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HANDBOUND 
AT THE 



UNIVERSITY OP 




11^^ 



SYNTAXE HISTORIQUE DU FRANÇAIS 



NEOPHILOLOGISCHE BIBLIOTHEEK 

Onder Redaktie van Prof. Dr. J. J. A. A. FRANTZEN, 
Prof. Dr. J. J. SALVERDA DE GRAVE, Prof. Dr. D. C. HES- 
SELING, Prof. J. H. SCHOLTE, Prof. Dr. JOS. SCHRIJNEN, 
Dr. K. SNEYDERS DE VOGEL, Prof. Dr. A. E. H. SWAEN. 

Sekretaris der redaktie K. R. GALLAS. 



SYNTAXE HISTORIQUE 
DU FRANÇAIS 



PAR 



Dr. k. SNEYDERS DE VOGEL, 

MAÎTRE DK CONFKRENCKS À L'UNIVERSITÉ DE LEIDEN. 




Ing. f 7,90 
Oeb. - 8,90 



LIBRAIRIE J.B. WOLTERS - GRONINGUE, LA HAYE, 1919. 



Te 



AVANT-PROPOS. 



Celte syntaxe est destinée en premier lieu à ceux qui étudient le 
français. En la composant, nous avons surtout pensé à nos propres 
élèves et aux candidats qui veulent se présenter aux examens secon- 
daires de français, diplôme B. Nous espérons pourtant que d'autres 
aussi, notamment ceux parmi les étudiants ou professeurs de latin 
qui voudraient savoir ce que le latin est devenu après l'époque 
classique, pourront en tirer quelque profit. 

En effet, nous avons toujours pris comme point de départ le latin, 
et nous avons, du moins pour les phénomènes les plus importants, 
essayé de suivre l'évolution de la langue à travers le latin postclassique, 
l'ancien français, l'époque de la Renaissance et le xvii' siècle jusqu'à 
nos jours. 

Il est bien entendu qu'une grammaire historique a un autre but 
qu'une grammaire descriptive; il faut distinguer la langue évolutive 
de la langue statique, comme dirait de Saussure: la grammaire des- 
criptive veut donner une image de la langue telle qu'elle est à un 
moment donné, soit au xii«, soit au xx« siècle; il s'agit pour elle de 
bien délimiter la syntaxe vis-à-vis d'autres disciplines, telles que la 
stylistique, la morphologie, la sémasiologie, l'étymologie, et c'est là 
un travail très délicat et qu'on n'a pas toujours exécuté avec tout le 
soin et toute la préparation nécessaires. 

Pour la syntaxe historique, il n'est pas possible, et pas même 
désirable, de laisser de côté tout ce qui n'appartient pas, au sens 
strict du mot, à la syntaxe proprement dite. En effet, l'intérêt de cette 
élude consiste précisément à constater qu'à chaque instant les divisions 
qu'on a établies s'effacent, que ce qui était une possibilité de la langue 
devient une règle fixe, que ce qui était du domaine de la stylistique 
passe à celui de la grammaire, qu'une règle rythmique change en 
règle syntaxique, que la morphologie et la syntaxe s'éclairent mutu- 
ellement — d'ailleurs quand on décline un substantif ou qu'on con- 
jugue un verbe, est-ce qu'on n'énumère pas les formes d'après leur 
fonction grammaticale? —, enfin, que c'est grâce à leur emploi dans la 



VI AVANT-PROPOS 

phrase que des conjonctions et des adverbes par exemple prennent 
tel ou tel sens (pensons au sens négatif de pas, à la fonction pré- 
positionnelle de vu, etc.), ce qui prouve que la sémasiologie n'est 
pas séparée par une cloison étanche de la syntaxe. 

La grammaire historique se sert des éléments que lui fournit la 
grammaire descriptive, elle doit montrer comment ces faits s'expliquent 
par un état antérieur, comment l'évolution "de la langue marche plus 
vite dans tel cas que dans tel autre et que, dans une expression 
beaucoup employée, une forme, une tournure, une fonction se main- 
tiennent plus longtemps que là où les éléments composants sont moins 
intimement liés. Et ainsi la formation des mots et des groupes de 
mots entre aussi parfois dans l'étude de la syntaxe historique. 

Pourtant, il ne faut pas exagérer. Si les rapports que nous avons 
cités existent entre la syntaxe et les autres branches linguistiques — 
nons aurions dû citer aussi la psychologie de la parole et la géographie 
linguistique —, s'il est instructif de constater combien les divisions 
grammaticales sont artificielles, on ne saurait s'en passer; notre esprit 
a besoin de mettre des bornes, il ne saurait embrasser la vaste matière 
que par fragments. Il faut donc avoir soin de ne pas tout mêler et 
de ne recourir aux autres branches linguistiques qu'en tant qu'elles 
sont nécessaires pour l'explication des phénomènes syntaxiques. Voilà 
pourquoi nous n'avons pas consacré un chapitre à part aux interjections 
ou aux adverbes; comme ces derniers se confondent souvent avec 
les prépositions et les conjonctions, il en sera parlé dans le chapitre 
consacré à ces particules. 

Les considérations qui précèdent expliquent pourquoi il nous a 
semblé inutile d'essayer d'établir de nouvelles distinctions; nous 
avons cru, pour la clarté de notre exposé, pouvoir adopter la division 
ordinaire en substantifs, adjectifs, pronoms, etc., chose inadmissible 
s'il s'agissait d'une grammaire descriptive qui aurait la prétention 
d'être scientifique. 

Nous n'avions pas à donner une idée nette ni de la syntaxe du 
latin ni de celle du français; c'est à la grammaire descriptive de le 
faire. D'ailleurs, il est bien entendu qu'on ne saurait entreprendre l'étude 
de la langue française sans en savoir le point de départ et le point 
d'arrivée; tous ceux qui aborderont la syntaxe historique doivent non 
seulement avoir étudié la grammaire du français moderne et celle du 
latin classique, mais posséder en outre une connaissance profonde de 
ces deux idiomes et de vastes lectures qui, seules, pourront les mettre 



AVANT-PROPOS VU 

à même de tirer tout le profit désirable d'une histoire de la syntaxe 
française. Aussi n'avons-nous pas négligé ces deux points importants 
de l'évolution; nous sommes même souvent remonté plus haut, quand 
le latin classique ne nous semblait pas représenter le vrai état de la 
langue et que le latin de Plaute nous semblait marquer plus nettement 
la direction dans laquelle évoluait la langue. D'autre part nous 
n'aurions pu négliger impunément le français moderne, le point d'abou- 
tissement de l'évolution et qui est lui-même en pleine évolution, et 
nous avons notamment prêté une attention toute particulière à la 
langue populaire en tant qu'elle intéressait la syntaxe, puisant 
parfois à l'Atlas linguistique, cette mine si riche à différents points 
de vue. Enfin, le français n'étant pas la seule forme sous laquelle le 
latin se présente aujourd'hui, nous avons dans les notes cité souvent 
les autres langues romanes. 

Nous n'avons pas besoin de dire que, dans un travail comme le 
présent livre, l'élément personnel doit être bien réduit. Nous avons 
ajouté en note à chaque chapitre les principaux livres consacrés 
au sujet, auxquels celui qui voudrait approfondir telle partie de la 
syntaxe pourrait recourir. On verra que nous avons cité beaucoup de 
thèses allemandes. Ce n'est pas — nous prions le lecteur de le croire 
— que nous soyons grand admirateur de la plupart de ces thèses; 
mais c'est qu'elles sont d'une utilité incontestable en donnant, d'une 
façon souvent bien sèche, les matériaux dont on a besoin, et en 
énumérant les travaux antérieurs sur le sujet en question. Un autre 
avantage, qui n'est pas à négliger, c'est que ces thèses se trouvent 
dans toutes les bibliothèques universitaires, ce qui n'est pas le cas — 
tant s'en faut — pour les autres ouvrages à consulter. 

Il y a pourtant quelques livres qui auraient dû, pour ainsi dire, 
être cités à chaque page. Ce sont, pour le latin, le beau commentaire 
de Lôfstedt ') et l'étude approfondie de Bonnet **) sur Grégoire de 
Tours, pour le français, la syntaxe du xvii<= siècle de Haase *), les 
Mélanges de Tobler ^), si fines et si suggestives, enfin et surtout 



') Philologischer Kommentar zur Peregrinatio Aetheriae, Uppsala, 1911. 

^ Le latin de Grégoire de Tours, thèse Paris. 1890. 

^) Syntaxe française du XVIIe siècle, trad. p. M. Obert, Paris, Picard. 

*) Vermischte Beilràge zur franz. Grammatik, 3 séries. Leipzig, Hirzel. Pour 
la première série nous nous sommes servi de ta traduction française: Tobler, Mélanges 
de grammaire française, traduits par M. Kuttner, Paris, Picard. 



VIII AVANT-PROPOS 

les cinq beaux volumes de M. Brunot '). Les juges compétents ver- 
ront combien nous devons à ces savants Nous ne voulons pas non 
plus oublier nos étudiants avec qui, depuis plusieurs années, nous 
avons traité différents points de la syntaxe et à qui nous devons 
plus d'une observation judicieuse. 

Les exemples, nous les avons pris un peu partout, tantôt dans nos 
propres lectures, tantôt dans les études spéciales, citées plus haut. 
Afin de rendre service aux élèves à qui le livre est destiné plus 
particulièrement, nous avons souvent choisi nos exemples dans les 
textes qu'ils ont entre les mains, surtout la Chanson de Roland, 
l'anthologie de Clédat (citée Clédat) ^) et celle de Darmesteter et 
Hatzfeld (citée Darm.) *). Nous espérons que cela les amènera à 
contrôler les références et à les lire dans leur contexte, parce qu'on 
ne saurait répéter assez souvent que la syntaxe, historique ou 
descriptive, n'est pas une série de règles, illustrées par des phrases 
détachées, mais un ensemble de constatations faites sur la langue 
vivante et sur les textes, et que, pour bien comprendre une phrase, 
il faut souvent la mettre en rapport avec ce qui précède ou ce qui suit*). 

Nous n'avons pas encore avoué toutes nos dettes. Nous nous faisons 
un plaisir de reconnaître tout ce que nous devons à M. Emile Boulan, 
maître de conférences à l'Université de Groningue, et à M. K. R. Gallas, 
privaat-docent à l'Université d'Amsterdam et secrétaire de la rédaction 
de Neophilologus, qui m'ont été d'un appui inappréciable dans la 
correction des épreuves. M. Salverda de Grave, professeur à l'Uni- 
versité de Groningue, a droit à toute notre gratitude, parce que, en 
lisant et en corrigeant les épreuves, il nous a fait plusieurs judicieuses 
remarques, dont nous avons pu profiter pour améliorer notre travail. 

Puisse ce livre rendre quelque service à ceux qui désireraient mieux 
connaître l'histoire de cette belle langue française, qu'on ne peut 
étudier sans l'aimer toujours davantage. 

Leiden, décembre. 1918. K. S. d. V. 



*) Histoire de ta langue française des origines à 1900. Paris, Colin. 

*) Morceaux choisis des auteurs français du moyen âge. Paris, Gtmier. Il est 
vrai que ce livre ne présente pas des textes irréprochables, mais cela n'entraîne pas 
d'inconvénient pour les études de syntaxe. 

•) Morceaux choisis des écrivains du XVI' siècle. Paris, Delagrave. 

*) Citons encore pour le seizième siècle E. Huguet. Etu4e sur la syntaxe de 
Rabelais, thèse Paris, 1894, et pour l'époque moderne Ph. Plattncr, Ausfahriiche 
Grammatlk der franzOsischen Sprache, 5 vol.. Bielefeld, Freiburg. 



CHAPITRE I 



LE SUBSTANTIF 

Rôle du !• Le rôle du substantif dans la phrase est des plus 
substantif, importants. 

I. Par rapport au verbe, il fonctionne comme sujet, complé- 
ment, direct ou indirect, il indique le moyen, l'instru- 
ment, le lieu, et plusieurs autres rapports adverbiaux. 
II. Par rapport à un autre substantif, il exprime une idée pos- 
sessive, partitive, objective ou subjective, il 
forme une apposition ou bien il exprime une qualité 
et a donc le rôle d'un adjectif. 

III. Il peut se combiner avec plusieurs autres mots: articles, 
noms de nombre, adjectifs, pronoms. 

IV. Enfin, le substantif possède des moyens pour exprimer l'idée de 
pluralité et de genre: victor — victores — victrix. 
C'est, au fond, une question de morphologie, mais qui, nous 
le verrons, a touché aussi à la syntaxe. ^) 

2. Une partie de ces rapports, le latin les exprime 
r pos ons. ^^^ ^^^ terminaisons flexionnelles, mais puisqu'il n'en 
a que six, il est incapable de les rendre tous de cette façon; il a 
donc eu recours à un autre moyen, c.-à-d. aux prépositions. Le latin 
a notamment employé les prépositions (à côté de l'ablatif) pour 
exprimer deux cas qui, en latin préhistorique, étaient encore exprimés 
par des terminaisons, c'est-à-dire le locativus et l'instru- 
menta lis. Cette tendance à remplacer les terminaisons par des 
prépositions s'est développée de plus en plus, au point qu'en vieux 
français la déclinaison des substantifs n'a que deux cas et que la 



') Cf. § 5 et 11. 

SNEYDERS DE VOQEL, Syntaxe historique. 



i SUBSTANTIF 

langue moderne ne connaît même plus les terminaisons flexionnelles. 
Nous aurions donc dû, dans la syntaxe du substantif, consacrer un 
paragraplie — et un paragraphe important — à ce phénomène. Nous 
préférons pourtant le traiter dans un chapitre spécial '). 

Place du ^' ''^ différence entre le sujet e^ le complément direct 
substantif, était en latin désignée par la désinence: pater — 
patrem. L'espagnol a, dans certains cas, maintenu cette distinction 
de forme, en se servant de la préposition à: Conozco à su padre, 
,je connais votre père". Le français, lui, a eu recours à un autre moyen: 
c'est la place du substantif dans la phrase qui indique si nous avons 
affaire à un sujet ou à un complément direct: F homme voit la femme 
n'est pas la même chose que la femme voit F homme. Nous parlerons 
de cette question intéressante dans le chapitre de l'Ordre des mots*). 

.,4. Ensuite — mais c'est là encore une question que 
Substantif ^ ^ 

déterminé par nous devons étudier dans le chapitre consacré à l'Ordre 
un autre mot. (jgg mots*) — la place d'un adjectif, d'un pronom, 
d'un substantif au génitif, par rapport à un autre substantif, n'était 
rien moins que fixe en latin classique, de sorte que l'adjectif par 
exemple pouvait être séparé du substantif qu'il qualifie par toute une 
phrase: infandum, regina, iubes renovare doiorem, Virg., Aen., II, 3. 

Substantif ^* ^^ '^''" exprimait l'idée de pluralité par les 
avec article, désinences. Le français actuel a, à peu près, perdu 
cette possibilité: des mots comme œuf (ôf) — œufs (H), cheval — 
chevaux forment exception; l'article, que le latin ne connaît pas, est 
chargé, en partie du moins, d'indiquer si l'on a affaire à un ou à 
plusieurs objets. 

Car, en face des pertes énumérées ci-dessus, nous devons constater 
un gain réel, c'est la formation des articles, de l'article défini d'abord, 
puis de l'article indéfini, enfin de l'article partitif. Quelle est la valeur 
de ces petits mots, qui forment un tout avec le substantif, et comment 
en sont-ils arrivés à prendre leurs fonctions actuelles? Voilà ce que 
nous allons étudier au chapitre suivant. 



') Cf. le chapitre de la préposition, ch. VIII. 
*) Cf § 435 et 440. 
') Cf. § 448 et suiv. 



CHAPITRE II 



L'ARTICLE DÉFINI i) 

6. Le latin classique, pas plus que le grec à l'époque 
Latin classique. ^j-Homère et d'Hésiode, ne connaît l'article: Consul 
exercitum parât peut signifier: „Le consul, un consul réunit , une 
armée" ou „rarmée" ou même „son armée"; Sus est mala veut 
dire: „le cochon mange les pommes" ou ,des pommes". D'où 
proviennent ces articles? 

L'article défini, en grec, en latin, comme dans les langues germa- 
niques, est sorti du pronom démonstratif. En latin classique déjà, le 
pronom i 1 1 e pouvait, à côté de son sens démonstratif précis, exprimer 
des rapports plus vagues: dans Hannibal ille le pronom signifie 
„le célèbre, le connu" dans ille qui nous avons affaire à un pronom 
déterminatif. plus accentué que is qui: 

Beatus ille qui procul negotiis, 
. - Ut prisca gens mortalium, 

Paterna rura bobus exercet suis, 

Hor., Epîtres, II. 

Latin ^' ^" '^*'" postclassique le sens démonstratif s'efface 

postclassique, de plus en plus. Quand on lit un texte, comme la 

Peregrinatio Aetheriae ad loca sanda, on est frappé du nombre des 

1) Meyer-Liibke, Zur Syntax des Substantivs (dans Zeitsckrift /. rom. Phil., 
XIX, p. 305). — H. Fredenhagen, Ueber den Gebrauch des Artikels in derfram. Prosa 
des XIII Jahrh. (Beih. z. Zeitschr. /. rom. Phil., 3). 1906. — E. Enderlein, Zur 
Bedeutungsentwicklung des bestimmten Artikels im Franz, mit bes. Berûdcsichtigiing 
Molières, Diss. Marburg, 1908. — A. Tobler, I, (passim); II, p. 55, Por te tost 
aller; p. 108, Auffalliges Wegbleiben des best. AH.; III, p. 28, Best. Artikel in Anruf 
und in Ausraf. — J. Gilliéron, Pathologie et thérapeutique verbale. I, NeutraUsation 
de l'article défini. 



4 ARTICLE DEFINI 

pronoms i 1 1 e et i p s e qui accompagnent le substantif. Il est vrai 
que, la plupart du temps, on peut, avec quelque effort, discerner encore 
la valeur démonstrative, mais la fréquence même du phénomène 
témoigne de l'affaiblissement de ce sens: Cum ergo persubissemus in 
ipsa summitate et pervenissemus ad hostium ipsius ecclesiae, Pere- 
grinatio, 4. — Cito projette mihi stolam illani primant, Rônscfi, 
Itala und Vulgata, 419—420. 

Il semble, d'ailleurs, qu'on a déjà en latin archaïque des exemples 
de ce sens affaibli. Lindsay ') cite: Aequo mendicus atque llle opu- 
lentissimus censetur censu ad Acherontem mortuus, Plaut., Trinummus, 
493 ^). Mais les cas où i 1 1 e a certainement le sens de l'article sont 
rares en latin. 

Rem. I p s e avec la valeur de l'article s'est maintenu e. a. dans Sibre 
(l'Ebre), Roland, 2465 et 2642. 

8. En français la valeur démonstrative du pronom 

démonstratif i 1 1 e est encore sentie dans des expressions comme 

de l'article. ^^ i^ sorte, pour le coup, du coup, dans le temps, du 

jour et d'autres. Plusieurs voyages en ont été dérangés, le mien est du 

nombre, Mme de Sévigné. — Les Monte-Christo du jour. Th. Gautier') 

En vieux français, il y a encore d'autres cas où cette valeur s'est 

maintenue, notamment quand on emploie les formes //, la, les sub- 

stantivemeht: 

Al tens Noé et al tens Abraam 
Et al David, 

Alexis, 7. 
Por la (= épée) Charlon dont il odit parler, 
La soe fist Preciose apeler, 

Roland, 339. 
Je n'i vi cotes brodées ne les le roi ne les autrui (ni celles), 
Joinv., 25. — On peut encore jusqu'à un certain degré reconnaître cette 
même valeur dans des phrases comme: 

La meie gent averse, 
Car chevalchiez pur la bataille querre, 
Roland, 3295. 

•) Syntax of Plaut., 46. 

*) Cf. aussi Wolterstoll, Historia pronominis tlle exemplis demonstrata. Diss. 
Marburg, 1907; Lôfstedt, p. 64; Bonnet, p. 259; Bninot, 1, p. 97. 
*) Cf. Plattner, III, 1. 166; III. 2,' 88. 



' PLACE ET FONCTIONS DE L'ARTICLE DÉFINI 5 

Et Oliviers H proz et li gentilz 

Roland, 176. 

Holà, ho, l'homme, ho, mon compère! ho, Vami! un petit mot, 
s'il vous plaît. Mol., Don Juan, 111, 2. — La promenade est belle. 
Mol., Ecole des Femmes, II, 6. — Que la plaisanterie est de mauvaise 
grâce, Mol., Misanthrope, I, 1. (Cp. ce changement m'étonne). 

Ce sens plus emphatique de l'article explique le fait qu'on trouve 
souvent le pronom démonstratif, là où l'on s'attendrait plutôt à l'article: 
Passent cez puis et cez roches plus haltes 
Cez vais parfum, cez destreiz anguisables, 

Roland, 3125. 
Mes moût li siet li hiaumes bruns 
Et cil haubers et cil branz d'acier esmoluz. 

Chrétien de Tr., Erec, 766. 

Rem. Le picard emploie de plus en plus le pronom ce comme article; 
voyez Gilliéron, /. c. 

9. Dans les Serments de Strasbourg (842) on ne rencontre pas 
une seule fois l'article, ce qui nous étonnerait, si nous ne savions 
par ailleurs que ce texte ne représente nullement le langage parlé. 
Par contre, dans la Sainte Eulalie (fin ix^ siècle) l'article est déjà 
plus fréquent; on le trouve même dans, des cas oii, plus tard, on 
pouvait encore s'en passer, notamment après une préposition: enz el 
fou, «dans le feu", post la mort; et depuis on peut dire que l'article 
défini a de plus en plus étendu son domaine. 

10. Avant de suivre cette extension de l'article, nous 
*^^' devons envisager quelques autres questions. 

Le pronom il le pouvait en latin précéder ou suivre le substantif: 
ille homo ou Homo ille. Presque toutes les langues romanes ont 
gardé la première construction, qui est aussi celle du français; le 
roumain seul a choisi la dernière: omul < homo ille; c'est donc la 
même construction qu'en danois et en suédois. 

11. Grâce à l'article, on peut substantiver n'importe 
Fonctions. q^gHg partie du discours: le beau, le moi, le manger, 

le holà! le qu'en dira-t-on? Cette facilité manquait au latin. 

L'article a été chargé peu à peu d'exprimer plusieurs rapports que 
la langue désignait d'abord par des désinences. Quand \'s final a 
cessé d'être prononcé, c'est la forme de l'article qui a indiqué le pluriel: 



6 ^ ARTICLE DÉFINI 

le père et les pères. Dans des mots comme le garde et la garde il 
exprime la différence de genre et de sens, également dans le chêne 
et la chaîne. Mais ce sont là des fonctions accessoires et secondaires. 

12. L'article sert surtout à individualiser : la table, c'est ,1a table 
connue, la table dont on a parlé"; l'article permet de la distinguer 
parmi les autres objets de la même espèce. 

A ce sens s'ajoute une autre signification qui semble lui être nette- 
ment opposée, c.-à.-d. la fonction de généraliser : L'homme est mortel 
(§ 13), deux sous la livre (§ 26). 

Nous étudierons l'article d'abord au premier sens, puis au second. 

L'article '^* ^^ besoin d'individualiser se fait sentir d'abord 
Individualise, devant les noms concrets, puisque dans ce cas-là 
il y a plusieurs objets de la même espèce. Toutes les fois que le 
substantif exprime un objet, une idée ou une collection, qui par leur 
sens même se distinguent nettement d'objets, d'idées, de collectifs 
d'un autre genre, l'article est superflu et manque souvent dans la 
vieille langue. 

Ainsi, au pluriel, l'article est nécessaire comme au singulier, 
quand on veut distinguer les objets et les personnes d'autres objets 
et personnes de la même espèce: dans les hommes sont venus, on 
parle d'hommes bien déterminés. Quand on veut indiquer «tous les 
hommes", le vieux français n'emploie pas l'article, parce que le terme 
hommes suffit seul à nous distinguer des animaux, des objets, etc. : 
Paiien unt tort et Crestiien unt dreit. 

Roland, 1015. 
// convenait que barbier ostassent la char morte, Joinv., 303. 
Au xvii« siècle on trouve encore chez des auteurs qui aiment les 
archaïsmes des phrases comme: 

Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes, 

La Font., II. 14, 24. 
Volontiers gens boiteux haïssent le logis, 

La Font., X, 3, 4. 

Cannibales se rient d'un enfant roi, Pascal, Pensées, I, 106. 

Mais grâce à l'analogie avec les nombreux cas où l'article était 

de rigueur, celui-ci a réussi à s'introduire partout, surtout après 

le XIII' siècle, quand l's final a commencé à tomber, et qu'il a pu 

aider à distinguer le singulier du pluriel : la mère, le mères; le père, 



SUBSTANTIFS QUI SE PASSENT DE l'aRTICLE 7 

les pères. Pourtant on trouve cette construction déjà auparavant: // 
r^e demanda se je lavoie les pies aus povres le jour dou grant 
jeudi, Joinv., 29. 

Au singulier aussi, quand le substantif n'indique pas un seul objet 
mais un type, l'emploi de l'article s'explique par l'analogie: L'homme 
est mortel. — Le tigre est une bête féroce. D'ailleurs, l'article manque 
encore souvent dans certaines expressions, comme bouche bée, nez en 
Pair, sac au dos, fusil entre les jambes, etc. 

14. Il est naturel que, devant les noms propres de personnes, 
on n'emploie pas l'article défini: Pierre est venu. — Mirabeau est un 
grand orateur. 

La langue populaire connaît pourtant l'article devant les noms de 
femme surtout: Vous êtes justement comme la Guévin, Flaub., Mad. 
Bovary; devant les noms d'acteurs et d'actrices célèbres: la Patti, 
la Malibran; devant les noms de famille italiens: l'Alighieri, le 
Tasse, le Titien, tandis que le Dante est un barbarisme. 

Rem. Vaugelas, I, 397, blâme cet emploi. iy^ (.AA^Lv 

Quand les noms propres sont accompagnés d'un adjectif, ils 
prennent naturellement l'article dans des combinaisons comme le jeune, 
le vieux Goethe, parce qu'on distingue plusieurs Goethe; ils s'en 
passent dans saint Louis, sœur Angélique, etc., où le déterminatif exprime 
une qualité inhérente au substantif. Dans le grand Napoléon, l'empereur 
Alexandre, la reine Wilhelmine, l'article s'est introduit par analogie. 

15. Les noms propres géographiques se trouvent au 
fond dans le même cas. Aussi disait-on Loire, France, comme Paris, 
sans article: 

Damnesdeus père, n'en laissier hunir France, 

Roland, 2337. 
Jo ren cunquis et Anjou et Bretaigne, 

Roland, 2322. 

. Bientôt vous la verrez 

De Styx et rf'Achéron peindre les noirs torrens, 

Boileau, Art Poét., III, 285. 
Que sert de disputer le passage de Loire, 

Corn., X, 106. 
Ceux-ci font partie de ma provision pour Bretagne, Mme de 
Sévigné, II, 180. — Parnasse ne doit pas être de moindre rapport, 
Balzac, Lettres, IX, 45. 



8 ARTICLE DÉFINI 

Dans Bar-sur-Aube, Nogent-sur-Seine, on a des restes de cette 
construction. L'article pénètre ici à partir du xiii« siècle, mais n'est 
devenu général qu'au xvii« siècle: l'ancienne construction s'est pourtant 
maintenue dans certains cas: roi de France, fromage de Hollande, 
etc. Cf. § 20. 

Pour les noms de ville, l'analogie ne s'est pas fait sentir; ils se 
passent toujours de l'article, à moins évidemment qu'il s'agisse de 
noms tels que Le Havre, La Rochelle, qui à l'origine étaient des 
noms communs. 

Rem. Cette différence entre les noms de villes et de personnes d'un 
côté et les noms de pays et de fleuves de l'autre s'explique difficilement. 
La théorie de M. Enderlein, qui reconnaît encore la valeur démonstrative 
dans la Provence = la Provence-là, laisse la construction des noms de 
villes inexpliquée. 

16. Les noms communs qui impliquent une unité sorit assimilés 
aux noms propres: Dieu, Christ, Diable (mais on trouve très souvent 
le diable, les diables), jour, nuit, soleil, ciel, terre, roi (cf. le grec 
/Sao-tXeù; pour „le roi des Perses"), chanter vêpres, compiles; la Maison 
de Roi à Bruxelles, lieutenant de roi, etc. 

Les substantifs désignant des phénomènes périodiques 
comme les saisons, les mois, les jours, les parties du jour et cer- 
taines fêtes, pouvaient être assimilés, eux aussi, aux noms propres et 
être employés sans article: donc printemps, été, matin aussi bien que 
janvier, dimanche, Pâques, midi. On sait que cet emploi n'est pas 
encore fixe, puisqu'on trouve à la Noèl, mais Noël arrive, dimanche 
matin et dimanche au matin, etc. 

17. Devant les noms abstraits l'article manquait le plus 
souvent même au xvii* siècle: 

^ Joie et duel a cil sovent, 

Qui le mien mal a senti, 

Clédat, p. 346. 
Est-ce amour, est-ce haine, 

Racine. 

Pensée fait la grandeur de thomme, Pascal. 

Le fait que ces mots s'emploient en général sans article au moyen 
âge s'explique aussi parce qu'on aimait alors à personnifier les idées 
abstraites : , 



SUBSTANTIFS QUI SE PASSENT DE L ARTICLE iJ 

Luxure va le batel traînant, 
Félonie les governe et les nage, 

Thibaut de Champagne (dans Clédat, p. 344). 

18. Dans les comparaisons on prend souvent le nom commun 
dans un sens général. L'article est donc inutile et peut manquer: 
que alcune fede ne ravisset sicume leûns la mêle aneme, Psaumes. — 
Les royaumes durs comme fer et airain et relulsans comme or et 
argent, Calvin (Darm., p. 4). 

Il est vrai que, dans ce cas on trouve aussi l'article, mais cela 
est rare dans la vieille langue. Peu à peu les exemples deviennent 
plus fréquents, de sorte qu'en français moderne on emploie toujours 
l'article, excepté dans quelques expressions stéréotypes.- bête comme 
chou, des cheveux blancs comme neige. 

19. Ce n'est pas seulement le sens du substantif 
Emploi de , , . . , , , . , , 

l'article suivant Q"' importe; c est aussi de sa fonction dans la 

la fonction du phrase que dépend l'emploi de l'article défini. 

Or, le substantif peut être 1) sujet, 2) complément 
direct, 3) complément prépositionnel, 4) prédicat. 

Employé comme sujet, le substantif se détache nettement du 
reste de la phrase, est plus indépendant, plus individualisé. Si, par 
contre, il est régime d'un verbe ou d'une préposition, l'esprit 
l'isole moins facilement, il forme souvent avec le verbe une con- 
struction synthétique, qui ne présente à l'esprit qu'une idée unique, 
il peut donc se passer de l'article: 

Halbers percent et escuz fendent, 
Oranz cols receivent, granz cols rendent, 

Wace, Rou (Clédat, p. 251). 
J'ai guerre contre la fortune, 

Malh., II, 448. 
Nous aurons temps pour tout, 

Corn., D. Sanche, I, 3. 
//a permission d'être franc scélérat, 

Mol., Mis., V, 1. 
Cette foule de gens dont vous souffrez visite, 

Ibid., III, 4. 

Voilà pourquoi on dit encore aujourd'hui: faire plaisir, avoir 
courage, faire tapisserie, mettre fin, tenir tête, etc. 
La langue a quelquefois hésité. Ainsi on txouwt: perdre le courage, 



10 



ARTICLE DÉFINI 



avoir (la) force, faire {la) féalté, etc. ') — J'en ferai la justise, 
Roland, 498. — En fit depuis le dict Archidiacre Vamende hoùorable, 
Sat. Menippée, 132. 

20. Il en est de même, si le substantif est relié au verbe à l'aide 
dune préposition: avoir en garde, aller à sauveté, ardoir à 
feu, estre en pied ou à pied, issir hors de prison, mettre en péril, 
tenir à droit. 

Qu'elle Deo raneiet chi maent sus en ciel (dans le ciel), 

Eulalie, 6. 
A sei l mandat et ço H dist: 

A cort fust (qu'il se rendît à la cour), 

Saint Léger, 43. 

L'article manque ensuite dans des locutions, surtout celles qui 
expriment la manière: // sivoient a espouron, Henri de Val., 542. — 
// chassaient a folie, Joinv,, 575. — à pied, à cheval, contre raison, 
avec courage, sans pitié, en français, par enchantement, etc Parfois 
le lieu: aller par eau, par terre, et au figuré: sous peine de. 

\c\ encore la langue a hésité; ainsi on trouve déjà dans la Vie de 
Saint Alexis: 

Ed atement le posent a la terre, 
Alexis, 569. 

21. La fonction du substantif comme prédicat des verbes ^/re, 
devenir, rester, paraître, sembler, et des verbes transitifs appeler, 
nommer, élire, déclarer, etc., est plutôt celle d'un adjectif, quand on 
veut désigner la qualité, non l'objet même. Dans ce cas il se passe 
donc de l'article: Qu'il sont tait serf au menu peuple, Jean de 
Meung (dans Clédat, p. 206). — // est peintre, mais: c'est le peintre, 
on le fit empereur, il devint empereur. De même : choisir pour 
compagnon, doner à présent, estre eslus à evesque: Maistre Jehans 
de Noion qui estoit eslus à estre evesques, Rob. de Clari, I, 1. — // 
envoleraient leur enfanz en ostages, Récits d un Ménestrel de Reims, 294. 

L'emploi de l'apposition sans article rentre lui aussi sous cette 
rubrique: Je Jehans, sires de Joinville, seneschaus de Champaigne, 
Joinv., 19. — Et encore aujourd'hui: Alexandre, roi de Macédoine; 
Amsterdam, capitale de la Hollande. — Toutefois, on peut considérer 
aussi la nature substantive et individuelle de l'apposition: 

>) Cf. Tobler, II. 104. 



CONSTRUCTIONS SANS ARTICLE 11 

Geoffroy de Villehardouin, H mareschaus de Champaigne, Villeh., 

211. — Paul Fort, le prince des poètes. 

Rem. L'espagnol, comme d'ailleurs le grec, met l'article devant l'appo- 
sition du sujet sous-entendu. Las miijeres creéis que los hombres podemos 
sujetar nuestra vida d vuestras combinaciones, Benavente, Rosas de otono, I, 2. 

22. Outre qu'ils se passent de l'article par suite de leur 
Substantif i k k 

accompagné sens et de leur fontion, les substantifs s'en passent égale- 

d'un autre ment longtemps, s'ils sont déjà déterminés d'une autre 
déterminatif. s, y • i 

façon: 

Bah! disent les poissons, tu répètes toujours Mêmes discours, 

Florian, La carpe et les carpillons. 

On sait qu'on l'a pourtant introduit devant un substantif accompagné 

d'un pronom possessif, mais le français a de nouveau perdu cette 

construction: un mien ami est archaïque. ') 

L'article manque pour la même raison devant le pronom relatif: 

Sais sellez de Mahon, cui saintes lels tenons, 

Roland, 417. 

Fors l'apostolle en cul protection je sul, Mén. de Reims, 89; —et 

en français moderne dans des phrases comme: M. Clopurte, lui, était 

chauve et maigre: crâne plus lisse que ses bougies, corps plus sec 

que ses balais, R. Benjamin, Gaspard, p. 7. 

23. Il est naturel qu'on n'ait senti que très tard le besoin de 
mettre l'article devant le substantif accompagné de tout, surtout au 
pluriel: tous les hommes. En effet, à l'origine l'article est impossible, 
puisqu'il individualise tandis que tout généralise; mais, quand l'article 
a pénétré un peu partout, il s'est introduit aussi après tout: 
De trestuz rels vos présent les curunes, 

Roland, 388. 

Toutes nations bénies en sa présence, Pascal, Pensées,ll, 24. — Si 
l'on trouve des phrases comme: 

Sur tuz les altres Charles est angulssuz, 

Roland, 823. •- ' 
l'article défini garde toute sa valeur. 

Aujourd'hui, l'analogie aidant, l'article s'est introduit presque partout, 
mais les traces de l'ancienne construction sont encore très nombreuses: 
toutes personnes, en toutes choses, de tous côtés, tous deux, mettre 
toutes voiles dehors. 

») Cf. § 75. 



12 ARTICLE DÉFINI 

Le non-emploi de l'article au singulier est plus rare; de bonne 
heure on trouve des phrases avec l'article: detrestote \avile, Pélerioage, 
209. Pourtant les exemples du non-emploi se rencontrent jusqu'au 
XVII* siècle: 

Qui tute gent voelt faire recréant, 

Roland, 393. 
Quoi! masques toute nuit assiégeront ma porte. 

Mol., Etourdi, III, 9. 
Personne, que je croi. 
Dans tout pays n'est plus content que moi, 

Régnier, Mariage de la folie, se. 4. 

Cette construction s'est maintenue dans quelques locutions oii tout 
a le sens de «entier, plein, sans réserve": à toute extrémité, cela est 
de toute beauté. 

24. En latin postclassique le superlatif relatif a disparu 
et le comparatif a été chargé de ses fonctions: les Gloses de Reichenau, 
576, rendent optimos par meliores; le comparatif synthétique 
du latin a été, à son tour, remplacé par une forme analytique; les 
Gloses de Reichenau nous en fournissent encore la preuve: saniore, 
n" 1118, est traduit par meliore, plus sa no. 

L'introduction de l'article a fourni à la langue un moyen de dis- 
tinguer de nouveau les valeurs du superlatif et du comparatif, mais 
la pénétration de l'article a été très lente, car jusqu'au xvii« siècle 
on trouve de nombreux exemples de l'ancienne construction: 
Lorsque de tous il est abandonné, 
Cest lors que moins // se trouve estonné. 
Car il sçait bien que Dieu lors plus le garde. 

Les Quatrains de Pybrac. XXIV. 
Chargeant de mon débris les reliques plus chères, 

Rac, Bajazet, III, 2. 
Ses judicieuses réflexions sur les endroits plus illustres du livre 
italien sont des chefs-d'œuvre d'un ouvrier consomme, Balzac, Lettre 
à Chapelain, V, 12. 

Remarquons qu'au xvii« siècle, et avant, le superlatif prend souvent 
l'accord là où il reste invariable aujourd'hui: Dans les temps que 
nous la croyions la plus saine, dans les temps qu'elle se trouvait 
la plus heureuse, Bossuet, Or. fun. Marie-Thérèse cT Autriche. — Cette 
construction est encore populaire aujourd'hui. 



VALEUR GÉNÉRALISANTE DE L' ARTICLE 13 

Rem. 1. Vaugelas, I, 154, veut qu'on place l'article devant les superlatifs. 
On sait que l'espagnol, et aussi l'italien, ont encore la vieille construction: 
La ciudad màs populosa, „la ville la plus populeuse". — Lo studio pià 
penoso (en général: il pià penoso), .l'étude la plus difficile." 

Rem. 2. A ce chapitre se rattache une question traitée avec beaucoup de 
perspicacité par Tobler, II, 55—59, por le plus tost aler. Roi., 1184. 
Bien avez espleitiet: quant Deu vents tes guerre, 
Estre vos deit le mielz. 

L'article semble remonter ici à illo et représenter ainsi un ablatif 
indiquant la différence de mesure, cf. capite maior, .plus grand de la tête." 

Répétition de 25. Quand deux ou plusieurs substantifs se 

l'article. trouvent réunis de manière à former une seule idée, 

la vieille langue n'emploie pas l'article: Chi fist ciel e terre, en 

français moderne: „ Celui qui a fait le ciel et la terre." — Criem et 

tremblur, „la crainte et le tremblement." 

Dieu tout premier, puis Père et Mère honore, 

Les Quatrains de Pybrac, 1. 
Et encore aujourd'hui: sac et fusil. 

Si par contre les substantifs ne formaient pas une unité, on 
employait l'article, mais de même que c'était l'habitude aussi avec les 
pronoms possessifs et d'autres déterminatîfs, on pouvait ou non le 
répéter, même si les substantifs étaient de genre différent: pour\e bien 
et union de leur maison, Marg. de Navarre, Heptam., X. — La doctrine, 
braves discours, paroles hardies, traits mouelleux et heureuse déduction 
dont il est accompagné, Pasquier (Darm., p. 138). — Les Grecs et 
Romains, Du Bellay (Darm., p. 202). 

Trenchet la teste e la broigne e le cors, 

Roland, 1543. 
(Cp. Que me remembre de sa dolor et vie, Roland, 439. — Ses 
père et mère). 

Rèm. En espagnol: El valor, prudencia y talento, même devant des 
substantifs de genre différent. 

L'article 26. Dans des 'Çihxzsts commt vendre à deux francs Xa. 
généraiise-t-ii? [ivre, ils parcouraient le kilomètre en dix minutes, je 
le vois deux fois la semaine, il vient toujours le samedi, à côté 
de il vient samedi (prochain), on pourrait être enclin à parler d'une 
valeur généralisante de l'article. 

Ce serait pourtant une idée peu juste: dans ces phrases, on a 
d'abord en vue une seule livre, une seule semaine, ou plutôt une 
seule action du verbe. Cette action se répétant, il est évident que le 



14 ARTICLE PARTITIF 

substantif, précédé de l'article n'indique plus un seul objet, mais un 
type; c'est donc le substantif qui a ctiangé de sens, sans que l'article 
y soit pour rien. Il n'y a donc pas de différence au fond entre: je 
le vois deux fois la semaine et la semaine a sept jours, cf. § 13 '). 
Cette construction se trouve aussi en vieux français: on donra por 
le cheval quatre mars, et por Vome deus, Villehardouin, 21. — à 
'chevauchier dix lieues le jour, Joinville, 472. 



ARTICLE PARTITIF») 

27. Outre l'article défini, plusieurs langues romanes connaissent 
encore ce qu'on appelle l'article partitif, et parmi elles le français s'en 
sert d'une façon plus régulière que les autres. Cette extension parti- 
culière au français doit s'expliquer, à ce qu'il paraît, par la chute des 
terminaisons flexionnelles: l'article partitif est souvent seul à indiquer 
si l'on a affaire à un singulier ou à un pluriel: du vin, des vins. 

Le latin ignore 28. Le latin classique, qui ne connaissait pas l'article, 
l'article partitif, jgnore naturellement notre construction, qui est une 
combinaison d'une préposition et de l'article défini. Prenons le premier 
chapitre de César, De bcllo gallico: minimeque ad eos mercatores 
saepe commeant ... ; fere cotidianis proeliis cum Germants con- 
tendunt, oii le français traduit par .des marchands, des combats 
quotidiens," ou pour approcher davantage de la construction latine 
par ,de quotidiens combats." Nous voyons par ces deux exemples que 
ce qui importe n'est pas en premier lieu l'article, mais plutôt la 
préposition de; l'article peut faire défaut en certains cas, sans que la 
construction change. Le nom d' a r t i c I e partitif est donc mal 
choisi. Aussi Mâtzner parle-t-il d'un génitif partitif»). 



') Tobler, II, 53. 

') Sciiayer, Zur Lehre vont Gebrauch des unbestimmten Artikets und des Teilungs- 
artikels im AUfranz. und im Neufram., Berlin, 1897. — F. Meinecl<e, Der soge- 
nannte Teilungsartikel im Franz., thèse Kiel, 1900. — P. B. Fay, ElUptical partitiv 
usage, in affirm. clauses in French prose of the XIV. XV and XVI centuries, thèse 
Paris, 1912. — ArcMv far das Stud. der neueren Sprachen und LUeraturen, 1915, 
p. 211—212— E. Appel, Beitr. zur Oeschichte der TeHungsfomul Im franz.. Diss. 
MOnchen, 1914. 

') Syntax der neufranz. Sprache. p. 401. 



ORIGINE DE l'article PARTITIF 15 

Le latin postclassique, non plus que le latin archaïque, ne connaît 
notre construction: 

Sed dum illi aegrotant, intérim mores mali 
Quasi herba inrigua succrevere uberrime, 

Piaut., Trinummus, I, 1, 18. 
Cumque cognovissent se esse nudos, consuerunt folia ficus et 
fecerunt sibi perizomata, Vulgata, Gen., III, 7. 

28. Pourtant nous trouvons, rarement il est vrai, des exemples en 
latin vulgaire qu'on pourrait rapprocher de la construction française: 
Abel quoque obtulit de primigenitis gregis sui, Gen., IV, 7, „quel- 
ques-uns des premiers-nés de son troupeau." — Et sument de sanguine 
eius, „on prendra de son sang." — Surge, sede et comede de venatura 
mea, „lève toi, assieds-toi et mange de mon gibier," Gen., XXVII, 19. 

29. Il y a des savants ^) qui nient le lien entre la 
Deux hypothèses 

pour en construction latine et l'emploi de 1 article partitif en 

expliquer français moderne: dans les exemples cités on aurait 
1 origine. 

le sens local; le fait qu on pourrait les traduire tels 

quels en français moderne par la préposition de prouverait qu'ils ne 
constituent pas une étape antérieure à la construction actuelle manger 
du pain; d'ailleurs dans manger du pain il n'y aurait aucune idée 
partitive, on indiquerait le „schlechthinnige Substanzbegriff" ; l'intro- 
duction de la préposition serait due à l'analogie de verbes comme 
se nourrir de, jouir de, profiter de. etc. 

On pourrait répondre à ce raisonnement que, si aujourd'hui le sens 
partitif s'est perdu en général, on a dû le sentir en vieux français: 
comment expliquer autrement la différence entre faime le pain et 
je mange du pain ? Puis, le sens local et le sens partitif se couvrent 
souvent, comme dans les exemples cités plus haut. Enfin, la même 
évolution de sens, on la trouve dans i n d e, fr. en, cf. Tu as des 
fleurs? Je n'en ai pas, et personne, je crois, n'expliquera l'emploi 
de en dans cette phrase par l'influence de se nourrir de! 

30. Quoi qu'il en soit, les constructions successives ont dû être 
en français: manger pain > manger de pain > manger du pain. 

L'étape intermédiaire manger de pain est extrêmement rare en 
vieux français. Meinecke cite au xiii= siècle : D'anis, de fermel, de 
comin vos desjunes sovent matin, Robin de Blois, mais la préposition 

1) Meinecke, /. c. — Kôrting, Formenlehre des franz. Nomens, p. 204 et suiv. 



16 'ARTICLE PARTITIF 

de semble avoir ici plutôt un sens instrumentai. Il faut donc admettre 
que l'usage de dire manger de pain s'est introduit à une époque 
où l'article défini était déjà devenu général, et qu'on a donc bientôt 
franchi cette étape pour en arriver à manger du pain, d'abord avec le 
sens de , manger du pain connu", puis du „pain en général". Or, comme 
c'est dans VHeptaméron que l'emploi de l'article partitif est devenu 
général, M. Fay suppose que cette évolution de sens a dû se produire 
vers le seizième siècle. 

Le substantif ^^' ^^P*^^^ l'exposé qui précède, il est naturel que 
est complément l'article partitif se soit introduit plus tôt devant le 
direct. complément direct que devant le sujet: Et 

pristrent de Fewe, Quatre Livres des Rois, 213, (xii« s.). 
De Pewe, bêle, me bailliez, 

Tristan, 979. 
Chil ki servaient du vin, 

Huon, 5581. 
Et le chief saint Lazare vos ferai aporter 
Et del sanc saint Estefne, 

Pèlerinage de Charlemagne, 165. 
De Favaine et del fuere si li donerent, 

Aiol, 786. . 
Pourtant, dans fous ceà exemples on peut encore sentir un peu 
la valeur de l'article défini, mais c'est précisément à cause de cela 
que ces exemples sont si intéressants. 

En moyen français, notre construction s'est étendue de plus en plus, 
avec des fluctuations naturellement: ainsi, dans Rabelais on trouve 
un article partitif sur dix cas sans article, dans Montaigne par contre 
seulement six fois sur dix. 

Non-emploi de 32. Quant à l'emploi de l'article partitif devant les 
l'article partitif, substantifs précédés d'un adjectif, on n'en trouve 
aucun exemple avant le xiii» siècle; ceux qu'on cite du xii« sont 
douteux: tant qu'il furent bien rafreski et qu'il eurent acaté des 
nouvelles viandes, Robert de Clari, XIII, 10 (xm* s.) — Et faisaient 
souvent sur les Escos des hardies emprises, des belles chevaucies, 
des meslées, Chron. des quatre premiers Valois (xiv<^ s.). 
Dressent encor es forests des doux rets, 

Belleau, Avril. 235, 16. 
A côté de ces exemples on trouve la proposition seule: Et y a 



NON-EMPLOI DE l'aRTICLE PARTITIF '^17 

de bons lévriers à longues cueues bons et hardiz et tost allant, La 
Chasse de Gaston Phoebus, 105, 3. 
Mais les phrases sans préposition ni article l'emportent de beaucoup; 
^ Lors veïssiez entreservanz 

Geldes d'Engleis et de Normanz, 
Granz barates et granz meslees, 

Wace (dans Clédat, p. 250). 
Ceci découle tout naturellement du fait qu'un substantif déterminé 
par un adjectif se passe longtemps de l'article; cf. § 22. 

33. On comprend aisément qu'après un substantif ou un adverbe 
exprimant une quantité, on ait mis la préposition de: peu de vin, 
beaucoup de viande, une foule de gens. L'article partitif ne s'est 
donc pas introduit ici, et cela prouve encore qu'à l'origine la valeur 
partitive de l'article dans du vin, de la viande, des gens était nette- 
ment sentie, tandis que dans des combinaisons comme les œuvres de 
Du Bartas la langue n'a nullement rejeté la rencontre de du avec de. 

Si après la plupart on trouve des, c'est qu'on a affaire au génitif 
de l'article défini: la plupart des hommes; bien des fois s'explique 
parce que bien exprime au fond l'intensité, non la quantité. 

C'est à ce chapitre qu'appartient le non-emploi de l'article après 
une négation, parce que des mots comme pas et point étaient primi- 
tivement des substantifs qui exprimaient la quantité ') : fai des 
amis, mais Je n'ai pas d'amis, phrase tout à fait parallèle à J'ai 
peu d'amis. 

34. Au commencement du xvii« siècle les exemples de l'ancien 
usage sont encore assez nombreux, tandis qu'ils deviennent excep- 
tionnels à la fin du siècle, surtout en prose : Ils seraient marris qu'un 
plaisir qu'ils ont reçu portât profit à celui qui le leur a fait, 
Malherbe. 

Qui ne fait châteaux en Espagne? 

La Font., VII, 10, 36. 

Emploi de 35. Par contre, on rencontre quelquefois le de partitif 

^ P*"" ' ' • au xvii« siècle là où aujourd'hui on l'omet: // est de 

beaucoup de choses qu'il n'y avait pas moyen de donner à certaines 

gens sans les donner à tous, Malh., Il, 120. — Les doctes font de 

différentes supputations pour faire cadrer ce temps au Juste, 



1) Cf. § 427 et 428. 

SNEYDERs DE VOOEL, Syntcxe historique. 



18 ARTICLE PARTITIF 

Bossuet, Hist. Univ., II, 9. — Rendons-lui du service, Corneille, Veuve, 
I, 1, 34. — avoir du sujet, faire de l'état de, etc. 

Après une négation on trouve souvent de, tandis que dans la forme 
affirmative le substantif rejette l'article partitif, comme avoir lieu, 
avoir tort, prendre courage: 

De la postérité je n'ay plus de souci. 

Du Bellay, Regrets, Vi, 12. 
Vous ne voulez point savoir de gré des choses que vous êtes si 
passionnés à posséder, Malherbe, II, 95. — Vous n'avez de tort qu'en 
ce que vous ne le faites pas toujours, Fénelon, Dial. d. Morts, 18. 
Dans les exemples suivants la préposition de s'explique par le 
sens négatif de la phrase : Y a-t-il d'esprit équitable qui ne se recon- 
noisse cette vérité, Balzac, Disc, chrét., XIV. 

Ah! je leur ferai voir si, pour donner la loi. 
Il est dans ma maison d'autre maître que moi. 

Mol., Femmes Sav., IV, 5. 
Sans faire de tort à vos beaux sentiments. 

Ibidem, III, 2. 

Cette construction se trouve encore parfois aujourd'hui. 

Le substantif 36. Employé comme sujet et comme prédicat 

est sujet ou ]e substantif est dès le xiii« siècle précédé de l'article 

partitif, mais les exemples de cette époque sont rares: 

Or dit saint Anciaumes que ce sont des menaces Nostre Seigneur, 

Joinv., 40. — Et les tindrent après des hoirs le comte Henri qui 

tindrent Champaigne, Joinv., 92. — Le plus fort de sa lettre était 

des recommandations à Florinde, Marg. d'Angoul., Heptam., X. 

Les esprits bienheureux sont des célestes coses, 

Montchrestien, Mort de Marc-Antoine, 353, 20. 
Devant un adjectif de ti l'article partitif alternent: Et tote lor 
oz se loja sor le rivage, de granz gens que il avaient a pié et a 
cheval, Villeh., 409. 

Peu, même des grands cœurs, tireraient vanité. 

Corn., Horace, II. 3. 

Le substantif 37. Après une préposition l'article est plus lent à 

est complément s'introduire. Commines dit: A mesconter les gens par 
prépositionnel. ^., . ,1 ■ i 

petits moyens, mats au même siècle on trouve aussi: 



NON-EMPLOI DE L' ARTICLE PARTITIF. — UNUS EN LATIN 19 

Demanda les perdris avec de la moutarde, Cent nouv. nouv.. II, 
222, 1. — Au xvi« siècle: 

Par longs efforts et par guerres mortelles, 

Darm., p. 194, 1. 5. 
fai couru mille fois après de jeunes veaux, 

Ibidem, p. 239, 1. 19. 
Si corrompu par or et par presens 
Tu fais justice au gré des Courtisans, 
Ne doute point que Dieu ne te le rende, 

Les Quatrains de Pybrac, 1. 
Au xvii'= siècle la construction avec l'article partitif devient plus 
générale, mais on sait qu'aujourd'hui même l'article est encore souvent 
absent: sans horreur (ici l'idée négative explique l'absence de l'article), 
avec patience, ^patiemment", à côté de avec de la patience, „muni 
de patience," par erreur, par monts et par vaux, etc. 



Unus en latin. 



ARTICLE INDEFINI. 

38. Le latin ne connaissait pas cet article. S'il sentait 
le besoin d'indiquer une personne indéterminée, il se 

servait de quidam, „un certain", ou de qui s, qui se rapproche 

de l'article indéfini; homo q u i s, , quelque homme, un homme." 
Mais il n'existait pas de véritable article indéfini. Celui-ci s'est formé 

peu à peu par l'affaiblissement du nom de nombre unus. Ce mot a 

différents sens: 

1) le sens primitif est un, par opposition à deux, trois. 

2) il indique qu'on prend un individu d'un groupe: Ex pluribus 
unus, unus e plèbe. 

3) même sens, mais le groupe n'est pas nommé. 

4) quelconque. 

Le dernier sens, qui se rapproche de celui de l'article indéfini, se 
trouve déjà dans Plaute: Est huic unus servus violentissimus, 
Truculentus, 243. — Lepida una mulier, Pseudolus, 948. — Sicut 
unus paterfamilias his de rébus loquor, Cic, de Oratore, I, 13^ 
mais plus loin: quemcumque patremfamilias adripuissetis ex aliquo 
circulo 1). Et dans la latinité postérieure : sub unam arborem, Grég. 



1) Cf. aussi la note de l'édition Piderit. 



20 ARTICLE INDÉFINI 

de Tours, Conf., 80, 798, 20, où l'on peut hésiter entre le sens de 
.quelconque" et de „un". Mais dans: insurgunt contra eum in una 
conspiratione, Hist. Franc, 11, 1, et des phrases pareilles l'article 
indéfini s'est déjà constitué. 

L'article indéfini 39. Dans les Serments de Strasbourg, qui sont 
en vieux afchaïsants, on ne trouve pas d'exemple de l'article 

indéfini, mais un peu plus tard on lit: 

Ad une spede li roveret tolir lo chief, 

Sainte Eulalie, 22. 
Ab u magistre sentpre l mist. 

Saint 'Léger, Ad. 
Puis s'en alat en Alsis la citét 
Por une imagine dont il odit parler. 

Saint Alexis, 87. 
Desoz un pin, delez un églantier. 
Un faldestuel i out, 

Roland, 114. 

Pourtant malgré ces exemples, qui vont du ix* au xii« siècle, 
l'article indéfini se répand plus lentement que l'article défini. 

Non-emploi de ^- Ainsi l'article manque: 
l'article indéfini. 1) Dans une phrase négative: 

Soz ciel nen at plus encrismé felun, 

Roland, 1216. 

// me fascheroit fort d'espouser personne qui ne fust de ma 
religion, Mémoires de Marg. de Valois, 24. — // n'est homme à qui 
il siese si mal de se mesler de parler de mémoires qu'à moy, 
Montaigne, 1, 9. - Cette absence de l'article s'explique par le sens 
nécessairement vague du substantif. 

Un reste de cette construction se trouve aujourd'hui dans l'omission 
de l'article devant le sujet précédé de la négation jamais: Jamais 
homme ne fut plus heureux que moi. 

2) 11 est naturel que l'article ne s'introduise que difficilement entre 
le verbe et son complément, surtout s'ils forment une expression: 
faire, prêter serment, donner response, livrer bataille, rendre service, 
etc.; on sait que plusieurs de ces locutions se sont maintenues en 
français moderne. 



NON-EMPLOI DE l'aRTICLE INDÉFINI '21 

3) Il en est de même après une préposition: Elle peut être 
continuée par seconde élection, Montaigne, III, 10. 

Dieu a logé l'homme comme en lieu saint, 

Les Quatrains de Pybrac, VII. 
Par malheur, par accident, sans fin. 

4) Quand le substantif est prédicat, il indique souvent la 
qualité, est donc plutôt adjectif, et s'est par conséquent toujours passé 
de l'article indéfini: riches om fut, Alexis, 15. — Vous êtes orfèvre, 
M. Josse, Molière. — Je ne laissais pas de vous appeler Berger, 
Sorel, Berger extravagant, I, 53. — Mon frère est médecin. — Il en 
est de même pour quelques expressions, formées d'un substantif et 
d'un adjectif: C'est viande céleste, Rabelais. — C'est bonnet blanc 
et blanc bonnet. — Le curé est brave homme, comme tous les curés, 
Benjamin, Gaspard, 62. — // est bon enfant, bon mari. 

Rem. Depuis Vaugelas, 1, 353, c'est une chose glorieuse est la con- 
struction la plus usitée. 

5) L'article manque encore souvent aux xvi« et xvii= siècles devant 
tel, autre, même, si: 

Attendray-fe plustost qu'autre le lui révèle, 

Saint-Gelais, III, p. 169. 
Pourvu que telle manière de parler ajoute quelque grâce, Du 
Bellay, Deffence, II, 9. 

Ceux que tu vois d'un visage si blesme 
Couchiés icy ont eu fortune mesme, 
De mesme ville, issus de mesme port, 

Ronsard, Franciade. 
Didon n'a pas besoin de si faible support, 

Hardy, Didon, 1189. 
Ici encore l'article va s'introduire au xvii« siècle, quoique Malherbe 
en admette encore l'omission. 

Emploi curieux 41. Contrairement à l'emploi actuel on trouve l'article 
de l'art. Indéfini, indéfini dans la vieille langue: 

a) parfois devant les noms de matière: 

un faldestuel i out d'un olifant, 

Roland, 609. 

b) le pluriel de un est employé devant les objets formant paire: 
Et avoit unes grandes joes et un grandisme nés plat et unes grans 



22 UN DEVANT UN SUBSTANTIF AU PLURIEL 

marines lees et unes grosses lèvres plus rouges d'une cartonnée, 
Aucassin et Nicolette, 24, 17—20. 

Au xvi» siècle se rencontrent encore des expressions comme: ungz 
yeux, Jean le Maire des Belges, lllustr. de la Gaule, 1, 33. — Palsgrave, 
Esdaircissement de la langue française, en donne une longue liste: 
unes balances, besaces, chausses. 

La vieille langue mettait l'article aussi devant des collectifs: uns 
grans dens gaunes et lais, Auc. et Nie, 24, 20. — Palsgrave donne 
encore unes armes. 

Rem. En espagnol unos signifie aussi quelques: tengo unos libros muy 
interesantes. L'article s'y trouve aussi devant des nons de matière, dans 
des comparaisons: Caifàs y yo jregoteamos bien, y todo ha quedado como 
un on, Pérez Galdôs, Gloria, p. 20. 



j 



CHAPITRE III 



L'ADJECTIF 

OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

42. Le latin est plus riche en adjectifs que le 
oui ont disparu français: plusieurs rapports que le français rend par 
le génitif du substantif, le latin les exprime par des 
adjectifs: proelium cannense, „la bataille de Cannes", equus 
ligneus, „le cheval de bois", opus Plautinum, ^l'œuvre de 
Plaute", caro ferina, „ chair de bête sauvage, venaison", bellum 
gallicum, „la guerre de Gaule." 

Le vieux français connaît pourtant encore un certain nombre de 
ces adjectifs, que la langue a perdu depuis: fraisnin, ,de frêne", 
chesnin, „de chêne", perrin, „de pierre", terrin, oré, „d'or". Dans le 
Roland on trouve p. ex.: de l'orie sele, 1615; hanste fraisnine à 
côté de hanste de fraisne; chambre pedrine, Pèlerinage, 644; Mal- 
herbe, dit encore l'âge ferré. 

Grâce à l'influence des traductions et du mouvement de la Renais- 
sance un certain nombre d'adjectifs se sont introduits dans la langue, 
mais leur emploi n'a jamais été populaire. Darmesteter cite: maritime., 
terrestre, canin, lupin, ovin, nocturne, diurne, virginal, servile. 



DEGRÉS DE COMPARAISON 

Formation 43. La formation du comparatif et du superlatif rentre 

analytique du g^ partie dans le domaine de la syntaxe, parce que 

comparatif et , , , 

du superlatif les formes latines synthétiques ont été remplacées par 

français. (jgg formes analytiques. Nous pouvons pourtant être 
brefs sur cette question, d'abord pdrce que nous l'avons déjà touchée 



24 ADJECTIF 

quand nous avons parlé de l'article '), puis parce que tous les manuels 
de morphologie en parlent surabondamment ^). 

Rappelons donc seulement que d o c t i s s i m u s a été remplacé 
par doctior en latin vulgaire, puis doctior par m a gis ou 
plus do et us, périphrase que le latin classique connaissait déjà. 
Le superlatif relatif s'est ensuite différencié du comparatif par l'intro- 
duction de l'article: le plus savant en face de plus savant, tandis que 
le superlatif absolu a été rendu par l'adjectif précédé d'un adverbe 
exprimant d'une façon énergique l'intensité de la qualité. Le latin 
connaissait, à côté de l'adverbe le plus fréquent valde d'autres mots 
plus expressifs: impense d o c t u s et le français en a augmenté consi- 
dérablement le nombre: assez, qui signifie .beaucoup" dans la vieille 
langue, moult, par, prou, trop (également avec le sens de ^beaucoup") 
bien, fort; extrêmement, joliment, rudement, bougrement, énormément, 
furieusement, etc. 

Molt est gem U presenz que U reis Charles ofret, 

Pèlerinage (Clédat, p. 37). 
Qu'on se rappelle le langage précieux du xvii« siècle: nous vous 
serons obligées de la dernière obligation; voilà qui est poussé dans 
le dernier galant; je suis diablement fort sur les impromptus; la 
brutalité de la saison a furieusement outragé la délicatesse de ma 
voix; ils sentent terriblement bon; effroyablement belles; voilà 
quelques expressions qu'on trouve dans Les Précieuses Ridicules, se. X. 



ACCORD DE L ADJECTIF 

Cas de non- 44. De même que le verbe ayant comme sujet 
accord en latin, plusieurs substantifs peut se mettre au singulier, en 
ne s'accordant qu'avec le substantif le plus proche, de même un 
adjectif qui se rapporte pour le sens à plusieurs substantifs ne 
s'accorde quelquefois en latin qu'avec celui dont il est le plus proche: 
Visae nocturno tempore faces ardorque coeli. 

L'adjectif prédicat d'un substantif est quelquefois au neutre: Varium 
et mutabile semper femina. 



>) Cf. § 24. 

•) Cf. surtout Nyrop, Gramm. hist. de la langue fr.. II. p. 309—330. 



ACCORD ET NON-ACCORD 25 

45. Ce dernier cas ne se retrouve naturellement pas 
Cas de non- '^ 

accord en en français, l'adjectif neutre n'y figurant qu'avec un 

français. pronom Sujet neutre. 

Et dahet ait cui ce est bel, 

Chrétien, Chev. au lion (Clédat, p. 147). 
Dans: Nule rien qu'il demandent ne lor fut deviét, 

Pèlerinage, 409. 
l'accord se fait d'après le sens, nule rien équivalant à rien. 

Le premier cas s'est maintenu: Est le pays ou royaulme bien 
heureux, quant il a roy ou seigneur saige, Commines, VIII, 24. — Afin 
que sur notre'-vieillesse nous vivions en bonne amitié et repos de con- 
science, Marg. d'Ang., Hept., VIII. — Vaugelas, 1, 163, préfère: Ce peuple 
a le cœur et la bouche ouverte à vos louanges, à : le cœur et la bouche 
ouverts, et Th. Corneille et l'Académie sont de son avis. Aujourd'hui 
encore, on trouve des expressions comme des sentiments et des 
croyances religieuses. — // portait les ornements et le sceptre royal *). 

D'autres cas ^6. On a en vieux français encore d'autres construc- 
d'accord et de tions d'après le sens, inconnues au latin: 

I) après les verbes pronominaux qui signifient devenir 
ou paraître l'accord se fait avec le sujet et' non avec le pronom: 
Plus se fait fiers que leons ou leuparz, 

Roland, 1111. 

2) On trouve, dès l'époque la plus ancienne, l'adjectif au singulier 
avec la 2« personne pluriel de politesse: 

Par poestét serez pris et liez, ■ 

Roland, 477. 
Cette construction d'après le sens se retrouve en français moderne: 
Soyons prudent, se dit-il. — Quand on est belle, on ne Vignore pas. 

3) Les participes passés conjugués avec l'auxiliaire avoir manifestent 
de bonne heure une tendance à rester invariables; cf. § 284 et suiv. 

4) Quand un adjectif se trouve placé devant un autre adjectif avec 
fonction adverbiale, il est variable en vieux français^): 



') D'après la Revue de philologie française, 1913, on a discuté la grave 
question de l'accord dans le Conseil supérieur et, pour éviter les instituteurs et les 
institutrices publics ou publiques, on a décidé d'écrire les instituteurs et les 
institutrices de V enseignement public. Inutile de dire que pour un adjectif comme 
public la chose se réduit à une question de graphie. Le cas est pourtant instructif 
pour les étrangers; on voit que les Français aiment mieux «tourner autrement" que 
d'avoir l'air d'écrire une chose qui ne soit pas correcte. 

2) Cf. Tobler, I, p. 100, qui cite toute une série d'adjectifs. 



26 



ADJECTIF 



Toz est mudez, perdude at sa color, 

Alexis, 4. 
Vous venrés 
La sus les bolns earés (= bienheureux), 

Amadoine, 591. 
Même au xvi^ siècle: une suffisance pure livresque, Montaigne, I, 
25. — De même bêle née, clers luisons, demie morte, durs cuits, 
fraîsches tuées, hautes élevées, menus hachés, etc.| 

Quelques-unes de ces expressions se maintiennent jusque dans la 
langue moderne: fleurs fraîches écloses, fenêtres grandes ouvertes, 
ils arrivent bons premiers; dans les autres l'adjectif a été remplacé 
par la forme invariable. 

Ces cas de non-accord se trouvent dès l'époque la plus ancienne: 
mais chier me sui venduz, 

Roland, 2053, 
et aujourd'hui: une fille nouveau-née à côté de nouvelles converties, 
nouvelle mariée, les nouveaux-venus. Dans nombre de cas la vieille 
construction s'est maintenue; seulement l'orthographe nous cache le 
véritable état des choses: tout étonnée de la langue actuelle n'est 
autre chose que le toute étonnée de l'ancien français, comme nous 
allons le voir au paragraphe suivant. 

47. L'exemple de la Vie de Saint Alexis cité plus hant 
Tout. , , ^ 

prouve qu en vieux français tout déterminant un adjectif 

^tait toujours variable. En français moderne il est invariable, comme 

on sait, sauf s'il se trouve placé devant un adjectif féminin commençant 

par une consonne ou une h aspirée: toute hâlée, toutes contentes. 

L'ancienne construction se trouve jusqu'au xvii« siècle: des habits 
tous neufs, La Bruyère, I, 44, à côté de deux personnages tout 
différents, ibidem, II, 103. 

Comment expliquer ces hésitations et cette règle bizarre, qui en 
est le résultat? 

On disait dans la vieille langue (nous négligeons la déclinaison à 
deux cas): 

1. Un homme tout content. 2. Des hommes tous contents. 
3. , „ tout heureux. 4. , , tous heureux. 

5. Une femme toute contente. 6. Des femmes toutes contentes. 
7. , „ toute heureuse. 8. „ , toutes heureuses. 

On voit que dans deux de ces cas, 1 et 3, tout est invariable et 



ADJECTIFS QUI DÉTERMINENT UN AUTRE ADJECTIF 27 

peut donc être interprété par des grammairiens logiciens comme 
adverbe; dans deux autres cas, 2 et 7, on n'avait qu'à changer la 
graphie et à décréter l'invariabilité pour arriver au même résultat; 
mais dans les quatre autres cas le caractère d'adjectif se manifeste 
dans la prononciation, et les grammairiens étaient obligés de garder 
toute{s) contente{s), en déclarant qu'on le disait par „euphonie". Dans 
tous heureux et toutes heureuses pourtant, l'analogie aidant, Vaugelas 
et d'autres ont réussi à introduire l'invariabilité de tout ^). 

Bien entendu, au xvii^ siècle on ne se tenait pas aux règles. 
Vaugelas écrit lui-même: Ces murmures alloient à une sédition toute 
ouverte, Quinte-Curce, IV, 10. 

Pharnace en ce moment, et ma flamme offensée 
Ne peuvent pas tous seuls occuper ma pensée, 

Rac, Mithridate, II, 6. 

Et George Sand écrit encore : En attendant qu'on nous la donne 
(l'histoire) toute expliquée et toute dévoilée. 

Rem. Vaugelas, II, 179, ne voit pas clair dans l'évolution de tout: il 
déclare qu'il faut dire tout estonnez et non tous estonnez. , faute que presque 
tout le monde fait", et au féminin elles sont toutes estonnees, excepté tout 
autres, qui au singulier donne pourtant toute autre. En 1704, l'Académie 
en faisant la critique de cette remarque de Vaugelas, déclare: „On ne voit 
pas sur quoy M. de Vaugelas se fonde, lorsqu'il prétend qu'il faut dire au 
singulier l'estoffe . . . est toute autre que celle-cy, puisqu'il est impossible 
que l'oreille distingue dans cette phrase si on prononce tout au^re, adverbe, 
ou toute autre, nom adjectif." Ménage, d'ailleurs, avait déjà établi la règle 
actuelle. 

47". Il y a encore d'autres adjectifs qui ne s'accordent 
Demi, nu, même. , ,,,.,,.,,,... 

pas toujours avec le substantif qu ils déterminent: 

Demi. — Les exemples d'accord se trouvent jusqu'au xvii« siècle: 
Destre part la citét, demie Hue grant, 

Pèlerinage, 264. 
Une demie lieue, La Bruyère, II, 261. 

Vaugelas, II, 56, déclare qu'il faut écrire demi-heure, demi-douzaine, 
etc., sans doute par confusion avec d'autres composés de mi: enmi, 
parmi. D'ailleurs, l'invariabilité se trouve déjà au moyen âge. Si 
Tobler 2) conteste l'exemple du Roland, v. 432: 

Demi Espaigne vos vuelt en fieu doner, 

1) B. Beyer, Veber den Gebrauch von tout im Alt- und NeufranzOsischen {Rom. 
Forsch., 1906, p. 641—713). , 

2) l. p. 100, note. 



2S ADJECTIF 

on trouve pourtant au xiii» siècle: 

Ains eussiez allé bien demi Hue a pié, 

Gui de Bourgogne, 3129. 

Lorsque Ve féminin est tombé dans la prononciation, l'accord de 
demi a été réduit à une simple question d'orthographe. 

Nu. — Vaugelas, I, 144, et l'Académie exigent linvariablité: nu- 
pieds, nu-jambes; l'adjectif forme donc avec le substantif un mot 
composé. Pourtant en 1733 Marivaux écrivait encore: Je suis nue 
tête, Marianne, 3e partie. Actuellement l'accord est permis dans 
l'écriture; la prononciation ne distingue plus nu de nue. 

Même. — Le mot même est tantôt employé comme adverbe, tantôt 
comme adjectif, et il n'est pas toujours facile de distinguer les deux 
emplois. Cela est rendu encore plus difficile par l'usage du moyen 
âge de mettre un s après les adverbes, usage qui se continuait jusque 
dans le xviii« siècle, de sorte que Patru et Vaugelas déclarent tous les 
deux que l'adverbe se dit sans s ou avec s. Corneille corrige: 
Moi-mesmes à mon tour, dans l'édition de 1660, en: Je ne sais plus 
moi-mesme, XV, 235. 

Pour distinguer nettement les deux emplois, Vaugelas, I, 80, propose 
d'écrire mesmes après un substantif au singulier, tt mesme après un 
substantif au pluriel: La chose mesmes que je vous ay dite et Les 
choses mesme que je vous ay dites. Mais Th. Corneille et l'Académie 
déclarent que l'adverbe doit toujours rester invariable, et la dernière 
ajoute que le plus sûr moyen de distinguer l'adverbe de l'adjectif, 
c'est de le mettre devant le substantif: mesme les choses que Je vous 
ay dites. 

48. Pour l'origine et le développement de cet adjectif, 
nous renvoyons au § 345. Ce mot devenu adjectif s'accorde 
naturellement avec le substantif qu'il qualifie. Seulement, si ce sub- 
stantif est précédé d'un autre adjectif, on peut se demander si quelque 
détermine le substantif ou l'adjectif. On sait que les grammairiens 
ont décrété que dans le premier cas quelque devait prendre l'accord 
et rester invariable dans le second cas. Mais les auteurs se sont peu 
souciés de cette règle: 

Quelques grands principes qu'on eût à Port-Royal, Rac, IV, 
501. — Et même: quelques méchants que soient les hommes, La 
Rochef, I, 206. 

Il se trouve quelquefois placé devant un nom de nombre: quelque 



UNE GOUTTE DE RÉPAKDUE 29 

trois cents maisons. Même dans ce cas les auteurs du xvii^ siècle 
font parfois l'accord: quelques soixante ans, Racine, 11, 163. 

49. Un cas d'accord curieux se trouve dans des phrases comme 
une goutte de répandue, où logiquement de répandue, qui exprime 
une idée partitive aurait dû être invariable. L'accord s'explique par 
l'analogie de une goutte répandue avec cent hommes de tués, où le 
pluriel est régulier *). 

50. Pour la place de l'adjectif, voir § 448 suiv. 



') Tobler, III, 25. 



CHAPITRE IV 



LE NOM DE NOMBRE >) 

OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

Chute des ^'' '-'^'^'oire du nom de nombre est pour une bonne 
distributifs et des partie du domaine de la morphologie et du lexique, 
multiplicatifs. Rappelons seulement que les distributifs singuli, 
bini, terni, etc. et les multiplicatifs semel, bis, ter, etc. ont 
disparu: Saint Augustin déclare qu'il aime mieux dire sep te m per 
septem que sept les, parce que le peuple le comprend mieux 
alors.. De même triplex, quadruplex, etc. : simple, double 
restant seuls comme formes populaires, tandis que les autres triple, 
quadruple sont savants. 

Rem. Le vieux français se tire d'affaire à l'aide de péripfirases, formées 
d"un nombre cardinal suivi de tant, doble, feis, veie, ore, tor, colp, erre *): 
Plus, bêle . . . Que cela n'est, cent mille tans, Barbazan et Méon, FabUaas, 
II, 422, 48. — Jhesus . . . . A cent dobles vous vueille rendre. Miracles 
N. Dame, XXVI, 1307. — Ces mots se font rares au xvi* siècle quoiqu'on en 
trouve encore des exemples : a dix tant de gens que ils n'estroent. Chev.- 
de la Tour Landry, 124. — Meigret, exact observateur pourtant de la langue 
vivante, propose une longue série de multiplicatifs : sextuple ou sizaple, 
settuple. octuple ou huytuple, etc. 



LE NOM DE NOMBRE CARDINAL 



52. Le gallo-roman est caractérisé par l'introduction 
Numération . , ... . . , ., 

par vingt. "^ '^ numération par vingt, usage inconnu en latin 

classique et qui semble être d'origine celtique : trois 

vingts, quatre vingts, cinq vingts, etc. Treis vinz et dis, Rois, IV, 



>) Cf. K. Nyrop, Qramm. htst. de la langue fr.. Il, p. 331 et suiv. 
*} Cf. Tobler, I, 325. 



VINGT, MIL, MILLE 31 

23. — Chevaliers ot avec li seize vint, Garin, II, 269. — VitelUus 
fit mourir plus de six vingts hommes, Sat. Ménippée, 156. 

Cette numération entre en lutte avec le système latin, lutte qui 
continue au kvi« siècle, et qui même au xvi!« siècle n'est pas encore 
tout à fait décidée. 

Octante et huitante, qu'on trouve encore fréquemment au xvi*^ siècle, 
tendent pourtant à être remplacés par quatre vingts, et Meigret ') 
considère cette dernière forme comme plus reçue que les formes 
venant du latin. 11 rejette de même les nombres septante et nonante, 
qui se trouvent encore en Suisse et en Belgique et dans quelques 
dialectes; quatre-vingt-dix et soixante-dix on\ supplanté les vieilles for- 
mes; soixante-dix s' tx'pWqwt par une étape plus ancienne trois-vingt-dix. 

Les autres combinaisons avec vingt sont devenues rares au xvii« 
siècle : six vingts dix couverts, Loret, La Muse historique ou Recueil 
des lettres en vers, 9 août 1659, v. 103 — Vaugelas, II, 111, donne 
pourtant six-vints, et l'Académie admet toutes les combinaisons avec 
vingt, sauf 40, 60, 100, 200. 

53. Les mots duodeviginti, undeviginti ont été remplacés 
par decem et octo, decem et novem. Le latin vulgaire a donc 
mis la conjonction et entre les dizaines et les unités. On dit de 
même en vieux français vingt et un, vingt et deux, etc. 

Cet emploi se continue au xvi<= siècle. Mais au siècle suivant il 
se produit un changement: Boitel, Le tableau des Merveilles du 
Monde, 1« partie, 151, écrit: an trois cens dix-huit, quoique Corneille 
dise encore à plusieurs reprises la règle des vingt et quatre heures, 
I, 270, 378, 395. C'est Oudin qui dans sa grammaire a formulé la 
règle actuelle. 

54. Le pluriel du latin mille est m i 1 1 i a. Ces formes 
Mil et mille. 

se sont maintenues en français comme mil et mille. 

Cependant leur sens se confond de bonne heure, puisqu'on trouve 

dès le xi« siècle: 

Cel jour i out cent mil lairmes ploredes, 

Alexis, 119, 5. 

Souvent la différence entre les deux formes se réduit à une question 

d'orthographe; ainsi mil hommes et mille hommes se prononce de 

la même façon. Pourtant mille se généralise aux dépens de mil: Henri 



') Tretté de la grammere franc., 39 r". 



32 NOM DE NOMBRE 

Estienne, Deux dialogues du franc, italianisé, I, 64, fait remarquer 
que dans par mil dangers le mot mil a mauvaise grâce. Dans les 
textes il y a toujours une confusion complète: cenlz mil grandz 
philosophes, Marot, I, 113. — Cent mille bien venues, ibidem. II, 
101. — Au xvii« siècle les grammairiens établirent des différences 
imaginaires entre les deux formes, preuve irréfutable qu'elles se 
confondent en réalité: Malherbe écrit indifféremment mil et mille. 
L'emploi actuel, aboli de nouveau par l'Arrêté ministériel de 1900, a 
été fixé par Oudin, Gramm. fr., 92. 

55. Les chiffres million, milliard, militasse étaient 
Million, milliard, . . ^ .. ^ . . , 

mimasse. inconnus au moyen âge. On se servait de périphrases: 

par cinq cent fois cent mil livres, Rom. de la Rose, 

IV, 348, V. 22188, qui n'est qu'une traduction du latin q u i n- 

genties (centena millia). Million se rencontre pour la première 

fois au xv* siècle et est peut-être dû à l'influence italienne: autant 

que d'ung million d'or. Franc Archer de Bagnolet, 169; milliard se 

trouve dans Peletier du Mans avec le sens de million de millions, 

et dans Meigret avec celui de mille millions; milliace enfin est donné 

en 1638 par Maupas fils. 

Ace d ^' Q"^"'' "" substantif est accompagné d'un nom 
de nombre terminé par un, l'accord peut se faire 
jusqu'au xvii» siècle avec le dernier mot ou avec le tout. .Ainsi on 
trouve vingt et un cheval et vingt et un chevaux. Vaugelas, I, 246, 
consacre à cette question une longue remarque, dont il résulte qu'on 
écrivait au xvii* siècle vingt et un an, et vingt et un an accomplis^ 
mais vingt et un chevaux, bizanerie de l'orthographe confirmée par 
l'Académie. Il est sûr que le sens linguistique voit le substantif 
comme un pluriel; si on a hésité au .\vii« siècle, c'est que l'oreille 
ne distinguait par Ys de la flexion. Aujourd'hui on écrit toujours 
vingt et un ans. 

Vingt et cent prenaient en général, dès l'époque la plus ancienne, 
la marque du pluriel: Mil et cent et quatre-vinz et dix sept anz, 
Villehardouin, 1. — Quatre cens quatre vingtz quarante et quatre, 
Rabelais, II, 2. — Une armée de trois cens mille hommes, La Bruyère, 
I, 370. — La règle qui veut que \'s se supprime, si le mot est suivi 
d'un autre nombre {trois cent quatre, quatre-vingt-deux) ne date que 
du xviii» siècle; Voltaire écrit quatre vingts et un ans k côté de 



LE NOM DE NOMBRE ORDINAL 33 

quatre-vingt deux ans. Elle a été de nouveau abolie par l'Arrêté 
ministériel. 

On trouve d'ailleurs l'hésitation entre la forme variable et la forme 
invariable dès le moyen âge: 

onze vint i poissiez choisir, 

Garin le Loherain, II, p. 143. 
Set vint mil armés ont promis, 

Wace, Brut, II, p. 136 i). 



LE NOM DE NOMBRE ORDINAL 

57. La syntaxe des nombres ordinaux n'offre que 

Ordinaux remplacés ^^ ^^^^^^ . ^^1^^^ 
par des cardinaux. ^ 

Au xiii^ siècle nous trouvons la tournure: lui 

troisième, soi quart, etc.: Je me chargeray de moy disiesme de 
chevaliers, Joinv., 90 c, c.~à-d. de neuf chevaliers, moi étant le dixième. 
Au xvi^ siècle on constate que le cardinal tend à remplacer l'ordinal 
devant les dates, les chapitres d'un livre, les noms de rois, etc. C'est 
sans doute l'imprimerie qui en est cause: le fait qu'on écrivait Jules 
III a fait que dans la prononciation on a remplacé Jules troisième 
par Jules trois. Les combinaisons avec premier ont pu se maintenir, 
grâce à leur emploi fréquent; de même: Charles Quint, Sixte Quint, à 
côté duquel on rencontre aussi Sixte ««9«i>s/Me,Sat.Ménippée,p. 141. — 
Pourtant on trouve encore couramment: Estais convoquez au dixiestne 
Janvier 1593, Sat. Ménippée, p. 17. — Le ieudi quatriesme octobre, 
Journal d'un Bourgeois de Paris, 25. — Les quatre et sixiesme livres 
de Virgile, Pasquier, Les Recherches de la France. — Au xvii« siècle 
les exemples sont encore fréquents: On montra au pape Adrien 
sixième le Laocoon du Jardin de Belvédère, Balzac, Prince, XII. — 
Cette jolie noce se fera devant le quinzième janvier, Mme de Sévigné, 
VI, 164. — Vers la fin du siècle l'usage moderne semble l'emporter. 
Si Vaugelas s'y oppose, le Père Bouhours, Ménage, Th. Corneille et 
l'Académie l'adoptent; l'Académie ajoute: „Cela peut estre venu de 
ce qu'ordinairement on escrit ces mots en chiffre." Cf. Vaugelas, I, 
215—217. 



•) K. Nyrop, Gramm. hist. de la langue fr., II, p. 337. 



SNEYDERs DE vOQEL. Syntaxe historique. 



CHAPITRE V 



PRONOMS PERSONNELS') 

A. OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

58. En latin, les pronoms personnels étaient ëgo, 

" pers''one"i?"' * "' "°^' ^ ° ^- ^°^^ '^ ^' personne il n'existait pas 
de pronom, mais on se servait du déterminatif is, 
toutes les fois qu'on ne pouvait s'en passer. Ce pronom i s se perd 
complètement dans la latinité postclassique et est supplanté peu à 
peu par i p s e, i 1 1 e et hic. C'est le pronom i 1 1 e qui, presque 
partout, a remporté la victoire et qui, du moins en français, est devenu 
le pronom personnel de la 3* personne ^). 

B. EMPLOI DU PRONOM SUJET 

59. En latin classique le pronom sujet ne s'exprime 
'''^en°!atin'^*' P^^' ^ "lO'ns qu'on ne veuille le faire ressortir: Dico 

hominem esse mortalem; Si vos valet is, ego valeo. 

Si le sujet est accompagné d'une apposition, le latin n'exprime pas 

le pronom: Themistocles ad te veni, ,Moi, Themistocles, je suis venu 

à vous." 

Ce non-emploi du pronom s'explique par le fait que les désinences 



•) M. Behnschnitt, Das/ranz. Personalpronomen bis zum Anfang des Xll"> Jahrh. 
Diss. Heidelberg, 1887. — Tobler, 1, 3:1, Li seneschaus. il et ses frire; III. 8, 
Dont und en In pronominaler Funktion; III, 18, Vont Reflexivpronomen vous und 
nous als easus zu on. — G. Rydbcrg. Ueber die Entw. von illui lllei auf franz. Boden 
und das Eindringen der Form lui als schwachloniger Dativ iBausletne zur rom. 
PMI., p. 369-385). — Q. Rydberg. Qesch. des franz. s., I. p. 619. Die Entw. 
von lat. ego im franz, 

») Cf. Keil, Oramm. latini, V, 49, 32. 



EMPLOI ET NON EMPLOI DU PRONOM SUJET 35 

verbales à elles seules indiquent avec une clarté suffisamment grande 
le sujet de la phrase. En latin postclassique l'emploi du pronom 
ne s'étend que très lentement; dans: nos ut tristiores ad tam viles 
accessimus cibos, Pétrone, 88, 22, le pronom n'est pas atone. 

Voilà donc un fait intéressant à relever. Tandis que les pronoms 
régimes en latin sont tantôt atones, tantôt toniques, les pronoms 
sujets sont presque toujours accentués. La conséquence de ce fait 
est que le sujet ne revêt qu'une seule forme en vieux français, tandis 
que les autres cas présentent deux séries de formes (le développement 
ëgo > gié et jo, jou, je est obscur^); la disparition des formes 
toniques nos et vos est un fait récent). 

60. Voyons maintenant les changements qui se pro- 

Pronom sujet juigent en vieux français, 
en français. 

Par suite de l'affaiblissement des terminaisons les 

formes verbales deviennent de plus en plus uniformes: on en arrive 

à dire chût pour quatre ou cinq formes du verbe chanter. Plus donc 

les désinences s'affaiblissent, plus la langue, pour maintenir la clarté 

de la phrase, a besoin d'autres moyens pour exprimer les personnes, 

et plus l'emploi du pronom personnel devient général. C'est là la 

marche générale; entrons maintenant dans quelques détaifs, et prenons 

comme point de départ les vers suivants: 

Tote la charte escrist, 

Corn s'en alat et corne il s'en revint, 

Alexis, 57, 4- 5. 

Oncles, fait-il, estes sains et haitiez, 

Cour. Louis, 1157. 

On le voit, le moyen âge est une époque de transition, il y a 

pleine liberté de mettre ou de ne pas mettre le pronom. Pourtant, 

il y a un cas oi!i l'on emploie toujours le pronom sujet, c'est 

pour éviter que la phrase ne commence par un auxiliaire, ou par 

un pronom régime, c.-à-d. par des mots qui sont enclitiques dans la 

vieille langue et qui doivent s'appuyer par conséquent à des mots 

précédents. Ainsi dans les phrases suivantes: 

Jo ai paiiens veduz, 

Roland, 1039. 

Jo l'ai laissét en une marche estrange, 

Roland, 839. 

i) Cf. pourtant G. Rydberg, /. c. 



36 PRONOMS PERSONNELS 

Criem ^u'ele seit perdue, 

Pèlerinage, 322. 
Mais tu ies morz, 

Cour. Louis, 152. 
Dans les deux derniers exemples les mots que et mais étant 
proclitiques ne peuvent précéder l'auxiliaire enclitique. Quand l'accen- 
tuation de la phrase française se modifie et que les mots enclitiques 
disparaissent, on trouve naturellement fréquemment des infractions à 
la règle que nous venons de donner '). 

61. Le pronom sujet s'introduit donc de plus en plus 
Forme tonique p^^j. remplacer les terminaisons qui se perdent. Par 

suite de ce fait une nouvelle distinction s'établit, la même 

qui existe déjà pour le pronom régime, celle entre la forme atone et 

la forme tonique. Ce phénomène a dû se produire de bonne heure, 

parce que, sans cela, les pronoms vos et nos seraient devenus 

veus et neus *). Or, ces formes ne se trouvent jamais, on a toujours 

vous et nous, donc à l'époque oii ou se changeait en eu, c.-à d. au 

xii« siècle, l'emploi atone était déjà si fréquent qu'on a pu assimiler 

la forme tonique à la forme atone. Ceci est confirmé par le fait qu'à 

partir du xii* siècle les cas régimes moi, loi, lui tendent à remplacer 

le cas sujet tonique, tant les formes je, tu, il avaient perdu de 

leur force: 

S'irons tornoiier moi et vos, 

Chrétien, Yvain, 2501. 

Pourtant je, tu, il se maintiennent jusqu'au xvi« siècle comme 

formes toniques. A cette époque Palsgrave, Meigret, Ramus, 

H. Estienne, réclament la forme du régime. 

Je qui jadis chantai Typhon, 

Scarron, Virgile travesti, \, I, 

est un archaïsme voulu. Aujourd'hui on ne trouve que Je soussigné 

dans le langage du palais, qui affectionne les vieilles tournures. 

Rem. 1. Du xiiic jusqu'au xvic siècle on trouve la forme te, plus faible 
que tu : aujourd'hui dans la langue populaire t' devant une voyelle est pent- 
ètre une abréviation de tu : t'es sorti de ta CroU, i. Rictus, Les soUloques 
du pauvre, p. 108. 



•) Cf. L'Ordre des mots, § 36 et suiv. 

') à moins qu'on admette que » latin libre accentué donne en français ou aussi 
bien que eu ; cf. M. Salverda de Orave dans un des proctiains fascicules du Neophilologus. 



LE NEUTRE IL 37 

Rem. 2. Un emploi curieux du pronom est celui qu'on constate dans 
les textes les plus anciens, dans les locutions affirmatives et négatives: 
il, je, tu, non il, nen il, etc., et dans des questions oCi le pronom 
ne sert nullement à mettre en relief le sujet et à l'opposer à une autre 
personne: Eva, ça sui venuz à toi. — Di moi, Satlian, et tu por quoi7 
Jeu d'Adam, 205. — 11 semble qu'un emploi analogue se trouve encore dans 
quelques patois, du moins G. Sand, Mauprat, 35, écrit: Allons, canaille, suis 
le sentier et laisse-nous tranquilles avec tes sottises. — Non moi, dit 
l'enfant. (Cf. le hollandais dialectal Wel neen ik). 

Aux xiv<^ et xv^ siècles l'emploi du pronom sujet est assez général. 
Si, au xvi« siècle, il semble s'être produit un recul, c'est l'étude et 
l'imitation des auteurs latins qui l'explique: la langue parlée a cer- 
tainement eu en horreur toutes ces suppressions: Ramus, Garnier, 
H. Estienne exigent l'emploi du pronom sujet, et Vaugelas, II, 143 et 
382, donne des règles dans ce sens. 

Pourtant, même au xvii^ siècle le pronom manque souvent dans les 
phrases interrogatives: Comment vous appelez? Pierre de Mans, Odes, 
mais pour le reste, l'emploi du pronom sujet est à peu près ce qu'il 
est aujourd'hui; seuls les auteurs archa'isants, comme La Fontaine et 
Scarron, l'omettent encore souvent: Que dirai plus, La Font., Contes, 
IV, 2, 130. 

62. Il neutre ^) — Jusqu'ici nous n'avons parlé que 

Le neutre il. , ,..,,.. . . , 

. des pronoms masculins et lemmins, nous avons écarte 

le pronom neutre il, dont le développement est un peu autre. En effet, 

tandis que pour les autres verbes on a de bonne heure senti le besoin 

d'exprimer la personne qui fait l'action, il n'était pas nécessaire de 

le faire pour les locutions et les verbes impersonnels qui, n'exprimant 

pas une action personnelle, se passaient tout naturellement d'un 

pronom sujet; aussi manque-t-il dans les monuments les plus anciens. 

Si le pronom // s'est pourtant introduit même dans ce cas-ci, cela 

est di3 à l'analogie des autres pronoms. Il est donc naturel que le 

pronom // soit plus lent à pénétrer que les vrais pronoms personnels. 

D'ailleurs, au xvi« et au xvii« siècle même, // se ressent encore de 

son origine et a souvent une valeur démonstrative, que nous rendrions 

par ,cela" et qui le rend impropre à fonctionner comme sujet d'un 

verbe impersonnel: Il me couste bon, Rabelais, II, 17. — Et firent 



') Cf. Horning, Roman, Studien, iv, p. 220. — G. Paris, Romania, xxin, p. 161. 
Chabaneau, Romania, vu, p, 329. 



38 



PRONOMS PERSONNELS 



ce qu'ils purent pour lui aider, mais il leur fut impossible, Marg. 
de Navarre, fieptam., II. 

Je ne sais ce que c'est, mais je sais qu'W me charme, 

Corn., Psyché, III, 3, 1059. 
Voulons-nous nous asseoir! — Il n'est pas nécessaire, 

Mol., Misanthrope, III, 4. 
Le masculin a, lui aussi, gardé longtemps la valeur démonstrative 
ou plutôt determinative; Il est bien heureux qui peut avoir dix 
mille écus chez soi, Molière. 

Au xvii« siècle, oii l'emploi des autres pronoms sujets est devenu 
fixe, le pronom neutre, quoique assez général, est encore quelquefois 
omis; surtout devant les verbes falloir, sembler, y a, à quoi sert, si 
besoin est, etc., et on a gardé plusieurs traces de cette construction 
dans la langue actuelle: n'importe, tant y a, grand bien vous fasse, etc. 

Rem.. 1. Pour la lutte entre //. ce et cela voir le Pronom Démonstratif, 
§ 93 et suiv. 

Rem. 2. On trouve parfois la forme el, remontant à illud > iUum: 
Quant el veneit al desevrer, Benoit de Ste-More, Chronique, I. 571. 

Rem. 3. Ça se substitue souvent au pronom // dans le langage familier: 
Ça pleut bien, ça tonne, ça fait grand vent, ça coule, ,1e terrain est gliss- 
sant"; cf. Plattner, II, 2, 39. 

Pléonasme 

63. a) Quand le sujet est un substantif, on n'a pas 
Répétition du besoin d'un pronom. Cependant, quand le sujet est 
pronom sujet, un peu éloigné du verbe — et même cette condition 

n'est pas toujours remplie —, un pronom rappelle 
souvent le sujet qui, par là, ressort davantage: Le rois de France, 
qui sot qu'ils estoient la, il s'adreca. . , Joinv., 19. — Les sciences qui 
règlent les mœurs des hommes . . . elles se meslent de tout. Mont., I, 
29. — Au xvii« siècle cet emploi est encore fréquent: Quiconque veut 
vivre en homme de bien, il doit . . . (condamné par Vaugelas, II, 4). 
Aujourd'hui cette répétition n'est plus permise, quoique la langue 
populaire s'en serve encore couramment: Cest pour le coup que les 
autres là-bas, ils vont rire, H. Monnier, I, 173. — Dés que les Français 
ils deviennent soldats, ils se conduisent comme des dégoûtants. 
Benjamin, Gaspard, p. 12. — Même dans l'interrogation: Pasque 
CGouvernement, il paiera-t-il, au moins, tout c'qui s'ra ravagé? 
ibid.. p. 141. 



RÉPÉTITION DU PRONOM SUJET 39 

Rem. Cf. aussi Gilliéron et Edmont, Atlas Linguistique, 311 (Les 
pommiers (ils) commencent à fleurir); 343 (Le ciel est couvert de nuages); 
383 (Les cerisiers ont déjà commencé à fleurir); 1064 (Les chênes portent 
des glands). — Il n'y a pas d'exemple du féminin, cf. Zeitschrift filr franz. 
Sprache und Litt., 1914, p. 136 et Herzog, Neufranz. Dialekttexte. § 598. 

b) On trouve la répétition du substantif sujet sous forme d'un 
pronom dans l'interrogation. Pour l'explication voir le chapitre de 
r Ordre des mots, § 439. 

c) Un cas curieux est l'emploi du pronom // annonçant le sujet 
postposé: 

Et neporquant il cort si li destriers 
Ne sH tenist ne lièvre ne lévriers, 

Cour. Louis, 657—8. 

Pour l'tiistoire de cette construction intéressante, dans laquelle le 
substantif est tantôt au nominatif tantôt à l'accusatif, voir le chap. 
du verbe unipersonnel, § 178 et suiv. 

d) Quand les pronoms je, tu, il, etc., furent devenus des formes 
atones, et que les pronoms régimes moi, toi, lui les remplacèrent 
dans leurs fonctions primitives, on a dit: Moi ai fait cela. Ce n'est 
qu'au xiv« siècle que le pronom atone s'introduit dans ces sortes de 
phrases: Moi y ai fait cela, mais il ne gagne du terrain que très 
lentement. Il faut expliquer cette introduction par le fait que ces 
pronoms forment un tout avec les verbes et fonctionnent en quelque 
sorte comme préfixes marquant la personne. Le xvii« siècle offre 
encore beaucoup d'exemples de la non-répétition: Moi qui escris 
ceci, ai peut-être cette envie, Pascal, Pensées, I, 89. 

La même chose se constate, quand un pronom était coordonné à 
un ou à plusieurs substantifs sujets: Le duc de Luynes, Noirmoustier 
et moi fûmes lieutenants généraux, La Rochef., II, 121, ou quand 
deux pronoms toniques coordonnés forment le sujet: Toi et moi 
ferons cela. 

e) Une autre question qui se pose est de savoir s'il faut répéter 
ou non le pronom sujet devant deux verbes ayant le même sujet. 
Jusqu'au xvii« siècle la question n'en est pas une, puisque le sujet 
n'était pas de rigueur. 

Si les deux verbes sont reliés à l'aide de car ou de mais, Malherbe 
et Vaugelas demandent le pronom, bien qu'ils transgressent eux- 
mêmes la règle qu'ils établissent. Si les deux verbes sont reliés au 
moyen de et, on permet toujours au xvii^ siècle le non-emploi du 



40 PRONOMS PERSONNELS 

pronom devant la seconde proposition: Hi, hi, hi, Jait-elle en lui 
riant au nez, „voilà comme on répond aux folles", et passe son 
chemin, Sévigné, III, 3, — Nous avons passé les rivières les plus rapides, 
et pris des places que Von croyoit imprenables, et n'aurions pas 
fait tant de belles actions, si nous estions demeurez oisifs. — Si dans 
cette dernière phrase Vaugelas, II, 143, trouve le non-emploi du 
pronom plus élégant, l'Académie le regarde comme une faute en 1704. 

On sait que le pronom se répète aujourd'hui dans ces phrases; 
on ne peut l'omettre que si les deux verbes sont au même temps et 
au même mode et s'ils se suivent immédiatement: Je dis et affirme. 
Il est vrai que la langue parlée ne se tient pas toujours à cette règle. 

/) On n'exprime pas le pronom devant l'impératif pour la simple 
raison qu'un ordre s'adresse presque toujours à la deuxième personne. 
Dans la vieille langue- pourtant, le pronom s'emploie souvent même 
dans ce cas là: 

E! reis célestes, tu nos i fai venir, 

Alexis, 335. 

Cet emploi disparaît à peu près complètement au xvi« siècle. En 
voici pourtant un exemple: 

Veuillez-\o\is, mon amour, vous même secourir, 

Garnier, Institutio linguae, IV, 84. 

Il ne reste alors que dans la locution Tu sois le bienvenu, Pillot, 
Gallicae linguae institutio. 

Substitution de pronoms 

64. 1) Le français connaît un pronom que le latin n'a 
pas, à savoir le pronom on, formé de h ô m o, dont le 
sens propre s'est effacé peu à peu '). Le latin rendait la forme 
impersonnelle du verbe de différentes façons, entre autres par la 
3* personne du pluriel des verbes dicere, trader e, etc. Or le 
français connaît le même emploi plus étendu *): Et moult en orent 
grant joie par rosi, Villeh., 190, puis avec le pronom, p. ex.: 
Ils sauront récuser Pinjusle stratagème 
D'un témoin irrité qui s'accuse lui-même, 

Rac, II, 295. 
Est-ce un latinisme, comme le croit Darmesteter ') ? Il nous semble 



') La forme l'on avec l'article atteste encore son origine. 

') Dijà dans les Gloses de Reichenau, 423: arcem ubi victoiiam scribebant. 

') Grammaire historique, iv, p. 46. 



SUBSTITUTION DE PRONOMS 41 

plus vraisemblable que c'est une manière de s'exprimer propre à la 
langue parlée et qu'on retrouve dans d'autres langues (cf. le hollan- 
dais ze zeggen = ils disent, on dit). 

65. 2) On peut se rapporter quelquefois à une personne 
on = je, tu, etc. ,. , ,, . , , , j. ■ 

bien déterminée, mais qu on ne veut pas designer 

d'une façon trop précise. Si une bonne dit: Et alors on n'était pas 

contente, tout le monde comprend qu'elle parle de madame. Ce 

pronom peut même remplacer un pronom de la 1« ou de la 2« pers.: 

Quoi ! on ne travaille pas ' ) ! 

3) Un cas analogue se trouve dans la substitution de nous à vous: 

Eh bienl mon Jeune savant, qu' avons-nous découvert ce matin, 

Sandeau, M"<^ de la Seiglière. 

66. 4) L'emploi de nous poury'e est comme dans les 
nous et vous = ^Q\i\ cas précédents plutôt une question de style 

que de grammaire et qu'on trouve chez les Byzantins 
et en latin à l'époque impériale. Il semble être devenu le point 
de départ du pluriel de politesse vous au lieu de tu, qu'on trouve 
dans toutes les langues romanes, le roumain excepté. 

Au moyen âge la bourgeoisie paraît avoir préféré vous et le peuple 
tu. Aussi constate-t-on que, dans les textes, vous se répand de plus 
en plus — sauf au xvi'= siècle, oii l'influence des études latines se fait 
sentir — , et au xwW^ siècle tu semble même sur le point de disparaître, 
mais le fait qu'au xviii^ et au xix"^ siècle il reparaît dans les textes 
prouve qu'il a été toujours très vivant dans la bouche du peuple *). 

67. 5) Une autre substitution est celle de //, ils à elle, 
il = elle 

elles. Cette tendance est due à 1 analogie: la 1« et la 

2« personne ne connaissent pas la distinction de genre, le pronom 

possessif de la 3« pers. non plus; il est donc naturel que l'esprit 

veuille aussi uniformiser le pronom personnel de la 3= personne, 

seulement cette tendance n'a pas prévalu: 



1) Relevons aussi la construction populaire si curieuse: Nous, on n'est pas des 
princes, § 177, R em. 

^) Meyer-Lubke, Grammaire des langues romanes, m, p. 112 — 113. Dans le 
Roland, vos a la prédominance, sauf quand on s'adresse à des personnes d'un rang 
tout à fait inférieur, à des choses personnifiées, aux personnes qu'on aime et sous 
le coup d'une émotion: Eh! France dolce, com hui remandras guaste de bons 
vassals, Roland, 1985; tais Oliviers, ibid., 1026. 



42 PRONOMS PERSONNELS 

Et dames se Joindre les mains. 
Quand ils virent donner Passaut, 

Franc Archer de Bagnolet. 
Ce phénomène est surtout fréquent au xv« siècle: Ce sont herbes.. . 
Ils sont bonnes, Farce des Galans, vs. 217—221 (Picot, Soties, I, 31); 
on le rencontre encore dans Ronsard: 

Et quand le mois d'avril arrive 

Qu'ils (les fleurs) revestent leur beauté vive, 

Becq de Fouquières, p. 166. 

„^ , ^ 68. 6) Enfin, dans le cas où, avec un substantif, on se 

Périphrases. 

servirait d une périphrase {cors de chevalier = cheva- 
lier), le pronom personnel est remplacé par le pronom possessif et 
un substantif: 

Jo cunduirai mun cors (= moi) en Rencesvals, 

Roland, 892. 
La chars ton père par la tôle (= toi) iert délivre, 

Jourdain de Blaye, 648. 
Iluec ne s'est plus arestus, 
Aillors atome son afaire. 

Guill. le Clerc. Fergus, 12, 28. 
On trouve cette périphrase surtout avec cors, puis avec persane, 
char, chief, membres, jovente, nom, afaire, fait. Elle se rencontre 
encore isolément au xvii« siècle, et on la reconnaît dans: à son 
corps défendant, un drôle de corps, venir en personne '). 



C. EMPLOI DU PRONOM PERSONNEL RÉGIME *) 

Emploi des formes 69. Rappelons-nous les formes du vieux 
toniques et atones. français • 

me — mei nous H — lui li — // lour — lour lour — lour 

te — tel vous lo — lui la — // les — els les — eles 
se — sel 

L'emploi des formes toniques et des formes atones était, dans la 



') Tobler, I, p. 39 (ttad. fr.): Emploi périphrastiquc de cors pour désigner une 
personne. Tobler remarque avec raison qu'il appartient plutôt à la stylistique de 
rendre compte de ce procédé de langage. 

2) G. Emst, Etude sur les pron. pers. employés comme régime en ancien 
français. Thèse Lund, 1900. 



FORMES TONIQUES ET ATONES 43 

vieille langue, beaucoup plus libre que maintenant. En effet, un 
pronom tonique pouvait précéder ou suivre le verbe, avec ou sans 
préposition, donc: à moi semble, il moi semble, il semble à moi, et 
rarement, // semble moi. 

Mon cheval prist et moi leissa, 

Chrétien, Yvain, 544 (Clédat, p. 149). 
Vaslet corurent plus de vint 
Par lui desarmer a esploit, 

Chrétien, Erec, 1298 et suiv. 
Qui prodefame vuet congnoistre, 
Se travail vuet mètre en li guerre, 
C'est oiseaus cler semés en terre, 

Jean de Meung (Clédat, p. 212). 

Inversement, la forme atone se place tantôt avant, tantôt après 
le verbe: 

Fait H // coers, li helmes li embrunchet, 
Roland, 2019. 

Ce n'est donc pas la place qui détermine la forme du pronom, 
c'est le plus ou moins de force qu'on veut lui donner. 

Il y a pourtant des cas où la vieille langue se sert presque sans 
exception de la forme accentuée, c'est quand le pronom accompagne 
un infinitif, un gérondif on un participe. Cet usage se 
continue jusqu'à la fin du xvi« siècle, et La Fontaine s'en sert encore 
quelquefois : Pantagruel soy complaingnoit de cette guerre, Rabelais, 
II, 416. — Contrainte de soy retirer, Amyot, Fabius, 4. — Les 
magistres, sur ce poinct, f cirent veu de ne soy descroter; Maistre 
Janot, avecques ses adherens, feist veu de ne se moucher, Rabelais, 
I, 20 1) — Un reste de cet emploi se trouve dans soi-disant et dans 
des constructions comme: un vocabulaire à moi connu ^). 

Il est intéressant de relever que, si l'infinitif a le sens d'un impé- 
ratif, on se sert toujours de la forme atone: 

Charles ne t'esmaiier, 

Pèlerinage, 674. 

Ne te creire a la nuit, 

Saint Thomas, 1215. 



1) Cf. remploi de la négation non, § 423 et de quoi, § 104 et suiv. 

2) Cf Tobler, m, 99. 



44 PRONOMS PERSONNELS 

Cela prouve que c'est la valeur substantive de l'infinitif et la valeur 
adjective du participe et du gérondif qui amène la forme tonique. 

Si donc le pronom tonique disparaît peu à peu devant le verbe — 
conséquence du changement qui se produit dans l'accentuation de la 
phrase ') — le pronom atone disparaît également après le verbe et 
au xvi^ siècle la forme lourde devient constante derrière un impératif: 
laissez-moi faire. 

Nous avons vu que les verbes qui régissent un datif peuvent 
présenter différentes constructions: // semble à moi et /'/ me semble 
cf. par exemple au xvi* siècle: 

A moy ce dur message. 
Quel qu'il soit, appartient, 
« Garnier, Troade, 277. 

Au xvii« siècle encore plusieurs verbes continuent à se faire accom- 
pagner de la forme lourde, surtout parler, attacher et d'autres, sans 
qu'on se serve de cette tournure pour faire ressortir le pronom: 
Monsieur, un homme est là qui veut parler à vous, 

Mol., Femmes Sav., III, 3, 927. 
Les chefs des troupes soQt attachés à lui, Fénelon", Télém., XI. — 
{Retz) dtoit uni à lui par la parenté, La Rochef., II, 110. 

Aujourd'hui il n'y a que quelques verbes qui ont gardé cette con- 
struction: penser, songer, les verbes qui expriment le mouvement, 
comme aller et venir; les autres n'admettent le pronom postposé 
que si on veut appuyer, et encore sont-ils précédés en même temps 
du pronom atone: // me parle à moi, ou bien c'est à moi qu'il 
parle. C'est Aubert qui le premier a exigé l'usage moderne. 

- , , , 70. Cette confusion entre les deux formes du pronom 
Confusion entre 

formes toniques amène un changement de fonction dans la 3« personne, 
et atones. gj, g{{gj^ ^ç pronom était tantôt //, tantôt lui. Au 
xin* siècle on trouve // pour la forme tonique, par exemple: 
Et des barons qui sont ocis par li, 

Aimeri de Narbonne (Clédat, p. 98). 
Inversement lui pour // féminin se rencontre dès le xi« siècle: 
N'ai plus enfant, lui (= la) vuelt malt onorer, 

Alexis, 43 (L). 
et au XIV? siècle : La seconde . . asemblee si fut entre lui (la Vierge) 



') Cf. lOrdre des mots, § 436. 



NON-EMPLOI ET REDONDANCE 45 

et Elisabeth sa cousine, Mir. de N. Dame, III, 79, n". XVIII. — Au 
xv« siècle lui l'emporte de plus en plus sur //, qui pourtant se trouve 
encore dans Pathelin: 

Le diable, en lieu de ly, A prins mon drap, 

Pathelin, 989. 
Quant au féminin, sous l'influence du pluriel eles (nom. et ace.) et 
du sujet ele, on voit apparaître ele comme régime du singulier. Frois- 
sart l'emploie couramment: pour elle aidier e remettre en Angleterre, 
III, 35. — L'usage décidera en faveur de lui comme datif, et d'elle 
comme accusatif. Mais on peut se demander si lui n'est pas une 
graphie pour //; en effet, dans le langage courant on fait entendre 
//, tout en écrivant lui *). 

71. Un dernier fait dû à l'analogie est la tendance 

leurs pronom gy'Q^ constate à donner à leur la marque du pluriel: 
personnel. ^ m r 

veu qu'il leurs avoit donné de passe-temps, Rab., I, 

XX, 17. — Mais cette forme n'a pas vécu longtemps. 

Pronom qui se ^2. Le pronom le, qui aujourd'hui reste invariable 
rapporte à un quand il se rapporte à un adjectif on à un substantif 

ou adjectif indéterminé, est variable dans l'histoire de la langue: 

indéterminé. Vous êtes satisfaite, et je ne la suis pas, 

Coin., Pompée, V, 2, 1576. 

Le voyant si sincère, je la suis aussi, Sév., VU, 103. 

Quoique condamné par les grammaires, cet accord se trouve aussi 
dans la langue actuelle: fai été calme . . Je \a suis plus encore ce 
matin, Bourget, Etape, p. 19. — fêtais folle, je ne la suis, ibidem, 
p. 285. 

Rem. Vaug., i, 87, tout en condamnant le pluriel les, dit, à propos du 
féminin la (je la suis, c. à. d. malade): .puisque toutes les femmes aux 
lieux où l'on parle bien, disent la et non pas le, peut-estre que l'Usage 
l'emportera sur la raison, et . ce ne sera plus une faute." Mais l'Académie, 
moins galante que Vaugelas, déclare: „on ne peut trop s'opposer à l'abus 
que les femmes font de la particule la." 

73. Une autre différence avec la langue actuelle, est l'emploi du 
pronom se rapportant à un substantif indéterminé, prédicat ou com- 
plément d'un verbe: Parce que je fais grâce volontiers, je m'attends 



^) Cf. Brunot, I, 422, et G. Rydberg dans Bausteine zar roman. Philologie, p. 369. 



46 PRONOMS PERSONNELS 

aussi de la recevoir, Balz., Lettr., VI, 14. — Tout est tentation à 
qui la craint: La Bruy., I, 180. 

N on - e m pi ci 

74. Le pronom neutre est souvent omis dans le second 
Non-emploi de , ' , 

le devant un terme dune comparaison: 

pronom au Qr sui si graime que ne puis estre plus, 

Alexis, 110. 
Puis pendant tout le moyen âge on ne met pas en général le, la, 
les devant un autre pronom au datif, surtout devant lui et leur: 
Et demande Fiaue a laver. 
Et cil qui (la) // dut aporter, 

Guill. le Clerc, Fergus, 8, 23 — 4. 
Si périssez bien\ Qui (le) vous desfant? 

Du chevalier au barisil, 205. 
Jurant le Dieu des Souris et des Ratz 
Qu'il (le) luy rendrait, 

• Marot (Darm., p. 178). 
Au xviK siècle le grammairien Oudin, Gramm. françoise, p. 107, 
trouve que la présence des pronoms le, la, les devant lui et leur 
rend les phrases presque vicieuses, „ encore que l'un et l'autre se 
puisse dire"; Vaugelas au contraire condamne l'omission de ces 
pronoms, Patru, Thomas Corneille et l'Académie sont de son avis. Il 
est vrai ,que Patru ajoute que dans le discours ordinaire on supprime 
communément le pronom. Aussi trouve-t-on dans les textes de nom- 
breux exemples du non-emploi tant devant lui et leur que dans les 
phrases comparatives: // faut vous avoir pratiqué autant que fay 
fait. Voit., II, 63; mais dans le même auteur: Je suis plus amoureux 
d'elle que vous ne me Y avez Jamais veu. II, 112. — Et aujourd'hui, dans 
le langage populaire: L'Enfant: f dirai à maman qu'il t'a embras- 
sée. — La Bonne: Si vous lui dites, fvous donnerai le fouet. H. 
Monnier.,'I, 487. 

75. Un autre cas de non-emploi du pronom se présente 
complément de quand deux verbes ont le même complément. En 

deux verbes, français moderne on ne peut supprimer le pronom que 
quand les verbes sont à un temps composé; dans l'ancienne langue 
on ne répétait pas le pronom même si les verbes étaient à un temps 
simple. Corneille dit encore: 



EMPLOI DU PRONOM RÉFLÉCHI 47 

Cet hymen rn'est fatal, je le crains et souhaite. 

Corn., Cid, I, 2. 
Mais l'Académie le blâme et Vaugelas, II, 232, dit que „ce n'est 
point escrire purement." 

Pléonasme ' 

Pronoms oui ^®' '^^ Comme nous l'avons vu plus haut '), l'ancienne 
annoncent ou langue se servait souvent du pronom sujet d'une façon 
un niemb^e^de ^^^P'^''^^- ^^ même chose arrive avec les pronoms 
la phrase, régimes: 

Tôt nostre vivre et tôt nostre mengier 
De cel autel le convient repairier, 

Raoul de Cambrai (Clédat, p. 128). 
Voici un exemple du xvi'^ siècle: dont fay déjà commencé à en écrire 
dans ces deux premiers livres, Délices de la campagne, 2. — Cet usage 
disparaîtra de la langue littéraire, quand la syntaxe deviendra plus 
rigoureuse, donc au xvii« siècle. 

b) le, en, y annoncent souvent une phrase substantive: 
Tu Vas vu comme elle m'a traité, 

Rac, Androm., II, 5, 644. 
y'en suis averti Qu'il a mis ordre à tout. 

Mol., Et, III, 5, 1158. 
Cet usage n'est pas inconnu au français moderne: Je le savais 
bien, qu'il n'insisterait pas. 

Pronom réfléchi-) 

77. En latin toutes les fois que le pronom de la 

Lutte entre soi ge personne se rapportait au sujet de la phrase, on 

se servait de s e, et, dans le discours indirect, s e 

rappelle même le sujet de la proposition principale: Dixit se mane 

venturum esse. 

Dans les langues romanes il faut, pour qu'on puisse employer le 
réfléchi, qu'il réfléchisse le sujet de la phrase même, et dans ce cas 
même l'emploi s'en est réduit de plus en plus. 

En effet, on trouve déjà dans la Sainte Eulalie: a hii nos laist 
venir, et dans le Roland: 



1) Cf. § 63. 

2) Cf. R. Wamecke, Die Syntax der betonten Reflexivpron. im Franz., 1908. 



48 PRONOMS PERSONNELS 

Mais lui meïsme ne volt mètre en obli, 

Roland, 2382. 

Au xiV siècle les exemples abondent: ne leur donnèrent que 3 heures 
de temps pour les confesser, Comm., X, 431. — Dans cette dernière 
phrase nous voyons que le pronom personnel tend même à s'intro- 
duire au lieu du pronom se atone, tendance qui se manifeste dès le 
xii« siècle: 

Sur pâlies blans siedent cil chevalier 

As tables juent pur els esbaneier, 

Roland, 111. 

On trouve même le pronom personnel se rapportant à un sujet 
indéterminé: Sy est mauvaise chose d'avoir flatteurs autour luy, 
Chev. de la Tour Landry, 149. — Inversement on rencontre le réfléchi 
pour le personnel: 

On ne trovast parel a II . . . 
Car rien ne durait devant soy, 

Froissart, Méliador, 325 — 6. 

Cette confusion va cesser peu à peu au xvi» siècle. En effet, le 
pronom se atone, qui n'avait jamais été menacé sérieusement, s'intro- 
duit même devant un infinitif et un gérondif, repoussant soi et quel- 
quefois lui, eux: Le premier refjuge est soy retournera Dieu . . . et se 
humilier devant luy Commines, Mémoires, I, 370. — Voici des exemples 
du xvi» siècle: Les Espagnols qui estaient en Italie se pourraient 
retirer où bon leur semblerait . . . dedans ung mois, et eux en aller 
dehors la duché, Journal d'un bourgeois de Paris, 26. — // luy 
convenait soy retirer et s'en aller hors de la ville, Ibidem, 217. — 
Au XVII' siècle soi a disparu, on trouve toujours se devant l'infinitif. 

La lutte -entre soi et lui, pronoms toniques, continue. Une faiblesse 
de soi est qu'il ne marque pas la différence de nombre. Aussi con- 
statons-nous que le pronom personnel s'introduit de plus en plus, 
surtout au pluriel. Si au xvi« siècle on trouve encore dans St. Gelais, 
I, 265: ■ N'ay ment que soy, ces phrases sont tout à fait exception- 
nelles au xvii« siècle: Des mérites qui n'ont rien de pareil à soi, 
Malh., I, 152. 

Rem. 1. Vaug., II, 269, dit i propos de soy; Ce pronom démonstratif ne 

se rapporte jamais au pluriel, si ce n'est quelquefois avec la préposition de. 

Rem. 2. Le hollandais connaît U même hésitation, cf.: OuweUoen woude 



I,ES PRONOMS EN ET Y 49 

hemselven verheffen in hooverdien, Den droefliken Strijt die opten Berch 
V. Ronceval in Hispanien geschiede, p. 2. 

Rem. 3. L'espagnol se lo doy à V(= je vous le donne), doit s'expliquer 
probablement comme le résultat d'une évolution phorif'tique. cf. Cuervo, 
Rom., XXV, 95 et 219. — En roumain l'emploi du réfléchi est très étendu: 
tnsu-si, tnsi-si = .lui-même, eux-mêmes." 

Les adverbes pronominaux en et y 

78. Les adverbes de lieu in de et ibi ont étendu peu 
en et y se 
rapportent à à peu leur emploi et ont fini par exprimer tous les 

des noms de rapports qu'expriment aussi les prépositions de et ab'), 
personnes. 

par exemple: inde reddo rationem, Anthimus, Epist. 

praef. ^). 

Ces deux petits mots renvoient en général à un nom de chose, 
souvent aussi à un nom de personne, de sorte que dans les vers 
du Roland, 3725 et 3729: 

Pitiét en at, sin ploret l'emperedre. 
Quatre contesses sempres i at mandedes, 
il est possible que les pronoms en et y se rapportent à Aide. 

Ils tiennent même la place des pronoms de la H et de la 2« per- 
sonne: // n'y a homme au monde qui soit à vous si véritablement 
que j'y suis, La Rochef., Lettres, IK, 138. — Vaugelas, I, 177, dit: „y 
pour lui est une faute toute commune parmy nos Courtisans". On 
trouve aujourd'hui dans la langue familière: fy pense, fy songe. — 
Vous comptez sur Madame Lebelly? — J'y compte beaucoup, Capus, 
Un Ange, I, 4. — Je connais un garçon élevé auprès de sa cousine. 
Il passa toute la première partie de sa carrière à n'y pas faire 
attention. Dans sa 35^ année il en tomba subitement amoureux, 
Hervieu, Bagatelle, I, 9. — Faudrait pas aussi que l'curé il s'aviserait 
de m' dire qu'ça y plaît pas, Benjamin, Gaspard, p. 62. — Ah! si 
je tenais la carne qui me l'a faite. Tu parles que j'y casserais la 
gueule, que j'y défoncerais la bide, que fy . . .-, Barbusse, Le Feu, p. 12. 

En pronom s'emploie: 

1) comme complément des verbes qui demandent la préposition de. 



') Cf. Schmalz, Grammatik der lat. Sprache, p. 629. — Voir le chapitre des 
prépositions, § 403 et suiv. 

2) De même hinc et unde: civitatem .... unde (= de qua) scriptum est 
dixisse Pharaonem ad Joseph, Peregrinatio, VII, 9. — Voir aussi les pronoms 
relatifs et interrogalifs dont et où, § 125 et suiv. 

SNEYDERS DE voOEL, Syntaxe historique. 4 



50 PRONOMS POSSESSIFS 

2) comme génitif possessif. 

3) comme génitif partitif 

Dans ces trois cas, il peut se rapporter à des noms de personnes 
jusqu'au xvii« siècle. Exemples: 1) Quant à moi, mon père, il faut 
en juger autrement, Pascal, Provinc, XVH. — Encore aujourd'hui 
dans la langue familière: Oest une jeune fille charmante. Je ne veux 
pas en dire du mal, Capus, Un Ange, I, 15 — Cf. la phrase de 
Hervieu, citée plus haut: // en tomba subitement amoureux^). — 

2) C'est un Jeune esclave l'âge en est de seize ans, Lafont., 

L'Eunuque, II, 1, 459. — On préfère aujourd'hui le possessif. — 

3) L'emploi du génitif partitif est toujours très vivant: /en ai vu 
plusieurs. — V'en ai mangé. 

On se sert encore de en d'une façon un peu vague, dans plusieurs 
locutions, mais l'usage n'en était pas très fixe au xvii« siècle, de 
sorte qu'on rencontre: // coûte, il est ainsi. — Puis Je mais. Mol., 
Misanthrope, III, 4. — // est des hommes, comme de ces animaux, 
Vaugelas, I, 366. — Cette omission du pronom est blâmée par le Père 
Bouhours, Patru, Th. Corneille et l'Académie. 

Rem. L'italien présente un emploi des plus curieux: les adverbes inde, 
ecce hic et ibi, qui donnent ne, ci et vi, y sont devenus les pronoms 
régimes de la le et de la 2e personne du pluriel: A rivederci. 



PRONOMS POSSESSIFS •■«) 

Observations ^^' ^^ '^^i" connaît les pronoms possessifs suivants: 
générales, meus, tuus, suus, noster et veste r. 

Toutes les fois que le rapport entre possesseur et objet possédé 
est assez clair, surtout quand le sujet de la phrase et le possesseur 
sont identiques, le latin ne se sert en général pas du pronom possessif. 
Pourtant en latin postclassique la tendance se manifeste de plus en 
plus à mettre partout le pronom (librum perdidi > meum 
H bru m perdidi), mais aujourd'hui encore il y a des cas où le 



') Egalement en italien: Mi dissi che spesso gli parlavi di me, e che ier Faltro 
glien' hai scrilto, Foscolo, Ultime lettere di J. Ortis. 

2) W. Kramer, Die Syntax des Possessivpronomens im Fram.. Diss. Gôltingen, 
1905. — Meyer-LQbke, Grammaire des langues rom., III. § 72—84. — A. F. Hôring, 
Zur Oeseh, des Possessivpronomens Im Franz., Diss. Heidelberg, 1912. 



FORMES TONIQUES DU PRONOM POSSESSIF 51 

rapport possessif n'est pas exprimé (je lève les yeux), ou est exprimé 
d'une autre façon (je me lave les mains). 

Par suite de cet emploi régulier le pronom est tantôt accentué tantôt 
inaccentué et on obtient donc en français, grâce à l'évolution phonétique 
des mots, deux séries de formes: les pronoms toniques et les pronoms 
atones. Les formes ma, ta, sa, qui en vieux français s'élidaient 
régulièrement devant une voyelle, ont été remplacées dans cette 
position par mon, ton, son, surtout à partir du xiv<= siècle, grâce, 
sans doute, à l'analogie de mots comme bon: en effet, la prononciation 
ne distinguait pas bon ami de bonne amie (bbnami au moyen âge); 
m'amie et faire des mamours sont des traces de l'ancienne con- 
struction. 

Formes toniques 80. Les formes atones sont de simples adjectifs, qui, 
et formes atones, en latin, se placent tantôt devant, tantôt après les 
substantifs: pater noster ou noster pater, mais qui, en 
français, les précèdent toujours, parce que cette langue ne connaît 
plus guère l'enclise; cf. L'Ordre des mots, § 438. 

Les formes toniques s'emploient: 1) comme attribut, — 
2) comme prédicat, — 3) comme substantif. 

1) comme attribut, le pronom possessif se trouve à l'époque 
la plus ancienne employé sans article: par soue clementia, Eulalie, 
29. — Mais quand l'article est devenu général, le pronom se construit 
presque toujours avec un autre déterminatif: 

Tant mar i fu la seue grant beauté, 

Prise d'Orenge, 258. 
Fors por faire chevalerie 
A ciaus de la vostre maisnie, 

Tristan Ménestrel (Romania, XXXV). 
Et n'appréhendez plus V interruption nôtre, 

Mol., Dépit amoureux, II, 6. 
Cette mienne épée 
Dans son infâme sang allait être trempée, 

La Fontaine, Le Florent., se. 3. 
Quelque sien voisin, depuis peu de retour. 
L'avait vu plein de gloire et fort bien en la cour. 

Corn., D. Sanche, V, 7. 
Deux siens voisins se laissèrent leurrer, 

La Fontaine, Contes, III, 3, 30. 



52 PRONOMS POSSESSIFS 

Un sien fils écolier, qui se nommait Horace, 

Mol., U Etourdi, IV, 1. 
Aujourd'hui, on ne place plus le pronom accentué devant le sub- 
stantif, excepté un mien ami, un sien cousin, employés surtout dans 
le style familier. 

Rem. Vaugelas, II, 64, mien, tien, sien: „Ces trois pronoms ne se mettent 
plus dans le beau stile de la façon qu'on avoit accoustumé d'en user; p. 
ex. on disoit autrefois, comme le disent et Tescrivent encore aujourd'hui 
ceux qui n'ont pas soin de la pureté du langage, un mien frère, une tienne 
sœur, un sien amy. Mais on ne s'en sert plus ainsi, et si l'on demande, 
comme il faut dire, on respond que, s'il y a plusieurs frères, il faut dire, 
un lie mes frères, et s'il n'y en a qu'un, mon frère; de mesme une de tes 
sœurs ou ta sœur, un de tes amis ou ton ami." — Pourtant dans une 
remarque posthume, Vaugelas, 11, 452, admet à la mienne volonté, ,dont 
M. Coëffeteau use souvent." 

81. 2) Comme prédicat: // puet bien estre que li eritaiges est 
vostre, Joinv., 676 — 77. — Cette construction est d'un usage constant 
au moyen âge; au xvi^ siècle pourtant les grammairiens Palsgrave et 
Garnier exigent que le pronom possessif tonique soit remplacé par 
le pronom personnel précédé de à: Palsgrave, p. 346, traduit ail is 
ours par tout est à nous. On voit les deux constructions dans la 
phrase suivante de Rabelais: Voire mais, ce champ n'est pas tien, 
// est a moy et m'appartient, II, 427. 

Malgré la protestation des grammairiens, notre construction s'est 
maintenue longtemps et on en trouve encore aujourd'hui des traces: 
Je suis tout vôtre; Cette idée me parait juste, je la fais mienne; 
être, devenir, rester, faire, dire, regarder comme sien (jamais leur). 

82. 3) De tout temps, le pronom tonique a été employé comme 
substantif: J'ai vu les vôtres, y mettre du sien, faire des 
siennes, etc. 

Cet emploi substantif du pronom s'est même étendu au détriment 
de l'emploi adjectif. En effet, en vieux français deux possessifs 
pouvaient précéder un seul substantif, p. ex.: le mien et tien père, 
tandis qu'on dit aujourd'hui mon père et le tien, où le second pronom 
est substantif. 

De même que dans cet exemple un seul substantif est accompagné de 
deux pronoms, on trouve fréquemment un pronom déterminant plusieurs 
substantifs: ses domestiques, carosses, etc., construction qu'on rencontre 
d'ailleurs aussi avec l'article: les hommes et femmes de cette ville. 



LE PRONOM POSSESSIF DE LA TROISIÈME PERSONNE 53 

Un reste de cet emploi se trouve dans: ses père et mère, ses biens 
et revenus, à mes risques et périls, et, au singulier, dans: en mon 
lieu et place, en mon âme et conscience. 

Le latin aussi connaît la non-répétition du pronom : uti . . . oppidis 
suis vicisque exustis una cum ils profiscantur, Caesar, de bello 
galL, I, 5. 

83. La présence de deux séries de pronoms est un des 

la troisième traits les pIus caractéristiques du français, mais il y a 

personne. d'autres points sur lesquels le français se différencie 

du latin. 
En latin le pronom de la 3» personne s u u s était un pronom 
réfléchi comme s e, c.-à-d. qu'il se rapporte, en général du moins, 
au sujef de la phrase; dans les autres cas on se servait du génitif 
de i s. Ainsi on avait en latin classique: 

1) perdidit librum (suum) (son livre); 

2) perdiderunt libros (sucs) (leurs livres); 

3) perdidi librum eius (son livre); 

4) perdidi libros (eorum) (leurs livres). 

En latin postclassique on trouve, à côté d'autres constructions: 

1) perdidit suum librum; 3) perdidi illius librum; 

2) perdiderunt sucs libros; 4) perdidi illorum libros. 
Seulement, cet emploi réfléchi, qui ne vaut que pour la 3^ personne 

et non pour les deux autres, va se perdant de plus en plus: Meritis 
suis grattas referre volui. Corpus inscriptionum lat., IX, 5417, où 
le latin classique aurait mis meritis eius. 

Si donc de ce côté le pronom a étendu son domaine, d'autre 
part il a perdu du terrain, parce que illorum remplace peu 
à peu suos: le besoin de distinguer le pronom singulier du pronom 
pluriel s'accentue, celui de distinguer le pronom réfléchi du pronom 
ordinaire, ne se fait plus sentir. Nous avons constaté la même ten- 
dance dans le pronom personnel, mais là le réfléchi a su se maintenir 
dans une certaine mesure (voir § 77). 

Nous avons donc obtenu pour la période préromane en France: 

1) perdidit suum librum-, 3) perdidi suum librum; 

2) perdiderunt illorum libros; 4) perdidi illorum libros. 

Le génitif illorum a donné leur en français, mais il a perdu son 
sens primitif et est devenu adjectif possessif comme les autres, au 
point qu'à la fin du xiii' siècle il prend même \'s du pluriel, sans en 



54 PRONOMS POSSESSIFS 

arriver pourtant à prendre également la marque du féminin: *leures 
femmes, comme meilleurs est devenu meilleures. 

La vieille langue présente encore quelques exemples où son se 
rapporte à un possesseur au pluriel: 

Li soleil e la lune perdirent ses clartez, 

Alexandre le Grand, 23. 
Mult est de malvais hommes qui onkes ne font bien, 
Altrui talent le lor et poi donet del sien. 

Poème moral, 72b '). 

Rem. 1. Cette construction, que l'ancien italien et le rhélo-roman con- 
naissent aussi, s'est maintenue en espagnol et en portugais: suyo et su se 
rendent en français par son ou par leurs. De même en provençal moderne et en 
italien populaire: Ansin li bèus enfant .... Dins l'innoucènci de soun âge 
(= de leur âge). Mistral. Mireille, 11, p. 60 (éd. Charpentier); si dos amo 
(= leurs deux âmes) soun partido, ibid., p. 72. — Lo scandalo di que' villeg- 
gianti col su' /igliolo, R. Fucini, Le veglie di Neri, p. 58 (Hoepli). 

Rem. 2. On n'a pas senti le besoin de distinguer le possesseur féminin 
d'un possesseur masculin, ou. si on l'a senti, on s'est servi d'une périphrase: 
// suppliait Angélique de combler ses vieux et ceux de son père à elle, 
A. Karr, Cf. §§ 67 et 81. 

Pronom ^' Comme il est très naturel d'exprimer la possession 

possessif et par un génitif possessif, la langue a longtemps dit de 
■ pronom per- ,.,,,, , i- » - j • j » 

sonnei au '"'. " "'^> comme en latm, et même de moi, devons, etc^- 

génitif. L'anme de tei en paredis seit mise, 

Roland, 2934. 
Se la corteisie seilssent 

Et la grant proesce de lui, 

Ctirétien, Chev. au Lyon, 4022. 

et au xv» s.: Mais se la fille s'esjouyssoit de sa portée, la mère 
d'elle en avoit à cent doubles joyes. Cent Nouv. nouv., XIV. p. 120—21. 

Cette construction exprimait, à l'encontre du latin, la même idée 
que le pronom possessif. Mais par suite de cette circonstance, elle 
n'était pas nécessaire et son emploi s'est donc restreint de plus en 
plus à des cas où elle était utile pour éviter une équivoque ou pour 
mettre en évidence le pronom. Au xvii« siècle, on ne trouve le génitif 
possessif que dans ce cas-là, ou coordonné avec un substantif au 
génitif: Je me rends donc sans résistance à la merci d'elle et du sort, 



') Cf. Tobler, II, p. 91 et 92. 



SENS OBJECTIF DU PRONOM POSSESSIF 55 

Malh., I, 131, 38. — // tira l'épée pour la frapper, si les frères A' sWt 
ne l'en eussent empêché, Vaugelas, Quinte Curce, VIII, 3. 

Quelquefois on trouve un emploi périphrastique du pronom pos- 
sessif, combiné avec la construction du génitif: Elle ot III filles de 
III barons dont lor nons vos nomerai, Rom., XXXI, p. 262, con- 
struction plus fréquente encore en provençal et en catalan, et naturelle- 
ment en espagnol et en portugais, où l'ambiguïté du sens de suyo 
et de su la rend souvent nécessaire: sus cartas de ella --= „ses 
lettres", et non: „Ieui;s lettres" '). 

Aujourd'hui, si l'on veut appuyer sur le possesseur, on fait précéder 
le substantif par le pronom possessif et on le fait suivre par le 
pronom personnel accompagné de la préposition à: mon opinion à 
moi, ou on intercale propre: ma propre expérience. 

85. Nous avons dit plus haut que le pronom possessif 

possessif et s'introduit là où le latin classique ne s'en sert pas, 

article. quand le possesseur et le sujet sont identiques. Ainsi 

on trouve le pronom même dans des phrases comme J'ai mal à ma 

tête à côté de la construction avec l'article: 

Vers terre tint le chief anclin, 

Chrétien, Chev. au Lyon, 3962. 

Sens du pronom 86. Comme en latin, le pronom possessif peut avoir 
possessif. le sens d'un génitif objectif; dans aller à sa ren- 

contre, à son secours, le pronom indique une personne qui est le 
complément direct de rencontrer et de secourir. Si nous désarmons, 
le roi nous mesprisera, nostre mespris (= le mépris qu'il aura pour 
nous) le donnera A nos ennemis . . ., d'Aubigné (Darm., p. 88). 

On trouve également le pronom devant des substantifs qui n'expri- 
ment pas une action transitive: Ma promesse, „ce qu'on m'a promis", 
mon dû, „ce qu'on me doit", mes injures, „les injures qu'on m'a 

faites." 

Je ne cherche point à venger mes injures, 

Rac, Athalie, II. 5. 

Dans d'autres cas, le pronom exprime toute sorte de rapports: à 

mon intention, à mon endroit, en sa mémoire, avoir de ses nouvelles, 

cela sent son rhéteur, etc. La vieille langue était plus libre que la 

langue actuelle, pourtant on trouve encore aujourd'hui beaucoup 



') Cf. Tobler, II, p. 89 — 90. 



56 PRONOMS DÉMONSTRATIFS 

d'exemples. Qu'on se rappelle: à sa suite, en son honneur, à son 
égard, â ma vue, sauf votre respect^). 



Valeur démon- 



PRONOMS DEMONSTRATIFS «) 

OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

87. Les pronoms démonstratifs désignent en premier 
stratlve et lieu une personne ou une chose par un geste: quand 
déterminative. q„ ^jjj. ^^ Uvre-ci et ce livre-là on indique du doigt 
le livre voulu. Ce geste pourtant peut manquer souvent: notamment 
quand on parle de deux substantifs déjà nommés, la désignation 
reste précise sans qu'on les indique du doigt: Mon frère a lutté avec 
le voleur, celui-ci a pourtant réussi à s'échapper. Dans nombre de 
cas ensuite, où l'on n'oppose pas deux personnes ou deux choses, p. ex. 
ce livre me plaît, le sens démonstratif s'efface un peu, et le pronom 
adjectif se rapproche du sens de l'article {le livre me plait), le 
pronom substantif de celui du pronom pe^sonne^ //. 

Une des conséquences de cet effacement du sens démonstratif 
précis est le besoin qu'on a souvent de le mieux déterminer. Dans 
celui qui a fait cela le pronom à lui seul n'exprime rien, c'est au 
fond la phrase relative qui est chargée d'exprimer la pensée. Le 
français a un pronom spécial pour cette valeur déterminative; c'est 
le pronom celui, celle, ceux, celles, là où le hollandais se sert souvent 
des pronoms personnels hy die, zy die (à côté de degene, wie). 
Quand au déterminatif adjectif, c'est l'article défini ou indéfini: 
l'homme (un homme) qui n'est pas content . . . 

Nous verrons que l'histoire du pronom démonstratif consiste pour 
une bonne part dans l'effacement du sens démonstratif, dans le 
passage du pronom démonstratif au pronom personnel, à l'article, au 
pronom déterminatif, d'un côté; et de l'autre, dans la création de nou- 



') Tobicr II, 10, Possessive Adjektiva in sellneren Venvendungsarten. 

') A. Qieseke, Die Demonstrativa im Altfr. mit Einschluss des XVI Jahrh.. 
Diss, Rostock, 1880. — E. Lemme, Die Syntax der Demonstrativpron. im Altfram.. 
Diss. Roslock, 1 906. — Ch. E. Mathews, CIst and Cil. a syntactlcal study. Baltimore 
1907 (cf. Rom., 1909, p. 176). — Cl. L. Meader, The latin pronouns is, hic. isie, 
ipse, a semasiological study, N.-York, 1901. 



FORMES SIMPLES DU PRONOM DÉMONSTRATIF 57 

velles formes destinées à remplacer les pronoms dont le sens précis 
s'affaiblit. 

Is, i d em, i p s e 

88. On range en général parmi les pronoms démonstratifs: i s, 
idem, i p s e. 

Constatons que les deux premiers ont disparu. Dès le latin vulgaire 
une confusion se produit entre hic, is, iste, ipse, ille, ce qui indique 
qu'on ne sent plus la valeur précise de ces mots: c'est ille qui en 
français va prendre les fonctions de i s, et un composé de ipse 
celles de idem. En effet ipse, qui sous la forme de es se trouve 
en vieux français dans quelques locutions plus ou moins figées, s'est 
soudé au mot met, primitivement suffixe, (egomet ipsimus 
devient donc ego metipsimus), pour former le mot metip- 
s i m u s > même, puis, employé avec l'article {le même), il a la valeur 
exprimée en latin par idem, passage de sens qu'on retrouve dans 
plusieurs autres langues et qu'on constate d'ailleurs déjà en latin 
postclassique: Exurgit inlerea sub ipso tempore Cyrus = vers la 
même époque, Commodien, Carmen apoL, 823. 

H i c, i s t e, i 1 1 e 

89. Les vrais pronoms démonstratifs sont: hic, iste, ille, qui 
signifient: „près de moi, de toi, de lui"; iste qui se rapporte à la 
personne adressée, prend souvent une nuance dépréciative, pour 
ille, au contraire, l'éloignement lui donne parfois un sens laudatif: 
quand Cicéron lance un iste homo à son adversaire, ce n'est 
sûrement pas pour le flatter; Alexander ille par contre signifie: 
ce grand, ce célèbre Alexandre. 

De ces trois pronoms hic disparaît de la langue, et iste est 
chargé de remplir ses fonctions: dans les Gloses de Reichenau, 836, 
837, on lit ab his, ab istis; ab oc, ab isto. Dès lors, la 
division en trois, que le latin classique connaissait, disparaît; iste 
et ille indiquent le rapprochement et l'éloignement. Enfin pour 
maintenir la valeur démonstrative qui s'use, on a ajouté en latin 
vulgaire l'adverbe e c c e, voilà. 

A. FORMES SIMPLES 

90. Le neutre hoc pourtant est resté. Seulement, par suite de 
l'effacement du sens dont nous avons parlé plus haut, il indique d'une 
façon assez vague une chose connue, ou il annonce, comme pronom 



58 PRONOMS DÉMONSTRATIFS 

déterminafif, ce qui va suivre. On le trouve: a) après une préposition, 
soit sous la forme accentuée, soit sous la forme atone: pro hoc > 
poruec; a b hoc > avuec >); sine hoc > sinuec; — poro, Ste 
Eulalie, 18. — /no quid mi altrezi fazet, Serments (,à condition qu'il 
m'en fasse autant") — b) comme complément d'un verbe: Sempre 
fist bien o que et pod, St. Léger, 40. — Faites o tost, Sponsus, 77. 
— o je, tu, o il, o nos, o vos, o il, locutions dont oïl reste seul 
comme particule affirmative. 

Mais les cas où on sent hoc encore avec la valeur pronominale 
sont extrêmement rares et ne se trouvent que dans les monuments 
les plus anciens de la langue. Ce sont les fonnes renforcées ço et 
iço qui l'ont supplanté. 

91. Des deux autres pronoms iste et i 1 1 e, le seconda com- 
plètement perdu son sens primitif; en français il ne se rencontre 
guère que comme pronom personnel ou comme article. Pour les quel- 
ques cas où il a gardé un peu de sa valeur primitive, cf. § 8 et § 62. 

Le pronom iste, par contre, est passé en gallo-roman, et il a 
encore sa valeur démonstrative dans les plus anciens textes français : 
rf'Ist di en avant, „à partir de ce jour-ci, d'aujourd'hui". Serments. 
S'or me conoissent mi parent «feste terre, 

Alexis, 204 (ms. P.). 

B. FORMES RENFORCÉES AVEC ECCE 

92. Comme on le voit, les formes simples sont relativement rares et 
ne se trouvent qu'à une époque très ancienne, qui ne dépasse pas 
le xii» siècle. De bonne heure il semble qu'on ait senti le besoin 
d'indiquer plus énergiquement la personne ou la chose dont on parle 
par l'adverbe ecce, cf. le hollandais: deze hier, die daar. Ainsi 
Apulée (II* siècle) dit: Quamquam omnis illa tum foeda animi muta- 
tio . . . non ipsi vitio vortenda sit, sed socero eius eccilli Herrennio 
Rufino, De Magia, cap. 74 (= „son beau-père que voilà"). 

Les combinaisons ecce hoc, ecce iste, ecce ille ont fini 
par supplanter les pronoms simples. 



Ecce hoc> iço, ço, ce 
le pronom a de nouveau, 
ancienne, perdu son sens nettement démonstratif. Il 



93. Ce pronom a de nouveau, dès l'époque la plus 



') Cf. Meyer-LQbke, Romanisches Elymologisches WOrUrbuch, s.v. 



LES PRONOMS CE ET IL 59 

peut donc avoir à peu près le sens du pronom personnel neutre el < 
i 1 1 u d, qui est extrêmement rare, et de la forme masculine du pronom 
personnel //, qui, dans les vieux textes, a pris la fonction du neutre; 
// entre en lutte avec ce et c'est l'histoire de cette lutte que nous 
devons étudier d'abord '). 

Aujourd'hui ce rappelle le sujet: Vous avez raison, c'est évident, 
ou bien il l'annonce, quand il y a inversion: C'est un beau pays que 
la France. On le trouve déjà dans VAlexis: 

Ço fut granz duels qued il en démenèrent, 

Alexis, 104. 
Ce que je vos vol plorer, 
Me fet grant mal et grant enui. 

Chrétien, Erec. 2762. 
Mais l'emploi n'en est devenu régulier qu'à partir dU'Xiii« siècle: 
Mais ce me fait trop esmaier. 
Quant nous morrons, qu'Amors sera finee, 

Thibaut de Champagne (Clédat, p. 347). 
C'est mes solaz et mes confors. 
Que de mon filz et de ma fille, 

Méon, N. Recueil de fabliaux, II, 247. 361. 
C'est vers la même époque que le pronom // se trouve avec le 
même sens: 

Aude penrai, se il vos vient a gré, 

Girard de Vienne (Clédat, p. 95). 
Dex ne fist beste qui tant ait poesté, 
Se il trait et il // vient a gré, 
Que ne le prenge tôt a se volenté, 

Huon de Bordeaux (ibid., p. 50). 
Cet emploi démonstratif de // se retrouve aux xvi^ et x\i\^ siècles 
(cf. § 59): on rencontre souvent il, là où aujourd'hui on se servirait 
de ce et inversement: Quoique c'en soit, construction que Vaugelas, 
I, 438, admet à côté de quoiqu'W en soit plus usité. 

Aujourd'hui l'emploi de il est très restreint, on ne s'en sert que 
s'il est le sujet du verbe être + adjectif et suivi d'une phrase sub- 
stantive: // est heureux qu'il soit parti et dans quelques expressions 
comme: // est temps, il est dix heures. Pourtant même dans ces cas 
la langue parlée remplace souvent // par ce, ou même par cela, ça, 
cf. § 100. 

1) Cf. cela, § 91. 



60 PRONOMS DÉMONSTRATIFS 

94. Idem velle atque idem nolle, ea demum vera 
Ce SUIVI d un 
prédicat sub- amicitia est, „c'est là la vraie amitié". On voit qu'en 

stantif. ]a|jn jg pronom s'accorde avec son prédicat. Si on 

retrouve parfois la même construction en français, elle est due sans 

doute à une influence directe du latin: ciz estait vrais Fiz Dieu, 

Joinv. 797 {vere Filius Dei erat iste, S. Mathieu, XXVIl, 54). 

Mais le latin vulgaire a remplacé en bien des cas le pronom décliné 

par le neutre hoc: hoc est casa cum curte circumcincte, P. Meyer, 

Recueil d'anc. textes, I, p. 9, et c'est cette construction que le français 

a conservée. 

Les tournures ce suis je, c'es tu sont devenues par l'analogie de 
la troisième personne: c'est moi, c'est toi. 

On sait que l'accentuation suffit au latin, comme au hollandais, si 
l'on veut mettre en évidence une partie de la phrase. Le français 
aime à se servir dans ce cas du verbe être précédé de ce, construction 
qu'on trouve dès l'époque la plus reculée: 

C'est sa mercit qu'il nos consent l'onor, 

Alexis, 73. 

Puis ce s'est introduit devant être pour rappeler un sujet un peu 
éloigné: Ce que j'aime le plus, ce sont les cerises. Cet usage con- 
staté par Vaugelas, I, 413, n'est pourtant pas appliqué rigoureusement 
par les grands auteurs du siècle: Ce qui plaît aux hommes, sont 
ses lumières, Pascal, Pensées, II, 51. — Ce qui me semble ici bien remar- 
quable est que de toutes choses il n'y en a aucune Descartes 

Médit., IV. — Quand le sujet et le prédicat sont des infinitifs, la lan- 
gue a longtemps hésité: Travailler c'est vivre, Vivre n'est pas manger. 

Relevons encore la tournure interrogative est-ce que '), qui se 
rattache au même cas et qui a pris une extension considérable, parce 
qu'elle laisse à la phrase sa tournure habituelle, cf. § 439. 

95. Aujourd'hui ce ne sert de sujet qu'au verbe être et à sembler 
et paraître: ce me semble. L'ancienne langue s'en sert régulièrement 
avec d'autres verbes: 

Ce poise moi, sire, dist Oliviers, 

Girard de Vienne (Clédat, p. 92). 
et alors le pronom annonce souvent une proposition substantive: 



>) cf. Tobler, II, I et suiv. 



CE, CECI ET CELA 61 

Ço peiset mei que ma fin tant demoret, 

Alexis, 92. 
Mais, comme cela est naturel, le pronom sujet n'est pas toujours 
exprimé à cette époque, cf. § 60. 

Rem. L'adverbe cependant formait primitivement une locution absolue 
dans laquelle ce remplissait la fonction de sujet- 
Pronom ce ^- L'emploi de ce régime est très étendu dans la 
comme régime, vieille langue; aujourd'hui il n'est plus vivant. Si on 
trouve encore parfois dans les auteurs des tournures comme: pour ce 
faire, ce disant, ce dit-il, sur ce, et ce, ce sont des archaïsmes. 
Vaugelas condamne déjà ce dit-on et l'Académie approuve ce juge- 
ment, Corneille corrige partout ce dit il, sauf dans: 

L'amour n'est, ce dit-on, qu'une union d'esprits, 

D. Sanche, III, 4. 
Pourtant les phrases avec ce ne manquent pas au xvii« siècle: En 
ce faisant, ils obtiendront pardon général de toutes leurs fautes, 
Balzac, Prince, XXVII. 

Ce annonçant 97. Comme régime, aussi bien que comme sujet, le 
"b^ d "^^ée pronom ce peut annoncer une phrase qui suit: 
Quant il ço sourent qued il foïz s'en eret, 
Ço fut granz duels qued il en démenèrent 
E granz deplainz par tote la contrede. 
Ço dist H pedre: Chiers filz corn t'ai perdut, 

Alexis 103-106. 
Quand ce annonce la phrase commençant par que, il y a une 
tendance à rapprocher le pronom de la conjonction: Quand H rois 
Philippes vei ce que perdre H convenoit Calais, Froissart. — Cf. aussi 
la phrase à'Erec citée plus haut § 93. 

Cette construction est souvent bien commode pour empêcher la 
rencontre de deux que: 

Mieulx ayme estre despouillez .... 
Que ce que eusse laissez ma peaul, 
Passion d'Autun (Journ. des Savants, 1906, p. 489). 

98. Souvent la phrase subordonnée est sous le régime d'une 
préposition. Dans ce cas il y a deux possibilités: on trouve la prépo- 
sition immédiatement suivie de que, ou bien séparée de jai par le 
pronom ce. 



62 PRONOMS DÉMONSTRATIFS 

Ne H estuet ostel changier, 
Por qu'o«5/ auques a mangier (= „pourvu que"), 

Rom. de Renart (Clédat, p. 106). 
Sortent mil graisles por ço que (= .pour que") plus bel seit, 

Roland, 1004. 
Ainsi on trouve sans ce que, avec ce que, à cause de ce que, de 
ce que *). 

Aujourd'hui la langue a fait un choix: à ce que, de ce que, en ce 
que, parce que, à côté de : pour que, sans que, où le pronom manque. 

99. Outre ces cas, le pronom ce se trouve comme antécédent 
d'un pronom relatif: 

Ço nos dirai qu'enz troverat escrit, 

Alexis, 370. 
„il nous dira ce qu'il trouvera écrit là-dedans". — Tai fait ce qu'iV 
m'a demandé, j'ai répondu à ce qu'// m'a demandé. 

L'emploi de ce pronom s'est même introduit là où primitivement 
il y avait un pronom interrogatif: Je lui ai demandé ce que c'était 
pour que c'était. 

Ceci ef cela '^' ^^""^ distinguer ce qui est proche de ce qui est 
éloigné on a ajouté en moyen français les adverbes 
ci et la, qui, à l'origine séparés du pronom, ont fini par s'y souder, 
en formant avec lui un tout inséparable, et cela est même devenu 
monosyllabique dans la langue parlée: ça. 

Mais l'usure dont nous avons parlé continua à exercer son influence 
sur le pronom cela: le sens d'éloignement se perd de plus en plus; 
il a pris le même sens peu précis qu'a le pronom ce. Aussi le sup- 
plante-t-il de plus en plus, et aujourd'hui, nous l'avons vu, le pronom 
ce ne s'est guère maintenu que comme sujet du verbe être; dans 
toutes ses autres fonctions, de sujet aussi bien que de régime, cela 
et ça ont fini par prendre sa place: Cela me plaît, j'ai entendu cela; 
la langue familière s'en sert même pour le pronom // devant les verbes 
impersonnels: Ça pleut bien, ça tonne, ça fait grand vent (cf. en 
hollandais: Dat régent flink); elle l'emploie même souvent par 
rapport à des noms de personnes: Cest des femmes qu'çA ne pense 
qu'à faire le bien, Benjamin, Gaspard, p. 207, (cf. § 128 et suiv.). 

') Cf. § 3,16. 



ciST, c l; cestui, celui 63 

L'adverbe peut encore parfois être séparé du pronom : Ce n'est pas 
là ou ce n'est pas cela (jue je demande, et après la préposition de 
et par l'adverbe remplace souvent le pronom: c'est par là qu'il a 
réussi. 

Ecce iste et ecce ille 

Valeur de cisi 101. Nous avons vu qu'après la disparition de h i c 
et de cil. le pronom i s t e a pris sa fonction. En vieux français 
cist exprime donc le rapprochement et cil l'éloignement. De ces deux 
pronoms, le premier a le sens démonstratif le plus précis, mais 
quoique plus tard que cil, il le perd pourtant en moyen français; 
si on veut préciser, on ajoute ci à cist et la à cil, puis on finit par 
dire même cist la et cil ci en oubliant complètement le sens primitif 
des pronoms. A l'époque où cil et cist éveillent tout à fait la même 
idée, un des deux devient superflu et aurait certainement disparu de 
la langue, si une autre distinction ne s'était pas établie entre les 
deux formes. En effet, tandis que, en latin comme en vieux français, 
cil aussi bien que cist s'emploie tantôt comme substantif, tantôt 
comme adjectif, il se manifeste dès le xii*^ siècle une tendance à 
réserver à cil la fonction substantive, à cist la fonction adjective. 
C'est cette tendance-là qui a sauvé un des pronoms de la mort 
inévitable. 

Cette même tendance a eu une autre conséquence: on sait que 
l'ancien français connaît deux formes pour le régime: cestui et cest. 
celui et cel, la première fortement, l'autre plus faiblement accentuée. 
Or, la langue a gardé pour l'adjectif la forme faible cest, en rejetant 
cestui, pour le substantif la forme forte celui, en laissant tomber cel. 

Emploi substan- 1^2. Citons quelques exemples qui prouvent que 
tif et adjectif. dans la vieille langue les deux pronoms s'emploient 
aussi bien comme substantif que comme adjectif: Cist meon fradre, 
„mon frère que voici". Serments. — Combien de maux se firent par 
le péché de cette-ci, Marg. d'Angoulème, Hept.. 1. — La ferveur de 
tes études requérait que de longtemps ne te revocasse de cestuy 
philosophicque repous, Rab., I, 29. 

Cettui me semble, à le voir, papimane, 

La Fontaine, Contes, IV, 5, 20. 
Les moutons de ce pays-là sont plus mauvais que les loups de 
cettui-ci, Balzac, Lettres VI, 24. 



64 PRONOMS DÉMONSTRATIFS 

Ad icel mot l'uns a l'altre at clinét, 

Roland, 2008. 
La reine primes comance, 
Qui de rien n'estoit en dotance 
Qu'il ne s'amassent ambedui. 
Cil celi et celé celui, 

Chrétien, Cligès, 2269. 
Celuy home deit estre mis en la prison dou vesque, Assises de 
Jérusalem, n". 134. — Le pauvre homme luy respondit quHl semait 
celluy champ de touzelle, Rab., 11, 427 (Marty-Lav.). 
Témoin trois procureurs dont icelui Citron 
A déchiré la robe, 

Rac, Plaideurs, III, 3. 
Enfin on reconnaît encore celle dans la locution à seule fin. 
On peut affirmer que l'emploi de cettui et de celui comme adjectif 
est archaïque dès le xvii« siècle, de même que celui de cette-ci comme 
substantif; le langage du Palais, archaïque s'il en fut, a encore gardé 
les vieilles formes icelui et icelle. 

103. Les pronoms celui, celle, ceux, celles demandent 
Celui devient *^ 

pronom encore qu'on les traite a part. 

déterminatif. Tandis que l'adjectif ce garde toujours un peu de sa 
valeur démonstrative, celui à lui seul ne peut plus indiquer une 
personne déterminée, il est devenu pronom déterminatif et joue alors 
à peu près le même rôle que l'article avec un substantif: Celui qui 
trahit sa patrie = Vhomme qui trahit sa patrie. 

11 lui faut les adverbes ci et là pour ravoir toute sa force démon- 
strative. Ceci n'était pas le cas dans la vieille langue: le vers de 
Cligès cité au paragraphe précédent prouve abondamment que celui 
à lui seul pouvait suffire à indiquer la personne voulue. Il a gardé 
cette force jusqu'au xv» siècle; au siècle suivant Meigret rejette celui 
l'a inventé et réclame cettuy-ci Ta inventé, Tretté, 55'. — Ax)ec 
celuy se festoya le grand empereur Alexis, Le Maire des Belges, 
Illustations, 20. 

104. Comme pronom déterminatif on se sert actuelle- 

Celul pronom '^ 

déterminatif en ment de celui: 
français moderne. ] ) devant un génitif possessif pour repré- 
senter un substantif connu: La bicyclette de mon frère et celle de 
son ami sont également solides. 



EMPLOI DU PRONOM DÉTERMINATIF CELUI 65 

Comme le latin ne possédait pas de pronom déterminatif (seul i s 
•s'en rapproche parfois), il répétait le substantif ou bien il l'omettait: 
Plauti fabulis plus delector quant Terenti [fabulis]. 

La langue a gardé cette liberté jusqu'au xvii* siècle: Et mes piez 
fait isnels cum de cerf, Quatre Livres des Rois, 208. 

Mon père, trop sensible aux droits de la nature, 
Quitte tous autres soins, que de sa sépulture. 

Corn., Médée, III, 3. 
Cette province est un bel exemple pour les autres, et surtout de 
respecter les gouverneurs et les gouvernantes, Mme de Sév., IV, 207. 

De bonne heure pourtant on s'est servi du pronom i 1 1 e, renforcé 
ou non avec e c c e : a) E sewid les maies traces sun père et sa mère 
et les Jéroboam, Quatre Livres d. Rois, 342—343 (cf. § 8). — b) Se 
logea entre le flun de Damiette et celui de Rex, Joinv., 19L — Cette 
dernière construction est la construction actuelle, qui n'est devenue 
générale qu'au xviii^ siècle; au siècle précédent, Vaugelas n'approuve 
ni en vostre absence et de Madame vostre mère, ni en vostre absence 
et en celle de vostre mère; cf. pourtant la remarque posthume, II, 464. 

105. 2) devant un génitif marquant la provenance, le pronom 
indique les habitants, les gens de : 

Et cil de France le cleiment a garant, 

Roland, 1161. 
Ces de Moab mespristrent vers ces de Israël après la mort lu 
rei Acab, Q. Livres d. Rois, IV, 1, 1. — Les corsaires les ont autant 
redoublez qu'aucunes de la mer après celles („galères") braves de 
Malte, Brantôme, II, p. 36. 

Ceux d'aujourd'hui sans qu'on les flatte, 

Ont soin de s'y rendre savans, 

La Font., Contes, III, 7, 11. 
Ceux de Crotone ont perdu contre lui deux batailles, Fénelon, 
Télém., XI. — Encore aujourd'hui : ceux de la ville, ceux de Paris. 

106. 3) devant un pronom relatif, le pronom est devenu de 
plus en plus usité. Si la vieille langue disait couramment: Qui m'aime, 
me suive, aujourd'hui, il faut ajouter, sauf dans des expressions figées, 
l'antécédent celui. Comme, dans la vieille langue, ce pronom était 
plus indépendant qu'actuellement, il y est souvent séparé du pronom 
relatif, et cette construction se retrouve même parfois au xvii« siècle : 

SNEYDERS DE VOQEL, Syntaxe historique. 5 



66 PRONOMS DÉMONSTRATIFS 

Celui vraiment les a perdus, qui les a estimés perdus, incontinent 
après les avoir donnés, Malh., II, 6 et 7. 

Vaugelas exige dans ce cas celui-là: Celui-là est homme de bien 
qui .... I, 446. — Celui-là est bon qui fait du bien aux autres, 
La Bruy., I, 169. — En revanche, on rencontre souvent au xvi* et au 
début du xvii« siècle, celui-là et celui-ci placés immédiatement devant 
la phrase relative, et avec une valeur déterminative: 

Le feu qui brûla Oomorrhe, 
Ne fut jamais si véhément 
Que celui-là qui me dévore, 

Voit., I, 27. 

Demandez à qui vous voudrez de ceux-ci qui vivent de brigan- 
dage .... s'ils ne seraient pas plus aises que Fargent leur vint 
d'autre façon, Malh., II, 108 i). 

Dans une phrase comparative après comme ou" dans une phrase 
négative, celui qui signifie une personne qui, personne qui et a souvent 
une valeur causale: Li cuens de la Marche, come cil qui ne le pot 
amender, Joinv., 207. — Ils marchaient en desordre, comme ceux 
qui (= parce que) cuidoient bien estre hors de tout danger, Mont., 

I, 45. — Elle vous parle comme celle qui n'est pas savante 

et elle vous écoute comme celle qui sait beaucoup, La Bruy., II, 92. 

Nid ad icel qui un sul mot respundet, 

Roland, 3540. 

// n'y eut celui qui ne s'intéressât à leurs maux, Vaugelas, 
Quinte-Curce, V, 5. 

Aujourd'hui encore on trouve des expressions comme: ///a/Y celui 
qui ne comprend pas. — Elle fait celle qui est sourde. 

Relevons que le pronom peut être séparé du relatif par un génitif 
partitif: Ceux d'entre vous, parmi vous qui ne veulent pas prendre 
part à Cexpédition, peuvent s'en aller. 

107. 4) le pronom est suivi d'un datif marquant une caracté- 
ristique du substantif représenté par le pronom : De quel homme 
parlez-vous? De celui aux lunettes d'or. 



') Il est évident qu'on a un tout autre cas dans des phrases comme: Cttt 
celui-là qui m'a blessé: arrttez-le: ici le pronom est nettement démonstratif et m 
sert pas d'antécédent à la phrase relative. 



PRONOMS RELATIFS 67 

La langue populaire admet encore d'autres prépositions. Brunot 
cite pour le xvii* siècle: vous mettrez les pelez, ceux sans peler, et les 
cornichons chacun à part dans des pots de gretz. On en met aussi 
dans le pottage à la chair, dans celui au bœure et à V huile. 

108. Celui suivi d'un participe passé appartient plutôt au 
style de commerce: Nous avons reçu ces marchandises de Londres 
et de Paris; celles expédiées de Londres sont arrivées ce matin 
seulement. 

Rem. La langue populaire place souvent l'article devant le pronom: Même 
les ceuss qui t'en veal'nt le plus, J . Rictus, Soliloques, p. 1 1 8 ; cf. en 
hollandais: degenen et même dedezen. 



Deux courants. 



PRONOMS RELATIFS 1) 

OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

109. L'étude du pronom relatif présente des difficultés 
particulières, provenant de sa nature double. En effet, 
il exerce deux fonctions: il remplace un antécédent (fonction de pronom), 
il introduit une phrase subordonnée (fonction de conjonction). Si l'on 
remplace la phrase: J'ai vu votre frère qui m'a fait part de votre 
bonheur par: fai vu votre frère et il m'a fait part de votre bon- 
heur, on verra clairement ces deux fonctions du pronom relatif. Or, 
dans toute l'histoire de ce pronom, on pourra remarquer deux courants, 
l'un populaire, l'autre plus savant, le premier qui tend à réduire le 
pronom à une seule forme invariable et à la seule fonction copulative, 
l'autre au contraire qui veut reconstruire de nouvelles formes, capables 
d'exprimer toutes les nuances désirables 2). La vieille langue, comme 
le langage familier, évite la succession de plusieurs propositions 
relatives en se servant d'une phrase indépendante: 



1) J. Korte, Die beziehungslosen Relativsàtze im Franz., thèse Gôttingen, 1910. 

K. de Jong, Die Relativ- und Interrogativpronomina qui und qualis im AU- 

franz., thèse Marburg, 1900. — Tobler, 1, 35, Cas de l'antécédent se réglant sur 
le cas du pronom relatif. 

î) Romania, XXVll, p. 175. Cf. §§ 128 et 131. 



68 PRONOMS RELLATIPS 

Lors convint que Pen esgardast 
Aucun qui les loges gardast. 
Et qui les fauteors preïst ... 
Ne nus ne X'ozast contredire, 

Jean de Meung (Clédat, p. 208). 

QUI. 

Réduction ^'O- ^^^^ '^ système de la déclinaison du latin clas- 

considérabie sique est ébranlé en latin vulgaire. La déclinaison finit 
des formes. , , . 

par se réduire à quatre formes: 

qui — nominatif 

c u i — régime indirect 

q u e m — régime direct 

Il y a même une tendance à ne conserver qu'une seule forme : servo 

meo quem mihi configio fecit '). — Quant au neutre, il semble que 

dans la langue parlée q u o d ait été remplacé peu à peu par Tinter- 

rogatif q u i d. 

Les quatre formes que nous venons de citer donnent en français 

cinq formes 

qui que, quel 

cui 

que 

Le neutre q u i d a donc donné deux formes, une atone, l'autre 

tonique; que m atone fournit que, la forme tonique aurait été quien, 

qu'on trouve en espagnol; en français c'est cui qui l'a remplacé: 

avec qui, aimez qui vous aime, (également dans l'interrogation qui 

cherchez-vous?) Et nous verrons dans la suite que le français connaît 

encore un autre pronom inconnu au latin lequel, puis deux adverbes 

relatifs dont et où, enfin les relatifs indéfinis quiconque, quelconque 

empruntés au latin. 

111. La même tendance que nous avons constatée en 

que comme , .. . ■ . x ■ • , - 

nominatif. '^*'" vulgaire se retrouve en français; que s emploie 

fréquemment pour qui: L'empereor de Rome que païens 

estoit, Joinville; — chil que dedans estoient, Froiss., IV, 163, 2; — 

et au xvi« siècle: Cest une chose que ne dure guayres, Palsgrave, 

425. — Vers la fin du xvi* siècle Maupas déclare que le relatif que 

n'est point nominatif. 



1) Jeanjaquet, Recherches sur l'origine de la conjonction .Que" et des formes 
romanes équivalentes, p. 51. 



LE PRONOM QUI 69 

Dans la langue actuelle on trouve que: 

1) comme sujet d'un verbe unipersonnel: Voilà l'homme qu'il 
me faut. 2) comme prédicat: Malheureux que je suis. 

Il vaut pourtant mieux expliquer ici que comme accusatif; cf. § 189. 

Rem. La langue populaire a continué à se servir du que nominatif: 
Même l'caporal Bertrand, qu'a des principes, n'a pas voulu en boire, 
Barbusse, le Feu, p. 33. 

^ , . llPis. L'évolution phonétique amène en outre une 

Confusion entre 
cui et qui, confusion entre cui et qui, puis entre qui et quil: 

qui et qu'il. Iq^ mestier quel qui soient, Phil. de Novare, IV tenz 

d'aage d'orne, 18. — S'il ne font ce qu'il doivent et qu'il apartient 

au resort, Beaumanoir, Coustumes, I, p. 158. — Vaugelas, II, 46, 

condamne le voilà qu'il vient. — Quant à cui, il fonctionnait dans 

la vieille langue surtout comme génitif et datif: 

O filz cui erenl mes granz ereditez, 

Alexis, 401. 

Cui seror il avoit a famé, Villeh., § 264. — Mais dès les plus anciens 

monuments on trouve déjà cui comme complément direct: Ne io ne 

niuls cui eo returnar int pois. Serments; — puis comme régime 

prépositionnel : 

Et Oliviers en qui tant il se fiet, 

Roland, 586. 

On voit par cet exemple que cui et qui se sont déjà confondus dès 

le xii^ siècle ; la graphie cui se maintient pourtant jusqu'au xv siècle 

dans la langue écrite. 

112. Après avoir examiné le pronom lui-même, il faut parler de 
l'antécédent. 

a) Relatif sans antécédent. 

Relatif sans Comme l'adjectif peut être employé substantivement, 

antécédent, de même la phrase adjective peut prendre la fonction 
d'un substantif. C'est le cas, quand il n'y a pas d'antécédent. 
L'ancien français faisait de cette construction un emploi beaucoup 
plus large que la langue moderne, qui introduit le pronom détermi- 
natif celui. Le sens de ces phrases est toujours très général. Il faut 
remarquer qu'il y a au point de vue syntaxique une différence notable 
entre les relatives avec antécédent et celles sans antécédent; car les 
dernières ne sont pas des phrases attributives, mais des phrases 
substantives, et comme telles, elles représentent le sujet ou l'objet 



70 PRONOMS RELATIFS 

(accusatif, datif, génitif ou régime prépositionnel) de la principale: 

1) Qui Fout portét volontiers le nodrlt, 

Alexis, 32. 
aujourd'hui seulement dans les proverbes: Qui dort dîne, Qui trop 
embrasse mal étreint, etc. 

2) >S/ // truvez ki très bien II aiut, 

Roland, 781. 
emploi encore vivant: Aimez qui vous aime. 

3) Rlchelse dune molt gramment 
Ki la porte bien chastement. 

Lapidaire, I, 249. 
dans la langue moderne on fait précéder le pronom par à. 

4) Chi en deu avra ferme foi, Deus est od lui. 
Emploi très vivant aujourd'hui: pour qui a lu ce poème, il est 

évident que . . . 

L'accusatif dans les phrases sans antécédent présente la forme 
tonique qui ou cul, provenant du latin cui: 

Cui // aialnt, il n'a de mort garant, 

Raoul de Cambrai, 2669. 
Je nommerai à cette place qui je voudrai. 

Emploi absolu 1 13. On rencontre dans la vieille langue beaucoup de 
de qui. phrases oii on pourrait rendre qui par .si l'on": 
Ki purreit faire que Rollanz i fust morz, 
Dunt perdreit Caries le destre braz del cors, 

Roland, 596. 
On trouve cette construction jusqu'au xviii» siècle, et même de nos 
jours on en relève des exemples: Qui veut du lait, il est tout chaud, 
cri qui se lit sur une vieille image. — Qui de trente 6te douze, reste 
dix-huit, Zola. — Puis dans la locution: Comme qui dirait tt ditis 
Tout vient à point qui sait attendre, où on a introduit à tort la 
préposition à devant le pronom relatif. 

Dans tous ces exemples le rapport entre la phrase principale et la 
proposition subordonnée est tout autre que dans le paragraphe précé- 
dent; on peut parler ici de l'emploi absolu du pronom relatif. 

114. b) Relatif avec antécédent. 

Relatif avec " y 3vait en ancien français une faible tendance à 
antécédent, séparer les relatifs ayant pour antécédent des noms de 



EMPLOI DU PRONOM NEUTRE QUE 71 

personnes des relatifs ayant pour antécédent des noms de choses. 
Pourtant, on emploie fréquemment en vieux français qui prépositionnel 
se rapportant à des choses. C'est Vaugelas et avant lui Oudin qui 
ont donné la règle que qui prépositionnel ne se rapporterait pas aux 
choses, mais on était embarrassé pour les noms d'animaux et les 
choses personnifiées. Aussi trouve-t-on de nombreuses infractions à 
la règle dans tous les auteurs du xvii« siècle: 

Mais respecte une ville à qui tu dois Romule, 

Corn., Horace, I, 1. 

Toute cette pureté à qui ils en veulent tant, Vaugelas, I, 29. 

Si, de nos jours, on ne trouve plus guère ces constructions, c'est que 
lequel et surtout quoi ont remplacé dans beaucoup de cas le pronom 
qui, même souvent après un antécédent nom de personne. 

LE PRONOM RELATIF NEUTRE 

115. Quelle que soit l'origine du pronom neutre (quod, que m 
ou plutôt q u i d), on trouve en français dès l'origine deux formes, 
une forme atone que, une forme tonique quel, plus tard quoi. Nous 
parlerons d'abord la forme atone. 

A. Les formes atones. 
que comme I- Le pronom. 
nominatif. a) sujet: 

Ce qu'estre en deit ne Valez demurant, 

Roland, 3519. 
b) régime: 
Respunt Rollanz: Jo fereie que fols, 

Roland, 1053. 
Dès la période du plus ancien français la tendance se fait sentir 
de séparer le nominatif de l'accusatif quant à la forme. Sous l'influence 
du masculin, le neutre que est peu à peu remplacé au nominatif par 
qui. On en trouve de bonne heure des exemples: 
N'i demorra .... 
Or ne argent, ne qui un denier vaille. 

Cour. Louis, 442. 
Pendant tout le moyen âge que se maintient et il n'est même pas 
rare au xvi« siècle: Tout ce que leur estait servy à table, Rabelais. 
Dans la langue actuelle on trouve le pronom que dans quelques 
locutions figées: advienne que pourra, arrive que pourra. 
II. L'antécédent. 



72 PRONOMS RELATIFS 

L'ancien relatif neutre latin quod pouvait avoir pour antécédent: 

1. un substantif ou un adjectif neutre. 

2. une phrase. 

3. un pronom neutre. 

Par la disparition du neutre dans les substantifs et plus tard dans 
les adjectifs, les cas 2 et 3 restent seuls pour le français. Cf. pour- 
tant §119,3. 

Relatif sans ' '6. a) Relatif sans antécédent (proposition substantive). 

antécédent. ]) sujet: advienne que pourra, encore aujourd'hui; 
que pis est, que plus est, qui se maintiennent jusqu'au xiv« siècle, 
remplacés par qui pis est, qui plus est, locutions qui sont à leur tour 
devenues archaïques, puisque la langue actuelle réclame le pronom 
déterminatif ce devant qui, excepté après voici, voilà: voilà qui est fait. 

2) régime: 

Mais veirs est que // vilains dit. 

Roman de Rou, III, 1311. 
Actuellement, on dit ce que. 

3) Dans les phrases: 

Unkes n'en demanda trieves que l'um oïst. 

Roman de Rou, II, 2207, 
que Je sache, etc., le rapport entre que et la principale est moins 
net. Il est probable qu'il faut interpréter à ce que je sache, d'après 
ce que je sache: on sait qu'en latin non plus on ne sent le besoin 
de donner aux pronoms neutres une forme qui indique la fonction 
qu'ils occupent: id gaudeo = „je me réjouis de cela" '), cf. aussi 
§ 117 Rem. ce que dans le sens de autant que. Aujourd'hui on trouve 
à côté de que je sache quelquefois d'autres tournures: cette fontaine 
de Merlin est-elle profonde que l'on sache? Feuillet, la Fée. — La 
vieille langue a encore que je cuit, que je pense, etc.; voir aussi 
§ 1 13 et l'exemple de Chrétien, cité p. 78, pour l'emploi absolu du 
pronom relatif. " 

4) On trouve parfois que avec un infinitif: 

Ne trouvent mais que lancier, 

Eneas, 3737. 
Je n'ai que faire de vos dons. — Peu à peu que dans ce cas a 
été concurrencé par quoi, mais il a pourtant réussi à se maintenir 
dans une certaine mesure *). Ou a-t-on affaire ici à un pronom inter- 

>) Ci. I, Tobler, pourtant p. 148. 

') On sait que l'infinitif aimait la forme accentuée: non chaloir, soi tromper, 
quoi faire. Cl. aussi § 69. 



EMPLOI DU PRONOM NEUTRE QUE 73 

rogatif? Il serait oiseux de vouloir décider, parce qu'il y a des cas 
où la langue n'a jamais distingué nettement entre le pronom inter- 
rogatif et le pronom relatif. 

5) Faire que sages (agir sagement) est une proposition relative 
qu'on pourrait expliquer: faire [ce] que [ferait] un sage: 

Que fols fist li reis Hugue, quant vos prestat ostel, 

Pèlerinage, 466. 
On trouve cette expression encore dans La Fontaine: 
Disant qu'il ferait que sage 
De garder le coin du feu. 

6) On trouve la même construction dans: Doulce chose est que 
mariage, Christine de Pisan, — C'est une chose terrible que l'éloignement, 
M^s de Sévigné; — et aujourd'hui: C'est un grand trésor que la santé; 
surtout avec un infinitif: C'est une belle chose que de faire cela. Dans 
toutes ces phrases que est le prédicat du verbe être sous-entendu, et se 
place devant le sujet postposé dans une phrase commençant par c'est. 

On rencontre cette construction aussi dans la phrase interrogative: 
Qu'est-ce que la fièvre ? et dans : Si fêtais que de vous. 

Rem. L'adverbe presque s'explique de la même façon: // est presque 
mort = 11 est près [de ce| que [est] mort '). 

Relatif avec 117. 6) Relatif avec antécédent. 

antécédent. 1) L'antécédent est une phrase: 
J'espère que nous en irons tous ensemble, quy me fera fort grant 
plaisir, Marguerite, Lettres, 97. — Elle fut admonestée, qui est une 
très légère peine, Sévigné, VI, 366. — Je me sens obligé de découvrir 
un mystère de votre conduite, que fai promis il y a longtemps, 
Pascal, Prov., XV. 

L'accusatif est pourtant rare. 

2) Avec le déterminatif ce: 

On trouve dès les textes les plus anciens le pronom ce qui résume 
toute une phrase ou qui annonce la proposition relative suivante: 
Quant ot li pedre ço que dit at la chartre, 

Alexis, 78, 
mais les cas où ce manquait étaient plus nombreux dans la vieille 
langue que le contraire. Dans la langue moderne on se sert toujours 
de ce: C'est bien ce qui m'empêche de dormir, il faut réfléchir à 
ce qu'on dit, etc. 



1) Tobler, 1, p. 17, no. 3. 



74 PRONOMS RELATIFS 

Rem. Quelquefois l'ace, ce que marque la mesure: Et Pompée est 
vengé ce qu'// peut l'être, Corn., Pomp.. V. 4, 1668. 

Ce qui et ce que se rapportent couramment au xviie siècle à des personnes: 
Cest peu de voir un père épouser ce qu'on aime. Rac, Mithr., IV, 6, 60. 

B. La forme tonique (quoi). 
Quoi sans H^. a) Relatif sans antécédent, 
antécédent. Quoi s'emploie dans cette construction presque exclu- 
sivement régi par une proposition. On le trouve déjà en ancien français: 
Chevaliers ne borjois . . . 
qui li doinst de quoi il vive un soir, 

Amis et Amiles, 2368. 
Cet emploi est resté dans la langue-: Voici de quoi il s'agit (à côté 
de ce dont il s'agit), surtout devant les infinitifs: // sait maintenant 
à quoi s'en tenir, même sans prépostion: Je trouvais quoi dire. On 
connaît l'emploi absolu: // n'y a pas de quoi ^). 

On trouve quelquefois qui au lieu de quoi: A qui on a été une 
fois capable, on n'est plus incapable, Montaigne. 

Quoi avec ï'^- *) Relatif avec antécédent. 

antécédent, i) Quoi ayant pour antécédent toute une phrase est tou- 
jours très usité: Vous avez cité Cicéron, en quoi vous vous êtes trompé, 
de même avec un pronom indéfini, rien, quelque chose: il n'y a rien 
d quoi je n'aie pensé; voilà quelque chose sur quoi je ne comptais pas. 

2) Comme devant que et qui neutre, le déterminatif ce s'est intro- 
duit aussi devant quoi, mais dans une mesure moins large; on s'en 
sert surtout si la phrase relative précède: // sait à quoi s'en tenir; 
mais: Ce à quoi il doit s'en tenir, il le sait très bien. On ne dira 
plus: Cest tout ce de quoi j'ai besoin, mais ce dont fai besoin. 

3) Dès le XII* siècle on trouve quoi avec un nom de chose ou de 
personne comme antécédent. On le rencontre en vieux français à côté 
de cui: une charue sans rouelles, de quoy il (ornent dedens la 
terre les fourmens, Joinville, 124 c. — Li Sarrasins . . . de quoy il 
avaient fait lour chievetain, Joinville, 176 d. — Je suis celluy de 
quoy parle le poète. Légende du grand S. Anthoine, 15, § 5. 

La vieille langue manifestait déjà une tendance nette à restreindre 
cui aux noms de personnes et quoi aux noms de choses, mais 
Palsgrave, p. 353, donne encore la phrase Chomme en quoy je met- 
toye toute ma fiance. Vaugelas, I, 207, donne la règle actuelle. Mais 

■) Cl. Le pronom inlerrogatif. § 136. 



EMPLOI DE QUOI ET DE LEQUEL 75 

malgré cela quoi, se rapportant à un nom de chose, se trouve 
fréquemment au xvn« siècle et aujourd'hui encore il est très vivant 
dans la langue parlée et même dans la langue écrite: le pain pour 
quoi les hommes menaçaient leurs vies, P. Adam, La Force, ch. 1. 

LE NOUVEAU PRONOM RELATIF LEQUEL 

Origine de quel '20. Par suite du délabrement flexionnel du pronom 
et de lequel. qui, la vieille langue a senti le besoin de créer un 
nouveau pronom relatif pour arriver au rétablissement d'une déclinaison 
normale. Nous rappelons qu'à côté de ce courant, on avait la tendance 
contraire, qui voulait réduire le pronom à une seule forme que. Le mot 
qualis, qui à l'origine servait de corrélatif à talis, a perdu. peu à 
peu sa nature adjective et est devenu tout à fait le synonyme de qui. 

Une seconde modification importante a été que peu à peu il 
s'est adjoint l'article, qui est devenu son compagnon inséparable, mais 
qui à l'origine appartenait au substantif suivant: le quel homme, ou se 
mettait devant le pronom, employé substantivement, comme les ceux 
dans la langue populaire, § 108 Rem. 

La forme sans l'article est restée comme pronom interrogatif ; comme 
pronom relatif elle est plus rare. Pourtant on la trouve encore aux 
xvi« et xvii« siècles: et autres semblables resveries . . ., quelles choses 
tant s'en faut qu'elles nourrissent le corps de l'homme, qu'elles le 
corrompent, N. du Fail, Propos rustiques. —Allez, allez, vous pourrez 
avoir avec eux quel mal il vous plaira, Mol., Avare, I, 6. 

Plus anciens '21. Quant à lequel, on ne le trouve pas dans les 
exemples. textes les plus anciens, il est absent de la Vie de Saint- 
Alexis et du Roland, il apparaît d'abord dans les livres qui ont .un 
caractère savant et dans des traductions, puis au xiii* siècle dans Ville- 
hardouin et Joinville, mais c'est seulement aux xv« et xvi« siècles qu'il 
prend une extension extraordinaire, extension due en partie à l'influence 
du latin qui, on le sait, fait un très vaste emploi du pronom relatif, 
tandis que le besoin de clarté aussi faisait préférer souvent lequel à 
qui, parce qu'il marque mieux que ce mot le cas, le genre et le 
nombre: A l' artillerie fut commis le grand essuyer Touquedillon; , 
en laquelle furent comptées neuf cens quatorze grosses pièces de 
bronze, Rabelais, I, 26. — On s'en servait pour les personnes aussi 
bien que pour les choses: Et la royne sa femme, laquelle es toit 
de la maison d'Anjou, Commines, 462. 



76 PRONOMS RELATIFS 

Au xvii« siècle, lequel va peu à peu perdre sa vogue. Ce mouvement 
de recul paraît avoir commencé par lequel employé comme adjectif. 

■ j. ... 122. Lequel adjectif. — Il est vrai qu'Oudin, 
lequel adjectif. ^ ' i > 

Gramm., p. 129, admet encore au commencement 
d'une période: lesquels ornements furent apportez, mais les exemples 
se font rares : // demeure un an avec son beau-père, au bout duquel 
temps il va établir sa famille où bon lui semble, Regnard, Voyage 
de Laponie, p. 487. 

Dans la langue actuelle on renverserait l'ordre des termes et on 
dirait dans la dernière phrase: temps au bout duquel; de même la 
tournure laquelle somme, qu'on trouve encore aujourd'hui, est remplacée 
en général par somme qui. 

lequel '23. Lequel substantif, a) au nominiatif et à l'accu- 

substantif. satif. Au XVI* siècle déjà l'emploi de lequel comme 
substantif était signalé comme peu poétique et peu littéraire: Mal- 
herbe s'en sert seulement en prose. Selon Oudin, Gramm., p. 129: 
„Les doctes modernes bannissent le nominatif, et l'accusatif se pour- 
rait retrancher aussi; pour bien parler on ne dit point, voilà un homme 
lequel veut . . ., mais il faut se servir de qui veut." Vaugelas veut 
s'en servir pour éviter l'équivoque, et aujourd'hui encore les gram- 
mairiens l'admettent dans ce cas, mais en réalité la langue vivante 
ne s'en sert plus; on ne dit pas: Il y a une étude sur ces questions, 
laquelle, on dira : Il y a, sur ces questions, une étude qui . . . 

b) sous le régime d'une préposition. C'est le seul cas oii il soit 
encore usité aujourd'hui. Il a réussi à supplanter quoi, du moins dans 
la langue littéraire (cf. § 119) et à remplacer qui se rapportant à des 
noms de choses. Mais son emploi s'est restreint même dans cette 
fonction, quoi est resté dans la langue parlée, dans nombre de cas 
on lui préfère dont et où, et nous rappelons que la langue populaire 
aime plutôt une autre tournure: la femme que Je lui ai donné un 
livre: au lieu de: la femme à qui ou à laquelle. 

l'adverbe relatif dont *) 

_, , ^ ^ 124. a) adverbe, 
dont adverbe. 

D'après son origine dont <de + unde est adverbe 

de lieu, la préposition d e s'y est ajoutée, parce qu'on s'en servait 



<) Cf. Tobler. III. p. 38. 



EMPLOI DE LEQUEL ET DE DONT 77 

toujours pour indiquer le lieu de départ. Le simple ont < unde, 

qu'on trouve parfois en vieux français, a même perdu son sens primitif: 

Je viegn de cest moster, hon (= oii) fai la messe oie, 

Parise la Duchesse, 5. 
En concurrence avec dont dans cette signification locale on trouve 
dans la langue d'où, lat. de + ubi: la tere . . . dont ele fu amenée 
en cest pais, Aucassin et Nicolette, 4, 5. — Malherbe est le premier qui 
pose en règle que dont et d'où ne prennent jamais la place l'un de 
l'autre. Vaugelas confirme cette règle et établit la différence entre la 
maison d'où il sort, au sens propre, et la maison dont il sort, au 
sens figuré (la maison = la race). Pourtant on trouve encore plusieurs 
exemples de dont adverbe de lieu au xvii« et même au xviii' siècle: 
Rentre dans le néant dont je fai fait sortir, 

Rac, Bajazet, II, 1. 
Le rivage dont // me repousse, D'Alembert, Lettre au roi de Prusse 
de 1765. 

Rem. En provençal on < unde dans le sens de ubi et même de 
quo est fréquent: 

Ni ve ni sap tes on se sia (où il est) 
mas lai on lo cavals lo mena. 

Appel, Provenz, Chrestomathie, 3, 20 et 21. 
L'italien dove < de + ubi et l'espagnol donde < de + unde ont, 
eux aussi, fini par signifier „où": 

Là, dove l'ombre eran tutte coperte, 

Dante, Infemo, XXXIV, 11. 
Donde se caenta la graclosa manera que tuvo Don Qaijote en armarse caballero, 
Cervantes, Don Quijote, 111. 

125. b) pronom, 
dont pronom. „ , , ,. . , . ,, , , , 

Par suite d une évolution très naturelle ^), dont arrive 

à exprimer la cause et le moyen: Si nous dirons le mesfait dont li 
marchis haoit l'empereur, Robert Clary, 33. — Dans ce cas il se rap- 
porte à un antécédent et pourrait être remplacé par un pronom relatif, 
précédé de la préposition de. Cette étape se trouve d'ailleurs déjà 
en latin: Ego omnibus unde (= de quibus) petitur hoc consilium 
dederim, Cicéron, Ad Familiares, VII, 11, 1. — Pervenimus ad civitatem 
quae appellatur Arabia . . . Unde (= de qua) scriptum est dixisse 
Pharaonem ad Joseph, Peregrinatio Aetheriae, 7, 9. — Qui vult 



') Cf. aussi l'évolution de en < in de, § 78. 



78 PRONOMS RELATIFS 

proficere, habet unde, FUnf festprestigten Augusdns, herausgegeben 
von Lietzmann, p. 15. 

Le mot dont passe ensuite par les mêmes évolutions sémantiques 
que la préposition de, de sorte qu'il exprime plusieurs rapports: 
L'inquiétude dont (= sur lequel) vous m'écrivez, n'est pas une petite 
marque de votre amitié, Corn., X, 478. — Les Religieuses lui parlaient 
avec tout le sens froid et la gravité dont (= avec lequel) un arche- 
vêque aurait dû parler, Rac, IV, 579. — Certaines couleurs changeantes, 
et qui sont diverses selon les divers jours dont (= sous lesquels) 
on les regarde, La Bruy., I, 298. 

Une des significations de dont, comme de la préposition de, est 
celle du génitif possessif. On trouve cette valeur déjà dans le Roland: 
Li blanc osbers dont la maille est menue, 

Roland, 1329. 
et depuis il est resté dans la langue; pourtant dans un seul cas, où 
il était très fréquent autrefois, dont n'est plus permis de nos jours, 
c'est quand il dépend d'un substantif précédé d'une préposition; dans 
ce cas il faut se servir de de qui ou duquel: par le service et bien- 
fait que vous feystes a deux povres femmes, dont vous donnastes 
a rune une cote et a Pautre une chemise, La Tour Landry, 78. 
L'objet de votre amour, lui, dont à la maison 
Votre imposture enlève un puissant héritage! 

Mol., Dépit amoureux. H, 1. 
// est des nceuds secrets, il est des sympathies 
Dont par le doux rapport les âmes assorties 
S'attachent l'une à l'autre. 

Corn., Rodogune, I, 5, 360. 
Le génitif du pronom neutre est actuellement toujours précédé de 
ce (ce dont). En vieux français on le trouve sans ce pronom: 
Regardez, sire, fait-il, dont je vous faz présent, Berte, 1217. 
Ne vos vi, don moi sovaigne, onques, 

Chrétien, Erec, 1010. 
On remarquera que dans le dernier exemple on a affaire au même 
emploi absolu qu'on trouve dans que je sache. 
Dans dés phrases comme: 

// // enortet, dont lei nonque chielt, 
Qued elle fuiet lo nom chrcstiien, 

Eulalie, 13. 



EMPLOI DE DONT ET DE OÙ 79 

Et restitua les dictes terres; dont le comte son filz fut fort troublé, 
Commines, I, 1. 

// se rabat soudain, dont feus Vûme ravie, 

Mol., Les Fâcheux, II, 6, 
le pronom a comme antécédent toute une phrase; aujourd'hui on se 
servirait de ce dont ou de de quoi. 

l'adverbe relatif où (ubi) 

où adverbe. 126. a) adverbe. 

Où est d'abord adverbe de lieu, soit relatif, soit interrogatif, 
et amène comme tel une phrase adverbiale: Je vais où vous allez, 
ou une phrase substantive (interrogation indirecte) : Je ne sais où il 
demeure. Il peut perdre sa valeur purement locative et introduire une 
phrase temporelle, ce qui ne nous étonne pas trop: les idées de 
temps et de lieu se touchent, elles ont l'idée d'espace en commun: 
Souvent où le riche parle . . ., dest aux doctes à se taire, La Bruy., 
II, 80. — Le sens temporel se change facilement en sens adversatif 
, tandis que": Celui qui vit a plus besoin de la vie, là où celui qui 
n'est pas ne se passe de la vie, Malh., II, 85; — enfin, de même 
que alors peut signifier „dans ce cas", la phrase amenée par où peut 
prendre une nuance conditionnelle: Et où le désir meurt, amour ne 
continue. 

Rem. Ces différents sens se retrouvent d'ailleurs en latin, comme le 
prouvent les trois pages qu'y a consacrées Lôfstedt dans son beau Commen- 
taire sur la „Peregtnatio Aethertae", p. 128 et suiv. 

127. 6) pronom relatif. 
où pronom. 

Où subit une évolution analogue à celle de dont et 

finit par exprimer différents rapports qu'on pourrait rendre par „à, dans 
chez, sur" et même „sous". En latin déjà on trouve ubi se rappor- 
tant à des noms de choses: Navem ubi vëctus fui, Plante. — De 
même en français: la maison où je demeure et le lieu où // va (dans 
ce dernier cas le latin aurait dit q u o). 

Vous voyez les chagrins où cette offre m'expose. 

Corn., Pulchérie, IV, 4, 3, 1349. 
J'ai honte des horreurs où je me vois contraint, 

Rac, Thébatde, IV, 1053. 
Vous avez vu ce fils où mon espoir se fonde? 

Mol., l'Étourdi, IV, 2, 1395. 
Ce dernier exemple nous prouve que où s'est étendu même aux 



80 PRONOMS RELATIFS 

noms de personnes. On trouve d'ailleurs cet emploi déjà dans la 
vieille langue: Tous jeus ou apartenoit force e vigour, Cléomadès, 
135; — et au xvii' siècle les exemples abondent: // peut haïr les 
hommes en général, où // y a si peu de vertu, La Bruy., II, 22. 

Ces sages coquettes 
Où peuvent tous venans débiter leurs fleurettes, 

Corn., Menteur, I, 1, 42. 
L'emploi de où s'est encore étendu par la faculté qu'il a de se 
faire précéder d'une préposition: Vaugelas, II, 50, cite: // se rendit à 
un tel lieu, vers où l'armée s'avançoit, façon de parler qui s'était 
introduite depuis peu et qu'il blâme. 

Cest le coup scélérat par où tu m'expédies, 

Mol., Tartuffe, V, 6, 1865. 
Aujourd'hui, l'emploi de où est beaucoup moins étendu qu'au 
xvii« siècle. Si l'antécédent est une proposition, on trouve par où et 
d'où: d'où je conclus, par où on voit, etc. Relevons encore l'expres- 
sion c'est où: c'est où il n'y a point de remède. 

l'adverbe relatif que 

Deux 128. Nous avons déjà signalé la tendance de la langue 

constructions. ^ chercher une particule indéclinable pour marquer ta 
relation pure et simple. C'est la tendance populaire, à laquelle s'en 
oppose une autre dont les intellectuels ont été les directeurs, de 
marquer non seulement le rapport entre antécédent et relatif, mais 
aussi la fonction de ce premier dans la relative, en exprimant par la 
forme du pronom relatif le genre, le nombre, le cas. Le peuple fait 
peu de phrases relatives compliquées et cherche toujours un tour 
simple, analytique, tout à fait adopté à son génie. Brunot, III, 2, p. 508, 
donne comme modèle: La femme que yV lui ai donné ma parole, 
où en que est un type de mot-outil, marquant purement et simplement 
la relation, tandis que lui exprime la fonction que la personne de 
l'antécédent occupe dans la phrase '). 

Les tours comme celui-ci ne sont pas encore les plus négligés; 
on arrive aussi à marquer seulement la relation, sans souci d'exprimer 
par un pronom personnel le genre, le nombre, le cas. Dans tout le 
cours de la langue nous trouvons ces deux emplois différents de 
l'adverbe relatif que. Si nous prenons comme type du second cas la 

') Egalement en italien: Penso a quel tristo soggetto. che luo padre si ver- 
gogna di rendergU II saluto, Amicis, Cuore. Trêves, Milano, p. 178. 



l'adverbe relatif que 81 

phrase de Vaugelas: Dans la confusion qa& d' abord ils se présentent 
à elle, on n'y exprime pas la fonction de que, mais l'auteur aussi bien 
que le lecteur comprend facilement qu'il faut l'interpréter par „avec 
laquelle". N'y a-t-il pas une foule de tournures dans la langue qui 
n'expriment pas d'une façon explicite la nuance particulière qu'on a 
dans l'esprit *)? 

129. Quant à l'origine, elle est probablement la même que celle 
du neutre que, c.-à-d. quid ou que m. On le trouve déjà en latin 
postclassique dans les deux fonctions que nous venons d'exposer: 
1) hominem quem ego beneficium ei feci argento uncias tantas, 
Form. Andecavenses, 21, 19. — 2) circumcisis rébus, quae non 
arbitror pertinere ad agriculturam, Varro, De re rustica, I, 1, 11. 
En vieux français et au xvi^ siècle nous les trouvons également: 
1) L'empereëur Kyrsac de Constantinoble que uns siens frères li avoit 
tolu l'empire, Robert de Clary, 17, où que . . . li signifie „à qui." 

// est bien homme plus estrange. 

Que, si bien tost il ne se change, 

Il nous fera tous enrager, 

Grévin, Les Esbahis, I, 3, 
où que . . . il = „qui". Assez fréquente est aussi la combinaison de 
que avec en ti y: un flum que on ni puet passer se par un pont 
de pierre non, Villehardouin, 163. — Ça esté le plus beau siège qui 
fust iamais . . . fors les assautz, qu'ow n'en livra Jamais, Brantôme, 
Grands Capitaines, V, 104. Ici que . . . en = „dont". 

Rem. Nous avons naturellement un phénomène différent dans des phrases 
comme: plusieurs femmes cui ne leur chaut ou elles s'abandonnent. Sept 
Sages, 31, où un régime déjà exprimé cui est répété encore une fois par un 
pronom leur. De même dans Barbusse, Le Feu, p. 32: C'était toute la 
journée un gaspillage dont t'as pas une idée d'ssus, le mot dessus forme 
pléonasme dans la langue populaire. 

2) il les tendrait as us et as costumes que {= auxquels) // 
empereëur Grieu les avaient tenuz, Villehardouin, 280. — Celui qu' 
(= à qui) elle donne à mengier, Froissart, III. — Ma continuelle 
bonne valante que (= dont) ie ne me lasseray iamès, Diane de 
Poitiers, Lettres, XCVI, p. 168. 



1) Qu'on pense par ex. au gérondif qui n'exprime que la simultanéité mais 
dont on se sert pourtant, quand on a dans l'esprit une idée concessive, condition- 
nelle, modale. 

SNEYDERs DE voOEL. Syntaxe historique. 6 



82 PRONOMS RELATIFS 

Peu à peu la concurrence avec le pronom relatif décliné et avec 

où et dont devient plus difficile, à mesure qu'on se pique davantage 

de bien écrire. Pourtant que se maintient encore au xvw siècle: Je 

pourrai vous faire voir mon âme toute nue, et mes pensées en la 

simplicité qu' (= ,en laquelle") elles naissent, Balzac, Lettres, I, 8. 

Me voyait-il de F œil qu' (= dont) // me voit aujourd'hui, 

Rac, II, 63. 
Vaugelas et Ménage blâment cet emploi de que. 

C'est surtout dans la périptirase grammaticale que l'adverbe relatif 
que est supplanté par le pronom précédé d'une préposition: C'est à 
vous que Je parle est remplacé souvent par C'est à vous à qui Je 
parle. Au fond, cette construction est née par contamination avec: 
Cest vous à qui Je parle; p. ex.: Cest votre Majesté, Sire, de qui 
J'entends parler, tournure qu'on trouve encore de nos jours. 

Aujourd'hui que se rencontre dans le cas que nous venons de traiter: 
Cest à vous que Je parle, puis quand il s'agit du temps, après les 
mots tels que année, Jour, heure, moment, mais même dans ce cas 
l'emploi s'est restreint beaucoup dans la langue écrite. Le peuple 
pourtant continue à se servir de que: 1) Le nom des villes que J'ai 
passées, (Cf. Salverda de Grave, Taal en Letteren, 1904, p. 7). — Ce 
neveu que tu m'as parlé, Lavedan, Le vieux marcheur, p. 40. — 
2) Comment que tu trouves la maison que nous y montons la garde, 
H. Monnier, I, 199; ici que . . .y = où. 

Rem. Cette aversion à l'endroit des phrases relatives compliquées se 
manifeste aussi quand deux propositions relatives étaient coordonnées. Eu 
effet, dans ce cas on aime à remplacer jusqu'au xviie siècle la seconde relative 
par une phrase indépendante: L'idée que j'ai de la divinité dans laquelle rien 
ne se rencontre seulement en puissance, mais tout y est actuellement et 
en effet, Descartes, Médit., III. — /l s'en trouve à qui l'habitude des moindres 
périls affermit le courage, et les prépare à s'exposer à de plus grands. 
La Rochef., Maximes, I, 116. — Cette construction se trouve aussi en grec, 
en espagnol et dans d'autres langues. Cf. aussi l'exemple du § 109. 

Pronoms relatifs indéfinis 

130. Quant aux pronoms relatifs indéfinis quisquis et qui- 
cumque, qualisqualis et qualiscumque, ils ont disparu, 
comme d'ailleurs aussi les adverbes ubiubi et ubicumque, 
utut et utcumque, etc. Ils ont été remplacés par que précédé 
d'un pronom (adverbe) interrogatif qui que, quel que {où que, combien 



LATINISMES 83 

que) *), et par les formations savantes quiconque et quelconque: 

Quiconque veut mener pure et saintisme vie 
Famés aint et les croie et dou tout s'i affie, 

Evangile aux femmes, 1 — 2. 

Le sens de quiconque et de quelconque peut être généralisant ou 
concessif: Quelconque accusation que vous alléguiez, Palsgrave, 
p. 366. — Dans un livre quelconque nous avons affaire à un pronom 
indéfini *). 

Dans la vieille langue on trouve souvent quiconque précédé d'un 
antécédent, construction dont on rencontre encore quelques exemples 
au xvii« siècle: 

Puissance, quiconque tu sois. 
Dont la fatale diligence 
Préside à l'empire français, 

Malherbe, I, 80, 132. 

Latinismes 

131. En français le pronom relatif relie une subor- 
^"'o!i°'ie''f'ran'a*s donnée à la principale et remplit en même temps 
moderne met une une fonction grammaticale, en tant que pronom, 
P*"!"^" dans la même subordonnée. En moyen français on 

commence à former, d'après les modèles latins, des 
périodes quelquefois très longues dans lesquelles le pronom relatif 
relie des propositions plutôt indépendantes. Il peut même, comme en 
latin, relier une subordonnée à la principale tout en remplissant sa 
fonction pronominale dans une autre subordonnée. C'est surtout au 
xvi« siècle, au siècle de la Renaissance, que les exemples abondent. 
On se sert de qui, quoi, où, dont, mais surtout du nouveau relatif 
lequel. Cet emploi se continue encore au xvii« siècle; il s'est perdu 
de nos jours. On le trouve: 

L avec un participe: 

Je suis sujet à une infinité d'erreurs, desquelles venant à recher- 
cher la cause {= et, venant à en rechercher la cause), je remarque 
. . . , Desc, Médit., IV. 



1) Cf. § 365. — 2) Ibidem. 



84 PRONOMS RELATIFS 

Loin de nous cette nuit, dont nos âmes couvertes 
Dans le chemin du crime ont erré si longtemps. 

Rac, Poésies diverses, IV, p. 120. 
Souvent le pronom forme avec le participe la construction, appelée 
en latin .ablatif absolu", c.-à-d. qu'il fonctionne comme sujet de 
l'action exprimée par le participe, mais qu'il n'occupe pas de place 
dans le reste de la phrase: Le corps de Jésus Christ est vraiment 
sous les espèces; lesquelles étant en lieu particulier, le corps de 
J.-C. y est aussi, Pascal, Prov., XVI. — (Ils) demandèrent d'être 
reçus à se justifier: ce qui leur ayant été accordé, les deux partis 
quittèrent ... La Rochef., Mém., II, 160. 

II. avec un infinitif: 

On trouve ce type déjà dans Joinville: pour laquel guerre appaisier 
messires li roys y envola monsignour Gervaise d' Escrangnes, Joinv., 
458 F. — Devrions-nous point mourir de honte de sentir en 
notre cœur la mondanité, pour laquelle éviter (= tandis que, pour 
l'éviter), une pauvre muletière n'a point craint une si cruelle mort, 
Marg. d'Angoulême, Heptam., Nouv. II. — Tout cela faute d'avoir 
assez bien démêlé une équivoque très grossière, et dont pour être 
parfaitement éclairci, il ne faut que se ressouvenir d'un principe . . ., 
Boileau, Réflexions crit. sur Longin, X. 

III. Le pronom relatif occupe une fonction dans une subordonnée 
amenée par n'importe quelle conjonction (on trouve surtout 
lequel . . . si): 

Mon dessein était d'entretenir mon ami . . . devant lequel si je 
fais des fautes (= et si devant luij, je suis assuré de l'impunité, 
Balzac, Lettres, VI, 18. — Elles ont quelques formes pénibles, les- 
quelles pourveu qu'on oublie (— mais pourvu qu'on les oublie) 
par discrétion, non par erreur, on n'en a pas moins de grâce, 
Montaigne, I, 13. 

IV. Le pronom se trouve placé devant un autre pronom relatif: 
fy trouve aussi des figures, desquelles ceux qui nous défendent 

Fusage .... ne sont pas savans en la lecture des anciens, Malh., 
II, 485. — Cela fait un cercle d'où sont bien heureux ceux qui 
sortent (et ceux qui en sortent sont bien heureux), Pascal, Pensées, II, 150. 

Rem. Pour la fusion de la proposition relative avec une proposition 
objective cf. § 275 et suiv. 



RÉDUCTION CONSIDÉRABLE DES FOSMES LATINES 85 

PRONOMS INTERROGATIFS 1) 

OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

132. Le latin classique a les pronoms interrogatifs suivants: 

qui S, quid (quisnam, quinam; ecquis) employés en 
général comme substantifs. 

qui, q u a e, q u o d, employés généralement comme adjectifs. 

quantus; qualis; quot; quotus. 

uter = lequel des deux. 

Pour l'histoire de ces pronoms en latin vulgaire, nous renvoyons 
au chapitre des pronoms relatifs § 110. 

132^15. Jetons un rapide coup d'œil sur le développe- 

*'eénéral"^" ment de ces pronoms et voyons quel est l'état des 
choses en vieux français. 

Constatons d'abord que uter a disparu et a été remplacé par 
qui ou par une périphrase, si on sent le besoin de distinguer: 
lequel des deux. Quot s'est également perdu et quant le remplace 
en vieux français. Pour ce qui regarde quantus, il a perdu son 
sens primitif, et ne garde que celui de quot: Et a quanz ans enfant 
soit en aage por tere tenir, Beaumanoir XV, 1. — Le sens primitif de 
la grandeur a été exprimé par qualis: quanta fortuna = 
quelle fortune, [ou quelquefois par la périphrase combien grand; 
quotus a disparu également, on le remplace par quantième et 
surtout par quel. 

Q u a 1 i s est resté et a même considérablement étendu son domaine. 
Il est devenu le pronom interrogatif adjectif par excellence et a comme 
tel supplanté qui quae quod. Nous en parlerons tout à l'heure 
en détail. 

' Par suite de toutes ces pertes — et il faut tenir compte encore de 
la réduction de la déclinaison, cf. § 110 — le pronom interrogatif s'est 
réduit à qui, que et quoi, quel et quant en vieux français. 

Donc le français dénote, en face de la richesse du latin, une 
pauvreté de formes remarquable. Il est vrai que quelques-unes des 
fonctions que le latin pouvait exprimer, sont rendues en français par 



^) K. de Jong, Die Relativ- and Interrogativpronotnina qui and qualis im 
AUfranz., thèse Marburg, 1910. — O. Richter, Zur hist. Syntax vom interroga- 
tiven quel, thèse Gôttingen, 1910. 



86 PRONOMS INTERROOATIFS 

comme et surtout par combien, mais il reste quelques nuances qui 
se sont perdues complètement. 

Heureusement qu'en face de ces pertes on peut relever quelques 
gains: dont et où, qui, d'adverbes qu'ils étaient, en sont arrivés à 
exprimer un rapport pronominal; enfin le nouveau pronom lequel qui 
est de formation française. Nous allons passer en revue ces différents 
pronoms. 

Rem. quinam s'est conservé en provençal sous la forme de quitta ou 
quinha. 

Dont, oii, quant 

133. à) dont et où pronoms s'emploient surtout comme 
dont et où. -^ *^ ^ 

relatifs (cf. § 124 et suiv.); comme interrogatifs, ils 

représentent un neutre précédé d'une préposition: Dont luy souvien- 
droit-il (= de quoi).!' Palsgrave, p. 344. — Caliste, où pensez-vous 
(= à quoi).' Malti., I, 137, 9. — Dont ne se trouve plus dans cette 
fonction au xvii« siècle; où se rencontre encore après. En vieux français, 
on sent encore nettement le sens adverbial dans des phrases comme: 
Si ti demande: Sire niés, dont venez? 

Charroi de Nîmes (Clédat, p. 81). 

134. b) auant avec le sens de quot = combien de 
quant. ^ 

se trouve pendant tout le moyen âge, cf. l'exemple 

cité plus haut, § \d2bis. Il n'est pas rare au xvi* siècle et Malherbe 
s'en sert encore : 

Quantes fois, lorsque sur les ondes 
Ce nouveau miracle flottoit, 

Malh., I, 47, 51. 
Mais c'est un exemple isolé. Tous les grammairiens déclarent qu'il 
faut employer combien de. 

Rem. Palsgrave, p. 352: .for „liow many" 1 fynde used after thesé 
substantyves gens, foys, choses and such lyke, as quantes gens, quantes 
foys, quantes choses, etc." Vaugelas, 11, 214, trouve quantes/ois .beau et 
agréable à l'oreille", mais il ajoute que ,pas un de nos Poètes n'en 
voudroit user aujourd'hui." 

Qui, que, quoi 

135. Le pronom qui a supplanté toutes les formes 
féminines au singulier et au pluriel, et après l'ab- 
sorption du datif c u i et de l'accusatif q u e m (resté comme pronom 



LES PRONOMS NEUTRES 87 

relatif*), il resta le pronom substantif par excellence; on le trouve 
même employé comme pronom neutre: 

Qui nous a troublez et divisez sinon les opinions de la religion? 
Lanoue, 53. 

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage? 

. La Fontaine, Le loup et l'agneau. 
Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m' attendre? 

Rac, Britannicus, II, 6. 
Dans le second exemple on remplace actuellement qui par à quoi, 
dans le premier en général par qu'est-ce qui. 

qui . . . qui et l'ace, que . . . que, dans le sens les uns . . . les autres 
s'emploient couramment pendant tout le moyen âge: nauthonniers, que 
de celle nef, que de l'autre, Joinville; — Après le moyen âge on 
trouve que . . . que seulement employé adverbialement: 
Que bien que mal, elle arriva, 

La Fontaine, Fables, IX, 2, 6L 
Le nominatif qui . . . qui se trouve encore aujourd'hui, quoique son 
emploi se soit restreint beaucoup. Au xvi^ siècle: Qui entonne du 
vin la liqueur écoulée . . ., qui trépigne dessus: qui . . . fait geindre 
le pressoir, Barf, 12 (Darm., p. 260). — Au xvii«: Ils cherchèrent la 
source du mal, qui d'un côté, qui d'un autre, Balz., De la Cour., 
dise. III. — Aujourd'hui: qui çà, qui là; qui plus, qui moins. 

Rem. 1. Vaug., 1, 121, déclare que , c'est une façon de parler qui est 
fort en usage, mais non parmy les excellens Escrivains." Th. Corneille est 
de son avis, mais l'Académie „ne croit point que la répétition de qui pour 
dire les uns les autres ait cessé d'estre en usage parmi les bons Escrivains." 

Rem. 2. If faut reconnaître également le pronom interrogatif dans l'expres- 
sion c'est à qui, c'était à qui, qu'on trouve déjà dans Commines: Eux deux 
estaient à l'envy à qui serait pape, mais elle est surtout fréquente en français 
moderne. Relevons aussi les tournures (à) qui mieux mieux et en vieux 
français (à) qui' alnz ainz: des nefs sunt qui ainz ainz issuz, Rou, III, 1083 ; 
ici pourtant l'analyse de la pensée voit en qui plutôt le pronom relatif. 

136. Ces deux pronoms remontent au latin quid; que 
que et quoi. ' 

est la forme atone, quoi la forme tonique. 

Que s'emploie surtout comme accusatif: Que cherchez-vous; comme 
nominatif, il a été remplacé, nous l'avons vu, par qui et par qu'est-ce 
qui (cf. plus loin § 138). Il reste tout de même comme sujet d'un 



>) Cf. le pronom relatif, § 110. 



88 



PRONOMS INTERROOATIFS 



verbe unipersonnel: Que se passe-t-il? et comme prédicat des verbes 
être et devenir: Que devient-il? qu'êtes-vous? — Comme le pronom 
neutre latin, que peut marquer plusieurs rapports prépositionnels: 
pourquoi, à quoi, combien: Que n'êtes-vous venu? Que sert la science 
sans vertu? que d'eau! 

Quoi, étant la forme accentuée, se trouve après les prépositions 
A quoi pensez-vous? L'ancien français l'employait quelquefois comme, 
régime direct: Quoi ferai-je? surtout avec l'infinitif et le gérondif '). 
Cet emploi est même resté dans la langue actuelle, surtout dans les 
ptirases négatives: Les journaux ne savent quoi inventer pour me 
nuire, A. de Musset. — fen aurai le cœur net. — En quoi faisant? 
Richepin. — Et dans les dialectes: Quoi dites-vous donc? iiub^xX. — 
On l'emploie encore absolument: Qu'y a-t-il? Quoi? 

Rem. 1. Quoi sert encore à renforcer dans le langage familier l'idée 
inlerrogative dans comme quoi? Cette locution introduit même une phrase 
substantive, et équivaut donc presque à que: Le duc raconte à son frire 
comme quoi // lui avait menti d'abord en se disant amoureux de Caroline, 
G. Sand. Cf. le latin vulg. quomodo et qualiter: débet tria testimo- 

nia mittere quod . . . invenisset, et altéra tria quaUter pater . . . invenisset. 
Pardessus, Diplom., I, p. 177. — Vaug.. II, 12, dit: .comme quoy est un terme 
nouveau, qui n'a cours que depuis peu d'années, mais qui est tellement usité 
qu'on l'a à tous propos dans la bouche." L'Académie déclare: .On ne s'en 
sert plus présentement", Malgré cet arrêt notre locution est encore très vivante. 

R e m. 2. La langue populaire emploie parfois quoi comme prédicat du verbe 
être: Quoi c'est qu'on bouffe, Benjamin, Gaspard, p. 23; quoi c'est qu 
vous avez envie? ibid., p. 292. 

137. Ces pronoms se rencontrent aussi dans une inter- 
"ind^rMte."" ^ogation indirecte: J'ignorais que ce pouvait être qui 
lui colorait ce beau teint; et avec qui neutre: Je ne 
sais qui me retient. 
Par suite d'une confusion très compréhensible avec les phrases 
relatives, les pronoms qui et que ont été supplantés par ce qui, ce 
que, pronoms déterminatifs + pronoms relatifs, quand qui se rap- 
porte à une idée neutre. Cela n'est pas arrivé avec les pronoms 
masculins. Qu'on compare Je ne sais pas ce qui s'est passé et Je 
ne sais pas qui a passé par ici. 

Pour l'emploi de l'emploi de qui est-ce que dans l'interrogation 
indirecte, cf. le paragraphe suivant. 



■) Cf. le pronom personnel, § 69, soi-disant,. 



QUI EST-CE QUI 89 

Périphrase 138. Comme qui pouvait marquer tant de fonctions: 

de qui, que, masculin, féminin, neutre, singulier et pluriel, nominatif 
quoi. 

et accusatif, on comprend qu on ait inconsciemment 

cherché des moyens pour mieux exprimer ces différents rapports. 

On a trouvé: 

qui est-ce qui qu'est-ce qui 

(à, de) qui est-ce que qu'est-ce que 

(à, de) quoi est-ce que 

Cette tournure existait déjà en latin: Quis est qui me vocat? „qui 
est-ce qui m'appelle?" Seulement, tandis qu'on a, en français, affaire 
à une périphrase dont on ne sent plus les éléments composants, le 
latin y sent encore bien une phrase principale et une phrase relative; 
aussi le latin traduit-il qui est-ce qui croit cela par quis est qui hoc 
credat, oîi on se sert du subjonctif, parce que la réalité de la sub- 
ordonnée est niée. 

On trouve des exemples dès le xiV^ siècle: qu'est ço k' il feit! Chrest, 
Evangile de Nicodème, 56. — Et après ce temps notre construction 
devient extrêmement fréquente, même dans l'interrogation indirecte: 
Je vous demande pour quoy c'est que l'avez bastie, Myst. du Vieil 
Testament, 5657. — C'est qu'il ne nous peut pas venir en l'entende- 
ment, que c'est qui est bon de faire, Calvin, Instit., chrét., II, 2, 
25 (en 1541: que c'est qu'il est). 

Rem. Dans ces phrases, il faut considérer le premier pronom comme 
interrogatif, le second comme adverbe relatif; seulement au premier cas, qui 
est-ce qui, qu'est-ce qui, le second qui est un pronom relatif sans antécédent, 
espèce d'apposition de ce *). 

* 

Quel et lequel 

139. Nous avons vu que quel a supplanté le pronom 
adjectif qui quae quod. Mais en outre la langue ayant 
perdu pendant son évolution tant de formes, c'est surtout le pronom 
quel qui a vu peu à peu s'élargir son domaine et qui a pris différentes 
fonctions qu'on exprimait d'abord d'une autre façon. Nous passerons 
en revue ces fonctions si variées, en suivant l'exposé de M. Richter. 
I. a) quel = qualis, sens primitif: 

M // chalt guaires de quel mort nus murions, 
Roland, 227. 

1) Cf. Tobler, II, 9 note. 



90 PRONOMS INTERRQOATIFS 

Ce sens s'est conservé jusqu'à nos jours: Quel homme! 

b) Une extension de cette fonction est l'emploi devant un adjectif, 
où le latin se 'servirait de quam, adverbe d'intensité: 

Quel étrange empire est le vôtre! En vieux français on employait 
en général com : corn bel arbre. 

c) On s'est servi quelquefois de quelles au lieu de qui pour indiquer 
le féminin : Lors le proudhomme . . . demanda qui les mènera et quelles 
yront en leur compagnie. Quinze joyes du mariage, p. 22, 1 11. 

II. quel = quantus et quot: passage de la qualité à la quantité : 

Deus! quel dolor que les Franceis nel sevent! 

Roland, 715. 
Orme dictes, ma belle amye, Que\s gens y perdez-vous? — Assez. 

III. quel =- u t e r. 

Quel chemin le plus droit à la gloire nous guide. 
Ou la vaste science, ou la vertu solide, 

Boileau, I, 164. 

IV. quel = q u i d (très rare). 

Ne puis remaindre ne partir 
Jeo ne sai a quel tenir, 

Ipomen., 1204. 

V. quel = de qui. 

Quel sang a-t-il versé? Volt., Mérope, II, 1. 

VI. quel = q u o t u s. 

Dans la phrase de Furetière, citée par Litfré: Je ne sais à la 
quantième visite ce fut qu'il lui répéta, Rom. bourg., III, p. 243, 
on dirait actuellement: à quelle visite. De même quel jour du mois, 
au lieu de: quel quantième du mois. 

140. Il nous reste encore à parler de lequel, qui est 
lequel. 

de formation française (cf. le pronom relatif, § 120) et 

qui n'a pénétré dans l'usage que vers le xm» siècle: Villehardouin 

ne l'emploie pas encore. D'abord la langue s'en est servie aussi bien 

comme substantif que comme adjectif. C'est ainsi que La Fontaine dit 

encore: L'auteur a voulu éprouver lequel caractère est le plus propre 

pour rimer des contes, Avertissement de l'auteur. 

Peu à peu pourtant on a opté pour quel comme adjectif attributif 

ou prédicat du verbe âtre, lequel pour désigner spécialement des 

personnes ou des ctioses déterminées par ce qui précède ou ce qui 

suit: Voici deux livres: lequel désirez-vous? Lequel de ces hommes 



QUEL ET LEQUEL. — AUTRE ET AUTRUI 91 

avez-vous rencontré? Au xviiie siècle l'usage moderne s'est constitué. 

Nous avons cité tout à l'tieure un exemple de quel comme neutre. 
Cet emploi se continue, seulement c'est lequel qui le remplace 
naturellement: Or vous demant-je, fist-il, lequel vous ameriés tnlex, 
ou que vous fussiés mesLaus ou que vous eusslés fait un pechié 
mortel? Joinville, 27. — Aujourd'hui encore on trouve des traces de 
cette construction. Plattner, III, 2, 142, en cite plusieurs exemples: 
Lequel vaut mieux d'être ici ou d'être là, Mme A. Tastu. — Couturière, 
lingère, nous n'avons pas trop distingué lequel, Th. Gautier. — On 
préfère pourtant qu'est-ce qui, ce qui, quoi. 

Ainsi, lequel n'a pas réussi à prendre toutes les fonctions de quel 
substantif. Notamment, il ne désigne jamais la qualité, et dans les 
phrases comme: Vous savez quels ils sont, La Rochef., III, 120; 
Quelle fut sa réponse! et quel devins-Je, Arcas! 

Racine, Iphigénie, I, 1. 
on dirait aujourd'hui: „ce qu'ils sont" et „que devins-je?" 



PRONOMS INDÉFINIS 1) 

141. Les pronoms indéfinis forment un groupe peu précis. Pour 
amener quelque clarté dans notre exposé, nous les subdiviserons en 
un certain nombre de groupes, division adoptée aussi dans la Gram- 
maire de Meyer-Liibke. 

I. qui s, aliquis, quidam, quispiam, quisquam et 
ullus alius et aller; 

a) Des six premiers pronoms quis et quispiam, quisquam 
et ullus ont disparu. Comme ils font un peu double emploi avec 
aliquis, on a pu s'en passer; quidam a été remplacé par 
'certain; le quidam actuel est un emprunt fait au latin et qu'on 
trouve à partir du xiv* siècle: Un quidam fut qui rapporta. Diction- 
naire général. Alius cède devant al ter, qui en latin déjà fonctionnait 
comme génitif de alius; seul le neutre el < *a 1 u m reste jusqu'au 
XV* siècle pour être supplanté à son tour par autre chose: 
El ne mengai il a trente ans passé, 

Huon de Bordeaux (Clédat p. 49). 

142. b) Les deux pronoms vraiment vivants sont donc 
aller. ^ 

a 1 1 e r et aliquis. Quant au premier, il faut distinguer 



') H. Yvon, Sur tes pronoms dits indéfinis (Rev. de phil.fr., 1902, p. 129 — 140). 



92 PRONOMS INDÉFINIS 

autre et autrui, cas régime accentué. On trouve autre jusqu'au 

xvi* siècle dans un emploi vraiment pronominal, donc sans article: 

Attendrai-je plutôt qu'autre le luy revelle, 

St. Gelais, III, 169. 

Ne se sont proposez aultre but, Du Bel., Lettres, 53. — II en reste 

une trace dans les locutions entre autres et autre chose. Malh , IV, 

364, établit la règle actuelle: „0n ne peut pas dire: pourchasser 

autres, il devoit dire: en pourchasseront d'autres.'' 

Un autre pouvait se rapporter au féminin aussi bien qu'au masculin: 

Mais vous devez cesser de vous en tourmenter, 

Encore que vous voyez un autre s'en vanter. 

Desportes, Elégie, 9 (blâmé par Malherbe). 

Je me tiendrois heureux entre l'es bras d'un autre, 

Corneille, Polyeucte, II, 2, 
qu'il corrige plus tard en une autre. 

Autrui, forme accentuée, est essentiellement un substantif: 

Qui £{'autrui mort aient la richeté (de la mort d'autrui) 

Charroi de Nîmes (Clédat, p. 83). 

Le sens de régime s'est maintenu; on le trouve e. a. dans la locution 

Vautrui (= le bien d'autrui): 

Le monstre infâme d'envie 

A qui rien de /'autrui ne platt, 

Malh., I, III, 92. 

Vaug., II, 291, déclare que cette façon de parler n'est plus en 

usage que dans la lie du peuple. Aujourd'hui autrui est presque 

toujours régime, il a un sens général, mais est peu usité: Médire 

d'autrui est un divertissement bien humain. 

Ré m. Pour qui. . . qui, l'un . . . l'autre, cf. § 135. 

143. c) Aliquis a sous la forme du neutre aliquod, 
avec \'s adverbial, donné l'adverbe alques: 
Ne li estuet ostel changier 
Por qu'oUst auques a mangier. 

Le Romant de Renart (Clédat, p. 166). 
Alques disparaît à son tour au xiv* siècle, pour être remplacé 
par un peu. 

La forme masculine aliquis s'est combinée avec unus pour 
former le pronom aucun, qui avait donc primitivement un sens 
affirmatif. On l'employait aussi bien dans les phrases affirmatives que 



AUCUN, UN, QUELQUE 93 

négatives, parce que quisquam et ullus étaient tombés en 
désuétude. Puis quelqu'un et quelque chose et un le supplantent dans 
les phrases affirmatives, il ne s'emploie plus qu'avec une négation qui 
déteint sur lui, cf. le chapitre de la négation, § 433. 

Aucun garde son sens primitif jusqu'au xvi« siècle: adonques descen- 
dirent les aucuns de leur chariot. Cent Nouv. nouv., 6, 41. — On 
le rencontre encore assez souvent au xvii« siècle, mais seulement 
chez des auteurs archaïsants, comme La Fontaine, Molière, Scarron: 
Ce que d'aucuns maris souffrent paisiblement, 

Mol., Ecole des Femmes, I, 1, 54. 

Aujourd'hui on ne trouve que d'aucuns sujet, mais il est peu usité. 
Le sens négatif de aucun au contraire s'est généralisé. 

Rem. L'adverbe aucunement a gardé plus longtemps son sens affirmatif: 
Ils avaient aucunement décliné de la piété, Boss , Var., XI, 122. — Aucune- 
fois = „quelquefois" se rencontre également assez souvent au commencement 
du xviie siècle. Vaug., Il, 459, déclare qu'il commence à sentir le vieux 
et le rance. 

144. d) C'est quelque et un qui ont supplanté aucun 
dans le sens affirmatif. 

U n u s, de nom de nombre qu'il était, a pris le sens d'article et 
de pronom indéfini (cf. l'évolution analogue de i 1 1 e > Z/ et //): 
// sist en l'ombre d'vms pomiers („de quelques pommiers"),. 

Parténopeus, 2364. 
Au xvii« siècle un temps signifiait , quelque temps": 
Les dieux depuis un temps me sont cruels et sourds, 

Racine, Iphigénie, II, 2. 
Comme substantif un pouvait avoir le sens de ^quelqu'un": Ma 
fantaisie me fait haïr un qui souffle en mangeant, Pascal, Pensées, 
I, 236 (éd. Faugère, Paris 1884). — Corneillle changea plus tard tous 
les vers où il avait écrit un et y introduisit quelqu'un. 

145. e) Quelque est né de la combinaison du pronom 
Quelque. 

interrogatif quel et de l'adverbe relatif que. En effet, le 

vieux français disait quel part qu'il ait, tout comme on employait 
qui — que, quoi — que. Par analogie avec lesc as où le pronom se trou- 
vait placé immédiatement après quel on en est arrivé à dire quel que part 
il aille. Il semble qu'à ce moment il y ait eu deux tendances: une à 
supprimer le verbe, donc quel que part, où quelque est bientôt devenu 



94 PRONOMS INDÉFINIS 

pronom indéfini, — l'autre à réintroduire le relatif après le substantif: 
quel que part qu'il aille. Patru a même voulu qu'on dise quelque là 
où le pronom est prédicat: quelque qu'il soit, mais on n'a pas 
approuvé cette construction. 

La construction primitive se trouve jusqu'au xvii' siècle: 
En quel lieu que ce soit, je veux suivre tes pas. 

Mol., Les Fâcheux, III, 4. 
Mais Vaug., I, 231, la condamne. Quant aux deux autres tournures, 
on les trouve dès le xii« siècle: 

En quel que lieu que ce soit, 

Chrétien, Chev. au Lyon, 4346. 
A quel que painne se dreça, 

Chrétien, Erec, 3040, 
où on sent encore la valeur concessive. La construction intermédiaire 
est plus rare et ne se trouve pas avant le xiii» siècle, fait qui rend 
notre explication de la tournure moins sûre: 

Quiex que meffaiz 
Cil las de chevaliers ait faiz 

Gïutier de Coincy, Mir. de N. Dame, 497, 149. 
Le dernier exemple nous montre aussi que quel est resté longtemps 
variable ^). 

Quoi qu'il en soit de l'origine de quelque, ce pronom a eu un 
succès extraordinaire. Quand on a perdu le sens de la composition, 
on lui a donné même la marque du pluriel: quelques batailles, Débat 
des hérauts d'armes, 19, par. 49 (xv« siècle). Il variait aussi bien devant 
les substantifs que devant les adjectifs: 

Et n'oser de ses feux. 
Quelques ardents qu'ils soient, se promettre autant queux! 

Corn., VII, 400. 
De même quiex que chetis dans Gautier de Coincy, 335, 48. Mais 
il a été décidé par l'Académie à la pluralité des voix que la règle de 
quelque, adverbe devant les adjectifs, et de quelque, pronom devant 
les substantifs, n'a aucune exception. 11 faut donc écrire d'après 
l'Académie: Quelque désobligeantes paroles que vous m'ayez dites, 
et Quelques paroles désobligeantes que . . . 

Quelque, dans le sens de ^environ" est, malgré l'avis de Vaugelas, I, 
55, en général variable au xvii« siècle: Le talent attique valait 



<) Cf. Tobler, 11, p. 32 et suiv.; Brunot, I. 339. 



quelque; nul, personne, rien 95 

quelques six cens écus de notre monnaie, La Bruyère, I, 78 et 79. 

Combiné avec un et avec chose, quelque s'emploie substantivement: 
quelqu'un et quelque chose. Comme tel, il a remplacé aucun, personne 
et rien dans leur sens affirmatif et on a même eu une tendance à 
l'introduire dans les plirases négatives: Est-il quelqu'un /(arm/ t/ows, 
mes frères, qui possède des richesses, Massillon, Car. le mauv. riche, 
1. — Ces pronoms se sont pourtant maintenus dans les phrases 
négatives, quand toute la force de l'accent tombe sur le pronom, 
mais quelquefois la différence de sens entre aucun, personne et rien, 
d'un côté, et quelqu'un, quelque chose, de l'autre, est difficile à saisir. 

Quelque chose est féminin jusqu'au xvii« siècle: Il faut trouver 
quelque chose plus générale, Malherbe, II, 475. — A cette époque 
l'usage hésite, comme le prouve la longue remarque de Vaugelas, II, 
242. Vaugelas a pourtant bien vu que l'usage se déciderait en faveur 
du neutre. 

II. Pronoms négatifs: nemo, nullus, ni h il. 

146. a) Nemo a disparu devant nullus, qui 

Pronoms négatifs. , , i , 

lui faisait déjà concurrence en latm classique et qui 

subsiste jusqu'à nos jours, puis devant aucun et personne. 

Nul prend quelquefois un sens affirmatif, mais toujours dans les 
phrases négatives ou au sens négatif: sans nul doute = (sine ullo 
dubio) „sans aucun doute". Dans la vieille langue on trouve parfois 
nul avec le sens de quelqu'un: 

Se nus / vient qui ait s'amor faussée, 

Clédat, p. 329. 

Différents mots qui se trouvaient souvent employés avec ne peuvent 
prendre peu à peu un sens négatif; de là que aucun (cf. plus haut, 
§ 143) et personne peuvent remplacer nemo. 

Au xvii^ siècle pourtant personne n'était pas encore devenu tout à 
fait un pronom indéfini. Vaugelas, I, 58, admet: Je ne vois personne 
si heureux ou si heureuse que vous, selon qu'on s'adresse à un 
homme ou à une femme. Mais l'Académie décide en 1704 que per- 
sonne, dans le sens de nemo, ne peut être déterminé par un adjectif 
et qu'il faut donc dire: Je ne vois point de personne si heureuse 
que vous. 

R e m. A côté de nuls on trouve dans les vieux textes neuls et nesuns < 
ne ipse unus, qui ont vite disparu: Palsgrave, p. 365, déclare nessan .an 
olde romant worde." 



96 PRONOMS INDÉFINIS 

147. b) N i h i 1 est également tombé en désuétude. C'est nient, 
neient qui l'a remplacé en vieux français: 

Rollanz respont: Jo n'ai nïent de met, 

Roland, 2006. 
Mais ce mot lui-même a dû céder le pas devant rien, qui, passant 
par une évolution analogue à celle de personne, a fini par prendre 
un sens né'gatif. En vieux français rien a encore gardé sa valeur 
primitive, c.-àd. celle d'un substantif: 

Dame, merci, une riens vous demant, 

Thibaut de Champagne (Clédat, p. 346). 
Honnis soit qui rien leur donna, 

Jeu de la Feuillée, 675. 
A côté de sa signification négative, rien a toujours gardé son sens 
affirmatif, tout comme aucun ti personne: Je doute que r'itn lui fasse 
plus plaisir; le sens pourtant de ces phrases est toujours négatif. 

III. Quivis, quilibet, guisque, unusquisque; omnis, totus. 

148. a) Sur les quatre premiers pronoms aucun n'est 
resté: quivis et quilibet ont disparu sans laisser 
de trace, quisque et unusquisque ont été remplacés par une 
nouvelle forme quisque + unus cescuns. Une autre tournure 
y.arx unum = „un à un", a été considérée en latin postclassique 
comme l'équivalent de quisque et a eu une fortune extraordinaire 
dans les langues romanes. Dans les Serments on trouve p. ex. 
cadhuna. La combinaison de cescuns et de chaduns semblent avoir 
fourni la forme chascun, qui dans la vieille langue était employée 
comme adjectif aussi bien que comme substantif: et chascun jour 
nous esloigna H venz des païs ou nous avïens estei nei, Joinville 
(Clédat, p. 272). 

On trouve la fonction adjective de chascun jusqu'au xvn* siècle: 
Deux cens livres de rente par chascun an, Malh., I, 339; — mais 
Vaug., II, 393, déclare que chascun n'est jamais adjectif. 

Comme tel, il a été peu à peu remplacé par chasque, qu'on semble 
avoir tiré de chascun. On trouve des exemples isolés de ce mot dès 
le xii» siècle, il ne devient général qu'au xvi«. Ce qui est curieux, 
c'est que Paisgrave, p. 65 et 362, ne semble même pas soupçonner 
l'existence de chaque. 



LE PRONOM TOUT 97 

149. b) Omnis a disparu en gallo-roman, et totus 

(plus tard aussi entier) l'a remplacé. 
On sait qu'en latin déjà le singulier omnis est le synonyme de 
totus: le Gallia omnis des Commentaires de César équivaut à 
Gallia tota. Même au pluriel t o t i se dit pour o m n e s, et cela tant 
en latin postclassique qu'en latin archaïque: 

quoi bini custodes semper totis horis occubabant. 

Plante, Miles gloriqsus, 212. 

Apulée en offre plusieurs exemples. Cf. le Commentaire de Lôfstedt 

sur la Peregrinatio, 2, 6: toti //// montes. 

On sait que totus est adjectif et varie aussi bien devant les 

adjectifs que devant les substantifs '): 

Toz est mudez, perdude at sa color, 

Alexis, 3. 

On se rappelle que tout a le sens concessif devant un gérondif et 

dans la locution tout . . . que, cf. § 364. 

Tout renforce souvent un superlatif et des mots comme tel, ainsi, 

maintenant: 

Choisissez, pour ce don, 

Tout le plus gras du pâturage, 

La Font., Fables, XI, 1. 

Tout ainsi que les pensées sont les portraits des choses, de 
même . . . ., Mol., Mariage forcé, 4. 

Relevons encore la tournure tout le monde, devenue un vrai pronom 
indéfini. 

150. c) Pour h ô m o, qui sous la forme de on est devenu pronom, 
cf. le chapitre des pronoms personnels, § 130. 

Rem. Pour les pronoms en -cumque et ceux qui se forment par redouble- 
ment: quicumque, quisquis, cf. le chapitre des pronoms relatifs, § 130. 
Relevons l'emploi de quelconque dans un livre quelconque, où c'est un pur 
pronom indéfini. 



') Pour la question de l'accord, cf. § 47. 



SNEYDF.RS DE voQEL. Syntaxe historique. 



CHAPITRE VI 



LE VERBE 

151. Comme le verbe peut se trouver en différents rapports avec 
son sujet ou avec son complément, nous devons traiter les questions 
suivantes: 

I. Rapports entre le verbe et son sujet: 

A) Voix active. 

B) Voix passive. 

C) Verbes pronominaux. 

D) Verbes unipersonnels. 

E) Accord entre le verbe et son sujet. 

II. Rapports entre le verbe et son complément: 

A) Verbes à complément direct ou Verbes transitifs. 

B) Verbes à complément indirect ou Verbes intransitifs. 

C) Verbes sans complément ou Verbes neutres. 

D) Passage d'une classe à une autre. 

Enfin, l'action pouvant se présenter sous différents aspects, 
nous aurons à parler des: 

III. Modes: 

A) Indicatif. 

B) Impératif. 

C) Subjonctif. 

D) Conditionnel. 

IV. Formes nominales du verbe: 

A) Infinitif. 

B) Gérondif. 

C) Participe présent. 

D) Participe passé. 

E) Temps: 

A) Présent. 

B) Les temps passés. 

C) Les temps futurs. 



VALEUR DE LA FORME EN -OR 99 

I. LE VERBE ET SON SUJET 

A. VOIX ACTIVE 

152. Le sujet d'un verbe actif accomplit l'action exprimée par le 
verbe, ou se trouve dans l'état que le verbe indique: // lit, il souffre. 
Pour l'emploi, la langue n'a guère changé; les quelques cas dans 
lesquels le français se sert d'une autre tournure que le latin, p. ex. 
i t u r > on va, nous les traiterons dans un autre ctiapitre. 

153. Quant à la voix passive du verbe, elle est tellement liée à 
la forme pronominale que nous traiterons ces deux chapitres ensemble. 

B. ET C. LES VERBES PRONOMINAUX ET LA VOIX PASSIVE *) 

Sens de la 154. Le latin classique connaît une forme en -o r, 
forme en -or. q^j g plusieurs sens: 

1) 11 exprime le passif: amor, laudatur. 

2) Les déponents ont cette terminaison. Le sens primitif semble 
être que le sujet prend un certain intérêt dans l'action; c'est donc le 
sens du médium grec; voilà pourquoi on parle quelquefois de la 
voix moyenne. En latin préhistorique tous les verbes doivent avoir 
eu la faculté de s'employer à la voix moyenne, mais en latin clas- 
sique le sens primitif s'est effacé; la langue a fait un choix: plusieurs 
verbes ne peuvent plus se mettre à cette voix moyenne, d'autres au 
contraire ont perdu l'actif, ce sont ceux qu'on appelle déponents, 
«verbes à sens actif et à forme passive," dit la grammaire en mettant 
ainsi à une dure épreuve la foi des élèves dans le bon sens des 
Romains. A cette dernière catégorie appartiennent des verbes comme 
mercari, negotiari, adulari, nasci, parce que, je suppose, 
le sujet prenait toujours un certain intérêt dans l'action. 

3) a. Valeur neutre: Vas rumpitur. 



') G. Kôrting, Das lateinische Passivum unii der Passiv-Ausdruck im franzô- 
sischen (Zeitschr. /, franz. Sprache und Litteratur, XVIII, p. 115). — E. Richter, 
Zur Entwicklung des reflex. Aasdrucks im Romaniscken (Zeitschr. f. rom. Phil., 
XXXllI, p. 135). — A. Tobler, Verm. Beitràge, 11, 65. - K. Sneyders de Vogel, 
De Verbis pronominalibus (Mnemosyne, 1915, p. 1). — Cf. aussi les deux pages 
judicieuses que Brunot a consacrées à notre sujet dans sa petite Grammaire histo- 
rique de la langue française, p. 446 — 448, et Littré, Hist. de la langue fr., II, 
p. 317 et suiv. 



100 ~ LE VERBE 

b. Même valeur, mais la forme en -or alterne avec la forme prono- 
minale: Pares vetere proverbio cum paribus facillime congregantur, 
Cic, De Senedute, 7. — Impii cives unum se in locum congrega- 
bant, Cic, Philipp., 14, 15, — Nec vesligio quisquam movebatur. 
Liv., X, 36. — Ne se ex eo loco moverent, Liv., XXXIV, 20. — 
Cf. aussi Pétrone, 26 et 27: amicimur ergo diligenter, ,nous nous 
habillons"; nos intérim vestiti errare coepimus, „après nous être 
habillés"; ipse pater familias qui soleatus pila prasina exercebatur, 
, s'exerçait avec une balle verte, jouait à la paume". 

Cet état de choses n'a pas duré. La langue a cherché de tout temps 
des moyens pour rendre ces significations d'une façon plus précise. 

Le passif en 155. 1) L'idée passive est exprimée en latin: a) par 
latin. jg forme en -or, pour le présent, l'imparfait et le futur; 

b) par une forme périphrastique, composée du verbe esse avec le 
participe passé, pour les autres temps. 

Or, quoique la forme synthétique se maintienne encore longtemps, 
pourtant elle va disparaître, non seulement avec son sens passif, mais 
aussi avec toutes ses autres acceptions; il sera remplacé en français 
par esse -\- participe passé ou par la forme pronominale; dont nous 
parlerons tout à l'heure. 

Les textes du latin postclassique nous fournissent malheureusement 
moins de preuves de ce remplacement de la forme synthétique par 
la construction analytique qu'on pourrait le supposer à voir l'état des 
choses en roman. Pourtant, il y en a d'assez probants. 

Ainsi nous trouvons dans Apulée, de Mundo, XI: Astrorum in 
nominibus illa est observata diversitas, où en latin classique on 
mettrait plutôt le présent observatur. Dans les textes classiques on 
trouve d'ailleurs de nombreux exemples qui prouvent que le participe 
sans auxiliaire n'exprime pas le passé: O luce magis dilecta sorori, 
Virg., Enéide, IV, 31, „0 toi que ta sœur aimé plus que la lumière" '). 
Et comme sum n'exprime pas non plus une idée du passé, on 
comprend que le participe avec esse, du moins dans certains cas, 
peut prendre les fonctions de la forme synthétique en -or. Grégoire 
de Tours et Frédégaire ne se servent pas de notre tournure, même 
si elle est admise. Cela semble dû à une réaction savante: on veut 



') Cf. pour le sens du participe e. a. J. H. Kern. De met het Part. Praes. 
omschreven werkwoordsvormen in 't Ned. (Verhandellngen der Koninklijke Akademie 
der Wetenschappen, Afd. Letterfcunde, Xii, 2, § 8—10). 



LE PASSIF EN LATIN ET EN FRANÇAIS 101 

se mettre en garde contre une faute souvent commise et on exagère 
dans un autre sens. De même, Ammianus Marcellinus emploie 
l'imparfait amabatur au lieu de amatus est. sans doute parce 
que cette dernière forme est vulgaire. 

Le passif en 156 Quoi qu'il en soit, la langue a abandonné com- 
français. pjètement la construction synthétique: le français, 
l'italien, l'espagnol, le portugais ont eu recours à l'auxiliaire esse. 
Seulement on connaît l'inconvénient que présente ce verbe, qui exprime 
plutôt l'état que l'action et qui, par conséquent, est en général 
incapable de rendre le passif de verbes comme bâtir, frapper, c.-à-d. 
de verbes qui expriment une action momentanée '). 

Aussi l'emploi de cette tournure est loin d'avoir l'étendue de 
l'auxiliaire wordeti en hollandais. Le français la remplace souvent par 
la voix active et le pronom on: Er wordt geklopt = on frappe, ou 
par la forme pronominale du verbe, dont nous parlerons plus loin. 

Dans les Grisons on se sert du verbe venire, et cette tournure est 
aussi connue en italien et en espagnol: les verbes de mouvement 
venire et andare expriment mieux que être le changement qui se 
produit: La Gerusalemme vien cantata da tutta Italia. — Le buone 
usanze vanna rispettate. — Todo ira perdido, Cervantes, Nov. 
Ejemplares, p. 38 (Nelson). 

Le français, lui aussi, a parfois eu recours à ce verbe '^): 

La religion Catholique s'en alloit perdue, si .... la succession du 
Royaume venait au Roy de Navarre. Sat Ménippée, 136. 

La conjuration s'en alloit dissipée 

Vas desseins avortes, votre haine trompée. 

Corn., III, 426. 

Aujourd'hui même on trouve parfois: La messe s'en va dite. 

On a essayé d'autres tournures encore: La chose Atm^ni faite ^). — 



') Excepté naturellement dans les temps composés ou dans le passé défini : il a 
été frappé, il fut frappé, où le sens est assez clair. De même dans une phrase 
comme: Le cheval est amené, brossé, lavé; ou encore dans Tu seras puni, où 
l'esprit ne distingue pas nettement Tétat de l'action. 

') Déjà à l'époque d'Auguste on lit dans Properce, 11, 4, 12: 
Saepe roges aliquid, saepe repuisus eas, c -à-d. ,que tu sois souvent repoussé". 
') Dixit Esaias: hic homo, qui commovet orbem 

Et reges totidem, sub quo fiet terra déserta. 

Commod., Instruct., I, 41, 1 — 2. 



102 LE VERBE 

Ja n'\ avra menti cTun mot (= on ne mentira pas), 

Béroul, Tristan, 398. 
La chose tourne finie. 

D'autre part, la vieille langue employait la forme périphrastique 
avec être, là oii on mettrait aujourd'hui on avec l'actif: 
// fut dansé, sauté, balle, 

La Fontaine, Contes, I, 1, 518. 
Dame, tu es la nouvelle lumière qui est veue luire. 

Miracles de N. Dame, XXVI, 180. 
Alors tous les assistants furent veus tressaillir de joye, Sat. Mé- 
nippée, 21. — // a été mal parlé de lui '). Cf. § 178. 

Rem. s'en aller + part, passé est donc tout à fait parallèle à aller + 
gérondif. Combiné à un participe d'un verbe neutre, aller exprime une action 
qui est en train de se faire: Mais aujourd'hui que mes années Vers leur 
fin s'en vont terminées, „sont en train de se terminer", Malli., I, 210, 26. — 
Notre vigueur s'en va éteinte, „est en train de s'éteindre", Vaiig., Quinte' 
Curce. IX, 3. — Il est donc naturel qu'avec dissipé, qui exprime un état 
passif, comme dans l'exemple de Corneille cité à la page précédente, aller 
serve d'auxiliaire à la voix passive. 

157. 2) Déponents. 
Déponents. '^ 

Nous pouvons être brefs sur cette fonction de la 

forme en -or, puisque aussi bien son sens n'est plus senti en 

latin. Dès l'époque de Plaute il y a hésitation: plusieurs verbes 

sont tantôt déponents, tantôt non. Priscien -) donne toute une liste 

de verba communia. Diez ') cite : f a b u 1 a r e, j o c a r e, 1 u c t a r e, 

nascere, consoiare, dignare, mentir e, partir e, pre- 

care, testare, sequere. La même confusion se trouve dans les 

inscriptions: funxit = functus est, E. Diehl, Vulgârlat. In- 

schriften, 1208. — impraeco = imprecor, ib., 1216. — Et l'inverse: 

dubitamur = dubitamus, ibid., 1565; et la tournure fréquente 

sorores una die obitae sunt = obierunt, ibid., 1041 (influence 

de mortuae sunt?). 

Dans les langues romanes, il n'y a plus trace de ces verbes: ils 

sont tous passés à l'actif, du moins pour les formes synthétiques; 

les autres se sont conservées telles quelles, tantôt avec le sens du 

parfait, si le verbe est neutre: natus sum = ,je suis né', tantôt 

avec le sens passif, si le verbe exprime une action transitive: 



') Cf. Darmesteter. Cours de grammaire historique. IV, p. 107, 112, 117. 

*) Keil, Orammatici latini. II, 1378. 

') Grammatik d. rom. Sprachen. 11. 109. 



VALEUR NEUTRE DE LA FORME EN -OR 103 

Tresqu'a cest jor que ci su» conseûz, 

Roland, 2371. 
Ici sum consecutus a pris la valeur de „je suis frappé." 

158. 3) Maintenant nous arrivons aux sens 
moveri movere , ,.,,.,■■,, z i j 

et se movere neutre et réfléchi de la forme en -or et de 

avec sens l'actif accompagné de se. 

C'est là un chapitre très compliqué. 

Constatons d'abord que le latin connaît les verbes pronominaux, mais 
qu'il en fait un emploi beaucoup plus restreint que les langues romanes. 

En latin ce ne sont que les verbes objectifs, les verbes à complé- 
ment direct ou indirect, qui peuvent s'employer avec les pronoms 
réfléchis, lavo puerum et me lavo; nocere alicui et sibi 
nocere; hostes in fugam vertere et se vertere in 
fugam; persuadere alicui et mihipersuasumhabeo. 
On voit que dans tous ces cas le pronom a une fonction déterminée, 
mais on comprend en même temps que la valeur du complément 
peut s'affaiblir, qu'on peut en arriver à ne pas voir clairement l'action 
du verbe exercée par le sujet sur lui-même et que, par là, le verbe 
peut prendre un sens neutre. 

Cette évolution a déjà commencé en latin classique; elle sera 
achevée en latin postclassique. 

En effet, suivant que le verbe a un sujet plus ou moins actif, ou 
suivant que le verbe lui-même exprime une action matérielle ou intel- 
lectuelle, l'action qui sort du sujet pour y retourner sera plus ou 
moins claire: dans puer se lavât la valeur du complément direct 
se sent mieux que dans mihi persuadée; dans clam or se 
tollit in auras l'action est moins visible que dans Caesar 
se m o vet. 

Le verbe pronominal touche donc dans beaucoup de cas à l'emploi 
neutre, et ainsi il entre en concurrence avec la forme en -or, qui 
elle aussi peut avoir cette valeur-là. Ainsi dans Cicéron on trouve 
pour certains verbes tantôt l'une, tantôt l'autre construction: quare 
eius fugae comitem me adjungerem, Cic, Ait., 9, 10, 2. — Domitius 
cum XV suis cohortibus eodem adiungeretur, ib., 8, 12, 3. — Nous 
renvoyons aussi aux phrases citées p. 100 (movere et se 
movere, congregari et se congregare). 

Or, le latin archaïque connaît, à côté de ces deux formes, encore 
une troisième construction pour exprimer l'idée neutre, c'est l'actif: 



104 LE VERBE 

maie res vortunt, Plaut., Pers., 453. — foris aperit, ,1a porte s'ouvre", 
Pers., 300 '). 

De ces trois tournures, la forme en -or est la plus usitée en latin 
classique; il est souvent difficile de relever les trois constructions 
pour le tnême verbe. Ainsi du verbe adjungere, dont nous venons 
de donner deux exemples, la forme active avec sens neutre ne se 
trouve qu'en latin postclassique: in partibus Italiae quae ad Galliae 
adiungit, Gai, alfab., 95. — Il en est de même pour abdere, tandis 
que accingere p. ex. se rencontre de bonne heure sous les trois formes: 

a) ille se praedae accingunt, Verg., Aen., I, 210. — b) accingar 
dicere pugnas, Verg., Georg., 3, 46. — c) accingunt omnes operi, 
Terent., Phorm., 318. — Il faudrait traiter chaque verbe à part, parce 
que chaque verbe a son histoire particulière. 

159. Dans la latinité postérieure la forme active étend son domaine. 
Medert ^) cite conglutinare. movere, minuere avec les 
composés imminuere et diminuer e, conferre, refrigare, 
résumer e, rumpere. Petschenig, Transitive Verba als re/lexive 
bel Corippus'^)-. iungere, minuere, miscere, qu'il compare 
avec les verbes italiens giugnere, minuire, mischiare, M. Niedermann *) 
et M. Bonnet*) ajoutent d'autres txemp\ts: cicer vero si bene coxerit, 
Anthim., 18, 25. 

Pourtant la forme en -or se maintient pendant toute la période 
latine: fragor rogantum tollitur, Prudent., Peristeph., 181. — Mais 
malgré ce fait, l'accord de toutes les langues romanes prouve que le 
peuple a abandonné complètement cette forme, que les textes ne 
nous offrent donc pas une image fidèle de la réalité. 

Ainsi, dans la langue parlée, ce sont de plus en plus les formes 
pronominales et les formes actives qui sont chargées d'exprimer l'idée 
neutre et qui continueront à remplir cette fonction jusqu'à nos 
jours dans les différentes langues romanes. Voici quelques exemples 
du latin postclassique, qui prouvent que la forme pronominale a 
absolument pris le sens neutre: donec cycatrix et oculus se con- 



') Lindsay, Syntax of Plautus, p. 52. 

*) Quaestiones criticae et grammaticales ad Gynaecla MusUonis pertinentes, 

Diss. Oiessen, 1911. p. 20. 

») Archii' far latein. Lexikographie. III, p. 150 et 284. 

♦) Neae Jahrbb. far das klass. Altertum, Gesch. and deutsche Litt., 1 9 1 2, p. 332 . 

») Le latin de Grégoire de Tours, p. 630. 



LA FORME PRONOMINALE EN LATIN 105 

firmet, Mulomed. Chir., 76. — Fac ut oculus cludere se non possit, 
ibidem, 73. 

160. Quand l'évolution de la forme pronominale en 

pronom ^^* arrivée là, le pronom s'est tellement affaibli qu'on 

complément ne sent plus sa valeur de complément du verbe: on 

C 'fkff <l ^ A 

peut se servir de movere ou se movere, de adiungere 

ou se adiungere sans différence de signification: le pronom est donc 

devenu un ornement du verbe neutre, sa valeur grammaticale est 

devenue nulle. 

Ce phénomène entraîne comme conséquence trois constructions '): 

a) on en arrive à mettre le pronom devant un verbe essentiellement 
intransitif comme tacere, ire; 

b) on le place devant un verbe qui est déjà accompagné d'un 
autre complément; 

c) On le met dans une construction passive. 

Exemples: à) Recipit se episcopus et vadent se unusquisque ad 
hospitium suum, Peregr. Aetfi., 25, 7. — Hic humor sudoris in ventrem 
se desidet (ms.: deridet, Heraeus: derivet), Mulomed. Chironis, 220. 

b) Putabatn me quia statim illius non concupisceret. — Speravit 
se quia mortem vel crucem pertimesceret. 

c) Hic morbus se ad corpora increscens ustione extinguitur, 
Mulomed. Chir., 188. 

leC'^ Enfin la structure pronominale, si intéressante à 
Forme ■ , j i ■ • 

pronominale plusieurs points de vue, en est arrivée aussi a exprimer 

avec sens l'jdée passive. Cette évolution semble être terminée, 
passif. 

elle aussi, avant lépoque romane. Il est vrai que les 

quelques exemples qu'on pourrait traduire par un passif, pourraient 
aussi être expliqués comme ayant un sens neutre, mais il se rencontre 
pourtant une phrase où la valeur passive est claire: 

Tune mensibus septem se mundabit terra per ignem 
Et qui fuit humilis veniens 'le coelo videtur, 

Commod., Carm. Apol., 1041. 
= „la terre sera purifiée par le feu''. 

Kôrting explique cette nouvelle fonction comme sortant de la con- 
struction primitive ego me moveo; le sens passif s'expliquerait par la 



') E. Lôfstedt, Pkilol. Kommentar zar Pereginatio Aetheriae, p. 140 sqq. 



106 LE VERBE 

disparition de la fonction du sujet: on pense seulement au fait que 
la personne subit l'action, la tournure est devenue passive '). 

On pourrait opposer à ce raisonnement logique qu'on ne trouve 
en latin postclassique aucun fait qui prouve cette évolution; certes, 
nous avons constaté que le sujet peut être un nom de chose, qui 
est donc incapable d'agir, mais la tournure n'était pas devenue par 
cela passive, mais neutre. 

S'il y a donc un autre moyen d'expliquer cette nouvelle fonction, 
il faut l'adopter. Or, entre le sens intransitif et le sens passif le 
passage est très facile: en latin plusieurs verbes intransitifs fonction- 
nent comme passifs de verbes transitifs: pereo, passif de perdo; 
veneo de vendo; bene ou maie audio, de bene ou maie 
dicere; vapulare de caedere, „battre". Dans le cri lève ou se 
lève nous avons le sens neutre, c'est bien entendu; mais qui est-ce 
qui ne sent pas que c'est presque un passif: het geschreeuw wordt 
aangeheven en hollandais ■). 

Il y a un fait qui, semble-t-il, a puissamment contribué à faciliter 
le passage du neutre au passif. Quand levari et moveri 
disparaissaient de la langue parlée, les formes analytiques comme 
motus et levatus sum se maintenaient, avec sens passif et avec 
sens neutre, comme nous avons vu. Quoi de plus naturel alors 
qu'on ait donné à levare et à se levare, à movere et à se 
movere, qui remplaçaient levari et moveri au sens neutre, 
aussi la signification passive, si proche de l'autre sens? 

161. Après avoir discuté la construction des verbes 
Les mêmes 
consiructlons en latin, voyons maintenant l'état des choses en français. 

en français. Lg vieille langue n'est que la continuation du latin. 
On trouvera donc à) lever et b) se lever, tout comme le latin disait 
levare et se levare, — c)le pronom se trouve même devant 
des verbes taire et mourir, qui par leur nature même ne souffrent 
pas de complément, — <^ on le place devant un verbe qui est déjà 
accompagné d'un autre complément, — e) se lever exprime le passif. 
— /) on le met dans une construction passive. 

Donnons quelques exemples de ces différents cas: 



') Zeitschrift far fram. Sprache und LUteratar, XVIII. p. 1 1 9 et suiv. — Cf. 
aussi Bréal, Essai de sémantique, p. 85 et suiv. 

^ Cf. aussi l'espagnol: yo me he criado. Valdés, La Hermana San Sulpicio, 
VII (j'ai grandi, j'ai été élevé). 



LA FORME PRONOMINALE EN FRANÇAIS 



107 



lever. 



se lever. 



162. a) 1 e va re: 
Lors mut noise et tançons leva, 

Chrétien, Guill. d Angleterre, 1054. 
Que acouchier vos covandra, 
Et de vostre anfant délivrer, 

Ibidem, 296. 
Tôt erranment li roi lavèrent 

Tristan Ménestrel {Romania, XXXV, p. 501). 

163. b) se levare: 
S'atornent d'aler a Bristol, 

Chrétien, Guill. d'Angleterre, 2053. 
Une matinée s'esmut, „il s'éloigna", 

Ibidem, 2288. 

taire et 164. c) se tacere: 

se taire. n cugfis Rollanz Se jut (j a c u i t) desoz un pin, 

Roland, 2375. 
L'emperere se dort ens ou palais plenier, 

Fierabras, 6136. 
Et se font povre et si se vivent 
Des bons morceaus delicieus, 

Jean de Meung (Clédat, p. 201). 
Mais l'hésitation est grande; les formes sans pronom: vivre, dormir, 
taire, etc., sont fréquentes: 

Tes (tais-toi)! fet li rois. 

Chrétien, Guill. d'Angleterre, 1937. 
Quand J'en pooie une tenir, 
O moi l'en estovoit venir, 

Renart (Clédat, p. 174). 
Les gens en sont totes alees, 

Tristan Ménestrel, 40. 



se penser. 



165. d) La construction se putare aliquid ne 
semble pas s'être continuée en français. Si, à côté de 

se penser d'une chose, on trouve des phrases comme: 
Li cuens Rollanz nel se doiist penser, 

Roland, 355, 

il est probable qu'il faut ici reconnaître dans le pronom se un datif 

éthique. 



108 LE VERBE 

Rem. Dans les autres langues romanes cette construction est plus fréquente. 
Ainsi en italien: h mi godea le délicate membra, Aiiosto, Orlando furioso, 
VI, 47. — Ma io me lo pensavo. R. Fucini, AU' aria aperta, 175 — 
Un libro che non sarà mai scritto, ma che è Ira i plit dilettevoU ch' lo 
m! conosca, Marzocco, 1913, 11 maggio. — En provençal: Non sap 
que-s fa; Mais no m'en cal; que's vol s'en fassa, Flamenca (Appel, 24. 1). 

se lever avec 166. e) Quant au sens passif de la voix pronominale, 
sens passif. ^ Brunot en a trouvé un seul exemple au xiv* siècle: 
par les /aulx hoirs se perdent les seigneuries, Chev. de la Tour 
Landry, 120. — On pourrait peut-être citer la phrase bien connue 
Or se cante = on chante (er wordt gezongen en hollandais), dans 
Aucassin et Nicolette, œuvre qui semble dater du commencement 
du xm« siècle. Quoi qu'il en soit, il est évident qu'on ne peut attribuer 
l'introduction de notre construction à l'influence italienne, comme le 
prétend e. a. Haase '). Au siècle suivant les exemples abondent: 
Par lequel, ainssy c'on disait, se gouvernoit le roy et tout le fait 
de royaume, J Chartier, Chronique de Charles Vil, I, 54. — I s'I 
disoit autant de messes par Jour comme à Rome, Commines, éd. 
Mandrot, I, 166. 

On voit que l'emploi de cette tournure est dès l'origine plus libre 
qu'actuellement. En effet, aujourd'hui la voix pronominale ne saurait 
exprimer le passif: 1) si le sujet est un nom de personne,"^) si l'on 
n'exprime pas une action habituelle, 3) si l'agent est exprimé. Voilà 
donc trois restrictions qui excluent des phrases comme: Les voleurs 
se pendent, dans le sens de: ,0n pend les voleurs"; d un moment 
donné le livre se Jeta, pour: „fut jeté"; les testaments se dressent par 
le notaire, au lieu de: „sont dressés." Dans une phrase comme: 
Les médecins se comptent, les avocats ne se comptent plus. Annales 
pol. et litt., 5 juin, 1910, le verbe se compter se trouve à cheval entre 
la valeur neutre et passive; de même dans la porte s'ouvre par le vent. 

Les deux premières restrictions valent aussi pour la vieille langue. 
Mais la dernière n'est connue ni à l'origine ni plus tard au xvii« siècle. 
En voici des exemples: 

Le François ne se vainq que par le François mesme, Sat. Ménippée, 
p. 225. — Le sagesse de Dieu ne se comprend point par les plus 
excellens du monde, Calvin (dans Huguet, Synt. de Rabelais, p. 177). — 
Mais ne pense pas que cela se doibve plus observer par les orateurs 
que par les historiographes, Dolet, La manière de bien traduire, 

') Syntaxe frrançaise du XVlIt slicU, § 72. 



SUI LEVEZ = JE ME SUIS LEVÉ 109 

p. 16. — Le prétérit se conjugue par la plupart de cette sorte, Vau- 

gelas, Rem., I, 196. 

Sans cesse vous prêchez des maximes de vivre 
Qui par d'honnêtes gens ne se doivent point suivre, 

Mol., Tart., I, 1, 38. 
Rem. L'emploi de la voix pronominale est plus étendu dans les autres 
langues romanes. En roumain c'est presque la seule façon d'exprimer le 
passif: miï bat (je me bats) = „on me bat". L'espagnol peut également 
employer un nom de personne comme sujet de la forme pronominale, avec 
sens passif: Sale con luz. Rita se sorprende, Moratin, El si de las nihas, 
II, 5 (= Rita est prise au dépourvu). — En italien et en espagnol notre con- 
struction remplace la forme impersonnelle: si canta — ,on chante"; se sabe = 
,on sait"; elle peut être accompagnée d'un complément: inforcare saldamente 
gli arcioni del cavallo su cui lo si invitava a salire. P. Rajna (dans II 
Marzocco, 1916, 2 genn.) (= on l'invitait); — se le llamaba, ,on l'appelait". 
Enfin en italien cette forme inpersonnelle peut changer en forme personnelle 
par l'adjonction d'un pronom sujet: Noi non si fa complimenti, „nous ne 
faisons pas de compliments"; noi si canta = „nous, on chante" dans la langue 
française populaire: Nous, on va s'batte, nous on va s'tuer. Benjamin, 
Gaspard, p. 13. — C'est nous qu'on dansera avec les p'tites Allemandes, 
ibid., p. 18. — Tu vois ce qu'on est, nous autres, Barbusse, Le Feu, p. 29. 

, , ^ 167. /) Ce point-ci — il s'agit de la construction me 
Je suis levé. ./ / r & 

sui levez — demande à être traité à part. 

Nous avons vu que les formes synthétiques en -o r ont disparu, 

mais que les formes analytiques, composées du verbe esse avec le 

participe passé, se sont maintenues avec la valeur passive aussi bien 

qu'avec la valeur neutre. Pour le premier cas nous renvoyons aux 

paragraphes 155 et 156; pour le second cas nous pouvons citer: 

Cum fuerit autem Nero de inferno levatus (= se sera levé) 

Helias veniet prias signare détectas, 

Commod., Instruct, I, 41, 7. 
De même en français: 

Et li quatorze sont en fuie tourné. 

Tost sont levé en estant sor lor pies, 

Huon de Bordeaux (Clédat, p. 51 et 56). 
Hebergié sont (= ils se sont logés). 
Maintenant sont del port nieû (= se sont éloignés), 

Chrétien, Guill. d'Angleterre, 449 et 995. 
Or délaciez le vert heaume gemmé, 
Tant que soiiens baisié et acolé, 

Girard de Vienne (Clédat, p. 95). 



110 LE VERBE 

Quant assés sont déduit, si sont aie couder, 

Fierabras, 6135. 
Dans ces phrases — il n'est pas superflu de le répéter — nous 
avons donc la continuation directe de la construction latine motus 
su m, „je me suis mu", leva tus su m, ,je me suis levé", où le 
participe avec être exprime une idée intransitive, que le français rend 
souvent par le réfléchi. 

Autres 168. Seulement, à côté de cette construction-là, on en 

constructions, (rouve trois autres, qui expriment absolument la même 

idée: 1) l'auxiliaire avoir avec pronom, — 2) l'auxiliaire avoir sans 

pronom, — 3) l'auxiliaire être avec pronom. Donnons d'abord des 

exemples de ces trois constructions, avant d'en chercher l'explication. 

1) auxiliaire avoir avec pronom: 

s'ont aresté et desçandu *), 

Chrétien, Guill. d^ Angleterre, 1795. 

Parfitement s'at a Deu comandet, 

Alexis, 288. 

s'a vestu et chaucié, 

Amis et Amiles, 2321. 

2) auxiliaire avoir sans pronom : 

Ad icel mot l'uns a Paître at clinét (= s'est incliné), 

Roland, 208. 
Or ont lave (= ils se sont lavés), si vont seoir. 

Chrétien, Guill. d'Angleterre, 2578. 

3) auxiliaire être avec pronom: 

se fu redreciez. 

Quant H uns d'aus s'est regardez, 

Si voit venir celui corant, 

Chrétien, Ouill. d: Angleterre, 889 et 1829. 

Quant s'estoit arestée, moult tenrement ploroit 

Quant s'estoit relevée, maint grant souzpir getoit, 

Berthe aux grands pieds (Clédat, p. 59). 

J'ai levé et je 169. Ainsi, nous avons constaté que le vieux français 
mai levé. g quatre tournures pour exprimer la même idée: sui 
^ttez, ai levé, m'ai levé, me sui levez. Quelle est l'origine de ces 
constructions? 



') à moins qu'on ne doive lire sont aresté. 



SUI LEVEZ > ME SUI LEVEZ 111 

La première ne demande plus d'explication: sui levez est la con- 
tinuation directe du latin sum levatus. Quant à ai levé et m'ai 
levé, on sait que dans la latinité postclassique le parfait composé 
(habeo cognitura = cognovi) se répand de plus en plus. 
Ainsi le parfait composé de levare et de se levare devient 
levatum habeo et me levatum habeo, qui ont donné en 
français fai levé et je m'ai levé. Mais puisque, à l'origine du moins, 
on Sentait encore fortement la valeur active de l'auxiliaire, ces deux 
formes — surtout la première — avaient beaucoup de peine à pénétrer; 
levatus sum, en latin, et sui levez, en vieux français, restent la 
construction usuelle pour „je me suis levé"; le type fai levé est 
relativement rare dans la vieille langue; je m'ai levé, quoique plus 
fréquent, n'a pourtant pas, tant s'en faut, l'extension de la construction 
primitive sui levez. 

170. Une nouvelle étape dans l'histoire de notre construction est 
l'introduction du pronom dans la tournure: Je sui levez, qui est, au 
fond passive, du moins pour la forme, et neutre pour le sens. 
Ce phénomène est diî à l'analogie des autres formes du même verbe. 
En effet, puisque levare et se levare se trouvent en latin 
postclassique avec la même valeur, on comprend aisément que peu 
à peu on ne sente plus s e comme le complément du verbe, mais 
comme simple particule accompagnant le verbe intransitif. Au moment 
oij l'on en est arrivé à dire *me sum levatus, en plaçant m e 
devant une forme intransitive, cette évolution a atteint sa dernière 
étape. Ceci a dià être le cas en latin encore, comme le prouve l'accord 
de toutes les langues romanes d'abord, et ensuite le fait qu'en latin 
postclassique on trouve fréquemment le pronom devant d'autres 
tournures intransitives, comme nous l'avons vu plus haut. Cette 
extension du pronom semble avoir été appuyée par une autre con- 
struction très fréquente en latin postclassique, celle du datif éthique: 
Sedete vobis, Peregrinatio, 36, 5. — Quia sera erat, gustavimus nohis, 
ibidem, 4, 8. — Tu tibi arbitraris, Lucff. Cal., p. 251, 6. 

Quoi qu'il en soit, ce qui est slîr, c'est que dans la construction 
je me suis levé l'auxiliaire être n'a pas supplanté avoir, mais qu'il 
y a été employé de tout temps. 

Le seizième 171. Si nous quittons maintenant l'époque du vieux 
«iècie. français et que nous passions aux xvi« et xvn« siècles. 



112 LE VERBE 

nous constatons la même hésitation entre lever et se lever, taire et se 
taire qui existait auparavant: Toutes ensemble en ung moment se dispa- 
rurent, Le Maire de Belges (Darm., p. 176). — Et là, délibérèrent 
que . . . il retournerait au château, Marg. d'Angoulême. Heptaméron, 
III — Je me délibère .... de vous montrer qu'il y a des dames 
qui en leur amitié n'ont cherché nulle fin que Phonnêteté, Ibidem, 
3» journée. — Je ne m'estois Jamais desjuné de ce mot, Brantôme, 
II, p. 40. — Je n'en estais pas encore desjeuné, H. Estienne, Deux 
Dialogues en franc, italianizé, II, p. 281. — Ainsi on Uouvt penser 
et se penser, et R. Estienne cite dans son dictionnaire français-latin 
je condescens et Je me condescends. 

Pourtant il semble qu'à partir de cette époque l'usage moderne 
commence à se constituer. Relevons surtout les verbes construits 
avec l'adverbe en: s'en aller, s'enfuir, s'en tourner, s'en retourner, 
s'en venir. 

Le dix-septième 172. Au xvti* siècle, l'usage est encore loin d'être fixé 
siècle. complètement. Tels verbes qui aujourd'hui sont toujours 
pronominaux se trouvent parfois sans pronom, tels autres qui aujourd'hui 
se passent de pronom le prennent au xvii* siècle: Il faudra voir .. . 
les endroits où les Muses se sont apparues à vous, Balz. Lettr., IV, 
17. — Il y en a qui peu à peu se sont disparus de devant nous, 
Malh., II, 246. — Madame s'éclata de rire, Sév., III, 18. 

Et personne, Monsieur, qui se veuille bouger, 
Pour retenir des gens qui se vont égorger, 

Mol., Dép. am., 1640, V, 7. 
Et le contraire: 

Celui qui les conduisait, étoit éloigné, 

La Font., Psyché, \, p, 29. 
A^oiis nous amusons trop, il est temps d'évader, 

Corn., L'Illusion comique, IV, 9. 
Gardez bien de le dire, 

La Font.. Fahl., VIII, 6, 9. 

Epoque 175. Aujourd'hui, la langue s'est fixée, ou à peu près; 

moderne. jgg verbes ont opté en général pour la construction 

avec ou sans pronom. Ainsi on trouve toujours se taire, s'en aller, 

s'éloigner. Seul, l'infinitif, régime d'un auxiliaire, peut encore se passer 

du pronom: Je l'ai envoyé promener, je l'ai fait taire. 



VERBES PRONOMINAUX EN FRANÇAIS MODERNE 113 

Si Daudet se sert encore de s'accoucher, d'autres de s'acquérir, ce 
ne sont pas des constructions courantes; et il en est de même 
pour se guérir et se fondre, qui se trouvent à côté de guérir et 
de fondre. 

Dans plusieurs cas les deux formes se sont maintenues avec une 
nuance de sens ou de fonction: attaquer et s'attaquer, baigner et 
se baigner, approcher et s'approcher, rire et se rire, jouer et se 
jouer, se fendre et fendre dans: le cœur me fend; lever et se lever: 
les blés ont levé, le rideau lève ou se lève, mais: se lever de table, 
se lever à sept heures du matin; casser et se casser: le verre de 
la lampe a cassé, mais: s'est cassé en mille morceaux; briser et se 
briser: le navire se brise sur les écueils, mais: les vagues brisent 
ou se brisent. 

Rem. Faire surtout, suivi d'un infinitif, a été longtemps réfractaire. C'est 
au xvi« siècle qu'on rencontre quelques rares exemples de l'infinitif accompagné 
d'un pronom réfléchi, construction qui n'est devenue générale que vers la 
fin du xviiie siècle. 

J'ai levé 1^4. Quant au parfait composé, à mesure que l'usage 

Je m'ai levé fait un choix entre lever et se lever, aller et s'aller. 
Je me suis levé déjeuner et se déjeuner, l'hésitation cesse aussi entre 
en français |es quatre types je suis levé, fai levé, je m'ai levé, 
je me suis levé. La forme avec être est employée pour 
exprimer un état ou le passif: je suis levé, je suis aimé, (cf. § 167), 
ou encore comme parfait des verbes neutres: y> suis allé (cf. § 307). — 
J'ai levé a gardé son sens de passé indéfini du verbe actif lever, 
il n'a jamais réussi à se généraliser dans la fonction neutre d'un 
verbe comme lever (par contre, les verbes essentiellement neutres 
comme courir, marcher, aller ont hésité entre avoir et être). — Je 
me suis levé s'est généralisé de plus en plus dans la fonction de 
parfait composé de se lever; mais je m'ai levé lui a fait une con- 
currence de plus en plus acharnée dans la langue populaire. Si la 
langue des classes élevées s'est décidée en faveur de je me suis levé, 
le peuple en est arrivé à se servir de avoir comme seul verbe auxi- 
liaire de temps (elle a mouru = „el]e est morte"): Y a Clémentine 
qui s'a perdue. Benjamin, Gaspard, p. 73. — Je m'ai vu, tout d'un 
coup, avec une botte pleine dans chaque grapin, Barbusse, Le Feu, 
p. 16. — Cf. aussi les cartes 500 et 508 de l'Atlas linguistique. Je 
m'ai assis sous un arbre et Vous vous avez blessé la main. 
SNEYDERS DE voOEL, Syntaxe historique. 8 



114 LE VERBE 

C. VERBES UNIPERSONNELS 

175. Nous employons, à l'exemple de Brunot et de Meyer-Llibke, 
le terme de verbes unipersonnels pour désigner les verbes 
qui, en principe, ne se trouvent qu'à la troisième personne du pluriel. 
Cette définition tout extérieure est pourtant le seul lien qui relie les 
différents groupes de ces verbes, et voilà pourquoi nous préférons 
ce terme à celui de verbes impersonnels. 

y, ^^, g 176. Aux verbes unipersonnels appartiennent différents 

exprimant un groupes: 

atmosphér^ue ^- ~ ^^^^ ^^^ expriment un phénomène atmosphé- 
en latin. rique: p 1 u i t, g r a n d i n a t, gelât, t o n a t, „il pleut, 
grêle, gèle, tonne". Ces verbes offrent un sens complet, 
ils n'admettent pas de sujet, parce qu'on regarde le fait en lui-même, 
sans penser à un agent; on pourrait donc les appeler verbes 
sans sujet. Ils se distinguent encore des verbes des autres 
groupes en ce qu'ils se sont maintenus en général pendant tout le 
cours de la langue; ils ont subi moins de fluctuations et il en est de 
même pour toutes les autres langues. 

Remarquons pourtant que les Romains ont pu changer le verbe 
unipersonnel en verbe personnel en lui donnant comme sujet un 
dieu ou un autre mot: Joye tenante ciim populo agere non est fus, 
„quand Jupiter tonne, il est défendu de réunir le peuple". — Pluam 
super terrant. „je ferai pleuvoir sur la terre", Vulgate, Genèse, Vil, 4. — 
Veniunt nubes ab extremo et pluunt. Saint Augustin. — Dans ces 
phrases le verbe a pris un sens factitif; il n'y a donc rien d'étonnant 
à ce qu'on l'ait mis quelquefois au passif: Totunt Ulud spatium qua 
pluttur et ninguitur, „où il pleut et neige", Apulée, Florida, I, 2. 

Si ces verbes perdent leur sens précis, ils peuvent être accompagnés 
d'un complément, qui se met à l'accusatif ou à l'ablatif: on trouve 
grandinat, nivit sagittis, ,il grêle, il neige des flèches," dans Pacuvius, 
pluisse sanguinem ou sanguine dans Tite-Live, XXIV, 10 et XL, 19. 

Il est naturel qu'avec le sens figuré la construction personnelle 
soit encore plus fréquente que si le verbe garde son sens primitif: 
fundae saxa pluunt, Stace, Theb., VIII. 416. — Tonare verba foro. 
Properce, IV, 1, 134. — Roranles lacté capillae, Virgile, Culex, 
75. — Ningunt floribus rosarum, Lucrèce, II, 627. - - Vinea grand'nata 
est, Saint Augustin. 



IL PLEUT, IL FUT PARLÉ 115 

En français. 177. En français on trouve les mêmes constructions qu'en 
latin. Ainsi le verbe prend un sens factitif et est personnel dans: 

Contrat passé, notre homme 

Tranche du roi des airs, pleut, vente et fait en somme 

Un climat pour lui seul, 

La Fontaine, II, 13. 
Dieu fait luire son soleil sur les bons et sur les mauvais, et pleut 
sur le champ du juste comme sur celui du pécheur, Bossuet, Sermon 
sur les nécessités de la vie, 1. — La neige neigeait sa lumière, 
Chateaubriand, Mémoires, XI. — Aujourd'hui encore geler et dégeler 
dans la langue courante: // dégelait l'huile qui était gelée. 

Le verbe peut encore être accompagné d'un complément: // neige 
des mouettes. — Il pleut des balles. — Puis, et c'est là une con- 
struction que le latin ne connaît pas, le complément peut devenir 
sujet du verbe: des balles pleuvent, des mouettes neigeni. 

Le vieux français connaît encore quelques verbes appartenant à ce 
groupe et qui n'existaient pas en latin classique: anuitier, avesprer, 

ajorner : 

Lors se remue quant il dut anuitier 

(.lorsque la nuit allait tomber"), 

Chevauchier veut quant il avesprera, 

Garin le Loherain. 
Lors comença a ajorner, „il commença à faire jour," Villehardouin, 
184. — Ces verbes ont disparu de nouveau, ils ont été remplacés 
par les locutions impersonnelles // fait nuit, soir, jour, dont nous 
devons parler plus loin. 

178. B. — En latin le passif des verbes neutres 
Passif. 

se trouve assez fréquemment à la troisième personne 

du singulier: itur, „on va"; ridetur, „on rit". Pour les verbes 

transitifs, on trouve au contraire la forme personnelle là même où 

l'on ne s'y attendrait pas: dicor hoc fecisse, videris bene dixisse, où 

le sujet est un nom de personne. 

En vieux français, et jusqu'au xvii« siècle — nous l'avons vu ^) — , 

on trouve souvent le passif des verbes neutres: 

Tu le savras, gaires n'iert demoré, 

Huon de Bordeaux (Clédat, p. 52). 

(litt.: „il ne sera pas attendu" = sans tarder), 

^) § 156. 



116 



LE VERBE 



// fut dansé, sauté, balIé, 

Et du nain nullement parlé, 

La Fontaine, Contes, I, 1, 518. 
// a cru que le schisme .... pourrait causer de grands maux à 
la chrétienté, s'il n'y était remédié promptement, Balzac, Diss. chrét., 
IX. — Aujourd'hui, on préfère on dansa, on remédiait, etc., quoique 
le passif se rencontre encore dans les meilleurs auteurs: il est procédé 
au vote, il était dérogé à: Afin qu'il puisse être délibéré sur la 
question de savoir s'il entend les continuer. Le Temps, 29 juin, 1917. 
Quant aux verbes transitifs, on peut toujours dire: // a été dit. 
écrit, il fut convenu, décidé, il se trouve, il s'entend, etc. Le vrai 
sujet de ces tournures suit alors sous forme de proposition substantive 
(voir § 156). Mais on ne trouve plus ces verbes avec un sujet nom 
de personne: *je suis dit l'avoir fait, comme en latin. 

Pudet, llcet, 179, C. — En troisième lieu le latin connaît des verbes 
constat. unipersonnels qui n'expriment pas comme p 1 u i t, 
i t u r, un sens complet, mais qui ont besoin d'autres mots pour 
compléter la pensée. Ce sont des verbes qui expriment un mouvement 
de l'âme, une nécessité ou d'autres idées: a) pudet, piget, pae- 
nitet, taedet, miseret: Pudet me hujus facti. — Taedet me 
hoc fecisse. — b) decet, dedecet, licet, oportet, iuvat: 
Non tibi licet mentiri. — c) accedit, constat, expedit, 
restât, est, sequitur: 

Est ut viro vir latius ordinet 
Arbusta sulcis, 

Horace, Carm., III, 1, 9. 
Accedit quod nemo huic credere voluit. 

Le sujet de ces verbes est, on le voit, souvent un infinitif ou une 
proposition subordonnée; il peut être aussi un pronom neutre, au 
singulier ou au pluriel: illud me pudet, haec me pudent, et dans ce 
cas on ne saurait plus parler de verbes unipersonnels. On trouve même 
un substantif fonctionnant comme sujet: Alba vestimenta décent 
Cererem, Ovide; et le latin archaïque aussi bien que le latin post- 
classique prouvent de reste qu'on a toujours hésité entre l'empioi 
personnel et unipersonnel de ces verbes: Ita nunc pudeo atque ita 
nunc paveo. Plante, Casina, 877. — Proloqui non paenitibunt liberi 
ingrato ex loco, Pacuvius, 31; et Apulée et d'autres emploient 
notamment paen itère comme verbe personnel. 



IL FAUT, CELA MK RÉJOUIT, JE ME RÉJOUIS 117 

Nous constatons donc qu'en latin la langue disposait de trois 
moyens pour exprimer l'idée voulue: a) forme unipersonnelle: 
pudet me hujus facti; b) forme personnelle avec sens factitif; le 
sujet est un nom de chose: haec me pudent; c) forme personnelle: 
le sujet est un nom de personne: pudeo, gaudeo, debeo. Quelques 
verbes, tels pudere et paenitere admettent les trois con- 
structions, sinon en latin classique, du moins en latin vulgaire. 

Mêmes groupes 180. Or, si nous considérons l'état des choses en fran- 
en français, çgjg^ jjQyg y retrouvons les trois catégories: a) il faut, 
b) cela me réjouit, c) je me réjouis. Seulement, il y a eu des 
«changes entre les différents groupes, tel le verbe me paenitet, 
qui de la première classe est définitivement passé à la troisième: je 
me repens. 

Il faut relever surtout les hésitations entre le premier et le troisième 
groupe. C'est au xvi« siècle, semble-t-il, que quelques verbes person- 
nels deviennent unipersonnels; ainsi le verbe douloir qui ne garde 
que la forme // me deult, quoique Meigret, Tretté de la gramm. fr., 
p. 104, et d'autres grammairiens le conjuguent encore. De même // 
affiert, il appert. Au moyen âge on trouve à côté de phrases comme: 

Enterrer font errant 

Les cors com il est aferant (= comme il convient), 
Enfances Ogier, 7598, 
d'autres oii le verbe est personnel: 

Je serai 

Od vos tous jours, si af ferrai (= je vous irai) 

Ausi bien con la piere en for, 

Renart le Nouv., 1238. 
D'autres verbes ont hésité longtemps. Ainsi Oudin déclare au 
xvii« siècle qu'on trouve la forme personnelle aussi bien que la forme 
unipersonnelle des verbes déplaire, ennuyer, fâcher, souvenir: Il 
m'ennuya de ne pas te veoir, Segrais, Nouv. fr., 4e nouv., 18. — 
// lui faschoit de ce que Con parloit d'Avocats escoutans et prome- 
nans, Sorel, Polyandre, I, 317. — Comme, au xvii« siècle, l'emploi 
de il avec le sens de cela est assez fréquent, il nous semble que 
nous avons ici affaire au second groupe des verbes que nous avons 
cités; et nous pouvons donc constater que l'emploi n'a pas varié, 
puisqu'on continue à dire: Ça m'ennuie, Ça me réjouit que vous 
l'ayez dit. — Pourtant, il y a plusieurs phrases où la valeur uniperson- 



118 LE VERBE 

nelle ne fait pas de doute : // t'ennuie avec moi, Corn., Melite, III, 6, 
1029. — Est-il possible qu'il vous ennuie si fort en Asie? Vaug., 
Quinte-Curce, X, 2. 

Aujourd'hui on préfère la tournure personnelle: je me réjouis, je 
me fâche, je m'ennuie, je me souviens, je manque de. 

Rem. Vaug., I, 265, déclare: je me souviens et // me souvient sont tous 
deux bons, mais je me souviens me semble un peu plus usité à la Cour". 

Perte de ces 181. Pourtant la plupart des verbes appartenant à ce 
verbes. groupe se sont perdus, ainsi pudet, decet, iuvat. 
Le vieux français connaît encore loist de 1 i c e t, .il est permis", couste 
de constat, „il m'en coûte": 

Mult II Costa a sus sachier, 

Gormond et Isembard, 406. 
// conste, „il est constant," qui dérive également de constat, est 
un latinisme: Des témoignages certains par lesquels il conste que 
cet usage étoit établi, Bossuet, Du culte dû à Dieu. 

Création d'autres '^2. Pour remédier à ces pertes, la langue a étendu 

verbes l'emploi des verbes qui restent, ou bien — et c'est 

le cas le plus fréquent — elle a créé de nouveaux 

verbes unipersonnels. Ainsi c o n v e n i t, qui en latin signifie e.a. 

,il est convenable" prend le sens de o port et: 

Tout nostre vivre et tout nostre mengier, 
De cel autel le convient repairier, 

Raoul de Cambrai (Clédat, p. 128), 
.nous devons vivre de cet autel." 

// me fait moult mal que la dame 
Me convient condampner à mort. 

Miracles N. Dame, XII, 764. 
Citons comme exemples de nouvelles créations les phrases suivantes: 
A l'ame li soit il raeri, .que son âme en reçoive la 

récompense," 
J. Bodel (Clédat, p. 340). 
Je vueil que li soit desservi (.qu'il soit recompensé de") 
Ce que de buen cuer m'a servi. 

Miracles N. Dame, XII, 831. 
Biaux hostes, par m'ame, il m'en poise. 
Comment vous est? (.comment allez-vous?"). 

Ibidem, 982 et 590. 



IL FAUT, IL FAIT 119 

Puis grieve, chagrine, pert et apert („il est clair"), chaut: Ne vous 
en chaille, „que cela ne vous inquiète pas"; peu me chaut et il ne 
m'en chaut sont archaïques aujourd'hui. Ensuite estuet ,il faut", qui 
semble venir de s t u p e t et non de est o p u s '). Enfin, citons // 
faut et il fait, verbes auxquels Tobler a consacré un article intéressant '). 

183. Le verbe fallere, qui en latin signifie ^ro/wp^r, 
exprime en vieux français l'idée de faire défaut, 

manquer, puis avoir besoin, être indispensable: 
M'ad doné palefrei et dras, 
N'i faijlent nis H esperun („même les éperons ne 

manquent pas"), 
Garn. de Pont-Ste-Maxence, Epilogue, 5839. 
Car il n'i failloit (manquait) nule rien 
C'a preudonme doie faillir (dont pourrait avoir besoin) 
Pour défendre et pour assaillir, 

Escanor, 3655. 
Nous constatons que le verbe est resté personnel en vieux français, 
et nous avons gardé une trace de cette fonction dans l'expression 
Au bout de l'aune faut le drap. Pourtant, il semble qu'à partir de 
la fin du xii' siècle le verbe puisse être aussi employé sans sujet, et 
il va se construire avec un infinitif, c.-à-d. il s'approche de la con- 
struction moderne: 

Qui plus fera de maus, plus le faura boulir. 

Le Bastard de Bouillon, 509, 
(la personne est tantôt à l'accusatif, tantôt au datif). 

Il faut a ensuite restreint le domaine de il convient et supplanté 
estuet. 

184. Une autre création de la langue est // fait, qui 
combiné aux substantifs jour, soir, nuit, a remplace 

les verbes ajorner, avesprer, anuitier du vieux français, tandis que 
il vente s'est maintenu dans la langue familière à côté de // fait 
du vent. 



') Cf. Walberg dans Remania, XL, p. 610. 

^ I, p. 269 faut et fait sans sujet. — Cf. aussi Thielmann, Archiv. f. lat. 
Lexikographie, III. — G. Rydberg. Le développement de facere dans les langues 
romanes, 1893. — L'Atlas linguistique, 534, il faut; 531, il fait. 



120 LE VERBE 

On trouve le verbe faire dès l'époque du vieux français pour 
exprimer le temps: 

Fist tel tans con feire dut, 

Chrétien, Yvain, 806, 
et aujourd'hui // fait beau, noir, clair sont très fréquents. — Dans 
des phrases comme: 

Et ci li fet buen demorer. 

Chrétien, Yvain, 1393, 
// fait cher vivre à Paris, l'adjectif appartient primitivement à 
l'infinitif, complément de il fait, mais ce rapport devient moins clair, 
quand il y a Inversion: 

Mauvais fait guerroier son seignor, 

Gaydon, 177. 
Enfin le sens de la construction se perd complètement, quand on 
fait précéder l'infinitif d'une préposition: L'istoire fait bon a conter 
et a oïr et a retraire, Vengeance Raguidel, 3354. 

Qu'il ne fait pas bien sûr, à vous le trancher net. 
D'épouser une fille en dépit qu'elle en ait. 

Mol., Femmes Sav., V, 1. 

Il arrive des 185. Enfin, tous les verbes neutres, à peu près, 
malheurs. peuvent s'employer à la 3« personne du singulier, 
quand ils sont suivis de leur sujet: // arrive des malheurs, il se 
trouve des gens, il s^est dit des choses. 

Fonction 186. A propos de ce dernier groupe de verbes — et 
du substantif, gyjjj (jg quelques-uns des groupes précédents — on 
doit se demander quelle est la fonction du substantif et comment il 
faut expliquer la forme du verbe '). 

Constatons d'abord que ce n'est pas la présence du pronom // qui 
serait la cause du non-accord. En effet, on trouve le singulier dès 
une époque où le pronom sujet n'était pas de rigueur: 
Parmi Paris en vat trois paire, 

Rutebeuf, I, 164. 
Même au cas où le substantif précède le verbe: 
Aine plus gentes ne fu, 

Ogier le Danois, 12961. 

1) Tobler, 1, 290 Manque d'accord entre te sujet et le prédicat. — Qebhardt, 
Zur subjektlosen Konstruktion im AUfranz., Diss. Halle, 1895. 



ACCORD ENTRE LE VERBE ET SON SUJET 121 

Constatons ensuite que dans ces sortes de phrases le substantif 
est souvent à l'accusatif: 

Or i covient esgard moult grant, 

Athis et Prophilias, 1454. 
Or oies aventure estrange 
Qu'avenut fu par Alemagne, 

Aiol, 7056. 
Et s'il en est aucuns de ta gent crestienee 
Qui ne soient pas vrai en cuer et en pensée, 

Chev. au cygne, 20886. 
Puis // le faut, tournure qu'on ne trouve pas avant le xw^ siècle. 
Le latin vulgaire connaît d'ailleurs la même construction: sic fit 
orationem pro omnibus, Peregrinatio, 25, 3. — Mi advenienti hac 
noctu agitandumst vigilias, Plaute, Trinummus, 869. 

Il est sûr que dans ces constructions impersonnelles le substantif 
n'a pas la fonction de sujet. M. Gebhardt explique la forme du sub- 
stantif comme un accusatif de mesure indiquant l'étendue sur laquelle 
l'action du verbe se fait sentir. Il est naturel qu'après la perte des 
terminaisons casuelles on n'ait plus compris le sens primitif et que 
dans // est un homme comme dans // arrive des malheurs on ait 
senti le substantif comme sujet du verbe. 

ISÔb's. Pour l'introduction et l'emploi des pronoms el et // devant 
le verbe unipersonnel, cf. § 62 avec la remarque 2. 

D. ACCORD ENTRE LE VERBE ET SON SUJET 

Le sujet est un ^^^* ^^ verbe s'accorde naturellement, en nombre et 
pronom relatif, en personne, avec son sujet. L'usage n'a pas changé 
sur ce point. 
Il y a pourtant quelques cas où il n'est pas facile de faire un choix 
et pour lesquels la langue a varié au cours des siècles. 

1) Dans une phrase relative on peut quelquefois hésiter sur 
la nature de l'antécédent. Quand celui-ci est un adjectif ou un nom 
de nombre indéterminé, la langue hésite: Vous êtes les derniers qui 
ayez (aient) appris cette nouvelle. — Tu es le seul qui puisses 
(puisse) le lui communiquer. 

2) Quand l'antécédent est un substantif, le verbe de la relative 
est en général à la 3<' personne: Je ne suis pas l'homme qui a fait 
cette déclaration. — Pourtant l'accord se fait en général, quand 



122 LE VERBE 

l'identité entre le substantif et le pronom personnel sujet se sent 
vivement: Vous êtes un homme qui n'êtes pas belliqueux. — Nous 
sommes trois gamins qui aimons à nous amuser. 

3) Dans la vieille langue il y a quelquefois désaccord, quand 
l'antécédent est un pronom de la 1« ou de la 2« personne: 

Je ne vois plus que vous qui le puisse arrêter. 

Corn., Nicom., I, 1. 
Nous ne verrons que nous qui sache bien écrire. 

Mol., Femm. Sav., III, 2. 
Moi . . . qui avolt été si hardi, Voit., I, 628. — Remarquons pour- 
tant que dans les deux premières phrases le pronom personnel n'est 
pas, à proprement parler, l'antécédent de la relative; on peut analyser 
le vers de Corneille comme suit: Je ne vois plus [personne] qui le 
puisse arrêter que vous. De même dans: 

Ce ne seroit pas moi qui se feroit prier, 

Mol., Sganarelle, 2, 68. 
Dans la langue populaire on trouve des phrases tout à fait analogues 
à celles de Voiture: Cest vous qui va être heureuse aujourd'hui, 
H. Monnier, Scènes populaires, I, 483. 

Rem. Vaug., I, 168, prescrit Ce n'est pas moy qui tvf fait, et de même 
5/ c'estoit moy qui eusse fait cela, quoique d'autres grammairiens se 
prononcent en faveur de qui eust fait cela, construction plus logique, i 
vrai dire. 

4) Quand l'antécédent est un génitif partitif précédé de un, le 
veibe de la relative s'accorde tantôt avec le partitif, tantôt avec un: 
un des meillors barons .... qui fust el remanant dou monde, Villeh., 
500. — C'est une des raisons qui avolt fait condamner Socrate, 
Bossuet, Hist. universelle, II, 16. — Un grand seigneur qui est un 
des hommes du royaume qui représente le mieux, Montesquieu, Lettr. 
pers., 74. — Cette attraction, très naturelle du reste, se retrouve 
encore aujourd'hui. 

Le sujet un 188. Quand le sujet du verbe est un collectif, le 
collectif. verbe peut prendre l'accord d'après la forme ou d'après 
le sens. La vieille langue préfère le pluriel, l'usage actuel le singulier: 
Ja tôle gent nem soûssent torner, 

Alexis, 488. 
Al jugement en vunt la maisnie Nerun, 

Garnier de Pont-Sle-Max., 1818. 



ACCORD ENTRE LE VERBE ET SON SUJET 123 

Mais la maisnie al Sathan est al mustler venue, 

Ibidem (Clédat, p. 18). 

On sait que la plupart est actuellement suivi du pluriel. Au 
XYii* siècle on trouve parfois le singulier: C'est presque sans peine 
et sans étude que je méprise ce que la pluspart des hommes adore, 
Balzac, Lettre à Chapelain, VI, 6. — Pourtant Vaugelas, I, 109, 
prescrit le pluriel. 

Dans des combinaisons comme une foule de gens, un grand nombre 
de wagons, la logique exige le singulier, si le collectif exprime 
l'idée essentielle, et le pluriel, si le génitif partitif arrête surtout la 
pensée. Mais l'usage a de tout temps confondu ces deux emplois: 
Le reste des hommes sont des coquins, Pascal, Pensées, II, 56 (éd. 
Faugère). — La guerre engendre beaucoup de maux, entre lesquels 
sont le grand nombre d'historiens, Rac, VI, 320. 

Vaugelas déclare: „Une infinité de personnes régit le pluriel," 
et l'Académie est de son avis, quoiqu'elle admette Un grand 
nombre d'ennemis parut à côté de Un grand nombre d'ennemis 
parurent. Pour la langue actuelle, on trouvera un grand nombre de 
citations instructives dans Robert, Grammaire française^, p. 267 et 
suiv.: La multitude des bougies et des fleurs donnait à la fête 
quelque chose de magique. — Un concert de protestations s'élèvent 
déjà de tous côtés contre la nouvelle loi somptuaire. 

Plusieurs '89. Quand plusieurs substantifs, reliés par la 

substantifs conjonction et, forment le sujet, le verbe se met en 
reliés ensemble. ,,, ,,iii-,i -j 

gênerai au pluriel; toutefois la langue a permis de 

tout temps l'accord avec le substantif le plus proche. Le verbe se 

met encore au singulier, si les sujets forment un tout: 

Com fist tes pedre et II tuens parentez, 

Alexis, 415 (Clédat, p. 13). 

Car moult vos priset mes sire et tuit si home, 

Roland, 636. 

L'empereres Henris et l'oz des François se loja, Villehardouin, 

492. — Un peu d'esprit et beaucoup dé temps à perdre lui suffit, 

La Bruyère, I, 85. — Bérénice et son fils fut tuée par Seleucus 

Calllnicus, Pascal, Pensées, I, 220. 

Ane, cheval et mule aux forêts habitoit, 

La Fontaine, IV, 3. 

On sait que l'usage et devenu actuellement moins libre. 



124 LE VERBE 

Comme, ainsi 190. On sait que deux substantifs, réunis par des 
•l"^* conjonctions comme, ainsi que, de même que, peu- 

vent fonctionner comme sujets d'un verbe, et comme tels demander 
le pluriel: La santé comme la fortune retirent leurs faveurs à ceux 
qui en abusent. — La tête de cet oiseau, ainsi que la gorge, sont 
couvertes d'un duvet très court, Robert, Gramm. franc}, p. 264. 

La même construction très naturelle se retrouve au xvii* siècle, 
même quand les substantifs sont reliés par la préposition avec: 
Le singe avec le léopard 
Gagnoient de fargent à la foire, 

La Font., FabL, IX, 3, 2. 
Votre père, en mourant, ainsi que votre nièce. 
Vous laissèrent de bien une somme légère, 

Regnard, Le Distrait, \, 7. 

c'est mol 191. Dans l'ancienne langue ce, en qualité d'attribut, 
c'est eux. n'exerce aucune influence sur la forme du verbe: on 
disait ce suis je, ce sommes nous, ce es tu, ce estes vous, ce est il, 
ce sont il. Peu à peu, pourtant, la forme la plus fréquente c'est l'a 
emporté et ce a été considéré comme sujet: c'est moi, c'est nous, 
c'est toi, c'est vous. Pour la 3« personne du pluriel seule ce sont s'est 
maintenu, mais ici encore on trouve de nombreux exemples d'analogie 
dans la langue du xvii« et du xviii« siècle, et si, dans la langue écrite 
on l'évite aujourd'hui, dans la langue populaire on dit toujours c'est: 
Tous les hommes sont semblables par les paroles, et ce n'est que 
les actions qui les découvrent différens. Mol, L'Avare, I, 1. — Cest 
eux qui en demeurent d'accord, Mme de Sévigné, VIII, 1. 
C'est des boucs, des faunes, des vampirs, 

J. Rictus, Soliloques du Pauvre, p. 168. 



II. LE VERBE ET SON COMPLÉMENT 

A. OBSERVATIONS GÉNÉRALES *) 

Limites peu 192. Un verbe peut exprimer une action a) qui ne 

"'^*'ififfé"*7 '** ^^^^ P^^ '^^ ^°" sujet; b) qui passe à un objet, 
groupes de a) Au premier groupe appartiennent les verbes neutres: 
verbes. marcher; passifs: être lu; et la plupart des pronomi- 



') Bréal, Essai de sémantique, ch. 20. 



HÉSITATION ENTRE VERBES TRANSITIFS ET VERBES INTRANSITIFS 125 

naux propres: se tromper (mais: s'apercevoir de q. c). Au chapitre 
consacré aux verbes pronominaux nous avons vu que de fréquents 
échanges ont eu Heu entre les verbes de ces trois groupes. 

b) Lorsque l'action du verbe sort du sujet, il peut passer à un 
complément direct ou indirect: J'écris une lettre, j'obéis à mon père. 
Il n'y a pas de différence bien caractérisée entre un complément direct 
ou indirect; M. Brunot l'appelle un simple accident de grammaire, et 
nous ne nous étonnons donc pas que les mêmes verbes aient admis 
des constructions différentes dans le courant de la langue, ou qu'ils 
soient traités autrement en français qu'en hollandais, ou, enfin, que 
tel verbe intransitif puisse pourtant s'employer au passif. Voici quel- 
ques exemples du dernier cas: pardonner à quelqu'un, mais vous 
êtes tout pardonné. — Obéir à, et pourtant je veux être obéi. — 
Petite fille, reprit sa sœur, si l'on vous entend, vous serez criée, 
La Fontaine, Psyché, II, p. 156. 

Pour n'estre point mocquez ni siffles, 

Ronsard (Darm., p. 230). 

La différence entre les verbes à complément et les verbes sans 
complément peut, elle aussi, s'effacer. Si un verbe transitif est employé 
d'une façon absolue: f écris, je pense, l'action est considérée sans 
rapport à un complément et le verbe ne se distingue plus nettement 
d'un verbe comme je marche. Mais la langue dispose en outre de 
différents moyens pour faciliter le passage des deux classes de verbes 
l'une à l'autre. 

Nous étudierons a) d'abord les verbes qui ont montré une hésitation 
entre l'emploi du complément direct et celui du complément indirect, 
b) puis ceux qui ont pris un complément, tandis qu'originairement 
ils s'en passaient. 

HÉSITATION ENTRE LES VERBES TRANSITIFS ET LES VERBES INTRANSITIFS 

Verbes devenus 193. Voici quelques verbes qui ont été transitifs dans 

intransitifs. \^ vieille langue et qui sont intransitifs aujourd'hui: 
accoutumer: Les Athéniens . . . n'ayant pas accoutumé le joug 

de la monarchie, leur défendirent l'entrée de leur terre, Vaugelas, 

Quinte-Curce, X, 2. 
aspirer: Donne donc à tes vœux quoi que ton cœur aspire, 

Rotrou, Bélisaire, I, 6. 
approcher: Commencent la rive a aprochier, Villehardouin, 172, 

„à approcher de la rive." 



126 LE VERBE 

Cependant gardez vous d'approcher ce rivage, 

La Fontaine, Gai, II, 4, 264. 
attenter: Un de ses esclaves, lequel ayant attenté le plus grand 

de tous les crimes, Vaug., Quinte-Curce, VI, 3. 
consentir: Mon indulgence, au dernier point venue. 

Consentait à tes yeux ITiymen d'une inconnue. 
Corn., Menteur, V, 3. 
croire: Les uns croyaient en Jésus-Christ, les autres ne le croyaient 

pas, Pascal, Pensées, II, 87. 
en cl in er: Li menus pueples les encline, .s'incline devant eux", 

J. de Meung (Clédat, p. 203). 
(Cf. Ad icel mot l'uns a l'altre at clinét, Roland, 2008). 
enseigner: En tout péché et vice les enseignent, 

Corrozet, Hécatomgraphie. 
partir: Que me sert que je fasse exactement partir un champ, 
Malh., II, 689. (Cf. la locution actuelle avoir maille à partir avec 
quelqu'un). 

renoncer: // m'est dur 

De renoncer mon païs, sans offense, 

Dolet, Second Enfer, p. 32. 
Les verbes crier, s'écrier, démordre, déroger, échapper, inspirer, 
nuire, obéir, obstiner, pardonner, prétendre, profiter, servir et quel- 
ques autres se trouvent encore au xvi« et au xyii» siècle employés 
comme transitifs. 

Verbes devenus 194. Les verbes suivants montrent le phénomène 

transitifs. inverse: 
assister: celuy qui plus luy assista en toutes choses, Amyot, Vies, 

Lycurg., 50, 1. 
contredire: Aristate contredit à cette raison, Amyot, Œuvres 

morales. 
hanter: Afin qu'au ciel avec les saints hantions, 

Marg. d'Angoul., Dern. Poésies, 403. 
regarder: ne regardez pas à cette voix piteuse, regardez ce 
teinct. Mont., III, 178. 

Brunot, II, p. 437 et suiv., cite encore congratuler, contrarier, esclai- 
rer, favoriser, fournir, incommoder et quelques autres. 

Rem. Les verbes intransitifs n"ont pas toujours demandé la même préposi- 
tion. Ainsi penser d'une chose, comme l'on disait au moyen âge, est devenu 
plus tard penser à une chose. 



PASSAGE DES VERBES NEUTRES AUX VERBES TRANSITIFS 127 

Verbes qui ^^S. Le passage des verbes sans complément aux verbes 
prennent un suivis d'un complément est plus intéressant à étudier. 
La langue dispose de plusieurs moyens pour effectuer 
ce passage: 
a) Le verbe devient factitif: 
bouger: Elle ne bougera, si personne ne la bouge, Malh., 11,503. 
croître: M ordonner du repos, c'est croître mes malheurs, 

Corn., Cid, II, 8. 
mourir; Or vous ont mort (= tué) Sarrasin et Persan, 

Aliscans (Clédat, p. 71). 
Avant donc qu'W ait été mort . . ., tout n'étoit pas accompli, Pascal, 
Pensées, II, 73. — Remarquons pourtant que c'est seulement la com- 
binaison avoir -\- participe qui a le sens transitif, mourir lui-même 
reste neutre, 
tarder: A des cœurs bien touchés tardez la jouissance, 

Malh., I, 237, 27. 
tomber: Ce verbe s'emploie encore actuellement avec le sens factictif : 
tomber une pièce, un ministère, un lutteur. On le trouve dès le 
moyen âge: le tumbent en un fossé, Rom. de la Rose, 12574. 
Citons encore entrer, sortir, descendre, monter et tant d'autres qui 
peuvent tous prendre le sens factitif en français moderne: Matrena 
Pétrovna mit Féodor sur son dos et le grimpa dans sa chambre, 
G. Leroux, Rouletabille chez le tsar, V. 

Rem. 1. Vaug., I. 436, déclare que croître et tarder, employés par 
Malherbe comme verbes transitifs, sont neutres. 

Rem. 2. Mourir a la même construction en espagnol: aunque très toros 
ha muerto, De Moratin, Fiesta de toros en Madrid. 

196. b) Au lieu de déterminer l'action du verbe neutre 
Vivre sa vie. 

par un adverbe, on peut la présenter sous forme de 

substantif verbal accompagné d'un adjectif, et ce substantif joue alors 

le rôle de complément direct. Ainsi on dit en latin: Turpissimam 

vitam vivere, mirum somnium somniare. 

Cet usage s'est maintenu en français: 

Teus cuide avoir 

Le jeu joé, qui puis le pert, 

Chrétien, Erec, 5924. 

De même vivre sa vie, aller son train, dormir un bon somme, 

aller le galop, le trot; ici galop et trot occupent la même fonction 

qu'un substantif verbal + adjectif. Il est vrai que le français se sert en 



128 LE VERBE 

général d'un complément adverbial: mourir d'une mort lente, haïr d'une 

haine mortelle, dormir d'un lourd sommeil, armer d'une armure neuve. 

On peut rattacher à ces verbes les tournures crier un bulletin, sentir le 

renfermé, comme en latin olere vinum, sapere picem, sitire sanguinem. 

„ ^ „ „ 197. c) Beaucoup de verbes, surtout ceux qui expri- 
Verbes affectifs. ^ 

ment un mouvement de l'âme, s'emploient en 

latin tantôt comme neutres, tantôt comme transitifs, la cause de l'action 

pouvant être considérée aussi bien comme l'objet: doleo, lugeo, 

ploro mortem fratris, indignor audaciam, queror 

fratrem, rideo stultitiam, plango funera, à côté de 

ploro de, etc. 

Le français, tout en étant moins libre, connaît la même construction: 

Des pertes qui sont a lamenter, Du Vair (Brunot, II, 438). — Je 

pleure la mort de mon frère. - C'est ainsi que le verbe plaindre 

est resté transitif, comme regretter, tandis que se plaindre demande 

un complément circonstanciel. De même tacere, qui en latin 

s'employait tantôt avec, tantôt sans complément — et ce dernier cas 

est le plus fréquent —, est aujourd'hui toujours transitif: taire ces peines, 

tandis que se taire est un verbe neutre. On sait que taire a en vieux 

français encore la construction primitive: Tes, Olivier, , tais-toi", Roland. 

Verbes de 198. d) Ensuite, les verbes de mouvement, com- 

mouvement. posés avec un préfixe, peuvent devenir transitifs: 
transire flumen, praeterfluere urbem, praecedere 
aliquem, obire mortem, ingredi iter. 

En français: prévenir quelqu'un, surmonter des difficultés, surpasser 
quelqu'un, survivre quelqu'un (aujourd'hui survivre à quelqu'un), . 
survoler une ville, parcourir les rues. 

On trouve même cette construction pour des verbes simples qui 
indiquent un mouvement: monter, grimper l'escalier, descendre la 
montagne, courir le cerf: Ceulx qui estoient entrez le clous, Rabelais, 
I, 28. - Votre livre ne m'est point parti des mains que Je' ne Voie 
couru de bout en bout, Malh., II, 426. 

Verbes coordonnés à complément différent 

La vieHie langue 1^- Lorsque plusieurs verbes qui demanderaient le 
se contente d'un même complément, mais à des cas différents, sont 

coordonnés, la vieille langue se contente souvent 

d'un seul complément: 



DEUX VERBES DEMANDANT LE MÊME NOM à DES CAS DIFFÉRENTS 129 

Quant m'ot salué 
Et un sotif regart rué, 

Poire, 2447. 
Dieu en rent grâces et mercie, 

Floire et Blanchefleur, 1093. 
On retrouve cette même liberté au xvii'^ siècle: 

Nous ne nous sommes vus depuis quatre ans ensemble, 
Ni, qui plus est, écrit Pun à l'autre, me semble, 

Mol., Ecole des femmes, I, 4. 
Toute cette tristesse m'a réveillée et représenté l'horreur des sépara- 
tions, Sév., VI, 313. — La reine . . . envoya quérir les capitaines 
des gardes, à qui elle défendit d'obéir ni reconnaître autre que le 
roi, Malh., III, 190. — La dignité de l'homme consistoit dans son 
innocence à user et dominer sur les créatures, Pasc, Pensées, I, 
297. — De pareilles constructions sont rares actuellement, cf. pourtant: 
Le roi Servius .... 
Nous a ravi nos bien et mis en esclavage, 

Ponsard, Lucrèce, IV, 1. *). 

Rem. 1. Th. Corneille blâme: // s'est requis une estime générale et 
rendu considérable, au lieu de: s'est rendu considérable. Vaugelas, I, 159, 
admet dans la conversation ayant embrassé et donné la bénédiction à son fils. 

Rem. 2. Nous trouvons au tond la même liberté dans les phrases dont 

nous avons parlé au § 309, b: notz majeurs qui ... se sont privez de la 

gloyre de leurs bien faitz et nous du fruict de l'immitation d'iceux, Du 

'Bellay, De/fence, 1, 3 (Darm., p. 201), oii l'auxiliaire ont manque après un 

participe conjugué avec être '). 



III. LES MODES 

A. OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

200. Un fait peut être présenté comme réel, irréel ou possible. 
Dans le premier cas on se sert de 1' I n d i c a t i f (video), pour le 
second cas de l'Indicatif accompagné d'une négation (non 
video), le troisième enfin est réservé à l'Impératif et surtout 



1) Tobler, I, p. 141 et suiv., Haase, § 148. 

2) Tobler, I, p. 137, Haase, § 149. 
SNEYDERS DE vooEL, Syntaxe historique. 



130 LB VERBB 

au Subjonctif. Mais la pensée peut offrir tant de nuances que 
ces seuls modes ne suffisent pas pour les exprimer: des auxiliaires 
de mode comme vouloir, pouvoir; des adverbes comme peut-être, 
naturellement, sans doute, aident à préciser la pensée; en outre, il y 
a de fréquents passages d'un mode à l'autre. Ainsi qu'il le fasse, il 
doit le faire, il le fera, d'autres tournures encore, expriment la 
nécessité, avec des nuances, il est vrai, qui ne sont pas toujours 
faciles à saisir. 

B. INDICATIF 

201. L'indicatif est essentiellement le mode de la réalité: V homme 
est mortel. — Je partirai demain. — César a vaincu Pompée. — 
Si l'on veut exprimer l'irréalité, qui, après tout, est aussi réelle que 
la réalité, on ajoute une négation: L'homme n'est pas immortel. — 
Je ne partirai jamais; — à moins qu'on ne se serve de l'ironie: 
Vous êtes admirable, mon cher. 

Le contexte de la piirase peut pourtant affaiblir singulièrement le 
sens primitif de l'indicatif: dans la phrase principale ce sont des 
adverbes ou d'autres locutions ou encore des subordonnées qui amènent 
ce résultat; dans la subordonnée, le sens du verbe régissant ou de 
la conjonction détermine en beaucoup de cas la valeur de l'indicatif: 
Je pars peut-être; // est parti, je suppose; // partira, si son père 
le lui permet; si fai de l'argent, je vous le donnerai. 

La langue a eu de tout temps ces procédés à sa disposition; on 
ne saurait donc parler ici d'évolution, et la grammaire historique n'a 
rien à relever ici. 

Nous étudierons plus loin les cas dans lesquels la langue a hésité 
entre l'emploi de l'indicatif et du subjonctif et des verbes qui sont 
devenus des auxiliaires de mode. Cf. § 204'"'». 

Pour l'emploi des temps, cf. § 298 et suiv. 

C. IMPÉRATIF 

Différentes 202. Pour exprimer un souhait ou un ordre on se sert 

façons pour de l'impératif: Veuillez entrer. — Partez tout de suite. 
exprimer un „ , ^ . ., . . ^., 

ordre. Po"f '^ troisième personne on a recours au subjonctif : 

Dieu le veuille. — Qu'il parte. 

La langue connaît d'autres tournures encore pour commander: 

a) Le F u t u r : Vendredi chair ne mangeras. — Vous m'apporterez 



INDICATIF ET IMPÉRATIF 131 

un bock. — C'est là un emploi qu'on retrouve en latin et en vieux 

français: assimulabis (= assimula) tuant amicam hujus esse, Térence. 

Traîtres le rei estes, fait-il, ça en vendrez (= venez ça), 

Garnier de Pont-Sainte-Maxence (Clédat, p. 19). 

Surtout avec mar: Ja mar le mesquerrés, Huon de Bordeaux (Clédat, 

p. 53) = „vous le mécroirez pour votre malheur = croyez-le bien." 

b) L'Infinitif. Le vieux français se servait d'un infinitif 

accompagné d'une négation pour exprimer une défense adressée a 

une seule personne, tandis que le latin employait dans ce cas le 

subjonctif (ne f e c e r i s) ou une périphrase (n o 1 i f a c e r e) : 

Damnes Deus pedre, n'en laissier honir France, 

Roland, 2337. 
Mais une chose nel me celer tu pas, 

Raoul de Cambrai, 1375. 

On sait que dans le langage familier on trouve actuellement des 

phrases qu'on pourrait comparer avec la vieille construction: Pas 

faire, Charles. — En général pourtant, l'emploi actuel s'écarte du 

vieux français: Voir à la page 5. — Prendre tant de grammes. — 

Comparer tel chapitre, phrases qui contiennent un ordre adressé à 

une personne indéterminée. 

Rem. 1. L'italien a la même construction que le vieux français: E non 
indurci in tentazione, ma Uberaci dal maligno. — L'espagnol a gardé la 
tournure du latin: No te dejes engahar, Perez Galdôs, Gloria, II, 72. — . 
On trouve parfois l'infinitif positif: Quando si senton certe proposizioni, 
girar la testa e dire, Manzoni, Promessi Sposi, 15. — Sentarse, sehores! 
et l'infinitif négatif en espagnol: No gritar! 

Rem. 2. Pour la locution du vieux français Or del bien faire, cf. § 267. 

D. SUBJONCTIF ^) 

2) Subjonctif dans la phrase simple 

Deux groupes 203. Le subjonctif est le mode de l'éventualité: il 
de subjonctifs, exprime essentiellement le domaine qui se trouve entre 
la réalité et l'irréalité pure. C'est là un domaine très vague qui con- 
tient plusieurs idées. Le' français emploie pour exprimer ces idées, 
outre le subjonctif, aussi l'impératif, mais le domaine de ce mode-là 
est plus restreint et le subjonctif le remplace souvent. Le grec connaît 



') A. Gille, Der Konjunktiv im Franz. (Archiv fiir das Stiidium der neueren 
Sprachen, tome 82 (1889), p. 42:i-4G4). 



132 LE VERBE 

en outre l'optatif, qui, lui non plus, ne se distingue pas nettement 
du subjonctif. 

Cette éventualité peut se trouver en dehors de la personnalité humaine 
ou en contact avec elle. De là découlent deux groupes de subjonctifs: 
1) celui où la volonté humaine entre çn jeu; 2) celui où elle n'entre pas. 
A. Au 1" groupe appartiennent, en latin classique, les cas suivants: 
"l". Conjunctivus hortativus: Eamus. — Bibant si esse 
nolint, „qu'elles boivent, si elles ne veulent pas manger." 
Le subjonctif exprime ici un ordre. 
2". Conjunctivus dubitativus dans les interrogations : 
Quid faciam? — Utrum taceam an dicam? — aussi dans 
l'interrogation indirecte: Nescio quid faciam. 
3". Conjunctivus optativus: a) pour exprimer un 
désir réalisable on se sert du subjonctif présent ou parfait 
le plus souvent accompagné de u t i n a m, v e 1 i m, n o 1 i m, 
m a 1 i m. 

b) si le désir est irréalisable on se sert du subjonctif 
imparfait ou plus-que-parfait avec utinam, vellem, 
noll e m, m ail e m. 
4°. Conjuctivus concessivus, le plus souvent accom- 
pagné de u t ou de I i c e t : Hoc verum sit, tamen venire 
debebat. — Esto fecerit, poenas gravissimas tamen pependit. 
B. A l'autre groupe appartiennent: a) le Conjunctivus poten- 
tialis, qui exprime une possibilité ou une probabilité: Pro 
patria guis bonus dubitet mortem oppetere? — Crederes, ,on 
aurait cru." 

b) Conjunctivus modestiae qui sert à atténuer: Non 
ausim, .je n'oserais"; Ve/iVn, „je voudrais"; Haud facile dixerim. 

Rem. Dans la phrase subordonnée le subjonctif exprime encore d'autres 
nuances; cf. § 218. 

Autres 204. On voit qu'un seul mode peut exprimer beaucoup 

manières pour Je nuances. Mais souvent il est nécessaire, ou du moins 
du subjonctif, naturel, qu'on exprime plus clairement la nuance parti- 
culière qu'on veut donner à l'action du verbe. C'est 
pourquoi la langue a eu de tout temps recours à différents moyens 
pour se tirer d'affaire. Le latin connaît les procédés suivants: 

a) Auxiliaires: posse, debere, oportere, etc. 

b) Gerundivum + esse. 



LE SUBJONCTIF DANS LA PHRASE PRINCIPALE 133 

c) Participe en -u r u s. 

d) Adverbes comme forte, fortasse et d'autres. 

En effet, dans ces quatre cas on exprime que l'action n'est pas 
réelle: qiiid facere debeo? est à peu près quid faciam? D'ailleurs, en 
énumérant les différents cas, nous avons constaté que le latin se sert 
déjà fréquemment de petits mots pour indiquer la nuance particulière 
qu'on veut exprimer: ut, u tin a m, licet, velim, et d'autres. 

Tendance 204^8. En latin vulgaire nous constatons une chose 

la"îanffue? les *''^^ importante. La langue devient de plus en plus 

auxiliaires analytique: les prépositions remplacent les cas, — les 

posse. auxiliaires habere et esse aident à former des 

temps composés, — les conjonctions, q u o d, quia 

et d'autres, supplantent l'Accusativus cum Infinitivo. 

Or la notion du subjonctif se détache elle aussi du verbe, et les 
auxiliaires de mode debere et posse ^), surtout le premier, 
prennent une extension considérable. 

Puis, par suite d'une contamination très compréhensible, ces verbes 
s'emploient souvent eux-mêmes au subjonctif. Cette remarque vaut 
naturellement pour la phrase indépendante aussi bien que pour la 
subordonnée: Neque ingenuus, neque servus . . . interfici non debeat 
inauditus, Pardessus, Diplom., I, p. 197. — Ut per nostra et vestra 
auctorilate privilégia conscriberem vel affirmare debemus, Ibidem, 
II, p. 409. — Mantionem comitem transmisit, ut custodias capere aut 
interficere potuissent, Fredeg., 188, 12 sq. 

Pétrone emploie aussi debere pour exprime une supposition: 
Hic débet servus esse nequissimus. 

Etat des chose ^^^' L'emploi du subjonctif en français ne diffère 

en français: pas beaucoup de celui en latin, du moins pour le 

n ro uc ion e p^g^iier groupe. Seulement on constate déjà l'intro- 

particuies. duction de plus en plus fréquente de quelques 

particules car, or, si et que. On sait que la conjonction 

que s'est étendue de plus en plus et accompagne maintenant presque 

toujours le subjonctif en changeant ainsi la principale, du moins pour 

la forme, en subordonnée. 

1". Conjunctivus hortativus. — La l^''^ personne du 



1) RQbel, Ueber den Gebrauch von debere und den Ausdruck der Notwendig- 
keit im romanischem, Diss. Strasbourg, 1911. 



134 



LE VERBE 



pluriel du subjonctif, très fréquente en latin, p. ex. eamus, a été 
remplacée en français par la même personne de l'indicatif: allons, 
excepté pour les verbes avoir, être, savoir, vouloir et pouvoir. 
Respunt Marsllles: Or diet (= qu'il le dise), nus l'orrum, 

Roland, 424. 
Se nus l vlaut mètre defanse, 
Li die or androlt ce qu'il pense, 

Erec, 1791. 
Sire, souvienne vous des Athéniens, Mont., I, 9. 

Damls a fait son temps, d'autres fassent le leur, 

La Font., L'Eunuque, V, 4, 1612. 
A cela ne tienne, Balzac, Dlss. Chrét., V (éd. 1665). 
On trouve quelquefois la 2« pers. du subjonctif au lieu de l'impé- 
ratif: Dleus, car m'en conseilles (= conseille), Méraugis, 3502. 
Ceste bataille car la laisses ester (= laisse), 

Roland, 3902. 
2". Conjunctivus dubitativus. — On ne le trouve plus 
dans les interrogations directes, où il est remplacé parles auxiliaires: 
Que Ao\s-je, que puis-ye faire? Il s'est maintenu en vieux français 
dans les interrogations indirectes: 

Deus! dlst II cuens, or ne sal jo que face, 

Roland, 1928; 
mais là aussi il a fini par disparaître devant l'infinitif ou la construction 
analytique: Je ne sais ce que je dois faire, ou plutôt: Je ne sais 
que faire. 

3'. Conjunctivus o p t a t i v u s. — Ici la forme sans que 
s'est maintenue: Païens, mal aies tu. 
Tel seie, se Jol cell, 

Roland, 1958 et 3757. 
Je meure, en vos discours si je puis rien comprendre. 

Corn., IV, 167. 
La peste m'étouffe. Monsieur, si je le sais, Mol., Impromptu, 2. 
Les dieux daignent surtout prendre soin de vos Jours. 

Rac, Iphlgénle, II, 2, 571. 
On sait que le subjonctif avec le sens de l'optatif n'est resté 
aujourd'hui que dans deux cas: 1) d'abord dans plusieurs locutions 
plus ou moins figées à la 3^™« personne: Périssent les traîtres. — Le 
ciel vous bénisse. — Vive le roi; — 2) avec l'auxiliaire pouvoir, devenu 
de rigueur dans ces espèces de phrases: Puisse-/-// être heureux. 



LE SUBJONCTIF DANS LA PHRASE PRINCIPALE 135 

La conjonction que a même failli s'introduire devant pouvoir et 
dans d'autres cas où la langue actuelle ne s'en sert pas: 
Que puisses-te, grand soleil de nos jours, 
Faire sans fin le même cours, 

Malti., I, 196, 33. 
Que vive et meure qui voudra, 

Malti., I, 287, 96. 
4". Conjunctivus concessivus. — Lui aussi, il s'est 
restreint, quoique dans la vieille langue, et encore aujourd'tiui, on en 
trouve plusieurs exemples: 

Voeillent ou non, sil laissent mètre en terre, 

Alexis, 579. 
Vouliez ou non, elle aura son affaire, 

-La Font., Contes, III, 3, 176. 
Mon zèle me nuira: 
Mais, nuise ou non. Constance vous adore, 

Ibidem, III, 6, 117. 
Vous refusez, soit. — Actuellement, ce subjonctif est en général 
précédé d'une conjonction, et se trouve donc dans une ptirase 
subordonnée. 

Le Subjonctif 206. Quant au second groupe, il n'en reste qu'un 

remplacé par seul exemple: Je ne sache. Tous les autres cas ont 
le Conditionnel. j i /- j ■ i • i 

disparu devant le nouveau mode, le Conditionnel: 

je voudrais, je désirerais, pourriez-vous? je vous demanderais, 

oserais- je? etc. 

Le subjonctif qui se trouve dans la phrase relative que je sache 
est d'une autre nature; cf. § 229 e. 

Quant aux autres procédés de la langue, énumérés plus haut, le 
français a perdu le gerundium et le participe en -urus; il a 
gardé les auxiliaires de mode et les adverbes, et il a, en outre, créé 
de nouvelles formations, comme fai à faire. 

Le verbe devoir, qui comme auxiliaire de temps a augmenté con- 
sidérablement son domaine (cf. § 299 et 306), a vu au contraire 
restreindre son emploi comme auxiliaire de mode. Pourtant en vieux 
français son emploi, du moins dans la phrase subordonnée, est encore 
très libre: 

Je serai mangie ains qu'il doie esclairier, 

Berthe aux grands pieds (Clédat, p. 60). 



136 LE VERBE 

Encor ne soi ou grain doie trover, 

Charroi de Nîmes (Clédat, p. 83). 
La faculté qu'a debere en latin postclassique d'exprimer une sup- 
position se retrouve en français: 

Moût doit estre bêle et jante, 

Chrétien, Erec, 6617. 
Ce doit être cela. 

Comme devoir exprime quelque chose qui ne s'est pas encore 
réalisé, il passe au sens de „être sur le point de", .faillir": 

S'en dut ma gale estre pendue, 

Tiecelins saut toz esmaiés. 

Qui dut (= faillit) estre molt mal paies, 

Roman du Rénart (Clédat. p. 174 et 171). 

Rem. Pour l'expression Qui vive, M. Jeanroy croit que c'est une ellipse 
de [Y a-t-il dme] qui vive? Romanla, XXXVII, 294, contre M. Clédat, qui 
soutient que la locution procède de Vive un tel! Cf. aussi Thomas, Romania, 
I XLIV, p. 100, qui cite un texte inléressant de 1419: Interrogati secundum 
communem modum loquendi: Qui vivat? respondebant: Rex, regina et 
dux Burgundie. 

2) Subjonctif dans la proposition substantive') 

OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

207. Nous exclurons de notre exposé les propositions amenées 
par un pronom relatif, précédé ou non du démonstratif celui ou ce, 
dont il sera parlé aux §§ 225 et suiv. Nous n'avons pas non plus 
besoin de parler des phrases prédicatives ou attributives, parce qu'elles 
ne se distinguent guère des subjectives et des objectives. Comparons: 
La vérité est que je n'en sais rien (prédicative) et: // est vrai que 
je n'en sais rien (subjective). — Il a exprimé le désir que vous 
alliez le voir (attributive) et: il désire que vous alliez le voir. 

Nous traiterons d'abord des phrases objectives et subjectives 
et nous consacrerons un chapitre spécial aux interrogations 
indirectes. 



') J. Oetken, Der Modus des ObjekttvsaUes Im franz., Diss. Oôttingen, 1911. — 
Simon, Der Modus nach den Verben der GemOtsbewegung, Diss. Ofittingen, 1907. 



MODE APRÈS LES VERBES DÉCLARATIFS 137 

PROPOSITION OBJECTIVE 

Grand nombre '^^' ^^^^ verrons pIus loin, en parlant des con- 
de constructions jonctions, que le latin classique connaît une variété 
cîassfqùe. '^^ constructions à laquelle le français n'arrive pas. 

Ainsi on a la proposition infinitive après les verbes 
déclaratifs; après les verbes affectifs on a le choix entre la même 
construction et la construction quod, suivi de l'indicatif ou du sub- 
jonctif: gaudeo te venisse, gaudeo quod veneris ou quod venisti; 
après d'autres verbes on a quod, ut, ne, quin, quominus, qui 
tous sont suivis du subjonctif: te accusa quod hoc feceris; imperat 
ut frumenta colUgant; dubito quin hoc verum sit. 

Extension des ^^^ ^" latin Vulgaire la proposition infinitive va 
conjonctions être remplacée par la construction avec conjonctions*). 

florès les verbes 

déclaratifs Comme, en latin, le subjonctif est surtout le mode 

du discours indirect, il est naturel que dans la phrase 
substantive, qui remplace la proposition infinitive, on se serve aussi 
d'abord du subjonctif: 

Eqaidem scia iam filius quod amet meus, 

Plante, Asinaria, 37. 
Legati Cateienses renuntidverunt, quod Potnpeium in potestate 
haberent, De bello hispaniensi, 36, 1. 

Mais le subjonctif va changer de signification: en latin vulgaire il 
n'exprime plus le discours indirect; aussi Pétrone, qui nous donne 
quatre exemples de la construction analytique, y emploie-t-il l'indicatif: 
Sed subolfacio quod nobis epulum daturus est, Satiricon, 45. — 
Pourtant le subjonctif se maintient longtemps à côté de l'indicatif: 
Les Sermons de St. Augustin nous fournissent autant d'exemples 
d'un mode que de l'autre. 

Quant aux verbes affectifs et de volonté l'usage postclassique est 
à peu près le même qu'en latin classique. Après les premiers on 
trouve tantôt l'indicatif, tantôt le subjonctif. Remarquons seulement 
que l'emploi de l'auxiliaire debere est très fréquent dans les 
subordonnées: Sacramentis firmaverunt ut Neptreco . . . ad regnum 
Chlodoviae post Dagoberti discessum aspecerit (= aspiceret), Aoster 
vero . . . ad regnum Sigyberti deberit (= deberet) aspecere, Fredeg., 
159, 10. 



1) Cf. § 257 et suiv. 



138 LE VERBE 

Mode après 210. Pouf le français nous distinguerons plusieurs 

les verbes cas d'après le verbe de la principale, puisque c'est 
déclaratifs. , . ..,••.. , ^ ,x 

lui en général qui indique la nuance particulière qu on 

veut exprimer dans la subordonnée. 

Après les verbes déclaratifs on se sert en vieux français de 
l'indicatif, quand on parle d'un fait certain; du subjonctif, quand il y 
a doute. De cette conception il résulte qu'on se sert, en règle générale, 
de l'indicatif après les verbes qui expriment la parole, employés 
affirmativement, et du subjonctif après les verbes de la pensée. Mais 
bientôt une hésitation se manifeste après ces verbes, employés affir- 
mativement, et l'indicatif s'y introduit peu à peu, comme après 
l'autre groupe, quoique jusqu'au xvn« siècle le subjonctif s'y main- 
tienne encore: 

Cuidet U reis qu'elle se seit pasmede, 

Roland, 3723. 
Même quelquefois après dire: 

Chascuns qui veit dist qu'il seit morz, 

Roman du Rou, I, 585. 

Lors pense qu'il soit perdus ou qu'il ne sait revenir, 

Cléomadès, 15544, 

exemple curieux de l'alternance des deux modes. 

Ge cuit que bêle est celé compaignie, 

Roman de la Rose, 632. 

Je cuide que soye descendu de quelque riche roy, Rab., I, 10. — 

Je pense qu'ilz soient ennemis, non alliez ensemble, Rab., II, 302. 

La plus belle des deux, je crois que ce soit Fautre, 

Corn., Menteur, I, 4. 

Tous présument qu'il ait un grand sujet d'ennui. 

Corn., Cinna, IV, 4. 

Cette lettre, Monsieur, qu'avecque cette botte 

On prétend qu'ait reçue Isabelle de vous. 

Mol., II, 395. 

Je pensois que M. de Malherbe eût été le premier qui l'eût écrit, 

Vaug., I, 57. 

211. En français moderne, la construction des verbes de la pensée 
est, on le sait, identique à celle des verbes de la parole, de sorte 
qu'on doit dire par exemple: Je crois qu'il «'est pas venu, mais je 
n'en suis pas sûr, ce qui est, au fond, en contradiction avec la con- 



MODE APRÈS LES VERBES DÉCLARATIFS 139 

ception fondamentale du subjonctif; l'analogie de la classe plus 
nombreuse a entraîné le groupe le moins nombreux. 

Aujourd'hui, l'emploi du mode dépend de la nuance de la pensée, 
dès que le verbe est employé négativement, interrogativement ou qu'il 
dépend d'une condition: Je ne crois pas qu'il soit capable de le 
faire. — // ne croit pas que vous partirez. — Cest à peine si Georges 
se rappelait qu'il eût été ramant de Marie Delaunaye, Rageot, La 
^oix qui s'est tue, VII. 

Rem. Dans la phrase suivante l'emploi du mode est un véritable latinisme: 
// confesse et soutient celuy ne pouvoir faire œuvre excellente en son 
vulgaire qui soit ignorant de ces deux langues et qui n'entende la latine 
pour le moins. Du Bellay, Deffence, I, 11, phrase qui ne se retrouve pas 
dans Sperone Speroni. 

La subordonnée 212. Quand la subordonnée précède, le français la 
précède. niet au subjonctif, même si le verbe de la principale 

exprime la certitude: Que péchiez soit ordure, ce témoigne le paien, 
Joinville. — Aujourd'hui ces phrases sont très fréquentes : Qu'il n'ait 
pas fait son devoir, c'est sûr. — On rencontre même des phrases 
comme: Le fait qu'ils aient cette notion délicate prouve son 
irrésistibilité, Lavedan, Illustration, 13 févr., 1915. 

Dans cette construction curieuse le subjonctif s'explique, parce 
qu'on se présente l'action de la subordonnée d'abord comme hypo- 
thétique avant de décider ensuite pour l'affirmation ou la négation. 
Souvent une phrase comme Qu'il n'ait pas fait son devoir, c'est sûr 
est suivie d'une restriction: mais il n'est pas moins vrai que . . ., et 
dans ce cas c'est l'idée concessive qui amène le subjonctif. 

Style indirect 213. La construction des verbes déclaratifs est 
libre. souvent assez libre. On ne parle en général que du 

discours direct et indirect: Je dis: Venez ou je dis qu'il vienne; lia 
dit: Je viendrai ou // a dit qu'il viendrait. Mais le style un peu 
négligé a admis de tout temps des constructions mixtes: Vous prie 
et admoneste que, soit en compaignie, soit à table, gardez-vous de 
trop habondamment parler, Ménagier de Paris, I, 178. 

Ne te sai plus que enseignier 
Mes dolcement te voit prier 
Que de tôt ço riens n'oblier, 

Troie, 1745. 



140 LE VERBE 

Or te pri et quier et demant 
Se tu sez, que tu me consoille 
Ou d'aventure ou de mervoille, 

Chrétien, Yvain (Clédat, p. 142). 
. . . . li brief 
Que me tramist li riches rois Gaifiers 
Que de sa terre me donra un_ quartier. 

Charroi de Nîmes (Clédat, p. 84). 
Ici le discours direct serait: je vous donnerai; le discours indirect: 
qu'il me donnerait. Le style indirect libre a pris le temps du discours 
direct, la personne de l'indirect. Cf. aussi § 115 Rem. 

La subordonnée 214. Quand après les verbes déclaratifs on veut 
exprime une exprimer une volonté, le verbe de la subordonnée 
est au subjonctif: Je suis bien d'opinion que nous 
ayons quelque plaisant exercice, Marg. d'Angoul , Heptam., Préface, 
où au discours direct on se serait servi de l'impératif ayons. — 
Dites-lui qu'il parte sur-le-champ. — S'il y a plusieurs phrases 
subordonnées, on peut tantôt exprimer un fait, tantôt une volonté, 
et la forme du verbe l'indiquera clairement: Elle lui dit qu'il ne se 
souciât point et qu'elle trouveroit bien le moyen de l'en faire saillir 
sans mal ni honte., et qu'il ^'habillât le plus tôt qu'il pourrait, Marg. 
d'Ang., Nouv. VI; ce serait au discours direct: Ne vous souciez point, 
je trouverai, habillez-vous. — De même dans: Ils criaient qu'on les 
menât au combat; qu'ils vouloient venger la mort de leur père... 
qu'avec lui ils ne craignoient rien, mais qu'ils vengeroient bien sa 
mort; qu'on les laissât faire, qu'ils étoient furieux et qu'on les 
menât au combat, Sévigné, IV, 3. 

Verbes de 215. Lorsque les verbes de doute et de négation 
doute et de sont employés négativement, ils équivalent à une 
affirmation et demanderaient donc logiquement l'indi- 
catif, et c'est là, en effet, le mode le plus employé en vieux français. 
Mais à côté de ce mode on a eu de tout temps le subjonctif, fait 
qui s'explique par l'analogie de la forme; et ce mode est même le 
plus fréquent au xvii< siècle; depuis, il a perdu de nouveau de son 
domaine, grâce à la langue populaire, dont l'influence sur la littérature 
est allée en grandissant au xix« siècle; Personne n'ignore qu'elle n'sdt 
été la première cause des malheurs, La Rochef., Mém., II, 159. — 



MOUK APRÈS LES VERBhS DE VOLONTÉ 141 

Je ne doute pas qu'il fera tout ce qu'il pourra, Littré. — // est 
indubitable que, si le cardinal Mazarin savait les affaires du dehors, 
il ignorait celtes du dedans, Mignet. 

216. Verbes de volonté. — Lorsque le verbe delà principale 
et celui de la subordonnée ont le même sujet, vouloir, désirer, etc., 
sont suivis de l'infinitif en latin et en français moderne. En vieux 
français on trouve parfois dans ce cas la phrase substantive: 

Or ai talent ke cliant (= de chanter) por esbaudir, 

Châtelain de Coucy (Clédat. p. 337). 

En mon cuer m'assena 

K'û Saint Denis iroie por priier Dieu merci (= je me 

décidai à aller). 

Et arbrissel désirent qu'/7 fussent parflori, 

Berthe aux grands pieds (Clédat, p. 57). 

De même après les verbes prier, commander, louer, etc., on trouve 

€n ancien français souvent la substaiitive où le français moderne. préfère 

l'infinitif: 

Comanda lui que tost s'armast, 

Trist. Ménestrel, 95 {Rom., XXXV, p. 503). 

A mon seignor Qauvain proie 

Qu'il priast son oncle le roi 

Qu'il le laissast aler od soi. 

Ibidem, 460 et suiv. 

Mode après les 217. Le mode dans la substantive dépendant des 
verbes de verbes qui expriment la volonté, a été de tout temps 
le subjonctif. Pourtant il y a des exceptions: 

a) Quelquefois le sens de la volonté est tout à fait affaibli: les 
expressions le ciel permit, le hasard a voulu servent seulement 
comme périphrase de l'indication d'un fait: 

Le ciel permit qu'un saule se trouva, 

La Font., I, 115. 
Lorsque mon père m'envoya jeune enfant à Paris . . . Dieu voulut 
que je vous rencontray pour mon précepteur, Calvin (Lefranc, Grands 
Ecrivains, p. 346). — Le malheur veut que qui veut faire l'ange 
fait la bête, Pasc, Pensées, I, 68. 

b) Après attendre et les verbes de crainte l'ancienne langue et 
celle du xvn« siècle remplaçaient quelquefois le subjonctif par le 



142 LE VERBE 

futur ou le futur du passé, rarement par le présent de 
l'indicatif. 

J'attends du moins, j'attends de votre complaisance 
Que désormais partout vous fuirez ma présence, 

Rac, Mithridate, II, 6. 
J'ai peur que cette grande furie ne durera pas, Malh., III, 79. — 
Je crains bien que tous ces petits sophistes grecs .... achèveront 
de corrompre les mœurs romaines, Fén., Dial. des Morts, 37. — Je 
crains que cette vérité ne soit point encore entrée dans Cesprit de 

M. G et que, comme il a toujours été, il ira toujours, Sévigné, 

VIII, 418. — Le verbe craindre équivaut dans ces sortes de phrases 
à peu près à croire et se rapproche donc des verbes déclaratifs. 

Rem. La construction Timeo ne sit aeger, je crains qu'il ne soit malade 
s'explique comme un optatif: Ne sit aeger! Qu'il ne soit malade! mais: je 
crains. La liaison intime de ces deux phrases donne la construction actuelle, 
qui pourtant dans la langue parlée se passe de la négation ne. 

c) Les verbes comme résoudre, décider, arrêter, etc., se trouvent 
de tout temps suivis tantôt du futur ou futur du passé, tantôt du 
subjonctif, suivant qu'on insiste sur la décision inébranlable ou la 
simple volonté; souvent on se demande pourquoi l'auteur s'est 
prononcé en faveur de tel mode plutôt que de l'autre: 

En mon cuer m'assenti 

K'a Saint Denis iroie, 

Berthe aux grands pieds (Clédat, p. 57). 
Vos amans ont arrêté entre eux que vous fussiez ensemble. Mol. 
Fourberies de Scapin, III, 1. — Quand sa femme .... entendit qu'il 
la meltoit au rang des trépassés, se pensa quelle Fy envoieroit le 
premier, Marg. d'Angoulême, Heptam., I. 

„^ , , 218. Après les verbes affectifs, on se le rappelle, 
Mode après les ^ > rr » 

verbes affectifs, le latin mettait quod avec le subjonctif ou avec 
l'indicatif. 
En français on se servait d'abord de la même construction, mais 
peu à peu le subjonctif est devenu plus général dans les textes et 
aujourd'hui il est seul considéré comme correct, quoique dans le 
langage populaire l'emploi de l'indicatif soit très courant. L'indicatif 
s'explique, parce que la subordonnée exprime un fait; le subjonctif, 
à cause de l'élément subjectif, la douleur, la joie, le regret, qui 
prédomine: 



MODE DANS LA PROPOSITION SUBJECTIVE 143 

N'i at icel ne demeint grant irance 
Qued il ne sont o Radiant la châtaigne, 

Roland, 1845. 
// est ravi que je suis hors d'affaire, Sévigné, III, 531. — Elle 
fut tout étonnée que les nymphes lui amenèrent ses sœurs, La Font., 
Psyché, I, p. 36. — Et c'est heureux, poursuit Biquet, qu'ils m'ont 
réveillé, Barbusse, Le Feu, p. 9. 

Rem. On sait que la substantive peut être remplacée après les verbes à 
complément indirect par une causale amenée par de ce que. Comme la 
cause est réelle, le mode est l'indicatif ; pourtant par suite d'une confusion 
toute naturelle on trouve actuellement souvent le subjonctif: Je suis content 
de ce que vous êtes (soyez) venu. 

219. Les verbes qui expriment l'approbation ou le blâme, 
groupe de verbes qui se trouve à cheval entre les verbes de volonté 
et les verbes affectifs, sont eux aussi tantôt suivis de l'indicatif, 
tantôt du subjonctif. Pourtant l'indicatif se fait rare au xvii« siècle: 
Je loue Dieu que votre beau jugement a vu au travers de ces nuées, 
Malh., IV, 138. — Vous ne devriez pas trouver mauvais que y"ai 
une trop grande passion de vous voir, Voit., I, 123. 

PROPOSITION SUBJECTIVE 

Mode dans la 220. Dans les phrases subjectives il va de soi que les 

phrase règles soient les mêmes que celles qui régissent l'emploi 
subjective. -i -i b k 

du mode dans les objectives. Aussi ne les relèverions 

nous pas spécialement, s'il ne se présentait quelques cas particuliers. 

a) Après les expressions qui expriment la certitude ou la 
vraisemblance le mode est le même qu'après les verbes décla- 
ratifs; ainsi on trouve souvent le subjonctif après des locutions telles 
que ço est vis tout comme dans l'objective après croire et cuidier: 

Ço lor est vis que tiegnet Deu medisme, 

Alexis, 118. 
Mais: // leur semblait que celles cevauchies estoient parf aides, 
Froissart. 

b) Les expressions de nécessité et de possibilité demandent 
le subjot\ctif. Pourtant on trouve parfois le conditionnel ou l'indicatif 
au xvii^ siècle après // se peut, il est possible, et ce mode est même 
général après // se peut faire: 



144 LE VERBE 

Même il se peut qu'en venant à la chose 
Jamais son cœur n'y voudroit consentir, 

La Font, Contes, III, 2, 141. 
// se peut faire que leur ressentiment part de quelque zèle, mais 
peu éclairé, Pasc, Prov., XI. — // se pourroit faire aussi que nos 
poètes auroient contribué à ce désordre, Vaug., I, 409. 

c) Les expressions de volonté demandent naturellement toujours 
le subjonctif. Quelquefois on trouve l'indicatif après il me tarde, il 
tient: A quoi tenoit que je /z'e.xecutois mon dessein? Vaug., Quinte- 
Curce, VI, 10. 

d) Le mode après les expressions affectives est le même que 
dans l'objective: C'est grand dommage qu'il n'avoît ,le Superbe", 
comme en allant à Monaco, Sévigné, VIII, 520. 

C'est bien assez pour moi qu'il m'a. désabusé. 

Mol., L'Etourdi, III, 4. 
L'indicatif est particulièrement fréquent au xvii« siècle après // 
suffit: Il suffit que nous savons ce que nous savons. Mol., Le 
médecin malgré lui, I, 1. 

Me vous suffit-il pas que Je /"ai condamné? 
Qu' Hermione est le prix d'un tyran opprimé? 
Que je le hais; enfin. Seigneur, que je /'aimai. 

Rac, Andromaque, IV, 3. 

INTERROGATION INDIRECTE 

Mode en latin 221. On Sait qu'en latin le subjonctif est en premier 

classique et jjeu le mode du discours indirect. Il n'est donc pas 
postclassique. ,^ . , . j j i 

étonnant qu on se serve de ce mode aussi dans les 

interrogations indirectes: Rogo quid feceris. 

En latin postclassique on commence à employer l'indicatif dans 
les cas où tout doute est exclu. Pour que cette évolution soit possible, 
il faut que le sens du subjonctif lui-même ait changé, et, en effet, 
la valeur du subjonctif comme mode du discours indirect, s'efface de 
plus en plus; il ne garde plus guère que celui du doute, de la 
nuance subjective (§ 218) et de la généralité (concession). 

Le latin postclassique peut donc se servir des deux modes, c'est 
souvent un moyen stylistique que celui d'employer tantôt l'une, tantôt 
l'autre forme: Attende proximum tuum, quanta faciat, ut . . . Attende 
et illum, qui Christum negavit, quantum malum fecit, St. Augustin, 



LE SUBJONCTIF DANS LA QUESTION INDIRECTE 145 

p. 338. — Cum intérim nemo curât quid annona mordet, Pétrone, 44, 1. 
Cette liberté se trouve d'ailleurs de bonne heure dans les poètes. 
Ainsi dans Properce, III, 5, 25 — 46: 

Tum mihi naturae libeat perdiscere mores, 
Quis deus hanc mundi tempérât arte domum, 
Qua venit exoriens, qua définit, unde coactis 
Cornibus in plénum menslrua luna redit, 
Unde salo superant venti, quid flamine captât, etc. 
Il ne faut pas rattacher l'emploi du subjonctif en latin postclas- 
sique à la syntaxe du latin archaïque. Si Plaute a fréquemment le 
subjonctif, c'est que chez lui, comme dans le langage familier, on 
trouve la coordination au lieu de la subordination. Et qu'il n'en soit 
pas ainsi pour la latinité postclassique, la preuve en est fournie par 
l'introduction de la conjonction si, qui précisément à cette époque 
va devenir une particule amenant une interrogation indirecte ^). 

222. En vieux français *) nous nous trouvons à une 
En vieux ^ ' 

français l'indi- étape beaucoup plus avancée. Si dans la latinité 

catif supplante postclassique le subjonctif prédomine, en vieux français 
l'indicatif l'emporte de plus en plus. On l'emploie 
notamment si le doute porte sur le pronom ou l'adverbe qui intro- 
duit la phrase et non sur le verbe: Je vous demande lequel vous 
préférez. 

Le subjonctif se maintient surtout dans deux cas: 
à) Quand la phrase interrogative implique l'idée d'un but à 
atteindre, d'un désir. 

b) Quand elle marque simplement l'incertitude et que la phrase 
principale est négative, interrogative ou qu'elle exprime une 
condition. 

Exemples : 
1) Sire Alexis, tanz jorz t'ai desidrét .... 

E tantes feiz por tel en loinz guardét 
Se revenisses ta spouse conforter, 

Alexis, 471 et suiv. 



1) Cf. pour l'emploi de si dans la langue classique: F. Gaffiot, Ecqui fuerit si 
particalae in interrogando latine usas, Paris, 1904. 

2) Sctireineclce, Die Entwicklung des Modus im indirekten Fragesatze des 
Franzôsischen, Diss. Gôttingen, 1910. 

SNEYDERs DE voQEL. Syntaxe historique. 10 



146 LE VERBE 

Or m'estuet-il dont regarder 

Comment je puisse a li parler, 

Jubinal, Jongl. de France, p. 114. 

2) Deus, dist H cuens, or ne sai jo que face, 

Roland, 1982. 
Si ne puis pas penser comment 

Puisse a li parler tant ne quant, 

Jubinal, Jongl. de France, p. 115. 

Les derniers exemples nous montrent que le subjonctif dubitatif 

s'est maintenu dans la question indirecte, tandis qu'il a disparu de 

la piirase simple. Cf. § 205, 2. 

III. Pourtant, même dans les deux cas que nous 

constructions. venons de citer, le subjonctif va perdre du terrain. 

Les constructions qui lui font concurrence, sont 

surtout le Futur et le Futur du passé, la périphrase avec 

devoir et pouvoir, l'Infinitif: 

1) Porpensa sei que il fera, 

Rou, III, 1009. 
Ne sai que plus vous conteroie, 

Le Chevalier au barisel, 613. 

2) a) Si ne sai que g'en doie dire, 

Joufrois, 2757. 
Ne il ne voient ou poissent 
Garantir se il s'an foïssent, 

Cligés, 1683. 
b) Et sa vertu si mon coer a li tire 

Que je ne scai que je doi faire ou dire, 

Froissart, 58, 187. 
Jeo ne sai dunt il pout aueir tel poësté, 

Rou, II, 1401. 

3) Des autres mais ne sai que dire, 

Thèbes, 1777. 
Ne se set a cui conseillier, 

Cligés, 2991. 

Restes du sub- 223. Au xvi« siècle le subjonctif continue son mouve- 
jonctif en nient de recul, on le trouve pourtant fréquemment 
mode^*ne. ^ans Montaigne et Rabelais: // m'est comme indif- 
férent en quel des deux formes je le sois, (^sc. jugé), 
Montaigne, III, 8. 



CONSTRUCTION DE LA QUESTION INDIRECTE 147 

Au XVII' siècle le subjonctif est devenu très rare, on ne le trouve 
que tout à fait exceptionnellement après un verbe affectif employé 
négativement, et après n' importe, qu'importe: J'estime si 
peu le monde que je n'estime pas en quel habit nous fassions 
le peu de chemin que nous avons à y faire, Malh., IV, 45. — Il y a 
une chose qui m'étonne dans l'astrologie, comment des gens qui 
savent tous les secrets des dieux . . . aient besoin de faire leur cour 
et de demander quelque chose, Mol., Les Amants Magnifiques, I, 2. 

Aujourd'hui le subjonctif est à peu près exclu de ces phrases. 
Voici pourtant quelques exemples où l'emploi du mode semble être 
dû à l'influence des phrases amenées par que, influence qu'il faut 
aussi admettre pour la phrase de Molière: On ne voit pas com- 
ment on puisse exprimer de pareilles idées par d'autres tour- 
nures si expressives, Robert, Quest. de Gramm., p. 109. — Je ne 
conçois pas comment vous, madame Milleret, qui aimez si tellement 
les enfants, vous n'en ayez jamais eu, Monnier, Scènes pop., II, 
400. — Surtout après n'importe et qu'importe, oîi le sens concessif 
de la phrase explique le maintien du subjonctif: // n'importe qui je 
serve, Volt., Rom et Contes, p. 90 (Londres 1773). 

224. On s'attendrait à ce que, avec la disparition graduelle du sub- 
jonctif, les autres formes devinssent de plus en plus générales. Or, 
cela n'est vrai qu'en partie. L'Infinitif, il est vrai, s'est maintenu 
jusqu'à nos jours: Je ne sais comment vous exprimer mon bonheur, 
Michelet. — Je ne savais que répondre, Chateaubriand. — Mais le fait 
qu'on se sert de que et non de ce que prouve que cette locution a 
déjà quelque chose de figé '). Puis, après les verbes qui expriment 
un mouvement de l'âme on ne trouve plus guère l'interrogation 
indirecte. Si on disait p. ex. au moyen âge: 

Molt me vient a merveille, par Mahom le mien Dé, 
Dont cis hon est venus ne de quel parenté, 

Mainet (Clédat, p. 45), 
aujourd'hui on dit: Je m'étonne que vous ayez fait cela, et la 
subordonnée n'affecte plus la forme interrogative. 

Par contre, 1' I n d i c a t i f est toujours très vivant dans les questions 
indirectes, avec ou sans l'auxiliaire devoir: Il ne savait pas ce qu'il 
ferait, ce qu'il devait faire. 

1) Cf. § 116. 



148 LE VERBE 

3) Subjonctif dans la phrase relative") 

Rapports 225. La fonction essentielle d'une relative est de 

exprimés en latin qualifier un substantif, mais l'adjonction de cette 
par la relative. , 

phrase peut avoir des raisons spéciales, de sorte que, 

outre sa fonction primitive, elle peut exprimer plusieurs nuances. Or, 

toutes les fois qu'on veut marquer en latin classique un rapport causal, 

concessif, final, consécutif, restrictif, ou que la phrase 

relative dépend d'une proposition infinitive ou d'un subjonctif 

(discours indirect), ou encore quand on veut généraliser, on se sert du 

subjonctif: O fortunate adolescens, qui tuae virtutis Homerum prae- 

conem inveneris (puisque tu as trouvé). — Sapiens posteritatem, 

Cuius sensum habiturus non sit, ad se putat pertinere (quand même 

il n'en aura pas conscience). — Caesar legatos misit qui dicerent 

(pour dire). — Homines rationem habent sagacem, quae et causas 

rerum et consecutiones videat (si bien qu'elle voit les causes et les 

effets). — Quod sciam (que je sache). — Sacrâtes dicere solebat 

omîtes in eo quod scirent satis esse éloquentes (A. c. I.) — Sunt qui 

censeant una animant cum corpore occidere (subj. de généralisation). 

Par contre après les relatifs indéfinis on emploie l'indicatif: Qui- 

cumque hoc fecit. — 

Quidquid id est, timeo Danaos et dona ferentes, 

Virg., Aen., II. 

226. En latin vulgaire l'état des choses reste sensiblement le 
même; il semble seulement que l'emploi de l'indicatif devienne plus 
fréquent, quoique le subjonctif s'introduise de plus en plus après 
quicumque, quisquis, etc., tant pour exprimer la concession 
que pour généraliser: Nam quodcumque aliud in dotem acceperis, 
potes cum libuit . . . restituere, Apul., De Magia, 92. — Quantum- 
cumque sanctitate praepolleat .... numquam dicit: Ego et Deus 
unum sumus, Saint Augustin, Sermons, p. 198. 

Relevons encore l'emploi plus fréquent qu'on fait des auxiliaires 
debere et posse: Sophocles aut Euripides invenerunt verba 
quibus deberent loqui, Pétrone, 2. — In omnibus quae laborare 
potuero hic hères existât, Grégoire de Tours (Bonnet, p. 693). 



') F. Strohmeyer, Ueber verschiedene Fanktioncn des altfranz. Relalivsatzes, 
Diss. Berlin, 1892. — Tobler, I, 148 et 167: II, 17; III, 91; IV. 23; V, 8. 



LA PHRASE RELATIVE EN FRANÇAIS 149 

Le français a 227. Pour le français, il faut d'abord relever que les 
moins de phrases relatives sont moins fréquentes qu'en latin. 

relatives QU6 « 

le latin. En effet, le latin aime à relier deux propositions à 

l'aide du pronom relatif, mais pour le fond, ces sortes 

de phrases restent des principales et ont par conséquent la construction 

des phrases indépendantes (cf. § 131). Le vieux français nous en 

fournit encore quelques exemples: 

„Dieus vos en oie, sire,'^ dist Aimeris, 
,Qui me croisse barnage", 

Aimeri de Narbonne (Paris et Langlois, Chrest., p. 90). 
c.-à-d. „que Dieu vos écoute et accroisse en moi la vaillance". 

Aujourd'hui le subjonctif, devenu rare dans la phrase principale, 
l'est à plus forte raison dans ces sortes de phrases: Cet homme — 
que le ciel puisse confondre — m'a trompé. 

Rapports 228. a)Sensfinal: 
ia''relattve''en Qu.atre omnes i tramist armez 

français. Qui lui alassent décoller, (= pour le tuer) 

St. Léger, 221 et suiv. 
Cet emploi, qui fait penser à la construction latine: Caesar legatos 
mittit qui . . . dicerent, a été très rare et ne se trouve plus aujourd'hui. 
Les exemples qu'on cite d'ordinaire avec un antécédent indéterminé 
expriment une autre idée, telle la phrase citée par Brunot: Enfant 
nos done qui seit à son talent, ou encore la phrase actuelle: Je ferai 
faire une clef qui mette mon armoire à l'abri des voleurs. 

b) Sens causal. — On s'est servi de tout temps de l'Indicatif. 

Charlemaignes s'en rist, qui en Deu s'en afiet, 

Pèlerinage, 700. 
Cet élève, qui a bien travaillé, sera récompensé. 

c) Sens concessif. — Il faut distinguer deux cas: 

1) la relative amenée par le pronom ordinaire, 

2) la relative amenée par un pronom relatif indéfini. 

Dans le premier cas, l'idée concessive n'est pas marquée par le mode: 
Cet élève, qui n'a pas travaillé, n'est pourtant pas puni. 
Dans le second cas on se sert du subjonctif: 

Puissance, quiconque tu sois. 

Dont la fatale diligence 

Préside à l'empire français, 

Malherbe, I, 80, 132. 



150 LE VERBE 

Pour qui . . . que, quel . . . que voir les adverbiales concessives '). 

Rem. Dans une phrase comme: 

Jo ne lerrele pur tut l'or que Deus fist 
Ne pur l'aveir ki seit en cest pals, 

Roland, 458 et suiv., 
/ l'idée concessive ne se trouve pas dans ta relative, mais est exprimée par 
la préposition pur ^). 

L'antécédent et ^^* ^^ Toutes les fois qu'on n ! e ou qu'on met en 

la relative doute l'antécédent tel qu'il est déterminé 

forment un tout , ... i, . .. j. . , ,.., 

inséparable. P^'' '^ relative, celle-ci n indiquant pas une réalité, 

se met au subjonctif: // n'y a pas un marmot 
qui ne connaisse la girouette de M. Bonnard, A. France. — // 
semble que ce soit un chat qui vienne de prendre une souris, 
Molière. — S'il existait un mortel qui eût fait' cela, il faudrait 
l'honorer comme un dieu. — Montrez-moi un chemin qui conduise 
au bonheur. — Quelques grammairiens découvrent dans la dernière 
phrase un sens final; à tort, croyons-nous, parce que le but non 
exprimé est: pour que je puisse le suivre. 

En vieux français on se sert souvent de cette construction là oîi 
nous emploierions une adverbiale: 

L'anpererriz sans mal quV/ et (= sans qu'elle ait du mal) 
Se plaint et malade se fet, 

Ctirétien, Cligés, 5699 et suiv. 
Jamais pour homme que y'eusse veu . . . mon cœur n'avait varié, 
Hélisenne de Crenne (Reynier, Roman sent, avant l'Astre'e, p. 101). 
Dans l'ancienne langue ainsi qu'au xvir« siècle on se servait quel- 
quefois de l'indicatif: Je vous souhaiterais . . . une femme de chambre 
qui ne sait pas bien peigner, La Rochef., Lettr., III, 177. 

Seigneur qu'a donc ce bruit qui vous doit étonner, 

Rac, Iphigc'nie, I, 2, 180. 

Rem. // n'y a qu'un goût barbare qui ait besoin de ce stimulant, signifie: 
// n'y a pas de goût qui ait besoin de ce stimulant qu'un goût barbare, 
et le subjonctif est donc pleinement justifié. Dans // n'y a que ta directrice 
qui sait le turc. Frapié, Maternelle, l'indicatif s'explique par attraction: on 
a pris la directrice comme antécédent de la relative, tandis que le vrai sens 
est: // n'y a (personne) qui sache le turc que la directrice. Dans // n'y a 
que vous qui le sachlei, on a une attraction partielle. — Apris si c'était. 



>) Cf. § 244 et suiv. 
*) Cf. § 360. 



LA PHRASE RELATIVE EN FRANÇAIS 151 

tournure très fréquente au xviie siècle, on trouve le subjonctif: si c'était elle 
qui envoyât les billets, il les faudrait souffrir, Balzac, Lettre à Chapelain, 
IV, 29. — Quoique la logique exige l'indicatif, le subjonctif s'explique 
pourtant facilement par la tournure hypothétique de la phrase '). 

e) Sens restrictif^). 

On trouve le subjonctif quelquefois dans des pfirases relatives 
restrictives. Cet emploi, que nous avons relevé en latin: quod sciam, 
quod meminerim, et qui reste assez fréquent au moyen âge, est rare 
au xviie siècle et tout à fait exceptionnel aujourd'tiui: que Vum oïst, 
ke H membrast, que je sache, ou avec le pronom décliné : A^^ vos vi, 
don moi souvaingne, onques. 

Aujourd'hui on ne trouve que que je sache. Les autres locutions 
s'expriment par à ce que je crois, à ce qu'on entend, ou par pour 
autant que. On trouve parfois le subjonctif: pour autant que nous 
sachions, Bédier, Romania, 1912, p. 14. 

Le subjonctif s'explique par la forme négative de la phrase précé- 
dente. Le cas est donc au fond le même que celui que nous avons 
traité sous d), tandis qu'en latin on trouve le subjonctif même après 
une principale affirmative: Ex oratibus Atticis antiquissimi sunt, 
quorum quidem scipta constent, Pericles et Aristides, Cic, De 
Oratore, II, 93. 

f) En latin, le subjonctif du discours indirect se trouve 
souvent dans les relatives. Comme le subjonctif a cessé de marquer 
cette valeur, il n'y en a plus trace en français. 

Le mode après 230. g) La relative après un superlatif *). On sait qu'on 
un superlatif, se sert aujourd'hui en général du subjonctif après un 
antécédent accompagné d'un superlatif, mais ce mode n'est pas de 
rigueur, pas plus que dans la vieille langue d'ailleurs. 

Cette construction était inconnue au latin. Le plus beau que j'aie 
jamais vu se dit en latin: Omnium quos vidi pulcherrimum, ou: 
Que nullum vidi pulchriorem. 

Coms fut de Rome, del mielz qui donc i eret, 

Alexis, 17. 
Au plus haut prince qui soit de mère nez, 

Aym. de Narbonne. 

1) Tobler, 111, 91. =) Ibid., I, p. 148 et suiv. 

') Cf. Tobler, 11, 17 — 24, Un des bons dtners que j'aie faits. 



152 LE VERBE 

Le conditionnel est particulièrement fréquent au xvn« siècle: Je 
prétends vous avoir donné en cela la plus grande marque que je 
vous saurois jamais rendre de mon obéissance, Voit., I, 506. — // 
n'y a que votre seule société qui recevroit véritablement quelque 
plaisir de cette diffamation, Pascal, Prov., XVIII. 

Pour expliquer le subjonctif dans ces sortes de phrases, il faut 
d'abord constater que l'emploi dii mode ne dépend pas du superlatif, 
puisqu'on trouve fréquemment l'adjectif simple: Moût fu biaus et 
uns des bons chevaliers ki fust a sen tamps, Sone de Nansai, 
p. 552. — C'est une des grandes erreurs qui soient parmi les hommes, 
Mol., Don Juan, III. — Le fou rire est néanmoins une des douces 
choses que je connaisse, Tôpffer, Nouvelles genevoises. Les deux 
prisonniers. — // (A. Gide) est un des rares écrivains d'aujourd'hui 
qui sachent ce que c'est qu'une idée, Rev. crit. des idées et des livres, 
1913, p. 727. — Ce fut là une des rares maladresses que le marquis 
de Saint-Cendre ait jamais commises avec une femme, Maindron, 
Saint-Cendre, p. 51. 

Il semble que le subjonctif dans ces phrases est dû à l'idée du 
nombre tout à fait indéterminé; la relative se rapporte au substantif 
seul, et l'adjectif détermine et précise l'idée générale exprimée par 
le substantif suivi de la relative. On pourrait donc caractériser le 
subjonctif comme subjonctif de généralisation. 

On trouve au xvii^ siècle, et avant, le subjonctif dans une relative 
se rapportant à un antécédent accompagné de tout: 

Je garde aux ardeurs, aux soins qu'il me fait voir 
Tout le ressentiment qu'une âme puisse avoir, 

Mol., Don Garde, III, 3, 1031. 

Ici encore on peut reconnaître le subjonctif de généralisation, 
comme dans le cas précédent. 

231. En résumé on peut dire que dans la proposition relative le 
subjonctif a disparu: 

1) comme mode du discours indirect, 

2) pour indiquer un rapport causal, 

3) pour indiquer un rapport final. 

Dans les autres cas l'emploi du mode est en général resté à peu 
près le même qu'en latin. Il s'est même étendu dans les relatives 
dépendant d'un superlatif. Remarquons enfin que dans tous ces cas le 



MODE DANS LA PHRASE TEMPORELLE 153 

subjonctif en français moderne s'explique par la nature vague de 
l'antécédent tel qu'il est déterminé par la relative. 

4) Subjonctif dans la phrase adverbiale. 

PHRASE LOCATIVE 

. ... . 232. Dans les phrases locatives le mode a été de tout 

la locative. temps l'indicatif: // est bien où il est. 

Il ne faut pas confondre ces phrases avec l'interroga- 
tion indirecte: Je vous demande, je sais où il est; ni avec la relative: 
Je ne trouve pas une place où je puisse me reposer. 

PHRASE TEMPORELLE 

232"'^. On peut distinguer: 

1. La phrase d'antériorité. 

2. La phrase de postériorité. 

3. La phrase de simultanéité. 

La construction des phrases de postériorité n'offre rien de 
particulier pour l'emploi du mode, mais celles qui expriment l'anté- 
riorité doivent nous arrêter quelques moments. 

Indicatif et ^^' ^" '^^'" °" ^^ servait en général de l'indicatif 
subjonctif dans après antequam, priusquam, dum, donec et 

d'ant'ériorité Quoad, quand on parlait d'un fait: par contre le sub- 
en latin. jonctif était de rigueur, quand on voulait marquer un 
rapport de subjectivité: Caesar priusquam se hostes 
ex fuga reciperent, in fines Suessionum exercitum duxit, „ César a 
mené son armée dans le pays des Suessions dans l'intention d'em- 
pêcher que les ennemis ne se réunissent". — Il est pourtant intéres- 
sant de relever qu'on trouve même le subjonctif présent, quand il y 
a seulement un rapport de temps entre les deux phrases: Antequam 
ad causam redeo (redeam), de me pauca dicam. 

Or, en latin postérieur l'emploi du subjonctif se développe de 
plus en plus. Le plus souvent on peut en expliquer l'emploi par 
une nuance subjective qui s'ajoute ou par le subjonctif de générali- 
sation, mais cette explication ne s'applique pas toujours et nous 
constatons donc que peu à peu la construction de nos phrases devient 
celle du français. 



154 LE VERBE 

L'indicatif est 234. En vieux français on se sert presque toujours 
encore possible du subjonctif après ainz que, ançois que, primes que. 
Pourtant si l'on veut insister sur la réalité, l'indicatif 
est encore possible: 
Ainz ne verrat passer cest premier mets 
Que jet sivrai od mil de mes fedeilz, 

Roland, 83-84. 
Il n'y a aucun doute pour l'action de jel sivrai, mots qui ea français 
moderne seraient placés dans la principale: „Je le suivrai avant 
qu'il voie" .... 
Après jusque et fresque on rencontre souvent l'indicatif: 
Ensemble furent jusque a Dieu s'en râlèrent, 

Alexis. 603. 
Mais le subjonctif domine, s'il s'agit d'une chose qui doit encore 
arriver. C'est la construction moderne. L'incertitude qui continue 
pourtant à régner se voit p. ex. dans les vers suivants: 
Et voila pourquoy, tant que Famé 
Me batte au corps, pour une dame 
Qui sera d'un fidèle cueur, 
Je hasarderay mon honneur, 
Mon corps, mes biens, voire ma vie, 
Au fer d'une espée ennemie, 
Tant qu'en mon cueur j'auray la force, 

Grévin, Les Esbahis, IV, 1. 
et dans les phrases suivantes: De la on peut bien conclure que les 
hommes ne sont iamais assez bien touchez et esmeus du sentiment 
de leur poureté iusques à ce qu'ils se soient comparez à la maieste 
de Dieu, Calvin, Institution chrétienne, I, 1, 3. — J'ordonne et 
veux que Ponocrates soit sur tous ses gouverneurs entendant .... 
jusques à ce qu'il le congnoistra idoine de povoir par soy régir 
et régner, Rabelais, I, ch. 50. — Il est naturel qu'on trouve aussi le 
futur du passé: Et institua là son oncle à estre baux de Haynnau . . . 
jusques à tant qu'il seroit revenus, Froissart, Chroniques, III, 111. 



Mode dans la ^35. Les conjonctions d u m, d o n e c et q u o a d, 

phrase de marquant la simultanéité étaient toujours suivis de 
simultanéité. ,,. , .,.,,., 

Iindicatif en latin classique, tandis que c u m, qui, à 

côté du sens de temps, exprime encore d'autres nuances, demande 



LA PHRASE TEMPORELLE ET LA PHRASE CAUSALE 155 

souvent le subjonctif; l'imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif 
sont notamment très fréquents après cette conjonction. 

Cet emploi du subjonctif se développe dans la latinité postérieure, 
et la conjonction d u m, qui remplace souvent c u m, et qui, on le 
sait, en latin classique est suivi de l'indicatif présent, prend alors la 
même construction : Dum divinae scriptvrae legerentur, animadve.rti 
sentiolam, St. Augustin, Sermons, p. 111. 

Puis l'emploi de quando et de quomodo s'étend et ces 
conjonctions en arrivent à supplanter tout à fait c u m et dum, et 
des auteurs comme Anthimus (vi« siècle) nous permettent de conclure 
que dans le langage parlé l'indicatif est le mode de beaucoup le 
plus fréquent après ces conjonctions, et cela ne nous étonne pas, 
parce qu'on indique en général un fait certain. 

Aussi l'indicatif est le mode usuel en français après portant que, 
com, quant, endementresque et les autres conjonctions. Si l'on trouve 
en moyen français et encore au début du xvii« siècle le subjonctif 
après comme, c'est un pur latinisme: Comme les signes et prognosti- 
ques des hosties ne se monstrassent point propices, Amyot (Brunot, 
II, p. 449). — Comme quelques-uns . . . le priassent de se retirer . . ., 
il leur répondit, Malh., IV, 208. 

PHRASE CAUSALE 

Emploi du 236. En latin classique on se sert en général de 

mode en latin. ,,. j. j-r x j • 

1 mdicatif après quod, quia, quoniam; après 

non quod, non quo, oii la cause n'est pas réelle, on emploie 

le subjonctif, mode qui est aussi de rigueur après c u m causal. En 

latin vulgaire l'état des choses reste sensiblement le même; seulement 

après c u m se trouve parfois l'indicatif, preuve que la différence 

entre la valeur causale et la valeur temporelle de la conjonction tend 

à s'effacer: Non irrationabiliter accipi puto se (= si) felicem 

beatorum vitam inter miserorum memoremus excidia, cum idem 

non facilitas scripturis (= scriptoris), sed temporum séries praestitit, 

Grégoire de Tours (Bonnet, p. 681). 

237. En français, l'emploi du mode ne change 
en français. guère: 

Quant «'ai ton fil, ensemble o tel vueil estre, 

Alexis, 150 (Clédat, p. 10). 



156 LE VERBE 

Non que je le veuille. — Mais ici encore, ii faut faire une réserve 
pour comme qui sous l'influence de la syntaxe latine se trouve souvent, 
surtout au xvi« siècle, suivi du subjonctif, emploi qui se fait rare au 
XVII* siècle: Comme tel orgueil puist estre préjudiciable, Christ, de 
Pisan (xv« siècle). — Comme tout le monde se trouvast estonné d'un 
conseil hardy et si avantageux, Amyot, Cimon, 9. — Il est surtout 
fréquent dans la locution comme ainsi soit: Or, connue ainsi 
soit qu'Euripide . . . écrive en l'une de ses tragédies que for fut 
un des maux qui sortit de la boite de Pandore . . ., Voiture, I, 451. 

L'emploi du mode dans les phrases suivantes s'explique facilement 
par le caractère irréel de l'action: Si nous tenions une maison à 
louage, et qu'il prist fantaisie au propriétaire de l'abatre, pour ce 
qu'elle fust vieille . ., Du Vair, 359. 27, 29. — Quand la brebis 
fuyt le loup, le fait elle parce que sa couleur luy desplaise? Celle, 
Circé, 284. 

Au XVII* siècle l'usage moderne s'est constitué. Il faut seulement 
remarquer que pour amener une cause irréelle au subjonctif on peut 
se servir de non parce que. La coustume ne doit estre suivie que 
parce qu'elle est coustume, et non parce qu'elle soit raisonnable ou 
juste, Pascal, Pensées, I, 97. 

PHRASE CONDITIONNELLE ') 

238. Quoique la phrase conditionnelle ne soit qu'une subdivision de 
la phrase causale — elle renferme la cause de l'action de la principale, 
mais présentée à l'état d'hypothèse *), — son importance explique que 
nous tenions à la traiter à part. Il faut pourtant retenir cette valeur 
fondamentale pour comprendre que, dès qu'on insiste moins sur le 
caractère hypothétique, la phrase conditionnelle amenée par si puisse 
passer à la causale ou à la concessive '). D'un autre côté, une condition 
qui s'est réalisée fréquemment dans le passé équivaut à peu près à 
une temporelle et ce fait explique qu'en français si a quelquefois la valeur 
de quand. En hollandais als et wanneer se sont presque complètement 
confondus. 



') G. Kiene, Zur Syntax des Bedingungssatzes im framOsischen, Diss. Berlin, 
1915. 
') Cf. la phrase concessive. 
^) Le latin si qui de m amène presque toujours une cause. 



MODE DANS LA PHRASE CONDITIONNELLE 157 

„, . . _, En latin classique II faut distinguer quatre cas: 

Division des ^ o -i 

phrases a. On ne se prononce aucunement sur la question 

conditionnelles et ^^ savoir si la condition est réalisable ou non. 
emploi du mode 

en latin. Alors l'indicatif est de rigueur: Si hoc dicis, 

erras. — Si valebis, omnia facilia erunt. 

b. La condition est tout à fait hypothétique, mais elle est réalisable. 
On se sert du subjonctif présent ou parfait: Quid mihi 
sit boni, si mentiar? — Si insaniens gladium a te postulet, dare 
peccatum sit. 

c. La condition est irréalisable. Le mode dans les deux phrases est 
le subjonctif de l'imparfait ou du plus-que-parfait: 
Facerem, si possem; fecissem, si potuissem. — Non tant facile opes 
Carthaginis tantae concidissent, nisi Sicilia classibus nostris pateret. 

On trouve parfois l' imparfait de l'indicatif dans la princi- 
pale: labebar longius, nisi me rettnuisses, „je me serais égaré plus 
loin, si tu ne m'avais retenu". Cet emploi s'explique par le fait que 
l'imparfait indique que l'action n'est pas achevée, c'est l' i m p e r- 
fectum conatus. On peut se servir aussi de la conjugaison 
dite périphrastique: lapsurus eram, littéralement: „j'allais 
m'égarer plus loin," mais qui prend le même sens que lapsus 
es se m, „je me serais égaré". 

d. Les souhaits conditionnels, amenés par d u m, modo, d u m- 
m o d o demandent toujours le subjonctif : Oderint dum metuant, 
^pourvu qu'ils me craignent". 

Cet état de choses restant sensiblement le même dans la latinité 
postérieure — du moins à en juger d'après les textes — nous 
pouvons passer au français. 

Le subjonctif 239. La conjonction si est une des très rares 
seul exprime conjonctions qui se soient maintenues en français, 
la condition. j j j i , ■ 

Dum, modo, dummodo sont remplaces par por 

que, poruec que, por ço que, por tant que, qui à leur tour ont disparu 
devant pourvu que. Quant de quandoa aussi souvent une valeur 
conditionnelle. Enfin, le subjonctif avec ou sans que suffit souvent 
seul à exprimer la condition: 

U reis me prest s'espede al poin d'or adobet, 
Si ferrai sor les helmes ou il ierent plus cler, 

Pèlerinage, 458 (Clédat, p. 40). 



158 LE VERBE 

Mais quel sacet // reis, 

En trestute sa vie mais ne vus amereit, 

Pèlerinage, 491—2. 
Ce sont au fond, des optatifs. 

Condition a) Dans la condition simple l'indicatif est toujours de 
simple. rigueur. Mais le futur est extrêmement rare '); il est 
remplacé, dès l'époque la plus ancienne, par le présent, ou périphrase 
par les auxiliaires devoir, valoir, pooir, aller, venir: 
Il nem faldrat, s'il veit que Jo lui serve, 

Alexis, 495. 
Par voz saveirs sent puez acorder, 
Jo vus durrai or et argent osez, 

Roland, 74—75. 

Condition *^ ^^ français ne distingue plus pour la forme ce 
hypottiétique. cas-ci du suivant. Ainsi la traduction de la phrase 
latine serait en français: Quel profit aurais-je, si je 
mentais? On se sert donc du conditionnel dans la principale, de 
l'imparfait de l'indicatif dans la subordonnée, c.-à-d. des 
mêmes formes que pour l'hypothèse irréelle. Ce tour se trouve dès 
le xii« siècle: 

• S'il vos plaisoit, o vos irole, 

Chrestien, Erec, 108. 
Pourtant, on rencontre encore en vieux français quelques traces de 
la construction latine dans la subordonnée, car pour la principale on y 
a toujours le conditionnel ou le futur: 

S'en ma mercit ne se culzt a mes piez. 
Et ne guerpisset la lei de chrestïens, 
Jo li toldrai la curune del chief, 

Roland, 2682—4. 
Ne trover nel porrunt, s'a Senz ne faugent querre. 

Saint Thomas, 2517. 

Condition ^^' '^^ Q^^^^ '^ condition est irréalisable, on trouve: 
irréalisable: 1) la continuation de la construction latine. Mais comme 
constructions, ''iniparfait du subjonctif a disparu, l'ancien plus-que- 
parfait a deux sens, le sens primitif et le sens adopté 
de l'imparfait: 



>) Cf. § 240, 3. 



MODE DANS LA PHRASE CONDITIONNELLE 159 

Se Deu ploûst, sire en défisses estre, 

Alexis, 420. 

„S'il avait plu à Dieu, tu aurais du être," en latin: placuisset 

et debuisses. 

Se y'osasse parler, 

Ge demandasse de quel terre estes nez, 

Cor. Looïs, 1565. 
,Si j'osais parler, je demanderais . . ." 

2) La forme ploUst, par exemple, ayant pris la valeur d'un imparfait, 
est peu à peu remplacée dans sa fonction primitive par la construction 
analytique oiist ploii, „eût plu." Cette forme s'introduit dès le xi« siècle 
dans nos périodes, d'abord dans une des deux phrases, puis dans 
les deux: 

El s'il volsist („eût voulu"), il /'eûst mis a pie, 

Cor. Looïs, 1095. 
Vous /'eussiez destruit, se vos eûst pleû, 

Aye d'Avignon, 3732. 
La construction de cette dernière phrase s'est continuée jusqu'à 
nos jours. 

Le sens primitif de l'imparfait du subjonctif se trouve encore, 
quoique rarement, dans Malherbe et Corneille: Si je n'eusse empêché 
leur confiscation, il y a longtemps qu'elle fût {— „eût été") donnée 
Malh., m, 378. 

Rem. L'emploi du subjonctif s'est d'ailleurs restreint aujourd'hui à la 
langue littéraire. Dans Benjamin, Gaspard, p. 140, une voix précieuse demande 
à Gaspard: Où fussiez-vous allé? et celui-ci de répondre: Où que je f lis- 
serais allé? Dans les aréos! Cette forme fusserais est délicieuse. 

3) On sait que, dans la phrase simple, le conditionnel a 
supplanté dans beaucoup de cas le subjonctif '). Il en est de même 
pour l'apodosis de la période hypothétique ^; mais ce qui est remar- 
quable, c'est que le conditionnel a toujours eu de la répulsion à 
s'introduire dans la phrase amenée par si (nous verrons plus loin 
quelques exceptions). Peut-être l'idée de nécessité qu'avait longtemps 
la combinaison infinitif avec h a b e r e l'a-t-elle empêchée de se 
sentir à l'aise dans la phrase hypothétique, qui, de sa nature même, 
exclut toute idée de nécessité. 



1) Cf. §§ 206 et 252. 

*) Oudin, Qramm. franc., 198, défend formellement les phrases: si j'avais des 
enfans, je leur désirasse, pour: je leur désirerais. 



160 LE VERBE 

La construction moderne apparaît dès le xii« siècle: 
Se li reis voleit cels qu'il purreit asembler 
Ne lairreit en ta terre fort ne fieble a tuer, 

Wace, Rou, I, 3733, 
mais les exemples sont relativement rares; les subjonctifs imparfait et 
plus-que-parfait se maintiennent en général dans une des deux phrases 
jusqu'au xvie siècle et même plus tard. Les verbes auxiliaires avoir, 
être et devoir, qui par leur emploi fréquent subissent moins facilement 
l'analogie, se trouvent très souvent à l'imparfait du subjonctif jusqu'en 
plein xviie siècle: Si feust condition à laquelle je peusse obvier, je 
ne me desespererois du tout, Rab., III, ch. 30. 

4) Si on veut présenter l'action d'une façon plus vive, on peut se 
servir, comme en latin, de l'imparfait de l'indicatif avec le même sens 
que le plus-que-parfait du subjonctif, et cela non seulement dans la 
subordonnée, mais aussi dans la principale: 

Destruite esteit (= aurait été) la vile, se cunrei n'en preneit 
(s'il n'avait pas pris de mesures), 

Wace, Rou. II, 413. 
S'il m'avait dit cela, je le tuais. 

Rem. 1. Les autres langues romanes ont développé le sens modal du plus- 
que-parfait de l'indicatif et emploient donc la construction: si habuissem, 
dederam, que le latin d'ailleurs connaissait déjà: 

Et si fata deum, si mens non laeva fuisset, 
Impulerat ferro Argolicas foedare laUbras, 

Virg. Aen., II, 54. 
.... chi volesse 
Salir di notte, fora egti impedito 

D'altrul? 

Dante, Purg., VII, 49. 

Las carias una et una tracta 

Et volgra (voluerat = aurait voulu) las totas baisar. 

Appel, Provenz. Chrest, 4, 256. 
Le français n'en a qu'un seul exemple, encore se trouve-t-il dans la Pas- 
sion du ms. de Clermont, qui n'offre pas un texte purement français: 
Melz te fura non fusses naz. 

Passion, 151. 
L'espagnol et le portugais ont même introduit cette forme dans la subor- 
donnée: Ella repintiérase si pudiera, ,elle se serait repentie, si elle avait 
pu," Hanssen, Span. Gramm., p. 110. 

Rem. 2. Pour l'emploi des temps passés je chanterais et je chantais 
pour exprimer le mode de l'irréalité, cf. M. L-J. Corixau, Vooraïaardeltjke 
wys en Conditionnel (De Drie Talen, 1913, p. 49 et suiv.). 



EMPLOI DU CONDITIONNEL APRÈS SI 161 

241. Dans quelques cas le conditionnel exprime une nuance du 
présent: je voudrais, je pourrais désignant d'une façon adoucie la 
même chose que je veux, je puis (cf. § 252). Or, il est naturel que 
cette forme adoucie de l'indicatif se trouve aussi après si conditionnel: 
Que te sert de percer les plus secrets abimes 
Où se perd à nos sens l'immense trinité, 
Si ton intérieur, manquant d'humilité. 
Ne lui saurait offrir d'agréables victimes! 

Corn., VIII, 31. 
Dans Rodogune, si je ne /'oserais pas encore, je suis cependant 
déjà tenté de me demander avec Beaumarchais: „Et que m'importe 
à moi le trône de Syrie?" Rev. bleue, 1891, II, 6786. 

Condition 242. Nous avons dit que le conditionnel n'a guère 

irréalisable; réussi à s'introduire dans la phrase hypothétique irréelle 

emploi du i , u- it i i. . m 

conditionnel PO"'' remplacer le subjonctif. Les phrases qu on cite 

dans la ne sont en général que des exceptions apparentes; 
subordonnée. , , . .... 

dans Je meure si je saurais vous dire qui a le 

moins de jugement, Malh., II, 634, saurais équivaut à sais et 
nous avons à faire ici à un conditionnel d'atténuation tout comme 
dans les phrases que nous avons citées au § précédent. — J'ai à 
vous dire . . . que, si vous auriez de la répugnance à me voir votre 
belle-mère, je n'en aurais pas moins sans doute à vous voir mon 
beau-fils. Mol., L'Avare, III, 7. — Ici le conditionnel dépend de la 
condition contenue dans à me voir votre belle-mère, et toute cette 
phrase devient de nouveau la protasis d'une nouvelle période hypo- 
thétique (avec sens concessif). Il faut expliquer de même: 
Ou si d'un sang trop vil ta main seroit trempée, 
Au défaut de ton bras prête-moi ton épée, 

Rac, Phèdre, II, 5, 709. 
La condition sous-entendue dont dépend serait trempée est en me 
tuant. C'est donc encore un exemple de deux périodes hypothétiques 
entremêlées: Si [d'un sang trop vil ta main serait trempée en me 
tuant], prête-moi ton épée. — De même dans: Que le diable 
m'emporte, si je /'aurois deviné (scil. „si vous ne me l'aviez pas 
dit vous-même"), Regnard, La Sérénade, se. 23. — Et dans les phrases 
avec comme si: Comme si je ne me serais pas aperçu de la super- 
cherie, où, en effet, l'idée fondamentale est: je me serais aperçu de 
la supercherie [si on avait agi ainsi]. — Citons encore: Car s'il 
SNEïDERS DE voQEL, Syntaxe historique. 1 1 



162 LE VERBE 

aurait pu, avec autant de vraisemblance, se dérouler à Venise et à 
Florence, Nice lui eât convenu également, Bourget, Cosmopolis, 
préface, où la phrase amenée par si marque d'ailleurs une concession. 
Il est donc clair que le conditionnel après si ne sert pas à exprimer 
une condition, mais dépend lui-même d'une condition. Le même 
mélange se trouve d'ailleurs déjà en vieux français: 

Looïs sire, dist Guillelmes li fiers. 

Ne me tenissent mi per a losengier, 

Bien a un an que feiisse laissié. 

Charroi de Nîmes (Clédat, p. 83), 
vers que M. Clédat traduit par: „si je n'avais craint que mes pairs 
me tinssent." — Cette traduction rend bien le sens, mais n'explique 
pas la nature de la construction. Il y a là combinaison de deux périodes: 
mi per me tenissent a losengier, se t'eilsse laissié = ,mes pairs 
m'auraient tenu pour un traître, si je t'avais abandonné" et t'elisse 
laissié dans le cas contraire, c.-à-d. se mi per ne me tenissent a 
losengier, feâsse laissié, litt. „Je t'aurais abandonné, si [dans ce cas] 
mes pairs ne m'auraient pas tenu pour un traître ')." 

Il se présente pourtant quelques cas où le conditionnel dépend 
lui-même de la conjonction si: 

Se tu ja le porroies a ton cuer rachater, 

Volentiers te lairoie ariere retourner, 

Fierabras, 623—624. 
Il est vrai qu'il s'agit ici d'une chose encore réalisable, de sorte qu'on 
pourrait expliquer porroies comme un présent atténué. Notre mode se 
trouve indiscutablement dans la phrase suivante du xvn* siècle: S'ils 
auroient aimé ces promesses spirituelles et qu'ils les eussent con- 
servées incorrompues jusqu'au Messie, leur témoignage n'eût pas eu 
de force, puisqu'ils en eussent été amis, Pascal, Pensées, \, 252. — 
Puis il semble qu'il est plus général dans la langue populaire et 
dans les dialectes: Sûr s/ yaurais pas eu la veine de tomber dans 
une encoignure, y aurait pas eu mèche de rester debout, Le Rire, 14 
fé^ier, 1903 (Salverda de Grave, Taal en Letteren, XIV, p. 10). — Si in 
verra, ,si on verrait", E. Herzog, Neufranz. Dialekttekste, 42, 17. 

Rem. 1. La carte 511 de V Allas linguistique: SI c'était bien cuit, fen 

mangerais bien, prouve que cette construction est surtout connue dans le Nord. 

Rem. 2. L'emploi des temps et des modes est souvent très libre en vieux 



>) Cf. Tobler, III, 9, si mU dem Futurum Praeteritl. 



MODE DANS LA PHRASE CONCESSIVE 163 

français: Se il te pueent (= pouvaient) ne tenir ne baillier Ne te garroit 
tôt l'or de Montpeslier, Raoul de Cambrai (Clédat, p. 131). — Mais mar 
i acointa le saut, Si danz Renarz le puet tenir, Rom. de Renard (Clédat 
p. 170), où en français moderne on aurait mis deux plus-que-parfaits. — De 
même en espagnol: si no se plantan . . . en La cocina, no les tocara nada 
de las Judtas, „si elles ne s'étaient pas rendues dans la cuisine, elles 
n'auraient rien eu des haricots,'" P. Galdôs, La Campaha del Maestrazgo, 
Vil, p. 61 ; — et avec le présent dans les deux phrases: Se non llegan los 
vecinos, la mata, ,si les voisins n'étaient pas venus, elle l'aurait tuée," 
Valdés, La Hermana San Sulpicio, XI. 

243. Si deux conditions se suivent, on peut éviter 
Deux phrases ^ 

conditionnelles, actuellement la répétition de si en le remplaçant la 
seconde fois par que, qui dans ce cas est suivi du 
subjonctif. Or, dans la vieille langue on pouvait supprimer la seconde 
conjonction et se servir ou bien de l' i n d i c a t i f ou bien du 
subjonctif'). Ce subjonctif exprimait sans doute à l'origine la 
supposition : 

Se il se muevent et il me soit conté, 

Perdut avrez mon cuer et m'amisté, 
Gàydon, 668. 

Car se mil anz avoie a vivre 

Et chascun jor doblast mes sans, 

Si perdroie je tôt mon tans, 

Einçois que le 'voir an deïsse, 

Chrétien, Gligés, 2738-42. 
S'ils voulent, et le vin plaist au goust de la seigneurie de leurs 
seigneuries, beuvent franchement, Rabelais, III, Prologue. 

PHRASE CONCESSIVE 

Subjonctif seul 244. Nous avons vu plus haut (§ 203) qu'en latin 
ou conjonctions, classique le subjonctif seul pouvait exprimer 
l'idée concessive: SU hoc verum, mais qu'en général on se servait de 
conjonctions. Quamquam, etsi, tametsi, amenant une conces- 
sion réelle, demandent l'indicatif; etsi, tametsi, etiamsi, suivis 
d'une concession irréelle, réclament le subjonctif. Il en est de même 
pour quamvis, licet et ut, qui amènent une concession hypo- 
thétique, et pour eu m, qui a, au fond, une valeur temporelle, mais 



') Cf. le chapitre des conjonctions, § 359. 



164 LE VERBE 

qui peut, en outre, prendre une nuance concessive. Après les pronoms 
ou adverbes relatifs indéfinis quisquis, utcumque, etc., on 
trouve l'indicatif. 

En latin postclassique une confusion se produit entre les conjon- 
ctions et entre les modes dont elles étaient suivies : Quamvis molesti 
sumus utrique generi, .... ambos tamen amamus, St. Augustin 
Sermons, p. 420. — Quamquam . . . consueverint maie audire, Apul., 
De Magia, 5. — Pour les exemples après quisquis, cf. § 361. 

A l'époque préromane toutes ces conjonctions ont disparu de la 
langue parlée et le subjonctif restait seul à exprimer le rapport concessif. 

Formation 245. Le français a de nouveau réduit le domaine du 
de nouvelles subjonctif, qui seul ne suffisait pas à exprimer claire- 
ment toutes les nuances *). Il ne s'est conservé que 
dans la concessive hypothétique ou irréelle: Dût-// m'en coûter la 
vie, je ne le ferais pas; mais même dans ce cas, on le sait, le 
conditionnel a réussi à supplanter presque complètement le mode 
primitif: // m'en coûterait la vie, que je ne le ferais pas^). 

Le subjonctif s'est conservé jusqu'au xvii« siècle dans les alternatives: 
Voeillet o nun, tut i laisset sun tens, 

Roland, 1419. 
Mais soyez sornettes ou non, 
Je vais commencer tout de bon, 

Scarron, Typhon, I. 
Aujourd'hui la conjonction que est devenue de rigueur. Après les 
locutions qui . . . que, où . . . que, et d'autres de la même espèce, on 
s'est toujours, à de rares exceptions près, servi du subjonctif; voici 
pourtant un exemple de l'indicatif: 

Donat as povres o qu'il les peut trover, 

Alexis, 94. 
où le latin aurait dit aussi : ubicumque reperire potuit. — Après si ... 
que, pour . . . que et tout . . . que le subjonctif est également de 
rigueur; la dernière conjonction admet pourtant, on le sait, le mode 
indicatif. Après quoique, bien que, encore que on trouve de tout temps 
l'indicatif à côté du subjonctif; et cela est très naturel, parce qu'on 
exprime quelque chose de réel; dans la langue cultivée pourtant le 



>) Cf. le chapitre de la conjonction, § 363 et suiv. 
*) Cf. le ctiapitre du conditionnel, § 252. 



MODE DANS LES PHRASES FINALES ET CONSÉCUTIVES 165 

subjonctif est seul admis: Quoique y' ai joué fort étourdiment, je ne 
me suis pourtant pas si fort emporté, Voit., I, 415. — Examinons 
la chose avec équité, bien qu'en matière de langage il suffit que 
plusieurs des meilleurs juges de la langue rejettent une façon de 
parler, Vaugelas, Rem., I, 431. — Encore qu'ils ne sont pas reçus 
de Dieu . . . ils le sont des hommes, Pasc, Pens., II, 122. — Ils 
étaient si fiers, bien qu'ils en riaient encore, Zola. — Le verre n'est 
pas de mon art, bien que j'y entends quelque chose, P. Claudel, 
L'Annonce faite à Marie, p. 35. 

Après quand même et dans la proposition sans conjonction, le 
conditionnel a réussi à supplanter le subjonctif. Celui-ci n'est plus 
possible qu'au plus-que-parfait, puis dans les phrases comme dût-// 
m'en coûter la vie pour les verbes avoir, être et devoir à toutes les 
personnes et pour les autres verbes seulement à la 3^ personne; le 
sujet est toujours postposé: Eussiez-vous mille fois raison, vous 
n'auriez pas dû insister. — Cette démarche me coutât-e//e la vie, 
je n'y renoncerais pas. — Enfin, même si demande la même con- 
struction que si. Cf. § 240 et suiv. 

PHRASE FINALE 

Le subjonctif; 246. En français, comme en latin, le subjonctif est de 
rarement le rigueur dans les propositions de but: 
Prist l'olifan, que reproce n'en ait, 
Sonent mil graisle por ço que plus bel seit, 

Roland, 2263 et 1004. 
Quelquefois — mais c'est très rare — on trouve l'indicatif, et, 
puisqu'il s'agit d'un but à atteindre, l'indicatif du futur: 
Je vous deliverrai roy Ernoul, le baron. 
Afin que vous métrez tout a exécution 
Le poeple cristien, dont il y a foison, 

Baudouin de Sebourg, I, 16, 33. 
Por ce fist il la dame sa terre forjurer, 
Que jamais en sa vie n'i porroit eriter, 

Parise, 1835. 

PHRASE CONSÉCUTIVE 

„ , , ,. 247. On sait que le latin met toujours le subjonctif 
Mode en latin. ' ' 

dans les phrases consécutives amenées par u t ou 

quin. C'est, semble-t-il, une extension du discours indirect, la 



166 LE VERBE 

conséquence se trouvant déjà virtuellement dans la cause contenue 
dans la principale. 

Puis on sait que cette acception du mode disparaît peu à peu et il 
est donc probable que la latinité vulgaire a remplacé souvent le 
subjonctif par l'indicatif. Les textes, malheureusement, ne nous four- 
nissent pas beaucoup de preuves à l'appui de cette assertion. 

Mais la conjonction u t elle-même est remplacée souvent — moins 
souvent qu'on ne serait enclin à le croire — par la conjonction 
victorieuse q u o d et après cette conjonction-là on ne trouve pas 
seulement le subjonctif, on trouve aussi l'indicatif: Sic impudicitiam 
summoverat quod impudicos conservaverat, Salv. gub., 7, 22. — 
Même après u t: Adgregat acervos annonae . . . ita ut operta ex his 
domus cernetur omnino, Grég. de Tours (Bonnet p. 680). 

248. En vieux français on se sert de l'indicatif, 
Mode en français. 

si la conséquence ou le résultat est atteint, et du 

subjonctif, si le résultat est à atteindre; le subjonctif est donc de 
rigueur, dans la phrase d'intensité, aussi bien que dans la phrase de 
manière, toutes les fois que l'action de la principale nous est présentée 
comme irréelle, qu'elle soit négative, interrogative ou hypothétique: 

Facet les (se. espees) enterrer en très qu'as helz d'or mier, 
Que les pointes en seient contre mont vers le ciel, 

Pèlerinage, 543—4. 
Et se tant se cuide essaucier 
Qu'il la (se. famé) prengne riche forment, 
A soffrir l'a a grant torment, 

Jean de Meung, Rom. de la Rose (Clédat, p. 211); 

Mes dites moi 

Ques hon est il et de quel jant? 
Se il est tes, qu'a moi ataingne. 

Chrétien, Yvain, 1799-1803. 

Au xv!** siècle on constate une tendance à étendre l'emploi du subjonctif, 
emploi qui s'explique par l'influence des études latines: L'ignorance 
qui est en toy, 6 Axiochus, faict que ta conclusion soit mauvaise, 
Dolet, Second Enfer, 57. — *Au xvn» siècle on rencontre encore 
quelquefois sans que avec l'indicatif, dans le sens de si ce n'est 
que, comme il arrive fréquemment dans l'ancienne langue: Je vous le 
dirois plus souvent, sans que je crains d'être fade, Sévigné, II, 521. 



MODE DANS LA PHRASE COMPARATIVE 167 

Sans que mon bon génie au devant m'a poussé, 
Déjà tout mon bonheur eût été renversé, 

Mol., L'Etourdi, I, 11. 

249. Il arrive très souvent dans la vieille langue 
Autres tournures. . , ,. x i i i -i 

que la phrase consécutive manque tout a fait: 

Qui le cor ot et tentir et souner 

S'il est malades, lues revient en santé: 

Ja n'avéra tant grant enfermetei, 

(se. qu'il ne puisse revenir en santé). 

Huon de Bordeaux (Clédat, p. 50). 

Dans: Al mont vindrent, tant ont erré, la première phrase est, 

pour l'idée, la conséquence de la seconde; cp. en français moderne: 

// est hors d'haleine, tant il a couru ^). 

Enfin, une phrase consécutive à l'indicatif, annoncée par si ou tant, 

peut, dans la vieille langue, se passer de la conjonction que: 

Si grant duel ai ne puis muder nel plaigne, 

Roland, 834. 

PHRASE COMPARATIVE '^). 

Subjonciif dans 250. De tout temps le mode de la phrase comparative 

la comparative d'égalité a été l'indicatif: Ut sementem ieceris, ita 

'" ^^ ' _ ■ metes. — Tarn felices quam iste est non sumus. 

Dans la phrase d' i n é g a 1 i t é on se sert quelquefois 
du subjonctif: Perpessus est omnia potius quam conscios indicaret. — 
Ut magis vlrtute contenderent quam dolo aut insidiis niterentur, 
César, De bello galL, I, 13, 6. 

Cette construction, qui s'explique par l'idée hypothétique de l'action, 
se continue dans la latinité postérieure et se retrouve en vieux français, 
comme nous allons le voir. 

251. En français on se sert de l'indicatif, si la phrase 
b) en français. 

contient une réalité: 

Mlelz en valt fors que ne funt cinc cenz livres, 

Roland, 1516; 
du subjonctif, s'il s'agit d'une chose irréelle: 



1) Tobler, I, p. 167. 

2) E. Millier, Die Vergleichungssàtze im franz., Diss. Gôttingen, 1900. 



168 LE VERBE 

Alielz sostendreiet les empedementz 
Qu'elle perdesse sa vlrginitét, 

Eulalie, 17. 
Mielz voell mûrir qu'entre païens remafpiet, 

Roland, 2336. ») 
Il est important de constater que le subjonctif seul suffit à exprimer 
l'idée voulue, qu'on n'a donc pas ici affaire à la suppression de la 
conjonction que. D'ailleurs les phrases citées au paragraphe précédent 
nous apprennent que le latin, lui aussi, pouvait se passer de la 
conjonction qui amènerait la phrase subordonnée et qu'il pouvait 
dire aussi bien potius quant conscios indicaret, que: poilus quant 
ut conscios indicaret. 

Cette construction se rencontre encore au xvii» siècle: 
f aimerais mieux souffrir la peine la plus dure 
Qu'il eût reçu pour mol la moindre égratlgnure. 

Mol., Tartuffe. 111, 6. 
Mais on a bientôt senti le besoin d'amener la phrase subordonnée 
par une conjonction et on a évité la succession des deux que par 
l'intercalation de la négation non pas (cf. § 434, 3) ou du pronom 
déterminatif ce (cf. § 97): falme bien mieux qu'elle aille le chercher 
que non pas qu'elle l'attende chez mol, Dancourt, Chev. à la mode, 4. 
Onques n'orent dol grlgnor 
De cho que nel porent atalndre, 

Fergus, 5, 19, 
(ici on a affaire à la consix\yc{\on plus grand de iw \\t\x A& plus grand 
que, § 376'''*). Ou bien on a fait une phrase conditionnelle du second 
terme de la comparaison, ce qui était très naturel, puisque cette phrase 
exprimait une supposition, et c'est là une construction très fréquente: 
Qu'il n'I a el fors que je muere. 

Béroul, Tristan, 109. 
Et songez qu'il vaut mieux encore qu'il en mesuse. 
Que si de l'en frustrer II faut qu'on vous accuse. 

Mol., Tartuffe, IV, 1. 
Enfin un dernier moyen dont dispose la langue pour éviter les deux 
que est d'introduire un infinitif: ainsi on pourrait rendre le vers du 
Roland en français moderne: , J'aime mieux mourir que de supporter 
qu'elle reste (que de la laisser) au pouvoir des païens" *). 

') Tobler, I. p. 281-286. 
») Cf. Littré, aimer. Rem. 4. 



LE CONDITIONNEL 169 

On trouve pourtant quelquefois en vieux français que que: faimeroie 
mieus qu'un Escos venist d'Escoce et gouvernast le pueple dou 
roiaume . . . que que tu le gouvernasses malapertement, Joinv., 21. 
Dans une phrase comme: Si cet enfant est à elle, quoi de plus 
simple qu'elle l'ait pris, Daudet, Sapho, 207, on sent actuellement 
la contraction de deux que. 

Relevons encore qu'après comme si on trouvait souvent le subjonctif 
de l'imparfait en vieux français, tout comme après si, ce qui ne 
nous étonne pas, vu que, au fond, la phrase après comme si est 
une conditionnelle: 

A Piglise se fist porter 
Cume s'il ne peust aler, 

Wace, Roman de Rou, I, 604 et suiv. 
c.-à-d. „comme [il aurait fait] s'il n'avait pu aller". 

E. CONDITIONNEL 

Passage du 252. Par suite d'une évolution intéressante à étudier, 

futur du passé le futur du passé (§ 319) prend un sens modal et ne se 
au conditionnel. , , . . ... 

rapporte plus au passe, mais au présent ou même 

au futur. Comme tel, il exprime: a) une action qui dépend d'une con- 
dition hypothétique ou irréalisable : Je serais content, si je pouvais 
vous être utile; si J'avais eu de l'argent, je vous /'aurais donné; b) une 
action hypothétique: Je le reverrais que je ne le reconnaîtrais pas. 

Ce changement de sens s'est déjà effectué en latin; le premier 
exemple se lit dans un sermon anonyme, probablement du v^ siècle: 
sanare te habebat deus, si confitereris, „Dieu te guérirait, si tu avouais"; 
puis dans Grégoire le Grand (540—604), Epist., V, 57: nisi bona 
vestra nobis quae audivimus suassissent, nulla illum habuimus 
ratione suscipere, oii habuimus suscipere a le sens de suscepis- 
semus, „nous aurions reçu." 

Pour expliquer ce passage il faut se rappeler que le latin pouvait 
mettre dans l'apodose de la période hypothétique non seulement le 
subjonctif imparfait ou plus-que-parfait, mais aussi la forme périphrasti- 
que du participe futur avec esse, comme dans la phrase citée par 
Brunot *): Si quid in Croesum crudelius consuluisset, passurus Cyrus 
grave bellum fuit, „S'il eût pris à l'égard de Crésus quelque réso- 



1) Précis de grammaire historique de la langue fr., p. 505. 



170 LE VERBE 

lution cruelle, Cyrus eût eu à supporter une lourde guerre". Or, cette 
forme périphrastique {amaturus esse, sim, etc.) a été, nous l'avons 
vu, remplacée par l'infinitif -|- habere, pour exprimer une idée future. 
Quoi de plus naturel alors que la nouvelle forme ait fini par s'introduire 
aussi là oîi elle avait à remplir une fonction modale, surtout parce 
que, comme dans l'exemple cité, l'apodose de la période hypottié- 
tique exprime souvent la nécessité, idée fondamentale précisément 
de la nouvelle forme analytique. 

Quant au changement de temps, il est parallèle à celui subi par 
d'autres formes verbales: voldret < voluerat indique simplement 
le passé; le futur antérieur cantavero prend souvent le sens du 
futur; le subjonctif plus-que-parfait cantassem remplace l'imparfait 
cantarem. Nous verrons d'ailleurs que le sens passé du conditionnel 
ne s'est pas complètement effacé en roman. 

, . . . 253. Dans le chapitre consacré aux phrases condition- 

dépend d'une nelles et concessives (§239—241 et 245), nous avons 
condition ^^ ^^^ |ç conditionnel a supplanté presque complè- 
sousentendue. tement le subjonctif dans l'apodose de ces périodes: 
Mes se tu voloies aler 
Ci près jusqu'à une fontainne, 
N'an revandroies pas sanz painne. 

Chrétien, Yvain, 370 (Clédat, p. 142). 
On voit que le conditionnel se rapporte ici au futur, comme d'ailleurs 
aussi dans la phrase latine, citée plus haut. Le sens primitif du passé 
se trouve encore parfois en vieux français, comme dans les autres 
langues romanes: 

Dont venez-vous? Vos armes vendriez les vos? 

(aunez-vous vendu), 

Claris, 24239. 

Por la dame que veoie 

Descendi de mon cheval, 

Car a nul fuer ne voudrole (aurais voulu) 

Que je II feïsse mal, 

Bartsch, Rom. u Past., I, 40, 19 ')• 

On sait que le conditionnel s'emploie dans la phrase principale 

aussi pour atténuer une possibilité, une volonté, une question, etc.: 



') Tobler, II, 17 B. 



LE CONDITIONNEL 171 

Je ne saurais vous le dire, je ne voudrais pas vous incommoder, 
je vous demanderais . . ., Oserais-y> vous demander? — Cet emploi 
est sorti de la construction précédente; l'analyse de la pensée peut 
dans toutes ces phrases nous faire reconnaître une condition sous- 
entendue, qui pourtant n'est plus sentie aujourd'liui. On trouve le même 
emploi en vieux français: 

Et que voldroies tu trover? 

Que tost porroies desvoier, 

Chrétien, Vvain, 361 et 378 (Clédat, p. 142 et 143). 
Il faut expliquer de la même façon des phrases du français moderne: 
D'après les journaux le feu aurait fait des dégâts considérables; on 
exprime ici un jugement dont on ne veut pas prendre la responsabilité; 
le caractère hypothétique de aurait est amené par cette pensée 
de celui qui parle: Si les journaux disaient vrai, le feu aurait . . . 

Le conditionnel 254. Enfin, notre forme en est arrivée à exprimer elle- 

exprlme une même une supposition: Il me le jurerait que je ne 
supposition. , . . ,^ j . -, , • -j. ■ 

le croirais pas. — Quand même il me le jurerait, je 

ne le croirais pas. — C'est comme qui dirait (= c'est comme si l'on 
disait). — Il a agi comme un oiseau qui se casserait les ailes contre 
les barreaux de sa cage. — Cf. aussi § 242 avec la Remarque 1. 
Cet emploi marque une étape plus avancée dans l'évolution du 
conditionnel; quoiqu'il soit sorti, lui aussi, de la construction primitive, 
dans laquelle le mode dépend d'une condition, ce sens s'est complète- 
ment effacé ici et l'on aurait de la peine à ajouter quelque condition. 
La vieille langue ignorait l'emploi du conditionnel dans ce cas, 
elle se servait toujours du subjonctif: 

Qui dont veïst (= si on avait vu) et plovoir et venter . . , 
Dex ne fist home ne soit espoantés, 

Huon de Bordeaux (Clédat, p. 51). 



IV. FORMES NOiVlINALES DU VERBE 

OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

tif ^^^' L'infinitif, le participe, le gerundium, le 
verbaux. gerundivum et le supin sont les formes nominales 
du verbe. Parmi ces formes le participe et le gerundi- 
vum sont des adjectifs, les trois autres sont des substantifs. Nous 
allons parler d'abord des substantifs. 



172 LE VERBE 

Le supinum a deux terminaisons; -celle en -um est un accusatif, 
celle en -u un datif d'un substantif de la quatrième déclinaison. La 
première indique après les verbes de mouvement le but: 

Spectatutn veniunt, veniunt spedentur ut ipsae, 

Ovide, Ars Amatoria, I, 99. 
, venir (pour) voir", cf. Romam = ,à Rome"; la seconde se trouve 
après des adjectifs comme facilis, difficilis, infandus, horri- 
bilis, etc.: facile dicta = ^facile à dire," et a le sens passif: .facile 
à être dit." 

Constatons que le supin est d'un emploi très rare déjà en latin. 
Le but s'exprime plus souvent par la conjonction ut avec une phrase 
subordonnée ou par la préposition ad suivie d'un gerundium: profi- 
ciscor ad senatum adeundum, ut senatum adeam; puis par l'infinitif 
précédé ou non d'une préposition, comme nous le verrons plus loin. 

A. INFINITIF ET GÉRONDIF 

Observations générales- 

r, . „ , . 256. Restent donc deux substantifs verbaux: l'infinitif 
Déclinaison de 

l'infinitif. et le gérondif (= gerundium). Au fond, ils n'en 
forment qu'un, puisque le gérondif, c'est la déclinaison 
de l'infinitif présent: 
amare 
amandi 

amando et amare 
amandum et amare 
amando. 

Rem. Les infinitifs des autres temps amavisse, amaturum esse, amarl; 
amatum esse, amatum iri ont disparu, sauf le passif amatum esse. 

Différentes 256'''*. Nous devons donc étudier ce substantif verbal. 

questions à Ce substantif se distingue d'autres substantifs juste- 
étudier. 

ment parce qu'il est verbal, c-àd. qu'il tient toujours 

de la nature du verbe. Une des questions que nous devons donc étudier 

est le rapport entre la fonction verbale et la fonction substantive. 

Nous verrons que tantôt une fonction, tantôt l'autre prédomine, mais 

que jamais aucun des deux emplois ne disparait complètement. C'est 

là une constatation intéressante, parce qu'elle nous montre, mieux 

qu'aucune autre partie du discours peut-être, combien les divisions 

grammaticales sont artificielles. 



l'infinitif substantivé 173 

1) La première question à étudier est donc l'infinitif sub- 
stantivé. 

2) Une seconde est la lutte entre le gérondif et l'infinitif 
ou l'introduction de l'infinitif après des prépositions. 

3) Une troisième est l'infinitif accompagné d'un sujet, c'est la 
proposition dite infinitive ou l'accusativus cum infinitivo. 

4) Enfin nous devons nous occuper de l'infinitif historique. 

Rem. F. Bopp le célèbre fondateur de la ,Vergleichende Sprachwissen- 
schaft" a découvert que les formes des infinitifs dans les langues indo- 
européennes sont des cas affaiblis d'anciens substantifs, ûrammatik, III, 849. 
La fonction primitive de l'infinitif latin semble être celle d'un datif; l'infini- 
tivus finalis a gardé ce sens fondamental. Cf. aussi Bréal, Essai de séman- 
tique, p. 80 et suiv. 

INFINITIF SUBSTANTIVÉ *) 

Oscillation entre la fonction de substantif et 
celle de verbe 

Nature hybride 257. Nous avons vu que l'infinitif tient du verbe et 
de l'infinitif, (ju substantif. Tantôt il a une fonction nominale, tantôt 
une fonction verbale, ou plutôt il a presque toujours ces deux fonctions 
en même temps, mais dosées différemment. Si nous suivons le 
développement de l'infinitif à travers les siècles, nous constatons que: 

a) en latin classique c'est la fonction verbale qui domine; 

b) en latin postclassique et en vieux français la fonction 
nominale s'étend de plus en plus; 

c) en français moderne c'est de nouveau la fonction verbale 
qui l'emporte. 

L'infinitif, étant une forme verbale, se construit avec un adverbe, 
il est accompagné d'un sujet et d'un complément au même cas que 
la forme personnelle du verbe. Cette valeur verbale sera attaquée de 
plus en plus, à mesure que l'infinitif admettra une des constructions 
suivantes: 

1". L'infinitif fonctionne comme sujet, prédicat ou com- 
plément. 

2". Il est précédé d'une préposition. 

3°. Il est accompagné d'un adjectif. 



1) E. Wôlfflin, Der substantivirte fnfinitivus (Archiv fur lat. Lexikographie, III, 
p. 70 — 91). — C. Schaeier, Der substantivirte Infinitivus imfram., Diss. Kiel, 1900. 



174 LE VERBE 

- 4'. II est déterminé par un génitif objectif ou subjectif. 

5". Il prend la flexion casuelle. 

6". Il prend la flexion numérale. 

Si l'infinitif admet ces six constructions, il a perdu sa fonction 
verbale et est devenu un substantif commun; tant qu'il en rejette 
quelques-unes, il tiendra toujours plus ou moins du verbe. 

Emploi de 258. Voyons donc les constructions qui sont admises 
l'infinitif en en latin classique. — On emploie couramment l'infi- 
nitif dans les fonctions suivantes: 
1". a) celle de sujet, avec esse: Duke et décorum est pro 
patria mori; avec des verbes impersonnels: oportet, licet. 

b) celle de prédicat: Erudito, cui vivere est cogitare. 

c) celle de complément: après les auxiliaires de mode possc» 
debere, nolle, velle, etc.; après les verbes déclaratifs: Dico te hoc 
fecisse (c'est l'Accu sa ti vu s eu m Inf in itivo, dont nous parlerons 
plus loin). 

d) pour exprimer le but: Reddere hoc, non perdere crus me misit, 
Plante, Pseud., II, 47. — Cette fonction semble être la fonction la 
plus ancienne de l'infinitif. 

Puis, on constate en latin classique les germes d'un développement 
plus grand qui va suivre. Ainsi on trouve l'infinitif encore: 

2°. après quelques prépositions, surtout praeter et inter. 

Le premier exemple se trouve dans un des écrits philosopfiiques 
de Cicéron: Inter optime valere et gravissime aegrotare nihil 
interesse, De finibus, II, 13, 43. — C'est qu'ici on n'exprime pas 
l'action verbale, mais la conception philosophique du mot. Dans la 
latinité postclassique cet emploi s'étend: Inter dici et esse,ltii\i\\\zi\, 
Adv. nat., I, 5. 

3". avec un pronom attributif; déjà dans Plaute: Ita tuum conferto 
amare semper, si sapis, Curcul., 28; — puis dans les écrits philosophi- 
ques de Cicéron: meum scire, intellegere, sapere, etc.; dans Pline: 
Quid sit illud iners quidem, iucundum tamen nihil agere, Epitres, 
VIII, 9, 1. 

4". avec un génitif subjectif. Le premier exemple ne se 
trouve qu'au premier siècle après J. C. dans Valerius Maximus, qui 
dit de Fabius Maximus Cunctator: CuJus non ditnicare vincere fuit, 
VII, 3, 7. — Le génitif est ici un pronom, l'emploi d'un substantif 
comme génitif subjectif ne se trouve qu'au \* siècle. 



l'infinitif substantivé en latin et en français 175 

Extension en 258'''s. En latin postclassique nous voyons que l'emploi 
latin vulgaire, de l'infinitif s'étend de plus en plus. 

1". D'abord comme complément. Ainsi on rencontre 
fréquemment l'infinitif complément du verbe habere, combinaison 
qui va former un nouveau temps, le Futur et le Futur du passé et 
dont nous devrons parler, quand nous étudierons les temps: a m are 
h a b e > aimerai, amare habebam > aimerais. 

Puis l'infinitivus finalis remplace souvent des phrases 
subordonnées amenées par u t, preuve que c'est une construction 
bien populaire; de l'autre côté, les conjonctions quod et quia 
font concurrence à la proposition infinitive. 

Mais la marche de la langue, qui est de substantiver les infinitifs, 
se marque surtout dans les derniers cas que j'ai cités. 

2". On trouve l'infinitif peu à peu après d'autres prépositions 
que praeter et inter (cf. plus loin § 263) : Ut ad non esse tendant. 
St. Augustin, De mor. eccl. cath.,\2>\% (Migne). — Contra suum velle, 
Macrobe, Sat., 3; — puis après iuxta, secundum, ante, per, 
in, a b. L'emploi en reste pourtant assez restreint et le gérondif 
l'emporte de beaucoup; les infinitifs esse, posse, velle, sapere 
sont les plus fréquents. 

3". avec un adjectif. Le premier exemple, nous l'avons vu, se 
trouve dans Pline: iucundum nihil agere. Cette construction s'étend: 
immaculatum cum Christo vivere, Jérôme, Adv. Pelasg., 3, 12 
(996). — Verum esse, princeps ac simplex vivere, Marius Victor. 

4. avec un génitif subjectif: scire ipsius dei, esse divini- 
tatis, respondere dei; surtout dans Grégoire le Grand. 

Deux groupes 259. En vieux français on distingue deux classes 
d'infinitifs en d'infinitifs substantivés: 1) ceux qui sont déformation 
ancienne, 2) ceux qui sont de formation récente. Ceux 
du premier groupe se trouvent déjà fréquemment employés comme 
substantifs en latin, ceux du second groupe développent cette fonction 
substantivé seulement dans la période française. 

Au premier groupe appartiennent des infinitifs comme avoir, être, 
savoir, manger, loisir. Ils sont plus anciens que ceux de l'autre 
classe; on en trouve 19 exemples dans les textes antérieurs au Roland, 
tandis que l'autre classe n'est représentée que par soveir, faire et 
edrer: Cel edre H donai a sun soveir. Jonas, v", 12. 



176 LE VERBE 

Quant vint al fafre, dont le font gentement. 
Dreit a Lalice rejoint li sous edrers, 

Alexis, 47 et 190. 

Dans le Roland lui-même il n'y a que six de ces infinitifs. 

L'ancienneté de la formation du premier groupe est encore prouvée 
par le fait que ces infinitifs prennent plus facilement la terminaison 
flexionnelle et numérale et passent ainsi complètement à l'état de 
substantif ') (on a pourtant edrers dans V Alexis); leur sens même 
s'est écarté de plus en plus du sens purement verbal et, d'abstrait 
qu'il était, il est devenu concret. Ainsi aveir prend le sens de .biens, 
possession"; estre celui de „lieu" ou de «façon d'être, caractère": 

La vit Renarz un molt bel estre, 

Renart (Clédat, p. 165). 
Panière est une beste 
De mult precïus estre. 

Bestiaire, 461. 

Il est naturel qu'on trouve aussi le gérondif employé substantive- 
ment: A /'ajornant à côté de près de /'ajorner. Brut, 996. — De 
son vivant (= vie), sur son séant sont même restés dans la langue. 

Mouvement de 260. Au xii« siècle les exemples d'infinitifs substantivés 
recul. deviennent de plus en plus fréquents, Chrétien de 

Troyes surtout semble les aimer beaucoup. Mais dès le xiii* siècle 
l'infinitif commence de nouveau à perdre du terrain. Si au xvi' siècle 
il semble vouloir s'étendre un peu, c'est à l'influence des études 
grecques et italiennes qu'il le doit. Du Bellay, Deff., II, 9, p. 284, 
dit: Usez donques hardiment de l'Infinitif pour le nom, comme l'aller, 
le chanter, le vivre, le mourir. — Montaigne surtout va loin dans 
cette voie: Le n'avoir point de mal, c'est le plus avoir de bien que 
l'homme puisse espérer, Essais, II, 12. 

Perse et Syrie 
Pour du régner emplir l'affection 
Semblait avoir ses confins trop estroitz, 

Marg. d'Angoulême (Darm., p. 193). 

Le ronger des siècles envieux, 

Du Bellay, Antiquitez de Rome, XIII. 

>) Cf. § 257. 



l'infinitif employé comme substantif 177 

Maintenant le voyez en son estre, 
Tel qu'il estait, voire devant son naistre, 
Marg. d'Angoulême (Lefranc, Grands Écrivains, p. 214). 
Au xvii« siècle l'emploi est presque devenu le même que celui que 
nous connaissons aujourd'hui, si nous faisons une restriction pour les 
œuvres de Malherbe, où les infinitifs substantivés foisonnent: Le vivre 
et le vieillir sont choses conjointes, Malh., II, 206. — Les exemples 
du pluriel ne se trouvent que très rarement; cf. pourtant la phrase de 
Pascal : La diversité est si ample que tous les tons de voix, tous les 
marchers, toussers, mouchers, éternuers . . ., Pensées, II, 47. — 
Cf. aussi Vaugelas, II, 167, qui condamne le vouloir. 

Aujourd'hui on peut dire que l'emploi s'est fixé, qu'il y a un certain 
nombre d'infinitifs qui sont devenus de simples substantifs: avenir, 
dîner, sourire, etc., d'autres qui s'emploient dans des locutions toutes 
faites, comme au sortir de l'école, mais la sortie des jeunes filles. 
On dit couramment le lever du soleil, mais assister à son lever 
étonnerait. Enfin il y a des infinitifs qu'on évite d'employer comme 
substantifs: le raisonner, le croire, le dénaturer, le vêtir, etc., dont 
Plattner, II, 3, 99 et III, 1, 45, cite pourtant quelques exemples. Si on 
trouve un tel infinitif, il est toujours accompagné de l'article défini. 
Un adjectif ne l'accompagne presque jamais, comme dans cette 
phrase de Lamartine: Au doux tomber du jour. 

261. Si nous résumons l'histoire de l'infinitif employé 
Résume. ^ ■' 

comme substantif, nous voyons que déjà en latin 

archaïque et classique il y a quelques germes de l'évolution qui va 

suivre, que ces germes se sont développés de plus en plus, de sorte 

qu'en latin postclassique on trouve souvent des infinitifs précédés 

d'une préposition, ou accompagnés d'un adjectif, d'un pronom attribut 

ou d'un génitif. Il est pourtant curieux de constater que ce sont 

presque toujours les mêmes infinitifs qui reviennent. 

En vieux français la substantification des infinitifs s'étend à d'autres 
verbes. Ces infinitifs peuvent prendre quelquefois la marque du pluriel, 
l'article et la flexion nominale. Mais cette extension n'a pas duré. 
Abstraction faite d'un petit groupe, la valeur verbale de l'infinitif 
l'emporte de plus en plus; si on admet encore parfois l'article défini 
devant l'infinitif, on ne trouve que très rarement le pluriel et il n'est 
presque jamais accompagné d'un adjectif ou d'un pronom attribut. 

SNEYDERS DE vooEL, Syntaxe historique. 12 



178 LE VERBE 

Raisons de cette Zôlbis. Mais comment expliquer cette „rise and décline 
oscillation. of the Roman Infinitif"? Quelles sont les circonstances 
qui ont amené ou favorisé l'extension et la restriction de l'emploi 
substantif de l'infinitif? 

1". Extension, a) C'est d'abord la nature de l'infinitif qui a un 
sens nominal à côté de sa valeur verbale. 

b) C'est ensuite le fait qu'il remplace de plus en plus le gérondif, 
forme substantive par excellence et que par conséquent l'emploi de 
prépositions devient régulier devant l'infinitif; cf. § 262 et suiv. 

c) La latinité postérieure et le vieux français n'aiment pas les 
phrases compliquées; ils évitent la phrase subordonnée et, en accord 
avec ce fait, presque toutes les conjonctions du latin périssent. 
La construction avec l'infinitif, quoique moins précise, semble 'être 
plus facile. Ainsi l'auteur des Quatre Livres des Rois, p. 228, traduit: 
eu m transirem Jordanem par: al passer del flun. 

2". Restriction. Quand plus tard le français formera de nou- 
velles conjonctions et qu'il n'évitera plus les belles périodes aux 
phrases subordonnées, l'infinitif perdra du terrain. Mais une autre 
raison s'ajoute. De nouveaux substantifs, les substantifs ver- 
baux, pénètrent dans la langue plus abondamment qu'ils n'y étaient 
auparavant et supplantent les infinitifs en les réduisant à leur seule 
fonction de verbe. Et à cet égard il est intéressant de constater que 
les infinitifs qui aujourd'hui s'emploient encore substantivement n'ont 
pas de substantifs verbaux à côté d'eux: le dîner, le coucher, le 
sourire, tandis que les autres verbes forment des dérivés en -ation, 
-ment, -ance, -âge, pour indiquer l'action: approbation, sentiment, 
endurance, sabotage. Actuellement certains journalistes rendent parfois 
la phrase très obscure par l'accumulation de ces substantifs verbaux: 
// est inutile de mettre en relief la défectuosité du raisonnement sur 
la compatibilité de la neutralité bulgare avec rentrée dans son armée 
d'officiers appartenant à des pays qui font la guerre à la Russie, 
Journal, 11 oct. 1915 *). — Ces sortes de phrases sont condamnées 
par tous les bons auteurs. 



>) E. Richter, Sludie Ober das neuestt FnuuOsisch {ArdUv far das Sludium 
der neueren Sprachen und LItteraturen, 1916, p. 369). 



l'infinitif et le gérondif après des prépositions 179 

l'infinitif et le gérondif après des prépositions *) 

Extension et 262. L'infinitif, nous l'avons vu, est un substantif 
recul de l'infinitif quj se décline: amare, amandi, amande 

prépositionnel. , . . , ^ j . , 

(a m a r e), a m a n d u m (a m a r e), a m a n d 0. L ac- 
cusatif amandum ne se trouve qu'après des prépositions: 
ad hoc faciendum (= à faire cela); comme complément direct on se 
sert de l'infinitif: volo hoc facere; celui-ci s'est encore conservé dans 
sa fonction primitive de dativus finalis: Bibere rfa usque plenis can- 
tharis, Plaut., Pers., V, 2. 

Ce substantif verbal a le même développement que les autres 
substantifs, c.-à-d. qu'il se réduit à deux cas, le nominatif et l'accusatif ^). 
On a donc en français amer et amant. Mais tandis que pour le 
substantif ordinaire ces deux cas ont des fonctions bien distinctes, 
les fonctions de l'infinitif et du gérondif se confondent; c'est qu'en 
latin déjà amare fonctionnait comme nominatif aussi bien que comme 
datif et comme accusatif. Une seconde différence entre l'infinitif et 
le substantif commun est que pour ce dernier l'accusatif réussit à 
supplanter le nominatif (mu rus > murs remplacé par mu ru m > 
mur), mais que amare chasse complètement amandum; en effet 
l'infinitif est plus fort que le gérondif, puisqu'il a la fonction de sujet 
aussi bien que celle de complément. Voilà donc pourquoi on peut 
parler en français d'un infinitif prépositionnnel, ce qui n'est 
guère possible en latin. 

Malgré quelques extensions, le gérondif perd de plus en plus du ter- 
rain à mesure qu'on approche du xvi^ et du xvii« siècle. D'autre part, 
l'infinitif, lui aussi, subit un recul parce que l'emploi des prépositions, 
qui était assez large en vieux français, commence à devenir moins 
libre. Il n'y a que deux prépositions qui se répandent de plus en 

plus: ce sont à et de. 



^) F. A. Wulf, De l'emploi de l'infinitif, Lund, 1877. — J. Sôrgel, Ueber den 
Gebrauch des reinen und des praepos. Infinitivs im Altfranz. Diss. Halle, 1899. — 
Soltmann, Der Infinitiv mit der Praep. à im Altfranz. bis zum Ende des 12 Jahrh. 
(Franz. Stud., I). — H. Janicke, Der Infinitiv nach Praep. (ausgenommen de und à) 
im Franz., Diss, Gôttingen, 1913. — K. Haupt, Infinitivsâtze im franz. (Mar- 
burger Beitr. zur rom. Philologie, Heft 17, 1915.) — H. Kjellmann, La construction 
de l'Infinitif dépendant d'une locution impersonnelle en fr., des origines jusqu'au 
XVe siècle. Thèse Upsal, 1913. 

2) Nous parlerons plus loin de l'ablatif amando > aimant, qui en prenant 
les fonctions du participe présent s'est détaché de la déclinaison du substantif verbal. 



180 LE VERBE 

Aujourd'hui le gérondif ne se trouve que dans quelques expressions 
figées: à son corps défendant = à défendre (en défendant) son 
corps; à argent comptant = à compter de l'argent; de son vivant, 
sur son séant, où vivant et séant n'ont gardé que la valeur substantive. 

L'initnitif va ^^' Entrons maintenant dans quelques détails. 

supplanter le L'extension de l'infinitif au détriment du gérondif 

uneTréposUion. ^'est déjà produite en latin postclassique. On 

trouve dans l'Itala carnem dare ad manducare, Jos., 

6, 5c, mais ces exemples où l'infinitif se trouve après une préposition 

restent rares. 

En vieux français par contre nous voyons que l'infinitif a gagné 
du terrain, il y est même plus fréquent que le gérondif; d'un autre 
côté on trouve parfois le gérondif sans préposition. Il n'y a donc plus 
aucune différence entre nos deux formes et il est naturel qu'une des 
deux disparaisse complètement. 

a) Vous m'en avez fet confort 
Et en parler et en chantant, 

Violette, 2425. 
Servi vos ai par mes armes portant, 

Raoul de Cambrai, 682; 
ici par portant = .par porter," „en portant." — Por ainsi que vous 
ne nous fassiez point pleurer, comme a fait madame Oisille, par 
trop louer les femmes de bien, Marg. d'Angoulême, Heptaméron, 
Nouv. VII. 

Nel portast une Hue por un membre perdant, 
«pour perdre, même s'il devait perdre," 

Mainet (Clédat, p. 45). 

b) Uni gaaignié mil mars vaillant (= la valeur), 

Ducs de Normandie, II, 3551. 
N'ot pas fui une lieue tenant (= la teneur, la distance), 

Aliscans, 85. 
A côté de l'infinitif seul, une autre construction s'introduit après la 
préposition, à savoir l'accusativus cum infinitivo: 

Por pais aveir 
E por tote ire remaneir 
(= pour que toute colère cesse), 

Rou, m, 10486. 
Tous les grans seigneurs y estaient sans y faillir ung, Commines, 



l'infinitif prépositionnel 181 

4, 1. — Et puisque le gérondif a le même sens que l'infinitif, on 
trouve même l'accus. + gérondif: al, ainz le coc chantant, Brut, 
995; Brut de Munich, 721. 

Et II le firent bien dusqu'a l'aube aparant 
(= jusqu'à ce que l'aube apparut), 

Mainet (Clédat, p. 46). 

C'est grâce à sa ressemblance avec un substantif que l'infinitif 
a pu s'employer après toutes sortes de prépositions. Mais quand 
plus tard le sens substantif s'efface de nouveau et que l'emploi 
verbal l'emporte, comme nous l'avons vu au § 260, on comprend que 
l'usage des prépositions va se restreignant de plus en plus. Au 
XVII' siècle on trouve encore l'infinitif précédé de depuis, par, quelque- 
fois sur chez M™<^ de Maintenon et M™' de Sévigné: Depuis vous 
avoir écrit tantôt, la fièvre a pris à ma femme, La Rochef., Lettre 
///, 154. — Je rendais mon voyage inutile par être trop court, Sév., 
IX, 188. — Actuellement pour, sans, par (après quelques verbes), 
après, puis combinaisons avec de: avant de, afin de, à moins de, ou 
avec à: de façon à, de manière à. 

De et à ^^' ^^"^ restriction n'a pas eu lieu pour les prépo- 

dépendant d'un sitions à et de, dont l'emploi se répand de plus en 

verbe ou entrant j^g (^,^^^ ^^^ prépositions liées à l'infinitif 

dans une locution '^ ^ i- r 

adverbiale. forment souvent une expression adverbiale dont on 

ne peut se passer, et même l'infinitif précédé d'une 

de ces deux prépositions en arrive à exprimer tout à fait la même 

chose que l'infinitif seul, la préposition perd sa valeur propre et ne 

sert que de compagnon fidèle, mais insignifiant, à l'infinitif. 

Citons quelques phrases dans lesquelles les prépositions de et à 

dépendent d'un verbe: 

a) De cumbattre est appareilliez. 

Brut de Mun., 1968; 
avec l'article: Del bien faire apparareillez, 

Ibid., 724. 
One n'i ot beste ne s'atort 
Ou à'oposer ou de respondre, 

Renard, I, 1202; 
avec l'article: Del defandre vos atornez, 

Chrestien, Erec. 2896. 



182 LE VERBE 

Qui s'entremetent de someller, 

Renart, II, 451; 
avec l'article: Et del veire s'entremetent, 

Brut de Mun., 846. 
Et les exemples abondent avec toute sorte de verbes, comme afier, 
douter, escondire, feindre, haster, lasser, penser, prier, d'autres encore : 
Par mi l'estor panse d'esperonner, 

Jourdain, 4035. 
Ces verbes demandant de devant le substantif, l'exigent également 
devant l'infinitif substantivé ou non. 

b) La préposition à s'explique aussi naturellement après conoistre 
et entendre: 

Qu'ai mordre ne seit conelie. 

Miracles N. Dame, II, 79, 37. 
A Yassaillier Normant entendent, 

Rou, III, 8099. 
L'infinitif précédé d'une préposition forme une locution adverbiale: 
Al lever, al monter. Souvent avec un sens conditionnel: Que, au 
justement considérer, il n'y deilst avoir eii point de guerre, Froiss., 
p. 278; sens instrumental: Mult s'i firent le ior haïr as cols receivre 
et al ferir, Rou, III, 8607. 

Effacement du ^^* ^^^ emplois de la préposition s'expliquent donc 
sens propre de par la nature substantivé de l'infinitif. La préposition 
prépositions V ë^rde toute sa valeur. Mais cet état de choses ne 
dure pas. Les prépositions de et à, surtout de. vont 
devenir de plus en plus fréquenter et s'introduisent après des verbes 
qui primitivement ne demandent pas la préposition: Mars commença 
a adhérer a la partie des Françoys, Dolet, Gestes de Fr. de 
Valois. 32. 

Ce qui prouve bien que ces prépositions perdent toute valeur propre, 
c'est qu'on trouve tantôt de, tantôt à après un même verbe, ou bien 
un infinitif prépositionnel alternant avec un infinitif sans préposition. 

a) L'un de ces prélats . . . auroit aussitost appris a croire en 
Dieu que nous de croire en lui, d'Aubigné, (Brunot, II, p. 460). 

b) Il auoit esté condamné de par la cour . . . estre criminel de 
leze maiesté . . . dont a cause de ce il fut condamné par la cour 
d'estre digne de mort, Joum. d'un Bourgeois de Paris, (Ibidem). 



EMPLOI DE LA PRÉPOSITION DE DEVANT L'INFINITIF 183 

De devant le 266. Un point intéressant dans l'histoire de notre 
sujet logique, préposition est celui que traite Tobler ') dans ses 
Vermischte Beitrage, on il explique l'emploi de la préposition de 
devant un sujet logique. 

On a en ancien français des phrases comme celle-ci: Noble ordene 
est de cevalerie; Moult est maie chose û' envie; De povreté est granz 
rr.ehainz. 

On pourrait considérer dans quelques cas le substantif précédé de 
la préposition de comme un génitif explicatif: Noble ordene est 
{ordene) de cevalerie. Mais cela ne convient pas pour tous les 
cas, notamment dans le dernier exemple: De povreté est granz 
mehainz. C'est pourquoi Tobler propose l'explication suivante: être 
de a la valeur de sortir de. Donc De povreté est granz mehainz 
serait De povreté sort granz mehainz. Cette construction s'est con- 
fondue avec une autre: La povreté, c'est granz mehainz où le sub- 
stantif est prédicat, et cette contamination amène De povreté c'est 
granz mehainz. P. ex. C'est deliz de boenz Hz, Méon, N. Recueil 
de fabliaux et de contes, I, 302, 25. . 

C'est un étrange fait du soin que vous prenez, 

Mol, Ecole des Maris, I, 57. 
Une autre explication est encore possible, plus simple, nous semble- 
t-il *): de en latin et dans la vieille langue signifie souvent à propos de: 

que tu me consoille 
ou d'aventure ou de mervoille, 

Chrétien, Chev. au lyon, 365 (Cléd. p. 142). 
Cil qui fist d'Erec et d'Enide, 

Chrétien, Erec, 1. 
Filz Alexis, de ta dolente medre! 

Alexis, 396. 
Cf. aussi s'apercevoir de, s'approcher de. Or, dans beaucoup de cas 
l'explication de Tobler ne s'applique pas bien, notamment dans la 
première phrase citée: Noble ordene est de cevalerie, tandis que, si 
on l'explique comme: „Un noble ordre est à propos de la chevalerie'" 
ou „à propos de la chevalerie, c'est un noble ordre," on peut rendre 
compte de tous les cas, et on n'a pas besoin de recourir pour la 



') I, p. 6. 

2) Cf. Meyer-Lûbke, Grammaire des langues romanes, III, § 411, et Riibel, 
Zeitschr. j. rom. Phil., XXXVIII, p. 636. 



184 LE VERBE 

construction avec ce à une contamination; elle s'explique par la 
simple adjonction du sujet neutre ce, que la vieille langue pouvait 
mettre, ou ne pas mettre à volonté. 

Quoi qu'il en soit, selon l'une aussi bien que selon l'autre explication, 
de en est arrivé à se placer devant le sujet logique, parce que de 
povreté est granz mehainz a le même sens, logiquement parlant, 
que povreté est granz mehainz. Or, nous avons vu à plusieurs reprises 
que l'infinitif remplit les mêmes fonctions qu'un substantif. Nous ne 
sommes donc pas surpris de troilver des phrases, comme les suivantes: 

Honte fust de l'escondlre, 

Ctirétien, Chev. au lyon, 266. 

Cest folie del prometre, 

Eles, 208. 
ou sans article: 

Ceo est lur dreiz de mesparler, 

Marie de Fr., Guigemar, 18, 
c'est-à-dire la construction qu'on trouve encore aujourd'hui et où de 
a perdu complètement son sens primitif. 

Dans une phrase comme: Et de tout savoir ne vous a pas dégoûté 
à Jamais de cette créature? Bourget, Cosmopolis, p. 328, la prépo- 
sition devant l'infinitif s'explique par le sens primitivement causal 
de la tournure. 

Rem. I. A côté de la préposition de on trouve aussi que, puis que de: 
Cest li miex que je voie que la vile asegier. 

Chevalier au cygne, 224. 
Noble chose est que de donner, 

Jubinal, N. Recueil de Contes, dits. JabUaux, I. 373. 
Cf. Le pronom relatif, § 116, 6. 

Rem. 2. L.a vieille tangue employait parfois une phrase substantive \k où 
nous nous servirions de l'infinitif, cf. § 216, et inversement elle connaît un 
emploi de l'infinitif prépositionnel très libre: 
Devant li vos puis conduire, 
Sam rien grever et sanz rien nuire 
(sans qu'elle vous fasse du mal). 

Chrétien, Chev. au Uon, 1918 >). 
Rends-le-moi sans te fouiller (sans que je te fouille). Mol., L'Avare, 
\, 3, — // (l'homme) a besoin de lien pour le contenir. . . . d'élémens 
pour le composer, de chaleur et d'aliment pour se nourrir, Pascal, 
Pensées, I, 34. — Suis-Je un de tes sujets pour me traiter comme eux. 
Voltaire. — La construction est rare aujourd'hui. 



>) Cl. Tobler. 1, XIII, Sujet logique de CinfinU^. 



l'infinitif prépositionnel 185 

267. Nous avons donc expliqué: 

a) l'origine des prépositions à et de devant l'infinitif 

complément d'un verbe; 

b) l'origine de la préposition de devant le sujet logique; 

c) l'origine des prépositions à et de devant une expression ad- 
verbiale. 

Dans tous ces cas le sens de la préposition était très net à l'origine, 
puis il s'est plus ou moins effacé. Il y a eu des hésitations; nous 
avons vu des cas où un verbe admet plusieurs constructions. Au 
xvii« siècle nous trouvons encore souvent l'omission de la préposition: 
Ce qu'ils promirent faire, Malh., III, 388. — Un catholique feignant 
se convertir à la religion prétendue, Malh., III, 511. — Ces géans . . . 
qui tentèrent autrefois chasser de r Olympe les immortels, Fénelon, 
Télémaque, XVI. — Ce sont des latinismes. 

Les grammaires nous renseignent sur l'emploi actuel. On sait qu'il 
y a des verbes qui exigent à, d'autres de, d'autres encore demandent 
l'infinitif sans préposition, plusieurs hésitent encore, notamment com- 
mencer, continuer, avoir honte, c'est à moi, prendre garde, se lasser, 
manquer, contraindre, fixer, obliger. 

Ainsi le verbe aimer est suivi tantôt de l'infinitif pur, tantôt de à; 
même on trouve parfois de: Nous sommes les fils des Gaulois, nous 
aimons A"" entendre bien parler, M. Donnay, Le Temps, 29 juin, 1917. 

On trouve toujours l'infinitif prépositionnel avec le sens adverbial: 
exprimant une condition, une cause ou un but: A vouloir trop prouver, 
on ne prouve rien '). — A 5e taire toujours, à contenir son cœur, 
elle trouvait comme une raison d'être une noblesse, Rageot, La voix 
qui s'est tue, II, 3. 

Souvent de garde encore un peu de sa valeur primitive à propos 
de, quant à: De m'en def faire, je ne puis. Mont., III, 9. 
De faire fléchir un courage inflexible. 
De porter la douleur dans une âme insensible. 
D'enchaîner un captif de ses fers étonné. 
C'est là ce que je veux, 

Rac, m, 332. 

De dire que cela soit faict ad maiorem cautelam . . . ., cela est 
bon, Sat. Ménippée, p. 91. 

Cet emploi se rencontre fréquemment dans Bourget et d'autres 



') Cf. Plattner, 11, 3, 105, 125. 



186 LE VERBE 

auteurs modernes: De recourir à Blanche, elle avait trop d'intérêt 
à déguiser la vérité, Le Sage. 

La phrase populaire C'est pour de rire prouve à quel point de fait 
corps avec l'infinitif. 

Rem. Relevons qu'en hollandais et en anglais surtout, la préposition a 
subi la même usure: {Te) leven is een genot: to be or not to be. H est 
intéressant de constater qu'il s'agit ici, comme pour le latin archaïque, de 
l'effacement du sens final. 

267'''s. Le sens primitif de l'infinitif, celui de but. 
Infinitif final. , *^„ 

qu on trouve dans Plaute et dans la latinité postérieure 

se retrouve en français. Si le sens final est très marqué, le latin se 

sert de ad, le français de pour; si l'on n'appuie pas, on se sert de 

l'infinitif pur, surtout après les verbes de mouvement aller, venir, 

accourir, descendre et d'autres: // est descendu porter une lettre à 

la poste. — Cet emploi s'est même considérablement étendu dans 

la langue populaire pour le verbe voir, qu'on trouve après toutes 

sortes de verbes sans qu'il exprime une idée précise. Ainsi dans 

R. Benjamin, Gaspard, on trouve: dites voir, attends voir, tiens voir, 

penser voir, enfile voir (à côté de enfile pour voir). 

INFINITIF HISTORIQUE 

L'Infinitif 268. Un emploi curieux de l'infinitif précédé de la 
historique en préposition de est l'infinitif dit historique. 

Le latin connaît aussi un infinitif historique, appelé 
Infini tivus historicus ou descriptivus '). On s'en sert pour rendre la 
description, la peinture plus vivante, et il remplace donc l'imparfait: 
Tum dentum Titurius ut qui nihil ante providisset, trepidare et 
concursare, cohortesque disponere, César, De bello gall., V, 33, l. 
On a proposé plusieurs explications de cette structure, mais cette 
question appartenant à la syntaxe latine, nous pouvons la laisser 
de côté ici. 
Ce qui est plus intéressant pour nous, c'est qu'il semble que cette 



') G. Ramain, Observations sur l'emploi de l'infinitif historique (Revue de 
philos., de littérature et d'histoire ancienne, 1914. janvierl. — P. Kretschner. Zur 
Erklàrung des sogenannten Infinitivus historicus (Glotta, II, p. 270 — 287). — 
Ph. Marcou, Der hist. Infinitiv im Franz., Diss. Berlin, 1888. — L. E. Kastner, 
L'infinitif historique au XV siècle (Rev. de philologie ;r., 1905, 161 — 1Ç7). — 
Meyer-Lflbke, Oramm. des long, rom., III, 592. 



l'infinitif historique 187 

construction se perde après 400. Il est vrai qu'Aurelius Victor s'en 
sert à plusieurs reprises, mais c'est un imitateur de Sallustel II est 
donc sûr que la structure française n'a rien à voir avec la construction 
latine et que la comparaison avec le latin ne l'explique pas. 

L'Infinitif 268^'^. Les textes français nous donnent des exemples 

historique en de l'infinitif historique seulement au xv« siècle: Et bon 

rança s. ^^^^ ^^ g^y couroucer, Cent nouvelles, II; et bon 

prestre à soy retirer, Ibid., LXXVI, oii l'infinitif est précédé de à. 

Grenouilles de sauter dans les ondes profondes, 

La Fontaine, Fables, II, 14. 
Et aussitôt les variations de commencer sur ce problème du fatum, 
Bourget, Némésis {Rev. d. d. Mondes, 15 janv. 1918, p. 269), où 
l'infinitif est précédé de de. 

On le trouve dans Rabelais quelquefois sans préposition: Lors 
Oudard se revestir; mais cela semble être un latinisme. 

Cet infinitif est employé pour indiquer une action brusque, consé- 
quence de celle qui précède. Il semble qu'on ait choisi l'infinitif, 
parce qu'on veut seulement insister sur l'action du verbe, abstraction 
faite de toutes les circonstances; quant à de, il s'explique par le fait 
que notre construction s'est introduite à une époque où l'infinitif 
prépositionnel devenait de plus en plus fréquent. 

Rem. 1. Le français se sert donc ici de l'infinitif, parce qu'il n'est pas 
besoin d'indiquer expressément le mode, le temps, la personne, qui ressor- 
tent clairement du contexte. De même dans les phrases interrogatives : 
Pourquoi Têtre évadé de la Maison? Gide, Le retour de l'enfant prodigue, 
p. 204. — De quoi vous inquiéter à présent? ibid. p. 221 ; et dans les 
relatives: L'homme a besoin d'un toit sous lequel reposer sa tête, ibid 205. 

Rem. 2. On rencontre fréquemment en français moderne des phrases 
comme: J'ai lu hier presque tout un chant de l'Enéide. Dire que j'ai copié 
cela cent fois en pensum! Ducamp, Souv. littér., i, 60. — Et dire que les 
femmes y croient à cet honneur et à cette discrétion, Bourget, Cosmopolis, 
89. — Et songer qu'il s'était cru habile en se prémunissant contre ce 
qu'il qualifiait d'attitude puérile, ibid., 394. 

Dans ces phrases ce n'est pas l'infinitif qui exprime la nuance particulière 
de la pensée, c'est le ton sur lequel on prononce ces paroles qui indique 
clairement qu'on rapproche deux faits qui semblent incompatibles l'un avec 
l'autre et qui suggèrent donc l'étonnement chez l'interlocuteur. 

Les phrases avec savoir sont de la même nature syntaxique: De la 

châtier! Savoir si ce sera un châtiment, en somme! Richepin, Cadet, 277. — 

1 ici le verbe savoir suggère tout naturellement l'idée qu'on ne sait pas, au 



188 LE VERBE 

fond. Et on se sert encore de l'infinitif, parce qu'on ne veut exprimer ni 
temps ni mode ni personne. 

Il ne semble pas qu'il faille rattacher cet emploi à la construction du 
vi«ux français dans laquelle savoir si. savoir comment, etc. relient une 
interrogation indirecte à un verbe qui précède: 

Et que il fust dit et retrait 
Savoir com // iaveient fait, 

Troie, 6706 »). 

Rem. 3. L'infinitif avec le sens d'un impératif appartient au même ordre 
d'idées; cf. § 202, *. 

l'accusativus cum infinitivo et cum oerundio *). 

269. On sait que le latin classique connaît une con- 
^ Emploi de struction dite Accusativus cum Infinitivo où l'infinitif 
latin classique, est accompagné de son sujet à l'accusatif. Cette 
construction se trouve: 

I. Comme sujet des verbes impersonnels et du verbe esse 
accompagné d'un adjectif: Constat {Apertum est) sibi quemque natura 
esse carum. 

II. Comme complément, à) des verba sentiendi et décla- 
ra ndi, b) des verba affectuum, c) de quelques verbes de 
volonté : iubeo etveto, patioretsino, volo, nolo, malo, 
c u p i o, a) Credo Deum esse aeternum, b) Gaudeo te venturum esse 
{quod ventes), c) Nollem (hoc) factum {esse). 

Hâtons-nous d'ajouter que cet état de choses ne répond pas à la 
réalité. Tout en nous opposant à ceux qui appellent le latin classique 
une langue artificielle force nous est pourtant de reconnaître que pour 
l'emploi de notre construction l'usage classique s'écarte du langage 
populaire. Ce dernier, à ce qu'il paraît, n'a jamais aimé la proposition 
infinitive ni comme sujet avec esse, ni comme complément d'un 
verbe déclaratif, mais s'en est servi là surtout où le sujet de l'infinitif 
fonctionne en même temps comme complément du verbe régissant, p. 
ex. video eum ventre. Nous relèverons dans ce qui suit les cas où le 
latin postclassique n'est que la continuation de la langue de Plaute. 



') Cf. Tobler, III, p. 132, qui cite encore les locutions autant dire, révérence parier. 

») E. Stimming. Der Ace. c. Inf. Im fram.. 1915 {Zeitsclir. f. rom. Phil.. 
Beiheft 59). — K. Sneyders de Vogel, De overgang van den A. c. I. ait het Latijn 
in het Frans (Handelingen van het S' Ned. Philologen Congres, p. 100). 



LA PROPOSITION INFINITIVE 189 

270. a) Par l'analogie de i u b e o, v o 1 o, etc., 
Extension de , ^ 

l'A. c. I. l'A. c. s introduit aussi après des verbes comme 

dans la langue impero et peto, tandis que d'un autre côté on 
populaire. k f > i 

trouve aussi i u b e o ut, déjà dans Plante d ailleurs. 

Parmi ces verbes il faut faire une mention spéciale de facere. 

C'est, semble-t-il, vers la fin du ii« siècle que l'A. c. I. s'introduit 

après ce verbe, et depuis cette époque il s'étend de plus en plus: 

Fecerunt me hanc lucem velociter perdere, Grégoire de Tours '). — 

M e t u 0, „ craindre", a quelquefois la même construction que les verba 

affectuum; non dubium est tantôt suivi de q u i n, comme le 

verbe dubito, tantôt de l'A. c. I. comme constat, c.-à-d. que 

la construction suit tantôt la forme, tantôt le sens de l'expression. 

b) Après les verbes de sensation, la construction video eum 
venire (qu'on trouve d'ailleurs déjà dans Plaute) s'étend au détriment 
de la construction classique video eum venieniem. Une nouvelle 
structure plus récente va lui faire concurrence: video eum qui venit 
qui va donner en français je le vois qui vient. 

c) L'infinitif supplantant de plus en plus le gérondif, l'A. c. I. 
s'introduit même après des prépositions, mais cela seulement en 
français, ainsi: por la terre estre confondue serait en latin *ad terram 
confundendam. Puis il est naturel qu'une phrase comme Nolite credere 
hoc futurum esse se change en: Or ne penser de ce plus avenir, 
puisque le verbe penser réclame en vieux français la préposition de. 

Enfin l'infinitif prépositionnel remplace des phrases adverbiales 
tout entières après les prépositions sans, pour, depuis et d'autres: au 
coq chanter, „quand le coq chante." 

Restriction de 271. D'un autre côté l'A. c. I. a vu restreindre son 
l'A. c. I. domaine dans plusieurs autres cas: 

a) L'infinitif seul remplace souvent l'A. c. 1., quand il y a identité 
des deux sujets: dico me hoc fecisse devient dico hoc f eusse, „je 
déclare l'avoir fait". Cette construction se rencontre déjà dans Plaute 
et elle est restée populaire pendant tout le cours de la langue: 
operam dure promittere pour se operam dare promittere, „promettre 
de s'appliquer." 

b) L'emploi de deux accusatifs, l'un complément direct, l'autre 



1) Thielmann, Archiv filr lateinische Lexikographie, 111, p. 117 et suiv. 



190 LE VERBE 

prédicat, s'étend de plus en plus au détriment de l'A. c. I.: Furent 
eum credo, factum id credo. 

c) C'est surtout l'extension considérable des conjonctions q u o d, 
quia, quoniam après les verbes déclaratifs qui a amené la perte 
de l'A. c. I.: dico quod (quia) hoc fecerit ou fecit remplace dico eum 
hoc fecisse. L'étude de saint Augustin nous apprend à quel point la 
construction analytique devient populaire: dans ses écrits d'avant sa 
conversion il emploie 55 fois l'A. c. I. contre une fois la conjonction, 
dans ses Confessiones le rapport est de 11 : 1, et dans les Sermones, 
où saint Augustin parle au peuple son propre langage, le rapport est 
de 2 : 1 M. 

Emploi de 272. Pourtant malgré ces restrictions, l'A. c. I. garde 
l'A. c. I. en sa vitalité. On en trouve de nombreux exemples en 
ancien français, surtout après laisser, faire et quel- 
ques expressions impersonnelles: 
Tôt nostre vivre et tôt nostre mengier 
De cet autei le convient repairier, 

Raoul de Cambrai (Clédat, p. 128). 
Dans cette phrase le, reprenant tôt nostre vivre et tôt nostre mengier^ 
est le sujet de repairier. — Et lour donna rentes pour elles vivre, 
Joinville, 725. — A /'esmovoir l'est le roy, Joinv., 231. 

A côté de l'infinitif nous trouvons le gérondif, ce qui est très 
naturel, puisque, comme nous l'avons vu, les fonctions des deux 
formes s'étaient complètement confondues: tantôt l'infinitif prend la 
place du gérondif, tantôt — mais c'est beaucoup plus rare — on se 
sert du gérondif à la place de l'infinitif. Dans notre construction le 
gérondif n'a jamais été bien fréquent et on ne le trouve que dans 
l'ancienne langue. Pour les exemples nous renvoyons au paragraphe 263. 
Les constructions avec l'A. c. I. foisonnent au xvi» siècle, grâce à 
l'influence des études classiques: Madame, ceux qui ont lu la sainte 
Escriture .... confesseront vostre dire estre véritable, Marg. d'An- 
goulême, Heptaméron, X. — // lui feut respondu qu'ilz demandaient 
les cloches leur estre rendues, Rabelais, I, 68. — Je scay que ne 
seras si contraire à l'immortalité de ton nom que veuilles la gran- 
deur de tes faictz estre supprimée, Dolet, Gestes de Fr. de Valois, 4. 



■) K. Sneyders de Vogel, Quaestiones ad conjunclivi usum in poslerione latlni- 
tate pertinentes, thèse Leiden, 1903, p. 53. 



LA PROPOSITION INFINITIVE 191 

^ , , , 273. Au xvii« siècle et en français moderne nous 
Emploi de 
l'A. c. 1. en constatons que l'A. c. I., tout en étant d'un usage assez 

français restreint, est pourtant très vivant. On le rencontre 
moderne. 

notamment: 

1) après les verbes de perception: // distingue s'avancer sur le 
perron sa mère, Gide, Le retour de V enfant prodigue, p. 199. — 
T entends gronder la foudre. — Cet emploi est très fréquent. 

2) après les verbes laisser, faire: // ne veut pas laisser un 
autre dire: Mère, le fils que nous pleurions nous est rendu, Gide, 
Le retour de l'enfant prodigue, p. 201. — // me fait enrager. — 
Cette construction est également très fréquente. 

3) après les verbes déclaratifs quand le sujet est un pronom 
relatif ou personnel. Pour les exemples nous renvoyons aux para- 
graphes 248 et 249. 

Dans une phrase comme: f entends chanter une chanson le sub- 
stantif est le sujet du verbe chanter, qui a donc un sens passif. Ce 
qui le prouve, c'est que, si on ajoute l'agent, celui-ci est précédé de 
la prépostion par ou à (cf. le paragraphe suivant) : J'entends chanter 
une chanson par ma sœur; c'est ensuite le fait que l'infinitif alterne 
souvent avec le principe passé passif: 

Par les traits de Jéhu je vis percer le père, 
Vous avez vu les fils massacrés par la mère. 

Racine, Athalie, I, 2. 

Rem. Ainsi on ne trouve plus l'A. c. I. après un* préposition, exception 
faite pour le langage du Palais : De tout quoi nous avons dressé le présent 
contrat pour la requérante en faire tel usage que de droit, Courteline, 
L'article 330. — Dans Augier on le rencontre aussi: // va le vendre pour 
le prix en être distribué aux pauvres. L'habit vert, se. 3. 

^ , 274. Le sujet du premier et du second groupe est 
L agent est au j r or 

datif. souvent au datif, surtout si l'infinitif est accompagné 

d'un complément; pourtant, même dans ce cas, on trouve 
souvent le sujet à l'accusatif, tandis que, d'autre part, la langue 
connaît aussi te sujet au datif avec un verbe intransitif: 

à) Ja nés (= ne les) verriez parole ne sermon commencier, 

Poème moral, 139. 
Les vrais Juifs et les vrais chrétiens adorent un Messie qui les fait 
aimer Dieu, Pascal, Pensées, II, 44. — La fièvre des sens le faisait 
la reprendre pour la quitter ensuite, Bourget, Crime d'amour, 192. 



192 LE VERBE 

b) A mil en veïssiez plorer, 

Troie, 26344. 
Dire Fai oï a plusors, 

Rou, III, 341. 
A tous mes Tyriens faites prendre les armes, 

Racine, Athalie, II, 6. 
Des hallucinations de Fouïe qui lui font écouter par derrière, quand 
on lui parle en face, Journal des Concourt, I, 164. 

274. Comment expliquer dans ces exemples l'emploi du datif? 
Tobler ') part d'une phrase où l'on a un infinitif intransitif: ye lui 
vois pleurer, construction qui ne nous étonne pas, étant donné qu'on 
dit très bien je lui vois des pleurs, et que l'infinitif était souvent 
employé comme substantif en vieux français. Pourtant M. Muller '') 
remarque que l'infinitif avec un infinitif transitif sont plus anciennes, et 
il propose l'explication suivante: En latin classique on se sert souvent 
du datif pour exprimer l'agent, surtout avec le gerundivum ou le 
participe passé: Pugnandum mlhi est, omnia mihi provisa sunt. 
Cette construction semble s'être étendue: Subducta eriim sibi vesti- 
menta dispensatoris in balneo, ,que par lui avaient été volés les 
vêtements", Pétrone. 30, 8. 

Cum sit invisibilis, facit se videri quibusdam, 

Commodien, Carmen apotogeticum, 122. 
Puis avec un infinitif actif, qui prend souvent la place de l'infinitif 
passif: qui facial nobis peccaia nostra cognoscere, ce qui donne en 
français: „qui leur fait reconnaître leurs fautes." 

L'A. c. I. aprèr 275. Après les verbes déclaratifs et quelques autres, 
les verbes décls* 
ratifs en français comme craindre et vouloir, l'A. c. I. est devenu de 

moderne. plus en plus rare. Au xvii» siècle on ne le trouve guère 

avec un substantif comme sujet: Lorsqu^on imagine l'objet désiré 

être tel qu'on peut, Descartes, Les passions de F âme, 120. — // se 

trouve assez de vaiilans hommes être prêts à toute occasion 

cTépandre leur sang, Malh., II, 472. — En général le sujet est un 

pronom relatif ou personnel: // marcha contre les ennemis qu'il 



') Tobler, I, p. 254: voir, entendre, laisser, faire avec te datif et Cinfinitij. 
') H. F. Muller, Origine et histoire de la préposUlon i dans les locutions du 
type de faire faire quelque chose à quelqu'un, Poitiers, 1912. 



LA PROPOSITION INFINITIVE EN FRANÇAIS MODERNE 193 

sçavoit avoir passé la rivière, tournure que Vaugelas, I, 187, préfère 
à contre les ennemis qu'il sçavoit qui avaient passé la rivière. — 

// est écrit qu'à nul il ne faut faire 

Ce qu'on ne veut à soi-même être fait, 

La Font., Contes, III, 3, 148. 

276. Aujourd'hui l'emploi de l'A. c. I. est encore plus -restreint 
qu'au xvii^ siècle, puisque l'infinitif est presque toujours le verbe être: 
Je viens vous parler d'une personne qu'on m'a dite être connue de 
vous, Labiche, Premier prix de piano, IX. — Cette légende de la 
folie de Boleslas Gorka, qu'il savait mieux que personne être si 
fausse, Bourget, Cosmopolis, p. 373. — Tout cela pour le grand 
patriote que tous savaient n'avoir jamais existé, Daudet, Tartarin sur 
les Alpes. — On le croirait être dévoré des feux qui l'environnent, 
Ségur. — Des phrases comme Charles ne céda pas, tant il jugeait 
cette récréation lui devoir être profitable, Flaubert, Mme Bovary, 
243, sont extrêmement rares; de même: // n'y a rien eu au sens 
vulgaire où l'on entend y avoir quelque chose, Donnay, L'autre 
danger, I, 5. — Au fond, l'A. c. I. après les verbes déclaratifs n'a jamais 
été une construction vraiment populaire, pas même en latin classique. 

277. Comment expliquer que notre construction se soit pourtant 
maintenue avec un pronom comme sujet? C'est que de sa nature 
même une phrase comme home quem id fecisse credo est si synthé- 
tique qu'il est difficile d'introduire la construction analytique en 
remplaçant la proposition infinitive par une subordonnée amenée par 
que. Ainsi on dit couramment: 

L'homme dontye crois que vous êtes l'ami (cujus amicum te esse credo). 
L'homme à qui je crois que vous avez donné un livre (cui te 
librum dédisse credo). 
L'homme que je crois que vous avez vu (quem te vidisse credo). 
Mais on ne dit pas *L'homme qui je crois qu'a fait cela (quem 
hoc fecisse credo). Il semble que la langue ne supporte pas la 
succession de ces deux sujets qui et je. Aussi de telles phrases sont- 
elles très rares; et on ne les trouve qu'à une époque où le pronom 
sujet pouvait encore être omis: 

// faisait 
Totes les choses qui [il] savait 
Qu'a la dame deussent plaire, 

Méon, Rec. de Fabl., I, 174, 9. 
SNEYDERs DE voQEL. Syntaxe historique. 13 



194 . LE VERBE 

Ici qui est le sujet de défissent. 

La langue a donc recours a d'autres moyens pour rendre la con- 
struction synthétique du latin: 

1) Elle garde, comme nous l'avons vu au § 276, la tournure latine. 

2) Elle change le pronom sujet en complément dépendant du 
verbe déclaratif: L'homme dont Je crois qu'il a fait cela. 

3) Elle se sert d'une phrase intercalée : L'/iomme gui, je crois, a 
fait cela. 

4) Elle se sert de phrases où l'on dirait que les mots que et qui 
aient changé de place: 

Les testes que tu vois qui mostrent felonnie, 

Rom. d'Alixandre, 507, 3. 
Vous envoiastes une autre armée en Guyenne: dont faisiez e.itat, 
et que pensiez qui deust resserrer ou prendre le Roy de Navarre, 
Sat. Ménippée, p. 148. — Cinq propositions qu'on doutait qui s'y 
trouvassent. Racine, IV, 486. — Les Allemands combattent les défauts 
qu'ils sentent qui leur sont familiers, Faguet, Revue des deux 
Mondes, 1912. 

Il nous semble que cette construction, qui se trouve encore 
aujourd'hui dans des auteurs comme Faguet et Brunetière, est due à 
l'analogie des verbes de perception, qui, eux, admettent trois con- 
structions dans une principale; une synthétique: Je le vois venir, 
deux analytiques: Je vois qu'il vient et Je le vois qui vient; et qui, 
dans une relative, en admettent deux: L'homme que je vois venir ti 
L'homme que je vois qui vient; la seconde tournure, qui serait 
*rhomme qui je vois que vient, y est impossible comme après les 
verbes déclaratifs. Quoi de plus naturel que de supposer que ^L'homme 
que je crois venir soit devenu par l'influence de ces sortes de phrases 
L'homme que je crois qui vient? •) 

B. PARTICIPE PRÉSENT ET GÉRONDIF ') 

Fonction du 2^®* L'histoire du participe présent et du gérondif est 

gérondif et du un des chapitres les plus intéressants de la gram- 

en''iaUn. " "la're historique. Elle en est en même temps un des 

plus difficiles: aucune grammaire du français moderne 

ne nous renseigne suffisamment sur la nature de ces deux formes. 



') Pour toute cette construction et différents essais d'explication voir Tobler, I, 
p. 136, Fusion de ta proposition retative avec une proposition objective. 

*) A. Stimming, Venvendung dis Qerundiums und dês Partlcipiums Praesentis 



LE GÉRONDIF ET LE PARTICIPE PRÉSENT EN LATIN 195 

Le gérondif latin est la déclinaison de l'infinitif: a m are, 
amandi, amando, amandum, amande. C'est l'ablatif amando 
seul qui est entré en lutte avec le participe présent. On s'en sert: 

1) Sans préposition comme ablativus instrumenti ou causae: 
Lycurgi leges laboribus erudiunt iuventutem: venando, currendo, 
esuriendo, sitiendo, algendo, aestuando. 

2) Avec les prépositions ab, de, ex, in, moins souvent /7ro: Plera- 
que tempora in venando agere, Salluste, De bello Jugurthino, VI, 1. 

Le participe présent se rapporte à un membre de la phrase 
(^participe conjoint) ou il forme avec un sujet nominal propre la con- 
struction dite Ablativus absolutfis. Il indique en premier lieu la 
simultanéité, mais à cette fonction primitive s'ajoutent tout naturelle- 
ment d'autres nuances, parce que l'esprit humain aime à voir un 
rapport plus intime entre deux actions simultanées. Ainsi le participe 
présent exprime souvent un rapport de cause, de concession, de con- 
dition, il a souvent le même sens qu'une phrase relative. 

Le gérondif et le participe présent ont donc des formes et des 
fonctions différentes en latin et on ne voit pas bien d'abord comment 
ils ont pu se confondre. 

Le point de départ est le rapport causal. En effet, la phrase: 
Laborans felicitatem invenies a à peu près le même sens que 
Laborando felicitatem invenies et, ajoutons, que In laborando 
felicitatem invenies. Or, comme le sens causal passe facilement à 
celui de condition et de concession, le gérondif peut marquer parfois 
déjà en latin ces fonctions-là: Cavendo salvi erimus et Cavendo 
non salvi erimus peut se traduire par: „si nous sommes" ou «quoique 
nous soyons sur nos gardes". 

De cette façon le gérondif étend de plus en plus son domaine au 
détriment du participe présent. On peut reconnaître la valeur de temps 
(simultanéité) dans le vers de Virgile: 



im Altfranz. (Zeitschrift fUr rom. Phil., X, 526 — 554), — Klemenz, Der syntaktische 
Gebr. des Praes. und des Gerundiums, Diss. Eiiangen, 1884. — F. Pfeiffer, Um- 
schreibung des Verbums im Franz, durch allerî venir -J- Gerund., être + Part, 
praes., Diss. Gôttingen, 1909. — E. Mônch, Die Verwendung des Gerundiums und 
des Part, praes. im franz.; Diss. Gôttingen. 1912. — E. Lerch, Das invariable 
Part, praes. im franz., 1915 (paru d'abord dans Rom. Forsch. XXXIll, 369—488 
(contre Stimming). — L. Bayard, De Gerundii et Gerundivi vl antiquissima et 
usu recentiore. thèse Paris, 1902. — B. H. J. Weerenbeck, Le gérondif français 
avec sujet sous-entendu (dans Neophilologus, I, p. 101). 



196 LE VERBE 

Quis talia fando 
Temperet a lacrimis? 

Aen., II. 6, 
Ce sens se trouve d'ailleurs déjà dans Plaute: 

Ita miser cubando in lecto hic expectando obdurui, 

Truculentus. 916. 
C'est donc un emploi bien populaire: Ita erumpendo naves, quae 
ad Baetim flumen fuissent, incendunt, Bell. Hisp., 36, 2. — Dans 
Tacite et surtout dans les auteurs postérieurs l'emploi du gérondif 
s'étend de plus en plus; tandis que le latin classique préfère le 
participe présent, le latin postclassique par contre emploie à chaque 
instant le gérondif; il semble tendre à réserver le participe présent 
au seul sens adjectif: Habens ergo iter ab lerusolima usque ad 
Carneas eundo per mansiones octo . . , Peregr. ad loca sancta, 13, 2. 
Ego similiter erravi tempore multo 
Fana prosequendo parentibus insciis ipsis; 
Abstuli me tandem inde legendo de lege, 

Commod., Instruct., I, 1, 4—6. 
In dando divitias vestras ostendite totas, 

Ibidem, II, 18, 20. 

Extension de ^^®' ^^'^ ^' '^ gérondif est beaucoup plus usité 

l'emploi du qu'en latin classique, les textes ne nous fournissent 

gérondif en j t _ic , , , ,. . 

latin vulgaire, aucune preuve du gérondif remplaçant le participe 

présent dans un ablatif absolu ou avec le sens d'une 
phrase relative. Et pourtant l'accord de toutes les langues romanes 
— nous allons voir tout de suite l'état des choses en français — 
nous permet de conclure qu'à l'époque préromane le gérondif a pris 
toutes les fonctions verbales et adverbiales du participe présent et 
que celui-ci n'est resté que comme adjectif '). 

Rem. Quivi trovarono i giovani giocando, Boccace. — La mia pri- 
gione essendo cosi alla. gU uomini laggiù mi parevano /anciuUi. S. Pelllco. — 
Pour l'espagnol: Habia cunas de madera con tiemos infantes durmiendo. 
Valdé.s, La Hermana S. Sulpicio, XI, — Impidiendome frecuentemente el 
mat estado de mi salud — — Même avec en: Et en passando Roy Blasquez 
satio Madurra Qonçalvez de la çelada. Zauner, Altspan. Elementarbuch. p. 166. 

Le roumain est Intéressant: le participe présent a complètement disparu 
et a été remplacé dans sa fonction verbale par le gérondif: vfnzfnd < 
vendendo, et dans sa fonction d'adjectif par une nouvelle forme vlnzitor. 



•) Voir pour l'opinion contraire Lercli. a.c. 



LE GÉRONDIF ET LE PARTICIPE PRÉSENT EN FRANÇAIS 197 

Nouvelle- lutte ^^' ^^^ '^ chute de la finale, nos deux formes ne se 
entre les deux distinguent plus en français que par l's flexionnel: 

français" '^ gérondif est toujours amant, le part. prés, amanz, 
amant, amant, amanz. Il est donc souvent difficile 
de dire si dans tel cas nous avons affaire à un participe ou au gérondif, 
surtout parce que les manuscrits, postérieurs souvent d'un siècle à 
l'original, nous donnent fréquemment des formes avec 5 où l'auteur 
lui-même ne s'en est probablement pas servi. Malgré ces difficultés il 
est probable qu'en français comme dans les autres langues romanes 
le gérondif a supplanté le participe présent dans sa fonction verbale. 

Mais dès le xii^ siècle une nouvelle lutte s'engage". Pourtant, 
tandis que l'autre était commune à tout le domaine roman et était 
vraiment populaire, nous avons affaire ici à une influence savante 
qui n'agit qu'en français surtout et qui, le plus souvent, se réduit a 
une question d'orthographe; en effet le 5 final tombant dès le xiii« 
siècle dans la prononciation, le participe présent ne se distingue plus 
en rien du gérondif. 

Donnons d'abord quelques exeiTiples: 
Les femmes . . . vindrent encuntre le rei SailL cardantes e juantes 
e chantantes que Saiil out ocis mil, e David dis mille, Quatre Livres 
des Rois, 70. — Tout beuveur de bien, tout goutteux de bien, altérés, 
venans à ce mien tonneau . . ., Rab , III, Prologue. — Je ne suis 
pas délibérée d'attendre que la fortune, moy vivante, décide l'Issue 
de ceste guerre, Amyot (Darm., p. 148). 

Le fait qu"on rencontre ces formes d'abord dans les traductions et 
qu'elles sont rares avant le xiv^ siècle prouve que nous avons affaire 
à une tendance savante. Grâce à l'influence du latin la forme avec s 
se répand de plus en plus et est au xvi« siècle, le siècle de la Renais- 
sance, presque la seule forme qu'on trouve dans les textes. On a 
même essayé de lui donner la terminaison féminine, comme dans 
l'exemple cité plus haut et en plein xvii* siècle: Je vous trouve si 
pleine de réflexion, si stoïcienne, si méprisante les choses de ce 
monde, Mme de Sévigné, VI, 336, mais cela portait atteinte à la 
nature de la langue, et Vaugelas prescrit des femmes buvans de la • 
limonade. 

Quant à la forme avec s, Vaugelas établit des distinctions subtiles 
entre les soldats étans et étant sur le point, mais comme ces dis- 
tinctions ne se basent sur rien, l'Académie décida en 1679 qu'on ne 
déclinerait plus les participes actifs, et ainsi, sans le savoir, on en 



198 LE VERBE 

est revenu à la seule forme soulenable, c.-à-d. au gérondif. On voit 
que des trois groupes qu'on distingue aujourd'hui: 1) participe 
présent adjectif, 2) participe présent avec fonction verbale, 
3) gérondif précédé ou non de en, il faut supprimer le second. 
Le participe présent, resté comme adjectif, subit les mêmes change- 
ments qu'un adjectif comme viridis; il prend donc la forme féminine: 
la triomphante armée, Marot, I, 144. 

Emploi du 281. Quant à l'emploi du gérondif, il est plus libre 
gérondif. qu'aujourd'hui. Comme en français moderne, il se 
rapporte en général au sujet, mais il peut se rapporter aussi à un 
autre membre de la phrase: 

Lo camp li fait guerpir fuiant. 

Brut de Mun., 552. 
AtoU iert forz li reis Hugue, s'il se met en avant, 
Ne perdet de la barbe les gernons en brusiant 
Et les granz pels de martre qu'ai al col en tornant, 
La peliçon d'ermine del dos en reversant. 

Pèlerinage, 478 et suiv. (Clédat. p. 41). 
Dieu en courant ne veut estre honoré, 

Les Quatrains de Pybrac, IV. 
En languissant et en gre/ve tristesse rit mon las cœur, 

Marot. 
D'ailleurs de telles structures se trouvent encore dans la langue 
moderne: Dans Walch et Zeller, Lectures variées, III, p. 32. un 
prisonnier dit : En passant l'autre jour dans la rue, je vis votre 
figure. — Cp. aussi: L'appétit vient en mangeant. — En entrant, 
la salle à manger se trouve à droite. Ces phrases sont, en partie du 
moins, des restes de l'ancienne langue, dans laquelle le gérondif 
pouvait avoir la valeur de l'infinitif. 

Le sujet du gérondif absolu est souvent sous-entendu: // ne faut pas 

dire ,Acilius Strabon" mais ,Acilius Strabo", quoigu'étant seul on 

dise Strabon, Vaug., I, 150. Le sujet de étant résulte de ce qui précède. 

Le gérondif absolu d'un verbe unipersonnel est particulièrement 

fréquent: 

Quelque bien de mon père et le fruit de mes peines - 
Dont avenant que Dieu de ce monde m'ôtât, 
f entendais tout de bon que lui seul héritât. 

Mol., L'Etourdi, IV, 1, 1289. 



GÉRONDIF ET PARTICIPE PRÉSENT. — PARTICIPE PASSÉ 199 

Et cette construction se trouve encore aujourd'hui: Pourtant, 
s'agissant de G. Paris, il ne m'était pas permis de laisser passer 
l'accusation sans protester, J. Bédier, Réponse à M. P. Rajna, p. 2. 

On sait qu'aujourd'tiui encore il est difficile parfois de distinguer 
le participe présent adjectif du gérondif: Une jeune fille a été trouvée 
errante. Cette hésitation trouve sa raison d'être dans le fait que le 
participe présent a beau être adjectif, il tient toujours du verbe. 

281'''^ Résumons par un seul exemple ce que nous 
avons constaté dans notre exposé: 
Lat. class.: Feminae amantes liberos suos. 
Lat. vulg.: *Feminae amande liberos suos (illarum). 
Vieux franc.: Femes amant leur enfanz. 
XIV — xvii« s. : (Femes amanz leurs enfans) non populaire. 

{Femes amantes leurs enfans). 
XVII— xx« s. : Femmes aimant leurs enfants. 

Rem. 1. L'italien connaît aussi l'emploi savant du participe présent avec 
fonction verbale : llna stanzaccia oscura con finestra avente non vetri aile 
imposte ma carta, S. Pellico, Le mie prigioni, ch. 9. — De même en vieil 
espagnol: Estas son cavalleros todos espadas çinerites, El libro de 
Alixandre, (p.p. Morel-Fatio), 1512. 

Rem. 2. Le participe présent prend souvent un sens passif ou autre: 
Mediaetatem de loco noncopante (= nommé) Pladano, P. Meyer, Recueil, 8, 
15. — En français: des couleurs voyantes, une rue passante, cf. Tobler, I, p. 46. 

C. PARTICIPE PASSÉ ') 

Observations générales 

282. Le participe passé est une des formes les plus employées de 
la langue. En effet, il figure: 
a) Sans auxiliaire. 



') A. Mercier, Histoire des participes français {Recueil de travaux originaux ou 
traduits relatifs à la phllol. et à l'hist. litt., fasc. X, Paris 1879). — J. Busse, Die 
Congruenz des Part. Praet. i activer Verbalcon struction im Altfranz. bis zum 
Anfang des XIII Jahrh., thèse Gôttingen, 1882. — H. Wehlitz, Die Congruenz des 
Part. Praet. in act. Verbalconstr. im Franz, vom Anfang des XIII bis zum Ende 
des XV Jahrh., thèse Greifswald, 1888. — E. Lerch, Pràdiltative Part, far Verbal- 
substantiva im Franz. (Beiheft zur Zeitschr. f. rom. Phil., 42.) -- L. Clédat, La 
question de l'accord du part, passé, Paris, 1900. — J. Bastin, Le verbe et les 
principaux adverbes dans la langue fr., 11, St. Pétersbourg, 1896. — Tobler, I, 
23, 30, 34, et 11, 8. — Bourciez, Accord du part, passé (dans K. Nyrop, Philologie 
franc., Paris, 1916 (2e éd.)). 



200 LE VERBE 

ft) Avec auxiliaire. 

1) conjugué avec être. 

2) „ .avoir. 

3) avec des verbes pronominaux. 

Nous devons examiner successivement ces différents cas. 

SANS AUXILIAIRE 

Employé comme 283. 1) Employé comme attribut, le participe 
attribut. passé, étant un adjectif, s'accorde en latin comme en 

français, en genre, en nombre et en cas, avec le substantif qu'il déter- 
mine: carmina non prias audita; une chanson chantée à voix basse. 

Il faut pourtant faire exception pour quelques participes, qui, placés 
devant le substantif, restent invariables, parce qu'ils ont fini par 
prendre la fonction de prépositions: excepté, attendu, hormis, passé, 
compris et d'autres 

Souvent le participe prend un sens actif: un homme avisé, dissi- 
mulé, juré '). Et il est naturel qu'on puisse aussi l'employer substan- 
tivement, comme c'est le cas pour les adjectifs: assiégé, blessé; 
revenu; allée, entrée, armée, etc. 

Souvent la combinaison substantif +• participe nous semble un 
peu violente; elle est toute naturelle, quand il s'agit d'un verbe 
transitif: une lettre écrite; elle l'est moins dans des cas comme: des 
couleurs pâlies, les livraisons parues, parce que les verbes pâlir et 
paraître se conjuguent en général avec avoir, et surtout dans une 
foi mentie. Mais l'idée est claire et c'est tout ce qu'on a le droit de 
demander. 

Employé comme 284. 2) Employé comme prédicat, le participe 
prédicat. passé peut se rapporter à un nom qui occupe déjà 

une fonction dans le reste de la phrase (Participe conjoint): 
je Vai vu s'enfuir honteux, battu, tremblant, ou à un nom qui ne 
fonctionne que comme sujet du participe; dans ce cas nous avons le 
participe absolu, correspondant à l'ablatif absolu latin et qui, 
en général, a un sens temporel: His rébus féliciter peractis 
transeamus ad alla, „ces choses achevées, passons à autre chose". 
Vous venus en Avignon, nuls ne fera fait ne partie contre vous, 
Froissart (dans Paris et Langlois, Chrestomatkie, p. 241). 



>) Tobicr, I, 23, Participes passés à sens actif. 



LE PARTICIPE PASSÉ SANS AUXILIAIRE 201 

Cela dit, maître loup s'enfuit et court encore. 

La Fontaine, Le loup et le chien. 
Que cent gros canons, veillent nuit et jour, mèche allumée, sous 
nos fenêtres, Daudet, Lettres de mon moulin, La mort du Dauphin, 
(indique ici la manière). Cp. aussi Mort ou vif , je l'aurai (concession). 

Rem. Inutile d'ajouter que le prédicat n'est pas nécessairement un par- 
ticipe passé: Jove tonante; Cicérone consule: Dieu aidant; Cyiano. sur- 
gissant du parterre, debout sur une chaise, les bras croisés, le feutre en 
bataille, la moustache hérissée, le nez terrible, Roi^tand, Cyrano de 
Bergerac, 23. 

Constructions 285. On peut encore préciser le sens temporel par 

particulières, l'adjonction d'une préposition^): ante Christum 

natum, ab urbe condita = „avant la naissance du Christ, 

après la fondation de la Ville." Et en ancien français: ainz quatre 

jors passés, Girard de Vienne (Clédat, p. 95). 

Avant ce jour fini, ces mains, ces propres mains, 
Laveront dans son sang la honte des Romains, 

Corn., Horace, III, 6. 
D'ailleurs le substantif seul peut indiquer le temps: Qui n'avait 
pas prononcé un seul mot depuis l'insulte, Maupassant, XXVII, 54 
(cité par Lerch). — En voici d'autres exemples: Après le livre fermé. 
Concourt, Fille Elisa, 73. — Encore maintenant, malgré les mauvais 
temps finis et la fortune si chèrement gagnée, tous deux étaient les 
premiers levés à la ferme, Daudet, Lettres de mon moulin, 273, 

On trouve au fond ce même emploi prédicatif dans des phrases 
comme: // pensa l'avenir de sa dynastie assuré, ou comme sujet: 
Le pays délivré d'un si rude ennemi. 
Mon sceptre dans ma main par la tienne affermi 
Et les Maures défaits .... 
Ne sont point des exploits, 

Corn., Cid, IX, 3. 
Mon voyage dépeint 
Vous sera d'un plaisir extrême, 

La Fontaine, Les deux pigeons. 
L'emploi de cette structure comme sujet semble être né sous 
l'influence latine, et on comprend aisément que des soucis de style 



') Tobler, I, 16, Prépositions désignant un rapport de temps devant des sub- 
stantifs suivis de part, prédicatif s. 



202 LE VERBE 

en aient répandu l'usage; la construction avec une préposition par 
contre se trouve à toutes les époques de la langue, et semble donc 
être populaire. 

Rem. On peut encore préciser le sens temporel de la construction en 
ajoutant un adverbe de temps, comme: aussitôt, sitôt, une fois, à peine; 
au fond, ces mots fonctionnent alors comme prépositions: Incontinent les 

lettres venues Rab., I, 130, 195, 196. — Aussitôt révénement 

connu au c/idteau, Mme Aubry s'était fait transporter dare dare chez son 
amie. Feuillet, Roman d'un jeune homme pauvre, 216 '). — /l prenait des 
résolutions, les abandonnait aussitôt prises, en arrêtait des nouvelles. Fabre, 
Taillement, 135. — L'eau séchait sitOt tombée, Benjamin, Gaspard, p. 9. 

CONJUGUÉ AVEC ÊTRE 

Cas de 286. Le participe passé conjugué avec être s'accorde 
non-accord, naturellement avec son sujet: ils sont venus, nous 
avons été battus. Pourtant la vieille langue connaît plusieurs cas de 
non-accord, surtout si le sujet suit: 

Benoit soit l'eure Ken mes flans fut portée, 

Aliscans, 28i2. 
La fut demandé ceste duchié, Commines, I, 81 (Brunot, I, p. 478). 
C'est au fond le même cas que celui que nous avons traité au 
chapitre des verbes unipersonnels § 186, où nous avons vu que le 
verbe être peut être accompagné d'un substantif à l'accusatif; dans 
une phrase comme: La fut demandé ceste duchié, le verbe fut 
demandé a à peu près le sens de: on demanda, comme en latin: 
castra introitum est. 

En français moderne il faut, sans doute, expliquer de la même 
façon: Etant donné les étranges principes, Bourget, Cosmopolis, 
p. 449, à côté de: Etant donnés ses manières et ses goûts, Guy de 
Maupassant, Yvette. — L'invariabilité du participe dans les tournures 
unipersonnelles: // est tombé de la pluie, il est arrivé des soldats, 
est la conséquence directe de la syntaxe du latin et du vieux français. 
Une autre conception qui tend à amener l'invariabilité du participe 
est le fait que le passé indéfini je suis venu a remplacé je vins et 
peut donc présenter à l'esprit un tout indivisible. C'est ainsi qu'on 
pourrait expliquer des phrases telles que: Jamais F Eglise ne périra 
et ne sera destitué de pasteurs, Pascal, Abr., II, 215. — Les passages, les 



') Tobler, III, aussitôt, sitôt, une fols. 



LE PARTICIPE PASSÉ CONJUGUÉ AVEC AVOIR 203 

traits et les citations n'en étaient pas demeuré là, La Bruyère, II, 224. 
Cependant, comme dans les exemples cités la prononciation ne 
distingue pas le féminin du masculin des participes destitué ti demeuré, 
on a peut-être affaire à de simples négligences. 

Rem. Vaugelas, II, 281, laisse les participes allé et venu invariables, 
s'ils sont suivis d'un infinitif et l'Académie était de son avis: Ma sœur est 
allé visiter ma mère. II est vrai que Tli. Corneille déclare que son oreille 
n'est pas contente dans les cas où l'infinitif commence par une voyelle: Mes 
frères sont allé apprendre un juge ; d'après lui, il faut dire allés apprendre. 

PARTICIPE CONJUGUÉ AVEC AVOIR 

Difficulté de 287. Cette partie de la syntaxe a l'avantage de pas- 
la question, sionner les grammairiens et de monter la tête aux 
savants les plus calmes. Il est vrai que la bizarrerie des règles qu'on 
a établies explique jusqu'à un certain point cet état des esprits. 

En latin, le participe passé est toujours variable et s'accorde avec 
le substantif qu'il détermine: Caesqr urbem occupatam habet. 

Dans cette phrase habere n'est pas encore descendu à l'état de 
verbe auxiliaire. Quand cette évolution se sera produite, la combi- 
naison participe 4" avoir formera un tout que l'esprit n'analyse plus; 
j'ai vu ayant pris à peu près le même sens que je vis, et le 
rapport entre le participe et le substantif n'étant plus le même 
qu'auparavant, celui-là pourra rester invariable. — Mais les choses 
ne se sont pas passées si simplement; l'évolution de la forme et l'évo- 
lution du sens ne sont pas synchroniques; et ainsi l'accord du participe 
passé avec un substantif qu'il ne détermine plus se fait toujours, 
mais d'une façon très bizarre. 

Pour bien juger des cas où l'accord se fait en français moderne, 
il faut commencer par éliminer tous les exemples dans lesquels le 
participe se termine par une voyelle, puisque pour aimé, vu, fini, 
etc., la prononciation ne distingue pas le féminin du masculin; seules 
les formes comme mis, Joint, écrit peuvent décider dans la question 
de l'accord. 

Liberté en 288. En règle générale on peut dire qu'en ancien 
vieux français, français l'accord pouvait se faire avec le complément, 
que celui-ci précédât ou non: 

Toz est mudez, perdude at sa valor, 

Alexis, 3. 



204 LE VERBE 

Mais les exemples du non-accord sont assez fréquents: 
En ses granz plaies des pans li at fichiét, 

Roland, 2173. 

Busse et Wehlitz ont étudié en détail la question de l'accord pour 
la vieille langue. Il résulte de leurs constatations que jusqu'au xiii« siècle 
l'accord est toujours la règle, mais que pourtant une tendance se 
manifeste, de plus en plus prononcée, à laisser le participe passé 
invariable. 

Si pourtant le complément se trouve placé entre l'auxiliaire et le 
participe {fui la lettre écrite) l'accord se fait à peu près constamment. 

A partir du xiii« siècle il semble que, sous l'influence des études latines, 
on ait senti le besoin de faire varier le participe d'une façon plus 
régulière; toutefois, si le complément se trouve placé après l'auxiliaire 
et le participe, la tendance de ne pas faire l'accord, s'accentue de 
plus en plus. Donnons quelques exemples: 

1) De nostre prot m'at plevie .9a feit. 

Roland, 507. 
Dame, dist ele, jo ai fait si grant perte, 

Alexis, 148. 

2) Li Emperere out sa raison fenie, 

Roland, 193. 

3) Sire Alexis, tanz jorz t'ai desidrét 

Et tantes lairmes por le ton cors plorét, 

Alexis, 471. 
La sajete que Jonathas out traite. 

Quatre Livres des Rois, I, p. 20. 

289. Il règne donc dans la vieille langue une grande liberté et les 
poètes ne se font pas faute d'en profiter; toutes les fois qu'ils ont 
besoin d'une rime féminine, ils ajoutent un e féminin au participe; 
quand au contraire la rime est masculine, ils laissent le participe 
invariable. Dans les cas où la question se réduit à une simple 
question d'orthographe, on se demande souvent pourquoi ils ont 
plutôt choisi telle forme que telle autre. Qu'on voie p. e. le Miracle 
de Berthe (xiv« siècle): 

Fortune du haut de sa roe 

M'a bien jette enmi la boe 

Et mise en dure adversité, 

Clédat, p. 424. 



LE PARTICIPE PASSÉ CONJUGUÉ AVEC AVOIR 205 

Ce qui prouve que dès le moyen âge on ne sent plus nettement 
le rapport entre le participe passé et le complément, c'est qu'on 
trouve même des exemples où le participe s'accorde avec le sujet! 
Trestout l'anui qu'ele a eue. — Pur lui mustrer comme out parlée 
la pulcele, Tobler, Altfranz. Wôrterbuch, p. XII. 

Opinions des 290. Au xvi« siècle là confusion continue: les gram- 
grammairiens mairiens se contredisent les uns aux autres. 

a) Palsgrave (1530) déclare, dans ses Esclaircissements 
de la langue française, que le participe passé doit s'accorder dans 
tous les cas avec son complément, et Sylvius, Isagoge, est de son avis. 
b) Meigret, celui des grammairiens qui a le mieux observé la 
langue parlée, dans son Tretté de la grammere françoeze (1550), p. 88, 
veut qu'on dise: Les grâces que je vous ai fait. Il est vrai qu'il 
nomme fait et aimé, des infinitifs passés. 
■ c) Enfin. Marot, d'accord avec Ramus, propose la règle actuelle: 

Nostre langue a ceste façon 

Que le terme qui va devant 

Voluntiers regist le suyvant. 

Les vieux exemples je suyvray 

Pour le mieulx: car à dire vray 

La chanson fut bien ordonnée 

Qui dit: M' amour vous ai donnée 

Et du bateau est estonné 

Qui dit: M' amour vous ay donné. 

Voilà la force que possède 

Le féminin, quand il précède. 

Or prouveray par bons tesmoings 

Que tous pluriers n'en font pas moins; 

Il faut dire en termes parfaictz: 

Dieu en ce monde nous a faictz; 

Fault dire en parolles parfaictes: 

Dieu en ce monde les a f aides; 

Et ne fault point dire en effect: 

Dieu en ce monde les a falct. 

Ne nous a faict pareillement. 

Mais nous a faictz tout rondement. 

L'italien, dont la faconde 

Passe les vulgaires du monde. 



206 LE VERBE 

Son langage a ainsi basty 

En disant: Dio noi a fatti, 

Marot, III, 32. 
Mais cette règle est lettre morte pour Rabelais, Montaigne, pour 
Marot lui-même; contestée au xvii» siècle, pas encore généralement 
adoptée au xvIII^ elle est enfin admise au xix» siècle. Mais le 
peuple, même les gens instruits, laissent en général le participe 
invariable et la confusion que nous avons constatée dans les écrits 
antérieurs, se continue dans les auteurs du xvi» siècle: 

Mignonne, allons voir si la rose 

Qui ce matin avoit desclose 

Sa robe de pourpre au soleil, 

A point perdu, ceste vesprée. 

Les plis de sa robe pourprée, 

Et son teint au vostre pareil. 

Las! voyez comme en peu d'espace. 

Mignonne, elle a dessus la place 

Las! las! ses beautez laissé cheoir. 

Ronsard, A Cassandre. 
Puis à tout son baston de croix guaigna la brèche gu'avoient 
faict les ennemys, Rab., 1, 27. — Et Marot lui-même écrit: Grans 
biens il a faict. Psaumes, 43. 

Opinions des 291. Au xvii« siècle, on essaye d'appliquer la règle 

grammairiens de Marot, mais dans les détails on hésite et on discute 
du XVIIe siècle. , X o- , . . 

longuement. Rien n est plus apte a nous donner une 
idée de ces discussions que la longue remarque de Vaugelas (I, 289) 
avec les critiques de Patru, Th. Corneille, l'Académie et la Grammaire 
de Port-Royal. Les premières phrases de Vaugelas nous montrent 
déjà l'état des choses: ,En toute la grammaire française il n'y a rien 
de plus important ny de plus ignoré. Je dis de plus important à 
cause du fréquent usage du participe dans les prétérits, et de plus 
ignoré, parce qu'une infinité de gens y manquent." 

L'accord se fait généralement, si le complément direct se place 
entre l'auxiliaire et le participe passé: 

La première épée 
Dont s'est armé Rodrigue a sa trame coupée. 

Corn., Cid, 798. 
Dieu dont nul de nos maux n'a les grâces bornées. Grammaire 



LE PARTICIPE PASSÉ CONJUGUÉ AVEC AVOIR 207 

de Port-Royal. — Mais c'est au xvii^ siècle une construction vieillie, 
et qui ne se trouve qu'en vers. 

Vaugelas établit plusieurs règles pour le cas oij le participe est 
suivi d'un autre mot. Voici celles qu'on admet généralement: 

Le participe reste invariable: 

1) Quand le sujet suit: 

Mes feux qu'ont redoublé ces propos adorables, 

Corn., Suiv., 913. 
Les premiers effets qu'a produit sa valeur, 

Corn., Cid, IV, 1. 
Les soins que m'a donné ce procès, Port-Royal. 

2) Le participe est suivi d'un complément prépositionnel: Des 
merveilles qu'il a veu de ses deux yeux, R. François, Merv. de 
Nat., 278. 

3) Le participe est suivi d'un infinitif construit indirectement: C'est 
une fortification que j'ai appris à faire, Vaugelas, l.c. 

4) Le participe est suivi d'un attribut, substantif ou adjectif: 
Les habitants nous ont rendu maîtres de la ville. — Le commerce 
l'a rendu (la ville) puissante. 

5) Le participe est suivi d'un infinitif: Avez vous veu la Roine? 
Oui, je l'ay veue parler ou je l'ai veu parler (Maupas) . 

Cause de ces 292. Toutes ces règles peuvent se réduire à une 
règles bizarres, seule: on tend à laisser invariable le participe, s'il 
est suivi d'un autre mot. Mais ce n'est qu'une tendance, puisque ces 
règles souffrent de nombreuses exceptions. Elles nous apprennent en 
tout cas qu'une influence phonétique est venue renforcer la tendance 
générale de la langue qui détache le participe du complément: on 
sait que la consonne finale d'un mot, qui s'est maintenue à la pause 
jusqu'au xvii« siècle environ, s'est amuïe de bonne heure devant un 
autre mot commençant par une consonne. 

Etat des choses 293. Au xviii*^ siècle Voltaire écrit: Quelle nouvelle 
au xviiie siècle. ^.^.,;; appris? Enfant prodigue, II, 6, et Régnier 
Desmarais (1632—1713), secrétaire perpétuel de l'Académie pendant plus 
de trente ans, veut distinguer: Ces livres, je les ai rangé moi-même, 
et: Ces livres je les ai rangés (= je les tiens rangés). „Je sais que 
l'usage n'entre pas dans ces distinctions, mais elles ne laissent pas 
d'être fondées." — „I1 est également vrai que l'usage le plus ordinaire 



208 LE VERBE 

est d'accorder le participe du prétérit en genre et en nombre avec le 
complément direct qui précède le verbe, mais cet usage n'est pas si 
universel que le contraire n'ait jamais été suivi par de très bons 
écrivains et que ce soit pécher contre la Grammaire que de laisser 
le participe toujours indéclinable quand il est conjugué avec avoir". 
On sait que la grammaire de Desmarais a été écrite par ordre de 
l'Académie même. 

Etat des choses 294. Aujourd'hui encore, les Français eux-mêmes se 
en françaii disputent toujours sur la variabilité du participe con- 
jugué avec avoir. Si la plupart des linguistes sont 
d'avis — à bon droit semble-t-il — que le participe reste actuellement 
toujours invariable, quand on ne se surveille pas, des savants comme 
Bourciez contestent cette assertion, et pour un étranger il est difficile 
de prendre parti dans ces questions. Il nous semble pourtant que le 
point de vue de Bourciez et d'autres s'explique d'un côté par l'influence 
de l'école et de la littérature, d'un autre côté par l'influence des 
dialectes qui, à ce qu'il paraît, ont gardé encore de nombreuses 
traces de l'accord '). 

Rem. 1. Dans les autres langues romanes, l'état des choses est plus 
' simple: en italien, on est libre de faire varier ou non le participe, en 
espagnol le participe conjugué avec haber reste toujours invariable. 

Rem. 2. Dans les temps surcomposés on fait varier ou non le participe, 
ad libitum: Aussitôt que je les (= les leçons) ai eu ou eues finies. 

Le participe 295. Le participe passé des verbes unipersonnels 

passé des verbes est de tout temps resté invariable, parce qu'on ne 
unipersonnels. , . , , , . , ^ , 

sent pas de rapport entre le complément et le par- 
ticipe: Les fortes tempêtes qu'il a fait l'été passé. Les chaleurs qu'il 
>> a eu sur mer. — Les cas d'accord sont rares: Les plus mauvais 
chemins qu'il avait jamais faicts, Marg. d'Angoulême, Hept., Pro- 
logue. — Quand quelques faultes y eust eues, Pasquier, Recherches, 
VI, 15. 

Le participe 296. Dans la proposition infinitive se présentent les 
suivi d'un cas suivants: 
Infinitif. , , , M ■ » j u é 

a) La femme que y ai entendue chanter; 

b) La chanson que fai entendu chanter; 

M Cf. l'Atlas linguistique, 847: £//e s'est bien mise. Je Val mise. 



LE PARTICIPE PASSÉ DES VERBES PRONOMINAUX 209 

c) La Belgique que César a dit former la troisième partie de la Gaule. 

Dans le premier exemple le participe varie, parce que que est 
sujet de chanter et complément d'entendre, dans le second, on a 
raisonné ainsi: que, étant complément de chanter, ne peut être 
complément du participe. Nous savons que ce raisonnement n'est pas 
juste et que la ptirase, au fond, ne se distingue pas du premier cas 
(cf. § 273). Dans le troisième exemple enfin, il est clair que le relatif 
que n'est pas le complément de dit; le participe doit donc rester 
invariable. Et, en effet, on trouve p. ex.: Une personne qu'on m'a 
dit être connue de vous, Labiche et Delacour, Premier prix de piano 
se. IX. — La terre qu'ils avaient supposé rtre le nouveau monde, 
était une île. — Pourtant on suit très souvent l'exemple de Ménage 
qui généralisait autant que possible: Les mesures que nous avons crues 
devoir réussir, Ayer, Gramm. comparée de la langue franc., p. 526. 

Le participe fait suivi d'un infinitif reste toujours invariable actu- 
ellement; dans -la vieille langue on trouve souvent des dérogations 
à cette règle: ' 

En mi le vis H a faite descendre 
(se. l'amure = la pointe), 

Roland, 3920. 
La simplicité des lois les a faites souvent méconnaître, Montesquieu. 

PARTICIPE DES VERBES PRONOMINAUX 

Accord avec le 297. a) Pronominaux propres: 

sujet ou avec [)q tout temps le participe s'est accordé avec le sujet: 
le complément. „,, , 

Elle s est évanouie. 

Ce fait n'a pas besoin de beaucoup d'explication; en vieux français 
on disait généralement: Elle est évanouie, sans le pronom se, qui, 
nous le savons, n'a pas la valeur d'un complément, mais sert seule- 
ment à exprimer que l'action reste renfermée dans le sujet (cf. § 164). 

b) Pronominaux impropres: 

Ici, on sent aujourd'hui nettement le pronom comme complément 
du verbe. On pourrait donc s'attendre à ce que le participe prenne 
le même accord que celui conjugué avec avoir, comme c'est le cas 
actuellement. Dans la vieille langue pourtant le participe s'accorde 
toujours avec le sujet, fait qui s'explique par l'origine de cette con- 
struction ; en effet, je me suis lavé remonte à sum lavatus*). 



1) cf. § 162 et suiv. 

SNEVDERS DE VOQEL. Syntaxe historique. 14 



210 LE VERBE 

Voici quelques exemples: La langue me sui brûlez, Montaiglon, 
Contes et Fabl., IV, p. 240. 

Granz coz (coups) se sont doné, 

Chans. d. Sax., II, 33. 
Je me suis pensée que plus beau mariage ne pourroit trouver, Jehan 
de Paris. — Ils se sont donnez la mort, Montaigne. 
Nous nous sommes rendus tant de preuves d'amour. 

Corn., Mélite, V, 6, 1738. 
Nous nous sommes parlés très franchement, Mme de Maint., Corr. 
gén., IV, 168. — Us s'étaient coupés la main, Volt., Liberté, Théocratie, 
XXXVI, p. 257. — Et Chabaneau, Hist. de la conjugaison franc., 
dit: „En Angoumois, les femmes, même instruites, disent: c'est ce 
que Je me suis dite." 

Mais quoiqu'on en trouve des exemples jusqu'au xyiii» siècle. 
Ménage déjà a combattu cette construction, de même que Corneille, 
et elle se fait rare à la fin du xvii« siècle. 

Aujourd'hui, nous analysons la construction, et nous faisons accorder 
dans l'orthographe le participe avec le complément direct, s'il précède; 
c'est donc la même construction qu'avec l'auxiliaire avoir. 



V. LES TEMPS 

A. OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

Remarques 298. Le schéma qui se trouve aux pages 212 et 213 
générales, nous montre les différents moments du temps que 

l'esprit humain se représente et la façon dont la langue 

les exprime. 
La grammaire historique n'a pas à s'occuper des éléments qui 
ne varient pas; c'est la philosophie du langage qui s'en occupe, 
tandis que la grammaire descriptive ne peut pas non plus les 
négliger impunément. Or, précisément dans l'histoire des temps, 
il y a beaucoup de choses qui ne changent pas, qui restent les 
mêmes à toutes les époques de la langue, et que nous pouvons 
donc passer sous silence. Remarquons pourtant dans le schéma 
le fait que, surtout pour le passé, la langue a plusieurs moyens 
d'exprimer le même moment du temps; c'est que l'action peut être 
momentanée ou d'une certaine durée, elle peut se répéter à plusieurs 
reprises, être isolée ou être considérée dans ses conséquences, on 



AUXILIAIRES DE TEMPS 211 

peut en voir nettement le commencement et la fin ou seulement 
l'un ou l'autre. 

Relevons ensuite que, pour les vérités générales, il n'y a pas de 
temps. On se sert du présent: L'homme est mortel, du passé: 
L'homme a toujours été mortel, ou du futur: L'homme sera toujours 
mortel. 

Enfin,, on remarquera que ni pour le subjonctif ni pour le conditionnel 
on n'a senti' le besoin d'exprimer clairement toutes les nuances du temps. 

B. AUXILIAIRES DE TEMPS 

Auxiliaires de 299. Quand on veut exprimer une durée, on a une 
temps. forme spéciale pour le passé (l'Imparfait); pour 

le présent et le futur — et pour le passé aussi — on a recours à 
des circonstanciels comme longtemps, toujours, à des périphrases 
comme être en train de, être occupé à, avoir l'habitude de, enfin à 
des auxiliaires de temps comme aller et être suivis du gérondif et 
du participe présent. 

Ces deux auxiliaires sont particulièrement fréquents en vieux français; 
dans les laisses en -ant on en trouvera de nombreux exemples: 
Terre, car uevre, si me va englotant! 
Dame Guiborc, mar m'irez atendant; 
Ja en Orenge n'ier je mais repairant, 

Aliscans (Clédat p. 71). 
Le second vers est intéressant, parce qu'il montre que le verbe 
aller a complètement perdu son sens propre, puisqu'il s'emploie 
même avec des verbes qui expriment le repos. De même dans: 
Uvrez, fait saint Thomas guis ala atendant 
„qui les attendait". 

St. Thomas de Cantorbéry (Clédat, p. 17). 
Car chevalchiez! Pur qu'aXez arestant? 
„ pourquoi vous arrêtez-vous", 

Roland, 1783. 
Ne va disant: ma main a faict cet œuvre. 

Les Quatrains de Pybrac, V. 
Aujourd'hui la périphrase avec être ne se trouve plus guère, et 
celle avec aller s'est restreinte aux cas oii l'on sent l'idée de mouve- 
ment au propre ou au figuré : La rivière va en serpentant, la somme 
va en diminuant. 



212 



LE VERBE 



PASSÉ 





Passé par rapport au 
passé 


Passé simple 


Passé par rapport 
futur du passé 


1 


1 

i Plus-que-parfait 

i {f avais fait) 


Imparfait 
[je faisais) 


Futur antérieur du pa 
(/aurais fait) 




1 Passé antérieur 

(feus fait) 

i 


Passé défini 
(je fis) 




Mm 

3= 

■a \ 


Passé défini 
(je fis) 


Passé indéfini 
(fai fait) 






! 


Infinitif fiistorique 
(de faire) 






• 


Présent historique 
{je fais) 




c 1 


Plus-que-parfait 
(que f eusse fait) 


Imparfait 
(que je fisse) 


Plus-que-parfait 
{que /eusse fait 


O < 
S"] 

3 / 


Passé 
! (que faie fait) 


Présent 
{que je fasse) 


Passé 
{que /aie fait) 


/ 




Conditionnel passé 
{/aurais fait) 




i 
•g 

c3 




Plus-que-parf. du Subj. 
{/eusse fait) 

Plus-que-parf. de l'Indic 
{/avais fait) 




\ 




Inparfait de l'Indicatif 
(je faisais) 





LES TEMPS 



213 



PRÉSENT 



FUTUR 



utur par rapport 
au passé 



Passé par rapport 
au futur 



Futur du passé 
(je ferais) 



Imparfait 
(que je fisse) 

Présent 
[que je fasse) 



jnditionnel passé 
if aurais fait) 

us-que-parfait du 
Subjonctif 

if eusse fait) 

parf. de l'Indicatif 
(je faisais) 



Présent 
{je fais) 

Passé indéfini 
(fai fait) 



Présent 
(que je fasse) 



Condition, présent 
(je ferais) 

Imparf.du Subjonctif 
(je fisse) 

Imparf. de l'Indicatif 
{je faisais) 



Futur antérieur 
(f aurai fait) 

Futur 
(je ferai) 



Passé 
(que /aie fait) 

Présent 
(que Je fasse) 



Futur 
(je ferai) 

Présent 
(je fais) 



Présent 
(que je fasse) 



Conditionne! passé Condition, présent 
(/aurais fait) (je ferais) 



Plus-que-parfait du 
Subjonctif 

(f eusse fait) 



Imparfait du Subj. 

(je fisse) 

Imparf. de l'Indicatif 
(je faisais) 



214 LE VERBE 

La vieille langue connaissait encore le verbe souloir, „avoir l'habi- 
tude de", aujourd'hui tombé en désuétude, et elle s'en servait quelque- 
fois là où nous nous contenterions du verbe simple: 

Ja'st ço RoUanz, qui tant vos soelt amer, 

Roland, 2001 (Clédat, p. 27). 
Cf. en espagnol: Solia ser de los buenos e los grandes d' Espanna, 
Zauner, Span. Elementarbuch, 2, 48, oij solia ser = era — La même 
idée est exprimée parfois par vouloir '). 

La se voldront pèlerin adrechier, 
Par la Iront Rochemadoul poier, 

Moniage Guillaume, 6560. 
Or, Mesdames, je vous prie que les hommes, qui nous veulent 
peindre tant inconstantes, viennent maintenant ici et me montrent 
un aussi bon mari comme cette-ci fut bonne femme, Marg. d'An- 
goulême, Hept., XXI. 

Pour rendre l'idée de .être sur le point de", la langue dispose de 
plusieurs verbes: fui failli attendre, il pensa mourir et dans la 
vieille langue devoir: 

Qui tant me plot et abeli 
Que je m' an dui por fos tenir. 

Chrétien, Chev. au lion, 476 (Clédat, p. 146). 
Si corn il dut sor son cheval monter 
Li cuers H fait, 

Atiscans (Clédat, p. 78). 
Tiecelins saut toz esmaiés. 
Qui dut estre mal paies. 

Renard (Clédat, p. 171). 

Rem. 1. On sait que devoir, suivi de l'infinitif, peut exprimer le futur, 
ci. § 291, et qu'il est aussi auxiliaire de mode, cf. § 204i>>s et 206. 

Pour les auxiliaires de temps qui expriment le futur, voir § 314 et suiv.; 
pour ceux qui expriment le passé. § 305 et suiv. 

Rem. 2. Le hollandais connaît aussi le passage de l'idée de volonté i 
celle d'habitude: Hij wil wel eens ondeugend zlfn. — L'adverbe volontiers 
exprime quelquefois la même idée: 

Volontiers les constans qui n'ont qu'une maistresse, 
S ils ont beaucoup de foy. n'ont que fort peu d'adresse, 

J. de Mairet. Les galanteries du duc d'Ossone. IV, 2. 



') Cf. A. Schwabe, Vouloir + in/, als Umschreibung des Verbs und im Sinne 
von .pflegen", Diss. Gôttingen. 1915. 



LE PRÉSENT 215 

Volontiers on fait cas d'une terre étrangère, 
Volontiers gens boiteux /laissent le logis, 

La Font., Faltles, X, 3. 

C. PRÉSENT 

Le présent pour 300. Notre Schéma nous montre qu'on se sert souvent 
le passé et le du présent pour le futur et pour le passé. 

Le latin aussi bien que le français se sert du présent 
au lieu du passé pour rendre le récit plus vif. En latin et surtout 
en vieux français il régnait une grande liberté, de sorte qu'on mêlait 
à chaque instant des présents à des passés: 

Et pluet menuement et grésille et venta, 

Berthe aux grands pieds (Clédat, p. 58). 

Au XYii*^ siècle la liberté devient moins grande, quoique Pascal et 

Vaugelas en présentent encore de nombreux exemples; on trouve 

même exceptionnellement le présent après comme si: Comme si cette 

bassesse est du même ordre, Pascal, Pensées, II, 23. 

L'emploi du présent pour le futur est rare en latin classique, mais 
s'étend en latin vulgaire: Si fideliter petitis, dominas velociter adest, 
Grég. de Tours. — Cet usage se continue en français. 
Trencherai // la teste a ma spee forbie; 
Il et H doze per sont livret a martirie, 

Pèlerinage, 698 et suiv. 
Ce ne sera point vous que je leur sacrifie, 

Mol., Fem. Sav., V, 5. 
Aujourd'hui on sait que le présent peut indiquer un futur très proche: 
Je pars demain à huit heures. 

D. TEMPS PASSÉS ^) 

a) Formes qui remontent au latin classique 

L'Imparfait en 301. L' I m p erf ect u m a en latin le même emploi 

latin. que l'Imparfait français: Tum cum Sicilia florebat 

opibus et copiis, magna artificia erant in insula (état). — Ut Romae 

1) Th. Kalepky, Zur franz. Syntax (Zeitschrift far rom. Philologie, XVIII, 
p. 498 et suiv.) — W. Mueller, Beitr. zur Gesch. des /mpetfektum Indicativ im 
Altfranz., Diss. Heidelberg, 1904. — P. Schaeclitelin, Das Passé défini und Impar- 
fait im Altfranz. (Beih. zur Zeitsctir. f. rom. Phil., 30). — J. Schoch, Perf. 
fnstoricum und Perf. praesens im Franz, von seinen Anfàngen bis 1700 {Beitr. 
zur Gesch. der roman. Sprachen und Litteraturen, IV). — Cf. aussi les notes des 
pages 225 et 226. 



216 LE VERBE 

consules, sic Carthagine quotannis bini reges creabantur (répétition). 

Rem. L'/n/initivus descriptivus remplace quelquefois l'imparfait: Nlhil 
Sequani respondere sed in eadem tristitia perraanere, Caesar, De bello 
gallico, I, 32. 



Le perfectum 302. Le Perfectum a en latin classique deux sens: 

en latin a 1) Perfectum tiistoricum: Veni, vidi, vie! (faits 
deux sens. 

successifs). — Magister laudavit diligentiam discipu- 

lorum (action isolée). 

2) Perfectum praesens, qui équivaut au perfectum grec et qui 
est donc, au fond, un temps présent, puisqu'on n'a dans l'esprit que 
les conséquences d'un fait: Deus hune mundum procreavit „a créé, 
est le créateur de ce monde." — Memini, odi, novi, actum est, 
perii; fuimus Troes, „nous avons été, c.-à-d. nous ne sommes plus, 
c'en est fait de nous," Virgile, Enéide, II, 325. 

La même idée est rendue quelquefois en latin par le participe 
passé avec habeo: Urbem captant habeo, cognitum habeo, mihi 
persuasum habeo, qui sont, je le répète, des temps présents. 

Rem. On trouve dans toute la latinité des phrases, surtout relatives, où 
un plus-que-parfait a le sens d'un parfait: Fugitivos ille, ut ilxtram, huius 
patri vendidit, Plaut., Captivi, 17. — /ccius Remus .... qui tum oppido 
praefuerat . . . nuntium ad eum mittit, Caes., De bello gall., M, 6, 4. — 
Reingressi sumus via. qua veneramus. inter montes illos, quos superius 
dixeram, Peregrinatio, S, 10. — LOfstedt explique cet emploi ainsi: on n> 
pas voulu employer pour l'action secondaire, contenue dans la subordonnée, 
le même temps que celui de la principale ; on a donc choisi le plusque-parfait 
pour la mettre à l'arrière-plan. Cf. pour le vieux français § 304, Rem. 2a. 

303. En latin postclassique relevons seulement que les auteurs 
font un emploi très libre du praesens historicum, surtout 
Grégoire de Tours, emploi que nous allons retrouver eit vieux français. 

Puis le parfait composé (captum habeo) s'étend de plus 
en plus, comme nous le verrons plus loin. 

L'Imparfait en 304. Du rx' au xii« siècle l'imparfait est assez rare 
vieux français. ^^^^ j^j ^^^^^^ Qn en trouve dans les 500 premiers 
vers du Roland seulement trois exemples: 

Chascuns portout une branche d'olive. 

Meillor vassal n'aveît en la cort nul 
(à côté de: Meillor vassal n'ot en la cort de lui). 



LES TEMPS PASSÉS 217 

Hier main sedeit l'etnperere suz l'umbre, 

Roland, 203, 231, 383. 
Quand on veut exprimer la simultanéité dans les descriptions, on 
se sert ordinairement du passé défini: 

Li reis Marsilies en fut molt esfreez 
Un algier tint ki d'or fut empenez, 

Roland, 438. 
Li cuens Rollanz se jut (= était couché) desuz un pin, 

Ibid., 2375. 
A partir du xii= siècle l'imparfait fait des progrès visibles, notam- 
ment dans Chrétien de Troyes : 

Devant aus toz chaçoit // rois 
Sor un chaceor espanois, 

Erec, 123-124. 

Depuis, l'imparfait va de plus en plus prendre le rôle de temps 
descriptif dans le passé: En ce point que li roys estoit en Acre . . . 
et jouoit // cuens de Poitiers si courtoisement que . . ., Joinville. 

Au xiv« siècle de pareilles phrases deviennent tout à fait communes 
et dans certains passages de Froissart (1337— ± 1430) l'opposition 
entre l'imparfait et le parfait est aussi sensible que dans la langue 
moderne: Si ne peurent gaigner le pont, car il estoit bien garni, 
et fu bien de f fendu. 

Cependant on trouve encore au xvi^ siècle des exemples de l'an- 
cienne syntaxe, oij le passé défini jouait dans la description le rôle 
qui a depuis été réservé exclusivement à l'imparfait: 

// sembloit à le voir d'un fleuri renouveau, 
Il eut la taille belle et le visage beau 
Son teint étoit de lis, 

Desportes (dans Malh., IV, 387). 
Rem. Quelquefois l'imparfait équivaut presque à un présent: 
O fUz, cui terent mes granz hereditez, 
Mes larges terres, dont jo aveie assez? 

Alexis, 400, 
fait qu'on retrouve dans Molière et dans la langue actuelle et que Meyer- 
Liibke, III, 123, explique comme dû à une sorte de modestie. Cf. pour le 
latin: Parum servus tuas argentum habeo. Vellebam cum tais legatis 
pueram dirigere, ut melius Constantinopole argentum mercaret, Frédegaire, 
96, 17, et pour le français moderne: Je voulais vous demander. — le 
venais vous prier. 



218 LE VERBE 

Le passé défini 304- L'emploi du passé défini est dans la vieille 

est très employé langue plus étendu qu'en français moderne et on 
en vieux français. , 

s en sert fréquemment là où de nos jours on met- 
trait l'imparfait. Meyer-Lûbke voit dans ce fait un phénomène qui a 
rapport au style plutôt qu'à la syntaxe: l'homme du moyen-âge voit 
des actions où nous verrions une peinture, un tableau. 

Si pourtant l'imparfait a regagné bien vite le terrain perdu, il semble 
que la raison s'en trouve dans la nature hybride du parfait. En effet, 
ce temps gardait en vieux français les différentes fonctions qu'il avait 
en latin; en prenant par-dessus le marché les emplois de l'imparfait, 
son domaine était devenu trop vaste et son sens trop peu précis, 
pour qu'il ait pu se défendre contre l'attaque qui lui venait de deux 
côtés, d'une part de l'imparfait, d'autre part du passé indéfini, comme 
nous allons le voir tout à l'heure (Cf. § 310 et suiv.). 

Rem. 1. La disparition du parfait grec devant l'aoriste s'explique de la 
même façon : idoixtvKx a disparu. iloûM^a est resté. 

Rem. 2. Relevons encore quelques particularités du vieux français: 
a) Le passé dans la toute vieille langue pouvait être marqué par la forme 
du plus-que-parfait latin: Buona pulcella fat Eulalia, bel avret corps . . . 
Voldrent la faire diaule servir, Eulalie. — Nous avons déjà relevé cet 
emploi curieux en latin classique; cf. § 302.": 

*) De même on trouve le passé antérieur ou le plus-que-parfait français 
à la place du passé simple: 

Quant l'ot II patriarches, si s'en voit conreder; 
Et ont mandét ses clers en albes atirez. 

Pèlerinage, 142 (Clédat, p. 381. 
Celé ala a iescrin, si /'avolt defenné (l'ouvrit), 

Orson de Beauvais. 595. 
c) Le contraire, le passé simple remplaçant le passé antérieur ou le 
plus-que-parfait, s'est maintenu longtemps dans la langue: 
Dis blanches mules fist amener Marsilies 
Que II tramist ( = avait envoyées) // rels de Suatilie, 

Roland, 89. 

b. Nouvelles formations*) 

305. La langue a perdu plusieurs temps du passé. Si le perfectum s'est 
maintenu, toutes les formes qui en dérivent: amaverim, amavisse, 
amaveram, amavissem (avec son sens primitif), amavero, ne se 



') Thielmann. Habere mit dem Part. perf. pass. {Archiv far die lat. Lexiko- 
graphlc. 11). — Cf. aussi Foth, Die Verschiebung lat. Tempora in den rom. Sprachen 
(Rom. Studien, II. 1876). 



LES FORMES PÉRIPHRASTIQUES DU PASSÉ 219 

trouvent plus en français et ont été remplacées par de nouvelles for- 
mations. Il en est de même du futur, et le français connaît même un 
futur dans le passé, temps qui était inconnu au latin. 
Nous devons donc traiter: 

1) L'origine des formes analytiques du passé: j'ai chanté, j'avais 
chanté, etc.; je suis venu, j'étais venu, etc. 

2) L'origine du futur et du futur du passé: je chanterai, je chan- 
terais (Cf. § 289 et suiv.) 

Habere avec 306. Comme on le voit, le français a deux auxiliaires 

un participe (je temps habere et esse. Parlons d'abord de 
passé. 

habere. 

Comme nous l'avons vu au § 302, le latin classique connaît déjà 
la combinaison habere + part. parf. passivi, mais elle expri- 
mait toujours un état, ce qui est assez naturel, parce que le participe 
était originairement un adjectif qui n'était pas incorporé dans la 
conjugaison du verbe et qui n'exprimait donc pas du tout le passé. 
Seulement comme cet état était évidemment la conséquence d'une action 
précédente, l'idée de temps s'y est ajoutée peu à peu; et habeo 
cognitum, habebam cognitum ont fini par exprimer la même 
chose que cognovi, cognoveram, „j'ai appris, j'avais appris." 

Dans domum emptam habeo l'évolution a eu lieu plus lentement, 
puisqu'ici le sujet de habere et celui de emere ne sont pas 
nécessairement identiques. De même promissum habeo signifie: 
„j'ai la promesse d'un autre". Mais plus le sens propre du verbe 
habere s'efface, plus le sens verbal du participe s'accentue, et plus 
la construction se rapproche de la signification du parfait et domum 
emptam habeo et promissum habeo "(insstni k: j'ai acheté 
la maison et j'ai promis, oii il y a nécessairement un seul et même 
sujet. D'ailleurs, en latin classique on trouve déjà des exemples où 
la différence entre le sens primitif et celui du perfectum, entre 
emptum habeo et emi, ne se sent presque pas: In alas divisum 
socialem exercitum habebat, Liv., XXXI, 21, 7, „il tenait (avait) 
réparties sur les flancs les troupes des alliés;" l'accusatif in alas au 
lieu de in alis prouve que l'idée d'action prédomine. 

esse avec un 307. A côté de habere, qui s'affaiblit et passe à 

participe passé, l'^jat d'auxiliaire de temps, on a esse avec le même 

sens-. En effet, esse exprime lui aussi un état: actum est, „c'est 

fini," c.-à-d. le résultat d'une action tout comme habere. On l'em- 



220 LE VERBE 

ployait en latin, non seulement comme passé du passif, mais aussi 
comme passé des verbes neutres en -or (§ 167): levatus est, „il s'est 
levé," ruptum est, „il s'est" cassé.'" Relevons surtout les déponents 
iratus sum, ,je suis irrité," natus sum, ,je suis né," mortuus 
sum, „je suis mort," obitus est, „il est décédé", en latin vulgaire; 
partitus sum, „je suis parti" (avec changement de sens). 

11 est donc naturel qu'on ait pris l'auxiliaire esse pour rendre le 
passé des verbes- neutres qui indiquent un état, venutus sum, ,je 
suis venu", ambulatus sum, „je suis allé", evanutus sum, ,je 
(me) suis évanoui", pour veni, ambulavi, evanui. 

En principe, tous les verbes exprimant un état se conjuguent avec 
esse, tous les verbes exprimant une action avec habere. Seulement, 
aussi haut qu'on peut remonter, on trouve des dérogations à cette 
règle. C'est qu'en effet il est souvent difficile de constater si, dans 
tel ou tel cas, le verbe exprime une action ou un état, et c'est 
seulement par une analyse très délicate de la pensée qu'on pourrait 
y arriver. Et aujourd'hui encore il y a plusieurs verbes neutres qui 
tantôt se conjuguent avec avoir, tantôt avec être. L'espagnol et le 
roumain sont plus simples: ils se servent de l'auxiliaire haber et a 
avea pour former les formes périphrastiques du passé de tous les 
verbes, neutres aussi bien qu'objectifs: he venido, ,je suis venu", 
au iesit, „ils sont sortis." Et il n'en est pas autrement du français 
populaire, qui lui aussi se sert de avoir comme auxiliaire de tous 
les verbes, à l'exception du verbe être, qui, à rencontre de la langue 
générale, se conjugue avec lui-même: J'ai resté dix ans dans la rue 
d' la Galté, Benjamin, Gaspard, p. 11. —Où elle a mouru, G. Sand, 
Jeanne, p. 126. — C'est parce que Je F veux bien que j'y suis pas 
t'été, Barbusse, Le Feu, p. 10. — Ajoutons que c'est surtout dans 
l'Est que avoir s'est généralisé. 

Rem. 1. Pour l'auxiliaire des verbes pronominaux, cf. §§ 167 et suiv. 

Rem. 2. Le sens primitif de emptum habeo est rendu en espagnol par 
tengo comprado. Il arrive pourtant, par une évolution analogue à celle de 
habere, que le verbe Uner passe à l'état d'auxiliaire: Cuantas noches nu 
tengo levantada para mirar el cielo, .combien de nuits me suis-j« levée 
pour regarder Je ciel?'' Valdés, La hermana S. Sulpicio, XVI. — Cette 
nouvelle évolution est achevée en portugais. 

Rem. 3. En catalan, et sporadiquement en provenfal. aller, suivi d'un 
infinitif, sert à exprimer le passé: Y me vaig sentir mes fort, Y tii vas 
s*r mes hermosa, .Et je me suis senti plus fort, et toi, tu as été plus Iwlle." 
J. Pons, Paraules d'amor, 8 et 10. 



LES FORMES PÉRIPHRASTIQUES DU PASSÉ 221 

Enumération ^08. Ces nouvelles formes périphrastiques provenant 

des nouvelles ^q verbe habere ou esse avec un participe vont 

remplir plusieurs fonctions qui coïncident pour une bonne 

partie avec celles remplies par des formes synthétiques existantes. 

Elles entrent en lutte avec ces formes et les supplantent presque 

toutes, mais à des époques différentes: 

1) cantavi et habeo cantatum. Les deux formes ont subsisté 
longtemps et existent encore à l'heure qu'il est. Nous devons en 
étudier l'histoire. 

2) cantaverim remplacé par habeam cantatum dès l'appa- 
rition des plus anciens textes français. 

3) cantavisse et habere cantatum. Même observation. 

4) cantavero et habere habeo cantatum. Même observation 

5) cantaveram et habebam cantatum. Il n'y a que quelques 
traces du plus-que-parfait synthétique en vieux français; cf. 304, Rem. 2. 

6) cantassem et habuissem cantatum. Le plus-que-parfait 
du subjonctif cantassem a supplanté l'imparfait cantarem. Pour- 
tant il garde, dans la vieille langue, son ancienne valeur à côté de 
la nouvelle; aujourd'hui la forme analytique lui a complètement enlevé 
sa fonction primitive. 

Puis la langue a créé quelques formes que la langue classique ne 
rendait pas: 

1) habens cantatum = ayant chanté. 

2) habere habebam cantatum = j'aurais chanté. 

3) fai eu chanté, construction qui est de formation française. 

Rem. Le plus-que-parfait latin a subsisté en provençal, en espagnol, en portu- 
gais et dans le sud de l'Italie avec la valeur d'un conditionnel; en espagnol 
il garde encore son sens primitif: Mur de Guadalajara un lunes madrugara 
(s'était levé de bonne heure), Zauner, Altspanisches Elementarbuch, p. 150. 

Les formes 309. Les formes composées du passé (passé 

périphrastiques indéfini, plus-que-parfait, passé antérieur, futur anté- 

forment une . , j . , .,,.,,,.. , , 

unité incomplète rieur), formes dont nous avons étudie 1 origine et le 

en vieux français, développement en latin classique et en latin vulgaire, 
sont constituées en vieux français. Le verbe avoir a presque com- 
plètement perdu le sens primitif de „posséder," de sorte qu'on a pu 
dire par exemple: J'ai perdu la fleur de France. 

Pourtant si le sens de possession a disparu, celui de temps se 
fait toujours sentir dans la vieille langue, j'ai fait gardant d'abord 
son sens primitif de perfectum praesens. 



222 LE VERBE 

Pour que cette forme j'ai fait soit vraiment une, il faudrait que 
le sens devienne le même que celui de je fis, puis que la forme 
aussi devienne invariable, comme je ferai < je faire ai. 

On n'en est pas encore arrivé là; mais on a franchi différentes 
étapes qui rapprochent de ce but. 

Parlons d'abord de la forme: 

à) En vieux français la place du participe par rapport à l'auxiliaire 
est beaucoup plus libre qu'actuellement; on trouve: 

auxiliaire — participe — complément 

auxiliaire — complément — participe 

complément — auxiliaire — participe 

participe — auxiliaire — complément, et d'autres constructions: le 
sujet ou d'autres membres de la phrase pouvant séparer le participe 
de l'auxiliaire. 

Pourtant dès l'époque la plus reculée la tendance se manifeste à 
placer le participe à la fin, et l'auxiliaire, étant atone, tend à se 
placer devant le participe. A la fin du xvi« siècle nous constatons 
presque exclusivement la position auxiliaire-participe. 

Puis, l'auxiliaire et le participe ne sont plus séparés à cette époque 
que par quelques adverbes, les mêmes qui, dans la langue actuelle 
aussi, peuvent se mettre entre auxiliaire et participe. L'union est donc 
devenue plus intime, sans que pourtant les deux mots en soient 
arrivés à former un tout inséparable. D'ailleurs, il faut bien remarquer 
que la séparation de deux formes n'amène pas nécessairement une 
rupture de l'unité d'idée, à preuve la négation ne . . . pas. 

b) Un autre fait qui nous démontre que le groupe ne constitue 
pas encore une forme verbale unique, est celui-ci: On n'a pas besoin 
de répéter l'auxiliaire, même s'il devait se trouver à une autre forme: 
Ainz que m' amie .... 
Aiez baisié n'ele vos acolé. 

Enfances Ogier, 2778. 
Avoir peut même manquer, quand un participe conjugué avec être 
précède : Se sont privez de la gloire de leurs bien-faictz, et nous du 
fruict de l'imitation dUceux, Du Bellay, Deff. (Darm., p. 201). — 
Pourquoi ainsi soubdainement estoit party de son repos, et envahy 
les terres, Rab., I, 28. 

ATy sont-z/f pas montés et fait de mêmes mains 
Des règles aux troupeaux et des lois aux humains? 

Rotrou, Saint Genest, I, 3. 



LE PASSÉ INDÉFINI, LE PASSÉ DÉFINI ET L'IMPARFAIT 223 

c) Enfin, tant que le participe s'accorde encore avec le complément, 
l'unité des deux formes n'est pas encore complète. Or, on ne saurait 
douter que l'évolution régulière et naturelle de la langue ne soit de 
laisser le participe invariable dans tous les cas. En effet, on constate 
dès l'époque la plus ancienne une tendance à ne pas faire l'accord: 
En ses granz plaies des pans li at fichiét, 

Roland, 2173. 
Fortune du haut de sa roe 
Ma bien jette enmi la boe 
Et mise en dure adversité, 

Miracle de Berthe (Clédat, p. 424). 
Mais on rencontre aussi des exemples — et ils sont très nombreux — 
oii l'accord se fait en vieux français avec le complément direct qui 
suit; et aujourd'hui même l'union entre participe et auxiliaire n'est 
pas encore tout à fait complète. Il y a encore des cas où la gram- 
maire prescrit l'accord, quoique le peuple — et même des gens 
instruits — ne la suive pas, heureusement, parce que ces règles 
vont contre le génie de' la langue. 

Pour l'accord du part, passé, voir § 287 et suiv. 

Le passé indéfini 310. Quant au S e n S, nous avons vu que le passé 

marque un état, indéfini indiquait d'abord le résultat d'une action: 
puis une action. , , . , ... . . . ,, 

habeo cognitum, „]ai appris, je sais. 

Ce sens, il l'a gardé à travers les siècles, dans la vieille langue, 

aussi bien qu'en français moderne; 

Ço dist li pedre: Chiers filz, cum t'ai perdut! 

Respont la medre: Lasse qu^ est devenuz! 

Alexis, 106 et suiv. 

Il est évident que le père et la mère pensent plutôt au présent 

qu'au passé. 

Le parfait, qui avait la même fonction en latin classique, s'emploie 

encore quoique plus rarement comme tel en vieux français: 

Or, sire, la bonne Laurence, 

Votre belle ante, mo\xrai-elle? 

Pathelin, 158. 

Si, donc, d'un côté le parfait n'a pas encore perdu complètement le 
sens du perfectum praesens, d'un autre côté la forme analytique 
s'étend au détriment du passé défini en prenant peu à peu aussi le 



224 LE VERBE 

sens du parfait historique. On le voit souvent mêlé à des parfaits et 
à des présents historiques: 

Quant ot fait sa proiére, son mantel escourça, 
A Dieu s'est commandée, aval le bois s'en va, 

Berte aux grands pieds (Clédat, p. 59). 
Et puis en sont au conte revenu 
Si li crient .... 

Moniage Guillaume. 
La présence de l'adverbe puis prouve que le passé indéfini a ici 
le sens du parfait historique. Pourtant l'ancien français ne s'en sert 
pas encore avec toutes les fonctions du passé défini, on peut dire 
que, même au xvii* siède, J'ai fait n'est pas encore complètement l'équi- 
valent de Je fis; les auteurs semblent même préférer le passé défini; 
comparez les beaux vers de Racine: 

Ariane, ma sœur, de quel amour blessée, 

Vous mouriîtes aux bords où vous fûtes laissée.' 

Phèdre, I, 3. 
Henri Estienne, dans sa Prec'ellence du langage françois (1572) et 
dans ses Hypomneses (1582), disait qu'on ne pouvait se servir du 
passé défini que lorsqu'un espace d'une nuit se trouvait entre le 
moment où l'on parlait et le moment où finit l'action exprimée. 
Oudin ') déclarait qu'il fallait dire: J'ay veu aujourd'huy, mais: 
Hier Je vis Monsieur; il est donc plus catégorique qu'Estienne qui 
admet Pierre est venu à moi hier à côté de Pierre vint à moi hier. 
C'est en vertu de cette règle que l'Académie désapprouve ces vers 
du Cid, II, 1: 

Je r avoue entre nous, quand Je lui fis r affront. 
J'eus le sang un peu chaud et le bras un peu prompt. 
Comme il ne s'était point passé une nuit entre les deux temps, il 
fallait dire d'après l'Académie: quand Je lui ai fait F affront! 

Le passé défini ^^'' Depuis des siècles le passé défini est donc en 

recule devant recul. L'imparfait lui a repris tout le domaine qui lui 

pass" indéfini.* appartenait en propre et même par un effet de style 

très naturel, mais pourtant difficile à saisir pour les 

étrangers, on peut trouver aujourd'hui l'imparfait là où l'on s'attendrait 

au passé défini. 



') Orammalre française, Rouen, 164S, p. 188. 



PASSÉ INDÉFINI 225 

Si donc dans le style littéraire l'imparfait lui fait concurrence, dans 
la langue parlée on ne s'en sert même plus du tout, du moins à 
Paris. Les cartes 96, 338, 360, 976, 1154 de P Atlas linguistique nous 
prouvent que le passé défini a disparu; au sud, il faut aller jusqu'aux 
départements de l'Allier, de la Creuse et de la Vienne pour com- 
mencer à en trouver quelques-uns sur les cartes; à l'Ouest, la limite 
est plus proche: le passé défini existe encore en Normandie; de là 
vient peut-être que Guy de Maupassant a beaucoup employé cette 
forme grammaticale ^). 

Dans la langue pariée le passé indéfini remplace presque toujours 
le passé défini. Même là où la forme synthétique subsiste, la forme 
composée semble faire une concurrence sérieuse au passé simple. 
M. Meillet, quoique né dans l'AUier, déclare: „La forme du passé 
défini m'apparaît comme barbare ou pédante et je ne puis l'entendre 
dans la conversation ou le lire dans une lettre familière sans en être 
vivement choqué. On ne l'entend que chez des personnes originaires 
des parties de la France où le passé défini subsiste ou chez des 
personnes qui ont trop subi l'influence de la langue écrite". Les 
frères Rosny, qui écrivent à la, fin de leur Daniel Valgraive: Il se 
dissolva dans les ténèbres prouvent pourtant à quelles bévues les 
écrivains s'exposent '). 

312. C'est donc le passé indéfini qui est devenu la forme la plus 
employée de la langue parlée et qui, même dans la langue écrite, 
est nécessaire: 1) si les conséquences de l'action se font encore sentir: 
J'ai oublié mon parapluie; 2) si on parle d'un temps qui n'est pas 
encore entièrement écoulé: Je l'ai vu deux fois cette semaine. 

C'est que dans ce cas on se place surtout au moment qui suit 
l'action. Le passé indéfini transporte l'esprit du présent au passé, 
lie intimement entre eux ces deux temps, mais ce qui importe seule- 
ment, c'est le moment présent. C'est là peut-être aussi une des 
raisons pour lesquelles cette forme verbale est devenue si populaire. 
Ce qui nous intéresse après tout le plus, c'est le présent, et on ne 
pense au passé que comme explication du présent: // a appris 
beaucoup de choses. — J'ai oublié mon parapluie. — Ce vaurien 
m'a volé. 



^) German. Roman. Monatschrift, I, 522. 

2) Ibidem, p. 522. 

SNBYDERS DE voQBL, Syntaxe his oriqae. . 15 



226 LE VERBE 

On comprend donc que dans le langage familier, où l'on est le 
plus naturel et où l'on ne fait pas d'effort pour se détacher du 
présent, on se serve presque exclusivement du passé indéfini. Mais 
si l'on fait du style, la succession de ces formes composées pourrait 
être fatigante et on a volontiers recours au passé défini. 

Somme toute, le développement de nos formes à partir du xvi« et 
du xvii« siècle n'est pas important et consiste surtout dans la restriction 
du passé défini au profit de l'imparfait dans la langue littéraire, au 
profit du passé indéfini dans la langue familière. M. Brunot') dit: ,Les 
temps conservent à peu près la valeur qu'ils avaient au xvi* siècle, 
les théoriciens démêlent seulement un peu mieux l'emploi de chacun 
d'eux. Ce n'est pas la langue qui change, c'est surtout la grammaire 
qui se perfectionne". 

Rem. 1. H. Estienne avait déjà parlé de la distinction du passe deiini 
et indéfini dans son Traicté de la Conformité du language franjois avec le 
grec, mais il avoue .qu'il y avoit un secret caché soubs cet amicte. qaant i 
son nayf usage, dont lui-mesme n'estoit point jusqu'à présent bien résolu". 
Et un savant qui a fait une étude approfondie de nos temps déclare : La 
materia de' Preteriti è assai difficile ed intrigata '). 

Rem. 2. Au xvie siècle Palsgrave (1530), Dubois (1531), Meigret (1550) 
se sont occupés de la définition de notre temps. Il est curieux que Palsgrave 
appelle défini ce que nous appelons indéfini. C'est que j'ai fait cela trouve 
sa base dans le présent, tandis que Je fis cela est indéfini (c.-à-d. indéter- 
miné) et exige une relation de temps, Je fis cela l'année dernière. 

Maupas (1607) et après lui Oudin, ont bien vu la valeur de nos temps, 
mais Vaugelas, Ménage et le Père Bouhours n'en parlent pas '). 

Plus-que-parfait et Passé antérieur 



Le passé 313. Les actions qui précèdent un moment donné 

fréquent'^en"vleux "^^ P^^^^ ^°"* exprimées par le plus-que-parfait et le 

français recule passé antérieur. 

que^parfau et"*ie ^^^ différences qui existent entre ces deux temps, 

plus que-parfait sont les mêmes que celles que nous avons constatées 

compos . entre l'imparfait et le parfait. 
En effet, il avait fini son travail, quand /entrai indique un état. 



I) III. p. 581. 

^) J. Vising, Die realen Tempera der Vergangenheit im framOsischen und den 
abrigen romanischen Sprachen. Eine syntaktischstilistische Studie (Fram. Studien, 
Bnd. VI (1888), 3 et Vil (1889), 2. Il cite le grammairien Pergamini. 

^ Cf. E. Lorck, Passé défini. Imparfait. Passé indéfini (Germ. rom. Monatschrift, 
1914, p. 43). 



PLUS-QUE-PARFAIT ET PASSÉ ANTÉRIEUR. — FUTUR 227 

Quand il eut fini son travail, il sortit, est limité par l'action qui 
suit. J'eus fini mon travail à midi. 

Dans la vieille langue, tout comme le parfait s'emploie là où nous 
employons aujourd'hui l'imparfait, on mettait le passé antérieur là où 
aujourd'hui le plus-que-parfait est de règle: 

Pois li comandet les renges de s'espede 

Et un anel dont il /'out esposede, 

Alexis, 72—73. 
Nous voyons donc que le plus-que-parfait a reconquis le domaine 
qui lui était propre. D'un autre côté, le plus-que-parfait composé fait 
concurrence au passé antérieur, qui n'est plus employé que dans la 
langue littéraire: Et quand Dieu m'a. eu donné une fille, je l'ai 
appelée Noémi, Renan. — Après que l'e du radical atone a eu dis- 
paru, Clédat, Manuel de phonétique et de morphologie, p. 222. — 
J'ai eu fini ma lettre à quatre heures. — Ce temps, rare en vieux 
français, s'étend au xvi^ siècle dans la langue populaire, et s'introduit 
peu à peu aussi dans le style littéraire auquel il donne parfois un 
charme tout particulier, comme dans l'exemple cité de Renan. 

E. FUTUR ET FUTUR DU PASSÉ 

Futur et futur 314. L'Indicatif du futur se formait en latin classi- 
du passé en que en -bo ou en -am: amabo, delebo, vendam, 
audiam; les autres formes du futur sont des formes 
analytiques: amaturus si m, amaturusesse; pour le futur 
du passé amaturus eram (esse m) et amaturus esse: 
Pollicitus est se venturum esse, „il a promis qu'il viendrait". — 
Labienus, veritus ne hostium impetum sustinere non posset, litteras 
Caesari remittit, quanto cum periculo legionem ex hibernis educturus 
esset, ^craignant de ne pouvoir soutenir l'attaqué des ennemis, 
Labienus écrit à César qu'il ne pourrait faire sortir sa légion du 
camp d'hiver qu'avec grand danger," César, De bello gali, V, 47. 

Origine de 315. En latin vulgaire, ces tournures, affaiblies par 
l'infinitif avec ja disparition du passif et par l'usure phonétique 
(d e 1 e b i t passant à d e 1 e v i t p. ex), sont rempla- 
cées peu à peu par une forme analytique, qui a l'avantage de présenter 
la même combinaison dans tous les cas: amare habeo, habeam, 
habui, habebam, haberem, habere, habens, mêmeamari 



228 LE VERBE 

h a b e r e, etc., pour amabo, amaturus si m, amaturus fui, 
eram, esse, amaturus, amatutn iri. 

La tournure Infinitif avec h a b e r e se rencontre dès le premier 
siècle après J. C. avec le sens de .devoir": Venit ad me pater: quid 
habui dicere? „que devais-je dire?" Sénèque, Controv., I, 1, 19. — 
Dans TertuUien (150—230) on voit que l'idée de nécessité s'est déjà 
affaiblie et que la tournure n'exprime que le simple futur; Tamquam 
ovis ad victimam adduci habens et tamquam ovis coram tondente 
sic os non aperturus, ce qui est la paraphrase d'Esaïe, L\\\, 7 : sicut 
ovis ad occisionem ducetur, «semblable à un agneau il sera mené à 
la boucherie". 

Formes qui 316 En vicux français les deux éléments constitutifs 
restent en franc, ^jg ç^^\xt forme analytique se sont à l'indicatif de 
nouveau soudés dès l'époque la plus ancienne: dans les Serments 
on trouve: prendrai et salvarai; dans le Roland: vuldreie. 

La conséquence de ce fait est qu'on n'a plus senti le verbe avoir 
comme auxiliaire du futur et qu'une nouvelle forme analytique a pu 
supplanter bon nombre des formes citées plus haut (§ 316). Les verbes 
devoir et aller suivis de l'infinitif ont fait concurrence à la combi- 
naison infinitif avec habere: amare habens se rend en français 
par devant aimer, tournure qu'on emploie d'ailleurs très peu; de 
même l'infinitif est devenu devoir aimer, tandis que, si l'on veut 
exprimer un futur très proche, on a recours à aller. Enfin, pour le 
subjonctif on n'a pas senti le besoin de garder une forme spéciale 
distincte de celle du présent: Je suis content qu'il ne soit pas 
malade, en latin: gaudeo quod non sit aeger. — Je suis content 
qu'il ne vienne pas, en latin : gaudeo quod non venturus sit. — 
Restent donc en français: je chanterai, f aurai chanté, je chanterais, 
f aurais chanté 

Rem. En Italien, en provençal et en espagnol les deux éléments sont 
encore séparables dans la vieille langue: Mal aja la persona ke g'k far 
coardla! .maudit soit celui qui fera couardise,'' Giacomino da V'erona 
(Wiese, Altii. Elementarbuch, p. 225). — Dar-vos-em fromen. «nous vous 
donnerons du iroment." Appel, Provenz. Qtrcstomathie, 51. 36. — Qonçalvo 
Gustioz, fazerlo e (= je le ferai) esta que me dUes. Zaunet. 'Allspan. 
Elementarbuch, p. 162, 1. 22 

Futur 

Fonctions du 317. La fonction principale d'une forme comme je 
Futur. chanterai consiste naturellement à exprimer un moment 



LE FUTUR 229 

futur par rapport au présent, tandis que Je chanterais indique un moment 
futur dans le passé: // m'a déclare qu'il ne partirait pas; mais 
d'autres idées peuvent s'ajouter à ce sens fondamental. 

Nous avons vu au § 202 qu'on peut se servir du futur pour expri- 
mer un ordre: Tu ne déroberas point. — Vous m'apporterez un bock. 
L'idée future qui se trouve implicitement renfermée dans un auxiliaire 
comme vouloir peut une seconde fois être exprimée par la forme 
du verbe: 

Mais se Deu plaist, ges fei-ai desnichier, 
Mon dreit seignor ne voldrai sol laissier, 

Cour. Louis, 1985 et suiv. 

Dans les phrases suivantes la langue usuelle remplace le futur antérieur 
par le passé indéfini: 

Molt larges terres de vus avrai conquises, 

Roland, 2352. 

Un des plus beaux faits d'armes de l'offensive du 16 avril aura 
été la prise de Loivre, Illustration, 19 mai 1917, p. 476 a. — Vous 
avez su éviter les deux choses les plus haïssables qui soient au 
monde: vous «'aurez pas menti et vous n'aurez j) as été ridicule, 
Meilhac et Halévy, Frou-frou, II, 7. 

Dans tous ces exemples l'auteur se place à un moment futur pour 
que la constatation ait plus de valeur: „on dira, on verra que J'ai 
conquis, — que la prise de Loivre a été un beau fait d'armes, — 
que vous n'avez pas menti." 

D'un autre côté, si on juge sur ce qui arrivera, ou sera arrivé, le 
jugement en devient nécessairement moins sûr, plus subjectif. De là 
la construction // sera malade '), // aura été malade pour exprimer 
une supposition ^). 

Rem. Puisque il sera malade renferme une supposition par rapport au 
présent, // serait malade aurait, à priori, pu indiquer une supposition par 
rapport au passé, c.-à-d. signifier „il aura été malade." Cette fonction se 
trouve en effet en espagnol et en portugais: Séria usted una criaturita, 
,vous aurez été alors une petite fille," Valdés, La hermana San Sulpicio, V. 



') Egalement dans Plante: Quid? déliras. Sic erlt, ,Ce sera ça." 

2) Cf. Tobler, I, 37 Futur antérieur au lieu du parfait périphrastique; II, 17. 

Vom Gebrauch des Fut. Praet. — Clédat, Le futur à la place du présent (Mél. 

Chabaneau, 311—324). 



230 LE VERBE 

Autres formes 318. Le contraire du phénomène traité plus haut se 

qui s'emploient rencontre aussi; souvent on se sert du présent 
avec le sens 
du futur. ou du passé indéfini au lieu du futur ou du 

futur antérieur, pour rendre le récit plus vif: 

à) Trencherai H la teste a ma spee forbie. 

Il et H doze per sont (= seront) Hvrét a martirie, 

Pèlerinage, 699. 

b) Tôt le païs ont (= auront) a dolor torné, 

Gentils ont, se vos nel secorez, 

Cour. Louis, 2401 et suiv. 

Rem. 1. De même en italien le futur antérieur au lieu du futur simple: 
Tre gioml ancora, e Odoardo sarà partilo (= partira). // padre di Teresa 
lo accompagnera sino ai con/ini, Foscolo, Jacopo Ortis. 

Rem. 2. Par suite d'une contamination entre le discours direct et le dis- 
cours indirect on trouve souvent le futur simple au lieu du futur du passé : 
Que de Police me sont venu li brief 
Que me tramlst li riches rois Gai/iers: 
Que de sa terre me donra un quartier. 

Charroi de Nîmes (Clédat, p. 83 et suiv.). 

LeFuturduPassé') 

Le futur du passé 319. Des deux tournures cantare habebam et cantare 

dans la subor- habui, le français a gardé seulement la première: je 

la" principale. chanterais, tandis que l'italien a gardé les deux: 

canterebbi (canterei) et canteria. 
Comme ce temps indique un futur par rapport au passé, ce dernier 
est en général exprimé, et- nous constatons donc que notre forme 
verbale se trouve le plus souvent dans les phrases subordonnées: 
Je vous disais bien qu'il viendrait. Déjà en vieux français: 
Qui de ça se vantait .... 
Qu'il la fereit eissir tote de son chenal, 

Pèlerinage, 765 et suiv. 
Le futur du passé n'exprime pas nécessairement les pensées du sujet 
de la principale; l'auteur lui-même peut se placer au point de vue 
du passé, et faire des constations pour l'avenir: Au frottement de la 



1) Cf. Tobler; 11, 136—154, Vom Oebrauche des Futurum PraeUriti. — Bally, 
Le style indirect libre en français moderne {Qerm. Rom. Monatschrift. 1912, 
p. 549 et 597). — Kalepky, Zum .style indirect libre" („VerscMeierte Rede"). 
ibid., 1913. p. 608—619. 



LE FUTUR DU PASSÉ 231 

richesse, il s'était placé dessus (c.-à-d. sur son cœur) quelque chose 
qui ne s'effacerait plus, Flaubert, M'"" Bovary. 61. — Souffrait- 
elle de son mari sans en rien montrer? Uavenir le dirait, Bourget, 
Idyll. trag. 306. 

Comme le prouve la dernière citation, le futur du passé s'emploie 
aussi dans les phrases principales; il est particulièrement fréquent dans 
le style indirect libre; le moment du passé est alors indiqué soit par 
ce qui précède, soit par un verbe déclaratif intercalé, ou enfin c'est 
au lecteur de comprendre de quel moment du passé il s'agit: Cette 
pensée le travaillait encore le soir, quand il les vit rire et parler 
de choses indifférentes: ainsi on pourrait être joyeuse après qu'il 
serait mort? R. Roland, Jean Christophe, L'aube, 92. — On sait 
que l'auxiliaire devoir, qui exprime plusieurs formes du futur simple, 
remplace également souvent le futur du passé, notamment quand on sent 
encore un peu l'idée de nécessité, soit parce qu'il s'agit d'une chose 
convenue d'avance, soit parce qu'il s'agit d'une chose inévitable: Le 
lendemain il partit; il ne devait plus revoir sa patrie. — Les Braves 
devaient passer le canal un peu plus au Nord . . . A la faveur de 
cette avancée, les Lions s'empareraient du village; un bataillon 
/'aborderait par le Nord, tandis qu'au Sud, deux autres fixeraient 
l'ennemi et tenteraient de franchir le canal droit devant eux. 
Illustration, 19 mai 1917, p. 476 a. 

Rem. De même que le futur antérieur remplace en italien parfois le futur 
simple (§ 318, Rem. 1), de même on trouve p. ex. j'aurais fait pour Je 
ferais: Le paria délie visite che avrebbe ricevute (== qu'elle recevrait), 
Manzoni. Promesst Sposi. — Cette construction n'est d'ailleurs pas inconnue 
au français; dans le Nord on dit généralement: // me serrait si fort que je 
croyais qu'il m'aurait étranglé, Atlas linguistique, 498. 



CHAPITRE VII 



Rôle des 



LES CONJONCTIONS 

A. OBSERVATIONS OÉNÉRALES 

320. Ici encore on voit clairement que les divisions 
conjonctions, grammaticales, que nous sommes bien forcés d'établir, 
ne vont pas au fond des choses. 

On parle souvent de propositions indépendantes. En réalité il n'y a 
pas de phrases indépendantes: une phrase en amène une autre; il y 
a toujours un rapport quelconque, adversatif, temporel, causal ou 
autre, entre deux phrases qui se succèdent. 

Ce rapport, on peut l'exprimer on non: Je ne sors pas; il pleut, o\i 
bien : Je ne sors pas, {parce qu') car il pleut. — Je suis si heureux. 
Je voudrais vous embrasser, ou : Je suis si heureux que je voudrais 
vous embrasser. 

Le lien entre les deux phrases peut être plus ou moins intime: 
J'ai à travailler; Je ne sortirai donc pas. J'ai à travailler de sorte 
que Je ne sortirai pas. — J'espère que vous viendrez. 

Les mots qui servent à exprimer le rapport sont les adverbes, les 
prépositions et les conjonctions, celles de coordination et celles de 
subordination. Il faut donc essayer: I". de distinguer les adverbes des 
conjonctions, 2°. de distinguer les conjonctions des prépositions, 
3". de distinguer la subordination de la coordination '). 

Adverbe et 321. 1) La différence entre l'adverbe et la conjonction 
conjonction, ggj difficile à saisir. Nous verrons dans la suite que 
dans l'évolution de la langue plusieurs adverbes sont devenus con- 
jonctions. Il est intéressant de comparer à ce point de vue le diction- 



I) Ci. Bréal, Essai de sémantique, p. 185 et suiv. 



LES CONJONCTIONS 233 

naire de Littré avec le Dictionnaire général: ce qui s'appelle con- 
jonction dans le premier est appelé souvent adverbe dans l'autre. 
Ainsi pourtant est adverbe dans le Dict. Gén., conjonction dans Littré; 
cependant adverbe dans le Dictionnaire général, tandis que Littré 
distingue l'emploi adverbial de l'emploi conjonctionnel; donc est 
conjonction dans les deux, p. ex. dans: Qu'est-ce donc? 

Puisqu'un adverbe a dans certains cas la même fonction qu'une 
conjonction, il vaudrait peut-être mieux ne pas ériger des distinctions 
subtiles et inutiles. Remarquons pourtant qu'une conjonction se trouve, 
en général du moins, en tête de la proposition, tandis que la place 
de l'adverbe est plus libre. 

2) Les conjonctions ne servent pas seulement à relier des propo- 
Conjonction et s'^'O"^' "^^'^ ^"ssi des membres de phrase. Dans ce 

préposition. cas, il peut se produire une confusion avec les 
prépositions, qui ont la fonction d'unir deux substan- 
tifs; en effet, pater cum matre ne se distingue souvent ni pour le sens 
ni pour la forme (quand la déclinaison a disparu) de pater et mater. 

3) Les conjonctions se divisent en conjonctions de subordination 
Subordination et ^' conjonctions de coordination; seulement, cette 

coordination. division, toute simple qu'elle semble, est moins 
naturelle qu'elle n'en a l'air. Il y a même des gram- 
mairiens qui nient l'existence des propositions subordonnées '). En 
effet, si l'on se base sur le sens, les propositions dites subordonnées 
contiennent souvent l'idée principale: Je ne sors pas, parce qu'il 
pleut; ici le contenu de la principale est connu; ce qui importe de 
savoir, c'est pourquoi je ne sors pas. Veut-on se baser sur la forme 
de la phrase? La construction de la subordonnée ne se distingue en 
français en rien de celle de la principale, à rencontre des langues 
germaniques, qui mettent le verbe à la fin de la subordonnée. Qu'on 
compare Je ne sors pas, parce qu'il pleut tout le temps et Je ne 
sors pas, car il pleut tout le temps. 

La seule différence qu'on puisse trouver, c'est que la subordination 
relie les deux phrases d'une façon plus intime que la coordination. 
Ainsi dans les deux phrases citées plus haut, parce qu'il pleut indique 
la cause d'un fait déjà connu et fait donc partie intégrante de toute 
la phrase; dans le second exemple, car il pleut ajoute une explication, 
qu'on n'avait pas demandée, à la communication Je ne sors pas. 



Cf. Bliimel, Einleitung in die Syntax (Indo-germanische Biblothek, II, 6). 



234 LES CONJONCTIONS 

Nous parlerons d'abord des conjonctions de coordination, puis des 
conjonctions de subordination. 

B. CONJONCTIONS DE COORDINATION *) 

I. Copulatives 

322. En latin on avait et, que, a c, a t q u e. e t i a m, q u o q u e, 
nec, neque, necnon, cum...tum, tam...quam, et quel- 
ques autres combinaisons. Ces conjonctions ont disparu pour la plus 
grande partie. On n'a conservé que et et nec. 

Et 

Emploi de et 323. 1) L'emploi de cette paiticule en français s'écarte 

en latin et en très peu du latin. Relevons pourtant quelques légères 
français. 

divergences: 

Le latin classique mettait e t entre tous les membres d'une énumé- 

ration, ou il ne le plaçait nulle part: Patrem et matrem et sororem 

amat ou Patrem, matrem, sororem amat. 

Depuis Tacite *) pourtant la construction devient plus libre, et en 

français on trouve et en général devant le dernier mot de l'énumération : 

Tant vos donrai aveir, or, argent e deniers, 

Pèlerinage, 314. 

Pourtant la répétition n'est pas rare, surtout quand on veut appuyer 

sur les différents termes: 

Tantes dolors at per tei enduredes,- 

E tantes faims e tantes seiz possèdes, 

E tantes lairmes por le ton cors ploredes! 

Alexis, 397—399. 

Rollant saisit & son cors e ses armes, 

Roland. 2281. 
Dans une phrase comme: 

Ne puet muder n^en plurt e ne suspirt, 

Roland, 2381, 

e ne remplace le latin neve; il est vrai que dans la langue classique 

aussi on trouve, quoique rarement, e t dans une phrase négative '). 



•) K. Wehrmann, Beitrâge zur Lehre von den Partikeln der Beiordnung im 
FranzOsischen, Diss. Strasbourg 1881 [Romanische Studien,V, \%&\. p. 3%i—MA). 
*) Draeger. Hist. Syntax. II, p. 13. 
>) Ibidem, p. 5. 



ET 235 

Souvent le lien formé par et est très lâche: 

Savent redeiment Olivier et Rnllant, 
Les duze Pers, qu'il lur seient guarani. 
Et VArcevesque lur dist . . ., 

Roland, 1471. 
Ainsi on trouve et plusieurs fois au commencement d'une laisse, 
p. ex. Roland, 1269, ou: 

E dist H patriarches: Bien avez espleitiét, 

Pèlerinage, 167, 
€t au début d'un chapitre, p. ex. Du Bellay, Deff. et III., ch. III: 
Et si nostre langue n'est si copieuse . . ., emploi que Littré nomme 
biblique (Et Jésus se rendit sur la montagne des Oliviers), mais qui 
est plutôt populaire et qu'on retrouve dans Ennius et Caton. 

„,„, , 324. 2) Et sert à relier deux phrases ou deux 

Différents ' ^ 

rapports existant membres de phrases, sans qu'on indique d'une façon 

entre les phrases pj^^ise le rapport qui existe entre ces deux phrases. 
reliées par et, '^ ft- n r 

a) Or, les deux phrases peuvent exprimer deux 

actions qui se suivent: 

Respont H emperedre: Jo sui de France nez . . . 

E dist Hugue li Forz . . ., 

Pèlerinage, 306 et suiv., 

où l'on pourrait préciser et ^zx puis, ensuite. Dans les anciennes locu- 
tions petit et petit, mot et mot, et a été remplacé par la préposition à. 
On trouve déjà en latin et après un impératif ou un subjonctif: 
Impinge lapidem et dignum accipies praemium, Draeger, II, p. 24. — 

En français: 

Dunez m'en, sire, le bastun et le guant 

E io irai al Sarazin Espan, 

Roland, 269. 

Puis on trouve même et après une conditionnelle: 
S'en volt ostages, e vos l'en enveiez, 

Roland, 40. 
Mais cet emploi de et est peut-être dû à l'influence de si (Cf. plus loin). 
La coordination de deux phrases à l'aide de et est plus vive que 
l'emploi de conjonctions subordonnées de temps: 

Brandist son colp e // Sarrasins chiét, 

Roland, 1509. 
Rem. De même en provençal: E tantost can foro aplanatz, et el 
trames 111 melia cavaliers ben armatz. Appel, 118, 66. 



236 LES CONJONCTIONS 

b) De l'idée de temps découle tout naturellement l'idée de con- 
séquence: ' 

Del vin et del clarét tant oUmes beat 
E desimes tel cose que estre ne deOst, 

Pèlerinage, 666. 

c) Quelquefois le rapport entre les phrases est causal, mais non 
nettement senti: 

Naimes H dus tant par est anguissables 

E li paiiens de ferir molt le hastet, 

Roland, 3444-5, 
et aujourd'hui: Elle est rouillée et grince aigrement au vent, A. France, 
Le Crime de Sylvestre Bonnard. 

d) Souvent et sert à préciser ce qui précède et équivaut donc à 
et cela. 

Déjà en latin on trouve cet emploi: id, et facile, effici posse, 
Nepos, Miltiade, 3, 4. 
En vieux français: 

Soventes feiz lor veit grant dol mener 
E de lor oilz molt tendrement plorer 
E tôt por lui, onques nient por el, 

Alexis, 241 et suiv. 
Encore plus tard, comme le prouve la phrase citée par Littré: // (Dieu) 
ne s'est point contenté de nous apprendre à dire avec un chalumeau 
quelque vaudeville, et de mauvaise grâce. 

Rem. De même en provençal: Baron, aquesta cicutat avem e nostre 
poder, e am gran trabalh que y avem trag. Appel, 118, 74. 

e) Le rapport entre les deux phrases peut être adversatif: 

Paiien unt tort, e chrestiien unt dreit, 

Roland, 1015. 
/) Une nuance adversative est sentie aussi dans les cas où et 
introduit une question: 

El cors vos est entrée mortel rage. 
E ki serat devant mei a l'ansgarde? 

Roland, 749. 

325. 3) La répétition de et est en vieux français 

Répétition de et , , , ^ , ^ , . t, a 

plus fréquente qu en français moderne, peut-être a 

cause de la versification; c'est, en effet, un moyen commode d'avoir 

le nombre voulu des syllabes: 



ET, SIC 237 

// en apelet e ses dus et ses cuntes, 

Roland, 14. 

Vit del saint home le vis e cler e bel, 

Alexis, 346. 

Rem. Quelquefois on renforce la conjonction: 

E si dient ambure e saveir e folage. 

Pèlerinage, 656. 
Ce mot ambure vient probablement de ambutrum, cf. Meyer-Lubke, Roma- 
nisches Etymologisches Wôrterbuch, s.v. 

Prépositions et ^^^* '^^ ^' '^ roman a perdu plusieurs conjonctions 
conjonctions latines, en revanche il en a formé quelques nouvelles. 
\^e*ns '^^Tt* Ainsi la préposition avec^) a parfois la même signi- 
fication que et, comme le prouve la forme du verbe 
Adrastus o l'arcevesque s'en traeient, 

Thèbes, 2275. 
Le singe avec le léopard 

Gagnoient de l'argent à la foire, 

La Font., Fables, IX, 3. 
Les mots comme et ainsi que, qui au fond marquent une comparaison, 
ont souvent une valeur copulative: Bacchus ainsi qu'Hercule, Louis 
XIV comme Napoléon. — Un fourneau à pétrole était là ainsi que 
toute une petite batterie de cuisine, Zola, Lourdes, 45. 

Aussi bien que et de même que remplissent souvent la même fonction. 

Rem. 1. En provençal moderne on a le phénomène inverse. Lk emé < 
et magis a tout à fait le sens de avec: Es un rasin de Crau qa'tmé 
touto sa ramo. Te porge un paisan („ c'est un raisin de Crau qu'avec toutes 
ses feuilles t'offre un paysan") Mistral, Mirèio, dédicace. 

Rem. 2. Pour entre placé devant le sujet ou le complément, cf. § 390. 

Rem. 3. Dans les dialectes on trouve et puis ou puis tout seul avec la 
valeur copulative: Loin d'ché ville e' pi d'ieu cancan, ,loin de la ville et 
de leur cancan "; aveuc ché gh'vn, 'h' s ézieii, aveu cfié fleur, pi 'h' s ûbre, 
„avec les chevaux, les oiseaux, les fleurs et les arbres'', Herzog, Neufranz. 
Dialekttexte. 38, v. 37 et 40 

Sic. 

Différentes En roumain si sorti de l'adverbe latin s i c a supplanté 
valeurs de si. complètement la conjonction et. En vieux français 
comme en provençal si est aussi extrêmement fréquent, mais seule- 



') Tobler, 111, p. 14, Nous chantions avec lui = nous chantions, moi et lui. 



238 vLES CONJONCTIONS 

ment pour relier deux phrases; il n'a jamais réussi à s'introduire entre 
deux noms (*père si mère); aujourd'hui il a de nouveau complètement 
disparu. 

Comment expliquer l'évolution du sens? 

a) Le sens primitif de sic est .ainsi" et ..tellement": 

Hoc volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas, 

Ju vénal, VI, 223. 
Souvent dans la combinaison s i c . . . u t. Ce sens s'est conservé 
en français moderne mais seulement devant un adjectif ou un adverbe: 
il est si fort que personne n'ose lui résister. 

b) Cette valeur se sent encore d'une façon affaiblie dans le rapport 
conclusif, „ainsi, donc": 

Franceis sunt bon si ferrant vassalment, 

Roland, 1080. 
Venez i reis, si/ verrez veirement, 

Roland, 952. 

c) Il prend encore le sens du hollandais en zo, en toen, et alors, 
expression populaire d'après Diez: 

Envers le rei s'est Guenes aproismiez 
Si // at dit: a tort vos curuciez, 

Roland, 445. 

d) Dans l'exemple suivant si ne signifie que et: 

Le tertre avale, si a le hait laissié, 

Garin le Lorrain (Clédat, p. 120). 
Cet emploi se trouve déjà en latin vulgaire: 

Per duodecint studia lata, longa, sic alla, 

Commode, Instruct., II, 3, 16. 

e) Puis devenu une simple conjonction copulative, il peut relier 
deux phrases qui forment opposition l'une avec l'autre: 

Tant rai vedut, si nel poi aviser, 

Alexis, 792. 
Ce sens se trouve encore au commencement du xvn* siècle: 
Si faut-il qu'à la fin f acquitte ma promesse, 

Malh., IV, 4. 
Depuis trente ans c'est elle, et si ce n'est pas elle, 

Régnier, Sat., X. 
/) Outre ses fonctions de conjonction, le mot si est resté adverbe, 
et, comme tel, il a développé plusieurs sens. D'ailleurs dans les deux 
dernières phrases il a déjà un sens nettement adverbial. 



NEC 239 

Rem. Un emploi curieux de si se trouve dans les phrases suivantes: 
Onques ne s'aresta, si vint à la chapele, 

Alexandre, IV, 61. 
Ja mais n'avra repos, s'est aquitée, 

Aiol, 552, 
où la seconde phrase contient la conséquence de la première; l'action de 
celle-ci cesse, dès que l'action de la seconde phrase commence. On pourrait 
donc traduire par jusqu'à ce que ou avant que. 

Nec 

Nature des 328. Si la seconde phrase ou le second membre de 
phrases reliées phrase esl négatif, le latin les relie par la conjonction 
nec: Non possum nec volo. — Neque consilium 
neque audorem probo. — • Te odi nec amo. — En français l'emploi 
de nec s'est beaucoup restreint; il a été remplacé en général par et, 
parce que la nature de la phrase est suffisamment indiquée par la 
négation placée devant le verbe: Je ne peux pas et je ne veux pas. 

Rem. Nec se présente en vieux français sous la forme affaiblie de ne. 

Raynouard, qui, comme on sait, pensait que le provençal représentait une 
étape ancienne des langues romanes, le croit issu de ni, forme provençale, 
donc nec > ni > ne, tandis que l'évolution est en réalité nec > ne > ni. 
On trouve ne jusqu'au xvrie siècle dans Malherbe: Ne plus ne moins que 
le pontife '). 



328'^'s 1) Quant à son emploi, il peut relier deux phrases 
négatives : 

// ne la lit ned // dedenz n'esguardet, 

Alexis, 374. 
construction qu'on trouve jusqu'au xvii« siècle: Ni la chose ne deman- 
dait pas un long discours, ni le roi ne l'eût, su faire, Vaugelas. 
2) Une phrase négative à une phrase positive: 
Mon cheval restrainz maintenant 
N'a monter demore ne fis, 

Chevalier au lion (Clédat, 146 — 7). 
Si voir com ce fu Diex, ne mençonge n'i a, 

Berthe aux grands pieds (ibid., p. 59) 
(= et qu'il n'y a pas mensonge). 
Cette construction ne s'est pas maintenue. 



') Cf. Rydberg, Zur Geschichte des franz. a, II, p. 919 et suiv. 



240 LES CONJONCTIONS 

3) Il relie deux phrases subordonnées dépendant d'une même 
principale négative ou à sens négatif ou dubitatif: 

Alolt me vient à merveille .... 

Dont cis hon est venus ne de quel parenté, 

Mainet (Clédat, 45). 
Comment vCen quel manière le lion assailla, 

Berthe aux grands pieds (ibid , p. 58). 
Je m'esmerveille comment tu peux danser en habit de femme ni 
chanter en un festin, Amyot, Flaminius. 

J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime. 
Innocente à mes yeux, je m'approuve moi même. 
Ni que du fol amour qui trouble ma raison 
Ma lâche complaisance ait nourri le poison. 

Racine, Phèdre, II. 5. 
fai grande peine à croire ce que vous dites de Mme ... ni qu'elle 
ait pris votre parti contre moi. Voltaire. 
Aujourd'hui on préfère ou. 

4) ni relie deux membres de phrases: 

Je ne l'effacerai pas, ni ne recommencerai pas, Pascal. — Le 
malade ne mange ni ne boit (emploi moderne). 

329. Au lieu de ni on trouve dès le moyen âge 
Cas particuliers. ,, ... 

remploi de et. 

Molt m'est mal avenu 

Que Je ne l'ai et pris et retenu, 

Cour. Louis, 1226. 
D'un autre côté on trouve ni quelquefois sans négation devant 4e 
verbe: Un moine ne presche ni endoctrine le monde, Rabelais. — 
Je ne peux ni veux l'éviter, Malherbe. — Aubert exigeait déjà 
l'emploi de ne. 

Si ni reliait deux membres de phrases, Vaugelas et, après lui, 
tous les grammairiens ont exigé la répétion de n/. Mais on trouve, 
jusqu'à nos jours, de fréquentes dérogations à cette règle: 
Ainz nen i sist nuls hoen ne onques puis encore. 

Pèlerinage, 122 (Clédat, p. 38). 
Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement, La Roche- 
foucauld — Je ne connais plus tes mœurs ni ton langage. 

Après sans on peut se servir de et et de ni: Ainsi au xvn« siècle: 
Elle écouta son arrêt sans frayeur ni sans faiblesse. 



CONJONCTIONS ADVERSATIVES 241 

Différents ^^^' "' ^^' naturel qu'entre les deux phrases reliées 

rapports existant par ni les mêmes rapports puissent exister qu'entre 

reniées par'^ni^.* celles reliées par et. Seulement, la liaison étant plus 

intime, on ne trouve pas p. ex. ni au commencement 

d'une laisse. 

Sens adversatif: N'est gueres granz ne trop nen est petiz, 

Roland, 3822. 
Sens consécutif; Votre olifan ne deignastes suner. 

Ne de Carlun mie vos nen avez, 

Roland, 1172. 

Rem. Un composé de nec est neîs de nec-ipse, avec sens négatif et 
sens affirmatif: „même" ou „même pas": 

Chascun ot maistre,. nés (= même) Challos, 
Qui n'estait pas moult biau vallés, 

Cliarlot le Juif (dans Barbazan, Contes et Fabl., Vil, 89a). 
Nés (= même) // oisel s'en istront fors, 

Cfiev. au lion, 4O0 (Clédat, p. 143). 
Voir aussi le chapitre de la négation. 

II. Adversatives 

Division des 331. Nous avons vu que même avec les copulatives 
propositions pures le rapport entre deux phrases peut être adver- 
satif. Ce rapport peut être exprimé d'une façon plus 
claire par les conjonctions adversatives. 
Selon que la seconde s'oppose nettement à la première (Ce n'est 
pas blanc, mais noir), ou la restreint (// est arrivé tout à l'heure, 
mais il a dû partir de nouveau), ou que. les deux phrases s'excluent, 
sans qu'on dise laquelle des deux est vraie {Je vaincrai ou je 
mourrai), on distingue: 

a) les adversatives pures 

b) „ „ restrictives 

c) , „ exclusives, alternatives ou disjonctives. 

Les adversatives pures 

332. Les conjonctions qui reliaient en latin deux phrases adversa- 
tives étaient: sed, vero, verum, at, atque, enimvero, 
a 1 1 a m e n. Aucune d'elles ne subsiste en français, elles ont été 
remplacées par m a gis et *antius. 

SNEïDERs DE VOOEL. Syntaxe historique. 16 



242 CONJONCTIONS 



Mais 



333. L'évolution de m a g i s est intéressante. Il se 
Magts en latin. , , .. . , , .. 

rapproche en latin souvent du sens de potius: 

An hic magis possessor audiendus sit, non petitor? On trouve dès 
l'époque classique des exemples où on se sert de m a gis pour opposer 
deux phrases: Neque quisquam parens Hberis, ut aeterni forent, optavit, 
magis, uti boni honestique vitam degerent, Salluste, Bellum 
Jugurthinum, 85, 49. 

Quem non lucra, magis Pero formosa coegit. 

Properce, H, 4, 9. 
Ici on pourrait déjà traduire par „mais". La dernière étape était 
franchie au moment oii l'on mettait magis après une phrase affirma- 
tive. On ne sait pas si cette évolution appartient encore au latin ou 
seulement à l'époque romane. 

Rem. On trouve en vieux français ne . . . mais que, nemais, (ou avec 
un verbe ne . . . nemais), ne . . . nemais que et ne . . . mais d'abord avec 
un sens exciusif: 

Jo ne sai veirs nul hume 
' Ne mes RoUantz ki uncore en avrat hunte, 

Roland, 381. 
Ne mais que dous n'en i ad rentes vifs, 

Roland, 1309. 
Si cume la mère sun filz qui n'ad mais un, Quatre Livres des Rois, 123. 
(Cf. en provençal: neguna parladura non es naturals ni drecha del nostre 
lengage mais acella de Franza e de Limozi. Appel, p. 195 6). — Et 
avec sens adversatif: 

Vous n'avez pas les Turs mors ne desharités. 
Ne mais Jhesus de gloire. 

Chanson d'Antioche, 11, 274. 
Cf. pour ces différentes tournures Tobler, Verm. Beilr., III, 13, ne . . . se . . . 
non, mais, fors, que. — E. Ricliter, Zeitschr. f. Rom. Phil., XXXII, 656 et 
suiv. — O. Hey, Archiv far lat. Lexikographie, XIII. 205. — Ciédat, 
Rev. de philologie franc., 1906. p. 14. — J. Compemass, Vulgaria, 4 dans 
Glotta, VI, 2, plus et a m pi lus = potius. — J. Melander, Elude sur 
magis el les expressions adversallves dans les langues romanes, thèse 
Upsal. 1916. — En espagnol por mas que a pris le sens de .quoique": 
por mas que digan. , quoiqu'on dise". 

334. En vieux français on trouve mais avec le 
Mais en français. , ,,,„ 

sens de .plutôt : 

Car li larron se douteraient 

Qu'il nés feist .... par sa force mener pendre. 

Par sa force! mes par ses homes, 

Jean de Meung (Ciédat, p. 203 et suiv.) 



MAIS ET AINZ 243 

De là on passe facilement à la valeur adversative après une négation: 
Ne fut mie par force, mais par la Deu vertut, 

Pèlerinage, 751. 
En général pourtant sa fonction est restrictive: dans les cent pre- 
mières pages de la Chrestomathie de Paris et Langlois on trouve 
quinze mais, dont aucun n'est purement adversatif. 
Huec troverent dam Alexis sedant, 
Mais ne conurent son vis ne son semblant, 

Alexis (Clédat, p. 9). 
Quelquefois l'opposition se rapproche de la condition: 
De mun aveir me volt duner grant masse, 
Mais // me mandet que en France m'en alge, 

Roland, 187, 
surtout, si mais est suivi de l'impératif ou du subjonctif: 
A tun plaisir te durrai mon aveir 
Mais Guenelon fai acorder al rei, 

Roland, 3895. 
„Gabez, sire Oliviers", dist Rollanz li curteis, 
„Volentiers" , dist li coens, „mais Caries le m'otreit". 

Pèlerinage, 485. 
Ici on peut déjà traduire: „ pourvu que Charles me l'accorde", Cf. §360. 
En français moderne mais s'est conservé dans sa signification 
adversative et restrictive; même il est devenu la conjonction adver- 
sative par excellence après la disparition de ainz, dont nous devons 
parler maintenant. 

Ainz*) 

335. Ainz du latin *antius a une évolution de 
Emploi de ainz. , , ,, , 

sens analogue a celle de m a gis. 

Pour l'emploi, on peut comparer les exemples suivants: 

Ne s'en corrocet giens cil saintismes om, 

Ainz priet Deu qued il le lour pardoinst, 

Alexis, 273 et suiv. 

Issi parlad Samuel, mais li poples nel volt esculter; einz distrent 

tuit: Rei volum avoir, Quatre Livres des Rois, I, 8, 19. 

Ainz a disparu vers le xvii« siècle: Vaugelas, I, 426, en constate 

la perte, qu'il regrette. Au seizième on le trouve encore fréquemment: 



') Pour l'évolution morphologique de ainz et anceis cf. A. Thomas. Roniania, 
XIV, p. 572. — W. Meyer, Zeitschr. far rom. Phil., XI, p. 250 



244 CONJONCTIONS 

// ne peut avoir le cœur si dur que de les attendre en son siège; 
ains .... leur alla au devant, Amyot (Darm., p. 147). — Puis dans 
Scarron, qui aime les archaïsmes: 

Vieille barbue et qui comptait 
Cent ans et point ne radotait, 
Ains était femme bien sensée, 

Scarron, Virgile travesti, V. 
Rem. Il est curieux qu'on semble se servir parfois aussi de avant comme 
conjonction adversative à moins que avant ne soit adverbe et qu'il ne se 
rapporte au verbe tenir: 

Il ne la lit ned il dedenz reguardet. 
Avant la tent ad un bon clerc e savte, 

Alexis, 375 (Clédat, p. 9). 

Les ad versa tives restrictives 

Foule de locutions 336. Des conjonctions latines ta m en, autem, 
conjonctionneiies n i h i I o m i n u s, le français n'a gardé que le dernier 
sous la forme de néanmoins, mais il a formé d'autres 
conjonctions, que le latin classique ne connaissait pas. Nous avons 
déjà parlé de mais, qui a un sens adversatif et un sens restrictif. 
Citons encore néanmoins: 

Et nient moins pour les amasser 

Par aventure s'est dampnee, 

Miracles de N. Dame, XXI. 298. 
Toutefois du latin t o t a s vices, se présente en vieux français sous 
la forme de totes veies ou tote veie: 

Uns Sarrazins tote veie Pesguardet: 

Cil se feinst mort, se gist entre les altres, 

Roland, 2274. 
Pourtant avait en vieux français encore le sens causal: 

Onques vers li n'oi faus cuer ne volage. 

Si m'en devroit por tant mieuz avenir, 

Clédat, p. 337. 
Et encore au xvii^ siècle: Ne recevant point, il n'est point obligé de 
rendre; et pourtant // est impossible qu'il soit ingrat, Malh., II, 
149. — Mais comme l'expression causale se trouve souvent placée 
dans une phrase négative et que par conséquent la suite de la cause 
est niée, la phrase devient adversative. C'est donc la même évolution 
que nous constatons dans une phrase comme Pour ftre riche, il 
n'est pas heureux. Peu à peu ce sens adversatif se communique à 



CONJONCTIONS RESTRICTIVES ET EXCLUSIVES 245 

l'expression causale, qui devient de la sorte conjonction et adverbe 
adversatifs, même employés dans une phrase affirmative. Ce nouveau 
sens ne se trouve qu'aux xv^ et xvi<= siècles. 

Rem. 1. Cette évolution était déjà achevée en vieux français pour le mot 
parquant : 

Quant le vit la pulcele, molt est espoorie, 
Porquant si fut corteise, gente parole at dite. 

Pèlerinage, 710. 
Souvent pourtant c'est grâce à la négation seulement que l'expression 
devient adversative: 

Si jos en creit, il me trairont a perte, 
E neporuec mes pedre me desidret, 

Alexis, 205—6. 
Ja li corners ne nos avreit mestier, 
Mais neporquant si est il assez mielz, 

Roland, 1743. 
De même en italien: Ma non per questo la questione . . . aveva cessato 
di occupare e preoccupare i buoni maltesi, 11 Marzocco, 21 febbr., 1915. 
Cependant. A l'origine ce mot était un gérondif absolu dont le pronom 
ce était le sujet et qui marquait simplement la simultanéité: Je m'en 
vais voir ce qu'elle me dira: cependant promenez-vous ici, Mol., 
Princesse d'Elide, III, 2. — Dans ce sens, cependant devient rare 
aujourd'hui; à l'idée de simultanéité est venue s'adjoindre l'idée 
adversative, de sorte que cependant signifie aujourd'hui en général 
pourtant. 

Rem. 2. Le même passage du sens de simultanéité au sens adversatif se 
remarque dans l'emploi du gérondif et de la conjonction tandis que (§ 348). 
Rem. 3. Signalons, pour être complet, les locutions malgré tout cela, 
nonobstant cela, tout de même, en tout cas, toujours est-il et d'autres. 

Les adversatives exclusives 

aut > ou prend ^^''* ^" '^*''' classique on avait a u t, vel, -ve, 
la place des et S i v e (s e u), conjonctions qui avaient chacune 
conjonctions '^""^ fonction déterminée. Ainsi a u t reliait deux élé- 
ments dont l'un excluait l'autre: Pugnantibus puncto 
temporis mors aut Victoria obtingit. — Pourtant ce sens s'affaiblit sou- 
vent dès le latin classique, surtout dans les phrases négatives: Quid est 
maius aut difficilius quam severitatem cum misericordia coniungere, 
que l'on traduirait „Quoi de plus grand et (ou) de plus difficile". 

On comprend donc que aut ait pris la place des autres conjonctions, 
qui ont disparu; en français et dans presque toutes les autres langues 
romanes aut est seul resté: Un franc o\x vingt sous. La bourse OM la vie! 



246 CONJONCTIONS 

Il peut relier une négation à la phrase précédente: 
Vueillet o non, a terre chiét pasmez, 

Roland, 2220. 
La seconde phrase est quelquefois un optatif: 

J'exécute votre ordre avec zèle, ou je meure, 

Régnier, Le Distrait, III, 8. 

On trouve souvent, à toutes les époques de la langue, ou reliant 

deux phrases interrogatives dont la seconde est indirecte: Dois-je 

Fintimider ou si par la douceur il vaut mieux procéder, Augier, 

Un homme de bien. II, 8. 

Souvent ou est renforcé par bien. Si l'on veut appuyer sur l'idée 
exclusive, on peut se servir aussi de soit .... soit. 
Le sens de ou peut se rapprocher de celui de et: 
Por set anz en la terre ester o demorer, 

Pèlerinage, 74. 
Et il peut être remplacé, comme nous l'avons vu plus haut, par ni 
dans la vieille langue. 

III. Les Causales 

Evolution de 338. Les conjonctions causales étaient en latin nam, 
quare. enim, namque, etenim. Elles ont toutes disparu et 
ont été remplacées par quare, conjonction conclusive à l'origine; 
„pour laquelle chose", puis ,pour cela". 

En ancien français nous trouvons encore quelques traces de la 
signification primitive: 

Com bone peine, Deus, e com bon servisie 
Fist cil sainz om en ceste mortel vide.' 
Quer are est s'aneme de glorie replenlde, 

Alexis, 611 et suiv. 
Puis fréquemment avec un impératif ou un subjonctif: 
E dist al rei: Sire, vostre est li plaiz: 
Car comandez que tel noise nU ait, 

Roland, 3841—2. 
Suz ciel n'ad gent ki l'osast guerre en champ; 
Car chevalchiez. Por qu'alez arestant? 

Roland, 1782—3. 
Comment ce sens de quare s'est-il changé en celui de car? 



Tobler, 1, p. 22-24. — Meyer-Lûbke, III, § 549. 



CONJONCTIONS CAUSALES ET CONCLUSIVES 247 

Tobler, III, 79, et Wehrmann, p. 436, prennent comme point de 
départ le quare interrogatif: Domi maneo. Quare? — Pluit, hypo- 
thèse difficile à admettre, même si l'on introduit encore un autre 
quare {Domi maneo. — Quare? — Quare? pluit), prononcé par 
la même personne qui dit pluit. La perte de l'intonation interroga- 
tive s'explique difficilement. 

Meyer-Liibl<e donne une autre explication plus vraisemblable: 
pluit . . . quare domi maneo: „I1 pleut, pour cela je reste chez moi". 
Or, pour cela ou pour ceci peut aussi bien rappeler une cause 
précédente qu'une cause qui va suivre. La phrase serait donc devenue: 
domi maneo quare . . .pluit: „je reste chez moi pour ceci: il pleut", 
puis «parce qu'il pleut". Cette explication est appuyée par le déve- 
loppement de por ço, cf. § 369. 

Quoi qu'il en soit, l'évolution de car est achevée dès l'époque la 
plus ancienne. On en trouve déjà dans V Alexis des exemples: 
Bons fut II siècles al tens ancienor, 
Quer feit i ert e justise ed amor, 

Alexis, 1 et 2. 
Rem. Car s'est confondu parfois avec que: Li vens leva si forz et si 
orribles car il nous batoit a force sus Ville de Cipre, Joinv., 630. — 
L'inverse est beaucoup plus fréquent: 

Or laissomes trestot en pais. 
Fait elle, que bien sii entendre 
Ou ceste parole vueut tendre. 

Chrétien, Le Chev. au lion, 1560. 

IV. Les Conclusives 

Disparation des "^^^ ^^^ conjonctions latines ergo, igitur, itaque, 
conjonctions et eo, ideo, propterea, quare, qua de causa, 

formatiôn^s. quamobrem, ont presque toutes disparu. Le français 
devait donc chercher d'autres conjonctions pour intro- 
duire une conclusion. Elle les a trouvées dans la combinaison de 
pour et par avec un pronom démonstratif ou relatif: pour cela (poro, 
poruec), pourtant '), par quoi, partant, et enfin en changeant la 
signification de mots qui exprimaient primitivement d'autres rapports: 
donc et aussi 

La locution adverbiale pour cela se trouve dès les monuments les 
plus anciens: 



1) Cf. § 336. 



248 CONJONCTIONS 

Et porc fut presentede Maximilien, 

Ste Eulalie, 11. 
De s'amie a fet sa famé. 
Mais il l'apele amie et dame 
Ne por ce ne pert elle mie. 

Chrétien, Cligés, 6751. 

Rem. I. Il annonce parfois la cause qui suit: 

Pur ço l'at fait que il voelt vetrement. 
Que Chartes diet .... 

Roland. 2361. 
Une fois avec le relatif: 

Cil me forfist en or et en avetr 

Pur quel (ms. que) io quis sa mort et Sun destrtil. 

Roland. 3759. 

Par quoi est surtout fréquent au xvi» siècle, chez Amyot, p. ex.: 
Par quoy fault avoir les yeulx ouverts, Gringore, Le Jeu du prince 
des sots. 

Rem. 2. En provençal per que = c'est pourquoi est très fréquent. 

Le mot donc (donque{s)) est dû probablement à une confusion de 
tune et de dum ') et indique donc d'abord uniquement le temps, 
.alors", introduisant souvent une action qui en suivait une autre. Or, 
l'esprit humain aime à voir un lien logique entre deux actions qui 
se succèdent et ainsi donc a pris le sens de pour cela. Ce dévelop- 
pement de sens n'est pourtant achevé qu'au xvi* siècle. 

Quant veit li pedre que mais n'avrat enfant, . . . 
Donc se porpenset del siècle ad en avant, 

Alexis, 36, 38. 

Aussi (du latin alterum sic) est à l'origine une particule compa- 
rative et par affaiblissement particule de copulation. Dans ce dernier 
cas il ne se trouve jamais en tête de la phrase; s'il s'y trouve, il 
est conjonction causale. Dans cette fonction on le rencontre déjà au 
xv!« siècle: Cest moy qui conduis et mesure toutes choses: aussi, 
quand on veut réprouver un homme de sa despence superflue, on 
Vadmoneste de vivre par compas, Palissy (Darm. p. 160). 

En français moderne ces locutions adverbiales se sont conservées. 
On trouve encore pour cela, c'tst pourquoi, par quoi, par là, pour 
cette raison. Le français n'a donc pas de conjonction conclusive 



M Nyrop, Qramm. hist., III, § 626. — Tobler, 11, p. 166—173. 



CONJONCTIONS DE SUBORDINATION 249 

nettement caractérisée, comme c'est le cas pour les copulatives (et), 
les adversatives {mais) et les causales {car). 



CONJONCTIONS DE SUBORDINATION 

A. OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

La conjonction 340. Les rapports qui peuvent exister entre une subor- 

universelle donnée et une principale sont très nombreux. Or de 
même qu'entre deux plirases de coordination le rapport 
n'est pas toujours exprimé par un mot spécial, de même la conjonction 
entre deux phrases dont l'une est subordonnée, peut manquer égale- 
ment: par ex. en latin Cave facias- ,Ne fais pas", en français: 
SVst empêtriez, toz biens vait remanant, 

Alexis, 8. 

Une chose qui nous frappe d'abord en comparant le latin et le 
français, c'est que de toutes les conjonctions latines ne se sont 
maintenues que: si, quand o, quomodo, et quia (ou quod). 
C'est surtout la dernière qui a pris la fonction des conjonctions 
disparues, et qui, plus tard, quand la langue est devenue plus littéraire, 
quand on a voulu exprimer nettement les- nuances, en se confondant 
avec l'adverbe relatif que, s'est combinée avec plusieurs mots, sub- 
stantifs, adverbes, prépositions, pour former de nouvelles conjonctions: 
à fin que, tellement que, pour que. 

Quant à l'origine de que, c'est une question controversée, et qui, 
d'ailleurs, tient plutôt à la morphologie qu'à la syntaxe; Jeanjaquet 
croit qu'il est né de la confusion de quod, quem, et quid, Rydberg 
le dérive de quia '). Ce qui est sûr, c'est que dans la latinité pos- 
térieure on voit ces conjonctions se répandre de plus en plus, d'abord 
quod, puis quia, surtout dans les textes écrits d'un style plus 
populaire. 

A l'origine le sens de quod et de quia était causal, mais déjà 
en latin classique quod prend le sens de „quant à": Quod multi- 
tudinem Germanorum in Galliam traducat, id se sut muniendi, non 



') Jeanjaquet, Recherches sur l'origine de la conjonction „Que" et des formes 
romanes équivalentes, thèse Zurich, 1 894. — Rydberg, Zur Gesch. des franzôsischen 
3, II, p. 378, 1033 et suiv. 



250 CONJONCTIONS 

Oalliae impugnandae causa facere. César, De bello gallico, I, 44. 

Il prend quelquefois la place de ut, mais c'est rare, plus rare qu'on 

ne le penserait en voyant que ut a complètement disparu de la langue: 

/n te, innascibilem deum, 

Orat quod maneat alter in altero, 

Hilarius (Lietzmann, Lat. AUkirchliche Poésie, I, 15 et 16). 

Dans Plante on trouve quod quelquefois avec le sens conditionnel '). 

Nous verrons dans ce qui suit que la conjonction que seule ou en 
combinaison avec d'autres mots relie toutes sortes de phrases entre 
lesquelles il existe des rapports très différents. Nous nous bornerons 
ici à signaler l'emploi de que dans la seconde de deux propositions 
adverbiales coordonnées. En effet, tandis que le besoin de clarté et 
de précision a amené la formation de nombreuses locutions con- 
jonctives, celles-ci étaient superflues, ou trop Iburdes. quand deux 
propositions de la même espèce se suivaient; dans ce cas, la langue 
se contentait ou bien de mettre la conjonction une seule fois, ou bien 
de marquer le rapport par la seule conjonction que. Il est évident 
que ce mot n'est d'abord possible que là oij une conjonction composée 
avec que précédait; pourtant, il remplace aussi les autres conjonctions 
quand, comme, si. Pour l'explication, cf. § 347'''«. 

Voici quelques exemples du non-emploi de la conjonction: Quant 
le chevalier se mestoit en batalle et en faire guerre et yl n'estait 
pas appareillé . . ., L'Ystoire des Sept Sages (Clédat, p. 221). 

Puisque mon teint se fane et ma beauté^ se passe. 
Il est bien juste aussi que ton amour se lasse. 

Corn., U Illusion comique, V, 3. 

Les Indiens avaient empoisonné leurs épées de sorte que pas un de 
ceux qui étoient blessé n'échappoit, et les médecins ne pouvaient 
découvrir la cause de cette malignité, Vaug., Quinte-Curce, IX. 

B. PHRASE SUBSTANTIVE 

342. Si nous demandons quelle est la construction des phrases 
substantives en latin, nous verrons que cette langue présente de 
notables différences avec le français: elle connaît une variété de 
constructions à laquelle le français n'arrive pas. Après les verbes 



') P. Lejay, Note sur quod conditionnel (Rev. phll. de lUt. et iChist. anc. 
1912, p. 259 et suiv.). Cf. p. 267, note. 



LA CONJONCTION QUE 251 

déclaratifs la construction ordinaire est l'Ace, c. Inf., mais les verbes 
iudicialia accus o, arguo, insimulo sont suivis de quod + sub- 
jonctif; — non dubito demande la conjonction quin et également 
le subjonctif; — les verbes qui expriment la volonté exigent en 
général ut avec le subjonctif, mais la conjonction fait souvent défaut; — 
les verbes impediendi et resistendi sont suivis de q u o- 
minus ou de ne, tandis qu'on emploie l'Ace, c. Inf. après les 
verbes de volonté les plus usités: volo, n o 1 o, m a 1 o, c u p i o, 
iubeo et veto; — les verbes affectifs admettent deux constructions 
tout à fait différentes: l'Ace, e. Inf. ou la conjonction quod suivie de 
l'indicatif ou du subjonctif; ceux qui expriment la crainte demandent 
les conjonctions ne ou ut. 

La même variété règne dans les phrases subjectives de sorte qu'on 
trouve jusqu'à trois constructions après la même locution imperson- 
nelle: utile est ut amemus, amare, quod amamus. 

Cela nous mènerait trop loin d'expliquer les raisons qui ont amené 
une telle variété de constructions en latin; nous nous contenterons de 
les avoir énumérées, en grande partie du moins. On comprendra que 
le peuple, qui aime les phrases simples et qui néglige les nuances, 
ait simplifié cet état de choses. Par suite d'une série d'analogies 
très intéressantes à étudier, l'Ace, c. l'Inf. perd, en latin vulgaire, 
peu à peu du terrain en faveur de la construction analytique quod, 
quia et d'autres conjonctions ou adverbes comme q u o n i a m et 
qualiter amenant une phrase substantive ^). 

343. En français on n'a plus que la conjonction 
Que en français. /^, . , ■ x- • > n > ■ -i, 

que. C est la conjonction pure, puisqu elle n éveille 

aucune autre idée que celle de la seule subordination; il est intéres- 
sant de comparer, à ce point de vue, l'emploi pléonastique du grec 
ÏTi et de que en espagnol (§ 345 Rem. 3). 

Quelquefois que est remplacé par l'adverbe interrogatif comment, 
comme déjà en latin vulgaire qualiter alterne avec quod. En 
effet, dans toutes les langues comment peut perdre son sens de 
manière: // nous a exposé comment il est parti, comment il a fait 
naufrage, comment il a été sauvé. Ce qui est curieux, c'est qu'on 
trouve parfois une phrase amenée par que et une autre amenée par 
l'adverbe interrogatif reliées ensemble: 



^) Cf. le chapitre de l'Ace, c. Inf. § 270 et suiv. 



252 CONJONCTIONS 

Puis li mustra confaitement 
del rei avra acordement, 
e que mult li aveit pesé, 

Marie de France, Chievrefueil, 97 

favoye aussy oublié à dyre comme le grant pont de Brantosme . . . 
je prétends qvi'ils sont à moy, Brantôme, Testament (Revue d'histoire 
littéraire, 1914, p. 169). 

C'est que le souci de la symétrie qui se fait sentir actuellement 
n'était pas si grand au moyen âge, comme le prouvent les 
exemples suivants: Gregories veit son bel service e que malt s'en 
est entremise, Joinv., 89, où l'on a deux compléments de nature 
différente, dé même d'ailleurs que dans une phrase comme Dites li 
qu'il i a une teste en reste forest et qu'il vie^^e cacier, Auc. et 
Nie, 18, 18. — On trouve cette liberté encore aujourd'hui: // m'a 
dit sa misère et qu'il a froid, Guillon, poésie inédite. — Dis-lui que 
je suis empêché et qu'il revienne, Ayer, Gramm. franc., § 288. 

Que non, que oui, que nenni sont des phrases substantives: 

Demandet se il ont mangé, 
H disoient k'otl assez. 

St. Gilles, 2412. 

Rem. Calvin change à plusieurs reprises comme en comment dans l'édition 
définitive de son Institution. 



**".? fi^V^ "". 344. Souvent on trouve un corrélatif dans la prin- 
corrélatif dans la •^ 

principale. cipale pour annoncer la subordonnée: 
Ço sent Rollanz que la mort li est près, 

Roland, 2259 (Clédat, p. 11). 
Ce que je vif et que je sui, 
Sui je par vos, 

Chrétien, Guill. d'Angl, 1562. 
Cette construction est rare en français moderne: Je le savais bien 
qu'il le ferait '). 
Il arrive souvent qu'on précise le mot qui annonce la subordonnée: 
Qui li aportent unes noveles aspres 
Que Sarrasin li fist malt grant damage, 

Cour. Louis, 329. 

>) Cf. § 88 et 89. 



LA CONJONCTION QUE 253 

Or, si le verbe de la principale régit un complément indirect, le 
pronom est naturellement en {y) ou de ço {a ço): 

DeH en mercie que plus n'i orent fait, 

Béroul, Tristan, 383. 

De ço se sont esmerveillie- 

Que // mori en tal manière, 

Thèbes, 4830. 

Corne il Vont puis ploré e plaint 

De ço qu'z7 fu griefment navrez, 

Troie, 384. 
Cette dernière construction est restée dans la langue et s'est même 
étendue, de sorte que de ce que est devenu une locution conjonction- 
nelle qu'on trouve fréquemment après certains verbes affectifs: Je 
suis heureux de ce que vous êtes venu. Par contre les phrases 
amenées par ce que se font rares au xvii« siècle. En voici pourtant 
un exemple: Ce que vous avez vu que les pieds . . . étoient composés 
en partie de terre et en partie de fer, cela marque que cet empire 
sera divisé, Pascal, Pensées, I, 215. 

Rem. Tobler, I, 9 (Que unissant une proposition à une expression 
adverbiale d'assurance, d'adjuration, de supposition, d'affirmation, de 
négation ou à une interjection) cite encore plusieurs constructions curieuses: 
Certes que, Por un petit que, etc. 

Répétition de 345. On trouve quelquefois la répétition de que après 
l"^* une incise: // lui dit . . . que, s'il jugeoit qu'ils eussent 

mérité la mort, du moins qu'/7 les fist mourir par d'autres mains, 
Vaugelas, Quinte-Curce, X, 3. — Les grammairiens du xvii« siècle 
condamnent cette construction négligée; d'ailleurs Calvin l'avait déjà 
proscrite de la rédaction définitive de son Institution '). 

Rem. 1. On sait que la conj. que s'est introduite même devant le sub- 
jonctif dans les phrases principales, p. ex : Qu'il vienne. Cf. à ce sujet § 205. 

Rem. 2. Pour la fusion de la phrase relative avec l'A. c. I., cf. § 277. 

Rem. 3. Les paroles d'un autre sont citées ou directement ou indirectement. 
Ainsi on parle de discours direct et de discours indirect ^) : Il m'a dit: mon ami 
viendra me voir demain (discours direct). // m'a dit que son ami viendrait le 
voir le lendemain (discours indirect). Mais on trouve quelquefois des con- 



1) D'après une étude encore inédite de M. Marmelstein sur les traductions 
françaises de V Institution qui paraîtra dans Neophilologus, IV. 

2) Cf. Tobler, I, 331, 338. 



254 CONJONCTIONS 

strudions négligées dans lesquelles que amène des paroles directes: La letre 
dist que: /luec gist Dido ki por s'amor s'ocist, Enéas, 2139; cf. aussi 
§ 213. Cette construction est très fréquente en espagnol: Don Quijote 
preguntô à Sancho que (_ que le habta movido à llamarte et Caballero de 
la Triste Figura? Don Quijote, XIX. 

Rem. 4. Le rôle de que est extrêmement important dans le tangage 
populaire et dans les dialectes. Il maintient l'ordre habituel des mots dans 
les phrases interrogatives et citatives: Mort aux vaches! que je vous al 
dit . . . Pourquoi que vous m'arrêtez pas? France, L'affaire Crainquebille, 
fin. — Devenu la conjonction de subordination par excellence, il supplante 
dans les phrases adverbiales la plupart des autres conjonctions, se joint aux 
adverbes et aux conjonctions qui restent: Ça lui a bouché un coin d'voir 
comment qu' c'est dit. Benjamin, Gaspard, p. 227. — Cf. § 358, où on 
trouvera un exemple de si que = ,si". — En gascon enfin, grâce à l'ad- 
jonction de que, toutes les phrases affectent la forme d'une subordonnée. On 
peut comparer le hollandais: Kan je me zeggen hoe daf hij heet. waar of 
hij woont; cf. Salverda de Grave, Schrijftaal en Spreektaal (Taal en Let- 
teren, 1914, p. 8). 

C. PRASES ADVERBIALES 

346. Dans les phrases adverbiales, où que avait remplacé la plupart 
des conjonctions latines, il a été à son tour supplanté en général par 
de nouvelles formations, comme lorsque, parce que, afin que, etc. 

Conjonctions de temps 

Simultanéité ' 

Conjonctions En latin classique du m, donec, quamdiu et 
latines. quoad expriment la simultanéité complète, du m et 
c u m la simultanéité partielle. A côté des deux dernières conjonctions 
apparaît dès le latin classique quando, qui indiquait en général 
la cause, mais qu'on trouve parfois avec le sens temporel: Tum 
quando legatos Tyrum misimus, Cicéron, Agr., II, 16. — En latin 
postclassique quando devient de plus en plus général. Puis on 
voit vers la fin de l'empire q u o m o d o, .comment", réduit à c o m o, 
prendre la valeur temporelle: quod quomodo in Austria ambularem, 
sic ibi me praesentassem, Grég. de Tours, Mart., 4, 29 O- 

Tandis que donec, quamdiu et quoad deviennent rares, dum 



') E. Hartmann, Die temporalen Konjunktionen im Fram6zischen, Dlss. OOttingen, 
1903. 

•) J. Vising, Quomodo in den romanischen Sprachen (Abhandlungen Tabler, 
p. 113). 



LES CONJONCTIONS TEMPORELLES 255 

reste, souvent renforcé par l'adverbe intérim, déjà d'ailleurs en latin 
archaïque: Dum coquitur intérim polabimus, Plaute, Menaechmi, 207, 
Intérim dum ille omnium textorum dicta inter lusum consumit, . . . 
repositorium allatum est, Pétrone, 33, 3. 

Il semble que cet adverbe, qui appartient d'abord à la phrase 
principale, se soit soudé plus tard à la conjonction pour donner la 
conj. *d u m i n t e r i m, forme qui donnera en français dementres et 
en provençal dementre. 

Conjonctions ^^^" ^'^' ^" vicux français on ne rencontre plus 

latines qui sont c U m, d U m, d o n e c, quamdiu*); les seules 
restées £n 
français conjonctions qui aient survécu sont q u a n d o et 

q u o m o d 0, en français quant et com ou- corne. 

Comme a été concurrencé comme adverbe interrogatif par la nou- 
velle formation comment, mais il garde pourtant jusqu'au xvii« siècle 
le sens primitif de quomodo: Vous-a-t-on point dit comme on le 
nomme, Mol., Ec. des femmes, I, 4. — Aujourd'hui il exprime l'intensité: 
Comme je suis heureuse! mais l'adverbe combien et d'autres tournures 
tendent à lui enlever aussi cette fonction-là, qui pourtant est encore 
très vivante dans la langue actuelle. 

Comme conjonction le domaine de comme s'est étendu. Il garde 
un peu de sa valeur primitive comme conjonction de comparaison 
(cf. § 374) et dans les propositions substantives (cf. § 343), il a essayé 
à s'introduire dans les phrases finales (cf. § 370), enfin en supplan- 
tant la conjonction latine cum, il a pris une fonction temporelle et 
causale (cf. § 352, 355 et 357). Ici nous nous contenterons de 
quelques observations sur comme conjonction de temps. 

On trouve — nous l'avons vu — déjà en latin vulgaire quomodo 
avec cette valeur. Pour l'ancien français citons: Com // fust en sen 
oratoyre . . . il avint, S. Brandan, III, 6-7, où l'emploi du mode est 
curieux (cf. § 235). 

Sun compaignun, cum // l'at encuntrét, 
SU fiert amunt sur l'helme ad or gemét, 

Roland, 1994 et suiv. 

Quand, lui aussi, s'est vu chargé d'exprimer plusieurs notions. 
D'adverbe interrogatif qu'il était et qu'il est encore, il est devenu 
conjonction de temps et de cause, évolution déjà achevée en latin, 



') Quandiu que se trouve dans le Boèce provençal. 



256 CONJONCTIONS 

et il s'introduit même dans les phrases concessives (cf. § 363). Il a 
perdu actuellement le sens causal, très vivant au moyen âge. mais 
il a toujours gardé le sens temporel; inutile d'en citer beaucoup 
d'exemples: 

Quant ot U pedre ço que dit at la chartre, 

Alexis, 386 (Clédat, p. 12). 
Et quand le terme passera. 
On viendra, 

Pathelin (Clédat, p. 438). 

L'adverbe 347''is. Outre ces conjonctions la langue a connu de 
relatif que. jgut temps des périphrases indiquant le temps. Ainsi 
en latin: lis temporibus quibus; en vieux français: En icel 
tens que, al jorn que, à celé ore que, et aujourd'hui au moment où 
{que), le jour où (que), etc. Ce sont des phrases relatives et que ici 
est l'adverbe relatif. 
L'emploi de ce que est très étendu en vieux français: 
A Pentecoste, que naist la flors el pre, 

Raoul de Cambrai, 3768. 
Ceste besoigne, s'il vos plaist, m'otreiez, 
Tresqu'a treis ans que verons cornent iert. 

Cour. Louis, 105. 
Dans ces exemples la subordonnée précise plus ou moins la déter- 
mination de temps qui précède. Or, cette détermination peut être une 
phrase temporelle amenée par quant: 

Et quant il part, que // fu eslongiés, 

Aiol, 6675. 
C'est peut-être là, comme le remarque M. Ritchie '), le point de départ 
de que remplaçant quant dans la seconde de deux propositions 
coordonnées. 

On voit le même que dans des phrases comme: Il y a trois ans 
que je ne Pal vu, construction qu'on retrouve en vieux français: 

Bien at set anz et mielz 
Qu'e/i ai oit parler estranges soldeiers. 

Pèlerinage, 310. 
En latin on trouve deux constructions différentes: Dixit nobis, quo- 
niam iam aliquot anni essent, a quo non pareret columna illa, 



») Oraeme Ritchie, p. 81. Cf. pourtant aussi p. 167 et suiv. 



CONJONCTIONS DE SIMULTANÉITÉ 257 

Peregr., XII, 7. — lam diu est quod ventri victutn non datis, 
Plaute, Amph., I, 1, 146. — Tertius dies est qaoA..,P\\mus, Ep.,\\I, 
27. — Sexaginta jam anni sunt quod.., S. Jérôme, Visio Paul., 10. 
Cet adverbe relatif que prend en français une extension considérable: 
il ne se rapporte pas seulement à un substantif, mais aussi à des 
adverbes et forme ainsi de nouvelles combinaisons conjonctionnelles 
qui peuvent rendre les idées exprimées par les conjonctions latines 
perdues. 

Rem. On n'a donc pas ici affaire à la conjonction que, qu'on aurait 
voulu préciser, mais bien à l'adverbe relatif. 

Nouvelles 348. Ainsi on rencontre en vieux français pour expri- 

locutions con- nier la simultanéité complète por tant que, tant que, 
jonctionnelles. 

tant com: 

En ton mostier, por tant que nos vivons, 

N'avra mais dite ne messe ne leçon. 

Cour. Louis, 1064, 

tandis que si les deux actions ne coïncident pas exactement, on se 

sert de endementiers que, dementres que (issus de duminterim 

avec que), entrues que — inter hoc + que et que que: 

Et H chevos anbelissoit, 

Que que // fils d'or palissoit. 

Chrétien, Cligés, 1567. 

Que qu'été se demante einsi, 

Uns chevaliers del bois issi. 

Chrétien, Erec, 2795 i). 

Puis quant que, en quant que, quanques, provenant de quantum: 

Mestre Edward le tint, kank' il Funt desachié, 

S. Thom., 5481, 

si com et ainsi com: 

Par main en Palbe, si cum li jurz esclairet, 

Guenes li cuens est venuz as herberges, 

Roland, 667. 

Ici on voit le passage d'une conjonction de manière à une conj. 

temporelle. Enfin nous citons où que, dont le sens est d'abord local: 

Ou qu'// voit nos Franceis, si s'en va mervillant. 

Gui de Bourgogne, 3632. 

C'est de cette façon qu'est né lorsque et alors que: Pendant le 



1) Cf. Tobler, 111, p. 7— 10. 

SNEYDER8 DE VOQEL, Syntaxe Historique. 17 



258 CONJONCTIONS 

dernier quart du siècle même, alors que de nouvelles attaques contre 
le cicéronianisme commençaient de plusieurs côtés, la plupart des 
chefs échouèrent, Revue du seizième siècle, 1914, p. 209. 

Citons encore tandis que, composé de l'ancien adverbe tandis = 
tamdiu et que. On le trouve dès le moyen âge: 

Et tandis que // les asamble. 

Renart ses coroies II emble. 

Roman du Renart, 16944. 

Joie entière on ne peut avoir. 

Tandis que l'on est en ce monde, 

Marot, II, 110. 
Mais bientôt pendant que lui fait concurrence: Pendant que leur 
autorité a besoing de nostre appuy, Montaigne, I, 13. — Vaugelas, 
I, 142, blâme l'emploi fréquent de tandis que, Tfi. Corneille et l'Aca- 
démie (en 1704) constatent que pendant que est pour le moins aussi 
usité que tandis que, et aujourd'hui, on le sait, celte dernière con- 
jonction est presque uniquement employée quand il s'agit d'une 
opposition: La pauvre femme travaille, tandis que son mari gaspille 

son argent. 

Antériorité 

349. En latin on se sert de dum, donec, quoad = 

Conjonctions ^ 

latines. .jusqu'à ce que", et de antequam etpriusquam = 

, avant que". Ces conjonctions se retrouvent en latin 

postclassique; seulement a côté de antequam nous trouvons antea 

quod dans les textes mérovingiens. 

Conionctio s ^^' ^" Tieux français antea quod, devenu 
signifiant *a n t i u S quod, donne ainz que, ainçois que; 
e^^fV cals' priusquam est rendu par primes que, premier que, 
que nous rencontrons jusqu'au xvi« siècle: 
Ainz que Rollanz se seit aperceiiz . . , 
Mult granz damages li est apareOz, 

Roland, 2036 et 2038. 
Une nouvelle combinaison donne avant que et devant que, formes 
qui ne deviennent fréquentes que vers la fin du moyen âge, mais 
qu'on trouve pourtant dès le xii* siècle: 

Mes trop plus crains que la mort ne f absente 
Avant que moy, 

Clédat, p. 432. 



CONJONCTIONS d'antériorité 259 

Sil pursieu e enchalce devant ço que // entre en citéd, Quatre 

Livres des Rois, II, 198. 

Ains que se fait rare au xvi« siècle. En voici pourtant un exemple: 

Le cler soleil, ains qu'es^re en Occident, 
Lairra espandre oscurité sus elle, 

Rabelais, I, 58. 
Devant que se rencontre encore souvent au xvii^ siècle. Vaugelas, I, 
435, dit à propos de avant que et devant que: „Tous deux sont bons. 
M. Coëffeteau a tousjours escrit devant que, mais avant que est plus 
de la Cour et plus en usage". Thomas Corneille et l'Académie con- 
damnent devant que. On blâme également au xvii^ siècle l'emploi de 
auparavant que, dont M"^ Sc^idéry se sert souvent. Avant que est 
seul resté dans la langue. 

Primes que, premier que sont des conjonctions qui expriment la 
même idée, mais qui n'ont pas subsisté ; premier que est fréquent en 
moyen français et rare au xvii« siècle: Premier que vous faittes a 
vostre fils nul mal, Froissart, III, 13. — Qui vit premier le corps 
de sa femme morte devant sa maison qu'il n'en avoit su la nouvelle, 
Marg. d'Angoulême, Hept., Nouv. II. 

// se faut tenter 
Premier que /'on se vienne à la cour présenter, 

Du Bellay, Poète Courtisan (Darm., p. 285). 
Premier que d'avoir mal, il trouva le remède, 

Malh., I, 13. 

Conjonctions ^'' Q^^nt aux conjonctions latines signifiant „ jusqu'à 

signifiant ce que", elles ont disparu. Elles ont été remplacées par: 
jusqu'à ce s . j , i- *j , , 

que. ^' jusques, jusques que, du latm *de + usque + 

q u d, cf. Prudence, Cath., 2, 73, 6 : Jacob, eo usque 

dum lux surgeret, sudavit impar proelium. 

Jo vos defent que n'i adeist nuls hum 

Jusques Dieus vueille qu'en cest camp revengum, 

Roland, 2438. 
Ces conjonctions disparaissent au xvi« siècle. 

b) tant que, fréquent au moyen âge, est encore très usité au 

xvii* siècle, dans le sens de «jusqu'à ce que": 

D'une chambre an autre traverse. 

Tant que tôt cuide avoir veii, 

Cligés, 5566. 



260 CONJONCTIONS 

Versez, versez toujours, tant qu'on vous dise assez, 

Mol., Bourg. Oent., IV, 1. 
Pourtant l'Académie le condamne dans les vers de Corneille, III, 155: 
Je te le dis encore, et veux, tant que j'expire . . . 

Rem. 1. 11 est curieux de constater que l'Académie s'est elle-même servie 
de la tournure blâmée. On lit dans les Sentiments sur le Cld, XII, 471, 
tant qu7/ ait prouvé au sens de: jusqu'à ce qu'il ait prouvé. 

c) Citons encore jusqu'à tant que: Il faut la prendre (l'Eucha- 
ristie) avec réserve, jusqu'à tant que nous soyons rendus propres à 
recevoir tout son effet, Bossuet, Méd. sur FEvang., la Cène, 48« jour. 

d) jusqu'à ce que est aussi très fréquent au xyii» siècle et on 
sait qu'il est resté presque seul dans la langue actuelle: Les autres 
demeurent en leur pourriture jusques à ce qu'/fe soyent consumez, 
Calvin, Institution, II, 5, 3 (éd. de 1560). 

Rem. 2. Au moyen âge on trouve encore de ci que, de ci la que, de ci 
a tant que. tresque et d'autres locutions: 

Ne deit garir ne a plain ne a bos 
De ci qu'// ait o recréant o mort, 

Cour. Louis, 23. 
Ja nen iert mais retraiz par nul home charnel, 
Tresqu'il seit pleine hanste de terre desterrez, 
. . Pèlerinage 463 (Clédat, p. 41). 

Postériorité 

Disparition des 3^2. En latin on a postquam ou posteaquam 

conjonctions .après que", et ut, ubi, simula c, ut primum, 

latines et ... . ., .i c i »■ 

nouvelles "^1 primum, cum primum, , dès que . En latm 

formations en vulgaire on trouve parfois postea quod. Puis 
partie savantes. j i , ,■ i , ■ j 

cum, quando et en latin postclassique quomodo. 

En français ces conjonctions ont disparu, sauf postea quod, 

quando et quomodo. Posteaquam, devenu ""p o s t i u s quod, 

donne puis que: . 

Car ne doit estre contredite 

Parole puis que rois Pa dite. 

Chrétien, Erec, 61. 

On le trouve encore au xvi* siècle dans ce sens: Je ne vous avais 

onques puis veu que jouastes a Monspellier . ... la morale comédie 

de celuy qui avoit espousé une femme mute, Rab., III, ch. 34. 

On rencontre aussi des puis que, qui va donner depuis que: 



CONJONCTIONS DE POSTÉRIORITÉ 261 

Servi m'as bien et volentiers 
Des puis que tu fus chevaliers, 

Gautier d'Arras, Ille, 277. 
Puis une combinaison après que, formé de la préposition après, qui 
avait remplacé post, et la conjonction que: 

Grant pièce après que // revint 
Un jor seus an la chambre vint. 

Chrétien, Cligés, 5157. 
Des que équivaut à l'origine simplement à „après que": 
Trenta très anz et alques plus. 
Des que carn près, in terra fu, 

La Passion du Christ, 5 et 6. 
Dès le xii« siècle il a le sens actuel: 

Car le traîtres le ferma. 
Des que la traïson soscha. 

Chrétien, Cligés, 1241. 

353. Les conjonctions suivantes sont composées d'un adverbe, 
indiquant la rapidité et qui appartenait primitivement à la phrase 
principale, et que: lues que, maintenant que, en es le pas que, 
tantost com {que), manés (manois) que, erramment que, incontinent 
que, soudain que, aparmens que, d'abord que, soudain que, désor- 
mais que et lorsque. Cette dernière conjonction apparaît pour la pre- 
mière fois dans Chrétien de Troyes et reste rare dans la vieille langue: 

Cil s'an vont isnelement tuit, 

Lors que celé l'ot comandé, 

Cligés, 5486. 
Enfin il faut citer ici ou que, qui, comme nous l'avons vu au § 348, 
exprime aussi la simultanéité: 

Ou que veit Olivier, volentiers i parolet. 

Pèlerinage, 824. 
Plusieurs de ces conjonctions ont eu une courte existence. C'est qu'elles 
sont pour une partie des formations savantes; aussi les trouve-t-on 
surtout dans la littérature scientifique, qui avait besoin de distinctions 
plus fines que les chansons de geste. Ainsi on ne rencontre plus au 
xvi« siècle manois que et lues que, tandis que soudain que et inconti- 
nent que sont alors en train de passer hors d'usage: Soudain qu'elles 
sont a nous, nous ne sommes plus a elles, Mont., III, 5. — Et pour 
chastier sa femme, incontinent qu'// fut de retour en sa maison, 
Amyot (Darm., p. 154). — Et au xvii^ siècle encore: 



262 CONJONCTIONS 

Soudain qu'elle m'a vu 
Ces mots ont éclaté . . ., 

Corn., IV, 1, 1181. 
incontinent qu'il croira que mes gens 
Seront couchés et dans leur premier somme. 
Il se rendra devers mon cabinet, 

La Font., Contes, V, 3. 
Subit que est une formation savante qu'on trouve assez souvent au 
XVI' siècle: Subit que M. de Guise vie r artillerie assise. Pavé (Brunot). 
D'abord que est très usité au xvii« siècle: J'ai vu un jeune homme 
avec elle qui sfest sauvé d'abord qu'/7 m'a vu, Mol., Mal. Imag., 
II, 7. — Aussi d'abord que je vous ai vu, vous ai-Je connu comme 
si je vous avais nourri, Scarron, Roman comique. 
Désormais que commence à vieillir au xvii' siècle, tandis que aussitôt 
que devient une des conjonctions les plus usitées. 

Vaugelas, I, 361, condamne dès lors que, qui aujourd'hui est archaïque: 
Mais dès lors que l'on parle, nous ne pouvons laisser s'établir à 
nos dépens la prescription de silence, Le Temps, 17 février 1915. 
„A même que, pour „en même temps que", n'est point une phrase 
de la Langue", déclare l'Académie en 1704; cf. Vaugelas II, 190. 
Si tost com, fréquent en vieux français, est resté dans la langue 
sous forme de sitôt que: 

Dame, mes père me pria 
Que por rien nule ne leissasse 
Qu'an Bretaingne ne m' an alasse, 
Tantost con chevaliers seroie, 

Cligés, 4313 et suiv. 
Ainsi que la pauvre femme étoit à son premier sommeil, entra ce 
valet, Marg., Heptaméron, Nouv. II. 

Rem. On trouve quelquefois à ce que avec le sens de .dès que": A che 
que il le sent lassé. Va moU laidi e reOsé, Tristan Mén.. 299 et suiv. 
(dans Romania, XXXV. p. 506). — Pour mais que cf. § 360. 

Conjonctions causales') 

Conjonctions 354. En latin classique quod et quia expliquent, 

latines. quoniam, quandoquidem, siquidem motivent 

l'action et signifient donc .puisque"; eu m, conjonction temporelle, 

prend souvent un sens causal et amène en général une subordonnée 



>) O. Rohte, Die KausalsàUe Im franz., thèse GOttingen, 1901. 



CONJONCTIONS CAUSALES 263 

qui précède la principale; quando, qui lui aussi peut être une 
conjonction de temps — en général il est adverbe — , s'emploie en 
latin aussi avec la valeur causale de „ puisque". Déjà dans Plante: 
Quando ita tibi lubet, vale atque salve, 

Cistellaria, 118. 
Af;e, liber tate decembri, 
Quando ita maiores voluerunt, utere; narra, 

Horace, Sat., II, 7, 5. 
Rem. 1. Quod causal se rencontre souvent après les verbes affectifs, où 
il alterne avec la construction dite .Accusativus cum Infinitivo". 

Rem. 2. Si on nie une cause, on se sert de non quod, non quo; quia 
indique une cause réelle. Pourtant la distinction entre quod et quia s"efface dès 
le premier siècle. 

En latin postclassique quod est souvent remplacé par eo quod 
et pro eo quod, „par cela que", qu'on trouve d'ailleurs déjà dans 
Cicéron: Tibi . . . panis non deerit . . . eo quod oboedieris verbis mets, 
Grég. de Tours. — Mais c'est surtout quia qui étend son domaine aux 
dépens des autres conjonctions causales, cf. § 340. 

355. De toutes les conjonctions causales latines restent 
que causal. r • , , .i j j 

en français seulement que, quant de quando, com 

de quo modo. 

Les exemples oîi l'on trouve que seul comme conjonction causale 

sont rares, et encore peut-on y traduire que par car: 

Sovre les piez ne puot ester 

Que toz les at il condamnez, 

S. Léger, 165. 

Pourtant on le trouve dans quelques cas spéciaux, p. ex. après des 

verbes comme blâmer, mercier: 

Jel hlasmoe qu'// me mandat, 

Béroul, 357. 

On se sert ici aussi de la locution de ce que, qui est seule usitée 

aujourd'hui. 

On trouve encore que causal après une proposition interrogative, 

emploi qui s'est conservé jusqu'à nos jours: 

Avés vos de gent garde, que si estes armé? 

Aiol, 1737. 

Puis, que est fréquent après un verbe comme faire: 

Que fols fist H reis Hugue, qu'il herberjat tel gent. 

Pèlerinage, 483, 



264 CONJONCTIONS 

mais on trouve aussi la construction moderne en ce que et de ce que. 
Enfin, que s'est conservé dans non que, ce n'est pas que, qui nient 
la réalité de la cause, et dans c'est que. 

Une extension de que causal est le que exclamatif après une inter- 
jection: 

Deus! qu'or nel set U cuens b le vis fier! 

Cour. Louis, 2084. 
Lasse, que «'a/ un coltel dont m'ocie! 
Deus! quel dulur que // Franceis nel sevent! 

Roland, 2723 et 716. 

Valeur de que 356. En générai la phrase amenée par </u^ est précisée 
précisée. pgj. y„g préposition causale, suivie ou non d'un pronom 
déterminatif : por que, por o que, par ço que. Vers la fin de la période 
du vieux français on trouvera d'autres formations comme vu que, à 
cause que. 

Por ço que est surtout fréquent après les verbes affectifs: 
Mais por ice le vous ai demandét 
Que de mecines cui je savoir assés, 

Raoul de Cambrai, 6890. 
On trouve pour que encore au xvi» siècle: 

Pour aucun temps il cheut au lit malade. 
Pour que son cœur d'elle estoit séparé, 

Oct. de St. Gelais, Hist. d'Eurialus et Lucrèce. 
Por tant que, qui se maintient également jusqu'à la fin du xvi« siècle, 
est fréquent chez Chrétien de Troyes: 

Si l'ama tant, quant il la vit. 
Qu'il an fu morz. si corne an dit, 
Por tant qu'il ne la pot avoir, 

Cligés, 2769 et suiv. 
Puis que et des que, qui indiquent primitivement le temps, prennent 
eux aussi un sens causal: 

Sire, nel vos cèlerai plus. 

Des qu'il vos plest que jel vos die. 

Chrétien, Chev. au lion, 3648. 
Puis qu'a mouiller te vix traire, 
Pren feme de haut parage, 

Auc. et Nie, 3, 11. 
On trouve cette conjonction déjà dans St. Léger: 



CONJONCTIONS CAUSALES 265 

En un monstier me laisse entrer 
Pois que nen pois tau voit ester, 

St. Léger, 95. 
Vu que: Ce ne serait point par nécessité, veu que, Dieu mercy, nostre 
langue est tant riche . . , H. Estienne, Conformité de la langue 
grecque, Préface (Darm., p. 132). 

Par ço que est rare en vieux français et ne se trouve que dans des 
textes qui ont un caractère savant: 

En grant peine nus mist. 
Par ço que H manjat 
Ço quEve li dunat, 

Phil. de Thaun, Comput, 533. 
Par ce que et pour ce que, qui primitivement se distinguent, le premier 
indiquant le moyen, le second la cause, se sont de bonne heure 
confondus; au xvii= siècle la lutte n'est pas encore finie, mais Vaugelas, 
I, 117, trouve par ce que „plus doux", et l'Académie condamne /JOHr 
ce que en 1704. 

Rem. Comp. le chap. des prépositions pour l'histoire de pour et de par. 

A cause que et considéré que disparaissent également: Et à cause 
qu'il n'était de maison de même quelle, il n'osoit découvrir son 
affection, Marg. d'Angoulême, Heptam., Nouv. IX. — Mais une nou- 
velle conjonction naît, attendu que, qui, d'après Vaug., II, 250, „com- 
mence à se rendre fort commun dans le beau stile". 

D'autant que a aussi le sens causal : Puis après afin que, d'autant 
que les mesmes cruautez pouvoyent bien tost après estre exercées contre 
beaucoup de povres personnes, les nations estranges fussent . . . touchées. ., 
Calvin (A. Lefranc, Grands Ecrivains du XVI^ siècle, p. 318 et suiv.) 

Si l'on veut appuyer, on peut se servir aujourd'hui de par cela 
même que: Par cela même que je connais les choses, les choses 
n'existent pas, Flaubert, Tentation de St. Antoine, p. 96. 

Autres 357. Nous avons vu qu'à côté de que, deux autres 

conjonctions: conjonctions latines s'étaient maintenues en français, 
quand et comme. . , „ 

quand et com ou come. En voici deux exemples: 

Quant n'ai ton fil, ensemble o tel vueil estre, 

Alexis, 150 (Cléd., p. 10). 

E fu si bêle et si bien felte, 

Con Deus meïsmes l'avolt felte, 

Chrétien, Cligés, 2717 et suiv. 



266 CONJONCTIONS 

Quand a bientôt perdu son sens causal; comme par contre est 
toujours très vivant. 

La différence entre parce que, puisque et comme est connue. On 
trouve pourtant souvent parce que en tête d'une phrase: Enfin, parce 
que Balzac avait écrit ..... // faut mettre sur sa tête la couronne 
de Pologne, G. Reynier, Le roman réaliste au XVII<^ siècle, 1914, p. 137. 
Comment une conjonction causale peut prendre la valeur conces- 
sive, on le voit par la phrase suivante: Mais . . . parce qu'il oppose 
dans une salle de cabaret la civilité démonstrative et complimen- 
teuse d'un groupe d'Italiens à la méfiante gravité de quelques buveurs 
allemands, il serait naïf de lui supposer l'intention de peindre les 
mœurs françaises et étrangères. Ibidem, p. 229. 
Comme ainsi soit, très fréquent chez Amyot par exemple, se perd 
au xvii« siècle. Malgré l'autorité de Coëffeteau, Vaugelas, II, 248, le 
condamne et l'Académie, elle aussi, déclare que cette locution est 
entièrement bannie du langage. En voici un exemple de la fin du 
xvi« siècle: Comme ainsi soit que vos offences et iniquitez vous 
ayent amené à en temps auquel . . , Lancelot, Avertissement au lecteur. 
Rem. I. Au xve siècle on rencontre car avec le sens de „parce que": Du 
nom de fortune on le baptise ou por deffault de vivement entendre et cognois- 
tre la raison, ou car le bruit de fortune est trop en cours (Meyer-LObke. 
III. p. 659).. 

Rem. 2. Un emploi curieux est celui de par quoi, pour quoi, de quoi 
au lieu de parce que, pour ce que, de ce que. Il est dû peut-être à une 
confusion avec le pronom relatif qu'on trouve dans les questions indirectes: 
// parle de ce qu'il ne comprend pas. ou // parle de quoi il ne comprend 
rien. Ainsi on a des phrases comme celle-ci: Pleurant de quoy les pieds 
luy saignoyent, D'AubIgné, Mémoires (Darm., p. 80). — Dont est employé 
avec le même sens: Ainsi il fault . . . t'ésjouyr dont Pan est a son aise., 
Marg. d'Angoulême (Brunot, II. 383). 

Conjonctions conditionnelles 

Si en latin et 358. En latin on avait si, amenant toute sorte de 
en français. conditions. La négation en est nisi, si la négation 
porte sur toute la phrase; si non ou si minus, si elle ne se 
rapporte qu'à une partie de la phrase' Caesar demonstrat se.., nisi 
ita fecerint, esse belle civitatem persecuturum. — O miserum te, si 
intellegis: miseriorem, si non intellegis. 

Si a persisté renforcé dans la langue populaire par que, qui indique 
par excellence l'idée de subordination: Si (\a' ils tirent dessus, ce sont 
des Boches, Illustration, 1914. 



'conjonctions conditionnelles 267 

La conjonction négative n i s i a disparu, quoiqu'on la trouve encore 
fréquemment en latin vulgaire. Elle a été remplacée par si non qui 
donne en vieux français se . . . non: Or n'i a se de l'aler non (Tobler, 
I, 23), tandis qu'aujourd'hui les deux mots sont toujours rapprochés: 
Ce crime n'a pu être commis si non (ou plutôt si ce n'est) par lui. 
Ici encore on trouve une forme allongée avec que: Il me sembla que, 
sinon que je m'y opposasse vertueusement, . .. je nepouvoye m' excuser, 
Calvin (A. Lefranc, Grands Ecrivains du XVI^ siècle, p. 318). — Cf. 
aussi § 359. 

Que pour 359. Que, qui a remplacé tant d'autres conjonctions, 

amener une est aussi entré en lutte avec si. Dans des phrases 
condition. n , -r . . ^ ■ , ■ j 

comme Qu il reconnaisse son tort, et je lui pardon- 
nerai, il est vrai, nous avons affaire à une phrase exprimant un désir et 
que n'y équivaut donc pas à 5/. On le trouve quand deux conditionnelles 
sont reliées ensemble : Si vous y allez et que vous le voyiez, dites-lui 
qu'il n'y a plus de danger. Dans ce cas, le latin ne répétait pas en général 
la conjonction 5/ et mettait le même mode dans les deux phrases. 
La vieille langue pouvait dans ce cas se servir de deux constructions: 
Et se nus contredire m'ose ... 
Et die que H gentil home ... 
Sont de meillor condicion, 

J. de Meung (Clédat, p. 210). 
Se sui ocis et vos dire /'orrez, 

Roland, 359a (éd. Stengel), 
c.-à-d. que devant la seconde phrase, la conjonction manque et qu'on 
se sert de l'indicatif ou du subjonctif. C'est au xiii« siècle que la 
conjonction que, devenant de plus en plus fréquente, apparaît aussi 
devant le subjonctif. Cette tendance est peut-être renforcée par le 
fait que la particule que peut remplacer aussi d'autres conjonctions, 
notamment les conjonctions temporelles comme dans: 

Quant vient al seir. 
Que virent l air teniècle et neir *), 
Thèbes, 3057. 

') Il est peu probable que cette construction dérive du latin. 11 est vrai que 
dans Plaute on trouve quelques vers où quôd équivaut à si: 

Si hercle tantillum peccassis, quod posterius postules 
Te ad verum convorti, nugas mulier magnas egeris, 

Rudens, 1148, 
= „si tu réclames ensuite" = .tu auras beau réclamer"; cf. Lejay, Rev. philol. 
de lut. et d'hist. anc, 1912, p. 259. 



268 CONJONCTIONS 

Autres 360. Nous avons vu que ni si a disparu de la langue. 

conjonctions. Quand la condition est exprimée par un verbe, il est 

remplacé par si suivi d'une phrase négative: Si vous n'obéissez pas, 

vous serez puni, ou par à moins que, conjonction qui ne fait que 

relativement tard son apparition dans la langue. 

Rem. 1. On la trouve quelquefois construite avec un substantif au xvii« siècle: 
A moins que d'une tête an si grand corps chancelle. 

Corn., Othon. lil, .3. 858, 
et encore aujourd'tiui, mais rarement: Les médecins disent qu'i moins d'un 
oracle, il sera mort demain. 

Peu à peu on a formé d'autres locutions conjonctionnelles fors que, 
fors ce que, fors tant que: 

Car fai tel duel qu'onques le roi 

Oui mal pensé de vous vers moi 

Qu'il n'i a el fors que je muere, 

Béroul, Tristan, 109. 
Puis sauf que, loin que, outre que, au lieu que et avec des participes 
hormis que, pourvu que, posé que, supposé que: 

Tu les avras 

Par covant que tu me diras 

An quel leu H corz fu trovez. 

Chrétien, Guill. d'Angleterre, 2101. 

Et li rois dit que . . . 

Por ce que // s'en ressovaigne 

Qu'il retornera. 

Ibidem, 2715. 

Ne li estuet os tel changier 

Por qu' (= pourvu que) oiist auques a mangier. 

Roman de Renard (Clédat, p. 166). 

Dans ne . . . que, qu'on trouve dès le xii» siècle, on a primitivement ' 

le que comparatif, où le comparatif est sous-entendu. L'origine de 

cette construction se voit très bien dans line phrase comme: 

Ne cuide qu'il i ait nului 

Que seulement son clerc et lui, 

Gautier d'Arras, llle et Galeron, 1819. 

En parlant des conjonctions adversatives nous avons déjà traité /na/5 ^t/f 

(= pourvu que, excepté que); cf. § 334. Citons encore quelques phrases: 

Volentiers, dist li cuens, mais que Charles Fotreit, 

Pèlerinage, 485. 



CONJONCTIONS CONDITIONNELLES ET CONCESSIVES 269 

Ne sai que je vous puisse dire, 

Mais que Ganor avons perdue, 

Gautier d'Arras, Ille, 5728. 
On le trouve encore quelquefois au xvii« siècle, en général avec une 
valeur temporelle; les exemples suivants' montrent comment on a pu 
passer du sens de pourvu que à celui de quand: Il promit qu'il le 
ferait, mais quV75 tâchassent aussi de leur côté à disposer les esprits, 
Vaugelas, Quinte-Curce, VI, 2. — Vous aurez le Grand Roman des 
Chevaliers de la Gloire, mais qu'// soit achevé d'imprimer, Malh., 
m, 263. 

Rem. 2. Vaug., I, 268, dit: „Mais que pour quand, est un mot dont on use 
fort en parlant, mais qui est bas, et qui ne s'escrit point dans le beau stile". 
Th. Corneille et l'Académie le bannissent entièrement de la langue. 

Je VOUS donne ma voix pour dire la vôtre, par ainsi que vous 
ne nous fassiez point pleurer, Marg. d'Angoul., Hept., VII. 

Rappelons encore l'emploi de sans que, suivi de l'indicatif, avec la 
signification de „si ce n'est que": Ilm'a fait faire bien des complimens, 
et que sans que son équipage étoit bien fatigué, il seroit venu me 
voir; et moi, sans que je n'en ai point, Sév., IX, 269. ^) — Et 
encore aujourd'hui parfois: Ne dépensez rien, sans que cela soit 
nécessaire. — Enfin, citons encore les conjonctions qui s'emploient 
en français moderne: en (au) cas que, à condition que, pour peu que -). 

Conjonctions concessives*) 

Les conjonctions 361. Pour exprimer une idée concessive, le latin 

latines pouvait se servir du subjonctif seul, ou de dif- 

disparalssent. ,. , . , . 

férentes conjonctions, ou encore de pronoms 

et adverbes relatifs indéfinis. 

a) Sit hoc verum, proficiscendum tamen non erat. 

b) Quamquam, etsi, tametsi, cum, quamvis, licet, 
etiamsi. 

Les trois premières conjonctions expriment une concession réelle: 



1) Cf. § 333. 

2) Cf. § 346, Rem. 

3) H. Johannsen, Der Ausdruck des Concessivverhàltntsses im AUfranzôsischen, 
Diss. Kiel, 1884. — F. Briiss, Der Ausdruck des Konzessivverhàltnisses im 
Mitlel- und Neufranz., Diss. Gôttingen, 1906. — Tobler, Ul, 1, Quoique, malgré 
que, bien que. 



270 CONJONCTIONS 

Nam etsi nvllo periculo legionis delectae cum equitatu proelium fore 
videbat, tamen committendum non putabat, César, De bello galUco, 
I, 46. — Quelquefois ces trois conjonctions étaient employées dans 
la principale: Quamquam quid loquor? 

Ut (llcet) desint vires, tamen est laudanda voluntas. 

Quamvis exprime un degré et il est donc, en latin classique, 
presque toujours suivi d'un adjectif ou d'un adverbe: Assentatio 
quamvis perniciosa sit, nocere tamen nemini potest nisi qui delectatur 
(= quelque pernicieuse qu'elle soit). Le mot tamen dans la prin- 
cipale souligne très souvent l'idée concessive. 

c) quisquis ou quicumque, quotquot ou quotcumque, 
utut ou utcumque, ubiubi et d'autres: 

Quidquid id est, timeo Danaos et dona ferentes, 

Verg., Aeneis, 49, II. 

En latin postclassique une confusion se produit entre plusieurs 
de ces conjonctions, ainsi entre licet et quamlibet, quamquam 
et quamvis. Il est vrai que cette confusion se rencontre déjà pendant 
la période classique: Quamvis carebat omnia, Nepos, Miltiades, 2, 
oîi quamvis a le même sens et est suivi du même mode que 
quamquam. 

362. Nous savons déjà qu'à l'époque préromane la perte des 
conjonctions a dû être considérable. Il est vrai que les textes 
latins ne nous en fournissent pas la preuve, mais l'état des choses 
en roman prouve plus que suffisamment la vérité de cette assertion: 
de toutes les conjonctions concessives du latin le français ne garde 
aucune trace. Il se tire d'affaire: 

Idée concessive, °) C" se servant d'une autre tournure; des phrases 

exprimée par comme la suivante sont particulièrement fréquentes 
une principale. 

en vieux français: 

Qui le cor ot et tantir et souner, 

S'il est malades, lues revient en santé 

Ja n'avéra tant grant enfermeté, 

Huon de Bordeaux (Clédat, p. 50). 

En français moderne se rencontrent des tournures comme: // a 
beau . . , ou : Le croira qui voudra, moi je suis sûr de mon affaire, 
d'autres encore. 



CONJONCTIONS CONCESSIVES 271 

Le subjonctif b) en se contentant du subjonctif seul: 
seul. Il /.gig Hugue H Forz nen at nul bacheler, 

De tote sa maisniede, tant seit forz et membrez, 
Ait vestut dous halbers et dous helmes fermez, 
Si seit sor un destrier corant et sojornét . . ., 

Pèlerinage, 454 et suiv. (Clédat, p. 40) 

363. c) Enfin le français a créé une foule de conjonctions concessives: 
1) La conjonction si peut facilement prendre une nuance 
causale et concessive: 

Se tu es riches et manant, 
Ne soies orgueilleus por tant, 

Méon, Fabl. et Contes, II, 138, 12. 
Cette fonction, qui est restée en français moderne, s'explique par le 
fait que la conditionnelle aussi bien que la concessive sont au fond 
des causales (§ 238). Le sens concessif est encore plus clair dans les 
locutions conjonctionnelles: encore si, neis si (= même si), portant 
si, meisme si, et dans une phrase comme: 

Or pense de toy liée offrir 
A encore un petit souffrir, 
S'ainsi est qu'il te viengne ennui, 

Clédat, p. 428. 
2) L'emploi de la conjonction quand avec sens con- 
cessif est récent. On exprime cette idée plus clairement 
par quand même, quand bien même: 
De quelque amant pour moi que mon père eût fait choix, 
Quand à ce grand pouvoir que la valeur vous donne 
Vous auriez ajouté Féclat d'une couronne, 
Quand je vous aurais vu, quand je l'aurais haï; 
J'en aurais soupire', mais /aurais obéi. 

Corn., Polyeucte, II, 2. 

Adverbes et '^^' ^) ^^^ l'époque la plus ancienne on trouve des 
pronoms adverbes ou des pronoms indiquant l'intensité: 

l'î'nte'nsl^é. ^" "^°"- ^^"' /^' *^' "'"'' 
Cointe et joli 

Tant sole je brunette, 

Clédat, p. 330. . 

Cette tournure se rencontre encore au xvii« siècle: Vous à qui la 



272 CONJONCTIONS 

mort même, de tant près que vous Fuyez vue, n'a jamais pu faire 
peur, Voit., I, 124; — ou avec inversion: 

Même ses courroux, tant soient-ils légitimes. 
Sont des marques de son amour, 

Malh., I, 246, 23. 
La construction moderne si grani qu'il seil se trouve déjà dans le 
Chastoiement d'un père à son fils, XXXIII, 120. 

Je t'aime toutefois tel que tu puisses être, 

Corn., Cinna, III, 4, 1033. 
Cette tournure n'apparaît qu'au xvi» siècle. 
Tous soiez joene, s'estes vos tes 
Que vos devez par droit estre honorés. 

Enfances Ogier, 7251. 
Tout ait Diex faites les choses. 
Au mains ne fist il pas le nom, 

Roman de la Rose, 7829. 
Dans le premier exemple tout est suivi d'un adjectif et indique 
l'intensité, dans le second ce sens s'efface et tout est devenu syno- 
nyme de quoique. 

Rem. De même en provençal moderne: Tous que siès lou flambèu dau 
coumerce croumpa quatre sous de filousou/ia, Qerm. Rom. Monatschrift, 
1915, p. 218. 

365. 4) La concession peut porter, non sur l'action, mais sur la 
personne qui fait ou subit l'action, sur le lieu, sur la façon dont elle se 
produit. De là l'introduction de pronoms et d'adverbes interrogatifs : 
qui . . que, quoi . . que, où . . que, quel . . que, comment . . que, quant 
. . que (tombé en désuétude au xvi« siècle), enfin combien . . que, qui, 
perdant son sens primitif, à été très fréquent dans le sens de „quoi- 
que"; et les formations savantes comme quiconque, quelconque 
suivies ou non de que '). La plupart de ces locutions se trouvent dès 
le xu« siècle: 

Serai Je vostre, ou que je soie, 

Guill. d'Angleterre, 1570. 
Qui que lor discorde compert. 
Il n'i avront ja nul danger. 

Ibidem, 2342. 



') Cf. aussi § 130. 



CONJONCTIONS CONCESSIVES 273 

Ge n'en met hors rois ne prêtas, 
Ne juges de quelconque gvise, 

Roman de la Rose (Clédat, p. 206). 
Mes il met an son covenant 
Que la corone li remaingne, 
Cornant que // afeires praingne, 

Chrétien, Cligés, 2553 et suiv. 
Cument que chascuns le feïst, 
Qui que murust, qui que vesquist, 
Veir est que Guillelmes venqui, 

Wace, Rou (Clédat, p. 252). 
Quoique et combien que ont perdu leur sens primitif, qu'on sent 
peut-être encore dans des phrases comme Quoique ces deux 
frères diffèrent l'un de l'autre (combien qu'ils diffèrent l'un de 
l'autre), ils s'aiment passionnément. 

Mais vous savez qu'il est des choses dans la vie 
Qu'on ne peut excuser quoiqu'on en ait envie, 

Mol., Misanthrope, III, 4. 
Jamais, dit-elle, pour homme que /eusse veu (combien qu'il fust 
accompli en don de grâce et de nature), mon cœur n'avait varié, 
Hélisenne de Crenne (Reynier, Le Roman sentim. avant l'Astrée, p. 101). 
Ils n'expriment plus que la simple concession. Combien que, 
extrêmement fréquent au xvi^ siècle, se rencontre encore au xvii«: 
L'abbé, combien qu'// fût assez mauvais homme, ne leur osa refuser 
le logis, Marg. de Navarre, Heptam., Préface. — Combien que l'éton- 
nement que fai d'être déçue est si grand, Ibid., Nouv. X. 
Richelet le déclara hors d'usage et Corneille remplaça p. ex.: 
Et combien que pour lui tout un peuple s'anime, 
par: Et quoi qu'on die ailleurs d'un cœur si magnanime, 

Cid, IV, 1, 1133. 

L'histoire de quel . . que est intéressante; nous en avons d'ailleurs 

déjà parlé au paragraphe 145 et nous pouvons nous contenter de 

citer quelques exemples de lequel . . que (gui), qui lui aussi amenait 

souvent une phrase concessive: 

Une chose nos fait entendre 

Al quel que la viegne a prendre. 

Que ele tait anceis amé; 

Del quel ki l'ait vuelt aveir gre, 

Enéas, 9005—9. 
SNEïDERS DE vOQEL, Syntaxe historique. 18 



274 CONJONCTIONS 

Et encore au xvii^ siècle: Lequel des deux qui pât arriver, F astro- 
logie triomphait, Fénelon, Dialogue des Morts, 72; — et avec le 
pronom relatif à l'accusatif: // aura dent pour dent, ou œil pour œil, 
lequel qu'/7 voudra, Malh., III, 55. 

366. 5) La préposition pour ') précède d'abord un sub- 
stantif et a un sens causal ou concessif: 

Ne te faudra 
Nule chose qui te conviegne 
Por mescheance qui faviegne, 

Rom. de la Rose, 6542. 
Et encore au xvii« siècle: 

Je ne vous aime pas pour faveur que j'obtienne, 

La Font., L'Eunuque, IV, 6, 1709. 
Puis, si le substantif est précédé lui-même d'un adjectif fortement 
accentué, la construction se confond avec la phrase amenée par si ou 
tout. Voici un exemple qui se trouve sur la limite, mais où l'on 
peut encore sentir la valeur de la préposition: 

Onques cerf 
Ne fu tant a deable serf, 
Qu'en guise de cerf se meïst, 
Pour estrange estât qu'il preïst, 
c.-a.-d. ,Le diable ne se déguisa jamais en cerf, quelque étrange 
état qu'il ait jamais pris". 

Puisque tous ses captifs, pour bien qu'elle les tienne. 
Sortent de sa prison pour entrer dans la mienne, 

J. de Mairet, Les galanteries du duc d'Ossone, IV, 8. 
Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes, 
• Corn., Cid, I, 4, 157. 

On sait que pour suivi d'un infinitif exprime la même idée: L'admi- 
ration que les rhéteurs excitaient à Rome, pour être un peu moins 
bruyante, n'en était pas moins vive, G. Boissier, La fin du paganisme. 
On trouve parfois de au lieu de pour: 

Vos nan estes point empiriez 
De chose que dite vos aie, 

Chrétien, GuilL d'Angleterre, 1586. 
On rencontre même, rarement il est vrai, pour si avec sens concessif 



») Tobler, II, 24—34. 



CONJONCTIONS CONCESSIVES 275 

au xvii« siècle: Aussi ne pensai-je pas qu'aucune chose, pour si 
utile et si excellente qu'elle fût. Math., Il, 279. — Et au xx^ siècle: 
Et pour si grandes que soient les divergences . . ., elles ne portent que 
sur les modes et les dates de cette collaboration, Bédier, Légendes 
épiques, III, 225. 

Rem. Dans pour peu que le sens conditionnel prédomine: 
Pour peu qu'elle en sache, elle a trop de matière 
Pour ne descouvrir pas l'intrigue tout entière, 

J. de Mairet, Les galanteries du duc d'Ossone, IV, 6. 
Pour peu que vous lui écriviez, l'affaire réussira (condition). — Pour 
peu délicat qu'il puisse être, il blâme votre conduite (concession). 

367. 6) Les adverbes ja, bien, encore. 
ja, bien, encore. ,,,,.. i . j . 

Ja, du latin jam, employé dans une phrase con- 
cessive, marque (comme al en hollandais) qu'on admet que l'action 
de la subordonnée est passée depuis quelque temps, mais que la 
conséquence naturelle ne se produira pas: Ja soit il forz, je ne le 
criens. —- Jaçoit que est devenu ensuite une locution conjonctionnelle, 
très courante au xvi^ siècle, et qui se rencontre encore au xvii«: Un 
ministre avait écrit à la reine-mère qu'il n'avait jamais consenti au 
port des armes, jaçoit qw'il y eût consenti et contribué, Bossuet, 
Avert., 10. 

L'adverbe bien sert d'abord à faire ressortir l'idée concessive du 
subjonctif ou des conjonctions si et quand, qui seules ne suffiraient 
pas à exprimer avec une clarté suffisamment grande l'idée voulue: 

Sire, dist il, jal savez vous assez 

Si bien aveie Espaigne aquitez, 

Rainoart, 2509. 
Or bien soit: mais aussi à l'imitation des anciens, tu devais mettre 
le surnom gentil de ta lignée tout au long. Le Quintil Horatian 
(dans Du Bellay, Deffence, éd. Chamard, p. 26). 

La tournure bien que est née à l'époque où que s'est généralisée 
dans les phrases adverbiales. Actuellement, son sens se confond par- 
fois avec celui de quoi que et malgré que: Ah, je ne suis pas gâté, 
bien que Pabbé en dise, Huysmans, En route, p. 212. — Tu ne dis 
pas toute la vérité, répliqua Scilly, adouci, bien qu'jV en eût, par 
l'évidente douleur du jeune homme, Bourget, Œuvre, III, 2L 

Rem. Bourciez, Eléments de linguistique romane, § 256, croit que notre 
conjonction provient de bene habet quod, locution qu'on trouve en latin 
postclassique et qui serait devenue *bene quod. On pourrait comparer 



276 CONJONCTIONS 

aussi l'espagnol: Bueno que al hnmbre no se le deba exigir ana fidelidad 
tan absoluta como d la mujer en el matrimonio . . .. pero eso de no 
hallarse nunca sin algûn amorlo . . ., Benavente, Rosas de otono. II, I. 
où nous saisissons au vif la naissance d'une conjonction concessive. — La 
constraction primitive semble pourtant avoir été bien non suivi de que. De 
même l'ancien italien se servait de bene seul, où aujourd'hui benché serait 
de rigueur. Voilà pourquoi nous croyons moins probable l'hypothèse d'après 
laquelle bien que serait primitivement un substantif indéterminé suivi d'une 
phrase relative, comme c'est le cas pour malgré que et quoi que. 

367'''^ Ainsi le français a acquis une riche collection d'expressions con- 
jonctionnelles, qui précisent l'idée de la subordonnée. Pourtant plusieurs 
de ces locutions ne sont plus vivantes aujourd'hui: ainsi tel que, qui 
avait essayé de supplanter quelque au xvi' et au xvii*' siècle, est 
aujourd'hui archaïque; on le trouve pourtant dans le langage populaire: 
Je n'y mettrai pas les pieds, dans un logement tel arrêté qu'/7 soit, 
sans mes animaux, H. Monnier, I, 594. — Quelque que, qui de tout 
temps se trouve dans la langue, n'est plus très usité actuellement: 
de même pour que et tant . . . que. 

La langue parlée évite en général les phrases concessives pour 
les rendre d'une autre façon, comme 11 a beau faire le malin, cette 
fois-ci il sera attrapé — N'importe comment tu t'appelles, tu trouves 
toujours, toujours, moins crapule et plus crapule que toi, Barbusse, 
Le Feu, p. 134. — Cf. aussi § 362a. 

Conjonctions finales*) 

Conjonctions 368. L'idée finale s'exprime en latin par ad, par 
latines. l'infinitif ou le s u p i n, enfin par des phrases subor- 

données amenées par des conjonctions. Ces conjonctions sont ut 
,afin que", ne «afin que ... ne pas" (e a. après les verba'impediendi). 
Souvent aussi une phrase relative contenait l'idée finale, p. ex.: 
Caesar equitatum misit qui impetum hostium susUneret. — Une 
forme spéciale de ces sortes de phrases est celle où l'on a l'ablatif 
du pronom relatif quo: Quum ex ea oratione asperius dicta recitasset 
quo animi illorum iudicum in Crassum incitarentur, aliquantum 
esse commotus dicitur, Cic. Pro Cluentio, 51. 

Le but n'est pas toujours exprimé explicitement; il existe aussi des 



^) C. Busse, Das finale SaUverhâltnis in der Entwicklung der franz. Syniax. 
Diss. OOttingen, 1905. 



CONJONCTIONS FINALES 277 

phrases coordonnées qui se trouvent dans un rapport final l'une 
avec l'autre: Abi, eum require, Térence, Phormio, 309. 

D'après Bourciez ^), quo, devenu conjonction finale, est en latin 
postclassique remplacé par quod. L'exemple de Vopiscus qu'il cite 
n'est pourtant pas- probant: Haec in litteras rettuli quod futuros 
editores pudore tangeret, parce que quod peut être ici un pronom 
relatif se rapportant à haec; c'est donc plutôt un exemple de la 
réduction du pronom relatif. L'autre exemple vaut mieux: Urinas apozi- 
mate provocabis, quod possit huntor depurgari, Cassius Félix, 57. 

Il semble donc que dans la latinité postérieure la conjonction ut 
ait été remplacée peu à peu par quod (et quia?), qui va donner 
en français que. 



que final. 



369. Voici quelques exemples de que final en vieux 

français: 

Prist Volifan, que reproce nen ait, 

Roland, 2263. 
A Looïs le convient enveier, 
Que // nos viegne et secorre et aidier. 

Cour. Louis, 362. 
Mez ainz que devant lui venissent, 
Ostent les mantiaus de lor cos, 
Que l'an ne les tenist por fos, 

Qigés, 314. • 
Dans le dernier exemple que peut se traduire par de crainte que, 
locution qui est inconnue en vieux français. 

Rem. On trouve dans Ste Eulalie, 19, com avec un sens final, emploi 
qui se retrouve dans d'autres langues romanes et qu'on peut comparer avec 
les conjonctions consécutives de façon que, de sorte que, avec sens final : Enz 
enl fou lo getterent com arde tost. 

Nouvelles 370. Peu à peu on sent le besoin d'exprimer plus 

formations, clairement le sens de la subordonnée; aussi trouve-t-on 

le corrélatif por ce dès les textes les plus anciens, construction qui 

est établie définitivement dans Chrétien de Troyes: 

Sonent mil graisle por ço que plus bel seit, 

Roland, 1004. 
La conjonction que peut même manquer: 



') Eléments de linguistique romane, p. 137. 



278 CONJONCTIONS 

Pur ço le fist, ne fust aparissant, 

Roland, 1779. 
Pour que naît, d'après Brunot, au xvii^ siècle seulement; Maupas 
n'en parle pas, Vaugelas, I, 72, le rejette *). 
Pourtant le Roland en fournit un cas: 

Baptisiez la, pur que Deus en ait l'anme, 

Roland, 3981. 
Afin que n'apparaît qu'au xm» siècle: 

Mos sans vilonnie 
Vous veil recorder, 
Afin quV/i s'en rie 
D'un franc savetier, 

Méon, FabL, II, 27. 
Une variante en est à celle fin que: Se disent tant prendre de peine 
à celle fin qu'en leur vieillesse Hz se puissent mettre à repos, 
Bonaventure des Periers, Des mal contens, I, 97 (Darm., p. 124). — 
Cette locution devient dans la langue populaire à seule fin que ou 
à cette fin que: Il surveille l'évacuation du cantonnement à cette 
fin que personne ne tire au flanc, Barbusse, Le Feu, p. 146. 
A ce que est moins usité: Ne verrat-il mais a ceu qu'/7 reliecet, 
S. Bernard, 46, 30. — Ainsi donc le Roy .... ordonna que le procès 
avec diligente inquisition se formast, à ce que Fon congneust véri- 
tablement lequel des deux amans estoit le plus coulpable, Juan de Flores, 
Le Jugement d'Amour (dans Reynier, Le roman sentimental, p. 78). — 
On le trouve encore au xvii« siècle: Vous lui ferez un Abry, à ce 
qu'// ne voye le soleil. Jardinier francois, 126 (Brunot, III, 382). 
De peur que se trouve selon Nicot déjà en 1606. Mais peur que 
était vraisemblablement plus fréquent; du moins Vaug., 1, 114, dit 
qu'une Infinité de gens disent peur pour de peur, peur de lui déplaire. 
Ainsi, ici encore, le domaine de que seul s'est restreint considé- 
rablement par suite de la création de locutions conjonctionnelles qui 
expriment plus clairement l'idée finale que ne le ferait la seule 
conjonction que. On sait que cette dernière n'est restée qu'après un 
impératif: Taisez-vous qu'/7 ne vous fasse un mauvais parti. 



') Brunot, III, .397. Bourciez. Eléments, p. (i68, prétend, il est vrai, que pour 
que est sorti dès le xiv* siècle du langage des chartes, mais il ne cite pas de 
preuves à l'appui. Dans les exemples cités par Graeme Ritchie pour que a la valeur 
de pourvu que. 



CONJONCTIONS CONSÉCUTIVES 279 

Conjonctions consécutives 

ut avec un ^^^* Latin classique. La conjonction latine est ut, quel- 
corrélatif, quefois quin: Fuit etiam disertus, ut nemo ei Theba- 
'^^^Qifod.''*'^ nws par psset eloquentia, Nepos, Epaminondas V, 1. — 
La consécutive se rapporte en général à un mot de 
la principale, indiquant la 'manière ou l'intensité de l'action. 

1) ita, sic, is, eo modo, ea ration e, etc. 

2) ita, adeo, ta m, usque eo, tantus, talis, tôt. 

Rem. 1. On trouve ut consécutif aussi après quelques verbes, comme 
fit, accidit, contingit; et !a conjonction a été remplacée alors par que. En 
français, on considère pourtant la phrase amenée par que comme une phrase 
substantive. 

Rem. 2. Sans que est rendu en latin par: 1) ut non: Currere non 
possum ut pedes non moveam: 2) sine + substantif: Dimisi eum sine 
laudatione; 3) des adjectifs comme nescius, non aptus; 4) des phrases 
subordonnées: Caesar ex Gergovia discessit, cum urbem non cepisset: 
5) des phrases coordonnées. 

Rem. 3. Dans le langage parlé, dans Plante par exemple, on trouve 
souvent deux phrases coordonnées entre lesquelles il existe un rapport con- 
sécutif: Tantas divitias habet, nescit quid faciat aura. Plante, Bacchides, 
II, 3, 99. 

En latin postclassique le corrélatif sic se répand, au détriment 
des autres mots; souvent même il se rapporte à un adjectif: Sic 
barbaro sum familiaris quod tamen nescius barbarismorum, Sidonius 
Apollinaris, IV, 17. 

Cette dernière phrase prouve en même temps que quod tend à 
remplacer la conjonction ut. 

Que sans 372. En vieux français on trouve très souvent que 
corrélatif, ggyj amenant une phrase consécutive: 
Des espuruns point Pauferant 
Que // en fist raier le sang, 

Gormont et Isembart, 16. 
Et li nuis vint, c'on n'i pot plus veer, 

Raoul de Cambrai, 8714. 
Le sens consécutif est souvent très affaibli: 

Morz est li cuens que plus ne se demuret, 

Roland, 2021. 
Les cas sont fréquents où l'on pourrait rendre que simplement par et. 



280 CONJONCTIONS 

Que est souvent employé, comme ut en latin, pour introduire une 
consécutive négative, où aujourd'hui on mettrait sans que: 

Par une valee s'en va 

Conques ne /ist arestement, 

Fergus, 4, 16. 
En ung partuys de cestuy chastiaul avait ung serpent musse que 
nul ne sçavoit, L'Ystoire des sept sages (Clédat, p. 222). — Cette 
construction, concurrencée dès le xii* siècle par sans que, s'est vite 
restreinte; en moyen français on ne peut guère s'en servir qu'après 
une principale négative, et c'est là la construction qui s'est conservée 
en français moderne: Je ne peux parler qu'il ne m'interrompe. Pour- 
tant on trouve encore dans Molière: 

On lève les cachets, qu'on ne l'aperçoit pas, 

Amphitryon, III, 1, 
où l'indicatif s'explique facilement, et dans Chapelain, Dialogue de 
la gloire: A quel particulier la gloire est-elle utile, que cette utilité 
ne lui soit méprisable (Fidao Justiniani, L'esprit classique et la 
préciosité au XVII^ siècle, p. 152). 

La conjonction que se trouve encore au xvn* siècle avec le sens 
consécutif après un adjectif ou un substantif: Je suis dans une colère 
que je ne me sens pas. Mol., Mariage forcé, 6. — Beau, réglé, 
ferme et constant, que rien ne le peut être davantage, Malh., I, 
472; — et, en français moderne, dans la langue familière: Cest 
d'ia belle fleur qu'y a pas pu beau, Gyp. 

Que précédé 373. En général pourtant un corrélatif annonce, comme 
d'un corrélatif, gp \ii\n, la phrase consécutive et dans ce cas la con- 
jonction manque souvent dans la vieille langue: 

SVst empêtriez toz biens vait remanant, 

Alexis, 10 (Clédat, p. 8). 
Quant Je vienc chi, ja n'avrai joie tant, 
Por mon ami n'aie le cuer dotant, 

Fablel dou dieu d'Amours, 539 et suiv. 
Le corrélatif le plus employé est si, qui peut se rapporter à des 
verbes comme à des substantifs et à des adjectifs; si que exprime 
aussi bien la manière que l'intensité et la simple conséquence: 
1 ) Et si argenté le pion 

Qu'en ne conoist les bons des maus. 

Vers de la Mort. XIV, 11. 



CONJONCTIONS CONSÉCUTIVES ET COMPARATIVES 281 

2) Criez, criez si que vus le esveillez, Quatre Livres des Rois, 
m, 18, 27. 

3) E il est fiz Belial, si que nuls od lui ne puet parler, Ibid., I, 2517. 
Cette conjonction ne s'est maintenue que dans les cas où si se rap- 
porte à un adjectif ou à un adverbe; les autres emplois se perdent 
au xvii^ siècle.* Il est vrai que Scarron et La Fontaine en offrent 
encore des exemples: 

Dont le mari puis après se vante 

Si que chacun glosait sur ce mystère, 

La Font., Contes. I, 5, 29; 
mais Vaugelas, II. 160, le trouve encore plus barbare que de mode que. 
A côté de si et de tant que, qui remontent au latin, le français 
a créé d'autres locutions: ainsi que, issi que, en telle manière que, 
qui paraît au xiii«^ siècle, en sorte que, dans Joinville, 184; puis de 
mode que, de façon que, sans que; enfin, de formation plus récente, 
si bien que, tellement que. 

De mode que s'introduit au xyi*^ siècle sous l'influence de l'italien 
et de l'espagnol, mais il disparaît au xvii« siècle: De mode qu'// «'j/ 
peut entrer âme vivante, Larivey, Jul., I. 2. — De façon que et de 
manière que, que Vaugelas, II, 160, trouvait des conjonctions peu 
élégantes, quoique françaises, se rencontrent pourtant, d'après l'Aca- 
démie en 1704, dans les ouvrages des meilleurs auteurs. 
Sans que semble être sorti de la curieuse construction qu'on trouve, 
par exemple, dans les vers suivants: 

L'ampererriz, sanz mal quVfe et. 

Se plaint et malade se fet. 

Chrétien, Cligés, 5699 et suiv. 
c.à-d. „sans qu'elle ait de mal"; cf. l'origine de pour . . . que, §366. 
Pour . . . que dans une phrase comme: Ils sont trop de gens pour 
qu'un homme seul les attaque „estant court et commode, s'establira 
tout à fait", dit Vaugelas, I, 73, ,,mais en attendant je m'en voudrois 
abstenir, selon le sentiment gênerai de nos meilleurs Escrivains". 

Conjonctions comparatives 



Mots amenant 374. I. Pour exprimer l'égalité on se sert en latin 
a) d'une série d 
pronoms, accompa: 
dans la principale: 



une proposition a) d'une série de conjonctions, d'adverbes, de 

comparative 
d'égalité en latin, pronoms, accompagnés en général d'un corrélatif 



282 CONJONCTIONS 

ita, sic, item. ...ut, sicut, sicuti, quemadmodum, 
quomodo 
tam . . . quam 
tamdiu...quanidiu 

tantus...quantus tantopere...quantopere 

tot...quot totiens . . . quotienfe 

idem ... qui 

b) atque après idem, par, similis, «pareil, égal à, de même que" 

c) quasi 

De ces mots ut est le plus fréquent: Vt sementem feceris, iia et metes. 

Quomodo est assez rare en latin classique, mais il verra s'étendre 
son domaine en latin postérieur: Il a remplacé atque, qui ne se 
trouvait qu'après quelques expressions; et en combinaison avec si, 
quomodo si, il prend la place de quasi. Il semble même qu'il 
soit entré en concurrence avec ut, qui ne se retrouve plus dans les 
langues romanes, et avec les relatifs de la première catégorie. 

Comme en 374''is. Aussi constate-t-on qu'en vieux français comme 

français est devenu la conjonction comparative d'égalité par 
concurrencé 
par que. excellence: 

Car vos ressanblez un mien oncle 

Come rubis jet escharboncle, 

Guill. d'Angleterre, 2205. 

Laissiez les morz, tut issi cum // sunt, 

Roland, 2435. ' 

Jamais n'iert tels com fut als ancessors, 

Alexis, 4. 

. . . Et si a restoree 

Sa terre et fait tant dConnor 

Comme // puet au siècle greignor, 

Chev. aux II espées, 10361. 

Pensant retourner aussi facilement à Therbes comme ils étaient 

venus, Marg. d'Augoulême, Heptam., Préface. — Mais quand je 

serais tant aimé comme J'aime . . ., Ibid., Nauv. VIII. 

Cet emploi se retrouve encore au xvii« siècle: 

Qu'il fasse autant pour soi comme Je fais pour lui. 

Corn., Polyeucte, 912. 

Je voudrais être aussi Jolie comme // est sûr que Je suis à vous, 

Sév., II, 443. 



CONJONCTIONS COMPARATIVES 283 

Même après selon on trouve parfois comme: 

Oui, selon comme vit et meurt le personnage. 

Il faut battre des mains, 

La Font., Je vous prends sans vert, V, 118. 

Vaugelas, II. 385, déclare: r,Tel veut que après soy, et non pas comnié\ 

Aujourd'hui on ne se sert de comme que s'il n'y a pas de corrélatif 

dans la principale: Comme on fait son lit, on se couche. 

Dès les plus anciens textes comme si se présente avec le sens du 

latin quasi: 

Si l'at destruite com s'ost l'oiist predede, 

Alexis, 143. 
// tressaut 

Aussi con s'il eiist dormi, 

Guill. d'Angleterre, 2620. 
On pourrait se demander si dans la phrase comparative d'égalité que 
n'a pas réussi, comme dans les autres subordonnées, à prendre la 
place des conjonctions latines. En effet on trouve des phrases où 
que seul semble avoir la valeur comparative: 

Adam feïs de terre et de limon 
Evain sa per, que de fi Le savons. 

Cour. Louis, 979, 
mais on pourrait ici interpréter ^we aussi bien comme conjonction causale. 
C'est après un mot de la principale indiquant clairement la fonction 
de la subordonnée suivante que la conjonction que a le plus de 
chance de s'introduire. Ainsi on la trouve en vieux français en con- 
currence avec comme après si, aussi, aissi, et parfois après tant et iel: 
Et je le trouvai aussi qu'// m'avoit dit, 

S. Brandan, 93, 10, 
et en général dans la combinaison selon que, à mesure que, à même que : 
Selonc que dist la letre, 

Elie, 2384. 
Sulunc ço que pramis l'ai a tun père David, Quatre Livres des 
Rois, m, 268. 

Selon que vous serez puissant ou misérable. 

Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir, 

La Font., VII, 1. 

Autres 375. Dans des phrases comme Qualis dominas, talis 
tournures, gf servus, „Tel maître, tel valet," la coordination a 
remplacé la subordination. 



284 CONJONCTIONS 

Pour marquer la gradation le latin disait p. ex.: Quo (quanto) citius 
curris, eo (tanto) citius revenire potes. — Ici encore le français a mis 
deux phrases coordonnées en laissant tomber les relatifs quo, 
quanto et leurs corrélatifs eo, tanto: plus vous courrez vite, 
plus vite vous serez de retour. De même les locutions tel — tel, 
{au)tant — (au)tant. ainsi — ainsi, plus — plus, moins — moins 
relient deux phrases coordonnées. 

On trouve pourtant fréquemment des phrases comme: Fortune est 
comme une verrière, qui de tant comme elle est plus dere et plus 
resplendissant, de tant est elle plus tost brisée, Le Menagier de 
Paris (Tobler, I, p. 179). — D'autant plus que tu es plus débile en 
toi, Dieu te reçoit tant mieux, Calvin, II, 2. — Tant plus tourmentez 
ils estoyent, tant plus chacun sienne faisoit la coulpe, Juan de Flores, 
Jugement d'Amour (Reynier, p. 178). 

Et je le cannois moins, tant plus je le contemple. 

Corn., Suite du Menteur, I, 4. 
Ces tournures, qui disparaissent de la littérature au xvii« siècle, se 
sont conservées dans la langue familière: Et tant plus // est sale, 
tant plus // est cuistot, Barbusse, Le Feu, p. 11. 

Constructions 376. II. Pour exprimer l'inégalité le latin se sert: 
en latin. a) de atque après quelques mots: al lus. aliter, 
contra, secu s. 

b) de q u a m après un comparatif de supériorité aussi bien que 
d'infériorité: magis, minus quam. 

c) si dans le second terme de la comparaison se trouve un 
substantif au nominatif ou à l'accusatif, on peut se servir de l'ablatif 
de comparaison au lieu de la conjonction quam: Patria mihi vitâ 
meâ (= quam vitA meà) carior est. 

Que ou de STÔ"»'». Nous n'avons plus besoin de parler du premier 
en français, ^-gg q^ atque a disparu comme après par, similis; 

le français met toujours que. 
La langue a continué les deux constructions latines après un com- 
paratif: quam a donné en français que; l'ablatif a été remplacé par 
la construction analytique: substantif précédé d'une préposition. Cette 
préposition est d'abord ab, puis, quand ce mot tombe en désuétude, 
de: Minus a prioribus tuta est, Cael. Aurel., Chronique, V, 10, 111. — 
A praemio minorem esse, Cyprien, Epitres, 77, 835, 4. 



CONJONCTIONS COMPARATIVES 285 

Meillurs vassals de vus unkes ne vi, 

Roland, 1857. 

Qu^en tut le munt ne pot rien plus de lui amer, 

Saint Thomas, 3353. 
En français l'emploi de cette construction s'est pourtant fait de plus en plus 
rare; la vieille langue s'en sert surtout avec des pronoms. Aujourd'hui 
on ne la trouve qu'avec des noms de nombre: plus de mille soldats, 
et dans la locution conjonctionnelle à moins de: A moins d'être fou 
il n'est pas possible de raisonner de la sorte; en effet, cette tour- 
nure signifie „avec moins que, étant donné moins." 

Rem. I. Dans les autres langues romanes notre construction est plus 
vivante: Piîmintul e mal mare de cît luna „la terre est plus grande que 
la lune ■' — MaronceUi era mille volte più infelice di me, S. Pellico, Le 
mie prigioni, p. 86. — Tengo mas bienes de fortuna de lo que necesito. 
J. Valera. Comendador Mendoza, 33. 

Rem. 2. En néo-grec les prépositions à-rro et -irxfû ont remplacé le génitif 
de comparaison: -rriifii lii Tovpxouç, /x-- isfià xx>.vTSfxvàioviJ.i ,il vaut mieux 
vivre avec les bêtes sauvages qu'avec les Turcs", Ttiumb, Handbach der 
neugriechischen Volkssprache, p. 128. L'hébreu, qui ne connaît pas de 
comparatif, dit ,il est grand de son frère" (c.-à-d. en prenant comme 
point de départ son frère). 



CHAPITRE VIII 

LES PRÉPOSITIONS ') 

I. LES TERMINAISONS FLEXIONNELLES ET LES PRÉPOSITIONS EN LATIN 

Le latin connaît 377. Nous avons déjà constaté que le latin exprime 

déjà les les rapports qu'un substantif occupe dans la phrase 

prépositions à '^ '^ 

côté des à 1 aide de terminaisons ilexionnelles. Seulement les 

terminaisons s\x cas qu'il avait ne suffisaient pas à rendre claire- 
flexionnelles. 

ment toutes les nuances de la pensée. Aussi la 

langue latine avait-elle souvent recours à des prépositions (des post- 
positions) pour préciser le rapport voulu. 

Ainsi à côté de Romam eo le latin en était-il arrivé à dire in urbem 
ou ad urbem eo; l'emploi sans préposition ne se trouve qu'avec les 
noms de ville et dans quelques autres cas, notamment en poésie: 
Arma virumque cano, Troiae qui primus ab oris 
Italiam fato profugus Laviniaque venit 
Littora, 

Virg., Enéide, I, 1—3. 
On sait que les prépostions régissent tantôt le génitif: exempli gratia 
patriae causa, tantôt l'accusatif: apud veteres, Romam versus, tantôt 
l'ablatif: pro patria mori, tantôt enfin l'accusatif et l'ablatif d'après le 
sens: in urbem ire, in urbe vivere; sub hastam mittere, sub antro. 
Peu à peu le substantif a perdu ses cas; seuls le nominatif et 
l'accusatif se sont maintenus en vieux français. Il est donc naturel 



') M. Bréal, Essai de sémantique, p. 14—21. — Tobler, I, p. 143 — 147, 
Prépositions désignant un rapport de temps devant des substantifs suivis de 
participes prédicati/s; 276 — 285, Prépositions ayant dans la même phrase une 
fonction double: p. 339—843, PrépoiUions suivies du nominatif. 



LES CAS LATINS 287 

que les prépositions, qui en certains cas étaient facultatives en latin, 
soient devenues de plus en plus nécessaires et obligatoires. 

L'histoire des prépositions comporte donc deux éléments: d'abord 
la disparition graduelle des terminaisons flexion- 
n e 1 1 e s, puis 1' effacement graduel du sens primitif, 
surtout local des prépositions, 

Nous avons signalé l'importance du premier élément, mais hâtons- 
nous de dire que, si l'usure phonétique explique l'extension considé- 
rable qu'ont prise les prépositions en français, elle ne rend pas compte 
du fait primordial, puisque en latin classique déjà on connaissait les 
prépositions, c.-à-d. à une époque où les terminaisons des substantifs 
gardaient encore toute leur valeur. La raison première se trouve dans 
la tendance analytique que nous avons déjà pu constater souvent, et 
qui amène la décomposition des formes synthétiques, la même tendance 
qui, £n hollandais, a remplacé mijns vaders par van mijn vader ^). 

Exposer les rapports que les prépositions ont pu exprimer à dif- 
férentes époques demanderait une étude trop détaillée et qui, d'ailleurs, 
serait plutôt du domaine de la sémasiologie que de la syntaxe. Nous 
devons donc nous borner à tracer les grandes lignes. 

G en i ti vu s. 

Génitif dépendant ^^^* ^^ '^^''^ exprime par le génitif différents rapports : 

d'un substantif, I. Dépendant d'un substantif il indique: 

d'un adjectif . , . , ^ . ■ j 

ou d'un verbe. ^' '^ possession: domus pains, signa deorum, 

fructus arboris. 

b) le complément direct: amor Dei ou in Deum. 

c) le sujet: amor Dei. 

d) l'idée partitive: multi nostrum. 

e) une apposition: Ars Amandi, Vox voluptatis. 

n. Il peut dépendre d'un adjectif: Compos mentis, iuris consultus, 
amans patriae, plenus insidiarum. 
III. Il est sous le régime d'un verbe: 

a) Oblivisceris mei, beneficiorum {bénéficia) memini. 

b) Proditionis accusatur; mais on trouve la préposition dans: 
postulâre aliquem de pecuniis repetundis, accusare de vi, de veneficiis. 



') L'empereur Auguste, qui tenait à être clair, n'hésitait pas à mettre des prépo- 
sitions devant les noms de ville : Neque praepositiones urbibus addere . . . dubitavit, 
quae detractae afferunt aliquid obscuritatis, etsi gratiam augent, Suétone, Auguste, 86. 



288 PRÉPOSITIONS 

Les prépositions STO"'*. Or, dans tous ces cas, le français emploie 

ont remplacé le aujourd'hui des prépositions, 
génitif. 

1. Quand on voulait exprimer le complément direct 

de l'action indiquée par le substantif régissant, le latin déjà se servait 

souvent d'iuie préposition: in, erg a, adversus, contra. 

Le français a conservé la première et la dernière de ces prépositions: 
la foi en Dieu, la haine contre les traîtres; dès l'époque la plus 
ancienne la préposition est devenue de rigueur. Erga a disparu, 
adversus a été remplacé par versus, originairement participe 
de vert ère „tourner" et employé pour le lieu, p. ex.: Romam 
versus. En vieux français vers et ses composés devers et envers 
s'emploient aussi au figuré: Repairt en mémoire l'iniquitéd de ses 
pères vers Deu, Psaumes, 108, 15 (en latin apud Deum). — In i 
été concurrencé par p r o > pour: l'amour pour Dieu. 

Dans tous les autres cas le génitif a été remplacé par de suivi de 
l'accusatif: la maison de mon père, l'amour de Dieu, plusieurs de 
ces soldats, l'Art d'aimer, le nom de Pierre. 

Il et III. Après un adjectif et un verbe le génitif a également 
disparu devant la préposition de: plein de bonté, vide de sens; — 
accuser de trahison, penser de quelqu'un (aujourd'hui à quelqu'un), 
se souvenir de; mais oublier quelqu'un. 

Dativus 

Le datif remplacé 379. Le datif exprime plusieurs rapports: 

par des a) Complément indirect: dare alicui aliquid. Hoc 

tibi prosit. Patriae solum omnibus carum est. 

b) Dativus commodi ou incommodi: Non scholae, sed vitae disci- 
mus. Hoc mihi faciendum est. Souvent le latin doit se servir de pro: 
Pro patria mori. 

c) Dativus finalis: Patria mihi cordi est. Hoc tibi laudi est. 

Ici encore nous constatons que les prépositions ont remplacé la 
terminaison casuelle: 

a) Je donne une toupie à Pierre. 

Rem. Comme la ligne de démarcation entre complément direct et com- 
plément indirect est souvent très peu nette, il y a des verbes intransitifs en 
latin qui sont devenus transitifs en français: persuadere alicui, minari, 
parcere, etc. Cf. § 192 et suiv. 

b) Pour exprimer l'intérêt qu'une personne ressent pour une autre, la 



LES CAS LATINS 289 

préposition pro a remplacé le datif: Vivre pour la patrie. D'ailleurs, 
déjà en latin classique pro faisait concurrence à la terminaison 
flexionnelle. 

Avec des adjectifs comme amicus, benevolus on trouve 
aussi les prépositions erg a, adversus, in; après u t i 1 i s, n e c e s- 
sarius on met souvent ad. 

c) Quand on veut exprimer un but, on se sert en français d'une 
préposition avec un sens final : attribuer à honneur, tenir à cœur, à 
moins que la langue n'ait pris le substantif comme prédicat: ainsi 
impedimento esse se traduit par être vn obstacle; i n f a m i a e 
esse par être une infamie. 

Accu sati vus 

La flexion de ^^' L'accusativus s'emploie surtout comme complé- 
l'accusativus ment direct. Ici la langue a continué l'emploi latin, 
s'est perdue. ,,,..•*»• ■ i 

malgré 1 hésitation qui se remarque pour quelques 

verbes, comme deficere aliquem. Seulement comme les terminaisons 
se sont perdues, il n'y a que l'ordre des mots qui puisse distinguer 
l'accusatif du nominatif. 

Rem. En espagnol on rend l'action qui passe sur une personne par la 
préposition d: Adoraba à su hija, J. Vàlera, Pépita Jiménez, p. 14. 

A b 1 a t i vu S 

, , ,, „ . 381. L'ablatif du latin classique renferme les sens 
Le latin se sert ^ 

souvent de qu'exprimaient originairement trois cas: 
fnX'êr'°rp''o°inî ^- L'ablativus proprement dit pour indiquer le point 
de départ. de départ. 

II. L'instrumentalis. 

III. Le locativus. 

I. a) Separativus: cedere {ex) patria, abstinere iniuria, Roma 
proficisci. Hercules Jove natus erat. 

En général, pourtant, le latin ne se contentait plus de la seule 
terminaison flexionnelle pour exprimer le point de départ, mais 
ajoutait une préposition: ex, ab urbe proficisci, seiungere aliquid ab 
aliqua re. Ces deux prépositions ont été supplantées à leur tour par 
de, qui est seul employé actuellement. 

b) L'ablativus limitationis exprime l'idée „de quel côté": 
nomine, specie „en apparence", Agesilaus altero pede claudus 

SNEYDERS DE VOOEL, Syntaxe historique. 19 



290 PRÉPOSITIONS 

fuit, ,Agésilas boitait d'un pied", meo iudicio, .d'après mon juge- 
ment, à mon avis." 

Ici encore le latin classique connaît l'usage de prépositions: Hoc 
est ad severitatem lenitis et ad communem salutem utilius = .au 
point de vue de." — In hoc vos admiror = .en ceci" — Erat ex 
omni parte perfectus = .de tous points." 

c) ablativus comparationis: mellc dutcior, .plus doux 
que le miel". 

Rem. Nous avons vu au paragraphe 376bis comment l'ablatif a été remplacé 
par ab, puis par de, et que l'emploi de cette dernière préposition, fréquente 
en vieux français, s'est réduit considérablement dans la langue moderne. 

L'instrumen- ^^' "• ^ l' i n S tr u m e n t a 1 i s appartiennent les 
talis, remplacé cas suivants: 

desV* p'îfsUionV ^'> instrument: pedibus et unguibus se défendit. 
Dans ce cas la préposition eu m, .avec", qui indi- 
que l'accompagnement, de ou par ont remplacé l'ablatif: se défendre 
avec ses ongles, se défendre par écrit. 

De son aile. 
De ses pieds, de son bec, Foiseau le rompt enfin, 

La Font., Fables, IX, 2. 

b) cause: Divina mente (a deo) mandas aniversas administratur. 
Quand la cause est un nom de personne, notamment au passif, le 

latin se sert de la préposition a b indiquant le point de départ et 
remplacée plus tard par de. Cet emploi s'est généralisé: suivi d'un 
seul hussard, mais la préposition par, qui originairement n'indique 
que le moyen, lui a fait concurrence et Ta supplanté dans beaucoup 
de cas: être vaincu par l'ennemi. 

La cause s'exprime souvent en latin classique par des prépositions 
propter, prae, ob: propter misericordiam, prae ira, laborare ex 
pedibus (le point d'oîi part le mal), laetari re, à côté de laetari de re. 

c) L' ablativus mensurae indique, auprès de comparatifs, 
la différence de mesure qui existe entre les deux objets comparés: 
multo maior, .de beaucoup plus grand"; dimidio minor, .plus petit 
de la moitié" '). 

d) L' ablativus modi se construit en général avec c u m. 



') Tobler, I, XXV, de employé devant une expression désignant la mesure de 
dlffértnce. 



LES CAS LATINS 291 

mais cette préposition peut manquer, si le substantif est accompagné 
d'un adjectif: Otium cum dignitate. — Flumen Arar f Saône) in Rho- 
danum influit incredibili lenitate. — Aequo anime, bona mente 
(d'oii l'adverbe bonnement), casu, iure, silentio, eo modo. 
Mais aussi per vim, per litteras, in hiunc modum. En français 
avec courage, par hasard, en silence, de cette façon, à sa façon. 

Le latin classique ^^' '^'- L c a t i v u S. Nous avons déjà vu que le 

a déjà en général latin exprimait le point de départ par un ablatif. Or, 

remp ac e comme l'ancien locatif a disparu, ce cas indique aussi 
locativus par des '^ ^ 

prépositions. le lieu OÙ l'on se trouve, et le temps: Athenis esse, 
eo tempore, vere, autumno, etc. Mais la préposition 
est ici encore de rigueur, quand le repos est exprimé par un sub- 
stantif qui n'est pas un nom de ville: in urbe esse, in provincia, in 
vico, etc., et pour le temps, quand le substantif n'est pas accompagné 
d'un adjectif: In bello, mais: Bello Punico secundo, à l'exception des 
substantifs qui expriment déjà par eux-mêmes le temps: nocte, vere, etc. 

Ici encore on voit que la construction française est déjà propre 
au latin. 

Résumé, méthode 383'''^ En somme, nous constatons donc que déjà 
à suivre. en latin la déclinaison ne suffit pas à exprimer tous 

les rapports possibles d'un substantif dépendant d'un autre substantif, 
d'un adjectif ou d'un verbe. Il se sert de toute sorte de prépositions, 
et dans beaucoup de cas déjà la construction actuelle est la plus 
fréquente, qui seulement n'a encore pu s'introduire devant des sub- 
stantifs employés fréquemment dans un sens très précis comme 
Romae, „à Rome", vere, „au printemps"; et pourtant la phrase 
de Suétone, citée à la page 287, note, prouve qu'ici encore la con- 
struction synthétique disparaît bien vite de la langue parlée. 

Nous pourrions reprendre maintenant ce que nous venons d'esquisser, 
en étudier les détails, nous demander de quelle façon la langue a 
rendu aux diverses époques de son existence les nuances exprimées 
par les cas. Nous y renonçons pourtant, parce que l'application 
rigoureuse de cette méthode nuirait grandement à la clarté. Nous 
verrions la même proposition revenir à plusieurs reprises avec des 
sens différents. Or, ces prépositions elles-mêmes ont subi des trans- 
formations intéressantes à étudier, avant qu'elles en soient arrivées à 



292 PRÉPOSITIONS 

pouvoir rendre les sens du génitif, du datif, de l'ablatif; enfin, la 
langue a perdu des prépositions, d'autres sont nées; il vaut donc 
mieux étudier les prépositions dans leur ensemble, sans en hacher 
l'histoire en de petits morceaux. 

Perte de plusieurs ^^'*- ^" passant en revue les prépositions latines 

prépositions nous constatons que le latin avait beaucoup de 

latines, nouvelles , ... ■ , ^ ■ ^i i ■ 

formations. prépositions qui nont pas persisté en français: 

adversus, cire a, circiter, cl s, citra, cir- 

cum, erg a, extra, intra, infra, ob, pênes, pone, post, 

praeter, prope, propter, tran s (devenu l'adverbe très), qui 

étaient suivis de l'accusatif; absque, a, ab, abs, cor a m, clam, 

c u m, ex, e, tenus, prae, qui demandaient l'ablatif; sub et 

su b ter, qui régissaient tantôt l'accusatif, tantôt l'ablatif; enfin, les 

postpositions causa, gratia, tenus. 

Celles qui sont restées sont ad, apud, an te (du moins dans les 
composés), contra, inter, iuxta, per, secundum, versus, 
ultra; puis de, sine et pro, enfin super ou supra et in. 

Les pertes sont donc considérables — remarquons pourtant que ce 
sont presque toutes des prépositions peu usitées qui sont tombées — 
mais la langue a trouvé une large compensation dans de nouvelles 
formations prépositionnelles. 

Ces nouvelles prépositions, la langue les a formées: 

1) en changeant la fonction d'adverbes (p. ex. sous de subtus), 
d'adjectifs {sauf, long), de participes {pendant, vu), de substantifs 
{chez). 

2) par composition: dans, derrière, malgré, etc., où le sentiment 
de la composition s'est perdu; en dehors de, vis-à-vis, etc., où au 
contraire ce sentiment est encore très vif. 



II. PRÉPOSmONS LATINES QUI SONT RESTÉES EN FRANÇAIS 

384'''». De toutes les prépositions latines ce sont surtout ad et de 
qui ont eu un succès extraordinaire, puisqu'ils rentrent dans toute 
sorte de combinaisons, qu'ils en sont arrivés à exprimer les nuances 
les plus variées, voire même à ne plus exprimer rien du tout. Nous 
essayerons de tracer leur histoire après avoir passé en revue les 
autres prépositions. 



PRÉPOSITIONS QUI SONT RESTÉES: APUD, CONTRA 293 

385. A p u d ') indique en latin classique un proche 
voisinage: apud Caesarem „chez César"; apud milites 
, devant les soldats"; apud ou ad Cannas „près Cannes". Dans la 
latinité postclassique son sens s'étend dans deux directions. D'un côté 
il signifie parfois „dans": apud urbem Notant „dans la ville de Noia", 
sens qu'il a d'ailleurs dès le latin archaïque dans la langue familière: 
Id adeo argentum ab danista apud Thebas sumpsit faenore, 

Plante, Epidiciis, 53. 
D'un autre côté il remplace c u m, qui au iv*^ siècle semble avoir 
disparu du gallo-roman: Cuni apud christianos pueros ad studia lit- 
terarum exerceretur, Grég. de Tours. 

Les sens eu m „avec" et de apud „chez" se retrouvent en vieux 
français: 

P. Li emperere s'il se cumbat od mei, 

Roland, 3288. 
2°. Pur amur lur preez ke od lui hebergassent, 

S. Thomas, 2240. 
Il se rencontre souvent dans la combinaison ensemble od: 
Ensemble od els sainz Gabriel i vint, 

Roland, 2395. 
Od a disparu de la langue. Il a été remplacé par à dans une 
phrase comme Li emperere od la barbe fleurie, Roland, 2605, et cela 
dès une époque très ancienne: Berte aus grans pies. De même à 
côté de od tôt „avec", se trouve a tôt, qui est même plus fréquent. 
Dans la plupart des cas pourtant la fonction de od a été prise par 
avec ou ckez. 

Rem. Suivi d'un gérondif ou d'un participe présent od a le sens de „à 
la condition de": Et se nuns ne venait avant por lui apeler, la joutice le 
devrait laissier aler o pièges metanz se il les pooit avair (Godefroy, s. v.). 

386. Contra'-) a d'abord le sens de vis-à-vis: 
' ' insula quae contra Brundisium portum est; mais 

en général il marque l'opposition: contendere armis contra aliquem; 
facere contra legem. 

Le premier sens, qui était déjà rare en latin, ne s'est guère conservé 



') F. G. MohI, La préposition cum et ses successeurs en gallo-roman (Baust. 
z. rom. PMI., p. 61 et suiv.). — Lôfstedt, p. 252. 

2) R. Reyelt, Ueber den Gebrauch und die begrifjliche Entwicklung der franz, 
Praep. vers, envers, devers, par devers, contre, encontre, à l'encontre de. Diss. 
Gôttingen, 1912. 



294 PRÉPOSITIONS 

en français: voir le tableau d-contre. Le sens d'opposition par contre 
est toujours très vivant: se défendre contre ses ennemis. 

Par suite de la disparition de erga et adversus la préposition 

contra a étendu son domaine; elle a repoussé in, qui en latin 

classique lui faisait concurrence: invehi in aliquem, odium in aliquem, 

même elle a pris souvent la fonction de ad pour indiquer une direction: 

Cuntre le ciel amuni est resortie, 

Roland, 2341. 
Plus tard à et vers ont réussi à. restreindre de nouveau son domaine, 
de sorte que M. Reyelt n'a trouvé chez Racine qu'un seul exemple 
de contre dans le sens de ,vers": 

S'il part contre llion, c'est pour moi qu'il y vole, 

Rac, iphigénie, 622. 
La proximité immédiate de deux objets est dans l'ancienne langue 
également exprimée par contre: nef contre nef, Garnier, Marc- 
Antoine, 147L — Nous étions épaule contre épaule, pied contre 
pied, Fén., Télémaque, 5. 
11 marque encore une idée d'échange: 

Cuntre un des noz en truverat morz quinze, 

Roland, 1930. 
Vous entendez dire en Allemagne „c'est impossible" cent fois contre 
une en France, Mme de Staël. 

Il s'est étendu également pour le temps: 
L'autrier contre le tenz pascour, 

Bartsch, Rom. u. Past., I, 50, 1, 
mais ici la préposition vers a réussi à le supplanter. 

De contre on tire encontre, qu'on ne trouve aujourd'hui que dans 
la locution à rencontre de, mais qui dans la vieille langue pouvait 
à lui seul fonctionner comme préposition: 

Encuntre tere en chieent les esclaces, 

Roland, 1981. 
On trouve d'ailleurs fréquemment contre terre avec le même sens: 
Cent mille Franc s'en pasment cuntre tere, 

Roland, 2932. 

387. In est une préposition très usitée en latin. Avec 
In en latin. , , , , • -i- 

le sens local, il signifie: 

a) .dans", avec l'ablatif, .à" avec l'accusatif: esse in urbe, .être 

dans la ville"; in urbem ire, .aller à la ville". 



PRÉPOSITIONS QUI SONT RESTÉES: CONTRA, IN 295 

b) „sut". également avec l'accusatif ou l'ablatif: venire in equis, 
„venir à cheval"; in rogum imponere, „imposer sur le bûcher." 

Au figuré, il exprime plusieurs idées dont voici les principales: 

c) „parmi": esse in clarissimus civibus, „être au nombre des plus 
illustres citoyens". 

d) sentiment envers: comis in uxorem, „bon envers sa 
femme." 

e) temps 1) avec l'ablatif: le moment: in hoc tempore, „dans 
ce moment"; „après": in decem mensibus, „dans dix mois, 

In septem annis tremebit undique terra, 

Commod., Instruct., I, 41, 10. 

2) avec l'accusatif: „pour": in proximum annum, „pour l'année 
suivante"; in omne aevum, „à jamais". 

/) manière (découlant du sens de mouvement): verti in avem, 
,être changé en oiseau", desinere in piscem, „se terminer en poisson"; 
mugire in bovem, „mugir comme un bœuf", Apulée ^). 

g) s e n s d i s t r i b u t i f : J/z capita, „tête par tête" ; ter in annum, 
„trois fois l'an, par an." 

Extension en BST^'s. En vieux français, malgré ce qu'en dit 
français. }^ Gerdau, l'emploi de la préposition en, tout en 

s'étendant dans quelques cas, s'est pourtant beaucoup restreint. 

a) En s'est étendu notamment devant les noms de ville, qui en 
latin se passaient de la préposition: Romae, en Rome, en Avignon; 
on sait que la préposition à l'a supplanté dans cet emploi, tandis que 
en restait devant les noms de pays: en France, avec les exceptions 
connues: au Danemark. Cette distinction n'était pas encore tout à 
fait établie au xvii^ siècle: en Clèves, Malh., III, 182, en Alger, 
Corn., Menteur, V, 6, 1712, mais d'après Ménage on ne mettait en 
que devant les noms de ville commençant par une voyelle. 

b) On trouve parfois en latin postclassique in avec la valeur de 
à la façon de: mugire in bovem, „mugir comme un bœuf". Cet 
emploi s'est étendu de plus en plus: 

Quos ille mactatos volucribus donat in escam, 

Commod., Carm. apoL, 912. 

On le voit, il a même remplacé le substantif employé comme prédicat; 



') Cf. Gerdau, Die franzOslsche Proposition en. Diss. GOttingen, 1909, p. 88. 



296 PRÉPOSITIONS 

de même: Et ero vobis in patrem pour: Et vobis pater ero. Cette 
construction s'est maintenue, mais, ce qui est curieux, on n'en trouve 
pas d'exemples avant le xv« siècle: Il porte les cheveulx en Alternant, 
Palsgrave; agir en roi, en grand seigneur. 

c) Ensuite en peut indiquer la moyen et la matière: payer 
en pièces de cent sous, un pont en bois 

Restriction en ^^' ^ "" ^"*^^ '■^'^ l'emploi de en s'est restreint par 
français. suite de la concurrence que lui ont faite d'autres 
prépositions. 

a) Le sens local est toujours vivant: être, aller en ville. 

Vint en la chambre pleine de marrement, 

Alexis, 137. 
Pourtant la nouvelle préposition dans s'est introduite peu à peu, et 
malgré la prédilection que les littérateurs semblent avoir pour en, 
dans seul est vraiment populaire. 

Le fait que en s'emploie presque uniquement devant des substantifs 
sans article {en voiture) prouve que nous avons affaire à des expres- 
sions plutôt archaïques. 

b) Ceci est encore plus vrai pour la signification „sur". Dans la 
vieille langue l'emploi de en avec cette acception est très fréquent: 

SU fiert en thelme ki gemmez fut ad or, 

Roland, 2288. 
Ils ne sont pas encore en terre, mais ils sont déjà dans le port, 
Malh., II, 561. 

Aujourd'hui il est vieilli: mourir en croix, casque en tfte, même 
en bicyclette à côté de à bicyclette, qui est plus usité. 

c) On ne trouve plus notre préposition avec le sens de .parmi, au 
milieu de"; entre, puis parmi ont été cliargés de rendre cette idée. 

d) Si l'on exprime le sentiment envers quelqu'un, on se sert de 
pour, vers, envers, de, contre. Dans cette acception encore en a disparu. 

e) Par contre on l'emploie toujours pour le temps: en dix jours 
peut signifier dans la vieille langue „en dix jours" et „dans dix jours"; 
on voit qu'ici encore dans a pris en français moderne une des 
fonctions de en. On ne saurait plus se servir de notre proposition 
dans les tournures comme in -proximum annum, qui exprime le but, 
excepté peut-être dans d'aujourd'hui en huit. 

g) Le sens distributif de en s'est également perdu; ce sont par 
et pour qui ont pris cette fonction: trois fois par an. 



PRÉPOSITIONS QUI SONT RESTÉES: IN, INTER 297 

Mais même dans les fonctions qui se sont conservées les prépo- 
sitions a, enz, denz, dedenz ont considérablement réduit le domaine 
de en. Elles ont fait si bien que à et surtout dans ont presque 
complètement pris la place de en. Si aujourd'hui nous assistons à 
une sorte de renaissance de en, elle est toute littéraire et n'a pas 
pénétré dans les couches populaires. 

Cause phonétique 389. Ce qui semble avoir formé une faiblesse de 

de la faiblesse ia préposition en, c'est qu'elle pouvait se combiner 

facilement avec l'article, et présenter ainsi plusieurs 

formes qui ne ressemblaient plus guère à en\ ainsi on avait el, qui 

devenait ou; en les, qui se contractait en es: 

Puis sont assis sur la verte herbe ou pre, 

Girard de Vienne (Clédat, p. 96). 
Rollanz reguardet es munz et es lariz, 

Roland, 1851. 
Le singulier ou se confond avec au dès le xvi^ siècle: en mon nom 
et au sien; es s'est maintenu plus longtemps; ainsi on trouve encore 
au xvii« siècle: // tomba es mains d'un autre ennemi, Malh., Il, 11. — 
Aujourd'hui, il ne s'est maintenu que dans quelques locutions: docteur 
es lettres. 

390. In ter s'emploie en latin: 
inter, entre. , , . i j >. 

1) avec un sens local „entre, parmi, au milieu de : 

Orator potest incolumis inter hostium tela versari. 

Inter utrumque tene, medio tutissimus ibis, 

Ovide, Metam., II, 137. 

2) pour distinguer une personne: Croesus inter reges opulentis- 
simus erat. 

3) avec une valeur réciproque: Galli inter se cohortati sunt, „les 
Gaulois se sont excités les uns les autres". — Respublica nos inter 
nos conciliât, „rétat nous réunit les uns aux autres". 

Ces sens se retrouvent en français: 

1) Entre les helz ad plus de mil manguns, 

Roland, 621. 
Si se feinst mort, si gist entre les altres, 

Roland, 2275. 
Il y en a qui demandent . . . s'il serait point bon que cette loi . . . 
fût mise entre les ordonnances politiques, Malh., II, 56. 



298 PRÉPOSITIONS 

2) // se distingue entre tous ses disciples, La Bruyère, Discours 
sur Théophraste. 

3) Tout doit être commun entre de vrais amants, 

Corn., Cinna, V, 2. 
Le combat entre les Horaces et les Curiaces. 

La vieille langue connaît encore un emploi curieux de entre; elle 
met la préposition souvent devant des substantifs qui fonctionnent 
comme sujet ou comme complément: 

Entre Rembalt e fiamun de Galice 
Les guierunt tut par chevalerie, 

Roland, 3073 et suiv. 
Assez lor at donét entre or fin e argent, 

Pèlerinage, 78. 
On trouve même, rarement il est vrai, le nominatif après la prépo- 
sition: Entre nous aisnét le savons, Gilles li Muisit, I, 80 '). 

Rem. L'espagnol et le portugais connaissent la même construction; 
Después, entre la madré y la hija, envotvleron à este pobre tonto. 
Benavente, Rosas de otoho. II, 1. — L'emploi d'un nominatif après une 
préposition se trouve dès le latin classique: Ad miUe trtctntl Carthaginien- 
sium caesi (sont), Tite-Live, XXIII, 37, 6. 

Nil praeter salices cassaque canna fuit, 

Ovide, Fastes. VI, 406 *). 

391, luxta, „à côté de, près de", se trouve encore 
dans la vieille langue, mais fortement concurrencé par 
lonc, qui à son tour a été supplanté par le long de, près de, à côté de: 
Suz Alixandre ad un port joste mer, 

Godefroy, s.v. 
Et avec le sens de „selon, suivant": Jouste sa nature, Ibidem. — 
On le trouve encore au xvii« siècle d'après le témoignage d'Oudin, 
Grammaire franc., p. 263 (éd. 1656): .Jouste, pour vis-à-vis, ne se 
doit plus escrire, ny en la signification de selon, bien que quelques- 
uns de nos autheurs s'en servent encore." — Chifflet, Nouv. et parf. 
gramm. franc., p. 28, le range parmi ,les prépositions décriées". 

392. I. Au sens local, per signifie en latin ,par. à travers, 
Per, par. , , . „ ■ ■ . 

partout dans : tre per provinciam, per ignem, per urbem. 



>) Tobler, I, p. 342 et sulv. 

^ Meyer-LQbke. Grammaire des langues romanes, III, § 36. ■ 



PRÉPOSITIONS QUI SONT RESTÉES: INTER, lUXTA, PER 299 

Comme en français moderne les deux dernières locutions se tradui- 
sent par à travers le feu, partout dans la ville, on constate que le 
sens local de par, quoique toujours vivant, s'est pourtant considéra- 
blement restreint. Dans la dernière acception on le rencontre toutefois 
encore souvent: Cette révolution fut simultanée par toute la France, 
Th. Lavallée ^). — Que dit-on de lui par la ville, About. '). — Par 
monts et par vaux. 

Le chemin, qui en latin est exprimé par l'ablatif: hac, sinistra, 
s'exprime souvent en français par la préposition par: par ci et par 
là, par la gauche. 

Rem. Par rentre dans plusieurs locutions où ou sent encore le sens local : 
Prendre quelqu'un par le bras, suer par tout le corps. 

II. Avec le sens temporel notre préposition indique en latin 
la durée: per decem annos „ pendant dix ans". Cette valeur se retrouve 
en français jusqu'au xvi« siècle: 

Que par la noit la mer en est plus bêle, 

Roland, 2635. 
La pure prédication de l'Evangile a esté cachée par longues années, 
Calvin, IV, p. 578. — Les nouvelles prépositions pendant et durant 
ont supplanté par dans cette acception, ou du moins ont considéra- 
blement restreint son domaine; on trouve encore couramment quelques 
expressions comme par le passé, par le temps qui court. 
En revanche par s'emploie quelquefois là où le latin mettrait un 

ablatif: 

Li emperere est par matin levez, 

Roland, 163. 

Par une belle journée du printemps il est sorti de la ville. 

III. Au figuré, per exprime le moyen, développement du sens 
local „par, à travers". Cette signification s'est maintenue jusqu'à nos 
jours : Per litteras, par lettre. 

Par lui orrez si avrez pais o nun, 

Roland, 423. 
De cette valeur par en arrive à exprimer la cause et l'agent et 
à supplanter ainsi dans la plupart des cas de, qui lui-même avait 
pris la place de a b (§ 382 ô): 

Par cel saint orne sont lour anemes salvedes, 

Alexis, 605. 



1) ' Plattner, IV, p. 277. 



300 PRÉPOSITIONS 

Je l'ai fait par erreur (ici par rend l'ablatif latin: errore ductus). 
Le sens causal est surtout fréquent au xvii« siècle: // me cache ses 
maux par l'intérêt qu'il sait que j'y prends, Sévigné, IV, 494. 

La différence entre le moyen et la manière étant souvent très petite, 
per et par indiquent aussi la manière: on pourrait hésiter entre 
les deux valeurs pour per litteras et par lettre. 

SU reconout, par son dreit nom le nomet, 

Alexis, 215. 
Par grant dulur sunet sun olifan, 

Roland, 1762. 
Rem. 1. Une extension du sens de moyen est l'emploi de per et de 
par dans les serments: per deos, pardieu. 

Rem. 2. Des locutions comme par suite de, à la suite de, à cause de, 
qui rendent d'une façon plus palpable l'idée voulue remplacent souvent la 
préposition simple; de même par le moyen de, fréquent aux xvie et xvii* 
siècles, aujourd'hui au moyen de. 

Rem. 3. Par était souvent placé devant un infinitif: 

Mais ne confondons point par trop approfondir 
Leurs affaires avec les vôtres, 

La Font, I. 252. 
Cet emploi ne s'est maintenu qu'après les verbes commencer et finir; cf. 
§ 263. Des phrases comme Une Joie fine qu'on a par aimer la France, 
P. Hamp, Gens, p. 7, sont rares. 

IV. Un autre emploi curieux de par est l'emploi distributif qu'on 
trouve dans des tournures comme par an, par douzaine, par milliers, 
et qu'on pourrait comparer avec septem per septem du latin vulgaire, 
St. Augustin, Sermons, CCLXXX, 6. 

393. I. En latin classique pro avait: 
' ■ a) Un sens local .devant", ,1e dos tourné vers"": 
Legiones pro castris constituit. 

b) De ce sens s'est développé celui de ,pour, au profit de": Pro 
patria mori. 

c) De là découle la valeur de ,au lieu de": Pro collega, pro 
consule; et „eu égard à": Pro multitudine hominum et pro gloria 
belli atque fortittidinis angustos se fines habere arbitrabantur. César, 
De bello gallico, I, 2. 

II. En latin postclassique pro remplace souvent ob et propter, 
qui disparaissent: Volo pro legentis facilitate abuti sermone vulgato. 
St. Jérôme '). — Le but étant en même temps la cause de l'action, on 



>) H. Qoelzer, Etude . . . de la latlnlU de St. Jérôme, p. 343. 



PRÉPOSITIONS QUI SONT RESTÉES: PER, PRO 301 

comprend qu'une seule préposition puisse suffire à rendre lès deux idées. 

Rem. En provençal per a supplanté pro'); en Espagne c'est le contraire 
qui est arrivé (une nouvelle différenciation s'est établie ensuite entre por et 
para) ; en France les deux prépositions ont subsisté l'une à côté de l'autre, 
mais non sans que per ait diî céder quelque terrain à pro. Le simple souci 
de varier a amené Calvin à changer parfois par en pour dans l'édition 
définitive de son Institution. 

III. a) En vieux français le sens local de pro a disparu. 

b) Le sens de „en faveur de" s'est sans doute beaucoup étendu 
en latin vulgaire; du moins on trouve en vieux français dès l'époque 
la plus ancienne por exprimant nettement le but; il fait donc con- 
currence à la préposition ad: 

Alez, sire, al mostier, por les fonz aprester, 

Pèlerinage, 135 (Clédat, p. 38). 
Travailler pour ses parents; partir pour t Italie; ici pour prend de 
nouveau le sens local. 

c) ,au lieu de"' : acheter une maison pour 12,000 florins. — Il avait 
pour lit un mauvais matelas. — Il y avait là trop de gens pour 
un si petit pays. 

d) cause et moyen: 

Quer me herberge por Deu en ta maison: 

Soz ton degrét me fai un grabatum 

Empor ton fil dont tu as tel dolour, 

Alexis, 217-219. 

Le matinée les a fait entierer, 

Molt richement por lire et por canter, 

Fablel dou dieu d'Amour, 529-530. 
Cette acception de por diminue au xvi« siècle: Pour l'obscurité de 
la chambre, ne les pooit cognoistre, Marg., Heptam., 518. — Par, 
qu'il avait fait reculer, reprend le terrain perdu; de même pour ce 
que, qui se trouve encore au xvii« siècle, est remplacé par la con- 
jonction parce que. 

e) De l'idée de but, de destination s'est développé le sens tem- 
porel: Ce sera pour aujourd'hui en quinze, où pour indique un 
moment dans le futur. // en a pour quatre ans; ici il exprime la durée. 

/) De l'idée de remplacement découle celle d'équivalence: œil 
pour œil, dent pour dent; mourir pour mourir, j'aime autant me 



') Cf. W. Schubert, Die begriffUche Entwicklung der latein. Praep. per und pro 
im Altprovenzalischen. Diss. Leipzig, 1914. 



302 PRÉPOSITIONS 

pendre; et celle de quant à: pour moi, je le veux bien; pour un 
ivrogne, c'est un ivrogne. 

7) Du sens causal pour en arrive facilement à exprimer l'idée 
concessive devant un infinitif ou dans l'expression pour . . . que. 
Pour l'explication et l'évolution de cette tournure, cf. § 366. 

secundum 394. Secundum') donne en vieux français ^con. Les 

selon. formes seron, soron, soronc s'expliquent soit par l'inter- 

calation d'un r après la chute du c, d'après la théorie de Tobler, soit 

par changement du c en r, comme le suppose G. Paris. Par suite 

d'un croisement avec longus, semble-t-il, on obtient selon. 

Ce mot, qui avait un sens restreint, mais précis, s'est maintenu 
dans tout le cours de la langue. Inutile d'en donner beaucoup 
d'exemples, puisque le sens n'a guère évolué: 

Nostre emperere a ses barons f levez: 
Cel done terre, cel chastel, cel cité, 
Cet bore et vile, selonc ce que il set. 

Charroi de Nîmes (Clédat, p. 81—82). 

395. Sine a gardé son sens précis en français: La 

sine, sans. . y . „ , 

cage sans oiseaux, la maison sans enfants. Il peut 

être suivi d'un infinitif: sans marcher, construction qui était inconnue 

au latin; cf. § 371, Rem. 2. 

super ou 396. Ces deux prépositions ont en latin toutes deux 

supra, sur. Je sens de „au-dessus de": Supra lunam omnla aeterna 

sunt. — Super aliquem sedere; et au figuré: supra vires, «au-dessus de 

ses forces." Super est en outre employé dans le sens de ,à propos 

de", comme de: dlsputare super aliqua re. 

En français sur n'a guère gardé son sens primitif, qu'il cède à une 
locution prépositionnelle: au-dessus de. On trouve pourtant: 

Sur tuz les altres est Caries angulssus (en latin prae ceteris) 

Roland, 823, 
et en français moderne: Lever les mains sur quelqu'un. — L'orage 
est suspendu sur sa tête. En revanche sur a pris une des fonctions 
de in: in m en sa, sur la table. 



') KOrting, Latein. Roman. WOrterbuch. s.v. — Meyer-Lflbke, Roman. Etym. 
WOrterbuch, s.v. 



PRÉPOSITIONS QUI SONT RESTÉES: SECUNDUM, SINE, 303 

SUPER ET SUPRA, ULTRA, VERSUS 

La valeur de ,au sujet de" reste vivante, quoique toujours restreinte: 
La conversation a roulé sur différents sujets. Ou pourrait pourtant 
se demander si c'est ici la fonction latine que se serait conservée, 
ou plutôt un nouveau développement du sens local de sur *). La 
valeur temporelle „immédiatement après", que le latin ne connaissait 
pas, découle naturellement du sens local : Sur ce, je vous quitte. 

397. Ultra signifie en latin „de l'autre côté de": 
' ' Pars eius citra pars ultra Taurum est, Tite-Live; et 

au figuré: Ultra modum progredi non oportet. 
Ces deux emplois se sont continués en français, quoique le sens 
local ne se rencontre que dans les locutions vieillies: Louis d^ Outre- 
mer, aller outre mer. Mémoires d'outre-tombe, outre mesure. 
Discrétion française est chose outre nature, 

La Font., Roi Candaule. 
Du dernier sens s'est développée la valeur de „en plus de": Outre 
cet hôtel, il possède encore plusieurs domaines. 

Rem. Relevons encore la locution adverbiale en outre, la conjonction 
outre que et le néologisme prépositionnel en outre de. 

Vers devers, 398. \. Versus est le participe passé de vert ère 
envers. et signifie donc primitivement „tourné". En latin il 

se place en général après le substantif qu'il détermine: Romam versus; 
comme l'accusatif à lui seul suffisait à exprimer la direction, versus 
n'était pas senti à l'origine comme préposition. 

En français on a formé, à côté de vers, les nouvelles formations 
envers et devers avec le même sens: 

Tornat sa teste vers la paiiene gent. 
Devers Espaigne en vait en un guarét. 
Envers Espaigne en at tornét son vis, 

Roland, 2360, 2266 et 2376. 
Quelquefois le sens de mouvement se perd et vers signifie alors 
«près de" : Endementiers que l'empereres Baudouin ère vers Salenique, 
Villehardouin, 281. 

E fu devers Laurente née. 

Brut de Municti, 4056. 
Rem. Dans des phrases comme Devers Ardene vit venir un leupart, 
Roland, 728, la préposition de garde son sens primitif. 



') Cf. le Dictionnaire général, s.v. 



304 PRÉPOSITIONS 

II. Du sens local se développe le sens temporel: 

Jusque vers prime ne finerent, 

Chrétien, Erec. 4309, 
emploi qui est rare pour envers et devers. 

III. Au figuré vers, envers, devers indiquent un sentiment, 
hostile ou non: 

Vers vus s'en est parjurez et ntalmis, 

Roland, 3830. 
Aine mais si grans amors ne fu comme a Blancheflor vers Gloris 
et celé a li, Flore, 2595. 

Envers Franceis est muli cuntrarius, 

Roland. 1222. 
Bien se contint devers Deu Joas, Quatre Livres des Rois, IV, 12, 2. 

Développement 398'''^ Nous voyons donc, si nous négligeons quel- 
ultérieur de vers, ques différences peu importantes, que les trois 
devers, envers. .... , . . , . 

prépositions vers, devers, envers ont en vieux français 

le même sens. 

Cet état de choses change plus tard: vers ne reste aujourd'hui 
qu'avec le sens local pour indiquer le mouvement ou le repos: 
Forcer le passage du Rhin vers Brisach, H. Martin '); — et avec le 
sens temporel: Le café fut importé en Arabie vers Pan 1420. — 
Dans la signification de .envers" on ne le trouve plus après le 
xvii» siècle: Ne soyez point vers moi fidèle. Corneille (Lex.), mais 
Vaugelas, II, 79, condamne la piété des enfants vers le père; Littré 
par contre veut le maintenir. 

Le sens local de envers se perd au xv* siècle; on ne trouve qiie 
le sens de „près de" au figuré dans Rabelais, Molière et Corneille. 
II n'a été gardé actuellement que pour exprimer un sentiment; 
comme tel il est pris en général en bonne, parfois aussi en mauvaise 
part: Une indifférence totale et sincère envers la politique, E. Lavisse *). 
— Souvent dans la combinaison envers et contre: Sa femme, une 
héritière, l'épousa envers et contre tout, E. Rod *). 

Tandis que vers et envers se sont maintenus dans la langue en 
se différenciant, devers, en gardant le même sens que vers, a vu de 
plus en plus restreindre son domaine. Vaugelas, I, 285, déclare: 



») Cf. Plattner, IV, p. 281. — *) Ibidem, p. 224. 



PRÉPOSITIONS QUI SONT RESTÉES: AD 305 

«Depuis quelque temps ce mot a vieilli", et Plattner n'en cite que peu 
d'exemples: Le visage devers l'ennemi, Michelet (Plattner, IV, p. 207). 
En revanche, par devers s'emploie assez souvent, surtout avec des 
noms de personnes: Voltaire dit qu'une langue est fixée quand elle 
a par devers elle l'usage de bons écrivains, Littré (Ibidem). 

Rem. En parlant de contre, nous avons vu que ce mot a, pendant quelque 
temps, fait concurrence à vers, mais qu'il a dû céder à la longue. 

Ad 

Fonctions de ^99. Nous devons maintenant étudier deux prépositions 
ad en latin, quj ont eu une fortune extraordinaire et qui en sont 

arrivées à exprimer les notions les plus variéîes; lious voulons parler 

des prépositions ad et de. 

En latin ad a: 1) une signification locale et peut comme tel 

exprimer le repos ou la direction. 

a) pugna ad Cannas, „la bataille de (près de) Cannes". 

b) eamus ad me, ad vos. 

c) ad summum montis, «jusqu'au somtnet". 

2) On retrouve les mêmes sens pour le temps: 

d) ad hiemem, „à l'approche de l'hiver" ; pugnatum ad lucem est, 
„on combattit jusqu'au jour". 

3) Autres emplois: 

e) annos ad quadraginta natus, „âgé d'environ 40 ans"; c'est, au 
fond, le sens de «près de", 

/) ad naturam, «suivant la nature". 

g) but: alere canes ad venandu'm, «nourrir des chiens pour la chasse". 

h) „avec", mais seulement après l'époque classique: ejicere ad 
manum, «avec la main", Vegetius, Digesta artis mulomedicinae, I, 
47, I, donc à partir du iv^ siècle. 

Mêmes fonctions ^00. En vieux français, on retrouve presque toutes 

en français. ces fonctions, et depuis elles n'ont fait que s'étendre 
de plus en plus. Il est évident que nous ne pouvons songer à noter 
toutes les nuances que peut exprimer notre préposition ni démêler 
l'écheveau des rapports qui existent entre ses fonctions. 

1. a) Dans le sens de «près de" ad a été, en général, remplacé 
par od et des locutions comme près de; dans des expressions comme 
à table, à Waterloo on sent encore cette valeur. 

b) la direction: aller à quelqu'un. Cet emploi s'est conservé, 
mais vers remplace très souvent à. 

SNEYDERs DE voQEL. Syntaxe historique. 20 



306 PRÉPOSITIONS 

c) Dans des expressions comme ad summum montis le français sent 
souvent le besoin de préciser à par l'adverbe jusque. Pourtant: de 
Leide à La Haye il y a 16 kilomètres, de la tête aux pieds (depuis 
la tête jusqu'aux pieds). 

2. d) ad hiemem: ici encore la préposition vers ti d'autres expres- 
sions remplacent ad. 

é) ad dans le sens de ^environ" s'est perdu. 

/) L'emploi de ad = .suivant" s'est restreint dans quelques cas: 
ad naturam, suivant la nature, mais dans d'autres cas il s'est 
étendu: à la façon de, à la française, à mon sens. 

g) Ne passa onques deus mois qu'il n'assemblassent a parlement 
a Compaigne, Villeh. 11. Ici a exprime le but. Mais on sait que 
pour l'a remplacé souvent. On le trouve dans une foule de locutions: 
un pot à eau, les armes à feu, le marché au blé. 

h) Dans le sens de ,avec' on trouve od de apud et a pour 
exprimer l'accompagnement et le moyen: 

A pou de gent repère en sa cité, 

Aymeri, 1989. 
Combatiét sel a trestute sa gent, 

Roland, 614. 
La combinaison atout, «avec", est très fréquente. 

à avec le sens de ^^' Dans le dernier cas nous constatons que a a 

l'abiativus prjs 13 valeur de cum, valeur qu'il a dû céder de 
instrumenti, ,, . -, . • 

modi, loci, nouveau a la nouvelle préposition avec, du moins 

temporis, dans beaucoup de cas. On trouve pourtant dans la 
langue actuelle encore de nombreuses expressions 
où à garde cette valeur: crier à toute force, des portraits à la plume, 
broder à Paiguille, apercevoir à rœil nu. 

Si à a donc pris la fonction de avec et, ajoutons, de l'ablatif 
exprimant un instrument ou la manière, il remplace aussi la prépo- 
sition en, aussi bien pour exprimer le lieu que le temps: 
CM rex eret a tels dis soure pagiens, 

Eulalie, 12. 
Au bon vieux temps, à la nuit venue. — Li dux de Venise ère a 
ostel, un des plus biais del monde, Villeh., 259. — Au jardin, à 
Paris, au Vésuve. 

Rem. D'ailleurs déji en latin: Senatus ad ApolUnis (te. templum) habitas 
est, „le sénat s'est assemblé dans le temple d'Apollon". — De même apud: 
Apud Nolam. .à Nola", dans Tacite. Cf. aussi Vaug.. II, 315—316. 



PRÉPOSITIONS QUI SONT RESTÉES: AD ET DE 307 

Quand on veut indiquer la distance, àa remplacé l'ancien ablatif: 
La maison est à dix minutes de la ville; et pour le temps: X peu 
de temps de là, à deux siècles de distance. 

Le prix indéterminé, exprimé en latin par l'ablativus pretii, 
est rendu en français par à: A peu de à frais. 

Un emploi curieux est encore le sens distributif: Une vitesse de 
70 kilomètres à l'heure, un & un. 

à avec le sens 402. Du sens de direction s'est développé celui du 
du datif latin, datif: c'est la préposition à qui exprime en français 
ce que le latin exprime par la flexion du datif. 

En latin, il y a déjà des cas dans lesquels les deux constructions 
peuvent s'employer: Ad consulem dediderunt sese. Tite-Live, „ils 
se rendirent au consul", dure litteras ad aliquem ou alicui, puis 
dicere ad aliquem. Cet emploi s'est considérablement étendu en 
français: Je vois un air consterné à beaucoup de personnes, je donne 
ce cadeau à votre frère, c'est bien gentil à vous. 

Ad en arrive à rendre aussi le datif de possession, mais très tard, 
au vue siècle seulement: Hic requiescunt membra ad duus fratres. 
Corpus inscriptionum latinarum, XIII, 2483, et en vieux français: 
Iluec arrivet la nef a cel saint ome, 

Alexis, 197, 
et aujourd'hui dans le langage populaire: la bête au bon Dieu, l'oncle 
à Jean, un fils à papa, construction qu'on ne trouve guère dans la 
langue écrite que pour renforcer un pronom possessif: mon avis à moi. 



De 

Fonctions de ^03. a) Tandis que ab indique la séparation sur 

de en latin un plan horizontal, de exprime en premier lieu 
classique. ..... 

leloignement de haut en bas: de lecto decidere, 

„tomber d'un lit". 

b) Pourtant il empiète déjà dans nombre de cas sur le terrain de ab, 
qu'il va supplanter complètement: de vita decedere, ^sortir de la vie". 

c) De ce sens découle celui de „sorti de": rabula de foro, ,un 
déclamateur du forum"; — „d'entre'': unus de illis, .un d'entre eux"'; 
— ^composé de": signum de marmore, «statue de marbre"; — „à 
cause de": gravi de causa, «pour un sujet grave"; — «suivant": de 
consilii sententia, „de l'avis du conseil"; — enfin «touchant": de 



308 ■ PRÉPOSITIONS 

viris illustribus, „sur les hommes illustres", emploi très fréquent, 
comme on sait. 

On constate que de peut déjà en latin exprimer plusieurs idées que 
le français rend également par de. Il faut relever notamment l'emploi 
de de avec le sens partitif: unus de illis, parce que dans cette 
fonction il est en lutte avec le génitif dès l'époque classique, et 
même plus tôt, dès l'époque de Plaute. 

Extension de de 404. En latin postclassique de s'étend considéra- 

en latin blement, d'abord avec le sens partitif, puis dans les 

postclassique. , , ,. ^. . . ^ . . . ^ 

autres fonctions : Clerici de ipsa ecclesia, Qrandgent, 

Grammar of Vulgar Latin, p. 43. — Numquid Zacchaeus de bono 

habebat, Ibidem. 

D'après Meyer-LUbke, le génitif disparaît au iii« siècle, excepté dans 
des locutions toutes faites, mais il n'est pas toujours rendu par la 
préposition, puisque, en vieux français encore, on trouve souvent 
l'accusatif avec la fonction du génitif. 

De remplace de plus en plus ab et ex avec leurs fonctions loca- 
tives aussi bien qu'au sens figuré: De virgine natus est. Augustin. — 
De inferno, Commodien, Instructions, I, 41, 7; à côté de ab inferno, 
Ibid., Carmen apoL, 799. 

.... petere summo de Rege 

Subvenies tibi, ne pereas forte de plèbe, 

Commod., Instruct., II, 8, 12—13. 
Dans Juppiter . . . patrem de regno privavit, Commod., Instruct., I, 
5, 1—2, le latin classique aurait employé un ablatif seul. 

En français de ^^' ^" français de est devenu la préposition la 

a les mêmes plus employée: il a étendu son domaine au détriment 

fonctions qu'en , iju ■ x j- ^ j a •»•! j 

latin. "^ ^^ ^' "^ ^°' ^^'' °"' disparu, et du génitif dans 

ses différentes acceptions, puis il a remplacé souvent 
l'ablatif, enfin il s'est introduit là où en latin on ne sentait pas le 
besoin de marquer un rapport spécial. 

a) La langue ne distingue plus le mouvement vertical du mouve- 
ment horizontal, elle dit donc: sauter d'un mur, aussi bien que: 
sortir de la ville. 

b) De indique toujours l'éloignement: ex ou ab urbe se dit en 
français: de la ville (ou hors de la ville). — On retrouve le même 
sens dans les phrases comparatives: 



PRÉPOSITIONS QUI SONT RESTÉES: DE 309 

Meillur vassal not en la curt de lui, 

Roland, 775. 
Plus de 20 mètres. Cf. § i7&>''K 

c) Avec le sens de „sorti de", de s'est maintenu: ne de parents 
nobles. — C'est ce sens qui a donné naissance à la particule nobi- 
liaire: Le duc de Reichstadt, de Richelieu. 

d) Le sens partitif est des plus fréquents : Un de ces gens-là. 
De avec la valeur partitive se trouve, comme nous l'avons vu, dès 

le latin classique; pourtant, en latin, le génitif était beaucoup plus 
fréquent; l'évolution consiste en ce qu'on va employer de plus en 
plus la préposition après beaucoup, peu, assez, un millier, etc. On 
s'en sert notamment après les particules négatives pas, point, mie, 
qui originairement étaient des substantifs indiquant une quantité, et 
cela même devant un nom de personne déterminée: 

N'avum mie de Rou (= nous n'avons pas Rou), 

Wace, Rou, II, 980 i). 

e) matière: statue de marbre, à côté de: statue en bois. 

f) „à cause de": 

Del duel s'assist la medre jus a terre, 

Alexis, 146. 

g) „suivant"; avec cette acception de a un domaine restreint: De 
l'avis de tout le monde. 

h) ^touchant"; ici le français a étendu le domaine de la préposition, 
déjà très fréquente en latin: 

Mult se fait fiers de ses armes porter. 
Kar de vus sul ai bien vengiét les noz, 

Roland, 897 et 1951. 
Dans ce dernier exemple on se servirait aujourd'hui de sur. 
Ce sens de la préposition s'est étendu dans les phrases exclamatives(p. 183): 
F Hz Alexis, de ta dolente medre! 

Alexis, 396. 

Il supplante 406. a) De remplace ensuite l'ablativus instru- 

l'abiativus in- mentalis et l'ablativus causae dans des phrases 
strumentalis, 

causae et comme: 

mensurae. Franceis i fièrent des espiez brunissanz, 

— Roland, 1621, 

') Tobler, 1, p. 67, Mots désignant le minimum d'une quantité se rattachant 
par de à un nom de personne ou à un autre mot qui désigne un individu 
déterminé. Cf. aussi § 428. 



310 



PREPOSITIONS 



et aujourd'hui: être frappé de stupeur, être suivi de deux esclaves. 
Cet emploi se retrouve dans la locution conjonctionnelle de ce ^ue: 
Je suis étonné de ce que vous osez me dire cela. 

b) Il remplace aussi l'ablativus mensurae'): Dt beaucoup 
le meilleur. — // est plus grand que son frère de la tête. 
/Cil n'estoit, k'il seUst, hon vis 
Si haus A'assés, con cil estait, 

Chev. aux deux espees, 1527. 

de devant un 407. Si, dans l'avant-dernier cas, de aide à introduire 

infinitif. une phrase subordonnée, ce qui était impossible en 

latin, il s'introduit aussi devant un infinitif, puisque, en vieux français, 

la valeur substantive de cette forme verbale se fait bien sentir: Je pense 

de le faire. J'ai honte de, Je me réjouis de, Or del bien faire! 

L'extension de la préposition devant l'infinitif a été très considé- 
rable, de sorte que dans la plupart des cas ou ne sent même plus 
la valeur de la particule ^). Cf. § 266. 

de remplaçant 408. Puis de, qui pouvait déjà rendre l'idée partitive, 
le génitif latin, en arrive peu à peu à exprimer aussi les autres 
fonctions du génitif; ainsi il remplace en français le génitif pos- 
sessif, subjectif, objectif et explicatif. Il est vrai que le 
vieux français exprime souvent l'idée possessive par le complément seul: 
Pro Dec amur et Christian poblo et nostro commun salvament. 
Serments. — Le rei gonfanonnier, Roland, 106. 
Ma mère arsistes en Origni mostier, 

Raoul de Cambrai, 2271, 
On voit que le génitif peut précéder le substantif déterminé à l'époque 
la plus ancienne, cf. § 451. La lutte entre les deux constructions se 
continue jusqu'au xvi« siècle, et Paisgrave, p. 141, signale l'absence 
de de dans: la robe mon maistre; Marot, I, 15, emploie FimageCupido. 
Aujourd'hui la langue a gardé des traces de l'ancienne construction 
dans des expressions figées comme Hôtel-Dieu, Boulevard St. Michel, 
'et d'autres. 

Kern. 1. Cette construction de la vieille langue « fourni i M. E. Langlois 
un joli argument pour trancher une question littéraire. On trouve au xitic siècle 



M Tobler, 1, p. 179, De employé devant une expression désignant la mesure 
de différence. 

') Tobler, 1, p. 6, De introduisant un sujet logique. 



NOUVELLES FORMATIONS 311 

le Jeu de la Feuillée autrement dit Li Jius Adam. Comme au début de ce 
jeu on raille un certain Adam le Bossu, on a pu croire qu'Adam était non 
pas l'auteur, mais le sujet du jeu. M. Langlois a bien vu que dans la com- 
binaison Li Jius Adam le nom propre est un génitif possessif ou subjectif, 
autrement on aurait dû dire Li Jius d'Adam; cf. La Bible Guiot, mais: Li 
Komanz d'Athis et Prophilias. 

Rem. 2. On a signalé quelques constructions curieuses: 1) le fripon de 
valet (cf. scelus hominis), 2) la coquine de Toinetle, 3) la ville de Paris. 
Tobler reconnaît dans le premier type un génitif partitif, dans les deux autres 
un genitivus appositivus. Meyer-LUbke met les deux premiers types en rapport 
l'un avec l'autre, en relevant, d'après Tobler, que le second type ne se trouve 
guère en vieux français, mais semble s'être formé d'après le premier; il 
explique la ville de Paris comme sorti de urbs Romae, qui lui-même serait 
formé d'après le locatif urbi Romae > in urbe Romae. Winkler au contraire 
voit dans la ville de Paris un génitif partitif. 

Locutions où ^09. Enfin relevons que de entre dans la composition 
entre de. de plusieurs prépositions: devant, d'après, delez; — 
près de, auprès de, hors de. Cf. § 412 et 419'''». 

III. NOUVELLES FORiWATlONS 

A. Observations générales 

Les cas 410. La perte considérable de prépositions latines a 

remplacés par trouvé une large compensation dans de nouvelles 
des prépositions. , ,. ,, , , j 

formations auxquelles la langue a eu recours dans 

les différents siècles de son existence, en latin postclassique et en 

vieux français aussi bien que dans la langue moderne. 

On peut distinguer plusieurs formations: 

1) On a pris des mots déjà existants, adverbes, substantifs, parti- 
cipes, adjectifs, dont on a changé le sens et la fonction. 

2) On a formé des locutions prépositionnelles par la réunion de 
plusiers mots. 

iwots déjà 4^'« ^) Substantifs: foris, casa, latus. 
existants devenus b) ADJECTIFS: long, proche, présent, sauf. 

' c) Participes passés: prés, excepté, esté, hormis, 
horspris, vu, attendu, considéré, passé. 



^) Tobler, 1, 20, A propos de prodome. — Meyer-Liibke dans Germ. Roma- 
nische Monatschrift, 1909, p. 68. — Winkler, Ibidem, 1912, p. 411. — Cf. encore 
Robert, Etudes d'idiome et de syntaxe, 1917, p. 132 et suiv. 



312 PRÉPOsmoNS 

d) Gérondifs: pendant, durant, obstant, nonobstant, suivant, 
touchant, concernant, moyennant, joignant, attenant. 

e) Adverbes: subtus, *postius, *antius. 

Prépositions 412. a) à l'aide de préfixes: \) Aç.\ni\is> dem, 

composées, dedenz, de -t- rétro > derrière, devers, depuis, 
dehors, devant, deçà, delà. 2) avant, après, amont, aval, arrière. 
Z) parmi, avec, contremont, enmi, encontre, endroit, ensemble, paravant. 

b) autres compositions: à la réservation, au défaut de, 
au desçu, à Pinsu de, aux autours de, droit à droit, à t encontre 
de, entour de, faute de (à faute de, par faute de), proche de, près 
de, hors de, à l'exception de, auprès de, le long de, en présence de. 

Il est évident que nous ne pouvons songer à traiter en détail 
toutes ces formations. Cela demanderait une étude très étendue; d'ail- 
leurs, les études préparatoires manquent encore sur ce terrain. Nous 
devons donc nous contenter de quelques observations générales. 

B. Mots déjà existants devenus prépositions 

f or i s. casa, 413. a) SUBSTANTIFS: 

latus employés foris') et casa, étant des ablatifs de substantifs, 

prépc^mon. indiquent primitivement le lieu: foris, „à la porte ", 

casa, ,à la maison"; devenus prépositions, ils ont 

remplacé extra et ex; apud et domi: hors la ville. Mont., I, 7; 

puis au figuré: 

Nul n'aura de tesprit hors nous et nos amis. 

Mol.. Femm. Sav., III, 2. 
La préposition de, qui envahit tout, s'est introduite ici de bonne 
heure, ce qui n'est que naturel, parce que foris est au fond un 
substantif: hors de P Eglise point de salut. 

Composé avec de (dehors), il est aujourd'hui vieilli comme prépo- 
sition: Dieu n'est ni dedans, ni dehors le monde, Fénelon, Existence 
de Dieu, II, 5. — Dehors est adverbe ou substantif et comme tel il 
donne naissance à la locution prépoStionnelle en dehors de: les 
terrains en dehors des fortifications, et au dehors de. 
Chez (à la maison de) se trouve pour la première fois au xii« siècle: 
Chiés un oste herbergent, 

J. Bodel, Saisnes, laisse 22. 

1) Cf. E. Brall, Lat. foris, foras im gaUo-romanIschen. Diss. Berlin, 1918. 



NOUVELLES FORMATIONS 313 

Le sens s'est un peu étendu, de sorte qu'on dit chez les Anciens, chez 

lui tout plaît. 

J'ai lu chez un conteur de fables, 

La Font., III, 18, 

mais Vaug., I, 403, désapprouve ce dernier emploi et Th. Corneille 

et l'Académie sont de son avis. 

lez < latus. Cette préposition a disparu; on la trouve encore 

dans les noms de ville: Vieux- Dieu-lez- Anvers, Saint-Pierre-lez-Calais. 

Adjectifs 414. b) Adjectifs: 

employés comme Long: Lunc un aller bêlement l'enterrèrent, 
■"■'P"^'"""- Roland, 3732. 

Ce mot a été remplacé de bonne heure par le long de, à côté, près. 
Proche: // habite proche le palais (famil.); en général proche de: 
Il habite proche de chez moi. 

Présent est employé souvent comme adjectif dans la construction 
dite ablatif absolu: présents tous les princes. Quelquefois il reste 
invariable et peut donc être considéré comme préposition: 
Trop conseiller appart entre homme et femme, 
Présent plusieurs, peut tourner à diffame, 

Christ, de Pisan, III, 52. 
On le trouve comme tel au xv^ siècle, mais il a disparu depuis. 

Sauf est d'abord adjectif: son honneur sauve, Cent Nouv. nouv., 
I, 130, mais dès le xv^ siècle on le trouve aussi invariable: Par ma 
foy, sauf vostre grâce, . . . si je le sceiisse. Je ne le demandasse pas, 
Ibid., I, 258. 

Participes et ^^^' ^' '^^ Quant aux PARTICIPES PASSÉS et aux oéron- 

gérondifs difs employés comme préposition, ils n'offrent rien 

employés comme j .■ .. m , . . 

préposition "^ particulier. Nous ne parlerons que de près. 

Près, qui vient du participe latin pressum de 
premere, signifie primitivement pressé, serré et forme originairement 
avec le nom suivant la construction dite ablativus absolutus; en 
général pourtant il est employé comme adverbe. En combinaison avec 
de, il forme la locution prépositionnelle près de, qui exprime une 
idée de temps et de lieu: près de chez vous, près de trois heures; 
puis au figuré: 

Et près de vous, ce sont des sots que tous les hommes, 

Mol., Tartuffe, I, 6. 
On le trouve parfois seul: près la porte saint Jacques, Vaug., 11,72. 



314 



PREPOSITIONS 



En combinaison avec ad, on a formé la préposition après, qui 
indiquait également la proximité, mais d'une façon spéciale; seulement, 
elle a perdu ce sens primitif, pour ne garder que celui de suite: 
longtemps après est au fond une contradictio in terminis. 

Il se rapporte également au lieu et au temps: 
Après iço i est Naimes venuz, 

Roland, 230. 

On le trouve au wii* siècle parfois au sens de d'après: Le por- 
traict n'est pas fait après la nature, Balzac, Lettres, VIII, 27. 

Auprès s'emploie aujourd'hui rarement avec le sens local: // demeure 
auprès de l'église. Au xvii* siècle cet emploi était plus fréquent: 
Lysandre se retirant ^'auprès les boutiques. Corn., La Galerie du 
Palais, I, 7. — En général auprès de signifie en comparaison avec: 
La douleur physique n'est rien auprès de la douleur morale. 

416. e) Adverbes: 
sous, puis, ainz. 

bubtus > soz a remplacé dès l'époque la plus 

ancienne la préposition latine sub, avec le sens local et le sens 

temporel: sous la table, sous le règne de Louis XIV. 

On a ensuite formé un nouvel adverbe dessous, mais de nouveau 

une tendance s'est manifestée à l'employer comme préposition: 

Li cuens Rollanz se jut desuz un pin, 

Roland, 2375. 

Au xvii* siècle Vaugelas prescrit cet emploi, sauf dans quelques cas 

bien déterminés, cf. dedans § 417. Pourtant la langue populaire 

l'emploie toujours. 

Les adverbes classiques postea et antea semblent s'être modelés 

en latin vulgaire sur le comparatif et être devenus *postius et *antius. 

Ici encore les adverbes ont remplacé les anciennes prépositions. 

Si on trouve: 

Qued auuisset de nos Christ mercit 

Post la mort, 

Eulalie, 27, 

ce semble être un latinisme. Dans les autres cas on trouve puis: 

One puis cel jor nés contint tièdement, 

Alexis, 140 (Clédat, p. 101. 

De puis on a tiré un nouvel adverbe, qui, lui aussi, fut de bonne 

heure employé comme préposition, et — à rencontre de ce que 

nous voyons arriver pour dessus, dessous, dedans — depuis est resté 



NOUVELLES FORMATIONS 315 

comme préposition (et comme adverbe), tandis que puis n'a gardé 
que sa fonction adverbiale. 

On trouve puis avec sa valeur de préposition encore au xvi« siècle: 
Puis dix ans, Marot, II, 106. — Depuis se rencontre dès le xii« siècle: 
Ne fust si granz depuis la mort Guaifier, 

Cour. Louis, 2325. 
Il exprime aussi le lieu: depuis la tête jusqu'aux pieds. 

*Antius > aim, eim, ains, anceis a en vieux français, à côté 
de son emploi adverbial, aussi la fonction de conjonction (cf. § 335) 
et de préposition, et prouve ainsi à quel point ces trois fonctions 
sont voisines l'une de l'autre: 

Einz demain noit bêle en iert Famendise, 

Roland, 517. 
Tels cuide avoir lou cuer moult sain 
Qu'ains lou quart jor tôt son avoir 
Ne prise pais ne son savoir, 

Clédat, p. 328. 
Cette préposition a disparu devant les nouvelles formations avant 
et devant. 

C. Prépositions composées 



dedans. 



417. Il nous reste encore à parler des prépositions 
composées, d'abord de celles formées à l'aide de 
préfixes, puis des autres compositions. 
Ici, nous pouvons être encore plus bref que dans ce qui précède. 
En effet, la clarté de l'exposé nous a obligé à plusieurs reprises à 
citer les plus importantes des prépositions qui rentrent dans cette 
catégorie. Ainsi, à propos de en, nous avons vu que dans < de + 
in tu s et dedans sont entrés en concurrence avec la préposition 
simple et l'ont chassée de plusieurs de ses fonctions. Donnons encore 
quelques remarques supplémentaires. 

On trouve parfois enz seul, non seulement comme adverbe, mais 
aussi comme préposition: 

Et ens la fin, quand je vaurai finer, 
Aveuques Deu est mes sièges posés, 

Huon de Bordeaux (Clédat, p. 54). 
Mais dans et dedans sont plus usités: Et faisaient leur compte 'de 
l'amener dedans trois jours par force ou autrement dedans ceste 
ville, Sat. Ménippée, p. 148. — Au xvii« siècle Vaugelas, I, 218, 



316 PRÉPOSITIONS 

attaque l'emploi de dedans comme préposition; il déclare que dedans 
est adverbe comme dessus et dessous, tout en admettant des excep- 
tions; et Corneille change les vers où il s'en est servi: 
Va dedans les en/ers plaindre ton Curiace, 

Corn., Horace, IV, 5. 
Je lis dedans son âme et vois ce qui le presse, 

Mol., Dépit amoureux, III. 5. 
D'ailleurs aujourd'hui encore dedans s'emploie, tout comme dessus, 
avec la valeur de préposition dans la langue populaire: f aurais crevé 
dedans ma coquille. Benjamin, Gaspard, p. 216. 

L'adverbe dedans, substantivé, peut entrer dans une nouvelle 
locution prépositionnelle au-dedans de, qui remplace souvent la 
préposition simple: Sceptiques au-dedans d'eux-mêmes, ils considé- 
raient la religion comme un moyen de gouvernement, A. France, 
Révolte des Anges, p. 3. 

418. Entre devant et avant la lutte s'est engagée 
devant et avant. , , " *" 

également; ici le résultat est que les deux mots sont 

restés comme prépositions, le premier avec valeur locale, l'autre avec 

valeur temporelle. 

Au xvii* siècle, la distinction entre les deux prépositions n'est pas 

encore nette: si avant se rapporte uniquement au temps, devant 

pouvait s'employer au sens temporel aussi bien qu'au sens local: 

Seroit-il possible que devant moi tu n'eusses jamais vu d'autres 

exemples de mortalité? Malh., I, 359. 

Rem. I. Devant un infinitif on employait avant, devant aussi bien que 
avant que. devant que: Devant boire. Rab., I. 100. - Devant que passer 
plus outre, Malh., II. 7. 

Rem. 2. Avant a formé l'adverbe auparavant: devant les locutions 
prépositionnelles au devant de, par devant. Auparavant se trouvait aussi 
comme préposition: Auparavant ceste salncte entreprise d'union. Je n'esloy 
pas grand mangeur de crucifix, Sat. Mén., p. 79. 



Avec. 



418'"«. Avec •). qui semble provenir de la locution 
adverbiale ab hoc, se trouve de bonne heure comme 
préposition avec le sens de eu m: 
Avoec iço plus de cinquante care, 

Roland, 186. 



') Meyer-LObke, Romanlsches Etymologlsches WOrterbuch, s.v. — Llttré. s.v. 



NOUVELLES FORMATIONS 317 

Il prend aussi la fonction de l'ablativus instrumentalis et exprime 
l'instrument ou la manière: frapper avec la hache, se battre 
avec courage. — Comme en latin la préposition eu m, il peut prendre 
le sens de „contre": Combattre avec l'ennemi. — Enfin, il signifie 
souvent .malgré": Ils prodiguent l'argent, et, avec cela, ils ne 
peuvent voir le bout de leur fortune. 

Actuellement on emploie souvent avec séparé de son régime: 
L'armée avec, à la tête, Bonaparte — On le trouve aussi comme 
adverbe: // a pris mon manteau, et s'en est allé avec. 

Rem. Pour avec fonctionnant comme conjonction, cf. § 326; pour avec 
ça Robert, Etudes d'idiome et de syntaxe, 1917, p. 165. 

419. Parmi se trouve encore en vieux français avec 
Parmi. . .... 

son sens primitif: 

De quatre espiez par ml le cors feruz, 

Roland, 2084. 

Le sens de par se sent également dans une phrase comme Et 
Il cuens de Champaigne vendi au roi, parmi les quarante 
mille livres les fiez ci après nommés, Joinv., 87, où parmi signifie 
^moyennant". 

Peu à peu le sens de par, „à travers de", s'efface et parmi va 
signifier ,au milieu de", en remplaçant enmi: 

Parmi ce grand amour que f avais pour Sévère, 

Corn., Polyeucte I, 3. 
Il prend ainsi une partie du domaine de in ter, que nous avons 
traité plus haut. 

4l9'>is. Quant aux autres compositions, elles sont 
Autres tournures. . . , , 

SI nombreuses que nous ne pouvons songer a les 

traiter ici; d'ailleurs, une syntaxe n'est pas un dictionnaire. Remar- 
quons seulement que plusieurs de ces locutions ont supplanté d'autres 
prépositions plus brèves. Ainsi: 

à l'entour de remplace entour 

auprès de „ emprés 

à l'endroit de „ endroit 

aux environs de „ environ 
On pourrait ranger parmi les prépositions sitôt dans la phrase 
suivante: Cette facture est payable sitôt réception de notre envoi. 



318 PRÉPOSITIONS 

Rôle important 420. Ce que nous avons remarqué à propos des 

des prépositions prépositions nous montre bien que la disparition 
en français. , • ,, » , , 

des cas na pas réellement appauvri la langue; au 

contraire, la perte des terminaisons flexionnelles est largement com- 
pensée par la création d'un grand nombre de prépositions et de 
locutions prépositionnelles, grâce auxquelles le français peut exprimer 
les nuances les plus fines de la pensée. Les prépositions, qui primi- 
tivement avaient pour seul but de préciser le sens du cas du sub- 
stantif (cf. ab, ex urbe, où l'ablatif marque déjà le point de départ), 
ont fini par être chargées seules d'exprimer la nuance voulue. 



CHAPITRE IX 



LA NEGATION 



A. LA NEGATION EN LATIN 



Mots néçatifs 421. En latin classique non (quelquefois haud) 
en latin. sert à nier un fait: Non possurn; ne à nier un désir 

ou un ordre: Ne hoc feceris. Non se place devant le mot qu'il nie: 
Utebatur valetudine non bona, Caesar, De bello gallico, III, 49. — 
On emploie ne dans la locution ne..quidem, „même pas": Ne 
patriam qiiidem amat. 

Le latin aime à combiner la négation avec d'autres mots, conjonc- 
tions, pronoms, adverbes, verbes. 

1. conjonctions: neque, nec: Profectus est neque umquam in 
patriam rediit. — Ces conjonctions peuvent donc relier une phrase 
affimative à une phrase négative. Le latin aime les combinaisons 
neque quisquam, ullus, quicquam, umquam, usquam =^ 
„et personne, rien, jamais, nulle part". 

ne est la négation de ut final. 

quin est usité après les verbes qui expriment l'empêchement. 

2. pronoms: nemo, nullus, nihil. 

3. adverbes: numquam, nusquam,quin: Quinretinetisvocem? 
„Pourquoi ne retenez-vous pas la voix?" 

4. verbes: nolo, nescio, neque o. 

Changements 422. Dans la latinité postclassique l'état des choses 

en latin ya changer: 
postclassique. , u j j-- , l- , ■ 

1. Haud, deja rare en latin classique, disparaît, 

quoiqu'on le trouve encore dans les textes. 
2. Ne est remplacé par non; dans un des sermons d'Augustin on 
lit: Non simus duri adversus verbunt Dei, V, p. 219. 



320 LA NÉGATION 

3. Sauf nec et numquam, les conjonctions, les pronoms, les 
adverbes et les verbes à forme négative vont disparaître pour être 
remplacés par des formes analytiques. 

4. A cette époque il faut placer aussi l'origine de quelques nou- 
velles formations, comme nec -|- ipse, que nous rencontrerons plus 
tard en français. 

5. Enfin, l'habitude va s'introduire de répéter la négation sous 
forme de non devant le verbe, fait qui aura les conséquences les 
plus importantes: Recomponere se non potest nec similari sibi non 
potest, Mulomedicina Chironis, 4, 5. — Neque ingenuus, neque ser- 
vus . . interfici non debeat inauditus, Pardessus, Diplomata, I, p. 197. 

B. LA FORME TONIQUE EN FRANÇAIS 

Non devant 423. En vieux français ') la négation pure se présente 
un verbe. sous la forme accentuée non et sous la forme atone 
nen ou ne. Nous parlerons d'abord de non 

Contrairement à l'usage actuel, cette particule pouvait se placer 
devant un verbe, surtout devant être, avoir, faire: 
Non ferai, sire, dist Guillelmes li ber. 

Charroi de Nîmes (Clédat, p. 82). 
Non oy, par ma foy, mais dictes moy qui est là dedens. Cent nouv. 
nouv., XXXI. — On trouve cette construction encore au xvii« siècle: 
Non ferai-Je, parbleu, Régnard, Le Légataire, V, 7. — La tournure 
je dis que non est sans doute sortie de je dis que non ferai. La 
forme accentuée était surtout fréquente devant l'infinitif, le gérondif, 
et les participes: Elle fut ad ce contrainte et forcée par non résister. 
Cent nouv. nouv., I, 3L — Non doublant de leur feaulté, Rabelais, 
II, 19. — De là des restes comme nonchaloir, nonchalant, nonobstant 
dans la langue actuelle; rappelons-nous qu'il en était de même 
pour le pronom : soi-disant, quoi faire. 11 est naturel que ces formes, 
étant nominales, demandent non; au fond, il n'y a aucune différence 
entre elles et le mot nonsens du français moderne. 

Depuis le xvii' siècle, on ne trouve plus non placé devant un verbe: 
Vous partirez? Non. — Du vin et non de la bière. — Non que, 
non seulement, et, comme préfixe, non-emploi, nonsens, etc. 



•) Cp. F. Perle, Die Négation im aUframôsIschen (dans Zeilschr. f. mm. Phil . 
Il, 1—24, 407—418.) 



LA PARTICULE NE (NEN) 321 

Rem. 1. Au lieu de répondre par non ferai on a pu dire dans la vieille 
langue je non, il non, etc., ou ne je, ne il (cf. aussi § 61, Rem. 2): 
Guenes respant: Ne vus a ceste feiz, 

Roland, 567. 
Rem. 2. Dans les phrases suivantes on se servirait aujourd'hui de non 
plus, pas non plus: Je ne sais. ... NI moi aussi, Scarron, Roman 
comique, ch. XI. — Chantilly n'efface point Liancourt, . . . Liancourt n'efface 
pas aussi Chantilly, Mme de Sévigné, IX, 225. 

C. LA FORME ATONE EN FRANÇAIS 

Nen en vieux ^24. La négation non atone est devenue en français 

français devant nen, qu'on employait seulement devant une voyelle, 
une voyelle. 

et tie, qui se trouve devant voyelle aussi bien que 

devant consonne ') : 
Aine mieudre chevaliers nen ot aubère vesti, 

Aiol, 32. 
Jamais rCiert tels com fui as anceisors, 

Alexis, 5. 
Nen disparaît vers la fin du moyen âge; il ne s'est maintenu- que 
dans Nenni < non ille, qui aujourd'hui est vieilli et dont la forma- 
tion est analogue à celle de oui < o'il < hoc ille. 
lert descovert? — Nenil par moi, 

Jeu d'Adam, 216. 
Te moques-tu de moi? — Nenni, monsieur, j'en serais bien fâchée, 
Mol., Bourg. Gentilh., III, 2. 

Emploi de ne 425. La particule ne, employée seule, est très fréquente 
non renforcé, gu moyen âge; nous verrons pourtant plus loin que 
de bonne heure on a senti le besoin de la renforcer; à l'époque de 
Commines (xv« siècle) l'emploi de la négation, du moins dans la 
principale, est presque celui de nos jours ^). Cependant, au xvii« siècle 
encore, on rencontre fréquemment des phrases oii ne suffit seul à 
exprimer l'idée négative, et il en reste des traces nombreuses dans 
la langue moderne: 

Ne vus ait hum qui pur altre s'en fuiet, 

Roland, 2309. 



') Cf. G. Rydberg, Zur Geschichte des franz. a, II, p. 874 et suiv. 
') „En 1595, le nouveau texte de Montaigne ajoute des pas là où ils manquaient 
dans l'édition de 1588", Brunot, II, 472. 

SNEYDERS DE vooEL, Syntaxe historique. 21 



322 LA NÉGATION 

Ne cuit qu'onques si fort pleUst 
Que d'eve i passast une gote, 

Chrétien, Chev. au lion, 416 (Çlédat, p. 144). 
Ata délibération n'est de provoquer, ains d'apaiser, Rab., I, 29. — 
Cest grand dommage qu'il n'avoit la Superbe, Mme de Sév., VIII, 520. 
// ne meurt de cette peine, 

Voiture, Poésies, I, 89. 

Restes de ^26. Aujourd'hui ne se rencontre encore seul dans 

l'ancien usage les cas suivants '): 

en français , „. • • i 

moderne. '• Phrase principal e: 



à) quand il y a un autre mot négatif: // ne travaille 
ni n'étudie. 

b) dans quelques locutions optatives et impératives: A Dieu ne 
plaise! — Qu'à cela ne tienne! 

c) après que (^pourquoi") et après un pronom interrogatif dans 
les propositions exclamatives: Que n'êtes-vous parti plus tôt! 

d) quand la proposition négative est complétée par une proposi- 
tion relative: On ne voit âme qui vive. 

e) avec quelques verbes: avoir cure, avoir garde, et facultativement 
avec songer, oser, pouvoir, etc. 

II. Phrase subordonnée : 

a) après quelques verbes comme: éviter, garder, prendre garde, 
craindre, il s'en faut de peu que, etc. 

b) après // _y a et depuis, quand le verbe est à un temps com- 
posé: // y a deux mois qu'il n'a quitté la maison. 

c) dans la phrase adjective, quand le sens de la phrase entière 
est affirmatif : // n'y a pas un livre que je n'aie lu. 

d) après la conjonction conditionnelle si: Je ne le ferai pas, s'il 
ne me le demande. 

e) dans la phrase comparative d'inégalité employée affirmativement: 
// est plus riche que vous ne croyez. 

Dans plusieurs de ces cas la négation est superflue; aussi la langue 
parlée s'en passe-t-elle en général, notamment dans la phrase sub- 
stantive: Je crains qu'il (ne) soit malade; il est plus riche que vous 
(ne) pensez, etc. 



') Cf. Bourquin et Salverda de Grave, Grammaire française, p. 66, 126. 132, 
136, 138, 139, 142. — van Duyl, Grammaire française. 2« éd., p. 323 et suiv. 



LES ADVERBES NÉGATIFS OIENS, MIE, GOUTTE, PAS, 323 

POINT, GUÈRE 



D. LA NÉGATION RENFORCÉE PAR D'AUTRES MOTS 

Mots qu'on ^'^'^' ^^ *°"* temps On a senti le besoin de renforcer 

a ajoutés pour la négation pure à l'aide d'autres mots: Ne flocci 
renforcer la . , ^ ... ., , 

négation. quidem jacere; assis, pili, ne nauci quidem facere 

(ducere); en français: ne prisier un festu, un denier, un 

bouton, un ail, un guant ^). Cf. en hollandais: Ik zie geen steek, 

daar geef ik geen sikkepit, geen zier ont. 

C'est de là que vient l'emploi de giens, mie, goutte, pas, point, 

guère. 

Giens de gënus est très rare en français; G. Paris ^) n'en cite 

que huit exemples: 

A^^ s'en corrocet giens cil saintismes ont, 

Alexis, 268. 

Rem. En provençal par contre cette particule est très usitée: Ni ve ni 
sap les on se sia, ,il ne voit ni ne sait [d'aucune façon] où il est", Appel, 
Provenz. Chrestomathie, 3, 20. 

Goutte n'est guère usité que dans: Je n'y vois goutte. 

Mie de mica, „miette", est très fréquent au moyen âge, mais dans 
la suite il a été supplanté par pas et point; aujourd'hui on se sert 
presque exclusivement de pas. 

Ces mots sont primitivement des substantifs à sens affirmatif, qui, 
après avoir pris la fonction d'adverbes, finissent par n'exprimer avec 
ne qu'une seule idée, l'idée négative. 



Valeur 



428. On sent encore la valeur substantive dans les 
substantive de exemples suivants: 
** ^'n,^e_ " ' Et trop i avroit grant domage. 
Se H uns d'aus l'autre afoloit 
Et point (la moindre partie) de s'enor li toloit. 

Chrétien, Chev. au lion, 6186. 
Donnez li du fain (foin) . . . 
Mon seigneur, tantost en ara. 
Se point (un peu) en a en ceste vile, 

Mir. de N. Dame, XIII, v. 167. 



') On trouvera une liste de ces mots dans Tobler, AUfranz. WOrterbuch, p. XVII. 
2) Mélanges linguistiques, p. 555. 



324 LA NÉGATION 

Mais de s'espee ne volt mie guerpir, 

Roland, 465. 
Ne pot mie truver de sun frère Aarun, 

Saint Thomas, 1225. 
A la fosse vont erranment, 
Que il nul point ni demorerent, 

Floire et Blancheflor, I, p. 84 (Bekker). 
Et moy, suis-ie dans un baing? suis-ie pas plus à mon ayse que 
toi? „suis-je un brin plus à mon aise que toi", dit le roi Monte-Zuma, 
étendu sur le gril, à un de ses compagnons. Mont., II!, 6. — 
Changeray Je pas pour vous cette belle contexture des choses, Mont., 
I, 19 (Darm., p. 15). 

De même on sent encore nettement le sens affirmatif de guère au 
xvi» siècle: Et de ceste science l'art est tant prochain, et de si près 
frère, que lés prenant un pour autre, on ne seroit de guère abusé, 
Sebillet, Art poétique, p. 8, 1. 8. — Cet usage se trouve encore 
quelquefois au xvii* siècle: Je ne crois pas que Rodogune en demande 
guère davantage, Corn., Troisième Discours. 

J'enrage. Par ma foi! l'âge ne sert de guère 
Quand on n'a pas cela, 

Mol., Ecole des maris, III, 6. 
C'est à cette construction que se rattactie sans point de: 
Li cuens la prenl senz point de Catargier, 

Cour. Louis, 143; 
puis une phrase comme: Je n'ai pas dormi de toute la nuit et Je 
ne veux pas de cela *). 

Extension de 429. Quoique pas et point soient moins fréquents 
pas et point, que mie dans la vieille langue, pourtant on les 
rencontre de bonne heure; on trouve même des germes de leur 
emploi en latin: 

Si ego intra aedes hujus, ubi habitat, penetravi pedem, 
Omnium hominum exopto ut fiam miserorum miserrumus, 

Plaufus, Menaechmi, V, 2, 61, 
on encore mieux dans cette phrase-ci: Promisit Deus ille se daturum 
terram Canahan Abrahae, nec tamen dédit: ergo fuit mendax. 



») Tobler, 1, p. 72. 



EMPLOI ET NON-EMPLOI DE NE 325 

Quod autem dédit nec passum pedis, dicit Stephanus (Etienne dit 
pourquoi il ne lui en a même pas donné un „pas"). 

L'emploi de pas et de point s'étend de plus en plus; à l'époque 
de Commines ils sont devenus presque réguliers dans la phrase 
principale. Le sens négatif s'est ensuite communiqué aux mots pas et 
point, si bien qu'on trouve déjà dans le Roman de la Rose: Ses-tu 
pas? Ces sortes de questions deviennent plus générales au xiv= et 
au xv^ siècle: Y pensez-vous point venir? Jean de Paris, 56, et dans 
La Fontaine, I, 234: 

Fit-il pas mieux que de se plaindre? 
et de nos jours dans le langage parlé: Tombera, tombera pas; faut 
pas y croire; c'est pas vrai. — Est-ce pas aujourd'hui qu'il revient? 
Gide, Retour de l'enfant prodigue, p. 218. 

Dans point d'argent, point de Suisses et dans les autres phrases 
où il n'y a pas de verbe, les mots pas en point sont chargés d'exprimer 
seuls la négation. Dans du tout, „pas du tout", on a même fait un 
pas de plus: la valeur négative a déteint sur du tout. Dans çou est 
du tout en Deu, Mainet (Clédat, p. 43), du tout a encore nettement 
le sens affirmatif. 

Rem. Cf. en espagnol: En ma vida he oido tal cosa, .Jamais de la 
vie je n'ai entendu une telle chose". — En toda la noche he podido dormir, 
„De toute la nuit je n'ai pu dormir".' 



430. Dans ce qui précède, nous avons vu la négation 
Extension de ne. . 

renforcée par des mots comme pas, point, qui, une 

fois qu'ils ont pris une valeur négative, tendent à rendre superflue 

la particule négative ne elle-même. 

Si de ce côté-là il y a donc restriction, il y a de l'autre côté une 

grande extension. L'exemple de la Mulomedicina Chironis, cité § 422, 

nous a montré que déjà en latin vulgaire on se servait d'un non 

explétif devant le verbe. En français c'est la règle dès les textes les 

plus anciens: Ne fut nuls hom, S. Léger, 31. — Ne aiet niuls maie 

voluntatem, Jonas, 28. 



Conséquences ^^'' ^ l'encontre du latin on met ne dans toutes 

de l'emploi les phrases négatives qui renferment un verbe, et 
régulier de ne ,, , , ., , ... . 

levant le verbe. ^*^"* atone, il s'appuie toujours sur ce verbe, même 

si la négation porte sur un autre mot et même si la 



326 LA NÉGATION 

négation est déjà exprimée d'une autre façon: a) Il n'aime pas le 
vin, mais la bière, b) Je ne le vois nulle part. 

Ce fait entraîne deux conséquences importantes: 

En latin, nous l'avons vu, on avait l'habitude de combiner la 
négation avec d'autres mots, nemo, quin, etc., mais du moment que 
la particule négative devant le verbe est devenue générale, ces mots-là 
deviennent superflus et peuvent: 1) être remplacés par les mots affir- 
matifs correspondants, ou 2) — ce qui est beaucoup plus rare — 
prendre eux-mêmes un sens affirmatif ou mi-négatif. 

nuiius et nec ^32. Le second cas ne se présente que pour nul lus 

perdant un peu de gt nec. En effet, en vieux français nuls équivaut 
leur sens négatif. , 

souvent à ,quelqu un , mais seulement dans des 

phrases à sens négatif ou exclusif, et ne à „et" 
ou à „ou": 
Se nus de vos laist son fil ostagier, 
Se il le fait, nel recevra ja lié, 

Ogier (Clédat, p. 105). 
En Venise cuidoient trover plus grant plenté de vaissaus que a nul 
autre port, Villeh., p. 14; cf. pourtant § 434. 

Mais a paines en puet on nus trouver, 

Thibaut de Champagne (Clédat, p. 344). 
// le peut épouser sans nul empêchement, 

Mol., IV, 239. 
L'estoire de Bertain, et de Pépin aussi, 
Comment n'en quel manière le lion assailli, 

Berthe aux grands pieds (Clédat, p. 58). 
Tant seit ne fels ne aspres, 

Cour. Louis, 40 L 
Remarquons que nés de nec -|- ipse a souvent complètement le 
sens de même: 

Nés // oisel s'an istront fors. 

Chrétien, Chev. au lion, 400 (Clédat, p. 143). 

Rem. L'espagnol a encore d'autres mots dont le sens négatif s'est affaibli: 
Quin vlo nnroquas tal mal. .qui vit jamais un tel mal", Auto de los reyes 
magos, 107. — Et nlngnno de mlo Unage que esta quisiere demandar, 
nin contrallar, nin menguar en nlngnna cosa . . ., que aya la yra del Rey 
omnipotent, Zauner, Altspan. Elethenlarbuch, p. 161. 25. 



MOTS NÉGATIFS REMPLACÉS PAR DES MOTS AFFIRMATIFS . 327 

Les conjonctions 433. L'autre cas est de beaucoup le plus fréquent: 

et les pronoms jg conjonction et le pronom négatifs sont remplacés 

négatifs , , , ,r- .-t j . . r .. 

remplacés par souvent par le mot affirmatif correspondant, et, fait 

des mots curieux que nous avons déjà constaté pour pas et 

affirmatlfs. . , , , , 

point, ce mot peut a son tour prendre un sens 

négatif ou, du moins, exclusif. 

a) Nemo a été remplacé par nul, aucun, personne. Ces mots 
ont pris d'abord la place de quisquam et ullus, qui, on le sait, 
ne s'emploient que dans les phrases négatives; puis, ils ont peu à peu 
pris eux-mêmes le sens négatif. Cf. Pronom indéfini, § 143 et 146. 

Ni h il, après avoir été rendu par le mot négatif neient, est ensuite 
remplacé par rien ou chose. Cf. § 147. 

b) Pour ce qui est des adverbes, nusquam est tombé, remplacé 
par nulle part. Numquam, il est vrai, se trouve encore dans la 
S" Eulalie, 13: 

// // enortet, dont lei nonque chielt, 

Qued ele fuiet lo nom crestiien. 
Mais à part cet exemple on trouve toujours la forme analytique 
ne . . . onques, mai, ja, jamais: 

Ja n'avéra tant grant enfermeté, 

Huon de Bordeaux (Clédat, p. 50) ^). 

c) Parmi les conjonctions négatives ni est resté, mais en vieux 
français il perd, lui aussi, souvent sa valeur négative. Cf. le chapitre 
des conjonctions, § 328''is, 3. 

Ni si est devenu se . . . non, ou se ne . . .; cf. § 358. 

Ne dans ne dixeris ou timeo ne veniat a été remplacé par non et 
quod non; quin a disparu également devant que . . . ne. Dans les 
phrases comme Je crains qu'// ne vienne, où la phrase subordonnée 
est originairement une principale exprimant un souhait. Evitez qu'il 
ne vous parle. Peu s'en faut qu'on ne m'ait trompé, le latin se 
serait donc servi des conjonctions ne ou quin; aujourd'hui, on le 
sait, la langue parlée supprime en général la particule ne, cf. § 426. 

d) Enfin les verbes nolo, nescio, nequeo, ne se retrouvent 
plus en français, ils sont rendus par ne pas vouloir, savoir, pouvoir. 

Rem. Ignorer est resté parce qu'on n'a pas senti la composition; c'est 
d'ailleurs une forme savante. 



^) On trouve d'ailleurs déjà en latin postclassique non aliquando = num- 
quam: Ut non putarem aliquaftdo aUiores vidisse, Itin. Hier, 41, 4. 



328 LA NÉGATION 

E. LA NÉGATION DANS LA PHRASE COMPARATIVE 

434. L'emploi de la négation dans la phrase comparative d'inégalité 
demande à être traité à part. Dans des phrases comme // est plus 
riche que vous ne croyez, la particule ne s'explique parce que l'on 
nie l'égalité entre les deux termes de la comparaison (.il n'est pas 
aussi riche que vous le croyez"). 

La vieille langue était plus conséquente que la langue actuelle, 
qui, on le sait, omet en général la négation dans la conversation. 

1) Quand le second terme de la comparaison se compose de deux 
substantifs, la vieille langue les réunit par la conjonction ne: 

Plus est isnels qu'esperviers ne arunde, 

Roland, 1492. 
Au xvi« et au xvii* siècle on la trouve encore sous forme de ni: 
Patience et longueur de temps 
Font plus que force ni que rage, 

La Font., Fables, II, 11. 
Vaugelas lui-même écrit: La fortune plus puissante que la raison ni 
la bonne conduite, phrase condamnée par Racine, VI, 355. 
Actuellement on se servirait dans toutes ces phrases de et ou de ou. 

2) Quand le second terme de la comparaison est un nom ou une 
expression, employés comme substantif, le vieux français introduit le 
verbe être ou faire accompagné de la négation : 

Plus est isnels que nen est uns falcuns, 

Roland, 1529. 
Femme est plus faible par nature 
Que nen est oem, 

Eneas, 9874. 
Plus curt a piet que ne fait uns chevals, 

Roland, 890. 
De parole semblés holier 
Plus que ne faites chevalier, 

Fergus, 24, 3—4. 
(.tu ressembles plus à un fripon qu'à un chevalier"). 

3) Ces dernières phrases se rendent en moyen français et jusqu'au 
xvii« siècle d'une autre façon: on introduit le mots pas, non pas, 
point, non point, et on se passe des verbes {tre et faire: Pendant 
qu'il regarde plustost où est sa queste . . . que non pas lui mesme 
où il chemine, St. François de Sales (Darm., p. 11). — f aurais bien 



LA NÉGATION DANS LA PHRASE COMPARATIVE 329 

plus de peur de me tromper et de trouver que la religion chrétienne 
soit vraie que non pas de me tromper en la croyant vraie, Pascal, 
Pensées, I. — faimerois mieux dire „il vesquit et mourut chrestien- 
nemenf que non pas „// vescut et mourut", Vaug., I, 196. 

Ainsi on a eu ces trois étapes successives: a) il est plus riche 
que vous ne l'êtes; — b) il est plus riche que non pas vous; — 
c) il est plus riche que vous. — Il est vrai que la première et la 
seconde phrase se trouvent encore parfois aujourd'hui chez le peuple. 

Rem. 1. La même tendance populaire qui a amené l'introduction de la 
négation non d'une façon pléonastique: Non vidi numquam, se manifeste 
pendant tout le cours de la langue dans les phrases comme: 
Quand on se fait entendre, on parle toujours bien 
Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien, 

Mol., Femm. Sav., Il, 6. 
Et ne va pas rien dire, Claudel, L'annonce faite à Marie, 11, 4, p. 102, 
Rem. 2. Pour la locution plus souvent que, cf. Bulletin de dialectologie 
rom., 1914, p. 10. — Zeitschr. f. franz. Spr. u. Litt., 1914, p. 28, note 2. 
— Robert, Etudes d idiome et de syntaxe, 1917, p. 38. On demande un 
homme de bonne volonté. . . . Plus souvent! grognent les hommes sans 
bouger, Barbusse, Le Feu, p. 212. 



CHAPITRE X 



L'ORDE DES MOTS DANS LA PHRASE») 

A. OBSERVATIONS GÉNÉRALES 

Différence entre 435. En comparant la construction latine avec la 

la construction structure de la phrase française nous constatons qu'.il y 

construction a une grande différence entre les deux langues. En 

française. ç^fg^^ ig igjjp ggj pj^g jjjj^g ^^g |g français, il exprime 

les rapports et les fonctions des mots par leur désinence, tandis que le 
français les indique le plus souvent par la place qu'occupe le mot dans 
la phrase. Ainsi les Romains ne pouvaient se tromper dans la fonction 
grammaticale des mots: qu'on dise FUius patrem amat ou Patrem 
filius amat, la valeur grammaticale des mots reste la même, quoique 
la valeur stylistique soit différente. Or, pour le français il y a une 
énorme différence entre Le fils aime le père et Le père aime le fils. 

Rem. L'espagnol, qui distingue dans quelques cas le complément du sujet, 
est plus libre: El hijo ama al padre, ou al padre ama et hijo. 

Si donc le manque de terminaisons flexionnelles amène une con- 
struction plus rigide, ce fait n'explique pas tout. On se demande 
entre autres: pourquoi le français n'a-t-il pas gardé la construction 
latine qui met — en général du moins — le verbe à la fin de la 
phrase? pourquoi les pronoms personnels se placent-ils devant le 
verbe, tandis que, en latin, ils en étaient souvent séparés? pourquoi 
dans la phrase interrogative le sujet suit-il le verbe? 



') Cf. Meyer-LObke, EinfOhrung In das Studtum der roman. Sprachwissenscha/t, 
Syntax, 11 et 12. — Thurneysen. Zeitschr. /. rom. Phil.. XVI. 289—307. — 
E. Richter, Zur Entwicklung der rom. Wortstellung aus dem Lateinischen, Diss. 
Wien, 1903. — M. Bréal, Essai de sémantique, ch. XXIII. 



PLACE DU VERBE ET DE SON SUJET 331 

B. PLACE DU VERBE ET DE SON SUJET 

Le verbe à la ^^' E" P'"ose latine le verbe se mettait en général 
seconde place de à la fin de la phrase '); on n'a qu'à lire les deux 
a p rase. premiers chapitres de César pour s'en convaincre. Le 

verbe esse seul fait exception; c'est un mot enclitique qui a une 
tendance à se mettre à la place la plus faible de la phrase, et c'est 
en latin la seconde tandis que le premier mot a, en général, l'accent 
le plus fort de la phrase -). 

En vieux français — on n'a qu'à lire quelques pages de Ville- 
hardouin — il y a une forte tendance à mettre le verbe à la seconde 
place de la phrase. C'est peut-être dû à l'analogie de esse et des 
autres verbes auxiliaires faiblement accentués comme aler, venir, avoir. 
Mais une fois que c'est devenu la règle, le principe rythmique latin 
s'est perdu et s'est changé en règle syntaxique. On avait donc à 
l'origine: égo sum, ille habet, puis, par analogie, en détruisant l'an- 
cienne règle rythmique, ego cûrro, ille vendit, puis même ego sum, 
ille hdbet! Ainsi on trouve Li message vindrent el mostier. — Malt 
furent esgardé. — Si vos crient merci. — Lendemain al tiers jor 
manda // dux, Clédat, p. 257 et 258. 

Le sujet en tête 437. Mais cette règle est entravée déjà dans Ville- 
de la phrase. hardouin, et encore plus dans Joinville et les auteurs 
plus récents, par une autre tendance qui va l'emporter de plus en plus, 
celle de mettre le sujet devant le verbe: Quant la messe fu dite. — 
Maintenant li six message s'agenoillent a lor piez, Clédat, p. 258. 
La place naturelle du sujet est au commencement de la phrase et 
comme le verbe prend la seconde place, la succession sujet-verbe 
devient la construction ordinaire, qui va se généraliser bien vite. 
Voilà pourquoi des phrases telles que Or di je, Joinville (Clédat, 
p. 269), et Or dolent donc tout jone gentil homme . . . avoir ardant 
désir d'acquerre le fait et le renommée de proèce, Froissart (Clédat, 
p. 279), deviennent de plus en plus rares. Même on trouve dans 
Froissart On m'appelle (Clédat, p, 280), donc un mot atone au com- 
mencement de la phrase. 



1) Des soucis de style changent souvent l'ordre naturel de la phrase; cf. W. KroU, 
AnfangssteUung des Verbums im Lateinischen (dans Glotta, IX, 1918, p. 112). 

2) Cf. Wackernagel, Ueber ein Gesetz der indogerm. Wortstellung (dans Indo- 
germ. Forschungen , 1, 333 ff.). 



332 l'ordre des mots 

Pourtant la nouvelle construction ne perce que peu à peu. Dans 
Commines (Clédat, p. 304) on trouve encore Et tant ose je a côté 
de: Incontinent le dit seigneur de Charroloys dist au duc de Berry 
(Ibidem, p. 305). Dès le xii' siècle d'ailleurs on en trouve des 
exemples, surtout en vers: 

Cest cop li autre dut comperent. 

Chrétien, Chev. au lion, 4532. 
Un altre rei il vuelent coroner, 

Cour. Louis, 1399. 
Pur bien ferir Vemperedre nus aimet, 

Roland, 1092. 
En sa terre il ne sont mie entré, Villeh., 144. 

Ce qui est curieux c'est qu'on trouve dans Commines fréquemment 
des phrases telles que Et cherchoit l'on, où le verbe occupe la seconde 
place même après un mot atone. Il semble donc qu'il y ait eu une lutte 
entre les deux constructions, l'une qui veut que le sujet suive le verbe, 
si celui-ci est précédé d'un autre mot — tonique ou atone, cela n'a 
plus d'importance — , l'autre qui demande le sujet devant le verbe. 
Cette lutte a duré longtemps. Au xvii* siècle on trouve: Or est- il 
que ce qui empesche certainement de le savoir, c'est que . . . Vaug., 
Rem., I, 247. — Vaugelas condamne la position du sujet entre 
l'auxiliaire et le participe comme dans: Et fut son avis d'autant 
mieux reçu, 11, 27, mais il admet bien est-il vrai. 

Aujourd'hui il reste encore plusieurs cas où le sujet se place après 
le verbe, parce qu'il est précédé d'un autre mot: 

1) Dans les incises: Me voilà, dit la jeune fille. 

2) Après plusieurs adverbes ainsi, peut-être, encore, à peine, etc. : 
A deux pas de là, presque en face, a vécu Poussin, Bourget, Cos- 
mopolis, p. 90. — Là fut enterré le grand général. 

3) Si le prédicat se trouve au commencement de la phrase: Telles 
furent ses dernières paroles. 

4) Dans plusieurs phrases adverbiales et adjectives, si le verbe 
n'est pas accompagné d'un complément direct: Quand arriva cette 

triste nouvelle . . . ., — le livre qu'a écrit ce savant — Quel 

que fût son projet, il n'aurait pu réussir. 

Phrases 438. Il y a encore deux cas où le verbe précède son 
optatives. sujet, tout en n'ayant pas lui-même un autre mot 



PLACE DU VERBE ET DE SON SUJET 333 

devant lui, c'est dans les phrases optatives et dans les phrases inter- 
rogatives et exclamatives. 

Tombent sur moi du ciel les plus grands châtiments, 

Mol., II, 311. 
Nous préservent les deux d'un si funeste abus, 

Volt., Brutus, II, 4. 
On en comprend aisément la raison. C'est que dans ces sortes de 
phrases toute la force de l'accent porte sur le verbe. On le met donc 
tout naturellement au début de la phrase, et cela non seulement en ■ 
français, mais aussi en latin: Caveant consules ne quid detrimenti 
respublica capiat. Pourtant si le sujet est un pronom de la 1*^ ou de 
la 2^ personne, il se place devant le verbe: 

Je meure en vos discours si je puis rien comprendre, 

Corn., IV, 167. 
Dans une pareille phrase la nouvelle construction s'est donc intro- 
duite, parce que, le pronom sujet étant devenu atone, l'accent peut 
porter quand même sur le verbe. Toutefois, on le rencontre aussi 
placé après le verbe, comme dans: 

La peste de ta chute, empoisonneur du diable! 
En eusses-^« fait une à te casser le nez, 

Mol., V, 464. 
C'est cette construction qui l'a emporté: Puissé-je être heureux. Il 
faut avouer d'ailleurs que l'usage n'a jamais été bien fixe: 
La volonté du ciel soit faite en toute chose. 

Mol., Tartuffe, III, 7. 
La peste soit avec vous, — Dieu vous bénisse, — à côté de Vive 
le roi, — Périssent les traîtres. 

Il faut expliquer de même la construction des phrases concessives: 
Dussé-y'e voir mon palais en cendre. Je ne balance point. 

Rem. De même dans les énumérations: Suivent deux hommes, armés de 
fusils .... 

Phrases 439. Quant à la phrase interrogative, ici encore la 

interrogatives. construction française s'écarte du latin, qui désigne 
l'interrogation par des particules ne, num, nonne: Itane est? — Nonne 
ego hoc dixi? — Num mentitus sum? 

En français, le verbe se place tout naturellement à la seconde place 
dans des phrases comme: 

U est Rollam li catanies, ryv^ ^ Vvn^<ÂaoÇ« 

Roland, 3709. 



334 



L ORDRE DES MOTS 



En quelle année fut livrée cette célèbre bataille? — Quelle est donc 
cette femme? 

D'autre part, si la question porte sur le verbe, il se place en vieux 
français en tête de la phrase: Vient Pierre? 

Sire cumpainz, faites le vus de gret? 

Roland, 2000. 
Et nous aurions donc en français la même construction que dans les 
langues germaniques, si une autre tendance n'avait pas fait tort au 
développement de cette tournure, à savoir celle de mettre au début 
de la phrase le mot sur lequel porte l'interrogation: 
Et disoient: Ce que puet estre? 

Chrétien, Chev. au lion, 1111. 
A voiz escrie: Petiz om, turque quiers? 

Cour. Louis, 512. 

et avec un substantif: 

L'aveirs Carlun est il apareilliez? 

Roland, 643. 

Et mes sire Gauvains, chaeles, 

Li frans, li douz, ou iere il donques? 

Chrétien, Chev. au lion, 3698. 
Dans toutes ces phrases le premier mot n'est donc pas le sujet, mais il 
est employé absolument, comme dans les phrases affirmatives du type: 
Mon frère, il est venu. Mais du moment qu'on change Votre père, 
où est-il allé? en Où votre père est-il allé? on a oublié complète- 
ment le véritable état des choses et l'interrogation complexe est née '). 
Il est naturel que des phrases comme Tu que quiers? aient disparu, 
parce que tu est devenu un pronom atone; la phrase devient donc 
Que quiers tu? ou, si l'on veut appuyer sur le sujet, Toi, que quiers 
tu? ou que quiers tu, toi? 
On trouve pourtant encore dans Malh., IV, 287: 

A quel propos le soleil chasse la nuit? 
L'exemple du Roland et celui de Chrétien nous prouvent que la con- 
struction Ton père est-il parti? se trouve dès le xii<^ siècle dans la langue ; 
elle l'a emporté a partir du xiv«. Mais depuis le milieu du xvn* siècle 
la locution est-ce que *), qui a l'avantage de laisser à la phrase sa forme 
habituelle, se répand de plus en plus et remplace peu à peu la 
tournure interrogative. Elle est même de rigueur, ou à peu près, si 

') Meyer-LObke. III, § 756; Tobler, 1, 53—56. 
») Cf. Tobler, II. p. 7 et suiv. 



PLACE DES PRONOMS PERSONNELS 335 

le sujet est le pronom je. On trouve l'origine de cette locution en 
latin déjà: Quis est qui mortem non timeat? en vieux français: 
Qui sont cil qui de traison 
Vos apelent? 

Chrétien, Chev. au lion, 3645. 
Et cument estduncque Adonias règne? Quatre Livres des Rois, III, 1, 13. 
Rem. 1. La place régulière du pronom après le verbe, Vient-il?, explique 
la naissance de la particule inlerrogative ti dans la langue populaire : Com- 
ment elle n'est plus là! . . . Eh! ben, où c' t'y qu'elle est? Qui c' t'y qui 
l'a? G. Feydeau, La dame de chez Maxim, I, 6. — Voulez-vous t'y tirer 
les rideaux, Ibid., I, 12. — Test-iX mort (Tu es ti mort), mon vieux? T'as 
ton compte. Illustration, 17 févr. 1917 i). 

Rem. 2. Le vieux français se sert parfois d'une particule interrogative 
enne, ennement, ennevoire: Coment? fait Aucassins. Enne volés vos que 
je vos venge, Auc. et Nie, p. 35, 12. 

C. PLACE DES PRONOMS PERSONNELS COMPLÉMENTS 

Le verbe se ^^' '^^'^ ^' '^ développement régulier de la langue 
rapproche des explique la place que le verbe occupe actuellement 

compléments. ^^"^ '^ phrase et la position du sujet par rapport 

au verbe, nous ne comprenons pas encore pourquoi 

les pronoms atones ont pris la place qu'ils occupent aujourd'hui. 

Voilà donc un nouveau problème qu'il faut essayer de résoudre ^. 

En latin les pronoms compléments étaient très souvent séparés du 
verbe: Orgetorix sibi legationem ad civitates suscepit, Caesar, I, 3, 3. 
On a voulu expliquer le changement de construction par la logique: 
il y aurait un rapport très intime entre le verbe et son complément, ce 
qui aurait amené une union plus intime des deux mots ^). Mais c'est 
confondre la grammaire avec la logique, et on pourrait demander si 
cette logique n'est pas la même pour le latin et les langues ger- 
maniques, qui ne connaissent pas la construction française? 

Il semble qu'il faut plutôt chercher la cause de ce phénomène 
dans l'accent de ta phrase. Ces petits pronoms atones occupaient 
tout naturellement la seconde place de la phrase. Or, quand, par 
suite de l'évolution que nous avons étudiée, le verbe s'est mis, à 
son tour, à cette place, il s'est trouvé à côté des pronoms. Ce rappro- 

') Cf. Gaston Paris dans Romania, VI, p. 438. 

^ W. Probst, Die Stellung der obliken Casas der Personalpronomina, Diss. 
Gôttingen, 1908. 
3) E. Richter, l.c. 

N 



336 l'ordre des mots 

chement amena ce fait que, lorsque plus tard le verbe changea de 
nouveau de position, le pronom le suivit. 

Le pronom ^^' ^^ns la vieille langue le pronom a encore une 
précède ou suit tendance à se mettre à la seconde place, si le verbe 
se trouve au commencement de la phrase '): 
Voit le li rois, encontre s'est levez, 

Le charroi de Nimes (Clédat, p. 82). 
Art i Marsens, qui fu mère Bernier, 

Raoul de Cambrai (Clédat, p. 133). 
Mais en général le pronom précède le verbe et, d'enclitique qu'il 
était, il devient proclitique. L'ancienne construction s'est maintenue 
dans l'impératif affirmatif, où l'accent s'est placé sur le dernier élément: 
Donnez-le; mais écoutez-nte est devenu écoutez-moi. 

Si l'impératif est employé négativement, le pronom peut s'appuyer 
sur la négation et on a donc dès l'époque la plus ancienne: Ne le 
donnez pas. On trouve encore la vieille structure au xvi« et au xvii« 
siècle dans des phrases comme: 

De vostre élection faictes-nous voir la bulle, 

Et nous monstrez de Dieu le seing et la cedulle, 

Ronsard (Darm., p. 230). 

Polissez-le sans cesse et le repolissez, 

Boileau, Art Poétique, I, 173. 

Ote-toi de mes yeux, vilaine, et me laisse en repos, Mol., Bourg. 
Gentilh., III, 8. — Enseignez toutes les nations et les baptisez au nom 
du Père, Boss., Serm., Pâques 1681, 2. — La Fontaine, IV. 5, 162, 
change Or le laissons de l'édition de 1674 en Or laissons-le dans 
celle de 1685. Dans tous ces exemples le pronom a pu précéder le 
verbe, parce que celui-ci ne se trouvait pas en tête de la phrase. 
Aujourd'hui, l'unité syntaxique s'est constituée et la vieille règle 
rythmique a disparu. 

442. Signalons encore, pour être complet, l'emploi, que nous avons 
déjà relevé au § 69, du pronom tonique devant le verbe, surtout 



•) Tobler, II, 93 — 107. — A. SUrk, Synt. UnUrsuchungen Im Anschluss an die 
Pndlgten and Qedlchte OUvitr MaiUants (1430—1502), diss. Berlin, 1903. 



PLACE DES PRONOMS PERSONNELS 337 

devant les formes nominales du verbe, construction qu'on trouve 

encore parfois au xvii' siècle dans La Fontaine: 
Tant ne songeaient au service divin 
Qu'à sol montrer, , 

Contes, II, 16, 37. 

Rem. Bourciez, Eléments de linguistique romane, p. 382, donne une 
explication différente de la nôtre. Il part de la tournure pr6 me vidére du 
latin postclassique, dans laquelle le pronom est atone. Or, le français n'admet- 
tait pas de pronom atone après une préposition ; in o des Serments et poro 
de la Sainte Eulalie sont des restes de l'accentuation latine. Deux possibi- 
lités se présentent: 1) on change l'accent, comme si le pronom ne dépendait 
pas de l'infinitif suivant: pro mé vidére, et cela donne en français /lour mo/ 
veoir: 2) on change l'ordre des mots et met le pronom enclitiquement après 
le verbe, et cela donne en italien per vedermi et en normand por veeir me. 
Cette explication ingénieuse ne tient pourtant pas suffisamment compte de 
constructions comme: il moi semble, nonchalant, quoi faisant et l'emploi 
du préfixe accentué dans nonsens. 

Le verbe 443. a) Quand deux pronoms accompagnaient le 

accompagné de verbe, le complément direct, s'il était exprimé, pré- 
deux pronoms. ., ., , ,■•,,, i - , ,. . 
cédait dans la vieille langue toujours le complément 

indirect: 

Mien escientre ne\ me reproverunt. 

Respunt Rollanz: Et Deus la nus otreit, 

Roland, 768 et 1008, 
C'est que, d'abord, on n'a pas voulu séparer dans sil di, jol di la 
combinaison sil et jol — combinaison due au fait que le pronom 
atone se joignait, comme mot enclitique, au mot précédent — , et 
qu'on a donc intercalé le datif entre les deux mots: sil vos di. Dès 
le xiv« siècle je le vous di a été concurrencé par je vous le di, qui 
s'est produit, lorsque le, devenu proclitique, s'est appuyé directement 
sur le verbe: jel di > je le-dis. Pendant la première moitié du 
xvi^ siècle il y a encore hésitation entre ye le te dis' et je te le dis avec 
préférence pour la dernière construction. Vers la fin du siècle je le te 
dis a à peu près disparu, tandis que je le vous dis l'emporte encore 
légèrement sur je vous le dis '). Font encore exception aujourd'hui 
je le lui dis, je le leur dis, tandis que l'italien dit glielo dico. 



') Bourciez, Eléments de linguistique romane, p. 383 et 655. — Meyer-Lûbke, 
111, p. 836. — Bourciez, Revue critique, 1911, juin, p. 499, et juillet, p. U. 
SNEYDERS DE VOQEL, Syntaxe historique. 22 



338 l'ordre des mots 

Rem. 1. Au xvii« siècle Vaugetas, 1, 96, condamne je le vous promets et 
vous le vous figurez, tout en reconnaissant que ,lous les anciens Escrivains 
et plusieurs modernes" se servent de cette tournure. Tli. Corneille et l'Aca- 
démie la rejettent absolument. 

b) Quand en et y se trouvent tous les deux placés devant un 
verbe, la vieille langue faisait précéder en: il en y a. Cette tournure 
disparaît au xvii^ siècle et est condamnée par Maupas, Oudin •) et 
Vaugelas, I, 178. 

Quand un de ces mots se rencontrait avec un pronom personnel 
atone après un impératif, l'usage était indécis. Tandis que Pti. Garnier 
admet en 1618 Attendez-m'y et attendez-y-moi, Vaugelas, I, 178, dit: 
„I1 faut dire menez-y-moi", mais il admet menez-nous y et menez-les 
y, tout en préférant menez-nous là. 

c) On a imposé des limites à l'accouplement d'un datif et d'un 
accusasatif pronominal. Si l'accusatif n'est pas le, la, les, on place le 
datif après le verbe: // me Fa présenté, mais // m'a présenté à lui. 

Rem. 2. Ce sont là des limites que l'italien n'établit pas avec cette 
rigueur: Me' glt raccomando, ou mieux: Mi raccomando a lai. L'espagnol 
par contre a la même construction que le français. 

On trouve quelquefois deux datifs: 

Es lor vos Galien, 

Chev. au cygne, 1801. 
Et aujourd'hui: Je vais te leur apprendre à venir me voler, Revue 
bleue, 1899, II, 595*. 

On rencontre aussi parfois deux pronoms régimes directs, cf. Littré, 
s.v. le, 7: Je ne veux point qu'elle soit malade, encore moins qu'elle 
se la fasse *). 

444. Comme les verbes auxiliaires formaient avec l'infinitif suivant 
un tout inséparable, les pronoms se plaçaient devant l'auxiliaire: 
En ceste terre ne vos sai que doner. 
A ceste foiz n'en quier or plus parler. 

Charroi de Nîmes (Clédat, p. 88). 
El qui vuet povre famé prendre, 
A norrir la Festuet entendre, 
J. de Meung (Clédat, p. 211). 

') Cf. E. Winkler, La doctrine grammaticale française i après Maupas et Oudin 
(Beih. lur Zeitschr. far rom. Phil.. 38), p. 1 05. 
*) Cf. Tobler, I. p. 266. 



PLACE DU PRÉDICAT ET DU RÉGIME 339 

// n'y eut personne d'eulx qui luy ozasl rien dire, Amyot (Darm., 
p. 147). — Je ne lui ai su que dire, Marg. d'Angoul., Hept., X. — 
Je le vous ai voulu dire, Malh., III, 254. 
N'importe, il me faut obéir, 

Rac, Mithridate, II, 6. 
Jamais M. Coëffeteau ne s'en est voulu servir, Vaug., Rem., 1, 394. — 
Je la viens de dépeindre, Voit., I, 243. — Elle cueillait les fleurs 
tous les premiers vendredis de chaque mois pour les aller mettre 
sur sa tombe, Flaubert, Mme Bovary. 

On sait qu'on rencontre cette construction encore aujourd'hui avec 
pouvoir et aller, et qu'elle est même de rigueur avec faire, laisser, 
sentir, voir, entendre: Il me l'a fait répéter dix fois. 

D. PLACE DU PRÉDICAT 

Place du ^^- La place du prédicat était très libre dans la 

prédicat très vieille langue; des questions d'accentuation, de style 

décidaient seules. L'ordre naturel des mots eft: Sujet, 

verbe, prédicat: Cet homme est peintre, Pierre est venu. Cette 

femme est belle, mais quand on veut appuyer, le prédicat peut se 

mettre en tête de la phrase: Grande fut ma stupéfaction. 

Cette dernière tournure est particulièrement fréquente en vieux français : 

Buona pulcella fut Eulalia, 

Eulalie, 1. 
Bels fut li vespres et li soleilz fut clers, 

Roland, 157 (0). 
Nostre estait-il à très bonnes enseignes, Mont., I, 23. — D'autres 
constructions étaient encore possibles: 

Ne place Deu ne ses seinz ne ses angles 
Apres Rollant que jo vive remaigne, 

Roland, 3719. 
Mult est vassals Caries de France dulce, 

Roland, 3579. 

E. PLACE DU RÉGIME 

446. En ancien français on trouve la disposition 
Place du régime. 

Sujet -|- Verbe + Régime et Régime + Verbe + 

Sujet. Cette dernière construction était même plus fréquente que la 



340 l'ordre des mots 

première; on a compté que, dans les plus anciens monuments, 60 
pour cent de tous les exemples ont le régime en premier lieu; mais 
ce nombre va en diminuant bien vite, puisque le Roland n'en a que 
42, le Chevalier au Lion 38, Joinville 11 pour cent '). 

De bonne heure une autre construction se développe: Sujet -|- 
Régime + Verbe, d'abord dans les propositions relatives dont le sujet 
est un pronom relatif. Dans le Roland on la trouve déjà, s'il y a 
une pause après le sujet: 

E quatre cunte Festreu H unt tenu, 

Roland, 2820. 
Le braz saint Simeon aparmaines avrez, 

Pèlerinage (Clédat, p. 39). 
Qu'il morir ne poeit, 

Phil. de Thaon, Comput, 1034. 
A cui Diex bone merci face! Joinville (Clédat, p. 269); mais dans 
Commines (Ibid., p. 303): A qui Dieu face pardon. — Au xvi« siècle 
elle est encore fréquente, mais au xvii* Corneille changea: 

• Les deux camps mutinés un tel choix désavouent, 
en: 

Ce choix me desespère et tous le désavouent. 
La Fontaine est naturellement plus libre: 

Puis en autant de parts le cerf il dépeça, 

La Font., Fables, I, 69. 
On trouve encore aujourd'hui le complément placé devant le verbe 
dans quelques archaïsmes: Chemin faisant, sans coup férir, à son 
corps défendant, geler à pierre fendre, grand bien vous fasse, et 
on sait que le futur f aurai et le conditionnel /aurais présentent au 
fond la même construction. 

Rem. Pour la place du régime entre auxiliaire et participe passé, cf. § 309a. 

F. PLACE DE l'adverbe 

Place de 447. L'adverbe et les expressions adver- 
I adverbe, b i a 1 e S n'occupaient pas non plus de place fixe dans 
la phrase; on pouvait les mettre un peu partout comme l'exigeait 
le mouvement de la pensée: Et moût bien fist garder le chastel, 
e le bourc asprement fut gardé longuement, Phil. de Novare, 
Mémoires, CXXXVII. — Le seignor de Baruth et ses trois anfans 



t) Cf. A. SUrk, o.e.. p. 66; Brunot, III, 681. 



PLACE DE l'adverbe ET DE l' ATTRIBUT 341 

assaillaient de toutes pars le bourc, Ibidem, CXLIII. — J'ai huy 
en cest jour livré moy et mes enfans a mort, Ibidem, CXLV. 

On sait qu'aujourd'hui encore une grande liberté règne sur ce point: 
le circonstanciel s'introduit même entre le sujet et le verbe et c'est là 
un des indices qui montrent que le français devient plus synthétique: 
Et l'enfant déjà pieusement s'achemine, Gide, Le retour de l'enfant 
prodigue, p. 199. — Il se place même entre la préposition et son 
régime: La Cour de Cassation, avec, à sa tête, le Premier Président '). 

Les phrases adverbiales, elles non plus, n'ont jamais eu de place 
bien fixe, comme on le verra au paragraphe 452. 

G. PLACE DE l'attribut ^) 

La place de '**^' "-"^ chapitre est un des plus difficiles à écrire 

l'adjectif est très et à la vérité il appartient plutôt à la stylistique 

en vieux fiançais! ^^'^ 'a syntaxe de s'en occuper. En effet, l'attribut 

n'a pas de place fixe et ce sont surtout des nuances 

subjectives qui déterminent sa place. Parlons d'abord de l'adjectif. 

En latin déjà la place de l'adjectif n'était rien moins que fixe, 

quoiqu'il y eût une tendance à le placer devant le substantif: 

Infandum, regina, iubes renovare dolorem, 

Virg., Aen., II, 3. 
En vieux français, au xii« siècle, la place de l'adjectif était de même 
très libre; tantôt il se plaçait devant, tantôt après le nom qu'il déter- 
minait: si deux adjectifs accompagnaient un substantif, on avait la 
même liberté, ou bien l'un se plaçait devant, l'autre après: 
Tôt un vies sentier antif, 

Auc. et Nie, V, 5. 
Pourtant on commence à distinguer peu à peu deux groupes d'ad- 
jectifs, dont l'un précède, l'autre suit en général le substantif, mais il 
en reste pourtant beaucoup qui ne rentrent dans aucune de ces deux 
catégories. Les adjectifs qui sont souvent employés et qui sont en 

M Bréal, Essai de sémantique, p. 2!, note 1. 

2) "L. Clédat, La place de l'adjectif en français (Rev. de phil. fr., 1901, 
p. 241—276). — Yvon, ibid, 1902, p. 147 et suiv. — R. Wagner, Die Stellung 
d. attributiven AdJ. in afr. Prosateksten des 13— 15 Jahrh., Diss. Greifswald, 
1890. — Spitzer, Zur Stellung der franz. attrib. Adj. {Zeitschr. fUr franz. Sprache 
und Litt., 1913, 105 — 7). — Kalepky, Stellung des fr. attributiven AdJ. (Zeitschrift 
far rom. Phil., 1901, p. 322—339). 



342 l'ordre des mots 

général monosyllabiques peuvent être considérés jusqu'à un certain 
degré comme faisant corps avec le substantif; aussi précèdent-ils en 
général : beau, court, long, haut, jeune, gentil, bon, mal, cher, plein, 
pauvre, cruel, etc., de même que quelques mots de formation savante 
comme digne, divin, horrible, et quelques substantifs employés 
adjectivement: mère et maître. De là les expressions actuelles: 
beau-père, belle-fille, la haute mer, gentilhomme, maie mort, maltre- 
queux, une maltresse femme. 

Par contre, la place des adjectifs exprimant la couleur ou la forme 
n'était rien moins que fixe dans la vieille langue: 

Dis blanches mules fist amener Marsilies. 
En Sun puign destre par /'crie punt la tint, 

Roland, 89 et 466. 

L'emperere descent defors le marbre blanc. 
Chascune est a fin or neielee devant. 
Les conjogles en sont a or fin reluisant, 

Pèlerinage, 334. 351 et 284. 

Les adjectifs de formation savante, ceux-là aussi qui dérivent d'un nom 
propre, se placent en général après le substantif. Pourtant on trouve 
la paiiene gent. 

Tout cela est bien vague, et il ne nous est pas possible de préciser 
davantage, parce que l'usage reste toujours flottant. Ainsi, au xvi« siècle, 
on voit de nombreux exemples qui s'écartent de l'emploi actuel; on 
trouve notamment des participes devant le substantif: Cette sacrée 
amitié, Rab., I, 31. — A ta furieuse et hostile venue. Ibidem. — 
Parleray de Cestrange conversion de ma personne propre. Sat. 
Ménippée, p. 79. — Urgulania, sa mère grand, Montaigne, II. 13. — 
Beaucoup de simples âmes le chérissaient, S. François de Sales 
(Darm., p. 10). - La purité de nostre maintenant tant bien illustrée 
langue, Sebillet, 16 et 17. 

O par mon seul défaut sepulturable Antoine! 
O dommageable femme! 

Garnier, Marc- Antoine. V, 1797 et 1812. 

De même au ^^' ^^ ^^"* Siècle l'adjectif occupe en général la 
xvne siècle et même place que dans la langue actuelle, 
"moderne.*^"* Pourtant Haase, p. 440, cite plusieurs exceptions: 
Un plaisir grand, Pasc, Pensées, I, 53. — La divine 



PLACE DE l'adjectif ET DU PRONOM POSSESSIF 343 

bonté, Bossuet, Or. fun., Marie-Thér. d'Autr., reine de France. — 
L'éthiopique gent arrive, La Font., Psyché, II, p. 205. 

Le sens ne varie pas toujours à cette époque suivant que l'adjectif 
est préposé ou postposé au substantif: 

Mercredi j'en attends de certaines nouvelles, 

Corn., Gai. du Pal., I, 6, 125. 

Au xvi« et au xvii« siècles les grammairiens ont essayé d'établir quel- 
ques règles. Ainsi Garnier et H. Etienne exigent que les adjectifs 
indiquant une couleur suivent les noms qu'ils qualifient; Vaugelas, 
I, 309, veut qu'on place devant le substantif les adjectifs bon, beau, 
mauvais, grand, petit et les adjectifs numéraux. On distingue homme 
grand de grand homme, sage femme de femme sage, pauvre homme 
de homme pauvre. Mais, sentant bien qu'une règle fixe ne pouvait 
être donnée, Vaugelas, Ménage, Th. Corneille déclarent que l'oreille 
doit souvent décider seule. . 

Et aujourd'hui, il en est encore de même. En règle générale on 
peut dire: que les adjectifs placés derrière le substantif expriment 
une qualité accidentelle et l'adjectif précédant le nom une qualité 
inhérente, mais les cas qui se soustraient à cette tendance sont si 
nombreux qu'on ne saurait parler ici d'une règle. Des questions de 
style décident ici seules. Et pour atteindre quelque effet, les écrivains 
ne se font pas scrupule de changer la place ordinaire de l'adjectif; 
c'est même l'usage dans ■ la réclame moderne qui parle de magni- 
fiques et inappréciables nouveautés, de chatoyantes et éblouissantes 
couleurs. 

Place des ^^' Quant aux pronoms possessifs accentués, 
pronoms nous avons vu au § 80 qu'ils se trouvaient placés tantôt 
accentués, avant, tantôt après le substantif. Citons encore quel- 
ques exemples du xvi* siècle: fay confiance que de 
ceste nostre pérégrination la fin correspondra au commencement, 
Rab., II, 283 '). — A celle fin que mieux entendiez certains poincts 
observatifs de la vostre et mienne vacation, Noël du Fail, Propos 
rustiques, I, 28 '). — Aiant ouï et entendu lecture distincte d'iceulx 
livres miens, Rab., II, 250 '). Brunot cite encore: Vous donnant l' ame 
mienne, Ronsard, I, 263. — Ce livre mien, Marot, III, 5. 



') Huguet, Etude sur la syntaxe de Rabelais, p. 77 et suiv. 



344 l'ordre des mots 

On sait qu'aujourd'hui les pronoms toniques ne s'emploient plus 
guère comme attributs auprès d'un substantif. 

Place du génitif 451. Si l'attribut est un substantif, le latin le plaçait 
attributif. gp général devant le substantif: exempU gratta, 

même entre un autre attribut et le substantif déterminé: meus in te 
amor; sanclis patriae legibus obsequimur. 

On reconnaît des traces de cette construction dans les plus anciens 
textes français: Pro Dec amur dans les Serments, et // Dec iniml 
dans la Sainte Eulalie, et en général avec Dieu, diable, roi, père: 
Por la Deu gracie vochiét emperedor, 

Alexis, 362 (Clédat, p. 11). 
Gefreiz d^ Anjou li rei gunfanuniers , 

Roland, 106; 
enfin dans les composés comme lundi, mardi, mercredi, qui viennent 
de lunae die m, martis die m, mercurii diem; orfèvre de 
auri faber, et quelques autres. 

Pourtant, de bonne heure nous constatons une tendance à mettre 
le génitif après le substantif qu'il détermine; si dans la Vita Wand- 
regiseli, texte du vii« siècle, l'adjectif se place encore dans 77 sur 
100 cas devant le substantif, ce pourcentage est pour le génitif 
seulement de 25 '). 

Aussi en vieux français la construction régulière est-elle dès le 
début celle de la langue actuelle: Li jius Adan (génitif subjectif). 
Je . . .fais escrire la vie nostre saint roi Loueïs, Joinv. § 1. 
L'onnor ton père por quoi gueroieras, 

R. de Cambrai (Clédat, p. 129). 
Le jeu de la Feuillée (gén. objectif). 

De la céleste (se. vide) li mostret veritét, 

Alexis, 64. 
Pourtant, là où la liaison est plus lâche, la langue a permis de tout 
temps l'inversion, mais elle n'est plus permise aujourd'hui que dans 
le style élevé: 

Contr'els unt les uis clos des moines // alquant, 

Gamier de Pont-Sainte-Maxence (Clédat, p. 17). 
Ne perdet de la barbe les gernons en bruslant. 

Pèlerinage, 470 (Clédat, p. 41). 

») F. MOIIer, Die Sprache der alten Vita Wandreglseli. p. 236. 



PLACE DU GÉNITIF ET DE LA PHRASE SUBORDONNÉE 345 

De cheval donné tousjours regardait en la gueulle, Rab., I, 44 
(Huguet, p. 410). 

Cependant Rome entière, en ce même moment. 
Fait des vieux pour Titus, et par des sacrifices 
De son règne naissant célèbre les prémices, 

Rac, Bérénice, I, 5. 
Ces inversions ne sont au fond que des restes de la vieille syntaxe, 
qui sont admissibles dans la poésie, parce qu'elles sont claires. Par 
contre dans les combinaisons la place Maubert, le quai Henri IV 
la fonction primitive de Maubert et de Henri IV n'est plus sentie, 
ces mots sont devenus pour les Français des appositions comme dans 
l'empereur Frédéric II; et notre construction s'est ensuite considéra- 
blement étendue: Les plumes Saint-Pierre, les lampes Swan, etc. '). 

La conjonction ^^^* ^^ place de la phrase subordonnée, elle 
ou le relatif est aussi, est plus libre dans la vieille langue que dans la 
du°mot" auque!^ il '^ngue actuelle. S'il y a deux phrases subordonnées, 
se rapporte. dont l'une dépend de l'autre, l'ancien français aime 
à placer celle-là devant la conjonction ou le relatif 
amenant la phrase dont elle dépend: 
Et trente mile de chaitis prisoniers, 
S'il n'ont secors, qui tuit perdront les chiés, 

Cour. Louis, 353. 
Que j'ai ma dame a ce menée, 
S'ele parjurer ne se viaut. 
Que tout aussi com ele siaut, 
lert vostre dame et vos ses sire, 

Chrétien, Chev. au lion, 6685 et suiv. 
Car li larron se douteroient, 
Se vif eschaper le lessoient. 
Qu'il nés feïst ou que soit prendre, 

J. de Meung (Clédat, p. 204). 
Il y a donc beaucoup de phrases dans lesquelles plusieurs mots 
séparent le pronom relatif de son antécédent: 

La dame fu el bois, qui durement plora, 

. Berthe aux grands pieds (Clédat, p. 58). 
Et on en trouve jusqu'aux xvi« et xvii« siècles. Mais Malherbe, 



') Bréal, Essai de sémantique, p. 54 et suiv. 



346 l'ordre des mots 

IV, 285 et 400, blâme des phrases comme Roland regarde tout 
qui a Fdme saisie, et Vaugelas, II, 440, érige comme principe: il 
faut éviter les équivoques. Au nom de ce principe il condamne: 
Ce Je scay quoy qui se trouve sur le visage des belles femmes, 
que l'on voit et qu'on ne peut exprimer, mais il admet la phrase 
de Coëffeteau : Cestoit une chose indigne à luy de souffrir que 
les soldats s'attribuassent le pouvoir de créer un Empereur, qui 
n'appartient qu'au Sénat et au Peuple Romain, où il n'y a pas 
d'équivoque. Cette règle est restée la même dans la langue actuelle, 
car dans une phrase comme la suivante personne ne saurait hésiter 
sur l'antécédent du relatif: 

Semblable â l'alcyon, que la mer dorme ou gronde, 

Qui, dans son sein flottant, s'endort en paix sur l'onde, 

Lamartine, Prem. Méd., 20. 
Voici encore quelques exemples de notre construction qui se trouvent 
dans des auteurs du xvii^ siècle: 

On dirait, quand tu veux, qu'e//^ te vient chercher, 

Boil., Satire. II. 7. 

// n'est nymphe, en l'aimant, qui ne se tint heureuse. 

Mol., Mélicerte, I, 2. 
Lui dit . . . qu'elle avait envoyé quérir un carrosse pour en sortir, 
et, parce qu'/7 seroit longtens à venir et que le sien pourrait être 
plutôt prêt, qu'elle priait de renvoyer, Scarron, Rom. com., l, 9. — 
Et même au xx» siècle: // regarde qui vient par te sentier sinueux 
Violaine toute dorée, qui par moments resplendit sous le soleil entre 
les feuilles, P. Claudel, L'Annonce faite à Marie, II, 3, p. 82. — 
Es-tu bien sûre, s'il avait cru possible d'arriver au résultat espéré, 
qu'il aurait si vite abandonné la partie. Revue bleue, 1899, II, 19, b '). 

453. Nous devons nous expliquer maintenant sur la thèse de M"* 
Richter, qui, dans son importante étude citée plus haut, 1) nie l'accent 
fort du premier mot de la phrase et l'accent faible du second, et qui 
2) cherche le principe dominant de la phrase latine non dans le 
rythme, mais dans la logique de la phrase. 

Or, nous avons déjà remarqué qu'il ne faut pas confondre la logique 
avec la grammaire. Cela a été un peu le côté faible des grammairiens 
du xvii« et même du xix» siècle de vouloir trop appliquer la logique 



•) Tobler, I, p. 162. 



LA THÉORIE DE IW-le RICHTER 347 

à la langue; rappelons-nous le mot tout, à propos de quoi on a 
raisonné ainsi: tout définit un adjectif; un mot qui définit un adjectif 
est adverbe; un adverbe est invariable; donc tout doit rester invariable. 
Le malheur est qu'on n'a pu changer la langue, qui se moque de 
la logique et qui dit toujours Elle est toute contente. D'un autre 
côté, il ne faut pas exagérer. La langue exprimant plus ou moins ,<^/!/ 
parfaitement l'homme tout entier avec ses sentiments et ses désirs '''':?"' 
comporte naturellement aussi un fort élément logique. Seulement, 
cette logique est plus large que le rationalisme étroit. Elle est un 
peu comme la logique des mythes et des légendes qui se moquent 
du bon sens de Gros Jean. Nous ne devons donc pas rejeter la 
logique comme élément dans l'évolution de la langue, mais lui accorder 
une place modeste. 

Après ces considérations générales et nécessairement vagues, exa- 
minons l'argumentation de M"'= Richter, d'abord la partie négative, 
puis la partie positive. 

454. M"^ R. déclare que le premier mot de la phrase, loin d'être 
fortement accentué, a en général un accent faible. Concédons lui que 
dans la phrase latine on peut, à n'importe quelle place, avoir un accent 
fort, p. ex. dans horum omnium fortlssiml sunt Belgae, mais la 
question n'est pas là. Nous prétendons seulement qu'en règle géné- 
rale la première place est une de plus fortes de la phrase. M"« R. 
le conteste, parce que, dit-elle, on y trouve précisément le mot connu, 
l'idée déjà exprimée dans ce qui précède. Pourtant dans Quand tout 
est fini et que nous ne savons plus que faire de notre loisir, alors 
nous consacrons à quelques pratiques languissantes de religion ces 
moments de rebut, Littré, s. v. alors. — Les Allemands ont déclarée 
la guerre à la Belgique; celle-ci a été envahie par l'ennemi, les 
mots alors et celle-ci, pour reprendre une idée connue, n'en sont 
pas moins fortement accentués. Qu'on se rappelle aussi que le latin 
avait l'habitude de ne pas exprimer le sujet s'il est atone. 

Il faut faire une exception pour la proposition coordonnée ou sub- 
ordonnée; les conjonctions, en effet, sont en général proclitiques. 

Quant au second mot de la phrase, M"<= R. reconnaît elle-même 
qu'après le premier il y a un repos. Or, ce repos est souvent rempli 
par une syllabe atone, p. ex. autem, esse, etc. 

Puis, nous ne pouvons parler en latin que de tendances, de con- 
structions normales. En effet, en latin la construction est beaucoup 



348 l'ordre des mots 

plus libre que dans les langues modernes, les questions de style s'y 
mêlent donc aux questions de grammaire, tous les mots peuvent 
changer de place à un degré bien plus fort qu'en français. M sera 
donc facile de trouver en latin des phrases qui ne commencent pas 
par le sujet, ou qui même ont un mot atone au début. Et enfin, cette 
tendance vers la construction romane s'est manifestée peu à peu; 
M"e R. découvre dès l'époque classique des constructions dites romanes. 
Il y a donc eu une longue époque pendant laquelle plusieurs ten- 
dances s'entrecroisent, s'opposent les unes aux autres, et il est souvent 
difficile de reconnaître le principe directeur. Seulement les langues 
modernes — et le français plus que les autres — prouvent que la 
construction Sujet, Verbe, Complément va être la plus forte. 

455. Quant au côté positif de la thèse de M"« R.: la logique exige 
l'ordre Sujet, Verbe, Complément, nous pouvons accorder qu'en effet le 
sujet a naturellement sa place au début de la phrase; puisqu'on met 
en tête de la phrase le mot déjà connu et que le sujet remplit souvent 
ce rôle, sa place est tout indiquée, et en réalité le latin l'y met en 
général. Mais pourquoi la logique a-t-elle permis au latin de mettre 
le complément devant le verbe et ne l'a-t-elle pas toléré en roman? 
Et cette même logique veut-elle que le complément pronom dans 
une phrase comme por queit portât ta medre? s'appuie au mot précé- 
dent et en français moderne au verbe qui suit? Nous persistons à 
croire que c'est surtout le rythme qui a changé l'ordre de la phrase; 
la logique peut y avoir contribué dans une certaine mesure, elle n'est 
pas le principe promoteur. Du reste, il faut reconnaître que toute 
cette question demande encore des études plus approfondies et 
détaillées et qu'on est encore loin d'avoir résolu le problème difficile 
de la construction romane. 



TABLE ANALYTIQUE 
(Les chiffres renvoient aux paragraphes) 



Ablatif 381—383. 

indiquant la différence de mesure 24 
Rem. 2. 

sens de l'ablatif latin : separativus, 
instrumentalis. locativus 381 — 383. 
précédé de prépositions 377, 38 1 — 383. 
dépendant d'un verbe comme gran- 
dinat, pluit 176. 
remplacé par de 406. 

par ad, à, od, atout, od tôt, 

par, pour 385, 392 III, 393 111, 400 

h, 401. 

par de, de 405, 406. 

par avec 418'>is. 
Ablativus absolutus. Voir Parti- 
cipe et Gérondif absolu, 
du participe présent 278, 284 Rem., 
414, 415. 

du participe passé 284. 
le gérondif absolu 279, 284 Rem. 
des substantifs, des adjectifs servant 
de prédicat 284 Rem. 
le sujet de l'ablatif absolu sous-entendu 
281. 

le gérondif absolu d'un verbe uni- 
personnel 281. 
Académie (L') 

préfère te cœur et la bouche ouverte 45. 
critique Vaugelas écrivant toute autre 
47 Rem. 

exige nu-jambes, nu-pieds 47'''s. 
condamne la règle de Vaugelas con- 
cernant mesme 47''i5. 
admet différentes combinaisons avec 
vingt 52. 

écrit vingt et un an, mais vingt et un 
chevaux 56. 

adopte le quatre janvier 57. 
exige la répétition du pronom sujet 63?. 
déclare qu'il faut écrire je le suis 
(se. malade) 72 Rem. 
blâme l'omission des pronoms à l'accu- 
satif devant les pronoms au datif 
74. 



exige la répétition du pronom com- 
plément devant chaque verbe 75. 

blâme l'omission du pronom dans des 

tournures comme il (en) est 78. 

est de l'avis de Vaugelas, qui condamne 

ce dit on 96. 

admet qui . . qui 1 35 Rem. 1 . 

condamne comme quoy 136 Rem. 1. 

règle la variabilité de quelque 145. 

condamne Je ne vois personne si 

heureuse 146. 

croit avec Vaugelas que une infinité 

de gens régit le pluriel 188. 

décide qu'on ne déclinera plus les 

participes actifs 280. 

critique les règles que Vaugelas donne 

sur l'accord du part, passé 291. 

condamne le vers de Corneille: quand 

je lui fis l'affront 3 1 0. 

constate que pendant que est aussi 

fréquent que tandis que 348. 

condamne devant que 350. 

rejette à même que conjonction de 

temps 353. 

condamne pour ce que 356. 

déclare comme ainsi soit que banni 

du langage 357. 

condamne mais que = quand 360 

Rem. 2. 

dit que de façon que et de manière 

que se trouvent dans les meilleurs 

auteurs 373. 

écrit, avec Vaugelas, Ma sœur est allé 

visiter ma mère 286 Rem. 

est de l'avis de Vaugelas, qui désap- 
prouve chez un conteur 413. 

rejette je le vous promets et vous le 

vous figurez 443 Rem. 1. 
Accentuation. Voir Rythme. 
Accord 

de l'adjectif, voir Adjectif. 

de l'article 25, 45. 

du nom de nombre 56. 

du pronom personnel 72. ' 



350 



TABLE ANALYTIQUE 



de leur 83. 

du pronom démonstratif 94. 

du pronom relatif 128. 

de quelque 14.5. 

entre le verbe unipersonnel et son 

sujet 186, 286. 

entre le verbe et son sujet 187—191, 

286. 

la phrase relative 187. 
le sujet est un collectif 1S8. 
le sujet est formé par plusieurs sub- 
stantifs 189. 

les substantifs sont reliés à l'aide 
de comme, ainsi que 190. 
ce suis-je et c'est moi 191. 

du participe présent 288, 281. 

non-accord du part, passé conjugué 

avec être 286. 

le part, passé conjugué avec avoir 463, 

287 — 296, voir Participe passé. 

le part, passé des verbes pronominaux 

297. 
Accusatif 380. 

avec des verbes comme pluit 176. 

avec il faut 183. 

avec il y a. Voir Addenda. 

avec les verbes unipersonnels 186. 

reste en français 377, 380. 

est dans certains cas exprimé par a 

en espagnol 3, 380 Rem. 
Actif 152. 

remplace le passif 156. 
Adjectif 42 — 50. 

emploi de l'article partitif devant un 

adjectif 32. 36. 

adjectifs disparus 42. 

comparatif et superlatif 24 et 43. 

accord 44 — 49. 

bonne amitié et repos 45. 
durs cuits, grandes ouvertes, nou- 
veau-née 46. 
tout 47. 

demi, nu, même 47l»'s. 
quelque 48. 
une goutte de répandue 49. 

déterminant un infinitif 258^. 258l>is3. 

suivi d'un génitif ou datif 378, 379. 

devenu préposition 384. 411*, 414. 

renforcé par des adverbes 43. 

place de l'adjectif difficile i déterminer 
448. 449. 
Adverbe 

il est difficile de distinguer l'adverbe 

de la conjonction 321. 

de quantité 33. 

tout 47. 

demi, nu, même 47I>U. 

quelque 48. 



aide à préciser la pensée 200. 

affaiblit la valeur de l'indicatif 201 , 204. 

adverbe relatif que 128, 129. 347l>l'. 

adverbe intcrrogatif comme, comment 

et combien 347. 

adverbe négatif 421, 433ft, 427—429. 

d'intensité 347, 364, 373. 

perte du sens d'intensité: tout que 

364, combien que 365. 

devenu préposition 384, 41 1^, 416. 

dehors, 413. prés 415. 

dessous, puis, depuis, alnz 416. 

enz. dedans 417. 

devant, avant, auparavant 418 et 

Rem. 2. 

place de l'adverbe 447. 
Adversatif (Sens) 

non exprimé entre deux phrases reliées 

par et 324«, /. 

de si 327?. 

les conjonctions adversatives latines ont 

disparu 332. 

de m agi s et de mais 333, 334. 

de aim et de avant(f\ 335 et Rem. 

cependant et tandis que: passage du 

sens de simultanéité au sens adversatif 

336 et Rem. 2. 
-âge 

les substantifs en âge remplacent 

l'infinitif substantivé 26 Ibis. 
Alexis (L') 

ne connaît pas lequel 121. 
-am 314. 
Ammianus Marcellinus 

emploie amabatur pour amatus est 

155. 
Analyse 

cas remplacés par des prépositions 2, 

377. 

comparatif et superlatif 43. 

emploi du pronom sujet 59, 60, 62. 

auxiliaires de temps et de mode 

204bis, 205. 

pal à faire 206. 

l'A. c. I. remplacé par des subordon- 
nées amenées par des conjonctions 

204bis, 271c, 277, 342. 

constructions analytiques après les ver- 
bes de perception 277. 

le futur remplacé par l'infinitif + 

habeo 315. 

mots négatifs remplacés par des formes 

analytiques 422. 430. 
■once 

tes substantifs en -ance remplacent 

l'infinitif substantivé 36|bl>. 
Antécédent 

celui et celui-là 106. 



TABLE ANALYTIQUE 



351 



emploi et non-emploi 112 — 119. 

un nom de personne suivi de quoi et 

de où 119, 127. 

accord et non-accord du verbe de la 

proposition relative avec l'antécédent 

187 

la nature de l'antécédent détermine 

l'emploi du mode dans la relative 

229—231. 
Antériorité 

mode dans la phrase d'antériorité 

233, 234. 

conjonctions d'antériorité 349 — 351. 
Anthimus 235. 
Apposition 

avec ou sans article 21. 

avec article en espagnol et en grec 

21 Rem 
Approbation 

mode après un verbe qui exprime 

l'approbation 219. 
Archaïsmes 

icelui 102. 

pronom relatif sans antécédent 106, 

116. 

complément devant le verbe: chemin 

faisant 446. 

génitif devant le nom qu'il qualifie: 

lundi 451. 
-ation 

les substantifs en -ation remplacent 

l'infinitif substantivé 26 Ibis. 
Atlas linguistique 

emploi du pronom sujet 63a Rem. 

emploi de l'auxiliaire avoir 174. 
Attribut 80. 

attribut d'un infinitif 2583, 258bis. 

le participe passé employé comme 

attribut 283. 

AUBERT 

. exige il me parle 69. 

condamne je ne peux ni veux l'éviter 

329. 
Augustin (Saint) 

plus il est populaire, moins il emploie 

d'A. c. 1. 271. 
AuRELius Victor 

se sert encore de l'infinitif historique 268 . 

Belgique (La) 

garde septante et nonante 52. 
Blâme 

mode après un verbe qui exprime le 

blâme 219. 
-bo 

faiblesse phonétique de la formation 

synthétique du futur 314. 
BoUHOURS (Le Père) 



admet le quinze janvier, Henri quatre 
57. 

blâme l'omission du pronom dans 
il (en) est 78. 

ne parle pas des passés défini et in- 
défini 312 Rem. 2. 
Brunetiére 

se sert de la construc^on L'homme 
que je crois qui a fait cela 111 . 
But 368-370. 

exprimé par la relative 225, 228a. 

par une phrase adverbiale 246, 

368—370. 

par le supin 255, 368. 

par le gérondif précédé de ad 255. . 

par l'infinitif 258(i, 258bis, 267, 267 

Rem., 267bis. 

par la préposition ad, pour, à 379, 

267bis, 393 111, 399g. 

par le datif 379. 
passage du sens de manière à celui de 
but: com 369 Rem. 
passage du sens final au sens causal: 
pour, pour ce que 356, 393 II. 
passage de l'idée de but au sens tem- 
porel: pour 393 Ille. 
sens final entre deux phrases coordon- 
nées 368. 

Calvin 

a changé souvent comme en comment 
343 Rem. 

a biffé des que dans l'édition définitive 
de V Institution 345. 
a changé parfois par en pour 393 I 
■ Rem. 
Cas (Les) 377—383. 

en latin déjà les prépositions font 
concurrence aux terminaisons flexion- 
nelles 2, 377. 
Catalan 

emploi péiiphrastique du pronom pos- 
sessif 84. 

se sert de aller, suivi d'un infinitif, 
pour exprimer le passé 307 Rem. 3. 
Caton 

aime à placer et au début d'un récit 
323. 
Cause 

exprimée par une relative 225, 228ô. 
par une adverbiale 236, 237, 
338. 

par l'infinitif prépositionnel 267. 
par l'ablatif, par les prépositions 
ab, de, ob, propter, prae; par, 
de et pour 382*, 392 111, 393 III. 
par le participe présent et le 
gérondif 278. 



352 



TABLE ANALYTIQUE 



non-exprimée entre deux phrases reliées 

ou non par et 320, 324c. 

une conjonction causale prenant une 

valeur concessive 357. 

une conjonction de temps devenant 

causale: eu m, quand o, puisque, dés 

que 352, 354, 356. 

passage du sens de manière au sens 

causal: quomodo 355. 

passage du sens final au sens causal: 

pour, pour ce que 356, 393 II. 

passage du sens instrumental au sens 

causal: par, par ce que 356. 

perte du sens causal: quand 357. 
Certitude 

mode après les expressions de certi- 
tude 220a, 
Chifflet 

range jouste parmi les conjonctions 

décriées 391. 
Chrétien de Troyes 

aime à substantiver l'infinitif 260. 

fait un emploi fréquent de l'imparfait 

304. 

est le premier à se servir de lorsque 353. 
CoÈFFETEAU. Voir Vauqelas. 
Collectifs 

unes lèvres, uns dens 41. 

accord du verbe quand le sujet est un 

collectif 188. 
Comparaison. Voir Comparatif. 

l'article manque 18. 

suivie d'une adverbiale 250 — 251, 

374- -3761)15. 

une conditionnelle figurant comme 

second membre d'une comparaison 25 1 . 

la différence de mesure exprimée par 

un ablatif en latin, par de en fran- 
çais 382c. 
Comparatif 

exprime aussi le superlatif relatif 24. 

la forme synthétique est remplacée par 

une forme analytique 24, 43. 

suivi de que que, que ce que, de ce 

que, que non pas que 251, 434. 

suivi de l'indicatif et du subjonctif 

250—251. 

suivi de quam ou de l'ablatif en 

latin 376. 

suivi de que ou de la prép. de 376l''s. 

suivi de prépositions en roumain, 

italien, espagnol, néo-grec et hébreu 

376>>is Rem. 1 et 2. 
Complément 

emploi de l'article défini devant le 

complément 19. 

emploi de l'article indéfini devant le 

complément 405. 



emploi de l'article partitif devant le 

complément 31. 

pronom personnel complément 69 — 76. 

pronom réfléchi complément 77. 

pronom en complément 78. 

pronom possessif complément 82. 

pronom ce complément 96, 97. 

eut complément direct lllbi». 

phrase relative comme complément 

112. 

le verbe et son complément 192— 199. 

différence peu nette entre verbes à 

complément et verbes sans com- 
plément 192. 

verbes à complément direct et 

à complément indirect 193. 194. 

verbes qui prennent un complément 

en devenant factitifs 195. 

vivre sa vie 196. 

le complément d'un verbe de mouve- 
ment composé avec un préfixe 198. 

verbes coordonnés à complément 

différent 199. 
l'infinitif complément 258, 263—267. 
la proposition infinitive 269. 
accord du part, passé avec le complé- 
ment 287—296. 

place du complément par rapport au 
part, passé 309a. 

deux compléments de nature difié- 
rente 343. 

ce que et de ce que amenant une 
phrase substantive 344. 
complément exprimé par le génitif 378. 

par le datif 379. 

par l'accusatif 380. 

par des prépositions 377 — 420. 
place des pronoms personnels com- 
pléments 440 — 442. 444. 
deux pronoms compléments devant le 
verbe 443. 

place du substantif complément 446. 
j'aurai et j'aurais: complément placé 
devant le verbe 446. 
Composition 

noms de nombre formés par compo- 
sition 52. 
pronoms formés par composition: 

ce. ceci: celui, celui-ci 92 — 108. 

lequel et dont 120 — 125, 139. 

quelque 145. 

ne . . . personne, ne . . rien 1 46, 147. 

tout le monde 149. 
formes verbales formées par composi- 
tion: 

le passif 155—156, 178. 

les modes. Voir Auxiliaires de 

mode. 



TABLE ANALYTIQUE 



353 



les temps. Voir Verbes auxiliai- 
res de temps. 

conjonctions formées par composition 

336—341, 344— 376bis. 

prépositions formées par composition 

384, 417—419. 

mots négatifs formés par composition 

424. 427—434. 
Concession 

dans la phrase coordonnée 362a. 

dans la relative 225, 228c. 

dans l'adverbiale 244 — 245. 

exprimée par le gérondif et le participe 

présent 278. 

par le participe passé 284. 
par mais 334. 
par n'importe 367''is. 
par le subjonctif seul 2084, 2064, 
244, 245, 361a, 362*. 
par des conjonctions: si, quand 363. 
par des adverbes ou des pronoms 
d'intensité: tant, si; tout 364. 
par des adverbes ou des pronoms 
interrogatifs : où, comment, quant, 
combien; qui, quoi, quel; quicon- 
que, quelconque 365. 
par la préposition pour 366, 393 \Ug. 
par les adverbes Ja, bien, encoreS 67. 
par d'autres tournures 362a, SVe^is. 
Concret (Nom) 

emploi de l'article 13. 
Condition 

la condition est une cause hypothéti- 
que 238. 

condition simple 238a, 239a. 

condition hypothétique 238*, 239*, 

241. 

condition irréalisable 238c, 240, 242. 

condition exprimée par le subjonctif 

239. 

par la relative 1^ ] 3 . 
par l'infinitif prépositionnel 264, 
267. 

par le gérondif et le participe pré- 
sent 278. 
par mais 334. 

par un part. prés, précédé de 
385 Rem. 

passage au sens temporel 238, 360. 
Conditionne;i 252—254. 

Origine 252. 

remplace le subjonctif dans la princi- 
pale 206. 

dans la relative après un superlatif 
230. 

dans l'apodose d'une période hypo- 
thétique 239, 24O3, 253. 

voudrais, pourrais après i< 241, 242. 

SNEYDERs DE voQEL. Syntaxe historique. 



exprime une supposition 245, 254. 

se trouve après quand même 245. 

exprime l'opinion d'un autre 253. 
Conjonctions 320— 376bis. 

conjonction et adverbe, conjonction et 

préposition 321. 

conjonctions de coordination et de 

subordination 321. 

Conjonctions de coordination: 

et marque la simple coordination 323. 
différents rapports existant entre 
deux phrases 324. 
répétition de et et de et 323, 325. 
avec, ainsi que, comme, aussi bien 
que, de même que 326. 
emé < et magi s en provençal 326 
Rem. 1. 

puis, et puis dans les dialectes 326 
Rem. 3. 

sic, primitivement adverbe, prend 
aussi la fonction d'une conjonction 
327. 

sens adversatif de si 327 e, f. 
si = jusqu'à ce que 327 Rem. 
nec en latin 328, 421. 
ne et ni en français 3281)18, 329, 
330, 433. 

neîs avec sens négatif et affirmatif 
330 Rem. 

les conj. adversatives latines dispa- 
raissent 332. 

m a gis passe au sens de plutôt et 
de mais 333. 

mais restrictif et adversatif 334. 
ainz et avantp) 335 et Rem. 
les restrictives néanmoins, toute/ois, 
pourtant, cependant 336. 
l'exclusive ou (ou bien) 337. 
origine et sens de la causale cor 338. 
les conclusives pour cela, pourtant, 
par quoi, partant, donc, aussi 339. 

Conjonctions de subordination: 

le français n'a gardé que bien peu 
de conjonctions latines 340. 
la conjonction universelle que 340. 
que, ce que, de ce que dans la 
phrase substantive 97, 343, 344. 
emploi fréquent de que dans la 
langage populaire et dans les dialec- 
tes 345 Rem. 4. 

dans les adverbiales que, après 
avoir remplacé la plupart des con- 
jonctions latines, a été lui-même 
supplanté par de nouvelles forma- 
tions 346. 

chute des conj. de temps: exten- 
sion de comme et de quand 347. 
quand 347. 

23 



354 



TABLE ANALYTIQUE 



phrases relatives exprimant le temps 

347bl». 

nouvelles formations: tant com, 

dementres que, si com, où que, 

lorsque, tandis que, pendant que ^^^8. 

conjonctions d'antériorité: ainz que, 

primes que, avant que, devant que 

350. 

jusques, tant que, jusqu'à ce que35\ . 

conj. de postériorité: puis que, 

après que, dès que, oii que et 

d'autres ■i'>2, '■iô'i. 
causales: que, quand, comme; — 

pour ce que, dès que, puis que, 

parce que et d'autres :i64 — 357. 
conditionnelles : si, que, à moins que, 

pour que, pourvu que, mais que, 

sans que 358 — 360. 
concessives: toutes les conjonctions 

latines tombent 362. 

si, quand 363. 

si . . . que, tant . . . que, tel . . . 

que. tout . . . que 364. 

qui . . . que, quoi . . . que, quel ■ . . 

que, comment que, combien que 365. 

naissance de quoique, quelque . . . 

que et le quel que :ifi5. 

pour . . . que 366. 

ja, jaçoit que, bien, si bien, bien 

que, encore que, 367. 
finales: que, pourice)que, afin que, 

à ce que, peur que, etc. 368 — 370. 
consécutives: que, si . . . que, tant . . . 

que, de mode que, sans que, etc. 

371 — 373. 
comparatives: comme a remplacé 

atque, ut et les corrélatifs, mais 

est concurrencé par que 374, 374bis. 

plus . . . plus, tant plus . . . tant 

plus 875. 

carior vitii, carior a vita, de vita, 

plus cher de la vie 376-376l>'». 
Conjugaison périphrastique 
lapsurus eram = lapsus essem 
238c, roi. 
Conjunctivus. Voir Subjonctif. 
Conséquence 

exprimée par la relative 225. 
non-exprimée entre deux phrases 
reliées par et 324*. 
exprimée par une adverbiale 247 — 
249, 371—373. 
Coordination 

coordination et subordination 321. 
la langue populaire préfère la coor- 
dination i la subordination 281, 824, 
371 Rem. 3. 
la subordination remplacée par la coor- 



dination: phrases qui marquent la 

gradation -ilh. 
Corneille (P.) 

corrige ce dit-il 96. 

change un en quelqu'un 144. 

remplace combien que par quoique 365. 
Corneille (Th.) 

approuve Vaugelas écrivant le c>rur et 

la bouche ouverte 45. 

condamne la règle de Vaugelas con- 
cernant mesme 47l>'». 

adopte le quinze Janvier 57. 

condamne l'omission de le, la. les 

devant lui et leur 74. 

blâme l'omission du pronom dans des 

locutions comme il (en) est 78. 

rejette qui . . . qui 135 Rem. 1. 

blâme il s'est requis une estime 

générale et rendu considérable 199 

Rem. 1. 

réclame Mes frères sont allés apprendre 

au juge 2S6 Rem. 

critique les règles que Vaugelas for- 
mule sur l'accord du part, passé 291. 

rejette la construction je me suis dite 

297. 

constate que pendant que est aussi 

usité que tandis que ;148. 

condamne devant que :i50. 

proscrit mais que = quand 360 Rem. 2. 

désapprouve, comme Vaugelas. chez 

Plutarque 41:!. 

rejette je le vous promets et vous It 

vous figurez 44:1 Rem. I. 

déclare que, pour la place de l'ad- 
jectif, l'oreille doit décider seule 449. 
Crainte 

mode après les verbes de crainte 2174. 

ne et ut 342. 

Danois (Le) 

met l'article défini après le substantif 10. 
Datif 

marque une caractéristique 107. 

cui 110, mois. 

du pronom réfléchi 165. 
avec // faut 183. 
avec un infinitif 274, 274l>><. 
avec un gerundivum et un participe 
passé 274>>l». 
exprime un but 379. 
rendu par >i en français 379r. 402. 
pronom datif et accusatif devant le 
verbe 443. 

deux datifs devant le verbe 44:tf. 
Desmarais (Régnier-) 

déclare qu'on peut laisser indéclinable 
le part, passé conjugué avec avoir 293. 



TABLE ANALYTIQUE 



355 



Discours indirect. Voir Style in- 
direct. 

Doute 221. 

mode après les verbes de doute 215. 



e féminin. 

chute dans toute étonnée 47l>"s. 
E nclise 

du pronom personnel complément 60, 

440, 441, 443, 444. 

de esse, être, aller, avoir, venir i'-iS. 

le pronom possessif latin enclitique 

ou proclitique 80. 
Ennius 

emploie et au début d'un récit 32:1 
Espagnol (L') 

conosco a su padre :{, 485 Rem. 

met l'article devant l'apposition du 

sujet sous-entendu 21 Rem. 

omet souvent l'article devant le super- 
latif 24 Rem. 1. 

emploie un seul article devant plu- 
sieurs substantifs de genre différent 25 

Rem. 

emploie l'article indéfini devant les 

noms de matière et devant un sub- 
stantif au pluriel 41 Rem. 

emploie se pour le 77 Rem. 3. 

connaît l'emploi périphastique du pro- 
nom possessif 84. 

a la forme accentuée quien < quem 

110. 

donde < de ■\- unde signifie „où" 

124 Rem. 

n'aime pas la succession de plusieurs 

relatives 129 Rem. 2. 

a ser comme auxiliaire du passif à 

côté de ir 156. 

se sabe = on sait ; se le llamaba = 

on l'appelait 166 Rem. 

ha muerto = a tué 195 Rem. 2. 

se sert du subjonctif ou de l'infinitif 

pour exprimer une défense 202 

Rem. 1. 

l'infinitif peut exprimer un ordre 202 

Rem. 1. 

sens modal du plus-que-parfait de 

l'indicatif 240 Rem. 1. 

se sert du présent où l'on se serait 

attendu à un conditionnel passé 242 

Rem. 2. 

le gérondif a supplanté le participe 

présent 279 Rem. 

emploi savant du participe présent 

2Slbis Rem. 1. 

le participe passé conjugué avec haber 

est invariable 294 Rem 1. 



haber a supplanté ser comme auxi- 
liaire de temps 307. 
il est parfois remplacé, à son tour, 
par tener 307 Rem. 2. 
le plus-que-parfait latin se trouve encore 
avec son sens primitif; en général 
pourtant, il a la valeur d'un conditionnel 
308 Rem. 

les deux éléments du futur sont sépa- 
rables dans la vieille langue 316 Rem. 
emploi pléonastique de la conjonction 
que 343, 345 Rem. 3. 
de après un comparatif 376bis Rem. 1. 
entre devant des substantifs figurant 
comme sujet 390 Rem. 
pro a remplacé par: nouvelle différen- 
cation entre por et para 393 I Rem. 
en mi vida he oido tal cosa iI9 Rem. 
sens affaibli de numquas, ninguno 
432 Rem. 
ESTIENNE (H.) 

trouve que dans par mil dangers le 
mot mit a mauvaise grâce 54. 
exige l'emploi du pronom sujet 61. 
réclame moi, toi comme sujet tonique 6 1 . 
admet Pierre est venu hier à côté de 
vint hier 310. 

exige que les adjectifs indiquant une 
couleur suivent le substantif 449. 
Éventualité 

le subjonctif mode de l'éventualité 
203. 

Faguet (Emile) 

se sert de la construction L'homme 

que je crois qui a fait cela 277. 
Fontaine (la) 

est archaîsant 61, 143. 

change Or le laissons en Or lais- 
sons-le 441. 
Frédéoaire 

ne se sert pas du participe passé avec 

esse, même si cette construction est 

admise 155. 
Futur 314 — 318. 

peut exprimer un ordre 202, 317. 

après les verbes de crctifUe 211 b. 

après les verbes qui expriment une 

décision 217c. 

remplace le subjonctif dubitatif dans 

je ne sais ce que je ferai 222. 

se trouve parfois dans la phrase finale 

246. 

formation du futur 258''is, 314, 315. 

peut exprimer une vérité générale 298. 

devoir et aller auxiliaires du futur 316. 

habere peut être séparé de l'inf. dans 

d'autres langues romanes 316 Rem. 



356 



TABLE ANALYTIQUE 



le futur antérieur au lieu du passé 
indéfini 'JIT. 

le futur (et le fut. anL) exprimant une 
supposition :!17. 

le futur du passé exprime en espagnol 
une supposition par rapport au passé 
317 Rem. 

le futur simple au lieu du futur du 
passé 318 Rem. 2. 

le futur du passé dans les phrases 
subordonnées et dans le discours in- 
direct libre 319. 

l'italien dit souvent /aura/ /a/t au lieu 
de je ferai et j'aurais fait pour je 
ferais 318 Rem. 1, 319 Rem. 
la dernière construction se trouve aussi 
dans le Nord de la France 319 Rem. 

Garnier (Ph.) 

exige remploi du pronom sujet 61. 

exige à moi pour, mien 81. 

admet attendez-m'y et attendez-y-mot 

443é. 

veut que les adjectifs indiquant une 

couleur suivent le substantif 449. 
Gascon 

En gascon toutes les phrases affectent la 

forme d'une subordonnée 345 Rem. 4. 
Généralisation 

le subjonctif sert à généraliser 221 , 225. 

dans la relative après un superlatif et 

après tout 230. 
Génitif 

partitif 28. 

du pronom personnel 84. 

précédé de celui 104, 105. 

cui, génitif lllt>is. 

dépendant d'un infinitif 258^, 268'>I>,. 

dépendant d'une préposition 377. 

dépendant d'un substantif, adjectif ou 

verbe 378. 

remplacé par des prépositions 378'>l», 

404, 408. 

place du génitif 451. 
Genre 

exprimé par la désinence 1. 

exprimé par l'article 11. 
Gérondif 

précédé d'un pronom tonique 69. 

différentes nuances exprimées par le 

gérondif p. 81 note. 

employé substantivement 259. 

est concurrencé par l'infinitif précédé 

d'une préposition 262, 263. 

accompagné de son sujet à l'accusatif 

263», 272. 

lutte entre l'ablatif du gérondif et le 

participe présent 278—881. 



le gérondif supplante le part. prés. 

dans ses fonctions verbales 278, 279. 

même lutte dans les autres langues 

romanes 279 Rem. 

influence savante 280. 2811>l» Rem. 1. 

sujet du gérondif 281. 

avec aller il exprime la durée 299. 

employé comme préposition 384, 411(f, 

415. 
Gerundivium 

exprime la nécessité 204. 

construit avec un datif 274l>i'. 
Grec (Le) 

ne connaît pas l'article à l'époque 

d'Homère et d'Hésiode 6. 

met l'article devant l'apposition du 

sujet sous-entendu 21 Rem. 

n'aime pas la succession de plusieurs 

phrases relatives 1 29 Rem. 2. 

a un mode spécial pour l'optatif 203. 

a une grande facilité de substantiver 

l'infinitif 260. 

a une forme spéciale pour le perfec- 

tum praesens 302. 

le perfectum a disparu, l'aoriste est 

resté 304t'is Rem. 1. 

le néo-grec met les prép. àx6 et itafà 

après un comparatif 376t''« Rem. 2. 
Grëoojre de Tours 

ne se sert pas du participe passé avec 

esse, même si cette construction est 

admise 155. 

fait un emploi très étendu du praesens 

historicum 803. 
Grisons (Les) 

se servent de ventre comme auxiliaire 

du passif 156. 

Hébreu (L") 

ne connaît pas de comparatif 376''ls 

Rem. 2. 
Hésiode 

ignore l'article 6. 
Hollandais (Le) 

neen ik 51 Rem. 2. 

ze zeggen 64. 

hemzelven = zich 77, Rem.' 2. 

hlj die — celui qui 87. 
Homère 

ignore l'article 6. 

Imparfait 

l'Imparfait remplacé par l'infinitivus 

descriptivus 268, 301 Rem. 

est rare dans la plus ancienne période 

du vieux français 304. 304t>i5. 

équivaut presque à un présent: je 

voulais 804 Rem. 

très fréquent dans le style littéraire 311. 



TABLE ANALYTIQUE 



357 



dans la période hypothétique 238c, 
240,. 
Impératif 

exprime un ordre ou un souhait 202. 
remplacé par le futur ou l'infinitif 202. 
remplacé par le subjonctif 205. 
place des pronoms compléments 441, 
443*. 

accompagné d'un pronom sujet 63/. 
ne dans les locutions impératives 426*. 
Indicatif 

exprime la réalité 200, 201. 
sens affaibli par le contexte 201. 
remplace le subjonctif: eamus allons 
205i. 

s'introduit dans la phrase substantive 
209, 210, 211, 215, 217, 218, 219. 
après il se peut faire 220b. 
s'introduit dans l'interrogation indirecte 
221, 222, 224. 

dans la relative 225 — 231. 

dans la locative 232. 

dans la temporelle 233 — 235. 

dans la causale 236, 237. 

dans la conditionnelle 238 — 240, 

242 Rem. 2. 

dans la seconde conditionnelle 243, 

358. 

dans la concessive 244, 245. 

dans la finale 24(;. 

dans la consécutive en latin vul- 
gaire et en français 247 — 248. 

dans la comparative 250, 251. 

après sans que 248, 360. 
Infinitif 256—277. 
précédé d'un pronom tonique 69. 
peut exprimer un ordre: différence entre 
le vieux français et la langue actuelle 202. 
l'infinitif exprimant un ordre dans les 
autres langues romanes 202 Rem. 1. 
remplace le subjonctif dans je ne sais 
que faire 205,, 222, 224. 
comme second terme d'une compa- 
raison 251. 

remplace le supin 255. 
le gérondif est la déclinaison de l'infi- 
nitif 256. 

disparition des infinitifs autres que le 
présent 256 Rem. 

l'infinitif est primitivement un datif 
256bis Rem., 258 \d, 262, 267bis. 
oscillation entre la fonction de sub- 
stantif et celle de verbe 25li — 261, 69. 

constructions admises en latin clas- 
sique 258. 

extension de l'emploi substantif en 

latin vulgaire et en vieux français 

258WS, 259. 



mouvement de recul à partir du xiii» 
siècle 260. 

remplacé par des phrases subordonnées 
et des substantifs verbaux 2611)is, 

l'infinitif supplante le gérondif après 

des prépositions 262, 263. 

l'emploi de l'infinitif prépositionnel 

est moins libre aujourd'hui que dans 

la vieille langue 263. 

extension de à et surtout de 264 — 267. 

noble ordene est de cevalerie 266, 407. 

l'infinitif précédé de que (de) 116g, 

266 Rem. 1. 

l'infinitif prépositionnel au lieu d'une 

subordonnée 266 Rem. 2. 

l'infinitif historique en latin 268, 301 

Rem. 

en français : sans préposition, avec à ou 

de 26Sbis. 

l'infinitif dans les questions, dans les 

relatives 268bis Rem. 1. 

dire que; et songer que; savoir 268bis 

Rem. 2. 

l'infinitif précédé de pour exprimant la 

concession 366. 

l'infinitif accompagné de son sujet. Voir 

Proposition infinitive. 
Instrumentalis 2, 382. 
Intensité 

exprimée par une phrase consécutive 

d'intensité 247, 248, 371—373. 

exprimée par des adverbes 249, 371, 

perte du sens d'intensité: tout que, 

combien que, si que 364, 365, 373. 
Interrogation 

origine de la tournure interrogative 439. 

les particules interrogatives // et enne 

439 Rem. 1 en 2. 

estce-que, qui laisse à la phrase sa 

forme habituelle 439. 
Interrogation indirecte 

amenée par que, qui, ce que, ce qui 137. 

mode 221—224. 

après les verbes affectifs 224. 

deux interrogations dont la seconde 

affecte la forme indirecte 337. 
Ironie 

peut avoir une valeur négative 201. 
Irréalité 

la négation exprime l'irréalité 200, 201. 
Italien (L') 

omet souvent l'article devant le super- 
latif 24 Rem. 1. 

emploie le réfléchi pour le personnel 

77 Rem. 2. Voir Addenda. 

ne, ci, vi pronoms personnels 78 Rem. 

ne se rapportant à un nom de per- 
sonne p. 50 note 1. 



358 



TABLE ANALYTIQUE 



connaît l'emploi de suo se rapportant 

à un possesseur au pluriel 83 Rem. 1. 

dove < de + ubi signifie ,où" 124 

Rem. 

essere, ventre, andare auxiliaires du 

passif 156. 

datif éthique 165 Rem. 

si canta: noi si canta 166 Rem. 

se sert de l'infinitif pour exprimer une 

défense 202 Rem. 1. 

l'infinitif positif exprime parfois un 

ordre 2(i2 Rem. 1. 

se sert parfois du plus-que-parfait de 

l'indicatif avec le sens du conditionnel 

240 Rem. 1. 

l'italien a une grande facilité de sub- 

stantiver l'infinitif 260. 

le gérondif a supplanté le participe 

présent 279 Rem. 

emploi savant du participe présent 

281bis Rem. 1. 

on est libre de faire varier ou non 

le part, passé conjugué avec avère 294 

Rem. 1. 

dans l'Italie du sud le plus-que-parf. 

latin a pris le sens d'un conditionnel 

308 Rem. 

les deux éléments du futur sont sépa- 

rables dans la vieille langue 316 Rem. 

dit souvent avrai fatto pour farù et 

avrei fatto pour farei 318 Rem. 1, 

319 Rem. 

piii infelice di me 376bls Rem. 1. 

glielo dico = je le lui dis 443a. 

peut dire Mi raccomando a lui à 

côté de Me gli raccomando 443 Rem. 2. 

le pronom enclitique dans pervedermi, 

proclitique dans pour me voir 442 Rem. 

JOINVILLE 

connaît le quel 121. 

Langage familier et populaire 
ça pleut 62 Rem. 3. 
emploi pléonastique de // 68a. 
la (= le) plus saine 24. 
ils disent 64. 

nous, on n'est pas des princes p. 41 
note I. 
tu 66. 

Il = lui 70. 

non-emploi du pronom complément 74, 
emploi de sien attribut 80. 
que nominatif 1 1 1 Rem. 
quoi relatif 119,, 123». 
la femfne que je lui ai donné un livre 
123*, *128, 129. 

dont dans le sens de ,où ' 184 Rem. 
Voir Addenda. 



comme quoi 136 Rem I. 

quoi c'est 136 Rem. 2. 

celui suivi de prépositions 107. 

précédé de l'article 108 Rem. 
évite les phrases relatives 109. 
aime l'auxiliaire avoir 174. 
c'est vous qui va 187,. 
pas faire, Charles! 202. 
préfère l'indicatif au subjonctif 215. 
218. 

aime la coordination 221, 371 Rem. 3. 
préfère le conditionnel au subjonctif: 
fusserals 240, Rem. 
l'infinitif exprimant un but 2r>6bis Rem. 
258t'l5. 

c'est pour de rire 267. 
dites voir 267bis. 

se sert d'avoir comme auxiliaire de 
temps 307. 
Je suis été 307. 

le peuple ne se sert plus du passé 
défini 311. 312. 

remplace le passé antérieur par le plus- 
que-parf. composé 313. 
met et au début d'un récit 32.S. 
aime les phrases simples et simplifie 
la construction de la substantive .^42. 
que s'introduit dans les phrases adver- 
biales et même dans les phrases prin- 
cipales 345 Rem. 4. 
si que = si 358. 

tel . . . que = quelque . . . que 367bis. 
apud .dans" en latin archaïque 385. 
un fils à papa 402. 
emploie dedans et dessous comme 
préposition 416, 417. 
supprime la négation ne 429. 
('/ est plus riche que non pas twus 
434. 

ne va pas rien dire 484 Rem. I. 
plus souvent 434 Rem. 2. 
Latin (Le) 
a des traces d'un locativus et d'un 
instrumentalis 2. 

distingue les fonctions par des dési- 
nences 3, 377—383. 
ne connaît pas l'article 6, 2S, 38. 
ne peut pas comme le français substan- 
tiver toutes les parties du discours 11. 
est riche en adjectifs 42. 
a un comparatif et un superlatif syn- 
thétiques 43. 

non-accord de l'adjectif 44. 
a des noms de nombre distributifs et 
multiplicatifs 51. 

n'exprime pas le pronom sujet 59. 
n'a pas de pronom spécial pour ta 
3c pcn. 58. 



TABLE ANALYTIQUE 



359 



n'exprime pas toujours le pronom 
possessif 79, 83. 
su us est un pronom réfléchi 83. 
a trois pronoms démonstratifs hic, 
iste, ille 89. 

fait accorder le pronom avec le pré- 
dicat 94. 

aime les phrases relatives 109, 131. 
aime la forme verbale en -or 154 et 
suiv. 

a des déponents 154, 1.57. 
a une forme synthétique pour le passif 
154, 155. 
itur, on va 17S. 

la phrase objective présente une grande 
variété de formes 208, 34'2. 
emploie le subjonctif dans l'interro- 
gation indirecte 221. 
ne connaît pas les relatives dépendant 
d'un superlatif 230. 
se sert du subjonctif impart, ou plus- 
que-parf. dans les phrases hypothéti- 
ques 238c. 

met le subjonctif après ut consécutif 
247. 

ne connaît pas de conditionnel 252. 
connaît le supin et le gerundivum 255. 
ne connaît guère l'infinitif préposition- 
nel 258,. 

a développé la construction dite A.c.l. 
269. 

emploie plus souvent le part. prés, que 
l'ablatif du gérondif 4, 278. 
le part, passé est toujours variable 287. 
les temps passés de l'actif sont des 
formes synthétiques 305. 
l'indicatif du futur est une forme syn- 
thétique 314. 

a des conjonctions, des pronoms, des 
adverbes, des verbes négatifs 421. 
a une construction beaucoup plus libre 
que le français 4, 435. 
Latinisme 
ils = on 64. 

non-emploi du pronom sujet 61. 
le pronom démonstratif s'accorde avec 
le prédicat 94. 
extension de lequel 121. 
emploi de la phrase relative là où le 
français actuel met une proposition 
coordonnée 131. 

emploi du subjonctif après comme 235, 
287. 

emploi du subjonctif dans la consé- 
cutive 248. 

emploi de l'infinitif sans préposition 26 7. 
fréquence de l'A cl. au xvie siècle 272. 
variabilité du gérondif 280. 



variabilité du participe passé 2S8. 
Lieu 

exprimé par une phrase adverbiale 232. 
passage de où que au sens de temps 
348, 353. 

exprimé par une relative 347t>is. 
passage du sens local au sens figtiré: 

versus, adversus 378t>'s, 398, 

398bis. 

in 378bis, 387. 

ad 399. 
exprimé par l'ablatif ou par des pré- 
positions 383. 

in, en 387. 

vers, devers, envers 398, 398t''5. 

in ter, entre 390. 

per et par 392. 

pro 393 

foris, casa 413. 

long, proche, présent 414. 

près, après, auprès 415. 

sous, dessous 416. 

enz, dans, dedans 388. 417. 

devant, avant 418. 

parmi 419. 

entour, environ 419bis. 
Loca tivus 

exprimé en latin par des terminaisons 
ou par des prépositions 2, 383. 
en et à en français 387, 401. 
Logique 

rôle de la logique 440, 453, 455, 

Malherbe 

admet l'omission de l'art, indéfini 4O5. 
écrit indifféremment mil et mille 54. 
exige la répétition du sujet après car et 
mais 63(?. 

distingue dont de d'oii 124. 
condamne pourchasser autres 142. 
blâme un autre pour une autre 142. 
aime à substantiver l'infinitif 260. 
blâme des phrases comme Roland 
regarde tout qui a l'dme saisie 452. 
Manière 

passage du sens de manière à celui de 
temps: quomodo346, ainsi comSiS, 
353. 

au sens final: com 369 Rem. 

au sens causal: quomodo comme 

355. 
exprimée par une subordonnée 247, 
248, 371 — 373. 

par un gérondif ou un participe 278. 

par un ablatif ou par des préposi- 
tions 382rf. 

in 387/. 

per et par 392 111. 



360 



TABLE ANALYTIQUE 



ad, à 400/, 401. 
Marot (Clément) 

propose la règle actuelle du part, passé 

conjugué avec avoir, mais II ne l'ap- 
plique pas lui-même 290. 
Maupas 

déclare que le relatif que n'est point 

nominatif 111. 

a bien vu la valeur des passés défini 

et indéfini 812 Rem. 2. 

condamne // en y a 443*. 
Maupas fils 

donne milUace 55. 
Maupassant (Quy de) 

a beaucoup employé le passé défini 311. 
Meiqret 

donne une série de multiplicatifs 51 

Rem. 

préfère quatre vingts à huilante 52. 

donne milliard 55. 

exige moi, loi comme sujet tonique 61. 

rejette celui l'a inventé 103. 

conjugue encore douloir 180. 

veuf que le part, passé conjugué avec 

avoir reste toujours invariable 290. 

a essayé de définir l'emploi du passé 

défini 312 Rem. 2. 
Ménaoe 

établit la règle de l'accord de tout 

47 Rem. 

adopte le quinze janvier b'i. 

blâme l'emploi de que adverbe relatif 

129. 

rejette la construction je me suis dite 

297. 

ne parle pas du passé défini 312 Rem. 2. 

d'après M. on ne mettait en que devant 

les noms de ville commençant par une 

voyelle 887Ws. 

déclare que pour la place de l'adjectif 

l'oreille doit décider seule, 449. 
-ment 

les substantifs verbaux en -ment rem- 
placent l'infinitif substantivé 201>>is. 
-met 

de suffixe il devient préfixe dans met- 

ipsimus 88. 
Molière 

est arcliaisant 143. 

MONTAIGNE 

a six articles partitifs sur dix cas sans 
article 31. 

n'applique pas la règle de l'accord du 
part, passé 290. 

ajoute des pas là où ils manquaient 
p. 321. note 2. 
Moyen 

exprimé par l'abUtif 382a. 



exprimé par en 387l'i8c. 
per et par 392 III. 
pour 393 lllrf. 



Nécessité 

mode après les expressions de néces- 
sité 220*. 

l'infinitif -f habere exprime la néces- 
sité 240,. 252, 315. 
Négation' 421—434. 

particules, conjonctions, pronoms, ad- 
verbes, verbes négatifs en latin 421, 

422. 

non devant des verbes 422,, 430. 

ne: {nen), nenni; ne seule négation 

424—426. 

giens, mie, goutte, pas, point, guère 

427—429. 

conséquences de l'emploi régulier de 

ne; chute des mots négatifs 431, 433, 
affaiblissement du sens de n u 1 1 u s et 
de nec 432, de numquas et de 
ninguno en espagnol 432 Rem. 
pléonasme 434 Rem. 1. 

plus souvent 434 Rem. 2. 

la négation dans le second terme d'une 

comparaison 251, 434. 

je n'ai pas d'amis 33. 

je n'ai plus, de souci 35. 

// n'est homme qui 40, 1. 

exprime l'irréalité 200, 201. 

verbes qui expriment la négation 215. 

que non. qui nenni phrases substanti- 

ves 343. 

négation d'une cause: non quod, 

non quo 334 Rem. 2. 

construction d'un impératif négatif 441. 
Neutre 

le beau, le moi 11. 

il et el neutres 62 et Rem. 2. 

le neutre 72. 

en et y 78. 

o. (o, ceci, cela 90, 98—100. 

qui et que relatifs 115 — 117. 

quoi relatif 118. 119. 

dont et oii relatifs 125, 127. 

dont et où interrogatifs 133. 

qui, que et quoi interrogatifs 135. 136. 

quel et lequel, 139 IV, 140. 

el = autre chose 141. 

tout 149. 

verbes neutres ou sans complément 

192. 
Nom de nombre 61 — 57. 

chute des distributifs et des multipli- 
catifs 51. 

numération par vingt 52. 



TABLE ANALYTIQUE 



361 



duodeviginti remplacé par decem 

et octo 53. . 

mil et mille 54. 

million, milliard, milliasse 55. 

accord de un, vingt et cent 56. 

ordinaux 57. 

unus devenu article indéfini 38. 

un employé comme pronom indéfini 

144. 
Noms propres 

de personnes 14. 

géographiques 15, SSTbis. 

de ville 15, 377, 383, 387b>s. 
Normand (Le) 

emploie le pronom enclitique dans 

por veeir me. 

Opposition. Voir Concession. 

exprimée par contra, adversus, in, 

contre 38H. 
Optatif 

exprimé par un mode spécial en grec 203. 

en latin 2033. 

en français 2O53. 

phrase conditionnelle, qui exprime 

plutôt un désir 239, 359. 

ne dans les phrases optatives 426. 

place du verbe dans les phrases opta- 
tives 43s. 
Ordre des mots 435 — 455. 

plus important en français qu'en latin 

et dans d'autres langues romanes pour 

la clarté de la phrase 3, 4, 435. 

place du verbe: esse, puis les autres 

verbes à la seconde place de la phrase 

436. 

place du sujet: deux constructions: le 

sujet se place devant le verbe; il suit 

le verbe, quand celui-ci est précédé d'un 

autre mot 437. 

place du sujet dans les phrases opta- 
tives et interrogatives 438, 439. 

la particule interrogative /( et enne 439 

Rem. 1 et 2. 

le rythme de la phrase a amené la 

place des pronoms compléments devant 

le verbe 440. 

la place des pronoms par rapport à 

l'impératif s'explique aussi par le rythme 

de la phrase 441. 

le pronom tonique devant le verbe 

69, 442. 

je le vous promets et Je vous le 

promets 443. 

place des pronoms devant l'auxiliaire 

440. 

place très libre du prédicat et de 

l'adverbe 445. 447, 



! le régime placé devant le verbe 446. 
l'adjectif attributif n'a pas de place 
fixe 448, 449. 

les pronoms possessifs toniques devant 
ou après le substantif 80, 45u. 
un génitif placé en latin devant, en 
français après le nom 451. 
la place de la subordonnée plus libre 
dans la vieille langue qu'actuellement 
452. 

place du participe passé par rapport à 
l'auxiliaire 3oi)a, 437. 
thèse de Mlle E. Richter 453 — 455. 
Orthographe. Voir Phonétique, 
particularités syntaxiques qui se ré- 
duisent à une question de graphie 
p. 25 note 1, 46, 47, 47bis, 48, 54, 
56, 70, 280, 286, 2S7, 297. 

OUDIN 

-fixe l'emploi de mil et mille 54. 
■ déclare que gui prépositionnel ne se 
rapporte pas aux choses 114. 
admet lequel adjectif 122. 
préfère un fiomme qui 123. 
dit: fay veu aujourd'huy. mais: Hier 
je vis Monsieur 310. 
a bien vu la valeur des passés défini 
et indéfini 312 Rem. 2. 
déclare Jouste vieilli 391. 
condamne // en y a 443é. 

Palsgrave 

donne unes balances, besaces, chaus- 
ses; unes armes 41. 

réclame moi, toi comme sujet tonique 

61. 

traduit ail is ours par tout est à nous 

81. 

donne c'est une chose que ne dure 

guayres 111. 

dit encore l'/iomme en quoy je met- 

toye ma fiance 119. 

donne quelconque accusation que 130. 

connaît dont luy souviendroit-il? 133. 

fournit quantes gens, quantes foys, 

quantes choses 134 Rem. 

déclare nessun vieilli, 146 Rem. 

ne connaît pas chaque 148. 

veut que le part, passé s'accorde 

toujours avec son complément 290. 

appelle j'ai fait un passé défini 312 

Rem. 2. 

signale l'absence de de dans la robe 

mon maistre 408. 
Participe 

précédé d'un pronom tonique 69. 

participe absolu 284. 

participe conjoint 284. 



362 



TABLE ANALYTIQUE 



Participe passé 282—297. 

précédé de celui 108. 

construit avec un datif 27tbi«. 

employé comme substantif, comme 

préposition 2S:l, :JS4, 411c, 415, 

peut avoir un sens actif 283. 

participe passé conjoint et absolu 284. 

emploi prédicatif avec des substantifs, 

employé comme sujet 285. 

précédés d'une préposition 2s.") et Rem. 

accord et non-accord du part, conju- 
gué avec Hre 286. 

l'accord de aimé se réduit à une 

question de graphie 2s7. 

accord et non-accord du part, passé 

conjugué avec avoir en vieux français 

28s, 309c, ii\.^. 

grande liberté: le part s'accorde parfois 

même avec le sujet 2ï>9. 

opinions des grammairiens au xvie 

siècle 290. 

règle de Marot 290. 

règles bizarres établies par les gram- 
mairiens du XVI le siècle 291, 292. 

état des choses en français moderne 

293, 294, 3(l9c. 

le part, des verbes unipersonnels reste 

invariable 295. 

le part, suivi d'un infinitif 296. 

le part, des verbes pronominaux sac- 

corde en vieux français toujours avec 

le sujet 297. 

avec habeo il équivaut au perfectum 

grec: urbem captam habeo 302. 

évolution de habere et esse + pari. 

passé :îOG. 307, :10S, 309. 

l'unité n'est pas encore complète 309. 

forme avec que des locutions conjonc- 

tionnelles: vu que, considéré que, 

attendu que 35ti, hormis, pourvu. 

posé, supposé que 360. 
Participe présent 

lutte entre le participe présent et le 

gérondif 278-281. 

il est supplanté par le gérondif dans 

ses fonctions verbales 278, 27il. 

il reste comme adjectif 280. 

emploi savant du participe présent 280, 

2X1 bis Rem. 1. 

participes à sens dégénéré 28 1 W» Rem. 2. 

avec être il exprime la durée 299. ! 

emplové comme préposition 384, 411, j 

415. ' ! 

Partitif. Voir Article partitif. i 

l'idée partitive exprimée par le génltii 

37S \d. 

par la préposition de et(fr408, 404 
405i<. 



Passé 301—313. 

le passé peut exprimer une vérité 

générale 298. 

pertes de plusieurs formes du passé 305. 

nouvelles formations: habere et esse 

avec part, passé 306 — 313. 
Passé antérieur 

i la place du passé simple 304t>i< 

Rem. 2é. 

la vieille langue le préfère au plus- 

que-parf. 31'! 

la langue populaire le remplace par 

le plus-que-parf. composé 313. 
Passé défini 

remplace dans la vieille langue l'impar- 
fait 304, 304b's. 

a été longtemps employé pour le passé 

antérieur ou le plus-que-parfait 304t'i« 

Rem. 2c. 

exprime parfois le résultat de l'action 

310. 

il recule devant l'imparialt et le passé 

indéfini 311, 312. 

le peuple ne le connaît plus, il subsiste 

dans le Sud et dans l'Ouest 311. 
Passé indéfini 

je suis venu remplace Je vins; J'ai 

vu remplace je vis 286. 287. 

origine 30i'>. :107. 

l'unité entre participe et auxiliaire est 

incomplète 309. 

le passé indéfini marque d'abord un 

état, puis une action 310. 

il supplante peu à peu le passé défini 

état, puis 310, 311. 312. 

remplacé par le futur antérieur 317. 

il est employé lui-même au lieu du 

fut. antérieur 318. 
Passif 

en latin 164, 155, 160l>i> p. 101, notes 

2 et 3. 

en roman: inconvénient du verbe esse 

156. 

autres auxiliaires du passif 156. 

forme pronominale 160l>i<, 161, 166 

avec Rem.. 167. 

le passif d'un verbe comme piait 176. 

le passif d'un verbe neutre 178. 

l'infinitif à sens passif 273. 
Patru 

écrit I "adverbe même avec ou sans .? 4 7 1>>». 

condamne l'omission de le. la. les 

devant lui et leur 74. 

blâme l'omission du pronom dans les 

locutions comme // (en) est 78. 

veut qu'on dise quelque qu'il soit 145. 

critique les règles que Vaugelas donne 

sur l'accord du part, passé 291. 



TABLE ANALYTIQUE 



363 



Peletier du Mans 
donne milliard 55. 

Perfectum 

Perf. historicum et perfectum praesens 

302. 

le perf. praesens rendu aussi, par le 

part, passé avec habeo :!02. 

le plus-que-parfait avec le sens d'un 

parfait :!02 Rem., :î04bis Rem. la et *. 

le parfait remplaçant le plusque-parfait 

:i04bis Rem. ic. 

le perfectum grec a disparu, l'aoriste 

est resté :'.04bis Rem. 1. 

Périphrase grammaticale. Voir 
Conjugaison périphrastique. 
c'est à vous que je parle 120. 
qu'est-ce qui 135. 136. 
qui est-ce qui 138. 
est-ce que 439. 

Phonétique. Voir Orthographe, 
influence des changements phonétiques 
sur la syntaxe 5, 11, p. 25 note 1, 59, 
60, 70, 2S0, 2V.1, 292, 315, 377. 

Phrase causale. Voir Cause. 

demande l'indicatif ou le subjonctif 
236, 237. 

amenée par quand, comme 357. 
amenée par que seul 355. 
amenée par por (ço) que, vu que, à 
cause que, etc. 356. 
confusion entre l'adverbiale et la rela- 
tive: par quoi au lieu de par ce que 
357 Rem. ■>. 

Phrase comparative. Voir Compa- 
raison. 

indicatif dans la phrase d'égalité 250. 
subjonctif parfois dans la phrase d'iné- 
galité 250, 251. 

amenée en latin par toute sorte de 
conjonctions, d'adverbes, de pronoms 
374. 

amenée en français par comme, que et 
de 374b>s, 376bis. 

exprimée par une phrase coordonnée; 
plus . . . plus 375. 
emploi de la négation 251, 426 11«, 434. 

Phrase concessive. Voir Con- 
cession. 

emploi de l'indicatif, du subjonctif, 
du conditionnel après les conjonctions 
concessives 244, 245. 

Phrase conditionnelle. Voir Con- 
dition. 

passe facilement à la causale, à la 
concessive, à la temporelle 23s. 
mode dans la conditionnelle. Voir 
Subjonctif, 
une conditionnelle figurant comme 



second membre d'une comparaison 251. 

amenée par si et d'autres conjonctions 

358 — 360. 
Phrase consécutive. Voir Consé- 
quence. 

subjonctif en latin classique, puis l'in- 
dicatif 247 — 248. 

suppression de la phrase consécutive 

249. 

non-emploi de la conjonction 249. 

amenée par que avec ou sans corré- 
latif 372, 373. 
Phrase finale. Voir But. 

demande le subjonctif, parfois le futur 

de l'indicatif 246. 

exprimée par le subjonctif seul 370. 

amenée par que. pour{ce)que, afin que, 

etc. 369, 370. 
Phrase locale. Voir Lieu. 

demande l'indicatif 232. 
Phrase relative.VoirPronom relatif. 

mode dans la relative 225 — 231. 

fusion de la relative avec un A.c.L 

275 — 277. 

emploi de la négation 426. 
Phrase substantive 

annoncée par ce 95. 

la phrase relative employée substan- 
tivement 112. 

mode dans la substantive 207 — 224. 

plusieurs constructions en latin 342. 

que et comment en français 343. 

ce que et de ce que 344. 

emploi de la négation 426 lift et c. 
Phrase temporelle. Voir Temps. 

indicatif dans la phrase de postériorité 

232bis. 

indicatif et subjonctif dans la phrase 

d'antériorité et de simultanéité 233 — 

235, amenée par quand et comme 347. 
par l'adverbe relatif que 347bi5, 
par des combinaisons dans lesquelles 
entre que, adverbe ou conjonction 
348, 350. 351, 35^, 353. Voir 
Conjonctions. 
Picard (Le) 

emploie ce comme article 8 Rem. 
Plaute 

a souvent l'indicatif dans l'interrogation 

indirecte 221. 

emploiel'infinitif final 258rf,262,267bi». 

connaît la construction iubeo ut 270. 

se sert de la construction video eu m 

venire 270é. 

emploie la construction dico hoc 

fecisse 271a. 
Pléonasme 

du pronom sujet 63, 439. 



364 



TABLE ANALYTIQUE 



de debere et posse 2041)18, 205. 

de la négation 4225, 430, 4:!4 Rem. 1. 
Pluriel. Voir ,•> final. 

le pluriel de politesse 462. 

marqué par la forme de l'article 5, 

11, 1:!, 27, 

cent et vingt .50. 

nous et vous 6l'>. 
Plus-que-Parfait de l'Indicatif 

avec le sens d'un passé simple en 

latin :i02 Rem. 

en français :!(i4l'is Rem. 2. 

le passé simple remplaçant le plus- 
que-parfait :i04bis Rem, 2e. 

le plus-que-parf. latin a pris la valeur 

d'un conditionnel en provençal, en 

espagnol, en portugais et dans l'Italie 

du sud ; en espagnol on trouve encore 

le sens primitif 24ii Rem. 1, :!08 Rem. 

il est rare dans la vieille langue qui 

préfère le passé ant. :U:l, 

PoRT-ROYAL 

critique les règles que Vaugelas donne 
sur l'accord du part, passé 2t)I. 
Portugais (Le) 

connaît l'emploi de suus se rapportant 
à un possesseur au pluriel 8:j Rem. 1. 
emploi périphrastique du pronom pos- 
sessif 84. 

se sert de ter comme auxiliaire de 
temps 307 Rem. 2. 
a esse comme auxiliaire du passif 156. 
a développé le sens modal du plus-que- 
parfait de l'indicatif SOS Rem.. 240 
Rem. 1. 

place entre devant les substantifs figu- 
rant comme sujet 390 Rem. 
Possession 

exprimée par la terminaison du génitif 
et du datif m. 378, 379. 

par la préposition de 408. 

par la préposition à s3 Rem. 2, 84, 

402. " 

par dont 125. 

par le pronom possessif 79 — 85. 
Possibilité 

mode après les expressions de possi- 
bilité 220*. 
Prédicat 

emploi de l'article défini devant le 

prédicat 21. 

emploi de l'article partitif devant le 

prédicat 36, 

emploi de l'article indéfini devant le 

prédicat 40,. 

pronom personnel prédicat 72. 

pronom possessif prédicat 81. 

le prédicat est un Infinitif 94, 257, 258. 



le prédicat est un pronom relatil II 1.1 16, 

le prédicat est un participe passé 284. 

e prédicat en tête de la phrase 437,, 

445. 

place du prédicat 445. 
Prépositions 377 — 420. 

sont en lutte avec les désinences 

flexionnelles dès l'époque classique 2, 

377, 420. 

emploi et non-emploi de l'article après 

la préposition 20. 37, 40,. 

l'infinitif et le gérondif prépositionnels 

258j. 25sl"S. 202—268. 

ab urbe condita, avant ce jour fini 

285. 

prépositions qui se confondent avec 

des conjonctions 321, ainz 41ti. 

devant une phrase subordonnée 9S, 

344, 348, 3.50 — 354, 35H, HfitI, 366, 

370, 373, 374l>i«, 376bi5. 

le génitif et les prépositions in, erga, 

adversus, contra, de, pour, vers, 

envers 378, 378l'is. 

le datif et les prépositions in. ad, 

erga, adversus 379. 

l'ablatif et les prépositions ab. ex, ad, 

in, cum, per, prae, propter, dt, 

en. avec, par à 381 --3S3. 

prépositions latines qui sont restées: 
apud, od, contra, contre 384'>i» 
— 386. 

in. en: remplacé dans beaucoup de 
cas par sur et dans 387 — 389. 
intra. entre, iuxta, jouste 390 — 
391. 

per, par: sens local, temporel, 
figuré (instrument, cause, agent, 
manière), distributif 392. 100. 
pro, pour, secundum. selon, 
sine, sans, super (supra), sur. 
ultra, outre 393—397. 
versus, vers, devers, enx/ers: sens 
local, temporel, sentiment: différen- 
ciation entre vers et envers 398, 
398bis. 

ad, d remplace l'ablativus instru- 
menti. modi, loci, temporis, pretii et 
le datif 399—402. 379; — devant 
le gérondif et l'infinitif 202— 265, 267, 
268bis; — l'agentprécédé de à 274. 
de, de: supplante ex et ab, 
l'ablativus instrumentalis. causae et 
mensurae. le génitif 403—409. 
t:78bis, ;j!sl, 382; voir aussi Ar- 
ticle partitif; — après une 
expression quantitative 33; — de- 
vant un adjectif 32, 36; — après 
une négation 33. 36, iOhd; — 



TABLE ANALYTIQUE 



365 



suivi de là ou de cela 100; — 
suivi d'un pronom relatif 125; — 
devant l'infinitif 264— -ifiSbis, 407; — 
après un comparatif, :î76b's. dans 
les autres langues romanes, en grec, 
en hébreu :!7()bis Rem. 1 et 2 ; — 
La Bible Guiot, mais Li Romanz 
d'Athis 408 Rem. I; — le fripon 
de valet, la coquine de Toinette, 
la ville de Paris. 408 Rem. 2; — 
de entre dans plusieurs combinaisons: 
conjonctions :i44, 873 ; — adverbes 
et prépositions 409, 412, 419bis. 

nouvelles formations 410 — 419bis. 
foris, hors, casa, chez; long, 
proche présent, sauf; participes et 
gérondifs; adverbes 411 — 41(5. 
dans, dedans, dessus, dessous, 
devant et avant, avec, parmi, etc. 
417 — 41ilbis, 
Présent 

exprime un moment du présent 300. 

exprime une vérité générale 298. 

s'emploie pour le futur et le passé 

300, 318. 

le présent historique très fréquent en 

latin vulgaire et en vieux français 300. 

303, 310. 

le passé indéfini est originairement un 

temps présent 302, 30(j, 309, 310. 

le passé défini a parfois le même sens : 

memini, j'ai perdu 302, 3ii(;, 310. 
Priscibn 

donne une liste de verba communia 

157. 
Proclise 

de l'article fi et suiv. 

du pronom personnel sujet 61, 62, 63. 

du pronom possessif latin et français 80. 

le pronom personnel complément, d'en- 
clitique qu'il était souvent, devient 

toujours proclitique 69, 440, 441, 443. 

en et y 78. 

que relatif et interrogatif 115, 128, 136. 

conjonctions 320 — :!76bis. 

prépositions 377 — 420. 

la négation ne 424. 
Pronom démonstratif 87 — 108. 

valeur démonstrative et déterminative 

87. 

disparition de is, idem, ipse 88. 

chute de hic 89. 

traces de hoc, iste et il le 90 — 91. 

fonctions de ce 93—100, 

ce et // 93 : — employé comme 
sujet 93 — 95; — comme régime 
96 — 98; — por ce que, de ce que, 
à ce que, jusqu'à ce que, selon ce 



que 98, 251, 344, 351, 370, 374bis; 

— ceci et cela 100; — ce employé 

comme article 8 et Rem. 

ça sujet d'un verbe impersonnel 62 

Rem. 3, 100, 180. 

il = cela 62, 93, 180. 

ça pour des noms de personne 100. 
ille en latin archaïque, classique, post- 
classique B, 7. 

ille se place en roumain après le 
substantif 10. 

te < illo 24 Rem. 2 (por le plus 
tost aler). 

ille devenu pronom personnel 58. 
ille devenu article défini 6 — 26, 
le génitif de ille a la valeur d'un 
pronom possessif 83. 
ille prend la place de is 88. 
la distinction entre cist et cil s'efface ; 
adjonction de ci et de là 101. 
ils s'emploient comme substantif et 
comme adjectif 102. 
celui employé comme pronom déter- 
minatif 103. 

emploi de celui en français moderne 
104 — 108. 
Pronom déterminatif 87, 90, 104 — 
108, 344, 351, 356, 360, 370, 374bis. 
Pronom indéfini 141 — 150. 

Chute de plusieurs pronoms latins 141, 
421,, 433a. 
autre, autrui 142. 
auques, aucun 143. 
un comme pronom 144. 
quel . . . que et quelque, quelqu'un 
et quelque chose 145. 
accord de quelque 48, 145. 
emploi de nul, aucun, personne, rien 
146 — 147, 433a. 

emploi de chacun, chaque, tout et on 
148 — 150. 
on est belle 46, 2. 
ils = on 64. 
on (V) p. 40 note 1. 
on = je, lu, etc. 65. 
Pronom interrogatif 132 — 140. 
disparition de plusieurs pronoms latins 
132bis. 
quant 134. 
dont et où 133. 
qui neutre, qui . . . qui 135. 
c'est à qui 135 Rem. 2. 
emploi de que et de quoi 136. 
comme quoi 136 Rem. 1. 
pronom dans l'interrogation indirecte 
137. 

périphrase de qui 138. 
quel 139, 140. 



366 



TABLE ANALYTIQUE 



le quel 140. 
ce que 99. 
Pronom personnel 58 — 78. 

1. Sujet, 

pas exprimé en latin 59. 
il s'introduit de plus en plus dans la 
langue no, Bl. 

les formes toniques deviennent atones, 
les formes du régime les remplacent fil . 
te forme atone du sujet Cl Rem. 1. 
locutions affirmatives et négatives (il 
Rem. 2, 

introduction de il neutre 62. 
sens démonstratif de // 62, it:!, 180. 
emploi de el, G2 Rem. 2. de ça 62 
Rem. :i, 100. 

emploi pléonastique du pronom sujet 6:3. 
introduction du pronom atone dans 
Moi ai fait cela iV-id. 
emploi du pronom sujet devant plu- 
sieurs verbes successifs »-\e. 
emploi du pronom sujet devant un 
impératif 0:J/. 

(75 avec le sens de on 64. 
on pour la 1= et la 2^ personne 65. 
nous et vous pour des singuliers 66. 
il et (7s pour elle et elles 67. 
périphrases (îs. 
place du pronom sujet 4:J7, 4:18, 439. 

2. Régime: 

emploi de la forme tonique devant et 
de la forme atone après la verbe 159. 
confusion entre /(, lui et elle 70. 
leur avec \'s du pluriel 71. 
accord du pronom 72, 7;i. 
non-emploi dans une comparaison et 
devant le datif 74. 

un pronom complément de deux ver- 
bes 75. 

pronoms qui annoncent ou rappellent 
un membre de phrase 76. 
lutte entre soi et /(((' 77. 
en et y tiennent la place des pronoms 
de la le et de la 2» personne 78. 
fonctions de en 78. 
emploi du génitif au lieu du pronom 
possessif 84. 

précédé de à s:t Rem. 2. s4. 
place du pronom complément 440 — 444. 
Pronom possessif 79 — 86. 

le latin ne l'exprime pas toujours 79. 
emploi des formes toniques et atones 
80—82. 

emploi du pronom suus et son 83. 
son = leur en vieux français et dans 
d'autres langues romanes >>:< et Rem. 
le pronom possessif et le génitif du 
pronom personnel 84. 



pronom possessif et article 85. 

sens du pronom possessif 86. 

place du pronom 80. 450. 
Pronom réfléchi 

suus pronom possessif réfléchi H'i. 

lutte entre soi et lui 77. 
Pronom relatif 109—131. 

deux fonctions 109, 128, 129, l:tl. 

pronoms français 110. 

que sujet et prédicat 111, 115. 

que complément 115. 

confusion entre eut et qui, qui et qu'il 

11 Ibis. 

pronom relatif sans antécédent 112, 

ll.'i. 116, 11^, \-i:>. 

emploi absolu du relatif ll:l, 116,, 125. 

précédé d'un antécédent 114, 117, 119. 

faire que sages 116,. 

c'est un grand trésor que la santé 1 1 6j. 

quoi 118—119. 

lequel 120—12:1, Vil. 

dont 124—125. 

oii 126—127. 

l'adverbe relatif que 128—129, :J47t>i». 

pronoms relatifs indéfinis l:)0, 225, 

226, :i61. 

ces pronoms expriment la concession 

ou la généralisation 226. 
Proposition infinitive 269—277. 

en laiin classique 208.. 269, :!42. 

extension en latin vulgaire et en français 

270, 272. 

restriction en latin Milgaire 209, 271, 

:J42. 

concurrencée par le gérondif accom- 
pagné de son sujet 272, 236A. 

emploi en frani.ais moderne 27:1, 275, 

276. 

remplacée par l'infinitif iccompag:né 

d'un datif 274, 274l'is. 

fusion d'une relative avec une propo- 
sition infinitive 277. 
Provençal (Le| 

connait l'emploi de soun se rapportant 

à un possesseur au pluriel 8:1 Rem. 1. 

emploi périphiastiqnc du pronom pos- 
sessif 84. 

connaît on < unde dans le sens de 

ubi et de quo 124 Rem. 

a conservé q u i n a m sous la forme 

de qmna (quinha) l:t2t><s Rem. 

datif éthique du pronom personnel 

16.-> Rem. 

a développé le sens modal du plus- 
que-parfait de l'indicatif 240 Rem. 1, 

308 Rem. 

se sert paifois de aller -f infinitif pour 

exprimtr un passé 307 Rem. :t. 



TABLE ANALYTIQUE 



367 



les deux éléments du futur sont sépa- 
rables •Sie Rem. 

se sert de et après une phrase subor- 
donnée 324<j Rem. 
et = et cela 324d Rem. 
emploie fréquemment si = et 327. 
nec > ni 328 Rem. 
mais = plus que 333 Rem. 
a gardé des traces de quamdiu 347. 
perte du sens d'intensité de tout que 
364 Rem. 
per a supplanté pro 393, II Rem. 

Quantité 

emploi de l'art, partitif après un sub- 
stantif, ou un adverbe de quantité 33. 

Rabelais 

emploi de l'article partitif 31. 

R. n'applique pas la règle de l'accord 

du part, passé 290. 

R.\MUS 

exige l'emploi du pronom sujet 61. 

réclame moi, toi comme sujet accentué 

61. 

propose la règle actuelle du part, passé 

conjugué avec avoir 290. 

Réalité 

l'indicatif est le mode de la réalité 
200, 201. 

Régime. Voir Complément. 

Restriction 

exprimée par la relative 225, 229?. 
exprimée par mais, néanmoins, toute- 
fois, pourtant 334, 336. 

Rhéto-roman (Le) 

connaît l'emploi de su us se rappor- 
tant à un possesseur au pluriel 83 Rem. 1 . 

RlCHELET 

déclare combien que = quoique hors 

d'usage 36.^. 
Roland (Le) 

ne connaît pas lequel 121. 
Roumain (Le) 

place l'article défini après le substantif 10. 

a perdu le participe présent 279 Rem. 

se sert toujours de a avea comme 

auxiliaire de temps 307. 

si de sic a supplanté et. 

emploi étendu du réfléchi 77 Rem. 3. 

la forme pronominale exprime la voix 

passive 166 Rem. 

met de ctt après un comparatif 376t>'s 

Rem. 1. 
Rythme 

de la phrase «9, 436, 440, 453—455. 

règle rythmique changée en règle syn- 
taxique 436, 441. 



s final 

chute 11, 27, 47, 47bis, 56, 280. 
Saint Augustin. Voir Augustin. 
dit septem per septem 51. 
Scarron 

est archaïsant, 61, 143. 
Serments de Strasbourg 

ne connaissent pas l'article 39. 
Style indirect 213, 214. 

le subjonctif mode du discours indi- 
rect 209, 221. 229/, 231. 
après ut consécutif 247. 
Style indirect libre 213, 345 Rem. :>. 
Stylistique 

périphrases 68 note 1. 
Subjonctif 203 — 251. 

subjonctif dans la phrase simple 203 — 
206. 

deux groupes de subjonctifs en latin 
203 

hortativus, dubitativus, optativus, con- 
cessivus, potentialis et modestiae 203. 
d'autres constructions qui ont la même 
valeur 204. 

périphrase du subjonctif à l'aide de 
debere et posse 204Ws. 
le subjonctif en français 205. 
le conditionnel et l'auxiliaire devoir 
206: 

Qui vive? 206 Rem. 
subjonctif dans la phrase substantive 
207—225. 

le latin connaît une grande variété 
de constructions 208. 
la proposition infinitive remplacée 
par des conjonctions 209, 342. 
subjonctif puis indicatif en latin vul- 
gaire 209. 

subjonctif après les verbes de la 
pensée 210. 

indicatif après les mêmes verbes 211. 
subjonctif si la subordonnée précède 
212. 

style indirect libre 213. 
mode après les verbes de doute et 
de négation 215. 

après les verbes de volonté 214, 
216, 217. 

après les verbes affectifs 218, 219. 
après les expressions de certitude 
ou de vraisemblance, de nécessiié, 
de possibilité et de volonté 220. 
subjonctif dans l'interrogation indi- 
recte en latin 221. 
indicatif et subjonctif en vieux fran- 
çais, à côté d'autres constructions 222. 
le subjonctif est rare en français 
moderne 223. 



368 



TABLE ANALYTIQUE 



remplacé par l'indicatif et l'infinitif 

■224. 
subjonctif dans la phrase relative 225 — 
2ni. 

emploi très étendu du subjonctif en 

latin 225. 

le subjonctif après quicumque 

22(i. 

sens final et concessif 228. 

irréalité de l'antécédent tel qu'il est 

déterminé par la relative 229. 

que je sache 229e. 

subjonctif après un superlatif et après 

tout 230. 

il n'y a que la directrice qui sait 

le turc 229 Rem. 

si c'était elle qui envoyât les billets 

229 Rem. 
subjonctif dans la phrase adverbiale 
232—251. 

il s'introduit de plus en plus dans 

la phrase d'antériorité 233, 234. 

subjonctif après comme par l'influence 

latine 23.-i, 23B. 

une cause irréelle au subjonctif 236. 

emploi du subjonctif dans la phrase 

conditionnelle 238—240, 243, 358, 

359. 

exprime seul la concession 244, 

:!G1, 362*. 

se trouve après plusieurs conjonctions 

concessives 245. 

se trouve dans la phrase finale 245. 

se trouve dans la phrase consécutive 

247. 

cet emploi se restreint en latin 

vulgaire et en français 247. 248. 

se trouve parfois dans la comparative 

d'inégalité 250, 251. 

le subjonctif remplacé par le con- 
ditionnel 239*— 241, 245, 253. 254. 
Subordination. Voir Coordination. 
Substantif 1 — 4. 
fonctions 1. 

les cas latins 2. 377—383. 
précédé de prépositions 2, 377—420. 
place 3, 437—439, 448, 451. 
employé avec un attribut 4 ; voir 
Adjectif et Nom de Nombre, 
avec article 5 — 41; voir Article, 
infinitif employé comme substantif 69, 
257— 26|bi». 
substantif indéterminé 7.S. 
répétition du substantif 104. 
plusieurs substantifs comme sujet 189. 
collectifs; voir Collectifs, 
les substantifs verbaux remplacent 
l'infinitif substantivé 261bli. 



employé comme préposition 384, 411a, 

413. 

pas, point, mie deviennent des adver- 
bes négatifs 427—429. 
Substantification 

possible en français, grâce à l'article 11. 

de l'infinitif 257 — 261 "i». 
Substitution 

depronoms; voir Pronom personnel. 
Suédois (Le) 

met l'article défini après le substantif 10. 
Sujet 

emploi de l'article défini 19. 

emploi de l'article partitif 36. 

pronom sujet 59 — 67, 95. 

précédé de de ou de entre 266, 390. 
Suisse (La) 

garde septante et nonante. 
Superlatif 

superlatif relatif remplacé par le com- 
paratif 24. 

il prend l'article 24. 

mode dans la relative après le super- 
latif 230. 
Supinum 

remplacé par d'autres constructions 

255. 
Sylvius 

veut que le part, passé s'accorde toujours 

avec son complément 290. 

a essayé de définir l'emploi du passé 

indéfini 312 Rem. 2. 

Temps 298—319. 

exprimé par une adverbiale 235, 346 — 
353. 

par le participe présent et le gérondif 

278. 

par un ablatif ou par des prépo- 
sitions 383. 

par contre et vers 3S6, 398 II, 398W». 

par per et par 392 II. 
passage du sens de simultanéité an 
sens adversatif : cependant et tandis que 
336 et Rem., 348. 

au sens causal: puis que 352, cum 

et quando 354, dis que 356. 

du sens de manière à celui de temps: 

ainsi que 348, 353. 

de l'idée de but au sens temporel: 

pour 393 II le. 

du sens local au sens temporel: ad. 

pris, après, sous 399j, 415, 416, 

avant et devant 418. 
changement de temps: voluerat " 
volebat: cantavero =• cantabo: can- 
tassem = cantarem: cantare habe- 
bam se rapporte au présent 252. 



TABLE ANALYTIQUE 



369 



Vauqelas 

blâme l'emploi de l'article devant 
Aristote et Plutarque 14 Rem. (p. -iSS). 
veut qu'on place l'article devant les 
superlatifs 24 Rem. 1. 
demande l'article dans c'est une chose 
glorieuse 4U^ Rem. 
écrit le cœur et la bouche ouverte ih. 
ne voit pas clair dans l'évolution de 
tout 47 Rem. 

écrit demi-heure, nu-jambes, mesme(s) 
47bis. 

donne six-vints 52. 
écrit vingt et un an et vingt et un 
chevaux ûO. 

veut qu'on dise chapitre neufvlesme, 
Henry quatriesme ôl. 
donne des règles pour l'emploi du 
pronom sujet 61. 

condamne quiconque veut vivre en 
homme de bien, il doit 6:ia 
demande la répétition du pronom sujet 
après car et mais 63e. 
admet je la suis (scil. malade) 72 
Rem. 

blâme l'omission des pronoms com- 
pléments 74 et 75. 
déclare que soy ne se rapporte pas 
au pluriel 77 Rem. 1. 
blâme l'emploi de y pour lui 78. 
rejette un mien frère 80 Rem. 
constate l'emploi de ce devant être 94. 
condamne ce dit-on 96. 
n'approuve pas en vostre absence et 
de Madame vostre mère 104. 
condamne le voilà qu'il vient lllbis. 
déclare que qui prépositionnel ne se 
rapporte pas aux choses 114. 
donne la règle actuelle du pronom 
relatif quoi 1 IBg. 

admet lequel pour éviter une équivo- 
que 123a. 

distingue l'emploi de dont de celui de 
d'où 124. 

rejette vers où comme néologisme 127. 
blâme l'emploi de que = dont 129. 
déclare quantes fois vieilli 134 Rem. 
n'approuve pas qui . . . qui 135 Rem. 1. 
dit que comme quoi est très usité 136 
Rem. 1. 

condamne quel . . . que pour quelque . . . 
que 145. 

déclare que quelque = environ est 
invariable 145. 

penche pour quelque chose pronom 
neutre 145. 

admet je ne vois personne si heureuse 
146. 

SNEYDERS DE VOOEL, Syntaxe historique. 



donne je me souviens et // me sou- 
vient 180 Rem. 

prescrit ce n'est pas moy qui l'ay 
fait 1873 Rem. 

met le verbe au pluriel après la plupart 
188. 

déclare: une infinité de personnes 
régit le pluriel ISS. 
déclare que croître et tarder sont des 
verbes neutres 195 Rem. 1. 
admet ayant embrassé et donné la 
bénédiction à son fils 199 Rem. 1. 
préfère les ennemis qu'il sçavoit avoir 
passé la rivière à qu'il sçavoit qui 
avoient passé 275. 
prescrit des femmes buvans de la 
limonade 280. 

distingue les soldats étant et étans 
sur le point 280. 

écrit ma sœur est allé visiter ma 
mère 286 Rem. 

donne une longue remarque sur l'accord 
du part, passé 291. 
ne parle pas des passés défini et 
indéfini 312 Rem. 2. 
exige la répétition de ni 329. 
regrette la perte de ainz 335. 
blâme l'emploi fréquent de tandis que 
348. 

déclare que avant que et devant que 
sont tous deux bons 350. 
trouve parce que plus doux que pour 
ce que 356. 

condamne comme ainsi soit que 357. 
proscrit mais que = quand 360 Rem. 2. 
trouve si que encore plus barbare que 
de mode que 373. 

trouve de façon que et de manière 
que des conjonctions peu élégantes 373. 
voudrait s'abstenir d'employer trop 
'. . . pour que 373. 

déclare: tel veut que après soy, et 
non pas comme 374''is. 
condamne la piété des enfants vers le 
père 398bis. 

déclare que devers est vieilli 398b's. 
désapprouve chez un conteur 413. 
proscrit l'emploi prépositionnel de de- 
dans et dessous 416, 417. 
condamne la position du sujet dans 
et fut son avis d'autant mieux reçu 437. 
désapprouve je le vous promets et 
vous le vous figurez 443 Rem. 1. 
déclare: il faut dire menez-y moi; il 
préfère menez-nous là 443é. 
condamne il en y a 443*. 
place devant le substantif les adjectifs 
bon, beau, mauvais, grand, petit 449. 

24 



370 



TABLE ANALYTIQUE 



déclare que pour la place de l'adjectif 
l'oreille doit décider seule 449. 
déclare qu'il faut éviter les équivoques 
452. 
Verbes 

suivis d'un génitif :!78 III. 

d'un datif M79 Rem. 

d'un accusatif 3K0. 

d'une préposition 194. 
hésitation entre verbes transitifs et 
intransilifs 192 — 194. 
place du verbe 4M6 — 4:î9. 
Verbes affectifs 

peuvent prendre un complément direct 
197. 

mode après les verbes affectifs 218, 
220rf. 

suivis de l'A. c. I. ou de quod 269, 
•■Ui. ;t54 Rem. 1. 

ne ou ut après les verbes de crainte 
:!42. 

de ce que après les verbes affectifs 344. 
Verbes auxiliaires 

se mettent à la seconde place de la 
phrase tiO, 436. 

le pronom complément se mettait 
devant l'auxiliaire 440. 444 
verbes auxiliaires de mode 

fonction de ces verbes 200. 

debere et posse en latin 204, 

2041)13, 209, 226. 

devoir pour le subjonctif dubitatif 

2052. 222, 224. 

pour d'autres subjonctifs 206. 

pouvoir pour l'optatif 20.53, 227. 
verbes auxiliaires de temps 

les verbes habere et esse (tenere 

en esp. et en port) forment avec le 

part, passé les temps composés du 

passé 30G— .'iOS. 

en catalan, et parfois en provençal. 

aller suivi d'un infinitif sert à 

exprimer le passé :!i)7 Kern. '■'>. 

place de l'auxiliaire par rapport au 

part, passé 309a. 437. 

auxiliaire des verbes neutres et pro- 
nominaux 107, 168. 109, 170, 174. 

la langue populaire préfère avoir 

174. 

non-emploi de avoir après un verbe 

conjugué avec être 199 Rem. 2, 

309*. 

le participe passé conjugué avec Mre 

886. 

le participe passé conjugué avec 

avoir 287—296. 

aller et être suivis du gérondif et 

du part, présent 299. 



vouloir et souloir exprimant une 

habitude 299. 

faillir, penser, devoir dans le sens 

de .être sur le point de" 299. 
verbes auxiliaires du passif 

esse en latin 155. 

dans les langues romanes 156. 

venire, andare, s'en aller, devenir, 

tourner l.'jt; notes 2 et 3. 
Verbes déclaratifs 

emploi du mode après les verbes 
déclaratifs 210. 

emploi de l'A. c. I. 269. 273, 276, 
276, 277. 

introduction des conjonctions quod, 
quia, quoniam 271, 342. 
que et comment dans la substantive 
348. 

ce que 344. 
Verbes de doute 215. 
Verbes de négation 
mode 215. 

disparition de nolo. nescio, nequeo 
42 1^, 433d. 
Verbes de perception 

construits avec un accusatif et participe 
ou avec un accusatif et infinitif 270,, 
273. 

influence de ces verbes sur la con- 
stniction des verbes déclaratifs 277. 
Verbes déponents 
sens primitif 154 
disparition 157. 
Verbes de volonté 
mode 214. 217. 
suivis de l'A. c. I. 269. 342. 
suivis de ut 342. 

suivis d'une subordonnée au lieu d'un 
infinitif 216. 
Verbes factitifs 

Jupiter pluit 176, 177. 
plusieurs verbes prennent un sens 
factitif 195. 
Verbes neutres 

exprimés en latin par la forme passive 
1543, 158, 159. 

par la forme pronominale 154^, 158, 

160. 161, 163. 164, 171—174. 

par la forme active 158, 159, 160, 

I60t>''. 162. 164 
construits avec esse avec participe 
passé 167. 

avec avoir ou être avec ou sans pronom 
168, 170, 307. 
Verbes pronominaux 

en latin: avec sens neutre 1543,15s. 159. 

le pronom s'introduit devant plusi^fs 

verbes 160. 



TABLE ANALYTIQUE 



371 



avec sens passif 160bis. 
en français: avec sens passif leob's, 

166. 

avec sens neutre 163, 164. 

accompagnés d'un datif étliique 165. 

avec les auxiliaires avoir et être 

168. 

origine des constructions du parfait 

169, 170. 

hésitation entre la forme avec et 

sans pronom 171 — 174. 
se faire fiers 46j. 
Verbes unipersonnels 

sans sujet; avec il, et, ça 62 et Rem. 
2 et 3. 

il pléonastique 6'ic. 
verbes exprimant un phénomène at- 
mosphérique 176. 

avec complément à l'accusatif ou à 
l'ablatif 176. 

employés avec un sujet 17''. 
le passif des verbes neutres 178. 



pudet, decet, accedil: plusieurs 

constructions 179. 

mêmes groupes en français 180, 181. 

convient, merir, est, estuet 182. 

il faut 188. 

il fait 184, 

// y a p. 388. 

verbes accompagnés d'un accusatif 

186. 

suivis d'une proposition infinitive 269. 

le part, passé reste invariable 295. 

VlLLEHARDOUlN 

connaît lequel relatif 121. 

n'emploie pas lequel interrogatif 140. 
Volonté 

subjonctif et indicatif après les verbes 

de volonté 217, 220c. 
Voltaire 

écrit quatre vingts et un 56. 
Vraisemblance 

mode après les expressions de vrai- 
semblance 220a. 



TABLE DES MOTS 



{Les chiffres renvoient 



aux paragraphes) 



" (esp.) 3, 435 Rem 

a (il y) 62, 426 11*, p 888 

à 262-265, 267, 268bls. ' 274 .jtq 

382d, 385, 386, 388. 400-402 
a argent comptant 262 

•181. 382*. 384, 405 
abdere 158. 
ab hoc 90, 4l8i>i». 
absque 384. 
ac 322. 

à cause de 392 Rem. 2. 
à cause de ce que 98. 
à cause que 3.'-)6. 



n. 1. 



370. 



accedere 179. 

accidere 371 Rem 

accingere 168. 

accoucher (s') 173. 

accourir 267bis. 

accoutumer 19:1. 

accusare 342. 

à celle fin que 370. 

à ce que 98, 353 Rem., 

à cette fin que 370. 

Achéron 15. 

à cheval 20. 

acoler 167. 

à condition que .360 

à cort 20. 

à côté de 391, 414. 

acquérir (s') 171 

'''',\\"»'''^267W., 379. 3816, 884. 
384WS, .399, ^00. 401 Rem.. 408, 

• deo 371. 

adiungere 168, 160. 
adulari 154. 
adversus 378bii, 379 
aequo anime 382. 
a espouron 20. 
afaire 68. 



884, 886. 



à faute de 412*. 

affiert 180. 

afier 264. 

afin de 263. 

afin que 340, 346, 370. 

a folie 20. 

agere .307. 

ail (prisier un) 427. 

aimant {amant) 262. 

a(/7i^ 287, 

aimer (amer) 262, 267. 

û//ii/ 149, 437, 



ainsi . . .ainsi 376. 

ainsi com 348, 374bit. 

û/ii/ que 190, 826, 853, 376 

""^J"'!','^ ''^' '""^'^»- 135 Rem 
•100, 416. 

ainz que 234, 350 

airain 18. 

a/"« . . . comme (que) 374bl» 

ajomer 177, 184. 

a/ (holl.) 367. 

à la réservation de ilib 

à la suite de 392 Rem. 2. 

a la terre 20. 

à rencontre (de) 386, 412*. 

à l'endroit de 4I9bls. 

à l'entour de 419bls. 

à l'exception de 412*. 

Alighieri (/) 14. 

à l'insu de 412*. 

aliquando p. 327 note. 

• liquis 141. 142, 143 

aliter 376. 

alius. 141. 876. 

allée 283. 

<^r (s'en) 69, 156, 164 171 \^^ 

174.196, 239. 267bl., 286 Rem.', 299' 
80, Rem. .3, 316, 438, 444 

aller à sauveté 20. 

alors que 348. 



TABLE DES MOTS 



373 



algues (auques) H-'i. 

als (holl.) 2:i8. 

aller, 141, 142. 

alterum sic o39. 

*alum 141. 

amabo 814, 315 

amando 256. 262, 278. 

amandum 262. 

amare 256, 262, 278. 

amare habeo (habeam. habui, habe- 

bam, haberem, habere, habens) 

:!15, 
amari 256 Rem 
amari habere :{15 
amatum esse 256 Rem. 
amatum iri 256 Rem., 315. 
amaturus 315. 
amaturus eram 314, 315. 
amaturus esse 256 Rem., 314, 315. 
amaturus essem 314. 
amaturus fui 315. 
amaturus sim 314, 315. 
amaveram 305, 308. 
amaverim 305, 308. 
amavero 305, 308. 
amavi 308. 

amavisse 256 Rem., 305, 308. 
amavissem 305, 308. 
ambulare 307. 
ambure 325 Rem. 
ambutrum 325 Rem. 
à même que 353, 374bis. 
âme qui vive 426 \d. 
à mesure que 374''is. 
amicior 154. 
amicus 379. 

à moins de 263, 360 Rem. 1, 376bis. 
à moins que 360 
amont 412a 
amour 17. 

anceis p. 243 note, 416. 
ançois que 234, 350. 
andare (ital.) 156. 
Anjou 15. 
ante 258b''s, 384. 
antea 416. 

antea quod 349, 350, 
antequam 233, 349. 
*anlius 332, 335, 411e, 416. 
*antius quod 350. 
anuitier 177, 184. 
aparmens que 353. 
à peine 285 Rem., 437,. 
apercevoir (s') 192. 
aperire 158. 
à pied (en pied) 20. 
à pierre fendre 446. 
i-iro 376bis Rem. 2. 



apparaître {s') 172. 

appeler 21. 

appert 180, 182. 

approbation 261''is. 

approcher i s') 173, 193. 

après 852, 412a, 415. 

après que 352. 

apud 384, 385, 401 Rem.. 413. 

ardoir à feu 20. 

arester (s') 168. 

argent 18. 

arguere 342. 

Aristote 14 Rem. (p. 387). 

armée 283. 

armer 196. 

armes (unes) 41. 

arrêter 217. 

arrière 412a. 

à sa façon 382. 

à seule fin 102. 

à seule fin que 370. 

à son corps défendant 68, 262, 446. 

aspirer 193. 

assez 43, 405(i. 

assiégé 283. 

assis facere 427. 

assister 194. 

at 332. 

atorner (s) 163. 

o tôt 385, 400/!. 

alque 322, 3746, 376, 376bis. 

atqui 332. 

à travers 392. 

attacher 69. 

attamen 332. 

attaquer {s') 173. "* 

attenant illd. 

attendre 217. 

attendu 283, 411c. 

attendu que 356 

attenter 193. 

au 389. 

au cas que 360. 

aucun 143, 145, 146, 147, 433a. 

aucunefois 143 Rem. 

aucunement 143 Rem. 

au-dedans de ill. 

au défaut de 4126. 

au desçu de 4126. 

au devant de i\S Rem. 2. 

audio (bene, maie) 160bis. 

au lieu que 360. 

au moyen de 392 Rem. 2. 

auparavant 418 Rem. 2. 

auparavant que 350. 

auprès de 409, 4126. 419bis. 

auques. voir alques. 

auri faber 451. 



374 



TABLE DES MOTS 



au si m 20'ib. 

aussi 339. 

aussi bien que 'M6. 

aussi . . . comme (que) 374t)U. 

aussitôt 285 Rem. 

aussitôt que 353. 

aut 337. 

autant . . . autant 375. 

autant . . . comme 374'>ls. 

autem 336. 

autre 142, 40^. 

autre chose 141, 142. 

autrui 142. 

aux autours de 412A. 

aux environs de 4I9'>ls. 

aval 412a. 

avant 335 Rem., 412a, 416, 418. 

avant de 263. 

avant que 350, 41S Rem. 1. 

avea (à) (roum.) 307. 

avec 190, 326, 382, 385, 401, 412a, 

418«>1». 
avec ça 418l>is. 
avec (ce) que 98. 
avec courage 20, 382. 
avenir 260. 
avesprer 177, 184. 
avisé 283. 
avoir 168, 205;, 240j, 245. 259, 282, 

283, 287—297, 307—309, 316,423, 

436, p. 388. 
avoir courage 19. 
avoir cure 426 le. 
avoir du sujet 35. 
avoir en garde 20. 
avoir {la) force 19. 
avoir garde 426 le. 
avoir guerre 19. 
avoir honte 267. 
avoir l'habitude de 299. 
avoir lieu 35. 
avoir permission 19. 
avoir souci 35. 
avoir temps 19. 
avoir tort 35. 
avuec 90, voir avec. 

baigner (se) 173. 

baisier 167. 

balances {unes) 41. « 

baller 156, 178. 

Bar-sur-Aube 15. 

fiari^ivt 16. 

bat {ma) 166 Rem. 

bdUr 156. 

»;au 448. 449. 

beaucoup 33. 35. 406tf. 

beau-pire 448. 



éete n^e 46^. 

belle-fille 448. 

*?nc/i^ (ital.) 367 Rem. 

bene (ital.l 367 Rem. 

bene (habet) quod 367 Rem. 

benevolus 379. 

besaces {unes) 41. 

bfte comme chou IR. 

Bible Guiot 408 Rem. 1. 

bien 33, 43, 367. 

bien que 245, 367. 

bini 51. 

bis 51. 

blâmer 355. 

blanc comme neige 18. 

blessé 283. 

éows cflr^s 46^. 

bon 448, 449. 

bona mente 382. 

bonnement 382. 

éoni premiers 46^. 

bouche bée 13. 

*oug?r (ie) 172, 195. 

bougrement 43. 

Boulevard Saint Michel 408. 

bouton iprisier un) 427. 

Bretagne !.">. 

ériser (se) 173. 

frueno «u« (esp.) 367 Rem. 



fa 62 Rem. 3, 93, 100, 180. 

cadhuna 148. 

caedere leotM». 

canin 42. 

cannensis 42. 

capite maior 24 Rem. 2. 

car (quer) 68e, 205, 338, 367 Rem. 1. 

casa 411a, 413. 

casser (se) 173. 

casu 382. 

causa 384. 

ce (pronom substantif) 8 et Rem.. 68 

Rem. 1. 90, 93-100, 117. 119. 125, 

191, 251, 344. 
ce (cest) 89, 101, 102. 
ceci 100. 
cet. voir celui. 

cela 62 Rem I, p. 59 note. 100. 180. 
celui (celle) 101 — 108, 112. 
ce n'est pas que 355. 
cent 56. 

cependant 95 Rem., 336. 
ce que 116,. 117 Rem.. 137. 
ce qui 117 Rem., 137. 
certain 141. 
certes que 344. Rem. 
cescuns 148. 



TABLE DES MOTS 



375 



c'est à qui 135 Rem. 2. 
c'est pourquoi 339. 
c'est que 355. 
cestui, voir ce {cest). 
chacun (chascun) 148. 
chaduns 148. 
chagriner 182. 
chaloir 182. 
chanter (se) 166. 
chaque (chasque) 148. 
cAar 68. 

chausser (se) 168,. 
chausses {unes) 41. 
chemin faisant 446. 
cA^r 448. 
chesnin 42. 
cheval 5. 
c/i?z 385, 413. 
ÇA/?/ 68. 
choisir pour 21. 
cAos? 145, 433a. 
CArà< 16. 
Cl 101, 102, 103. 
c( (ital.) 78 Rem. 
ci-contre 386. 
ciel 16, 25. 
c/7 8, voir celui, 
cinquiesme {Sixte) 57. 
cinq vingts 52. 
circa 384. 
circiter 384. 
circum 384. 
cis 384. 
citra 384. 
clam 384. 
clers luisons 46^. 
cliner leSj, 193. 
cludere 159. 
ço, voir ce. 
cognoveram 306. 
cognovi 306. 
colp 51 Rem. 
commander (se) 168, 216. 
combien 132bis, 134, 347. 
combien grand 132'>is. 
combien que 130, 365. 
com (come, comme) 132, 190, 235, 237, 
326, 340, 343, 347, 355, 357, 374bis. 
comme ainsi soit que 237, 357. 
commencer 267, 392 Rem. 2. 
comment 343, 347. 
comment . . . que 365. 
comme quoi 136 Rem. I. 
comme si 251, 374'>is. 
como 346. 

compagnon [choisir pour) 21. 
compiles 16, 
compris 283. 



compter (se) 166. 

concernant 41 Id. 

condescendre 171. 

conferre 159. 

confirmare 159. 

conglufinare 159. 

congratuler 194. 

congregare 154, 158. 

conoistre 264. 

consentir 193. 

considéré il le. 

considéré que 356. 

consolare 157. 

constat 179, 181, 270. 

consie 181. 

contingere 371 Rem. 1. 

continuer 267. 

contra 258bis, 376, 378bis, 384, 386. 

contraindre 267. 

contrarier 194. 

contre 378bis, 386, 888d, 

contremont 412a. 

contre raison 20. 

contredire 194. 

convenit 182. 

convenir 178, 182, 183. 

coquere 159. 

coram 384. 

co« rfs chevalier 68. 

coucher 26 Ibis. 

co«nr 174, 198. 

court 448. 

couste 181. 

craindre 217 et Rem., 275, 426 lia. 

crte/n « tremblur 25. 

cner 192. 193. 196. 

croire 193, 217, 260. 

cro«r« 195. 

cruel 448. 

cui 110, 135. 

cui 22, 110, lllbis. 

cum (conj.) 235. 236, 244, 346, 347, 

352, 354, 361*. 
cum (prép.) 382, 384, 385, 418bis. 
cum primum 352. 
-cumque 150 Rem. 
cum . . . tum 322. 
cupio 269, 342. 



d'abord que 353. 
dans 388, 412a, 417. 
danser 156, 178. 
Dante (le) 14. 
d'après 409, 415. 
d'autant que 356. 
d'autant plus que 375. 
d'autres 142. 



376 



TABLE DES MOTS 



de 124, 278, 376bli, 882*, 384, 384bi», 

403. 404. 
de 27-37. 100, 251,262, 268,264, 26.i, 

266, 267, 268bis, 376bls, 378bis 382, 

388rf. 405-409, 412— 419''». 
de (esp.) 376bis Rem. 1. 
debere 179, 204, 2041'l», 209, 226, 

258. 
deçà 41 2a. 

decem et novem 53. 
decem et octo 53. 
de ce que 98, 344, 355, 357 Rem. 2, 

406a. 
decet 179, 181. 
de cette façon 382. 
de ci a tant que 351 Rem. 2. 
décider 178, 217. 
de ci la que 351 Rem. 2. 
de ci que 351 Rem. 2. 
de ctt (roum.) 376'>'» Rem. 1. 
déclarer 21. 

dedans 38S, 412a, 417. 
dedecet 179. 
dedenz voir dedans. 
SeSoûXsvxx 304bls Rem. 1. 
déduire 167. 
de façon à 263. 
de façon que 373. 
dégeler 177. 
dehors 412a, 413. 
deintus 412a, 417. 
déjeuner (se) 171, 174. 
delà 412a 
delez 409. 

délibérer (se) 171, 178. 
délivrer 162. 
demanderais 206. 
de manière à 263. 
de même que 190, 326. 
dementre (prov.) 346. 
dementres 346. 
dementres que 348. 
demi 46,, 47bls. 
demi-douzaine 47bl». 
demi-heurt 47bis. 
i/f moJf 9Uf 373. 
démordre 193. 
demorer 178. 
dénaturer 260. 
denier (prisier un) 427. 
ijfns (u/i») 41. 
de/i2, voir dani. 
de /»eur ^u* 370. 
déplaire 180. 

depuis 268, 412a, 416, 426 II». 
depuis (despuis) que 352. 
de 4U0( 857 Rem. 2. 
*deretro 412a. 



dernier 43. 

déroger 178, 193. 

derrière 41 2a. 

descendre 195, 198, 267WJ. 

desidere 160. 

d^S/rer 206, 216. 

dés lors que 353. 

de son vivant 259, 262. 

désormais que 353. 

dès fue 352, 356. 

desservir 182. 

dessous (desuz) 416. 417. 

dessus 417. 

*deut)i 124 et Rem. 

•deunde 12» et Rem.. 

•de + usque + quod 351. 

devant 409, 412a, 416, 418. 

devant que 350, 418 Rem. 1. 

devenir 21, 81, 136. 156. 

devers 378b;s. 398, 398bis, 412a. ' 

devoir 206, 222. 239, 240^. 245. 29» 

et Rem. 1. 316. 
di (ital.l 376bi5 Rem. 1. 
diabU 16, 451. 
diablement 43. 
dicere 64, 160Ws. 
DUu 16, 451. 
difficilis 255. 
dignare 157. 
digne 448. 
dimanche 16. 
diminuere 159. 
dtner 260, 261bis. 
dire 81, 178. 268 Rem. 2. 
disiesme (moi) 57. 
disparaître (se) 171, 172. 
dissimulé 283. 
diurne 42. 
divin 448. 

dixiesme janvier 57. 
doWe 51 Rem. 
doctior 43. 
doctissimus 43. 
dolere 197. 
domi 413. 
donc (donques) 339. 
donde (esp ) 124 Rem. 
donec 233, 235, 346, 347, 349. 
doner response 40j. 
dont (relatifl p. 49 note 2. 110, 124— 

125, 357 Rem. 2. 
dont (interrogatii) 132, 133 
dormir (se) 164, 196. 
double 51. 
douloir 180. 
douur 264. 
dove (iUl.) 124 Rem. 
droU à droU 412». 



TABLE DES MOTS 



377 



Du Bartas (les œuvres de) 33. 

dubitare 157, 270, 342. 

dubium 270. 

ducere 427. 

duel 17. 

du m 233, 23.5, 238rf, 239, 339, 346, 

347, 349. 
'duminterim 346, 348. 
dummodo 238rf, 239. 
duodeviginti 53. 
durant 392 11, illd. 
durs cuits 46,. 
du tout 429. 



ea ratione 371. 

ecce 78 Rem., 89, 92, 93. 

échapper 193. 

éclater (s') 172. 

ecquis 132. 

écrier (s') 193. 

écrire 178. 

écrit 287. 

IJoi/AfiJ'* 304t>is Rem. 1. 

edrer 259. ^ 

effroyablement 43. 

ego 58, 59. 

egomet 88. 

el (pronom indéfini) 141. 

el (pronom personnel), 62 Rem. 2, 93. 

élire 21. 

éloigner (s') 172, 173. 

emé (prov.) 326 Rem. 

emere 306. 

empereur Alexandre (/') 14, 451. 

emprés 419bis. 

en (adv.) 766, 78, 344. 

en (prép.) 378bis, SST-aSgbis, 417. 

en cas que 360. 

en ce que 98, 355. 

en ciel 20. 

encliner 193. 

encontre 386, 412a 

encore 367, 4372. 

encore que 245. 

encore si 363. 

en dehors de 413. 

endementresque (endementiers que) 235, 

348. 
endroit 412a, 419bis. 
endurance 26 Ibis. 
en es le pas que 353. 
en français 20. 
enfuir (s') 171. 
enim 338. 
enimvero 332. 
en lieu saint 4O3. 
enmi 47bis^ 412a, 419. 



enne {ennement, ennevoire) 439 Rem. 2. 

ennuyer 180. 

énormément 43. 

en outre 397 Rim. 

en outre de 397 Rem. 

en personne 08. 

en pied 20. 

en présence de 4126. 

en quant que 348. 

enseigner 193. 

ensemble 412a. 

ensemble od 385. 

en silence 382. 

en sorte que 373. 

en telle manière que 373. 

entendre {s') 178, 264, 273, 444. 

entier 149. 

entour 419bis. 

entour de 412*. 

en tout cas 336 Rem. 3. 

entre 326 Rem. 2. 388c, 390. 

entre autres, 142. 

^«tr^ï 283. 

entrer 195, 198. 

entrues que 348. 

gweri 378bis, 388rf, 398— 398bls. 

environ 419bis. 

enz 417. 

eo 339, 375. 

eo modo 371. 382. 

eo . . . quo 375. 

eo . . . quod 354. 

erga 378bis, 379, 384, 386. 

ergo 339. 

erramment que 353. 

erre 51 Rem. 

es 88, 389. 

esclairer 194. 

escondlre 264. 

esmouvoir (s') 163. 

esse 155, 156, 167, 179, 258, 258bis, 

269, 306, 307, 308, 436. 
est (si besoin) 62. 
est-ce- que 94, 439. 
este 91. 

estuet 182, 183. 
et 53, 322, 323, 324, 327. 
et 63e, 322—326, 327 — 330, 337, 

434. 
été 16. 
etenlm 338. 
etiam 322. 
etiamsi 244, 3616. 
être 21, 81, 93—95, 100, 136, 167, 

168, 174, 182. 191, 205,, 24O3, 245, 

259, 276, 282, 286, 299. 307. 423. 

434,. 
être en train de 299. 



378 



TABLE DES MOTS 



être occupé à 299. 

etsi 244, 361*. 

évader 172. 

evanescere 307. 

evesque iestre estas a) 21. 

éviter 426 lia. 

ex (e) 27S, 381, 384, 405, 413. 

excepté 283, 41 If. 

exercer! 154. 

expedit 179. 

extingui (se) 160. 

extra 384, 413. 

extrêmement 43. 



fabulare 157. 
facere 270, 427. 
fâcher 180. 
facilis 255. 
faillir 183. 299. 
faire 173 Rem., 259, 



272, 273,, 355, 



faire beau 184. 

faire châteaux en Espagne 34. 

faire clair 184. 

faire de l'état 35. 

faire du vent 184. 

faire jour 177, 184. 

faire (la) fealté 19. 

faire (la) justice 19. 

faire (/') amende honorable 19. 

faire noir 1S4. 

faire nuit 177, 184. 

faire mien 81. 

faire plaisir 19. 

faire serment 40,. 

faire soir 177, 184. 

faire tapisserie 19. 

faire tort 35. 

faire (se) fiers 46,. 

fait 68. 

fallere 188. 

falloir 62, 180, 183, 426 lia. 

fasse (grand bien vous) 62, 446. 

faute de 412*. 

favoriser 194. 

feindre 264. 

feis 51 Rem. 

félonie 17. 

/fndfs (Sf) 173. 

fer 18. 

ferinus 42. 

/<rrr<? 42. 

festu (prisier un) 427. 

fieri p. 101 note 8, 371 Rem. 1. 

fini 287 

finir 392 Rem. 2. 

fixer 267. 

ilocci facere 487. 



fondre (se) 173. 

foris 4Ila. 418. 

fors (ce) que 251, 360. 

fors tant que 360. 

fort 43. ■ 

fortasse 204i/; 

(orfe 204d. 

foute (une) 33, 188. 

fournir 194. 

fraîches écloses, tuées 46,. 

fraisnin 42. 

France 1 5. 

frapper 156. 

furieusement 43. 

funxit 157. 

/us(7 en/rs tes jambes 13. 

fusserais 240 Rem. 

galticus 42. 

garder (s?) 172, 426 lia. 

gaudere 179. 

gelât 176. 

g^/er 177. 

g<rn«/ 448. 

gentilhomme 448. 

g^s/r (s?) 164. 

gié 59. 

g/e/iï 427. 

giugnere 169. 

GoWA? r'c y««n*> 14. 

goutte 427. 

grand 449. 

grandes ouvertes 46^. 

grandinat 176. 

gratia 384. 

grever 182. 

grimper 195, 198. 

guan/ (prisier un) 427. 

^u^rr 427, 428. 

guérir (s«) 178. 

Gu^/n (/a) 14. 

Aa*« (esp.) 307. 

habere 240,, 252, 258t>i«, 887, 302.306, 

807, 308. 315. 316, p. 388. 
hac 892. 
haine 17. 
haïr 196. 
hanter 194. 
haster 864. 
haud 421, 488,. 
haut 448. 
haute mer 448. 
hautes élevées 464. 
hebergier 167. 
hic 5S. 78 Rem., 88. S9. 
hinc p. 49 note 2. 
hoc 90, 9.S. 94. 



TABLE DES MOTS 



379 



hoc ille 424. 
homo 64, 150. 
hormis 283, iUc. 
hormis que 360. 
horribilis 255. 
horrible 448. 
hors de 409. 412*. 
horspris 411c. 
Hôtel-Dieu 408. 
huilante 52. 
huytuple 51 Rem. 

iam 367. 

ibi 78. 

icelui (icelle), voir celui. 

iço, voir ce. 

id II63. 

idem 88. 

idem . . . qui (atque) 374. 

ideo 339. 

igitur 399. 

ignorer 433 Rem. 

// 6!, 62 et Rem. 1, 63, 67, 93, 180. 

il non 423 Rem. 1. 

ille > //■ et il 144. 

ille, voir Pronom démonstratif. 

imminuere 159. 

impedire 342. 

impense doctus 43. 

imperare 270. 

importe (n', qu) 62, 223. 

impraeco = imprecor 157. 

in 258t)is, 278, 378bis, 379, 381*. 384, 

387. 387bis, 396. 
incommoder 194. 
incontinent 285 Rem. 
incontinent que 353. 
inde 29, 78. 
indignari 197. 
infandus 255. 
infra 384. 
ingredi 198. 
in hune modum 382. 
inspirer 193. 
insimulare 342. 
in ter 2582, 384, 390, 419. 
intérim 346. 
intra 384. 
iocare 157. 

ipse 7 et Rem., 58, 88. 
i p s i m u s 88. 
irasci 307. 

ire p. ICI note 2, 160a. 
is 58, 83, 88, 371. 
issi que 373. 
issir hors de prison 20. 
Ist 91. 
iste 88, 89, 91, 92. 



ta 371, 374. 
taque 339. 
tem 374. 
tur 152, 178. 
ubere 269» 270, 
ungere 159. 
ure 382. 
uvat 179, 181. 
iuxta 258bi«, 384. 



840. 



391. 



}a 367, 433*. 

jaçoit que 367. 

jamais 40^, 433*. 

janvier 16. 

je 59, 63rf. 

je non 423 Rem. 1. 

Jeu (le) de la Feuillée 451. 

jeune 448. 

Jius (li) Adam 408 Rem., 451. 

jo (jou) 59. 

joes {unes) 41. 

joie 1 7 . 

joignant 41 Id. 

joint 287. 

joliment 43. 

joste 391. 

jouer {se) 173, 196. 

Jour 16. 

jouste 391. 

jovente 68. 

juré 283. 

jusqu'à ce que 35 Id. 

jusqu'à tant que 351c. 

jusque 234. 

jusques {que) 351a. 

xuTi 148. 

là 100, 103, 106. 

laisser 272, 2783, 444. 

lamenter 197. 

lampes (les) Swan 451. 

La Rochelle 15. 

lasser 264, 267. 

latus 411a, 413. 

lavare 158. 

laver 162, 1682- 

le 24 Rem. 2, 76*. 

Le Havre 15. 

U long de 391, 412*, 414. 

Uquel 110, 120—123, 131, 132bis, 140. 

lequel que (qui) 365. 

leans 18. 

leur 71, 83. 

levari 160bis, 167, 169, 170, 307. 

lever (se) 160bis, 162, 167, 169, 170. 

171, 173, 174, 260. 
lèvres (unes) 41. 



380 



TABLE DES MOTS 



lez 4 la. 

li 69, 70. 

licet 179, 181, 203, 204, 244, 258. 381. 

ligneus 42. 

livrer bataille 4O2. 

loin que 360. 

Loire la. 

loisir 259. 

lolst 181. 

long (lonc) 391, 4116, 414, 448. 

longtemps 299. 

lorsque 346, 348, 353. 

louer 216. 

luctare 157. 

lues que 353. 

lugere 197. 

lui 61, 63d, ti\ 70, 77. 

lunae diem 451. 

lundi 451. 

lupin 42. 

luxure 17 

m<j 79. 

magis 326 Rem. 1, 332, 333, 335. 3766. 

magis doctus 43. 

maintenant 149. 

maintenant que 3."):l. 

mais 60, Me. 333—334, 4336. 

mais (prov.) 33'! Rem. 

mais que 360. 

maiire 448. 

mattre-queux 448. 

maîtresse femme 448. 

ma/ 44 s. 

mate mort 448. 

malgré 336 Rem. 3. 

malgré que 367 et Rem. 

Malibran {la) 14. 

malim 203. 

malle 269, 342. 

mallem 203. 

m'amie 79. 

mamours 79. 

mânes imanois) que 358. 

manger 259. 

manger pain {de pain, du palnl 30. 

manquer 180, 267. 

marcher 174, 192. 

mardi 4.M. 

maritime 42. 

martis diem 451. 

mds (/a ciuddd màs popalosa) 24, 

Rem. 1. 
ma(m 16. 
mauvais 449. 
melior 24. 
membres 68. 
m<m« (mimes) 22, 40j, 47W», 88. 



m^mf {melsme) si 245, 363. 

mentire 157. 

menus hachés ^6^. 

mercari 154. 

mercier 355. 

mercredi 451. 

mercu rii diem 451. 

OT^r* 448. 

m^r/r 1S2. 

*metipsimus 88. 

mettre en péril 20. 

mettre fin 19. 

metuere 270. 

meus 79. 

mi 4 7t>is. 

mica 427. 

mW 16. 

mie 405d, 427, 428. 

mien 80, 81, 82. 

m// (miUe) 54. 

mille 54. 

millia 54. 

milUard 55. 

milliasse 55. 

m/Hter 405rf. 

million 55. 

minuere 159. 

minuire 159. 

minus 3766. 

OT«s 287. 

miscere 159. 

mischiare 159. 

miseret 179. 

modo 238d, 239. 

moi 61, 63(f, 69. 

moins 24. 

mo/ns . . . moins 375. 

mon 79. 

monter 195. 198. 

moquer 192. 

mori 307. 

mor ft mo< 324. 

moult 43. 

mourfr 161, 174, 195. 196. 3o7. 

mouvoir 162, 167. 

movere 154, 158, I«0. leobis 

moyennant iXïd. 

mundare (se) lOObi». 

nam 338. 

namque 388. 

Napoléon (le gramlj 14. 

narines (unes) 41. 

nascere 157. 

nasci 154, 307. 

naturellement 200. 

nauci facerc 427. 

ne 808, Ua, 368, 481, 422, 433c 



TABLE DES MOTS 



381, 



— ife i-i'J. 

ne 14(5. -217 Rem., 423, 424— 426, 430, 

431. 
ne (conj.). voir ni. 
ne (itâl.) 78 Rem., p. 50 note 1. 
néanmoins {nient moins) 336. 
nec 322, 32.S et Rem., 330 Rem., 421, 

4-22. 
necessarius 3796. 
nec + ipse 330 Rem., 422,, 432. 
necnon 322. 
negotiari 1.54. 
neient, voir nient, 
neiger 17 7. 

nels (nés) 330 Rem., 432. 
neis si 363. 
ne Je 423 Rem. 1. 
nemais (que) 333 Rem. 
nemo 146, 421, 431, 433fl. 
nen. voir ne. 

nen il {ne il, nenni) 61 Rem. 2, 423 
Rem 1, 424 
neporquant 33B Rem. 1. 
neporuec 336 Rem. 1. 
ne que. voir nec. 
ne . . . que 300. 
nequeo 421, 433rf. 
ne . . . quidem 421. 
nés. voir nels. 
nescire 421, 433d. 
nescius 371 Rem. 2. 
nesuns. 14(! Rem. 
neuls 146 Rem. 
neve 323. 
nez en l'air 13. 
ni (ne) 328 Rem.. 328b<s-330, 337, 

433c, 434. 
ni . . . aussi 423 Rem. 2. 
nient (neient) 147, 433a. 
nihil 146. 147, 421, 433a. 
nihilominus 336. 
nisi 358, 360, 433c. 
nocere 158. 
nocturne 42. 
Noël 16. 

Nogent-sur-Seine 15. 
nolim 2083. 

noile 258,. 269, 342, 421, 433(<. 
nollem 2083. 
nom 68. 
nommer 21. 

non 421, 422, 424, 430. 
non 423. 

nonchalant 423, 442 Rem. 
nonchaloir 423. 
non-emploi 423. 
non ille 424. 
non moi 61 Rem. 2. 



nonante 52. 

nonne 439. 

nonobstant 336 Rem. 3, 411d, 423. 

non plus 423 Rem. 2. 

nonque 4336. 

non que 355, 423. 

nonsens 423, 442 Rem. 

non seulement 423. 

nos 58. 

nos 59, 61, p. 36 note 2. 

noster 79, 80. 

nôtre 80. 

nous 61, 65, 66. 

nouveau-née i6^. 

nouveaux-venus 46^. 

nouvelle mariée, convertie 464. 

nu 47bis. 

nuire 193. 

nuit 16. 

nu-Jambes 47bis. 

nul 146, 432, 433a. 

nulle part 4336. 

nuUus 146, 421, 432. 

num 439. 

numquam 421. 4223. 433*. 

nu-pieds 47bis. 

nusquam 421, 4336. 

o (conj.), voir ou. 
0, od (prép.) 326, 385, 400A. 
o (pronom) 90. 
ob 3826, 384, 393. 
obéir 192, 193. 
! obire 198. 
obitus est 157, 307. 
obliger 267. 
obstant 411d. 
obstiner 193. 
octante 52. 
octuple 51 Rem. 
od, voir o. 
od <o< 385. 
œuf 5. 

»7 61 Rem. 2, 90, 424. 
Je 61 Rem. 2, 90. 
olere 196. 
olifant (un) 41a. 
omnis 149. 

omul < homo ille (roumain) 10. 
on (l'on) p. 40 note 1, p. 41 note 1, 

64, 65, 150, 166 Rem. 
on (provençal) 124 Rem. 
onques 4336. 
ont (on) 124. 

oportere 179, 182, 204a, 258. 
optimus 24. 
or (adv.) 205. 
or (subst.) 18. 



382 



TABLE DES MOTS 



■or 154, 155, 157, 158, 15!), 167. 

ore 51 Rem. 

oré 42. 

orfèvre 451. 

orie 42. 

oro (un) (esp ) 41 Rem. 

oser 206, 426 \e. 

osté illc. 

Un 343. 

o tu 61 Rem. 2, 90. 

ou (o) 328, 337, 434,. 

ou = en le 389. 

où p. 49 note 2, 110, 126—127, 133. 

pu bien 337. 

oui, voir o //. 

où que 130, 245, 348, 353. 

outre 397. 

oa/re çue 360, 397 Rem. 

ouvrir (s') 166. 

ovin 42. 

paenitet 179, 180. 

pâlir 283. 

Pâques 16. 

par :J74*. 376bis. 

par 43, 100, 263, 2783, 339, 382, 388rf, 

392. 393 \\\d. 
para (esp.) 393 Rem. 
irapi 376bis Rem. 2. 
par accident 4O3. 
paraître 21, 95, 283. 
paravant 412a. 
por «/a m^me ^«e 356. 
parce que 98. 237, 346, 356, 357 et 

Rem. 2. 393 lllrf. 
par ci 392 I. 
parcourir 198. 
par devant 418 Rem. 2. 
par devers 3981'is. 
pardieu 392 Rem. 1. 
pardonner 192, 193. 
par fau 20. 
par enchantement 20. 
par faute de 412*. 
par hasard 382. 
Par/.? 15. 

par /a 100, 339, 392 I. 
par le moyen de 392 Rem. 2. 
parler 69. 156, 178. 
par malheur 40j. 
parm/ 47bis, 388f, 4i2a, 419. 
Parnasse 15. 

parquai 339, 357 Rem. 2. 
par suite de 392 Rem. 2. 
partant 339. 
par Wrre 20. 
part/r 193. 
parlire 157. 



partir! 307. 

pas 33, 251, 405rf, 427-430, 434 

pas du tout 429. 

pas non plus 423 Rem. 2. 

pass^ 283, 411c. 

pat! 269. 

Patti (la) H. 

pauvre 448. 

pedrin 42. 

pendant 392 II, 411rf. 

pendant que 348. 

pênes 384. 

pensée 17. 

penser(sé) 69, 165, 171, 194 Rem , 264, 
270, 299, 378bl». 

per 258bU, 384, 392, 393 Rem. 

perdere 160bis. 

perdre (le) courage 19. 

père 451. 

père et mère 25. 

perire 160bis. 

per litteras 382, 392 III. 

permettre 217. 

per que (prov.) 339 Rem. 2. 

perrin 42. 

personne 68, 145, 146, 147, 433a. 

persuadere 158. 

pert 18J. 

per vim 382. 

peser 182. 

petere 270. 

petit 449. 

petit et petit 324. 

peu 33, 143, 405rf. 

peur que 370. 

peut-être 200, 201, 437,. 

piget 179. 

pili facere 427. 

più ilo studio (il) pià penoso) 24 Rem. 1. 

place (la) Maubert 451. 

plaindre (se) 197. 

plangere 197. 

Plautiniis 42. 

pUin 448. 

pleurer 197. 

pleuvoir 177. 

plorare 197. 

pluit 176. 

plumes (les) Saint-Pierre 451. 

plupart (la) 33, 188. 

plus 24. 43. 

plus 24, 43. 

plus . . . plus 375. 

plus souvent 434 Rem. 2. 

Plutarque 14 Rem. (p. 388). 

point 33, 405</, 427—429. 434. 

pone 384. 

por (esp.) 393 Rem. 



TABLE DES MOTS 



383 



por ço que. voir pour ce que. 

por covant que 360. 

por mas que (esp.) 833 Rem. 

poro. voir poruec. 

por o que 356. 

parquant 336 Rem. 1. 

por que, voir pour que. 

oor tant que 235, 239, 348, 356. 

oortant si 363. 

porter profit 34. 

poruec (poro) 90, 339, 442 Rem. 

poruec que V39. 

por un petit que 344 Rem. 

posé que 360. 

posse 204, 204bis, 226, 258, 258bis. 

postea quod 352. 

post 352, 384. 

*postius 411?, 416. 

*postius quod 352. 

postquam (posteaquam) 352. 

pour 263, 267bis, 339. 356, 366, 378bis, 

3K8d, 393, 400g. 
pour cela (por ce, pur ço) 339 et Rem. 1. 
pour (ce) que 98, 239, 356, 357 Rem. 2, 

360, 370, 393 \\\d. 
pour cette raison 339. 
pour de rire 267. 
pour peu que 360, 366 Rem. 
pour . . . que 245, 340, 366, 367bis 

374, 393 \\\g. 
pourquoi (pur quel) 136, 339 Rem. 1, 

357 Rem 2. 
pourtant 336, 339. 
pour si 366. 
pourvu que 239, 360. 
pouvoir 200, 20.5, 206, 220, 222, 239, 

426, 433d. 
prae 382*, 384, 396. ' 
praccedere 198. 
praeter 2J8„ 384. 
praeterfluere 198. 
precare 157. 
premere 415. 
premier 57. 
premier que 350. 
prendre courage 35. 
prendre garde 267. 426 lia. 
près 4Uc, 414, 415. 
prés de 391, 400a, 409, 412*, 415. 
présent (doner a) 21. 
présent (adj., prép.) 411*, 414. 
presque 116 Rem. 
pressum 415. 
prétendre 193. 
prêter serment M^- 
prévenir 198. 
prier 216, 264. 
primes que 234, 350. 



printemps 16. 

prisier un festu 427. 

priusquam 233, 349, 350. 

pro 90, 278, 378bis, 379, 393. 

procéder 178. 

proche (de) 411*, 412*, 414. 

profiter 193. 

promener 173. 

promissum 306. 

prope 384. 

propre 84. 

propter 382*, 384, 393 11. 

prou 43. 

Provence (la) 15 Rem. 

pudet 179, 181. 

puis 326 Rem. 3, 416. 

puis que 352, 356, 357. 

pure livresque (une suffisance) M),. 

putare 160. 

qua de causa 339. 

quadruple 51. 

quadruplex 51. 

quai (le) Henri IV 451. 

qualis 120, 132, 132bis, 139 i. 

qualiscumque 130. 

qualisqualis 130. 

qualiter 136 Rem. 1, 342, 343. 

qua m 376, 376bis. 

quamdiu 346, 347. 

quamlibet 361. 

quamobrem 339. 

quamquam 244, 361. 

quamvis -44, 361. 

quand (quant) 235, 239, 310, 347, 

347bis, 3,55, H57_ 363, 367. 
quand (bien) même 245, 363,, 367. 
quandiu que (prov.) p. 155 note, 
quando 235, 239, 340, 346, .347, .352, 

354, 355. 
quandoquidem 354. 
quanques 348. 

quant (interrogatif) 132bis_ 134 et Rem. 
quantesfois 134 Rem. 
quantième 132bis, 139 VI. 
quant que 348. 
quant . . . que 365. 
quantus 132, 132bi9, 139 II. 
quare .338, 339. 
quart (soi) 57. 
quasi 374, 374bis. 
quatre vingts 52. 
quatre-vingt-dix 52. 
quatriesme octobre 57. 
-que 322. 
que (conj.) 60, 205, 239, 243, 245, 249, 

251, 338 Rem., 340, 343, 344, 345, 

346, 352, 353, 355, 356, 357, 359, 



384 



TABLE DES MOTS 



365, :!67. 368, 369. 370, 372. 374bis, 

376bis. 
que (conj. esp.) 343, 345 Retn. 3. 
que (interrogatiO 132bis. 135—138, 

426 If. 
9u?(relatiO 110. m, 115-117, 128-129, 

266 Rem. 1, 347bi5, 36.5. 
quel, voir quoi. 

quel (inierrogatif) 132bis, 139, 140. 
quel (relatif) 120. 

quelconque 110, 130, 150 Rem., 365 
quelque 48, 145, 365. 
quel . . . que 130, 145, 365. 
quelque chose 143, 145. 
quelque . . . que 145, 367bis. 
quelqu'un 143, 144, 145. 
quem UO, 115, 129, 135, 340. 
quemadmodum 374. 
que que 348. 
que . . . que 135. 
queri 197. 

qu'est-ce qui 135, 136. 
qui (Inierrogatif), 132, 132bis. 
qui (interrogatif) 132bi5. 135—138. 
qui (relatif) 110, 111, lllbis, 113, UG,, 

118 
quia 236. 258bi», 271c, 340, 342, 354. 
quiconque 110, 130, 365. 
qu-icquam 421. 

quicumque 38, 130, 226, 361c. 
quid 110, 115, 129, 132, 136, 340. 
quidam 38. 141. 
quidam 141. 
quien (esp.) 110. 
qui est-ce qui 138. 
quilibet 148. 
quin 208, 247, 270, 342, 371, 421, 

431. 433c. 
quinam 132, 132bis Rem. 
quina (quinha) 132bis Rem. 
quingenties 55. 
quint [Charles, Sixte) 67. 
quinzième janvier 67. 
qui . . . que 130. 135, 246, 365. 
quis 38. 132 141. 
quisnam 132. 
quispiam 141, 

quisquam 141, 143, 421, 433(i. 
quisque 148. 

quisquis 130, 160 Rem.. 226, 244, 361c. 
qui vis 148. 
quo 236. 368, 375. 
quoad 233, 235, 346, 349. 
quod 110. 115, 208. 218. 236, 247, 

258bis. 271c, 340, 342, 343. 354, 368, 

371, 433c. 
quoi (interrogatif) 132bis, 136 avec Rem. 

— (relatif) 110, 115, 116,. 118,119. 



quoique 245, 365, 367 et Rem. 

quoi . . . que 365. 

quominus 208, 342. 

quomodo 136 Rem. 1,235, 340,346, 

347, 855, 356, 374. 
*quomodo si 374. 
quo nia m 236, 271c, 342, 354. 
quoque 322 

quot 132. 132bis, 134, 139 II. 
quotcumque 361c. 
quotquot 361c. 
quotas 132, 132bis, 139 VI. 

raisonner 260. 
redrecier {se) 168j. 
reirigerare 159. 
regarder (se) 81. 168,, 194. 
regretter 197. 
Reine Withelmine (la) 14. 
réjouir 180. 
relever (se) 168,. 
remédier 178. 

rendre (du) service 35, 40,. 
renoncer 193. 
repentir (se) 180. 
i resistere 342. 
résoudre 217. 
restât 179. 
tesur 21. 81. 
resumere 159. 
retourner (s'en) 171. 
revenu 283. 
ridere 197. 
ridetur 178. 
rien. 145, 147, 433fl. 
rire (se) 173. 
roi 16, 451. 
Romae 383bi». 

Ro'manz (li) dTAthls 408 Rem. 1. 
rudement 43. 
rumpere 159, 307. 

sa 79. 

sabotage 2(;iW«. 

sac au dos 13. 

sac et fusil 25. 

sage femme 449. 

Saint Louis 14. 

SaintPierreUz-Calais 418. 

saniore 24. 

sans 263, 329. 

sans coup férir 446. 

sans doute 200, 

sans fin 40,. 

sans pitié 20. 

sans (ce) que 98, 248, 360, 871 Rem. 

2, 373. 
sapere 196, 258bU. 



TABLE DES MOTS 



385 



sauf 4116, 414. 
sauf que 360. 
sauter 156, 178. 

savoir 205|, 2.59, 268bis Rem. 2, 433d. 
savoir gré 35. 

scelus hominis 408 Rem. 2. 
se 77, 83. 

secundum 258bis, 384, 394. 
secus 376. 
sed 332. 
seize vint 52. 

selon {seon, seron, soron, soronc) 394. 
selon comme {que) 374bis. 
sembler 21, 62, 69, 95. 
se ne 433. 
se . . . non 358, 433. 
semel 51. 
sentiment 261 bis. 
sentir 196, 444. 
septante 52. 

septem per septem 51, 392 IV. 
septies 51. 
sequere 157. 
sequitur 179. 
sert (à quoi] 62. 
servile 42. 
servir 193. 
settuple 51 Rem. 
sextuple 51 Rem. 

si < si 23.8, 239, 243, 340, 358, 359, 
~~ 360, 363, 367, 426 lld. 
si < sic 40., 205, 249, 324a, 327 et^ ejn. 
si ( pronom jtal.) p. 388. 
si ainsi est que 363. 
5/ bien 367. 
si bien que 373. 
sic 327, 371, 374. 
si ce n'est 358. 
si com 348. 
sicut 374. , 

sicuti 374. 
sien 80, 81, 82. 
sikkepit (holl.) 427. 
silentio 382. 
similis 374, 376bis. 
simple 51. 
si minus 358. 
simulac 352. 

sine 90, 371 Rem. 2. 384, 395. 
sinere 269. 
singuli 51. 
sinistra 392. 
si non 358. 
si non 338. 
sinon que 358. 
sinuec 90. 

si que (= si) 345 Rem. 4, 358. 
si . . . que 245, 249, 373, 374bis. 

SNEVDERs DE voOEL. Syntaxe historique. 



siquidem p. 156 note 3, 354. 

sitire 196. 

si tost com (que) 353. 

sitôt 285 Rem., 419bis. 

sive (seu) 337. 

sixième (Adrien) 57. 

sixiesme livre 57. 

six vingts 52. 

sizuple 51 Rem. 

Sœur Angélique 14. 

soi 69, 77. 

soi-disant 69, p. 88 note, 423. 

soit . . . soit 337, 

soixante-dix 52. 

soleil 16. 

somniare 196. 

son 79, 83. 

songer 69, 268 Rem. 2, 426. 

sonie 260. 

sortir 195, 260. 

soudain que 353. 

soue (seue) 80. 

soutfrir visite 19. 

souloir 299. 

sourire 260, 261 bis. 

sous 410. 

sous />ri«« de 20. 

souvenir 180. 

soveir 259. 

so^, voir sous. 

sperare 1606. 

s<e^* (holl.) 427. 

stupet 182. 

^Cj/x 15. 

su (portugais) 88 Rem. 1, 84. 

sub 384, 416. 

su6/( que 353. 

subter 384. 

subtus 411ï, 416. 

suffire 220rf. 

suivant 4 lld. 

super 384, 396. 

supposé que 360. 

supra 384, 396. 

sur 26.3, 396, 405/i. 

surmonter 198. 

surpasser 198. 

sur son s<?an< 259, 262. 

survivre 198. 

survoler 198. 

suus 79, 83. 

suyo (espagnol) 83 Rem. 1, 84. 

ta 79. 

tacere 160a, 197. 

taedet 179. 

taire (se) 161c, 164, 171, 173, 197. 

talis 120, 371. 

25 



386 



TABLE DES MOTS 



tam 37]. 

tamdiu . . . quamdiu ;i4S, :J74. 

ta m en 336, 361*. 

tametsi 244, 3616. 

tam . . . quam 322, 374. 

tandis 348. 

tandis que 336 Rem. 2, 348. 

tant 249. 

tant (cent mille tans) 51 Rem. 

tantopere . . . quantopere 374. 

tanto . . . quanto 375. 

tantost corn {çue) 353. 

tant plus . . . tant plus 375. 

tant que (corn) 348, 3516, 374''i». 

tant . . . tant 37.''. 

tant . . . (que) 364, 367bi», 373. 

tantus 371. 

tantus . . . quantus 374. 

tant y a 62. 

tarder 195. 

Tasse {le) 14. 

te (sujet) 61 Rem. 1. 

te (holl.) 267 Rem. 

tel 4O5, 149. 

tellement que 340, 373. 

tel . . . que (comme) 367bis, 374bi». 

tel . . . tel 375. 

tener (esp.) 307 Rem. 2. 

tenir à droit 20. 

tenir tête 19. 

tenus 384. 

ter 51. 

terni 51. 

terre 16. 

terrestre 42. 

terriblement 43. 

terri n 42, 

testare 157. 

ti 439 Rem. 1. 

tien 80, 81, 82, 

Titien (le) 14. 

to (angl ) 267 Rem. 

loi 61, 63rf. 

tollere 158. 

tomber 195. 

ton 79. 

tonat 176. 

tôt 371. 

toliens . . . quotiens 374. 

tôt . . . quot 374. 

totus 149. 

touchant 4l\d. 

toujours 299. 

toujours est-il 336. 

tourner 156, 167, 171. 

tout 23, 46, 47. 149. 230, 364. 

tout de même 336 Rem. 3. 

toutefois (totes veies. tote veié) 336. 



tout le monde 149. 

tout . . . que 245, 364. 

tradere 64. 

trans 384. 

transire 198. 

très 384. 

tresque 234, 351 Rem. 2. 

triple 51. 

triplex 51. 

trois = troisième 57. 

troisième (lui) 57. 

trois-vingt-dix 52. 

trois vingts 52. 

tromper (se) 192. 

trop 43. 

trouver (se) 178. 

tu 58, 61, 63rf. 

tune 339. 

tuus 79. 

ubi 352. 

ubicumque 130, 245. 

ubi primum 352. 

ubiubi 130, 361<:. 

utius 141. 143. 146, 421, 433a. 

ultra 384, 397. 

u m quam 421. 

un 56, 143, 144. 145. 

unde p. 49 note 2, 124, 125. 

undeviginti 53. 

une fois 285 Rem. 

unir 69. 

unos (esp ) 41 Rem. 

unus 38, 143, 144, 148. 

unusquisque 148. 

-urus 204. 

usquam 421. 

usque eo 371. 

ut 203. 204, 208, 244. 247, 251, 255. 

258bis 340, 342, 352, 3616. 368, 

371, 374, 421,. 
utcumque 130, 244. 361c. 
uter 132, 132bls, 139 III. 
utilis 3796. 
utinam 203, 204. 
ut non 371 Rem. 2. 
ut primum 352. 
utut 130, 361f. 

vadere (se) ISOr. 

valde 43. 

vapulare 160W». 

-ve 337. 

veie 61 Rem. 

vel 337. 

velim 203, 204. 

velle 258,. 258bis, 269, 370. 342. 

vellem 203. 



TABLE DES MOTS 



387 



vendere 160bis. 

vendre (se) cher i&^. 

venir Hi), 164, 171, 239, 267bis, 286 

Rem., 436. 
vênire 160bis. 
v.nire 156, 307. 
venter 177, 184. 
vêpres 16. 
vere 383bis. 
vero 332. 

vers :i78bis, 386, 388d, 398, 398bis, 400. 
versus 378bis, 384, 398. 
vertere 158, 378bis, 398. 
verum 332. 
vesler 79. 
vestir (se) 168. 
vestiri 154. 
vêtir 260. 
vetare 269. 
vi (ital.) 78 Rem. 
videre 269. 2706. 
Vieux-Dieu-lez-Anvers 413. 
vingt 52, 56. 
vingt et deux 53. 
vingt et quatre 53, 



vingt et an 53. 
virginal 42. 
vivere 196. 
vivre (se) 164, 196. 
voir 156, 267bis_ 210b. 
voiû (roumain) p. 388. 
volontiers 299 Rem. 2. 
vos 58, 59, 61. 
vos 59, 61, p. 36 note 2. 
vôtre 80, 81, 82. 
vouloir 200, 205,, 
275, 299, 433d, 
vous 61, 64, 65, 66. 
vu 287, 411;. 
vu que 356. 

wanneer (holl.) 238. 
willen (holl.) 299 Rem. 2. 
worden (holl.) 156. 

y 76*, 78. 344. 
yeux (ungz) 41. 

zier (holl.) 427. 
zullen (holl.) p. 388. 



444. 



206, 216, 217, 239, 
p. 388. 



ADDENDA ET CORRIOENDA, 



p. VIII en bas: ajouter: Cf. aussi P. Horluc et G. Marinet, Bibliographie 
de la syntaxe du français. 1840—1905 {Annales de FUniversité 
de Lyon, Nouv. série, II. fasc. 20), Lyon, 1908. 
, 2, note 2: 440; lire: 439. 
. 7, Rem. du § 14; lire: Vaugelas blâme l'emploi de l'article devant 

Aristote, Plutarque et d'autres. 
„ 16, 1. 21: Aiol, 786; lire: 780. 
„ 22, I. 1: marines; lire: narines. 
. 25, I. 11 d'en bas: Çj 284; lire: 287. 
„ 26, 1. 5: Amadoine; lire: Amadas et Ydoine. 
. 27, I. 26: 47; lire: 47bis. 
. 28, I. 11 d'en bas: § 345: lire: § 145. 

„ 32, 1. 1: du franc, italianisé; lire: du tangage français italianizi. 
. 36, note 2: dans un des prochains fascicules du Neophilologus: lire: 

Neophilologus, m, p. 165. 
. 40, 1. 7 d'en bas: L'exemple de Racine est à biffer. 
„ 43, note 1: § 104; lire: 136. 

„ 49, I. 2: ajouter; Le vieil italien connaît le phénomène inverse et emploie 
souvent le pronom réfléchi là où l'on s'attend au pronom per- 
sonnel: Inter un ort eran li apostoli cum si, Monaci. Cres- 
tomazia, p. 457, 7. 
. 51, I. 17: § 438; lire: 450. 
„ 59, note: § 91; lire: § 100. 
. 67, note 1; ajouter: K. G- UUmann, Die Stellung des Relativpronomens 

zu seinem Beziehungsworte, Diss. Greifswald, 1901. — 

W. Neumann, Zur Syntax des Relativpronomens im franz.. 

Diss. Heidelberg, 1890. 
, 68, I. 14 d'en bas: aimez qui vous aime; Mit: aimez qui vous voudrez. 
, 77, I. 27: ajouter: De même parfois en français dans les textes populaires; 

cf. Brunot. il, 423. 
. 78, i. 5: sur lequel; lire: avec laquelle. 
. 78, I. 7: avec lequel; lire: avec lesquels. 
, 78, I. 13: Li blanc osbers: lire; Le blanc osberc. 
, 79, I. 18: ne se passe de la vie: lire; se passe de la vie. 
, 79, I. 6 d'en bas: iV, 4, 3; lire; IV. 4. 
. 79, I. 4 d'en bas: IV; lire; IV, 3. 
. 80, I. 10 d'en bas: où en que; lire: où que . . . 
. 87, 1. 20: Barf. 12 (Darm., p. 260i; lire; Barf, 12 (Darm. p. 245). 
„ 92, I. 16 d'en bas; Malh , i, lli, 92; lire; Malh., i, 111, 92. 
, 95, I. 5: phrases négatives; lire: phrases qui ont un sens négatif. 
, 100, 1. 14 d'en bas: Astrorum: lire: Austrorum. 
. 112, \. 5 d'en bas: 175; lite; 173. 
, 114. I. 4: pluriel: lire: singulier. 



ADDENDA ET CORRIOENDA 



389 



p. 120, 1. 19: ajouter: 184bis. L'emploi unipersonnel du verbe habere se 
rencontre déjà en latin vulgaire : Habebat de civitate forsitan 
mille quingentos passas, Peregrinatio, 69, 21. — Le vieux 
français connaît différentes constructions: a, il a, i a, enfin 
il y a. qui est resté : 

Quar grant diferenche a, je cuit. 
De Jehan Duel a Gerart Joie. 

J. Bodel (Clédat, p. 340). 
En l'orie pont assez i at reliques, 

Roland (Clédat, p. 30). 
Il «'a en France si hardi chevalier. 

Charroi de Nîmes (Clédat, p. 86). 
On trouve encore des traces de l'ancienne construction au 
XVlie siècle: 

Pensez 7'ous . . . 

Qu'il eût en ce péril de quoi tant m'ébranler? 

Mol., Princesse d'Elide, I, 3. 
A^'a pas longtemps de Rome revenoit 
Certain cadet, 

La Font., Contes, I, 3, 1. 
„ 135, 1. 10 d'en bas: gerundium; lire: gerundivum. 
„ 140. 1. 11: § 115 Rem.; lire: § 345 Rem. 3. 
„ 145, 1. 9: du subjonctif: lire: de l'indicatif. 
, 145, 1. 11: le subjonctif; lire: l'indicatif. 
, 151, 1. 3 d'en bas: Aym. de Narbonne; ajouter: 2418. 
„ 191, I. 14: 248 et 249; lire: 275 et 276. 
„ 192, 1. 9; 274; lire: 274bis. 
, 192, I. 14: l'infinitif; lire: les phrases. 
, 214, I. 11 d'en bas: § 291; lire: § 316. 
„ 218, I. 1: 304; lire: 304bis. 

, 228. 1. 11: ajouter: Rem. Le roumain, comme l'anglais, se sert du verbe 
vouloir (voiû), le slave de être, le hollandais de zullen, 
pour exprimer l'idée du futur. 
I. 18: § 316; lire: 315. 
I. 18: ajouter: § 432. 
I. 3 d'en bas: atque; lire; atqui. 
note 1: § 333; lire: 248. 
note 2: § 346; lire: 366. 



228, 
241, 
241, 
269, 
269. 
288, 
302, 
311, 



314, 
319, 
325, 



1. 1: 379bis; lire: iim^. 

1. 3: 7; lire: g. 

1. 6: ajouter: Tel n'est pas l'avis de M. Guesnon qui cite Explicit 

li romans la Rose (Adam de la Halle et le Jeu de la Feuillie, 

Paris, Champion, 1917, p. 37). 
1. 16 d'en bas: prescrit; lire: proscrit. 
1. 12: ajouter: nisi est la négation de si. 
1. 20: En ma vida; lire: En mi vida. 



TABLE DES MATIERES 



Avant-Propos p. V— Vlll 

Chapitre I. Le SUBSTANTIF , 1-2 

IL L'Article 3—22 

m. L-Adjectif 23-29 

IV. Le Nom de Nombre , 30—33 

V. Le Pronom 34-97 

Les pronoms personnels 34 — 50 - 

Les pronoms possessifs , 50 — 56 

Les pronoms démonstratifs 56—67 

Les pronoms relatifs , 67 — 84 

Les pronoms interrogatifs , 85 — 91 

Les pronoms indéfinis 91 — 97 

VI. Le Verbe 98-231 

Le verbe et son sujet . 99—124 

Le verbe et son complément „ 124 — 129 

Les modes - |29;dZi- 

Formes nominales du verbe , 171—210 

Les temps ,_210^:;i2L 

VII. Les Conjonctions 232-285 

Conjonctions de coordination 234 — 249 

Conjonctions de subordination 249—285 

VIII. Les Prépositions 286-318 

Les terminaisons flexionnelles et les prépositions 

en latin 286—292 

Prépositions qui sont restées en français .... 292—311 
Nouvelles formations 311—318 

IX. La Négation 319-329 

X. LOrdre des Mots dans la phrase . . . . , 330—348 

Table analytique 349—371 

Table des mots - 372—387 

Addenda et Corrioenda ^ 388—389 

Table des matières 390 



PC Sneyders de Vogel, Kornelis 
2361 Syntaxe historique du 
S64, franjais 



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