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Full text of "Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les paiens contre les chrétiens; tortures et tourments des martyrs chrétiens. Tr. sur les originaux italien et latin"

TRAITÉ 



DES 



INSTRUMENTS DE MARTYRE 



TORTURES ETTOURMENT S 
DES MARTYRS CHRÉTIENS 



es/ 



TRAITE 



DES 



Instruments de martyre 



ET 



des divers Modes de supplice 

EMPLOYÉS PAR LES PAÏENS 
CONTRE LES CHRÉTIENS 

PAR 

Antonio GALLONIO 

Prctre de l'Oratoire 
Traduit sur tes originaux italien et latin 

Ouvrage orné de quarante-six planches 
d'après les gravures sur cuivre d'Ant. TEM PESTA 



dparifi 



CHARLES CARRINGTON, Libraire-Editeur 
i3, Faubourg Montmartre, i3 



1904 



NOTE DE L'EDITEUR 



Le Traité des instruments de martyre et des divers 
modes de supplice employés par les païens contre les 
chrétiens est dû à l'érudition pieuse d'un religieux oratorien, 
le R. P. Antonio Gallonio. 

L'édition originale, en langue italienne, parut à Rome, 
en 1591, sous le titre : Trattaio clegli instrumenti cli martirio 
e délie varie manière di martirizare. Ce volume in-quarto 
qu'ornait une série de quarante-six gravures, exécutées sur 
cuivre, d'après les dessins de Giovani de Guerra, de Modène, 
peintre de Sixte-Quint, par Antonio Tempesta, de Florence, 
connut dès son apparition une vogue immense. Une édition 
de la version latine due à l'auteur et qui suivit de près 
l'originale, celle de Paris de 1659 et d'autres très nom- 
breuses, d'un format réduit, illustrées de mauvaises copies 
des gravures de Tempesta, rendirent populaire ce livre 
savant et simple. 

Il répondait à un besoin. 

Les martyrs chrétiens avaient, aux premiers siècles de 
l'Eglise, subi le sort commun qu'inflige l'humanité aveugle 



— V — 



(Uote U f (Sbiteur 



à ceux qui voient luire une aube nouvelle à travers ses 
ténèbres. C'était là chose sue et souvent répétée, tradition 
sacrée, mais les détails affreux des supplices endurés, les 
noms et la forme des multiples engins, des pressoirs féroces 
qui avaient servi à cette vendange céleste, des cruelles et 
terribles meules qui avaient écrasé le bon grain des mois- 
sons du Christ, n'étaient connus que des savants. 

Le peuple chrétien apprit ainsi à vénérer davantage ceux 
qui lui avaient permis, par leurs tortures, de prier dans la 
paix. 

Nous avons cru devoir ressusciter de l'ombre ce curieux 
ouvrage. 

Il sera une révélation pour plusieurs et nous sommes 
certains que si le bibliophile accueille ce curieux Traité du 
Père Gallonio pour le soin que nous avons pris de le resti- 
tuer presque en sa torme première, avec les mêmes gra- 
vures, les chrétiens modernes le tiendront pour le supplé- 
ment indispensable aux « Vies des Martyrs » el le livre de 
noblesse de leurs ancêtres spirituels. 






— VI — 



TORTURES ET TOURMENTS 



DES 



MARTYRS CHRETIENS 



CHAPITRE PREMIER 



De la Croix, des Poteaux, et autres Engins de supplice, 
auxquels étaient suspendus les corps des Chrétiens qui 
demeuraient fermes dans la Confession du Christ. 

CONSIDERANT que nous nous proposoris, dans ce livre, de 
traiter des divers instruments de supplice, et des modes 
de torture sans nombre, par lesquels les plus glorieux et 
les plus invincibles soldats de Noire Seigneur Jésus-Christ, affron- 
tèrent, d'un cœur ferme, la mort pour son honneur, nous avons 
jugé convenable de commencer notre labeur par la Croix sainte 
et sacrée. — Et cela par la raison que ce lut sur elle que le 
Sauveur du Monde, brisant les liens de la Mort, lut victorieux de 
ce rusé serpent, le Diable, et obtint, par ses souffrances, une telle 
force d'âme pour ses serviteurs, qu'ils étaient prêts, le cœur en 
joie, à endurer les plus cruelles rigueurs, jusqu'à l'effusion de 
leur sang et l'ablation de leurs membres. Et c'est aussi à cause 
de cette force que les Confesseurs et les Prêcheurs de la Loi 



wramnmr»ww^rmr¥9W^mrm 



€orturC6 et tourmente iee (UtartjrB cÇtétiettB 

divine puisèrent dans la Croix et déployèrent dans les tortures, 
qu'il nous a paru convenable de placer la Croix en tète du présent 
livre. Mais, comme les poteaux plantés en terre étaient tous 
inclus par les Anciens sous le nom général de Croix, nous en 
devons traiter dans le même chapitre, aussi bien que des autres 
engins auxquels les corps des Saints Martyrs étaient suspendus, 
en punition de leur persistance dans la foi du Christ. Car, en 
vérité, soit qu'ils aier.l. été cloués à la Croix, ou bien liés à des 
poteaux, on peut toujours dire qu'ils étaient suspendus. 

Mais, pour en revenir à la Croix, nous devons dire que non 
seulement les Juifs, mais aussi les Gentils, avaient l'habitude de 
clouer sur une Croix les criminels condamnés. Et cela est expres- 
sément constaté par divers de leurs propres auteurs, — en premier 
lieu par Cicéron, en différents passages (spécialement dans « les 
Philippiques » et « De Finibus ») ainsi que par Valérius Maximus, 
par Tite Live, Curtius, Suétonius {Galba) et Sénèque {De Conso- 
latione). 

Ce dernier passage montre qu'il y avait des Croix de plus d'une 
sorte, comme cela est clairement établi dans ce qui suit : « De 
ceci, je conclus que les Croix n'étaient pas que d'une sorte, mais 
faites différemment par les différents peuples. Il y en a qui 
pendent le criminel la tête en bas, d'autres lui traversent les 
entrailles par un pieu, d'autres encore lui étendent les bras sur 
un gibet en forme de fourche. » Maintenant, pour expliquer de 
quelle sorte étaient ces croix qui .' traversent les entrailles avec 
un pieu », Sénèque l'explique d'autre part, car il appelle cette 
sorte de croix, dans son accusation contre le luxurieux Mécènes 
une croix en pointe aiguë. D'après cela, il est aisé de comprendre 
que, si certaines de ces Croix ressemblaient à ce que nous appe- 
lons aujourd'hui Croix, d'autres étaient semblables à ces pieux 
aiguisés que lesïurcs, de nosjours, emploient pour exécuter les con- 
damnés et avec lesquels ils traversent les victimes depuis le fonde- 



— 2 - 



®e fa Croix ef bes (poteaux 



ment jusqu'à la tête. Lisez aussi Procopius (Guerre des Vandales). 

Sur la première espèce de Croix, quelques-uns des suppliciés 
étaient crucifiés avec la tête tournée vers la terre, tandis que 
d'autres avaient la tête levée vers le Ciel (ainsi que Sénèque le 
déclare dans le passage ci-dessus cité, et ainsi qu'en rendent 
témoignage de nombreux Actes des Sainlsj. Les martyrs chrétiens 
étaient crucifiés de chacune de ces deux manières par les adora- 
teurs des idoles. 

Parmi ceux qui conquirent la Couronne du Martj'r en étant 
crucifiés la tète en bas, fut le chef des apôtres lui-même, 
saint Pierre, sur lequel Origénc écrit ceci : « Lorsque Pierre fut 
arrivé aux faubourgs de Rome, il fut cloué à la croix, la tête en 
bas (car il désira lui-même que cela fut ainsi). 

Saint Augustin écrit également : « Ainsi fous deux (Pierre et 
Paul) se hâtent d'atteindre la pahiie du Martyre, et de conquérir, 
par ce moyen, la couronne. » Et, un peu plus loin : « Pierre, 
pour l'amour du Christ, est suspendu sur l'arbre, la tête en bas. 
Paul est tué par le sabre. L'apôtre, avec ses propres pieds, marcha 
à la rencontre du Christ, et, levant ses yeux en haut, laissa monter 
aux cieux son esprit béni. » Dans le même esprit (pour passer à 
d'autres pères) saint Chrysostome ; (Homélie sur le chef des 
Apôtres) : « Réjouis-toi^ Pierre, à qui il a été donné de jouir du 
Christ sur l'arbre et qui eut le bonheur d'être crucifié comme le 
fut ton maître, cependant, non pas le corps droit comme le 
Seigneur Christ, mais la tête tournée vers la terre ainsi que quel- 
qu'un voyageant de la terre au ciel. Bénis soient les clous qui 
percèrent ces membres sacrés! » Ainsi parle Chr3'sostome. Au 
très saint apôtre du Christ, on peut adjoindre Saint Calliopus, 
qui mourut de la même mort pour avoir gardé sa foi en Christ et 
qui, bravement, triompha d'une façon signalée du monde et du 
Démon. Tout cela donc a été dit sur les Martyrs qui furent 
crucifiés, les pieds levés vers le ciel. 



- 3 



ZcrtvLTts et tourments ics 'ttlartjrs Srtticns 



Mais beaucoup de champions, dont la voix était comme un 
clairon pour proclamer la Loi chrétienne, moururent sur la Crois, 
les pieds tournés vers la terre (pour continuer à traiter notre 
sujet), paj- exemple : saint Philippe et saint André, apôtres ; 
Xestor, évéque: Timon, diacre, et d'antres encore. D'ailleurs, 
outre ceux-là, le Martyrologe Romain nous parle de dix mille 
martvrs ainsi crucifiés, — et. en particulier, d'un certain Siméon, 
évéqne, qui. à la date de son martyre, était dans sa cent vingtième 
année. 

Relativement aux premiers désignés, c'est-à-dire les dix mille 
qui furent dressés sur la croix (2 juin), nous lisons : *t Sur le mont 
Ararat- passion de dix mille martyrs qui furent crucifiés. » 

Relativement à saint Siméon (2 avril) : >< A Jérusalem, anniver- 
saire de saint Siméon, évéque et martyr, quon dit avoir été fils 
de Qéophas, et parent du Sauveur selon la chair. Ordonné 
évéqne de Jérusalem, immédiatement après Jacques, frère de 
Notre Seigneur, après avoir souffert, pendant la persécution de 
Trajan, maintes tortures, il mourut martyr; tous ceux qui se 
trouvaient présents, et le juge lui-même, furent émerveillés de voir 
comment un vieillard de cent-vingt ans avait pu endurer le sup- 
plice de la Croii bravement et sans fléchir *. Le même évéque 
Siméon est remémoré de la même façon par Eusèbe ^Histoire 
EcclésiastiqneK 



MODE EMPLOYE P.VR LES P.UEXS POUB CRUCIÏTER LES CHPJlTIENS 

Eln premier heu, les Ministres de Cruauté préparaient (comme 
l'attestent divers passages des Actes des Sainis, cités plus haut, et 
en particuher ceux de saint Pionins) des maillets, des clous de 
fer, et une croix faite en bois, qu'ils posaient à terre ; quelquefois, 
y attachant des cordes pour Her les mains et les pieds de ceux 






' (»s6jK8e:tf^ia;s395saroe)K^^ 




GMfiQiXtyixni^^^ssGSJxa^^ 



FiG. I 



A. — Marlyres suspendues pai' un pied. 

B. — Suspendue par les deux pieds. 

C. — Elevée sur la croix, la tële en haut. 

D. — Clouée à la croi.\, la télé en bas. 



E. — Pendue par les deux bras, avec de lourds poids 

altaohi-s aux pieds. 

F. — Femmes clircliennes pendues par les cheveux. 

G. — Marlyres pendues par un bras, avec d'énormes 

poids attachés aux pieds. 



®e6 Crot;r et bee (poU<x\xx 



qui devaient être crucifiés. Alors, couchant les saints martyrs, ou 
quelque criminel de leur propre religion, si méprisable, sur le 
bois, après leur avoir arraché leurs vêtements, ils les attachaient 
au moyen de quatre clous (nombre qui semble le plus probable- 
ment avoir été employé). Cela fait, ils élevaient la croix, avec les 
victimes, et, l'enfonçant dans un trou creusé à cet effet, les aban- 
donnaient à l'amère agonie d'une mort lente, — les laissant pendus 
jusqu'à ce que leurs chairs fussent entièrement pourries, comme 
Valérius Maximus l'explique clairement dans divers passages. 

De cela, nous pouvons déduire que les .luifs, relativement aux 
corps des crucifiés qui étaient sur les croix, dilféraient des Gentils. 
Ces derniers, ainsi que nous venons de le remarquer, les laissaient 
pendre au gibet jusqu'à ce qu'ils fussent pourris; mais les Juifs 
agissaient autrement et, conformément à la loi, comme il est 
déclaré dans le Deutéronome, ch. XVs ils avaient coutume de les 
descendre le même jour et de les enterrer dans un endroit 
convenable. 

Nous dirons peu de chose, dans ce présent ouvrage, de l'autre 
sorte de croix, dont nous avons parlé au commencement du 
chapitre, sous l'autorité de Sénèque, comme étant munie d'un 
bâton pointu. Car, jusqu'à présent, nous avons été incapables de 
trouver, dans les histoires des anciens martyrs, aucune mention 
d'une semblable punition ayant été intligée. A vrai dire, cepen- 
dant, nous préférions inclure sous ce titre la torture infligée à quel- 
ques-uns des plus glorieux athlètes du Christ, sous forme de bâtons 
pointus leur traversant l'intérieur du corps. Mais de cela, si Dieu 
nous le permet, nous traiterons dans le dernier chapitre de notre 
livre. Une autre punition, en partie semblable, est décrite par 
Théodoret (Histoire Ecclésiastique) de la façon suivante : « Mais 
quand il le tient (saint Benjamin) se moquant de cette torture, il 
commande encore qu'un autre roseau soit introduit celle fois, 
dans son membre génital, lequel roseau étant retiré, et enfoncé 



— o — 



torturée et tourmente bee (Ulartjre cÇrétiene 

de nouveau, lui causait des tourments inexprimables. Ensuite, le 
sauvage tyran ordonne de lui introduire dans le fondement un 
gros bâton épais, et extrêmement rugueux en raison des branches 
qui en sortaient de toutes parts. » Aussi loin va Théodoret. 
D'ailleurs c'est un fait reconnu, que les Turcs empalèrent sur des 
pieux, Adrien, de l'ordre de saint Dominique, et vingt-six autres, 
ses compagnons; et Procopius (Guerre des Vandales! parle du 
même supplice. Mais assez sur cela. 



LES POTEAUX 

Les poteaux étaient grandement employés, et de maintes 
manières différentes, par les Païens, adorateurs du Démon, pour 
tourmenter les chrétiens. Ils y attachaient les saints martyrs, — 
après leur avoir arraché leurs vêtements afin de les rendre aussi 
nus que possible, — soit au moyen de clous de fer, ou bien de 
cordes. Ils leur déchiraient alors la chair sans merci avec des 
griffes de fer, dos pinces ou des étrilles. Ils les transperçaient de 
flèches, les battaient de verges, de bâtons, ou même les expo- 
saient aux morsures des bêtes féroces. Ils leur arrachaient les 
dents, leur coupaient la langue, et les seins, lorsque c'étaient des 
femmes. En un mot, ils les torturaient de toutes les manières les 
plus horribles, après les avoir d'abord attachés à des pieux ou 
poteaux fixés en terre. Cela est confirmé par de nombreux Actes 
des Saints Martyrs, tels que ceux de Grégoire Thaumaturge ; 
Polycarpe Gaiana et Fébronia vierge, et une légion presque 
innombrable d'autres des deux sexes. La même chose est 
démontrée par des auteurs classiques tels que Cicéron {Philippi- 
qucs), Valérius Maximus, Suétone (Claudins), etc. Il devrait être 
remarqué ici que les Martyrs qui étaient attachés à des poteaux 
par des clous de fer et torturés ainsi, étaient aussi quelquefois 



- 6 - 



liés avec des cordes, probablement pour que leur tourmenl soit 
plus grand. 



DES PILIERS ET ARBRES EMPLOYES POUR LE MEME OBJET 
ET DANS LE MÊME RIT 

Bien que les adorateurs du Démon, pour torturer les con- 
damnés à mort, les aient souvent attachés à des poteaux ou 
à des croix, il est pourtant fréquemment rapporté comment nos 
Martyrs étaient attachés ou cloués à des arbres ou à des piliers, 
sur le commandement de leurs bourreaux, et, ainsi, étaient 
torturés. 

Les Actes de divers Martyrs, aussi bien qu'Eusèbe, rendent 
témoignage de piliers employés ainsi. Pour terminer, enfin, il y a 
le fameux pilier religieusement conservé à la basilique de Saint- 
Sébastien, en dehors des murs, et que l'on suppose, d'accord 
avec l'ancienne Tradition chrétienne, être le même auquel le 
dit saint Martyr, confessant sa foi au Christ, fut attaché et percé 
de flèches jusqu'à la mort. 

Les Actes de divers Martyrs, tels que ceux de sainte Zoé et de 
saint Paphnutius, font mention d'arbres semblables ainsi 
employés. 

DES DIFFÉRENTS MODES d'ÈTRE SUSPENDU A LA CROIX, ETC. 

Ayant suffisamment traité de la croix elle-même, et des pieux 
employés pour le crucifiement, il reste, dans la dernière partie 
de ce chapitre, à donner des informations sur les diverses || 
manières d'y être suspendu ; c'est-à-dire de quelles façons les 
Martyrs bénis^ et les champions du saint Evangile y étaient 



— 7 



suspendus par les Païens. Car les moyens de suspension étaient l 

à la fois variés et horriblement cruels, et nous trouvons que les { 

Chrétiens devaient les subir, au caprice de leurs bourreaux. Nous | 

apprenons comment quelques-uns d'entre eux étaient suspendus \ 

par un seul pied, ou mieux (comme l'explique Nicéphore dans [ 

son Histoire), par un pied élevé au niveau de la tête, un feu lent i 

étant allumé au-dessous, de façon à les suffoquer par la fumée. 
D'autres étaient suspendus par les bras, par les deux ou par un 
seul, ou encore par les extrémités des pouces, et, à leurs pieds, 
étaient attachés des poids d'une extraordinaire pesanteur. 
D'autres encore, selon ce que nous trouvons rapporté, étaient 
suspendus à de hauts murs. Des pierres étaient attachées à leur 
cou ou à leurs pieds; ils étaient liés de cordes; on chargeait leurs 
épaules de lourds sacs de sel, et, afin qu'ils souffrissent davan- \ 

tage, des bâillons de bois étaient enfoncés dans leur bouche. ; 

Plus loin, il est dit comment certains étaient enduits de miel et 
attachés, dans cet état, à des poteaux exposés à un soleil brûlant, 
de sorte qu'ils étaient torturés par les piqûres des mouches et 
des abeilles. Il est dit aussi que d'autres étaient pendus à des 
crampons de fer ou à des nœuds coulants (ainsi que sont pendus, 
de nos jours, les voleurs et les meurtriers condamnés à mort). 
Enfin, ils étaient attachés à des piliers, étant face à face, et les 
pieds ne touchant pas le sol, ou encore, pendus par les cheveux, 
ce qui était employé souvent pour torturer les femmes qui 
demeuraient constantes dans la foi du Christ. 

De toutes ces diverses manières, les Actes des saints Martyrs 
font fréquemment mention. Particulièrement, pour la première 
manière, les Actes de saint Grégoire, évéque d'Arménie. 

Les femmes chrétiennes, aussi, étaient souvent suspendues 
par un pied pendant tout le jour (comme rend témoignage 
Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique), et cela d'une telle façon 
que même leurs parties intimes étaient dévoilées, afin que soit 



- 8 



M 







tft¥l^^S*2?<î¥?i<i6^^î¥5t^^i;r^<^£*2?^l^ iïv^i^^itifW 



FlG. II 

A. — MartjT suspendu par les deux pieds, avec une grosse pierre altach-"e au cou 

B. — Quelquefois les Saints Martyrs, après avoir été enduits de miel, étaient liés à des poteaux fixés en terre, 

et ainsi exposés aux rayons du soleil pour être torturés par les piqûres d'abeilles et de mouches. 

C. — Martyr suspendu par un pied; l'une des jambes est pliée au genou et est inaintonue au moyen d'un 

cercle en fer, l'autre étant chargée dune lourde masse de fer. 



(UXobCB be BUBpcrxBÏon à fa Croir 



montré, pour la sainte religion du Christ, le plus grand mépris 

possible. 
Ainsi, pour ce qui concerne les moyens par lesquels les 

Martyrs étaient torturés par la suspension, l'on peut dire qu'ils 

étaient nombreux et divers. Quelquefois, les Martyrs étaient 
simplement suspendus par un pied, tandis que, pour d'autres, 
l'on ajoutait la fumée d'un combustible humide avec des mau- 
vaises odeurs, comme celles des excréments d'animaux, pour 
accroître leurs souffrances, et, en couronnement du tout, une 
douzaine de bourreaux happaient en même temps la victime à 
l'aide de cordes. En d'autres occasions, ils étaient suspendus par 
un pied, la jambe étant repliée au genou, et une bande de fer 
fixée autour de cette jointure. Alors un i)oids de fer était attaché 
à l'autre pied, de telle sorte que les malheureuses victimes se 
trouvaient écartelées misérablement. C'est ainsi que dans les 
Actes de saint Samona, nous trouvons écrit ceci : « Mais le 
magistrat ordonne immédiatement que Samona ait une jambe 
repliée au genou, et une bande de fer fixée autour de la jointure. 
Cela fait, il le pend la tête en bas, par le pied de la jambe 
rephée, tirant en même temps l'autre jambe vers le bas, au 
moyen d'un poids de fer ». 

Parmi les Martyrs qui souffrirent par le premier de ces modes 
de tourments, nous lisons les noms des plus nobles soldats du 
Christ, mentionnés un peu plus haut : saint Grégoire d'Arménie 
et saint Samona. 

Quant à la seconde manière, par laquelle les victimes étaient 
pendues par les deux pieds, divers Actes des Saints en parlent, 
par exemple, ceux de saint Vcnantius, des vierges saintes,' 
Euphémieetses sœurs, de l'évêque Acepsima et ses compagnons! 
Aussi les Martyrs cappadociens, dont toute une légion est solen- 
nellement célébrée dans le Martyrologe Romain, 23 mai, où il 
est écrit : « A Cappadoce, commémoration des saints Martyrs, 



— 9 - 



ZotturCB et tourments bce (tttarf jr0 cÇréttertfî 

qui, dans la persécution de Maximin, eurent leurs membres 
brisés et furent mis à mort ; — de même pour ceux qui, à la 
même date, en Mésopotamie, furent pendus, les pieds en haut et 
la tête en bas, étouffés par la fumée et consumés au-dessus d'un 
feu lent, — et ainsi accomplirent leur martyre. » 

Et, véritablement, ce n'était pas d'une seule manière, mais de 
façons nombreuses et variées que les serviteurs du Démon 
(comme on peut le voir dans les Actes désignés ci-dessus) pen- 
daient et tourmentaient les Martyrs. Ceux-ci, quelquefois, étaient 
asphyxiés par la fumée, quelquefois leur tête était broyée à 
coups de marteau, ou bien de grosses pierres étaient pendues à 
leur cou, ou bien encore ils étaient cruellement brûlés par des 
torches enilammées. 

On sait que nombre de chrétiens, par la première de ces 
manières, ont souffert dans la Mésopotamie. Par la seconde 
furent torturées Euphémie, Thécla, Erasme et Dorothée, les plus 
nobles vierges et martyres du Christ. Par la troisième les saints 
Théopompe, Mercurius et le déjà mentionné Venantius. 

DU TROISIÈME MODE DE SUSPENSION, C'eST-A-DIRE LES MARTYRS 

PENDUS PAR UN BRAS 

Ce troisième mode de suspension, à savoir, comme nous le 
disons, d'être pendu par un bras, est mentionné dans un grand 
nombre d'Actes des saints Martyrs, parmi lesquels nous pouvons 
désigner celui de saint Samona, déjà cité, ainsi que ceux de 
saint Antoine, ce martyr au noble cœur, relativement auquel 
nous trouvons rapporté dans le Martyrologe Romain, le 4 mai : 
'< A Nicodémie, anniversaire de saint Antoine, martvr, qui, après 
avoir été sauvagement mis à la roue et torturé de diverses 
tortures, fut suspendu pendant trois jours par un bras, et gardé 



10 



(tUart^rs ^tnbuB par un Bras 



prisonnier pendant deux ans dans une tour ; puis finalement, par 
le gouverneur Priscillianus, brûlé au poteau, en confessant le 
seigneur Jésus. » Ainsi dit le Martyrologe Romain. 

En premier lieu, nous devrions noter que, quelquefois, les 
exécuteurs des martyrs pendus avaient l'habitude, afin d'écar- 
teler les diverses jointures de leur corps, d'attacher à leurs 
pieds des pierres d'un grand poids. De cela, un noble et indu- 
bitable témoignage nous est donné par les histoires de divers 
saints, spécialement celle de saint Samona, déjà mentionné 
dans une autre partie du présent chapitre. 



POmS PAR LESQUELS FURENT TORTURES LES ATHLETES 
DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST 

Nous lisons et relisons, dans les Histoires des Martyrs, com- 
ment, après avoir été pendus, ils étaient, au milieu d'autres 
tourments, chargés de poids, dont quelques-uns étaient, comme 
nous le décrivons plus haut, de fer ou de bronze, et d'autres de 
pierre. Pour ces derniers, nous avons cette preuve qu'il y en a 
qui ont été conservés jusqu'à nos jours, ici, à Rome, dans les 
Eglises des Saints Apôtres, et aussi dans celles de saint 
Apollinaire et d'Anastase, non loin de la cité. 11 y avait des 
pierres d'un grand poids, de couleur noire, de forme ronde ou 
ovale, avec un anneau de fer incrusté dans la pierre, oîi l'on 
passait une corde pour lier et pendre aux pieds ou aux mains 
des martyrs suspendus. 

Une autre chose que nous ne voudrions pas voir ignorer par 
le lecteur, est que certaines autorités ont propagé l'opinion que 
ces dites masses de pierres, appelées par Joseph iMacchahéesj 
orbiculaires, ou Pierres Rondes, n'étaient pas désignées spéciale- 
ment comme employées pour torturer, mais bien pour servir de 



— 11 



torturée et tourmente bee (Utartj?r0 cÇrétiens 

poids. Cela, pourtant, ne peut possiblement pas être, ainsi qu'il 
est prouvé dans les notes ajoutées au Martyrologe Romain, car 
les pierres pour peser avaient toujours (comme le remarquent 
Isidore et Alciatus en parlant des poids) le chifTre de leur pesan- 
teur inscrit dessus. Chose que n'ont pas celles qui sont ici. 

Ces charges de pierres étaient entièrement différentes (comme 
on le trouve mentionné dans les notes déjà citées du Martyro- 
loge Romain), de celles auxquelles étaient condamnés les détenus 
pour dettes dans la loi XII des Tables. Ces dernières n'étant rien 
autre que des entraves. Aulu-Gelle en parle, disant : « Liez- 
le, soit avec des courroies, soit avec des entraves ne pesant pas 
moins de quinze livres, ou^, si un plus grand poids est nécessaire, 
prenez des entraves plus pesantes encore. » 



DU QUATRIEME MOYEN DE SUSPENSION, C EST-A-DIRE d'ÉTRE 
PENDU PAR LES DEUX BRAS 

Cette quatrième méthode de suspension est mentionnée dans 
les Actes des saints Procopius, Andochius, Thyrsus, Félix et 
d'autres, leurs compagnons. 

Ici, vous devez savoir que la coutume des païens, selon l'occa- 
sion, était celle-ci : soit d'attacher de lourds poids aux pieds de 
ceux qui supportaient ce genre de suspension, ou bien, après 
leur avoir croisé les bras derrière le dos, de les élever en l'air 
en les tirant, et ensuite de les laisser retomber. Ainsi, dans le 
Martyrologe Romain, le 24 septembre, nous lisons sur les saints 
confesseurs du Christ, saint Andochius et ses compagnons : « A 
Augusto-dunun (Autun) l'anniversaire des saints martyrs Ando- 
chius, prêtre, Thyrsus, diacre, et Félix, qui étant envoyés d'Orient 
par le saint Polycarpe, évéque de Smyrne, pour enseigner le 
christianisme à la Gaule, furent en ce pays cruellement flagellés 



12 - 



^y^tistssmiSfii^îjx^x^sHi^ 




eaîSG«2SMC5lirSP,»7)G«35a5X^^ 



FiG. III 

A. — Martvr suspendu par les pouces, fie lourdes B. — Chréliens pendus, un feu lent étanl allumé 

pierres tUv\U altachées à ses pieds. j au-dessous d'eux, aliu de les sullo^uer ; les 

I \icliiiies élaicnt en ménie temps frappées 

avec lies bâtons. 



(tttarfgtfi i(>cnbuB pat îtz ^jouccb 



et suspendus tout le jour les mains liées derrière le dos, ensuite 
jetés dans le feu, mais non complètement brûlés. Finalement, 
leurs cous sont frappés avec de lourdes barres et ils gagnent 
ainsi la couronne du martyre ». 



DU CINQUIEME MODE DE SUSPENSION, SAVOIR : PENDUS 
PAR LES POUCES 

On trouve la description de cette cinquième manière dans les 
Actes des saints Jacob et Marianus, oii se trouve consignée la 
narration suivante, concernant Marianus, serviteur du Christ : 
« Mais il condamna Marianus à la torture, parce que celui-ci se 
dit un simple religieux, ce qu'il était en effet. Et quels tourments 
furent les siens ! Combien nouveaux et étranges, et inspirés par 
le génie empoisonné du démon 1 Combien astucieusement com- 
binés pour briser la force de l'âme 1 Marianus fut pendu pour 
être torturé, et de quelle grâce ce martyr ne se montra-t-il pas 
soutenu, même au milieu de ses souffrances, et des tourments 
de son supplice qui exaltaient son courage ! Or, la corde qui le 
tenait suspendu fut attachée, non pas à ses mains, mais à 
l'extrémité de ses pouces, de sorte que se multipliât, par la 
faiblesse de ces parties de son corps, supportant le poids de tout 
le reste, l'agonie qu'il endurait. De plus, des poids extraordi- 
nairement pesants furent attachés à ses pieds, de sorte que toute 
la charpente du corps suspendu fut déchirée de part en part 
d'atroces douleurs, avec des convulsions d'agonisant qui faisaient 
tressaillir l'intérieur ». Aussi loin s'expliquent les Actes, et ainsi 
se trouve clairement démontrée l'évidence de ce que nous avons 
exposé, concernant le cinquième mode de ce supplice. 



- 13 - 



torturée et Courmcnfe bee (UlartjtB cÇrétiene 



DU SIXIÈME MODE, SAVOIR : ETRE SUSPENDU, AVEC DES POIDS 
ATTACHÉS AUTOUR DU COU ET AUX PIEDS 

De ce mode, V Histoire du très saint martyr saint Sevarianus 
rend témoignage, car il est écrit : « En conséquence le préfet, 
prenant le silence de Severianus pour du mépris, ce qu'il était 
en etfet, lui infligea un châtiment plus terrible encore; et, après 
l'avoir fait retirer de la roue, le fit conduire à un mur. Alors, 
après lui avoir fait attacher deux énormes et très lourdes pierres, 
l'une au cou et l'autre aux pieds, et l'avoir attaché par le milieu 
du corps avec une corde, il le laisse suspendu au mur, dans les 
airs, afin que ses membres soient tirés séparément et qu'il périsse 
de cette manière violente. » Ainsi disent les Actes, mais c'en est 
assez, et plus qu'assez sur cette dernière forme de cruauté. 



DU SEPTIEME MODE, SAVOIl. : QUAND LES CORPS DES SUPPLICIÉS SONT 
SUSPENDUS PAR DES CORDES, LEURS ÉPAULES SONT CHARGÉES EN 
MÊME TEMPS DE LOURDS FARDEAUX DE SEL, OU d'aUTRES CHOSES 
SEMBLABLES . 

Ce septième mode est mentionné dans les Actes de saint 
Grégoire d'Arménie, où nous lisons : « Lorsque saint Grégoire 
eut fini de parler sur ces matières, Tyridates fut rempli de colère 
au delà de toute mesure, et s'élança contre lui avec fureur. En 
conséquence, le très noble héros fut instantanément lié. Alors, 
après lui avoir introduit dans la bouche un bâillon en bois, 
distendant autant qu'il est possible les mâchoires, ils chargèrent 
ses épaules de fardeaux du sel que l'on extrait en Arménie. 
Ensuite, hant son corps sacré avec des cordes, ils élevèrent le 



- 14 — 



(tttartgrB torturée ^at fee moucÇee 



saint et le suspendirent, prolongeant cet amer tourment pen- 
dant sept jours entiers. » Aussi loin vont les Actes de saint 
Grégoire, qui (si la vérité doit être dite) montrent d'une manière 
claire et manifeste la nature et l'horreur de ce mode de suspen- 
sion. 



DU HLITIÈME MODE, SAVOIR : CELUI DE SUSPENDRE LES VICTIMES A 
DES POTEAUX FIXÉS EN TERRE APRÈS LES AVOIR ENDUITES DE 
MIEL, AFIN qu'elles SOIENT TORTURÉES PAR LES PIQÛRES DES 
MOUCHES ET DES ABEILLES. 

Il est parlé de cette forme de torture dans les Histoires de saint 
Maurice et de ses compagnons, et de saint Marc d'Arethusa. 

On peut trouver mémoire de six méthodes, dans les Histoires 
de Martyrs, où il est dit que les chrétiens étaient exposés aux 
rayons du soleil, en vue d'être suppliciés ainsi. Quelquefois, ils 
étaient simplement liés à des poteaux, comme il fut fait pour 
saint Maurice et ses compagnons. Quelquefois, ils étaient exposés 
dans des paniers élevés, faits de joncs, comme on peut le voir 
rapporté de saint Marc d'Arethusa, nommé un peu plus haut. 
Enfin, (comme saint Jérôme en rend témoignage dans son 
Histoire de Paul, le premier ermite), ils étaient quelquefois cou- 
chés sur le sol les mains liées derrière le dos. 

Cœlius Rhodiginus déclare qu'il existait parmi les anciens une 
forme de supplice connue sous le nom de « Cyplionismus » ainsi 
nommée du mot Cyphon (/.j'^ojv) lequel mot Cyphon est nommé 
aussi dans la pièce Plutus d'Aristophane », écrit Rhodiginus, 
« parce que c'était une sorte d'entrave en bois ou, comme de nos 
jours, en fer, communément nommée pilori. » A laquelle entrave 
le prisonnier était attaché en manière d'ignominie, et tenu captif, 
enduit de miel et exposé aux piqûres des mouches. « De là, il 



- 15 — 



Corturee ef tourmente bee (^att^rs cÇrétiens 

arriva », ajoute le même auteur «que ce nom de « Cyphon» fut 
donné aux chenapans, et le supplice fut appelé « Cyphonismus. - 
Et ensuite, un peu plus loin : « Je remarque que certains peuples 
se font une règle d'employer le procédé suivant : tout homme qui 
aura insolemment méprisé les ordres de la loi, sera retenu aux 
fers sur la place publique d'exécution pendant vingt jours, nu et 
enduit de miel et de lait, pour servir de pâture aux mouches et 
auxabeilles. Et, quand celles-ci auront accompli leur œuvre, il 
sera revêtu d'habits de femme et précipité du haut en bas des 
rochers. » 

Les Perses infligeaient un châtiment à peu près semblable pour 
les criminels condamnés à mort, qu'ils appelaient eux-mêmes 
Scaphismus. Plutarque (Arfaxercès) en parle en ces termes : « En 
conséquence, il ordonna que Mithridate fût mis à morl par le 
châtiment des bateaux >>. La nature de cette sorte de supplice est 
la suivante : « deux bateaux étant construits, avec la même gran- 
deur et la même forme, on couche dans l'un l'homme condamné 
à la torture, et on renverse l'autre bateau par-dessus lui, les 
joignant tous deux de façon à ce que les mains et les pieds du 
condamné restent en dehors, tandis que tout le reste du corps, 
sauf la tête, est emprisonné. On donne delà nourriture à l'homme 
en le laisant manger de force par des pointes aiguës qu'on lui 
place devant les yeux. Et, tandis qu'il mange, on lui verse dans 
la bouche comme boisson, un mélange de miel et de lait, et on 
lui enduit le visage avec le même mélange. Ensuite, orientant le 
bateau comme il est nécessaire, on a soin que l'homme ait cons- 
tamment les yeux en face du soleil, et sa tête et son visage sont 
chaque jour couverts d'une légion de mouches qui viennent s'y 
établir. De plus, comme il fait à l'intérieur des bateaux fermés, 
ces sortes de choses que les hommes sont obligés de faire par la 
nécessité, après avoir mangé et bu, la corruption et la pourriture 
qui en résultent donnent naissance à une multitude de vers, qui 



- 16 - 



|S1l^2«a2^G«flSyiX2JK3Ga^^ ^ 



S 




<î2«XlKS2^»SG^KSG5a5(»«?2ii»^^ 



A Mar ti» 



FiG. IV 



A. - 



Martyr suspendu par les pieds, sa tèle étant 
en même temps broyée à coups de mar- 
teau. 



B. — Martv 



artyr suspendu par les mains qui sont liées 
derrière le dos, de lourds poids étant atta- 
chés à ses pieds et autour de son cûu. 



Zt ^vippfiu bee Bateaur 



pénétrant au-dessous des vêtements lui dévorent la chair. Dès 
lors, quand l'homme est mort, le bateau du dessus étant retiré, 
l'on peut voir que son corps est entièrement rongé, et que dans 
ses entrailles se trouvent des foules de vers et insectes du même 
genre qui augmentent chaque jour en nombre. Soumis à ce genre 
de supplice, Mithridate endura cette existence d'agonisant pen- 
dant dix-sept jours — au bout de quoi il rendit enfin l'esprit. » 
Ainsi s'exprime Plutarque dont le récit difïére peu de celui fait 
par Zonaras (Annales) dans les termes suivants: « Les Perses sur- 
passent tous les autres barbares par l'horrible cruauté de leurs 
châtiments, employant des tortures qui sont particulièrement ter- 
ribles et traînées en longueur; notamment les «bateaux » et leur 
coutume de coudre les hommes dans des sacs de cuir humides. » 

Mais, pour le bénéfice de lecteurs mal informés, je dois main- 
tenant expliquer ce que signifie ce mot : « bateaux ». Deux bateaux 
sont joints ensemble, l'un renversé sur l'autre, avec des trous 
ménagés de telle taçon que la tête, les mains et les pieds de la 
victime soient laissés au dehors. A l'intérieur des bateaux, 
l'homme qui subit le supplice est placé, couché sur le dos, et les 
bateaux sont alors réunis ensemble à l'aide de boulons. Ensuite, 
l'on verse un mélange de miel et de lait dans la bouche du misé- 
rable jusqu'à ce qu'il en soit rempli à en avoir des nausées, lui 
enduisant aussi le visage, les pieds et les mains de la même 
mixture, et le laissant exposé au soleil. Cela est renouvelé 
chaque jour, ayant pour résultat d'attirer les mouches et les 
abeilles, amenées là par l'appât de la mixture, et s'établissant sur 
le visage et les parties du corps situées hors du bateau, pour 
piquer et tourmenter misérablement l'infortuné. 

De plus, son ventre, distendu qu'il est par le miel et le lait, 
laisse échapper des excréments liquides, et cette putréfaction 
engendre des légions de vers, intestinaux et autres. Ainsi, la 
victime étant couchée dans le bateau, la chair dévorée par les 



- 17 - 



^o)ciuxtB tt tourmente bee (Utarf jrs cÇ;rétien6 



vers et se pourrissant dans ses propres déjections, meurt d'une 
mort lente et horrible. Par ce supplice, Parysatis, mère d'Ar- 
taxercès et de Cyrus, fit exécuter l'homme qui s'était vanté d'avoir 
tué Cyrus, lequel luttait avec son frère pour la royauté. Il endura 
le tourment quatorze jours avant de mourir. Telle est la torture 
du Scaphismus ou torture du bateau. 

Un peu différent était le sort de ceux qui étaient cousus dans 
une peau de bœuf. Dans ce cas, la tête seulement restait en 
dehors, tout le reste du corps ayant été mis à nu et cousu à 
l'intérieur de la peau. Ainsi nous lisons dans les Actes de saint 
Chrysanthus : « L'emmenant de cette place, ils procédèrent à 
l'abattage d'un veau et cousirent le saint dans la peau fraîche, le 
plaçant face au soleil. Néanmoins, bien qu'exposé tout le long du 
jour à l'ardeur d'un brûlant soleil, il ne ressentit aucune chaleur 
spéciale. Mais, continuant à consers'er la même fraîcheur qu'au 
début, la peau ne put en aucune façon blesser le serviteur de 
Dieu. Ensuite, ils lui mirent des fers et autres entraves. » 

D'après cela, la différence qui existait entre le supplice de la 
peau fraîchement écorchée, et le supplice décrit plus haut sous le 
nom de « Scaphismus», se montre d'une façon claii'e et évidente. 
On peut trouver la description complète de méthodes de tor- 
tures semblables dans le Dialogue de Lucien, intitulé Lucius ou 
l'Ane, dans lequel se irouve rapporté le récit suivant: ^ Nous 
devons découvrir, dit-il alors, quelque genre de mort par lequel 

cette jeune fille puisse endurer un tourment cruel et long 

Donc, tuons cet àne, ouvrons-lui le ventre, et après en avoir 
retiré les entrailles, renfermons la fille à l'intérieur de façon à ne 
laisser au dehors que la tète, cela afin de l'empêcher d'étouffer 
entièrement, tandis que le reste du corps sera entièrement caché 
dans la carcasse de l'àne. Alors, quand celle-ci sera bien recousue, 
laissons le tout exposé aux vautours, — un étrange repas préparé 
d'une façon nouvelle et singulière. Maintenant, je vous prie de 



18 - 



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<5¥3^S«5?)iî¥l5>t£H?i»3if£*2?<t«à^£i^ ^ 



FiG. V 

A. — Martyr suspendu par les mains fqui sont liées derrière son dos) et ayant les épaules chargées de 

paquets de sel, un bâillon de bois étant aussi mis dans sa bouche. 

B, — Martyr suspendu par une cheville. 



(ÎUartgre cousus bans unt pt<xu 



considérer la nature de cette torture. Pour commencer, une femme 
vivante est enfermée à l'intérieur d'un âne mort; ensuite, en 
raison de la chaleur du soleil, elle sera rôtie dans le ventre de 
l'animal, de plus elle sera tourmentée par une faim mortelle, et 
pourtant absolument incapable de se détruire elle-même. Pour- 
tant, je ne dirai rien de certaines autres particularités de son 
agonie, telles que l'infection du corps mort à mesure qu'il pourrit 
et les légions de vers grouillants. Enfin, les vautours qui se nour- 
riront de la carcasse vont mettre en pièces du même coup la 
femme vivante. Tous encouragèrent avec des cris cette mons- 
trueuse proposition et approuvèrent à l'unanimité sa mise à 
exécution. » 

Dans le même ordre d'idées, Apulée dans son Ane d'Or écrit 
ceci : 

« Décidons de couper la gorge à cet âne, demain, et, lorsqu'on 
l'aïu'a dépouillé de toutes ses entrailles, cousons la vierge nue 
dans l'intérieur de son ventre, de façon à ce que seul le visage de 
la fille reste au dehors, tandis que tout son corps reste empri- 
sonné à l'intérieur de l'animal, et, cela fait, exposons l'âne 
et son contenu, aux rayons du soleil brûlant, sur quelque hau- 
teur escarpée. » 

DES NEUVIÈME ET DIXIÈME MODES DE SUSPENSION, SAVOIR : ÊTRE 
SUSPENDU A UN CROCHET ET MIS A MORT A l'aIDE D'UN NŒUD 
COULANT. 

Ces deux modes de martyre sont amplement attestés dans divers 
Actes des Saints Martyrs, — en premier lieu, dans ceux de saint 
Nicetus, ainsi que des saints Gorgonius et sainte Dorothée, — 
leur mort est rapportée par Eusèbe dans son Histoire ecclésias- 
tique. 



- 19 - 



Corfuree et Coumentfi îiee (Qtûrtjre cÇréfiene 



DU ONZIÈME MODE, SAVOIR : LIER LES VICTIMES CONTRE DES PILIERS, 
DE SORTE QUE LEURS PIEDS NE TOUCHENT PAS LE SOL 

L'évêque Philéas parle de cette méthode de supplice, rapportée 
également par Eiisèbe, dans son Histoire ecclésiastique, comme il 
suit : « D'autres encore furent liés, se faisant face lun à l'autre, 
suspendus à des piliers, leurs pieds ne touchant pas le sol, de 
façon que plus les cordes se tendaient, plus elles se resserraient, 
et plus cruellement souffraient les victimes, du poids même de 
leur propre corps. Et cela ne durait pas seulement le temps où 
le magistrat les mettait à l'examen de la croix et les question- 
nait, mais bien pendant des jours tout entiers. De plus, 
lorsque le magistrat les quittait pour aller en interroger d'autres, 
il laissait des officiers subordonnés à ses ordres pour surveiller 
soigneusement les premiers condamnés. S'il arrivait que l'une 
de ces victimes parût à bout de forces et prête à céder à la torture, 
des ordres étaient donnés pour qu'on la torturât au moyen des 
cordes sans un instant de répit, et, finalement, lorsqu'elle était 
sur le point de rendre l'àme, on la remettait à terre et lécarle- 
lait sans pitié. » 

Le même écrivain, un peu plus loin, parle dans le même sens : 
« D'autres étaient suspendus au portique ou arche, attachés par 
un bras, et enduraient le tiraillement et le déchirement de tous 
leurs membres et de toutes leurs jointures, tourment amer, qui 
surpassait presque tous les autres en dureté. D'autres encore 
étaient liés à des piliers, leurs figures tournées l'une contre 
l'autre, et suspendus sans avoir rien pour s'appuyer. » 

Maintenant, relativement à la manière dont les martyrs étaient 
attachés aux piliers, nous devons comprendre qu'ils étaient liés 
à la partie supérieure de ces piliers, soit par des anneaux de fer, 



- 20 



^tmmCB yenbuee t;><xx (cb cheveux 



ou, plus vraisemblablement encore, à l'aide de diverses poulies, 
sur lesquelles étaient établies des cordes. 

Au moyen de ces cordes, les saints martyrs, dont les bras 
étaient liés au dos et le visage tourné contre le pilier, pendant 
toute une journée étaient tourmentés par les bourreaux, qui 
tantôt les hissaient dans les airs, et tantôt les laissaient brusque- 
ment retomber vers la terre, sans cependant qu'ils aillent jamais 
jusqu'à toucher le sol — cela étant imaginé pour leur faire subir 
la plus agonisante douleur. Enfin, lorsqu'ils étaient sur le point 
de rendre l'esprit, les bourreaux, sur l'ordre du juge, les faisaient 
redescendre à terre, et les tiraillaient cruellement de côté et 
d'autre. 



DU DERNIER MODE, SAVOIR: LES FEMMES CHRÉTIENNES PENDUES 

PAR LES CHEVEUX 

On trouve témoignage de ce genre de torture dans un grand 
nombre d'Histoires des saints martyrs. En premier lieu, dans le 
récit de la passion de sainte Eulampia, sainte Juliana, vierge et 
martyre, et aussi de sainte Théonilla, Euphémia, et enfin sainte 
Symphorosa. 

Nous avons jugé qu'il était bon de dire tout ce que nous 
avons dit concernant les divers modes de suspension employés 
par les païens contre les chrétiens, hommes et femmes. Si le 
lecteur désire en apprendre davantage sur ce sujet, qu'il consulte, 
pour lui-même, les diverses autorités et les Acies des saints 
martyrs déjà cités. Pourtant, avant d'abandonner tout à fait le 
sujet, nous rapporterons un autre passage de saint Grégoire de 
Naziance, où il est écrit, parlant de saint Marc d'Arethusa : « Il 
fut lancé çà et là, d'un groupe de garçons à l'autre, balancé en 
l'air, les garçons recevant alternativement ce corps sacré sur les 



- 21 - 



Coriuree et tourmente bee (JûXavi^xB cÇrétienc 

pointes de leurs stylets, et de cette façon tragique mettant à 
mort le saint homme, comme si c'eût été une nouvelle sorte de 
jeu !! ! Ce qui veut dire que le martjT en question fut balancé 
en avant et en arrière entre deux rangées d'écoliers. Beaucoup 
d'autres exemples du même mode de martyre, ou d'autres à peu 
près semblables, pourraient être donnés; lesquels pourtant nous 
sommes forcés d'omettre, afin d'être bref. 



- 22 - 



CHAPITRE II 



De la Roue, de la Poulie et de la Presse comme 
instruments de torture 



AYANT exposé les diverses sortes de pendaison, à la croix 
et à des poteaux, il ne nous reste plus maintenant à 
discourir que sur les autres instruments de torture. Mais 
comme les instruments nommés ci-dessus, ensemble avec le 
cheval de bois, sont sans aucun doute les plus terribles et les 
plus épouvantables de tous, nous devons en traiter ici, et du 
cheval dans le chapitre suivant. Donc, venant au supplice de la 
roue qui est réputé comme le plus terrible châtiment parmi 
ceux mentionnés, nous notons en premier lieu la manière dont ce 
tourment était pratiqué par les Grecs. 

Nous apprenons ces choses par les nombreuses attestations de 
leurs propres écrivains, qui furent conservées jusqu'à nous, 
attestations positives et non déguisées. Ainsi parle Aristophane 
àansPlutus : « De droit, vous devriez être lié à la roue, et ainsi 
forcé de révéler vos actes mauvais. » Commentant ce même 
passage, le Scoliaste ajoute : <( La roue était un instrument 
auquel on attachait les esclaves pour les punir. » Encore le 
même poète (Aristophane) dans Lysistrata : « Hélas ! quelle con- 
vulsion et quelle tension je ressens dans tous mes membres, 



- 23 - 



tortures et ZouvmcntB bee (Ittûrf jre c^tèiicne 

comme si j'étais torturé sur la roue. » Anacréon, ainsi qu'il est 
rapporté par Athenaeus, parle de la même chose lorsqu'il dit : 
'< J'endurai bien des tourments et bien des tortures sur le cheval 
de bois, et beaucoup aussi sur la roue. » De même Démosthènes 
(Harangue contre Aphobusj : « Voyons Milias sur la roue pour 
être torturé », et Plutarque dans son Nicias : « Alors, il procéda 
à lier le i)arbier sur la roue, et ensuite à le torturer. » De même 
Lucien, dans VEpitre à Steslchorus, écrit : « Après leur avoir 
coupé les extrémités, on les tortura et on les étendit sur des 
roues ». La roue était un instrument de supplice pour torturer 
le corps des hommes. Puis Aristophane dit : « Qu'il soit déchiré 
sur la roue et fouetté. » Ainsi, les esclaves étaient liés à la roue 
et torturés. Et, dans un autre passage : « Vous serez forcé de 
parler sur la roue et de confesser vos crimes. » Ainsi nous 
voyons que les gens étaient torturés sur la roue atîn qu'ils 
avouassent leurs crimes et aussi les noms de leurs complices. — 
Il semble que la roue était un instrument en bois, sur lequel 
les esclaves étaient liés en châtiment. Ainsi parle Suidas. 

Phalaris semble donner un témoignage conforme dans ses 
épitres, où il écrit : « On les torturait et on les déchirait sur les 
roues. » Enfin, pour confirmer ces écrivains, on peut ajouter ce 
qui a été rapporté par plusieurs des auteurs nommés ci-dessus, 
et par d'autres, concernant Ixion, qui fut lié à une roue virante 
et tourmenté pour l'éternité en châtiment de ses crimes et de ses 
offenses. Pindare, Homère (Iliado et 0(lijs.séej, Lucien, Ovide, 
Properce, Sénèque, et Claudien parlent de cette chose. 

De même, il y a d'autres auteurs qui font mention de la torture 
de la roue, en particulier Joseph, Macchabées : « Quelques-uns 
refusèrent de manger des viandes impures, il ordonna donc qu'ils 
fussent torturés sur la roue et mis à mort », et encore : « Pour 
ceci, préparez les roues, et attisez le feu, afin de produire une 
chaleur plus ardente. » Et encore : « Mais lorsque les exécuteurs 



- 24 - 



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(bfir;)(S«f)s%9Sfi^^sara^ ^ 




'e»2(n&£ssex*»d(>j8r2(ns9sm!^^ 



i 1 /Ui3*r-*— 



FiG. VI 

A. — Quelquetois les Marlyrs élaient liés à la circonférence île grandes roues et ainsi précipités d'une 
hauteur sur des endroits pierreux. 



©e fa roue, be î<n pouîit ti be fa ipUBBC 

eurent préparé les roues et les cordes, le tyran ajoute », etc. Et : 
«Alors on ordonna aux exécuteurs de faire entrer le plus âgé des 
prisonniers, et, lui arrachant sa tunique, ils lui lièrent les mains 
et les pieds avec des courroies. Et, quand ceux qui appliquaient 
les coups de fouet furent à bout de forces, sans reprendre 
haleine, ils l'attachèrent sur une grande roue, sur la circonférence 
de laquelle le jeune homme au noble cœur eut toutes ses join- 
tures disloquées et tous ses membres brisés. » 

Un peu plus loin : « Cruels mercenaires, cria le jeune homme, 
votre roue n'est pas plus capable que vous d'étouffer ma raison! 
Coupez mes membres, brûlez ma chair et disloquez mes jointures 
avec les machines à désarticuler ! (1) » 

En l'entendant parler ainsi, ils mirent le feu en dessous de lui 
et séparèrent l'un après l'autre ses membres de son corps étendu 
sur la roue. Et la roue entière était couverte de son sang, et la 
grille contenant le charbon enflammé fut retirée à cause des 
gouttes de sang qui coulaient dessus tandis que sur les essieux des 
roues les lambeaux de chair continuaient à tourner; les parties 
adjacentes aux jointures des os étant partout mises en pièces. Néan- 
moins le jeune Abraham, à l'âme haute, ne proféra pas une 
plainte, mais, comme si parle feu, il était devenu incorruptible, 
il supporta noblement le supplice des machines à désarticuler. » 

Et encore : « Ils procédèrent à désarticuler les jointures des 
mains et des pieds d'Arthremboles et, les séparant des ligaments, 
ils perforèrent ses doigts, ses bras, ses jambes et ses coudes. Mais, 
lorsqu'ils ne purent, en aucune manière, vaincre sa résolution, 
ils lui arrachèrent la peau ainsi que les ongles et le mirent alors 
sur la roue, et là, chacune de ses jointures fut broyée et il vit sa 



(1) Les machines à désarticuler (S/reWae) étaient des instruments inventés 
pour tordre et disloquer les jointures comme dans le cas de Arthremboles, 
ici mentionné. 



- 25 - 



Corfuree et tourmente bes (gtarf jre cÇrétienc 



propre chair coupée en morceaux et les gouttes de son sang 
tomber de lui-même. » 

Et encore : « Les appariteurs le traînèrent aux instruments de 
torture. Après lui avoir attaché les genoux en les serrant fortement 
avec une bande de fer, ils lui plièrent les reins sur une roue, de 
sorte que tout son corps, étant étendu autour de la circonférence 
de la roue, fut brisé en morceaux. » 

Et, un peu plus loin : «. Ils l'attachèrent à la roue, sur laquelle 
il fut étendu et brûlé par le feu, de plus, ils lui appliquèrent dans 
le dos des broches rougies et épointées, ils lui percèrent les côtes 
et lui brûlèrent l'intérieur du corps. » 

Ainsi parle Joseph, en dehors duquel d'autres écrivains traitent 
aussi de la roue, comme Apulée (Ane d'Or) : « Sans un instant de 
répit, conformément à la coutume grecque, les fers, la roue, et 
tous les genres de tortures furent exhibés » ; et encore : « ni la 
roue, ni le cheval, d'après la coutume des Grecs, ne manquèrent 
à l'appareil de son supplice. » Cicéron (TusculanesJ dit : « Ainsi 
nous sommes bien justifiés, lorsque nous disons que nulle 
vie n'est heureuse qui finit sur la roue. » Virgile (Enéide) dit ; « Et là 
ils pendent, étendus sur les rayons des roues. » JuliusCapitolinus: 
« Le tribun des soldats qui laissa son poste à l'abandon, fut 
attaché sous un char à roues et ainsi traîné, vivant et mort, sur 
toute la scène. » De nouveau, saint Basile (Homélie sur quarante 
martyrs) écrit : <( De plus, le feu fut préparé, les épées tirées des 
fourreaux, la croix dressée, le sac, la roue, les verges, préparés. » 
Et, dans son Homélie sur saint Gordius le Centurion : « Que son 
corps soit déchiré sur la roue. « Saint Grégoire de Naziance et 
Nicéphorus ont beaucoup à dire sur ces roues. Diverses Vies de 
Saints en parlent aussi, comme dans le cas de sainte Catherine, 
sainte Euphémie, vierge et martyre, saint Félix et ses compa- 
gnons. 

Maintenant, ces roues, ainsi que nous avons pu le recueillir 



- 26 - 






^'*ât^je^2P»^wfc«5?: 




<i¥?^&S23 



FiG. vu 



A. — Marlyr dont les membres sont entrelacés dans 
les rayons d'une roue, sur la«]ueUe il reste 
exposé pendant plusieurs jours jusqu'à ce 
qu'il meure. 



B. — Martyr lié à une roue étroite que l'on fait 
tourner, de sorte que son corps est horri- 
blement déchiré par les piques de fer pla- 
cées au-dessous. 



clairement dans les Histoires de divers mart^Ts, n'étaient pas 
d'une seule sorte, mais de plusieurs. Quelques-unes, que nous 
trouvons dépeintes sous le nom de Machines dans les Actes des 
Saints, étaient grandes et larges, tandis que d'autres étaient 
étroites. C'est notre devoir de traiter ici des deux espèces. 

Donc, pour ce qui concerne la roue de première sorte, dont 
Nicéphorus parle, ainsi que les Actes de saint Pantaleëmon, que 
l'on sache qu'elle était combinée de telle sorte que, étant amenée 
au sommet d'une colline élevée, et la victime liée à sa circon- 
férence, la roue, avec le condamné, était violemment précipitée 
du haut de la montagne, sur les pentes escarpées, de sorte que 
chacun des membres du martyr était brisé. C'est ce que nous 
lisons de ce très glorieux serviteur du Christ, Pantaleëmon, dans 
V Histoire de son glorieux martyre : « Et ils dirent : — Commandez 
que la grande roue soit apportée jusqu'en haut de la montagne, 
et qu'il soit lié à cette roue et précipité au bas de la montagne, 
de telle façon que sa chair soit misérablement dispersée, et qu'il 
rende l'esprit. Ainsi le très saint Pantaleëmon fut gardé dans la 
prison pendant que l'on préparait la roue. Aussitôt qu'elle fut 
prête, le juge ordonna aux crieurs publics de proclamer par toute 
la ville l'ordre à tous les hommes de venir voir le supplice du 
saint Pantaleëmon, et il commanda que celui-ci lui fût amené. 
Et quand fut introduit le saint martyr du Christ, voici : Il chantait 
des psaumes au Seigneur Jésus-Christ. Alors les aides le prirent, 
le lièrent autour de la roue. Mais aussitôt qu'ils commencèrent 
à faire mouvoir la roue, les liens se relâchèrent et le saint 
martyr se tint debout, sans aucun mal. Mais la roue, allant en 
avant, massacra plusieurs des païens. » Ainsi s'expriment les 
Actes des Saints, d'où nous apprenons la vérité de ce que nous 
avons déclaré ci-dessus, touchant la première sorte de roues. 

Il y avait en outre, pour le massacre des chrétiens, certaines 
autres larges roues en usage chez les païens. De ces roues, la cir- 



— 27 - 



Corturee et tourmente bee (^artjrB cÇrétiene 

conférence, à laquelle étaient liés les martyrs, se trouvait garnie 
de lames tranchantes et de clous aigus. 

A ces roues, qui demeuraient immobiles, les ministres d'iniquité 
liaient avec des cordes les corps entièrement nus des Martyrs. 
Alors ils les faisaient tourner et retourner de toutes leurs forces, 
sur des pointes de fer fixées dans le sol à l'usage de perforer et 
arracher la chair des patients, laquelle, par cette torture, était broyée 
et déchirée d'une façon affreuse. 

L'on suppose que la vierge bénie de Jésus-Christ, sainte 
Catherine, remporta la couronne du martyre sur une roue de cette 
sorte, comme les Actes le rendent en partie manifeste. 



DES ROUES DE LA SECONDE ESPECE 

D'autres roues, d'une grandeur moindre que celles que nous 
venons de décrire, étaient de même employées par ces adorateurs 
du Démon pour torturer les fidèles Chrétiens. Autour de la 
circonférence de celles-ci, on fixait souvent des clous aigus et 
autres objets sem})]a])les, de telle façon que leurs pointes, étant 
tournées de bas en haut, fussent projetées en dehors des jantes. 
Puis, sur ces roues ainsi arrangées, on liait les martyrs dont les 
corps étaient déchirés d'une manière pitoyable par les pointes 
acérées des clous des roues, aussi bien que par d'autres qui 
avaient été plantés dans le sol au-dessous. Dans les Ac/cs de saint 
Georges, nous trouvons relaté ce qui suit : « Donc l'Empereur 
ordonna qu'une roue fût apportée, toute garnie autour de 
pointes aiguës, et que le saint y fût attaché nu et ainsi mis en 
pièces par les engins destructeurs qui y adhéraient. La roue fut 
suspendue dans l'air, tandis qu'au-dessous on étendait des plan- 
ches, où étaient fixées, l'une contre l'autre, un certain nombre 
de piques ressemblant à des épées acérées, quelques-unes les 



— 28 - 



ie:8r25«i;s3s»5eisrsG^9r2s«sx;scs^^ ^ 




FiG. VIII 

A. — Martî'r lié à une roue que l'on fait tourner 1 B. — Lié à la circonférence d'une roue que l'on fait 
sur des piques de fer. | tourner au-dessus d un feu allumé . 



©CB roues be Î(X eeconbe espèce 



pointes droites en l'air, d'autres recourbées en forme de crochets, 
d'autres semblables à des couteaux à écorcher. En conséquence, 
lorsque la roue, dans sa révolution, arrivait vers les planches, le 
saint homme, lié comme un agneau par des cordes si fines et si 
serrées qu'elles lui entraient dans la chair et s'y trouvaient 
cachées, était forcé, tandis que la roue tournait, de passer sur 
les épées, et son corps, saisi par les pointes aiguës, fut horrible- 
ment lacéré, et mis en pièces, comme s'il eut été déchiré par l'ins- 
trument nommé scorpion. » Tout cela dit sur la mort du saint. 

On doit maintenant remarquer que les païens avaient coutume, 
après avoir lié aux roues les martyrs, de les torturer cruellement, 
tandis qu'ils étaient emportés dans le mouvement de rotation des 
dites roues, en les frappant avec des verges et des gourdins. Les 
Actes de saint Clément d'Ancyra rendent témoignage de ce fait dans 
les termes suivants: « Le magistrat ordonne que le martyr (saint 
Clément) soit lié à la roue et que celle-ci soit unie à un mouve- 
ment rapide, et que, pendant ce temps, le martyr soit frappé de 
verges d'une façon barbare. Et immédiatement le martyr fut lié 
à la roue et celle-ci unie à un mouvement rapide. Alors quand, 
dans la révolution de la roue, le martyr se trouvait en haut, son 
corps devenait la proie des individus qui se tenaient prêts avec 
leurs verges, puis, lorsque la roue l'emmenait en bas, son corps 
était horriblement écrasé et ses os broyés, y Ainsi disent les 
Actes de saint Clément, ce qui confirme d'une façon manifeste ce 
que nous avons dit plus haut. 

Ensuite on devrait savoir que les païens, non contents d'assou- 
vir la haine qu'ils avaient conçue contre nos frères chrétiens, par 
toutes ces espèces de tortures, telles que de lier les martyrs à des 
roues et de les supplicier ainsi, ne cessaient d'en inventer de 
nouvelles. 

Il arrivait quelquefois aussi que, liant les martyrs à des roues 
garnies tout autour de pointes aiguës, ils leur faisaient accomplir 



- 29 - 



torturée ci tourmente bes tJXl<xrt^rB cÇrétiene 



des révolutions successives à une grande vitesse tandis qu'un feu 
ardent était placé au-dessous. Ainsi, de même qu'on met à la 
broche devant le feu un morceau de viande de boucherie pour le 
faire rôtir, de même les martyrs étaient retournés et rôtis, afin de 
devenir un aliment agréable à Jésus-Christ. Voyez les Ad es de 
sainte Christine, vierge et martyre, et de saint Calliopius.où vous 
trouvez écrit : « Préparez la roue, dit-il (le préfet) à ses exécu- 
teurs, et allumez au-dessous un grand feu. A la dite roue le jeune 
homme fut lié si fortement qu'il fut complètement mis en pièces. 
Alors, à linstant même, un ange du Seigneur s'approcha et étei- 
gnit la flamme des charbons, et, lorsque les aides essayèrent de 
faire tourner la roue, ils ne purent y parvenir ; mais celle-ci était 
tout inondée du sang qui coulait des membres délicats du 
martyr, car elle était garnie tout autour de lames acérées. » 
Ainsi parle l'auteur de YHistoire de saint Calliopus. C'est ainsi 
que les saints martN'rs, attachés à la roue et emportés avec elle 
au-dessus d'un feu ardent, conquéraient d'une manière heureuse, 
prospère et favorable, les plus nobles couronnes du martyre. 

De plus, c'était une coutume, chez ces hommes impies, de se 
servir des interstices des roues pour y introduire et y entrelacer 
les membres des fidèles serviteurs du Christ, après les avoir, au 
préalable, brisés à coups de barre de fer, de sorte qu'ils sem- 
blaient, ainsi entrelacés, avoir été tissés avec les rayons des roues. 
Ensuite, attachant les roues à des poteaux fixés dans le sol, ils 
laissaient les martyrs vivre plusieurs jours dans cette position. 

Ce supplice, comme en fait mention Grégoire de Tours (His- 
toire des Francs} fui infligé à Valence, en Gaule, à saint Félix, 
prêtre, et à Fortunatus et Achille, diacres, qui avaient été envoyés 
par saint Irénée, évéque de Lyon, pour prêcher la parole de Dieu. 
Il a été abondamment prouvé antérieurement comment les roues 
qui (ainsi qu'il est rapporté dans divers Actes des martyrs), étaient 
employées pour torturer et déchirer les corps des martyrs, étaient 



- 30 - 



©es ^jouftes 



tantôt des poulies, tantôt le cheval de bois, car, au moyen de ces 
instruments qui contenaient diverses petites roues et ainsi pou- 
vaient être considérés eux-mêmes comme roues, les corps des 
fidèles serviteurs du Christ étaient plus particulièrement déchirés. 
Elles différaient peu ou point des roues que nous venons de 
décrire, ainsi que semble clairement l'indiquer VHistoire de saint 
Calliopus, citée plus haut. Car il y est dit comment il était si 
fortement lié avec des cordes minces que, même avant que ses 
bourreaux eussent commencé à la faire tourner, le saint jeune 
homme était déjà déchiré et mis en pièces. Mais assez sur cette 
forme très horrible de torture. 



DES POULIES 

Les poulies, comme instruments de torture, sont mentionnées 
par Eusèbe, dans son Histoire Ecclésiastique; plusieurs Actes des 
Saints en font foi, en particulier ceux des saints Crispinus et 
Crispianus et de saint Quinlinus, citoyen romain. Plus loin, 
Grégoire de Tours en parle (Histoire des Francs) ; il dit : « Atta- 
ché aux poulies, il fut frappé de verges avec des triples lanières et 
des gourdins. » Et encore, à un autre endroit : « Il est étendu à 
terre, allaché aux poulies et frappé avec des triples lanières. » Et 
plus loin : « Le roi fut horriblement en colère et ordonna qu'il 
fût attaché aux poulies et violemment frappé, etc. » Ainsi Grégoire 
de Tours, dont nous avons fait une étude approfondie dans les 
chapitres que nous avons raj^portés, démontre d'une façon évi- 
dente que cette sorte de châtiment était spécialement employée 
pour tourmenter et torturer les malfaiteurs, les scélérats et les 
meurtriers. Donc nous ne devons éprouver aucune surprise d'ap- 
prendre que les vrais adorateurs de Dieu, combattant pour son 
honneur, étaient torturés et déchirés au moyen de ces mêmes 



- 31 - 



torturée ci tourments be5 (Utart^re (^rciitriB 

poulies par les païens qui les considéraient comme les plus 
cruels et les plus grands criminels de toute l'humanité. 

LES POULIES. QUÉTAIENT-ELLES ? 

La poulie (comme il est prouvé par Vitruve) était une inven- 
tion destinée à haler, étant pourvue d'une petite roue se mouvant 
sur un axe sur laquelle on fixait une corde. On l'employait, dans 
les constructions, soit pour élever des charges et les maintenir 
dans la position requise, soit pour les descendre, ou encore pour 
décharger les bateaux de leurs marchandises ou pour tirer l'eau 
des puits. Maintenant les poulies (voyez Isidore, Etijmologie) sont 
faites comme la lettre H, la huitième de l'alphabet grec, et elles sont 
nommées irochlea, du mot trochla, qui signifie petite roue. D'oii 
s'ensuit que certains écrivains modernes sont dans l'erreur 
quand ils tiennent la trochlea (poulie) pour avoir été un treuil ou 
cabestan. Il est reconnu qu'une poulie est incapable de déchirer 
les corps des condamnés criminels sans l'addition de quelque 
instrument spécial pour lui venir en aide, soit un poteau pour 
l'y fixer, soit quelque engin d'autre sorte ; pourtant on ne doit pas 
en conclure que c'était un cabestan, mais seulement qu'elle 
nécessitait un treuil ou cabestan. Tel est notre point de vue sur 
la matière. Car, considérant combien, dans cette forme de torture, 
les corps des victimes étaient horriblement détirés et disloqués, 
il nous paraît prouvé, surtout lorsque nous envisageons combien 
il est difficile de déchirer le corps d'un homme, et que nous 
voyons l'aisance avec laquelle le faisaient les bourreaux, que 
quelque petit engin devait être employé conjointement à la poulie, 
voire un treuil ou quelque chose de semblable. Lisez, si cela vous 
plait, les passages de Vitruve sur ce sujet, et vous verrez claire- 
ment que la poulie n'était pas un treuil ni le treuil une poulie. 



- 32 - 



^€ « ggggig»;sitt5g>ix»areGg^^ 




^G^S(2IKSa»2G«SG»a:«3e»SX3TK£3^^ 



FiG, IX 



A. — Poulie. 

B. — Martjrs étirés par la poulie. 



C. — Ecrasé dans la presse, juste comme on écrase 
le raisin et les olives pour faire le vin et 
l'huile. 

D. — Cabestan ou treuil. 



©ee pouïiCB 



Enfin, nous voudrions vous faire remarquer une chose, savoir 
que dans la fig. ix, qui accompagne ce livre, le treuil est repré- 
senté accompagné d'une poulie, ce qui ne veut donc pas dire que 
l'un et l'autre ne faisaient qu'une seule et même chose, mais qui 
démontre la probabilité que les victimes, pour les raisons que 
nous venons de donner, étaient torturées et détirées par ces deux 
instruments à la fois. Nous dirons « probabilité, » car il y a 
d'autres manières par lesquelles on pût faire la même chose et 
que l'on devait vraisemblablement employer quelquefois. Main- 
tenant, voici la façon dont les chrétiens étaient torturés par la 
poulie : En premier lieu, on fixait en terre autant de poteaux 
qu'il y avait de victimes à châtier. Cela fait, les aides préposés à 
cet office, commençaient par lier les martyrs, quelquefois parles 
mains, d'autres fois par les pieds, aux cordes des poulies d'une 
part et aux poteaux de l'autre, puis on tirait fortement sur les 
cordes, selon les ordres du juge, de sorte que les corps étaient 
misérablement détirés et déchirés. Tout cela est démontré dans 
les Actes des fils de sainte Symphorose, la martyre, comme aussi 
par Grégoire de Tours, Histoire des Francs. 

Il faut, de plus, savoir que ceux qui étaient condamnés à ce 
supplice (comme il est clair d'après l'Histoire des Martyrs, saint 
Quintinus, saint Ferutius et d'autres passages dans Grégoire de 
Tours déjcà nommé), en même temps qu'ils étaient torturés par 
les poulies, étaient battus de verges ou brûlés avec des torches, 
ou arrosés de sulfure ou de résine, d'huiles bouillantes ou autres 
choses semblables. Ainsi, dans les Actes de saint Quintinus, on 
trouve ces mois : <( Alors le Préfet, rageant d'une fureur despo- 
tique, ordonne que le saint Quintinus soit si cruellement détiré 
avec les poulies que ses membres soient forcés de se séparer 
aux jointures par la violence extrême de la torture. De plus, il 
commande qu'on le frappe avec de petites cordes et que l'on 
répande sur son dos de l'huile bouillante, de la poix et de la 



- 33 - 



CortureB ti tourmente bee (tVtartjre cÇrétiens 

graisse fondue, afin qu'aucune souffrance ne manque pour 
ajouter à son angoisse corporelle. Mais comme tout cela n'arrive 
pas à satisfaire le sauvage Rictiovarus (tel était le nom du 
Préfet), ni à élancher sa monstrueuse soif de cruauté, il ordonne, 
en outre, que l'on applique sur lui des tisons enflammés, de 
façon que les flammes..., etc. » Ainsi dit VHistoire du saint 
Quintinus. 

MARTYRS HISSÉS EN l'aIR A l'AIDE DES POULIES 

Enfin, nous pouvons noter comment les Martyrs chrétiens 
étaient non seulement torturés et déchirés par les poulies 
mais aussi hissés en l'air par les mêmes moyens et de la même 
manière que les criminels de ce temps, les mains liées der- 
rière le dos, étaient élevés dans l'air par une corde pour leur 
faire avouer la vérité. Ce genre de supplice a, dit-on, été 
employé pour le Martyr du Christ saint Scrvus, dont nous lisons 
dans le Martyrologe Romain, le 7 décembre : « A Tuburbo, en 
Afrique, anniversaire du Mart^'r saint Servus, qui, pendant la 
persécution vandale, sous le roi Hunnéric, hérétique arien, fut 
pendant longtemps frappé à coups de massue, puis alternative- 
ment élevé par les poulies et laissé retomber de tout le poids de 
son corps sur des pierres dures. Ainsi torturé, il conquit la palme 
du martyre. » Ainsi parle le Martyrologe Ronmin ; on trouve de 
plus amples détails concernant le même Martyr dans Victor, 
Persécution vandale. 

DE LA PRESSE COMME INSTRUMICNT DE TORTURE 

Les Martyrs chrétiens étaient comprimés dans des presses, juste 
de la même façon que les raisins et les olives y sont pressés pour 



- 34 



iSrdtmd5m3(SI!i:S^^@SG^S35^2SI^^ 







FiG. X 



A. — Martyr, les mains liées derrière le dos, hissé 

dans l'air par une poulie. 

B. — Poulie. 



C — Piques ou cônes pointus sur lesquels on lais- 
sait tomber les Martj'rs. 



©e fa iptCBBC comme instrument be torture 

en extraire le vin et l'huile. C'est par ce mode de torture que fut 
martyrisé ce très noble soldat du Christ saint Jonas, dont nous lisons 
ce qui suit dans les Actes du dit Martyr : « Ils (les Mages Persans) 
ordonnèrent d'apporter la presse et d'y placer saint Jonas, de le 
presser violemment et de le couper en morceaux. Les aides 
firent ce qui leur était commandé et le pressèrent douloureuse- 
ment dans la presse et lui rompirent les os et finalement le 
coupèrent en deux par le milieu. » 



- 35 - 



CHAPITRE III 



Du cheval de bois comme instrument de torture, de même 
de nombreuses et diverses sortes d'entraves. 

LE cheval de bois, comme instrument de torture, a été cité 
par Cicéron et par beaucoup d'autres anciens écrivains — 
par Cicéron dans le Pro Deiotaro et le Pro Milone et les 
Philippiques. D'autres auteurs, qui en font aussi mention, sont 
Yalère Maxime, Quintilien, Sénèque, Ammianus Marcellinus, ainsi 
que d'innombrables Histoires et Actes des Martyrs, principale- 
ment ceux de saint Crescentianus, des saintes Doi'othée, x\gathe et 
Eulalie, vierges et martyres, des saints Félix et Fortuné, Alexandre 
et Bassus, évêques et martyrs — pour ne pas nommer une 
incalculable légion d'autres des deux sexes. 

A part les écrivains et les Vies des Saints cités ci-dessus, le 
cheval de bois est également mentionné par saint Cyprien, dans 
son Epitre à Donatiis et ailleurs par saint Gérôme, saint Augustin, 
Eusèbc, Isidore et d'autres — comme aussi par Prudentius qui 
en parle maintes fois dans ses Hymnes. Tous ceux-ci s'accordent 
à reconnaître que le cheval de bois était un instrument de torture 
employé dans les anciens temps pour arracher la vérité à des 
personnages suspects ou coupables. Ainsi Cicéron, dans son Pro 
Deiotaro, écrit : « D'après la coutume de nos ancêtres, un 
esclave ne peut produire aucune charge contre son maitre ; même 
soumis à la torture, lorsque la douleur peut arracher la vérité 



- 36 



®u cÇeudf be 6oi6 



au témoin le plus involontaire. Pourtant, telle était l'influence 
exercée sur cet esclave, que l'homme, dont il n'avait pas même 
pu prononcer le nom étant sur le cheval, fut par lui accusé 
ouvertement lorsqu'il fut mis en liberté » ; et encore : « Pour 
éclaircir les faits, le cheval est l'endroit voulu ; pour discuter 
les points de la loi, c'est la Cour. » La même chose se trouve 
dans ce que dit Ammianus Marcellinus : « Quoiqu'il soit courbé 
en deux sous le cheval de bois, il n'eu persiste pas moins dans 
sa dénégation opiniâtre et désespérée. » 

De plus, le cheval de bois était employé pour torturer les 
hommes et les déchirer cruellement en manière de châtiment — 
ainsi qu'on peut le constater clairement dans les cas des Martyrs 
Chrétiens. Nous trouvons aussi fréquemment mention de cet 
instrument dans les Histoires où nous pouvons lire continuelle- 
ment des phrases telles que celles-ci : « Il fut torturé sur le 
cheval, suspendu au cheval, hissé sur le cheval, placé sur le 
cheval... » et ainsi de suite. 

Maintenant, au sujet de ce que nous avons avancé, savoir que 
le cheval de bois était une espèce de torture employée par les 
Anciens pour arracher la vérité aux personnes accusées, les 
divers écrivains s'accordent tous sur ce point, mais ils ne 
s'entendent pas aussi bien sur ce qui concerne sa description 
précise et sa forme exacte. Car quelques-uns ont déclaré à 
maintes reprises que c'était une plaque de métal rougie au feu ; 
d'autres, une sorte d'instrument au moyen duquel un homme 
était suspendu, les mains liées au-dessus de sa tête, de lourds 
poids attachés à chacun de ses pieds et ainsi cruellement torturé. 
D'autres encore, parmi lesquels Sigonius, ainsi que plusieurs 
auteurs religieux qui l'ont suivi, le tiennent pour avoir été une 
espèce de charpente en bois pourvue de poulies et agencée 
pour tendre et relâcher, dans le but de torturer les hommes et 
les forcer à avouer la vérité sur quelque événement. 



- 37 - 



ZoriuxtB d tourmente bes (Ulartjre cÇrétienB 

« Maintenant, dit-il, voici quelle était la nature de cette torture : 
Après avoir lié à cette charpente les bras et les jambes de la per- 
sonne qui devait être torturée, au moyen de menues cordes, ils 
étendaient la dite charpente et la mettaient debout, de sorte que 
la victime se trouvait suspendue, comme sur une croix. Ceci fait, 
ils commençaient par procéder à la dislocation de toutes les 
jointures et articulations de ses membres; ensuite, ils lui met- 
taient contre le corps des plaques rougies au feu ; enfin ils lui 
déchiraient les flancs à l'aide de crampons à doubles fourches, 
augmentant ainsi davantage encore l'amertume de son supplice. » 

Ainsi parle le très savant Sigonius. Au contraire, d'autres 
maintiennent que c'était simplement une machine en bois, fabri- 
quée de façon à avoir quelque ressemblance avec un cheval 
(ainsi que nous l'expliquerons plus loin), ayant deux roues 
creuses ou poulies, fixées à chaque extrémité dans des trous faits 
pour les recevoir, et pouvant opérer leur révolution au moyen 
de leurs aiguilles ou axes. Sur celles-ci on fixait des cordes de 
telle façon que les personnes accusées pussent y être attachées et 
ainsi torturées de diverses façons, disloquées et écartelées. 

Telles sont les différentes opinions soutenues par les divers 
écrivains, concernant le cheval de bois, dont la vérité ou la 
fausseté sera bientôt prouvée si l'on examine la chose avec l'atten- 
tion voulue . 

Maintenant, si nous considérons la première de ces manières 
de voir, nous verrons indubitablement quelle s'accorde, moins 
que toute autre, avec la vérité. Car, comment pouvons-nous 
admettre que le « cheval » lui-même était une plaque rougie au 
feu, lorsque nous lisons dans presque toutes les histoires des 
martyrs, aussi bien que dans diverses œuvres des anciens auteurs, 
que certains hommes étaient hissés sur le cheval et là brûlés 
avec des plaques rougies au feu? 

Arrivant à la seconde et à la troisième opinion, il nous sera 



- 38 - 



9i>u cÇex>af be Boib 



facile de prouver d'une façon concluante leur invraisemblance 
et leur incompatibilité avec la vérité. Car, en quoi les 
faits établis par nos prédécesseurs peuvent-ils s'accorder avec 
ces récits? C'est impossible, et, en vérité, nous serons à même de 
démontrer, par des raisons suffisantes, que l'opinion, la dernière 
donnée que nous tenons pour être la vraie, est réellement la seule 
véritable. Cette opinion peut être énoncée de nouveau ainsi : 

Le « cheval » parmi les Anciens, était une machine de bois, 
faite à la ressemblance d'un vrai cheval, et ayant deux petites 
roues creuses ou poulies aux deux extrémités où se trouvaient 
des trous pour les recevoir. Sur leurs axes, lorsque quelqu'un 
devait être torturé sur l'instrument on plaçait des cordes, et ces 
roues tournaient, et par ce moyen la personne qui y était atta- 
chée était distendue et disloquée de diverses façons. 

Mais pour rendre plus clair et plus simple ce que nous avons 
dit ci-dessus et les explications supplémentaires que nous venons 
d'ajouter, il faut indiquer le cours des opérations suivi par les 
Anciens dans la fabrication du « cheval ». Pour commencer, ils 
préparaient une poutre en bois d'une largeur et d'une longueur 
convenables. Dans les deux extrémités de celle-ci, où l'on avait 
auparavant creusé des trous, on adaptait de petites roues creuses 
tournant sur des axes ; puis, afin de pouvoir élever l'appareil 
entier au-dessus de terre, on choisissait quatre autres pièces de 
bois plus courtes et plus minces que la première qu'ils fixaient 
par des clous de fer près des quatre angles, complétant ainsi une 
machine se tenant sur quatre pieds et ressemblant à un vrai 
cheval. Lorsque tout était prêt, s'il y avait quelqu'un à torturer 
sur le cheval, on lui écartait de force les deux jambes et on le pous- 
sait sur le dos de la machine. Alors les bourreaux prenaient des cor- 
des; avecl'uneilsattachaient les 2)ieds de l'homme, et avec l'autre, 
ses mains, que l'on avait croisées derrière son dos. Ensuite, pla- 
çant ces cordes sur les petites roues ou poulies, ils les conduisaient 



- 39 - 



ZortuUB d €outmerttB bec (gtûrf^rB cÇrétienB 

à une petite manivelle, genre grue ou treuil (comme on peut le 
supposer), fixée au pied du cheval, et lesy adaptaient. Puis, faisant 
tourner la manivelle, ils resserraient les liens de telle façon que 
l'homme, ayant le dos attaché à celui du cheval, et son visage 
tourné vers le ciel, était détiré en même temps. Ils continuaient 
ainsi à tirer sans se lasser, resserrant de plus en plus les cordes 
jusqu'à ce que tous les membres fussent écartelés et toutes les 
jointures disloquées. Après un assez long temps, ou bien on le 
laissait ainsi, ou bien, sur un signe du juge, on rclTichait les cordes 
et on le laissait tomber pendant sous le ventre du cheval, à sa 
grande angoisse. Alors le juge supposant que c'était maintenant 
une bonne occasion de condamner ou d'acquitter le prisonnier, 
procédait à un interrogatoire en forme sur ses faits et gestes. 
Mais si, grâce à la constance rie la victime, le magistrat était 
déçu dans ses espérances, il ordonnait que l'on allât chercher des 
plaques rougies au feu ou bien des pinces ou des crampons de 
fer, afin que cette nouvelle augmentation de souffrances pût 
arracher la vérité . 

Voilà pour la forme et le mode d'emploi du cheval de bois ; 
maintenant, il ne nous reste plus qu'à confirmer l'explication que 
nous avons donnée dans chacun de ces détails par d'autres consi- 
dérations et la certitude tirée d'anciens auteurs. 

En premier lieu, le fait que cette machine de bois était faite à 
la ressemblance d'un vrai cheval est manifeste par le nom même 
qui lui est donné : cheval (equulcus). De plus, de nos jours, 
diverses sortes de bancs ou articles d'ameublements, qui sont 
quelque peu élevés de terre sur quatre pieds, sont appelés 
.( chevaux ». De plus, le langage employé par divers anciens 
écrivains montre clairement qu'en parlant de prisonniers placés 
sur l'instrument de bois, ils avaient, présente à leur esprit, l'idée 
d'un vrai cheval vivant sur lequel on les aurait fait monter. 

Ainsi Cicéron, dans les Tiisciilanes : « Ils montent le 



- 40 - 




'cXîl8SS%3e£K38»2GlKSSSlSe29R)3^^ 



A. — Martyr sur le cheval de bois. 

B. — Martyr suspendu au cheval. 

C. — Le cheval de bois. 



FiG. XI 

D- — Faisceaux consulaires. 



E. — Plaleforme ou échafaud sur lequel le cheval 
de bois élait fixé. 



cheval de bois », « Essayant d'atteindre au dos du cheval. » 

Le poète Pomponius écrit aussi : « Et lorsque je me fus élancé 
(mot employé pour monter à cheval) sur le dos du cheval à pou- 
lies, je fus torturé au grand trot, après être monté sur le cheval 
à roues creuses, je fus torturé à une vive allure, c'est-à-dire au 
moyen des cordes et des poulies aménagées dans ce but. » Nous 
lisons aussi constamment dans des descriptions des souffrances des 
saints martyrs et particulièrement dans celles des saints Abundius 
et Abundantius, comment les chrétiens étaient hissés sur le cheval 
pour être torturés. Il est donc parfaitement clair que le cheval, 
comme il a déjà été dit, était une machine de bois faite à la ressem- 
blance d'un cheval, et rien autre. 

En dernier lieu, celte façon de voir semble être grandement 
corroborée par saint Jérôme, Epitre aux Innocents, et Sénèque, 
dont le premier écrit que les personnes torturées sur le cheval 
de bois avaient les yeux levés au ciel, et le dernier, qu'elles étaient 
étendues dessus tout de leur long. 

Ainsi, saint Jérôme dit : a Quoique son corps fût étendu sur le 
cheval, ses yeux — la seule partie de lui que les bourreaux ne 
pussent lier — regardaient vers le ciel. » 

Et Sénèque : « Actuellement, vous essayez de nous persuader 
que cela importe peu si un homme est sous l'influence d'une 
émotion joyeuse, ou s'il est couché sur le cheval. » 

Si donc, comme il est dit ici, les prisonniers regardaient le 
ciel, étant couchés sur le cheval, il est plus que probable que 
cet instrument était fabriqué plutôt comme un cheval que comme 
toute autre chose. De plus, le fait que le cheval était pourvu de 
petites roues creuses ou poulies, peut être confirmé par les vers 
de l'ancien poète Pomponius, déjà cité, comme il apparaît d'une 
façon manifeste par les faits et les expériences que nous avons 
donnés ci-dessus. 

En outre, que les victimes aient été hissées sur le cheval, les 



- 41 



Co;riu;re6 et tourmente bes (Ittarf jtB c^xtiicriB 

bras croisés derrière le dos et les jambes liées à la machine à des 
cordes qui étaient placées sur certaines petites manivelles de 
la nature des poulies, et ainsi détirés et écartelées, ceci, je le 
répète, peut être prouvé par de nombreux et divers passages, et 
spécialement par VHisloire d'Eusèbe, où l'on trouve ces mots : 
« Car, en premier lieu, quelques-uns étaient suspendus, les mains 
liées au bois derrière eux, et, au moyen de certaines machines, 
tous leurs membres étaient détirés et écartelés, etc.. » 

De plus, le passage qui suit montre assez clairement qu'il s'agit 
ici du cheval de l)ois. « Deuxièmement, sur l'ordre dps magis- 
trats, ils étaient horriblement torturés dans (ont le corps par les 
bourreaux, et non seulement leurs flancs, comme on le fait ordi- 
nairement pour les meurtriers, mais leur ventre aussi, et leur 
menton et leurs genoux, étaient frappés avec des bâtons de fer ou 
des grifTes. » 

De plus, l'évidence peut en être encore accrue par un autre 
passage tiré de YEpilre aux Innocents de saint Jérôme, où il est 
écrit : « Mais vraiment, la femme fut plus forte que son sexe, et 
quoique le cheval torturât son corps, tandis que ses mains, 
souillées par les ordures do la prison, étaient liées par des cordes, 
derrière elle, pourtant, avec ses yeux, etc. . . » 

On peut aussi trouver la même chose dans VHijmne sur le 
Martyre de saint Vincent de Prudentius, dans lequel le Tyran 
s'adresse ainsi aux bourreaux : 

Yinclum retorl/s brachiis 
Sursum et dcorsum extendite, 
Compago donec ossium 
Diimlsa membratim crêpe t.. . 

(( Va, lie l'homme, les bras croisés derrière le dos. 

Et disloque-le du haut en bas. 

Jusqu'à ce que la charpente de ses os craque. 



— 42 — 



®u cÇei?af be Bots 



Et que ses membres soient déchirés les uns après les autres. » 

Et encore dans l'Hymne pour l'anniversaire de saint Romain, 
où l'indomptable martyr parle ainsi du haut du cheval : 

Miserum putatis, qiiod retorlis pendeo 
Extcnsus ulnis, quod revellunliir pedes, 
Compago nervis quod sonat crepantibus 

« Vous me jugez malheureux, parce que je suis suspendu, 

étendu, 
Les coudes liés derrière moi, et que mes jambes sont écar- 

telées. 
Et que toute ma charpente craque, tandis que mes nerfs sont 

brisés... » 

De tous ces passages, il s'ensuit clairement, dans notre opinion, 
que les prisonniers avaient les mains et les pieds liés par des 
cordes, les mains étant croisées derrière le dos, et que, par la 
révolution de certaines petites manivelles auxquelles les cordes 
étaient fixées, ils étaient torturés et leurs membres déchirés l'un 
après l'autre. 

Le fait que le cheval était pourvu d'engins de la nature des 
poulies, pour ne pas faire de nouveaux appels à l'évidence fournie 
par Eusèbe, est un fait qui peut être confirmé par ce que dit 
Vitruve, larchitecte, dans son Ouvrage, où il traite des poulies 
ainsi que des autres instruments employés pour soulever, tels que 
les treuils ou cabestans. 

Il déclare qu'une corde qui court, après avoir été placée sur 
une poulie, doit, si l'on veut soulever des marchandises ou 
les embarquer, être menée à quelqu'engin de la nature d'un 
treuil. 

Le fait que les victimes étaient étendues tout de leur long sur 
le cheval, le visage tourné vers le ciel, tandis que l'on resserrait 



- 43 - 



ZovtutCB d tourmente bee (tttûrf^rB c^xtixcuB 

les cordes, est démontré d'une façon suffisante par les passages 
tirés de saint Jérôme et de Sénèque ; mais il y a un autre point à 
noter (comme nous en sommes avisés par cette même Epitre de 
saint Jérôme), savoir : que les bourreaux avaient quelquefois 
riiabitude, en vue d'au(<mentcr encore la souffrance, d'attacher 
au bois les cheveux des femmes qui encouraient le châtiment du 
cheval. Et rien d'étonnant à ce que ce fût un accroissement de 
soufTrances, car, lorsque les cordes étaient relâchées par les 
bourreaux el que les victimes tombaient sous le ventre du cheval 
(comme on le verra bientôt d'après Ammianus Marcellinus), le 
corps pendant courbé en deux, la chevelure était forcément tirée 
et arrachée de la tète, à l'excessive douleur du corps et de 
l'esprit. 

Mais, quant aux victimes tombant sous l'instrument, le corps 
pendant, lorsque les cordes serrées étaient relâchées, ce fait est 
attesté, parmi d'autres auteurs, par Ammianus Marcellinus, qui 
écrit : « Il livra aux bourreaux plusieurs personnes innocentes, 
et les fit placer le corps pendant sous le cheval, » et plus loin 
(comme il a déjà été cité) : « Quoiqu'il demeurât le corps pendant 
sous le cheval, il n'en persista pas moins dans sa dénégation opi- 
niâtre et désespérée. )^ Maintenant, dans ces passages, et spécia- 
lement dans le dernier, l'auteur veut impliquer que les cordes 
étaient relâchées afin d'augmenter la douleur, et non pas dans le 
but de la diminuer. La première de ces opinions est la nôtre, 
tandis que la seconde est maintenue par Sigonius et ses disciples. 
11 assure que les Anciens avaient l'habitude de relâcher les cordes, 
par lesquelles les prisonniers étaient attachés au cheval, dans le 
but d'atténuer la souffrance. En conséquence, il écrit ; « De mê- 
me que le cheval, ou plutôt les cordes, étaient resserrées en vue 
d'augmenter la souffrance, de même elles étaient relâchées dans 
le but de l'atténuer ; — citant, pour confirmer son opinion par 
l'autorité des Anciens, ce qui suit, tiré de Valerius Maximus : 



- 44 - 



©u c^cv(XÏ be 6ot0 



« Pendant que Zeno était torturé par Néarque, le Tyran, il dé- 
clara qu'il y avait quelque chose que l'autre devait entendre secrè- 
tement ; alors, lorsque le cheval fut relâché, il saisit l'oreille du 
Tvran entre ses dents et la coupa », et encore, à un autre endroit : 
« Hieronymus, le Tyran, excita en vain le zèle de ses bourreaux, 
car il rompit les verges, détacha les cordes, relâcha le cheval, 
et mit de côté les plaques rougies au feu, avant que d'avoir pu 
forcer l'autre à révéler ses complices dans le tyrannicide. » U y a 
un autre point que nous voudrions faire remarquer au lecteur : 
Ce relâchement des cordes (comme il est démontré dans le pas- 
sage cité de Valerius Maximus) implique clairement le fait, que 
nous avons établi au commencement de ce chapitre, que le che- 
val de bois était quelque peu élevé au-dessus de la terre dans tou- 
tes ses parties. Nous ne devons donc pas être surpris si Pruden- 
tius, dans son Hymne sur le martyre de saint Romain, représente 
ce soldat du Christ, criant du haut du cheval, comme du haut 
d'un édifice élevé. 

Aadile caiicti, claino longe, ac praedico, 
Einilto vocem de calasla celsior. 

« Ecoutez tous : Je crie et je proclame mes nouvelles ; 
(( Je fais entendre ma voix, élevé sur cet échafaud. » 
Mais assez sur cette partie de notre sujet. 

Fidicnlae : ce que les anciens signifiaient par ce mot. 

Sigonius, dans le passage cité ci-dessus, émet l'opinion que 
c'étaient des lanières ou bandes au moyen desquelles les mem- 
bres des prisonniers étaient attachés au cheval, et que, parler des 
criminels étant torturés par les fidicidae, c'est la même chose que 
de dire qu'ils étaient attachés au cheval par ces lanières, et que 



45 — 



les jointures de leurs os étaient disloquées et arrachées à leur 
douleur extrême. Mais il y a plusieurs considérations qui nous 
convainquent, sans laisser de doute, que les savants qui ont cette 
opinion sont complètement dans l'erreur, et, pour satisfaire plei- 
nement sur ce point l'indulgent lecteur, nous allons les exposer 
ici tout au long. 

Saint Isidore déclare, avec la plus grande exactitude, qu'il n'y 
avait pas du tout de lanières, mais plutôt des pinces ou griffes de 
fer avec lesquelles on lacérait les condamnés. Cela s'accorde avec 
ce que dit Prudentius dans son Hymne à saint Romain le Martyr, 
où il parle des fidiculae comme d'une sorte de pinces ou griffes. 
Voici les mots qu'il met dans la bouche d'Asclepias, le Juge : 

Vertat ichini carnifex 
In os loquentis, inque maxillas maimum 
Siilcosque aciilos, et fidiciilas transférât 
Verbosilatis ut rumpalur locus. 

« Que l'exécuteur applique un soufflet 
« Sur les lèvres de l'orateur 

« Et laboure ses mâchoires de coupures aiguës avec les griffes de 

[fer; 

« Afin que l'endroit d'où sont venus les mots puisse être détruit. * 

Que par le mot fidicidae Asclepias ici ait voulu nommer des 

griffes est prouvé par les vers que l'auteur ajoute immédiatement ; 

Implct jubentis dicta lictor improbus, 
Charaxat ambas ungulis scribentibus 
Gênas cruentis et secal faciem rolis : 
Hirsuta barbis solvitnr carptim cutis 
Et mentum adusque vultus oninis scinditur. 

« Le cruel licteur obéit aux ordres du Juge, 

« Il marque ses deux joues de l'écriture des griffes de fer. 



- 46 - 



ZtB <Sïbku{(XC 



(( Et laboure son visage de sillons sanglants. 
« La peau et la barbe qui la rendait dure sont arrachées par 

[lambeaux, 
« Le menton et les traits sont tous lacérés. » 

Ainsi parle Prudentius. D'autre part, Suétone (Tibère) semble 
s'opposer à cette opinion dans un passage où on parle des fidicii- 
lae comme d'une forme de supplice apparemment toute différente : 
(' Il avait encore inventé un autre mode de torture ; après avoir 
traîtreusement induit ses victimes à boire longtemps et beaucoup, 
il leur faisait soudain lier les parties privées, de sorte qu'ils souf- 
fraient à mourir par la contraction des liens (fidiciilae) et par la 
dilatation de leur vessie sous raccumulation de l'urine. » Voilà 
ce que dit Suétone, mais, sans vouloir discuter son autorité, on 
peut admettre de suite qu'ici nous avons affaire à une chose tout 
à fait différente de ce que l'on cite comme fidiculae dans les His- 
toires des saints Martyrs et autres autorités mentionnées. Mais, 
assez sur ce sujet. 

Pourtant, relativement à ce que nous avons dit ci-dessus con- 
cernant certains autres genres de supplices qui consistaient à 
étendre les prisonniers sur un cheval de bois et à les torturer, il 
faut remarquer que nos ancêtres avaient l'habitude d'étendre la 
personne sur cet instrument et que, au moyen des fidiculae ou 
griffes de fer, ils lui déchiraient les membres ou bien les lui brû- 
laient avec des plaques rougies au feu ou autres choses sembla- 
bles. Cela est rapporté dans diverses collections d'Ac/e5 des Saints 
Martyrs et spécialement dans VEpitre à Donatus de saint Cyprien, 
où il écrit : « La lance était là, et l'épée, et l'exécuteur se tenait 
prêt, et il y avait la griffe de fer qui arrache et déchire les flancs, 
le cheval qui écartèle les membres et le feu qui brûle, bien des 
sortes de supplices pour un pauvre corps humain. » Et encore, à 
un autre endroit : >( Mais la cruauté du Juge au cœur de pierre 



47 - 



fut de nouveau excitée, et la victime, déjà épuisée par la souf- 
france, fut de nouveau déchirée par le fouet, frappée par le bâton, 
disloquée sur le cheval, lacérée par les griffes de fer et brûlée par 
les flammes. » Saint Augustin aussi écrit dans son Epîlre à Marcel- 
linus : « Quand, je vous le demande, avez-vous avoué vos crimes 
si pleins de haine? Ce n'est ni par le cheval qui disloque les 
membres, ni par les griffes de fer qui déchirent, ni par les flam- 
mes qui brûlent, mais par de simples coups de fouet?» De même 
Cicéron dans In Verrem : c Mais quoi, lorsque les plaques 
rougies au feu, ainsi que le reste des instruments du bourreau, 
furent apportées... » Et dans les Philippiques : «Appelez sous vos 
yeux les entraves et les fouets, le cheval, l'exécuteur et Ihorrible 
Samarius, le bourreau. » Séuéque aussi : « Et tout un appareil 
de cruauté doit lui être payé de retour : ses chevaux et ses griffes 
de fer, ses entraves et ses croix, ses plateaux et son feu et le 
crampon qui traîne hors de l'arène le corps torturé. )) Et Ammia- 
nus Marcellinus : « Les chevaux furent étendus et l'exécuteur 
préparait ses crampons et ses instruments de supplice. » 

11 ne nous reste plus maintenant qu'à citer quelques vers tirés 
des Hymnes de Prudentius, traitant du même sujet : De l'Hymne 
de saint Vincent, Martyr : 

Extorque, si potes, fidem. 
Tormenta, carcer, iingulx, 
Slridensqiie flammis lamina 
Atqne ipsa poenarum ultima 
Mors Christianis ludus est. 

Et un peu plus loin dans la même hymne : 

Ridebat haec miles Dei, 
Manus cruentas increpans 
Quod fixa non profundins 
Intraret artus ungula. 



— 48 



®u cÇetpûf be 0010 



Arrachez-moi ma foi, si vous pouvez. 

Les tortures, la prison, les griffes de fer, 

La plaque rougie au feu crépitant sous les flammes. 

Et la mort elle-même, le dernier des châtiments. 

Ne sont que des jeux pour le Chrétien. 

De toutes ces choses, le champion de Dieu se moque, 

Frappant l'une contre l'autre ses mains sanglantes. 

Riant parce que le crampon qui perçait sa chair 

N'entrait pas plus profondément. 

De même dans l'hymne de saint Romain, le Martyr : 



Amor coronae pœnae prœvenit trucem 
Lictoris arlem, sponle nudas offerens 
Costas bisulcis execandas ungulis. 

Et encore dans la même : 

iVon ungularum ianta vis lalus fodit 
Miicrone, quanta dira puisât pleuresis : 
Nec sic inusta laminis ardet cutis, 
Ut febris atro fêle venus exedit. 

L'amour de la couronne du martyre 

Triomphe du pouvoir sauvage du bourreau, 

Faisant offrir volontairement les flancs nus à la lacération des 
crampons à double fourche. 

La griffe de fer ne déchire pas le côté aussi cruellement de ses 
dents aiguës. 

Que ne le fait la pleurésie dans son attaque mortelle. 

Les plaques ardentes ne brûlent et ne rôtissent pas la peau 
d'une façon aussi terrible 

Que la fièvre et la noire bile quand elles consument le sang des 
veines. 



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De tous CCS passages, donc, il apparaît, d'une manière mani- 
feste, que l'opinion que nous avons nous-même adoptée et décla- 
rée concernant le cheval, est la vraie, savoir que c'était une 
machine de bois fabriquée à la ressemblance d'un vrai cheval; 
et non, comme le veut Sigonius, simplement une sorte d'écha- 
faud ou de plate-forme. Car, si c'était cette dernière chose, 
comment le poète Pomponius, cité plus haut, pourrait-il parler 
de prisonniers enfourchant le cheval et comment Cicéron eùt-il 
pu se servir de termes ayant la même signification? Et comment 
Ammianus Marcellinus eùt-il pu parler d'hommes étant torturés 
sur le cheval, puis, lorsque les cordes avec lesquelles ils étaient 
liés étaient relâchées, tombant immédiatement sous le ventre du 
cheval, le corps pendant, courbé en deux, et non pas étendu 
droit? 

Mais arrivons aux raisons allégués par Sigonius et à leur 
réfutation. 

Son premier point est qu'Eusèbc, Histoire ecclésiastique, faisant 
mention du cheval, implique que c'était une sorte d'échafaud 
ou de plate-forme que l'on avait l'habitude d'élever toute droite. 
Voici ses paroles : 

<c Mais lorsque ces cruelles et tyranniques formes de torture, 
en raison de la sainte patience des martyrs, qui était confirmée 
par les mérites du Christ, semblaient avoir toutes été appliquées 
et infligées en vain, le démon imaginait contre eux d'autres nou- 
velles inventions. C'est pourquoi ils étaient jetés dans des 
donjons où ils restaient misérablement, dans des endroits 
sombres et insupportablement pleins d'horreur, tandis que, 
quelquefois, leurs pieds étaient fixés dans de lourds blocs 
de bois, l'un de l'autre étant jusqu'à la distance du cinquième 
trou. » Cela, ajoute Sigonius, montre que le cheval était 
une plate-forme en bois sur laquelle on étendait les prison- 
niers. Il s'en rapporte aussi à d'autres passages tirés de Sozomen 



- 50 - 



®u cÇei?af bc 6ot6 



(Histoire) où, parlant de Busiris, chrétien de la ville galate 
d'Ancyra, qui fut crucifié pour sa foi à Mj'ros, ville de Phrvgie, 
sous l'empereur Julien l'Apostat, il écrit : « De sorte que, lors- 
qu'on l'eût conduit vers l'instrument du supplice, il ordonna que 
celui-ci fût élevé. » Et encore : « Parmi les chrétiens qui avaient 
été jetés en prison, il choisit premièrement un jeune homme 
nommé Théodore et le lie au poteau où l'on avait l'habitude 
d'infliger des supplices et où il fut déchiré pendant longtemps 
avec des griffes de fer. » De même Prudentius — pour ne pas citer 
une seconde fois les vers tirés de son hymne sur le martyre de 
saint Romain et où il fait ce saint parler « d'élever la voix du haut 
de l'échafaud » — dit d'un martyr: 

« Scindant utrumque milites teterrimi 
Mucrone bisalco pensilis lalas viri. o 

« Les sauvages soldats coupèrent et ouvrirent ses flancs 
Avec une épée à double tranchant tandis qu'il pendait là. » 
Tels sont les principaux arguments sur lesquels se reposent 
Sigonius et ceux qui suivent son opinion, laquelle nous allons 
réfuter. Et pour rendre plus facile la réfutation, nous devons 
déclarer, pour commencer, que ce savant a sûrement fait une 
confusion entre le cheval de bois, d'une part, et de l'autre, entre 
premièrement : la plate-forme en bois ou échafaud où l'on avait 
coutume de placer les prisonniers pour les torturer, et, deuxième- 
ment: les lourdes entraves ou blocs dans lesquels les prisonniers 
étant en prison avaient les jambes fixées et écartelées jusqu'au 
quatrième ou cinquième trou, et étaient ainsi tenus dans une souf- 
france constante. 

De plus, il faut remarquer, en passant, que ce mot plate-forme 
avait encore une autre signification, voulant indiquer quelque- 
fois, quoique à moins proprement parler, une combinaison faite 



- 51 — 



de longs et larges morceaux de bois où l'on tenait enfermés les 
esclaves exposés pour la vente ; quelquefois on l'emploie à l'occa- 
sion pour indiquer la charpente du gril sur lequel mourut samt 
Laurent, ainsi que d'autres martyrs. 

Prudentius aussi, dans son hymne sur saint Laurent, chante : 

« Postquam vapor diatius 
Decoxit exustum lalus, 
Ultro ex catasla Judicem 
Compellat affala brcvi : 
Converle partem corporis, 
Satis crematas jugiter. » 

Lorsque la chaleur eut longuement 

Brûlé et rôti un côté, 

Interpellant le juge de dessus l'échafaud (c'est-à-dire le gril), 

Le martyr dit d'une voix courte et brève : 

« Tournez maintenant mon corps de l'autre côté ; 

Celui-ci est assez brûlé et doit être épargné. » 

Mais il est certain que la signification véritable et générale de 
ce mot plate-forme ou échafaud était un endroit élevé où l'on 
plaçait les gens pour les torturer afin d'être mieux vus par les per- 
sonnes présentes et que, dansson exposé du mot cheval, le savant 
a fait confusion entre les deux objets. 

Un mot de plus sur cette sorte d'entraves ou de blocs dans les- 
quels on plaçait les prisonniers dans leur cellule, écartelant leurs 
jambes jusqu'au quatrième et cinquième trou et les y maintenant 
pendant longtemps pour prolonger leur souffrance : 

Cet instrument ne peut, en aucune manière, être le même que 
le cheval de bois, ainsi que je l'ai démontré, pour plusieurs raisons. 
Premièrement, parce que, par l'opération du premier, les hommes 
étaient écartelés en largeur, tandis que par le dernier, comme 
nous le voyons déclaré par Sénéque, ils étaient détirés en lon- 



- 52 - 



©ifitenfiion ^cb memBres 



gueur. Secondement, il est clair que la première forme de châti- 
ment ne s'employait que dans les cellules (comme on le verra 
bientôt d'une façon plus évidente lorsque nous en viendrons à 
traiter des entraves et des fers), mais la dernière, au contraire, 
comme le prouvent de nombreux Actes des saints Martyrs, s'em- 
ployait en dehors des murs de la prison et plus généralement 
dans les places publiques ou les villes. Troisièmement, sur le 
cheval, non seulement les jambes de la victime étaient torturées 
et écartelées pour être déchirées par les griffes de fer, mais le 
corps entier aussi, tandis que, dans les entraves, les jambes seule- 
ment étaient écartelées. Tout cela montre que ces dernières 
étaient complètement différentes du cheval de bois. 



PLUSIEURS FAÇONS DIVERSES DONT LES CORPS DES PRISONNIERS 
ÉTAIENT DISTENDUS ET TORTURÉS 

Nous devons de plus comprendre que c'était la coutume des 
Anciens de torturer et de distendre les corps des personnes accusées 
de diverses façons, savoir : au moyen du cheval, par des poulies, 
ou en les suspendant avec de lourds poids attachés à leurs pieds 
— et aussi de les torturer par d'autres supplices variés, tels que 
de les déchirer avec des griffes de fer, des étrilles ou autres ins- 
truments semblables, ou les brûler avec des plaques rougies au 
feu, etc. Et ces mêmes tortures étaient infligées de manières 
différentes, r.oit en laissant les victimes sur le cheval de bois, 
soit en les suspendant de l'une ou l'autre des façons décrites 
ci-dessus dans le chapitre h^' ; en les attachant à des pieux, à 
des arbres ou à des poteaux. 



- 53 



ZoxiuxCB et tourmente ttB (tttart^re cÇrétiene 



FAÇONS DONT LES GENS ÉTAIENT LIÉS AU CHEVAL DE BOIS, ET COMMENT 
ILS Y ÉTAIENT SUSPENDUS COMME A UNE POUTRE ; DE MÊME DE LA 
VRAIE SIGNIFICATION d'ÉTRE PENDU AU CHEVAL. 

Nous lisons encore et encore, dans les récits de la passsion 
des saints Martyrs, des phrases de ce genre : « Le martyr fut 
pendu au cheval, » — façon de s'expliquer qui a fait supposer 
(comme il a été dit plus haut) que le cheval n'était pas fait de 
manière à ressembler à un vrai cheval, mais était quelque chose 
de différent. Sûrement ceux-ci n'ont pas considéré un fait pleine- 
ment confirmé par les œuvres des anciens auteurs, savoir que 
ce mot pendu signifie simplement aussi être élevé sur un endroit 
quelconque, chose qu'ils n'auraient pu faire autrement que de 
remarquer s'ils avaient lu leurs auteurs avec quelque attention. 
Donc, dire d'un martyr qu'il était suspendu au cheval est la 
même chose que de dire qu'il était élevé dessus. C'est pourquoi, 
en lisant les histoires des saints qui ont conquis la couronne du 
martyre, nous trouvons dans la bouche du juge ou de l'empe- 
reur qui ordonne que quelqu'un soit torturé sur le cheval, des 
paroltis comme celles-ci : « Que l'homme soit hissé sur le cheval 
et torturé. » 

De même dans les Actes des saints Abundius, prêtre, et 
Abundantius, diacre, on raconte : « Alors Dioclétien ordonna 
qu'ils fussent hissés sur le cheval et torturés pendant longtemps, 
et lorsqu'ils furent ainsi torturés, etc.. » Etre suspendu au cheval, 
donc, ne signifie ni plus ni moins qu'être placé dessus. 

Cela est aussi confirmé par les istoires des saintes Régina et 
Marguerite, vierges et martyres. Au commencement il est 
écrit : « Marguerite fut suspendue au cheval, » tandis qu'un 
peu plus loin on ajoute : « Après plusieurs jours, le peuple 



- 54 - 




revient et elle est amenée devant le juge et^, comme elle refuse 
de sacrifier aux idoles, elle est de nouveau hissée sur le cheval, » 
etc.. 

Enfin, nous pouvons ajouter qu'à l'occasion les martyrs étaient 
réellement suspendus au cheval auquel ils étaient liés. Car, 
lorsque les cordes, au moyen desquelles ils étaient attachés, 
étaient relâchées, ils tombaient sous le ventre du cheval, le corps 
plié en deux. Ainsi ils ne pendaient pas droit de l'instru- 
ment, comme le font habituellement les gens pendus, mais 
(comme il est dit plus haut), le corps plié au-dessous, fait abon- 
damment prouvé par Ammianus Marcellinus dans divers 
passages déjà cités. 

EXTENSION ET DISTENSION DU CHEVAL DE BOIS 

Ammianus et plusieurs autres écrivains font souvent mention 
du cheval de bois comme étant étendu et distendu. On ne doit pas 
naturellement comprendre qu'il s'agit ici de la machine elle- 
même, mais des cordes par lesquelles on attachait les victimes qui 
devaient être torturées, car, tandis que celles-ci étaient tirées, puis 
relâchées, le cheval lui-même semblait en même temps être 
étendu et relâché. 



POURQUOI LE CHEVAL ETAIT QUELQUEFOIS APPELE UN POTEAU, 
ET QUELQUEFOIS UNE CROIX. 

Le cheval de bois (comme il a déjà été établi) se composait 
d'un poteau oblong ou poutre en bois, supporté par quatre 
autres morceaux- de bois ou pieds. Gela est mentionné par saint 
Jérôme, Epilre aux Innocents, en ces mots : Sa chevelure est 



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attachée au poteau et son corps entier lié au cheval; alors on 
approche de ses pieds un feu, tandis qu'au même moment, 
l'exécuteur lui déchire les flancs, etc.. » Dans les mêmes termes 
Prudentius parle de la fabrication entière du cheval comme du 
poteau maudit dans son Hymme à saint Romain le Martyr, où il 
dit: 

Incensus his Asclepiades jusseral 
Eviscerandum corpus eqauleo eminus 
Pendere. et iincis ungulisquc crescere 

Et, quelques lignes plus bas : 

Jubet amoveri noxialem stipilem 
Plebeia clora poena ne damnet virum 

<( Courroucé par ces paroles, Asclepiades avait ordonné 
Que son corps fût élevé pour être torturé sur le cheval. 
Et pour subir le supplice des crampons et des griffes de fer. » 
« Il ordonna que le poteau maudit soit déplacé. 
Pour sauver la noble victime d'un sort aussi plébéien. » 
Ce nom n'est pas non plus le seul donné au cheval de bois, car 
on l'appelle aussi mala mansio, ou « mauvais quartier ». Quel- 
quefois aussi on en parle comme d'une croix ; ainsi dans les 
Actes de sainte Dorothée, vierge et martyre, dans les saints jours 
du mois de février, on trouve aussi ces mots concernant un 
certain Théophile qui fut torturé sur le cheval de bois : « Mainte- 
nant, regarde! je suis chrétien, car, n'ai-je pas été pendu à la 
croix, c'est-à-dire au cheval de bois ? Car ce même cheval a une 
ressemblance avec une croix. » 

Et, vraiment, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il fût appelé 
ainsi, car, en premier lieu, nous lisons que d'autres instruments 
de torture étaient de même appelés croix; deuxièmement parce 



- 56 - 



%CB BÎOCB 



que les corios de ceux qui y étaient suppliciés y étaient ordinai- 
rement étendus comme ceux des personnes crucifiées; troisième- 
ment et finalement parce que les piliers de bois qui représen- 
taient les jambes du cheval, outre qu'ils étaient liés à la poutre 
principale, étaient aussi unis ensemble et joints par des pièces de 
bois en croix quoiqu'ils fussent séparés tout près de la terre, ce 
qui faisait que chaque paire de piliers formait ainsi les deux bras 
d'une croix. 

Une citation de plus et nous en aurons dit assez sur cette partie 
de notre sujet. Sozomen parlant d'un certain chrétien nommé 
Busiris, écrit : ce Alors, l'emmenant à la place publique où se 
trouvait le cheval de bois, il ordonne qu'il y soit suspendu. Une 
fois là, Busiris, levant ses mains vers sa tête, découvrit lui-même 
ses flancs et les mit à nu et, s'adressant au gouverneur, dit qu'il 
n'y avait aucune nécessité pour les licteurs à prendre des peines 
inutiles pour le suspendre au cheval et ensuite le laisser retomber à 
terre, etc.. » passage qui confirme de plus nos premières asser- 
tions sur ce que le cheval était réellement, savoir une machine 
faite à la ressemblance d'un cheval vivant, sur laquelle on élevait 
les martyrs pour les torturer, et non simplement une plate-forme 
ou échafaud. 



DES BLOCS ET DIVERSES AUTRES METHODES POUR LIER ETROITEMENT 

LES PRISONNIERS 

Un peu plus haut, nous avons établi la distinction existant 
entre le cheval de bois et les entraves dans lesquelles on enfer- 
mait les jambes des martyrs pour leur faire subir le supplice qui 
consistait à les écarteler jusqu'au quatrième ou au cinquième 
trou. Maintenant, il convient de remarquer que, parmi les 
Anciens, il y avait plusieurs sortes d'entraves en usage, savoir : 



- 57 - 




les blocs, les courroies, les chaînes, les lanières, les fers, les 
menottes, les colliers et la cellule. Plante les énumère dans sa 
pièce, Asinaria : 

Aduersum sUmulos, laminas, crucesque, coinpedesque, 
Neruos, catenas, carceres, numellas, pedicas, boias. 

(( Contre les fouets et les plaques rougies au feu, contre la croix 
et les blocs, 

« Contre les courroies, les chaînes, les prisons, les lanières, les 
fers et les colliers. » 



DES BLOCS 

Les blocs étaient une espèce de machine en bois dans laquelle 
on avait l'habitude d'emprisonner les jambes des prisonniers et 
des criminels et où elles étaient serrées et comprimées. Plaute et 
Térence, parmi d'anciens écrivains, en font mention, le premier 
auteur dans les Captivi, où il dit : 

Vbi ponderosas crassas copiât compedes. 

« Lorsqu'on le place dans les lourds et pesants blocs » ; le der- 
nier dans le Phormio : 

Molendum usque in pistrino, vapulandam, habendse, compedes. 

«. Nous devons pour toujours broyer le grain dans le moulin, 
et être frappés, et endurer les blocs. » 

Horace aussi a quelque chose à dire sur le sujet dans ses 
Epodes : 



- 58 



©es 6foc5 



Ibericis peruste funibus latus 
Et crura dura compede. 

« Vous dont le flanc est irrité par les liens Ibériens, 
« Et les jambes blessées par le bois dur des blocs. » 
Et encore dans ses Epitres : 

Argentum tollas licet, in manicis et 

Compedibus salvo le sub custode tenebo. 

« Oui, VOUS pouvez prendre l'argent; mais je vous tiendrai 
« Enchaîné dans les blocs sous une dure oppression. » 
C'est dans cette sorte de blocs que les Saints Mart^Ts furent 
cruellement torturés; car (comme nous en sommes informé par 
des passages cités un peu plus haut) après les avoir flagellés et 
déchirés avec les griffes de fer, leurs jambes étaient étendues et 
écartées de force jusqu'au quatrième ou cinquième trou de l'ins- 
trument. Prudentius en parle dans l'une de ses Hymnes : 

In hoc baralhrum conjicit 
Truculentas hoslis marlgrem, 
Lignoque plantas inseril 
Divaricatis cruribus. 

« Dans ce donjon le féroce tyran 

« Jette le martyr, 

« Et, lui écartant les jambes de force, 

« Emprisonne ses pieds dans les blocs. » 

Il semble probable, d'après ce que dit Eusèbe, que, lorsqu'ils 
étaient ainsi mis dans les blocs, ils étaient nécessairement forcés 
d'être couchés à plat, le dos sur une planche de bois. Il écrit : 
« De plus quelques-uns, après avoir été flagellés, étaient placés 
dans les blocs et leurs jambes écartées de force à la distance de 
quatre trous l'une de l'autre, de telle façon qu'ils étaient forcé- 



— 59 - 



ZoxiuuB tt tourments bes (Utart^rs cÇrétiens 

ment obligés de rester couchés sur le dos sur le bois, quoiqu'ils ne 
pussent le faire sans de grande difficultés, attendu que leurs corps 
entiers étaient couverts de blessures fraîches faites par le fouet, » 
Tout cela dit sur les blocs. 



DES ENTRAVES 

Celles-ci aussi sont mentionnées dans les lignes que nous 
venons de citer de VAsinaria de Plante ; et ainsi décrites par 
Nonius : « L'entrave est une sorte de machine en bois autrefois 
employée par les Anciens pour torturer les criminels, le cou et 
les pieds de la victime y étant tous deux emprisonnés », c'est-à- 
dire que c'était un instrument en bois avec des trous ronds dans 
lesquels les pieds et le cou des prisonniers étaient enfermés et 
fixés de telle façon qu'ils ne pouvaient pas les retirer. 

Notre opinion personnelle est que, pourtant, ce mot entraves 
était employé par les Anciens pour désigner plusieurs sortes diffé- 
rentes d'entraves, conclusion à laquelle nous sommes amené par 
les paroles de Sextus Pompée, qui en parle en ces termes : 
« L'entrave est une sorte de liens dans lesquels on enferme les 
bêtes à quatre pattes, elle est généralement laite avec des lanières 
faites de peau de bœuf brute. » Ceci diffère du compte rendu de 
Nonius, de sorte que, à moins que nous ne soyons résolu à dire 
ouvertement que l'un des deux est dans l'erreur, nous ne pou- 
vons que conclure que le mot s'appliquait dans deux sens 
différents. 

DES COURROIES 

Celles-ci sont mentionnées par Plante dans ses Captiui : 
Nom nocta nervo uinctus cuslodibitur 



- 60 - 



©es fête et bee menottes 



« Car à la nuit il sera gardé à vue et lié par une courroie » ; 
dans le Curciilio : 

Atque ita te nervo lorquebo, ibidem iil catapuUae soient 

«. Et je tordj'ai tes membres avec une courroie, comme le 
ferait une catapulte » et dans d'autres passages encore ù choisir. 
Cyprien aussi, Epîires au Clergé et au Peuple, dit, parlant de 
Celerinus : « Pendant dix-neuf jours, il fut enfermé dans une 
prison, lié par des courroies et des bandes de fer... » 

Mais Sextus Pompée ajoute quelque chose de plus dans la des- 
cription qu'il en fait, disant : <( Nous donnons aussi ce nom à 
des fers pour les pieds, quoique Plaute en parle comme si on les 
employait aussi pour le cou. » Nous pouvons nous résumer par 
cette définition : « Une courroie est une sorte de lien employé 
pour emprisonner les pieds ou le cou. » De là ce que dit Caton, 
rapporté par Aulu Gelle : « Les voleurs coupables de vols 
privés passent la journée emprisonnés dans les fers et les 
courroies, les voleurs publics dans la pourpre et l'or. » 



DES FERS 

Les fers étaient une sorte d'entrave dans laquelle on enfermait 
les pieds des criminels, juste de la même façon que les menottes 
emprisonnent les mains. 

DES MENOTTES 

Les menottes étaient des bandes pour les mains ; comme dit le 
Psaume : <( Pour avoir mis les pieds de leurs rois dans les fers 



- 61 - 



ZoxiuxCB ef tourments bee (Wftartjprs cÇrétiene 

et leurs princes dans des bandes de fer. à Plante écrit encore 
dans sa Mostellaria : 

Ut cum extemplo vocem, 

Conlinuo exiliatis, manicas celeriter connectite 

« De sorte que, au moment où j'appelle, vous puissiez à l'ins- 
tant vous élancer en avant et promptement attacher ensemble les 
menottes » ; et dans les Captivi : 

Injicite haie aclutiim manicas mastigiœ 

« Va, mets immédiatement ici les menottes à ce misérable! » 
Virgile aussi dans sa deuxième Enéide : 

Ipse viro primas manicas, atque arcta levari 
Vincla Jabet Priamus. 

« Le roi Priam lui-même est le premier à intercéder pour que 
l'on délivre l'homme de ses menottes et de ses liens. » 

Pour ne pas mentionner un certain nombre d'autres auteurs, 
que, pour plus de brièveté, nous devons nous dispenser de citer. 

Les héréliquesanglais,autempsactuel(1591)s'occupent sans cesse 
plus activement à infliger à ceux qui professent la foi orthodoxe, 
d'une façon maligne et cruelle, le supplice des bandes de fer ou 
menottes, comme ils les appellent. C'est une sorte d'instrument 
au moyen duquel un homme est pendu et torturé, ses deux mains 
étant placées dans un anneau de fer dentelé à l'intérieur et 
violemment serré. En vérité, si intense et si terrible est la douleur 
que, cà moins que le doigt n'ait la possibilité de s'appuyer contre 
un mur ou la pointe des pieds de toucher la terre, l'homme tom- 
bera immédiatement dans une défaillance mortelle. Si vous 
voulez en apprendre davantage sur ces atrocités, lisez l'ouvrage 



- 62 - 



du Père Sanders sur le Schisme Anglican, où l'auteur appelle ce 
genre de supplice les gantelets de fer. Mais assez sur ceci, procédons 
maintenant à d'autres objets. 



DES COLLIERS 

Ceux-ci peuvent être décrits de la manière suivante ; « Les 
colliers étaient une sorte de boucle pour le cou à l'usage des condam- 
nés criminels, faite en fer ou en bois, et emprisonnant fortement le 
cou comme le fait le joug pour les bœufs. » Nous pouvons de 
plus dire que nous supposons qu'il existait aussi d'autres sortes 
de colliers, différents de ceux-ci, quoique de la même nature, et 
généralement appelés colliers, que Nonius définit ainsi : » Le collier 
est une sorte de lien dans lequel le cou est comprimé. » Dans 
Lucilius aussi nous trouvons : « Afin qu'avec les menottes, la 
laisse et le collier, je puisse ramener à la maison le fugitif. » 

En vérité ces colliers, ainsi qu'il est clairement démontré par 
les Actes de sainte Balbine et du pape Alexandre, étaient gran- 
dement en usage parmi les hommes des premiers temps pour lier 
et emprisonner les cous des prisonniers et des criminels. 

Ainsi nous lisons : « Aussitôt, baisant le collier du plus 
glorieux martyr, le pape Alexandre, celte vierge bénie du Christ, 
sainte Balbine, entendit prononcer ces mots : a Cesse, ma fille, 
de saluer ces colliers, et va plutôt chercher les liens de mon 
maître saint Pierre... » Il semblerait, d'après cela, que ces der- 
niers étaient de la même nature, et vraiment lorsque l'on examine 
les liens, conservés jusqu'à ce jour dans l'Eglise de Saint-Pierre 
aux Liens à Rome, avec lesquels le saint apôtre du Christ était 
attaché, on voit qu'ils se composent d'un collier de fer dans 
lequel le cou du martyr était serré. 



- 63 - 



torturée et tourmente bee (UXartjre cÇréfiene 



DES CHAINES 

Une chaîne est un lien en fer au moyen duquel on attachait les 
esclaves et les prisonniers pour les empêcher de s'échapper. 
Ainsi Tite-Live, l'historien, écrivant sur les premières années de la 
fondation de Rome, dit : — « Turnus, se réveillant de son sommeil, 
se trouve environné de gardes. On s'était saisi de ses esclaves 
qui, par amour pour leur maître, s'étaient préparés à la résis- 
tance, les glaives se montrant à tous les coins du refuge. Il ne 
pouvait plus y avoir aucun doute et Turnus fut chargé de chaînes» ; 
Cicéron aussi (Contre Verres.) « Le mécréant ordonne que l'on lie 
par des chaînes des hommes infortunés et innocents»; — en outre 
plusieurs autres écrivains qui en font mention de la même 
manière. 

De plus nous lisons et relisons, dans les Actes des Saints, com- 
ment, pendant les temps de persécution, les chrétiens étaient 
liés avec des chaînes de fer, ainsi qu'il est démontré, parmi 
d'autres, par l'histoire de sainte Anastasie, martyre romaine, 
sainte Febronia, vierge et martyre, saint Chrysantus et une légion 
d'autres saints et martyrs des deux sexes. En outre, si quelqu'un 
désire apprendre de quelle façon les chrétiens étaient liés avec 
des chaînes dans l'anliquité, qu'il aille voir les figures que l'on 
peut encore examiner de nos jours creusées et gravées sur l'Arc 
de l'empereur Constantin. II veira là un certain nombre de captifs 
ainsi enchaînés. 



- 64 - 



®ee (pxÎBonB ou (B>eôfeB 



PRISONS OU GEOLES 

Une prison on geôle est nn endroit où l'on garde à vue les 
criminels et d'où aucun homme ne peut sortir de sa propre 
volonté. La première prison à Uome fut construite par le roi 
Ancus Marlius, dont Tite-Live nous dit : a Vraisemblablement le 
donjon des Quirites, qui n'est pas un monument banal lorsqu'on ' 

le regarde du haut d'un lieu élevé, est l'œuvre du roi Ancus. La î 
prospérité de l'Etat s'étant grandement accrue, et, comme on 
pouvait s'y attendre dans une population aussi nombreuse, les i 
distinctions entre le bien et le mal étant devenues confuses et les ' 
crimes de fraudes et de vol étant devenus fréquents, on construit 
une prison pour mettre un frein à ces licences au centre même 
de la ville, regardant le F^orum ». 

Maintenant il faut remarquer qu'il y avait, chez les Anciens, 
deux manières difïérentes de garder les prisonniers, savoir : la 
prison publique et la maison privée. Dans la dernière on avait 
l'habitude de garder les personnes accusées avant leur aveu ou 
avant que leur culpabilité eût été établie. On l'appelait prison 
libre ; les personnes alors étaient confiées à la garde de magis- 
trats dans leur propre maison ou dans celle de quelque person- 
nage noble privé. Ainsi Tite-Live, parlant du juge des Bacchanales, 
écrit : c Le consul prie son beau-père de rendre une partie de 
sa maison libre, afin de pouvoir y loger Hispala, etc. » Puis, 
quelques lignes plus loin : « Les consuls ordonnèrent aux Ediles 
Curules de rechercher tous les prêtres, de les arrêter et de les 
garder en prison libre jusqu'à ce qu'ils soient examinés. » La 
même chose se trouve dans ce que dit Salluste, écrivant sur la 
conspiration Catilinienne : « Le Sénat déclara que la magistra- 
ture serait abolie, et que Lentulus et le reste des confédérés 



— 65 - 



ZottuxtB et tourments tu (gtarf jrs cÇrétiens 

seraient gardés en prison libre. En conséquence, Lentulus fut 
confié à Publius Lentulus Spinther, qui était Edile en ce temps- 
là, Cethegus à Quintus Cornificius, » et ainsi de suite pour les 
autres. Ces passages confirment pleinement ce que nous disons, 
savoir que les personnes accusées, avant l'aveu de leurs crimes, 
étaient habituellement confiées par les Anciens, à ce que l'on 
appelait la prison libre ou surveillance, tandis qu'après qu'elles 
avaient avoué ou que leur culpabilité était reconnue, on les 
jetait dans la prison commune. Ceci est corroboré par les écri- 
vains de la loi romaine, tels que Venuleus, qui dit : « Une per- 
sonne accusée qui a avoué doit, en attendant que sa sentence 
soit prononcée, être jetée dans la prison commune publique » ; 
et Scaevola : « Une personne qui avait avoué était, simplement 
sur la foi de son aveu, jetée en prison. » Nous voudrions ici 
rappeler au lecteur comment les fidèles disciples du Christ, dans 
les temps de persécution, n'étaient pas seulement enfermés dans 
les prisons Tulliane et Mammertine ; mais étaient souvent de 
même détenus sous la surveillance militaire dans les maisons 
d'individus privés. Ceci est attesté par d'innombrables histoires 
des saints Martyrs, et en particulier par celles des saints Etienne 
et Alexandre, pontifes romains. 



DE CERTAINES AUTRES SORTES DE LIENS 

Parmi ceux-ci on peut comprendre les lanières avec lesquelles 
on liait les prisonniers, d'où le nom de licteurs, souvent employé 
par Plante, appliqué à ceux dont le devoir était de lier ou de 
frapper avec des lanières ceux de leurs compagnons d'esclavage 
que leur maître leur indiquait. Le même titre était également 
donné aux officiers des magistrats qui les aidaient dans 
leurs fonctions et portaient devant eux les faisceaux . 



- 66 - 



ZottxtxtB cmpîo^UB f(Xr fee Çéréttquea 



Mais assez sur les différentes espèces de liens ainsi que 
sur le cheval de bois en usage chez les Anciens. 



DU CHEVAL DE BOIS OU TORTURE EMPLOYEE PAR LES HÉRÉTIQUES SUR 
CEUX DE LA FOI ORTHODOXE : DE LEUR EMPRISONNEMENT ET DES 
DIVERSES SORTES DE SUPPLICES QU'iLS INFLIGEAIENT AUX PRISON- 
NIERS. 

Les hérétiques du temps présent (1591) en Angleterre (ainsi 
qu'en témoignent VOrigine et le progrès du schisme anglican, ainsi 
qu'un ouvrage intitulé Sur la Persécution Anglicane et Le 
Théâtre des Cruautés Hérétiques de Sanders) ont torturé un 
certain nombre de prêtres y compris les Pères Campion, reli- 
gieux de la Société de Jésus, Sherwing, Briant, Janson, Bosgrave 
et d'autres encore, par l'écartèlement di- tous leurs membres, 
presque jusqu'à la mort, au moyen d'un instrument appelé par 
eux-mêmes le cheval de bois ou torture. C/est une sorte de 
supplice qui consiste, après avoir étendu un homme sur le dos 
et lui avoir lié les mains et les pieds jointure par jointure, à 
resserrer petit à petit les cordes par lesquelles il est attaché à 
certaines roues aménagées à cet effet jusqu'à ce que tous ses 
membres soient disloqués. Ce supplice horrible et monstrueux est 
employé par ces nouveaux hérétiques de nos jours (ainsi qu'il 
est décrit dans le livre appelé Un trophée de VËglise Anglaise) 
pour torturer les catholiques qu'ils ont jetés en prison. En 
outre, ils emploient encore d'autres moyens pour faire souffrir 
les mêmes prisonniers, quelquefois introduisant des piques de 
fer ou de longues aiguilles sous les ongles de leurs doigts, 
quelquefois (comme il est raconté d'un prêtre dans l'ouvrage 
cité ci-dessus) les liant, les pieds en l'air, à des poteaux de bois 
jusqu'à ce qu'ils soient suffoqués par l'infection de leurs propres 



- 67 



ZoTtuHB H ZoutmtntB bte (Qtûrf jre cÇréftêng 

excréments. D'autres fois ils les enferment dans un instrument de 
fer qui recroqueville l'homme et le rend rond comme une balle, 
et les laissent ainsi emprisonnés pendant des heures entières, ou 
bien, ils les retirent de force de la prison et les poussent violem- 
ment devant l'assemblée des ministres hérétiques, ou les liant 
deux à deux avec des chaînes (voyez de nouveau Sanders, 
Schisme Anglican et Théâtre des Cruautés) les emmènent ainsi 
d'un cachot sale et puant à un autre plus infect et plus horrible 
encore. Au sujet de ces emprisonnements de catholiques en 
Ansleterre, consultez l'ouvraç^e nommé ci-dessus Sur la Persécu- 
lion Anglicane, que j'aurais voulu pouvoir transcrire ici en entier, 
si j'avais eu la place. 



- 68 — 



CHAPITRE IV 



Des divers Instruments employés pour flageller 
les Saints Martyrs. 

AYANT exposé les diverses sortes d'entraves et de griffes 
ainsi que la nature du « Cheval de Bois », nous devons 
maintenant nous occuper de nommer les différentes 
espèces de verges et de fouets. 

Car c'était une habitude fréquente chez les païens (comme il 
est démontré à plusieurs reprises par diverses citations tirées de 
YHisloire des Saints, en particulier celle de saint Crescentianus, 
de sainte Régina^ vierge et martyre, et de Tévéque Bassus), après 
avoir lié les chétiens au « cheval », de les frapper impitoyable- 
ment avec des cordes, des verges, des fouets et autres instruments 
semblables; ensuite de les déchirer avec des griffes de fer ou de 
pareilles inventions; et enfin de les brûler à l'aide de torches, 
de tisons enflammés ou de plaques de métal rougies au feu. 

En conséquence, nous nous proposons, en premier lieu, de 
parler des instruments pour fouetter ; en second lieu des pinces, 
griffes et étrilles de fer ; et enfin des torches, tisons et plaques 
brûlantes. 

Maintenant, quant aux premiers, vous devez savoir que 
ceux-ci étaient en usage chez les anciens sous diverses formes, 
telles que fouets, verges, courroies, cordes, et gourdins. 



- 69 - 



ZortnttB d ZoxixmtniB hts (tttdrijrB c^tHitnB 



DES FOUETS 

Plante, Epidicus, parle des fouets, dans les termes suivants : 

Ita non omncs ex cruciatu poterunl eximere Epidicum. 
Periphanem emere lora vidi. 

Térence aussi, Adelphi : 

Nam si moleslus pergis esse jam intro abripiere, atque ibi, 
Vsque ad necem operiere loris. 

Cicéron également, Philippiques : 

Cuin enm jiissa Anlonii in convivii servi publiai loris caeciderunt. 

« Ainsi tous ses amis ne sauveront pas Epidicus ; j'ai vu 
Periphanes acheter des fouets. » 

« Car, si vous continuez à être ennuyeux, vous serez jeté hors 
des portes, et là fouetté à mort. » 

« Alors les esclaves publics les flagellèrent à coups de fouet, 
un jour de fête, sur les ordres d'Antonin. » 

On trouve des passages semblables cités à diverses reprises 
dans les Actes des Martyrs, ainsi que dans le compte rendu sur 
saint Asterius et ses compagnons de martyre, de sainte Euphémie, 
vierge et martyre, et de beaucoup d'autres confesseurs du Christ 
des deux sexes. Ces fouets en usage chez les anciens étaient des 
lanières de cuir employées habituellement (comme il est évident 
d'après les passages cités de Plaute et de Térence) pour les cor- 
rections infligées aux esclaves. Aussi cela ne nous doit surprendre 
en aucune façon si nous trouvons de fréquents exemples, dans 
les Histoires des Martyrs, de fidèles adeptes du Christ ayant été 



- 70 - 



(:3^f^)(^B5^Sl£X2ISr&e2g?3Gns^^ 




65&D(2^3Sm!XS^S(2^»SG«S^ 



FiG. XU 

Un Martyr, fortement lié par des courroies ou lanières, violemment tiré dans toutes les directions, et ainsi 

déchiré membre par membre. 



Snetruments be ffagefiPation 



frappés de coups de fouet, car ils étaient toujours regardés parmi 
les Anciens comme des plébéiens et des misérables de la plus 
basse condition. Ces mêmes fouets ne servaient pas seulement 
(comme il est écrit ci-dessus) à lier les Martj'rs et à les frapper ; 
mais même à les mettre en pièces, comme le témoignent les 
Actes des Sainls Martyrs, concernant la passion de Tyrsus, où 
nous lisons : « Immédiatement son esprit (celui du gouverneur) 
fut rempli d'une grande colère et il ordonna à certains robustes 
jeunes hommes au caractère sauvage et féroce de faire leur office. 
Alors, après l'avoir lié avec des courroies, attachées fortement 
à ses mains et à ses pieds, ils partirent chacun de leur côté, 
tirant de toutes leurs forces dans des directions opposées, de 
sorte que toutes ses jointures et articulations furent brisées et qu'il 
fut déchiré membre par membre. » 

LANIÈRES EMPLOYÉES AUSSI POUR FLAGELLER LES MARTYRS 

Le mot lanière ou nerf (comme il a été expliqué dans le 
chapitre précédent) comprend diverses significations. Quelque- 
fois il signifie un lien pour attacher les criminels, sens dans 
lequel nous en avons déjà traité dans ce livre ; mais d'autres fois 
il signifie un genre de verges avec lesquelles les chrétiens, 
enflammés de l'amour du seul vrai Dieu, étaient frappés par les 
païens. C'est de ce dernier genre qu'il nous reste maintenant à 
parler. On employait généralement le nerf d'un animal, plus 
souvent celui d'un bœuf. C'est avec ce nerf qu'ont été frappés les 
plus glorieux soldats du Christ, les saints Ananias, Isidore, Béne- 
dicta, vierge et martyre et bien d'autres dont les noms sont écrits 
dans le Livre de Vie. 



- 71 - 



Zottutce H tourmente bes (tttartjre cÇrétieng 



LANIERES ET VERGES 

Les lanières et les verges étaient souvent employées pour 
flageller les fidèles adeptes du Christ. Juvénal parle des verges 
dans ses Satires, de même saint Cyprien, Suétone (Otho), 
Eusèbe et d'autres anciens écrivains. Elles étaient plus minces 
et plus fines que les courroies, plus épaisses que des baguettes, 
A ce propos, nous trouvons dans les lois de Théodore (Circula- 
lion en voiture sur les voies publiques, conducteurs de diligences, 
courriers) les articles suivants : « Décrété que personne ne se 
serve d'un bâton pour conduire, mais plutôt d'une baguette, ou 
tout au moins d'un fouet à l'extrémité duquel est placé un court 
aiguillon, o Cela est suffisant pour montrer que les fouets 
étaient en usage parmi les Anciens comme il a été déclaré ci-dessus. 

A part les chrétiens, les personnes de la plus humble condition 
étaient condamnées à être frappées avec ces instruments, ainsi que 
le déclare Plante, Amphytrion; et même les vierges Vestales, si 
par négUgence elles laissaient éteindre le feu consacré d'une 
manière impie à Vesta, fausse déesse des Romains, étaient sou- 
mises à ce châtiment. Voyez Valérius Maximus et l'historien 
Tite-Live. Pourtant, pour en revenir aux saints Martyrs de Notre 
Seigneur Jésus-Christ, nous trouvons qu'un grand nombre de 
ceux-ci étaient frappés avec des fouets et des bâtons — avec des 
bâtons, les saints Félix et Alexandre, Privatuset Bassus, évêques, 
Julius, sénateur, et bien d'autres ; avec des fouets, les saints 
Martyrs Neophytus, Julianus, Tryphon, Sabbatius, et un nombre 
considérable d'autres dont les noms sont oubliés. Au sujet de 
ceux-ci, nous trouvons dans le Martyrologe Romain du 20 février, 
le rapport suivant : « Commémoration des saints Martyrs à Tyr 
en Phénicie, dont le nombre est connu de Dieu seul. Sous 



— 72 



QSaefonnabe ci ©éctmûtton 



l'empereur Dioclétien, et par ordre de Vèturius, maître des 
soldats, ceux-ci furent mis à mort par différentes sortes de tor- 
tures se succédant l'une l'autre. En premier lieu, leurs corps 
furent déchirés par les fouets, ensuite ils furent livrés à plusieurs 
sortes de bêtes sauvages ; mais, grâce à la bonté divine, ils ne 
furent blessés en aucune manière ; enfin ils furent cruellement 
livrés au feu et au glaive et conquirent ainsi la couronne du 
martyre. « 

Je dois vous dire que les chrétiens étaient parfois frappés si 
longtemps à l'aide de bâtons et de fouets qu'ils mouraient sous 
les coups. Ainsi périrent ces braves soldats du Christ, saint 
Sébastien, Julius, sénateur, Maximia, vierge et martyre, Eusèbe, 
Sabbatus et bien d'autres des deux sexes. 



DE LA BASTONNADE, DE LA DECnfATION ET AUTRES FINITIONS 

MILITAIRES 

Attendu que nous lisons souvent, dans les Hisloires des Saints, 
comment les chrétiens, et spécialement les soldats chrétiens, 
étaient, sous forme d'ignominie, condamnés à piocher la terre, 
frappés à coups de bâton et de gourdin, dépouillés du ceinturon 
militaire et enfin décimés, toutes choses qui étaient des genres 
de punitions pour les soldats romains coupables de diverses 
offenses, nous avons résolu de spécifier ici quels étaient le 
nombre et le genre de ces punitions. Elles étaient nombreuses et 
plus ou moins sévères. Car, tandis qu'à l'intérieur des murs de 
la ville, la Loi Portia protégeait les citoyens Romains contre le 
bâton et la hache des magistrats, ceci n'était pas le cas dans 
les champs et les camps. Car la loi faisait une distinction 
entre la discipline civile et la discipline militaire et entre la 
terreur qu'il était nécessaire d'inspirer à une armée pour la 



- 73 — 



torturée et tourmente bes (Utatt^re cÇrétiene 



plier à l'obéissance et celle qui était requise pour gouverner un 
peuple paisible. Car les ordres d'un général au camp étaient sans 
appel. 

Les punitions les plus légères infligées aux soldats étaient celles 
qui comprenaient la disgrâce et la dégradation, telles que : être 
démis du service avec ignominie, être privé de la solde, rendre 
la lance, changer de quartiers, hiverner en pleine campagne, 
manger la ration debout, creuser une tranchée, être désarmé et 
dépouillé du ceinturon, manger de l'orge, être saigné en ayant une 
veine ouverte. 

Les punitions plus graves étaient celles qui causaient quelque 
souffrance physique, telles que : être frappé de coups de bâton, 
être vendu comme esclave, être frappé avec un gourdin ou une 
hache, être décimé, être crucifié. Nous trouvons des exemples 
de toutes ces punitions d'une manière authentique et certaine 
dans Sigonius (Livre I), Sur V Ancienne Loi Civile des Romains. 
Pour commencer, le fait d'être démis du service avec igno- 
minie est mentionné et écrit dans A. Hirtius, dans les termes sui- 
vants : « César, parlant du haut de la snggestus (plate-forme) et 
s'adressant à l'assemblée des Tribuns et des Centurions de toutes 
les légions, dit : Caius Aviénus, puisque vous avez soulevé les 
soldats romains contre la République et avez pillé les villes pro- 
vinciales, je vous expulse de mon armée avec ignominie. » 

Quant à la privation de la solde, cela est assez bien compris 
déjà, je pense. Je puis ajouter que la phrase « privé de sa solde » 
était appliquée (ainsi que le déclare Nonius) à ces soldats dont 
la solde, afin de les flétrir avec disgrâce, était arrêtée, c'est-à- 
dire que la somme de monnaie représentant leur gain pour un 
mois ou pour une année, était confisquée. Ainsi Varro, cité par le 
même auteur, parlant de la vie et des coutumes du peuple 
romain, écrit : « Ce qui était appelé du nom de solde était l'argent 
que l'on donnait au soldat chaque année ou deux fois l'an; quand 



— 74 — 



(pnnitionB ItB eofbata 



sa paye était arrêtée comme marque de disgrâce, on disait qu'il 
était cassé de sa solde. » Tite-Live dit encore: « Comme marque 
de disgrâce, il fut décrété que la légion recevrait la solde d'une 
demi-année au lieu de celle d'une année entière. » 

Maintenant, concernant les autres punitions, telle que celle de 
rendre la lance, Festus explique la chose ainsi : « La punition de 
la lance était celle à laquelle on condamnait un soldat coupable 
d'une faute militaire. » 

Pour ce qui est de changer de quartier dans le camp, Polvbius 
nous dit que : lorsqu'on voulait flétrir un soldat avec disgrâce, on 
ordonnait qu'il fut jeté hors du camp. En conséquence, nous trou- 
vons, dans Tite-Live, que les hommes qui avaient été baltusà Cannes 
se plaignaient, disant : » Maintenant nous sommes réduits à une 
condition plus dure encore que celle que les prisonniers revenus 
de la guerre eurent à supporter dans les temps antérieurs; car on 
ne faisait que changer leurs armes ou leur position dans la ligne? 
ou la place qu'ils pouvaient occuper hors du camp, toutes choses 
qu'ils pouvaient recouvrer par quelque exploit fameux pour le 
bien du pays ou bien par leur succès dans une bataille. » 

Quant aux quartiers d'hiver, lisez Tite-Live (Livre xxvi). « Une 
disgrâce de plus était infligée dans chaque cas, savoir : qu'ils ne 
pourraient hiverner dans une ville, ni construire de quartiers 
d'hiver à la distance de dix milles d'aucune cité. » Au sujet des 
rations, le même auteur écrit (Livre xxiv) : «J'ordonnerai que l'on 
me rapporte les noms de tous ceux qui, pensant à la défaite 
récente, ont dernièrement quitté leur poste et, les faisant compa- 
raître tous devant moi, je leur ferai prêter serment de ne jamais 
manger ou boire autrement que debout, excepté dans les cas de 
maladie aussi longtemps qu'ils resteront an service. » 

Pour ce qui est de creuser, nous pouvons avoir recours à Plu- 
tarque qui dit dans son LucuUiis « que c'était une ancienne forme 
de disgrâce militaire que l'on employait pour les coupables et qui 



75 - 



€otiuHB ci tourmente bes (gtart^rs c^rttUnB 

consistait, après les avoir contraints de se dépouiller de leur che- 
mise, à leur faire creuser une tranchée tandis que le reste des 
soldats regardait. » 

Quant aux autres punitions mentionnées, voyez encore Tite-Live 
(Livre xxvii) : « Les cohortes qui avaient perdu leur étendard furent 
condamnées à manger de l'orge; et les centurions de ces mêmes 
cohortes dont les étendards avaient été perdus, furent dépouillés 
de leurs ceinturons et privés de leurs épées ». Polybe aussi parle 
de l'orge étant employée comme aliment au lieu de froment, en 
signe de disgrâce. 

Au sujet de la punition qui consistait à faire couler le sang, 
Aulu-Gelle dit ce qui suit : c C'était une ancienne habitude, 
comme punition militaire et en signe d'ignominie, d'ouvrir une 
veine au coupable pour le saigner. » 

Nous trouvons l'évidence d'autres formes de punitions plus 
sévères encore dans les passages que nous allons citer. Tite-Live, 
écrivant sur la réforme de la discipline militaire de Scipion devant 
Xumance, dit : « Tous les soldats qu'il prit hors des rangs, il les 
fit fouetter : si c'était un citoyen romain, avec des douves; si 
c'était un étranger, avec des bâtons », et dans un autre endroit: 
« Publius Nasica et Decius Brutus, les deux consuls, firent une 
revue des troupes à l'occasion de laquelle un châtiment fut 
infligé, probablement pour produire un excellent effet sur l'esprit 
des recrues, devant lesquelles la chose était exécutée. Un certain 
Caius Matienus, qui avait été accusé devant les tribunaux du 
peuple d'avoir déserté l'armée en Espagne, fut condamné à la 
fourche ou pilori, puis battu avec des bâtons pendant longtemps 
et enfin vendu comme esclave pour un sesterce. » Cicéron aussi, 
PhiUppifjiies : « Les légions qui abandonnèrent le consul, si c'était 
un consul, méritèrent la flagellation. » 

Maintenant, selon Polybe, cette punition de la flagellation 
était appliquée de la façon suivante : Premièrement, le tribun 



- 76 - 



^7 



rî:»^)(:syssGSiSi^i3trtii:»^^ 




u 



WsGlS£)'3^£e^22i^5>31Si.G»Se»^ 



FiG. XIII 

MartjTs liés à un poteau fixé en terre ou à un pilier et battus avec persistance avec des bâtons 

jusqu'à ce qu'ils meurent. 



©écimation mifitaire 



prenait un bâton et en touchait seulement le condamné, après 
quoi tous ceux qui se trouvaient dans le camp frappaient le cou- 
pable avec des bâtons et le lapidaient à coups de pierres, généra- 
lement il était tué à l'intérieur du camp. wS'il échappait à la mort, 
son sort n'en était pas meilleur pour cela, car il ne pouvait ni 
être logé chez ses parents, ni retourner dans sa patrie. 

Le plus ancien exemple de décimation est rapporté par Tite- 
Live comme ayant été donné par Appius Claudius pendant son 
Consulat, C'était un homme au caractère très dur et très rigide. 
Pour rapporter les paroles de l'historien : a Appius Claudius, le 
Consul, réunit une assemblée générale et réprimanda les troupes 
pour avoir été déloyales à la discipline militaire et avoir déserté 
les drapeaux — et non sans bonnes raisons. Se tournant vers les 
soldats qu'il voyait désarmés individuellement, il leur demanda 
où étaient leurs armes et leurs étendards, faisant la même ques- 
tion aux enseignes qui avaient perdu leurs couleurs (drapeaux), 
de même qu'aux centurions et aux hommes à double solde qui 
avaient abandonné leurs rangs. Finalement il les fit battre avec 
des gourdins jusqu'à la mort. Parmi ce qui restait des différents 
rangs, on choisit par la voie du sort chaque dixième homme 
pour le châtier. La façon dont fut exécuté cet ordre est racontée 
en détail par le même auteur qui écrit au sujet de la punition 
infligée par Scipion à son armée mutinée à Suero : « Alors se fit 
entendre la voix du héraut proclamant les noms de ceux qui 
avaient été condamnés dans le Concile. Ceux-ci furent alors 
dépouillés et entraînés, tandis qu'en même temps on exhi- 
bait tout l'appareil de punition, ils furent ensuite attachés à un 
poteau et frappés avec des gourdins ou abattus à coups de 
hache. » 

Le crucifiement, comme punition militaire, est également men- 
tionné par Tite-Live. « Les déserteurs qui passaient à l'ennemi, 
étaient plus sévèrement châtiés que les simples déserteurs. Ceux 



- 77 - 



tortures et ^ourmentB bee (JttartjrB cÇrétiene 

qui étaient de race latine étaient décapités, tandis que les cou- 
pables romains étaient crucifiés. » 

Telles étaient donc les diverses sortes de punitions militaires. 
Qu'elles aient continué à être en usage jusqu'à la fm de la période 
républicaine est un fait dont l'évidence a été suffisamment démon- 
trée par Suétone quand il dit, parlant d'Auguste : « Il décima 
toutes les cohortes qui avaient pris la fuite et fit nourrir d'orge 
les survivants, les centurions qui avaient abandonné leur poste, 
de même que les manipules, dans le même cas, furent punis de 
mort. Pour d'auti'es offenses, il infligeait diverses punitions igno- 
minieuses — telles que de les faire rester toute la journée debout 
devant le Prétoire ou à la tête du quartier , tantôt portant simplement 
la tunique et dépouillés du ceinturon, tantôt tenant une hampe 
ou une motte de terre. » Tout cela dit pour les punitions militaires. 

Maintenant, pour ce qui regarde les soldats chrétiens qui con- 
quirent la couronne du martyre par les mains des païens, on 
doit remarquer (comme il est rapporté dans diverses histoires) 
comment ceux-ci étaient quelquefois condamnés à creuser la 
terre, ou à être décimés; d'autres fois, et très fréquemment, à être 
battus avec des fouets ou des bâtons, ou dépouillés, c'est-à-dire 
privés de leur ceinture militaire. 

Pour ce qui est des soldats chrétiens étant condamnés à creuser 
la terre, l'histoire de saint Marcellus, Pape, en rend témoignage, 
car il y est écrit à ce sujet : « Le jour où Maximien revint des 
pays d'Afrique dans la ville de Rome, voulant plaire à Dioclétien 
et en même temps accomplir son désir de bâtir des Thermes ou 
des Bains, qui devait porter son nom, il commença, dans sa 
haine pour les chrétiens, par condamner tous les soldats de cette 
croyance, soit romains, soit étrangers, aux travaux forcés, et, en 
divers endroits, il les força, les uns à transporter des pierres, les 
autres à creuser le sable. » On peut trouverle même fait rapporté 
dans les Actes de sainte Severa, vierge romaine. 



- 78 



^ofbatB cÇrétiene foucttU 



Ladécimation est aussi attestée par les histoires des plus saints 
martyrs du Christ, saint Maurice et ses compagnons, où il est 
écrit : « Que le sort fatal livre à la mort chaque dixième homme » 
et la décimation était-elle autre chose que de mettre ainsi à mort 
chaque dixième soldat? Lisez plus loin, si vous le voulez, à ce 
sujet, l'historien romain Tacite : « Chaque dixième homme de la 
cohorte disgraciée fut choisi par le sort et fouetté jusqu'à la 
mort; « et encore : « Comme chaque dixième homme de l'armée 
qui a été vaincue est frappé jusqu'à la mort, des hommes braves 
sont quelquefois eux-mêmes choisis par le sort de temps à 
autre , » 

La seconde punition, savoir le fouet, marque une partie de la 
passion de presque tous ces soldats chrétiens martyrs qui 
trouvèrent agréable et heureux d'être débarrassés de cette courte 
et pauvre vie pour l'amour du Christ. 

Une chose que nous voudrions faire remarquer au lecteur, 
c'est que non seulement les soldats chrétiens étaient frappés par 
le bâton, mais aussi d'autres fidèles serviteurs du Christ, car les 
lois des romains décrétaient que quiconque s'avouerait rempli de 
la grâce de Dieu, serait frappé avec le bâton comme punition. 

Enfin on peut trouver d'autres preuves du même fait dans les 
Actes de saint Hesychius, de saint Marcellus, centurion, des 
saints Eudoxius, Zeno, Macarius et leurs compagnons au nombre 
de cent quatre, et de beaucoup d'autres. En particulier, nous 
lisons dans les Actes du dit saint Marcellus comment la ceinture 
militaire, si souvent mentionnée, n'était ni plus ni moins que le 
ceinturon ordinaire du soldat ou plutôt le baudrier auquel était 
attaché le sabre, car nous y trouvons écrit : « Dans la ville de 
Tingitana, tandis que Fortunatus était procurateur et commandeur 
des troupes, le jour de naissance de l'empereur arriva. De sorte 
que, tandis que tous se livraient aux réjouissances et ofiraient des 
sacrifices, un nommé Marcellus, centurion de la légion de Trajan, 



- 79 - 



tortures et Courtnents bes ^attgra cÇrétiens 

jugeant les dites réjouissances profanes, rejeta son ceinturon 
militaire devant les étendards de la légion qui se trouvait là en ce 
moment et témoigna à haute voix, disant : « Je suis soldat de 
Jésus-Christ, le roi éternel. » 

Il rejeta de même son bâton de Centurion et ses armes et 
déclara : « A partir de ce jour, je cesse de me battre pour vos 
empereurs. > Mais les soldats, étonnés d'entendre de telles paroles, 
le saisirent et rapportèrent la chose à Astasianus Fortunatus, 
commandant de la légion, qui ordonna qu'il fût mis en prison. 
Bientôt, lorsque la fête fut terminée, celui-ci s'assit au conseil du 
Concile, et ordonna d'amener Marcellus, le Centurion; ceci étant 
fait, Astasianus Fortunatus, le commandant, s'adressa à lui en 
ces termes : « Quelle était votre intention lorsque, au défi de la 
discipline militaire, vous avez défait votre ceinturon et rejeté au 
loin votre baudrier et votre bâton? » puis plusieurs lignes plus 
loin : « Ce soldat, rejetant son ceinturon, s'est ouvertement 
déclaré chrétien et, publiquement, devant tout le peuple, a blas- 
phémé contre les dieux et contre César. C'est pourquoi nous vous 
avons rapporté ce fait, afin que tout ce que décidera votre sagesse 
soit dûment exécuté. » 

Telles furent les paroles adressées par ses geôliers, concernant 
le saint Marcellus, à Agricolaus, le juge auquel il avait été envoyé 
pour être condamné. Maintenant, quand nous lisons au commen- 
cement de ce récit comment Marcellus rejeta son ceinturon et, 
encore plus loin, comment, étant dénoncé au commandant, il 
rejeta son baudrier et comment encore, lorsque les soldats 
exposèrent le cas et l'accusèrent devant Agricolaus, il rejeta de 
nouveau son ceinturon, il est pleinement clair qu'il s'agit ici d'une 
seule et môme chose. De fait, un baudrier, — si nous pouvons en 
croire l'autorité de Varro, sur la Langue latine, — était un cein- 
turon de cuir décoré de clous ou de bossettes et porté en sautoir 
de l'épaule droite à la hanche gauche. Ainsi Quintilien écrit : 



- 80 - 



QSdtonB et 6Corî>ionB 



(( Ce ceinturon, qui est porté en sautoir de l'épaule droite à la 
hanche gauche, comme un baudrier, ne doit être ni trop serré ni 
trop lâche. » 

Nous voudrions ici faire observer au lecteur un point, savoir 
que la constance des soldats chrétiens était telle, et tel aussi leur 
désir brûlant de souffrir pour Tamour du Christ que c'est une 
chose très fréquente de trouver mentionné le fait que, volontai- 
rement et au mépris des empereurs païens et autres officiers 
supérieurs, ils rejetaient leur ceinturon. Ainsi, nous lisons sur 
saint Hesychius: « Maintenant, c'était un soldat et, ayant entendu 
lire l'ordre de Maximianus, décrétant que quiconque refuserait 
de sacrifier aux idoles, devait rejeter son ceinturon, soudain, et 
de son propre mouvement, il déboucla le sien » ; et encore sur 
saint Eudoxius et ses saints compagnons: (< Eudo>yius défit 
immédiatement son ceinturon et le lança à la figure du conmian- 
dant. Cet acte semblant à ses compagnon:; un appel direct et une 
émulation, le nombre entier de ceux qui se trouvaient alentour, 
cent quatre en tout, défirent aussi leur ceinturon et le lancèrent 
à sa figure. » 

Tout cela dit sur les peines et les punitions infligées aux soldats 
chrétiens, 

BATONS ET SCORPIONS 

Les bâtons avec lesquels on frappait les prisonniers sont souvent 
mentionnés dans diverses pièces de Plaute, par Valérius Maximus, 
par Cicéron, ainsi que par Prudentius dans son Hymne à saint 
Romain. 

Les bâtons, parmi les Anciens, étaient de plusieurs sortes — 
les uns en bois d'orme, comme le dit Plaute dans Asinaria : 

Ipsos, qui tibi subueclabant rare hue virgos ulmeas... 



81 - 



torturée et tourmente bec (Blart^rs cÇrétiene 

Et un peu plus loin dans la même pièce : 

Mihi tibique interminalus 'st nos futures nlmeos 

'< Les mêmes individus qui avaient l'habitude de vous apporter 
de la campagne votre provision de bois d'orme. » 

(( Il jura que vous et moi nous sentirions bientôt l'efîet du bois 
d'orme. » 

Plante aussi nous montre que les Anciens avaient l'habitude 
de corriger fréquemment leurs esclaves à l'aide de bâtons de bois 
d'orme. 

D'autres encore étaient de bouleau, arbre dont Pline nous a 
laissé une description en ces termes : « Cet arbre Gallic (bouleau) 
est excessivement mince et poli, et devient un instrument terrible 
lorsqu'il est employé comme bâton par les magistrats. Sa flexibilité 
le rend également propre à faire des cercles aussi bien qu'à 
tresser des paniers. » 

D'autres encore étaient de chêne, d'autres de frêne et d'autres 
de saule. Les bâtons de la première sorte sont nommés dans les 
Actes de saint Actius, centurion, ceux de la troisième par 
Prudentius dans son Hymne à saint Romain, dans ces lignes: 

Cum puer torqueretiir jiissu Prœsidis 
Impacta quoties corpus altigeral salix 
Tenui rubebant sanguine uda vimina. 

« Donc le garçon fut torturé par les ordres du Gouverneur ; 
chaque fois que le saule frappait son corps, les baguettes deve- 
naient humides et rouges de sang ». 

En confirmation de quoi nous pouvons de plus citer dans VEpi- 
diciis de Plante : 

Lictores duo, duo viminei fasces virgarum. 



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QSâtonB en 6010 be pi^ne 



« Deux bourreaux et deux paquets de bâtons et de baguettes 
de saule ». 

De fait, les baguettes sont des branches de peuplier, d'orme, 
de bois rouge, de frêne, de vigne, de noisetier et de saule ; mais 
ces dernières sont celles qui remplissent le mieux le but. 

BATONS FAITS EX BOIS DE VIGNE 

Les bâtons faits en bois de vigne étaient employés pour battre 
les militaires coupables et, à cette occasion, nous ne devons pas 
manquer de faire remarquer que le signe de commandement d'un 
centurion était un l)àton de vigne avec lequel il avait l'habitude 
de châtier les soldats trop lents à obéir. Cela est démontré par 
Pline. 

« Le bâton de vigne dans la main du Centurion est un excellent 
spécifique pour ramener au drapeau les troupes fainéantes, et 
même, lorsqu'il est employé pour punir les offenses, il rend la 
punition respectable. » 

Et Tacite : « Le Centurion Lucillus est tué dans une mutinerie. 
Cet officier avait reçu, dans l'argot des soldats, le sobriquet de 
« Donnez-nous-en un autre », parce que, après avoir cassé son 
bâton sur le dos d'un soldat, il appelait à haute voix pour qu'on 
lui en donnât un autre et encore un autre. » Juvénal aussi, écri- 
vant sur Caius Marius dans sa Huitième Satire : 

« Nodo^am post hsec frangebat veriice vilem 
Si lentus pigra munires castra dolabra. 

« Alors il vous frapperait sur la tête avec un bâton à nœuds, 
si vous étiez lent à creuser les tranchées et fainéant dans vos 
travaux de terrassier ». Mais assez sur les bâtons faits de bois de 
vigne. 



— 83 - 



torturée et Courtnente bee (tltartjtB cÇrétiene 



BATONS DE FER ET DE PLOMB 



Quoique les bâtons pour frapper les coupables fussent généra- 
lement de minces branches d'arbres, ils étaient pourtant parfois 
faits en fer ou en plomb. Cela est démontré dans divers Actes des 
saints Martyrs, tels que ceux de saint Paul, de sainte Juliana, 
saint Christophe, saint Callinicus et d'autres encore. 



BATONS PIQUANTS, AUTREMENT DITS SCORPIONS 

Ce n'était pas seulement avec des bâtons flexibles que les 
anciens avaient l'habitude de châtier les offenses, et les chrétiens 
étaient compris parmi ceux que l'on punissait ainsi ; mais aussi 
avec des bâtons noueux et piquants, qu'ils nommaient à juste 
titre des scorpions. Aussi lorsque nous lisons dans les récits du 
martyre des saints que tel ou tel serviteur du Christ était frappé 
avec des bâtons noueux, piquants ou épineux, c'est la même chose 
que si nous voyions écrit qu'il était fouetté avec des scorpions. 

Les bâtons donc, ainsi qu'il est expliqué ci-dessus, étaient soit 
mous, soit piquants. Ceux de la première sorte étaient, soit des 
branches, soit en métal. Si c'étaient des branches, ces branches 
étaient, soit de l'orme, soit du bouleau, du chêne, du frêne ou 
enfin du saule; mais, s'ils étaient en mêlai, ce métal était du fer 
et parfois rougi au feu et quelquefois du cuir. De plus on peut 
ajouter ce qui est dit des bâtons dans les Histoires des saints 
Hermillus et Stratonicus, à cet effet : « Grandement courroucé à 
ces mots, Licinus ordonne que Stratonicus soit étendu le visage 
regardant en haut et frappé sur le ventre avec des bâtons avant 
la forme d'un trois-coins (triangle). » 



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aBàtoriB triûn^ufatreB 



Maintenant c'était une torture épouvantable, à peine suppor- 
table pour un être humain, car les coins des bâtons coupaient 
cruellement la chair comme des épées. 

De plus, il faut comprendre que non seulement les martyrs 
nommés ci-dessus, saints Acatius, Paul, Christophe, Callinicus, 
Hermillus et Stratonicus étaient battus avec des bâtons mous, 
mais un grand nombre d'autres également, savoir : les saints 
PontianuS;, Zeno, Théodore, Paiila, vierge, Regina, Claudius et 
toute une légion d'autres des deux sexes. Mais plusieurs glorieux 
soldats du Christ furent frappés avec des bâtons noueux picpiants 
ou scorpions, ce furent les saints Basile, Cyrinus, Bassus, évêque, 
Symphorien, Nicostratus, Simplicius, et un grand nombre 
d'autres. 

Nous devrions en outre faire observer que, quoique être frappé 
à coups de bâton fût une forme de punition regardée comme 
ignominieuse parmi les anciens, elle n'en était pas moins, malgré 
cela, une punition plus légère que bien d'autres. 

L'ignominie attachée à ce genre de châtiment est démontrée 
par diverses lois des Romains : la loi Portia, la Symphronienne, 
etc., aussi bien que par la déclaration directe des autorités an- 
ciennes. Lisez Cicéron, par exemple : Pro liabirio, et les discours 
du même orateur contre Verres ; de même .losèphe. Guerre des 
Juifs où Ton raconte, comme une chose extraordinaire que 
Caestius Florus flagella des juifs jouissant des droits de citoyen 
romain, avec des bâtons et les attacha au pilori, au collier des 
criminels. Enfin, et non moins que le reste, je voudrais faire con- 
naître comment les catholiques sont souvent frappés avec des bâtons 
par les hérétiques de notre temps (1591). Ceci est démontré par 
Sanders, Le Schisme Anglican, qui dit : « Il ne faudrait pas laisser 
ignorer que plusieurs du commun peuple, pour avoir refusé 
d'aller aux églises et d'assister aux offices profanes des protes- 
tants, — ceux-ci voyant en outre qu'ils n'avaient pas d'argent 



— 85 — 



ZoxinxCB et tourmente bee (UtartjrB cÇrétiena 

pour payer la redevance — furent, par les ordres du juge, 
cruellement et longuement traînés à travers la ville de Winches- 
ter, dépouillés de tout vêtement, et sauvagement frappés à coups 
de bâton. » La façon dont cela était exécuté, est décrite dans le 
Théâtre des cruautés, en ces mots: « Les catholiques étaient 
attachés derrière la voiture et ainsi fouettés à travers les rues. » 



VERGES CHARGÉES AVEC LESQUELLES ON FRAPPAIT LES MARTYRS 

Les verges chargées (comme l'indiquent les Histoires des saints 
martyrs, Prudentius, par exemple, ainsi que certains tableaux 
que l'on peut voir ici à Rome) étaient une sorte d'instrument 
pour fouetter, fait de cordes ou de lanières, à l'extrémité desquelles 
étaient attachées de petites balles de plomb et avec lequel on dé- 
chirait les reins, le dos et le cou du condamné. Cette sorte de verge 
est mentionnée dans les récits d'un grand nombre de martyrs, aussi 
bien que par Prudentius, qui écrit aussi dans son Hymne à 
saint Romain : 

Tundatas tergum crebris ictibus 
Plumboque cervix verberala extuberet : 
Persona quaeque competenler pleclilur 
Magnique refert, vilis sil, an nobilis. 

« Que son dos soit frappé de coups précipités et son cou battu 
avec le plomb jusqu'à ce qu'il soit enflé ; chacun est puni ajuste 
titre et cela ne fait aucune différence, si c'est un individu ordi- 
naire ou un noble. » De fait, c'était la coutume chez les Anciens 
de ne punir que les personnes de rang ordinaire à l'aide de verges 
chargées. Cette sorte de punition était encore en vogue au temps 
de l'empereur Honorius, qui fit battre cet impie hérésiarque 
Jovinian et ses vils associés avec des verges chargées avant de les 
envoyer en exil. 



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3îaS25S?S5»S6«SGSlS(l«S5an«^^ 




SF!I 






Fjg. XIV 



A. — Martyr lié à quatre pieux et frappé avec des 

bâtons. 

B. — Martyr lié nu sur des piques de fer et violem- 

ment frappé avec des bâtons. 



C. — Martvr ayant les mains et les pieds liés et 
également frappés avec des bâtons. 



Maintenant, quoique ces verges chargées ne fussent pas em- 
ployées dans l'intention de tuer les criminels, et que ce fût 
défendu par un acte de la loi civile de battre un prisonnier 
jusqu'à la mort, on en compte pourtant un grand nombre qui ont 
rendu le dernier soupir sous les coups de ces cruels instruments. 
Cela est certifié par Ammianus Marcellinus et dans une Ep'itre 
d'Ambroise, où il écrit : « Quelle réponse ferai-je ensuite si l'on 
découvre que par mon ordre des chrétiens ont été tués, soit par 
l'épée, soit par le fouet, soit par des verges chargées ?» Maintenant 
ces chrétiens qui donnaient ainsi leurs vies pour le Christ étaient : 
saints Maximus, Papias, Severa, vierge romaine, avec ses frères, 
Marcus et'^Calendius, ainsi que les saints Gervasius, Januarius, 
Concordia, Privatus, Severus, Severianus, et un grand nombre 
d'autres dont nous devons taire les noms pour plus de brièveté. 
En outre, nous lisons que divers autres fidèles serviteurs du 
Christ furent battus avec des verges chargées, mais sans perdre la 
vie sous ce traitement. Tels furent, pour n'en nommer que quel- 
ques-uns : les saints Laurent, Artemius, Procopius, Gordian, 
Erasmus et Théodore, évéques. 



AUTRES FAÇONS DONT ÉTAIT EMPLOYÉ LE PLOMB DANS LES SUPPLICES 

DES SAINTS MARTYRS 

Les anciens employèrent aussi le plomb pour torturer les 
chrétiens de deux autres manières. Premièrement, après les avoir 
complètement mis à nu, ils répandaient sur leur corps ce plomb 
en fusion, forme de punition dont nous parlerons plus au 
long dans le chapitre IX, plus loin. Secondement, ils en faisaient 
usage dans des occasions où ils ne l'employaient ni pour frapper, 
ni pour brûler, mais pour écarteler et disloquer les diverses 
jointures des personnes condamnées à ce supplice et auxquelles 



- 87 - 



CorfureB et ZoutmcntB ItB (Ulûtf^rB cÇrétienB 

on attachait les bras au-dessus de la tête, après les avoir croisés 
par derrière, tandis que des poids de plomb étaient fixés à leurs 
pieds. Ces poids de plomb sont mentionnés par Ammianus quand 
il dit : « Eh bien! les poids de plomb sont-ils prêts? » Si le lec- 
teur désire en savoir davantage à ce sujet, qu'il lise les Histoires 
des saints martyrs saint Juste et saint Mamans. 

DE LA FAÇON DONT LES ANCIENS FRAPPAIENT LES PRISONNIERS 

La coutume des anciens était, lorsqu'un prisonnier devait être 
fouetté, de commencer par le dépouiller, puis de le frapper sur 
le dos, sur le ventre ou sur toute autre partie du corps avec des 
bâtons ou autres instruments de flagellation. Et les bourreaux 
exécutaient ce châtiment de bien des façons diverses. Quelque- 
fois ils attachaient les condamnés à des poteaux fixés en terre ou 
à des pihers; d'autres fois ils les étendaient à terre ou bien ils les 
attachaient à des piques aiguës élevées de terre d'un pied au-des- 
sus du sol ; d'autres fois encore, suspendant leurs victimes en 
l'air, le corps pendant en droite ligne, ou les faisant monter sur 
les épaules d'un autre, comme font les garçons, ils leur fouet- 
taient le postérieur. Une autre méthode encore était de fixer en 
terre quatre chevilles, d'étirer de force les prisonniers, de leur 
attacher les mains et les pieds à ces chevilles, et ensuite, après 
avoir allumé du feu au-dessous d'eux, pour leur plus grande 
souffrance, de les flageller sans merci. De plus, les magistrats du 
peuple romain avaient l'habitude de commander à leurs bour- 
reaux ou licteurs, comme on les appelait, premièrement, de 
dépouiller et mettre à nu les victimes qui devaient être punies, 
comme il est clairement démontré par la plupart des Actes des 
suints martyrs, spécialement ceux des saints Ananias, de Secun- 
dianus. Clément d'Ancyra, sainte Barbara, vierge et martyre, 
saint Apollinaire, évêque, et d'autres. 



- 88 - 



On peut trouver la confirmation de ce que nous venons de dire 
et son évidence certaine dans beaucoup d'écrits des anciens eux- 
mêmes, par lesquels il sera de même prouvé que les juges 
et les magistrats du peuple romain avaient rha))ilude, pour châ- 
tier les criminels, d'ordonner à leurs officiers de les mettre à nu, 
comme il a été dit ci-dessus, et d'exercer sur eux leurs bâtons et 
leurs haches. Ainsi Tite-Live écrit : « Les consuls commandent 
que l'on dépouille l'homme de ses vêtements et que l'on prépare 
les haches. « J'en appelle, crie Volcro, au peuple, voyant que les 
tribuns aiment mieux voir un citoyen romain battu à coups de 
bâton devant leurs yeux plutôt que d'être eux-mêmes assassinés 
dans leurs lits par eux! » Mais plus furieusement il criait, plus le 
licteur mettait de hâte féroce à lui déchirer ses vêlements pour 
le mettre à nu. » Et le même historien, dans un autre endroit, 
parlant de Papirius Cursor : » Il ordonna au licteur de préparer 
sa hache. A cet ordre, le Praesnestine demeura étonné ; mais l'autre 
dit seulement : « Maintenant à l'œuvre, licteur, etcoupez le tronçon 
qui met obstacle à l'exécution. »> Valérius Maximus, aussi, racon- 
tant la même histoire, dit : " Il commanda que les bâtons fussent 
préparés et l'homme dépouillé. » Et de nouveau Tite-Live, dans un 
autre livre de son histoire : « Alors Papirius ressentit une nou- 
velle colère et ordonna que le maître du cheval fût mis à nu et 
que l'on préparât les bâtons. » De même Cicéron, dans son dis- 
cours In Verrem, dit : « En conséquence, il commande que l'on 
saisisse l'homme et qu'on le mette à nu dans le Forum, qu'on le 
lie et que les bâtons soient préparés. » 

Tous ces passages prouvent donc clairement que les prisonniers 
étaient battus par leslicteurs, seulement après avoir été au préalable 
dépouillés de leurs vêtements. 

Maintenant, le fait que les saints martyrs étaient frappés avec 
des fouets sur le dos, sur le ventre ou sur toute autre partie du 
corps, est clairement démontré par les Actes des martyrs saints 



- 89 - 



Zotinna ci tourments bee (tttartjre cÇréttetiB 



Clément d'Ancyra et Ananias, nommés ci-dessus, aussi bien que 
par ceux de saint Claudius et ses compagnons. Qu'ils aient été 
frappés dans les anciens temps par les païens, après avoir été 
aUachés à des poteaux ou piliers, étendus à terre ou sur des 
piques aiguës fixées dans le sol ou bien fortement liés à quatre 
chevilles, comme il a été décrit ci-dessus, tout cela peut être 
prouvé par de nombreux passages tirés, soit de nombreux Actes 
des saints martyrs Paul, Juliana, Eulampius et Eulampia, frère 
et sœur, sainte Anastasie, vierge et martyre romaine, et une 
légion d'autres. Lisez encore à ce sujet ce que nous avons dit 
dans le chapitre ^^ concernant les poteaux, les piliers et 
les arbres auxquels étaient suspendus les chrétiens pour être 
torturés. 

Enfin, on peut apprendre que les saints martyrs étaient frap- 
pés, comme on fouette les enfants, par Prudentius (hymne de 
saint Romain), où Asclepiades donne des ordres au sujet d'un 
certain Barula que, involontairement et à son insu, il allait 
consacrer comme un saint martyr du Christ : 

pasionem praecipit 

Sublime lollanl, et manu puisent notes. 
Mox et remota veste, virgis verberent, 
Tenerumque duris ictibus tergum secent, 
Plus unde laclis qiiam cruoris dcfhiat. 

« Il leur ordonne de soulever le garçon et de lui frapper 

les fesses avec leurs mains et de fouetter, à coups répétés, son 
dos délicat d'où pouvait couler plus de lait que de sang. » 

Mais ce n'était pas seulement les garçons n'étant que des 
enfants, comme Vitus et Barula que l'on fouettait comme des 
écoliers, mais aussi d'autres personnes d'âge plus mûr et des 
deux sexes, méthode employée à ce qu'il semble, pour mêler 
l'ignominie à la souffrance. Ainsi saint Thomas, très révérend 



- 90 - 



évêque, fut fouetté, ainsi que nous le voyons écrit par Victor 
Sur la Guerre des Vandales, de même que saint Afra. 



SUR LES OFFICIERS DONT LE DEVOIR ÉTAIT, DANS LES ANCIENS TEMPS, 

DE FRAPPER LES PRISONNIERS 

Les officiers que l'on employait pour battre les prisonniers, par 
ordre des magistrats, étaient appelés licteurs. Ceux-ci apparte- 
naient aux consuls, proconsuls et autres, les consuls et procon- 
suls en ayant chacun douze, les autres magistrats six, à l'excep- 
tion seulement du préteur de la ville qui n'en avait que deux. Les 
licteurs marchaient devant chaque magistrat, portant des fais- 
ceaux de bâtons liés, avec une hache au milieu, et connus sous le 
nom de fasces, afin que, lorsque cela leur était commandé, ils 
pussent délier ces faisceaux, commencer par frapper l'homme 
avec leurs bâtons, et ensuite l'abattre avec leur hache. Ces faits 
peuvent être confirmés par de nombreux témoins, parmi les 
anciens écrivains. Citons d'abord Cicéron, qui dit dans son long 
discours Contre Verres : « Six vigoureux licteurs l'entouraient, 
hommes bien exercés dans l'art de frapper et fouetter les crimi- 
nels. » Puis Tite-Live : « Va, licteur, lie-le au poteau. - Le fait est 
également prouvé par la lugubre formule par laquelle on ordon- 
nait au licteur d'infliger le châtiment accoutumé à un traitre. 
Cette formule était : <( Va licteur, lie-lui les mains, couvre-lui la 
tête, pends-le à l'arbre fatal. » Tite-Live, aussi, écrit, au sujet de 
Publius Horace, dans l'affaire des Horace et des Curiace : «Ainsi, 
les Duumvirs le condamnèrent à mort; alors, l'an d'eux, s'adres- 
sant à Publius Horace, dit : « Je te déclare, Publius Horace, 
coupable de haute trahison; va licteur, lie-lui les mains. » Et un 
peu plus loin encore : » Ce même homme, continua-t-il, que vous 
venez de voir, Quirites, marchant honoré, triomphant et victo- 



- 91 - 



Corturee et tourments bec (Btartjre cÇrétieng 



lieux, pouvez-vous supporter de le voir, debout sous le gibet, 
lié et soumis au fouet et à la torture? » Et, tandis que les yeux 
des Albains pouvaient à peine supporter un si hideux spectacle : 
« Va, licteur, cria-t-il, lie-lui les mains, ces mains qui, dernière- 
ment, étaient armées et conquéraient des empires pour le peuple 
romain. Va, couvre la tête du libérateur de cette ville, pends-le 
à l'arbre fatal, flagelle-le, soit sous les liens, c'est-à-dire sous les 
lances de l'ennemi, soit sans liens, parmi les tombes de Curiace. » 
Pour compléter notre récit, nous pouvons de plus ajouter ce 
que Aulu Gelle a laissé concernant les licteurs : « En outre, 
les licteurs avaient d'autres devoirs à remplir; c'était leur office, 
non seulement de lier et de battre les criminels et de les frapper 
avec leur hache, mais aussi de les pendre, si c'était nécessaire, 
d'où ces mots : <> Va, licteur, lie-lui les mains, couvre-lui la tête 
et pends-le à l'arbre fatal. « De plus, appartenait à ces mêmes 
officiers le devoir de faire évacuer les rues par la foule, de faire 
taire à l'occasion ceux qui parlaient trop longtemps, et même 
d'étrangler les criminels, ainsi que le démontre Plutarque dans 
sa Vie de Cicéron, quand il écrit sur Lentulus : « Premièrement, le 
Consul fait retirer Lentulus du Palatium et le fait marcher le long 
de la voie sacrée, et au milieu du Forum. Puis, sans quitter le 
Forum, arrivant à la prison, il livre son prisonnier au licteur et 
ordonne qu'il soit étranglé. » Un autre devoir des licteurs était 
de se rendre aux maisons des personnes qui manquaient à la 
Cour et de frapper à la porte avec un bâton, afin de les sommer 
de s'y rendre. Mais assez sur les licteurs et leurs offices. 

DIVERSES AUTRES FAÇONS DONT LES CHRÉTIENS ÉTAIENT FRAPPÉS 

PAR LES PAÏENS 

Des coups de poing, des coups de pied et des coups sur les 
oreilles étaient souvent administrés aux martyrs chrétiens ainsi 



- 92 - 




'^f^^(:^¥^-^iébri%^^b9'a!f^^^f^ 



FiG. XV 



A. — Martyr recevant des soufflets, des coups de 

pied, et ayant le visage meurtri à coups de 
poing. 

B. — MartjT étant lapidé. 



C. — Martyr dont le visage et la mâchoire sont 

meurtris avec une pierre. 

D. — Martyr écrasé sous une énorme pierre. 



que des soufflets, tandis que leurs visages étaient meurtris par 
les pierres et leurs mâchoires brisées ou eux-mêmes accablés 
sous les pavés et ainsi mis à mort. Les coups de poing, les 
coups de pied et les soufflets furent la part des plus glorieux 
héros de notre foi; les saints MarcelUn, prêtre, Epipodius, Aqui- 
lina, Tatiana, Félicitas, Speusippus, Eleusippus, Meleusippus, et 
enfin Pothenus ou Pothin, évêque de Lyon, dont Eusébe décrit 
ainsi la mort dans son Histoire Ecclésiastique : 

« Saint Pothin, à qui l'évéché de Lugdunum (Lyon) avait été 
conféré, avait maintenant dépassé sa quatre-vingt-dixième année 
et était si épuisé par la faiblesse corporelle qu'il pouvait à peine 
respirer librement, en raison de son infirmité extrême ; pourtant 
son âme était grandement ranimée et son es])rit devenu alerte 
par l'ardent désir qu'il avait du martyre. Aussi, il s'avança 
bravement vers le tribunal, et quoique son corps fût bien abattu 
par le grand âge, aussi bien que par les tortures de la maladie, 
son âme s'était pourtant conservée intacte au dedans de lui pour 
triompher glorieusement par sa foi en Jésus-Christ. Amené à la 
barre par les soldats, accompagné des magistrats de la ville, la 
multitude du peuple lui criant des injures, il rendit comme chré- 
tien, un noble témoignage à la foi. Car, quand le juge président 
lui demanda qui était le Dieu des chrétiens, il répondit : « Si tu 
es digne de savoir cette chose, tu la sauras. » Alors il fut brutale- 
ment entraîné et frappé sans pitié par ceux qui étaient auprès de 
lui et qui, ne respectant en rien son grand âge, le souffletaient et lui 
donnaient des coups de pied d'une façon honteuse et insultante; 
d'autres, plus éloignés, lui jetaient tout ce qui leur tombait sous la 
main. Ils agissaient ainsi, car ils considéraient comme une grande 
faute et un acte d'impiété si quelqu'un omettait, n'importe où il 
se trouvait, d'insulter à la personne du martyre, croyant ainsi 
servir la cause de leurs faux dieux. Enfin il fut jeté, respirant à 
peine, dans la prison commune, où, deux jours après, il rendit 



- 93 - 



ZoxtnxCB ci tourmente bee (UlartjrB cÇtétiettB 

l'esprit. » Ainsi parle Eusèbe concernant la mort de saint 
Pothin. Saint Fabius eut une fin semblable. 



COUPS DE POING, SOUFFLETS ET CLAQUES 

Ces trois mots sont considérés, par quelques personnes, 
comme synonymes; mais il est clairement démontré par de nom- 
breuses preuves qu'il n'en est pas ainsi. Saint Matthieu cha- 
pitre XXVI) : c( Alors ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent 
des coups de poing, et quelques-uns le frappèrent avec la 
paume de leur main. » Saint Marc chapitre xiv): « Et quelques- 
uns commencèrent à lui cracher au visage et à lui donner des 
soufflets... et les officiers le reçurent en le frappant avec leurs 
mains. » Saint Jean (chapitre xviii) : " L'un des officiers, qui se 
trouvait à côté de Jésus, le frappa avec sa main. » 

D'après ces passages il est clairement évident que le mot 
soufflet doit être considéré comme une claque donnée avec la 
paume de la main, tandis qu'un coup est appliqué avec le poing 
fermé. Cela est de plus confirmé par Martial lEpigrammes). 

quam dignus eras alapis, Mariane, Latini ! 

« Ah! combien tu méritais, Marianus, les soufflets des Latins. 
Et Térence (Adelphi) : 

« Ne mora sit, si innuerim quinpugmis continuo in mala hœreat. 

« Pas un instant de répit, après que j'aurai donné le signal ; 
mais frappez-le immédiatement au visage avec votre poing. » 
Et un peu plus loin encore, dans la même pièce... : 

Homini misero plus quingenlos colaphos infregit mihi. 



— 94 — 



(UXattjrB ftcipipiB à coupB be piètre 



« Misérable que je suis 1 il me frappe cinq cents fois avec son 
poing ». 
Et encore : 

Omnes dentés labescit mihi 

Prielerea colaphis luber est totum caput. » 

« Il ébranle toutes mes dents et, de plus, ma tête est tout 
enflée par ses coups de poing. » 

La distinction entre le poing et la paume, le coup de poing et la 
claque, est bien établie par une remarque faite par Cicéron dans 
son traité intitulé VOraleur : « Pliant les doigts, et fermant le 
poing, Zeno avait l'habitude de dire : « Voici à quoi ressemble la 
dialectique »; ensuite, relâchant son étreinte et ouvrant sa main, 
il ajoutait : « Mais léloquence ressemble à cette main ouverte. » 
En fait, il disait que le rhétoricien ou orateur était comme la main 
ouverte, le dialecticien, comme le poing fermé, parce que, tandis 
que le premier parlait plus longtemps, le dernier argumentait 
d'une façon plus forte et plus condensée. Donc les coups ou 
coups de poing sont donnés avec la main fermée, les soufflets ou 
claques avec la main ouverte. Mais si le lecteur désire avoir de 
plus amples informations concernant cette forme de punition et 
d'ignominie, par laquelle on châtiait spécialement les femmes 
attachées à la foi chrétienne, qu'il lise ce que dit Aulu-Gelle à 
ce sujet. 

MARTYRS DONT LE VISAGE ÉTAIT FRAPPÉ A COUPS DE PIERRES, LA FACE 
MEURTRIE ET LA MACHOIRE BRISÉE 

Les chrétiens qui furent soumis au genre de martyre ci-dessus 
indiqué furent : les saints Papias, Maurus, Theodosia, Félix, 
prêtre, Apollinaris, évêque, Felicissima, vierge et martyre, outre 



- 95 — 



Cortures et tourmente bes (ttXarf^re cÇrétiens 

les quarante soldats qui sont nommés dans le Martyrologe 
Romain, le 9 mars : « A Sebasté, en Arménie, anniversaire des 
quarante saints soldats Cappadociens, qui, dans le temps de Lici- 
nius et sous le gouvernement d'Agricolaus, après avoir été mis 
aux fers et avoir subi le plus cruel emprisonnement et après avoir 
eu le visage frappé à coups de pierres, furent jetés dans un étang 
gelé où leurs corps, raidis par la glace, furent brisés et ainsi leur 
martyre fut consommé par la fracture de leurs membres. Et 
parmi eux, deux étaient de naissance noble, Cyrion et Candidus. 
La gloire prééminente de tous a trouvé la renommée dans les 
écrits de saint Basile et d'autres. » 

Polybius aussi, traitant des punitions militaires, raconte com- 
ment, dans les anciens temps, les soldats étaient, non seulement 
frappés à coups de fouet, mais aussi lapidés. Mais nous avons 
déjà traité des cbâliments en général dans nos remarques sur les 
fouets et les fouetteurs. 



MARTVHS QUI ÉTAIENT LAPIDÉS ET AINSI LIVRÉS A LA MORT 

Parmi les saints qui furent lapidés jusqu'à la mort, on peut 
citer de célèbres martyrs tels que saint Etienne, le proto-martyr, 
saint Demetrius et ses compagnons, les saints Cyriacus, Tran- 
quillinus, Diocletius, outre les plus glorieuses Emerenthine et 
Paula, vierges et martyres. 



GROSSES PIERRES AVEC LESQUELLES LES CHRETIENS ÉTAIENT PRESSES 

ET GRANDEMENT TORTURÉS 

De plus, au moyen de roches et de grosses pierres, les chré- 
tiens, serviteurs de N. S. J.-C. étaient torturés de diverses 



- 96 - 



(gtart^rs cctaecB roub une ^ktxt 



manières. Quelquefois, nous entendons dire qu'ils étaient écrasés 
sous de gros quartiers de roche; ainsi dans les Actes des saints 
Martyrs, saint ïheopompus, il est écrit : « Alors le saint homme 
fut retiré de sa prison et étendu, le visage tourné vers le ciel, sur 
la terre et fortement attaché à des poteaux, puis un énorme roc, 
que huit hommes pouvaient à peine porter, fut placé sur son 
ventre; mais le gros rocher fut ôté d'au-dessus de lui par 
l'intervention divine. .. » Dans les Actes du Martyr saint Victor, 
on trouve : « Etant sorti de la prison après trois jours, il donna 
un coup de pied à une statue de Jupiter qui lui fut présentée pour 
qu'il lui olTrit de l'encens. Le pied qui avait commis l'offense fut 
immédiatement coupé et le saint homme couché sous une pierre 
meulière sous laquelle il fut cruellement écrasé. Mais oh I après 
quelque temps, la pierre se brisa d'elle-même en morceaux alors 
que le Martyr du Seigneur ne respirait déjà plus que faiblement. » 
Et encore, dans les Actes du très saint ?Jartyr saint Artemius, 
on peut lire ce récit : « Entendant ces mots et étant rempli de 
colère, Julien appela à lui des maçons et leur dit, désignant un 
bloc qui s'était détaché du fronton de l'amphilhéàtre : « Voyez 
là-bas ce bloc de pierre, partagez-le en deux moitiés. Puis, cou- 
chant à plat l'une des moitiés sur la terre, étendez dessus ce 
malfaiteur et laissez retomber lourdemer.t l'autre moitié sur lui 
afin que, pris entre les deux, il puisse avoir la chair et les os 
écrasés et n'ait plus aucune forme. Par ce moyen il apprendra 
quel est celui à qui il essaie de résister et quel secours il peut 
attendre de son Dieu. Aussitôt dit que fait, et le saint homme 
emprisonné entre les deux pierres; le poids sur son corps était si 
lourd et si pressant que tandis que ses os se broyaient un son de 
craquement et de déchirement fut entendu de plusieurs ; car, 
tout son intérieur fut mis en pièces, ses os et ses articulations 
brisés, tandis que ses yeux sortaient de leurs orbites. Pourtant, 
quoiqu'il fût réduit à un si triste état, il ne négligeait pas de 



97 - 



CortwreB ef ZouxmtnU bec (gXartj^ïe cÇtéttene 

chanter les louanges du Seigneur, car il chantait, étant couché 
entre les pierres, disant : « Tu m'as élevé et exalté, car tu es mon 
espérance et tu es une tour inaccessible à la face de mon ennemi, 
tu as établi mes pieds sur la terre ferme et guidé mes pas. Reçois 
donc mon esprit. Fils unique aimé de Dieu, et ne me livre pas aux 
mains de mes ennemis ! » Enfin, lorsqu'il fut resté un jour et une 
nuit à l'intérieur des pierres, le cruel Julien commanda que les 
deux blocs fussent séparés, pensant que le saint avait sûrement 
péri et qu'aucun vestige de vie n'était plus en son corps, qui avait 
subi la pression si douloureuse d'un tel poids. Mais, oh t à peine 
était-il délivré des pierres, qu'il se leva, marchant sur ses pieds, 
véritable miracle, digne de l'étonnement et de l'admiration! Un 
homme nu et sans appui, dont les yeux étaient sortis de la 
tête, dont les os avaient été broyés et la chair, ainsi que tous les 
n-kmbrcs, écrasée et réduite en une seule masse sous le poids de 
la pierre, de sorte que ses entrailles s'étaient misérablement 
répandues au dehors, cet homme, ô spectacle étrange et sans 
exemple! cet homme parlait et marchait et prononçait des mots 
de blâme contre le Tyran, de sorte que celui-ci même était dans 
l'étonnement... » Un autre récit d'un martyre semblable accompli 
au moyen de grosses pierres, se trouve dans l'Histoire de saint 
.loseph dans les termes suivants : « Alors, après avoir emmené 
l'homme à quelque di.slance, et lui avoir lié les mains derrière le 
dos, ils creusèrent une fosse pour lui et l'y enterrèrent jusqu'au 
milieu du corps; puis ils mirent autour de lui les chrétiens qu'ils 
avaient arrêtés et leur ordonnèrent d'assaillir à coups de pierres 
la noble victime. Mais, lorsqu'ils voulurent forcer la sainte et 
bénie Isdandul à faire de même, elle dit : « Jamais auparavant, 
dans l'histoire du mon le, a-t-on entendu semblable chose qu'une 
femme soit contrainte de lever la main contre de saints hommes, 
comme vous voudriez maintenant me le faire faire? Ce n'est pas 
contre vos ennemis que vous vous battez, maisc'est contre nous, vos 



98 



(ttlûrtgrs fa^ïibée 



amis, que vous prenez les armes, et vous remplissez de sang et 
de carnage votre terre natale qui était dans le calme et la paix. » 
Alors ils attachèrent un fer à l'extrémité d'un long roseau et 
lui ordonnèrent d'en piquer le saint homme. Mois elle cria : «Loin 
de moi la pensée de faire cette chose, j'aimerais mieux trans- 
percer mon propre cœur de cet instrument que de faire la plus 
petite égratignure à son saint corps! » Elle manifesta ainsi une 
constance virile et se montra plus forte que ses meurtriers ne 
l'avaient cru possible. 

Mais alors ils accablèrent le saint sous une telle avalanche de 
pierres que sa tête seulement demeura visible, tout le reste de son 
corps étant enterré sous un monceau de pavés. Et, quand l'un 
des bandits vit que la tête seule remuait, il ordonna à l'un des 
licteurs de prendre la plus grosse pierre qu'il pourrait porter et 
de la jeter sur lui : Et lorsque ce fut fait et que sa tête fut 
écrasée sous le poids de la pierre, il rendit au Christ son àme 
précieuse. » 

Tout cela dit étant en rapport avec ce que disent à ce sujet les 
Actes des Saints. 

Il ne nous reste plus maintenant, après avoir dûment exposé 
les sortes de tortures des saints martyrs dont il a été traité dans 
le quatrième chapitre, qu'à procéder au cinquième, avec la béné- 
diction de Dieu. 



- 99 - 



CHAPITRE V 



Instruments à l'aide desquels les Païens avaient coutume 
de déchirer la chair des fidèles serviteurs du Christ, 
savoir: griffes de fer, crampons, étrilles. 

^m-iROIS instruments différents étaient employés par les adora- 
I leurs du diable (ainsi qu'il est attesté par beaucoup d'Ac/esdes 
A martyrs) pour mutiler les chrétiens, savoir : les griffes de fer, 
les crampons et les étrilles. Parmi ceux-ci, la première espèce est 
mentionnée par TertuUien, particulièrement dans son ouvrage 
Conlre /e.s Gnostiqiies, où il écrit : « Ils éprouvent certains chré- 
tiens par le feu, d'autres par l'épée, d'autres par les bétes sau- 
vages ; pourtant d'autres encore goûtent le martyre par le fouet ou 
les griffes de fer »; de même dans son Apologie aux Chrétiens : 
(( Vous attachez les chrétiens à des croix et les fixez à des poteaux. 
Dites-moi, quelle défoimation ne subira pas l'argile placée sur la 
croix ou sur le poteau? Sur le gibet l'ut consacré le corps de notre 
Dieu et avec des griffes vous déchirez le corps des martyrs chré- 
tiens. » Et encore autre part : « Oui, que les princes déchirent 
leur chair et que leur corps soit élevé sur la croix ». De même 
saint Cyprien dit aussi dans son Epitre à Donatus : « La lance, 
l'épée et l'exécuteur sont prêts, ainsi que la griffe qui pique et 
perce. » Et dans un autre endroit: «Maintenant le cheval de bois 
va les torturer et la pince de fer va les percer, » Saint Grégoire 
de Nysse aussi, dans sa Vie de saint Grégoire Thaumaturge : 



100 



« Les poteaux furent dressés et l'on étendit les corps de ceux qui 
demeuraient fermes dans leur croyance et qui furent lacérés par 
d'horribles griffes. » Saint Augusim (LeltresJ : « Lorsqu'il eut reçu 
l'entière confession de crimes aussi énormes, et cela, non par la 
torture du cheval, ni le déchirement des griffes de fer. » Saint 
Jérôme, Lpitre aux Innocents : « Quand la pince ensanglantée 
déchirait la chair livide et que la douleur cherchait à arracher la 
vérité des flancs sillonnés. » Et le même auteur un peu plus loin : 
(( Le bourreau lacère et sillonne les deux flancs, » cela se fait à 
l'aide des griffes de fer. Prudentius, dans son Hymne à saint 
Romain, dit : 

Costas bisulcis execandas ungulis. 
et plus loin encore : 

Quam si criienta membra carpant ungulae. 

« Les flancs qui doivent être ouverts à l'aide des griffes four- 
chues. » 

« Et si les pinces déchirent vos memlire*; sanglants » ; 
et ailleurs: 

Ille virgas secures, et bisulcas ungulas... 
Tormenta, carcer, iingulœ. 

« Les bâtons, les haches et les griffes de fer, les tortures, la 
prison, les pinces. » 

Maintenant ces griffes, ainsi qu'il est prouvé par l'une d'elles 
qui a été conservée jusqu'à ce jour dans î'église Saint-Pierre au 
Vatican parmi les reliques des saints (et que nous-mêmc, tout 
indigne que nous sommes, avons vue et baisée et vénérée), 
étaient une sorte de pince de fer faite comme nous allons l'expli- 



— 101 - 



^ortureg et tourmente bee (gtartgre cÇrétienB 



quer: Premièrement, deux morceaux de fer assez longs étaient 
attachés ensemble, juste de la même façon que ceux qui forment 
les pinces de fer d'un forgeron, sont réunis pour former la paire. 
Les bouts en étaient arrondis et, vers les extrémités légèrement 
ttoués, cela étant fait dans le but ^e pouvoir y fixer diverses 
petites lames ou pointes pour la plus grande commodité des bour- 
reaux afin de déchirer ceux qui étaient attachés au cheval de bois 
ou à des poteaux, ou pendus, soit qu'ils fussent des criminels 
ordinaires ou les Saints Martyrs. Ceci est pleinement démontré 
par un fragment de l'une de ces pinces à moitié brûlée et arrondie 
que l'on peut voir encore. Mais, dans la partie inférieure, c'est- 
à-dire à la jonction des deux pièces de fer, elles avaient la lon- 
gueur d'une main et deux doigts de large, plutôt minces 
qu'épaisses et d'une construction frêle et délicate. De plus, six 
pointes de fer y étaient attachées, trois à chaque, et arrangées de 
façon que, dans le centre de l'une d'elles, deux pointes étaient 
fortement fixées à la surface du métal, mais dans le centre de 
l'autre une seulement faisant face aux deux autres Alors il arri- 
vait que, quand les pinces étaient fermées, celle qui était seule 
dans le centre de l'une des pièces rencontrait les deux pointes 
de l'autre, s'v enfermait, et s'intercalait entre elles. Ceci n'était 
pas tout, car il y avait encore d'autres pointes fixées à l'intérieur 
des mâchoires de l'instrument (pour ainsi dire), l'arrangement des 
pointes étant toujours le même. Le résultat était que la chair de 
ceux que l'on torturait avec ces pinces ou griffes était sillonnée et 
déchirée par les dites pointes. En conséquence, on ne doit pas 
être surpris si quelques-unes de ces autorités citées ci-dessus ont 
parlé de ces instruments comme étant fourchus et à doubles 
aspérités et les ont décrits comme creusant des sillons ou labou- 
rant la chair des criminels condamnés. 

Avec cet instrument de martyre furent déchirés et lacérés un 
nombre incalculable de soldats du Christ et en particulier les 



102 



^^S39^^ÇRt^^f£ara?fS^-'ifihfC9r^^^C^^ 'ft«^^î¥?;«â#^£*2;ft&î'tfW?, 



-?»< 




A. — Griffes de fer. 



FlG . XVI 

B. — Etrilles. 



I C. Crampons. 



(pinces bécÇtrant fee cÇairs 



saints Papus, Clément d'Ancyra, Théophile et Théodore, saint 
Maurice et ses compagnons, Justa, Rufma, Eulalie de Barcina, 
saint Erasme, Callinicus et Pelagius. 



SI LES PINCES CONSERVEES DANS L EGLISE SAINT-PIERRE SONT PLUTOT 
DES SCORPIONS OU DES GRIFFES DE FER 

Quelques personnes ont supposé que cette sorte de pince de 
fer, conservée dans l'église du Vatican, parmi les reliques des 
saints, semblable à celles décrites ci-dessus, n'était pas du tout 
des griffes, mais des scorpions. Pourtant, si nous devons confes- 
ser la vérité réelle, nous ne pouvons que dire que ces personnes 
sont aussi loin de la vérité que l'orient l'est de l'occident. Car, 
vraiment, comment peut-on prendre possiblement ces pinces 
pour des scorpions plutôt que pour des griffes, quand, comme il 
est prouvé dans le chapitre précédent, ces scorpions étaient com- 
pris sous le nom de bâtons, tandis que les griffes sont décrites 
comme une sorte de pince de fer à dents? En outre, les premiers 
(ainsi que l'indiquent les Actes des Martyrs et les passages de 
l'Ecriture sainte cités ci-dessus) étaient en usage chez les anciens 
seulement pour en frapper les coupables, et les autres, pour les 
déchirer. Et cela est confirmé par la forme desdites pinces, car, 
pour quelqu'un qui les considère attentivement, il sera de suite 
évident qu'elles n'ont jamais été faites pour flageller les criminels, 
mais pour les torturer et les déchirer. Car si le bourreau les eût 
prises dans ses mains avec l'intention d'en frapper un coupable, il 
eût fallu pour cela qu'il maintint les deux morceaux de fer pres- 
sés l'un contre l'autre ; et il en résulterait que les pointes, attendu 
qu'elles ne pourraient dans ce cas torturer en aucune façon la vic- 
time, auraient été placées là en vain et sansaucune utilité. Nous ajou- 
terons de plus que la fonction spéciale des griffes (ainsi que saint 



- 103 



Augustin et Prudentius l'ont déclaré dans leurs écrits), était de dé- 
chirer la chair des coupables, de la labourer et lacérer. Et qui peut 
manquer de voir que ces pinces, conservées dans l'église Saint- 
Pierre sont excellemment aptes à cela? Il ne peut y avoir que peu 
ou point de doute que le dit instrument appartient à la classe des 
grifïcs et à aucune autre, quelle qu'elle soit. 

On'ERS INSTRUMENTS DE MARTYRE FAITS EX FER 

Ayant donc mis ces griffes au rang des pinces en fer, il nous 
reste maintenant à déclarer quels en étaient le nombre et l'espèce 
en usage pour torturer les saints martyrs car nous savons qu'elles 
étaient de plusieurs sortes différentes. Les unes étaient den- 
telées et, au moyen de six pointes de fer, perçaient la peau des 
victimes, lorsqu'elles étaient fermées, et déchiraient cruellement 
les membres. De cette espèce étaient celles dont nous venons de 
parler. D'autres étaient plus spécialement faites pour tordre et 
broyer. Celles-là sont nommées par l'évêque Synesius lorsque, 
traitant de la cruauté sauvage du gouverneur Andronicus, il dit ; 
'< Ou bien avec les pinces, instrument inventé pour arracher les 
oreilles et tordre les lèvres. » 

D'autres encore étaient destinées à couper. On fait mention de 
cette espèce dans le Martyrologe Romain du 26 juin en ces mots : 
<( A Cordoue, en Espagne, anniversaire de saint Pelagius, jeune 
homme qui, pour avoir confessé sa foi, fut condamné par Abdur- 
Rahman, roi des Sarrasins, à avoir les membres coupés un à un 
avec les pinces de fer et ainsi couronna glorieusement son 
martyre. » 

Dans cette même catégorie d'instruments de martyre, on peut 
placer les pinces ou ciseaux avec lesquels les chrétiens des 
deux sexes, mais plus spécialement les femmes, étaient coupés 



- 104 - 



(pinctB, griffes ci ct<xmponB 



par les serviteurs du diable, sous forme d'ignominie. Voyez les 
Actes de saint Jean, l'apôtre, et V Histoire de sainte Fausta, vierge 
et martj're, ainsi que celle de sainte Charitina, vierge et martyre. 
Les pinces à l'aide desquelles saint Jean, l'évangéliste, fut 
déchiré, sont conservées dans la très-sainte église de Saint-Jean- 
de-Latran, relique en tous points digne d'être visitée et honorée. 



DIVERSES FAÇONS DONT LES MARTYRS ETAIENT TORTURES 
AVEC LES GRIFFES DE FER 

Il y avait diverses manières dont les chrétiens étaient déchirés 
par les griffes de fer, quelquefois liés au cheval de bois ou atta- 
chés à des poteaux ou piliers, quelquefois pendus et souvent la 
tête en bas. 

Le premier et le second de ces modes sont attestés par les 
Actes des saints Nestor, Hilaire, Justa et Rufina, Januarius et 
Pelagius, ainsi que saint Maurice et ses compagnons. Le second 
est également mentionné dans ce que nous avons dit ci-dessus, 
chapitre I^r, au sujet des poteaux ; le dernier, par les Histoires des 
saints Epimachus, Félix et d'autres déjà nommés. Pour de plus 
amples informations, relisez ce que nous avons dit dans le cha- 
pitre III au sujet des Fidiculae. 

CRAMPONS DE FER COMME INSTRUMENTS DE MARTYRE 

Ces crampons sont mentionnés par Cicéron dans ses Philippi- 
ques : 

« On introduisit un crampon dans ce misérable déserteur, » et 
dans le Pro Rabirio. « Ni notre histoire passée, ni notre vie pri- 
vée, ni notre honneur ne parviennent à nous protéger contre la 



— 105 — 



CorturCB et ZouxmtniB bes (glart^rB cÇréftene 

terreur de la croix ni contre le fouet, ni le crampon. » Juvénal 
aussi écrit dans ses Satires : « ... Sejanus ducitur unco (Sejanus 
est traîné par le crampon des criminels) » et Horace : Ode et 
Fortune (135) : 

Te semper anleit saeva nécessitas 
Clavos Irabales, et caneosmanu 
Geslans aena; nec seuerus 
Uncus abesi liquidumqae plambum. 

« Toujours devant toi marche la dure nécessité, portant dans sa 
main d'airain les piques et les coins; le cruel crampon ne fait pas 
défaut non plus que le plomb fondu. » Suetonius aussi, Tibère : 
« Quand le bourreau, par ordre du Sénat, déploya devant lui 
les cordes et les crampons, » et Lampridius, dans sa Vie de Com- 
mode, qui dit que les hommes poussèrent des cris de mépris lors- 
qu'il fut mort : « Lui qui massacra le Sénat, qu'il soit traîné par 
le crampon; lui qui vola les temples, qu'il soit traîné par le cram- 
pon; lui qui massacra tous les hommes, qu'il soit traîné par le 
crampon », et ainsi de suite, car, en vérité, on fait souvent men- 
tion du dit crampon dans ces récits. De même, écrivant sur 
Vitellius, Suétone dit : « En conséquence, il fut frappé de coups 
sans nombre sur les marches Gémoniennes et tué, et ensuite 
traîné par le crampon dans le Tibre. )>Et Ammianus Marcellinus, 
parlant du même empereur : « Le cheval de bois fut étendu et le 
bourreau prépara les crampons », et encore : « les crampons et 
les tortures sanglantes, » Prudentius aussi dans l'une de ses Hymnes: 

Slridenlibus laniatur uncis. 

(T II est déchiré et mis en pièces parle crampon qui arrache. » De 
même dans les Actes de saint Sébastien où nous lisons : « Cher- 
chez dans l'égout qui est près du Grand Cirque, et là vous trou- 



- 106 - 



verez mon corps pendu à un crampon. » On trouve aussi mention 
des crampons dans les Histoires d'autres Martyrs comme saints 
Plato, Pontianus, Nicetas, ainsi que dans celles des saintes 
Tatiana, Martina et Prisca, vierges et martyres romaines. 

D'après tout cela, il est manifeste que les anciens se servaient 
des crampons, non seulement pour déchirer les criminels et les 
traîner au lieu d'exécution, c'est-à-dire aux marches Gemoniennes, 
mais aussi pour les pendre, et enfin pour traîner les infâmes 
malfaiteurs coupables de beaucoup de crimes abominables, et 
qui étaient morts, soit aux égouts, soit aux réceptacles d'ordures 
et de rebuts, soit au Tibre. Donc, nous ne devons plus nous 
étonner quand nous trouvons écrit au sujet de saint Sébastien, 
comment, après sa mort, son corps fut traîné par un crampon au 
cloaque Maxime, grand égout de Rome, considérant que les chré- 
tiens étaient regardés par les païens comme des gens remplis de 
mal et sans honneur, comme s'ils étaient nés dans l'ignominie. 
Le crampon peut donc être mieux décrit et défini ainsi : « C'est 
un assez long bâton ou lance en miniature, ayant du fer sur un 
côté, courbé et retourné sur lui-même, lequel instrument était en 
usage parmi les Romains pour haler les condamnés criminels 
jusqu'aux marches Gemoniennes et pour les châtier et enfin pour 
traîner les corps morts des hommes mauvais aux égouts publics. » 

MANIÈRE DONT LES SAINTS MARTYRS ÉTAIENT TORTURÉS ET TRAÎNÉS 

PAR LE CRAMPON 

Les chrétiens étaient torturés par le crampon précisément de 
la même manière que parles griffes de fer mentionnées ci-dessus, 
ainsi qu'il est prouvé, en omettant d'autres preuves, par les Actes 
des saints Plato et Pontianus, les Martyrs que nous venons de 
citer, et par ce que nous avons dit sur les poteaux dans le cha- 
pitre ',Ie^ 



- 107 — 



tortures et tourmente bes (gtArtjrB cÇrétiena 



DES ETRILLES EN FER COMME INSTRUMENTS DE MARTYRE 

Les peignes de fer étaient également employés pour déchirer 
la chair des fidèles chrétiens. Cela est confirmé par les Actes de 
divers martyrs, spécialement de saint Biaise, des saintes Tatiana, 
Julitta et Barbara, vierges et martyres, et d'une légion dont les 
noms sont connus de Dieu seul. Ces peignes ressemblent, ainsi 
que l'indiquent leur nom et leur usage, et comme on peut en juger 
par certains qui sont représentés dans de très anciennes peintures 
de saint Biaise, copiées, selon le jugement des savants, sur des 
dessins des anciens, ces peignes ressemblent, dis-je, à ceux que 
l'on emploie pour carder la laine. A ces peignes était attaché un 
bâton ou lance, d'une longueur convenable, comme c'était le cas 
pour les grilles, puisque celles-ci aussi étaient employées pour 
déchirer les martyrs. 

Nous voyons ainsi que trois instruments étaient fabriqués pour 
déchirer les martyrs, savoir : griffes, crampons ou crochets et 
peignes de fer ou étrilles. Maintenant, quant à la manière dont 
les victimes étaient déchirées avec ces peignes, il faut savoir que 
les saints étaient martyrisés précisément de la même façon qu'avec 
les griffes de fer déjà décrites. 

TESSONS ou FRAGMENTS DE POTERIE EMPLOYÉS POUR LACÉRER 
LA CHAIR DES SAINTS 

Quelquefois la chair des chrétiens était déchirée et arrachée, 
pour plus grande cruauté, avec des fragments de poterie et non 
seulement leurs flancs étaient lacérés avec les instruments nom- 
més ci-dessus, comme on le faisait pour les voleurs, mais aussi 



108 - 



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^U/-1U 



A. — Martyr torturé au moyen des 
grilTes de fer ou pinces. 



FiG. XVII 

15. — Déchiré avec les crampons. 
C. — Lacért- avec des étrilles. 






(BtûrtjtBjfûcéréfi avtc Hb Ubsoub 



leur ventre, leurs cuisses, leurs jambes, par-dessus le marché ! 
Ecoutez, si vous le voulez, Eusèbe, qui fut témoin oculaire de 
tant de cruautés et a dépeint dans son Histoire la furie des bour- 
reaux : « Mais, pour dire la vérité, c'est dans la Thébaïde que 
toutes les cruautés, ci-dessus décrites, étaient surpassées. Car ici 
les bourreaux prenaient des fragments de poterie au lieu de 
griffes pour en déchirer et lacérer le corps entier, jusqu'à ce que 
la peau fût arrachée de la chair. » Et encore dans un autre 
passage : « Maintenant, il était vraiment considéré comme une 
chose ordinaire et habituelle qu'un homme fût labouré et lacéré 
avec des griffes de fer. Mais plus tard, quand ce mode de tor- 
ture fut appliqué, non seulement les flancs de la victime étaient 
percés et déchirés (ainsi que cela se fait habituellement pour les 
voleurs et les meurtriers), mais aussi son ventre, ses cuisses, ses 
jambes. De fait, cet instrument était fait pour pénétrer jusqu'à la 
moelle des os. » 



COMMENT LES SAINTS ÉTAIENT DÉTIRÉS JUSQU'AUX QUATRIÈME ET 
CINQUIÈME TROUS DU BLOC DE BOIS 

Non contents des fortures déjà citées à l'aide desquelles ils 
tourmentaient les serviteurs du Christ, les ministres du diable 
méditaient chaque jour pour découvrir de nouvelles formes de 
cruautés et de nouvelles sortes de châtiments. Et, quoiqu'ils en 
eussent déjà trouvé beaucoup, ils ne purent jamais réussir, par 
aucun de ces moyens, à abattre ou à briser la divine valeur des 
chrétiens. Non ! Tous ces tourments ne firent que les affermir 
davantage dans leur foi et leur faire remporter plus de nobles 
victoires. La cruauté du tyran pouvait en effet torturer et déchi- 
rer leur corps; mais leur esprit, plein d'un courage céleste, et 
fortifié de l'aide divine, ne pouvait en aucune façon être affaibli 



— 109 



ou dompté. temps heureux et béni! êtres fortunés! dont la 
valeur et la vertu étaient telles qu'en ces jours, les jeunes garçons 
eux-mêmes ne tremblaient pas devant les tortures les plus 
terribles. Ces vaillants athlètes du Christ étaient déchirés avec 
des pinces de fer et des verges. Puis, pour leur plus horrible tor- 
ture, ces princes des ténèbres (voyez Eusèbe, Histoire Ecclésias- 
tique) inventèrent le supplice de les détirer, alors qu'ils étaient 
déjà pleins de blessures et de coups, dans des blocs, jusqu'aux 
quatrième et cinquième trous. Pourtant, quoiqu'ils endurassent 
la plus terrible douleur, pas un murmure et pas une plainte ne 
se faisaient entendre, car, avec une constance et une fermeté silen- 
cieuses, ces braves cœurs montraient de la patience dans l'adver- 
sité. Mais, si vous désirez en savoir davantage, sur cette sorte de 
torture, retournez à ce que nous avons dit à ce sujet, dans le 
chapitre III, où nous avons montré comment le cheval de bois 
était une chose et le bloc une autre, et où nous avons donné 
beaucoup de détails relatifs à cet ordre de choses. 



- 110 - 




CHAPITRE VI 



Plaques rougies au feu, torches et tisons brûlants 

UOIQUE tous les païens condamnassent les chrétiens des 
deux sexes (au mépris! du Christ) à être torturés sur le 
cheval, et déchirés par le fouet, les griffes de fer et autres 
instruments semblables (ainsi qu'il a été décrit dans le chapitre 
précédent), et à cire écartelés dans les blocs jusqu'aux quatrième 
et cinquième trous, leur rage sauvage n'était pourtant pas assouvie 
pour cela. 11 arrivait souvent et souvent qu'ils faisaient répandre de 
la chaux vive, du plomb fondu ou de l'huile bouillante ou autre 
chose seml^lable sur leurs blessures fraîches, ou qu'ils faisaient 
agrandir et déchirer ces mêmes blessures avec des débris de poterie 
ou encore les faisaient violemment frotter et gratter avec du drap 
de crin ou bien, enfin, ils commandaient que les malheureuses 
créatures fussent, dans ce triste état, horriblement brûlées avec 
des plaques rougies au feu, des torches et des tisons brûlants. 

PLAQUES ARDENTES OU ROUGIES AU FEU 

Plante parle des plaques ardentes dans son Asinaria, en ces 
mots : 

Stimalos, laminia, cracesqae. 
« Aiguillons, plaques et croix ; » 



- 111 - 



tortures et tourments bec (Utart^rs c^xiiicna 



Par Cicéron, Co/î//e Ferres : « Quoi, lorsque l'on apportait sur 
la scène ces plaques rougies au feu, et autres tortures. » 
Par Horace, Epitres : 

Scilicel ut ventres lamina candenle nepotum, 
Diceret urendos correctas. 

« Réformé à tel point qu'il commandait que les ventres de ses 
petits-fils fussent grillés avec la plaque rougie au feu. » 

Par saint Cyprien aussi. Louange du Martyre : « Car le corps 
du Martyr est étendu sur l'instrument de supplice et siffle devant 
la plaque rougie au feu. » 

Prudentius en parle également dans son Hymne sur le Martyre 
de saint Vincent : 



Stridensque flammis lamina. 
Et encore dans celle de saint Romain : 

Nec inusla laminis ardel cutis. 

« Et la plaque sifflante pleine de flammes ardentes... 
« Et la chair brûle, enflammée parla plaque... » 

Et enfin Victor dans la Persécution Vandale : « Car, alors, Papi- 
nian, le vénérable évêque et père de notre ville, eut tout le corps 
brûlé par les plaques de fer rougies au feu. » 

Les Actes des Saints Martyrs sont pleins d'exemples de tortures 
de ce genre, et Eusèbe en fait maintes fois mention particulière- 
ment dans son Histoire ecclésiastique. De fait, ces brûlures, lors- 
qu'elles n'étaient appliquées qu'aux flancs, étaient comptées par- 
mi les châtiments publics ordinaires. 

Maintenant, une plaque, prise dans ce sens, était, comme l'im- 
pliquent plusieurs des auteurs cités ci-dessus, ainsi que de nom- 



— 112 - 




FiG. XVIII 



A. — Tisons enflammés ou flambeaux. 

B. — Torches de pin ou autre bois. 



C. — Plaques de métal rougies au feu. 




breuses Histoires des saints Martyrs, un morceau de métal quel- 
conque, plus long que large et plus épais qu'une simple feuille. 
Et de fait, une feuille diffère d'une plaque en ceci : que la pre- 
mière est plus mince, se pliera spontanément et craquera, tandis 
que la plaque est plus épaisse et ne fera entendre aucun craque- 
ment. C'est avec cette dernière que l'on fait les armures, et dans 
les anciens temps on s'en servait pour la torture, après les avoir 
chauffées à blanc. 

Cette pièce de fer chauffée au feu était appliquée sur la chair j 

nue des saints Martyrs ou des criminels et y était maintenue jus- ï 

qu'à ce que celle-ci fût misérablement brûlée. C'est avec cet instru- t 

ment de supplice que furent torturés les plus glorieux soldats du | 

Christ : saint Laurent, saint Bassus, évêque, saint Vincent et bien 
d'autres. En outre, le Théâtre des Cruautés montre comment, en 
diverses circonstances, les hérétiques, de nos jours, ont fait la 
même chose et comment les catholiques, n^-me au temps actuel 
(1391), ont été brûlés avec des plaques ardentes par les huguenots 
et les calvinistes. 



TORCHES A L AmE DESQUELLES ON BRULAIT LES SAINTS xMARTVRS. 

On fait mention de ces torches dans diverses Histoiresde Saints, 
spécialement dans celles de saint Saba, officier de soldats ; des 
saintes Eulalie d'Emerita et Barbara, vierges et martyres, et de 
saint Clément, évêque d'Ancyra. 

Ces torches, ainsi employées par les Anciens, étaient de deux 
sortes — quelques-unes étant faites de la partie intérieure et la 
plus dense des arbres qui produisent la résine, tels que le pin, le 
sapin, le mélèze. Les anciens écrivains parlent souvent de ces 
torches; ainsi Varro écrit : « Rome est animée par les femmes et 
célèbre les rites que l'on avait coutume de faire à la nuit tombante, 



- 113 - 

H 



tortures et ZouxmtniB bee (jûX&xi^xB cÇréfiens 

maintenant même une torche de pin en indique l'endroit... » et 
encore : « Une torche est là, tout enveloppée de flammes. » Vir- 
gile aussi en parle, Première Géorgique : 

Ferro faces inspical aculas. 

« Il effile avec le couteau les torches pointues. » 
Par torches, les commentateurs entendent des branches de 
bois de pin ; ou encore dans la Septième Enéide : 

El castis redolent altaria tedis. 

(( Et les autels sont resplendissants sous les torches de pin con- 
sacré. » Cicéron aussi : « Se sauvant çà et là, en proie à la terreur 
que leur causent les torches enflammées des Furies » ; et dans un 
autre discours : « Juste, comme sur la scène. Pères Conscrits, 
vous voyez les hommes lancés dans le crime parla force du frisson 
des dieux, terrifiés à la vue des torches enflammées des Furies. » 
Enfin Suétone, Vie de Néron : « Souvent l'empereur avoua qu'il 
était terrifié par le fantôme de sa mère, les fouets de Furies et 
leurs torches enflammées. » 

Tout cela dit pour la première sorte de torches. Celles de la 
deuxième sorte étaient faites de cordes entrelacées et enduites de 
poix ou de résine. Virgile en fait mention. Première Enéide : 

Et noctem flammis funalia vincunt. 

« Et les torches, par leurs flammes, dispersent les ténèbres ». Ci- 
céron aussi, De Senectutc : « Il trouvait ses délices dans la torche 
de cire funèbre.. . i> et encore dans le De Officiis : « Il y avait dans 
toutes les rues des statues auxquelles l'encens et les torches de 
cire... ))ValeriusMaximus, parlant de Caius Duihus : « Se rendant 



— 114 — 



^65&^(2ftf^G»^G«9i3a£Xa8fa2»S^ 




S^5e/^(rSi:)(2^^G^5e^!2âraG^352lSX2^t'(;^^ 



'--«-I 



FiG. XIX 



'^^ — , '^!'';'"'>'" 'suspendu .m cheval de bois et | B. — Marlvr suspendu par les pieds à une poulie 
brûle par la flamme des torches. | et" torturé de la même façon. 



à la fête à la lueur d'une torche de cire et précédé d'un joueur 
de ilùte. » 

Cette distinction étant dûment expliquée, nous pouvons ajouter 
que les torches de ces deux espèces, savoir : torches de pin et 
torches de cire ou de cordes résineuses, étaient employées par 
les Anciens pour brûleries chrétiens jusqu'à la mort. L'usage des 
torches de pin est attesté par les Actes de sainte Barbara, vierge 
et martyre citée ci-dessus, car, où les uns disent simplement que 
la sainte fut brûlée avec des torches, d'autres ont rapporté plus 
spécialement que c'était avec des torches de pin qu'elle fut tor- 
turée. 

De fait, les torches de pin, comme celles de toutes autres sortes, 
étaient grandement en usage en ce temps-là, ainsi que semblent 
l'indiquer les auteurs cités ci-dessus et ainsi que nous pouvons le 
supposer par la nature des choses. Car, en effet, le pin résineux est 
plus abondant en résine que les autres arbres qui en produisent, 
et plus capable de donner une flamme agréable (comme le dit 
Pline) et de fournir la lumière pour les fonctions sacrées. Donc, 
les torches faites de sapin résineux étaient plus en usage chez les 
anciens que toutes les autres. 

Cette forme de torture est aussi employée, comme il est raconté 
dans le Théâtre des Cruautés, par les hérétiques, de nos jours, 
pour tourmenter les catholiques, et spécialement par les hugue- 
nots, dans leur haine pour notre sainte religion, comme on peut 
le lire dans cet ouvrage. 



TISONS ENFLAMMÉS OU FLAMBEAUX 

On fait mention des tisons enflammés — que quelques personnes 
confondent avec les torches, par manque de considération de 
leur part, de la vraie nature de celles-ci — dans divers Actes des 



— 115 — 



torturée tt Courmenfe bes (^^arf^re c^xciitnB 

Saints Martyrs, comme ceux de Théophile, Féhx et Fortuné, Pan- 
taléon, Regina, vierge et martyre, Théodore, prêtre, Alexandre, 
évêque, Parmenius et ses compagnons, et de nombreux autres 
saints Martyrs. 

Ces tisons ou flambeaux appartenaient, si nous pouvons nous 
en rapporter à certaines représentations que l'on peut en voir à 
Rome, gravées sur d'anciens marbres, à la classe générale des 
torches, mais étaient faits de la façon suivante : Premièrement, 
on prenait certains vaisseaux ou vases ayant un diamètre de 
la longueur de la main ou un peu plus, qui étaient graduellement 
l'étrécis pour arriver à une moins grande dimension depuis le 
haut ou bouche (ouverture) comme une pyramide renversée ou 
mise sens dessus dessous. 

Ces vases étaient faits, soit en faïence, comme on peut le voir 
d'après ceux que l'on déterre dé temps en temps dans les ruines 
de Rome, ou en fer, comme le déclare Columella. Ensuite, ceux- 
ci étant fermés à l'aide de petites douves de bois carrées et liées 
ensemble et qui, comme le vase, allaient en rétrécissant, depuis le 
haut jusqu'au bas, on les remplissait d'un combustible qui don- 
nait du feu et de la flamme. Et ces douves, si nous considérons 
les usages auxquels on employait ces vases, peuvent être regar- 
dées comme ayant une longueur de 5 ou 6 mains, à peu près. 
Mais il est bien prouvé par certaines circonstances, que ces ins- 
truments, ainsi décrits d'après d'anciens modèles, étaient des 
flambeaux et non des torches c'est à-dire des torches en bois de 
sapin. En premier lieu on doit remarquer, sur les marbres déjà 
mentionnés, que les flammes commencent à brûler avec plus 
d'ardeur où les douves finissent, d'où il résulte que ce n'étaient 
pas des torches de la première espèce, mais de la seconde, à sa- 
voir : pots à feu ou flambeaux, car si c'eût été des torches ordi- 
naires, les douves faisant poignée, étant de bois, auraient évidem- 
ment dû être consumées par le feu contenu dans les vases. 



— 116 — 



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FiG. XX 



A. — Cheval de bois. 

B. — Martyr descendu du cheval et roulé sur des 

éclats de poterie. 



C. — Martvr sur lequel on verse de la chaux 
vive, de l'huile bouillanteet autres choses 
semblables. 



Zotc^CB et pots à feu 



Considérez de plus que nous ne voyons jamais personne fixer 
des bougies brûlant de toute leur longueur dans des bougeoirs, 
mais le bout seulement brûlant, afin qu'elles puissent ainsi brûler 
mieux et, en se consumant, donner une lumière plus vive. 

Quelques-uns peuvent objecter peut-être qu'il n'y a rien qui 
prouve que ces torches n'étaient pas des torches ordinaires de la 
première sorte, et que les douves ou poignées n'étaient pas brû- 
lées, attendu qu'elles étaient en fer, et non en bois. Mais cela ne 
peut pas avoir été le cas, car, pots à feu ou fiambeaux étant employés 
parles Anciens pour brûler les criminels, lorsqu'ils étaient hissés 
surle cheval, ou suspendus, ou liés à des piliers ou à des poteaux, 
on doit supposer qu'ils étaient légers plutôt que lourds, afin que 
les bourreaux pussent facilement les tenir à la main, de sorte que 
nous sommes portés à croire qu'ils étaient en bois plutôt qu'en 
fer. Cette opinion peut être confirmée par l'exemple des griffes de 
fer ou pinces déjà nommées ; car celles-ci, quoique d'un grand 
poids, étaient attachées à des poignées très légères pour servir 
plus facilement à torturer les personnes condamnées. 

Il est donc clairement manifeste, d'après ces considérations et 
bien d'autres semblables, que ces pots cà feu ou flambeaux étaient 
différents des torches ordinaires premièrement décrites; et Virgile 
confirme cette opinion par ces vers, tirés de sa neuvième Enéide : 

Princeps ardentem conjecit lampada Turnus 
Et flammam affixit lateri quae plurinm venlo 
Corripuit tabulas et postibus haesit adesis. 

(« Premièrement, Turnus saisit un flambeau enflammé et tou- 
cha le flanc avec la flamme qui s'élança avec furie, activée par 
le vent, lécha les planches et, arrivée aux piliers des portes, 
commença à les ronger. >;) 



- 117 - 



DE LA FAÇON DONT LES MARTYRS ÉTAIENT BRÛLÉS PAR LES TISONS 

ENFLAMMÉS 

Les Saints Martyrs étaient brûlés avec des tisons enflammés, 
juste de la même façon qu'ils étaient torturés par les griffes de 
fer, les étrilles et les crampons, ainsi qu'il est certifié par beaucoup 
des Actes des Martyrs ci-dessus cités et les détails que nous avons 
déjà donnés, chapitre l<^^, concernant les piliers, les arbres et les 
poteaux employés pour torturer les serviteurs du Christ. 



SUPPLICES QUE L ON FAISAIT SUBIR AUX MARTYRS APRES QU ILS ETAIENT 

DESCENDUS DU CHEVAL 

Enfin, on doit remarquer comment les mêmes serviteurs du 
Christ, après avoir été descendus du cheval de bois, étaient alors 
torturés par les divers instruments ci-dessus décrits, ou bien 
détirés et leurs jambes écarlelées dans des blocs, jusqu'aux 
quatrième et cinquième trous (comme il est raconté dans le 
chapitre III), ou roulés nus sur des débris de poteries, ou même 
quelquefois inondés d'huile bouillante ou au très choses semblables. 
Ces tourments divers sont certifiés par les Actes des Saints Mar- 
tATs, comme dans le cas de saint Pelagius, de saint Félix et de 
saint Fortunatus. Il y avait encore d'autres souffrances, dont on 
peut lire le récit, que l'on infligeait à ceux qui étaient descendus 
du cheval de bois, et dont on fait constamment mention dans 
divers autres Actes des Saints Martyrs, pour lesquels consultez, si 
vous voulez, V Histoire de saint Menna en particulier. Mais assez 
sur les torches, les plaques rougies au feu et les tisons ardents. 



— J18 



CHAPITRE VII 



Taureau d'Airain, Poêle à frire, Pot, Chaudron, Gril, Lit, 
Chaise, Casque, Tunique et autres instruments de 
Martype, en fer rougi au feu. 

DANS le précédent chapitre, nous avons traité de divers ins- 
truments de martyre avec lesquels on brûlait les con- 
damnés ; il ne nous reste plus ici qu'à parler de certains 
autres à l'aide desquels on infligeait la même torture ou une autre 
semblable. 

En conséquence, nous commencerons par le taureau d'airain, 
sorte de supplice excessivement cruel, en usage chez les Anciens, 
et qui consistait (comme le démontrent les Actes du martyr saint 
Eustache, aussi bien que le dialogue de Lucien, intitulé PhalarisJ 
à jeter celui qu^ devait être torturé par une ouverture ou porte 
qui se trouvait dans le côté du taureau. 

Alors, la porte étant refermée, on allumait du feu au-dessous 
du taureau, ce qui faisait endurer à ceux qui étaient emprisonnés 
à l'intérieur des souffrances sans exemple, tellement que leurs 
cris et lamentations ressemblaient au meuglement d'un taureau. 
Et cette machine de bronze était si bien fabriquée pour ressem- 
bler à un taureau réel que, comme l'atteste Lucien, dans le Dia- 
logue déjà cité, le mouvement et le meuglement seuls lui man- 
quaient pour persuader au peuple que c'était un animal vivant. 

Maintenant, l'inventeur de la dite machine (d'après ce que dit 



- 119 - 



ZoxivLXtB ti tourmente bee (tttartjre cÇrétienB 

Ovide, dans Tristia) était un certain Athénien, homme d'une 
habileté supérieure, du nom de Perillus. Et cekii-ci pensait qu'il 
ferait un grand plaisir à Phalaris, le Tyran d'Agrigente, qui se 
délectait dans les tortures nouvelles et avait l'habitude de trouver 
sa principale satisfaction à infliger de terribles châtiments ; mais 
Perillus fut cruellement déçu dans son espérance. 

Car, sur l'ordre du despote, duquel il espérait une forte 
récompense, il fut jeté lui-même dans le taureau et fit le premier 
l'expérience du bon fonctionnement de sa propre invention. Le 
fait fut chanté par Ovide comme il suit : 

Et Phalaris taiiro inolenti membra Perilli 
Torruit; infelix imbait auclur opus. 

« Et Phalaris fit rôtir les membres du pauvre Perillus dans le 
terrible taureau. 

L'inventeur, né sous une mauvaise étoile, fut le premier à 
éprouver sa propre invention. » 

Et Propertius : 

Et gemere in tauro, saeve Perille, tuo. 

« Et pour gémir, cruel Perillus, dans le taureau que tu inven- 
tas ! » 

A ces passages, nous pouvons ajouter ce que Maximus Valerius 
dit de Perillus et de son cruel projet : « Alors, il y avait ce cruel 
inventeur du taureau d'airain, dans lequel les hommes étaient 
enfermés, des feux étant allumés au-dessous. Et les cris reten- 
tissants qu'ils poussaient prenaient le son de mugissements, afin 
que leurs lamentations d'agonie ne pussent pas, ayant le son 
de voix humaines, attirer la pitié du Tyran Phalaris. 

Maintenant, après avoir été assez habile pour enlever aux 
misérables victimes tout espoir d'attirer la pitié, l'artiste fut le 



— 120 — 



Caureau b'airdin Brûfant 



premier à être emprisonné dans le taureau et à essayer, à juste 
titre, les terribles effets de son invention. » 

Mais, si vous avez envie d'en savoir davantage, lisez les Lettres 
(pseudo-lettres) de Phalaris, Cicéron Contre Piso, Pline, Tristia 
d'Ovide, et spécialement Lucien dans le dialogue intitulé : 
Phalaris. 

Pourtant, dans ce dernier, il y a confusion et pure invention, 
car il y est prétendu que le taureau de Perillus fut envoyé par 
Phalaris à Delphes pour être consacré dans le temple d'Apollon, 
parmi d'autres offrandes aux dieux; mais étant donné qu'il était 
jugé par tous comme un tyran cruel et abominable, et craignant 
que son cadeau ne fût refusé au lieu sacré comme venant d'un 
impie faisant le mal, et qu'on ne le rejetât, il força ses ambassa- 
deurs à contredire et démentir, dans un discours rempli de men- 
songes, le récit que l'on faisait de ses atrocités et qui était jusque- 
là accepté comme vrai. 

Bien plus^ non seulement Perillus expérimenta sa propre 
invention, mais Phalaris lui-même aussi. Car le temps vint où sa 
violence excessive ne put plus être supportée et tous les citoyens 
d'Agrigente, faisant cause commune contre lui, il fut saisi, enfermé 
dans le même taureau où il avait fait enfermer les autres, et rôti 
vivant. 

Ovide a commémoré son sort dans ces lignes : 

Utque ferox Phalaris, lingua prias ense resecta 
More bovis Phario claiisus in aère gemas, 

f( Ainsi que le cruel Phalaris, la langue premièrement coupée 
par le sabre et emprisonné dans l'airain Egyptien, puissiez-vous 
gémir et beugler, comme un taureau. » 

Valerius Maximus, pourtant, semble penser différemment quant 
au genre de mort du Tyran, car il écrit : «Irrités par ses furieuses in- 
vectives contre la lâcheté et le manque d'initiative de Zeno, les 



- 121 — 



ZottuxtB et CourmentB bee (ttlatt^tB cÇréttens 

Agrigentais entrèrent dans une grande colère et prirent une détermi- 
nation si soudaine qu'ils se jetèrent sur Phalariset le lapidèrent. » 
Et Ciccron.De 0//zc//s, s'accorde assez bien avec lui : (< Phalaris était 
renommé au-dessus de tous les hommes pour sa cruauté ; il ne 
périt point dans une révolte ordinaire, mais dans un soulèvement 
général de toute la population d'Agrigente contre lui. » Cepen- 
dant nous pouvons concilier les déclarations différentes d'Ovide, 
d'une part, et de Valerius Maximus, de l'autre, car nous suppo- 
sons que le Tyran fut premièrement attaqué à coups de pierres 
et ensuite précipité dans le taureau d'airain rougi par le feu. 

A part ceux-ci, beaucoup d'autres endurèrent cette forme de 
supplice, partout où il se trouvait des personnes professant la foi 
chrétienne. Car, en vérité, telles étaient la rage et la furie avec 
lesquelles les païens assaillaient les fidèles serviteurs du Christ 
que, pour leur destruction, ils ressuscitèrent et employèrent 
toutes sortes d'instruments de torture excessivement cruels, mais 
anciens et passés de mode. 

Maintenant, les chrétiens qui furent jetés dans le taureau 
d'airain et enfermés pour y mourir furent les saints Antipas, 
Eustache, patricien romain, sa femme Theophistes et ses fils Aga- 
pius et Theophistus, et sainte Pélagie, vierge et martyre; lesquels, 
tous (comme les Actes le proclament hautement), s'élancèrent 
légèrement et avec allégresse dans le monstre rougi : car tous y 
entrèrent, Antipas rendant de ferventes actions de grâces à Dieu ; 
Eustache en avant, avec sa femme et ses fils, exultant dans l'excès 
de leur joie, avec Pélagie, la vierge de Tarsus qui chantait avec 
un grand bonheur une hymne de triomphe au Seigneur. 

De plus, nous lisons aussi que quelques autres martyrs chré- 
tiens furent emprisonnés dans le taureau d'airain, mais que, pro- 
tégés par la grâce divine, ils en sortirent sains et saufs. Parmi 
eux se trouvait un certain soldat, nommé Barbarus et saint 
Héliodore, commémoré ainsi le l^"" décembre : « Anniversaire du 



122 




m^^ssi G^85e^:3c?îas(2^2i»sG^3 j^De^^5^£>2^ ;â 



Uiia 



FiG. XXI 

A. — Martyr rôtissant sur lacliarpente (lefer ou gril. | B. — Pelle de fer pour remuer le ft;u de charbons. 



taureau b'airain Brûfûnt 



saint martyr Héliodore, de Maghedo, cité de Pamphilie. Auré- 
lien était empereur de Rome et Actius gouverneur dans la ville de 
Maghedo en Pamphilie ; saint Héliodore, pour avoir prêché sur 
le Christ dans la dite ville, fut amené devant le gouverneur. Là, 
comme il ne pouvait consentir à faire des sacrifices aux idoles, 
il fut à l'instant même suspendu et écartelé et, quand il sentit 
l'amertume du supplice, il cria : c Seigneur Jésus, aide-moi ! » Et 
à l'instant il entendit une voix du ciel disant : « Ne crains rien, je 
suis avec toi ! » Ceci fut entendu de ceux qui tenaient les torches 
allumées prêtes à le brûler et ceux-ci, ainsi que quatre autres, 
virent des anges arrêtant le supplice. Ils crurent en Jésus-Christ 
et, ayant fait des remontrances au gouverneur, ils furent jetés à 
la mer et ainsi conquirent la couronne de la victoire. 

Alors le gouverneur commanda que le taure«u d'airain fut 
chauffé et que le martyr y fût précipité ; mais à peine était-ce 
fait que, grâce à ses prières, le taureau, qui avait été chaufïé à 
blanc, devint instantanément froid. Et le juge fut étonné, car il 
entendait l'homme chanter des psaumes à l'intérieur. Allant 
donc vers la machine d'airain qu'il avait vue lançant des étin- 
celles le moment auparavant, puis devenir subitement froide, il 
apostropha le saint, disant : « Toi, méchant pécheur, tu as, par 
ton art magique, prévalu contre le feu. » A quoi le saint homme 
répondit: « Non, mon art magiqvie est dans le Christ; mais 
donnez-moi trois jours pour réfléchir et peser dans mon cœur ce 
que je dois faire. » Ce répit lui étant accordé, il fut emmené 
secrètement au Temple des dieux, et voilà : lorsqu'il eut fait une 
prière au vrai Dieu, toutes les idoles tombèrent soudain à terre 
et furent mises en pièces. Quand le gouverneur connut cela, il 
fut rempli de furie et ordonna qu'Héliodore fût amené devant 
lui et pendu et que des clous chauffés à blanc fussent enfoncés 
dans sa tête. Bientôt, quand le juge vit que le martyr restait 
ferme, quels que fussent le nombre et la diversité des tourments 



- 123 



qu'il endurait, il l'emmena à la ville d'Alala, où Héliodore con- 
tinua à soutenir la même profession de foi; c'est pourcjuoi il fut 
mis dans une poéle à frire chaude dans laquelle il resta sans 
ressentir aucun mal. Alors voyant cela, tous les assistants cru- 
rent dans le Seigneur et crièrent : « En vérité, le Dieu des chré- 
tiens est un grand Dieu ! » De sorte que, lorsque le gouverneur vit 
beaucoup de personnes se convertir, et croire au Dieu d'Hélio- 
dore, craignant qu'on ne vint à retirer le saint d'entre ses mains, il 
ordonna qu'il fût ramené à Maghedo, où les gardes le laissèrent 
priant et chantant des psaumes. Puis le saint fut une seconde 
fois questionné, mais n'en continua pas moins à rester ferme 
dans sa première profession de foi en Jésus-Christ. Le gouver- 
neur commanda ensuite qu'il eût la langue coupée et qu'il fût 
suspendu et écartelé pendant l'espace de deux heures. Puis, après 
lui avoir mis un collier, on l'entraina hors de la ville. Mais le 
saint homme fit signe de la main à ceux qui l'entraînaient et 
s'arrêta pour prêcher, et, lorsque son sermon fut terminé, il tut 
coupé en morceaux. » Aussi loin allait sa bonté. 

Et maintenant procédons à la seconde division de notre sujet. 

DC POT d'airaix comme instrl'mext de torture 

Ceci est mentionné dans l'Ecriture Sainte, dans le Livre des 
Macchabées, et par Josèphe,dans son ouvrage sur le même sujet, 
de même que dans les Actes des Saints, en particulier ceux de 
saint Boniface, sainte Juliana et sainte Lucie. Ce pot était un 
immense vase d'airain, dans lequel on jetait les personnes con- 
damnées, dépouillées de leurs vêtements, pour y être bouillies 
ou cuites. Maintenant il faut que vous sachiez que les Anciens 
employaient habituellement plusieurs sortes d'instruments de 
cuisine divers pour torturer les coupables, et en particuher les 



— 124 - 



chrétiens. Car ils avaient la poêle à frire pour leur rôtir vive- 
ment la chair, des pots et des chaudrons pour les faire cuire et 
bouillir. Maintenant ces pots n'étaient ni plus ni moins que des 
pots de cuisine pour bouillir la viande, comme il est indiqué 
par le mot lui-même aussi bien que par les rapports qui en sont 
faits dans beaucoup d'anciens auteurs, par exemple par Varro : 
"... Pour filer la laine et en même temps surveiller d'un œil le 
pot, afin que le potage ne brùlàl point... » 
Par Plautus, Amphitryon : 

Optimo jure infringalur olla cineris in caput. 

(( Il mérite bien qu'un pot de cendres soit brisé sur sa tête. » 
Et par Persius, dans sa Quatrième Satire : 

Caepe et farratam, piieris plaudentibus, ollam. 

« Apportez au dehors, aux battements de mains des garçons, 
les oignons et le pot de potage. » 

Ces pots donc (comme dit ci-dessus) étaient de grands vases 
d'airain ou de cuivre où les martyrs étaient bouillis, sous forme 
de punition, à la fois terrible et ignominieuse. Ils étaient faits 
(comme il est prouvé par de très anciens modèles déterrés dans les 
ruines de Rome) comme les pots dont nous nous servons habituel- 
lement pour cuire la nourriture, sans rebords, mais ayant deux 
poignées, en partie carrées, en partie rondes, carrées depuis le 
bas jusqu'au milieu, rondes depuis le milieu jusqu'aux bords, ou 
bien faites sur le modèle d'une paire d'oreilles. Des deux autres 
côtés, il y avait des saillies en fer en partie creuses se regardant, 
et dans lesquelles des anneaux, également en fer, étaient fixés 
pour que les bourreaux pussent plus facilement les soulever et 
les porter où ils voulaient. Tout cela se trouve démontré d'une 



- 125 - 



t^cvtutCB ci ZourmcniB bee (gtar^jre cÇréttene 

façon plus claire et plus détaillée par le pot que nous avons fait 
dessiner d'après des anciens modèles, et que l'on peut voir dans 
la figure XXII. 

DES DIVERSES MANIÈRES DONT ON TORTURAIT DANS LE POT LES 
SERVITEURS DU DIEU TOUT-PUISSANT 

Quelquefois les serviteurs de Dieu étaient plongés dans le pot 
la tète la première, comme nous le lisons dans les Actes du Mar- 
tyr saint Boniface : « Alors le juge, en colère, ordonna qu'un pot 
fût apporté et rempli de poix bouillante, et que le saint Martyr 
— savoir saint Boniface — y fût jeté la tête la première. Donc, 
le saint Martyr du Christ, après avoir fait le signe de la croix, fut 
plongé dans le pot. » En outre, dans d'autres cas, les victimes 
étaient jetées dans le pot où elles se trouvaient tellement compri- 
mées, qu'elles se repliaient sur elles-mêmes et que leur tête tou- 
chait leurs genoux. Cette seconde manière est attestée par Josè- 
phe dans les mots suivants : « Il est mis par les mains des bour- 
reaux dans le pot » — tel est le nom donné à cette sorte de puni- 
tion criminelle. Son corps se trouve tellement pressé qu'il se 
trouve réduit de hauteur, sa tête sainte étant forcée de rejoindre 
ses genoux, de sorte que le champion de la foi est misérablement 
comprimé dans ledit pot par la presse. 

Le lecteur devrait remarquer ici que, par presse, Josèphe 
entend parler de quelque instrument pour presser ou serrer, non 
pas pourtant cette grande presse ou pressoir dans lesquels on 
écrasait le raisin ou les olives, mais plutôt une petite machine à 
presser telle que les foulons, les fabricants de papier et les im- 
primeurs en emploient principalement. Ainsi, Pline dit, parlant 
des diverses sortes de papier : « Alors les diverses feuilles sont 
pressées dans la presse, puis séchées au soleil et ensuite remises 
ensemble.» 



126 - 



sxr*)S}sss^is^:is:îiQxni^^ 




FiG. XXII 



A. — Marlyr jeté, la tête la première, dans un chau- 
dron plein de plomb fondu ou d'huile bouil- 
lante. 



B. — Marlyr dans une poôle à frire chaude. 

C. — Martyr plongé dans un pot bouillant. 



DU CHAUDRON 

Il y avait une autre espèce de vase dont se servaient les An- 
ciens (comme en témoignent les Histoires des Martyrs pour y 
faire bouillir les chrétiens, savoir : un très grand chaudron en 
cuivre, que l'on remplissait d'huile ou de poix bouillante, de 
plomb fondu ou de cire et autres choses semblables, et où l'on 
jetait les victimes. 

Nous lisons souvent à ce sujet, dans les Acles des bienheureux 
saints, et en particulier dans ceux des saints Saba et Zeno et de la 
sainte Veneranda, vierge et martyre. 

Nous entendons encore parler d'un chaudron de ce genre, dans 
le Livre des Macchabées (chap. VII), et dans Joseph : Histoire des 
guerres des Macchabées. 

Quant à sa forme, elle semble, pour ne pas donner d'autres 
détails, suffisamment indiquée par ces lignes tirées des Métamor- 
phoses d'Ovide : 

Vina dallant animos, et prima pocula pugna 
Missa volant, fragilesque cadi, curvique lebetes. 

« Le vin excite leur esprit et, avant de commencer la bataille, 
on élève les coupes légères, les jarres fragiles et les chaudrons 
arrondis. » 

Dans chaque sorte de ces vases furent torturés un grand nom- 
bre de soldats du Christ : dans les pots : saint Boniface, sainte 
Julienne, sainte Lucie, saint Erasme ; dans les chaudrons : saint 
Zeno, sainte Veneranda, vierge et martyre, sainte Saba, saint 
Marianus, Pantaleëmon, Eulampius et sa sœur Eulampia, Zeno- 
bius et Zenobia, frère et sœur. 



- 127 - 



DE LA POÊLE A FRIRE COMME INSTRUMENT DE TORTURE 

On fait mention de la poéle à frire dans le second livre des 
Macchabées (chap. VII) et dans un grand nombre de collections 
des Actes des Saints Martyrs, tels que ceux de saint Eleuthère, 
évêque, des saintes Fausta et Justinia, vierges et martyres. 

La poêle à frire, — si nous devons en croire le sens du mot et 
les Histoires des Saints Martyrs déjà citées, — était un plat ou 
grande assiette qui (comme en témoignent les Actes des Martyrs) 
était rempli d'huile, de poix, de résine ou de sulfure et ensuite 
mis sur le feu, et, lorsque cela commençait à bouillir et à bouil- 
lonner, on y jetait les chrétiens des deux sexes, ceux qui avaient 
persisté avec courage et fermeté dans leur profession de foi au 
Christ, afin de les faire rôtir ou frire, comme des poissons jetés 
dans l'huile bouillante. Ainsi, dans VHymne de saint Romain, 
nous voyons que Prudentius écrit ce qui suit concernant l'un des 
sept frères Macchabées qui fut torturé de cette façon : 

Videbal ipsos apparatus funerum 
Praesens suorum, nec movebalur parens 
Laelata, qaoties aut olivo stridula 
SartcKjo frixuin lorruisset puberem. 

a Etant présente, la mère regarda tous les préparatifs que l'on 
faisait pour la mort de ses chers enfants et ne donna aucun signe 
de douleur, se réjouissant au contraire chaque fois que la poêle 
crépitait sous l'effet de la chaleur au-dessus du bois d'olive, fai- 
sant ainsi rôtir et torturant son enfant. » 

Mais, pour la forme, nous supposons qu'elle devait être ronde ; 
car, comme il est démontré par l'expérience, aussi bien que par 
l'usage que l'on en fait, tous les ustensiles dont nous nous 



128 — 



(gtartgrB griffée ^anB unt ipocït 



servons pour faire cuire ou frire, ou pour faire bouillir de l'eau, 
sont circulaires. On ne peut non plus réellement mettre en doute 
que les vases cl récijDienls dont nous nous servons de nos jours, 
ont été faits d'après des modèles des Anciens, quoique les 
modernes soient d'une fabrication plus parfaite, attendu qu'il 
est facile d'ajouter des perfectionnements aux inventions existant 
déjà. En outre, on trouve encore de très anciens vases qui sont 
demeurés intacts et sans aucun dommage jusqu'à ce jour, et 
ceux-ci ont identiquement la môme forme que les nôtres, comme 
il est prouvé parles pots, cruches et vases semblables que l'on 
retire parfois des ruines de Rome. De nos jours, on peut en voir 
un dans l'église de Saint-Laurent, au delà des murs, où ce très 
valeureux champion du Christ, saint Laurent, baptisa un certain 
soldat de la garde de l'Empereur, nommé Romain. Ainsi, consi- 
dérant que les vaisseaux (vases) que nous employons ont été 
copiés d'après des anciens, qui sont très semblables aux nôtres, 
il s'ensuit que la poêle à frire, dont nous parlons en ce moment, 
était de forme circulaire. En outre, les anciens écrivains, en 
décrivant ces vases, ont employé des expressions qui le prouvent 
sans aucun doute, comme il est manifeste par le passage d'Ovide 
déjà cité. Nous pouvons donc positivement dire que la poêle à 
frire employée parles Anciens Romains était de forme ronde. 

MANIÈRE DONT LES MARTYRS ÉTAIENT TORTURÉS DANS LA POÊLE 

A FRIRE 

Les Martyrs chrétiens étaient grillés de deux façons dans la poêle 
à frire. Quelquefois leur corps y était jeté, le visage regardant en 
haut, et, dans ce cas, comme il doit toujours y avoir quelque pro- 
portion entre l'instrument de torture et l'homme qui est torturé, je 
conjecture qu'ils étaient jetés dans une poêle à frire plutôt ovale 



129 — 



ZotinxtB et tourmente bee (^(Xxi^xB cÇrétiens 

que parfaitement ronde. D'autres fois (comme le témoignent les 
Actes de sainte Euphémie), leur corps y était aussi jeté, mais 
membre par membre. Et ceci est expressément déclaré dans le 
récit du martyre de la vierge sainte Euphémie, où nous lisons : 
« Priscus le Proconsul ordonna qu'elle fût divisée membre par 
membre avec un couteau et que ces différents membres fussent 
jetés dans la poêle à frire. » Maintenant dans ce cas, il semblerait 
(et nous nous prononçons dans ce sens) que la poêle à frire était 
de forme ronde. 

De plus, le lecteur observera que les saints Martyrs, lorsqu'on 
les faisait griller dans la poêle, y étaient précipités à l'aide de 
fourches en fer, car, en vérité, le but du cadre de fer, du gril et 
de la poêle semble avoir été le même, étant chacun employé 
pour brûler les chrétiens jusqu'à la mort. Ainsi, de même que les 
Martyrs qui étaient grillés sur le gril, y étaient ordinairement 
maintenus (ainsi qu'il est déclaré dans les Actes de saint Laurent) 
à l'aide de fourches en fer, de même ceux qui étaient torturés 
dans la poêle à frire peuvent être considérés comme 3' ayant été 
précipités et maintenus de la même manière. 

DU GRJL ET DU LIT DE FER 

Ayant ainsi examiné les instruments à l'aide desquels les 
Martyrs chrétiens étaient bouillis et frits, nous n'avons plus main- 
tenant qu'à discourir sur ceux à l'aide desquels leur chair était 
grillée par les bourreaux. C'étaient le gril et le lit de fer, dont 
les Actes des saints Martyrs font fréquemment mention. On parle 
des grils dans les Histoires de nombreux Saints, tels que saints 
Eleuthère et Conan, les saintes Dulas et Domna, vierges et mar- 
yres, et saint Laurent. On parle des lits de fer dans les Actes du 
même saint Eleuthère, comme aussi dans ceux des très saints 
Clément d'Ancvra, Plato et d'autres. 



— 130 — 



6S GS£fiS3EJSES%£&Ëffîâ!Qffî^âSSSSffîCëC^EËâLS&£Ëffî^ 



oaiea oa c,a.e,^cvii: 



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âs^œsfêsssâ^^:^Gms^ss93^®^&^6Sssra^9@^^8fê^sm^ 



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FiG. XXIII 



A. — Martyr dont les membres ont été coupés 
et mis dans la poêle. 



B. — Martyr dans le taureau d'airain. 

C. — Martyr place sur le lit de fer et rôti. 



®u grtf d bu fit be fer 



Mais, pour en revenir au cadre de fer ou gril, sa nature est 
suffisamment indiquée, tant par le nom, les dites Histoires des 
saints, et le gril sur lequel le très saint confesseur du Christ, 
saint Laurent, fut grillé, et qui est religieusement conservé, en 
partie à la chapelle de Saint-Laurent, à Lucina, en partie à 
Paneperna. Il était composé de trois barres de fer placées en 
long et éloignées l'une de l'autre de la distance d'une main, 
épaisses d'un doigt, larges de deux et d'une longueur en rapport 
avec sa destination, avec sept ou plus de sept autres barres de 
fer plus courtes, placées en croix et également séparées l'une de 
l'autre de la largeur d'une main. 

Parmi ces dernières, quelques-unes étaient rondes, d'autres 
carrées, les carrées étant les deux qui rejoignaient les extrémités 
des barres longitudinales, auxquelles elles étaient réunies pour 
fortifier tout le gril. Il y avait également, fixés à chaque coin et 
au milieu, des supports aussi en fer et élevant la charpente un 
peu au-dessus du sol et servant de pieds. 

Nous ne supposons pas que tous les grils étaient faits avec 
seulement trois barres longitudinales, mais quelques-uns seule- 
ment, car nous lisons dans les Actes de saint Laurent, que 
l'Empereur ordonna que l'on apportât une charpente en fer de 
trois barres pour y brûler le saint homme, d'où il suit que 
parmi les Anciens, on pouvait en trouver ayant trois barres ou 
plus. 

MARTYRS QUI ÉTAIENT ROTIS SUR LE GRIL 

Les saints suivants furent torturés sur le gril sur lequel ils 
étaient placés à l'aide de fourches de fer et ainsi rôtis par le feu 
placé au-dessous : saints Laurent, Dulas, Eleuthère, Conan, 
Dorotheus, Macedonius, Théodule, Tatian et Pierre. 



- 131 — 



tortures et Courments bes (^arf^rs cÇrétiene 

(( Etant chambellan de l'empereur Dioclétien, ce dernier fit 
ouvertement des remontrances au sujet des tortures excessives 
qu'il faisait subir aux Martyrs chrétiens. Donc, sur l'ordre de 
son maître, il tut amené devant lui, pendu et frappé de verges 
pendant longtemps, ensuite frotté de vinaigre et de sel et ensuite 
grillé sur le gril au-dessus d'un feu doux. Il fut immédiatement 
héritier du sort et du nom de saint Pierre. » D'autres faits encore, 
concernant ce même saint Martyr, se trouvent écrits dans les 
Actes des très glorieux soldats du Christ, les saints Dorotheus et 
Gor^onius. Ces Acles sont maintenant à l'état de manuscrits, 
mais nous espérons, par la grâce de Dieu, pouvoir les éditer et 
les imprimer, ensemble, avec d'innombrables Histoires de saints 
des deux sexes qui n'ont pas encore été publiées. 

Cette tâche accomplie, nous nous proposons, en outre, si la 
mort nous épargne, d'écrire des notes détaillées sur les diverses 
Vies des Saints publiées jusqu'ici, où nous nous efforcerons, 
antant qu'il nous sera possible, de distinguer ce qui est vrai et 
certain de ce qui est douteux ou reconnu comme positivement faux. 

Tout cela dit au sujet du gril dont était bien distinct un 
autre instrument nommé, dans les Actes des saints martyrs, le 
lit de fer. 

Car, dans V Histoire de saint Eleuthére, évéque et martyr, men- 
tionné plus haut, nous lisons que le tyran, après avoir commandé 
qu'il fût torturé, ordonna que ledit saint homme, après avoir, 
sur son ordre, subi le supplice du lit de fer, en fût enlevé pour 
être rôti sur le gril, ce qui prouve, d'une façon indubitable, que 
le lit de fer était tout à fait distinct du gril. Mais, pour la com- 
plète satisfaction du lecteur, nous pensons qu'il vaut mieux citer 
les propres paroles coiUenues dans le récit, comme il suit : « Alors 
Adrien, bouillant de rage, ordonna que le lit de cuivre fût amené 
et que le saint homme y fût placé, les bras et les jambes liés aux 
quatre angles, afin que ses membres délicats fussent écartelés et 



132 — 



®u ^rif et bu fit be f^r 



torturés. Cela fait, le feu fut mis au-dessous Mais, lorsqu'une 

heure fut écoulée, l'Empereur, pensant qu'il était mort, ordonna 
que les bandes fussent desserrées. Mais alors, le saint, étendant 
les mains, dit aux Romains : « Grand est le Dieu des chrétiens qui 
fut prêché par les bienheureux saints Pierre et Paul, qui accom- 
plirent beaucoup de choses étonnantes dans cette ville et firent 
tomber à terre cet homme de grande notoriété, Simon Magus, 
qui adorait et glorifiait les mêmes démons qu'Adrien adorait 
aussi. Alors l'empereur ordonna que le gril fût apporté et enduit 
d'huile et que le feu fût allumé au-dessous. » 

Cela est tiré des Actes de saint Eleuthère, d'où nous pouvons 
clairement conclure que le gril était une chose tout à fait dis- 
tincte du lit de fer. C'est de plus confirmé par ce qui est écrit 
concernant le même saint homme dans le Martyrologe Romain, 
le 18 avril, comme il suit : « A Messine, anniversaire des saints 
Martj'rs, saint Eleuthère, évêque d'IUyricum, et de sainte Anthia, 
sa mère. Rendus illustres par la sainteté de leur vie, et leurs 
miracles étonnants, ils surmontèrent les angoisses causées par le 
lit de fer chauffé à blanc, le gril et la poêle à frire pleine d'huile 
bouillante, de poix et de résine. 

Ceci encore montre bien que le gril était distinct du lit de fer. 
Maintenant ce dernier (comme il est attesté par les Actes des 
Martyrs) était fait à la ressemblance d'un vrai bois de lit, oblong 
et élevé au-dessus de terre, afin que l'on put aisément placer le 
feu au-dessous, et ayant un certain nombre de barres traversant 
d'un côté à l'autre, remplaçant les planches habituelles, avec un 
espace entre chacune. 

Voici les noms des plus glorieux martyrs qui furent torturés 
sur le lit de fer, les saints Eleuthère, Clément d'Ancyra, Plato, 
dont nous avons déjà parlé, ainsi que les saints Olympiades, 
Maxime, Pégase, et beaucoup d'autres dont le nombre et les noms 
sont connus de Dieu seul. 



133 - 



torturée et Courtnente ttB (tttarf^tB cÇrétiens 



DE LA CHAISE, DU CASQUE, DE LA TUNIQUE ET AUTRES INSTRUMENTS 

DE FER ROUGIS AU FEU 

A part ces grils et ces lits de fer, les païens employaient aussi, 
pour torturer les chrétiens, la chaise de fer rougie au feu. Ceci 
est certifié par les Actes de saint Paul et de sainte Julienne, de 
saint Grégoire de Nysse dans la Vie qu'il a écrite de saint Grégoire 
Thaumaturge, et aussi par l'Histoire de saint Biaise, dans laquelle 
on trouve ce qui suit : « De nouveau, le juge ordonna que sept 
sièges de cuivre fussent apportés, et commanda que les femmes, 
au nombre de sept, qui, pendant le supplice de saint Biaise, 
avaient recueilli les gouttes de son sang à mesure qu'elles tom- 
baient, fussent assises dessus, une sur chaque. Et les dites chaises 
étaient chauffées à un tel degré que les étincelles en jaillissaient 
comme d'une fournaise chauffée au plus haut degré. » 

Mais nous devons maintenant parler des casques rougis au feu 
par lesquels les chrétiens étaient également torturés, car c'était 
une habitude et une coutume établie chez les Anciens de leur en 
couvrir la tête à l'occasion. Cela est prouvé par V Histoire du mar- 
tyre de saint Clément d'Ancyra et celui de saint Juste, soldat, où 
il est écrit à la date du 14 juillet : (* Anniversaire du jugement du 
martyr saint Juste, qui était citoyen de Rome, soldat servant sous 
le Tribun Claude. Revenant un jour d'une victoire remportée sur 
les barbares, il vit paraître devant lui une croix qui semblait être 
en cristal et il entendit une voix qui en sortait. Instruit du mys- 
tère de la foi en Dieu, il distribua, en anivant à Rome, tous ses 
biens aux pauvres, dans sa joie de croire au Christ. Mais lorsque 
la chose arriva aux oreilles du Tribun, le martyr du Christ ne 
voulant en aucune façon renier la profession qu'il avait faite, il 
l'envoya au gouverneur, Magnentius. Questionné par lui et 



- 134 — 



i«(fttf^4iv%«ftr4(if^«i#4^ «ft^ 



fT -:. 




•—- — ■■ ' . N Mirrirr 



FiG. 

A. — Martvr dont la main est remplie d'encens 
mclé à des charbons embrasés et qui, forcé 
par la douleur à lâcher l'encens, est con- 
sidéré comme ayant sacrifié à l'idole, 

B . — MartjT revêtu de la tunique de fer et chaussé 
de souliers brûlants qui consument la chair 
de ses os. 



XXIV 

C. — Marlvr assis sur la chaise de fer, tandis qu'on 

lui place sur la tète un casque rougi au feu. 

D. — Martyr dont les yeux sont brûlés par un tison 

enflammé- 



Zunii\utB H fer tou^t 



reconnu fidèle à la foi du Christ, il fut condamné à être frappé 
à coups de fouet et de lanières et ensuite à être coiffé d'un casque 
brûlant, et à avoir des balles de fer chauffées à blanc mises sous 
les aisselles. Tous ces supplices et d'autres du môme genre 
furent supportés sans faiblir par le saint martyr, remerciant Dieu 
pendant ce temps ; il fut enfin jeté dans une fournaise où il 
rendit l'esprit. Mais son corps sacré demeurait entier et sans se 
consumer, et pas un cheveu de sa tête n'était brûlé par le feu 
dans lequel il avait été jeté. » Tout cela dit sur le casque brûlant. 

Mais nous ne devons pas croire que la rage des païens fût 
assouvie par les horribles tortures infligées aux saints martyrs, 
non plus que leur cruauté envers les serviteurs du Christ. 

Ils étaient enflammés de fureur et inventaient chaque jour de 
nouvelles et terribles sortes de châtiments, dans leur haine sau- 
vage contre les chrétiens. Ainsi ils les enveloppaient dans des 
tuniques de fer brûlantes, comme nous le Usons dans saint 
Erasme; ou bien ils leur perçaient les tempes avec des clous 
rougis au feu, comme il est écrit concernant les martyrs saint 
Victor, et Fulcianus, ou encore ils leur brûlaient les aisselles 
et les flancs au moyen de piques de fer, chauffées à un grand 
degré, comme cela arriva à Tarascus et à ses compagnons. Ou 
bien, on leur faisait porter des chaussures de cuivre rougies au 
feu, ainsi qu'on le raconte de saint Antymus, évêque de Nico- 
médie ; ou bien encore on les forçait à marcher les pieds chaussés 
de souliers de fer cloués avec des pointes rougies au feu. C'est 
ainsi que nous trouvons écrit, à la date du 22 mai, concernant 
le martyr saint Basilic : « Vingt-deuxième jour, anniversaire de 
saint Basihc, martyrisé sous l'empereur Maximin, du district 
d'Amasea. Emprisonné, pour avoir confessé sa foi au Christ, par 
Agrippa, le gouverneur, il fut de nouveau chaussé de souliers de 
fer cloués avec des pointes rougies au feu, et on ordonna qu'il 
fût mené tout le long de la route menant à Comana. Et lorsque. 



- 135 — 



ZotinUB ti Courmenfs beB ^<kxi^x& cÇrctienB 

sur le chemin, ils furent arrivés à une certaine place où demeu- 
rait une femme nommée Trojana, ils lièrent le saint homme, les 
mains derrière le dos, à un platane stérile, arbre que le saint, 
après avoir invoqué Dieu, rendit vert, faisant aussi jaillir de terre 
une source. Vo3'ant ces choses, la femme et les soldats crurent 
tous en Jésus-Christ. Puis, quand ils atteignirent la ville de 
Comana, on ne put par aucun moyen le déterminer à offrir un 
sacrifice ; au contraire il adressa une prière à Dieu qui fit des- 
cendre le îen du ciel et brûla le temple et l'idole d'Apollon. A 
cette nouvelle, le gouverneur entra dans une grande colère et 
ordonna que le martyr Basilic fût coupé en morceaux et jeté dans 
la rivière. C'est ainsi qu'il conquit la couronne du martyre pour 
la louange et la gloire du Dieu tout-puissant. Mais assez sur cette 
forme particulière de torture. 



- 13b 



CHAPITRE VIII 



Diverses autres manières dont les saints martyrs étaient 

torturés par le feu. 

JOUR après jour, et tout le long du jour, le Démon, prince 
des Ténèbres et Père du Mensonge, était occupé à enseigner 
aux Empereurs idolâtres et à leurs ministres de nouvelles 
manières au moyen desquelles ils pussent torturer les serviteurs 
du Christ par des supplices sans cesse renouvelés, et dilTérents 
des modes déjà décrits. Tantôt il arrivait que certains d'entre 
eux étaient forcés de marcher pieds nus sur un sol couvert de 
charbons embrasés; parmi eux furent saint Tiburlius, noble 
romain et saint Pontianus, tandis que d'autres étaient jetés dans 
le feu pour être brûlés. La couronne du martyre fut gagnée de 
cette façon par saint Polycarpe, sainte Théodora, sainte Euphro- 
sine, Flavia Domililla, saint Fructuosus, évéque, sainte Aubonia, 
vierge et Théophile, vierge très noble, outre vingt mille chrétiens, 
dont on nous parle dans la Ménologie grecque, à la date du 
28 décembre, en ces mots : « Jour du jugement des vingt mille 
saints qui furent martyrisés sous l'empereur Maximin, étant 
brûlés à mort à Nicomédie. » 

De plus, sur les instances de Satan, les fidèles disciples du 
Christ étaient parfois brûlés au corps ou à la tête par des biaises 
embrasées, ou bien on les leur mettait dans la bouche ou les 
oreilles, ou bien encore les saints martyrs étaient liés sur des 



- 137 - 



tortures et Counnente bee (UtarfjrB cÇrétiens 



lits de fer et on versait sur leurs membres du plomb fondu, de 
l'huile bouillante, de la poix brûlante, de la cire, du sulfure et 
autres substances semblables. 

Ces supplices, en partie ou en totalité, sont attestés dans les 
Histoires de beaucoup de nobles martyrs, par exemple des saints 
Agapitus, Timothée, Apollinaire, Pelage, Victor, soldat, Félix et 
Fortuné, Boniface, Claude et ses compagnons, ainsi qu'une légion 
d'autres. 

Pourtant le Démon n'était pas satisfait de ces tortures infligées 
depuis longtemps aux chrétiens; donc les païens faisaient en 
outre rouler les chrétiens, dépouillés de leurs vêtements, en 
avant et en arrière sur des tessons coupants ou sur des charbons 
brûlants, leur procurant une torture; ou bien ils les obligeaient 
à tenir dans leurs mains des charbons ardents avec de l'encens 
devant les autels des idoles, afin que, si par hasard ils laissaient 
tomber la braise brûlante, ils pussent sembler offrir de l'encens 
aux faux dieux des païens. La première de ces formes de supplice 
est attestée dans les Actes des saints Firmin et Rustique et des 
saintes Agathe et Macra, vierges et martyres; la seconde dans les 
Histoires du martyre de saint Procope et aussi de sainte Cyrilla, 
vierge, qui est commémorée le 5 juillet en ces mots : « Commé- 
moration de la vénérée martyre, sainte Cyrilla, qui vécut sous 
les empereurs Dioctétien et Maximien et appartenait à la ville de 
Cvrène en Lvbie. Elle fut accusée devant Dignianus. le sou ver- 
neur, et fut jugée en même temps que Lucie et Roa, deux pieuses 
femmes. Et, comme on ne put la forcer à faire des offrandes aux 
idoles, on lui mit dans la main des charbons ardents avec de 
l'encens et elle fut forcée de sacrifier; mais elle cria tout haut : 
« Cet acte forcé n'est pas un sacrifice oîfert volontairement. » 
Alors, lorsque ses doigts furent consumés, elle fut pendue et 
fouettée, et ensuite, lorsqu'elle fut descendue du poteau, le sang 
coulait de ses blessures et le lait de sa poitrine comme un tor- 



- 138 — 



^4(i%*^tti'4^'«ftâr'^ 




FiG. XXY 



— Martyr torture au moj-en de fers rouges sous 
les aisselles. 



A. 

B. — Rôti sur des charbons ardents 



C. — Marlvr sur lequel on verse de la jioix bouil- 
lanle ou autres substances du même genre. 



^uBUxfn^tB beB pattnB 



rent, et ainsi la bienheureuse sainte et martyre rendit son âme 
à Dieu. » 

Une autre chose que nous voudrions vous faire connaître, lec- 
teur, c'est que l'empereur Julien, surnommé l'Apostat, avait cou- 
tume de flatter les soldats chrétiens de son armée en leur pro- 
mettant des cadeaux s'ils faisaient offrande de l'encens pour le 
feu le jour de la distribution des largesses impériales. Cela est 
attesté par saint Grégoire de Naziance, qui écrit dans sa première 
Invective contre le dit empereur ce qui suit : « Maintenant, le 
jour des largesses impériales était arrivé, c'est-à-dire le jour 
même de la naissance de Julien l'Apostat, celui fixé pour celte 
date par la ruse habile de l'empereur et tous les soldats étaient 
obligés de se présenter afin que chacun d'eux reçût un don en 
rapport avec son rang et à sa dignité. Une fois de plus allait se 
renouveler la même scène d'avidité sordide et dimpiété. 
Anxieux de voiler sa cruauté sous une apparence de libéralité et 
de bonté naturelle, l'empereur essayait d'exciter et de réduire, 
par des dons d'argent, le fol orgueil et l'avarice des soldats, 
qualités qui jouent toujours un grand rôle dans leur vie. 

«Le prince était assis, présidant, dénué de toute bonté et de 
toute piété et pas peu fier de l'astuce de ses propres desseins. 
Vous eussiez pu le prendre pour un Mclampus ou un Proteus, 
tant il semblait prêt à suivre toutes les voies et à employer tous 
les moyens. Mais quels actes il accomplissait! ne méritant que la 
réprobation de tous les hommes de bon sens, non seulement de 
ceux qui se trouvaient présents, mais aussi de tous ceux à qui ce 
spectacle était rapporté. Il y avait de l'or dans une main et de 
l'encens dans l'autre, tandis que le feu était prêt à portée de la 
main, et des hommes debout à côté prêts à faire leur soumission 
En vérité le conte semblait assez plausible — c'était la coutume 
habituelle des largesses impériales, un ancien cérémonial jadis 
enhonneuri Et qu'était-ce en vérité? Simplement allumer l'en- 



- 139 - 



torturée et tourmente bes (gtart^rs cÇrétiens 

cens! et obtenir ainsi les gages de la mort des mains de l'empe- 
reur. Un bien petit paiement pour un si grand sacrifice ; la perte 
de leurs âmes. C'était aussi un acte d'impiété contre le Dieu 
tout-puissant! 

Un misérable don, vraiment, une mince récompense. Toute 
l'armée était mise en vente, alléchée par une vile tromperie; les 
soldats qui avaient conquis le monde par les armes étaient sou- 
mis pour un peu de feu et d'or et par une bouffée de fumée d'en- 
cens, la plupart d'entre eux — et ceci était le point le plus triste 
— ne se rendant même pas compte de leur propre abaissement. Un 
homme s'avança, espérant avoir un petit gain et, pour ce gain, il 
perdait son âme. Il baisa la main de l'empereur et ne sut pas qu'il 
rendait hommage à son propre exécuteur. Si l'un d'eux même 
s'en apercevait, il n'en était pas meilleur pour cela, car, voyant 
qu'il était pris au piège, il n'en continuait pas moins sa soumis- 
sion stupidc comme s'il se courbait sous une loi qui ne pouvait, 
en aucune façon, être brisée. Quelles myriades de Perses, quelles 
légions d'archers et de frondeurs, quelle armée en armure dacier, 
invulnérable de tous côtés, quelles machines abattant les murs 
des cités eussent pu amener ce résultat qu'une main, jointe à 
loccasion ajoutée à de mauvais desseins, obtenait si facilement. 
Je vais ici intercaler une petite histoire plus triste et plus lamen- 
table que celles ci-dessus: 

On dit que quelques-uns de ceux qui avaient été pris et induits 
en erreur, s'en retournant après avoir été ainsi entraînés sans le 
savoir, dans le désastre, s'assirent dans la caserne pour manger 
avec leurs camarades; quand le repas fut arrivé au moment de 
l'absorption accoutumée d'eau froide, absolument comme si rien 
de grave ne fût arrivé pour changer leur condition, ils levèrent 
les yeux au ciel, comme c'était leur habitude et invoquèrent le 
Christ avec un signe de croix. Mais un de leurs camarades, étonné 
de cela, leur dit : « Quoi, qu'est ceci? Comment invoquez-vous le 



140 — 



<;si£«is:e<ss5e»raa»afftfS'^^ 




'G»9e«Qe;^sê«9G»î>2^se»s>iS^ 



Vttila_ 



FiG. XXYI 

Martyr forcé de marcher sur des charbons brûlants tandis qu'on lui verse sur la ttte du plomb fondu, 
de la poix bouillante ou autres substances semblables. 



^uBterfugee bCB pdtnB 



Christ, après l'avoir abjuré? » Stupéfaits à ces paroles, ils s'é- 
crièrent : (( Comment avons-nous abjuré? Quelle étrange chose 
vous dites.» Mais l'autre répondit : « Comment? — mais en olîrant 
l'encens pour le feu. Qu'est cela, je vous prie, sinon renier le 
Christ? » Alors, sans un instant de délai, ils s'élancèrent de la 
table, et, comme des fous ou des aliénés, bouillant de zélé et 
d'indignation, se précipitèrent dans le Forum, criant : « Nous 
sommes chrétiens, chrétiens de cœur! Que tous les hommes nous 
entendent le dire et surtout Dieu pour lequel nous vivons et 
sommes prêts à mourir! Le serment que nous t'avons fait. Christ, 
notre Sauveur, nous ne l'avons pas brisé. Si notre main a ofïcnsé, 
telle n'était pas notre intention. Nous avons été enjôlés par la 
duperie de l'empereur et non corrompus par l'or. Nous lavons 
nos mains du mal qui a été commis et nous nous purgeons par le 
sang! » Puis, allant vivement vers l'empereur et jetant l'or à terre, 
ils parlèrent ainsi d'un air plein de défi et de courage : 

« Ce ne sont pas des dons que nous avons reçus, empereur; 
mais la mort à laquelle nous avons été condamnés. Nous n'avons 
pas été convoqués à l'honneur, mais nous avons été flétris par 
l'infamie. Accordez ce don à vos soldats; sacrifiez-nous pour le 
Christ dont nous reconnaissons le seul empire et tuez-nous. 
Payez le feu par le feu, et, pour les cendres de ce sacrifice, rédui- 
sez-nous en cendres. Coupez nos mains, ces mains qui ont été 
assez coupables pour se tendre et nos pieds qui nous ont portés 
vers une action mauvaise. Que ceux-là reçoivent vos dons qui 
n'ont pas lieu d'avoir honte de les recevoir; pour nous Christ est 
assez et plus qu'assez, car nous l'estimons au-dessus de toutes les 
richesses.» 

«Tel fut leur langage, et alors leurs compagnons se levèrent et, 
s'étant rendus compte de la supercherie, revinrent de leur eni- 
vrement et voulurent apaiser le Christ avec leur sang. L'empe- 
reur fut grandement courroucé; pourtant il ne voulut pas les tuer 



- 141 - 



ZoxivixtB et tourments beg (tttarf jrs cf^xHUnB 

ouvertement, de peur qu'ils ne fussent ainsi des martyrs, eux, 
pourtant, qui étaient déjà martyrs par la volonté autant que cela 
dépendait d'eux; mais il les punit par l'exil et par ce châtiment, 
se vengea de l'injure qui lui avait été faite. .Mais, en agissant 
ainsi, il ne fit que les faire bénéficier largement en les délivrant 
de ces odieux sacrifices et les mettant hors d'atteinte de ses mali- 
cieux desseins. » C'est ainsi que le très saint Xaziance nous 
montre comment les plus valeureux champions du Christ ne 
purent être contraints, ni par le dédain, ni par la ruse de ce cruel 
empereur apostat, à descendre des hauteurs de leur piété; mais 
comment, au contraire, ils étaient, par cela même, rendus 
encore plus fermes et prêts à souffrir la mort par amour pour le 
Christ. Ainsi la ruse de Julien fut vaine et sa tentative pour les 
détourner de leur foi en Jésus-Christ n'aboutit à rien. 



DEUX AUTRES PLANS SEMBLABLES A l'aIDE DESQUELS LES PAÏENS 
PENSAIENT POUVOIR RÉDUIRE LES CHRÉTIENS ET LEUR FAIRE 
ABJURER LEUR FOI. 

Eusébe raconte, dans son Histoire Ecclésiastique, comment les 
chrétiens, sous l'empereur Dioclétien, étaient quelquefois forcés de 
se joindre au nombre de ceux qui sacrifiaient, afin d'avoir Tair de 
faire eux-mêmes des offrandes aux idoles. Voici ce qu'il dit: «Main- 
tenant chacun de ceux qui restaient dut endurer l'une ou l'autre 
des formes de supplice ; l'un eut tout le corps déchiré par les 
fouets, un autre subit l'écartèlement de tous ses membres; un 
autre fut coupé avec des rasoirs affilés dune façon insupportable. 
Parmi eux il y en eut qui firent une fin à peine honorable et 
d'autres qui supportèrent l'épreuve en vain, car c'étaient des 
serviteurs infidèles ;run fut violemment poussé en avant et amené 
à accomplir ces rites abominables, et quoiqu'il n'eût jamais sacrifié, 



— 142 — 



^(XcnfiUB invofontairee aux ^knx 



put se retirer absolument comme s'il eût réellement fait les offrandes; 
un autre, qui n'avait jamais approché du Temple ni touché à rien 
d'impur, échappa au péril, grâce à ses amis païens, qui certifièrent 
qu'il avait sacrifié, et il supporta leur mépris en silence. L'un 
d'eux, moitié mort, moitié vivant, est rejeté comme un homme 
mort ; un autre, prosterné à terre, et compté parmi les adorateurs, 
est furtivement traîné par les pieds jusqu'à ce qu'il soit hors de 
danger. Pendant ce temps, quelques-uns, contrairement à ceux-là, 
élevaient la voixpour proclamer qu'ils désavouaient hautement et 
entièrement la cérémonie à laquelle ils venaient de prendre part ; 
d'autres glorifiaient le Christ dont le nom donne la vie, se con- 
fessant eux-mêmes chrétiens, tandis que d'autres encore décla- 
raient avec emphase qu'ils n'avaient jamais fait de sacrifices aux 
idoles et n'en feraient jamais. Néanmoins ceux-ci frappés, et 
souffletés au visage et sur les joues par les rudes mains des aides 
désignés pour cet emploi, furent à la fin violemment expulsés de 
l'assemblée ; ils considérèrent pourtant avoir beaucoup fait pour 
leur cause, car, quoique ne voulant en aucune façon user de 
leurs droits, il n'en avaient pas moins ouvertement accompli ce 
qu'ils avaient dans l'idée de faire. » 

Les serviteurs de Satan prétendaient avoir raison des Chrétiens 
d'une autre façon encore ; c'est-à-dire en mettant dans leur 
bouche et contre leur volonté, la viande offerte avix idoles et en 
versant dans leur gosier le vin du sacrifice. Aussi, dans les Acles 
des saint Tharacus, Probus et Andronicus, se trouvent écrites 
certaines paroles prononcées par ces martyrs, dont la mémoire 
subsistera éternellement : « Après cela, le Gouverneur ordonna 
que la chair qui avait été offerte fût apportée, ainsi que le vin du 
sacrifice et il dit : «Versez le vin dans sa gorge et mettez dans sa 
bouche la viande de l'autel. ;>Et pendant que l'on faisait cela, Pro- 
bus cria : « Que le Seigneur regarde du haut de son siège et voie 
la contrainte que l'on m'impose et qu'il juge mon cas avec équité ! » 



- 143 — 



ZortnrtB ci ZoxitmtntB tts (gtarf jrs cÇrétiens 

Le Gouverneur dit : «Vous avez enduré bien des tourments, mal- 
heureux homme, et néanmoins maintenant vous avez réellement 
sacrifié. » Probus répondit : « Vous avez obtenu peu de résultats 
en emplovant la force. Le Seigneur connaît la sincérité de mon 
cœur. » Le Gouverneur cria : «Non, vous avez vraiment mangé et 
bu ! » Probus répliqua: « Le Seigneur sait toutes choses et a vu la 
contrainte que j'ai subie. » Et encore, un peu plus loin, parlant 
de saint Andronicus : « Le Gouverneur dit : « Ouvrez-lui les lèvres 
et mettez dans sa bouche la viande de l'autel et versez dans sa 
gorge le vin du sacrifice. » Pendant que l'on exécutait cet ordre, 
Andronicus s'écria : « Seigneur, Seigneur, je subis la contrainte ! » 
Le Gouverneur demanda : « Pendant combien de temps pouvez- 
vous supporter la torture ?.. Là, maintenant, vous avez goûté 
aux aliments du sacrifice 1 » Andronicus répondit : « Tous les 
hommes qui adorent les idoles sont des pécheurs comme vous et 
vos empereurs. » 

Mais, pour revenir d'une digression qui a été plus longue que 
nous n'en avions l'intention, procédons maintenant au récit d'au- 
tres faits qu'il nous reste encore à exposer, savoir : les manières 
nombreuses et diverses dont les Chrétiens étaient livrés au feu. 
Quelquefois ils étaient liés à des poteaux, avec un feu allumé 
autour d'eux ; ou bien ils étaient étendus à terre, attachés à 
quatre piquets et le feu était allumé au-dessus d'eux ; d'autres 
fois, ils étaient jetés dans une fournaise ardente, dans un bûcher en 
flammes, ou dans des fosses pleines de charbons enflammés, ou 
bien dans de grandes tonnes ou futailles. D'autres fois encore, 
leurs persécuteurs païens les faisaient enfermer dans des chambres, 
des bains, ou des châsses dans lesquels ils étaient consumés, 
car on y mettait le feu et les martyrs étaient brûlés à l'intérieur ; 
souvent encore, on les liait par des cordes de lin enduites 
d'huile et on y mettait le feu, ou bien on les plaçait dans des 
bateaux remplis de poix et de résine auxquels on mettait le feu. 



— 144 — 



(§aU(Xux em^)fiB be résine en feu 



afin qu'ils fussent brûlés en mer ; ils rendaient ainsi saintement 
et joyeusement leur âme indomptable à Dieu, le Créateur de 
toutes choses. 

Tous ces faits sont attestés dans les Actes de divers martyrs, 
le premier mode de torture (liés à des poteaux et brûlés) dans 
les Histoires de saint Polycarpe et saint Tharascus; le second (atta- 
chés à quatre piquets avec un feu allumé au-dessous) dans les 
Actes de sainte Anastasie, vierge et martyre romaine ; les 
quatrième, cinquième et sixième (jetés dans des fournaises, des 
fosses et des tonnes pour y être brûlés) dans les Actes des saints 
Emilianus et Paphnutius, des trois sœurs Foi, Espérance et Cha- 
rité, vierges et martyres, des saintes Agnès, ApoUonia et Dorothée, 
vierges et martyres aussi. 

Dans l'histoire de la dernière nommée, sainte Dorothée, nous 
lisons, en ces termes, comment deux sœurs, Chrisle et Caliste, 
furent ramenées par ses soins pieux dans le troupeau des disciples 
de la foi chrétienne, dont elles s'étaient écartées : '< Le Cou- 
verneur envoya un message à Christe et à Caliste, les priant de 
se présenter devant lui avec Dorothée et, après les avoir prises à 
part, leur demanda si elles avaient réussi à changer les sentiments 
de Dorothée. Mais, d'une seule voix, elles répondirent : « Nous 
étions dans l'erreur et nous agissions très mal quand, par crainte 
du châtiment et d'une souffrance passagère, nous avons sacrifié 
aux idoles et lui avons demandé de faire de même ; mais elle 
nous a amenées au repentir, afin que nous puissions obtenir 
miséricorde du Christ. » Alors Sapritius (tel était le nom du 
Gouverneur) déchira ses vêtements et, avec une fureur excessive, 
ordonna que les deux sœurs, liées ensemble dos à dos, fussent 
jetées dans une tonne, si elles ne voulaient pas sacrifier » 

De la septième sorte (emprisonnés dans des chambres, des 
châsses et des bains et là brûlés et sufi'oqués) nous trouvons 
mention dans les Actes des saintes Domna et Théophila, vierges 



— 145 



torturée et tourments bee (QXûrf jrs cÇrétiens 



et martyres romaines, Flavia Domitilla, Théodore, Euphrosine 
et Cécile. 

CE QUE SIGNIFIAIT ÊTRE ÉTOUFFÉ DANS UN BAIN SURCHAUFFÉ 

Nous lisons dans l'Histoire de sainte Cécile, comment elle fut 
enfermée et étouffée dans un bain chaud. On doit d'abord com- 
prendre que c'était vraisemblablement une coutume observée 
chez les Anciens de mettre à mort les criminels, les coupables ou 
les Chrétiens dans des bains. 

Quelquefois on les emprisonnait dans la première ou plus 
chaude chambre des bains, celle que l'on nommait étuve ou 
Lacon/rum, afin que, suffoqués par la chaleur excessive, ils pussent 
échanger leur vie contre la mort. 

Maintenant, les anciens Thermes ou bains chauds consistaient 
en quatre chambres dont la première, destinée à provoquer la 
transpiration, était appelée étuve ou Laconicum, ou chambre 
chaude provoquant une abondante transpiration; les autres 
étaient appelées respectivement chaude, tiède et froide. 

Dans la première chambre ou Laconicum. (ainsi qu'il est expliqué 
ci-dessus) les Saints Martyrs étaient quelquefois misa mort. Ainsi, 
dans ÏHisloire de sainte Cécile, nous trouvons écrit : « Alors, 
étant excessivement courroucé, Almachius, le Juge, commanda 
qu'elle fut ramenée dans sa propre maison et là étouffée par 
la chaleur des bains. Mais, quoiqu'elle fût enfermée dans l'air 
chaud de la chambre des bains, une grande provision de bois 
ayant été fournie au-dessous nuit et jour, elle }' resta sans rece- 
voir aucun mal, absolument comme si elle eût été placée dans la 
chambre froide, saine et sauvée par la grâce de Dieu, tellement 
que pas même la plus petite partie de ses membres ne fût mouillée 
par la moindre trace de transpiration. » 



— 146 




G»fX2^2G»SG^3^S(2IKtKâ^S^^ 



FiG. XXVII 
Martyrs envoyés en mer sur un vaisseau plein de combustibles auxquels on a mis le feu. 



D'après cela, nous voyons que c'était dans le Laconiciim ou 
chambre chaude que l'on enfermait ceux que l'on voulait tuer 
dans les bains. Ainsi Gallenus, écrivant sur le Laconicum, dit : 
« En entrant, on séjourne dans l'air chaud, c'est-à-dire dans le 
Laconicum: ensuite on descend dans un bain d'eau chaude. » 
Nous recueillons de plus, dans les Actes de la même sainte Cécile, 
que ce Laconicum servait à donner la mort aux coupables en y 
emprisonnant les gens, hommes ou femmes, et les y tenant 
enfermés, tandis que de grandes quantités de combustibles étaient 
constamment empilées et consumées au-dessous. 

Mais nous devons maintenant continuer en considérant les 
diverses façons par lesquelles les Chrétiens étaient brûlés par les 
Païens au moyen du feu, savoir les huitième, neuvième et dixième 
modes : attachés avec des cordes saturées d'huile, les pieds liés 
avec du lin trempé dans l'huile, ou attachés dans des bateaux en 
mer, chargés de poix et de résine et nllumés. De toutes ces 
façons, nous avons des témoignages dans divers Actes des Saints. 
De la dernière façon, dans VHistoire de sainte Restituta, vierge 
et martyre, des huitième et neuvième, dans les récits de la pas- 
sion de saint Amphianus et de saint Ursicius. La première est 
rapportée dans le Martyrologe Romain, le 2 avril, en ces mots : 
A Caesara, en Palestine, anniversaire de saint Amphianus, le 
martyr qui, dans la persécution de Maximin, et pour avoir fait 
des remontrances à Urbain, le Gouverneur, qui avait sacrifié aux 
idoles, fut cruellement fouetté et amèrement torturé, ses pieds 
étant enveloppés de lin trempé dans l'huile, puis allumés, et lui- 
même enfin jeté à la mer. Ainsi, ayant passé par le feu et l'eau, 
il reçut enfin la consolation suprême, » L'autre, saint Ursicius, 
est commémoré dans la Ménoloyie grecque, le 24 août : <( Commé- 
moration du Martyr saint Ursicius qui, sous l'empereur Maximin 
fut dénoncé à l'Empereur de la ville de Sibentum, située en deçà 
d'Illyrie. et livré au Gouverneur Aristide. Comme il demeurait 



— 147 — 



Cortutee et touments Ub (lUartgrB cÇrétim 



ferme et constant dans sa foi, il fut premièrement fouetté avec 
violence avec du cuir de taureau, ensuite enroulé de cordes de 
lin trempées dans l'huile, et lui-même enduit de sulfure et de 
résine, il fut allumé, et enfin, la sentence de mort fut prononcée 
et le saint Ursicius fut tué avec une épée par le dénonciateur 
Valens. Ayant ainsi conquis le martyre, il fut mis au tombeau 
par une pieuse femme nommée Simplice. » 

DE LA TUNIQUE MORTELLE CONLME INSTRUMENT DE MARTYRE 

Ces formes de torture au moyen desquelles les plus glorieux 
Martyrs, Amphianus et Ursicius, moururent, sont très semblables 
(si nous ne pouvons pas dire qu'elles étaient les mêmes) à un 
terrible châtiment que les Anciens appelaient la Tunique Mor- 
telle. C'était une chemise enduite et saturée de substances inflam- 
mables (ainsi que le rapporte Sénèque dans ses Epitres) qui, le 
feu y étant mis, brûlaient en produisant une conflagration terrible 
enveloppant les criminels qui avaient été accusés d'une faute plus 
grave que d'habitude. Tertullien et Cœlius parlent tous deux de 
ce châtiment infligé aux Martyrs chrétiens. 

Les Hérétiques, de nos jours, ont appliqué des tortures d'un 
genre semblable, ainsi qu'il est rapporté dans le Théâtre des 
Cruautés, à Domitius Hurley, qui avait été créé par le pape Gré- 
goire, treizième du nom, à cause de sa piété singulière et extra- 
ordinaire et de l'excellence de sa vie, archevêque de Cashel en 
Irlande, son pays natal. Accusé d'avoir conféré à quelques enfants 
le Sacrement de Confirmation, il fut arrêté, et, comme il refusait 
de renoncer à la foi caLhoUque, il fut soumis, par les Hérétiques 
en fureur, à la torture de la question. Des jambières remplies 
d'huile furent mises sur ses jambes, puis il fut attaché solidement 
sur un siège de bois, afin qu'il ne put pas se mouvoir, et placé 



- 148 




FiG. XXVIII 



A. — Martyr jelé dans une fournaise ardente. 

B. — Martyrs placés dans une tonne ou futaille et 

bruits. 

C. — Martyr placé dans une chambreà laquelle on 

a rriis le feu. 

D. — Pieds et mains liés et placé sur un bûcher 

enflammé. 



E. — Attaché :i quatre clievilles fixées en terre, un 

feu brûlant au-dessous. 

F. — Lié par des cordes enduites d'bulle et consu- 

mé par un feu au-dessous de lui. 

G. — Jeté dans une fosse remplie de charbons allu- 

més. 
H. — Pelle en fer pour attiser le feu. 



Zù, tvini({nc be soufre enffammé 



devant un feu ardent, de sorte que les jambières étant brûlées 
par la flamme ses tibias furent en même temps consumés de telle 
façon que, lorsque les Hérétiques vinrent pour retirer les jam- 
bières, ils arrachèrent en même temps la peau jusqu'aux genoux, 
laissant seulement les os à nu. Un matin, peu de temps après, à 
environ trois ou quatre heures, son cou fut mis dans un coulant 
d'osier, afin que son agonie fût plus longue, et il fut pendu. Ainsi 
il conquit la noble couronne du martyre et son âme s'envola au 
ciel, i) 

Puisque, en mentionnant la Tunique Mortelle, nous avons parlé 
des Catholiques étant ainsi soumis à la torture du feu par les 
mains des Hérétiques de notre temps, et, afin de ne pas sembler 
faire peu de cas des MartjTs de l'Orthodoxie qui furent torturés 
par le feu de diverses manières, par les plus anciens Hérétiques 
sous les très cruels empereurs Constantius, Valens, Léon l'Isaurien 
et Constantin Copronyme, aussi bien que sous les Vandales 
Ariens, nous citerons quelques exemples tirés des Saints Pères 
ou des Histoires de leur vie. Et, en premier lieu, concernant les 
Catholiques qui furent torturés par le feu sous Constantius, voici 
ce que dit saint Athanase : <( Mais tous ceux-ci (c'est-à-dire les 
Ariens, ennemis de l'Eglise Orthodoxe) ils les fuyaient comme 
des meurtriers, des malfaiteurs et des voleurs, attendu qu'ils ren- 
versaient les monastères et y mettaient le feu pour brûler les 

moines et détruire leurs habitations » Et encore, dans son 

Apologie : «. Plaçant les vierges au-dessus de feux ardents, ils 
s'efforçaient de les obliger à confesser la foi arienne. » On peut 
trouver de plus amples détails sur les persécutions du même 
genre, auxquelles les Catholiques étaient en but, dans VHisloire 
de Théodoretus .• « Cependant, à Constantinople. les Ariens char- 
gèrent un vaisseau d'une compagnie de pieux prêtres et le lan- 
cèrent sur l'abîme sans voiles ni palans ; puis, embarquant plu- 
sieurs adhérents de leur propre secte sur un autre bateau, ils 



149 - 



Cortureg d tourmente bee (UXarf^re cÇréttene 



leur commandèrent de mettre le feu au vaisseau contenant les 
prêtres. Cela étant fait, les prêtres, après une courte lutte contre 
le feu et l'eau, furent bientôt plongés dans l'abîme et de cette 
façon gagnèrent la couronne du martyre. « On peut lire un récit 
semblable dans Sozomen et Socrate dans leurs Histoires Ecclésias- 
tiques, comme aussi dans Victor concernant les Catboliques sous 
la Persécution vandale : « Ils en tuaient quelques-uns par le fouet, 
d'autres étaient pendus, d'autres encore brûlés par le feu. » Et 
encore, écrivant sur le martyre de saint Liberatus et de ses com- 
pagnons : (( Ceci, pourtant, arriva aux oreilles du Tyran qui, fou 
de colère, ordonne qu'ils soient mis à la torture, mais sans que 
cela se saclic, et qu'ils soient chargés de chaînes plus lourdes. 
De plus, il commande que l'on remplisse un vaisseau d'un mon- 
ceau de fagots de bois sec, et, toutes les victimes étant solide- 
ment liées dedans, qu'on y mette le feu en pleine mer, afin qu'il 
brille. . . » 

Enfin, concernant les Orthodoxes qui furent martyrisés sous 
Léon ou Constantin Copronyme, le Martyrologe Romain contient 
ce qui suit, à la date du 29 août : « Anniversaire des saints Hypa- 
tius et André. C'étaient deux prêtres qui, à cause du respect 
qu'ils montraient pour les images saintes, furent massacrés par 
Léon après qu'on leur eut enduit la barbe de poix et qu'on y eut 
mis le feu après les avoir fait scalper. » La même chose est rap- 
portée le 28 novembre sur saint Etienne le Jeune, qu'on dit avoir 
enduré le même supplice sous Constantin Copronyme. 



150 - 



CHAPITRE IX 



Autres instruments de torture et modes employés pour 
torturer les martyrs chrétiens, tels que: stylets de fer 
d'écoliers, clous, scies, lances, sabres et flèches. 
Entrailles arrachées. Gorges coupées. Décapitation, brû- 
lures et marques. Broiement à coups de hache et de 
massue. 

POURTANT, désirant avec véhémence faire sa proie des âmes 
des hommes, le démon ne cessait jamais de rechercher 
activement d'autres moyens, grâce auxquels il put faire 
complètement rejeter et abandonner la foi au Christ. De sorte 
que, pensant avoir trouvé le moyen d'accomplir facilement ses 
mauvais desseins, à savoir : persister toujours dans ses pratiques 
sauvages contre les membres du Christ, il s'arrangea de façon à 
convaincre tous les grands juges de cette époque qu'une chose 
et une seule rendrait célèbre leur sagesse, c'est-à-dire d'ordon- 
ner que tous les hommes et toutes les femmes qui seraient recon- 
nus comme c'nampions de la religion chrétienne, fussent cruel- 
lement tourmentés et torturés et mis à mort avec toutes les 
souffrances imaginables qui pussent accompagner leur agonie. 
imaginations bornées ! pensées oiseuses ! En vérité, en vé- 
rité, ces hommes étaient devenus fous, leurs plans rusés et leurs 
mauvais desseins étaient réduits à néant! 

« Car, vraiment », comme le dit saint Eusébe, dans son His- 



- 151 - 



tortures et tourmente bes (gtart^re c^tiiknB 

toire ecclésiastique, « les mains des bourreaux faiblissaient et, 
quoique se relayant l'un l'autre, les hommes étaient à bout de 
forces, et la lame de leurs épées s'émoussait. Moi-même, j'ai vu 
les exécuteurs s'asseoir, exténués, reprendre haleine et regagner 
des forces, se servir de nouvelles épées, et le jour pourtant n'être 
pas assez long pour tous les supplices qu'il y avait à infliger. 
Cependant, pas un seul de la bande, pas même un enfant de l'âge 
le plus tendre ne put être effrayé et ne recula devant l'approche 
de la mort. La seule chose que chacun semblait craindre, était 
que le soleil mît trop de hâte à terminer le jour, et qu'alors il ne 
fût laissé en arrière, séparé de la société de ses compagnons 
martyrs. Aussi tous, fermement et intrépidement attachés à la 
foi, saluaient avec joie et exultation une mort momentanée, pré- 
lude d'une vie éternelle. En un mot, tandis que les premières 
fournées étaient massacrées, le reste se tenait debout, chantant 
des psaumes et des hymnes à Dieu, chacun attendant son tour 
d'être martyrisé, afin que leur dernier soupir fût poussé en 
louanges au Tout-Puissant. » 

Puissante fut la faiblesse de ces serviteurs de Satan, et grande 
leur folie. En vérité, ils tombèrent dans la fosse qu'ils avaient 
creusée pour y faire tomber les saints. Ils condamnaient encore 
et encore, et toujours en vain, leurs adversaires chrétiens à avoir 
les membres déchirés l'un après l'autre, à être frappés jusqu'à la 
mort d'innombrables coups de stylet, ou, ce qui est la même 
chose, de coups de plume d'écoliers, à avoir des clous enfoncés 
au dedans d'eux, soit dans tout le corps, soit dans une partie 
spéciale, à être partagés en deux à l'aide d'une scie, à être trans- 
percés par des lances ou traversés par des sabres, à être percés 
de flèches, à avoir le ventre ouvert et les entrailles arrachées, à 
avoir la gorge coupée, à être décapités ou défigurés par des brû- 
lures ou des marques, à avoir la tête broyée à coups de hache 
ou de massue, et mise en pièces ; les femmes, à avoir les seins 



— 152 — 



(Partétée inoutes be eup^ftces 



amputés et à avoir, ainsi que les hommes, la langue, les pieds et 
les mains coupés, à avoir les jambes brisées, les dents arrachées, 
à être écorchées vives, leur corps empalé sur un bâton pointu, à 
avoir les ongles, les yeux et la figure torturés à l'aide de roseaux 
effilés, à être précipitées des hauteurs, la tête la première, à être 
traînées par des chevaux indomptables sur un sol couvert de 
chardons et d'épines ou d'une épaisseur de pierres aiguës, ou 
bien à être livrées aux bêtes sauvages, enterrées vives, jetées 
dans une rivière courante ou dans un four à chaux, misesnues et 
abandonnées dans les rues publiques. Ou encore, lorsque l'on trou- 
vait deux arbres à côté l'un de l'autre, on courbait, de façon à les 
réunir, une branche de chacun de ces arbres. A chacune de ces 
branches on attachait l'un des pieds du martj'r, de sorte que, 
ayant été rapprochées de force, ces branches, lorsqu'on les lais- 
sait aller, retournaient violemment à leur position naturelle, 
déchirant en deux le corps de l'homme qui y avait été attaché, 
écartelant ses membres et les emportant avec elles. Enfin, ces 
adorateurs des idoles condamnaient les chrétiens à être emmenés 
en exil complètement privés de tout salaire ou à aller couper des 
blocs de marbre, à creuser le sable et à le porter sur leurs épaules 
jusqu'aux édifices qu'on était en train de construire, ou bien à 
être déportés dans les mines. 

Quoi ! de telles tortures et d'autres décrites dans les chapitres 
précédents? Vraiment oui, et d'autres encore — dont Eusèbe 
s'avoue ignorant des noms, à cause de leur excessive cruauté ; — 
avec tous ces moyens, les plus saints soldats du Christ étaient 
torturés. Néanmoins, ils ne purent jamais être vaincus; mais, 
gardés par la protection du Cjcl, ils souffraient et enduraient 
toutes ces angoisses bravement et fermement. Car, en vérité, ils 
se tenaient en avant (pour employer les paroles de saint Ephraïm) 
les vaillants guerriers de Dieu, supportant chaque torture au nom 
du fils unique de Dieu, notre Sauveur J.-C. Comme ils étaient 



- 153 - 



tortures et tourments bee (Utartjre c^ûtknB 

forts et quelle gloire ils acquéraient, ceux qui, pleins d'une cou- 
rageuse fermeté, voyant tous les préparatifs de torture que l'on 
faisait sous leurs 3TUX, non seulement ne ressentaient aucune 
crainte, mais, au contraire, combattant avec la plus grande cons- 
tance, domptaient toutes les souffrances par leur énergie ! Ils 
regardaient le bûcher enflammé et les poêles rougies au feu et les 
chaudrons bouillants qui, dans leur ardente ébullition, lançaient 
au loin des gouttes de poix et de graisse fondue. Ils voyaient les 
roues, les brodequins de fer et les clous de fer tournant avec une 
vitesse furieuse au milieu des flammes. Ils contemplaient les 
griffes de fer et les plaques étincelantes, les fouets, les ours et les 
lions, les précipices, les piques, les tarières, les entraves et les 
chaînes, en un mot toutes les inventions que le grand Ennemi 
de la vérité avait imaginées contre les saints confesseurs de Notre 
Seigneur .I.-C. Car chaque espèce de torture était déployée par 
l'astucieux adversaire devant les Martyrs pour faire peur aux 
saints, afin que leur langue, rendue muette par la vue de telles 
horreurs, n'osât plus confesser le nom du Seigneur Jésus. Mais 
quel effet produisait cette exhibition de tortures inouïes et hor- 
ribles sur ces fidèles et ardents guerriers du Christ? Quoi ! les 
rendre encore plus impatients, avec une plus grande confiance et 
une plus grande fermeté, de confesser sans hésitation et sans 
peur leur Sauveur J.-C. devant les tribunaux des juges et les 
bourreaux. 

Ni les flammes pétillantes, ni les poêles ardentes, ni les pots 
bouillants, ni les roues malfaisantes, ni les plaques rougies au 
feu, ni les pinces dentelées et autres instruments semblables, ni 
les entraves et les chaînes pesantes, ni les menaces des tyrans, 
ni celles des princes, ni les ruses du démon et de ses serviteurs 
ne parvinrent à terrifier les intrépides soldats du Christ non 
plus qu'à les forcer à abjurer leur foi ni à les détacher de leur 
soumission envers leur Dieu et Sauveur. Au contraire, revêtus de 



— 154 — 



(tttatf^re coudés en morceau;r 



la foi, ils foulaient aux pieds toutes les machinations du Malin, 
et l'angoisse n'avait aucune prise sur eux. 

<K As-tu vu la force des fidèles disciples du Christ? As-tu vu la 
gloire des soldats du Sauveur? As-tu vu l'étonnante allégresse de 
ceux qui cherchent le royaume de Dieu de tout leur cœur et 
aiment Jésas de tout leur pouvoir? As-tu vu la foi parfaite de 
ceux qui ont réellement été rendus parfaits? As-tu vu la charité 
dont brûlent les saintes poitrines des Martyrs, pour laquelle ils 
ont méprisé toutes les joies terrestres pour s'en tenir au Dieu 
qu'ils ont choisi ? As-tu vu la bonté aimante du Christ qui fait 
élever jusqu'au ciel ceux qui désirent être exaltés? As-tu vu les 
triomphants habitants du Paradis embrasser et chérir les cham- 
pions du Christ, impatients de sa félicité, jouissant maintenant 
d'une éternelle lumière et d'une éternelle paix ? 

« Viens ici, cher lecteur^ considère et contemple le glorieux 
triomphe des martyrs, vois, avec les yeux du cœur, la foi abon- 
dante de ces célestes lutteurs, et l'invincible ardeur de leur piété. 
Aucune souffrance, si grande qu'elle fût, ne put ébranler la réso- 
lution de ces hommes justes, la mort elle-même ne put éteindre 
le zèle de leur amour intrépide. Frappés, ils saluaient avec une 
grandç joie les coups de bâton comme les plus chères délices, 
le visage calme et souriant ils rendaient grâces à Dieu, parce 
qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir pour l'amour de lui! » 

Ainsi parle saint Ephraïm. Mais, pour mettre fin à cette digres- 
sion, nous devons maintenant exposer chacune de ces diverses 
sortes de tortures nommées ci-dessus et les confirmer par les 
Histoires des Saints Martyrs. 

La première — martyrs ayant les membres déchirés l'un après 
l'autre — est attestée par les Actes de saint Nicéphore, commé- 
moré dans le Martyrologe Romain, le 25 février, et par ceux de 
saint Jacques, surnommé Vlntcrcis (coupé en morceaux), la 
seconde, par saint Grégoire de Naziance, Victor dans sa Perséca- 



- 155 - 



torturée ci tourmente ^ts (lUar^jre c^tcticns 



lion vandale aussi bien que par l'Histoire du martyre de saint 
Cassianus. 

STYLETS DE FER POUR ÉCRIRE OU PLUMES d'ÉCOLIER, CE Qu'iLS SONT 

ET A QUOI ON LES EMPLOYAIT 

C'étaient des instruments de métal à l'aide desquels on écri- 
vait, dans les anciens temps, sur de la terre blanche, c'est-à-dire 
sur des tablettes de cire, semblables aux livres ou mémo- 
randums en bois dont se servent pour écrire les marchands de 
nos jours. Ainsi dans le chapitre XIX du Livre de Job : « Ohl 
puissent mes paroles être écrites. Oh! qu'elles puissent être ins- 
crites sur un livre ! qu'elles fussent gravées avec une plume de 
fer ou de plomb » De même, Plante, Bacchides: 



Afjer cito. 
Quid? Stghim, ceram, tabellas et linum. 



Et encore : 



Habes tabellas ? Vis rogare ? 
Habeo styluin. 



« Apportez promptement. Quoi? Votre stylet, votr(^ cire, 
vos tablettes et votre fil », c'est-à-dire le fil avec lequel on atta- 
chait ensemble plusieurs tablettes lorsqu'on les envoyait comme 
lettre. 

« Avez-vous vos tablettes? Pouvez-vous le demander? J'ai mon 
stylet aussi. » 

Donc les condamnés à mort étaient souvent percés avec ces 
stylets à écrire, ce qui était une forme de torture très doulou- 
reuse. Cela est attesté par de nombreux auteurs et les plus dignes 
de foi, tels que Suétone, Vie de l'Empereur Caiiis, en ces mots : 
(( Souhaitant la destruction du sénateur, il suborna les hommes 
qui devaient l'assaillir au moment où il quitterait le Sénat et, se 



- 156 



"és^ss^^ 




e»?3«^SG»s2^êH2araG^î(Svf3E«aes^ 



FiG. XXIX 

A. — Martyr blessé à mort par des garçons avec ) B. — Marivr dont les membres sont amputés un 
leurs slylets à écrire. J par un. 



(Utartgrieé p(Xx be )tnnCB 5Ar<^cn6 



jetant soudain sur lui comme sur un ennemi public, le perce- 
raient de leurs plumes de 1er en se le passant de l'un à l'autre 
pour le faire souflrir davantage ». Sénèque aussi: « E^rixio, che- 
valier romain, fut, d'après nos souvenirs, frappé à mort dans le 
Forum par la populace, qui le perça avec des plumes de fer parce 
qu'il avait fait mourir son fds sous le bâton ». La même chose 
est témoignée par les Actes de saint Marc d'Arethusa où nous 
lisons : « Marc fut jeté d'un rang à l'autre, lancé de ci de là par 
les garçons qui recevaient à tour de rôle son noble corps sur 
leurs plumes ou stylets pointus. » De même les Actes de saint 
Cassian, le martyr : « Là, le saint homme fut questionné par son 
persécuteur qui lui demanda quelle science ou quelle habileté il 
possédait pour pouvoir apprendre leurs lettres aux enfants, etc. » 
Et un peu plus loin : « Alors, dépouillé de ses vêtements et les 
mains liées derrière lui, on le fait se tenir debout au milieu, et 
les garçons qu'il enseignait et auxquels il était devenu odieux, 
ayant été appelés, on les laissa libres de le mettre à mort. Et eux, 
apprenant l'injure qui leur avait été faite, et brûlant en consé- 
quence de se venger, commencèrent, les uns à le frapper avec 
leurs tablettes, les autres avec leurs stylets à écrire. Et, dans 
cette scène de martyre, plus les mains étaient faibles, plus la 
souffrance était forte, car la mort en était d'autant plus lente à 
venir. » 

Il y avait deux manières différentes d'être torturé de cette 
façon : par les stylets de fer ou par l'aiguillon. Par ce dernier, 
les coupables étaient simplement torturés, tandis que, par les 
premiers, ils étaient aussi torturés, mais de plus, cruellement 
mis à mort. En outre, l'instrument qui est connu sous le nom 
d'aiguillon était habituellement seulement employé pour les 
esclaves qui s'étaient rendus coupables de vol, tandis qu'on se 
servait du stylet pour les prisonniers convaincus des crimes les 
plus graves. Prudentius parle de l'aiguillon comme moyen de 



]57 - 



tortures et tourmente bes (tttArfjrs cÇrétiens 

châtiment dans son Hymne sur le martyre de saint Hippolyte : 

Iliaque infestis perfodiunt stimulis. 

« Et on lui perce les flancs avec des aiguillons douloureux. » 
Plaute aussi en parle plusieurs fois, par exemple dans 
VAsiiiaria : 

Utinam nanc mihi stimulus in manu sit, 
et dans Menœchmi : 

Al ego le pendenlem fodiam stimulis triginta dies. 

« Je voudrais, en ce moment, avoir mon aiguillon dans ma 
main. » 

« Mais je vous prendrai et vous percerai avec l'aiguillon pen- 
dant trente jours. » 

A quoi nous pouvons ajouter une ligne du même auteur dans 
Menœchmi, pour plus de clarté : 

Jam ascendo in currum,jam lora leneo, jam stimulus in manu est. 

« Maintenant, je monte dans le char, maintenant je tiens les 
rênes serrées, maintenant j'ai l'aiguillon dans ma main. » 

Tous ces passages servent à nous montrer que l'aiguillon était 
un bâton ou roseau ayant un bout pointu, comme ceux avec 
lesquels les campagnards piquent leurs bœufs, et cela est con- 
firmé par les Actes de saint Joseph, le martyr, où nous trouvons 
écrit : « Attachant une pointe au bout d'un long roseau, ils 
ordonnèrent que le saint en fût piqué. » Mais assez sur cette 
partie de notre sujet. 

Pour en venir aux quatrième et cinquième sortes de torture. 



158 - 




(5Sl9ei8ro2^SG^3321£X2af^i^^ ^ 



A. — Martyr auquel on enfonce un poignard 

dans la gorge. 

B. — Mis à mort à coups de flèches. 



FiG. XXX 

C. — Frappé sur la tcte à coups de hache. 

D. — Décapité avec un sabre. 

E. — Transpercé d'une lance. 



celles par lesquelles on en lonçait des clous dans le corps des 
saints martyrs ou bien on les coupait en deux avec des scies de 
fer, elles sont attestées par les Actes des saints Paphnulius 
{Martyrologe Romain, 24 septembre) et Severus, évéque (7 no- 
vembre), de saintes Fausta et Euphémie, vierges et martyres, et 
d'autres encore. Le second de ces châtiments, le quatrième, 
savoir : celui d'être scié en deux, est rapporté par Suétone, Vie 
de l'Empereur Caiiis, où il parle de certaines personnes condam- 
nées sur accusation à subir ce sort. 

Plus tard, nous parlerons encore de cette sorte de torture qui 
eut pour etîet de flétrir le nom de l'empereur Caligula (Caius) 
d'une réputation de cruauté dans tous les âges. Tout cela devrait 
nous apprendre combien féroce était la rage des païens contre les 
soldats du Christ et, d'un autre côté, combien fermes étaient la 
constance et le courage qui permettaient aux chrétiens de dompter 
aisément et sans faiblir toutes les espèces de tortures. 

La cinquième sorte, celle par laquelle les chrétiens étaient per- 
cés par des tarières et des vrilles est attestée par les Actes des 
saintes vierges et martyres Foi, Espérance et Charité, trois sœurs 
dont nous avons déjà parlé dans une page précédente, comme 
aussi dans le récit de sainte Fausta, vierge et martyre commé- 
morée dans le Martyrologe Romain le 20 septembre : « A Cyzicus, 
dans le Propontis, anniversaire des saints martyrs Fausta et 
Eulasius, tués sous l'empereur Maximien. De ces deux, Fausta fut 
rendue chauve par ce même Eulasius, prêtre des idoles, 
qui lui fit raser la tête par mépris ; ensuite elle fut pendue et 
torturée. Enfin, il voulut la faire couper en deux; mais les exé- 
cuteurs ne purent lui faire aucun mal. Eulasius en fut stupéfait 
et crut en Jésus-Christ. De sorte que, tandis qu'à son tour il était 
violemment torturé par les ordres de l'empereur, Fausta avait 
la tête percée par une cheville; puis on lui enfonçait des clous 
dans tout le corps et enfin on la plaçait au-dessus du feu dans 



- 159 - 



torturée ti tourmente bes (^arf jrs cÇrétienB 

une poêle à frire, et ainsi tous deux, appelés par une voix du 
ciel, montèrent vers le Seigneur! » La sixième sorte, celle par 
laquelle les chrétiens étaient transpercés par des lances ou des 
épées, peut être certifiée par les Histoires des saints Marc et Mar- 
celin, Bénin et Cyril, diacre, des saintes Fusca, Basilla, Anatholia 
et Justine, vierges et martyres, et de saint Polycarpe. 

Pour arriver à la septième, savoir : ouvrir le ventre des patients, 
cette cruaatéest attestée par l'Histoire de saint Cyril, dont le 
martyre est rapporté dans le Martyrologe Romain, le 26 mars, en 
ces mots : « A Héliopolis, dans la région du Liban, anniver- 
saire de saint Cyril, diacre et martyr, dont le ventre fut ouvert et 
le foie arraché, les païens s'en régalant honteusement. Cette 
chose fut accomplie sous l'empereur Julien l'Apostat. » Un fait 
semblable est raconté dans les Ac^es de sainte Eucratisou Eugratia, 
vierge et martyre, dont la mort se trouve relatée comme il suit, 
dans le Martyrologe, le 16 avril : k A Caesaraugusta (Saragosse), 
en Espagne, anniversaire de sainte Eucratis, vierge et martyre, 
qui, après avoir eu le corps torturé, le ventre ouvert et le foie 
arraché, fut enfermée, encore vivante, dans une prison où elle 
resta jusqu'à ce que son corps tombât en pourriture. » 



AUTRES SUPPLICES ET TORTURES AUXQUELLES LES VIERGES CHRÉTIENNES 
ÉTAIENT SOUMISES AINSI QUE DIVERSES MANIÈRES d'aLLONGER LE 
CORPS. 

Ce fut premièrement sous le gouvernement de l'empereur 
Julien, surnommé l'Apostat, que l'on ouvrit le corps aux vierges 
saintes. Alors, tandis que leur ventre palpitait et tressaillait 
encore, on le bourrait d'orge et on les exposait pour être dévorées 
par les porcs sauvages. 

Ceci est rapporté dans tous ces détails par saint Grégoire de 



- IGU — 



Naziance, qui écrit : « Car on dit qu'ils (les hommes d'Hélio- 
polis) — pour ne raconter qu'une de leurs atrocités parmi toutes 
celles qu'ils commettaient, mais une qui fera frémir d'horreur 
même les païens sans Dieu, — qu'ils prenaient de chastes vierges 
méprisant les attraits du monde, et qui, jusque-là, s'étaient à 
peine montrées aux hommes, et, les mettant sur une place 
publique, les faisaient dépouiller de leurs vêtements afin de les 
rendre honteuses en se voyant ainsi exposées aux regards de tous. 
Ensuite, leur faisant couper et ouvrir le ventre (0 Christ ! comment 
imiter la patience avec laquelle tu supportas les longues souffrances 
à cette époque !) ils commençaient à mâcher leur chair avec 
leurs dénis et à l'avaler, car c'était agréable à leur abominable 
convoitise; ils se gorgeaient aussi de leur foie cru et ayant une 
fois goûté une telle nourriture, en faisaient leur aliment habituel ; 
deuxièmement, tandis que leur ventre palpitait encore, ils le 
remplissaient de la nourriture des porcs et, laissant entrer des 
cochons sauvages, ils oflfraient à la foule l'horrible spectacle de 
voir la chair des jeunes filles déchirée et mangée ensemble avec 
Torge... » 

Tout cela montre que ces vierges chrétiennes étaient traitées de 
cette horrible façon en manière d'ignominie — la même raison qui 
les faisait dépouiller de leurs vêtements, car on ne peut infliger 
de plus grande honte à des jeunes filles q.ie d'être vues nues par 
des yeux luxurieux et libertins. 

Une honte semblable fut infligée à ces vierges bénies du Christ: 
saintes Prisca, Agnès, Barbara, Christine, Euphémie d'Aquilée 
et ses trois sœurs, savoir : Dorothée, Thecla et Erasma, et 
beaucoup d'autres encore. A part ce moyen, on en employait 
encore beaucoup d'autres pour humiliei- et insulter les vierges 
chrétiennes. Par exemple, on leur coupait les cheveux, comme il 
est raconté dans les Histoires des saintes Fausta, Charitina, 
Christine et d'autres vierges martyres. Et, pour savoir quelle 



- 161 



toxturCB et tourmente bee (^ati^xB cÇrétiens 



honteuse insulte c'était faire aux femmes que de leur raser la 
tête, lisez les Actes des Saints qui viennent d'être cités, Suétone, 
Vie de Caius Calicjiila, et spécialement ce qui est écrit dans le 
Martyrologe Romain concernant sainte Fausta, qui, comme il y est 
raconté, fut rasée en manière d'insulte. 

De plus, dans le même but de honte et d'ignominie, les jeunes 
filles chrétiennes, pour faire injure à notre sainte foi, étaient 
livrées à des jeunes gens vils et libertins, ou bien emmenées dans 
des maisons publiques pour que leur virginité y fût violée. Pour- 
tant Dieu, par l'ordre duquel toutes choses sont réglées, voulut 
que leur vertu fût sauvée et qu'elles Lui fussent offertes comme un 
pur sacrifice. 

Si on se demande pourquoi ces atrocités furent permises, sur 
des vierges dédiées au Christ, par des hommes cruels, nous 
pouvons répondre, comme ci-dessus, que c'était fait dans le but 
d'insulter à la religion chrétienne. Pourtant on peut alléguer un 
autre motif, savoir : Que, par une vieille coutume établie par les 
romains (ainsi le dit Suétone dans sa Vie de Tibère) que c'était 
aller contre la Loi que de faire mourir de mort violente une 
vierge, à moins qu'elle n'ait été déflorée par ses exécuteurs ou 
quelque autre. Je vais citer les paroles mêmes de l'historien : 
« Etant donné que, d'après les coutumes établies, il était défendu 
que les vierges fussent étranglées, elles étaient d'abord violées 
par le bourreau et ensuite exécutées. » 

D'après cela, vous pouvez facilement connaître, à moins que 
vous ne soyez volontairement aveugle, la bonté et la puissance 
du Christ qui sait comment sauvegarder ses fiancées ainsi 
exposées au péril et conserver leur vertu intacte, les délivrant 
d'hommes insolents et r.ans frein. Ceci est prouvé par Basile le 
Grand, qui dit dans son livre Sur la Vraie Virginité : « Quand 
la rage de persécution fut à son comble, les vierges que l'on 
avait choisies, à cause de leur amour fidèle à leur Fiancé divin, 



— 162 - 



et livrées aux hommes impies, demeuraient sans souillures dans 
leur corps, car celui pour l'amour duquel elles souffraient ces 
choses, rendait vains les assauts des pécheurs sur leur chair et 
préservait leur corps de toute souillure par un miracle de sa 
divine puissance. » Cette chose est de même attestée par les 
Actes des Vierges et Saintes vénérées Agnès, Daria^ Seraphia, 
Théodora, Lucie, Suzanne et bien d'autres. 

Mais assez sur ces tourments et tortures auxquels les Vierges 
Chrétiennes étaient ainsi soumises par les persécuteurs païens. 

De même, les hérétiques, sous les Empereurs Constantin, fils 
de Constantin le Grand, et Valens, et pendant la sauvage persé- 
cution des catholiques par les Vandales, soumettaient les vierges 
saintes fiancées du Christ, à de semblables insultes et ignominies 
de diverses sortes. Saint Athanase (Apologie) nous parle de 
semblables abominations commises sous Constantin, en ces mots: 
« Maintenant, les vierges étaient jetées au milieu des flammes 
d'un bûcher ardent par ce rebut de l'humanité, Sébastien chef 
des troupes, pour les forcer à se déclarer pour la doctrine arienne. 
Alors lorsqu'il voN^ait qu'elles demeuraient fermes dans les tortures, 
il les mettait nues et les frappait si rudement au visage que 
longtemps après, leurs amies pouvaient à peine les reconnaître. » 
Et, dans un autre endroit : a. Les Ariens frappaient et fouettaient 
les corps sacrés des vierges et, mettant brutalement leurs mains 
sous leurs vêtements, les entraînaient et les découvraient ; mais 
lorsqu'elles résistaient et ne voulaient pas venir, ils les souffletaient 
et leur donnaient des coups de pied. Cruel traitement que celui-ci, 
mais suivi d'un autre plus cruel encore, et intolérable en raison 
de sa honteuse indécence. Car, connaissant la timidité des jeunes 
filles et leur horreur des mauvaises paroles, et sachant qu'elles 
eussent plus facilement supporté d'être flagellées et lapidées que 
d'entendre des discours impurs, ils accompagnaient leurs 
violences des plus abominables expressions et excitaient à uu 



- 163 — 



ZotinUB ti CourmenfB beis (Utarf jra cÇrétiens 



langage semblable les jeunes gens toujours prompts à rire d'une 
façon libertine à des propos et à des actes mauvais. Mais les 
vierges saintes et autres femmes à 1 ame pure reculaient devant 
de tels discours comme devant la morsure d'un serpent. En outre, 
les ennemis déclarés du Christ ajoutaient aussi leur aide à la 
perpétration de ces horreurs, et ce n'est pas un mensonge de dire 
qu'ils se joignaient aux autres dans leur langage corrompu, car 
ils prenaient un plaisir évident à l'impureté des discours dans 
lesquels se complaisaient les jeunes gens. » Et encore plus 
loin : « Beaucoup de vierges, qui les réprimandèrent à cause 
de leur impiété et leur dirent leurs vérités, furent emmenées 
hors de leurs maisons ; d'autres, qui allaient à leurs affaires, 
étaient insultées, ou bien on les laissait être dépouillées de leurs 
vêtements par les jeunes gens les plus libertins et les plus débau- 
chés et ils donnaient à leurs femmes la liberté de les traiter de la 
façon la plus indigne. » 

Ces indignités commises envers les vierges saintes sont men- 
tionnées par l'historien Théodoretus, sous le même Empereur, 
par ces mots : « L'Arien Georges forçait les vierges qui avaient 
fait vœu de chasteté, non seulement à renier la confession de 
saint Athanase, mais aussi à maudire la foi de leurs pères. Son 
associé et complice dans ces cruautés était un certain Sébastien, 
Préfet des troupes, lequel, allumant un bûcher au milieu de la 
ville, et mettant à côté les vierges nues, leur ordonnait d'abjurer 
leur religion. Mais, dans cette situation, qui était un spectacle 
triste et amer pour les croyants et même pour les incrédules, 
elles supportaient l'ignominie à leur plus grand honneur. » 

Pierre d'Alexandrie écrit aussi sur les vierges qui étaient 
tournées en dérision et méprisées sous l'Empereur "Valens, cité 
dans ^Histoire de Théodoretus : « Palladius, entrant dans 
l'Eglise catholique, commence de toutes ses forces à chanter, au 
lieu des paroles solennelles du début, des litanies burlesques aux 



- 164 - 



(gterges er^joséec nues eut fe6 p faces 



saintes Images et, au lieu de lire les divines Ecritures, à pousser 
des cris inconvenants. Puis, lui et d'autres ne craignirent pas de 
se complaire en discours oliscènes, insultant les vierges du Christ. 
Encore s'ils s'étaient contentés d'un langage impur, péchant 
seulement de cette façon ; s'ils n'avaient pas encore surpassé 
l'abomination de leurs discours par l'atrocité de leurs actes ! Car 
l'abus, même violent, doit être supporté, spécialement par ceux 
dont l'esprit est rempli de la prudence et du divin enseignement 
du Christ. Mais ces hommes, vrais vases d'iniquité, destinés à la 
destruction, faisant entendre un ])riiit fort et dégoûtant qui 
sortait de leur grand nez comme l'eau sort de l'aqueduc, pour 
ainsi dire, commencèrent à déchirer les robes des vierges du 
Christ, dont la vie sainte en faisait un exemple pour toutes les 
personnes pieuses ; puis ils les promenèrent en troupes du haut 
en bas de la ville, nues comme au jour de leur naissance ; et, 
dans leur libertinage, ils se moquaient d'elles insolemment et 
d'une façon indécente, accomplissant des actes à la fois cruels et 
barbares. 

Mais si, par hasard, quelqu'un ému de piété, essayait de les 
arrêter par la force, ou de les dissuader par le raisonnement, 
d'accomplir de semblables abominations, il ne s'échappait pas 
sans blessure. Hélas ! bien des jeunes filles furent violées par 
force et beaucoup, frappées sur la tête à coups de hache, furent 
laissées couchées à terre, sans voix. On ne permettait pas que 
leurs corps tussent mis dans le tombeau, et vraiment, dans bien 
des cas, leurs parents les cherchèrent avec larmes mais sans 
jamais les trouver. » 

Enfin, au sujet des vierges qui furent ignominieusement trai- 
tées sous les Vandales ariens, Victor, évêque d'Utica, rend ce 
témoignage : « Alors le tyran ordonna que les vierges consacrées 
fussent assemblées, excitant les Vandales, avec des sages-femmes 
de leur propre race, à inspecter et examiner, contrairement aux 



— 165 — 



ZotiuxtB ti tourmente bes (Utarf^rs cÇréttenB 

lois de la décence, les modestes secrets de leurs parties privées, 
tandis que ni leurs mères, ni aucune des matrones n'étaient 
présentes. Ensuite, on pendait ces jeunes filles et on les brûlait 
cruellement et, leur attachant de lourds poids aux pieds, on leur 
appliquait au dos, au ventre, à la poitrine et aux flancs des 
plaques de fer rougies au feu. Puis, on leur demandait, dans les 
intervalles de la torture : « Dites-nous, maintenant, comment les 
évêques mentent avec vous ainsi que vos prêtres? » 

Et nous savons que beaucoup furent tuées par la barbarie de 
ce traitement, tandis que d'autres, restées vivantes, étaient recro- 
quevillées et courbées en deux par le dessèchement et la contrac- 
tion de leur peau. 

Tout cela nous informe clairement et abondamment que les 
hérétiques des anciens jours (dont le vil exemple fut suivi par 
des hérétiques plus récents, comme nous l'apprenons par beau- 
coup d'hommes dont l'autorité est incontestée) se montraient, en 
donnant ainsi cours à leur haine pour la religion catholique sur 
les vierges et, accumulant les insultes sur elles, sûrement plus 
inhumains, plus libertins, plus impitoyables, plus cruels que les 
païens. 

Mais, laissant pour le moment les hérétiques, nous devons 
procéder à l'exposé de la huitième sorte de torture, parmi celles 
nommées au commencement de ce chapitre. 

Ce supplice : Tuer les chrétiens à coups de flèche, — est attesté 
par les Histoires de plusieurs martyrs, particulièrement de deux 
cent soixante, dont les noms nous sont inconnus, mais qui sont 
cités par le Martyrologe Romain, le 1" mars, comme étant morts 
de cette façon ; de même pour sainte Marthe et ses filles, 
sainte Irène et sainte Christine, vierges et martyres; saints Sébas- 
tien, Christophe et Faustin, dont la dernière mention est faite 
dans la Ménologie grecque, le 16 juillet, dans les termes suivants : 
« Même jour, anniversaire du martyr saint Faustin qui, sous 



166 - 



qS^t^S}i^iQi^^S(*>S^^i:f^SS^S^^i!SniG1^ 




tGSif^^ ca!DC2«?tG58iDe«fîGa5e»ss3af)e^ 



* • wrtr^ 



FiG. XXXI 



A. — Martyrs torturés à l'aide d'un poinçon. 

B. — Frappé d'un coup de poignard. 



C. — Percé de clous. 




l'empereur Décius, à cause de sa profession de la foi chrétienne, 
fut arrêté et, comme il se déclarait librement lui-même serviteur 
du Christ, fut fixé à la croix et percé de flèches. Après être resté 
cinq jours entiers sur la croix sans faiblir, il remit son âme entre 
les mains de Dieu. » Victor, Persécutions vandales, parle aussi de 
beaucoup de catholiques ayant été percés de flèches jusqu'à la 
mort. Il écrit : « A l'occasion de la célébration des rites de 
Pâques, notre peuple s'étant assemblé en un lieu appelé le Palais, 
pour honorer le jour de Pâques, et ayant fermé sur lui les portes 
de l'église, les Ariens le découvrirent. Immédiatement, l'un des 
prêtres, nommé Andiot, rassemblant une bande d'hommes armés, 
s'élança pour attaquer la foule des innocents adorateurs. Ils se 
précipitent sabres au clair, saisissent d'autres armes, et quelques- 
uns d'entre eux, grimpant sur les toits, font pleuvoir une grêle 
de flèches à travers les fenêtres de l'église. Juste à ce moment, il 
arrive que le peuple de Dieu était en train de chanter et un 
lecteur se tenait dans la chaire, entonnant les versets de V Alléluia. 
A cet instant, une flèche l'atteignit à la gorge, le livre s'échappa 
de ses mains et lui aussi tomba mort. Beaucoup d'autres égale- 
ment sont connus pour avoir été tués par des flèches et des dards 
au centre même de la plate-forme de l'autel. » 

Le neuvième mode de torture, celui par lequel on coupait la 
gorge aux martyrs, est attesté dans YHistoire de saint Philippe et 
de sa fille, sainte Eugénie, vierge et martyre romaine ; de même 
que dans le récit de la mort des saints Juste et Pastor, frères, 
donné dans le Martyrologe Romain, le 13 août : « En Espagne, 
anniversaire des martyrs saints Juste et Pastor, frères. Etant déjà 
très avancés dans les lettres, ils jetèrent à terre leurs tablettes à 
écrire «ians l'école et, de leur libre impulsion, s'élancèrent au 
devant du martyre. Bientôt Dacian, gouverneur de la province, 
ordonna qu'ils fussent arrêtés et frappés à coups de hache et, 
après qu'ils se furent mutuellement encouragés à la constance. 



- 167 — 



ZoriutCB ti ^ourtnentB ttz ©tart^rs cÇrétiertB 

ils furent emmenés loin de la ville et eurent la gorge coupée par 
l'exécuteur public. » 

De la dixième sorte, par laquelle les martyrs étaient condam- 
nés à être décapités, le témoignage en est rendu par un nombre 
incalculable d'Histoires des saints martyrs, notamment de saints 
Térence, Pompey et leurs compagnons, saints Palmatius, Consul, 
et saints Simplice, Sénateur, et leurs compagnons, les saintes 
Anastasie et Basilina, vierges et martyres, saints Jean et Paul, 
frères, et beaucoup d'autres. 

La même chose est également attestée encore et encore dans 
les Actes des vierges saintes qui furent martyrisées à Rome, telles 
que les saintes Martine, Tatiana, Prisca, Théodora Cantianilla et 
ses frères, Lucie, Flora, Suzanne, et une légion d'autres. 

Il est plus que prol)al)le que la plupart des martyrs chrétiens 
furent décapités par le sabre plutôt que par la hache. 

Ceci peut être recueilli non seulement dans les diverses His- 
toires des saints, aussi bien que dans les récits tirés de celles-ci 
sans aucun changement de langage, et dans lesquels nous lisons 
presque toujours comment les guerriers du Christ étaient châtiés 
tués, battus, et ainsi de suite, par le sabre, et aussi quil était 
considéré comme plus ignominieux d'être tué par le sabre que 
par la hache. Ainsi Spartian, dans sa Vie de Geta, déclare que 
Caracalla était en colère parce que Papinian, le fameux juriste, 
qu'il avait ordonné de mettre à mort, fut décapité avec une hache 
et non avec un sabre. Nous disons que les martyrs « étaient 
généralement décapités avec le sabre », car on ne peut nier qu'ils 
étaient aussi quelquefois mis à mort avec la hache, de cette 
manière. 

Nous trouvons de temps en temps, dans divers écrivains de 
l'Histoire ecclésiastique, qu'ils étaient exécutés à coups de hache 
et gagnaient, de cette manière, la céleste couronne du mar- 
tyre. 



— 168 — 



Z<x ^u<xi(>xt(Xtion 



MANIÈRE DONT ON DECAPITAIT LES MARTYRS CHRÉTIENS 

Le plus généralement les saints Martyrs étaient décapités à 
genoux, le corps penché en avant. Ainsi le représentent les 
Histoires des saints et en particulier celle de saint Paul, apôtre, 
cité sous le nom deLinus, de saint Menna, de saint Dionysius (saint 
Denis) et ses compagnons, de saint Flavien et de plusieurs autres. 

Dans VHistoirt de saint Paul, l'apôtre, nous lisons : « Se ban- 
dant les yeux avec le mouchoir de Plautilla, Paul mit ses deux 
genoux en terre et tendit le cou. Et le soldat, élevant ses bras en 
l'air, le frappa de toutes ses forces et lui coupa la tête. » 

Dans les Actes de saint Menna, on trouve ce qui suit : 
« Ayant ainsi parlé, il s'agenouilla et tendit le cou et à l'instant 
même fut décapité avec un sabre. » Et dans ceux de saint Denis, 
Rustique et Eleuthère : « Car, après que les Martyrs eussent 
premièrement été dépouillés de leurs vêtements et frappés avec 
des bâtons à la vue de tous, ils étaient ensuite revêtus de leurs 
habits et conduits au lieu où ils devaient être décapités, et là on 
leur ordonnait de tomber sur leurs genoux... » Et plus loin : — 
« Agenouillés et le cou tendu, ils étaient, au même instant, sur 
l'ordre du prince, décapités à coups de hache. » Et un peu plus 
loin encore : « Une ineffable lumière brillait tout autour 
d'eux et le corps sans vie de saint Denis se leva tout droit et 
dans ses mains prit sa tête sainte. » Enfin, dans le récit de 
la passion de saint Flavien, on raconte : « Lorsque le 
discours fut terminé, la victime se rendit à l'endroit indiqué 
et, se bandant les yeux avec la partie du chapelet que Mutanus 
lui avait donné à garder deux jours auparavant, il s'agenouilla, 
comme pour se mettre en prières, et termina en un seul et même 
moment son martyre avec ses oraisons . » 



- 169 - 



ZottmCB tt tourments bee (^tart^re cÇrétiens 



Nous disons, ainsi que cela a été expliqué plus haut, que le 
plus généralement les saints Martyrs étaient décapités avec le 
sabre et naturellement cela pouvait se faire et se faisait de 
diverses manières. Ainsi dans Valerius Maximus (pour ne pas 
citer d'autres auteurs) nous trouvons ouvertement déclaré que les 
personnes qui devaient être décapitées étaient généralement 
attachées à des poteaux. Cet écrivain dit : « Il ordonna qu'ils 
fussent frappés avec des bâtons, ensuite attachés à des poteaux 
et décapités avec la hache. Nous lisons aussi sur saint Stéphane 
(Etienne) le pape, qu'il fut décapité, assis sur sa chaise, et, 
d'un autre martj^r chrétien, saint Alexandre, qu'il eut le même 
sort étant debout. On raconte sur ce dernier : « Lorsqu'il se fut 
ainsi adressé à la foule assemblée, Alexandre se tourna vers 
l'exécuteur et dit : » Attends un peu, frère, que je puisse faire une 

autre prière à Dieu. «Alors, tombant à genoux, il pria ainsi 

Entendant cette voix, le saint Martyr se leva de terre et, s'adres- 
sant aux soldats, cria : « Vite, mes frères, faites votre devoir... » Et 
quand il eut dit cela, Célestin tira son sabre et, prenant une 
serviette de toile, il en banda les yeux de saint Alexandre. . . » 

D'après ces passages, nous voyons que ceux qui devaient être 
décapités par le sabre étaient habituellement d'abord frappés à 
coups de bâton et ensuite avaient les yeux bandés avec des ser- 
viettes ou des mouchoirs de toile. 

Le lecteur doit en référer à ce que nous avons déjà cité, tiré de 
YHistoire du martyre de saint Paul, saint Florian et saint 
Alexandre, saint Denis et ses compagnons comme aussi à ce que 
nous avons déclaré sur l'autorité de Valerius Maximus et d'autres 
anciens écrivains pour savoir comment les Martyrs étaient 
dépouillés de leurs vêtements et frappés avec des bâtons avant 
d'être décapités. 

En outre, je voudrais que le lecteur sût que divers catholiques 
ont été condamnés à être décapités par les hérétiques de nos 



- 170- 




FiG. xxxn 

A. — Martyr frappé à coups de massue I B. — Scié en deux avec une scie de fer. 



ou de bâton. 



C- — Mains et pieds coupés. 



jours (1591) parmi lesquels (voyez le Schisme Anglican de Sanders) 
se trouvaient en particulier deux des plus brillantes lumières de 
l'Angleterre, savoir : John Fisher, évêque de Rochester et 
membre du très sacré collège des Cardinaux, et Sir Thomas 
More, Chevalier, et, quelque temps auparavant, Chancelier de 
tout le royaume . 

Maintenant, pour ce qui est des onzième et douzième modes 
de torture nommés ci-dessus, et par lesquels les saints Martyrs 
étaient défigurés par des marques brûlantes ou avaient la tète 
abattue à coups de hache ou de massue, le témoignage en est 
rendu dans les Histoires des saintes Bibiana et Aurea, vierges et 
martyres romaines, des saints Laurent, Eutropius, Getulius et 
d'autres. 

Cette forme de châtiment, qui était particulièrement infamante 
en ce qu'elle défigurait complètement le visage des citoyens 
libres, est également mentionnée par Suétone dans sa Vie de 
Caius : « Il fit défigurer par des marques de brûlures beaucoup 
d'hommes d'un rang honorable qu'il condamna ensuite aux tra- 
vaux des mines ou des routes, ou bien à être livrés aux bétes 
sauvages. » De même Sénèque : «Il y a diverses sortes d'entraves 
et plusieurs espèces de châtiments, écartèlement des membres, 
brûlures au front, etc.. » 

Ce genre de défiguration du visage, qui marquait le front des 
coupables de caractères profondément creusés qui ne pouvaient 
jamais s'effacer, fut aboli par l'Empereur Constantin, puis 
rétablie par l'hérétique et iconoclaste Empereur Théophile. Car 
il n'y a pas de doute que ce prince ne fit défigurer — nous, 
disons plutôt orner — par ces brûlures, les visages des deux 
saints frères Théophane et Théodore. Et ici citons, pour la plus 
grande gloire de Dieu, et le pieux profit des fidèles, ce que 
Métaphrastes a conservé, concernant les martyrs déjà nommés 
saint Théophane et Théodore, de leurs lettres adressées à 



- 171 - 



Corturee et tourments bee (Utart^re cÇrétienc 

l'évêque de Cyzicus et au reste de la multitude des croyants 
orthodoxes. « De sorte que, tandis que nous nous tenions devant 
la face de l'Empereur, silencieux et les yeux baissés, le prince, 
se tournant vers le préfet qui se tenait auprès de lui, la voix 
insolente et l'aspect féroce, parla ainsi d'un air dur et courroucé: 
« Emmenez ces individus et inscrivez et gravez sur leurs visages 
les vers composés dans ce but, puis, livrez-les à deux Sarrasins, 
afin qu'ils les emmènent avec eux dans leur pays. » Et plus loin : 
« Car il était plus facile de renverser sens dessus dessous le ciel 
et la terre que de nous faire renoncer à notre religion. Alors il 
commanda que nos visages fussent gravés, et, souffrant encore 
excessivement des coups de fouet que nous avions reçus, nous 
fûmes étendus sur des bancs et les coups de sabre s'imprimèrent 
sur nos visages, et ils continuèrent à nous marquer jusqu'à ce que 
l'obscurité se fit lorsque le soleil se coucha... En vérité le Christ 
nous reconnaîtra à ses signes, et ces lettres seront regardées et 
lues par les légions célestes. Car le Seigneur lui-même a dit : 
« Ce que vous aurez fait au moindre de ceux-ci, vous me l'aurez 
fait à moi. » 



— 172 



CHAPITRE X 



Autres modes et instruments de torture pour le supplice 
des iVIartyrs ciirétiens, tels que : Amputer les seins des 
femmes, couper la langue, détacher les pieds et les 
mains, arracher les dents, écorcher vifs les chrétiens, 
les transpercer et les exposer aux bêtes sauvages. 



M' 



Aïs il est temps maintenant d'en venir à d'autres sortes de 
torture, en commençant par celle qui consistait à couper 
l'un ou les deux seins aux femmes, en vue d'augmenter 
leur souffrance au plus haut point. Cette cruauté est attestée 
encore et encore dans les Actes de diverses Martyres femmes, par 
exemple de sainte Euphémie, des saintes Dorothée, Thécla, 
Erasma, trois sœurs, de douze saintes matrones dont les noms 
sont oubliés; de sainte Agathe et d'antres et, enfin, de sainte 
Helconis, dont les souffrances sont racontées dans la Ménologie 
grecque, le 28 mai, en ces mots: « Elle vivait sous l'empereur Gor- 
dien et venait de la ville de Thenalia. Arrêtée et amenée devant 
Perennius, gouverneur de Corinthe, elle ne voulut pas supporter 
de sacrifier aux idoles; mais préchant le Christ et nul autre, elle 
fut d'abord liée par le pied au joug d'un bœuf et mise dans du 
plomb fondu et de l'huile bouillante; elle s'échappa sans aucun 
mal; elle fut ensuite rasée et son corps entier plongé dans le 
feu. Etant remise en liberté, elle alla au temple des idoles et, par 
ses prières, jeta à terre les images de Pallas, de Jupiter et d'Escu- 



- 173 — 



torturée et tourmente bee (Utartjre cÇrétiene 

lape. Plus encore, lorsque Justinien succéda à Perennius comme 
proconsul, on lui coupa les seins et, amenée devant le nouveau 
gouverneur, elle fut précipitée dans une fournaise ardente; mais 
les flammes ne la touchèrent même pas, quoiqu'elles brûlèrent 
et consumèrent beaucoup des soldats présents. Ensuite elle fut 
étendue sur un lit de cuivre chauffe à blanc; mais, tout à coup, 
une légion d'anges se tint autour d'elle et préserva la sainte 
martyre de tout mal. Ensuite elle fut exposée aux bétes sauvages 
qui ne lui firent aucune sorte de blessures, mais tuèrent plusieurs 
des gardiens. Enfin, le gouverneur prononça la sentence qu'elle 
reçut avec la plus grande reconnaissance ; ainsi elle fut décapitée 
et partit pour le ciel. » 

Mais, procédons à d'autres modes de torture, savoir : arracher 
les dents des martyrs, ou leur couper la langue, les pieds et les 
mains, ou leur amputer les deux seins ou, enfin, leur briser 
les jambes. 



MARTYRS AUXQUELS ON ARRACHAIT LES DENTS 

Cette torture est attestée par les Actes des Vierges vénérées, 
Apollonia, Febronia et Anastasie. 

MARTYRS AUXQUELS ON COUPAIT LA LANGUE 

Les martyrs qui furent soumis à ce genre de supplice sont 
nommés dans les Actes de plusieurs martyrs des deux sexes, tels 
que les saints Terentianus, Florentin et Hilaire, les saintes Basi- 
lissa, Anastasie et Agathoclia. La dernière nommée est ainsi 
commémorée dans la Ménologie, le 1" octobre : « Anniversaire 
delà sainte Martyre Agathoclia, femme esclave. Elle était servante 



- 174 



f:G^af>2^:«K2»a(78^3G2i«»iS^GaQG^^ (T^SCL^^J 




FiG. XXXIII 



A. — Martyr auquel on a coupé la langue. 

B. — Auquel on arrache les dents. 



C. — A laquelle on ampute les seins. 



(BlûtnB et pit'bB coupes; jamBcs BvibUb 

d'un certain Nicolas, chrétien, et de sa femme Pauline qui, 
voyant qu'elle était chrétienne et craignant Dieu, la tourmentait 
continuellement; pendant huit ans, Agathoclia fut frappée par sa 
maîtresse, sur la tête, avec des pierres aiguës ; celle-ci avait aussi 
pris l'habitude de la forcer à marcher pieds nus pour rapporter 
du bois par le froid et la gelée d'hiver et, pendant huit ans, elle 
essa3'a de la persuader d'adorerlesidoles. MaisAgathoclia refusait 
obstinément de le faire; de sorte qu'elle fut fouettée, qu'elle eut 
la langue coupée et qu'elle fut enfin jetée en prison où elle mou- 
rut, car on lui versa du feu dans la gorge et de cette façon, elle 
échangea cette vie pour une meilleure. » Les deux autres, savoir : 
les saintes Basilissa et Anastasie, sont commémorées le 15 avril : 
« Anniversaire des saintes Basilissa et Anastasie. Nées à Rome, la 
capitale, c'étaient des dames distinguées par la naissance et la 
richesse; elles étaient disciples des saints Apôtres et, lorsque ces 
derniers furent couronnés par le martyre, elles firent recueillir 
les saintes Reliques et les transportèrent pendant la nuit. A cause 
de cela, elles furent dénoncées à l'empereur Néron et furent, en 
conséquence, jetées en prison. Mais bientôt, comme elles demeu- 
raient fermes dans leur foi au Christ, elles en furent tirées et 
suspendues ; puis, après que leurs seins, leurs mains, leurs pieds, 
leur langue eussent été coupés, elles furent enfin décapitées. » 



MARTYRS AUXQUELS ON DETACHAIT LES MAINS ET LES PIEDS 
ET AUXQUELS ON BRISAIT LES JAMBES 

Ces trois modes de torture employés contre les chrétiens sont 
certifiés dans les Actes de saint Quirinus et de trente-sept autres 
martyrs, dans ceux des saints Sévère et Memnon, de sainte Cha- 
rité, vierge et martyre, de saint Galatio et sa femme, de saint 
Adrien et ses compagnons, pour ne rien dire de quarante soldats 



- 175 - 



ZottnxtB tt tourments bes (ytdrfjre cÇrétiens 

romains dont le martyre est raconté dans le Martyrologe, le 
9 mars. 



DIVERSES FAÇONS DONT ON ARRACHAIT LES DENTS DES SAINTS MARTYRS 
ET DONT ON LEUR COUPAIT LA LANGUE ET LES SEINS 

Les mains et les pieds des martyrs chrétiens étaient amputés 
(ainsi qu'il en est témoigné dans les Actes de sainte Febronia, de 
saint Oceanus et de ses compagnons) de cette façon : Première- 
ment, le membre qui devait être enlevé était placé sur un bloc de 
bois ou billot; alors l'exécuteur levait le bras tenant la hache et, 
l'abaissant brusquement, frappait et séparait du corps la partie en 
question. 

Le brisement des jambes était effectué de cette manière : On 
préparait une enclume et une barre de fer ; puis on obligeait les 
misérables criminels ou les chrétiens, qui étaient condamnés à 
mort, à cause de leur fidélité au Christ, à mettre leursjambes sur 
l'enclume et l'inhumain exécuteur les brisait à grands coups de 
son levier de fer. Tout ceci est raconté dans l'Histoire du martyre 
de saint Adrien, mentionné ci-dessus. 

Ce supplice, comme aussi celui de briser les reins, est cité, 
parmi d'anciens écrivains, par Plante, dans son Poenulus, où il 
dit : 

Ex syncraslo scrurifragium fecit. 

« Le misérable était déjà un vrai salmigondis de chair broyée 
et, maintenant, ses jambes furent brisées par-dessus le marché. » 

Par Apulée, Ane d'Or : « Alors la noble femme priant, afin de 
conjurer ce terrible sort, et pensant avec horreur que ses jambes 
vont être brisées, cache son galant qui est tout tremblant et mor- 
tellement pâle de terreur. » 



- 176 - 



x^;^SiSi^ssr;iQJifSGrs5GȣQX^ 




^î^5^"^G»Se5Kt>QiSrSG«SSSi^^ 



FiG. XXXIV 



A. — Mart^T auquel on arrache la peau du visage. 

B. — Dont les pieds sont amputés. 



C. — Dont les jambes sont brisées. 

D. — Dont le front est brùlo. 



QSrieement bec jamBes 



FAUSSE OPINION MAINTENUE PAR QUELQUES PERSONNES AU SUJET 
DE CE SUPPLICE DISCUTÉ DU BRISEMENT DES JAMBES 

Quelques personnes maintiennent cette opinion que ce sup- 
plice était identique à celui de briser les jambes d'un criminel 
après qu'il eût été attaché à la croix. Mais, pour parler franche- 
ment, ceux qui pensent ainsi sont complètement dans l'erreur; 
car la coutume de briser les jambes aux personnes crucifiées, 
dans le but de les faire mourir plus tôt, était pratiquée seulement 
parmi les Juifs et n'était pas suivie par les Gentils. Ces derniers 
avaient l'habitude de laisser les corps des criminels pendus à la 
croix jusqu'à ce qu'ils fussent pourris. Ceci est déclaré par Plaute 
qui, dans son Miles Gloiiosus^ fait dire à un esclave : 

Noii minitari, scio crucem futuram mihi sepulcrum. 

« Ne continuez pas vos menaces, je sais trop bien que la croix 
sera enfin mon tombeau. » 
Et par Horace, Epitres : 

Non hominem occidi, non pasces in ci :ice corvos. 

« Je n'ai pas tué un homme, vous ne nourrirez pas les corbeaux 
avec ma chair sur la croix. » 

D'après cela, il est parfaitement clair que les Gentils n'avaient 
pas l'habitude, comme les Juifs, de descendre du gibet les corps 
de ceux qu'ils avaient crucifiés ; mais plutôt de les laisser pourrir 
sur la croix. 

Mais nous devons continuer à discourir sur les autres formes 
de torture et en premier lieu sur celle qui consistait à introduire 
des roseaux effilés sous les ongles des doigts, entre ceux-ci et la 



— 177 — 



ZotiuxtB tt ZontmtntB bee (ttlarf^rc cÇréfiene 

chair, et celle par laquelle les martyrs étaient écorchés vifs ou 
empalés sur des pieux pointus. 

Ces tortures sont décrites dans divers récits de mort des saints, 
notamment de celle de saint Bartholomée, l'apôtre, comme aussi 
de sainte Gliceria, vierge et martyre romaine, de saint Gré- 
goire l'arménien, de Galatio, Boniface, Benjamin le diacre, et 
beaucoup d'autres. 



MARTYRS TRANSPERCES PAR DES BROCHES 

En outre, les saints martyrs chrétiens n'étaient pas seulement 
empalés sur des pieux pointus, comme nous venons de le décrire, 
mais étaient quelquefois aussi transpercés avec des broches en 
fer. Ceci est nettement déclaré (pour ne pas parler de YHistoire 
du martyre de saint Quirinus) par Sozomen, dans son Histoire 
Ecclésiastique : « En ce temps-là, à Gaza, sous l'empereur Julien 
l'Apostat, la populace persécutait avec violence Eusèbe, Nestabus 
et Zeno, qui étaient chrétiens. Ils furent arrêtés tandis qu'ils se 
cachaient dans leurs maisons, jetés en prison et frappés de verges. 
Bientôt tout le peuple commença à se rassembler dans le théâtre 
et à pousser des cris de colère contre eux, déclarant qu'ils avaient 
profané les saintes images et conspiré, les jours précédents, pour 
insulter et détruire la religion païenne. 

« De sorte que, à force de crier et de s'exciter mutuelle- 
ment, ils en vinrent à une rage folle et à un désir féroce 
d'avoir leur sang. Se poussant l'un l'autre comme c'est l'habitude 
parmi la foule, lorsqu'elle est mise en émoi, ils se précipitèrent 
dans la prison et entraînèrent les chrétiens la tête en bas ou en haut, 
comme cela se trouvait. Bientôt, les jetant à terre et les labourant 
à coups de bâton, de pierres ou de n'importe quelle arme qui leur 
tombait sous la main, ils les mirent cruellement à mort. J'ai 



- 178 - 



rg^^xnst&iJiriisxs^^ 




FiG. XXXVl 



A — Martyr transpercé d'un pieu pointu . 



B. — MartjT dont le ventre est ouvert et le foie 
arraché, les païens mangeant parfois ce 
dernier. 



appris aussi que les femmes, sortant des ateliers de tissage, les 
percèrent de leurs fuseaux pointus et que les cuisinières, sur la 
place du marché, retirèrent du feu des chaudrons d'eau houillante 
et en versèrent le contenu sur eux, tandis que d'autres les per- 
çaient de leurs broches. Puis lorsqu'ils eurent torturé leur corps 
et leur eurent broyé la tête au point que leur cervelle se répan- 
dait à terre, ils les conduisirent à un endroit en dehors de la ville 
où l'on avait coutume de jeter la charogne morte. » Mais assez, 
et plus qu'assez sur l'empalement des martyrs sur des pieux 
pointus, leur transpercement par des Jîroches et autres horreurs 
semblables. 

Nous devons maintenant parler, pour finir la liste des tortures 
énumérées au commencement du chapitre IX, des moyens que 
l'on employait pour écorcher vifs les martyrs, et aussi des catho- 
liques qui ont souffert de nos jours et sous les ongles desquels les 
persécuteurs enfonçaient des aiguilles. 

Des martyrs, en pleine possession de leurs sens et de leurs 
facultés, avaient quelquefois tout le corps écorché vif, d'autres fois 
une partie seulement, dos, visage, téte^ auxquels on appliquait 
souvent des charbons brûlants. 

Maintenant concernant la torture des croyants orthodoxes au 
moyen d'aiguilles introduites sous les ongles des doigts, l'auteur 
de la Controverse Anglicane écrit ainsi, parlant d'Alexandre 
Briant : « Quand Briant eut passé deux jours dans la tour, il fui 
sommé de paraître devant eux par le gouverneur de la forteresse 
et les docteurs Hammond et Norton, qui l'examinèrent de leur 
façon accoutumée, lui proposant de prêter serment, afin de 
l'obliger h répondre à toutes les charges produites contre lui. Et 
comme il ne voulut pas dire qui lui était venu en aide, ni où il 
avait dit la messe, ni quelles confessions il avait entendues, on 
ordonna que des aiguilles fussent enfoncées sous les ongles de 
ses doigts. Mais il était si loin de perdre son énergie, sous ce 



- 179 - 



CorturCB et Zourmcnis bes (ttlart^re cÇréttens 



supplice, qu'il répétait d'un air joyeux le psaume Miserere Mei 
Deus (Seigneur, ayez pitié de moi), priant Dieu sincèrement de 
pardonner à ses bourreaux. » 

Mais, procédons maintenant à d'autres modes de torture au 
moyen desquels, ainsi que nous l'avons déjà dit, les martyrs 
étaient jetés la tête en bas de lieux élevés. Les Actes de plusieurs 
martyrs attestent qu'ils étaient traités de la sorte, par exemple 
les Actes de saint Clément d'Ancyra, et de sainte Félicité et ses 
fils. Tacite, l'bistorien, écrit comment un certain Lucius Pithua- 
nius, magicien, fut précipité de la Roche Tarpéienne, tandis 
qu'Apullius, dans le discours par lequel il se défend de l'accu- 
sation de sorcellerie, dit : « Une étonnante fabrication, un rusé 
mensonge méritant la prison et le donjon. » 

Maintenant le donjon et la Roche Tarpéienne étaient tous deux 
les noms des endroits d'où l'on précipitait en bas les criminels. 
Voyant donc qu'il est clair que les magiciens ou sorciers étaient 
jetés en bas du donjon, nous ne pouvons douter que les chré- 
tiens, qui étaient supposés par les païens être des sorciers, 
n'aient été soumis à la même forme de châtiment et, de cette 
façon, conquéraient pour eux-mêmes la couronne bénie du 
martyre. 

Mais assez sur ceci, et poursuivons par d'autres supplices. 



MART^TIS QUI ÉTAIENT DECHIRES DE DIVERSES MANIÈRES OU EXPOSES 
AUX BÊTES SAUVAGES DE DIFFÉRENTES ESPÈCES 

Les Histoires de plusieurs saints rendent témoignage que cer- 
tains saints martyrs du Christ furent torturés de cette façon, 
comme par exemple saint Philémon, saint Apollonius, saint 
Thyrsus et ses compagnons, saint Marc l'Evangéliste (Martyro- 
loge Romain le 25 avril), et saint Onesiphorus, disciple des saints 



— 180 — 



b 




FiG. XXXV 

Martyrs écorchés vifs. 



(BtartjtB filtrée <iu;r BHtB Bdupa^es 



apôtres, sainte Martiana, vierge et martyre et une légion de saints 
et de martyrs qui conquirent leur couronne sous l'empereur 
Néron. 



FAÇONS DONT LES MARTYRS ETAIENT TRAINES ÇA ET LA ET DÉCHIRÉS 

Quelquefois les martyrs étaient traînés (comme il a été recueilli 
dans divers Actes déjà cités) sur des chemins rudes et pierreux 
ou sur la terre parsemée de ronces et de chardons, attachés au 
cou ou à la queue de chevaux indomptés par des cordes enroulées 
et attachées à leurs chevilles. 

Au sujet des catholiques qui, de nos jours, furent, sans pitié, 
traînés à travers les villes par les Hérétiques, on peut trouver 
beaucoup de détails dans le Théâtre des Cruautés Hérétiques, 
dans le Schisme de Sanders et dans l'ouvrage déjà cité : Sur la 
Persécution Anglicane. Principalement dans le premier nommé : 
Théâtre des Cruautés, vous lirez comment une vénérable veuve, 
âgée de soixante ans, dans la cité d'Embrun, fut liée par les che- 
veux de sa tête à un bloc de bois et ainsi cruellement traînée à 
travers les rues de cette ville au mépris de la religion catholique. 

MARTYRS LIVRÉS AUX BÊTES SAUVAGES 

De plus, il était en usage, parmi les Anciens, dans les premiers 
âges, de condamner les criminels ou les chrétiens, si cela se trou- 
vait, à être livrés aux bêtes sauvages. Ce châtiment est mentionné 
par Asinius, Pollio, Aulu Gelle, Apulée, Alhenaeus et Josè- 
phe, aussi bien que par divers Actes des saints martyrs, et ainsi 
que par Suétone, V/e(/f'/)o/77///en, lesquels nous informent comment 
les martyrs étaient quelquefois exposés, non seulement à des lions. 



181 - 



ZoriuxtB ti tourments bee (Utart^rs chrétiens 

mais aussi à des chiens, quoique les lions fussent plus communé- 
ment employés. Nous apprenons ceci, non seulement dans l'his- 
toire racontée par ^Elian et r///.s7ozrc du martyr saint Ignace donnée 
par Eusèbe dans son Histoire Ecclésiastique et dans saint Jérôme, 
mais aussi par le cri ordinaire que la populace avait l'habitude 
de pousser contre les chrétiens. Car Tertullien affirme maintes 
fois que la foule romaine criait sans cesse : « Les chrétiens aux 
lions ! Les chrétiens aux lions ! » « Si le Tibre, écrit-il, submerge 
les murs, si le Nil n'inonde pas les champs, si le ciel reste immo- 
bile ou si la terre tremble, si la famine ou la peste surviennent, 
immédiatement le cri s'élève : « Leschrétiens aux lions! » Et, à un 
autre endroit : « De crainte qu'il n'y en eût pas un qui restât pour 
crier : « Les chrétiens aux lions. » Le fait que les chrétiens étaient 
souvent livrés à ce genre d'animaux, ainsi qu'à d'autres, pour 
être dévorés et mis en pièces, est démontré par leurs propres 
Histoires ainsi que par Tertullien déjà cité, et ce n'est pas sur- 
prenant, car nous trouvons, en consultant les livres de loi 
romains, que c'était un châtiment considéré comme bon pour les 
esclaves. On l'infligeait habituellement seulement aux esclaves et 
aux personnes de basse condition; or, considérant que les fidèles 
serviteurs du Christ étaient tenus dans la même estime que les 
esclaves par les païens, on ne doit pas être surpris de les voir 
très fréquemment exposés aux bêtes. 

Ce n'était pas toujours de la même façon que les saints martyrs 
étaient ainsi exposés. Quelquefois ils étaient dépouillés et mis à 
nu et exposés au milieu d'un théâtre ou d'un autre heu de plai- 
sir, où on les emprisonnait. D'autres fois ils étaient liés ou mis 
dans des filets, ou revêtus de peaux de bêtes et ainsi livrés aux 
lions. D'autres fois encore, les pieds fixés au moyen de plomb 
fondu dans des pierres où l'on avait creusé un trou ; ils étaient 
renfermés dans des espaces restreints et livrés aux chiens pour 
être déchirés. Les Actes du martyr saint Bénin en rendent témoi- 



- 182 - 



(tttarf jrs fiprée cunx BéiCB Bavuod^CB 



gnage en ces termes : « Irrité de ces paroles, le très cruel empe- 
reur ordonna qu'il fût enfermé dans une prison et qu'une grosse 
pierre, dans laquelle on aurait creusé un trou, fût apportée, et 
que ses pieds y fussent fixés au moyen de plomb fondu et que 
des poinçons effilés et rougis au feu fussent introduits dans ses 
doigts sous ses ongles et que, pendant six jours, on ne lui donnât 
ni à boire ni à manger; en outre, que douze chiens sauvages, 
rendus fous par la faim et la soif, fussent enfermés avec lui, afin 
qu'ils pussent le mettre en pièces, et que la prison fût gardée 
par les soldats. En conséquence ils fixèrent à ses mains des poin- 
çons très effilés et confinèrent ses pieds dans une pierre au moyen 
de plomb fondu et enfermèrent des chiens très sauvages avec lui 
dans la prison. » Et un peu plus loin : « étonnante bonté de 
Dieu ! amour paternel de Jésus-Christ pour les siens! Voilà : 
Un ange lui vint en aide et les chiens devinrent doux, de sorte 
qu'ils ne touchèrent pas même à un cheveu de sa tête ni à un fil 
de ses vêtements. » 

Maintenant, écoutons Eusèbe parler des chrétiens exposés 
aux bétes sauvages : « Donc, le jour du combat avec les bétes 
ayant été expressément fixé pour le supplice de ceux de notre 
foi, Maturus, Sanctus, Blandine et Attalus furent livrés aux bétes 
sauvages afin qu'ils pussent offrir aux païens un spectacle public 
plein d'inhumanité et de cruauté. Alors Maturus et Sanctus furent 
de nouveau soumis à toutes sortes de tortures dans l'amphi- 
théâtre...., et alors ces saints hommes soutinrent les assauts des 
bétes, ainsi que toute espèce de tourments. Mais Blandine, liée 
debout à une poutre de bois, est offerte comme proie aux bétes 
qui entrent en se précipitant. 

Etant ainsi exposée aux regards, comme suspendue à une croix 
et priant avec ferveur, elle inspira un grand zèle et une grande 
ardeur aux âmes de ses compagnons de souffrance, car, dans 
leur sœur martyre ainsi suspendue à la croix devant eux, ils 



- 183 



€ottuxtB et tourmente bee (^axi^xs c^xHknB 

semblaient en quelque sorte voir, avec les yeux du corps, le 
Christ lui-même qui fut crucifié pour nous. Pourtant, comme 
aucune des bétes ne voulut même toucher à sa chair, elle fut 
bientôt descendue de la poutre et de nouveau jetée en prison. » 
Plus loin encore, dans le même chapitre, il continue, écrivant 
sur le martyre de saint Alexandre, un médecin : « La foule du 
peuple commença alors à crier contre Alexandre. Lorsque le 
gouverneur le questionna, lui demandant qui il était, il répondit: 
Je suis chrétien, ce dont le gouverneur fut amèrement courroucé 
et le condamna à être livré aux bêtes sauvages. De sorte que, le 
second jour, Alexandre rejoignit la bande qui devait combattre 
les bêtes avec Attalus ; car le gouverneur, pour plaire au peuple, 
condamna une seconde fois Attalus à ce supplice. En consé- 
quence, tous deux, dans l'Amphithéâtre, etc.. » Et un peu plus 
loin encore ; « La dernière de toutes, sainte Blandine, quoi- 
qu'étant une noble matrone de bonne naissance, et après avoir 
encouragé ses enfants à subir leur sort et les avoir envoyés en 
avant victorieux vers le (>hrist, leur roi, suivant elle-même une 
voie de tortures semblables, alla joyeusement les rejoindre, dans 
l'exaltation du bonheur que lui causait sa propre mort, se hâtant, 
non pas comme si elle eût été cruellement livrée aux bêtes, 
mais bien plutôt comme si elle eût été une heureuse invitée aux 
repas de noces du fiancé. Donc, après avoir été flagellée et déchi- 
rée par les bétes, puis rôtie dans une poêle à frire, elle fut enfin 
roulée dans un filet et exposée au taureau. Après qu'elle eût été 
torturée et rejetée çà et là par ces animaux, pendant un assez long 
espace de temps, n'éprouvant néanmoins aucune sensation des 
souffrances qui lui étaient ainsi infligées, partie en raison de l'es- 
pérance avec laquelle elle croyait aux promesses de Dieu, partie 
à cause des discours qu'elle entretenait avec le Christ, elle fut 
enfin tuée par un coup de sabre dans la gorge. » 
Pour citer une fois de plus Eusèbe : « Parmi ceux-ci, nous 



- 184 - 







Martyr lié par chaque jambe au sommet de 
deux arbres voisins que l'on a courbes et 
rapprochés de force et qui s«ront bientôt 
relâchés brusquement. 



FiG. XXXVIl 

B. — Martyr torturé au moyen de roseaux ctfilés 
introduits sous les ongles des mains et des 
pieds. 



savons bien comment quelques-uns conquirent la gloire en 
Palestine par leur patiente énergie dans les souffrances et les 
tourments et comment d'autres acquirent un grand renom à Tyr, 
en Phénicie. Et qui peut ne pas être émerveillé au delà de toutes 
bornes à la vue de ces hommes quand on considère combien de 
coups de fouet ils supportèrent, comment ils combattirent avec 
les bêtes sauvages et quelle patience ils déplo3'èrent en recevant 
les attaques des léopards, des ours féroces, des sangliers et des 
taureaux rendus fous par le fer et par le feu ; et l'étonnante force 
d'âme de ces martyrs au cœur noble à soutenir les assauts de 
toutes ces bêtes, ensemble ou séparées? 

« Nous fûmes présents nous-mêmes à l'exécution de ces faits et 
nous remarquâmes combien la divine puissance de Notre Seigneur 
Jésus-Christ lui-même, à quilesmartyrs rendaient un noble témoi- 
gnage au milieu de leurs tortures, leur vint en aide au moment 
voulu et se montra à eux d'une manière sensible : « Car les bêtes 
voracesn'osèrent pendant longtemps toucher aux corps des saints, 
ni même en approcher, tandis qu'on les voyait prêtes à se précipiter 
sur ces incroyants qui, se tenant hors des barrières, l'un ici, 
l'autre là, les excitaient à attaquer les victimes. Et, quoique les 
saints soldats de Dieu se tinssent nus au milieu de la place, les 
provoquant de leurs gestes et essa)'ant de les amener à les attaquer 
(car on leur avait ordonné d'agir ainsi), ils étaient néanmoins les 
seuls que ces animaux ne voulussent pas toucher, 

« En vérité, plusieurs fois, lorsque ceux-ci se précipitèrent sur les 
martyrs^ ils furent rejetés en arrière comme par quelque puis- 
sance ou influence céleste et s'en retournèrent plus vite qu'ils 
n'étaient venus. Et, lorsque l'on vit que cette chose se renouvelait 
encore et encore, cela n'excita aucun excès d'étonnement parmi 
les païens qui en étaient témoins, à tel point que, lorsqu'une bête 
avait fait une attaque vaine, on en lâchait une seconde, puis une 
troisième sur le même martyr. 



— 185 - 



tortures et tourmente bes (Utûrfjrs d^rttitnB 

« Et vraiment, il y avait bien lieu d'être surpris en voyant, non 
seulement le caractère mâle et intrépide de ces saints hommes, 
mais aussi la ferme et courageuse constance déployée par 
ceux d'un âge tout à fait tendre. Car on eût pu contempler un 
simple adolescent n'ayant pas encore atteint l'âge de vingt ans, 
n'étant retenu par aucune entrave et se tenant néanmoins ferme, 
les bras étendus de chaque côté en forme de croix avec une intré- 
pide et sublime détermination, élevant ses prières à Dieu, son 
attention ne faiblissant jamais, parfaitement immobile à l'endroit 
où il se trouvait, et, pendant ce temps, les ours et les léopards, 
soufflant sur lui la rage et la mort, essayant de déchirer sa chair 
avec leurs dents. Mais leurs gueules, par quelque pouvoir di\àn 
et mystérieux, étaient arrêtées, je ne sais comment, et ces bêtes 
féroces s'enfuyaient en hâte de leur propre mouvement. » 

A ce sujet, nous allons citer une dernière fois Eusèbe parlant à 
plusieurs reprises des fidèles serviteurs du Christ étant exposés 
aux bétes sauvages : « Vous eussiez pu en voir d'autres encore — 
car ils étaient cinq en tout — offerts aux cornes d'un féroce et 
sauvage taureau. Ce monstre lança en l'air plusieurs des infidèles 
qui s'approchèrent et les blessa misérablement et les laissa à 
demi morts aux mains de leurs compagnons, qui les entraînèrent; 
mais, pour les saints Martyrs, quoiqu'il essayât de s'élancer 
sur eux, brûlant de rage et de fureur, il ne put pas même s'ap- 
procher d'eux. Et, quoiqu'il bondit çà et là, les pieds en avant, 
agitant les cornes, quoiqu'il fût encore excité par l'appHcation de 
fers brûlants, quoiqu'il soufflât la terreur et la destruction, il fut 
néanmoins retenu en arriére et forcé de reculer par quelque in- 
tervention de la volonté divine jusqu'à ce qu'enfin, voyant qu'il 
ne pouvait leur faire aucun mal, on lançât sur eux d'autres ani- 
maux. Enfin, après bien des attaques et des assauts répétés de ces 
bétes, les martyrs furent tués à coups de sabre et confiés aux va- 
gues de la mer en guise de funérailles. » 



— 186 - 



'"^•6Si9e«se»aG«fîssase«EG»3^^ — ~^' ''' 




FiG. XXXVIII 



A. — Martyr emprisonné dans un filet et exposé 

pour être mis en pièces par un taureau 
sauvage. 

B. — Jeté à terre pour être dévoré par les bêtes 

sauvages . 



C. — Enveloppé d'une peau de bête et donné en 

pâture aux animaux. 

D. — Les pieds fixés dans une grande pierre et 

ayant des poinçons cliaufTés à blanc enfon- 
ces sous les ongles ; le mart^T est livré aux 
chiens affamés . 



I 



(gtart^re Brûfés ijife boub (Jlcron 



Maintenant, le fait que les Martyrs étaient de même livrés par 
les païens aux chiens pour être déchirés, revêtus de peaux de 
bêtes, est certifié (pour ne rien dire du témoignage des chrétiens) 
par Cornélius Tacite, historien et écrivain de mœurs romaines, 
qui écrit dans ses Annales : « Donc, pour éteindre cette rumeur 
(qu'il avait lui-même mis le feu à Rome), il fit juger et soumettre 
aux plus terribles tortures ceux que le peuple, pour exprimer son 
mépris et sa haine contre eux, appelait chrétiens. L'origine de ce 
titre remonte à un certain Christ qui, sous l'empereur Tibère, 
l'ut condamné par le Procurateur Ponce Pilate. La superstition 
nuisible fut supprimée pour un temps, mais bientôt reparut, non 
seulement dans la Judée, siège primitif du mal, mais dans la ca- 
pitale elle-même, dans laquelle toutes choses mauvaises et abo- 
minables se réunissent de tous les côtés et se multiplient. 
Donc, tous ceux qui s'avouaient chrétiens furent premièrement 
arrêtés et, sur leur dénonciation, une grande multitude d'autres ; 
ceux-ci furent reconnus coupables non pas précisément d'avoir 
mis le feu à la ville, mais de montrer une grande malveillance 
envers l'humanité en général. De plus, on ajouta la moquerie à 
la peine de mort prononcée contre eux : revêtus de peaux de 
bêtes, ils furent livrés aux chiens, afin d'être déchirés par eux, ou 
furent cloués à la croix, ou bien on les enveloppa de feu, et, à la 
chute du jour, ils servirent de torches pour éclairer. » Voyez 
aussi le Martyrologe Romain du 24 juin où un récit presque iden- 
tique est fait sur la mort de ces Saints, et qui parle en général de 
beaucoup de chrétiens qui conquirent, sous Néron, la couronne 
du martyre. Nous lisons en outre dans YHisioire Ecclésiastique 
d'Eusèbe, aussi bien que dans les Actes de divers saints Martyrs, 
et spécialement dans ceux du Pape Marcel, comment les Evêques 
de l'Eglise, sous l'empereur Maxence, étaient, pour leur plus 
grande dégradation, désignés pour garder les bêtes de somme. 
Ainsi, dans l'Histoire de Marcel, évéque de Rome, on trouve écrit ; 



187 - 



ZoxtuxCB d tourments bC0 (Utûrt^rs cÇrétiens 

« Il fut emprisonné et attaqué parce qu'il avait pour mission d'or- 
ganiser l'Eglise, et, étant arrêté par les ordres de Maxence, il fut 
condamné à rester dans la cour de l'étable, c'est-à-dire l'étable 
des bétes de somme ou, en d'autres mots, à nourrir(comme l'ex- 
plique Eusèbe dans un autre passage) les chevaux et les chameaux 
de l'Empereur qui étaient employés pour le service public à por- 
ter des fardeaux. » 

Lisez en outre dans Y Histoire Ecclésiastique de Theodoretus ce 
qu'il dit sur saint Hormisdas, Martyr perse : « Il y avait un cer- 
tain Hormisdas, de la première noblesse parmi les Perses, sorti 
de la race des Achémenides et dont le père avait été gouverneur 
d'une province. Apprenant que cet homme était chrétien, Gora- 
ranes, fils d'Isdigerdis, roi des Perses, commanda qu'il fût ame- 
né devant lui et lui ordonna d'abjurer Dieu, son Sauveur. Mais 
Hormisdas cria : <> Ce que vous me demandez, ôroi! n'est ni juste, 
ni rationnel, car, quiconque a appris à pouvoir mépriser Dieu, 
qui est maître de tout, et à le renier, sera d'autant plus disposé à 
renier son roi, puisque ce dernier n'est qu'un homme participant 
à la faiblesse humaine. » Mais le roi de Perse, qui eût dû admirer 
ce sage discours, vola à ce noble champion de Dieu ses honneurs 
et ses richesses et lui ordonna de se dépouiller de tous ses vête- 
ments, saut une culotte, puis il lui commanda de garder les cha- 
meaux de son armée. Maintenant, lorsque plusieurs jours furent 
écoulés, le roi, regardant du haut de son siège élevé, vit cet excel- 
lent noble, brûlé par les rayons du soleil et tout couvert de pous- 
sière. Ce spectacle rappela à son esprit son rang et sa splendeur 
première, il ordonna qu'il fût amené devant lui et qu'on jetât sur lui 
une chemise de toile. Puis, pensant que son esprit devait être adouci 
soit par les durs travaux passés, soit par la bonté qui lui était 
maintenant témoignée, il l'appela, disant : « Venez, mettez de 
côté votre obstination et reniez le fils du charpentier. » Mais Hor- 
misdas, enflammé d'un zèle divin, déchira la chemise en deux et 



- 188 — 



(JûXcuxi^xB grtgnoféB pat fes eourie 



la jetant à la face du roi, l'interpella ainsi : « Si vous croyez que 
je renierai ma foi pour l'amour de cette chose, reprenez votre don 
et renoncez à votre pensée... » Un châtiment du même genre est 
raconté par Victor dans son ouvrage sur la Persécution Vandale 
où, parlant d'Armagastus, noble martyr du Christ, il dit : « Alors 
Theodoric le condamna à être exilé dans la province de Byza- 
cium et là, à être employé à creuser les fossés. Ensuite, comme 
pour le disgracier et le déshonorer davantage, il lui ordonna de 
faire l'office de gardeur de vaches, non loin de Carthage, où tout 
le monde pouvait le voir. Mais, procédons à d'autres faits. 



MARTYRS CHRETIENS DONNÉS AUX SOURIS POUR ÊTRE GRIGNOTÉS 
OU A DES CHEVAUX POUR ÊTRE FOULÉS AUX PIEDS 

Les Chrétiens étaient livrés aux souris par Goraranes, le plus 
cruel des rois Perses, comme le raconte Théodoretus dans son 
Histoire. « En outre, ils creusent des fossés ; mettez-les donc 
dedans (les Chrétiens) avec beaucoup de soins et renversez sur 
eux un grand nombre de musaraignes. Donc, après avoir lié les 
mains et les pieds des martyrs pour les empêcher de se débarrasser 
des petites créatures, on les oftVait comme nourriture aux souris 
qui, poussées par la faim, rongeaient petit à petit la chair des saints 
emprisonnés, les torturant ainsi horriblement de jour en jour... » 

Plus ou moins semblable, quoique encore plus cruel, nous 
paraît un supplice par lequel les Hérétiques de notre époque 
(1591) — comme il est décrit dans un ouvrage intitulé Théâtre des 
Cruautés Hérétiques — tourmentent et torturent les Catholiques, 
Les couchant sur le dos et les liant ainsi, ils placent sur leur 
ventre un bassin renversé renfermant à l'intérieur un loir vivant 
et allument du feu au-dessus du bassin, de sorte que le loir, 
tourmenté par la chaleur, déchire leur ventre et s'enterre dans 



- 189 — 



ZoïtnUB ci tourmente bes (gXartjrB cÇrétiens 

leurs entrailles. Ce douloureux et horrible supplice a été appliqué 
de nos jours à un grand nombre de catholiques, pour leur faire 
abjurer leur foi. Parmi ceux-ci, il s'en trouvait qui étaient prêts, 
comme les Chrétiens qui souffrirent sous Néron, à être cousus 
dans des peaux de bétes et exposés aux morsures de chiens fu- 
rieux (sur les ordres d'Elizabeth, reine d'Angleterre), plutôt que 
d'écouter les mauvais conseils en faiblissant ou en s'écartant le 
moins du monde de la vraie foi catholique. 

De même pour les martyrs Chrétiens, et spécialement pour les 
évêques qui furent jetés à terre par les ordres d'impies persécu- 
teurs, pour être piétines et déchirés par les chevaux et dont Vic- 
tor rend témoignage dans sa Persécution Vandale : « Après ces 
cruels édits, si remplis de poisons nuisibles, il ordonne que tous 
les évêques qui ont été assemblés à Carthage, dont les maisons 
ont été pillées et dont les églises et les biens ont été pris, soient 
conduits, après avoir été ainsi volés, hors des murs de la ville, 
sans leur laisser ni un esclave, ni un animal, ni un vêtement de 
rechange, ajoutant au surplus que quiconque offrirait à l'un d'eux 
l'hospitalité ou leur donnerait la moindre nourriture, ou tenterait 
de le faire par pitié, serait brûlé par le feu lui et sa maison avec 
lui. 

« Alors les évêques expulsés agirent avec beaucoup de sagesse ; 
adoptant l'état de mendiants, ils ne quittèrent pas la ville, sachant 
très bien que s'ils partaient, ils seraient rappelés et ramenés de force 
et, de plus, que leurs ennemis mentiraient, comme ils avaient 
déjà menti, déclarant qu'ils s'étaient sauvés parce qu'ils avaient 
peur de regarder la lutte en face, et qu'enfin — et ce ne serait pas 
la moindre des choses — s'ils revenaient ainsi, ils ne trouveraient 
aucun endroit où se loger ni aucun refuge ouvert pour eux, leurs 
églises, leurs maisons et leurs biens étant tous saisis. 

« Ainsi, tandis qu'ils étaient couchés, gémissant alentour des 
murs et exposés à toutes les intempéries, il arriva que le roi se 



- 190 — 




5(2à3e«SS58fâ2«aBkMKISS^^ 



T^v^„ tihrtlHam 



■ u 



A. — Martyrs attachés au cou ou à la queue de che- 
vaux sauvages et cruellement traînés par 
eux. 



FiG. XXXIX 

B. — Traînés à travers les rues nu sur des endroits 
pierreux au moyen tic cordes attachées à 
leurs pieds. 



QÛ^urt^tB foufcB p(XT be0 c^tv<xux 



rendit aux bains. Tous se portèrent en foule vers lui en criant : 
« Pourquoi sommes-nous ainsi ariligés?Pour quellefaute commise 
inconsciemment subissons-nous ce traitement? Si nous avons été 
réunis pour tenir conseil, pourquoi avons-nous été pillés ? Poui- 
quoi sommes-nous privés de nos églises et de nos maisons ? 
Devons-nous souffrir la faim et la nudité et croupir dans la 
fange ? Mais, baissant les yeux sur eux, et les regardant, même 
avant qu'il n'eût entendu leur appel, il ordonna que des chevaux 
montés par des cavaliers fussent lancés sur eux, afin qu'ils ne 
fussent pas seulement violemment blessés et écrasés, mais tués 
sur la place. Et en vérité, beaucoup furent piétines à mort, spé- 
cialement les plus âgés et les plus faibles d'entre eux. » 

Imitant ces exemples, les Hérétiques de nos jours traitèrent de 
cette façon un certain moine, du nom de Jean, membre vénérable 
de l'Ordre de saint François, et qui venait d'être nommé évéque 
de Daventry. Après l'avoir sauvagement insulté et blessé de 
diverses façons, ils le foulèrent aux pieds et le laissèrent gisant 
dans la rue comme un infâme et abject cadavre. Nous lisons que 
la même chose fut faite sous Dioclétien, à trois saintes du Christ : 
Maxima, Secunda et Donatilla, vierges et martyres. Mais assez 
pour le moment; le reste des diverses tortures énumérées au 
commencement du chapitre IX doit être réservé pour un autre 
chapitre. 



- 191 



CHAPITRE XI 



Autres tortures et modes de martYre : enterré vif, jeté 
dans les rivières, puits ou fours à chaux, ventres ou- 
verts et autres choses semblables. 

LES tortures qui consistaient à jeter les Martyrs dans des fos- 
sés profonds, à les enterrer dans la terre ou à les précipiter 
dans un ruisseau courant, dans un puits ou dans un four à 
chaux, sont attestées dans beaucoup dT/Zs/o/res des Martyrs et par- 
ticulièrement dans celles des saints Castullus, Vitalis, Marcel, 
Philémon et ses compagnons, les saintes Pauline et Dacia, 
vierges et martyres romaines, saints Caliste et Carisius, les saintes 
Alexandra, Claudia et Euphémie, matrones, Juliette, vierge et 
martyre, saints Florus et Laurus, et bien d'autres. Les deux der- 
niers nommés sont commémorés dans la Ménologie, le 17 août, 
en ces mots : « Anniversaire des saints Martyrs saint Florus et 
Laurus. Ces saints hommes étaient frères jumeaux et tailleurs de 
pierre, art qu'ils avaient appris de Proclus et Maximus, Mais, 
après que leurs maîtres eurent souffert le martyre pour l'amour 
du Christ, ils abandonnèrent Byzance (Constantinople) et se reti- 
rèrent dans les districts dlllyricum, à la ville d'Ulpiani où, tra- 
vaillant dans les carrières sous le gouverneur Licio, ils conti- 
nuaient honorablement leur commerce. Enfin, après avoir enduré 
bien des supplices, ayant été jetés par Licio dans un puits pro- 
fond, ils rendirent leur âme à Dieu. » 



192 — 



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Bi\-^wràrKii 



FiG. XL 



A. - 



Martyrs jetés dans des fosses profondes et 
enterres jusqu'au cou par de la terre et 
des pierres. 



B. — Martyrs à moitié enterrés, les mains liées 
derrière le dos, et laissés ainsi pour périr. 



(BnttvxcB pitxxnte 



Ensuite, le fait que les saints Martyrs étaient parfois aussi jetés 
dans des fours à chaux, est rendu manifeste par les Actes de 
saint Clément, évêque d'Ancyra, aussi bien que par le récit de la 
mort de trois cents Martyrs, fait dans le Martyrologe Romain, 
le 24 août : « A Carthage, anniversaire de trois cents saints Mar- 
tyrs, dans le temps deValèreet Gallien. Parmi d'autres supplices, 
après que le gouverneur eût commandé d'allumer un four à 
chaux et d'apporter en sa présence des charbons ardents et de 
l'encens, il dit aux trois cents : « Choisissez l'une des deux choses 
— ou offrir de l'encens à Jupiter sur ces charbons ou être plon- 
gés dans la chaux vive, o Alors, armés de la foi et confessant le 
Christ, fils de Dieu, ils se jetèrent eux-mêmes d'un bond rapide 
dans le four, et, au milieu des vapeurs de la chaux vive, furent 
instantanément réduits en poudre. Ainsi donc, cette légion de 
saints vêtus de blanc, mérita bien son nom de bande blanche. » 



COMMENT 0\ AVAIT I. HABrrUDE D ENTERRER VIFS LES SAINTS MARTYRS 

Il faudrait déclarer ici, avant que de discourir sur d'autres 
points, que les Chrétiens, qui devaient être torturés de cette 
façon, n'étaient pas toujours jetés dans des puits profonds, de 
manière à ce que leurs corps fussent enterrés sous la terre et les 
pierres, quoiqu'ils le fussent généralement. Car nous lisons, dans 
les Actes déjà cités, de saint Philémon et de saint Marcel, que ces 
Martyrs de la foi furent enterrés jusqu'aux reins seulement. Mais 
le lecteur peut, s'il le veut, lire lui-même leur Histoire. 



— 193 — 



M 



ZotinxtB et Courtnente bee (JÛXati^ts cÇrétienc 



DIVERSES MANIERES DONT LES MARTYRS CHRETIENS ETAIENT JETES 
A LA MER OU DANS DES RIVIÈRES 

Ce n'était pas seulement d'une seule et même manière, mais 
de diverses façons que les saints Martyrs étaient jetés à l'eau. 
Quelquefois ceci était fait après que de grosses pierres on des 
poids en plomb eussent été attachés à leur cou, à leurs pieds ou 
à leur main droite, comme ce fut le cas pour saint Sabin, Aga- 
pius, Florian, Alexandra, Claude, Euphrasie, matrones, Juliette, 
vierge, et d'autres. D'autres fois ils y étaient précipités, les pieds 
et les mains attachés ou enveloppés dans un filet, ou enfermés 
dans des boîtes de plomb, ou cousus dans un sac. Ces moyens 
sont attestés dans les récits du martyre des saints Faustin et 
Jonita, comme aussi de saint Hermillus, Ulpian, Stratonicus, 
Nicostrate et d'autres. 

Nous devons ici informer le lecteur que la première de ces 
formes dé supplice était très ancienne. Plaute en fait mention 
dans sa Vidiilaria, en ces mots : 

Jubé hune insui culeo atque in altum deporlari, si vis annonam bonam. 

« Ordonnez que l'homme soit cousu dans un sac et jeté dans 
l'abîme, si vous voulez avoir une bonne récolte. » 

Maintenant, le sac dont on parle, était fait en peau ou en cuir, 
et on y cousait à l'intérieur les meurtriers ensemble avec un 
chien, un coq, un serpent, un singe, ou, en tout cas, l'une ou l'au- 
tre de ces créatures, et on jetait le tout, la tête la première, telle 
était la loi romaine, dans la mer ou dans une rivière. Une loi 
semblable semble avoir existé depuis les temps les plus reculés 
pour les cas de parricide; ainsi, Cicéron dit : o: Si quelque 



— 194 




FiG. XLI 

A. — Martyrs lancés la tête la première 1 B. — Jeté dans un four à cha 
cl une hauteur. 



3etéB à fa mer 



homme a tué ses parents ou les a battus, et s'il est condamné 
pour ce fait, il faut que sa tête soit enveloppée dans une peau de 
loup, ses pieds doivent être mis dans des souliers de bois, c'est-à- 
dire dans des entraves, et il doit être conduit en prison; là, il 
séjournera un peu de temps pendant que l'on prépare le panier 
ou sac dans lequel il doit être placé pour être précipité dans la 
mer. » 

Le fait est que cette loi fut passée chez les Romains pour terri- 
fier les autres et les empêcher d'imiter l'exemple de Lucius Hos- 
tius (qui fut le premier homme qui^ après la guerre contre Annibal, 
tua son père), et d'ôter la vie à leurs parents au moyen du sabre 
ou autrement. En conséquence, lorsque, durant la guerre Cim- 
brique(A. U. C. 640), Poblicius Malleolus tua sa mère, il fut puni 
de cette façon. Son sort est mentionné ainsi par Tite-Live : « Pobli- 
cius Malleolus, pour le meurtre de sa mère, fut le premier à 
être cousu dans un sac et jeté à la mer » ; et, dans un autre 
endroit : « Malleolus fut condamné pour le meurtre de sa mère. 
Après la sentence, sa tête fut immédiatement emprisonnée dans 
une peau de loup, tandis que l'on préparait le panier ou sac dans 
lequel il devait être mis et jeté à l'eau. » 

A une date postérieure, Pompée le Grand, du temps qu'il était 
Consul, fit passer une loi, réformant l'ancienne ordonnance, 
étendant le degré de parenté dont le meurtre réclamerait cette 
forme de châtiment, et donnant le détail des créatures qui devaient 
être enfermées dans le sac avec le coupable : un chien, un coq, 
une vipère et un singe. Cette même loi de Pompée est décrite 
avec des renseignements semblables par Justinien dans ses Insti- 
tutes. Il est vrai que l'on cessa de mettre cette loi en pratique dans 
les derniers temps romains, en raison de sa cruauté ; mais elle fut 
remise en vigueur au profit des Chrétiens, dont plusieurs conqui- 
rent la couronne du martyre de cette étrange manière. 



— 195 — 



ZorinUB ti ZoutmtnÎB ^cb (tttûrf jrs cÇréfienB 



CHRÉTIENS ORTHODOXES JETÉS PAR LES HÉRÉTIQUES DANS LA MER 
OU LES RIVIÈRES^ OU ENTERRÉS 

Victor^ évéque d'Utica, décrit, dans sa Persécution Vandale, 
comment les Catholiques étaient embarqués par leurs persécu- 
teurs Hérétiques à bord de vaisseaux abandonnés, sans voiles ni 
ancres, et ainsi livrés à la vaste mer pour y être nau- 
fragés. Et ce n'étaient pas seulement les Hérétiques des anciens 
jours qui précipitaient ainsi les Catholiques dans les eaux, mais 
aussi ceux des temps modernes. Ceci est attesté dans le Ihéâlre 
des Cruautés, en ces mots : « Lorsque la cité d'Oudenarde, en 
Flandre, eut été occupée par la légion des Gueux, les insurgés se 
saisirent de tous les prêtres de cette province qui étaient connus 
pour leur science et leur piété et les emmenèrent dans le château. 
Parmi ceux-ci, il y en avait un. Maître Pierre, vieillard vénérable 
et le plus âgé de toute la compagnie ; après lui avoir fait toutes 
sortes d'insultes et de violences, ils le dépouillèrent de ses vête- 
ments, lui lièrent les mains et les pieds ensemble derrière le dos 
et le jetèrent la tête la première par les fenêtres du château dans 
la rivière, le saint homme criant, tandis qu'il tombait, d'une voix 
haute et intrépide : « Ta volonté soit faite, ô Seigneur! » De la 
même manière furent précipités le vénérable Jean Paul, ainsi 
que le reste des Ecclésiastiques, parmi lesquels Jacques, l'aîné de 
tous et très faible, incapable de nager, fut porté à quelque dis- 
tance par les eaux d'où il fut tiré et ainsi sauvé. » Et encore un 
peu plus loin : « Ursule, nonne au béguinage de Haarlem, après 
que son vieux père, qui était magistrat de cette ville, eût été pendu 
avec plusieurs autres Catholiques de bonne naissance et de bonne 
réputation, fut elle-même placée sous le gibet et on lui demanda 
si elle voulait abandonner sa foi et la religion orthodoxe et 



- 196 — 



'- •.^5» 



JSafXg^gJgSG^SSgtggJgelGjgSgjS^^ 







1Ï 



FiG. XLII 



A. — Martyrs jetés dans une rivière, une grosse 

pierre au pied. 

B. — Jeté à l'eau enveloppé dans un filet. 



C. — Jeté dans un courant voisin, avec une pierre 

attachée au cou. 

D. — Avec un poids de plomb au cou. 

E. — Jeté la tête la première dans un puits. 



(^artjrs coucÇés nu6 but bee vcxxcb Brteée 

épouser un certain soldat. Et comme elle refusait énergiquement 
de le faire, elle fut immédiatement jetée à l'eau et noyée. » Et 
encore : « Vous devez noter ce fait, que les Hérétiques de la ville 
de Nîmes, en Languedoc, après avoir massacré un grand nombre 
de Catholiques, avec leurs dagues, les jetaient, quelques-uns dans 
la rivière, d'autres dans un puits qui était à la fois large et pro- 
fond et qu'ils remplirent deux fois jusqu'au bord. » 

Tout ceci se trouve dans le livre nommé ci-dessus, le Théâtre 
des Cruautés Hérétiques, où, de même, on peut lire ce qui suit, 
concernant les Catholiques que l'on enterrait : « Les Huguenots 
enterrèrent vivant un certain prêtre nommé Pierre, de la paroisse 
de Beaulieu, ne laissant que sa tête hors de terre. A un certain 
endroit, en Belgique, non loin d'Ypres, ils en firent de même 
pour d'autres prêtres qu'ils couvrirent, vivants, de terre et de 
pierres, puis ils placèrent des marques à quelque distance de leurs 
têtes qui leur servirent de cible pour lancer dessus, en manière 
de sport, des balles en pierre et en fer. » 

Maintenant, il nous reste à révéler diverses autres sortes de 
supplices et de tortures et, en premier lieu, à parler des martyrs 
qui étaient publiquement dépouillés de leurs vêtements et ainsi 
promenés nus à travers les villes dans les rues ; et, deuxième- 
ment, de ceux qui étaient enfermés dans des cachots jonchés de 
verres brisés et de fragments de poteries, ou même de fers de 
lance, afin que leurs corps nus pussent être misérablement tor- 
turés par les pointes aiguës ; et aussi de ceux qui étaient atta- 
chés à deux branches d'arbres différents et ainsi écartelés. 

Après cela, il ne nous restera plus à parler (dans le chapitre 
XII) que des martyrs envoyés en exil et de ceux condamnés aux 
travaux forcés de diverses sortes et aux mines. 

La première et la seconde espèces sont attestées par les Actes 
des saints martyrs Alexandre et Vincent, Pierre et Marcellin, 
Victor et Corona, ainsi que par la Ménologie, où, à la date du 9 



- 197 - 



ZorinUB tt tourmente ^cb (Utart^re cÇrétiens 

septembre, il est écrit : '< Anniversaire du saint martyr Strato 
qui, étant lié à deux cèdres et ainsi déchiré, à cause de sa foi au 
Christ, ne fit qu'un avec la Légion céleste. » Eusèbe et Nicéphore 
rendent témoignage de plusieurs autres fidèles serviteurs du 
Christ qui furent soumis à la même torture, de même que 
VJJisloire du martyre des saints nommés ci-dessus, Victor et 
Corona. 



CATHOLIQUES, ET EN PARTICULIER MOINES ET PRETRES, QUI ONT EU LE 
VENTRE OUVERT PAR LES HÉRÉTIQUES DANS LE SIÈCLE PRÉSENT 

Les martyrs chrétiens ont été ouverts de diverses façons, non 
pas seulement par les idolâtres de l'antiquité et par les héré- 
tiques des anciens jours (comme il a été démontré ci-dessus, et 
dans des passages antérieurs), mais aussi par les hérétiques de 
nos jours. Citons ce que l'on dit à ce sujet dans le Théâtre des 
Cruautés et ailleurs : « Les huguenots, à l'église de Saint-Macarino, 
en Gascogne, ouvrirent le ventre à plusieurs prêtres et leur arra- 
chèrent petit à petit les entrailles en les enroulant autour de 
bâtons qu'ils tournaient et retournaient. Dans la cité de Mancina, 
s'étant emparés d'un prêtre, homme dun âge avancé, ils lui 
coupèrent les parties privées, et, après les avoir fait rôtir, lui 
en remplirent la bouche ; puis, afin de voir comment il allait les 
digérer, car il était encore en vie, ils lui ouvrirent le ventre et 
ainsi l'achevèrent. Dans le cas d'un autre prêtre, ils imitèrent la 
tyrannie et la cruauté de l'empereur Julien, car, lui ouvrant le 
ventre avec un sabre, tandis qu'il était encore vivant, ils le rem- 
plirent d'avoine et le donnèrent ainsi en nourriture à leurs che- 
vaux, rt 

Tels étaient quelques-uns des supplices par lesquels les prêtres 
du Christ étaient torturés. 



— 198 - 



lSMSiSm}^!iSf^)G^S2Q:^^t^5!2^^ 




LCi^S(MWi5SSSCIWBGSlSeJ5ra5^^ 



FiG. XLIII 



i. — MartjT enfermé dans une boîte de plomb et 
nové dans une rivière. - 



B. — Cousu dans un sac avec un coq, une vipère, 
un singe et un chien, et jeté dans la mer 
ou dans une rivière voisine. 



(grûfés bans f Çuife fiouiffante 



Maintenant, écoutez-en d'autres également horribles et cruels ; 
afin de ne rien omettre de la gloire des martyrs catholiques qui 
moururent pour l'amour de la vraie religion : 

(T Dans la paroisse de Cassenville, près de Engolisma, les hugue- 
nots s'emparèrent d'un certain prêtre du nom de Lewis, reconnu 
à l'unanimité par les gens de la ville pour un homme menant 
une vie excellente et exemplaire ; ils lui plongèrent si sou- 
vent les mains dans l'huile bouillante et les y maintinrent 
si longtemps que la chair fut arrachée et tomba des os. Non 
content de ce cruel supplice, ils versèrent le même liquide bouil- 
lant dans sa bouche et, voyant qu'il n'était pas encore mort, le 
tuèrent en tirant sur lui avec des balles de plomb et des éclats 
de fer. Un autre prêtre, du nom de Colin, fut saisi et on lui coupa 
les parties privées, puis ils l'enfermèrent dans une caisse ayant 
une ouverture en haut, et ils y versèrent une telle quantité d'huile 
bouillante qu'il rendit l'esprit sous l'excès de la souffrance. Dans 
la paroisse de Rivières, ils mirent la main sur un autre prêtre 
auquel ils arrachèrent la langue, pendant qu'il vivait encore, en 
lui perçant le menton, et ensuite le tuèrent. De même encore 
pour un autre, nommé Jean, qu'ils tuèrent en lui coupant la 
gorge, après lui avoir d'abord brûlé toute la peau des pieds avec 
un fer rougi au feu... François Raboteau, de la paroisse de 
Foucquebrun, fut saisi par les huguenots et attaché à des bœufs 
traînant un wagon, et il fut si sauvagement piétiné et déchiré, 
qu'il mourut à la fin de ses blessures. Au temps où le prince 
Auriac occupait Ruremond, une ville de Guelderland, qu'il avait 
saisie, ses soldats assaillirent violemment le monastère des Char- 
treux, en criant « Geld, Geld ! » voulant dire par ce cri qu'ils 
voulaient de l'argent. A la grille d'entrée, trois frères lais furent 
tués : Albert, Jean et Stephen de Ruremond ; puis, se précipi- 
tant dans l'église, les soldats troublèrent dans leurs prières le 
vénérable prieur Joachim ainsi que le reste des frères. Pour lui. 



- 199 - 



ZotiuuB tt tourmente bee (JÛXart'j^vB contiens 

ils le blessèrent à plusieurs endroits et l'entraînèrent, tandis que 
quatre moines furent tués sur les lieux et que le reste fut griève- 
ment blessé Dans la ville d'Engolsheim, un certain frère, du 

nom de Jean Auril, de l'ordre de Saint-François, vieillard de 
quatre-vingt-dix ans, eut la tête ouverte par une hache, et son 
corps fut jeté dans les lieux d'aisances. De plus, dans divers 
endroits, beaucoup de prêtres servant Dieu, eurent le nez et les 
oreilles coupés et les yeux arrachés par les mains des mêmes 
ministres de Satan. 

En vérité, si audacieuse était l'insolence d'un certain Huguenot, 
et si monstrueuse sa barbarie, qu'il se fit un collier avec les 
oreilles que l'on avait coupées aux prêtres et qu'il s'en vanta, 
auprès de ses chefs, comme d'une marque de courage et d'énergie. 

En outre, les Calvinistes Hérétiques qui sont dans le royaume 
d'Angleterre, mettent violemment la main sur les prêtres catho- 
liques occupés à offrir le divin sacrifice et revêtus qu'ils sont de 
leurs ornements sacrés, les mettent à cheval en plein jour et, 
portant devant eux des torches enflammées, les conduisent, par 
moquerie, à travers les rues. Ils leur percent aussi les oreilles 
avec un fer rougi et les exposent, comme ils le font pour d'autres 
religieux, sur une estrade, aux insultes du public, ils fixent leur 
tête au pilori, comme ils l'appellent, et clouent leurs oreilles au 
cadre du dit pilori. Et ceci pour aucune autre raison que celle de 
les punir d'avoir exprimé leur sympathie pour les autres catho- 
hques mis à la torture, ou d'avoir parlé de l'innocence des 
Martyrs . » 

Tels sont quelques-uns des faits accomplis, pour ne rien dire 
des autres décrits dans les chapitres précédents et qui restent à 
être mentionnés, par les hérétiques de nos jours, en Angleterre, 
en Irlande, en France et en Belgique. 



- 200 - 




A. — 



Martyr traîné â travers la ville au 
d'un collier de fer rivé à son cou. 



FiG. XLIV 

moyen 1 B. — Mis à nu et roulé sur des chardons de 
I aigus. 



fer 



CHAPITRE XII 



Martyrs envoyés en exil et condamnés aux travaux forcés 

et aux mines. 

IL est grandement temps maintenant de revenir de ces digres- 
sions et de procéder à la discussion et à la preuve du reste 
des modes de torture employés par les Anciens pour le sup- 
plice des martyrs chrétiens énumérés dans le chapitre IX. Celles-ci 
sont le bannissement et la condamnation aux ti'avaux forcés ou 
aux mines. La première, c'est-à-dire le bannissement, est attestée 
par divers auteurs : Tcrtullien, Cyprien, Jérôme, le dernier j^ar- 
lant de l'apôtre saint Jean, aussi bien que par d'innombrables 
Histoires des saints martyrs et en particulier du pape Clément, de 
Flavia Domililla, des saintes Bibiana, Demetria et Severa, vierges 
et martyres. 

Au sujet des chrétiens condamnés aux travaux forcés tels que 
de creuser, de porter du sable et des pierres et autres choses 
semblables, voyez les Histoires de divers saints, ainsi que celle du 
pape Clément et de sainte Severa, que nous venons de citer, 
aussi celles des saints Papias et Maurus, soldats romains. 

Concernant les martyrs envoyés aux mines, nous trouvons 
assez de preuves évidentes dans Tertullien et Cyprien, cités ci- 
dessus et aussi dans Eusèbe, Histoire Ecclésiastique, et dans de 
nombreux Actes des Saints, par exemple ceux de saint Sylvain, 
évêque, et ses trente-neuf compagnons d'infortune, et ceux des 
saints Paphnutius et Nemesianus. 



- 201 - 



ZotixxxCB et tourments "bCB (^art^re c^xitknB 

Les derniers nommés, ainsi que leurs compagnons sont commé- 
morés dans le Martyrologe, le 10 septembre, en ces mots : « En 
Afrique, anniversaire des saints évèques Nemesianus, Félix, 
Lucien, d'un autre Félix encore, Victor, Davitus, et d'autres qui, 
sous Valerien et Gallien, lorsque la rage de persécution était à 
son comble, furent, aussitôt qu'ils eurent fermement déclaré leur 
foi au Christ, rudement frappés de verges, ensuite mis aux fers 
et enfin condamnés à creuser dans les mines et ainsi subirent un 
glorieux martyre. » De même pour saint Paphnutius, le 11 sep- 
tembre : « En Egypte, anniversaire de saint Paphnutius, évêque, 
qui fut un de ces confesseurs qui, sous l'empereur Maximien, 
furent condamnés aux mines, après qu'on leur eut arraché l'œil 
droit et coupé la jambe gauche. Plus tard, sous Constantin-le- 
Grand, il lutta avec ardeur contre les Ariens au nom de la foi 
catholique, et enfin, il mourut en paix, ayant glorieusement con- 
quis plusieurs couronnes. »De même encore pour saint Spiridion, 
le 14 décembre : « Dans l'Ile de Chypre, anniversaire de saint 
Spiridion, évéque, qui fut l'un de ces confesseurs que Maximien, 
après leur avoir fait arracher l'œil droit et couper la jambe gauche, 
condamna aux mines. Il était renommé à cause de son don de 
prophétie et pour la gloire que lui avaient valu les grâces dont il 
avait été favorisé et, au Concile de Nicée, il triompha du philo- 
sophe Ethnicus, qui insultait la religion chrétienne, et l'amena à 
reconnaître la vraie foi. » 

Plus loin, Athanase écrit au sujet de ceux qui étaient con- 
damnés aux mines, ce qui suit : « Enfin, les Ariens étaient si 
féroces et si acharnés contre les chrétiens qu'on les regardait 
universellement comme des bourreaux, des meurtriers, des 
calomniateurs, des malfaiteurs, en fait comme étant toute autre 
chose que des chrétiens, car, comme des Scythes sauvages, ils 
mirent la main sur Eutychius, sous-diacre et honorable servi- 
teur de l'Eglise, et, après l'avoir d'abord fait frapper de verges 



- 202 — 



(JÛftaxt^XB conbamnée ciu BannxBBCmcnt 



de cuir, presque jusqu'à la mort, l'envoyèrent mourant aux 
mines; et non pas à une mine ordinaire; mais à une mine connue 
sous le nom de Phaeno où un homme, condamné à ses horreurs, 
ne peut pas y survivre plus de quelques jours. Ce qui est plus 
inhumain encore, ils ne lui accordèrent pas même quelques 
heures pour soigner ses hlessurcs, mais emmenèrent immédia- 
tement l'infortuné aux mines, comptant qu'en agissant ainsi ils 
terrifieraient les autres et les forceraient à se joindre à leur parti. 
Mais il n'alla pas loin, il ne put pas même atteindre la mine, car, 
étant déjà faible et de plus épuisé par les souffrances que lui cau- 
saient ses blessures, il expira sur la route. Ainsi il mourut joyeu- 
sement, conquérant la gloire du martyre. » 

Mais assez sur les chrétiens envoyés aux mines, nous devons 
maintenant parler sur d'autres sujets. 

MARTYRS CONDAMNÉS AU BANNISSEMENT 

Le bannissement dans les îles était un châtiment communé- 
ment infligé aux plus braves guerriers du Christ, ainsi que l'assure 
Tertullien dans son Apologie et aussi les Histoires des Saints, par 
exemple celles du pape Pontianus, des saintes Cécile et Flavia 
Domitilla, vierges et martyres, d'une autre du même nom qui 
était femme de Flavien Clément, martyr lui-même, ainsi que 
divers autres. 

Cette forme d'exil est mentionnée, avec d'autres, par Marcia" 
nus, le juriste, qui nous dit qu'il y avait trois sortes de bannisse- 
ment : (1), l'interdiction de certains lieux (2), l'interdiction de tous 
les lieux, sauf un, et, enfin (3), le bannissement dans une île que 
la personne ainsi punie n'avait la permission de quitter sous 
aucun prétexte. 

En outre, la punition ne cessait pas, même avec la mort de 



— 203 - 



ZoxiuHB ti tourmente bee Otartgre cÇrétienc 



l'exilé, car si quelqu'un, envoyé ainsi en exil dans une île, y 
mourait, son corps ne pouvait en être emporté ni enterré nulle 
part sans l'autorisation de l'Empereur. D'autres peines étaient de 
même appliquées aux bannis qui, non seulement étaient exposés 
à perdre leurs maisons, leurs propriétés, leurs pays, mais aussi 
leur titre de citoyens, s'ils étaient citoyens romains. Ce bannis- 
sement était ou temporaire, ou perpétuel. 

S'il n'était que temporaire, il était décrété dans divers rescrits 
que les exilés ne seraient pas privés de leurs propriétés, ni en 
totalité, ni en partie ; mais, s'il était perpétuel, une partie, sinon 
la totalité pouvait être confisquée par le Trésor public. 

Plus loin, nous lisons dans saint Athanase et d'autres Pères 
comment beaucoup d'adeptes de la foi catholique orthodoxe 
furent punis de l'exil par les Ariens, spécialement sous les Empe- 
reurs Constantin et Valens, et sous Homeric, roi hérétique des 
Vandales, et impitoyablement soumis à toutes sortes de tortures 
et d'insultes, sur le chemin de l'exil et après leur arrivée dans le 
lieu de bannissement. Ainsi il écrit : « Mais, tout le reste, tous 
ceux sur lesquels ils avaientpu mettre la main, ils (les persécuteurs) 
les exilèrent dans cette partie de l'Egypte nommée la Grande 
Oasis. Ils refusaient aussi que les corps de ceux qui mouraient 
fussent rendus à leurs amis; mais ils les gardaient secrètement 
sans les enterrer pour satisfaire leur rancune capricieuse et pen- 
sant ainsi que leur cruauté serait ignorée. En cela, ce peuple 
faisait une grande erreur, car les amis et connaissances des 
hommes assassinés, se réjouissant de voir que la vérité était con- 
fessée, s'attristaient néanmoins excessivement du recèlement du 
cadavre de leurs amis et proclamaient hautement la barbarie de 
ce qui était fait contre eux et agissaient de façon à ce que la tra- 
gique histoire des atrocités de leurs ennemis eût son retentisse- 
ment au loin. Ils exilèrent, en Egypte et en Afrique, beaucoup 
d'évéques et de prêtres qu'ils firent voyager avec tant de cruauté 



- 204 - 



(BvèC{UtB e;rifé0 



que quelques-uns moururent en chemin; d'autres périrent à leur 
arrivée au lieu du bannissement; plus de trente évêques de 
l'Eglise en tout étant exilés. » Et encore, à un autre endroit : 
« Sous l'empereur Constantin, qui était toujours prêt à seconder 
les vues des Aviens, ils réussirent à effectuer l'exil, d'Alexandrie 
en Arménie, de deux prêtres et de trois diacres. De plus, Arius 
et Astérius, évêques respectifs de Pétra en Palestine, et de Pétra 
en Arabie, non seulement furent exilés dans l'Afrique supérieure, 
mais de plus on s'efforça de leur faire subir des outrages tout 
particuliers. Lucius aussi, évêque d'Andrinople,qui s'était coura- 
geusement opposé aux persécuteurs et leur avait reproché leur 
cruauté, eut par eux la tête et les mains liées, comme on l'avait 
déjà fait auparavant, et emmené aussi en exil oîi il mourut. » 
Ainsi parle saint Athanase. Un court extrait maintenant de l'His- 
toire de Theodoretus, décrivant le transport en exil des catholi- 
ques sous l'empereur Valens, et puis, nous laisserons cette partie 
de notre sujet : « La sentence fut rendue contre les saints hom- 
mes, le peuple entier se lamentant amèrement, devant le Tribu- 
nal, par Magnus, chef du Trésor provincial, à cet effet qu'ils 
seraient expulsés d'Alexandrie et envoyés pour habiter en exil à 
Héliopolis, ville de Phénicie, oii il n'y avait pas un habitant qui 
voulût supporter d'entendre parler du Christ, car c'étaient tous 
des adorateurs d'idoles. Donc, il ordonna qu'ils fussent immé- 
diatement embarqués sur un vaisseau, lui-même se tenant sur le 
rivage et brandissant sur eux un sabre, pensant ainsi frapper de 
terreur les âmes des hommes qui avaient blessé encore et encore 
les démons hostiles, par l'épêe à double tranchant de l'esprit. 
Puis il donne enfin l'ordre de mettre à la voile sans que le vais- 
seau fût chargé d'aucune provision et sans leur donner quoi que 
ce fût qui pût subvenir à leurs besoins en exil. » 

Une semblable barbarie remplit le cœur d'Elizabeth, reine 
d'Angleterre, qui, de nos jours, torture ses sujets orthodoxes par 



- 205 - 



ZoxtuxtB et tourments bes (UXart^ts cÇréiiene 



toutes sortes d'affreux supplices et d'innombrables châtiments, 
quelquefois (voyez Sanders, Schisme anglican) les envoyant en 
exil, afin d'offrir un exemple et une preuve de sa prétendue 
démence. Mais, de son impiété, ainsi que de celle de son père, 
Henri VIII, nous avons parlé ailleurs plus longuement. 



MARTYRS CONDAMNÉS AUX TRAVAUX FORCÉS, SAVOIR : CONSTRUIRE 
OU NETTOYER LES ÉGOUTS ; TRAVAUX SUR LES ROUTES ET LES 
RUES. 

Cette sorte de châtiment est mentionnée par Suétone qui dit 
dans sa Vie de Néron : <( Il commença le lac artificiel entre 
Misenum et Avernes et le canal d'Avernes à Ostie et, en vue 
de finir ces travaux, il ordonna que tous les prisonniers qui 
étaient enfermés dans les prisons, dans quelqu'endroit que ce 
fût, fussent amenés en Italie, et que toute personne convaincue 
de culpabilité fût condamnée aux travaux forcés. » Et encore 
dans Caliyiila ; « Beaucoup de personnes d'une condition res- 
pectable, après avoir été défigurées par des marques brûlantes, 
furent condamnées par lui aux mines et à travailler sur les routes 
et à garder les bétes. » Pline aussi (Lettres), parlant de l'empereur 
Trajan : « Que tous les plus anciens coupables que l'on découvre 
ayant subi leur sentence il y a dix ans, soient assignés à divers 
ouvrages, ne différant pas beaucoup des travaux forcés, car les 
hommes de cette sorte sont habituellement chargés de nettoyer 
les égouts et de travailler sur les grandes routes et rues pubh- 
ques. » De plus amples détails concernant ces châtiments peu- 
vent être trouvés dans l'Histoire du Pape Marcellin, comme il 
suit : « Au temps oîi Maximien retournait de la province afri- 
caine à Rome, désirant plaire à Dioclétien Auguste, qui faisait 
bâtir des Thermes (Bains de Dioclétien) et voulait leur donner 



»L 



— 206 - 



Tvr 







: ■ —^ .. Inttrû- ;-*-«&» 



FiG. XLV 

A, — Martyrs condamnps à travailler à la construc- I B. — Marh-rs condamnés à tailler et à transporter 
tion d édifices publics. | des" blocs de marbre pour la construction. 



ZxAxxxux forcéfi 



son nom, il commence, en vue de vexer les chrétiens, par forcer 
tous les soldats de cette foi, qu'ils soient romains ou étrangers, 
et pour les dégrader, à se livrer aux travaux forcés, et, en divers 
lieux, les condamne à extraire des pierres et à creuser le sable. 
A la même époque vivait un certain chrétien, du nom de Thrason, 
homme d'importance, riche des biens de la terre et pur dans ses 
mœurs; quand il vit ses compagnons chrétiens harassés de fatigue 
et épuisés par les travaux forcés, il voulut, avec son abondance, 
fournir les vivres et la nourriture aux saints Martyrs... » Et plus 
loin : « Maximien commauda que les suivants : Cyriacus, Largus, 
Smaragdus et Sisinnius fussent condamnés à creuser le sable et à 
le porter sur leurs épaules au lieu où l'on construisait les Thermes. 
Mais, parmi le reste, se trouvait un vieillard, du nom de Saturni- 
nus, qui était alors brisé par les ans, et ils commencèrent à 
l'aider à porter son fardeau. Mais quand les gardes virent cela, 
que Sisinnius et Cyriaque portaient leur propre fardeau et celui 

des autres » Des faits analogues ou presque semblables sont 

racontés dans le récit de la passion de saint Cyriaque et de ses 
compagnons et de sainte Severa, vierge et martyre. 

Saint Athanase fait aussi mention du même mode de châti- 
ment : « Les vieux évéques furent conduits par les Ariens en 
exil, où ils en placèrent quelques-uns dans les carrières de 
pierres (1) et firent périr les autres. » 

(1) Carrières de pierres (lapidicinœ) — endroit d'où l'on extrait la pierre, 
nommé en grec laiumiœ. C'est de là que l'on donna aux prisons le nom de 
/a/u/n/Vp, soit parce que les criminels y étaient envoyés pour extraire la 
pierre, soit parce que les Tyrans de Syracuse avaient près de cette ville de 
grandes carrières de pierres creusées dans le roc d'où auparavant on avait 
extrait les pierres servant à la construction de la ville et dont on faisait 
alors usage comme de prisons. 

On se rappelle comment les malheureux survivants de la désastreuse 
expédition athénienne, sous Lamachus (av. J.-C. 415), contre Syracuse, pé- 
rirent dans ces lalumiœ. 



- 207 - 



ZottuxCB et tourments bee (Utarf^rs chrétiens 

Plus fréquemment encore en parle Victor, dans sa Persécution 
vandale, où il écrit à un certain endroit : « Mais quand le Tyran 
eut, de cette façon, échoué dans son dessein de faire tomber le 
mur de leur constance, il conçut le plan de ne permettre à aucun 
des hommes de notre Religion, occupant des emplois à sa cour, 
de toucher les pensions et les honoraires habituels et résolut 
même de les épuiser par de rudes travaux. Il ordonna que des 
hommes bien nés et habitués à une nourriture délicate fussent 
menés dans les plaines d'Utica pour y couper les récoltes des 
champs, sous les rayons d'un soleil brûlant, où tous se réjouirent 
dans le Seigneur. » 

De tout cela nous pouvons conclure, sans l'ombre d'un doute, 
que c'était la coutume chez les anciens de condamner les cou- 
pables et les chrétiens aux travaux forcés en vue de leur infliger 
la plus grande injure et la plus forte insulte possible, particuliè- 
rement à ceux qui avaient été ennoblis par le service militaire. 

A proprement parler, ce n'étaient que les individus de la plus 
vile espèce qui étaient généralement condamnés aux travaux 
forcés et si certains soldats étaient ainsi traités, c'était absolu- 
ment contraire aux lois qui défendaient qu'un soldat fût con- 
damné aux mines, ou à être torturé, ou, en aucune circonstance, 
à être forcé de travailler aux constructions, non plus qu'à accom- 
plir les devoirs journaliers des esclaves. L'énorme édifice que 
jusqu'à ce jour l'on appelle les Bains de Dioclélien a été construit 
à la sueur et à la fatigue des soldats et des Martyrs chrétiens. Une 
circonstance, que nous ne pouvons considérer que comme due à 
la faveur spéciale du Dieu Tout-Puissant, est celle qui nous montre 
que, dans les dernières années pendant lesquelles le pape Pie W 
occupait encore le siège papal, la plus importante partie du 
bâtiment, qui demeurait intacte, changea de situation : elle servit 
d'église et fut dûment et solennellement consacrée à Marie, la 
mère de Dieu, et aux Saints Anges (Eglise de Santa Maria degli 



— 208 - 



(}ÛX<xti^tB cottbamnéB aux minCB 



Angeli à Rome). Mais assez sur les patients chrétiens condamnés 
aux travaux forcés. 



MARTYRS CONDAMNES AUX MINES 

On nous dit que les souffrances et les indignités supportées par 
les personnes condamnées aux mines étaient nombreuses. 

Pour commencer, on les défigurait par des marques et des 
brûlures ; ils étaient privés de tous leurs biens et de leurs droits 
de citoyens romains, s'ils en possédaient; ensuite ils étaient frap- 
pés de verges et chargés de fers, forcés à se coucher sur la terre 
nue s'ils voulaient reposer leurs membres fatigués, dégoûtés par 
la saleté et la puanteur des endroits où ils se trouvaient, et tor- 
turés par les périodes de jeûne auxquelles ils étaient soumis. En 
outre leur tête était rasée en forme de coiironne; enfin, sous les 
empereurs Maximien, Dioclétien et Galère, on leur arrachait de 
plus l'œil et on leur coupait la jambe gauche. 

Le fait que ceux que l'on envoyait aux mines étaient d'abord 
dégradés par des marques et des brûlures est clairement prouvé 
par un passage, déjà dans ce chapitre, de Suétone, Vie de Cali- 
gula: « Beaucoup de personnages de condition respectable, après 
avoir été premièrement défigurés par des marques brûlantes, 
furent, par lui, condamnés aux mines. » 

D'autre part, Constantin, écrivant à Eumelius dans un rescrit 
daté de Cabillunum (Chalon-sur-Saône) le 21 mars, sous le qua- 
trième Consulat de Constantin Auguste et Licinius : « Si quelque 
homme a été condamné à l'emprisonnement pénal ou aux mines, 
sa figure ne doit être marquée d'aucune écriture, la sentence de 
sa condamnation peut néanmoins être imprimée sur ses mains 
ou sur ses chevilles par une seule flétrissure. Le visage humain, 
qui a été formé à la ressemblance divine, ne doit jamais être 



— 209 — 

N 



ZotturtB et €ourmen(B bee ©tart^ra chrétiens 

abîmé ni dégradé. » Ainsi Constantin, le premier empereur chré- 
tien, nous montre clairement par ces mots, que, jusqu'à ce jour, 
on avait continué la coutume de marquer le visage de ceux qui 
avaient été condamnés aux mines avec des marques noires qui 
ne pouvaient jamais être efîacées et des lettres profondément 
gravées. 

Quant à la confiscation des propriétés et la privation des droits 
du citoyen, ce fait peut être constaté par diverses lois. De plus, 
ceux qui étaient condamnés aux mines étaient réduits à la condi- 
tion d'esclaves, comme on peut s'en convaincre en consultant la 
loi jomaine, d'où il suit naturellement que chaque article de 
leurs biens devenait propriété publique après leur condamnation. 
« Un homme condamné aux mines devient esclave en vertu de 
sa punition et, en conséquence, celui qui a subi cette sentence 
voit ses biens confisqués au profit du Trésor. Donc, toute pro- 
priété, possédée par la personne que vous déclarerez avoir été 
subséquemment libérée par notre clémence, appartiendra plutôt 
aux revenus publics qu'à elle-même. » 

En outre, le fait que les saints martyrs, condamnés aux mines, 
étaient frappés avec des bâtons, chargés de fers, avaient la 
moitié de leur tête rasée, étaient torturés par la faim, la saleté et 
les mauvaises odeurs, est certifié par une des Lettres de saint 
Cyprien, adressée à Nemesianus et aux autres martyrs, ses com- 
pagnons, alors emprisonnés dans les mines. 

« Mais, que vous ayez été si cruellement frappés avec des 
bâtons, que vous ayez subi toutes ces souffrances qui sont pour 
vous une initiation et le premier pas dans la voie de votre con- 
fession à la foi en Jésus-Christ, constitue un fait qui doit exciter 
l'indignation. Pourtant un chrétien a-t-il jamais frissonné devant 
le bâton, sachant que son espérance est tout entière dans un autre 
instrument de bois, la croix. Le serviteur du Christ a connu le sa- 
crement de son salut, par la croix de bois il a été racheté pour la 



- 210 - 



(gtatfjpts conbamnéfi dnx minée 



vie éternelle; par la croix, il s'est avancé vers la couronne de 
bénédiction. Qu'y a-t-il d'étonnant, je vous le demande, à ce 
que vous, vaisseaux d'or et d'argent, ayez été envoyés à la mine, 
véritable patrie de l'or et de l'argent, sauf que maintenant la 
nature de la mine est changée, car les endroits qui avaient l'habi- 
tude de fournir l'or et l'argent, commencent au contraire main- 
tenant à en recevoir ? 

« On a de plus mis des fers à vos pieds et lié vos membres sacrés, 
ces temples de Dieu, avec des chaînes dégradantes, comme si 
l'esprit pouvait être lié ainsi que le corps, ou votre or souillé par 
le contact du fer. Pour ceux qui se sont consacrés au service de 
Dieu et témoignent leur foi en lui par leur vie religieuse, ces 
choses sont des armes et non des liens, ce n'est pas à leur honte 
qu'on enchaîne les jambes des chrétiens, mais à la gloire et à 
l'éclat de leur perfection. 

« pieds heureusement mis aux fers, (jui ne seront pas déli- 
vrés par le forgeron, mais par Dieu lui-même I pieds heu- 
reusement mis aux fers qui partent sur la route bénie pour le 
paradis! pieds attachés et liés pour un court espace de temps, 
afin d'être libres pour toujours ensuite. pieds qui trébuchent 
pour quelque temps, garrottés par des chaînes et des barres en 
croix ; mais qui courront bientôt dans le glorieux sentier qui 
conduit vers le Christ 1 Qu'importe si une cruauté envieuse et 
malintentionnée vous tient dans les liens et les chaînes, quand 
vous devez bientôt quitter cette terre et ces souffrances pour le 
royaume des Cieux ? En vérité, dans les mines, le corps n'est pas 
flatté par de molles couches et de bons lits ; mais il est récon- 
forté par le rafraîchissement et la consolation qu'il trouve dans le 
Christ. Vos membres épuisés couchent sur la terre nue; mais ce 
n'est pas un châtiment que de coucher avec le Christ. Vos corps 
sont souillés par les impuretés et les croûtes, faute de bains ; mais 
vous êtes lavés éternellement dans l'esprit. Votre pain est rare et 



— 211 - 



torturée et ZoutmcnfB ^cb (^art^re c^rHkixB 

malpropre ; mais l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de 
la parole de Dieu. Vous tremblez et n'avez rien pour vous cou- 
vrir; mais celui qui se revêt de Jésus-Christ est vêtu et chaufTé 
abondamment. Vos têtes sont à moitié tondues et vos cheveux 
sont rudes et en broussailles; mais lorsque le Christ est votre 
tête, combien belle doit être cette tête qui a reçu le nom du 
Seigneur ! Toute cette difformité qui est haïssable et abomi- 
nable aux }'eux des païens, quelle splendeur sera jugée digne 
d'elle? » Presque identiques sont les termes de la lettre suivante 
envoyée en réponse par les patients en question à saint Cyprien : 
« Nos compagnons de prison te remercient grandement en Dieu, 
très cher Cyprien, d'avoir rafraîchi, par ta lettre, leur poitrine 
iatiguée, d'avoir guéri leurs membres contusionnés par le bâton, 
d'avoir délivré leurs pieds liés par les entraves, d'avoir renou- 
velé les cheveux sur leur tête à moitié chauve, d'avoir éclairé les 
ténèbres de leur cachot, d'avoir nivelé les pentes escarpées des 
mines, d'avoir même placé devant leurs narines des fleurs 
embaumées et chassé dehors la suffocante odeur de la fumée. En 
outre, ton ministère, aussi bien que celui de notre bien-aimé 
Quirinus, a été rempli et les provisions envoyées ont été 
distribuées par Herennianus, le sous-diacre, Lucanus, Maxi- 
mus et Amantius, les acolytes, employés pour subvenir à tout 
ce qui manquait pour notre subsistance. » Enfin nous savons, par 
le Martyrologe Romain et par Eusèbe, que les Martyrs con- 
damnés aux mines avaient souvent l'œil droit arraché et les nerfs 
de la jambe gauche coupés. Eusèbe écrit : « Bientôt, quand 
Dioclétien et Maximien furent las des excès de souffrances 
qui nous étaient infligés, et fatigués du massacre des 
créatures humaines, ijiiand ils furent rassasiés et saturés du 
sang versé, et quand on sut à quoi s'en tenir sur la clémence 
et la pitié que l'on pouvait attendre d'eux, pour éviter à 
l'avenir de paraître exercer sur nous aucune cruauté spé- 



— 212 — 



^■1— Ji«H II I 



(WftarfjrB conbamnés auT mines 



ciale, — car ils considéraient qu'il n'était pas convenable de 
contaminer leurs états par l'effusion du sang domestique, 
ni de souiller, par la tache de l'inhumanité, leur gouverne- 
ment que tous tenaient pour être clément et plein de miséri- 
corde — ces princes bénis, voulant au contraire faire bénéficier 
toute l'humaniité d'un gouvernement royal, pur et généreux, et 
désirant que personne ne fût puni de mort et que cette sorte de 
peine nous fût ainsi remise, ces princes bénis décidèrent donc 
simplement que nos yeux seraient arrachés et l'une de nos jambes 
brisée 1 Car à leurs yeux, ce n'était que nous infliger une légère 
punition et nous faire endurer de douces tortures. En consé- 
quence il est impossible de dire le nombre de ceux qui, par 
respect pour leur horrible clémence, ont eu leur œil droit arraché 
par un poignard (et la cavité d'où il avait été tiré cicatrisée par un 
fer chaud) et leur jambe gauche brûlée à l'articulation de la 
jointure, puis eux-mêmes condamnés aux mines de cuivre en 
diverses provinces, pas tant pour tirer profit de leur travail que 
pour les tourmenter et les torturer. » 

Plus loin, saint Clément déclare que les chrétiens condamnés 
aux mines étaient gardés par des soldats et la loi nous informe 
qu'ils étaient régulièrement châtiés avec le touet, comme des 
esclaves. 

Eutropius nous dit que Tarquin le Superbe fut le premier 
Romain qui eut l'idée de ce supplice des mines ; mais il n'en fut 
certainement pas le premier et originaire inventeur, car Diodore 
de Sicile et Suidas déclarent tous deux, maintes fois, que 
Sémiramis, reine d'Assyrie, exploitait les mines et y faisait tra- 
vailler les prisonniers de guerre. Les femmes, aussi bien que les 
hommes, étaient quelquefois condamnées à travailler dans les 
mines. 



- 213 — 



ZoriuxcB et tourmenta bee (jÛXatiT^XB cÇréttetiB 



INSULTES ET INDIGNITES COMMISES PAR LES PAÏENS ET PAR LES 
HÉRÉTIQUES SUR LES CADAVRES DES SAINTS MARTYRS 

Nous avons déjà vu, d'après saint Athanase, dans un passage 
cité plus haut, concernant les exilés catholiques, comment les 
ennemis de la foi chrétienne orthodoxe n'exerçaient pas seule- 
ment leur cruauté sur les saints Martyrs quand ils étaient vivants, 
mais aussi quand ils étaient morts. De sorte que nous pensons 
que ce ne sera pas étranger à notre sujet si nous disons quelques 
mots, avant de conclure, sur l'inhumanité et la sauvagerie des 
persécuteurs envers les corps des Martyrs qui n'avaient plus de 
vie ni de sentiment. 

Pour commencer, Eusèbe, dans son Histoire Ecclésiastique, 
nous donne beaucoup d'exemples de ces horreurs, dont nous 
citerons une ou deux. A un certain endroit, il écrit : « Pour César, 
ayant répondu par lettre et ordonné que tous ceux qui confesse- 
raient leur foi au Christ seraient mis à la torture, le gouverneur, 
comme pour en faire parade et les donner en spectacle à la popu- 
lace, commanda que les saints Martyrs fussent amenés dans la 
salle du jugement. Là, il les examine une fois de plus et rend la 
sentence que tous ceux qui sont citoyens romains soient déca- 
pités, mais que le reste soit livré aux bétes » Puis, après que 

lesdits saints eurent victorieusement conquis la couronne du 
martyre, l'historien ajoute : « Mais, même ainsi, leur rage et leur 
cruauté contre les saints n'étaient pas satisfaites, car vraiment ce 
peuple féroce et barbare était excité par une béte sauvage et 
furieuse, le Démon. Leur haine se ralentit à peine, pour ne pas 
dire pas du tout, et ils commencèrent à exercer de nouveau sur 
les cadavres de leurs victimes leurs insultes et leur malveillance. 
Car, quoiqu'ils eussent été subjugués par la constance des Mar- 



- 214 - 



CciiAprCB BUriB sépuHurt 



tyrs, étant donné qu'ils avaient mis de côté tout sentiment 
humain, leur folie ne fut ni retardée, ni réprimée d'un côté, bien 
plutôt la haine amère du gouverneur et du peuple fut de plus en 
plus échauffée!... Donc, les cadavres de ceux que l'odeur 
empestée de la prison avait suffoqués, que la torture avait tués, 
étaient exposés pour être déchirés par les chiens et, de plus, 
soigneusement surveillés nuit et jour, afin que personne, d'aucun 
parti, ne pût les confier à la tombe. Enfin, les membres des 
Martyrs tués dans l'amphithéâtre, c'est-à-dire ceux qui n'avaient 
pas été dévorés par les bétes, ou consumés par le feu, étaient, 
soit découpés en petits morceaux, soit brûlés comme du combus- 
tible ; en outre, les têtes de ceux qui avaient été décapités étaient 
recueillies et cachées avec les troncs et gardées par des piquets, 
afin d'être sûr qu'elles resteraient sans sépulture. 

« En même temps, beaucoup de gens venaient pour se moquer 
de ces pauvres restes et pour crier : « Où est leur Dieu mainte- 
nant? A quoi leur a servi leur religion qu'ils préféraient à leur 
propre vie? » Ni en profitant de la nuit, ni en offrant de fortes 
sommes, leurs amis ne purent rien faire pour eux, car leurs corps 
étaient toujours attentivement surveillés, les païens semblant 
considérer qu'ils obtenaient un grand avantage en réussissant à 
les laisser couchés à terre sans être enterrés. En fin de tout, après 
que les restes des martyrs étaient restés six jours et six nuits à 
ciel ouvert, soumis à toutes sortes d'ignominies, ils étaient 
d'abord brûlés par les mains de vils misérables et réduits en 
cendres, ensuite jetés dans le Rhône, qui coule tout prés de là, 
afin qu'aucune trace d'eux ne restât nulle part sur terre. » Et 
encore : « Mais le reste de la bande des chrétiens fut chargé de 
chaînes et conduit par les officiers sur des vaisseaux de bord que 
l'on lançait en avant sur la mer profonde et les vagues orageuses. 
Ceux des serviteurs du grand Roi qui, après leur mort, avaient 
été décemment et convenablejnent mis en terre, étaient^ par 



215 - 



tortures et CourmentB bes (jÛXari^xB chrétiens 

l'ordre formel des empereurs, les maîtres réputés, déterrés et 
jetés à la mer; de peur que s'ils étaient déposés dans le tombeau 
et commémorés par des monuments, le peuple ne les prît pour 
des dieux et ne les honorât avec une religieuse vénération. » Et 
autre part encore : « Mais ce monstre de cruauté (le tribun 
Maxys) commettant des actes d'inhumanité encore plus exces- 
sifs, et sa rage contre les hommes religieux s'augmentant encore 
au point de devenir bestiale, transgressant toutes les lois de la 
nature, alla jusqu'à interdire que les cadavres des saints fussent 
enterrés; et, dans ce but, ordonna que leurs corps, laissés dehors 
à ciel ouvert pour être déchirés par les bétes, fussent attentive- 
ment surveillés nuit et jour. En conséquence, pendant bien des 
jours on pouvait voir un grand nombre d'hommes remplissant ce 
rude et barbare devoir, tandis que d'autres continuaient à exercer 
une active surveillance du haut d'une tour d'observation placée 
sur une hauteur afin de veiller à ce qu'aucun cadavre ne fût enlevé. 
De sorte que les animaux sauvages, les chiens et les oiseaux de 
proie déchiraient leurs membres et dispersaient leurs restes çà et 
là, jusqu'à ce que la ville entière fût partout jonchée d'entrailles et 
d'os humains. Pour tout dire, ceux-là mêmes qui, jusqu'alors, nous 
avaient été hostiles, déclarèrent qu'ils n'avaient jamais rien vu 
de plus horrible ni de plus atroce, plaignant non pas tant l'infor- 
tune des individus si terriblement traités, mais plutôt et surtout 
eux-mêmes à cause de l'injure faite au respect humain et aux 
droits de la nature, parente commune à tous les hommes. Car la 
chair humaine n'était pas dévorée sur un seul endroit, mais on 
pouvait la voir partout à terre, déchirée, arrachée (spectacle que 
la plume se refuse à décrire et que la tragédie serait impuissante 
à représenter) s'offrant à tous les yeux à chaque porte de la ville; 
quelques personnes déclarèrent même qu'elles avaient vu des 
membres séparés et jusqu'à des corps entiers, pour ne rien dire 
des fragments d'entrailles humaines, en dedans des grilles. » 



- 216 — 



SSl£X2ll^e»SG"CS5aS<!J5^(2:3^3G«iX;S^^ 




G^Asx2«f2G»ne«^t)e^a6^gsG&seiÊ?s(^^ 



T A V t~>- 



Fjg. XL VI 

Troplitc composé de presque toutes les sortes d'instruments employas pour torturer les Saints Marlyr^ 



CA'bavHB BdnB BtpuftVLXt 



Mais maintenant écoutez le récit d'un fait merveilleux: (( Pen- 
dant plusieurs jours, tandis que ces choses s'accomplissaient, on 
put voir ce miracle : Quoique le temps fùl parfaitement beau, 
que le soleil brillât avec éclat, que Tair fût transparent et le ciel 
entier calme et magnifique, soudain les piliers qui, dans toute la 
ville, supportaient les colonnades des monuments publics et pri- 
vés laissèrent suinter des gouttes comme si c'eût été des larmes. 
Le Forum aussi, ainsi que les rues, malgré que pas la plus petite 
pluie ne tombât, devint mouillé d'une façon mystérieuse, comme 
s'il eût été trempé par l'eau, de sorte que, de bouche en bouche, 
ou répétait que la mère Terre ne pouvait tolérer plus longtemps 
la cruauté et l'impiété des atrocités qui se commettaient alors, et 
que, d'une façon inexplicable, elle répandait des flots de larmes; 
les pierres même, ainsi que toute la nature inanimée, pleurant ces 
crimes odieux et réprouvant la dureté de ces hommes au cœur de 
fer et leur nature si cruelle et si impitoyable. » 

Ainsi parle Eusèbe, dont les paroles sont de plus confirmées 
par ce que dit à ce sujet Théodoretus et Sozomen dans leurs 
Histoires ecclésiastiques, le premier écrivant sur l'empereur Valens 
et le second sur Julien l'Apostat. Théodoretus écrit : «. Après que 
Palladius, homme s'adonnant beaucoup à la superstition, eût fini 
de torturer les corps délicats des jeunes gens catholiques, 
quelques-uns d'entre ceux-ci, lorsque leur martyre fut consommé, 
furent laissés couchés à terre, privés de la sépulture qui leur était 
due. De sorte que leur famille, frères, parents, et, je puis dire la 
ville entière, réclamèrent pour que ce dernier bienfait, cette der- 
nière consolation leur fût accordée . Mais, oh ! à cause de la dureté 
impitoyable de leurs juges, ou plutôt de leurs bourreaux, ceux qui 
ont combattu si vaillamment pour leur religion subissent le même 
sort que les meurtriers et leurs cadavres sont laissés sans sépul- 
ture ; ceux qui luttèrent avec tant de force pour leur foi sont 
exposés à être dévorés par les oiseaux et les bêtes ! Plus encore. 



- 217 - 



ZoxtntCB tt tourmente beB (JÛXari^xB cÇrétiens 

ceux qui prenaient pitié des parents et des martyrs, tués pour 
l'amour de leur conscience, sont eux-mêmes considérés comme 
coupables de quelque crime abominable! » Enfin Sozomen écrit 
le passage suivant : (( Mais quand ils eurent mis en pièces leurs 
corps (savoir : ceux des saints Eusèbe, Nestabus etZeno) et eurent 
à tel point broyé leurs têtes que leurs cervelles se répandaient à 
terre, ils les emportèrent en dehors de la ville, là où l'on avait 
l'habitude de jeter les carcasses des animaux. Puis, allumant un 
bûcher, ils brûlèrent leurs corps, ensuite ce qui restait de leurs 
os que le feu n'avait pas entièrement consumés, ils le mêlèrent 
aux os des chameaux et des ânes qui se trouvaient çà et là, de 
façon à ce qu'il fût excessivement difficile de trouver les reliques 
des saints martyrs parmi tant d'ossements... Pourtant, ils ne res- 
tèrent pas longtemps ainsi cachés... » 

Tels étaient donc les supplices et les tortures, ainsi décrits par 
moi, au moyen desquels les martyrs chrétiens des deux sexes 
étaient affligés, et grâce auxquels, dans les jours de persécution, 
ils gagnèrent la couronne glorieuse du martyre. 

Ce sont, ô vaillants soldats de Dieu, ce sont, indomptables cham- 
pions du Christ, ce sont, dis-je, les brillants étendards de vos 
victoires, les marques manifestes de votre foi et de votre force, ce 
sont les trophées de votre triomphe! 

La mort que vous recherchiez si ardemment, ô vous, glorieux 
guerriers de l'armée de Dieu, vous a valu une vie de bonheur 
éternel ! Vous, vous seuls êtes vraiment des heureux ! Qui pourra 
ne pas proclamer votre béatitude absolue, vous qui, ne 
faisant aucun cas des richesses et des plaisirs du monde, pour 
l'amour du Christ, n'avez-vous pas connu de plus grand désir que 
d'exhaler votre dernier soupir au milieu des plus affreux tour- 
ments? C'est pourquoi, dans les temps de persécution, lorsque 
l'angoisse de vos souffrances s'accroissait de plus en plus, fixant les 



— 218 — 



(^raison finafe 



yeux de votre âme sur la récompense céleste, vous parliez ainsi à 
Dieu dans vos cœurs, sans mouvoir vos lèvres : 

« Ici, sur terre, très miséricordieux seigneur Dieu, fais que les 
tortures du corps soient multipliées au centuple, afin qu'au Para- 
dis la paix et le bonheur en soient d'autant augmentés I » — poi- 
trines, brûlant de la flamme de l'amour divin ! cœurs embrasés 
de l'ardeur de l'Esprit Saint! 

Il n'y a pas lieu de s'étonner en aucune façon, si ces très vail- 
lants athlètes de Dieu, demeurant fidèles au milieu des orages, 
n'étaient effrayés par aucun péril, mais, au contraire, rendus plus 
ardents et plus intrépides par la souffrance, demandaient avec 
insistance que, toutes les heures, des tortures sans cesse renou- 
velées, les plus terribles et les plus angoissantes, leur fussent infli- 
gées, comme s'ils n'eussent pu jamais être rassasiés de douleurs. 

Mais, ô misérables que nous sommes ! malheureux pécheurs! 
Quelle excuse, quelle excuse, dcmandai-je, trouverons-nous devant 
le Seigneur, au jour terrible de Son Jugement, — nous qui, sans 
avoir à endurer les horreurs de la persécution, ni à affronter la 
torture, avons tenu la grâce de Dieu ainsi que notre propre salut 
pour si peu de chose que nous avons choisi de passer toute notre vie 
dans l'indifférente torpeur d'un sommeil indolent? 

Qu'invoquerons-nous, quand les piliers mêmes des cieux trem- 
bleront, quand toutes les nations de la terre hurleront, quand la 
très noble armée des saints martyrs du Christ, se tenant devant 
le trône de gloire, pleins de joie et de confiance, découvriront les 
cicatrices de leurs blessures, brillant sur leurs corps et surpas- 
sant, par leur éclat, la splendeur du soleil? 

Qu'aurons-nous alors à montrer? De quels mérites nous pré- 
vaudrons-nous ? Quelle justification pourrons-nous donner? — 
La grâce et sa parole inviolable. Le renoncement à toutes les joies 
de la terre, les aumônes, le jeûne, la mortification de la chair. 
La pitié, la patience, l'aimable componction, la paix du cœur, de 



- 219 - 



Zoxiuus tt tourmente bee (UXart^re cÇréttene 

calmes et saintes veillées, passées en oraisons!... En vérité, bénis 
sont-il, et trois fois heureux ceux qui possèdent de tels boucliers 
pour les préserver! Ils deviendront compagnons des saints mar- 
tyrs, et partageront leur gloire et y participeront. 

Ainsi, nous vous prions et vous supplions, et nous vous conju- 
rons très sincèrement, par des prières réitérées, ô martyrs très 
saints, qui, pour l'amour de Dieu, et par sa grâce divine, avez 
supporté volontairement, d'un visage joyeux, les supplices, et qui, 
à cause de cela ne faites maintenant qu'un avec lui, réunis en un 
doux accord et en une complète sainteté, — nous vous conjurons 
de plaider auprès de Dieu, en notre faveur, nous misérables 
pécheurs, courbés sous le poids des plus lourdes fautes et dégra- 
dés par les vices de négligence les plus vils, nous vous conjurons 
de plaider afin que, aimant Dieu de tout notre cœur et de toutes 
nos forces dans cette vallée de larmes, nous puissions ensuite 
être trouvés dignes, en ce jour terrible où tous les mystères seront 
dévoilés, d'obtenir la miséricorde et le salut éternel! 

Et par-dessus toutes choses, je vous implore, ô glorieux soldats 
du Dieu tout-puissant, de ne pas m'oublier, moi, l'auteur de ce 
livre, qui suis le plus abject de tous les pécheurs! C'est par votre 
intercession, et par elle seule que j'attends et espère, avec toute 
l'onction et l'ardent désir de mon cœur, conquérir l'éternelle 
félicité, et être comme vous rempli jusqu'au bord des eaux abon- 
dantes de la bénédiction de Dieu, et enivré des richesses inexpri- 
mables de Sa Demeure. 



FIN 



— 220 - 



Table des matières 



et Table des figures 



TABLE DES MATIERES 



CHAPITRE I 

De la Croix, des Poteaux et autres engins de supplice, aux- 
quels étaient suspendus les corps des chrétiens qui 
demeuraient fermes dans la confession du Christ 1 

CHAPITRE II 

De la Roue, de la Poulie et du Pressoir comme instruments 

de torture 23 

CHAPITRE III 

Du Cheval de bois, comme instrument de supplice et de plu- 
sieurs sortes de liens et entraves 36 

CHAPITRE IV 

Des divers instmments employés pour flageller les Saints 

Martyrs 69 

CHAPITRE V 

Des divers instruments que les Païens avaient coutume 
d'employer pour déchirer la chair des fldèles serviteurs 
du Christ, — savoir : Griffes de fer, Tenailles et Etrilles. . 100 



- 223 — 



ZMt bee (BtatièreB 



CHAPITRE VI 
Plaques rougies au feu, Torches et Tisons enflammés 111 

CHAPITRE VII 

Du Taureau d'airain, de la Poêle, du Pot, du Chaudron, du Gril 
et du Bois de lit ; aussi de la Chaise, du Casque, de la 
Tunique et autres instruments de supplice en fer rougi 
au feu 119 

CHAPITRE VIII 

De divers autres moyens par lesquels furent torturés, à l'aide 

du feu, les Saints Martyrs du Christ 137 

CHAPITRE IX 

Des autres instruments de torture et méthodes employés 
pour supplicier les Martyrs chrétiens, — tels que : Stylets 
en fer des écoliers. Clous, Scies, Lances, Epées, Flèches, 
— ou bien ; l'Eventrement, l'Eg-orgement, la Décapitation, 
les Brùlvu-es et Marques au fer, les blessures avec la 
Hache et le broiement par la Massue 151 

CHAPITRE X 

Des autres instruments de torture et méthodes employés 
pour supplicier les Martyrs chrétiens, - tels que : Avoir 
les pieds, les mains, la langne (et les seins pour les 
femmes) coupés, les dents arrachées. Etre écorché tout 
vif. Etre exposé aux bêtes sauvages 173 



- 224 - 



€a6fe bes (ttlatièreg 



CHAPITRE XI 

Des autres Tortures et modes de martyre. Etre enterré vivant. 
Jeté dans les rivières, puits et fours à chaux. Avoir le 
ventre ouvert et autres choses semblables 192 

CHAPITRE XII 

Martyrs envoyés en exil et condamnés aux travaux forcés 

ou aux Mines 201 




- 225 - 



TABLE DES FIGURES 



FiG. I 



A. — Martyres suspendues par un 

pied. 

B. — Suspendue par les deux pieds. 

C. — Élevée sur la croix, la tête en 

haut. 

D. — Clouée à la croix, la tète en 

bas. 



E. 

F. 
G. 



Pendue par les deux bras, avec 
de lourds poids attachés aux 
pieds. 

Femmes chrétiennes pendues 
par les cheveux. 

Martj'res pendues par un bras, 
avec d énormes poids atta- 
chés aux pieds. 



FiG. II 



A. - Martyr suspendu par les deux 

pieds, avec une grosse pierre 
attachée au cou. 

B. — Quelquefois les Saints Martyrs, 

après avoir été enduits de 
miel, étaient liés à des po- 
teaux fixés en terre, et ainsi 
exposés aux rayons du so- 
leil, pour être torturés par 



les piqûres d'abeilles et de 
mouches. 

C. — Martyr suspendu par un pied ; 
l'une des jambes est pliée 
au genou et est maintenue 
au moyen d'un cercle en fer, 
l'autre étant chargée d'une 
lourde masse de fer. 



FlG. III 



A. — Martyr suspendu par les pou- 

ces, de lourdes pierres étant 
attachées à ses pieds. 

B. — Chrétiens pendus, un feu lent 



étant allumé au-dessous 
d'eux afin de les suffoquer ; 
les victimes étant en même 
temps frappés avec des bâ- 
tons. 



FiG. IV 



A. — Martyr suspendu par les pieds, 
sa tête étant en même temps 
broyée à coups de mar- 
teau. 



B. — Martyr suspendu par les mains 

aui sont liées derrière le 
os, de lourds poids étant 
attachés à ses pieds et autour 
de son cou. 



- 227 - 



€Mt be0 ^x^uttB 



FiG. V 



A. — Martyr suspendu par les mains 
(qui sont liées derrière son 
dos) et ayant les épaules 
chargées de paquets de sel, 



B. - 



un bâillon de bois étant aussi 
mis dans sa bouche. 

Martyr suspendu par un cram- 
pon. 



FiG. VI 



Quelquefois les Martyrs étaient 
liés à la circonférence de 
grandes roues, et ainsi pré- 



cipités d'une hauteur sur 
des endroits pierreux. 



FiG. VII 



A. — Martyr dont les membres sont 
entrelacés dans les rayons 
d'une roue, sur laquelle il 
reste exposé pendant plu- 
sieurs jours jusqu'à ce qu'il 
meure. 



B. — MartjT lié à une roue étroite 
que l'on fait tourner, de sorte 
que son corps est horrible- 
ment déchiré par les piques 
de fer placées au-dessous. 



FiG. ViII 



Martyr lié à une roue que l'on 
fait tourner sur des piques 
de fer. 



B. — Lié à la circonférence d'une 
roue que l'on fait tourner 
au-dessus d'un feu allumé 
au-dessous. 



FiG. IX 



A. — Poulie. 

B. — Martyrs étirés par la poulie. 

C. - Ecrasé dans la presse, juste 



comme on écrase le raisin 
et les olives pour faire le 
vin et l'huile. 

D. — Cabestan ou treuil. 



FiG. X 



B. - 



Martyr, les mains liées der- 
rière le dos, hissé dans l'air 
par une poulie. 

Poulie. 



C. — Piques ou cônes pointus sur 
lesquels on laissait tomber 
les Martyrs. 



— 228 — 



1 














€Mc Ub St^uree 








FiG. XI 








A. 


— Martyr sur le cheval de bois. 


D. - 


Faisceaux consulaires. 






B. 

c. 


— Martyr suspendu au cheval. 

— Le cheval de bois. 


E. - 


Plate-forme ou échafaud sur 
lequel le cheval de bois était 
fixé. 








FiG. XII 








Un 


Martyr, fortement lié par des 
courroies ou lanières, vio- 
lemment tiré dans toutes 




les directions, et ainsi dé- 
chiré membre par membre. 








FiG. XIII 








Martyrs liés à un poteau fixé en terre 
ou à un pilier et battu avec 




persistance avec des bâtons 
jusqu'à ce qu'ils meurent. 








FiG. XIV 








A. 
B. 


— Martyr lié à quatre pieux et 

frappé avec des bâtons, 

— Martyr lié nu sur des piques 

de fer et violemment frappé 
avec des bâtons. 


C. - 


Martyr ayant les mains et les 
pieds liés et également frap- 
pé avec un bâton. 








FiG. XV 








A. 
B. 


— Martyr recevant des soufflets, 

des coups de pied, et ayant 
le visage meurtri à coups de 
poing. 

— Martyr lapidé. 


C. - 

D. - 


Martyr dont le visage et la 
mâchoire sont meurtris avec 
une pierre. 

Martyr écrasé sous une énorme 
pierre. 








FiG. XVI 








A. 


— Griffes de fer. | B. - Etrilles. 


1 C. — Crampons. 








- 22 


.9 - 







€Mt bes ^x^ntCB 



FiG. XVII 



A. — Martyr torturé au moyen des 
griffes de fer ou pinces. 



B. — Déchiré avec les crampons. 

C. — Lacérés avec les étrilles. 



FiG. XVIII 



A. — Tisons enflammés ou flam- 

beaux. 

B. — Torches de pin ou autre bois. 



C. - Plaques de métal rougies au 
feu. 



FiG. XIX 



A. — MartjT suspendu au cheval de 
bois et brûlé par la flamme 
des torches. 



B. — Martyr suspendu par les pieds 
à une poulie et torturé de la 
même façon. 



FiG. XX 



A. — Cheval de bois. 

B. — Martyr descendu du cheval et 

roulé sur des éclats de pote- 
rie. 



C. - Martyr sur lequel on verse de 
la chaux vive, de l'huile 
bouillante et autres choses 
semblables. 



FiG. XXI 

A. — Martyr rôtissant sur la char- j B. — Pelle de fer pour remuer le feu 
pente de fer ou gril ! de charbons. 

FiG. XXll 



A. — Martyr jeté, la tête la première, 
dans un chaudron plein de 
lomb fondu ou d'huile bouil- 



P 



ante. 



B. — Martyr dans une poêle à frire 

chaude. 

C. — Martyr plongé dans un pot 

bouillant. 



FiG. XXIII 



A. — Martyr dont les membres ont 
été coupés et mis dans la 
poêle. 



B. — Martyr dans le taureau d'airain. 

C. — Martyr placé sur le lit de fer et 

rôti. 



- 230 - 



€Mt bee ^iç^nvcs 



FiG. XXIV 



A. — Martyr dont la main est rem- 

plie d'encens mêlé à des 
charbons embrasés et qui, 
forcé par la douleur de là- 
cher l'encens, est considéré 
commeayantsacrifiéàl'idole. 

B. — Martyr revêtu de la tunique de 

fer et chaussé de souliers 



brûlants qui consument la 
chair jusqu'aux os. 

C. — Martyr assis sur la chaise de 

fer, tandis qu'on lui place 
sur la tête un casque rougi 
au feu. 

D. — Mart3'r dont les 3'eux sont brû- 

lés par un tison enflammé. 



Fi G. XXV 



A. — Martyr torturé au moyen de 

fers rouges sous les aisselles. 

B. — Rôti sur des charbons ardents. 



Martyr sur lequel on verse de 
la poix bouillante ou autres 
substances du même genre. 



FiG. XXVI 



Martyr forcé de marcher sur des 
charbons brûlants tandis 
qu'on lui verse sur la tête du 



plombfondu,dela poixbouil- 
lante ou autres substances 
semblables. 



FiG. XXVII 



Martyrs envoyés en mer sur un vaisseau plein de combustible auquel on a 
mis le feu. 



FiG. XXVIII 



A. — Martyr jeté dans une fournaise 

ardente. 

B. — Martyrs placés dans une tonne 

ou futaille et brûlés. 

C. — Martyr brûlé dans une chambre 

à laquelle on a mis le feu. 

D. — Pieds et mains liés et placé 

sur un bûcher enflammé. 



E. — Attache à quatre chevilles fixées 

en terre, un feu brûlant au- 
dessous. 

F. — Lié par des cordes enduites 

d'iiuile et consumé par un 
feu au-dessous de lui. 



Jeté dans une fosse remplie de 
charbons allumés. 



G. 

H. — Pelle en fer pour attiser le feu. 



— 231 



ZMc beB :figure0 



FiG. XXIX 



A. — Martyr blessé à mort par des 
oafçons avec leurs stylets à 
écrire. 



B. — Martyr dont les membres sont 
amputés un par un. 



FiG. XXX 



A. — Martyr auquel on enfonce un 

poignard dans la gorge. 

B. — Mis à mort à coups de flè- 

ches. 



C. — Frappé sur la tête à coups de 
hache. 

D. — Décapité avec un sabre. 

E. — Transpercé d'une lance. 



FiG. XXXI 

A. — Martyrs torturés à l'aide d'un j B. — Frappé d'un coup de poignard, 
poinçon. I c. — Percé de clous. 

Fig. XXXIl 



A. — Martyr frappé à coups de mas- 
sue ou ae bâton. 



B. —Scié en deux avec une scie de fer. 

C. — Mains et pieds coupes. 



FiG. XXXIII 

.A. — Martyr auquel on coupe la 1 B. — Auquel on arrache les dents, 
langue. j c. — Amputation des seins. 

FiG. XXXIV 



A. — Martyr auquel on arrache la 

peau du visage. 

B. — Dont les pieds sont nraputés. 



C. — Dont les jambes sont brisées. 

D. — Dont le front est brûlé. 



Fig. XXXV 
Martyrs écorchés vifs. 



— 232 



ZMt bCB :f tgures 



FiG. XXXVI 



i_ 



A. — Martyr transpercé d'un pieu 
pointu. 



B. — Martyr dont le ventre est ou- 
vert et le foie arraché, que 
les païens mangent parfois. 



FiG. XXXVII 



A. — Martyr lié par chaque jambe 
au sommet de deux arbres 
voisins qne l'on a courbés et 
rapprochés de force et qui 
seront bientôt relâchés brus- 
quement. 



B. — Martyr torturé au moyen de ro- 
seaux effilés introduits sous 
les ongles de leurs mains et 
de leurs pieds. 



Fi G. XXXVIII 



A. — Martyr emprisonné dans un 

filet et exposé pour être mis 
en pièces par un taureau 
sauvage. 

B. — Jeté à terre pour être dévoré 

par les bêtes sauvages. 

C. — Enveloppé d'une peau de bête 



et donné en pâture aux ani- 
maux. 

D. — Les pieds fixés dans une grande 
pierre et ayant des poinçons 
chauffés à blanc enfoncés 
sous les ongles , le martyr 
est livré aux chiens aflfamés. 



FiG. XXXIX 



A. — Martyrs attachés au cou ou à 
la queue de chevaux sau- 
vages et cruellement traînés 
par eux. 



B. — Traînés à travers les rues ou 
sur des endroits pierreux au 
moyen de cordes attachées 
à leurs pieds. 



FiG. XL 



Martyrs jetés dans des fosses 
profondes et enterrés jus- 

3u'au cou par de la terre et 
es pierres. 



B. — Martyrs à moitié enterrés, les 
mains liées derrière le dos, 
et laissés ainsi pour périr. 



FiG. XLI 



A. — Martyrs lancés la tête la pre- 
mière d'une hauteur. 



B. — Jeté dans un four à chaux. 



233 



ZMt be0 ^x^uttB 



FiG. XLIl 



Martyrs jetés dans une rivière, 
une grosse pierre au pied. 

Jeté à l'eau enveloppé dans un 
filet. 



A. 

B. 

C. — Jeté dans un courant voisin, 



avec une pierre attachée au 
bras. 

D. — Avec un poids de plomb au 

cou. 

E. — Jeté la tète la première dans 

un puits. 



FiG. XLIll 



A. — Martj^r enfermé dans une boîte 

de plomb et noyé dans une 
rivière. 

B. — Cousu dans un sac avec un 



coq, une vipère, un singe et 
un chien, et jetés dans la 
mer ou dans une rivière voi- 
sine. 



FiG. XLIV 



B. — Martyr traîné à travers la ville 
au moyen d un collier de fer 
rivé à son cou. 



B. — Mis à nu et roulé sur des char- 
dons de fer aigus. 



FiG. XLV 



Mart3Ts condamnés à travail- 
ler à la construction d'édi- 
fices publics. 



B. - Martjrs condamnés à tailler et- 
à transporter des blocs de 
marbre pour les construc- 
tions. 



Fi G. XL VI 



Trophée composé de presque toutes les sortes d'instruments employés 
pour torturer les Saints Martjrs. 



- 234 - 




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