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Full text of "Tableau gographique de la vgtation primitive dans la Province de Minas Geraes"

TABLEAU GOGRAPHIQUE 



DE LA. 



W J> 



VEGETATION PRIMITIVE 




DANS LA PROVINCE DE MINAS GERAES , 

PAR M. AUGUSTE DE SAINT-HILAIRE . 

M F.M1RE DE L* INSTIT UT. 

Seconde dition, revue et corrige. 



UBRARY 







natoau du Croafc 



^C 



A. PIHAN DE LA FOREST , 

IMPRIMEUR DE LA COUR DE CASSATION, 

Rue des Noyers, 37. 



1857. 






V 






A Phax np r \ FokEST, Imprimeur de la Cour de Cassation , 
vue des Noyers, n. 3y, 



EXTRAIT 

DES NOUVELLES ANNALES DES VOYAGES 

TABLEAU GOGRAPHIQUE 

DE LA. 

VGTATION PRIMITIVE 

DANS LA PROVINCE DE MINAS GERAES , 

PAR M. AUGUSTE DE SAINT-HILAIRE , 

MEMBRE DE l'i> t STITUT (i). 



PREMIERE PARTIE. 

Concidence de la constitution physique avec les 
diverses sortes de vgtation. 

A l'exception de quelques sommets levs, il 
n'est peut-tre pas en Allemagne, en Angleterre, 

(1) Des fragmens de ce tableau sont tirs des doux rela- 
tions de voyage publies par l'auteur et intitules : Voyage 
dans les province de Rio de Janeiro et Minas Geraes Voyage 
- dans le District des Diamans et sur le littoral du Brsil ( Paris, 
cher Gide); ainsi que de la troisime relation dj en par- 
tie rdige, qui comprendra le ct occidental ou la pro- 
vince de Minas Geraes , celles de Goyaz, de St. -Paul et 
Ste. -Catherine. 

CD l 



2 

en France , un seul coin de terre qui n'ait t boule- 
vers mille et mille fois , et partout la vgtation 
primitive (i) a disparu. Les sombres forts o le 
druide clbrait ses mystres ont fait place de 
fertiles moissons; les coteaux sur lesquels crois- 
saient sans doute des buissons pineux, se sont 
revtus de vignes tailles avec soin , et des marais 
fangeux o naissaient en libert les Nnuphars, 
d'obscures Nayades, des Scirpes et des Joncs offrent 
aujourd'hui des carrs de lgumes symtriquement 
rangs. Nos bois mmes, coups des intervalles 
rgls, sont devenus notre ouvrage, et nos prairies, 
sans cesse retournes par la main de l'homme, sont 
aussi artificielles que les pturages auxquels il nous 
a plu de donner plus particulirement ce nom. Au 
milieu de tant de changemens , combien d'espces 
ont disparu! combien d'autres se sont introduites 
avec nos plantes potagres ou avec nos crales, et, 
trangres comme elles , passent aujourd'hui pour 
indignes! Cependant si Ton excepte quelques faits 
de dtail, l'histoire des changemens de la vgta- 
tion europenne restera toujours inconnue, parce 
qu'on n'a point observ les faits dont la srie com- 
poserait cette histoire (*j). 

(1) Par vgtation primitive, j'entends celle qui n a t 
modifie par aucun des travaux de l'homme. 

(2) Il est clair que les vncmens qui ont d occasion!' 
les modifications les plus notables dans la vgtation de la 



5 



Une vaste portion de F Amrique brsilienne a 
dj chang de face; une grande fougre ( Pteris 
caudala), la Gramine appele Sap (Saccharum 
Sap , Aug. S. Hil.), remplacent des forets gigan- 
tesques, et, dans des espaces immenses, tous les 
vgtaux semblent fuir devant le Capim godura 
(Melinis minutiflor). Des plantes de l'Europe, de 
l'Afrique (i) et de l'Amrique du nord semblent 



France sont : i la fondation de Marseille par les Phocens ; 
2 la conqute de Juies-Csar ; 3 les grands encourage- 
mens donns la culture de la vigne par l'empereur Pro- 
bus; 4 l a cration de certains ordres religieux, et les im- 
menses dfrichemens qui en ont t la suite ; 5 les croisades; 
6 la dcouverte de l'Amrique ; 7 les encouragemens don- 
ns l'agriculture par Henri TV et Sully ; 8 enfin la rvo- 
lution, qui a conduit une foule d'hommes clairs s'oc- 
cuper de la culture des terres, et qui, par le partage des 
biens communaux et la division des grandes proprits ,a 
amen de nouveaux dfrichemens. 

(1) JJHcrva de S. Caelano. Cette plante, dit l'abb Ma- 
noel Ayresde Cazal [Corog. Braz., T, io3), a t transplan- 
te de la cte de Guine au Brsil. Dans son pays natal, elle 
porte le nom Nhezikem ; mais, comme les premiers Brsi- 
liens qui la reurent, la plantrent auprs d'une chapelle 
consacre S. Gatan, elle prit de l le nom ftHerva de 
S. Coetano. On l'emploie, dit le mme crivain, dans 
divers remdes domestiques , et on assure qu'elle aug- 
mente l'effet ordinaire du savon. J'ai compar YHeri'a 
de S. Caelano avec le Momordica Sencgalcnsis Lam. , 
rapport du Sngal par M. Perrottet , et je me suis 
convaincu de la parfaite identit des denx plantes. T/s- 



4 . 

suivre les pas de l'homme et se rpandre avec lui; 
d'autres s'introduiront probablement encore, et, 
mesure que notre race s'tendra sur la terre des 
Indiens ,1a vgtation primitive disparatra comme 



pce d'Afrique , aujourd'hui devenue galement br- 
silienne, a t bien dcrite par l'illustre Lamarck ( /}*/. 
IV, 239); cependant les chantillons que j'ai sous les 
yeux ne sont pas plus velus que ceux du Momordica 
charancias ; leurs feuilles ne me paraissent pas plus petites 
que celles de cette espce, et enfin leur bracte n'est pas 
pointue. Dans les chantillons de M. Perrottet, ni dans les 
miens, les feuilles ne eont pas non plus rudes au toucher 
en dessus et en dessous, comme M. Sprcngel le dit 
(Sysl. III, i5) du Mom. Sencgalensis. Ce ne serait pas ici le 
lieu de donner de cette plante une description dtaille; 
mais je tcherai de la distinguer par une phrase plus ca- 
ractristique que celles des auteurs qui m'ont prcd : 

Momordica Scnegaleniss ; foliis profund palmatis , 
5-7-lobis, subpedatis, grosse remotque serratis; bracte 
integerrim paul supra basira pcdunculi ; pctais caducis; 
fructibus ovato-nrucronatis, tuberculalis. 

Momordica Senegalensis Lam., Dict. IV, ?3g. Scr. in 
DC, Prod, III, 01 1. Spreng., Syst., III, jo. 

Nliezikem apud Guinerc incolas; lusitanic, Hcrva de 
S. Caelano. 

# In Senegala, Guine sponl nascitur ; mine in Brasilia 
intermedi apud domos vulgatissima. 

Obs. Il parat que le mot Nliezikem est, dans certaines 
parties de l'Afrique une sorte de nom gnrique; car dans 
l'herbier de Burmann, que le Banks franais, M. Ben- 
jamin Delessert, communique aux botanistes avec tant de 
gnrosit, ce nom se trouve attach, avec un lger chan- 
gement [Nezxkm\ une autre espce de Momordica. 



o 



eux. Il est important de constater ce qu'est cette v- 
gtation si brillante et si varie, avant qu'elle soit 
dtruite; aussi, dans mes divers ouvrages, ai-je 
souvent donn sur ce sujet des dtails qui, s'ils ne 
sont pas aujourd'hui sans intrt, deviendront bien 
plus intressans encore, lorsqu'il faudra les consi- 
drer comme appartenant uniquement l'histoire 
de notre globe et celle de la gographie bo- 
tanique. 

Les diffrences de la vgtation primitive sont 
tellement sensibles dans la province des Mines 
qu'elles ont frapp les hommes les plus rustiques , 
et qu'ils les ont dsignes par des noms particuliers. 
Je ferai bientt connatre ces diffrences avec dtail ; 
mais auparavant j'en prsenterai , dans un seul 
cadre, le tableau succinct, etje suivrai la classifica- 
tion mme quien a t faite par les habitans du pays. 

Toute la contre se distingue en matos , bois, et 
campos, pays dcouverts. Ou les bois appartiennent 
la vgtation primitive, ou ils sont le rsultat du 
travail des hommes. Les premiers sont les forts 
vierges ( matos virgens) ; les catingas dont la vg- 
tation est moins vigoureuse que celle de ces der- 
nires, et qui perdent leurs feuilles tous les ans; 
les carrascos, espce de forts naines , composes 
d'arbrisseaux de trois ou quatre pieds rapprochs les 
uns des autres ; enfin les carrasquenos (i) qui, plus 

(i) Le mot de carresqueno a souvent une autre signifiea- 



e 

levs que les carrascos^ forment une sorte 
transition entre eux et les catingas. C'est encore 
la vgtation primitive qu'il faut rapporter les ca- 
poes, bois qui s'lvent dans les fonds entours de 
tous les cots par des campos. Quant aux bois dus, 
au moins d'une manire mdiate, aux travaux des 
hommes, ce sont les capoeiras qui succdent aux 
plantations faites dans des forts vierges, et les ca- 
poeiros qui peu peu remplacent les capoeiras , 
lorsqu'on est un certain temps sans couper ces der- 
nires. 

Le mot campo indique un terrain couvert, d'her- 
bes, ou si l'on veut , tout ce qui n'appartient au- 
cune des espces de bois que j'ai fait connatre tout 
l'heure. Le campo est naturel {campo nalural), 
quand il n'a jamais offert de forts; il est au con- 
traire artificiel (artifcial), lorsque des herbes ont 
succd aux bois dtruits par les hommes. Souvent 
on voit, dans les campos naturels, des arbres tor- 
tueux, rabougris , pars a et l; mais cette modi- 
fication n'empche pas les terrains qui la prsentent 
de conserver leur nom de campos. 

On sent , au reste , que toutes ces expressions ne 
sauraient tre parfaitement rigoureuses, puisque les 
diffrences qu'elles indiquent se nuancent entre elles 



tion, et dsigne, dans les pays de bois, les arbrisseaux qui 
succdent aux foi 
nature infrieure. 



succdent aux forts vierges nes dans un terrain d'une 



_ 7 

par des dgradations insensibles. Il est des bois que 
personne n'hsitera appeler mato virgem ou ca- 
tinga; mais il n'existe point de limites bien fixes 
entre les bois vierges et les catingas , celles-ci et les 
carrascos, et enfin entre ces derniers et les vrita- 
bles campos. 

Pour faire voir quelles sont les concidences de 
ces diverses sortes de vgtation avec la constitution 
physique de la province des Mines, il sera bon , je 
crois, de jeter sur l'ensemble de cette constitution 
un coup (Fil rapide. 

La province de Minas Geraes, situe entre les i3 
et 23 $17' lat. sud, et entre les 328 et 336 long., est 
partage, dans sa longueur, en deux portions trs 
ingales, par une immense chane de montagnes 
(Serra do Espinhao Eschw. ) qui s'tend du sud 
au nord, donne naissance une foule de rivires, 
divise les eaux du Rio Doce et du S. Francisco, et 
dont les pics les plus levs atteignent environ 6000 
pieds au-dessus du niveau de la mer. Entre celte 
chane et celle qui, comme l'on sait, se prolonge 
paralllement l'ocan, dans une grande partie du 
Brsil, s'tendent d'autres montagnes. Celles-ci 
laissent au milieu d'elles de profondes valles , et 
elles forment, si je puis m'exprimer ainsi, une sorte 
de rseau. 

Par ce qui prcde, on voit que tout le ct 
oriental de la province des Mines est en gnral ex- 
* reniement montagneux; mais il n'en est pas de 



ime du ct occidental. L des collines, ou mme 
de simples ondulations succdent aux montagnes, et 
ta terrain s'abaisse peu peu jusqu'au Rio de S. Fran 
cisco. l'ouest de celui-ci , le sol s'lve pour la 
seconde fois (i), et l'on arrive une nouvelle chane 
que je crois beaucoup moins haute que la premire 
et que j'appelle Serra do S. Francisco e da Para- 
nahyha, parce qu'elle divise les eaux de ces deux 
rivires. 

La Serra da Canastra ou le S. Francisco prend 
naissance, les Serras do Urubu, da Marcella,d'Indai, 
d'Abait font partie de la Serra do S. Francisco e da 
Paranahyba. Cette chane ne s'arrte point o com- 
mencent les premiers affluens du Paranahyba ; aprs 
avoir rencontr une autre chane qui va transversa- 
lement de l'ouest l'est, la Serra da Paranahyba e 
dos Tucantins, elle se prolonge bien davantage vers 
le nord pour diviser les eaux du S. Francisco de 
celles du Riodos Tucantins, et l, pour cette raison, 
elle doit porter le nom de Serra do S. Francisco e 
dos Tucantins (2). 

(1) Voyez mon introduction {'Histoire des plantes les 
plus remarquables du Brsil et du Paraguay ; Paris, chez 
Belin; et l'ouvrage de M. d'Eschwegc, intitul : Brasilien 
die Neuc TVelt, I, 164. 

(2) Je donnerai des dtails sur les Serras do S. Francisco 
s da Paranahyba, do S. Francisco e dos Tucantins, da Para- 
nahyba e dos Tucantins et sur futilit de ces noms, dans ma 
troisime relation encore indite , et probablement dans les 
Nouvelles Annales des Voyages. 



- - 

Des pics trs remarquables par leur hauteur 
existent dans toute l'tendue de la grande chane ou 
Serra do Espinhao; mais je crois que, considre 
dans son ensemble, la comarca (i) du Rio das 
Mortes, la plus mridionale des cinq qui composent 
la province des Mines, en est aussi la plus leve. 
En effet , c'est dans cette comarca que le Rio de 
S. Francisco prend naissance, et que commencent 
couler ses premiers affluens; c'est l que sout les 
sources du Rio Preto, affluent du Parahybuna, et le 
Jaguarhy qui se jette dans le Tietc ; l enfin nais- 
sent les affluens du fameux Rio Grande, et ce der- 
nier fleuve lui-mme qui, uni au Paranahyba, au Pa- 
raguay et l'Uruguay, finit par devenir le Rio de 
la Plata. 

En partageant la province des Mines en deux 
parties, l'une trs montagneuse, et l'autre sim- 
plement ondule, la Serra do Espinhao la divise 
aussi en deux zones ou rgions vgtales galement 
trs distinctes; l'orient celle des forts, et l'occi- 
dent celle des pturages ou campos ; rgions qui , 
parallles la chane , s'tendent comme elle, dans 
le sens des mridiens. Il y a plus : cette mme cor- 
dillre spare la province des Mines en deux rgions 
zoologiques presque aussi distinctes que les rgions 
vgtales. Les plantes des campos, n'tant pas les 

(i)Les comarcas sont au Brsil les divisions premires 
des provinces. 



10 

mmes que celles des bois , ne sauraient nourrir les 
animaux qu'on a coutume de voir au milieu des 
forts, et d'ailleurs il y a trop de fixit dans les 
habitudes et les murs des animaux pour que les 
mmes espces puissent vivre galement dans des 
pays qui, quoique contigus , prsentent de si gran- 
des diffrences. 

Le versant oriental de la cordillre elle-mme 
est, je crois, dans la plus grande partie de son 
tendue, couvert de forts, comme le pays voisin. 
Mais il est observer qu'au nord de la chane , les 
campos s'tendent jusque sur ce versant, tandis 
qu'au midi au contraire ce sont les forts qui d- 
bordent sur le versant occidental , comme j'ai pu 
m'en convaincre, en me rendant de Sabar la 
capitale de la province des Mines, et en parcourant 
la comarca de S. Joo d'El Rey : espce de croise- 
ment qui s'explique, ce me semble, par l'humidit 
qui rgne au midi du versant. 

Quant aux points culminansde la chane, tels que 
les Serras do Papagaio, da Ibitipoca , do Caraa (i), 
d'Itamh, da Lapa, da S. Antonio, prs Congonhas 
da Serra, do Serro do Frio et de Curmatahy, ils 
prsentent gnralement de petits plateaux couverts 
de pturages herbeux. C'est l que l'on trouve la 
vgtation la plus curieuse et la plus varie qu'offre 

(i) C'est par erreur qu'il a t imprim Serra da Caraco 
dans ma premire relation de voyage. 



- il - 

le Brsil mridional; c'est l que croissent , entre 
autres, ces charmantes Mlastomes petites feuilles 
dont j'ai fait le premier connatre les formes lgan- 
tes dans la dernire livraison de la magnifique Mo- 
nographie de l'illustre Humboldt(i). 

Ce ne sont pas seulement les deux grandes rgions 
vgtales des bois et des campos qui sont ren- 
fermes dans des limites peu prs certaines; les 
nuances que prsentent ces rgions n'en ont pas de 
beaucoup moins prcises. 

J'ai dit plus haut que l'on observait dans la pro- 
vince des Mines trois sortes de bois, les forets pro- 
prement dites, les catingas qui, moins rigoureuses, 
perdent leurs feuilles chaque anne, et enfin les 
carrascos , espce de forets naines. Depuis les limites 
de la province de Rio de Janeiro par le ii lat. 
sud, jusqu'au termo de Minas Novas, ou, si l'on 
aime mieux, jusqu'aux sources de l'Arassuahy par 
le i8, s'tendent des bois vierges proprement dits. 
Plus loin, le pays fort lev, mais en mme temps 
peu montagneux, ne donne plus naissance qu' des 
carrascos. Enfin vers le 17 3o', en tirant du ct de 
l'est , ou , si l'on veut , vers les villages de Sucuri 
et de S. Domingos, le sol s'abaisse, la temprature 
devient trs chaude , la terre gristre et lgre 



(1) Monographie des Mlastomes et autres genres du mme 
ordre, par Humboldt et Bonpland , continue par Kuntk. Chez 
Gide. 



12 - 

offre un mlange d'humus et d'un peu de sable, et 
l'on voit paratre des catingas. 

Du ct du sud-est, ces deux sous-rgions sont 
encadres, un peu en-de des limites de la pro- 
vince, par une ligne de forts qui servent d'asile 
aux Botocudos et qui s'tendent, dans les provinces 
d'EspiritoSanto et dosllheos, jusqu'au bord de la mer. 
Quant aux limites septentrionales du pays des car- 
rascos et de celui des catingas , les diverses direc- 
tions que j'ai suivies dans mes voyages, ne m'ont 
pas permis de les observer ; mais la relation de 
l'excursion si pnible que M. le prince Maximilien 
de Neuwied ft de la ville dos Ilheospar le i3 \ lat. 
sud, jusqu'aux frontires de la province des Mines, 
prouve que les deux rgions continuent a s'tendre 
hors de cette dernire province, dans le sens des 
mridiens (1). 

De tout ceci il rsulte que, si, partant du petit 
port de Belmonte par le i5 3o' environ, on se 
dirigeait verslesud-ouest , on traverserait les quatre 
rgions ou sous rgions vgtales qui s'observent 
dans la province des Mines. L'on passerait successif 
veinent des forets aux catingas, de celles-ci aux 
cairascos, des carrascos aux campos ; et il est 
observer que ces rgions forment ainsi, dans le sens 
de l'quateur, une sorte d'chelle o l'ensemble des 
vgtaux diminue graduellement de hauteur, peut 

(1) Voyage Brs., trad. Eyr., III, p. i et suiv. 



15 

tre parce que l'humidit du sol et de l'atmosphre 
prouve galement une diminution graduelle. Quand 
M. le prince deNeuwied, suivant aussi peu prs 
la direction du sud-ouest, quitta la cte environ 
un degr nord de Belmonte, pour gagner le Dsert 
du S. Francisco , il trouva galement des forets 
vierges, des calingas , des carrascos et des campos, 
et il serait curieux de savoir sous combien de de- 
grs de latitude on rencontrerait la mme chelle 
de rgions vgtales. 

Comme la zone des forts se divise en plusieurs 
sous-rgions, de mme aussi l'on en observe deux 
bien distinctes dans la zone des campos , qui tantt 
ne prsente, ainsi qu'on l'a dj vu, que des herbes 
et des sous-arbrisseaux (taboleiros descobertos), et 
offre tantt a et l, au milieu des pturages, des 
arbres tortueux et rabougris {taboleiros cobertos.) 

Les deux sous rgions dans lesquelles se parta- 
gent les campos n'ont peut-tre pas des limites aussi 
prcises que celles des trois sous-rgions dont l'en- 
semble compose la zone des forets. Cependant on 
peut tablir que les parties les plus leves de la 
zone des campos sont uniquement couvertes de pa- 
cages herbeux, et que, dans les parties les plus 
basses, les pturages sont parsems d'arbres. Ainsi je 
n'ai trouv que des campos forms d'herbes et de 
sous-arbrisseaux dans une immense portion de la 
comarca de S. Joao d'El Rey, la plus haute de 
toutes, et ce sont encore des pturages de mme 



14 

nature que j'ai revus partout, en traversant presque 
au pied de la grande chane, le pays fort lev qui, 
l'ouest de la mme chane, s'tend de Caet ou 
Villa Nova da Rainha aux limites du territoire de 
S. Joo d'El Rey. Au contraire, j'ai trouv beaucoup 
de pturages parsems d'arbres rabougris sur le 
territoire de la camarca deParacatii; c'est le genre 
de vgtation que j'ai constamment observ dans 
les i5o lieues portugaises que j'ai parcourues au 
milieu du Serto ou Dsert , peu prs entre les \l\ 
et 18 degrs de latitude sud, dans une espace o le 
S. Francisco est dj for! loign de sa source; et , 
dans cet espace, les pturages parsems d'arbres 
tortueux s'tendent jusqu'au pied de la chane, du 
moins, si j'en puis juger par ce que j'ai observ sur 
deux points diffrens. De tout ceci, il rsulte que la 
sous-rgion , plus mridionale, des campos simple- 
ment herbeux ou taboleiros descobertos , correspond 
particulirement celle des forts proprement dites, 
ou, si l'on aime mieux, que ces sous-rgions sont 
plus particulirement comprises entre les mmes 
parallles, et que la sous-rgion plus septentrionale 
des campos parsems d'arbres rabougris ( taboleiros 
cobertos ) correspond davantage celle des car- 
rascos et des catingas. 

D'aprs ce qui prcde, il ne faudrait pas croire que, 
dans la rgion des campos, il n'existe point de boi?. 
Si au milieu des terrains dcouverts et simplement 
onduls de cette immense rgion, il se trouve une 



16 

valle humide et profonde , s'il existe quelque enfon- 
cement sur le penchant d'un morne, on peut tre 
assur d'y trouver une runion d'arbres. Ces petites 
forts qui forment comme autant d'oasis au milieu 
des campas s'appellent, comme je l'ai dit ailleurs, 
capos du mot caapoam, qui, dans la langue signifi- 
cative des Indiens, veut dire une le, et c'est uni- 
quement l que les Mineiros forment leurs planta- 
tions, fidles ce dfectueux systme d'agriculture 
qui ne leur permet pas de rien semer ailleurs qu'au 
milieu de la cendre des arbres (1). 

Si la constitution physique de la province des 
Mines a une si grande influence sur la nature de 
sa vgtation primitive , on doit croire quelle en a 
galement sur celle qui rsult des travaux de 
l'homme, et que l'on peut appeler artificielle. La 
partie de la province situe a l'orient de la grande 
chane n'est plus, comme autrefois, entirement 
couverte de forts. L se trouvaient des terrains 
aurifres d'une tonnanle richesse; une population 
nombreuse s'y prcipita, et l'on incendia les bois, 
soit uniquement pour claircir le pays, soit pour y 
faire des plantations. Lorsque dans cette contre , 
on coupe une fort vierge ('2) et qu'on y met le feu, 

(1) Voyez mon Mmoire sur le systme d'agriculture adopt 

par les Brsiliens, et les rsultats qu'il a eus dans la province de 

Minas Geraes, clans les Mm. du Musum, vol. XIV, p. 85. 

(2) Voyez mon Introduction V Histoire des Plantes les plus 

remarquables du Brsil et du Paraguay. A Paris, chez Bel in. 



_ m ._ 

Il succde aux vgtaux gigantesques qui la compo 
saient, un bois form d'espces entirement diff- 
rentes , et beaucoup moins vigoureuses; si l'on brle 
plusieurs fois ces bois nouveaux pour faire quelques 
plantations au milieu de leurs cendres , bientt on 
y voit natre une trs grande fougre ( Fteris cau- 
data); enfin au bout de trs peu de temps f les arbres 
et les arbrisseaux ont disparu, et le terrain se trouve 
entirement occup par une Gramine visqueuse , 
gristre et ftide qui souffre peine quelques plantes 
communes au milieu de ses tiges serres , et qu'on 
appelle Capim gordura (l'herbe la graisse, Melinis 
minutiflora ou Tristegis glutinosa des botanistes). 

Dans les environs de la capitale des Mines , et 
entre cette dernire et Villa do Principe, le voyageur 
ne dcouvre plus que des campagnes de Capim gor- 
dura , o s'levaient nagure des arbres majestueux 
entrelacs de lianes lgantes. La rgion des forts 
embrasse donc aujourd'hui de vastes pturages; mais 
ceux-ci, par la nature mme de leur vgtation , in- 
diquent d'une manire certaine la place des forts 
dtruites. Au milieu des campos des environs de la 
ville de Paracatii, et peut-tre dans ceux de quel- 
ques autres parties de la province des Mines gale- 
ment situes l'ouest du Rio de S. Francisco , le 
Capim gordura s'empare des terrains autrefois boi- 
ss, lorsqu'on ne les laisse pas reposer assez long- 
temps ou que le feu y prend par hasard ; mais l 
cette Gramine peut tre facilement dtruite, et 



17 

comme elle ne parat qu'o il y avait des bois, et que 
ceux-ci ne sont que des capos de peu d'tendue 
elle ne forme jamais d'immenses pturages. D'ail- 
leurs entre la grande chane et le Rio de S. Fran- 
cisco, on ne voit ni la grande fougre [Pteris cau- 
daa), ni le Capim gordura se rendre matre des 
terres dfriches, et par consquent l'on peut dire 
que la chane est la limite de ces plantes, comme 
elle est celle des bois qu'elles ont remplacs. 

Du ct du nord , je n'ai point trouv le Capim 
gordura au-del du 17 l\o' latitude sud ou environ. 
Cette plante ambitieuse n'est pas naturelle la 
province des Mines; elle s'y est rpandue sur les 
traces de l'homme, et il sera curieux de rechercher 
dans quelques annes, si elle a fait des progrs vers 
le nord, ou si elle s'est dfinitivement arrte au 
point que j'ai reconnu pour tre sa limite actuelle. 
Je crois cependant qu' cet gard on peut dj for- 
mer quelques conjectures assez plausibles. Il est 
observer que la limite borale du Capim gordura 
est en mme temps celle des forets proprement 
dites; que, plus au septentrion, le pays, quoique 
fort lev, ne prsente plus, comme dans la sous- 
rgion des forts, de hautes montagnes spares par 
des valles troites et profondes, et que l enfin com- 
mence la sous-rgion des carrascos.Ov, du cot de 
l'ouest, la Gramine dont il s'agit s'arrte avec les 
montagnes, et, comme on ne la trouve point au nord 
dans un pays qui n'est pas non plus montagneux , 

2 



18 

il est croire qu'elle ne s'tendra pas davantage du 
cot du septentrion , et que ses vritables limites 
sont jamais celles de la sous-rgion des forets. 

Autrefois le Saccharum appel Sap {Saccharum 
Sap, Aug. S. Hil.)(i), formait l'ensemble des ptu- 
rages dans les pays de bois vierges , et , en certains 
cantons, on le trouve encore avec abondance. C'est 
seulement depuis 45 5o ans que cette Gramine a 
cd la place au Capim gordura qui fut apport 
dans la province des Mines par un hasard singulier 
ou introduit comme fourrage (2). On a vu avec 



(1) J'ai longuement dcrit celte plante dans mon Voyage 
dans le district des Diamans et sur le littoral dit Brsil, 
vol.I, p. 368. 

(2) Yoici ce que je dis ailleurs sur l'indigenat de celte 
plante, ce Dans un livre indispensable ceux qui veulent 
<c connatre non seulement les Gramines brsiliennes, mais 
encore celles des autres parties du globe , l'excellente 
a Aqrostologia de MM. Martius et Nes, on lit que je me 
ce suis tromp, quand j'ai crit que le Capim gordura n'tait 
pas naturel la province de Minas Geraes. Il est incon- 
cc testable que je ne saurais dmontrer qu'il y a t intro- 
ce duit. Tout ce que je puis dire, c'est que j'ai pass vingt- 
ce deux mois parcourir les Mines, c'est--dire plus de la 
ce moiti du temps que MM. Spix et Martius ont consacr 
ce leur magnifique voyage, et je ne me rappelle point 
ce avoir vu la plante dont il s'agit, ailleurs que dans ies lieux 
ce autrefois cultivs , les espaces o les bois ont t dtruits, 
ce sur le bord des chemins et quelquefois la halte des 
ce vovageurs. J'ai pris des notes extrmement nombreuses 
te suj' les endroits o nat le Capim gordura, et je n'y trouve 



19 

quelle rapidit tonnante il s'est rpandu ; cependant, 
lorsque la nature n'est contrarie par aucune cir- 
constance, ce qui malheureusement n'est pas assez 
commun , elle finit par reprendre ses droits sur 
l'ambitieux tranger. Quand les bestiaux n'appro- 
chent point du Capiin gordurcii les vieilles tiges for- 
ment tt ou tard une couche paisse de plusieurs 
pieds qui empche des tiges nouvelles de se dve- 
lopper. Alors de jeunes arbrisseaux commencent 
se montrer; lorsqu'ils peuvent donner de l'ombrage, 
ils achvent de dtruire la Gramine, et, dans les 
bonnes terres, elle fait place, au bout de dix annes, 

rien qui ne confirme mes souvenirs. . Paracatd o n'a 
ce point t M. Martius, ainsi que dans les cantons qu'il a 
ce traverss, on considre le Cajiim gnrdura comme une es- 
cc pce exotique, et les habitausde la ville quej viens de ci- 
ce ter ajoutent que ce Grarncn, primitivement apport du ter- 
ce ritoire espagnol, a t autrefois cultiv dans leurs environs 
ce comme fourrage. Il ne faut pas croire que ce soient des 
ce paysans grossiers qui seuls regardent le Capinx ^ordara 
ce comme exotique : cette opinion tait partage par M. Jos 
ce Texeira, vicomte deCael, homme fort clair, qui poss- 
ce dait quelques connaissances en histoire naturelle et avait 
ce compos un mmoire sur l'agriculture de son pays. Dans 
ce la province de Minas, dit M. Maitius, le Pieri's caudata 
ce se rend matre galement des terrains jadis cultivs, et 
ce cependant on ne peut le considrer comme tranger au 
ce pays. Cela est parfaitement vrai ; mais de ce que le Pie- 
cc ris aquilina, indigne la Sologne, y couvre les terrains 
ce en jachre, je ne conclurai pas que i' Erigeron Canaiense 
ce n'est point exotique, parce qu'il s'empare aussi de cer- 
cc taines terres autrefois en culture. ^ 



_ 20 

^ces bois peu vigoureux et peu fournis qu'on nomme 
cipoeiras. Si l'on est long temps sans couper ces 
derniers, et que le btail n'y pntre point, des ar- 
bres finissent par faire disparatre les Baccharis et 
les autres arbrisseaux qui composent \e-capoeiraSjet 
de grands bois reparaissent. 

Ainsi, pour retourner sa vigueur primitive, la 
vgtation passe en sens inverse , par les phases qui 
l'avaient rduite ne plus offrir que d'humbles 
Gramines. Quant ces successions de plantes qui 
n'ont aucun rapport les unes avec les autres et qui 
ressemblent a une suite de gnrations spontanes, 
elles sont sans doute difficiles expliquer; mais en 
Europe mme elles ne sont point sans exemple (1). 

On voit par tout ce qui prcde que les campos 
de Melinis minutiflora , triste rsultat des destruc- 

(j) Voyez Dureau de la Malle, Mm. aller, dans les An- 
nales se. nat. i Te srie, vol. V. Voici un fait que je puis 
ajouter aux observations de M. Dureau de la Malle. J'ha- 
bitais souvent la terre de la Touche, commune de Donnery, 
prs Orlans; j'y parcourais sans cesse un superbe bois de 
haute futaie, appel le bois de la Boula, et j'en connaissais 
parfaitement la vgtation. Ce bois fut coup, et. aussitt 
il y parut un trs grand nombre de pieds cYEptlo' ium an- 

ustifoh'umlj. (le Laurier de S. Antoine). Cependant, non 
seulement je n'avais jamais vu un seul individu de cette 
espce dans le bois de la Boula, mais encore je ne l'avais 
point observe dans les alentours ; je ne l'avais mme trouve 
dans aucune partie de l'Orlanais, et elle n'est indique 
dans la Flore Orlanaisc de M. l'Abb Dubois qu'en deux 
loflkts qui me sont inconnues. 



Z 



- 21 - 

tions causes paf le travail ou les caprices de 
l'homme, mritent a juste titre le nom de campos 
artificiels qu'on leur donne dans le pays mme. 
Comparativement ces derniers, les pturages de la 
rgion des campos peuvent sans doute tre appels 
naturels; mais il n'en est pas moins vrai que, nces- 
sairement aussi, ils ont d tre extrmement modifis 
par le travail de riiomme. En effet, dans cette partie 
de l'Amrique, comme dans beaucoup d'autres (i), 
les cultivateurs ont coutume de mettre chaque 
anne le feu aux pturages, afin de procurer aux 
bestiaux une herbe plus frache et plus tendre , et 
peut-tre la province des Mines n'offrirait-elle pas 
une lieue carre de campo naturel qui n'ait t 
plusieurs fois incendi. On sent qu'au milieu de 
tous ces brlemens tant de fois rpts, il est diffi- 
cile que plusieurs espces annuelles n'aient pas en- 
tirement disparu ; peut-tre aussi quelques espces 
grles et dlicates qui auraient t touffes par les 
tiges amonceles des espces vigoureuses, ont-elles 
t prservs de la destruction par les incendies , et 
par consquent les campos qu'on nomme aujourd'hui 
naturels ne sauraient tre ce que furent jadis les 
campos rellement primitifs. 

On ne peut sans doute s'assurer de ce fait par la 



(1) L'incendie d'un pturage dans l'Amrique du nord 
forme un pisode intressant dans l'un des romans de Feni- 
uioie Cooper. 






22 

comparaison ; mais il est facile de concevoir que les 
incendies rpts ont eu une trs grande influence 
sur l'ensemble des espces qui composent la vgta- 
tion des campos naturels ; car, ainsi qu'on va le voir, 
un incendie seul suffit pour modifier de la manire 
la plus trange les individus dj existons. A peine 
l'herbe d'un campo naturel a-t-ellet brle, qu'au 
milieu des cendres noires dont la terre est cou- 
verte j il parat a et l des plantes naines dont les 
feuilles sont sessiles et mal dveloppes et qui bien- 
tt donnent des fleurs. Pendant long-temps , je 
l'avoue, j'ai cru que ces plantes taient des espces 
distincles, particulires aux queimadas ou campos 
rcemment incendis, comme d'autres espces ap- 
partiennent exclusivement aux taillis qui remplacent 
les forts vierges; mais un examen attentif m'a con- 
vaincu que ces prtendues espces n'taient autre 
chose que des individus avorts d'espces naturel- 
ment beaucoup plus grandes et destines fleurir 
une autre poque de l'anne. Pendant la saison de la 
scheresse, qui est celle de l'incendie des campos , 
la vgtation de la plupart des plantes qui les com- 
posent , est, en quelque sorte, suspendue, et 
celles-ci n'offrent que des tiges languissantes ou 
dessches. Cependant il doit arriver ici la mme 
chose que dans nos climats; pendant cet intervalle 
de repos , les racines doivent se fortifier et se rem- 
plir de sucs destins alimenter des pousses nou- 
velles , comme on en voit un exemple frappant chez 



f 



25 

la Colchique el chez nos Orchides. L'incendie des 
tiges anciennes dtermine le dveloppement des 
germes cachs sous la terre; mais comme les nou- 
velles pousses paraissent avant le temps, et que les 
rservoirs de sucs destins les nourrir ne sont pas 
encore suffisamment remplis, les feuilles se dve- 
loppent mal ; le passage de celles-ci aux verticilles 
floraux se fait rapidement, et ces derniers mettent 
bientt un terme l'accroissement de la tige (i). 

JXon-seulement nos plus faibles travaux influent 
sur la vgtation de toutes les parties du globe; 
mais elle porte, pour ainsi dire, l'empreinte de nos 
pas, et, dans des lieux aujourd'hui inhabits, la 
nature a pris soin de conserver les preuves de la 
prsence de l'homme. Des plantes s'attachent lui; 
elles le suivent partout, et elles continuent vgter 
quelque temps encore dans les campagnes qu'il a aban- 
donnes. J'ai vu la halte accoutume du voyageur 
indique dans les endroits les plus solitaires par des 
pieds touffus de Capim gordura. Lorsque je traversais 
les dserts qui s'tendent de Paracatu aux limites de 
Goyaz, j'aperus avec tonnement, au milieu d'un p- 
turage uniquement parcouru par des cerfs, des chats 
sauvages et des seriemas, j'aperus, dis-je, quelques- 
unes de ces plantes qui ne croissent ordinairement 
qu'autour de nos habitations; mais bientt des dbris 

(i) Voyez l'introduction mon Histoire des Plantes les 
plus remarquables du Brsil et du Paraguay. 



24 

Cachs sous l'herbe paisse m'indiqurent assez 
qu'une chtive demeure s'tait leve jadis dans ce 
lieu solitaire. C'est ainsi qu'autrefois M. Ramond , 
guid en quelque sorte par un Chenopodium , arriva, 
dans les Pyrnes, la cabane d'un pasteur. 

Aprs avoir fait connatre les limites de la zone 
des campos et de celle des forts , il ne sera pas inu- 
tile de rechercher quelles sont les causes qui d- 
terminent, l'orient de la grande chane, la prsence 
des bois et l'occident celles des pturages. 

Il est incontestable que la nature de la couche 
superficielle du sol a de l'influence sur la vgtation 
de la province des Mines , et qu'en certains endroits, 
on voit paratre successivement des bois et des ptu- 
rages, suivant que la terre est fertile, ou qu'elle 
devient ferrugineuse , sablonneuse , ou pierreuse. 
Ainsi prs d'Itamb, pays fort lev, je vis, dans un 
petit espace, la vgtation changer brusquement 
quatre fois de suite avec la nature du terrain; je la 
vis prsenter des forts, lorsque celui-ci tait argi- 
leux, rouge et compacte, et des vgtaux peu serrs, 
rabougris, trs varis, quand la couche superficielle 
se composait d'un mlange de sable blanc et noir. 
Lorsque, voyageant dans la rgion des forets , entre 
Villa do Principe etPassanha, je passais sur le 
morne appel Morro Pellado, tout coup les grands 
bois disparurent mes yeux , et il leur succda de 
simples arbrisseaux, tels que des Cassin et des M- 
lastomes; alors le terrain tait devenu fort sablon- 



23 - 

neux : il changea brusquement de nature, et, sans 
aucune transition, les grands bois se montrrent 
avec une nouvelle pompe. Dans le pays lev, mais 
simplement ingal, qui s'tend l'ouest del grande 
chane, entre Congonhas do Campo et S. Joao d'El 
Rey, la campagne offre des campos naturels parse- 
ms de bouquets de bois : ceux-ci ont pris posses- 
sion des terres les meilleures, et, s'il existe quelques 
intervalles sablonneux et caillouteux, c'est l que 
l'on est sr de voir des pturages. Du cot d'Arax, 
au milieu des dserts qui conduisent Paracatii, la 
vgtation devient d'autant plus vigoureuse que la 
terre est plus rouge, et des pturages parsems 
d'arbres rabougris ou simplement herbeux, con- 
cident avec les teintes plus ou moins fonces du 
sol. 

Mais il est remarquer que tous les changemens 
de vgtation que je viens de signaler, et qui s'ac- 
cordent si exactement avec d'autres changemens 
dans la couche superficielle du sol, se manifestent 
dans une mme rgion et sur des surfaces d'une 
tendue peu considrable. Pour que la prsence des 
forts, d'un cot de la grande chane (Serra do 
Epinhao\ et celle des campos, du ct oppos, fus- 
sent dues des diffrences dans la nature du sol, 
il faudrait que la chane divist la couche superfi- 
cielle en deux zones, comme elle divise les vgtaux 
en deux rgions ; alors les sous rgions vgtales 
seraient dtermines sans doute par des nuances de 



26 

terrain constantes dans la mme sous-rgion. Mais 
je ne crois pas qu'il en soit ainsi. La terre qui, 
Minas Novasne produit que des carrascos, ressem- 
ble celle qui, aux environs de Villa do Principe, fut 
autrefois couverte de bois vierges, et j'ai retrouv, 
dans les campos du Serto, des terrains qui m'ont 
paru analogues ceux o l'on voit natre ailleurs 
tantt des carrascos et tantt des forts. Je crois 
donc que la nature proprement dite de la couche 
superficielle du sol n'a point eu d'influence sur le 
singulier partage de la province des Mines en deux 
grandes rgions, celle des forts et celle des campos. 
La vritable cause de l'absence des bois l'ouest 
de la grande chane, me parat tre le dfaut d'hu- 
midit et une diffrence dans les ingalits du sol. 
On a vu que, dans la sous-rgion des forts, le pays 
prsentait un rseau de montagnes, et que celui des 
campos tait simplement ondul. Quand les mornes 
sont fort hauts et termins par des crtes, lorsqu'ils 
sont spars par des valles troites et profondes, 
ils s'abritent rciproquement, et l'effort des vents ne 
s'y fait point sentir; les ruisseaux, toujours multi- 
plis dans ces terrains montagneux, contribuent 
y dvelopper la vgtation, et elle est encore favo- 
rise par les dbris des troncs et des branchages 
sans cesse accumuls et rduits en terreau. Au 
contraire, lorsque le pays est simplement ondul, 
que rien n'y arrte les vents, que la terre n'y est 
rafrachie par aucun ruisseau, il ne serait pas pos- 



- 27 - 

sible que la vgtation y et une grande vigueur, 
quelle que ft d'ailleurs la bont naturelle du sol. 
Dans le pays lev de Minas Novas, situ, comme 
je l'ai dit, l'est de la grande chane, la surface de 
la terre n'offre cependant pas de hau'.es montagnes; 
elle n'est pas non plus simplement ondule; mais 
elle prsente des mornes peu levs spars par des 
vallons. Les ingalits de ce pays sont par cons- 
quent intermdiaires entre celles des contres de 
bois vierges proprement dites, et celles si peu sen- 
sibles de la rgion des campos. Or, des nuances ana- 
logues se manifestent dans la vgtation; car 
elle ne prsente ici ni de simples pturages 
comme la rgion des campos, ni des arbres gigan- 
tesques comme la sous-rgion des forets, mais ces 
bois nains qu'on nomme carrascos. Ce qui prouve 
encore la ralit des causes que j'assigne ici au par- 
tage des campos et des forts, c'est que, si un morne 
couvert de carrascos ou de simples pturages, 
offre sur ses pentes quelque enfoncement o l'humi- 
dit puisse se conserver et o les vgtaux soient 
l'abri des vents, on y trouve toujours des bois, et 
ceux-ci, dans la sous-rgion des carrascos, montrent 
d'autant plus de vigueur que les gorges sont plus 
profondes (1). 



( i ) On parat avoir cru que la vgtation des divers bassins 
devait prsenter de grandes diffrences. Cela est incontesta- 
ble, si nous nous bornons comparer le bassin montagneux 



28 

A la vrit, M. d'Eschwege a remarqu que la v- 
gtation tait plus vigoureuse dans les terrains pri- 
mitifs de la province des Mines que dans ceux dont 
la formation est plus rcente; il a observ que des 
bois croissaient sur les montagnes de granit , de 
gneis, de scbiste micac, de sinite, et que les ptu- 
rages naturels et les arbustes tortueux se rencon- 
traient dans des terrains dont le fond se compose de 
schiste argileux, de grs et de fer. Mais, si les gran- 
des diffrences de vgtation qu'on observe dans la 
province des Mines concident avec des diffrences 
dans la constitution minralogique du sol, il n'en est 
pas moins trs vraisemblable que ce ne sont point 
celles-ci qui modifient l'ensemble des productions 
vgtales. Dj depuis long-temps M. de Candolle 
a montr () que la nature minralogique des divers 
terrains n'exerait aucune influence sur la vgta- 
tion, ou du moins quelle en exerait peu, et les ob- 
servations faites par M. d'Eschwege lui-mme ten- 
dent dmontrer la vrit de cette opinion ; car, 
dans le voisinage du Rio de S. Francisco, prs For- 
miga et Abaet, ce savant a vu des terrains calcaires 
d'ancienne formation rester dcouverts en certains 
endroits, tandis qu'ailleurs ils produisent une vg- 

du Rio Doce avec le bassin seulement ingal du S. Fran- 
cisco ; mais il n'y a plus de diffrences entre ce dernier et 
celui du Paranahyba , tous les deux simplement onduls. 

(i) Die t. fies se. nat., vol. XVIII. 



<J9 



tation riche et d'paisses forts. Ce qui, sous la 
mme latitude et des hauteurs semblables, modi- 
fie vritablement la nature des productions vg- 
tales, ce sont V exposition du sol, le plus ou moins 
d'humidit qu'il renferme, la division plus ou moins 
sensible de ses parties, la quantit plus ou moins 
grande cV humus qui compose sa surface. 

On a vu qu'aux deux premires de ces quatre 
causes sont dues les deux grandes divisions que l'on 
observe dans la vgtation de la province des Mines, 
et que les deux autres amnent principalement des 
diffrences de dtail. Il est ici cependant une excep- 
tion trs remarquable. 

Lorsqu'on se rend de la rivire du Jiquitinhonba 
Villa do Fanado, on traverse d'abord des forts 
vierges; mais tout coup la vgtation change, et 
l'on passe dans la sous-rgion des catingas. Ce- 
pendant aucune chane de montagne ne spare les 
deux sous -rgions ; aucune diffrence de niveau, 
tant soit peu sensible, ne se manifeste dans la sur- 
face de leur sol. Des catingas sont parses au milieu 
des campos du Dsert; l, comme les capos propre- 
ment dits, elles se montrent trs souvent dans les 
fonds et sur les pentes; mais, prs le village de 
Formigas, et, sans doute en bien d'autres lieux, au- 
cune ingalit de sol ne marque le passage des cam- 
pos aux catingas. La prsence de ces dernires n'est 
donc point toujours dtermine par la forme du ter- 
rain, et elle doit avoir pour cause principale la qua- 



- 50 

lit mme de la couche suprieure. Cela est si vrai 
que, lorsque j'ai pass des forts du Jiquitinhonha 
dans les catingas, j'ai observ que la terre devenait 
brusquement trs meuble, lgre, grise et un peu 
sablonneuse; j'ai observ qu'une nature de terre 
absolument semblable concidait aux environs de 
Formigas, avec la prsence des catingas qui d'ail- 
leurs, ne sont, comme on l'a vu, spares escarn- 
pos par aucune ingalit du sol; enfin j'ai encore 
retrouv un terrain lger, gris et un peu sablon- 
neux dans les catingas voisins du S, Francisco. 

D'autres causes sont, ce qu'il parat, ncessaires 
encore pour qu'un terrain donne naissance des 
catingas. Il ne parat pas que cette sorte de bois se 
montre une latitude plus mridionale que le mi- 
lieu environ de la province des Mines, et il n'est pas 
ma connaissance que des catingas croissent 
une grande hauteur au-dessus du niveau de l'Ocan. 



SECONDE PARTIE. 

Description des diverses sortes de vgtations. 

Aprs avoir montr de quelle manire les diver* 
ses sortes de vgtation sont distribues dans la 
province des Mines, je tcherai de donner une ide 
juste de chacune d'entre elles. Je n'entrerai point 



- 51 



dans des dtails de genres et d'espces; je me con- 
tenterai de peindre grands traits l'aspect des bois 
et des campus, et je commencerai par les forts 
primitives. 

Lorsqu'un Europen arrive en Amrique, et que, 
dans le lointain, il dcouvre des bois vierges pour 
la premire fois, il s'tonne de ne plus apercevoir 
quelques formes singulires qu'il a admires dans 
nos serres, et qui sont ici confondues dans les mas- 
ses ; il s'tonne de trouver, dans les contours des 
forts, aussi peu de diffrence entre celles du Nou- 
veau Monde et celles de son pays; et si quelque chose 
le frappe, c'est uniquement la grandeur des propor- 
tions et le vert fonc des feuilles, qui, sous le ciel le 
plus brillant, communique au paysage un aspect 



grave et austre. 



Pour connatre toute la beaut des forts qui- 
noxiales, il faut s'enfoncer dans ces retraites aussi 
anciennes que le monde. L rien ne rappelle la fa- 
tigante monotonie de nos bois de Chnes et de Sa- 
pins; chaque arbre a un port qui lui est propre; 
chacun son feuillage et offre souvent une teinte de 
verdure diffrente de celle des arbres voisins. Des 
vgtaux gigantesques qui appartiennent aux fa- 
milles les plus loignes entremlent leurs branches 
et confondent leur feuillage. Les Bignones cinq 
feuilles croissent cot des Cesalpinia, et les fleurs 
dores des Casses se rpandent, en tombant, sur des 
Fougres aborescentes. Les rameaux mille fois divi- 



52 

ses des Myrtes et des Eugenia font ressortir la sim- 
plicit lgante des Palmiers, et parmi les Mimoses 
aux folioles lgres, le Cecropia tale ses larges 
feuilles et ses branches qui ressemblent d'immen- 
ses candlabres. Il est des arbres qui ont unecorce 
parfaitement lisse; quelques-uns sont dfendus par 
des pines, et les normes troncs d'une espce de 
Figuier sauvage s'tendent en lames obliques qui 
semblent les soutenir comme des arcs-boutans. 

Les fleurs obscures de nos Htres et de nos Chnes 
ne sont gure aperues que par les naturalistes; 
mais, dans les forts de l'Amrique mridionale, des 
arbres gigantesques talent souvent les plus bril- 
lantes corolles. Les Cassia laissent pendre de lon- 
gues grappes dores; les Vochisies redressent des 
thyrses de fleurs bizarres; des corolles tantt jaunes 
et tantt purpurines plus longues que celles de nos 
Digitales, couvrent avec profusion les Bignones en 
arbre; et des Chorisia se parent de fleurs qui res- 
semblent nos Lys pour la grandeur et la forme, 
comme elles rappellent X Alstroemeria pour le m- 
lange de leurs couleurs. 

Certaines formes vgtales qui ne se montrent 
chez nous que dans les proportions les plus hum- 
bles, l se dveloppent, s'lendent et paraissent avec 
une pompe inconnue sous nos climats. Des Borra- 
gines (i) deviennent des arbrisseaux; plusieurs 

i On s'est amus diviser cette famille si naturelle; 



- 55 

Euphorbiaces sont des arbres majestueux, et l'on 
peut trouver un ombrage agrable sous leur pais 
feuillage. 

Mais ce sont principalement les Gramines qui 
montrent le plus de diffrence entre elles et celles 
de l'Europe. S'il en est une foule qui n'acquirent 
pas d'autres dimensions que nos Bromes et nos Ftu- 
ques, et qui, formant aussi la masse des gazons, ne 
se distinguent des espces europennes que par leurs 
tiges plus souvent rameuses et leurs feuilles plus 
larges; d'autres s'lancent jusqu' la hauteur des 
arbres de nos forts, et prsentent le port le plus 
gracieux. D'abord droites comme des lances et ter- 
mines par une pointe aigu, elles n'offrent leurs 
entre-nuds qu'une seule feuille qui ressemble 
une large caille; celle-ci tombe; de son aisselle 
nat unfaisceaude rameaux courts, chargs de feuil- 
les vritables : la tige du Bambou se trouve ainsi 
orne, des intervalles rguliers, de charmantes 
touffes de branches ; elle se courbe, et forme entre 
les arbres des berceaux lgans. 

Ce sont principalement les lianes qui communi- 
quent aux forts les beauts les plus pittoresques; 
ce sont elles qui produisent les accidens les plus va- 
ris. Ces vgtaux dont nos Chvrefeuilles et nos 

mais, pour tre consquent, il faudra aussi diviser celle des 
Labies. Au reste quelque botaniste se propose peut-tre 
de rendre ce service la science. 

3 



s 

y 



- 54 

Lierres ne donnent qu'une bien faible ide, appar- 
tiennent, comme les grands vgtaux, une foule 
de familles diffrentes. Ce sont des Bignones, des 
Bauhinia, des Cissus, des Hipocrates, etc.; et si tou- 
tes ont besoin d'un appui, chacune a pourtant un 
port qui lui est propre. A une hauteur prodigieuse, 
une Arode parasite, appele Cip d'imb, ceint le 
tronc des plus grands arbres; les marques des feuil- 
les anciennes qui se dessinent sur sa tige en forme 
de losange la fout ressembler la peau d'un serpent; 
cette tige donne naissance des feuilles larges, d'un 
vert luisant, et de sa partie infrieure naissent des 
racines grles qui descendent jusqu' terre, droites 
comme un fil--plomb. L'arbre qui porte le nom de 
Cip Matador, ou la liane meurtrire, a un tronc 
aussi droit que celui de nos Peupliers; mais, trop 
grle pour se soutenir isolment, il trouve un sup- 
port dans un arbre voisin plus robuste que lui; il 
se presse contre sa tige, l'aide de racines arien- 
nes qui, par intervalles, embrassent celle-ci comme 
des osiers flexibles; il s'assure, et peut dfier les 
ouragans les plus terribles. Quelques liannes res- 
semblent des rubans onduls; d'autres se tordent 
ou dcrivent de larges spirales ; elles pendent en fes- 
tons, serpentent entre les arbres, s'lancent de l'un 
l'autre, les enlacent et forment des masses de 
brancbages de feuilles et de fleurs, o l'observateur 
; souvent peine rendre chaque vgtal ce qui lui 
appartient. 



_ 35 

Mille arbrisseaux divers, des Melastomes, des 
Borragines, des Poivres, des Acanthes, etc., nais- 
sent au pied des grands arbres, remplissent les inter- 
valles que ceux-ci laissent entre eux, et offrant leurs 
fleurs au naturalisle, le consolent de ne pouvoir at- 
teindre celles des arbres gigantesques qui lvent 
au-dessus de sa tte leur cime impntrable aux 
rayons du soleil. Les troncs renverss ne sont point 
couverlsseulement d'obscures Cryptogames, les TU 
landsia, les Orchides aux fleurs bizarres leur pr- 
tent une parure trangre, et souvent ces plantes 
elles-mmes servent d'appui d'autres parasites. 

De nombreux ruisseaux coulont ordinairement 
dans les bois vierges ; ils y entretiennent la fracheur; 
ils offrent au voyageur altr une eau dlicieuse et 
limpide, et sont bords de tapis de Mousses, de Lyco- 
podes et de Fougres du milieu desquelles naissent 
des Bgonies aux tiges dlicates et succulentes, 
aux feuilles ingales, aux fleurs couleur de chair. 

Excite sans cesse p3rses deux agens principaux, 
l'humidit et la chaleur, la vgtation des bois vier- 
ges est dans une activit continuelle; l'hiver ne 
s'y distingue de l't que par une nuance de teinte 
dans la verdure du feuillage, et, si quelques arbres 
y perdent leurs feuilles, c'est pour reprendre aussi- 
tt une parure nouvelle. Mais, il faut en convenir, 
cette vgtation qui ne se repose jamais ne permet 
pas qu'on trouve dans les bois vierges autant de 
fleurs que dans les pays dcouverts. La floraison 



56 

met, comme l'on sait , un terme la vgtation; des 
arbres qui, produisent sans cesse des branches et 
des feuilles, ne donnent des fleurs que fort rarement; 
et, par exemple, un Noblevillea Gestasiana, Aug. 
St.-Hil. (i), qui s'tait charg de fleurs lgantes, 
est ensuite rest, pendant cinq ans, sans en rappor- 
ter de nouvelles. 

Il ne faut pas croire que les forts vierges soient 
partout absolument les mmes; elles offrent des va- 
riations, suivant la nature du terrain, l'lvation du 
sol et la distance de l'quateur. Les bois du Jiqui- 
tinhonha, au-del de la Vigie, par exemple, ont plus 
de majest peut-tre que tous ceux des autres par- 
ties de la province, les arbres y montrent une vi- 
gueur surprenante, mais les lianes n'y sont pas trs 
nombreuses ; ailleurs les plantes grimpantes talent 
tonte la bizarrerie de leurs formes; en quelques 
endroits, ce sont les Bambous qui, eux seuls, for- 
ment presque toute la masse de la vgtation, et, 

(i) C'est l'arbre lev que j'ai dcrit sous le nom de 
Qualea Gestasiana dans mon Mmoire sur les Vochysies 
{Mmoires du Musum d'Iiisl. nat., vol. "V'). Gette plante doit 
tre spare du Qualea dont elle diffre singulirement par 
la position de ses organes ; ainsi que je le dmontrerai dans 
mon Second Mmoire sur les Vochysics. Aucun des deux 
genres n'a l'androce de verticille complet; mais le Qualea 
ne prsente rellement que l'indication d'un verticille uni- 
que, celui ordinairement staminal, tandisque le Noblevillea, 
bien plus normal, offre des parties appartenant deux ver- 
ticales. 



57 

dans d'autres, l'on voit dominer les Palmitos (Eu- 
terpe oleracea, Mart.) et les Fougres en arbre. 

Si les forets vierges servent de retraite quelques 
animaux dangereux, tels que les jaguars et les ser- 
pens, elles sont l'asile d'un nombre bien plus con- 
sidrable d'espces entirement innocentes, telles 
que des cerfs, des tapirs, des agoutys, plusieurs es- 
pces de singes, etc., etc. Les hurlemens des maca- 
cos bardados rpts par les chos, ressemblent, 
dans les grands bois, au bruit d'un vent imptueux 
qui s'interromperait par intervalle, en se ralentis- 
sant peu peu. Des milliers d'oiseaux, dont le plu- 
mage diffre autant que les murs, font entendre 
un ramage confus; les batraciens y mlent leur 
coassement aussi vari que bizarre, et les cigales 
leurs cris aigus et monotones. C'est ainsi que se 
forme cette voix du dsert qui n'est autre chose que 
l'accent de la crainte, de la douleur et du plaisir 
exprim de diffrentes manires par tant d'tres di- 
vers. Au milieu de tous ces sous, un bruit plus 
clatant frappe les airs, fait retentir la fort et 
tonne le voyageur. Il croit entendre les coups d'un 
marteau sonore qui tombe sur l'enclume, et auquel 
succderait le travail tourdissant de la lime s'exer- 
ant sur le fer. Le voyageur regarde de tous cots; 
et il s'tonne, lorsqu'il dcouvre que des sons qui 
ont autant de force, sont produits par un oiseau 
gros comme un merle, qui, presque immobile au 
sommet d'un arbre dessch, chante, s'interrompt. 



58 

et attend pour recommencer qu'un autre individu 
de son espce ait rpondu ses accens. C'est le 
Casmarjnchos nudicollis, Tem. ( le ferrador des 
Mineiros, Yaraponga de la province de Rio de Ja- 
neiro), qui change de plumage ses diffrens ges, 
et qui, aprs avoir t d'un vert cendr, finit par 
devenir aussi blanc que nos cygnes. 

Des myriades d'insectes habitent les forts 
primitives, et excitent l'admiration du naturaliste, 
tantt parla singularit de leurs formes, tantt par 
la vivacit de leurs couleurs. Des nues de papillons 
se reposent sur le bord des ruisseaux; ils se pressent 
les uns contre les autres, et de loin, on les prendrait 
pour des fleurs dont la terre aurait t jonche. 

Entre les bois vierges que je viens de dcrire et 
les plus grands carrascos, viennent se placer comme 
intermdiaire, les catingas qui se distinguent sur- 
tout des premiers parce qu'elles perdent leurs feuilles 
tous les ans. 

Dans le pays des Mines Nouvelles o, comme je 
l'ai dit, croissent des catingas, les pluies qui ont 
dur six mois, cessent en fvrier, et la chaleur dimi- 
nue peu peu. Alors les feuilles des catingas com- 
mencent tomber, et, en juin, les arbres en sont 
presque entirement dpouills. Cependant, au 
mois d'aot, les boutons des arbres commencent 
se dvelopper, et, ce qui est fort remarquable, ils 
prcdent ordinairement les pluies. Celles-ci arri- 
vent bientt, les chaleurs deviennent chaque jour 



50 

plus fortes, et les vgtaux reprennent leur parure. 

Presque depuis Sucuri, dans les Minas Novas, 
jusqu' la fazenda de Bon Jardim, dans un espace 
d'environ 33 lieues portugaises, j'ai toujours tra- 
vers des catingas. Lors de mon voyage, elles taient 
presque entirement dpourvues de feuilles. Ces 
bois prsentent des modifications diverses; mais 
c'est, ce qu'il parat, sur la limite du territoire des 
carrascos que les nuances sont le plus multiplies. 
Sur cette limite, entre Sucuri et Setba, les catin- 
gas ressemblent singulirement aux bois d'Europe, 
et m'offrirent un pais fourr de broussailles, de 
plantes grimpantes et d'arbrisseaux de dix vingt 
pieds, au milieu duquel se montraient et l des 
arbres de bauteur peu prs moyenne (i). Tantt 
les arbrisseaux qui faisaient partie de ces bois 
taient peu levs et rappelaient nos taillis de trois 
ou quatre ans, et tantt on les et pris pour des 
taillis de 18 annes; le plus souvent les grands 
arbres laissaient entre eux beaucoup de distance, et 
quelquefois ils taient assez rapprochs; tantt ils 
n'atteignaient pas mme la grandeur moyenne, tan- 
tt ils la surpassaient, mais nulle part ils n'taient 
aussi levs que ceux des forets primitives. 

Entre Setba et Boa Vista, plus loin de la limite 
des carrascos dont je parlerai bientt, j'observai de 



(i) On verra plus bas que ce n'est pas toujours la gran- 
deur qu'ils atteignent. 



~ 40 

nouvelles diffrences. Les arbres qui s'levaient au 
milieu des arbrisseaux, taient plus grands, moins 
loigns les uns des autres, et, surtout dans les en- 
virons de Bon Vista, la vgtation tait plus vigou- 
reuse. De grandes lianes environnaient les arbres, 
comme dans les forts vierges ; elles pendaient du 
haut de leurs branchages, et formaient d'immenses 
lacis qui se croisaient en tous sens. La plupart des 
grands vgtaux ne diffraient point de ceux de 
l'Europe par la disposition de leur branches; ce- 
pendant il en tait qui indiquaient assez d'autres 
climats. Ainsi, un Cactus que j'avais vu prs de Rio 
de Janeiro, levait ses troncs coniques et ses ra- 
meaux verticills, au milieu des lianes tortueuses. 
Un autre Cactus trs rameux, dont la tige et les 
branches pineuses et profondment canneles n'ont 
gure que l'paisseur de deux doigts , semblait ser- 
penter entre les rameaux dpouills des arbres voi- 
sins; et, par sa couleur verte, il contrastait avec l'- 
corce grise dont il tait revtu. 

Parmi les arbres des catingas , il en est trois qui 
attirrent mon attention par la singularit de leurs 
caractres. L'un d'eux, qui a beaucoup plus de deux 
brasses de circonfrence, frappe d'autant plus que le 
diamtre de ceux qui rentourent ne va gure au-de- 
l d'un pied. Comme certaines colonnes, il est plus 
renfl au milieu qu' la base; le plus souvent il gros- 
sit dj peu de distance de la terre, et, sa partie 
suprieure, il va en diminuant la manire d'un fu- 



41 

seau. Son corce rousstre et luisante n'est point 
fendue; mais elle porte des tubercules gris qui sont 
les restes des pines dont l'arbre tait charg pen- 
dant sa jeunesse. Dans toute sa longueur, le tronc 
qui atteint une grande lvation, ne prsente pas un 
seul rameau, et son extrmit seule se termine par 
un petit nombre de branches presque horizontales. 
Le Barrigudo ou Ventru (Chorisia ventricosa Nes 
et Mart.), c'est ainsi qu'on appelle l'arbre dont il est 
question, a un bois trs tendre, et c'est ce bois qui , 
jeune encore, est employ par les Botocudos pour 
faire les singuliers disques qu'ils placent dans leurs 
oreilles et leur lvre infrieure. 

Le second arbre que je remarquai encore s'lve 
beaucoup inoins que le Barrigudo; mais il prsente, 
quelques pieds du sol, des renflemens ovodes. 

Le troisime enfin, appel Emburana {Bursera 
kphtophloeos, Mart.), a un tronc gnralement in- 
clin, et il est couvert d'une corce rousse qui se 
lve en lambeaux, et laisse voir, par intervalle, la 
nouvelle corce dont la couleur est d'un beau vert. 

Ce fut entre les villages de Chapada et Sucuriu, 
environ par le i6 8', que, pour la premire fois, je 
vis des catingas. On tait au mois de mai. En des- 
cendant une cte, j'entrai dans un bois compos d'ar- 
brisseaux serrs les uns contre les autres, et au mi- 
lieu desquels s'levaient, de distance en distance, des 
arbres d'une grandeur moyenne. Ce bois, qui tait une 
catinga peu vigoureuse, avait une ressemblance par- 



_ 42 

faite avec ceux de nos taillis, o on laisse c et l 
crotre des baliveaux.^Les arbres conservaient peine 
quelques feuilles jauntres ou d'un pourpre fonc ; 
la terre tait jonche de celles qu'ils avaient perdues, 
et de temps en temps il en tombait encore quelques- 
unes mes pieds. Les gazons qui bordaient le che- 
min avaient t brls par l'ardeur du soleil ; une 
seule Acanthe laissait apercevoir de petites fleurs 
deux lvres et tube along -, mais ses feuilles pres- 
que fltries retombaient sur la tige, et l'on aurait pu 
prendre cette plante pour notre Galeopsis ladanum, 
tel qu'il se montre dans les plaines de la Beauce 
aprs la canicule. Le soleil tait sur son dclin ; la 
chaleur avait diminu; aucun vent ne se faisait sen- 
tir, et le ciel n'offrait plus que des teintes affaiblies. 
Je me serais cru en France par une belle soire d'au- 
tomne, si quelques Palmiers que j'apercevais et 
l avaient pu me permettre de m'abandonner une 
erreur si douce (Je Guariroba des Brsiliens, Cocos 
oleracea, Mai* t.). 

Si l'on demandait pourquoi les catlngas perdent 
leurs feuilles, tandis que les vritables forts gardent 
toujours les leurs, il ne serait pas, je crois, bien dif- 
ficile de rpondre cette question. La terre o s'- 
lvent les bois vierges, ma paru moins susceptible de 
se desscher que le sol un peu sablonneux, meuble et 
fort lger qui donne naissance aux catingas, et celles- 
ci ne se voient point, comme les forts proprement 
dites, dansjdes pays o de hautes montagnes s'abritent 



45 

rciproquement, et o de nombreux ruisseaux entre- 
tiennent une continuelle fracheur. Ce qui prouve 
d'une manire incontestable que les catingas doivent 
la scheresse la chute de leurs feuilles, c'est qu'elles 
les conservent sur le bord des rivires et des lieux 
mouills. Lorsque je traversais les catingas du Ji- 
quitinhonda, un peu au-dessous du confluent de VA' 
rassuahy, les rives du fleuve, ornes d'une lisire de 
la plus frache verdure, contrastaient avec les bois 
voisins dpouills de leurs feuilles, et, ce qui peut- 
tre n'a jamais eu lieu dans aucun pays du monde, 
j'avais tout la fois sous les yeux l'image de l'hiver 
et celle des jours les plus dlicieux du printemps. 

Le savant Martius, qui a vu les catingas dans un 
pays o, dpouillesde verdure, elles sont, ce qu'il 
parat, plus tristes encore que celles de Minas; Mar- 
tius, dis-je, partage entirement mon opinion sur la 
chute de leurs feuilles. - 

Voici en effet comment il s'exprime dans un lo- 
quent discours ou, d'un coup d'il rapide, il em- 
brasse cette immense portion de l'Amrique qui s'- 
tend du Rio de la Plata la rivire des Amazones : 
On nous a assur que les catingas restaient quel- 
quefois plusieurs annes de suite sans se couvrir 
de feuilles, lorsque les pluies manquaient pendant 
le mme espace de temps, comme cela arrive Fer- 
nambouc; et, au contraire, des arbres qui appar 
(( tiennent la vgtation des catingas conservent 
leur parure, lorsqu'ils croissent sur le bord des 



- 44 - 

rivires. Cela prouve que le manque d'eau est ici 

*< la seule cause de la chute des feuilles Une 

pluie soudaine vient-elle humecter la terre..., un 
monde nouveau parat comme par enchantement. 
Des feuilles d'un vert tendre ont couvert tout 
a coup les branches dpouilles; des fleurs nombreu- 
ses ont tal leurs brillantes corolles, les buissons 
ce hrisss d'pines et les lianes grimpantes qui n'of- 
(( fraient plus que des tiges arides se sont revtues 

d'une parure nouvelle ..Partout l'air est 

embaum des plus doux parfums, et les animaux 
qui avaient fui la fort dessche, y accourent de 
<f nouveau, ranims par les sensations dlicieuses 
que fait natre un printemps enchanteur (i) . 
C'est ainsi que des phnomnes, occasions sous la 
zone tempre par l'absence et le retour de la cha- 
leur, sont produits, dans les contres quinoxiales, 
par l'alternative de la scheresse et de l'humidit. 
Les carrascos proprement dits se distinguent en- 
core pi us des vritables catingas pour la vigueur et l'- 
lvation , que celles-ci ne diffrent des bois vierges. 
Dans les parties des Minas Novas ou s'observe ce genre 
de vgtation, on ne voit point, comme je l'ai dit, de 
hautes montagnes termines par des crtes ou des 
pics aigus, et spares par des valles troites et pro- 
fondes. L sont des mornes peu levs, bords par 
des vallons, et dont le sommet prsente une espce 

(i) Pliys. Pflanz. Braz.> 17. 



45 

de petite plaine. Dans le pays, on donne ces som- 
mets singuliers le nom de taboleiros, qui signifie pla- 
teau, et on les appelle chapadas, quand ils ont une 
plus grande tendue. Des espces de forts naines 
couronnent ces plateaux, et sont composes d'ar- 
brisseaux tiges et rameaux grles, hauts de 3 5 
pieds, en gnral rapprochs les uns des autres. Tels 
sont les carrascos. Certaines plantes les caractri- 
sent d'une manire spciale; telles sont la Compose 
feuilles de bruyre qu'on appel Alecrim do campo, 
le Pavonia que ses fleurs charmantes ont fait surnom- 
mer la Rose des champs [Pavonia Rosa campestris, 
A S. AJ. C); deux Hyptis, le petit Palmier feuilles 
sessiles appel vulgairement Sandaia ou Sandaiba; en- 
fin surtout une Mimose dont les tiges sont lgrement 
pineuses, les feuilles d'une dlicatesse extrme et les 
fleurs disposes en pis [Mimosa dumetorum, Aug. 
S. Hil.) 

La nature ne met point ordinairement entre ses 
diverses productions, une distance aussi considra- 
ble que celle que j'ai signale entre les vritables car- 
rascos et les catingas; aussi existe- t-il une sorte de 
vgtation , qui forme le passage des carrascos 
proprement dits aux catingas ; ce sont les carras- 
quenos. Ceux-ci prsentent des arbrisseaux d'environ 
6 1 5 pieds, dont les tiges droites et menues sont 
fort rapproches les unes des autres, et qui, parleur 
ensemble, donnent l'ide de nos taillis. C'est encore 
dans les Minas ISovas que se trouvent les carrasque- 



46 

nos ; et tandis que les carrascos croissent sur les 
plateaux, les carrasquenos se montrent sur leur pen- 
te ; ce qui achve de prouver que la vgtation s'- 
lve mesure que le terrain devient plus abrit. 

En ne consultant que la hauteur,on peut, je crois, 
rapprocher des carrasquenos une vgtation qui, du 
moins dans la province des Mines, ne s'observe que 
sur les bords du Rio de S. Francisco. Chaque anne 
ce beau fleuve sort de son lit , et , sur les terrains 
qu'il inonde (alagadios), s'lvent des buissons im- 
pntrables, forms principalement par deux plan- 
tes pineuses, X Acacia Farnesiana et le Bauhinia 
mandata, Aug. S. Ilil. [Periebia Bauhiniodes^Mart.) 

J'ai tch jusqu'ici de donner une ide de la phy- 
sionomie des diverses sortes de forts naines ou 
gigantesques qu'on observe dans la province de 
Minas Geraes. A prsent je dirai quelques mots de 
ses campos. 

Ceux qui sont simplement herbeux ont assez 
l'aspect de nos prairies; mais les plantes ne s'y pres- 
sent pas autant, et, dans aucune saison, ils ne sont 
maills d'un aussi grand nombre de fleurs. Des 
Gramines entremles d'autres herbes, de sous- 
arbrisseaux et quelquefois d'arbrisseaux peu levs 
forment ces pturages ; on y trouve en abondance 
des Composes et surtout des Vernoniesj les Myr- 
tes, les Mlastomes fruits capsulaires y sont fort 
communes ; mais on n'y revoit plus d'Acanthes, 



47 

famille si nombreuse dans les bois vierges (i). 
Dans le Serto ou Dsert, des arbres sont pars, 
comme je l'ai dit, au milieu des pturages ; mais loin 
de s'lever avec cette majest qui caractrise ceux 
des forts primitives, il n'approchent pas mme, a 
beaucoup prs, de la hauteur ordinaire de nos Ch- 
nes, de nos Bouleaux ou de nos Htres. Ils sont tor- 
tueux et rabougris; une corce fendille et souvent 
subreuse revt leur tronc, et leurs feuilles, assez 
ordinairement dures et cassantes, ont pour la plu- 
part la forme de celles de nos Poiriers. Ces arbres 
ont gnralement le mme aspect que les Pommiers 
d'Europe, et lorsque l'on parcourt les campos du 
Dsert, on se croirait transport au milieu de ces 
vergers que les habitans de certaines provinces de 
France plantent dans leurs prairies. Mais, si les ar- 
bres du Serto n'ont rien dans leur port qui ex- 
cite l'admiration, ils charment le voyageur par la 
beaut et l'tonnante varit de leurs fleurs. Tantt 
cesont des Lgumineuses aux grappes pendantes et 
une Bignone cinq feuilles, qui tale des fleurs d'un 
jaune dor; tantt des Ochna, des Ternstromiaces, 
des Malpighies ^longs pis, de nombreux Quaka, 
des Fochisia, enfin le Salvertia odeur de muguet 
qui redresse ses thyrses plus beaux peut-tre que 
ceux de Y Hippocastanum. 

(i) Voyez mon Introduction h Y Histoire des Plantes remar- 
quables du Brsil et du Paraguay. 



48 

Le passage des campos aux forts ne se fait pas 
toujours d'une manire brusque, comme il ne s'o- 
pre pas toujours non plus par des transitions plus 
ou moins insensibles. Lorsque je me rendais de Rio 
de Janeiro Barbacena, ville de la province des Mi- 
nes situe par le 1 1 1 1/ latitude sud (1 ) , un Milleper- 
tuis, que je n'avais pas coutume de voir dans les bois, 
se montra, vers Mantiqueira, comme l'avant-cou- 
reur d'une vgtation nouvelle; sur l'un des cts 
du chemin, les arbres commencrent ne plus taler 
la mme vigueur, et me semblrent moins rapprochs 
les uns des autres ; bientt j'aperus des pturages, 
mais ils taient encore parsems de bouquets de bois; 
peu peu ceux-ci devinrent plus rares, et ils fini- 
rent par disparatre. Il n'en fut pas ainsi, lorsque, 
deux annes plus tard, je me dirigeai, par une rou- 
te diffrente, de la capitale du Brsil S. Joo d'El 
Rcy, autre ville de Minas Geraes situe par le 1 1 10' 
iS' 1 '. Je venais de traverser des forts paisses o 
souvent j'aurais pu toucher avec la main les arbres ma- 
jestueux dont j'tais entour ; tout coup l'aspect 
du pays changea avec la mme rapidit qu'une dco- 
ration de thtre ; une tendue presque incom- 
mensurable de mornes arrondis, couverts seule- 
ment d'une herbe rare et gristre se droula sous mes 
yeu*, et je pus contempler une image de l'immensit, 



(i) J'ai fait connatre cette ville clans mon p'oyage dans 
les Provinces de Rio de Janeiro, etc., vol. I, p. 17. 



49 

moins imparfaite peut-tre que celle qui est offerte 
par la mer, lorsqu'on y jette les regards sur un ri- 
vage peu lev. 

Je n'tendrai pas ce tableau davantage. De plus 
longs dtails rentreraient dans le domaine des Flo- 
res et des ouvrages de botanique spciale; et je n'ai 
pas eu d'autre but que de faire connatre dans son 
ensemble la vgtation de Minas Geraes, telle qu'elle 
est aujourd'hui. 

Mais, si l'intelligence et la sagesse des habitans 
de cette province peuvent la prserver des dan- 
gers qui la menacent, comme tout le reste du 
Brsil, sa population augmentera avec rapidit ; 
o l'on voit d'humbles hameaux, s'lveront des ci- 
ts florissantes , de nouveaux dfriehemens dimi- 
nueront encore l'tendue des forts ; enfin les campos 
eux-mmes seront creuss par la bche et sillonns 
par la charrue. Alors il ne restera plus rien de la v- 
gtation primitive; une foule d'espces auront dis- 
paru pour jamais, et les travaux sur lesquels le sa- 
vant Martius, mon ami feu le docteur Pohl et moi, 
nous avons consac notre existence , ne seront plut 
en grande partie que des monumens historiques. 



New York Botanical Garder) Librarv 

QK 268 .S23 1837 



Saint-Hilaire, Augu/Tableau gographique 




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85 00035 4348