cens combatans. D'autre part, revint mes- 
sires Ustasses d'Aubrecicourt, qui en estoit ossi priiës, ad ce qu'il 
peut avoir de gens. Et ossi revint messires Gantiers Hués en 
ï'ayde dou comte de Montfort. Si vinrent pluisseur autre cheva- 
lier et escuier englès, qui tiroient et desiroient leurs corps à 
avancier et à yaulx combattre as Franchois ; car il estoient povre 
et avoienl tout despendut. Si en vint plus de cinq cens , sus le 
fianche de ce que on se combateroit , et se présentèrent ou ser- 
vice le comte de Montfort, de bonne vollentë, qui les rechupt 
liement et vit moût voUentiers. Et ossi li revenoient tous les jours 
gens d'Angleterre, où li dis comtes avoit envoiiet ses messaiges 
et estendus ses priières. Quant Englès et Breton en Ï'ayde dou 
comte de Montfort furent tout assamblet , il estoient bien seize 



324 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

cens combatans et sept cens archîers, sans l'autre ribaadaille qui 
▼ont à piet entre les batailles et qui ochient chiaux que les gens 
d'armes abatent. P 134. 

P. 148, 1. 19 : Normendîe. — Le ms. A il ajoute : contre 
Anglois et Navarois. F« 317 v«, 

P. 148, 1. 20 : et. — Mss. ^ 6, 8. 15 « 17 ; à. P» Î54. 

P. 148, 1. 23 : moult. — Mt. A, 8 : grandement. — Ms. A 
15 ajoiue : grandement. — Ms. A il : tout. 

P. 148, i. 24 : son. — Le ms. A il ajoute : vray et. 

P. 148, 1. 25 : Bretons. — Mss. A : gens. 

P. 148, 1. 26 : devers.— 'Ztf ms. Ail ajoute : la bonne ville de. 

P. 148, 1. 29 : frontière. -^ Ms. A % : siège. F» 254. 

P. 149, L 4 : venus. — Le ms. A il ajoute : à son aide. 

P. 149, l. 6 : li grigneur. — Mss. A S^ i^ à il : la. meilleur. 

P. 149, 1. 7 : tout. — Mss. AS.i^àil: en. 

P. 149, 1. 9 : pour. — Ms. A il : ordonnèrent. 

P. 149, 1. 11 : Montfort. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutent: qui 
se tenoit devant. 

P. 149, 1. 11 : ne demorèrent Ions jours. — Mss, ^ 8, 15 a 
17 : ne demoura guerres. F» 254. 

P. I(i9, 1. 13 : d'Auçoirre. — Le ms, B 6 ajoute : qui pour 
che tamps estoit en grant fleur. F* 637. 

P. 149, 1. 13 : Joni, — Mss. A i^ à il : Joingny. 

P. 149, 1. 14 : FriauviUe. --- Ms. A S : FreauviUe. — Ms. A 
15 ; Frainvflle. 

P. 149, l. 21 : rayde. — Ms. A il : le grant aide. 

P. 149, 1. 22 : des. — Le ms. A il ajoute : grans. 

P. 149, 1. 29 : apparoit. — Mss. A 6, S, i^ à il : esperoit. 
F« 254. 

P. 150, 1. 6 : l'ocquison. — Ms. A 7 : l'occoison. F« 256. — 
Mss. A S,i^àil : l'occasion. F» 254 v*. 

P. 150. 1. 10 et 11 : d'Acquitainnes. — Le ms. A il ajoute : 
moult amiablement. 

P. 150, 1, 13 : otant. — Ms. A il : quatre cens. 

P. 150, 1. 21 et 22 : compagnie. — Le ms. £ 6 ajoute : Sy i 
vinrent messire Robert Canolle en grant compaignie, ossy Hues 
de Cavrelée, messire Gautier Hues, messire Mahieu de Gournay, 
messire Jehan le Boursier, messire Symon Burlé et pluiseurs 
aultres, et s'en vinrent tout au siège devant Auroy, et tous les 
jours leur croissoicnt gens. F* 638. 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 53i. 325 

P; 150, 1, 27 à 30 : Si estoient.... arciers. — il/j. B 6 : et tant 
que il (les partisans de Charles de Blois) estoient bien dix huit 
cens lanches de très bonnes gens , et le conte de Montfort en 
avoit bien onze cens lanches. F" 639. 

P. 150, 1. 28 : combatans. — Mss. J ib à il : lances. 

§ 531. Nous revenrons. — Ms, if Amiens : Or revenrdns à 
monsigneur Garlon de Blois qui se tenoit en le bonne cité de 
Nantes, et faisoit son amas et sen assamblëe de chevaliers et d'es- 
cuiers de tous les là où il les pooit avoir, car bien avoit oy re- 
corder que li comtes de Montfort estoit durement fors et bien 
comfortës d'Englès. Si prioit les barons, les chevaliers et les es- 
cuiers de Bretaingne, dont il avoit euv et recheu les hoummaiges, 
qu'il li volsissent aidier à deffendre et garder son hiretaige contre 
ses ennemis. Si vinrent des barons de Bretaingne, pour lui servir 
et à son mandement : li viscomtez de Rohen, li sirez de Lyon, nies- 
sires Caries de Dignant , li sires de Rays , li sires de Rieus, li sires 
de Toumemine, li sires de Malatrait, li sires de Rochefort, li sires 
d'Ansenis, li sires de Gargoulë, li sires de Lohiac, li sires d'Avau- 
gor et li sires de Qui[n]tin. Tout chil baron de Bretaigne estoient 
avoecq monsigneur Carlon de Blois , et le tenoient à duc et à 
seigneur de par medamme se femme, et li avoient tout fait fealté 
et hoummaige. Encorres y avoit grant fuisson de chevaliers ba- 
chelers et d'escuiers, qui estoient là venu pour servir leur sei- 
gneur et leurs cors advanchier. Si se logièrent tout ehil seigneur 
à Nantez. Assés tost apriès, vint messires Bertrans de Claiequin, 
li comtez d'Auchoire, li comtes de Joni, li sires de Prie et grant 
fuison de bons chevaliers et escuiers de Franche. Et estoient* plus 
de mil combatans , toutte gens d'eslite, lesquels messires Caries 
de Blois vit très voUentiers, et les rechupt liement, et conjoy 
grandement messire Bertran de Claiequin et les corps des sei- 
gneurs. 

Quant les hos et les gens monsigneur Carlon de Blois furent 
touttes assamblëes , il ne veurent point faire trop lointaing séjour 
à Nantes ne illuecq environ ; mes prisent congiet à madamme la 
femme monsigneur Carlon de Blois, qui leur donna liement et dist 
à son marit, présent les barons de Bretaigne : « Monsigneur, 
vous allés deffendre et garder mon hiretaige et le vostre , car ce 
qui est mien est vostre , lequel messires Jehans de Montfort nous 
empèce et a empechiet ung grant temps à tort et sans cause, che 



3M CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

scet Dieux et 11 baron de Bretaingne qui diy sont , coumment j'en 
sui droiturière hiretière. Si vous pri chierement que, sus nulle 
composition ne tretiet d'acort, ne voeiiliës descendre que li corps 
de la duchë ne nous demeure. » Et li chevaliers messires €arles 
de Blois li eut en couvent que ossi ne feroit il. Adonc le baisa il 
et prist congiet, et le damme moult bellement li donna congiet 
et à tous les barons de Bretaingne ossi, l'un après l'autre. Si se 
départirent de Nantes et de là environ touttes mannierres de gens, 
et prissent le chemin de Rennes. Tant s*esploita li hos monsei- 
gneur Charlon de Blois qu'il vinrent à Renues, et là se reposè- 
rent et rafreschirent deus jours. F» 134 v«. 

P. 151, 1. 1 : revenrons. — Mss, A 6, 8, 15 à 17 ; retour- 
nerons. 

P. 151, 1. 10 : son, — Les mss, ^ 15 à 17 ajoutent: droit. 

P. 151, 1. 15 : Malatrait. — Mss. ^ 15 à 17 ; Malestroit. 
P279. 

P. 151, 1. 16 : li sires de Rocefort. — Ms, A 15 .' monseigneur 
de Loheac. 

P. 151, 1. 17 : Gargoulë. — Mss. ^ 15 à 17 : Gargolay. 

P. 151, 1. 17 : dou Pont. — Ms. ^ 15 ; le seigneur de Viet- 
pont. ^ Le ms, A M ajoute : monseigneur Olivier de Mauny. 
F* 318 v«. 

P. 151| 1. 18 : d'aultres. — Le ms. A M ajoute : bons che- 
valiers. 

P. 151, 1. 21 : vingt cinq cens lances. — Ms, B % : neuf cens 
lanches et cinq cens archiers et mille hommes de piet parmy les 
pillars. F» 640. 

P. 151, 1. 23 : lontain. — Mss. A : long. 

P. 151, 1. 30 : hiretage. — Le ms. A M ajoute : de Bre- 
taingne. 

P. 152, 1. 3 et 4 : sus nulle.... descendre. — Ms, A *! : h. 
nulle.... descendre. F« 256 v«. — Mss. A G^ S : nulle.... faire 
ne descendre. F» 254 v«. — Mss. A m à il : faire ne con- 
descendre. 

P. 152, 1. 5 : à\xcé. — Le ms. A 8 ajoute : de Bretaingne. 
F»255. 

P. 152, 1. 6 : couvent. — Mss. -^ 8, 15 <i 17 ; convenant. 

P. 152, 1. 6 à 14 : Adonc se parti.... ennemis. — Ms. B % : 
Che samedy se partirent de le ville de Dignant en Bretaigne mes- 
sire Gharle de Blois et sa route , et chevauchèrent vers Auroy et 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 832. 327 

se vinrent logier as plains camps de haulte uonne à une pedtte 
lieuwe d'Auroy et de leurs ennemis. F* 640. 

P. 152, 1. 11 : Rennes. — Mss. ^ I à 6, 11 à 14, 18 à 22 : 
Vernies. 
P. 152, l. 13 : couvenant. — Mss, ^ 8, 15 à 18 : couvine, 
P. 152, 1. 14 : ennemis. — Les mss. J M à \k ajoutent : et 
aviser aucun lieu souffisant pour combatre leurs ennemis, ou cas 
qu ilz trouveroient tant ne quant de leur avantage sur eulx. Et 
là furent dites et pourparlées pluseurs paroles et langages, à cause 
de ce , des chevaliers et escuiers de France et de Bretaigne qui 
là estoient venus pour aidîer et conforter messire Charles de 
Blois qui estoit moult doulz et moult courtois, et qui par adven- 
ture se feust voulentiers condescendu à paix et eust este content 
d'une partie de Bretaigne à peu de plait. Mais , en nom Dieu , 
il estoit si boutez de sa femme et des chevaliers de son coustë, 
qu il ne s'en povoit retraire ne dissimuler. 

§ 832. Entre Rennes. — Ms. d'Amiens : Entre Rennes et 
Auroi, où li sièges des Englès estoit, a huit lieuwes. Les nouvelles 
en Tost englesce vinrent que messire Caries de Blois aprochoit 
durement et amenoit droite fleur de gens d'armes, et estoient 
bien vingt cinq cens lanches , chevaliers et escuiers , et plus de 
trois mil d'autres gens à mannierre de bringans. Si tost que ces 
nouvelles furent venues en l'ost , elles s'espardirent partout. Si 
coummenchièrent chil compaignon à remettre leurs armures à 
point et à reparer et ordounner tout leur harnas, car bien savoient 
qu'il se combateroient, et li pluisseur ossi en avoient grant désir. 
Adonc se traissent à consseil les cappittainnes de l'host : li comtes 
de Montfort premièrement, messires Jehans Camdos, j^r qui tout 
s'ordonnoit, messires Robers Canolles , messires Oliviers de Cli- 
chon, messires listasses d' Aubrecicourt , messires Gantiers Huet 
et messires Hues de Cavrelée. Si regardèrent chil chevalier, par 
le consseil et avis li uns de l'autre, qu'il se trairoient au matin 
hors de leurs logeis et prenderoient tierre et place sour les camps, 
et Taviseroient de tous asens , pour mieux avoir ent le connis- 
sanche. Si fu enssi segneGiet parmy leur host que chacun fust 
à l'endemain appareilliës et mis en aroy, si comme pour com- 
battre. Ceste nuit passa. L'endemain vint, qui fu par un samedi, 
que Englès et Bretons yssirent hors de leurs logeis et s'en vinrent 
moult faiticement et moult ordonneement enssus dou castel , et 



328 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

prissent place et terre, et dissent que là atenderoient il leurs 
ennemis. Droitement enssi que environ primme ^ messires Caries 
de Blois et toutte sen host vinrent, qui s'estoient parti le venredi 
de le cite de Rennes , et avoient celle nuit jut à troix lieuwes 
pries d'Auroi. Si estoient les gens monsigneur Charlon de Blois 
le mieux ordounné et le plus faiticement que on peuist veoir ne 
deviser, et chévauchoient ossi serré que on ne pewist jetter ung 
estuef qu'il ne cheist sus pointe de glave ou sur bachinet. El 
venoient en cel estât tout le pas, chacuns sires avoecq ses gens 
et desoubz se bannierre. Si trestost qu'il virent les gens le comte 
de Montfort, il s'arestèrent tout quoy et regardèrent et advisèrent 
terre et place à l'avantage, pour yaux traire. Si se missent de ce 
costë, le visaige viers les ennemis et tout à piet, car il veoient 
ossi leurs ennemis en tel estât, et ordonnèrent leurs batailles li 
UBg et li autre, enssi que pour tantost combattre. F^ 134 v« et 
435. 

P. 1S2, 1. 15 : Rennes. — Mss. j4 i à 6, ii à 14, 18 à 22 : 
Venues. 

P. 152, 1. 22 : joiant. — Mss. A : joyeux. 

P. 152, 1. 30 : conseil. ^ Le ms. J il ajoute : les Anglois et 
Bretons et aussi le dit conte. 

P. 153, 1. 1 : Cavrelée. — Mss. Ai^àil : Carvalay. 

P. 153, 1. 2 : Hués. — Ms. A 17 : de Manny. 

P. 153, 1. 8 : avoir ent. — Mss. ^ 8, 15 a 17 .* en avoir. 

P. 153, 1. 14 : logeis. — Mss, A 6, 8, 15 à 17 ; boys. F» 255. 

P. 153, 1. 15 : ensus. — Mss. A 6, 8, 15 à 17 ; arrière. . 

P. 153, 1. 18 : que entours. — Mss. A VS à il : comme à. 

P. 153, 1. 22 : [d'Auroy]. — iiff. Jî 1, /. II, /^ 195 V ; d'yaus. 
Mauvaise leçon. 

P. 153, 1. 24 : convenant. — Mss. A S^ 15 à 17 ; couvine. 

P. 153, 1. 26 : estuef. «^ Les mss. A ajoutent : entre eulz. 
F» 257. 

P. 153, 1. 30 et 31 : desroyer. — Mss. A S^ 17 .• desreer. 

P. 154, 1. 4 : convenant. — Mss. ^ 8, 15 à 17 .* couvine. 

§ 855. Messires. ^^Ms, (£ Amiens : Messires Caries de Blois, 
par le consseil de monseigneur Bertran de Claiequin, qui estoit là 
ungs grans chiës et moût crëus et aloses des barons de Bretaingne, 
ordounna ses batailles e^ en fist troix et une arieregarde. Si me 
samble que messires Bertrans eult la première, avoecq grant fiiison 



[13641 VARIANTES DU PREMIER LIVRE, g î^34. 829 

de bons chevaliers et escuiers de Bretaingne. La seconde eut lî 
comtes d'Auçoire, li comtes de Joni, avoecq grant faison de bons 
chevaliers et escuiers de Franche. La tierce eut messires Cariez 
de Blois, avoecq pluisseurs taux barons de Bretaingne, le vis- 
comte de Rohem , le seigneur de Lion , monseigneur Carie de 
Dînant et des autres qui se teuoient dallés lui. En Farieregarde 
estoient li sires de Rais, li sires d'Avaugor, li sires dou Pont et 
li sirez de Toumemine. Si avoit en chacune bataille bien mil 
combatans. Là alloit messires Caries de Blois, de bataille en ba- 
taille, priier et amonester chacun moult bellement qu ils volsissent 
y estre loyal et preudomme et bon combatant, et retenoit que 
c'estoit sus son droit qu'il se combatoient. Si liement et si douce- 
ment les prioit et amonestoit , que chacuns en estoit tous recom- 
fortes. Et li disoient de grant voUentë : « Monseigneur, ne vous 
doutés, car nous demorrons dallés vous. » Or vous parlerons dou 
convenant des Englès et des Bretons ^de l'autre costet, et com- 
ment il ordonnèrent leurs batailles. P* i85. 

P. i54, 1. 8 : chiés. — Ms, A Vt : capitaine. 

P. 154, 1. 8 : aloses. — Ifw. urf 6, 8, 45 i 17 ; louez. 

P. 154, 1. 15 : grigneur. — Mss, ^ 8, 15 à 17 : meilleur. 

P. 154, 1. 19 : Malatrait. — Le ms, ^15 ajoute : monseigneur 
de Tournemine. F» ^0. 

P. 154, 1. 20 : aultre. — Le ms, J M ajoute : barons, cheva- 
liers et escuiers que je ne sçay pas touz nommer. 

P. 154, 1. 21 : Rieus. «^ Le ms, ^15 ajoute : le sire de 
Quintin, le sire de Combour, le seigneur de Rochefort et plusieurs 
autres. F» 280. 

P. 154, 1. 27 : retenoit. — Ms. A M : prenoit. 

P. 1 54, 1. 30 : avoient tout en couvent. — Ms. A % : avoîent 
promis. — Mss. ^ 15 à 17 ; promistrent. 

9 854. Messires Jehans. — Ms. d^ Amiens : Messires Jehans 
Camdos, qui estoit cappitainnes et regars et souverains dessus 
yaux tous , quoyque li cômtez de Montfort en fuist chiés , car li 
roys englès li avoit enssi escript et mandet que souverainnement 
il entendesist à son fil le comte de Montfort, prisoit durement en 
coer et à ses gens ossi Tordounnance et l'aroy des Franchois , et 
veoit bien, se combattre les couvenoit, enssi qu il esperoit bien 
que che feroit, qu'il ne l'aroient mies d'avantaige. Et disoit enssi 
messires Jehans Camdos que oncques en sa vie il n'avoit veu gens 



330 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

mieux ares , ne en si coavignable oouvenant que li Franchois es- 
toient. Si se vot ordounner seloncq chou et fist trois batailles et 
une arîeregarde, et mist en le premierre monseigneur Robert 
Canolle, monseigneur Gautier Huet et monseigneur Richart Rurlë; 
en le seconde, monseigneur Olivier de Clichon, monseigneur Ma-> 
hieu de Goumay et monseigneur Ustasse d'Aubrecicourt. La 
tierce, il ordounna au comte de Montfort, et demoura dalles lui. 
Et avoit en chacune bataille cinq cens hommes d'armes et trois 
cens archiers. 

Quant ce vint sus rarrierregarde , il appella monseigneur Hue 
de Cavrelëe et li dist ensi : a Messire Hues , vous ferës Tar- 
rieregarde et ares cinq cens combatans ,^ et vous tenrës sus elle 
et recomforterës nos batailles là où vous les verres branler : 
et ne vous partirés ne bougerez de vostre establissement pour 
cose qui aviegne, s'il ne besoingoe, fors en Testât que je vous 
ai dit. » Quant li chevaliers entendi messire Jehan Camdos, si fu 
mont courouchiës et respondi en tel manière : » Sire, sire, bailliës 
ceste arrieregarde à ung autre c'a moy, car je ne m'en quier ja 
à ensonniier ; mes en quelle manierre m'avës vous desveu que je 
ne soie ossi bien tailliës de moy combattre tout devant et des 
premiers ossi bien c'uns autres?» Dont respondi messires Jehans 
Camdos moult aviseement et dist : ce Messire Hue, messire Hue, 
je ne vous estaublis mie en l'arrieregarde pour cose que vous ne 
soiiës ossi bons chevaliers et ossi seurs que nulx qui soit sour le 
place. Et say bien que très vollentiers vous vos combateriës des 
premiers ; mes je vous y ordounne pour tant que vous estez ungs 
sages et avises chevaliers , et se convient que li ungs y soit et le 
face. Si vous pri chierement que vous le voeilliës faire, et je vous 
ay en couvent, se vous le faittez , nous en vaurons mieux et y 
acquerrons haute honneur. Et le première priière et requeste, 
quelle qu'elle soit , je le vous acorderay. » Encorres s'escuza li 
chevaliers et dist : a Sire, ordounnës y ung autre, car je me voeil 
combattre tout des premiers. » De ceste responsce fu messires 
Jehans Camdos moult courouchiës, et le reprist et dist : « Messire 
Hue, or regardes et eslisiës. Ou il convient que vous y allës et le 
fachiës, ou il convient que je y voise et le fâche. Et par ma teste, 
se je ne quidoie que honneurs et prouflis ne nous en deuist 
venir de vous plus que d'un aultre, je ne vous en requerroie ja. » 
Quant messire Hue de Cavrelëe se vit si constrains et apressës 
de monsigneur Jeban Camdos, si ne l'oza courouchier ne plus es- 



[1364] VARIANTES DU FRETER LIVRE, $ 53S. 331 

condire, et dist : ce Sire, sire, ce soit ou nom de Dieu et de saint 
Jorge, et je Temprench volontiers. » Dont prist messires Hues de 
Cavrelëe ceste bataille, et se traist tout enssus des autres sus elle 
et se mist en bonne ordounnanche. F<* 135. 

P. 1S5| 1. 5 : quoique. — Ms, A 17 : non contrestant que 

il. — Ms. ^ 17 : le comte de Montfort. 
: aucuns. — • Les mss, A 8, 1 5 à 17 ajoutem : 

* 
: convenant. — Ms, A iH : couvine. 
: hui.'— Ms, A il : aujourd'ui. 
: entente. — Mss. A i d 6^ 8, 15 à 17 ; en- 

: Richart Burlë. — Ms. A il : Thomas Brulë. 

trois cens. — Ms. A il : quatre cens. 

Cavrelëe. *- Ms^ A iti à il : Garvallay. 

cinq cens. — Ms. B t : trois mille. F* 644. 

vo. — Mss. A : vostre. 

: besongne. — Mss, A %^ i^ à il : besoing. 
P. 156, 1. 10 : ouvrent. — Mss. ^ 8, 15 «s 17 ; euvrent. 
P. 156, 1. 17 et 18 : ensonniier^ — Mss. ^ 8, 15 «z 17 ; em- 



F» 320. 




P. 


IS», 1. 


9: 


P. 


155,1. 


11 


bons 






P. 


155, 1. 


13 


P. 


155, 1. 


15 


P. 


155, 1. 


83 


tencion. 




P. 


155, 1. 


30 


P SiO v». 




P. 


156, 1. 


4: 


P. 


156, 1. 


6: 


P. 


156, 1. 


7 : 


P. 


156, I. 


8: 


P. 


156, 1. 


10 



P. 156, 1. 18 : chiers. — Mss. ^ 15 à 17 .• beau. 

P. 156, 1. 19 : estât. ^- Le ms. A il ajoute : ne en quel lieu 
ou place. F> 321. 

P, 156, 1. 19 : desveu. — Jlf5, A IT; veu deffaillir. 

P. 156, 1. 25 : bons. — Ms. A il : meilleurs. 

P. 156, 1. 29 : li uns. ^ Les mss. A il^ à il ajoutent : de 
nous deux. 

P. 157, l. 8 : ces. — Les mss. AS^ 15 à 17 ajoutent : nou- 
velles. 

S tfStt. Enssi. — Ms. tT Amiens : Ensi ce samedi au matin, qui 
fu le huitime jour dou mois d'octembre l'an mil trois cens soissante 
quatre , furent ces batailles ordounnées Tune devant l'autre , en 
ung biau plain, assés pries d'Auroy en Bretaingne. Si vous di que 
c'estoit moult belle cose à veoir et à comsiderer, car on y veoit 
bannières, pennons parés et armoiiës moult ricement de tous 
costës. Et par especial li Franchois estoient si faiticement et si 



332 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

souffisamment ordonna, que c'estoit ungs grans déduis dou re- 
garder. 

Or vous di que , entroes qu'il ordonnoient et advisoient leurs 
batailles et leurs besoingnes, li sires de Biaumanoir, ungs grans 
barons et rices de Bretaingne, aloit de l'un à Tautre, traitant et 
pourparlant de le pais, car vollentiers l'i euîst veut, s'il pewist, et 
s'en ensonnioit en bonne manière. Et le laissoient li Englès et li 
Breton de Montfort aller et venir et parlementer à monseigneur 
Jehan Camdos et au comte de Montfort, pour tant qu'il estoit pn- 
sounniers par deviers y aux et qu'il ne se pooit armer. Si mist, che 
samedi, maint pourpos et tamainte parchon avant, pour venir à 
pès, mes nulle ne s'en fist. Et tint les batailles en cel estât jusquez 
à nonne, et prist une souffrance à durer tout le jour et toutte le 
nuit et l'endemain jusques soleil levant entre les deus hos. Si se 
retraist chacuns à son logeis bellement et faiticement, et se aisiè* 
rent de ce qu'il eurent. Che samedi au soir, yssi li cappittainne 
d'Auroy hors dou castiel et de le ville à quarante armurez de fer, 
liquels s*appelloit Henris de Sautemelle, et estoit ungs bons es- 
cuiers et qui loyaument s'estoit acquités enviers monsigneur 
Carlon de Blois de garder le forterèce d'Auroy. Si le rechupt li 
dis messires Caries moult lîement , et li demanda de Testât dou 
castiel : a En nom Dieu, monsigneur, dist li escuiers , Dieu mer» 
chi , si sommez encorrez bien pourveu pour le tenir deus mois , 
s'il besoigne. » — « Henry, Henry, respondi messires Cariez , 
demain, se il plaist à Dieu, serës vous délivrés dou siège ou par 
accord ou par bataille. > — «Sire, ce dist li escuiers. Dieux y 
ait part, qui vous doinst victore contre vos ennemis ! » 

Enssi se passa chilx samedis toutte nuit. Et menèrent li Fran- 
chois grant joie et grant revel, et d'autre part ossi fissent li En- 
glès. Et requissent li aucun compaignon et priièrent moult espe- 
cialment à monsigneur Jehan Camdos qu'il ne volsbt mie con- 
sentir que nus tretiés ne nulx acors de pès se fesist, car il avoient 
tout despendu et aleuwet et estoient povre : si voUoient par le 
bataille ou tout parperdre ou recouvrer, et messires Jehans Cam* 
dos leur eut en couvent. FM 35. 

P. 157, 1. 25 : plains. — Le ms, A M ajoute : les autres, en 
une grant lande et longue. F* 321 v«. 

P. 158, 1. 4 : de l'un. — Les mss. A i^ à M ajoutent : host. 

P. 158, 1, 5 : l'i eubt veu. — Ms. -^ 17 ; il eust veu certain 
acord cntr'eulx. 



[1364] VARIANTES DU PREAilER LIVRE, $ 536. 333 

P. 188, 1. 23 : Sattternelle. — Msi. ^ 3, 15 ^ 17 ; Hanter- 
nelle, Hantcrnelle. F» 256 ▼•. — Ms. £ Q : Sautrelle. P 640. 

P. 158, 1. 25 : lanches. — JMss. ^ 15 ^ 17 ; hommes d'armes. 

P. 158, 1. 29 : li chastelains. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; li es- 
cuiers. 
:^ P. 159, 1. 18 : à ce Hemî. -^ Ms. J il : k son escuier. 

P. 159, 1. 19 : nuitie. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : nuit. 

P. 159, 1. 24 : tout aleuet et. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : tout le 
leur. 

P. 159, 1. 25 : parperdre ou recouvrer. — Ms. A il : tout 
perdre ou tout gainnier ou au moins aucune chose recouvrer. 
F» 322. 

P. 159, l. 25 : ou. — Le ms. A 15 ajoute : aucune chose. 

P. 159, 1. 26 : en couvent. — Ms. A 15 ; en couvenant. — 
Ms. A il : encouvenancié. — Les mss. A i^ à il ajoutent : et 
le leur promist ainsi. 

§ tt56. Quant ce vint. — Ms. et Amiens : Quant ce vint le 
dîemenche au matin , chacuns en sen host s'appareilla , vesti et 
arma. Si dist on pluisseurs messes en Tost le dit monsigneur Carie 
de Blois, et s'acumenia qui acumeniier vot, et ossi fissent il en 
l'ost le comte de Montfort. Ung petit après soleil levant, se re* 
traist chacuns en se bataille et en son arroy, enssi qu'il avoient 
estet le jour devant. Assës tost apriès , revint li sirez de Biau- 
manoir, qui portoit lez tretiez et qui vollentiers les ewist acordës, 
s'il peuist,. et s'en vint premier à chevauchant deviers monsigneur 
Jehan Gamdos, qui yssi de se bataille et laissa le comte de Mont- 
fort, et vint sus les camps contre le dit seigneur de Biaumanoir 
pour li faire une briefve response et pour son corps garder, car 
il avoit oy dire et jurer les Englès que, se il venoit plus avant 
pour tretier ne porter pès ne acort, il l'ociroient. 

Siques , si tost que messires Jehans Camdos peut venir jusques à 
lui , il li dist : ce Sire de Biaumanoir , sire de Biaumanoir, je vous 
avisse que vous ne venés meshui plus avant ; car nos gens dient qu'il 
voellent combattre et qu'il vous ochiront, s'il vous puevent enclore 
entre yaulx. Et dittes à monsigneur Carie de Blois que messires se 
voelt combattre et qu'il ne voelt oyr ne entendre à nul tretiet, s'il 
n'est plainement dus de Bretagne, v Quant li sires de Biaumanoir 
entendi Camdos enssi parler, si fu moût courouchiez et dist : « Cam- 
dos, Caindofy ce n est mie li entente de monseigneur qu'il n'ait 



334 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1364] 

plus grant désir de cooobattrey et touttes ses gens^ q(tt vous 
n'aiiës, et ont toodis eu. Et che que je m'en sui eosonniiés jasc*à 
ores, je l'ay fait en espèce de bien et pour tant que je voy, d'un 
lez et de l'autre, grant fuison de bonne chevalerie de ce pais qui 
ne se poront combattre que grans meschief n'en viegne ; et puis- 
qu'il faut qu'il aviegne, Dieus Toeille aidier le droit, car li ungs 
des deux chiés demoùrra hui dus de Bretaigne. » 

Adonc s'en retourna il TÎstement deviers monsigneur Carlon de 
Blois, et Camdos deviers le comte de Montforty qui li demanda tantost 
quel cose li sires de Biaumanoir disoit. Et Camdos respondi tout au 
contraire, pour li enflammer et couronchier : « Quel cose? Sire, je 
le vous diray. Messires Cariez de Blois vous mande que sans rai- 
son on tretîe ne paroUe de nulle pès ; car il demoùrra ducs de Bre- 
taingne, et n'y ares riens : ossi nul droit n'y avës de riens avoir, et 
tout ce vous remoustr[er]a il tantost par force d'armes. Or en re- 
gardez que vous en voullés faire, se vous vous voulMs combattre. » 
— Par me foy, dist li comtes de Montfort, Camdos, oil. Faittez 
passer avant nos bannières^ ou nom de Dieu et de saint Gorge. » 
Depuis n'y eut riens tretiet ne parlementet entre les deux hos; 
car li sirez de Biaumanoir revint tantost deviers monseigneur 
de Blois, et li dist le responce de Camdos telle que vous aveK oye. 
Dont messires Caries tendi ses mains vers le chiel , en regraciant 
Dieu de le belle gent et de le grande chevalerie qu'il vemt dallés 
lui, et puis dist : « Passés avant, bannierrez , ou nom de Dieu et 
de monsigneur saiat Yve. » F« 135 v«. 

P. 160, 1. 1 : se acumenia.... venlt, — Ms. J S : se comme- 
nièrent ceulx qui vouldrent. F* 257. — AKr. ^ 15 ; s'acconunn- 
nièrent ceulx qui vouldrent. F* 281 v«. — Ms. ^ 17 : se acom- 
missèrent tous ceuls qui vouldrent. — Le ms, S 6 ajoute : et puis 
burent un cop et s'armèrent. Et se tirèrent tout sur les camps au 
devant de leurs ennemis ossy serreement comme on povoit, les 
lanches contremont et grandes haches forgies à Paris et ailleurs 
pendant à leur costé. Et s'en vinrent ensy tout à piet en une 
plache au trait de trois arbalestres près de leurs ennemis. F* .641 . 

P. 160, 1. 8 : à. — Mss. A : en. 

P. 160, 1. 10 : vei. — Les mss. ^ 8, 15 à 17 ajoutent : venir.' 

P. 160, 1. 21 : pri. — Ms. A |5 : avise. 

P. 160, 1. 29 : le painné. — Mss. A : la place. 

P. 161, 1. 2 : s'enifeUeni. — Mss. A %, 15 ; s'enfelonni. — 
Ms. A M : s'afelonnit. 



[1364] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, § 537. 335 

P. 161, 1. 2 ; courouciës. — Le ms. A il ajoute : et tant que, 
se il eust esté armé comme monseigneur Ghandos estoit, pour cer- 
tain ilz eussent commencé la bataille. F<* 322 y*. 

P. 161, 1. 3 : monsigneur. — Les mss. wtf 15 à 17 ajoutent : 
Charles de Blois. 

P. 161, 1. 15 : Bretagne. — Les mss. ^ 8, 15 à 17 ajoutent : 
aujour d'uy. 

P. 161, 1. 16 : le paînne. — Mss, -^ 8, 15 a 17 ; la place. 

P. 161, 1. 25 : si fisent. — Mss. wtf 8, 15 a 17 ; se passèrent. 

P. 161, 1. 28 : grosse. — Mss, ^ 8, 15 a 17 ; orguilleuse. 

P. 162, 1. 2 : hui. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : au jour d'ui. 

P. 162, 1. 2 : font, — Mss. ^ 6, 8 ; distrcnt. — Ms. A il : 
le scèvent bien. F» 323. 

P. 162, 1. 4 : banières. — Ms. ^ 15 : et pennons et toutes 
manières de. F* 282, 

^ 857. Un petit. — Ms. é^ Amiens : Ung petit devant l'eure 
de primme, s'aprocièrent les batailles. Dont ce fu très belle cose 
à regarder, si comme je Toy dire à chiaux qui y furent et qui 
veu les avoient, car li Francbois estoient ossi serré et osst joint 
que on ne pewist mies jetter une pomme que elle ne cheyst sus 
un bachinet ou sus une lanche. Et portoit chacuns hommes d'ar- 
mes son glaive droite devant lui, retaillie enssi que de cinq pies, 
et une hace forte et dure et bien acérée , chacuns sus son col ou 
sus sen espalle. Et s*en venoient enssi tout bellement le pas, cha- 
cuns sirez en son arroi et entre ses gens , et se bannierre ou se 
pennon devant lui , enfourmés de savoir quel cose il devoit faire. 
Et, d'autre part, li Englès estoient très bien et très faiticement 
ordonné. 

Si s'asamblèrent premièrement li bataille monseigneur Bertran 
de Claiequin et li Breton de son lés, à le bataille monseigneur 
Robert GanoUe et monseigneur Gautier Huet. Et missent li sei- 
gneur de Bretaingne, cil qui estoient d'un lés et de l'autre, les 
bannierrez des deus dus l'un contre l'autre, et les autres ba- 
tailles s^asamblèrent enssi l'un contre l'autre. Là eut des premiers 
encontres grans bouteis des lanches et fort estour et dur. Bien 
est voirs que li arcier trayrent de coummenchement, mes leurs 
très ne greva noyent as Franchois, car il estoient trop bien armet 
et fort et ossi bien pavesciet contre le tret. Si jettèrent cil ar- 
cliier leurs ars jus, qui estoient fort compaignon et legier, et se 



336 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

boutèrent entre ces gens d'armes de leur costë, et puis s'en vin- 
rent à ces Franchois qui portoient ces haces. Si s*aherdoient à 
yaox de grant vollentë et tolioient as pluisseurs leurs haces, de 
quoy depuis se combatirent. Là eut fait mainte belle apperdse 
d'armes, mainte luite, mainte prise et mainte rescousse. Et sachiës 
qui estoit cèus à terre, il estoit fort dou relever^ se il n'estoit 
trop bien aidiës. 

La bataille monseigneur Charle de Blois s'adrecha droitement 
à le bataille le comte de Montfort qui estoit forte et espesse. 
Dalles monseigneur Carlon de Blois estoient li sires de Lion, 
messires Caries de Dinant , li viscomtez de Rohem , li sirez de 
Qui[n]tin, li sirez d'Ansenis et li sires de Rocefort, et chacun 
sires se bannierre devant lui. Là eut ^ je vous di y dure bataille 
et grosse et bien combatue. Et furent chil de Montfort de coum- 
menchement durement reboutet; mes messires Hues de Cavre- 
lëe , qui estoit desus èle et qui [avoit une belle bataille et de 
bonne gent , venoit à cel endroit ou il veoit ses gens branller, 
ouvrir ou desclore, et les reboutoit et metoit sus par force d'ar- 
mes. Et ceste ordounnance leur valli trop grandement; car, si 
tost qu'il avoit les foullës remis sus et il veoit une autre bataille 
ouvrir ne branler, il se traioit de celle part, et les recomfortoit 
par telle mannierre comme il est dit devant. F<* 135 v<> et 136. 

P. 162, 1. 6 : S 537. — Le nu. j4 i}i ajoute : Mab tantost. 

P. 162, 1. 14 : courtes mances. — Ms. A 8 : petis manches. 
P 257 v<». — Ms. ^ 15 : à bien court manche, — Ms. wtf 17 : un 
petit manche. 

P. 162, 1. 17 ; lui. — Le ms, A il ajoute : chascun tout. 

P. 162, 1. 20 : assamblèrent. — Le ms. A 15 ajoute : ces ba- 
tailles. F» 282. 

P. 162, 1. 21 : Claiekin. ^^ Le ins. A il ajoute : et de mon- 
seigneur Olivier de Mauni son nepveu. F"* 323. 

P. 162, 1. 21 : de son les. — Ms. A il : de leur costë. 

P. 162, 1. 27 et 28 : premiers encontres.-^Mss. ^ 8, 15 à 17 : 
première rencontre. 

P. 162, 1. 29 : estour. — Mss. A %, i^ à il : estrif. 

P. 163, 1. 5 : se aherdirent. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : s'adre- 
cèrent. 

P. 163, 1. 7 : haces. — Le ms. B 6 ajoute : Et en y eurent 
plus de cinq cens, et che parfist le desconfiture , car il ochioient 
les Franchois et les Bretons de leurs haches. F* 647. 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 538. 337 

P. 163) !• 8 : faiticement. — Mss, J S, iH à 17 : hardiement. 
P. 163, l. 10 et 11 : c'estoit fort dou. — Ms. ^ 15 ; il ne se 
poYoit. / 

§ 838. D'autre part. — Ms, et Amiens : D'autre part, se com- 
batoient messires Olivier de Clichon, messires Ustasses d'Aubre- 
dcourt, messires Richars Burlé» messires Jehans Bourssiers, mes- 
sîre Mahieux de Goumay, à le bataille le comte d'Auchoire et 
dou comte de Joni , qui estoit moult grande et moult grosse et 
bien estoffëe de bonne gens. Là eut fait ossi mainte belle apper- 
tise d'armes et mainte prise et mainte rescousse. Là se comba- 
toient Franchois et Bretons, d'un les, moût vaillamment et mont 
hardiement, des haces qu'il portoient et qu'il tenoient. 

Là fu messires Caries de Blois durement bons chevaliers, et qui 
vaillamment et hardiement se combati et assambla à ses ennemis, et 
ossi fist ses adversaires le comte de Montfort : chacuns y enten- 
doit enssi que pour lui. Là estoit messires Jehans Camdos, qui y 
faisoit merveilles d'armes de son corps, car il estoit fors chevaliers 
et hardis durement; si conssilloit et comfortoit le comte de Mont- 
fort en touttes manierrez , et le faisoit passer avant et arester, 
quant il veoit que tamps estoit. 

D'autre part, messires Bertrans de Glaiekin, li sires de Tour- 
nemine, li sirez d'Avaugor, li sires de Rays , li sires de Lohiac , 
li sires d*Ansenis et li autre bon chevalier de Bretaingne se com- 
batoîent moût vaillamment et y fissent maintes belles apertises 
d'armes. Et tant se combatirent que touttes ces batailles se re- 
queiUirent enssaknble, excepté li arrieregarde des Englès, dont 
messires Hues de Cavrelëe estoit souverains. Geste bataille se te- 
noit toutdis sus costière, et ne servoit d'autre cose fors de redre- 
chier et mettre en conroy les leurs qui branloient ou qui se des- 
confissoient. 

Entre les autres chevaliers bretons et englès, messires Oliviers 
de Clichon fu bien veus et avises qu'il y fist merveillez d'armes 
de son corps, et tenoit une hache, mes il rompoit ces presses, 
et ne l'osoit nus aprochier. Et s'enbati telle fois si avant qu'il fu 
en grant péril, et eut moût affaire de sen corps en le bataille 
dou comte d'Auchoire et dou comte de Joni, et trouva durement 
fort encontre sus lui, tant que dou cop d'une hace il fu* navres 
desons et parmy le visierre de sen bachinet au travers de l'oeil, 
et l'eut crevet, mes depuis fu il rescous et remis entre ses gens 

VI — 2Î 



338 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

en bon convenant; et, durement airés et enflanunés, il se com- 
bati et y fist de le main pluisseurs belles appertises d'armes. La 
se recouvroient bataillez et bannières, qui une heure estoient 
tout au bas , et tantost par bien combattre recouvroient et es- 
toient remis sus. 

Entre les autres chevaliers, fu messires Jehans Camdos très bons 
chevaliers, et vaillamment se combati, et tenoit une hace dont il 
donnoit les horions si grans que nulx ne l'osoit aprochier, car il 
estoit grans chevaliers et fors et bien fourmes de tous mtembres : 
si s'en vint combattre à le bataille le comte d'Auchoire et des Fran- 
chois. Et là eut fait maintes belles appertises d'armes. Et, par force 
de bien combattre, il rompirent et reboutèrent ceste bataille bien 
avant et le missent à tel meschief que briefment elle fu desconfite 
et touttez les bannierrez et les pennons de ceste bataille jettes 
par terre , rompus et deschirës, et li seigneur mis et contourné 
en grant meschief; car il n'estoient aidiet ne comfortet de nul 
costë, mes estoient leurs gens tous ensonniiés d'iaux deffendre et 
combattre. Là crioient chil seigneur et leurs gens qui estoient 
dalles yaux, leurs ensaignes et leurs cris, dont li aucun estoient 
oy et reconforté, et li autre, non, enssi que telz besoingnes avien- 
nent et que li cas le requiert. 

Touttes fois, li comtes d'Auchoire, par force d'armes, fu diffe- 
ment navrés et pris desoubs le pennon monseigneur Jehan Cam- 
dos et fiandés prison, et li comtez de Joni ossi, et mors li 
sires de Prie, uns grans bannerès de Normendie, et pluisseurs 
bons chevaliers de Franche et de Normendie. F» 136. 

P. i64, 1. 6 : Joni. — Mss. J i^ à il : Joingny. 

P. 464, 1. 20 et 24 : ressongnies. — Mss. ^8, 13 à 47 : re- 
doubtez. F» 258. 

P. 464, 1. 30 et 34 : Gargoulé. — 3fw. ^ 45 « 47 : Gargolay. 
F» 324. 

P. 464, 1. 34 : Malatrait. — Mss. A V6 à il : Malestroit. 

P. 464, 1. 34 : doù VonX.—Mss. ^ 45 à 47 : de Viez Pont. 

P. 465, 1. 8 : s'ensonnioit. — Mss. ^ 8, 15 « 47 ; s'embe- 
songnoît. 

P. 465, 1. 9 : conroy. — Mss. A i^ à M : arroy. 

P. 465, 1. 49 et 20 : en travers. — Les mss, A \^ à 47 ajou^ 
tent : du visaige. 

P. 466, 1. 48 : en sus. — Mss. ^ 45 à 47 ; arrière. 

P. 466, 1. 24 : prisons. — Mss. A S^ ib à il : prisonnier. 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 539. 339 

P. 166, 1. 22 : [T]rie. — Aîss. ^ 1 à 6, H à 14. 18, 19 : 
Prier, — Mss. ^ 8, 9 : Pie. — Mss. B et \A 7, 15 à 17 ; 
Prie^ 

9 S39. Encores. — Ms, et Amiens : Encorres se combatoient 
les autres batailles moult vaillamment, et se tenoient li baron en 
bon couvenant. Et touttesfois, à parler loîaument d'armes , il ne 
tinrent mies si bien leur pas ne leur arroy, enssi qu'il apparut , 
que fissent li Englès et li Breton dou costë le comte de Montfort; 
et trop leur valli celle bataille sus elle de messire Hue de Cayrelée. 
Quant li Englès et li Breton de Montfort virent ouvrir et branler 
les Franchois, si se confortèrent entre yaux moult grandement. 
Et demandèrent li pluiseur leurs cbevaux que leur garcbon te- 
noient enssus d'iaux. Tantost il furent monté , pourveu de haces 
et d'espées de Bourdîaux et en grant voUentë de envatr, d'ocbir 
et de mehaignier leurs ennemis. 

Et se parti adonc messires Jehans Gamdos à toutte une grosse 
routte des siens, et s'en vint adrechier sus le bataille monsigneur 
Bertran de Qaiequin, où on faisoit merveillez d'armes, mes elle 
estoit ja ouverte et pluisseur chevalier et escuier mis en grant 
meschief. Et encorres furent il plus, quant messires Jehans Gam- 
dos et une grosse routte d'Englès s'i embatirent. Là eut donnet 
tamaint pesant horion de ces haces, maint bachinet fendu et 
maint homme mort. Touttesfois , messires Bertrans ne li sien ne 
peurent porter che fès. Si fu là pris messires Bertrans d'un 
escuier englès desoubs le pennon monsigneur Jehan Gamdos et 
qui estoit de ses gens et de son hostel. Et entendi ensi que 
messires Jehans Gamdos prist et fiancha de sa main un baron de 
Bretaingne que on appelloit le seigneur de Rays, hardi chevalier 
durement. 

Apriès ceste grosse bataille des Bretons rompue , li bataille 
fu enssi que desconfite , et perdirent li autre tout leur arroy et 
se missent en fuite, qui mieux mieux chacuns, excetë 11 vaillant 
chevalier et escuier de Bretaingne, qui ne voUoient mies laissier 
leur signeur, monsigneur Garlon de Blois, mes avoient plus chier 
à morir que reprochiet leur fust fuitte. Si se combatirent, cha- 
cuns desoubz se bannierre et se pennon , depuis moult vaillam- 
ment et très asprement, et se rekeillirent en pluisseurs lieux et 
par tropiaux chil bon chevalier et escuier de Bretaingne , qui es- 
toient avoecq monseigneur Garlon de Blois, et qui^ par force 



340 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

d*armes, voUoient recouvrer le meschief qu'il leur apparroit; rnSs 
il ne peurent. 

Là fu messires Caries de Blois et chil qui dalles lui estoient , 
enclos d'une grosse routte d'Englès qui tout se tiroient de celle 
part pour ai<}ier le bannierre monsigneur Carie à desrompre et 
desconfire. Si i eut fait mainte belle appertise d'armes , et moût 
vaillamment se combatirent messires Caries de Blois et chil qui 
dalles lui estoient. Et ne l'eurent mies li Englès d'avantaige, mes 
il estoient trop mieus parti à ce donc que li Franchois ne fuis- 
sent. Là fu ochis , en bon convenant et le viaire sus ses enne- 
mis , messire Carlles de Blois , et dalles lui et sus son corps ungs 
.siens filx bastars qui s'appelloit messires Jehans de Blois, et 
pliiisseurs autres chevaliers et escuiers qui (ne [volloient mies 
laissier leur mestre et leur seigneur, mes avoient plus chier à 
morir. 

Depuis que les bannierres monseigneur Carie de Blois furent 
atierëes , n'y eut riens retenu, mes furent les desconfitures moult 
grandes de tous costés sus les Franchois et les Bretons. Et se 
missent tous li Englès à cheval , et coummenchièrent à cachier 
et à encauchier leurs ennemis. Là eult, quant à le cache et à le 
fuitte, grant mortalité, grant ocision et grant desconfiture, et 
tamaint bon chevalier et escuier pris et mis en grant mescief. 
Là fu toutte li fleur de le bonne chevalerie de Bretaigne, pour 
le temps et pour le journée , morte ou prise; car peu de cheva- 
liers ne d'escuiers d'onneur escapèrent, qu'il ne fuissent mort ou 
pris. 

Et par especial des banerès de Bretaingne y furent mort mes- 
sires Caries de Dignant, li sires de Lion, li sires d'Ansenis, li 
sirez d'Avaugor, li sires de Lohiach, li sires de Gargoulé, li 
sires de Malatrait et li sires dou Pont ; et pris : li viscomtes de 
Rohem, li sires de lion, li sires de Rochefort» li sires de Rays, 
li sires de Rieus, li sires de Toumemine, messires Henris de 
Malatrait, messires Oliviers de Mauni et pluisseur autre bon che- 
valier et escuier de Bretaingne et grant signeur; et ossi dou 
royaumme de France , maint bon chevalier et escuier : h comtes 
d'Auchoire premièrement, li comtes de Joni et tamaint autre qui 
y estoient venu desous le comfort monsigneur Bertran de Claie- 
quin, qui y fu pris ossi. 

Briefinent à parler, "ceste desconfiture fu moult grande et moût 
grosse , et grant fuisson de bonnes gens y eut mors , tant sus les 



[136b] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, $ 539. 34J 

camps oomme en le cache , car elle dura huit grans lleawes et 
tout le jour jasqaes à le nuit. Si poës bien croire que là en dedens 
y avinrent pluisseur mescief , et y eut maint chevalier et maint 
escuier mort et pris. Geste bataille, qui fu assës pries d'Auroi 
en Bretaingne, fu Tan de grasce Nostre Seigneur mil trois cens 
soissante quatre, par un dimenche en octembre, le jour Saint 
Denis et Saint Gislain. F« 136 v^. 

P. 166, 1. 27 : convenant. — Mts. A 8, 15 a 17 : oouvine, 
F» 258 V. 

P. 166, 1. 29 : li Englès et li Breton.— ilf#. ^ 17 : les Bretons 
et Anglois. F« 324 v«, 

P. 167, 1. 1 : li Englès et li Breton. — Ms. A 17 ; les Bretons 
et Anglois, 

P. 167, 1. 7 : des siens. — Mss, ^ 8, 15 à 17 : de ses gens. 

P. 167, 1. 8 : daiekin. — Le ms, A il ajoute : et de mon- 
seigneur Olivier de Mauni son nepveu. F» 325. 

P. 167, 1. 13 : Umaint. — Mss. ^^ 8, 15 à 17 : maint. 

P. 167, 1. 18 : desous. — Le ms. A 17 ajoute : la bannière 
ou. 

P. 167, 1. 20 : un. — Lems.A iH ajoute : grant. F« 283 v«. 

P. 167, 1. 22 : durement. — Le ms, A ifi ajoute : et qui moult 
longuement se combatit à monseigneur Jehan Ghandos. 

P. 167, 1. 24 ; que» — Ms. A il : comme du tout. 

P. 167, 1. 30 : fuite. — Le ms, A 15 ajoute : vilaine; — ie 
ms, A il : vilaine ne honteuse. 

P. 167, 1. 32 : très asprement. — Ms, A il : appertement. 

P. 468, 1. 13 : Blois.— Ztf^ mss, ^ 11 à 14 ajoutent : qui tua 
celui qui tuë avoit monseigneur Gharle de Blois. 

P. 168, l. 21 : fin. — Les mss. ^ 8, 15 à 17 ajoutent : de ba- 
taille et. 

P. 168, 1, 31 : Gargoulë. — Mss. A iH à il : Cargolay. — 
Ms. Al: Guergorlay. 

P. 168, 1. 32 : dou Pont. — Ms. A i^ : de Vielpont. 

P. 1 69, 1. 4 : Toumemine. — Le ms. A 2 ajoute : le conte de 
Tonnoirre. — Mss. ^ j , 3 à 6, 8 : le conte de Tonnoirre. 

P. 169, 1. 5 : Mauni. ^ Le ms. A iti ajoute : fort chevalier et 
hardi durement. 

P. 169, 1. 5 et 6 : Riville. -^ Ms. A il : Regneville. 

P. 169, 1. 6 : Friauville. ^ Ms. A S : Frauville. ¥• 259. — 
Mss.Aitià il : Frianville. 



342 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

P. i69, 1. 6 : d'ÂinneTal. — Mis. A \ à % : RainneYal. — 
Mss. A m à il : Rayneyal. 

P. 169, 1. 9 : le. — Le ms, A iH ajoute : vaillant. 

P. 169, L 12 et 13 : en le cache. — Ms. AS: sur la place. 
F» 259 v«. 

P. 169, 1. 13 : huit, — Le ms. A S ajoute : grosses» 

P. 169, 1. 14 : Rennes. — Mss, A ii à ik : Vannes. 

P. 169, 1. 13 à 22 : cache... "octembre. — Ms. J? 6 : Et dura 
la chache huit lieues jusques ens es portes de la chitë de Rennes, 
car ly Englès montèrent à cheval qui les poursievirent jusques au 
vespre. Et là eult messire Jehan Candos, par Taide de ses gens, 
pour trois cens mille frans de bons prisonniers; car il eult mes- 
sire Bertran de Claykin, le conte d'Auchoire, le conte de Joni et 
plus de quarante chevaliers. Geste belle aventure avint au conte 
Jehan de Montfort en Bretaigne , assës priés du castiel d'Auroy, 
en l'an de gruce mil trois cens soissante quatre, le lundy devant 
le Saint Mikiel. F» 648. 

P. 169, 1. 20 : d'Auroy. — Ms. A il : du noble chastean 
d'Aurroy que le vaillant roy Artur fist jadis faire et fonder. 
F»32K. 

§ iS40. Apriès. — Ms. tP Amiens : Apriès le grant desoonfi- 
ture, si comme vous avës oy, et le place tontte délivrée , Ii chief 
des seigneurs englès et bretons d'un lés retournèrent et n'enten- 
dirent plus au cachier, mes en laissièrent couvenir leurs gens. 
Si se traissent d'un lés Ii comtes de Montfort , messires Jehans 
Camdos, messires Robers Canolles, messires Ustasses d'Aubreci- 
court , messires Mahieux de Gournay, messires Gantiers Hués , 
messires Hues de Cavrelée, messires Jehans Bourssier et H autre 
chevalier. Et s'en vinrent ombriier desoubs une longlie haye , un 
petit enssus de là où Ii bataille avoit estet , et missent toutles 
leurs bannierres et pennons en celle haie , pour leurs gens re- 
queillier et radrechier. Et coummenchièrent leur ménestrel à 
corner et à piper, et Ii signeur se desarmèrent et esventèrent ung 
petit, car moult avoient chaut pour le traveil de combattre et de 
cachier. Et burent Ii aucun qui avoient vin en bouteilles et en 
flascons. Entroes qu'il estoient en cel estât, Ii sires de Glichon 
revint, se bannierre devant lui, qui le plus avoit poursieuwois ses 
ennemis. A painnes s'en estoit il ]x>us partir, tant avoit estet 
airés et enflammés sus yaulx. Et ramenèrent ses gens grant fuison 



[1364] VARIRNTES DU PREMIER LIVRE, § 540. 343 

de prisonniers et par especial son oncle le viscomte de Rohem. 
Si se traist erramment li dis messires Oliviers de Glichon deniers 
le comte de Montfort, qu'il tenoit pour seigneur et pour chief, et 
descendi à piet avoecq les autres. 

A ce donc ne savoient il riens encorres que messires Caries de 
Blois fust mors; mes il avoient envoiiet leurs hiraux par le cam- 
Tjaingne regarder as ungs et as autres, et pour triier les seigneurs 
hors des autres et savoir liquel y estoient mort. Si fu là raporté 
au comte de Montfort, et dist ensi li chevaliers qui l'en raporta 
les nouvelles : « Monseigneur, loés Dieu et regraciés de le belle 
journée que vous avés, car messires Caries de Blois, vostres ad- 
verssaires, est demourés mors sur les camps. » Et quant li comtes 
de Montfort l'entendi , si dist qu'il voilait venir de ceste part et 
[le] veoir ossi bien mort que vif. Si vint là où messires Caries 
gîsoit, et vinrent avoecq lui pluisseur des seigneurs et chevaliers 
qui là estoient. Si le trouvèrent environnet de grant fuisson de 
mors, chevaliers et escuiers , et une hace desoubs lui , dont il 
s'estoit combatus, et ossi de ses ennemis englès et bretons mors 
aucuns. Se le fist li comtes de Montfort retourner le viaire dessus, 
car il gisoit en dens. Et quant il le vit ou viaire, si fu tous pens- 
sieux et prist à larmiier et dist : « Ha! monseigneur Carie, mon- 
seigneur Carie, biaus cousins, com par vostre opinion maintenir 
sont grant meschief avenu en Bretaigne! Se Dieux m'ait, il me 
desplaist que je vous treuve enssi , se estre pewist autrement. » 
Adonc le tira arière messires Jehans Camdos et li dist : « Sire, 
sire, partons de chy et regraciiés Dieu de le belle aventure que 
vous avés ; car, sans le mort de cesti, ne poyés vous venir à l'ire- 
taige de Bretaingne. » Adonc ordounna là li comtes de Montfort 
que il fiist tantost mis en un sarqu et aportés à Rennes , et il fu 
fait présentement si comme il le coumanda. F«' 136 v« et 137. 

P. 170, 1. 1 : Tanton. — Mss. ^ 1 à 6, 15, 18, 19 : Tancon. 

P. 170, 1. 2 : aultre. — Le nu. A il ajoute : seigneurs et che- 
valiers. F« 326. 

P. 170, 1. 2 : ombriier. — Ms. A M : umbraier. 

P. 170, 1. 2 et 3 : dou lonch d'une. — Ms. A 6 : delez une. 
F» 258 v^ — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; devant une. 

P. 170, 1. 12 : l'ireUge. — Ms. A 15 : le bel hiretoige. — 
Ms. >^ 17 : le noble heritaige. 

P. 170, 1. 20 : plus de gré. — Mss. A : plus grant gré. 

P. 170, 1. 21 : En. —Ms. A 15 : A. — Ms, A 17 : Entre. 



344 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

P. 470, I. SS : enflâmes. — Le nu. A 17 aimae : d'ire et de 
maatalent. 

P. i70y 1. 24 : partir. — Le ms. B 6 ajoute : et voelt on dire 
que en chest jour de se propre main il en ochist et abaty {^os de 
soixante. F« 649. 

P. 170, 1. Î5 : se retraist. — Mss» A 7, 8, 15 à 17 : se trai- 
sent. 

P. i71, 1. 1 : chercié — Msi. A%,V^h 17 : cerchië. 

P. 171, 1. 11 : d'une. — Ms.A% : à. F» 260. 

P. 171 , 1, 20 : regracîons. — Ms, i? 4 et mss. A : regradés. 

P» 171, 1. 21 : avës. — Le ms. A 15 ajoute : qu'il vous a hui 
donnée; le ms, A il ajoute : aujourd'ui eue. 

P. 171, 1. 21 : poiës. — JUss. A : poviez. 

P. 171, 1. 28 : en. — Mss. A : ou pays de. 

P. 171, l. 29 : maint grant et biel. — Ms. A 8 ; pluseurs. — 
Ms. ^ 15 ; pluseurs beaus. — Ms. A M : moult de beaus. 

P. 171, 1. 29 : miracle. — Le ms. B 6 ajoute : et cante on de 
luy ensy que d'un martir, car il morut vaillanment en défendant 
et gardant son hiretaige. P* 649 et 650. 

5 tt41. Apriès. — Ms. d Amiens : Apriès ceste ordommanche 
et que tout li mort furent desvesti et que leurs gens furent re- 
pairîet de le cache , il se traissent vers leurs logis dont au matin 
il s'estoient parti. Si se desarmèrent et aisièr^it de chou qu'il 
eurent , il avoient assës de quoy, et entendirent à leurs prison- 
niers et fissent appareillier les navres et les blechiez ; et les leurs 
meysmement qui estoient navret et blechiet, fissent il remettre à 
point. Quant ce vint le lundi au matin, li comtes de Montfort fist 
assavoir sus le pays et à chiaux de Rennes et des villes environ, 
qu'il leur dounnoit trieuwez troix jours, pour ensepvelir les mors 
et venir querre les corps des gentilz hommes : laquelle ordoun- 
nanche on le tînt à belle et à bonne, et se tint par devant Auroy 
et dist que point ne s'en partiroit, se l'aroit. 

Ces nouvellez s'espardirent en pluisseurs lieux et en pluisseurs 
pays, coumment li comtez de Montfort , par le consseil et confort 
des Englès, avoit obtenu le place contre monseigneur Carlon de 
filois, et li mort et desconfi, et mort et pris toutte le fleur de 
Bretaingne. Si en avoient messires Jehans Camdos et messires 
Oliviers de Clichon grant huëe. Et disoit li coumune renoumëe 
que par leur fait , avoecques le reconfort de l'arrieregarde mon- 



[1364] Variantes du premier livre, § 54i. 34» 

seigneur Hue de Gavrelëe, avoit estet la besoingne achievëe. De 
ces nouvellez furent tout li amit et li coinfortant monseigneur 
Carlon de Blois courouchiet, che fu bien raisons, et tout cil de 
par le comte de Montfort^ resjoy.... 

Bien est voirs que li roys Caries de Franche fu moût courou- 
chiës de le desconfiture qui fu devant Auroy et bien y eut cause, 
car ses royaummes en îa grahdement afoiblis , et par especîal il 
regreta grandement le mort de monseigneur Carlon de Blois, son 
cousin, le prise de monseigneur Bertran de Claiequin, le mort et 
le prise des bons chevaliers qui là avoient estet. Si envoiea tantost 
li roys le duc d'Ango, son frère, deviers les marches de Bre*- 
taingne, pour recomforter et conssillier le pays, qui moult estoit 
désoles et esbahis, et par espedal celle qui s'appelloit duçoise et 
hlretière de Bretaingne; car elle veoit son marit monseigneur 
Carie de Blois mort et ses deus fils emprisonnes en Engleterre, 
Jehan et Ghni. Si vint li dus d'Ango, qui avoit sa fille à femme, 
par deviers lui, et le recomforta et consseilla che quHl peult, et 
li proummist qu'il se feroit cause et chiës de le guerre contre le 
comtç de Montfort. Encorres avoit la damme un petit fil qui es- 
toit appelles Henris, c'estoit tous ses recomfors ; mes quant la 
damme examinoit bien touttes ses besoingnes , elle se veoit bien 
en dur parti. Si ploroit et regretoit ses amis, et bien avoit cause, 
enssi comme vous orës chy apriès. F<> 137 i* et V». ' 

P. 171, 1. 31 : que. — Les mss, A \^ h M ajouteni : tous. 

P. 172, 1. 3 : eurent. — Mss. ^ 15 à 17 : avoient 

P. 17Î, 1. 14 : le. — Les mss. ^ 15 « 17 ajouteni : fort. 

P. 172, 1. 15 : d' Auroy, — Le ms, A iti ajoute : que le roy 
Artur fist jadis faire et fonder. F» 285. 

P. 172, 1. 19 : par le.... Englès — Les mss. A ajoutent ces 
mots qui manquent dans le ms. ^ 1 .' 

P. 172, 1. 28 : fleur. — Les mss. ^ 1 à 6, 8, 15 â 17 ajoutent : 
de la chevalerie. 

P. 172, 1. 27 : li Breton. — Les mss. A iti à il ajouteni : et 
les Anglois. 

P. 172, 1. 30 : li To\s. — Lems. Ail ajoute : Cliarles. F» 327. 

P. 173, 1. 2 : chevalier. — Les mss. A 8, 15^17 ajoutent : et 
escuiers. 

P. 173, 1. 28 : Douvres. — Le ms, B 6 ajoute : et vinrent si à 
point que le roy d'Engleterre et ses trois filz, le duc de Qa-^ 
renche , le duc de Lenclastre, le conte de Canterbruge, estoient à 



346 CHRONIQUES DE J. FjROISSART. [1364] 

Douves pour festier le conte Loys de Flandres qui là estoit arivés 
pour le cause de ung mariage aidier à parfaire, qui estoit com- 
menchiet entre monsigneur Aimmon , conte de Gantbruge , et le 
fille du conte de Flandres. F^" 65i. 

P. 173, L 30 : hiraut, — Les mss, B 3, k et les mss, À ajou^ 
tent : et li donna le nom de Windesore et moult grant pourfit. 

P. 173, 1. 3i : je fui. — Le ms, A 17 ajoute : depuis moult 
suffisamment informé. 

§ 84S. Il est bien voirs. — Ms. d Amiens : Si escripsi li comtes 
de Montfort ceste avenue en pluisseurs lieux et par espedal au 
roy Edouwart d'Engleterre , qu'il tenoit et appelloit père , car il 
avoit euv sa fille en mariaige. Si vinrent ces nouvelles au dit roy 
au cinqime jour de le bataille à Douvres. Et emporta lettres de 
creanche ungs variés poursiewans armes, qui avoit estet à le ba- 
taille et que li roys englès fist tantost hiraut, et li dounna le nom 
de Windesore, et moult grant prouffit : par lequel hiraut noum- 
met Windesore je fui enfourmës de ceste bataille et de l'ordoun- 
nanche, si comme vous avés oy chy dessus recorder, car j'estoie 
à Douvres au jour qu'il y vint et que les nouvellez y furent pre- 
mièrement sceuves. Et le cause pourquoy li roys englès estoit 
adonc là et grant fiiison des seigneurs d'Engleterre, je le vous 
diray. 

En ce tamps que chilx hiraux Windesore ariva là à Douvres, 
estoit là venus li roys d'Engleterre. avoecq lui li dus de Lan- 
castre et messires Aimmons, comtes de Carabruge , si doi fil, et 
grant fuison de seigneurs d'Engleterre, telz que le comte d'A- 
rondel, le comte de Salebrin, le comte de Herfort, le jone comte 
de Pennebrucq, le jone comte de le Marce, monseigneur Gautier 
de Mauny, le seigneur Despenssier, le seigneur de le Ware, mon- 
seigneur Ricart de Pennebruge, monseigneur Alain de Boukesele, 
monseigneur Richart Sturi, le seigneur de Ferières, m<»iseigneur 
Thummas de Grantson et pluisseurs autres seigneurs, barons et 
chevaliers, pour festiier le comte Loeys de Flandres, je vous 
diray cause pourquoy. 

A che donc assës nouvellement avoit estet tretiez li mariaiges 
de monseigneur Ainmon , ccmte de Gantbruge, filz au roy d'En- 
gleterre, et de madamme Marie, fille au comte Loeys de Flan- 
dres, qui estoit veve dou jone duc de Bourgoingne, si comme chy 
dessus est registre. Si estoient là assainblé cil seigneur pour or- 



[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 542. 347 

dominer marîaige et assigner ce qae chacuns devoit avoir. Li 
roys d'Engleterre donnoit à son fil le comté de Pontieu, le comte 
de Ghines, le terre de Melch et de Oye, et telz drois qu'il enten- 
doit à avoir en le comté de Haynnau , de Hollande et de Zel- 
landez, qu'il ne faisoit mies adonc petis, de par madamme la 
roynne Phelippe, sa femme, qui fille avoit estet au comte de 
Haynnau, enssi que vous savés. Si furent là chil seigneur d'En- 
gleterre et de Flandres en grans reviauz et en grans esbate- 
mens Tespasse de quatre jours , et y eut grans disners et biaux 
et bien, ordoonnés. Et leur vinrent ces nouvelles certaines de 
Bretaingne, dont ils furent moût resjoy, especialment li roys 
englès et li comtes de Flandres, li roys englès pour ce qu'il avoit 
tondis fait cfaief et partie de ceste gerre avoecq le comte de 
Montforty liquelx comtes avoit eu sa fille espousée, et li comtes de 
Flandrez, pour tant que il est cousins germains au comte de Mont- 
fort. 

Apriès ces festes et ces reviaux qui furent à Douvres, prist 
li comtes Loeis de Flandres congiet au roy et as barons d'En- 
gleterre , et rapassa le mer et vint à Calais. Si le raconvoiierent 
li dus de Lancastre et li comtes de Gantbmges et les en meoB. U 
comtes de Flandres avoecq lui en Flandres pour jever et esbattre, 
et furent à Yppre, à Bnighes et à Ghand, et partout si bien venu 
et si bien recheu. Endementroes ordounna li roys englès grans 
messaiges pour envoiier deviers le pappe Urbain [dnqime *] 
pour dispensser che mariaige , car il estoient moult prochain de 
linaige ; car autrement sans dispenssations n'avoit li comtes de 
Flandres acordé sa fille au roy d'Bngleterre. Or nous soufierons 
nous à parler de ceste matère, et revenrons au comte de Montfort 
et dirons coumment il persévéra. 

P. 174, 1. 7 : devant. ^^ Le ms. A il ajoute : de la ditte ba* 
taille d'Aurroy. 

P. 174, 1. 17 : conseil. — Le ms. A 17 ajoute : qui illecques 
se tenoienty lesquelz le reçurent moult grandement et moult hono- 
rablement, ainsi qu'il appartenoit à un tel prince et si grant sei- 
gneur. F« 327 v«. 

P. 174, 1. 18 : l'avoit.— iiff*. i? 3, ^ 1 â 6, 8 « 14, 18 à 23 ; 
l'avoient. 

P. 174, 1. 20 : besongne. — Ms. A il : grant bataille. 

I. Le manuserit tt A mien s parle : « VI« ». Mauvaise leçon. 



348 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4364] 

P. 474, I. S6 à 28 : Et donna.... pourfit. — Cet lignes man^ 
queni dans les mss, B 3^ B k et dans les mss. A. 

P. 174, 1. 30 : trois — Ms. A 17 : quatre on cinq. 

?• 175, I. 3 : Aymons. — Le ms, A 17 ajoute : son frère. 

P. 1 75, 1. 6 : Bruges. — Le ms» B 8 ajoute : et à Gand et en 
pluiseurs bonnes villes et s'y tinrent bien ung mois, et puis s'en 
retournèrent en Engleterre. F« 652. 

5 iMS. Li contes. — Ms» d Amiens : Apriès le bataille et le 
grant desconfitore qui fu devant Auroy, où toutte li fleur de Bre- 
taingne fu morte et prise, li comtes de Montfort se tint à son 
siège, et dist qu'il ne s'en partiroit jusques à tant qu'il l'aroit. Et 
envoies dire à chiaux dou casdel que, se il se volloient rendre 
bellement à lui et recepvoir à seigneur, il leur pardonroit son 
mautalent et les lairoit joir et possesser de tout chou qu'il avoient 
en le fortrèche. Ghil d'Auroy se conssillièrent et regardèrent 
coumment leurs sirez estoit mors, et tout li baron de Bretaingne 
de leur costë, mort et pris, meysmement pris leur capttainne, 
Henris de le Saiiternelle , et grant fuisson de bons compai- 
gnons qui le fortrèce avoient aidiet à deffendre et à garder en 
avant. Si ne veoient nul apparant de comfort de nul costë, 
siques, tout ezaminet et considère le bien et le mal , il se rendi- 
rent et rechurent le comte de Montfort à seigneur et à souverain. 
Et entra li dis comtes en le ville et ou castiei d'Auroy à grant 
solempnitë, et li fissent tout feaultë et houmage. 

Quant il eut pris le possession dou casdel et de toutte le terre, 
il eut consseil qu'il se trairoit devant le bcmne ville de Jugon à 
touttes ses hos, et pria aflectueusement à monseigneur Jehan Camb- 
dos qu'il volsist demourer avoecq lui; car de son consseil et de sen 
ayde avoit il grant mestier. Messires Jehans Gamdos li otria, et ossi 
fissent tout li Englès pour l'amour de lui. Si s'en vinrent li comtes 
de Montfort et touttes ses hos devant Jugon et l'environnèrent tout 
autour, et dissent qu'il ne s*en partiroit, si l'aroient. Et ordon- 
nèrent li seigneur d'Engleterre qu'il ne ranchonneroient nuls de 
leurs prisonniers jusques à tant que leur guerre seroit acbievëe. 
Si furent envoiiet messires Bertran de Claiequin, li comtes d'An- 
choire , li comtes de Joni , li sirez de Rays , li sires de Rieus , li 
sirez de Toumemine et bien soissante chevaliers tous prisoun- 
niers, à monseigneur Jehan Camdos et à ses gens, en Poito, et 
espars en pluisseurs lieux, les ungs à Plasac, les autres à Niort, 



11364] VAIUANTBS DU PREBilER UVRE, § 543. 349 

les autres à Pons ou a ^Saintes ou à Lusegnon ou en le Rocelle 
ou à Saint Jehan rAngelier. £ns$i fissent tout li autre de leurs 
prisonniers, mes il leur faisoient courtoise prison et les recreoient 
sus leurs fois bellement sans tenir enfremës, ne loiier en fers ne 
en buies» et toudis se tenoit li sièges devant Jugon. 

Quant chil de Jugon virent le puissanche et FefiTort don comte 
de Montfort et que nul ayde ne leur apparoit, si n'eurent mies 
consseil d'iaux longement tenir, mes se rendirent, et tinrent le 
dit comte à seigneur et li fissent feaultë et hoummaige. Si entra li 
dis comtez en le [ville de Jugon] et souverains : enssi se faisoit il 
noummer et escripre. £t remua tous offisciiers et y mist gens à 
sen ordounnanche, et puis se parti de Jugon. Quant il s'i furent 
rafresci environ cinq jours , il s'en vinrent devant le bonne ville 
de Dignant. La mist il grant siège et qui dura bien avant en 
l'ivier, car la ville est forte et estoit adonc bien garnie. £t ossi li 
dus d'Ango leur mandoit qu'il les recomforteroit sans faulte. Geste 
esperanche les fist tenir moult longement et endurer et soufinr 
tamaint assault. Finablement, quant il virent qu'il n'aroient point 
de secours et que leurs pourveanches amenrissoient, il se compo- 
sèrent et acordèrent as tretiës don comte de Montfort. Et se ren- 
dirent par composition que , se dedens deux mois en avant, plus 
fors de lui apparoit en Bretaigne, qui le boutast huers par forche 
d'armes ou autrement, de le partie monseigneur Garlon de Blois 
à qui il avoient fait feaultë et houmaige, il estoient quitte et ab- 
sob de leur tretiet; autrement , les -deux mois acomplis, il le 
tenoient à duch et à seigneur. 

Li comtes de Montfort leur acorda voUentiers, et envoiea douze 
hommes de le ville de Dignant, tous des plus riches, qui furent 
cran et hostaiges pour aemplir ces couvens, en le cite de Venues, 
et puis chevaucha avant et vint droit devant le ville et le cite 
de Campercorrentin. Et i ariva toutte sen host où il avoit plus 
de quinze mil hommes, et tous les jours U croissoient gens qui li 
venoient d'Engleterre et d'autres pays, qui queroient et deman- 
doient les armes, et il ne les savoient bonnement ou avoir fors en 
Bretaingne. Enssi asega li comtes de Montfort le chitë de Cam- 
percorrentin, qui est moult belle et moût forte. Et y avoit adonc 
très bonne gens et qui bien s'aquitèrent de le garder, car li sièges 
y fu moût longement, et petit y fissent de leur prouffit, tant qu'il 
y sissent, en assallant et en escarmuchant chiaux de dedens. 
F«M37v«eU38. 



350 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364] 

P. 175, 1. 10 : Auroy. — ^^. -^ i7 : le fort chasteau d'Auroy 
que le vaillant roy Artiir fit faire et fonder jadb. F^ 3S8. 

P. 175, 1. 13 : de le Sautemèle.— ilf«. A 6, 8, 15 à 17 : de 
Sautemelle. 

P. 175, 1. 14 : et tonte le fleur. — M$, if 6 ; et plus de qua- 
rante. P» 650. 

P. 175, 1. 24 : le. — Zir lîw. ^ 17 ajoute : belle. 

P. 175, 1. 30 : vinrent. — Mss, A : vint. 

P. 176, 1. 1 : trois. — Ms. A 15 : quatre. F« 286. 

P. 176, 1. 6 : herriier. — Mss. ^ 15 à 17 ; harier. 

P 176, 1, 11 : chemina. ^- Mss. A : chevaucha. 

P. 176, l. 11 et 12 : Dignant. — Mss. A iH à il : Dinan. 

P. 176, l. 14 à 16 : li dus.... faire. — Ms. A 17 ; le duc 
Charles de Blois si leur avoit moult bien dit que ilz se tenissent 
ainsi comme bonnes gens dévoient faire. 

P. 176, 1. 16 et 17 : conforteroit. — Ms. A il ajoute : tan- 
tost. 

P. 176, 1, 17 : fist. — Le ms. A 17 (^foute : longuement* 

P. 1 77, 1. 4 : nesun. — Mss. A : nul. 

P. 177, 1. 10 : le pays de Bretagne. — Ms. ^ 15 : le bon 
pais de Bretaingne. — Ms. A il : tout le demourant du bon pais 
de Bretaingne. 

§ 844. Entrues. «— Ms. it Amiens : Or avint enssi , entroes 
que on seoit devant Can^rcorrentin , que li roys de Franche 
avoit eus pluisseurs conssaux, pourpos et ymaginations depuis le 
bataille d'Auroy et le mort son cousin monseigneur Carie de 
Blois, je vous diray sus quel estât. Li conssaux dou roy de Fran- 
che regardoient que li comtez de Montfort avoit mort et des- 
confiât celi qui se tenoit et escripsoit dus de Bretaingne , et que 
tous li pays avoit ossî ou li plus et tenoit à seigneur, et avoecq 
lui tous les barons, chevaliers et escuiers de Bretaingne, et estoit 
maintenant durement fors ens ou pays , car il avoit l'acord et 
Tayde des Englès qui lui faisoient sa guerre, et prendoît villes, 
chités et castiaux en Bretaingne, et estoit bien tailliés dou pren- 
dre, car nulx n'aloit au devant : lesquelles villes, chités et cas- 
tiaux vorroit tenir par concquès et metti^e hors du demainne, 
ressort et hoummaige de Franche. Dont, pour ce péril escieuwer, 
il fu regardé et avisé en Franche et remoustré au roy Carie fina- 
blement qu'il n'avoit que faire de gueriier contre le comte de 



[4364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 544. 351 

Montfort pour la duchë de Bretaingne , ne de perdre le serviche 
et roummaige d'un si grant pays comme Bretaingne est ; car telle 
estoit li entendon dou comte de Montfort que, se il le conqueroit 
par forche , il le voroit tenir à tousjours mes sans houmage et 
sans resort. Ossi il avoit et tenoit bonne pais au roy d'Engle- 
terre : si ne pooit y estre que haynne , mautalens et dissentions 
ne s'esmeuissent entre leurs gens, ens en cas que chacuns voroit 
faire partie pour son amy, enssi que devant avoit esté; et, se 
fortune avoit comfortë et eslevet le comte de Montfort, on li 
souffresist. 

Si furent tretiet de pès mis avant , et regardé quelx gens 
s'en ensonnieroient. Or m'est advis que li arcevesques de Rains, 
li sires de Craan et messires Boucicaux, marescaux de Fran- 
che, en furent cargiet de par le roy et le consseil de Franche. 
Et vinrent chil seigneur en Bretaingne deviers le comte de Mont- 
fort , monseigneur Jehan Gamdos et les autres de son consseil , 
qui se tenoient à siège devant Gampercorrentin , et li remoustrè- 
rent bellement et sagement sus quel estât li roys de France les 
envoyeoit là et coumment c'estoit li vollentés dou roy de Franche 
que li comtes de Montfort demourast dus de Bretaingne à perpe- 
tuelité, parmi tant qu'il le tenist en foy et en hoummage dou dit 
roy, enssi que li autre duc en avant l'ont tenu de le couroutme 
de Franche. Avoecq tout ce, messires Oliviers de Glichon devoit 
ravoir toutte se terre entièrement, et tout chil qui de l'acoit le 
comte de Montfort avoient esté , et leur estoient pardounné tout 
mautalent. Ghilx tretiés se coummencha à entamer, mes il no fu 
mies si tost conclus, quoyque li comtez de Montfort y entendesist 
vollentiers ; car il avoit si grans alianches au roy englès , qu'il 
n'en vot riens faire sans son acord, et lui segnefia tout l' estât dou 
tretiet, et li envoiea par deux de ses chevaliers où il avoit moult 
grant fianche. Quant li roys d'Engleterre Tentendi, se s'i acorda 
assés legierement et le loa bien au comte de Montfort qu'il le 
fesist. Se retournèrent li chevalier qui envoieyet avoient estet en 
Engleterre, et dissent à leur seigneur tout ce que li roys englès 
en avoit respondut. 

Si fu assés tost apriès li pais acordée et confremmée devant 
Gampercorrentin. Et entra li comtes de Montfort en le ditte chité 
comme dus, et fu en avant tenus et noummés dus de Bre- 
taingne , et rechupt les fois et les hoummaiges des gentils hom- 
mes de Bretaingne, barons, chevaliers et escuiers, et de toutte 



352 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1365] 

la dacë entirement. Et s'en parti la femme monseigneur Carie de 
Blois et vint à Paris, et eut, par l'ordounnanche de le pès environ 
vingt mil florins bien assignes par an en Bretaingne , une comté 
et terre c'on dist de Pentèvre. Et dubt , avoecques tout chou , li 
comtes de Montfort mettre grant painne à le délivrance de ses 
cousins, les enfans monseigneur Carie de Blois , qui estoient pri- 
sonnier en Engleterre. Et, se 11 comtes de Montfort, noumës dus 
de Bretaingne, moroit sans avoir hoir de loial mariaige, la duchë 
devoit retourner as hoirs monseigneur Carlon de Blois. Enssi vint 
li comtes Jehans de Montfort à l'iretaige de Bretaingne pour 
quoy il avoit tant gueriiet, et li comtes ses pères et madamme 
sa mère et messires [Oliviers] de Clichon ossi. Et tout li autre 
chevalier et escuier ossi qui avoient estet de son acord, tout leur 
fu rendu et restitué, et encorres grans nombre d*argens pour leur 
arrierages. F« 138. 

P. 177, 1. 12 et 13 : abstraint.— Jfj. A 8 : estraindi. F« 251 
V», — Mis. -rf 15 à 17 ; contraingnit, contramgnoit. 

P. 177, 1. 28 : taions. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : ayeul. 

P. 178, 1. 22 : moiiens, — Mss, A : messages. 
' P. 181, 1. 1 : laiier. — Mss. A S, Ib à 17 : laissier. 

P. 181, 1. 16 : de.— Ztf ms, A il ajoute : la noble conté de. 

P. 181, 1. 17 : frans. — Ms. JB 6 : florins. F» 656. 

S 54tS. Avoech. — Ms. if Amiens : Assés tost apriès, se ma- 
ria li dus de Bretaingne à l'ainnée fille madamme la princesse 
de Galles, que elle avoit eue de monseigneur Thummas de Hol- 
landes. 

Si se coummenchièrent li baron, li chevalier et li escuier, qui 
avoient estet pris à le bataille d'Auroy, à ranchounner et à yaulx 
délivrer pjetit à petit; mes messires Bertrans de Claiequin ne le 
fu mies si trestost, car on lui demandoit plus de cent mille frans. 
Toutteffois, quant il se mist à finanche, messires Jehans Camdos 
en eult cent mille tous appareilliés. 

Encorres avint, en cel yvier que li paix de Bretaingne fu or- 
donné[e] et confremmëe, de quoy tous li pays looit Dieu à jointes 
mains, car il avoient eu et porté le guerre le derme de vingt 
trois ans continuelx, que li roynne Jehanne, ante au roy de Na- 
vare, et li roynne Blanche, soer au dit roy, et li captaus de 
Beus^ qui estoit prisounniers à Paris, enssi que vous savés, 
avoecq aucuns bons seigneurs de Franche , s ensonniièrent de le 



[1365] VAKIANTES DU PREMIER LIVRE, § 546. 353 

|)ais entre le roy de Franche et le roy de Navare. Si fa tant 
ponrparlëe et demenëe que elle se fist. Et fu li captaus de Beus 
quittes de se prison, et demourèrent au roy de Franche Mantes 
et Meulent. Si eut li rois de Navarre, par le composition de le 
pais, soissante mil francs, et messires Loeys de Navarre, qua- 
rante mil, pour aucuns castiaux qu il avoit en Normendie, qu'il 
vendi et rendi au roy de Franche. Et se parti assés tost apriès 
pour aller ent à Naples et pour espouser le fille à le roynne de 
.Napples.* Si se mist li dis messires Loeb de Navare hors dou 
royaumme de Franche en grant aroy, mes il mourut sus le 
voiaige. Dieux en ait l'ame, car il fu moult gentil et courtois che- 
valiers. P»138. 

P. 182, 1. 23 : Nemouses. — Mss, A : Nemox, Nemoux. 

P. 183, 1. 6 : virgonda, — Ms. A 8 ; vergoingna. F*» 262 v». 

P. 183, 1. 9 : chevalier. — Mss, ^ 8, 15 <i 17 ; escuier. 

P. 183, 1, 14 : 11 rois, — Le ms, A il ajoute : de France, 

P. 183, 1. 14 et 15 : aultres chastiaus en Normendie. — 
Ms. S 6 : aultres hiretaiges et le baronnie de Montpellier qui 
depuis luy fu retoUue. F" 657. 

P. 183, 1. 19 : France. — Le ms, A il ajoute : son cousin. 

P. 183, 1. 20 : florins. — Mss. A : frans. 

P. 183, 1. 22 : dame. — Mss. A : royne. 

P. 183, 1. 23 : pechiés. — Mss. A : deflautes. 

P. 183, 1. 23 : car. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutent : il fut 
moult vaillant homme d'armes à son temps et. Ms. ^ 1 7, f^ 331 . < 

P. 183, 1. 23 : moult. — Le ms. A i^ ajoute : vaillant et. 

P. 183, 1. 16 à 23 : En ce temps.... chevaliers. — Ms. ^ 6 ; En 
che tamps, fu fait le mariaige du jonne sire de Gouchy [avecques 
madame Ysabel, fille au roy Edouart] , et fu quite de sa foy et 
de se prison et s'en alla en chelle année en Pruse, et Teste après 
il retourna en Engleterre et espousa ens ou castiel de Windesorc 
la dessus dite damme. Sy vous dy que as noches il y eult grant 
feste et grant solempnitë. F° 657. 

§ S46. En ce temps. — Ms. tt Amiens : En ce temps estoient 
les Gompaignies si grandes en Franche que on ne savoit que 
faire ; car les guerres dou roy de Navarre et de Bretaingne es- 
toient fallies. Si avoientapris chil compaignon qui poursieuwoient 
les armes, à pillier et à vivre d'avantaige sus le plat pays, et ne 
s'en pooient ne voUoient détenir ne astenir. Et tous leurs retours 

VI — 23 



354 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1365] 

estoient en Franche , car il n'osoient demorer en la dnché d'Ac- 
quittainne, la terre dou prinche, ne on ne leur euistmies souf- 
fert. 

Et ossi H plus grant partie des cappitainnes estoient gascon et 
englèSf homme tenant dou roy d'Engleterre et dou prinche. De 
quoy li roys de Franche et tous H royaummes se contentoit mal. 
Et si ne le pooient autrement amender, car ces Compaignes es- 
toient si fort et si esrami de mal faire, que on ne savoit auquel 
entendre, pour yaux bouter hors dou royaumme de Franche. 
F* 138 y^. 

P. 184, 1. H : Nequedent. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : Neant- 
moins. 

P. 184, 1. 13 : ensus. — Mss, ^ 8, 15 a 17 : arrière. 

P. 184, L 19 : un — Les nus, ^ 15 « 17 ajoutent : vaillant. 

P. 184, 1. 20 et 21 : ensonniiés. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; em- 
besoigniez. 

P. 184, 1. 28 : assentir. — Mss. ^8, 15 ^ 17 : consentir. 

§ iS47. Quant li papes. — Ms, et Amiens : Si regardèrent li 
papes et li cardinal qu'il y avoit ung roy en Espaîgne qui s'ap- 
pelioit damps Pierres, plains de mervilleuses oppinions, et estoit 
durement rebelles as coummandemens et ordounnanches de l'E- 
glise et Tolloit sousmettre tous ses voisins crestiens, especialement 
le roy d' Arragon , qui estoit bons et catoliques , et H avoit tolut 
grait^ partie de se terre, f Avoecq tout chou , chils roys dans 
Pierres d'Espaingne avoit trois frerres bastars dou bon roy Al- 
phons , qui fu si vaillans homs , dont li uns avoit nom Henris ; 
li secons, dan Tilles; et li tiers, Sanssez. Chils roys Pierres les 
hayoit durement et ne les pooit veoir dalles. lui, mes vollentiers 
par pluiseurs fois les ewist mis à fin et décollés , se il les ewist 
tenus. Si estoient il moult grant gentilhomme de par leur mère, 
mieux de par leur père. Et avoit mis chilx roys Pierres leur mère 
à mort diviersement et sans cause : dont moult desplaisoit as 
enffans et à pluisseurs haus barons et chevaliers de leur linage 
et dou royaumme de Castille. Et estoit si crueux et si plains d'o- 
reur et d'austereté , que tout si homme le cremoient et reson- 
gnoient et le hayoient, se moustrer il l'osassent. Et avoit, si comme 
famme couroit, fait morir une très bonne damme qu'il avoit eue 
à femme , fille au duc Pierre de Bourbon qui demoura à Poitiers , 
et sereur à le roynne de Franche et as autrez : celles de Savoie, 



[i36S] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 847. 355 

de Halcourt et de Labreth , dont moult il desplaisoit à tous le 
linage de le damme, qui est uns des plus nobles dou monde. 

Encorres couroit famme sus ce roy d'Espaingne , de ses gens 
meysmes, que il s'estoit amiablement composes au roy de Grenade 
et au roy de Bellemarine, qui estoient ennemy de Dieu et incré- 
dule. Et se doubtoient ses gens que il ne fesist aucuns griefs et 
molestés en son pays et ne violast les églises, car ja retolloit et 
prendoît les biens de TEglise et constraindoit les prelas et les 
varies de Dieu par mannierre de tîrandise. Dont, quant li papes 
et li collèges de Romme olrent ces complaintes et furent enssi 
enfourmé sour lui, si, ne le veurent mies conssentir, que trop 
grant meschief n'en avenist. Si lu, à le requeste de ses frerres et 
des nobles de son pays, amonesté qu'il venist en coiu*t de Romme, 
pour lui laver de ses pechiés et excuzer de ses oribles fais dont 
il estoit amis. Mes il, comme orgilleus et presumsieux, n'y daigna 
ne vot venir, mes persévéra tondis en son peciës. Si fîi public- 
quement excumeniiës en court de Romme conmie incrédules, et 
mist li Sains Pères tout le royaumme d'Espagne en le main de 
Henry, frère bastart à ce roy Pière, et le légitima à tenir royaum- 
. me et hiretaige, et li proummist grandement à lui aidier. Ossî 
fist li roys de Franche, qui moult amoit che Henri; car il Tavoit 
tondis vollenders servi loyaument en ses guerres, par terre.et par 
mer. 

Si fu en ce tamps mandés li roys Pières d'Arragon en Avignon, 
et li fu remoustret en quel voUenté on estoit de confondre et 
eiilier che roy dan Pière d'Espaigne, qu'il rebutoient pour bou- 
gre et mauvais crestiien. Li roys d'Arragon y entendi voUentiers, 
car il le haioit durement , et offii à ouvrir son pays et tous les 
destrois d'Arragon pour entrer en Espaingne sans dangier. Geste 
offre rechuprent en grant gré li Eglise et Henris li Bastars d'Es- 
paingne. Si fu adonc regardé et advisé, pour mettre hors les 
Compaignes dou royaumme de Franche, que on y aideroit à dé- 
livrer monseigneur Bertran de Claiequin. Cliils avoit bien tous 
les Bretons de son acord et les menroit là oCi il voroit. Et li 
comtes Jehans de le Marche, fibs jadis à ce gentil chevalier mcm- 
seigneur Jaquemon de Bourbon, se feroit ungs grans chiés en ce 
voiaige , pour contrevengier le mort de se cousine germainne la 
roynne d'Espaingne , que li roys Pières , si comme fammes cou- 
roit, avoit estainte et fait morir. Et ossi messires Anthonnes, 
sirez de Biaugeu, uns moult appers chevaliers et assés grans sires, 



356 CHRONIQUJBS DE J. FROISSART. [1365] 

s'en feroît chîës avoecqu^s les deux dessus dis. Adottc fu traide 
li rédemption de monseigneur Bertran de Claiequin , et fu ran- 
chounnës à cent mil frans. Et en paiièrent li pappes et li collèges, 
li roys de Franche et Henris li Bastars qui s'appelloit adonc 
comtes d'Esturges, chacun se part. Si fu ossi chilx voiaiges se- 
gnefiiës à monseigneur Jehan Camdos, et en fu grandement priiés 
qu^il en volsist y estre l'un des chiës ; mes il s'escuza et n'y vot 
mies adonc aller. 

Si en furent priiet et mandet aucun bon chevalier dou prin- 
che, dont li aucun y alèrent et li autre sescusèrent. Toutteffois, 
messires Ustasses d'Aubrecicourt, messires Hues [de] Cavrelëe, 
messires Gautiers Huet, messires Robers Ceni et messires Per- 
ducas de Labret s'i acordèrent à aller. Et furent adonc man- 
det touttes les capitainnes des Q>mpaignes, c'est assavoir : 
Briqet, Carsuelle, Naudon de Bagerant, Aimmenon de l'Ortige, 
Ouri TAlemanty Batillier, Espiote, le bourch Kamus, le bourc 
de Bretuel, le bourc de Lespare et pluisseurs autres qui vin- 
rent en Auvignon. Et furent si bien prechiet et tant priiet qu'il 
s'acordèrent à aller en ce voiaige et amener avoecq yaux touttes 
leurs routtez, où il avoit plus de trente mil hommes, parmy grant 
argent qu'il eurent et que Henris ossi leur proummist, se il pooit 
venir à sen entente et qu'il fust roys de Castille. Adonc, quant 
tout fu acordë, ces cappittainnes, pour encoulourer et enbelUr 
leur guerre, envoiièrent de par yaulx tous certains messaiges de- 
viers le roy dan Pière d'Espaingne, que il volsist ouvrir les pas 
de son royaumme et aministrer vivrez et pourveancez as pèlerins 
de Dieu qui avoient empris et par dévotion d'entrer et aller en 
Grenade sur les incredullez. Quant li roys dams Pières oy les 
nouvelles , si n'en fist que rire et respondi qu'il n'en feroit 
riens. 

Dont s'esmurent cil seigneur, ces gens d'armes et touttes ces 
Compaignes environ le Toussains l'an mil trois cens soissante cinq. 
Et se dubrent tout trouver à Montpellier, à Besiers et à Nerbonne 
et sus le pays de Franche là environ qui leur estoit ouvers et 
appareilliës. Et passèrent petit à petit le royaunune de Franche et 
parmy Parpegnant, qui est la première chitë dou royaumme d'A- 
ragon,- et partout trouvoient il vivres à grant fuison. Si en avoient 
pour leurs deniers grant marchië ; mes les routtes de Compaignes 
ne se pooient tenir de toudis pillier et rober, car il n'avoient 
[joint apris à paiier leurs menus frcs par les hostelx où il lo- 



[1366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 547. 3S7 

gdient. Si fissent moût de maux partout où il converssoient. Tant 
esploitîèrent cil seigneur de Franche : premièrement messires 
Jehans de le Marche , fils qui fu à monseigneur Jaque âe Bour- 
bon, messires Bertrans de Claiequin, li sires de Biaugeu, mes- 
sires Ernoulx d'Audrehen, li Bèghes de Vellainnes, messires 
Jehans de Noefville, li Bèghes de Villers, li Alemans de Saint 
Venant, messires Gauvains de Bailloel, messires Jehans de Ber- 
gettes et pluisseur autre bon chevalier et escuier de Franche, de 
Bourgoingne , d'Artois et de Picardie ; et de le prinçauté : mes- 
sires Ustasses d'Aubrecicourt , messires Mahieux de Goumay, 
messires Hues de Cayrelëe , messires Jehans de Brues , messires 
Robers Geoi et tout cil qui conduisoieot les Compaignes, qui pas- 
sèrent tout le royaume d'Arragon et les pors outre Arragon et 
le grosse aige qui départ Castille et Arragon, et reconquisent 
toutte le terre que ii roys dans Pières de dstille avoit de jadis 
concquis sus le royaumme d'Aragon. 

Quant li roys d'Espaingne entendi ces nouvelles, que Fran- 
chois, Englès, Gascon et Breton estoient entré en son pays si 
cfforceement que riens ne durcit devant yaux , [si en fu dure- 
ment courouchiez, et dist qu'il y meteroit remède et en cha- 
cerok hors tous chiaux qui entré y estoient. Si fist ung moult 
grant mandement par tout son royaumme; mes il estoit si 
hays des frans et des villains que trop peu de gens y obéirent. 
Encorres plus avant, quant il dubt chevauchier contj*e ses enne- 
mis , il trouva que tout le relenquirent et se traissent deviers 
le bastart son frère Henri, et le convint partir et fuir à vir- 
gongne, ou il ewist estet pris à mains, et s'en vint à Seville, le 
milleur chité de toutte Espaingne. Quant il y fu venus, il ne se 
senti mies trop asseur, mes fi^t toursser et mettre en nefs et en 
kalans tout son grant trésor qu'il avoit de lonch tamps là assam- 
blé , et mist ens es nefs sa femme et ses enfans , et se parti à 
privée mesnée , tous desbaretez et descomfortés , avoecques lui 
un grant baron d'Espaigne qui oncques ne se vot desloyauter en- 
viers lui , que on appelloit dan Ferrant de Castres, sage chevalier 
et hardi durement. Si ariva enssi li roys dans Pières, à privée 
mesnée et comme ungs hommes desconfis et desbaretés , en Ga- 
lisse, à ung port c'on dist le Caloigne, où il y a fort castiel dure- 
ment. Si se bouta laiens à sauveté , son trésor, sa femme et ses 
enfians et dan Ferrant de Castres tant seuUement avoecques lui. 
Or vous dirons de Henry son frère, qui entrés estoit en Es- 



358 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4366] 

patgne à tout grant puissanche, coumment il [persévéra. fF"** .138 
y et 439. «^ 

P. i85, 1. 6 : moutepUoient. — Mss. A : multipUoient. 

P. 485, U 9 : un. — Les mss, ^ 15 à 17 aJoiUeni : mauvais* 

P. 185, 1. 10 : opinions. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutem : 
faulses et mauvèses. 

P. 185, h 12 : sousmettre. — Les mss. ^ 15 à 17 iyouuni : et 
subjuguer. 

P. 185, 1. Id : estoit. — Ze m^. ^ 17 ajotae : moult vaillant 
prince et. 

P. 185, 1. 17 : cilz. -— Xr ms. A 11 ajoute : mauvais. 

P. 485, 1. 21 : Sanses. — Le ms, A 17 ajoute : 6u Sanson. 

P. 185, 1. 25 : dou. — Le ms. A il ajoute : vaillant. 

P. 185, 1. 25 : très. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; dès. 

P. 186, 1. 4 : famés. — Les mss* ^ 15 à 17 ajoutent : et com- 
mune renommée. 

P. 186, 1. 9 : de austérité. —JIff/; A %^ 45 à 17; d'auctorité. 
Ms.Ail, f 332 V. 

P. 186, 1. 10 : crempient.— Jlfj;r. ^ 8, 15 : doubtoient. F* 263 
y^. — Ms. A il : craingnoient. 

P. 186, 1. 21 : Tramesainnes. — Ms. A 8 : Tresmesaines. 

P. 186, 1. 25 : prelas. — Les mss. A ajoutent : de sainte egHse. 
— Le ms. B 6 ajoute : car il tenoit que evesques, que prelas j 
que abbés, plus de six vingt prisonniers. F^ 658. 

P. 187, 1. 5 : amis. — Mss. A 8, 15 : encoulpez. — Ms. A 17 ; 
a court encoulpez. 

P. 187, 1. 14 : concitore. — Mss, A : consistoire. 

P. 187, 1. 23 : de bouche de.— Jlfii. ^ 15 à 47 : débouté du. 

P. 188, 1. 3 : li Bastars. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutent : de 
Gistelle. 

P. 188, L 4 : délivrance. — Ms. B 6 ajoute : il s'en ala en 
Avignon, et là ly fu remoustré quelle cose iJ avoit à faire : se s'y 
acorda legierement et voUentiers. P 660. 

P. 188, 1. 44 : si y alèrent.... dou prince. — Ms, B 6 ; en- 
core revinrent à ches gens d'armes grant confort de la terre du 
prinche, plus de trois cens lanches. F® 663. 

P. 188, 1. 17 : Huet. — Le ms. B 6 ajoute : messire Hues de 
Hastingkes, messire Gaillars Vighier et Gaillart de le Mote, mes- 
sire Robert Cheni , messire Robert Brickés et Jehan Carsuelle , 
Bernai rt de le Salle, David Hollegrave et moult d'autres bonnes 



[i366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § S47. 359 

gens. Sy se trouvèrent en la chité de Nerbonne et là environ. Sy 
passèrent oultre devers Parpignant, le première chité à che costë 
du roialme d* Aragon. F^ 663. 

P. i88, 1. 20 : le Marce. — i> ms. J m ajoute : avoit adonc 
assez pou veu et. — Le ms, B 6 ajoute : aisnës ûlz de jadis de 
monsigneur Jacques de Bourbon. F" 66i . 

P. d88, 1. 29 : ViUers. — Jlfw. A : Villiers. 

P. i 89, 1. 5 : nommer. — Le ms. B 6 ajoute : Tous les Bre- 
tons estoient avecques messire Bertran de Glaikin. Là estoient 
messire Olivier de Mauny, messire Jehans de Malatrait, Pierres 
d'Ansenis , Guillames du Bruel , Aliet de Thalay et Thiebaut du 
Pont. F» 661. 

P. i89, 1. 12 à 16 : messires Robers Briquet.... Perrot de 
Savoie. — Le mç. B 6 ajoute : messire Perducas de Labreth, Ri- 
chars Tanton,... le sire d'Aubeterre, Guiot dou Pin et Perrot de 
Bray. 

P. 189, 1. 13 : Carsuelle. — Mss. ^ 15 à 17 ; Cressuelle, 

P. 189, 1. 13 : Lamit. — Les mss.\A 15 à 17 ajoutent : Maie- 
terre, breton. F» 289 v*. — Lems.Ail ajoute : de Saint Melair. 
F» 333 v«. 

P. 189, 1. 15 : Batillier. — il/;j. ^ 15 ^ 17 ; Bataillië, breton. 

P. 189, 1. 15 : Espiote. — Mss. ^ 15 à 17 : Lespiote. 

P. 190, 1. 10 et 11 : et se hastèrent.... peurent. — Ms B % : 
sy se commenchèrent à esmouvolr environ Noël et à prendre le 
chemin devers Parpignant et Arragon. F" 662. 

P. 190, 1. 19 : de force. — Ms. B 6 ; Tant esploitèrent ches 
gens d'armes , qui bien estoient quarante mille , que il passèrent 
à Vallenche le Grant. 

P. 190, 1. 30 et 31 : Bourghegnon. — Le ms. B 6 ajoute : 
Thiois, Flament, Gascon et gens de toutes nations. F^ 66(i« 

P. 191, 1. 14 : Henri. — Le ms. B 6 ajoule : et Tavoient cou- 
ronné roy en le chité de Burges. P 665. 

P. 191 y 1. 20 : la milleur cité. — Ms. ^ 6 : la darenière et le 
plus lontaigne [ville] de son royalme. T° 664. 

P. 191, \. 22 : calans.— ilf«. ^ 8, 15 ô 17 : coffres. F- 265. 

P. 191, 1. 22 : trésor. — JLe ms. B 6 ajoute : mais il en perdy 
plus trois fois qu'il n'en peuist rassambler, car il avoit son grant 
trésor en pluiseurs villes et castiauU parmi le royalroe de Castille. 
F» 664. 

P. 191, 1. 25 : homs. — Mss. ^ 15 à 17 : chevalier. 



360 * CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4366] 

P. i9i, (. 27 : durement. — Le ms. B 6 ajotUe : Et entrues 
concquîst le roy Henry à pau de fait tout le royalme de Castille 
et le royalme d'Espaigne, de Lion , de Toullette , de Gorduan et 
de Seville, et devinrent tous si homme et ly jurèrent foy et obéi- 
sanche à tousjours mais. F"* 665. 

P. .192, 1. i : comment. — Le ms. ^ i5 ajoute : comment il se 
mamtint et comment il persévéra après. F^ 290. 

§ 548. Ensi que. — Ms, et Amiens : Enssi que j'ay dit devant, 
chilx roys dans Pières estoit si hays par tout le royaume de Cas- 
tille que, si tost que li comte, li baron et li chevalier virent Henri, 
son frère, là venir à tout si grant puissanche, tout se traissent par 
deviers lui et le rechuprent à seigneur, et chevaucièrent par tout 
avoecq lui, et fissent ouvrir chitës, villes, bours et castiaux et 
touttes mannierres de gens faire hoummaiges et criier : « Vive 
Henri, et muire dans Pières qui nous a esté si cruels et si per- 
vers! » Et amenèrent li seigneur d'Espaingne le dit bastart 
Henry, c'est assavoir : messires Gomès Garille, li grans maistrez 
de Caletrave et li maistrez de Saint Jaqueme, à Asturghes, et le 
couronnèrent à roy et li fissent tout feaulté et hoummaige, et le 
tinrent à seigneur, et li jurèrent, présent les chevaliers de Fran- 
che et d'Engleterre, que jammais il ne li fauroient, ne pour à 
morir ne le relenquiroient. F<^ 139. 

P. 192, 1. 5 : en cor. — Mss. ^ 8, 15 « 17 : en chief. 

P. 192, 1. 17 : hausters. — Ms. A% : mal. P 265. — Ms. A 
15 ; et nous a fait tant de maulx. — Ms^ A il : très mauvais. 

P. 192, l. 26 : morroient. — Le ms, A il ajoute: et vivroient 
avecques lui. 

P. 193, 1. 5 : 'Bretons. — Le ms» A il aJouU : Picars et 
Bourgongnons. F* 335. 

S 849. Quant li rois. — Ms, iT Amiens : Si se tinrent en As- 
turges environ quinze jours. Et puis chevaucièrent viers Burs, 
qui s'ouvri tantost contre le roy Henri, et puis s'en allèrent viers 
Seville. Mais il s'adrecièrent parmy le royaumme de Portingal, 
conquérant villes, chitës et castiaux, ne nus ne se tenoit contre 
yaux, car il estoient plus de soissante mil hommes, tous armés et 
bien montés. Et avoient bien entention ces gens, mes que il ewis- 
sent soubmis le royaume de Castille en le voUenté dou roy Henri, 
que de passer oultre et aller ou royaumme de Grenade et de 



[1366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § S49. 361 

Bdlemarîne, et moult s'en doubtoient li Sarrazin et li royaummes 
de Tramesaînneso 

Entroes que li roys Henrîs chevauchoit parmy Castille et conc- 
queroit tout le pays par le puissanche des bonnes gens d'armes 
qu'il avoit amenés, dont messires Jehans de Bourbon, comtez de 
le Marche, messi