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Full text of "Stockholm et Upsal"

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HtLAUR 







Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/stockholmetupsalOOmaur 



LES VILLES D'ART CELEBRES 



STOCKHOLM 



ET 



UPSAL 



MÈ31E COLLECTION 



Athènes, par Gustave Fougères, 168 gravures. 
Avignon et le Comtat-Venaissin. par 

André Hallays. 127 gravures. 

Bàle. Berne et Genève, par Antoine Sainte- 
Marie Perrin, 115 gravures. 

Blois. Chambord et les Châteaux du 
Blésois. par Fernand Boursos. ioi gravures. 
Bologne, par Pierre debouchaud. U4gravures. 
Bordeaux, par Ch. Saunier, 105 gravures. 

Bourges, et les Abbayes et Châteaux du 
Berry. par G. Hardy et A. Gandilhon. 
124 gravures. 

Bruges et Ypres. par Henri Hymans, 
1 10 gravures. 

Bruxelles, par Henri Hymans. 137 gravures. 

Caen etBayeux. par H. Prentout, i04grav. 

Carthage, Timgad. Tébessa. et les villes 
antiques de l'Afrique du Nord, par René 
Cagn-at. de l'Institut. 113 gravures. 

Clermont-Ferrand. Royat et le Puy-de- 
Dôme par G. Desdevises du Dezert et 
L. Bréhier. 142 gravures. 

Cologne, par Louis Réau. 127 gravures. 

Constantinople. par H. Barth, 103 grav. 

Cordoue et Grenade, par Ch.-E. Schmidt, 

07 gravures. 
Cracovie. par Marie-Anne de Bovet, 118 grav. 
Dijon et Beaune. par A. Kleinclausz. 

119 gravures. 
Dresde, par G. Sebviéres. 119 gravures. 
Florence, par Emile Gebhart. de l'Académie 

française 176 gravures. 
Fontainebleau, par Louis Dimier. 109 gravures. 
Gand et Tournai, par Henri Hymans. i20grav. 
Gènes, par Jean de Foville. 130 gravures. 
Grenoble et Vienne, par Marcel Reymond, 

1 18 gravures. 
Le Caire, par Gaston Migeox. 133 gravures. 

Londres. Hampton Court et Windsor, par 

Joseph Aynard, 104 gravures. 
Milan, par Pierre-Gauthiez. ioci gravures. 
Moscou, par Louis Léger, de l'Institut. 

93 gravures. 



Munich, par Jean Chant avoine, 134 gravures. 
Nancy, par André Hallays, 118 gravures. 

Naples et son Golfe, par Ernest Lemonon. 

124 gravures. 
Nîmes. Arles. Orange, par Roger Peyre, 

83 gravures. 
Nuremberg, par P.-J. Ree. 100 gravures. 

Oxford et Cambridge, par Joseph Aynard, 

l»2 gravures. 
Padoue et Vérone, par Roger Peyre, 

128 gravures. 
Palerme et Syracuse, par Charles Diehl, 

120, gravures. 
Paris, par Georges Rjat. 131 gravures. 

Poitiers et Angoulème. par H. Labbe de 
la Mauviniére, 113 gravures. 

Pompéi (Histoire — Vie privée), par Henry 
Thedenat, de l'Institut. 123 gravures. 

Pompéi (Vie publique), par Henry Thedenat. 
de l'Institut. 77 gravures. 

Prague, par Louis Léger, de l'Institut, m grav. 
Ravenne, par Charles Diehl, 134 gravures. 
Rome l'Antiquité), par Emile Bertaux. 

130 gravures. 
Rome ^Des catacombes à Jules II), par Emile 

Bertaux. 117 gravures. 

Rome (De Jules II à nos jours', par Emile 
Bertaux. 100 gravures. 

Rouen, par Camille Enlart. 108 gravures. 

Saint-Pétersbourg, par Louis Réau. 130 gra- 
vures. 
Seville. par Ch.-Eug. Schmidt. 111 gravures. 

Strasbourg, par Henri Welschinger, de l'Ins- 
titut. 117 gravures. 

Tours et les Châteaux de Touraine. par 
Paul Vitry. 107 gravures. 

Troyes et Provins, par L. Morel Payes. 

1 20 gravures. 
Tunis et Kairouan. par Henri Saladin. 

no gravures. 
Venise, par Pierre Gusman. 130 gravures. 
Versailles, par André Perate. 140 gravures. 



MEME LIBRAIRIE 

La Suède vue par ses peintres, par Cari. G. Lacrin. i vol. petit in-4, illustré de 30 gravures 
dont 23 en couleurs. Relié 7 fr. 50 



EVRLl X. 1MTRIMLR1E CH. HEhlSSEY. TAUL HERISSEY SUCC 



Yw&fë 

Les Vil/es d'Art célèbres 



STOCKHOLM 



ET 



UPSAL 



PAR 



LUCIEN MAURY 



Ouvrage illustré de 128 Gravures. 




PARIS 

LIBRAIRIE RENOUARD, H. LAURENS, ÉDITEUR 

6, RUE DE TOURNON, 6 

1913 

Tous droits «le Lradu< tion et de reprodui tion n tervéi pour t. mi* p 




~JC 



Copyright by Henri Laurens. 191, 



Peinture de Gunnar Hallstrôm Ecole primaire de Maria 



A mes Amis d'Upsal 



Mes chet s A m/s. 



En évoquant votre souvenir à la première page de ce petit 
livre, dont mieux qu'aucune sévérité votre indulgence découvrira 
les lacunes, je témoigne de moins de gratitude- que d'équité : je 
vous rends votre bien. 

Permettez-moi de remercie/- avec vous MM. Cari G. Laurin et 
Thorslcn Laurin à qui est due la majeure partie de l'illustration : 
M. le comte F. U. Wrangel, que Von ne peut manquer de consulter 
dès qu'il s'agit de Stockholm : MM E. Capet et F. Palmé r. les obli- 
geants Bibliothécaires du Fonds Scandinave de la Bibliothèque 
Sainte-Geneviève, et tous ceux qui m'ont généreusement favorisé 
de leurs conseils ou de l'autorisation de reproduire diverses gra- 
vures ou photographies . 

L. M. 









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'A f. 




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Le château de Stockholm et la Cour des lynx. 



STOCKHOLM 



PREMIERS ASPECTS 



Kungastaden midt i skogen star. 
I.j cité royale s'élève an milieu des forêts 
l'i GNÉR. 



Par une claire matinée de printemps, escaladez la haute plate-forme 
de l'ascenseur de Katarina, qui domine les rampes du quartier du Sud ; 
un horizon d'eau et de forêts, une ville que pénètre et enserre un mouvant 
miroir, une capitale ou l'on croit découvrir un assemblage de cités marines 
et lacustres, un rendez-vous d'architectures flottantes amoncelées par 
le double courant du lac Maelâr et de la Baltique ; de vives couleurs, des 
fumées où se joue le souffle de- la nier voisine, mille reflets scintillants ; des 
(piais solennels et déserts, des ports noirs d'une intense agitai ion : des canaux, 
des bassins ; ici des barques de pêche en bancs pressés, là des steamers aux 
sirènes retentissantes; deux rades mi l'oeil suit, parmi les rochers gris e1 la 
sombre verdure des pins, la fuite des grands voiliers. L'air es1 vif, vibranl 



4 STOCKHOLM 

de lumière crue et de confuses sonorités ; il charrie des bouffées salines, 
des senteurs forestières, d'acres effluves où se mêlent le parfum du poisson 
séché et les émanations des coques goudronnées et des machines... 

On a souvent comparé Stockholm à Venise ; rien de moins expressif tou- 
tefois qu'un parallèle entre l'Adriatique et la Baltique, entre le reliquaire 
diapré de l'art vénitien et l'âpre forteresse de Gustave Vasa ; le Stockholm 
de l'histoire, qui imposa parfois sa volonté à l'Europe, n'était qu'une bour- 
gade : la capitale de Gustave-Adolphe et de Charles XII était une petite 
ville : Stockholm qui s'enorgueillit en 1750 de ses 53.000 habitants, atteint 




Stockholm vu du Maelar. 



péniblement au total de 80.000 âmes vers 1830 ; il en compte quatre fois 
autant de nos jours (341.000 habitants en 1909). Stockholm est en grande 
partie une ville neuve... Les bâtisses modernes ne sont nulle part signifi- 
catives. Emerveillé au premier aspect de cette cité des eaux, l'étranger 
sera peut-être déçu, s'il en parcourt les rues et les boulevards ; la laideur 
de la plupart des quartiers édifiés de 1830 à 1900 compensera-t-elle à ses 
yeux l'ambition étalée aux façades des tout récents « palais » ? A peine 
saura-t-il découvrir quelques restes d'un passé qu'il connaît d'ailleurs mal ; 
bientôt las de cette ville correcte », comment ne serait-il point injuste, 
comment ne la jugerait-il point privée d'âme ? 

S'arrêter aux airs de parvenu que semble se donner parfois le nouveau 
Stockholm serait certes suprêmement injuste : une attentive étude du vieux 



PREMIERS ASPECTS 



Stockholm rend plus équi- 
table. 

Stockholm n'est point 
une autre Venise ; la somp- 
tuosité de la passion méri- 
dionale n'y sculpte ni les 
visages, ni les murailles ; la 
lumière argentée du Nord 
n'enfante pas de mirages 
éclatants ; la limpidité froide 
de l'atmosphère, et les rudes 
frimas, favorables à la santé 
des corps robustes, prédis- 
posent l'esprit au rêve soli- 
taire ou à l'action forcenée 
bien plutôt qu'aux délicats 
commerces où s'affine la 
sociabilité latine. N'oublions 
jamais la tyrannie du climat : 
songez que, trois mois de 
l'année, le port de Stockholm 
est bloqué par les glaces ; 
l'hiver traîne après soi d'in- 
terminables jours ; vers la 
mi-avril les premières touffes 
d'anémones bleuissent les 
mousses encore prisonnières 
d'un gel résistant ; puis le 
« Sabot de cheval (tussilage) 
étoile les champs de menus 
astres d'or; puis les premiers 
chatons pomponnent les 
branches rougissantes des 
aunes; près d'un grand mois 
en< ore, les feuilles si- feront 
attendre. Vers le 20 mar< les 
clochers s'animent des jetrs 
bruyants des choucas, les 
alouettes élèvenl au-dessus 




6 STOCKHOLM 

de Djurgârden leur chant éperdu ; suivent les bandes bavardes des sansonnets; 
le cy°"ne sauvage, le pinson, la grue arrivent en avril, le coucou, l'hirondelle vers 
le milieu de mai. Dans ses jardins, ses promenades, ses cimetières et ses parcs, 
où se prolonge le bruissement de l'immense forêt suédoise, le Stockholmien 
épie tous ces signes ; l'angoisse de la délivrance exalte les plus indifférents à 
mesure qu'ils découvrent un épanouissement ou surprennent un bruit d'ailes. 
Ouvert à la lumière, aux larges eaux qui le sillonnent, aux rocs et aux 
pins qui l'assiègent et l'envahissent, Stockholm est bien différent de nos 
villes compactes et closes du continent ; cités aveugles et égoïstes : Stockholm 
communie de toutes parts avec la nature suédoise ; du Strandvàgen vous 
devinez l'aridité sauvage, de ses pentes granitiques, la splendeur tantôt 
désolée, tantôt verdoyante de son skàrgârd (archipel), le charme frais de 
certaines rives, l'humilité des cabanes de pécheurs et des petites maisons 
forestières. Magnificence et pauvreté : cette ville fut longtemps à demi 
campagnarde; vraie capitale d'un peuple de soldats et de poètes, ses fastes 
sont remplis d'un fracas de.guerre ; son histoire retentit d'échos mêlés de 
fêtes galantes, de franches ripailles et de bucoliques cordiales et mélan- 
coliques. Il faut évoquer ici de grands et poétiques souvenirs, retrouver çà 
et là les vestiges de l'épopée et de l'idylle ; ensuite regardons vivre les cita- 
dins d'aujourd'hui, mêlons-nous à leur vie ; par delà le décor de cette capi- 
tale revivifiée, nous apercevrons le jeune et ardent idéal d'un vieux peuple. 




Heurtoir, 29 Tyska Brinken. 




Slottsbacken. Le château et Storkyrhan (la Grande Église' 

CHAPITRE PREMIER 

LE MOYEN AGE 



Origines de Stockholm : La Cité; L'enceinte. — Le château. 

L'Église allemand'-. 



Les églises : Storkyrkan : 



Le plus ancien document écrit relatif à Stockholm date de 1252 ; cadette 
de maintes cités suédoises surgies autour des bois sacrés et des temples 
païens, la future capitale n'a point d'origines mythologiques ; la légende 
en fait l'héritière de l'antique Birka détruite vers l'an 1000. ou plus précisé- 
ment de Sigtuna, qui, mieux protégée, semble avoir hérité de la prospérité 
de Birka. Un tronc d'arbre abandonné au fil de l'eau aurait désigné à 
ses premiers habitants l'emplacement de la nouvelle ville ; l'histoire ne doute 
pas que d'impérieuses raisons stratégiques n'aient déterminé la miraculeuse 
odyssée. De tout temps, le lac Maelar, ouvert aux navigateurs de la Baltique. 
avait été une grande voie civilisatrice ; c'est sur ses bords qu'apparaissent, 
aux premiers siècles de l'histoire, les groupements d'hommes les plus 
dense-, et les premiers embryons de puissance politique : ses criques, 
où les rigueurs du climat -atténuent, abritaient de nombreuses bour- 



8 STOCKHOLM 

gades. Stockholm naît, vers la fin du xn e ou le commencement du 
XIII e siècle, quand il devient nécessaire de protéger ce riche bassin intérieur 
en barrant fortement l'entrée du Maelar. 

Situation unique en une région de confuse topographie : vers l'est, la 
terre suédoise, submergée par la Baltique, égrène jusqu'à plus de quatre- 
vingts kilomètres la dure poussière d'innombrables îlots ; vers l'ouest, le 
Mœlar se répand, par les anfractuosités d'un sous-sol étrangement crevassé, 
jusqu'au cœur du pays ; partout d'abruptes falaises, des sommets chao- 
tiques, des moraines, des eaux prisonnières ; le désordre d'un pays dénudé 
et ruineux, où le géologue épèle les flagrantes péripéties de l'âge glaciaire ; 
un as », une de ces collines de sable et de cailloux roulés qui cheminent 
à travers toute la Scandinavie, et en chevauchent capricieusement le relief, 
franchit l'unique déversoir du système lacustre, et l'encombre d'une île 
et de quelques îlots. Un double chenal limite l'étroit domaine du primitif 
Stockholm. 

C'est en effet une île qui porte la <■ Cité » proprement dite, Staden, héri- 
tière, dit-on, d'une station de pêcheurs, Agnefit ; vers le milieu du xm e siècle, 
Birger Jarl (considéré comme le fondateur de la ville, qui tint de lui ses 
premiers privilèges) y élève un château, la fortifie, et forge la « serrure » 
du Mœlar. Une forteresse parmi des rocs et des forêts ; nulle ressource ; 
à peine quelques marais desséchés devaient-ils çà et là tenter l'agriculteur ; 
après huit siècles de constants labeurs, on n'y voit que quelques maigres 
champs, des jardins recroquevillés... Mais Stockholm, maître des routes 
d'eau et de la voie terrestre entre l'Uppland au nord et le Sodermanland 
au sud, concentrait dans le site le plus magnifique les promesses de la poli- 
tique et du négoce. 

.Situé à l'extrémité nord-est de l'île de la Cité, le premier château royal 
surplombait le flot marin; ses tours épaisses et ses murs crénelés s'étageaient 
en une double masse autour d'un donjon fameux, que le moyen âge appela 
Kaniau, puis Trois-Couronnes. à cause du triple emblème dont l'orna le 
blason, royal. L'enceinte s'en détachait, encerclait de ses deux murailles 
qui se rejoignaient au sud, la partie élevée de l'île. Cité bien étroite, s'il 
faut en chercher les limites dans le voisinage, mais à l'intérieur des deux 
rues convergentes de Vâsterlânggatan et d'Qfcterlânggatan ; au centre la 

ad'Place (Stortorget), meublée d'une fontaine et d'un pilori ; le palais 
communal occupait l'emplacement de la Bourse actuelle; une église dédiée 
au patron des navigateurs, saint Nicolas, et un cimetière la séparaient 
du château ; aujourd'hui encore les ruelles enchevêtrées de ce quartier orien- 
tent le passant selon le caprice des plus ancien- habitants; la rue des Frères- 



LE MOYEN AGE 

Xoirs (Svartbrôdragatan actuelle Svartmangatan) desservait le monastère 
des Dominicains, et conduisait à la porte du sud. Au nord, le potager 
royal s'étalait à l'ombre de Saint-Xicolas. 

La rapide fortune de Stockholm est attestée par la prolifération des 
faubourgs qui, dès la fin du xin e siècle, recouvrent la bande de rivage non 
comprise dans l'enceinte ; des ruelles descendirent à la grève ; simples sen- 
tiers entre les maisons entassées, on les désigna du nom d'un propriétaire, 




La Bourse et la Grand'Placc 



ou par un numéro d'ordre (de nos jours, en maint endroit, noms et plans 
demeurent reconnaissables). Deux espaces libres s'ouvraient, sur le Mselar 
au marché au blé (Kornhamnstorg), sur la Baltique au marché au poisson. 
T'ne nouvelle enceinte était nécessaire : elle engloba presque tout le 
terrain solide, se hérita de double- obstacles aux environs des ponts : une 
lourde poterne couvrit au sud l'entrée de la ville (aetuelle place de 
l.i Monnaie. MynUorget); au nord. K-s travaux d<- défense débordèrent sur le 
double ilôt dont es1 formé le piédestal du palais du EJksd&g(Helgeandsholmen; 
l'un des deux ilôts primitifs, Stockholmen, a donné son nom à la ville). A 
l'ouest. Grâmunkeholmen (îlot des Frères Gris; depuis. Riddarholnten, ilôt 



io STOCKHOLM 

des Chevaliers) fut rattaché à la ville ; les Franciscains, s'en étant vu attri- 
buer la propriété par le roi Magnus Ladulâs (1286), y élevèrent un monastère 
et une église où s'accumuleront les plus glorieux souvenirs de l'histoire sué- 
doise. Hors de la Cité, le même Magnus Ladulâs avait fondé le couvent de 
Clarisses dont le temple de Klara perpétue la mémoire. Au nord, la colline 
de Brunkeberg, plus longue et plus large qu'elle ne l'est aujourd'hui, fut 
longtemps peu habitée, fréquentée surtout par des ermites, dominée par 
un gibet ; un hôpital Saint-Georges accueillait les lépreux sur l'emplace- 
ment de l'actuelle église Johannes. Ces pentes rocheuses ne s'animaient que 
lorsqu'y brillaient les feux des assaillants de la Cité. Au sud, le grand 
chemin suivait à peu près le tracé de Gôtgatan; là s'élevait une chapelle 
de la Sainte-Croix, éloignée, disait-on, de l'Hôtel de Ville autant qu'en 
Judée le Golgotha de la maison de Pilate ; un chemin de croix de pierre 
jalonnait cette voie; une des stations en a été réédifiée en 1851. 

Pendant tout le moyen âge, Stockholm demeure le gardien, fréquem- 
ment rançonné, de ses ponts de Norrstrom (bras nord) et Soderstrôm (bras 
sud) ; une couronne d'estacades (Kransen) interdit l'approche de ses murs 
aux vaisseaux ennemis et l'entoure d'un port quasi circulaire ; sept villes 
riveraines du Maelar contribuent à l'entretien de ses fortificattions, Vàsterâs 
Arboga, Uppsala, Enkôping, Sigtuna, Stràngnâs. Des privilèges commer- 
ciaux l'indemnisent de ses responsabilités militaires ; Stockholm s'attribue 
de fructueux monopoles, traite avec la Hanse, interdit aux armateurs du 
golfe de Bothnie les voyages au long cours. Peuplé de commerçants, de maîtres 
et de compagnons accourus de Lubeck et de Dantzig, il est à demi allemand : 
la loi municipale doit ordonner que la moitié au moins des borgm'astavc et 
des râdm'dn seront suédois. Stockholm, non plus que le reste de la Suède, 
ne saurait se soustraire à l'empire économique des opulentes cités hanséa- 
tiques ; il s'en accommode : une foule bilingue se presse les jours de fête à Stor- 
torget pour entendre les notifications proclamées du balcon (bursprâket) 
de l'hôtel de ville. Tassé autour de son château, de ses monastères, de ses 
confréries (ou Gillen, de Sainte-Catherine, Notre-Dame, Sainte-Gertrude, 
Saint-Corps), il doit ressembler fort à mainte cité maritime de l'Allemagne 
féodale ; nombreuses sont les humbles masures de bois à toit de tourbe ; 
peu à peu les riches étrangers font triompher le goût des maisons de brique, 
ou encore de ces façades à poutres apparentes, à étages en saillie, surchargées 
de sculptures, et surtout de ces hautes demeures de pierre à pignons à redans, 
dont les modèles se multiplient à Stralsund et à Lubeck. De tout ce décor, 
aujourd'hui évanoui dans la capitale suédoise, on se fera une idée en visi- 
tant la délicieuse ville de Yisbv dans l'île de Gotland. 



LE MOYEN AGE 



Du moven âge, Stockholm n'a gardé presque aucun vestige reconnais- 
sable ; des incendies périodiques anéantissaient des quartiers entiers ; la 
fréquence des règlements royaux interdisant la construction en bois témoigne 
de l'impuissance de l'Etat à abolir un usage national et immémorial ; en 



Intérieur de Storkyrkan. 

1297 l'hôtel de ville et une partie de la cité sont incendiés ; en 1407 quatt 
cents habitants périssent par le feu; accident analogue en ijiu. e1 qui 
endommage à la fois l'hôtel de ville dont les archives sont détruites (au grand 
dam de l'histoire de l'ancien Stockholm), et le château. Lfi château lui- 
même, auquel les restaurations des Yasa avaient donne le pittoresque as] 
qu'on lui voit sur mainte gravure ancienne, devait disparaître à la fin du 
xvii 1 ' siècle, et n'a rien légué an palais qui surgil de ses ruines. 



STOCKHOLM 



Lorsque les vieilles pierres subsistent, elles servent de support à un art 
que les architectes n'avaient point prévu : ainsi à Storkyrkan (la Grande 
Église, Saint-Nicolas), dont les trois nefs primitives furent fondées proba- 
blement vers 1260, et qui est étrangement défigurée : la Réforme, si cruelle 




Le maître-autel de Storkyrkan. 



à l'art catholique, ne se contenta point de dépouiller la plus ancienne 
paroisse de la ville ; Storkyrkan faillit être rasée au temps où disparaissaient 
les chapelles suburbaines de Klara et de Jacob, abris possibles pour un ennemi 
assiégeant, et le monastère des Dominicains, eu plein Stockholm (des frag- 
ments en ont été retrouvés, notamment des caves magnifiquement voûtées, 
sous la maison qui porte le n" 1 Tyska Stallplan). Trop voisine du château, 
elle pouvait favoriser un assaut ; Gustave Vasa renversa une partie du chœur 



LE MOYEN AGE 13 

pour élargir ses fossés ; une inscription latine, qui se lit sur la façade orientale, 
vante l'opération par où l'église gagna en largeur ce qu'elle perdait en lon- 
gueur ; deux nefs supplémentaires surgirent en effet du sol (des pierres taillées , 
insérées dans les galets du pavage, indiquent les limites du chœur primitif, 
retrouvées au cours de fouilles en iqo8). Au xvin e siècle, une restauration 




Storhyrkan. 



plus grave détermina l'aspect actuel : J.-K. Carlberg italianisa de son 
mieux un gothique détesté ; la tour ruineuse qui supportait une flèche 
d'une hauteur incroyable », fut coiffée d'une médiocre lanterne quadrangu- 
laire ; les façades, surmontées de frontons circulaires, n'exprimèrent plus 
qu'une morne platitude. 

Storkyrkan ne possède aujourd'hui que l'attrait d'une ornementation 
composite ; le baroque y flamboie, rappelanl les plus glorieuses époques di 



H 



STOCKHOLM 



l'histoire suédoise ; contraste de l'extérieur aux crépis incolores, et de l'in- 
térieur que réchauffe une chatoyante lumière ; contraste de ce luxe et de 
la simplicité où l'emploi d'une grossière brique rouge condamna les architectes 
des voûtes et des piliers qui divisent les cinq nefs. Les tons crus de la 
brique s'opposent ici aux blancheurs d'un mobilier cossu ; le confort d'une 

paroisse riche s'étale parmi le 
somptueux décor qui drapa assez 
étrangement, au « temps de la 
grandeur », une archaïque nudité : 
trônes royaux aux pompeux bal- 
daquins, aux anges et aux dra- 
peries dorés (1694), dont le des- 
sin, encore conservé au National- 
muséum, est dû à Xikodemus 
Tessin le Jeune, chaire dessinée 
par Xikodemus Tessin le Jeune 
et exécutée par Burchardt Precht 
(1701) avec le luxe des modèles 
versaillais du temps (comparez la 
chaire de la cathédrale d'Upsal 
par le même), peintures d'Ehren- 
strahl, tombes, monuments com- 
mémoratifs, bustes et portraits, 
qui signalent au visiteur une 
aristocratique nécropole ; parmi 
les hôtes dont les dalles funé- 
raires abritent les restes (Jesper 
Kruus et sa femme Brita de la 
Gardie ; Stenbock ; Wattrang ; 
Ehrenstrahl, etc.) figure l'un des 
orgueilleux négociateurs des trai- 
tés de Westphalie, Johan Adler Salvius ; pour perpétuer sa mémoire, sa 
veuve donna (1654) un somptueux autel en bois noir rehaussé de figures 
d'argent auquel collabora le Hollandais Jehan van de Velde ; une curieuse 
grille, qui rappelle les capricieuses ferronneries de la cathédrale de Roskildc 
(tombeaux des souverains danois), entoure cet autel. 

Une des chapelles abrite l'une des rares œuvres d'art importantes des 
temps catholiques: le groupe de Saint 'îeorges ci le Dragon fut élevé par 
souscription publique après la victoire de Brunkeberg (1471) ; les Suédois 




Tombe de Salvius [Stoi kyrkan) . 



LE MOYEN AGE 15 

de Sten Sture n'avaient-ils point vu le chevalier céleste accourir à leur 
secours contre les Danois du roi Christian ? Un artiste lubeckois sculpta 
et peignit ce groupe énorme, qui fut solennellement placé à Storkyrkan en 
1449. Lorsque vers 1596 Eric Skieppare, pasteur impitoyable, purifia l'église 
des souvenirs papistes, il respecta Saint Georges; ce monument, symbole d'un 
grand événement national, et qui rappelait l'affranchissement de la patrie, 
était trop affectionné des Stockholmiens. Aujourd'hui encore on en admire la 



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Saint Georges et le dragon [Slorkyi 

curieuse complexité, la rudesse et la naïve puissance, qui témoignent de l'ha- 
bileté des anciens travailleurs allemands du bois. Une réplique en bronze en 
a été ingénieusement érigée au plein air de la Cité (Kôpmanbrinken) en C912. 
Tel est l'aspect actuel du temple où la Suède vénère le souvenir de l'un 
de ses héros nationaux : sous la chaire, une inscription signale la tombe 
d'Olaus Pétri, retrouvée en £907, près d'un pilier voisin ; une petite statue 
du même Olaus Pétri, « prêtre de l'église Saint-Nicolas , est accolée à la 
façade; sur le socle les fières parole; Wij Swenske Hure och Gudhi til s; 
wcl som annat folk, och thet mââl \\ij haffve thel haffverGudh giffvil "--s ' 

1. " Nous Suédois, appartenons à Dieu aussi bien qu'aucun autre peuple, et 1< 
■ que nous avons, c'est Dieu qui nous i'.i donné. -/ 



i6 



STOCKHOLM 



C'est ici en effet que la protection de Gustave Vasa accueillit l'éloquent 
apôtre suédois de la Réforme, et du révolté orgueilleux et suspect fit 
le prêtre officiellement accrédité d'une Église nouvelle ; événement capi- 
tal, crise d'où Strindberg a tiré le sujet de l'un de ses drames les plus fré- 
quemment jcués à Stock- 
holm, Maître Olof, en 
sorte que certains soirs, 
les voûtes couleur de 
sang de Storkyrkan évo- 
quent jusque sur la scène 
un émouvant chapitre 
d'histoire spirituelle. 

Le Temple allemand 
(Tyska Kyrkan) ne dis- 
simule guère moins des 
origines presque aussi 
vénérables : non loin du 
monastère des Domini- 
cains s'élevait l'édifice de 
la confrérie vouée à la 
dévotion de sainte Ger- 
trude, patronne des vo- 
yageurs et des indigents ; 
de graves délibérations 
s'y tinrent entre bour- 
geois suédois et alle- 
mands : Karl Knutsson 
y fut élu roi (1448), et 
Sten Sture régent. Con- 
fisquée par Gustave Va- 
sa, la chapelle, après 
divers avatars, fut, en 
1607, attribuée à la colonie allemande ; une opulence non moins redoutable 
que les pilleries du fisc royal ou les excès iconoclastes des antipapistes 
allait en achever la totale « rénovation ». Riche, la colonie allemande 
prétendit orner le simple vaisseau carré d'une tour - qui fut construite 
(1613-18) par Hubert Gillisson de Besche ; une flèche octogonale pointa 
vers le ciel ; elle fut, en 1702, flanquée de quatre pyramides au chiffre 
<\v Charles XII. La colonie étant nombreuse, un agrandissement s'impo- 




La Fontaine et l'Église allemandes. 



LE MOYEN AGE 17 

sait ; l'architecte strasbourgeois Hans Jakob Kristler fit agréer son plan ; 
aux inquiétudes du conseil de la paroisse, qui lui demandait solennel- 
lement : « si, avec l'aide de Dieu, un habile architecte pourrait élever 
sur deux colonnes un édifice qui fît honneur à tous les Allemands, les 




Porche méridional de l'Église allemande. 

anciens, les assesseurs, les principaux », il répondit par la plus 

résolue promesse de solidité ; de fait, les deux piliers qu'il substitua au 
mur méridional soutiennenl encore les voûtes de l'ancien hall 'cl celles, 
égales (ii superficie, de l'aile nouvelle; la paroisse, heureuse de tenir à 
l'aise sous une double nef, ne s'offensa po.'nt des proportions insolites ; 
elle ne marchanda pas son concours; les piliers portenl encore les noms 
et écussons fies donateurs, 

l'n incendie axant détruil en 1878 la flèche de Hubert de Besche, la re- 



l8 STOCKHOLM 

construction en fut confiée à l'Allemand Raschdorff ; l'ancienne silhouette 
ne fut pas modifiée, sauf que quatre petites flèches remplacèrent les pyra- 
mides : l'intérieur de l'église fut remis en état par l'architecte Magnus Isaeus 
avec une parfaite piété (1887). Nouvelle restauration en 1911. Le Temple 
allemand demeure comme un précieux musée de l'art mis en honneur par 
la bourgeoisie riche du milieu du xvn e siècle ; art d'autant plus remar- 
quable qu'il marque une date presque unique en un pays où l'initiative 
des féconds mécénats appartiendra longtemps à la cour et à la noblesse. 

Art plus luxueux que délicat. Kristler avait dans une certaine mesure 
respecté les formes du gothique : voûtes et fenêtres ignorent la Renaissance; 
les quatre demi-colonnes des piliers médians arborent de vagues chapi- 
teaux toscans, mais leur groupement rappelle les faisceaux de nos cathédrales. 
Un bas-relief de pierre du xvi e siècle, représentant l'Ascension du Christ, 
s'accordait avec cette architecture. Le porche (sud) que l'on éleva en 1643 
rompt délibérément cette harmonie : fronton triangulaire, colonnes, anges 
païens, statues à l'italienne, son classicisme, encore gauche, annonce des 
prétentions nouvelles. Un autel colossal, don de Johan Bremer (1641), étale 
une profusion de peintures, statues et ornements du baroque le plus exu- 
bérant; la même abondance caractérise la chaire en bois noir criblée de 
statuettes d'albâtre, don de Peter Hansen et Anna Steker (1660), le lustre 
surmonté d'un Gustave-Adolphe équestre, don de Baltzar et Maria Weiss- 
man (1651). La tribune royale, où l'on soupçonne l' intervention de X. Tessin 
le Vieux, témoigne d'un goût plus sobre ; une ordonnance classique, les colonnes 
doriques, la frise, la décoration, or sur fond bleu, trahissent un art d'une 
élégance plus mesurée, où se reconnaissent des influences venues de France. 

Un dédale d'étroites ruelles enserre le temple allemand ; de hauts tilleuls 
ombragent des inscriptions à demi effacées, de curieuses grilles, des dalles 
moussues ; ce cœur de la Cité laborieuse exhale du silence, et répand comme 
une atmosphère de recueillement, aux heures où son carillon ne lance point 
aux échos des fj'àrd et des falaises une éclatante volée de notes joyeuses. 




Gripsholm. 

CHAPITRE II 

LA RENAISSANCE 



L'architecture des Vasa; l'église de Riddarholraen. — L'architecture civile; le château de 
Gripsholm. — Les collections de Gripsholm; débuts de la peinture suédoise : Elbfass, 
Mijtens, Ehrenstrahl, David von Krafft; les portraits de Charles XII: Georges Des- 
marées 

En 1523, le jour de la Saint-Jean, Gustave Vasa fit une entrée solennelle 
à Stockholm ; il faut voir au Musée National la grande composition décora- 
tive où le peintre Cari Larsson a représenté (1908) la rencontre du jeune 
vainqueur et des bourgeois : vêtu de fer, couronne en tête, le libérateur de la 
patrie suédoise se présente à cheval à la porte de la ville : il est suivi de 
deux hallebardiers paysans, à pied, et qui précèdent la tumultueuse cavalcade 
des chevaliers à plumes et à gonfalons ; le groupe des notables offrant les 
clefs est grave. Les deux cortèges qui se joignenl s'enlèvent sur le tond 
d'un ciel limpide ; des fleurs et des guirlandes de feuillages décorent le pont- 
levis ; une sorte de bouquet se dresse sur le chanfrein du lourd destrier 
royal ; la légère gaieté des journées de la mi-été Scandinave éclate dans la 
jolie fantaisie, la luminosité, la franchise des tons pat <>ù le plus expi 
des illustrateurs de Suède a su caractériser cette scètie : aussi bien marque- 



2o STOCKHOLM 

t-elle une date glorieuse dans l'histoire duXord, et dans l'histoire particulière 
de la ville de Stockholm l'aube d'une jeunesse nouvelle. 

Gustave Yasa entrait dans une ville ruinée par l'occupation danoise 
et les troubles civils, à demi incendiée, dépeuplée ; là comme ailleurs, il 
rétablit l'ordre; à la faveur de son administration énergique, économe, vigou- 
reusement tonique, la prospérité revint à Stockholm, et bientôt l'art : le 
xv e siècle avait été en Suède désordonné, ensanglanté par des guerres cons- 
tantes, agité par le fort levain d'un sentiment national qui cherchait avec 
Engelbrecht, Sten Sture, Karl Knutsson, de la vieille famille des Bonde, 
une issue vers un gouvernement fort ; les souffles avant-coureurs de la Re- 
naissance avaient passé sur le pays, qui avait accueilli l'imprimerie, fondé 
1477) l'Université d'Upsal, stimulé l'activité des monastères, et notam- 
ment du fameux Wadstena de Sainte-Brigitte ; pendant tout le moyen 
âge, les étudiants suédois avaient eu leurs collèges à Paris ; au xv e siècle, 
un Konrad Rogge, évêque de Stràngnâs, un Hemming Gadd séjournent en 
Italie. Des concours étrangers permettent un extraordinaire développe- 
ment de l'ornementation et de la décoration des églises ; de cet art dispersé, 
anéanti par la Réforme, il n'est demeuré que des vestiges épars dont l'éru- 
dition suédoise n'a entrepris que depuis quelques années le récolement 
complet... Au xvi c siècle, l'art est un instrument de prestige princier; 
la Suède ne possède ni une riche bourgeoisie, ni une grande vie municipale 
comme la France, l'Italie, l'Allemagne ou les Pays-Bas ; la nouvelle église 
est hostile ou indifférente à l'art ; mais Gustave Yasa est un grand bâtisseur ; 
l'architecture, et bientôt les autres arts, connaissent grâce à lui et à ses 
fils une fortune inespérée. 

A la monarchie naissante, il faut en effet de vastes résidences ; on fonde, 
on restaure d'énormes châteaux ; on travaille aux châteaux de Stockholm 
et de Kalmar ; on rebâtit ceux d'Upsal. de Gripsholm (1537) et de Yadstena 
(1545) - - ces deux derniers demeurent les monuments les plus frappants 
de l'architecture de la Renaissance en Suède. Et sans doute, ces construc- 
tions conservent l'apparence de lourdes forteresses ; les hautes tours rondes, 
les murs épais, les fossés, les bastions des Yasa ne rappellent que de fort 
loin les palais princiers de France et d'Italie ; la rude vie du Xord n'admet- 
tait pas même ces compromis de l'architecture féodale et d'un art plus 
'1 ri! qui tentaient en France maints seigneurs (comparez notamment, 
pour leurs ressemblances qui font ressortir certains contrastes, Gripsholm 
e1 Saint-Fargeau) . Et l'on ne saurait affirmer non plus que ces forteresses 
abritassenl au début un luxe très raffiné : des tapisseries aux sujets historiques 
et mythologiques couvrent les murs, mais ne dissimulent pas le dénuement 



LA RENAISSANCE 21 

inconfortable du mobilier moyenâgeux. Pourtant, Gustave Vasa appelle 
en Suède des ouvriers tisseurs et tapissiers ; il possède à Gripsholm une petite 
collection de peinture — surtout des portraits ; il mande du continent quel- 
ques peintres notoires, tel le Hollandais Verwilt ; on le voit entrer en rela- 



L 




)T 



fîïïliFiïî 







L'église de Riddarholmen. 

tion avec le célèbre Jan van Scorel dVtrecht, et lui payer un tableau en 
une monnaie hétéroclite : une bague, une fourrure, un traîneau avec acces- 
soires, un fromage géant du poids de -2<><> livres. Se- biographes nous aver- 
tissent enfin que Gustave Vasa avait ses argentiers, ses bijoutiers, et qu'il 
entretenait un maître de chapelle e1 un orchestre. 

Encore que le roi séjourne peu à Stockholm et doive s'attarder su< 
sivemenl en ses domaines du Maelar, à Gripsholm, Rafsnâs, Tynnelsô, 



22 STOCKHOLM 

kilstuna, Ekolsund, Svartsjô... la capitale bénéficie d'une activité réparatrice; 
elle obtient en 1529 un nouveau privilège ; un règlement de 1557 ordonne 
des mesures de voierie, le nettoyage des ruisseaux des rues, qui doit être 
effectué désormais deux fois par semaine ; la destruction des maisons de 
bois — précaution illusoire — est de nouveau prescrite. 

Les fils de Gustave Vasa, vrais héros de la Renaissance de par leurs 
vastes curiosités, leurs goûts artistiques, l'extraordinaire débauche de 
violence et de folie que fut leur vie, continuent et accélèrent les entre- 
prises de leur père : Erik XIV, poète, dilettante, mélancolique raffiné, dessine 
et grave avant de sombrer dans une démence tragique ; il lit Vitruve, affec- 
tionne les œuvres d'Albert Durer, s'entoure d'un embryon de précieux musée; 
Jean III, nature opulente, esprit érudit, n'hésite pas à compliquer ses 
embarras financiers pour bâtir ; il discute avec ses architectes et leur impose 
ses idées personnelles ; vStockholm lui doit la reconstruction de plusieurs 
églises, et d'abord du temple fameux de Riddarholmen. 

Vue de la place de Riddarhuset, cette église surprend par l'étrangeté 
grêle de sa silhouette : une nef peu élevée, flanquée de chapelles disparates ; 
une masse indistincte ; mais cette humilité élance vers le ciel la prière éperdue 
d'une profusion de clochers et de flèches ; une sorte de grâce rigide ennoblit 
cette architecture si simple, et qui abrite le plus authentique trésor de la 
grandeur suédoise... Vous franchissez un canal : en deçà règne l'animation 
pittoresque qui n'a jamais déserté les vieux quartiers commerçants de la 
Cité; au delà, Riddarholmen (îlot des Chevaliers), est une oasis de paix et de 
silence ; l'herbe pousse entre les pavés des ruelles et de placettes qu'enclosent 
de graves et mornes façades administratives, anciens palais, en partie 
mutilés, naguère bruyants, entassés là au xvn° siècle par l'aristocratie 
suédoise : palais Oxenstierna (Bureaux de la Dette), palais Wrangel (Haute 
Cour de Svea), appelé longtemps la Maison royale en souvenir du séjour 
qu'y fit la Cour après l'incendie de l'ancien château et jusqu'à l'inauguration 
du château actuel (1754), palais Sparre (Cour des Comptes et Domaines), 
Horn, etc. ; nous sommes ici au cœur de l'ardente vie dont les nobles 
suédois étonnèrent deux siècles durant les échos de la capitale. Après eux, 
et jusqu'à une date toute récente, la Diète, puis le Parlement apportèrent ici 
une animation périodique; aujourd'hui un étrange recueillement entoure le 
joyau qu'est l'église de Riddarholmen ; la bureaucratie moderne est silen- 
cieuse ; la vie ne reprend ses droits qu'à la périphérie, au long de ces quais 
où abordent ensemble la houle légère et les flottilles du Mœlar ; dominant 
ces quais, s'élève une tour épaisse qui passa longtemps pour l'un des plus an- 
ciens vestiges du moyen âge stockholmien — ■ à tort sans doute ; toutefois 



L A R E X A I S S A X C E 



23 



les constructions qui couvrent actuellement Riddarholmen reposent presque 
toutes sur des fondations antérieures à la Renaissance. 

Dès 1286 en effet, la petite île avait été donnée par le roi Magnus Ladulâs 
aux Franciscains (d'où son nom ancien, Grâmunkeliolmen, île des Frères 
Gris) qui y construisirent un monastère et une église : quelques maisons, 
un moulin à vent voisinèrent avec ces pieux monuments : un pont 
les reliait à la cité. De cet ensemble, fort éprouvé par la Réforme, rien 




Eglise de Riddarholmen. 



n'a subsisté : l'église elle-même subit une reconstruction totale (1568-75). 
Tue triple nef gothique — car l'architecture religieuse n'innovait point, 
et perpétuait les formes ancienne- constitua le corps principal : en mé- 

moire des rois Magnus Ladulâs (y i2<)<>) et Karl YIII Knutsson 7 1170) 
enterrés dans L'ancienne église, Jean III fit élever les deux lourd-- cénotaphes 
"ii le sculpteur Lukas von der Wert représenta, couchées dans les plis de somp- 
tueux manteaux, les majestés défuntes, et que l'on voit encore à l'entrée 
du chœur : Jean III, comme son père, devail être inhumé à Upsal, mais 
Gu tave-Adolphe rénova une tradition qui n' allait plus être interrompue : 
il choisit lui-même le lieu do son tombeau sur l'emplacement d'un 
autel placé m>us l'invocation de la Vierge; une chapelle funéraire fut accolée 



H 



STOCKHOLM 



au chœur ; les grands de l'Etat suivirent cet exemple et bâtirent sur les 
deux flancs de l'église, en sorte que la multiplication de ces constructions 
adventices détermina l'aspect insolite de l'ensemble. 

L'église de Riddarholmen est un panthéon, un Westminster suédois ; 




La chapelle (tombeau; de Gustave Adolphe (Église de Riddarholmen . 



entre toutes, trois chapelles où s'entassent les luxueux cercueils des fa- 
milles royales méritent l'attention : de chaque côté du chœur, s'ouvrent en 
vis-à-vis les chapelles des « Gustaviens » et des « Carolins », avec, aux places 
d'honneur, les tombeaux de Gustave-Adolphe et de Charles XII ; la pre- 
mière, très simple, avec ses fenêtres à plein cintre encadrées d'étroits pilastres, 
qui rappellent la haute Renaissance française, est surmontée d'une petite 
coupole à lanternon ; la seconde, œuvre de N. Tessin le Vieux, fut achevée 



L A R E N A I S S A N C E 



en 1734 par Karl Hârleman, et oppose à la nudité de l'église le faste et la ma- 
jestueuse ordonnance du plus pur style baroque. La chapelle des Bernadotte, 
achevée en 1860 d'après les plans de F.-V. Scholander, est à peine moins 
éclatante. Et ^oici, plus modestes, des chapelles que désignent les noms 
les plus sonores de l'his- 
toire suédoise, et où dor- 
ment les Torstensson, les 
Wachtmeister, les Lew en- 
haupt, les Wasaborg, les 
Banér... ; d'autres noms 
illustres s'étalent aux mu- 
railles, couvrent les dalles. 
Naguère une profusion 
de drapeaux conquis aux 
xvn e et xvm e siècles 
ornait la voûte — ainsi 
notre chapelle des Inva- 
lides — on les retrouvera 
au Musée du Nord. Plus 
résistant, un revêtement 
d'écussons armoriés ins- 
crit aux murailles une bi- 
garrure de couleurs vives 
et de titres princiers ; 
archives parlantes de l'or- 
dre des Séraphins ; voici 
des noms français, général 
du Barail, Mac-Mahon, 
vSadi Carnot, président de 
la République ; Jules Gré- 
vy avoisine le prince Na- 
poléon, que semble sur- 
veiller de Moltke... Tout le haut armoriai de la Suède est là ; à lire tous 

noms de victoire et d'orgueil, le visiteur le plus distrait a comme la 
révélation de l'extraordinaire épopée militaire que vécut la Suède ancienne. 

Des constructions entreprises par Jean III, bien peu furent achevées 
de son vivant ; néanmoins on distingue encore çà et là le principe géi 
de l'architecture religieuse de son temps, en ces édifices qu'il rebâtil sur 
ccumulées par Gustave Vasa: temples de Jakob, de Klara e1 




La chapelle (tombeau de Charles XII 
(Église de Riddarholmen . 



26 



STOCKHOLM 



Maria-Magdalena : une triple nef — les bas côtés suivant un vieil usage 
septentrional à peine moins élevés que la grande nef — des voûtes et des 
fenêtres gothiques, un plan qui se rapproche du type à autel central affec- 
tionné par la Renaissance ; en somme, une architecture fidèle aux formes 




Intérieur de l'église de Jakob. 



du moyen âge, et où l'esprit nouveau apparaît surtout dans le détail de l'or- 
nementation, les porches, les chapiteaux, les pignons... voilà les églises 
de la fin du XVI e siècle en Suède. Située sur l'une des voies les plus animées 
de la capitale, entre la place Gustave-Adolphe et ce Jardin du Roi qui de- 
meure la promenade préférée des vieux Stoekholmiens, le temple de Jakob 
attirerait peu l'attention si précisément il n'offrait à la vue du passant 



LA RENAISSANCE 



27 



un porche assez imposant : la reconstruction de cette église, ordonnée en 
1580, fut retardée par des remaniements du plan primitif, et ne fut terminée 
que vers le milieu du xvn e siècle ; après un incendie, en 1723, les petites 
tours de la façade ouest reçurent leur aspect actuel; une coupole à lanterne. 
œuvre de l'architecte Goran Adelcrantz le Vieux, remplaça la tour centrale 
octogonale ; aux pignons 
renaissance furent subs- 
titués des frontons clas- 
siques. En dépit de suc- 
cessives restaurations, le 
porche méridional est 
heureusement demeuré 
intact ; donné en 164-I 
par Henrik Flemming et 
Sigrid Kurtzel, il est une 
des œuvres les plus inté- 
ressantes de cette épo- 
que; œuvre d'un incon- 
nu, non point peut-être 
très personnelle , mais 
d'un bel effet décoratif ; 
un effort de composition 
assez vigoureux se décèle 
dans l'ordonnance de ces 
colonnes corinthiennes 
flanquées des statues de 
Moïse et de Jacob, et 
dominées par le groupe 
de la Trinité. Le porche 
occidental, qui date de 
1669, est moins impor- 
tant. 

Détruites par des incendies, et abondammeni restaurées, les églises 
de Klara et de Maria-Magdalena n'ont poinl conservé d'aussi remarquables 
fragments, mais leurs murs rajeunis surgissent de cimetières anciens joli- 
ment ombragé.. ; plusieurs autres églises de Stockholn possèdent de ces 
squares funéraires ou il faut chercher quelques-uns <1 :s aspects les plus 
émouvants de la capitale : refuges paisibles où des enfants jouent parmi 
les tombes, sans gêner l'idylle des rencontres amoureuses ; çà etlàdesnoms 




Porche méridional de l'église de Jakob. 



2 8 STOCKHOLM 

illustres, le souvenir de gloires anciennes, sépultures infiniment simples, 
monuments modestes, et qui n'effarouchent point la mélancolie des pieuses 
évocations ; des fleurs fraîches parfois soulignent l'épitaphe d'un poète. 
Dans l'ombre de Maria-Magdalena un petit obélisque entouré d'une grille 
marque la tombe commune de Yicander et de ce Stagnelius qui fut un génie 
étrange et grandiosement lyrique ; dans le cimetière de Klara, si calme, en 
plein quartier des imprimeries et des journaux, une stèle ornée d'un mé- 
daillon porte le nom de Bellmau. poète national, sorte de Saint- Amant 
génial, qui sut mêler à ses poèmes bachiques la fantaisie et la mélancolie du 
Nord, et charmer le xvm e siècle finissant d'une musique poignante et inou- 
bliable ; non loin, dans une pénombre verte, voici la tombe de cette char- 
mante Anna-Maria Lenugren ; puis la pompeuse épitaphe d'un Français, 
Joseph Eliodore de Bouligny... 

De même que l'architecture religieuse, l'architecture civile s'émancipe 
lentement du moyen âge ; la Renaissance pénètre en Suède avec quelque 
retard, et ne suit qu'à plusieurs années de distance les innovations du con- 
tinent : elle est importée par des artistes hollandais et allemands au ser- 
vice de l'aristocratie : les artistes autochtones sont rares : on cite le peintre 
et architecte Anders Larsson (Anders Mâlare) et le tisseur de tapisseries 
Xils Eskilsson ; d'autres, dont les noms sont généralement oubliés, tentent 
de s'assimiler les modèles étrangers, et parfois introduisent avec une naïve 
gaucherie les éléments locaux dans les fresques, panneaux, menues sculp- 
tures qui signalent encore leur passage au visiteur de Gripsholm ou de 
Vadstena. Mais d'ordinaire, la Renaissance n'affirme guère en Suède de 
traits profondément nationaux : elle est l'œuvre d'étrangers souvent mal 
accueillis par le peuple, effrayés par les rigueurs du climat, et qui parfois 
ne s'arrêtent guère: quelques-uns cependant font de longs séjours, et se fixent 
en Suède ; M. Upmark, l'éminent historien de la Renaissance suédoise, 
a révélé les noms des plus notoires : Paul Schiitz qui travaille au château 
de Stockholm vers 1544, puis au château d'Upsal dont il dirige la cons- 
truction jusqu'à sa mort (1570), Jakob Richter qui, vers le même temps, 
collabore aux châteaux de Stockholm et de Kalmar ; Jôrgen Rebher, de 
Fribourg, dont l'activité se dépense à Stockholm (1553-65), le Poméranien 
Joachim von Bulgerin. les trois frères Pahr, probablement d'origine ita- 
lienne (arrivés en Suède en 1570 ; l'aîné Johannes Baptista retourne au 
Mecklembourg dès 1578, les deux autres, Dominicus (y 1602) et Fran- 
cisais (y 1580) travaillent leur vie durant à Kalmar. Borgholm et Upsal) ; 
l'Italien Johannes Baptista Brezzilesi; le Flamand, peintre, sculpteur et 



LA RENAISSANCE 



=9 



architecte, Willem Boy. venu en Suède dès 1555. disciple du maître anversois 
Cornelis Flori, par qui se répand dans toute l'Europe septentrionale la 
lointaine influence d'Andréa Sansovino ; Arendt de Roy, constructeur 
de Vadstena ; Henrik Verhuwen et Hans Fleming. Un peu plus tard 




Une maison de Kornhamnstorg. 



arrivent de Liège les quatre frères de Besche, ingénieurs et architectes 
du Brabant Gillius Achtschilling. de Strasbourg Hans Jakob Kristler, de 
Hollande Casper von Panten. Avec le Français Simon de la Vallée e1 le Stral- 
sundais Nicodemus Tessin.le classicisme fera enfinune apparition triomphale. 

On voit quelles sont les attaches de l'art suédois de la Renaissance; 

-t le temps où Gustave Vasa, mal secondé par ses collaborateurs im] 
visés, tente d'introduire en Suède une administration et un personnel 



3 o STOCKHOLM 

mands — essais d'ailleurs malheureux — et envoie à François I er (1542), 
à la tête d'une somptueuse ambassade, cet étonnant von Pyhy dont l'avait 
gratifié la sollicitude de Luther. L'allemand est la langue de la chancellerie 
suédoise. Au reste Gustave Vasa affranchit Stockholm de la domination 
économique des villes de la Hanse ; la monarchie suédoise étend ses relations, 
signe avec la France un premier traité (Montiers-sur-Saulx, 1542), suivi 
d'un arrangement commercial (1560) négocié par notre compatriote Charles 
de Dançay, l'un des hommes qui apprit le mieux à connaître les pays Scan- 
dinaves, au cours d'un séjour de quarante années. Stockholm grandit et 
recommence de s'enrichir malgré les troubles de la fin du xvi e siècle ; les 
maisons de pierre s'y multiplient ; le luxe des façades y manifeste un goût 
croissant des embellissements esthétiques ; et sans doute, l'influence alle- 
mande et hollandaise pousse surtout à la luxuriance de la décoration ; un 
souci d'ordre et de discipline commence toutefois de se manifester ; on 
n'ignore pas Vitruve, on étudie Sebastiano Serlio et ses commentateurs ; 
on devait connaître Philibert de l'Orme et Du Cerceau ; les colonnes, les 
pilastres, les charpentes, les corniches, les consoles trahissent des préoccupa- 
tions classiques. Au reste, le trait le plus caractéristique de cette archi- 
tecture demeure le haut pignon qui surmonte les façades ; pignon à redans 
du moyen âge, qui subsiste jusqu'au xvn e siècle, avec ses cavités en forme 
de niches, de croix et de zigzags, échancrées dans la surface de la muraille ; 
pignon « welche », que la Renaissance inaugure, en remplissant de volutes 
les angles des redans, en érigeant aux extrémités de petites pyramides ou des 
statues, en multipliant les niches et les pilastres, ornementation surabon- 
dante et un peu hétéroclite où l'on surprend parfois les plus singuliers rap- 
prochements. Tel était l'attrait de cette décoration que Jean III en fit 
surcharger les façades du château de Stockholm, et en imposa l'adoption aux 
propriétaires des maisons voisines. En dépit de ce succès, presque aucun 
de ces anciens pignons n'est demeuré ; à peine en découvre-t-on çà et là, 
au hasard de la promenade, quelques vestiges ; mais très souvent, les archi- 
tectes modernes s'en sont inspirés, en sorte que les capricieuses inventions 
d'une lointaine Renaissance n'ont point cessé de contribuer à déterminer 
la physionomie de la capitale contemporaine. 

Yeut-on étudier la Renaissance suédoise dans sa diversité un peu rude, 
et découvrir les premiers balbutiements d'une âme nouvelle parmi la robuste 
placidité d'un luxe archaïque, il convient de quitter Stockholm pour quel- 
ques heures ; l'excursion de Gripsholm est charmante, et d'autant plus ins- 
tructive si on la fait par bateau ; il faut en effet admirer lentement les as- 






LA RENAISSANCE 



3i 



pects changeants du Mœlar, ces paysages de forêts et d'eaux limpides et 
voir surgir à demi voilées par un rideau de mouvante verdure, les coupoles, 
la dentelure des pignons, la lourde masse des façades de brique, appa- 
rition moyenâgeuse, en un décor d'une grâce souriante et pittoresque 




Gripsholm. cour intérieure. 

mll tableau plus parfait, ni qui marie plus heureusement l'histoire el l-ti- 
vité humaine aux séductions d'une nature harmonieuse. Vu de près, Gnps- 
holm est une forteresse féodale ; d'épaisses murailles inarticulées ; des tours 
d'angleà la rotondité puissante, l'aspect rébarbatif d'une bastUle qu.se garde 
à l'intérieur des escaliers tournante ménagés dans l'épaisseur des murs 
des corps de logis à cloisons transversales où s'allonge la perspective n, 
,,,. .,||,. en enfilades... Pourtant. la grande cour intérieure, avec ses Een. 



32 STOCKHOLM 

à encadrements, son escalier extérieur, sa décoration fine et sobre, annonce 
la Renaissance, partout reconnaissable à mille détails de l' aménagement 
intérieur. 

Le château, commencé eu 1537 sur un emplacement très anciennement 
fortifié, et construit en partie de briques enlevées au monastère voisin de 
Mariefred, fut inauguré, encore qu'inachevé, par Gustave Vasa en 1544 ; 
deux semaines de réjouissances marquèrent la première étape d'une crois- 
sance qui continua sous ses successeurs, et ne prit fin que vers les dernières 
aimées du xvi e siècle. Le roi. dit-on, avait tracé lui-même les grandes lignes 
du plan — assez irrégulier - - que durent suivre ses architectes, notam- 
ment un certain Heinrich von Côllen. Tour à tour Erik XIV y enferma 
le duc Jean, puis Jean III Erik XIV détrôné ; la dramatique légende des 
frères ennemis rôde encore en ces geôles dont les siècles ne semblent guère 
avoir modifié l'aspect. Après eux, Gripsholm devint une prison d'Etat. A 
la fin du xvn e siècle, la reine Hedwige Eléonorey fit de fréquents séjours: 
douairière éprise d'art, et que la protection des artistes distrait de son long 
veuvage — nous retrouverons ailleurs son influence — elle inflige au vieux 
château les embellissements de la mode, bâtit cette « aile de la reine », qui 
flanque si étrangement la « tour de l'église » (ou du théâtre), modifie grave- 
ment le dessin des toits, l'aménagement intérieur. Un siècle plus tard, la 
fantaisie romantique de Gustave III ramène une fois encore à Gripsholm 
la cour suédoise ; cour papillonnante et à demi française ; le « roi des génies » 
élève * l'aile des cavaliers » — banale et lourde ; un élégant théâtre profane 
l'ancienne chapelle ; fort heureusement Gustave III ne dispose point de suf- 
fisantes ressources ; après la brillante mascarade qu'il conduit avec un entrain 
fébrile, Gripsholm demeure à peu près intact; à peine, çà et là, un peu d'élé- 
gance étrangère masque-t-elle la rudesse de l'indestructible donjon. 

Fort habilement restauré en 1802-96 par l'architecte Liljequist, le châ- 
teau des Vasa, enrichi par tant d'histoire, mais non défiguré, est une sorte 
de magnifique musée du passé suédois, hanté de souvenirs tragiques... Trois 
époques surtout y revivent par l'architecture, la décoration, l'ameublement, 
une multitude de peintures, tapisseries, armes et objets anciens : la Renais- 
sance, l'âge du baroque et l'ère gustavienne. 

Intérieurement, grâce à la reconstruction des toits tels qu'ils étaient 
avant Hedwige Eléonore, au rétablissement de la grande loggia de la cour 
intérieure démolie par Gustave III, et à une recherche patiente de l'an- 
cienne armature, les formes primitives ont reparu. A l'intérieur, il n'a point 
toujours été aussi aisé de retrouver la décoration première, et l'on a dû avoir 
recours çà et là à des palliatifs : le plafond de l'antichambre inférieure repo- 



LA RENAISSAXCK 



33 



duit divers motifs empruntés à l'ancienne maison de Stockholm qui abrite 
le restaurant Hamburger Bors. Parmi les salles qui constituent « l'appar- 
tement des Vasas », seule la prison du duc Jean n'a pas été touchée : la « salle 
carrelée » (Astraksalen) présente des lambris d'inspiration italienne et 
des portes copiées au château de Torpa ; le beau plafond de bois est par 
contre original ; ailleurs, on s'est inspiré de Rydboholm ou de Yadstena... 
Tel quel, cet appartement est une reconstitution très frappante et aussi 
approximative que possible de celui qu'habitèrent Gustave Vasa et ses 




Le « salon jaune » (Gripsholm), 



fils. On s'attardera surtout en cette « prison du duc Jean » demeurée intacte 
depuis la fin du xvi e siècle ; avec sa voûte peinte d'une décoration florale 
semblable à celles des églises suédoises du moyen âge, les niches profondes 
des fenêtres et l'alcôve aux plafonds de bois, les lambris à pilastres doriques 
encadrant de naïves peintures, la porte à colonnes et à fronton triangulaire, 
un ensemble unique de lignes, de couleurs, de rudesse médiévale et de recherche 
du style, cette petite salle est l'un des plus curieux exemples de l'art de la 
Renaissance dans les pays du Nord. Mais la salle Vasa, 1res vaste, avec un 
plafond du temps emprunté au château de Tynnelsô, (Us peintures murales 
qu'il a suffi de raviver, de beaux portraits de Gustave Vasa et de sa sœurMar- 
gareta Vasa, des effigies singulières d'Elisabeth d'Angleterre, Cromwell, etc. ; 



34 STOCKHOLM 

le « cabinet », la « galerie danoise »... tout ce vieux logis auquel s'accor- 
dent sièges, coffres, tables, bahuts, poêles énormes et lits à baldaquins 
méritent une visite attentive. 

De proportions beaucoup plus modestes, « l'appartement d'Hedwige Eléo- 
nore », situé dans « l'aile de la reine » a dû être reconstitué en entier ; un 
ameublement de provenances diverses orne ces petites pièces où s'entas- 
sent tapisseries du commencement du xvn e siècle et portraits ; ceux-ci, 
d'un intérêt documentaire plutôt qu'artistique, telles les toiles de jeunesse 
de David von Krafft qu'Hedwige Eléonore envoyait en 1684 dans les cours 
étrangères, pour s'y perfectionner dans son art et en rapporter les portraits 
des princes et princesses ; l'image de la vieille reine en plusieurs exemplaires, 
un bon portrait de Frédéric I er par Georges Desmarées, un portrait de 
Charles XII à Bender par le général Axel Sparre, le plus ressemblant que l'on 
ait du conquérant, quelques toiles d'Ehrenstrahl ; Ehrenstrahl nous révèle 
un art pompeux et qui s'harmonise bien - - notamment le plafond peint 
par lui dans la chambre à coucher — avec les motifs décoratifs, cheminées, 
encadrements, moulures en stuc pareils à ceux que l'on voit au château 
de Drottningholm, et où se reconnaît l'influence des Tessins. 

Et voici l'art gracieux de l'ère gustavienne, follement éprise de nos 
goûts et de nos modes, et qui vécut parmi les élégances de nos styles Louis XV 
et Louis XVI ; 1' « appartement de la princesse Sofia Albertina », « l'appar- 
tement de la reine » ; ce dernier si miraculeusement conservé que ses hôtes 
de la fin du xvin e siècle y semblent attendus ; les meubles sont à leur place, 
et les portraits du temps, signés Nonotte (portrait de Charlotta Fredr. Sparre, 
en vestale, 1741 ; le musée de Stockholm en possède une réplique), Rosine 
Mathieu (Catherine II et Pierre III), Antoine Pesne, Johan Pasch, Lorenz 
Pasch le Jeune, Roslin... et les tapisseries, notamment le magnifique por- 
trait de Louis XV, sorti des Gobelins, offert à Gustave III lors de son 
voyage à Paris en 1771. 

Telles sont les parties les plus caractéristiques, mais on ne saurait sans 
dommage négliger le reste du château, ces salles nombreuses et de faste divers, 
où. jusqu'aux Bernadottes, tous les souverains suédois ont marqué leur pas- 
sage : chambre du roi, revêtue d'une suite de tapisseries achetées en 1648 
à Anvers pour le couronnement de la reine Christine ; salle du Conseil où 
brillent trois toiles d'Ehrenstrahl, dont la fameuse Famille de Charles XI ; 
salle du Trône, où le beau plafond de bois primitif a été remis en place ; 
étages supérieurs où le plus pur xvni e siècle, pimpant et poudré, voisine 
avec la triste prison d'Erik XIV, un musée d'armes, et cette « galerie sué- 
doise qui réunit un grand nombre de portraits des trois derniers siècles... 



LA RENAISSANCE 



35 



L'abondance des toiles partout répandues permet enfin d'étudier toute 
une période de l'histoire de la peinture suédoise ; c'est ici en effet qu'il faut 
s'initier à l'œuvre des peintres de « l'époque de la grandeur suédoise », et de 
l'âge « carolin » ; nombreuses, les peintures d'Ehrenstrahl et David von Krafft 
notamment, ont ici un cadre qui contribue à les rendre plus significatives. 

Longtemps négligée au profit de l'architecture, la peinture, représentée 
par quelques Allemands et 
Hollandais, est favorisée vers 
le milieu du xvn e siècle par 
la reine Christine : David 
Beck, élève de van Dyck, 
Sébastien Bourdon qui lui 
succède dans la faveur de la 
reine, ne font toutefois qu'un 
court séjour, à peine suffisant 
pour que leurs noms demeu- 
rent çà et là, à Gripsholm, et 
dans les grandes collections 
de vSuède. L'abdication de 
Christine entraîne une vraie 
débâcle. La Suède garde tou- 
tefois Jakob Henrik Elbfass 
originaire de Livonie, peintre 
officiel de la reine Maria 
Eleonora, fondateur de la pre- 
mière école suédoise de pein- 
ture ; ses meilleurs portraits, 
que possède Gripsholm (Xils 
Brahe , Bengt Oxenstierna, 

Karl Karlsson Gyllenhielm, etc.) témoignent d'un art gauche, analogue à celui 
qui régnait alors dans l'Allemagne du Nord. Le Hollandais Martin Mijtens 
(1648-1734), qui arrive en .Suède en 1677. y apporte plus de science, une 
tradition héritée d'une honnête famille de portraitistes ; quelques-uns de ses 
portraits traduisent avec un chaud coloris une vie assez intense (Voir notam- 
ment son ( >1of Rudbeck (1696), que possède l'Université d'Upsal : son Pieter 
von Breda, au Musée de Stockholm) . On trouve encore à la cour de Charles X 
Gustave, le miniaturiste Alexandre Cooper, qui séjourne en Suède de [< 
à 1656, le Hollandais Henrik Miinniehhofen, le miniaturiste français Pieri 
Signac, qui demeure attaché à la cour pendant trente-six ans (1648 5 




Ehrenstrahl. Portrait de Charles XII en 1697 
^Gripsholm). 



3 6 STOCKHOLM 

les figures ivoirines, durement dessinées, de Pierre Signac ornent encore 
maintes collections (Voir au Musée de Stockholm ses portraits de Christine, 
Hedwige Eléonore, etc.). Il a un rival mieux doué, le Finlandais Elias Brenner. 
On cite encore des Français : Nicolas Valéry, qui peint des plafonds au 
château de Drottingholm (V. chap. III), les sculpteurs G. Baselaque et 
x\braham l'Amoureux... Tous ces artistes sont vite oubliés quand se lève 
la gloire triomphante d'Ehrenstrahl. 

On se fera à Gripsholm une idée de ce peintre brillant et peu solide, 
au dessin souvent défaillant, à la verve pompeuse, décorative, intarissable ; 
ce hambourgeois (il s'appelle David Klocker avant d'être anobli en 1675) 
qui a vécu à Amsterdam, a fait, grâce aux libéralités de la reine Maria Eleo- 
nora, un séjour de sept années (1654-61) à Venise et à Rome ; il fut l'élève 
de Pietro da Cortona dont il importe en Suède la manière superficielle ; sa 
fougue est étonnante, sa production considérable : compositions allégo- 
riques d'après des modèles italiens, plafonds et fresques (Gripsholm, Rid- 
darhuset, Drottingholm), vastes compositions religieuses (son Jugement der- 
nier, à Storkyrkan de Stockholm, fut longtemps considéré conmme son chef- 
d'œuvre) ; portraits, scènes de chasse, sans compter une foule de toiles qui 
le révèlent animalier remarquable : peintre de chevaux, de chiens, d'oi- 
seaux, il consent en effet à une scrupuleuse observation de la nature, et 
sait voir le paysage suédois ; le reste de son œuvre manifeste moins de scru- 
pules ; ses innombrables portraits, où l'apparat des costumes et des insignes 
retient son effort, montrent peu de curiosité psychologique, et atteignent 
rarement l'individualité : peut-être faudrait-il faire une exception en citant 
le beau portrait de Stjernhjelm (Gripsholm), si vivant et si vigoureux dans 
sa tonalité modérée et son évidente sincérité. On se prend à regretter qu'un 
plus long séjour en Hollande n'ait point confirmé l'artiste dans ce sérieux 
si émouvant... Maître du baroque, il demeure surtout remarquable par 
son sens de l'effet décoratif ; et sans doute, il est souvent déclamatoire, mais 
son imagination, qui s'empare des plus vastes surfaces, et les anime infatiga- 
blement de divinités, de génies et d'emblèmes, est d'un prodigieux secours 
aux architectes ; il règne à Gripsholm ; nous le retrouverons à Stockholm, 
et dans toutes les demeures princières de son temps. Il a de nombreux élèves : 
Mikael Dahl, Martin Haunibal, Daniel Stahl, Christoffer Thomson, et ce 
Johan Sylvius, qui n'a point en vain séjourné en Italie et à Versailles, et 
rappelle heureusement Lebrun dans ses grandes compositions décoratives 
de Drottningholm. Il les associe à ses travaux, en sorte que l'authenticité 
absolue de ses œuvres n'est point toujours certaine. Il remporte d'extraor- 
dinaires succès ; on le connaîtrait mal si l'on ignorait son portrait par lui- 



LA RENAISSANCE 



57 



même (Musée de Stockholm) où il s'est représenté dans une lumière d'apo- 
théose, entre les muses de la peinture et de l'invention. Quand il meurt 
(1698), son influence est toute-puissante ; le goût de la peinture s'est extraor- 
dinairement répandu. La vSuède semble en possession d'une tradition pleine 
de promesses... L'aventure de Charles XII va couper court à toutes ces 
espérances. 

Et sans doute le jeune roi hérite d'artistes officiels, chargés de glorifier 




La « chambre du duc Charles » Gripsholm). 



incessamment tous ses gestes, un portraitiste, un peintre de batailles, un 
miniaturiste, un sculpteur, un architecte, un graveur, un médailleur (David 
Krafft, Johan Filip Lemke, Elias Brenner. Burchard Brecht, Nikodemus 
Tessin le Jeune, Johan von Aveelen, Arvid Karlsten) ; mais les jeunes 
artistes qui entreprennent des voyages à l'étranger ne réintègrent pas un 
pays ruiné par la guerre, où l'art devient une superfluité blâmable; l'un 
des meilleurs élèves d'Ehrenstrahl, Mikael Dahl, se fixe m Angleterre 
(portrait de la reine Anne ; Gripsholm) ; une petite colonie française — les 
peintres de plafond Jacques Fouquet et Evrard Chameau, les sculpteurs 
René Chauveau, L,ouis de la Porte, J. Jacquin —ne tarde pas à se disper- 



38 STOCKHOLM 

ser... Le seul peintre qui marque avec quelque talent la transition du xvn e au 
xviii 6 siècle est David von Krafft ; ses œuvres emplissent des salles entières de 
Gripsholm. 

Xeveu d'Ehrenstrahl, hambourgeois que son oncle appelle à Stockholm 
pour y étudier la peinture, von Krafft n'a ni la faconde, ni l'imagination 
créatrice de son parent : mais d'un long séjour sur le continent (douze ans. 
1684-96, dont six passés en Italie, deux en France), il rapporte une sûreté 
de dessin, une science de la couleur, une expérience de la technique picturale 
que ne posséda jamais Ehrenstrahl ; Venise et Bologne l'ont surtout retenu ; 
en France, il a connu Mignard, Largillière, Rigaud et François de Troy. 
Simple élève d'Ehrenstrahl à son départ — nous avons vu de quelle inex- 
périence témoignent ses envois de Danemark et d'Allemagne — il revient 
fort dégoûté de l'enflure de son premier maître ; moins brillant, il sera un 
portraitiste plus pénétrant ; il lui succède dans les fonctions de portraitiste 
officiel : Ehrenstrahl et von Krafft sont les deux maîtres de l'abondante 
iconographie de Charles XII. 

Grâce à eux Charles XII est partout présent à Gripsholm - - comme 
dans la plupart des châteaux et musées de Suède : Ehrenstrahl portraicture 
l'enfant, l'adolescent jusqu à l'âge de dix-sept ans ; entre tant d'effigies, 
retenons cette gracieuse toile de 1697 (Gripsholm) : le héros, en perruque, 
manteau royal à revers d'hermine, nous regarde par-dessus son épaule ; 
son attitude est hère et coquette ; son visage d'éphèbe, son long visage aux 
yeux énigmatiques, ne révèle point encore ses folles ambitions ; Ehrenstrahl 
n'a point vu l'ardeur de ce tempérament, mais exprime avec son élégance 
de cour une grâce orgueilleuse. 

Après les Charles XII pompeux d'Ehrenstrahl, les Charles XII guerriers 
de von Krafft ; plus de perruque ; les cheveux relevés sur le grand front, 
un uniforme de guerre, un visage toujours énigmatique, mais où l'on devine 
la violence de passions forcenées ; une prodigieuse épopée se lit sur ces por- 
traits, depuis la joie des premiers triomphes jusqu'aux anxiétés et aux 
fureurs du désastre : quelle audace, quelle confiance hautaine, en ce jeune vain- 
queur vêtu de son costume de 1700, mais qui paraît avoir été peint en 1707 ! 
Gripsholm). Debout, étroitement sanglé dans une tunique à basques bouf- 
fantes, haut botté, le poing droit sur la hanche, la main gauche sur la poignée 
d'une forte épée, voilà le Charles XII seconde manière dont se souvien- 
dra la postérité... Les années toutefois vont s'appesantir lourdement sur 
l'Alexandre du Nord ; on en sentira tout le poids en étudiant au château de 
Drottningholm (salle des généraux) ce portrait de 171 7 où Krafft nous montre 
une majesté accablée par le sort, mais non résignée : l'attitude est à peu 



LA RENAISSANCE 



39 



près la même que dans le portrait de 1707 : voici encore la haute épée, la 
tunique bleue, que sangle un ceinturon militaire, les gants à crispins, le tricorne, 
et le long visage, encore allongé par la hauteur du front chauve ; les traits 
sont creusés, amers ; et toujours ces yeux de visionnaire, avec je ne sais quelle 
lueur d'orgueil quasi démoniaque ! Le roi a voulu être entouré de ses compa- 
gnons d'armes ; les dernières années de von Krafft se sont employées à 
fixer les traits de ces soldats qui 
venaient de vivre une fantastique 
épopée ; ces dix-huit « Carolins » 
eussent fourni à un Van Dyck l'oc- 
casion d'un étonnant chef-d'œuvre ; 
modestement, von Krafft, vieilli, et 
que ces années de détresse natio- 
nale éprouvent terriblement, se 
contente de signaler leurs colères, 
leur vaillance, leur rude existence, 
leur passé de bivouacs et de com- 
bats ; son art a perdu toute sou- 
plesse, quelques-uns de ces por- 
traits sont à peine esquissés (celui 
du général Hârd témoigne de plus 
de soin), tous manquent déplora- 
blement de lumière ; pourtant ces 
Carolins sont inoubliables ; von 
Krafft nous a légué le spectacle de 
leur désespoir qui ne voulait pas 
désespérer. 

Le Charles XII de 171 7 a été 
popularisé par la gravure et de nom- 
breuses répliques, dont une à Ver- 
sailles; on retrouvera ses traits, idéalisés, dans le célèbre buste de Bouchardon 
et les diverses évocations du roi qu'ont données les artistes du xix' 1 siècle. 
Les portraits du- à Sparre, très appréciés pour leur ressemblance, ont été 
moins souvent reproduits ; pourtant le portrait dit ■• de Bender » (signalé 
plus haut), ou une copie, dut être montré à Hyacinthe Rigaud lorsque le 
conseiller Sack lui demanda l'effigie de son maître; le beau, et d'ailleurs 
fantaisiste portrait de Charles XII par Hyacinthe Rigaud, daté Paris i~ 
que possède le Musée- de- Stockholm, trahit eri effet, ;wmv. clairement, cette 
origine. 




David von Krafft. Portrait de Karl Eredrik, 
duc du Ilolstein (Gripsholm\ 



40 STOCKHOLM 

Et voici, vus par von Krafft, un nombre prodigieux de contemporains 
de Charles XII ; Gripsholm le montre en plein talent, notamment avec 
un imposant Stanislas Leczinski, ou encore ce délicieux Charles-Frédéric, 
duc de Holstein, enfant cuirassé, coiffé d'une abondante perruque, et qui, 
le bâton de commandement à la main, dans une attitude de jeune dieu, 
paraîtrait théâtral si la sincérité du peintre n'eût su rendre la grâce mutine 
du visage... Voici de vigoureux soldats, et des éphèbes nerveux, affinés, fleurs 
d'une génération exaltée par trop de succès, minée par de trop violentes 
émotions ; les femmes sont frêles, et fort différentes des Junon hautes en 
couleur peintes par Ehrenstrahl ; sans doute, von Krafft a pris en Italie le 
goût des silhouettes aristocratiques ; mais son goût ne contrecarre pas la 
vérité ; ces jeunes femmes au teint pâle, au col gracile, caractérisent une 
époque et une société. Cette jeune génération, un peu lasse, et qui raille la 
pompe exagérée du baroque, affectionne la simplicité, et réclame un art plus 
nuancé, plus critique, c'est le xvm e siècle qui commence. 

La vieillesse de von Krafft (il meurt en 1724) accuse une décadence sin- 
gulière de son talent et de son art ; phénomène fréquent en un pays où l'ar- 
tiste formé à l'étranger s'étiole souvent, dans l'isolement, bien loin de se dé- 
velopper. Krafft forme de nombreux élèves, et presque tous les peintres de 
la première moitié du xviii siècle sortent de son atelier : les uns — Schwartz, 
Starbus, Schrôder -- perpétuent sa manière ; le plus grand nombre sollicite 
les leçons du continent : Hysing rejoint Dahl et se fixe en Angleterre ; Pasch 
et Arenius étudient en Angleterre et en Hollande ; Lundberg deviendra 
le porte-drapeau d'un art résolument français. 

Le xvin e siècle nouera avec la France des relations artistiques de plus 
en plus étroites : toutefois il faut citer encore un épigone de « l'ère de la 
grandeur » ; Georges Desmarées (1697-1775) est un élève de Mijtens, mais 
il est plus personnel que son maître, et manifeste une distinction natu- 
relle, une habileté de dessin, une allégresse légère de la couleur incon- 
nues à Mijtens, dans les nombreux portraits qu'il peint avant de quitter la 
Suède (1724) ; il est le peintre de la noblesse dans les années de désarroi qui 
suivent la mort de Charles XII, l'un des portraitistes les plus expressifs que 
la Suède eût encore possédés (Voir notamment ses portraits de Gripsholm : 
Nikodemus Tessin (1723), Frédéric I... ; voir aussi au château royal de Stock- 
holm une copie de son portrait d'Arvid Horn, un des plus beaux qui se puis- 
sent voir en Suède). 




Riddarhuset Palais de la noblesse) et statue cTOxenstierna. 

CHAPITRE III 

LE XVII- ET LE XVIII e SIÈCLE 



La - grandeur suédoise ». — Influences hollandaises: Riddarhuset. — Influences fran- 
çaises et italiennes: Simon et Jean de la Vallée; les Tessin. — Drottningholm. 
Le château de Stockholm et l'art du xviii siècle. — II- 

Lu .Suède, au xvn e siècle, échafaude sur la base solide de la monarchie 
des Yasas un vaste empire qui dépasse de beaucoup ses limites naturelles, et 
lu' donne en Europe le rang de grande puissance ; c'est « l'époque de la gran- 
deur », à laquelle correspond un rapide développement de la capitale. Stock- 
holm perd son aspect de forteresse ; il s'affranchit de son enceinte maritime 
(Kransen) : les remparts de « l'îlot des Frères-Gris » qui prend définitive- 
ment lenom d'îlot des Chevaliers (Riddarholmen), tombent, et sont rem- 
placés par les palais de la noblesse : la ville déborde par delà les détroits 
nord et sud, et étend ses faubourgs (malm). Lu incendie qui l'anéantit 
à demi en 1625 facilite le rajeunissement de vastes quartiers. Stockholm 
voit enfin surgir toute une série de constructions princières auxquelles il dul 
jusqu'à une date toute récente les traits essentiels de- -a physionomie. 

Epoque glorieuse, e1 sj riche en succès mie les plus téméraires entreprises 



4 2 STOCKHOLM 

ne semblent point impossibles au génie suédois : des camps un orgueil pré- 
somptueux gagne les bibliothèques et les universités : d'après une vieille 
tradition, c'est de Suède qu'étaient partis les Goths vainqueurs de Rome; 
l'extraordinaire érudition de Olof Rudbeck prétend démontrer (Atlantica) 
l'identité du pays suédois et de la fameuse Atlantide de Platon. Deux « anti- 
quaires nationaux » (institués en 1630), les savants du « Collège des Anti- 
quités » (1667) (dont les collections formèrent les premiers fonds du musée 
historique actuel), quatre Universités (Upsal, Dorpat, Abo, Lund) exaltent 
le sentiment national et doublent d'une emprise intellectuelle les conquêtes 
militaires et administratives. Gustave-Adolphe invoque la prééminence 
de sa couronne sur toutes les monarchies. La richesse soudaine, les vœux 
et les rêves d'une Suède conquérante trouvent leur expression symbolique 
en cette Suecia antiqua que publie un héroïque capitaine, Erik Dahlberg ; 
recueil magnifique, sorte de Suède monumentale, où est représenté par la 
gravure l'aspect — souvent complété au gré de projets irréalisés — de tous 
les édifices importants de la patrie suédoise. 

Cette architecture qu'anime une si grande ambition, on peut aisément 
l'étudier encore aujourd'hui : le moderne Stockholm ne l'a guère res- 
pectée : pourtant on la rencontre partout dans les villes et les campagnes ; 
le xvn° siècle est en Suède le grand siècle de l'architecture. 

Charles IX avait continué les entreprises de son père et de ses frères ; 
après lui, les constructions royales marquent un temps d'arrêt, mais ce sont 
alors les nobles suédois qui font appel aux artistes étrangers ; cette no- 
blesse s'est brusquement enrichie pendant la guerre de Trente ans ; elle a 
rapporté d'Allemagne le goût des habitudes somptueuses, et aussi de véritables 
trésors d'art qui répandent en Suède l'éblouissement d'une vraie révélation ; 
les fortunes s'accroissent des libéralités excessives de la reine Christine et 
des empiétements que favorisent de longues minorités ; en un pays de res- 
sources modiques, la noblesse monopolise une richesse considérable jusqu'à 
la réduction » qui, vers la fin du XVII e siècle, l'obligea de ruineuses resti- 
tutions. Au cours du siècle, elle multiplie ces somptueuses demeures que l'on 
rencontre encore à l'orée des grands bois, au bord des lacs, et qui ajoutent 
tant de caractère à maints paysages suédois : Stockholm n'est pas moins 
bien partagé. 

L'influence hollandaise n'avait guère jusque-là cessé de dominer l'ar- 
chitecture : les rapports politiques, l'activité des échanges commerciaux 
favorisaient une sorte de communauté de goûts qui persiste au xvn° siècle 
après même que d'autres influences interviennent. Stockholm possède 
actuellement encore de beaux exemples de cet art importé des Pays-Bas ; 



LE XVII e ET LE XVIII e SIÈCLE 



telle cette maison Petersen, construite entre 1640 et 1650 pour R. Leuhusen 
(elle appartint par la suite à Aurora 
von Kœnigsmark, mère de Maurice 
de vSaxe), et qui rappelle (Munk- 
bron) — avec toutefois une moindre 
richesse d'ornementation — le célèbre 
Huis met de hofden d'Amsterdam; 
la simplicité de la haute façade de 
briques rouges fait ressortir le luxe 
décoratif des pignons et des portes. 
Moins imposante, la maison construite 
pour le marchand Tomas Funck (53, 
place Kornhamn) procède de la même 
esthétique : une plaque avertit le pas- 
sant qu'une récente restauration inséra 
deux nouveaux étages entre l'ancienne 
façade et le pignon. On ne quittera 
pas ce coin du vieux Stockholm sans 
considérer tout auprès le curieux en- 
semble des maisons von der Linde (la 
plus ancienne date de 1627), e ^ l eurs 
façades de Wàsterlânggatan (68) et 
de Kornhamn bâties, dit-on, avec la 
collaboration de Aris Claesson de 
Haarlem et peut-être de Gillis Gillius- 
son de Besche. Descartes y aurait vécu 
pendant son séjour en Suède. Le por- 
che de Kornhamn avec ses colonnes 
hermétiques, ses têtes barbues de Nep- 
tune et de Mercure, ses pilastres en- 
tourés de festons de fruits, annonce la 
vogue d'une décoration nouvelle et le 
triomphe du baroque. 

La plupart des maisons qui datent 
de cette époque ont d'ailleurs perdu 
tout caractère — sauf quelques mai- 
sons de la Grand' Place, notamment la 

maison Grill, qui a de curieux pignons e1 ne sont plus remarquables que 
par des porches généralement de style baroque, où se marient et s'opposent 




S - 

■Jn « 



44 



STOCKHOLM 



pilastres et figures allégoriques, nobles armoiries ou devises de marchands, 
inscriptions latines et allemandes (par exemple 6 Svartmangatan, et 20 Svart- 
mangatan, la maison du peintre Ehrenstrahl, avec une porte d'entrée 
surmontée d'un beau monogramme en fer forgé. Voir aussi 70 Vasterlâng- 




Façade de la maison von der Linde, Vâsterlànggatan. 



gatan, et Pràstgatan 8 un hall d'entrée voûté à colonnes et pilastres 
caractéristique du xvn siècle. 

L'influence hollandaise persiste beaucoup plus tard sous une autre forme, 
et se présente avec ce visage plus ou moins classique qu'affectionne de bonne 
heure le xvii e siècle ; un certain nombre d'édifices demeurés intacts à 
Stockholm rappellent de fort près ces habitations des riches bourgeois hol- 
landais du milieu du xvn e siècle où l'on reconnaît la renaissance palladienne ; 
telles la maison n° 10, Skeppsbron, les palais van der Xoot (Satikt Paulsgatan 



LE XVII e ET LE XVIII e SIECLE 



4 : 



21), Horn (Wollmar Yxkullsgatan), Rumpff (Gotgatan 38), assez semblables 
aux constructions de Filip et Justus Vingboon : mêmes pilastres s' élevant 
sur toute la hauteur de la façade, mêmes frontons triangulaires ou en seg- 
ments, mêmes guirlandes de fleurs et de fruits, même prédominance des lignes 



fl I 




Maison Tomas Funck. 



verticales, même souci des proportions qui distinguent, par exemple, le 
Gemeente Muséum et le Mauritshuis de la Haye. Mais le chef-d'œuvre 
de cet art est, à Stockholm, le Palais de la Noblesse, Riddarhuset, réussite 
infiniment séduisante, et comparable aux plus beaux modèles du continent. 

Encore que des architectes français y aient travaillé, et que l'on se troi 
ici comme au confluent de deux courants étrangers, Riddarhusel n'en demeure 
pas moins de conception hollandaise, e1 fait d'abord songer au Mauritshuis: 



4 6 



STOCKHOLM 



de proportions peut-être moins parfaites que le chef-d'œuvre de Pieter 
Post, Riddarhuset est, aux bords du Maelar, une apparition charmante de 
grâce mesurée, de pittoresque harmonieux, et sans doute le plus précieux 
exemple d'architecture ancienne de la capitale suédoise. 

Chargé d'en établir le plan, Simon de la Vallée avait d'abord proposé 




Entrée de la maison Erik von der Linde. 



un palais qui eût été le plus vaste de la ville : ce Français appliquait 
1rs méthodes qu'il avait vues triompher dans l'édification du L,uxembourg 
de Marie de Médicis ; sa brusque disparition — il est tué sur la Grand'- 
Place de Stockholm par le colonel Erik Oxenstierna en iba2 - fait 
passer la direction des travaux aux mains ( j e l'Allemand Heinrich Wil- 
helm ; toutefois, la construction avance lentement en dépit des vives 
interventions du gouverneur et amiral Klas Flemming. Heinrich Wilhelm 



LE XVII e ET LE XVIII e SIECLE 



4 7 



meurt en 1652, et a pour successeur Joest Vingboon, qui ne fait en Suède 
qu'un assez court séjour (jusqu'en 1656), mais donne à l'œuvre son 
orientation définitive. Jean de la Vallée (fils de Simon de la Vallée), 
achève enfin le palais, élève le vaste — trop vaste - - escalier intérieur, 
supprime les fenêtres mezzanines projetées par Vingboon, surmonte les 
fenêtres de l'étage d'une rangée d'œils de bœuf décorés de guir- 
landes, inaugure enfin ce toit onduleux à double corniche que l'on 




Kornhamnstorg (Place du Marché-au-blé) 



retrouve en divers châteaux de Suède (notamment à Drottningholm), et 
qui ne semble guère avoir été employé sur le continent : avec ses statues, 
pyramides à grenades entourant la partie centrale en forme d'autel 
antique, sa décoration symbolique, ce toit témoigne des préoccupations clas- 
siques et savantes du temps; de même les trophées, les livres, les instru- 
ments d'astronomie sculptés au fronton par Heinrich Lichtenberg et Jcan- 
Baptiste Dusart entre 1662 et 1667, et qui traduisent la devise de la noblesse 
suédoise : Arte et Marte ». Pilastres à chapiteaux corinthiens, emblèmes 
ei motifs décoratifs, parure en fine grisaille, inscriptions latines aux ors 
assourdis, murailles de briques aux tons fanés, les deux façades composi 
spectacles d'un goiil discret celle du sud que précède la statue de 



4 8 STOCKHOLM 

Gustave Yasa. celle du nord qu'encadrent les verdures d'un jardin où se 
recueille l'effigie en bronze du grand Oxenstierna. 

Riddarhuset représente à Stockholm l'effort suprême — infiniment heu- 
reux — de l'influence hollandaise : cette architecture, née d'une société 

MB 




Porte de la maison n e 20. Grand'Place. 



de riche bourgeoisie, n'allait point suffire aux ambitions de l'aristocratie 
suédoise : un autre art mieux adapté aux exigences de la vie seigneuriale, 
et conçu en vue d'un large épanouissement de la société élégante tente ces 
vainqueurs assoiffés de luxe et de représentation : cet art vient de France ; 
c'est celui des Du Cerceau et des de Brosse, et bientôt des Le Vau, desMan- 
sart, des Jean Marot... 

Dès 1637, Simon de la Vallée, qui fut au service de Louis XIII et du prince 



LE XVII e ET LE XVIII e SIÈCLE 



49 



Frédéric Henri d'Orange, arrive en Suède : en 1639, ^ reçoit le diplôme d'ar- 
chitecte du roi. Son fils Jean de la Vallée obtient le même titre en 1651, 
après cinq années d'études en Italie et en France ; esprit cultivé, grand lec- 
teur des œuvres de Alberti, Serlio, Vignola, il manifeste une extraordinaire 
activité ; il met la main à presque tous les édifices importants de l'époque. 
Son rival, Nikodemus Tessin le Vieux, originaire de Stralsund, le Mansart 
suédois, ne travaille guère moins, selon des inspirations analogues ; il est plus 
heureux et, tandis que Jean de la Vallée meurt pauvre, fonde une des familles 




Hôtel de Ville 'ancien palais Bonde). 



qui ont le plus brillamment contribué an progrès de la culture suédoise. 
Anobli par Charles XI, il lègue à Nikodemus Tessin le Jeune une situation 
bientôt accrue par le prestige de longues études poursuivies en Italie et d'une 
brillante carrière politique ; grand seigneur éclectique et savant, Nikodemus 
Tessin le Jeune ne manifeste pas la même activité architecturale que son père; 
toutefois son rôle est considérable ; les tendances italiennes du père s'affir- 
ment vigoureusement dans l'art du fils ; ses maîtres sont Carlo Fontana e1 
Loren/.o lierniui bien plutôt que Perrault et Mansart. Tel est toutefois le 
] .vestige de ceux-ci que Nikodemus Tessin le Jeune dispose selon le goûl français 
les hôtels particuliers qui lui sont confiés, réservanl pour de plus va 
entreprises notamment le nouveau château royal sa science préfc 

•1 



5 o STOCKHOLM 

Son fils, le comte Karl Gustav Tessin, sera l'un des plus intelligents mécènes 
de l'Europe du xvni e siècle. 

Tels sont les grands architectes du xvn e siècle : Stockholm leur dut 
entre autres le palais Wrangel (maison royale) de Riddarholmen, entièrement 
défiguré aujourd'hui, en sorte qu'on y reconnaîtrait difficilement le palais 




Porte, Vasterlânggatan 67 (d'après un dessin du comte Sparrej 



le plus magnifique du temps de Charles XI ; les autres palais, non moins 
gravement mutilés, que nous avons déjà rencontrés à Riddarholmen, le palais 
Bââth, mieux conservé, œuvre de Nikodemus Tessin le Vieux, et dont la façade 
rappelle celles qu'édifiait vers le même temps à Paris Jules Hardouin Man- 
sart, et notamment l'ordonnance de la place des Victoires et de la place Ven- 
dôme ; le palais du baron Cari Sparre, où le xix e siècle logea une vaste salle 
de concert populaire (salle Svea) ; le palais Bonde, actuel hôtel de ville, 
et que cette destination sauvegarda -— bâti par Jean de la Vallée sur un 
plan en forme d'H, un peu lourd et pompeux ; le palais Oxenstierna, voisin 



LE XVII e ET LE XVIII" SIÈCLE 



5i 



du château royal, commencé par Nikodemus Tessin le Vieux, et dont une aile 
seule fut achevée, et demeure en témoignage d'un art d'une élégante sévé- 
rité (Bureaux de la Statistique) ; la Banque d'Etat, œuvre des deux premiers 
Tessin, comparable au palais Oxenstierna ; le palais Torstensson, recons- 
truit plus tard par Sofia Albertina, et qui ne garde de son ancien luxe que 
les portails de Fredsgatan et de l'intérieur. Comment enfin ne pas citer cet 
étrange palais Sans-pareil ( Makalôs) élevé par Hans Jakob Kristler pour le 




L'ancienne Banque nationale Jiirntorget). 

général Jakob de la Gardie, au bord du Norrstrôm, et dont il ne reste 
aucun vestige, mais dont la magnificence parut inoubliable à des généra- 
tions d'historiens ? 



Plusieurs de ces palais nous ont, on le voit, attirés hors de la Cité : le 
développement des malm (faubourgs) est en effet rapide au XVII e siècle ; 
entre 1602 et 1634, Norrmalm a un bourgmestre et un Hôtel de Ville 
emplacement de l'hôtel Rydberg particuliers; le premier, Gustave-Adolphe 
ordonne l'extension d'une voirie régulière à Xornnalni el à Sôdermalm, 
où jusque-là les maisons axaient poussé au hasard ; bientôt va s'affirmer 
l'usage (dont les plaques des rues affirment la persistance) de désigner 



5* 



STOCKHOLM 



les quartiers de Stockholm de noms mythologiques gréco-romains ; des 
91 « quartiers » de la Cité, le premier avec Riddarhuset mérita, et garde 
le patronage d'Hercule, le second avec l'Hôtel de Ville celui de Mars; 
quelques noms demeuraient, que l'on dissémina dans les malm ; Jupiter, 
Paris, Saturne sont ainsi exilés dans la région de Maria. — Christine pour- 
suit les desseins de son père, secondée par le premier gouverneur de 
Stockholm, Klas Flemming, qui demeure dix ans en fonctions, et réforme 
vigoureusement, en dépit de la résistance des habitants. Elle morcelé Bla- 
sieholmen, et libéralement distribue des terrains contre l'obligation d'y bâtir; 
tout un quartier surgit, où rivalisent les Bââth, les Stenbock, les Horn, les 
Douglas, les Wachtmeister. les de la Gardie. Des « palais d'été » s'éparpillent 
parmi des parcs... Christine donne l'exemple; elle a à Humlegârden un pa- 
villon et un jardin où la reine Ulrique Éléonore aimera venir, accompagnée 
de ses enfants, oublier la vie de cour ; se doutent-ils, les promeneurs retenus 
aux environs de la Bibliothèque royale et de la statue de Linné par le 
charme du beau parc moderne, que Charles XII, enfant, prit ici ses pre- 
miers ébats ? 

A la fin du xvn e siècle, Kungstrâdgârden est un beau jardin à la fran- 
çaise ; ses charmilles et ses boulingrins sont protégés par un mur d'enceinte 
qui ne sera abattu que vers 1820. 

Sodermalm grandit parallèlement : Charles X Gustave ambitionne d'y 
introduire une imposante ordonnance architecturale, un château royal, 
un arsenal, des fortifications, et demande à Jean de la Vallée un plan qui 
ne fut jamais exécuté. Sodermalm attire toutefois maints grands seigneurs, 
des diplomates étrangers, et connaît assez avant dans le xvni e siècle une 
période de grandeur ; aujourd'hui encore, quiconque parcourt ces vastes 
quartiers hauts — Montmartre de Stockholm, où les artistes, qui en affec- 
tionnent les beaux horizons, voisinent avec une nombreuse population 
ouvrière — rencontre çà et là les vestiges d'un passé aristocratique; et c'est 
ici, parmi la paix des enclos et des ruelles anciennes, que l'on entendra le 
plus distinctement la lointaine rumeur de la vie suédoise d'il y a deux siècles. 

Dès 1663, Stockholm compte 3.784 maisons, dont 614 dans la Cité, 1.245 
à Xorrmalm, 1.088 à Sodermalm : en trente ans, sa population a triplé ou 
quadruplé. Ses habitants s'émerveillent aux cortèges guerriers, aux fêtes 
de Christine, mascarades et défilés d'ambassades. Le théâtre, représenté 
surtout par des troupes étrangères, y fait son apparition. 

De nouvelles églises annoncent la multiplication des paroisses : Jean 
de la Vallée et son gendre Mathias Spihler construisent l'église Katharina 
(1656), première réalisation complète du type à autel central; la coupole fut, 



LE XVII e ET LE XVIII e SIECLE 



55 



au xvin e siècle, l'œuvre de Adlercrantz. Jean de la Vallée donne aussi les 
plans de l'église de CEstermalm (1658). Postérieure de quelques années seu- 
lement (1673), l'église de Kungsholmen domine modestement un vieux cime- 
tière où une très simple stèle marque la tombe du poète Erik Sjôberg Vitalis. 




Portail du palais Sofia Albertina. 



Il faut, de nos jours, faire un effort pour se représenter ce Stockholm du 
XVII e siècle, ville non point certes très vaste, mais toute peuplée de palais 
divers, où se résumaient et parfois se mêlaienl les arts à la mode sur le con- 
tinent, et que lui enviaient les autres villes de la Baltique : noyés parmi les 
1 onstructions modernes, déshonorés par les pires transformations, la pluparl 
de ces palais sont à peine reconnaissables... Ils témoignaient d'un grand el 
éphémère effort des classes aristocratiques ; et sans doute, tous n'étaient point 



54 



STOCKHOLM 



d'un goût parfait ; pourtant leur ampleur surprenait nos diplomates et nos 
voyageurs. La décoration en était particulièrement difficile à réaliser ; ni 
industries d'art, ni ouvriers exercés : fréquemment l'aménagement intérieur, 
sommairement traité, ne répondait point aux proportions de l'architecture. 
Les plus riches magnats toutefois obtenaient des miracles; ils n'ont point 
encore une expérience approfondie des choses de l'art : un Axel Oxenstierna, 
grand politique, ne juge point la peinture avec la finesse déliée d'un Mazarin ; 
Magnus Gabriel de la Gardie, avec toute la magnificence d'un prince italien, 




Kungstrâdgarden ^le Jardin du roi au .\vn c siècle. 



est un protecteur des arts insuffisamment servi par un sens personnel peu affiné 
et mal averti ; si on le compare à Colbert, ce sera pour prendre en défaut 
la solidité de son jugement. Mais il faut admirer leur grand amour de l'art ; 
ils aiment les beaux appartements, rassemblent les premières galeries impor- 
tantes. Le zèle de Magnus Gabriel de la Gardie surtout est infatigable. 
Avant lui, la reine Christine a possédé une collection précieuse, considé- 
rablement grossie par le pillage à Prague de cette fameuse Kunst- und 
II underkammer de Rodolphe II ; mais la reine fugitive ne craindra point, 
en abdiquant, de dépouiller son pays d'une aussi riche proie ; perte inap- 
préciable, et que nul avenir ne saurait réparer.... D'analogues encore que 
moindres fortunes ont favorisé ses sujets: les tableaux, les portraits, les 



LE XVII e ET LE XVIII- SIECLE 55 

tapisseries, une profusion d'objets ravis aux opulentes cités germaniques 
ornent maints châteaux : le secrétaire d'ambassade français Ogier loue fort 
les merveilles entassées dans la demeure toute neuve de Erik von der Linde : 
un Louis de Geer multiplie ses achats en Belgique et en Hollande , et 
constitue cette galerie de Finspâng dont nous retrouverons une partie au 
Musée de Stockholm... La collection de Magnus Gabriel de la Gardie n'en 
est pas moins la plus complète. Disparate, comme toutes les collections 
du temps, elle était riche surtout en anciens maîtres allemands et fla- 




Kungstrâdgàrden Aspect actuel). 

mands ; vite dispersée, elle a légué aux galeries publiques ou privées de 
la .Suède moderne des œuvres de Rubens, Jakob Jordaens, Cornelis de Vos, 
Adrien Van Utrecht... 

Mécène irrésistible, ce grand seigneur prodigue, à qui la faveur de Chris- 
tine fit une jeunesse heureuse et sembla presque promettre une couronne. 
vit entouré d'une cour ; amba-<adinr extraordinaire en France, gouverneur 
de Leipzig, après avoir pris sa part des suprêmes triomphes milit 
diplomatiques de la guerre de Trente- ans, il apparaît an couronnement 
de la reine Christine en 1650 entouré d'un luxe inouï : Il vint comme nu 
satrape oriental apportant en présent ce trône d'argenl que l'on voit au- 
jourd'hui dan- la salle du trône du château royal de Stockholm. Il affectionne 



56 STOCKHOLM 

les livres, et léguera à l'Université d'Upsal une magnifique bibliothèque. 
Parmi ses drabants, ses pages, ses médecins, ses musiciens et ses poètes se 
glissent des architectes, des peintres et des sculpteurs. Ses châteaux sont les 
plus vastes et les plus somptueusement parés que la Suède eût encore vus. 
Maitre des destinées de son pays, grand chancelier, sa politique aventureuse, 
les échecs désolants de la fin de sa carrière peuvent bien être jugés sévè- 
rement par les historiens modernes, on ne saurait parler de l'art en Suède 
au xvn e siècle sans évoquer sa singulière et brillante figure. 

Tandis que la famille royale met une sorte de fierté à ne pas suivre de trop 
près les modes françaises, et emploie presque uniquement des artistes alle- 
mands, anglais, voire italiens — c'est seulement à la fin du xvn e siècle que 
des Français seront convoqués, pour la reconstruction du château de Stock- 
holm — Magnus Gabriel de la Gardie fait résolument appel à nos architectes 
et à nos sculpteurs ; cet ami de Louis XIV est un ardent partisan de notre art ; 
il emploie les sculpteurs Jean-Baptiste Dusart, Abraham l'Amoureux, 
Nicolas Cordier, Faidherbe, les peintres Nicolas Valéry, Pierre Signac, Henri 
de la Vallée, le fontainier Grandmaison ; son principal architecte est Jean 
de la Vallée (Tessinle Vieux demeurant surtout l'architecte de la cour). Aujour- 
d'hui encore le château de Karlberg, situé aux portes de Stockholm, n'a point 
tout à fait perdu le caractère qu'il dut à ces altistes. 

Karlberg en effet demeure un assez bon exemple de l'architecture de Jean 
de la Vallée; art un peu retardataire, si l'on songe que la transformation de 
l'ancien château élevé par l'amiral Karl Karlsson Gyllenhielm et acheté 
par de la Gardie est en grande partie postérieure à 1670 ; à une époque où 
l'on tend à développer les façades rectilignes sur le modèle de Versailles, 
Jean de la Vallée reste fidèle à de plus anciennes influences, se souvient 
de Du Cerceau et de De Brosse, et répète presque le plan du palais Bonde 
(hôtel de ville) ; du côté du lac, deux ailes dessinent une cour rectangulaire 
où l'on accède par un escalier de quelques marches ; du côté du jardin, deux 
ailes se terminent par des pavillons qui enclosent presque complètement 
une autre cour... De magnifiques jardins disposés et ornés à la française 
entouraient le château, que la « réduction » fit tomber aux mains de la cou- 
ronne ; la reine Ulrique Eléonore y résida longuement ; depuis 1792 Karl- 
berg est le siège de l'Ecole militaire. Les nombreuses toiles qu'y entassa de 
la Gardie (ses Titiens et ses Tintoretos étaient-ils cependant authentiques ?) 
les portraits de nos princes et de nos généraux qu'il s'était plu à grouper 
dans une « salle française » ont depuis longtemps disparu ; mais çà et là, 
de beaux plafonds un peu lourds attestent encore le concours des artistes cités 
plus haut, et aussi la collaboration de l'Italien C. Carove. 



LE XVII e ET LE XVIII e SIECLE 



A L'iriksdal, on retrouve moins aisément le souvenir de Magnus Gabriel 
de la Gardie ; quand il hérita du château construit par Hans Jakob Kristler, 
il dut en modifier l'aspect de s'mplicité voulu par son père, soldat peu sen- 
sible au raffinement du luxe ; dès 1669 toutefois L'iriksdal, acheté par Hecl- 




Hôtel du gouverneur: la fausse perspective. 



wige Eléonore, subit de considérables transformations auxquelles préside 
Tessin le Vieux. A la fin du xvn e siècle, il est une des résidences préférées 
où la vieille souveraine se plaît à rassembler ses richesses d'art... De suc- 
cessives restaurations l'ont si fort métamorphosé qu'onaurait tort toutefois 
d'y chercher d'importants vestiges de l'art du xvn'' siècle... Au xvm e siècle, 
Gustave III, qui affectionna la grâce parfaite «le cette région «lu Mselar 
nous le retrouverons non loin de là. à H y donna quelques fêtes; on 

voit encore près fin château la maison (la Confidence) où il installa sou 



5 8 STOCKHOLM 

inévitable théâtre, et le cottage où il aimait s'entretenir avec le vieux lecteur 
de la cour, cet habile et spirituel Peyron. Charles XIV Jean (Bernadotte) 
installe à Ulriksdal ses vieux soldats invalides. Charles XV relève le château 
de cette décadence, en en faisant le centre préféré de sa vie de monarque 
lettré et artiste ; la plus grande partie des collections qu'il se plaisait à y accu- 
muler ont enrichi les musées de Stockholm. Ulriksdal n'est plus qu'une rési- 
dence royale où le luxe du dernier demi-siècle est cruel aux souvenirs du 
passé. Mais le site demeure l'un des plus charmants qui soient : le lac, les 
jardins, les beaux ombrages, cadre admirable de ces châteaux qui, dans le 
voisinage immédiat de la capitale, recèlent des trésors de souvenirs parmi 
les enchantements de la plus douce nature. 

A mesure que le xvn e siècle finissant compromet les trop rapides fortunes 
de la noblesse, les vastes entreprises architecturales sont abandonnées ou sus- 
pendues ; l'initiative privée semblerait morte si l'on ne citait l'hôtel que se 
construit lentement, amoureusement, au gré des disponibilités de ses insuffi- 
santes finances, Tessin le Jeune (actuelle résidence du gouverneur de Stockholm) . 
Ici du moins, le temps n'a point altéré un délicieux ensemble : cet « hôtel 
du gouverneur » est comme le pendant de Riddarhuset, et dans un autre 
style le second chef-d'œuvre dont le Stockholm moderne est redevable au 
XVII e siècle. L'édifice est de proportions modestes, mais il témoigne dans 
toutes ses parties d'une extrême recherche, et du goût le plus expérimenté ; 
tout ici est achevé ; Tessin prétendait prouver dans cette demeure qui lui 
appartenait sa science et son entente de la décoration ; il correspond avec 
Cronstrnm, ministre de Suède à Paris, pour obtenir le concours d'artistes 
habiles ; réclame-t-il l'envoi de douze statuettes mythologiques, œuvres 
du sculpteur L,efèvre, il entend qu'elles soient approuvées par de bons juges, 
et ne les accepte qu'après qu'elles ont été examinées par Coypel, Coysevox, 
Bérain, Perrault, Fouquet, Girardon. Les connaisseurs parisiens sont curieux 
de ses plans ; deux des plafonds de son palais sont vulgarisés par le graveur 
Le Clerc... 

Tant de soins ne furent du moins pas dépensés inutilement. L'empla- 
cement est de médiocre étendue et ne laisse au jardin qu'un étroit dévelop- 
pement. Tessin l'avait choisi ainsi, à cause du voisinage du château royal, 
la grande création et l'orgueil de sa carrière ; il rêvait de présider un jour 
à l'arrangement d'un ensemble architectural à Slottsbacken, et vaguement 
espérait l'inaugurer par ses propres moyens ; il éleva une façade simple, et 
qui annonçait discrètement un luxe aristocratique ; constructeur, il donnait 
libre cours à ses goûts italiens, réduisait jusqu'à les rendre presque invisi- 



LE XVII ET LE XVIII e SIECLE 



59 



blés les toits — dont il reprochait si vivement à Mansart d'exagérer la hau- 
teur — se contentait d'un simple porche encadré de deux hermès et surmonté 
d'un petit balcon ; pour l'intérieur, il se fie aux méthodes françaises, fait 
peindre ses plafonds et ses murailles par René Chau veau, Desmeaux, Jacques 
Fouquet, s'inspire des modèles de Bérain. Toutefois les figures décoratives 
du grand salon révèlent ses goûts italiens : Bramante et Bernini représentent 
l'architecture, Michel-Ange et Alessandro Algardi la sculpture, Raphaël 
et Annibale Caracci la peinture. Le jardin enfin, avec ses pavillons, ses 




Drottningholm. Façade sur les jardins. 



statues, sa fausse perspective franchissant nn semblant de palais, est un 
modèle d'ingénieuse ordonnance : Tessin avait projeté d'y établir un ermi- 
tage », une grotte comme au palais Alfieri. Tel quel, il demeure comme 
un morceau d'Italie transporté en plein Nord Scandinave. 

Sauf Tessin, qui requiert pour cet hôtel le concours des meilleurs artistes, 
le mouvement artistique n'est plus guère soutenu à la fin du xvir' siècle 
que par la famille royale . tous les efforts se groupent autour des deux plus 
vastes entreprises architecturales que la Suède ait connues depuis la Renais- 
sance, le château de Drottningholm. et le nouveau château de Stockholm. 

Délicieusement situé sur les bords du Maelar, Drottningholm est le Ver- 
sailles, le Potsdam, le Nymphenburg de la capitale suédoise : palais-mu: 
encore que la famille royale y réside fréquemmenl ou l'art d'autrefois 



6o STOCKHOLM 

survit dans son cadre naturel, baigné d'une atmosphère d'histoire. Nulle part 
l'architecture de l'ère Caroline n'apparaît plus majestueuse en même temps 
que mieux assouplie aux exigences nouvelles de la vie élégante : Tessin le Vieux, 
qui dirigea la construction de 1663 à sa mort (1681), s'inspire ici de modèles 




Drottningholm. Salle des Drabants. 

français, auxquels il associe des souvenirs suédois ; l'édifice, rectangulaire, 
enclôt deux cours étroites ; aux quatre coins, quatre pavillons remplacent 
les tours des anciens châteaux suédois ; aux deux extrémités deux larges 
cours sont dessinées par des galeries basses à toit plat, flanquées elles-mêmes 
de deux tours rondes à coupoles placées dans l'axe du palais. Ainsi l'allonge- 
ment des façades sur le lac et sur les jardins se déroule en lignes nobles, har- 
monieusement rompues par le relief des pavillons, dominées par le corps 



LE XVII" ET LE XVIII e SIECLE 



61 



central aux toits de cuivre sombre. Comme pour notre Marly, il fallut de 
considérables travaux accessoires ; des marais furent comblés ; l'âpre nature, 
si souriante aux rives ombragées du lac, en quelques clairières disséminées 
parmi le capricieux entassement des galets et des rocs, semblait au delà rebelle 
à l'ordre; des jardins à la française s'y étalèrent cependant, après que Tessin 
le Jeune, bientôt aidé de Hârleman, eût pris les conseils de Le Nôtre. On y dis- 
sémina de nombreux bronzes du Hollandais Adrian de Yries, élève de Gio- 




Drottnin"holm. Chambre à coucher du roi. 



vanni da Bologua, conquis au XVII e siècle en Allemagne et en Danemark. 
Ces parterres, ces charmilles, ces fontaines, ces bronzes et ces marbres, entou- 
rés des verdures profondes de tilleuls centenaires, témoignent aujourd'hui 
encore d'un double triomphe ; nul ensemble plus accueillant ni. pour un 
Français, plus familièrement expressif. 

Il semble bien qu'à la mort de Tessin le Vieux l'édifice ait été presque 
achevé : Tessin le Jeune le complète de i(v)() à 1700. Dès [665 axait commencé 
la grande affaire de la décoration et de l'aménagement intérieurs, qui a 
point terminée lorsque disparaît en 1715 l'infatigable ordonnatrice des tra- 
vaux, Hedwige Bléonore. C'est en effel la reine douairière qui, sur l'emplace- 
ment d'un ancien château détruit par l'incendie, a résolu d'élever nue brillante 



b2 



STOCKHOLM 



résidence ; orgueilleuse, elle exerce ici un impétueux mécénat, et, pour réali- 
ser le plus affectionné de ses rêves, fait appel à tous les artistes. Étrangers 
ou Suédois, presque tous ceux qui vécurent en Suède de son temps furent 
employés par elle ; c'est en recherchant leurs œuvres, parmi les enrichisse- 
ments dont les compliqua le xvin e siècle, que l'on se fera le plus aisément 
une idée de l'art carolin. 

Giovanni et Carlo Carove apparaissent ici de très habiles stucateurs, adroi- 




Drottninoholm. Le palais chit 



tement secondés par leurs compatriotes Giovanni Bernardo, et Giuseppe 
MarchT; le sculpteur hollandais Nicolas Millich est l'auteur des statues allé- 
goriques en marbre du grand escalier figurant Apollon, Minerve (sous les 
traits de la reine Christine) et les muses, et des bustes des rois goths. La 
décoration sculpturale extérieure est l'œuvre du Suédois Johan Kiopke. 
Les nombreuses peintures, fresques et plafonds sont dus en grande partie 
au Suédois Johan Sylvius, aux Allemands naturalisés Suédois David Kloc- 
ker Ehrenstrahl et Johan Philipp Lemke, au Français Evrard Chauveau... 
Admirez leur collaboration en cet escalier magnifique, qui s'étend sur 
la moitié de la profondeur, et un quart de la longueur du corps principal 
du palais ; ces colonnes doriques, ces balustrades ornées de statues de 
marbre, ces surfaces murales où alternent fenêtres, niches, pilastres, ces pan- 



LE XVII e ET LE XVIII e SIÈCLE (,3 

neaux éclatants où une peinture décorative a représenté les nations étran- 
gères en contemplation devant la splendeur royale (Johan Sylvius semble 
en avoir tiré l'idée de dessins exécutés à Versailles par Tessin le Jeune) sont 
d'un art somptueux, analogue à celui dont s'entoure la monarchie du Roi- 
Soleil au temps de Lebrun. Même recherche d'une magnificence un peu 
pesante en ces salles des drabants (septentrionale et méridionale), la chapelle, 
les deux galeries peuplées par Johan Philip Lemke de visions de batailles 




Drottningholm. Un salon du palais chinois. 



d'après des dessins du comte Erik Dahlberg ; la galerie inférieure célèbre 
les victoires de ce Charles X Gustave que Bossuet évoquait si superbement 
parmi les terreurs de la Pologne surprise ; les triomphes de Charles XI sont 
figurés dans la galerie supérieure, plus luxueuse, et dont le plafond est une 
des œuvres les plus vastes et les plus heureusement achevées de Sylvius - 
toujours secondé par le stucateur Carlo Carove. Ehrenstrahl donne libre 
cours, dans le salon qui porte son nom, à son imagination fertile et à sa verve 
superficielle et brillante; il représente, en de vastes compositions allégoriques, 
l'histoire de la famille royale de 1660 à [695 ; n'examinez pas de trop : 
cette peinture hâtive et parfois énigmatique ; vous la retrouverez à son avan- 
tage dans la chambre de parade ; ici s'exagère la frénésie décorative du 



64 



STOCKHOLM 



baroque ; nulle part Ehrenstrahl n'a plus habilement coopéré (1668) à l'exalta- 
tion du culte monarchique qu'en cette salle bleu et or où, par delà une balus- 
trade, le lit royal semble figurer l'autel. 

Ainsi s'affirment aujourd'hui encore par des œuvres nombreuses — j'ai 
signalé dans un précédent chapitre (II) la salle des généraux — l'art carolin 
et le goût d'Hedwige Eléonore, en dépit des modifications et des nouveautés 
que deux siècles postérieurs ont introduites à Drottningholm. L/apport du 
xvm e siècle est surtout remarquable ; sa grâce légère s'accommode de ce cadre 
pompeux ; les commodes françaises, les meubles de Boulle, les fauteuils et 




Le château de Stockholm tableau du prince Eugène). 



les bureaux Gustave III voisinèrent longtemps avec des toiles de Desportes, 
Lemoine, Lancret, Pater, Restout, Xonotte, Boucher... dont la plupart 
s'alignent aujourd'hui aux cimaises du musée de Stockholm. On voit encore 
à Drottningholm, outre des portraits de David von Krafft et Ehrenstrahl, 
maints portraits de ces quasi français, Lundberg et Roslin, contemporains 
de Louis XV et de Louis XVI ; de Roslin notamment l'effigie inquiétante 
de la souveraine qui, après Hedvvige Eléonore, influa le plus profondément 
sur le développement de Drottningholm, Louise Lyrique ; le beau peintre 
d'étoffes, le prestigieux habilleur a su travailler psychologiquement, et nous 
léguer un masque inoubliable de la reine vieillie, humiliée et farouchement 
haineuse. Du même (copies) Louis XVI et Catherine II. De Antoine Pesne 
(probablement) Frédéric-Guillaume de Prusse et sa femme. Çà et là d'impor- 



LE XVII e ET LE XVIII e SIÈCLE 65 

tants Gobelins : les trois panneaux (Jason et Médée) du « salon des Gobelins », 
donnés par Louis XV à Gustave III en 1771 ont un peu pâli ; le magnifique 
« Thésée sacrifiant le taureau de Marathon » (d'après Carie van Loo ; don de 
Louis XVI à Gustave III, 1784) du salon chinois semble intact ; on le com- 
parera sans désavantage à la belle série britannique (xvri e siècle) Hero et 
Léandre (salon Oscar) dont est si fière à juste titre la collection royale. 
Bien entendu le xix e siècle n'est point absent ; il nous apparaît déjà lointain 
en cette immense salle du Trône, ou des Contemporains, restaurée par Oscar II, 




Château de Stockholm (façade méridionale). 



et qui n'a guère gardé de son ancien aspect que le plafond, assez médiocre, 
de Sylvius et Chauveau ; les portraits de tous les souverains d'Europe 'lu 
milieu du xix e siècle semblent y attendre mélancoliquement les rares galas 
des fêtes officielles et des congrès internationaux. 

Les travaux les plus importants toutefois furent entrepris au XVIII e siècle : 
propriété particulière de Louise Ulrique de 1746 à 1777. Drottningholm 
devait être aux yeux de l'intelligente souveraine un modèle de résidence 
princière adaptée aux goûts et aux curiosités du temps : ses architectes, 
Ilarleman et Karl Gustaf Tessjn, redistribuent pour des commodités nou- 
velles les trop vastes appartements. Elle crée cette bibliothèque, décorée ave< 
une sobriété qui annonce le style Louis XVI, <>ù elle se pi. ut à réunii savants 



66 



STOCKHOLM 



et lettrés. Linné décrit ses collections d'histoire naturelle. Achetant de nom- 
breux tableaux en France, en Hollande — et d'un coup la galerie de Karl 
Gustaf Tessin — elle prépare les plus précieuses richesses du futur musée 
de Stockholm. Quand elle le vend à son fils, Gustave III, Drottningholm 
est déjà une sorte de musée où les arts et les sciences sont brillamment 
représentés — Louise Ulrique enfin et Gustave III firent élever la plupart des 
constructions qui environnent le château : ces pavillons groupés autour d'un 
théâtre rebâti par K.-J. Cronstedt en 1762-66 — le « pavillon de chasse » 




Château de Stockholm. Escalier occidental. 



possède encore des toiles où Ehrenstrahl animalier se révèle comme le pré- 
curseur du très moderne Liljefors — les maisonnettes de Kanton, où les 
théories économiques d'une époque éprise d'arts mécaniques avaient fait 
installer des usines en miniature — sorte de Trianon industriel — ou encore 
ce délicieux palais chinois, œuvre de Karl Fredrik Adelcrantz, et qui remplace 
vers 1763 d'éphémères pastiches de l'architecture extrême-orientale ; la 
« tour gothique » où le Français Jean-Louis Desprez manifeste une concep- 
tion singulière du gothique ; la maison du gouverneur, qui dissimule parmi 
les frondaisons une simple et gracieuse façade antique (1790)... 

Que de cortèges et de fêtes en ce Drottningholm du xvm e siècle ! plus 
discrètement intimes, et quasiment bourgeois sous Louise Lyrique et Adolphe- 



LE XVII e ET LE XVIII e SIÈCLE 



b 7 



Frédéric, plus pompeux, soumis à une sévère étiquette, quand s'y agite la cour 
à demi française de Gustave III — Gustave III, roi lettré, galant et théâtral, et 
dont l'éloquence, les allures nobles, les gestes de bravoure accompagnent les 
dernières grandes victoires de la Suède ; en sorte que les Suédois d'aujourd'hui 
jugent avec une sévérité nuancée de fierté la légende amoureuse, guerrière 
et scandaleuse de cette cour et de ce roi. Mélancolie de ces souvenirs en ces 




Château de Stockholm. Grande galerie. 

jardins, ce pare anglais, ce théâtre de verdure, ces pelouses où résonnèrent 
tant de propos frivoles, où se jouèrent tant de divertissements, tournois et 
carrousels, tel ce jour fameux où, enflammé du souvenir de notre Amadis, 
Gustave III apparut en Esplendian empressé à la délivrance de la belle 
Briolani... 

Bernadotte méprisa ces souvenirs : Drottningholm paru! abandonné 
jusque vers [846, date des premières restaurations d'Oscar I' 1 . complétées 
par ses successeurs e1 surtoul Oscar II. 



!.<■ rôle que jonc Drottningholm dans l'histoire de Pari en Suède à la 



STOCKHOLM 

fin du xvn e siècle appartient pendant presque tout le siècle suivant au 
château de Stockholm ; les proportions de ce monument — l'un des plus vastes 
de la Scandinavie — commandent un effort prolongé ; en un temps agité, 
où la noblesse, en lutte contre les deux autres États, renonce aux coûteux 
mécénats, la construction du château absorbe presque toute l'activité 
des principaux artistes ; le souci de la mener à bien entraîne de perpétuelles 
enquêtes à l'étranger ; le château est au centre de la vie artistique ; il solli- 
cite tous les concours ; les crédits des architectes permettent la distribu- 
tion de bourses de voyages à de jeunes peintres et sculpteurs. Le château 
détermine l'organisation officielle de l'art, et ces rapports étroits avec la France 
auxquels la Suède doit ses premiers grands succès artistiques. 

Dès le milieu du xvn e siècle, la transformation du vieux château féodal 
des Vasa avait paru nécessaire : un plan fut proposé par Jean de la Vallée : 
ce n'est toutefois qu'en 1690 que Charles XI confie à Tessin le Jeune la mis- 
sion de rebâtir le corps septentrional. Tessin s'était méthodiquement pré- 
paré à l'accomplir, étudiant, au cours de ses voyages, les chefs-d'œuvre les 
plus réputés, relevant le détail des palais Farnèse, Chigi, Gaetani, Campi- 
doglio. et autres édifices romains, obtenant à Paris communication des 
plans du Bernin pour le Louvre... Un violent incendie (1697) seconda les 
vœux d'un temps peu favorable aux complaisances archéologiques, anéantit 
le vieux château, non sans endommager le corps de bâtiment rapidement 
élevé par Tessin avec l'aspect qu'on lui voit encore aujourd'hui. Sans retard 
l'architecte fit adopter un plan nouveau de reconstruction totale. 

Xul contraste plus saisissant que celui de cette architecture italienne, 
aux lignes majestueuses et simples, et de l'ancien château, amoncellement 
irrégulier d'ailes sombres, de tours, et de pittoresques pignons : au lieu 
des trois cours anciennes, une seule, carrée, très vaste ; à l'est et à l'ouest 
quatre ailes ; celles de l'est encadrent un jardin en terrasse ouvert sur la rade 
(cour des Lynx), celles de l'ouest, inégales, s'avancent vers le demi-cercle 
de constructions qui enclosent une cour fermée. L'ensemble est nettement 
romain, conforme aux enseignements de Vignola et de ses successeurs. Dressée 
sur la partie la plus élevée de la Cité, dominant modérément les quartiers 
du nord, exhaussée, mais facilement accessible, précédée de vastes espaces 
et de nappes miroitantes, c'est de Xorrmalm qu'il faut d'abord découvrir 
la masse harmonieuse du château ; située au centre de la ville, elle en com- 
mande les principales perspectives ; elle orne sans écraser ; incorporée au 
paysage stockholmien par un architecte de génie, elle en demeure le trait 
le plus saillant, et comme la caractéristique heureuse, affectionnée des habi- 
tants, incessamment célébrée par les peintres, les graveurs et les illustrateurs. 



LE XVII" ET LE XVIII* SIÈCLE 



bq 



Une extrême sobriété caractérise la façade nord où la décoration est uni- 
quement constituée par la vigoureuse architecture des fenêtres, les cor- 
niches et les pilastres et bossages vermiculés des encoignures — tous détails 
dont les modèles furent empruntés aux palais de Rome, notamment les 
palais Paluzzi, Chigi, Sciarra, Borghese, etc. Même ordonnance pour les 
façades septentrionale et méridionale de la grande cour. La façade orien- 




Chàteau de Stockholm. Un salon. 



taie (cour des L-3'nx) et, dans une certaine mesure, les façades intérieures 
orientale et occidentale rappellent les dessins du Bernin pour le Louvre. 
La façade occidentale - avec ses médaillons des rois, les dix cariatides 
de Charles-Guillaume Cousin - - fut jusqu'à ces dernières années la plus 
achevée ; les travaux ordonnés par Oscar II et Gustave V ont toutefois com- 
plété la façade méridionale qui, aujourd'hui, est la plus somptueuse : 
colonnes corinthiennes, entablement, trophées, niches, statues, la partie 
centrale présente l'aspect d'un arc de triomphe rappelant le Gesu ou Saint- 
Jean de Latran ou la Pontana dell'Aqua Paola ; les trophées furent mis 
en place entre 17 ;o et 1740 par Charles-Guillaume Cousin; les seize bas- 



7° 



STOCKHOLM 



reliefs de René Chauveau, les quatre groupes de Bouehardon représen- 
tant des enlèvements n'ont été coulés en bronze qu'à la fin du xix e siècle. 
Ailleurs encore les mêmes artistes reparaissent, René Chauveau notam- 
ment avec les lions de bronze de la « rampe des lions » qui donne accès à 
l'entrée septentrionale, et la décoration de cette entrée, Bouehardon avec 
des torchères, les beaux hauts-reliefs de l'entrée occidentale... Dès le début 
en effet Tessin, peu satisfait des ressources qui s'offraient à lui, avait fait appel 
à des artistes étrangers ; aussi bien la fin du xvn e siècle voit-elle disparaître 
Sylvius (1695), Carove (1697) et Ehrenstrahl (1698). Tessin appelle des 




Château d'Ulriksdal. 



Français formés à l'école de Lebrun, éduqués dans l'atmosphère de Ver- 
sailles ; ainsi paraît à Stockholm la première colonie d'artistes français, 
le peintre Jacques Fouquet, les frères Chauveau (René sculpteur, Fran- 
çois graveur, Evrard peintre), Desmeaux, auxquels se joignit l'Italien Pietro 
Pagani. Groupement tôt dispersé : les guerres de Charles XII épuisent 
en effet les finances suédoises ; et sans doute le roi témoigne un vif désir 
de hâter la construction de son château ; sa rude volonté seconde infatiga- 
blement le zèle passionné de Tessin. Un jour vint cependant où, parmi le 
deuil de la patrie exsangue, il fallut arrêter les travaux : tandis que le héros 
s'attarde en une lointaine Turquie, les collaborateurs de Tessin se dispersent ; 
à son grand désespoir, près de vingt années s'écouleront avant la reprise 
de ses plans ; il meurt (1728) peu après avoir assisté au vote par le Riksdag 
de crédits nouveaux. Le château sera achevé sous la direction de son fils 



LE XVII e ET LE XVIII e SIECLE 71 

Karl Gustaf Tessin (1728-41), Hârleman (1741-53) et K.-J. Cronstedt. 
La famille royale s'y installera en 1754. 

Comme son père, Karl Gustaf Tessin recherche des concours français : 
à peine chargé de la direction des travaux, il s'empresse vers Paris, en quête 
de modèles, d'artistes, et d'ouvriers d'art; son collaborateur Hârleman fait 
le même voyage en 1731. On tente d'attirer en Suède Pater, Oudry, Tiepolo ; 
un traité lie enfin les peintres Guillaume-Thomas Taraval, Nicolas Desla- 
viers, Lambert Donnay, les sculpteurs Antoine Bellette et Michel Lelièvre : 




La douane. 



plus tard viendront Jacques-Philippe Bouchardon, puis Pierre Larchevesque. 
Telle est la seconde colonie française, qui importe en Suède le rococo. 

Pendant tout k- xyiii'' siècle se poursuivent L'aménagement et la dé< 
tiou intérieure du château, en sorte que du baroque au style Louis XVI. 
toutes les formes s'y superposent et parfois s'y mélangent, çà et là recouvertes 
par l'Empire cher à Bernadotte. C'esl ainsi (pie dans la partie septentrionale, 
où les plans détaillés <1<- Tessin furent strictement exécutés, triomphent les 
pompes du baroque. Tessin apporte tous ses soins à une grande galerie rivale 
'le notre Galerie des Glaces : il voulut un salon de la Guerre et un salon <!■ 
la Paix ; pilastres, lourde corniche avec figures modelées par René Chair 
plafond allégorique peint en tons violents par J. Fouquet. Une décoration 



STOCKHOLM 



analogue enrichit les pièces voisines (chambre à coucher de Gustave III, 
salle d'audience). Quand les travaux recommencèrent en 1728, un goût nou- 
veau commandait un luxe moins écrasant ; pilastres et colonnes disparaissent ; 
des couleurs claires égaient les panneaux des murailles, plus simplement 
et capricieusement encadrés. Taraval donne le ton ; autour de lui s'assemblent 

les bonnes volontés ; fondée sur le 
modèle de nos institutions fran- 
çaises, l'Académie suédoise de pein- 
ture canalise les forces, vulgarise 
notre enseignement, nos techniques; 
la peinture suédoise va prendre son 
essor... Disciple de Lemoyne, Tara- 
val est ici le maître du rococo, bien- 
tôt secondé par le peintre suédois 
Lundberg : il n'a point de génie, 
mais une fantaisie aimable et de sé- 
rieuses qualités de métier : un Bou- 
cher, un Xatoire empruntèrent à 
Lemoyne leur gamme de tons roses 
et blancs ; de son maître, Taraval a 
surtout retenu un doux éclat vert 
pâle, ces tons de printanière végéta- 
tion qu'il ne se lasse pas d'intro- 
duire en ses compositions : il a peu- 
plé de ses tableaux mythologiques 
et de ses allégories le château de 
vStockholm ; il faut étudier de préfé- 
rence ses plafonds de la salle des 
colonnes, de la salle d'audience et 
de l'oratoire de la reine... Composi- 
tions séduisantes, et non point peut-être aussi majestueuses qu'il convien- 
drait en ce vaste château, mais gracieuses et souvent charmantes ; Lever- 
tin observe qu'elles eussent parfaitement convenu au cadre à demi cham- 
pêtre d'une résidence d'été : Flore bien plus que Vénus inspire Taraval ; 
les glauques harmonies de ses plafonds se fussent accordées aux verdures 
forestières ; les faunes et les dryades de ses ciels aux nuances d'olive claire, 
eussent semblé des hôtes familiers... Tels quels, leurs tons légers, la libre 
allure de ces groupes espacés, posés çà et là avec la grâce, dit encore 
Levertin, de papillons parmi des parterres, ces plafonds émerveillèrent les 




Les armes de Suède, d'après Dahlberg, Suecia 
antiqua et hodierna. 



LE XVII e ET LE XVIII e SIÈCLE 



contemporains ; leur charme dissipe définitivement le prestige des amplifica- 
tions à la Lebrun. 

Dessus de portes de Boucher, Restou, Hugues Taraval, Ch. André van 
Loo, Xatoire, Oudry, meubles, bronzes, cartels, porcelaines, tout notre 
xvm e siècle est là. représenté par quelques-uns de nos meilleurs artistes, nos 
ciseleurs, nos ébénistes, nos grandes 
manufactures : Sèvres, Gobelins 
quatre panneaux de la série Jason 
et Médée d'après des cartons de 
François de Troy, complétant ceux 
de Drottningholm ; Roland, d'après 
Charles Coypel ; série de don Qui- 
chotte d'après Charles Coypel... 
Beauvais (série de Psyché, d'après 
Boucher, exécutée sur l'ordre de 
Hârleman pour le château...). Par- 
courir ces enfilades de pièces somp- 
tueuses, c'est apprendre à quel 
point la Suède du xviii e siècle fut 
éprise de nos arts et de nos modes. 
On se souvient de Potsdam. On 
suit avec curiosité les tentatives 
d'adaptation ou de déformation de 
nos arts mineurs, séduit parfois par 
d'heureuses trouvailles, telle va- 
riante imprévue, ainsi le style Gus- 
tave III, frère de notre Louis XVI. 
Gustave III introduisit ici des 
meubles ; il expédia à Drottning- 
holm de nombreuses portes rococo, 
et les remplaça par une menuiserie 

plus sévère : son amour du luxe apparaît dans la chambre à coucher 
d'apparat. Et l'on croit frôler encore son ombre galante et musquée dans le 
même temps que l'on contemple un Charles XII par Bouchardon, une 
-îrée Clary par Gérard, ou l'un des nombreux Bernadotte qui glorifient 
l'avènement de la dynastie régnante. 




Monument de Descartes, par Sergel. 
(Église Adolf-Fredrik). 



I orgueilleux de son château. Stockholm au XVIII e siècle ne counait pas 

la fièvre architecturale qui caractérise le xvn e siècle ou l'époque contempo- 



74 STOCKHOLM 

raine; à peine cite-t-on l'hôtel Bonde (3 Drottninggatan) , la Douane, édi- 
fiée par Gustave III sur des modèles italiens... Période des petits apparte- 
ments, qui valent par l'intimité et l'ingéniosité du décor ; période qui favo- 
rise la peinture, mais n'exige nulle vaste construction. Stockholm développe 
ses relations commerciales et ambitionne une activité industrielle ; les diètes 
de Y « ère de la liberté » l'emplissent d'un vain tumulte ; les rivalités des Bon- 
nets et des Chapeaux, les intrigues de l'étranger semblent dissoudre les forces 
de l'Etat. Période frémissante et trouble où la noblesse demeure impuis- 
sante à reprendre son ancien rôle. Un ordre monarchique reparaît avec Gus- 
tave III — ordre favorable à une floraison d'art dont nous avons aperçu çà 
et là les séduisantes manifestations. Floraison trop tôt interrompue par 
les guerres et le régicide. 

Gustave III avait de grands projets : combien symbolique l'histoire 
de ce Haga dont il fut l'inventeur! En un de ces admirables sites des environs 
immédiats de Stockholm, dont on ne se lasse pas de dire la beauté poétique, 
Gustave III rêva de construire un vaste palais : Louis Desprez dressa 
le plan d'une sorte de temple hellénique (on en montre encore à Haga 
un modèle réduit en bois) ; une fête mythologique marqua l'ouverture 
des travaux, bientôt abandonnés faute de ressources ; ces fondations crou- 
lantes sont aujourd'hui l'un des ornements du parc de Haga... Du moins 
faut-il voir le petit château construit à la fin du xvin e siècle, et surtout 
le délicieux pavillon dont la dureté des temps obligea Gustave III à se conten- 
ter : décoré dans le goût antique par Louis Masreliez, son salon des glaces, 
ses fins trumeaux, ses marbres en font comme une « folie » princière délicate 
et pimpante parmi une idylle bocagère. 

Comme Ulriksdal, comme Drottningholm, plus humble, mais favorisé 
d'un parc et de perspectives d'eau où la lumière se joue en une paix incom- 
parable, Haga demeure l'un des joyaux de la capitale suédoise. La poussée 
des faubourgs et des constructions industrielles semble en menacer les 
abords. On y peut toutefois goûter encore la séduction d'une nature que depuis 
deux siècles surtout les Stockholmiens ont appris à aimer. Depuis longtemps 
certes, les Stockholmiens exploraient avec délice ces forêts, ces lacs, ces 
archipels : dans la seconde moitié du xviii siècle, un poète sut dire les 
raisons de leur amour ; il est impossible d'évoquer le Stockholm de Gus- 
tave III sans rappeler le nom de Bellman — car ce poète aima et chanta 
sa ville, et surtout la Cité, en amoureux épris jusque des travers et des tares 
de l'objet aimé - la gageure serait plus insoutenable encore de ne point 
prêter l'oreille à ses cadences légères en ce voisinage de Stockholm où il 
aima célébrer avec une joie païenne les rites mêlés d'une sorte de culte de la 



LE XVII e ET LE XVIII e SIÈCLE 75 

nature et d'un souriant épicuréisme. Humbles cabarets, simples huttes 
de feuillages, il a immortalisé maints carrefours, la Porte Bleue, le Vert Bos- 
quet, la Vallée d'argent, le Chant des oiseaux... Son buste domine l'entrée 
de Djurgârden, le bois de Boulogne stockholmien. Et son romantisme avant 
la lettre, débraillé, aviné, et qui fait songer à notre Saint-Amant, sa my- 
thologie, ses déesses-gothons, son humour, et parfois, entre deux hoquets, 
sa mélancolie peuvent bien déconcerter un Français... Mais sa musique est 
en partie française ; et l'on demeure surpris que ces pipeaux rustiques et 
ces maigres violons aient su mêler à nos vieux airs de France, rondes, marches 
et chansons, tant de lyrisme bachique, de fantaisie biblique, et d'indé- 
finissable langueur Scandinave. 




Ancienne borne marquant la limite des provinces dX'ppland et Je Sôdermanland. 

•.m . 




Le Norrbro et le palais du Riksdag (Parlement . 



CHAPITRE IV 



STOCKHOLM MODERNE 



Stockholm au temps de Bernadotte. — Les frères Martin. — Les grandes entreprises 
d'édilité. — Renaissance de l'architecture suédoise contemporaine. — Stockholm et 
les poètes. 



Oscar Levertin, critique et poète, qui eut du passé de Stockholm une 
délicate intuition et s'efforçait d'apercevoir la vieille ville sous le texte de 
la ville contemporaine « comme on déchiffre le secret d'un palimpseste », 
s'est plaint quelque part de ne point rencontrer, dans la capitale, un coin 
où l'on pût, " en fermant les yeux, entendre les saintes cloches éveiller la 
ville au son argentin des matines, ou les chants nocturnes des nonnes l'invi- 
ter au repos sur le sein de la mère céleste ». Ce n'est pas seulement le moyen 
âge catholique, mais le passé le plus récent dont il est aujourd'hui souvent 
difficile de retrouver le visage : un extraordinaire renouvellement des quartiers 
anciens, une énorme croissance, la multiplication, en ces vingt dernières 
années, des grands travaux d'édilité et des entreprises architecturales ont 



STOCKHOLM MODERXK 



profondément modifié l'aspect et le 
caractère de la ville historique : artiste 
infiniment sensible, Oscar Levertin 
s'effrayait de cette fièvre d'enrichisse- 
ment : « Stockholm a l'air d'un rentier 
nouvellement enrichi qui, pour la pre- 
mière fois, attend des étrangers de mar- 
que, et ne peut s'assurer assez d'espace, 
assez d'élégance dernier cri, de pelu- 
che et de cuivre poli. » Si vite qu'ait 
grandi le nouveau Stockholm, il béné- 
ficie toutefois des obstacles quasi in- 
vincibles qu'une prévoyante nature 
accumula sous les pas d'une voirie 
niveleuse : Stockholm éprouvera de 
sérieuses difficultés à devenir une ville 
banale ; grande cité moderne, et com- 
me un peu embarrassée de sa trop 
rapide croissance, grande cité trop peu 
fière d'un glorieux passé, elle demeure 
plus que jamais la reine du Mselar . 
Reine marine, reine sylvestre : la civi- 
lisation continentale qu'elle s'assimile, 
et parfois dépasse avec un zèle quasi 
américain, s'imprégnera toujours entre 
ses murs d'une odeur d'embrun et de 
résine. 

Comment imaginer, lorsqu'on par- 
court ces avenues, ces boulevards et 
ces quais, la simplicité bourgeoise par 
ou Stockholm sembla naguère si sédui- 
sant ? Il apparaît patriarcal et dou- 
cement somnolent en cette précieuse 
série de toiles du paysagiste Sàfven- 
bom, que possède la municipalité 
élève de Joseph Vernet, Sàfvenbom 

évoque des rades placides, «le- carre- 
tour- à demi déserts, des jardins, de 

proches horizons de forêts de même 





7 8 STOCKHOLM 

ses élèves Johan Filip Korn et Anders Holm. Vers la fin du xvin e siècle, les 
frères Martin peignent avec une minutie patiente un Stockholm animé de 
scènes populaires : l'aîné surtout, Elias Martin, a laissé un grand nombre de 
charmantes aquarelles, dont la couleur légère et le dessin exact fixent le sou- 
venir d'une ville aimable, familièrement accueillante, encore parée de grâces 
rustiques. Tel est en effet le Stockholm de Bellman : l'activité mercantile 
demeure concentrée dans les ruelles de la cité, pavoisées d'une infinité de 
pittoresques enseignes, flanquées d'innombrables cabarets et vide-bouteilles ; 




■— i 



Maisons de bois du vieux Stockholm. 



jusque parmi leur brouhaha, Bellman ne cesse d'entendre le bruit du flot et 
le murmure du vent dans les roseaux, double mélodie aux variations 
indéfinies qui semble le leit-motiv de son art. 

Un autre poète nous avertit que dès le premier tiers du xix e siècle, un 
nouveau rythme s'installe dans la vie stockholmienne ; pour Almquist, 
romantique génial, poète et romancier, le cœur de la capitale n'est plus la 
Cité : Stockholm n'est plus « l'île des îles, sans pareille dans le passé ni dans 
le présent, attirante comme un puissant aimant », que chantait dès le 
xvn e siècle un poète enthousiaste. Stockholm, c'est Norrmalm, ville non plus 
insulaire, mais vigoureusement agrippée au sol illimité, et qui pousse au- 
devant des campagnes ses barrières et ses actives banlieues. Déjà, le culte 
de la ville grandissante requiert des historiographes professionnels, chro- 



STOCKHOLM MODERNE 79 

niqueurs, romanciers épris des modes et des aspects éphémères ; un Orvar 
Odd (Sturzen-Becker) , un Auguste Blanche nous révèlent la persistante 
bonhomie de la capitale de Bernadotte : le premier commence d'écrire au 
lendemain de 1830; la « Cité » dépérit, les héros de Bellman sont morts ; « leurs 
menuets et leurs sérénades sont remplacés par les cavatines sentimentales 
de l'orgue de barbarie » ; les passants, vêtus à la mode française, se hâtent 
vers Drottninggatan, « cette rue de la noblesse, du patchouli, des décorations 




Rosenbad. 



et des châles de cachemire », devenue l'artère élégante et vivante. Haga 
est oublié ; Bernadotte a mis Djurgàrden à la mode, Djurgàrden où dès 1808 
Jean-Baptiste Le Maire attirait la foule élégante à l'Auberge Française, tandis 
(jue son compatriote Pierre Richard préludait au succès du cabaret, fameux 
aujourd'hui encore, de Hasselbacken, Djurgàrden où Auguste Blanche, feuille- 
toniste intempérant, ami des proches banlieues, conduit les héros et les 
héroïnes de ses intrigues mélodramatiques, e1 de ses récits de mœurs popu- 
laires et bourgeoises à la façon d'Eugène Suc 

Longtemps Stockholm grandil sans que cette sève nouvelle favt 
la beauté ; les casernes de louage alignenl sans grâce des appartements 
tvec l'unique souci de proportionner au rapport le nombre des 



8o 



STOCKHOLM 



locataires ; et sans doute la ville inaugure une hygiène : le balayage des rues, 
longtemps bi-hebdomadaire, et confié au soin des habitants, ne devient 
quotidien qu'en 1869 ; mais dès 1845 des équipes allemandes commencent 
la substitution, dans les grandes voies, d'un pavage régulier aux capricieux 
empierrements ; en 1844 la maison qui porte le n° 5 Jakobsgatan, recons- 
truite, s'adorne d'un trottoir ; nouveauté que l'on imite bientôt, qu'il sera 
toutefois difficile d'imposer à tous les propriétaires ; la première, Regerings- 




Hôtel du comte W. de Haliwyl. 



gatan offrira deux trottoirs ininterrompus, où la foule disciplinée des pas- 
sants défilera (aujourd'hui encore) en deux courants parallèles et contraires. 
Kungstrâdgârden, débarrassé sur trois côtés de son mur d'enceinte en 1820, 
voit tomber son mur septentrional en 1850; l'incendie du vieux palais Maka- 
lôs dégage l'horizon sur le Norrstrôm : une élégante promenade demeure 
ouverte au cœur de la ville, ornée de deux statues symétriquement disposées : 
Charles XII et Charles XIII ; des mortiers béants entourent le socle de l'une, 
des lions de bronze le piédestal de l'autre ; d'où le dicton stockholmien : « un 
lion entre des cruches, une cruche entre des lions ». L/enclos agreste de Humle- 
gârden, où le xviii e siècle avait connu un théâtre achalandé, où des danseurs 



STOCKHOLM MODERNE 



81 



de corde, des charlatans et des baladins s'ébattaient parmi des vergers et 
de paisibles vacheries, devient un beau parc. Partout on s'efforce d'aplanir 
une surface raboteuse et inégale ; on rétrécit la rade de Nybroviken, on 
comble des anses ; des terrassements soudent au sol ferme maints îlots ; 
on multiplie les ponts, les ascenseurs ; la dynamite de Nobel permet d'accé- 
lérer ces travaux ; un tunnel s'ouvre aux piétons... Rude entreprise, qui 
dure, prend de nos jours une ampleur nouvelle, et triomphe de formidables 





^ffc'.n "' «h . » 



La poste. 

obstacles ; Stockholm est en lutte perpétuelle avec son sol ; les quartiers 
suburbains ont ici un caractère bien particulier : collines éventrées, parois 
de granit bleu ou noir que l'on entame à coups d'explosifs, chantiers rocheux 
ou les maisons se bousculent parmi de maigres pins ; aspects tragiques de 
conquête ou de jeune colonisation. 



Parcourir les quartiers du xix'' siècle, c'est constater les méfaits de l'ère, 
heureusement elose. des lourds rrépis multicolores e1 des affreux plâtrages 

et la vigoureuse renaissance de l'architecture suédoise contemporaine. 
Aux environs de 1870, sous l'influence de Scholander, artiste sincère, mais 



82 



STOCKHOLM 



qui ne s'éleva point à la conception d'un art national, les architectes n'étu- 
dient que l'antique et la haute Renaissance ; Hugo Zettervall s'émancipe 
à peine d'un excessif académisme. L'architecture religieuse fournit un ample 
sujet de discussion ; on cherche un type d'église protestante; en conséquence, 




Yaldemarsudde (Villa du prince Eugène) 



on restreint le chœur des églises catholiques ; on affectionne les temples 
à autel central; aussi bien, la chaire importe-t-elle beaucoup plus que l'autel; 
tout le monde doit voir et entendre le prêtre. Entre 1880 et 1890 l'architecte 
E.-V. Langlet développe ses raisons sans imposer sa théorie. En réaction 
contre les « anti-catholiques » s'élève cette église Johannes, haute et claire 
nef gothique, correcte et froide, selon l'école du berlinois Otzen. En même 
temps, l'architecture civile cherche des formes nouvelles; les protestations 



STOCKHOLM MODERXK 



83 



se font plus vives contre la platitude ruineuse des façades en trompe-l'œil ; 
de jeunes architectes étudient les maisons des vieilles ruelles de la cité, 
les anciens édifices de Gotland, Yadstena, Kalmar... ; ils sont avides de tra- 
ditions autochtones; le professeur A. -T. Gellerstedt les encourage; I.-A. Cla- 
son construit l'un des premiers, sur le Strandvàgen, une vaste maison en pierre 
de taille, donnant le double exemple d'une belle matière judicieusement 
employée et d'une sévère sobriété décorative. Désormais disparaîtront les 




La salle à manger de Valdemarsudde. 



plâtres, les enduits et les badigeons. Stockholm n'entend plus édifier qu'avec 
des matériaux honnêtes de spacieux et solides immeubles. Réforme qui 
favorise les recherches d'une pléiade de talents : privés de la ressource des 
moulages, les architectes sont contraints de limiter la décoration : ils La con- 
centrent sur quelques points, l'entourent de vastes surfaces nues, retrouvent 
ainsi l'élégance et la force des anciens styles peut-être, écrivail en [896 
le professeur Clason, nos rues ne sont-elles pas plus belles ; elles sont plus 
la beauté viendra ensuite Prophétie que réalisent çà et là les œuvres 
de Clason lui-même, de Ferdinand Boberg, de Erik Lallerstedt, de Fred 
Liljequist, d'Axel Undegren, de Cari Westman el de Ragnax CEstberg;du 
premier, il faut goûter ce1 hôtel von Hallwyl où se mêlent des souvenirs 



8 4 



STOCKHOLM 



d'Espagne, et des réminiscences vénitiennes. Résolument original, Fer- 
dinand Boberg manifeste une fantaisie souple et variée ; ses murailles mas- 
sives et fières offrent des plans lumineux, délicatement encadrés de guir- 
landes florales, relevés çà et là d'un motif profondément fouillé et habile- 




Hôtel de la Société des Médecins. 



ment placé, blason, balustrade, haut-relief; voyez le palais des Postes, le palais 
Rosenbad, la Banque de crédit nordique, l'installation de la Compagnie 
électrique, les villas du prince Eugène et de Boberg lui-même... Cari Westman 
fait apprécier l'austérité de lignes calmes et simples en cet hôtel de la Société 
médicale qui s'encadre discrètement parmi les ombrages de l'ancien cimetière 
de Klara ; les reliefs de granit que Kristian Ericsson inscrivit au portail, 
la loggia demi-circulaire, la grille d'entrée, due à un forgeron rustique du 
Vermland, Petter Andersson, accentuent la volonté d'adapter l'architecture 



STOCKHOLM MODERNE 



- 



à la destination de l'édifice, au climat, aux traditions locales. Un goût d'ar- 
chaïsme hollando-scandinave s'affirme dans les créations de Ragnar CEstberg, 
notamment en ce lycée d'CEstermalm, imposant à force de simplicité rude 
et d'harmonie puissante ; ni les couloirs aux formes trapues, ni la chapelle, 
ni « l'aula », ni les salles de musique, de gymnastique, etc., de ce lycée-modèle 
ne démentent cette impression. Même puissance en cette maison Trygg. 
construite par Erik Lallerstedt pour une société d'assurances, et qui semble 
dresser au fond de Birgerjarlsgatan la menace d'une rigide étrave... Banques, 




Bas-relief de Kristian Ericsson Hôtel de la Société des Médecins 



grands hôtels, restaurants et cafés sollicitent en effet l'ambition des architecte-. 
et parfois la secondent efficacement ; le Grand Hôtel Royal, notamment, et son 
jardin d'hiver, témoignent de la fantaisie et du solide savoir de Ernst Stenham- 
mar. 

Bien peu de villes européennes de notre temps fournirent aux architectes 
pareille abondance de projets à réaliser ; besoins nouveaux que révèle une 
crise de croissance, services publics qu'il importe d'hospitaliser plus au 
large, appels simultanés de presque toutes les Administrations 'de l'Etal 
exigences d'une jeune industrie, d'une bourgeoisie désireuse de luxe, dépensière 
et optimiste, tout cela n'enfante point à coup sûr des chefs-d «cuvre. mais 

développe une belle émulation ; on construit trop, et trop ambitieusement, 



86 



STOCKHOLM 



pour ne pas multiplier les regrettables erreurs ; un colossal palais de la 
Police désole jusqu'aux plus chauvins des amateurs d'art stockholmiens. 
L'outrance dans la laideur semble la rançon d'un aussi vaste effort ; pourtant 
la science, le talent, le zèle novateur, la foi ardente qui inspirent les meilleurs 
des jeunes architectes stockholmiens, ne peuvent manquer de frapper l'étran- 
ger • l'architecture semble ici vraiment revivre. 

Non point toutefois au détriment d'un éclectisme qui caractérise toujours 




Le lycée d'Œstermalm. 



un pays aisément accessible aux influences étrangères ; le nouveau Riksdag, 
si malheureusement posé en travers d'une perspective ouverte par la nature 
du Mselar à la Baltique, se pare de puissants appareils de granit et de pierres 
rustiquées, d'une colonnade et d'un fronton classiques. Le Musée du Nord 
(I.-G. Clason) renouvelle avec autant d'ingéniosité que de bonheur et de liberté 
les formes préférées de la Renaissance hollandaise, hautes fenêtres, pignons 
élevés, tourelles à flèches... Aux granits, aux pierres grises et rouges de ces 
monuments, le Théâtre dramatique oppose la blancheur de ses marbres 
marbre d'Ekeberg ; un luxe excessif et mal discipliné prive d'une nécessaire 
harmonie ce théâtre, où il semble (pie l'on ait voulu concentrer et mettre en 



STOCKHOLM MODERXK 



8? 



valeur les ressources de l'art suédois contemporain: colonnes ventrues, enguir- 
landées de groupes dansants par Cari Milles, bas-reliefs de Kristian Ericsson 
qui déroulent sur la façade une folle procession dyonisiaque et le cortège 
de la commedia dell'arte; vestibule et escaliers où il faut saluer les peintres 




Maison de la compagnie d'assurance 'i 



ix Bjôxck et Reinhold Norstedl ; salle de spectacle judicieuse e1 con- 
fortable, tort belle, encoxe que le plafond, peint par le professeur Kron- 
berg, manque un peu d'éclal ; foyer rutilant avec des paysages de Berg- 
strom et de Kallstenius, un plafond au coloris passionné de Cari Larsson; 
buffet, où Pauli évoque avec grâce l'histoire du théâtre suédois au wiir' 

le... Puisse la patine du temps adoucir e1 en quelque sorte marier tanl 
d'ors el de conl rastes... 



88 



STOCKHOLM 



Même diversité si l'on considère les nombreuses églises de l'ère contem- 
poraine, Johannes, Gustaf Adolf, Oscar, Sofia, Mathaeus, Pétri, Roslag, 
Gustaf Yasa, etc. ; en cette dernière Agi Lindegren semble avoir voulu réaliser 
un pastiche des temps carolins — coupole, colonnes, frontons triangulaires... 
■ — ailleurs les plus neuves combinaisons ont été tentées pour adjoindre au 
temple proprement dit des locaux de destinations diverses, et adapter de très 
modernes églises à leur mission sociale ; il n'est pas rare notamment de ren- 
contrer aux abords de Stockholm de ces « complexes » où une charmante 




Le Théâtre dramatique. 



inspiration a su utiliser des ressources modestes, et surajouter je ne sais quelle 
grâce vieillotte à des formes inédites et parfois audacieuses (V. notamment 
la chapelle de Hjorthagen). 

Diversité plus grande encore s'il s'agit de ces villas qui essaiment par 
troupes aux environs de Stockholm ; non point que la plupart d'entre elles 
l'emportent par le goût et la discrétion sur les architectures compliquées 
et puériles de nos Suresnes et de nos Bougival ; mais çà et là d'heureuses 
exceptions attirent le regard ; aimables résidences où les réminiscences 
de notre xvn° et de notre xviii'" siècle trahissent la simplicité accueillante 
de l'ancien « herregârd », constructions modernes où s'appliqua l'invention 
d'artistes épris de la beauté des sites suédois : à Djurgàrden notamment. 
cette Suède en miniature, le i milieu » a suggéré de fort agréables réussites : 



STOCKHOLM MODERNE 



3 



une grande élégance s'allie ici à une agreste fantaisie, telles les villas Thorsten 
Laurin (par Œystberg), la maison de l'éditeur Bonnier, les villas Âkerman 
(par Clason), Strom (par Boberg), etc. 

L'art moderne travaille ainsi, avec quelque fièvre, à renouveler l'aspect 
de Stockholm ; une période d'intense transformation s'est ouverte, qui ne 
semble pas devoir prochainement s'achever ; que seront les futurs palais 




Colonnes par Cari Milles (Théâtre dramatique . 



municipaux (un Râdhus par Ragnar(Estberg) '.' quel effet décoratif produiront 
les arrangements projetés pour faciliter l'accès de Sôder, la nouvelle ordon- 
nance de la place Gustave-Adolphe ? Telle est l'activité des architectes et des 
ingénieurs que pendant longtemps encore on ne saurait fixer du Stockholm 
moderne que des traits fugitifs. 

El sans doute, cet art apparaît parfois tyrannique, et d'aventure encom- 
brant ou regrettablemenl destructeur ; mais on lui sait gré «le vouloir péné- 
trer la nation, et en quelque sorte s'enraciner dans l'âme populaire OÙ il n'ignore 
pas que sommeillent des forces cachées ; rien de plus significatif à cet égard 
(jue cet enseignement par les formes, par l'architecture, le dessin, la peinture, 

tenté selon des proportions diverses dans les écoles, les lieux de réunion. 



9° 



STOCKHOLM 




Le cortège de Dionysos (Frise du Théâtre dramatique). 

les hôpitaux et refuges, voire les établissements industriels ; partout en Suède 
se répand le goût d'embellir le décor de la vie journalière, et de susciter ainsi, 
jusque dans les plus humbles âmes, la joie et les instincts esthétiques; à 
Stockholm, l'exemple est libéralement donné par cette Société de l'Art à 
l'Ecole fondée en 1897 par le délicat critique Cari G. L,aurin : grâce à ses efforts, 
quelques-unes des œuvres les plus émouvantes de l'art suédois contemporain 
sont les compagnes de la jeunesse studieuse ; le lycée de Xorra latin à lui seul 
possède — et non point enfermés en quelque salle close et inaccessible, mais 
en bonne place sur les murailles que caressent quotidiennement les regards 







La Commedia dell'Arte 'Frise du Théâtre dramatique) 



STOCKHOLM MODERNE 



9i 



de tous — de vastes compositions de Pauli et de Cari Larsson, un paysage du 
prince Eugène, un panneau magnifique où Liljefors exalte l'envol puissant 
d'une bande de cygnes sauvages. Au lycée d'CEstermalm, le sculpteur Eldh 
creusa curieusement les granits de l'entrée ; dès le. vestibule une claire pein- 
ture du prince Eugène ouvre sur un Stockholm ensoleillé des horizons lumi- 
neux ; des fillettes dansent aux murailles de la salle de musique, allègrement 




Hall d'entrée du Théâtre dramatique. 

peintes par Pauli ; ailleurs Thôrneman évoque la mythologie Scandinave... 
Mêmes tendances en ces vastes écoles primaires. qui sont l'orgueil des villes 
suédoises ; ici encore on ne se contente pas d'introduire dans les salles de 
classes des collections de gravures ; à l'école d'Engelbrektsgatan, deux 
toiles de Xils Kreuger, offertes par M lle Kva Bonnier, montrent avec 
quelle force singulière ce peintre sait marquer l'ossature d'un paysage, 
dresser, entre des rocs et des marais, des chevaux à demi sauvages, ou parmi 
les ruines de liorghohn un troupeau de vaches eu pâture ; à l'école .Mathieu. 
le même célèbre la Saint-Jean à Stockholm ; des voitures passent, traînées 
par des chevaux caparaçonnés de fleurs e1 de branches de bouleau : la lu- 



9 2 



STOCKHOLM 



mière de l'été resplendit sur de rudes visages populaires, un premier plan 
de vie et de mouvement intense, un fond d'eau que domine la silhouette 
de Soder... 




Ma famille, .par Cari Larsson Villa Th. Laurin 



Aux plus sombres jours de l'hiver, la population enfantine retrouve 
ainsi à l'école quelques-uns des plus souriants et des plus frappants aspects 
de la capitale ; la lumière en effet joue magnifiquement parmi ce relief acci- 
denté, ces monuments et ces surfaces marines ; les soleils couchants de l'été 
et de l'automne commençant tissent à la ville comme un vêtement féerique. 
Les romanciers et les poètes ne se lassent point d'observer et d'exalter le 
spectacle de la « ville qui nage sur l'eau » — ainsi Fin Duvet, l'une des oies 



STOCKHOLM MODERNK 



93 



dont Selma Lagerlôf surprit le langage au cours du mirifique voyage de Xils 
Holgersson,dénomme-t-ellefort justement Stockholm — . Poètes et romanciers 
rivalisent en effet avec les peintres ; l'un des plus puissants fut Strindberg ; 
il étudia Stockholm en géologue, en botaniste, en historien ; peintre de 
mœurs, il connut surtout l'époque qui précéda l'expansion contemporaine, 
un Stockholm qui gravitait autour de la place Charles XIII et du parc de 
Berzélius; n'est-ce point sur ce parc qu'épandses flons-flons le Bems Salong, 
vaste café — les brasseries sont à peu près inconnues en ce pays buveur de 




Ekarne. Les Chênes (Villa Th. Laurin, . 



punsch — qui naguère inaugura autour de ses tables et de ses orchestres 
une sorte de fraternité démocratique également agréable à la bohème et à la 
sage bourgeoisie? Bcms Salong abrita les habitués de cette fameuse Chambre 
rouge qui donna un titre au premier grand roman de Strindberg... Au reste 
Strindberg n'isola jamais Stockholm de cet archipel baltique (skârgârd) 
qui fut sans doute à ses yeux la plus étonnante région de l'univers, el sûre- 
ment celle qu'il décrivit avec le plus d'amour et de pénétrant génie. Con- 
ception pleine de sens d'un grand poète, car Stockholm doil sûrement à ce 
merveilleux voisinage sa plus surprenante beauté. 

Et peut-être conviendrait-il de parcourir quelque littérature pour ap- 
prendre à déchiffrer Stockholm : des trop rares poèmes «le Snoilsky, parnassien 



94 



STOCKHOLM 



Scandinave, aux délicates études d'Oscar Levertin, aux croquis acérés de 
Hjalmar Sôderberg, aux larges esquisses colorées et sonores de Henning 






*SL 




Peinture de N. Kreuger (École primaire Engelbrekt). 

Berger, que de traits singuliers, attrayants, dignes de mémoire ! Quiconque 
n'en aura pas le loisir devra vivre la chronique de la ville, ou tout au moins 
surprendre quelques-uns de ses moments caractéristiques ! une fête popu- 
laire avec danses et chants à Djurgârden, et par exemple la célébration de 




Peinture du prince Eugène (Lycée Narra latin). 



l'anniversaire de Bellman, ou la fête du I er mai, inauguration joyeuse et 
immémoriale, et aujourd'hui encore gracieusement païenne, de la saison fleu- 
rie -- préparatifs de Noël, marché aux sapins lumineux et tintinnabulants 
parmi les longues nuits de décembre — un bal de patineurs à Nybroviken 



STOCKHOLM MODERNE 



95 



■ — l'heure élégante de la promenade à Strandvâgen — le défilé quotidien 
de la garde montante (Vaktparad) — le départ en bateau d'une excursion 
de l'Armée du Salut — une séance au Riksdag, où la fierté des députés- 
paysans fait triompher tant de dignité calme — un bal à la cour, ou encore 
le fameux bal de l'amaranthe — la distribution des prix Xobel... L'étran- 
ger devra assister à l'un de ces solennels banquets qu'affectionnent les 
Stockholmiens, traverser les restaurants somptueux, les magasins corrects, 




Maison de l'éditeur Bonnier à DjurgArden 



considérer le flot humain qui anime Drottninggatan ou Gôtgatan à la sortie 
des bureaux et des ateliers, connaître la serviabilité bourrue des agents de 
police et des conducteurs de tramways, la froideur distinguée et comme 
indifférente des boutiquiers, et tant d'apparences qui semblent d'abord 
révéler un orgueil assez roide : puisse-t-il ensuite ne point ignorer la science 
et l'infinie complaisance des bibliothécaires et des conservateurs de musées, 
et surtout le charme grave et comme l'austérité gaie de la vie d'une famille 
de la bourgeoisie laborieuse. Peut-être alors découvrira-t-il que la capitale 
suédoise se modèle selon les directions d'une aine vivante et agissante, qu'elle 
est l'expression saisissable des ambitions, des espoirs, des faiblesses et des 
vertus de la nation suédoise contemporaine, que l'art, si longtemps affaire 



9 6 



STOCKHOLM 



d'importation, se nourrit désormais ici du sang le plus suédois, et colla- 
bore dignement au décor social... Tout cela ne l'empêchera nullement d'admi- 
rer le décor naturel, ce site incomparable à quoi il faut toujours revenir, et 
que l'on désirerait laisser dans les yeux du lecteur. 




Eglise de Hjorthagen. 




Le Musée du Nord. 



CHAPITRE V 



LES MUSEES 



Le Musée National. — Hollandais et Français. — Le xviii' siècle suédois. 
contemporaine. — Le Musée du Ni»rd. 



époque 



Le .Musée National de Stockholm met en lumière les deux influences qui 
ont le plus longuement et le plus efficacement dominé la vie de l'art en 
Suède : la hollandaise et surtout la française. Par ses lacunes, par ses précieux 
ensembles, il illustre de façon frappante les vicissitudes du mouvement 
esthétique, la constance d'un effort longtemps contrarié par les pires diffi- 
cultés, soutenu pendant plusieurs siècles presque uniquement grâce au 
concours d'auxiliaires étrangers, aboutissant enfin de nos jours à l'heu- 
reux épanouissement de l'âme nationale, célébrée par des talent- autochtones. 

Combien pénibles, précaires, et d'autant plus émouvantes combattues 
par un ensemble quasi invincible de circonstances : l'éloignement des centres 
européens, le climat, le régime social et politique, la religion même, après 
la Réforme durent être les premières tentatives d'importations artis- 



9 8 STOCKHOLM 

tiques, le Musée National nous le révèle clairement : la pénurie d'œuvres 
anciennes montre que les Vasa, premiers collectionneurs du royaume, parfois 
si sincèrement épris d'art, ne purent que rarement surmonter ces difficultés : 
en ce xvi e siècle tout rempli de luttes religieuses, et qui arrache la Scandi- 
navie à l'obédience romaine, les rapports de la Suède avec l'Italie sont peu 
fréquents ; les œuvres d'art qui franchissent le Sund sont tirées presque exclu- 
sivement de l'Allemagne ou des Pays-Bas. Les conquêtes du xvn e siècle, et 
particulièrement la guerre de Trente ans, font découvrir aux Suédois les ri- 
chesses des arts méridionaux : ils s'emparent à Prague de l'une des plus ma- 
gnifiques collections dont on eût encore ouï parler : l'arrivée à Stockholm 
des interminables convois qui déversent en plein Xord les richesses de l'em- 
pereur Rodolphe II eût été un événement considérable si, quelques années 
plus tard, la plupart n'avaient repris le chemin du continent. Les historiens 
contemporains ont prouvé que la reine Christine ne dépouilla point son pays 
de tout ce trésor : elle emporta les œuvres italiennes, les plus précieuses 
en l'occurrence — et qui ne devaient point être remplacées par la suite; elle 
laissait les œuvres hollandaises, qui du moins allaient compléter d'analogues 
acquisitions et renforcer l'un des traits dominants des collections suédoises. 

Il est d'ailleurs significatif qu'aujourd'hui encore, la section allemande 
du Musée National nous renseigne surtout sur l'art de l'Allemagne du Nord : 
Albert Durer n'apparaît ici que comme graveur ; Holbein est absent ; mais 
voici, assez abondamment représentés, les grâces maniérées, les nudités 
mièvres, les paysages, les scènes mythologiques de l'école saxonne ; une 
Lucrèce résume à merveille les évocations féminines de Cranach ; la Transac- 
tion pécuniaire nous révèle sa minutie dans l'illustration de la vie familière; 
les portraits du père et de la mère de Luther ne sont point indignes de 
l'abondante série où son amitié fit revivre la famille du Réformateur. 

Dénuée de fond ancien, la section italienne n'a pu réparer cette faiblesse 
initiale. Louise Lyrique et Gustave III y introduisirent tout un lot d'œuvres 
bolonaises, romaines et vénitiennes des xvn e et xvin e siècles ; seules, des 
copies ou des toiles d'attribution douteuse rappellent les grands maîtres. 
Et sans doute, un panneau peint à la détrempe (Adoration des rois) témoigne 
en faveur des Ombriens, et rappelle d'assez près une composition que Gentile 
da Fabriano signa en 1423 (Académie de Florence). Mais de cette naïveté, 
on passe sans transition à la science avancée de Bronzino (Portrait d'Isabelle 
de Médicis). A Scipione Pulzone. nous ne reconnaissons guère que le mérite 
de nous rappeler, avec le nom de la malheureuse Lucrezia Cenci (portrait), 
un tragique roman du XVI e siècle italien. Deux bonnes toiles de Carlo Dolci. 
Entre les Vénitiens, une effigie, curieuse par son réalisme, du Titien ; 



LES ML' S F. ES 99 

quelques esquisses de Tiepolo... Pour le surplus, n'entreprenant point ici 
un complet dénombrement, il suffit de renvoyer aux catalogues ; on ne 
prétend qu'esquisser les traits généraux de la physionomie de ce musée. 

L'orgueil du Musée de Stockholm, ce sont les Néerlandais et les Fran- 
çais. 

Maintes œuvres prouvent l'ancienneté des rapports de la Suède et des Pays- 
Bas : voici Quinten et Jan Massys, Frans Floris, Cornelis Cornelisz, Marten 
Pepyn, Abraham Blomaert, les Francken, Otho van Yeen, J. Bueckeleer, 




Rembrandt. Claudius Civilis fait jurer aux Bataves de se révolter contre les Romains. 

(Musée National . 



Gillis Mostart, les Brueghel, Ambrosius Bosschaert... cortège nombreux, et 
qui annonce dignement l'émulation fameuse des grandes gloires flamandes 
et hollandaises. 

Rubens soutient ici sa réputation, et montre la précocité de son génie ; 
voyez en effet cette Bacchanale et cette Offrande à Vénus, peintes à Rome 
au début du xvn'' siècle, d'après le Titien (musée du Prado) : transpositions 
plutôt que copies, où la fougue de son pinceau surajoute au style du modèle 
je ne sais quelle grasse magnificence. (Ces tableaux furent importés eu Suède 
par Bernadotte.) Une petite composition, Suzanne et les deux juges, dan 
de -"ii retour aux Pays-Bas : entre diverses esquisses et quelques grands 

tableaux sorti- de -on atelier nu se rat t adiant à son école, Deux enfants nus 



ioo STOCKHOLM 

sont de sa manière la plus savoureuse ; et voici enfin les Trois Grâces : comme 
de juste, entre deux plantureuses compagnes. Hélène Fourment nous éblouit 
de son opulence blanche et rose ; cariatides aux chairs exubérantes, ces trois 
Flamandes soulèvent avec une vigoureuse nonchalance un panier de fleurs 
que Jan Brueghel disposa sur le fond d'un vague paysage. — L'influence de 
Rubens éclate en ce Saint Jérôme où A. van Dyck, encore insoucieux d'ori- 
ginalité, imite ses anatomies colorées et ses draperies décoratives (V. le 
curieux portrait de la reine Christine par David Beck. élève de van Dyck). 
La même influence se remarque dans les Quatre Evangélistes, une des meil- 
leures œuvres connues de ce Soutman qu'attire déjà la magie de Frans Hais. 
Elle s'exaspère et s'alourdit dans Y Adoration des bergers et surtout Candaule. 
roi de Lydie, montre son épouse au favori Gygès de l'impétueux Jordaens. 
Et l'école d'Anvers fait encore bonne figure avec Cornélis de Vos, David 
Téniers, Frans Luycx, Frans Snyders, Jan Fyt, Daniel Seghers, et autres 
moindres seigneurs. 

La troupe compacte des peintres des Provinces-Lnies favoriserait l'étude 
détaillée de plus d'un petit maitre : quelques-uns des plus grands président 
ces salles et cabinets hollandais où l'on se croirait en une succursale du Ryks 
Muséum d'Amsterdam ou du Mauritshuis... Et sans doute Frans Hais 
n'est représenté, depuis peu, que par un Violoniste qui ne rappelle que de 
fort loin les grandes œuvres de l'Hôtel de Ville de Haarlem. Mais Rem- 
brandt en personne nous arrête ici à huit reprises; voici, jalonnant sa carrière. 
Saint Anastase, œuvre de sa vingt-cinquième année, où se distingue la finesse 
de son pinceau dans la pénombre de l'envahissant clair-obscur ; un portrait 
de l'année suivante (Saskia, ou sa sœur Lysbeth) ; puis, accentuant ses audaces 
croissantes, un Saint Pierre, le portrait de Johannes Uitenbogaert, ce por- 
trait que Gersaint intitulait la Crasseuse, et qui est peut-être l'image de 
la cuisinière de Rembrandt ; et enfin, dans la manière tragique de la der- 
nière période, deux portraits d'Homme âgé et de Dame âgée, et l'esquisse 
la plus vaste que nous ait léguée le peintre : groupés autour d'une table, 
jouant, l'épée ou la coupe à la main, on ne sait quelle fantastique tragédie, 
surhumains, énigmatiques, nés d'une vision prodigieuse, ces personnages 
sollicitèrent longtemps la curiosité des érudits ; il ne s'agit ni du Couronne- 
ment ou de la Conjuration de Ziska, ni de mythologie Scandinave (Odin 
fondant le royaume de Suède), mais de cette scène inspirée de Tacite, que 
Rembrandt fut chargé, vers 1660-61, de fixer dans la grande galerie de 
l'Hôtel de Ville d'Amsterdam : Claudius Civilis fait jurer aux Bataves de se 
révolter contre les Romains : les petites esquisses conservées à Munich prou- 
vent que Stockholm possède la partie centrale de cette immense composi- 



LES MUSEES 101 

tion, ébauche inoubliable, d'une singularité si puissante et *si révélatrice 
des derniers rêves et des dernières perceptions lumineuses de Rembrandt. 
Xe pouvant passer en revue les cinq cents toiles qui constituent la sec- 
tion néerlandaise du Musée, on voudrait assurer qu'une visite minutieuse 
est ici nécessaire : de tel peintre les œuvres s'entassent avec une excessive 




Van Ostade. L'avocat Musée National 



prodigalité : Philippe Wouwermau (10 toiles) et ses frères Jan et Pieter 
tapissent une petite salle ; de semblables répétitions ne dissimulent point 
l'absence de van der Meer, de Potter, la quasi-absence de Ruisdaël ou de 
Jan Steen, que l'on compare ici à Bellman. comme ailleurs à Molière ou à 
Hogarth... Mais voici, faisant honneur à leur signature, Micrcvclt. P. Mo- 
reelse et (moindrement) J. van Ravestijn, et G. van den Kckhout...; nulle 
part la triomphante patience de Gérard Dou n'a plus minutieusement dos 
la lumière que dans son propre (?) portrait, nu cette Madeleine dans une 
grotte ; voici deux portraits de Ferdinand Bol. les délicieux intérice 



io2 STOCKHOLM 

Pieter de Hooch, les élégances de Gabriel Metsu; l'Avocat d'Adrian van 
Ostade est bien connu. Quatre toiles de Jan van Goijen — dont une très 
belle vue de Dordrecht - - exaltent à merveille les plus délicates nuances 
de l'atmosphère marine ; après quoi on peut encore regarder les fins pay- 
sages de Jan Wijnant. le Port de Jan van Cappelle... 

Xul Suédois ne se glisse parmi ces étrangers pour lutter avec eux de 
talent et de notoriété : ni Jiirgen Ovens (en Suède 1654-56), ni Toussaint 
Gelton (1658 (?)-66), ni Alb. Wuchter (1660-62), ni même Martin Mijtens 




Le Musée National v Au premier plan le Gustave III de Sergel . 

en dépit de son long séjour en Suède (1677-1734) n'ont su faire revivre aux 
bords de la Baltique l'art des peintres de Haarlem et d'Amsterdam; le fils 
de Mijtens, ses derniers élèves émigrent au début du xviii siècle. Bien 
lifférente est l'histoire de l'art français en Suède, (pie révèle brillamment 
le Musée de Stockholm ; nos peintres sont ici entourés d'élèves bientôt deve- 
nus leurs émules. 



Quelques toiles lointaînement inspirées de Poussin n'arrêtent guère 
le visiteur, qui interrogera un instant le portrait de la reine Christine par 
Sébastien Bourdon. La pompe de H. Rigaud s'accompagne de pénétration 
psychologique dans le beau portrait du cardinal Fleury que cette éminence 
envoya naguère au ministre suédois Horn ; elle n'est plus que le jeu d'une 
imagination fantaisiste dans le portrait de Charles XU. Vers le même temps. 



LES MUSÉES 



103 



Largillière peignit cet imposant feld-maréehal comte Eric Sparre, portrait 
dont le pendant (Christine Béate Lilje, femme de Sparre) est à Bergshammar... 
Ainsi prélude notre xvm e siècle, moins abondamment représenté que le 
xvn e siècle hollandais, mais toutefois par une collection qui vaut par 
l'exquise entente et l'unité du choix. Auprès d'une nature morte admirable 
{Le lièvre mort), Chardin dispose les scènes les plus gracieusement et les 
plus fortement significatives de son répertoire, la Toilette du matin. Une 




François Boucher. Le triomphe de Vénus Musée National" . 



dame assise un livre à la main. Jeune femme faisant de la tapisserie. 
L'artiste dessinateur, la Blanchisseuse, Jeune servante versant de l'eau, des 
copies, probablement retouchées par lui-même, du Bénédicité et de Une mère 
et sa fille à leur dévidoir. Boucher nous offre six toiles, dont le Triomphe de 
Vénus, qui est une de ses œuvres les plus importantes, et l'une de celles où 
s'accorde le plus heureusement aux grâces décoratives du rococo l'apothéose 
des chairs nacrées et des galantes nudités : même mythologie, moins délica- 
tement peinte dans la Toilette de Vénus, Léda et le Cygne, Nymphe au bain et 
Amours; une idylle, J'euse-t-il aux raisins; une coquette Marchande de 
modes. Trois Nattier (la marquise de l'Opital, la marquise de Broglie en 
sultane, la duchesse d'Orléans en Hébé). Trois Lancret, des meilleurs 



i,, 4 STOCKHOLM 

(L'escarpolette, le Colin-Maillard, l'Attache du patin). Un Pater (Baigneuses 
dans un parc). Après quoi on regrette Watteau et Fragonard. Mais ne faut-il 
pas tout aussitôt s'attarder aux mérites divers de Coypel, P.-J. Cazes, F. le 
Moine. C. van Loo, C.-J. Xatoire, L.-J.-F. Lagrenée le Vieux, J. Restout 
ie Jeune, Xonnotte, Pesne, François Desportes, J.-B. Oudry... ce dernier 




Chardin. La toilette du matin ^Musée National . 

représenté ici par bon nombre de ses envois au château de Stockholm. 
Un tel ensemble proclame l'initiative d'un collectionneur ; la Suède en 
est en grande partie redevable à Cari Gustaf Tessin, dont l'ambassade en 
France (1739-42) prit vite le caractère d'une quasi officielle mission artis- 
tique. Ce grand seigneur, qui aime le plaisir, et ne se doute point encore qu'il 
tournera au sévère moraliste, ce diplomate épris de luxe, de belles manières, 
d'esprit, affectionne par-dessus tout l'art ; il a de qui tenir ; mais c'est à l'art 
français que vont ses prédilections ; il expédie en Suède des toiles de Frans 



LEs MUSEES 105 

Snyder, Adrian van de Velde, C. Yerhout. Ph. Wouwerman, Rembrandt ; 
mais on le voit fort assidu dans tous les ateliers parisiens où ses commandes 
sont accueillies par Xatoire, Cazes, Raoux, Lancret, Pater, Boucher. Char- 
din, Xattier, Tocqué, Aved, Gobert, Le Bel, J. Restout le Jeune, Oudry. 
Desportes ; il fait portraicturer sa femme par Xattier, pose lui-même devant 





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Lancret. L'attache du patin (Musée National.) 

Tocqué et Aved, confie à Oudry le soin de peindre son chien Pehr ; nos 
artistes l'adorent pour sa science et sa courtoise générosité un jour, chez 
Carie van Loo, il voit entrer la fillette du peintre portant des fruits dan- 
son tablier ; sur-le-champ il exige le charmant portrait de L'enfant qui rap- 
pelle cette scène (Drottningholm) . Le sérieux d'un Chardin ne lui agrée pas 
moins que les plus légères fantaisies «les peintres des fêtes galantes. Il est 
l'ami de Caylus, consulte Gersainl e1 Mariette. I.r- grandes ventes n'ont 
point de client plus attentif, ni mieux informé : un catalogue de la vent< 



IOO 



STOCKHOLM 




Crozat que possède la bibliothèque de Stockholm, annoté de sa main, porte 
cette mention : « 2057 dessins m'ont coûté à l'inventaire de M. Crozat 
5072 livres 10 sols ». De Paris il est envoyé à Berlin pour y négocier le mariage 
d'Adolphe-Frédéric et de Louise Ulri que, sœur du grand Frédéric; il accom- 
pagne en Suède la jeune épousée, et tout aussitôt devient l'âme de la cour 
de Drottningholm, un conseiller de fêtes, l'arbitre écouté des plaisirs d'art. 
C'est ainsi qu'il fait faire d'importants achats à la vente Fonspertuis (1748), 

et ne cesse de conseiller les acquisi- 
tions de Louise Ulrique en Hollande, 
en Flandre et en France... Sa fortune 
compromise, il doit, de son vivant, 
consentir l'abandon de ses collections 
particulières ; la plupart de ses tableaux 
passent en 1757 aux mains de Louise 
Llrique ; l'État en héritera, au grand 
bénéfice du Musée National. 

En même temps qu'il favorise nos 
Français, il seconde de tout son pou- 
voir l'éducation de ses compatriotes, 
cette compréhension de nos techniques 
et de nos goûts, et bientôt cette con- 
quête de Paris par des artistes suédois 
qui sont les faits caractéristiques du 
temps, glorieusement enregistrés par 
les collections du Musée National. Jus- 
que vers 1720 en effet, les Suédois sem- 
blaient à peine s'être aperçus que l'art avait émigré d'Italie en France ; 
mais alors se dessine ce courant ininterrompu d'échanges qui, pendant tout 
le xviii siècle, fera triompher les mêmes enseignements à Paris et à Stock- 
holm. La Suède accueille l'hégémonie de nos peintres, qui sont en train de 
conquérir l'Europe ; comme partout, ils apportent avec eux une discipline, 
une pédagogie, un reflet de ce prestige conféré naguère à l'école par le génie 
organisateur de Colbert. Les apprentis suédois accourent aux bords de 
la Seine et y détendent leur gravité au contact de notre joie de vivre ; « la 
joie du luxe, la séduction de la femme, l'élégance de la vie noble, la diaprure 
catholique accueillaient partout l'étranger venu du sérieux, du glacial pays 
protestant ». Ces Suédois s'épanouissent, et bientôt ou remarque dans leurs 
croquis et leurs ébauches « un mouvement plus rapide, un trait plus léger 
et plus vivant, une forme plus nerveuse et plus souple » (Levertin). Le 




Pastel de Lundberg (M Ile Juliana Henck 
Académie des Beaux-Arts). 



LES MUSEES 



"7 



Suédois Frédéric Bruckmann avait fait apprécier en France ses miniatures, 
et était entré au service de Louis XIV (1695-99, et peut-être jusque vers 1715); 
Boit, né à Stockholm d'un père français, avait dépassé ce succès, et franchi 
les portes de notre Académie ; vers 1720 les amateurs parisiens achetaient 
volontiers les peintures sur émail de Cari Gustaf Klingstedt. Fait plus ignoré, 
vers le même temps, la Suède nous envoyait des médailleurs ; elle avait fourni 
une grande partie du cuivre que le fondeur versaillais Keller introduisait dans 
le bronze de ses statues, des pla- 
ques de cuivre (notamment en 16S7- 
89) pour le toit du château de Ver- 
sailles; des maîtres-couvreurs suédois 
posent ces plaques, tels Georg Bar- 
tels et Christopher Gerzel, dont les 
comptes royaux nous révèlent les 
noms. Les Suédois sont habiles aux 
travaux du métal ; dès 1685 Mey- 
busch (d'origine allemande) quitte 
la Suède, entre au service de la 
Monnaie de Louis XIV à laquelle 
il vend un balancier de son inven- 
tion; on cite de lui diverses médail- 
les, profils du grand roi, etc. ; il 
rentre en Suède en 1687. Son rival 
Arwed Karlsteen, graveur de Char- 
les XII, fait son éducation en France 
et en Angleterre ; notre ambassa- 
deur à Stockholm lui paie plusieurs 

médailles commandées par Louis XIV et exécutées en Suède. Le plus 
connu de ces Suédois est Faltz (dont nous déformons le nom en l'alks). 
qui est en France l'élève de Chéron, el qui, protégé par Lonvois. se fait appré- 
cier à Paris ; il rentre en Suède en 1686, avant de poursuivre en Allemagne 
une plus retentissante carrière. Au xviii 1 ' siècle, les médailleurs cessenl .m 
surplus de venir en France ; ils prennent plus volontiers leurs habitudi 
pays germaniques; le dernier donl Levertin ait retrouvé la trace est Erben 
'nom déformé, et qui sans doute désigne plutôt un ouvrier qu'un véritable 
artiste), dont la présence à Versailles en [688 est attestée par le versement 
de 60 livres qu'il reçoit pour avoir servi d'interprète auprès des couvreurs <\\] 

château. 

C'est avec Lundberg que la Suède remporte ses premières grandes vie- 




Buste de Sergel. par lui-même. 



io8 



STOCKHOLM 



toires artistiques. Déjà cet ingénieux élève de Rigaud, de Largillière et de 
De Troy avait portraicturé Marie Leczinska lorsque Tessin inaugure 
sa fastueuse ambassade ; l'autorité du diplomate impose définitivement 
le portraitiste, à qui notre aristocratie fait confiance jusqu'en 1745 (date de 
son retour en Suède). 

Les portraits de Lundberg que possède le Musée de Stockholm nous, le 
montrent pastelliste adroit ; non point sans doute comparable à la Tour ou 

à Perronneau, mais maître d'une 
technique plus variée et d'une cou- 
leur plus ingénieuse que celle de Ro- 
salba, dont les leçons ne lui furent 
point inutiles. Rentré en Suède, où 
grâce à son influence s'étend l'em- 
pire exclusif du rococo. il est, jus- 
qu'à l'avènement de Gustave III, le 
peintre préféré de la société élégante ; 
son atelier, qui a l'éclat d'un salon, 
attire les diplomates, les officiers, 
toute cette jeunesse musquée dont 
Versailles a formé les manières (V. à 
Gripsholm son portrait d'Axel Fersen 
le Vieux). Jusqu'à sa mort (1786), 
Céladon empressé autour des coquets 
minois, il multipliera avec quelque 
hâte inconsidérée ces portraits de 
jeunes femmes dont la grâce continue 
de se faner dans tous les châteaux 
du Nord. 
Six toiles de Roslin nous rappellent, au Musée National, la plus bril- 
lante carrière qu'ait vécue en France un artiste suédois, trente années de 
succès et de bruyante renommée. Voici le prestigieux peintre d'accessoires 
et de costumes que nous font connaître le Louvre et Versailles ; habilleur 
étonnant, il se soucie peu de l'âme; il n'a aucune imagination, ainsi qu'en 
témoigne telle tentative d'évocation historique (Henri IV et Sully, à Haga) ; 
combiner des portraits en groupes dépasse son talent ; Diderot le lui fit voir 
cruellement (« ni âme, ni vie, ni joie, ni vérité ») ; et les sarcasmes de l'auteur 
du Neveu de Rameau atteignent encore Gustave III et ses frères, ou John 
Jennings et sa famille (Musée National); il est « l'un des derniers peintres du 
XVIII e siècle qui comprennent la peinture panégyriste officieuse de l'ancien 




Sergel. 
Buste de la comtesse Ch. Fr. v. Fersen. 



LES MUSEES 10g 

régime, où la pompe décorative de l'arrangement joue un rôle plus grand 
que le caractère, et où l'éclat des lignes et des couleurs donne une impres- 
sion de puissance et de grandeur princière » ; tels, à Versailles, les portraits 
le Marigny ou de l'abbé Terray, tel, à Gripsholm, le portrait de Gustave III. 
Encore le jugerait-on trop sévèrement si l'on ne s'arrêtait point devant 




Zorn. Danse Je Saint-Jean Musée National 1 . 

telles effigies où l'apparat est sacrifié à la vérité familière; ainsi, au Louvre 
le portrait de Jeaurat, à Versailles, le sobre portrait de Boucher, et le poé- 
tique et émouvant portrait du i grand oncle de la nature . Linné : à Drott- 
ningholm le portrait de Louise Ulrique vieillie, amère et mélancolique ; au 
Musée National le portrait vivant et spirituel de Joseph Vernet. 

Un jeune Suédois. Claes Julius Ekeblad, sortant de chez Roslin, écri- 
vait en 1770 : « il est dommage que nous ne puissions jouir en Suède <1< 
10s artistes. Il> apportent chez l'étrangei des talents supérieurs, -.111- jamais 



no STOCKHOLM 

vouloir revenir, et au bout de quelques années, ils ne sont plus Suédois, et 
ne parlent de la Suède qu'avec un certain mépris » ; vivacité exagérée, car si 
Roslin se fixa à Paris, et ne revint en Suède (1774-75) que pour un bref et 
fructueux séjour, son succès et son autorité favorisent grandement les ambi- 
tions de ses compatriotes. X'est-ce point sous ses auspices que s'assemble 
à Paris presque toute la première génération des élèves de l'Académie de 
Stockholm ? Sans lui Johan Safvenbom serait mort de misère — le Xau- 
frage de ce peintre (Musée National) est d'un bon élève de Joseph Vernet ; 
Yernet, qui plus tard accueillera Elias Martin, se trouve être ainsi l'introducteur 
du paysage en Suède. — C'est Roslin qui patronne Jonas Hoffman, l'intro- 
duit dans l'atelier de Joseph Marie Yien, le soutient dans les concours — 
cet ambitieux bossu rentre en Suède en 1770 ; il apporte les souffles avant- 
coureurs de l'école antico-archéologique ; son Scipion, son Cincinnatus 
(château de Stockholm), n'ont point encore perdu toute couleur ; il n'a point 
d'ailleurs le talent d'imposer une réforme du goût à laquelle la Suède vingt 
ans encore échappera — . Roslin forme en Per Krafft le Vieux le premier 
portraitiste suédois qui tente de le dépasser en s' efforçant d'incliner son art 
vers l'expression du tempérament national 

Tendance plus hautement affirmée encore par ce brillant et inégal Lorenz 
Pasch, dont le Musée National possède trois portraits, mais qui se révèle 
mieux encore dans ses beaux portraits de Goran Gyllenstierna (Université 
d'Upsal) et de Lundberg (Académie des Beaux-Arts) ; cet élève de Boucher 
est devenu « le portraitiste suédois le plus varié, le plus sérieux », le plus ca- 
pable d'un effort technique souple et divers, approprié au sujet et con- 
forme au milieu et au sentiment. 

Per Hillestrôm, qui fréquenta (1757-59) vers le même temps que L,. Pasch 
l'atelier de Boucher, est le plus abondamment représenté de tous ces peintres 
au Musée National ; en dépit de son dessin incertain et de sa couleur sèche, 
d'ailleurs très inégal, il n'est point un négligeable historiographe des mœurs, 
des scènes populaires, de la vie bourgeoise ou seigneuriale ; si l'on voit bien 
que sa souplesse agrée tantôt le souvenir de Boucher, et tantôt celui de 
Chardin, son inspiration est nettement suédoise. 

Arrêtez-vous devant cette toile fameuse où Wertmuller dressa, parmi les 
ombrages de Trianon, la haute silhouette de Marie- Antoinette accompa- 
gnée de ses deux enfants; toile popularisée par la gravure, souvent critiquée, 
et dont la froideur un peu lourde explique le tardif succès du cousin de Roslin ; 
vers 1780 toutefois Wertmuller commence de faire adopter par la Cour de 
Louis XVI ces portraits de diplomates et de guerriers en athlètes à demi 
nus, dont l'Armfeldt de l'Université d'Upsal est un curieux exemple. Il 



LES MUSÉES ni 

subira plus tard l'influence de Gainsborough. Lors de son dernier voyage 
en vSuède (1797-99), ^ peint avec solidité quelques-uns de ces portraits 
(Académie des Beaux-Arts) dont il faut rapprocher le Washington du Musée 
National. 

Hall et Lafrensen (Lavreinee sont les deux derniers Suédois qui aient mar- 
qué dans notre xvin e siècle ; miniaturiste vite enrichi par les commandes de la 
famille royale et de la Cour, « peintre des Enfants de France peintre du 

roi », Hall triomphe avec la même surprenante rapidité que Roslin. Quelques- 




Villa Thiel. 



unes de ses miniatures échappées aux collections de France et d'Angleterre 
révèlent aux visiteurs du Musée National ses qualités délicates d'artiste 
agréable, élégant et rêveur. Les miniatures et surtout les gouaches de [,afrensen 
signalent un aspect de son talent qui ne nous est guère familier ; nous con- 
naissons l'anecdotier galant, l'élève de Baudouin attardé au culte du rococo, 
qui emprunte maints sujets à son maître et au grand Fragonard. sans appro- 
cher la grâce de l'un ni le génie de- l'autre, le flegmatique Suédois qui trans- 
mue en un placide épicuréisme nos frivolités, nos fièvres e1 nos papillonne- 
ments... Rentré en Suéde eu 1791, se- galanteries, ses polissonneries m 
ont point cours : il accomplit des besognes diverses et sans gloire : toutefois 
il portraicture la dernière génération de- la société gustavienne . d'aventure 



ii2 STOCKHOLM 

ses gouaches ont un accent d'individualité dont nous ne le croyions pas 
capable ; çà et là en Suède quelques gracieux portraits féminins mettent au 
jour cette floraison dernière et inattendue de son talent. 

Lafrensen retrouvait en 1791 une Suède curieuse d'art, une Académie 
active, avec des maîtres comme Pilo, Lorenz Pasch, Sergel, des élèves 
comme C.-F. von Breda, L,ars Sparrgren, Per Krafft le Jeune. Gustave III toute- 
fois, peu attiré par la peinture, accordait son enthousiasme aux sculpteurs ; 
visitant l'Italie, il n'en avait rapporté que des marbres, et d'abord cet Endy- 
mion, surgi fort à point des fouilles de la villa d'Hadrien, et qui est l'un des 
plus précieux morceaux du Musée National ; Piranesi est son fournisseur, 
et lui constitue cette collection d'antiques que le Musée possède, mais a 
peu accrue... D'Italie, Gustave III a aussi ramené un Français beau parleur, 
Jean-Louis Desprez ; il en fait son décorateur et son peintre de fêtes officielles. 
Mais le grand homme à sa cour est le sculpteur Sergel. 

Grand homme à n'en pas douter ; sa flamme et son vigoureux génie tran- 
chent parmi les élégances du temps ; il introduit je ne sais quelle largeur 
passionnée en ce culte apollinien de Gustave III dont il est l'officiant prin- 
cipal et le metteur en scène inspiré ; nous avons peine aujourd'hui à goûter 
son œuvre issue de cette renaissance classique qui donne à l'Italie Canova, 
Thorwaldsen au Danemark, Flaxman à l'Angleterre ; si morne, cette fausse 
antiquité s'anime pourtant lorsque Sergel en plie la convention au gré 
d'une passion directement observée ; aussi préfère-t-on à ses Diomèdes. 
à ses Psychés, à ses Titans et Vénus, voire au fameux Faune, tels de ces nom- 
breux bustes du Musée National où palpitent vraiment des âmes suédoises. 
Elève du Français Larchevesque, qu'il renia en abjurant le rococo, Sergel 
se souvient des leçons françaises quand il glorifie Descartes (monument 
commémoratif de l'église Adolphe-Frédéric). Il réalise une synthèse heureuse 
de style antique et de modernisme ardent et quasiment lyrique quand il 
dresse, non loin du château, la statue d'un Gustave III vainqueur et paci- 
fique. 

Après Gustave III, la création du Musée, où s'entassent les collections 
royales, la tutelle que Karl Fredrik Fredenheim, bureaucrate bien inten- 
tionné, exerce officiellement sur les artistes, le zèle de maintes bonnes volon- 
tés ne suffisent point à perpétuer une véritable vie artistique ; la veine heu- 
reuse semble tarie ; elle ne jaillira, avec une force accrue, que quatre-vingts 
ans plus tard. 

Non que l'on cesse de peindre ou de sculpter ; Sergel est continué par 
Bystrôm et Gôthe... ; parmi les portraits de Sodermark, Troili, Rosen... 
il en est d'honorables ; les nombreux peintres d'histoire (Sandberg, Blommer, 



LES MUSÉES 



ii3 



Winge, Malmstrom, Boklund, Perséus, Scholander...) manifestent qu'ils 
étudièrent en France ou en Allemagne avec une docilité fâcheuse aux exemples 
médiocres ; le mieux doué, Hôckert, témoigne d'une maîtrise incertaine en 
cet Incendie du château de Stockholm, qui est toutefois le meilleur exemple 
du genre. Fahlcrantz, Palm, Marcus Larson, Ed. Bergh dramatisent, banali- 
sent, affadissent le paysage suédois ; considérant les toiles de Wahlberg 
qui, vers 1870, pare le lac et la forêt Scandinaves d'élégances mièvres et im- 
prévues, Levertin s'écriera : « On dirait que depuis, la nature est devenue 
plus grande, plus rude, plus grave, plus puissante de lignes et de tons, à 




Une salle de la galerie Thiel. 



moins que nous n'ayons appris de Liljefors et Nordstrom à la voir ainsi. 

Hypothèse aujourd'hui vérifiée : une nouvelle génération de peintres 
découvre vers la fin du xix e siècle cet'te nature calomniée ; le plus autorisé 
des critiques d'art de la Suède actuelle, M. Cari G. Laurin, a pu résumer sous 
ce titre La Suède vue par ses peintres, les tendances maîtresses de cette 
génération, la première à qui la Suède ait dû un art vraiment national. Et 
C< rtes, il est peu de pays qui ne tireraient grand honneur delà salle suédoise 
du Musée National et de la galerie Thiel ; l'un et l'autre se complètent fort 
heureusement pour donner une idée précise de ces peintre- < 1 de ces sculp- 
teurs, qu'il faut encore étudier chez maints particuliers collection- Bonniei 
(portraits d'auteurs suédois contemporains), Th. Laurin, Kla- Fahrseus 
Suédois et Français modernes). Cari I'ilt/. Suédois les plus récents).... 

- 



ii 4 STOCKHOLM 

Vers 1880, l'influence allemande domine à Stockholm : Strindberg ce- 
pendant, dont le naturalisme renouvelle la littérature, proteste, et brutale- 
ment raille public et bureaucrates ; les jeunes, dépêchés annuellement vers 
nos ateliers, s'agitent ; précipités de leur idyllique et saine patrie dans notre 
fournaise, beaucoup sont pris de vertige, annihilés, rejetés hostiles et amers ; 
les mieux doués résistent, exaltent leur énergie au contact de l'unique accu- 
mulateur qu'est la grande ville ; l'enseignement qu'ils reçoivent est divers ; 




K. Ericsson. Jansson. Kreûger. Nordstrom Lindstrôm. R. lîergh. 

Richard Bergh. La direction de l'Union des artistes (Musée National). 

du n en saurait concevoir de moins tyrannique ; seules les suggestions de ré- 
volte sont impérieuses. Une levée de brosses et de palettes surgit vers 1883, 
et la Suède de Montmartre lance un ultimatum à l'Académie stockholmienne. 
L'ambition des jeunes ne se borne point à introduire en Suède une formule 
d'art étrangère ; nos impressionnistes leur ont appris la soumission aux 
caprices de l'heure et du climat ; pour la première fois, les regrets nostal- 
giques des « exilés » se doublent d'un élan réfléchi vers les forêts, les lacs, les 
mers, les ciels froids et lumineux, la nature splendide et recueillie du Nord, 
Ce sont alors les premières expositions à Stockholm (l'une s'intitule « Envois 
des bords de la Seine »), la lutte contre critiques et public, la création de 
Y Union des artistes (1886) ; l'Exposition Universelle de 1889, où la Suède 



LES MUSÉES 



n'est pas officiellement représentée, mais où l'Union obtient une salle, apporte 
le premier triomphe, et la sanction de la critique internationale ; glorieux, 
les artistes suédois commencent à réintégrer leur patrie, peu à peu recon- 
naissante et conquise ; leur maturité s'épanouit, éveille à la conscience 
artistique et forme de nouveaux talents : l'Union domine désormais l'art 
suédois et constitue le noyau de la première école nationale. 

Voici d'abord deux por- 
traits de Josephson, le héros 
et le martyr de la cause : Scan- 
dinave rieur et chaleureux, et 
qui devait à une ascendance 
israélite une extrême sou- 
plesse, chercheur infatigable, 
il dispersa sa force en tenta- 
tives passionnées. Son « Génie 
des eaux ■• (Necken, propriété 
du peintre G. Pauli), et son 
« Homme du torrent » (collection 
du Prince Eugène) marquent 
une date dans l'histoire de l'es- 
thétique suédoise, et font tou- 
cher du doigt le passage de 
l'art d'imitation ou de concur- 
rence à l'art indépendant, sué- 
dois d'inspiration et de volon- 
té : la première toile noie en des 
ténèbres conventionnelles le 
corps d'éphèbe passionnément 
étiré, le visage de rêve, les 
bras, les mains, le violon qui 
chante la douceur enivrante, 

l'irrésistible, la vertigineuse désespérance de lame suédoise : la seconde 
précise l'attitude, et tend à la grande lumière des fjells des membres blancs 
et blonds, une anatomie germanique vus par un scrupuleux pleinairiste. 

Plus heureux. Zorn n'a guère moins dispersé son effort : aquarelliste, 
peintre, graveur, sculpteur, notateur vigoureux des mœurs de ^.i pittoresque 
province d'origine, la Dalécarlie, paysagiste, portraitiste apprécié des deux 
inonde^, le don de la couleur développé en incomparable virtuosité assura 
-a rapide fortune encore inégalée en Suède : de ce que l'on distingu» 




Josephson. L'homme du torrent 
Collection du prince Eugène . 



n6 



STOCKHOLM 



aisément en son œuvre une période espagnole, des périodes française, anglaise 
et américaine, faut-il conclure qu'il déborde l'école suédoise, ou même lui 
échappe ? Le Musée National ne possède de lui que deux toiles (dont son 
portrait) et une aquarelle. Mais nous connaissons bien ses portraits aux 
teintes chaudes habilement opposées, ses vibrantes aquarelles, ses paysages, 
ses intérieurs où errent de copieuses nudités modelées par un Rubens impres- 
sionniste. Le jeu rapide des reflets sur les chairs, les étoffes, les feuillages, 
l'éphémère tremblement d'une lueur à la surface d'un flot dansant, l'œillade 




B. Liljefors. Aigle et lièvre (Galerie Thiel;. 



humide, la moue d'une seconde sont saisis et fixés avec une sûreté, une fougue 
et une allégresse inlassables : art merveilleux et un peu court, trop séduit 
par la fantasmagorie des apparences pour franchir les limites du sensible ! 
- Tout ce qui manque à Zom, Richard Bergh le possède; chacune de ses 
œuvres -- peu nombreuses -- est le fruit d'une lente méditation; le plus 
savant sans doute, le plus intelligent, le plus profond de tous ces artistes, 
il enclôt en ses toiles un maximum de pensée et de rêve ; une douce attirance, 
et comme une invite à pénétrer un monde invisible amoureusement suggéré 
vous retient devant ces vues de rocs et de forêts d'une couleur si Scandinave, 
devant ces pêcheurs et ces femmes du « Skargàrd » (archipel baltique) 
dressés par un crayon noblement réaliste sur un fond de mer sombre, devant 
ces compositions symbolistes, et surtout ces portraits dont la pâte assouplie 



LES MUSEES 117 

et sobrement nuancée par un technicien consommé révèle intensément la 
flamme intérieure du modèle. — Des clartés vertes, des vermillons et des 
carmins dans des feuillages, un papillottement de couleurs allègres et repo- 
santes annoncent le coin des Cari Larsson ; curieuse personnalité que celle de ce 
peintre si souple, si séduisant à nos yeux de Latins par ses cmalités de netteté 




Portrait Je Zorn. par lui-même Musée National), 



et de rapidité, son humeur légère, finement railleuse et spirituelle, si délicieux 
aux âmes suédoises par sa fantaisie, interprète et créatrice de légende - 

haussé aux vastes compositions décoratives ; ses fresques, à l'entrée 
du Musée National, ne permettenl poinl d'oublier qu'il fut d'abord un illus- 
trateur au crayon incisif. Tels de ses portraits le montrent capable d'une 
■■mouvante profondeur (V. notamment ses portraits de Selma Lagerlôf au 
Musée National et à la Collection Bonnier). Le Musée National révèle assez 
bien l'aquarelliste (<|iii rapporta de Gretz ses premières pages magistrales 
le maître des lumières colorées sous lesquelles la ligne lit- les formes exalt< 



u8 STOCKHOLM 

les contours ou en dénonce les infirmités visibles et les caprices. Nul ne connut 
davantage la puissance de suggestion du dessin, et que l' infléchissement 
d'une courbe suffit à nous ravir au pays des légendes : voyez l'enchantement 
de ses jardins, ses saintes, ses vierges, ses chevaliers, l'évocation mirifique 
d'un monde enfantin poétique et charmant. Descripteur des réalités suédoises, 
son originalité est d'en percevoir presque uniquement les aspects de joie claire 
et de fécondité, le foyer, l'accueillant chalet rouge, les enfants joueurs ou 
comiquement graves, les intimités de la modeste nursery, la mère, les fêtes 
familiales - - les printemps, les étés, la floraison du parterre Scandinave, 
les étendues vertes et les eaux souriantes, paysages lumineux qu'ennoblit 
la molle élégance du bouleau. — Que tout cela est donc limpide, éloigné du 
mystère, et comment ce peuple, cette terre, n'ont-ils pour tant d'autres 
que des insinuations de mélancolie ? 

Interrogez en effet les autres paysagistes : presque partout l'idylle de Cari 
Larsson s'élargit et s'imprécise, envahie de ténèbres ou transfigurée par des 
lueurs d'aurore ou de crépuscule; l'âpre roc déchire le feutre des pelouses; le 
deuil des innombrables pins écrase la terre et alourdit les eaux ; l'homme dispa- 
raît presque : ce sont les recueillements, les effusions, les exaltations inhumaines 
et les accablements meurtriers d'une nature à demi sauvage que l'on s'est 
efforcé de rendre. La nuit surtout semble obséder ces peintres, et défier leur 
virtuosité : quels écrans filtrent en juin les reflets de l'astre, en amortissent 
l'éclat, réfractent, redistribuent, subtilisent les rayons invisibles ? A l'heure 
la plus obscure, des couleurs flottent sans contours (nombreuses toiles du prince 
Eugène), un peu après minuit, les lignes flambent sur des océans opaques ; 
les lentes dégradations de la clarté, les demi-victoires de l'ombre, les hosannahs 
de l'aube à son premier éveil, péripéties du drame le plus émouvant et le plus 
fantastique dont la nature septentrionale fasse les frais ! Peut-être, ayant 
éprouvé le charme hallucinatoire de ces heures peuplées de songes, les tenta- 
tives des peintres vous réservent-elles une déception. Pourtant, quelle 
science et quelle conscience ! Le magnifique élan vers la beauté diverse et 
décourageante de ce pays ! la féconde anarchie ! Nordstrom a vécu la rude 
vie des côtes ; de la « côte de l'ouest » il sait les saisons, les nuits et les jours, 
les tempêtes et les calmes, les levers et les couchers de soleil entre les îlots 
granitiques ; et il lui arriva, notant une vague, un roc ou un nuage, 
d'inscrire aussi le frémissement d'une voile lointaine ; mais comme on 
sent bien que le détail minutieusement relevé ne prend de valeur à ses yeux 
qu'en fonction de cette magicienne, l'atmosphère ! son œil s'épuise à discer- 
ner les nuances précises dont la succession renouvelle incessamment le 
vidage du monde; ses toiles, dont les sujets ne varient guère, ravissent par 



LES MUSEES 



nq 



la précieuse subtilité des tonalités. Ses crayons même, quelques-uns légère- 
ment teintés, trahissent de surprenantes vibrations lumineuses. 

Si l'on en croit Jansson (galerie Thiel), Stockholm s'endort sous un écrou- 
lement de ténèbres bleues et violettes ; en automne domine un étonnant 




Intérieur du Musée du Nord. 



indigo, marbré de bistres verdâtres, impénétrable à l'éclat giratoire de 
non moins étranges becs de gaz et globes électriques ; si ses vigoureuses tona- 
lités emportent votre conviction, vous jugerez émouvante cette métro- 
pole devinée sommeillante, ces avenues béantes e1 désertes, ces ruelles el 
ces masures du vieux Stockholm. Vous acquiescerez pins sûrement an poème 
de ces fjord, encadrés de palais et de clochers, et qui reflètent la paix 
des nuits et la sérénité splendide d'un ciel sans DUage et sans soleil ; VOUS 
aimerez. ce1 Accord d'une nuit de mi-été» je dis accord dans l'impossibilité 



120 STOCKHOLM 

de traduire le mot suédois « Stamning », accord des forces naturelles assié- 
geant d'une poussée unanime nos sensibilités, consonance des vibrations 
du Cosmos à laquelle répond l'unisson de nos enchantements, état de grâce 
mystique dont l'art de ce pays s'efforce infatigablement à traduire l'impré- 
jise et religieuse volupté ! Ce stàmning-ci est fait du concert des bleus et des 
verts pâles du fjàrd, des timbres les plus froids et des chromatismes les plus 
;lélicats du spectre. — Kreuger et Wilhelmson se plaisent à de moins éclatantes 
orchestrations, encore qu'ils nous ramènent à la pleine lumière du jour ; leur 
mission spéciale consiste à observer les tristesses, les laideurs et les trivia- 




Intérieur scanien i Musée du Nord; . 



lités, et à nous émouvoir par la sincérité poignante de descriptions natura- 
listes. Kreuger s'attache à la glèbe improductive ; des clairières dévastées, 
de vagues pâturages, des entassements morainiques, des « âsar », des lagunes 
marécageuses s'étendent à perte de vue; au premier plan, des rosses exténuées 
profilent leurs silhouettes osseuses, tantôt immobilisées en une attitude 
de méditation suprême, ou capricantes et secouées de spasmes. Ce gibier 
d'équarisseur symbolise-t-il l'âme de ce sol lamentable ? Par quel sortilège 
la vision du peintre a-t-elle si fortement associé ces échines ensellées, ces 
croupes et ces lourds boulets aux formes indistinctes de l'entour ? — Wilhelm- 
son concentre sur les corps et les masques humains l'acuité d'un impitoyable 
regard ; et certes, comme d'autres, il peignit des « Samedi soir » et des « Après- 
midi d'automne » et des « Soirs d'avril » et de mai et de septembre, d'un 
sentiment juste et fin. L,e psychologue fait tort au poète ; ses paysans au 



LES MUSEES 



travail, au repos, à la danse, ont des gestes inoubliables ; que dire des visages ? 
le redoutable portraitiste ! La « Fille du gârd », assise dans la grande salle 
de la ferme paternelle en ses noirs atours du dimanche, vous livre, dans la gau- 
cherie de son allure, l'orgueil de son front étroit, de son regard sans flamme, 
de ses mains baguées d'or, toute 
l'énigme de l'âme paysanne. Et 
cette apparition féminine au 
visage plat et blême, si indi- 
gente de charme, n'est-ce point, 
personnifiée, la misère médiocre 
et aisée des villes ? Wilhelmson 
se plaît à décomposer les tons, 
et par une très habile juxta- 
position des couleurs élémen- 
taires à rendre la douce lim- 
pidité ou encore la crudité et 
les violences de la lumière sep- 
tentrionale ; le procédé s'affirme 
jusqu'à la brutalité dans le 
groupe des h Femmes peintres ». 

L'individualisme de ces ar- 
tistes fait que presque aucune 
œuvre n'est absolument négli- 
geable ; je suis délibérément 
injuste en signalant briève- 
ment les neiges, les givres 
somptueux et les glaces de 
Fjaestad, les forêts de Xorr- 
man, ces pins d'un si intense 
relief, les beaux dessins de Kii- 
sel, les portraits et les paysa- 
ges de Thegerstrôm, également remarquables par la finesse d'un voluptueux 
coloris, et je commets de regrettables oublis... 

Faites à loisir le tour de ces peintres ; analysez les talents, imprégnez" 
vous des effluves et des lumières de ce sol nourricier d'un art franc et com- 
plexe : et n'allez qu'ensuite à Liljefors ; aucun peintre suédois ne confina 
de plus près au génie, si le génie pictural consiste à découvrit et à exprime] 

issamment de nouveaux aspects du mond toiles émerveilleronl 

yeux éduqués e1 prêts à en accueillir sans hésitation la splendeur : cette œuvre 




Gustave Vasa, par Cuxl Milles .Musée du Nord . 



STOCKHOLM 



aura pour votre esprit des clartés de conclusion, et le dominera de tout l'ascen- 
dant d'une définitive synthèse. N'est-ce point ici le triomphe de la commune 
discipline devinée derrière la diversité des talents ? Une fois encore défile- 
ront devant vous les grèves, les lacs, les pinèdes, les granits, les ciels soyeux 
de juin, les crépuscules, et les nuits éclatantes en une prodigalité de motifs, 

une intensité de vie incomparables ; le 
maître les anime des émois, des com- 
bats, des amours, de l'agitation infinie 
d'une faune variée ; il sait les idylles 
et les drames d'un monde en vérité 
inconnu, les joies et les angoisses que 
dissimulent habituellement à nos re- 
gards le sombre fourré, le jonc de la 
rivière, ou simplement la touffe odo- 
rante de la prairie ; il sait de quelle 
allure l'élan, survivant des âges préhis- 
toriques, exerce sa royauté dans les soli- 
tudes forestières ; il a surpris le glis- 
sement des jeunes canards dans les 
roseaux humides, le manège de la 
bécassine aux abords de son nid, le 
dialogue du couple de plongeons ma- 
rins nageant au large au creux des 
vagues ; il a pénétré l'intimité des ma- 
creuses, des oies sauvages, des cygnes, 
des mouettes, des courlis, des harles, 
des tétras, forcé le secret dont se dé- 
fendent les hiboux et les grands-ducs; 
il a chassé avec l'aigle, le renard, le 
chat ; il a vu le lièvre blanc bondir 
dans une détente joyeuse, ou tordre un râble terrifié sous le poids des serres 
et des ailes de proie. Et ces êtres qu'il observa avec une longue patience lui 
furent des maîtres d'une science imprévue; ils lui enseignèrent des perspec- 
tives nouvelles, des biais dont nul œil humain ne s'était encore avisé, com- 
muniquèrent à sa prunelle je ne sais quelle sauvage allégresse devant le 
frémissement de la lumière. Renonçant à l'art anthropocentrique des autres 
hommes, il peignit les animaux dans la liberté de leurs gestes, sut rendre le 
vol, toutes les sortes de vol, excella aux attitudes les plus furtives, retrouva 
des secrets que seuls les Japonais avaient connus il découvrit en France, il y 




Le clocher de Skansen. 



LES MUSEES 125 

a quelque trente ans, l'art nippon, mais nie l'avoir étudié) ; transposant en 
poèmes de couleur des émerveillements et des terreurs oubliés des civilisés, 
il donna de la nature suédoise, de ses aspects tangibles et de son mystère 
profond, l'évocation la plus fidèle, la plus complexe, la plus poignante. 

Faut-il voir le chef-d'œuvre de Liljefors dans le « Ressac », déconcer- 
tante analyse d'un phénomène banalisé par l'aveugle prédilection de tous 
les manieurs de pinceau ? Le chaos de ces masses livides assaillant des rocs 




Un coin du Skansen (L'arbre de Mai) 



noirs, de ces brisants, de ces reflets opaques, de ces épanouissements écumeux, 
est à coup sûr L'une des plus puissantes révélations qu'il ait été donné au 
maître d'accomplir. Mais s'il fallait, par un choix unique, mettre en lumière 
les qualités communes à tous ces peintres et caractéristiques de leur groupe- 
ment, j'élirais cette toile de préférence à toute autre. Docilité stricte aux 
injonctions du réel, désintéressement, indifférence quasi scientifique au résul- 
tat, nous connaissons la formule de ce qu'on pourrait appelei l'art expéri- 
mental; ees peintres l'appliquent à La Lettre, mais sans abdiquer leur foi 
mystique au sens caché des choses, e1 dans la mesure même où Les y incitent 
leur respect, disons même, leur superstition de la nature I >c là leui> audaces 
et leur horreur du factice, de L'excentrique el du brillant . Leur démarche 



i2 4 STOCKHOLM 

est celle des littérateurs qui ont donné à la Suède contemporaine ses chefs- 
d'œuvre les plus certains ; lyriques de tempérament, peintres et écrivains 
n'ont pris aux maîtres étrangers que les éléments les plus extérieurs de leur 
technique ; ils connaissent un réalisme mystique et un naturalisme qui 
n'exclut pas le symbole ; encore nos étiquettes sont-elles trop précises quand 
il s'agit de définir le génie d'un poète, tel Froding, ou d'une romancière telle 
Selma Lagerlof, tant leur art participe de l'inconsciente complexité des créa- 
tions naturelles ; de même nos formules sont impuissantes à étreindre l'art 
de ces peintres, émanation directe du génie national. 

Il ne serait point malaisé de montrer des enthousiasmes pareils et des 
curiosités analogues dans l'œuvre du grand caricaturiste Albert Engstrom, 
ou les compositions des meilleurs sculpteurs ; succédant à Fogelberg, 
romantique, à Hasselberg, auteur de ce gracieux Perce-neige, Kristian 
Ericsson a partagé les luttes des Larsson, des Zorn et des Richard Bergh 
(V. au Musée National son Lapon accroupi) ; une jeune génération le suit, 
que domine un artiste singulièrement audacieux et heureux quand il consent 
à ne pas suivre de trop près l'exemple de Rodin, Cari Milles. 

Pour achever de comprendre les artistes contemporains, il faut enfin longue- 
ment visiter le beau Musée du Xord ; véritable Musée Germanique de la Suède, 
moins démesurément vaste et plus harmonieux que l'institution nurember- 
geoise, il dépasse trop le domaine de l'art pour que l'on puisse tenter de donner 
une idée de ses richesses ; toute l'histoire de la civilisation suédoise est là ; la 
vie provinciale y apporte la diversité savoureuse de ses arts domestiques ; la 
Suède possède ainsi « le dictionnaire complet de ses formes décoratives », vaste 
source d'inspiration où puisent les peintres, les sculpteurs, les architectes, de 
plus en plus soucieux des traditions nationales V. au Musée National les meu- 
bles et les tapisseries modernes de la salle Boberg) et tous ceux, maîtres et arti- 
sans, qui font pénétrer dans les écoles, les demeures riches et, jusque dans les plus 
humbles foyers, une véritable renaissance de l'art décoratif (tentures, meubles, 
broderies, tout ce que l'on englobe en Suède sous le nom de Honslujd). 

Comme pour mieux marquer encore les liens qui rattachent au sol ces 
traditions, le Musée du Nord voisine avec le Skansen, musée rustique épars 
entre les rocs et les pins d'une âpre colline ; voici la vie paysanne telle que l'ont 
modelée la terre et le climat ; nous sommes vraiment ici au cœur d'un pays 
et d'une culture ; allez voir les costumes et les danses, écouter les complaintes 
et les chœurs du Skansen... Vous conviendrez que ce musée et le Musée du 
Nord, créés l'un et l'autre par la volonté et l'intuition patientes d'un parti- 
culier, le docteur Artur Hazelius, sont aujourd'hui des institutions natio- 
nales d'une curieuse et précieuse originalité. 




I 1 1 •■III 




La cathédrale et l'archevêché. 

CHAPITRE VI 

UPSAL 



Aperçu historique. 



La Cathédrale. — Le Château. — L'Université. — La collection 
de portraits de l'Université. 



Expliquer le charme d'Upsal, ce serait résumer des siècles d'histoire ; 
voisin de Stockholm dont il est aujourd'hui à une heure de chemin 

de fer — comme un faubourg intellectuel, Upsal fut fréquemment associé 
à la vie politique de la Suède ; aucune autre ville du royaume ne seconda 
avec une aussi constante ardeur la vie de l'esprit : tous les grands mouvements 
de la conscience et de la pensée suédoises prirent ici naissance ou s'y répercu- 
tèrent en échos passionnés. Upsal possède aujourd'hui encore la plus impor- 
tante université (environ 2.000 étudiants), e1 demeure le principal foyer de 
la science suédoise. 

Petite ville de 25.000 habitants, modeste d'apparence, et qui n'a conservé 
que peu de vestiges d'un long passé ; animée et vivante pendant les semesl 1 



126 UPS AL 

d'hiver et de printemps, elle est, pendant les mois d'été, silencieuse et déserte, 
solitude monastique où se poursuivent, à la faveur des bibliothèques et des 
laboratoires, maints rêves appliqués ; c'est alors qu'il convient d'y évoquer 
les anciennes générations ; à l'aube de l'histoire les guerriers de l'Uppland 
élisaient leur roi et relevaient sur le pavois en un site voisin qui est encore 
un but d'excursion ; ils célébraient des sacrifices humains sur les collines 
de Yieil-Upsal où s'élevait l'un des plus glorieux temples de la religion deThor, 
d'Odin et deFrô: le christianisme confisqua cette mythologie; au moyen âge, 
le roi saint Eric tomba aux bords de la Fyris, beaucoup moins en martyr 
qu'en victime d'imprudentes ripailles — l'érudition moderne a rectifié sur 
ce point l'hagiographie catholique, et définitivement sécularisé la fontaine 
qui, en pleine ville, perpétuait la tradition du miracle — les clercs bâtissent 
la cathédrale, et dans l'ombre des tours gothiques fondent une école, esquis- 
sent une première ébauche d'université ; ils sont en relations fréquentes avec 
Rome et Paris ; plusieurs collèges suédois accueillent leurs élèves sur notre 
montagne Sainte-Geneviève; Upsal est un centre d'études... Une Université 
catholique est fondée en 1477 par l'archevêque Jacob Ulfsson ; une bulle 
papale consacre l'institution de ce « studium générale ad instar Bononiensis », 
et en nomme les archevêques d'Upsal chanceliers à perpétuité. Quelques mois 
plus tard, les Etats de Stràngnâs accordent à l'Université « les mêmes pri- 
vilèges que le roi de France a accordés à l'Université de Paris. » On se 
modèle toutefois sur l'exemple de Rostock et de Greifswald, plus voisins ; 
le malheur des temps ne permet point un important progrès Les déchire- 
ments de la Réforme n'épargnent point la pieuse et savante bourgade ; 
quand le protestantisme y installe définitivement une université officielle, 
il fait d'Upsal l'immuable boulevard de la religion d'État. 

Désormais ce sont les fastes universitaires qui assurent la continuité de 
la tradition upsalienne ; et sans doute les passages d'armées, les entrées et 
les couronnements de souverains, les fêtes princières — Christine surtout 
au xvii e , Gustave III au xvin e siècle — les funérailles solennelles et 
les réjouissances nationales étonnent et troublent périodiquement théo- 
logiens et savants... Mais ce qui importe bien davantage, parce que la vie 
journalière est faite de cette étoffe, ce sont les querelles de professeurs, 
les conflits de doctrine, les retentissantes « disputations » ou soutenances 
de thèses, tous les usages cérémonieux, ou burlesques, où se rencontrent, et 
collaborent, et parfois se heurtent la morgue des pédants et la folle fantaisie 
l'une turbulente jeunesse. Depuis Gustave-Adolphe, l'Université, pro- 
priétaire d'une partie de la région environnante, administre elle-même ses 
forêts e1 ses fermes. Les étudiants, groupés en nations », s'exercent, sous 



UPS AL 127 

l'exclusive juridiction du recteur, au self government, maîtres, de nos jours 
encore, de leur discipline et de budgets assez importants... Ils savent que 
les jardins et les squares sont ici peuplés d'ombres impérieuses et éloquentes : 
le terrible Rudbeck promène encore autour du Gustavianum sa férule d'éru- 
dit omniscient, chimérique et génial ; le jardin botanique n'a jamais été 
délaissé par l'âme tutélaire du grand et délicieux Linné: devant l'Université, 




Église de la Trinité. 



une statue de bronze immobilise la fougue de Geijer, historien, poète, orateur, 
Michelet Scandinave, vibrant et mélodieux. Nul doute que Scheele hante 
encore la pharmacie de la grand'place. Et voici qu'un récent monument 
précise, parmi les bouleaux et les érables de la colline savante, l'image de 
Wennerberg, poète du romantisme scolaire, aède humouristique des joies. 
des équipées et des mélancolies adolescentes, auteur de ces Gluniarna que 
l'on chante aux fêtes des nations ou encore au printemps sous les fenêtres 
des jeunes tilles éprises de « sérénades ... 

Qu'un tel milieu, privé d'une aristocratie de fortune, ait raremenl encou- 
ragé l'art, il n'y a rien là de surprenant ; ajoute/, qu'ici, de même qu'à Stock- 



128 



UPS AL 



holm, les incendies firent rage ; ce qu'ils épargnèrent est toutefois du plus 
vif intérêt. 

Venant de Stockholm, on préférera, si l'on en a le loisir, le bateau au 
chemin de fer ; le vapeur se hâte lentement parmi les sinuosités du lac Mselar ; 
on passe devant Sigtuna, qui fut au xi e siècle, après Birka, une métropole 
catholique — ■ les nefs béantes et les ruines fleuries de ses églises dominent 
un très beau paysage — on accoste au ponton de Skokloster. le château 




La cathédrale et l'église de la Trinité. 



des Wrangel, beau musée historique, encore rempli des dépouilles de la 
guerre de Trente ans ; on remonte enfin pendant quelques kilomètres le cours 
de l'étroite Fyris jusqu'au point où atteignaient autrefois les eaux du lac ; 
un petit port (CEstra-Aros) précéda ici la ville actuelle quand le Vieil Upsal 
demeurait un foyer de paganisme ; Upsal et sa fortune datent du jour où fut 
obtenu (vers 1270) le transfert de l'archevêché installé depuis 1164 sur 
les ruines du temple barbare. 

La cathédrale est le premier signe du rôle historique d'Upsal ; et sans doute 
la petite église de la Trinité semble plus ancienne, si curieuse en sa simplicité 
rustique, et sa rudesse qui nous révèle la première architecture religieuse du 
Nord. Mais la cathédrale qui surgit de terre pour abriter les reliques de saint 



UPS AI. 



129 



Eric marque le triomphe des puissants seigneurs ecclésiastiques, et fixe la 
destinée de la ville. 

Dès 1287 la construction en est confiée à un Français, événement que 
commémore l'inscription suivante, peinte sur la muraille du transept: .4 la 
mémoire de Estienne de Bonncuill, taillieur de pierre, Maistre de faire l'église 
de Upsal en Suece, menant aveques lui ses compaignons et ses bachclers pour 
ouvrer de taille de pierre en 
la dite église alant de Paris 
en la dite terre l'an de grâce 
mil ce quatre vingt et sept. » 
Etienne de Bonneuil et ses 
compagnons élevèrent d'a- 
bord le chœur ; la cathé- 
drale d'Upsal leur doit cette 
ressemblance avec les égli- 
ses du Nord de la France 
que les vicissitudes d'une 
longue histoire ne parvin- 
rent point à masquer, et 
qu'accentua la dernière res- 
tauration ; après eux, les 
bâtisseurs indigènes incli- 
nent à imiter le type » bal- 
tique ». Les ressources du 
temps ne permettant point 
l'usage de la pierre, seuls 
les piliers du chœur et les 
trois porches sont cons- 
truits en calcaire; pour tout 
le reste de l'édifice, on eut 

recours à la brique, dont l'emploi avait été généralisé par les Cisterciens. 
La construction n'est point achevée lorsqu'en 1402 une partie des voûtes 
et des piliers s'écroulent. La cathédrale est enfin solennellement consacrée 
en 1435, mais non point terminée sans doute, puisque neuf de ses chapelles 
seront consacrées jusqu'en 1456. Incendies en 1447. eu 147.;. I.e plan primi- 
tif semble avoir comporté une seule tour (comme à Strângnâs e1 Vàsterâs), 
que toutefois l'on ne bâtit pas, et qui cède la place à un fronton aigu, 
flanqué de tourelles basses . Eric XIV en [563 commande deux flèches. Nou- 
vel incendie en 1572. Nouvelle et totale restauration. En [609, l'une des tours 

q 




Le chœur de la cathédrale. 



I3« 



UPSAL 



s'effondre : l'architecte Gerhard Gillisson de Besche coiffe les deux tours 
de flèches baroques. En 1702 la cathédrale est terriblement éprouvée par 
l'incendie qui anéantit une partie de la ville ; une lente restauration aboutit 
à l'érection, en 1744, des deux lanternes dont le profil caractérisera pendant un 
siècle et demi toutes les gravures et vues photographiques d'Upsal. Entre 
1885 et 1893 enfin, les architectes H. Zettervall et E.-V. Langlet remanient 
le vénérable monument conformément aux pures lois du gothique. 

De tant d'avatars, le dernier ne fut point à certains égards le moins néfaste; 




Détail de la chaire de la cathédrale. 



deux élégantes flèches fusèrent vers le ciel ; les piliers de la nef reçurent une 
vèture uniforme de calcaire, et devinrent semblables à ceux du chœur... Mais 
cette harmonie entraîna maintes modifications, et fut mortelle à cette autre 
harmonie plus complexe et surtout plus significative que composent les voix 
du passé. Savamment restaurée, la cathédrale d'Upsal ne serait qu'un froid 
modèle d'architecture si maints souvenirs qui n'en purent être arrachés 
n'évoquaient la diversité des arts, des mœurs et des temps. L'ancien autel 
de Burchard Precht a disparu, mais la chaire (1707), déplacée, et légèrement 
transformée, demeure un excellent exemple de la virtuosité de cet industrieux 
Allemand : nous axons rencontré Precht à Stockholm (Storkyrkan), àDrott- 
ningholm, où son biographe M. Roosval le montre occupé des travaux les 



UPS AL 



131 



plus variés, artiste, fabricant de meubles, de cadres, guéridons, voire de 
jouets mécaniques pour les enfants et les petits-enfants d'Hedwige Eléonore. Il 
est, ici le collaborateur de Xikodemus Tessinle Jeune dont il exécute les plans 
ambitieux. Avec ses bas-reliefs, ses consoles, ses dorures, ses groupes de saints 




Tombeau de Gustave Vasa Cathédrale d'Upsal 

et d'anges, cette chaire impose superbement au bois le caprice du baroque. 
On a voulu voir en cette assomption de .aint Paul qui la surmonte une 
manifestation des préférences des peuples du Nord pour le développement 
vertical de la décoration. Contentons-nous d'assurer qu'elle n'esî point en 
désaccord avec l'étirement des fûts gothiques où elle s'appuie. 

Çà et là quelques écussons en bois rappellenl qu'avanl les grands incendies, 
piliers et murailles supportaienl de nombreuses armoiries cimetière de gloires 
nationales, la cathédrale d'Upsal n'abrite point que «le. dépouilles de théo- 



i 3 2 UPSAL 

logiens, de professeurs et de savants ; les tombes princières et royales en 
font encore le plus curieux ornement. Une épaisse grille en forme de coffre 
ne permet guère d'admirer la richesse un peu barbare de cette châsse de saint 
Eric que ciselèrent entre 1574 et 1579 Hans Rosenfâlt et Wilhelm Boy ; 
mais les vingt et une chapelles d'où la Réforme délogea autels et saints pour 
v introduire des cénotaphes sont accessibles, claires, en sorte que l'on en 
peut étudier à loisir le luxe funéraire ; peu distrait par les peintures et fresques 
modernes, on constatera que la plupart des monuments anciens, restaurés 
il est vrai, mais conformément aux indications des Monumenta Ullerakercnsia 
de Peringskiold, ont dû subir un minimum d'altération. Celui dont Wilhelm 
Boy sculpta les marbres en mémoire de Gustave Vasa (chapelle Gustavienne 
ou des Vasa) est imposant ; il supporte l'image du vieux roi, rigidement allongé 
entre ses deux épouses ; quatre obélisques en encadrent les allégories, symboles 
et inscriptions; achevé à Anvers en 1572, il connut d'étranges vicissitudes, fut 
saisi par la municipalité anversoise en paiement des dettes d'Erik XIY et ne 
parvint à Upsal qu'en 1580... Moins heureux encore, le monument de Jean III, 
composé (1593-96) par Wilhelm von der Blocke avec des marbres apportés 
de Hollande par Erik die Masa, fut oublié à Dantzig jusqu'à la fin du 
x\in e siècle ; Gustave III le fit ériger, non sans que le rococo complétât étran- 
gement l'ornementation renaissance ; étendu en une attitude un peu théâtrale 
et gauche, ce Jean III de marbre contraste avec l'effigie moyenâgeuse de son 
épouse, Catherine Jagellon, que Wilhelm Boy représenta couchée, roide et les 
mains jointes ; ces deux tombeaux se font vis-à-vis en une chapelle que 
Jean III agrandit en annexant une partie de l'ancienne sacristie ; avec ses 
stucs (les mêmes motifs furent appliqués, sans doute vers lemême temps (1583), 
dans la chapelle du château d'Upsal), ses vues de Cracovie et de Stockholm 
au xvi e siècle, ses appliques métalliques, sa décoration abondante et com- 
posite, cette chapelle est l'une de celles qui retiendront le plus longuement 
le visiteur. On fera d'ailleurs avec curiosité le tour des bas côtés: du sobre 
moyen âge, qui laissa de vivantes empreintes sur les dalles des parents de sainte 
Brigitte (chapelle de Finsta) et de précieuses peintures aux murailles de 
la chapelle de Geer, au xvn e siècle dont le baroque apparaît lourdement 
somptueux en ce monument de Gustaf Banér, œuvre de Aris Claeson de 
Haarlem (à Upsal en 1625), plus élégamment païen en ce sarcophage du 
chancelier Bengt Oxenstierna dessiné par Nikodemus Tessin, au xvm e siècle 
qui célèbre par un simple médaillon la gloire de Linné ou décore la stèle 
de l'archevêque Mennander d'une gracieuse Religion de l'Italien Angelini 
(Rome 1790), tous les âges ont apporté ici leur contribution de souvenirs 
et d'art... Autres souvenirs encore, quelques-uns importés par la conquête, 



U PS AL 



'33 



en ce ■ trésor » qui renferme toute une joaillerie pieuse, de très anciennes 
orfèvreries catholiques, des chapes, des chasubles, une garde-robe de soies 
épiscopales, de brocards et de dentelles ecclésiastiques... Un très beau 
calice d'or orné de pierreries, enlevé par Konigsmark aux collections impé- 




Tombeau de la reine Catherine Jagellon Cathédrale d'L'psal . 

riales de Prague T (i6 4 8), et donné à la cathédrale par la reine Christine, 
signé • Hans Hvivff. Halle, 1541 un autre calice, butin de guerre du maré- 
chal Magnus Stenbock. porte une inscription polonaise [655)- ] m &* nde 
croix d'argent doré. fut. dit-on. apportée de Rome en EIÔO. là voici de curieux 
bijoux provenant des tombes royales... 

' Moins ancien que la cathédrale, le château a subi de plus graves épreuves, 
et des mutilations que l'on ne songe point à réparer: de l'énorme masse de bn- 



134 



UPSAL 



ques qui coiffait naguère le point le plus élevé de l'as upsalien, seuls demeurent 
deux blocs en équerre ; à la structure et à la forme des lourdes tours rondes 
des angles, on reconnaît l'âge des Vasa; Gustave I er prétendit en effet élever 
une citadelle à demi féodale, en y employant les matériaux des églises bru- 
talement désaffectées — et incendiées — de Notre-Dame et de Saint-Pierre ; 
commencée' en 1549, la construction languit sous Erik XIV, et fut interrom- 
pue par un incendie en 1572. L'architecte Francisais Pahr, chargé de relever 
les ruines, marqua son passage en imitant le château qu'il avait édifié à 







Le château d'Upsal. 



Gustrow. Au xvn e siècle, le château d'Upsal, à demi abandonné, semble 
condamné à disparaître lorsqu'un caprice de Christine le sauve ; des meubles, 
des tapisseries précieuses, un luxe encore insoupçonné, accueillent en ces salles, 
où avait éclaté la folie meurtrière d'Erik XIV, l'hystérie disputeuse de cette 
reine savante ; une chapelle est annexée au château ; une salle du trône est 
construite, où Christine jouera la grande scène historique de son abdi- 
cation (1654) ; quelques mois auparavant elle assistait, rapporte M. Annerstedt, 
l'érudit historien de l'Université, à la soutenance de la thèse de Terserus : 
Dissertatio Mosaico-philologica ex cap. V. Genesis ». La ville était encore 
si petite qu'il fallut expulser de leurs chambres les étudiants pour loger 
la noblesse, les membres du Riksdag invités à sanctionner le départ de la 
fille de Gustave- Adolphe... Atteint par le grand incendie de 1702, le château, 



UPS AL 135 

à demi détruit, livre, de par la volonté royale, ses matériaux aux construc- 
teurs d'un hôpital ; soustrait par Adolphe-Frédéric (1744) à l'anéantissement, 
il reçoit les soins de Hârleman... Charles XIII et Bernadotte relèvent (1815- 
1820), la tour méridionale, mais abattent l'aile septentrionale dont ils ne 
laissent subsister que le soubassement des terrasses actuelles... Une totale 
restauration a rendu, ces dernières années, l'intérieur plus habitable au 
Gouverneur de la Province d'Uppland et aux Administrations et Archives 
qui s'en partagent les salles nombreuses... Vu de la plaine de Yaksala, le 




Le Gustavianum. 

château développe une énorme façade ; à l'ouest il montre ses blessures : 
les tours à demi rasées ne sont plus que des observatoires d'où le passant 
découvre le grave paysage upsalien. C'est là qu'au soir de la sainte Valborg, les 
étudiants viennent saluer le printemps ; leurs chœurs et leurs hymnes sécu- 
laires attestent la survivance de l'idéalisme national, cet invincible rêve et 
cette poésie plus durables, en leur âpre Nord, que les fragiles réalisations 
des arts plastiques. 



La multiplicité des institutions et propriétés universitaires donne son 
caractère à la ville d'Upsal ; partoul des laboratoires^ des musées, des bi- 
bliothèques, des -ailes de cours; les plus anciens édifices entourent en demi- 



136 



L'PSAL 



cercle la cathédrale, et ce Skytteanum, qui est depuis trois siècles l'apanage 
envié d'une chaire d'éloquence et d'histoire, jusqu'au Gustavianum, vénérable 
et pittoresque, où s'entassent de nos jours des collections d'histoire naturelle. 
Bâti par Gustave-Adolphe, le Gustavianum (ou Académie Gustavienne, 
par opposition à l'Académie Caroline fondée par Charles IX et remplacée 
par l'édifice dû à Hârleman dont on voit la façade à Riddartorget) se com- 
plète en 1662 d'une tour centrale et d'une coupole surmontée d'une sphère, 
œuvre d'Olof Rudbeck (Theatrum Anatomicum), qui s'entend à tout, régente 




Le Linnéanum. 



jusqu'à l'architecture, met la main aux réparations du château et des antiques 
maisons adossées au moulin de l'Université (Kvarnholmen). De la fin du 
xviii c siècle datent le Linnéanum et sa façade antique élevés par Desprez au 
milieu du nouveau jardin botanique donné par Gustave III pour remplacer 
l'ancien jardin de Rudbeck et de Linné; du commencement du xix e siècle, 
la haute et sévère Carolina Rediviva (bibliothèque universitaire), dont 
l'emplacement fut choisi par Bernadotte avec un remarquable sens de 
l'utilité et de l'effet architectural ; du xix e siècle encore la plupart des mai- 
sons des nations, tel cet élégant hôtel de Sôdermanland-Nerike, et l'hôtel, 
ambitieux et trop vaste, de Norrland — parmi les plus anciennes, la nation 
de Vâstgota arbore encore sur le quai de la Fyris des pignons pittoresques 
fièrement datés 1666... 



l'PSAL 



l 57 



L'événement qui sur la fin du xix e siècle transforma le centre du quartier 
des études, et donna à la ville son aspect actuel, fut la construction d'un mo- 
derne palais universitaire. Rencontre symbolique, l'Université recouvre en 
partie l'emplacement du château des archevêques catholiques ; c'est là 
en effet que l'archevêque Johannes Haquini jeta, dans la première moitié 
du xv e siècle, les fondations d'une vraie forteresse (ses prédécesseurs habi- 
taient l'emplacement du Gustavianum) ; une forte tour s'éleva au point 
marqué par la statue de Geijer, une autre dans les terrains de l'actuel arche- 




L'Université d'Upsal. 



vêché. La Réforme renversa cette orgueilleuse bastille ecclésiastique ; et 
bien qu'une partie des matériaux épars eussent aussitôt pris le chemin 
du château royal en construction non loin de là, les ruines encombrèrent 
longtemps la colline. Christine pensa en faire surgir un collège et une biblio- 
thèque : Olof Rudbeck dressa des plans. Ce n'est toutefois qu'en [878 que 
fut posée la première pierre d'un palais rendu nécessaire par le dévelop- 
pement de la vie scientifique. 

Inaugurée en 1887, l'Université fut construite par les architectes H. -T. 
Holmgren et C.-H. Hallstrôm. conformément aux théories de la Renaissance 
italienne interprétées en Allemagne par Gotfried Sempei : favorisée par une 
situation dominante, solidement assise sur des soubassements de granit, 
la façade de brique encadrée de calcaire s'élève au-dessus d'un square 



138 



UPSAL 



légèrement déclive : une vigoureuse opération de nivellement rasa en effet les 
constructions et les terrasses qui étouffaient l'étroite Rundelsgrând (ruelle 
de la Tour ronde) ; un large accès fut ainsi ménagé à l'Université, que pré- 
cède et éclaire un lumineux espace. 

On y pénétrera, non point seulement pour voir le vestibule, ses marbres 
et ses coupoles, la vaste aida, l'installation très moderne d'une savante mai- 
son, mais parce qu'une nombreuse collection de portraits orne les salles de 




Le vestibule de l'Université. 



délibération du Consistoire et des diverses Facultés ; la plupart de ces toiles 
appartiennent à l'Université ; d'autres furent envoyées en dépôt par le 
Musée National de Stockholm ; presque tous les peintres suédois anciens et les 
artistes étrangers dont j'ai précédemment signalé l'activité en Suède sont 
ici représentés : le Hollandais Abraham Wuchter avec une reine Christine 
infiniment attachante, désillusionnée (1661), mélancoliquement déséquilibrée ; 
Sébastien Bourdon avec un aristocratique comte de Vasaborg ; Martin Mij- 
tens, avec un très beau Rudbeck... et voici Henrik Elbfass, Ehrenstrahl. 
David von Krafft, les deux Per Krafft, Lundberg, Roslin, Wertmuller, 
Lorenz Pasch, Breda... ; la Faculté de théologie possède deux Cranach 
(portrait de Luther 1.528 et de sa femme Katarina von Bohra, 1529), un 



UPS AL 



!39 



Michiel Mierevelt (portrait d'Axel Oxenstierna) . . . Ayant ainsi disposé de ses 
meilleures toiles, l'Université a exilé en un petit musée sans grand intérêt 
le reste de ses collections. Elle a mis à la place d'honneur dans la salle du 
Chancelier le •< cabinet d'Augsbourg » ; chef-d'œuvre d'ingéniosité patiente, 
cet assemblage d'ébène, d'argent, de corail, de pierres rares ou précieuses, 
avec ses multiples tiroirs, ses secrets, ses collections diverses, est à lui seul 
un musée ; Gustave- Adolphe en reçut le don de la ville d'Augsbourg (1632) ; 
l'Université le tient de Charles XI (1694). On y découvre la signature de l'ébé- 







La « nation » de Vasteôta. 



niste Melchior Baumgarten et celle de Johan Kônig, qui peignit les innom- 
brables scènes bibliques... 

Le rôle de l'art dans la vie upsalienne contemporaine est attesté par les curio- 
sités de plus en plus nombreuses qui en scrutent le passé: longtemps négligée, 

l'histoire de l'art — et d'abord de l'art national, de ses origines oubliées, de 
ses commencements de traditions sans cesse interrompues, de ses rapporl 
conds et redoutables avec les arts du continent - attire et groupe autoui 
de jeunes maîtres les talents et les bonnes volontés. Upsal prend sa part 

de la vaste enquête ouverte notamment sur les souvenirs épars des temps 
catholique^... L'art moderne attire moins aisément l'attention de la cité 



I 4" 



L'PSAL 



studieuse ; pourtant, des expositions organisées ces dernières années avec 
le concours des étudiants ont eu un grand succès ; et l'on vit la jeunesse 
universitaire se passionner, en faveur du beau monument de Sten Sture, 
par Cari Milles, dont l'imposante silhouette dominera un jour l'une des col- 
lines d'Upsal... La musique, les beaux livres retiennent la prédilection 
du plus grand nombre. On n'oserait point affirmer que l'architecture récem- 
ment importée de Stockholm embellira sûrement la vieille capitale intel- 
lectuelle : les vastes maisons de rapport qui surgissent çà et là, écrasent de 
leur masse insolite les rangées de maisons modestes, les gàrd à demi rustiques, 
les perspectives anciennes où zigzaguent les façades de bois, et jusqu'à 
l'Université elle-même... Upsal se modernise avec rapidité ; une richesse nou- 
velle lui prépare un aspect nouveau ; comment toutefois ne pas souhaiter, 
avec les vieux Upsaliens, qu'il ne renonce pas tout à fait à une certaine poé- 
sie dont se parait la modestie d'autrefois ? Upsal avec .ses souvenirs, ses 
paisibles promenades du bord de la Fyris, les environs de son cimetière que 
n'enlaidissent point nos atroces architectures funéraires, Upsal, avec ses 
mœurs bien réglées, l'insouciance laborieuse et gaie de ses étudiants, avec 
ses maisons professorales (telle, autrefois, cette avenante maison du grand 
Geijer demeurée encore intacte) si accueillantes, Upsal, si morne en 
décembre, si lyriquement jeune en avril et en mai, demeure l'un des endroits 
du monde les plus hospitaliers au rêve et au travail... Aussi bien est-on sûr 
que cette tradition-là ne se prescrira point : le charme d'Upsal, fait de tant 
de passé, n'est point à la merci de l'avenir. 




Le patinage à voiles. 




Les quais de Skeppsbron ;Au fond les hauteurs de Soder^. 



NOTE BIBLIOGRAPHIQUE 



Il ne saurait s'agir de donner ici une bibliographie de Stockholm et d'Upsal : les Français 
qui auront lu le très beau et très important volume de M. André Bellessort sur /./ Suède 
en général, devront consulter sur Stockholm l'ouvrage de M""' Bernardini-Sjôstedt, Pages 
suédoises. 

L'ouvrage de M. Carl-G. Laurin, la Suède vue par ses peintres, servira d'utile introduc- 
tion à l'étude des musées. A part cela, quelques précieuses notes du même auteur dans 
VAri et les Artistes, et quelques articles épars dans les revues, et très inégalement sur- et 
informés (ceux de M. Avenard sont spécialement recommandables), la bibliographie est à 
peu prés uniquement suédoise. Je me bornerai à citer ici quelques-uns des ouvragi 
m'ont été le plus utiles et renvoient aux autres sources — sauf bien entendu les guides 
et les catalogues de musées que l'on trouve partout, parmi lesquels, toutefois, la \ 
descriptive des tableaux du Musée national de Stockholm, par Georg Gôthe (en français, 
ill.; mériterait d'être plus familière à nus critiques et amateurs d'art Je ne puis renvoyer 
non plus aux nombreux articles de revues suédoises [Ord och Bild, Teknisk Tidskrift 
Arkitektur) etc. dont on retrouvera les titres aux tables de ces publications. 



Claes Annerstedt. Upsala Universitets historia 

i vol. in-S". Qpsala, 1N77 . 
Auswakl von Schwedhcher Architekhir der Gegen 

,1 art (Stockholm, 1906), 
K lurd Bebgh. Hvad vâr kamp g'dlt. Stamnings- 
bilder frâna opponenlernas » ao-ârigaverksamhel 
bi '" hure, Stockholm, 190 
I.. Bygdi Fbrteckning â tryckla och olryckta k'àl- 



toi h II landskapet i planés mit Stockholm* stads 

historiskt-topografiska beskrifning (in-8», 

Upsal, (89a). 
I -\\ . I ).mu ■ ■ 1 -. S ' iges ku/vudstad, 

skildrad med anledning ■" allmantta Konst och 
industriutst'àllningen iS.,-. enligt beslut ■" 
Stockholm* slads/ullmaktige kholm, 



I 4 2 



NOTE BIBLIOGRAPHIQUE 



August Hahr. De svenska kungl. lustslotten (in-4 , 
Stockholm. 1899). 

— Konst 0. konsthàrer vid M. G. de ta Gardies 
hof in-S". Upsal . 

— David von Krafft och den Ehrenstrahlska skolan 
(Stockholm. 1900) 

— D. K. Ekrenstrahl, en konsthistorisk studie 
Stockholm, 1905). 

— Upsala Universitetshns och dess konst samlingar 
Upsala, iqo^j. 

John Hertz. Albert Engstr'ôm; studie (in-8°, 

Stockholm. 1904 . 
T. ii" Hedberg. Anders Zorn; studie (Stockholm. 

in-8". 1901). 

— Richard Bergh : studie (in-8". Stockholm. 1903 . 

— Bfitno Lilj'efors; studie (in-8 ,- Stockholm, [902 . 
C.-M. Kjellberg. Upsala Donikyrka. V'âgledning 

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I )scar Lêverttn. Samla.de Skrifter 'Stockholm'. 

— Xiclas Lafrensen d. y. ne h fôrbindelserna niel- 
lait svensk och fransk mâlarkonst pâ ijoo taîet. 
Sveriges allmanna Konstforenings publikation 
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C. Lundin fa. A. Strindberg. Gamla Stockholm : 
anteckningar nr tryckta och btryckta kdllor. 
(in-8», Stockolm, 1882). 

— Meddelanden frân Nationalmuseum (Stockholm. 
in-8"). 



Georg Nordensvan. Cari Larsson. en studie (in-8°, 

Stockholm. 1905 . 
Georg Pauli. Emst Josepkson, en studie (in-8°. 

Stockholm. 1902 . 
JoHN'NY RoOSVAL. Hofhi '} 'dhuggarcii BlircharJt 

Prccht — Sveriges allmanna Konstforenings 

publikation XIV (gr. in-8°, Stockholm, 11003). 
Samfundets Sankt Eriks ârsbok iStockholm. annuel 1. 
F. Sander. Xationalmiisciini. Bidrag till taflegal- 

leriets historia 14 vol. in-8° : 2 e éd.. Stockholm. 

1870-781. 
Statens Konstsamlingar ifi/j-iSc/j. En festskrift 

ntg. ai Xatioualmiisei tjensteman (in-4 . 

Stockholm. 1804). 
Sveriges Historia intill tjugonde sehlet . under 

medverkan ai O. Montelius, H. Hildebrand 

utg. ai Emil Hildebrand, riksarkivarie (in-j8°, 

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G.-H.-W. Upmark. Die architektur der Renais- 
sance in Schweden. 1530-IJ60 (gr- in-fol., Berlin. 

1807 : Dresden, 1899-1902 : édit. suéd. in-4 ). 
Upsala Université! i8j2-i8cyj. Festskrift nied 

anledning af Koniing Oscar II: s tj'ugofemârs 

regeringsjuhileum den 18 septeniber iScjj... ntg. 

at Rheinhold Geijer (in-4 , Upsala, 181171. 
F.-U. Wrangelj Stockholmiana 14 vol- 2 1 ' éd., 1912). 

Tessinska Pa/a/set: Anteckningar om Ofverstât- 

Itâllare kuset (in-fol., Stockholm. nn2j. 




Stockholm. Le stade (T. Grut architecte). 




HelgeanJsholmen avant la construction du palais du Riksdag. 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 



STOCKHOLM 



Peinture de Gunnar Hallstrôm Ecole primaire Maria 

Le château de Stockholm et la Cour des lynx 

Stockholm vu du Msclar 

Stockholm vu de Snder 

Heurtoir, 20, Tyska Brinken 

Slottsbacken. Le château et Storkyrkan (La Grande Eglise 

La Bourse et la Grand'Place 

Intérieur de Storkyrkan 

Le maître-autel de Storkyrkan 

Storkyrkan 

Tombe de Salvius [Storkyrkan) 

Saint Georges et le dragon Storkyrkan 

La Fontaine et l'Eglise allemandes 

Porche méridional de l'Eglise allemande 

Gripsholm 

L'église de Riddarholmen 

Église de Riddarholmen 

La chapelle (tombeau] de Gustave-Adolphe église de Riddarholmen 
La chapelle [tombeau de Charles XII église de Riddarholmei 

Intérieur de l'église de [akob 

Porche méridional de l'église de fakob 

Une maison de Kornhamnstorg 

Gripsholm, cour intérieure 

Le " salon jaune » < rripsholra 



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Ehrenstrahl Portrail de Charles XI] en 1697 Gripsholm 



M4 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 




Le château de Stockholm v d après Dahlberg. Suecia Antiqua) 



La « chambre du duc Charles » (GripsholmJ . 37 

David von Krafft. Portrait de Karl Fredrik, duc de Holstein (Gripsholm 39 

Riddarhuset. Palais de la noblesse (statue d'Oxenstierna" 41 

Stockholm et l'ancien château 43 

Façade de la maison von der Linde, Vâsterlânggatan 44 

.Maison lomas Funck 45 

Entrée de la maison Erik von der Linde 46 

Kornhamnstorg (Place du marche au blé' 47 

Pnrte de la maison n° 20, Grand'Place 48 

Hôtel de Ville ancien palais Bonde) 49 

Porte, Vâsterlânggatan 07 (d'après un dessin du comte Sparre 50 

L'ancienne banque nationale (Jàrntorget) 51 

Portail du palais Sofia Albertina 53 

Kungstrâdgârden de Jardin du mi au xvn e siècle 54 

Kungstràdgàrden Aspect actuel) 55 

Hôtel du gouverneur : ia fausse perspective 57 

Drottningholm . Façade sur les jardins 59 

Drottrunghèlm . Salle des Drabants 60 

Drottningholm . Chambré à coucher du roi 61 

Drottningholm. Le palais chinois 62 

Drottningholm L'n salon du palais chinois 63 

Le château de Stockholm (tableau du prince Eugène] 64 

Le château de Stockholm (façade méridionale) 65 



66 

67 



Le château de Stockholm. Escalier occidental 

Château de Stockholm. Grande galerie 

Château de Stockholm. Un salon . . 69 

Château d'Ulriksdal 70 

La douane 71 

Les armes de Suède (d'après, Dahlberg. Suecia antiqua et hodierua) 72 

Monument de Descartes, par Serge] [Eglise Adolf Fredrik) 

Ancienne borne. Vâsterlànjreatan 



/ 

75 

Le Norrbro et le palais du Riksdag (Parlement 76 

l.e Château, le Riksdag, l'Opéra 77 

Maisons de bois du vieux Stockholm ■ 78 

Rosenbad 7Q 

Hôtel du comte VV.de Hallwyl 80 

La poste 81 

Valdemarsudde (villa du prince Eugène" 82 

La salle à manger de Valdemarsudde 85 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 

i p; i < M * i \fsjWt \im, yume pm? ( ' ma la ur 



M5 



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If.IIÏI 



ITIÏf¥TT¥ fOF fFï'T¥T¥TT 




La rampe des lions. • 

Hôtel de la Société des Médecins 84 

Bas-relief de Kristian Ericsson (Hôtel de la Société des Médecins) 85 

Le lycée d'Œstermalm 86 

Maison de la compagnie d'assurance Trvgg 87 

Le Théâtre dramatique 88 

Colonnes par Cari Milles (Théâtre dramatique^ 89 

Le cortège de Dionysos (Frise du Théâtre dramatique) 90 

La Commedia dell'Arte (Frise du Théâtre dramatique) q<> 

Hall d'entrée du Théâtre dramatique qi 

Ma famille, par Cari Larsson (Villa Th. Laurin Q2 

Ekarne (Les Chênes. Villa Th. Laurin) 93 

Peinture de N. Kreuger (Ecole primaire Engelbrekt) 94 

Peinture du prince Eugène (Lycée Xorra latin) 94 

Maison de l'éditeur Bonnier (Djurgârden) 95 

Eglise de Hjorthagen 96 

Le Musée du Nord 07 

Rembrandt. Claudius Civilis fait jurer aux Batayes de se révolter contre les 

Romains (Musée National) qq 

Van Ostade. L'avocat (Musée National) loi 

Le Musée National. Au premier plan le Gustave III de Sergel) i>>2 

François Boucher. Le triomphe de Vénus Musée National) 103 

Chardin. La toilette du matin (Musée National 104 

Lancret. L'attache du patin Musée National) 105 

Lundberg. Portrait de M"' Juliana Henck Académie de- Beaux Art-) [06 

Buste de Sergel, par lui même 107 

Sergel. Buste de la comtesse Ch. Fr. v. Fersen 108 

Zurn. Danse de Saint- |ean (Musée National 10g 

Villa Thiel ' 111 

Une salle de la galerie Thiel 113 

Richard Bergh. La direction dé l'Union des artistes (Musée National 114 

Josephson. L'homme du torrent Collection du prince Eugène) 115 

B. Liljefors. Aigle et lièvre (Galerie Thiel) 116 

Portrait de Zorn, par lui-même ^Musée National 117 

Intérieur du Musée du Nord 119 

Intérieur scanien (Musée du Nord 120 

Gustave Vasa, par Cari Milles (Musée du Nord 121 

Le clocher de Skansen 

Un coin du Skansen [L'arbre de Mai 



146 TABLE DES ILLUSTRATIONS 

Les quais de Skeppsbron (au fond les hauteurs de Soder) ' 141 

Stockholm. Le Stade 142 

Helçeandsholmen avant la construction du palais du Riksdag 143 

Le château de Stockholm. d'après Dahlberg [Snecia Antiqua) 144 

La rampe des lions 145 

Vue de Sôdermalm • . . . . 146 

Fontaine, par C.-J. Eldh (Lycée d'Œstermalm) 147 

Aigles en granit, par Cari Milles (Valdemarsudde) 148 

UPSAL 

La cathédrale et l'archevêché 125 

Église de la Trinité 127 

La cathédrale et l'église de la Trinité 128 

Le chœur de la cathédrale 129 

Détail de la chaire de la cathédrale 130 

Tombeau de Gustave Yasa (Cathédrale d'L'psal) 131 

Tombeau de la reine Catherine Jagellon (Cathédrale d'Upsal) 133 

Le château d'Upsal 134 

Le Gustavianum '35 

Le Linnéanum ■ LS^ 

L'Université d'Upsal 137 

Le vestibule de l'Université 138 

La " nation » de Vâstgôta 13Q 

Le patinage à voiles 140 




Vue de Sôdermalm. 




Fontaine, par C. J. Eldh ^Lycée d'Œstermalm) 



TABLE DES MATIERES 



Premiers aspi 



CHAPITRE PREMIER. 



T. F. Moyen Agi 



Origines de Stockholm : la Cité : l'enceinte. — Le Château. — Los Eglises : 
Storkyrkan: l'Eelise allemande 



chapitre: il 



T. \ Renaissance 



L'architecture des Vasa. L'église de Riddarholmen. — L'architecture civile; le 
château de Gripsholm ; les collections de Gripsholm ; débuts de la peinture 
suédoise; Elbfass, Mijtens, Ehrenstrahl, David von Kxafft; les portraits de 
Charles XII: Georges Desmarées 



10 



C H A P I T RE III. — I. E XVII e ET LE XVIII e s I i ( Il 

La « grandeur suédoise ». — Influences hollandaises; Riddarhuset. Influenc 
françaises et italiennes ; Simon et fean de la Vallée : les T ■ — in. Drottningholm. 
Le château de Stockholm et l'art au xviu siècle. Haga p 



C H A P I T R E I V 



Stockholm Mo de k n i 



Stockholm au temps de Bernadotte. Les lier, - Martin. — Les grandes • ntreprises 
d'édilité. — Renaissance de l'architecture suédoise contemporaine. Stockholm 
et les poètes . . 



TABLE DES MATIERES 



CHAPITRE V. — Les Musées 

Le Musée National. — Hollandais et Français. ■ — Le xViii' siècle suédois. — 

L'époque contemporaine. — Le Musée du Nord 97 

CHAPITRE VI. — Upsal 

Aperçu historique. — La Cathédrale. — Le Château — L'Université. — La collec- 
tion de portraits de l'Université 125 

Notes bibliographiques 141 

Table des illustrations 145 




Aigles en granit, par Cari Milles (Valdemarsudde) 




Maury, Lucien 

Stockholm et Upsal