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HISTOIRE GENERALE DE PARIS 



COLLECTION DE DOCUMENTS 



PIBI.IKK 



SOUS LES AUSPICES DE LEIUMTK PARISIEiNNE 



TOPOGRAPHIE HISTORIQUE 



DU 



VIEUX PARIS 



LAdiiiiiiistratioii numicipale laisse à cluKjiie auteui' la responsabilité des 
opinions développées dans les ouvrages publiés sous les auspices de la Ville de 
Paris. 



TOUS DHOITS RKSEIIVES. 



f f 



HISTOIRE GENERALE DE PARIS 



TOPOGRAPHIE 

HISTORIQUE 

Dl VIEUX PARIS 

OUVBVGE COMMENCÉ 

PAR FEU A. BERTY 

CONTl.MK 
PAU L.-M. TFSSEHAM) 

llfSPECTEDR PRIXCIPAL HO>'ORAIRE DU SERVICE HISTORIQUE DE LA VILLE 
AVEC H COLLABORATION 

DE M. CAMILLE PL\TO^ 

ATTAC.IIK AU SERVICE HISTORIQUE 

RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSÏTÉ 




Grand sce.au à-'t rUmverôité 
(detnî-gniruleur) 



PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 

M DCCC \cvn 




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DC 



VILLE DE PARIS. 



COMMISSION PERMANENTE 

PRISE AU SEIN DE LA COMMISSION DES TRAVAUX HISTORIQUES 
. ET CHARGÉE DE LA SURVEILLANCE. 



MM. DELISLE (Léopold), G. 0. ii, I. CI, Membre de rAcadéraie des Inscriptions et 
Belles- Lettres, Administrateur général, Directeur de ia Bibliothèque nationale. 
Président. 

COUSIN (Jules), i. Conservateur honoraire de la Bibliothèque et des Collections 
historiques de la Ville de Paris. 

GUItTREY (JiLEs), éi, I. Cl, Directeur de la Manufacture nationale des Gobelins. 

LAMOUROUX (Docteur Alfred-Maiitial), Membre du Conseil municipal de Paris. 

VILLAIN (Georges), iit. Membre du Conseil municipal de Paris. 

LE VAYER (Pall-Marie-Victor), I. Q, Inspecteur des Travaux historiques, Con- 
servateur de la Bibliothèque et des Collections historiques de la Ville de Paris, 
Secrétaire. 

HODOUAN (Marcel), Q, Sous-chef du Service des travaux historiques de la Ville 
de Paris, Secrétaire adjoint. 



1 



AVANT-PROPOS. 



Le Service des travaux historiques de la Ville publie aujourd'hui le sixième 
volume de la Topographie historique du vieux Paris. 

Dix anne'es se sont écoule'es depuis la publication du volume précédent. 
Ce long intervalle est dû aux difficultés du travail, aux nombreuses re- 
cherches qu'a nécessitées la rédaction du tome VI, enfin à un malheur 
imprévu : M. Tisserand, chargé de la publication de ce volume, est décédé 
subitement le i5 janvier 1898, sans avoir pu mettre la dernière main à ce 
travail. 

M. Tisserand est loin d'être un inconnu pour les lecteurs de la collection 
de YHistoire générale de Paris. Chargé après la mort d'Adolphe Berty de con- 
tinuer la Topographie historique, il en a publié les tomes III, IV et V, sans 
parler du présent volume. Il avait auparavant collaboré avec M. Le Roux de 
Lincy à la rédaction de Paris et ses historiens au xir" et au xv' siècles, refondu 
et complété le travail de M. le comte de Coëtlogon sur les Armoiries de la 
Ville. Le Service historique de la Ville a donc perdu en lui non seulement 
son ancien chef, mais aussi un de ses plus dévoués collaborateurs. 

Né à Arnay-ie-Duc en 1822, M. Tisserand avait appartenu de i8^5 à 
1869 à l'Université et professé dans le collège de la Réole et le lycée de 
Sens. En 1889 il renonça à la carrière de l'enseignement et fut attaché au 
Service des travaux historiques de la ville de Paris. Il en devint le secrétaire- 
archiviste en 1866, fut nommé, le 3o juin 1871, chef du Bureau des beaux- 
arts et des travaux historiques et reçut enfin, par arrêté du 18 décembre 



„ TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

1876, le titre d'Inspecteur principal des publications historiques de la ville 
de Paris. Admis, en t 883, à faire valoir ses droits à une pension de retraite, 
et nommé inspecteur principal honoraire, il continua, jusqu'à sa mort, à 
collaborer à la publication de ÏHisloire générale de Paris. 

La rédaction du présent volume a été achevée par M. Camille Platon , attaché 
au Service des travaux historiques de la Ville. M. Tisserand, dont il était le 
collaborateur, l'a déjà cité avec éloges dans l'avant-propos du tome V. Les 
mêmes éloges lui sont dus pour la publication du tome VL Grâce à de pa- 
tientes recherches faites aux Archives nationales, il a pu compléter, sur bien 
des points, les notes précieuses laissées par Berty, et pour d'autres points, 
dont Berty ne s'était pas occupé, il les a entièrement traités lui-même. Les 
églises, couvents, collèges, hôtels de la noblesse ont été particulièrement 
étudiés par lui. Il a consigné, dans des appendices très développés, les do- 
cuments qui n'ont pu trouver place dans le corps même de l'ouvrage. Enfin 
il a revu et relu avec le plus grand soin l'ensemble du travail et a fait les 
efforts les plus louables pour ne laisser échapper aucune inexactitude. 

Pour les tomes VII et Vlll de la Topographie historique, le choix du Conseil 
municipal s'est porté sur M. Fernand Bournon, qui a déjà publié dans la 
collection de VHisloire générale de Paris un important travail sur la Bastille. 
Par une délibération en date du 26 décembre 1898, le Conseil municipal 
l'a chargé de la publication de ces deux volumes : le tome Vil traitera de la 
région orientale de l'Université, et le tome VIII des faubourgs Saint-Marcel, 
Saint-Victor et Saint-Jacques. Quant à la topographie historique de la Cité, 
elle sera l'objet des tomes IX, X et XI, dont la rédaction a été confiée, dès 
l'année 1890, à M. Auguste Longnon. 

11 suffira au lecteur de jeter un regard sur le sommaire du texte ou sim- 
plement sur la table des matières pour apprécier tout l'intérêt qu'offre le pré- 
sent volume. Il traite de la partie centrale de la région de l'Université, c'est- 
à-dire du quartier qui renfermait les collèges les plus fameux, la maison 
de Sorbonne, le cloître des Mathurins, les collèges du Plessis, de Marmou- 



III 



AVANT-PROPOS. 

tiers et de Clermont, les écoles de la rue du Fouarre, les écoles de Décret, 
le Collège de France, sans parler des édifices religieux, tels que l'église 
Saint-Séverin , l'église et le cloître de Saint-Benoît, l'église Saint-Julien-le- 
Pauvre, la commanderie de Saint-Jean-de-Latran, etc. On y trouvera égale- 
ment une étude sur l'hôtel de Cluny et le palais des Thermes. 



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SOMMAIRES DU TEXTE. 



CHAPITRE I. 

LES CLOS, LES ENCEINTES, LES PORTES. 

Sommaire : Les clos; villœ gallo-romaines qui les ont foi-més; mise en culture et peuplement de ces clos. 

— Ci.os Mauvoisin; étymologie probable de ce nom ; son étendue. — Clos de Garlande; ses dimensions; 
ses propriétaires successifs; époque où il commença à se peupler. — Clos Bruneau; son étendue; éta- 
blissements qui s'y fondèrent. — Clos l'ëv£que. — Clos Saot-Symphobien; chapelle de ce nom. — 
Clos Sai>t-Etie>>e ; emprise qui y a été faite pour la création d'une place au-devant de la nouvelle 
église de' Sainte-Geneviève. — Clos des Jacobins; sa formation successive; ce qui y était contenu. — 
Clos de Laas , du Chardonxet, Le Roï, Drapelet, Estéléciiier , des Poteries ; mention sommaire. — 
Les ENGEi?iTES, première et deuxième enceinte de ia rive gauche. — Tours qui flanquaient la seconde 
enceinte. — Château de Hautefedille et Parloir aux Bolrgeois; allées au-dessus des murs et basses 
des mui-s. — Portes de la seconde enceinte, ou enceinte de Philippe Auguste. — Concession qui en 
fut faite à diverses épotpies. 

CHAPITRE II. 

VOIES COMPRISES DANS LA RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 

Sommaire : Rue ors Anglais; origine probable de sa dénomination. — Description topograpbique de ses 
deux côtés. — Rue Berthe,des Bouticlesou du Chat-qui-péche. — Poissonnerie et Boucherie Gloriette. 

— Légende du Chal-qui-pêche. — Description topograpbique des deux côtés de la rue. — Rue de la Pe- 
tite ou Vieille Bouclerie (Bouderie orientîde), dénommée également Regnault le Harpeur, Neuve 
Saint-Michel, de l'Abreuvoir Mascon et de Mascon. — Rue Boutebrie; origine de ce nom; autres ap- 
pellations qu'elle a reçues; description topograpbique des deux côtés de cette voie. — Cul-de-sao Bou- 
vard; son origine; ses appellations diverses et leur raison d'être; son importance relative. — Grande et 
Petite Bretonnerie; raison de leur dénomination respective; ce qui en reste aujourd'hui; description 
topographique des deux côtés de celte voie, — Rue de la Bêcherie et ses trois annexes : la Poissonnerie 
DU Petit-Pont, la Ruelle du Trou-Punais, la Ruelle des Petits-Degrés; origine de ces trois dénomi- 
nations; modifications apportées à ces voies dans les temps modernes. — Description topograpbique de 
leurs deux côtés. — Poissonnerie et Boucherie de Petit-Pont, a/w* Rue ou Ruelle de la Poissonnerie, 
Ruelle du Port à Maistre Pierre, Ruelle de la Buscherie et Boucherie de Petit-Pont, Ruelle où l'on 
vend poisson de mer et d'vaue doulce. — Ancienneté de ces voies et origine de leurs dénominations; 
description topographique de leurs deux côtés. 

CHAPITRE III. 

ÉCOLES DE MÉDECINE DE LA RUE DE LA BÛcHERIK. 

Sommaire : Assemblées anciennes des médecins de Paris. — Achat de maisons dans la rue de la Bûcherie; 
agrandissements successifs; décisions prises par la Faculté, de i454 h t-jliS, relativement h des tra- 



„ TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

vaux de bâlimenU : salles de cours, anipliityàlre, ou ihdàtre anatomique, appropriations, construc- 
tions nouvelles, etc., d'après les Regislres-Commentaires de la Faculté. 

CHAPITRE lY. 

SUITE DES RUES DE LA RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 

Sommaire : Place de Cambrai; terrain qu'elle occupait originairement; aspect qu'elle présentait. — Terre 
de Cambrai; origine de cette dénomination; témoignages des anciens élèves du collège de Cambrai. — 
Collège de France ou Collège Roval; première idée de cet établissement en i3oo; commencement de 
réalisation en i53o; plans du collège; suspension des travaux, additions successives; état actuel. — 
Rue Cuartière; date de son ouverture ; origine de sa dénomination. — Hôtel de Bourgogne. — Collège 
DE CoQL'ERET, CoQL'EREL OU CoNQUERET; SOU installation première; sa transformation; ses agrandisse- 
ments; sa décadence; achat de ses bàliments par les fondateurs de Sainte-Barbe. — Description topo- 
graphique des deux côtés de la rue Gliarlière. — Le prétendu Hôtel de la belle Gabrielle. — Rue 
DES Chiens, alias de Saint-Symphorien et Jean Hubert; origine de ces trois dénominations; état sordide 
de cette voie; époque de sa suppression. — Chapelle de Saint-Symphorien-des- Vignes ; son origine; son 
emplacement; son architecture; sa décoration. — Suite et lin de la description topographique de la 
rue. — Hôtel de Ghalox. 

CHAPITRE V. 

SALNTE-BAKBE. 

Sommaire : Origines de cette maison; ses fondateurs; son installation primitive; ses développements; an- 
nexion successive de divers immeubles; dotation et transformation de la maison libre en établissement 
public. — Geoffroy Le Normand, Martin Lemaistre, les Dugast, Robert Certain. — Décadence au 
xvii* siècle; renaissance au xvin'; absorption pendant la période révolutionnaire; reconstitution, au 
XIX" siècle , à l'état de maison libre. — Les maisons dites de Sainte-Barbe et celles qui l'avoisinaient. 



CHAPITRE VI. 

SUITE DES RUES DE LA RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 

Sommaire : Rue des Chollets. — Origine de cette dénomination. — Description topographique des deux 
côtés de la voie. — Collège des Chollets; sa fondation; ses extensions; sa chapelle; son absorption 
par les établissements voisins. — Rues Fromentel et du Cimetière Saint-Benoît. — Distinction nomi- 
nale et réunion effective de ces deux rues; leurs dénominations diverses; étymologies et variantes ortlio- 
grapliiques ; OsEROYE , Noïeroie, etc. — Description topographique des deux côtés de ces voies. — 
Second cimetière de Saint-Benoît. — Ruelle Fromentel; sa situation; son origine. — Rue du Cloître 
Saint-Benoît; ce qu'elle était en réalité; absorptions successives. — Ce qui en reste à l'époque con- 
temporaine. — Description topographique des deux côtés de cette voie. 

CHAPITRE VII. 

Sommaire : Eglise Saint-Benoît. — Ancienneté de cette église; ses vocables primitifs; son double carac- 
tère; étymologie de son dernier vocable; origine des divers qualificatifs ajoutés à cette appellation; 
constructions partielles et agrandissements; chapelles et chapellenies ; désaffectation, transformation en 
magasin et en théâtre; destruction totale. — Description qu'en a laissée un arcliéologue contempo- 
rain. 



SOMMAIRES DU TEXTE. vu 

^* 

CHAPITRE YIII. 

SUITE DES RLES DE LA REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 

Sommaire : Rlb du Clos-Bru^eai , n/i'fls Jean oc Saint-Jeax-de-Beauvais, et Rue aux Écoles de Décret. — 
Situation el ancienneté de celle voie; ses diverses appellations et leur origine; ce qui en reste aujourd'lnii. 
— Sou nom transféré h une autre rue voisine. — Description lopograpliirpie des deux côtés de celte 
voie. — CoLLÎiGE de Tonnerre. — Anciennes écoles de Décret; lour formation, leurs dépendances: 
grandes et petites écoles de droit canonique: écoles privées. 

CHAPITRE IX. 

COLLÈGE DE BEAUVAIS OU DORMANS-BEAUVAIS. 

Sommaire : CoLLicE de Beadvais oc Dormans-Beauvais. — Date de la création de cet établissement; ses 
fondateurs; son architecte; ses l)àtiments: sa chapelle, les tombeaux et les inscriptions funéraires qui la 
décoraient; interruptions, reprises et achèvement des travaux. — Vicissitudes du collège; jonctions, 
disjonctions, absorption, transferts; ventes successives ci désaffectation des bâtiments; restauration mo- 
derne; découvertes archéologiques, etc. 

CHAPITRE X. 

SUITE DES RUES DK LA RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 

Sohmaire : RcE db Clbnv. — Sa situation, son origine; sa dénomination. — Descnpiion topographique 
des deux côtés de celte voie. — Collège des Dix-Huit. — Rue des Cordiers; époque de son ouverture ; 
niolif de son appelliition. — Description lopographique de ses deux côtés. — IUelles Coupe-Gorge et 
Cocpe-Gceule; leur situation, leur origine, raison de leur dénomination. — Description lopographi(jue 
de leurs deux côtés. — Rce d'Ecosse; sa situation; noms qu'elle a portés. — Description topographi<|ue 
de ses deux côtés. — Collège de Thoc; peu important, peu connu et oublié par la plupart des histo- 
riens de Paris. — Rue des Grès, ou Saint-Étienne-des-Grès; ses dénominations successives el leur ori- 
gine; étymologies diverses. — Description lopographique des deux côtés de cette voie. — Les Petites 
Maisons de Vezelay. — A ro|)posite, le Grand et le Petit Vezelav. — I.e Collège de Lisieux; sa fon- 
dation, ses diverees phases; ses déplacements. — Rce du Foin; son origine, sa situation; raison de 
divers noms qu'elle a portés. — Description lopographique des deux côtés de cette voie. — Le Cloître 
des Matiiurins. — Le Bureau des Libraires, etc. 

Appendices et pièces justificatives. (Voir la Table des matières, page 691.) 



SOMMAIRES DES PLANCHES. 



I. — PLANCHES HORS TEXTE. 

Pages. 

I. Quatre plans de la région centrale de l'Université y 

II. Quatre autres plans de la région centrale de l'Université 16 

JII. Vdk perspective et plas général dd Collège de France 48 

IV. Sdbstructioss romaines des rues Jean-de-Beauvais et de Lanneau 99 

V. Chapelle du Collège db Beauvais ici 

VI. Substrdctions oallo-rohaines de la hue Galande ) 64 

VII. Caves de l'hôtel du Grand Becj 2 aC 

VIII. Plan général du cocvent des Jacobins 2 49 

IX. Ecole de Saint-Thomas 255 

X. Vue de l'église, plan du réfectoire et porte do couvent des Dominicains 956 

XI. Plan do Collège du Mans et de l'église collégiale des Grès 277 

XII. Plans de divers collèges de la région centrale de l'Université 28G 

XIII. Plan de la comuanderie de Saint-Jban-de-Latran 991 

XIV. Chapelle de la commanderie 292 

XV. Tranchée d'égout ouverte rue Sairt-Jolien-lk-Pauvre 295 

XVI. Église de Saint-Julies-le-Pauvre 997 

XVII. Coupe longitudinale de ladite église 3oo 

XVIII. Cours de l'aqueduc des Thermes 820 

XIX. Plan de l'hôtel de Clcny _ 82 G 

XX. Sa façade sur la rue des Mathorins 826 

XXI. Façade de l'aile occidentale et de la chapelle 3a6 

XXII. Vue de la cra.nue cour et de la tourelle 828 

XXIII. Vue perspective du Petit-ChItelet et autre vde prise do Petit-Pont 868 

XXIV. Eglise et Collège de Gldnv 38o 

XXV. Chapelle du Collège de Clunv (xin* siècle), clés de voûte, chapiteaux, consoles 888 

XXVI. Façade principale de l'église de Saint-Séverin 4i 2 

XXVII. P'açade septentrionale de la même église 4 1 4 

XXVIII. Façade méridionale du susdit édifice 4 1 6 



TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



11. — BOIS GRAVES DANS LE TEXTE. 

i. Enseigne de la maison dbSaint-Jolien, rue Gaiaadc, n° Aa (iSgi) 1C7 

II. Vde du portail des Jacobins 287 

III. Chapelle Saint- Yves, en 1 702 aCa 

IV. Vue du portail de Saint- Yves (1790) 266 

V. Palais des Thermes. — Vue de la grande salir 3aa 

VI. VcE DE la salle des Tuerhes, en 1 8aC ."îaS 

VII. Hôtel de Clbny. — Vue de la farade ouest, sur la cour, en i83a 3a8 

VIII. Hôtel de Clunï. — Intérieur de la chapelle 339 

IX. Eglise des Matulrins (1790) 33) 

X. Vestiges de cet édifice, en i863 33/i 

XI. Collège de Cllny. — ChapcUo basse 38a 

XII. Église et charniers Saint-Séveuin. — Plan d'ensemble i 1 3 

III. — FEUILLE DE PLAN. 

Plan restitué de la' région centrale de l'Université, juxtaposition des frajjinents du plan arcliéologique 
dressé par Bertv. 



TOPOGRAPHIE 

HISTORIQUE 

DU VIEUX PARIS. 

RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 



CHAPITRE PREMIER. 

LES CLOS, LES ENCEINTES, LES PORTES. 

Sommaire : Les clos; villœ gallo-romaines qui les ont formés; mise en culture et peuplement 
successif de ces clos. — Clos Mauvoisin; e'Iymologie probable de son nom; son étendue. — 
Clos de Garla.nde; ses dimensions; ses propriétaires successifs; épo([ue oîi il commença à se 
peupler. — Clos Bruneau; son étendue; établissements qui s'y fondèrent. — Clos l'Evêque. 

— Clos Saim-Sysiphorie>; chapelle de ce nom. — Clos Saint-Etienne; emprise qui y a 
a été faite pour la création d'une place au-devant de la nouvelle église de Sainte-Geneviève. 

— Clos des Jacobins; sa formation successive; ce qui y était contenu. — Clos de Laas, du 
Chardonnet, Le Roy, Drapelet, Entéléchier, des Poteries; mention sommaire. — Les en- 
ceintes; première et deuxième enceinte de la rive gauche. — Tours qui flanquaient la 
seconde enceinte. — Château de Hautefeuille et Parloir aux Bourgeois; allées au-dessus 
des murs et basses des murs. — Portes de la seconde enceinte, ou enceinte de Philippe 
Auguste. — Concession qui en fut faite à diverses époques. 

Avant d'entamer l'Iiistoire topograpliique de la région à laquelle ce volume est 
consacré, avant d'indiquer les voies qu'on y a successivement tracées, de recon- 
stituer l'ancien parcellaire de chacune d'elles et de faire revivre les édifices de 
diverse nature dont elles étaient bordées, il nous a paru indispensable d'es- 
quisser, comme nous l'avons fait dans le volume précédent, la physionomie de 
cette partie du Vieux Paris, au moment où le mouvement de construction y a 
commencé. 

On sait que le plateau de la montagne Sainte-Geneviève et ses versants étaient 
divisés en clos, plantés de vignes pour la plupart, et couvrant l'emplacement des 
jardins qui entouraient les villœ gallo-romaines de l'ancien mont Leucolitius, villœ 



11ll>llltlF.lllK KlTIOmLE. 



2 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, 

abandonnées depuis l'occupation de Lutèce par l'invasion franque. Livrés alors à 
la culture, coupés de chemins qui les desservaient et habités seulement par des 
vignerons et des laboureurs, ces clos offraient de vastes espaces vides et for- 
maient des espèces de fiefs, tant ecclésiastiques que laïques. Dans la région que 
nous étudions, Sainte-Geneviève, Notre-Dame, Saint-Marcel, Saint-Julien, Saint- 
Étienne-des-Grés, et autres églises, en avaient leur part; mais de hauts sei- 
gneurs et de nobles dames en possédaient aussi, le clos de Garlande notam- 
ment, qui était l'un des plus considérables. Les bourgeois de Paris avaient 
aussi le leur, contigu à leur parloir, et le Roi, indépendamment de ses droits sur 
les autres, en possédait un en propre, qui portait son nom. Il en était de même 
de l'Evêque. 

Le peuplement de ces divers clos est peut-être un peu antérieur aux invasions 
normandes; mais il dut être arrêté par les déprédations auxquelles se livrèrent 
les hommes du Nord. La construction de l'enceinte de Philippe Auguste, en met- 
tant une partie de ces clos à l'abri, derrière de solides murailles, permit de réparer 
les désastres causés par ces ravageurs, et de reprendre le mouvement d'accense- 
ment interrompu par eux, si tant est qu'il ait commencé avant leurs incursions. 
La nouvelle enceinte laissa quelques clos en dehors, soit en tout, soit en partie, 
ceux des Francs -Mureaux, de Saint-Victor et des Arènes notamment; mais ceux 
dont l'annexion a contribué à former la région parisienne qui nous occupe y 
furent enfermés, et l'on ne tarda pas, selon l'expression des historiens de Paris, 
ffàles bâtirn; on devança même, sur certains points, l'achèvement de la mu- 
raille. 

Félibien a relevé les textes à l'aide desquels on peut les délimiter. En procédant 
du nord au sud, c'est-à-dire de la Seine à l'enceinte de Philippe Auguste, il dis- 
tingue d'abord : 

Le clos MauvOISIN , longeant le petit bras du fleuve, contre les débordements 
duquel aucun ouvrage ne le protégeait, ce qui constituait pour lui un mauvais 
voisinage. Là est peut-être l'explication du nom qu'on lui a donné. 

Un arrêt du Parlement, de l'an 1821, cité par Félibien, dit positivement que 
la rue de la Bûciierie, a qui mené du bout de la rue de la Hucliette à la place 
Maubert, estoit anciennement appellée le dos Mauvoisin, clos qui n'estoit pas en- 
core occupé de maisons en 1202, puisque, dans la transaction passée entre 
l'evesque de Paris et l'abbé de Sainte-Geneviève, on régla Testât de ceux qui de- 
meureront dans le clos Mauvoisin, s'il arrive qu'on y bastisse dans la suites. Un 
texte latin, cité également par Félibien dans ses Preuves, localise bien ce clos, en 
le confondant avec la rue de la Bûcherie, qui en était la voie principale, bien 
qu'elle n'y fût pas comprise tout entière : il s'agit d'une maison sise à Paris, 



LES CLOS, LES ENCEI^'TES, LES PORTES. S 

outre Petit-Pont «in vico de la Bûcherie, qui quidem vicus antiquilus vocari consiievit 

LE CLOS MaUVOISIN^^^T. 

Le clos de GarLANDE, que beaucoup d'historiens ont confondu avec le pré- 
cédent, y était contigu, mais en était distinct; il avait pour artère principale un 
ancien chemin qui le traversait, ou le longeait, de l'est à l'ouest, et qui est devenu 
la rue Galande, Félibien a consacré à ce clos un article descriptif et historique, 
dont nous reproduisons les parties les plus intéressantes. 

«f Autrefois, dit-il, c'estoit un fief, qui d'abord reievoit du Roy et des seigneurs 
de Garlande, et relevé depuis du Chapitre de N. D. et de Sainte Geneviève. D'un 
costé, il tenoit à la rue S. Jacques et aux environs; de l'autre, il s'estendoit 
jusques aux rues du Fouarre, des Rats, des Anglois, du Piastre, des Trois Portes, 
de Saint Julien le Pauvre et à la rue Galande '^^n. 

Moins exposé aux débordements de la Seine que son voisin et un peu plus élevé 
sur le versant septentrional de la montagne, le clos de Garlande était encore en 
culture au commencement du xn* siècle, puisque Etienne de Garlande, archidiacre 
de Paris, fit alors don, aux chanoines de Saint-Aignan, d'un clos de vignes trqui 
lui appartenoit là, au pied de la montagne Sainte Geneviève n, et qui était sans 
doute compris dans le grand clos, puisque, quelques années après, en 112^, un 
autre membre de la famille de Garlande, Guillaume, qualifié de sénéchal, dapifer, 
donne à Saint-Lazare «deux muids de vin, à prendre tous les ans, sur son clos, 
près le Petit-Pont fl. Dix ans plus tard, ajoute Félibien, tt Louis le Gros se défit, 
en faveur de N. D. et des chanoines, de la terre d'Estienne de Garlande, ou 
estoient des vignes qu'il avoit fait arracher. Il leur abandonna de plus la voierie, 
toute la justice et tous les autres droits, à la réserve seulement de dix huit deniers 
de cens'-') 11. 

On n'attendit point l'achèvement de la muraille de Philippe Auguste pour livrer 
le clos de Garlande aux bâtisseurs, et Dès l'an 1202, dit Félibien, on pensa à y 
bastir. Mahaut de Garlande et son mari, Matthieu de Marly, ou de Montmorency, 
donnèrent à cens, ti plusieurs particuliers, un clos de vigne qu'ils avoient en ce 
lieu, à condition qu'ils y feroient bastir des maisons, que ceux qui y demeureroient 
seroient paroissiens de Saint Estienne du Mont, et payeroient à leur curé les 
dixnies grosses et menues, avec tous les autres droits deus par les paroissiens; 
qu'à mesure que l'on bastiroit des maisons, lui et sa femme pourroient augmenter 
leurs cens et rentes, et jouiroient de la moitié des lods et ventes, du tonlieu, du 
rouage, du forage, de la justice et de tous les autres droits seigneuriaux; mais 
que les abbé et religieux de Sainte Geneviève ne pourroient rien exiger des 

'■' Preuves, I. I, p. 837. — <•' Ibid. — (=' Ibid. 



a TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

habitans des deux rues, dont l'une descendoit de la montagne de Sainte Geneviève 

à la rivière, et l'autre y conduisoit par la rue Galande^^'n. 

Cet acte a son importance au point de vue de la topographie parisienne, parce 
qu'il est le point de départ du peuplement du clos de Garlande. Les actes qui le 
suivent, et qui remplissent le xin« siècle, nous touchent moins, en ce qu'ils s'ap- 
pliquent surtout à des cessions de droits seigneuriaux, à des fondations de cha- 
pellenies et d'anniversaires. Toutefois il faut considérer saint Louis comme ayant 
favorisé le mouvement de construction dans le clos de Garlande, puisqu'il dé- 
clara, en Tan 1268, «que la justice de ce clos appartenoit au Chapitre de N. D., 
et que ceux qui y demeuroient estoient francs de toutes sortes de tailles à son 
égard, excepté celles du pain et du vin en certains tems'^'fl. Le quatrième registre 
des Olirn confirme la décision royale : il y est dit, dans un arrêt rendu en i3i9, 
que (tla basse justice appartient au Doyen et au Chapitre de l'église de Paris, au 
milieu de la voierie de Garlande située à Paris, c'est à dire du côté des maisons 
dudit Chapitre vers la montagne Sainte Geneviève et l'église Saint Etienne des 
Grecs : m média parte voerie Garlandie Partsius siluale, videlicet ex parte domorum dicti 
Capituli versus montem S. Genovefe et S. Stephani de Grecis ecclesiamt. 

Le clos BrUNEAU, c/«MSMm Brunelli, dit également Brunel et Burm\u, du nom 
d'un particulier qui le possédait ou l'habitait, continuait celui de Garlande, au 
midi, en gravissant la pente de la montagne Sainte-Geneviève. Il avait pour sei- 
gneur, dit Félibien, le Chapitre de Saint-Marcel, et, pour limites, la rue des 
Noyers, celle des Carmes, devant Saint-Hilaire, et la rue Saint-Jean-de-Beauvais, 
nommée autrefois et assez longtemps crie clos Bruneau, la rue du clos Bruneami. 
Le Chapitre de Saint-Marcel ne le possédait pas tout entier, puisque l'évêque de 
Paris, Eudes de Sully, y avait une vigne, en laoa, et la vendit à la charge d'y 
construire des maisons dont les habitants seraient paroissiens de Saint-Etienne- 
du-Mont. Le clos Bruneau commença donc à se peupler en même temps que celui 
de Garlande. Il s'y établit, à des époques différentes, des écoles, tant universi- 
taires que privées, des écoles de décret, ou de droit canonique, un collège, celui 
de Tonnerre et un hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem, érigé plus tard en com- 
manderie, ce qui y favorisa le mouvement de construction. 

Le clos l'ÉVÊQUE avait peu d'importance ; il était presque contigu au clos 
de Garlande, comme le clos Bruneau, et tenait, en 1 177, aux terres de l'hôpital 
de Saint-Jean-de-Jérusalem. Gérard, procureur de cet hôpital, acheta une vigne 
qui dépendait du clos et touchait à l'établissement hospitalier. Une autre pièce de 
vigne, «qui estoit tout devant la porte fludict ospitaln, lui fut donnée en 1 280, 

* '■' Preuves, t. I, p. 827. — ='> Ibid. 



< 



LES CLOS, LES ENCEINTES, LES PORTES. 5 

ce qui prouve que le mouvement de construction avait été plus lent dans ce clos 
que dans les précédents. 

Le clos SaiNT-SymphorIEN était situé (t entre les rues de Reims, des Ghollets, 
de Saint-Étienne-des-Grés et des Sept-Voiesn. 11 tirait son nom de la chapelle 
placée sous le même vocable que la rue Saint-Symphorien, lesquelles paraissent 
avoir existé avant le mouvement de construction qui remplaça les vignes par des 
bâtiments. rrDès l'an i 909, dit Félibien, il y avoit déjà des maisons, dont quel- 
ques-unes furent achetées par l'aumosnier de Sainte Geneviève, en laii, laBa 
et 1260. L'evesque d'Arras, ajoute-t-il, y logeoit en 1260, et depuis il n'en est 
resté qu'une petite chapelle dédiée à saint Symphorien, dont les religieux de 
Sainte-Geneviève sont collateurs, et dont ils ignorent la fondation <'N. 

Dans l'article relatif à la rue des Chiens, nous consacrons une notice à cette 
chapelle, dont la construction a dû déterminer le peuplement du clos de vignes 
qui servait à la dénommer; au xni" siècle, on bâtissait volontiers, en effet, à 
l'ombre d'un édifice religieux, comme on a bâti plus tard dans le voisinage d'un 
collège. 

Le CLOS Saint-Etienne continuait, au midi, celui de Saint-Symphorien, 
dont il était séparé par un ancien chemin transformé en rue dite de Saint-Étienne- 
des-Grés. Planté de vignes, comme tous les autres, il touchait presque à l'enceinte 
de Philippe Auguste. Sa situation entre une église, un collège, — celui de Li- 
sieux, — le mur de ville, dont le collège le séparait, et le voisinage du clos 
Sainte-Geneviève, en retarda le peuplement. Les deux tf Bretonneries n y tou- 
chaient, et la porte Papale en était très rapprochée; mais aucune voie de quelque 
importance n'y a été tracée jusqu'au moment oîi le travail de dégagement, exigé 
par la construction des écoles de droit et par la création d'une vaste place au- 
devant de la nouvelle église Sainte -Geneviève, s'est opéré, en partie, aux dépens 
de ce même clos. 

Le CLOS DES Jacobins diffère des précédents, en ce qu'il s'est formé (1218- 
1280) par l'adjonction de diverses portions de terrain bâti et non bâti, dont 
la réunion a fini par former le pourpris du couvent des Frères-Prêcheurs. . Ce 
travail de formation ayant été lent et laborieux, nous n'avons pas voulu en scinder 
l'exposé : on le trouvera aux articles Passage des Jacobins, Couvent, Efflise, Ecoles 
des Jacobins, et Parloir aux Bourgeois. Contrairement à ce qui s'est passé pour 
les autres clos, celui des Jacobins a été plutôt un obstacle qu'une aide au peu- 
plement de la région. 

''1 Preuves, t. I, p. Hfi-j. 



6 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Les autres dos, dont il est question dans les anciens titres, étaient situés en 
dehoi-s de la région à laquelle est consacré le présent volume. Celui de Laas, que 
nous avons décrit dans le tome précédent, s'étendait, à l'occident, vers Saint- 
Germain-des-Prés ; celui du Chardonset se prolongeait, dans la direction contraire, 
en deçà et au delà de la porte Saint-Victor; le clos Le Roy, les clos Drapelet et 
Ektéle'chieh étaient compris dans les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Michel; 
celui DES Poteries, enfin, faisait partie du faubourg Saint-Marcel. 

Les enceintes. Le volume précédent [Région occidentale de l'Université) con- 
tient, sur les deux enceintes de la rive gauche, une étude à laquelle nous ren- 
voyons le lecteur. On sait que la première est très contestée, et n'a laissé que peu 
ou pas de traces. Quant à la seconde, dont il subsiste encore quelques fragments, 
elle n'avait, dans la région à laquelle ce volume est consacré, qu'un parcours très 
limité. Entre la porte Gibard, d'Enfer, ou Saint-Michel, que nous avons décrite 
dans le volume précédent, et l'extrémité orientale du mur d'enceinte longeant, 
au midi, l'enclos de l'abbaye de Sainte-Geneviève, il n'existait que deux ouver- 
tures donnant entrée dans la ville : la porte Saint- Jacques, et la porte Papale. 
Huit tours, les unes rondes, les autres carrées, flanquaient l'enceinte : cinq entre 
les portes d'Enfer et Saint-Jacques, trois entre cette dernière et la porte Papale. 
Il en est, dont nous parlerons aux articles du Gouve.nt des Jacorins et du Parloir 
AUX Bourgeois, et qui ont subsisté jusqu'à notre époque, dans un jardin situé 
en contre-bas de l'ancienne rue Saint-Hyacinthe. On sait que cette rue fut ouverte 
à travers le clos des Jacobins et sur la déclivité produite par l'amoncellement des 
terres, résultant du creusement des fossés autour de l'enceinte de Philippe Auguste, 
après la bataille de Poitiers. 

Le fameux château de Hautefeuille, ancienne villa gallo-romaine, dont le Par- 
loir aux Bourgeois était peut-être un reste, faisait partie de ces ouvrages en 
saillie sur le côté extérieur de la muraille. 11 se peut que les fondations seules 
de ce château aient été conservées et qu'on ait construit, au-dessus, d'abord la 
salle que nous décrivons à l'article Parloir aux Bourgeois, puis le réfectoire et le 
dortoir des Jacobins. Une partie de ces restes fut respectée, et l'on fit, dit A. Bon- 
nardot, «tourner le fossé autour; de là la forme ondulée de la rue Saint- 
Hyocinthe, jadis le chemin de Contrescarpe '''a. Quant à la partie plus avancée 
au midi et devant être occupée par la ligne des fossés, Jean de Venette, conti- 
nuateur de Guillaume de Nangis, en a raconté la démolition dans un texte bien 
connu'-). 

'"' Bonnardot, D>«««rfa(i'ofi« sur les enceintes de fundamcnta luriium et castrorum tante fortitiidinis , 

rang, p. 02. ut vix instrvmentis ferreis posset optis dissolvi . . . 

''' ff Circa centriim fossalorum , anle domum Pre- Ut fcrtur, oliin ibi fuerat palatium , vel castnim , 

dicatoi-um, prope murum, ab extra, reperta sunt guod Altum Folitim vocabatiir.r: 



LES CLOS, LES ENCEINTES, LES PORTES. 7 

Intérieurement, l'enceinte avait son rt allée au-dessus des niursi? et son cf allée 
basse des murs a, ou chemin de ronde; nous en avons parlé dans le volume pré- 
cédent. 

Les portes. — Quelle que fût leur importance, les portes d'Enfer et Saint- 
Jacques ont été, comme les tours et les murs, l'objet de concessions diverses, à 
titre de jouissance, et sauf restrictions en cas de guerre. Les Jacobins ont acquis 
ou reçu, à titre de don, des constructions accolées à ces portes et des « places ti les 
avoisinant, de telle sorte que leur couvent les englobait presque dans son pour- 
pris. Avant qu'on les démolît comme obstruant le passage, ces portes étaient 
décorées de divers ornements, statuettes, écussons, étoiles, etc. Quant à la porte 
Papale, ouverte dans la muraille pour le passage d'un souverain pontife, c'était 
une simple baie, habituellement fermée et donnant entrée dans le clos Sainte- 
Geneviève. Elle était située à peu près dans l'axe de la rue des Sept-Voies, aujour- 
d'hui rue Valette, et de la moderne rue d'Ulm. 



TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS 




REGION CENTRALE DE L'VNIVERSITE 

Extrait du Plan de Braun (1509) 




REGION CENTRALE DE L'VNIVERSITE 

Extrait du Plan de Truachet et Hqyau (1552) 



TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS 




RÉGION CENTRALE DE L'VNIVERSITÉ 

Extrait du Plan de tapisserie (1520) réduit par &ai6r,ieres 




REGION CENTRALE DE: L'VNIVERSITÉ 

Extrait du Plan de Que3r>el (1609) 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 



CHAPITRE II. 

VOIES COMPRISES DANS LA RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 

Sommaire : Rde des Anglais; origine probable de sa de'notnination. — Description topogra- 
phique de ses deux côtés. — Rue Berthe, des Bouticles ou du Chat-qui-pêche. — Poisson- 
nerie ET Boucherie Gloriette. — Légende du Chat qui pêche. — Description topographique 
des deux côte's de la rue. — Rue de la Petite ou Vieille Bouclerie (Bouderie orientale), 
de'nommée également Regnault le Hahpeur, Neuve Saint-Michel, de l'Abreuvoir Mascon et 
de Mascon. — Rue Boltebrie; origine de ce nom; autres appellations qu'elle a reçues; des- 
cription topographique des deux côtés de cette voie. — Cul-de-sac Bouvard; son origine; 
ses appellations diverses et leur raison d'être; son importance relative. — Grande et Petite 
Bretonnerie; raison de leur dénomination respective; ce qui en reste aujourd'hui; descrip- 
tion lopographique des deux côtés de ces voies. — Rue de la Rùcherie et ses trois annexes : 
LA Poissonnerie du Petit-Pont, la Ruelle du Trou-Punais, la Ruelle des Petits-Degrés; ori- 
gine de ces trois dénominations; modifications apportées à ces voies dans les temps mo- 
dernes. — Description topographique de leurs deux côtés. — Poissonnerie et Boucherie de 
Petit-Pont, alias Rue ou Ruelle de la Poissonnerie, Ruelle du Port à Maistre Pierre, Ruelle 
DE LA Buscuerie et Boucherie de Petit-Poxt, Ruelle où l'on vend poisson de mer et d'ïaue 
doulce. — Ancienneté de ces voies et origine de leurs dénominations ; description topogra- 
pliique de leurs deux côtés. 



RUE DES ANGLAIS. 

Cette petite voie, qui aboutissait, d'une part, à la rue Galande et, d'autre part, 
à celle des Noyers, lirait son nom des étudiants de la nation d'Angleterre, à 
laquelle avait succédé, en l'Université de Paris, la nation d'Allemagne [ilxSi). 
Elle ne le devait point, comme certains historiens de Paris l'ont prétendu, à 
la domination anglaise, pendant l'avant-dernière période de la guerre de Cent 
ans. 

Les rôles de confiscation, attribuant à des sujets anglais, ou ralliés à la cause de 
Henri VI, les maisons qui appartenaient à des Parisiens tenant pour Charles VII, 
ne frappent pas, en effet, sur cette rue, d'une manière exceptionnelle, au point 
d'en faire une voie anglaise. On la trouve, d'ailleurs, mentionnée dans la seconde 
moitié du xm" siècle; un acte de lagC, du fonds de Saint-Benoît, énonce, sous 



Q 
IMPmilEIIII RATIOKALt. 



10 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

le titre de collège de Dace, ou de Danemark, ffune maison des esclioliers de 
Suesse, de la nation d'Allemaignen, maison que les écoliers disent alors tr posséder 
en fieffl. Ce collège, dont nous parlons plus loin, occupa successivement deux 
emplacements distincts; le second, très voisin de la rue des Anglais, a suffi pour 
motiver le vocable de cette voie. 

Fortement entamée, de nos jours, et laissée en contre-bas par l'ouverture du 
boulevard Saint-Germain, qui a fait disparaître le coté septentrional de la rue 
des Noyers, dans laquelle elle débouchait, la rue des Anglais, dont le parcours 
à toujours été assez restreint, n'est plus aujourd'hui qu'un tronçon. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 
JUSTICE ET CEXSIVE DE SAlNTE-GENEVlÈVE. 

MusoN sans désignation (iBog), conliguë à celle qui faisait le coin oriental 
de la rue Galande. 

Maison, également sans désignation, mentionnée dans le censier de la même 
année. 

Maison de l'Ymaige sainct Esme (iSog), énoncée, dans le censier de cette même 
année, comme appartenant aux abbés de Pontigny. C'était, en effet, leur seconde 
demeure à Paris. Antérieureaient,le monastère bourguignon de l'ordre de Cîteaux 
possédait, en la rue de la Huchette, où nous l'avons indiqué à sa place, un hôtel 
dont il est fréquemment fait mention dans les titres des \iif et xiv' siècles. Cette 
résidence, appelée la Maison de Pontigny, était placée vis-à-vis de celle d'Arnauld 
de Corbie, chancelier de France. Acquise, le 29 septembre 1870, par les reli- 
gieux de Clairvaux, essaim nouveau de l'abbaye cistercienne, la Maison de Pon- 
tigny n'en conserva pas moins son ancienne appellation; mais Pontigny, restée 
fille de Cîteaux, acheta, pour remplacer l'hôtel de la rue de la Huchette, une 
maison sise en celle des Anglais. Cette maison prit le vocable de Sainct-Esme, ou 
Sainct-Edme, en souvenir du célèbre archevêque de Cantorbéry, dont le séjour 
à Pontigny est consigné dans l'histoire. 

Maison sans désignation. 

Maison de l'Ymaige Notre-Dame (1.^09). 

Maison de l'Ymuge sainct Jehan (1609) paraissant avoir été dénommée, en 



''*,^^j^Cgj^ 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. Il 

i38o, Musos DE l'Estoille. Les maisons à ctymaigeii sont nombreuses dans le 
vieux Paris. ♦ 

Maison du Mouton d'or (i5i6), sans autre désignation. 

t 

Jardin de la Maison du Mouton d'or, conligu à celui qui faisait le coin de la rue 
des Noyers et paraissait avoir dépendu d'une maison portant l'enseigne du Cha- 
peau ROUGE. Ce jardin, qui se rattachait, en i38o, à la Maison des Trois-Escus, 
sise également en la rue des Noyers, en fut détaché plus tard, pour être joint à 
celui du Mouton d'ob. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Sud au Nord). 

PAROISSE SAIM-SÉVERI.N. 

JCSTICE ET CERSIVE. 

Maison des Coquerilles, dénommée du Cociiel en i56o. Elle était contiguë à 
celle qui formait l'angle occidental de la rue des Noyers. 

Deux maisons contiguës, sans désignation. 

Maison, également sans désignation, faisant le coin de la rue du Plâtre. 

Maison du Miroir (1602), contiguë à celle qui formait l'angle septentrional de 
la rue du Plâtre. 

Maison de l'Ymaige sainct Nicollas (iBgy). 

Maison sans désignation, dite, dans un document de i538, «tenir au Geifu. 
Elle aboutissait, en effet, à la Maison de la Corne de cerf, ayant façade sur la rue 
Galande. 

Les immeubles de la rue des Anglais ayant eu généralement peu d'importance, 
sauf l'hôtel des abbés de Ponligny, il en est un notamment qu'il n'a pas été 
possible d'identifier. C'était non seulement une <r maison sans désignation n , mais 
probablement une dépendance ou un démembrement d'un immeuble plus impor- 
tant. 



IS TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

RUE BERTHE, 
DES BOUTICLES, OU DU CHAT-QUI-PÊCHE. 

Cette triple dénomination, qu'on trouve avec des variantes dans les anciens 
litres, s'applique à une ruelle existant encore aujourd'hui, mais ayant été fermée 
par une grille à l'une de ses extrémités. On l'a confondue quelquefois — Jaillot 
notamment a fait cette erreur — avec la ruelle des Trois-Chandeliers, qui est, 
en réalité, une continuation de la rue Zacharie — l'antique Sacalie — et en porte 
aujourd'hui le nom. Mais cette confusion ne saurait tenir devant les titres nom- 
breux qui établissent la complète distinction de la rue Berthe, des Bouticlen ou du 
Chat-qui-pêche d'avec ladite ruelle des Trois-Chandeliers. Les Livres de la Taille de 
1296, 1297 et 1298, et son identité avec les Boulicles en font foi. 

On la trouve encore appelée, en 1 SgB , a ruelle par où l'en va aux boulicles à pois- 
son -n; en 1607, «ruelle des Boulicles de Pelit-Pontn; en i462, ttrue Berthe, dicle des 
Boulicles-n. Les «estaulx de marée et d'yaue doulcei), que la proximité de la Seine 
y avait fait établir, formaient, à l'orient du Petit-Pont, le pendant de la Poisson- 
nerie et de la Boucherie Gloriette, situées à l'occident et débouchant sur la rue 
de la Bû chérie. 

Sauvai a dû commettre une erreur, en donnant à cette ruelle le nom de c rue 
de la Triperies, qu'il faut attribuer à l'impasse Glorielte (voir l'article relatif à la 
rue de la Bûcherie). Cependant on la trouve, dans une copie d'acte de i3ii, 
appelée cr ruelle Berthe la Trippièrei), ce qui s'explique par les pierres, ou étaux à 
abats, que la proximité de la Seine avait dû y faire établir. 

Les noms de « ruelle des Estuves n et de tt rue du Regnard -n , qu'on rencontre dans 
divers titres, notamment dans un censier de Sainte-Geneviève pour iSùo, sont 
moins coatestables. Quant à l'appellation de ff Chat-qui-pêche n, que cette petite 
voie a conservée jusqu'à nos jours, elle serait due à une légende selon laquelle il 
aurait existé, en ladite ruelle, un puits communiquant avec le petit bras de la 
Seine. Les chats du voisinage se donnaient, dit-on, rendez-vous dans ce puits, où 
le fleuve amenait quantité de petits poissons, et s'y livraient au plaisir de la pêche. 
Cette légende enfantine peut être comparée à celle du cr Puits qui parle a. 

Si peu vraisemblable que soit le fait, il est resté dans la nomenclature de la 
voie parisienne, et sert encore aujourd'hui à dénommer la petite voie dont nous 
parlons. 

Le peu d'étendue de cette ruelle n'avait permis d'y construire qu'un petit 
nombre de maisons; encore étaient-elles séparées par des «places vuidesTi. 



< 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 1$ 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Sud au Nord). 

Maison des Trois-Poissons, formant le coin occidental delà rue de la Huchette. 

Maison sans désignation (lôaS), attenant au même angle et appartenant à 
l'église Saint-Séverin, dont on lui donnait quelquefois le nom. 

EscuniES DE L\ Fleur de lys (lôaS), dépendant de la maison de ce nom, sise 
rue des Trois-Ghandeliers. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 

Dépendances de l'ostel des Estuves Notre-Dame, situé rue des Etuves. Il existait, 
en 1 529, sur cet emplacement, six propriétés dont voici la succession : 

Portion de la Maison de l'Escu de la France; 

Place vuide; 

Maison , sans désignation , qui appartenait à la Grande Boucherie et dans laquelle 
se trouvait un ffCscliaudouerTi; 

Deux places vuides; 

Maison du Giiauldron, occupant à elle seule les deux tiers du côté oriental de la 
ruelle. 

Aux termes d'une Déclaration publiée par Hippolyle Goclieris ''', cette maison 
avait, vers la fin du siècle dernier, pour enseigne l'Y, et appartenait à Thomas 
Charles de Lastre, marchand mercier. 

'■' Le Beuf, éd. Cocheris, t. III, p. 61. 



14 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

RUE DE U PETITE OU VIEILLE BOUCLERIE 

(BOLCLERIE ORIEMALE) 

DÉNOHUÉE ÉGALEMENT 

REGNAULT LE HARPEUR, NEUVE SAINT-MICHEL, 
DE L'ABREUVOIR MASCON, ET DE MASCON. 

Cette voie, qui forme la limite soparative des régions occidentale et centrale de 
l'Université, a été décrite en partie dans le volume précédent. Nous avons donné 
l'historique de la rue et énuméré les immeubles qui bordaient le côté compris 
entre la Grande Bouderie et l'extrémité orientale de la rue Saint-André-des-Arts. 
Il nous reste à parler de ceux qui s'alignaient sur ie côté opposé, depuis la rue 
de la Huchette jusqu'au carrefour de Saint-Séverin , point où commence la rue 
Saint-Côme, ou de la Harpe. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 

PAROISSE DE SAINT-SÉVERIN. 
CENSIVE DE SAINT-GERMAm-DES-PBÉS. 

Maison de la Croix, puis du Lyon d'or (liii) et du Lïon d'argent (i538), 
faisant le coin occidental de la rue de la Huchette, ou de Laas, ancienne voie 
gallo-romaine, qui traversait le clos de ce nom. (Voir ce que nous en avons dit 
dans le volume consacré à la Région occidentale de l'Université.) 

Cette maison, grâce à sa situation angulaire, formait originairement trois 
immeubles distincts, le premier sur la rue de la Huchette, le second sur celle de 
la Petite ou Vieille Bouderie. Le corps de logis le plus méridional portait le nom 
de LA Madeleine, et le vocable de la Croix était resté à celui qui formait le coin 
de la rue de la Huchette. Celui qui s'ouvrait sur cette dernière voie avait pour 
enseigne l'Ecrevisse. Au xvi" siècle, ils furent réunis en une seule maison. L'his- 
toire de ces réunions et de ces disjonctions, commandées le plus souvent par des 
raisons d'industrie et de commerce, ou par des nécessités de faniHle, jette, ainsi 
que nous en avons fait plusieurs fois la remarque, beaucoup de confusion dans 
le parcellaire restitué du Vieux Paris. 

Maison de l'Ours (i5i3), ayant antérieurement porté l'enseigne du Lyon d'ar- 



REGION CENTRALE DE UUMVERSITE. 15 

CENT, fort commune en cette région. Elle avait dû constituer un des corps d'hôtel 
de la Maison de la Croix, qui changea deux fois d'enseigne, et elle dut en changer 
elle-même, en se détachant de l'immeuble principal. 

Maison de l\ Heuse ou Heuze (i363), enseigne qu'on rencontre en plusieurs 
autres endroits du quartier «d'Oultre-Petit-Pontr). En liSg, elle aboutissait à la 
rue delà Huchette, très probablement au moyen d'une allée, comme il en existait 
beaucoup à cette époque, entre les maisons de la même rue, ou de la voie située 
postérieurement. Cette allée devait longer la Mmson dk l'Ym\ige saincte Catherine, 
ou SAiNCTE Marguerite, en façade sur la rue. 

Maison du Lyon noir (iBao), formée par la réunion de deux immeubles jadis 
distincts. Les Lyons t noirs, d'or ou d'argentu étaient appendus à beaucoup de 
maisons de ce quartier. Une enseigne fort répandue également en cette région 
était celle de 

La Corne de Cerf (1060), portée par une maison qui en changea plusieurs fois 
dans le cours d'un siècle. On la trouve dénommée, en i5o6 et 1678, Maison de 
l'Annonciation de Notre-Dame; en iSya, «Maison de l'Ymaige sainct Jehan, et en 
i6o5, Maison du Bastillon. Ces variantes avaient sans doute pour raison des 
changements de propriétaire. D'autre part, les maisons situées sur le côté oriental 
de la Petite Bouderie, aboutissant à la partie postérieure de celles qui avaient 
leur façade sur celle de la Huchette, avec lesquelles des allées les faisaient com- 
muniquer, ont dû, plus d'une fois, leur servir de dépendances, et réciproquement. 
De là, de nombreuses mutations dans les vocables. 

Allée entre la Corne de cerf et l'Escu de sainct Georges. 

Maison de l'Escu de sainct Georges, puis de l\ Pomme rouge (1527) ayant, à 
une époque antérieure, absorbé l'allée qui la séparait de la maison précédente. 11 
est probable que le tout dépendait jadis de la Maison de l'Annonciation, en bordure 
sur la rue de la Huchette. 

Maison de la Bannière de France (i5i43), enseigne qu'on retrouve rue Galande, 
au lieu où fut transféré le Collège de Danemark, de Suesse, ou de Dace, après 
qu'il eut quitté la rue de la Montagiie-Sainle-Geneviève. Cet immeuble abou- 
tissait à un autre plus considérable, en façade sur le carrefour Saint-Séverin. 

Maison de la Roze (i5i8) et de lv Roze BtANCiiE (i5/i3), dans une situation 
analogue à celle de la précédente. 



16 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



CE^'SIVE DE L'EVECUE. 



Maison db l'Asne rayé (1^89) retenant, dit un titre daté de i5ii, à Jehan 
Carlier et aboutissant à l'Ymaige sainct Eustace a, hôtel considérable, touchant, par 
les murs de fond, à cinq immeubles de la rue de la Petite-Bouclerie. 

Maison de la Trinité' ( 1 5 7 5 ) , détachée de l'une de celles qui lui étaient contiguës , 
probablement de la précédente, dans laquelle on la voit comprise, en i52o. 

Maison DU Plat d'estain (1^89), faisant le coin occidental de la rue Saint-Séverin 
et ne pouvant, par conséquent, être confondue avec celle qui était située de l'autre 
côté de la rue, et portait la même enseigne. On retrouve, d'ailleurs, ce vocable 
sur plusieurs autres points du Vieux Paris. 

Les notes assez confuses, qui nous ont servi à établir le parcellaire de la rue de 
la Petite-Bouclerie et de ses voisines, mentionnent ici une Maison de la Caige, ou 
de la Plastrière, qu'on ne retrouve pas sur le plan de restitution dressé par 
A. Berty, et dont il n'est fait, d'ailleurs, aucune description. Ne serait-ce point 
une confusion avec la Maison de la Hache, située de l'autre côté de la rue, et dans 
les dépendances de laquelle se trouvait une plâtrière, genre d'exploitation existant 
sur plusieurs autres points de la région. (Voir ce que nous en avons dit dans le 
volume consacré à la Région occidentale de l'Université, notamment à l'article de la 
rue Hautefeuille.) 

La Maison du Plat d'estain formant l'angle de la Petite-Bouclerie et de la rue 
Saint-Séverin, il n'y avait point là, ce semble, place pour la Maison de la Caige, 
ou de la Plastrière. 



RUE BOUTEBRIE. 

Comprise entre les rues du Foin et de la Parcheminerie , cette voie , d'un par- 
cours peu étendu, est ancienne, et les nombreux documents qui en font mention 
la désignent d'une façon différente. L'appellation primitive paraît avoir été Eretn- 
bourg de Brie, du nom d'un bourgeois de Paris, qui y demeurait sans doute. Des 
chartes de i2 65 et 128/1 l'énoncent Vicus Eremburgis de Bria et Braia; le Rôle 
de la Taille de 1292 et le Dit de Guillot (i3oo) la nomment rue Erembourc 
de Brie. Le compte des confiscations anglaises pour 1621 altère un peu ce vo- 
cable : on y lit Bourc de Brie, ainsi que dans la Description de Paris par Guillebert 



TOPOGflAPHIE HISTORLQVE DV VIEVX PARIS 




REGION CENTRALE DE L'VNIVERSITÉ 

Extrait du Plan dit de Saint Victor (1555) 










REGION CENTRALE DE L'VNIVERSITE 
Extraltdu Plan de !a Caille (ITI'f) 



TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS 




REGION CENTRALE DE L'VNIVERSITÉ 

Extrait du Plan de Gomboust ( 1652) 




REGION CENTRALE DE L'VNIVERSITÉ 

Ei^trait dj PlandeTur6ot (1735) 



RÉGIOA CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 17 

de Metz (lûSâ). L'altération continue : aux xv'^ et xvi'= siècles, on lit, en effet, 
Bourg de Brye en ihk^; Au bourg de Brie en 1^99, et enfin Bout de Brie et de 
Brye dans Corrozet (i586) et le Journal de l'Estoik (iBgS); Boutebrie, en un seul 
mot, est une forme plus moderne. 

Malgré toutes ces variations, une seconde appellation a été donnée à la voie 
qui nous occupe. La proximité de la rue de la Parcheminerie y ayant attiré des 
enlumineurs, ou miniaturistes, — et cela dès le xhi"= siècle, puisque le Rôle de la 
Taille de 1292 en nomme huit, — cette circonstance lui valut le nom de rue aus 
Enlumineus, vicus Illuminalorum, désignation qui disparaît au xv" siècle. 

Enfin le voisinage du Collège de Notre-Dame-de-Bayeux lui a fait parfois 
donner le nom du fondateur, Maître Gervais Chrétien, ainsi qu'on le voit dans 
un acte de i532. 

Raccourcie à son extrémité méridionale par l'ouverture du boulevard Saint- 
Germain, la rue Boutebrie est continuée aujourd'hui, sous une même dénomi- 
nation, par celle des Prêtres, ou du Cloître-Saint-Séverin. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Nord au Sud). 
CENSIVE DE LA SORBONNE. 

Maison faisant le coin de la rue du Foin, à l'opposite du collège de Maître 
Gervais Chrétien, ayant son entrée principale sur la rue du Foin, tenant, d'une 
part, dit un acte de i56i, «tout au long de iadicte rue du Bourg de Brie, 
d'autre, à deux maisons, l'une l'Escu de sainct Georges, l'autre le Daulphin, 
aboutissant, d'un bout, à la rue du Foin, d'autre, à la Maison du Pape, en la rue 
Bourg de Brie-n. 

En i53o, cette maison avait été vendue par Charles Guillard, ou Grillart, pré- 
sident au Parlement, et Jeanne de Vignacourt, son épouse, à Louis Guillard, leur 
fils, évêque de Chartres. 

On ne peut la qualifier de (t maison sans désignations, puisqu'elle s'est appelée 
successivement Hostel de Bourbon et Maison de la Roïne Blanche. La raison de 
ces deux dénominations est purement historique : un membre de la famille de 
Bourbon l'a possédée antérieurement à i38o, puisque, à cette date, elle est dé- 
signée sous le nom de Maison de la Royne Blanche. 

On sait que les veuves de nos rois portaient le deuil en blanc; d'où le nom 
fréquemment donné aux maisons où elles se retiraient pendant leur veuvage. 
Quelques veuves royales ont dû l'habiter, aux xiv* et xv* siècles; mais il est certain 
que, au commencement du xvi^ siècle, Marie d'Angleterre, veuve de Louis XII, 
fit choix de l'hôtel des abbés de Cluny, pour y passer la durée de son deuil. Or 



i«rRi«cnic 0.4 



18 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

la nmison dont il s'agit était située à l'opposite de l'hôtel de Ciuny, dont elle n'était 

séparée que par une te grandie n. 

Donc rien d'étonnant à ce que le séjour de la sœur de Henri VIII ait fait donner 
à l'ancien Hostel de Bourbon le nom de Maison de la Royne Blanche , qu'une tra- 
dition, inconsciente peut-être, lui a conservé jusqu'à nos jours. 

La Maison de la Royne Blanche, qui formait l'angle des rues Boutebrie et du 
Foin, appartenait, en 1617, à Henri de Marie. Un acte de celte époque, relatif à 
une maison conliguë, contient, en ellet, cette mention: a Maison du Lyon veut, 
tenant et aboutissant, en partie, à Thostel qui fust Maistre Henry de Marie, qui 
fait un des coings de la rue Erambourg de Brie, n 

Maison du Pape (i548), contiguë à celle qui formait l'angle occidental de la 
rue du Foin. 

Cette Maison du Pape devait peut-être son nom au voisinage du collège de 
Maître Gervais, dont la fondation fut approuvée par Grégoire XI, et à la conti- 
guïté de la Maison de la Royne Blanche, habitée, en i53o, par Louis Guillard, 
évêque de Chartres, puis, de 1576 à 1692, par Nicolas Fumée, évêque de 
Beauvais ^^\ 

CBNSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison sans désignation, dépendant autrefois d'une autre maison sise en la rue 
de la Harpe. 

A cette mention sommaire s'en rattachent trois autres, qui concernent des mai- 
sons indiquées dans les notes, mais non désignées sur ie plan. Ce sont : 

Partie postérieure de la Maison de la Magdeleine; 

Derrière de la Maison de la Barbe d'or et du Lyon d'or ; 

Maison des Rosettes. 

Ces immeubles, la Maison des Rosettes exceptée, étaient sans aucun doute des 
dépendances que projetaient, sur la rue Boutebrie, des maisons ayant leur façade 
sur la rue de la Harpe. 

'■' Voir le Gallia christiana, t. IX, p. 765. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 19 



GENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 



Maison de l'Escu de France (ii68), puis Maison de la Corne de Cerf (167 5). 

Cet immeuble est dit, en i/i68, i5i6 et t533, être situé et rue et devant le 
collège de Messire Gervais Chrestien, et au jardin dudictn, puis tenir «à l'hostel 
de la Roze, en la rue de la Harpe, par devers la ParcheminerieT). 



CENSIVE DE SAINT-BENOIT. 



Maison des Delx-Bollles (1600). Ce n'était, au commencement du xvi" siècle, 
qu'une portion de la Maison de la Roze, en la rue de la Harpe. 

Maison de la Trinité (i556). 

Portion de la Maison de la Couronne faisant le coin de la rue de la Parche- 
minerie. 

Les quatre maisons qui précèdent, et qui étaient situées dans le censive de 
Saint-Benoît, avaient d'autres enseignes en i585; mais leur identification est 
certaine. 

CÔTÉ ORIENTAL. 

La partie de la rue Boutebrie faisant face, du côté oriental, aux immeubles que 
nous venons de désigner, était occupée par les murs et bâtiments du collège de 
Notre-Dame-de-Bayeux , fondé par Messire Gervais Chrétien, lequel collège avait 
son entrée sur la rue du Foin. (Voir à l'article de cette rue.) 



CUL-DE-SAC BOUVARD. 

Cette voie sans chef, via sine capite, ainsi que l'appelle un document de 1 260, 
est mentionnée, dès le xiii* siècle, dans une charte faisant partie du Cartulaire de 
Sorbonne. Mais était-ce, à cette époque, une rue, une ruelle, ou une impasse? 
C'est un point sur lequel les historiens de Paris ne sont pas d'accord. Le Beiif 
croit qu'elle était primitivement la principale voie du quartier, et qu'elle coupait 
le Clos Bruneau, dans toute sa longueur, pour aller aboutir à la rue des Noyers. 
Jaillot affirme, au contraire, que la rue ou ruelle, dont le cul-de-sac Bouvard, 
dit-il, constitue le reste, n'existait pas au xiii'= siècle, attendu qu'il n'en est fait 
mention ni dans le Rôle de la Taille de 1292, ni dans le Dit de Guillot (i3oo). 



20 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Mais ce silence ne prouve rien, en présence de la charte que nous venons de 
citer et qui constate que la voie existait vers le milieu du xuf siècle. 

Le point en litige demeure celui-ci : existant alors à l'état d'impasse , à quelle 
époque avait-elle pu être rue, ruelle ou longue allée, comme on la trouve dé- 
nommée parfois? Ce ne peut être au xn* siècle, puisque le Clos Bruneau n'était 
point encore bâti à cette date; les constructions ne s'y montrent, en effet, que dans 
la première moitié du xm"". 

Mais, alors même qu'on admettrait son existence primitive à l'état de rue, il 
n'en faudrait pas conclure, avec Le Beuf, qu'elle était la voie principale du quar- 
tier. 11 est évident que les rues Saint-Jean ou Jean-de-Beauvais et des Carmes, 
([ui délimitaient le Clos Bruneau, étaient plus passantes. Cette dernière surtout, 
dont l'existence est constatée dès le xni'= siècle, et qui, continuant la rue des 
Sept-Voies, conduisait à la porte Papale, était certainement beaucoup plus fré- 
(juenlée. 

Selon toute vraisemblance, la voie qui a donné naissance au cul-de-sac Bou- 
vard n'était, dans l'origine, qu'un sentier conduisant à quelque portion particu- 
lière du Clos Bruneau, ou ménagé à dessein pour la commodité des propriétaires, 
lorsque l'on commença à construire des maisons sur les terres des Carmes et de 
Saint-Jean-de-Beauvais. 

Ce sentier, long et étroit, a naturellement pris le nom, si commun alors, de 
longue allée, auquel s'est substitué, vers la fin du xiv^ siècle, celui de ruelle Jousselin 
et Josselin, Ju^selin et Jusseline; on trouve aussi, en quelques titres, ruelle Saint- 
Hilaire. 

Quant à l'appellation moderne, elle ne remonte pas à plus de deux siècles. 
Jaillot croit qu'elle la devait à des étables où l'on renfermait les bœufs; il est plus 
raisonnable de supposer que Bouvard, ainsi que Josselin et ses altérations, était 
un nom propre. 

L'impasse Bouvard n'a pas de topographie parcellaire, parce que les maisons 
qui la bordaient n'y avaient que leur partie postérieure, les façades étant tour- 
nées vers les rues des Carmes ou Saint-Jean-de-Beauvais ; ce qui contribuait à la 
rendre déserte. Un mémoire imprimé, du commencement du xvn* siècle, dit que 
les nombreux assassinats dont elle était le théâtre amenèrent les propriétaires des 
maisons qui la longeaient à en usurper successivement le sol. 

On ne cite, au xvi" siècle, qu'une maison, dite de l'Imaige saincte Katteriîne, 
ayant issue sur la ruelle Jousseline et située derrière la maison de la Longue- 
Allée ; le plan de restitution l'identifie. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 21 



RUES DE LA GRANDE ET DE LA PETITE BRETONNERIE. 

La première de ces deux voies était qualifiée de grande, uniquement pour la 
distinguer de sa voisine qui était plus peltle, moins ancienne, et la rejoignait à 
angle droit; elles ont été détruites, l'une et l'autre, lors du percement de la pre- 
mière partie de la rue Soufflot. Il ne reste, de leur situation, d'autre trace que 
l'angle en retrait formé par l'une des maisons du côté méridional de cette dernière 
voie, entre la mairie actuelle du v" arrondissement et la rue Saint-Jacques, sur 
laquelle débouchait la Grande Bretonnerte; elle aboutissait, d'autre part, à l'une 
des portes de l'ancien collège de Lisieux. 

Elle devait, ainsi que la Petite, son appellation au fief de la Bretonnerie, qu'elle 
longeait, mais sur lequel elle n'était pas située, contrairement à ce que dit Jaillot. 
On la nommait également Ancienne Bretonnerie, rue aux Bretons et des Bretons, et 
rue du Puis, vicus de Puteo. Elle était ainsi désignée en i^kli, comme on le voit 
par une charte de cette année, relative au couvent des Jacobins, qui en était très 
rapproché. Un puits 'qui s'y trouvait, et qui paraît avoir existé jusqu'aux rema- 
niements opérés sur ce point au xvni" siècle, lui avait fait donner ce dernier 
nom, qu'on rencontre concurremment avec les autres, notamment dans un acte 
de 1697, où on lit : rue du Puis, dite des Bretons. 

Géraud, dans son édition du Livre de la Taille de 1 292 , a donc eu tort de con- 
fondre cette rue du Puits des Bretons, avec celle du Puits du Mont-Saint-Hilaire, 
comprise entre les rues Traversière et Saint-Victor, le puits auquel cette dernière 
devait son nom n'ayant été creusé qu'au xvi'' siècle. 

Le fief de la Bretonnerie a son histoire, que Sauvai expose dans les termes 
suivants : 

«Ce fief, assis près ladite porte Saint-Jacques, faisant partie de la rue anciennement dite 
du Puits, à présent Bretonnerie ou des Bretons, en allant à Sainte-Geneviève, joignant les murs 
de la ville, contenant cinq arpents et demi de terre, anciennement plantés en vignes, et sur 
lesquels est bâii le colli'ge de Torci, dit Lisieux, avec cinq autres maisons près d'icelui s'entre- 
tenant l'une l'autre, tenant d'une part audit collège, d'autre bout sur et quasi joignant ladite 
porte Saint-Jacques, aboutissant par derrière aux murailles de la ville, et par devant sur ladite 
rue des Bretons, lequel fief a été inféodé dès l'an 1219, par le roi Philippe II, qui en investit 
un nommé Thibault de Chartres, détempteur dudit lieu à litre de censive; à présent appartient 
aux Religieuses, Abbesse et couvent de l'Humilité de Notre-Dame dite de Longchamp, par acqui- 
sition qu'elles en ont faite des hoirs dudit Thibault. Et pour raison duquel fief lesdites reli- 
gieuses ont obtenu sentence du Trésor à leur profit, contre le substitut de Monsieur le Procureur 
général, le sept décembre i585 <i>.d 



(') 



Antiquités de Paris, II, p. 4a6-4Q7. 



Î2 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

L'abbave de Loiigchamps était encore propriétaire du fief de la Bretonnerie, 
à l'époque de la Révolution. 

GRANDE-BRETONNERIE. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 

JUSTICE ET CENSIVE DU FIEF DE Ll BRETONNERIE. 

Maison à l'Abbé de Saiist-Benoit-sur-Loibe (1268), paraissant avoir eu pour 
enseigne, deux siècles plus tard, l'Ymaige saincte Katterine. Au commencement du 
XV* siècle, elle n'appartenait plus au monastère de Saint-Benoît; ce qui explique 
son changement de dénomination. Vers la fin du wf, elle fut divisée en deux corps 
de logis distincts. 

Maison du Chef sainct Jehan (i538), dont une portion fut occupée par le marché 
de la Porte-Saint-Jacques, que Louis XIV accorda, en 1 658, pour remplacer celui 
de la place du Pont-Saint-Michel. Les concessionnaires de ce marché étaient les 
filles de la Congrégation de Charonne, ou Bénédictines mitigées, fondée, dix ans 
auparavant, par Claude de Bouchavane. La fondatrice était veuve de M. Viguier, 
directeur des finances. 

Deux petites maisons sans désignation, dont l'une formait l'angle méridional de 
la rue Saint-Jacques. Elles ont dû faire partie de la Maison du Chef sainct Jehan, 
ou avoir été construites postérieurement à 1 672 , car cette dernière est dite alors, 
ff attenante vers l'occident, à une grande place vuide située devant la porte Sainct- 
JacquesT). 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 

JUSTICE ET CENSIVE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÉS. 

Maison du Daulphin (1587), contiguë à celle qui faisait le coin septentrional de 
la rue Saint-Jacques. Elle échangea plus tard ce nom contre celui de Rose de Pro- 
vins, ainsi que le témoigne la note suivante, extraite par A. Berty de quelque 
document authentique : ctLe Dauphin, contigu au Paon, tenant, d'autre part, à la 
CoBNE de Cerf, de présent la Rose de Provins n. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 23 

Maison de la Corne de Cerf (i BSy). 

Maison de l'Ymaige sainct Anthoine (1587), 

Maison sans désignation, appartenant au chapelain do la chapelle Saint-Julien, 
fondée à l'évêché de Paris; ladite maison formant l'angle occidental de la rue de 
la Petite-Brelonnerie. 

Maison du Moulinet (iB^i), faisant le coin oriental de la rue de la Petite-Bre- 
lonnerie, et contiguë au collège de Lisieux; elle était composée de deux corps de 
logis. 



> PETITE-BRETONNERIE. 

Cette voie, moins ancienne et plus courte que la précédente, aboutissait, d'une 
part, à la rue Saint-Jacques, et, de l'autre, en formant un angle droit, à celle de 
la Grande-Bretonnerie; elle devait son nom au voisinage du même fief. Ce n'était 
primitivement qu'une ruelle séparant la grande maison de l'Escu de France des 
maisons voisines. On ne la trouve mentionnée dans les titres qu'à partir de 1 662. 
Elle a été détruite à la même époque que la Grande-Bretonnerie. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 

JUSTICE ET CENSITE DE SAnT-GERMAIN-DES-PRÉS. 

Maison sans désignation sur le plan, mais appartenant au chapelain de la cha- 
pelle Saint-Julien. Elle devait faire corps, ou se confondre, avec l'immeuble pos- 
sédé par le même bénéficiaire, et en façade sur la Grande-Bretonnerie. 

Maison sans désignation. 

Maison de l'Ymvkje smnct Nicolas (iSBy), contiguë à la maison faisant le coin 
méridional de la rue Saint-Jacques, laquelle avait pour enseigne l'Ymaige Nostre- 
Dame. 



ià TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 

PAROISSE SAIM-BENOÎT. 

JUSTICE ET CENSIVE DE SAIfiT-ÉTlENNE-DES-GRES. 

Passage servant d'issue à la maison du Croissant, en fyçade sur la rue Sainl- 
.lacques, et séparant ceile qui formait l'angle septentrional de cette rue d'avec la 
MAISON DE l'Ymaige sainote Anne (1587), désignéc peu d'années auparavant sous le 
nom de la Limace. Une note, extraite de divers titres, porte, en elFet : «la Limace 
contiguë à l'Ymaige Nostre-Dame, d'autre part, à un passage du derrière du Crois- 
sant n. En 1696, cette maison est dite «appartenant aux Cholletsu. 

Maison de l'Ymaige Notre-Dame (i 696), faisant le coin de la ruelle par où 
passait la procession du Chapitre, au jour de la Fête-Dieu. Nous parlons plus 
loin de cette ruelle, à l'article de la rue des Grés, 

Maison des Carneaulx (ii68), puis de la Colr du Pommier (i56o), ou Paulmier 
(1587), à l'autre coin de la ruelle, contiguë à la maison formant l'angle de la rue 
de la Grande-Bretonnerie. Cet immeuble, qui paraît avoir, en 1 5 1 7, porté le nom 
de LA Carizée, est dit, en un titre, appartenir «à la Grande Confrérie de Nostre- 
DameM composée, comme on le sait, de seigneurs, prêtres, bourgeois et bour- 
geoises de Paris, et ayant son siège dans l'église de la Madeleine, en la Cité. 

La censive de cette grande confrérie était fort importante. Il en est question 
dans un grand nombre de titres relatifs aux rues et aux maisons de cette région. 



RUE DE LA BUCHERIE, 

ET SES TROIS ANNEXES : 

LA POISSONNERIE DE PETIT-PONT, 

LA RUELLE DU TROU-PUNAIS, 

LA RUELLE DES PETITS-DEGRÉS. 

Cette voie, qui est parallèle au petit bras de la Seine, a pour point de départ, 
h l'est, les Grands-Degrés, la rue du Pavé de la place Maubert, et pour abou- 
tissant, à l'ouest, la descente, ou rue du Petit-Pont. Les anciens titres lui donnent 
deux noms qui impliquent des origines différentes : bûcherie indiquerait le voisi- 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. ih 

nage d'un port aux bûches, sur le bord du fleuve naturellement; boucherie vien- 
drait d'un groupe d'étaux, ou marché à la viande, à moins que ce ne soit une 
altération orthographique du premier mot. Aussi lit-on vicus de Bochena dans 
le censier de Sainte-Geneviève de l'année 1268, et viens de Boucheria dans celui 
de 1260. 

Ce qui porte à penser que cette dernière lecture est vicieuse et provient d'une 
erreur de copiste, c'est que l'orthographe véritable se retrouve dans les mêmes 
pièces : ainsi, dans le censier de 1268, oii se trouve vicus de Bocheria, on lit éga- 
lement vicus de Busclieria, et, dans celui de i^hS, de Buschana. Le titre le plus 
ancien que nous ayons rencontré, une charte de 1219, fait mention d'une maison 
située relro Buscheriam Parvi Ponlis ; désignation qui devient la plus fréquente, soit 
en latin, soit en français, dans les pièces des xiv" et xv"" siècles. La voie qui nous 
occupe y est communément appelée rue de la Buscherie de Petit Pont, dénomination 
qui se retrouve au xvi^ siècle, mais abrégée : on écrit alors, dans le censier de 
1609 notamment, rue de la Buscherie seulement. 

Deux autres appellations se rencontrent dans des titres des xu" et xui^ siècles 
et donnent lieu à des étymologies conjecturales : dans le censier de 1268, on lit 
in furcosa, et, dans celui de 1176, infurtosa, videlicet in buscheria. Furca signifie 
à la fois fourche, ou bûche allongée, et fourche patibulaire; la première accep- 
tion se rattache tout naturellement au mot bûcherie; quant à la seconde, elle indi- 
querait un lieu d'exécution choisi précisément dans une rue voleuse, furtosa, non 
qu'elle fût habitée par des voleurs, mais parce qu'il s'y commettait beaucoup de vols. 

Mais il n'y a là, nous le croyons, que des conjectures, les altérations ortho- 
graphiques que nous avons relevées plus haut ayant parfaitement pu se produire 
dans des pièces de la même époque. 

Comme la rue de la Bûcherie longeait au nord le clos Mauvoisin, elle en a 
quelquefois pris le nom, ce que constate un titre de 1807. A cette date, le clos 
était couvert de maisons; mais le mouvement de construction n'avait commencé 
qu'au siècle précédent, et c'est probablement à l'extrémité occidentale de la rue, 
dans le voisinage du Petit-Pont, autour du prieuré de Saint-Julien-le-Pauvre, que 
les premières habitations se sont groupées. A l'autre bout, la dépression du ter- 
rain ayant rendu nécessaire l'établissement d'une levée avec « degrés d, il y a tout 
lieu de croire qu'on y a bâti un peu plus tard. 

La rue de la Bûcherie avait conservé, en grande partie, son ancien aspect 
jusque dans ces dernières années, bien que le quai Montebello l'ait laissée en 
contre-bas. 

Le prolongement de la moderne rue Monge, les démolitions et les nivelle- 
ments, conséquence de cette opération édilitaire, ont notablement modifié la 
partie orientale de cette antique voie. 



IMmilleBII RlTIOHilC. 



S6 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

PAROISSE SAI.NT-ÉTIENNE-DU-MONT. 

JUSTICE ET CENSIVE DE SAINTE-GENEVlÈVE. 

Maison de la Serpent de pierre (i38o), faisant le coin oriental de la rue du 
Pavé de la place Maubert. 

Maison de la Teste noire (1666), ayant issue sur la rue des Trois-Portes. 

Maison du Plat d'estain (i54/i), ayant, au commencement du wi*^ siècle, fait 
partie de l'une de celles qui lui étaient contiguës. 

Maison de l'Ymaige sainct Marc (i4io), aboutissant rue des Trois-Portes. Sur 
son emplacement, ou dans son voisinage immédiat, il en existait, en i38o, une 
autre qu'on appelait la Maison du Panier. 

Chantier (iBog) et plus tard Jeu de Paulme (i56i). 

Chantier (i38o), faisant le coin oriental de la rue des Rats. 

Ces deux chantiers occupaient peut-être, sur le bord de la Seine, l'emplace- 
ment de l'ancienne Bûcherie. 

Maison du Soufflet (1667), formant l'angle occidental de la rue des Rats et 
ayant probablement eu pour enseigne la Corne de cerf, en i5o6. Elle fut ac- 
quise, en i568, par la Faculté de médecine, pour agrandir les bâtiments de 
son école. 

Maison des Troys Rovs de Coulongne (1609), acquise, cinq ans plus tard, par 
la Faculté de médecine. 

Maison de la Couronne (iSBa). Au milieu du xv'' siècle, ce n'était plus qu'une 
ff masure Ti et même un terrain nu, puisqu'on lit, dans un titre de iii5, tt place, 
autres fois maison de la Couronne de fer t. En iû58, on lui donne pour aboutis- 
sant «l'Ostel de Celsoïti. Une note, sans indication de source, porte qu'elle fut 
vendue, au xiv'^ siècle, à Thevenin Bernier, à la charge de «xl sols de rente pour 
les religieux de l'Ostel-Diemi. 

Maison sans désignation, achetée en 1A69, ainsi que l'emplacement de la pré- 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 27 

cédente, des Chartreux qui la possédaient, par «les maistres de la Faculté de 
médecine, pour y establir leurs escolesn. Dix-sept ans auparavant, elle est ainsi 
désignée : (t Maison tenant à la place de la Couronne , devant la Fleur de Lys , tenant , 
d'autre part, à l'Ymaige saincte Katterine, acquise par Guillaume Cartelier, doc- 
teur en décrets fl. C'est la k grande maison des escholesii, dit une note. 

Maison contenant a deux corps d'ostel, avec cour au milieu, et ayant pour 
enseigne l'Ymaige saincte Catterine, tenant, d'une part, aux Escoles de médecine, 
d'autre, faisant le coing de la rue au Feurre, d'un bout, par derrière et d'autre 
bout, par devant, à la cour de la Buscheriefl. Cette maison est dite appartenir 
alors au collège de Tréguier. En 1608, dit Du Breul (p. 563), la Faculté de 
médecine acquit l'Ymaige saincte Catherine travée une grande masure, pour y 
baslir un magnifique théâtre anathomiquen. 

Maison sans désignation , faisant le coin oriental de la rue du Fouarre, et ayant, 
en 1559, formé une dépendance de la précédente. 

Maison du Cigne couronné (iBog), puis de l'Ymaige sainct Père (i5û6), faisant 
le coin occidental de la rue du Fouarre. 

Maison du Lîon d'argent (1^80). 

Maison du Lïon (i3o8), puis du Lyon ferré (i38o) et enferré (iBog), ayant 
une issue sur la rue du Fouarre. Elle paraît avoir porté, en 1372, concurrem- 
ment avec ce nom , celui de Maison de la Longue Allée ; mais la première appellation 
semble avoir été beaucoup plus employée. Deux pièces imprimées par Sauvai et 
Félibien ne la désignent, en effet, que par l'enseigne du «Lyon ferré a. 

Dans le testament de Robert de Jusiers, de Jussiaco, chanoine de l'église Saint- 
Germain d'Âuxerre, on lit : « Volo el ordino qnod executores met vendant domum meam 
diclam ad Leonem ferratum, in Bvscheria Parti Pontis, et, de pecunia venditionis, eman- 
tur redditus, de quibus possint sustentari tinus vel duo pauperes scholares perpelui, oriundi 
dicte ville de Jussiaco'^^K-n 

Le Lyon ferré est ainsi décrit sommairement dans une pièce de iSao : tr/tem 
quod in dicta dorno erat un pignon, a parle anteriori, supra dictum vicum (la rue de la 
Bûcherie) et quedam Jlgura leonis de petra, elevata et interclusa trelis de fetro, etc. n 

Ainsi la maison dont il s'agit avait a pignon sur ruen, el, sur le mur de devant, 

'*' Hiitoire de la Ville de Paris, I. III, p. 121. 

A. 



28 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

se voyait un lion de pierre, enlacé dans un treillis de fer : d'où l'expression Lïox 



FERRE. 



Maison de l'Ymaige sainct Georges (i/i25), ayant dà faire partie de la suivante, 
qui était la 

Maison de l'Ymaige Notre Dame (1/12 6), laquelle n'était probablement elle-même 
qu'un démembrement du Lyon ferré. On ne l'en distinguait pas au xiv" siècle. 

Maison du Cheval elanc (i454), puis de la Trinité (1^89). On la trouve ainsi 
désignée dans une pièce de la fin du xvf siècle : n la Trinité , de présent le Poing 
d'or et la Main d'argents. 

En effet, la Maison du Poing d'or et de la Main d'argent, qu'un titre de i5/i3 
désigne comme non distincte de la suivante, pourrait n'en avoir été qu'un mor- 
cellement. 

Maison de l'Ymaige sainct Martin (i38o). Un document de la fin du xvi'^ siècle 
semble appuyer cette conjecture; on y lit, en effet : «Sainct Martin, en trois mai- 
sons, jadis en unen. L'une d'elles était peut-être la 

Maison de la Granche (i38o), puis de l'Ymaige Notre Dame (i5oi) ou de 
LA Belle Ymaige (iBiy), faisant le coin oriental de la rue Saint-Julien-le-Pauvre. 

L'Ymaige Notre Dame n'était, au commencement du xvi*^ siècle, qu'un corps 
d'hôtel dépendant de la Maison de la Granche. 

CENSIVE DE SAlNT-JULIEN-LE-PAUVRE. 

Maison du Coq et de la Poule (lôSg), formant l'angle occidental de la rue 
Saint-Julien-le-Pauvre. 

Maison du Moustier (iBgS), ayant dû faire partie de la précédente. On la 
trouve ainsi désignée dans un titre de i386 : aMaison en la rue si comme l'en 
va de la Poissonnerie de Petit-Pont à la Buscherie, tenant au Coq et à la Cé- 
line, c'est LA Chaisneh. En i633, dit une note, sans indication de source, c'était 
«TLA Chakèrei». 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 29 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 
CENSITB DE SAINT-JULIEN-LE-PAUVBE. 

Maison du Papillon (1Û89), faisant le coin oriental de la ruelle du Garneau, ou 
ruelle du Port à W Pierre, dénomination qui lui venait d'une maison riveraine 
appartenant à M° Pierre de Guigners. Derrière cette maison, il s'en trouvait deux 
autres longeant la ruelle, dont l'une, au moins, existait en iBS^. Elle est ainsi 
désignée dans un titre de 167 4 «maison appellée de tout temps et anciennement 
la maison de M" Pierre de Guigners •». 

Maison des Quarmaux (i3o8) ou des Carniaulx (i38o). Les Garneaux, ou cré- 
neaux, qui ont servi à dénommer cette maison et la ruelle voisine, ont désigné 
beaucoup d'autres immeubles du vieux Paris. 

Quant à M'' Pierre de Guigners, il a donné, comme nous venons de le dire, son 
nom à la rue ou ruelle de la Poissonnerie, comprise entre le Petit Ghâtelet et la 
Seine, comme il est dit à l'article suivant; ruelle qui pourrait avoir, à son ordre 
alphabétique, un article à part, mais qui se lie trop intimement à la rue de la 
Bûclierie pour qu'on l'en détache. 



POISSONNERIE ET BOUCHERIE DU PETIT-PONT, 

alins RUE OU RUELLE DE LA POISSONNERIE, 

RUELLE DU PORT À MAISTRE PIERRE, 

RUELLE DE LA BUSCHERIE, ET BOUCHERIE DE PETIT- PONT, 

RDELLE OÙ L'ON VEND POISSON DE MER ET D'YAUE DOULCE (". 

Ces dénominations diverses servaient à désigner les « pierres à poisson n et les 
« places D, ainsi que les étaux où se tenaient des poissonniers et des bouchers. Les- 
dits étaux, places et pierres se succédaient dans l'ordre suivant, depuis le Petit 
Ghâtelet jusqu'aux Grands-Degrés du Pavé de la place Maubert; on y accédait par 
les Petits-Degrés et par les deux extrémités de la ruelle. 

'"' Bien que ces n Poissonneries , Boucheries, distincts, elles constituaient, en rdalitd, un en- 
rues et ruelles 1 aient étd sëpart'es par la rue du ^semble, par leur spëcialitd marcliantle et par les 
Petit-Pont, ce qui semblait en former des groupes communications qu'elles avaient entre elles. 



30 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Deux étaux faisant, dit un titre de i586,tt les premier et deuxiesme, à l'entrée 
de la Boucherie de Petit-Pont, dite Gloriette, lesquels sont addossez contre les 
murs dudict Petit Chastelletn. 

— ff Item, dit le même titre, tous les autres estaulx, estans assiz audict Petit 
Pont, à la pointe de ladicte boucherie Gloriette, appeliez les pierres à poissons; 
le premier desquels fait le coing de ladicte rue de Petit-Pont, et continuant en 
descendant jusques à la rivière, aussi adossez contre les murs dudict Petit Chas- 
tellet. V 

Maison percée «estant devant îesdicts estaulx ■«, lit-on dans un autre texte de 
iByS; elle avait sans doute une ouverture assez large pour permettre aux ache- 
teurs d'arriver jusqu'à tr Testai à marée -n qui était derrière ; d'où sa dénomination. 

Places à bouchers, et à poissonniers sans doute, adossées aux murs du Petit 
Châtelet, cr commençant, dit un titre de i563, depuis le Pavé de la rue dudict 
Petit Chastelet jusques à la dessante de la rivière, faisant un aultre coing dudict 
Petit Chastellett. 

Ici semblent pouvoir être rangées, à défaut de localisation plus précise : 

Deux places «contre le grand mur du Ghastellet, où l'on souloit cy-devant 
vendre poisson d'eau doucen. Un titre de 1618, qui les mentionne, ajoute que 
«à présent il y a appentis et estaulx servant à vendrez. 

Cinq estaulx à vendre polsson de mer ; et les trois assiz à l'entrée de la Boucherie 
de Gloriette, et les deux aultres estans et assiz du costé de la Poissonnerie fermée 
de pierres de taille prez du Petit Pontu, est-il dit dans un titre de i5oi. 

Maison mentionnée dans un censier de 1829, «d'un costé le Ghastellet, tenant 
à la ruelle où l'en vent le poisson d'yaue doulcen. 

Les sept articles qui précèdent s'appliquent à la Boucherie Gloriette; ceux qui 
suivent se réfèrent aux côtés nord et sud de la «Buscherie de Petit Ponts. 

La Chaisne, autre maison indiquée dans une pièce de i386, faisant partie du 
Carlulaire de Sorbonne, et dénommée dans un autre titre de i/i33 «la Chayeret. 
Le premier document la désigne ainsi : « en la rue si comme l'en va de la Poisson- 
nerie de Petit Pont à la Buscherie, tenant au Coq et à la Geline, d'autre part, en 
censive du Boyii. 

Nous mentionnons cette maison à l'article de celle du Coq et de la Poule. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 31 

Viendraient ensuite, mais sans localisation précise, plusieurs 

Maisons sansdésignation(i 3-2 2, iSBg, i363, 1378), asises prez le Chastellet, 
à Petit Pontfl et appartenant à la Sainte-Chapelle, partie en la censive du Roy, 
partie en celle des hoirs Raoul de Pacy. Elles sont dites être situées a entre 
la ruelle où l'en vent le poisson d'yaue doulce et la rue oii l'en va à la Bus- 
cherieT). 

Place VUIDE (i^og) ttoii jadis estoit mesoni), contenant trois toises et demie 
de largeur, sur huit toises quatre pieds de longueur. Cette place, ou peut-être 
une autre voisine, fut vendue en i5o9 , par la Sainte-Chapelle, cfà la charge d'y 
faire bastir mesonsn. 

Places VUIDES (i38^) «estans en la Buscherie de Petit Pont, au bout, par 
devers la place Maubert, sur la rivière, entre les murs qui nouvellement ont esté 
faicts sur ladite rivière, et derrière plusieurs mesons qui sont à l'endroict d'icelles 
places T). 

L'existence de ces k places vuidesn et de ces « mesons n nous est révélée par un 
différend que soulevèrent les religieux de Sainte-Geneviève à propos de leurs 
droits de censive et de justice. Il fut décidé qu'ils auraient le fonds de terre, 
attendu que ffjaçois ce que lesdictes mesons feussent en leur terre, toutes foys 
par avant que lesdicts murs neufz feussent faicts, icelles places estoient communes 
et n'estoient point des appartenances d'icelles mesons, et ne servoient que pour 
aller et venir à la rivière; par quoy vente et baulx n'en pouvoient yssim. 

Il résulte de ce jugement qu'une partie du sol en bordure de la ruelle, celle 
surtout qui touchait à la Seine, n'était point considérée comme pouvant constituer 
une propriété privée, alors qu'il y avait intérêt public à en disposer. Ainsi fut-il 
déclaré, par sentence du Châtelet, en date du 19 novembre i538, sur les remon- 
trances du commissaire du «juartier de Petit-Pont, portant que, (rpour la déco- 
ration de la ville, il estoit à propos d'abattre plusieurs estaulx à ])oisson, au bout 
du Petit Pontfl. Les «gens du Royn furent autorisés à s'y transporter et à prendre 
les mesures nécessaires. 

On usait de plus de ménagements avec les grandes seigneuries religieuses. 
Ainsi, en 1670, l'Kchevinage parisien ayant autorisé le dizainier, ou «capitaine 
de la dizaine -0, à faire construire un corps de garde près du Petit-Pont, la Sainte- 
Chapelle permit cette construction sur une place à elle appartenant et joignant 
la maison dont elle était une dépendance, c à la charge de desmolir quand la guerre 
sera finie n. 

Il ne reste plus aujourd'hui aucune trace de la Poissonnerie et de la Bou- 
cherie de Petit-Pont, pas plus que de la Ruelle à M'' Pierre. 



32 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Ici devrait topographiquement prendre place la partie des bâtiments de l'Hôtel- 
Dieu construite sur la rive gauche de la Seine; mais la date de leur édification 
étant postérieure à 1610, le premier auteur de ce travail n'a pas cru devoir les 
faire figurer sur son plan. Qu'il nous suffise, dans le texte, pour éviter le reproche 
d'omission, de rappeler sommairement ce qu'en disent les historiens de Paris, 
contemporains de celte construction. 

«En i636, dit Félibien, les administrateurs de l'Hoslel-Dieu augmentèrent les 
bastiments d'un grand corps de logis sur la rivière, auquel est adossé le Petit 
Pont de l'Hostel-Dieu. On vient encore d'accroistre tout nouvellement les édifices 
de cet bospital, qui ne sera jamais assez spacieux, quoi que l'on fasse n''^, 

L'abréviatcur anonyme de Félibien complète ce récit en précisant la situation 
des constructions nouvelles et en jugeant de l'effet qu'elles produisaient : frLes 
administrateurs de l'Hostel-Dieu, dit-il, ont ajouté depuis de grandes salles au 
delà de ce Petit Pont et sur la rue de la Bûcherie; ce qui, à vrai dire, offusque 
entièrement ce quartier; mais on ne pouvait se passer de ces nouveaux édifices t (-'. 

L'année i636, ou plutôt i63^, est la date terminale de ces travaux, qui lurent 
commencés en iGaB. 

PAROISSE SAINT-ÉTlENNE-DU-MOJiT. 
JUSTICE ET CENSITE DE SAINTE-GENEVlÈVE. 

Maison de la Longue Allée (1 332). A cette dénomination, très répandue dans le 
Vieux Paris, succéda celle du Loup (i38o) et de la Sehvoyse (1/4/11), sans doute 
parce qu'on y fabriquait ou l'on y débitait de la cervoise. L'identité de cette 
maison, qui formait deux corps de logis, résulte de la note suivante extraite de 
documents authentiques : trFin du xvi'' siècle. — De l'autre costé, à commencer 
à La Sebvoïse , que l'on dict la Longue Allée , en remontant le pavé du costé de 
Seine, le Loum. 

Maison du Lyon (i332), puis de l'Ymaige sainct Loys (i38o). On trouve, 
en 1612, cette mention : cr Saint-Lois , avec quayr. 

Maison des Marmousets (ii83), sans autres indications; elle devait sans doute 
cette appellation, ainsi que la rue de ce nom, en la Cité, aux figures qui en déco- 
raient la porte ou les murailles. 

CENSIVE DE L"HÔTEL-D1EU. 

Maison du Passe-Temps (1676), non autrement déterminée. 

'') Histoire de la Ville de Paris, t. I, p. 896. — ''> Ibid., t. V, p. 829. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 53 

Maison du Tourbot (i364), puis de I'Ym.vige Nostre-Dame (i366) et enfin 
DE l'Homme saulvaige) (iBai), appellations successives dues évidemment à des 
changements d'enseigne. 

Estlves à femmes (i366), ayant eu pour enseigne Sainct-James en 1576, et 
LA Qleue du regnard en 1587. Celte maison formait l'angle occidental de la 
Ruelle du Trou-punais, ou Lieu pugnais (1 48 1-1 690). 

Les pièces de la fin du xiv* siècle ne lui donnent aucune désignation particulière ; 
mais antérieurement on la distinguait, en la nommant l'Archet, parce que l'on 
y pénétrait par une arcade dépendant d'une maison voisine. On trouve la preuve 
de ce fait dans plusieurs titres de l'Hôtel-Dieu , cl notamment dans un acte de 1292, 
où est consignée la mention suivante : duabus domibus in Buchma Pat-vi Ponlis, 
quarum una siluata est super Archeto, per quod ilur ad Secanam, et alia contigua est 
domui que dicitur de Larcbbtb. 

Cette maison de l'Arohete doit être la Queue de regnard, ou celle du Couperet; 
mais l'identification absolue n'est pas possible. 

En 1629, pour élargir une des maisons qui la longeaient sans doute, on 
rectifia l'alignement de la Ruelle du Trou-pu\ais, en lui conservant quatre pieds 
deux pouces, dans toute sa longueur. 11 est dit, dans l'extrait des Registres du Par- 
lement, où 86 trouve consignée la mention de ce fait, que «la ruelle a tousjours 
esté fermée et ne sert que pour esgoutter et avaller partie des eaux veneues de 
ladicte rue de la Buscherie en la rivières. Cette circonstance explique le nom de 
Trou punais, donné au cloaque qui en résultait. 

PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAIISTE-GENEVlÈVE. 

Maison du Couperet (1/180), faisant le coin oriental de la ruelle du Trou- 
punais. 

Maison de l'Escu de France (1/181), dénommée, dans un titre de 16/16, «le 
Lyon d'or de Flandres a. 

Maison de l'Ymaige Nostre-Dame (1/188) et du Cigne (1/198). La situation en 
est déterminée par les deux mentions suivantes portant, l'une la date de i536, 
l'autre celle de 1606. Dans la première pièce, qui est un «compte de la recepte 
du cens sur les quays estant derrière la maison de ladicte ruen (la Bûcherie), il 



Hmiwrniit n*tio««i.k. 



U TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

est (lit : tr L'Hostel-Dieu , pour le cay fiché sur quatre pieux, estant au derrière de 
leur maisons. La seconde est plus précise : «Quay assis sur les pieux dans 
la rivière de Seine, estant au derrière de la maison du Gigne, en la rue de la 
Buscherie.il 

Maison de l'Ymaioe sainct Libnard (iBog), ou saint Léonard, comme on lit en 
un censier de 1666, 

Maison de la Croix d'or (t536). 

Maison de l'Imaige Nostre Dame (1601). 

Cette appellation, très fréquente dans le Vieux Paris, s'appliquait ici à un corps 
de logis détaché, comme la Maison de la Croix d'or, de celle de l'Ymaige saint 
Liénard, ou Léonard. 

Maison de l'Escouvette d'or (1609), achetée, comme les huit précédentes, 
par l'Hôtel-Dieu, ainsi qu'il est dit dans un censier de iGi6, en vue des construc- 
tions annexes dont nous avons parlé plus haut. 

Maison de l'Ymaige saincte Barbe (1609), acquise, avec la suivante, toujours 
au témoignage du censier de i6/i6, pour l'exécution du même travail, (t Sainte 
Barbe et le Moulinet, y est-il dit, ont esté démolis depuis dix ou douze ans, 
pour faire un portail à l'Hostel-Dieu.fl 

Maison du Moulinet (1 5 . .), faisant le coin occidental des «Degrés:: situés de- 
vant la rue du Fouarre et ayant probablement eu, en 1398 et 1^27, l'enseigue 
du Croissant. En 1^89, elle est dite c tenante à ung chantier aboutissant à la 
rivière Ti, et, en 1^96, on l'appelle crde présent le Mortier a. 

Ainsi qu'on l'a vu plus haut, derrière la plupart des constructions bordant le 
côté septentrional de la rue de la Bùcherie, se trouvaient des quays, ou cays, c'est- 
à-dire dos planchers reposant sur des pieux fichés dans le fond du fleuve, ce qui 
suffisait pour que lesdites maisons relevassent de la seigneurie de l'Evéché. 

Degrés placés devant la rue du Fouarre (1898), à l'exlrémité d'une petite 
ruelle ou impasse qu'on trouve diversement dénommée, et dont nous avons relevé 
les appellations; les voici : 

Rue ou Ruelle des Petits-Degrés, par opposition aux Grands-Degrés du 
Pavé de la place Maubert. Plusieurs titres donnent les désignations suivantes : 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 3& 

«r les degrez de Setnne, les degrez menant à la rivîere, la descente par où l'en va à Seinnen. 
Dans un acte de i56i, on lit : «la descente du Port aux Tripesn, lequel était très 
voisin du tfPort au Charbon n, désigné dans le censier de i 586 et autres docu- 
ments postérieurs. Les mêmes degrés y conduisaient el avaient valu à la rnoHo 
cette nouvelle appellation. 

D'autres tr Degrez ri, placés en face de la rue des Rats, et dont nous parlons 
plus loin, étaient également l'aboutissant, vers le petit bras du fleuve, de cette 
rue et d'une partie de celle de la Bûcherie, et reliaient avec le voisinage ces 
quays, cays, ou planchers dont nous avons parlé plus haut. L'établissement, en 
contre-haut, du quai Montebello (i8iio) a mis fin à cet état de choses. 

Maison du Cressaxt (1898), puis du Mouton (1676), faisant le coin oriental 
des Petits-Degrés devant la rue du Fouarre. 

Mako> de l'Estoille (i683), détruite peut-être peu d'années après, puisque 
le lieu est qualifié de tr chantier m, en 1/189. ^" document de i654 prouve qu'elle 
subsistait encore à celte époque, ou qu'elle avait été reconstruite, puisqu'elle y 
est ainsi désignée : «l'Estoile, donnée pour les convalescents •»; ce qui indique 
qu'elle servait aux malades, après leur sortie de l'Hôtel-Dieu. 

Maison de la Fleur de lyz (iû83). 

Maison de l'Ymaige Nostre Dame (1/129). 

Maison de l'Ymaige sainct Pierre (1/127). 

Ces appellations, qu'on retrouve ailleurs, et qui étaient très communes au 
moyen âge, jetteraient quelque confusion dans le parcellaire que nous reconsti- 
tuons, si l'ordre dans lequel les censiers énumèrent les immeubles ne nous servait 
de guide. 

Chantier dépendant de la maison précédente, puis Maison faisant le coin occi- 
dental des Petits-Degrés, devant la rue des Rats, 

Autres PetITS-DegRÉS, conduisant de cette rue à la Seine, et probablement 
aussi anciens que ceux de la rue du Fouarre. 

Après l'établissement du quai Montebello et surtout depuis la reconstruction 
du Pont-au-Double, il était resté, sur ce point, une pente assez forte, supprimée 
tout récemment pour l'établissement de la rue Lagrange. 

Maison de l'Ymaige sainct Nicholas (1869 et 1/127), formant l'angle oriental 

5. 



36 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

des Petits-Degrés situés devant la rue des Rats. Elle figure dans le compte des 
confiscations anglaises pour l'année liai, compte publié par Sauvai : cr Maison en 
la Buscherie de Petit-Pont, faisant le coing de la rue des Rats, sur laquelle Pierre 
de Berry, qui fut précipité es prisons à Paris, prenoit cent solz parisis de rente ■«''). 

Maison et Chantieu par derrière (li/i/i). 

Maison de la Corne de cebf (iSoq), avec Chantier et Jardin, par derrière. 

Maison, avec Chantier. 

Maison de l'Ymaige sainct Jacques (iBog). Elle changea d'enseigne, postérieu- 
rement à cette date, puisque le censier de 1666 la désigne ainsi : kLa Chasse, 
auparavant Saint Jacques a. 

Maison sans désignation. 

Maison de l'Ymaige sainct Jehan (i/i5i), faisant le coin occidental du Pavé de 
la place Maubert, 

'"' Antiquités de Paris, t. III, p. 295-996. 



ÉCOLES DE MÉDECINE DE LA RUE DE LA BÛCHERIE. 37 



CHAPITRE III. 

ÉCOLES DE MÉDECINE DE LA RUE DE LA BÛCHERIE. 

Sommaire : Assemblées anciennes des médecins de Paris. — Achat de maisons dans la rue de 
la Bûcherie; agrandissements successifs; décisions prises par la Faculté, de i454 à 1745, 
relativement à des travaux de bâtiments : salles de cours, amphithéâtre, ou théâtre anato- 
mique, appropriations, constructions nouvelles, etc., d'après les Registres-Commentaires de 
la Faculté. 

Moins heureux que les théologiens, les canonistes et les artiens qui eurent 
leurs écoles dès le xni" siècle, les « mires :î ne purent avoir les leurs que dans la 
seconde moitié du xv", et encore les installèrent-ils en de vieux bâtiments, fort 
mal appropriés à leur nouvelle destination. «On raconte, dit le savant continua- 
teur de Du Boullay, que les médecins se réunissaient dans l'église Sainte-Geneviève 
des Ardents, et quelquefois à Notre-Dame, autour des grands bénitiers de pierre 
placés sous les tours. Pendant le règne de Charles VII, la Faculté fit sans succès 
quelques démarches pour changer cet état de choses. Mais, peu d'années après, 
un de ses docteurs. M'' Despars, lui ayant fait don de 3oo écus d'or, elle jugea 
l'occasion favorable, et, par deux délibérations successives, elle décida qu'elle 
achèterait aux Chartreux , pour la tenue de ses assemblées et pour ses exercices , une 
maison en la rue de la Bûcherie. i) 

Ce n'est pas seulement une maison, mais encore l'emplacement d'une autre 
«que lesmaistres de la Faculté de médecine n acquirent, en 1669 ou liiya. Maison 
et emplacement sont ainsi désignés dans un titre de i652 : (tMaison tenant à la 
place de la Couronne, devant la Fleur de lys, tenant, d'autre part, à l'Ymaige saiscte 
Katterinet), achetée puis vendue, avec la place contiguë, aux Chartreux, par 
Guillaume Cartelier, docteur en décrets; elle fut, après quelques travaux d'appro- 
priation et d'agrandissement qui furent terminés en i^']'j, le lieu d'assemblée de 
la Faculté, qui s'y réunit pour la première fois en i683, mais ne put encore y 
installer ses cours, à cause de l'insuffisance des locaux. 

Les agrandissements nécessaires se firent très lentement, faute de fonds : une 
petite chapelle provisoire fut construite en 1^90 et ne subsista que trente ans. 
Inaugurée en i5o2, avec les salles d'école qu'on venait d'achever, elle fut démolie 
en 1 529, pour faire place à un édifice plus digne de la Faculté. 



38 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Jusqu'en i568, celte installation modeste dut suffire à l'enseignement médical; 
mais, à cette époque, la Faculté fit une nouvelle acquisition : elle acheta la Maison 
DU Soi'FFLET, et, ciuq ans plus tard, celle de Troys Roys de Coulongne; ce qui aug- 
menta sensiblement le pourpris de ses écoles. Il faut aller ensuite jusqu'en 1608 
et 1678, pour constater de nouveaux agrandissements; enfin, c'est en 1766 que 
le petit amphithéâtre en bois, qui datait des premières années du xvii*^ siècle, et 
avait été réédifié en 1620, non plus au coin de la rue du Fouarre, mais sur le ter- 
rain que couvrait la Maison du Soufflet, fit place à la rotonde existant encore 
aujourd'hui à l'angle des rues de la Bûcherie et de l'Hôtel-Colbert. 

Comme l'ancienne maison de Sainte-Barbe, les vieilles écoles de médecine ont 
trouvé de nos jours leur historien spécial. Feu le docteur Chéreau a recueilli de 
nombreux éléments pour en écrire la monographie, et nous ne saurions mieux 
faire que d'emprunter, comme lui, aux Registres- Commentaires de la Faculté, les 
faits et les dates constituant les annales topographiques de ces anciennes écoles. 
On se convaincra, en effet, en parcourant ces sortes d'éphémérides, que le pre- 
mier établissement et le développement successif de ces écoles ont été l'œuvre de 
plus de deux siècles. 



HISTOIRE SOMMAIRE DES ECOLES DE MEDECINE 
DE LA RUE DE LA BÛCHERIE, 

D'APRÈS LES REGISTRES- COMMEMTAIRES DE LA FACULTÉ. 

Jeudi, 2 4 novembre ii54. — Dans l'église Notre-Dame, autour du grand bénitier, Jacques 
Despars, docleur-régent, chanoine de Tournay et de Paris, appelle Tattention de la 
Faculté sur les moyens à employer pour obtenir du Roi un bâtiment propre à recevoir 
les Écoles. Pour son compte, il offre, pour cela, 3oo écus d'or, la plus grande partie 
de ses meilleurs livres, et même plusieurs meubles [ustensilia) destinés à garnir les écoles 
futures et leur bibliothèque. La Faculté s'empresse d'applaudir à celte généreuse pro- 
position et elle décide qu'elle emploiera tous les moyens pour que les vœux e,\primés 
par Despars soient promptement exaucés. Elle nomme dans ce but une commission 
ainsi composée : maîtres Odo de Credulio, Jean Episcopi et Denis Desoubz-le-Four, 
doyen. 

20 mars 1^69. — Réunion chez Enguerrand de Parentz, l'ancien des Ecoles. On décide, à 
l'unanimité, qu'on achèterait une maison sise rue de la Bûcherie, appartenant autrefois 
à Guillaume de Canteleu, et que ce dernier, par son testament du U août i368, avait 
léguée aux Chartreux. Cette maison possédait une cave, une cour derrière et un jardin 
avec masure; elle était contiguë à la maison portant pour enseigne Y Image sainte Ca- 
therine. Après l'achat, la Faculté se contentera de faire à cette maison des Chartreux les 
réparations urgentes et nécessaires. 



ECOLES DE MEDECINE DE LA RUE DE LA BUCHERIE. 39 

2 mars 1471. — La Faculté nomme une commission charge'e de faire réparer le mur qui 

se'pare la maison (des Chartreux) qui lui appartient maintenant, de la maison de i'é- 
vêque de Chartres. Cette commission est ainsi composée : maîtres Denis-soubz-le-Four, 
Guillaume Basin et Jean Avis, doyen. 

3 avril 1/171. — Les maçons, en faisant une tranchée pour asseoir le mur mitoyen intermé- 

diaire entre la nouvelle maison de la Faculté et celle de l'évêque de Chartres, trouvent 
une antique fosse d'aisances. Il s'agit de combler cette fosse. Les maçons demandent 
10 1. 16 s. La Faculté et i'évêque de Chartres payeront cette somme, cliacun par moitié 
(convention du 9 décembre 1471). Ce mur mitoyen avait h toises 10 pieds de long. 
La Faculté eut à payer 28 1. 4 s. 10 d. et i'évêque de Chartres autant. 

3 juin 1472. — On s'occupe beaucoup des écoles futures. La maison de Guillaume de Canteleu 
a été renversée de fond en comble; à sa place on a commencé l'édification d'un bâtiment 
neuf. Mais l'on n'a pas assez d'argent pour conduire jusqu'au bout la construction; on 
s'arrêtera lorsque le bâtiment sera construit à ras de terre. On écrira à Robert Poitevin , 
médecin du Roi, qui avait promis au moins cent francs (sic). On écrira pareillement à 
Conrad Hemgarch, autre médecin et astrologue de Louis XL 

27 février 1473. — La Faculté fait marché avec le maçon Pierre Henri, pour l'édification de 
la maison des Écoles jusqu'au premier plancher. La charpente coulera 1 1 livres tour- 
nois. 

29 janvier 1474. — On décide que le maçon Pierre Henri se mettra à l'œuvre immédiatement, 
et qu'il continuera sans interruption. Le susdit maçon s'y engage par contrat. 

3 septembre 1474. — On arrête que les maîtres qui abandonneraient leurs honoraires pour 
la construction des écoles, ne le feraient que sous forme de prêt, et que la Faculté 
les rembourserait. Guillaume de Algia abandonne ainsi 4 écus; Denis-soubz-le-Four, 
Rasso Madidi, chacun 10 écus; Jean Rosée en est quitte pour 6 écus. On convient 
encore que les docteurs qui prêteraient de l'argent seraient remboursés avant tous les 
autres, et que celui qui donnerait le plus serait remboursé le premier. On donne en 
garantie tous les biens de la Faculté, comme appert d'un acte fait par les notaires Go- 
din et Eveillard. 

1475. — La maison des Écoles est terminée; on y place une chaire qui coûte 4 écus d'or, des 
bancs pour les écoliers; la porte d'entrée occasionne une dépense de 4 autres écus d'or. 
Il y a déjà une bibliothèque (librairie). 

1478. — On parle déjà de réparer la maison. Procès avec les maçons et les entrepreneurs. 

1491. — On protège les fenêtres des Écoles d'un treillage en fil de fer; on construit des la- 
trines. Tout le pourtour des Écoles est garni de plaques de marbre pour les garantir 
de la pluie; ces plaques coûtent 4 écus 21 sols parisis. On constate encore l'existence 
d'un bureau {buretlum) de la Faculté. Ces treillages en fil de fer ne suffisent pas 
encore pour garantir les vitres contre les vagabonds qui les brisaient à coups de pierres. 
Les comptes de l'année 1 492 enregistrent une dépense de 4 livres parisis de fil d'archal , 



âO TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

qu'exige un fabricant de Paris, le seul qui eût voulu se charger de cet ouvrage, rpropter 
penuriamjili, ratione belli durantisn, 

98 juillet ligS. — Il est question de construire sur la porte extérieure des Écoles un petit 
monument qui servirait de chapelle. On nomme même pour cela une commission com- 
pose'e de Amici, Helani, Gaufridi et Michel de Colonia, doyen. Mais après mûre ré- 
flexion, et npropter certas causas-n, ce projet est renvoyé à une autre époque. 

s6 octobre i^gS. — Des députes avaient été chargés d'étudier la question de savoir si l'on de- 
vait acheter un certain jardin et une vigne pour les anatomies. Ce terrain, situé près de 
la Faculté, coûtait 110 francs. Le doyen verra si la chose est à faire. On parle aussi 
(26 juin ligi) d'acheter, pour faire les anatomies, un jardin près de l'abbaye de 
Saint- Victor. (Ces projets n'ont jamais reçu d'exécution.) 

3o mai 1/199. — La Faculté fait paver la rue devant les Écoles. On place un heurtoir en fer 
à la porte extérieure trne amplius quatereiur ostium lapidibusn. 

i4 janvier t5oo. — Réunion touchant l'édification d'une chapelle au-dessus de la porte d'en- 
trée, suivant un projet déjà conçu sept ans auparavant (juillet ligS). Mais il a telle- 
ment plu, l'accès aux Ecoles est tellement difficile, que peu de docteurs ont répondu 
à la convocation. On renvoie cette affaire à une autre assemblée. Le ai du même mois, 
on prend cependant un parti : on construira cette chapelle le plus tôt possible. Richard 
Helain, Théodore Le Cirier, Michel de Creil y aviseront. 

3i octobre i5oo. — On fera construire dans la cour des Écoles, contre les murs, deux espèces 
de bornes, fournies chacune de trois marches en pierre, afin que les docteurs puissent 
monter facilement sur leurs mules et en descendre. Cette construction coûte 54 sols 
parisis. 

i5oo. — On achète (lis. 4d.) quatre charretées de sable pour élever le sol de la cour des 
Écoles détrempé par les eaux. On répare en même temps le mur des latrines dété- 
rioré par la même cause. 

17 mai i5o2. — La Faculté décide que, pour rendre l'air plus pur, il sera fait aux Écoles 
deux ou trois nouvelles fenêtres. 

26 juin i5o2. — Pour la troisième fois, on parle de la chapelle à construire au-dessus de la 
porte d'entrée des Ecoles. Cette fois, la Faculté, après avoir fait visiter les lieux par les 
maîtres maçons Gondeval et Baudin, fait marché avec le maçon Nicolas Tréteau. Un 
contrat est passé le 7 août, et porte la dépense à i,5oo livres tournois. La chapelle 
aura 9 pieds de hauteur. A l'occasion de ce contrat, les maçons sont abreuvés de 
28 sols parisis de vin. Ils travaillent si bien que le petit monument est terminé à la 
fin de l'année. Malheureusement, un maçon tombe de l'échafaudage et s'y blesse grave- 
ment. Les maîtres régents se cotisent et donnent à sa femme 60 sols parisis. 

17 octobre i5i^i. — Pierre Rosée, docteur-régent, au nom de la Faculté, baille à titre 
d'échange, but à but, a Jehan Jacquin, enlumineur, et à Philippe de la Marre, sa 



ECOLES DE MEDECINE DE LA RUE DE LA BUCHERIE. 41 

femme, 6 I. 4 o s. de rente. Moyennant quoi Jacquin transporte à ladite Faculté la 
septième partie, par indivis, de la maison dite des Trois-Rois; cette maison se com- 
pose de deux coi-ps de bâtiment, l'un devant l'autre, séparés par une cour, et ayant 
une cave. 

i" février i5i5. — Nicolas de la Marre et Pierrette Guyart, sa femme, vendent à la Faculté 
une septième paitie de la maison dite des Trois-Rois. 

3 1 décembre 1 5 18. — Nicolas de la Marre et Pierrette Guyart, sa femme, Jehan de la Marre, 

Alix Grandeur, sa femme, François de la Marre et Geneviève Guyart, sa femme, garan- 
tissent à la Faculté la possession de deux septièmes de la maison des Trois-Rois. 

2 août i5ai. — Sébastien Fournier vend à la Faculté la septième partie de la maison des 
Trois-Rois. 

32 avril i525. — La maison des Trois-Rois appartient tout entière à la Faculté. Mais que 

va-t-on en faire? Les temps sont mauvais. On se contentera d'y faire percer à l'orient 
deux fenêtres vitrées. D'ailleurs, l'ancienne maison a besoin de beaucoup de réparations; 
un voisin , nommé Richer, se plaint que, par la faute des docteurs, sa maison est envahie 
par les eaux. 

i4 novembre 1027. — Les docteurs s'étant assemblés dans la maison de leur collègue, 
maître Zoline, Théodore Le Ciricr démontre la nécessité d'agrandir les Ecoles à cause 
de la foule des élèves. 11 offre ses propres biens pour cela. La Faculté nomme une 
commission composée de : Théodore I^e Cirier, Michel de Credulio, Pierre Laffilé, Louis 
Braillon, Guillaume Zoline, Michel Dumonceau et Jehan de Hartil. 

i5 août i528. — Michel de Colonia, chantre à l'église de Paris, et docteur-régent, offre de 
construire, à ses frais, une chapelle, et de payer un chapelain qui serait présenté par 
la Faculté. On nomme des commissaires qui seront chargés de déterminer le lieu et la 
forme du bâtiment. 

Louis Peteau, maçon juré, visite les lieux pour la construction de cette chapelle; il 
visite aussi la maison des Trois-Rois pour l'agrandissement des Écoles. Mais le devis 
qu'il dresse n'est pas accepté. On s'entend avec un autre maçon nommé Bastier. Le 
97 septembre, ce dernier reçoitune première somme de 80 livres tournois. Le 19 oc- 
tobre, un serrurier reçoit pareille somme de 80 livres. Il paraît au maçon qu'on ne peut 
construire sur le premier plan, à cause de la faiblesse du mur mitoyen entre les 
Ecoles et la maison Richer. II vaudra mieux la faire Kod modum cujusdam aulce-», plus 
élevée cependant que l'ancienne chapelle. 

9 1 décembre 1698. — M' Charles Gauthier, procureur au Châtelel, et Nicolas de Vallancourt, 
marguilliers de l'église Saint-Étienne-du-Mont, cèdent, par rachat, à la Faculté, 
8 sols parisis de rente, <ju'ils percevaient sur la maison des Trois-Rois appartenant 
à ladite Faculté; ce rachat consenti moyennant 7 1. /i s. t. 

1.335. — Un charpentier reçoit une certaine somme pour la construction d'une étable à che- 
vaux. On plante aussi un nouvel érable dans le promenoir des Écoles. 

vr. 

lUf RIHtHIK KATIOUALE. 



4Î TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

19 oclobre i54a. — Le quartenier de la ville ordonne, sous peine de confiscation, que la 

Faculté contruise des latrines dans la maison des Trois-Rois. Ces latrines coûtent : 
62 1. o s. ao d.; pour le charpentier, i5 1., dont 6 s. pour le siège. 

i546. — La grande cour des Écoles est pavée de dalles de pierre; ces dalles mesurent 9 toises 
1 pied de long, sur 1 3/4 de largeur. Le pavé de cette grande cour contenait 10 toises, 
et le pavé de la petite cour, 2 toises 1/9. 

i5 octobre 1547. — La Faculté décide que pour établir une communication entre les deux 
maisons des écoles on construira un escalier {trochlea gradaria). 

i548. — Cet escalier est muni d'une corde à puits pour faciliter l'ascension aux Écoles supé- 
rieures. 

i552. — Un maçon reçoit ici. 16 s. 9 d. pour avoir réparé les cheminées et les tuiles des 
Écoles, que les vents avaient emportées, plus, 3o sols pour ^refaire les pissoeres de 
retable et vuider la fosse ^5. 

28 novembre i566. — Des maisons voisines des Écoles sont à vendre. On décide qu'on les 
achètera afin de pouvoir agrandir ces mêmes écoles et bâtir un théâtre anatomique. On 
prendra pour cela l'argent provenant des nouveaux docteurs. 

3 juillet 1667. — On décrète qu'on achètera la maison Richer et Gilbin (Iç Soufflet), voisine 
des Écoles. 

il juillet 1667. — Les deux acliitectes Thiersault et Le Peuple, accompagnés des (juatre 
docteurs Le Gay, Denizot, Prêtre et Jean Rochon, doyen, visitent celte maison et 
l'estiment à 2,5oo livres. Maître Jérôme de Varade lâchera de s'arranger avec Isambert 
pour la troisième partie de l'immeuble. 

99 novembre 1567. — Jérôme de Varade apporte le contrat de vente de la troisième partie 
de la maison du Soufflet. 

i5 janvier i568. — Au nom de la Faculté, Jérôme de Varade achèle ce qui restait de la 
maison du Soufflet, et qui appartenait à Marc Gilbin et Alexandre Richer, pour le prix 
de /i9o livres. Notaire : M° Mabeux. On ne paye pas comptant, mais on assigne une 
rente aux vendeurs, en donnant pour garantie tous les biens de la Faculté. Le contrat 
de vente est du 6 juin 1 5G8 et le contrat de garantie du 1 2 juin. 

18 août 1 568. — La Faculté apprend que la maison Richer (dite aussi du Soufflet) qu'elle vient 
d'acheter, menace ruine. On l'abattra complètement au premier jour. 

iSGg. — On l'abat en effet; et le maçon, Nicolas Aubin, reçoit pour cela i45 livres. 

25 janvier 1578. — On parle d'agrandir encore les Écoles à cause du grand nombre d'élèves 
qui les fréquentent. 

< 

20 novembre 1578. — Le doyen, Henri de Monanteuil, prononce un discours sur l'état actuel 



ECOLES DE MEDECINE DE LA RUE DE LA BUCHERIE. 43 

de la Faculté. Entre autres choses, il fait remarquer que les chirurgiens ont acheté à 
Paris, près des Franciscains, un grand terrain dans lequel ils se proposent d'élever 
des bâtiments d'une grande splendeur et un théâtre anatomiquc; il faut de toute 
nécessité que la Faculté prévienne ce qui serait un grand malheur pour sa gloire, en 
augmentant ses Écoles et rren baptissant un théâtre anatomique»; la Faculté doit nom- 
mer un conseil pour travailler au rétablissement des finances, au renouvellement de la 
discipline, et à la construction d'un amphithéâtre qui servit à l'anatomie et à la 
chimie. 

Ce conseil est nommé; il se compose de dix-huit membres, savoir : Jérôme de 
Varade, Vincent Mustel, Nicolas Le Grand, Gérard Denizot, Philippe Allen, Jean 
Rochon, Claude Rousselet, Simon Piètre, François Brigard, Pierre Laffilé, Louis Duret, 
-Michel Marescot, Martin Girard, Guillaume Braillon, Nicolas Millot, Nicolas Hellain, 
Bonaveuture Granger, Jean Riolan. 

18 février 1699. — On s'occupe du théâtre analomique. Sera-t-il construit en bois? Le sera- 
f-il en pierres? Grande divergence parmi les docteurs à cet égard; ce qui fait que le 
bâtiment n'est pas commencé. 



10 juillet 1699. — La Faculté décrète qu'elle fera percer, dans le mur ou pignon qui regarde 
le jardin botanique, trois fenêtres correspondantes à celle du mur opposé. 

3 août 1699. — Trois maçons jurés, François Petit, Claude Guérin et Denis Fleury, accom- 
pagnés des docteurs-régents, Pierre Laflîlé, Claude Rousselet, Albert Lefebvre, Henri 
de Monanteuil, Nicolas EUain, Guillaume Lussoy, Jean Lemoine, Georges Cornuty et 
Jacques Cousinot, vont examiner ledit mur ou pignon et donnent leur consultation (voir 
cette consultation, Begislre de la Faculté, t. IX, p. 97 r°). 

28 août 1699. — La Faculté charge Claude Guérin, maçon, de faire ces réparations, moyen- 
nant 260 écus au soleil. Ces réparations n'ont pas été bien faites, car en l'année 1607 
on était obligé de soulenir ce même mur avec deux ancres de fer, qui coûtèrent 
16 1. 10 s. 

99 novembre 1600. — La Faculté fait paver la cour des Ecoles aquadralis silicibus-^, pour donner 
issue aux eaux. Le paveur, Claude Voisin, reçoit pour cela 71 1. 5 s. 

lOoi . — (juérin, maçon, construit dans la cour des Ecoles deux bornes en pierres et en moel- 
lons, afin que les docteurs puissent monter plus facilement sur leurs chevaux. 

ifi avril 1608. — L'amphithéâtre de i6oi était indigne de la grande Ecole de Paris. Des archi- 
tectes experts vinrent visiter IImage saime Catherine, destinée, de par le Roi, à la con- 
struction de l'amphithéâtre nouveau. André du Laurent, premier médecin de Henri IV, 
se rendit lui-même sur les lieux, accompagné du lieutenant civil, François Miron 
(i3 août 1C08). Il fallut un arrêt du Parlement (t8 septembre 1617), qui ordonnai! 
que le bâtiment serait élevé, non plus sur I'Image sainte Catherine, mais bien au coin 
de la rue des Rats, à l'endroit même de la maison du Soufflet. 

16 octobre 1617. — Les travaux sont donnés par adjudication, la maçonnerie (C90 livres) à 

0. 



M TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Le Mercier, la charpenterie (780 livres) à Clément; la toiture (260 livres) à Thomas: la 
plomberie(357 livres) à Nicolas Rion, elle treillage des fenêtres à Jacques Boulanger '•'. 

Le 90 décembre 1629, Riolan disséquait dans le nouvel amphithéâtre. 

1 2 mars 1 643. — Les Écoles menaçaient ruine : Michel Le Masie des Roches, chantre de Notre- 
Dame, conseiller d'État, protonotaire apostolique, fait don à la Faculté de la somme 
de 3o,ooo livres, à la condition ttque ce trésor servirait à la restauration des Écoles 
qui tombaient de vétusté»). Par un vice du testament du donateur, sa donation se 
réduisit à 20,000 livres. 

Cette somme servit, non à la réédification, mais à la restauration des bâtiments. 

17 janvier 174t. — Tous les docteurs-régents convoqués, il fut enfin décidé au scrutin 
(19 voix contre 11) que le théâtre anatomique de Riolan serait démoli et reconstruit. 
Enfin, au commencement du mois d'octobre 17^2, le premier coup de pioche fut 
donné par le gravatier Bestin. L'architecte Barbier de Blignier avait dressé le pian. 
Les travaux ne coûtèrent pas moins de 120,000 livres. Entrepreneur, L'Héritier; sculp- 
teurs, Duhamel et Lange; serruriers, Jean Tarue et Sornet; couvreur, Jacquemard; 
menuisier, Bayot; plombier, Gillot; peintre, Tourbat; marbrier. Pourrez; vitrier, Finet. 

Le 18 février 1745, l'amphithéâtre fut inauguré par l'anatomiste Jacques-Bénigne Winslow, 
comme celui de 1617 l'avait été par Riolan. 



'"' Ch. Jourdain explique dans les termes sui- 
vants les causes du retard de neuf ans que subirent 
les travaux : 

trDes lettres patentes de 1608 avaient ordonné 
l'acquisition d'un terrain pour la reconstruction 
de l'amphithéâtre où avaient lieu les dissections. 
Une rétribution de 60 écus, imposée aux nouveaux 
licenciés, devait être employée à subvenir aux dé- 
penses. Par une malencontreuse parcimonie , que 
sa pauvreté expliquait sans la justifier, la Faculté 
de médecine faillit mettre entrave à cette sage me- 
sure, en détournant, pour ses dépenses ordinaires, 
une partie des fonds destinés à ces travaux. Enfin, 
après de long délais , l'affaire fut débattue devant le 



Parlement qui ordonna , en janvier 1 (3 1 7 , que la to- 
talité des rétributions acquittées par les licenciés re- 
çussent l'affectation qui leur avait été assignée. Un 
nouvel arrêt rendu en septembre, par la Glianibre 
des vacations , décida que l'amphithéâtre serait élevé 
dans la partie du jardin du Collège de médecine 
attenant à la rue de la Bûcheiie; le soin de sur- 
veiller les constructions était confié au doyen de la 
Faculté et à trois docteurs , M" Nicolas Ellain , Jean 
Riolan et Denis Guérin, qui devaient passer bail 
au rabais pour les travaux, pourvoir à leur achève- 
ment, et rendre compte à la Goiu-.» {Histoire de 
l'Université de Paris auxxrii' et .rviif siècles, p. 91 
et QQ.) 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 45 



CHAPITRE IV. 

SUITE DES RUES DE LA RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 

Sommaire : Place de Cambrai; terrain qu'elle occupait originairement; aspect qu'elle présen- 
tait. — Terre de Cambrai; origine de cette dénomination; témoignages des anciens élèves 
du collège de Cambrai. — Collège de France ou Collège Royal; première idée de cet éta- 
blissement en i3oo; commencement de réalisation en i53o; plans du collège; suspension 
des travaux, additions successives; état actuel. — Rue Chartière; date de son ouverture; 
origine de sa dénomination. — Hôtel de Bocrgogne. — Collège de Coqueret, Coqcerel ou 
Coxqueret; son installation première; sa transformation; ses agrandissements; sa décadence; 
achat de ses bâtiments par les fondateurs de Sainte-Barbe. — Description topographique 
des deux côtés de la rue Chartière. — Le prétendu Hôtel de la Belle Gabrielle. — Rue 
des Chiens, alias de Saint-Symphorien et Jean Hubert; origine de ces trois dénominations; 
étal sordide de cette voie; époque de sa suppression. — Chapelle de Saint-Symphorien-des- 
ViGNEs; son origine; son emplacement; son architecture; sa décoration. — Suite et fin de 
la description topographique de la rue. — Hôtel de Chalon. 



PLACE DE CAMBRAI. 

La place de Cambrai est d'origine relativement moderne, puisqu'elle ne date, 
en tant que place, que du commencement du xvif siècle; jusqu'à cette époque, 
le terrain qu'elle a occupé appartenait au cimetière de Saint-Benoît et à la rue 
Saint-Jean-de-Latran , dont elle ne couvrait que la partie occidentale. 

Un titre de 1682 donne d'intéressants détails sur l'aspect que la future place 
de Cambrai présentait, vers la fin du xv* siècle. On y voyait alors tr ung cymetierre 
estant en la rue Sainct-Jacques et faisant le coing de la rue par laquelle l'en va 
de ladicte rue à Sainct-Jehan de Latran; lequel cymetierre, qui est cloz de murs, 
est front à front de ladicte église Sainct-Benoist et appartenant à ycelle église; 
ouquel cymetierre a deux portes fermans, l'une du costé devers ladicte rue Sainct- 
Jacques, et l'aultre du costé du collège de Cambray. Au bout duquel cymetierre, 
devers ledict collège de Cambray, a une petite place commune, estant en la haulte 
justice de ladicte église Sainct-Benoist et de Saincte-Geneviefve ; et laquelle place 
s'extend jusques auprez de la grande porte de la principale entrée dudict collège 



46 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

de Cambray, et jusques à une tournelle contre laquelle est enclavé ung niar- 
niozet de pierre de taille regardant sur une borne, laquelle a accoustumé estre 
sur le bout de la chaussée de ladicte rue de Saint-Jehan de Latran; lesquelz 
borne et marmozet que on dit faire la séparation des haultes justices de Sainct- 
Benoist et de Saincte-Geneviefve -o. 

Ce texte, fort curieux au point de vue descriptif, nous fait connaître ce qu'était, 
en 1689, l'emplacement qui devint plus tard la place de Cambrai. Voici, d'après 
Sauvai, qui en parle en historien contemporain, l'aspect que présentait la place, 
peu de temps après sa transformation : « Les libraires et les escoliers du IVIont 
Saint-Hilaire et de la rue Saint-Jacques se promènent les soirs, après soupe, sur 
la Terre de Cambrai, qui aboutit à la fontaine Saint-Benoist et passe outre le 
Collège Royal, le collège de Cambrai et la Commanderie de Saint-Jean de Latran. 
Elle estoit couverte du cimetière de Saint-Benoist, vers le commencement de ce 
siècle (').Ti 

Et maintenant, quelle est l'origine du nom donné à cette tt terre n, ou rt terrain 
de Cambrai fl, — car les deux mots se trouvent dans les titres et chez les au- 
teurs, — nom que la place a gardé après sa transformation et qu'elle porte encore 
aujourd'hui? Faut-il la faire remonter à Guillaume d'Auxonne, évêque de Cam- 
brai, lequel, en août i336, acheta du curé de Saint-Benoît tr une maison sur une 
place qui est devant Saint-Jean de Latran ■»? — cr On le dit généralement n, ajoute 
Le Beuf, qui cite ce texte; mais son savant annotateur, Hippolyte Cocheris, est, 
avec plusieurs autres historiens de Paris, d'un avis contraire; il fait, avec raison, 
honneur de cette appellation au collège de Cambrai , qui avait sa principale entrée 
sur la rt terre d ou tt terrain n dont il s'agit, La discussion à laquelle il se livre , et 
qu'il appuie de textes probants, mérite d'être intégralement reproduite. 

a D'abord, dit-il, plus d'un siècle après l'acquisition de l'évèque de Cambrai, 
la place en question n'avait point encore de dénomination, et l'on était obligé de 
décrire les lieux environnants pour l'indiquer; en second lieu, cette place appar- 
tenant au collège de Cambrai, il est plus rationnel de croire qu'elle a reçu son 
nom de l'établissement qui le possédait '-U. 

Il en possédait tout au moins la partie qui l'avoisinait et sur laquelle il avait 
son entrée; et ce qui le prouve, c'est le procès qu'il eut à soutenir, en ihSt et 
1682, contre l'église Saint-Benoît, propriétaire du cimetière auquel la tf terre de 
Cambray T) était contiguë. Elle n'était alors, ainsi que le constate une pièce tran- 
scrite par Hippolyte Cocheris, qu'un jardin entouré d'une haie, muni de portes 
fermant à clef, et clos, un peu plus tard, d'une muraille qui fut démantelée par 
les religieux de Sainte-Geneviève et les chanoines de Saint-Benoît. 

' Aiiiiriiiilén ric Paris, t. I, p. 633. — "' Le Beuf, édit. Coclieris, t. II, p. 84. 



<î 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. M 

D'anciens élèves du collège de Cambrai, appelés sans doute à témoigner dans 
l'instance, certifient (t avoir veu, douze ou quatorze ans en çà, une place ou jardin, 
qui est devant et joignant, d'un costé, le collège de Cambray, d'aultre costé, un 
cymeliere de la cure de Saint-Benoist le bien tourné; et à une place qui est 
devant ledict collège et Saint-Jehan de Latran, estre fermée d'espines et y avoir 
ung huis fermant à clef, par lequel les maistres et escoUiers dudict colleige, à 
qui ledict jardin appartient, y entroient et yssoient chascun jouri?. 

Malheureusement cette jouissance était quelque peu troublée, à raison de la 
contiguïté du jardin et du cimetière : «iceux de Sainct-Benoist , disent les anciens 
écoliers du collège, en faisant procession le jour des Cendres, demandoient tou- 
jours la clef à ceulx d'icelluy colleige, qui l'avoient et la gardoientu. 

Ce n'est pas tout : (tles mesmes anciens disent en oultre qu'ils ont veu, puis 
quatre ans en çà, clorre d'espines et desclorre icelluy jardin, par ceux du colleige 
de Cambray, et commençoient à le faire fermer de muraille, quand les religieux 
de Saincte-Geneviefve et lesdicts de Sainct-Benoist par force le rompirent ou 
firent rompre fl. 

La seconde pièce visée par l'annotateur de Le Beuf est un autre certificat vu 
antérieurement par Berty, et dont nous avons placé un extrait en tète du présent 
article. 

Le cimetière de Saint-Benoît , qui, par sa contiguïté, avait donné lieu à ces diffé- 
rends, fut transféré, au commencement du xvn" siècle, derrière le Collège Royal, 
où une portion de rue a gardé son nom. Avant cette translation, on le nommait 
communément -tIc grand cimetière, le cimetière de Cambray, le cimetière de 
l'Acacia T) — à cause d'un arbre de cette espèce qu'on y avait planté — et enfin 
ir le cimetière du corps de garde t , à raison de la proximité d'un poste qu'on y avait 
établi. La «terre a ou (t place de Cambrai n avait pu en faire originairement partie; 
mais elle en était depuis longtemps détachée. (Voir les articles relatifs aux rues 
Fbomentel, du Cimetière-Sai>t-Benoît, et Saint-Jean-de-Latran. — Voir également, 
pour se rendre compte de l'emplacement occupé par le Collège de France, les 
notices relatives à ceux de Tréguier et de Cambrai, ayant leur entrée sur cette 
dernière voie.) 

Les notices que nous leur avons consacrées, à l'article de Saint-Jean-de-Latran, 
concilient les deux opinions émises à propos de l'origine du nom de Cambrai. 
Guillaume d'Auxonne, évêque de la première de ces villes, et habitant, à Paris, 
un hôtel ainsi désigné, l'ayant légué pour en faire un collège, où s'installèrent les 
premiers boursiers, le nouvel établissement, qui donna plus tard son nom à la 
place, prit naturellement celui du diocèse et de la résidence parisienne de l'évèque 
fondateur. 



â8 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



COLLEGE DE FRANCE 



(1) 



Gel établissement supérieur d'instruction publique, qui est de fondation royale 
et n'a jamais appartenu à l'ancienne Université de Paris, occupe une place à part 
au milieu des collèges parisiens, créés, presque tous, par les libéralités des 
évêques, des abbés, des dignitaires ecclésiastiques et des particuliers. 

C'est la première affirmation de l'idée moderne : donner l'enseignement est le 
droit et le devoir des gouvernants. crDès l'an i3oo, dit Le Beuf, Raymond LuUe 
avoit sollicité, auprès du roi Philippe le Bel, l'établissement d'un collège de l'es- 
pèce dont est celui-ci; mais cela n'a été exécuté que sous François I"; encore le 
bâtiment qui se voit n'est-il que du tems de Henri IV '^'. n 

La conception de Raymond Lulle fut reprise, plus de deux siècles après, par 
le roi-chevalier. Depuis l'alliance contractée par le frère de Charles VI avec Valen- 
tine de Milan, les relations avec l'Italie étaient devenues très fréquentes (^). Les 
guerres de Cliarles VIII et de Louis XII amenèrent beaucoup de Français à fi-an- 
chir les monts et à connaître les savants que la chute de Constantinople avait 
forcés de se réfugier dans la Péninsule. François I" les connut après Marignan et 
se souvint d'eux, même après Pavie; il distingua également, à Paris, les lettrés 
auxquels ne pouvait suffire l'enseignement élémentaire des collèges : c'étaient 
Vatable, Pierre Galland, Guidaceris, professeurs au Cardinal-Lemoiue, à Boncourt 
et aux Lombards. A ce premier groupe s'adjoignirent d'autres maîtres, et le roi 
prit dès lors la résolution de fonder dans Paris, dit Félibicu, ffun nouveau collège 
où il espéroit d'attirer, par des récompenses, les plus savants hommes de l'Eu- 
rope r. 

C'est en i53o qu'il y eut un commencement sérieux d'exécution. 

(tLe Roi, dit l'historien que nous venons de citer, commença par instituer, en i53o, les 
professeurs royaux des langues grecque et he'braïque, aux gages de deux cents écus d'or. A ces 
professeurs il en ajouta d'autres, à mesure qu'ils se pre'sentoient, et l'on en fit monter le 
nombre jusqu'à douze en tout, savoir : quatre pour les langues, deux pour les mathématiques, 
deux pour la philosophie, deux autres pour l'e'loquencc , et autant pour la médecine, avec les 
appointements de deux cents écus d'or pour chacun des lecteurs royaux. On voit, par les lettres 
patentes de François I", en date du mois de mars i5i5, qu'il leur donna la qualité de 



'■' Le Collège de France , que nous plaçons à la ''' Histoire de tout le diocèse de Paris, 1. II, 

suite de l'article relatif à la place de Cambrai, peut p. 6oa. 

être également rattaché à la rue Saint-Jean-de-La- ''' Voir à cet égard le poème d'Astesan et la 

Iran , puisque son installation première a eu lieu notice que nous lui avons consacrée dans le grand 

dans les salles des deux maisons scolaires ayant ouvrage intitulé Paris et ses historiens aux xir' et 

leur entrée sur cette rue, Tréguier et Cambrai. xv" siècles, p. 5i5 et suiv. 



TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIE VX PARIS 



P COLLEGE B.OIAL SA^TI A ^f ARI5 PV W.EGNE DE HE.NRT LE GRAKD** JJV NOH ROY PC FRAVCE ET DE. NAVARRt^. I6ll 




Fta^ ,ru4va^^ (Etat Frinnidf ' • ijjJi.^ 




M . f . n . T 



4-* 



ÉMr/U duH MUi**'*tf''Mi.tr^. 



COLLEGE DE FRANCE 



Vue perspective- Réduction hélioSnaphique dune estampe de Chastillon 
2 Plan général (1774) 



Imp , Qi . Wi/tmayi/i' Paris 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 49 

conseillers du roi, le droit de committimus , et les fit mettre sur l'état comme commensaux. Ce 
n'était toutefois que le prélude d'une plus ample fondation. . . Ce collège devoit être bâti dans 
la place de Nesle vis-à-vis du Louvre, avec une église magnifique et les autres édifices, sui- 
vant les dessins qui en avoient été faits. Mais le chancelier du Prat, ou Poyet, fit avorter cette 
entreprise. . . On ajouta à cette faculté (la médecine) deux autres chaires, l'une de chirurgie, 
érigée par Charles IX, et l'autre d'anatomie et de botanique, fondée par Henri IV. . . Henri III 

fonda, en 1687, une chaire de professeur en langue arabe Louis XIII en fonda une 

seconde, et une autre de droit canon; et enfin Louis XIV en a fondé une pour la langue 
.syriaque et une deuxième de droit canon. Après la mort de François I", Henri II, son fils, 
soutint l'établissement du Collège Royal fondé par le roi son père. Mais comme il n'y avait 
pas encore de bâtiments, il ordonna qu'en attendant les professeurs du Collège Royal feraient 
successivement leurs leçons dans les salles du collège de Tréguier et de Cambray. Les guerres 
civiles qui survinrent ne permirent pas que l'on travaillât à la construction du Collège Royal 
jusqu'en 1609. Alors le cardinal du Perron persuada au roi Henri IV d'abattre le collège de 
Tréguier, ruineux, et d'en bâtir un autre à sa place sous le titre de Collège Royal de France, doté 
de trente mille livres de rente. . . Mais la mort du roi survint en même temps, et cet ouvrage 
fut réservé à Louis XUI, son successeur. Il posa, le 18 aoust 1610, la première pierre du 
nouvel édifice, qui est resté imparfait, comme on le voit aujourd'hui '''t). 

Félibien, dont Ch. Jourdain a reproduit le récit, nous apprend en outre ce que 
devaient être les locaux du nouvel établissement. Il y fallait d'abord quatre salles 
spacieuses pour les leçons publiques et des logements commodes et suffisants pour 
les professeurs, sur une cour de dix-huit toises de long et de douze toises de 
large, ornée d'une fontaine. Il devait y avoir, en outre, une grande salle, de 
toute la longueur du bâtiment, pour y placer la bibliothèque royale, qui était 
alors à Fontainebleau. 

!t Une commission , dont faisaient partie le cardinal Duperron, Sully et le président deThou, 
avait été chargée d'aller reconnaître les terrains; k's plans définitifs étaient arrêtés, les travaux 
sur le point de s'ouvrir, lorsque la mort du roi en compromit l'exécution. La reine mère, Marie 
de Médicis, annonça d'abord l'intention qu'ils fussent poursuivis avec rapidité; elle conclut les 
derniers arrangements pour la cession partielle du collège de Tréguier, moyennant la somme 
de cinq mille quatre cents livres; et, le 8 août 1610, le jeune roi, accompagné d'un brillant 
cortège, vint poser la première pierre du nouvel édifice. . . Deux ans après, le collège de 
Cambrai fut à son tour acquis par le Gouvernement, et une partie fut immédiatement démolie 
pour faire place au Collège Royal. Mais la construction, plusieurs fois suspendue par des troubles 
civils, n'avança que très lentement. . . Les travaux, lentement continués sous Louis XIII et 
sous les règnes suivants, restèrent inachevés; et, quand la dernière heure de la monarchie 
vint à sonner, les projets de Henri IV, pour l'installation du Collège Royal, attendirent encore 
leur entier accomplissement, n 

Ils l'attendent encore aujourd'hui, même après les additions successives faites 
aux bâtiments primitifs. Isolé du côté de la rue des Ecoles, ainsi que vers les rues 

"' HUt. de la Ville de Paris, t. II, p. 98». 

Tl. 7 



50 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Saint-Jacques, Fromentel et du Cimetière-Saint-Benoît, le Collège de France est 
encore engagé, à l'est, dans les vieilles constructions qui restent de la rue Saint- 
Jean-de-Latran ; il est appelé à former plus tard un îlot, par l'annexion de ces 
anciens corps de logis, sur l'emplacement desquels seront édifiés de nouveaux bâ- 
timents. 



RUE CHARTIERE. 

Cette petite voie, qui existe encore aujourd'hui, mais à l'état d'impasse, se 
dirige du nord au sud, ayant pour point de départ le carrefour Sant-Hilaire, où 
se voyait autrefois le puits Certain, et pour aboutissant la rue de Reims, sur 
laquelle se profilent les bâtiments récemment annexés à l'institution Sainte-Barbe 
et au lycée Louis-le-Grand . 

On n'en trouve aucune mention dans le cours du xn' siècle, époque oii elle 
n'était sans doute qu'un chemin de charroi; d'où lui est venu son nom. Le Livre 
de la Taille de i 296 est le premier document où. il en soit question : elle y est 
nommée rue de la Charretière, et rue à la Chairetièrc, dans celui de 1297. Le Dit 
de Guillot l'appelle Charterie. On trouve encore, dans des pièces de i3oi , i3o3 
et 1 3 1 3 , les vocables Charrière et Charlère. Certaines pièces du xiv" siècle , rédigées 
en latin, la nomment viens Plaustri. Enfin, Corrozet et Bonfons, en souvenir de 
l'origine probable de sa dénomination, fappellent rue des Chancelles. 

Elle est aujourd'hui limitée, du côté occidental, dans presque tous son par- 
cours, par les bâtiments que le lycée Louis-le-Grand s'est annexés, ou a fait 
construire. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Sud au Nord). 

PAROISSE SAIPiT-ÉTIENNE-DU-MONT. 
JUSTICE ET CENSIVE DU CHAPITRE SAINT-MARCEL. 

Hôtel de Bourgogne. Cet hôtel , qu'il ne faut confondre ni avec le collège de 
ce nom, situé rue des Cordeliers, ni avec le manoir des comtes de Flandre et 
d'Artois, qui devint la résidence parisienne des ducs, par suite du mariage de 
Philippe le Hardi avec Marguerite de Flandre, et dont le donjon subsiste encore 
aujourd'hui, cet hôtel, disons-nous, fut vendu, en 1612, par ses propriétaires, 
et transformé en collège. Pour ne point en scinder l'histoire, nous avons réuni, à 
l'article Collège de Reims, tout ce que les documents nous en apprennent. 

L'hôtel de Bourgogne formait l'angle oriental de la rue de Reiras, sur laquelle 
il avait sa principale entrée. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 51 



PAROISSE SAIM-UILAIRE. 



Collège de Coqueret, Coquerel ou Conqueret. 

Cet établissement scolaire, qui datait de i4i8, est l'un des moins connus de 
la région qui en comptait de si nombreux et de si célèbres. Plusieurs bistoriens 
de Paris, Le Beuf en particulier, n'en parlent pas et il n'existe aux Arcbives 
nationales que très peu de documents le concernant. Jaillot le traite de r collège 
imaginaires et de rr prétendu collège n. Cependant Félibien lui consacre quelques 
lignes, que Laverdy a reproduites dans son Co7nple rendu aux Cbambres assemblées 
(12 novembre 1768). 

Le collège, désigné par les trois appellations que nous avons recueillies, paraît 
avoir été, topograpliiquement du moins, le frère cadetde celui de Reims, dans la 
cour basse duquel il s'installa modestement. Maître Nicolas Coqueret, Coquerel 
ou Conqueret, natif de Montreuil-sur-Mer, avait tenu de petites écoles, disent 
Du Breul et Félibien, puis cde locataire, il s'en était rendu propriétaire par 
subtilitén, c'est-à-dire qu'il était parvenu à ajouter la propriété de l'immeuble à 
celle de l'établissement scolaire qu'il y dirigeait. Sauvai dit qu'il avait fait bâtir 
la maison sur un sol qu'il tenait à cens et à rente; c'est sans doute la possession 
du terrain qu'il s'attribua subtilement. 

Si peu régulière que fut cette propriété. M" Nicolas Coqueret parvint à l'em- 
bellir, puis à la vendre, sans qu'il se produisît de réclamations. crD'une masse 
informe, dit Sauvai, il fit un assez beau collège, et, entre autres choses, il l'orna 
d'un degré, en partie de pierre, en partie de bois, qui tourne en quatre branches 
sans colonnes, dans le milieu, bordé de balustres. n 

L'acquéreur de la maison ainsi acquise et ornée fut Simon du Guast ou 
Dugast, dont le nom est intimement lié à l'bistoire de Sainte-Barbe. Succédant, 
comme propriétaire et comme principal, à Nicolas Coqueret, qui mourut en i663, 
après avoir fait de nombreux legs au monde universitaire, Simon Dugast devint 
bientôt un rival redoutable pour Reims, Montaigu et Sainte-Barbe. Elu recteur 
de l'Université en 1/181, il céda la principalité à son neveu Robert, lequel subti- 
lisa, à son tour, Coqueret, au profit de Sainte-Barbe. 

Jaillot a contesté l'exactitude des dates de vente données par Félibien, ainsi 
que la réalité de l'accjuisition faite par les Dugast, attendu qu'elles ne concordent 
point avec celle de la fondation de Sainte-Barbe, en vue de laquelle la maison de 
Coqueret aurait été achetée. Mais Jules Quicherat croit que cette aliénation a eu 
lieu réellement et à la date indiquée; il en donne pour preuve l'existence d'un 
(f ancien fonds de Coqueret t», dans les corps de logis successivement ajoutés à l'éta- 
blissement fondé par les Dugast. 

7- 



52 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Coqueret fournit un exemple curieux de la transformation d'une «petite écoles 
ou «pédagogies, en un établissement secondaire libre, puis en un collège. 

Par suite de la rivalité existant, à Paris, entre les Grands-Chantres de Notre- 
Dame et les docteurs de l'Université, certains « permissionnaires « gradués s'affran- 
chissaient de l'autorité cantorale, sous prétexte qu'ils enseignaient le latin, et que 
leurs établissements étaient ainsi d'ordre supérieur, L'Université se les agrégeait 
alors, et c'est ce qui advint à Coqueret, petite école fondée d'abord dans la basse 
cour du collège de Reims, ainsi que nous l'avons dit. Dans son Index chronologicus 
CImrlarum perlinentium ad historiam Universitatis Parisiensis, Ch. Jourdain cite en 
note un manuscrit de la Bibliothèque Sainte-Geneviève où il est dit que les éco- 
liers de Coqueret prennent rang, dans les cérémonies universitaires, après ceux 
du collège de Reims (^'. 

Confondu d'abord avec Reims, mêlé ensuite à Sainte-Barbe, Coqueret ne devait 
avoir el n'a eu, en effet, que peu de notoriété. Son principal, Robert Dugast, qui 
était tout à la fois docteur-régent en droit canon , curé de la paroisse Saint-Hilaire 
et directeur de la maison de Sainte-Barbe, ne pouvait, en effet, suffire à ces di- 
verses tâches ; aussi se vit-il , en 1 5 5 1 , enlever la principalité , à la suite de plaintes 
articulées contre lui par les régents. Reims et Sainte-Barbe se partagèrent ses 
dépouilles. 

Si obscur qu'il ait été, au point de vue scolaire, pendant sa courte existence, 
et surtout depuis sa disparition, le collège de Coqueret a pourtant compté quel- 
ques beaux jours. Au xvi" siècle, il a servi à localiser une imprimerie parisienne; 
Hippolyte Cocheris a retrouvé, en effet, une édition d'un discours de Cicéron 
imprimé à Paris, en i5i9, «e regione colîegii Conquerelici-n, c'est-à-dire en face 
du collège. D'autre part, Jules Quicherat a fait remarquer, après Bayle, que 
Dorât, principal in partibus de la maison vide, où il ne se donnait plus d'ensei- 
gnement, y avait amené et logé Baïf et Ronsard, les chefs de la fameuse Pléiade. 

La sentence universitaire ayant retiré à Coqueret son privilège de scolarité, les 
classes vaquèrent, et les bâtiments demeurèrent en l'état jusqu'à l'année 1672, 
époque où eut lieu l'exécution judiciaire. La maison saisie fut vendue aux en- 
chères et adjugée à un sieur Antoine de la Porte; puis, en 160^, elle passa à 
un sieur de Cordes. Toutefois l'adjudication première et la seconde vente ne 
durent pas comprendre la totalité de l'immeuble, puisque, en i643, une inspec- 
tion universitaire eut lieu dans ce qui restait du collège. Il est vrai, fait observer 
Ch. Jourdain, qu'elle constata l'absence du principal et des boursiers, ainsi que 
la présence de gens mariés, d'ouvriers et d'artisans divers qui y demeuraient. 

Au temps où écrivait Félibien, il ne restait plus, du collège de Coqueret, qu'un 
seul bâtiment donnant sur la rue Cliartière, cr bâtiment où sont logés aujourd'hui 

'"' Pont colleffium Remeii-ic, iiitcr (rijumasia rjuorum scliolaics proccssionibus Academiœ aderunt. [Index 
clironoloiftcm , p. 290.) 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 53 

les Barbistes aspirant aux écoles spéciales n, dit Jules Quicherat. Sainte-Barbe a 
donc été et est encore le principal héritier de Goqueret. La notice que nous lui 
avons consacrée, et que le lecteur trouvera à l'article de la rue des Chiens, est 
par conséquent la continuation de celle-ci. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Nord au Sud). 

PAROISSE SAINT-HILAIRE. 

JUSTICE ET CEN8ITE DU CHAPITRE SAINT-MARCEL. 

Maison de l'Escu de France (iSSg-iBSi), formant l'angle méridional de la rue 
Fromentel, ou du Cimetière-Saint-Benoît. 

Cette maison contenait deux corps d'hôtel et faisait front sur la rue Fromentel, 
ou, en d'autres termes, sur le Carrefour du clos Bruneau, vis-à-vis le Poits 
Certain. 

Elle paraît avoir porté, au xv" siècle, le nom de Maison de l'Ysore , et son chan- 
gement d'appellation a sans doute inspiré les auteurs qui ont cru trouver là un 
palais d'amour, c'est-à-dire le logis donné par le Vert-Galant à Gabrielle d'Estrées. 
— «rLa tradition est, dit Le Beuf, que la duchesse de Beaufort y a logé et y a 
reçu quelquefois Henri IV. n De son côté, Piganiol assure avoir vu, dans le contrat 
de mariage de César de Vendôme, fils de Gabrielle, contrat passé à Angers le 
5 avril 1698, qu'elle fait élection de domicile à Paris tren son hostel rue Fro- 
menteauD. 

Mais il existait alors à Paris deux rues de ce nom, l'une voisine du Louvre, et 
l'autre continuant celle du Ciinetière-Saint-Benoît. Berty lui-même paraît s'y 
être mépris tout d'abord, après Piganiol et Le Beuf, puisqu'une de ses notes porte 
cette mention : 

(TiySo. Maison du Grand Henri, faisant le coin de la rue Fromentel, vis-à-vis 
le Puits Certain, d 

Heureusement, ses recherches sur le quartier du Louvre l'ont amené plus 
tard à identifier «l'hostel de la Belle Gabrielle n, qu'il est beaucoup plus naturel 
de chercher dans le voisinage du Louvre qu'au milieu des ruelles du quartier 
Saint-Hilaire <'). 

Hippolyte Cocheris, dans ses Notes et additions au texte de Le Beuf, s'est rangé 
à cet avis : irLa maison de VEcu de France, dit-il, n'a aucun rapport avec celle 

'"' Voir le volume de la Topographie consacré & la Héffion du Louvre et des Tuileries. 



64 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

de Gabrielle, qui était réellement située derrière le Louvre. Berty en a retrouvé 
l'emplacement certain. Cette découverte positive annule les conjectures un peu 
trop affirmatives du savant abbé (''. -n 

La bonne foi de Le Beuf avait été évidemment surprise, tant par le vocable de 
la maison que par diverses inscriptions dues à ce même vocable. «On voit, dit-il, 
par une des inscriptions qui sont au frontispice, qu'elle a été rebâtie en 1606 et 
mise alors sous la protection du daufm Louis : on y lit, en effet, Ludovice, domum 
protège. 11 y a , à la même façade , plusieurs inscriptions en lettres capitales grecques , 
et, à une cheminée du bas, d'autres sentences grecques et latines sur le marbre. 
Au coin de la maison, entre les deux rues, à la hauteur du premier étage, est, 
dans une niche, la statue de Henri IV, en manteau royal. H y a apparence que c'est 
un professeur qui l'a fait rebâtir '^'. ■» 

La maison de VEscu de France a donc eu sa légende et son épigraphie. 

Maison de l'Ymaige sainct Sebastien (1397) ou Ostel de Josaphat (1687). 

Le dernier nom de cette maison lui fut donné parce que, au xv'= siècle, elle 
appartenait au couvent de Josaphat-les-Chartres. Elle devait le premier à une 
enseigne. 

OsTEL DES Trois Pignons (1889), ainsi désigné parce qu'il avait trois pignons 
sur rue. On le trouve aussi dénommé, en i586, Ostel des Trois Pigeons, ce qui 
implique l'existence d'une enseigne, ou résulte peut-être d'une orthographe 
vicieuse. Il est dit alors retenant et aboutissant à I'Ostel de Josaphat, d'autre part 
à Anthoine de Bencourtn. Un siècle plus tard, en 1661, il est dit «tenant par eji 
bas et derrière à Saint-Sébastien n. Une épitaphe, relevée dans l'ancienne église 
Saint-Hilaire, permet de constater qu'd fut donné, en i388, à la cure de cette 
église par Amand Raymond, conseiller du Roi. Enfin il fut baillé, en i586, à 
Robert Croissant, ce qui lui valut la dénomination nouvelle de Ostel des Trois 
Croissans. 

Maison du Chef saint Denis (1 58^1), formée de deux corps de bâtiment et devant 
très probablement son nom à l'un de ses propriétaires «Maistre Berthauld de 
Sainct-Denys fl qui devint chancelier de Notre-Dame en 1 290 ; ce qui fait remonter 
ladite maison au xiii^ siècle ^^\ 

'"' Le Beuf, édit. Gocberis, t. II, p. i5. trEn 1288, dans les archives fiscales de l'Univer- 

''' Ibid. site de Paris, la maison que M* Bertliault de Sainct- 

''' V Histoire littéraire de la France (t. XXV, Denys habite rue de la Ghareterie , i« wco P/aM«frt, 

p. 817) contient, en effet, la mention suivante; est taxée pour la somme de douze livres et demies. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 55 

Huis DE DERRIERE, OU issue du coUège du Plessis, qui avait sa principale entrée 
sur la rue Saint-Jacques. 

PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DU-MOKT. 

Maison du Treillis verd (i58i), laquelle renfermait un jardin contigu aux 
dépendances du collège du Plessis. C'est sur une partie de ce jardin que fut 
construite la chapelle du collège. 

Entre la Maison du Treillis verd et le collège du Mans, il existait un empla- 
cement qui dut être occupé primitivement par le collège d'Arras, lequel fut ensuite 
transféré dans la rue à laquelle il donna son nom, sur le flanc septentrional de 
la montagne Sainte-Geneviève. 

PAROISSE SAINT-BILAIRE. 

Ruelle des Marmoutiers donnant, au collège de ce nom, issue sur la rue Char- 
tière, ainsi qu'on l'avait pratiqué pour le collège du Plessis. 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 

Portion du collège du Mans s'étendant jusqu'à la rue de Reims. Il existait pri- 
mitivement, sur tout ou partie de cet emplacement, une maison appartenant au 
collège de Marmoutiers et contiguë à la ruelle. 

Les possesseurs de maisons en la rue Chartière payèrent, comme les autres 
propriétaires de Paris, leur tribut à la domination anglaise. Dans les Comptes des 
Confiscations de la Ville de Paris pour les Anglais (1/121), Sauvai signale «un grand 
hostel rue de la Charriere, au dessus du clos Bruneau, qui fut à M® Jean de 
Londe, tué es prisons n. 

La situation de cet immeuble ne peut être précisée; toutefois, comme on le 
qualifie de « grande, il semble qu'on doive l'identifier soit avec l'Escu de France, 
soit avec I'Ostel des Trois Pignons. 



RUE DES CHIENS, alias SAINTSYMPHORIEN ET JEAN-HUBERT. 

Cette petite voie, courte, étroite et sordide, aboutissait, du côté oriental, à 
la rue desSept-Voies, et, du côté occidental, à celle des Chollets. Elle paraît avoir 
été, à l'origine, une sorte de cloaque, où hommes et animaux allaient déposer 
leurs ordures : d'oii le nom de la rue des Cuiens, et un autre, plus inconvenant, 
dans lequel Yn est remplacé par un w. 



56 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Ces deux appellations vulgaires ne se trouvent pas dans les titres anciens, bien 
qu'elles aient été communément employées; une chapelle et un prétendu fon- 
dateur de collège ont contribué successivement à dénommer la rue d'une façon 
plus convenable. 

La chapelle est celle de Saint-Symphorien, à laquelle nous consacrons plus 
loin une notice; le prétendu fondateur de collège est a maistre Jehan Hubert n qui 
a donné à la rue le dernier de ses trois noms. 

On lit, dans un acte de 1209, vicus Sancti Symphoriani, et jusque dans les titres 
du commencement du xvii^ siècle, «rue Saint-Symphorien». La chapelle placée 
sous ce vocable avait emprunté ou donné, dès le xn"^ siècle et peut-être aupara- 
vant, son nom au clos planté de vignes au milieu duquel elle était située. Ce 
clos semble avoir été circonscrit par des chemins, ou sentiers, qui sont devenus 
depuis les rues de Reims, des Chollets, des Sept-Voies et des Grés ou Saint-Étienne- 
des-Grés. 

Celle des Chiens n'était pas la plus habitable, bien que plusieurs maisons y 
eussent des entrées et des issues. Elle partageait avec celle des Chollets le nom 
de Saint-Symphorien; mais l'aspect repoussant qu'elle présentait justifiait davan- 
tage l'appellation grossière que le peuple persistait à lui donner. 

trLa rue qui séparait les deux collèges n'e'tait pas, dit Jules Quicherat, des plus fréquentées 
de Paris, ni des plus propres. A la nuit noire, elle devenait un de ces repaires où les voleurs 
allaient concerter leurs mauvais coups. Jamais peut-être, depuis quelle existait, le balai n'y 
avait passé. Les ordures de toute sorte y formaient une litière épaisse d'où s'exhalait pendant 
l'été l'odeur la plus fétide. Pour l'assainissement du quartier, le corps de ville décréta en iBao 
qu'elle serait pavée immédiatement. Sainte-Barbe et Montaigu firent, chacun pour leur part, les 
frais de cette opération, qui fut, contre les prévisions de fédilité, un remède pire que le mal. 

(t II faut nommer les choses par leur nom. Les urines de Montaigu s'écoulaient d'ancienneté 
sur la voie publique, et s'infiltrant par le sol meuble qu'avait formé l'entassement des ordures, 
elles gagnaient les profondeurs de la terre. Lorsqu'il y eut du pavé, elles séjournèrent à la sur- 
face et s'en allèrent , à cause du niveau mal établi de la chaussée , former devant Sainte-Barbe 
des mares infectes (''. i> 

Plus loin, l'historien de Sainte-Barbe donne de nouveaux détails : 

(T II fut convenu , dit-il , que l'on pratiquerait sous la rue Saint-Symphorien un égout sou terrain 
pour conduire les eaux immondes de Montaigu dans le jardin contigu à Sainte-Barbe; là elles 
se perdraient dans un puisard creusé à cet efTet. {Procès-verbal (Hune visite judiciaire à Sainte- 
Barbe m i55g, Arch. nat., § 65i6, liasse 11.)» 

La voie qui nous occupe paraît être celle que désigne un titre de l'an i5oo, 
contenant «r permission de faire clore une ruelle appelée la rue des Alemandiers, 

'■' J. Quicherat, Histoire de Sainte-Barbe, 1. 1, p. 45, 46, 49. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 57 

aboutissant, par l'un des bouts, à la rue des Sept-Voies, et, par l'autre bout, à 
la chapelle Saint-Symphorien, accordée au colleige de Montégu, à ses frais, et ce 
pouf empescher que les mauvais garsons et ribleurs, qui ont accoustumé de fré- 
quenter en icelle rue et y faire plusieurs maulx, ne puissent plus aller et venir n. 

Les aboutissants de la ruelle qu'il s'agissait de clore se confondent avec ceux 
de la rue des Chiens, et les « maulx ti qu'y faisaient aies mauvais garsons et 
ribleurs T( étaient sans doute de nature à justifier l'altération grossière de ce nom. 
Si l'appellation de «rue des Alemandiersi) lui est appliquée, c'est qu'elle a pu 
être regardée comme formant la continuation de cette dernière voie, dans l'axe 
de laquelle elle était à peu près située. 

Ce ne fut pas la seule concession, intéressant la rue des Chiens, que le collège 
de Montaigu ait obtenue en cette année i5oo. On lui permit, à la même date, 
de faire construire une galerie «à travers la rue Saint-Symphorien t» , pour faire 
communiquer ses bâtiments avec le jardin qu'il possédait en face. 

La rue des Chiens, qui a également, avons-nous dit, porté le nom de Jean 
Hubert, fondateur supposé de la première maison de Sainte-Barbe, a été, de nos 
jours, presque complètement absorbée par les constructions modernes qu'a fait 
élever cet ancien établissement, renouvelé et considérablement agrandi. 

COTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 
PAB0IS8E SàlM-KTIENNE-DU-MOST. 
JUSTICE ET CENSIVE OE SllNTE-GENEVlÈVE. 

Tout ce côté de la rue était occupé par une partie des bâtiments du collège de 
Montaigu, par les murs postérieurs de l'hôtel de Vézelay, ainsi que par l'enclos 
de la chapelle de Saint-Symphorien. 



CHAPELLE SAINT-SYMPHORIEN-DES-VIGNES. 

Cet édifice, — que le nom du clos oii il était situé distinguait de l'église de 
même vocable, coutiguë à Saint-Denis-de-la-Chartre, dans la Cité, — remontait 
à une époque assez ancienne. Jules Quicherat, dans sa savante monographie de 
Sainte-Barbe, a résumé en quelques Hgnes le peu que l'on en sait. «Devant l'hôtel 
de Chalon, dit-il, de l'autre côté de la rue des Chiens, se présentait de flanc la 
chapelle de Saint-Symphorien, antique édifice d'architecture romane avec un 
portail richement décoré. Elle avait été desservie anciennement par les religieux 

TI. 8 



tMPIllMEIlll RATIOHILK. 



58 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

de Sainte-Geneviève; mais, depuis les guerres civiles, on avait cessé d'y célébrer 
l'oflice. Toutefois, par habitude, le peuple y venait encore en dévotion, le 22 août, 
jour de la fête du saint. Les marchands, qu'on rencontre toujours où se porte la 
foule, y venaient aussi : de sorte que, tous les ans, il se tenait là une sorte de 
foire, sur un petit parvis qui précédait l'église '•>. n 

Les historiens de Paris ont peu parlé de Saint-Syraphorien-des-Vignes; c'est 
dans les archives du collège de Montaigu que se trouvent les principaux documents 
où il en soit question. Il y est dit que la chapelle avait, dans œuvre, quinze pieds 
de largeur, neuf toises de longueur, et que l'épaisseur des murailles était d'en- 
viron trois pieds. La nef devait former deux travées aboutissant à un chœur, ou 
abside. Elle était entourée d'une enceinte et précédée du parvis, ou petite place, 
dont parle Jules Quicherat. L'emplacement qu'elle occupait est précisé par un 
plan d'alignement de 1687, lequel donne la situation exacte des deux contreforts 
de la façade. 

Une ft estimation 11 , portant la date du 28 novembre i5i/i, décrit ainsi som- 
mairement la chapelle et ses dépendances : 

(tUne chappeile, laquelle contient neuf toises de long sur quinze pieds de large, ou environ, 
h prendre par dedans euvre ; 

titem, ung jardin joingnant à ladicte chappeile, du costé de ladicte rue Sainct Symphorien, 
contenant unze toises de long sur trois toizes quatre piedz de large, ou environ; 

ffltem, une allée estant au chevet de ladicte chappeile, contenant huict piedz et demy de 
large, sur trois toizes de long, ou environ; 

«Item, une maison assise à Paris, en la rue Sainct Estienne des Grés, faisant le coing d'une 
rue par laquelle on descend de ladicte rue Sainct Estienne des Grez ou collcige Saincte Barbe, 
et en la rue des Sept-'Voies, contenant deux grands corps d'oslel en forme d'esquierre, caves, 
celier et grand court, tenant d'une part à ladicte chappeile. d 

Un procès-verbal, en date du 3 septembre i555, contient une longue descrip- 
tion de l'état de délabrement dans lequel se trouvait alors la ciiapelle , état qui avait 
dû, autant que les querelles religieuses, y faire cesser le service divin. Après en 
avoir déterminé la situation et les aboutissants, l'auteur du procès-verbal donne 
les détails suivants : 

c Ladicte chappeile est bastie et edifiîée d'ancienneté, et des premières de Paris, de grosses 
estoffes, matières et pierres de taille, et est faiclc de voslcs antiques et de gros arcs, ou pillicrs 
boutans. . . Et en toutes les parties d'icelle, en la forme et modelle antique, et les fonde- 
ments d'iceulx arcs et piiliers boutans s'étendent dedans la terre, prez de ladicte chappeile, 
et de plus d'une toyse. . . Et est ladicte chappeile séparée et séquestrée, par toutes les parties 
et endroicts d'icelle, de tous ediflBces. . . Le cueur et grant aultel de ladicte chapelle sont 

''' lliatoire ck Sainte-Barbe , t. I, p. l/i. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 59 

tombez par terre jusques aus fondemens, estans à fleur de terre, et sont appareus, ù fleur de 
terre, ostre de trois piedz de largeur, ou environ, et le grnnt aultei estre environ de quatre 
piedz, et y avoir des gros arcs et piiiiers boutans, allant en longueur en terre, comme les 
aultres de ladicte chapelle, qui sont encore deboulC. . . » 

Deux autres procès-verbaux, datés l'un de 1670, l'autre de i665, et figurant 
dans les archives du collège de Montaigu, achèvent de nous faire connaître la 
chapelle Saint-Symphorien-des-Vignes et ses dépendances, réduites alors à un 
état d'abandon qui leur enlevait presque toute leur valeur, à en juger par le bas 
prix auquel on les estime. 

On lit, dans la pièce de 1870 : 

(r Place assise prez du coHeige (Montaigu), contenant unze toyses deulx piedz de profibndeur, 
a prendre du dehors euvre du mur sur le carrefour, jusques au dedans du mur dudict col- 
leige, sur neuf toyses quatre piedz et deniy de large, à prendre par son millieu, y comprins 
une espoisse de murs sur la rue et la demye espoisse du mur mitoyen . . . 

itEn laquelle place y a une chappelle couverte de tuille en comble, appcllée la chappelle 
Sainct Symphorien. A costé et au dessus du portique, y a deux petites chambres; par bas, une 
petite aysance; ung petit corps d'ostel à costé dudict portique, faisant luiz du coing de la- 
dicte place. . . Une petite court à costé, en laquelle y a deux vieilz appentiz, couverts de bar- 
deaulx; ung petit jardin entre ladicte court et chappelle, cloz de murs. . . Estimation à dix 
huit cents livres tournois, et soixante de rente. ^ 

Le procès-verbal de i665 contient quelques lignes descriptives que nous trans- 
crivons ici : il y est parlé de « quatre fenestres à vitraulx de sainct Pien^e et sainct 
Paul; et au dessoubz sont les représentations de deux abez. .> , un crucifix en 
peinture, avec des armes en escusson, dans lequel sont trois massues n. C'était 
sans doute le blason des deux abbés ou de fun d'entre eux. 

La chapelle Sainl-Syniphorien a donc eu bien des vicissitudes avant de dispa- 
raître du sol. Le Rouf et son annotateur les ont exposées, et nous les raconterons 
après eux, pour achever l'histoire de cet antique édifice. Voici d'abord ce que dit 
Le Beuf : 

-Sauvai assure qu'il y a eu, entre la ruade Saint-Etienne-des-Grez et la rue des Chiens, une 
chapelle de Saint-Symphorien, où dans sa jeunesse il avait vu célébrer la messe, le jour de la 
fêle de ce saint. Je crois pouvoir conjecturer qu'elle auroit été d'abord bâtie par S. Germain, 
évoque de Paris, Autunois de naissance et fort dévot à ce saint, puis rebâtie après les guerres 
des Normans. Ce que j'en ai trouvé m'a appris qu'au moins elle existoit dès le xii° siècle, et 
qu'elle avoit alors communiqué son nom à tout le canton des vignes qui en était voisin; de sorte 
que l'on disoit : telle vigne est située à Saint-Symphorien, Vinea sila aptul S. Stjmphorianum. Ce 
sont les termes euqiloyés dans une charte du roi Philippe Auguste de l'an 1 185. C'éloit dès lors 
une chapelle assez déserte. Mais un nommé Ausdoiie Sylvaticus, chevalier cremonois, contribua, 

'■' On trouvera, aux Appendices, le texte entier de ce procès-verbal, qui est long et très descriptif. 

8. 



60 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, 

en 12 20, à la mettre en état d'être fréquentée. Il donna à l'abbaye Sainte-Geneviève le revenu 
qu'il avoit à Provins, à condition qu'il seroit employé à former la prébende d'un chanoine, 
que cette abbaye obligeroit d'y célébrer chaque jour; elle y est dite située intra terminos parochiœ 
et territorii dicti Monasterii S. Genove/œ; et ce chanoine est appelé Redor Capellœ S. Simphoriani 
dans le bref du pape Honorius II, de la même année, qui permet d'y avoir des cloches. Le 
terrain qui en dépendoit fut quelquefois appelé le clos de S. Symphorien, et d'autres fois le 
cloître S. Symphorien, et il y avoit quelques maisons dans ce clos Or). 

Hippolyte Cocheris fait les additions suivantes au texte de Le Beuf : 

«L'antiquité de cette chapelle ne me parait pas douteuse, et il est possible que ce soit l'église 
indiquée, en 700, dans le testament d'Hermentrude, sous le nom de Basilica Sancli Sinsuriani. Au 
XIII' siècle, cette cliapelle servait aux boursiers du collège de Montaigu. On lit, en effet, dans une 
charte du 1" novembre lagi (Arch. nat., L 883) que les pauvres écoliers, étudiants en théo- 
logie, sont autorisés à posséder une clef de la chapelle de Saint-Sympborien et d'y célébrer 
l'office divin. Enfin, au xv" siècle, dans une transaction (Arch. nat., L 883), passée le ùU mars 
1/116, entre l'abbé de Sainte-Geneviève et celui du Mont Saint-Michel, on voit que ce dernier 
est autorisé à jouir paisiblement d'un hôtel sis à Paris, dans la censive et seigneurie de Sainte- 
Geneviève, tenant à l'hôtel de Chalon, en dedans les mettes duquel hôtel est assise la chapelle de 
Saint-Symphorien, dont ledit abbé du Mont Saint-Michel aura l'entrée et usage, sauf le droit 
d'y percevoir les oblations et d'en toucher les revenus. 

«Plus tard cette chapelle servit au collège des Chollets , qui la garda jusqu'en 1 5oi . . . Vendue 
au collège de Montaigu, le 9 septembre 1669, la chapelle Saint-Symphorien ne tarda pas, dit- 
on, à être démolie '^'n. 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 
MÊME PAROISSE ET MliME CENSIVE. 

Hôtel de Chalon, et non des Évêques de Châlons, comme on l'a dit par erreur, 
en confondant Cabillo avec Catalaunum . . . C'était originairement le logis parisien 
de Jean de Chalon, chef d'une illustre famille bourguignonne, logis très voisin de 
l'hôtel que les ducs possédaient en ce quartier, et qui, lorsqu'ils l'eurent abandonné, 
devint le collège de Reims. 

Jules Quicherat a été amené, par son sujet, à rechercher ce qu'était l'hôtel 
de Chalon, dans lequel s'installa d'abord l'établissement dont il a écrit la mono- 
graphie. «Il avait, dit-il, son entrée sur la rue des Chiens, son flanc sur la rue 
des Cholets, et une aile en retour sur la rue de Reims. Nous ne savons rien de 
l'apparence qu'il offrait, sinon que sa façade était munie au moins d'une tourelle, 
et que, dans le tympan de la grande porte, on voyait sculptées les armes des 
princes d'Orange, de la dynastie de Chalon. De là la dénomination d'HÔTEL des 

'"' Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, édit. de i864, t. I, p. 697. — '"' Jbid., t. II, 
p. 666. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 61 

Cinq Ecus, qui lui fut donnée quelquefois, parce que ces armoiries étaient formées 
par l'assemblage de cinq écussons ^'l ti 

Ces indications, qu'on trouve dans un acte de 1^07, pour le collège de Mon- 
laigu contre l'abbaye de Sainte-Geneviève, permettent d'identifier I'Ostel des Cinq 
EscL's avec celui de Ciialon, contrairement à l'opinion qui donne au premier une 
existence distincte. 

L'hôtel de Chalon ou des Cinq Ecus était une demeure importante. Entre les 
divers corps de logis dont il se composait, il y avait, dit Jules Quicherat, «une 
cour entamée, du côté de la rue de Reims, par de petits jardins attenant à trois 
masures. . ., après lesquelles venait, sur la même rue de Reims, la façade d'une 
maison décorée du nom d'hôtel et ayant pour enseigne les Trois Coulons, c'est-à- 
dire les Tnois Pigeons fl'-'. 

A la mort de Jean de Chalon, son hôtel passa à son second fils qui l'abandonna 
à l'abbaye bourguignonne de Vézelay, pour agrandir le logis qu'elle possédait dans 
le voisinage, ce qui permit, dès lors, de distinguer entre le grand et le petit 
Vézelay. Nous parlons plus loin de ces deux hôtels, à l'article de la rue des Grés, 
oi!l ils avaient leur entrée principale, bien que l'historien de Sainte-Barbe les ait 
en quelque sorte rattachés à la rue des Chiens et à la chapelle Saint-Symphorien, 
dans le passage suivant de son livre : w Derrière le chevet de Saint-Symphorien, 
s'élevaient le petit et le grand Vézelay, deux hôtels, dont l'un servait de résidence 
aux abbés de Vézelay, lorsqu'ils venaient siéger au Conseil du Roi, et l'autre 
était destiné à ceux des profès de l'abbaye qu'on envoyait prendre leurs grades 
dans l'Université ^*\ ■» 

Cette question d'entrée jette une certaine obscurité sur la topographie parcel- 
laire de la région, coupée de ruelles et divisée en îlots de peu de profondeur. 
Par suite d'agrandissement ou de réduction des locaux scolaires, les portes princi- 
pales étaient déplacées; celles du fond devenaient parfois celles de devant, et le 
collège était dit avoir son entrée là où, précédemment, il ne possédait qu'une 
issue, ou porte de derrière. C'est ainsi que la partie de l'ancien hôtel de Chalon, 
ou de Vézelay, dans laquelle eut lieu la première fondation de Sainte-Barbe, était 
située, disent la plupart des historiens de Paris, (ren la rue de Reims n. Mais, a fait 
observer Jules Quicherat, tfelle n'y tenait que par ses derrières*. La rue des 
Chiens, ou de Saint-Symphorien, est donc le lieu où la notice relative à cette 
maison doit trouver place, et cela, avec d'autant plus de raison, que le troisième 
vocable de la rue est dû à Jean Hubert, auquel on a longtemps attribué la créa- 
tion de l'établissement primitif. 

'■' Hùtnire de Sainte-Barbe, t. I. p. 19, i3. — <*' Ibid., l. F, p. i3.— '" Ibid , 1. 1, p. i5. 



SAINTE-BARBE. 63 



CHAPITRE V. 

SAINTE-BARBE. 

Sommaire : Origines de celte maison; ses fondateurs; son installation primitive; ses développe- 
ments; annexion successive de divers immeubles; dotation et transformation de la maison 
libre en établissement public. — Geoffroy Le Normand, Martin Lemaistre, les Dugast, 
Robert Certain. — Décadence au xvii"' siècle; renaissance au xviii*; absorption pendant 
la période révolutionnaire; reconstitution, au xix" siècle, à l'état de maison libre. — Les 
maisons dites de Sainte-Barbe et celles qui l'avoisinaient. 

La monographie de cet établissement célèbre a été écrite de main de maître, 
par l'un de ses anciens élèves, Jules Quicherat, qui a puisé à toutes les sources 
et envisagé le collège sous tous ses aspects. Notre tâche est plus modeste; nous 
n'avons qu'à localiser topographiquement cette fondation scolaire, qui s'est per- 
pétuée jusqu'à nos jours, après avoir subi de nombreuses vicissitudes. 

Postérieure, d'un siècle environ, à la création de la plupart des petits collèges 
qui peuplaient le sommet et les versants de la montagne Sainte-Geneviève, 
la fondation de Sainte-Barbe, qu'on avait généralement fait remonter à tUSo 
et attribuée à Jean Hubert, docteur en droit canon, doit être fixée à l'année 
liGo, et il en faut faire honneur à Geoffroy Le Normand, qui fut principal du 
collège de Navarre et recteur de l'Université. Ce fut le premier collège libre, c'est- 
à-dire sans dotation, et obligé, par conséquent, de se suffire à lui-même, par 
opposition aux collèges rentes. 

Installé dans l'hôtel de Ghalon par Geoffroy Le Normand, à qui succéda, en 
1^7^, Martin Lemaistre, le nouvel établissement reçut de ce dernier, dit Jules 
Quicherat, «tous les genres d'accroissement:». 11 s'agrandit de trois maisons situées 
sur la rue de Reims et d'une propriété ayant appartenu à Jean Hubert. Ce n'est 
point qu'il les possédât, puisqu'il n'avait pas d'existence propre, en dehors de ses 
directeurs; mais il les occupait. 

Ses autres accroissements datent surtout de l'époque où les Dugast le conver- 
tirent en collège régulier, c'est-à-dire propriétaire et doté. Robert, ayant été 
reconnu principal en i553, s'occupa immédiatement d'en consolider et d'en 
agrandir les bâtiments. 

^Aussitôt quil fut installé, dit Jules Quicherat, le vieil hôtel de Chalon, qui menaçait 



64 TOPOGRAPHIE HISÏOIllQUE DU VIEUX PARIS. 

ruine, fut livré aux maçons. On le répara de fond en comble après avoir reconstruit les autres 
maisons qui y avaient été ajoutées , de manière à produire une enceinte de bâtiments uniformes . . . 
Les premiers travaux furent conduits sur l'ancienne propriété de Jean Hubert, dont la presque 
totalité fut couverte par de grands corps de logis. L'un de ces bâtiments s'est conservé jusqu'en 
i8io. C'est celui qui se présentait avec son escalier posé de flanc dans une tour pentagone, et 
un perron sur la devanture... Robert Dugast l'avait destiné au logement du principal '''.■» 

La fondation de Sainte-Barbe fut donc des plus modestes, et son historien ne 
dissimule point l'humilité de ses débuts; voici comment il s'en exprime dans les 
premières pages de son livre : 

rTous les historiens de Paris ont répété, après Félibien, que Sainte-Barbe doit sa fondation 
à un professeur de droit canon, nommé Jean Hubert, lequel prit à cens de l'abbaye Sainte- 
Geneviève une maison avec un terrain, situés dans la rue de Reims, en face du collège de ce 
nom. On cite comme preuve de cela un contrat passé par-devant le prévôt de Paris, à la date 
du 10 mai i43o. Mais ce contrat, dont l'original nous a été conservé, ne dit pas que Jean 
Hubert ait fait son acquisition pour fonder une pédagogie, et le contraire est démontré par 
d'autres documents, d'où il résulte qu'après lui la maison qu'il occupait devint la propriété d'un 
drapier et chaussetier établi au carrefour Saint-Séverin. Bailleurs le nom de Sainte-Barbe ne se 
rencontre ni du vivant de Jean Hubert ni pendant les premières années qui suivirent sa mort. 
C'est en i463 qu'on le voit paraître à propos du cens payé à fabbaye de Sainte-Geneviève 
frpour la maison qu'on souloit dire l'bostel de Chalon et qui de présent est nommée le collège 
rde Saincte-Barbeîi, de sorte que l'existence de Sainte-Barbe a commencé non pas dans la maison 
de Jean Hubert, mais dans l'hôtel de Chalon, et longtemps après i43d (^>.i> 

Plus loin, l'historien de Sainte-Barbe localise ainsi la maison qui fut le siège du 
nouvel établissement : 

«L'hôtel de Chalon était situé sur les rues des Chiens et des Cholels, ne tenant à la rue de Reims 
que par ses derrières. C'était le pied-à-terre que Jean de Chalon, chef d'une très ancienne et très 
illustre famille bourguignonne, s'était choisi à proximité du palais que le duc de Bourgogne, 
son suzerain, possédait alors dans la rue de Reims. Ce Jean de Chalon épousa une riche Pro- 
vençale qui lui apporta l'héritage de la principauté d'Orange. A sa mort, sa maison de Paris 
échut à son second fils... 11 passa avec les religieux de cette abbaye (Vézelay) un contrat par 
lequel il leur abandonnait son hôtel de Paris. L'abbaye ne resta pas longtemps propriétaire de 
l'hôtel de Chalon; elle le céda à son tour à un professeur de l'Université de Paris, nommé 
Geoffroy Lenormant (''.r 

Enfin, quelques pages plus loin, Jules Quicherat précise la date de la fonda- 
tion de Sainte-Barbe, placée trop haut par les historiens de Paris : 

(f C'est alors (i46o), dit-il, que Geoffroy Lenormant acquit l'hôtel de Chalon pour y transporter 
ses élèves à la prochaine rentrée des classes ; et ainsi Sainte-Barbe fut fondée le i^octobre 1/160, 
la dernière année du règne de Charles VHI (*'.w 

'■' Histoire de Sainte-Barbe , p. 3o4. '^' Histoire de Sainte-Barbe, p. i. 

'•' Jbid. , p. 2 et suiv. '*' Ibid. , p. 8 et 9. 



SAINTE-BARBE. 65 

Le côté topographique de la nouvelle institution devait nous occuper tout par- 
ticulièrement; aux historiens universitaires appartient, en effet, tout ce qui re- 
garde les statuts, l'enseignement, la discipline et les ressources de toute nature 
réunies pour assurer la prospérité de la maison transformée. Sous ces divers rap- 
ports, la générosité et l'activité du fondateur ne se démentirent point, a Robert 
Dugast, dit encore Jules Quicherat, rédigea les statuts et leur donna force légale 
par un acte notarié en date du 19 novembre i556, qui contenait en même temps 
la dotation du collège '''. . . Outre le sacrifice qu'il fit en émancipant Sainte- 
Barbe, puisqu'il renonça par là à l'une des sources les plus fructueuses de son 
revenu, il lui abandonna une rente sur l'Hôtel de ville et la propriété de deux 
immeubles, à savoir: une maison sise à Vitry-sur-Seine, avec dépendances en 
terres et en vignes, et l'ancien collège de Toul, converti alors en bâtiments de 
location '■'*. n 

A cela ne se bornèrent point les efforts de Robert Dugast : aux libéralités il 
joignit les bons offices. «Il était, ajoute Jules Quicherat, du nombre des gens de 
lettres que protégeait le cardinal de Lorraine. Ce grand personnage, tout-puis- 
sant auprès de Henri II, lui fit accorder gratis l'amortissement de Sainte-Barbe 
(février lôBy)^. n 

Voici, d'après un titre cité par A. Berty, quel était le groupe de bâtiments et 
dépendances du nouveau collège, au moment où allait commencer la seconde pé- 
riode de son existence dans le vieil hôtel de Chalon complètement réédifié. Il se 
composait de tr plusieurs corps d'ostel tenant, la totalité, d'une part, à ung jardin 
estans des appartenances du colleige de Reims, et faisant le coing de la rue de 
Bourgongneu, — la rue de Reims, oii les ducs de Bourgogne avaient un hôtel qui 
fut converti en collège, — «d'aultre part, à une court nommée le royaulme d'en 
bas des pauvres du colleige de Montaigu, aboutissant, d'un bout, par derrière, au- 
dict jardin du colleige de Reims, d'aultre et devant, à la rue Sainct Symphorien. n 

Le nouveau Sainte-Barbe était donc plus large que l'ancien; mais ce mouve- 
ment d'extension avait causé quelque inquiétude aux collèges voisins : Montaigu 
s'en émut et voulut s'y opposer. Il intervint, heureusement, à la date du 1 4 février 
i56i, un arrêt du Parlement qui, tout en imposant certaines charges aux Bar- 
bisles, les encourageait dans leurs travaux d'agrandissement. Jules Quicherat cite 
cet arrêt, par lequel ndict a esté que, ayant aucunement esgard à la requeste 
desdicts de S''= Barbe, la cour a condamné M" de Montaigu à délaisser auxdicts 
sieurs portion d'un jardin, suivant l'encoignure du viel corps d'hôtel dudit collège 

'"' L'acte de fondation est dans Fëlibien, t. III, '*' Nous parierons de cet ancien collège en son 

p. CSa. lieu. 

L'originai sur parchemin est aux Arclîives na- ''' La pièce originale esl aux Archives natio- 

lionales, M 190. nales, X 8610, fol. si. 

»« 9 

IMI-HIUFIIII K4TI0^iir.E. 



66 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

S'" Barbe, et donner à M" de Montaigu, pour récompense d'icelle portion, une 
partie de la place vague entre le jardin contentieux et ledit vieux corps d'hoslel 
et autre portion du jardin desdits de S"= Barbe, près de la traverse de l'autre costé 
du jardin de Montaigu, à la charge par le collège de S'"" Barbe de changer les vues 
du pignon dudit vieux corps d'hôtel et les mettre tant sur la rue que sur leur 
cour, et faire, par ledit collège S'* Barbe, approprier à leurs dépens les lieux, pour 
lesdites places demeurer à l'avenir auxdits de Montaigu, de pareille nature que 
leur étoit ledit jardin, dépens compensés, et pour cause^'U. 

L'influence des Guises, hauts protecteurs de Robert Dugast, ne fut sans doute 
pas étrangère à cette transaction qui avantageait Sainte-Barbe, sans dommage 
pour Montaigu. Mais les nouveaux Barbistes étaient beaucoup plus riches que les 
pauvres aCapettesT) : indépendamment de leurs immeubles et des revenus affec- 
tés à leur entretien, ils possédaient encore, dans leur voisinage immédiat, un 
hôtel nommé 

Lb Ciuuldron. Ce logis est ainsi désigné dans le titre de i556 que nous avons 
cité plus haut: crUne maison, avec jardin, située au mont Sainct-Hilaire, et qui 
s'estend jusques au colleige de Reims, à laquelle pend pour enseigne le Chaul- 
DRON, tenant au presbytère, jardin et cymetierre de ladicte église — Saint-IIilaire 
— et au colleige de Kalambert [sic), d'aultre part à la rue d'Ecosse, aboutissant, 
par derrière, à la rue du Four et audict colleige de Reims, et, d'aultre part, par 
devant, à la rue Saint Hilaire. ii 

Les écoliers, principaux et régents durent occuper la partie des bâtiments 
contiguë au collège; le reste, mis à loyer, donna des revenus qui s'accrurent, 
lorsque le Ciiauldron fut converti en cinq maisons distinctes, qui subsistaient en- 
core au xvm'' siècle sous les noms de Saist-Ambroise, l\ Fontaine ou le Mûrier, 
l'Écusson saint Grégoire, Saint-Jérôme et Saint-Augustin. Elles formaient une 
continuité de constructions, interrompue seulement parle presbytère et la com- 
munauté des prêtres de Saint-Hilaire. 

Jusqu'ici nous avons assisté au développement de la prospérité matérielle et 
scolaire du nouveau collège; mais cette prospérité ne survécut guère aux Dugast, 
et le siècle suivant ne se termina pas sans un amoindrissement considérable de 
l'œuvre si puissamment fondée. Une mauvaise administration, un enseignement 
défectueux ayant sans doute contribué à la diminution du nombre des élèves, les 
bâtiments furent jugés trop vastes, et l'on résolut d'en vendre une partie. Nous 
empruntons à l'historien de Sainte-Barbe le récit de cet événement : 

«Contre tout droit, toute loi, toute bonne foi, dit Jules Quicherat, l'administration de Sainle- 
'"' Histoire de Sainte-Barbe, p. .Sog el sniv. 



SAINTE-BARBE. 67 

Barbe, concentrée tout entière en la personne de Louis Delaroche, aliéna pour la somme de 
48,760 livres sept corps de logis représentant la totalité de l'ancien liôlel de Clialon, plus la 
partie de cour comprise entre ces bâtiments. Par là Sainte-Barbe l'ut réduite à l'autre moitié 
de cour et aux seuls bâtiments posés sur le fonds de Jean Hubert. Singulier collège, qui n'eut 
plus ni chapelle, ni salles d'études, ni porte d'entrée, car toutes ces choses étaient dans la 
partie vendue. Mais ce qui est encore plus singulier, c'est le calcul qui poussa l'Université à 
cette acquisition. Lorsqu'elle eut sa portion de Sainte-Barbe, elle ne sut qu'en faire. Ayant 
aussitôt renoncé à y établir son chef-lieu, elle s'arrêta, après bien des incertitudes, au parti 
de louer les bâtiments; et, au lieu de profiter de ceux qui existaient, qui étaient tous bons, 
sauf un seul, afin de justifier les craintes de ruine simulées au moment de la vente, sur sept, 
elle en jeta cinq par terre. 

rDe ce nombre fut l'aile établie sur la rue des Cholets. Elle était flanquée de trois escaliers 
en tourelles et munie au dernier étage d'une galerie qui donnait sur la cour. Une fois abattue, 
elle ne fut pas remplacée. L'Université s'arrêta, efirayée de ce qu'elle avait dépensé pour re- 
bâtir le reste. Elle s'endetta d'au moins 100,000 livres C, sans compter ce qu'elle perdit pen- 
dant cinq années, qui s'écoulèrent à préparer l'opération, et deux autres années employées à 
l'accomplir. 

rLorsque les nouveaux édifices furent en état, elle les loua pour presque rien au pensionnat 
célèbre, dit de la Communaulé de Sainte-Barbe. . . 

«11 était dit dans le contrat que l'Université se mettrait chez elle, en joignant par un mur 
l'extrémité des deux retours d'équerre qui terminaient son lot au nord et au midi. Comme les 
bâtiments reconstruits ne pouvaient servir qu'à loger des étudiants, on réfléchit qu'il valait 
mieux ne pas faire de séparation, afin que les locataires qui viendraient fussent sous la sur- 
veillance d'un membre de l'Université, comme serait toujours le principal de Sainte-Barbe. De 
là l'idée d'une porte commune aux gens du collège et à ceux de la partie aliénée; et cette porte 
fut établie dans le bâtiment qui faisait face à la rue Chartière, pour que le principal, habitant 
le corps de logis du perron, pût voir de sa chambre les entrées et les sorties. 

tr L'architecte employé par l'Université fut Delamer. . . 

«L'ouvrage de Delamer à Sainte-Barbe fut exécuté en 1688 et 1689. Il porta sur les deux 
ailes de la rue des Chiens et de la rue de Reims. 11 n'en reste absolument rien. Les bâtiments 
de la rue des Chiens tombèrent à la fin du siècle dernier; ceux de la rue de Reims ont disparu 
en iSSaC-*'». 

La vente des bâtiments est de l'année i683; la reconstruction, on vient de le 
voir, eut lieu en 1688 et 1G89. Elle ne respecta pas l'ancienne chapelle qui se 
trouvait comprise dans les parties aliénées, et l'on fut obligé d'en édifier une nou- 
velle. Voici, d'après Jules Quicherat, ce qu'était cet oratoire, contemporain de la 
fondation du premier établissement, et ayant servi au second pendant plus d'un 
siècle : 

«En i556 la chapelle de Sainte-Barbe était établie dans le corps de bâtiment qui faisait face 
au collège du Mans, sur la rue de Reims. Elle avait seulement aa pieds de long; mais au be- 
soin elle pouvait s'agrandir du réfectoire, qui n'en était séparé que par un treillage. Cette dis- 
position, commune à plusieurs collèges, avait à Sainte-Barbe un inconvénient particulier, 

'"' Archives de l'Université, carton 99; ibid., Rog. 87, et Archivei nat.,S G8ii. — '■'''' Histoire de 
Sainte-Barbe , l. Il, p. 179-183. 



68 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

parce que la chapelle était entre le réfectoire et la cuisine, celle-ci se trouvant placée derrière 
le sanctuaire. L'autel, tourné à l'orient, s'élevait à peu près sur l'alignement du côté droit de 
la rue Chartière. La décoration intérieure devait être peu de chose. Toutefois il y avait sur la 
cour de grandes verrières, ornées de plusieurs panneaux de peinture. Une petite porte de dé- 
gagement sur la cour était couronnée d'un entablement que supportaient deux colonnes. (Arch. 
nat.,H 28o8.)W7, 

D'après les dernières volontés de son oncle, Robert Certain devait construire 
une chapelle. 

rf L'ingrat, poursuit l'historien de Sainte-Barbe, ne se donna pas seulement la peine d'entre- 
tenir l'ameublement de l'ancienne chapelle. Tout était dans un tel état de délabrement à sa 
mort que le premier soin de l'administration qui lui succéda fut d'acheter un coffre et un pan- 
neau de bois sculpté pour faire un autel à retable. Les parements eux-mêmes n'étaient pas 
plus présentables; on s'en procura d'autres en satin vert et blanc. (Arch. nat., H 2808.) 

K . . . La chapelle, se trouvant dans les bâtiments vendus à l'Université, fut détruite avec ce 
bâtiment en 1688 . . . Une nouvelle chapelle s'éleva en moins de dix-huit mois sur une partie 
du terrain désigné par Robert Dugast. Si elle n'avait pas 10 toises de long, selon le vœu du 
fondateur, elle en avait 6. L'édifice existait encore il y a seize ans. Il régnait sur la rue des 
Chiens. Appuyé à l'origine sur les constructions de l'architecte Deiamer, il se prolongeait jus- 
qu'au jardin de Montaigu. (Arch. nat., M 190.) 

(tEdme Pirot, vicaire général de l'archevêque de Paris, M. de Harlay, et en même temps 
supérieur du collège, vint faire la consécration le 3 décembre 1696 '-'.î> 

La fin du xvii*' siècle fut donc une époque calamiteuse pour la maison de Sainte- 
Barbe, maison libre ne relevant ni du clergé séculier, ni d'une congrégation reli- 
gieuse, bien qu'elle ait formé plus tard une communauté, ni de l'Université de 
Paris, puisqu'elle n'était pas représentée aux Mathurins. Depuis la Réforme sur- 
tout, elle était en opposition constante avec ses puissants voisins. Quoiqu'elle eût 
abrité sous son toit Calvin et Ignace de Loyola, elle ne s'entendait ni avec Clermoiit 
ni avec Montaigu, et avait ainsi pour adversaires les riches jésuites et les pauvres 
ce Capcttes -n. C'est ce qui explique, pour demeurer au point de vue topographique, 
les alternatives d'agrandissement et de réduction de ses locaux scolaires. 

Malgré les persécutions qu'elle eut à subir, la maison de Sainte-Barbe se main- 
tint pendant tout le xvui" siècle, et produisit de brillants élèves. La Révolution 
l'engloba dans le collège de l'Egalité; mais elle parvint à reconquérir son indé- 
pendance et à se reconstituer, au commencement de ce siècle, sur le même 
emplacement, avec annexion successive de plusieurs immeubles jadis occupés 
par ses rivaux, et en conservant le caractère d'établissement libre qu'elle a tou- 
jours eu. 

Les Maisons de Sainte-Barbe. Tant que Saintè-Barbe ne fut pas et fondé n, 

''' Histoire de Sainte-Barbe , t. 11, p. 910 et suiv. — '*' Ibid., p. aia-aiS. 



SAINTE-BARBE. 69 

dans ie vieux sens du mot, c'est-à-dire rente et doté, il ne posséda aucun im- 
meuble et fut obligé de se suffire à lui-même; mais les libéralités des Dugast et 
des Certain lui créèrent plus tard des ressources. On trouve, au xvi" siècle, le 
collège propriétaire de cinq maisons, dans les rues d'Ecosse et du Mont-Saint- 
Hilaire, lesquelles étaient antérieurement comprises en une seule, dite Maison du 
Chauldron. Un titre de i556 porte que Sainte-Barbe se composait alors de rt plu- 
sieurs corps d'ostel, tenant la totalité d'une part à ung jardin estant des apparte- 
nances du coHeige de Reims et faisant le coing de la rue de Bourgongne, d'aultre 
part à une court nommée le royaulme d'en bas des pauvres du colleige de Montaigu, 
aboutissant, d'un bout, par derrière, audict jardin du colleige de Reims, d'aultre 
et devant à la rue Sainct-SymphorieuT. 

Le CnAULDRON, dont nous venons de parler est ainsi désigné dans le même titre : 
(tune maison avec jardimi située au mont Sainct-Hilaire et qui s'estend jusques au 
colleige de Reims, à laquelle pend pour enseigne le Ghauldron, tenant au pres- 
bytère, jardin et cymetiere de ladicte église Sainct-Hilaire, et au colleige de Ka- 
lambert (sic), d'aultre part à la rue d'Escosse, aboutissant par derrière à la rue du 
Four et audict colleige de Reims, et d'aultre part, par devant, à la rue Sainct- 
Hilaire t>. 

Les cinq maisons en lesquelles fut convertie celle du Ghauldron produisaient 
près de 6,000 livres de rente. Elles étaient attenantes à la portion qui avait conservé 
ie nom de Maison du Ghauldron. 

OSTEL DES Cinq ESGUS. — Cet immeuble se placerait ici, dans l'hypothèse 
où il aurait constitué une maison à part; mais Jules Quicherat, après une étude 
approfondie du parcellaire fort embrouillé que présente cette région, adopte 
l'opinion de A. Berty et identifie les Cinq Escus avec I'Hôtel de Ghalon, dont il 
aurait, tout au moins, formé une dépendance, ainsi que nous le disons plus haut. 

Il existe deux mentions, l'une de 1268, relative au logis d'un (tevesque de cinq 
églisesT); l'autre, de 1260, concernant «rla meson de l'evesque d'Arras, sise in 
vico Sancti Symphonanin. Ces deux immeubles n'en formaient probablement qu'un, 
et peut-être faut-il l'identifier avec I'Ostel des Cinq Escus. 

Jardin appartenant au collège de Montaigu. 

Un plan du xvii" siècle permet de fixer rigoureusement la forme et la situation 
de ce jardin, qui semble devoir se confondre avec le (t jardinet -n indiqué, dans un 
titre de 1607, comme tenant, d'une part, à I'Hôtel des Cinq Écus, d'autre part, 
à I'Hôtel des Coulons, et aboutissant, en partie, à deux petites maisons, dont 



70 TOPOGRAPHIE HISTOUIQUE DU VIEUX PARIS. 

l'une appartenait à Jehan d'Auvergne. En lôSy, ledit jardin tenait, de toutes parts, 
à la maison de Sainte-Barbe, par suite de l'extension que cet établissement avait 
prise. Deux ans plus lard, on le trouve ainsi désigné et localisé : w Ung jardin situé 
devant le grand corps d'hostel, où est la salle appelée des Théologiens ti , — salle 
occupée par les étudiants en théologie du collège de Montaigu. — «La maison 
entre deux contient sept toyses cinq piez trois quarts de long sur ladicte rue, et 
par le derrière ledict jardin contient huict toyses cinq piedz quatre pouces de 
long; du costé devers la grant porte du colleige Saincte Barbe, ledict jardin con- 
tient aussi huict toyses cinq piedz quatre pouces, et du costé de une traverse 
en ladicte rue, contient huict toyses quatre pouces. . . Et icelluy jardin enclavé 
des deux costez, et de l'aboutissant de derrière, sur et dans ledict colleige Saincte 
Barbe, et n'a que le front de devant sur ladicte rue . . . ■» 

Partie postérieure de l'Ostel des Coulons. 

Maison du Ciiasteau Festus. — Cette appellation, qui a été apphquée à plu- 
sieurs logis parisiens et qui désignait jadis un immeuble de peu de valeur, soit 
comme construction, soit comme solidité, ^ Caslellum festucœ n était portée, en 
la rue des Chiens, par la maison qu'un titre de 1607 détermine ainsi : cLe Chas- 
te au Festus, rue Saint Symphorien, tenant à ung jardin appartenant à Ch. du 
Coullon, aboutissant par derrière, en partye, à une court et jardin, ou masure 
qui appartiennent à l'hostel de Bourgongne et en partye à une court de I'Ostël 

DE CoULLONS. n 

Cette cour, ce jardin, cette masure, le ctChasteau Festus n lui-même, qui 
n'existaient plus à la fin du xv"' siècle, ont dû être englobés dans ce qui est devenu 
depuis le jardin du collège de Reims. 



BÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 71 



CHAPITRE VI. 

SUITE DES RUES DE LA RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 

SoMMiiBE : Rue des Ciiollets. — Origine de celte dénomination. — Description topographique 
des deux côtés de ia voie. — Collège des Ciiollets; sa fondation; ses extensions; sa cha- 
pelle; son absorption par les établissements voisins. — Rues Fhomentel et du Cimetière- 
Saist-Benoît. — Distinction nominale et réunion effective de ces deux rues; leurs dénomi- 
nations diverses; étymoiogies et variantes orthographiques : Oseroye, Noyeroie, etc. — Des- 
cription lopographique des deux côtés de ces voies. — Second cimetière de Saint-Benoît. — 
Ruelle Frohentel; sa situation; son origine. — Rue du Cloître-Saint-Benoît; ce qu'elle était 
en réalité; absorptions successives. — Le peu qui en reste à l'époque contemporaine. — 
Description topograpiiique des deux côtés de cette voie. 



RUE DES CHOLLETS. 

Aussi courte, aussi étroite que la précédente, la rue des Ciiollets débouchait, 
au nord dans celle de Reims, au sud dans celle de Saint-Étienne-des-Grés. Elle 
était, comme ses voisines, un ancien chemin tracé dans les vignes et bordé plus 
tard de petites constructions, dont la plupart n'y avaient que leurs murs posté- 
rieurs. Aussi lui a-t-on donné souvent le nom de rue des Chiens, de Saint-Sympho- 
RiE>, DE M.usTRE Jeiian, parcG quc les maisons dont nous parlons avaient leur 
entrée principale sur cette dernière voie. 

Le nom qu'elle portait, et sous lequel on la connaît généralement, n'est sans 
doute pas le plus ancien, puisqu'elle le devait au collège des Chollets, dont la 
fondation est de 1299. C'est très probablement elle que le Livre de la Taille de la 
même année appelle «le Coing de Sainct-SyphorienT», à raison du voisinage de 
la chapelle de ce nom, désignation qu'on retrouve presque identiquement dans 
des titres postérieure : tr devant Sainct-Syphorieni). La rue du Moine, dont il est 
question dans le Dit de Guillot, ne peut être, que celle des Chollets, à laquelle on 
aura tout naturellement donné le nom du cardinal Jean Le Moine, qui succéda aux 
exécuteurs testamentaires du fondateur du collège des Chollets, et revisa les 
statuts de cet établissement. On verra plus loin qu'elle a été confondue, à tort, 



72 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

avec celle du Foin. Enfin, la proximité de la maison de Sainte-Barbe lui a valu, 
au XYU*" siècle, une dernière dénomination, celle de Petite rue Sainte-Barbe. 

Comme ses voisines, les rues de Reims et des Chiens, celle des ChoUets a été 
absorbée par les maisons scolaires dont elle était bordée; mais son emplacement, 
transformé en cour ou passage, a été longtemps reconnaissable , à l'intérieur de 
ces établissements. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Sud au Nord). 

PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DU-MOST. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAINTE-GENEVIÈVE. 

Le côté occidental de la rue des ChoUets était formé par le collège qui lui a 
donné son nom, par une partie de I'Hôtel de Langres, dont la façade principale 
se profilait sur la rue Saint-Jacques, et par les dépendances de I'Hostel ou 
Collège du Mans, ayant son entrée sur la rue de Reims. 



COLLÈGE DES CHOLLETS. 

Le cardinal Jean Cholet, mort le 2 août 1291, laissait sans emploi une somme 
de six mille livres destinée aux frais de la guerre contre Pierre d'Aragon. Ses 
exécuteurs testamentaires, Jean de Bulles, archidiacre du Grand-Caux dans 
l'église de Rouen, Evrard de Nointel et Girard de Saint-Just, chanoines de celle 
de Beauvais, changèrent la destination de cette somme; avec l'approbation du 
pape Boniface VIII, ils l'appliquèrent à l'achat d'un grand logis, dit I'Hôtel de 
Senlis, ayant appartenu à Gauthier de Chambly, évoque de cette ville, et joigni- 
rent plus tard, à cette acquisition, une maison voisine, pour y loger six pauvres 
écoliers des diocèses de Beauvais et d'Amiens, L'hôtel principal devait en abriter 
vingt-six, originaires des mêmes diocèses. 

Les appropriations nécessaires furent faites immédiatement; elles étaient ter- 
minées en 1292, et non en 1298, comme le dit Le Beuf, qui a confondu la 
date de l'approbation des statuts avec celle de l'ouverture du collège. 

Les immeubles acquis pour le nouvel établissement étant situés dans la censive 
de Sainte-Geneviève, les exécuteurs testamentaires du cardinal Cholet durent 
payer à l'abbaye une somme de six cents livres, à titre d'indemnité, pour l'amor- 
tissement accordé par le roi Philippe le Bel , plus une rente foncière de quatre sols 
six deniers. Le cardinal Jean Le Moine, qui leur succéda, contribua à régulariser 
et à consolider la fondation nouvelle. Ces efforts communs furent couronnés de 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 73 

succès, car le collège des Chollets, dont les bourses étaient fort recherchées, prit 
promptement, dans l'Université, une importance égale à celle des établissements 
les plus justement renommés. 

Les étudiants du collège des Chollets, dit le savant annotateur de Le Beuf, 
jouissaient d'une bibliothèque assez considérable, si l'on en juge par un passage 
de l'Obituaire (Arch. nat. , M 112) où il est dit qu'il y avait, en itiSU, «tant en 
la chapelle qu'en la librairie, des livres enchaînés, pour la valeur de soixante huit 
livres treize sous ('N. 

La chapelle dont il vient d'être parlé avait été bâtie en i5o6, et consacrée 
en iBig. Avant sa construction, est-il dit dans les Remarques singulières de Paris 
(p. 92), et les Estudians alloient ouyr le service divin à Sainct-Symphorian-aus- 
Vignesn. Cet oratoire, très élégant édifice en style de la Renaissance, avait survécu 
à la Révolution, mais il ne trouva pas grâce devant les démolisseurs. Détruit en 
partie sous le premier Empire, il a été totalement démoli en 1822 et 1828, con- 
formément à l'accord intervenu entre l'Université de France et la Ville de Paris, 
accord aux termes duquel les bâtiments de l'ancien collège des Chollets, deve- 
nus propriété nationale en 1792, étaient réunis aux biens composant la dotation 
de l'Université et rétrocédés gratuitement par elle à la Ville, «à la charge d'en 
effectuer la démolition et d'en réunir le terrain au collège de Louis-le-Grand, 
sauf le retranchement nécessaire pour l'élargissement des rues des Cholets et de 
Saint-Etienne fl : 

Le collège des Chollets était assez richement doté en biens immobiliers. Il 
possédait, au moment de sa réunion à l'Université, outre les bâtiments collé- 
giaux, 

La Croix u'or , en façade sur la rue Saint-Etienne-des-Grés ; 

Sainte-Catherine ; 

Les Petits Chollets , ou le Puits des Chollets , sur la rue Saint-Jacques ; 

Le Monde; 

La Bergerye; 

La Galerie d'or. 

'•' Le Beuf, édil. Coclieris, t. II, p. 698. 



10 

tVPMUBBlI HATIOSALE. 



74 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Ces innueubles sont dits, dans les titres, «Iciiant aux terrains et bastimens du 
collège de Louis-le-Graud, d'autre part à la rue Saint-Estiennen. Nous les énu- 
mérons sous la rubrique générale : Maisons et dépendances du collège des 
Chollets. 

Le collège possédait également un jardin, qui est dit «dépendant des CbolletsT), 
et avait issue sur la rue Saint-Jacques. 11 y existait une petite maison, mentionnée 
dans un titre de 1 589. 

Enfin une tf petite cour des Chollets n, avec les bâtiments y enclavés, tenait au 
collège de Glerniont, ou de Louis-le-Grand , et y fut incorporée, ainsi que nous 
le dirons à l'article de ce collège. 

Les Archives nationales possèdent, sous les cotes Miii, iSy, 196,0186602, 
des pièces importantes, véritables sources de l'histoire topograpliique de cette 
région. Nous y avons largement puisé et nous en publions, aux Appendices, les 
parties les plus intéressantes. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 



MEMES PAROISSE ET CENSIVE. 



Le côté oriental de la rue des Chollets était bordé par les murs latéraux cl 
postérieurs de la Maison de Sainte-Barbe, dont la notice se trouve à l'article de 
la rue des Chiens, par le flanc de la chapelle Saint-Symphorien faisant le coin 
de cette rue et de celle des Chiens, et par I'Hôtel du Mont-Saint-Miciiel, formant 
l'angle de la rue des Chollets et de celle de Saint-Étienne-des-Grés. Elle était 
donc, en partie, une ruelle de desserte pour les voies plus importantes, dont les 
dépendances s'étendaient jusque-là. 



RUES FROMENTEL ET DU CIMETIERE-SAIIVT-RENOiT. 

Ces deux voies, qui se continuent d'orient en occident et n'en forment, en 
réalité, qu'une seule, aboutissent encore aujourd'hui, d'une part, à la rue Sainl- 
Jacques et, d'autre part, au petit carrefour formé jadis parla rencontre des rues 
Saint-Jean-de-Latran , Jean ou Saint-Jean-de-Beauvais, Chartière et du mont 
Saint-Hilaire. Quoique certains auteurs les considèrent comme deux voies dis- 
tinctes, elles sont généralement réunies l'une à l'autre, et la même dénomination 
leur est appliquée dans les titres, à cette dilTéreuce près que la partie occiden- 
tale, voisine de l'église Saint-Benoît, en prenait quelquefois le nom, tandis que 
la partie orientale était désignée sous le vocable latin defj-ipdum matUeUmn, tra- 
duite par froid mantel, froit mantel, freit manlel, fres manlel, froid ou froit mantyau, 



RÉGION CENTRALE DE LLNIVERSITÉ. 75 

Jreinuinlel, fromenlcl et cni\nfromenleaii, ces deux dcriiièies formes élaiit évidem- 
ment une corruption du nom primitif. 

A partir de 1289, ^^^ appellations se succèdent dans le Cartulairc de Notre- 
Dame, ainsi que dans diverses chartes de 1268, laSi, 1282, 1288 et laSA, 
dans les Livres de la Taille de 1292, 1296, i3oG, i3o8 et 1812. Les Registres 
criminels du Chdlekt de 1890, les Comptes de l'ordinaire de i/jiG, le Compte des 
confiscations fatctes par les Anglois en 1^20, un manuscrit de l'abbaye de Sainte - 
Geneviève, daté de i/i5o, ne donnent plus la forme \atit\e frigidiim mantelhim, 
mais le vocable francisé Frcmenteau ou Frementel, qu'une assimilation erronée a 
transformé en Frotnentel et Fromenteau. Des altérations et des appropriations ana- 
logues ont également diversifié le nom d'une rue qui était voisine du Louvre et 
que nous avons décrite dans le premier volume du présent ouvrage (''. La rue 
Fromenteau, de la rive droite, à laquelle s'appliquent la plupart dos vocables 
que nous venons dénuinérer, et qui conduisait de la façade occidentale du 
Louvre au château d'eau du futur Palais-Royal, devait sans doute ces diverses 
dénominations à ses froids ombrage^, comme celle du mont Saint-Hilaire, dont il 
convient de parler plus longuement. 

L'étymologie de ce vocable a beaucoup occupé les historiens de Paris; outre 
celle que nous venons d'indiquer et qui semble la plus naturelle, il en est une à 
laquelle A. Berly s'était rallié et qu'il motive ainsi : cr Nous avons lu, dans un Re- 
gistre de Gens du Parloir aux Bourgeois, à la date de 1292, qu'il existait, près 
du cimetière Saint-Benoît, une meson ans moines de Frémont, de l'ordre de Gîteaux, 
lesquels moines étaient établis au diocèse de Beauvais. Gelte maison, au témoi- 
gnage de Sauvai''^^, subsistait encore en i383. D'autre part, on trouve, dans une 
pièce de 1 271, la mention suivante : Dominn nostram que dicitur Domus monachorum 
Froit Mantel. 11 est clair que c'est cette maison qui a donné son nom à la rue. n 
L'argument, qui repose snr l'identité supposée de fremonl (^frigidus mons) et do 
froid mantel (Jrigidum mantelhwi), ne nous semble pas absolument concluant^''). 

Une autre étymologie nous paraît un peu plus probable; elle s'appuie égale- 
ment sur des textes. Guillot mentionne, dans son Dit, une rue de l'Oseroie, qui 
a di\ être voisine de celle qui nous occupe, si elle ne s'identifie pas avec elle : 

Lors descend i en Fres Mantel 

En la rue de l'Oseroye; 

Ne sais comiiienl je desvouroye. 

On s'est demandé ce que pouvait être cette rue située «en Fres Mantel?). Le Beul, 

'"' Voir h Topograplue historique du Vieux Parts Vél'jmologie fractum tnantellum, fortification runi- 

{Région du Louvre et des Tuileries), p. 39. pue, à raison d'une prétendue première enceinte 

''' Antiquités de Paris, t. III,, p. 178. de la rive gauche, détruite sur ce point, comme 

''' M. l'abbé V. Dufour donne comme possible sur tout le reste de son parcours. 

10. 



76 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

avec quelques autres, l'identifie avec celle du Gimetière-Saint-Benoît, qui consti- 
tuait la partie occidentale de la rue du Frigidum Manteîlum. Les oseroies s'y mêlaient 
peut-être aux nouroyes, à raison du voisinage de la rue des Noyers et le tout 
formait un froid mantel. 11 ne faut pas oublier, d'ailleurs, que le versant de la mon- 
tagne Sainte-Geneviève était couvert de vignes, au pourtour desquelles on plan- 
tait jadis des noyers. Ce qui confirme cette conjecture et tend à faire croire 
(jue oseroie est une mauvaise lecture, c'est que de nombreuses cliartcs de la 
première moitié du xiv" siècle mentionnent un viens diversement orlliograpliié : 
noierie, noeroie, noyeroie et nouroye. Dans l'un de ces titres, daté de iSîîi, on lit : 
tf Maison assise rue de la Noeroie, au bout de Fromenlel en descendant au chzBru- 
nel.ri Un autre, de i366, parle de ffune maison assise rue de l'Ospital, — cest- 
à-dire de Saint-Jean-de-Latran, — en l'opposile du cloz Brunel, faisant le coing 
et tenant, d'une part, à la rue que l'on dit la Nouroye a. 

Une circonstance vient corroborer nos inductions : un titre mentionne une 
maison située rue Saint-Jacques, dans la censive de Sainte-Geneviève, probable- 
ment l'Hostel de la Coutlre et aboutissant n rues de la Nouroye et de Fromentel^. 
Cette Nouroye, ou Noyeroie semble donc avoir été la partie occidentale de la rue 
Froid-Mantel, à son débouché dans la rue Saint-Jacques. 

Ce qui paraît ressortir des textes comparés entre eux, c'est l'identité de l'Ose- 
roye avec la Noyeroie. Les erreurs de copie, les fautes de lecture sont si nombreuses 
dans les anciens textes et, en particulier, dans le Dit de Guillot, qu'on ne peut 
s'arrêter à ces variantes, alors surtout qu'une raison de convenance vient s'ajouter 
aux arguments de l'ordre topograpbique : nouroye rime, en effet, plus richement 
avec desvouroye, qui termine le vers de Guillot, que ne le fait oseroye. Enfin la 
marche du poète, qui est régulière, conduit à la même conclusion. 

L'identité des rues Fromentel et de l'Oseroye étant établie, en ce sens qu'elles 
se continuaient l'une l'autre, d'orient en occident, il nous reste à rappeler les raisons 
que les historiens de Paris ont données du vocable//'ct</ mante! , frigidum manteîlum, 
que l'on rencontre dans les titres les plus anciens. 

((Noyeroie, ou noyeraie, dit A. Berty, signifie un lieu planté de noyers, comme 
cerisaye indique un endroit où croissent des cerisiers. Mais on sait que les noyers 
produisent un ombrage d'une extrême fraîcheur; les arbres qui avaient donné leur 
nom à la rue, formant donc une voûte de feuillage qui ne laissait point pénétrer 
les rayons du soleil, on s'était habitué à désigner, par un terme aussi vrai que 
poétique, l'abri qu'ils formaient sous le nom de froid et fres mantel, froit et fre 
mantyau. n 

Du sens physique, un auteur contemporain est passé au sens moral : \e froid 
''manteau, c'était, selon Edouard Fournier, non pas les noyers et leur fraîche voûte 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 77 

(le verdure, mais le cimetière Saint-Benoît lui-même; c'élait le froid de la tombe. 
Cette explication, fort ingt^nieuse assurément, ne saurait malheureusement s'ap- 
pliquer à la voie de la rive droite, où l'on n'a jamais constaté l'existence d'un 
cimetière. 

Celui de Saint-Benoît, qui a laissé sa dernière appellation à la voie qui nous 
occupe, ne paraît pas avoir servi à la dénommer dans les temps anciens. On le 
trouve, il est vrai, dans le Plan de Tapisserie; mais, dans celui de Dliculland, 
elle porte le vocable banal et peu recommandable de «rue Breneusen, appliqué 
à plusieurs voies du mont Saint-Hilaire. 

La rue Fromentel étant peu étendue et touchant à d'autres voies bordées de 
maisons, qui étendaient leurs dépendances jusque-là, nous n'avons pu relever 
qu'un petit nombre d'immeubles ayant façade sur ladite rue. 

CÔTÉ MI^RIDIONAL 

(d'Occident en Orient). 

PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DU-MOST. 
JUSTICE ET CESSIVE DE SAIME-GENEVlÈVE. 

OsTEL Aus Carneaulx (i38o), antérieurement le Plat d'estain et les Trois 
EscuELLEs. On en constate l'existence jusqu'en i63i; mais il semble avoir dis- 
paru à cette époque par suite des travaux d'agrandissement du collège de Plessis, 
qui, ayant sa façade principale sur la rue Saint-Jacques, touchait cet hôtel de 
flanc et par derrière. 

Façade postérieure de la Maison du Mouton ou du Mouton blanc, qui lou- 
chait au Plat d'estain, et faisait front sur la rue Saint-Jacques. Entre le Mol- 
ton BLANC, les collèges du Plessis et de Marmoutiers, s'étendait un terrain 
d'une certaine importance, qui ne paraît avoir été englobé ni dans ces établisse- 
ments scolaires, ni dans les maisons contigucs, puisqu'une note de 1780 le 
détermine ainsi : «Il est situé entre les Maisons du Mouton blanc et le Collège 
DE Marmoutiers; il a quinze toises de longueur sur la rue Fromentel, qui sont 
depuis le derrière de la Maison du Mouton blanc jusqu'à l'encoignure et pli de la 
rue Fromentel, estant sis vis-à-vis du coin du cimetière Saint-Benoits. 

Il s'agit ici du second cimetière de Saint-Benoît, dont nous allons parler. Quant 
à cette (T encoignure n et à ce «pli d, ce n'est point à l'angle de la rue Saint-Jacques 
qu'il faut les placer, mais au débouché de la ruelle Fromentel, qui s'ouvrait en 
face, et conduisait à la rue Saint-Jean-de-Latran. Le second cimetière de Saint- 
Benoît est de beaucoup postérieur au premier. 



78 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Le côté inériilional de la rue Froiuentel se terminait, à l'orient, par la 

Maison de l'Escu de Frasce (i 889-1 584) appelée, au xv'= siècle, la Maison de 
l'Ysore et portant, en 1780, l'enseigne du Guand Henri. 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 

JUSTICE ET CENSIVE DE SAINTE-GENEViÈïE. 

La Coupe d'or (1780), faisant le coin des rues Saint-Jacques et Fromentel. 

Arrière-faoade de I'Hostel de l'Estoile, ou de Notre-Dame de la Cousture. 
C'était le logis parisien des abbés de ce monastère, logis qui consistait en ffun 
petit corps et un jardina. 

SecGxND cimetière de Saint-Benoît. La nécropole primitive de cette paroisse 
avait été établie en face de l'église, et dans son voisinage immédiat. Au commen- 
cement du xvii" siècle, on crut, avec raison, devoir l'éloigner de la rue Saint- 
Jacques et le reporter un peu plus à l'ouest. C'est alors que fut acquis un terrain 
destiné à cette translation, acquisition qu'une note atteste dans les termes suivants : 

rti6i4. Achat par le Roy d'une place proche I'Hostel de la Couture, pour 
cstre icelle place échangée avec les marguilHers de Saiiit-Benoist, pour servir de 
cimetière, fl L'appropriation du terrain à usage funèbre demanda une année, 
puisque le transfèrement de l'ancienne nécropole n'eut lieu qu'en 161 5. 

(T Le cimetière de Saint-Benoist, dit en effet Le Beuf, etoit autrefois derrière 
— ou plutôt devant l'égUse, au lieu qu'on appelle la place de Cambray; ce n'est 
qu'en 1 G 1 5 qu'on l'a transféré où il est derrière le Collège Royal ''l n C'est à partir 
de cette translation que la place de Cambrai put être régularisée. (Voir ci-avant 
l'article que nous lui avons consacré.) 

J^a seconde nécropole de Saint-Benoît subsista moins longtemps que la pre- 
mière : elle fut supprimée, avec les autres cimetières intérieurs, par décrets des 
ai août 1790, 6 et i5 mai 1791. 

Entre le second cimetière de Saint-Benoît et l'arrière-façade de l'hôtel de Cou- 
lons, fut ouverte la ruelle Fromentel dont il est question à la page suivante. 

''' llisloirc de tout le diocèse de Paris, dlit. H. Gocheris, (. II, p. 53. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 19 



PAROISSE SAINT-ETIENNE-DU-MONT. 



Partie postérieure de l'Hostel des Coulons, dont la façade principale bordait 
la rue Saint-Jacques. 



JUSTICE ET CENSIVE DE SAINT- JEAN-DE-LATRAN. 



Ici s'ouvrait la ruelle Fromentel, dont il est question plus bas. 

Maison de l'Estoile d'or, dépendant du collège de Ti'oguier. Un document de 
1612 la décrit ainsi : k Couverte en comble à esgout sur la rue et sur le jardin; 
appliquée au rez de chaussée à deux salles; deux estages au dessus l'un de l'autre, 
chacun appliqué à trois chambres et garderobe, dont l'un d'iceulx en galetas, et 
un grenier au dessus; une vis dans un berceau de cave, garni de sa descente 
droite, et potager; une cour entre, à côté de laquelle est un édifice et appentis, 
appliqué tant à une cuisine que aisance de privés; contenant icelle maison 
dix toises quatre pieds de long, sur trois toises de large, t 

Antérieurement à 1 6 1 9 , la Maison de l'Estoile d'or parait avoir été divisée en 
deux corps de logis distincts, aussi désignés dans un titre non daté, mais parais- 
sant appartenir au xiv'= siècle; c'est un censier de la confrérie : 

trMESON de la communauté de Sainct Benoist, qui fait le coing de la riie de la 
Noeroie et de la riie Thibaut Dacre. 

(tMeson en la rue de la Noeroie, vers Froitmanlel, tenant, d'une part, à une 
place vuide de ladicte Confraerie, où il soloit avoir meson qui fut meslre Guillaume 
de Courachan, et fait le coing de ladicte rue et de la ruelle Thibaut Dacre, qui 
descent à rospilal.D 

Maison de l'Ymage sainct Nicolas (liiaS), puis de Sainct-Jehan-en-l'Isle (i5o9) 
ouOstel du Petit-Corbueil (j 596), faisant le coin de la rue Fromentel. Elle appar- 
tenait au prieur de Saint-Jcan-en-l'Isle, près Corbeil, ce qui explique ses deux 
dernières dénominations. 



RUELLE FROMENTEL. 

Les deux mentions que nous venons de transcrire, et qui sont empruntées à un 
(c censier de la Confraerie t» , énoncent une rue, ou plutôt une ruelle, à laquelle il 
est donné un nom, celui de Thibaut Dacre, l'un de ses habitants sans doute, et 
une direction, puisqu'elle est dite descendre ftà l'ospitalu de Saint-Jean-de-La- 
traii. Cette ruelle, qui a subsisté jusqu'au commencement du xvii'' siècle, séparait 
le collège de Tréguier des terrains qui furent occupés par celui de Cambrai, et 



80 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

permettait de passer de la rue Fromentel à celle de Saint-Jean-de-Latran. La 
plus ancienne dénomination qu'on lui trouve est celle de nruele devant l'ospital 
ou rue Henry Lorgueneurn (laBo). Cet individu était-il un simple habitant, 
comme Thibaut Dacre, ou un organiste de Saint-Benoît? Ici tout est conjecture. 
En i3o8, la fcruele qui descend devant l'ospital a prend le nom de Thibaut 
Dacre; puis en 18^9 et 1898, elle emprunte celui de la voie à laquelle elle 
aboutissait au midi : c'est ff la ruele de Fromentel n. Il est probable que ce dernier 
vocable finissait là, et que là aussi commençait la Noyeroie, partie orientale de 
la rue Froid Mantel, ainsi que nous l'avons établi plus haut. 

La ruelle Fromentel était certainement en censive de la Grande Confrérie, au 
moins dans son côté oriental, c'est-à-dire vers le clos Bruneau. Cette association 
pieuse avait également droit de censive, du côté méridional de la rue Fromentel. 
Quelques-unes des maisons achetées, en 1819, par Geoffroy du Plessis, pour 
l'établissement de son collège, sont indiquées, en effet, comme relevant du fief 
de la Confrérie, fief dont l'existence et la situation précises sont constatées par 
plusieurs pièces appartenant aux archives de Sainte-Geneviève. L'abbaye eut, vers 
la fin du XIV" siècle, un procès à soutenir contre la Confrérie, qui était alors 
moins riche : partie par usurpation, partie par amortissement, partie par la dé- 
gradation et la ruine des maisons sur lesquelles reposaient les cens et rentes, la 
Confrérie avait vu ses n droits ^i diminuer d'abord, dans une proportion sensible, 
puis s'éteindre entièrement. Déjà, en 1890, les redevances n'étaient plus perçues 
sur un certain nombre d'immeubles situés en la rue et ruelle Fromentel, ainsi que 
le constate un Inventaire daté de cette année. A propos de cinq maisons cr assises en 
y celle riien, il est dit que cria Confraerie ne prend rien sur ycelles maisons, ne 
aussy es menus cours et rentes qu'elle soloit jadis prendre, quar la riie est deve- 
nue vague et inhabitable, et les maisons d'ycelle chues et anéanties a. Il n'est pas 
possible de s'y tromper, car Y Inventaire ajoute : crEt soloit seoir ycelle riie oultre 
Petit-Pont, devant la porte de l'ospital Sainct Jehan. ■» 

La rue Fromentel était jadis la principale voie transversale joignant Saint-Benoît 
et le quartier Saint-Jacques au mont Saint-Hilaire et au clos Bruneau. Les mai- 
sons durent s'y bâtir sur les côtés méridional et septentrional; mais ce mouve- 
ment de construction fut arrêté, tant par la proximité du cimetière, que par 
l'établissement des collèges de Cambrai et du Plessis qui couvrirent une certaine 
surface. L'ouverture de la rue Saint-Jean-de-Latran, qui n'était primitivement 
qu'une impasse et qui, une fois débouchée, établissait une communication plus 
directe entre les deux quartiers, explique, en outre, la décadence de la rue Fro- 
mentel et la dépréciation des immeubles dont elle était bordée. Réduite au rôle 
de voie de desserte, elle l'a conservé jusqu'à nos jours. Les collèges du Plessis et 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 81 

de Marmoutiers n'existent plus; mais celui de Louis-le-Grand , qui les a absorbés, 
projette ses dépendances de flanc sur la vieille rue Fromentel. Il n'y a plus de 
cimetière Saint-Benoît et de collège de Cambrai; mais le Collège Royal, agrandi 
sous le nom de Collège de France, étend ses bâtiments renouvelés sur tout le 
côté septentrional de l'antique rue de Froid Mantel. 



RUE DU CLOITRE-SAINT-BENOIT. 

Cette voie n'était, en réalité, qu'une sorte de couloir longeant l'église, ainsi 
que les maisons canoniales de Saint-Benoît, et desservant les granges et les caves 
ou étaient déposées les redevances en nature, auxquelles avait droit le clergé 
de cette église. Celui de Notre-Dame y possédait également un abri, pour la part 
de récolte qui lui était due. Il y tenait un petit marché; la justice temporelle y 
était exercée par le chapitre; ce qui avait nécessité la construction d'une geôle, 
ou prison. 

Fermée à ses deux extrémités, la rue du Cloître-Saint-Benoît n'était qu'une 
sorte de passage peu fréquenté, faisant communiquer la rue Saint-Jacques avec 
celles d'Argenteuil, — plus tard de la Sorbonne et des Mathurins, aujourd'hui 
rue Du Sommerard. C'est en retour d'équerre qu'elle passait de l'une à l'autre 
de ces rues. Il n'en reste plus de trace, au sud et à l'est, par suite des nouveaux 
agrandissements de la Sorbonne et de l'ouverture de la rue des Écoles. Quelques 
maisons en retrait sur le côté oriental de la rue de Cluny rappelaient seules 
l'ancien tracé, à angle droit, de cette petite voie. Déjà fort amoindrie, lors de 
la première reconstruction de la Sorbonne, par Richelieu, elle a presque com- 
plètement disparu de nos jours. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE ET CENSITE DE SAINT-BENOIT. 

Maison du Chief smnct Denys (ii64), faisant le coin oriental de la rue des 
Mathurins. II y avait anciennement, attenant à cette maison, une porte qui per- 
mettait de fermer le cloître. En 1819, le roi Philippe V accorda la permission de 
bâtir cette maison, ainsi que celle de la rue Saint-Jacques, qui lui était contiguë. 

Maison de l'Ymaige Notre-Dame (i585), sans autre désignation. 



1 1 

mrklIlCIIE KATIOHALI. 



82 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Deux maisons sans désignation. 

Maison de la Cuillier (i6/i3), paraissant avoir été l'un des corps d'hôtel de la 
Pomme de pin, dont elle a dû être détachée à une époque indéterminée. Elle tenait, 
d'une part, aux Cinq Tranchouers, et, d'autre part, à Germain Volant, 

Maison des Deux Tranchouers (1/161), dite tenant à la Cuillier. 

Entre la Cuillier et les Deux Tranchouers, il paraît y avoir eu place pour un 
hôtel contigu, tenant à un autre hôtel crqui fust Robert Houel, et aboutissant 
à LA Cuillier, qui fust Thomas Souliacn. 

Maison de l'Ymaige sainct Estienne (i585), faisant, dit un titre de i/iCi, trie coin 
du cloître et devant le puits, tenant à Estienne de Montigny, à présent à la com- 
munauté de ladicte église Saint-Benoit et aboutissant aux Tranchouers «. 

Maison de la Pomme de pin {ihk-/), ayant probablement compris la Cuillier. 

Maison de l'Ymage sainct Martin (1 4 1 9). Il semble qu'il y ait eu deux immeubles 
de ce nom, l'un dans le cloître, l'autre dans la rue Saint-Jacques, où il débou- 
chait. Cette dualité résultait, selon toute probabilité, de divers démembrements, 
qui ont donné une existence distincte à la Cuilllier, à la Pomme de pin et à I'Ymaige 
sainct Martin, lesquelles ne formaient primitivement qu'une seule propriété ayant 
issue sur la rue Saint-Jacques, par une ruelle, et façade sur le cloître. 

Maison du Plat d'estain (1689), ayant probablement fait partie, comme corps 
d'hôtel postérieur, de la maison des Crochettes, laquelle avait façade sur la rue 
Saint-Jacques. 

OsTEL DE LA Geôle , OU Prison DE Sainct-Benoist, sc divisaut en petit et en grand, 
et servant à la justice seigneuriale du chapitre. Le premier fut concédé, en 1578, 
pour faire une petite cour à la maison du Croissant. On lit dans le bail : ft une 
place oii est à présent la petite prison des Dictz du Chappitre , contenant huict piedz 
de largeur, au derrière de la grande prison de la geôle, aboutissant et joignant au 
derrière de la maison appartenant audict Nivelle (le Croissant), sur neuf piedz 
de long, qui est deux thoises de platte forme, de fond en comble, laquelle grant 
prison contient unze piedz de profondeur, entre deux murs, à prendre dessuz le 
mur qui est sur le cloislre, jusques au mur qui est entre ladicte petite prison et 
la grant prisons. 

Plusieurs des maisons ci-dessus énoncées étaient habitées par les chanoines, le 
curé et les chapelains de Saint-Benoît. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 81 

Maison de l'Ymaige s.vinct Jehan (1^92) au sud des charniers de Saint-Benoît. 
Elle est dite et tenant, d'une part, aux hoirs de feu meistre Pierre Dorigny, et à 
rOsTEL DE LA PoMME ROUGE, d'autre part, au revestiere de ladicte église Saint- 
Benoist, aboutissant, par derrière, au cymelière d'yceUer». 

Maison sans désignation (i585), paraissant avoir séparé I'Yuaige sainct Jehan 
de la Pomme rouge. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Sud au Nord). 

Maison de la Pomme rouge (i497). 

Maison de la Tournelle (iù8i) ou de la Tour (i56o). Auparavant, il y pen- 
dait pour enseigne I'Ymaige sainct Nicolas. 

Maison de la Biche (liSi). 

Maison sans désignation , mais paraissant devoir être identifiée avec celle de la 
Bouteille, mentionnée en i5i8. Trente ans plus tard, par suite d'une affectation 
spéciale, elle était dite maison aux Enfants de choeur, de Saint-Benoît. Un texte 
de 1 568 la mentionne en ces termes : la Biche, tenant à la Maison des Enfants de 

CHOEUR 11. 

Maison de la Fleur de lys (1 585), ayant une issue en la rue d'Argenteuil ou de 
Sorbonne, crpar dessous les petites escholes du collèges. 

Maison de la Corne de cerf (i585). 

Maison de la Pantoufle (i56i). Elle appartenait, avant 1682, à l'évoque d'An- 
gers. Dans un bail de 1672, il était stipulé que, entre cette maison et une autre 
qui lui était contiguë, il y aurait toujours une allée de quatre pieds de large, 
et de huit de haut, fermée d'une porte dont la Sorbonne auroit toujours une des 
clefs, «de façon à pouvoir communiquer au cloistrcTi, 

C'est probablement cette allée que désigne Sauvai en signalant, sous la ru- 
brique Des rues qui ne sont plus mes et qui sont condamnées, rrun cul-de-sac entre le 
cloislre Saint-Benoist et le collège de Sorbonne d. Il en constate l'existence dans 
les termes suivants : «En ce temps-là, les rehgieux de Sainte-Geneviefve, à la 
prière de saint Louys, permirent aux Mathurins d'acquérir les logis situés en la 
rue Sans-Chef, contre le collège de Sorbonne, et de les tenir comme amortis n. 



8â TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison de l\ Roze (1812). La contiguïté de cet immeuble et de la Maison de la 
Pantoufle ressort du texte suivant : « Domum magnam que fuit quondam episcopi 
Andegavensis , et Domvm ad Rosam, sitas in claustro Sancli Bénédictin. 

Entre cette maison et une troisième Ymaige sainct Martin, qui venait ensuite, 
se plaçait probablement la Maison des Trois Espées, domus ad Très Enses (i3i2) 
dont il n'existe que de simples mentions. 

Maison de l'Ymaige sainct Martin (1666), ayant, à cette date, sept toises et 
un pied de profondeur. Elle est dite, en ihbU, tenir à Jean de Brie et à Jean 
Merjot, en i/i65, à la Roze et à I'Hostel de Longueil; antérieurement (1602- 
1^27) les documents la placent et devant le petit huis-n et a devant le petit por- 
tail de Sainct-Benoistn, Bien qu'elle ait eu une existence distincte, elle a pu, avant 
les démembrements qui la lui ont donnée, faire partie de la Pantoufle, ou des 
Trois Espées. 

Maison de la Teste noire (i585). 

Maison du Mirouer (i588), tenant, d'une part, et aboutissant par derrière crà 
ung ostel que a tenu cy-devant à loyer messire Pierre Lizet, premier président 
en la Cour de Parlementa. Un titre du 8 février i558 mentionne la vente, par 
Gilles Le Maistre, à M'= Nicole Thibaut, procureur général, de aune maison au 
cloistre Saint-Benoist, à l'enseigne du Mirouer, moyennant 8/i3 livres •». 

HosTEL DE Longueil (iBSg), vaste immeuble paraissant avoir embrassé, dans 
so« pourpris, le Mirouer et la Teste noire, ce qui le rendait limitrophe de l'Ymaige 
SAINCT Martin. Les réunions et les démembrements, ainsi que les ventes dont il a 
été l'objet, jettent quelque confusion sur ce logis. Divers titres l'identifient avec 
les maisons contiguës auxquelles ils donnent différents propriétaires, venrleurs et 
acquéreurs. On y voit notamment que «la maison existante au coing de la lue 
des Mathurins fust vendue, en iBSy, par Michel de Champaud, escuyer, sieur de 
la Sourdinière au pays Chartrain, à Nicolas Thibault, conseiller et procureur 
général du Parlementa, Une note relevée aux Archives nationales (carton S 897 B) 
porte ceci : et Cloistre Saint-Benoist : Maison qui fut à maistre Compains, notaire, 
vendue à M" Fournier, ensuite à M^ Michel de Champrosé et venue à madame 
veuve de M. Thibaut, procureur général, et avant avoit appartenu à Pierre Lizet, 
premier président du Parlementa. L'hôtel de Longueil résultait de la réunion de 
trois immeubles jadis distincts, ainsi que l'établit la note suivante : rt Celte maison 
en faisoit trois auparavant, avec une petite maison devenue masure. Elle joignoit 
la maison de l'enseigne saint Martin, -n 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. .85 

La l'ue du Gloîlre-Saint-Benoît étant située en plein quartier latin, il était na- 
turel que les écoliers externes chercliassent à y prendre gîte, et que l'Université 
intervînt dans la fixation des prix de logement. Une maison, dite «des Sorbo- 
nistesii, qui y était située, avait été taxée à ao livres*'); mais cette maison, qui 
n'est désignée ni par son enseigne ni par ses tenants et aboutissants, défie toute 
identification. 

''' Mémoire de la Société de l'Histoire de Paris, t. IV, p. liy. 



EGLISE SAIiM-BENOIT. 87 



CHAPITRE VII. 

Sommaire : Église Saint-Benoît. — Ancienneté de cette église; ses vocables primitifs; son double 
caractère; étymologie de son dernier vocable; origine des divers qualificatifs ajoutés à cette 
appellation; constructions partielles et agrandissements; chapelles et chapellenics; désaffec- 
tation, transformation en magasin et en théâtre; destruction totale. — Description qu'en a 
laissée un archéologue contemporain. 



EGLISE SAINT-BENOIT. 

Celte église, dont il ne reste plus trace aujourd'hui, était fort ancienne. Les 
historiens de Paris s'accordent à la considérer comme antérieure à l'an looo; elle 
fut, disent-ils, l'une des quatre, situées dans les fauhourgs de Paris, que le roi 
Henri I" accorda à Inibert, évêque de Paris, et à ses chanoines, pour les relever 
de leurs ruines, après les dévastations commises par les Normands. 

Placée d'abord sous l'invocation de saint Bacche ou Bacchus, et de saint Serge, 
martyrs dont elle possédait, dit-on, des reliques, elle prit ensuite le vocable de 
Saint-Benoît, non point, comme certains auteurs l'ont prétendu, en souvenir du 
célèbre moine du mont Cassin, mais, ainsi que l'a fait remarquer Le Beuf, «en 
l'honneur du benoist Dieu, benediclus Deus, et de la benoiste Trinité, benedicta Tri- 

L'ancienne église de Sainl-Bacche et de Saint- Serge n'était probablement que 
la chapelle d'une sorte de monastère : ouverte à la population rurale des clos 
environnants, elle conserva, après sa restauration, le double caractère monastique 
et paroissial. L'évêque de Paris et les chanoines de Notre-Dame y entretenaient 
six chanoines, un curé et douze chapelains, qui y exerçaient les fonctions curiales. 

Tout a été dit sur les trois qualificatifs donnés successivement à l'église Saint- 
Benoît : (tle besloumé, ou mal tournée d'abord, parce que le maître autel était 
autrefois placé vers l'occident, contrairement aux règles de l'orientation chré- 

Le Beuf, édition Cocheris, t. Il, p. 5i. 



88 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

tienne. Celle disposilion subsisla jusqu'à l'an lôiy, époque où l'on profila de la 
reconslruclion de la nef et du portail , pour reporter l'autel à l'orient. Saint-Benoît 
fut dit alors «le bien tournée et «le bislournéT, ou tourné deux fois. 

A la reconstruction partielle de iBiy s'en ajouta une seconde, en 1679 : 
l'arcliitecte Beausire rebâtit alors le chœur, ainsi que le clocher, et Claude 
Perrault, le célèbre auteur de la colonnade du Louvre, fournit les dessins d'après 
lesquels furent exécutés les pilastres corinthiens décorant le rond-point de l'église. 

Il était résulté de ces divers travaux un édifice hybride, de peu de valeur archi- 
tectonique et sans aucune régularité. « Cette église , dit Le Beuf , a le même dé- 
faut que celle que l'on remarque dans l'église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie : 
deux ailes fort larges, avec des chapelles du côté méridional, et, du côté sep- 
tentrional, une aile seule, fort resserrée et presque sans chapelles •n. Il explique 
cette disposition en faisant observer que trie terrain oii sont les chapelles, vers le 
midi, avoit été autrefois une rue, ou un cul-de-sac, dont on a trouvé le pavén'''. 

Le savant annotateur de Le Beuf a voulu se rendre compte du nombre des cha- 
pelles qui décoraient le côté méridional de l'église Saint-Benoît, et il est arrivé 
au chiffre, évidemment excessif, de vingt-six. «11 y avait, dit-il, deux chapelles 
des morts, celle fondée par Jean Voisin, et une autre, beaucoup plus ancienne, 
fondée en 1202 par Leonius, sous le nom de Sainte-Madeleine et de Saint- 
Benoît. . A^^n. Il énumère ensuite la chapelle diaconale, dite de Saint-Etienne, 
la chapelle sous-diaconale, celles de Sainte-Catherine, de Saint-Biaise, deux de 
Saint-Nicolas, deux de Saint-Jeau-l'Évangéliste, deux de Saint-Pieri'e et Saint- 
Paul, trois de Saint-Louis, trois de Sainte-Croix, de Saint-Jacques et Saint-Phi- 
lippe, de Saint-Jean-Baptiste et Tous les Saints, de Notre-Dame sans qualifi- 
catif, de Notre-Dame-de-la-Paix, de Notre-Dame-de-la-Table et de Notre-Dame- 
de-la-Miséricorde. 

Dans cette longue énumération, H. Cocheris a évidemment confondu chapelles 
avec chapellenies , distinction que Le Beuf avait faite, et que nous avons faite nous- 
même, dans le volume précédent, à propos de l'église Saint-André-des-Arts. 

Mais, si la plupart des chapelles auxquelles H. Cocheris a donné une existence 
matérielle, n'avaient qu'une vie morale, c'est-à-dire si elles n'étaient que des fon- 
dations pieuses, placées sous des vocables différents, il n'en était pas de même 
d'une chapelle externe, que Saint-Benoît revendiquait comme sienne, et avec 
laquelle elle eut de longs différends. Nous voulons parler de la chapelle de Saint- 
Yves, considérée comme un démembrement de l'église Saint-Benoît. Le lecteur 
trouvera, à l'article des rues Saint-Jacques et du Plâtre, le récit sommaire de ces 
controverses. 

<" Le Beuf, édition Cocheris, t. II, p. 5i. — w Ibid., f. II, p. 8a. 



EGLISE SAINT-BENOIT. 89 

Déclarée propriété nationale et vendue, le 28 nivôse an v, à un ancien fabricant 
d'ornements sacerdotaux, l'église Saint-Benoît fut rendue au culte par l'acquéreur 
qui en prit les frais à sa charge. Reconnue comme paroisse après le Concordat, 
quoiqu'elle fût une propriété particulière, elle passa, en 1812, aux mains d'un 
meunier qui la transforma en dépôt de farine. Ainsi désaffectée, elle fut, en 
1882, aménagée en salle de spectacle, sous le nom de Théâtre du Panthéon, et elle 
était dans un état de délabrement complet, lorsqu'on la démolit, en i854, pour 
ouvrir la rue des Ecoles, dans l'axe de laquelle elle se trouvait. 

Les Archives nationales possèdent, dans les sections administrative et histo- 
rique, plusieurs cartons contenant des documents de diverse nature sur l'église 
Saint-Benoit. Ce sont, pour la plupart, des titres de rente sur des maisons, des 
baux à cens, des pièces relatives à la boucherie du chapitre, aux discussions avec 
Saint-Yves, aux élections canoniales , à l'administration religieuse, etc.; le côté 
topographique en est généralement absent. C'est dans le carton S 890 (section 
historique) qu'il y a le plus à glaner. 

Un archéologue contemporain a laissé, de l'église Saint-Benoît, une description 
détaillée, où est exposé le dernier état de l'édifice; nous empruntons quelques 
traits à ce tableau tracé de visu. 

(T L'église Saint-Benoît consistait en une nef centrale, d'une élévation en rapport avec la gran- 
deur et l'ordonnance générale du vaisseau, et éclairée par des fenêtres en ogive mousse, larges, 
mais peu élevées dans leur ouverture; elles avaient été privées de leurs meneaux dans le siècle 
dernier. Deux ailes bien proportionnées, avec six chapelles, régnaient du côté méridional, et 
une seule aile, fort étroite et presque sans chapelles, composait le côté septentrional, le tout 
voûté en arêtes croisées oi!i se trouvaient plusieurs clefs en pendentifs, remarquables par le 
sujet représenté ou par la délicatesse de la sculpture. Les clefs de voûte de la grande nef figu- 
raient des écussons, avec fleurons ou supports, et dont les blasons avaient été grattés à l'époque 
révolutionnaire. La clef au-dessus de l'orgue offrait le monogramme de Saint-Benoît, S. B., 
séparé par une crosse épiscopale. Toute cette voûte existait encore, en 1867, dans des ateliers 
pratiqués dans celte nef. Les nervures et formerets de cette voûte retombaient sur des piliers à 
chapiteaux profilés, garnis de colonnes engagées, dont le soubassement à moulures prismatiques, 
ou à talon, arrondissaient en gorge les arêtes qui séparaient leurs fûts. . . 

fLe grand portail donnant sur la rue Saint-Benoît, et qui a subsisté à peu près intact jus- 
qu'en j832 , à l'exception de la statuaire, offrait une construction assez bizarre, quoique curieuse 
dans ses détails. Il se composait de trois frontons obtus, dont les rampons à chaperons étaient 
ornés de crosses végétales. Celui du milieu était plus élevé que les deux autres. La voussure 
ogive de la porte était ornée de redans et autres ornements gothiques. L'archivolte, formée de 
feuilles de vignes, de lierre ou de chicorée, retombait sur des consoles figurant des animaux 
fantastiques. Ces consoles, on ne sait par quel caprice, ont été dédaignées par la hache du 
démolisseur. Cette archivolte s'amortissait par un gracieux pédicule, se terminant en pointe de 
flèche. Le tympan, percé d'un oculi, était lisse et sans figure; au-dessus régnait une rosepoiy- 
lobée, se contournant en lignes sinueuses et flamboyantes; sur le trumeau qui divisait la baie 
en deux parties, était jadis adossée une statue de la Vierge, et sur les pieds-droits latéraux, les 
statues de saint Benoit et de sainte Scolastique. 

Tl. 13 



IMPhlMEniE HlTIOnALE. 



90 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

(fSur le comble, s'élevait un clocher ou lanternin en bois et plomb, de forme hexagone, garni 
sur toutes ses faces d^. claires-voies à petites lames, et surmonté d'une calotte; le tout, d'une 
extrême simplicité', avait été construit vers la fin du xvii' siècle. 

tf A droite du portail et au-dessous d'une fenêtre ogive à meneaux flmboyants, régnait une 
petite porte , qui paraissait être d'un style postérieur, et dont la baie à cintre , surbaissée en acco- 
lade, et percée sur un plan biais, était ornée de moulures concentriques retombant sur un sou- 
bassement lisse. On voyait, au faîte de ce côté, une tourelle conique en pierre. Cette porte 
donnait entrée dans un chapelle collatérale, sous le vocable de Saint-Denis. 

«Les croisées de cette façade étaient toutes inégales de grandeur et de style. Les gargouilles de 
ce côté figuraient toutes des salamandres, et celte devise de François I" indiquait assez que la 
reconstruction de l'église avait été exécutée sous son règne; peut-être ce prince y avait-il 
contribué par quelque libéralité. 

tfLe portail latéral ouvrant au nord, sur le cloître, n'offrait rien de remarquable dans son 
architecture; mais les fenêtres des chapelles de ce côté étaient surmontées de frontons triangu- 
laires, avec des crochets sur les rampans, et alternés par les pinacles qui couronnaient les 
contreforts contre-bulant l'édifice. Les gargouilles figuraient des animaux fantastiques qui s'accro- 
chaient à la corniche creusée en chenal. 

«Le chœur était toute l'église au commencement du xvi° siècle; mais, lorsqu'elle fut recons- 
truite, il fut séparé de la nef par une tribune pour y chanter l'épître et l'évangile, suivant l'an- 
cien usage. Elle fut supprimée en 1770; et les chanoines, pour s'abriter pendant les longs 
offices de la nuit, firent clore l'enceinte du chœur par de la maçonnerie. Il terminait alors 
l'église et était moins avancé dans la nef '''.n 

Le lecteur trouvera, aux Appendices, une liste des objets d'art ayant appar- 
tenu à l'église Saint-Benoît, et faisant aujourd'hui partie des collections du Musée 
de Gluny. 

'"' Revue archéologique , U' année, p. 277 et suiv. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 91 



CHAPITRE VIII. 

SUITE DES RUES DE LA RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 

Sommaire : Rue du Clos-Bruxeau, alias Jean ou Saim-Jean-de-Beauvais, et Rue aux Ecoles de 
DÉCRET. — Situation et ancienneté' de celte voie; ses diverses appellations et leur origine; 
ce qui en reste aujourd'hui. — Son nom transfère à une autre rue voisine. — Description 
topographique des deux côtés de cette voie. — Collège de Tonnerre. — Anciennes écoles de 
décret; leur formation, leurs dépendances; grandes et petites écoles de droit canonique; 



écoles privées. 



*■ 



RUE DU CLOS-BRUNEAU, 

JEAN, OU SAINT-JEAN-DE-BEAUVAIS, 

RUE AUX ÉCOLES DE DÉCRET. 

La voie qui a porté, concurremment ou successivement, ces quatre noms, aboutit 
encore, comme autrefois, malgré les modifications qu'elle a subies, au carrefour 
formé par les rues Saint-Jean-de-Latran, Fromentel, Chartière et du Mont-Saiut- 
Hilaire, en face du lieu où se voyait autrefois le Puits Certain. Les plus anciennes 
dénominations qu'on lui connaisse sont celles-ci : «au clos Brunel, in cîauso 
lirunelH ou Burnelliri; on trouve ensuite crue du cloz Bruneau ou BurniauA par 
corruption. Nous avons dit précédemment ce qu'était le clos portant le nom de 
Brunel ou Bruneau, et nous renvoyons le lecteur à cet article. 

Dans le cartulaire de Sorbonne, on lit «rrue Jehan de Beauvais ou aux Escoles 
de décret n. Quant au qualificatif iSatW, précédant le nom de Jean, Jailiot le repousse 
pour les raisons suivantes, et explique comment la meilleure leçon est Jean de 
Beauvais : 

ffLe premier titre où j'aie vu que ce nom lui soit donné est, dit-il, celui de 
l'amortissement du collège de Beauvais, du 6 septembre 1871, dans lequel elle 
est nommée a rue du clos Bruneau, autrement dict Jehan de Beauvais a. Quelques- 
uns ont pensé que ce nom venait de la chapelle du collège de Beauvais, dédiée 
sous l'invocation de saint Jean-Baptiste; mais l'acte que je viens de citer dit sim- 
plement Jean de Beauvais, et non Saint-Jean de Beauvais. D'ailleurs, cette chapelle 



92 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

n'a été bâtie que postérieurement à cette époque. D'autres ont dit que le voisinage 
de Saint-Jean-de-Latran lui avoit fait donner le nom de ce saint, et que le sur- 
nom de Beauvais venoit du collège. Je conjecture que peut-être elle le devoit 
à Jean de Beauvais, libraire ('\ qui demeuroit au coin de cette rue et de celle des 
Noyers et que, tant par rapport à lui qu'à cause du collège de Dormans, lequel 
y fut fondé par un évêque de Beauvais, on lui donna d'abord le nom de Jean de 
Beauvais, et ensuite celui de Saint-Jean de Beauvais. . . On l'eût simplement 
nommée de Beauvais, ainsi que le collège, si c'étoit à celui-ci qu'il fallût attribuer 
la dénomination de cette rue'-^i:. 

Quant à l'appellation tirée des écoles de droit canon qui y furent établies, elle 
s'explique aussi naturellement que les désignations empruntées, tant au collège 
qu'on y fonda, qu'au clos dont la rue longeait le côté occidental. 

11 importe de ne pas identifier cette voie avec une autre tout aussi ancienne, 
mais qui en était parfaitement distincte, qui avait son nom et sa direction parti- 
culière : nous voulons parler de la rue Judas, allant de la rue de la Montagne- 
Sainte-Geneviève à celle des Carmes, et n'atteignant pas même celle avec laquelle 
on l'a confondue. C'est uniquement à cause de sa proximité, et pour conserver 
le souvenir du vieux clos Bruneau , qu'on lui en avait donné le nom , à une époque 
relativement récente. Cette voie, incorrectement dénommée, aura son article dans 
le volume suivant. 

Nous avons dit plus haut que la rue dont il s'agit aboutit, vers le sud, au 
carrefour Saint-Hilaire, où fut établi, au xvi'= siècle, le Puits Certain; elle dé- 
bouche au nord, dans la rue des Noyers, et possédait, dès 1262, un puits en la 
partie inférieure de son parcours. Ce puits « joingnant le mur de l'ospital de Sainct 
Jehan de Latrami est désigné ainsi dans un titre de 12/12 , à propos d'une maison 
du clos Bruneau : (rpuleum contiguum domui hospitalis Jherosolimi, Parisixis, a parle 
posteriori, in censiva Sancti Benedicli-n. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Nord au Sud). 

P.KROISSE SAINT -ÉTIENNE-DU-MO.NT. 

JUSTICE ET CENSITE DE L'ÉvÊCHÉ. 

Le Saint-Espbit, maison contiguë à celle qui faisait le coin de celle des Noyers. 

'"' On trouve dans VlJisioire Ihtératrc de la gnement piiisë à la même source : «Une ordon- 

France (t. XXIV, p. 3oo et 3oi), le renseignement nance du 5 novembre i368 exempte du guet, de 

suivant : ff Parmi les vingt-huit libraires qui pré- jour et de nuit, Jean de Beauvais. « 
lèrent serment le 26 septembre iSaS, était Jean ''' Recherches, etc., Quartier Saint-Benoit, 

de Beauvais, dit preslre Jean.» — Autre rensei- p. 167. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 93 

Elle est désignée ainsi, dans un censier de 1Û89 : «Maison qui fut au collège de 
Fortet, LE Saist-Esprit, maintenant le Papegault, tenant à la Fleur de lys a. Il y 
a là évidemment une de ces nombreuses disjonctions de corps d'hôtel, qui jettent 
tant d'obscurité sur l'ancien parcellaire parisien. 

Le Papegault (1689), démembrement de la maison précédente, avec laquelle 
elle se confondit jusque vers la fin du xv* siècle. 

La Fleur de lys (1689), possédée, au xui* siècle, ainsi que le Saint-Esprit et, 
par conséquent, le Papegault, par les clercs de matines de Notre-Dame. En 1873, 
toutes deux étaient la propriété de M*^ Denis Flaon et Jehan de Marson. La 
maison de la Fleur de lys appartint ensuite à M^ Jehan Rousseau, à Pierre du 
Bois, ou de Bosco, à Thomas de Fontaines et à Pierre Frajant, qui la possédait en 
1/189. 

L'Ymaige Nostre-Dame (i6o3), ayant fait partie de la maison précédente, au 
xiv^. siècle; en 1^189, elle en était séparée. Elle appartint ensuite à Jehan de 
Marson, puis à Daniel de Mascon, à Jacques Mérat, et à Jean Lemaire, qui eu 
était propriétaire en 1^89. 

Le Souleil (1/46/i) et le Soleil d'or (i6o3), maison ayant, jusqu'à la fin du 
xvi« siècle, fait corps avec la suivante. En 1873, dans le censier de l'Évêché, elle 
est ainsi désignée «Maison du Souleil, escoUes et jardins, lesdictes escolles qui 
sont aux escoliers de Cerbonne, que tient Thomas le Chandelier, qui furent Jehan 
Poinçon et, avant, Robert Graindom. En 1682, elle est dite «distante du coing 
de la rue des Noyers, de vingt-sept thoises et demie, contenant, sur rue, quatre 
thoises cinq piedz trois poulces, et, de longueur, douze thoises trois piedz et 
trois poulces, aboutissant à ung jardin des appartenances d'une maison en la rue 
des Noyers T). [Carlulaire de Sorhonne.) 

Le Chesne verd (1575), corps de logis séparé de la maison précédente, à la fin 
âuxTi" siècle, ou au commencement du xvii*. 

L'Ymaige sainct Jehan, maison se composant d'un jardin et de deux corps de 
logis occupés par des écoles. Celui du nord appartint successivement à Berthault, 
aux Chaperons, à Adrien de Carabray, à Pierre Piète, bedel de Clos-Brunel, 
à M"" Oudart en 1873, à Jehan Le Dos, à Jehan de Voton et à M" Lestournel, en 
1689. L'autre corps de logis fut d'abord aux clercs de matines, puis à Michel des 
Cornes, à Pierre Piète, à Robin le Roy, à Henry de Chalons, à Philippe Vanier, 
à Odart Billet et à J. Lestournel. De ces divers propriétaires, les uns paraissent 



94 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

avoir possédé la maison en entier, et les autres n'avoir eu qu'un des deux corps 
de logis; ce qui impliquerait différentes réunions et disjonctions. 

Le Croissant (i^ôy), maison à écoles, comme la précédente. En 1^89, elle 
appartenait à Jacques Bourgondys; mais elle avait été possédée antérieurement 
par le collège de Tonnerre et M'= Simon de Vertus. On ne la trouve pas men- 
tionnée dans les censiers du xiv® siècle, probablement parce qu'elle était rattachée 
soit à la précédente, soit à la suivante, où il y avait également école. 

C'est peut-être dans la maison de I'Ymaige sainct Jehan, du Croissant, ou du 
CocQ, qui vient ensuite, qu'avait été installé le Collège de Tonnerre, dont on ne 
connaît pas la situation précise, et qui est à peine mentionné par les historiens 
de l'Université. On s'accorde néanmoins à le placer dans la rue du Clos-Bruneau, 
el Le Beuf le fait aboutir, par derrière, à la Commanderie de Saint-Jean-de- 
Latran. L'acte d'amortissement, en date du 3 décembre i^ioG, indique qu'il avait 
été fondé par les religieux de Saint-Jean-en-V allée, dont l'abbé était alors Richard 
de Tonnerre, qui lui donna son nom'''. Le peu d'importance de cet établissement 
explique l'obscurité dans laquelle il est resté. 

Le Cocq, qualifié, en iSBg, de «vielle meson oià jadis il y ot escolesiî, était 
peut-être la propriété vendue, en 126^, par Pétronille, veuve de Geoffroy Bre- 
ton, à Robert de Sorbonne. Cet acte, qui est suivi de deux autres, aux années 
1278 et 1289, fait connaître que la maison était située en face d'autres écoles, 
dans le clos Bruneau, écoles contiguës à la demeure de feu M'' Nicolas de Pars. 
Mais la teneur de ces actes est trop vague pour permettre d'affirmer que la 
maison vendue en 1266 était le Cocq, plutôt que l'Ymaige sainct Jehan ou le Crois- 
sant. Ce dernier immeuble avait été la propriété du collège de Tonnerre. 

Ce qui est hors de doute, c'est qu'il y avait, dans la rue du Clos-Bruneau, 
plusieurs écoles, parmi lesquelles se trouvaient celles qui occupaient les trois 
maisons dont nous venons de parler. Les écoles du Cocq, en particulier, furent 
possédées successivement par Robert de Monthyon, le collège de Sorbonne, le 
concierge de Tournay, la femme Jorlant, ^1"= Guillaume de Droye (1397), Pierre 
Bridel et Guillaume Vincent (1689). C'est sans doute après le déplacement, ou 
la suppression des écoles, que la maison prit le Cocq pour enseigne, car on ne 
trouve ce nom qu'en 1826. 

Le Cheval rouge (iSay), appartenant, en 1^89, à Pierre Alart, et auparavant 
à Nicolas de Neauville et aux Mathurins, qui y tenaient leurs écoles; cette maison 

'"' Voir, dans le tome V de cet ouvrage {Région occidentale de l'Université) , la notice relative à l'hôtel 
de Saint-Jean-en-Vallée, lequel était situé dans la rue des Cordeliers. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 95 

est mentionnée simultanément dans les censiers de l'Évêché et dans ceux de Saint- 
Benoît; ce qui porte à croire qu'elle était en partie dans l'une, en partie dans 
l'autre des deux censives. 

PAROISSE DE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAINT-BENOIT. 

X 

En 1179, l'abbaye de Chelles ayant été obligée, pour payer ses dettes, de 
mettre en vente trois quartiers de vignes qu'elle possédait au mont Saint-Hilaire, 
le chapitre de Saint-Benoît en fit l'acquisition. Là est sans doute l'origine du 
droit de censive exercé au clos Bruneau par le clergé de cette église. 

Saint-Andry, mentionné en 1627, 1^78, 1667, et Saint-Martin, nommé dans 
un titre de ii58, paraissent n'avoir été que les deux portions d'une seule maison, 
peu importante, et ayant elle-même fait partie de l'hôtel du Cheval rouge, dont 
dépendaient aussi les deux immeubles suivants, autant qu'on peut en juger à la 
lecture des pièces très confuses où il en est question. Ces maisons touchaient, par 
un point, à la commanderie de Saint-Jean-de-Latran , ainsi qu'il résulte de cette 
double mention : 1^27-1/178, tr Maison de l'Ymaige sainct Andry, qui fut depuis 
à Jehan Bussy, tenant au Cheval rouge; d'autre part, à une masure Saint-Martin, 
aussy à Bussy, aboutissant aux religieux de Sainct-Jehan-de-Jérusalem n. 

La Couronne (i6o3), sans autre désignation. 

La Corne de cerf, puis le Roi David , corps d'hôtel détaché de la grande maison 
du Cheval rouge. Un titre de Saint-Marcel, en date de 1^80, nous fait connaître 
que la Corne de cerf, avant de devenir le Roi David, s'était appelée Maison de 
Monseigneur saint Hilaire. En i5i2, elle est dite tenir aaux vieilles escoUes de 
Sainct-Jehan-de-Latran et à Barincot t) ; l'année suivante on la localise ainsi : r Sise 
vis-à-vis des escoUes de droict, tenant à Robert Estienne, d'autre, à Barincot n, 

CENSITB DB SAINT-JEAN-DE-LATRAN. 

Anciennes écoles de décret. 

Il a existé, dans la rue du Clos-Bruneau , plusieurs écoles de décret, cinq peut- 
être, plus ou moins distinctes les unes des autres, mais certainement trois, qua- 
lifiées de Premières ou Anciennes, de Grandes et de Petites. Avant de les localiser, 
disons en quelques mots quel était l'enseignement qu'on y donnait, et qui en fai- 
sait des établissements à part. 

Les écoles parisiennes de décret étaient, en réalité, une faculté de droit cano- 



96 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

nique. La jurisprudence civile n'y était point enseignée, par suite d'une interdic- 
tion formeile du pape Honorius III. Le droit ecclésiastique, renfermé dans le 
décret de Gratien , — d'oii le nom sous lequel la faculté était connue , — et dans 
les recueils publiés par divers papes, constituait le fond de son enseignement; 
c'est à Orléans et à Poitiers qu'il existait des chaires de droit civil. 

H. Gocheris, dans ses notes ajoutées au texte de Le Beuf, distingue de la façon 
suivante les ti'ois écoles de décret ayant existé dans la rue du Cios-Bruneau : fr La 
première, dit-il, placée près du collège de Beauvais, et qu'on appelait les grandes 
écoles de décret; la seconde, qui était située du même côté, deux maisons plus 
loin, et connue sous le nom de petites écoles de décret; la troisième enfin, vis-à-vis 
de la seconde, du côté de la commanderie de Saint-Jean et indiquée, sur le plan 
Berty, sous la désignation de premières écoles de décret '^'. -n 

A quelle époque et en quel lieu s'établirent ces premières ou anciennes écoles? 
A une époque moins reculée qu'on ne le supposerait généralement. C'est en i384 
seulement, sous le règne de Charles VI, que frère Gillebert Ponchet et deux de 
ses cousins prirent l'initiative de cette fondation. Ce religieux, qui était comman- 
deur de Montdidier, obtint de celui de Saint-Jean-de-Jérusalem la concession 
d'une place attenant à l'enclos de la commanderie parisienne, à charge d'y faire 
construire une maison destinée à l'enseignement du droit canonique, maison dont 
le revenu serait divisé en portions égales entre le commandeur de Saint-Jean-de- 
Latran , les frères de cette communauté et le chef de la commanderie de Saint- 
Jean-en-l'He. 

Ce revenu était annuellement de huit livres parisis, ainsi qu'il appert dun 
censier de i iSo , oh se trouve la mention suivante : rrLes escoUes de clos Brunel, 
que fist faire feu frère Guillebert Ponchet, assises en ladicte rue du Clos Brunel, 
tenant d'une part et aboutissant, d'un bout, à l'ospital, et, d'autre part, tenant à 
la chaussée de ladicte rue, aboutissant par bas à ung ostel appartenant au curé 
de Sainct Hilaire, sont louées à Messieurs les Docteurs en décret, moyennant la 
somme de huict livres parisis pour une année, n 

Avant cette construction, l'emplacement n'était d'aucun produit : l'acte consa- 
crant la transaction intervenue entre les deux commandeurs, à la date du «io juin 
i386, le décrit ainsi : ctCome en l'encloz de nostredicte maison, du costé devers 
la rue du Clos Brunel, eust une place, si come elle se comporte en long et en lé, 
tenant, de l'un des bouz, quant au font, aux grans maisons de pierre que on dit 
les maisons de Bloiz, et, d'aultre part, quant à l'aultre bout, à une maison qui 
est du curé de Sainct Hilaire, de laquelle l'entrée est en ladicte rue du Clos 

'■' H y a quelque incertitude dans les dates et les emplacements indiques par l'annotateur de Le Beuf. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 97 

Brunel, et tenant, d'une part, quant au lé, au mur de pierre taiilée de ladicte 
rue, qui est nostredicte maison, et, d'aultre part, à une cuisine de pierre, ap- 
pellée la vielle cuisine de l'ospital ... et du coing d'ycelle alant droict ausdictes 
maisons de pierre dessusdict ''). 15 

Il paraît y avoir eu, dix ans auparavant, c'est-à-dire en 1876, sur le même 
emplacement, un premier essai d'enseignement du droit canonique, sous le nom 
de trgrans escoles du clos Brunel d. Le Beuf et son annotateur donnent la date 
de i384t) comme celle de l'établissement définitif. Voici de quelle façon H. Co- 
cheris commente l'acte qu'il a relevé, comme nous, sur les archives de Saint- 
Jean-de-Latran, et auquel il ajoute des détails historiques complémentaires : 

(f Au milieu du xiv* siècle, remplacement où se trouvèrent plus tard les premières e'coles de 
décret ëtail une place vide, sur laquelle on de'chargeait les immondices entassées à la hauteur 
de trois meires , vuide , vague , inhabitable , disait un commandeur en i384, de nul profit à nostre- 
dicte maison, et qui pis estoit, domagiahle à ycelle, car par les gravais, fiens et ordures que on y met- 
toit et qui y estoient de haut de deux hommes et croissoient de jour en jour, les murs desdictes grans 
maisons de ladicte cuisine et le mur de pierre dessusdict estoient moult empiriez et povoyent empirer. 
Cette place touchait en effet, d'un côlé, à l'hôtel de Blois, aux grans maisons de pierre que on dit 
les maisons de Blois, et de l'autre à la cuisine de F hôpital. Elle serait peut-être restée encore long- 
temps dans ce misérable état, si un ancien commandeur de Montdidier, nommé Guillebert 
Ponchet l'ainé, qui vivait à Saint-Jean, oiî sa mère, Guillemette la Ponchette, était enterrée, 
n'avait eu l'idée de demander comme une grâce à ses supérieurs l'autorisation de construire, 
avec son argent et celui de deux de ses cousins, Guillebert Ponchet le jeune et Philippot Pon- 
chet, frère et doyen de l'ordre, une maison en cet endroit. Cette maison, en laquelle aurait 
escoles de décret, devait être habitée par les trois cousins et retourner, après le dernier survivant, 
à l'ordre de Saint-Jean, qui avait concédé le terrain. L'autorisation demandée (voir aux Archives 
nationales l'acte de concession du 20 juin i386) fut accordée dans uu chapitre tenu en 
i38i, sous la présidence de Gérard de Vienne, et la maison fut construite. Les écoles de de*^ 
cret y furent installées, et l'on voit par les registres censiers qu'elles durèrent longtemps. Nous 
les retrouvons en i454 sous le litre d'écoles de l'Ecu de Jérusalem, (rassises en Clos Rruiieau, 
appart. à Mons. le commandeur à cause de sa commanderie dudil hospital Saint-Jehan à Paris «. 
Et nous voyous ([ue les professeurs payaient un droit au commandeur, pour les lectures qu'ils 
y faisaient. C'est ainsi que «maistre Hector Regnouart, chanoine de l'église Notre-Dame de 
Paris, par composition faicte à lui par MM. les commandeurs environ la licence de la faculté 
de décret qui fut à Pasques ii5/iD, paye, (tpour avoir leu deux années, comme il dit et aHIrme, 
aux escoles de l'Escu de Jérusalem, en Clos Bruneau, ung escu d'or de la valeur de xxii sous». 
C'est ainsi que trLoys Jeuffroyn paye 8 sous, et qu'Antoine de Langiiac paye ai sous tfpour 
avoir leu ausdictes escoles». Néanmoins, à la fin du xv' siècle, la maison était abandonnée; 
mais un dernier et grand honneur lui était réservé, celui d'abriter un érudit de premier ordre, 
un imprimeur de génie, Robert Etienne. Le titre de maison des escoUes de décret disparut et fut 
remplacé par l'enseigne de Saint-Jean-Baptiste . . . 

(f A côté de cette maison, habitée successivement par Guillaume Le Breton, François Gucifiej-, 

'•' Archives de Sainl-Jean-de-Latran. 

fi. i3 



IMiniHCnit NATIO 



98 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Jacques le Roy et Mammert Pâtisson, il y en avait une autre qui servait de jeu de paume à la 
jeunesse des écoles du Cios Bruneau, et qui devint plus tnrd la demeure du célèbre André 
Wcchel et de Denis du Val'*'. 5) 

Ce n'est pas seulement à l'imprimeur André Weckel que l'une des maisons du 
clos Bruneau — le Jeu de paulme — , servit d'atelier; l'une des gloires de la 
typographie parisienne, la famille Estienne, installa les siens, dès iSag, au moins, 
dans le local des anciennes ou premières écoles de décret. Un censier de lôag 
ne laisse aucun doute à cet égard; on y trouve la mention suivante : 

«Maison oi!i soulloient estre les premières escoUes de décret, assises au cloz 
Brunel, en la rue Sainct Jehan de Beauvoys, devant les Grandes Escolles de 
de'cret, tenant, d'une part, à M'^ Baoul Vedol, et d'aultre part, au jardin de Sainct 
Jehan de Latran, aboutissant par derrière à une petite court, prez les estables 
dudict Sainct Jehan de Latran; ladicte maison a esté baillée à Henry Estienne, 
jadis imprimeur et libraire, v 

Cet Henri, deuxième du nom, était le fils de Robert, qui servit plus tard à 
dénommer la maison. On la trouve, d'abord vers le milieu du xvi" siècle, désignée 
par l'enseigne de I'Ymaige de sainct Jehan Baptiste; puis, au commencement du 
xvu", c'est I'Olivier de Robert EsTIE^^E, en souvenir de la marque de ce fameux 
éditeur. 

Les vicissitudes de cet immeuble sont exposées sommairement dans une pièce 
conservée aux Archives nationales (S 5i i 5', lo" liasse), et qui est l'original du 
ffcontract d'acquisition du tiers de la maison des Religieux de Sainct-Jehan-en- 
l'Isle par Monseigneur le grand prieur de la Commanderie de Sainct-Jehan-de- 
Latrami : 

a Une maison, y est-il dit, consistant en deux corps de logis, l'un sur le devant, 
l'autre sur le derrière, cour au millieu, petit jardin derrière lesdicts lieux, avec 
une impiimerie estant en aisle, à costé desdicts lieux, yceulx lieux assis en ceste 
ville de Paris, l'ue Sainct Jehan de Beauvais, où souloient estre antiennement les 
Escolliers de décret, et que naguère possedoient les héritiers de Robert Estienne, 
par bail amphithéotique qui est à présent expiré, et où pend à présent pour 
enseigne YOlivter de Robert Estienne. . .; de laquelle maison Robert Estienne et 
ses enfants auroient jouy pendant le temps dudict bail amphithéotique, et en fin 
d'icelluy, délaissé ladicte maison en mauvais estât et quasi en ruine, tellement 
que, à présent, il y convient faire plusieurs grandes et grosses réparations, et y 
despenser grande somme de deniei"s. n 

- '"' Histoire de tout le diocèse de Paris, édit. Cocheris, I. li, p. i53 el suiv. 



S9îor.3 



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1 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 99 

L'emphytéose consentie à Robert Estienne, le 16 juillet i533, comportait une 
durée de quatre-vingt-dix-neuf ans. A l'expiration de ce premier bail, le 1 5 février 
1 682 , il en fut passé un second en faveur de tr Jacques Dugast, maistre imprimeur, 
marchant libraire, demeurant alors rue de la Harpe n. Ces détails sont contenus 
dans la liasse que nous avons indiquée plus haut. 

Les grandes et les petites écoles de décret, dont nous parlerons plus loin étaient 
situées de l'autre côté de la rue, en face des anciennes ou fremières, les seules qui 
aient été comprises dans l'enclos de la Commanderie de Saint-Jean-de-Latran. 

Jeu de paulme Sainct-Jehan-de-L\tr\n (1629), devenu le Cerf vollant eniBg/i. 
Celte maison paraît n'avoir été d'abord qu'une dépendance de la précédente et 
doit avoir occupé, en tout ou en partie, l'emplacement de ces «maisons de Bloysn 
dont il est question dans l'acte du 20 juin i386. 

Place vuide, et Granche, sajis autre désignation sur le plan, mais devant être 
identifiées avec les «deux maisons entretenantes d que mentionne un titre de 
i462, et qui y sont dites «sises en la rue du Clos Brunel, et Sainct-Jehan de 
l'Ospital, tenant, en alant dans la rue du Clos Brunel, à une Maison de l'Échiquier, 
par derrière aux maisons de Sainct Jehan de l'Ospital a. 

PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT. 
JUSTICE ET GENSIVE DE SAINTE-GENETIÈTE. 

Maison de la Serpent de pierre (1 3 80), puis de l'Echiquier (1/162), et enfin de 
LA Corne de cerf (i5/i6), ayant appartenu à un abbé de Marmoutiers, Mo/'ms 
tmnaslerimn, célèbre abbaye située dans un faubourg de Tours, ainsi qu'il appert 
de cette mention relevée dans un censier de 1/197 : «l'Eschiquier, qui fut à l'abbé 
de Marmou tiers, tenant, d'une part, aux greniers dudict ospital, dict le palais, 
aboutisf^ant aux aisemens dudict ospital a. 

La grosse Escriptoire (i55o), faisant le coin de la rue Saint-Jean-de-Latran 
et comprenant deux corps d'hôtel. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Sud au Nord). 

PAROISSE SAIMT-BTIENNE-DU-MO.NT. 

JUSTICE ET CENSIVE DE SAINTE-GENEVlÈVE. 

Le Coulombier Saint-Jacques {1693), formant l'angle de la rue Saint-Hilaire. 

i3. 



10b TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Celait une grande maison se composant de quatre corps de logis, qui plus tard 
constituèrent quatre maisons distinctes. En ibklt, la première, à partir de la rue 
Saint-Hilaire, avait pour enseigne les deux Boulles; la seconde, faisant le coin, 
s'appelait LES gros Jons; la quatrième, Sainct-Yves. Dans cette dernière, un certain 
Simon Laleniant tenait, en i38o, des écoles dirigées auparavant par un nommé 
Couisart Brifant, dont elles portaient le nom en i368. 

Maison de l'Ymaige sainct Michel (i53o), où Jaillot a placé, par erreur, un 
cr collège de Sainct Michel ■« qui n'a existé que dans la rue de Bièvre. Un censier, 
postérieur de quelques années [ibkh) la désigne ainsi : rt Sainct Michel, qui fust 
au bedel et à la nation d'AUemaigne, est la première de quatre appartenant à 
ceste nation; la seconde les Petites Escolles de décret; la troisiesme, maison du 
Cadr\n, contiguë; la quatriesme, I'Ymaige Nostre-Dame, tenant à la maison qui est 
des appartenances des Grandes Escolles de décret». 

On sait que le bedel, ou bedeau, était, dans l'ancienne Université de Paris, 
une sorte d'appariteur, chargé de renouveler la paille ou l'herbe sur laquelle 
s'asseyaient les écoliers, de les conduire aux examens et de décorer les salles où 
avaient lieu les épreuves. Le bedel de la nation d'Allemagne n'était peut-être que 
l'habitant, et non le propriétaire de I'Ymaige sainct Michel. C'est sans do\ite 
cette possession, ou cette résidence, qui a fait croire à l'existence d'un collège 
dans cette maison appartenant à une nation de l'Université, et habitée par son 
bedeau. 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE, CENSIVE UE LA SORBONNE. 

Petites Ecoles de déchet, formant dépendances des Grandes Ecoles, dont il est 
question plus loin. On désignait ainsi, en \ 53o, la maison qu'elles occupaient, et 
qui s'était appelée successivement les Ciseaux d'or (liii), puis le franc Mûrier. 
Elle est mentionnée dans le censier de Sorbonne. 

Dépendances des Gr\ndes Ecoles de décret. 

PAROISSE SAINT -ETIENNE-DU-MONT. 
JUSTICE ET CENSITE DE SAINTE-GENEVIEVE. 

Maison du Cadran, ainsi désignée dans un titre de i53o : cr maison sise au cloz 
Brunel, tenant, d'une part, aux Petites Escolles de droict, d'aultre, à la maison 
Dï Nostre-Dame, aboutissant par derrière à la maison de l'Ymaige sainct Martin, 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 101 

par devant à la rue de Jehan de Beauvais; c'est le C\dban, baillé par la nation 
d'Allemaigne à Jacques Planner. 

Maison de lTmaige Nostre-Dame (i5i5) ayant, avec les précédentes, appar- 
tenu à la nation d'Allemagne, dès le xiv^ siècle. Nous avons indiqué ces maisons 
à l'article de I'Ymaige sainct Michel. 

Grandes Ecoles de décret. La maison où furent établies ces Grandes Ecoles et 
qui eut pour dépendances les bâtiments des Petites Ecoles, est mentionnée en 
1680, un siècle environ après la fondation des anciennes ou premières écoles. 
C'était un vaste logis, amplissimam domum, ainsi que l'appelle, au commence- 
ment du XVII" siècle, Jean Barclay, l'auteur duSatyricon; mais, s'il faut en juger 
par les craintes que l'état de l'édifice inspira au visiteur, c'était alors presque une 
ruine '''. 

Peu fréquentées à cette époque, tant par suite de leur état de délabrement 
qu'en raison du discrédit oii était tombée l'étude du droit canon et du dévelop- 
pement qu'avait pris celle du droit civil, les Grandes Ecoles de décret durent, en 
1679, par ordre du Roi, recevoir des chaires de ce dernier enseignement. Elles 
devinrent alors trop étroites pour la foule des étudiants qui s'y pressaient, et il 
fallut les transférer sur le sommet de la montagne Sainte-Geneviève, où la Faculté 
de droit siège encore aujourd'hui. 

Maison des Connins (1607), puis des Connins verts (iSaS), ayant un corps de 
logis aboutissant, par derrière, à la rue des Carmes; il y pendait pour enseigne 
I'Imaige de saint Pierre et saint Paul (1227). En cette année, Barthélémy, 
prêtre de Pantin, voulant fonder un anniversaire, fit don à la Grande Confrérie 
de dix sous parisis de rente à prendre sur cette maison. Le terrain ofi elle était 
située s'appelait alors le dus Armenet, distinct du clos Bruneau. On lit, en effet, 
dans la charte de fondation «quamdam domum suam in clauso Annenel, prope clausum 
BruneUi, in censiva canonicorum Beali BenedicU Parisiensis silamv. 

H y a tout lieu de croire que ce clos Armenet, dont nous n'avons trouvé aucune 
autre indication, était cet espace de terrain acheté, en 1 179, aux religieuses de 
Chelles, ainsi que nous l'avons dit plus haut, et ayant constitué dès lors la partie 
de censive de Saint-Benoît, enclavée dans le clos Bruneau. 

'"' ... rr Nihil magis timui, dit Eupliormion , pseudonyme sous lequel se cache l'auteur, quam ne postes 
antiquitate corrupti cervices ajjlifferent. n [Satyricon, édit. deLeyile, 167^, p. 5.) 



102 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



PAROISSE SAINT-ETIENNE-DU-MONT. 
JISTIGE ET CENSIVE DE L'ÉvÊCHÉ. 



A\ciENNES Écoles de Saint-Jean-de-Beauvais, l'une des nombreuses maisons 
scolaires ayant existé dans cette région. li en est fait mention en 1873, et elles 
sont dites appartenir alors à Jehan Munier. 

Anciennes Ecoles, séparées des précédentes en i3ii8,par un bâtiment intermé- 
diaire, qui fut englobé, peu de temps après, dans les unes ou les autres, puis- 
qu'elles sont dites contiguës en 1873. A la première de ces deux dates, elles 
étaient la propinété de Périnet, le bedel, puis de Giraud des Courtils, chanoine de 
Notre-Dame; à la seconde, elles étaient dirigées par un certain Jorlent. En 1676, 
il y pendait pour enseigne la Teste noire. 

Le collège de Beauvais dut se les annexer postérieurement à l'année 1378; 
car, à partir de cette époque, il n'en est plus question dans les censiers de l'Evê- 
ché; un titre du fonds Saint-Benoît, daté de 1 5 28, mentionne certaines (tescolles 
de Sainct-Jehan de Beauvais, tenant à la m\ison des Gongmmsh, lesquelles devaient 
être celles-ci, à l'état de dépendances du collège. 

Maison du Che,val blanc (i858), voisine des deux anciennes écoles dont nous 
venons de parler, mais ne pouvant être localisée exactement. 



COLLÈGE DE BEAUVAIS, OU DORMANS-BEAUVAIS. 103 



CHAPITRE IX. 

COLLÈGE DE BEAUVAIS, OU DORMANS-BEAU VAIS. 

Sommaire : Collège de Be4dvais ou Dorha?(s-Beauvais. — Date de la création de cet établisse- 
ment; ses fondateurs; son architecte; ses bâtiments, sa chapelle, les tombeaux et les inscrip- 
tions f'une'raires qui la de'coraient; interruptions, reprises et achèvement des travaux. — 
Vicissitude du collège; jonctions, disjonctions, absorption, transferts; ventes successives et 
de'saffectation des bâtiments; restauration moderne; découvertes archéologiques, etc. 



CENSIVE DE SAINTE-GENEVIEVE. 



Collège de Beauvais, ou Dormans-Beauvais, Collège de Presles, 

depuis sa réunion à celui de Beauvais ''>. 

L'importante maison scolaire connue sous le nom de collège de Beauvais a 
donné son nom à la vieille rue du Clos-Bruneau, où elle occupait un assez grand 
emplacement. Etablie, de i 365 à i 872, sur un terrain dépendant de ce clos, elle 
eut pour premier fondateur Jean de Dormans, évêque de Beauvais, cardinal et 
chancelier de France, pereonnage considérable, qui lui fit trois donations succes- 
sives, et, pour second bienfaiteur. Miles de Dormans, neveu de Jean et évèque 
d'Angers, puis de Rayonne et de Beauvais. Les bénéficiaires du nouvel établisse- 
ment devaient être d'abord douze, puis vingt-quatre écoliers originaires du pays 
des fondateurs, Dormans, au diocèse de Soissons; trois devaient être nés à Buissel 
et Atliis, dans celui de Reims. On devait les choisir soit dans la famille des fonda- 
teurs, soit en dehors, absqtte ullofavore et acceptione personanim. L'acte de fondation, 
qui porte la date du 3 mai iSyo, contient de nombreuses prescriptions d'ensei- 
gnement, de discipline intérieure et d'administration financière; les historiens de 
Paris les ont relevées, et nous n'avons pas à y revenir. 

Ce qui nous importe, ce sont les constructions que les fondateurs firent élever 

'' I^e collège de Presles appartient topo{fraplii- il avait eu son existence propre, que nous raconle- 
quement h la rue des Carmes, sur laquelle il avait rons dans le volume suivant, à l'article de la voie 
son entrée. Antérieurement h sa réunion à Beauvais, où était sa principale porte. 



104 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

et qui ont subsisté, avec appropriations et affectations diverses, jusqu'à l'époque 
contemporaine. 

L'architecte du collège de Beau vais fut le célèbre Raymond du Temple, a juré 
du Roy, maistre masson-juré de l'église Nostre-Damen; il y édifia tfung grantbasti- 
mentu à usage de classes, et une chapelle dont Charles V posa la première pierre. 
Cette chapelle, due aux libéralités de Miles et de Jean de Dormans, qui y fonda 
quatre chapelains et deux clercs de chapelle, fut consacrée le 29 avril i38o, sous 
l'invocation de Saint-Jean-l'Évangéliste; ce qui, selon la remarque de Félibien 
et de Jaillot, est sans doute l'origine du qualificatif saint appliqué à la rue, dé- 
nommée d'abord Jean de Beauvais, en souvenir du fondateur du collège. 

Le chœur de la chapelle renfermait une œuvre d'art, due très probablement au 
même Raymond du Temple, architecte et sculpteur tout à la fois , comme on l'était 
aux xiv", xv" et xvi" siècles : c'était le tombeau de la famille de Dormans, en marbre 
noir, couronné de deux statues en cuivre et entouré de six autres statues en 
pierre. On trouve, dans un Registredes receptes et despens du colleige de iSjj ài383, 
quelques détails sur le monument funèbre, ainsi que sur les frais qu'il a entraînés 
et le temps qu'on a mis à le construire : 

ffMons B, sire de Dormans, chevalier, y est-il dit, en sa fin, a ordenné que, 
pour sa mémoire, une tumbe soit faicte et mise en la chapelle de ce collesge, et 
puis a laissé \\f francs. Depuis a esté ordenné que, sur ycelle turabe, seront 
l'imaige et la forme de feu M" Jehan de Dormans, son frère, pour laquelle turabe 
rendre en la chappelle sont les deniers escripts. -n Suivent quelques chiffres consti- 
tuant des acomptes au constructeur; puis il y a interruption dans les travaux, 
faute de fonds; on lit ensuite : «Il est assavoir que le surplus, qui est à faire, 
demeure jqsques à ce que, par délibération, l'on ait bien advisé la place, et que 
l'on ait argent mis à part pour taillier, percier et massonner ladicte place, et pour 
faire la painture, si samble bonn ^^\ 

Le P. Chapotin, de l'ordre des frères Prêcheurs, qui s'est livré à des recherches 
approfondies sur les origines du collège de Beauvais, au moment où les Domini- 
cains se sont rendus acquéreurs de cet immeuble, croit que la première installa- 
tion scolaire a été provisoire, et que les constructions définitives ont suivi l'achève- 
ment de la chapelle. Nous empruntons à cette monographie les passages suivants : 

ttLa chapelle était enfin achevée, et les exécuteurs testamentaires de Jean de Dormans pou- 
vaient se flatter de n'avoir rien épargné pour qu'elle répondît, par sa heauté, aux projets du 
pieux fondateur. Ils avaient choisi à dessein les artistes les plus estimés de l'époque : Raimon du 

'■' Archives nationales , S 6365 et M 88 , 89 , 90. On trouvera le texte de cesdocuments aux Appendices. 



TOPOGRAPHIE HIS' 




CHAPELLE DV COL 
1 , Façade latèr 



DV VIEVX PARIS 




■imwm 



)E BEAVVAIS 
>8ide 



COLLEGE DE BEAUVAIS, OU DORMANS-BEAUVAIS. 105 

Temple, architecte du Louvre de Cliarles V; le charpentier de Notre-Dame de Chartres, Jacques 
de Chartres; le sculpteur Hennequin de Liège, probablement le même qui avait élâ chargo 
d'orner de statues le nouveau Louvre; le peintre Nicolas de Vertus, très recherclié à la fin du 
xiv° siècle. Leurs efforts réunis avaient élevé l'un des plus gracieux sanctuaires de Paris : h 
grand portail orné des statues de saint Jean, du cardinal de Dornians et du chancelier son 
frère, et décoré des plus riches couleurs; le petit portail latéral, surmonté d'un porche élégant 
qui abritait des peintures décoratives d'une grande richesse, et, au milieu d'elles, l'image de la 
Mère de Dieu et de son Fils; la voûte haute de soixante pieds et portée par une charpente d'une 
rare légèreté; les murs ornés des images des douze apôtres et percés de hautes fenêtres, par 
où le jour ne s'introduisait qu'en illuminant des vitraux splendides; le maître autel également 
décoré de peinture, entouré de colonnes supportant des anges d'argent, et en avant du chœur, 
deux autres autels plus simples; an milieu delà nef, un tombeau magnifique en marbre noir 
sur lequel étaient couchées les statues en cuivre de Miles et de Guillaume de Dornians; dans la 
sacristie, un autel remanjuable par la beauté de son retable et de ses peintures; les toits d'ar- 
doise avec leur crête peinte et leurs épis de plomb aux coulein-s variées; un clocher aigu, aux 
arêtes également peintes, portant son coq doré à plus de cent vingt pieds du sol, et où deux 
jolies cloches chantaient joyeusement dès l'aurore, tout cela formait un petit chef-d'œuvre que 
nous pouvons encore aujourd'hui admirer sans restriction, malgré les mutilations opérées par 
le temps et par les hommes 

«Les murs intérieurs de la chapelle se décorent en outre de six statues en pierre, trce qui 
représente au naturel, dit du Breul, trois hommes et trois femmes, yssus de Dormansii. Sous 
leurs pieds, une longue inscription latine faisait connaître leur nom, leur origine, la date de 
leur mort et leur munificence envers le collège; la même inscription, traduite en français, avait 
été placée au-dessus de leurs têtes. Les trois statues du côté du nord représentaient Jean de 
Dormans, licencié es lois, chanoine de Paris et de Chartres et chancelier de l'église de Beau- 
vais, mort à Sens, en i38o, à l'âge de vingt ans, et inhumé plus tard dans la chapelle, en même 
temps que l'archevêque Guillaume, son frère; le chevalier Bernard de Dormans, chambellan 
de Charles V, mort à Paris en i38i, enterré par son ordre avec les pauvres, aux Innocents, 
mais représenté, par son ordre aussi, dans la chapelle du collège; Renaud de Dormans, archi- 
diacre de Chàions, chanoine de Paris, de Chartres et de Soissons, conseiller et maître des 
requêtes de l'hôtel du roi, mort à Paris en 1 386. A la muraille méridionale, étaient adossées les 
statues de Jeanne Baube, femme du chancelier Guillaume de Dormans, belle-sœur du cardi- 
nal, mère de Miles et de l'archevêque Guillaume, ainsi que des autres Dormans dont les sta- 
tues entouraient la sienne, de Jeanne de Dormans, dame de Paillart, et de Ide de Dormans, 
dame de Nesle et de Saint- Venant. 

(fil est bien entendu que nous ne voulons point énumérer tous les changements apportés dans 
l'ornementation et l'arrangement intérieur ou extérieur de la chapelle, depuis sa construction. 
Il suflit de noter qu'au xvi° siècle une partie du collège ayant été reconstruite sur la rue Saint- 
Jean-de-Beauvais, de chaque côté de la chapelle, les deux dernières fenêtres furent entièrement 
bouchées par les constructions, et que le principal Jean Grangier relia plus tard ces deux bâti- 
ments par une tribune intérieure, placée au-dessus de la grande porte de la chapelle; cette tri- 
bune fil disparaître deux des chrémaux, ou figures d'apôtres peintes pour la consécration de 

l'édifice Signalons aussi un ouragan terrible qui éclata sur Paris, la veille de Saint-Mathieu 

1671 : «La chapelle du collège en fut fort affligée; il fallut en réparer le comble d'ardoise; en 
1676 ce n'était pas encore achevé et cela coutoit près de 3, 000 livres." Enfin nous aurions 
voulu savoir la date précise de la restauration stupide qui, au siècle dernier, ravit à la façade 
de la chapelle le caractère que lui avait donné le xiy* siècle; nous aurions aimé à faire 



IVFVIMKnil N*riO?i.tl.C. 



106 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

connaître l'architecte m;il inspiré qui entreprit cette œuvre de vandalisme; malheureusement 
les archives et les comptes eux-mêmes sont absolument muets à ce sujet (^'. 

L'historien auquel nous empruntons ces détails, et qui avait largement puisé aux 
sources manuscrites que possèdent les Archives nationales, raconte plus loin 
comment furent construits les bâtiments du collège. La chapelle d'abord; c'était la 
pensée des fondateurs, qui fut respectée par les exécuteurs testamentaires; les 
locaux scolaires ensuite, quand les écoliers auraient un lieu pour prier. 

trUne fois la chapelle construite et fournie des objets nécessaires au culte, les exécuteurs testa- 
mentaires, pour se conformer aux derniers vœux du fondateur, durent songer à bâtir le collège 
lui-même 

trLe 16 juillet suivant (année 1887), on fit marché avec Jean Filleul, maçon, Jean le Sou- 
doyer, tailleur de pierres, et Michel Salmon, maçon. Ils s'engageaient à édifier, le long de la 
rue du Mont-Saint-Hilaire (ou des Carmes) un corps d'hôtel de quinze toises de longueur, avec 
caves et celliers au-dessous, le tout en pierres de taille; les fondements, pi'ofonds de deux toises 
et épais de quatre pieds, devaient être construits en fflibes et nioiron». Au-dessus du rez-de- 
chaussée, la muraille devait faire un retrait et ne plus avoir que deux pieds et demi d'épais- 
seur, monter encore à seize pieds et demi de hauteur pour former le premier et le second étage, 
perdre, par un nouveau retrait, un demi-pied d'épaisseur, et s'élever de nouveau à seize pieds 
et demi , pour former le troisième et le quatrième étage. Au-dessus, les entablements ne devaient 
point s'élever à une hauteur considérable. Les fenêtres, dont le devis ne désigne pas le nombre, de- 
vaient être munies de treillis de fer « bien dru , de iiii posses de jour, entre les courants et montants 75. 
On convint ensuite que, sur la cour intérieure, serait édifiée une vis, ou tourelle, d'escalier à huit 
pans, dont trois seraient engagés dans la construction; que cette tour aurait neuf pieds dans 
œuvre, serait en pierre de taille au dehors, et au dedans en moellons et en plâtre; que les 
huit premières marches accédant à la grande salle seraient seules en pierre, le reste en plâtre; 
que l'embrasure des portes et des fenêtres de la tour serait en pierre de taille. La grande salle, 
placée en amont de la tour, devait avoir dans œuvre sept toises de long et quatre toises deux 
pieds et demi de largeur, s'élever sur deux pieds et demi au-dessus de « l'aire de la court", 
s'éclairer sur cette cour par trois fenêtres de huit pieds de haut. II y aurait, au fond, une che- 
minée adossée au pignon. De l'autre côté de la vis, près du collège de Presles, serait la cui- 
sine, éclairée, sur la cour et sur la rue du Mont-Saint-Hilaire, par deux fenêtres de un pied 
et demi de large sur trois pieds de haut. Les entrepreneurs s'engageaient à travailler sans 
relâche jusqu'à l'entier achèvement de l'œuvre, et l'on devait payer vingt-trois sous par toise. 
Le compte fut définitivement arrêté le samedi 7 septembre 1887. (Arch. nat., H 2785, 
fol. ii-v.) 

«Pendant les travaux... , Jean Audant, chanoine honoraire de Chartres, vendit au collège la 
maison et les classes qu'il possédait rue du Mont-Saint-Hilaire, près des nouvelles construc- 
tions, au prix de cent vingt-huit livres. (Ibid., H 97851 , fol. xxiii.) 

r: Outre les travaux compris dans le premier devis, on creusa un puits dans la cour. La cour 
elle-même fut pavée, ainsi que la partie des deux rues du Clos-Bruneau et du Mont-Saint-Hilaire, 
le long desquelles s'étendait le collège. [Ibid., fol. xm.) 

'" Le collège Dormans et la chapelle de Sainl-Jean-l'bvang-éltste , par le R. P. Chapotin, p. 35, 96, 99, 
100 et 101. 



< 



COLLEGE DE BEAUVAIS, OU DORMANS-BEAUVAIS. 107 

irLes ouvriers travaillèrent avec tant d'activité que le nouveau bâtiment, commencé dans les 
derniers mois de 1887, était habité à la Pentecôte de l'année suivante. Les boursiers furent 
partagés par chambrées de quatre. Les chapelains n'avaient qu'une chambre commune, divisée 
par des cloisons formées de planches et de plâtre. [Ihid., fol. xiv verso.) 

«... Les boursiers et les maîtres étaient installés dans les constructions nouvelles,.., lorsque 
Jean Roland, chanoine de Chartres et de Meaux, et curé d'Arcueil, offrit aux fondateurs de 
leur céder une grande maison, une plus petite et des écoles qu'il possédait dans la rue du 
Mont-Saint-Hilaire, près du collège. . . Le collège s'empressa d'accepter, et l'acte en fut passé le 
1" décembre 1 SgS. {Ibid., Reg. MM 356 , fol. 1 53.) 

tt Lorsque la construction touchait à sa Gn, on résolut, sur la proposition de Raymond du 
Temple, d'en décorer la façade, sur la rue Saint-Hilaire, des armes du fondateur. Elles furent 
aussi placées sur la porte principale de la rue du Clos-Bruneau, ouverte sur la cour du collège, 
avec une inscription qui rappelait la fondation. 

(tLes comptes furent réglés au mois de décembre i388. L'année précédente, le collège avait 
reçu pour la construction nouvelle quatre mille trois cent douze livres; les dépenses ne mon- 
tèrent qu'à quatre mille deux cent vingt sept livres neuf deniers (Arch. nat.,H 2785, fol. xlvi), 
dont les maçons touchèrent huit cent quatre-vingt-quatre livres neuf deniers, les charpentiers 
quatre cent quatre-vingts livres et les menuisiers quarante- trois livres quatre sols. Quant à Ray- 
mond du Temple, tries prelaz déclarèrent que, pour sa peine?), il aurait quarante francs, ou 
vingt-deux livres, dont il donna quittance. Jacques de Chartres, qui avait aussi consenti à 
travailler pour ce collège, n'obtint que vingt francs. t; (Arch. nat., H 2785', fol. xxvi.) 

Le collège de Beauvais avait été précédé, d'un demi-siècle environ, par celui 
de Presles, auquel il était contigu, fondé par le célèbre Raoul de Presles, qui fut 
avocat au Parlement et secrétaire de Philippe le Bel, pour quinze boursiers natifs 
du Soissonnais, comme ceux de Beauvais. Le collège de Presles avait donc avec 
ce dernier des aiïinités naturelles. 

«Avec le temps, dit Ch. Jourdain, la proximité fit naître des relations si étroites 
de bon voisinage entre les deux maisons, que, vers la fin du xvi"" siècle, elles se 
partageaient les classes devenues communes aux boursiers de l'une et de l'autre.-» 
C'était une réunion implicite; elle devint complète en iSgy, et un seul principal 
dirigea les deux collèges jusqu'en 17(53, époque oh les constructions de Beau- 
vais, trop grandes pour le petit nombre de boursiers des deux établissements, 
que celles de Presles auraient suffi à loger, furent abandonnées au collège de 
Lisieux, obligé de quitter sou ancienne installation dans le voisinage des deux 
Bretonneries, parce qu'on établissait alors une place devant la nouvelle église 
Sainte-Geneviève, et que l'on construisait les bâtiments de la Faculté de droit, sur 
l'emplacement du collège de Lisieux. 

Ces dernières phases de l'existence de Dormans-Beauvais ont donné lieu à 
diverses études qui complètent l'histoire topographique du collège, et qu'il est de 
notre devoir de résumer ici. 

Dans la première moitié du xvn* siècle, la fusion des deux établissements ne 

li. 



108 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

lut pas favorable à Beauvais. Un principal du nom de Jean Grangier, qui était 
ff lecteur et professeur du Roy en langue latine n, se montra plus dévoué aux inté- 
r»Ms de Presles qu'à ceux de son associé : sous son principalat, disent les écrits 
du temps, les écoliers eussent été mieux «r sur les tuiles que dessous -n, et lui-même 
constatait la nécessité de et rebastir trois maisons estant à la veille de leur 
vuinen. 

Cependant il n'absorba pas complètement Beauvais dans Presles, à en juger 
par cet extrait d'une brocbure qu'il publia en 1628, sous ce titre : De l'estat du 
collèjre de Dormans, dit de Beauvais, fondé en l'Université de Paris (1628). 

ff Pour consécration des droits de ceux de Dormans, entre la porte et la chapelle 
de notre collège, se voit une lame de cuivre, enchâssée de deux poulces avant 
dedans la muraille, où sont escripts ces mots : C'est le Collège de Dormais, et, de 
l'autre costé du collège, dans la rue Saint-Hilaire, se voit une table de pierre, 
attachée contre le gros mur du corps de logis ancien, où sont les armoiries du 
cardinal fondateur. D'un costé desdites armoiries, est gravée une inscription latine 
(jui veut dire ce que, de l'autre costé, la françoise contient en ces termes : C'est 
LE Collège des escoliers de Dormans, fo^dé par de bonne mémoire Moinsieur Jean de 
Dormans, luy vivant Cardinal Prestre du Sainct Siège de Rome et jadis evesque de 
Beauvais. En repos soit son âme. Amen '''. -n 

Il était réservé à un universitaire justement célèbre, Charles Rollin, nommé, 
en 1698, principal du collège de Beauvais, de relever cet antique établissement 
(le l'état d'abaissement matériel et inlellectuel où il languissait depuis un siècle, 
tf Ceux de Dormans n, comme les appelle un peu dédaigneusement Jean Grangier, 
ne pouvaient être indéfiniment sacrifiés à ftceux de Presles 15. A peine installé, 
lîoilin constata, dit Ch. Jourdain, que la fusion des deux collèges n'avait profilé 
ni aux éludes ni à la discipline, ff Quatre choses, — c'est-à-dire quatre ensei- 
gnements, — ajoute-t-il, avaient lieu dans les bâtiments de l'un, quatre dans les 
hàtimcnts de l'autre; les deux maisons, qui étaient mitoyennes, avaient des portes 
(le communication par lesquelles les écoliers, surtout les boursiers, échappaient 
à la surveillance. Rollin demanda et obtint du Parlement, de l'aveu de la Faculté 
des Arts, que pour l'avenir toutes les classes fussent établies au collège de Beau- 
vais; qu'un mur de clôture le séparât de celui de Presles; que chaque collège 
reprit, avec son nom, une existence propre. Pour construire le mur et pour 
d'autres dépenses, il fallait de l'argent, et Rollin n'était pas riche; son petit 
revenu ne dépassait pas sept cents livres. La générosité de son maître, Antoine 

''' Nous transcrivons ici le titre complet de la lecteur professeor dd Roy en la langue latlne, et 

hi'ochure contenant ce curieux renseignement : De principal dudit collège. — A Paris, chez Auffus- 

l'estat du Collîîce de Dormans, dit de Beauvais, lin Taupinarl, imprimeur demeurant rue Saincl- 

JONDÉ en l'Université de Paris, par Jean Grangier, Jacques, proche la Tortue, si. dc. xxviii. 



COLLEGE DE BEAUVAIS, OU DORMANS-BEAUVAIS. 109 

Hersan, y suppléa j Hersan donne deux mille écus, qui furent employés à payer 
les travaux W. 

Il nous reste, pour en finir avec les vicissitudes du collège de Beauvais, auquel 
Rollin avait rendu son existence propre, à dire comment il fut absorbé, soixante- 
cinq plus tard par Louis-le-Grand, et comment, quatre ans après, ses bâtiments, 
reconstruits aux frais de Hersan, devinrent la propriété de Lisieux. 

Louis-le-Grand, abandonné par les Jésuites et devenu le chef-iieu provisoire 
de l'Université, respecta le passé de Beauvais, tout en l'englobant. Une inscription, 
placée sur la porte du collège absorbant, rappela en ces termes ce qu'avait été le 
collège absorbé : 

CoLLEGItJH LuDOVICI M AGNI 

In qiio Academi* Pahisiessis *des alummqhe 
Et Collegium Dorma>o-Bellovacum 

Ex MUNIFICEMIA LuDOVICI XV 

Régis dilectissimi. — 1766. 

Trois ans après la pose de cette inscription commémorative, les bâtiments de 
Beauvais et ses dépendances étaient vendus au collège de Lisieux : une pièce 
conservée aux Archives nationales (S 6235) nous donne, à cet égard, les détails 
suivants : 

Vente du Collège de BB.tvvàis et des bâtiments en dépendants 
à Messieurs du Collège de Lisieux ( 1 7 6 ■j ) : 

rtLes maisons, biitimenis, cours et dépendances appelés ie Collège de Beauvais. . ., tenant 
d'un côlé à quatre maisons, savoir les trois actuellement occupées par le sieur Blanchefort, 
Le Blanc et veuve Guérin, et dont il sera parlé cy après comme comprises en la présente vente, et la 
quatrième appartenante au chapelain de Saint-Jean en l'église Saint-Benoist, et d'autre côté 
aux terrein et bâtimens du collège de Presles, aboutissant par devant sur laditle rue Saint- 
Jean de Beauvais et par derrière sur celle des Carmes, contenant environ six cens quatre-vingt- 
treize toises de lerrein, ensemble la faculté concédée par la Ville, par acte du dix-huit dé- 
cembre i6qi, de trois lignes d'eau de la fontaine d'Arcueil, de laquelle concession mention est 
fai:e sur un marbre noir étant dans la cour dudit collège, à côté de la grande et principale 
porte. . . 

ffl'lus une maison et cour conliguë attenante à la chapelle dudit collège de Beauvais, sise à 
Paris susdite rue Saint-Jean de Beauvais, occupée par le sieur Blanchefort, tenant d'un côté 
et aboutissant par derrière à la susdite maison et bâtimens appelés le collège de Beauvais, 
d'autre côté tenant à la maison occupée par le s"^ Le Blanc, aboutissant par devant sur ladite 
rue Saint-Jean de Beauvais, contenant environ trente une toises et demie de terrein. 

rPlus une autre maison, scise même rue, louée à Monsieur Le Blanc, tenant d'un côté à la 
maison précédente, d'autre à la maison louée à la veuve Guérin, aboutissant par devant sur 

''* Histoire de l'Université de Paris aux xvii' et xrtii' siècles, p. 378. 



110 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

iaditte rue Saint-Jean de Beauvais , et par derrière aux cours et bâtimens dud. collège , conte- 
nant environ soixante-treize toises et demie de superGcie. 

<r Plus une autre maison louée à la veuve Guérin , scise même rue , tenant d'un côté à une 
maison appartenant au chapelain de Saint-Jean, fondé dans l'église Saint-Benoist, d'autre côté 
à la maison précédente, aboutissant par devant sur Iaditte rue Saint-Jean de Beauvais, et par 
derrière aux terrein et bâtimens dud. collège, contenant environ treize toises et demie de ter- 
rein. 

tt Enfin une autre maison scise rue des Carmes, louée au sieur Derobbes, tenant d'un côté à 
Iaditte maison du chapelain de Saint- Jean, d'autre au sieur Guérin, vitrier, et autres, et abou- 
tissant par derrière à l'emplacement des anciennes Écoles de droit, et par devant aboutissant 
à la rue des Carmes, contenant environ quatre-vingt-six toises de superficie. 

(t Toutes lesquelles maisons, bâtimens et dépendances appartiennent aud. collège de Beauvais, 
comme fesant partie de la fondation primordiale dudit collège, et en vertu d'autres fondations 
qui ont été faites dans led. collège, ou des acquisitions faites depuis plus de trois siècles.» 

Beauvais ne fut pas respecté par la Révolution : les bâtiments, aliénés en 
partie, eurent à subir diverses appropriations, et plusieurs corps de logis furent 
convertis tant en caserne qu'en magasins de literie. Vinrent ensuite divers perce- 
ments édilitaires, qui les isolèrent et les séparèrent de la chapelle, demeurée in- 
tacte, malgré son abandon. Achetée par les Dominicains, avec ce qui restait des 
constructions de Raymond du Temple, réparées par RoUin et Hersan, elle fut res- 
taurée et rendue au culte. Quelques années avant cette restauration (i855), 
Ferdinand de Guilhermy la décrivait ainsi : 

rLa chapelle, qui faisait partie des constructions primitives du cardinal de Dormans, a heu- 
reusement échappé aux démolisseurs. C'est un édifice élégant et complet de la seconde moitié 
du xiv' siècle. Le roi Charles V en posa la première pierre. Saint Jean l'Évangéliste fut choisi 
pour en être le patron. Un architecte du dernier siècle a mutilé le portail ; l'ornementation 
gothique est remplacée par des panneaux insignifiants, taillés dans l'épaisseur de la pierre. Les 
autres parties de la chapelle sont à peu près intactes. Elle se compose d'un vaisseau simple, 
sans collatéraux, partagé en cinq travées pour la nef, terminé par une abside à cinq pans, 
appuyé de contreforts, percé de haules et larges fenêtres ogivales à meneaux. Notre gravure 
reproduit le côté septentrional. Une jolie porte, avec colonnettes et moulures toriques, s'ouvre 
à la cinquième travée. La flèche, décorée à sa base d'une arcature en ogives à trois lobes, reste 
debout sur le comble; les révolutionnaires l'ont seulement épointée, en brisant la croix qui la 
surmontait. Au sud, une construction intéressante s'élève entre la nef et l'abside, renfermant 
une sacristie au rez-de-chaussée, et une salle de trésor ou un chartrier à l'étage supérieur. 

«L'intérieur de la chapelle est aujourd'hui un magasin de literie militaire. Un plancher re- 
couvre le sol. Il ne subsiste plus rien de l'ancien mobilier sacré. L'édifice a pour couverture 
une voûte en berceau d'ogive, formée de lattes, soutenue par des entrais et des poinçons. 
Comme à la Sainte-Chapelle du Palais, les croix de consécration sont portées par les apôtres. 
Mais ici on s'est contenté de peindre les personnages en petites proportions au pourtour de la 
chapelle. Chaque apôtre, représenté à mi-corps dans un quatrefeuilles, tient d'une main la 
croix d'or, et de l'autre l'instrument de son propre martyre, ou son attribut le plus ordinaire. 
Nous n'avons retrouvé que dix figures au lieu de douze; les deux autres sont couvertes de badi- 



COLLEGE DE BEAUVAIS, OU DORMANS-BEAUVAIS. 111 

geon ou cachées d'une façon quelconque. De chaque côtti de l'abside, il existe un retrait formant 
un petit oratoire, et pouvant servir, comme ceux que nous avons remarqués à la Sainte- Cha- 
pelle, de place réservée pour la famille du fondateur. 

ffUne porte, à peu près semblable à celle que nous avons vue du côté du nord, conduit de la 
nef dans la sacristie. Quelques traces d'un ancien autel, une piscine et des restes de peinture 
indiquent que cette sacristie était en même temps un lieu de prière. Sa voûte décrit deux tra- 
vées; les nervures reposent sur deux consoles, oii sont sculptés l'ange, l'aigle, le lion et deux 
prophètes ou évangélistes tenant des banderoles. Un escalier à vis monte à l'étage supérieur, 
voûté et disposé comme le rez-de-chaussée. On a recueilli dans la sacristie une inscription 
gothique mutilée, qui était autrefois placée sur une des façades du collège, et qui constatait 
la fondation. 

ttUn tombeau de marbre noir, érigé devant le maître autel, portait les statues en cuivre de 
Miles de Dormans, évêque de Beauvais, neveu du fondateur, et de Guillaume de Dormans, 
archevêque de Sens, morts, l'un en 1887, l'autre en i4o5. Ce monument a été entièrement 
détruit. C'est Miles de Dormans qui avait fait construire la chapelle du collège, au moyen de 
trois mille florins d'or légués à cet effet par son oncle. 

(tSur les côtés de la chapelle, six statues en pierre, de grandeur naturelle, représentaient 
trois hommes et trois dames de la famille de Dormans. Elles étaient accompagnées d'inscrip- 
tions gothiques, qui offraient à la fois un texte latin et sa traduction en français. Les inscriptions 
sont déposées dans les magasins de l'église impériale de Saint-Denis <". Le Musée historique de 
Versailles a donné asile aux effigies de Jean de Dormans, chevalier de l'église de Beauvais, 
décédé en i38o,et de Renaud, son frère, archidiacre de Chàlons-sur-Marne, mort en i386('^).n 

Une noie de l'éditeur de Le Beuf ajoute, d'après les épilaphiers, quelques lignes 
de renseignements à ce que l'on sait sur le côté funéraire de l'iiistoire de cette 
chapelle : «On y remarquait aussi, dit-il, les sépultures de Jean d'Auxey, dit 
Le Gallois, chevalier, seigneur d'Orville et de Goussainville, conseiller et cham- 
bellan du Roi (8 novembre li^Sg), de Jaqueline Paillart, dame d'Orville, et de 
Marie Paillart, décédées dans le cours du xvi^ siècle'^'. 

La restauration, opérée en 1867 par les Dominicains, n'est pas à l'abri de toute 
critique : le caractère général de l'édifice a été conservé ; mais certains effets dé- 
coratifs ont disparu. Heureusement les travaux ont amené certaines découvertes 
intéressantes. Le Service historique de la Ville de Paris a fait, eu 18G7, des 
relevés que nous résumons ici : 

(fEn creusant le sol de la chapelle, les ouvriers ont mis à jour un cercueil de 
plomb, portant une épitaphe gravée dans le plomb même, et une sur une plaque 
de cuivre, selon l'usage général. Avant la réinhumation de ce cercueil, que les 
Dominicains avaient provisoirement placé sur un autel érigé par eux, on a pu 
l'examiner et calquer les inscriptions. Les gravures ci-dessous reproduisent les 

''' Ces inscriptions sont actuellement exposées le Musée du Louvre qui abrite aujourd'hui les effi- 
dans le jardin du Musée de Cluny. gies de Jean et de Renaud de Dormans. 

''* Histoire archéolofftque de Paris, p. 887. C'est '^' I<e Beuf, édil. Cocheris, t. I, p. 637. 



112 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

dessins faits à cette occasion. On avait cru d'abord être en présence du corps d'un 
évêque de Beauvais, embaumé, selon toute apparence, car il s'échappait de la 
bière, par les fissures du plomb dont elle était enveloppée, une liqueur aroma- 
tique brune et visqueuse; mais on a reconnu plus tard que ce personnage était le 
président Nicolas Quelain, ou Queslin, membre d'une famille qui compte parmi 
les bienfaitrices du collège. Les familles d'Auxey et de Paillart avaient aussi leur 
sépulture dans la chapelle de Saint-Jean-l'Evangéliste, mais elles n'ont point été 
retrouvées, n 

Après avoir été, en 181 5, le siège d'une école dite à la Lancastre, la chapelle 
fut affectée, un instant, au culte grec orthodoxe, après le départ des Dominicains. 
Elle est aujourd'hui abandonnée, ainsi que les bâtiments annexes que ceux-ci y 
avaient fait élever. Quant aux constructions scolaires de Raymond du Temple, 
restaurées et agrandies par RoUin et Hersan, elles ont été de nos jours rempla- 
cées par des maisons particulières, bâties en bordure des rues des Ecoles, des 
Garnies et Jean-de-Beauvais. 

Partie postériedre des râtiments du Collège de Presles. 

Il faut se reporter à l'article du Collège de Beauvais, pour les détails relatifs 
à l'installation respective des deux établissements depuis leur réunion, en 1697, 
jusqu'à la translation de Beauvais à Louis-le-Grand. L'histoire topographique de 
Presles, à partir de sa fondation, se trouvera dans le volume suivant, où sera 
décrite la rue des Carmes, sur laquelle il avait son entrée principale. 

Maison sans désignation au xvi" siècle, mais paraissant avoir porté, en i366, 
l'enseigne des Ymmges. 

Maison également sans désignation, qu'on trouve mentionnée en 1Û89, comme 
contiguë à celle qui faisait le coin de la rue des Noyers. 

Reste à signaler un puits joignant le mur de YOspital : a la^a. Puteum conti- 
guum domui hospitalis Jherosolimi, in clatiso Brunelli. ^1 II ne faut pas le confondre 
avec le Puits Certain. 



«î 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 113 



CHAPITRE X. 

SUITE DES RUES DE LA RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 

Sommaire : Rue de Cluny. — Sa situation, soa origine; sa dénomination. — Description topo- 
graphique des deux côtés de celte voie. — Collège des Dix-Huit. — Rue des Cordiers; 
époque de son ouverture; motif de son appellation. — Description topographique de ses 
deux côtés. — Ruelles Coupe-Gorge et Coupe-Guelle; leur situation, leur origine, raison 
de leur dénomination. — Description topographique de leurs deux côtés. — Rue d'Ecosse; 
sa situation, noms qu'elle a portés. — Description topographique de ses deux côtés. — 
Collège de Thou; peu important, peu connu et oublié par la plupart des historiens de Paris. 
— Rue des Grés, on Saim-Étienne-des-Grés; ses dénominations successives et leur origine; 
étvmologies diverses. — Description topographique des deux côtés de cette voie. — Les Pe- 
tites Maisons de Vézelat. — A l'opposite, le Grand et le Petit Vézelay. — Le Collège de 
LisiEux; sa fondation, ses diverses phases; ses déplacements. — Rue du Foin; son origine, 
sa situation; raisons des divers noms qu'elle a portés. — Description topographique des deux 
côtés de cette voie. — Le Cloître des Mathurins. — Le Bureau des Libraires, etc. 



RUE DE CLUNY. 

Cette voie, dont on a fait, de nos jours, la continuation de la rue de la Sor- 
bonne, et à laquelle on a donné, comme à celle ci, le nom d'un philosophe 
contemporain, Victor Cousin, débouche, au midi, dans la rue des Cordiers, et 
au nord sur la place de la Sorbonne, ancienne partie occidentale de la rue des 
Poirées, avant l'élargissement ménagé devant la chapelle bâtie par Richelieu. 

Le Dit de Guillot (iSoo) l'appelle trrue à l'abbé de Clignyn; c'est l'indication 
la plus ancienne que nous connaissions. Les archives du collège de Cluny, dé- 
truites ou adirées, devaient contenir, à cet égard, des renseignements précieux. 
Dans les titres et les plans des xvii* et xvm* siècles, la rue de Cluny est souvent 
confondue avec celle des Cordiers, qui la limite au sud. Son peu de longueur a 
dû causer cette confusion. 

CÔTÉ OCCIDENTAL. 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 
justice ET CENSIVE DE SAlNTE-GENEVlÈVE. 

Ce côté de la rue était occupé par certaines dépendances du collège de Cluny, 

TI. l5 



tnPRIMEKIC KlTrO^ 



114 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

qui avait son entrée à l'angle de la rue des Poirées. Parmi ces dépendances figu- 
rent la 

Maison Saint-Antoine, dont il n'est pas fait plus ample mention; puis une 

Place, non autrement désignée. 

Un titre authentique, relevé par A. Berty, nous apprend ce que contenait cette 
place : «Item, les maisons basties autour et sur le fond dudict colleige : la pre- 
mière, Sainct Antoine, tenant à une place et tournelle tenant aux Jacobins; la- 
dicte place contenant quinze toises de largeur sur la rue des Cordiers — c'est-à- 
dire sur la rue de Gluny, car on confondait les deux voies — , d'autre part, à la 
maison suivante, le 

ff Soleil d'or, qui fait le coing de la Place Sorbonne et de la rue des Cordiers n. 

CÔTÉ ORIENTAL. 

PABOISSE DE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE ET CENSIVE DE LA SORBONNE. 

Quatre maisons sans désignation, que les notes de A. Berty permettent de 
localiser. 

Collège des Dix-Huit. 

Cet établissement scolaire, auquel nous consacrons une notice à l'article de la 
Soibonne, dans les dépendances de laquelle il a été absorbé, avait, comme le 
collège de Cluny, son entrée principale sur la rue des Poirées. Il avait été fondé, 
au xu" siècle, pour dix-huit pauvres écoliers; d'où le nom sous lequel il était 
connu. 



RUE DES CORDIERS. 

Cette voie, qui vient d'être englobée dans le périmètre de la Sorbonne agran- 
die, est, selon toute probabilité, contemporaine de la construction de l'enceinte 
dite de Philippe Auguste. Le long et en dedans de la muraille, ainsi que cela se 
pratique dans beaucoup de villes murées, les cordiers furent autorisés sans doute 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 115 

à exercer leur industrie, et donnèrent ainsi leur nom à une rue nouvelle, tracée 
parallèlement à l'enceinte. 

La rue des Cordiers existait depuis peu de temps, au moment où fut composé 
le Dit de Guillot (i3oo). Ce nomenclateur l'appelle « rue as GordiersTi, et c'est le 
premier document où il en soit fait mention. Elle a, d'ailleurs, fort peu occupé les 
historiens de Paris. Toutefois, il en est question dans un acte de vente de iSig, 
qui confirme ce que nous venons de dire sur son origine, puisqu'elle y est appe- 
lée Vicus novus Corderiorum. 

Contrairement à l'opinion émise par Jaillot, la rue des Cordiers n'a pas dû se 
prolonger, à l'ouest, jusqu'à la rue Saint-Cosme, ou de la Harpe. L'ancien passage 
des .lacobins, aujourd'hui partie occidentale de la rue Cujas, avec lequel on l'a 
confondue, lui était parallèle dans la partie orientale de son parcours. 

Elle se distinguait également de la rue tfaus escoliers de Clunyn, à laquelle 
son nom a été plus d'une fois appliqué; toutes deux se rejoignaient, en effet, 
mais en équerre, ou à angle droit. 

11 faut très probablement identifier la rue des Cordiers avec une certaine voie 
ainsi désignée en l'année laS:, dans un cartulaire de l'Hôtel-Dieu : Vicus Johannis 
niedici, ultra Parvuvi Pontem, pixla Sanctum Jacobum, in censiva Mercatorum aque. 
Il s'y trouvait, en effet, à la date ci-dessus indiquée, une maison appartenant à 
Pierre d'Argenteuil, qualifié de médecin dans le texte que nous venons de citer. 
Or, on sait que la famille d'Argenteuil, qui a servi, au xm" siècle, à dénommer 
deux l'ues dans cette région, habitait dans les environs immédiats de la rue des 
Poirées. Le développement des bâtiments du collège de Cluny ne permettant pas 
de considérer l'hôtel d'Argenteuil comme ayant été situé dans la rue frdes Escho- 
liers de ClugnyTi, il semble qu'on doive le placer dans celle des Cordiers. 

Le côté méridional de cette voie était, à partir de la maison faisant le coin de 
la rue Saint-Jacques, exclusivement de la censive de Saint-Etienne-des-Grés et 
de la paroisse de Saint-Benoît. Le côté septentrional appartenait à la même pa- 
roisse; mais il était de la censive du Parloir aux Bourgeois, Mercatorum aque, 
comme il est dit dans l'acte de 1281, jusqu'à l'extrémité occidentale de la rue, 
qui relevait de la Sorbonne. 

L'ancien parcellaire de la rue des Cordiers est très difficile à établir; nous allons 
cependant essayer de le reconstituer. 



L\ Madeleine, 
Le Barillet, 



CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Orient en Occident). 



i5. 



116 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

La Rose blanche. 

Ces trois maisons « entretenantes i5, pour parler le langage d'autrefois, ont pu 
être réunies et séparées alternativement, ainsi qu'il est arrivé pour une grande 
partie des anciens immeubles parisiens. Mais il est certain que la première, tout 
au moins, avait une existence distincte en 1^78, et qu'elle portait même alors 
une triple dénomination. Un acte de cette année la désigne ainsi : crOstel grant,. . . 
■où pend pour enseigne I'Ymaige sai>ct Vincent, nommé I'Ostel des Gaves, faisant 
le coin de la rue des Cordiers, tenant et aboutissant, de deux costez, aux hoirs 
de feu meslre Gilles Luillier; c'est la Magdeleine •«. 

Un siècle plus tard, la Madeleine et son voisin le Barillet étaient réunis, bien 
qu'ils eussent deux enseignes distinctes : ff Maison, — est-il dit dans une pièce de 
1678, — faisant le coing de la rue des Gordiers, en deux corps d'hostel, en l'un 
desquels pend pour enseigne la Madelaine, rue Saint-Jacques, et l'autre le Ba- 
rillet, rue des Gordiers, touchant à la Rose blanche h. 

Ges deux corps d'hostel, dont le premier formait l'angle des rues Saint-Jacques 
et des Gordiers, et dont le second était en bordure de cette dernière rue, sont 
dits appartenir trau collèges, sans autre désignation. La contiguïté du collège 
de Réthel semble indiquer cet établissement comme propriétaire de la maison dont 
il s'agit; mais elle appartenait au collège de Fortet, qui s'y installa en iSgi. 

La Roze blanche était la troisième maison, en allant d'orient en occident. Elle 
tenait, d'une part, au collège de Réliiel, de l'autre à la 

Maison du Nom de Je'sus, dénommée plus tard Hostel de Bourgogne, appellation 
dont l'origine n'est point indiquée. 

Maison a cy devant le Droit canon (16A9), tenant au collège des Dix-Huit, 
d'autre part, en retour, sur la rue des Poirées par derrière, au mesme collège 
des Dix-Huit T). 

Partie postérieure ou Gollège des Dix-Huit, ainsi déterminée par une note 
relevée sur pièces authentiques du xvii" siècle : ce Place du Collège des 18, tenant, 
d'une part au long, à la nouvelle église de Sorbonne, la rue des Poirées entre 
deux, et, d'autre part au long, à la rue des Gordiers, d'un bout, par derrière, 
à une maison du collège de Reims [vulgo Réthel), sise rue des Poirées, et à celle 
de LA Rose blanche, rue Saint-Jacques, et encore à une maison, rue des Gor- 
diers, où pend pour enseigne le Nom de Jésus n. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 117 

Hôtel Saint-Quentin, à l'angle septentrional des rues des Cordiers et de Cluny, 
vieille maison de peu d'apparence, comme presque toutes celles de la rue des 
Cordiers, mais ayant eu, en qualité d'hôtellerie, l'honneur d'abriter, aux xvif et 
xviii" siècles, plusieurs célébrités de l'ordre philosophique et littéraire : Spinosa, 
Leibnitz, Condillac, Mably, Gresset, enfin J.-J. Rousseau, dont on lui donna le 
nom, en souvenir du séjour qu'il y avait fait. 

Maison de Notre-Dame-de-Pitié, ayant dû faire partie de l'une des maisons pré- 
cédentes, dont elle a été probablement détachée à une époque indéterminée, 
puisqu'elle avait une enseigne distincte. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

Maison du Panier vert, formant l'angle sud-est des rues Saint-Jacques et des 
Cordiers. C'était une taverne assez mal fréquentée, s'il faut en croire l'auteur de 
V Apologie pour Hérodote '''. 

Maisons sans désignation, tenant à des immeubles de la rue Saint-Jacques, ou 
en dépendant, ainsi qu'on peut le conclure de la note suivante relevée sur des 
pièces d'archives : 

«Saint-Bernard tenant, d'une part et par derrière, aux Jacobins, d'autre part 
à une maison appartenant à la Charité, et à d'autres maisons ayant issue rue des 
Cordiers. n. 

OsTEL AUX Champions (i36o), auquel aboutissait une maison appartenant à 
Guillaume Chrétien, ainsi qu'il résulte de la note suivante déterminant la posi- 
tion respective des deux immeubles : ffi36o. Maison à Guillaume Crestien, 
dict du Celier, tenant aux Dix Chaises, et d'autre part, à l'ostel des Jacobins, 
aboutissant par derrière à l'ostel des Champions, en la seigneurie de Sainct- 
Estienne des GrezTi. Une pièce latine de 1819 appelle cet hôtel «domus ad 
Pugiles n. 

Jardin de Simon, faisant encoignure sur la rue de Cluny et localisé par un titre 
de i3ig, où il est dit que Adamus de Caulatnvilla, ciianoine de Saint-Elienne-des- 
Grés, vendit ((domum cumjardino, relro sitam, ultra Parvum Pontem, prope Fratres 
Predicatores , contiguam, ex una parle , jardina Domvs ad P voiles, et, ex alia parte, 

'*' Voir le lome II, chap. xxxvi, p. i85 de cet ouvrage, édition de 1785. 



118 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

rico Noro Corderjorum, et, in ejus capite, contiguam cuneo dicte domus Predicatorvm , 
et, in alio c(q)ite, jœ^dino Symonis de. . . v 



RUELLE COUPE-GORGE. 

Cette dénomination, un peu moins réaliste que celle de la rue suivante, s'appli- 
quait à une petite voie comprise dans l'enclos du couvent des Jacobins, ou Domi- 
nicains de la rue Saint-Jacques. C'était, avant le xvi® siècle, une sorte de couloir 
séparant le jardin du monastère de la muraille de Philippe Auguste, et le rétré- 
cissant d'autant. Pour l'agrandir, le roi Louis XII fit don aux Jacobins du sol de 
cette ruelle; de sorte que les religieux, jouissant également de l'ancien Parloir aux 
Bourgeois établi dans l'une des tours de l'enceinte, purent communiquer, sans 
sortir de leur pourpris, avec la partie de leur domaine située extra muros, où ont 
été percées les rues Saint-Hyacinthe, Saint-Dominique et Saint-Thomas-d'Enfer. 

La ruelle Coupe-Gorge, latérale aux murs de ville, s'étendait donc de la porte 
Saint-Jacques à la porte Gibard. Elle devait le nom peu rassurant qu'elle por- 
tait aux meurtres qui s'y étaient commis, avant son annexion au jardin des Ja- 
cobins. 

Le côté méridional était formé par la muraille de Philippe Auguste; quant au 
côté septentrional, qui longeait l'enclos intra muros des Jacobins, il présentait une 
maison à chacune de ses extrémités. A l'est, c'était : 

L'Ours (iB/ia), maison joignant la herse de la porte Saint-Jacques. 
A l'occident, c'était : 

L'Hôtel de Bourg-Moyen , ayant eu d'abord son entrée principale rue de la Harpe 
(voir la monographie de cette rue), et englobé plus tard dans le pourpris des 
Jacobins. 

Entre ces deux immeubles, s'ouvraient, sur la ruelle Coupe-Gorge, 

L'Hôpital de la Voulte , 

La Chapelle Saint-Jacques , 
faisant, l'un et l'autre, partie des bâtiments du couvent des Jacobins. (Voir l'ar- 
ticle consacré à ce monastère.) 

Le Parlouer aus Bourjois, auquel nous consacrons plus loin un article spécial, 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 119 

peut aussi être considéré comme situé sur le côté méridional de la ruelle Coupe- 
Gorge, puisqu'il se rattachait à la muraille de Philippe Auguste. 



RUELLE COUPE-GUEULE. 

Nos bons aïeux, qui appelaient les choses par leur nom, n'ont pas hésité à 
en donner un très significatif à une petite voie assez rapprochée de la précédente 
et fort décriée, en son temps, par les attentats qui s'y commettaient. Mais, de 
même que l'incorporation de la ruelle Coupe-Gorge à l'enclos des Jacobins mit 
un terme aux assassinats dont elle était le théâtre, ainsi la donation de quelques 
maisons sises vin vico Coupe-Gueule n au célèbre chapelain et confesseur de saint 
Louis, Robert Sorbon, ou de Sorbonne, eut pour effet d'éloigner les détrousseurs 
et les meurtriers de l'emplacement de la future faculté de théologie. Agrandir 
un couvent, fonder un collège semblait donc, à cette époque, un moyen d'assurer 
la police de la cité. 

Saint Louis était en Orient, lorsque la reine Blanche, agisssant au nom de 
son fils, octroya à Robert Sorbon frune maison seize vis-à-vis du palais des 
Thermes, dans la rue qu'on appeloit Coupe-Gueule ri. A cette première donation, 
dit Félibieii, la reine régente en ajouta une seconde : a plusieurs autres mai- 
sons scizes au raesme endroit et aux environs, particulièrement dans la rue des 
Massons Ti, furent, en effet, réunies à la première, mais sans relier ensemble les 
bâtiments du nouveau collège. Ce n'est pas tout : le roi, de retour d'Egypte, 
voulut se montrer aussi libéral envers Robert Sorbon que l'avait été sa mère, 
et donna au fondateur une maison avec des écuries, également située in vico 
Coupegueule. 

En rappelant ces diverses donations, nous n'avons pas la pensée d'identifier, 
dès le xui* siècle, le vicus Coupegueule avec la rue de Sorbonne. Un texte, d'ailleurs, 
ne nous permet pas cette identification ; c'est celui où il est dit que Louis IX céda 
à Robert Sorbon, par voie d'échange, non seulement les maisons qu'il avait en 
la ruelle Coupe-Gueule, mais encore quasdam alias sitas in fine alterius vici eidem 
ojrposili. 

Quel était ce vicus oppositus, à l'extrémité duquel se trouvaient les immeubles 
échangés par saint Louis? 11 y a toute apparence que c'était la rue de Sorbonne; 
ce qui place la première installation du collège et, par conséquent, la ruelle 
Coupe-Gueule entre la rue des Maçons, vicus Lalhomorum, et la rue de Sorbonne 
moderne, mais à uneTiauleur indéterminée. 



120 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Deux notes extraites du Cartulaire de Sorbonne et datées de i2 56 peuvent 
contribuer à localiser les maisons données ; en voici la teneur : 

cf 12 56. Collège de Sorbonne. Saint Louis donne à Robert de Sorbonne, pour 
la commodité des théologiens, une maison à Jehan d'Orléans, avec les écuries 
qui estoient à P. Pointan, — ou Pointin — joingnantes, rue Coupe-Gueule, 
devant l'Hostel des Bains, n 

— «Don de toutes les maisons, rue Coupe-Gueule devant I'Hostel des Bains, 
depuis la maison de Guillaume Pointin , et J. Henneinville jusques au bout de la 
rue. n 

Cet Hostel des Bains n'est pas facile à identifier : on le localise approximative- 
ment, en le plaçant sur le côté oriental de la rue, en face de l'une des cinq mai- 
sons contruites sur l'emplacement de I'Hostel d'Harcourt, 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Sud au Nord). 

Cinq maisons, sans désignation, ou dites «à la Sorbonne «, depuis la donation 
qui en fut faite à Robert Sorbon. 

Autre Maison, également sans désignation et dite aussi «à la Sorbonne n. 

CÔTÉ ORIENTAL. 
Maison du Figuier, 

Maison des Carneaulx, 

Maison de la Caige d'or. 

Maison de l'Estrille Fauveau, enseigne comportant un calembour, qu'on re- 
trouve dans le quartier Saint-Honoré '''. 

''' Topographie historique du vieux Paris (région du Louvre et des Tuileries). 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 121 



RLE D'ECOSSE. 

La voie qui porte aujourd'hui ce nom aboutissait, d'une extrémité, à l'an- 
cienne rue du Four, et, de l'autre, à la rue du Mont-Saint-Hilaire, dénommée 
aujourd'hui de Lanneau. Le vocable sous lequel elle est connue n'est pas le plus 
ancien : un titre de 1270, un livre de la Taille de 1292, l'appellent vicus du 
Chaudron, et la placent rétro ecclesiam Sancti Hilarit. Elle devait cette première 
dénomination à une maison formant l'angle d'un de ses côtés et ayant pour en- 
seigne LE Chal'lderon ou Chauderon. Gomme elle continuait la rue du Four, on Ta 
souvent confondue avec cette dernière : un acte de i388, notamment, la désigne 
ainsi : trrue du Four, autrement du Chaudrons, et cette double appellation se 
rencontre assez fréquemment dans les titres des deux siècles suivants. 

A quelle époque précise l'échangea-t-elle contre celle de rue d'Ecosse? Il est 
aussi difiicile de le dire que d'assigner une origine certaine à cette dernière dé- 
nomination. Cependant il semble que la proximité du collège des Ecossais, établi 
d'abord dans la rue des Amandiers et transféré plus tard dans celle des Fossés- 
Saint-Victor, a dû motiver ce changement. 11 se pourrait également que des étu- 
diants écossais aient, à raison môme de ce voisinage, pris gîte dans la rue du 
Chaudron et contribué ainsi à lui faire donner le nom de leur pays. Plusieurs 
historiens modernes s'accordent à voir là le vrai motif de la désignation nouvelle ; 
en l'absence de titres probants, nous nous bornons à le donner comme très pro- 
bable. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Sud au Nord). 

PAROISSE SAINT-HILAIRE. 
JUSTICE ET CENSIVE DU CBAPITRE SAINT-MARCEL. 

Partie du Collège de Reims, ayant son entrée principale sur la rue de 
ce nom. 

BÂTIMENTS POSTÉRIEURS ET DÉPENDANCES DU COLLEGE DE COQUEREL, 
ayant sa principale façade sur la rue Chartière. 

Maison annexée audit collège et désignée ainsi dans un titre de 1^77 «la granl 

sale de Coqrel-n; elle tenait à la maison formant le coin occidental de la rue du 

Mont-Saint-Hilaire. Une note puisée dans une pièce postérieure de dix ans est 

ainsi conçue : ff Acquis le bail de la sale de I'ostel de Coqrel jusques à la maison 
?i. 16 



IMPRIHCail HATIONALI. 



1-2-2 . TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

appellée du Chauderon, en 168711. Les vicissitudes du collège expliquent cette 
location ; mais nous ignorons par qui et à qui elle fut consentie. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 

PAROISSE SAINT-HILAIRE. 

JUSTICE ET CENSIVE DU CHAPITRE SAIIST-M ARCEL. 

Maison du Chauderon ou ChaULDRON (1299), faisant le coin oriental de 
la rue du Mont-Saiut-Hilaire, et ayant, dès cette époque, donné son nom à la 
voie publique où elle était située. Cet immeuble, où fut établi plus tard le col- 
lège de Tliou, comprenait deux parties distinctes : le bâtiment principal, ayant 
entrée sur la rue d'Ecosse et faisant le coin de celle du Mont-Saint-Hilaire; puis les 
dépendances, séparées du principal corps de logis par le jardin de l'église Saint- 
Hilaire, et se développant à l'angle des rues d'Ecosse et du Four. 

C'est dans la maison du Chaudron, que lut installé, au xiv'' siècle, le collège 
de Thou, ou Toul, établissement fort peu connu, auquel nous consacrons plus 
loin un article spécial. Mais il semble que, tout en abritant des maîtres et des 
écoliers, elle ait conservé, du moins en partie, son caractère de maison privée, 
sans doute à raison des dimensions qu'elle présentait. 

En 1628, il est fait mention d'une sentence rendue a contre les escolliers du 
collège de Thoul, pour trente-neuf solz de rente sur deux maisons contiguës assises 
en la rue du Four, aultrement dicte du Chaudron-n. C'est de la rue d'Ecosse qu'il 
s'agit. 

Un siècle plus tard (1 527), un titre désigne ainsi l'immeuble où le collège avait 
été établi : «Deux corps d'ostel en la rue d'Ecosse, l'un le Chauldron, faisant le 
coing de la rue, tenant de toutes parts et aboutissant par derrière audict Sainct 
Ylaire, et l'autre maison tenant au jardin dudict Sainct Ylaire, au jardin dudict 
coUeige de Karembert, et, d'auti'e, à ladicte rue d'Escosse.n 

Dans ce texte, le collège de Thou n'est pas mentionné; mais il l'est dans une 
autre pièce de i553, de laquelle il semble résulter que les bâtiments scolaires et 
les habitations privées offraient entre eux diverses solutions de continuité. Voici 
ce document : 

tti553. Le Collège de Thou, aultrement la maison du Chauldron, et ses ap- 
partenances, assis en la rue d'Escosse, faisant le coing d'icelle, tenant, d'une part, 
et faisant ledict coing, d'aultre, au jardin dudict Sainct Hillaire, aboutissant, dun 
bout, au presbytère. — Plusieurs aultres maisons entretenantes au dessus dudict 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 123 

collège, et entre lesquelles maisons, appartenances et collège de Thou, iceluy jar- 
din de Sainct Hillaire est et fa i et séparation d'iceluy collège et maisons; tenant 
d'une part, les deux maisons au collège de Karembert et faisant le coing de la- 
dicte rue d'Ecosse, vis à vis du collège de Reims, ti 



COLLEGE DE THOU. 

On sait fort peu de chose sur l'origine de cet établissement; toutefois il est men- 
tionné, dès 1869, dans un titre faisant partie des archives de Saint-Marcel. 11 
appartenait donc à cet ensemble de fondations scolaires qui furent nombreuses 
au XIV* siècle, et qui témoignent du prix qu'on attachait alors aux études pari- 
siennes, puisque, malgré les calamités de la guerre de Cent ans, les fondateurs 
faisaie^it dons et legs pour entretenir et faire instruire, à Paris, les meilleurs 
écoliers de la province et de l'étranger. 

La date précise de cette création, les revenus, les statuts, les noms des prin- 
cipaux et régents, le nombre et l'origine des boursiers nous sont peu connus. 
Plusieurs historiens de Paris, Jaillot en particulier, en mentionnant le collège de 
Thou, n'ont pu qu'en indiquer la situation approximative. Le Beuf, qui semble 
le faire remonter à iSgB seulement, le place aproche Saint-Hilaire n , sans pré- 
ciser autrement sa position : et J'ai, dit-il, quelque preuve qu'il etoit pour des 
bas Bretons, d'autant qu'un docteur breton le joignit, vers ce tems là (1628) aux 
collèges de Tréguier et de Cornouailles, dans la distribution de ses aumônes, n 

Sauvai n'en parle qu'incidemment et à propos de maisons contiguës. Dans les 
Klals de confscaliotis anglaises, il a trouvé les n)entions suivantes : 

fr Grand hostel, rue de la Chartriere, au de.ssus du clos Bruneau, qui fut à 
M* Jean de la Londe, tué es prisons, n 

(T Hostel neuf appartenant audit M* Jean de la Londe, scis en la rue Sainl- 
Hilaire, faisant le coin du collège de Thou, qui est des appartenances du grand 
hostel cy-dessus'''. fl 

D'autres mentions, avec variantes, ne nous renseignent pas plus complètement 
sur le collège de Thou. 

Les historiens universitaires, Du Boulay et son continuateur, ainsi que le savant 
monographe de Sainte-Barbe, n'ont pas été beaucoup plus explicites. Charles 
Jourdain range le collège de Thou parmi ceux rrqui n'ont pas d'histoire n. Quant 
à Jules Quiclierat, il localise exactement l'établissement, à l'occasion de la dona- 

Antiquités de Paris , t. III, p. 396. 

16. 



l-2/i TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

tion faite en i553, par Robert Dugasl, à la maison de Sainte-Barbe; mais il con- 
state, en même temps, que le pauvre collège de Thou n'était plus alors qu'un 
souvenir. Parmi les biens donnés figure d'ancien collège de Toul, converti alors 
en bâtiments de location •«. Jules Quicherat ajoute les indications topographiques 
suivantes qui concordent parfaitement avec les nôtres : a On l'appelait I'Hôtel du 
Chaudron; sa façade occupait tout un côté de la rue d'Ecosse, au côté gauche, 
on montant; il se retournait de flanc sur la rue du Four, et allait rejoindre le 
collège de Karembert; collège sans exercice, sur lequel les historiens ne donnent 
aucun renseignement '''. -n 

Ce qu'ils ont le mieux connu, ce sont les noms divers, ou plutôt les ortho- 
graphes diverses du nom que portait le collège; on trouve Thou, Tau, Toul, Thoul, 
Tlioueil, et en latin, de Tullo, de Tulleio. La famille parlementaire de Thou paraît 
avoir été complètement étrangère à la fondation du collège de ce nom, et rien 
n'autorise à croire que la race nobiliaire des comtes de Toul y ait été pour quelque 
chose. 



RUE DES GRES OU SAINT-ETIENNE-DES-GRES. 

La voie qui a porté successivement ces deux noms, et qui forme aujourd'hui le 
prolongement de la rue Cujas, ancien passage des Jacobins transformé, a pour 
aboutissant, à l'ouest, la rue Saint-Jacques, à l'est, la partie occidentale du cloître 
Sainte-Geneviève, comprise dans le périmètre de la place du Panthéon. 

Son appellation la plus reculée, celle du moins que l'on rencontre dans les 
plus anciens titres est rue des Grés {yicus de Greis). Berty l'a trouvée dans un 
document sans date, appartenant au fonds de Saint-Jean-de-Latran; mais des 
variantes, provenant des différentes racines qu'on a données à ce mot, ne tardent 
pas à se produire : grez (de gressus), grecs, Grieiix et autres fantaisies étymolo- 
giques qui datent de Raoul de Presles et remontent peut-être plus haut. On ren- 
contre, dans un titre latin de i 2^3, la périphrase suivante : vtcus per quem itur ab 
ecclfsia Sancte Genovefe ad Sanctiim Stephanum. Le censier de Sainte-Geneviève, en 
la même année, l'appelle vicus des Grés et vicus de Gressis. On voit ensuite vtcus 
Sancli Stephani de Gressihus. 

Le Beuf, qui a relevé ces diverses dénominations à propos du vocable de 
l'église Saint-Etienne, les discute dans l'article qu'il a consacré à cet édifice; 
nous ferons comme lui. Le lecteur se reportera donc à notre notice sur cette 
église, laquelle, ayant son entrée principale rue Saint-Jacques, a dû être placée à 
la suite de la description topographique de cette dernière voie. 

'"' ïlisloire de Saintc-Darbe , t. I, p. 809. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 125 

Mentionnons, en terminant, une appellation que l'on trouve dans un acte de 
1Û92, appartenant au fonds du collège de Montaigu : c'est celle de «rue Saincte 
Geneviefven, due probablement à la direction que suivait la voie dont il s'agit; 
elle tendait, en effet, de la rue Saint-Jacques à l'église de la patronne de Paris, 
et longeait le clos Saint-Etienne contigu à celui de Sainte Geneviève. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

PAROISSE DE SAIMT-ÉTIENNE-DU-MONT. 
JUSTICE ET GENSIVE DE SAINTE-GENEVIEVE. 

HosTEL DE LK Traille OU DE LA Treille (i^83), coutigu à la porte du cloître 
Sainte-Geneviève; il appartenait, en i38o, au ff chamberiem de i'abbaye. 

Petites maisons de Verdelaï^'^ (i38o), Hostel Verderei (1607), Petites mai- 
sons de Vezelay (i483), ou Hostel du Petit Vezelay (i5ii). Nous sommes ici 
en présence d'un vaste logis, composé de deux hôtels distincts situés vis-à-vis l'un 
de l'autre, et servant, ainsi que l'a fait remarquer l'historien de Sainte-Barbe ("^J, 
l'un, de résidence aux abbés de Vézelay lorsqu'ils venaient siéger au Conseil du 
Roi, l'autre, au logement des profès de l'abbaye, qu'on envoyait prendre leurs 
grades dans l'Université. 

Voici, dans l'ordre chronologique où nous les rencontrons, les notes extraites 
de documents authentiques, qui nous permettent de retracer, du xiv" au 
XVII* siècle, l'aspect successif de cette maison abbatiale et professe : 

Le Petit Vézelay, ou Petites maisons de Ve'zelay, ne semble pas avoir précédé le 
Grand, a- Il était situé, dit Sauvai, entre le collège de Lizieux et le clos de Sainte- 
Geneviève; le Grand aboutissait à la chapelle de Saint-Syniphorien et à l'hôtel de 
i'abbaye Saint-Micliel. Philippe de Mornai, archidiacre de Soissons, ajoute Sauvai, 
le vendit à l'abbé de Vézelay; les religieux de Sainte-Geneviève l'indemnisèrent, 
en 1^07, moyennant une certaine somme qu'on leur paya en écus d'or, qui 
valoient alors dix-huit soIs'^'.ti 

Comme les deux hôtels se faisaient face, c'est du Petit que nous devons parler 
d'abord, puisqu'il était sur le côté méridional de la rue des Grés. A la fin du 
xiv"' siècle et au commencement du xv*, on le décrit ainsi : cr Ung corps d'ostel et 
jardin entretenant, tenant, d'une part, à la rue de Sainl-Etienne-des-Grés, d'aultre 

''* Verdelay , ou Verdelats, lieu de pèlerinage Vézelay; Verderei en est sans doute une seconde. 
aux environs de Bordeaux, est ici une première .'" i. Qukhe.ral, Uist.de Sainte-Barbe, l.l, p. i5. 

alt<fration du nom de l'abbaye bourg-uignonne de ''' Antiquités de Paris, t. II, p. 2G8. 



126 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

part, aus jardins et doz de l'abbaye de Saiacte-Geneviefve, aboutissant, d'un 
bout, au collège de Torsy, appelle de Lizieux, d'aultre part, à I'Ostel de l\ 
Treille, appartenant à Saincte-Geneviefve. a 

Un titre de 1607 contient des détails plus circonstanciés sur le Petit Vézelay : 
fflteni, une aultre grant maison, trois petites maisons avec un jardin entretenant, 
en la rue de Sainct-Estienne-des-Grez, de l'aultre part d'icelle tenant à un hostel 
de l'église de Saiacte-Geneviefve, d'une part et d'aultre part; c'est assavoir le- 
dict jardin, qui contient un quartier de terre ou environ, au jai'din de l'iiostel qui 
lut feu M"" Pierre Conrard, et d'autre part, au costé, au grand jardin de ladicte 
église de Saincte-Geneviefve, et aboutissant à ycelui, et par devant à ladicte rue 
de Sainct-Estienne-de-Grez. n 

Un autre document du xv*= siècle précise encore davantage la situation et la 
composition des Petites maisons de Vézelay. Après avoir indiqué le lieu 011 était 
le Grand Vézelay, il ajoute : crDe l'aultre part d'icelle grant maison, trois petites 
maisons ou louaiges, avec un jardin entretenant, au prouffit d'icelle église de 
Vézelay, tenant à ung hostel de nostre église de Saincte Geneviefve. n Ces derniers 
mots révèlent la source à laquelle est puisé ce document : c'est un accord entre 
les abbayes de Vézelay et de Sainte-Geneviève, accord par lequel les religieux de 
ce dernier monastère consentent à l'amortissement de l'iiôtel acquis par le pre- 
mier. 

A la fin du xv* siècle, le Petit Vézelay contenait, aux termes d'un titre de 1 ^92 , 
fr court, puys et jardin, maisons, chambres et estables, court devant et derrière 
et huys derrières. Il n'eut pas, comme le grand, à subir d'annexion : le collège 
de Lisieux, son proche voisin, n'en convoita pas les bâtiments pour s'agrandir, 
ainsi que le fit celui de Montaigu, à l'endroit du Grand Vézelay. 

Le Petit Vézelay, qui était sur le côté méridional de la rue, et qu'il ne faut pas 
confondre avec un autre immeuble du même nom situé en face, et contigu au 
Grand, avait un pourpris assez vaste : il aboutissait à des jardins dépendant de 
SainteTGeneviève et s'étendant jusqu'à l'enceinte de Philippe Auguste, sur l'em- 
placement occupé aujourd'hui par la place du Panthéon. 



COLLEGE DE LISIEUX. 

Cet établissement scolaire a eu ses vicissitudes : il compte, dans ses annales, 
trois installations successives : la plus ancienne, que Félibien appelle cr première 






RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ 127 

maison du collège de Lisieuxn en la rue des Prêtros-Saint-Séverin; la seconde, qui 
fut la plus longue, en la rue des Grés; la troisième, qui fut de très courte durée, 
en la rue du Clos-Bruneau, ou Jean-de-Beauvais, lors de sa réunion au collège 
de ce nom. Nous ne dirons rien de la première installation, qui n'était que pro- 
visoire; on attendait sans doute la réalisation des généreuses intentions du fon- 
dateur. 

Ce personnage était Guy de Harcourt, évêque de Lisieux, appartenant à cette 
famille qui s'est fait un nom à Paris, dans le vieux monde scolaire. Ses libéralités 
furent grandes pour l'époque (i336) : Guy de Harcourt laissa, par testament, 
mille livres parisis pour fonder vingt- quatre bourses en faveur d'autant de pauvres 
écoliers, au choix des évêques de Lisieux; il légua, en outre, cent autres livres 
parisis pour subvenir à leur logement, en attendant la construction du collège. 

A ces libéralités vinrent, un siècle plus tard (i 4 16 , 1622), s'ajouter celles d'un 
autre évêque de Lisieux, Guillaume d'Estouteville, et de ses deux frères, dont l'un 
était aJjbé de Fécamp, et l'autre seigneur de Torchi, lesquels portèrent à trente- 
six le nombre des boursiers du nouveau collège. L'abbé de Fécamp le dota d'une 
chapelle bâtie à ses frais et dédiée à saint Sébastien; le seigneur de Torchi lui 
laissa son nom, sous lequel on le désignait parfois, concurremment avec celui de 
Lisieux. 

Voisin du Petit Vézelaï, le collège de Lisieux, lors de son installation définitive 
en la rue des Grés, s'étendait, comme le logis abbatial de Sainte-Geneviève, jus- 
qu'aux murs de Paris; il avait englobé une maison qui lui était contiguë et est 
ainsi décrite en un acte de 1602 : a Hostel et appartenances, lequel tient, de 
présent, aux jardins de l'église Saincte-Geneviefve et, d'aultre part, à l'hostel de 
^V Junyer le Besson, et à celuy de M' l'abbé de Sainct-Benoist-sur-Loire, abou- 
tissant, par derrière, aux murs de la Ville. ^î 

Les constructions primitives du collège furent bientôt insuffisantes, et leur an- 
cienneté obligea les administrateurs de Lisieux à des travaux d'agrandissement 
et de réparation, dont il est resté trace aux Archives nationales, dans le fonds du 
collège. La cinquième liasse de ce fonds contient, sous la cote S 6464, deux 
procès-verbaux de visite de ces travaux. 

L'un, qui porte la date des 1 1 et 1 3 février 1 570 , est signé de Bobert Chambys, 
altos Chambryez, Jehan Chaponnet et Jacques Le Peuple, se disant et charpentiers 
du Roi nostre sire es olficcs de ma.ssonnerie et charpenterie à Paris n. Il y est con- 
staté, avec tous les détails techniques à l'appui, que cr ung grand corps d'hostel a 
esté faict faire de neuf, par défunt Symon Larcher — c'était le principal du col- 
lège — dedans l'encloz dudict collège, en entrant par la grand porte vers la 
main dextre, et du costé où sont les latrines dudict collèges. 



128 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Les visiteurs nous font connaître incidemment une autre construction due 
également au zèle du principal Larcher; ils déclarent que les cr ouvraiges ti dont 
l'examen et la prisée leur sont confiés sont « de pareille matière et estoffes que le- 
dict défunt Larcher a faict bastir ung grand corps d'hostel estant joignant ledict 
collège, du costé et vers la porle Sainct-Jacques, et à coslé des murailles de la 
Ville. V 

Le second procès-verbal, qui porte la date du 26 septembre 1 67 1 et les signa- 
tures de «Guillaume Guillain, juré du Roy et maistre des œuvres de massonnerie 
de la Ville de Paris, Léonard Fontaine, juré et maistre des œuvres de charpen- 
terie, Estienne Grandremy, maistre gênerai des œuvres de massonnerie, Jacques 
Beaussault, aussy juré en ledict offices, donne la date approximative de la con- 
struction des deux coi-ps d'hôtel : après un contrôle et un toisé minutieux, les visi- 
teurs déclarent que aies deux corps d'ostel, tant ledict edifïice audict collège que 
ledict estant prez celluy collège, ont été construits, bastis et ediffiés en l'année 
mil cinq cens quarante ou environ, par devant ou peu aprez '''ti. 

Le collège de Lisieux, qui a longtemps compté parmi les meilleurs établisse- 
ments parisiens, fut maintenu en la rue des Grés jusqu'en 1760, époque à la- 
quelle la construction de ia nouvelle église Sainte-Geneviève, la formation d'une 
place au-devant de l'édifice et l'installation d'une nouvelle École de droit, en 
remplacement de vieux bâtiments du clos Bruncau qui avaient si longtemps 
abrité les élèves en droit canon, nécessitèrent la translation de l'établissement 
fondé par les d'Harcourt et les d'Estoute ville. Ce fut une laborieuse négociation; 
nous allons en retracer les principaux incidents. 

La première combinaison semblait assez raisonnable : l'expulsion des Jésuites 
ayant laissé libres les bâtiments du collège de Louis-le-Grand, on songea à. y 
transférer celui de Lisieux, et, de fait, il y fut réinstallé solennellement à la ren- 
trée des classes, au mois d'octobre 1762. Mais cette réinstallation avait l'inconvé- 
nient d'absorber l'un des établissements dans l'autre et de faire disparaître le 
nom du dernier occupant : la fameuse inscription Collegium Ludovici Magni se 
lisait toujours sur la porte principale de la rue Saint-Jacques. Aussi le principal, 
les boursiers et les cr supérieurs majeurs t) du collège, qui n'étaient autres que 
l'évêque de Lisieux et l'abbé de Fécamp, réclamèrent-ils vivement contre cette 
mesure. lueurs instances furent telles que le Parlement revint sur l'arrêt qu'il avait 
rendu, pour la translation de Lisieux à Louis-le-Grand. Il fallut trouver alors un 
autre collège qui consentît à perdre son individualité , et allât occuper les bâtiments 
que venaient d'abandonner les Jésuites; ce qui était au fond une a réunions. Le col- 
lège de Beauvais se résigna, et, par lettres patentes du 7 avril 176^, il succéda à 

''' Archives nationales, S 6464, 5* iiase. Voir aux îippendices. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 129 

Lisieux dans la rue Saint-Jacques, tandis que celui-ci se réinstallait à la rue du 
Clos-Bruneau. Ce fut donc un double et réciproque « déménagement t). Les lettres 
patentes constituaient une sorte de te bail n, puisque l'occupation des bâtiments du 
collège de Beauvais n'était stipulée que et pour trois années a; mais cet état de 
choses se maintint jusqu'à la Révolution. 

L'emplacement des bâtiments anciens du Petit Vézelay, ainsi que les terrains 
et dépendances du collège de Lisieux, sont entrés dans le périmètre de la place 
du Panthéon, de la rue Soufilot, en sa partie ancienne, et de la Faculté de droit. 



PAROISSE SAIKT-BBNOIT. 
JUSTICE ET CENSITE DE S.\1>T-ÉTIENNE-DES-GRÉS. 



Maison sans désignation, tenant au collège de Lisieux. 

Maison du Pressouer d'or (iBôg). 

Maison de l'Ymaige Nostre-Dame (1622), l'un des nombreux immeubles pari- 
siens placés sous ce vocable. 

Maison de l'Ymaige sainct Kristofle (1517), appellation qu'on rencontre éga- 
lement sur plusieurs autres points du vieux Paris. 

Maison du Billard, puis des Troys Bouteilles (iSSy), paraissant avoir été une 
taverne ou cabaret. C'était probablement un corps de logis détaché de la 

Maison de l'Esteuf d'argent, qui a pu être le siège d'un jeu de paume; elle tou- 
chait à l'église Saint-Etienne-des-Grés, et aboutissait, ainsi que les deux maisons 
précédentes, à une ruelle mentionnée fréquemment dans les titres de l'église. La 
procession du chapitre avait droit d'y passer le jour de la Fête-Dieu .Cette ruelle, 
dont la restitution exacte est difficile, avait sans doute son point de départ au 
petit cloître de l'église; elle passait derrière les maisons de I'Esteuf et des Troys 
Bouteilles, longeait le côté de celle de Saint-Kristofle , la partie postérieure de 
celle des Carneaulx et allait déboucher dans la rue de la Petite-Bretonnerie, entre 
cette dernière maison et celle de I'Ymaige Nostre-Dame. 

Flanc septentrional de l'église Saint-Etienne-des-Grés, en façade sur la rue 
Saint- Jacques. 



«7 

ntPlillItlIII KtTIOHJl 



130 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÉS. 

Maison du Mirouer (i B^i), coiiliguo à celle qui i'aisait le coin de la rue Saint- 
Jacques. 

Maison des Caves (1572), sans autre di^'signation. 

PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAlNTE-GENEVlÈVE. 

Flanc méridional du Collège des Chollets. Aux bâtiments latéraux de ce col- 
lège attenait, d'après Sauvai ('', la résidence parisienne de Gauthier de Chainbli, 
évêque de Senlis, lequel, dit l'auteur des Antiquités de Paris, «logeoit à la rue 
Sainct-Estienne des Grésu. Le collège s'est annexé cette maison, ainsi qu'il est dit 
ci-devant à l'article du Collège des Chollets. 

HosTEL de la Blanche-Fouasse (i 889), puis Hostel abbatial du Mont-Saint-Michel 
(iSaô), faisant le coin oriental de la rue des Chollets. Deux notes, l'une sans 
date, l'autre datée de 1670, localisent ainsi cet immeuble : «la maison appelée 
le Collège Saint Michel, rue Saint Etienne, aboutissant par derrière à la rue 
Saint Symphorien, sur le terrain de laquelle sont bâties les maisons du Bon 
Pasteur, de I'Ange gardien, du Sacrifice d'Abraham n. Le long de cette maison 
régnait une 

Allée, faisant le coin de la rue des Grés et de celle des Chollets. 

La note datée de 1670 désigne aussi l'ancien fc Hostel de la Blanche-Fouasse n. 

« Sainct-Michel , deux grands viels corps d'hostel ; une grande porte au-dessus 
de laquelle y a ung petit edifiice, caves dessoubz desquels corps d'hostel et partye 
de la court; une court à costé le lieu aussy . . . , tenant, d'une part à la chapelle 
de Sainct Michel [sic), d'aultre au collège de Montaigu, par devant sur deux 
maisons, l'une devant le collège des Chollets, l'aultrc devant le collège de Lisieux. •n 
La chapelle Saint-Michel, dont il est question dans ce texte, était-elle un oratoire 

''' Antiquilés de Paris, l. III, p. 383. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 131 

privé, à l'usage des abbés résidant en cet hôtel, ou s'agit-il de la chapelle de 
Saint-Symphorien-des-Vigiies située dans le voisinage immédiat? C'est un point 
difficile à éclaircir. 

L'HosTEL DE LA Blanche-Fouasse , après avoir appartenu à messire Nicole Dar- 
cier, évêque d'Auxerre, puis à un certain Pierre de la Neufville, fut possédé par 
Perrenelle de Gorbeil, dame de la Blanche-Fouasse, à laquelle il donna ou em- 
prunta son nom, et acquis en i4i6 par la célèbre abbaye du Mont-Saint-Michel. 
On sait que ce monastère bénédictin, situé crau péril de la mem, in periculo maris, 
compte pour quelque chose dans l'iiistoire de la topographie parisienne. Charles VI, 
dans les premières années de son état de démence, ayant fait un pèlerinage à 
1 abbaye, en revient soulagé et donne, dit-on, par reconnaissance, le nom de Saint- 
Michel à la porte Gibard, ou d'Enfer. Peut-être le doit-elle également à la petite 
chapelle érigée, dans l'enceinte du Palais de la Cité, en souvenir de l'institution 
de l'ordre royal et militaire de Saint-Michel, par Louis XI. 

L'abbaye normande, qui l'avait acquis en 1/116, ne posséda I'Hostel de la 
Blanche-Fouasse qu'un siècle et demi environ; elle fut obligée de le vendre, en 
1671, pour payer les sommes auxquelles elle avait été taxée, conformément à 
l'autorisation donnée, en i568, au roi Charles IX par le pape Sixte-Quint, auto- 
risation aux termes de laquelle il pouvait être vendu des biens d'église jusqu'à 
concurrence de cinquante mille écus de rente, au denier vingt-quatre. Mis en 
criée, l'hôtel fut adjugé au collège de Montaigu, moyennant deux mille deux cent 
soixante livres; somme insuffisante pour libérer l'abbaye, puisqu'elle avait été 
taxée, pour sa part, à trois mille huit cent seize livres, dit un manuscrit (Arch. 
nat. . S 65 1 5), (rpar les cardinaux de Bourbon, de Lorraine et de Pellevén. Le 
principal et la communauté de Montaigu, déclarés adjudicataires a à la charge 
des lods et ventes^, déclare Sauvai, durent payer en outre «cent treize livres, 
à raison d'un sol pour livrent''. 

Sur les terrains de la Blanche-Fouasse avaient été bâties les maisons du Bon 
Pasteur, de I'Ange gardien et du Sacrifice d'Abraham. Un Inventaire de pièces se 
succédant, par ordre de dates, de 1667 à 1766, désigne ainsi le dernier de ces 
immeubles : w Maison dite le Sacrifice d'Abraham, à l'encoignure des rues Saint 
Etienne des Grez et des Cholets, consistant en deux grandes boutiques sur 
Saint Etienne des Grez, entresols au dessus, salle sur le derrière, cour et chan- 
tier, caves avec un angard (sic), trois étages et greniers au dessus 1»'*). 

C'est dans les limites de cette maison, appelées mettes dans le vieux langage, 

''' Antif/uilh (le Paris, t. II, p. 968. — '■' .Archives nationales, S 65i5. 

«7- 



13-2 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

que se trouvait la chapelle de Saint-Symphorien-des-Vignes, dont on a lu la notice 
à l'article de la rue des Chiens. Possédé pendant un siècle et demi par l'abbaye 
du Mont-Saint-Michel, et acquis, ainsi que nous venons de le voir, par «les 
pauvres Capettes de Montaigun, l'ancien Hostel de la Blanche-Fouasse est quel- 
quefois appelé, dans les titres, tt Collège du Mont-Saint-Michel n. C'était, en effet, 
dans la langue du moyen âge, le studium des novices de ce monastère. 

Le Petit Ve'zelay (1698), qu'il ne faut pas, malgré la similitude de nom, 
confondre avec les Petites Maisons de Vézelay, devait, sans aucun doute, cette 
dénomination à la contiguïté du Grand Ve'zelay. On ne l'en distinguait plus au 
xvi'' siècle. 

HosTEL DE Vézelay, ou Grand Vézelay (1/116) dit, par corruption, de Verdelay 
ou Verderei, ainsi que nous l'avons indiqué à l'article des Petites Maisons de Véze- 
lay. Nous avons également consigné, dans ce même article, le fait de la vente des 
deux Vézelay, par Philippe de Mornay, archidiacre de Soissons, à l'abbaye bour- 
guignonne, vente antérieure à l'année i388. L'amortissement, par l'abbaye de 
Sainte-Geneviève, est du h juillet 1/107. ^"^ échangea, en i5ii, les deux Véze- 
lay contre la Maison des Trois Maillets, sise en la rue de Bièvre. L'année sui- 
vante, le Grand Vézelay fut acquis par le principal et les boursiers de Montaigu, 
qui s'occupaient alors de la reconstruction de leur collège, et purent étendre ainsi 
les nouveaux bâtiments sur l'emplacement du Grand Vézelay. 

Si pauvres que fussent «les Capettes ^ de Montaigu, ils trouvaient toujours de 
l'argent pour acquérir. Un typographe célèbre, de l'époque des incunables, fut 
leur bienfaiteur. Félibien, en langage archaïque, le constate dans le passage sui- 
vant : ff Ulderic Gering, ou Guering, l'un des premiers imprimeurs, des biens duquel, 
c est-à-dire à l'aide de la donation duquel, le collège acheta la terre d'Annet sur 
Marne, la maison de Vezelai et le petit collège, ou hostel du Mont-Saint-Mi- 
chel tî''^. Le legs du testateur servit donc à payer lesdits immeubles. 

Flanc méridional du Collège de Montaigu, ayant ses anciens bâtiments et son 
entrée principale sur la rue des Sept-Voies. C'est donc à l'article de cette rue et 
dans le volume suivant qu'on trouvera la monographie de cette maison scolaire. 

'■' Histoire de la Ville de Paris, t. I, p. 532. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 133 



RUE DU FOIN. 

Cette voie, à laquelle on ajoutait le nom de Saint-Jacques pour la distinguer 
d'une homonyme située dans le quartier du Marais, est mentionnée dès le 
xui" siècle et existait sans doute auparavant. Dans la plupart des textes latins, elle 
est appelée viens feni, fenarii, straminis, et dans les pièces écrites en français rue 
aufeiii, fain, au f oing, de la foinerie; ce qui indique qu'on y vendait du four- 
rage. Les anciens titres ne laissent aucun doute à cet égard; ils citent fréquem- 
ment, en effet, les agranchesn qui se trouvaient en la rue du Foin; un entre 
autres, en date de i253 et appartenant au fonds des Mathurins, mentionne une 
ffgranchen assise en la rue du Foin, devant la maison de Thomas le foinier, 
granchiam silam in vico Feni, ante domum Thome fenarii. 

Bien que ces textes justifient l'ancienneté et la permanence du nom de cette 
rue au fouirage, on en rencontre un autre dans quelques chartes du fonds de 
Sainte-Geneviève, et ce dès le commencement du xni'= siècle. Il est question, en 
ces documents, d'un certain vicus Seiniidi, avec de nombreuses variantes : en 1216, 
on trouve Sei-voide et Servode; en 1217, vicus qui vocatur Servode; en 1266, vicus 
servi Dei; en 1268, vicus Servode; en 1 253 , vicus qui dicitur Servode, infundo eccle- 
sie Sancli Malurini. Ces appellations variées, rencontrées avant nous par Le Beuf 
et Jaillot, ont provoqué, de leur part, diverses explications plus ou moins conjec- 
turales. 

Le premier, se fondant sur l'analogie qui lui semblait exister entre le vicus 
servi Dei, — rue du Serviteur de Dieu, — et une certaine rue a au Moinen dont 
il est question dans le Dit de Guiliot, a cru pouvoir identifier cette voie avec 
la rue des Chiens, attendu que la marche suivie par Guiliot conduit le lecteur sur 
le haut de la montagne Sainte-Geneviève. Cette identification nous mène un peu 
loin de la rue du Foin. 

Quant à Jaillot, il nous conduit plus loin encore : voyant dans le mot Servode 
un nom propre, et constatant, dans le censier de 12/18, que le vicus Servode y 
est mentionné à la suite des indications de cens à percevoir in monte Cetardi et 
avant ceux qui étaient dus in divili burgo, c'est-à-dire dans le bourg Saint-Marcel, 
H croit pouvoir affirmer que la rue portant le nom d'un certain Servode était 
située entre celle d'Orléans, de Couppeaux — aujourd'hui rues Daubenton et 
Lacépède — et la rue Mouffetard. 

Deux actes de la censive des Mathurins, daté le premier de 1 2^7, le second de 
1253, que les deux historiens n'ont sans doute pas connus, nous permet d'écarter 



134 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

leurs hypothèses et d'identifier la rue Servode avec celle du Foin. Dans l'un, on 
lit : Cuidam domut site in vico Servi Dei, qui viens dicitur vicus Fenarie, relro eccle- 
siam Sancti Maturini; et dans l'autre : Quinlam partern domus in vico qui dicitur Ser- 
vode, infundo ecclesie Sancti Maturini. Que le mot Servode ait été le nom propre 
d'un hahitant; que l'expression Servi Dei s'applique à saint Mathurin, ce pieux 
solitaire, sous le vocable duquel était placée l'église voisine, il n'y a là rien de dé- 
raisonnable; mais ce ne sont que des conjectures. 

Ce qui n'est point conjectural, c'est la situation topographique de la rue du 
Foin. Elle longeait le pourpris des Mathurins et n'aboutissait pas primitivement à 
la rue de la Harpe, obstruée qu'elle était par les dépendances de l'ancien Palais 
des Thermes; ce qui fait qu'on l'appelle, en laiS, ruella sine capite, versus Ther- 
minos. Mais en 129/1, sa contiguïté au couvent des Mathurins est nettement ac- 
cusée : une maison servant de dortoir aux Mathurins est dite in vico Servode et 
faisant partie du manerium de Saint-Mathurin. 

Pour en finir avec les variantes de noms portés temporairement par la rue du 
Foin, mentionnons encore une appellation que l'on rencontre dans quelques docu- 
ments du xiv'^ siècle; c'est celle de crue aus moines de Cernayn. Elle s'explique 
par la situation, en cette rue, de l'hôtel qu'y possédaient les abbés du monastère 
des Vaux de Cernay, et qui était leur résidence parisienne. 

La voie qui nous occupe, et qui faisait communiquer entre elles les rues Saint- 
Jacques et de la Harpe, a été complètement absorbée par le moderne boulevard 
Saint-Germain. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

Le Pélican, maison d'angle, que facit cuneum. 
Cloître, en la censive de la Grande Confrérie. 

Le Cloître, ou clôture des Mathurins, avait été formé, comme beaucoup d'autres 
cloîtres parisiens, par la réunion et l'appropriation d'un certain nombre de mai- 
sons privées, acquises ou léguées à diverses époques et rattachées aux bâtiments 
conventuels. Le plus important de ces immeubles est appelé, en ibka : a la Grant 
Salle du cloistreu, ayant sa façade principale en la rue Saint-Jacques, sous l'en- 
seigne du Berceau de fer. 

Divers documents corroborent cette restitution, entre autres cette mention 
d'un immeuble de la rue Saint-Jacques : «Maison de l'Ange (i638), puis du Ber- 
ceau DE FER (ihka), ayant alors issue rue du Foinn. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 135 

L'identité ne semble donc pas douteuse, mais d'autres documents viennent 
s'ajouter à celui-là et en augmentent la force probante, en même temps qu'ils 
jettent un nouveau jour sur le cloître, ainsi que sur les issues que le couvent des 
Mathurins avait de ce côté. La maison dont il s'agit, — l'Ange et le Berceau de 
FER, — est mentionnée ainsi dans un document de i ^89 : «Maison, rue du Foin, 
à présent la Grant salle du cloistre, tenant à ladicte rue du Foin, d'autre part à 
la cour des religieux, aboutissant le long de l'alée par laquelle on entre de ladicte 
rue du Foin en la cour desdicts religieux, et de l'autre bout rue Sainct Jacques. ■« 

L'allée dont il est question ici longeait la «Grant salle du cloistre n et condui- 
sait probablement à la Grant porter que mentionne un document de 1896. Une 
maison, qualifiée de première, ou maison d'angle y est dite «tenant à la cour de 
l'église, faisant cloison du costé de ladicte rue près la porte d'icellen, ce qui pour- 
rait s'entendre d'une porte donnant entrée dans la rue, ainsi qu'il en existait beau- 
coup alors, notamment en celle dite des Deux-Portes, dans le voisinage immédiat 
de la me du Foin. Mais on trouve d'autres mentions spécifiant qu'il s'agit du cou- 
vent des Mathurins; nous les transcrivons ici : 

«Maison contiguë à la Grant porte de nostre couvent. 
«Maison en la rue du Foin, à costé de la porte du couvent. 
«Deux maisons à costé de ladicte porte du couvent n. 

Les Matburins, qui avaient deux issues, l'une sur la rue Saint-Jacques, l'autre 
sur celle qui a longtemps porté leur nom, en possédaient donc une troisième sur 
la rue du Foin. 

Dépendances du Couvent des Mathurins. — Elles consistaient en maisons, ou 
parties de maisons acquises, avons-nous dit, et appropriées par les religieux; 
mais certaines portions, jugées inutiles au service du monastère en avaient été 
détachées et aflectées à d'autres usages. La plus importante de ces anciennes dé- 
pendances paraît avoir éJé le 

Bureau des Lirraires, ayant son entrée sur la rue des Mathurins, mais se pro- 
longeant en arrière sur celle du Foin. Un « thoisé n de 1 689 nous permet de consta- 
ter cette extension; il y est dit, en elFet : «La maison rue des Mathurins, tenant 
à l'église, huict thoises de face sur trois de profondeur, pour le corps d'hostel de 
devant; le petit corps du milieu qui est le Bureau des Libraires, trois thoises et 
demie de large, sur deux de profondeur; plus deux ailes, ayant quarante huict 
thoises de superficie, et les deux cours, trente cinq thoises. a C'est par ces deux 
grandes ailes et ces deux longues cours, que le Bureau des Lirraires atteignait à 
la rue du F'oin. 



136 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

En cette voie consacrée cr d'ancienneté « au dépôt et à la vente du fourrage, il 
n'est pas étonnant que le Bureau des Libraires ait été jadis une (rgranchen. C'est 
ainsi, en effet, qu'est désignée, en i3o2, la troisième maison de la rue du Foin ; 
en iSgo, elle est dite «en censive des bourgeois de Paris n. 

Le Bureau des Libraires s'est maintenu en ce lieu jusqu'au siècle dernier ; mais il 
avait pris le titre plus pompeux de Chambre syndicale des Libraires et Imprimeurs. 
Une publication descriptive de cette époque le localise ainsi : tr cette Chambre est 
située sur la rue du Foin, près celle de Saint-Jacques a C. 

Maison sans désignation d'abord, puis ayant dû être, au xnf siècle, la Domus 
Cancellorum, qui a servi pendant longtemps à désigner les Mathurins et même 
les maisons qui leur faisaient face. On sait, en effet, que les éditeurs des xvii*^ et 
xvm*" siècles localisaient leurs établissements par les mois juxta ou contra Cancellos 
Mathurinensium. La Domm Cancellorum est probablement celle qui fut achetée, en 
i25o, par Peints de Capella (Pierre de la Chapelle), puis donnée aux Mathurins, 
et ensuite amortie par la Ville, dans la censive de laquelle elle se trouvait en mai 
1263. 11 y attenait alors une agianchet ainsi appelée en 1802, et qualifiée de 
tr masures en 1/160. 



Cette agrancheiî appartenait aux Mathurins aussi bien que la Maison de la 
Croix blanche, ainsi qu'il appert du texte suivant (laSo) : ^Domum silam versus 
Palatium Terminorum, in vico qui dicilur Feni, contiguam donmi venerahilis palris de 
Curtiniuco, in censiva civium Parisietisium. L'amortissement de celte maison fut faite 
en mai 1268, y compris crune granche contiguëT). 



''' L'époque relativement moderne à laquelle a 
éié publié le Dictionnaire historique de la Ville de 
Paris et de ses environs nous oblige de rejeter en 
note les renseignements suivants, qui ont la valeur 
d'un témoignage de visu. A un siècle et demi en 
arrière, ce qui a totalement disparu prend naturel- 
lement place dans l'histoire du vieux Paris. Voici 
donc ce qu'ont vu, vers 1760, Hurtaut et Magny : 

f Au-dessus de i'attique de la porte de la maison, 
sont les annes de l'Université, écarlelées avec celles 
de la Ville , et appuyées sur deux sphinx. Sur la 
grande porte intérieure de cette maison , par laquelle 
on passe d'une cour à l'autre, on lit sur une table 
de marbre : 

jEDES REGI^ 

BIBLIOPOLARVM 

ET TYPOGRAPHOKVM 

1738. 



tr La belle inscription , qu'on lit sur la Chambre des 
visites, a été composée par Thibout, imprimeur 
fort célèbre par son érudition, mort le 20 avril 
1787. 

Elle est conçue dans les quatre vers suivants qui 
font connaître l'usage de cette salle : 

BIBLIOTHEORiA 

Quos liic praeiiciunt prastores Regia servant 
Mandata , ut vigeat Relligionis amor. 
Charla lime prava, interdiclave ; Lydius aurum 
Ut lapis , haec libres sic domus œqua probat. 

11 s'agit, comme on le voit, de la censure royale, 
éprouvant les écrits comme la pierre de Lydie 
éprouve l'or. Cette épreuve , menaçante pour cer- 
tains auteurs, avait lieu dans le Bureau des 
Libraires. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 137 

Un autre document de i3o2 nomme le propriétaire de la cr grandie tj et spécifie 
qu'elle était enclavée entre l\ Croix Blanche ou Maison des Carneaulx, apparte- 
nant alors aux Mathurins, et la Croix d'Or, appartenant aux moines de Cernay. 
Voici le texte d'oià résulte le fait : ^ Domus que dicilur Granchia Hugonis Consisi (sic), 
(tita in vico Feni, cum jardino et cetevis ejus pertinenciis, contigua ex una parte domui 
Jratnim Sancti Malurini, Parisiis, que dicilur domus de QuarnelKs, el ex alia farte 
domui monachorum de Sarnaye (Cernay). 

En i5i5, cette ngranchen est dite a tenant, comme jadis, à une maison que 
les hoirs Nicole Chapelle — ce sont probablement les descendants de Petrus de 
Capella — tiennent des Mathurins, — d'autre part, à l'hostel où se tient le 
prétoire des privilèges apostoliques — Maison de la Croix d'Or — aboutissant 
à Clunyn. 

CEJiSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison de la Croix d'Or (i6o5), plus tard divisée en deux. Il est question, 
dans un titre de 1 5i 5, que nous venons de citer, d'un trhostel où se tient le pré- 
toire des privilèges apostoliques v , lequel paraît devoir être identifié avec la maison 
dont il s'agit. 

Le document de i6o5 établit que la Croix d'Or était située entre le Heaulme 
et LES Mathurins. La agranche-n s'était donc ajoutée au pourpris de ces religieux, 
lequel s'étendait, vers l'orient, jusqu'à la rue Saint-Jacques et enveloppait de toute 
part les bâtiments conventuels; ce qui ressort évidemment d'un autre titre de 
cette même année i6o5 : (tLa Croix d'Or, tenant aux Mathurins, d'autre part à 
la Maison du Heaulme, aboutissant à l'hostel de Cluny. ■« 

Nous avons extrait de la Déclaration du temporel de Fabbaye des Vaux de Cei^nay 
faite on i5i 1, la mention suivante : cLes religieux, abbé et couvent de l'abbaye 
de Nostre-Dame des Vaulx de Cernay possédaient plusieurs maisons, caves, cours 
et jardins, assis à Paris, es rues du Foin et de la Harpe, d'ancienneté nommés 
LA Granche du Palais des Thermes. La première, où souloit prendre pour enseigne 
LA Croix d'Or , qui comprend plusieurs chambres, grenier, court devant et jardin au 
costé, est à présent au domaine d'icelle abbaye des Vaulx; et tout le demourant, 
c'est à sçavoir le Gril, les Singes et le Mouton Rouge, ont esté baillés à titre de 
ferme et loyer d'argent, jusques à certain tems.n 

Maison sans désignation, ayant fait partie de la précédente. 

Maison du Heurleur (i 6o5); ce qui constitue une mauvaise lecture ; il faut lire, 
en effet 

Maison du Heaulme, aux moines de Cernay; laquelle fut plus tard divisée en 

TI. l8 



tUpriMCHIC HATIONALC. 



I 



138 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

deux. Le censier du Temple de i253 fait mention, à propos de cet immeuble, 
des «moines de Sarnayw, et le Gartulaire des Mathurins le désigne sous le nom 
de Domus valKs Samay (1263). 

Maison des abbés des Vaux de Cernay. cr Les abbés des Vaux de Cernay, dit Sau- 
vai, ont logé à la rue du Foin, que, pour cela, on appeloit autrefois la rue des 
Moines de Cernay. ti (II, 269.) Ce logis, qui se profdait à la fois sur deux rues, 
résultait de l'acquisition et de la réunion de «plusieurs maisons, caves, cours et 
jardins, es rues du Foin et de la Harpe 15, ainsi qu'il est dit dans la Déclaration de 
i5i 1, citée plus haut. Le Heaolme, la Gr anche du Palais des Thermes, la Croix 
d'Or, le Gril, les Singes et le Mouton d'argent avaient dû contribuer, en tout ou 
en partie, à fonderie pourpris du palais abbatial. Une certaine Maison de l'Ymaige 
Nostre Dame, formant encoignure, dut y entrer, également, sous ce nom ou sous 
un autre; mais ce qu'il est difficile de déterminer, c'est la part que chacun de ces 
immeubles abandonna au logis abbatial et celle qui fut aliénée ou baillée à cens, 
pour augmenter les revenus du monastère, ainsi qu'il advint, en i583, de 
la Corne de Cerf. 

Maison des Cinges (lô/iy), ayant appartenu aux religieux et abbés de Cernay, 
et étant entrée dans le pourpris de l'hôtel des Abbés. 

Maison de la Corne de Cerf, donnée à bail par l'abbé de Cernay, en i583. 
C'était une partie du Mouton Rouge. 

Partie de cette même maison du Mouton Rouge, qui, avec la Maison du Val, 
LE Gril, les Singes et la Corne de Cerf, composait un groupe d'immeubles appar- 
tenant à l'abbaye des Vaux-de-Cernay. Il s'y joignait aussi, d'après la Déclara- 
tion de 1 5 1 1 , relative à son temporel , non seulement Saint-Jean-Baptiste , et 
le Franc-Rosier, en façade, sur la rue de la Parcheminerie et étant, par consé- 
quent, dans le voisinage immédiat de la rue du Foin, mais encore, aux termes 
de la Déclaration précitée, «plusieurs autres maisons assises es rues du Foin, du 
Feurre, et en la rue des Murs, prez la Porte Sainct Victor, une autre prez de 
l'église de Sainct-Bon, autres maisons en la rue de Sainct-Germain-l'Auxerrois, 
desquelles ladicte abbaye ne jouit à présenta. Cette énumération du temporel 
de l'abbaye des Vaux-de-Cernay nous conduirait hors des limites de la région que 
nous avons à décrire ; nous devons donc nous y renfermer. 

Maison sans désignation, tenant à celle qui formait l'angle méridional de la 
rue de la Harpe. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 139 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 
CENSIVK DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison de la Housse Gilet (iBoy) ou de la Housse trappue (i5io), faisant le 
coin septentrional de la rue de la Harpe, et mentionnée à l'article de cette der- 
nière voie. Elle y formait un corps de logis. 

Maison de l'Espe'e de Bois (i5i/i), formant une dépendance de la Maison de 
l'Escu de Saint-Georges, laquelle s'ouvrait rue de la Harpe. 

Maison du Mibouer (1527). 

Maison de la Corne de Cerf (iSyS). 

Les titres ne font que mentionner ces deux immeubles, sans autres renseigne- 
ments. 

La Maison du Lyon vert est, en un document de i5i7, présentée comme 
ff tenant, d'une part, et aboutissant en partie à l'bostei que fut maistre Henry 
de Marie, qui fait un des coings de la rue Erambourg de Brye, d'autre part à 
Henry Goupil, contenant, sur le devant, quatre thoises un pied de long, et onze 
pieds de large, donnée en liSS, à la Confrérie par Nicolas Maillard, notaire au 
Gliasteletfl. 

CENSIVE DE LA SORBO^NE. 

Hostel de Bourbon, puis Maison de la Croix Blanche, et, en dernier lieu Maison 
À l'evesque de Chartres. En 1617, ^^'® appartenait à Henri de Marie; en i53o, 
elle fut cédée par Charles Guillard, président au Parlement, à Louis Guil- 
lard, son fils, qui fut évêque de Chartres. Dite alors «à l'evesque de Chartres 
en i558fl, elle est désignée, en 1675, comme appartenant à l'évoque de Beau- 
vais^'l 



'"' Les titulaires du siège de Chartres avaient eu 1 io 1 , un autre dvêque de la même ville , Miles d'U- 

et eurent depuis, soit à titre personnel, soit à rai- liers, habitait l'hôtel de ce nom, paraissant être le 

son de leur difjnité, d'autres rësidences à Paris, même qu'une Maison de l'Ymaige Nostre-Dahe et 

sur les deux rives de la Seine. Jean de Garlande, situd dans la rue des Rats, ou, de l'Hôtel Golbert. 

évêque de Chartres, dit Sauvai (t. II, p. 9 64), Sauvai nous apprend également que les évêques 

r^logeoit en i3i3, sur le Quay des Celeslinsi. En de Chartres demeuraient, en i553, rrau bout de la 

18. 



UO TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 



Maison de la Pennevaire (iSôg), faisant alors le coin oriental de la rue Erani- 
bourg de Brie, et ayant servi depuis à l'établissement du Collège de Maître 
Gervais. 

IVous donnons, à la suite de la description topograpbique de la rue du Foin, 
une notice sur le Collège de Maître Gervais; mais nous devons en dégager cer- 
tains détails que nous révèlent des notes relatives à d'autres quartiers de Paris, 
et notamment celles où il est question du fief de Thérouenne, que le collège pos- 
sédait en partie. A propos des rues de la Grande et de la Petite Truanderie, 
situées dans la région des Halles des Champeaux, nous avons pu constater que, 
entre la Pennevaire et l'Arbaleste , au milieu desquelles le Collège de Maître Ger- 
vais se trouvait enclavé, il existait divers immeubles faisant partie de ses dépen- 
dances. C'est ce qui résulte de la note suivante , extraite d'un document authen- 
tique sans date déterminée : 

fcltem, les boursiers (du Collège de M" Gervais) occupant plusieurs maisons 
joingnant l'une l'autre en ceste ville de Paris, es rues du Foing et d'Erembourg 
de Brie, entre les cours et jardins qui sont dans l'enclos dudict collège, tenant, 
d'un costé, à une maison des Mathurins, et continuant jusques au coing n. Cette 
maison «des Mathurins n était 

L'Arbaleste (i/i68), dénommée, un siècle plus tard, l'Ymaige Sainot Sébastien 
0570- 

Venait ensuite la Maison du Pbessouer , qui renfermait deux de ces appareils de 
vendange; le premier est mentionné en 1/167, "«^^c une foulleries; il est ques- 
tion du second, en 1/178. 

L'Alle'e, servant d'issue à la Maison du Saulmon, laquelle avait son entrée prin- 
cipale sur la rue Saint-Jacques. 

Maison de la Lanterne (1571). C'est entre cette maison et les précédentes que 
se trouvaient primitivement aies privez et cloaquesn, en latin cloaca, des Ma- 
thurins (1292). Elle communiquait « d'anciennetés avec le couvent, au moyen 

rue Picquet , et , en 1 5 7 a , dans la nie de Grenelle- n'avoir occupé , au xvi" siècle , que l'ancienne mai- 
Saint-Honoré, près de l'hôlel de Soissonsïi. son de Guy de Marie, ir faisant le coing des rues du 

Quant aux évêques de Beauvais, ils paraissent Foing et Erambourg de Bries. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 141 

d'une galerie à deux étages, en forme de pont, longue de treize pieds, large de 
onze pieds deux pouces, et établie à trois toises au-dessus du sol. Les Matliurins 
obtinrent, du Parlement, la permission de la bâtir, mais à la condition qu'elle 
n'aurait plus que cinq pieds et demi de largeur, entre cloisons. Cette autorisa- 
tion, qui est du 28 juin i553, fut renouvelée en 1611. 

Maison des Trois Pucelles (i5i3), ayant été, selon toute apparence, réunie à 
la précédente, dans le cours de ce même siècle; mais alors elle formait un corps 
de logis distinct et avait pour enseigne particulière 

La Choix verte (i53i), à laquelle est dite alors contiguë une 

Maison du Berceau. 

Gh\>chette, ou petite grange (1^470), ayant sans doute été agrandie et trans- 
formée plus tard, puisqu'on la trouve dénommée plus tard Maison de l'Estrier 
(i5i3). 

La Pomme Rouge (1600). 



COLLÈGE DE MAÎTRE GERVAIS 
OU DE NOTRE-DAME DE BAYEUX. 

Voici une fondation scolaire qui a fait le plus grand honneur à l'écolier de for- 
tune auquel on la devait. — Gervais, surnommé Chreslien, dit Félibien^'*, après 
Du Boullay, était né à Vendes, au diocèse de Bayeux, d'une famille fort pauvre. 
Le seigneur de ce village l'envoya, dit-on, à Paris, vers l'âge de quinze ans pour 
mener un lévrier au fils aîné de Philippe VI, le duc de Normandie, qui fut plus 
tard Jean le Bon. Sa physionomie et ses réponses frappèrent le prince qui le fit 
étudier au collège de Navarre, d'où il sortit, après de brillantes études dans les 
lettres et les sciences. Artien, théologien, astronome, a mire n, il devint le pre- 
mier (f physicien 11 du roi Charles V, chanoine de Paris, archidiacre de Chartres, 
chanoine et chancelier de Bayeux. 

Toutes ces dignités ne lui firent point oublier son humble origine, et, pour aider 
les pauvres écoliers de son pays à venir, comme lui, étudier à Paris, il fonda, 
par acte du 20 février iSyo, un collège qu'approuva l'évêque de Paris Aimeric 

'■' Tome I, p. 671. 



ili2 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

de Maignac, ainsi que le pape Grégoire XI, qui l'honora de trois buHes (i375, 
1877). 

Gervais Chrétien fut large et éclectique en sa fondation. Destiné presque ex- 
clusivement aux étudiants de son diocèse, — d'oii le nom de Collège de Notre- 
Dame de Bayeux, par lequel on l'a souvent désigné, — le nouvel établissement 
devait abriter un principal et vingt-quatre boursiers partagés en deux commu- 
nautés, qu'on appellerait, de nos jours, sections des lettres et des sciences. Douze 
artiens composaient la première; la seconde était formée de huit théologiens, 
deux mires et deux décrétistes; plus tard, deux mathématiciens portèrent le 
nombre des boursiers à vingt-six. 

Les deux étudiants de cette dernière catégorie étaient de fondation royale : 
tf Cédant à ses goûts scientifiques et à son affection pour son médecin, dit le conti- 
nuateur de Du BouUay, Charles le Sage créa, dans le nouveau collège, deux 
bourses destinées à des mathématiciens, qui devaient prendre le nom d'écoliers 
du Roi. . . A ce premier témoignage de sa faveur il ajouta les instruments de 
travail, le matériel scientifique jugé alors nécessaire pour l'étude des cieux, c'est- 
à-dire des sphères, des astrolabes, des équatoriaux et autres instruments, n Le 
collège de Maître Gervais devint donc une sorte de petit observatoire, fort rudi- 
mentaire à la vérité , mais le premier qu'ait possédé Paris. 

Pour loger ce personnel et ce matériel, il fallait de l'espace et des bâtiments. 
M'= Gervais Chrétien y pourvut en achetant de ses deniers six maisons ou parties 
de maisons qui sont ainsi désignées dans un Registre conservé aux Archives na- 
tionales (MM hoo) et intitulé : Inventaire des titres et papiers du Collège de Notre- 
Dame de Bayeux, autrement dit de M" Gervais. Aux pages i5 verso et 16 recto, on 
lit ce qui suit sous la date du 20 février 1870, avant Pâques : 

Pour la dotation desdits écoliers, M° Gervais Chreslien leur donne les objets suivants qu'il 
avoit acquis en la rue Erembours de Brye, aujourd'hui ditte rue Bouttebrie. 

Savoir, 

1° Une maison, la première des maisons de M' Gervais devers la rue aux Parcheminiers , 
tenant d'une part, du côté de ladite rue à Jean Hobière, d'autre part à la maison qui fut Mo- 
rise de Biais et est à présent audit M" Gervais, aboutissant aux estables de l'hôtel du Heaume 
assis sur la Grande rue S' Jacques ; ladite maison en la censive du parloûer aux Bourgeois et 
charge'e pour toutes charges d'un denier de fonds de terre. 

9" L'autre maison qui fut audit Morise tenant de l'autre part à une maison qui est audit 
Gervais, et qui fut jadis à Jean de Breban, en laquelle est le puits de la cour dudit M' Ger- 
vais, aboutissant auxdits étabies; en la même censive et chargée en un denier de fonds de ferre 
et en 20^ parisis de renie payable aux héritiers de Jean de Pacy, et en 3o sols de rente viagère 
à la veuve de Guiart Villain. 

3° La maison 011 est le puits qui fut Jean de Breban tenant d'une part aux places qui furent 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 148 

à l'archidiacre d'Avalon , où est à pre'sent la cour de la grande maison dudit M° Gervais et la 
cuisine et une partie de la salle et la partie du jardin qui est en droit, aboutissant à la maison 
du Haume, en la même censive et chargée d'un denier de fonds de terre. 

U° Lesdites places édifîe'es, comme dit est, qui contiennent la cour de ladite grande maison et 
environ deux toises de la salle de cette partie avec ladite cuisine et le jardin d'endroit, tenants 
d'autre part à une place qui fut à Geucian Tristan, aboutissant à la maison de Saint Antoine 
ditte au Saumon, se'ant en ladite Grande rue Saint Jacques, en la censive des Ecoliers de 
Sorbonne , chargée de deux deniers parisis. 

5° La partie de la salle oii jadis eût place qui était dudit Parloûer et dudit Gencian, tenant 
à l'hôtel de la Pennevaire qui est à M' Gervais, aboutissant à l'hôtel de Saint Antoine, en ladite 
censive du Parloûer, chargée, pour toutes les charges, en un denier parisis de fonds de terre. 

6° La maison de la Pennevaire qui est audit rang la dernière des maisons de M' Gervais, 
quant à présent, tenant d'autre part tout au long à M' Jean OUivier, aboutissant audit Saint 
Antoine, en la censive du Parloiier et chargé en dix deniers et maille de fonds de terre. 

7° Et une maison neuve de nouvel édifice par ledit M" Gervais, en laquelle maison fut jadis 
une place qui fut Jean Rennat, et est de l'autre part de la rue Erembourt de Rrye, à l'opposite 
de la porte de la grande maison de M" Gervais, tenant d'une part à M° Jean Le Noir, illumi- 
neur du Roy, d'autre et aboutissant aux jardins M° Jean Dachières, qui jadis furent de ladite 
maison; en la même censive et chargée en un denier parisis de l'onds de terre pour toutes 
charges. Laquelle maison avec les jardins de Jean Dachières étaient chargés de soixante sols 
parisis de rente envers les clercs de Matines de Noire Dame; mais ledit Dachières s'était obligé 
et avoit été condamné à garantir de ladite rente la maison de M° Gervais. 

Par cet acte. M" Gervais se réserve le droit d'habiter en sa grande maison, lui et ses gens, 
sa vie durant, ou tant qu'il lui plaira; et, en outre il se réserve le droit de Visitation, correc- 
tion, etc., sur les escoliers, sa vie durant (''. 

C'était bien le moins que le brillant élève du collège de Navarre fût l'inspec- 
teur et le censeur viager de la maison qu'il avait fondée et dotée. 

Le nouvel établissement était à peine institué qu'il lui venait un accroissement 
inattendu. Aux diverses époques de créations scolaires, les fondateurs n'ont pas 
toujours mesuré l'étendue des obligations qu'ils s'imposaient, et il est arrivé par- 
fois que les charges ont dépassé les ressources. C'est ce qui advint à un collège 
peu antérieur à celui qui nous occupe, puisqu'il avait été établi en i 3hg, dans la 
rue Hautefeuille, en une maison ayant pour enseigne Le Pot d'Etain. a Tous les 
biens que le fondateur avait laissés, dit Félibien, ne montaient, ses dettes payées, 
qu'à dix huit livres de rente (^).n 11 fallut aviser, et le Conseil de l'Université prit, 
à la date du 3 juin 1870, une délibération par laquelle «vu que les fonds légués 
par Maislre Robert Clément ne se trouvoient pas suffisans, les escoliers qu'il avoit 
assemblez seroient unis à quelque autre collèges. On fit choix de celui qui allait 



(') 



Archives nationales , MM 4oo. — '*' Histoire de Paris, I. 1, p. 671. 



iii TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

ouvrir ses portes, et le 22 septembre suivant, le collège de Maistre Gervais Chres- 
tien devint également celui de Maistre Robert Clément. 

Le bienfaisant tf pbysicien n de Charles V put voir, de son vivant, la prospérité 
de sa fondation parfaitement assurée; mais ses boursiers continuèrent son oeuvre 
après sa mort, et se mirent en devoir d'accroître les bâtiments scolaires. L'auteur 
de \ Inventaire, que nous avons déjà cité et que nous allons citer encore, ajoute à 
ses extraits du testament de M'' Gervais Chrestien, la note suivante, que nous 
reproduisons parce qu'elle appartient à l'histoire topographique du collège : 

«Après la mort de M* Gervais, dit-il, les Ecoliers par lui fondés acquirent une 
maison, rue Bouttebrie, à l'extrémité de celles qu'ils possédaient du côté de la rue 
de la Parcheminerie , et une autre maison, rue du Foin. C'est sur les emplace- 
ments compris dans ces différentes acquisitions qu'ont été construits, depuis en- 
viron un siècle, c'est-à-dire en 1670, 71 et 72, la maison appelée le Collège, 
dont l'entrée était toujours sur la rue Bouttebrie, mais qui s'exploitoit aussi par 
la grande porte sur la rue du Foin, et les bâtiments et corps de logis qui y sont 
contigus, situés tant sur la rue Bouttebrie que sur la rue du Foin, tels qu'on les 
voit aujourd'hui, i: 

Le même manuscrit dont nous avons tiré tous ces renseignements et qui est 
un Inventaire des titres et papiers du Collège, contient aux pages 2^3, 2^/1 et 245, 
des détails qui complètent l'histoire topographique de l'établissement fondé par 
M^ Gervais et agrandi par ses écoliers : il s'agit des reconstructions totales, ou 
partielles, dont la nécessité s'imposa aux administrateurs de presque tous les 
collèges de cette région, après une occupation scolaire de trois ou quatre siècles. 
Voici ce qui fut fait pour celui de Notre-Dame de Baveux : 

Vers le milieu du siècle dernier (1670, 1671, 16712), presque foules les maisons que le 
Collège de M" Gervais possédait, contiguës l'une à l'autre, situées tant sur la rue du Foin que 
sur la rue Routtebrie , étaient dans un état de caducité. Les officiers et boursiers de ce collège 
se déterminèrent à les faire reconstruire peu h peu. Ils commencèrent par faire reconstruire la 
maison située sur la rue du Foin, dans laquelle est la grande porte d'entrée du collège; la 
maison y contiguë faisant le coin de ladite rue du Foin et de celle de Routtebrie et un petit 
corps de logis y joignant sur la même lue Routtebrie. Cette reconstruction fut faite pendant 
les années 1670, 1671 et 1672, et se monta, suivant le procès-verbal de visite, à 86,000**. 

En l'année 1 7 1 8 , le collège fit reconstruire une maison située rue du Foin, à droite en entrant 
par la grande porte du collège, du côté de la rue S'-Jacques, laquelle était alors appelée le 
Vieux collège; et cette construction coûta la somme de 1 8,000 tt suivant l'adjudication qui fut 
faite au s'' Joubert, entrepreneur des bâtiments, le 17 septembre 1717. 

En l'année 1728, le collège fit pareillement reconstruire une maison située sur la rue Routte- 
brie, dans laquelle fut placée la porte d'entrée du collège, sur remplacement d'une maison qui 
avait été donnée à bail emphytéotique le k juin 1609 et dans laquelle le collège venait de ren- 
trer. Il fut employé à cette reconstruction : 1° la somme de 18,950**, suivant l'adjudication 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 145 

qui eu fut faite audit s'" Joubert ie ii juin 1793; 2° la somme de 5,ii4** i5 sois 9 deniers 
pour augmentation faite audits pians qui avaient été arrêtés. En tout, 19,094*+ i5 sols g de- 
niers. 

En l'année 1724, le collège fit reconstruire une maison située sur la même rue Bouttebrie, 
attenante celle reconstruite en 1728, du côté de la rue de la Parcheminerie, sur l'emplace- 
ment des trois petits corps de logis; et il fut dépensé pour cette reconstruction la somme de 
28,600 livres, suivant l'adjudication qui en fut faite au s"^ Héron, entrepreneur de batimens, 
le 2t juillet 1724. 

En l'année 1726, le collège fit pareillement reconstruire une maison sur la même rue Bout- 
tebrie, attenant la précédente, du côté de la rue de la Parcbeminerie et dont la reconstruction 
entraîna celle de la maison dont il est ici question : et il fut employé pour cet objet la somme 
de 7,5oo livres, suivant l'adjudication faite au s"' Héron, le 17 août 1725. 

En l'année 1728, ie collège fit aussi reconstruire une maison rue Bouttebrie, tenant d'une 
part à celle qui avait été reconstruite en 1728, et d'autre part à celle qui fait le coin de ladite 
rue et de celle du Foin. 

Et d'un autre côté, il fit démolir deux étages quarrés et un étage lambrisé et grenier; le tout 
étant au-dessus de ladite maison faisant l'encoignure des rues Bouttebrie et du Foin et de celle 
attenante sur la rue du Foin, reconstruite en 1670, 1671 et 1672 ; lesquels étages avaient été 
reconnus par experts de mauvaise construction; et il fit reconstruire à la place un étage en 
mansarde au-dessus du second étage. 

Ceux des objets de reconstruction coûtèrent la somme de 21,000 livres, suivant l'adjudica- 
tion qui en fut faite audit s' Héron, le k juin 1798. 

Enfin en 1781, le collège fit reconstruire trois maisons ou corps de logis joignant ensemble, 
formant le fonds et les deux ailes en retour sur l'ancien jardin du collège formant aujourd'hui 
la partie inférieure de la grande cour; desquels trois corps de logis un donne sur la rue Bout- 
tebrie, et est situé sur l'emplacement le plus en avant du côté de la riie de la Parcheminerie. 

L'adjudication de cette construction fut faite au même s' Héron, le 17 novembre 1780, 
moyennant 5o,ooo livres 

La dépense qu'avait entraînée ta reconstruction faite en 1670, 1671 et 1672, et celles qu'il 
était nécessaire de faire pour reconstruire les autres maisons du collège, qui, presque toutes, 
comme on l'a déjà dit, étaient dans un état de vétusté, nécessitèrent la suspension des bourses. 
En conséquence, par arrêt du Conseil du 26 mai 1700, toutes les bourses du collège furent 
suspendues à compter du premier juin de la même année, et il ne fut conservé qu'un principal, 
un procureur et deux chapelains. . . et même, par la suite, les deux places de chapelains furent 
suspendues, de sorte qu'il ne resta que le principal et le procureur. Tel a été l'état du collège 
de M' Gervais, forcé par les reconstructions dont on a parlé cydessus, jusques à l'année 17^6, 
que par arrêt du Conseil du 7 septembre il fut rétabli pour le premier octobre suivant douze 
boursiers, dont six grands et six petits. Et il n'en existait que ce nombre au moment de la 
réunion du collège de M" Gervais à celui de Louis le Grand. 

Les maisons du collège donnant sur la rue Bouttebrie avaient toutes, autrefois, des entrées 
particulières par cette rue; mais, en 1778, le Bureau d'administration a jugé à propos de sup- 
primer l'ancien jardin pour ne former qu'une seule et grande cour; de supprimer les entrées 
particulières donnant sur la rue Bouttebrie, et de donner une entrée commune à toutes ces 
maisons par la grande porte, rue du Foin O. 



''' Archives nationales, MM Itoo- 



'9 

IMPItlUritlK 1IÂT10^.tLE. 



146 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

A la suite de ces renseignements fort étendus sur les réparations, appropria- 
tions et reconstructions scolaires, l'auteur de cet intéressant travail donne à la 
page a5o le dernier état des bâtiments du collège : 

trAu moyen des arrangements faits en 1778, savoir, la suppression de i'ancien jardin du col- 
lège et des portes d'enlre'e donnant sur la rue Bouttebrie, les différens corps de logis étans 
autour de la grande cour ne forment plus, pour ainsi dire, qu'une seule et même maison, ayant 
une entrée commune par la grande porte, sur la rue du Foin. Mais ces diffe'rens corps de logis 
sont loués par des baux séparés C. v 

Indiquons, en terminant, l'aspect général et les distributions de ce collège, 
celui de tous sur les locaux duquel nous sommes le mieux renseignés et qui 
donne une idée plus nette de l'intérieur des autres. 

Lorsqu'on y pénétrait par la grande porte ouverte dans la Maison de la Penne- 
VAiRE, sur la rue du Foin, on avait devant soi la cour et le jardin de l'établisse- 
ment, et, formant le fond de la cour, trois corps de logis se joignant. A droite, 
régnait une enfilade de maisons, au nombre de cinq, aboutissant à des arrière- 
façades de la rue Saint-Jacques, et louées à divers particuliers. A gauche, se pro- 
filait une aile de bâtiments composée de quatre maisons, où logeaient, en des 
habitations distinctes, les grands boursiers (théologiens, mires ou physiciens, ma- 
thématiciens ou écoliers du roi) et \qs felits boursiers (artiens, ou humanistes). 

Ces dispositions étaient conformes aux volontés du fondateur : «Il ordonne, 
dit l'auteur de YInventaire, que, de ces maisons, les deux plus grandes avec leurs 
dépendances serviront à l'habitation des Ecoliers, et les autres, avec certains 
revenus, à la dotation do la chapelle, ou oratoire, qu'il établit dans le collège 
sous le titre de Notre-Dame. . . M'' Gervais ordonne ensuite que les boursiers, 
théologiens, médecins et les Ecoliers du Roy auront une habitation séparée des 
artiens; que les premiei\s demeureront dans la grande maison, qui est la plus 
proche de la rue des Parcheminiers et de Saint-Séverin, et les artiens demeure- 
ront dans la petite maison qui fait le coin de la rue du Foin, et est contiguë à la 
précédente, de manière que la chapelle sera commune aux deux maisons, a 

Quant à l'aflectation des immeubles en bordure sur la rue Boutebrie, elle est 
indiquée dans ces termes en un document dont nous n'avons pas la date : ffltem, 
trois corps d'hostel entretenans, rue Erambourg de Brie, tenant à la maison fai- 
sant le coing (La Peisnevaire), aboutissant, d'un costé à ladicte rue, d'autre sur 
la cour des artiens du collège. Les deux autres maisons suivantes, desquelles 
l'on comprend par derrière la chapelle et aultre logis appartenant au collège. La 
ti^oisième est de présent la salle des théologiens. Item, une place, la maison des 
théologiens, deux corps d'hostel, derrière l'un desquels est bastie sur une gallerie, 

''* Inventaire des titres et papiers du Collège de Notre-Dame de Bayeux, autrement dit de M' Gervais Chres- 
ticn, pages 2/1 3-2^5. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 147 

l'autre où est de présent la bibliothèque du collège, tenant, d'un costé, en icelle 
cour, à la maison dessus déclarée, d'autre à une maison des appartenances du 
collège, ri 

Ce texte et les détails qui précèdent font connaître assez exactement ce qu'é- 
taient ces agglomérations de bâtiments plus ou moins disparates dont se compo- 
saient les vieux collèges de Paris, formés «de pièces et de morceaux ti, au hasard 
des acquisitions et des legs : ab uno disce omnes. 

Pour ne point allonger cette notice déjà fort étendue, nous renvoyons le lec- 
teur aux documents qui contiennent l'état des revenus et des charges du collège, 
ainsi que l'énumération des immeubles qu'il possédait tant à Paris qu'au dehors. 
«Sera observé, dit Sauvai, que les procureur et principal du collège de Maistre 
Gervais Chrestien, en l'Université de Paris, sont seigneurs en partie du fief de 
Thérouenne ''), au territoire des Halles des Champeaux. n 



RUE DU FOUARRE. 

Cette voie, si célèbre dans les annales de l'Université de Paris, avait été ouverte 
dans les clos de Garlande et de Mauvoisin. Comme elle était peu distante de la 
rue du Foin, c'était probablement dans l'une qu'on allait chercher le feutre, ou 
fourrage destiné à servir de siège aux écoliers étudiant dans l'autre. Cette instal- 
lation, toute primitive, est consacrée par les anciens textes : rue des Ecoles, ou 
des Ecoliers, rue du Feuire, ou de la Paille, c'est tout un. On trouve, en effet, dans 
les documents du xm* siècle : vicus Straminis, Straminum et via Straminea (1260), 
rue (les Escoliers, enfin via Scholarnm (1266), Guillot, en son Dit, l'appelle «rue 
de l'Escholeii (i3oo); Jean de Jandun, vicus Straminum (iSaS); Pétrarque, /rw- 
gosus Slraminvm vicus (i333). Dans les statuts du collège de Justice (i338) elle 
est dénommée, comme en 1260, vicus Straminis. 

Le mol feutre apparaît pour la première fois dans un acte cité par Sauvai (III, 
Preuves, p. io3), expression qui se retrouve dans Guillebert de Metz (ii3/i) et 
dans un manuscrit de l'abbaye de Sainte- Geneviève (iii5o). 

Le manuscrit de la Bibliothèque Cottonienne, qui est de lioo, l'appelle «rue 
des EscoullesTi, et les statuts de deux collèges, Séez et Montaigu, reviennent à 
l'ancienne appellation vicus Straminis et Straminum. 

L'expression Fouarre ou Fouerre, altération de Feutre, se rencontre dans Es- 
tienne Pasquier (i56o), dans Balthazar Grangier (1697), dans Du Breul(i639), 

'"' Antiquités de Paris, t. II, p. iay. 

•9- 



148 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

dans Le Beuf et ies historiens du xvui" siècle ; elle s'est perpétuée jusqu'à nos 
jours. 

L'histoire de la rue du Fouarre se confond avec celle de ses écoles ; elles en 
occupaient, en effet, avec quelques logis scolaires, la presque totalité. Cette occu- 
pation datait du xui" siècle, époque où l'Université de Paris, s'étant partagée en 
trois facultés, assigna la rue du Fouarre à la Faculté des arts, c'est-à-dire de la 
grammaire, des lettres et de la philosophie. 

On sait que l'auteur de la Divine Comédie fut un des étudiants de la rue du 
Fouarre; il a célébré la science de l'un de ses maîtres, Siger de Brabant, qui 
enseignait nel vico degli Strami^^\ Un siècle après la mort du poète (182 i), Guil- 
lebert de Metz constate que l'enseignement des arts florissait toujours en la rue du 
Fouarre; en citant cette voie, il ajoute ces mots croià l'on lit les arsu. Deux siècles 
se passent, et les écoles de la rue sont encore fréquentées. Rabelais raconte que 
Pantagruel, aen la rue du Feurre, tint contre tous les regens, artiens et orateurs, 
et les niist tous de culnf^). Les déterminances , ou examens, y avaient encore lieu 
sous Louis XIV. 

Cependant la fondation de nombreux collèges, aux xiv* etxv" siècles, ne contri- 
bua que faiblement à dépeupler les écoles de la rue du Fouarre et les logis qu'elle 
offrait aux étudiants. Tant que ces collèges ne furent que des espèces d'hôtels 
meublés, où les élèves boursiers étaient hébergés gratuitement, les maîtres des 
écoles aux sièges âefeuire voyaient les auditeurs se presser autour d'eux; mais, 
au milieu du xyf siècle, quand cr l'exercice t» des basses et hautes classes eut été 
installé dans les maisons scolaires fondées en cette même région, les écoles de la 
rue du Fouarre furent moins fréquentées, et quelques maisons voisines perdirent, 
du même coup , une partie de leurs habitants. 

La raison étymologique du nom de la rue semble absolument hors de doute ; 
cependant on a prétendu qu'elle le devait, comme la rue du Foin, au commerce 
de fourrage qui s'y faisait, et l'on s'est appuyé sur le Dit de Guillot, 011 se trouvent 
ces deux vers : 

En celle rue, ce me semble, 

Vent on et fain et feurre ensemble. 

On a cité également le passage oii Sauvai risque une étymologie quelque peu 
douteuse, surtout en ce qui concerne les mots fers etfebvres. a Les rues aux Fers, 
aux Febvres et du Fouarre, dit-il, se nommaient en i3oo, rue aux Feures, vieux 
mot qui veut dire de la paille, ou Fouarre, autre mot presque aussi vieux que 
lui, mais plus connu, à cause des paysans qui s'en servent en criant leur paille 



(1) 



Il Paradiso, ch. x, v. i36. — '*' Pantagruel, 1. II, ch. vu. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. l/i9 

qu'ils amènent à Paris pour vendre; car, quant à celui de Feure, il seroit 
mort et enterré, il y a long-temps, sans le proverbe : Faire gerbe de Feure à 

Qu'il y ait eu, en la rue du Fouarre, des magasins de fourrage pour fournir à 
la a jonchée ■n des écoles, alors que ceux de la rue du Foin étaient si rapprochés, 
cela n'est point impossible; mais l'opinion qui fait dériver le nom de la rue des 
sièges que ses écoles offraient aux étudiants, semble infiniment plus probable. 
Une bulle donnée, en i366, par le pape Urbain V, confirme et explique, dans un 
sens moral, l'usage du feutre pour asseoir les écoliers. Il y est ordonné que rrScho- 
ïares Universilatis Parisiensts , audientes suas lectiones , sedeant in terra coram Magistris , 
non scamnis nec sedibus eJevatis a terra, ut occasio superbie a juvenibiis secludatur -n . 
C'était donc une leçon d'humilité personnelle et de respect envers les maîtres que 
le siège de feurre donnait aux écoliers de la Faculté des Arts. 

La môme prescription est renouvelée en liBs, par le cardinal d'Estouteville, 
légat du pape Nicolas V, et chargé de réformer l'Université : les bancs qu'on avait 
introduits dans les écoles doivent disparaître et faire place à la paille en hiver, à 
l'herbe en été, comme on le pratiquait alors dans les églises, afin que les fidèles 
s'y tinssent plus humblement devant Dieu. 

Dès le xiv'' siècle, la rue du Fouarre, comme plusieurs autres voies du quar- 
tier des écoles, était fermée par des portes, à ses deux extrémités, sur les rues 
Galande et de la Bûcherie. Cette mesure avait uniquement pour but d'empêcher 
la population dissolue, qu'on avait écartée, de remplir la rue d'immondices, 
immonditias etfecosa portando. 

On trouve, dans les pièces publiées par Sauvai, le texte d'une ordonnance rela- 
tive à cette fermeture et au moyen de l'assurer : 

(tCiiarles, ainsné fils du Roy de France, duc de Normandie et Daulphin de 
Vienne, a nos amez et feaulx les maistres de nos eaues et forests, et au maistre fo- 
restier de notre forest de Bierre, salut et dilection. Comme ja pieça pour le tems 
que nous estions régent le royaulme de France, nous eussions donné à nos bien 
amez les maistres et escolliers en la Faculté des Ars a Paris, deux arpens de bois 
à prendre en ladicte forest de Bierre, pour faire clore et fermer de nuict en la- 
dicte Université, la rue de Feurre, ou du Fouaire, en laquelle ilz ont accoustumé 
à lire à Paris; des quiex deux arpens de bois ilz n'ont pu rien avoir. Et, pour ce 
que ladicte forest est à présent en nostre domaine , vous mandons et commandons 
que leurs baiUiez et déhvriez sans délais lesdicts deux arpens de bois en ladicte 
forest. 

«Donné en nostre hostel de Sainct Pol lez Paris, le i" juin 1862 '^). n 

'"' Antiquité/! de Paris, 1. 1, p. i3/l. — ''' Anliquilés de Paris, t. III, p. io3. 



150 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

La rue du Fouarre avait conservé à peu près son ancien aspect jusqu'à nos jours; 
mais le prolongement de la moderne rue Monge, entre la place Maubert et le Pont- 
au-Double, a fait disparaître tout le côté oriental de cette voie, qui est menacée 
en outre de reconstructions sur son côté occidental. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Sud au Nord). 

PAROISSE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MOM. 

JUSTICE ET CENSIVE DE SAINTE-GENEVlÈVE. 

Petites escholes de la Nation de France (i683), ayant été probable- 
ment acquises pour cet usage en iSyy. — Les écoles dont il s'agit sont dites avoir 
appartenu à aSymon de SainctBenoist, Estienne Le Feutrier, Guillaume de Halle- 
court (i343), et à M^ Denys Fardel, Gieffroy Micbiel, Jehannette La Michielle, 
et Marie la Païennes (i38o), 

Escholes de la Nation de France (i 38o), qualifiées de Grandes Escholes 
en 1A22 et i/i83,et de ESCHOLES NELFVES en i/iii. — C'est en 1370 qu'avait 
été acquis l'immeuble où elles se tenaient et qui comprenait un jardin, le tout 
sur une profondeur de huit toises. Trois maisons paraissent avoir existé alors sur 
cet emplacement; elles furent remplacées par deux autres, dans lesquelles on 
installa les «Escholes neufvesn, ainsi nommées sans doute parce que les bâti- 
ments en ont été reconstruits vers 1A26. Ces écoles avaient appartenu à un cer- 
tain Benaston, antérieurement à iSyo; elles possédaient une chapelle dans leur 
pourpris, et c'est de cet édifice que Le Beuf entend parler quand il écrit ce qui 
suit : tfll y a voit aussi, dans la même rue, une chapelle, sous le titre de Saint 
Guillaume, archevêque de Bourges, patron de la Nation de France. Elle a été 
détruite, et le culte du saint a été transféré au collège de Navarre ('). t) 

Nous verrons plus loin ce qu'est devenue cette chapelle. 

Écoles À LA Nation de Normandie (1372), dites Grandes Écoles (1/183). 

— D'après certains titres, il paraîtrait, au contraire, que ce sont les Grandes 
Ecoles et les Petites; mais il doit y avoir erreur, eu égard à la superficie. Ces 
écoles avaient appartenu à Bobert de Nixi, et auparavant à Benoît d'Etrie, Ger- 
vaise Des Mares et Guillaume Breton. Elles avaient pour enseigne le Grand Escc. 
{Ancien Collège d'Harcourt, par l'abbé Bouquet, p. 36.) 

Maison de la Souche (iS^g), appartenant à la Nation de France. Elle était 

''' Histoire de tout le diocèse de Paris, édit. Cocheris, t. 11, p. 698. 



I 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 151 

séparée de la maison précédente par une ruelle servant d'issue à la maison du 
Lion e>ferré, sise riie de la Bûcherie. C'était, en i38i, lv Bainmère de France, 
reconstruite alors à neuf. Cette maison paraît avoir dépendu de la suivante au 
xv*^ siècle. 

ESCHOLES À LA NATION DE PICARDIE (i38o), dites PETITES ESCHOLES en 
iBog, — La maison où elles se tenaient avait appartenu, en i3i3, à Guillaume 
le Frison, puis à Benoist d'Estrie; elle passe, en i38o, à Robin d'Anton, puis à 
Denys Fardel. Elle paraît avoir porté successivement trois noms : l'Escu de Picar- 
die, soit qu'il y ait eu erreur de copie — escu pour escoles, — soit que les armes 
de la province aient réellement décoré la maison; la Maison de la longue allée 
(1372) et la Maison de Buridan (i55i). L' écolier cité par Villon, et célèbre dans 
les annales de la scholastique par l'apologue de l'âne, aurait-il habité ou possédé 
cet immeuble? C'est un point que l'absence de documents ne nous permet pas 
d'éclaircir, 

ESCHOLES \ LA NATION D'ANGLETERRE (i38o), dites PETITES ESCOLES en 
i5og. Elles sont dites avoir appartenu, vers i363, à Guillaume le Frison, Ernoul 
d'Estrie, Gervaise Des Mares et Robert l'Escripvain. A la maison qui les avait 
abritées, pendait pour enseigne La Nasse en i55i. 

Maison sans désignation, conliguë à celle qui faisait le coin occidental de la rue 
de la Bûcherie et dont elle dépendait encore en i483, puisqu'elle est, à cette 
date, qualifiée de «Gourcellefl. Il semble qu'on doive l'identifier avec I'Imaige 
Sainct Nicolas, qui touchait à I'Imaige Sainct Pierre en i565. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 

MÊME PAROISSE. 

MÊME JUSTICE ET CENSITE. 

Maison de l'Aigle d'or (t586), contiguë à celle qui faisait le coin oriental de 
la rue delà Bûcherie, et en ayant fait partie jusqu'au xvi'' siècle. Elle paraît claire- 
ment dans une pièce de liBo, où on lit : «Maison au paravant aus escholiers de 
Normandie, en la rue du Fouarre, tenant vers la rivière à l'hostel de Simon Dasac, 
espicier, d'aultre costé devers la rue Galande, a un hostel a présent eschole aus 
escholiers de Normandie, par derrière a I'Hostel Saincte Catherine. t» 

ESCHOLES À LA NATION DE NORMANDIE, ayant pour enseigne le Petit escu, 
qui furent jadis à M" Yves Danin, en i 38o à M" Guibert tr fisicienu et, en 1 683, 



152 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

devinrent la propriété de ia Nation de Normandie, ainsi qu'il appert de la note 
suivante empruntée à un texte de cette époque : «Nation de Normandie, maison 
et petite court contiguë à I'Aigle-t 

EscHOLES aboutissant à I'Ymaige Nostre-Dame, qui avait façade sur la nie des 
Rats. Elles appartinrent successivement à dame Ysabeau de Maably, puis à ^1*= Ro- 
bert de Sully, puis à Guibert (i38o). 

La maison où étaient établies ces écoles formait l'angle septentrional de la 
ruelle qui « traversait « , selon la vieille locution, de la rue du Fouarre à celle des 
Rats. Avant sa démolition, qui vient d'avoir lieu, on y remarquait un ancien puits 
avec des margelles en saillie, une armature en fer portant la poulie, et une 
tète formant gargouille. Ces détails accusaient le style de la lin du xv'= siècle. 
Comme la maison dont il s'agit faisait encore, en 1607, partie de celle de Chartres, 
en la rue des Rats, il se pourrait que le puits ait appartenu à ce dernier immeuble, 
et lui ait donné son nom. On le trouve, en effet, ainsi désigné : ctHostel du puits 
de Chartres, sciz en la rue des Rats, n 

Maison des sept Ars (1897), dénommée, un siècle plus tard, Grans escolles de 
LA Nacion de Angleterre (i483) faisant l'autre coin de la ruelle, puis cul-de-sac. 
Ces écoles, qui furent rebâties au xvi'= siècle, sont dites, en i3/i3, à Denise et à 
Gilles le Breton, en i38o à Pierre Mangions. En l'année 1667, est-il dit dans une 
note portant cette date, «ie procureur de la Nation d'Angleterre, fut forcé de 
montrer ses titres à posséder les grandes et petites escolles et maisons sises rues du 
Fouarre, du Mûrier et Saint Jean de Beauvaisn. L'antique Maison des sept Ars 
(libéraux) — c'est-à-dire du trivium et du quadrivium, — appartenait donc en- 
core, vers la fin du xvii" siècle, à ce qui pouvait rester alors de la Nation d'An- 
gleterre. 

Escolles que l'on dit le Cheval rouge (i38o), relevant de la Nation 

de Picardie, et appartenant alors à Marie la Païenne et auparavant à Jehanne 
la Michielle, qui en possédait d'autres dans la môme rue. Reconstruites un demi- 
siècle plus tard (ii3o), elles sont dites Escolles neuves. 

La Nation de Picardie paraît les avoir possédées dès la fin du xv'^ siècle , car 
elle consacra une partie du terrain que ces écoles occupaient à une chapelle qu'elle 
fit construire pour son usage particulier, tr Cette Nation, dit Le Beuf, avoit cou- 
tume de s'assembler dans l'église de Saint-.lulien-le-Pauvre. Mais, en 1^87, elle 
obtint des vicaires généraux de l'évêque de Paris et de l'abbé de Sainte-Geneviève 
la permission de construire une chapelle sur une partie des anciennes écoles de 
la même Nation, sous le titre de Saint-Nicolas et de Sainte-Catherine , avec clocher 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 153 

et cloches. L'autel fut consacrée en i5o6.t) Le même fait avait déjà été constaté 
par Sauvai ''^. 

La Chapelle de la Nation de Picardie subsistait encore au siècle dernier, et tr en 
bon etatii, ajoute Le Beuf. Devenue, avec ses dépendances, propriété nationale, 
elle fut vendue le 28 frimaire an xi (19 novembre 1802), puis démolie. Le fon- 
dateur du Musée des Monuments français dit y avoir pris ir quatre statues en pierre 
de liais, représentant des apôtres et exécutées vers le commencement du xiv" siècle -n. 
Elles furent, avec d'autres débris du vieux monde des écoles, placées aux Petits 
Augustins. 

Lne autre chapelle scolaire existait dans la rue du Fouarre : c'était, dit Le Beuf, 
celle qui avait été érigée tr sous le titre de Saint-Guillaume, archevêque de Bourges, 
patron de la Nation de France. Elle a été détruite, ajoute-t-il, et le culte du saint 
a été transféré au collège de Navarre '^'t. On sait que cet établissement fut fondé 
par l'épouse de Philippe le Bel; mais on ignore à quelle époque précise la destruc- 
tion de la chapelle Saint-Guillaume fit transférer sur la Montagne le culte du saint. 
Cet édifice était situé (rau costé opposé à celuy de la chapelle Saint-Nicolas et 
Sainte-Catherine «, c'est-à-dire sur le flanc occidental de la rue. 

On ne saurait parler de la rue du Fouarre, sans évoquer le souvenir de ces 
crQuatre Nalionsfl, fort difl'érentes, comme chacun sait, de celles pour lesquelles 
Mazarin fit plus tard élever son collège. Les historiens spéciaux de l'Université en 
ont fait l'objet de longues et savantes études, que le caractère purement topogra- 
phique du présent ouvrage ne nous permet pas de reproduire. Cependant, avant 
de terminer l'article consacré à la rue occupée presque tout entière par ces quatre 
grands groupes scolaires, nous croyons pouvoir dire très sommairement comment 
ils y vivaient de leur vie propre. 

Qu'était-ce d'abord que ces s Quatre Nations^? Il y avait, répond Jules Qui- 
cherat, (rla Nation de Normandie, pour les Normands etManceaux; la Nation de 
Picardie, pour les Picards, Artésiens et Wallons; la Nation d'Allemagne, pour 
tous les étrangers de langue germanique, y compris les Anglais, Ecossais et Irlan- 
dais; enfin la Nation de France pour les Parisiens, pour les Français de toutes les 
provinces à l'est, à l'ouest et au sud de Paris, et encore pour les étrangers des 
divers Etats méridionaux W a. 

L'enseignement était donné, dans les écoles de la rue du Fouarre, aux écoliers 

'■' Histoire et recherches des antiquités de la ville plète dans les termes suivanis l'exposé sommaire 
de Paris, t. IIF, p. 63. de Jules Quicherat : 

<*' Hist. de tout le dioche de Paris, édit. Cocbe- 

,11 r o LES QDATRE NATIONS. 

ns, t. II, p. 590. 

'' Histoire de Sainte-Barbe , 1. II, p. 55. Un £>('<:■ cLa Faculté des Aris est composée de quatre 

tionnaire historique de la lin du siècle dernier corn- nations, qui sont celles de France, de Picardie , de 



ao 

tm-RlULIllE HktlOTHhl, 



15A TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

originaires de ces divers pays. Les collèges, nous le répétons, n'ont été, à l'ori- 
gine, que des hôtelleries envoyant leurs boursiers à la rue du Fouarre; ils ne 
devinrent écoles à leur tour que vers le milieu du xvi^ siècle et même plus tard, 
en fondant à l'intérieur des classes de grammaire, de lettres et de philosophie, qui 
diminuèrent d'autant le nombre des écoliers assis sur \e feurre. Les écoles de la 
rue du Fouarre représentent donc une des phases de l'histoire de l'ancienne 
Université de Paris; les collèges en marquent une autre. 



RUE DU FOUR. 



Plusieurs rues du Vieux Paris ont porté ce nom : elles le devaient à un four 
banal dépendant d'une seigneurie ecclésiastique ou laïque, et c'est encore le cas 
de la voie qui nous occupe. 



Normandie et d'Allemagne, lesquelles n'ont com- 
mencé à être distinguées que vers l'an taSo.i 

Nation de France. 

frLa Nation de France est divisée en cinq pro- 
vinces ou cinq tribus, qui sont Paris, Sens, Reims, 
Tours et Bourges Et hors de France, l'Es- 
pagne, rilalie, la Lombardie, Venise, toutes les 

îles de la Méditerranée et toute l'Afrique Les 

messes de la Nation sont célébrées dans la cliapelle 
du collège royal de Navarre , à i o heures. Les as- 
semblées se font au collège de Louis-le-Grand. Son 
tilre honorifique et distinctif est Honoranda Gallo- 

rum Natio.Ti 

Nation de Picardie. 

tt Cette Nation est divisée en cinq tribus, qui sont 
celle de Beauvais, celle d'Amiens, celle de Noyon, 
Senlis , Soissons ; celle de Laon , et la cinquième 
qui comprend Térouenne ou Saint-Omer, Gambray, 
Arras , Tournay, Utrecht, Liège, Mastricht, Anvers, 
Bruges, Middelbourg, Tongres, Namur, Malines, 
Ypres, Gand, Boulogne, Boisleduc, Ruremonde. 

Les messes de la Nation se célèbrent dans 

la chapelle de la Nation, rue du Fouarre, 

à 7 heures Les assemblées se font au collège 

de Louis-le-Grand. Son tilre honorifique et distinc- 
tif, Fidelissima Picariorum Nalio.-t 

Nation de Normandie. 

frLa Nation de Normandie contient 7 diocèses, 
savoir : Rouen, Avranches, Coutances, Lizieux. 



Bayeux , Évreux , Séez . . . Les messes de la Nation 
sont célébrées dans la chapelle du collège d'Har- 
ccurt Les assemblées se font au collège Louis- 
le-Grand. Son titre honorifique et distinctif, Vene- 
randn Normanormn Natio. 1 

Natiom d'Allemagne. 

(t Celte Nation, autrefois divisée en trois provinces 
ou tribus , parce que la haute et la basse Allemagne 
étaient comptées pour deux, n'en comprend plus 
que deux depuis environ l'an i5a8. 

rr Première Iribu, Tribus continenlium , renferme 
la haute et basse Germanie, Bohême, Hongrie, 
Bavière, Mayence, Trêves, Strasbourg, Cologne, 
Utrecht, Dannemarck, Ausbourg, Constance, Suisse, 
Basle, Lausanne, Pologne, Prusse-Saxonne, Liège 
en partie. Hollande et autres pays. 

«Deuxième tribu. Tribus insularium, renferme 
l'Ecosse, l'Angleterre, l'Hibernie. 

ff Cette Nation, dans les temps les plus reculés, 
prélendoit au second rang dans l'Université. Ses 
armes sont l'aigle éployée; son litre honorifique et 
distinctif, Constantissima Germanorum Natio. ■n 

rtNota que la Nation d'Angleterre s'effaça sous 
la Nation d'Allemagne, depuis les guerres que 
Charles VII termina heureusement. 

«Nota encore que la rue du Fouarre est célèbre 
dans les écrits du Dante, de Pétrarque, de Papire- 
Masson, de Rabelais, etc.» 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 155 

La rue du Four aboutissait autrefois, d'une part, dans la rue d'Ecosse, de 
i'autre, dans la rue'des Sept-Voies, et elle comptait parmi les plus anciennes de 
la région. En 1268, c'était déjà le vkus, ou la riieUa Furni, nom qui, traduit en 
français, s'est perpétué jusqu'à la période contemporaine. Aux xv° et xyi*" siècles 
seulement, confondant cette voie avec celle dont elle forme la continuation, on 
l'a quelquefois appelée rue du Chauderon ou d'Ecosse, confusion qui a été réci- 
proque, puisqu'on trouve communément, au xvii^ siècle, cette dernière rue nom- 
mée du Four. 

Il semble qu'elle ait porté également, à cette époque, le nom rue de Laine, et 
cela dans quelques documents du temps, notamment dans le Procez verbail el rap- 
port fatct pour le nettoyenienl et pavaige des rues de Paris. Cette pièce, en elfet, qui 
date de 1686, et que Félibien a publiée dans ses Preuves^^\ après avoir énuméré 
toutes les voies de la région sous leur nom d'usage, dénonce la rue de Laine comme 
«estant la pluspart boueuse et pleine d'immundicesD, Une raison nous autorise à 
l'identifier avec la rue du Four : c'est que celle-ci n'est pas mentionnée, sous ce 
nom, dans le Procez verbail, et que les autres voies y sont désignées par leurs 
noms habituels. 

Celle-ci avait emprunté le sien au four voisin de l'église Saint-Hilaire; ce qui a 
fait croire qu'il dépendait de cette église. Le Dit de Guillot, sur lequel ils se 
sont appuyés, n'indique au fond qu'une proximité de l'église et non une dépen- 
dance. 

Puis la rue du Petit Four, 

Qu'on appelle le petit four 

Sainct Ylaire, et puis Clos Bruneau, etc. 

Mais quelle était la situation précise de ce four? Certains extraits de titres an- 
ciens, contenus dans les archives du chapitre de Saint-Marcel, établissent que la 
maison du four Saint-Hilaire était située, en 12/10, sur le côté méridional de la 
rue. 

Ce n'est point de l'église Saint-Hilaire, mais bien de l'abbaye Sainte-Geneviève, 
que dépendait ledit four; en effet, dans un censier de ce monastère, portant la 
date de 1 276, on trouve, après la mention du vicus Sancti Symphoriani , la rubrique 
suivante : ruellasine capite, in quafarivis nosler solebal esse. Ce passage, qui ne peut 
s'appliquer qu'à la rue du Four, nous apprend que, à la date précitée, cette voie, 
ainsi que la rue d'Ecosse, était tr sans cbefn, c'est-à-dire à l'état d'impasse. 

Les deux côtés de la rue du Four appartenaient à des paroisses et à des cen- 
sives différentes : au midi, on était en censive de Sainte-Geneviève et dans la 

'"' Tome IV, p. 1 19 et suiv. 



156 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

paroisse de Saint-Étienne-du-Mont ; au nord, on se trouvait dans celle de Saint- 
Hilaire et en censive de Saint-Marcel. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL. 

PAROISSE SAlNT-ÉTIENNE-DO-MOfiT. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAINTE-GENEViÈVE. 

Le parcellaire de ce côté de la rue est facile à établir : le collège de Reims l'oc- 
cupait tout entier et y développait ses façades postérieures. C'est sur une partie 
de cet emplacement qu'avait dû être construit primitivement le four banal, puis- 
qu'il était en censive de Sainte-Geneviève, et que l'autre côté de la rue se trouvait 
en censive de Saint-Marcel. On ne comprendrait point, en effet, que l'abbaye ait 
établi et possédé un four sur un territoire autre que le sien. 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL. 

PAROISSE SAINT-HILAIRE. 
JUSTICE ET CENSIVE DU CHAPITRE DE SAINT-MARCEL. 

Ce côté de la rue était également occupé, en majeure partie, par les dépen- 
dances du collège de Karembert. Cependant il existait, à chaque angle, une 
maison : la première, au coin de la rue des Sept-Voies, où elle avait son entrée; 
la seconde, dite la maison du collège de Thou, faisant le coin de la rue d'Ecosse. 



RUE GALANDE. 

L'histoire topographique de la rue Galande se lie intimement à celle du clos 
dont elle porte le nom, légèrement altéré; nous renvoyons donc à notre article 
des Clos de Garlande et de Mauvoisin, pour tout ce qui concerne l'ancien état, 
puis la division et le peuplement de ces deux seigneuries. 

C'est au xm* siècle que l'on commence à y bâtir, et que les chemins tendent à 
se transformer en rues. En 1202, Mathieu de Montmorency, seigneur de Marly, 
qui possédait le clos, du chef de sa femme Mathilde de Garlande, obtint de l'ab- 
baye de Sainte-Geneviève la permission de le livrer à des particuliers pour y bâtir, 
hospittbus ad hospiùasfacimdas, à la condition que ces hôtes seraient paroissiens du 
couvent. C'est alors que se formèrent des groupes de maisons qui constituèrent 
les rues Galande, des Rats, du Fouarre, des Trois-Portes, et en partie celle de 
la Bûcherie. L'abbaye, qui n'avait eu primitivement, sur ce nouveau quartier, que 
le droit de fonds de terre, en acquit la propriété en 1263. 



\ 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 157 

Pour nous borner à la rue Galande, principale artère de la nouvelle région et 
ancien chemin séparatif des deux clos, nous allons indiquer, par ordre chronolo- 
gique, les noms que lui donnent les anciens titres. On trouve, en 1218, in Ga- 
landa, en laSS, in Garlandia, en 12/1/1, in Gallandia; les livres de la Taille de 
1292 et 1296 portent rue de Garlande et de Guerlande. Ces diverses appellations 
se reproduisent, avec de légères variantes, dans les documents postérieurs, le livre 
de la Taille de i3i3, les statuts du Collège de Cornouailles (i38o), les Comptes 
des confiscations anglaises publiés par Sauvai (1/121)''', les Censiers de l'abbaye 
Sainte-Geneviève, etc. 

Le Dit de Guillot, qui est de 1 3oo, donne le nom actuel, avec addition d'un l; 
le besoin de la rime l'oblige à faire un vers explétif : 

... La chaussée se rapporte 
Droit à ia rue de Gallande, 
Où il n a ne forest ne laude. 

Une assez grave altération, le changement du G en D, avec addition d'un R, se 
reproduit au xv'^ siècle : le manuscrit de la bibliothèque Cottonienne (i/ioo) donne 
« rue de la Calandre ri , appellation tendant à faire confusion entre deux voies fort 
différentes, celle qui existait jadis dans la Cité et celle qui nous occupe. La même 
altération se retrouve dans Guillebert de Metz (i/i3/i)'^'. Mais, à partir de cette 
époque, on ne rencontre plus, soit dans les manuscrits, soit dans les imprimés, 
Corrozet, Bonfons, Du Breul, etc., que Galande, Gallande, Garlande, avec ou sans 
l'article la. Le Beuf croit que la suppression de Yr a eu pour cause un besoin 
(T d'adoucissement n, besoin qui s'est manifesté de bonne heure puisque Galanda 
est de 1218. 

Deux autres désignations assez anciennes se rencontrent dans les titres et 
donnent lieu à diverses conjectures : c'est d'abord la mention, dans un Inventaire 
de 122/1 et dans les censiers de i3/i3 et i255, d'une rue que dicitur viens Radul- 
phi de Belle Grandi, voie qui paraît être la même qu'une certaine rue du Lion, 
viens Leonis, dont il est également parlé dans le censier de i2/i3. La veuve de ce 
Raoul de Beaugrand, dont la rue portait le nom, y demeurait à celte époque. 
11 se pourrait que ce fût la rue Galande, dans laquelle on trouve deux enseignes 

DES LïONS. 

La seconde désignation fournie par les censiers de Sainte-Geneviève, et notam- 
ment par un titre de 12/11, est celle-ci : Viens qui dicitur Camelin in Galandria. Si 
Galande ou Garlande était, à cette époque, un nom général de région, de quartier, 
plutôt que le vocable spécial d'une rue, on comprend qu'un habitant notable ou 
connu ait pu servir à dénommer la voie où il demeurait. Or on constate que, 

'"' Tome III, p. 286, 991, agS. — ''' Chnp. xxui. 



158 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

en 12Û9, un certain Piene, dit Camelin, fripier de son état , Jet fcrius , avait sa 
boutique en la rue Galande. L'identification semble donc certaine. 

La rue Galande a conservé, en grande partie, son ancien aspect et la direction 
que lui imposait celle du vieux chemin qu'elle a remplacé. Tout récemment, le 
prolongement de la rue Monge en a fait disparaître le côté septentrional compris 
entre la rue du Fouarre et la place Mauberl, avec la petite rue Jacinthe qui y 
débouchait, et tout le côté oriental de celle du Fouarre, ainsi que le flanc méri- 
dional de celle des Trois-Portes. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAINTE-GENEVlÈVE. 

Maison du Gheil (i38o) ou du Gril (liai), formant l'angle occidental de la 
rue des Lavandières. On la retrouve, à la fin du xvni* siècle, ainsi désignée dans 
une pièce conservée aux Archives nationales : et Maison située à Paris, rue Gai- 
lande, faisant une des encoignures de ladite rue et de la rue des Lavandières, 
près la place Maubert, qui avoit anciennement pour enseigne Le Gril, ensuite 
lImage Sainte-Thérèse, et depuis Les Pellerins, contenant environ sept toises de 
terrain en superficie, consistante en un corps de logis, composée, par bas, d'une 
boutique, salle derrière, caves dessous, plusieurs étages de chambres au-dessus, 
aisances, circonstances et dépendances de ladite maison, appartenante ladite mai- 
son au collège de Presles, au moyen de la donation qui lui en a été faite par 
contrat du seize juin mil quatre cent soixante dix huit, v 

Maison du Cornet (i2/i3), sans autre désignation. 

Maison du Lyon d'or (i38o), ayant pu servir à dénommer la rue Galande Vicus 
Leonis. 

Maison de la Croix de fer (i38o). 

Maison de la Corne de Cerf (1^26), puis de la Pohme de Pin'''. 

Maison du Soleil d'or (1696). 

''' Le Livre commode des adresses, par Nicolas de Blegny, édit. de 1691, met an nombre des auberges 
de bas étage la Corne, en la rue Galande. 



i 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 159 

OsTEL DE TOUS vENs (i355). Cet immeuble ne se distinguait peut-être pas des 
trois précédents. Il a dû former un corps de logis du Soleil d'or, de la Corne 
DE Cerf, ou de la Croix de fer. Il est possible aussi qu'il n'y ait là qu'un change- 
ment d'enseigne. 

Maison de la Gallée d'or (iSog). 

Maison de l'Homme Saulvaige (1^17). 

Maison des Trois Cornets (iSog), sur l'emplacement de laquelle s'élevait, en 
i38o, une maison dite À la Nasse. 

Maison des Trois Maillets (1 5og), faisant le coin oriental de la rue des Anglais. 

CENSIVE DU FIEF DE GARI.i^NDE. 

Dans la partie de la seigneurie de Garlande qui appartenait aux chanoines de 
Notre-Dame, dits de Saint-Aignan, s'espaçaient une certaine quantité de maisons 
bâties, selon toute probabilité, dans le cours des xv% xvi" et xvii* siècles. Nous les 
énumérons dans leur ordre de succession. 

Maison de la Herpe (1 689), qui formait l'angle occidental de la rue des Anglais, 
et portait, en i6o3, l'enseigne du Boeuf couronné. 

Maison de la Corne de Cerf (liiGS), séparée par six immeubles de celle qui 
portait la môme enseigne entre la Croix de fer et le Soleil d'or. 

Maison du Plat d'kstain (1/16B), ainsi désignée en 1609 : «Maison en deux 
corps d'hostel, l'un sur le devant, l'autre sur le derrière, cour entre deux, tenant, 
par derrière, à la Maison du Mirouer en la rue des Anglois. w 

Maison sans désignation (167/1), paraissant s'être étendue derrière la maison 
suivante, qui est dite y aboutir en 1696. 

Maison de la Pomme rouoe (1/174), ainsi désignée dans un titre de 1572, par 
analogie avec le nom de son propriétaire : 

(t 12 février 1.572. — ... domum sitam in vtco diclo Galuvb, ad intersiffnum 
PoMi Bvnm, que olim fuit defuncti dotnini LvDovici Pommier, quondam ranonici 
Parisiensis, per eum legatam pro certâ fundatione in eddem ecclesid factâ (Saint- 
Aignan)''). fl 

'■' Archives nationales, LL i5-j, f" 6i5. — Communication de M. Paul Le Vayer. 



160 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison des Trois Pucelles (i 665), dénommée Maison des Pourcelets en 1597. 
Y a-t-il en changement d'enseigne, ou altération du premier vocahle? Ces deux 
hypothèses sont également admissibles. 

Maison de la Levrière (1665). 

Maison de la Croix Blanche (i/i65). 

Alle'e de l'Hostel de la Longue Alée (1662), appartenant au collège de La 
Marche et aboutissant à la rue du Plâtre; elle fut divisée vers iSay. 

Maison des Trois Coulons (1662). En i6o5, l'ancien vocable avait fait place 
au mot nouveau; l'enseigne portait : Aux Trois Pigeons, 

Maison de l'Ymaige Nostre-Dame (1623), l'un des nombreux immeubles ainsi 
dénommés dans les divers quartiers du Vieux Paris. Les statues de la Vierge abon- 
daient, en effet, surtout à l'angle des rues. 

Maison de la Longue Ale'e (1/102), réunie plus lard à celle des Trois Canettes, 
qui en était distincte en 1878. Dès 1623, elle portait pour enseigne l'Ymaige 
saint Yves et appartenait à la chapelle de ce nom. En 1662, on la trouve ainsi 
désignée : tr Grand hostel de la longue alée, ouquel a sale, chambres, caves, cour, 
jardin, estables et autres appartenances, assises en la rue de la Calandre [sic) et 
ayant issue en la rue du Piastre, a La Maison de la Longue Alée , desservie par un 
couloir étendu et très fréquenté, encore aujourd'hui, se composait de plusieurs 
corps de logis ayant eu leur existence distincte; indépendamment des Trois Ca- 
nettes, elle comprenait, après toutes les annexions : 

La Maison du Serf (i663). 

La Maison du Petit Cerf (i5o8) s'étendait par derrière et avait, par l'allée, 
une issue dans la rue Galande. Quant aux Trois canettes, elles aboutissaient, 
ainsi que nous l'avons dit, à la rue du Plâtre, par une autre allée contiguë à une 
maison appartenant au Collège de Cornouailles. 

On éprouve quelques difficultés à suivre les vicissitudes de la Maison de la 
Longue Alée. Après s'être annexé celle du Petit Cerf, ou de la Hure de Sanglier , 
elle semble en avoir été indépendante à certaines époques. L'histoire de ces réu- 
nions et de ces séparations offre, nous le répétons, beaucoup d'incertitude. 

Maison du Lyon d'argent, puis des Trois Boittes (i665), portant, un demi- 
siècle plus tard, l'enseigne de I'Imaige Sainct Michel (i5i o). 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 161 

Etait-ce à la Hure du Sanglier , ou au Lyon d'argent que demeurait le libraire 
Marbes dont il est question dans un titre de i lxli61 On trouve, à cette date, une 
mention ainsi conçue : rc Maison ayant issue sur la rue du Piastre, tenant par de- 
vers la rue Galande, à ung hostel qui fut J. Marbes, libraire de l'Université de 
Paris, séant à l' opposite de la rue du Feurre, et, du mesme costé à une alée et 
aultres appartenances du collège — Cornouailles — jusques à la rue du Piastre, 
tenant, d'aultre part, tout au long, à ung hostel appelle l'hostel de Garancières. n 
Ce texte établit que le libraire J. Marbes possédait, en face de la rue du Fouarre 
et sur le côté méridional de la rue Galande, une maison ayant sans doute formé 
l'un des corps d'hôtel du Petit Cerf, de la Hure de Sanglier, dépendances de 
LA Longue Alée ; mais il est difficile de l'identifier positivement avec l'un de ces 
logis plutôt qu'avec un autre, puisque tous avaient également issue sur la rue du 
Piastre. C'est par derrière que s'étendait le Petit Cerf. 

Quoi qu'il en soit, le Lyon d'argent, qui a pu contribuer à l'appellation Vicus 
Leonis, et qui se nommait, en 1 5 1 o , l'Imaige Sainct Michel, avait pour enseigne, en 
i6o/i, les Trois Pigeons, et est dit alors former «deux corps d'hosteln. 

Alliée, distincte des précédentes et dépendant du collège de Cornouailles, dont 
elle traversait la cour. C'était le passage des anniversaires, encore ouvert à travers 
la cour de l'ancien collège. 

Maison, sans désignation, aboutissant, comme les voisines, à la rue du Plâtre, 
au moyen de la même allée. 

Hostel de Garancières (i465), ayant issue sur la même rue, et portant déjà 
ce nom au commencement du xv*^ siècle (1602). Le Compte des confiscations de Paris 
pour les Anglais (liai) contient la mention suivante : tr L'hostel de la Garancière, 
en la rue Galande, qui fut à la dame de Garancière, qui fut femme de feu le 
vicomte de Narbonne, du pays d'Auvergne, ou de Languedoc, n La maison, qui 
portait le nom du second mari de la dame, fut divisée au xvi" siècle; une partie 
du terrain où. elle s'élevait servit de jardin à la Maison de la Cloche Perse, en 
façade sur la rue Saint-Jacques. Sur le plan de restitution, l'hôtel de Garancières 
s'eiïace derrière la Maison des Trois Estriers, qui est en façade sur la rue. 

Maison de la Bannière de France (laBi), appartenant à la Nation d'Allemagne 
et ayant, selon toute apparence, servi, en tout ou en partie, à abriter le Collège 
DE Dampnemarche, aliàs de Suesse et de Dace, après annexion de ses bâtiments au 
couvent des Carmes et au collège de Laon. Ce collège, en effet, avait été primi- 
tivement installé en la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève ; mais il dut céder ses 
locaux à des voisins plus riches que lui. «Les Danois, dit Félibien, furent depuis 



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162 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

transférez dans la rue Galande (''. n Mais en quel lieu précis de cette rue se réiii- 
stalla-t-il ? 

Les Comptes dît Domaine et le Compte de la Prévosté de Paris pour 1 45 1 , publiés 
par Sauvai, nous permettent de répondre à cette question. Le premier de ces do- 
cuments contient la mention suivante : «Maison seize rue Sainct Jacques, paroisse 
de Sainct Séverin, tenant, d'une part, à I'Hostel de la Cloche, d'autre part, aux 
appartenances de la Cloche Perce, aboutissant, par derrière, à ung hostel que 
l'on dit le Collège d'Allemaigne^'-'h n Le second contient cette autre mention tout aussi 
significative : ff Maison rue Sainct Jacques, oiî est l'enseigne des Trois rois de Co- 
logne, aboutissant par derrière à un hostel que l'on dit le collège iAllemaigne'^'^Kn 
L'identité des termes conduit à l'identité des conclusions. 

Cet Hôtel DES Trois rois de Cologne, en façade sur la rue Saint-Jacques, et 
dont la situation est bien connue, se prolongeait par derrière, et touchait par le 
fond à LA Bannière de France, dite, en iSai, appartenir à la Nation d'Allemagne. 
C'est donc là, dans la maison portant cette dernière enseigne et ayant façade sur 
la rue Galande, que le collège de Danemarck, de Suesse ou de Dace, avait été 
transféré, par abandon de ses bâtiments aux Carmes et aux écoliers de Laon. 
La transaction entre les deux collèges eut lieu le 28 août i/i3o; celui de Laon, en 
échange de la maison qu'il s'annexait, en céda, à celui de Dace, une autre qu'il 
possédait «oultre Petit Pont, en la rue Gallanden. 

Maison de la Porte dorée (1 BgS). 

Maison de la Corne de Daim (i465). 

Maison de la Couronne (1^21) et de la Couronne de fer (ii35). 

CENSITE DU FIEF DE TIRON, APPARTENANT AU CHAPITRE DE NOTRE-DAME. 

Maison du Soufflet (1887), comprenant primitivement le corps de logis sui- 
vant, lequel était dit en i53i, la 

Maison du Lièvre cornu. 

Les Registres cdpittilaires de Notre-Dame de Paris contiennent les mentions 
suivantes, que nous devons à l'obligeance de M. Paul Le Vayer : 

«27 aoust 1572. — Recupercntur Jura vendarum debitarum per Joannem 
''' //(■«(. de Paris, t. I, p. 179. — <*' Antiquités de Paris, l. II, p. 3i3. — t'' Ibid., t. III, p. 34(). 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 163 

Albin, lapidarium mercatorera , favore et nomine magislri Jacobi de Gasline etiam 
inercatoris et civis parisiensis medie partis domus sita Parisiis in vico Galanda, 
quadrivio Sancti Severini, censiva capituli in qua solebat inlersignum pendere 
Lepus Comxitus, et ad presens moratur Gatharina Lefebre, vidua defuncli Joannis 
Sauve, acquisite et sibi adjudicate, mediante summa mille librarum tz, prout 
existit litteris decreti Prepositi parisiensis de data die ultimi aprilis anni presentis 

— r 5 janvier iByS. — Domini Richevillain et Fouquet (canonici), vocato 
capitaneo de Pieuvre, visitent in domo quam inhabitat vidua defuncti Lefebvre, 
et se informent de dicta Lefebvre, de locatoriis in eadem domo existentibus, nec 
non videant reparanda in dicta domo, vocato super hoc viario ecclesie (-'. n 

Venaient ensuite cinq maisons dont on ne connaît que les enseignes, sans dé- 
tails sur leur distribution et leur importance respectives; c'étaient les 

Maison de la Cuilleb (i438). 

Maison des Quatre fils Hémon, ou Avmon (i562), vocable qu'on retrouve plu- 
sieurs fois ailleurs. 

Maison du Cheval noir (i556), puis des Trois boîtes. 

Maison de l'Image Saint Jehan (i585). 

La maison d'angle était dénommée : 

Maison des deux pas (i685), ainsi nommée parce qu'on y accédait par deux 
marches. Elle dépendait de la maison d'angle, qui avait façade sur les rues Saint- 
Jacques et Galande. 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 

PAROISSE DE SAIM-SÉVEHIN. 

JUSTICE ET CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison du Maillet, faisant, en i^65, le coin de la rue Saint-Jiilien-le-Pauvre, 
divisée en deux en i Goû , et contiguë à la maison qui formait l'angle septenlrional 
de la rue du Petit-Pont. 

Cette maison est l'un des nombreux immeubles qui furent confisqués pendant 

'' Archives nationales, LL 167, f° 169; i58, f° 3.3 1. — ■''' /6irf.,i58, î° Itoi v°. 



164 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

l'occupation de Paris par les Anglais. Sauvai la mentionne deux fois, une pre- 
mière , pour rappeler les charges dont elle était grevée ; une seconde , pour dire 
que les Anglais se l'approprièrent. Voici la première mention : 

a Maison appellée l'Hostel des Maillets , au carrefour de Sainct Severin , chargée , 
envers les chanoines de Sainct Symphorien , en six livres parisis de rente *') r> ; voici 
la seconde, reproduite du Compte de confiscation de la Ville de Paris de lùùj à lUSù : 
«l'Hostel des Maillets, sis au carrefour de Sainct Severin, faisant le coin de la 
rue Sainct-Julien '^l 11 



PAROISSE DE SAINT-SBVERIN. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAINT-JULIEN-LE-PADVRE. 



Maison des Chappelets (iBSy), faisant le coin oriental de la rue Saint-Julien- 
le-Pauvre. On la retrouve ainsi désignée en 1776, ou plutôt on constate comment 
elle avait été transformée : «Quatre maisons contiguës, faisant le coin de la rue 
Saint-Julien et Galande, aboutissant à la cure du Prieuré; lesquelles quatre mai- 
sons construites sur l'emplacement des trois qui jadis etoient une seule : Les Thois 
Chappelets. -n 

Deux petites maisons, sans désignation et sans date précise. 

Maison de la Hure (iSôg), faisant le coin occidental de l'allée qui conduisait 
de la rue Galande à la cour du Prieuré de Saint-Julien-le-Pauvre. Cette allée exis- 
tait déjà en i/i65 ; elle fut prise sur la largeur de la nef de la Chapelle de Saint- 
Biaise; on l'appelait ce le pelit huys de Sainct Julien n. 



CHAPELLE DE SAINT-BLAISE. 

Ce petit édifice, qui formait l'angle oriental de l'allée conduisant à Saint-Julien- 
le-Pauvre, paraît en avoir été une dépendance, ainsi qu'il résulte de la mention 
suivante, extraite d'un document non daté : trLe Prieuré de Saint-Julien estant 
autrefois régulier, le lieu oià est la chapelle de Saint-Biaise servoit de réfectoire 
aux religieux, et, depuis qu'il fut sécularisé, on fit de ce réfectoire une chappelle, 
laquelle a toujours esté possédée par les Prieurs, comme un lieu dépendant et 
faisant partie de l'église, n 

Une autre note, également dépourvue de date, confirme la première; en voici 

'"' Antiquités de Paris, t. 111, p. a83. — '' Ibid., p. 298. 



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RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 165 

la teneur : « Il y a apparence que la Chapelle de Saint-Biaise estoit autrefois un 
oratoire dépendant du Prieuré de Saint-Julien, et consacré à la Vierge. Cette 
conjecture est fondée sur ce que, dans presque tous les monastères de la règle de 
Saint Benoist, où la conventualité a été establie, on trouve de ces chapelles, ou 
oratoires particuliers, hasties à peu de distance de l'église principale. Il y en a des 
exemples à Saint-Martin-des-Champs, à Saint-Germain-des-Prés. Une statue de la 
Vierge, qui était autrefois placée dans le fond de cet oratoire, confirme même 
cette conjecture. H paroit évident, par les communications, que la Chapelle de 
Saint-Biaise a fait partie du prieuré, le passage ayant fait partie de la chapelle, v 

L'époque de la construction de cette chapelle est un peu indécise; mais il 
en est fait mention dès la fin du xni'^ siècle. En li^G, les maçons et les char- 
pentiers de Paris y établirent leur confrérie et firent en môme temps élever un 
portail sur la rue Galande; ce qui semble indiquer que l'oratoire était inachevé 
ou qu'il avait été conçu primitivement dans de modestes proportions. La même 
confrérie le fit rebâtir en 1686, c'est-à-dire deux siècles et demi après la con- 
struction du portail; ce qui porte à croire que ce petit édifice était alors ou fort 
ancien, ou fort exigu. 

L'inscription qu'on mit alors sur le nouvel oratoire et que rapporte un historien 
de Paris était ainsi conçue : 

Ch\pelle de Saim Bl.use, de Saint Louis, de Saint Roch. 

Au milieu du siècle dernier, ce n'était plus, dit le même auteur, «qu'un grand 
terrain occupé par un menuisier n. La confrérie qui y avait son siège, et qui y 
faisait a chanter une grand'messe tous les dimanches et les bonnes fêtes de l'an- 
nécfl, lui avait retiré son appui, puisque le portail de 1676 et la nef de 168A , 
élevés par ses soins, avaient fait place à un atelier de menuiserie. 

La reconstruction de iG8^ n'avait pas été totale, car on n'eiit pas manqué de 
rebâtir la chapelle dans le style de cette époque. Or il résulte d'un ff procès-verbal n 
dépourvu de date, mais présentant tous les caractères de l'authenticité, que la 
nef, tout au moins, avait été respectée par les reconstructeurs, rr La construction 
de la Chapelle Saint Biaise, est-il dit dans le procès-verbal, est totallement diffé- 
rente de celle de Saint-Julien-le-Pauvre, tant pour la qualité des matériaux, que 
pour la distribution, architecture et décoration; en ce que la Chapelle Saint-Biaise, 
qui consiste en trois travées, est voûtée en ogives avec clef, au milieu des lacunes 
— armoiries différentes. Celles du sanctuaire portent les armes de France, trois 
fleurs de lys. — Armes du Dauphin sur la troisième. — En la seconde, moitié 
de fleurs de lys. — Deux vitraux sur la cour, le premier représentant de grandes 
figures, Saint Biaise, Saint Louis, Saint Joseplm. 



166 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Ces détails semblent indiquer que la cf reconstruction n de 1686 avait été plutôt 
un ensemble de travaux décoratifs qu'une réédification réelle. La chapelle Saint- 
Biaise a été érasée en 1808. 

Maison du Cheval rouge (1896), appartenant à la confrérie de Saint -Biaise et 
composée de deux corps de logis, qui eurent leur existence distincte au xvi"^ siècle. 
A la fin du xiv'' (iSgS), elle aboutissait à une cave ainsi décrite : ff Cave séant der- 
rière LES Deux Signes, laquelle cave est assise dessoulz une couit, laquelle lient, 
d'une part, à la Chapelle Sainct^Blaize, d'aultre part, aux maisons du Prieuré, 
d'aultre part, au mur estant entre ladicte cave et court, d'une part, et ledict 
HosTEL DES Deux Signes d'aultre part; et, d'aultre part à I'Hostel du Cheval rouge, 
appartenant auxdicts confrères, n 

M\iso\ des Deux Signes (i36o), appartenant, ainsi que la suivante, à la Nation 
de Normandie. 

PAROISSE BE SAINT-ÉTIENNE-DU-MOM. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAIINTE-GENEVIÈVE. 

Maison des Lyons (i56i), ayant dû primitivement faire partie de la précé- 
dente, ou de la suivante. En 1^29, on la trouve ainsi désignée : a Grand hostel 
contenant trois corps d'hostel, jardin et dépendances, rue Galande, tenant, d'une 
part, du costé et par devers Sainct-Julien, sçavoir, sur le devant, à I'Hostel des 
Deux Cignes, et, sur le derrière, dudict costé, à un jardin de Sainct-Julien, 
tenant, devers la rue du Feurre, sur le devant, à ^f^osTEL de la Heuse, et, sur le 
derrière, du costé de la rue du Feurre, aux Escoles de la Nacion de France, par 
derrière au Lyon Ferré; acquise par la Nacion de Normandie ''l n A la fin du 
xvi^ siècle a le Lyon, ou les Lyons, tenant aux Deux Signes, est dit appartenir à 
la Nacion de Navarre n. 

Maison de la Heuse (1873), et, sept ans plus tard, Maison où au-dessus est 
l'ansaingne de Sainct Jullian (i38o). En iklxi, on trouve, dans un titre, cette 
mention : «Maison ouquel est à présent élevée en pierre de taille l'ymaige de 
Sainct-Jullian, sur l'uisserie dudict hostel. ■n La précieuse trymaigCT) n'a pas été 
déplacée; nous en donnons ci-contre la reproduction dans son état actuel. 

Cet important immeuble avait été aliéné, en iûi3, moyennant fc quatre vingts 
escus d'or à la couronne, de vingt deux solz, six deniers tournois chascunii. En 
i535, la Heuse, ou Sainct-Jullian, se composait de trois corps d'hostel, l'un sur 

''' Arcliives nationales, fonds de l'Université, lA' carton, Nation de France, 1" liasse. n° 2. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 167 

la rue Galande, le deuxième sur les Petites escoles de Fhance, et le troisième sur 
les Gbaisdes escoles de la même nation. 




Enseigne de la maison de Sainl-Julicn, rue Galande, n° As (189^1). 



ESCOLLES DE LA NagION DE FRANCE (iBog), acquises en ilxod, moyennant 
cinq cents livres tournois, puis Maison du Château de Vincestre, faisant le coin 
occidental de la rue du Fouarre. En i3/i3, ces écoles appartenaient «aux hoirs de 
feu Messire Yves de BlachevilleT, et avaient été avant lui à Jehan au Buef. 

EscOLLES DE LA NAGION DE PICARDIE (1 683), ayant été, en 1 /i 2 8, la Maison 
DE LA ROË DE FoRTUNE , formant l'angle oriental de la rue du Fouarre. Entre ces 
deux époques (i/i35), on y avait appendu une autre enseigne, bien connue dans 
le quartier; c'était 

La Corne de Cerf (i435). 

Maison du Heaulme (i/i3i), réunie, vers le commencement du xvi*^ siècle, à la 
maison précédente. 

Maison de l'Escu Sainct-Georges (i38o), puis des Trois Boettes, en lôog. 

Trois maisons, sans désignation, sans doute à cause de leur peu d'importance, 
ou parce qu'elles dépendaient de la maison suivante, laquelle est qualifiée, en 
1 662 , de 



168 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Grande maslre ff avec une porte faisant front à la rue des Trois Portes n, compo- 
sée des maisons précédentes, de celle qui formait le coin occidental de la rue des 
Rats, et de deux anciens corps d'hôtel de la Maison de la longue Allée, sise dans 
cette rue. Après un laps de temps indéterminé, une reconstruction succéda à cet 
état de délabrement; mais on ne rebâtit que trois maisons en façade sur la rue 
Galande. Vers la fin du \\f siècle, ces trois maisons, qui avaient été temporaire- 
ment réunies en une, en formaient encore deux, ainsi qu'il résulte de la mention 
suivante : a Deux maisons contigucs, jadis en une, faisant le coin des Ratz, ti 

Cet angle est peut-être celui que désigne l'article suivant, extrait du Compte 
des confiscations de la Ville de Paris, entre les années 1^27 et ih^h : «Maison en 
la rue de Galande, faisant le coin de la rue aux Ratz^'^i; mais il se pourrait éga- 
lement que ce fût l'autre coin. 

Ici quatre maisons omises, sur lesquelles nous avons recueilli les notes suivantes : 

«Maison dc Plat d'estain (iBGy), de la Teste pelée (i38o), puis de l'Imaige 
sAiNCT KiusToniE (i 689), faisant le coin oriental de la rue des Rats. Il y avait une 
plâtrière en i6a^. 

cr Maison de l'Imaige sainct Estienne (1^89). 

«Maison de la Roze (i38o), de la Roze blanche (1669), avec pignon sur rue. 

«Maison de la Fleur de Lys (ii/19), faisant le coin oriental de la rue Jacinthe^. 

Nous ne terminerons point l'iiistoire topograpliique de la rue Galande sans dire 
le peu que l'on sait du Cimetière qu'y possédaient les Juiis. 

Cimetière des Juifs. — L'existence de cette nécropole, très voisine de celle 
de la rue Saint-Côme, ou de la Harpe, et en dépendant peut-être, est attestée, 
de siècle en siècle , par de nombreuses découvertes funéraires. Bien que la Judœaria, 
ou Juiverie, eût cette dernière rue pour centre principal, il est hors de doute 
qu'elle se ramifiait, en s'étendant vers le bourg Saint-Julien et les deux clos Mau- 
voisin et Garlandc. Cette extension n'a point échappé à Sauvai, qui croit à deux 
cimetières distincts : «Les Juifs, dit-il, avaient à Paris, deux cimetières, l'un à la 
rue Galande, qui devait, en i358, quatre livres parisis de cens et rente à deux 
chanoines de Notre-Dame, qu'on appelle les Chanoines de Saint-Aignan (^'. n 
L'autre était celui de la rue de la Harpe, sur lequel Sauvai s'étend longuement, 
et que nous avons décrit dans le volume du présent ouvrage ayant pour sous 
titre : Région occidentale de l'Université. 

''' Anlifjuués de Paris, t. III, p. 5of). — '"' Ibid. , t. II, p. 53-2. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 169 

Félibicu a constaté également que ia nécropole juive de la rue Galande avait 
des redevances à payer; mais il est très sobre de détails sur les découvertes qu'on 
a dû y faire après sa désaflectation, et lorsqu'on a pratiqué des fouilles pour bâtir. 
A propos des deux clos, il ajoute sommairement : a Les Juifs y avoient un cime- 
tière placé entre la rue Galande et la rue du Piastre, dans la terre de Henri et de 
Nicolas de Sens, celui-ci, chanoine de Nostre Dame, et l'autre, sous-cbantre, et 
chargé de quatre livres parisis de cens ^'\ n 

De tous les anciens historiens de Paris, Le Beuf est le plus explicite, et, pour res- 
tituer la nécropole israélite de la rue Galande, il s'aide des découvertes qu'on a 
faites en fouillant le sol. trJ'ai cru, dit-il, devoir encore faire observer que, sur la 
paroisse Saint-Séverin , entre la rue Galande et la rue du Plâtre, on a trouvé plu- 
sieurs fois dans ce siècle et même encore en 1752, en rebâtissant le devant du 
Collège de Cornouaille, une grande quantité de corps morts sans cercueils, à dix- 
huit pieds en terre. L'un de ces squelettes, trouvés en 1 762 , avoit une bague d'or 
au doigt; mais il faut qu'il y ait eu d'autres que des Juifs inhumés en ce canton 
du Bourg Saint-Julien ''^'. n 

Deux conclusions probables se dégagent des textes que nous venons de repro- 
duire : la première, c'est qu'une synagogue a dû exister sur un point des clos de 
Garlande ou de Mauvoisin , et disparaître à l'époque de Philippe-Auguste , ou de Phi- 
lippe le Bel, lors de la proscription des Juifs; la seconde, c'est que la proximité 
de Saint-Julien-le-Pauvre, ancien ffospitalT», ou hôtellerie pour les pèlerins fndi- 
gents, explique aussi, dans une certaine mesure, les découvertes funéraires qu'on 
a faites en ce lieu, lequel a pu servir de cimetière aux gens de passage qui y dé- 
cédaient. 

De nos jours, des découvertes funéraires se produisent encore quand on fouille 
le sol de la rue Galande et des voies adjacentes, pour exécuter des travaux édili- 
taires, ou les terrains en borduie, pour y édifier des maisons. 



RUE DE LA HARPE, DE LA JLIVERIE, DE SAINT-COME 

ET SAIINT-DAMIEN. 

Dans le volume précédent, qui a pour sous-titre Réfrion occidentale de l' Université, 
nous avons consacré une notice étendue à la voie qui a porté ces trois noms, et 
dont une partie subsiste encore aujourd'hui. Nous y renvoyons le lecteur, autant 

''' Histoire de ta Ville de Paris, t. I, p. 167, 168. — ''* Histoire de tout le diocèse de Paris, édit. 
Cocheris, t. I, p. Iiy. 

VI. 33 

mriiMtKii ««TiosAtr. 



170 TOPOGRAPHIK HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

pour l'histoire de la rue elle-même et de ses diverses transformations, que pour 
la description topograpliique de son côté droit, où se trouvaient notamment les 
collèfjes d'Harcourt et de Justice Le côté gauche, ou oriental, n'était pas moins 
bien pourvu sous ce rapport : Séez, Narhovne, Batjeua-, Le Trésorier, Chmy, par 
leurs bâtiments antérieurs, postérieurs ou latéraux, faisaient face à ces deux 
grandes maisons scolaires, et ils n'occupent pas une moindre place dans les an- 
nales de l'Université. La rue de la Harpe, conin)e la rue Saint-Jacques, a toujours 
été l'une des principales artères du monde latin à Paris. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 

PAROISSE DE SAINT-SÉVERIN. 
JUSTICE ET CENSIVK DU FIEF DE MABCOIGNET. 

M\iso!N DU Pilier d'or, omise sur le plan de restitution, probablement parce 
qu'elle s'était confondue avec le Grand Louis, (jui s'appelait primitivement le Pâmer 
VERT. Elle formait la limite septentrionale du fief de Marcoigset, mentionné dès 
1293. 

Ce territoire comprenait, vers la fin du siècle dernier, neuf maisons cr entrete- 
nantes n, se succédant depuis celle du Pilier d'or, à l'angle sud-est du carrefour 
Saint-Séverin, jusqu'à I'Hostellerie de la Roze rouge. Une note, puisée aux 
sources, porte, en effet, que ces maisons étaient n actuellement •« (1776) au 
nombre de neuf; Elles se suivaient alors, «à commencer à la maison construite 
sur l'emplacement oîi estoit I'Hostel des Gants (sic), où pend pour enseigne le 
Saint-Esprit, et ci-devant le Flamreau royal, et plus anciennement la Limace, joi- 
gnant L\ Roze rouge, et finissant, lesdites maisons, par celle où est pour enseigne 
LE Grand Louis, et jadis le Panier vert, actuellement faisant le coin du carrefour 
Saint-Séverin, tenant, les neuf maisons, par haut, à la Roze rouge, et par bas. 
dans le carrefour, au Pilier d'orti. 

Les Marcoignet, qui avaient donné leur nom à ce petit fief, appartenaient à 
la noblesse, et s'étaient alliés à la haute bourgeoisie parisienne; on trouve, en 
effet, dans Sauvai, les mentions suivantes : 

« iii6i. Noble homme, Anlhoine Marcoignet, escuyer, pour un fief scis à Paris, 
en la rue de la Harpe, tenu et mouvant du roy, à cause de son chastelet, duquel 
il a fait la foy et hommage, à lui echeu par le deceds de Jehan Marcoignet, son 
père. 15 

r ili'jb. Damoiselle Marguerite de Marcoignet, veuve de M° Gilles Brulart, en 



b 



» 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 171 

son vivant docteur en médecine, fille de feu Jehan de Marcoignet et de damoi- 
selle Jehanne Gencîenne, sa femme'''. •« 

Le parcellaire du plan de restitution ne concorde pas exactement avec les indi- 
cations qui précèdent. Sur ce fief de Marcoignet se sont succédé, en effet, les 
constructions et les enseignes, les jonctions et les disjonctions d'immeubles; ce 
qui peut se raconter, mais ne saurait être fixé, par le trait, sur un plan. 

Maison du Panier et du Panier vert, originairement distincte du Pilier d'or, et 
ayant formé l'angle méridional de la rue Saint-Séverin. 

Maison de l'Ymaige Sainct Kristofle (i586). 

Maison de l'Ymaige Saincte Marguerite, t d'anciennetés, mais n'ayant plus d'en- 
seigne en 1 585. 

Maison de l'Ymaige Sainct Nicolas (ii86), dite alors refaisant front au Pape- 
GAULTT. Un siècle plus tard, elle a pour enseigne les Trois Hoys (i588). 

Maison delà Lanterne (i656), appartenant alors à l'église Sainl-Séverin. 

Maison de la Heuze, puis des Verds Gallans (i5i8), aboutissant à la rue des 
Prêtres Saint-Séverin. La première de ces deux enseignes se retrouve dans le voi- 
sinage, en la rue de la Huchette. Il résulte de l'acte de fondation du collège des 
Lombards, que l'immeuble dont il s'agit n'aboutissait point alors (i33/i) à la rue 
des Prêtres, mais qu'il formait la limite occidentale de la Petite Autruche, sise 
en cette même rue. 11 est dit appartenir à M*" Manfred de Milan, doimis Magislri 
Manfredi de Mediolano^'^K C'est sur l'aire de la Heuze que le plan de restitution 
localise le Jeu de Paulme des Ganz. 

Maison des Badz couronnés (i588). 



CKNSIVK DK L'EVECHE. 



Maison de la Seraine (1899), P^'^ ^^ ''^ Limace (i5/i6 et i58Zi), ayant fait 
originairement partie de la précédente, et divisée elle-même en deux moitiés 
dont l'une portait, en i65A et 1^89, l'enseigne du Jeu de Paume des Gands. 
Elle doit se confondre avec I'Hostel des Gans mentionné en 1668. 

' Antiquité» de Paris, t. lit, p. 363 et iig. — '*' Sauvai, t. Ht. p. '139. 



172 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

C'est dans la maison, ou portion de maison, ayant pour enseigne la Seraise 
(Sirène), que furent logés et gardés à vue Eustache de L'Aître et Jean de Toulon- 
geon, envoyés en ambassade à Paris par le duc de Bourgogne (i4i5). Ces dépu- 
tés de Jean-sans-Peur durent y attendre le retour des ambassadeurs du roi, ainsi 
que le raconte Juvénal des Uisins'^). 

Maison de l'Escu d'Arras (139.3) et de l'Escu d'Artois (1899), puis de la Roze 
ROUGE (i535), ayant un corps d'hôtel sur la rue de la Parcheminerie. Les messa- 
geries de Rennes, qui partaient de Paris tous les jeudis et samedis, y avaient leur 
bureau, en 1691 . 

Maison de l'Escu de France (i5i8), ayant, avant cette époque, fait partie de 
l'une de celles qui lui étaient contiguës; elle était située rrà l'opposite de la rue 
F^ercéen, et abrita, au xvn" siècle, le pâtissier Mignot, si difïamé par Boileau. 

Ici, c'est-à-dire à l'angle septentrional de la rue de la Parcheminerie, se placent 
deux immeubles figurant sur le plan de restitution et omis dans les notes expli- 
catives : ce sont I'Image Notre-Dame et la Boîte, n'ayant originairement formé 
qu'une seule maison. La première devait son nom à une statuette de la Vierge, 
qui a dû être déplacée, lors des remaniements subis par la maison, puisque, au- 
jourd'hui, elle occupe l'angle d'honneur. 

CENSIVE DE l'ÉVÊCIIÉ ET DE LA SORBONNE. 

Maison de l'Ymaige Sainct-Anthoine (i553), formant l'angle méridional de la 
rue de la Parcheminerie. 

CENSIVE DU CHAPITRE DE SAINT-BENOIT. 

Maison de l'Ymaige Madame Saincte-Cathehixe (1^88), sur laquelle les censiers 
et autres documents ne donnent pas de renseignements. 

Maison des Deux Cïgnes (1686), ayant issue sur la rue de la Parcheminerie, 
par un corps d'hôtel nommé la Maison du Dauphin. Réunie à celle de la Roze et 
DES Deux Cïgnes, elle formait, au xvi'^ siècle, la Maison des Gilrerts, ainsi appelée 
j>arce qu'elle était alors habitée par Michel Gilbert, conseiller au Parlement. 

Le plan de restitution donne à cet immeuble une autre dénomination : il l'ap- 
pelle Hôtel Dandelot; c'est ainsi, en effet, que le désigne le Journal de L'Estoik, 

- ''' Histoire du règne de Charles VI , édit. du Louvre, p. 537. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 173 

à l'année iBgS. Les Archives nationales (5897 B) possèdent un plan de la Maison 
DES GiLBERTS, plan certifié conforme par quatre notaires et portant la date de 1718. 
D'après ce document, elle était limitée, au midi, par une autre maison formant 
enclave dans celle des Gilberts et appelée le Pilier rouge. 

Maison de la Roze (t i88), mentionnée dans plusieurs titres et ayant contribué 
à former, au xvi'' siècle, celle des Gilberts. 



CENSITE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison du Saulmon (i365) , divisée plus tard en deux : la Corne de Cerf (1 Bai), 
et LE Cygne de la Croix (1575). 

Maison de la Barbe d'or (1878), signalée dans la rrRecepten de 1078, ainsi 
que ses deux voisines le Cigne de la Croix et la Magdeleine, comme ayant appar- 
tenu à la famille Yersoris. Le fait ressort des textes suivants cités par Sauvai : 

«M* Guillaume Versoris, au lieu de M*^ Guillaume Yersoris père, pour la mai- 
son tenant, d'une part et d'autre, à M" JNicole Versoris; 

ff M* Nicole Versoris, au lieu de M'' Guillaume Versoris, son père, pour sa maison 
ou souloit prendre pour enseigne la Barbe d'or , tenant à la maison de M'' Guillaume 
Versoris, son père; 

bM" Jehan Versoris, advocat au Chastelet de Paris, M" Guillaume Versoris, 
advocat au Parlement, pour une maison tenant, d'une part, à celle de la Barbe 
d'or, d'autre part à M'' Jehan Gibert, correcteur des Comptes, et pour autre 
maison seize en la rue des Enlumineurs, dite Erambourg de Brie*'', n 

Maison du Lïon d'or (1/190) ayant porté, un siècle auparavant, l'enseigne de 
LA Fleur de Lys, à moins qu'il ne s'agisse de la maison suivante, qui a pu en faire 
partie : 

Maison de la Magdeleine (1678), qui a pu porter, deux siècles plus tôt, cette 
même enseigne de la Fleur de Lys, bien qu'elle ait été indivise entre Jean et Guil- 
laume Versoris, 

Maison de l'Espée (iBai), puis de I'Espée royale (1671) ayant appartenu à 
Jean Guibert, correcteur des Comptes. 

Maison de l'Ymaige Sainct-Jehan (1571). 

'"' AiUiquUés de Paris, l. III, p. GaS. 



174 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison DU Daulphin (i4oi). 

Sur ces deux derniers immeubles il n'existe, dans les documents authentiques, 
aucun renseignement autre que la mention de leurs enseignes. 

Maison de l'Escc (i4o4), puis de I'Ymaige Sainct-Georges (iblili). Elle était 
formée de trois corps d'hôtel, dont deux sur la rue de la Harpe, l'Escu de Sainct- 
Georges (i5i7) et LA Hure de Sanglier (i58o), un sur la rue du Foin, l'Espée 
DE BOIS (i568). 

A propos de la Maison de l'Escu de Sainct Georges, M. Paul Le Vayer a relevé 
les faits suivants : 

«Peu de temps avant la bataille de Cocheiel (16 mai i36i), Louis II, v'^ de Beaumont et 
seigneur à divers titres de Fresnay (au Maine), d'Argentan, Nogent-ie-Rotrou , la Flèche, Châ- 
leau-Gontier, Pouance', etc., e'tait logé, à Paris, s en la me de la Harpe, daiu Vkoustel merché et 
signé de l'Escu Saint-George. « 

tf Louis de Beaumont fut «navré à mortv dans la journée de Cocherel, et enterré, suivant 
son désir, dans l'église des Chartreux du Parc, au Maine, auprès du bienheureux Geoffroy de 
LondonW.5) 

Maison de l'Ymaige Sainct- Martin (iSyS), laquelle est dite alors acensive du 
Temple n. 

Maison de l'Ours (162 1). 

Maison de la Housse Gillet (1607), puis de la Housse Trappue (i5io), déno- 
mination qu'on retrouve ailleurs. 

Les documents du lemps ne fournissent aucun renseignement sur ces trois im- 
meubles, et, en particulier, sur la singulière enseigne du troisième. 

Maison des Rats (1 boy), faisant le coin septentrional de la rue du Foin. C'était, 
en 1673, aux termes d'un article de la aReceptei) de cette année, publiée par 
Sauvai, la propriété de «André Grillart, seigneur du Mortier, conseiller du Roy, 
maistre des requestes ordinaires de son hostel -n , lequel est imposé et pour sa maison 
faisant le coing de la rue du Foin'^'fl. Dans cette maison existait, au xyi*" siècle, 
l'imprimerie de Nicolas Wolf, de Rade, installée d'abord dans le cloître Saint-Be- 
noît, AUX TROIS Tranchoirs d'argent. 

Maison DE l'Ymaige Nostre-Dame (16/17), formant l'angle méridional de la rue 

''> E CInonico Priorum domus Parci. Bibl. nat., P. 0., t. CGXLVII, verbo Beaumont 543i, p. 3,4.— 
''' Antiquilés de Paris , t. III, p. 6 ai. 



h 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 175 

du Foin. Les immeubles portant enseigne de la Vierge étaient fort nombreux à 
Paris; ils occupaient généralement le coin des rues, ce qui permettait de placer 
la statuette de façon qu'elle fût aperçue de plusieurs côtés. 

Maison du Mouton rouge (iS/iy), laquelle n'en formait qu'une, en 1^26, avec 
la précédente. Elles appartenaient alors à l'abbaye de Cernay, qui avait, dans la 
rue du Foin, un hôtel pour ses abbés. (Voir la notice consacrée à cette résidence 
abbatiale, dans la description topographique de la rue du Foin.) 

Maison dc Renard et de la Croix verte (1 B'ig), se composant, selon toute appa- 
rence, de deux corps de logis, en iSyy; ce qui explique les deux appellations. 

Maison du Petit Renard (1577), qui se nomma plus tard le Pied de Biche (160 'j). 
Avant leur disjonction, ces deux corps d'hôtel n'en formaient qu'un, dénommé 
l'Esco de Bourgongne. 



CKNSIVE DE SAIISTE-GENEVIEVE, REVENDIQUEE PAR LA VILLE. 

Maison de la Croix de fer (15Ù7), aboutissant à la grande salle du palais des 
Thermes; il s'y trouvait, en 1691, le bureau des messageries de Laval. 

CEXSIVE Dt PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison de la Marguerite (162/1). 

Maison du Bercel (169.6) et du Berceau de fer (iSai). Une note recueillie 
aux Archives par M. Paul Le Vayer, porte ceci : 

(T Hôtel-Dieu de Paris. — iBSs. — Seur Cathfrine Chevesne, dgée de ai ans, 
fille blanche (novice). Son père, feu Chevesne, élaù maistre du Berceau, rue de la 
Harpe'^^K'ii 

Maison de Nostre Dame, puis de TAgnus Dei (1667). Elle ne formait, en 1626, 
avec les quatre suivantes, qu'un seul logis, divisé probablement en quatre corps. 

Maison de l'Estoille a d'ancienneté h , et, depuis iB'S, Maison de l'Ymaige 
Saincte Catherine, sans autre renseignement sur son importance et sur ses pos- 
sesseurs. 

'"' Archives nationales, L 536. 



176 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison de l'Annonciation (i583), laquelle paraît avoir été celle des Bourses en 
1567, à moins que cette dernière enseigne n'ait appartenu à la maison faisant 
le coin de la rue des Mathurins. 

Maison de l'Ymaige Sainct Laurent (15A7), ayant dû probablement, à une cer- 
taine époque, faire partie de la précédente, ou de la suivante, des deux peut- 
être, puisqu'elle se trouvait enclavée entre I'Annonciation et la 

Maison du Fer à cheval (iSiy), laquelle formait l'angle septentrional de la rue 
des Mathurins. Cette propriété pourrait bien être celle qui fut confisquée en ili'2 1 
par les Anglais, car il est dit dans le Compte des confiscations de cette année : tr Mai- 
son, rue de la Harpe, faisant le coin du Palais du Thernie(''n. Ce coin n'étant 
pas désigné plus explicitement, l'immeuble confisqué s'identifie soit avec le Fer à 
CHEVAL, soit avec LE Moulinet. 

PAROISSE SAINT-SÉVERIN 
(jusqu'au Collège de Cluny). 

CEN'SIVE DU TEMPLE. 

Maison du Moulinet, faisant le coin méridional de la rue des Matliurins, et pou- 
vant être, ainsi que nous venons de le dire, celle que les Anglais confisquèrent 
en 1^21. Elle paraît avoir été, en i683, autant qu'on en peut juger par le titre 
d'une plaquette publiée à cette date, le siège d'une exposition industrielle, la pre- 
mière dont il soit fait mention dans notre histoire''^'. Les mots fcdans la rue de 
la Harpe, vis-à-vis Saint-Cosme n semblent ne pouvoir désigner que la Maison du 
Moulinet. 

CENSIVE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN. 

Collège de SÉEZ. — Nous avons réuni en autant d'articles à part et, placé 
à la suite de la description topographique de la rue de la Harpe, les notices rela- 
tives aux cinq collèges ayant façade ou issue sur le côté oriental de cette voie. Celui 
de Séez vient en première ligne. 

CENSIVE DE LA SORBONSE. 

Maison du Chapeau rouge (i658), enclavée dans la cour du Collège de Séez. 

''' Antiquités de Paris, t. III, , p. 288. Paris, dans la rue de la Harpe, vis-à-vis de Sainl- 

''' Le fait résulte du catalogue imprimé chez Cosme»i. Ce catalogue contient quarante-huit pages 

C. Guillery, sous ce titre : rr Explication des modèles et douze planclips. 

des machines et forces mouvantes que l'on expose à 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 177 



CENSIVE DE SAINT-JE\N-DE-LATRAN. 



r 



Collège de NARBONNE. — Même observation que pour le Collège de Séez, 
à la suite duquel est placée notre monographie du premier de ces établissements. 

Maison du Fer à cheval (iSyS), topographiquement distincte de la maison por- 
tant la même enseigne et située à l'angle septentrional de la rue des Mathurins. 
Celle-ci appartenait au Collège de Baveux, qu'elle joignait, et paraît devoir être 
identifiée avec la petite maison dite de Cutry, ou Cutrées, donnée par Guillaume 
de Bouvet, pour la fondation du collège. 

Collège de Bayeux. — La notice consacrée à cette importante maison scolaire 
se trouve à la suite de celle qui est relative aux collèges de Séez et de Narbonne. 

Maison de l'Ostel dessus la porte (liSo), ainsi nommée parce qu'elle était 
placée, le long de la rampe qui gravissait la rue de la Harpe, du nord au sud, 
ff au-dessus de la porte du collège de Bayeux n. On sait que cette porte, détruite 
lors du percement du boulevard Saint-Michel, a été déposée et rétablie dans les 
jardins du Musée de Cluny. 

CR>'SITE DE LÀ SOBBONNE. 

La Maison peinte (1/180), puis l\ Maison du Pl\t de boys (1570), aboutissant 
à la rue des Maçons. Dans une dépendance de cet immeuble, se trouvait, au 
xv^ siècle, la dépense, ou économat, du collège de Bayeux, dont on voyait encore 
des traces avant l'ouverture du boulevard Saint-Michel. Sur l'emplacement de 
cette maison paraissent avoir été les étables et les cuisines de la grande maison 
de Guillaume Bouvet, qui aussi céda la petite (Maison du Fer à cheval) pour 
l'établissement du collège. 

La Maison peinte, ou le Plat de boïs, l'Ostel dessus la porte, ainsi qu'un autre 
immeuble en façade sur la rue des Maçons, occupaient, avec les bâtiments du 
collège, l'emplacement des deux maisons données par Guillaume Bouvet aux éco- 
liers de Bayeux. 

Le Grand Bayeux n'était, au xvi* siècle, que le collège de ce nom; on le trouve 
ainsi dénommé, au xvi" siècle, pour le distinguer de la maison suivante, qui s'ap- 
pelait 

Le Petit Bayeux (i526). En 1676, il existait sur l'emplacement de cet im- 

Ti. a3 



IKPRIMEIIIE XATIOKlLr. 



178 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

meuble, quatre a masures n formant une sorte de carré, avec un terrain en en- 
clave. Une cinquième masure était attenante aux quatre autres, et se profilait sur 
la rue des Maçons; mais il n'est pas certain qu'elle ait fait partie du Petit Bayeux. 

HosTEL DES Serviebs DE Notre-Dame (iSgi) «OÙ estoit cy-devant, pour en- 
seigne, LA Roze merveille t), est-il dit dans un titre de liga. 

La Maison des Serviers, ou serviteurs de Nostre-Dame, appartenait au collège 
d'Harcourt situé en face, sur le côté occidental de la rue; elle aboutissait à une 
cour, où les boursiers avaient fait construire un corps d'hôtel, au rez-de-chaussée 
duquel se tenaient les écoles de théologie; au-dessus, on avait établi des chambres 
d'étudiants. Cette double disposition avait fait donner, communément à ce corps 
d'hôtel, le nom de Petit Harcourt^^I 

Maison des Trois Croissants rouges (i /la i), puis Maison du Tbanchouer {ili']'d), 
appartenant au prieur de Saint-Remy, de Reims. 

Maison appelée d'ancienneté «La Maison aux Créneaulxa (1^26). Les Créneaux, 
ou Cameaua;, ont servi à dénommer un grand nombre de maisons du vieux Paris. 

Collège du ou des Trésoriers. — Cet établissement universitaire a sa no- 
tice particulière à la rue des Poirées, sur laquelle s'ouvrait sa porte majeure. Il 
formait l'angle septentrional de cette rue. C'est sur son emplacement qu'a été per- 
cée la rue Neuve de Richelieu, iors de la reconstruction du Collège de Sorbonne^ 

Nous nous bornerons ici à faire remarquer que le collège, dont les bâtiments 
avaient leur partie postérieure sur la rue de la Harpe, n°7, n'y possédait aucune 
entrée et aucune issue. La porte principale s'ouvrait, avons-nous dit, sur la rue 
des Poirées, et une porte de service donnait sur celle des Maçons. 

PAROISSE DE SAINT-BENOÎT. 
CEN8IVE ET JUSTICE DE SAINTE-GENEVIEVE. 

Collège de CLUNY, ayant sa notice spéciale à l'article de la rue des Poirées ; 
il formait l'angle méridional de cette rue, et n'avait, sur la rue de la Harpe, qu'une 

"' Sur les servîtes, serfs ou serviers de Notre- Vierge Marie, que le peuple appela Blancs Man- 

Dame, Topinion classique est ainsi résumée par teaux, de la couleur de leurs habits. . . Leur ordre 

l'abréviateur de Félibien, t. V, p. q6, de sa Des- fut supprimé en 127/1; cependant il en restoit en- 

cription de Paris : ftOn reçut aussi en laSS, à core trois religieux en 1287 à Paris, qui traitèrent 

Paris, des Religieux mandians nommés Serfs de la avec les Guilleraites, et embrassèrent leur institut, n 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 179 

porte de derrière. Les bâtiments scolaires étaient masqués, de ce côté, par une 
série de maisons omises sur le plan de restitution. Quelques pièces importantes 
nous ont permis de les rétablir à la place qu'elles occupaient. 

L'une de ces pièces, qui porte la date de 1698, contient la mention suivante : 
(fltem, une autre maison, l'Image Saint-Joseph, tenante la précédente — c'est-à- 
dire à Saint-Pierre, sur la rue des Poirées — et, d'autre part, aux Garneacx d'or, 
par derrière, au collège, et, par devant, sur ladite rue de la Harpe. — Item, les 
Ciseaux, tenant à une porte cochère, qui est la porte de derrière du collège.» 

Une autre pièce, antérieure d'un siècle, nous fournit une nouvelle mention 
ainsi conçue : tt 1 BgS. Sur le collège, jadis deux maisons, appartenant aux Frères 
de l'Hostel-Dieu de Paris, l'une en la censive de Saincte-Geneviefve, l'autre en 
celle des Prévost et Eschevins. -n 

Ces expressions ftsur le collège, tenant par derrière au collège a montrent que 
l'établissement n'avait pas son entrée principale sur la rue de la Harpe, mais seu- 
lement une porte cochère, ou issue postérieure, des deux côtés de laquelle s'éten- 
daient les cinq maisons suivantes : 

L'Image Saim-Joseph, 

Les Carneaux d'or. 

Les Ciseaux, séparés par la porte de derrière du collège, des 

Deux maisons, sans désignation, mentionnées dans la pièce de iSgB, comme 
appartenant aux Frères de l'Hôlel-Dieu. 

Les trois premières ayant été, en 17^5, jugées comme ff absolument hors d'état 
d'être réparées et de subsister, il fut ordonné, par sentence contradictoire du Bu- 
reau des finances de la Généralité de Paris, de les démolim. La communauté du 
Collège de Cluny fit donc démolir ces trois maisons et reconstruire, sur le même 
sol et (T suivant les devis dressés par le sieur Janiot, entrepreneur, une nouvelle 
maison laquelle, suivant le procès-verbal de visite, prisée et estimation du sieur 
De Beuf, architecte expert, nommé par les parties, a été estimée cinquante six 
mille deux cents quarante livres, un sol six deniers; et cette dite somme se trouva 
payée par le secours de deniers totalement étrangers au diocèse de Paris ('N. 

Un bail de cette maison, conservé, comme la pièce précédente, aux Archives 
nationales (S 64 1 5) nous apprend qu'elle fut louée, en 1771, six cent livres 

'"' Déclaration du 18 mai 1757. ( Archives nalionales, S 64i5.) 

33. 



180 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

seulement, et qu'elle se composait de «un berceau de cave, un petit caveau, une 
boutique et une cuisine au rez-de-chaussée, deux étages, deux cabinets lambrissés 
dans les combles, séparés avec des cloisons recouvertes en plâtre, éclairés chacun 
par une lucarne à demoiselle n. Ces détails ont leur intérêt pour l'histoire de la 
topographie et de la propriété parisiennes. 

Passage des Jacobins. — Situé topographiquement à ce point de la rue de la 
Harpe, sur laquelle débouchait son extrémité occidentale, le passage dont il s'agit 
est 1" objet d'un article spécial, qu'on trouve plus loin, à son ordre alphabétique. 

Maison sans désignation (i 6 1 3) , mais ayant porté anciennement, est-il dit dans 
un acte de cette année, l'enseigne des Verds Gallands. Elle faisait le coin méri- 
dional du Passage des Jacobins. 

PAROISSE DE SAIST-CÔME. 

HosTEL DE BouRG-MoïEN (i23i-i365). Cette importante maison, dont les dé- 
pendances s'étendaient jusqu'à l'allée intérieure des murs de Paris — enceinte 
de Philippe-Auguste, — avait été en ia3i, acquise de la Ville, dans la censive 
de laquelle elle avait été construite, par acte signé de l'abbé et des religieux du 
monastère de Bourg-Moyen, en Blésois, qualifié de a couvent et moustier de Noslre 
Dame de Bourg-Moyen de Blois, de l'ordre de Saint-Augustin, au doyenné de 
Chartres n. Us les possédaient depuis plus d'un siècle, lorsque la défaite de Poitiers 
rendit nécessaire une nouvelle enceinte sur la rive droite de la Seine et le creu- 
sement d'un fossé le long des murs de la rive gauche. Pour établir ce fossé entre 
les portes Gibart et Saint-Jacques, il fallut prendre sur les terrains des Jacobins., 
dont le clos s'étendait au delà de la muraille de Philippe-Auguste. Les Jacobins 
demandèrent et obtinrent, de Charles V, une indemnité en nature. «Comme la 
nouvelle clôture, dit Félibien, leur osta leur cimetière, avec une partie de leur 
cloistre, dortoir et réfectoire, le roy Charles V, pour les dédommager de cette 
perte, leur donna, par acte du 5 novembre i365, l'hostel du Bourg-Moyen, qu'il 
acheta des abbés et des religieux de Bourg-Moyen de Blois; à quoy il adjousta 
les douze deniers de cens, avec une redevance de soixante sous, que la Maison de 
Ville prenoit tous les ans sur cet hostel, et qu'elle céda au roy, pour en disposer 
à sa volonté. Il falloit, ajoute l'historien de Paris, que cet hostel fust fort caduc, 
puisque, en i366, la reine Jeanne de Bourbon le fit abattre pour y bastir une 
infirmerie, qui a subsisté jusqu'en i64i (''.n 

'*' Histoire de Paris, t. I, liv. 6, p. 262. Voir Viile portant cession au roi de ses droits seigneu- 
aux Appendices l'acte de donation de l'iiôlel aux riaux sur cet immeuble. 
Jacobins, ainsi que la dt'libération du Conseil de 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 181 

L'hôtel (le Bourg-Moyen, qui avait son entrée sur la rue de la Harpe, occupait, 
en profondeur, une grande partie du terrain qui a formé, dans la suite, le jardin 
du couvent des Jacobins. Il en dépendait d'autres terres, que ces religieux englo- 
bèrent dans leur clos, lequel se prolongeait au delà de l'enceinte. On sait, en 
effet, que les rues Saint-Hyacinthe, Saint-Thomas et Saint-Dominique, dont les 
noms furent empruntés aux membres canonisés de cet ordre, ont été ouvertes sur 
la partie extra-muros de ce clos. 

Nous publions, aux Appendices, le texte de l'acte de donation, aux Jacobins, 
de l'hôtel de Bourg-Moyen, ainsi que la délibération du Conseil de Ville portant 
cession des droits seigneuriaux que le Parloir aux Bourgeois percevait sur cet 
immeuble. 

LES COLLÈGES DE LA RUE DE LA HARPE : 

SÉEZ, NARBONNE, BAYEUX. 

Nous avons réuni en un article spécial les notices lopographiques relatives à 
ces établissements scolaires, rattachés à la rue de la Harpe par leur situation. Ils 
touchaient, en effet, à cette voie par leur façade et entrée principale. Fondés à 
des époques un peu différentes, les collèges dont nous allons parler appartenaient 
cependant à cette période universitaire qui fut féconde en fondations et qui com- 
prend le XIV* siècle ainsi que la première moitié du xv". La guerre de Cent ans, 
qui fut si calamiteuse, n'arrêta donc pas le développement des études, et tandis 
que la France luttait contre les Anglais, Paris ne cessa pas de voir arriver, pour 
étudier dans ses murs, les pauvres écoliers de la province. 



COLLEGE DE SEEZ. 

Le premier, dans l'ordre de succession topographique, en longeant du nord au 
sud le côté oriental de la rue de la Harpe, ce collège n'occupe que le dernier 
rang dans l'ordre de fondation. C'est en 1/127 seulement qu'il vint au monde 
universitaire : Grégoire Langlois, que les textes latins nomment Gregoritis Angli- 
cus, et certains historiens Angîici, parce que le moi filius est sous-entendu, vou- 
lant, dit Félibien, fonder à Paris un collège pour y recevoir les élèves pauvres 
de son diocèse, originaires surtout des lieux où l'évêque de Séez était seigneur 
temporel, donna, à cet effet, les immeubles suivants : 

ffUn certain manoir, ou maison, sis en la rue de la Harpe, à Paris, proche 
l'église paroissiale des saints Cosme et Damien, de l'autre côté de la rue, et, en 
outre la Maison du Chapeau rouge, et une autre maison joingnant d'autre part, 



182 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

dans la censive des Hospitaliers dits du Temple : Quoddam manerium seu domum in 
vico Cithare Parisiis situm, prope ecclesiam parocitialem SS. Cosnie et Damiani, ex altéra 
parte vici, et etiam domum Capelli rvbri, et aliam domum ex altéra parte juv^entem, 
in censiva Hospitaliorum dictorum de Templo. ■» 

Trois maisons ont donc servi à l'installation primitive du Collège de Séez : la 
première était le a manoir n ou immeuble principal; la seconde, ce Chapeau rouge, 
que nous avons indiqué, à l'article de la rue de la Harpe, comme enclavé dans la 
cour du collège. Quant à cette maison tcjoingnant, d'aulre part et estant dans la 
censive des Hospitaliers dits du Temple d, elle ne pouvait attenir au collège que 
du côté nord et devait alors être contiguë à la Maison du Moulinet, à moins qu'elle 
n'en fût un corps de logis détaché. 

Il est certain que le collège communiquait, en arrière, avec la rue des Ma- 
çons, par un couloir, ou issue de dégagement, comme en possédaient presque 
tous les établissements scolaires de cette région, afin de recevoir les provisions et 
les objets matériels de toute nature, par une porte autre que celle qui servait 
d'entrée aux élèves et aux maîtres. 

La fondation de Grégoire Langlois ne put être réalisée que dix ans après sa 
mort, par son neveu Jean Langlois, prêtre, né à Lonlay, au diocèse du Mans, curé 
de Saint^Céneré, au même diocèse, et l'un de ses exécuteurs testamentaires. L'acte 
d'amortissement, que nous transcrivons en partie, donne d'intéressants détails sur 
les locaux scolaires. On en jugera par l'extrait suivant : 

(fEt affirmèrent comme vérité yceulx exécuteurs oudit nom executoir, que, comme ledit feu 
Monseigneur FEvesque, en sondit testament ou ordonnance de darnière voulonté, eust voulu et 
ordonné ung collège de certain nombre d'escolliers estre fondé à Paris, de et sur ses biens, pour 
le salut et remède de son ame; et pour ce eussent yceulx exécuteurs advisé que une et certaine 
maison, louages et appartenances, que l'un d'yceulx exécuteurs avoit achepté des deniers d'ycelle 
exécution, séant à Paris en la rue de la Harpe, devant et à l'opposite d'une place ou mazure 
scéant entre l'église parochiale de Saint Cosnie et Saint Damien et la porte derrière les Cor- 
deliers, tenant d'une part, devers la porte Saint Michel, aux maisons d'ung autre collège ap- 
pelé le collège de Narbonne et, d'autre part, cà la maison de W Pierre Allant et aux masures 
qui sont de l'hôtel de Harcourt, aboutissant par derrière à la rue des Maçons, en la censive 
et fonds de terre des religieux de l'Hospital Saint Jehan de Hyérusalem, qui jadis fut du 
Temple à Paris, seroit bien convenable et propre pour ledit collège; entre lesquelles maison et 
mazure a une petite courcelle, ou préau, contenant environ deux toises en quaré, chargé envers 
ladilte Religion, à cause de la maison de l'hospital ancien de Saint Jean de Hyérusalem, de 
soixante sols parisis de rente par chacun an, à deux termes, c'est à sçavoir Pasques et Saint 
Remy ; affirmèrent outre yceulx exécuteurs que en très grande justance ils avoient supplié 
et requis auxdits de l'hospital Saint Jean d'Hyérusalem que ycelle maison et appartenances 
leur vouUissent, pour et à l'oeuvre dudit collège et ycelle, tenir en main morte par ledit 
collège pour jamais estre contrains à la mettre hors des mains dudit collège, par lesdits de 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 183 

rhospital ou de leurs successeurs, parmy payant chascun an doresnavant à eux et leurs suc- 
cesseurs religieux dudit hospital, par les escolliers dudit collège ou leurs successeurs, sur la 
maison et appartenances dudit collège, la somme de douze livres parisis de rente annuelle et 
perpétuelle, etc. '''». 

Deux documents, postérieurs de beaucoup, nous renseignent sur deux maisons 
acquises plus tard, pour agrandir l'établissement. Le premier est un Mémoire pour 
être présenté à Messieurs du Conseil de l'Ordre de Mallhe, concernant l'acquisition faite 
par le collège, en ijsg; il y est dit : 

ffCeux du collège, en 1729, achetèrent, de M"" Amiot d'Inville, une maison 
attenante aux bâtiments du collège et située pareillement rue de la Harpe ^ 
par devant, et rue des Maçons, par derrière '^'ti. Le second document, em- 
prunté au même fonds, est de 17^2; il contient des indications assez pré- 
cises sur la iT maison du collèges, attenant à la précédente et chargée d'une 
rente de une livre, quatorze sous, deux deniers, au profit de l'Hôpital du Saint- 
Esprit. 

«Cette maison, y est-il dit, avoit environ quinze pieds de face sur la rue de 
la Harpe. Elle composoit, sur le devant, une boutique et une allée, deux étages 
et un grenier; sur le derrière, une petite cour de même largeur, avec un appenty 
dans le fond de ladite cour. Elle tenait, d'un côté, à la maison acquise par le col^ 
lège de M. et M™" Amiot, vis-à-vis de la petite porte de l'église de Saint Cosme; 
de l'autre côté, à une maison appartenant au collège, le devant sur la rue de la 
Harpe, et le derrière attenant au bâtiment du collège sur lequel terrain se trouve 
présentement reconstruit l'escalier du bâtiment neuf, vis^à-vis Saint Cosme, et 
moitié de la boutique attenant à la grande porte du collège '''. -n 

En 1729, pour le Collège de Séez, comme pour les établissements voisins, la 
période de reconstruction était arrivée; tous ces vieux bâtiments scolaires, com- 
posés de divers corps de logis plus ou moins bien rattachés les uns aux autres, 
appropriés tant bien que mal aux besoins des écoliers et des maîtres, avaient été 
peu réparés pendant trois siècles, en raison de l'exiguïté de leurs ressources; ils 
tombaient de caducité, et il fallut presque partout les réédifier, mais avec des 
deniers d'emprunt. C'est ce qui donna lieu à divers mémoires, assemblées, visites, 
plans et devis, dont les originaux existent aux Archives nationales, et que nous 
reproduisons partiellement aux Appendices, n'en donnant ici que des extraits indis- 
pensables. 

La liquidation de toutes les dépenses dut se faire en 1768, au moment oi!i la 
plupart des anciens collèges, ne pouvant plus se soutenir et n'ayant plus un plein 

'"' Archives nationales, S C565, 4' liasse. — <'' Ibtd. — ''' Ihid. 



1«4 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

et entier « exercice -n furent réunis à Louis le Grand. Ce « collège général n , comme 
on l'appela dès lors, eut à s'occuper du passif, aussi bien que de l'actif des mai- 
sons supprimées. 

La situation du Collège de Séez, en particulier, est ainsi exposée dans un 
Mémoire donné au nom du Collège Louis le Grand et envoie à M3'' l'évêque de Sées, 
concernant le Collège de Sées qui y a été réuni : 

ttLe Collège de Sées a d'abord fait acquisilion d'une maison rue des Maçons moiennant 
20,000 livres. Il a e'té obligé d'en payer l'amortissement au Roi et l'indemnité au seigneur. 
L'amortissement, suivant la déclaration du Roi en 172^, est du sixième du prix et des 4 sols 
pour livre. L'indemnité est du cinquième du prix pour les censives, outre le droit seigneurial 
auquel l'acquisition avait donné ouverture ; et ces deux droits ont dû coûter au Collège de Sées 
plus de 9,000 livres. 

«D'un autre côté, le Collège de Sées a dû payer l'amortissement des nouvelles constructions 
par lui faites ; et sur cela la règle du Conseil est qu'on la paye à raison de deux livres de l'aug- 
mentation des loiers, si on justifie par une quittance de finance que le sol et les anciens bàti- 
mens ont été amortis. Mais si, au contraire, on ne prouve pas que le sol et les bàtimens anciens 
ont été amortis et qu'on soit hors d'état d'en rapporter la preuve par une quittance de finance, 
le droit est dû de tout le produit du bâtiment ; c'est à dire de l'ancien loier aussi bien que de 
l'augmentation produite par la reconstruction, et on peut juger par le produit des nouveaux 
bàtimens en loiers que le Collège de Sées a dû payer un amortissement considérable. 

tt Enfin il a fallu payer l'architecte qui avoit donné les plans et conduit les bâtiments, et cela 
peut bien avoir monté à 4 ou 5, 000 livres. 

tf Ainsi quand on dit que le Collège de Sées n'a acquis ni rentes ni héritages, on ne fait 
pas reflexion que c'est bien avoir acquis que d'avoir réuni une maison à ses anciennes posses- 
sions, en avoir payé l'amortissement au Roi, l'indemnité au seigneur, avoir converti des masures 
en bàtimens neufs qui en ont plus que doublé les loiers, et enfin avoir acquitté les amortissements 
qui en ont été la suite. 

(tll suit de ces reflexions que les 4o,ooo livres prêtées par Sequevalle ont réellement été 
employées pour le Collège de Sées '''. n 

Un second extrait de la pièce à laquelle nous empruntons les détails qui pré- 
cèdent, nous apprend que les fonds réunis en 172/i trouvèrent leur emploi en 
1729 et 1780. Aux deux maisons dont nous avons parlé furent adjoints des 
bâtiments nouveaux destinés à rajeunir le vieil établissement de 1687. On ne 
prévoyait point alors que, trente-six ans plus tard, l'insuffisance de ressources 
amènerait, à Séez comme ailleurs, la suppression totale ou partielle de rr l'exer- 
cice n, et que l'Université de Paris se verrait obligée de faire un premier essai de 
centralisation, prélude de celle qui s'est accomplie, au commencement de ce 
siècle, sous le nom de te Université de France n. 

''' Archives nationales, M 191. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 185 

En nous bornant au côté topographique et immobilier de la question, nous 
extrayons du Mémoire pour le Collège de Sées les passages suivants : 

tEn 1799 et 1730, le Collège de Sées a fait construire un grand bâtiment sur la rue de 
la Harpe, à la place de quatre vieilles maisons, dont Tune venoit d'être acquise de M. Amyot. 

«Pour payer tant cette acquisition que les frais de la nouvelle construction, il se fit autoriser, 
par trois sentences du Chàtelet, à emprunter jusqu'à concurrence de la somme do 85, 000 livres. 

(fLe collège fit en effet différents emprunts, pour lesquels il passa des contrats et constitua, 
sur ses revenus, des rentes à ses cre'anciers. Ces contrats sont dans la forme ordinaire, et l'em- 
ploi des deniers empruntés est justifié par les quittances des maçons, charpentiers et autres 
ouvriers. 

fLe 22 juillet 1733, le s' Sequevalle, receveur des décimes du diocèse de Sc'es, prêta une 
somme de i 0,000 livres, dont moitié fut employée sur le champ à rembourser au s'^ Adam 
20,000 livres par lui prettées au collège le 11 février 1782, et pour lesquelles il avoit été 
subrogé aux charpentiers, couvreurs et serruriers par quittances de ces ouvriers et déclaration 
du sieur Simon, principal du Collège de Sées, du 28 janvier lySS. 

rr\\ ne fut point passé de contrat au sieur Sequevalle, qui se contenta d'une simple obligation 
passée devant notaire en brevet et sans minute, et, quoiqu'il fut facile de le subroger à d'autres 
créanciers et d'assurer par ce moyen l'emploi des io,ooo livres en entier, il ne se trouve plus 
aucun remboursement oà il soit dit que les deniers proviennent du prêt de /io,ooo livres fait 
par le sieur Sequevalle. 

rll est certain que le sieur Sequevalle n'étoit qu'un prête-nom. . . On a preuve par écrit que 
les Ao,ooo livres, si elles ont été fournies au collège, ne l'ont pas été par le sieur Sequevalle, 
mais par M"^ Lallemant, alors evêque de Sées. On ne cherche pas à approfondir les raisons qui 
déterminèrent à mettre ce prêt sous le nom du sieur Secjuevalle. 

"Les choses restèrent en cet état jusqu'au 12 juillet 1737, qu'il fut passé par le collège à 
M. Lallemant un contrat de ladite somme de i 0,000 livres. Ce contrat renferme deux objets, 
1° une constitution de 1,600 livres de rente au denier aS" — a" la fondation de trois nouvelles 
bourses pour le diocèse de Sées, à la nomination de M. l'Evêque de Sées et de ses successeurs. 

rll étoit très important de constater l'emploi de cette somme de io,ooo livres pour assurer 
non seulement le payement des arrérages de 1,600 livres, mais aussi l'exécution de la nou- 
velle fondation. Cependant il ne fut pris aucune précaution à cet égard. Il fut seulement déclaré, 
par ceux du collège, que lesdites 60,000 livres étoient pour employer au payement de pareille 
somme qu'ils dévoient au sieur Alexis Sequevalle, par obligation du 12 juillet 1733, afin que 
M. Lallemand fust et demeurast subrogé aux droits dud. sieur Sequevalle'''". 

Le lecteur trouvera, aux Appendices, les documents relatifs aux travaux de 
reconstruction des bâtiments du collège. 

'■' Archive» nationales , M. 191. 



IMPntMtRIE NlTIORALr 



186 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



COLLEGE DE NARBONNE. 

Ce vieil établissement scolaire date des premières années du xiv* siècle ; il fut 
fondé par Bernard de Farges, archevêque de Narbonne, proche parent du pape 
Clément V. Le prélat possédait, dans la rue Sainl-Cosme, ou de la Harpe, un 
vaste manerium, dont les dépendances s'étendaient jusqu'à celles des Maçons; il eut, 
en i3i6, la pensée d'y réunir les neuf pauvres écoliers de son diocèse qui, selon 
toute apparence, étudiaient déjà depuis quelque temps à Paris, aux frais de l'ar- 
chevêché de Narbonne, mais sans former un collège régulier, a Cette généreuse 
tradition, dit M. A. Franklin, remontait au siècle précédent; en effet, dans le 
testament de Pierre Ameil, archevêque de Narbonne, daté du i3 des calendes de 
mai 1238, on lit que, avant de partir pour la Terre-Sainte, il donne tous ses 
livres de théologie aux écohers qu'il entretient à Paris ^'^.fl 

Mis en possession de la maison de Bernard de Farges, les neuf écoliers du dio- 
cèse de Narbonne furent régis par des statuts que le fondateur rédigea lui-même, 
en i3i7, l'année où fut ouvert le nouveau collège. Nous n'en reproduirons point 
les dispositions générales, parce qu'elles sont communes à tous les établissements 
de cet ordre. Nous ne relèverons, dans les nouveaux statuts dressés, en 1379, 
par Boger de Beaufort, archevêque de Narbonne, que les articles relatifs à la 
durée des études et à la police de la maison. Cinq ans sont assignés aux écoliers 
en médecine, dix à ceux de droit canon, quatre aux étudiants in ulroque jure 
(décrets et droit civil), douze aux théologiens, etc. Pour assurer une bonne disci- 
pline dans la maison, il devra n'y avoir qu'une porte; toutes les autres seront 
bouchées. 

La sollicitude de l'archevêque s'étendit également aux livres que possédait le 
collège : la bibliothèque devait être défendue par de bonnes serrures, dont le 
prieur, le procureur et quelques autres personnes éprouvées pouvaient seuls pos- 
séder les clefs. Les livres, même ceux de la chapelle, devaient être, autant que 
possible, enchaînés, incatenati; on ne pouvait ni les vendre, ni les faire sortir du 
collège; quiconque les détériorait ou laissait un étranger seul dans la biblio- 
thèque était frappé d'amende. 

Ces prescriptions conservatrices parurent sans doute insuffisantes, puisqu'on 
crut devoir les modifier deux siècles plus tard. Le cardinal Jean de Lorraine, arche- 
vêque de Narbonne, donna, en \ohh, de nouveaux statuts, dans lesquels, se 
référant aux premiers, — ceux de 1 317 — lesquels n'admettaient que des théo- 
logiens et des artiens, il supprimait les décrétistes et les a miresn, pouvant étudier 

''' Les anciennes bibliothèques de Paris, l, ]). lioij. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 187 

plus économiquement à Toulouse et à Montpellier, villes de la province de Nar- 
bonne. Ces mesures' restrictives furent compensées, en iSgg, par l'introduction 
au collège des basses classes, ou classes de grammaire; ce qui permit d'utiliser 
les locaux abandonnés par les étudiants en droit et en médecine. 

Les ressources du collège se composaient surtout des revenus de deux prieurés, 
celui de la Madeleine-des-Azilles et celui de Notre-Dame de Marseille, situés dans 
le diocèse de Narbonne. Il s'y joignit plus tard le produit des deux maisons à 
Paris et cries loyers des boutiques autour du collège et autres logements dans l'in- 
térieur de la maison T) est-il dit en un Mémoire pour Monseigneur l'archevêque et 
primat de Narbonne, supérieur etprovisexir du collège de ce nom en l'Université de Paris, 
pièce dont nous reproduisons un extrait aux Appendices. 

Un autre document, également conservé aux Archives nationales, localise ainsi 
les bâtiments du collège, en se référant aux indications fournies par le texte des 
statuts de iSyg. Nous extrayons les passages suivants de cette pièce intitulée : 
Mémoire au sujet de la vente de la Maison du Collège de Narbonne : 

rLa maison appartenante au Collège de Narbonne est un bien de ia première fondation de 
de ce collège. . . La situation en est désignée et déterminée au lieu même où se trouve placé 
le collège, c'est-à-dire sur la rue de la Harpe, entre la porte de fer et le Palais des Thermes, à 
l'opposite du Couvent des frères Mineurs, du côté de l'orient. . . Depuis la fondation, cette 
maison a toujours servi à l'usage de ce collège. Elle relève du Roi, et il ne parait pas qu'elle 
soit sujette à aucune censive, ni redevance; du moins, il n'en a été payé aucune par le Collège 
depuis plus d'un siècle; mais il a payé différentes taxes pour l'amortissement. . . 11 s'étendoit 
autrefois jusqu'à la rue des Maçons. La partie du terrain qui aboutissait à cette rue étoit occupée 
par deux maisons entièrement séparées de celle du collège; elles étaient louées à des externes. 
Vers le milieu du siècle dernier, ces deux maisons tomboient en ruine. Le Collège, ne se trou- 
vant pas en état de faire la dépense des reconstructions, se détermina à bailler l'une en em- 
phitéose; il aliéna l'autre sous une rente perpétuelle et non rachelable'''.55 

Arriva, pour le Collège de Narbonne, comme pour ses voisins, la nécessité de 
reconstruire les bâtiments tombant de vétusté. On attendit aussi tard que possible, 
et c'est à la veille do la mesure d'annexion, véritable arrêt de mort de ces vieux 
établissements, qu'un arrêt du Parlement, en date du 22 août 1768, ordonna les 
travaux de démolition et de réédification. Le marché ne fut passé avec les entre- 
preneurs que le 16 juin 1709, et les nouvelles constructions s'achevaient à peine, 
lorsque la suppression du collège, par la mesure générale d'annexion à Louis-le- 
Grand, les rendit inutiles. Aussi les administrateurs de ce dernier établissement 
ne tardèrent-ils point à le vendre. 

L'acte d'aliénation, qui est du 26 juillet 1766, est consenti en faveur de Claude 
Dupin, «[ualifié frecuyer, conseiller, secrétaire du Roy, maison et couronne de 

'"' Archives nationales, S 65.36. 

2/1. 



188 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

France, et de ses finances, honoraire et ancien fermier-général de Sa Majesté; 
et à Louise Guillaume de Fontaine, son épouse, demeurant à Paris, rue Piatrière, 
paroisse Saint-Eustacheu. 

L'immeuble vendu est ainsi désigné : tr La maison appelée le Collège de Nar- 
bonne, seize à Paris rue de la Harpe, paroisse Saint-Cosme, consistante en quatre 
corps de bâtiments nouvellement construits, cour au milieu, aisances et dépen- 
dances,. . . tenant le tout, d'un côté, aux maisons du Collège de Seez, d'autre 
côté, à une maison dépendante du Collège de Bayeux, d'un bout, par devant, sur 
ladite rue de la Harpe, et d'autre, par derrière, à la maison du sieur Cailieau, 
procureur au Parlement, et à une autre maison que la demoiselle Perrot tient, 
par bail emphitéotique du Collège de Narbonne. . . étant, ladite maison et dé- 
pendances en la mouvance du Roy et chargée envers Sa Majesté de tels cens, 
droits et devoirs seigneuriaux. . . et appartenant aux boursiers dudit collège de 
Narbonne, comme nouvellement construite, à leurs frais, sur un terrain et à la 
place d'anciens bâtiments faisant partie de la fondation qui a été faite dudit collège 
au commencement du xiv" siècle, a 

La vente était consentie moyennant le prix principal de trcent vingt mille deux 
cents livres 15. 

Jusqu'à sa démolition en i854, pour l'ouverture du boulevard Saint-Michel, 
la porte principale du collège reconstruit a porté cette inscription : Collegium 
NABBOisNiE; la petite-fille de Claude Dupin, que toute la génération contemporaine 
a connue sous le pseudonyme littéraire de Georges Sand , et qui avait hérité de 
cette maison historique, lui avait conservé son antique appellation. 



COLLEGE DE BAYEUX. 

On a dit avec raison que ce collège cf n'avait de normand que le nom n ; Duchesne 
nous apprend, en effet, que aMessire Guillaume Bonet — ou Bonnet, — alias 
Bouvet, evesque de Bayeux, le fonda en la rue de la Harpe, l'an i3o8, non pour 
des estudians de son diocèse, ains des diocèses du Maine et Anjou, pour ce que, 
en cestuy-là, il avoit premièrement veu la lumière, et en cestuy-ci, appris les 
lettres dès son enfance <''ii. Le vaste diocèse du Mans, qui a fourni de nom- 
breux dignitaires à l'église de France, n'était pas oublié par eux; le Collège de 
Séez, dont la monographie précède celle du collège de Narbonne, avait des bour- 
siers manceaux à côté des boursiers normands; ce qui n'empêcha pas la capitale 
de la province du Maine d'avoir plus tard son collège à elle, en la rue de Reims. 

, '"' Recherches sur les antiquités des villes de France, édit. de 1668, t. I, p. lai. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 189 

Le diocèse d'Angers avait également plusieurs boursiers à Paris, bien qu'il n'y 
eût pas, en cette dernière ville, de collège portant le nom de la première. 

L'acte de fondation du Collège de Bayeux, qui est de l'an i3o8 (vieux style), 
désigne avec précision les locaux consacrés au nouvel établissement. C'est d'abord 
une grande maison, un manerium, où demeurait l'évèque en ses séjours à Paris, 
et qui s'étendait d'une rue à l'autre — de celle de la Harpe à celle des Maçons : 
— «damus et leqamus domnm nostram magnam, in qua nunc manemus, proul proten- 
ditur de vico m alium;v c'est ensuite une petite maison, que Guillaume Bonnet 
avait, dit-il, commencé à habiter, «et aliamparvam, in quajam manere incoeperamn. 

Outre ses deux maisons parisiennes, l'évèque de Bayeux avait un autre mane- 
rium, ou manoir rural, à Gentilly, sur les bords de la Bièvre; il le donne également 
à ses boursiers, dit Félibien, travée toutes les terres, bois, taillis et vignes, tant 
en deçà qu'au delà de l'eau, avec soixante quinze livres parisis de rente qu'il avoit 
sur le Trésor et quelques autres revenus à Paris (')ii. On en trouvera l'énuméra- 
tion dans les pièces que nous reproduisons aux Appendices. 

A ses deux logis, du côté oriental de la rue de la Harpe, le fondateur en ajouta 
trois autres, situés sur le côté occidental, et cela quatre ans après le premier legs. 
Il devait être riche, en effet, tant de son patrimoine que de sa mense épiscopale : 
fils de Bertrand Bonnet, seigneur de Beuville et de La Chapelle, il jouissait, en 
outre, des revenus d'un grand évêché. 

Dans un codicille de i3i2, intitulé : Clausula Testamenli Guillelmi Bonneti quon- 
dam episcopi Bajocensis, il est dit que le prélat donne et lègue à ses écoliers trois 
maisons ayant appartenu à M* Gérard de Cutry, ou Cutrées, sises en la rue Saint- 
Cosme et Damien, devant sa demeure, de l'autre côté de la rue, maisons qu'il 
avait acquises avant sa promotion à l'épiscopat : «Item do et lego predictis scholari- 
hus nostris per mefundatis, ad usum et ulilitatem eorumdem, 1res domos que fuenmt 
Magistri Gerardi de Cutreio, silos in vico Sanctorum Cosme et Damiani, ante magnam 
domum meam, ex altéra parte vici, quas acquisi anlequam essem episcopus. -n 

Dans le volume consacré à la Région occidentale de l'Université, nous avons indiqué 
ces trois maisons comme appartenant au Collège de Bayeux t^'. Leur situation à 
l'opposite du manoir de Guillaume Bonnet ne leur permettant pas d'y être incor- 
porées, elles ne furent poinl appropriées à usage scolaire, et le loyer qu'on en 
tirait augmenta les revenus du collège. Les statuts de i3i5 nous apprennent 
qu'elles étaient pourvues de jardins et contiguës au Collège d'Harcourt : a très domos 
cum jardinis ex alia parte vici, contiguas domui scholarium, per Dominum Bohertum 
de Harcuria, Constantiensem episcopum,fundate^^\ ri 

'•' Histoire de Paris, t. I, p. 520. — <'' Topographie historique du Vieux Paris, t. VI, p. ii8, 4 19. 
— ''' Archives nationales, MM 348. 



190 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Pour en finir avec les libéralités de Guillaume Bonnet, mentionnons encore 
sept livres et deux sous parisis de revenu en la ville de Paris, c'est à savoir : sur 
une certaine maison de la rue des Lavandières, vingt sous, sur une autre en la 
rue des Noyers, quarante sous, et sur une autre sise en la rue Cocomère, qua- 
rante sous : «Item, septem lihras et duos solidos parisienses reditus in villa Parisiensi, 
videlicet super quandam domum in vico Lotricum, vigenti solidos; item super aliam in 
vico des Noyers, quadragenta solidos; item super dxiahus domibus in vico dicto Cocomère, 
quatuor lihras duos solidos parisienses ('). v 

Les écoliers, ainsi logés et dotés, furent d'abord au nombre de douze, origi- 
naires, les uns du diocèse du Mans et particulièrement du Désert et de la Passais, 
les autres du diocèse d'Angers. Ce nombre s'augmenta, en i3i5, de quatre nou- 
veaux boursiers fondés par Robert Benoît, chanoine de Bayeux et exécuteur tes- 
tamentaire de Guillaume Bonnet. Nous ne savons s'il leur fut donné et légué 
d'autres immeubles. 

Comme tous les anciens collèges de Paris, celui de Bayeux eut une succession 
de statuts scolaires et disciplinaires , que nous nous bornerons à mentionner : ils 
furent donnés eni3o8, i3i5,i5/i3eti7i3. Les deux derniers furent dressés à 
la suite de visites, au cours desquelles avaient été constatés des abus et la nécessité 
de faire des réformes. Les seize boursiers de i3i5 n'étaient plus que douze, en 
1 563 , et le nombre était descendu à six, au moment de la suppression du collège. 
La durée des études, pour chaque catégoi'ie de boursiers, était variable, ainsi 
que les grades à prendre, avant de quitter la bourse; nous n'insisterons point sur 
ces détails scolaires, pour nous renfermer dans la spécialité topographique du 
présent ouvrage. 

L'inventaire des titres de ce collège, qui est conservé aux Archives nationales, 
mentionne une libéralité, improductive il est vrai, mais utile toutefois aux maîtres 
et aux élèves; il s'agit de la «ruelle allant de la rue de la Harpe à celle des 
Maçonsu, laquelle fut donnée en i3o9, au fondateur du nouvel établissement. 
Voici en quels termes le rédacteur de l'inventaire énonce cette donation : 

tfOn croit devoir parler ici de la concession qui fui faite à M' Guillaume Bouvet, en l'année 
1809, par le roy Philippe le Bel, d'une ruelle qui alloit de la rue de la Harpe à la rue des 
Maçons, par l'acte cy-après : 

«Avril 1809. Original en parchemin des lettres du roy Philippe le Bel dattées de S' Ouin 
près S' Denis, par lesquelles il ordonne qu'une ruelle commençant à la rue S' Cosrae et S' Da- 
mien (aujourd'huy de la Harpe) et finissant à la rue des Maçons et située entre la maison de 
Guillaume, évêque de Bayeux, et les maisons de Guillaume Charité', de Girard de Cufry et de 
Raoul de Harcourt, sera fermée aux deux extrémités; et ce Prince fait don de ladite ruelle 

<■' Archives nationales, MM 348. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 191 

audit Guillaume, évêque de Bayeux, pour l'utilité et avantage des écoliers par lui établis à 
Paris dans ladite rue S' Cosme et S' Damien, réservant cependant auxdits Girard de Cutry et 
Raoul de Harcourt une porte sur ladite ruelle. 

(tAu bas desquelles lettres mention est faite qu'elles ont été présentées, le 3o décembre l'jUi, 
à la Chambre des comptes et transcrittes sur les registres d'icelle, en exéculion de la Décla- 
ration du Roy, du 1 4 mars précédent. 

ff D'après ces lettres, il parait que cette ruelle étoit située entre la grande maison de Guil- 
laume Bouvet [sic) et la petite qu'il acquit de Girard de Cutry. Quoiqu'il en soit, il y a lieu 
de supposer qu'une partie de cette ruelle a été comprise dans la maison du collège, et le surplus 
dans l'emplacement de la maison située rue des Maçons <•'. n 

La ruelle dont il s'agit a subsisté jusqu'à nos jours : la démolition 'une partie 
des bâtiments du collège, après son incorporation à celui de Louis-le-Grand, avait 
permis d'en faire un passage conduisant de la rue des Maçons à celle de la Harpe, 
et débouchant dans celle-ci, sous la porte cochère de l'ancien collège, laquelle 
portait encore l'inscription que tout le monde a pu lire avant l'ouverture du bou- 
levard Saint-Michel : Collegium Baiocekse. 

On sait ce qu'étaient le Grand et le Petit Bayeux; nous nous bornerons donc à 
parler des immeubles légués au collège, acquis ou vendus, réparés ou reconstruits 
par lui. 11 résulte d'un procès-verbal inséré au Registre des délibérations du bureau 
d'administration du Collège de Louis-le-Grand, et portant la date du 9 août 176/1, 
que le collège ne possédait plus alors que nia grande maison jadis occupée par le 
fondateur, et la petite maison attenante, abandonnée, de son vivant, pour le 
logement des boursiers '^U. Sur le terrain en dépendant avaient été construites 
quatre maisons, produisant un revenu de quatre mille cinq cent soixante livres. 

L'Inventaire des titres du Collège de Bayeux, que nous avons déjà cité, men- 
tionne diverses reconstructions dont le Bureau de Louis-le-Grand ne parle pas. 
Après avoir cité une tr Maison à porte cochère, située rue de la Harpe, au dessus 
de la Maison du Collège, du côté de la place Sorbonneu, il ajoute : «r Cette maison 
a été construite sur l'emplacement de la Grande Maison donnée par M"" Guillaume 
Bouvet, fondateur. Elle avoit anciennement pour enseigne Le Plat de bois '^'. 11 En 
i663, elle avait perdu son enseigne, et elle fut reconstruite en 1695. 

Le même Inventaire continue, dans les termes suivants, l'historique des im- 
meubles légués par l'évêque de Bayeux à ses boursiers du xMaine et de l'Anjou : 

(tMaiso', rue de la Harpe, au dessus de la précédente. Celte maison a été pa- 
reillement construite sur l'emplacement de la Grande Maison donnée au collège 
par Guillaume Bouvet, n 

(•> Archives nationales, MM .348. — « Ibid., 8/17. — <'' Ibid., M 87. 



192 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

L'ancien manoir parisien de l'évêque de Bayeux n'existait donc plus, contraire- 
ment à ce qui est dit dans le Registre des Délibérations d^i Bureau d'administration du 
Collège de Louis-le-Grand, puisque deux maisons avaient été construites sur son 
emplacement. La petite maison, dans laquelle le prélat avait, dit-il, commencé à 
séjourner, n'existait pas davantage, puisque le rédacteur de l'Inventaire place, sur 
le sol qu'elle occupait, une 

Maison appelée Le bras d'Hercule, dont il fait l'historique dans les termes sui- 
vants : 

rll paroit que cette maison a été construite sur l'emplacement de la petite maison donnée au 
collège par Guillaume Bouvet, par l'acte de fondation du i" mars 1809 , laquelle il avoit acquise 
de Girard de Guitry ou de Cutry. On voit en effet, par un acte du 28 mai 1820, que le Com- 
mandeur du Temple amortit, en faveur des écoliers du collège, une maison à eux appartenante , 
qui fui celle de M' Girard de Guitry, séante à Paris en la rue de la Harpe, vers la porte d'Enfer, tenant 
au manoir desdits écoliers, d'une part, et à la maison qui fut M^ Guillaume de la Charité, de l'autre 
(c'est aujourd'hui le Collège de Narbonne). 

tf D'après l'énoncé de cet acte, il est évident que celte maison ne peut être que la petite mai- 
son donnée par le fondateur, puisque le collège ne possédoil alors que la grande maison et la 
petite maison qui lui avoient été données par Guillaume Bouvet. Or, la grande maison, avec 
toutes ses dépendances est dans la censive de la maison de Sorbonne, et le collège ne sert le 
commandeur de S' Jean de Latran que pour la maison anciennement, ditte de Guitry, et au- 
jourd'hui le Bras d'Hercule. 

«La situation de cette maison est énoncée de même dans l'acte qui suit : 

ft 4 janvier 18/41, \ieux style. — Original en parchemin d'un acte par lequel Jean le Bou- 
chier, bourgeois de Paris, et Margueritte sa femme, vendent aux écoliers fondés à Paris, en 
la rue de la Harpe, par feu M° Guillaume Bouvet, évêque de Bayeux, 24 s. parisis de croit de 
cens, ou rente, qu'ils avoientdroil de prendre sur une maison appartenante audits écoliers, située 
en la rue de la Harpe, tenant, d'une part, à la maison de fondation desdits écoliers et là oii ils 
demeurent à présent, et, d'autre pari, aux écoliers de Aarbonne. En la censive du Temple.'» 

Cet exposé est suivi de notes que nous résumons, et qui complètent les rensei- 
gnements topogj'aphiques et immobiliers contenus dans \ Inventaire : 

frBail de ladite maison, moyennant 80 écus soleil de loyer, en iBgô. Elle avait pour en- 
seigne : Le Fer à cheval. — Bail de la même, en i653, ayant alors pour enseigne : Le Bras 
d'Hercule. Vieille, caduque et dans un péril imminent, il est stipulé qu'elle sera reconstruite à 
neuf dans dix-huit mois. — Baux de la même, de i654 à 1788.') 

Des pièces qui précèdent, il résulte que les administrateurs du Collège de Bayeux 
n'avaient pas attendu aussi longtemps que leurs voisins de Narbonne et de Séez, 
pour faire exécuter les réparations e1; reconstructions jugées nécessaires dans les 
bâtiments du collège et maisons en dépendant. Un Devis des ouvrages de maçonnerie, 
charpenterie , etc., qu'il convient faire en une maison, seize au Collège de Bayeux, rue 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 193 

de la Harpe, dressé en 1718 et conservé aux Archives nationales sous ]a cote 
M 87, nous renseigne sur la façon dont étaient conduits alors les travaux de cet 
ordre. Nous le reproduisons aux Appendices, avec les pièces relatives à la fonda- 
tion, à l'administration et au temporel du collège. 

Le savant continuateur de Du Boullay termine ainsi un article consacré au 
collège dont nous venons de retracer les vicissitudes : 

ft Les destinées du Collège de Bayeux ressemblent beaucoup à celles du Collège 
de Narbonne. Même renom au moyen âge; même décadence au xvii^ siècle; même 
ruine au xvni'. Nous nous rappelons avoir vu, dans notre enfance, au-dessus de 
la porte d'une maison de la rue de la Harpe, cette inscription dont les lettres 
attestent l'ancienneté : Collegium B.uocense, La porte, travail assez remarquable, 
s'ouvrait entre deux colonnettes qui supportaient l'archivolte. Des sculptures or- 
nant les consoles représentaient, d'un côté, un lion dévorant un cheval, et, de 
l'autre côté, un lion vaincu par un aigle. Un passage conduisait de la rue de la 
Harpe à celle des Maçons-Sorbonne. Au milieu était une cour — celle du collège 
— occupée par des brocanteurs, et dans laquelle, sur un pan de mur, on aper- 
cevait des peintures grossières figurant la rampe d'un vieil escalier. C'étaient là 
les derniers restes du Collège de Bayeux. Aujourd'hui les restes eux-mêmes ont 
disparu , sauf la porte qui , lors de la démolition , a été démontée , pierre par pierre , 
et transportée au Musée de Cluny. n 

C'est cette porte que nous reproduisons, avec quelques détails de sculpture 
ayant appartenu au Collège de Bayeux. 



RUE DE LA HUCHETTE. 

Il faut compter cette voie parmi les plus anciennes du Vieux Paris : ayant son 
origine au débouché du Petit-Pont, sur la rive gauche, elle se détachait immé- 
diatement de la voie romaine allant de Liiletia à Genabum, et dénommée plus tard 
rue Saint- Jacques, pour se diriger, à droite, vers le monticule où fut établi le 
monastère de Saint-Vincent, — depuis de Saint-Germain, — et traversant, par 
conséquent, le Clos de Laas, partie orientale du vaste domaine de cette abbaye. 
Elle mettait donc en communication la Cilé et la Ville avec les vastes prairies qui 
couvraient la région occidentale du suburbium parisiense : c'était la première sec- 
tion de la voie qui, sous les noms de Saint-André-des-Ars et de Buci, conduit 
encore à Saint-Germain-des-Prés. 

Il n'est donc point étonnant que les anciens titres la désignent, par sa direction 



I«PI<fHEttll RiTIOlIlLt. 



194 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

topographique, par le dos qu'elle traversait et le but auquel elle tendait. On la 
trouve dénommée en 1210, 1286 et i243 : tfrue de Laas et vicus de Laasn; 
en lagB et 1296 : trrue de Saincl Germain des Prezn, et aGrant rue Sainct 
Germain T), abréviations du texte latin d'une charte de isB/i, vicus per quem ilur 
apud Sandum Germanum de Pratis, et vicus Sancti Gennani de Pralis. 

Ainsi dénommée, la rue dont il s'agit était souvent confondue avec celle de 
Saint-André, qui faisait la continuation, et cette confusion tenait non seulement 
à la direction commune des deux voies, mais encore à l'existence, en 1286, 
d'une a maison des Arts, domus artium-n, dans la rue de la Fluchette, maison im- 
portante dont nous parlons plus loin. 

INous avons énuméré et expliqué, à l'article de la rue Saint-André-des-Ars '"', 
les variantes du mot : ars, arts, arcs, et les diverses traductions latines qui en ont 
été faites; nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur. 

La voie dont nous nous occupons a d'ailleurs porté dès la fin du xni'' siècle 
et peut-être avant, le vocable sous lequel on la désigne encore aujourd'hui. Cer- 
tains historiens ont cru qu'elle le devait à la petite hutte, ou huchetle, dans laquelle 
se tenait le passeur chargé, avant la construction du Petit-Pont, de faire traverser 
la Seine à ceux qui se rendaient dans la Cité; mais aucun document écrit ne 
confirme cette étymologie. Une enseigne de la Huchette, ou petite huche, est beau- 
coup plus probablement l'origine de cette dénomination, analogue à celles de 
beaucoup de rues du Vieux Paris. Ce qui nous en donne la presque certitude, 
c'est que cette enseigne était précisément appendue ta l'entrée de la rue, au dé- 
bouché du Petit-Pont. 

La rue « Sacalien — aujourd'hui Zacharie, — qui finissait autrefois à celle de 
la Huchette, a servi quelquefois à dénommer cette dernière : ft rue de la Saccalie?, 
lit-on en effet dans le Livre de la Taille de 1297. Mais il n'y avait pas de confu- 
sion possible; la voie qui prêtait son nom à l'autre étant nommée, dans le même 
titre, «rue Traversainne de Saccalien. 

Comme la rue de la Bûcherie, qui la continue au delà du Petit-Pont, celle de 
la Huchette avait ses derrières et ses dépendances sur le bord de la Seine, avant 
l'établissement du quai Saint-Michel. L'une et l'autre ont toujours été d'une pro- 
preté douteuse, ainsi que le constate le Procez verhail et rapport faict pour le netloye- 
ment et pavaige des nies de Paris : cfRue de la Huchette, que vous avons trouvée pleine 
de boues et immondices '^'^^•n. 

''' Voir le volume consacré à la Région occidentale de l'Université, p. 118 et suiv. — '*' Félibien, 
Preuves, p. i33. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 195 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

PAROISSE DE SAIM-SÉVERIN. 

CENSIVE DE S\I.\T-GERMAIN-DES-PRÉS. 

Maiso.n de h Pomme de Pin, l'une des nombreuses habitations qui portaient cette 
enseigne dans le Vieux Paris; 

Maison de la Hcchette (1287), et de la Huchette d'or (i583), ayant dû ne 
faire qu'une avec la précédente, puisqu'elle formait l'angle sud de la rue du Petit- 
Pont. Des titres de i388 et de 1/128, cités par Sauvai (111, p. 78 et 79), men- 
tionnent tr une maison oii pend pour enseigne La Huchettk, vis-à-vis de La Heuse, 
en ceste rue de la Huchette n. Sa situation à l'entrée de la voie semble prouver 
qu'elle a servi à la dénommer. Elle est dite, en i533, être assise entre la Rose 
et L\ Pomme de Pin; ce qui permet de conclure à une réunion, ou à un morcelle- 
ment, comme il s'en est produit si souvent dans l'histoire de la propriété pari- 
sienne. 

Maison de la Roze (1287), dite alors a en censive du Royn. En lAio, on la 
désigne comme aboutissant à la Maison du Faulcon. 

CBI^SIVE SAINTE-GENETIÈVE. 

Maison de l'Ymaige Sainct-Jacques (i38o), ayant compris originairement la sui- 
vante dans son étendue. 

Maison de l'Ymaige Nostre-Dame (i45i), puis du Flacon (iSog); ayant eu 
pour enseigne Le Dragon, eu i38o, alors qu'elle formait un des corps de logis 
de la précédente. 

Maison dl Grail (i365), du Gril et de la Lamproïe (sur le) Gril (i52(j]. Elle 
est dite, en i5/i5, ff tenant à l'image Nostre-Dame. aboutissant par derrière à un 
granl hostel appartenant à M" Gresie, procureur général au Chasteleln. Elle tenait, 
par derrière, à la ruelle Sallembien ou Sallembtère, dont nous parlerons en son 
lieu. 

CENSITE DE SAINT-LAZARE. 

Seconde Maison de l'Ymaige Nostre-Dame (i5/io), séparée de la précédente par 

35. 



196 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

le Grail, ou Gril, et ayant pu, quoique en censive différente, faire partie de ia 
première maison, à une époque indéterminée, par l'absorption du Grail. La se- 
conde maison, placée sous le vocable de la Vierge, est désignée, en certains titres, 
sous le nom de lv Belle Ymaige. 

Maison de la Nef d'argent, détachée, au xvi" siècle, de la suivante, à laquelle 
pendait pour enseigne 

Le Lyon d'or (i/i45), appellation fort répandue dans le Vieux Paris. En i56o, 
celte maison, qui comprenait encore la Nef d'argent et aboutissait à la ruelle 
Saillembien, était dite contiguë à I'Ymaige Nostre-Dame; ce qui confirme nos 
observations sur les difficultés topographiques résultant des réunions et des dis- 
jonctions d'immeubles. 

Maison de la Bastille (i5o5), désignée dans les titres par ses aboutissants, qui 
avaient plus d'importance, témoin 

La Croix Blanche, ainsi localisée en 160 5 : tr maison en trois corps, trois cours, 
tenant à La Bastille, d'autre part à la Queue de Renard, a Ces trois corps et ces 
trois cours ont dû être tantôt réunis, tantôt séparés, selon les convenances des 
propriétaires. C'est pour ce motif, sans doute, que de ces cinq immeubles, La 
Croix Blanche seule figure sur le plan de restitution, les autres ayant été consi- 
dérés comme des morcellements de la maison primitive; il n'en est pas question 
dans les notes ayant servi à l'établissement du plan. 

CENSITE DE LA CONFRÉRIE AUX BOURGEOIS. 

Maison de la Petite Queue de Renard, puis du Pot d'Estain (iB/ig). Un siècle 
auparavant, le Pot d'Estain est dit a tenant à lv Nasse, d'autre part, aux Char- 
treux, et le corps de derrière tenant aussy auxdicts Chartreux, et aboutissant à 
certaine maison en la rue Sacalien. Il ne s'agit, bien entendu, que de construc- 
tions ou de terrains appartenant aux religieux de Vauvert. 

Maison de la Nasse (i563), tenant au Daulphin ainsi qu'à la Petite Queue de 
Renard et la séparant de 

La Grande Queue de Renard (1 538), absorbée, au xvi" siècle, dans la précédente 
ou dans la suivante, puisqu'elles sont dites conligucs en iSya. 

Maison DU Grand Daulphin, puis des Deux Boules (i 5 . .), «tenant aux Trois Clefs 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 197 

et faisant le coin de la rue Sacalien, Ces Trois Clefs servaient probablement 
d'enseigne à un corps de logis détaché des maisons environnantes, et que nous 
n'avons pu identifier. 

CENSIVE DE LA GRANDE CONFBÉRIE. 

DoMus Artil'm ou Maison des Arts (1266), qui devait peut-être ou a pu donner 
son nom, ainsi que nous l'avons dit plus haut, à la rue confinant à celle de la Hu- 
chette. Par suite de diverses aliénations qu'il est difficile de préciser, elle devint 
successivement l\ Maison de l'escu de Nevebs et du Loup qui taille. Cet immeuble, 
aux dénominations multiples, occupait l'angle occidental de la rue Sacalie, au- 
jourd'hui Zacharie, continuée jusqu'au quai par la ruelle des Trois Chandeliers, 
sous l'enseigne du Loup qui taille; il est dit, en i663 «tenant à la Croix de fer 
et aboutissant à la Ville de Poitiers a. 

Maison de l'Escrevisse (1567), aboutissant à «la rue Saccalier. Peut-être 
faut-il l'identifier avec l'Escu de Toulouze, dont il est fait mention dans un titre 
de iBôg. 

Maison aux Paons (1 3 18), ou du Paon (iSAy), mentionnée en divers titres, avec 
ses tenants et dépendances : en 1^56, elle s'appelle le Grand iiostel du Paon, et 
est dite «tenant à un petit hostelf) semblablement dénommé; en i5i6, on signale 
ffladicte enseigne du Paon sur le faite du portail de pierres de taille n; en 1671 
«LE Paon, fort vieil et ancien a est dit «un tiers en la censive de l'EvesqueTi. La 
Maison aux Paons ou du Paon avait, sur la rue Sacalie, un jardin où fut construite 
plus tard La Madeleine. 

Maison du Chevallet (1/457), P"^^ ^^ I'Esperon et du Petit Cheval blanc (1579). 

Maison de l'Ymaige Saint Jehan (1578), faisant face à l'hôtel habité par Arnauld 
de Corbie, chancelier de France (i4i3), en pleine guerre de Cent ans. 

CENSITE DE L'ÉVÊCaé. 

Maison dr l'Ym\ige Saincte-Marguerite (liog), puis de l'Image Sainte- Catherine 
(i6o3), ayant été divisée, à une date incertaine, en deux corps de logis; ce qui 
explique peut-être la double dénomination appliquée à cet immeuble. La portion 
placée sous le vocable de Sainte-Marguerite était en la censive de la Ville. 

Maison de l'Anunciation (1/189), <^tant, pour un tiers en la censive de l'Evêché, 
et, pour le reste, en celle de la Grande Confrérie. Elle aboutissait à la rue de 



198 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

la Vieille Bouderie, sur laquelle elle avait une issue, par une allée, passage ou 
couloir, sans doute; laquelle issue débouchait, en 1667, en face du Boeuf 

TROMPÉ '•'. 

Maison de l'Ymaige Sainct-Nicolas (1 ^89), paraissant avoir fait partie des deux 
immeubles précédents. C'est, en effet, l'un de ces trois corps de logis qu'habitait, 
en 161 3, le chancelier de France, Arnauld de Corbie. 

CE.NSIVB DE LA VILLE. 

Maison de l'Espée (i5^3), puis de l'Espée de bois (i6o5), contiguë au Lyon 
d'argent (i533), et séparée de la Croce formant le coin septentrional de la Vieille 
Bouderie par l'Esorevisse. (Voir cette dernière rue dans le présent volume à la 
page 16.) 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 
CENSIVE DU ROI. 

Pl\ce, où s'élevait une maison qui fut aux seigneurs d'Avaugon, et qu'un titre 
de i32 4 désigne ainsi : ctMeson grant de la bataille de Puille. n Elle est dite alors 
«tenant à celle des Beufsn. Cette construction fut abattue lors de l'établissement 
du Pont-Meuf, ou Pont-Saint-Michel, et de l'abreuvoir contigu à ce pont. 

Maison des Beufs (i32 4), où il y avait ctestuves à femmes n, genre d'établis- 
sement qui en dissimulait ordinairement un autre. Un titre de 1 3 1 o la désigne 
ainsi : «Meson des estuves et dépendances tenant au long, par derrière, à. la 
meson de M*" Regnault d'Arbois, et, au bout, par devers la rivière de Seine, n Une 
déclaration fournie, en 1682, trpour le Terriers, la mentionne dans les termes 
suivants : «Rue de la Huchette, maison faisant le coin de la rue du Renard 
(abreuvoir Mascon), qui est la première ruelle qui va à l'eau, en entrant par le 
pont Saint-Michel, à main gauche, n Quelques années plus tard, le Livre commode 
des Adresses de Paris, par Nicolas de Bligny (1691), met au nombre des auberges 
de bas étage les Boeufs, de la rue de la Huchette. 

CENSIVE DE L'ABBAYE. 

Maison sans désignation (i554), ayant fait partie de la suivante. 

'"' Le Boedf trompé et violé, c'est-à-dire de- se retrouve sur divers autres points, notamment 
vant lequel on jouait de la trompe et de la viole, dans la Région du Bourg Sainl-Gerinam. 
selon le plaisant jeu de mots des vieux Parisiens, 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 199 

Maison de l'Aubalest, ou Arbalest (1292), dans laquelle il y avait «estuves à 
hommes 11. Un titre 3e iBBa la désigne ainsi : «Maison appliquée à estuves à 
hommes, contenant plusieurs corps d'hostel et dépendances, en la rue de la Hu- 
chette, où pend pour enseigne l'Abbaleste, tenant à Louis Poireau et à la Maison 
DE l'Ange, par derrière à la Seine, par devant ayant son entrée en ladite rue.n 
L'Arb\leste et la maison précédente, qui en avait été détachée, sont dites, en 
i/jSy, (cen censive du Roy-n. 



CKNSIVE DU ROI. 



Maison sans désignation (1828), aboutissant à I'Aubalest, et tenant à la Pomme 
noLGE (i5i2). Elle était contiguë à « l'Iiostellerye de l'Angen, hôtel important 
qui a joué un certain rôle dans notre histoire internationale. L\ Pomme rouge et 
l'immeuble anonyme qui la joignait sont peut-être les maisons «qui furent au 
seigneur de Neurvilien (iZi36). 

Maison de Pontigny (1292), dite «à Jehan de Ponlignyii, en 1828 et 1829, 
puis Hostellerïe de l'Ange, en i5oo, et séparée alors des maisons contiguës par 
la ruelle Estienne le Meunier, allant à la rivière; c'était la résidence parisienne du 
chef de cetle abbaye, la seconde, comme importance, mais la première, en date, 
des filles de Gîteaux. L'abbé et les religieux de ce dernier monastère l'acquirent 
en 1 870. Mais, deux siècles plus tard, ils paraissent l'avoir transformée en maison 
de location, puisqu'on la trouve à l'état d'hôtel servant à loger des personnages de 
marque. Ils ne semblent pas l'avoir aliénée, au moins avant le xvi* siècle, puis- 
qu'ils la possédaient encore en 1678. Sauvai cite en effet, à cette date, un article 
des Comptes de la Prevosié de Paris, ainsi conçu : «Les religieux, abbé et couvent 
de Clairvaux, au diocèse de Langres, pour leur hostel assis en ladite ruen (de la 
Hucliette). 

Il y avait alors près d'un siècle que la maison abbatiale de Pontigny et de Clair- 
vanx logeait, par intervalle, non plus des moines, mais des diplomates. En l'an 
i5oo, les Registres du Bureau de la Ville constatent que «les Prévost des Marchans 
et Eschevins de la Ville de Paris, accompaignez des archers et arbalestiers, ser- 
gens, quarteniers et bourgoys d'icelle ville, sont allez hors de ladicte ville, au de- 
vant des ambassadeurs de l'Empire, et les ont convoyez et accompaignez jusques à 
l'hostel de l'Ange, en la rue de la Hucliette, ouquel hostel ils ont esté logez '*'•». 

Deux autres ambassades descendirent au même hôtel , dans le cours du xv!*" siècle ; 
elles venaient l'une d'Alger, l'autre de Venise. 

L'ambassadeur envoyé, en i552, à Henri II, par le dey d'Alger, descendit, 
au rapport de Sauvai, «en la rue de la Hucliette, à l'hostellerie de l'Ange a. On 

" Registres du Bureau de la Ville , I. F, p. 5. 



200 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

disait, ajoute cet historien, «qu'il estoit renégat d'Albanie, ou d'Esclavonieii. Le 
séjour qu'il y fit valut à un logis voisin le nom de (rhostel de l'Albanoysr. Sept 
ans plus tard, une ambassade vénitienne prit également gite à «l'hostellerie de 
l'Ange n, qui était, dit Sauvai, «une maison fort belle pour ce tems là'')!!. 

Son étendue et ses dépendances la rendaient propre à recevoir non seulement 
les envoyés du dehors, mais encore les émeutiers du dedans. A la journée des 
barricades (i588), l'hôtellerie de l'Ange abrita les ligueurs du quartier, et fut 
un centre de résistance ^'^). 

La Maison de Pontigny, comme plusieurs autres des rues de la Huchette et de 
la Bûcherie, touchait, par derrière, à la Seine, et avait des degrés pour y des- 
cendre. 

CEiNSIVE DE SAINTE-GENEVIÈVE. 

Maison de la Tkuye qui file. Cette enseigne, assez répandue dans le Vieux 
Paris, s'appliquait à deux corps d'hôtel distincts, dont l'un s'est appelé plus tard 
Les Trois Roïs. La Truïe qui file est dite, en iSaS, «tenant, d'une part, à Ro- 
bert Vadure, d'autre part, à I'hostel de Pontigny, appartenant à I'hostel de l'Ange, 
par derrière, aux hoirs de feu Nicolas Parquinn. 

Maison du Soufflet (iSgg) et du Soufflet vert (1608). On trouve, en effet, 
au mois d'avril de cette dernière année, la mention suivante dans le Journal de 
L'Estoile : «Le mercredy seizième d'apvril, fut trouvé pendu, en son grenier, un 
pauvre misérable, doreur de son mestier, demeurant en la rue de la Huchette, 
au Soufflet vert W. ri 

Maison de la Corne de Cerf (i5ii5), appartenant alors, soit aux évêques de 
Coutances, soit à l'un d'eux, comme propriété privée. Sauvai a relevé en effet, 
dans une vente de cens, cette mention : «Hoslel de la Corne de Cerf, en la rue de 
la Huchette, vendu le 18 avril i46o, parM"' le Cardinal évesque de Coutances W. 15 

Maison de l'Imaige Saint-André (i564), ayant fait partie de la précédente, 
probablement avant l'aliénation dont nous venons de parler et ayant formé depuis 
un immeuble distinct. 

Maison DE la Cloche rouge (i/i/i5), en la censive de Saint-Gyprien depuis i54o; 
elle se trouvait enclavée dans la suivante, dont elle constituait primitivement une 
dépendance. 

''' Antiquités de Paris , l. I, p. 99, 98. ''' JowrnaWeL'jB'sfoi/e, ëd.de 1866, t. II, p. i3o. 

''' Satire Ménippée, éd. de 1780, l. il, p. 76. '*' Antiquités de Paris, t. III, p. 363. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 201 

Maison des Carneaux (i465), séparée de la suivante par une ruelle, qu'on a 
confondue à tort aveC la ruelle Berthe, et au-dessus de laquelle les propriétaires 
riverains furent autorisés à bâtir, en laissant toutefois huit pieds de hauteur, à 
partir du sol, pour le passage. Les maisons des Garneaulx ou Crénealx étaient 
nombreuses dans le Vieux Paris. 



GENSITE DD TEMPLE. 



Maison des Cinges et des Trois Civettes. Elle faisait le coin occidental de la 
rue des Trois Chandeliers, cf tenant et aboutissant de part et d'autre à la maison 
de ce nomn, qui appartenait aux vicomtes deThouars, dans celle de la Huchette. 

La Maison des Cinges, trqui fu Pierre de Brisolles, joingnant les Chandeliers n, 
est taxée, dans les Comptes de la Pitancerie de Saint-Germain-des-Prés, pour 
une redevance de cinq sous. 



CEXSIVE DE LA CONFRERIE AUX ROURGEOIS. 



Maison de la Fleur de Lïs (i48i), faisant le coin oriental de la rue des Trois 
Chandeliers; elle était séparée de la suivante par une petite ruelle de desserte, 
mentionnée dans un livre de la Taille. Ces sortes de couloirs, fort étroits, étaient 
sans doute des passages pour aller à la Seine; il en existait plusieurs dans les 
rues de la Huchette et de la Bûcherie, avant l'établissement des quais. 



CENSIVE DE LUBBAYE. 



Maison des Trois Poissons (i^iia), faisant a d'ancienneté a le coin occidental 
de la rue du Chat qui pêche, laquelle constituait une descente à la Seine, plus 
importante que les autres, puisqu'elle s'est perpétuée jusqu'à nos jours à l'état 
de voie publique. 

Maison du Chaulderon, mentionnée au xiv* siècle, comme formant l'angle orien- 
tal de la même rue. Avant sa reconstruction, le Chaulderon était distinct du Chat 
QUI PÊCHE, maison qui a dû donner son nom à la rue et qu'on trouve désignée ainsi 
dans les titres : «Le Chat qui pèche, aboutissant, d'un bout, rue de la Huchette, 
d'autre part, sur la rivière, consistant en deux travées de dix-huit pieds de face 
sur ladite rue, tenant, par devant, à la rue du Chat, aboutissant, par derrière, 
aux Trois Bourses. d En rebâtissant les deux maisons, on les a réunies en une 
seule. 

(f Maison do petit Cerf (i 5/io), plus anciennement réunie à la Maison de la Bou- 

Tl. 26 



IKPHIIISIIIE niTlO^ALE. 



202 TOPOGRAPHIEj HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

TEILLE, puis Maison de la Croce (iSog), puis des Trois Bourses (i53i), et, en 
i54i, de l'Imaige Nostre-Dame. (Cette dernière enseigne paraît appartenir aux 
Etuves.) En i6i6, l'immeuble en façade sur la rue avait pour enseigne l'Alle'e 
AUX Etuves. Sous ledit immeuble en façade passait primitivement, et même au 
XVII'' siècle, l'Alle'e de la Maison des Etuves aux femmes, mentionnée dès 1287 et 
occupant presque la moitié de la rue Berthe, sous la dénomination de l'Ymage 
Notre-Dame (1^76), et de l'Escu de France, en i5o2. En i638, cette allée s'ap- 
pelait Ruelle des Vieilles Etuves. t) (Voir le plan.) 

Maison de la Heuse (i38o), puis de la Petite Cuiller (1572), double dénomi- 
nation qui semble indiquer deux corps de logis réunis plus tard en un seul. Au 
temps de L'Estoile, la maison était un cabaret : ce qui explique la seconde en- 
seigne portée par elle. La Heuse aboutissait à la Seine par une de ces nombreuses 
ruelles qui longeaient, ou traversaient, les propriétés des rues de la Huchette et 
de la Bûcherie. 

Cette ruelle, qui n'avait pas de nom en i38o, année où les titres la men- 
tionnent, est appelée tr ruelle aux Estuvesn en i54o. Elle desservait à la fois 
LA Heuse, qui était en censive de l'abbaye, et la Petite Cuiller, relevant du fief 
de LA Gloriette, aux environs de i58i. La boucherie de la Gloriette communi- 
quait avec la Seine par la ruelle dont nous venons de parler. A la Heuse, il 
convient de rattacher la Hure de sanglier, dénomination qui semble résulter 
d'une lecture vicieuse. Heuse et Hure étant, en effet, deux vocables absolument 
différents, ne pouvaient constituer une seule et même enseigne. 

Maison de la Bannière de France (t/i48). Elle est dite aboutir à a un hoslel 
nommé la Gloriette, en la censive de Maie Garnado (Maugarnie), tenant à la 
Théière T). 

La Ghaize, ff ayant issue à une petite ruele, descendant à la rivière, tenant, du 
costé du Petit-Pont, à la Bannière de France n, n'est autre que la 

Maison de la Chèvre (i/i33) et de la Chèvre chaussie'e (i556), dont un copiste 
a mal lu le nom. 

Maison du Grand ouvrouer (i58i), ainsi dénommée cr d'ancienneté n. Elle avait, 
pour enseigne angulaire, Notre-Dame. 

Les états des Confiscations anglaises mentionnent un k Ostel du Chastel, assis en 
la rue de la Huchette, oultre Petit-Pont n, chargé de cr quatre livres parisis, les- 
queles rentes furent et appartindrent à maistre Jehan Virgile n. En 1^27, cette 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 203 

demeure fut octroyée par Henri VI à Roger de Bréauté ''). En l'absence de docu- 
ments précis, nous n'avons pu la localiser exactement. Etait-ce le Chastel Mau- 
GARjiY [Maie Garnado), dont il vient d'être question, et en la censive duquel était 
LA Bannière de France? Il n'y a que des conjectures à émettre sur ce point. 



RUE JACINTHE. 

Cette petite voie, fort étroite et d'un parcours très limité, établissait une com- 
munication entre les rues Galande et des Trois-Portes , à distance à peu près 
égale de la rue du Fouarre et de la place Maubert. C'était, en réalité, une ruelle 
de desserte pour les maisons d'angle en façade sur des voies plus importantes. 
Ouverte, au commencement du xui'= siècle, à travers le Clos Mauvoisin, qui faisait 
partie de la seigneurie de Garlande, elle a été originairement confondue, ainsi 
que le prouvent les censiers de Sainte-Geneviève, avec la rue des Trois-Portes, 
dont elle constituait une dépendance et sous le nom de laquelle on la désignait. 
Dans un acte de i3o2, elle est dénommée en effet ruelle des Trois portes. On la 
trouve également appelée, en i3/i3 et jusqu'au milieu du xvf siècle, «ruelle Au- 
gustint), dénomination qu'elle devait peut-être, ainsi que celle de Jacinthe, au 
nom ou au prénom de l'un de ses habitants. Les plans de Gomboust et de Bullet 
ne la distinguent pas de la rue des Trois-Portes. Quant à son nom moderne, 
l'usage n'en remonte pas au delà du xvn* siècle. 

Les petites voies de ce quartier ont eu beaucoup à souffrir des percements con- 
temporains : la rue des Anglais, qui s'ouvrait en face de la rue Jacinthe et en 
formait la continuation vers celle des Noyers, a perdu son extrémité méridionale 
par suite de l'établissement du boulevard Saint-Germain. Le prolongement de 
la moderne rue Monge a fait disparaître complètement la rue Jacinthe, le côté 
méridional de celle des Trois-Portes, et tout le côté oriental de la rue du Fouarre. 

CÔTÉ OCCIDENTAL. 

Partie latérale de la Maison de la Fledr de Lys (i/i63), ayant son entrée rue 
Galande. 

CÔTÉ ORIENTAL. 

Partie latérale du Cerf volant (iio3), du Pressouer d'or (1609) et du Collet 
VERT (i588), s'élendant vers la rue du Pavé de la place Maubert. 

''' Paris tout la domination anglaise, p. sSS. 

ii6. 



■ 



204 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



PASSAGE DES JACOBINS. 

On dénommait ainsi, au xvm" siècle, une petite voie intérieure qui, après avoir 
été publique un certain moment, était redevenue privée au milieu du xvi^, et 
ce, par lettres patentes du roi Charles IX, qui en ordonna la fermeture, à raison 
des crimes dont elle était le théâtre. Les noms significatifs de Coupe-Gueule et de 
Coupe-Gorge qui lui furent donnés, à elle aussi, ainsi que le porte le chartrier des 
Jacobins, témoignent assez des attentats qui s'y commettaient ('l 

Le Passage des Jacobins, ou Frères prêcheurs de la rue Saint-Jacques, qui 
appartenaient à l'ordre de Saint- Dominique, bordait, d'orient en occident, l'en- 
clos de ces religieux, longeait leur église, leur réfectoire, leurs écoles, leur infir- 
merie, et leur permettait ainsi de se rendre directement de l'extrémité occidentale 
de la rue des Grès à l'extrémité méridionale de la rue de la Harpe. Il fut proba- 
blement, à l'origine, une simple voie de desserte à l'usage du monastère, et ne 
s'ouvrit au public qu'à l'époque où plusieurs couvents de Paris, voulant augmenter 
leurs revenus, tirèrent parti de leurs terrains, en les baillant à cens et à rente 
pour qu'on y tînt des foires, des marchés, et autres établissements exigeant une 
libre circulation. 

Cependant, malgré cette affectation profane donnée à une partie du pourpris 
monastique, les Jacobins conservèrent les trois portes qu'ils avaient sur les rues 
Saint-Jacques, de la Harpe et de Cluny, ce qui leur permit de fermer le passage 
à certaines heures, et leur suscita de nombreuses difficultés, parce que cette fer- 
meture, irrégulière sans doute, n'y assurait pas la sécurité publique t"^). 

Dans les anciens titres, le Passage des Jacobins, quoiqu'il ne ressemblât point 
aux autres voies parisiennes, est qualifié de rue : aussi l'acte d'amortissement de 
la vente, faite par la Ville, des droits de censive qu'elle possédait sur le territoire 
du couvent, le désigne ainsi, à la date de 1281 : k la rue si comme l'en vait de 
Sainct Estienne des Grez à la porte Gibart. n Un demi-siècle auparavant (laSi), 
il est fait mention d'une certaine rue «Jehan le Miren, vicus Johannis medici, ultra 
Parvum Pontem, juxta Sanctum Jacohum, in censiva Mercalorum aque. tt En censive des 
Marchands de l'eau, près du couvent de Saint-Jacques t) , cela semble désigner le 
passage des Jacobins, puisque la rue des Poirées, qui répond aussi à cette dési- 
gnation, n'est mentionnée qu'à 1286. Il ne peut, en effet, être question de la 
rue des Cordiers, qui n'existait pas encore à cette époque. Quoi qu'il en soit, il 
se trouvait, dans cette rue, la maison d'un certain Pierre d'Argenteuil , lequel 

'■' Voir les articles consacrtîs à ces deux ruelles ''' Voir, aux Appendices, les pièces relatives à la 

et les pièces conservées aux Arch. nat. (S iaSg). fermeture du Passage des Jacobins. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 205 

appartenait sans doute à cette famille, dont les rues des Poirées et de la Sor- 
bonne ont porté le nî)m. 

Élargi et rectifié, le Passage des Jacobins, formant la continuation de la rue 
Saint-Étienne-d es-Grès, porte aujourd'hui le nom du jurisconsulte Cujas, à raison 
du voisinage de la Faculté de droit. 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Orient en Occident). 

Maison SAiNT-BERiSARD, formant l'encoignure du Passage et de la rue Saint- 
Jacques. 

Maison de la Charité, appartenant sans doute à l'hôpital de ce nom, ancien 
Sanitat. (Voir la rue Jacob, dans le volume du Bourg Saint-Germain.) 

Les deux immeubles qui précèdent sont localisés par la note suivante extraite 
d'un document authentique : a Saint-Bernard, tenant, d'une part et par derrière, 
aux Jacobins, le passage entre deux, d'autre part, à une maison appartenant à la 
Charité, et à d'autres maisons ayant issue sur la rue des Cordiers. t 

Plusieurs Maisons , ayant issue sur la rue des Cordiers et au nombre desquelles 
il faut signaler la 

Maison des Dix chaises (i36o), et la 

Maison à Gcillalme Chrestien (i36o), crdict du Celliers. 

L'identification de ces immeubles parait hors de doute : le dernier est dit, en 
effet, à la date de i36o, ff aboutissant par derrière à l'ostel des Champions, en 
la rue des Cordiers •». On le localise en outre, dans un titre de la même année : 
«Maison à Guillaume Crestien, dict du Cellier, tenant aux Dix chaises, d'autre 
part à l'OsTEL des Jacobins, aboutissant, par derrière, à I'Ostel des Champions, 
en la .seigneurie de Sainct Estienne des Grez. 15 

Dépendances de I'Ostel des Champions (1819). 

Maison dc Chanoine (1819), faisant encoignure sur la rue de Cluny. 

Les deux immeubles qui précèdent sont localisés par la note suivante : 
(f 1 3 1 9. — Vente par Adam de Caulainvilla, chanoine de Sainct Estienne des Grez : 



206 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Dornuin cum jardino sitam prope Ficaires Predicatores , conliguam ex una parte jardina 
DoMus AD PvGiLES, et ex alia parte vico novo Corderiorum — c'était alors la rue de 
Cluiiy — et in ejus capite, contiguam cuneo dicte domus Fratrum Predicatoruin. -n 

La Maison DU Chanoine confinait donc, à i'est,au jardin de I'Ostel des Champions; 
à l'ouest, à la rue de Cluny; au sud, au couvent des Jacobins, le passage entre 
deux. 

Partie postérieure du Collège de Clcnï. (Voir à la rue des Poirées.) 

Maison sans désignation, formant encoignure sur la rue de la Harpe, apparte- 
nant, en iBgS, à la «censive des Prévost et Eschevinsn, c'est-à-dire à l'Hôtel- 
de-Ville, ainsi qu'il résulte de la note suivante : trSur le collège, jadis deux mai- 
sons, appartenant aux Frères de l'Hostel-Dieu de Paris, l'une en la censive de 
Sainte-Geneviefve, l'autre en celle des Prevosts et Eschevins. n 

Indépendamment des maisons proprement dites et autres constructions solides, 
le Passage des Jacobins renfermait un assez grand nombre d'échoppes, ou petites 
bâtisses légères, appliquées aux bâtiments conventuels et servant, comme nous 
l'avons dit plus haut, à augmenter le revenu des religieux. Aux termes de la décla- 
ration faite par le prieur en 1790, il en existait alors vingt-neuf, qualifiées de 
«petites boutiques w et contenues «dans la grande cour du couvent n, c'est-à-dire 
dans le passage. Elles rapportaient, affirme le prieur, «treize cent vingt et une li- 
vres, sur parole et sans aucun bail (''ii. L'établissement de ces échoppes devait être 
assez ancien, puisqu'il était nécessaire de les reconstruire dans les premières 
années du xvn* siècle, attendu qu'elles tombaient de vétusté. Le tome III du 
Chartrier des Jacobins contient, en effet, l'analyse de différentes pièces, d'où il 
résulte : 

Que le 12 janvier 1621, il fut présenté «requeste à MM. les Trésoriers géné- 
raux de France, par les Dominicains de Saint-Jacques, pour donner un alligne- 
ment aux échoppes qu'ils ont derrière le gros mur de leur église, depuis leur porte 
d'entrée jusqu'à la maison oïli il y avoit un boulanger. . ., lesquelles sont au 
nombre de sept qui menacent ruine v ; 

Que le 21 du même mois et de la même année, «procez verbal de visite des- 
dites eschoppes fut fait par un commissaire de MM. les Trésoriers, par lequel il 
décide que elles doivent estre rebasties, vu le péril éminent où elles sont'^'ii. 
La reconstruction fut opérée de 1621 à 1628. Mais il restait sans doute d'autres 

"' Arch. liât. S /1918, n° 1069. — ' Ibid., S iaSg. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 207 

t'choppes à rebâtir ou à réparer, puisqu'un rapport rédigé à cette date expose tt ce 
fju'il convient de faire, outre ce qui est fait'')Ti. 

Les échoppes accolées aux églises et aux bâtiments conventuels, ainsi que nous 
le constaterons en parlant de Saint-Yves, de Saint-Etienne et des Mathurins, 
constituaient une véritable lèpre ; c'était une façon de vandalisme qui n'a pas peu 
contribué, plus tard, à la destruction de ces édiGces, auxquels il avait enlevé tout 
caractère. 



RUE SAINT-JACQUES. 

Cette longue voie, l'une des plus anciennes assurément du quartier d'Outre- 
Petit-Pout, a toujours été, jusqu'en ces derniers temps, et malgré la déviation 
qu'on a fait subir, de nos jours, à la grande route qu'elle continuait dans Paris, 
l'artère principale de la région. Elle avait, pour point de départ, le carrefour 
formé par les rues du Petit-Pont, Galande, Saint-Séverin , et, pour aboutissant, 
la porte pratiquée dans l'enceinte de Philippe-Auguste. A l'époque gallo-romaine, 
c'était le commencement de la voie conduisant de Lutecia à Genabum; elle desser- 
vait alors les Thermes, le quartier des Arènes, les nombreuses villœ qui s'éta- 
geaient sur le flanc septentrional du mont Leucotitius, et celles qui en couvraient 
le plateau. 

Plus lard, quand ce territoire fut baillé à cens, lorsque les chemins ruraux qui 
coupaient les vignes firent place à des rues en bordure desquelles s'élevèrent de 
nombreuses maisons, c'est sur l'ancienne voie romaine, qualifiée de tgrant ruë«, 
que s'embranchèrent les voies secondaires; c'est à la «grant rue», qu'aboutissait 
le monde des écoliers, des religieux, des bourgeois, des artisans, de la basoche 
et autre, qui se pressait dans le quartier de l'Université; c'est en descendant la 
ffgrant ruën, après avoir franchi l'enceinte, que les voyageurs venant du côté du 
midi, arrivaient au Petit-Châtelet et au Petit-Pont, seul point par où ils pussent 
pénétrer dans la Cité. 

Cette importance de la rue Saint- Jacques, résultant de sa situation topogra- 
phique, est constatée par tous les documents où il en est question. En sa qualité 
de vieille voie romaine, elle est appelée, dans une charte de 1 163, Slrata regia, 
chaussée royale. On sait, en en"et, que, dès les temps mérovingiens, le nom des 
rois et des reines, celui de Brunehaut, en particulier, a été donné aux voies 
romaines devenues les grands chemins de la monarchie franque. L'équivalent de 
Strala regia est magnus vicus, major vicus, que l'on trouve dans les pièces des x\f et 
xni" siècles. 

*'' Archives nationales. 



208 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Quant au vocable complémenlaire, il varie avec les diverses portions de cette 
longue voie que bordaient des établissements religieux, donnant leur nom à la 
partie qui les longeait. Saint-Séverin, Saint-Matburin , Saint-Benoît, Saint-Étienne- 
des-Grès, Saint-Jacques surtout, maison hospitalière d'abord, puis berceau du 
couvent parisien des Frères prêcheurs, sont employés dans les titres pour dénom- 
mer, sur ses différents points, le magmis ou major viens. En laoo, 1220 et 1226 
on rencontre : « Vicus Sancti Benedicli-n, en i235, on lit : cr Vtcus qui dici solet ad 
Gressios, inter Sanctum Benedicltim et Sanclum Jacobumn; en i253 on trouve : 
«magnus vicus Sancti Stefani de Gresstbusv; en 1 281, époque où le couvent, l'église 
et les écoles des Dominicains ont pris un développement considérable, nouvelles 
formules qui remplaceront désormais toutes les autres. Les documents écrits en 
français donnent cfGrant rue de la porte Sainct Jacques n, et les titres latins, 
vinagnus vicus Sancti Jacobi Predicatorumri. 

Cependant le Dit de Guillot (i3oo) lui applique encore le nom de ffla rue 
Sainct Matlielinii, parce que ce descripteur ne suit pas le magnus vicus d'un bout 
à l'autre, mais le divise en tronçons pour citer, chemin faisant, les voies adja- 
centes. D'autres documents postérieurs reproduisent les anciennes dénominations 
complémentaires, mais seulement au droit des fiefs que longeait la voie définiti- 
vement vouée à Saint-Jacques, depuis que l'antique hospice, oii s'installèrent 
d'abord les Dominicains, lui en eut donné le nom. 

Mais, quelle qu'ait été la diversité de ses appellations, la rrgrant ruën a con- 
servé, pendant tout le moyen âge, sa dignité d'ancienne voie romaine et de chaussée 
royale. Les blocs de grès, dont elle était pavée originairement, et qui sont repré- 
sentés aujourd'hui, au Musée de Thermes, par des échantillons authentiques, ont 
été remplacés, de siècle en siècle, d'une façon plus ou moins intermittente, par 
un pavage aux frais duquel contribuaient la Ville et le Roi. Sauvai cite, à cet 
égard, l'extrait d'un compte de Philippe Dacy, payeur des œuvres de la Ville de 
Paris, pour l'année i366 : a Quatre cens cinquante six thoises quarrées de chaus- 
siée pavée, depuis les Mathelins, en montant contremont, jusques à la porte 
Sainct Jaques '^' -n. 

La longueur et la rectitude de la rue Saint-Jacques ont fait jadis l'admiration 
des historiens de Paris. Habitué aux lignes courbes ou brisées de l'ancienne voirie 
parisienne, Guillebert de Metz, qui écrivait au commencement du xv* siècle, 
s'extasie sur la ligne droite que présentent, sur un long parcours, les voies joi- 
gnant les portes Saint-Martin et Saint-Jacques : trQui auroit, dit-il, une corde et 
la menast, de la porte Sainct Martin jusques à la rivière, à la Juyerie droict à 
Petit-Pont. . . , et de là jusques à la porte Sainct Jacques, elle yroit droict comme 
une hgne, sans tourner ne çà ne là'^'. r 

'■' Antiquités de Paris, t. III, p. 126. — '*' Paris et ses historiens aux xiv' et xv' siècles, pages i38, 
189. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 209 

Très amoindrie comme circulation, au profit de ia rue de la Harpe, depuis la 
déviation, relativeraeht récente, de la route d'Orléans en aval de la porte et 
du faubourg d'Enfer, la vieille rue Saint-Jacques avait pourtant gardé quelque 
chose de son ancienne splendeur, grâce aux églises, aux couvents et aux collèges 
qui la bordaient. De nos jours, l'ouverture du boulevard Saint-Michel lui a en- 
levé ce qui lui restait d'importance. La reconstruction du lycée Louis-le-Grand , 
l'agrandissement de la Sorbonne et des travaux d'élargissement lui rendront peut- 
être une partie de ce qu'elle a perdu. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Nord au Sud.) 

PAROISSE DE SAINT-SÉVERIN. 

JUSTICE ET CE^SIVE DE SAIfîTE-GEXEVlÈïE. 

Maison du Daulphin (i38o), faisant le coin méridional de la rue Saint-Séverin ; 
elle est dite, en li/io, tenir, trd'une part à la rue Saint-Jacques et à J. de Ver- 
deronne, d'aultre part, à J. Duroys, dit le Vierzier, par devant au carrefour Saint- 
Séverin, par derrière, audict Vierzier a. Au xvi" siècle, elle contenait trois corps 
de logis : le premier, qui était le plus petit, avait façade sur la rue Saint-Séverin, 
et se nommait la Maison de la Taverne; le second, plus important, formait l'angle 
et portait l'enseigne du Daulphin; quant au troisième, qui avait nom la Caige, en 
1 687, il est dit alors « faisant le coin de la ruelle — Chalts, de laquelle il ne reste 
plus trace, — et d'aultre part tenant au Cheval blanc, maison qui se trouvait sans 
doute dans la ruelle, et qui est dite, en 1 681, contiguë à une autre petite construc- 
tions, à l'enseigne du Cheval blanc. 

Maison de l'Ymaige Saincte Katterine, (ju'un titre désigne comme tenant trd'une 
part et par derrière à une maison joingnant, faisant le coin de la rue Sainct 
Jacques et de la rue Sainct Séverin, d'aultre à la Maison du Dieu d'Amours, et, 
par devant, à la rue Sainct Jacques n, 

CENSIVE DU CHAPITRE DE PARIS OU DE NOTRE-DAME. 

Maison du Dieu d'Amours (1Û18), qu'on doit regarder comme ayant été trung 
bourdeauT. Peut-être devail-il cette dénomination à une enseigne, puisqu'on la 
voit, de ilitik à ii56, grevée de rentes annuelles et perpétuelles au profit de 
Nicolas Flamel. On regretterait, en effet, que ce personnage, fondateur d'églises, 
bienfaiteur des hôpitaux et des trpoures laboureurs ii, ait pu bénéficier d'une 
honteuse industrie. 

Maison de la Croix de fer (1/118), tt anciennement nommée IOstel de Morte- 



IKPItlUEnie KATIOliLB. 



•210 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

MERD, dit un acte de iUkb. En i6/ii, elle avait quatre pignons sur rue; ce qui 
impliquerait que la Maison de la Soulche et celle de Saincte Katherine en faisaient 
partie. En 1^77, elle comprenait trois corps d'hôtel distincts, dont deux seule- 
ment sur la rue, séparés du troisième par une cour; le dernier corps de logis 
avait issue en la ruelle de Ghalis. Les marguilliers de la paroisse Saint-Séverin , 
à qui cette maison appartenait, en firent démolir une partie, pour agrandir leur 
église (1Ù70); mais les chanoines de Notre-Dame, en leur qualité de seigneurs 
fonciers, s'opposèrent à ce que les travaux fussent continués. Le différend se ter- 
mina par une transaction, aux termes de laquelle a l'œuvre ti, ou la fabrique de 
Sainl-Sé vérin, fut autorisée à tenir ladicte maison en main-morte, moyennant 
quatre livres parisis de rente annuelle et perpétuelle, en sus du denier tournois 
de cens et des neuf sous parisis de rentes dus a à l'office des Clers de matines r. 
Cette négociation , qui fut laborieuse , est très longuement exposée dans les pièces 
auxquelles elle a donné lieu. 

Maison de la Soulche (li 18) et de la Soulche d'or (iSSa), ayant dû, comme 
nous venons de le dire, faire partie de la Croix de fer, au xv^ siècle. 

Maison de lTmaige Saincte Katherine (i/i38), comprise probablement aussi et 
à la même époque dans cet trhostel à quatre pignons sur ru'é-n. Un document de 
i635 désigne ainsi l'Ymaige Saincte Katherine : «la cinquiesme maison à droite, 
en entrant dans la rue Saint-Jacques, par le carrefour Saint-Séverin , oii est la 
fontaine ('*. n Elle portait, en 1600, l'enseigne du Cheval rouge. 

Maison de la Gîbecière (1/118), composée de deux corps d'hôtel avec cour au 
milieu. Elle est dite, en 1676 : fftenant d'une part, à I'Ihage Saincte Catherine^, 
d'autre part ffà une maison de Sainct Séverin, les Deux Signes, par derrière aux 
Charniers T), ou cimetière de Saint-Séverin. 

Maison des Deux Signes (1618). En iA85, elle avait été donnée à «l'œuvrer, 
ou fabrique de cette paroisse, pour agrandir l'église, et en i545, on y ouvrit un 
passage couvert, longeant le mur mitoyen de la maison suivante. Ce passage faisait 
communiquer les Charniers avec la rue Saint-Jacques et servait de dégagement 
à l'église. En 1^92, Jean du Pré imprimait en la Maison des Deux Signes. 

''' Celte fontaine, qu'on voit encore aujourd'hui Ce distique a été traduit en sixain par Bostjuil- 

derrière le chevet de l'égh'se Saint-Séverin , et dé- ion : 

gagée des constructions qui l'entouraient, reçut, au Quand les Nympbes de la Seine 

xvu' siècle, du poète Santeuil, le grand épigra- Grimpent à peric d'haleine, 

, . . , . „. ... . . Pour dominer sur ces monts, 

phiste de son temps, I inscription suivante : ,, > . • • 

■ r ' 1 Une plus sage et monis vaine , 

Dum scandunt juga monti» anhelo pectore Nymplice, A tant d'orgueil et de peine 

IHc una è lociis, mllis amore, tedet. Préfère l'humble soin d'arroser ces vallons. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 211 

La Croix de fer, la Soulche, l'Ymaige Saincte Katherine, la Gibecière et les 
Deux Signes, appartenaient à l'Œuvre de Saint-Sévcrin, qui en avait reçu dona- 
tion pour dégager et agrandir l'église. La fabrique s'acquitta de son devoir : fr des- 
quelles maisons, dit un document, ont esté retranchés quatre toises, huict pieds 
un quart de superficie, pour l'élargissement de la rue. n 

Maison de l'Ours (i ^97), ayant probablement compris deux corps d'hôtel, dont 
l'un était, en 1Û18, appelé la Maison de l'Ymaige Sainct Kristofle; à moins que 
cette dénomination ne s'étendît à tout l'immeuble, et que l'Ours ne fût un simple 
changement d'enseigne, ainsi qu'il s'en produisait souvent, à l'occasion d'une 
vente ou d'une location nouvelle. Elle est mentionnée, en i5i 1, comme étant 
en censive de l'Hôtel-Dieu. 

CENSIVK DE SAIM-JEA.N-DE-LATRA.»!. 

Maison des Trois Estriers (161 8), dite «tenant au Paon, d'à ultre part, à l'Ours, 
par derrière à une grande place vuyde, appliquée au cymetière de Sainct-Severin , 
où souloit anciennement avoir maison appellée l'Ostel de Ghalish; logis auquel 
la ruelle, dont nous avons parlé plus haut, devait son nom. Le besoin de faire 
communiquer l'église avec a la grant rue», comme on appelait alors la rue Saint- 
Jacques, fit ouvrir à travers cette maison un passage analogue à celui qui fut 
percé en i5i5 dans les Deux Signes, entre la rue et les Charniers : cren laquelle 
maison des Trois Estriers, est-il dit dans un titre, a esté faicte une allée commune 
en l'an i65/i, par laquelle on va de ladicte grant rue Sainct Jacques en l'église 
dudict Sainct Séverin. n 

CE?ISIVE DD CHAPITRE DE NOTRE-DAME. 

Maison du Paon blanc (i/i65), ayant été, très probablement, à l'origine, 
le corps d'hôtel principal comprenant I'Ours et les Trois Estriers. Les titres, 
en effet, confondent très souvent les trois logis, qui ont dû primitivement n'en for- 
mer qu'un. Nous avons plusieurs fois fait observer que ces démembrements jettent 
beaucoup d'obscurité sur le parcellaire du Vieux Paris. 

Puce et ruelle (1602) tt servant, de présent, à passer et repasser, de la grant 
rue Sainct Jacques, au cymetière de ladicte église de Sainct Séverin, tenant, 
d'une part, à I'Hostel du Paon, appartenant ù ladicte église; d'aultre part, au- 
dict preneur (Huguct Fabien), aboutissant, par devant, à ladicte rue Sainct 
Jacques, et, par derrière, au cymetière de ladicte église jusques au droict du pre- 
mier Corbeau, soutenant le pignon neuf du corps d'iiostel de derrière de I'Hos- 
tel de l'Escu d'argent appartenant aussi à ladicte église n. 



212 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison de l'Escu d'argent (1899), enseigne à laquelle se joignent, en 1618, 
celle du Frain d'or, et en i5o2, celle de l'Ange, peut-être parce qu'elle compre- 
nait plusieurs corps de logis. Ce qui semblerait le prouver, c'est qu'elle avait une 
double issue, l'une sur le cimetière de Saint-Séverin, l'autre sur la rue de la 
Parcheminerie. 

Maison sans désignation , faisant le coin septentrional de la rue de la Parchemi- 
nerie. 

Maison, également sans désignation, formant l'angle méridional de la même 
rue. 

Maison de la Teste noire (i/i65), ayant sa façade sur la rue Saint-Jacques et 
un corps d'hôlel sur celle de la Parcheminerie. Cette aile, en retour, avait pour 
enseigne, en 1 556, l'Eschiquier, et, en i579,l'Imaige Sainct Pierre. Au xviii*' siècle , 
elle était réunie à celle qui la précédait au nord. 

Maison de l'Escu de France (162 1). Les titres ne donnent que le nom de cet 
immeuble. 

Maison du Chapiau rocge (i36/i), paraissant n'en avoir formé qu'une avec les 
deux suivantes, soit comme dépendance, soit comme corps de logis principal. Elle 
est dite, en un titre, tt tenant, par le derrière, à l'Ymaige Sainct Nicolas, et, aux 
appartenances du Collège de Maître Gervaisn, lequel avait son entrée principale 
sur la rue du Foin. C'était, dit un autre titre, cria quatriesme maison en allant 
de la rue de la Parcheminerie à celle du Foimi. En 1682, on la désignait comme 
située «devant l'Hostel de la Mulleh. Une «allée commune n, ou passage, sem- 
blable à celles que nous avons déjà mentionnées, et qualifiée de a longues dans 
les titres, servait à la fois de séparation et de communication dans cet îlot très 
dense compris entre les rues Saint-Jacques, Saint-Séverin et de la Parcheminerie. 
L'existence de cette allée résulte du texte suivant : «Le Chappeau rouge. . . A 
l'entrée de la porte, une longue allée; à costé de ladicte porte, un corps de logis 
tenant à l'Escu de France, l'autre costé de ladicte allée tenant à l'Imaige Nostre- 
Dame ; sur le derrière y a une grande cour et plusieurs logis. » Les notes ajoutent : 
«Bureau de la Poste, à la fin du xvi" siècle et au xvii^ 11 était alors tenu par 
Jacques de Paix, valet de chambre du Roi, qui loua la maison en cette même 
année. T) 

Sous François I", Guillaume de Bozzozel, imprimeur, occupait le Chapeau rouge. 

Maison de l'Ymaige Nostre-Dame (1 364), où était établie une taverne, fréquen- 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 213 

tée par les étudiants. Maîtres et écoliers allaient y boire après examens et récep- 
tions ; abus que la Nation d'Angleterre crut devoir réformer à la suite d'une orgie 
de ce genre. 

Maison du Heaulme (i365), ainsi désignée dans un titre de cette année : «Mai- 
son, grant rue Sainct Jacques, à l'enseigne du Heaulme, tenant de l'ung des costez, 
à la maion qui fu Maistre Symon Godichart, et au jardin de l'Ostel du Chapell 
ROUGE, et, de l'aultre costé, à l'Ostel Martim Hue Cochon, et à l'Ostel de Sainct 
Anthoine et aboutissant, par derrière, à l'Ostel Maistre Gervais Crestien, pliysiciaa 
du Roy. Il La Maison du Heaulme est ainsi localisée dans un tilre de 1671 : «le 
Heaulme à l'opposite de la rue du Piastre tenant, d'une part à l'Ostel de l'Ymaige 
NosTRE Dame et au jardin de l'Ostel du Chappeau rouge, et, d'aultre part, sur le 
devant, à l'Ostel des Trois Pucelles, et, sur le derrière, à lOstel du Saulmon, 
aboutissant, par derrière à une cour, masure, estables et chambres, qui jadis 
furent dudict Ostel du Heaulme, et qui sont appliquées audict Ostel du Chappeau 

rouge. fl 

Maison de la Pucelle (i386) et des Trois Pucelles (i^oy), dite, à cette der- 
nière date, «tenant au Heaulmen, en ihki, «aboutissant à l'Hostel du Petit 
Saulmon, à Jourdain^, et, en iSyy, «à la Fleur de lysn. En 1^98, le libraire 
Jehan Driart avait sa boutique aux Trois Pucelles. 

Maison de l'Ymaige Sainct Pol (1/118), ayant eu, en i368, pour enseigne, 
l'Ymaige Saincte Katherine. Elle porta ensuite celle de la Fleur de Lis, en i/i65, 
et LA Fleur de Lis couronné en 1620. Comme elle était divisée en deux corps de 
logis, l'un d'eux, ou le tout peut-être, paraît avoir été nommé le Petit Saulmon, 
en idli^ et 1671. Voisin de Jehan Driart, l'imprimeur Jehan Petit, occupait, en 
la même année que lui, la Fleur de lys; quinze typographes composaient son 
atelier. 



CENSIVE DU ROI. 



Maison de l'Agnus Dei (i465), paraissait, ainsi que la précédente, avoir été 
construite sur une portion de la 

Maison du Faulcon (i/i65) et du Flacon d'argent (1620), dont l'emplacement 
présente quelque incertitude. L'une des deux dénominations, la plus ancienne 
peut-être, doit être erronée, les mois falcon etjlaœn résultant du déplacement 
d'une seule lettre. 



214 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



CENSIVE DU ROI ET DU CHAPITRE DE NOTRE-DAME. 

Cette partie de la censive royale appartenait, pour moitié, au chapitre de Notre- 
Dame, par suite d'une transaction intervenue en i386. On n'y comptait qu'une 
seule maison, celle qui suit, à moins qu'il ne faille y placer celle du Faulcox ou 
Flacon d'argent, dont la localisation est quelque peu incertaine. 

Maison du Saulmon (i365), précédant ou suivant celle que nous venons de 
mentionner, et en ayant peut-être lait partie primitivement. — Le testament de 
Maître Gervais Chrétien, fondateur du collège de ce nom, la mentionne, en iSyo. 
sous le nom de «Maison de Sainct Anthoine ditte du Sallmon, séant en la grant 
rue Sainct Jacques, en la censive des Escholes de Sorbonne^'N. Par suite de libé- 
ralités de la reine Blanche et de saint Louis, la censive royale était devenue celle 
des écoliers de Robert Sorbon. Les cuisines et le jardin du collège de Maître Ger- 
vais aboutissaient latéralement à la Maison du Saulmon. 

CENSIVE DU ROI ET DU CHAPITRE DE NOTRE-DAME. 

Maison de l'Ymaige Sainct Nicolas (i44i). A cet immeuble se rattachent deux 
documents d'une certaine importance ; le premier qui a été publié par Sauvai est 
ainsi conçu : ttORDiNAiRE de Paris (i5ii). — Les abbé, doyen et prevost de la 
Grande Confrairie aux bourgeois de Paris, fondée en l'église de la Magdeleine, 
pour l'acquisition par eux faite de quarante trois livres de rente sur les trois parts, 
dont les quatre font le tout, d'une maison seize en la grande rue Saint-Jacques, 
oii est l'enseigne de Sainct Nicolas; de laquelle M'' Guy Rigaudeau, notaire a.u 
Chastelet, est à présent détempteur et propriétaire '^'. n Le second document, qui 
présente beaucoup d'intérêt, est un inventaire notarié des biens d'un habitant de 
l'Ymaige Sainct Nicolas, Jehan Jolivet, qui y mourut en ii3i. Cet inventaire 
contient un état énumératif et descriptif du mobilier garnissant les lieux, et répond 
ainsi à la question que les curieux peuvent se poser : Qu'est-ce que renfetinait la 
maison d'un bourgeois de Paris au jv' siècle? Nous reproduisons aux Appendices 
cette intéressante pièce. 

Maison de la Pucelle (i336). Cet immeuble, que les notes placent ici, ne 
figure pas sur le plan de restitution, probablement à cause des nombreuses en- 
seignes similaires qui ont pu en rendre la localisation incertaine. 

Maison de la Lymace, dite en censive royale avant 1*261, époque où elle fut 
''> Archives nationales, MM 4oo. — '*' Antiquités de la ville de Paris, t. III, p. 559. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 215 

amortie par le Roi, et depuis, notamment en i438, dans celle des Mathurins, 
ainsi que toutes les iliaisons de la rue du Foin. 

Maison sans désignation, faisant retour d'équerre sur la rue du Foin. Elle avait 
dû, à l'origine, faire partie de la maison suivante; puis elle y fut réunie définiti- 
vement, après en avoir été détachée pendant un certain temps. 

Maison de l'Aigle, Domvs ad aquilam (lagi); Maison de l'Aigle d'or (1682), 
faisant le coin septentrional de la rue du Foin, et ayant porté, par corruption 
peut-être, l'enseigne de l'Ange, ainsi que celle du Berceau de fer, sise sur le côté 
oriental et appartenant à la maison qui venait ensuite. Celle de l'Aigle était 
sculptée à l'encoignure des rues Saint-Jacques et du Foin, en face de la chapelle 
Saint-\ ves. 

PAROISSE SAIIST-SÉVERIN. 
JUSTICE ET CESSIVE DES MATUURINS. 

Maison de l'Ymaige saincte Katherine (1628), enseigne peu répandue dans cette 
région, bien que la sainte fût honorée comme patronne des écoliers. Elle faisait le 
coin méridional de la rue du Foin, à l'opposite de l'Aigle. En 1662, elle est dé- 
nommée le Pélican, On trouve, à la date de 1280, mention d'une Maison des 
Etuves en la rue Saint-Jacques, aboutissant aux Mathurins. L'emplacement qu'elle 
occupait paraît avoir été le même que celui du Pélican ou de l'Ymaige saincte 
Katherine. 

Maison de l'Ange (i^38), du Berceau de fer (1562), avec issue sur la rue du 
Foin, bien qu'elle ne fût pas située à l'angle; mais elle avait certainement, à l'ori- 
gine, fait partie de la précédente : ce qui explique cet aboutissant postérieur. Elle 
doit le perdre en 1610, par suite de la mesure d'élargissement qui fut prise , et 
qu'une pièce conservée aux Archives nationales (LL i565) nous fait connaître 
en ces termes : «Toutes les maisons rue Saint-Jacques, contenues depuis le coing 
des rues Saint-Jacques et du Foin jusqu'à l'église dudit couvent (Les Mathurins) 
ont été aliénées en 1610, à cause du retranchement qui en fut fait pour élargir 
ladite rue Saint-Jacques, et données à condition de les rebâtir et d'en payer cer- 
taines rentes au couvent, -n 

Maison de l'Ymaige sainct Claude (1662) ayant, en i5io, porté l'enseigne des 
Trois Couronnes. Cette maison, ainsi que les deux précédentes, paraît être visée 
par le texte d'une charte de 1 296 : « De tribus domibus in Vico Magno — la rue Saint- 
Jacques — contiguis hospitali — Les Mathurins — et facienlibus cuneum vici Feni.v 

Au lieu des Trois colronnes, le plan porte : et de l'Etoile d'or, dénomination 



216 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

qui résulte de la note suivante, sans indication de source : cr 1698 l'Ymaige SAmcT 
Claude. — i582, tenant à la Cuiller de fer. — C'est la troisième en remontant 
de la rue du Foin à la rue des Mathurins. — Elle s'est appelée aussi l'Etoile 
d'ort). — Les deux dernières maisons ont été réunies en une. Dans les premières 
années du xvi" siècle, François Grandyon et ses frères, graveurs à la fois et fon- 
deurs de caractères, s'établirent à I'Image saint Claude, près l'église Saint-Yves, et 
ensuite dans l'immeuble en face, sous l'enseigne de l'Éléphant. Gilles de Gour- 
mont, le premier qui imprima du grec à Paris (circonstance vaguement chrono- 
logique), occupa toutou partie des Trois couronnes, enseigne de maison à laquelle 
il ajouta son enseigne de boutique, l'Ecu de Cologne. Aux Trois couronnes de 
Cologne, imprima ensuite Pierre Regnault. 

Maison de la Cuillier de fer (tôaa), ayant été réunie à la précédente. 

Maison des saincts Gervais et Prothais (1/175), ayant porté, au siècle suivant 
(1629), l'enseigne de l'Escu de Lorraine. Elle paraît n'avoir été bâtie qu'en i/iyS, 
sur un emplacement dépendant des deux maisons suivantes et formant probable- 
ment une cour ou un jardin. 

Maison de l'Arbaleste (1/171), aboutissant au dortoir du couvent des Mathu- 
rins, comme celles qui lui étaient contiguës. Non indiquée sur la place de restitu- 
tion, la Maison de l'Arraleste a pourtant sa localisation exacte. 

Maison de la Trinité (1/171), ayant eu pour enseigne, en i/i38, le Four, ce 
qui la faisait dénommer l'Ostel du Four, appellation identique à cette autre qu'on 
rencontre fréquemment dans les titres : Four Saint Benoist. Celui-là était le four 
banal des Mathurins, et il touchait cr à l'ospitaln, c'est-à-dire à l'infirmerie du cou- 
vent, ainsi que le prouve le texte ci-joint, emprunté au censier de Sainte-Gene- 
viève, pour l'an 1266 : rxSanctum Malurinum. . . pro domibus sitis subtus Sanctum 
Maturinum, infunio, conliguis hospitali, qui qnondam fuit eccleste de Bria. nEn 1266, 
les Mathurins vendirent leur four, et la pièce portant ratification de la vente 
précise l'emplacement de la maison qui le contenait, laquelle a eu plus tard l'en- 
seigne de LA Trinité, cr Venditio furni Sancti Malurini et domus, proul se comportât, a 
scolis Sancti Maturini tisque ad cuneum vici Feni.n La maison contenant le four s'é- 
tendait donc, à cette époque, depuis les Écoles des Mathurins jusqu'au coin de la 
rue du Foin. Quelques années après, on lui donna plus d'extension encore, puis- 
qu'une charte de 129/1, porte cf permission par sainct Gervais à sainct Mathurin, 
d'agrandir ledict four, à la charge du censn. 

Là ne se bornèrent pas les transformations du rr four aus Mathurins^ ; en 1602, 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 217 

on l'agrandit encore aux dépens de la geôle du couvent, puisqu'on en fit un nou- 
veau, contigu à l'ancien a au lieu où souloit estre la prison n. L'un des deux devait 
être à l'usage du preneur à bail de la maison contiguë à l'hôpital ou infirmerie, 
l'autre demeurant banal. Ce texte localise la geôle des Mathurins, qui devait être 
à côté de l'ancien four et derrière l'hôpital. 

Postérieurement à la construction du nouveau four, d'autres documents nous 
renseignent sur l'ancien. Les textes le placent tantôt à la Trinité, tantôt à I'Arba- 
LESTE : ffl'ostel du fourn, ainsi qu'il est dénommé, est dit «la maison qui s'appeloit 
jadis le four des Mathurins^. En liyi, l'Arbaleste et la Trimté étaient distinctes; 
un siècle après (1675), elles furent divisées en trois, la troisième ayant pour 
enseigne l'Escu de Lorraine, ci-devant Sainct Gehvais et Sainct Prothais. La Tri- 
mté est dite alors : tfjoingnant l'entrée de l'ospitalu, et «la maison touchant l'os- 
pital estre devant la Mullet). 

C'est donc sur cet emplacement, si fréquemment remanié, que doivent prendre 
place 

ff Quatre maisons, avoisinantes l'une l'autre, I'ostel du Four, la Trinité, Sainct 
Gervais et Sainct Prothais, la Cuiller t», qui, nous l'avons vu, ne sont que des dé- 
membrements. Les pièces qui les mentionnent les localisent ainsi : «deux d'ycelles 
basties sur lesdits portail et ospital — des Matiiurins — et adossées contre le 
dortouer; plus deux autres joingnant au dortouer; le derrière tenant à l'Ymaige 
Sainct Claude, à présent lEstoile d'or. 11 

11 résulte de notes un peu confuses que le Berceau et l'Escu de Venise se trou- 
vaient "devant les Maturinsu; mais l'expression dwanl, pouvant être interprétée 
de diverses façons, le plan de restitution ne localise pas les deux immeubles. 

L'ospiTAL DE ladicte ÉGLISE MoNSEiGNEUR Sainct Mathurin (1^92) dit aloi's être 
iren censive des Dames de la Saulsaye, à Villejuifn. Nous ne dirons rien ici de 
cet hôpital qui se rattache à l'ensemble du couvent des Mathurins, afin de ne pas 
scinder la monographie de cette importante maison. On la trouvera entière à l'ar- 
ticle de la rue des Mathurins. 

Portail et allée, ayant dû, à l'origine, constituer la principale entrée du cou- 
vent sur «la grant rue Sainct Jacques ii la plus ancienne et la plus importante 
artère du quartier. L'allée, qui était voûtée et avait environ trois toises sous clef, 
fut détruite en 1610; la baie de la porte avait douze pieds de haut sur sept 
pieds et dix pouces (rentre tableaux ■«. 

Diverses notes empruntées à des pièces du commencement du xvii'- siècle nous 



2t8 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

renseignent sur ce portail et sur cette allée touchant à aTospitaln et ayant donné 
jadis accès au couvent des Mathurins, mais hors d'usage alors, par suite des nou- 
velles entrées pratiquées sur la rue de ce noni. Leur inutilité avait déterminé 
les Mathurins à vendre ou à bailler le terrain qui les portait et le sol environ- 
nant; ce que constatent les textes suivants : 

ff 1609 et 1610. ... Gros murs servant des appartenances dudict lieu appelle 
i/HospiTAL et de l'allée du Portail servant à entrer au cloistre. . . Deux maisons 
que lesdicfs Dufossé et Chevalet doivent faire bastir au dessus dudict lieu. . . 11 
a esté faict un retranchement de trois pieds sur la rue . . . Trois petites maisons 
vieilles, avec le dessous de voulle du lieu nommé l'Hospital et le dessus de l'allée 
de leur cloistre . . . Trois maisons rebasties sur le terrain de l'Hospital . . . aux- 
quelles fut adjousté le dessus des voultes de l'Hospital et de l'allée . . . contenant 
de face, sur la rue, depuis la cloison de Sainct Claude jusques à l'encoignure de 
l'Hostital, cinq toises, un pied, neuf poulces dans œuvre, et sur le dortoir, douze 
toises, quatre pieds, huit poulces. -n C'est en 1609 et 1610 que furent faites 
ces appropriations de l'ancienne et Voulte et allée de l'Hospital des Mathurins •«. 
En 1786, dit un autre texte, d'Hôpital joignant l'égliseTi, représenté par trun 
petit lieu servant ci-devant d'entrée au petit huis claustral n, était dit avoir appar- 
tenu «aux dames de la Saulsaye, auxquelles on payait rente foncière, et paraissant 
être aussi en leur censive, car les Mathurins leur en passèrent titre, en 1626 et 
167111. 

On voit, par les diverses pièces dont nous avons cité des extraits, que la partie 
de la rue Saint-Jacques, côté occidental, comprise entre les rues des Mathu- 
rins et du Foin, et formant la limite orientale du pourpris dos Mathui'ins, a été 
l'objet de nombreux remaniements, par suite du déplacement de l'entrée prin- 
cipale de l'iiôpital et du couvent. Les démolitions et les reconstructions s'y succé- 
dèrent. 

Eglise des Mathurins, ou de saint Mathurin. 

Construite selon les règles de l'orientation chrétienne, cette église, dont on 
trouvera la monographie à l'article de la rue des Mathurins, avait, sur la rue 
Saint-Jacques, son chevet flanqué de boutiques et échoppes qui appartiennent 
lopographiquement à cette dernière rue, et dont nous devons dire quelque chose 
ici. Il en est fait mention dans plusieurs pièces des Mathurins. 

« 1617. OuvROUER, ou petite eschoppe, Contenant trois toyses et demy pied de 
long, ou environ, et de trois piedz de large, séant sur la grant rue Sainct 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 219 

Jacques, entre ie chevet d'ycelle église et à l'opposite des hostels du Roubt et du 
Ghief Sainct DENïs.'n Le Rouet paraît avoir échangé son enseigne contre celle de 
L\ Hache. 

ff iii65. Bail par ie Roy d'une place de trois toyses et trois piedz, au chevet de 
l'église, pour faire une loge» 

fr t5i 4. Boutiques et eschoppes, estant au coing de la rue Sainct Jacques et de 
la rue Sainct Mathurin , et derrière nostre église jusques au puis rue Sainct Jac- 
ques . . . Place prez du puis, ayant trois toyses de long et trois piedz de large, 
en saillie. 1) 

ai56i. Ëschope tenant au puis dudict lieu, r) 

(t iSyS. H fut décidé que I'eschope faisant le coing des Mathurins et de la rue 
Sainct Jacques serviroit de garde pour y faire sentinelle, v 

ff i58o. Place faisant le coing des Mathurins, ayant, de ce costé, quatre piedz 
huict poulces de profondeur et quatre piedz cinq poulces du costé de la rue Sainct 
Jacques. •» 

Cette place est encore indiquée en i586, ainsi qu'une aboulique entre deux 
arcs-boutans, faisant partie de la place de l'ancien portail, au long de laquelle est 
l'allée du cloistre-. Quant au puits, il fut comblé en 1690. 

PAROISSE DE SAINT-BENoix. 
JISTICE ET CENSIVE DE SAI.IIT-BENoiT. 

Maison du roï David et du Pao> (lisô), faisant le coin septentrional de la rue 
des Mathurins, et dépendant, ainsi que le chief Sainct Denïs, de la Croix Blanche, 
laquelle, ayant façade sur la rue des Mathurins, se projetait latéralement sur 
la rue Saint-Jacques. Une rr Déclaration n , de 1673, présente ainsi cette situa- 
tion : 

(tLa Croix Blanche, en deux corps, l'un le roy David, l'autre, le chef Saint 
Denïs, faisant face à l'église des Mathurins, tenant, d'autre part, au sieur Bénard 
aboutissant au cloître. Dans ladicte maison, il y avoit cy-devant une grande cour, 
dans laquelle les chanoines — de Saint Benoît — ont fait bastir de neuf plusieurs 
corps de logis, dont partie leur sert pour le cloistre de leur chapitre, et leur loge- 
ment, et les autres sont par eux loués à différents; le tout ayant entrée par une 

98. 



220 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

porte, rue Saint-Jacques. . . Item, dans une cour estant de l'enceinte de iadicie 
église, ont fait hastir deux petites boutiques, ayant face dans la rue Saint-Jacques 
dans l'une desquelles estoit placé l'estail à boucher, auparavant dans la Choix 
Blanche. T) Cet étal, qui appartenait aux chanoines de Saint-Benoît, faisait partie 
d'une de leurs boucheries de la rue Saint-Jacques. Ajoutons que le Roy David fut 
le deuxième local où le libraire Ambroise Girauld exerça sa profession entre i 621 
et i5A6. 

Maison de l'Lmnocent (iSaô), puis du Compas d'or, et enfin du Nom de Jésus 
(i568), tout en ayant conservé l'enseigne primitive, puisqu'on la trouve appelée 
l'Innocent en i585. Les deux autres étaient celles de la boutique. 

Maison des deux Genettes (i563), corps de logis détaché de la maison précé- 
dente. 

Maison du Chasteau rouge (i/jgB) dite, en iBig «au dessus des Mathurins, de- 
vant et à l'opposite d'une petite maison dépendante du Cocq, tenant à Michel 
Le Noir, d'aultre part, et aboutissant aux maisons du chapitre de Paris ti. En 1 5/47, 
elle est dite a tenant à la Quoquilleii. 

Maison de la Quoquille (iS^y), à laquelle le Chasteau rouge est dit aboutir. 

Les Archives nationales, consultées par M. Paul Le Vayer, fournissent sur cette 
maison le renseignement suivant : « Alloceutur per OJiciarium lx' tz Joanni Lhuillier 
locatorio domus de la Coq ville, in vico Sancti Jacobi, super locagiis dicte domus, soluti 
lathomo pro muro intermedio ipsius domus et vidue Alexandre nuper facto'^'^hri 

Maison de l'Imaige saint Laurent (i585). 

Maison de la Fleur de lys (iB/ia). 

Maison de l'Homme saulvaige (lÔÔg), ayant été, entre i5i6 et i55o, le logis 
du libraire Begnault Chaudière. 

Maison de l'Escrevisse (iBôg). 

Maison de la Fontaine (iS/ia). C'est à cette enseigne qu'exercèrent les impri- 
meurs libraires Jocodus Badins (1602), et Michel Vascosan (lôBo-iSyô). 

''' Archives natioaales, LL iSg, f° 63 v". 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 221 

Maison de l'Ange (1567). 

Maison de l'Escu au soleil (15G7), 

Maison des trois Faucilles (1667) dite, un siècle plus tard, «tenant, d'une 
part, à Dûment, d'aultre part, à l'Imaige sainct Martin, par derrière, à une maison 
de la communauté de Saint-Benoisti?. 

Ces sept maisons, comprises dans un espace assez restreint, paraissent avoir 
eu peu d'importance, sauf celle de La Fontaine. 

Maison de l'Imaige saint Martin (161 5), où existait tf d'ancienneté ung estail à 
bouchierT!, lequel est cité dans une sentence de la Prévôté, rendue à propos d'une 
contestation entre le chapitre de Saint-Benoît et les maîtres bouchers de Paris. 
Ceux-ci soutenaient que «nul ne puet avoir ne tenir boucherie en ladicle ville, 
vendre chairs crues et cuittes, sauf les bouchiers de la Grande Boucherie, et 
ceulx des anciennes boucheries qui, d'ancienneté, sont et ont esté accoutumez 
d'estre à Paris •». Si intolérants qu'ils fussent, les maîtres bouchers reconnais- 
saient que (ton souffrait un estail dans la Maison de l'Ymaige sainct Martin, en 
la rue Sainct Jacques où ladicte yinaige estoit encore paincte au dessus de la 
porter (i4i5); mais ils faisaient observer que trcet estail n'avait que six ou 
sept piedz, et ne povoit avoir que cela, et que il ne povoit y avoir d'estaux <jue 
au dessus, en allant à la porte Sainct Jacques, et non au dessoubz, comme estoit 
la MvisoN DES CiSEAULX OÙ sc trouvoit un estail, et qui avoit donné lieu à la con- 
testations. 

La sentence décide que Messieurs de Saint-Benoît, ayant droit de haute, 
moyenne et basse justice, peuvent avoir des étaux où ils veulent, dans leur (erre, 
et de la grandeur qu'il leur plaira. 

La Maison de l'Ymaige saint Martin aboutissait, au xv" siècle, dans une certaine 
ruelle, ou longue allée, sorte de couloir assez commun dans celte région, où les 
terrains avaient de la profondeur, et qui faisait communiquer les constiuclioiis 
postérieures avec la rue. Le passage du titre où il est fait mention de ladite 
ruelle est ainsi conçu : rr Masure, ou place vuide, où souloit avoir en paincture, 
contre le mur, l'Ymaige saint Martin, tenant d'une part à une place vuide, qui lu à 
Jehanne la Mareschalle, et d'aultre part aboutissant par derrière et ayant issue 
anciennement en une ruelle de laquelle on ne scet le nom.'B 

Maison des Croisettes ou Crociiettes (i3o8). Elle paraît avoir été, avant 
ou après cette date, un corps d'hôtel de n Mxison du Pl\t d'estaing, laquelle avait 
sa façade sur le cloître Saint-Benoît. 



JM TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison de l'Im.uge Sai.ncte Barbe (i5i>.4), ayant dû avoir pour dépendances ia 

Maiso>' du Croissant (1/198), corps de logis lort peu iniporlant, puisqu'il n'avait, 
en i5oo, que dix-neuf pieds de profondeur sur dix de largeur. Les prisons du 
chapitre Saint-Benoît, qui s'élendaienl par derrière et avaient leur entrée sur le 
cloître, ne lui avaient laissé en profondeur que cet étroit espace. Le libraire Poucet 
Lépreux, qui s'était transféré du Loup au Croissant, séjourne en cette dernière 
demeure, de 1^98 à i552. 

Maison des Trois Couronnes (iSaS), et de la Cigogne (i585) construction de 
peu d'importance, à cause du voisinage des prisons et de l'église. 

Église collégiale de Saint-Benoît. — Ainsi que nous l'avons fait ob- 
server à l'article de la rue du Cloître, l'église canoniale et paroissiale de Saint- 
Benoît avait primitivement son portail principal sur la rue Saint-Jacques, et c'est 
pour ce motif qu'on l'appelait Saint-Benoît le bestourné, ou mal tourné. Heina- 
niée dans la suite, selon les règles de l'orientation chrétienne, elle eut son chevet 
sur la rue Saint-Jacques et sa façade sur celle du cloître, dans l'intérieur duquel 
l'édifice se développait en profondeur. C'est ce qui nous a déterminé à en placer 
la monographie à l'article de la rue du Cloître. Nous y renvoyons le lecteur. 

Croix de saint Benoît. Il est question, dans une charte de 1268, d'une croix 
située devant l'église Saint-Benoît, c'est-à-dire sur la rue Saint-Jacques, où l'édi- 
fice avait alors son entrée principale. A propos d'une maison sise «en ia grant 
ruëii, il est dit, dans cette charte : sDomum silam in magno vico prope ecclesiam 
SancH Benediclt le Beislounieit , inter cnicem sitam ante diclam ecclesiam et dotmim liogpri 
dicti Broc, ex alia parle, n 

Maison duMortier d'or (1 579), localisée ainsi par une pièce de 1 6/19 : «le Mor- 
tier d'or joignant lk Gros tournoys, devant la fontaine, tenant par derrière aux 
maisons du chapitre et à l'église, n Un document conservé aux Archives nationales 
(S 889 his) nous apprend que les chanoines de Saint-Benoît possédaient, sur 
cette maison, une rente de cinquante livres. 

Maison du Gros tournoïs (liSi), dite retenant à une maison de l'œuvre — ou 
de la fabrique — de Saint-Benoît, et aboutissant au cymetieren. Cette re maison 
de l'œuvre n devait être la suivante, c'est-à-dire 

La Lanterne, qui ap[jartenait, dès i3i9, aux bénédictines de Gif, village situé 
sur les bords de l'Yvette. Comme le monastère était double à l'origine, dit la 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 223 

Gallia chrisliana, Kinonialmm scdicet ac fmtrumv , ou s'explique que les religieuses 
suivant la règle de saint Benoît aient, ainsi que les religieux, possédé une maison 
à Paris dans le voisinage immédiat de l'église de ce nom. 

Maison de l\ Pomme rouge (1/197), ^'"^* composée selon un document de cette 
date : «Deux corps d'ostel et une petite courcelle au milieu tenant, du costé de 
S. Benoist, le premier corps d'ostel à une masure à J. Alant, et le surplus d'iceluy 
premier corps tout du long audict cymetiere de S. Benoist, joingnant ladicte 
église, et d'auUre part, tout du long, à l'ostel et jardin de l\ Chaise. n Lne pièce 
de i5i6 ajoute à cette désignation le renseignement qui suit : kLa Pomme bouge, 
tenant à la Heuse, d'autre part à une maison appartenant à la fabrique et au 
cimetière S. Benoist, par derrière à Dorigny, personnage dont il est question à 
propos de la Maison du Gril. 

Maisoîi de la Heuse (iSSy), n'ayant composé antérieurement, avec la précé- 
dente, qu'un seul immeuble en deux corps d'hôtel, portant l'enseigne de la Clef. 
Après leur disjonction et l'adoption d'enseignes nouvelles, la Pomme rouge et 
LA Heuse n'en ont pas moins continué à être dénommées collectivement, quelque- 
lois même isolément, la Clef : ce qui jette une certaine confusion dans les titres. 
Plusieurs baux, en effet, désignent le tout ou l'une des parties par l'une de ces 
trois appellations. La Clef, c'est-à-dire ses deux corps d'hôtel, la Pomme rouge et 
L\ Heuse. ligurent, à la fin du xiii* siècle, parmi les maisons taxées pour le loge- 
ment des étudiants externes, mesure que certaines théories tendent à faire revivre 
aujourd'hui, et dont on ne soupçonne guère les antécédents. L'université de Paris, 
qu'on sait avoir été envahissante en matière de ses privilèges, avait obtenu du 
Boi cette taxation, malgré l'opposition des propriétaires, alin de favoriser les éco- 
liers sans bourse, c'est-à-dire sans logement et sans pitance. A l'époque où elle 
fut taxée (1282), la Clef appartenait à l'Hôtel-Dieu, ainsi qu'il appert de la 
mention suivante : irLa nieson de l'ostel Dieu, en la rue Sainct Jacques, a l'en- 
seigne de LA Clef, six livres et demye. -^ En i535, la Hruse appartenait au cha- 
pitre de Saint-Bciioîl, qui la loua pour six ans au libraire Jean Petit, moyennant 
cinquante-cimj livres de loyer par an, ainsi que; le constate une pièce conservée 
aux Archives nationales (S 889 his). Les chanoines de Saint-Benoît possédaient 
également, à la même époque, 

Lb Gril, qui portait en 1819 l'enseigne des Balances, et sur lequel le person- 
nage dont nous avons parlé à propos de la Pomme rouge possédait certains droits. 
Voici, en effet, ce que nous apprend la pièce que nous venons de citer et dont 
nous avons indiqué la cote : crLe 29 décembre i595, Nicole Dorigny, président 
aux enquêtes, chancelier et chanoine de l'église Notre-Dame de Paris, remet à 



224 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Messieurs de Sainct Benoist les droits qu'il avoit de l'entrée et issue des caves 

de LA Heuse et du Gril, -n 

Maison des Marmousets, ayant changé trois fois d'enseigne en trois siècles : 
LES Marmousets en iSig, le Chevalier au cigne en 1^67, et sainte Barbe eu 
1537. 

PAROISSE DE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE ET CENSIVE DL PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison du Tresteau (ihUS), ayant pris au siècle suivant (i535) l'Imaige sainct 
Georges pour enseigne. Une série de mentions relatives à cette maison se succèdent 
de i/i38 à 1625. En i438, elle est dite et sur les jardins de la Soibonne^^; en 
1697, atenaiit par derrière à la librairie de la Sorbonneri; en iSaB, le Tréteau 
et aussy saint Georges, tenant au Chev\lier au cygne et au CoQn; en t535, 
SAINT Georges, auparavant le Tréteau, tenant au Soleil d'or, auparavant le Coq 
ET LA PouLLE, OU LA PvEv; 611 i5/ii, retenant par bas à l'Image sainte Barbes; en 
i6'i5, tr Maison de l'Image saint Georges, autrefois le Tréteau, tenant au Soleil 
i)'on, d'autre part, assise à la SorbonneTi. Enfin une dernière mention ajoute en- 
core aux nombreux changements d'enseigne de cet immeuble : tr Jadis le Tréteau 
n'en faisait qu'un avec la Ville de Lyon et la Petite Vertu, -n 

Jean Higmam, imprimeur allemand (1/189), ''"^ Jean-de-Beauvais, aux Lions, 
se transporte ensuite rue Saint-Jacques, à l'Image saint Georges. Aux dernières 
années du xv'^ siècle, c'est l'imprimerie de Volfgang Hopyl, Allemand de nation. 
Elle avait séjourné à Sainte-Barbe (maison contiguë), et devait finir aux (jOnnils, 
près les écoliers de Décret, 

Sous François I"', Nicolas Prévost imprimait, à son tour, sous la même enseigne. 

Maison du Coq et de la Pïe (i/i3i), puis du Soleil d'or (i585), ayant été 
sans doute un corps de logis détaché du Tréteau et touchant, par derrière, ainsi 
que le porte un texte de 1^97, à la tt librairie ■i ou plutôt à l'imprimerie de la 
Sorbonne. On sait, en effet, que le petit établissement typograpiiique de Ulrich 
Gering, et de ses deux associés, Michel Friburger et Martin Krantz, installé d'abord 
dans l'enceinte de la Sorbonne, fut transféré, en 1^73, dans la rue Saint-Jacques. 
La maison qui portait alors l'enseigne du Coq et de la Pye, en prit une plus digne 
de la grande industrie qui allait s'y exercer : le Soleil d'or. Cette dernière, qui 
convenait si bien à l'imprimerie, l'instrument par excellence de la diffusion des 
lumières, suivit, quelques années après (1 ^78), l'établissement dans la maison où 
on le transféra, mais en dépendant de la Sorbonne, avec façade sur la rue de ce 
nom et arrière-façade sur celle des Maçons. Nous retrouverons là le Soleil d'or 
de Gering. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 225 

Quelque temps après, Bercthod Rembolt, de Strasbourg, occupait le Soleil 
d'or de la rue Saint- Jacques, puis saint Christophe, près du futur Collège de 
France. Sa veuve, en i5i3, épousa Claude Chevallon et rentra avec lui au 
Soleil d'ok. 



CENSIVE DE LA SORBONNE. 



Maison des Lions, ayant été tantôt unie à la précédente, tantôt considérée comme 
un corps de logis distinct. A l'enseigne primitive, qui datait probablement du 
xni' siècle, succèdent, au commencement du xiv*, celle du Vau de Luques; eu 
i35(), celle dl Chesne; en liSi, celle du Lion d'or; en itidS, celle du Chesne 
vert, et, depuis lors, celles de la Chasse royale et l'Imaige sainct Roch. Parmi 
ces diverses appellations, les unes ne sont que des modifications aux assignations 
anciennes, les autres constituent de nouvelles dénominations dues tant aux chan- 
gements de propriétaire ou d'habitants qu'aux alternatives de réunion et de sépa- 
ration des corps de logis. 



CENSITE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 



Maison de la longue allée (i4o4) ou Ostel sainct Père, constituant deux im- 
meubles distincts, l'un contenant le couloir auquel il devait son nom, l'autre étant 
un manoir d'une certaine importance auquel on arrivait par ffla longue allée ii. 
Ce manoir fut donné, dès l'année laSb, aux religieux de l'abbaye de Saint-Père, 
de Chartres, par un certain Garin de Giset, archidiacre de Bayeux, qui l'avait 
fait bâlir. Le passage couvert, par lequel on y parvenait, ne constituait qu'une 
étroite séparation entre cet immeuble, le Soleil d'or et les troïs Mores. Derrière 
l'ostel Saint Père, se trouvait l'ancienne chapelle de la Sorbonne qu'a remplacée 
l'édifice construit par les ordres de Richelieu. 

C'est probablement la Maison de la longue allée, corps de logis en façade sur 
la rue, et non l'ostel Smnt Père, manoir donné à l'abbaye de ce nom en i 235, 
amorti en 1287, et situé au fond du couloir, que désigne l'article suivant em- 
prunté à la (ttaxe des logements en l'Université de Paris'n pour l'année 1286 : 
«La maison de dame Agathe la mareschale, en la rue Sainct Jacques, à la Longue 
entrée, dix livres. n 

La rue Saint-Jacques, principale artère du quartier latin, comptait plusieurs 
de ces maisons à logements taxés. A défaut de désignation précise, nous en indi- 
quons ici trois sises en cette rue, et taxées, en 1 988, la première à neuf livres 
et demie, la seconde à huit livres douze sous, la troisième à dix livres. Elles se 
nommaient, l'une «la maison neufve de Sainct MathurinT^, l'autre a la maison 
d'Elie, dit le Rouge, devant Sainct Mathurimi; la dernière, «la maison du cha- 
pitre de Saint Estienne des Grezn, 



29 

lUPriHtRIS lATIOIlALI. 



226 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison des trois Mores (i/iàg). D'après un terrier de i5/i2, cette maison 
contenait tt trois ouvrouers sur ruen, indépendamment du principal corps de 
logis. Sur un plan de la censive de la Ville, ou du Parloir aux bourgeois, on 
trouve, en effet, l'indication de trois corps d'hôtel contigus, qui paraissent s'iden- 
tifier complètement avec la Maison des troys Mores. Mais, dans un autre terrier, 
du xvui" siècle, il est dit que cette maison se composait de quatre corps d'hôtel : 
celui DES trois Mores, celui du Berceau d'or, mentionné en i58o, celui de sainte 
Katherine et celui de La Souche d'or, désignés dès iSyo. Les «trois ouvrouers 
sur ruëfl cachaient-ils, comme dans l'immeuble précédent, un quatrième corps 
d'hôtel, le plus important, situé par derrière et s'étendant en profondeur vers 
les bâtiments de la Sorbonne? L'hypothèse semble plausible; c'est le seul moyen 
de concilier les assertions contraires des deux terriers. 

Un document conservé aux Archives nationales et relevé par M. Paul Le Vayer 
complète les renseignements qui précèdent : 

tt2 7 ''^'^^ 1571. — Insaisinetur Michael d'Huisseau, clericus in graphario cri- 
minali Parîamenti parisiensis , de média parle per indivimm medietatis, que est quarta 
pars domus site Parisiis in vico Sancli Jacobi ad inlersignum la Socche, a Joaniie 
Charlier et Ludovica Gapaillard, ejus uxore, acquisita medianle summa ce liv. tz 
proul existit lilteris signatis F ayeaa et Tessier, iiotar. regiis, de dicta die penultima 
juin anni prcsenlis vcLxxi'').'n 

La Maison des trois Mores appartenait, en iii3i, à la dame de Marcoignet, 
propriétaire de plusieurs autres immeubles dans le fief de ce nom. Nous avons 
parlé précédemment de ce fief à l'article de la rue de la Harpe. 

Maison sans désignation, qu'un document de l'année 1678 localise ainsi : «Mai- 
son à l'opposite du collège du Plessis, tenant à l'hostel de l'abbaye du Becq He'- 
LOUYN, d'autre part à un corps d'hostel La Souche, et à l'hostel qui fut de l'abbaye 
Saint Père, h 

De la teneur de ce texte, il suit que La Souche, l'un des corps de logis de 
LA Maison des trois Mores, et l'hostel du Grand Becq encadraient, l'une au nord, 
l'autre au sud, la maison sans désignation dont il s'agit. 

Hostel du Grand Becq (i4io) ou du Gros Bec, appartenant, avant 1678, à 
l'abbaye du Bec Hellouin, en Normandie : ce qui a paru constituer une sorte de 
jeu de mots, comme il en a été l'ait plusieurs du même genre dans les diffé- 

''' Archives nationales, LI^ 167 f" 563 v°. 



TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS 



COVPE GH 



COVPE ET 



Rue s' Jacqi-e^ y/. 





LEGENDE 

. - Tiyr en bordure de la m^ 
S^Jacoue& 2 éti modiftè à. une 
époflue indéterminée 

Les parties teintées en noir 
dést^ent les constructions 
pnmit/ves. 




Rue des Ecoles 




Maison de la I- . ' 



Maison du SoufUi. v 



des 



RdtflniK^IUllt 



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WE DV COTÉ G ( PLAN ) 



COVPE CD 



WE DV COTE B (PLAN) 



L 



C HochereAu del 



-1-5— f- 



CAVES DE L'HOTEL DV GRAND BECQ 



J. Sulpi; 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 227 

renls quartiers du Vieux Paris'''. L'enseigne est naturellement postérieure à la 
prise de possession de la maison par l'abbaye. 

La maison de la rue Saint-Jacques n'était pas la seule que les abbés du Bec 
possédassent à Paris : il en existait une autre, où ils avaient leur cr barrer»; ce qui 
a servi à dénommer la rue voisine de la Maison aux Piliers et incorporée aujour- 
d'hui à la rue du Temple. Nous ne la citons que pour mémoire. Quant à celle 
de la rue Saint-Jacques, elle était habitée par l'abbé du Bec Hellouin, que de 
mauvais copistes ont écrit de Ricbeloin, ainsi qu'il résulte de la pièce suivante 
publiée par Sauvai : 

fcDoMAisE DE l'Hôtel de Ville de Paris, (iByS). L'abbé de Ricbeloin, pour sa 
maison ensuyvant, tenant à celle de La Cage, et aboutissant, par derrière, au 
collège de Calvy. -n 

Le. manoir du Grand Becq, Gros Becq, ou Bec Hélouyn a eu ses vicissitudes; 
Sauvai les raconte en ces termes : 

r L'hôtel du Bec étoit à la rue Saint Jacques, derrière la Sorbonne et le collège de Calvi. En 
liio, le Prévôt des marchands prétendit qu'il faisoit partie du fief du Parloir aux bourgeois, 
qui appartient à l'Hôtel de Ville, et intenta procès pour les lods et ventes à l'abbé et aux religieux 
du Bec. En 1682, il consisloit en un jardin, une galerie et un corps de logis, et appartenoit à 
du Tillet, greffier du Parlement et à son frère, depuis que l'abbé du Bec l'eût aliéné, pour 
s'acquitter des subventions à quoi on 1 avait taxé. 

(tLc cardinal de Richelieu alors avoit besoin du jardin et de la galerie, pour les comprendre 
avec le collège de Calvi, dans l'aggrandissement de la maison de Sorbonne. Mais comme, à la 
requête du clergé, le Roi avoit permis aux ecclésiastiques de retirer à leur commodité les biens 
aliénés pour les subventions depuis i564, les propriétaires du jardin et de la galerie de cet 
hôtel ne s'en voulurent point défaire, si l'abbé du Bec ne se désistoit de cette permission et que 
Je Roi ne les assurât qu'ils garderoient à perpétuité ce qui leur restoit de celte maison : si bien 
qu'il fallut leur accorder ce qu'ils demandoient. Le Roi donc en 1682, et Dominique de Vie, 
archevêque d'Auch et abbé comniandataire de ce couvent, y apportèrent leur consentement au 
mois de mars et d avril. Le jardin et la galerie coûtèrent dix mille francs au cardinal de Riche- 
lieu ; et presque aussitôt les lettres du Roi et de l'abbé furent enregistrées au Parlement, avec le 
contrat de vente'*'.'» 

L'acte de vente du jardin et de la galerie par les frères Jean et Louis du Tillet, 
conservé aux Archives nationales sous la cote S 6a 1 2 , appartient à l'histoire topo- 
graphique de la Sorbonne : nous le reproduisons en son lieu. Qu'il nous suffise 
de dire, à propos de l'Hostel du Grand Becq, que le jardin en dépendant mesu- 
rait huit toises de large sur treize de long. 

'"' Le bon coing, si répandu aux angles des '*' Histoire et Recherches des antiquités de la cille 

rues; fe bteuf trompé et violé, (ç'esl-à-dirc auquel de Paris, par Henri Sadval, lome H, livre VII, 
on joue de la trompe et de ia viole, elc. etc. page 969. 

ag. 



228 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison de la Pïe en Caige (i536), ou simplement de la Gaige (i526), tenant 
par derrière «au Petit Sorbonneii, c'est-à-dire au collège de Galvi. Elle touchait 
à l'Hostel du Grand Becq, et fut acquise, ainsi que le jardin et la galerie de cette 
maison, pour former le pourpris de la nouvelle Sorbonne. L'emplacement qu'elle 
occupait est ainsi désigné dans une pièce de i53/i : «Terrain de treize toises, 
trois pieds de long, par le bout d'en haut, près la maison ci-après (l'Hôtel du 
Becq), sur huit toises trois pieds de large, par le bout d'en bas, qui fait présente- 
ment partie du préau de la Sorbonne, et composoit jadis le jardin et partie de la 
galerie de l'Hôtel du Becq. t) 

Maison du Socfflet verd (i5o5) ancien logis qui paraît avoir porté en 128/j, 
l'enseigne du Lion ou de Lyon, puisqu'un acte en latin, de cette époque, l'appelle 
V domus que vocatur domus Lugdunin. En i5i6, le jardin du Soufflet est dit «tenant 
et aboutissant à la cour du collège du Petit Sorhonne ou Calvy, tenant d'autre 
part, à un jardin des appartenances de la Gageti. Au xv'' siècle et du vivant d'Ulric 
Géring, Pierre Gosaris et Jean Stoi, qui venaient des Pays-Bas, se fixèrent, rue 
Saint-Jacques, près des Jacobins, à l'enseigne du Soufflet vert. G'est là qu'ils 
imprimèrent, en liyS, Je Manipulus cumtorum. 

Maison de la Bouteille verte (i5o5), sans autre désignation. 

Maison de l'Imaige Nostre Dame et de l'Escu de France (lôyo), faisant le coin 
septentrional de la rue des Poirées, à Fiacre Guesdon, écuyer en 1576. 

Maison de l'Espée de boys (1690), désignée accidentellement, en i5o5, sous 
le nom de l'Espe'e de Jacques; un censier de iSyS la nomme «la Maison de la 
fleur de lys, à laquelle d'ancienneté pend pour enseigne l'Espée de royst. 

Get immeuble se composait de deux corps de logis « entretenansTi, l'un à l'angle 
des rues Saint-Jacques et des Poirées, l'autre ayant façade sur cette dernière voie. 
En i656, ils étaient restés indivis, sous une nouvelle enseigne commune : le roy 
David. Un souvenir historique et littéraire s'y rattache; c'est là que Pascal, abrité 
sous le pseudonyme de M. de Mons, ou de Montalte, composa ]es Provinciales. 

Maison de l'Eschiquier (ligi), puis de la Rouppye (iB^a), dite plus tard «de- 
vant le collège des Jésuites, tenant, par derrière, au collège de Réthelii. 

Maison de l'Imaige sainct Loys (1Z187), ayant façade sur la rue Saint-Jac([ues, 
mais aboutissant à la rue des Poirées et touchant au flanc oriental du collège de 
Rethel. Elle n'était primitivement qu'un corps d'hôtel de la maison précédente. 



I 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 229 

Maison de la Corne de cerf (1^92), puis de Nostre-Dame, dite aboutissant «à 
la cour de la Maison de l'Ymaige sainct Loysa. On l'indique, en i/igo, comme 
rr tenant à l'Espée de boys, ou l'Eschiquier, et à sainct Loyst). Elle était donc la 
troisième à partir de la rue des Poirées et contiguë Ji la Roze blanche. 

Maison de la Roze blanche (i458), vaste habitation ayant quatre corps d'hùtel 
sur la rue, et s'étendant, par derrière, jusqu'au collège des Dix-Huit. 

Mmson sans désignation, contiguë à la Roze blanche et faisant partie des trois 
Canettes. Quoique non désignée, c'est-à-dire sans enseigne au xvi^ siècle, elle est 
appelée wles trois Martinets, puis le Dallphin, puis les Martinets, se composant 
de deux corps d'hôtel assis à la Roze blanches. 

Maison des trois Canettes (1667). 

OsTEL DES Caves aoii pend pour enseigne l'Ymaige sainct Vincent a (1^178). 
Cette maison se composait, en i542, de deux corps de logis dont l'un, formant 
l'angle de la rue des Cordiers, s'appelait la Magdelaine, et l'autre, ayant façade 
sur cotte dernière voie, avait nom, en 157/i, le Barillet. 

Cet rrosTEL DES Cavest), OÙ pendait pour enseigne, en 1^78, l'Ymaige sainct 
Vincent, appartenait, un siècle auparavant (iSgi), à Pierre Fortet, créateur du 
collège de ce nom, qui voulait y installer ses boursiers. Le testament original du 
fondateur, qui est conservé à la Bibliothèque nationale (ms. fonds français 863o, 
f° 2) et que Félibien a donné, révèle l'existence d'une chapelle, ou oratoire privé 
annexé à l'ostel des Caves, en présentant la maison comme un bon domicile 
pour les écoliers : Et videlur quod melius erunt [scolares), in domo predicti vici 
Cordiariorum, ubi est capella. 

Les exécuteurs testamentaires en décidèrent autrement : «En iSgi, dit Féli- 
bien, Pierre Fortet avoit légué, par son testament, de quoi fonder un collège de 

son nom Il avoit destiné à cette fondation sa maison des Caves, au coin 

de la rue des Cordiers, qui rend dans celle de S. Jacques; mais les chanoines de 
N. D., qu'il avoit fait ses exécuteurs testamentaires, ne trouvant pas le lieu com- 
mode, achetèrent de Louis de Listenois, seigneur de Montaigu, une autre maison 
(i3()7) . . . C'est le même endroit où est aujourd'hui le collège de Fortet ^'It» — 
en haut de la rue des Sept- Voies, vis-à-vis la façade latérale de la nouvelle biblio- 
thèque Sainte-Geneviève. 

'"' Histoire de la Ville de Pat-is, 1. Il, p. yio. 



230 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



CENSIVE DE 8AINT-ETIEN?iE-DES-GRES. 



Maison au Pâmer (1891), du Pennyeb d'argem (1618) et du Panier vert (1507), 
faisant le coin méridional de la rue des Cordiers. Elle comprenait plusieurs corps 
de logis, tenant à une rr longue allée ■« ou couloir, disposition si commune dans 
cette région, et aboutissait aux murs de l'enclos des Jacobins, 



CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 



Maison de l'Image saint Anthoine, désignée ainsi en 1661 : «Saint Antoine, ou 
Notre Dame, puis Saint Nicolas, en deux corps de bâtiment, tenant, d'une part 
et par derrière, à une maison à la Charité, et à d'autres ayant leurs issues par 
les rues des Cordiers et Saint Jacques, -n 

Maison de saint Bernard, située entre l'Image saint Anthoine et le Passage des 
Jacorins. Elle tenait, d'une part et par derrière aux Jacobins — le Passage entre 
deux — , d'autre part, à une maison appartenant à la Charité et à d'autres mai- 
sons ayant issue sur la rue des Cordeliers. Ce sont les mêmes aboutissants que 
ceux de la Maison de l'Image saint Anthoine. 

CENSITE DES JACOBINS. 

Passage des Jacobins, r traversant ■», selon la locution ancienne de la rue Saint- 
Jacques à celle de la Harpe, en coupant l'enclos des dominicains, ou frères prê- 
cheurs. Nous avons consacré, à ce passage, un article spécial, que l'ordre alpha- 
bétique place avant la rue Saint-Jacques. 

Couvent des Jacobins, s'étendant, comme le passage, de la rue Saint-Jacques 
à celle de la Harpe et ayant englobé dans son pourpris l'Hostel de la Voulte, 
l'Hostel du Bourg moyen, le Parloir aux bourgeois, deux ruelles, et une partie 
de l'enceinte de Philippe Auguste. La monographie de ce monastère forme un 
article à part. 

HuiCT PETITS CABARETS OU ESCHOPPES, dit uuc piècc dc i568, tc fort petites, de 
peur d'empescher la veiie de ladicte église — des Jacobins a. — Le second de 
ces édicules avait pour enseigne la Fleur de lys, et le sixième l'Imaige sainct 
Nicolas. 

Le Perroquet, autre maisonnette tenant au chevet de l'église des Jacobins. Une 



l 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 231 

pièce de 1669 la désigne ainsi : «Une petite maison, en forme d'appentis, conte- 
nant ouvrouer, chambre au-dessus, estant joignant et tenant au chevet de l'église 
dudict couvent : le PARROQUET.fl 

Maison sans désignation (1 585), rejoignant la grant porte du couvent et conte- 
nant deux boutiques fl. 

Maison des bacheliers, ayant la même situation. On les avait bâties w sur le fond 
du jardin en ladicte rue Saint Jacques jusques à la porte du cloistre des Jacobins n. 

L'Imaige SAiNCT Nicolas, dans une situation analogue. C'est la sixième des huit 
maisoncelles signalées ci-dessus. 

Maison sans désignation, tenant, dit une pièce de i553, a à l'Imaige sainct Nico- 
colas et aux Escolles des artisans d'icelluy couvent, aboutissant, d'un bout, par 
derrière, à la cour estant entre le chappre (chapitre) et ladicte maison, et d'autre 
part, par devant, sur ladicte rue Sainct Jacques a. 

Escolles des artisans, établissement fondé par les Jacobins. 

L'Ours «joignant la herse de la porte Saint Jacques^, dit une pièce de thh-i. 
La maison portant cette enseigne ne pouvait exister que sur le côté occidental de 
la rue, le côté oriental, qui touchait à la porte, étant une sorte de petit carrefour 
où se trouvait un puits, dit aie puis de la Brelonnerien. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 

CB^ISITK DU CHAPITRE DE NOTRE-DAME. 

JUSTICE ET FIEF DE LA VOIRIE DE FONTENAT. 

Maison de la Plcelle d'argent (i665), de la Pucelle d'Orléans (i5^6), faisant 
l'angle méridional de la rue Galande, sur laquelle elle avait, jusqu'en i5i8, un 
corps d'hôtel appelé la Maison des deux pas. 

Maison dbs Connins (i4oi-iûo7), des trois Cognins {1688) et des Cognils 
verdz (i55G), insuQisamment localisée dans les Comptes des confiscations de Paris 
pour les Anfrlois, puisqu'elle y est dite tenir baux Coulons et à l'Angle ti, tandis 
qu'elle était, en réalité, contiguë à la Pucelle d'argent et à l'Imaige sainct Jehan, 
ità l'opposite de l'enseigne du Daulphin, en la rue Sainct Jacques, oultre les pons. n 



232 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Une renie de quarante sous parisis, qui y était assise, fut donnée par Henri VI 
à Roger de Bréauté, chevalier normand, qui suivait sa cause. 

Maison be lTmaige sainct Jehan (1618), ayant antérieurement formé l'un des 
corps d'hôtel de l'Escbevisse, et porté l'enseigne du Pavillon. 

Un document conservé aux Archives nationales, relevé par M. Paul Le Vayer, 
nous donne sur cette maison le renseignement suivant : 

fr 10 septembre 1672. — Insaisinetw Olivarius de la Ville, sertor, et Barbara 
Royer, ejus uxor, de domo seu média parte ejusdem, sita in vico Sancti Jacobi, ad 
intersignum Imaginis Sancti Johanms, in censiva Capituli, acquisita a Jacobo Bou- 
te villain et Jaqueta Thomasse, mediante summa mille libranim tz, proiil existit 
littei'is signalis Moupeau [lege : Maupeou) et Lusson, de data anni presenlis, die vero 

Maison de l'Escrevisse (i/h8), ayant fait corps avec l'Ymaige sainct Jehan. 

Maison de la Grosse (1601). Cet immeuble et le suivant furent achetés, en 
partie, le 3o août ib'jk, par Baptiste de Mormont, maître chandelier, et Jeanne 
de Freschin, sa femme, à Mondan Proiart et à Victoire Caparelle, son épouse'^'. 

Maison de Notre-Dame de Liesse (i556), ayant été un des corps de logis de la 
Maison de la Grosse. 

Maison du Boissel (i4i8) ou du Boisseau (i665). On la trouve ainsi mention- 
née à cette dernière date : «le Boisseau, tenant à l'allée de la Maison de Saucy, 
d'autre part, à Nostre Dame de Liesse, t) 

Maison de la Bannïere (i485-i52o), puis de l'Escu d'Alençon (i556). 



CENSIVE DE SAINT-MARCEL. 

Maison du Plat d'estaing (iii8), qui fut, en 1/121, couchée sur le Compte des 
confiscations angloises, dans les termes suivants : «Maison rue Sainct Jacques, en- 
seigne du Plat d'estain, chargée de huict livres parisis de rentes, que M" Raoul 
de la Porte prenoit pour une chapelle à luy appartenante , fondée à Saint Marceau, -n 

Gelte enseigne était fameuse au xiv'' siècle; et les preuves du mauvais renom 
qu'elle avait nous sont acquises, grâce au Registre criminel du Châlelet de Parts (du 
6 septembre 1889 au 18 mars iSga), publié par la Société des Bibliophiles 

"' Archives nationales, LL i58, f° 889 v". — ■'' Ibid., i5(j, P 817 v". 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 233 

(1861-1862). Ledit document se leflète dans ces lignes empruntées à XHistoire 
des Enseignes de Paris, ])aT Ed. Fournier, p. 128 : et L'auberge du Plat d'étain, 
située au bas de la rue Saint- Jacques, était un des mauvais lieux où les archers 
du Prévôt de Paris faisaient les plus fructueuses captures pour la justice crimi- 
nelle du Châlelet." 

Maison de la SERE^îiE (1621), en censive de Saint-Marcel, comme la précé- 
dente, ainsi que le constate la Déclaration de i58/i. 

CENSIVE DU ROI. 

Maison du Chaperon (li.Sy). 

Maison de l'Arbaleste (i/iSy), à honorable homme Jehan Collet, en i56i. 

Maison de la Cloche noire (1 ^07), à René le Tonnellier, drapier, en t566. 

Ces trois immeubles, indiqués dans le même document, paraissent avoir eu peu 
d'importance. Les deux derniers n'en formaient qu'un vers l'an i5o8. 

Maison des troys roïs de Coulongne (liiSy), s'appelant, un siècle auparavant 
(1826), LA Maison de la Couronne. Elle paraît avoir formé un seul hôtel en trois 
corps de logis, avec la Selle et la cloche Perse, dans la première moitié du 
xiV siècle. 

Maison de la Selle (iBsG), divisée alors en deux parties, qui furent peut-être 
réunies pour l'installation de l'un des cinq hôpitaux fondés a en l'Université a, sous 
le règne de Philippe de Valois. Sauvai (t. II, p. 882) croit, en effet, que la 
Maison de la Selle fut le siège de l'un de ces établissements, attendu qu'il fut 
placé trdans la rue Saint Jacques, vis-à-vis celle des Parcheminicrsu. Or la Mai- 
son DE la Selle était précisément située en face de la rue de la Parcheminerie. 

Maison de la Cloche Perse (16 18), ayant un jardin qui s'étendait derrière les 
maisons adjacentes. M. A. Tuetey, sous-chef de section aux Archives nationales, 
a fourni le renseignement suivant : 

prDécembre i/i33. — Ce jeudi, Guillaume Charruiau, demeurant à la Cloche 
PERSE, en la rue S. Jacques, a asseuré Jehan Boureau le Jeune, demeurant à la 
Bannière de France, en la rue de la Harpe '"'.i' 

'"' Archives nationales, X* 4797, f° 137 \°. 

11. 3o 



IWPNititniE :<irtosALE, 



TM TOPOGRAPHIK HISTORIQUE DU VIEUX PAHIS. 

Maison de la Cloche rouge [ilx'à"]), derrière laquelle se prolongeaient les dé- 
pendances de la 

Maison du grand Cerf, laquelle avait issue sur la rue du Plâtre, par deux 
corps d'hôtel, et portait cette enseigne en 1 4 . . . Antérieurement, c'est-à-dire dans 
le cours du xv"^ siècle , c'était la Maison du Chaulderon (t /iaS) , puis des Deux Anges. 
Elle touchait à la Cloche Perse, derrière la Cloche Rouge, et servait à usage 
d'hôtellerie. 

Voici quelle était la distribution topographique de l'immeuble : cr Maison en 
deux corps à deux pignons : les deux Angels, sur la grant porte de l'hostellerie, 
et en l'autre qui fait le coin de la rue du Piastre : le Cerf. — Deux autres corps 
sur la cour, et trois autres sur la rue du Piastre. ■» 

Maison du Cerf (i6. ), puis du Cerf volant (i5oo) et du Cerf vert (i583), 
ayant, ainsi que ces trois enseignes le donnent à penser, fait parlie du Grand cerf, 
DU Chaulderon, des Deux Anges. Elle formait l'angle septentrional des rues Saint- 
Jacques et du Plâtre et constituait l'un des corps de logis de la vaste hôtellerie 
qui s'étendait latéralement et de face, sur la rue du Plâtre, jusqu'au collège de 
Cornouailles. 

PAROISSE DE SAINT-SÉVEBIN. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAINTE-GENEVlÈVE. 

Maison de la Croix d'or (1687), ayant formé, antérieurement au \\f siècle, un 
corps de logis distinct, mais réunie en i5oo à la suivante, appelée simplement 

Maison, sans autre désignation. 

Maison du Lyon d'or (i365) ou Enferre'. M. Paul Le Vayer nous communique 
les documents suivants : 

ff lûio. Pierre du Tertre vend à Jehan de Longuespée 66 s. 8 d. par. de rente 
assis sur la maison où pend pour enseigne le Lion d'or *'). 

tr 1 583. Anne de Francières, veufve de feu Jacques Bossuet, vivant, tailleur d'ha- 
bitz suivant la Cour, demeurant rue Saint Jacqties au Lyon ferré, stipule le contrat de 
mariage de Catherine Bossuet, sa fille, avec noble homme Lois de Montgasteau, por- 
tier ordinaire de la Beyne, natif de Bloys '^l ti 

Maison des escolliers de sainct Jehan des Vignes, ou Hostel de sainct Jehan des 
Vignes (i38o), à laquelle pendait pour enseigne en 1009, l'Estoille. Une pièce, 
conservée aux Archives nationales (J, reg. 82 , n° 26) , nous donne sommairement. 



(i) 



Archives nationales, M3679-378.3. — ■ Ibid., Y laS, f° a46. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 235 

en ces ternies, la raison de sa dénomination : «Amortissement d'une maison 
située dans la rue de S' Jacques, à Paris, laquelle avoit été léguée à l'abbaye de 
Saint-Jean-des- Vignes, de Soissons, par feu M' Jean du Mont, jadis chancelier du 
duc d'Orléans, en décembre iSôS.fl 

Du Breul et Sauvai se sont occupés de l'Hostel de sainct Jehan des Vignes; mais 
celui-ci en dit un peu moins que son devancier, a Je ne sais, écrit-il, quand l'abbé 
de S'-Jean-des-Vignes de Soissons devint propriétaire de l'hôtel situé à la rue 
Saint-Jacques, près S'- Yves; je pense seulement que le premier président Lizet 
y logeoit autrefois et le louoit, et qu'il fut aliéné, avec une infinité d'autres biens 
d'église, et vendu au trésorier de Charles, cardinal de Bourbon ('). a 

Du Breul est un peu plus explicite; à propos de la disgrâce du président 
Pierre Lizet, il résume ainsi la défense de ce magistrat qui, cpour avoir esté 
trois ans conseiller au Parlement, douze ans advocat du Roy, et vingt ans premier 
Président, n'avoit pas acquis autant de terre qu'il en avoit sous la plante de ses 
pieds; et mesme qu'il tenoit son logis à louaige de Monsieur l'abbé de Sainct 
Jehan des Vignes, de Soissons, sis à Paris, en la rue S' Jaques, près l'église 
S. Yves; lequel logis retenoit le nom de ladite abbaye jusques au temps de l'alié- 
nation des biens d'église, que Monsieur Jacques Legier, thrésorier de Monseigneur 
Charles de Bourbon, l'aisné, rachepta(''^fl. 

Maison qui fu aus escolliers de sainct Jean des Vignes (i38o), dépendance, au 
XVI* siècle, ainsi que la suivante, de l'hôtel principal, ayant formé probablement un 
corps de logis distinct, postérieurement à la donation. Il y attenait, en i i38, une 

Maison sans désignation, joignant le presbytère de Saint-Yves, et se rattachant 
à la précédente, comme celle-ci tenait au grand manoir légué par Jean du Mont 
à l'abbaye soissonnaise. 

De cette demeure sans désignation, nous connaissons au moins deux proprié- 
taires, grâce à cette note sans date : r Maison à MM. de la Boissière, escuiers de 
M?"" le duc de Berry, tenant au presbytère de S' Yves, aboutissant k l'hostel de 
S' Jehan des Vignes. •« 

CENSIVE DU ROI ET DL' PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison des Baqiets, puis de l'Ymaige sainct Yves (1607) qu'il ne faut pas con- 
fondre avec une autre image du patron des avocats servant d'enseigne à une 
maison située en face de la rue des Cordiers. Celle dont il s'agit ici est ainsi 

'"' Antiquité» de Paris, t. II, ]W. Vil, p. 268. — '*' Théâtre des Antiquilez de Paris, édit. de 1639, 
p. 393. 

3o. 



236 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

désignée en i65i :« tenant à ia chapelle de Sainct YvesT»; en i56i, aaboutissant 
au couvent de S. Jehan des Vignesn; en i583, et séparée de l'église par une petite 
allée 71. Sauvai la localise de même en nous apprenant qu'elle fut «à M"' Yves 
Françoise; mais il reproduit l'erreur commise par le rédacteur des Comptes de 
confiscations anglotses, en la disant contiguë «à l'hostel de l'Evesque de SenlisT), 
confusion évidente avec le couvent de Soissons. 

11 semble que la maison dont il s'agit a dû être le presbytère de Saint-Yves 
auquel aliénait l'immeuble précédent; les Comptes de la Ville pour i ZiaS portent, 
en effet, celte mention : ctMaisonà l'église Sainct Yves, enclavée on la ruelle (?) 
de ladicte église, qui souioit tenir à ladicte église et qui avoit pour enseigne 
LES Trois barbeaux, n C'est sous l'Ymaige sainct Yves, que Jehan Trepperel, im- 
primeur, s'établit en 1698. 

Chapelle Saikt-Yves, ayant, avec l'église Saint-Etienne-des-Grès et les collèges du 
Plessis, de Marmouliers, de Clermont, sa notice à la suite de la rue Saint-Jacques. 

Echoppe adossée à la chapelle Saint-Yves, sur le côté oriental de la rue Saint- 
Jacques, dans les conditions analogues à celles des cceschopes et boutiques que 
les Jacobins avaient accolées à leur église et à leurs bâtiments claustraux, sur le 
côté occidental de la même rueii. Nous parlerons plus loin du différend auquel 
donna lieu le projet de reconstruction de cette échoppe; disons, eu attendant, quel 
en était le produit. Un certain nombre de baux conservés aux Archives natio- 
nales (S 3629) nous apprennent qu'elle fut louée, en 1612, quinze livres; en 
1628, i63i, i639 et i634, douze livres; et, en i635, vingt-quatre livres par 
an. Ce mince revenu fut accordé, le 19 avril i63/i, à Félix Damet, qualifié de 
et serviteur de la chapelle Saint-Yves n. 

Les bourgeois et marchands qui s'opposaient au rétablissement de cette échoppe 
prétendaient qu'elle n'était qu'une construction provisoire crpour faire un corps 
de garde pendant la Liguer et qu'elle était tombée tren partye par caducité, en 
partie par la viollence de quelques charrois d; ce à quoi Messieurs de Saint-Yves 
répondaient que a elle n'avoit point esté bastie pour faire un corps de garde, ayant 
esté de tout temps et antienneté «. 

Il est question, dans une note, d'une et placer existant en 1/137 ^" *^*^'" ^^ '^ 
rue des Noyers; c'était peut-être une étroite bande de terrain longeant la chapelle 
avant la construction de l'échoppe. 

CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison de la Limace et du Pot d'étaiis (i656), faisant le coin méridional des 
rues Saint-Jacques et des Noyers, qui fut expropriée en 161 5, et à propos de la- 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 237 

quelle le bureau de la Ville rappela à Louis XIII crque c'étoit le Roy qui avoit 
l'habitude de se charger des frais résultant des retranchements pour aligne- 
ments "'n. 

Maison du Mortier d'ob (liai), puis de la Couronne (i5/io). 

Maison DE l'Ange (1^197). 

Maison du Barillet (1680), puis de la Croix verte (t523), et enfin de l'Elé- 
phant (i5/i/i). 

Ces trois immeubles, dont on ne connaît que les enseignes, paraissent avoir 
été peu importants. Il n'en est pas de même de n Mule, qui a dû une certaine 
célébrité à Villon et à Rabelais. C'était, au xv'' et au xyi*" siècle, une ataberne méri- 
toire a, que fréquentait la littérature de ce temps, concurremment avec la Pomme 
DE PIN, LE Castel OU Chasteau, LA Magdalene et autres cabarets d'étudiants. 
La Mule est nommément désignée et localisée tant dans Pantagruel ^^^ que dans 
l'interrogatoire subi devant l'offîcial de Paris par le clerc maître Guy, magister 
Guido clericus, à propos du vol commis au collège de Navarre par Villon et ses 
compagnons de débauche : «/m taberna ad intersignum Mule, nnte sanclnm Mathu- 
rinum (*'. -n 

CENSITE DE SAINT-BE.'SOÎT. 

Maison de la Hache (1/11 5), et du chief Sainct Denys, ayant porté simultané- 
ment les deux enseignes, puisqu'un acte de ikhi mentionne l'une et l'autre. 
Durand Gerbier, d'abord établi, rue des Matliurins, À l'Etrille Fauveau (l'^Sg- 
1^98), transporta son imprimerie, en 1^98, rue Saint-.facques, À l'Image saint 
Denis. C'est ici la dernière stade de sa carrière. 

Maison du Loup (liiS), dite également, en 1^92, Hostel de la Boucherie, 
parce qu'il s'y trouvait un étal. Poncet Lépreux, fameux libraire et éditeur, de 
1^98 à i552, exerça sa double industrie au Loup, puis au Croissant, deux im- 
meubles de la rue Saint-Jacques. 

Maison du Castel ou du Chasteau, très voisin de la Mule, et où il existait pareil- 
lement un cabaret fréquenté parles étudiants. Serait-ce la même «taberneTi men- 

'"' Archives nationales, H. 1797. Voir, à ce ''* Pantagrwe/, liv. II, p. 1 17 , e'dit. Garnier. 

propos, un arlicle d'Adolphe Berly, insdrë dans la ''' Étude bioffraphù/ue sur François Villon, par 

Revue archéologique (année 1867), p. 264. Aug. Longnon, p. 58, 69. 



238 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

lionnée par Rabelais, et ayant deux entrées sur la rue Saint-Jacques? Il semble 
que l'interposition de la Hache et du Loup fait obstacle à cette identification. 

Maison du Beau treillis (iSGa), qu'on trouve appelée, peu d'années après, 
l'Escu de Basle (i585). Il semble qu'elle ait fait partie, en 1A92, de la précé- 
dente ou de la suivante, car à cette dernière date, la Maison du Ciiasteau est dite 
r tenant à celle du Cocqd. H n'est pas question de Beau treillis entre les deux. 

Maisons du Gros cocq (1^92) et du Petit cocq (i585), formant alors deux 
corps de logis distincts, mais ayant pu être réunis à une date antérieure. 

Maison du Lyon d'argent (i535), composée alors de trois corps de logis sous la 
même enseigne. Deux ont formé, au xvii" siècle, maisons à part, et ont été dé- 
nommées 

L'Escu DE Cologne, 

La Bille d'or. En 1/198, c'est à l'enseigne du Lion d'argent que débuta le 
fameux libraire et imprimeur Jean Petit, avant de transporter son matériel à 
LA Fleur de lys, soit celle située en face, soit celle étant au nord des Mathurins. 

De 1626 à i5A6, Ambroise Girauld occupa le Lion d'argent, puis le Roi David, 
enfin le Pélican. 

Maison des Giseaulx, ainsi désignée en i/ii 1 ; quelques années plus tard, elle 
est dite «à présent l'Esquierrea (i/i25). Nouveau changement d'enseigne en 
1 667 : elle porte alors le nom de Maison du Figuier. Enfin, en i585, elle reprend 
son ancienne dénomination, ou du moins une pièce de cette date l'appelle encore 
LA Maison des Ciseaux. Peut-être ne l'avait-elle jamais perdue. 

Maison de la Roze (1809), puis de la Roze couronnée (lûgS), et enfin de 
LA Rose blanche (1609). Il n'y a là que des allongements de la dénomination pri- 
mitive. C'est ici, sous l'enseigne de la Rose blanche couronnée, que Michel Lenoir 
fonda une imprimerie, dès les premières années du xvi'= siècle. 

Maison de l'ospital sainct Benoist (1/198), ayant porté, au xui^ siècle, l'en- 
seigne de LA Corne de Cerf (1260) et l'ayant conservée pendant plus de quatre 
siècles, puisqu'on la retrouve encore en 1 66 7. A l'hôpital était joint un four por- 
tant le vocable du même saint : ce qui fait qu'on a souvent confondu, au xv"" siècle, 
l'un et l'autre établissements. Un document, publié par Félibien, sous la date 
de 1 158, prouve que «l'ospital Sainct Benoist n existait dès le milieu du xii"^ siècle. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 



'239 



puisque le roi Louis VII faisait, à cette époque, remise d'une obole de cens qu'il 
percevait sur un terrain en dépendant. L'hôpital est appelé, dans cette pièce, 
ce eleemosina v , aumône ''). 

Le Four saimct Beinoist (iSoy), portait encore ce nom deux siècles et demi 
plus tard (i 558). Il le devait sans doute à l'usage auquel il servait : c'était le four 
banal du chapitre. En i663, on le retrouve dénommé l'Escu de Basle : peut-être 
avait-il alors changé de destination. L'hôpital et le Four Saint-Benoît paraissent 
avoir formé, à une époque indéterminée, un ensemble de constructions comprenant 

La Maison du Jardinet, ou de la Tonelle, ayant appartenu à Simon de la Tor- 
nelle, cilé plus haut, et appelée plus tard la Hure de sanglier, ainsi que le constate 
en ces termes un acte de i635 : .r Maison où jadis fut et souloit pendre pour en- 
seigne LE Jardinet, ou vulgairement appelée l'Ostel du Jardinet, et, de présent 
y pend l'enseigne de la teste de Hube de sanglier, n Ces sortes de démembrements 
s'expliquent peut-être par les locations que faisaient les religieux et les cha- 
noines, afin d'augmenter leurs revenus, 

La Croix blanche (i585). 

Les Quatre éléments (iS^a). Au xvi" siècle, le libraire Jean Boigny exerça sa 
profession sous cette enseigne. 

L'Escu de-Bretaigne (i3oi), puis l'Escu de Florence (i585). Celte maison était 
séparée de la précédente par une de ces «allées a ou passages fort étroits, si nom- 
breux dans la région que nous étudions et faisant communiquer avec la rue les 
bâtiments situés au fond des cours et des jardins. La petite ruelle dont il s'agit, 
et qui n'avait pas de nom, débouchait dans un autre couloir également anonyme, 
lequel conduisait à un puits commun, situé derrière les maisons de la Croix blanche 
et DU Jardinet à la rue Saint-Jean -de-Latran, devant le cimetière de Saint Benoît. 
L'extrémité de cette seconde ruelle était déjà tt estoupée n , c'est-à-dire bouchée 
en iii5o. 



'"' En publiant ce document dans les Preuves 
de son Histoire de la Ville de Paris (t. III, p. 91), 
Félibien a cru qu'il s'appliquait ù l'IiApital dos 
Matliurins; il nous parati, au coniraire, se rap- 
porter à celui de Saint-Benoit. Voici quel en est le 
texte : 

fin nomine Sancle et individue Trinitatis, Ego 
Ladovicus, Dei grafia, rex Francorum et Dux Aqui- 
tnnorum, iiotum haberi voliimus universis, tara 



fiituris quam presentibus, quod nos, pro remedio 
anime noslre et Antecessorura nostronmi Eleemo- 
sine Beati Benedicli, que sita est in suburbio Pari- 
siensi, juxla locuiu qui dicilur Therine, oboluiii 
unum quem de censu auuualum ab oadcm Elee- 
mosina liabemus, de terra scilicel SiiiionisTornelle, 
proi'sus dimisinius, ut prediela Eleemosina terram 
illam ab omni exactione liberam cl quictani perpe- 
tuo possideat.D 



240 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Le Moulinet (i3i5), puis la belle Ymaige ou l'Lmaïge Nostre Dame (i45o), 
où paraît avoir existé, dans les premiers temps de l'imprimerie, un établisse- 
ment typographique distinct de celui des Estienne, mais en constituant une 
annexe. 

La Nef d'argeivt (i383), faisant le coin septentrional de la rue Saini-Jean-de- 
Latran. L'extrait suivant d'un titre de laSy, compris dans le fonds de Saint-Be- 
noît, paraît s'appliquer à cette maison : crQuadam domo sita in magno vico Sancti 
Benedicti ab oppositis ecclesie Sancti Benedicti. . . que vocatur La Pescheraine. a 
Une charte de 19 SA, appartenant aux archives de la Grande Confrérie, nous 
apprend que ce vocable était le nom d'une femme déjà morte à cette époque. 

Si ce n'est au Moulinet que se trouvait l'imprimerie dont nous venons de parler, 
et qui se confond avec celle des Estienne, c'est peut-être à la Nef d'argent qu'il 
faudrait la placer. 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE ET CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Du CIMETIÈRE Saiist-Benoît, formant l'angle méridional de la rue Saint-Jean-de- 
Latran, et constituant la plus ancienne nécropole de la paroisse Saint-Benoît, on 
ne trouve pas de mention antérieure à l'an 1267; mais il existait certainement 
bien avant le xiii" siècle. En 1^82 il était clos de murs et l'on y pénétrait par deux 
portes situées, l'une du côté de la rue Saint-Jacques, l'autre du côté du collège de 
Cambrai. Cet ancien champ de repos, qu'on appelait le Grand cimetière, le cime- 
tière DE Cambuay, le cimetière DES AcAciAS , à cause de son étendue, du voisinage 
du collège et des arbres qui l'ombrageaient, fut détruit en 161 5, époque où l'on 
agrandit celui de la rue Fromentel. (Voir les articles relatifs à la place Cambray 
et à la rue Fromentel.) 

Les quatre fils Hemon (i/io5 et 1566). Celte enseigne, fort répandue dans le 
Vieux Paris, fait place, en iA5i, à celle de l'Imaige sainct Martin; mais elle re- 
paraît plus tard. Peut-être ont-elles été simultanées. Au xv*" siècle, Denis Roce, 
imprimeur, exerçait à l'enseigne de l'Ymaige sainct Martin. 

La Salmendre (i566). 

L'Ymaige sainct Nicolas (160 5). 

L'Ymaige Notre Dame (i663). 

La Maison du Quoy (1862), le Cochet (i/i63), les Coches (i5/iG). 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 241 

Ces quatre immeubles, qui paraissent avoir eu peu d'importance, puisqu'on 
ne trouve, dans les titt^es, que leurs enseignes sans autres indications, sont peut- 
être des parties détachées d'une grande maison ayant eu primitivement plusieurs 
corps de logis. 

Maison des trois Becqets (1668), puis des trois Brochets (i5i6). Elle est 
dite, en i3/i9, , aestre de la censive du royn. Au commencement du xiv* siècle, il 
devait y avoir, soit dans cette maison, soit dans l'une des maisons voisines, un 
établissement de bains, car dans un acte de iSig, la Maison des Balances, qui 
était vis-à-vis, c'est-à-dire sur le côté occidental de la rue, est dite cr seize devant 
les bainsn. (Voir la description topograpbique de ce côté de la rue.) En i554, 
LES TROIS Brochets sont mentionnés sous ce vocable, et, en 161 3, ils sont dits 
(tau devant de Saint Benoist, aboutissant au jardin du collège de Cambray, ou 
des Trois Evesquesn. Les mêmes aboutissants sont indiqués pour le Cochet, les 
Cochets ou les deux Cochets. C'est sous cette enseigne des trois Becqets, ou des 
TROIS Luxes, ou des trois Brochets, que le maître imprimeur et libraire Badius 
Ascensius, à dater de 1 5o2 , imprimait et vendait ses belles éditions des classiques 
latins. 

La Housse Gillet (1 3ia), et, plus tard, la Heuse. Un censier de Sainte-Gene- 
viève, de l'an i38o, nous apprend qu'il y avait, en cette maison «deux mar- 
raousés en deux jambes t». Cette singulière sculpture parait être expliquée dans un 
terrier de la Ville de l'année i546, où il est dit : «11 y a ung pillier, ouquel a 
une teste, où il y a ung chappeau de rozes. -o Ce pilier était probablement une 
borne, c'est-à-dire une limite de fief ou de censive. 

CENSIVE DE SAINTE-GENEVIÈVE. 

Maison aux deux Coullons (i3-io), du Coulon(i38o), des trois Coulons (1628), 
ayant, en i38o, appartenu à Pierre de Croy, seigneur de Montrouge, aliàs Pierre 
de Civry. 

HOSTEL DE l'EsTOILLE (1628) OU DE NoTRE-DaME DE LA CoUSTURE, aU MaUS. 

C'était la demeure parisienne des abbés de la Couture depuis le xiii'^ siècle, selon 
toute probabilité, et certainement à partir du xiv''. 

L'hôtel parisien des abbés de Notre-Dame de la Couture consistait, dit une 
pièce de l'an 1600, en crun corps d'hostel sur la rue Saint-Jacques, un petit corps 
d'hostel derrière, et un jardin, vers le puits Certain n. La désignation est un peu 
vague; (rversn, signifie, en etTet, à une certaine distance. La résidence des abbés 



3i 



242 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maiiceaux était rapprochée de l'emplacement du futur cimetière Saint-Benoît, 
ainsi que le prouve une note de l'an 161 i, ainsi conçue : «Achat par le Rov, 
d'une place proche l'hostel de la Gousture, pour estre, icelle place, eschangée 
avec les marguilliers de Saint Benoist, pour servir de cimetière. ■» 

Dans la seconde moitié du xvn^ siècle (1661), l'hôtel était encore possédé par 
l'abbaye de Notre-Dame de la Couture, puisque Louis Henry, légitimé de Bour- 
bon, comte de Soissons et abbé com mandataire, le donnait à bail emphytéo- 
tique. Il passe ensuite en plusieurs mains et devint successivement un pensionnat, 
puis une habitation privée. L'histoire topographique du Vieux Paris ne peut entrer 
dans ces diverses mutations relativement modernes. 

Maison de la Soulche et du Maillet (i38o), puis du Rouet d'or (1^28). Cet 
immeuble était séparé du précédent par un couloir ou passage appelé cr allée de 
la Cousturefl. Nous avons constaté, sur plusieurs points de la rue Saint-Jacques, 
l'existence de ces petites ruelles. 

Maison de la Couppe d'or (i38o), iormant l'angle septentrional du cimetière 
Saint-Benoît. C'est dans cette maison que les frères Antoine et Louis Caillaud 
installèrent leur imprimerie en 1^97. 

PAROISSE DE SAI\T-ÉTIENNE-DU-MOM. 
JUSTICE ET CEXSIVE DE SAINTE-GENEVIEVE. 

Maison du plat d'Estain (iSqi), puis des Trois escuelles (i/iio), et des Trois 
SAULCiÈRES (iZi83), faisant le coin méridional de la rue du Cimetière Saint-Benoît. 
Elle fut, comme beaucoup d autres immeubles de cette région, comprise dans le 
Compte (Us coiifiscations opérées par Henri V et Henri VL C'est d'elle qu'il est ques- 
tion dans l'article ainsi conçu : cr Maison seize rue Sainct Jacques, tenant à la ruelle 
de Froid-Manteau, par où l'on va au Cloubreneau ('*. ii Elle était dite alors Maison 
DES Trois esclelles; mais le vocable primitif lui était resté, puisqu'elle est appelée 
par les confiscateurs : et Maison rue Sainct Jacques, à l'enseigne du Plat d'estain, 
chargée de huit livres parisis de rente, que M" Raoul de la Porte prenoit pour 
une chapelle fi luy appartenante, fondée à Sainct Marceau '-'.n 

Maison du Mouton (i38o), paraissant avoir été nommée, en i36g. Maison de 
LA Selle, puis, en liao, Maison de la Banyere d'Alençon. Elle avait issue sur la 
rue Fromentel, par un corps de logis situé en arrière, et distant de quinze toises 
environ, du coin de ladite voie. La Selle et la Banïere d'Alençon, contiguës au 

*'' Sauvai, t. m, p. 5 j. — ') Ibid., p. ago. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 243 

Plat d'estaiîs, ont pu, à une époque indéterminée, en avoir été une dépendance, 
à moins qu'elles n'aient fait partie de la Maison du Mouton. 

Maison de la Cuillier (1689), ayant servi de noyau au groupe immobilier qui 
a l'ormé le collège du Plessis. (Voir, à la suite de la monographie de la rue Saint- 
Jacques, l'article consacré à cet établissement scolaire.) 



CENSIVE DE SAIM-JE\N-DE-LATRAf(. 



CoLLÈfiE DES Marmoltiers. Même observation , cette maison d'éducation donnant 
lieu à une notice particulière. 

Maison de l'Ymaige saisct Martin (i/iû8), tenant, par ses derrières, à l'hôtel 
des évèques du Mans, transformé plus tard en collège (iBig), puis à un cer- 
tain Jean Bocher. Elle fut acquise, en i58o, par les Jésuites, propriétaires du 
collège de Glermont. 

Maison de l'escu de Bourgongne, puis Maison du Chériot (ii8i), ayant repris 
son enseigne primitive aux xyi"" et xvii" siècles. Elle avait, dit une pièce de ce temps, 
vingt-deux toises de longueur, trois toises de largeur sur le devant, et dix-sept 
pieds quatre pouces «sur le derrières. Comme la précédente, elle fut achetée par 
les Jésuites en i633, pour agrandir le collège de Glermonl. 

Maison de la Malassize (i58o), réunie, comme les deux précédentes, an pour- 
pris du collège de Glermont (i58o), par les membres de la Gompagnie de Jésus. 
Un titre de 1681 semble la désigner sous le nom de M\ison du Moulin à vent; elle 
est dite alors «r tenant à J. Bocher et au jardin de Sainct-Martin n. 

CENSIVE DE 8AI>T-£tIENNE-DES-GRÈS. 

Maison de l'Ymaige sainct Michel (iBaô), puis de l'Annonciation de Notre-Dame 
(1587), faisant face au débouché oriental de la rue des Poirées. Elle fut, comme 
les précédentes, acquise en i633 par les Jésuites, pour l'agrandissement du 
collège de Glermont. 

CEJiSIVE DE SAlîiT-JEAN-DK-LATRAN. 

HosTEL ou COUR DE Langres, depuis collège de Glermont, et collège des Jésuites. 
Cet important immeuble a sa monographie à part, à la suite de l'histoire topo- 
graphique de la rue Saint-Jacques. Nous ne consignons ici que les renseignements 

antérieurs à son affectation scolaire. 

3i. 



244 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

La maison devait son nom à Bernard de la Tour, évêque de Langres, qui en 
était propriétaire. Elle avait été possédée antérieurement par le sire de Revel, 
et une dame de Séris, nommée Honorée Brune. En 1A69, elle était passée, par 
acquisition ou par héritage, à un comte de Boulogne. C'était une vaste habi- 
tation, renfermant plusieurs corps d'hôtel, des cours, des étables, des jardins 
et un puits. Elle était limitée, sur le devant, par la rue Saint-Jacques et quel- 
ques maisons particulières, d'un côté, par le collège des GhoUets, de l'autre par 
celui de Marmoutiers, et, par derrière, par l'hostel des évoques du Mans, trans- 
formé, l'an iBig, en collège du même nom. 

L'Hôtel, ou cour de L\^GRES, relevait de la censive de Saint-Jean-de-Latran , 
pour sa partie antérieure, et de celle de Sainte-Geneviève, pour sa partie posté- 
rieure. La limite des deux seigneuries était indiquée par une croix et une crosse 
gravées dans le mur, un peu au delà de la cuisine dont la situation exacte est 
ditTicile à préciser. 

En sa qualité de don royal, l'hostel de Langres était naturellement désigné 
aux confiscateurs anglais. Sauvai, qui a reproduit les comptes de ces spoliations, 
donne, de 16 9 3 à 1^87, les mentions suivantes : 

tt Maison rue Sainct Jacques, tenant, d'une part, à l'hostel de Langres, qui fut 
au sire de la Tour. . . 

crHostel de Langres, qui fut au seigneur de la Tour, lequel hostel avoit esté 
donné à M*" Jehan Brezille, et ensuite donné par le Roy, le quatriesme novembre 
169/1, à M" Charles de Poitiers, evesque de Langres, du consentement dudict 
M* Jehan Brezille W.t 

Maison de l'escripteau d'organiste (i554), enseigne unique parmi les vocables 
des vieilles maisons de Paris, laquelle s'appliquait à une petite habitation ayant, 
dit un titre du xvi'= siècle, deux toises quatre pieds six pouces de largeur, sur 
trois toises cinq pieds et huit pouces de longueur. 

Maison de l'Ymaige de sainct Pierre de Luxembourg (1602), désignée dans un 
titre de i556, sous le nom de l'Ymuge saint Pol, quoique ayant conservé son 
ancien vocable jusqu'à la fin du xvi" siècle. En 1697, elle était attenante à l'hôtel 
de Langres; trente-trois ans plus tard (i53o), elle est dite contiguë à l'Ymaige 
saincte Katherine, laquelle faisait sans doute partie des bâtiments dits Maisons de 
LA COUR de Langres, parce qu'ils avaient été construits sur des terrains dépendant 
de cet hôtel. Comme ses voisines de droite et de gauche, la Maison de l'Ymaige de 

''' Antiquités de Paris, l. III, p. 299, hiU et 3i4. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 245 

SAiNCT PiERBE DE LuxEMBOURG ful acquise par les Jésuites pour l'agrandissement de 
leur collège. 

Maison de l'Yuaige saincte Katherine, puis de la Serpe (1Z182) et enfin de l'Y- 
MAiGE SAiNCT Jacques (i53o), ayant, à une époque antérieure, fait partie de l'im- 
meuble précédent. Elle a été englobée, elle aussi, dans le pourpris du collège de 
Clermont (1 582). Avant cette incorporation, elle est ainsi désignée dans les titres : 
(T SAINCTE Katherine, depuis la Serpe, tenant, d'une part, à une petite maison à Th. 
Richart, d'autre part, à J. Galet, aboutissant à l'ostel de Langresn. En iByS, le 
même immeuble est dit : tr Maison saint Jacques, tenant à saint Jehan, d'autre 
part, à Raoulin Bourdet, aboutissant à la cour de Langresh. En iGîi , on le dit 
(r tenant aux Chollets -n. 

Issue du jardin des Chollets, sur laquelle il existait, en iSya, une «petite 
maison, -n 

Maison de l'Ymaige sainct Jehan (1602), tenant, dit un titre de 1 Sa 9, et au Fer 
À cheval, d'autre part, à Colin Evrard et à l'ostel de Langres, aboutissant à ce 
dernier et aux Escolles des Chollets n. C'est encore une acquisition faite par les 
Jésuites, en 1637, en vue d'agrandir leur collège. En 1^99, à l'enseigne de 
saint Jehan l'Evange'liste , elle abritait l'imprimerie d'Antoine Vérard. 

CB.NSIVE DU CHAPITRE DE NOTRE-DAME. 

Maison du Fer à cheval (i^Ba), acquise, en 1687, par les Jésuites, comme les 
précédentes, pour agrandir le collège de Clermont. 

Maison du Monde (ià65), ayant, avec la précédente et la suivante, formé l'un 
des corps de logis d'un liôtel connu sous le nom de la Corne dk cerf, enseigne 
qu'il portait encore en 1 5 1 a. 

Maison de la Gallée d'or (i 665), aile méridionale de l'hôtel de la Cornk de cerf, 
dont le Fer à cheval fournit l'aile septentrionale. La Gallée d'or paraît avoir porté, 
antérieurement au xv° siècle, l'enseigne de la Bergerie et du Puis des Chollets. 

Ce puits a joui d'une certaine célébrité au xvi* et au xvii* siècle, grâce au voisi- 
nage des établissements scolaires qu'il servait à alimenter. Le savant historien de 
Sainte-Barbe en a parlé, à propos du principal Antoine Pélin, qui le fit creuser 
en i5io. ttCe n'était, dit Jules Quicherat, qu'un plébéien, qui s'était élevé, par 
son mérite, au gouvernement de la communauté des Chollets. Pour avoir fait 



246 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

creuser dans ce collège un puits, dont il concéda l'usage aux habitants des maisons 
voisines, il fut célèbre comme i'un des bienfaiteurs de la Montagne. Le versi- 
ficateur Valeran de Vaurains, qui était le Virgile de l'Université du temps de 
Louis XII, a fait là-dessus le dithyrambe que voici : 

(tCe qu'il y a de fumeux dans la coupe bachique, l'eau des Chollets le dissipe 
par son mélange. Tandis que le soleil accomplit sa course pour se rendre, des 
régions de l'aurore, chez les Ibériens, une foule babillarde tourne la poulie, pour 
faire monter le précieux liquide. Il fait les délices des tables frugales par le 
tempérament qu'il porte aux ardeurs du vin. La troupe des nymphes s'incline 
devant celle qui le fournit, et la tient pour une divinité supérieure '■'. a 

Ce puits bienfaisant, trop fréquenté peut-être par les voisins du collège des 
Chollets qui le transformaient en (t puits d'amour n, avait dû être réparé au com- 
mencement du xvu^ siècle, ainsi que le constate Du Breul dans les termes sui- 
vants : aEn l'an 1602, le puits des Cholets, qui s'en alloit en totale ruine, a esté 
réparé, en reprenant depuis les fondemens, ostant les pierres pourries et y em- 
ployant, jusques à quatorze assizes, des grosses pierres de taille. Une partie aussi 
de la charpenterie a esté changée et le dessus garni de plomb neuf, en forme de 
chapeaux de cardinaux, comme on le voit pour le jourd'huy. Et est à noter que 
de derrière les vieilles pierres qu'on ostoit pour en mettre de neufves, sortoit un 
air si puant et infect, que plusieurs en furent en danger de mort, si Dieu, par 
une grâce spéciale n'y eust pourveu ^^'. ri 

a Aujourd'hui, ajoute Jules Quicherat, ce puits si fameux, dont le diamètre et 
la profondeur justifiaient la reconnaissance du quartier, se cache ignoré sous le 
jardin du lycée Louis-le-Grand ; mais, il y a quarante ans, il apparaissait encore, 
dans toute sa gloire, surmonté d'un baldaquin en fer, qui était un chef-d'œuvre 
de serrurerie '^^ v 

Maison des petits Chollets (iBao), puis Maison de l'Ymaige sainte Catherine 
(1572), ayant probablement formé, à une époque antérieure, l'un des corps de 
logis de la 

Maison de l'Ymaige sainct Jacques (i/i48), laquelle a dû dépendre également 
d'un grand hôtel appelé, au commencement du xv'= siècle, la 

Maison de l'Ymaige sainct Estienne (1/118). Une note empruntée à des docu- 
ments authentiques nous fait connaître l'importance de cet immeuble : «Six mai- 
sons, y est-il dit, autrefois en une, trois faisant face sur la rue S. Jacques, et trois 

''' De laudihus ColUgii Choletœi (Paris, 1607), cilë dans YHistoire de Sainte-Barbe. — '*' Théâtre des 
Antiquitez de Paris, édit. de 1689, p. 3o3. — '^' Histoire de Sainte-Barbe , t. I, p. G8, 69. 



ï 
I 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 247 

sur la rue S. Estienne; ies trois premières tenant aux Chollets, d'autre part au 
coin de rue; les trois autres tenant au coin et, d'autre part, à une maison des 
ChoUets, estant vis-à-vis la petite porte S. Estienne des Grés : la première, le Fer 
À cheval; la deuxième, le Nom de Jésus; le Mirouer contigu, devant la petite 
porte, fl 

Maison de l'Escu d'Orléans (1687), formant l'angle septentrional de la rue des 
Grès ou Saint-Etienne-des-Grès. Dépendant piimitivement de la précédente, qui 
en comprenait six, elle en avait été détachée et constituait déjà un immeuble 
distinct, vers le milieu du xv* siècle. 

CEN8IVE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS. 

Église Saint-Etienne-des-Grès, ayant sa façade ou entrée principale sur la rue 
Saint-Jacques, et se développant latéralement à gauche sur la rue des Grès, à 
droite sur le cloître qui avait issue en la rue de la Grande-Bretonnerie. La notice 
relative à cet édifice, ainsi que la monographie de la chapelle Saint-Yves, des 
collèges du Plessis, de Marmoutiers et de Clermont, a été placée à la suite de 
l'histoire topographique de la rue Saint-Jacques, afin de ne point interrompre la 
succession des immeubles en bordure de celte voie. 

Maison de la Croix blanche (1567). Au xvi* siècle, ce n'était qu'une petite con- 
struction, dont le terrain avait été pris sur le petit cimetière qui précédait l'église 
Saint-Etienne-des-Grés. Elle s'appuyait sur la travée de droite du porche de 
l'église, et aboutissait au petit cloître qui était formé par le collatéral méridional 
de l'église dont les voûtes s'étaient écroulées. Le chapitre n'ayant pas les ressources 
nécessaires pour faire reconstruire ce collatéral, on l'avait retranché de l'édifice 
et laissé à l'état de cloître découvert. 

Maison du Porc-Espic (i5oi) composée de plusieurs corps d'hôtel, dont un 
seulement donnait sur la rue Saint-Jacques. C'est elle que Sauvai dési{;ne dans 
les termes suivants : ff Maison seize à Paris, dedans la cour du Haut-Pas, près la 
porte S. Jacques, tenant, d'un costé tout du long, aux murs de l'église S. Estienne 
des GrezC'.T) La Maison du Pobc-Espic, avait une cour, un jardin et aboutissait à 
un autre jardin appartenant au chapitre Saint-Etienne. Sur sou emplacement a 
été construit, en 1670, une sorte de cloître, bordé de bâtiments, dont une partie 
était louée à des particuliers, et l'autre servait à loger les chanoines. 

''' Antiquités de Paris, 1. III, p. /ii t. 



248 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



CEXSIVE DU ROY. 



Maison du Cigne de l\ croix (1672), ayant très probablement formé une dé- 
pendance de ia 

Maison des Trois maillets (i53i), qui, avec le Croissant, ou le Croissant cou- 
ronné, a dû constituer un des corps d'hôtel du Porc-Espic. 

PAROISSE DE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE ET CENSIVE DU CHAPITRE DE SAINT-ÉTIBNNE-DES-GRÈS. 

Maison du Croissant couronné (i/io6), ayant, au xvi" siècle, issue sur la rue 
de la Fetite-Bretonnerie. 

Maison du Heaulme (liig/i), faisant le coin septentrional de la même rue. 

Maison de l'Ymaige Nostre-Dame, ou de la Belle ymaige (1678), formant l'angle 
méridional de la même voie. 

Maison du Paon d'ob (1 S/ia), faisant le coin septentrional de la rue de la Grande- 
Bretonnerie et ayant composé, avec les autres habitations comprises entre les deux 
Bretonneries et la rue Saint-Jacques, tout un îlot de constructions connu en 
i66-i, sous le nom de Ostel de l'Escu de France. A cette date, en effet, elle est 
indiquée comme un immeuble spacieux formé de plusieurs corps de logis : et 1 662. 
Hostel à pignon, en plusieurs corps d'hostel, dit l'Escu de France, assis grant rue 
et prez la porte Saint-Jacques, avec dépendances, jusques à une petite ruelle 
traversine qui est à l'opposite de l'hostel J. Barost, tenant, d'une part, à la rue 
de la Petite-Bretonnerie, d'autre part, à celle de la Grande-Bretonnerie. n 

Les Confiscations anglaises, qui ont beaucoup frappé sur la région d'Outre- 
Petit-Pont, n'ont pas épargné la Maison du Paon et de l'Escu de France ; on trouve, 
en effet, dans le Compte de liai, parmi les immeubles confisqués, une aMaison 
rue Sainct Jaques, à l'enseigne de l'Escu de France, prez la porte Sainct Jaques, 
chargée, envers le chevecier de Sainct Estienne des Grez, en treize livres parisis 
de rente, et, de fonds de terre, en deux sols parisis (''. n 

Ici doit trouver place une note relative à une Maison de la Bourse, non iden- 
tifiée, note relevée par M. Paul Le Vayer : 

ff 20 octobre 1672. — Insaisinetur domniis Guillelmus Boussonnet de domo sita 
'■' Antiquités de Paris, t. III, p. agi. 




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RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 249 

in vico Sancti Jacobi ad intersignum Mabsvpii, acquisùa a nobili viro Josepho Le 
Pelletier, medtante summa viii'' librarum Iz ex una farte et ex altéra annuo redditu redi- 
mibili pro alla simili summa \uf lib. tz, proxU conslilit litleiis coram Boreau et Cayard 
notariis regiis, die penultima julii anni novissimi v"" lxxi, ac provendis capitula debitis 
solvat de gvatia xii den. par. pro qtialibet libra dicte acquisilionis. Que quidem domus 
fuit adjudicala dicto Boussonnet taiiquam plus offerenti, prout extitit litteris decreti adju- 
dtcatwnis tn Caselleto Partstensi facte die penultima januarii , anno predicto , pro summa 
xviii' lib. tz, cujus vende démisse suntper capitulum'^^K n 

Gomme pendant au puits des Chollets, citons le puits de la Bretonnerie, qui 
avait été creusé entre la porte Saint-Jacques et l\ Maison du Paon d'or, et devait 
sans doute son nom aux deux ruelles dont il abreuvait les habitants. 



LES JACOBINS, 
COUVEM, ÉGLISE ET ÉCOLES. 

Le monastère parisien des Frères prêcheurs est diversement qualifié par les 
historiens : on le nomme tout à la fois couvent, collège et écoles de Saint-Thomas; 
c'était, en réalité, un établissement mixte oii les Dominicains pratiquaient la vie 
religieuse, selon la règle de leur fondateur, tout en se préparant à la prédication, 
à la controverse, et en se livrant à l'enseignement. 

L'arrivée à Paris des premiers religieux de cet ordre date de 12 17, ou 1218, 
On les logea provisoirement dans la Cité, en une maison voisine de Notre-Dame; 
mais, dès l'année suivante, ils trouvèrent un bienfaiteur qui leur assura une instal- 
lation définitive. Ce bienfaiteur est appelé Jean Barastre, et Jean de Saint-Alban, 
ou Jean de Saint-Quentin, en Vermandois, où il y avait un doyenné. Théologien, 
ffmireu et se rattachant ainsi t\ l'Université, il leur donna une vieille maison à 
usage d'hôtellerie gratuite, sise en haut de «la grantruë, magniis vicus v , et connue 
sous le nom de «hospice de Sainct Jacques a. C'est là que descendaient, comme à 
Saint-Julien-le-Pauvre, les pèlerins allant à Saint-Jacques de Compostelle et 
autres lieux de dévotion; d'où le vocable qu'on lui donnait, et qui finit par s'é- 
tendre à la rue entière, divisée, autrefois, en plusieurs sections diversement dé- 
signées. 

La situation de ce petit hôpital est clairement indiquée dans l'acte de donation; 
il y est dit : «Notre lieu, qui est à Paris, devant Saint Etienne, à main droite, 

''■ Reffixtres capitulaires de Noire-Dame , Arcliivos natinnal'.'s, IL i58, f° 069 v°. 



IHPKIUEBII K1TI05ALI 



250 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

entre les deux portes voisines, à la sortie de la ville, loco nostro, qui est Parisius, 
coram Sancto Stefano, ad manum dexlram, inter diias portas proximas in exila civi- 
tatis. n 

Sur la date précise de leur installation dans cette demeure hospitalière, il y a 
quelques divergences chez les historiens (la 18-1 92 i). Mais les Dominicains en 
prirent possession avec l'agrément de l'Université, à laquelle Jean de Saint-Quen- 
tin les avait sans doute recommandés. Celle-ci leur fit remise de tous ses droits 
passés et présents sur le lieu donné : quidquid jurium habemus, vel habuimus, in 
loco Sancii Jacobi, qui est coram ecclesie Sancli Stephani, in exitu civitaiis; texte qui 
confirme le précédent et précise encore une fois l'emplacement, objet de la do- 
nation. 

Ce premier asile devint bientôt insuffisant : un frère prêcheur, envoyé par saint 
Dominique, étant mort à Paris, ses confrères ne purent l'enterrer chez eux et 
durent s'adresser, pour l'inhumation, au prieuré de Notre-Dame-des-Champs, ou 
des Vignes, en dehors de l'enceintn; autre hospitalité qui leur fut accordée. C'est 
alors qu'ils songèrent à bâtir une chapelle, tant pour eux que pour leurs bienfai- 
teurs, dont le nombre augmentait, et qui se réservaient le droit de sépulture dans 
le nouveau monastère. Cette chapelle, ils obtinrent du pape Honoré III l'autori- 
sation de la construire, malgré l'opposition du clergé de Saint-Benoît et grâce h 
l'intervention du chapitre de Notre-Dame, suzerain spirituel de cette église. 

Il se produit alors, à partir de ce moment et pendant près de trois siècles, un 
mouvement d'accroissement qui, de proche en proche et de donation en donation, 
finit par étendre fort loin, en deçà et au delà du mur de Philippe Auguste, le 
pourpris, si modeste d'abord, que les Dominicains devaient à la libéralité de Jean 
de Saint-Quentin. Ils gardèrent toutefois, ou l'on garda pour eux, le souvenir du 
petit hospice de Saint-Jacques, car ils furent appelés communément Jacobins, 
dénomination qui fut appliquée plus tard à d'autres maisons de leur ordre, bien 
qu'elles ne fussent pas situées dans la rue Saint-Jacques. 

Ces reUgieux avaient eu d'abord les faveurs de l'Université, qui les leur retira 
ensuite, et les leur rendit alternativement; — faveurs intermittentes, qui se rat- 
tachent aux annales universitaires et non point à l'histoire topographique du Vieux 
Paris. — Mais ils surent se concilier la haute protection de saint Louis, qui eut 
un instant la pensée de prendre l'habit monastique chez eux, comme l'avait 
fait Jean de Saint-Quentin, leur premier bienfaiteur, et de devancer ainsi de 
trois siècles l'exemple donné par Charles-Quint, au monastère de Yuste. 

Félibien, analysant les pièces originales oii sont consignés ces divers actes de 
libéralité, s'exprime en ces termes : ce Saint-Louis, après leur avoir fait bâtir un 
dortoir et des écoles, fit achever leur nouvelle église, accrut leur enclos d'un 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 251 

hôpital voisin , et y ajouta deux maisons de la rue d'Arondelle qu'il avoit échan- 
gées avec Robert Sorbonne . . . Toutes ces maisons furent amorties par Philippe 111 , 
en 1281 ''Id 

C'est ici que se placerait, selon la chronologie adoptée par Félibien, la dona- 
tion du vieux château de Hautefeuille, ancienne villa gallo-romaine dont nous 
avons parlé dans le volume précédent; mais le fait semble appartenir à la légende 
plutôt qu'à l'histoire. 

En cette même année (1281), le fils de saint Louis confirma l'acte d'amor- 
tissement n des droits seigneuriaux que la Marchandise avoit à prendre sur plusieurs 
maisons et places estant en la censive et seigneurie de la Villes. Cet acte, signé 
|)ar Guillaume Bourdon, prévôt, Jehan Augier, Jehan Barbette, Jehan Arrode et 
Jehan Bigues, échevins, porte que cf la Marchandise a vendu et amorti au couvent 
de l'ordres des Frères prescheurs de Paris, pour onze vingtz livres parisis, quanl- 
ques elle avoit et eust onques, du droit de seigneurie, de franchise, de propriété, 
de saisine, de cens, de fonds de terre et de crois de cens, et de tous autres ma- 
nières que. . . de terre puest avoir manantise en six lieux cy dessouz dénommez; 
c'est assavoir auz mesons qui furent auz moines de Sainct Denys, qui font le coing 
de la rue qui est entre luy et les moines de Cluny, d'une part, et, d'aultre part, 
font le coing de la rue qui est entre luy et le refrettouer aux Fieres prescheurs, 
et d'aultre part, joignant à la voulte Sainct-Quentin; et le jardin de ces mesons 
mouvant de nous •». 

L'acte d'amortissement continue en ces termes : «Le second lieu est la voulte 
Saint-Quentin et toutes ses appartenances. Le tiers lieu et le quart sont les quatre 
mesons qui furent jadis dame Aveline de Biauvais, et euvrent sur la rue, si 
comme en va de Sainct Estienne des Grez à la porte Gibert, et, d'aultre part, 
joingnant la voulte Sainct-Quentin, et, d'aultre part, joingnant à une place vuide, 
qui fust jadis la comtesse de Sainct Gilles. Le quint lieu est ladicte place vuide, 
qui, d'une part, joint es devants desdictes mesons, et, d'aultre part, dure jusques 
à la grant rue qui va de la porte Sainct Jacques jusques à Petit Pont; et ceste 
place faict le coing de l'anllre part de la porte auz Frères prescheurs. Le sixiesme 
heu est la place feu Arnoul le Masson , qui est sur la grant rue de la porte Sainct 
Jacques à Petit Pont, et, par dessuz, joinct à la meson Jehan Poussin, et, par en 
dessoubz, joinct à la meson feu Pierre Despoigny, et des appartenances par derrière 
joingnant à la voulte Sainct Quentin ; lesquelles mesons et places mouvoient de 
nostre censive et de nostre seigneurie, et y preignions et avions tous les ans, c'est 
assavoir, sur les mesons qui furent aux moines de Sainct Denys, douze souz six 
deniers de fonds de terre, et sur la voulte Sainct-Quentin et sus les appartenances. 



'' Hittoire de la Ville de Paris, t. I, |>. 260 et »uiv. et Archives nationales, S /laSy. 



3a. 



252 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

sept solz six deniers de fonds de terre; et sus les quatre mesons dame Aveline 
de Biauvais, neuf solz quatre deniers de fonds de terre; et sus les deux places 
vuides, sept solz deux deniers de fonds de terre, avec soixante solz douze deniers 
de crois de cens; et sus les lieux des susdictz, nous avons autant de justice, de 
seigneurie, de vente, de saisine et de coustumes, come sur aultre notre terre à 
Paris. . . ('). n 

Cet acte est dit fait et du gré et voulenté nostre souverain seigneur Philippe n, 
qui le confirma, sauf les réserves accoutumées, nsalvo tamen in aliis jure noslro, et 
jure in omnibus quolibet alieno-n. 

Voilà donc les Dominicains de Paris en possession régulière d'un pourpris déjà 
fort agrandi, mais qui ne leur suffisait point encore, parce qu'il louchait à diverses 
propriétés publiques ou privées, et qu'il ne leur semblait pas assez nettement dé- 
limité à l'orient et à l'occident. Ainsi que le prouvent plusieurs pièces de leur char- 
trier conservé aux Archives nationales (S /laSy) et mentionnant de nombreuses 
donations'^), ils parvinrent à se faire donner, en 1299, par Jean Arrode, qualifié 
de apannetier du Roy 11, la porte d'Enfer travée toutes ses appartenances et appen- 
dancesu, c'est-à-dire la porte et les diverses constructions qui y étaient accolées; 
donation qui fut confirmée, en 1817, par Philippe le Long, en iSSa, par Phi- 
lippe de Valois, et qui comprenait, disent les letti'es de confirmation, «turres alias 
et aisiamenta omnia ad diclam portam pertinentia, prout se extendunt a domo Jratrum 
predicatorum usque ad predictam portam inclusive v. 

Si étrange que nous paraisse cette donation, elle fut, à peu de distance, suivie 
d'une autre libéralité du même genre : c'est le don fait en i3o/i, par ttM" Pierre 
du Tilieul, prestre anglois, en pure et perpétuelle aumosne, de la porte des 
murs le Roy, assise lez Sainct Estienne des Grecs et ung jardin attenant à ladicte 
porte (")t). Les deux portes, avec les constructions accolées à leurs flancs, étaient 
donc propriétés privées, puisque des particuliers en disposaient, avec l'agrément 
du Roy. 

On comprend que de telles libéralités, auxquelles il faut ajouter le don de la 
maison et seigneurie, c'est-à-dire de la propriété de Jean de Meung, le célèbre 
auteur du Roman de la Rose, maison voisine de la porte Saint-Jacques W, aient 
incité les Jacobins à s'étendre encore. Quinze ans environ après le don de Jean 
Arrode, -ils avaient obtenu du roi Louis X, dit Félibien, ttune place proche la 
porte appelée depuis porte de Saint Michel, avec deux tours et lieux circonvoi- 
sins'^^fl. , 

'" Cartulaire ou Livre rouge de l'Hôtel de Ville, ''• Archives nationales, S /isSy. 

fol. 102 v°, imprimé in extenso, par Fëlibien, dans ''* Ibid. 

les Preuves, I, cm. '*' Histoire de la Ville de Paris, t. 1, p. 961, et 



^' Voir, Appendices, un extrait de ce chartrier. Archives nationales, S ^287. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 253 

Mais la guerre de Cent ans était proche, et il fallut revenir sur ces impru- 
dentes donations qui nuisaient à la défense de la ville. Toutefois les Jacobins 
réussirent à se faire indemniser pour l'emprise que nécessita le creusement des 
fossés en dehors de l'enceinte de Philippe Auguste, après le désastre de Poitiers, 
creusement que Félibien qualifie de w nouvelle clôturer, et qui eut pour eflet a de 
leur ôter leur cimetière, avec une partie de leur cloître, dortoir et réfectoires. 
La compensation qu'ils demandèrent ne leur fut octroyée que sept ans plus tard, 
après la mort du roi Jean, mais elle fut des plus amples : «Le roy Charles V, 
ajoute riiistorien de Paris, pour les dédommager de leur perte, leur donna, par 
acte du 5 novembre i 365 , l'hôtel de Bourg-Moyen, qu'il acheta des abbés et reli- 
gieux de Bourg-Moyen, de Blois; à quoi il ajouta les douze deniers de cens, avec 
une redevance de soixante sous, que la maison de Ville prenait tous les ans sur 
cet hôtel et qu'elle donna au roy, pour en disposer à sa volonté (''.•« C'est sur 
l'emplacement de cet hôtel «vieil et caducs que fut construite, l'année suivante, 
aux frais de la reine Jeanne de Bourbon, l'infirmerie du couvent qui subsista 
jusqu'en i66i . 

L'octroi de l'hôtel de Bourg-Moyen — dont on trouvera la notice à l'article de 
la rue de la Harpe (côté oriental) — prolongeait le pourpris des Jacobins jus- 
qu'aux abords de la porte d'Enfer; mais une ruelle mal famée — celle de Caupe- 
Gorge — le séparait du mur de ville, et les religieux désiraient l'y incorporer. Ils 
aspiraient également à la possession de l'ancien Parloir aux Bourgeois faisant 
saillie extérieure sur la muraille de Philippe Auguste , et inoccup^depuis le transfert 
de la Prévôté marchande dans la Maison aux Piliers. De la tour du Parloir, il leur 
était, en effet, facile de communiquer avec leur domaine extérieur, où ont été 
ouvertes depuis les rues Saint-Hyacinthe, Saint-Dominique et Saint-Thomas-d'En- 
fer, ainsi que le faisaient, d'ailleurs, les Cordeliers autorisés également à percer la 
muraille pour mettre en communication le dedans et le dehors de leur enclos. 
Par une sorte de tolérance royale et municipale, les Jacobins jouissaient, depuis 
quelque temps, de ces lieux aussi « vieilz et caducs^ que l'hôtel de Bourg-Moyen; 
mais ils voulurent régulariser la situation et s'adressèrent, pour cela, au roi 
Louis XII, que les guerres du Milanais avaient alors conduit en Italie. Ce mo- 
narque désirant, dit Sauvai, «que les Frères Prescheurs fussent plus enclins à 
prier Dieu pour la bonne prospérité et santé du Boy, lequel est de présent (i 609) 
hors de son royaume, pour le recouvrement de ses pays et terres de Milan, 
usurpés par les Vénitiens 11, leur accorda des subsides en argent, tant «pour leur 
aider à vivre et avoir leurs nécessités^ que «pour subvenir aux réparations de 
leur église qu'ils font, de présent reédifier ('''u. C'était ajouter encore aux libé- 
ralités par lesquelles il leur avait, eu i5o5, accordé le sol de la ruelle Coupe- 

'■' UUloire de la Ville de Paris, I. I, p. aC-j. — '' Antiquités de Paris, 1. III, p. 548. 



254 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Gorge, pour être englobé dans ieur endos, et confirmé la jouissance de l'ancien 
Parloir aux Bourgeois. 

Les détails de cette grosse affaire sont exposés plus au long dans la notice spé- 
ciale que nous avons consacrée à cet édifice et qui complète celle-ci. On peut, en 
effet, les réunir, à raison des nombreux points de contact qu'elles présentent, 
bien que le Parloir aux Bourgeois appartienne plutôt, topographiquement, à 
l'enceinte et aux fossés; mais il nous a paru plus logique de les rattacher à la 
rue Saint-Jacques. 

Les magistrats municipaux de cette époque se montrèrent moins accommodants 
que leurs devanciers; ils refusèrent d'enregistrer l'acte royal qui donnait aux reli- 
gieux l'ancienne maison de la Marchandise; mais ceux-ci continuèrent à en jouir; 
ils y maintinrent leur dortoir, ainsi que leur réfectoire; puis, lors du comblement 
des fossés et de la démolition du mur d'enceinte , ils en joignirent le sol aux ter- 
rains formant la bordure septentrionale de la rue Saint-Hyacinthe. Trois pièces 
conservées aux Archives nationales contiennent la preuve écrite de ces diverses 
extensions (''. Ces agrandissements ne leur suffirent point : désireux de compléter 
l'immense îlot que formait leur couvent de la porte d'Enfer à celle de Saint-Jacques, 
ils acquirent, vers i685 , le terrain occupé par cette dernière porte et y élevèrent 
des constructions, selon l'alignement à eux accordé a par MM. les Trésoriers de 
France, pour bastir sur une place où estoit cy-devant l'ancienne porte Sainct 
Jacques qu'ils ont depuis peu acquise des s" Prévost des Marchans et Eschevins 
de cette ville '-U. 

La notice concernant le Parloir aux Bourgeois contient de plus amples détails 
sur ces diverses transformations. Les articles relatifs à la ruelle Coupe-Gorge et 
au passage des Jacobins servent également à compléter l'histoire topographique 
du couvent. Le lecteur devra donc s'y reporter. 

Les trois plus importants édifices de cet établissement monastique étaient l'église. 



'■' Voici les titres et le sommaire des pièces dont 
il s'agit : 

1° rDonalion par Louis XIII , aujc Jacobins, de 
la place des fossés vis-à-vis de leur couvent (i 633). 
Par lettres patentes du i3 may i633. 

2° tri 5 décera. i643. Brevet du roi Louis XIV 
où il est dit que Sa Majesté,. . . en confirmation 
du brevet du feu Roy son père, qu'au cas que ia 
clôture du faubourg Saint-Jacques se fasse, il ac- 
corda auxdits/Religieux les fossés étant vis-à-vis de 
leur couvent, et en outre, en amplifiant la grâce 
du Roy son père , a encore fait don , au cas de la- 
dite clôture, du rempart dudit fossé et de la démo- 



lition des murailles de la Ville en retendue dudit 
couvent, pour servir à son accroissement, a la 
charge toutefois, que les allignements seront don- 
nés par les trésoriers généraux de France. » 

Voici en quoi ces constructions consistaient (Ar- 
chives nationales, S iaSg) : 

«Du ag aoust i685. Devis des ouvrages de 
massonnerie, etc., pour la construction de cinq 
corps de logis doubles en la place cy-devant occu- 
pée par partie de la porte Saint-Jacques et par les 
vieux logis qui tombent en ruine. Marché moyen- 
nant 75,000 livres. « 

''' Archives nationales, S. iaSg. 






FAÇADE 




FAÇADE LATERALE 



Echelle iv. Plan 



Echelle des Elévations 



COVVENT DES DOMINICAINS 

dits Jacobins de îa nue S'Jacques 
tcole de Saint Thomas 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 255 

le cloître et les écoles Saint-Thomas. Adolphe Beity a consacré au bâtiment des 
écoles un important article qui a paru, en i856, dans une publication pério- 
dique '*', et que nous sommes heureux de reproduire ici : 

On ne peut plus savoir aujourd'hui en quel lieu du couvent des Jacobins étaient primitive- 
ment leurs e'coles, et encore moins quelles en étaient les dispositions. Pour le monument, dont 
les restes subsistent encore, et que nous avons vu abattre en iSig, lors du prolongement de la 
rue de Cluny, il tenait, vers la rue de la Harpe, aux infirmeries du couvent, qui n'ont point 
été abattues jusqu'à ce jour (elles servent actuellement d'asile communal); vers la rue Saint- 
Jacques, à une place vide qui le séparait du réfectoire; par derrière au jardin, et par devant à 
cette ancienne rue que nous appelons maintenant rue des Grès, et qui, dans le siècle passé, 
fermée à ses deux extrémités, avait nom le passage des Jacobins. 

Le bâtiment dont les planches XXXVIII et XXXIX reproduisent le plan, les façades, les 
coupes et les principaux détails, se composait d'un édifice rectangulaire de 28 m. 85 de lon- 
gueur sur li m. 80 de largeur hors d'œuvre, dont la partie la plus voisine des infirmeries 
était formée de trois chambres superposées. Le reste constituait une vaste salle de 19 m. 80 de 
longueur dans œuvre, divisée en cinq travées et éclairée par onze grandes fenêtres en plein 
cintre, dont deux sur le petit côté faisant face au réfectoire, cinq sur le jardin et quatre seu- 
lement sur la rue, parce que, de ce dernier côté, la travée centrale était aveugle, une chaire 
à laquelle on parvenait par quelques marches ayant été disposée dans son épaisseur. Exté- 
rieurement, les travées étaient séparées par des pilastres ioniques supportant un entablement 
complet, et élevés sur des piédestaux dont la base venait affleurer la partie inférieure d'un sou- 
bassement mouluré, percé do soupiraux. Intérieurement, elles étaient séparées par des espèces 
de pilastres ou dosserets très saillants soutenant les solives du plafond, et qui reposaient sur 
des piédestaux fort élégants. (Voir pi. XXXVIII.) Ceux-ci, au lieu de porter de fond, étaient 
eux-mêmes en encorbellement sur des consoles d'un galbe gracieux, mais qui ne comportaient 
pas sulfisamment l'idée de solidité. Huit aulres piédestaux semblables, situés aux angles et sur 
les petites faces de la salle, n'avaient d'autre usage que de servir de point d'appui à des statues 
dont les débris ont été trouvés au moment de la démolition. 

Les écoles Saint-Thomas avaient leur porte sur le petit côté voisin du réfectoire; elles étaient 
élevées sur une longue cave en berceau, et surmontées d'un comble fort élevé (10 mètres depuis 
l'égout jusqu'au faîtage), dans la partie inférieure duquel était établi un étage en galetas. 

L'ensemble de la construction ne manquait ni d'originalité, ni d'élégance, mais on remar- 
quait dans l'intérieur un agencement singulier, qui était vraisemblablement le résultat de mo- 
difications au projet primitif II y a aussi apparence que les dosserets avaient été d'abord des- 
tinés à recevoir la retombée des grands arcs doubleaux en plein cintre. 

Il est certain, au surplus, que l'édifice ne fut point bâti tout d'un jet : mais ce que les 
auteurs en disent est assez contradictoire. Suivant Jacques Du Breul, les écoles auraient été 
commencées par frère Jean Binet, qui fut abbé de Saint-Jean d'Amiens et mourut en i55o, et 
c'est pour cela qu'on y voyait ses armoiries. H est très évident que dans le monument démoli 
naguère, il n'y avait rien qui pût être altribué à la première moitié du xvi° siècle, et Binet n'a 
dû que jeter les fondements ou donner des fonds pour de futurs travaux. Suivant Jaillot, les 
écoles auraient été réédifiées en i563, au moyen des aumônes provenant d'un jubilé ([ue le 
pape Pie IV accorda dans ce but aux Jacobins; nous ne voyons pas davantage dans le bâtiment 

''' Bévue d'architecture, dirigée par César Daly, p. 3a 1 et suiv. 



256 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

de la rue des Grès une construction contemporaine de Charles IX, et nous pensons que ce bâti- 
ment, tel qu'il était au moment où nous l'avons relevé', n'accusait point par son style une 
époque antérieure au règne de Henri IV. Du Rreul dit, en effet, que les écoles restèrent in- 
achevées jusqu'en 1 609 « qu'il fut fait marché par les religieux ... au charpentier : de la somme 
de dix-sept cents écus pour toute la charpenterie, et au couvreur, de la somme de douze cent 
livres tournois pour toute la couverture en l'année suivante 16 1 n. [Antiquités de Paris, p. Sa 1 .) 
Les sommes furent parfaites avec le secours de l'évêque de Paris, qui permit aux Jacobins de 
faire des quêtes, à cette fin, dans les diverses paroisses de Paris. La chaire fut donnée par 
l'abbé de Joigny, fds du financier Zamet, dont les armes étaient peintes sur la verrière ancien- 
nement 'placée au-dessus. Plusieurs autres verrières portaient de même l'écusson de ceux qui 
en avaient fait les frais. 

Les premières disputes auxquelles on se livra dans les écoles Saint-Thomas eurent lieu 
à l'occasion d'un chapitre général de l'ordre, qui fut tenu dans le monastère, vers la Pentecôte 
de l'année 1611. Le monument devait être entièrement achevé alors et, conséquemment, il a 
à peine duré deux siècles et demi. Dans les derniers temps, il servait d'école communale et, 
lorsqu'il fut démoli, on parla de le rebâtir ailleurs; mais, ainsi qu'il arrive ordinairement, le 
projet n'a pas été suivi d'exécution, et il y a vraiment lieu de le regretter. 

Le cloître primitif dut être peu important; on l'agrandit sans doute au fur et à 
mesure que le personnel du couvent s'accroissait et que l'enclos prenait de l'ex- 
tension. La reconstruction en fut jugée nécessaire au xvf siècle; il fallait, en effet, 
unifier des corps de logis plus ou moins bien joints les uns aux autres et en assurer 
la solidité. Ce fut un bourgeois de Paris, nommé Nicolas Hennequin, qui se char- 
gea de ce soin; en l'an i556, il fit élever de nouveaux bâtiments conventuels 
fren pierres de taille n; ce qui indique que les anciens avaient été construits en 
matériaux moins résistants. Les travaux avaient été autorisés, en i553, par 
lettres patentes de Henri II, oij il est dit ttque les FF. Presclieurs lui avant fait 
remonstrer que pour la décadence et ruine éminente du cloître et du dortoir de 
leur couvent, ils ont commencé de faire de neuf lesdits cloître et dortoir. . .,de 
manière que l'un des côtés dudit cloître, qui est le long de l'église, est déjà fait, 
et pour l'autre côté qui reste à faire, qui est proche et joignant la muraille, aurait 
besoin d'avancer et approcher près et joignant ladite muraille pour rendre quarré 
ledit cloître et le faire à l'alignement de l'autre côté qui est déjà fait, lequel au- 
trement seroit auguste et trop étroit, vu le grand nombre de religieux et écoliers, 
qui sont ordinairement au nombre de quatre ou cinq cens, ce qu'ils feroient vo- 
lontiers parfaire, mais ils doutent être empêchés au moyen de la clôture des fau- 
bourgs de ladite Ville . . . , consent et accorde permission et congé auxdits Religieux 
de parachever leur cloître à l'alignement. . . , et pour ce faire approcher la mu- 
raille. . . pour rendre ledit cloître quarré et plus spacieux (''t). 

L'église, ou chapelle des Jacobins, qu'on avait réédifîée, ou plutôt réparée au 
commencement du xyi"" siècle, ne paraît pas avoir eu la solidité du cloître et des 

''' Archives nationales, S iaSy. 



TOPOGRAPHIE HISl 





COVVENT DE 

dits Jacobins a- 
I.Vue perspective de I Eglise _ 2 l^rlie mer 



DV VIEVX PARIS 



PLAM CEIEUL 





INICAINS 

nt Jacq .i03 

j Refertomo ^Man _3 Por^te du Couvent 



k 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 



257 



écoles : «Quelque temps avant la Révolution, dit l'annotateur de Lebeuf, elle 
tombait de vétusté; lès religieux avaient été obligés de l'abandonner et de célébrer 
le service divin dans les écoles Saint Thomas. n Ces écoles, en effet, avec leur 
nef, leur chaire, leurs vitraux, offraient, à l'intérieur, l'aspect d'une église. 

Evacué en 1790, le couvent des Jacobins devait être le siège d'un hospice; 
mais on se borna à y installer des ateliers pour femmes. Ce qui restait des écoles 
et du cloître servit successivement d'école, de prison et de caserne. La vieille 
église que Germain Brice déclarait, en lyBa, longue, étroite, et remarquable 
seulement par sa grandeur ('^ demeura vide jusqu'à la Restauration, époque 
où elle fut rendue momentanément au culte. Mais, n'étant point comprise dans 
les circonscriptions paroissiales de Paris, elle fut de nouveau désaffectée, amé- 
nagée intérieurement et distribuée en étages; ce qui acheva de lui enlever tout 
caractère. Abattue, en 1869, comme une vulgaire bâtisse, elle avait conservé, à 




Vue du portail des Jacobins. — Réduction d'une planche extraite di's AuluiiiUes imUuuiiUs de Miliiii. 

son chevet, sur la rue Saint-Jacques, des ogives appliquées, des rosaces et divers 
motifs de sculpture. 

Envahi par de grandes constructions modernes, l'ancien enclos des Jacobins 



''' Deicriplion de la Ville de Parin , I. III, p. 87. 

TI. 






258 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

est absolument méconnaissable, et rien n'y rappelle aujourd'hui le passé de ce 
grand établissement monastique. 



PARLOIR AUX BOURGEOIS, 

COiMIGU AUX MURS DE VILLE. 

Le Parloir aux Bourgeois, situé en dehors de la région de l'Université et tou- 
chant extérieurement à l'enceinte de Philippe Auguste, entre les portes d'Enfer 
et Saint-Jacques, appartient topographiquement à celte enceinte; mais on ne 
saurait le détacher de l'enclos des Jacobins auquel il a été réuni et avec lequel il 
se confond depuis le transfert du gouvernement municipal dans la Maison aux 
Piliers. Ce parloir, ou lieu d'assemblée des bourgeois de Paris, locutorium hurgen- 
sium, disent les textes latins, a a souvent, d'après Félibien, changé de place et de 
nom avant d'être établi au lieu où on le voit présentement (1725)11. 

(r D'abord, ajoute Félibien, on le nommoit la maison de la marchandise, et il 
étoit à la Vallée de Misère, dans un logis ainsi nommé, qui appartient encore à 
i'Hôtel-de-Ville. H y a eu deux autres endroits, éloignés l'un de l'autre, où le 
corps municipal a tenu ses assemblées, tous deux appelés le Parloir aux Bourgeois, 
l'un situé dans la ville, entre Saint Leuffroy et le Grand Châtelet, et l'autre au 
bout de l'Université et du Clos aux Bourgeois , avoit son siège dans quelques vieilles 
tours de la ville, de ce côté-là. . . Celui-ci étoit le plus considérable; il consistoit 
en un gros bâtiment qui avançoit dans les fossés de la ville, d'environ neuf toises, 
accompagné de quelques tours rondes et carrées, les unes avec comble, et les 
autres terrassées (''. 11 

Ce (t gros bâtiment T) était-il le fameux château de Hautefeuille donné aux Jaco- 
bins par Ganelon, l'un des seigneurs de ce nom, château résultant des appropria- 
tions faites à une ancienne villa gallo-romaine, dont les substructions ont été re- 
trouvées depuis? Etait-il une construction féodale, élevée dans le style du temps 
sur les fondations de cette villa? Celte dernière hypothèse est vraisemblable; en 
effet, lors du dérasement, qui eut lieu en i356, le bâtiment put cire facilement 
jeté bas; mais les assises, en ciment romain, offrirent une grande résistance aux 
démolisseurs. On trouve, en effet, à cette date, dans le Compte do Philippe Dacy, 
payeur des œuvres de la Ville, celte mention relative aux salaires a du pionniers, 
chargé du déblayement des terrains pour l'achèvement des fossés : «Lors furent 
trouvez une grande partie des forts murs anciennement faicls par les Sarrazins, 

''' Histoire de h Ville de Paris, t. I, p. 617 el 6.32. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 259 

qui donnèrent grand peine à rompre et depecier'^'n. On sait que les construc- 
tions romaines ont été, pendant le moyen âge, attribuées aux Sarrasins. 

Ce dépècement des fondations gallo-romaines du château de Hautefeuille , coïn- 
cidant avec l'emprise qui fut faite sur l'enclos des Jacobins, pour le creusement 
des fossés de la ville, après le désastre de Poitiers, donne à penser que l'ancien 
Parloir aux Bourgeois fut démoli, au moins partiellement, et que, sur l'empla- 
cement des parties détruites, les Frères Prêcheurs agrandirent leur dortoir, leur 
réfectoire et autres bâtiments conventuels dus aux libéralités de saint Louis. Les 
constats faits, il y a peu d'années, lors du prolongement de la rue Soufllot vers 
le jardin du Luxembourg, semblent prouver qu'il y eut alors dérasement et con- 
struction. «Là, dit un Rapport du Cmnité de la langue, de T histoire et des arts de la 
France, une vaste construction, portant les caractères du commencement du 
XIV* siècle , vient d'être retrouvée : elle s'appuyait contre le mur d'enceinte de la 
ville, en dehors, et formait une grande salle divisée en deux nefs par des colonnes. 
Une immense cheminée occupait l'extrémité de chaque nef, au midi'^'. 

Le rapporteur, M. Albert Lenoir, se demande si ce n'est pas là l'ancien Parloir 
aux Bourgeois, dont la cheminée monumentale avait été reproduite en double 
aux deux extrémités de la Salle du Trône, à l'ancien Hôtel de ville de la place 
de Grève. C'était, peut-être aussi, le réfectoire construit par les Jacobins sur la 
partie de l'ancien Parloir qu'ils furent autorisés à détruire. Le rapport que nous 
venons de citer dit, en effet, que «cette vaste construction portait les caractères 
du commencement du xiv*^ siècle n. Or il paraît peu probable que l'Echevinage 
parisien ait fait élever un bâtiment aussi considérable, alors qu'il eût fallu trans- 
fère!' le siège du gouvernement municipal en un lieu moins excentrique. Le centre 
de l'activité parisienne se déplaçait, en effet, et le Locutorium burgensimn, qui 
avait pu, sans inconvénient, être fixé antérieurement dans la région de l'Université, 
devait désormais être reporté dans celle de la Ville, malgré les graves intérêts qui 
pouvaient le retenir sur la rive gauche. La seigneurie municipale, en effet, y était 
considérable : indépendamment du Clos aux Bourgeois, qui touchait au Parloir, 
la Ville, représentée par son Prévôt, ses Échevins et ses Bourgeois délibérants, 
avait maisons, cens, rentes et autres redevances dans la région universitaire. Nous 
indiquons, autant que possible, ce domaine multiple à chaque rue où il existait. 

A l'article du Couvent des Jacobins, nous avons dit que la jouissance des locaux 
et terrains de l'ancien Parloir, après sa translation en la Maison aux Piliers, avait 
dû n'être que provisoire et octroyée par tolérance, à titre d'indemnité supplé- 
mentaire — outre la donation de l'hôtel de Bourg-Moyen — , pour la destruction 
du cimetière des religieux, nécessitée par le creusement des fossés. Ce provisoire 

'■' Antiquités de Paris, t. III. p. lai. — ''' Voir Bulletin du Comité, i' série, t. I, p. iiS. 

33. 



260 TOPOGRAPHIE HISTOIUQUK DU VIEUX PARIS. 

dura |)rès d'un siècle et demi; il en fut du Parloir aux Jacobins comme du Par- 
loir Saint-Leufroy, lequel était resté à peu près inoccupé pendant que le Corps 
de Ville siégeait sur la rive gauche, tout en demeurant propriété municipale. 
Quand les Frères prêcheurs voulurent faire régulariser leur jouissance plus ou 
moins irrégulière, et la convertir en une véritable possession, ils éprouvèrent une 
résistance inattendue. Après l'agrément du Roi, il fallait obtenir celui de la Ville, 
et ce ne fut pas chose facile. 

En i5oi, dil Sauvai, le Parloir aux Bourgeois étoil encore debout — du moins en partie. 
— Celte anne'e-Ià même, dans une asscmble'e de Ville, tenue le 17 février, Jean le Clerc, frère 
prêcheur et docteur en théologie, le vint demander, avec une allée qui passoit alors entre le 
Couvent des Jacobins et les murs de l'Université — c'est la ruelle Coupe-Gorge; — mais on 
trouve cette demande de si grande conséquence, que l'affaire fut remise à une plus grande 
assemblée. Si bien que le mois d'après, le Prévôt des Marchands ayant appelé à l'Hôtel-de-VilIe 
un plus grand nombre de Bourgeois, frère Le Clerc y présenta des lettres de Louis XII, qui 
portaient que des personnes intelligentes en l'art militaire, ayant visité par son ordre le Par- 
loir aux Bourgeois et l'allée que vouloient avoir les Jacobins, comme ils lui avoient fait rapport 
qu'il les leur pouvoit donner sans préjudicier à la Ville, qu'il entendoit que le Prévôt et les 
Echevins les abandonnassent à ces religieux. 

Mais parce que cette requête parut encore de plus grande conséquence qu'auparavant, on 
résolut d'avoir grand égard à la volonté du Roi; et néanmoins, devant que de passer outre, 
d'en avertir le Parlement, et d'en remettre la décision à une assemblée plus nombreuse de 
Bourgeois, où seroient convoqués les plus notables et les plus honnêtes gens de Paris. 

Le cinquième avril donc ensuivant, cette assemblée eut lieu, et là il fut arrêté que le Prévôt 
et les Echevins s'opposeroient à la ratiûcation des lettres du Roi, avec d'autant plus de fonde- 
ment que le Parloir aux Bourgeois est l'héritage et l'un des propres (sic) de la Ville ; que c'est 
une maison seigneuriale d'oii relèvent toutes les personnes et les logis qui en dépendent; que 
si deux cents religieux qui composent d'ordinaire le couvent des Jacobins devenoient proprié- 
taires d'une tour qui fait partie de ce logis, ils pourraient apporter un grand préjudice à 
la Ville. 

Telles raisons, après tout, ne leur servirent pas à grand'chose; car enfin on sait qu'il n'y 
a plus maintenant (17 ai) de passage ni d'allée entre les Jacobins et les murs de l'Université : 
tout est si bien confondu avec le monastère, qu'on n'y connoît plus rien, et il s'étend jusqu'aux 
murailles. 

Quant à l'édifice du Parloir aux Bourgeois, je ne sais ce qu'il est devenu ; car ce vieux bâti- 
ment carré que nous voyons dans les fossés, n'y a jamais servi ; c'est le bout du réfectoire et du 
dortoir des Jacobins, ce qui ne paraît que trop par la symétrie; outre que l'histoire du roi Jean 
nous apprend que, pendant sa prison, ce bâtiment fut coupé pour en faire un chemin de rondes 
et détacher ce monastère des murailles et des fossés qu'on fit alors pour résister aux ennemis 
de l'État (•>. 

Sauvai voit, dans ce vieux bâtiment, une construction monastique plutôt que 
l'ancienne salle du Locutorium hurgensimn; Féiibien a exprimé à peu près le même 

<'' Antiquités de Paris, t. Il, p. i8i. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 261 

sentiment en disant : et Ce bâtiment fut démoli depuis, dans le temps des guerres, 
sans qu'il paraisse que les Jacobins en ayent profité, que d'une petite portion de 
terrain t". 11 La note suivante, empruntée à leur chartrier, prouve qu'ils persévé- 
raient, de siècle en siècle, dans leurs tentatives d'agrandissements. «En i55/i, le 
roi Henri II leur accorda la permission de faire parachever /ewr distant dortoir, ce à 
quoi s'étaient opposés les Prévôt des Marchands et Eschevins, disant que cela pou- 
vait nuire à la fortification de la Ville, n II paraît donc probable que la partie de 
l'ancien Parloir aux Bourgeois louchant à la paroi intérieure de l'enceinte avait 
été seule détruite, et que la partie saillante, vers la campagne, était demeurée à 
l'étai d'ouvrage avancé ; c'est là qu'ils obtinrent de « parachever leur distant dortoir n. 

Les modernes historiens de Paris ont retrouvé ce qui restait de cette «vieille 
fortification placée dans le fossé de la ville entre les portes Saint Michel et Saint 
Jacques fl. Au temps où écrivait Dulaure, elle existait encore «dans le jardin de 
l'hôtel de Brabant, rue Saint Hyacinthe, au n° i5, excédant d'environ qua- 
rante pieds l'alignement de la muraille de la ville, et ayant des murs éperonnés, 
de chaque côté, par des contreforts (^' •». 

Ce sont les subslructions de ces murs, de ces contreforts et quelques restes des 
fondations gallo-romaines ayant résisté aux pionniers de i356, qu'on a rencon- 
trés, de nos jours, lors du prolongement de la rue Soufilot. 

En définitive, la date précise de la démolition, tant partielle que totale, de 
l'ancien Parloir aux Bourgeois, est assez diflicile à fixer, et les Jacobins, par leurs 
empiétements successifs, n'ont pas peu contribué à obscurcir la question. 



CHAPELLE SAINT-YVES. 

A l'angle septentrional des rues des Noyers et Saint-Jacques, mais ayant sa 
façade principale sur cette dernière voie, conformément aux règles de l'orienta- 
tion chrétienne, s'élevait un oratoire connu sous le nom de chapelle Saint-Yves, 
parce qu'il avait été érigé, vers le milieu du xiv* siècle (i3û8), en l'honneur de 
ce saint ; L'initiative de cette construction appartient à des écoliers bretons que la 
fondation du collège de Cornouailles, en i3-i i , avait attirés à Paris, et qui crurent 
dfvoir faire à leur compatriote, nouvellement canonisé, l'honneur d'un culte 
public, dans le voisinage de leur collège et dans la ville oii il avait été étudiant 
lui-même. Yves, en effet, fils de Hélor, seigneur de Kermartin, en Bretagne, fut 
artien, théologien et décrétiste à Paris, d'où il se rendit à Orléans pour achever 

<"' Histoire de la Ville de Paris, I. I, p. 617. — ''' Histoire de Paris, p. 399. 



262 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

ses éludes de droit; après quoi H regagna la Bretagne, devint officiai à Rennes 
et à Tréguier, ville voisine du manoir de Kermartin, se fit avocat des pauvres, 
tout en conservant ses fonctions curiales, et mourut en i3o3. Déclaré saint par 




Chapelle Saint-Yves en 170a. — Réduction d'une estampe de la Géométrie pratique de Manesson-AIallol. 

le pape Clément VI, sur les instances de plusieurs de ses compatriotes, il devint 
le patron de la Confrérie des tt procureurs et advocats'')T. 

Sa chapelle parisienne était le siège d'une confrérie de ce genre, composée, dit 
Félibien, rrpour la plupart, d'advocats et de procureurs, qui prennent tous le titre 
de gouverneurs et administrateurs de cette chapelle (^N. Il s'y trouvait également 

'"' On connaît le Irait plaisant contenu dans la séquence composée en son honneur : 

Advocatui et non latro , 
Eeg miranda populo. 

''' Histoire de la Ville de Paris, t. 1, p. 60a. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 263 

des marchands, ayant probablement appartenu à la magistrature consulaire, après 
son importation en France. De singuliers ex-voto décoraient cette chapelle : on 
voyait, en effet, appendues aux voûtes et aux murailles, des pièces de procédure, 
ou, comme disent les historiens de Paris, «des sacs à procès, apportés là, à titre de 
gratitude envers Saint- Yves, par des plaideurs ayant obtenu gain de causer. 

Les libéralités des écoliers bretons, avons-nous dit, furent la cause première 
de l'érection de la chapelle Saint-Yves; mais elles ne suffirent point pour en assu- 
rer l'achèvement et pour lui créer des ressources. Cette fondation demanda près 
d'un siècle, et plusieurs personnages, Bretons pour la plupart, y contribuèrent. 
Lebeuf a résumé cette série d'efforts en une page que nous reproduisons. 

La chapelle de Saint Yves est aujourd'hui certainement de la paroisse de Saint Benoît. Son 
édifice est à peu près le même qui fut construit l'anne'e d'après la canonisation de ce saint curé 
de Bretagne, et officiai (c'est-à-dire en i3/i8) suivant la permission de Foulques de Chanac, 
alors évêque de Paris, rapporte'e dans Du Breul. Je ne doute presque point qu'Yves Simon, 
secrétaire du Roi (et apparemment breton) n'ait été l'un de ceux de cette province qui contri- 
bua le plus aux frais nécessaires, et c'est peut-être lui et son épouse dont on voit les statues 
au frontispice de cette chapelle. Il est certainement fondateur de la première chapellenie qui 
porte le nom de Saint Yves, à laquelle il assigna en i355 trente livres de rente, voulant par 
cet établissement que la nomination appartînt aux Maîtres et Confrères de S. Yves. Un chanoine 
de Notre-Dame de Paris, nommé Jean de KarouUay, professeur en théologie, fit en sorte, en 
i3o3, que dès le même siècle, on honorât, à Notre-Dame, saint Yves d'un culte particulier. 
Les fondations dont je vais parler ne regardent qu'indirectement le culte de saint Yves, mais 
elles ont rapport à l'histoire de la chapelle. 

Un autre breton appelé Hervé Costion, docteur en décret, chargea, en iSgS, les exécuteurs 
de son testament de le faire inhumer à Saint Yves, et ensuite d'y fonder une chapellenie du 
titre de saint Tugdual ou Tugal, évêque mort à Treguier, et de la doter de trente livres. Gérard 
de Montaigu, évêque de Paris, approuva cet établissement en i4i6. Une fondation qui pou- 
voit avoir été faite par un troisième breton, est celle dont étoient autrefois chargés les bour- 
siers et écoliers du collège du Plessis pour leur fondateur natif du diocèse de Saint Malo et 
appelé Geoffroy du Plessis. Ils dévoient à chaque fête de Notre-Dame faire dire une grande 
messe pour lui en cette église de S. Yves. Sur la fin du règne de Charles VI (en liai) un che- 
valier appelé .Maurice Triguedy, ou Triseguedy (nom assez tirant sur le breton) y fonda une 
chapelle de S. Maurice. . . 

Quelques provisions indiquent aussi une chapellenie du titre de N. D. de la Goutte d'Or 
desservie au grand autel de saint Yves; il y a, dit-on, un clos dit de la Goutle d'or vers (^ha- 
ranton ou S. Maur. 

Les Messagers de la Nation de France voulant marquer leur dévotion envers S. Charlemagne 
obtinrent, en i'i79, la permission d'établir à S. Yves une confrérie sous le nom de cet empe- 
reur. De là vint que l'autel de S. Tugal prit aussi le nom de S. Charlemagne. Le premier pré- 
sident du Parlement, Pierre Lizet, obtint une permission d'une autre espèce. On lui accorda, 
en i5/io, à cause qu'il logeoit proche S.Yves, que le S. Sacrement seroit conservé dans cette 
chapelle, mais pendant sa vie seulement (". 

'■' I>ebeuf, 1. II, p. 67. C8. 



264 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Quelques inexactitudes commises par Lebeuf, dans ce récit de ia fondation 
de Saint-Yves, ont été relevées par son annotateur. H résulte, en effet, d'une pièce 
conservée aux Archives nationales (L 71 5), que ia chapelle Saint-Maurice fut 
fondée dans l'oratoire Saint-Yves en 1899 et non en i/ia-t, par Maurice de Tré- 
ziguidy, chevalier, chambellan et conseiller du Roi. Trois autres chapelles y avaient 
également été fondées, en l'honneur de la Sainte Croix, de Saint Etienne et de 
Notre Dame; cette dernière était due aux libéralités d'un autre Breton, Yves 
de Kerambert. 




Vue du portail de Saint-Yves en 1790. — Réduction d'une estampe de Duchemin et Lecarpentier. 



L'histoire de la chapelle Saint-Yves se résume en quelques dates : autorisée en 
i3/i8, un an après la canonisation du saint, honorée de la présence du roi Jean, 
pour la pose de la première pierre, consacrée en iSSy par Jean, évèque de 
Tréguier, gratifiée en lit 7 et 1620 [Arch. nal., LL 667) de dons royaux pour la 
réfection des combles et la construction du clocher, elle était encore intacte vers 
la fin du xvni^ siècle. Pour tirer revenu de la partie de la chapelle qui donnait 
sur la rue Saint-Jacques et sur celle des Noyers, les administrateurs utilisaient 
une «eschoppeï) adossée trie long-o de l'édicule et ils la louaient; mais, comme 
elle était bâtie légèrement, elle tomba en partie de vétusté et «en partye par la 
"violence de quelques charroisn. [Arch. nat., S 8699.) On voulut la relever en 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 265 

1626, mais les et bourgeois et marchands m du quartier s'y opposèrent, et à 
l'appui de leur opposition ils publièrent un mémoire dont l'original nous a été 
conservé. Fermée en 1790, vendue en 1798, la chapelle Saint-Yves fut dé- 
molie en 1796. Son portail était, dit-on, «assez élégant n; des statues le déco- 
raient; ce qui formait un assez bel ensemble à l'angle des deux rues, et Avant 
l'ouverture du boulevard Saint-Germain, on voyait encore, dit Guilhermy, au- 
teur de Yltinévaire archéologique, des débris d'arceaux disparaissant derrière les 
maisons voisines ;i) mais l'établissement du boulevard ayant nécessité la démoli- 
tion du côté septentrional de la rue des Noyers, toute trace de la chapelle Saint- 
Yves a disparu. 

»— » <-r . 

LES COLLÈGES DE LA RUE SAINT-JACQUES, 
DU PLESSIS, MARMOUTIERS, CLERMONT. 



I. COLLEGE DU PLESSIS. 

La maison scolaire qui a porté ce nom avait été fondée dans la première moitié 
du XIV* siècle. A la veille de la guerre de Cent ans, le mouvement qui portait 
vers Paris les étudiants de province s'accentua considérablement, et les fonda- 
tions se multiplièrent au profit des écoles de la rue du Fouarre, qui voyaient les 
boursiers se joindre aux auditeurs libres assis sur ttle feurreu de ses salles. 

En l'an 1822 (vieux style), Geoffroy du Plessis, de Pksseyo et de Plessiaco, selon 
les textes latins, eut la pensée de donner un asile, à Paris, et des revenus à de 
pauvres écoliers originaires surtout de l'évêché de Saint-Malo et des provinces 
de Reims, de Sens et de Rouen. Dix ans après avoir fondé ce collège séculier, il 
en créa un autre, mais monacal, pour l'abbaye de Marmoutiers, où il avait pro- 
noncé ses vœux. 

Félibien raconte, dans les termes suivants, la première des deux fondations : 
et Geoffroy du Plessis-Ralisson . . . étoit du diocèse de Saint-Malo en Rretagne, 
notaire ou protonotaire apostolique et secrétaire du roi Philippe-le-Long. Il avoit 
de grands biens, et en destina une partie à la fondation d'un collège qui a porté 
son nom. Il donna, à cette fin, une maison sise à Paris, à la rue Saint-Jacques, 
étendue, d'un côté, jusqu'à la rue Saint-Symphorien par la petite rue commune 
à sa maison et à celle des évoques du Mans et de Coutances, et, de l'autre, jus- 
qu'à la rue de Froid-Mante! , en avançant vers la maison de l'Hospital, c'est-à- 
dire de Saint-Jean-de-Latran, avec tous ses jardins, vergers, droits, apparte- 
nances et dépendances. . . (^'n 

''' Ilisloire de la Ville de Paris, t. I, p. 567. 

»i. 3/1 

IHPIIIMEIIII IIATIO^i>■C. 



266 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

La fondation faite, Geoffroy du Plessis la compiéta en lui assignant des revenus 
dans le pays de Caux, en Gotentin, en la prévôté de Melun, ainsi qu'au terri- 
toire de Vanves et autres lieux oii il avait des terres. Il transforma les deux 
principales pièces de sa maison en chapelle de la Vierge et en oratoire de Saint- 
Martin, y créa trois chapellenies, et donna des statuts à son collège. 

A peine installés dans la maison de leur bienfaiteur, les boursiers, qui étaient 
au nombre de quarante, dont vingt artiens, dix philosophes, dix théologiens et 
décrélistes, s'occupèrent de régulariser et de consolider la fondation, en faisant 
quelques échanges de rentes. Une pièce conservée aux Archives nationales (J. 1^9, 
n" Û9) nous apprend que le Roi daigna traiter «avec les escholiers de la Maison 
de Saint-Martin au Mont de Paris v. — C'est ainsi qu'on désignait le nouveau col- 
lège, qui ne prit que plus tard le nom de son fondateur. 

Un acte de dernière volonté acheva de consacrer la nouvelle fondation. C'est 
le testament de Geoffroy du Plessis, en date de iSSa. 

Voici quelques extraits de ce testament, qui fut traduit en français, lors de la 
dernière transformation du collège Du Plessis (lôSa) : ttJ'ay cédé et transporté 
ma maison, que j'ay longtemps habitée, sise rue Saint Jacques au Mont de Paris, 
ainsi qu'elle se comporte et estend vers la maison de l'Hospital et la rue de 
Noirie('), avec mes autres maisons voysines et contiguës, leurs entrées, sorties et 
issues, les jardins et vignes, avec tous leurs droits, appartenances et dépendances, 
toutes lesquelles choses j'ay données à perpétuité, et en pur don et aumosne, aux 
pauvres maistres et escoliers, lesquels habiteront à perpétuité ladite maison. ii 
Suivent d'autres dons et legs ne se rattachant point à la topographie pari- 
sienne : terres à Saynneville, à Brie, Eury, Vanves, etc. 

Deux siècles après sa fondation (1628 et iBSa), le collège Du Plessis est loca- 
lisé ainsi dans les titres : «corps dudict collège, contenant plusieui*s corps d'hostel, 
chappelle, cour et jardin, et deux maisons estantes dans ladicte rue Sainct Jacques, 
contiguës dudict collège, l'une le Mouton blanc, l'autre les Trois Saulcières, et 
deux petites boutiques; le tout attenant, et, du costé dudict collège, respondant 
en ladicte rue Sainct Jacques; tenant tout ledict collège, d'une part à la rue Fro- 
mantel, d'autre part au collège de Marmoutiers, par derrière à plusieurs mai- 
sons de la rue Chartière'^lfl 

Tout cet ensemble de constructions était encore debout au commencement du 
xvn* siècle, mais dans un état de caducité qui s'explique par l'ancienneté des 
bâtiments faisant l'objet du legs de Geoffroy du Plessis et n'ayant pas été restaurés 
depuis. Diminué par la fondation de Marmoutiers, le collège n'avait probablement 
rien pu prélever sur ses revenus pour réparer les locaux; situation qui lui était 

''' Voir, à cet (^gard, les arlicles relatifs à la rue Fromentel et au cimetière Saint-Beuoît. — >'' Ar- 
cliives nationales, M i8a. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 267 

commune, d'ailleurs, avec presque tous les établissements scolaires datant de l;i 
même époque. 

Cette situation est exposée au long dans une pièce conservée aux Archives natio- 
nales , et que nous reproduisons en partie aux Appendices : c'est un tr estât des basti- 
ments du collège Du Plessis d'après un procès-verbal de visite faict par les experts n. 
Il résulte de ce document, fort détaillé, que les boursiers du collège avaient quatre- 
vingt mille sept cent cinquante livres tournois à dépenser pour remettre en état 
les divers corps de logis dont se composait l'établissement. Un emprunt seul aurait 
pu leur procurer cette somme; mais il se présenta une autre combinaison qui 
leur parut moins onéreuse. Elle n'avait qu'un inconvénient, c'était d'anéantir, ou 
tout au moins de diminuer considérablement, la personnalité scolaire de la maison 
fondée par Geoffroy du Plessis. Félibien l'expose dans les termes suivants : 

En 1646, le collège Du Plessis prit une nouvelle face, à l'occasion qui suit. Le cardinal 
de Richelieu ayant abattu Tancien collège de Calvi , pour élever en sa place l'église de la Sor- 
bonne, ordonna par son testament qu'il seroit pris sur les biens de sa succession de quoi bâtir 
un collège dans l'espace qui e'ioit entre la rue de Sorbonne et celle des Maçons, les grandes 
écoles et la rue des Matliurins. Mais comme la dépense auroit monté trop haut, au gré des hé- 
ritiers, après plusieurs contestations sur ce sujet, on convint d'une somme d'argent pour la 
restauration du collège Du Plessis, dont les bâtiments tomboient en ruine et les revenus étoient 
fort diminués. Peut-être même le nom du Plessis, commun au fondateur et au Cardinal, fit-il 
choisir ce collège préféra blême nt à d'autres. Pour remplir les intentions du Cardinal, qui avoit 
ordonné que le nouveau collège fût uni à la maison et à la société de Sorbonne, il fallut faire 
résoudre l'abbé de Marmoutier à se déporter du droit de supériorité qu'il avoit sur le collège 
Du Plessis. C'est ce qu'il fut aisé d'obtenir d'Amador de Vignerod, neveu du cardinal de Riche- 
lieu, qui se trouvoit alors abbé commandalaire de Marmoutier, Il donna donc ses lettres de 
consentement, en date du 3 juin i6/i6, toutefois h certaines conditions; premièrement, etc.; 
en second lieu, que le corps de la société de Sorbonne seroit obligé de rétablir les bâtiments, etc. 
En conséquence de cette union, la maison de Sorbonne nomma un de ses docteurs, qui fut 
Charles Gobinet, pour principal du collège. C'est à ses soins qu'on est redevable de le voir aussi 
grand et aussi bien bâti qu'il est à présent. On commença au mois de janvier i65o par le bâti- 
ment (jui est au fond de la cour, sur lequel se voient les armes du cardinal de Richelieu. Les 
autres édifices furent construits depuis, avec la chapelle, bâtie en i66i '". 

Les héritiers du Cardinal et les Sorbonnistes, qui avaient reculé devant l'énor- 
mité de la dépense à laquelle aurait donné lieu la reconstruction du collège de 
Calvi, du moins dans les conditions stipulées par le testament de Richelieu, se 
montrèrent assez larges dans les travaux de réfection que nécessitait l'état du col- 
lège Du Plessis. Ils s'adressèrent au constructeur de la nouvelle Sorbonne, qui 
venait de faire ses preuves, et qui n'était autre que Le Mercier, architecte du Roi. 

'■' Histoire de la Ville de Paris, t. I, p. 669. 

3/i. 



268 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

On conserve aux Archives nationales, sous la cote S 66^7, plusieurs pièces im- 
portantes qui nous renseignent à cet égard. 

On trouve d'abord, en divers sacs et liasses, les devis et ttiarchés relatifs aux 
diverses séries de constructions qui se prolongèrent pendant vingt-cinq ans. Les 
premiers travaux s'appliquèrent naturellement à la réfection du principal corps 
de logis, situé au fond de la cour, en face de la porte d'entrée; puis vinrent 
les bâtiments annexes, auxquels se réfère un «Devis des ouvrages de massonnerie 
qu'il convient faire pour la construction d'un corps de logis en aisle dans la cour du 
collège du Plessis, du costé de la main droite, en entrant dans ladite cour, en l'estendue 
et espace de l'enclave et renfoncement quelle fait le long du mur du jardin du collège de 
Marmoutierr. Ce document, dont nous donnons un extrait aux Appendices, nous 
apprend que le bâtiment à construire devait être et fut en réalité crde pareilles 
hauteur et symétrie que le grand corps de logis du fond de la courii. Il se 
composait de quatre étages carrés, distribués en classes et en chambres spa- 
cieuses. 

Une troisième pièce n'offre pas moins d'intérêt : c'est un devis fixant et ce qui 
a esté pris de l\ Maison du Treillis verdt) pour la construction de la chapelle du 
collège. Un petit plan y est annexé et montre l'emplacement de cette maison qui 
avait été acquise avec son jardin , par « Messieurs de Sorbonne i> , au prix de dix- 
huit mille livres, et cela en 1674. 

Devenue ainsi le collège Du Plessis-Sorbonne et placée sous l'autorité des Sor- 
bonnistes, la vieille maison de Saint-Martin-au-Mont retrouva sa prospérité d'au- 
trefois : les écoliers du dehors vinrent s'y mêler aux boursiers, et l'établissement 
cessa d'être ce qu'il était originairement, ainsi que la plupart de ses voisins, une 
sorte d'hôtel meublé. En constatant que, de son temps, les pensionnaires y étaient 
tren grand nombre et des meilleures familles de Paris n, Brice rend hommage aux 
maîtres, «personnes d'un mérite rare, qui n'ont rien négligé de ce qui pouvoit 
contribuer à faire fleurir les lettres dans ce collège, en y faisant observer une 
discipline des plus régulières et des plus exactes qu'on puisse pratiquer pour l'é- 
ducation de la jeunesse ''^ -n. 

Respecté par les centralisateurs de 1768, le collège Du Plessis-Sorbonne fut 
déclaré propriété nationale en 1790, et servit de prison pendant quelque temps; 
puis il fut occupé successivement par les facultés de théologie, des lettres et des 
sciences. L'école normale secondaire s'y maintint jusqu'en 18/^7, époque où elle 
fut transférée dans la rue d'Ulm. C'est alors que les bâtiments furent réunis au 
collège Louis-le-Grand, et qu'on les rasa pour édifier sur leur emplacement la 



(') 



Description de la Ville de Paris, I. III, p. fia. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 269 

partie septentrionale du nouveau lycée. Au cours des travaux de démolition, on 
trouva, dans les fondations, la plaque commémorative dont voici le texte : 

QD-BV 

Josephus Emmanuel de Vignerod 
De Pont Courlay abbas de Richelieu 
Cardinalis Rischellii nepos dignissim' 
Dum philosophiœ in hoc gymnasio 
Esset auditor banc lapidem posuit 
Anno Domini 1657 instaurati a Sorbo 
Na Plessaei anno quarto gymnasiarcha 
S. M. N. Carolo Gobinet doctore et 
Socio Sorbonico. 

Cette première pierre est la seule qui reste aujourd'hui du collège Du Plessis- 
Sorbonne, lequel avait détruit, en l'absorbant, l'ancienne fondation de Geoffroy 
du Plessis. 

n. COLLÈGE DE MARMOUTIERS. 

Deux collèges ont eu pour fondateur commun Geoffroy du Plessis. «Six ans 
après avoir fondé le collège séculier qui porte son nom, dit Félibien, en tradui- 
sant l'acte de fondation, il en fonda un autre régulier pour les religieux de Mar- 
moutier (1829). Il donna, à cet effet, quatre maisons amorties qu'il avait dans 
Paris, dont trois étoient dans la rue S' Jacques, avec celle où il demeuroil alors, 
qui étoit grande et spacieuse, accompagnée de chapelle, cour, préaux, vergers et 
places, et s'étendoit de la rue S. Jacques à la petite rue de la Charière, qui joi- 
gnoit l'hôtel du duc de Bourgogne et conduisoit à la rue du Clos-Brnneau, et, 
par derrière, le long de la salle où l'on avait dessein de faire la grande chapelle, 
s'étendoit jusqu'au jardin du collège d'Arras''^. 11 voulut aussi que la grande cha- 
pelle, qui seroit faite sur le derrière de la plus grande maison, fût commune 
aux deux collèges '**. -n 

Ce nouvel acte de libéralité, fait en faveur des religieux de Marmoutiers, eut 
pour résultat de diminuer la part des étudiants séculiers du collège Du Plessis, et 
d'en réduire le nombre à vingt-cinq. Plus tard, le puissant collège de Clermont, 
dont la fondation est postérieure de plus de deux siècles, absorba Marmoutiers, 
tandis que Du Plessis trouva, peu après, de hauts protecteurs dans les héritiers 
du cardinal de Richelieu et dans la Société de Sorbonne. Il est vrai que les bour- 
siers séculiers du collège Du Plessis se succédaient régulièrement, en vertu de 

'"' Ce collège, qui aura sa notice h l'article de cernent de laquelle fut construite la chapelle com- 
la rue d'Arras, était d'abord silud entre celui du mune h Du Plessis et h Marmoulicrs. 
Mans et ik Maison du treillis vert, sur l'empla- ''' Uinloire de h Ville de Paris, t. I, p. [)'jo. 



270 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

l'acte de fondation, tandis que les novices de Marmoutiers durent cesser leurs 
études à Paris, à la suite de la réforme introduite en 1687 dans l'abbaye de 
Tours, parles religieux de la Congrégation de Saint-Maur. 

A la date de i6o3, un titre localise ainsi le collège de Marmoutiers, qui avait 
encore sa personnalité scolaire : et Collège de Marmoutiers, mesurant cinq cent 
treize toises environ de superficie, consistant en trois corps de logis et une grande 
cour, tenant, d'une part au collège Du Plessis, d'autre part à une maison qui dé- 
peiidoit du collège des Jésuites, par derrière à une petite ruelle qui répond vis-à-vis 
le collège Coqueret, et par devant sur la rue S. Jacques. En la censive de Sainte- 
Geneviève n. 

La ruelle dont il est question était plutôt une impasse débouchant dans la rue 
de la Chartière, et appelée, à cause de son passage à travers le collège, cr ruelle, 
ou cul-de-sac de Marmoutiers 11. 

La seconde fondation de Geoffroy du Plessis eut un peu plus de trois siècles 
d'existence. Les libéralités de Louis XIV, qui paya pour eux la somme de 
90,000 livres [Arch. nat., MM 388), permirent aux Jésuites, déjà propriétaires 
de l'Hôtel ou Cour de Langres, d'acquérir les bâtiments de Marmoutiers devenus 
inutiles par suite de la réforme bénédictine dont nous avons parlé. Mais les reli- 
gieux entendaient s'y maintenir, et la négociation fut des plus laborieuses; c'était 
évidemment un conflit d'ordre à ordre et de collège à collège. Nous en indiquons 
sommairement les incidents principaux : 

16 mai 16 /il, arrêt du Conseil d'Étal, par lequel, «Sa Majesté y étant, sans 
avoir égard aux opositions formées par lesdicts religieux anciens de l'abbaye de 
Marmoutiers, demeurant dans le collège de Marmoutiers à Paris, a uni et unit 
en collège ensemble la place et les bâtiments d'iceluy au collège des Pères jésuites 
de Clermont, en payant, par eux, la somme de quatre-vingt-dix mille livres comp- 
tant es mains d'un notable bourgeois de Paris. . . , voulant, SaMajesté, que ladicte 
somme soit par eux employée à l'acquisition d'une autre maison, qui portera le 
nom de collège de Marmoutier, et auquel seront annexés tous les revenus dudict 
ancien collège. . . (''■". 

Autre arrêt du Conseil privé, en date du 21 juin 16/11, par lequel ffil est or- 
donné que ... les Révérends Pères Jésuites seront mis en possession du collège de 
Marmoutier, et que, au lieu de consigner les 90,000 livres entre les mains d'un 
bourgeois, ils les garderont par devers eux, en baillant suffisante caution, et feront 
l'intérêt de ladicte somme jusqu'à l'employ d'icelle aux religieux anciens de ladicte 
abbaye '^N. L'arrêt fut signifié non seulement aux professeurs de Marmoutiers, 
qui s'obstinaient à ne pas quitter les locaux, mais encore et aux religieux dudict 

'■' Archives nationales, MM 388. — ''' Même fonds. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 271 

corps reformez, demeurant en l'abbaye de S. Germain des Prezn, laquelle éloit 
considérée comme le chef-lieu de l'ordre à Paris. 

A la suite de ce second arrêt, sommations furent faites par les Jésuites «aux 
religieux du collège de Marmoutier d'aller prendre leur logement dans un des 
bastimens neufs du collège de Cluny, en la rue de la Harpe n. 

On ignore le motif qui fit tomber l'opposition des religieux évincés, mais 
il intervint, à la date du 26 août de la même année, «entre R. P. dom Lermi- 
nier, profès de la congrégation de Saint-Maur et Cluny, grand maistre du 
collège de Marmoutier, de Paris, et les R. P. Jésuites, Julien Haineuve, rec- 
teur, et Charles Lallemant, procureur de ce collège, un accord par lequel ledict 
P. Lerminier consent que Icsdicts P. Jésuites entrent en possession réelle et ac- 
tuelle du collège de Marmoutier, en payant, par eux, quatre mille cinq cents 
livres, par an, jusqu'à rachapt qui sera de 90,000 livres (')•». Par cet acte, les 
Jésuites s'engageaient à acquitter «tous droits de lods et ventes, indemnité, amor- 
tissements, et ils présentaient pour caution un ancien échevin, Nicolas de Creil, 
«bourgeois de Paris d, que les religieux de Marmoutiers acceptèrent. 

Mais tout n'était pas fini : après consentement arraciié sans doute aux religieux 
de Marmoutiers, restait l'opposition de l'Université, qui voyait dans les acqué- 
reurs de l'un de ses collèges, de futurs et redoutables adversaires. Elle entama 
donc une instance contre eux ; mais, grâce aux influences dont ils disposaient, ils 
obtinrent, à la date du 28 avril i663, un arrêt du Conseil «contre les doyen, 
recteur et supposts de l'Université, qui prétendaient oster aux Jésuites la posses- 
sion du collège de Marniouliern et qui assignait ceux-ci à huitaine «pour l'exé- 
cution de l'arrest d'union du 16 mai iGliir. Les locataires de «quelques maisons 
dépendantes du collèges étaient également mis en cause. 

Il intervint une transaction, à laquelle se prêtèrent les religieux expulsés. 
Bien que l'arrêt du iG mai ifiiii les eût autorisés à faire l'acquisition d'une autre 
maison qui porterait le nom de «collège de Marmoutier ti, sans spécifier le lieu où 
s'élèverait le nouvel établissement, leur présence à Paris fut sans doute regardée 
comme gênante par ceux qui leur avaient succédé dans les bâtiments de leur 
collège, car, au mois de janvier i653, des lettres patentes permirent «aux reli- 
gieux de l'ordre de Saint-Benoist de transférer le collège ancien de Marmoutier, 
avec les revenus d'iceluy, au prieuré de Notre-Dame de la ville d'Orléans, d'en 
rebastir les cloistres et faire telles autres acquisitions qu'ils jugeront à propos, 
pour le remploy des 90,000 livres à eux dues par les R. P. jésuites ('^^n. 

Depuis lors, le collège Du Plessis n'est plus qu'un souvenir : les bâtiments, 
reliés à ceux du collège de Clermont, ont été entièrement rasés pour la réédifica- 
tion du lycée. 

''• Archives nationales, MM 388. — '' Môme fonds. 



272 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

III. COLLÈGE DE CLERMONT. 

Cet établissement n'appartient point, par la date de sa fondation, au grand 
mouvement scolaire des xiv*^ et xv* siècles, qui créa tant de collèges parisiens au 
profit des étudiants de province ; il est l'un des derniers fondés et demeura , pen- 
dant toute son existence, en hostilité ouverte ou cachée avec ceux qui l'avaient 
précédé. La Compagnie de Jésus désirait posséder une école à Paris; mais, comme 
elle n'était point encore autorisée en France, elle se fit donner l'hospitalité par 
certains collèges régulièrement établis, et, en particulier, par celui du Tré- 
sorier, ainsi que par celui des Lombards, a C'est là, dit Félibien, que Jean-Baptiste 
Viole, supérieur des Jésuites, étudiant dans l'Université de Paris, se logea en i5/io, 
avec ses compagnons, et oii ils demeurèrent jusqu'à i55o, que Guillaume Du- 
prat, évêque de Clermont, grand amateur de la nouvelle société, les retira dans 
son hôtel de Clermont, situé dans la rue de la Harpe''). ■» 

Cet asile ne pouvait leur suffire, et ils souhaitaient toujours d'avoir un col- 
lège à eux. Leur bienfaiteur, Guillaume Duprat, qui leur avait déjà fait un don 
considérable au moment où ils quittèrent le collège des Lombards, mit plus 
tard le comble à ses libéralités par ses dispositions testamentaires. Ce prélat qui, 
avant sa mort survenue le 22 octobre i56o, avait puissamment contribué à leur 
donner une existence légale en recevant la profession de Pierre Viole, et en ou- 
vrant pour eux un collège à Billom, ville de son diocèse, les mit enfin en mesure 
de réaliser leur dessein. «Comme sa principale vue, dit Félibien, avoit été de 
fonder un collège à Paris, il leur légua, pour aider à le bastir, six mille livres, 
sans compter les seigneuries de Comede-le-Mode et Amans d'Artière, dont il les 
avoit gratifiés par une donation entre vifs. Il ajouta de plus, par son testament, 
pour leur subsistance , la somme de quinze cent quarante six livres de rente an- 
nuelle sur les Prevosts et Eschevins de Paris, et outre cela, deux cents escus 
d'or sol, aussi de rente annuelle et perpétuelle, à condition d'entretenir six 
pauvres escoliers (^) ii. 

C'est avec ces ressources que les Jésuites acquirent l'Hôtel ou Cour de Langres , 
dont nous avons parlé en son lieu, et qui était voisin des collèges de Marmou- 
tiers et Du Plessis. Cet immeuble, assez considérable, devait son nom aux évê- 
ques de Langres qui l'habitaient au xv" siècle, et dont l'un d'eux l'avait d'abord 
possédé à titre privé. C'était Bernard de la Tour, après la mort duquel il passa 
au seigneur de la Tour d'Auvergne, s sans pourtant perdre, dit Sauvai, son nom 
de Hostel de Langres n. Mais ce seigneur tenait pour Charles Vil, et Henri VI, 
en i/i2^, confisqua l'hôtel d'abord au profit d'un de ses partisans, Jean Bazilie, 

'■' Histoire de la Ville de Paris, t. II, p. 109/i et suiv. — ''' Ibid. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 273 

seigneur de Maye et de Buffières, puis, du consentement de celui-ci, il le donna 
à Charles de Poitiers, évêque et duc de Langres, «rqui n'avoit point de maison à 
Paris fl, ajoute Sauvai. 

Mais, en ii36, quand les Anglais eurent évacué Paris, nous voyons l'hôtei 
faire retour à la famille de ses anciens propriétaires. En 1/186, un autre Ber- 
nard de la Tour, comte de Boulogne et d'Auvergne, le vendit à Pierre Simart, 
secrétaire du Roi. Ce personnage, qui était en outre trmaistre des eaux et forêts 
du duché d'Orléans T), ne le conserva point, ou du moins ne paraît pas l'avoir 
légué à sa descendance, car, au moment où les Jésuites en firent l'acquisition, il 
appartenait pour moitié à Jean Brachet, seigneur de Frovilie et de Portmorant, 
et à Antoinette Hennequin, sa femme. Le frère de celle-ci, Pierre Hennequin, 
conseiller au Parlement, fut l'intermédiaire de la négociation pour la moitié de 
l'immeuble. L'autre moitié appartenait à Jean Prévost, seigneur de Saint-Cyr- 
du-Sault, on Touraine, à Madeleine du Refuge, sa femme, ainsi qu'à Bernard 
Prévost, conseiller au Parlement, premier président des requêtes du Palais, et à 
Marie Pottier, sa femme ; la vente en fut consentie aux Jésuites par Nicole Prévost, 
conseiller au Parlement, président de la Chambre des Enquêtes, qui était co- 
propriétaire de cette seconde moitié avec ses deux frères. 

L'hôtel était, dans son ensemble, chargé, envers la commanderie de Saint- 
Jean-de-Latran, d'une redevance annuelle de soixante-cinq sols tournois, et en- 
vers l'abbaye de Sainte-Geneviève, de douze sols six deniers de cens et rentes. 

La négociation, qualifiée de treschange et achaptfl, fut conclue «moyennant 
treize cent vingt sept livres dix sols de rente, tant sur l'Hostel de Ville de Paris, 
que sur différons particuliers, et soixante dix livres de soulte-n. 

Le contrat fut fait avec quelque solennité; il est dit, dans la pièce originale, 
ffpassé en la Prévosté de Parisn, entre les vendeurs ci-dessus nommés et «le R. P. 
Cogordan, recteur du collège des Jésuites de Paris ti, situé à i'hostel de Clermont, 
en la rue de la Harpe, et procureur général de tous les collèges de l'ordre de 
France, suivant les lettres de procuration à luy données à Trente, le 3o janvier 
1 563 , signées Lahez (''a. Le signataire n'était rien moins que le second général de 
l'ordre. 

Les Jésuites s'étaient, d'ailleurs, ménagé des protecteurs à Paris; ils en avaient 
en la prévôté royale, comme on vient de le voir; ils en eurent également dans le 
sein de la prévôté bourgeoise, puisque le Bureau de la Ville, bien qu'il eût fait 
d'abord cause commune avec l'Université, en s'opposant, dit Félibien, à l'établis- 
sement du collège de Clermont, donna plus tard des marques d'estime et de con- 
fiance à la compagnie '■^'. 

L'acquisition de la Cour ou Hostel de Langres mit fin au séjour des Jésuites 
'' Archives nationales, MM 388. — '*' Même fonds. 



IVIKIHKhll KAIIO\ll.t. 



874 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

en la rue de la Harpe, où ils occupaient l'Hôtel de Glermont, à eux cédé par 
Guillaume Duprat, le 16 mai iSSg, moyennant indemnité en faveur de la mense 
épiscopale. «Le collège destiné à Paris, la maison qu'ils estoient en intention d'y 
avoir et acquérir pour y establir yceluifl, ainsi qu'il est dit dans les titres, de- 
viennent une réalité à partir de i563. Dans la même année, au mois de janvier 
(vieux style), Charles IX donna des lettres patentes portant amortissement a de 
toute somme à luy due par les R. P. Jésuites, pour raison de l'acquisition de la 
Cour et Hostel de Langrest). Deux ans plus tard, le 9 août i565, le Parlement 
les obligea à payer «aux religieux, abbés et couvent de Sainte-Geneviève-du- 
Mont et au commandeur de Saint-Jehan-de-Latran , la somme de trois mille deux 
cents livres, pour indemnité de leur acquisition ''^n. 

Mais LA Cour de Langres, malgré son étendue, n'était qu'un noyau : plusieurs 
maisons privées l'enserraient, et les Jésuites saisirent toutes les occasions de les 
acquérir, lorsqu'ils eurent satisfait à leurs premières obligations financières. C'est 
ainsi qu'ils achetèrent successivement : 

L'Ymvige saint Martin et la Malassise en 1678 et i58o; 

Une Maison sans désignation «joignant la Cour de Langres, et appartenant à 
Gabriel Bourdet'^'n (i582); 

L'Image saint Jacques, appartenant à la veuve et aux héritiers Cardinal (162 1): 

La Maison de l'Escc de Bourgogne, vendue en 1626 , au P. Fiileau, recteur du 
collège ; 

La Maison de l'Annonciation, vendue en i633, par le libraire Jacques Sanlecq; 

L'Image saint Jean (i636); 

La Maison du Fer à cheval (1667). 

Entre l'acquisition de 1682 et celle de 1621, il s'écoule un intervalle de 
trente-neuf ans, qui s'explique par la mesure prise contre les Jésuites, à la 
suite de l'attentat de Jean Ghâtel. Expulsés de France, où ils ne rentrèrent qu'en 
i6o4, ils ne songèrent point à reprendre immédiatement le cours de leurs 
achats, tout occupés, d'ailleurs, de faire construire un ensemble de bâtiments 

''' Les Registres du Bureau de la Ville sont fort discrets sur ce point. Il semble que plusieurs pièces im- 
porîantes n'y aient point été transcrites. — ''' Archives nationales, MM 388. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 275 

scolaires, sur l'emplacement qu'ils avaient acquis. La première pierre en fut 
posée, le a 8 août 1628, par le Prévôt des Marchands, Nicolas de Bailleul, 
accompagné de quatre Échevins, a dont la société, dit Ch. Jourdain, élevait les 
enfants T). 

L'Université protesta de nouveau ; mais elle ne put empêcher ni la reconstruc- 
tion du collège, ni l'acquisition d'autres immeubles, pour en augmenter les dé- 
pendances. L'année même où le P. Filleau achetait l'Escu de Bourgogne, il accom- 
plissait un autre et plus important acte d'agrandissement. Non content d'annexer 
à LA Cour de Langres les maisons environnantes, il voulait réaliser c l'union n des 
collèges du voisinage au nouvel établissement. Marmoutiers, Du Plessis, les 
Chollets, le Mans étaient l'objet de son ambition; mais il ne put cfunirn que ces 
deux derniers collèges, par suite de l'opposition des ir recteur, doyen et supposts 
de l'Université T), lesquels suppliaient le Parlement de ne point entériner et vérifier 
cries traitez faits et à faire pour raison d'union d. Cependant Clermont parvint à 
s'arrondir aux dépens des Chollets, ainsi que nous le dirons à la date de ce 
nouvel accroissement. A l'article du collège de Marmoutiers, nous avons raconté 
lannexion de cet établissement ; il nous reste à exposer celle du Mans. 

Le 1 1 octobre 1626, il fut passé entre Charles de Beaumanoir de Lavardin, 
évêque du Mans, et Jean Filleau, recteur du collège de Clermont, un contrat w tou- 
chant l'union des maisons et places qui coniposoient le collège du Mans, situé rue 
de Reims, près Saint Estienne du Mont, à Paris, audit collège de Clermont Wn. 
La négociation semble avoir été laborieuse, en raison des réserves, clauses et sti- 
pulations que contient le contrat. Le cédant consent à ce que le collège du Mans 
soit uni, mais non absorbé; il veut qu'il y reste trace de la fondation première, 
que les anciens boursiers soient bien traités, et qu'on puisse leur en adjoindre de 
nouveaux aux mêmes conditions ; il exige enfin que les Jésuites assurent à l'évêque 
du Mans un autre hôtel, en échange de celui qu'il leur cède, et consignent, pour 
cet objet, une somme de trente-trois mille livres. Le P. Filleau, désireux de réa- 
liser ff l'union :i, accorde tout; il est donc entendu trque la fondation dudit collège 
du Mans, faite par M^\e cardinal de Luxembourg, subsistera, ainsi queses armes, 
es lieux où elles sont; en cas de reconstruction des bastimens, qu'elles seront 
rétablies, et celles dudit Beaumanoir aposées. ..; qu'en la chapelle ou église, qui 
se doit bastir, il y aura une chapelle de Saint Julien, oiî seront les armes desdits 
cardinal et évoques . . .('^U. Ces stipulations, oh la vanité a sa petite part, sont 
accompagnées de clauses plus scolaires; les nouveaux propriétaires du collège 
du Mans jouiront des douze cent soixante-quatorze livres de rente lui apparte- 
nant, mais «ils entretiendront de nourriture, semblable à celle des autres pen- 
sionnaires, cinq boursiers qui seront du diocèse du Mans et placez par ledit 

Archives nationales, MM 388. — ''' Même fonds. 

35. 



276 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

sieur Evoque et ses successeurs, à raison de ado livres par chacun boursier, sans 
que ladite pension puisse estre augmentée pour aucune raison ny de cherté, ny 
autre ('N. 

Dans ces ternies, et l'union ■« fut approuvée par le roi Louis XIII, en octobre 
1 63 1, et le 8 du même mois, les Jésuites furent mis en possession du collège 
du Mans. Estimé à trente-trois mille livres, en 162 5, il fut déclaré peu après 
en valoir quarante mille. Mais plus d'un demi-siècle s'écoula avant le remploi de 
cette somme, et doux expertises successives, faites les 99 avril et 12 mai 1682, la 
portèrent, l'une à 55,o63 livres 10 sols, l'autre à 53,t56 livres i3 sols h de- 
niers. Une ordonnance du Roi prescrivit le payement de cette dernière somme 
entre les mains de l'évêque du Mans, pour être affectée trà l'achapt d'un autre 
collège (^'fl. L'hôtel de Marillac, sis en la rue d'Enfer, fut choisi pour recevoir les 
boursiers du Mans. 

Pendant ces longs atermoiements, le collège de Clermont poursuivait son ex- 
tension territoriale, en s'annexant les parties des établissements voisins qui pou- 
vaient augmenter et régulariser son pourpris. Dans les années 1 656 et 1660, à la 
suite de nombreux différends relatifs à des murs mitoyens et ayant donné lieu à 
d'interminables procès, les Prieur, Procureur et Boursiers du collège des Cliollets 
cédèrent à leur puissant voisin, et ce à titre d'échange, ce les petits baslimens et 
petite cour appartenant et joignant audit collège des Chollets, enclavés dans les 
maisons et héritages de celuy de Clermont, avec le droit de passage par la Maison 
DU Chef-Saiint-Je\n appartenant au collège de Clermont n. Ce que les Chollets re- 
çurent en échange était fort peu de chose : «quatre toises ou environ de terre 
enclavée dans la cour de leur collège, pour servir à l'accroissement et écarrissure 
de leur dite cour. 15 11 leur fut heureusement octroyé une indemnité en argent, à 
titre de soulte ; c'était une somme de quatorze mille sept cents livres. 

Nous avons jusqu'ici conservé au collège le nom qu'il devait à Guillaume 
Duprat; mais il l'avait échangé, en 167/1, contre celui du Roi, dans des circon- 
stances assez connues et peu topographiques. 

Un siècle plus tard, le collège portait encore le nom de Louis-le-Grand ; mais 
les Jésuites avaient dû le quitter le 26 mars 1763, par suite de la mesure qui les 
expulsait de France. Dans l'intervalle (1721), il y avait été créé ce que Félibien 
appelle de vestibule, à Paris, du collège des Capucins de Constantinoplen, c'est- 
à-dire l'école dite des Enfants de langues, composée^de dix jeunes gens, qui joi- 
gnaient aux matières classiques l'étude des idiomes turc et arabe, pour aller en- 
suite en Orient se perfectionner dans la pratique de ces idiomes et aider ainsi 

''' Arcliives nationales, MM 388. — ''' Même fonds. 



TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS. 




I I M I I I I I I I - 



— I— 



— 4— 



5a Mètres 



I 

I 
1 







5o Mètre» 



b). lloclicreuu dcl. 



J. Sulpis^. 



PLAN DU COLLÈGE DU MANS ET DE L'ÉGLISE COLLÉGIALE DES GRÈS, 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 277 

au développement du commerce français. [Histoire (le la Ville de Paris, IV, 
5o3.) 

Le départ des Jésuites coïncida avec la mesure générale de suppression des 
petits collèges qui n'avaient pas plein et entier exercice ; l'Université ne put prendre 
possession des bâtiments de Louis-le-Grand qu'à la condition d'en faire son chef- 
lieu, fixé jusque-là aux Mathurins, et d'y réunir les divers établissements auxquels 
l'insuffisance de leurs revenus ne permettait plus de vivre. 

L'Université, qui s'était opposée dès l'origine à linstallation des Jésuites, et 
qui n'avait jamais voulu les recevoir dans son sein, put donc, deux siècles après leur 
prise de possession de la Cour de Langres, y entrer triomphalement. Les commis- 
saires du Parlement l'y accompagnèrent, distribuèrent les locaux, et dressèrent 
procès-verbal de cette opération, qui eut lieu le i" décembre 1768. L'année sui- 
vante, il fut pris diverses mesures pour la réparation, l'aménagement et une meil- 
leure distribution des locaux. La nouvelle dénomination donnée au collège et 
« l'union n avec Dormans-Beauvais furent rappelées par l'apposition d'une plaque 
commémorative. Les Archives nationales conservent, sous la cote M 168, les 
pièces rédigées à cette occasion. 

Durant la période révolutionnaire, si l'on y comprend le Consulat et l'Empire, 
l'institut des boursiers, nommé successivement Collège de l'Egalité [i'] ^9.), Piy- 
tanée (1800) et Lycée impérial (1 8o5) , maintint ses classes ouvertes dans les jours 
de la Terreur, et vit une partie de ses locaux affectés à usage de prison. On 
lui rendit, en 181Û, son appellation de Collège de Louis-le-Grand. De nos jours, 
après avoir porté le nom du philosophe Descartes, il est l'objet d'une réfection 
qui en fait un édifice nouveau. 



EGLISE SAINT-ETIENNE-DES-GRÉS. 

Le nom du premier martyr de l'église chrétienne a servi de vocable à de nom- 
breux oratoires. A Paris, en particulier, on en comptait trois, indépendamment des 
chapelles et des chapellenies érigées en l'honneur du célèbre diacre. Le plus an- 
cien de ces édifices paraît avoir été Saint-Etienne-le-Vieiux , (t qui joignoit la cathé- 
drale et qui ne subsiste plus a, dit Félibien. C'est là, ajoute le même auteur, que 
s'est probablement tenu le concile de Paris de l'an 899, contrairement à l'opinion 
de Baluze, qui le fait siéger à Saint-Etienne-dcs-Grés '''. 

Cette dernière église était l'une des deux qu'on avait élevées sur la montague 
Sainte-Geneviève, en l'honneur du saint. On la distinguait de l'autre par l'appel- 
lation ffdes Grési), tandis que celle-ci était dite ndu Moutn. 

'"' Histoire de la Ville de Paris, t. I, p. 128. 



278 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Les anciens historiens de Paris ont assigné à l'église Saint-Étienne-des-Grés une 
origine fort ancienne; mais la critique moderne a réduit cette antiquité à de justes 
proportions. Ceux qui tiennent pour saint Denis l'Aréopagite et qui, avec Raoul 
Boutrays, l'appellent prœsul Achiviis, ah arce Cecropidum ad Celtas mis- 
sus (^Lutetia, éd. de 162 1, p. 1 7), lui attribuent la fondation de cette église, sans 
aucune pièce à l'appui. Lebeuf est plus réservé : tfll y a preuve, dit-il, qu'elle 
avoit été bâtie au moins cent cinquante ans avant les guerres des Normans. Je 
suis bien éloigné, ajoule-t-il, d'en faire remonter l'origine au siècle de saint 
Denis. Je me contente de dire que cette église existoit dès le yu" siècle, parce 
qu'une riche dame de Paris, ou des environs, nommée Hermenlrude, en fait 
mention dans son testament ^'l -n 

Ici Cocheris contredit Lebeuf sur un point. Le savant auteur de YHisloire de 
loul le diocèse de Paris avait dit : a Saint-Etienne subit le sort des petites églises 
d'autour de Paris; elle fut pillée et brûlée par les Normans avant la fin du 
ix^ siècle <2). fl Or ni Saint-Étienne-des-Grés, sur la rive gauche de la Seine, ni 
Saint-Étienne-le-Yieux, en la Cité, ne lui paraissent avoir été victimes des 
incursions normandes. La première, écrit-il dans ses annotations, «ne fut point 
brûlée par les Normands; ce fut, au contraire, une des églises qui leur fut ra- 
chetée, ainsi que le dit expressément l'auteur des Annales de Saint-Bertin : Dani, 
Lutetiam Parisiorum agressi, basilicam B. Pétri el Sancle Genovefe incendunt, et cèleras 
omnes, prêter domum S. Stefani. . . , pro quibus tanlummodo, ne incendcrentur, mulla 
solidorum summa soluta est^^K Lebeuf pense, il est vrai, que ce passage se rapporte 
à l'église Saint-Etienne, proche Notre-Dame; mais, comme il est presque certain 
aujourd'hui que les Normands n'ont jamais pénétré dans l'intérieur de la Cité, 
on ne peut admettre qu'ils aient reçu de l'argent pour épargner une église dont 
ils ne s'étaient pas emparés <*'. 

Sauvai était arrivé à peu près à la même conclusion. Cette « maison de Saint- 
Etienne t, quahfiée d'église dans le poème d'Abbon, est-ce, dit l'auteur des Anti- 
quités de Paris, Saint-Etienne-du-Monl, qui touche à Sainte-Geneviève, ou Saint- 
Étienne-des-Grés, qui en est un peu plus éloignée et qui, depuis environ cent 
cinquante ans, a perdu son nom propre parmi la populace ignorante, car elle 
l'appelle Saint-Étienne-des-Grecs, au lieu qu'elle a toujours été appelée, dans les 
anciens titres et monuments, Saint-Étienne-des-Grés? Je croirois plutôt que ce 
seroit la dernière, s'il est vrai que la première fût lors, comme elle est à présent, 
toute joignante l'église de Sainte-Geneviève. En ce cas, l'église Saint-Étienne-du- 
Mont ne pouvoit pas s'exempter d'être brûlée, non plus que celle de Sainte-Ge- 

''> Histoire de loul le diocèse de Paris, ddit. Go- '' Recueil des Historiens de France, t. III, p. 7 1 . 

chéris, t. II, p. 55. '*' Histoire de tout le diocèse de Paris, éd. Go- 

''' Histoire de tout le diocèse de Paris, l. II, p. 91. chéris, l. II, p. 55. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 279 

neviève, en étant si proche, et nous voyons que cette église de Saint-Etienne fut 
garantie de toutes sortes de dégâts ^'l -n 

Maintenant qu'il nous suffise de résumer le peu que l'on sait sur l'édifice, 
dont la valeur architecturale, après plusieurs remaniements, était à peu près 
nulle, sur les tenants, aboutissants et dépendances, ainsi que sur les découvertes 
qu'on a faites dans ses environs immédiats. 

ff L'édifice de l'église de Saint-Etienne-des-Grés, dit Leheuf, n'a d'ancien que 
le côté où est la chapelle de N. D. de bonne délivrance, oii plusieurs piliers et 
la tour sont d'environ 1200. Le portail de devant paroit être plus nouveau de 
cent ans. Le reste est postérieur et construit sans ornemens. On n'y voit plus 
aucune tombe ('In 

A ces renseignements, un peu trop généraux, nous pouvons heureusement 
ajouter un état descriptif de l'édifice en 1 689, oii l'on rappelle ce qu'il avait été 
auparavant; nous l'empruntons à un factum, crpour les chanoines et chapitre de 
ceste église D, imprimé en cette année et conservé aux Archives nationales. Un 
plan y est joint, et permet de voir comment l'édifice se profilait sur la rue Saint- 
Jacques, oi!i il avait son entrée, et sur celle de Saint-Etienne-des-Grés, le long de 
laquelle s'étendait son flanc septentrional. On voit, à l'inspection de ce plan, 
comment l'église touchait, par son chevet, au clos qui en portait le nom, ainsi 
qu'au pourpris du collège de Lisieux. On aperçoit également le cloître canonial 
placé sur le flanc méridional de l'église avec laquelle il communiquait, ayant son 
entrée principale sur la rue Saint-Jacques et touchant aux maisons en bordure 
sur la Petite-Bretonnerie. 

Voici un extrait du factum auquel ce plan est annexé : 

Fault entendre qu'en l'église dudit S. Estienne des Grecs une des plus antiennes de Paris 
et des premières construictcs, y avoit antiennement troys porlailz, l'un qui servoil à la prln- 
cipalle nef du millieu, qui est eucore. L'autre à costé joignant la rue qui tend à l'e'glise saincte 
Geneviefve du mont. Et le tiers de laustre costé vers la porte Sainct Jacques. Cestuy est main- 
tenant en court ou cloistre. 

Devant ces trois porlailz y avoit antiennement une place vague ou parvy, «iVe atrium Ecclesiœ, 
autrement dict petit cimetière, tendant du long du bout à aullre depuys la rue Saincte Gene- 
yiefve jusques à l'encoingnure de la maison du Porc Espic, joignant laquelle estoit le dernier 
portail dont est à pre'sent question. Et de large, à prendre depuys lesdictz portaux jusques au 
pave' de la grande rue Saiuct Jacques, vis-à-vis des Jacobins, et à la lignes des (de'cliirure 
du papier) maisons. 

Est advenu par succession de temps comme ladicte église qui estoit lors bien fondée, et en 
laquelle le peuple de Paris faisoit de grands biens, et y avoit grande dévotion, l'église étoit 
bien entretenue. Et depuys la ville s'estant accreue petit à petit, le peuple ayant transféré sa 
dévotion ailleurs, l'église est demeurée pauvre. 

'•' Antiquités de Paris, t. I, p. 978. — •'' Histoire de tout le diocèse de Paris, t. H. p. Sg. 



280 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

De façon que ia voulte de l'une desdictes aîie'es tirant du costé de la porte Sainct Jacques 
estant tombée et le Cliapitre n'aiant moyen de fournir aux fraiz pour rebastiment et restauration 
d'icelle, Ion i'auroit laissée en forme d'une court ou petit cloistre, comme il est de présent, 
auquel se voyent encores les pilliers des arcs boutans qui soubstenoient ia voulte dont y a en- 
cores partie en nature des deux costez de ladicte allée. Ensemble une vielle et antienne montée 
qui est au bout par oii l'on souloit monter au dessus des voultes de l'église, laquelle sert de 
présent pour monter à quelque chambre que l'on a faict contre le long et au dessus des por- 
taux de laditte église pour loger les chanoines. 

Tellement que ce troisiesme et anlien portail qui, servant de passage à ceste allée, estant 
appliqué à usage prophane parce qu'il ne servoit plus au corps de l'église, l'on avoit faict baslir 
contre ledict portail une petitle maisson et ediffice oiî est de présent pour enseigne la Croix 
blanche, l'on avoit ainsy retiré l'enclos du parvy, et délaissé le devant de ladicte maison de la 
Croix RIanche en court pour servir tant ausdicts usages de ladicte maison que du petit cloistre 
et dcsdicles chambres bastyes sur les portaux de l'église, demeurant tousjours les très fondz 
de ceste place à la pi'opriété de l'église '^l 

Ce que ne dit pas le factum composé pour ies besoins d'une instance judiciaire, 
mais ce que nous savons par ailleurs, c'est que l'église, en son état de caducité 
et dépourvue et d'ornemensn, selon le mot de Lebeuf, possédait cependant un 
bénitier sur lequel était gravé le fameux vers rétrograde, qu'on lisait autrefois 
autour de celui que possédait la basilique de Sainte-Sophie, à Constantinople ; 

«Lave tes péchés et non pas seulement ton visage. t^ 

Un autre objet d'art, ou plutôt de dévotion, que possédait l'église Saint-Etienne- 
des-Grés, c'était la statue de Kotre-Dame de la Délivrance, décorant la chapelle 
de ce nom et appartenant aujourd'hui à la chapelle des religieuses hospitalières de 
Saint-Thomas de Villeneuve, rue de Sèvres. 

Il résulte du factum précité que l'église Saint-Etienne-des-Grés était assez déla- 
brée vers la fin du xvi" siècle , et que les ressources manquaient pour lui rendre 
son ancien aspect, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les choses restèrent en cet 
état pendant le xvn% et Lebeuf, qui écrivait au xvui'', ne mentionne aucun travail 
de restauration accompli de son temps. Ce n'est pas, d'ailleurs, au moment où 
l'on songeait à réédifier somptueusement l'ancienne église Sainte-Geneviève, que 
l'on pouvait songer à réparer Saint-Élienne-des-Grés, dont les nouvelles écoles de 
Droit allaient, en outre, occuper les abords. Les dépenses du Chapitre excédant 
de beaucoup les ressources, rien ne put même être tenté, et l'édifice ne présen- 
tait plus d'intérêt ni au point de vue artistique, ni sous le rapport des besoins 



0) 



Archives nationales, S 907. Factum publié on 1689. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 281 

religieux du quartier, lorsqu'il fut fermé par la mesure générale de sécularisation. 
On y apposa les scellés le 28 décembre 1790 ; l'église fut vendue en deux lots les 
16 et 17 avril 1792, et rasée peu de temps après. Sur ses fondations ont été 
élevées deux maisons, l'une dans la rue Saint-Étienne-des-Grés, l'autre en façade 
sur la rue Saint-Jacques. 

Quelques subslructions ont été reconnues, il y a peu d'années, au cours des 
travaux exécutés pour l'agrandissement des bâtiments de la Faculté de droit; mais, 
sauf quelques traces d'anciennes fondations, aucune découverte de quelque im- 
portance n'est venue s'ajouter à celle qui fut faite en i64o, et dont Lebeuf, 
historien du siècle suivant, parle en ces termes : 

«Vers l'an 1 6/10, on découvrit, derrière le chevet de cette église, dans les fon- 
dations d'une maison, une vingtaine de coffres construits de briques et de petites 
pierres, où étoient des cendres, et, par dessous, on trouva une boëte pleine de 
médailles d'or et d'argent, de Constantin, Constant et Constance, laquelle expo- 
sée à l'air, tomba en poussière, et il ne reste que les médailles W. d Sauvai, qui 
rapporte le même fait dans des termes identiques, dit que la découverte eut 
lieu ffdans les fondations du logis d'un maître maçon nommé Marchant (''^n. 

La maison dont il s'agit étant placée derrière le chevet de Saint-Etienne, c'est- 
à-dire sur le côté oriental de la voie romaine allant de Lutelia à Genabum, il n'y 
a rien d'étonnant qu'on y ait trouvé des sculptures contemporaines du règne 
de Constantin et de ses successeurs. On sait, en effet, que les Romains et les 
Gallo-Romains inhumaient leurs morts le long des routes'^'. D'autre part, l'exis- 
tence, dans le voisinage des Thermes et des Arènes, de nombreuses villœ, habi- 
tées par de riches Parisii, rend fort naturelles les inhumations faites dans le 
pourpris même de ces villœ. 

Des trois églises consacrées à saint Etienne, deux — Saint-Etienne-le-Vieux 
et Saint-Etienne-des-Grés — ne sont plus aujourd'hui qu'un souvenir. Saint- 
Etienne-du-Mont seul est resté debout. On en trouvera la monographie dans le 
volume suivant. 



RUE SAINT-JEAN-DE-LATRAN. 

Cette voie, dont il ne reste presque rien aujourd'hui, était peu étendue et 
sans grande importance; elle devait sa notoriété à ses deux collèges — Tréguier 

''' Histoire de la Ville de Paris, 1. 11, p. 55. (las salue, sur ie grand cbemio de Mantoue, le 

"• Antiquités de Paris, t. II, p. .S3C. tombeau de Bianor. Ainsi l'exigeait, du reste, la 

''' La i\' églogue de Virgile (vers 59, 60) loi des Douze Tables : Hominem mortuum in iirbe 

mentionne expressément ce fait : le berger L^ci- ne sepelito, neveurito. 

Ti. 36 



INCnilCEIlE HITIOKj 



282 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

et Cambrai — et surtout à l'asile qui y fut fondé par les Hospitaliers de Saint- 
Jean. Cet établissement, antérieur à la fondation des deux collèges, servit à la 
désigner, et lui imposa ses diverses dénominations. 

Bien qu'elle soit qualifiée de viens, dans les textes latins, vers le milieu du 
xni" siècle, elle est appelée, presque à la même époque (1276-1278), cf rue sans 
chief encontre l'ospitaln et et rue qui n'a point de bout devent l'ospitaln. On serait 
porté à croire qu'il s'agit ici de la ruelle Fromentel; mais les livres de la Taille 
y mentionnent plusieurs contribuables, qui ne pouvaient évidemment habiter 
cette ruelle sans importance, sur laquelle les maisons des rues voisines avaient 
seulement leurs murs de flanc. Au contraire, la voie appelée reruë Sainct 
Jehan de Jherusalem, Sainct Jehan de l'Ospital^, ou simplement «de i'os- 
pilalfl, conduisait à l'établissement hospitalier, ainsi que le dit une pièce 
de 1266 : ff Viens per quem ilur ad domum hospitalem Jherusalemn, formule qui se 
retrouve dans un titre de i38i. Le fait seul que l'Hôpital de Saint-Jean y avait 
son entrée avait dû déterminer un mouvement de construction des deux côtés de 
la rue et y créer des contribuables. Or les livres de la Taille de 1276 et de 1278 
ne parlant que d'une seule nrue sans chief n, il faut bien reconnaître, dans cette 
désignation , notre rue Saint-Jean-de-Latran , dont l'ouverture est très probable- 
ment contemporaine de la fondation de l'hôpital. Cette dénomination n'apparaît 
que vers la fin du xvi" siècle. 

Le point de départ de la rue, à l'est, était le carrefour formé par les l'ues Jean 
ou Saint-Jean de Beauvais, du Mont-Saint-Hilaire , Chartière et Fromentel; l'a- 
boutissant, à l'ouest, était l'ancien cimetière de Saint-Benoît, sur l'emplacement 
duquel fut ouverte au xvu* siècle, la place Cambrai'^). C'est cette extrémité occi- 
dentale qui a le plus souffert : amputée d'abord pour la création de la place sur 
laquelle fut établi le tr collège royale, elle a perdu, il y a quelques années, la 
totalité de son flanc septentrional, par suite du percement de la rue des Ecoles. 

La rue de Saint-Jean-de-Latran s'est aussi dénommée rue de Ghabanais, en 
1526. A cette époque, elle était peuplée de libraires, et l'on n'y trouvait qu'un 
seul relieur. [Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, etc., t. XIII, p. 3.) 

Une nouvelle rue de Latran a été ouverte de nos jours, parallèlement à 
celle-ci, et à travers l'enclos de la commanderie; mais elle a été tracée au nord 
de l'ancienne, dont l'emplacement reste marqué par la voie longeant, en contre- 
haut, le Collège de France et ses dépendances. 

''' Voir les articles relatife à cette place, ainsi que ceux qui concernent les rues Fromentel et du Gime- 
tière-Saint-Benoît. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 283 

.» CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

PAROISSE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT. 

JUSTICE ET CENSIVE DE SAINTE-GENEVlÈVE. 

Maisons DES Comehans, Coatmohan ou Qooêtmehan (i 876), faisant le coin de la rue 
Fromentel, à laquelle elles aboutissaient, et s'étendant jusqu'au collège de Cam- 
brai. Ces maisons, dont le vocable breton est très reconnaissable, appartenaient 
à l'évêque de Dol et furent acquises par l'ordre, jhssu, dit le texte latin, de Guil- 
laume de Gomehan, ou Coatmohan, pour l'établissement du collège de Tréguier. 
Réunies à ce moment, elles ont été divisées plus tard sous les quatre désignations 
suivantes : 

Maison de l'Ymaige sainct Nicolas (1623), puis de Saint-Jehan-en-l'Ile (lôog) 
et enfin Ostel du Petit Corbueil (iSgB). Cette maison, qui devait ses deux der- 
nières dénominations au prieur du monastère de Saint-Jean-de-l'Ile, près de Cor- 
beil, auquel elle appartenait, formait l'angle de la rue Fromentel. 

Maison de la Roze (i38o) et de la Roze rouge (iBaS), paraissant avoir eu, à 
une époque indéterminée, la Corne de daim pour troisième enseigne. 

Maison de la Chaizb (1609), sans autre indication. 

Maison du Cerceau d'argent (i55o), composée de deux corps de logis et d'un 
jardin, tr joignant le toutî». Au milieu du xvi* siècle, le Cerceau d'argent est dit 
(rau Prieur de S. Jehan en l'Islen et «s'appelle le Petit Corbueil a. 

CENSITB DE SAINT-JEAN-DE-LATBAN. 

Collège de Tréguier et de Léon. 

Par son testament en date du 20 avril i325, Guillaume de Coatmohan, alias 
Comehan, Coëtmohan, Quoëlmohan et Quoïstmohan, qui était grand chantre de 
l'église cathédrale de Tréguier, en Bretagne, et docteur régent en droit de la 
faculté de Décret, à Paris, donna plusieurs maisons qu'il possédait «en la rue de 
Lospital Sainct Jehan de Jherusalem n , ainsi que diverses terres à lui apparte- 
nant dans le voisinage de Paris, pour abriter et entretenir huit pauvres écoliers 
de sa famille ou de son diocèse. Un mémoire manuscrit, conservé aux Archives 
nationales, sous la cote S 6682, localise approximativement l'immeuble dans 
lequel le collège fut établi : 

«C'était, y est-il dit, une des maisons du fondateur, qui avoit son entrée vis à 

36. 



284 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

vis l'hôpital Saint-Jean-de-Latran, à côté de celle du collège de Cambray. . . Il 
est assez difficile de se former une idée bien distincte de l'emplacement de cette 
maison et des autres léguées par le fondateur. . ., car, outre que dans l'inter- 
vale de plusieurs siècles, il y avoit esté fait différens changemens, comme la plus 
grande partie de ces maisons a été détruite, qu'on y a construit une partie du 
collège Royal, formé une place et élargi une rue sur le terrain qu'elles occupoient, 
il ne subsiste plus rien qui puisse servir à fixer les idées. . . Ce terrain compre- 
nait un espace qui donnoit sur la rue S. Jean-de-Latran et sur la rue Fromentel, 
et aboutissait à une ruelle qui séparoit le collège de Cambrai de celui de Tré- 
guier. Sur ce terrain, outre la maison du collège, il y avoit sept autres maisons 
connues dans les titres par les enseignes de la Salamandre, de la Bonne foi, de 
LA Cage, de la Lanterne, de l'Arbre verdoyant, du Loup qui tau.le et de l'Arbre 
SEC '^^. y 

Un document de 1677 localise plus exactement le collège de Tréguicr, qui 
est dit : ce situé en la place Cambray, tenant d'un côté, au collège des Trois evesques, 
d'autre à la petite ruelle Jean de Lalran, par derrière à la rue Froid mantel, et, 
par devant à la grande porte des frères hospitaliers de Saint Jean de Latran . . . 
Il n'est resté , après 1610, que quelques vieilles maisons joignant le collège royal, v 

Bien qu'il y eût eu dans la dotation du collège de quoi entretenir huit bour- 
siers bretons, moins d'un siècle après sa fondation, le collège avait besoin de nou- 
velles ressources; un de ses anciens boursiers, Olivier Douiou, alias Donjou, Dan- 
jou, et Donjon, docteur régent en Décret, fonda, en 1/112, six nouvelles bourses 
à Tréguier. Quatre ans après, Christian d'Hauterive, évêque de Tréguier, léguait 
au collège six corps d'hôtel «sis en ceste ville de Paris, en la rue des Petits- 
Champs (^^n. Ce supplément de biens n'ayant pas suffi, une nouvelle réunion de 
bourses eut lieu. Ainsi le constate Félibien : «Le 26 avril 1675, Laurent, sei- 
gneur et marquis de Kergroadez, patron du collège de Léon, autrement dit de 
Kérembert, donna au collège de Tréguier l'emplacement de ce collège de Léon, 
dont les boursiers avoient vendu jusques à la charpente, aux tuiles et aux pierres; 
et le collège de Tréguier fît rebastir celui de Léon^^l r> 

Il semblerait que ces divers appoints aient dû rétablir les affaires du collège 
de Tréguier; mais, dit le continuateur de Du BouUay, «une mauvaise adminis- 
tration et des dissentiments intérieurs réduisirent ses revenus et menacèrent son 
existence; aussi, lorsqu'il abandonna, pour l'établissement du collège de France, 
une partie (sic) des terrains qu'il possédait, il trouva, dans ce marché, plus de 
profit que de préjudice n. 

1'' Arcliives nationales, S 6682. '" Félibien, Histoire de la Ville de Paris, 1. I. 

'*' Archives nationales, S 6582. p. 5/io. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 285 

L'emprise à faire sur le collège de Tréguier et ses dépendances comprenait le 
collège entier et trois maisons attenantes; résolue par Henri IV dans les premiers 
mois de 1610, elle fut réalisée dans la même année. Les procès-verbaux qui nous 
en donnent le détail sont donc trà cheval d sur deux règnes : le premier porte la 
date du 5 avril, et le second, celle du 28 juin. Félibien raconte le l'ait en ces 
termes : ttLe roi Henri IV, voulant faire bâtir un collège royal du nom de France, 
dans l'Université de Paris, fit estimer le collège de Tréguier et celui de Cambrai, 
pour bâtir à leur place le collège royal. Il fut stipulé que les boursiers du col- 
lège de Tréguier auroient leur demeure dans la moitié du grand corps d'hôtel 
qui seroit entre les deux ailes, et qu'en attendant ils prendroient annuellement 
la somme de quatre cents livres au trésor des bâtiments. . . On n'a bâli qu'une 
aile du collège royal . . . , et les boursiers de Tréguier, depuis 1610, sont sans 
collège; mais depuis 1666, ils ne sont pas payés des quatre cents livres de rente 
que le roi Henri IV leur avoit promises ''^. -n 

Nous extrayons du «Procez verbal de visite et estimations, dressé les i5 avril et 
28 juin 1610, les détails suivants sur les propriétés et parties de propriétés du 
collège de Tréguier, qui contribuèrent à former le pourpris du Collège royal : 

«Premièrement, une cuisine au derrière de la salle à manger où est pour en- 
seigne LA Sallemarde. . .(-) en la rue Saint-Jean-de-Latran ; 

ffllem, une maison sise rue Fromenteuil, où est pour enseigne i.'Estoile 
d'or ... ; 

rrltem, une maison sise rue Saint Jean de Latran, où est pour enseigne le Lys 

ROYAL ... ; 

«hem, un jardin planté d'arbres fruitiers et treilles, tenant à la ruelle; 

(titem, un corps de logis étant dans ledit collège et sur le devant dudit, où est 
une boutique de libraire. . .; 

ffUem, le surplus dudit collège appliqué, au rez de chaussée, à un grand pas- 
sage . . . W. Il 

Cet extrait fait connaître aux dépens de quels voisins le Collège royal s'est l'ait 
la place qu'il occupe encore aujourd'hui, et que diverses additions ont successi- 
vement augmentée. 

L'indemnité de dépossession ayant été inexactement et tardivement payée, le 
collège de Tréguier ne fit que végéter. En 1768, lors de la réunion à Louis-le- 

•'' Histoire de la Ville de Paris , t. I, p. 54i. Vassalieu fut édité, en i6ii, par la veuve de 

'" H importe de recueillir, en note, un rensei- Jean Le Cierc, marchand et tailleur d'hijstoires , 

gnenient tiré du Bulletin de la Société de l'histoire lequel avait achalandé la Salamandre dès avant 

de Paris, tnars-avril 1882, à la page 55. D'après iSgo. 

cette publication, voilà le local où le plan de <'' Archioes nationales , S 658i. 



286 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Giand de toutes les fondations scolaires qui n'avaient point c: d'exercice t , on ne 
comptait plus à Tréguier que trois boursiers. 

Maison sans désignation, dépendant du collège de Tréguier et faisant le coin 
oriental de la ruelle Fromentel et de la rue Saint-Jean-de-Latran^ 

Rdelle aboutissant à la rue Fromentel , dont elle portait le nom dès le xiv* siècle. 
On la trouve ainsi désignée en iSSg, et ruelle Fromentel en i/i56; souvent 
même on ne lui donnait d'autre dénomination que celle de ruelle. Gomme elle 
aboutissait aux deux rues, nous avons cru devoir la mentionner à chacune d'elles. 
Elle existait encore au commencement du xvu'^ siècle. 

OsTEL AUX Carneaulx, OU Crenaulx (iSa/i), l'une des nombreuses maisons pa- 
risiennes qui portaient ce nom. Elle formait l'angle occidental de la ruelle Fro- 
mentel. 

Maison DE LA Roze (1826). 

Grande maison, dite Ostel de Cambray, appartenant à Guillaume d'Auxonne, 
fondateur du collège de ce nom; elle était contiguë à l'ancien cimetière de Saint- 
Benoît, lequel faisait le coin méridional de la rue Saint-Jacques. C'est sur l'em- 
placement de cet hôtel et des deux maisons précédentes qu'a été établi le collège 
de Cambrai. 

Collège de Cambrai. 

Cet établissement scolaire na rarement fait parler de lui dans l'Université n , 
dit le continuateur de Du Boullay, «mais, s'il ne brillait pas par les études, il 
n'était pas mal partagé sous le rapport matériel •«. En effet, on y comptait, selon 
un document cité par Laverdy et conservé aux Archives nationales (MM 87 a), 
ff plusieurs beaux et grands bâtiments, comme grandes salles servant pour les lec- 
tures publiques, quarante chambres à cheminée, accompagnées chacune de trois 
ou quatre cabinets, cinq caves voûtées, plusieurs greniers, quatre cours pavées, 
trois boutiques au devant, une imprimerie en dehors, un puits, dix bûchers, ou 
celliers, six privés en six endroits dudit collège t>. 

Cette installation, assez somptueuse pour un collège, il la devait aux libéralités 
de trois évêques, qui avaient concouru à sa fondation, et dont il portait le nom, 
concurremment avec celui de Cambrai. Tous les historiens de Paris ont parlé du 
Collège des Trois évêqces; mais ils en ont rapporté la fondation à l'année i348, 



TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VI EVX PARIS 




Echelle de o.ooi 




Echeile de o.ooi 




f c^elte de o.ooz 




Echelle de o.oo 



F M>7ner. 



J Sulp'S se 



PLANS DE DIVERS COLLEGES DE LA REGION CENTRALE DE LVNIVERSITE 
d'après des documents inédits conservés aux Archives Nationales 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 287 

tandis que le testament de Guillaume d'Auxonne, qui, le premier, en eut le des- 
sein, est de i34/i. Ce prélat chargea son compatriote Hugues de Pomard, Bour- 
guignon comme lui, de réaliser son projet, et à celte œuvre s'associa Hugues 
d'Arcy, originaire de la môme province. C'est pour cela, dit Lebeuf, que (tle 
collège fut appelé quelquefois collège des Trois évêqucs de Bourgognes. Guillaume 
d'Auxonne, qui avait occupé le siège de Cambrai avant de passer à celui d'Autun, 
donna à l'établissement le nom de son premier diocèse; ou plutôt, la maison qu'il 
habitait à Paris et qui s'appelait irl'ostel de Cambrayn, ayant servi à la première 
installation du collège, celui-ci reçut naturellement cette appellation. 

Félibien, qui a reproduit, dans ses Preuves, l'acte de fondation et les statuts, 
énumère les divers évêchés et archevêchés dont les fondateurs furent titulaires : 
Langres, Aulun, Laon, Auxcrre, Cambrai, Reims; puis il expose ainsi l'emploi 
qui fut fait des legs et donations consentis au nouvel établissement : 

Les exécuteurs du testament de Hugues de Pomard achetèrent ceut livres dix sous parisis 
de rente à Montdidier au diocèse d'Amiens. Les exécuteurs du testament de Hugues d'Arci four- 
nirent pareille rente acquise dans le diocèse de Sens; et ceux qui furent charg(5s d'exe'cuter les 
dernières volontés de Gui d'Aussonne donnèrent la maison qu'il avoit à Paris vis-à-vis S. Jean 
de Latran, où les écoliers furent établis au nombre de sept boursiers, outre un maître ou prin- 
cipal, et un chapelain qui serait aussi procureur. On assigna six sous parisis à chaque boursier 
par semaine, douze au principal; et au procureur, outre sa bourse de six sous, une somme de 
cent sous parisis par an. Les premiers statuts de ce collège furent dressés par les exécuteurs 
testamentaires des trois évèques, la même année de sa fondation, et confirmés depuis par Jean, 
évêque de Preneste, cardinal et légat du pape Clément Vil, le 9 juillet 1879, et par l'évêque 
de Paris, Aimeri de Maignac, le 20 juillet i38o. Il y est ordonné que les écoliers de la por- 
tion de Hugues de Pomard seront pris de l'évèché d'Autun ; ceux de la portion de Hugues d'Arci, 
de l'évèché d'Auxerre, ou s'il ne s'en trouve point, de celui d'Autun; et ceux de la portion de 
Gui d'Auxonne, d'Avesne au diocèse de Cambrai. Toutes les bourses, depuis la mort des fon- 
dateurs, ont été à la nomination du chancelier de l'Université. La chapelle fut dédiée sous le 
titre de Saint Martin t*'. 

Le souvenir des trois généreux fondateurs était attaché au collège par la déno- 
mination que la reconnaissance publique lui avait donnée; il le fut encore, d'une 
façon plus saisissante, par une sorte de fresque dont Lebeuf parle en ces termes : 
«Les trois évoques sont représentés en peinture de ce tems là, avec leur nom 
au portail qui est du même tems*^). n 

Ce n'était pas la seule décoration artistique du collège de Cambrai; un tr procès- 
verbal de visite et estimalionu, fait en 1G12, dont malheureusement nous avons 
perdu la trace, signale «deux tourelles en saillie, de pierre de taille, regardant 
la grant place et ornant la façades. 

''' Histoire de la Ville de Paris, 1. 1, p. 6o2. — '*' Histoire de tout le diocèse de Paris, édit. Cocheris, 
t. 11, p. fio6. 



288 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Le collège de Cambrai, ou des Trois-Evêques , n'avait que deux siècles et demi 
d'existence lorsqu'il fut acquis, avec celui de Tréguier, pour l'établissement du 
Gollèpe royal. Leur peu d'importance et le vaste emplacement qu'ils occupaient 
les désignaient naturellement aux architectes que Henri IV avait chargés de trouver 
un terrain pour la nouvelle fondation. Gaoïbrai possédait un grand jardin et une 
chapelle isolée des bâtiments scolaires; c'est sur lui que porta principalement 
l'emprise nécessaire à l'établissement du Collège de France. 

Il y avait d'ailleurs, dès le règne de François I" et de Henri H, ce qu'on peut 
appeler un commencement d'exécution : les lecteurs et professeurs royaux, pour 
lesquels on avait eu d'abord la pensée de construire un édifice spécial, au lieu où 
Mazarin fit bâtir plus tard le collège des Quatre-Nations, firent leurs leçons dans 
les spacieuses salles que possédaient les collèges de Tréguier et de Cambrai, et 
qui n'étaient point occupées par les boursiers. Le Roi devait contribuer à la répa- 
ration et à l'ameublement de ces salles; ce qui était un acheminement vers la 
dépossession ultérieure des deux établissements. 

En 1611 furent faits divers procès-verbaux de visite et estimation, que nous 
reproduisons aux Appendices, et qui donnent d'intéressants détails sur l'aména- 
gement intérieur du collège de Cambrai; puis, le 18 avril 1612, pour se con- 
former aux intentions du roi défunt, la reine régente fit acquérir la plus grande 
partie du pourpris et des bâtiments, moyennant une somme de cent dix-sept mille 
cinq cents livres ('), dont elle se réserva de payer la rente jusqu'à ce qu'on eût fait 
bâtir un nouveau corps d'hôtel pour loger les boursiers. Mais, en 1768, il était 
dû, pour arrérages de cette rente, vingt mille six cent quatre-vingts livres. Le bâ- 
timent n'ayant pas été construit, les boursiers demeurèrent dans la partie de 
l'ancien collège restée en dehors des constructions en cours, jusqu'au moment 
de leur réunion à Louis-le-Grand. En 172^, dans ce qui restait des anciens 
bâtiments du collège de Cambrai, l'enseignement du droit français devait être 
installé, mais l'arrêt du Conseil du roi ne fut point exécuté. 

Quant aux rares boursiers que le collège avait conservés, en passant à Louis- 
le-Grand, en 1763, ils laissèrent vide le corps de logis qu'ils occupaient, et qui 
fut démoli en 177^, pour l'agrandissement du Collège de France. 

Le lecteur a dû remarquer que la monographie de ce dernier établissement se 
trouve implicitement contenue dans celles des deux collèges auxquels il a succédé; 
nous lui avons néanmoins consacré une notice spéciale, p. i8 et suiv. 

Maison ctoii souloit pendre pour enseigne les Quatre fils Hemosh, et depuis 
l'Ymaige sainct Martin. 

Ancien cimetière de Saint-Benoit, ainsi désigné en liSa : «Ung cyme- 

''' Archives nationales, MM 879. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 289 

tiere, qui est en ladicte rue Sainct Jacques, et faisant le coin de la rue, par la- 
quelle on va de ladicte rue à Sainct Jehan de Latran, lequel cymetiere, qui est 
cloz de mur, est front à front de ladicte église Sainct Benoist, et appartenant à 
y celle église; ouquel cymetiere a deux portes fermans, l'une du costé de ladicte 
rue Sainct Jacques , et l'autre du costé du colliège de Gambray ; au bout duquel 
cymetiere, devers ledict collège de Carabray, a une petite place commune, estant 
en la haulte justice de ladicte église Sainct Benoist et de Saincte Geneviefve, 
et laquelle place extend jusques auprez de la grant porte de la principale entrée 
dudict colliège de Gambray, et jusques à une tournelle, contre laquelle est enclavé 
un marmozet de pierre de taille, qui regarde sur une borne, laquelle a accous- 
tumé estre sur le bout de la chaussée de ladicte rue de Sainct Jehan de Latran; 
lesquels borne et marmozet, que on dit fait la séparation des haultes justices de 
Sainct Benoist et de Saincte Geneviefve. n 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 

JUSTICE ET CENSIVE DE SAlM-BESOÎl. 

Maison de lv Corne de daim, puis de la Samaritaine (i585), contigue à celle qui 
faisait le coin de la rue Saint-Jacques et l'angle occidental d'une ruelle commu- 
niquant avec cette rue. En 1667, l'immeuble est ainsi désigné : «Maison de la 
GoR>E DE DAIM, OU DE LA Samaiutainb, en la ruë Sainct Jehan de Jherusalem, à 
l'opposite de l'ancien cymetiere de l'église de Sainct Benoist le Bestourné ..., te- 
nant, d'une part, à l'ostel de ladicte cure, et, d'autre part, à ung hostel apparte- 
nant à Huguenin Hérion, faisant le coing de ladicte ruë Sainct Jehan de Jheru- 
salem, par derrière à une ruelle commune descendant à ladicte grant ruë Sainct 
Jacques. ■» La Corne de daim, ou la Samaritaine, dans laquelle Guillaume Lerouge 
imprimait en 1 5 1 2 , n'était donc point alors la demeure du curé de Saint-Benoît, 
puisqu'elle tenait «à l'ostel de ladicte cure a, lequel fait l'objet de l'article sui- 
vant : 

(tOstel de la Cure (1667), ou presbytère de la paroisse de Saint Benoist, fai- 
sant l'autre coin de la ruelle en iBSB.ii 

Maison de l'Ymaige sainct Kristophe (iBBg), ainsi désignée à cette date : a Saint 
Kristophe à Saint Benoist, faisant séparation d'un jardin à la Commanderie. » 

Au regard de cet immeuble, voici une intéressante communication de M. Paul 
Le Vayer : «Nicolas de Saint-Denis, relieur de livres, rue Saint-Jean-de- Latran, 
en la maison où pend pour enseigne Saint Ghristophle, et dame Magny, sa femme, 

TI. 37 



HLRIC !4*riO«*Lt. 



Î90 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

passent contrat de donation entre vifs, le lundy 19 janvier lôSy, etc. n [Arch. 
nal., Y 128, f° -iZig™.) 

Antérieurement à cette dernière date, c'est encore à Saint-Christophe, près le 
Collège de France, que transporta ses presses Berchtod Rembolt, de Strasbourg, 
après avoir occupé temporairement le Soleil d'or (de Gering), rue Saint-Jacques. 
La veuve dudit y continua l'industrie typographique jusqu'en i5i3, époque où, 
remariée à l'imprimeur Claude Chevallon, elle rentra au Soleil d'or. 

Enfin, année 1607, Prévôteau, libraire et imprimeur, demeura aussi non loin 
du Collège de France, mais on ignore sous quelle enseigne. 



CENSIVE DE 8A1NT-JEÀN-DE-LATBAN. 



Jardin dépendant de l'Hôpital, puis de la Commanderie. 
Maison des Trois Couronnes (1697). 

OSPITAL DE JeRHUSALEM, OU CoMMANDERIE DE SaINT JeUAN DE LaTRAN (voir ci-après 

la monographie de cet établissement). 

Maison sans désignation (iSq/i), au-dessus de laquelle se trouvait la porte 
d'entrée du cloître; elle est, en effet, désignée ainsi dans un titre de 1617 : kles 
Trois Couronnes, faisant closture de ladicte Commanderie. a 

Maison de l'Espe'rance (iSgi), ayant probablement fait partie de la suivante 
à une époque qu'il est difficile de préciser. Quelques années auparavant, c'est-à- 
dire en 1689, attiré sous cette enseigne par un riche achalandage, Gilles Gourbin 
y honora les presses parisiennes. * 

Greniers de la grange de sainct Jehan de Latrax, datant du xiif siècle et ayant 
été transformés en habitations. Ce qui en subsistait dans ces derniers temps se 
composait d'une longue salle, assez étroite, divisée en deux nefs, par une suite 
de colonnes qui recevaient la retombée des nervures croisées des voûtes. Ces 
greniers, au-dessus desquels régnaient deux étages, servaient, comme les ctgran- 
chesT) de Saint-Benoît, situées dans le cloître de ce nom, à abriter les redevances 
en nature perçues par l'Hôpital, ou la Commanderie. 

Maison de l'Ymaige sainte Anne (i55o), contiguë à celle qui faisait le coin de 
la rue Jean , ou Saint-Jean-de-Bcauvais. 

Maison de la grosse escriptoire, dont on ne connaît que l'enseigne; mais celle 




 



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RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 291 

enseigne est notable. D'après Blavignac [Histoire des Enseignes, p. 45), «les caba- 
rets avoisinant les tribunaux avaient pour enseigne I'Ecritoire, etc. ■«. Celle-ci est 
due au voisinage des quatre Ecoles de Décret de la rue Jehan de Beauvais. 

En la rue Saint-Jean-dc-Latran paraissent avoir habité plusieurs personnages 
importants, Louis de Bourbon, duc de Montpensier, la dame de Selve, veuve d'un 
ambassadeur, les membres de la famille deVillebon, etc.; mais, en l'absence de 
documents précis, il n'est pas possible d'identifier leurs demeures avec les mai- 
sons que nous venons de mentionner. 



HÔPITAL, 
PUIS COMxMANDERIE DE SAINT -JE AN-DE-LATRAIV. 

C'est vers le milieu, ou aux dernières années du xn'' siècle, car les chrono- 
logistcs disputent, que se place la fondation de l'hôpital de Saint-Jean-de-Jéru- 
salem. Alors commencèrent à surgir les constructions qui bientôt constituèrent 
le vaste ensemble coimu, au moyen âge et plus tard, sous la double dénomina- 
tion placée en tète de cet article. 

L'usage auquel était affecté l'asile placé sous le vocable de Saint-Jean, exigeait 
un assez grand espace. «C'était, dit le continuateur de Du BouHay, un îlot de ter- 
rains et de maisons soumis à la juridiction des frères Hospitaliers; ils avaient fait 
construire là un hôtel, une église et une tour à quatre étages, de forme carrée; 
l'hôtel servait d'habitation au commandeur de l'ordre; l'église, desservie par les 
frères Hospitaliers, était ouverte au commun des fidèles; la tour, s'il faut en croire 
une tradition assez répandue, était réservée aux pèlerins venant d'Asie Mineure, 
qui demandaient l'hospitalité, t Cet ensemble formait un pourpris s'étcndant entre 
les rues de Saint-Je-in-de-Latran, Saint-Jacques, des Noyers et Jean-de-Beauvais, 
comprenant des cours, des jardins et des logements particuliers pour les artisans 
qui, n'étant pas pourvus de la maîtrise, désiraient «œuvrera en dehors de la 
juridiction des corporations ouvrières. L'enclos de Saint-Jean-de-Latran était donc 
tout à la fois un lieu d'hospitalité et de franchise, et il a conservé longtemps ce 
double caractère. 

HippoKte Cocheris a voulu, après les historiens de Paris, préciser la date de 
la fondation de l'hôpital Saint-Jean; mais il n'a pu qu'en fixer l'époque ap- 
proximative : «l'acte le plus ancien que l'on connaisse est, dit-il, une concession 
de privilèges, faite, par le roi Louis VU, aux chevaliers de Saint-Jean en 1 158. C'est 
probablement vers cette époque, ajoute-t-il, que les Hospitaliers, possesseurs de 

quelques maisons dans la censive de Saint-Benoît, élevèrent un oratoire en l'hon- 

37. 



292 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

neiir de Saint-Jean l'Hospitalier, oratoire pour lequel ils payaient chaque année, 
au chef-lieu de Saint-Benoît, onze sous et deux rauids de vin, et oii il leur fut 
défendu, en 1171, d'exercer les droits curiaux '').■)) 

C'est la date de cette prohibition que Félibien a prise pour celle de la fonda- 
tion de la maison hospitalière. L'oratoire préexistait; seulement on commença 
alors à construire, dans le pourpris au milieu duquel il s'élevait, les nombreux 
bâtiments qui formèrent plus tard, ainsi que nous l'avons déjà constaté, un grand 
ensemble connu sous le nom de et enclos de Saint-Jean-de-Latrami. 

Dans les petites maisons de cet enclos demeuraient non seulement des cri- 
minels, des déserteurs ^^^ des ouvriers libres, mais encore des étrangers, des prêtres 
de province qui n'avaient qu'un court séjour à faire à Paris, des maîtres, des éco- 
liers et diverses autres catégories de personnes. Toutes ces locations donnaient 
des revenus auxquels s'ajoutait le produit de plusieurs maisons parisiennes et de 
biens ruraux acquis ou légués à l'asile hospitalier. Une déclaration de la fin du 
xvi^ siècle, que nous publions aux Appendices, nous renseigne à cet égard. 

Hippolyte Cocheris, éditeur de Lebeuf, a enrichi son auteur d'un commen- 
taire descriptif assez étendu sur l'hôpital et la Commanderie de Saint-Jean-de- 
Latran; nous croyons utile de le reproduire : 

L'église, dit-il, qui n'avait rien de remarquable, était formée d'une grande nef, séparée du 
chœur par une balustrade en bois, avec une fort jolie chapelle placée au côté gauche de l'église. 
Cette chapelle, dédiée à Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, avait été fondée par GillebertPouchct, 
ancien commandeur de Montdidier, vers i38o. On l'appelait, en i655, la chapelle de la Nun- 
ciation, et on avait orné l'autel d'un lit et à'un jardin de cire ouvré qui avait coûté 6 sous parisis 
(Arch. de l'Emp., S. 5ii8). En i6o3, on éleva dans cette chapelle un mausolée de 5 mètres 
d'élévation, en l'honneur de l'archevêque de Glascow, James de Béthune, mort à Saint Jean-de- 
Latran; à côté de ce mausolée était un autel dédié à Sainte-Marguerite, et au bas du marche- 
pied de cet autel on voyait le tombeau du commandeur AUagny, bailli de la Morée. La balustrade 
en bois qui séparait le chœur de la nef avait été remplacée, grâce au prince de Conty, par une 
grille en fer ornée d'une porte à deux battants, sur laquelle étaient émaillées les armes de l'ordre 
et celles du commandeur d'Avernes du Bocage. Toute la nef, depuis la grande porte sculptée 
aux armes du bailli de la Roche-Brochard, jusqu'à la grille du chœur, était pavée en dalles de 
pierres formées avec les tombes placées primitivement dans l'église. Au xv' siècle, le grand autel 

''' Histoire de tout le diocèse Je Paris, édit. Co- croisés , paraît-il , ne peuvent fustiger leurs hommes 

chéris, t. II, p. 101. d'armes, sans qu'aussitôt ceux-ci, par l'espoir de 

''' Aussi, dans Y Histoire littéraire de la France, l'impunité, se rebellent : 
t. xvni[, p. 819, Hugues de Bersii, qui florissait 

vers le milieu du \m' siècle, s'ëlève-t-il avec une Qiiien la tcnv d'outic-mer 

certaine force contre le pernicieux droit de fran- "'ose pas baiiro un chevaliers 

,.,... . , 1 I 'H I , 1 Ses scrians ne ses escuiers, 

chtse dont louissent les ordres du lemple et de „ ,■ , ., „ 

J ^ ^ Que ne (lient qu il 1 occira, 

ÏOspital. Ce qui préoccupe surtout le trouvère, Et qu'en Osuilal s'enfuira , 

c'est le point de vue de la discipline militaire. Les Ou au Temple, s'il puet ainçois. 




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RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 293 

était recouverl d'une pièce de cuir teinte en vermeil qui avait été donnée, en ii54, par frère 
Enguenand le Jeune, de Douai, et les chevaliers avaient conservé encore à cette époque l'usage 
de suspendre par une crosse derrière l'autel, le vase ou pyxis contenant les saintes hosties. 
(Arch. del'Erap-.S. 5 118.) 

En dehors du logement du commandeur, de celui des frères attachés à la commanderie et 
de la grosse tour, dont le rez-de-chaussée fut transformé en prison, en 1751, il y avait à Saint- 
Jean de Latran une grande salle voûtée, comme on en voyoit dans toutes les maisons seigneu- 
riales, et que rappelle aujourd'huy, toute proportion gardée, la salle des Pas-Perdus du Palais 
de justice. Je n'en aurais rien dit si, dans les comptes qui me sont passés sous les yeux, je 
n'avais pas remarqué deux articles fort curieux relatifs à l'ornementation de cette salle et qui 
touchent en même temps à l'histoire littéraire. 

Ces deux articles montrent qu'on accrochait dans la grande salle de la commanderie des 
tableaux où se trouvaient renfermées des copies d'ouvrages à la mode. Les deux ouvrages cités 
par le compte ihbU, sont de Jean Lcfevre et de Christine de Pisan. Le premier, appelé Chaton 
ou Chatonnel n'est autre que la traduction des Proverbes de Caton; le second est le célèbre ou- 
vrage connu sous le nom de Dits moraux 

Les bàtimenis de Saint-Jean de Latran ont été élevés sur des constructions romaines que 
l'on a retrouvées lors du déblaiement de i855. On sait que la tour abattue pour faire place à 
la rue des Écoles, était un magnilîque spécimen de l'architecture du moyen âge. Le rez-de-chaus- 
sée et le premier, construits à la fin du xu' siècle, et les deux étages supérieurs, au commen- 
cement du xiii' siècle, étaient d'une exquise pureté. Cette tour, d'une forme rectangulaire, avait, 
à chacun de ses étages, une salle divisée en deux travées; d'élégantes colonnes supportaient les 
arceaux croisés des voûtes d'arêtes construites en petit appareil 

L'église fut supprimée en 1792. Les bâtiments furent vendus à divers particuliers, et 
l'église, en partie détruite en i8a4, ser\it d'écoles communales. La tour, que tous les archéo- 
logues parisiens regrettent de ne plus voir debout, a été démolie au mois de novembre i85i, 
pour faire place aux nouvelles constructions de la rue des Écoles '''. 

On sait qu'elle avait reçu, eu dernier lieu, le nom de Bicbat, à cause de l'in- 
scription apposée en l'honneur de ce savant, qui y avait établi un laboratoire 
pour les expériences scientifiques auxquelles il se livrait. 

L'auteur de {Itinéraire archéologique de Paris, qui écrivait au moment où dispa- 
raissaient les derniers restes de l'hôpital et commanderie de Saint-Jean-de-Latran , 
en a laissé une description de visu, qu'il nous a paru utile de reproduire, comme 
complément de celle qui précède : 

L'entrée principale, dit-il, s'ouvrait en face du collège de France. Les bâtiments les plus 
notables de l'enclos étaient la grange aux dîmes, le logis du commandeur, la tour, l'église 
et le cloître. La grange aux dîmes, curieuse construction du xiii* siècle, couverte de voûtes 
ogivales à nervures croisées, et partagée en deux nefs par un rang de colonnes monostyles, se 
trouvait placée sur le côté méridional, vers la place de Cambrai. Depuis bien des années, des 
épiciers, des marchands de vins, des vendeurs de peaux de lapin emplissaient ces vieilles ga- 
leries, oii chacun s'était fait un gîte de plâtre et de bois. Dans les travaux de démolition exécutés 

''' lîuluire de tout le diocèse de Paris, t. II, p ioi-to6. 



294 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

PD i856, on a reconnu l'existence d'un fossé qui s'étendait au pied du mur extérieur de la grange 
et qui en protégeait les abords. 

L'hôtel du commandeur est détruit depuis longtemps. . . Le donjon de Saint-Jean avait la 
forme d'un parallélogramme, plus développé dans un sens que dans l'autre. Son élévation com- 
prenait quatre étages, les trois premiers voûtés en pierre, avec colonnes engagées dans les murs; 
le quatrième couvert en charpente. L'architecture simple et belle, la forme des nervures, le 
style des bases et des chapiteaux, annonçaient une construction du temps de Philippe-Auguste. 

. . . Une maison appliquée à l'église, du côté du sud, est venue cacher, il y a déjà nombre 
d'années, quelques débris de l'élégante arcature d'un cloître du xiii° siècle. L'église a perdu, en 
1823, son abside reconstruite en style gothique du xv" ou du xvi' siècle. La nef, qui date de 
la fin du xn' siècle, existe, mais partagée dans sa hauteur par un plancher. Fenêtres étroites 
en ogive simple, colonneltcs en faisceaux reposant sur des consoles, chapiteaux dont le feuillage 
ne se détache pas de la masse, voûtes ogivales croisées de nervures rondes, clefs ouvragées, 
dont une présente l'image de l'Agneau de Dieu. Les frères Anguier avaient sculpté en marbre, 
dans le chœur, une Sainte Famille et le monument de Jacques de Souvré, grand prieur de 
France. Près de l'entrée de la nef, au nord, frère Gilbert Ponchet, commandeur de Montdi- 
dier, qui est mort en liig, fonda la chapelle élégante de Notre-Dame de Bonnes-Nouvelles. 
Les symboles des Évangélistes et deux charmants groupes d'anges, les uns jouant de la viole et 
du psaltérion, les autres chantant le Salve regina, sont sculptés sur les consoles aux retombées 
des voûtes. Des peintures contemporaines de la fondation couvrent les murs; saint Nicolas, un 
donateur et plusieurs saints personnages, s'y distinguent encore. Au-dessus de l'emplacement 
de l'autel, on a retrouvé, sous un affreux paysage du xvn" siècle, appliqué en manière de ba- 
digeon, une ancienne peinture, plus curieuse que toutes les autres par son style et par ses dé- 
tails iconographiques : c'est la descente du Saint-Esprit sur la Vierge et sur les apôtres '''. 

De tout cet ensemble artistique et archéologique, il ne reste plus que des dé- 
bris conservés au Musée de Cluny sous les numéros qui s'étendent de 2608 à 
2618. Nous avons fait graver les pièces les plus caractéristiques, ainsi qu'un 
dessin de la tour Bichat, relevé, au moment de la démolition, par M. Ch. Vac- 
quer. Aujourd'hui, sauf une voie nouvelle, ouverte à travers l'ancien enclos, 
sous le nom de rue de Latran, et perpendiculaire à l'ancienne, rien ne rappelle 
l'hôpital et la commanderie de Saint-Jean. 



RUE SAINT-JULIEN-LE-PAUVRE. 

Celte petite voie, qui aboutit, d'une extrémité, à la rue Galande, et, de l'autre, 
à celle de la Bùcherie, a été ouverte très anciennement près des clos de Garlande 
et de Mauvoisin , à côté desquels elle existait sans doute à l'état de sentier. On ne 
lui connaît pas d'autre nom que celui de la chapelle à laquelle elle conduit encore 
aujourd'hui. Située presque tout entière dans la censive de Saint-Julien, elle 

''' F. DE Gi'iLiiERMv, Itinéraire archéologique de Paris, p. a5.5 et suiv. 



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.REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 295 

formait la partie principale du fief possédé par le prieuré de ce nom, lequel, après 
avoir appartenu à l'abbaye de Longpont, devint, au xvu" siècle, la propriété de 
l'Hôtel-Dieu et comprenait alors une quarantaine de maisons, tant dans la rue et 
l'enceinte de Saint-Julien que dans les voies environnantes. 

Les plus anciens documents appellent cette rue vicus Sancti JuUani pauperis , sans 
indiquer quel est le saint qualifié de pauvre. La question se rattache plus parti- 
culièrement, d'ailleurs, à la chapelle, qui sera l'objet d'une notice spéciale, à la 
suite de la description topographique de la rue. Les percements modernes n'ont 
pas entamé cette voie antique qui conserve encore, du côté occidental, son aspect 
d'autrefois. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Sud au Nord). 

PAROISSE SAINT-SÉVERIN. 

GENSIVB DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison des Deux espées (iBig), contiguë à celle qui forme l'angle occidental 
de la rue Galande, dont elle faisait peut-être partie à une époque antérieure. On 
l'y trouva réunie à la date de 1 5/i2 ; mais l'une et l'autre ont du exister auparavant. 

CEN8IVE DE SAlKT-SYHPaORIEN. 

Maison des Carneaulx, l'un des nombreux immeubles parisiens qui devaient ce 
nom aux créneaux dont ils étaient munis. C'est pour la distinguer des autres du 
même vocable qu'on lui a donné, en 1A61, l'enseigne de la Bergerye, et, en 
iBtg, celle du Berger. Une note de A. Berty explique ainsi ces changements : 
«Les créneaux ne sont ordinairement que des réminiscences du nom ancien de la 
maison. D Une appellation plus moderne serait celle de et caverne de Laifemasii; 
elle la devait sans doute au séjour qu'y fit le lieutenant civil Isaac de Laffcmas. 
ff Cette belle maison, dit un historien de Paris, était ornée d'un fronton monu- 
mental, représentant Thémis tenant la balance de la justice; elle était chargée 
de cinq sols de cens et de rente par cliascun an. v 

CENSIVE DE 8AINT-JULIEN-LE-PAUVRB. 

Maison du Papegault (1587), du Perroquet (iBûo) et de l'Image sai.nt Seveiun 
(i6o3). 

Maison du Soufflet (1689), du Solfixet vi:iit {\Ï)9.-j). 



296 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison du Sabot (1587), puis des Trois Gorbillons (167^). 

Ces trois immeubles paraissent avoir eu peu d'importance, puisqu'on ne trouve 
dans les titres, que leurs dénominations, dues probablement aux industries qui 
s'y exerçaient. 

Maison de l'Imaige saikt Jehan (1587), qui constituait, antérieurement à cette 
date, la partie postérieure de l'Hostel des bourses, situé dans la rue du Petit-Pont. 
En i5/i3, elle en fut séparée et rebâtie en deux corps : le Sabot et Saint-Jehan. 

Maison du Locquet, puis du Mirouëb d'argent (1 589) et de l'Imaige Nostbe-Dame 
(1589). Malgré la diversité de ses enseignes, on lui en trouve une nouvelle en 
1660 : LE MiROUËR, de présent la Corne de cerf, tenant à la Fleur de lys. 

Maison de la Fleur db lys (1589), contigue à la maison dite du Coq, ou du Coq 
ET DE la Poule, dont nous avons parlé à l'article de la rue de la Bûcherie. Elle 
faisait le coin occidental de cette rue et paraît n'avoir été primitivement qu'une 
dépendance du Coq, ainsi que l'était le Mirouër. 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 

PAROISSES DE SAIM-SÉVERIN ET DE SAIM-ÉTIEMNE-DU- MO.XT. 

JUSTICE ET CENSIVE DE SAlNTE-GENEVlÈVE. 

Maison du Paon (1/12 4), contigue à celle qui formait l'angle oriental de la rue 
de la Bûcherie. La maison angulaire portait l'enseigne de Nostre-Dame, si répandue 
dans le Vieux Paris, et la maison du Paon a eu pour annexe la Gr anche'''. 

PAROISSE DE SAINT- SÉVERIN. 
JUSTICE ET CENSIVE DU PRIEURÉ DE SAINT-JULIEN-LE-PAUYRE. 

Maison de l'Escu de France (1 687), qui est dite, en 1660, aboutir au tr Jardin 
de Saint-Julienn. 

Maison sans désignation. 

'"' Un descripleur moderne a fait revivre LE Paos dd Paon est aujourd'hui bouchée. Deux énormes 

et LA Grange; on peut les reconnaître à In des- bandes de fer, anciennement destinées à protéger 

cription qu'il donne des deux corps de logis : frLa les jambages de la porte, apparaissent sous les plâ- 

porte en bois de cette Grange existe encore, mais Iras qui les recouvrent en partie." {L'Eglise Saint- 

ne s'ouvre que contre le mur; celle de la maison Jiilim-k-Pnuvre , par Armand Le Brun. p. 71.) 



TOPOGRAPHIE Hl; 





PLAN BE L'EGLISE 



EGLISE SAINT 

Plan _ Coupes e 



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COIM'E Sl'R LA ClIM'f.I.l.F, Mf.RI DIONAL 




COUPE Tl^ANSVERSALE 



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RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 297 

Maison de l'Ymaige saint Julien (i536), puis de l'Annonciation, après sa recon- 
struction au xvi^ siècle (i5. .); ie jardin qui en dépendait est dit aboutir à la 
Maison de l'Escu de France. Elle appartenait à la confrérie de la Conception de la 
Vierge, fondée en l'église de Saint-Séverin, par le don que lui en avait fait, en 
iii88, messire Estienne de la Roche, prêtre et curé de Moufay, alias Mouzay. 
Située au coin septentrional de l'entrée de la cour de Saint-Julien-le-Pauvre, elle 
formait saillie sur cette entrée '*'. 

Entrée de la cour de Saint-Julien. 



Maison sans désignation, faisant le coin de l'entrée opposé à celui qu'occupait 
h Maison de l'Ymaige saint Julien. 

Maison de la Nef d'argent (iBBy), contiguë à celle qui faisait le coin oriental 
de la rue Galande. C'est peut-être l'immeuble spécifié comme suit dans les Combles 
des confiscations de la Ville de Paris, pour le temps compris entre 1627 et i43à : 
(T Jehan de Gaverelles, sergent à verge, pour une maison qui fut à Pierre Pinçon, 
seize en la rue Saint Julien le Pauvre, lès le carrefour Saint Severin (^). •» Cette 
dernière désignation peut laisser quelque doute. 

Des sept anciennes maisons que nous venons d'énumérer sur le côté oriental 
de la rue, une seule existe encore aujourd'hui. 

Chapelle ou Église de Saint-Julien-le-Pauvre. — Cet édifice a beau- 
coup occupé les historiens de Paris ; on en a recherché les lointaines origines et 
l'on s'est demandé quel est le saint sous le vocable duquel il est placé; puis on a 
suivi, de siècle en siècle, les transformations et les changements de possession 
qui s'y sont produits. 

La question d'origine reste obscure : par sa situation sur le côté droit de la voie 
romaine conduisant de Genabum à Lutetia, à quelques pas du petit bras de la 
Seine qu'il fallait franchir pour pénétrer dans l'île, et du Petit Pont qui fut 
construit dans l'axe même de la voie, l'oratoire, avec ses dépendances, a dû être 
primitivement une sorte d'hospice ou d'hôtellerie pour les étrangers, les pèlerins, 
les voyageurs pauvres arrivant du côté du sud et prenant gîte en cet endroit, avant 



''' L'historien que nous venons de citer et qui a 
vu de près les restes des vieilles constructions de la 
rue et de la chapelle Saint-Julien, décrit ainsi ce 
qui en subsiste encore aujourd'hui : «ht mur du 
rez-de-chauss(Se des maisons de tEscu de France et 
de l'Ymaige Saint-Julien existe à hauteur du pre- 
mier étage; mai» les portes et fenêtres ont été bou- 
chées pour faire la clôture jusqu'à l'entrée de la 



cour Saint-Julien. On distingue encore les soupi- 
raux en accolade de la maison de l'Escu. II ne serait 
pas impossible que le grand bâtiment, qui se dresse 
au nord de la sacristie actuelle, fût un tronçon 
de la maison voisine de l'Ymaige Saint-Julien et de 
l'Annonciation, v (L 'Eglise Saint-Julien-le-Pauvre, par 
Le Brun , p. 71.) C'est notre Maison satts désignation. 
''' SAUVAL,t. III, p. 383. 

38 



298 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

d'entrer dans la Cité. C'est ainsi d'ailleurs qu'il en est fait mention pour la pre- 
mière fois. Grégoire de Tours, venant de sa ville épiscopale, en l'an 58o ou 887, 
s'arrêta à «la basilique de Saint-Julien n et logea dans les bâtiments qui en dé- 
pendaient. Il nous apprend que c'était son gîte habituel, chaque fois qu'il faisait 
le voyage de Paris. Le mot basilica, employé par lui, est peut-être un peu ambi- 
tieux; mais il donne l'idée d'un édifice de quelque importance; avec son cloître, 
avec les maisons qui l'entouraient et où l'on hébergeait les voyageurs, c'était une 
sorte de petit faubourg à l'entrée des clos de Garlande et de Mauvoisin. Peut-être 
aussi la chapelle était-elle construite dans le style des basiliques romaines, qui ont 
été le premier type des édifices chrétiens. 

Quant au vocable servant à désigner cette chapelle et son groupe, la question 
se pose dans les termes suivants : lequel des trois saint Julien était le patron de 
l'église et de la charitable hôtellerie qu'on y avait annexée? Etait-ce saint Julien 
de Brioude, saint Julien évêque du Mans, ou saint Julien dit l'Hospitalier? Les 
historiens de Paris ne sont pas d'accord sur ce point; toutefois ce dernier patro- 
nage leur paraît probable, à raison de l'hospitalité qui s'exerçait « d'ancienneté a 
à Saint-Julien, et On sait, dit Dulaure, que les voyageurs, pour obtenir un bon 
gîte, invoquaient ordinairement saint Julien, dont la réputation, à cet égard, 
était depuis longtemps établie, n Le Dit des Moustiers de Paris, rimé comme celui 
de Guillot, dont il est à peu près contemporain, désigne ainsi l'église et le diver- 
sorium qui en dépendait : 

....... Sainct Juliens 

Qui héberge les Chrétiens. 

Mais saint Julien l'Hospitalier était communément appelé le Pauvre. Lebeuf 
croit que, à la suite des ravages dont nous parlons plus bas, tria chapelle avoit 
été longtemps en pauvre état, ou n'avoit été refaite que pauvrement, ce qui l'au- 
roit fait appeler par quelques-uns Saint Julien le Pauvre . . . tt Au reste , ajoute-t-il , 
ce surnom de pauvre n'étoit pas généralement adopté; on lit dans un litre de 1202, 
que c'étoit ttau'grésu de Saint Julien, sans autre addition, que se terminoit le 
bourg de Sainte-Geneviève : ad gressum Sancti Juliani, qui est meta burgi Sancle Ge- 
novefe '''. n 

Le personnel, qui desservait l'église et la maison hospitalière, a varié avec le 
temps. Grégoire de Tours y trouve un clerc, à son premier voyage, puis quatre, 
puis un prêtre, indépendamment des clercs. Cet accroissement fut arrêté par les 
Normands qui ravagèrent tout le territoire suburbain, incendièrent plusieurs 
églises sur la rive gauche de la Seine et en ruinèrent les habitants. 

Moins heureux que Saint-Benoît et Saint-Étienne-des-Grès qui furent donnés. 



(1) 



Histoire de tout le dioc'ese de Paris, l. I, p. 388. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ, 299 

par le roi Henri I", à l'évêque de Paris, à charge de reconstruction, Saint-Julien 
devint, après ces dévastations, la propriété de seigneurs laïques, qui le conser- 
vèrent pendant deux siècles environ. Deux d'entre eux, Etienne de Vitry, che- 
valier, fils de Renaud du Plessis, et Hugues de Munteler, le a transportèrent — 
c'est le terme employé par Lebeuf — aux religieux de Longpont, proche Mont- 
Ihéryn, — monastère de l'ordre de Ciuny. Était-ce à titre onéreux ou gratuit? 
Le manque de documents ne permet pas de résoudre cette question, tr Peut-être, 
ajoute Lebeuf, les ancêtres de ces deux seigneurs avaient-ils fait rebâtir l'église ; 
au moins, le choix que Etienne de Vitry fit des religieux de Longpont paroit être 
venu de ce qu'il étoit seigneur du Plessis, proche Longpont (^'.11 

Quoi qu'il en soit, le tr transporta consenti en faveur des religieux de Longpont 
fut approuvé, en 1 i5o, par Thibaud, évêque de Paris, et confirmé, l'année sui- 
vante, par le pape Eugène III. Dans sa bulle de 1 i5i, le Souverain Pontife sub- 
stitua au mot atrium employé par l'évêque, celui desepultui^a, qui indique un petit 
cimetière, ou plutôt une crypte, et il qualifie l'église de Cupella, sans doute parce 
qu'il restait peu de chose de l'édifice détruit par les Normands, ou parce que la 
reconstruction avait été faite dans de modestes proportions. 

Devenu prieuré et dépendant désormais du monastère Cluniste de Longpont 
qui fit relever les bâtiments détruits et reconstruire ou réparer l'église, Saint- 
Julien-le-Pauvre fut, à raison de sa proximité du quartier des études, un lieu de 
réunion universitaire, au même titre que les Mathurins, Le recteur n'y siégeait 
pas, comme dans ce dernier couvent; mais les assemblées électorales s'y tenaient 
et y apportaient un certain trouble. C'est à Saint-Julien que, en vertu d'une 
ordonnance de Philippe le Bel , le Prévôt de Paris venait, tous les deux ans, prêter 
serment d'observer lui-même et de faire observer fidèlement les privilèges des 
maîtres et des écoliers. C'est à Saint-Julien aussi que, jusqu'au x\f siècle, se 
faisait, tous les trois mois, l'élection des délégués de la Faculté des arts, qui de- 
vaient nommer le recteur; enfin c'est à Saint-Julien qu'avait lieu l'élection recto- 
rale, ff Cette double cérémonie, souvent orageuse, dit Ch. Jourdain, continuateur 
de Du Boullay, ne se termina pas, en 1 5 26, sans que les portes eussent été enfon- 
cées et les fenêtres brisées fl; ce qui motiva, de la part des religieux, une plainte 
adressée au Parlement, plainte à la suite de laquelle les assemblées tumultueuses, 
c'est-à-dire celle des trlntransn, ou conclavistes, élus du premier degré et élec- 
teurs du second, durent se tenir dans un autre local. Elles siégeaient à Saint-Julien 
depuis le commencement du xni* siècle. Il ne s'y tint plus, à partir de iBaB, que 
des as-semblées de moindre importance, notamment les réunions de la crConfrairie 
des maçons, couvreurs et charpentiers ti, qui, après l'incendie de l'édifice, eurent 
lieu dans la chapelle de Saint-Yves. 

''' Histoire de tout le diocèse de Paris, l. I, |). 388. 

38. 



300 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Dans le siècle suivant, Saint-Julien, qui n'avait plus qu'une partie de son an- 
cienne autonomie, depuis qu'il appartenait aux religieux de Longpont, acheva de 
perdre son existence propre, en passant à l'Hôtel-Dieu de Paris. Cette nouvelle 
phase se lie à la construction des bâtiments annexes de l'hôpital sur la rive gauche 
de la Seine, construction qui donna aux administrateurs l'idée d'étendre les dé- 
pendances de l'établissement hospitalier jusqu'au pourpris de Saint-Julien. Par 
acte du 3o avril i655, passé entre lesdits administrateurs et les religieux de 
Longpont, le prieuré de Saint-Julien-le-Pauvre fut cruniTi à l'Hôtel-Dieu, et, 
trois ans plus tard, une bulle d'Alexandre VII, en date du 6 mars i658, déclare 
le titre éteint et les revenus à l'hôpital. Des lettres patentes données en 1697 
confirmèrent ces dispositions. 

C'est en 1661 que l'église de Saint-Julien, tombant de vétusté, subit des re- 
tranchements et des additions également regrettables. La description archéolo- 
gique que nous en donnons plus loin permet de juger ce que l'art a perdu par 
suite de cette restauration vandale. 

Fermée au commencement de la Révolution, l'église de Saint-Julien-le-Pauvre 
fut convertie en magasin pour l'Hôtel-Dieu, jusqu'à l'année 1826. Elle fut alors 
rouverte, consacrée de nouveau au culte et servit de chapelle à l'Hôtel-Dieu, 
principalement pour les cérémonies funèbres. Mais, depuis la reconstruction du 
bâtiment principal de ce vieil établissement hospitalier, sur le quai longeant le 
grand bras de la Seine, de l'autre côté de la place du Parvis-Notre-Dame, l'édicule 
resta désaffecté. Enfin on l'a récemment cédé à la secte chrétienne des Maro- 
nites; et les services religieux des morts provenant de l'annexe de l'Hôtel-Dieu 
incombent à l'église Saint-Séverin. 

Malgré son état de mutilation, cet édifice peu étendu, mais d'une valeur artis- 
tique incontestable, a été, de la part des archéologues modernes, l'objet de di- 
verses descriptions. Nous empruntons quelques traits à celle que recommandent 
le nom et la compétence de son auteur. Après avoir constaté, avec Sauvai, que 
Saint-Julien-le-Pauvre et Notre-Dame sont les deux églises de Paris dont les 
absides regardent avec le plus de précision le levant d'hiver ('', F. de Guilhermy 
s'exprime en ces termes : 

L'édifice a été rebâti dans la seconde moitié du xn" siècle. Deux files de colonnes le par- 
tagent en trois petites nefs, et trois absides le terminent vers l'orient. En 1676, on retrancha 
cinq ou six toises de la partie antérieure de l'église pour (ormer la cour qui en précède aujour- 

'■' Voici les propres ternies dont se sert San- de la Ghartre et Saint Germain i'Aussérois, et 

val : trA la prière du conseiller Peiresc, le plus trouva que. . . toutes regardent de l'orient équi- 

ciurieux de tous les hommes , Aleaume, célèbre ma- noctial à l'orient l'hiver. . . Il n'y en a point qui 

thématicien, examina non-seulement l'aspect del'é- regardent plus l'orient d'hiver que Nolre-Uame et 

gjisc Notre-Dame , mais de Sainte-Geneviève , de Saint Julien le Pauvre . . . Saint Julien est à cinq 

Saint Germain des Prés, de Saint Julien le Pauvre, degrés de Téquinoctial et h trente deux de l'orient 

Saint Benoît, Saint Etienne des Grés, Saint Denys d'hiver.i {Antiquités de Paris, t. II, p. 635.) 




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REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 301 

d'hui rentrée. Le portail, renverse' avec ses sculptures et ses statues, fit place à une façade 
insignifiante, vêtue de pilastres doriques, et coiffée d'un fronton triangulaire; la tour fut dé- 
molie en même temps. Les traces de ces constructions sont encore bien visibles. Il faut aller 
chercher dans la rue Galande, n° 42, au-dessus d'une porte, un bas-relief en pierre, xiii" siècle, 
qui provient de la façade de l'église, et qui représente un troisième saint Julien, différent du 
Martyr et du Confesseur '•'. 

Ce saint Julien et sa femme avaient fondé un hôpital sur le bord d'un fleuve, dont la Ira- 
versée était périlleuse; et, pour faire pénitence, ils s'occupaient, jour et nuit, à porter les 
voyageurs d'une rive à l'autre. Une fois, le Christ lui-même, sous la forme d'un pauvre lépreux, 
vint leur demander le passage, et quand il eut éprouvé leur charité, il se fit connaître, leur 
promettant les récompenses du ciel. Dans notre bas-relief, saint Julien et sa femme conduisent 
leur barque; Jésus se tient debout au milieu d'eux. 

L'architecture extérieure, surtout vers l'abside, est d'un style mâle et sévère. Deux rangs de 
fenêtres, en ogives simples, éclairent le chevet; des contreforts lui servent de points d'appui; 
des moulures énergiques lui font une triple ceinture ; des modillons soutiennent la corniche. 
D'autres fenêtres, partagées en deux baies par des colonnettes, s'ouvrent sur les côtés du chœur. 
Un peu en arrière de l'absidiole septentrionale, on trouve le puits de Saint-Julien, dont l'eau 
passait autrefois pour être douée d'une vertu miraculeuse. 

La nef de l'édifice se divisait dans sa longueur en six travées ; les deux premières ont été 
supprimées à l'époque de la reconstruction du portail, et les quatre autres ont éprouvé, en 
même temps, des modifications qui en ont dénaturé le style. Mais les deux travées du chœur, 
l'abside médiane et les deux absidioles latérales n'ont rien perdu de leur ajustement primitif. 
Elles consei-vent leurs élégantes colonnes, les unes monostyles, les autres groupées en faisceaux, 
leurs chapiteaux à feuillages, leurs voûtes portées sur des ner\ures toriques, leurs clefs histo- 
riées. Des colonnettes et des moulures décorent les fenêtres. L'aspect de cette partie de l'église 
est d'un noble caractère. Avec les moyens les plus simples et sur des dimensions très-restreinfes, 
l'architecte qui l'a construite a obtenu un grand effet. C'est une preuve de plus en faveur des 
ressources que présente l'art du moyen âge. 

La sculpture de tous les détails a été traitée avec le plus grand soin. Nous avons compté 
plus de cent cinquante chapiteaux, tous variés dans leur ornementation. Le plus curieux est 
placé sur le côté méridional du chœur. Des feuillages perlés l'enveloppent; à ses angles, se 
dressent sur les volutes quatre figures à têtes de femmes, corps emplumés, ailes étendues, pattes 
arniét/s de griffes. Un chapiteau presque semblable existe dans l'église de Notre-Dame, et comme 
h Saint-Julien, il surmonte une colonne dans la partie méridionale d'un rond-point®. 

H ne manque à cette description de l'ancienne église de Saint-Julien-le-Pa livre, 
que la mention de la flèche qui la couronnait et qui a disparu au xvn" siècle, avec 
la façade et les deux premières travées. La vétusté et le défaut d'entretien moti- 
vèrent, avons-nous dit, une restauration qui fut des plus incohérentes. On y éta- 
blit une seule porte, avec linteau droit, au lieu des trois qui donnaient jadis 
accès dans les trois nefs ; des pilastres portant une corniche ornée de triglyphes ; 
un fronton, à rampes saillantes, percé d'un œil-de-bœuf, enfin tout ce qu'on 
regrette de voir appliqué à un autre édifice de Paris : nous voulons parler du 

''' Ce bas-relief, au contraire, n'était autre que l'enseigne de l'immeuble, enseigne encore existante 
nprès six siècles révolus. — '' Itinéraire archéohjrique de Parix (iS&f)), p. .^GS-Syi. 



302 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

portail de Saint-Eustache. Le faux goût du temps moderne a donc défiguré deux 
églises de style différent, se recommandant l'une et l'autre à l'attention des 
archéologues. 

Les archives générales de l'Assistance publique possèdent le procès-verbal des 
experts chargés de visiter l'édifice et de le réparer. Il est dit, dans ce document, 
que ffles lambris de la nef et des voûtes des bas-côtés avoient cheun. . ., que 
(rpour empescher que le vent, la pluye et autres injures du temps ne tombent 
sur le grand {;jitel, il avoit été fait une cloison d'aisr . . . , que le portail fort vieil 
s'estoit effondré, les piliers d'icelluy estant mynés par le pied, ensemble les pierres 
des contrepiliers aussy mynées, deslyttées et fort corrompues. . ., l'arcade du 
vitrail dudict portail esbranlée et les pierres d'icelle fractionnées ...:'. C'est à la 
suite de ces tristes constats que furent opérés les démolitions, les retranche- 
ments et les regrettables substitutions qui ont si fâcheusement altéré le caractère 
primitif de l'édifice. 



RUE DES LAVANDIERES. 

Cette petite voie, qui portait le vocable complémentaire de Saint-Jacques, pour 
se distinguer d'une autre rue sise sur la rive droite et vouée à la même industrie, 
— Lavandières Sainte-Opportune — traversait jadis , pour employer l'ancienne locu- 
tion, de la rue Galande à celle des Noyers. Ses premières habitantes étaient évi- 
demment des laveuses, que la proximité du petit bras de la Seine y avait attirées, 
H en est fait mention, dit Sauvai, dès 1288; en laiS, le Cartulaire de Sainte- 
Geneviève la désigne sous le nom de ruella Lolricum; cinq ans plus tard, on la 
trouve dénommée vicus Lolricum, ce qui semble indiquer qu'elle avait un peu plus 
d'importance. Le Cartulaire de Sorbonne, de l'an 1259, confirme cette induction, 
en lui maintenant le nom de vicus. Enfin, sous la dernière année du xni' siècle, 
le Dit de Guillot (i3oo) et le Rôle de la Taille de i3i3 l'appellent «rue des La- 
vandières, et aus Lavandières -n. Bien qu'elle fût près du fleuve, et, par conséquent, 
d'entretien facile, elle paraît avoir toujours été fort négligée. Le Procez verbail 
et rapport faict pmir le nettoyement et pavaige des rues de Paris (i636) la déclare 
fforde, boueuse et pleine d'imnuuidices''''n. 

De nos jours, l'ouverture du boulevard Saint-Germain l'a écourtée du côté 
méridional, et le percement de la rue Lagrange en a achevé la destruction. 

''' Fëlibien, Preuves, t. IV, p. i38. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. SOS 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 

PAROISSE SAINT-ÉTIEMNE-DU-MONT. 

iOSTICE ET CENSIVE DE SAINTE-GENEVIÈVE. 

Maison sans désignation {i45o), continue à celle qui faisait le coin oriental de 
la rue Galande et portait l'enseigne de l\ Crosse. Cette contiguïté est attestée par 
un titre de i 669, où il est dit : trMeson tenant à l'Ostel de la Crosse appartenant 
à J. Garnctier, et à l'ostel db la Levrière, appartenant à Guérin Baucourt, par 
derrière à Pierre Ghibert. n Ce même immeuble paraît avoir été aussi la propriété 
d'Aubry Boucher. 

Maison, ou ostel de la Levrière (i/iyS), qui avait modifié l'orthographe de 
son enseigne, sans la changer, puisqu'on la trouve appelée la Levrette, en i6i6. 

Maison de la Corne de cerf (1662), paraissant avoir été, en i558, le siège 
d'une école tenue par Robert Balancourt. 

Maison sans désignation, appartenant au collège de La Marche, et qui paraît 
devoir s'identifier avec l'Escu de Bretaigne, ainsi mentionnée en 1892 : 

ffL'Escu DE Bretaigne, aboutissant par derrière à l'hostel de Robert du Pic, 
qui est en ladite place Maubert, ci l'enseigne du Cheval blanc, en la censive de 
Sainte-Geneviève, n 

Maison de l'Imaige saint Martin (i5i3), appartenant, comme la précédente, au 
collège de La Marche, et ayant dû faire partie de l'immeuble ainsi désigné dans 
un titre de 1/12 5 : trDeux maisons et cours tenant à Pierre La venant, d'autre 
part, à J. Bucheret, grand bedel de théologie, aboutissant à l'ostel du Cheval 
BLANC, place Maubert, 11 Un autre titre de i553 contient cette mention : cr Maison 
tenant à une autre appartenant au collège (de La Marche) où est pour enseigne 
l'Image Saint-Martin. •» 

Maison sans désignation, paraissant avoir été une dépendance de l'ostel du 
Cheval blanc, du moins antérieurement au xvi'' siècle; car un titre de i5i3, en 
la déclarant propriété du collège de La Marche, la désigne ainsi : cr Maison edif- 
fiée de neuf, audict collège, tenant d'une part aux dépendances du collège, à 
cause de leur Maison de l'Imvige saint Martin, d'antre, à Pierre de la Martine, 
aboutissant à une appartenance du Chevvl ni.\>c. 



30A TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison sans désignation (i 609), tenant à ceile qui faisait le coin de la rue des 
Noyers et qui était de la censive de l'évêché. 

Maison, également sans désignation, et ne pouvant être exactement localisée. 

Maison du Figuier (i363), formant coin de rue. 

CÔTÉ OCCIDEXTAL 

(du Sud au Nord). 
MÊ5IES PAROISSE, JUSTICE ET (■.E^SIVE. 

Maison de la Bouteille (i569), puis de l'Escu D'ÂNOLETEnRE (167 5), contiguë 
au Soufflet vert, celle qui faisait le coin de la rue des Noyers, et qui était de 
la censive de l'évêché. 

Maison de l'Escu de France, composée, avant le milieu du xv'' siècle, de deux 
corps de logis, dont le plus grand est désigné, en li^g, comme cr faisant le coing 
de la rue des Lavandières et de la rue des Noyers, devers Saint-Yves, aboutissant, 
par derrière, à Raoul Verneum. Le plus petit corps d'hôtel, contenant un jardin 
et «ung appentis, pour fouleriez, est dit, à la même époque, tr tenant, d'une part, 
à une maison des Escholiers de La Marche et d'Inville, et, de l'aultre, audict jar- 
din, qui tient lui-mesme à une autre faisant le coing de la ruen. En i536, il 
fut fait, par IHôtel-Dieu, bail à cens de l'Escu de France. Vers la fin du siècle, 
l'une des deux moitiés de cet immeuble s'appelait le Chappelet ; l'autre avait con- 
servé l'ancien vocable : l'Escu de France. Enfin un censier de 1666 nous apprend 
que ces deux corps de logis se nommaient «de présent la Lanterne t». 

L'appentis ou foulerie dont nous venons de parler, paraît s'être perpétué en ce 
lieu, malgré les changements de vocable : «maison et foulerie et jardimi est-il 
dit dans un titre de la même époque, a tenant à un autre jardin qui fait le coing 
de la rue des Noyers, devers les Carmes a. 

Maison des Faucilles, divisée, comme la précédente, en deux corps d'hôtel, 
un grand et un petit. 

ff i536. — De maistre Robert Fuzée, fils et héritier en partie de Guillaume 
Fuzée, en son vivant procureur au Parlement, pour deux maisons avec un jardin 
derrière, tenant d'une part à François de la Vacquerie (l'hôte de l'Escu de France), 
d'autre à Guérin Baucourt (l'hôte de la Lanterne), aboutissant par derrière à 
maistre Jean Caillou . . . , vi livres parisis de rente. ■« 

Maison, sans désignation, probablement la Lanterne, paraissant avoir compris 
également deux corps de. logis. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 305 

Maison du Trestevu, que les titres nous représentent aussi comme ayant été 
composée de deux constructions distinctes. Un document de i i3o la désigne ainsi : 
(r Maison du Thesteau, prez de la place Maubert, tenant au Barrillet et à Guérin 
Boucher, à présent à la Confrérie des Bourgeois, par derrière à une maison qui 
fut audict Boucher; rue des Angiois. a 

Maison du Barrillet (i355). Le censier de 1609 la désigne ainsi : kle Bar- 
rillet aux moines de Sainct Estienne. 11 

Maison de lEscrevisse (i38o) et de saincte Katherine (iBog), contiguë à celle 
qui formait l'angle occidental de la rue Galande. C'est elle qui paraît être désignée, 
dans un acte de 1^91, sous le nom de Ostel de Clereville. 



RUE DES MAÇONS. 

» 

Cette voie, qui porte aujourd'hui le nom de l'égyptologue Champollion, avait 
pour point de départ la rue des Mathurins et, pour aboutissant, la place créée au- 
devant de la Sorbonne, lors de la reconstruction de ce collège par le cardinal 
de Richelieu. Elle remonte au xni" siècle, et peut-être plus haut, puisqu'on la 
trouve, dès laSi, dénommée viens cementanorum ; l'expression viens lalhmnonim 
se rencontre quelques années après (1268). Impliquaient-elles, l'une et l'autre 
de ces appellations, la présence en ce lieu d'un groupe d'ouvriers maçons ou car- 
riers? Rappelaient-elles, comme l'a prétendu Jaillot, le fait d'une ou plusieurs 
maisons appartenant, dès le xiii" siècle, à une famille Masson ou Le Masson? La 
première hypothèse est la seule sérieuse. Les métiers identiques se groupèrent, 
dès l'origine, dans des rues respectives; et c'est seulement à la fin du xiii" siècle 
qu'ils désertèrent leur centre natif, sans que, par suite de leur dispersion, tombât 
la dénomination qui leur servait d'enseigne générale. 

Guillot, qui rimait son Dit en i3oo, après avoir mentionné la rue de Sor- 
bonne, écrit : 

La rue à l'abbé de Cligny 

Et la rue au seigneur d'Igny 

Sont prez de la rue Corbel. 

La première de ces trois voies est évidemment celle des Mathurins, oij s'élevait 
l'hôtel des abbés de Cluny; la troisième, qui devait son nom à une enseigne du 
Corbeau, se laisse confondre avec la ruelle Cottpe-Gueule; quant à la deuxième, 
ce ne pouvait être que la rue des Maçons, au moins dans sa partie inférieure; 
et la dénomination que lui donne Guillot devait venir d'une maison possédée, ou 



IVPKlUEItlC HATIONitLE. 



306 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

habitée, par les seigneurs d'Igny, près de Palaiseau. Ces conjectures ont amené 
Lebcuf à penser que les trois voies que signale Guillot étaient crdes rues dé- 
truites par l'agrandissement de quelque collège, et que l'une d'elles pouvait être 
le passage Saint-Benoît communiquant avec la rue Saint-Jacques n. L'étude topo- 
graphique de cette région et les documents manuscrits sur lesquels elle s'appuie 
sont hostiles à cette hypothèse. Il semble démontré, au contraire, que la rue 
Corbel s'identifie avec la ruelle Coupe-Gueule, et que et la rue au seigneur d'Igny n 
n'est autre que celle des Maçons. On ne s'expliquerait pas , en effet, que le descrip- 
teur ne les eût pas mentionnées, si elles avaient porté un autre nom. 

Il est vrai que Guillot cite une autre voie très rapprochée, qu'il désigne ainsi : 

Desus siet la rue o Porel. 

Mais il s'agit, à coup sûr, de la rue des Poirées, qui aboutissait anciennement à 
celle de la Harpe, et était située au sud de celle des Maçons et de la ruelle 
Coupe-Gueule. 

Dans un document de 1 5 1 3 , il est question d'une Maison du Soleil d'or, située 
en la rue de Soi'bonne, aboutissant à celle des Maçons, et tenant à une autre 
maison appartenant au prieur de Ligny. Guillot, qui a souvent défiguré les noms 
propres, a donc bien pu écrire Igny pour Ligny, ce qui semble confirmer l'iden- 
tification de la rue ainsi appelée par lui avec celle des Maçons. 

Dans cette voie, comme en plusieurs autres de la région de l'Université, il 
existait un puits au xm^ siècle (i 2 54), ainsi que le constate l'extrait d'un acte appar- 
tenant aux archives des Mathuiùns; il y est question d'une certaine maison, sise, 
vers le Palais des Thermes, dans une certaine rue excentrique, devant un certain 
puits, quamdam domum, sitam versus palatium de Tennis, in quodam vicoforano, ante 
quemdam puteum. Ce puits ne semble pas avoir contribué à la propreté de la rue, 
puisque le Procez verbal de i636 y constate l'existence de tr boues, immondices, 
plâtras, gravois et fumiers n. 

Parallèle à la rue de la Harpe, celle des Maçons a toujours eu le caractère d'une 
voie de décharge. Dans le cours de l'article que nous lui consacrons, on verra 
que plusieurs établissements scolaires y avaient leurs dépendances. 

Quant à l'élite de sa population, elle est ainsi spécifiée dans Nos adieux à h 
vieille Sorbonne, par Oct. Gréard, p. i63 : «La rue des Maçons était une rue de 
magistrats, locataires de la Sorbonne et souvent ses commensaux. Nous avons 
trouvé dans les baux de la maison les noms de Le Vàyer, de Catinat, de Versigny, 
de Ferrières, de Le Tellier, de La Saulcaie, de Pasquier, qui se succédaient de 
père en fils, n Ils y avaient été précédés par M*^ Louis ttrairen de Louis IX ; ils y 
seront suivis par Jean Racine. 



. REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 307 

CÔTÉ ORIENTAL 

(du Nord au Sud). 

PAROISSE SAIJiT-SÉVERlX. 

CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Le côté oriental de la rue des Maçons était occupé dans sa partie inférieure, 
c'est-à-dire au nord, par deux hôtels, celui de Robert de Douay et celui de la 
famille d'Harcourt, mentionnés dès le xiu'^ siècle. 

L'hôtel de Robert de Dolay était situé, dit un texte de i235, «prope paîalium 
de Tennis r; un autre titre de i 2 54 le place devant le puits de la rue des Maçons, 
ff anle puleum vici Lalomorum-n. Le propriétaire de cette demeure fut l'un des bien- 
faiteurs du collège de Sorbonne, au moment oïl cet établissement naissait des 
libéralités de Blanche de Castille et de saint Louis : il lui en fit peut-être un don 
direct, ou tout au moins il lui en facilita l'acquisition en le gratifiant de quinze 
cents livres parisis. Aussi, l'hôtel de Robert de Douay, devenu propriété de la 
Sorbonne, est-il mentionné dans son cartulaire, à la date de 1268, comme lui 
appartenant déjà depuis quelque temps : «Domus noslra que quondam fuit Magislri 
R. de Duaco, in qua mansit defunclus magisler Johannes de Sancto Amando, quondam cle- 
ncus nosler^^\ rt II résulte cependant d'un autre titre que la maison, avant d'échoir 
à la Sorbonne et de continuer le cours de ces mutations, fut vendue à Guillaume 
de Chartres. L'existence de ces deux propriétaires, Robert de Douay et Guillaume 
de Chartres, explique comment, aux peintures retrouvées à l'intérieur de la cha- 
pelle d'Harcourt, auraient pu se mêler des armoiries autres que celles de la famille 
ayant donné son nom au manoir suivant, où l'immeuble ci-devant douaisien, 
chartrain et sorbonique devait se fondre. 

L'hôtel d'Harcolrt, édifice seigneurial construit sur de vastes proportions et 
possédant une chapelle. On en constate l'existence dès la fin du xni'' siècle, dans 
le Livre de la Taille de 1298. 11 était situé au coin de la rue des Maçons et de 
celle des Mathurins, en face du palais des Thermes, avec lequel on l'a quelquefois 
confondu, puisqu'on le nommait communément ttle palais de Julien l'Apostat 11, 
en souvenir du séjour que ce César fit dans l'édifice gallo-romain. 

La famille d'Harcourt n'avait pas fait construire ce manoir ; nous avons déjà 
vu qu'elle le possédait de seconde main; toutefois l'un de ses membres l'habitait 
en 1 37 1 . En effet, un compte de cette même année le mentionne en ces termes : 
rrLa maison du comte d'Harcourt, devant le palais des Termes'-', a De cette fa- 

l'' Cartulaire de Sorbonne, f" Syy. — '' Antiquités de Paria, t. III, p. 961. 

39. 



308 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

mille, il passa, par mariage, à celle de Lorraine; mais, malgré cette mutation, il 
conserva son ancienne appellation augmentée de la seconde, comme en témoigne 
le plan de Du Cerceau, qui est de i56o. 

Cependant, dans la première moitié du xvi'= siècle, il avait été acquis par le 
père de M" Gilles Le Maistre, conseiller du Roi au Parlement, du prince Claude de 
Lorraine, duc de Guise, et d'Antoinette de Bourbon, sa femme. La date de cette 
acquisition est de 1 5 6 3, et Sauvai l'a reculée en écrivant ce qui suit : tr Quant 
à la rue Coupe-Gueule, en i5oi, c'étoit une rue condamnée; car Nicolas Ferret 
ayant fait faire un petit logis sur l'un de ses bouts, vers la rue des Malhurins, 
le père de Gilles Le Maistre, conseiller avocat du Roy au Parlement, s'opposa 
à l'entreprise, en qualité de propriétaire d'un grand logis appelé l'Hotcl d'Har- 
court, qui occupait tout l'espace qu'd y a entre la rue Coupe-Gorge et la rue des 
Maçons, qui appartient encore à ses descendants '''. n 

Bien qu'il eût passé en d'autres mains, l'ancien hôtel d'Harcourt et de Lorraine 
continuait à porter les noms de ces deux familles, car Sauvai lui-même le dé- 
signe ainsi : ^Rtie du Palais des Thermes. — L'hostel d'Harcourt, dit de Lorraine, 
appartenant de présent à M'= Gilles Le Maistre, président en la Cour de Parle- 
ment (-'.■« Les Le Maistre ne méritaient pas, en effet, de le dénommer, puisqu'ils 
le détruisirent, après en avoir obstinément défendu les abords. Le premier pro- 
cès soulevé par eux était encore, en iS/iy, pendant devant la Grand'Chambre. 
Trois ans après, nouveau litige, à la suite duquel le Parlement, statuant sur le 
différend cr entre M'' Gilles Le Maistre, pour lors advocat général, propriétaire de 
l'hostel d'Harcourt, dont les murs bordent la ruelle dite Coupegueule, et les 
Prieur, Maistres et Boursiers de Sorbonner», rendait un arrêt par lequel «la Cour, 
réprime l'usurpation desdicts de Sorbonne sur les murs dudict hostel d'Harcourt, 
ordonnant la démolition des ediffices adossez contre lesdicts murs^'^n. Aux termes 
de cet arrêt, l'ancien hôtel d'Harcourt et de Lorraine devait avoir libres erses 
veuës, esgousts, gargouilles, contre-pilliers, taillus et vuidangesii; quant à la 
réouverture de la ruelle Coupe-Gueule, que l'avocat général Le Maistre voulait 
aussi obtenir a contre lesdicts de Sorbonne a, le Parlement déclarait qu'il serait 
(r informé d'office sur la commodité et incommodités. 

Le morcellement de l'hôtel d'Harcourt s'opéra dans le cours du xvn" siècle ; en 
1677, on comptait déjà sept maisons bâties sur son emplacement; mais il en sub- 
sistait encore quelque chose, puisqu'un Le Maistre est dit en être propriétaire, en 
172/1; un demi-siècle plus tard, à l'époque oii écrivait Jaillot, il n'en restait que 
«les vestiges de la chapelles. 

Cet oratoire datait du xni'= siècle, et les vestiges dont parle Jaillot avaient encore 
quelque importance. La preuve, c'est que, lors de la démolition complète elTec- 

''' Antiquités de Paris, t. I, p. C8. — ''' Ibid. — ''' Archives nationales, S 6-Ji 1. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 309 

tuée en i852, pour faire place à de nouvelles constructions, on retrouva, mas- 
qués par les anciennes, les pignons de l'édifice avec leurs fenêtres. Il fut pré- 
senté, à cette occasion, par M. Albert Lenoir, au Comité de la langue, de ïhislowe 
et des arts de la France, un rapport dont nous extrayons les lignes suivantes : 

crLa récente démolition des maisons bâties vis-à-vis l'hôtel de Cluny a fait voir 
qu'elles occupaient toute l'étendue de la chapelle particulière de l'hôtel d'Harcourt, 
construite vers la fin du xni" siècle. Cette chapelle conservait encore presque in- 
tacts ses deux pignons avec leurs fenêtres, closes de meneaux découpés; aux pein- 
tures retrouvées à l'intérieur, se mêlaient des armoiries autres que celles de la 
famille d'Harcourt. . . L'écude forme ancienne est du xni^ siècle , porte de gueules, 
avec hermine en chef (''. Les deux pignons de cette chapelle ont fait voir que des 
moyens de défense étaient ménagés sur toutes les parties des habitations parti- 
culières. A cette découverte importante se joignent quelques portions de l'hôtel 
même, ou partie réservée à l'habitation, de nombreux pavés vernissés, une cre- 
dence et des corbeaux sculptés et peints avec beaucoup de soin ^'^. n 

ARRn;RE-KAÇADE d'uue maison appartenant à la Sorbonne, avec entrée princi- 
pale à l'extrémité méridionale de l'impasse Coupe-Gueule. 11 est dit, en effet, 
que LA Maison du Figuieu, faisant front sur la rue de Sorbonne, et tient à une 
maison appartenant à icelle Sorbonne et aboutissant en partie à la rue des 
Maçons t^'fl. 

Jardin appartenant à la Sorbonne et s'étendant, de la rue de ce nom, à celle 
des Maçons. 

Bâtiments postérieurs de l'hostel des Espaignols. L'identification de ces bâti- 
ments résulte de la mention suivante faite en un titre de 1621 : cr Maison, rue de 
Sorbonne, devant la chapelle du collège n — il s'agit de l'ancienne — , « tenant à 
un jardin des appartenances de Sorbonne, d'autre part, à une maison appartenant 
au collège, vulgairement nommée l'Hostel des Espaignols, aboutissant rue des 
Massons (*).•» 

Maison du Soleil d'or, désignée, en i5i3, comme occupant le coin méridional 
de la rue des Maçons et aboutissant à celle de la Sorbonne. Avant 1 683 , elle avait 
arboré pour enseigne Le Buis. C'est là que l'imprimeur Gering transporta ses 
presses en ii83, après les avoir installées d'abord dans l'enceinte de la Sorbonne 
(1Û70), puis au Soleil d'or, en la rue Saint-Jacques (1673). Bien que Gering 

'■' M. A. Lenoir parait ignorer que les d'Har- '*' Bulletin du Gomild, 2* série, t. I, p. /jiS 

court des branches de Beaumesnil et de Gharan- ''' Cartulatre de Sorbonne , f" 899. 

ioïmf^ti&Kwl: de gueules à deux fasces d'hermines. '*' Ibid. , {' ^<)h. 



310 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

n'y habitât qu'à titre de locataire, cette dernière enseigne fut substituée alors 
à celle du Buis, ad Buxxim. Félibien localise ainsi cet immeuble : crà l'endroit 
où une porte sépare la rue de la Sorbonne d'avec la Place ''l n II se compo- 
sait, d'après les indications contenues dans le Cartulaire de Sorbonne, dont il 
était une appartenance, il se composait, disons-nous, de et deux corps d'hostel et 
deux cours ■», subsistant encore malgré les remaniements intervenus. Une pièce 
contenue dans le même recueil nous apprend que la maison fut en partie démo- 
lie, pour céder la place aux Ecoles externes du collège. 

C'est ici le lieu de constater, d'après un manuscrit d'environ 16/10 (Ârch. nat. , 
S 6216), que la Sorbonne, sur l'emplacement de ses quatre immeubles ci-dessus 
énoncés, en reconstruisit huit autres, dont l'un à l'enseigne de la Grenade, et 
l'autre à celle de Saote-Ursule. Cette dernière occupait le coin de rue, et par- 
tant se confondait avec les 

Ecoles neuves de Sorbonjse (i65o), dites contiguës au Soleil d'or et à l'Hos- 
tel du prieur d'Ygny ou de Ligny, par derrière sans doute, car cette maison devait 
être en façade sur la rue de Sorbonne. 

Voici maintenant en quels termes Nos adieux à la vieille Sorbonne, par Oct. 
Gréard, p. 219, en note, résument les vicissitudes de ces écoles : «A partir de 
1820, les écoles extérieures de l'ancienne Sorbonne furent louées successivement 
à diverses industries. Finalement, elles étaient occupées par l'imprimerie du 
journal fUnivers, lorsque, en 1661, elles furent démolies pour faire place à l'im- 
meuble oii est établi aujourd'hui un magasin de produits chimiques. Il ne reste plus 
actuellement des anciennes écoles que la partie qui est à l'angle de la rue ChampolUon 
(ancienne rue des Maçons n. 

Maison sans désignation, appartenant au collège de Cluny, et acquise, en i6ûo. 
par la Sorbonne; elle est dite alors et faisant l'encognure des rues des Poirées et 
des Maçons, ou étoit demeurant le sieur de Marchaumont^. Féhbien, qui donne 
ce renseignement, ajoute qu'elle fut achetée «pour estre démolie, et le fonds 
d'icelle employé pour parachever une place devant l'église neuve de la Sor- 
bonne (-) Tl. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Sud au Nord). 

Hôtel ou Collège du Trésorier, fondé en 1268, par Guillaume de Saône, 
trésorier de l'église de Rouen, et ayant son entrée sur la rue des Poirées, où se 
lira la notice que nous lui consacrons. 

'') Histoire de la Ville de Paris, f. II , p. 8Gq. — '" Id., t. V, p. 107. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. - 311 

Cinq maisons , « en la rue Neuve-de-Richelieu -n , et comprises dans et le fief du Tré- 
soriern, en face du collège. Leur situation sur la voie ouverte entre la rue de la 
Harpe et la place de la nouvelle Sorbonne, implique que leur construction datait 
des travaux opérés sur ce point par ordre du Cardinal. 

Gbange Canu (liigo), ainsi appelée du nom de son propriétaire. Un titre de 
celte époque la mentionne, en effet, avec la maison dont elle dépendait : cr Maison 
et jardin, ou souloit avoir granche, tenant au collège des Trésoriers, d'autre part, 
à M'= Jean Canu.Ti Un an auparavant, elle était dite et Granche, rue des Massons, 
de six à sept toises de large, sur huict de long, tenant d'une part et aboutissant 
au collèges. En i/j8i, elle est spécifiée a tenant au collège des Trésoriers, d'aultre 
part, à une maison du collège d'Harcourtn. En 1^78, les titres la désignent ainsi : 
(rDeux maisons entretenantes, tenant aux Trésoriers, d'autre part à Guérin, abou- 
tissant à la granche audict Guérin. n En 1^26, elle était possédée par cfle prieur 
de Sainct-Remy de Reimsii, lequel habitait, en la rue de la Harpe, la Maison des 
Trois Croissans rolges. En iSgi, elle appartenait à Guiliemite la Pelée, et était 
déclarée «tenant à un Hostel des Serviers de Nostre-Dame , et, d'aultre part à 
J. Boulanger •n. 

Si maintenant, renonçant à l'ordre rétrograde, nous descendons du moyen âge 
au xvi'' siècle, en i5o2, on appelle la place dont il s'agit «la Grange carrée ii, 
peut-être par erreur du copiste. En iboy, on la porte comme ayant été «achep- 
lée aux Chartreuxii. En 1626, elle était divisée, ainsi qu'il résulte d'un titre de 
cette époque, en deux granges, l'une tenant au collège, d'autre part à l'autre, 
qui aboutit à Morin. Enfin, voici ce qu'on extrait de \ Inventaire des biens de la 
Sorhonne, année iSoy : «Sur une granche, anciennement appelée Grangia Canu, 
appliquée au Collège des Trésoriers, par chacun an est deub xx' parisis. Plus est 
deub à cause de ladicte granche pour l'indemuité, par chacun an, vi' parisis. n 

La Rouge lance (1607), ci-devant la Souche (iBoa). Ces deux enseignes 
désignent un immeuble unique, ainsi qu'il résulte des deux mentions suivantes : 
«i5o2. — La Souche, tenant à une maison d'Harcourt, et aboutissant rue des 
Massons. ■« — «1007. — La Rouge lance, appartenant aux Trésoriers, tenant 
audit collège, d'autre part, à une maison du collège d'Harcourt n, laquelle était 
connue sous le nom de Petit Harcourt. 

Bâtiments postérieurs de l'Ostel des serviers de Nostre-Dame (1/192), autre- 
ment dénommés Petit Harcourt, ou Hostel du Petit Harcourt (1782), ce qui 
implique une dépendance de l'hôtel principal portant ce nom. Vers la fin du 
XV* siècle, sur cette aire s'étendait une cour oiî les écoliers firent bâtir un corps de 
logis, abritant «par bas les escholes de théologie, et par haut des chambres n. 



312 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Derrière de la Roze vermeille (1^92), maison plus tard réunie à l'Ostel des 

SERVIERS DE NoTRE-DaME. 

Façade postérieure du Petit Baïeulx, ou dépendances du collège de ce nom, 
faisant front sur la rue de la Harpe. Un document de 167A décrit ainsi les bâti- 
ments que le collège projetait sur la rue des Maçons : « Cinq masures entretenantes, 
en la rue de la Harpe et en celle des Massons, dont les quatre sont comme en 
carré, tenant icelles quatre masures, tout du long, au collège de Bayeulx, et à 
ses appartenances, d'aultre part aux appartenances du collège de Harcourtn — 
c'est-à-dire au Petit Harcourt, ou Ostel des serviebs de Nostre-Dame — , a et, 
en partie, à la cinquième masure cy aprez déclairée, aboutissant rue de la Harpe 
et, d'aultre part, rue des Massons; contenant icelles quatre masures, en long, 
depuis ladiclc rue des Massons jusques à celle de la Harpe, du costé de Harcourt, 
vingt toises et un pied etdemy, ou environ, les murs de face compris, et, en large, 
sur la rue des Massons, dedans œuvre et jusques à une enclave qui est du costé du 
collège de Bayeulx, neuf toises cinq pieds, et, aprez ladicte enclave, sept toises, 
deux pieds et trois quarts; sur la rue de la Harpe, sept toises et un pied et demy. 
— Item, le cinquiesme des masures tient, d'une part, aux appartenances de Har- 
court, et, d'aultre part, à l'une des quatre masures aboutissant rue des Massons, 
et, d'autre part, aux appartenances de Harcourt, contenant, à prendre depuis le 
dehors de la rue des Massons jusques au dedans œuvre du mur mitoyen entre 
Harcourt et icelle masure, en long, dix toises et un demy pied, et, en large, 
quatre toises, compris l'espaisseur du mur estant entre lesdites masures; le tout 
en censive de Sorbonne. n Ces détails descriptifs sont consignés sous la rubrique : 
Maison du Petit Bayeulx. 

Partie postérieure de la Maison paixcte et Façade d'une maison sans désignation, 
appartenant ensemble au collège de Bayeux. Ces deux immeubles sont aussi dé- 
crits dans une note extraite d'un document authentique : et Ladicte Maison paincte, 
cour derrière et édiflice estant derrière ladicte cour, sous laquelle est la dépense 
du collège V — le grand Bayeux — , «qui aboutit à la rue des Massons, v La mai- 
son sans désignation est dite cr seize en icelle rue et tenant au collège de Nar- 
bonneii; elle et sa voisine méridionale sont indiquées comme appartenant au col- 
lège de Bayeux. Elles avaient été, en effet, ainsi que l'Ostel dessus la Porte et 
les locaux du Grand Baïeux, construites sur l'emplacement de la maison donnée 
pour l'installation du collège, par Guillaume Bouvet, alias Bonet. 

Ruelle sans désignation. La génération contemporaine a pu voir entre les rues 
de la Harpe et des Maçons un passage auquel donnait entrée une arcade ogivale 
portant cette inscription : Collegium Bajocense. Ce passage rappelait la ruelle dont 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 313 

Pliilippe le Bel accorda, en 1809, l'inféodation au fondateur du collège, ruelle 
ainsi désignée dans les titres : Quamdam ruellam incipientem in vico Sancti Cosmi et 
finientem in vico Lalhomontm , silam iritra domum Guillelmi episcopi Bajoccnsis. -n Inféo- 
dée, dit le texte, pour l'utilité et l'avantage des écoliers, la ruelle, qui fut rou- 
verte après la suppression du collège, dut être, durant l'inféodation, fermée des 
deux bouts; ce qui condamna l'issue qu'y avait un certain Girard de Raoul : 
«Exitus in dicta ruella ctijusdam ostii cxistenlis in domo quadam Girardi a Radul- 
yj/ioC. T) Le fondateur du collège, le principal et les boursiers, auxquels on don- 
nait, à cet égard, un pouvoir discrétionnaire a de ea facere voluntates n , 

durent s'arranger avec Girard de Raoul pour que la clôture de la ruelle ne lui 
portât pas préjudice. 

Bâtiments postérieurs du collège de Bayeux et Jardin de l'Evêqle. Le pourpris 
du collège, qui comprenait l'ancienne demeure du fondateur et le jardin y atte- 
nant, s'appelait le Grand Bayeux; le jardin longeait la ruelle dont il vient d'être 
parié. Cette disposition résulte de deux textes descriptifs. Le premier, qui est de 
1819, concerne la maison d'un certain Oudart et précise l'ancien logis de Guil- 
laume Bouvet, avec le jardin qui y était joint : nDomo, que quondam fuit Oudardi, 
continua domui que fuit dicli Bouvet. . . , ex una parte, et ex altéra, ruelle clause. . . , 
que pretenditur a vico Cithare usque ad jardimim dicti episcopi. n Le second texte, qui 
est de 1559, s'applique à «une maison rue des Maçons, tenant à la grande salle 
du collège de Bayeux, d'autre part à celui de Narbonne, par derrière, au jardin 
du collège de Bayeux u. 

Deux maisons, sans désignation, dont l'une était celle que mentionne le docu- 
ment de iBBg. 

Maison de saint Sébastien, appartenant au collège de Narbonne et ayant été 
construite vers la fin du xvi" siècle, ainsi qu'il résulte d'un document de iBgg, 
cité par Félibien. Elle y est qualifiée de «œdificium novum quod vocatur Sancti Sebas- 
liani-n, et son entrée principale est indiquée comme étant sur la rue que nous 
décrivons : «habet egressum et exitttm in vico Lathomoi'um sive des Massons, -n La Mai- 
son de saint Sébastien servait, est-il dit dans ce texte, au logement des profes- 
seurs : Kttd locationem et habitationem regentium facientium lecturas. -n Le saint, sous le 
vocable duquel elle était placée, passait pour être originaire de Narbonne, et l'on 
célébrait sa fête dans le collège de ce nom. 

Maison sans désignation, dont les derrières seuls étaient sur la rue des Maçons, la 

'" C'est ce (]iii lésulte de l'acte (l'inféodation : n . . . Ideo precipimus ex utraque parte claudere ruel- 
lam. . . ad ulilitatem et coniniodum scolarium quos ûuillelmus, episcopus Bajocensis, conslituit Parisius 
perpeluo moraturos. 

n. So 



3U TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

façade tournée vers les bâtiments postérieurs du collège de Séez. Une note relative 
à ce collège dit qu'il tenait «d'un costé aus escoUiers de Narbonne, d'autre costé, 
à la maison de maistre Pierre Aubart et aux masures qui sont de l'hostel d'Har- 
court, ladicte maison aboutissant, par derrière, à la rue des Massonsn. 

Masures dont il vient d'être parlé, dépendant de l'hôtel d'Harcourt, bien que 
celui-ci fût situé sur le côté oriental de la rue. 

Maison de l'Angle, ayant occupé, comme sa désignation l'indique, le coin formé 
par la rue des Maçons et celle dos Mathurins. En 1A16, à cet immeuble, abou- 
tissait LA Teste pelée, sise e regione de l'église Saint-Côme, en la rue de la Harpe. 
Une déclaration analogue de 1^99 en complète l'identification. 



RUE DES MATHURINS. 

La voie sur laquelle se développaient les bâtiments du palais des Thermes en 
a longtemps porté le nom plus ou moins altéré : on la trouve appelée, dans les 
textes latins, vicus Terminorum et de Terminis, viens ad fermas, magnus vicus de Ter- 
mis (1216-1220-126/1-1602), et dans les titres français , rue des Termes et du Pa- 
lais des Termes. L'ignorance de l'étymologie grecque ne permettait pas d'attacher 
à la construction gallo-romaine, dont les restes subsistent encore aujourd'hui, 
l'idée d'un établissement thermal. Raoul de Presles, abusé par les expressions 
terme et terminus, va jusqu'à dire que les loyers se payaient dans l'ancienne rési- 
dence de Julien (''. Piganiol prétend que cette voie a porté le nom de frrue des 
Bains ou des Etuvesn; mais on ne peut citer aucun titre à l'appui de cette asser- 
tion. 

A une date indéterminée, on élève, dans l'Ospital de Saint-Benoit, rue Saint- 
Jacques, une chapelle à saint Mathurin, chapelle et hôpital que les religieux 
Trinitaires reçurent de la libéralité de l'Évèque et du Chapitre de Paris (1228), 
et auxquels ils ajoutèrent des bâtiments claustraux, ce qui leur valut le nom de 
Mathurins; mais la dénomination de la voie qui nous occupe n'en fut pas encore 
modifiée, parce que le pourpris du couvent n'atteignit que plus tard cette limite 
extrême. Les noms de Mathurin et Mathurins, Malhelin et Mathelins n'étaient alors 
donnés qu'à la partie de la rue Saint-Jacques avoisinant le monastère des Tri- 
nitaires. 

Cette dénomination de rue des Mathurins, appliquée à la rue des Thermes, 

'"' Voir Paris et ses htstortetis aux xiv' et rr' siècles , p. 107 et 108. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 315 

est rclalivenient moderne; on ne la rencontre, en effet, qu'au xv^ siècle; elle a 
subsisté jusqu'à nos jours. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

PAROISSE DE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE ET CEXSIVE DE SAINT-BENOÎT. 

Maison tenant, d'une part, à celle qui faisait le coin de la rue Saint-Jacques, 
et, de l'autre, à la maison formant l'angle oriental de la rue du Cloître-Saint-Benoît. 
C'était un hôtel important, formé à certaine époque de trois corps de logis; celui 
du centre s'appelait la Croix blanche, le deuxième, du côté oriental, le roy David, 
et le troisième, sur le flanc occidental, le chef Saint-Denys. H était situé, dit un 
texte, (r devant l'église des Mathurinsfl et aboutissait au cloître. H en est fait, 
dans plusieurs titres, diverses mentions que nous transcrivons ici : 

cEn laquelle maison, il y avoit ci-devant une grande cour dans laquelle les 
chanoines ont fait bastir de neuf plusieurs corps de logis, dont partie leur sert 
pour le cloistre de leur chapitre et leur logement, et les autres sont loués par eux 
à différentes personnes, le tout ayant entrée par une porte rue Saint Jacques. n 

Ces mêmes chanoines de Saint-Benoît, est-il dit dans un autre document, «ont 
fait bastir deux petites boutiques, ayant face dans la rue Saint Jacques, dans 
l'une desquelles esloit placé l'estail à boucher, auparavant dans la Croix blanche ti. 

La maison dont il s'agit semble avoir appartenu, au xvi*^ siècle (i568), à un 
helléniste ignoré aujourd'hui, mais ayant fait partie des professeurs du Collège de 
France. Une note, tirée d'un document authentique, paraît, en effet, la désigner 
dans les termes suivants : p Maison contiguën — à celle du roy David et du Paon 
— (ta Goullu, lecteur du Roy en langue grecque. a 

Maison dl Chef sainct Denys, faisant le coin orientai de la rue du Cloître- 
Saint-Benoît. 

Grand hôtel , formant l'angle occidental de la même rue. Dans un titre de i SSg , 
il est appelé Hôtel de Longleil, comme le grand logis formant l'angle des rues 
Hautefeuille et Pierre Sarrazin. 

Hôtel du président Lizet. Au xvi'' siècle, en effet, il était habité, à titre de 
location, par le premier président Lizet, ainsi que le prouve le texte suivant : 

ff i538. Maison du Mirouer, tenant et aboutissant par derrière à un hostel que 
a tenu cy-devant h loyer messire Pierre Lizet, premier président en la Cour du 

/lO. 



31G TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Parlement, fl Un autre texte nous apprend que ledit hôtel échut rcpar voie d'hé- 
ritage à Pierre Thibault, mestre des Comptes, fils du Procureurr). 

Maison de l'Ymmge sainct Martin (i/i85), faisant le coin oriental de la rue de 
Sorbonne et située presque en face de l'hôtel de Cluny. On y a trouvé des traces 
de constructions de la fin du w' siècle. Achetée au xvn° siècle par le maréchal 
de Catinat, elle a été au xvin% et est encore aujourd'hui, le siège d'un important 
établissement d'imprimerie et de libi-airie ainsi localisé : Via et jiixta Cancellos Ma- 
ikurinensium. 

Maison sans désignation, faisant le coin occidental de la rue de Sorbonne et 
l'angle oriental de la ruelle des Carneaulx. Il faut, selon toute probabilité, l'iden- 
tifier, de i/i85 à i5io, avec le Plat d'estaing, mentionné dans le Gartulaire de 
Sorbonne (f" Sg^). En 1/172, elle est ainsi désignée : rr Maison contenant cinq 
corps d'hostel , deux petits pignons sur rue, un autre et un appentis sur le derrière, 
et un autre pignon sur une allée, laquelle est de l'hostel des Carneaulx, au collège 
de Sorbonne. . . Deux petites tourelles et appartenances, tenant d'une part tout 
au long de ladicte allée, d'autre part, en partie à Poncelet Jonnyn, et en l'autre 
partie, sur ie derrière, contre l'hostel d'Harcourt, aboutissant par derrière à la 
cour d'icelluy hoslel des Carneaulx. -n 

Le président de Saint-André demeurait, en i555, au susdit Hôtel des Car- 
neaulx, ainsi qu'il résulte du texte suivant : a i552. Deux maisons entretenantes, 
dont l'une est la Caige, tenant à la Maison de l'estrille Fauveau, d'autre à la 
Maison de la Hure, aboutissant à M. le Président de Sainct-André. n L'un des cinq 
corps de logis, dont se composait l'hôtel, changea de propriétaire, quelques an- 
nées plus tard, comme le témoigne la note suivante : w i56o. Maison faisant l'un 
des coings et tenant, d'une part, à la rue de Sorbonne, d'aultre part à une ruelle 
dite la ruelle de Carneaulx, d'un bout au Président de Saint-André, d'autre part 
sur la rue des Mathurins. » 

CENSIVE DU PABLOin AUX BOURGEOIS. 

Ruelle ou allée des Carneaulx (1/179), ainsi appelée parce qu'elle con- 
duisait à un hôtel muni de cet appareil de défense. 

Maison de la Hure (iBBa), faisant le coin occidental de la ruelle des Car- 
neaulx ; paraît avoir fait partie de la maison suivante. 

Maison de la Caige d'or, mentionnée comme étant de la censive de la Sor- 
bonne. Un document de 16/17 '* désigne ainsi : a La Caige, en quatre corps, 
tenant à l'hostel des Carneaulx, d'aultre part à l'hostel de Harcourt dit de Lor- 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 317 

HAINE, et à l'hostel de l'estrille Fauveau.-i? Pour admettre la contiguïté de rhôtel 
d'Harcourt, il faut ne pas tenir compte de la ruelle Coupe-Gueule qui le séparait 
de la Caige d'or. Une note relevée aux Archives nationales donne sur cette maison 
le renseignement suivant : 

ff 15/17. Jfihan Bourbonne, marchant, l'un des quatre libraires-jurez de l'Uni- 
versité de Paris. . ., propriétaire d'une maison, rue du Palais du Terme, appelée 
la maison de la Caige, de quatre corps d'hostel, cours, quatre caves, aisances et 
appartenances . . . , tenant d'une part à l'hostel des Carneaux, d'autre part à l'hostel 
d'Harcourt, dit de Lorraine, appartenant à présent à M'^ Gilles Magny [sic, mais : 
Magistri), advocat du Roy. . ., et à l'hostel de I'Estrille-Fauveau. n 

De la note suivante résultent deux conséquences, savoir : que l'immeuble échut 
au gendre de Jean Bourbonne, ou plutôt Bonhomme, et que la Sorbonne comp- 
tait l'un et l'autre imprimeur au nombre de ses censitaires. Inventaire des biens de 
la Sorbonne, en iBSy : et Sur une maison où de présent demeure M* Jehan Char- 
bonnier, qui fut à Jehan Bonhomme, son beau-père, où pend pour enseigne 
LA Cage d'or, doibt, pour chacun an, vi 1. parisis. n 

Maison de l'estrille Fauveau (i5i8), faisant le coin oriental de la rue Coupe- 
Gueule. Elle est dite , en 1 5 1 9 , et tenant d'une part et aboutissant à J. Bonhomme , 
et d'autre part, en partie, à l'hostel d'Harcourt •». Nous consignons ici deux 
autres renseignements se référant l'un à une date antérieure, l'autre à une date 
postérieure : 

De 1/189 ^ ^ ^9^^ Durand Garlier imprima à I'Estrille-Fauveau ; puis il trans- 
féra son matériel typographique à IImage Saikt-Dems de la rue Saint-Jacques. 

(f i5/io. Jehan Thibault, procureur du collège de Sorbonne, a dict et déclairé 
que audict collège compecte et appartient une maison rue du Palais des Thermes, 
en laquelle pend pour enseigne I'Estrille-Fauveau, tenant d'une part à Jehan 
Bourbonne, d'autre h une maison de M"^ Orgeval.ii 

Nota que le logis de la noble dame était partagé, un siècle plus tard, entre 
M' d'Orgeval, maître des requêtes, et le marquis de la Luzerne, son beau- 
frère. 

Quant à I'Estrille-Fauveau, nous la retrouvons, en ibb'], dans YInventaire des 
biens de la Sorbonne : ttPour une maison louée à Gilles du Verger, mouleur de 
boys, en laquelle pend pour enseigne TEstoille [sic) Fauveau, par chacun an, 
doibt xLxviii' parisis. -n 

L'enseigne que porlait cette maison se répétait sur plusieurs points du vieux 



318 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Paris, dans ia région du Louvre notamment ('); elle constituait une sorte de 
rébus '"^l 

Rue, ou ruelle Coupe-Gueule. — Nous avons consacré à cette petite voie, 
dont M. Gréard nie à tort l'existence, un article spécial, qu'on trouvera à son 
ordre alphabétique; nous nous bornons à ia mentionner ici, parce qu'elle se rat- 
tache à la rue des Mathurins et à celle de Sorbonne. Il faut très probablement 
l'identifier avec le vicus torluoms, ah opposilis palalii Tennorum, cité dans un acte 
de 1 263 , et en constater ia fermeture à une date inq)récise, par suite des meurtres 
qui s'y commettaient. Cette clôture favorisa les usurpateurs, ainsi que les réu- 
nions des parties de maisons situées à la fois sur l'un et l'autre côté de la ruelle. 
C'est ce qui explique qu'elle ait disparu, partiellement d'abord, puis en totalité, 
et qu'il n'en reste plus trace aujourd'hui. 

PAROISSE SAINT-SÉVERIX. 

Partie latérale de l'hôtel d'Harcolrt, ayant entrée sur la rue des Maçons, dont 
il occupait l'angle oriental, comme il occupait l'angle occidental de la ruelle 
Coupe-Gueule. Voir l'article que nous lui avons consacré dans la description 
lopographique de la rue des Maçons. 

Maison de l'Angle, ou de l'Aigle, sise au coin occidental de la rue des Ma- 
çons, laquelle maison s'appuyait, en iUili, k la Teste pelée. 

Maison de la Teste pelée [lUih), alias de Saint-Ignace, devant cette double 
dénomination à une enseigne de perruquier facétieux. 

Partie latérale de la maison du Moulinet, formant l'encoignure de la rue des 
Mathurins et de celle de la Harpe (i 599). Le lecteur en trouvera la description 
lopographique à l'article de cette dernière voie. 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occident en Orient). 

PAROISSE SAIMT-SÉVERIN. 

JUSTICE ET CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison sans désignation, contiguë à celle qui faisait le coin septentrional de la 
rue de la Harpe. 

'*' Topographie historique du Vieux Paris, t. I, frQuanl au surnom qu'on leur a donné de ré- 

p. 28. bus de Picardie , c'est à raison de ce que les Picards . 

"' Marot a dit dans son Coq-à-l'àne : de tous les François, s'y sont infiniment plus adon- 

, „ nez et délectez." (Voir les Bigarrures et louches 

Car, en rébus de Picardie, j; . 

Uae faux, une estriile, un veau, '^" ^"tgneur des Accords, par Etienne Tabourol. 

Cela fail E»(n7fe Ffluccaa. Rouen, 1621.) 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 319 

Autre M\isoN sans désignation, divisée en deux corps de iogis. Un document 
de date indéterminée l'indique dans les termes suivants : rr Maison tenant aux 
voilltes de l'hostel de Cluny, d'autre part à Barentin, par derrière audict liostel, 
par devant audict Barentin. n 

Maison ayant fait partie de la précédente, dont elle a été détachée à une époque 
qu'on ne peut préciser. 

Ces trois immeubles anonymes occupent l'emplacement de ceux ainsi désignés 
dans le Compte des conjiscalions de Paris pour les Anglois (1/121) : nHoslel scis rue 
du Palais du Therme, qui fut à M* Guillaume Bourratier, archevêque de Bourges, 
tenant d'une part (à l'hostel) au collège de Clugny et à M*" Philippe de Bully, et à 
M"^ Jean de la Marche, d'autre part; auquel hostel demeure le seigneur de Bou- 
hac, pour garder l'hostel seulement. Ledit hostel appartenoit à M'' Hébert 
Camus, procureur au Parlement'''.-» Camus était donc un partisan du Dauphin, 
absent de Paris et spolié. 

PAROISSE S\1>1T-KTIE.N>E-DU-M0NT. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAI JiTE-CEXEViÈVE. 

Hôtel de Clunv, adossé au Palais des Thermes et faisant corps avec lui. Nous 
avons consacré à ces deux édifices un article spécial qu'on trouvera à la suite de 
la description topographique de la rue des Mathurins. 

PAROISSE SAlNT-SÉVRRi:«. 

Ruelle CoteREL, ou CocEREL, rue sans chef, viens siiie capite, mentionnée, 
en 1243, dans le censier de Sainte-Geneviève. On n'en trouve plus de traces 
dès le xvi'' siècle. 

CENSIVB DU CHAPITRE DE HOTRE-DAUE. 

Maison du Grand Cornet (i/iSq), puis des Ltons rampans (i566), dite, en un 
titre de 1 /lyo, «tenant, d'une part, à une petite cour pavée des appartenances des 
Mathurins, d'autre part, au jardin de Clugny n. Un document de i555 nous apprend 
qu'elle avait «deux pignons de maisons, avec cour et appartenances, le tout entre- 
tenant, en la rue du Palais des Thermes n. En 1 533 , la Maison du Grand Cornet abri- 
tait les écoles des jeunes religieux; en 1 555, les Mathurins obtinrent l'autorisation 
d'y établir «deux estaulx de boucheryen, sans préjudice d'un troisième installé 

'■' Snnvnl, t. III. p. ggS. 



320 TOPOGRAPHIK HISTOUIQLE DU VIEUX PAIUS. 

«en la maison voisine et joifjnant à iccllcTi. Cet établissement eut lieu en vertu 
d'un arrêt du Parlement rendu l'année précédente. La Cour, considérant que cfil 
n'y avoit estail en la rue Saint Jacques, que celui de Saint Benoist, entre l'église 
et les Matliurins, de sorte que ceux du quartier estoient souvent obligez d'aller 
soit à Saincte Geneviefve, soit à Sainct Germain, soit à Petit Pontn, dit que, très 
rues de Sainct Martin, de Sainct Honoré, en la place Maubert et autres lieux 
commodes pour la cbose publique, seroit de nouvel érigez estaulx à bouchiers, 
pour y vendre et débitter des chares comme es boucberyes d'icelle ville, par bou- 
chiers jurez fl. 

Maison sans désignation, située entre le Grand Cornet et l'église des Matliurins, 
et comprenant plusieurs corps d'hôtel. Un titre latin de laSy la désigne, ainsi 
que la précédente, dans les termes suivants : (r Duas domos sitas Parisius, in vico de 
Tliermis, in censiva et parrochia Saiicte Genovefe, conliguas domiii Sancli Mathurmi, ex 
ahera parte palatio de Tennisn. Les corps de logis dont elle se composait s'éten- 
daient en profondeur vers la rue du Foin, ainsi qu'il résulte d'un toisé de 1689 : 
(fLa maison, rue des Mathurins, tenant à l'église, huit toises de face sur trois de 
profondeur, pour le corps d'hostel de devant; le petit corps du milieu, qui est le 
Bureau des Libraires, trois toises et demie de large, sur deux de profondeur, plus 
deux ailes ayant quarante huit toises de superficie, et les deux corps, trente cinq 
toises, y 

Eglise et couvent des Mathurins, ayant eu primitivement leur entrée sur la rue 
Saint-Jacques. Cette entrée fut reportée sur la rue des Mathurins. La notice que 
comporte la maison des Mathurins, doublement célèbre dans les annales monas- 
tiques et universitaires, se trouve à la suite de celle que nous avons consacrée 
au Palais des Thermes et à l'hôtel de Cluny. 

Échoppes. Comme à Saint-Yves et aux Jacobins, il v avait, sur le flanc méri- 
dional de l'église des Mathurins, une série d'échoppes sans enseignes. La dernière, 
cependant, est désignée en ces termes, dans un document de 1 878 : tril fut décidé 
que l'échope faisant le coing des Mathurins et de Sainct Jacques serviroit de garde 
pour y faire sentinelle, a 

Possessions des Mathurins, dans le voisinage de leur église et de leur couvent. 

En dehors de leur pourpris, les Mathurins possédaient, ainsi qu'il résulte de 
divers titres, des terrains, des maisons, et avaient droit à certaines redevances, 
tant dans le périmètre circonscrit par les rues des Mathurins, Saint-Jacques et du 
Foin, que sur d'autres points environnants. Le noyau de leurs propriétés était 



TOPOGRAPHIE HI£ 




Plans dft r àc^ueduc dans la nlaine 




MIDI 




de l'aqueduc 



inD: 






PALAIS D 
Cou rs de . 



ï 



VE DV VIEVX PARIS 



\ 



u 




Plan sous la. (rrande salle des Thermes , 




NORL- 



TïSô iooe Ué\.. 



Coupe ftous 1a orande ftalle des ThenncA 



HERMES 

; romain 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 321 

compris entre l\ maison de la Croix d'or et l'Hôtel de Cluxï. Ils possédaient, en 
outre, aux termes d'un acte d'amortissement de 1254, nun terrain situé entre 
la rue Sans-Tète, la Grant rue et celle des Termes, et qui auparavant estoit de 
leur censivet. La transaction intervenue celte année en confirmait deux autres 
de 1228 et 1287, en vertu desquelles l'abbé et les religieux de Sainte-Geneviève 
leur accordaient, moyennant un chef cens de quatre deniers, un hôpital avec 
son ancienne enceinte, rrveterevi domum hospttakm cum antiquo porprisio -n , et, moyen- 
nant un même cens de sept deniers, une maison contiguë ayant appartenu à une 
dame Marceline. La même abbaye leur concédait la propriété de deux maisons 
sises m vieo de Tet-mis, possédées par eux comme biens de mainmorte, à la 
condition de payer annuellement et en deux termes, outre les quatre deniers et 
obole de cens qu'ils devraient, soixante sols parisis, sous peine de cinq sols d'a- 
mende par jour de retard. 

Le pourpris des Mathurins, ainsi prolongé, avait une assez grande impor- 
tance. La maison hospitalière dont il vient d'être question occupait, dit un titre, 
(tle lieu OLi est le ciiapitre, tenant à l'entrée, à la place des maisons abattues qui 
y estoienl lors de la transaction de 126/1, avec toutes celles qui composent de 
présent leur dit couvent, qui sont au lieu et place des maisons scizes autrefois 
rue Servode; partie de laquelle rue aujourd'hui est enfermée dans la censive de 
leur monastère, et a servi ainsi à agrandir l'église ^'N. 



PALAIS DES THERMES et HOTEL DE CLUNY. 



L PALAIS DES THERMES. 

On s'accorde généralement à faire remonter la construction de l'édifice à Con- 
stance Chlore, qui fit un séjour de quatorze années à Lutèce. Il est historiquement 
certain que Julien l'habita et y fut proclamé empereur par ses troupes, en 3Go. 
Quelle était alors son étendue et celle des jardins qui l'entouraient? Ici tout est 
conjecture et matière à comparaison. Les palais romains ayant de vastes dépen- 
dances, on en a conclu que celui de Lutèce devait s'étendre du bord du fleuve 
au sommet du mont Leucotitius, et des Arènes au monticule oi!i s'est élevée 
depuis la basilique de Saint-Vincent (Saint-Germain-des-Prés). Le canal dit 
la Pplite Seine aurait été la limite de ses jardins vers le couchant. 

''' Il exista, rue des Matburins, une maison à ment d'imprimerie et de librairie, qui fut Irans- 
IVnseigne de La licobxe. dans laquelle Tielman féré rue Saint-Jacques, même enseigne, et dura 
kerver, d'origine allemand»", fonda un établisse- cent ans. 



IVrimCtlt VATfOaill. 



322 TOPOGRAPHIE HISTOIIIQUE DU VIEUX PARIS. 

Une conjecture qui a été émise et qui ne nous semble point déraisonnable, 
c'est que le fameux château de Hautcfeiiillc, ouvrage romain dont on a eu peine 
à entamer les fondations, pouvait être, vers le sud, la limite du palais, et que 
remplacement sur lequel on a édifié le Pelit-Cliatelet en marquait les bornes, 
du côlé du nord. L'antiquaire Caylus dit, en effet, que, «dans les caves des mai- 
sons situées entre la rivière et les restes du Palais des Thermes, on a trouvé des 
piliers, ainsi que des voûtes de maçonnerie romaine, et que, avant la démolition 
du Petit Ghâtelct, on y voyait des arrachements de murs antiques qui se diii- 
geaient vers ce palais n. 




Palais des Thermes. — Vue de la grande salle. — Réduction d'une estampe Jo Gciiiiloii cl Noo. 



Mais laissons de côté ces liypollièscs et rappelons sommairement ce que devint 
le palais après la conquête de la Gaule par les Francs. Mabillon, en relevant un 
certain nombre de chartes, datées du Palais des Thermes, en a conclu qu'il avait 
été habité par plusieurs rois mérovingiens, par Childebert notamment. Adrien 
de Valois a fait la même remarque; malheureusement les pièces probantes ne 
sont pas nombreuses. 

Le palais gallo-romain dut être abandonné à l'approche des invasions nor- 
mandes; il oflrait, en effet, moins de sécurité que celui de la Cité, abrité derrière 
une muraille dont on a retrouvé les débris, et qui avait pour fossés naturels les 
deux bras de la Seine. Comme tous les édifices de la rive gauche, ainsi que nous 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 323 

l'avons fail remarquer pour Saint-Benoît et Saint-?]lienne-des-Grès, le Palais des 
Tiiermes dut être ravagé par les Normands, surtout à l'époque du siège de Paris, 
et c'est très probablement alors que commence la série des dévastations qui l'ont 
réduit à l'état où on le voyait au xui" siècle, époque où le gros œuvre était encore 
intact. L'enceinte de Philippe Auguste, qui l'aurait protégé, contribua peut-être 
à en diminuer l'étendue; pour faire passer la muraille à travers les anciennes 
dépendances du palais, il fallait faire quelques démolitions, couper des terrains 
qu'on aliéna, et c'est ainsi, nous le répétons, que l'ouvrage gallo-romain, appelé 
Allum folium, a pu demeurer en dehors du mur fortifié et rester conligu au 
Parloir aux Bourgeois de la rive gauche. 

Depuis les rois de la première race jusqu'à ceux de la troisième, le Palais des 
Thermes reste dans l'oubli. Il faut aller jusqu'au milieu du xn'' siècle pour en 
trouver une prétendue mention, Jean de Hauteville, ou Hauville, sous le nom 
de Joannes Architrenius, nous aurait laissé une description du Paris de son temps; 
mais cBonamy, de l'Académie des inscriptions et belles lettres, s'est singulière- 
ment trompé sur toute cette description, évidemment allégorique. . . Notre grand 
pleureur. . n'est plus à Paris quand il remonte la montagne de l'ambition. Il 
est en Grèce, en Macédoine; et cette montagne s'élève au-dessus de la ville de 
Pella. patrie d'Alexandre. Il le dit positivement, en commençant la description 
de cette montagne et le chapitre n de son quatrième livre : 

Mons iurgenle rugo , Pellœam despicit urbem , 
Attra supercilio libans, etc. 

ftll s'exprime, à la fin du chapitre v, de manière à ne laisser aucune équi- 
voque... C'est là, dit le poète, que jouait cet enfant avide de régner, cet élève 
de Mars, Alexandre. . . . 

Hic puer impirii cupidus tudebat , alumnus 
Martis, Alexander, etc. <'' 

Cette description, crue exacte, ne pouvait que recommander le palais gallo- 
romain aux historiens de Paris; ils n'ont garde de l'oublier et en parlent avec 
admiration. Il en est un qu'il Jaul reproduire, parce qu'il consacre le contre- 
sens auquel avait donné lieu le mot latin lenninus, substitué au mot grec Oepfios, 
incompris. Dans le commentaire ajouté à sa traduction de La Cité de Dieu de 
.saint Augustin, Baoul de Presles, qui écrivait sous le règne de Charles V, men- 
tioiuie le palais des Thermes ainsi qu'il suit : wJulius Caesar fist le palais de 
Termes, qui estoit ainsi appelle pour ce que là se payoient les trehuz aus termes 
qui estoient ordenez.n Ce jeu de mots nous fait sourire aujourd'hui. 

• Histoire littéraire de la France, t. XIV, p. 5jô , article Jean de Hautville, par Guiiiguen(^. 



324 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Quand ce palais cessa d'être résidence royale, il dut fournir, comme les arènes, 
une carrière à exploiter et contribuer ainsi au peuplement de la région. Raoul 
de Presles le constate dans les termes suivants : aAdont les gens commencierent 
à ediffîer maisons aus environs de ce chastel, et à eulx y logier, et commença 
ceste partie lors à estre premièrement habitée ''l r, 

Le palais n'étant plus habité par les rois, les terrains qui en dépendaient 
furent baillés à cens et à rentes. Même une charte de Philippe Auguste, datée de 
1218, portant donation à perpétuité du palais des Thermes à un certain Henri, 
qualifié de w concierges et de chambellan, moyennant une redevance annuelle 
de douze deniers, prouve que cette concession n'était pas la première, puisque, 
suivant cet acte, elle succédait à celle dont avait bénéficié un certain Symon de 
Pissiaco^^^; et l'on sait, d'ailleurs, que Simon de Poissy avait été précédé, en qua- 
lité de propriétaire de l'immeuble, par Jean de Courtenay, successeur de Raoul 
de Meulent. Ce document nous apprend encore que le palais était devenu le 
centre d'une exploitation rurale; il y existait un pressoir, pressorium. 

De donation en donation, le palais des Thermes finit par avoir de nombreux 
propriétaires. Un héritier de Robert de Courtenay, Jean de Courtenay, vendit, 
au commencement du xiv^ siècle, sa portion à un archevêque de Reims, qui la 
céda à un évêque de Bayeux, de qui elle fut acquise par Pierre de Chaslus, abbé 
de Cluny, qui possédait sans aucun doute, avec l'hôtel de ce nom, les autres por- 
tions du palais. Tout le domaine eu dépendant se trouve alors réuni à l'hôtel 
abbatial, et l'histoire des deux édifices se confond à partir de ce moment. 

Les appropriations du vieux palais furent multiples. Nous ne pouvons suivre le 
mouvement de ces constructions parasites, qui cessa après l'acquisition des abbés 
de Cluny; mais nous devons mentionner les jardins suspendus, à la façon de ceux 
de Babylone, qu'on avait eu l'idée d'établir au-dessus des solides voûtes romaines. 
H y en avait deux, dont l'un couronnait la terrasse de la salle des Thermes; c'est 
celui que la génération précédente a pu voir, puisqu'il a subsisté jusqu'en 1820. 
L'autre, dont parle Piganiol comme existant encore vers 1700 «sur une terrasse 
fort élevée dans la partie de l'hôtel de Cluny conmiuniquant aux Thermes, fut 
anéanti en 1787, avec la voûte qui le supportait (^^n. 

Parmi les descriptions contemporaines qui abondent en détails et en conjec- 
tures, il en est une que recommande le nom de son auteur, à laquelle nous faisons 
quelques emprunts : 

La grande salle, dit M. F. de Guillermy, est une fabrique immense, majestueuse d'aspect, 
merveilleuse de solidité', empreinte, comme les œuvres du peuple romain, d'une grandeur mâle 
et sévère. De semblables monuments se mesurent plutôt qu'ils ne se décrivent; ils tirent toute 

''' Paris et ses historiens aux xiv' et xv' siècles, p. 1 07 et 1 08. — ''' Bibl. nat. , Cartulaire de Philippe 
Auguste, f° 170. — '"' Mémoires de l'Académie des inscriptions, 1. XX, p. 67g. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 325 

leur beauté du grandiose des proportions, de la régularité de l'appareil et de l'importance de 
leurs dimensions. Quelque nue et dépouillée qu'elle puisse être, la salle des Thermes, sur la- 
quelle ont passé déjà quinze siècles, commande l'admiration el le respect. On contemple avec 
élonnemcnt les hautes voûtes et les voussures hardiment projetées dont les retombées ont pour 
consoles des poupes de navires. L'œil suit avec curiosité les archivoltes des arcades et des niches, 
dont la brique et la pierre, découpées en claveaux d'une finesse charmante, composent alterna- 
tivement le pourtour. Nous avions peine à croire, au premier abord, (]ue, sous un climat hu- 
mide et froid, comme le nôtre l'est une grande parlie de l'année, les Romains n'eussent pas 
senti la nécessité de réduire les dimensions qu'ils étaient dans l'usage de donner à leurs construc- 
tions thermales d'Italie ou de l'Orient, et que celte immense salle du palais de Paris n'eût 
réellement jamais eu d'autre destination. Mais la comparaison de nos Thermes avec des établis- 
sements semblables bien étudiés à Rome et ailleurs ne laisse pas même le droit d'émettre un 
doute. Il paraît aujourd'hui prouvé que la grande salle était la frigidarium , ou salle des bains 
l'roids. Elle est accompagnée, du côté du nord, d'une pièce en saillie, dont le sol est un peu 
plus bas, et qui formait la piscine. De l'autre côté, des arcades, aujourd'hui murées, commu- 
niquaient avec d'autres salles voisines, et de grandes niches présentant les vestiges bien appa- 




Vuc de la salle des Tlicrmes, en i8a6, d'après un croquis de U. Legrand. 

rents des canaux par lesquels les eaux tombaient dans les baignoires. La construction a été 
exécutée en petit appareil carré, avec des chaînes horizontales en briques destinées à maintenir 
les assises et à les régulariser. La hauteur de la grande salle est de 18 mètres, la longueur 
de ao, sa largeur de 11, 5o. La piscine s'élève à une hauteur égale; mais elle n'a en surface 
que 10 mètres sur 5. 

Si de la salle des bains froids on se dirige vers la rue de la Harpe, on parvient, après avoir 



na TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

travcreé un vestibule, dans l'ancienne salle des bains cliauds, ie tepidariiim, dont il ne reste plus 
que di'S murailles en ruines. Elle élait borde'e de ;jrandes niches en liémicyeie. A l'extre'inile' de 
cette salle, on aperçoit, engagés sous le sol de la rue, quelques débris d'hypocauste, de re'ser- 
voirs et d'escaliers de service. 

Au-dessous du sol de la grande salle, il existe des restes d'aqueducs, des trous de réservoirs, 
et plusieurs salles curieuses, les unes voûtées, les autres couvertes en plafond. 

Rien n'avait été épargné pour faire du palais des Thermes une résidence vraiment splendide. 
Un aqueduc allait lui chercher des eaux saines et pures jusqu'aux sources de Rongis, c"est-à- 
dire à trois lieues environ du centre de Paris. Souterrain dans la plus grande partie de son 
cours, il traversait cependant le vallon d'Arcueil sur une suite de hautes arcades, dont le temps 
a respecté quelques piles, d'une belle architecture, appareillées comme les murailles de la salle 
des Thermes. L'aqueduc antique a été complètement reconnu dans toute son étendue; il est 
côtoyé par l'aqueduc moderne qui apporte à Paris les mêmes eaux'''. 



II. HOTEL DE CLUNV. 

En acquérant les restes du palais des Thermes (i34o), Pierre de Chaslus 
avait-il l'intention formelle d'en faire un hôtel abbatial ? Répondre par l'aflirma- 
tive, ce serait paraître oublier que les abbés en question possédaient alors une 
résidence non loin de la porte Saint-Germain et un logement au collège de Cluny. 
Quoi qu'il en soit, on ignore l'emploi de l'immeuble de l'dlio à la fin du xv'' siècle. 

A celte dernière date, Jean de Bourbon, abbé de Cluny, jeta les fondements 
de l'édifice que nous voyons encore debout; mais sa mort, advenue en i/i85, 
interrompit les travaux. Ils furent repris, en 1690, par Jacques d'Amboise, 
qui consacra, dit un chroniqueur du temps, et cinquante mille angelots prove- 
nant des dépouilles du prieur de Leuve, en Angleterre, à l'édification de fond en 
cime, de la magnifique maison de Cluny. au lieu jadis appelé le palais des 
Thermes ■». 

Sans cesser jamais d'appartenir à l'ordre de Cluny, comme en font foi les chartes 
et titres de cette abbaye, l'édifice, habité temporairement par les abbés de Cluny 
et vacant pendant une partie de l'année, demeura à la disposition des rois, pour 
y loger des personnages de marque. C'est ainsi qu'il fut successivement la de- 
meure de Marie d'Angleterre, sœur de Henri VIII et veuve de Louis XII; de plu- 
sieurs princes de la maison de Lorraine, entre autres du cardinal de ce nom; du 
duc de Guise et du duc d'Aumale. Jacques V, roi d'Ecosse, y épousa Madeleine, 
fille de François I'^'"; les nonces du pape y logèrent, ainsi que la mère Angélique 
Arnauld, l'illustre abbesse de Port-Royal-des-Cliamps. 

On peut citer encore, mais très sommairement, divers autres occupants : des 
in\primeurs, des libraires, des ambassadeurs, de hauts dignitaires ecclésiastiques 



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Itinéraire archéologique de Paris (i855). jjarM. F. de Guilhermy, pages 10, 11, la. 




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RÉGIOIN CEiNTRALK DE L'UNIVERSITÉ. 327 

et jusqu'à dos comédiens (i 579-1 78^), que le Parlement en expulsa par arrêt. 
Un des docteurs fictifs de Rabelais y a séjourné é;;alement. 

Construit à une époque de transition, vers la fin du style ogival et à l'aurore 
de la Renaissance, l'hôtel de Cluny appartient, en grande partie, au genre d'ar- 
chitecture qu'on est convenu d'appeler gothique flamboyant; l'ogive y est sur- 
baissée, les moulures et les autres ornements lapidaires y sont multipliés. C'est, 
du reste, l'un des rares édifices civils qui témoignent du goût architectural de 
cette époque. Germain Brice le qualifie de a ouvrage des plus entiers et des plus 
grands qui se voient à présent sur pied en cette ville et qui étoit considéré autre- 
fois comme un édifice magnifique n. 

Traité, depuis la Révolution jusqu'en i8û3 , comme le palais des Thermes l'avait 
été pendant des siècles, c'est-à-dire livré à tous les caprices de la propriété pri- 
vée, l'hàlel a trouvé, de nos jours, des restaurateurs habiles qui lui ont rendu son 
ancien aspect. Le savant antiquaire auquel nous avons emprunté une page de sa 
description du palais des Thermes, a consacré, dans les Annales historiques, un 
article inq)ortant à l'hôtel de Cluny. Nous le préférons aux descriptions anté- 
rieures, parce qu'il est plus étudié au fond et plus sérieux dans la forme. 

Une solide muraille, autrefois crëneléc, forme la cour de Thôlel sur la rue des Malliurins. 
En ariière des créneaux, des supporls de fer, dont les scellements se reconnaissent encore, 
soutenaient un plancher auquel conduisait une petite porte qui existe, à la hauteur du premier 
étage, dans le mur de Taile droite. On entre dans l;i cour par une porte en arc surbaissé, dont 
la voussure est sculptée d'anges qui déroulent des lianderoles et de pampres chargés de grappes. 
La façade intérieure se compose d'un grand cor{)s de logis flanqué de deux ailes. Le rez-de- 
chaussée et le premier étage prennent le jour par de larges fenêtres, dont la plupart conser- 
vent les moulures qui leur furent données pour encadrement. Au-dessus du premier étage, le 
mur se termine par une double frise élé;;amment ouvragée et une riche balustrade à jour. Les 
frises, toutes tapissées de feuillages, servent d'habitation à une multitude de pctils animaux 
qui courent et se jouent de mille façons : ce sont des chiens qui se mordent les oreilles, des 
écureuils qui grimpent, des lapins qui broutent, des couleuvres qui s'enlacent, des limaces qui 
se glissent le long des branches, dos lionceaux qui se battent, des chimères qui s'allongent en 
grimaçant, des marmousets qui gamhadcnl. Le rétahlissemenl de la balustrade, qui forme à la 
façade une si élégante couronne, date de trois mois à peine (i846); depuis un grand nombre 
d'années, un mur de plâtre enveloppait complètement celle importante partie de l'ornementa- 
lion, et enlaidissait de sa masse informe l'édifice tout entier. Les hautes fenêtres de pierre, qui 
coupenl le comble, sont parées d'arcatures, de gargouilles, de clochetons et de culs-de-lampe 
destinés à recevoir des statues; elles portaient, sur leur tympan, de grands cartouches bla- 
sonnés, dont il ne subsiste qu'une silhouette à peine visible. L'époque de transition, à laquelle 
se rattache la construction de l'hôtel, se trouve neltemont accusée par la décoration de ces 
fenêtres dont le style, comme aussi celui d'une portion de la balustrade, pourrait êiro attribué 
à une renaissance un peu [>lus avancée que le reste du monument. 

Sur le corps de logis central, se détache une tour à cinq faces, ceinte de plusieurs cordons 
de moulures feuillagées et percées de fenêtres à linteaux en accolade, au sommet desquels s'ë- 
panouisscnl des (leurons. La porte d'entrée de celte tour a été dépouillée des sculptures et des 



328 



TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



niches qui la surmontaient; l'intcrieur renferme un large escalier de pierre, dont les marches 
montent en spirale sur un fût de colonne. Jacques d'Amboise avait fait sculpter à la base de la 
tour, de chaque côté de la porte, les emblèmes de son patron, le prolecteur des pèlerins. Il en 
reste encore quelques coquilles et des bourdons à moitié' rompus, au bout desquels flottent des 
banderoles chargées de sentences bibliques comme celles-ci : Inilium sapieiitiœ timor domini; 
scrva mandata mea. Jacques Cœur fit aussi, par le même motif, entrer ces mêmes attributs dans 
l'ornementation de sa belle maison de Bourfjes. 




Hôtel de Cluny. — Vue de la façade ouest, sur la cour, en i83a, d'après un croquis de H. Legrand. 

Quatre arceaux en ogive forment, au rez-de-chaussc^e de l'aile gauche de l'hôtel, une élé- 
gante galerie, aujourd'hui encombrée de cloisons et d'ateliers. Des bouquets de feuillages et des 
limaces grimpantes garnissent l'extrados des arcs; aux tympans sont des oiseaux, le chien de la 
maison couché près de sa niche, un singe enchaîné dont l'expression décèle la plus amusante 
malice. Avant de quitter celte cour, n'oublions pas de dire que, sur le mur de clôture, en face 
de la tour, on distingue un grand cercle gravé dans la pierre. Ce serait, s'il faut en croire les 
auteurs qui ont décrit l'hôtel de Cluny, la circonférence de la cloche que le cardinal Georges 
dAmboise fil fondre par un Charlrain, Jean Lcmai;on, pour son église métropolitaine de Rouen, 
et à laquelle il donna son nom. Les mêmes auleui-s assurent, sans d'ailleurs apporter aucune 
preuve à l'appui de ce fait, que la cloche fut jetée en fonte dans la cour même de l'hôtel de 
Cluny. 

La partie de l'édifice qui regarde le jardin est disposée en équorre. Le corps principal repro- 
duit le système général de la façade antérieure; mais la sculpture n'a pas été employée avec le 
même luxe. L'aile renferme l'oratoire abbatial, dont la petite abside s'arrondit vers l'orient, 
sous la forme d'une gracieuse tourelle portée en encorbellement par des consoles de feuillages, 
percée d'ouvertures à meneaux, et coiffée d'une toiture en plomb à laquelle des chimères servent 



TOPOGRAPHIE HISTOPvIQVE DV VI EVX PARIS 




HOTEL DE CEVNY 

Grande Cour _ Vue de la Tourelle 



Jmp. Ch. WiUmaniL Paris 



REGIOi\ CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 



329 



de gargouilles. Les labiés qui couvi'cnt le faîle pre'seiitent des blasons el des seiilences ana- 
logues à celles qui se lisent sur la tour. 

Une salle basse, qui compose le rez-de-chaussée de la chapelle, établit une communication 
entre l'hôtel de Cluny et le palais des Thermes. Les voûtes de ce passage sont sillonnées de ner- 
vures qui jaillissent toutes d'un pilier octogonal, pour aller retomber sur des consoles historiées 
appliquées aux murailles. Au chapiteau du pilier central, on remarque plusieurs marmousets; 
deux hommes sauvages qui portent l'écu de Jacques d'Amhoise, pallé d'or et de gueules avec la 




Ilote! (le Cluny. — Inléiieur de lu cliapelle. — Réduction d'une litliograpliie de Maussoii. 

cros.se en amortissement; deux anges qui soutiennent le même blason; puis le chiffre de 
(Charles VIII, surmonté d'une couronne, comme on le voit aussi à la rose de la Sainte-Chapelle. 
A défaut d'autres preuves, celte dernière sculpture fixerait d'une manière certaine la date d'une 
partie importante du monument "\ 



Annale» archéolofriqnex , l. I, jt. q>2 et suiv. 

VI. 



/!•) 



330 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

H ne faut point chercher, à l'iriteVieur de l'hôtel de Cluny, une distribution analogue ù 
celle qui nous paraît aujourd'hui indispensable pour qu'un logis soit commode, ou même ha- 
bitable. L'architecte n'a point songé à ces dégagements, à ces corridors qui permettent d'accé- 
der à chacune des différentes pièces d'un appartement sans traverser les aulres. Ce sont ici de 
grandes salles qui se succèdent, occupant chacune la profondeur entière du bâtiment, et qui 
toutes se commandent, pour nous servir de l'expression consacrée. Les escaliers nous semblent 
heureusement placés, de manière à ne point interrompre la suite des appartements. D'après 
une disposition assez fréquente dans les châteaux et dans les hôtels de la même époque, ils 
sont établis, les escaliers d'honneur dans une tour en hors d'œuvre, les escaliers de service 
dans les tourelles qui remplissent les angles de l'édifice. Les salles n'ont rien gardé de leur 
décoration primitive. La chapelle seule se fait remarquer par le luxe de sa structure. 

L'ancien oratoire de l'abbé de Cluny forme un carré, dont chaque côté n'a guère plus de 
vingt pieds. Au centre s'élève un pilier à sept faces, d'environ dix pouces de diamètre, qui se 
couronne, comme un palmier, de seize rameaux, dont l'épanouissement couvre toute la super- 
ficie des voûtes. Douze niches, aujourd'hui vides, décorées de consoles et de pinacles, conte- 
naient autrefois des personnages de la maison d'Amboise, assistés de leurs saints patrons. Les 
croix de consécration, peintes sur les murs, étaient recouvertes par une couche de badigeon ; il 
a été facile de les faire reparaître. L'abside a vu briser son autel et son Christ au tombeau en 
marbre. Mais il lui reste des vestiges bien précieux de sa grandeur passée. A la voûte, le Père 
Éternel, sortant d'un nuage, vêtu en pape, et tenant le globe du monde, bénit son Fils expi- 
rant sur la croix, etc. 

Trois fenêtres à meneaux éclairent l'abside. Au nombre des vitraux dont elles sont garnies, 
il s'est trouvé un portement de croix, qui occupait autrefois à peu près la même place, et dont 
le style annonce que les verrières étaient dignes en tout de la chapelle. Un escalier tournant, 
disposé à l'angle sud-ouest, et renfermé dans une cage de pierre toute travaillée à jour, des- 
cend à l'étage inférieur. L'architecture du moyen âge se plaisait à multiplier, dans ses construc- 
tions, les motifs les plus variés et les plus inattendus. Ainsi cet escalier, qui par lui-même 
n'aurait aucune importance, est devenu, grâce à la piquante originalité de son ajustement, un 
des plus heureux détails de l'édifice W. 



LES MATIIURINS, 
ÉGLISE, COUVENT, CHEF-LIEU DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS. 

Une chapelle et un hôpital de Samt-Mathuria ont été construits, à une époque 
indéterminée mais antérieure au xni* siècle, sur une partie des jardins du palais 
des Thermes, pendant le long abandon où avait été laissé cet édifice gallo-romain. 
Le saint sous le vocable duquel ils furent placés, était, en ioo5, seigneur du 
bourg de Larchant, en Câlinais; il y mourut en odeur de sainteté, et ses reliques, 
peut-être son cor])s tout entier, furent transportées à Paris, oii l'on venait les ho- 
norer en temps d'épidémie; ce qui explique qu'un k ospitaln fîlt joint à la r Capella 

''' Itinéraire archéologique de Paris, p. 35a et suiv. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 331 

Sancti Mathunniv. Cet (tospitalii, qu'il ne faut pas confondre avec celui de Saiul- 
Benoît, qui en était très voisin, fut, ainsi que la chapelle, mis à la disposition 
d'un ordre religieux créé vers la fin du xn"" siècle, pour cria rédemption des cap- 




Église des Miilliurins (1790). — Rédiiclion dune estampe de Diiclu-min et Ransoniietle , 
oxlraite des Autiqitilés nationale!, par Millin. 

lifsT. Un liistorien de Paris raconte, dans les termes suivants, la prise de posses- 
sion de la chapelle et de l'hôpital Saint-.AIathurin par les religieux dont il s'agit : 

ffLe mauvais succès des Croisades avoit laissé plusieurs chrétiens dans les liens 
de l'esclavage et dans la plus grande misère. Le récit des maux qu'ils souffroient 
sullisoit seul pour attendrir l'humanité, l'intéresser à leur malheur et en leur 
faveur, et suggérer à la charité, toujours ingénieuse pour faire le hien, les moyens 
de leur procurer la liberté. Ce fut ce sentiment intérieur, dont Jean de Malha 
était pénétré et qu'il communiqua à Félix de Valois, qui leur fit former le projet 
de racheter les chrétiens captifs chez les Payens, et d'échanger les uns contre les 
autres. Ce dessein, qui fait honneur à la religion et à l'humanité, n'avoit besoin 
que d'être communiqué au Saint-Siège pour en recevoir l'approbation. Cet ordre, 
institué le i5 des calendes de janvier, la première année du pontificat d'Inno- 
cent III (18 décembre 1 198), fut confirmé par une bulle de ce souverain pontife, 
datée du 16 des calendes de janvier (17 décembre) 1199, et par une seconde 



83-2 TOPOGRAPIIIK HISTOHFQUE DU VIKLX PARIS. 

(Jonnoe à Vilerbc, le ih des calendes de juillet (18 juin) 1209. . . Cet ordre 
s'étendit assez vite en France, par la protection de Philippe Auguste et par les 
libéralités de plusieurs seigneurs. Gaucher III de Ghastillon leur donna un terraii» 
propre pour y bâtir un couvent. . . (''.d 

tIIs occupoient déjà, dit Du Breul, un hospital ou aumosnerie. . . ; ils tenoient 
la maison et l'église de Saint Mathurin de la libéralité de l'évêque et du cha- 
pitre de Paris, n Du Breul ajoute que celte concession ne .doit être regardée que 
rr comme un acte nouvel, qui constate une libéralité qui leur avoit été faite plus 
de vingt ans auparavant, puisqu'ils avoient été établis à Paris avant lâogr. 

et II est probable, comme le dit Du Breul en terminant, qu'ils en étoient rede- 
vables à Eudes de Sully, évêque de Paris, auquel le pape Innocent III avoit adressé 
Jean de Matha pour rédiger sa règle '-'. -n 

Montés modestement sur des ânes, les Religieux de la Rédemption des Captifs 
étaient appelés communément et frères aux ânes, ou bouiriqvelsv. On les nommait 
aussi Trinitaires, parce que les papes, en les instituant, les avaient placés sous 
l'invocation de la Sainte Trinité. 

Bâtis sur des terrains dépendant des jardins du palais des Thermes, la cha- 
pelle et l'hôpital de Saint-Mathurin s'agrandirent successivement de constructions 
nouvelles, aux frais desquelles contribuèrent saint Louis et Jeanne de Vendôme. 
Un couvent dut être annexé à l'hôpital et à la chapelle lorsque les disciples de 
Jean de Matha en prirent possession. C'est en 1219 qu'un de leurs généraux, 
Jean de Bosco, le construisit. Mais, comme il était de proportions restreintes, il 
fut réédifié et agrandi en 1 io6 d'abord, dit Du Breul, tt par frère Estienne du Mes- 
nil Fouchart, qui fit baslir sur la rue Saint Jacques un assez beau portail; mais 
iceluy a esté du tout démoly, en l'an iGio, pour l'eslargissement de la rue trop 
estroite en ce lieun. Vers la fin du xv'= siècle, Robert Gaguin, historien et général 
de l'ordre, entreprit, ajoute Du Breul, ttde parachever, ou pour mieux dire, 
faire de nouvel le cloistre primitivement faict par frère Jean de Bosco, ministre 
dudict lieu, suivant ce qu'en escript frère Jacques Bourgeois, en l'appendice de 
la petite Chronique des ministres généraux de cet ordre : Hic clauslm Malhuiino- 
rum, coluvinis sustentata marmoreis, a fondamentis erexitn. Le même auteur ajoute 
que Robert Gaguin fit construire ttune belle bibliothèque, garnie de divers livres 
de bons docteurs ii, et mettre ces vers sur la verrerie du derrière de la nef : 

Hoc tibi Gagttinus rediens orator ah itrbc, 

Matkurine, pin munere struxit opus. (tiSo.) 

Enfin Du Breul nous apprend qu'un général de l'ordre, frère Nicolas Grimonl, 
ra faict faire deux voûtes en icelle église, sans sçavoir l'année '^'tî. 

i'' Jaillot, Quartier Saint-André-dcs-Arti , p. i oo et sniv. — "' Du Breul, Théâtre des Antijuités de 
Paria, p. igi . — '"' Du Breul, édit. de i6'io, passim. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 333 

Il existait, en cet endroit, deux étanx à boucherie et une lialle aux parchemins, 
dont il est question dans les titres. Les étaux avaient été concédés aux Matliurins, 
par lettres patentes du aS mai i555, enregistrées au Parlement et autorisant «les 
impétrans à les faire construire et ériger en une maison à eux aj)partenant, en 
laquelle pend de présent pour enseigne le Ghand Corxet, et contre l'autre maison 
voisine et joignant à icelle, assises en la rue des Malhurins, entre les grandes 
rues Saint .Jacques et de la Harpe, pour lesdicls deux estaux, vendre et débiter 
chairs par maistres bouchers jurez ayant fait chef d'œuvre et de qualité re- 
quise. . . ''*■». 

Quant à la Halle aux Parchemins, Sauvai en raconte l'origine et la décrit ainsi : 

La Halle des Mathurins est fort ancienne. . . Elle appartient à l'Université, et comme à 
tout propos elle fait montre de Charlemii;;ne, et soutient que c'est son fondateur, aussi pre'tend- 
elle que ce grand prince lui-même lui en a fait le don. Conte si fabuleux que je ne m'amu- 
serai point à le re'fuler. Quant à r(''rection de cette lialle, c'est une chose inconnue; et même 
nous ne savons rien d'elle avant Philippe le Bel. On l'appelle la Halle des Malhurins à cause 
d'un lien couvert appartenant aux Malhurins et bâti dans leur cour, qu'ils prêtèrent à lUniver- 
site' en 1291 pour vendre et mettre à couvert le parchemin que l'on apporloit à Paris. Quoi- 
qu'on ne s'en serve plus depuis fort long lems, et que le parchemin ait été' mis h couvert et 
vendu en beaucoup d'autres, celte halle néanmoins a toujours conservé son ancien nom, et le 
garde encore. De tout tems immémorial ceux qui amcnoient du parchemin à Paris et aux en- 
virons étoicnt tenus de le faire porter et descendre dans cette halle, à peine de confiscation et 
d'amende arbitraire; et de plus n'osoient l'en tirer que les parcheminiers de l'Université ne 
l'eussent visité, que le prix n'en fut fait et marquiî, et n'eut été payé au Recleur le droit de 
marque, savoir seize deniers parisis; ce qui s'appeloit et s'appelle encore Rectorier t-'. 

Du Boullay ('' a constaté que la Halle aux parchemins avait été concédée h 
l'Université par acte du mois de juin 1291 ; et Jaillot a rappelé que les libraires 
de Paris y ont eu leur chambre syndicale de 1G79 à 1726. Mais la principale 
utilisation du couvent des Mathurins, situé en plein quartier des études, c'est sa 
conversion en chef-lieu de l'instruction publique parisienne. C'est des Mathurins 
que sont datés, depuis le xni' siècle, tous les actes importants de l'Université ; c'est 
aux Mathurins, quand ce n'est pas dans la chapelle de Saint-Julien-le-Pauvre, 
que se tiennent les assemblées de ce grand corps; c'est des Mathurins que partent 
cortèges, processions, défilés solennels du monde enseignant allant prendre rang 
dans les cérémonies officielles. Cet état de choses a duré jusqu'en 1768, époque 
oii le collège de Louis-le-Grand, auquel avaient été réunis les petits établisse- 
ments sans exercice, a été déclaré le chef-lieu de l'Université. 

C'est parce que les Mathurins étaient le siège de l'ancienne Université, qu'on 
avait, dans le cloître du couvent, érigé la tombe et gravé au trait sur la pierre 

<"' Félibien, Preuves, l. II, p. 766. — ''' Antiquités de Paris, t. I, p. 657. — ''' Historia Univeni- 
talin, t. 111, p. 5oi. 



334 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

les figures des deux écoliere que le Prévôt de Paris, Guillaume de Tignouville, fit 
saisir et pendre pour vol et assassinat; entreprise sur les droits et privilèges de 
ri niversité, qui motiva, de sa part, une vigoureuse proteslatioJi. Les faits, ra- 
contés par les historiens de Paris, se passèrent en 1/108. 




Église des Matburins. — Aspect des derniers vestiges de ce monument à l'angle de la rue Saint-Jacques, en i«63. 

Réduction d'une gravure à i'eau-forte, par Martial. 

Pour nous borner au côté topograpliique de l'histoire des Mathurins. nous 
rappellerons que l'église primitive occupait l'emplacement d'une maison appar- 
tenant au chapitre de Noti"e-Dame et donné par lui à Robert Le Comte, son 
r homme de corps n. De son côté, l'abbaye de Sainte-Geneviève avait, à la prière 
du Roi, permis aux Trinitaires de posséder plusieurs maisons dans sa censive, 
ftain in vico sine capite — la ruelle Coterel — quant in vico per qmm itur ad Pala- 
liuni Tennorum-n. Ces maisons étaient situées, dit le titre, entre le couvent et la 
grande maison de Robert de Courtenay, ffinter monaslerium Sancli Malunni el nm- 
gnani domum domini Roberti de Curliniaco t) . L'emplacement de cette grande maison 
fut utilisé pour la reconstruction de l'église. 



llÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 335 

Un ébouleinent survenu en plein xvii" siècle confirme l'occupation, parle cou- 
vent des Mathurins, d'une partie de l'enclos du palais des Thermes. Une inscrip- 
tion, conservée aujourd'hui au musée de Cluny, rappelle le fait : «En 1676, au 
mois d'août, une ouverture s'étant faite au pavé de la cour du couvent, environ 
le milieu du ruisseau, plus près néanmoins de la cuisine que de la salle du jardin, 
l'on creusa et l'on aperçut une grande ouverture à peu près semblable aux trois 
arcades qui forment le présent escalier; dans laquelle un domestique de céans 
étant descendu, par une entrée qui commençoit du côté de la salle, observa 
que cétoit un grand trou qui prenoit son origine dessous le palais des Thèmes, 
rue des Mathurins; laquelle ouverture fut bouchée avec trois grosses poutres, r 

Le couvent et l'église avaient été, celle-ci en 1780 et celui-là en 1761, l'objet 
d'une reconstruction complète. L'église fut vendue, avec les bâtiments claustraux, 
en 1799. On la détruisit en grande partie, et on ne laissa que des piliers, entre 
lesquels on intercala des maisons modernes (''. Les bâtiments claustraux furent 
appropriés;! usage d'habitations particulières, et ils ont subsisté, en partie, jusqu'à 
nos jours, accolés au flanc de lliôtel de Cluny. L'ordre maçonnique y avait installé 
le Grand Orient de France. 

La nécessité d'isoler ce monument, en l'entourant d'un jardin, ainsi que l'ou- 
verture d'une voie nouvelle entre le boulevard Saint-Germain et la rue des Ma- 
thurins, voie à laquelle on donna le nom de Fontanes, a amené la destruction 
de la presque totalité des bâtiments reconstruits en 1761. Il ne reste aujour- 
d'hui que les piliers et quelques murs de l'église, à peine reconnaissables par 
suite dos appropriations qu'on leur a fait subir. 



HUE DU MONT-SAINT-HILAIRE. 

Cette voie étroite et peu étendue aboutissait à deux carrefours. Le premier était 
formé par les rues de Saint-Jean-de-Lalran, Jean ou Saint-Jean-de-Beauvais, 
Ghartière et Fromcntel; le second, par le débouché septentrional de la rue des 
Sept-Voies, en regard du cul-de-sac des Bœufs, et par la rue des Carmes. Cet 
ensemble, rue et carrefours, portait également le nom de Clos Bruneau, parce 
qu'il était très voisin de ce territoire. Quant à la voie dont la monographie nous 
occupe, elle devait le nom qui lui est resté à l'église qu'on y avait construite an- 
térieurement au xni* siècle et qui servait aussi à désigner cette partie du versant 
septentrional de la montagne Sainte-Geneviève. 

'"' L'annotateur de Lebeuf rappelle que, lors de la déraolilion, Alexandre Leuoir remarqua ttuu 
grand bas-relief du xiv* siècle, en pierre volcanique, dile pierre à porc, qu'il Iransporta au Musée des 
Petils-Aujjuslins". 



336 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Dès le commenceuieut du xiii" siècle, la rue dont il s'agit est dite ftau Mont 
Saint Hilaire-o, ou aau Clos Bruncln. En 1268 et i265, le Cartulaire de la Soi- 
boniie l'appelle vicus superior Sancti Hilurii, pour la distinguer de la rue des Carmes, 
qui était considérée comme le vicus inferior, et avait, à la même époque, saint 
Hilaire pour patron. Regardée comme une continuation de la rue des Se])t-Voies, 
qui y aboutissait par son exlrémité septentrionale, elle en a quelquefois porté 
le nom. Elle fut aussi nommée Fromentel, parce qu'elle fait la continuation de 
cette rue. Enfin on l'a quelquefois appelée «rue du Puits Certain ii, mais vers 
le milieu du xvi*' siècle seulement, à raison du célèbre puits que Robert Certain, 
curé de la paroisse, fit creuser à quelques pas à l'ouest de son église, dans le 
carrefour même qui lui a dû également sa dénomination. 

Nous avons relevé, à l'article de l'Impasse Bouvard, l'erreur de Lebeuf qui qua- 
lifie ce cul-de-sac de crrue principale du quartier n. Tout porte à croire, au con- 
traire, que la rue du Mont-Saint-Hilaire, conduisant à l'église de ce nom, avait 
beaucoup plus d'importance. Elle subsiste encore aujourd'bui et a conservé, en 
partie, son ancien aspect; le puits et l'église ont disparu, celle-ci en 1795 et 
celui-là au commencement de ce siècle. On a substitué récemment à son ancien 
nom celui de Victor de Lanneau, le restaurateur de la maison de Sainte-Barbe. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orieiil en Occident ). 
PAROISSE SAINT- IIILURE. 
JUSTICE ET CENSIVE DU CHAPITRE SAINT-MARCEL. . 

Eglisk PAROissuLE DE Saint-Hu-aire , formant l'angle de la rue des Sept-Voies'"'. 

Ancien presbytère, attenant à l'église. 

Maison de l'Estoille couronnée (i5G8), ayant été probablemeni construite sur 
un enq)laccmcnt dépendant du presbytère. 

Maisoin du Chaulderon, faisant le coin oriental de la rue d'Ecosse. (Voir cette 
rue.) Un document de i55G la décrit ainsi : cr Maison et jardin oij est à présent 
demeurant noble bomme Guillaume Mondel, marchand libraire juré en ladite 
Université de Paris, située audit Mont Saint-Hilaire, en laquelle pend, de présent, 
pour enseigne le Chaudron, tenant au presbitaire d'icelle Eglise et au collège de 
.Karembert, etc. ; en la censive des vénérables de Saint-Marcel lez Paris, et chargée 
envers eux de douze deniers tournois de cens. ^ 

' La no(ico hislorique et descriptive est placée à la suite de la présente rue. 



^REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 337 

Maison sans désignation, formant l'autre coin, c'est-à-dire l'angle occidental de 
la raême rue. Un titre de 1607 la désigne ainsi : «Maison faisant le coing de la 
rue des Chaulderons, appartenant au curé.n 

Maison de Saint Cïr (1682), ainsi désignée dans un titre portant ce'tte même 
date : « Aprez la maison de la Tournelle, est une maison dicte la Grant salle de 
CoQUEREL, tenant à la maison qui fait le coing de la rue d'Escosse. n 

Maison sans désignation, qu'un document du xvi" siècle mentionne dans les 
termes suivants : «Maison, en la rue du Mont Saint-Hilaire, faisant partie de la 
Maison de Coquerel — c'est-à-dire du collège de ce nom, — tenant à la Maison 
DE Saint-Cyre, d'aultrc part à Dugast, aboutissant à la cour de la Maison de 
CoQiiEREL, et, par devant, à la rue du Mont Saint-Hilaire. « 

Maison de la Tournelle (i58A), faisant le coin oriental de la rue Chartière, 
devant le puits Certain; elle devait son nom à la tourelle qui ornait son encoi- 
gnure. Comme les trois précédentes, elle était la propriété du collège Coqueret, 
dont elle constituait une dépendance. 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'OccideDt en Orient). 
MÊMES PAROISSE, JUSTICE ET CENSIVE. 

Maison du Colombier Saint-Jacques, ainsi désignée dans un titre de 1^98 : 
ff Grand HOSTEL contenant quatre corps de maison, assis au Clos Brunel et faisant le 
coing de la rue Saint-Hilaire et du Clos Brunel, à l'enseigne du Colombier Sainct 
Jaques, tenant, d'une part, à l'Hostel de la longue allée, et, d'aultre part, au 
bedel d'Alemaigiie , par derrière, aus jardins dudict Hostel de la longue allée, n 

Maison des Gros Jons. 

Maison des Deux boulles. Au xvi* siècle, cet immeuble abritait une imprimerie 
tenue par les frères Jean et Robert de Gourmont. Leur aîné, Gilles, imprimait 
en langue grecque rue Saint-Jacques, à l'Escu de Cologne, 

Ces deux derniers immeubles étaient, selon toute vraisemblance, deux des 
quatre corps de maison indiqués plus haut dans le document de 1^98. 

Maison de la longue allée (1369), dite également, et d'ancienneté, du Tartre; 
elle faisait le coin occidental du cul-de-sac Bouvard et était contiguë aux mai- 

Ti. 43 



uifniurnic ratioxalb 



338 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

sons formant l'angle oriental de la rue Jean-de-Beauvais. Divisée dès le xv^ siècle, 
elle en a formé deux, et peut-être trois autres, qui se succèdent ainsi : 

Maison de l'Ymaige Saint Claude (1A09). L'an 1/192, Jean Lambert, qui avait 
imprimé d'abord en la rue Saint-Séverin, établit ses presses devant le collège Co- 
queret, dans cette maison de l'Ymaige Saint Claude. 

Maison de la Corne de Cerf (1/109). 

Maison de la belle Imaige, ou de l'Imaige Nostre Dame (i58/i), probablement 
détachée de la Corne de Cerf, laquelle, avons-nous dit, n'était elle-même qu'une 
portion de la Longue allée. 

Avant son démembrement, la vieille maison du Tartre, ou de la Longue allée, 
appartenait au cr couvent n, ou personnel desservant de Sainl-Hilaire, ainsi qu'il 
résulte d'une note empruntée à un document de 1 A09. Elle y est ainsi désignée : 
«Maison de la Longue allée, ayant pour enseigne la Corne de Cerf, appartenant 
au couvent de Saint-Hilaire , à présent l'Ymage Sainct Claude, -n 

La Haulte maison (1228), puis l'Escu de Bretaigne (liio), faisant le coin 
oriental du cul-de-sac Bouvard. Le qualificatif qui lui fut donné d'abord semble 
indiquer une construction de quelque importance. A la première des deux dates 
ci-dessus, elle est dite appartenir a à l'Ostel Dieui^. Auquel? Philippe de Valois 
en fonda cinq sur la rive gauche de la Seine. De i53i à i582, l'Escu de Bre- 
tagne fut l'enseigne de l'imprimeur Jean Macé, lequel se transporta ensuite au 
clos Bruneau, à l'Escu de Guyenne, 

Maison et Jeu de paulme de la grande Caille (i5ii). Contigu à la Haulte mai- 
son, il semble que cet immeuble doive être identifié avec la maison confisquée 
par les Anglais, entre i423 et 1/127. Le Compte des confiscations de la Ville de 
Paris pour cette période contient cette mention : «Maison qui fut à M'' Yves Henri 
Breton, absent, seize rue Sainct Hilaire, tenant d'une part à la ruelle Jusselin et 
d'autre part à l'Escu de Bretaigne ''). n 

Maison de la Pomme de pin (i568), ayant changé de vocable dans le cours du 
même siècle, puisque un document de i58/i la désigne ainsi : «Au dessoubz pend 
pour enseigne l'Estoille. 11 

Maison de la Cuiller de Boys (1/188), contiguë à celle qui faisait le coin occi- 

''' Antiquités de Paris, t. III, p. 3i6. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 339 

dental de la rue des Carmes. Elle est dite, en 1^98, tr tenant àJ.Mareau, d'aultre 
part à Jehan Faucille, par devant aboutissant à l'église . . . , à l'opposite de la grant 
porte fl. En i5i5 et 1628, on l'indique comme «tenant à la Pomme de pin, d'autre 
part, à un hostel appartenant à M'= J. Saint Jehan, par derrière, à David Biaise 
VarroisTi. A la date de lôBy, la Cuiller et la Corne de cerf, sa voisine, doivent 
LViii' vu'' parisis au curé de Saint-Hilaire. Ajoutons qu'en 1 Sa 1 , l'imprimeur Pierre 
Gromors avait ses presses à la Cuiller, près de l'église Saint-Hilaire; d les trans- 
porta, en i538, au Phénix, en face du collège de Reims, e regione coUegit Remmsis. 

Maison de la Corne de Cerf, ainsi désignée dans un litre de 12/io : «Maison 
où il a ung four, au carrefour Sainct Hilaire, faisant le coing de la rue Sainci 
Hilaire, chargée envers le chapitre de Saincte Agnès, n La Corne de Cerf avait 
pour dépendance la Maison des Pourcelets, qui lui était contiguë et faisait front 
sur la rue des Carmes. 

On ne saurait localiser certaine maison, à l'enseigne de la Cathédrale, dans 
laquelle travaillait l'imprimeur Antoine Videl, aux dernières années du xvi" siècle. 
Même incertitude en ce qui concerne l'atelier typographique de Jean Corbon, 
dont l'enseigne Au Coeur bon constituait un jeu de mots. C'est que les boutiques 
prenaient souvent une dénomination autre que celle de la maison. 



EGLISE SAINT-HILAIRE. 

H en est de l'église Saint-Hilaire comme de celles de Saint-Benoît et de Saint- 
Etienne-des-Grès ; on ne sait ni à quelle époque précise eut lieu leur fondation, 
ni ce qu'elles étaient avant et après les ravages des Normands, a Je n'ai trouvé, 
dit Jailiot, aucuns monuments qui m'aient mis en état de fixer l'origine de cette 
église et l'époque de son érection en paroisse. . . On n'en trouve la mention qu'au 
xii"^ siècle, dans la bulle qu'Adrien IV adressa au chapitre de Saint-Marcel, le 7 
des calendes de juillet de l'an 1 158'''. n 

Dans ce document, elle n'est qualifiée que de chapelle, capella Sancli Hilarii 
(le Monte. Son vocable lui venait du célèbre évêque de Poitiers, et c'est aux 
chanoines de Saint-Marcel qu'est dû l'oratoire primitif, transformé en paroisse 
antérieurement à 1200, d'après le pouillé de Paris de i3i 1. 

Située en censive de Saint-Marcel, la cure fut naturellement à la nomination 
du chapitre de cette collégiale, et ce droit, résultant de la législation du temps 

''' Recherches sur Paris, t. IV, p. io4, io5. 

43. 



340 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

[patronum faciunt dos, œdificatio , fundm) , subsista pendant toute la durée de l'an- 
cien régime. La censive de Saint-Marcel s'étendant, en efl'et, jusqu'au collège 
d'Harcourt, sis en la rue de la Harpe, bien à l'écart de l'église Saint-Hilaire, le 
curé de Saint-Côme, qui regardait ledit collège con)me compris dans sa circon- 
scription paroissiale, fut, en 1678, débouté de ses prétentions, par arrêt du Par- 
lement, travée défenses à lui et à tous autres de troubler le curé de Saint-Hilaire 
dans la jouissance dudit collège t. 

Devenue insuffisante pour le nombre de ses paroissiens, l'église de Saiut-Hi- 
laire-du-Mont fut reconstruite, sur de plus grandes proportions, de la fin du 
xui^ siècle au commencement du xiv'^. On fut obligé de l'agrandir encore en 1670, 
et l'on y fil des réparations considérables en 1700, époque où le curé Jol- 
lain, qui en était titulaire, consacra des sommes considérables à sa décoration. 
On sait ce que ce mot signifiait alors : c'était, sous prétexte d'embellissement, 
une hybridation des édifices construits en style ogival. Lebeuf, qui écrivait en 
1766 et qui a pu juger de visu de l'état de l'église Saint-Hilaire, apprécie ainsi 
les travaux de décoration exécutés aux frais du curé Jollain : trll n'y a guères que 
le petit portail, situé sous le clocher, qui puisse approcher du xui^ siècle; l'aile 
méridionale paroît être du xiv" ou du xv*; le reste est postérieur, et a été tellement 
retouché que ce qu'il y pouvoit rester d'ancien est entièrement couvert W.ii 

Désaffectée en 1790 et démolie en 1796, l'église Saint-Hilaire n'a rien laissé 
qui la rappelle; on voyait encore, il y a peu d'années, dit Gocheris (t. H, p. Sa), 
«quelques fragments de piliers dans une maison privée construite sur son empla- 
cements; mais ces fragments ont disparu, et les musées historiques parisiens ne 
possèdent rien qui ait appartenu à l'antique Capella Sanctt Hilarii de Monte, ni 
aux reconstructions de i3oo, de 1^70 et de 1700. 

L'inventaire descriptif, qui en fut dressé en 1790, au moment de sa désaffecta- 
tion, prouve, d'ailleurs, qu'il y avait fort peu de chose à en conserver : cr Cette 
église, y est-il dit, est composée d'une nef, avec chœur; à gauche, un bas côté, 
qui ne fait que la longueur du chœur et de la porte; au-dessus du bas côté, à 
gauche, et de la porte, sont deux étages, distribués chacun en deux chambres; 
au-dessus du bas côté, à droite, est une distribution de deux pièces boisées; atte- 
nant le bas côté, est une cour pavée; ladite église tenant, du levant, à la rue 
des Sept-Voies; du couchant, à une maison du collège Egalité; du nord, à la 
rue du Mont-Saint-Hilaire, et contenant cent trente toises, trois pieds de super- 
ficie, ou environ. ■)) 

'" Lebeuf, t. II, p. i3. 



RÉGION CENTRALE DE L'UMVERSITÉ. 



341 



RUE DES NOYERS. 

En sa qualité d'ancienne voie, la rue des Noyers a occupé les historiens de 
Paris, qui en ont, à l'envi, recherché l'origine et les diverses dénominations. 
«Elle a pris, dit Sauvai (t. I, p. i53), son nom des noyers qui la couvroient, 
quand on a commencé à y bâlir; elle l'a gardé jusques en iSiS, alors que la 
chapelle Saint-Yves fut fondée, car le peuple aussitôt l'appela la rue Saint-Yves; 
ce qui n'a pas duré longtems, puisque, en i^ioi, elle avoit repris son premier 
nom. n Les Cartulaires de Sahite-Geneviève et de Notre-Dame, oij il en est fait 
de nombreuses mentions, ne laissent aucun doute sur l'époque où, de chemin 
qu'elle était au milieu des vignes, elle devint une rue : l'ancienne allée de noyers, 
comprise dans l'enceinte de Philippe Auguste, offrit dès lors des garanties de 
sécurité. En 1228, on la trouve appelée vicus Nucum; en 12^3, victis Noessorum; 
en iah3, vicus de Nuet'iis et Nuceriis; en 12/17 et 1260, vicus Nucium; en 1261, 
1 268 et i3o3, vicus de Nucibus. Voilà pour les textes latins; quant aux titres en 
français, on trouve : rue des Noïers dans le livre de la Taille de 1 292 ; des Noiers 
et des Nouiers dans celui de i3i3; rJu Noyer, en t3oo, dans le Dit de Guillot, 
et enfin des Noyers dans le manuscrit de Sainte-Geneviève (1 ii5o). 

A côté de ces noms traditionnels, on en rencontre deux autres à la dernière 
année du xiv* et au xvi" siècle. Le manuscrit de la bibliothèque Gottonienne, daté 
de liioo, parle d'une rue des Roseaux qui semble ne pouvoir être autre que celle 
des Noyers. D'autre part, Robert Cenau, qui l'appelle en français rue des Noyers, 
et en latin via Nucetoria, ajoute : «hodie via Tabellionaria, rue des Tabellions v ou 
des Notaires; (rcc dont pourtant je doute fort, ajoute Sauvai, et en douterai même 
jusqu'à ce que je l'aye vu ailleurs ''l n Mais ces deux dernières dénominations ont 
dû résulter d'une méprise, car les titres officiels ne les appliquent qu'à la rue de 
la Parcheminerie [Paris et ses historiens, p. 176). 

La rue des Noyers avait conservé, jusqu'à ces derniers temps, l'aspect qu'elle 
présentait autrefois; mais les opérations édilitaires accomplies aux environs en ont 
complètement changé la physionomie. L'ouverture du boulevard Saint-Germain en 
a fait disparaître tout le côté septentrional, et ce qui reste du côté méridional 
demeure en contre-bas <'^'. 



(" Sauvai, t. 11,1). 383. 

'*' Au cours (les louillcs opérées sur ce point, il 
a élé fait divers constats archéologiques consignés 
dans les rapports suivants : 

fil avril 186C. — Égout, boulevai-d Saint- 



Germain. — La fouille pour un branchement d'é- 
gout traversant le boulevard Saint-Germain, près 
la rue Saint-Jacques, a été pratiquée, partie à tra- 
vers des gravois modernes, partie à travers une 
terre noire et compacte. Dans ce dernier sol, j'ai 
découvert une monnaie romaine de bronze de 



3'i2 



TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 



COTE SEPTENTRIONAL 

(d'Occident on Orient). 

PAROISSE SAINT-SÉVERIN. 
JUSTICE ET CENSIVE DE SAINT-SÉVERIN. 



Chapelle Saint-Yvks, faisant le coin septentrional de 1^ rue Saint-Jacques, sur 
laquelle elle avait sa façade. Une petite boutique, ou échoppe, y était accolée et 
se développait en longueur sur la rue des Noyers, ce qui donna lieu à de longs 
différends. Le récit de ces débats, ainsi que la notice historique et descriptive 
consacrée à la chapelle, a dû prendre place à la suite de la rue Saint-Jacques. 



CENSIVE DL CHAPITRE 8A1NT-ANDRE-DES-ARS 
(jusqu'au coin de la rue des Anglais). 



M.AISON sans désignation (i A65), contiguë au chevet de la chapelle. En i blxo. 



grand module paraissant appartenir à Antonin le 
Pieux. 1 

Th. Vacquer. 

(fil juin 1866. — A la rencontre de la rue 
Saint-Jacques, les fouilles s'exécutent dnns les cou- 
ches d'empierrement de la voie romaine qui reliait 
Lutetia h Genabum. 

rrCet empierrement, épais et solide, était encore 
en pai'tie recouvei't de grands blocs de grès dur, 
de forme plate, et dont un spécimen existe depuis 
longtemps au Musée de Cluny.D 

T 18 juin 1866. — On a trouvé dans ces fouilles 
une meule antique en grès, une assez belle mon- 
naie de l'empereur Décentius (35i-353), une as- 
siette romaine en terre noire, divers fragments de 
poterie et trois perles en pâte de verre également 
de la même époque. 1 

rr95 juin 1866. — Les ouvriers ont atteint une 
masse considérable de terrain tourbeux s'étendent 
jusqu'au dessous de la voie romaine, laquelle est 
fondée sur ce terrain même, au moyen d'un enro- 
chement de moellons bruts. 

" Plus bas se trouve une glaise sableuse , de cou- 
leur jaune grisâtre, et plus bas encore un sable 
jaunâtre fin et très pur. 

tfDans les couches tourbeuses se rencontrent un 



assez grand nombre de brindilles d'arbres qui pa- 
raissent avoir été des saules ou des aunes, des frag- 
ments de branches de chêne et des tiges de ro- 
seau ou des plantes de la famille des cypéracées. 

rrSous la voie elle-même on a également trouvé, 
dans cette tourbe, des lambeaux de cuir mince et 
très bien conservé, qui sont évidemment des pre- 
miers temps de la domination romaine, si même 
ils ne sont pas antérieurs h cette époque. 

rj'ai recueilli une très belle fibule en bronze dans 
les couches supérieures de cette tourbe, tout auprès 
de la voie romaine. » 

tra juillet 1866. — Les remblais anciens ont 
fourni une certaine quantité de morceaux de pote- 
ries romaines, dont plusieurs portent un nom de 
fabricant. On y a également trouvé quelques frag- 
ments de verre antiques, des objets en os travaillés, 
des pièces de monnaie.» 

^9 juillet 186C. — J'ai encore recueilli sur 
cet atelier des fragments de poterie antiques, dont 
plusieurs sont intéressants, 3 monnaies romaines et 
1 du moyen âge, un gros boulet de pierre, la par- 
tie supérieure d'un meneau de la Renaissance orné 
d'une culonnette torse très délicate, surmontée de 
son chapiteau finement sculpté , enfin un fragment 
de dalle tumulaire du moyen âge." 

Th. Vacquer. 



UÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 3/i3 

on la trouve dénommée Maison de l'Imaige Saiint-Jean-Baptiste; elle est alors com- 
posée de deux corps de logis, à trois pignons sur rue, et dite a en censive de 
Saint-Antoine-des-Champs n. 

Maison sans désignation (i665), appartenant aux religieux de Sainl-Jean-des- 
Vignes. 

Maison de l'Imaige Saint Georges (i54o), ayant ensuite porté les enseignes de 
Saint Kristokle, Saint Yves et Saint Antoine. 

Maison de l'Imaige Sainct Kristofle, formée peut-être par le morcellement de 
la précédente. 

Petite maison de l'Imaige Sainct Martin. 

Maison du Lïon d'or. Elle a pu, comme les deux précédentes, faire partie de 
l'Imaige Saint Georges et en avoir été détaclié^e à une époque indéterminée. 

Maison sans désignation, alias du Goquerille, faisant le coin occidental de la 
rue des Anglais, où était située la Maison aux Cochets, qui lui servait d'abou- 
tissant. C'est de cet immeuble ou de celui qui lui faisait face, le Chapeau uouge, 
qu'il est question dans le Compte des conjiscalions de la Ville de Paris par les Anglais, 
pour l'année i/iai, document oiî se trouve l'article suivant : «Maison, qui fut à 
M* Guillaume des Friches, qui fut occis à Paris, seize en la rue des Noyers, fai- 
sant le coing de la rue des Anglois, chargée, envers la Confrairie aux Bourgeois, 
en trente solz parisis de rente, et envers le collège de Cerbonne, en quarante 
sols parisis de rente; ladicte maison délivrée aux exécuteurs du testament dudict 
des Friches '''d. On lit la même déclaration dans le Compte des confiscations anglaises 
pour la période comprise entre 1628 et 1697 ^'-^K 

Maison DU Chapeau rouge (iBay), occupant le coin oriental de la rue des Anglais. 
Une note communiquée par M. P. Le Vayer nous fait connaître que cette maison 
était, en i35o, dans la censive de Saint-Germain-I'Auxerrois : «In vico Noeriis 
ultra Pontes, domus que fuit Roberti Lescot librarii, ante clausum Br-unelli, et venit 
usque ad cuneum vici Anglicorum, et est ad presens rclicle dicti Rohei'ti , pro anniversa- 
riis Roberti de Mellenlo m' i.ï'^, pro quolibet lennino ''). n 

Maison ayant au-dessus de la porte les enseignes suivantes : 

L'Ymaige Sainct Yves (1Ù20) et antérieurement l'Ymaige Sainct Estienne; puis 

'" Sauvai, t. III, p. 3i6. — « Id., ibid. — i'» Arcli. nat., LL ."îgi, fol. i3 v'. 



I 



:Mià TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

LE Daulphin (1527); après quoi, elle redevient Maison de Saint Yves (i55i). 11 y 
a tout lieu de croire qu'elle s'identifie avec la Maison des trois Escus, dont il est 
fait mention dans un titre de i38o, et qui est dite alors cren censive de Sainct 
Aignann. Elle fut achetée par les Religieux de Saint-Jean-des-Vignes, en iào6, 
moyennant a cent soixante escus d'or à la couronne, à dix huict solz pièce •». En 
i583, elle tenoit d'une part à M*^ Christophe Lahoche, d'autre part à Jehan 
Sagot. 

Maison de l'Escu de France (lôyS). 

Maison de l'Ymaige Sainct Kristofle (i38o), que nous voyons reparaître ici, 
sans pouvoir l'identifier avec les deux maisons précédentes ainsi dénommées, et dont 
plusieurs immeubles la séparaient. Les titres nous apprennent que celte enseigne 
était apaincte sur le pignons. Plus tard on y substitua d'autres enseignes : la 
Roze, en ili8g, et la Roze rouge, en iByô. 

Maison de la Corne de Cerf (1/189), puis de la Croix d'or (i53o). H est à 
présumer que cette maison avait deux corps d'hôtel distincts, car, dans le censier 
de i53o, on la trouve mentionnée avec les deux enseignes. La Croix d'or, déno- 
mination simultanée au xvi" siècle, aura fini par désigner l'ensemble des deux 
corps de logis primitivement dénommés la Corne de Cerf. Ces simultanéités et 
ces successions d'enseignes jettent quelque confusion dans l'ancien parcellaire. 

Maison du Pestel (iBgS), cfà deux pignons a, c'est-à-dire formant deux corps 
d'hôtel distincts, ayant issue sur la rue des Lavandières. Le second pignon 
devait appartenir à la Maison de la Bouteille, ayant façade sur cette voie, à 
moins que le terrain sur lequel s'élevait la Maison du Pestel n'ait été complète- 
ment bouleversé. En effet, si l'on consulte les plans du xvin* siècle, on se convainc 
que le peu de façade de celte maison sur la rue des Noyers ne permet guère la 
coexistence de deux corps d'hôtel se développant en largeur sur cette voie. Un 
titre de logS la désigne ainsi : cr Maison du Pestel, tenant à la Croix d'or et au 
Soufflet; par derrière, à feu François Langlois. •» En 1600, elle est dite s'ap- 
puyer (ta l'Escu DE BoURGONGNEfl. 

Maison du Soufflet verd (1675), faisant le coin occidental de la rue des La- 
vandières. 

Maison sans désignation, formant l'angle oriental de la rue des Lavandières. 
Une pièce de la fin du xvi'^ siècle la dénomme ainsi : a la Croue, rue des Noyers, au 
coin des Lavandières. ■« 



JIÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 345 



CESSIVE DE SAINTE-GENEVIEVE. 



Partie postébieure de la Maison du Mouton, ayant façade sur la place Maubert. 
Il semble que cet arrière-corps de logis ait constitué au xiv" siècle une maison 
distincte, témoin ce passage d'un titre de i386 : «Maison contiguë à une aultre 
maison faisant le coin de la rue des Lavandières, tenant, d'aultre part, à l'Hostel 
DE LA Nasse. T A la fin du xvi'' siècle, le Mouton est signalé comme a ayant issue 
sur la rue des Noyers •«, ce qui implique entrée sur la place Maubert. 

Ruelle de l'Ysore, conduisant à la Maison de l'Ysore. 

HosTELLERïE DE LA PoMME DE PIN (id'jd), qui, un siècle auparavant, devait s'ap- 
peler l'Hostel de la Nasse, ainsi qu'il est allégué plus haut. En i483, elle por- 
tait l'enseigne de Saincte Geneviefve. 

Maison sans désignation, contiguë à celle qui faisait le coin de la place Mau- 
bert. En 1673, elle était incorporée à cette maison d'angle alors appelée le Cheval 
NOIR, et elle avait dû être détachée de la Pomme de pin, car un document de 
l'époque désigne ainsi cette dernière : ir Maison contenant deux corps d'hostel, 
tenant à l'Hostel du Cheval noir, -n 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

PAROISSE SAINT-illENNE-DU-HONT. 
JUSTICE ET CENSITE DE SAINTE-GENEVIEVE. 

Maison de la Corne de Cerf (i335), puis de la Corne de Daim (lôSa), conti- 
guë à celle qui faisait l'angle de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève et à 
laquelle s'attachait la dénomination de Belle Estoille. 

Maison de la Fleur de lys (i53i), désignée en un titre de i5Û2, comme tr te- 
nant, des deux costez, à l'église des Carmes et aux religieux de Saincte Gene- 
viève, par derrière à la cour des Carmesn. C'était, à ce qu'il paraît, une enclave 
dans LA Corne de Cerp, du moins en i552. 

Maison sans désignation ( 16/12), censitaire de Sainte-Geneviève. 

Portion du flanc septentrional de I'ÉglISE DES CarMES, appartenant, par sa 



IMPKIHOIE HATPOUiir, 



346 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

situation, à la rue de ce nom et à celle de la Montagne-Sainte-Geneviève, qui 
seront décrites dans le volume suivant : Région orientale de l'Université. 

GENSIVE DE L'ÉVÊCIlÉ. 

Maison de la Couronne (iByB), faisant le coin occidental de la rue des Carmes. 
Elle est dite, en 1822, la maison de la Grant Courone et de la Petite Courone, 
(rau coin de la rue des Noïers et de la rue Sainct Hilaireii; et en i553, ff maison 
devant les Carmes, faisant angle de la rue Saint-Hilaire^n, laquelle maison fut 
depuis divisée en trois corps de logis : la Couronne, l'Image saint Martin et la Bou- 
teille ''l 

Maison de l'Imaige Saint Martin (i553). 

Maison de la Bouteille (i553). 

Cette maison et la précédente, qui faisaient primitivement partie de la Grant 
Couronne et de la Petite Couronne (1826), en ont été détachées à une époque 
indéterminée, dans le cours du xiv^ siècle. Un titre de iSgy mentionne à part 
les deux dernières enseignes : la maison à deux corps d'hôtel qui les portait 
appartenait ce à l'église de Notre-Dame n. 

Jardin, qui fut au collège de Presles (1689), et a peut-être constitué une dé- 
pendance des maisons précédentes. Il est ainsi décrit en 1 826 : « Une place vuide, 
assise oultre Petit Pont, joignant, par devant, à la rue des Noyers, et, par der- 
rière, à la censive de la maison de Raoul de Presles (*\ et, en un des costez, à la 
maison appellée la Grant Couronne, et, eu l'aultre costé, à la maison À la Croiz de 

FUST.H 

Maison de la Croiz de fust (1826), ayant conservé son enseigne, en la moder- 
nisant, jusqu'au xvii" siècle; un document de 1610 la désigne ainsi : «la Croix de 
BOIS, tenant à une maison qui fait le coin de la rue Jehan de Beauvais, d'autre 
part, au collège de Presles, aboutissant aux deux.n 

Maison du Croissant (i^Sg), faisant le coin oriental de la rue Jean ou Saint- 
Jean-de-Beauvais. En 1 1x1x8, c'était l'Hostel d'Ambligny. Elle appartenait alors, 
ou avait appartenu antérieurement, au chapitre de Notre-Dame, ainsi que la Cou- 
ronne, la Bouteille et la Croix de fust. 

''' Arch. nat., Q', 1099' \ - Communication '*' C'est le collège dont il sera parlé tout au 

de M. P. Le Vayer. long à l'arlicle de la rue des Carmes. 



BEGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. Ul 

Maiso> de l'Agneau pascal (i53o), faisant ie coin occidental de la rue Jean, ou 
Saint-Jean-de-Beauvais. Elle a été la demeure du libraire qui, selon quelques- 
uns, aurait donné son nom à la rue. En i38o, elle appartenait aux héritiers 
dudit, comme en témoigne le censier de Sainte-Geneviève dressé en cette même 
année. 

Maison de l'Imaige Saint-Michel (i53o), portée, en i6o3, comme «assise tant 
dans la rue des Noyers que dans celle de Saint Jehan de Beauvaisu, bien qu'elle 
ne paraisse point aboutir à cette dernière voie. 

Maison du chef Saint Jehan (1689), dont on ne connaît que l'enseigne. 

PAROISSE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE ET CENSITE DE SAINTE-GENEViÈTE. 

Maison sans désignation à une certaine époque, puis du Croissant. Le censier 
de 1 698 la désigne ainsi : «Maison qui fut à Lebaleux . . . , jardin derrière, ouquel 
n de présent une chapelle. n La découverte faite, en 1866, d'un chapiteau go- 
thique et d'une statue mutilée représentant un moine en prière, au point où devait 
se trouver ladite chapelle, localise la maison dont il s'agit : elle correspondait au 
n° 27 de la rue des Noyers. C'était le Croissant; le chapiteau et la statue appar- 
tenaient, selon toute probabilité, à la chapelle, et auraient été enfouis dans le 
sol, au moment de sa destruction*''. 

Deux maisons sans désignation, ayant dû faire partie de la précédente. 

Les basses maisons (i/i85), ayant pour enseignes, l'une l'Arbaleste, l'autre 
les Bastes. En i534, pour en augmenter la profondeur, il fut pris, sur le jardin 
de Saint-Jean-de-Latran , un espace de neuf toises de long, sur sept toises deux 
pieds de large, lequel fut donné à bail. 

Maison du Signe (i685), paraît avoir échangé , un siècle plus tard, cette enseigne 
contre celle de l'Annonciation (1595). 

Maison de l'Imaige sainct Jaques [\hoh), faisant primitivement partie de la 
précédente. Il lui fut également concédé, en i534, à titre de bail, par la com- 
munauté de Saint-Jean-de-Latran , un espace de neuf toises de profondeur, sur 
trois toises quatre pieds et demi de largeur, pour lui permettre de s'agrandir. 

■''La découverte en a été faite le 2 juillet 1866, par M. Th. Vacquer, au cours des travaux exécutés 
pour l'établissement de l'égout collecteur sous le soi du boulevard Saint-Germain. 

/i4. 



348 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison de l'Ymaige sainct Nicolas (1696). 

Maison de l'Imaige saint Pierre (i555). 

Maison du Chef saint Denys (1698), puis de la Madeleine (lôaS). Ayant été 
agrandie, au moyen d'une concession à bail, de neuf toises de long et trois toises 
quatre pieds et demi de large, pris sur le jardin de Saint-Jean-de-Latran. 

C'est dans cette maison de la Madeleine, d'après M, Oct. Gréard [Nos adieux 
à la vieille Sorbonne , p. 87, 88), que la Faculté de théologie avait voulu établir 
son siège, comme cela résulte d'ailleurs de la déclaration faite en 1610 au cours 
de l'enquête générale ouverte sur les revenus de l'Université : 

tfUne maison size rue des Noyers, où pend pour enseigne la Madeleine, con- 
sistant en deux petits corps de logis, court et jardin, en laquelle se font ordinai- 
rement les congrégations et assemblées des députez de ladicte Faculté, et sont en 
icelle logez les deux bedeaulx d'icelle Faculté, sans qu'ilz en payent aucun loyer, ii 
(Arch. nat., P 773i.) 

Ces deux derniers immeubles ne figurent pas sur le plan de restitution. 

Maison de l'Imaige saint Benoist (i555) et du Cocq (i595), ayant été bâtie 
sur une sorte de pilotage composé de pieux couronnés de plates-formes en bois 
de chêne, ainsi que l'a constaté le service archéologique des fouilles, en 1866, lors 
de l'établissement de l'égout collecteur du boulevard Saint-Germain, 

GENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison du Croissant (i58a), qui comprenait originairement trois corps de logis 
avec enseignes distinctes; c'étaient : le Croissant, le Couronnement de la Vierge et 
l'Image saint Nicolas. On ignore l'époque précise où le démembrement eut lieu; 
mais on constate qu'il existait à la fin du xvi'= siècle. 

Le Couronnement de la Vierge est mentionné comme une maison distincte, eu 
1600. 

L'Image saint Thomas, d'abord (i56o), puis l'Image saint Nicolas (1577), «i 
également sa place à part. Ce dernier corps d'hôtel est dit contigu à la maison 
faisant le coin méridional de la rue Saint-Jacques. Thomas Levesque, procureur 
au Chastelet, pour maison à l'enseigne précitée de I'Image Saint-Thomas, tenant 
d'une part à Raphelin, d'autre à dame Bonhommeau et aboutant à François Re- 
gnault, doit un cens à la ville, en 1^77 '■'. 

'"' Arcbives nationales, Q' 1099"''. - Communication de M. P. te Vayer. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 3/i9 

Sur l'emplacement de ces trois maisons, il existait, au xv'' siècle, une « grandie n 
dépendant de la Maison du Plat d'estai>, alias le Pot d'Estain (i 577)1 laquelle 
formait l'angle de la rue Saint-Jacques. 

A la suite de ces localisations qui s'appuient sur des titres, il en est d'autres 
qu'on ne peut essayer, parce qu'elles manquent de base topographique. Deux 
notamment sont de nature à embarrasser les topographes. 

Sauvai cite, à la date de i5o6, et sous la rubrique Voirie, un article ainsi 
conçu : a La veuve de Jean Lescalopier, pour une gallerie estant en la rue des 
Noyers, pour aller d'une maison à l'autre '^'.n Encore une fois, nous ne saurions 
dire où se trouvait cette galerie traversant la rue. 

D'autre part, il aurait existé dans cette même rue une maison portant, vers 
la fin du xvii* siècle, pour enseigne l'Ecu d'Ancezcne, et ayant pour habitant le 
poète académicien Jean Ogier de Gorabaud. C'est, du moins, le domicile que lui 
prête le Ménagiana (p. t63 de la seconde partie de l'édition de 1698). Nous n'eu 
avons pas trouvé d'autre mention. 



RUE DE LA PARCHEMINERIE. 

Cette voie aboutit d'une extrémité dans la rue Saint-Jacques, et de l'autre 
dans celle de la Harpe. Il en est fait mention, dans les titres, dès le commen- 
cement du xm'' siècle : elle est ainsi mentionnée : en i225, nvims qui dicitur 
Scriptorum-n; en 1227, frvicus qui dicitur l'EscREriyEniEn. On écrivait donc, c'est- 
à-dire qu'on copiait les manuscrits, dans ce voisinage de tant de collèges; et 
comme on employait le parchemin, membrana Pergamerm, pour ces transcriptions, 
les mots Parclieminerie et Parcheminicrs étaient tout naturellement indiqués. 

C'est ainsi que, dans un Livre de la Taille, de 1297, la voie est dénommée : 
rue as Parcheminiers , et dans un autre de i3io, viens Pergamenariorum. Quatre 
ans après, on lit : rue as Escrivains, que l'on dit la Parcheminerie. Plus tard, on 
trouve concurremment rue aux Parcheminiers et rue de la Parcheminerie, ou rué' 
des Parcheminiers; les deux expressions, la concrète et l'abstraite, sont employées 
simultanément. Enfin, à toutes ces dénominations s'ajoute celle de rue des Ta- 
bellions ou des Notaires {Paris et ses historiens, p. 176). 

Peu de rues du Vieux Paris ont été plus souvent mentionnées dans les anciens 
titres; les cartulaires de Notre-Dame, de Sorbonne et de Sainte-Geneviève, le 
Dit de Guillot, le manuscrit de la Bibliothèque Cotlonienne, la Description de 
Guillebert de Metz et autres documents la citent fréquemment. 

''' Antiquités de Paris, l. III, p. 54i. 



350 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Il en est question également dans plusieurs écrits d'une époque reculée. Le 
descripteur Jean de Jandun, qui vivait en iBaS, énumère ainsi les industries 
dont la rue était le siège : ail y a encore les parcheminiers, les écrivains, les 
enlumineurs et les relieurs, qui travaillent avec d'autant plus d'ardeur à décorer 
les œuvres de la science, dont ils sont les serviteurs, qu'ils voient couler avec 
plus d'abondance les riantes fontaines des connaissances humaines, jaillissant de 
cette source inépuisable de tous les biens (''n. 

En i3lih, Richard de Bury, évêque de Durham, grand chancelier d'Angle- 
terre et grand amateur de livres, s'écrie, à propos des trésors de science que ren- 
fermaient les vingt-huit boutiques des libraires jurés de la région transpontine : 
«Oh ! quel torrent de joie a inondé notre cœur toutes les fois que nous avons pu 
visiter Paris, ce Paradis du monde, Paradisum mimdi Parisius^'^K-n 

Guillebert de Metz [ilxSà) dit que ce l'on souloit estimer à Paris plus de soixante 
mille escripvains Ti ; mais il ne localise point leurs demeures, et il faut croire que 
la rue de la Parcheminerie n'était que le centre d'une industrie répandue dans 
tout le quartier de l'Université (^'. 

La voie dont nous nous occupons perdit naturellement de son importance au 
moment où Ulrich Gering et ses deux associés importèrent à Paris leur industrie ; 
cependant elle demeura toujours vouée à la fabrication et à la vente des éléments 
du livre. 

La rue de la Parcheminerie n'a guère été entamée par les percements modernes. 
De plus ou moins vieilles constructions la bordent, et elle a conservé, en grande 
partie, son aspect d'autrefois. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

PAROISSE SAINT-SÉVEBIN. 
JUSTICE ET CENSIVE DU CHAPITRE DE ^OTRE-DAME. 

Maison de l'Eschiquier (i556), puis de l'Image saint Pierre (1579), contiguë à 
la maison faisant le coin méridional de la rue Saint-Jacques; elle était une dépen- 
dance de la Teste noire, sise en cette dernière rue, et cela vers le milieu du 
xvi^ siècle. 

Sur cette maison d'angle de la rue Saint- Jacques, tenant à I'Eschiquier, voici 
une note recueilhe par M. Paul Le Vayer : rtLe 5 mai iSgg. Insaisinetur con- 
tractm excumhii seu permutaiionts certe domtis site in vico Sancti Jacobi , foimantis an- 
gulum vici de la Parcheminerie, medianie summa sexagenla aureorum per acquisitorem 

''' Paris et ses historiens aux xiv' et xr' siècles, ■*' Paris et ses historiens, etc., p. 67. 

p. 55. Voir le texte latin. '''' Ibid., p. 177. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 351 

Johaiinem Bachelier, civem Parisiensem, piv laadmits et vendiinentis dicte domm pro 
parte ad capitulum spectante.n (^Arch. nat., LL 160.) 



CENSIVE DU GRAND -PRIF.UBE. 



Dix musons sans désignation, ayant dû être des ateliers ou des boutiques de 
parcheminiers. La restitution topographique en est laborieuse; cependant, après 
de sérieuses investigations, nous croyons pouvoir en rétablir sûrement sept dans 
l'ordre suivant, d'orient en occident : 

Le Franc rosier, ou les Maillets; 

Sai«t Jean-Baptiste , ou la Grant maison ; 

La Croix blanche ; 



L'Image de saint Yves ; 



La Maison des Cingbs; 



L'Image saint Nicolas; 



La Pomme db pin. 



Le Franc rosier"', ou les Maillets, figure dans une déclaration de i5ii : 
ffM'' Pierre Dufour, y est-il dit, héritier de Jean Dufour, son père, tient I'Hostel 



'■' La prësentp enseigne du Frakc Rosier abrita , 
à une époque indéterminée du moyen âge , l'admi- 
nistration du fief de ce nom. A l'égard du fief lui- 
même , on ne lira pas sans fruit ce passage de 1'/»- 
venlaire des biens de la Sorbonne , en 1657 (Arch. 
nat., M74,n"' i8) : 

ffEt premièrement ausdits M" prieur et jjour- 
siere appartiennent les deux parts d'un fief appelé 
le fief du franc Rozier, acquis par ledit monsei- 
gneur M' Robert, fondateur dudict colleige, de 
messire Jehan de Liciis, chevallier, ayant droict 
dudit fief par anpiisilion faicte de noble homme 
Anseaulme de Rochefort , chevallier, et Alipide sa 
femme, en l'an mil deux cens soixante et cinq, 
moys de novembre. 

ff Cession aussi audit Robert de Sorbonne faicte 



par Aveline, seur dudit de Liciis, aulhorisée de 
noble homme Rogier de Auvary, chevallier, son 
mary, en l'an 1 905 , le lundi après le dimanche de 
Reminiscere, admorty par Tevesque de Paris, 
Raoul, en la censive duquel ledit fiefestoit, et en a 
eu pour ledit amortissement les troys parts en 
l'an Nostre Seigneur 1286, moys de novembre, 
présenté en la Chambre des Comptes, à Paris, 
iSy/i, et à la Chambre du Thrésor, au Palais, à 
Paris, l'an i55a, le samedy xi' de mars; lequel 
fief consiste en plusieurs censives deues par cha ■ 
cun an, au jour et feste de sainct Hemy, par les 
personnes jiropriétaires des maisons et héritages 
sis en ceste ville et baillyvie de Paris. . . 1 

(Ces biens sont dispersés dans diverses rues. 
Voir Nos adieux à la Sorbonne, pièce n° 1, p. a.'ii- 
.69.) 



■ 



352 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

DU Franc rosier, où souloit pendre l'enseigne des Maillets, court et cuisine et 
plusieurs autres édifices; qui est tenant, d'une part, à Jehan Legris, et aboutant 
derrière à la maison qui appartient à l\ Chapelle des Deux Anges, l'ondée en 
l'église de Saint-Severin, à Paris, ii 

Saint-Jean -Baptiste, ou la Grant maison, appartenait à i'abbaye des Vaulx-de- 
Cernay, et était attenante au Franc rosier, alias les Maillets. Une déclaration du 
temporel de l'abbaye, à la date de i5i i, désigne ainsi la maison dont il s'agit : 
«Les hostels où pend pour enseigne l'Ymace saint Jean-Baptiste et le Franc rosier, 
assis en la rue de la Parcheminerie . . ., tenant aux hoirs de M"^ Richard de Ver- 
dun, et appartenant de présent à Jehan Legris, marchand parcheminier, lequel 
en paye, par chascun an, quatre livres parisis de cens et rente foncière. •» 

La Croix hlanciie est dite, dans un titre de 1^76, appartenir aux Cliartreux 
et aboutir, par derrière, au collège de Maître Gervais, lequel avait son entrée sur 
la rue du Foin. 

L'Ijuge saint Yves fut l'objet d'une confiscation ; en 1627. on en dépouilla Pierre 
Du Chemin pour la donner au chevalier normand Roger de Bréauté, fun des 
auxiliaires les plus actifs de l'invasion anglo-bourguignonne. 

La Maison des Cinges est mentionnée nommément, au xv" siècle, comme abou- 
tissant, trpar devant, à la rue de la Parcheminerie, et, par derrière, à l'ostel du 
Chappeau rouget. L'auteur de Paris sous la domination anglaise nous apprend que 
rr Charles VI donna à son notaire et secrétaire M"" Guillaume Le Cesne, docteur 
en théologie, mais pour sa vie seulement, une maison située rue de la Parche- 
minerie, laquelle avait été confisquée sur Milet de Breuil, et ce, en quittance 
de cinq cent quatorze francs que Guillaume Le Cesne prétendait lui être dus par 
le roi, pour frais de voyage à Rome^'^n. 

L'Image saint Nicolas n'est signalée que d'une façon générale dans les titres. 

La Pomme de pin venait ensuite. Elle est dite, en 1^96, comprendre deux corps 
d'hôtel situés «en censive du Temple n, la galerie et le jardin se trouvant «en 
celle des Mathurins 11. Unlitrede i536 parle d'un jardin fftenantau Chapeau rouge, 
à l'Image saint Nicolas et aboutissant à un jardin de la Pomme de pinti. Ln autre 
titre de iBôg mentionne cette maison comme «tenant à Millet du Bueil, d'autre 
part à Oudart Le Compasseur, aboutissant à un jardin n qui tenait et aboutissait 

^'^ Paris sous (a domination anglaise, p. hu. 



KÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 353 

lui-même aux «appartenances du Chapeau rouget. Enfin un document de 1667 
nous apprend que la Pomme de pin mesurait vingt pieds de largeur, cent vingt- 
sept de profondeur, try compris les espaisseurs des murs a. 

Le Chériot existait en double exemplaire dans la rue de la Parcheminerie ; la 
même enseigne était appendue, en effet, à une autre maison plus importante, 
attenante à la maison faisant le coin de cette rue et de celle de la Harpe. On 
trouve quelques renseignements sur celle-ci; mais il est peu question de l'autre. 

CENSITE DE LA SORBONNE. 

Maison de la Teste noire désignée, dans le Compte des confiscations de Paris, pour 
la période comprise entre 1/121 et 1627, comme et seize en la rue de la Parche- 
minerie, faisant le coing de la rue de Bourg-de-Brie'''T. En 1667, étant la pro- 
priété de Jehan de Corcelles, rôtisseur, elle se trouvait grevée de xii deniers pa- 
risis de cens au profit de la Sorbonne. 

Maison de la Couronne d'or (i56i), prenant l'angle occidental de la rue Boute- 
brie. Sous 1557, M" Mathurin Bélamy, procureur au Châtelet de Paris, et le 
commissaire Regnot, propriétaire par moitié, devaient à la Sorbonne xii deniers 
parisis de cens pour cet immeuble. 

Maison et place, k dénommées d'ancienneté Mène cent (i566) et Mène Jars 
(i586)fl. Avant de porter ce nom, elles s'appelaient, en 1688, Maison du 
Daulphin et Maison au Chéhiot. Elles formaient alors l'issue d'une maison sise rue 
de la Harpe, tenant à la Roze et étant en la censive de la Sorbonne. Le nom sin- 
gulier qu'elles ont porté ensuite paraît leur être venu d'un certain René de Mè- 
negent, dont il est question dans un ccnsier de Saint-Germain-des-Prés. On 
déclare, en 1676 et 1687, qu'elles consistent en «une maison, place et pignon, 
tenant à la Couronne, au Chériot, et à la Grande maison des Gilbert a. Vers la fin 
du xvi" siècle, elles appartenaient à M" Guibert, avocat au Parlement, et étaient 
tenues à xvi deniers de cens envers la Sorbonne. 

Maison du Chériot, contiguë à celle qui faisait le coin de la rue de la Harpe et 
ayant son entrée sur cette voie. Elle paraît avoir été plus considérable que la pré- 
cédente à laquelle pendait la môme enseigne. On la trouve ainsi désignée en 1 56G 
et 1570 : (tLe Chériot, tenant à Christophe deThou*^^ d'autre à une place appelée 

'"' Sauvai , t. m , p. 3 1 i. irNoble homme et saige Monseigneur Christophe 

''' Inventaire des biem de la Sorbonne, en l'an- de Thou, président du Roy nostre sire en sa court 

née 1557 : du Pariement à Paris, propriétaire d'une maison 

»i. 45 



tHr^lHrfllE RAllUNJtlf 



354 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

LA Place Méxegent, aboutissant, par derrière, à la Grande maison des Gilbert, ti 
— «Le CaÉRiOT contigu à Saint Anthoine, qui fait le coing de la Harpe, et abou- 
tissant aux Gilbert. ■« 

Les Gilbert étaient une famille parlementaire du xvi* siècle. 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occidenl en Orient). 

PAROISSE SAINT-SÉVEBIN. 
JUSTICE ET CENSIVE DE LA SOBBONNE. 

Maison du Coffin (i 543) et du Coffin vert (iByB), contiguê à celle qui faisait 
le coin occidental de la rue de la Harpe, et ayant fait partie, jusqu'au xvi* siècle, 
de la 

Maison des Carneaulx (i5i8), divisée en deux corps de logis. Elle appartenait, 
en iBSy, à M" Mathurin Bélamy, procureur au Châtelet, et sur elle la Sor- 
bonne prélevait v sous i denier parisis annuellement. Quant à l'enseigne, d'après 
Berty [Revtie archéologique, i855, p. 7), les Créneaux ne sont d'ordinaire que des 
réminiscences du nom ancien de la maison. 

Dépendances de l'Hostellerye de la Roze rouge, ayant leur entrée rue de la 
Harpe. On ne leur trouve aucune désignation avant le xvi^ siècle, époque présu- 
mée de leur annexion; en i5i5, elles sont qualifiées d'estables; en 1626, on les 
appelle «maison tenant aux Trois Quoquilles et aux Carneaulxh. En revanche, 
cette importante note prend place sous l'année iSBy : « Adenete de Vaulx, vefve 
de feu Jehan Cancan, propriétaire d'une maison et ses appartenances, assize rue 
de la Harpe et ayant issue sur la rue de la Parcheminerie, en laquelle pend pour 
enseigne la Roze rouge, par chacun an, doit xviii deniers parisis à la Sorbonne. n 

Maison des Trois Coquilles (1/Î96), qu'il faut identifier avec celle qui figure 
dans le Compte des confiscations de Paris, pour la période comprise entre 1627 et 
i/i36, avec cette désignation : «Maison de la rue Parcheminerie faisant front à 
la rue Bourc de Brie ^^l -n 

Les héritiers de feu M" Pierre Rozée, en son vivant docteur régent en la Faculté 
de médecine, sont portés, du chef de cet immeuble, sur l'Inventaire des biens de 
la Sorbonne, en 1657, comme redevables de m sous parisis par an. 

size en costé en ladite rue (Parcheminerie), faisant thoine, de présent ung moulin a vest 0e boys, 
le coing en la rue de la Harpe , oii souloit d'an- doibt par chacun an xii' parisis. 1 
ciennelé pendre pour enseigne l'image Saint An- ''' Sauvai, t. 111, p. ôyS. 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 355 



CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 



Maison de l'Isiage sainte Catherine (i5o6). 



CEXSIVE DE LA SORBONNE. 



Maison de l'Estoille d'or (i AB/i) , faisant le coin occidental de la rue des Prêtres- 
Saiiil-Séverin. En loBy, les propriétaires de l'immeuble, M<^ Robert de Coste, 
avocat au Cliâtelet, et M'' François Arnoul, procureur audit tribunal, devaient 
un sous parisis de cens annuel à la Sorbonne. 



CENSIVE DE L'EVECUE. 



Maison de la Fleur de lys (i483), faisant le coin oriental de la rue des 
Prêtres. Un censier de 1^89 la désigne comme ayant appartenu à la Sorbonne, 
rt tenant au Boisseau et faisant le coin de la ruelle Saint-Severin dite aux prestresn. 
Elle paraît devoir être identifiée avec celle qu'on appelait, en iSSg, la Maison de 
Lengre, ou de Langle. 

Le Compte des confiscations anglaises , pour les années iliu'6 k itia'], désigne ou 
LA Flelr de lïs, ou l'Estoille d'or par ces mots : «Maison seize rue de la Par- 
cheminerie, faisant le coin d'une petite ruelle, en allant à Saint Severin. a On ne 
sait au détriment de qui ni au profit de qui elle fut conlisquée. 

En iBBy, d'après l'Inventaire des biens de la Sorbonne, elle payait à cette société 
VIII sous parisis par la main de «Loyse Pannechier, vefve de Bertrand Verneul 
et comme tutaresse de ses enfansD. 



CENSIVE DE L'EVECIIE. 



Maison du Boisseau (i683), puis de l'Imaige sainte Geneviefve (t5i7-i5a/i- 
iBSa). A la date la plus ancienne, elle est signalée comme tr tenant par devers 
la rue Saint Jacques, au jardin, hostel, masure et place appellée d'ancienneté 
LA CouB PAVÉE, et, d'aultre, à I'Hostel de la Fleur de lys. . . Item un corps 
d'hostel et jardin tenant à la Fleur de lys, au coin de la ruelle Sainct Se vérin, 
ayant entrée et issue par ledict jardin, lequel jardin a aussy issue en ladicte 
ruelle, aboutissant ledict jardin, par derrière, au cymeliere de l'église Sainct Sé- 
verin.'n Au siècle suivant (i589), la môme maison est désignée comme tt tenant 
d'ung costé à l'Imaige Sainct Severin, par derrière à la veuve de feu M^ Hercules, 
procureur au Parlement, de façade sur rue, ayant trois toises, ung pied dix 
poulces, et, de profondeur, sept toises et quatre pieds n. A la même époque, elle 



356 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

est la propriété du collège de Fortet, et chargée annuellement de xx sous parisis 
au profit de la Sorbonne. Un des corps d'hôtel et le jardin de celte maison ont 
formé plus tard la Maison du Patin. 



PAROISSE SAINT-SEVERIN. 
JUSTICE ET CENSITE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 



OsTEL DE LA CouR PAVEE (iû83), ayant échangé cette dénomination contre celle 
BE l'Imaige saint Séverin (iBSa). 



CENSIVE DU TEMPLE. 



Maison de l'Imaige Nostre-Dame (i5i6), ayant porté auparavant l'enseigne 
DU Cheval rouge (1^71) et, simultanément avec la première, celle des Trois fro- 
mages DE Milan (1578). Elle dépendait du chapitre de Notre-Dame en 1472, et 
faisait le coin occidental de la ruelle conduisant de la rue de la Parcheminerie 
au cimetière Saint-Séverin. Cette ruelle, au-dessus de laquelle la Maison de l'Imaige 
Nostre-Dame formait voûte, existait déjà en i265; elle est, en effet, mentionnée, 
à cette date, dans les termes suivants : per quam ùur ad Sanctum Severinum. La 
maison avait sept toises et un pied de long, sur deux toises et trois pieds de 
large, ainsi qu'il est déclaré dans un titre de ii35, où elle est désignée comme 
«tenant à l'Escu de Bretaigne et faisant le coin de l'allée n. Au xvi*^ siècle, elle 
est en censive du Temple. 

Maison de l'Escu de Bretaigne (i4i5), faisant l'autre coin de la ruelle con- 
duisant au cimetière. Elle avait eu antérieurement pour enseigne la Queue de Re- 
nard, et en changea sans doute au moment oià elle se détacha de la maison sui- 
vante. A la date de ii35, elle relève de la censive du Temple. En 1657, elle 
appartient à l'église Saint-Séverin avec redevance annuelle à la Sorbonne de 
xlviii sous parisis, trracheptez en la maison de la Ville, selon l'Edict du Roy nostre 
sire, au denier xv. Id est xl sous parisis h. 

Maison de l'Ymaige sainct Martin (i368), tenant en partie à la ruelle du cime- 
tière et aboutissant aux Charniers. Un titre de 1^9^ nous apprend qu'elle conte- 
nait alors «plusieurs édifficesii. 

paroisse SAINT-SÉVERIN. 

JUSTICE ET CENSIVE DU TEMPLE. 

Deux maisons « entretenantes n, sises, dit un document de i368, «en la rue aus 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 357 

Parcheminiers, tenant à l'hostel de l'enseigne Sainct Martin, et aboutissant au 
cymetière du moustier de Sainct Séverim:. 

Maison du Croissant (i/igo). 



CENSIVE DE L'HOTEL-DIEU. 



Maison sans désignation , indiquée, dans un titre de 1^90, comme crlenant 
Al) Croissant, d'aultre part à une maison faisant le coing de la rue Sainct Jacques r. 
Un autre titre, de 1626, la désigne comme a tenant à une allée qui fut de ladicte 
maison et est depuis de l'Escu d'argent , d'aultre au Croissant, aboutissant à l'Escu v. 
L'Escu d'argent avait son entrée sur la rue Saint-Jacques. 

On mentionnera dans le prochain volume, à l'article de la rue Sainl-Hilaire 
ou des Carmes, une de ces maisons hospitalières créées au xiv* siècle pour servir 
de retraite à quelques femmes âgées, idée réalisée, sur la rive droite, par la fon- 
dation de l'hospice des Vieilles Haudrieltes. Les cinq maisons hospitalières dont 
Sauvai nous apprend l'existence, étaient exclusivement réservées à la rive gauche. 
(rSous Philippe de Valois, dit-il, cinq hôpitaux furent fondés en l'Université. Ceux 
pour les pauvres femmes veuves, âgées et de bonne vie, étoient épars çà et là 
en diverses rues, dans des maisons qu'on avoil achetées exprès. L'un de ceux-ci 
s'appeloit l'Hôtkl-Dieu des Parcheminiers, dont nous ne savons autre chose, sinon 
qu'il fut établi dans la rue de ce nom là ''\ y> 

Contrairement à Sauvai, mais d'accord avec le censier de i38o, nous locali- 
serons, en son lieu, l'Hôtel-Dieu des Parcheminiers dans la rue aux Rats, Maison 
DES Rats, ou Ancien Hôtel-Dieu. 



RUE DU PETIT-POINT. — LA GLORIETTE. 

Cette voie, d'un parcours peu étendu, n'était et n'est encore, en réalité, que 
la première section de la rue Saint-Jacques, Elle a pour point de départ la place 
ouverte sur l'emplacement du Petit-Châtelet et pour aboutissant le carrefour 
formé par la rencontre des rues Galande, Saint-Julien-le-Pauvre, Saint-Séverin 
et Saint-Jacques : c'était le commencement de la voie romaine de Lutelia à Gena- 
bum. Son nom, qu'on trouve dans les titres dès le xn" siècle, lui venait du Petit- 
Pont donnant entrée dans la Cité : viens Parvi Pontis; on ne lui en connaît pas 
d'autres. Seulement, on la confondait d'ordinaire avec la rue Saint-Jacques. 

■'' Anliqulllii de Paris, f. II, p. 38a. 



■ 



358 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

La rue du Petit-Pont ne comptait que de vingt à trente maisons sur ses deux 
côtés. Ce qui la recommande surtout à l'attention des topographes parisiens, c'est 
le Petit-Châtelet, qui en commandait l'entrée, et auquel nous consacrons une 
notice spéciale. Le cul-de-sac de la Gloriette, ou impasse de la Poissonnerie et 
de la Boucherie, constituait une dépendance importante de la rue qui nous 
occupe. On trouvera, à son rang, la description topographique de l'impasse. 

Le sol de la rue du Petit-Pont a été exhaussé, ainsi que le constate l'un des 
anciens historiographes de la Ville, Bonamy, dans un de ses Mémoires : et Le ter- 
rain de la Ville et celui de l'Université, qui borde la rivière, n'était, dit-il, pas 
plus élevé que celui de la Cité. On a retrouvé des restes du pavé de Philippe Au- 
guste à six pieds sous le pavé de la rue du Petit-Pont, lorsqu'on travaillait, en 
1 760, à la construction d'un aqueduc sous lequel passe le tuyau qui conduit l'eau 
des pompes du pont Notre-Dame à la fontaine de Saint-Séverin (''. n 

La rue du Petit-Pont était, par sa situation, une artère commei'ciale impor- 
tante. Jean de Jandun nous apprend qu'il y existait, de son temps, de nombreux 
apothicaires, et Guilleber de Metz la représente comme le centre d'un commerce 
de ffpoulailles, œufs, venaisons et autres vivres ('^'d. Enfin le commerce de la 
librairie, naturalisée surtout dans la rue Saint-Jacques, «a, au rapport de Sau- 
vai, étendu ses anciennes bornes, depuis Saint-Yves jusqu'à la rivière '^^d. 

De nos jours, la rue du Petit-Pont conserve en grande partie son ancien aspect; 
mais l'élargissement de la rue Saint-Jacques amènera la destruction de toutes les 
maisons riveraines. 

CÔTÉ OCCIDENTAL 

(du Nord au Sud). 

PAROISSE DE SAINT-SÉVBRIN. 
CENSIVE DU ROI. 

Petit-Châtelet. (Voir ci-dessous.) 

Boucherie de l\ Gloriette. (Voir ci-après.) 

M\isoN ET EsTAL A POISSON, eu façade sur la rue. 

Maison du Grand ouvrouer , également en bordure et formant l'angle nord de 
la rue de la Huchette. 

Maison de la bouteille alère (B)), faisant, en iGSg, le coin méridional de la 
rue de la Huchette et y ayant son entrée. 

"' Cf. Mémoires de l' Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, année lyii, t. XVII, (). 686. — "' Paris 
et ses historiens aux xiv' etxv' siècles, p. lih et 176. — ■'' Antiquités de Paris, t. I, p. 19. 



RÉGION CENTRALE DE L'UMVERSITÉ. 359 

Maison de la dame qui porte l'esprevier (i/i6i), ou de l'Ovsel sur le poing 
(iSaG), puis du Mort qui trompe (lôBg). Elle avait fait originairement partie de 
la maison suivante jusque vers le milieu du xv* siècle. L'analogie des enseignes 
en est presque la preuve. 

Maison du Faulcon, puis du Pestel (i^/ii), ayant repris, vers la fin du xv* siècle 
et pendant tout le xvi*, l'enseigne du Faulcon. Elle appartenait à un marchand 
de ces oiseaux de chasse'"'. 

Des lettres royaux, datés d'août 1 335 , portent amortissement de douze livres de 
rente perpétuelle à prendre fx super domum Johannis de Surmnavilla, ferrarii , in buclo 
Paivi Ponds per devm^sus piscionariam, contiguam ex una parte domui defuncti Pétri 
de Wismis et domui Guillelmi au Clou, poUularii, ex altéra; in censiva Domini Régis n, 
ladite rente établie par feu Guillaume Tristan et Ysabeau, sa femme, père et 
mère de dame tr Jacqueline, dite la Tristanne,'» femme de Robert de Meulent, 
bourgeois de Paris, sur ladite maison, pour servir à la fondation d'une chapelle 
desservie en l'église collégiale de Saint-Germain-l'Auxerrois. 

Tristanne obtint en conséquence, de l'archidiacre de Paris, les lettres néces- 
saires à cette fondation, et les fit enregistrer au Châlelet de Paris, le 6 mai tSho. 

Les lettres d'amortissement et de quittance de toutes finances données par le 
Roi portent que ladite église collégiale a quatre deniers de fonds de terre rrà 
prendre sur la maison de Jehan de Sommaville, ferron, séant au bout du Petit- 
Pont, par devers la Poissonnerie, tenant d'une part à la maison feu Pierre de 
Wismes, mercier, et d'autre part, à la maison Guillaume au Clou, poulailler, en 
notre domaine ''^'i). 

CEHSITE DE L'ÉVKCHÉ. 

Maison de la Pommb de pin (1689). 

Maison de l'Ymaige Sainct-Jeiian (iSqS). Antérieurement à cette date, elle pa- 
raît s'être appelée la Maison des Trois filles (i38o). 

Maison de l'Estoile d'or (lôog). 

Maison du grand Cornet (iSog). 

'"' A propos de celle Maison du Faulcon, occu- improbable. (Voir Histoire des. Enseignes de Paris, 

pëe par un fauconnier, il a été dmis une opinion par Edouard Fournier.) 

assez spécieuse : c'est que la pluparl des animaux ''' Arch. nat., S", p. parch. [Titres de la cha- 

servant de montre étaient vivants, en cage, et non pelle Saint-Michel en l'église Sainl-Germain-l' Auxer- 

pas seulement représentés sur des enseignes. A. rois.) - Communiqué par M. P. Le Vayer. 
Berly contestait le fait, qui ne semble pourtant pas 



360 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Maison de la Clef (iBog). Outre cette première et sèche constatation, il y a 
preuve que Georges Méthelus, dès 1^96, imprimait en la rue du Petit-Pont, 
à LA Clef d'argent. Ce renseignement modifie la dénomination de l'enseigne et lui 
restitue son passé historique. 



CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 



La Maison du Panmer (i38o), du Panyeb blanc (1689), avait été, en 1/129, 
confisquée par les Anglais, au profit de Pioger de Bréauté, non quant au fonds, 
mais quant aux renies dont elle était grevée, ainsi que le constate le texte sui- 
vant : rtSur la maison oiî souloit pendre le Pansier, appartenant à Colin De Billy, 
tenant à l'ostel où pend l'enseigne du Mouton et à l'ostel oiî pend l'enseigne 
DU Cornet ''), six livres parisis , lesquelles rentes furent et apartindrent à Robert 
de TuiUières (^'. n 

Le xvi" siècle amène, non plus une modification, mais une transformation de 
l'enseigne du Panier. Ce fut la veuve Nicole de \ illiers qui en fit don, en i53i, 
à l'Hôtel-Dieu, sous l'appellation du Chat qui pêche. 

Enfin, vers 1768, l'enseigne susénoncée deviendra celle du Chat qui écrit. 

Maison de la Bale, puis du Mouton (iBaG) et du Mouton blanc (1562). 

Maison du Soleil d'or (i543), aboutissant, par derrière, à la ruelle Saillem- 
bière; elle devait être un corps de logis détaché de la précédente ou de la sui- 
vante. En i5/i3, d'après une pièce d'archives, le Soleil d'or était occupé par un 
potier d'étain, Jehan de Besançon, propriétaire pour une moitié; l'autre appar- 
tenait aux hoirs de Pierre du Val, trésorier des menus plaisirs du cRoyi». 

Maison de la Fleur de lïs {iliUo), puis de la Fleur de lys d'or (i5i6), sur 
l'emplacement de laquelle, réuni à celui de la maison suivante, il exista, dans la 
seconde moitié du xvi'= siècle (1677), une Maison du Denier d'or, et une Maison 
de la Croix blanche, au xvii^ siècle. 

Maison sans désignation (1626), puis des Trois saulcikres (i5o6) et de la 
Corne de cerf (i56o). En 1621, une aCourceller), située derrière cette maison 
et enclavée dans son pourpris, occupait une partie de terrain en censive du cha- 
pitre de Notre-Dame, «laquelle maison inesuroit cinq pieds moins un pouce n. 

''' D'où la preuve que, dès l'année 1 699 , la Clef n'avait pas encore une individualité à part. — '*' Paru 
sous la domination anglaise, p. q6o. 



» 



ÇEGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 361 



CENSIVE DE NOTBE-DAME. 



Maison de l'Ymaige Nostre-Dame (1^18), faisant le coin septentrional de la rue 
Saint-Séverin et ayant compris antérieurement l'Ymaige Sainct Morice, ainsi qu'un 
autre corps de logis sur la ruelle Saillembière. 



COTE ORIENTAL 

(du Sud au Nord). 



PAROISSE DE SAIMT-SEVERIN. 
JUSTICE ET CENSIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 



Maison de lImaige Saint-Jehan (1562), en deux corps d'hôtel, faisant le coin 
occidental de la rue Galande. L'un de ses corps de logis, celui du nord, paraît 
avoir été dénommé, en 1^65, la Maison de la Roïne. 

Maison de la Roze (i/i65), qu'il faut probablement identifier avec celle qu'on 
appelait, en i38o, la Maison du Turbot. 

CENSIVE DU CHAPITRE DE NOTRE-DAME. 

Maison de l'Ësciiiquier (i/i65), aboutissant à la Maison de la Bergerïe, qui 
avait son entrée sur la rue Saint-Julien-le-Pauvre. Elle ne formait positivement 
qu'un immeuble avec la Roze, sur la limite des deux censives — Notre-Dame et 
le Parloir aux Bourgeois. — La délimitation exacte de ces deux censives olfre 
quelques incertitudes. 

CEKSIVE DE I.'ÉVÉCIIÉ. 

Maison de la Coquille, puis de l'Ymaige Sainct-Michel (i ^89), et enfin des Trois 
Poissons (i575). 

Maison de l'Escu de Bourgongne (1/189), dénommée aussi, à la même époijue, 
Ostel de la Servoise. 

CEN8IVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison des Bourses (1/189), P"*^^ '^'''^ Trois Bourses (1507). 

CENSIVE DE SAINT-CKRMAIN-DES-PRÉS. 

Maison du Gros Tournoïs (i5/|'j), contiguc i^i la maison formant l'angl»; de la 
rue de la Bùcherie. La renie <le huit livres paiisis, dont elle était grevée, fut 



ivrkmeius ii.Tini.i.t. 



U2 TOPOGRAPHIE HISTORIOUE DU VIEUX PARIS. 

donnée, en i iay, à Roger de Bréauté, l'un des partisans de Henri VI. Elle appar- 
tenait alors à Hervy Anceau'"'. 

Maison sans désignation, occupant l'angle méridional de la rue de la Bûcherie. 

Poissonnerie et Boucherie, sises sur l'angle opposé. (Voir rue de In Bûcherie.) 

Pëtit-Châtelet, moitié orientale. (Voir ci-après.) 

11 résulte des reclierchcs faites par un topographe contemporain que la Roze 
ROUGE était un cabaret fort bien fréquenté au xvii" siècle et que plusieurs autres 
maisons de la rue du Petit-Pont, dont les unes avaient conservé, et les autres, 
changé leur enseigne, étaient possédées ou habitées par des personnes de distinc- 
tion , malgré la proximité des 

Boucheries et poissonneries de la Gloriette. 

Le territoire de la Gloriette était un Gef oij les bouchers et les poissonniers 
furent autorisés à établir leurs étaux, d'abord en plein vent, ou sous des échoppes, 
puis dans des maisons construites ad hoc, avec ouvertures et passages pour le 
transport de leurs denrées. Ces maisons, qui s'étendaient, du débouché occidental 
de la rue de la Bûcherie jusqu'à la Seine, sur le flanc occidental du Petit-Châtc- 
let ('■'), paraissent avoir été au nombre de cinq, qui ont pu s'échelonner ainsi : 

L'Ymaige Sainct-Michel, estai à marée. 

Les maisons de la Cloche et du Pied de Mouton, estaulx h bouchers. 

Deux autres estaulx a bouchers, sans autre désignation. 

Les cinq étaux de la Gloriette, qui faisaient partie du domaine, furent engagés 



''' Paris sous la domination anglaise, p. q6o. 

''' A la date du 8 août i583, Henry de Lespi- 
nay, bourgeois de Paiis, est assigne par les doyen 
et Chapitre de Sainl-Gerinain-rAiixerrois, pour re- 
prdsentation des titres en vertu desquels il j)rélend 
jouir d'une place sise au derrière des Boucheries 
de la Gloriette, joignant la grosse Tour du Chastelet. 
— En conséquence, il déclare, par acte du 90 août, 
(ju'en sa qualité d'héritier par bénéfice d'inventaire 
de Claude Le Lettier, son boau-frère, il a procès 
en Parlement avec le nommé Robineau, adju- 



dicataire de ladite place, rrqui fut ruinée en avril 
i583 par suite des grandes eaux, laquelle ruine 
(.vait entraîné celle de la meilleure partie des 
cinq étauxîi. Les dommages avaient ét<', en effet, 
considérables, puisque la dépense occasionnée par 
les travaux de réfection s'éleva à la somme de onze 
mille cent qualrc-vingt-dix 1. Iz. , conformément 
aux devis et estimation wdes maislrcs jurés maçons 
et charpentiers du Roi». (8 octobre i583.) — 
Arch. nat. , S", p. parch. — Communication de 
M. P. Le Vayer. 



TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS 





LE PETIT CHÂTELET (1781) 

1 Vue perspective -Réduction d'une estampe de Canner et et Allais 
2 Vue prise du Petit Pont -Réduction d'une planche de Gémi Ion eL Née 



Imp. CkWtttmoTwParis 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 363 

aux seigneurs, doyen et Chapitre de Saint-Geriiiain-l'Auxerrois, moyennant ia 
somme de A,5oo francs, par contrat devant Moreau et Martin, notaires au Ghâ- 
telet de Paris, le i" juillet iBai, insinué le 19 août suivant. 

Il convient d'ajouter que déjà, en i5iû, le Roi avait constitué, au profit du 
Chapitre de Saint-Germain, 100 francs de rente rachetable à 2,5oo francs sur 
les cinq Etaux de la Gloriette ('). Parmi les derniers concessionnaires, il faudrait 
citer Guillaume le Blanc, marchand et bourgeois de Paris (i5 novembre i()o()), 
Tristan Gasse et Michel Juge, bouchers (22 octobre lôo^)'-'. 

L'hostel de la Globiette avait façade sur la rue du Petit-Pont, et ses dépen- 
dances ne se prolongeaient aucunement jusqu'au cul-de-sac portant le nom de 
ruelle des (rÉtuvesii. C'est là que se trouvait le fameux crTrou punoisu, réceptacle 
des immondices provenant tant de la boucherie que de la poissonnerie de mer et 
d'eau douce, le plus connu des cloa([ues du même genre que renfermait Paris. 

De tous les historiens de Paris, Sauvai est celui qui s'est le plus occupé du 
fief de la Gloriclte. Il n'a pourtant pas connu un acte de ii5/i, conservé aux 
Archives nationales (K 28), par lequel Adèle, abbesse de Montmartre, donna, 
moyennant un cens annuel de soixante sous, aux marchands de poisson de Paris 
un certain emplacement situé dans une rue voisine du Châtelet, jua:ta caslellum 
régis. En revanche il cite l'édit royal de ii)6, par lequel Charles VI vise les 
bouclieries de la Glorielle crprcz le Petit Chastelet, ou la Reculate, où souloit 
esire le Petit-Pont anciens. Celte Reculate, ou lieu reculé, d'après Sauvai, ne pou- 
vait être que le cul-de-sac des Etuves. 

Des comptes de YOrdinaire de Paris mentionnent les étaux de la Glorietle et le 
Trou-Punais en 1621, 1^9^ et 1^98. D'autres pièces de i558, 1672 et iGi 2, 
également citées par Sauvai, constatent l'état florissant de ces élaux à boucherie 
et à marée. En i558, cependant, un édit avait prescrit leur transfert au Marché- 
Neuf, établi en face, dans la Cité; mais la poissonnerie seule y fut transférée; les 
étaux à bouchers subsistèrent jusqu'au moment oii fut construit le biUiment annexe 
de l'Hôtel-Dieu (i636). 



PETIT-CHATELET. 

Dans la notice que nous avons consacrée au Palais des Thermes — à l'article 
de la rue des Mathurins, — se trouve rappelée l'opinion émise par l'antiquaire 
Cayhis [liecueil d'Antiquités, i. II, p. 378), à savoir que les constructions gallo- 



*■> Arch. nal., S", pap. pareil. — C'.mmunica- <'> Arch. nat., LL'°», 725-85G-8C/i. — Noie 

lion de M. P. Le Vayer. communique'e par le mérae. 

46. 



I 



364 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

romaines dont le Palais était le centre avaient dû s'étendre d'une part jusqu'au 
plateau du mont Leucoliltus, d'autre part jusqu'au bord de la Seine. Nous avons 
ajouté que diverses fouilles, opérées sur ce point depuis 1782, époque où fut 
démoli le Petit-Châtelet, ont permis d'y constater l'existence de fondations, de 
débris de murs et d'enrochements dont l'origine gallo-romaine n'a point été con- 
testée. On pourrait en inférer que \e parvum Casteîlelum du moyen âge n'a fait que 
se superposer aux substructions du palais des Thermes. 

Les historiens de Paris n'ont pas attendu ces constats arcliéologiques pour l'in- 
sinuer et protester contre l'hypothèse d'une fortification romaine : le nom de 
rr Chambre de César n donné, dit Sauvai, à une des pièces de la forteresse, «le 
treillis de Césars, grille de fer au-dessus de laquelle on lisait «en lettres dorées 
et gothiques : Hic tributum C'psartf'n, sont autant de conjectures qui ne reposent 
sur aucun document. 

Que le Petit- Châtclet ait été, dès l'époque mérovingienne, une sorte de tête 
de pont couvrant la Cité et protégeant, en certaine mesure, la voie romaine de 
Lulelia à Genabum, cela ne semble point douteux; mais, au ix" siècle, au mo- 
ment où il en est question à propos du siège de Paris par les Normands, ce n'é- 
tait qu'une tour de bois, ayant succédé peut-être à une construction plus résis- 
tante, et se rattachant au Petit-Pont, qui était également «de fustn. Le récit 
des débordements qui emportèrent ou endommagèrent ces deux ouvrages, de 
886 à 1296, occupe plusieurs pages chez les historiens. 

On sait que les Normands incendièrent la tour; mais on ignore combien de temps 
elle demeura à l'état de ruines. A l'époque où vivait Robert le Pieux, elle aurait 
été restaurée, puisque ce prince y plaça, dit-on, ses trésors. Elle avait un pour- 
pris, ou enclos, qui est appelé Accinclus Caslelli Parvipontis dans un accord conclu, 
en 19 29, entre le Roi et l'évêque de Paris '-'. 

Le créateur de l'enceinte dite de Charles V, le prévôt Hugues Aubriot, qui 
érigea la Bastille pour tenir en respect les Parisiens, n'eut garde d'oublier la 
vieille lour de la rive gauche. 11 la fit reconstruire, en 1869, «telle que nous la 
voyons aujourd'hui t), articule Germain Brice (^Descriplion de la Ville de Paris, t. 111, 
p. 2 à 5), et, peu après cette reconstruction, Charles VI y logea le Prévôt de 
Paris. Elle est qualifiée, dans l'acte royal de concession, de ahonorabilis mansio-n. 
(Lebeuf, 1. 1, p. 61 5.) 

GuillebertdeMetz,qui écrivait en i/iSi, admire la demeure du Prévôt de Paris : 
«Là, écrit-il, est Petit Chastelet, si espés de murs que on y menroit bien par des- 
sus une charrette. Si sont, dessus ces murs, beaux jardins; là est une viz double, 

''' Antiquités de Paris, t. 11, p. 335. — '^' Recueil des hisl. de France, I. XVtl!, p. 'jlto. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 365 

dont ceulx qui montent par une voye ne s'aperçoivent point des autres qui des- 
cendent par i'autre voye (''.■« 

Sur le Petit-Chiitelet considéré en tant que lieu de détention, une ordonnance 
de Charles VI, datée du 96 décembre 1898, déclare que ce.bâtitnent contient 
plusieurs prisons, les unes «fortes, convenables, seures et compétammenl aérées, 
oi'i créature humaine, sans péril de mort ou meshaing, peut estre et souffrir pé- 
nitence de prison, cl trois chartres basses et non aérées, esquelles homme mortel, 
par faulte d'aer, ne pourroit vivre longuement, n (Arch. nat. , Y 9, fol. 171.) 

Le Petit-Châtelet reconstruit traverse les xv", xvi° et xvii'= siècles sans qu'il en 
soit fait ample mention. On cite pourtant, à la date de 1/19.1, une pièce du 
Domaine muabk constatant que irla maison du péage de Petit-Pont. . . fut baillée 
pour faire la tour du Petit Chastellet'^U. On peut citer également un Rapport in- 
séré dans les Registres du Bureau de la Ville, à la date de 1 552 , «sur les moyens de 
faire et perscr, aux coustz et dépens de l'ostel de Ville de Paris. . ., une croisée 
dedans le gros mur du Petit Cliastelet, du costé de la rivière de Seyne, pour servir 
à donner jour et clarté dedans la chambre ou cuysine servant au geôlier dudict 
Petit Chaslelet(')Ti. 

Le Pctit-Châtclel était donc tout à la fois une demeure et une prison, double 
caractère qu'il conserva jusqu'à sa démolition en 1782. Les historiens qui l'ont 
vu en ont laissé une description peu flatteuse. Malgré divers travaux pour en 
rendre le séjour moins insalubre et l'aspect plus architectural; bien qu'on ait 
abattu, dit Germain Brice, «des tours fort exhaussées, pour faire place à une 
terrasse, qui sert à présent de promenade aux prisonniers. . ., l'on doit ajouter 
que cette masse énorme de bâtiments embarrasse extrêmement tout le quar- 
tier. . .Wfl. 

La démolition eut lieu, avons-nous dit, en 1782, et, dès l'année suivante. Mer- 
cier, l'auteur du Tableau de Paris, célébrait ainsi cet incident, qui n'était au fond 
qu'un acte de vandalisme : «Enfin ce vieil édifice, qui avait quelque chose de 
hideux, barbare monument du siècle de Dagobert, construction monstrueuse au 
milieu de tant d'ouvrages de goût, où le Conseil des Seize fit pendre Brisson, 
Larcher et Tardif, ce gothique et lourd bâtiment, dont on avait fait une prison, 
vient de tomber et céder son terrain à la voie publi(]ue(^'. 11 

Sur rem|)laccment du Petit-Châlelet a été établie la place du Petit-Pont, limitée 
à l'est par le bâtiment annexe de l'Hôtel-Dieu, Une inscription récente rappelle 
les noms des défenseurs de Paris en 88G; mais on n'a point encore exécuté, 

■' Pari» et gex liigtorieni atix \iv' et xr' liècles, ''' Uegislres dit Bureaude la Ville, t. III, p. 9y3. 

p. i(ii. ''' Description de la Ville de Paris, t. 111, |). a. 

<■' Sauvai, l. m, p. Q75. '*' Mercier, t. VI, p. 35. 



366 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

comme pour la Bastille, une figuration en dallage, ou, comme pour le Grand- 
Cliâtelet, un plan sur marbre de la prison et forteresse du Petit-Châtelet. 



UUE DU PLATRE. 

Cette ancienne voie, dont le côté septentrional existe encore, presque intégra- 
lement, faisait communiquer entre elles les rues Saint-Jacques et des Anglais. 
Depuis l'ouverture du boulevard Saint- Germain, en contre-bas duquel elle est 
située, elle n'aboutit plus à la rue Saint-Jacques que par une ligne biaise. On lui 
a donné récemment le nom du jurisconsulte Domat, après celui de Dante Ali- 
ghieri, ce dernier en souvenir du séjour que le poète de la Divine Comédie fit 
à Paris, pour suivre les cours de la rue du Fouarre. 

La rue du Plâtre existait dès le xui'^ siècle : elle est appelée, en 12/17, ^'^^^ 
et l'iS/i, vicies Plastrariorum et vicus Plasleriorum i^Curt. de la Sorbonne, f"' 6/i et 
123). Au xiv" siècle, on trouve dans les titres crruës de la Plastrière, as Plas- 
TRiERS et DES Plastriers. T) Au xv" et depuis, c'est le nom de rue du Plastre qui 
prévaut. Elle le devait à une carrière de gypse qui y fut exploitée anciennement, 
comme à la butte Montmartre ''). 

L'industrie du plâtre y fit place, vers 1760, à celle de l'impression en taille- 
douce. La communauté des imprimeurs de cet ordre s'y transporta et s'y maintint 
jusqu'à la suppression du régime corporatif. 

Il n'y avait, dans la rue du Plâtre, aucun hôtel ou maison de quelque impor- 
tance, sauf, au xiu'' siècle, la domus Radulphi phislrarii; le collège breton de Cor- 
nouailles en devint ensuite l'établissement le plus considérable. Elle était, au sud, 
la limite du cimetière juif de la rue Galande; c'est par suite de cette circonstance 
qu'on y a fait, au xvm"" siècle et de nos jours, de nombreuses découvertes funéraires. 

A ce qui précède ajoutons une particularité signalée par Jollois [Méînoire sur 
les antiquités rmi. el gallo-rom. de Paris, inséré dans les Mémoires de l'Institut, t. I, 
p. 95) : ffDans la rue du Plâtre-Saint-Jacques, presque toutes les maisons ont 
deux étages de caves, qui attestent l'exhaussement du sol.11 

'"' Les habitatioas destindes au menu peuple l'taient gén(?ralement construites en plâtre, comme kno- 
belsdorf le constate, en i543, dans sa Luleliœ Descriptio ; 

» Nomina si quœris, conservât pristina ; (;ypsum 

Hic quoqufi plebcio more vocarc soient. 
Inde pavimentum, paries, tecloria dantur 
^dibus, et tlgno teçula juncta suo. 



IlÉGlON CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 367 

CÔTÉ SEPTENTRIONAL 

(d'Occidenl en Oiienl). 
CENSIVE DU ROI. 

Maison des Maillets (1601), nienlioniiée, au xv" siècle, comme dépendant de 
LA Con>E DE Cerf, ou Maison du Cerf, qui avait façade sur la rue Saint-Jacques, 
et, en i5oo, comme incorporée à la Maison de l'Ange. 

Maison du Soufflet (1601), ayant été rattacliéc primitivement à la Maison 
DE l'Ange, ou des deux Angels, de la rue Saint-Jacques. Elle élail divisée en 
deux corps d'hôtel, dont l'un portait l'enseigne de Saint-Georges. Elle conte- 
nait, en 1628, cinq toises et demie de large, sur (rois toises un quart de pro- 
fondeur. En i538, elle est énoncée avec le Lièvre cornu, ce qui implique deux 
corps d'hôtel, ayant chacun une enseigne distincte. En 1602, nous retrouvons 
LE Soufflet (t tenant à la Pïe, d'autre part aux Maillets, aboutissant à l'Hostel du 
Grand Cerfu. En iG3o,le Lièvre cornu paraît ôtredevenu Saint-Genyès, puisqu'on 
cite cette dernière maison avec le Soufflet. 

Maison de la Pye, enseigne assez fréquente dans le Vieux Paris; elle l'échangea 
au commencement du xvif siècle contre celle de I'Image saint Sébastien. C'est dans 
celte maison que se trouvait l'issue de l'Hôtel de Garancière, lequel avait son 
entrée sur la rue Galande. La Pye se rattachait, comme le précédent immeuble, 
à la Maison de l'Ange, ou des deux Angels, en façade sur la rue Saint-Jacques. 
Un titre de 1600 prouverait que I'Image saint Sébastien faisait corps avec la mai- 
son de LA Pye, puisqu'il y est dit : tLa Pie et Saint Sébastien, tenant au collège 
de Cornouailles et au Soufflet, n 

Petite maison sans désignation (i/i65), dite du Mouton en iByS, du Mouton 
BUNC en iSgo. Elle appartint d'abord à la chapelle de Saint-Yves, puis au Col- 
lège de Cornouailles, deux fondations bretonnes, et aboutissait à la Maison des 
TROIS C\NETTEs. Un titre de iGeo la désigne ainsi : c Petite maison du collège, 
attenant audit collège, -n 

Allée dépendant d'une maison distinguée par l'appellation d'HÔTEL des Anni- 
versaires, lequel appartenait à cet office de l'église de Paris. L'Allée en question 
passait sous la Petite maison du collège de Cornouailles, et, après la reconstruc- 
tion dudit collège en 175^?, elle était louée 26 livres. 

Collège de Cornouailles, dont la notice se trouve à la suite de la descrip- 
tion topographique de la rue du Plâtre. 



I 



368 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

Quatre petites musons, situées devant le collège, avec un jardin derrière en dé- 
pendant; elles se nommaient, aux xvi" et xvn'' siècles, le Mouton, Saint-Jean, 
Saint-Cobentin, et une dernière. Maison des Boursiers. Une allée, celle des Anni- 
versaires, les faisait communiquer avec la rue Galande. Il en est fait mention 
dans divers documents. Le Mouton est dit, en 1667 et avant, fr estant prez la 
porte du collège, tenant par derrière à I'Hostel des Anniversaires n. Nous avons 
vu qu'on l'appelait, en 1600, ctla Petite maison du Collège, attenant audit col- 
légen. Reconstruite en 17/10, on la retrouve encore alors «tenant à la porte du 
collège fl. 

Voici quelle en était la distribution intérieure, en l'année 1G76, c'est-à-dire 
antérieurement à la dernière reconstruction : «Un corps de logis sur le devant, 
composé d'une cave, salle, écurie, cuisine, plusieurs chambres l'une sur l'autre 
et grenier au dessus, lieux, aisances et dépendances de ladite maison, où est une 
petite cour. . . n Enfin, au-dessus de la porte, était rcinsculpée l'enseigne du 
Mouton blanc, t5 indicative de la censive royale. (Arch. nat. , MM 892.) 

Maison Saint-Jean, en 1687 et 1690, ff contenant anciennes estables, joignant et 
tenant aux collège et chapelle, tenant, d'autre part, à la Maison du Mouton blanc n. 

Maison Saint-Corentin (1609), dépendant du collège de Cornouailles. 

Maison des Boursiers (1609), donnant passage à I'Allée ci-dessous. 

Allée de la maison de la Longue Allée, faisant front sur la rue Galande; 
maison ayant été divisée vers 1597, mais offrant encore aujourd'hui un passage à 
travers ses trois corps d'hôtel. Il est fait mention de cette maison et de l'allée 
qu'elle contenait, surtout à propos de la rue Galande. Sur cette maison et celle 
correspondante, rue Galande, à l'enseigne le Cerf, Jehan Ansquer''', docteur en 
théologie et maître du collège de Cornouailles, et Yves Ansquer, son frère, prêtre, 
maître es arts, ce dernier inhumé en la chapelle Saint-Yves, avaient assigné 
y 5 livres parisis de rente au profit du collège de Cornouailles'-'. En i5oi, elle est 
réputée «tenant d'une part aux Coullons et à l'Imaige Nostre-Dame, d'autre part à 
LA Levrière, avec cour en bas, tenant de même et aboutissant en partie aux hostels 
cy-aprez : la Corne de Cerf, anciennement les Trois Faucilles, rue du Piastre, 
tenant aussi à la Couppe et à la Croix blanche, aboutissant à la cour précédente . . . -n 

Maison de la Coulpe (1576), appartenant au collège de la Marche; elle est 
dénommée, en 1687, Maison de la Coupe d'or. 

•'' Ansquer et non Asperi, faute évidente du tenir au xv' siècle. — Dibl. nat. Estampes. Coll. 
Iranscrinteur. Gaignières. Oxford, P\ ij {° 5o. - Communiqué par 

C Fondation sans date , mais qui paraît appar- M. P. Le Vayer. 



RÉGION CENTRALE DE L'L'NIVERSITÉ. 369 

Maison de la Croix blanche (iSao), localisée par les textes que nous venons de 
citer à propos de la Lo>gue Allée. 

Maison des Thois Faucilles (1/129), P"^^ ^"^ ^'^ Corne de Cerf (1627), ayant 
lait primitivement, comme les deux précédentes, partie de la Maison de la Longue 
Allée, en façade sur la rue Galande. 

La situation respective de ces trois immeubles, détachés d'une maison plus im- 
portante, ne peut être exactement indiquée; il est certain qu'ils se suivaient et 
tr s'entretenaient 11, mais dans un ordre qu'on ne saurait préciser. 

Maison, sans désignation d'abord, formant l'angle septentrional de la rue des 
Anglais, puis annexée, en 1602, à l'enseigne du Miroir, de la rue des Anglais; 
elle avait pour aboutissant la Maison du Plat d'estain, sur la rue Galande. 

CÔTÉ MÉRIDIONAL 

(d'Orient en Occident). 

Maison sans désignation (1600), tenant à celle faisant le coin méridional de la 
rue des Anglais. 

Maison de l'Estoile (1600), attenant à la précédente. 

Emplacement où l'absence d'astérisques, sur le plan de restitution, accuse quatre 
places vides, à propos desquelles nous ne pouvons donner que les renseignements 
suivants, d'après les Comptes qu'a publiés Sauvai. Ces documents, datés de 1/121, 
mentionnent : 

1" (t Maison qui fut à M*^ Nicolle de Gondrecourt, qui fut occis à Paris, seize rue 
du Piastre, chargée envers l'église de Paris en dix livres, huit sols, huit deniers, 
tant de fonds de terre comme de rente ^'Iti 

Un autre document, daté de 16/19, "^"^ ^^^^ connaître que cet immeuble, 
composé ff d'ung hostel , court, jardin en deppendant . . . , qui jadis fut et appartint 
à M" Jehan Isambert-, fut donné à cens et à rente, aux conditions précitées, à 
cAndry le Jote, clerc et secrétaire de noble homme et saige maistre Jehan Bu- 
reau, trésorier de France ''^^ w. 

■2" ff Maison en ladite rue, joignant à la précédente, qui fut audit de Gondre- 
court, chargée envers l'église de Paris de douze sols parisis de fonds de terre'*'. « 

Maison et Jardin, appartenant au collège de Cornouailles, en iSgH, et vis-à-vis 

'' Antiffuités de Paris, l. III, |). 3iG. — '' Archives nationales, S'\ p. pareil. - Goniinunication 
de M. l/î Vayer. — ''' Antiquités de Paris, t. 111, p. .3i(). 

M. ''7 



iNfinMtnii: itAiiuMLr.. 



370 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

et à Toppositc delà grant porte du collège, joignant la chapelle dudictu. En i65i, 
le jardin fut k donné à bastir en maisons^. 

Chapelle du collège de Cornouailles (iBgS). Après la reconstruction de 1762, 
transférée sur le flanc septentrional de la voie, elle fut englobée dans l'établisse- 
ment même qu'elle desservait. 

Gramche du collège de Cornouailles (i665), contiguë au jardin dudit collège. 

HosTEL DE LA Plastriere (i 49, 8) , aboutissant, aiusi que la maison suivante, aux 
dépendances de l'Hostel de Saint-Jehan des Vignes. Son mur, composé des mêmes 
matériaux que celui de la rue, devait venir des carrières à plâtre, sur l'empla- 
cement desquelles il avait été bâti. On doit y voir aussi une reconstruction de la 
domus Radulphi plastrarii, auquel immeuble se rattachent les origines et le bap- 
tême de la lue. 

Hostel du Renard (1^2 8), signalé à cette époque comme «tenant aux reli- 
gieux de Soissons, d'autre part à l'Hostel de la Plastriere, sur la rue du Piastre n. 

GRASCHEen 1/108, puis, en i55i. Maison de Saint-Antoine; plus tard, «la Corne 
DE DAIM, tenant au Renard n. Diverses transformations sont attestées par l'état des 
propriétés du collège de la Marche au milieu du xvf siècle. Dans le nombre se 
trouve comprise la Maison de Saint-Antoine, t tenant à une maison appartenant 
aux religieux de Saint-Jean des Vignes, à Soissons, d'autre part, à une maison 
du collège n. 

Autre Granche, contiguë à la précédente, dite, en 1/108, «tenant au Lïon 
d'or n. En 1 600 , elle est ainsi désignée : «Place oh estoit d'ancienneté une grange, 
à présent Estables du L\on enferré, en la rue du Piastre, fief de Gallande à Saint- 
Aignan,!: c'est-à-dire aux chanoines de ce nom. 

Maisoncelle sans désignation (1600), formant dépendance du Lïon enferré, 
lequel avait façade sur la rue Saint-Jacques. 

Maison de la Croix d'or, formant l'angle des rues Saint-Jacques et du Plâtre, 
ayant été aussi appelée la Corne de Cerf et la Petite Maison, ainsi qu'il résulte 
du texte suivant : «Maison du Lyon enferré, rue Saint-Jacques, tenant et aboutis- 
sant à Delisle, avec petite maison rue du Piastre, la première contenant un corps 
d'hostel tenant au derrière de la Corne de Cerf. . . ii La petite maison sans dési- 
gnation était donc une dépendance du Lyon enferré, sur la rue du Plâtre, et l'en- 
seigne de LA CoBXE DE Cerf était attribuée, en i 600, à la Maison de la Croix d'or. 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ. 371 



COLLEGE DE CORNOUAILLES. 

Ce collège breton n'a jamais eu d'importance; après avoii- commencé par 
cinq boursiers . il a fini par n'en compter plus cfue deux. Et cependant il appar- 
tenait, par la date de sa fondation, à ce grand mouvement scolaire du xiv'' siècle, 
qui fut si fécond. En 1817, Galeran Nicolas, clerc de Bretagne, voulut assurer i^i 
ses pauvres compatriotes le bienfait de l'instruction parisienne; mais il mourut 
avant d'avoir pu réaliser son dessein. En 1821, ses exécuteurs testamentaires 
usèrent du tiers de ses biens, qu'il avait légué pour cet objet, en plaçant cinq 
boursiers bretons, du diocèse de Cornouailles, dans le nouveau collège queGeodroy 
du Plesëis venait de fonder en la rue Saint-Jacques. Un demi-siècle après (1 879), un 
autre Breton, du même diocèse, Jelian de Guistry, fit un nouveau legs, qui per- 
mit de porter à neuf le nombre des boursiers coinouaillais. Mais il leur donna 
une existence distincte, cen ajoutant aux biens en fonds de terre qu'il avoit acquis 
dans le pays de Caux et aux renies amorties qu'il possédoit tant à Paiis (|u'au 
comté de Dreux, pour les loger tous ensemble, une maison qu'il avoit achetée 
exprès, située dans la rue du Piastre ''U. Trois autres bourses y furent fondées, 
deux au xv'' et une au xvnT siècle, pour des sujets du diocèse de Quimper; mais 
la diminution des revenus et la nécessité de reconstruire des bâtiments en ruine 
firent tomber ce nombre à deux seulement. 

L'immeuble où le collège fut instidlé, en i38o, occupait un emplacement sur 
lequel jadis s'élevaient quatre maisons petites, et qui communiquait, par une 
longue allée, avec la rue Galande. Ces quatre corps de logis paraissent avoir 
été LE Mouton, Saim-Jean, Sai.nt-Cobentin, la Maison des Boursiers, et quelques 
dépendances consistant en cours, jardins, appentis, chantiers et autres. Ïj Inven- 
taire des titres et papiers du collège de Comouailles, rédigé à l'occasion de la 
réunion à Louis-le-Grand des établissements sans exercice, nous apprend ce 
qu'étaient ces vieilles bâtisses et les reconstructions qu'elles exigèrent et qui 
furent effectuées, vers le milieu du xviu'' siècle, après injonction du lieutenant de 
police trpour cause de péril imminents. 

ff Anciennement, dit le rédacteur de ce document, il existait sur l'emplacement 
du collège quatre petites maisons situées sur la rue du Plâtre, plus un corps de 
logis derrière, qui était occupé par les principal, procureur et boursiers du col- 
lège, et, derrière le corps de logis, il y avait deux jardins, ou chantiers, et une 
allée aboutissant dans la rue Gallande. Ces différentes maisons étaient louées par 
des baux séparés; mais, en 1762, les maisons situées sur la rue du Plâtre étaient 

' llisloitede lu Ville de Pnrii, I. I, j;. 5/i'i; — Piwves , I. I, |i. /i()o. 

47. 



372 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

dans un tel état de caducité que le collège fut condamné à les faire démolir. Alors 
le collège se détermina à faire une nouvelle construction sur le terrain donnant 
sur la nie du Plâtre, et y fit construire la maison telle qu'elle existe aujourd'hui "'. v 
Cette construction fut très onéreuse, et le collège, pour en solder la dépense, 
dut mettre immédiatement en location tous les locaux pouvant produire un revenu. 
Les Archives nationales conservent plusieurs pièces originales indiquant ce que 
la reconstruction avait coûté, ce qu'on tirait des divers é(ages non occupés par 
le principal, le procureur et les boursiers, et ce qui restait à payer aux entre- 
preneurs. D'autres documents de même origine donnent l'état des immeubles et 
des rentes appartenant au collège ^^\ 

La maison reconstruite en lySs existe encore au numéro 20 de la rue Domat; 
rien n'y rappelle le collège breton du xiv" siècle. 



RUES DES POIREES. 

Des deux voies qui ont porté ce nom, la plus ancienne s'étendait primitivement 
de la rue Saint-Jacques à celle de la Harpe et longeait, avant de déboucher dans 
cette dernière, les bâtiments du collège de Cluny. En cet état, elle n'a subsisté 
que jusqu'à la reconstruction de la Sorbonne, époque où elle fut condamnée par 
suite de l'annexion du Collège des Dix-Huit à la nouvelle église de cet établisse- 
ment. On lui ménagea alors un autre débouché, en la ramenant, à angle droit, 
vers la rue des Cordiers; c'est ce retour d'équerre auquel on donna le nom de 
rrue Neuve des Poiréesn. La partie orientale de l'ancienne voie, considérable- 
ment élargie en 1889, a formé une sorte de place, la place du Collègo-Louis- 
le-Grand, puis de Gerson. L'antique nom propre qu'elles portaient l'une et l'autre 
a complètement disparu, puisque la rue Neuve, qui l'avait d'abord conservé, prit 
de bonne heure celui du grammairien Reslaut, en attendant son absorption dans 
le périmètre des bâtiments de la Sorbonne agrandie. 

La plus ancienne appellation attribuée à la primitive rue des Poirées paraît 
avoir été empruntée à une notahle famille issue d'Argenleuil. On lit, en effet, 
dans le cartulaire de la Sorbonne, viens Tliome de Argenlolio, vicus Guillehni de Ar- 
genlnlio, puis vicus Simonis de ArgenioUs''^\ et simplement vicus de Argenlolio, le 

"' Archives nationales, MM 39a. ciens litres onl élé rendus illisibles par l'humidili'. 

Le grand dt'pôt contient, en outre, de nom- '^' Archives nationales, M 117,196. — SGiiy, 

breuses pièces relatives aux biens-fonds, rentes et MM 39a. 

revenus du collège, ainsi qu'à ses dépenses de tonte '^' On sait que les rues portant un nom de (a- 

nature. Ne pouvant reproduire ces pièces ici, nou~> y mille prenaient le prénom du nouveau titulaire 

renvoyonslelecteur, en le prévenant que les plus an- a])rès ie décès de l'ancien. 



UÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ 373 

tout vers 1286. Mais dès laSi, le nom de Porée, Poirée, ou Porréez, se montre 
dans les titres. Les deux vocables ?ont employés concurremment, d'oii découle 
l'identification de la voie. Ainsi, une charte de 1262, appartenant au cattulaire 
de Saint-Étienne-des-Grès, poi'te vicm Guidnnis de ArgcntoUo, et un autre titre 
du même recueil enregistre viens Porelarum. Cette dernière dénomination prévaut 
à partir de la précédente date ; car on trouve, on 1 26/j , viens ad Porelas; en 1269, 
vicm des Poréez; en 1271, viens qui dicilnr de Porcis; enfin, en 1299, dans le Livre 
de la Taille, toujouis rue aux Porées. Quant à la première appellation, elle a 
varié comme orthographe; mais elle n'en rappelle pas moins la famille à laquelle 
appartenait un certain Hugues mentionné, dès i25i, dans un titre où on lit : 
Vicus Hugonis ad Poreas. 

Il ne saurait donc, encore une fois, y avoir de doute sur l'identité de la voie 
portant simultanément les noms d'Argenteuil et des Poirées. Celui de «la Sor- 
bonnen commence à se montrer vers la fin du xv'" siècle, et a été employé aussi 
tard qu'en 1C79, dans un arrêt du Parlement, ordonnant trque la porte majeure, 
sur la rue de la Sorhonue, s'ouvre seule pour accéder au Collège dl Trésoriers. 

CÙTl': MÉRIDIONAL 

(d'Orienl en OcriiJent). 
CBNSIVE OU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 

Maison de la Flelb de lys (iByS), dépendant de celle qui faisait le coin de la 
rue Saint-Jacques; appartenait à Nicolas Malot et pavait iiii s. parisis de cens à 
la Sorbonnc. Dénommée en 1690 l'Espée de Jacques, ou l'Espée de boys, elle 
formait, raniiée suivante, «deux places videsn, sur l'une desquelles, tout au 
moins, dut êlre bâlie l\ Flelii de lys. En l'année i65G, les deux corps de logis 
sont encore indivis sous une enseigne commune : le roy David, hôtelleiie où Pas- 
cal s'occupa de la composition des Provinciales ^'K 

paroisse saint-benoît, 
justice et cevsive de la sorbonne. 

Grange dépendant de la Maison de l'Image Saint-Louis, celle-ci située rue Saint- 
Jacques. En 1963, il existait sur l'emplacement de cette grange deux maisons, 
dont l'une était appelée la Maison de Demsete l\ Sédille, l'autre la Maison Bou- 
candry, ou Bocandrien (1/491), ou Brocandrin, appartenant, en iSBy, à Symon 

'' SaiiilP-Beuve {Pori-Royal, I. III, p. Go) le- relt!, il la quitta el s'alla cacher, sous le iiotii de 

laie le fail en ces lignes : "An mniiieiil où il coin- M. de Mons (qui ëlail celui de sa mère), dans une 

mença les Provinciales, Paical logeait encore près |)elite auberge de la rue des Poirëes, à l'enseigne 

du Luxembourg, dans une maison <pii faisait lace ,-.du Roi David, derrière la Sorboiine el tout vis-à-vLs 

h la porte Saint-Miebel. . Mais, pour plus de su- ' du Collège des Jésuites.» 



•Mil TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

de Gostes. Cette dernière avait huit toises un pied six iijjnes de long, sur quatre 
toises six lignes de large. Elle aboutissait au collège de Rethel^ et devait dix sous 
parisis de cens à la Sorbonne, comme partie de son fief du Franc Rosier. 



CE?(SIVE DU PARLOIR AUX BOURGEOIS. 



OsTEL DE Rethel, dit aussi par corruption de Rheteil, Racheil, Raciiel, Neciiel, 
et également de Raims, dans différents titres antérieurs au xvi'' siècle. On lui 
trouve ensuite, soit avec des adjonctions, soit avec des détachements de corps 
d'hôtel, les enseignes des Ciiaxtres, de Saixt-Remy, de Saint-Lolis. On le désigne 
donc tantôt comme contigu à ces divers corps de logis, tantôt comme les com- 
prenant dans son ensemble. C'est ainsi qu'il est désigné, en i5io, comme r tenant 
à l'Imaige Saixt-Lovs, d'autre part à Marguerite La Juive, aboutissant à THostel 
DE LA RozE, en censive de la ville et de Injustice du Prévost de Parisn. Il n'était 
plus alors occupé par le collège, — dont on trouvera la notice à la suite de la 
description topographique de la présente rue; — car l'annexion du CollÈ(;e de 
Rethel à celui de Reims remonte à iUli3. 

Rue Neuve des PoiRÉES. — ici s'ouvrait le retour d'équerre ménagé à l'an- 
cienne rue des Poirées, vers celle des Cordiers, pour lui donner un débouché et 
compenser la partie centrale qu'elle perdait par suite de la reconstruction du 
collège de la Sorbonne, auquel était réuni celui des Dix-Huit. Le parcours, for- 
mant angle droit avec l'ancienne voie, était fort peu étendu; on n'y comptait que 
sept immeubles, dont trois sur le côté oriental et quatre sur le côté occidental. 



COTE ORIENTAL DE LA RUE NEUVE 

(du Xord au Suil). 

Partie du collège de Rethel, occupant l'angle de la me des Poirées. 

Maison de la Roze iîlaxciie. Cet immeuble, dont l'entrée principale ouvrait rue 
Saint-Jacques, figurait, aux conditions suivantes, sur la liste des acquisitions de 
Richelieu (16Z12), en vue de la reconstruction de la Sorbonne : «•Retranchement 
du jardin de la Rose bla>che, appartenant aux sieurs Couturier père et fils, con- 
sistant en six toises demy pied de longueur sur quatre toises deux pieds et demy 
de large, le tout montant à vingt-six toises et demy treize pieds un quart de terre 
en superficie; prisée, n'" tournois. n 

Maisox du xom de Jésls, qui s'appela plus tard l'Hôtel de Rolkgogxe; les titres 
la désignent comme rr tenant à la Uoze blanche, d'autre parla la maison d'angler. 
Elle fut acquise comme la précédente, alors qu'elle appartenait par indivis au 



RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 375 

sienr de Lessy et à Jean Thibault, prêtre, et consistait en quatre toises et demie 
de face sur trois toises et demie de profondeur, le tout prisé à la charge du cens, 
pour poj^ion, aiui"' tournois^. 

CÔTÉ OCCIDENTAL DE LA RLE NEUVE 

(du Sud au Nord). 

Le Droit Canon, ou uUima ratio regum. Un document de 16/12 le désigne ainsi : 
ff Maison cy-devant le Droit Cason, tenant au collège des Dix-Huit, d'autre part 
au retour sur la rue des Poirées (rue Neuve des Poirées), par derrière, au même 
collège des Dix-Huit, n 

Partie du collège des Dix-Huit. 
Partie du collège de Rethel. 

PAROISSE DE SAINT-BENOÎT. 
JUSTICE ET CEN9IVE BK LA SORBOSNE. 

Maison de l'Im\i(;e Saint-Jullien (lôyS), faisant l'angle de l'ancienne et de la 
nouvelle rue des Poirées. Elle est mentionnée dans un document de 1 609 et dans 
un autre de 16/16, où elle est dite tr démolie par le cardinal de Richelieu a. La 
démolition porta sur la totalité de l'immeuble, prisé, en i6/ia, rrà la charge du 
cens seulement, ix"" 11'' liv. tournois, d (Arch. nat. , S 6a ta.) 

Maison de l'Imaige Saint-Anthoine (iByB), appartenant au collège de Moiitaigu 
et payant à la Sorbonne xii** parisis. Antérieurement (1 Boy) elle était la propriété 
de M. Loys Barthélémy, procureur en la Cour du Parlement, letpiel devait, rcpar 
chacun an, de rente foncière et bail d'héritage, i.xiin' parisisii. Son annexion 
totale à la Sorbonne reconstruite s'eiïectua, en iG/12, moyennant une indemnité 
de vir livres tournois. (.\rch. nat., S 69i'2.) 

Maison de la Quele de Reynard (1675) et de l'Esciievisse (i6o3). Une note 
inscrite sous ce dernier millésime porte ce peu de renseignements : ^ Maison de 
l'Ecrevisse, contenant deux corps d'hôtel, cour entre deux, tenant le tout au 
Collège des Dix-Hlit; d'autre part aux appartenances du collège de Montaigu.ii 

Collège des Dix-Huit, formant le coin de la me de Cluny. Nous lui consa- 
crons une notice spéciale, à la suite de la description lopographique de la rue 
des Poirées. 

Maison dl Soleil d'or, en 1698, c'est-à-dire après la reconstruction du Collège 



376 TOPOGRAPHIE HISTOHIQLE DU VIEUX PARIS. 

de la Sorbonne, formant le coin oriental de la place de ce nom. Dans un titre 
portant cette date, le Soleil d'ob est dit, en effet, tr faisant le coin de la place 
de Sorbonne et de la rue des Cordiersn — cest-à-dire de la rue de Cli^^iy, dont 
le xvn'= siècle lui donne souvent le nom — tret tenant, d'un côté, à la Maison 
de l'Image Saint Anllioine, d'autre part, à la porte et principale entrée du collège; 
par derrière, audit collège et, par devant, sur ladite place de Sorbonne r. 

Porte du Collège de Cluny. — Le pourpris du collège, dans lequel cette 
porte donnait accès, est assez vaguement délimité, si l'on s'en rapporte aux anciens 
titres. Sur le contrat de laGi , on le donne comme situé cr vers la porte Gibard, 
confinant, d'aultre part, aux Frères Prescbeurs, à droite et à gauche, aux voies 
publiquesfl. Il est déclaré alois appartenir à Robert de Gorbie, et, plus tard, ne 
tenir à la rue des Poirées que par une partie de la chapelle. Nous consacrons à 
cet établissement une courte notice placée à la suite de celles qui concernent 
Rethel et les Dix-Huit. 

Maison sans désignation, placée entre les bâtiments scolaires et la chapelle du 
Collège de Cluny. La situation de cet immeuble résulte de la note suivante ex- 
traite d'un document authentique : a Item, une autre maison, tenant à ladite 
principale porte et attenant à l'église du collège, adossée contre elle. ^i 

Église, ou Chapelle, du Collège de Cluiny. (Voir ci-après.) 

Maison sans désignation, tenant d'une part à l'église, de l'autre rrà des mai- 
sons baslies sur l'emplacement de ladite rue des Poiréesn, est-il dit dans un titre 
de 1698. A cette date, en effet, par suite de l'ouverture de la rue Neuve-Riche- 
lieu, l'issue occidentale de celle des Poirées étant devenue sans objet, on avait 
déjà recouvert ce tronçon de constructions nouvelles. 

Maison de l'Image Saint-Pierre, ainsi désignée dans un document de 1696 : 
tfltem, une autre maison faisant autrefois l'encognure de la rue des Poirées et de 
celle de la Harpe, l'Lmvge Saint-Pierre, tenant, d'un costé aux maisons basties 
sur l'emplacement de la rue des Poirées, et d'autre part à l'Image Saint-Joseph, 
par derrière à la maison précédente, et par devant sur ladite rue de la Harpe, r 

CÔTÉ septentrional 

(d'Occidpiil on Orient). 

Collège du Trésorier, ou des Trésoriers — selon que l'appellation visait 

le fondateur ou les boursiers, — s'étendant de la rue de la Harpe à celle des 
Maçons. (Voir la notice ci-après.) 



REGION CENTRALE DE L'UNIVERSITE. 377 

Maison de l'Image Sa^t-Sébastien' (i5a6), ayant quatre toises cinq pieds 
quatre pouces de profondeur, et distante de l'angle occidental de la rue de la Sor- 
bonne de six toises trois pieds quatre pouces. C'était crune masure « en 1^99. 
En 1617, Jean Messier y avait établi ses presses. Dès iByB, elle était réunie aux 
Gn'andes Ecoles; on l'a démolie pour la formation de la place de la Sorbonne. 
L'Image Saim-Sébastien faisait le coin oriental de la rue des Maçons et précédait, 
dans la direction du couchant au levant, les Grandes Ecoles. 

Grandes Ecoles (1682), dépendant de la Sorbonne et faisant le coin occi- 
dental de la rue de ce nom. Démolies en même temps que le précédent immeuble, 
et dans un but identique, elles ont été rebâties sur le flanc septentrional de la 
place, entre les rues de la Sorbonne et des Maçons. Les Grandes Ecoles n'ont pas 
entièrement disparu, et nous lisons à la page 107 de Nos Adieux à la Vieille Sor- 
bonne : tr Place de la Sorbonne , 6 , on retrouve encore toute une aile des bâtiments 
du temps, avec le toit, la porte cintrée, les fenêtres plus larges que bautes, les 
barreaux de fer forgé, la porte en boiserie sculptée, les rampes et les paliers 
de l'escalier, fl 

Maison sans désignation, faisant le coin oriental de la rue de la Sorbonne. En 
i5i6, elle est réputée Maison de l'Arbre vert. Elle céda, ainsi que le Collège de 
Calvy, son emplacement à la chapelle construite par Lemercier. 

Collège de Calvy, avec double issue, l'une sur la rue des Poirées, l'autre 
sur celle de la Sorbonne. Une notice spéciale lui est consacrée plus loin. 

Place vide, ayant dû dépendre du Collège de Calvy. 

Maison de la Corne de Daim (lôyB), contiguë aux dépendances de celle qui 
faisait le coin septentrional de la rue Saint- Jacques, ou Maison de Notre-Dame. 

Colr fermée (1 5/19), dépendant de ladite maison d'angle. 



LES COLLÈGES DE LA RUE DES POIREES : 
RETHEL, LES DIX-HUIT, CLUNY, LE TRÉSORIER ET CALVY. 



L COLLÈGE DE RETHEL. 

On ignore en quelle année fut fondé cet étabhssement, dont les historiens de 
Paris font à \)eïne mention; il est probable qu'il datait de la première moitié du 



lllPniIlKnilL ItATIO:«tLE. 



378 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS. 

xiv'= siècle, époque féconde en fondations scolaires. Un mémoire manuscrit, rédigé 
sur le vu des titres de ce collège et conservé aux Archives nationales, sous la 
cote MM liSd, résume ainsi le peu que l'on sait sur la matière : 

(fil existoit anciennement à Paris un collège appelé le Collège de Rethel, lequel 
avoit été fondé, en l'Université de cette ville, par M*" Gaultier de Launoy, dont 
on ignore la qualité, pour recueillir les pauvres écoliers et maîtres du Rethe- 
lois et du pays d'environ, qui seroient du diocèse de Rheims; lesquels maîtres 
et écoliers étoient ordonnés par l'abbé de Saint-Denis de Rheims et le grand 
prieur de Saint-Remy de la même ville. La demoiselle Jeanne de Bresles avoit 
fondé quatre bourses dans le collège, pour quatre écoliers de la comté de Portien 
et du pays d'environ, au diocèse de Rheims. . . Les troubles qui s'élevèrent dans 
Paris au commencement du xv^ siècle entraînèrent la ruine du collège; les éco- 
liers qui l'habitoient l'abandonnèrent, se dispersèrent, et la maison fut pillée. Le 
collège de Rheims éprouva à peu près le même sort. ■» 

Gautliier de Launoy logea les écoliers du Rethelois nen sa maison seize rue 
des Porées prez la rue Sainct Jacques, derrière le collège de Sorbonne, laquelle 
maison devint l'hostel dudict collèges. La demoiselle de Bresles ne donna que des 
biens ruraux. 

C'est en 1^118, au moment où les Bourguignons et les Armagnacs se dispu- 
taient la possession de Paris, que le collège de Rethel fut pillé, et c'est en i4/i3 
seulement, après la rentrée de la ville en l'obéissance du Roi, que Charles Vil, 
sur les instances de l'évêque de Castres, son confesseur, (ret de plusieurs autres 
notables personnages n, songea à le relever de ses ruines, en l'unissant à celui de 
Reims, tombé aussi, par le malheur des temps, «en décadence, grant ruine et 
désolation t). 

Rethel apporta à Reims ses bâtiments délabrés, ce qui lui restait de cens, rentes 
et autres revenus à lui donnés par Gauthier de Launoy et Jeanne de Bresles, et 
les deux établissements firent dès lors vie commune '''. 

Le rédacteur du Mémoire manuscrit que nous venons de citer nous apprend 
ce que devint l'apport immobilier de Rethel : et Le collège de Rheims, dit-il, a 
joui de la maison située rue des Poirées jusqu'au moment oii elle a été comprise 
dans la construction de l'église et maison de Sorbonne. Le i" décembre 1642, 
le cardinal de Richelieu fit l'acquisition du jardin de cetle maison, moyennant la 
somme de 6,000 livres, laquelle est employée, dans le compte de cette année, h 
payer, en partie, les ouvriers qui venoient de reconstruire quatre maisons du 
collège, donnant sur la rue Chartière. Et, le ai août 16/17, ^"^ collège vendit à 

''' L'ordonnance d'union, ([ui est inédite, nous a parn devoir être reproduite aux Appendices. 



RÉ'gION centrale de L'UNIVERSITÉ. 379 

Messieurs de Sorbonne cette maison, moyennant 91,000 livres, qui furent em- 
ployées au remboursement de trois parties de rentes, qui avoient été constituées 
par ie collège, et à payer un ouvrier. Ainsi la maison du Collège de Rhetel a pro- 
duit 27,000 livres, qui ont été employées utilement par celui de Rheims'').ïi Les 
contrats d'acquisition attribuèrent à l'immeuble environ cinquante toises de 
superflcie. 

Absorbé en i663, le collège de Rethel a disparu complètement de la topogra- 
phie parisienne en 16/1 a, par la démolition de l'hôtel qui l'avait autrefois abrité. 

U. COLLÈGE DES DIX-HUIT. 

Ce doyen des établissements scolaires n'a appartenu au quartier de l'Université 
que dans la seconde phase de son existence. Il avait été fondé au xi" ou xn'= siècle, 
dans la Cité, (r devant la porte de l'Hotel-Dieu, proche ie parvis de Notre- 
Dame, en une grande maison où éloient logés et entretenus dix-huit pauvres éco- 
liers a. Félibien, qui nous fournit ce renseignement, ajoute : «C'est de là que le 
nom de Dix-Huit est demeuré, tant à la maison qu'à une rue voisine qui conduit 
de la rue Neuve-Notre-Dame à Saint-Christophe '^l n Cette grande maison avait, 
])araît-il, succédé à une simple chambre, ou dortoir, que les pauvres écoliers occu- 
paient à i'Hôtel-Dieu. Elle leur fut achetée par un pèlerin anglais venant de 
Jérusalem et nommé Josse de Londres, Joctus de Londtniis. 

Les Dix-Huit durent être transférés dans la rue des Poirées vers 1629. Leur 
nouveau local était situé, dit Félibien, « au-dessus de la rue de Sorbonne, de- 
vant le Collège de Cluny, d'un côté, et, de l'autre, devant le Collège de Calvy, 
au lieu qui prit d'eux le nom de Collège des Dix-Huit, autrement dit de Notre- 
Damen. 

La maison qui les reçut et qui subit plus tard le sort de I'Ostbl de Rethel, est 
localisée après sa démolition, par la note suivante : «Place du Collège des Dix- 
Huit, tenant, d'une part, au long, à la nouvelle église de Sorbonne, la rue des 
Poirées entre deux; d'autre part, au long, à la rue des Cordiers; d'un bout, par 
derrière, à une maison du Collège de Reims, sise rue des Poirées, et à celle de 
n RozE BLANCHE, ruc Saiut-Jacques, et encore à une maison rue des Cordiers, où 
pend pour enseigne Le nom de Jésus, n C'était donc sur le côté méridional de la rue 
des Poirées que se trouvait la maison où fut transféré le Collège des Dix-Huit, 
puisqu'elle touchait, par derrière, à la rue des Cordiers. 

Les Archives nationales conservent, sous la cote S 6496, une notice écrite, 
est-il dit, «d'après un manuscrit sans titre et sans dater); cette notice consiste en 
un historique du Collège des Dix-Huit, auquel nous ne faisons que de très courts 

''' Ai-chives nationales, MM lt?>ti. — "' Histoire de lu Ville de Paris, t. I, p. iiig. 

48. 



380 TOPOGRAPHIE HISTOHIOUE DU VIEUX PARIS. 

emprunts, parce qu'il se réfère surtout au séjour des Dix-Huit dans la Cité. 
Voici comment y est expliqué le transfert du collège dans le quartier de l'Uni- 
versité : (t Les écoliers se Irouvoient retardez dans leurs études parce qu'ils per- 
doient beaucoup de temps à se rendre dans les différentes écoles de l'Université 
où ils étudioient. Pour remédier à ces inconvénients, il fut fait, en iBag, un 
échange par lequel les dix-huit écoliers cédèrent leur collège à l'Hôtel-Dieu, qui 
leur bailla, en contre-échange, une maison assez vaste située dans le quartier de 
l'Université, sur la rue des Cordiers, entre le collège de Cluny et celui de Galvy, 
ou Petite Sorbonne. Le chapitre de Paris ayant approuvé cet échange, par sa 
délibération du 3o avril iBag, la translation des dix-huit écoliers fut faite alors 
dans cette maison et dans une autre qui lui étoit contiguë, acquise de M" Jean 
Deschamps, moyennant vingt-deux livres parisis de rente^'^.'n 

Le Mémoire parle ensuite des dépenses qu'd fallut s'imposer pour réparer les 
deux immeubles et qui absorbèrent les revenus du collège, ttll commençoit à 
peine, dit l'auteur en terminant, à jouir du fruit de ses dépenses, lorsqu'il fut 
obligé de céder son emplacement au crédit immense du cardinal de Richelieu et 
au désir que ce cardinal avoit de s'immortaliser par la construction des édifices 
somptueux de la Sorbonne. Depuis 16^2, les Dix-Huit ont cessé de loger ensemble 
et ils se trouvent dispersez dans les différents collèges de l'Université f'^). n 

L'histoire topographique du Collège des Dix-Huit pourrait se terminer là; ce- 
pendant une autre pièce déposée aux Archives nationales, sous la même cote, 
nous apprend que «le collège se pourvut en cour de Parlement contre le chiffre 
de l'estimation de la valeur des terreins et bastimens fixée à 60,000 livres, et 
que, le 3o juin 1670, il obtint un arrest qui condamna les héritiers du cardinal 
de Richelieu à luy payer une somme de 16,000 livres pour le quanti minons de 
cette adjudications. 

Toute cette histoire du Collège des Dix-Huit a été exposée, avec d'intéressants 
détails, par M. Ernest Coyecque, dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris 
et de r Ile-de-France [ih' année, 6" livraison). Celte notice, très étudiée, ne pour- 
rait cependant prendre place aux Appendices, sans faire double emploi. Nous 
nous contenterons d'y insérer quelques pièces inédites conservées aux Archives 
nationales et relatives aux bâtiments du collège. 

m. COLLÈGE DE CLUNY. 

Comme les collèges de Prémontré et des Bernardins, celui de Cluny fut fondé 
pour donner aux jeunes bénédictins la facilité de suivre les cours des facultés 
parisiennes. Ce dernier étabhssement eut pour auteur Yves de Vergy, Yvo Ver- 

'■'' Arcliives nationales , S 64aC. — ''' Id., ibid. 



TOPOGRAPHIE DV VIEYX PARIS 




E Hochereau del 



J.Sulpis ac . 



EGLISE ET COLLEGE DE CLVNY 

d'après un plan conservé a la Bibliothèque nationale 



RÉGION CEÎSTRALE DE L'UMVERSITÉ. 381 

pacus, vingt-cinquième abbé cluniste, qui, voulant assurer à ses novices un logis 
distinct, les retira de l'Hôtel des évéques d'Auxerre, situé près de la porte Gibard, 
où ils séjournaient pendant la durée de leurs études, et les logea, en i 969 , dans 
une maison située entre les rues de la Harpe, des Gordiers, le passage des Jaco- 
bins et la rue des Poirées. G'était plutôt une replace viden qu'une maison; aussi 
le fondateur fut-il obligé de bâtir immédiatement un dortoir, un réfectoire, une 
cuisine et un cloître, constructions qu'il entoura de murailles flanquées de quatre 
tourelles angulaires pour donner aux étudiants clunistes la clôture nécessaire au 
recueillement. Son neveu, qui lui succéda et qui s'appelait Yves comme lui, 
termina le cloître, construisit le chapitre, l'église et un bâtiment pour la biblio- 
thèque. 

Dans ces divei"ses constructions, les clunistes furent inquiétés par les jacobins, 
ou frères prêcheurs, qui les avaient précédés de près d'un demi-siècle, et qui 
non seulement s'occupaient d'étendr