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Full text of "Traité de géographie et de statistique médicales et des maladies endémiques : comprenant la météorologie et la géologie medicales, les lois statistiques de la population et de la mortalité, la distribution géographique des maladies, et la pathologie comparée des races humaines"

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E.BIBL.RADCL. 



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OXFORD MUSEUM. 

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V 



TRAITÉ 



DE 



GÉOGRAPHIE ET DE STATISTIQUE 

MÉDICALES 



ET DES MALADIES ENDÉMIQUES 



TOME SECOND. 



Pkrii. • lip r i wMj g éê L. Màmnmr, wtl li f — , % 



TRAITÉ 



DE 



GÉOGRAPHIE ET DE STATISTIQUE 

MÉDICALES 

ET DES MALADIES ENDÉMIQUES 



GOMFKKIIAHT 



LA M ftrtOROLOGII KT LA GÉOLOGIE MÉDICALES 

US LOIS STATISTIQUES DE LA POPULATION ET DE LA MORTALITi 

LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES MALADIES 

ET LA PATHOLOGIE COMPARÉE DES RACES HUMAINES 



Plt 



J. CH. M. BOUDIN 

MédedB en chef de ThAfiital nUiUirs dn Rode 
Officier de le L^on d'honneur 



Av«e • €artea et TablMi 



m Je tiens impoeiible de connaître les perliet seni 
connaître le tout, non plm que de connaître le 
tout sant connaître en détail lea parties. • 

(Pascal.) 



TOUE SECOND 



PARIS 



J.-B. BAILLIËRE et FILS 

LIBRAIRES DE L'ACADÉMIS IMPÉRIALE DE MÉDBCIKE, 

Rue Hautefeuille, 19. 
LONDRES , I NBW-TORK , 

I. BAILUfcBB, 219, BBOBNT-STBBET. | H. BAILLIAbK, 290, BBOADWAT 

HADBID, C. BAILLY-BAILLIÈRB. 11. CALLB DEL PRINCIPE. 

M DCGC LVII 

L*autear et rédilenr m résenent le droit de Induction. 



TRAITÉ 



DE 



GÉOGRAPHIE ET DE STATISTIQUE 



MEDICALES. 



LIVRE DIXIÈME. 

DE LA LUMIÈRR ET DE SON INFLUENCE. 

CHAPITRE PREMIER. 

. DISTRIBUTION DE LA LUMIÈRE j ET DE l'iNFLUENCI: DE LA 
COULEUR SUR LE CALORIQUE ET LES ODEURS. 

A&T. Z**. — Diitributîon ée la lumière. 

La lamière exerce une influence aussi puissante que variée sur l*ensem^ 
Me de la nature. Dans le règne minéral, une fouie de combinaisons chi- 
miques sont subordonnées à son action. L'image photographique se forme 
un peu plus promptement à 7 heures du matin qu'à 5 heures de l'après- 
midi, à 8 heures qu'à U heures, à 9 heures qu'à 3 heures, malgré la hau- 
teur semblable du soleil au-dessus de l'horizon, et par des circonstances 
atmosphériques en apparence identiques. Dans le règne végétal, les plus 
importantes fonctions de la plante sont sous la dépendance de la lumière ; 
dans le règne animal, elle préside à l'évolution normale des formes en 
même temps qu'elle représente le stimulant spécial de l'organe de la vue ; 
enfin, on peut affirmer que la lumière exerce une influence prononcée sur 
les dispositions intellectuelles et morales de l'homme. 

Dans les régions polaires la lumière est pâle, les rayons sont obliques ; 

mais, pendant tout le temps de la végétation, l'atmosphère est éclairée, et 

la longueur de la période lumineuse compense peut-être la faiblesse de 

son intensilé. Sous le U5* degré de laritnde, la végétation n'affecte pas la 

II. 1 



2 DISTRIBUTION DE LA LUMIÈHB. 

marche continue de la zone tdihride, Inaii la {lérîodicité des contrées du 
Dord ; dans les lieux les plus rapprochés du pôle, l'obscurité n*est jamais 
complète. Dans File Melville, par 75 degrés de latitude nord, le capitaine 
Parry a vu le soleil disparaître sous Thorizon le 11 novembre 1819 et ne 
se montrer de nouveau que le 3 février 1820; néanmoins, à l'époque de 
la plus grande déclinaison australe de cet astre, là lumière crépusculaire 
permettait encore de lire de très petits caractères à midi (1). 

La connaissance de la durée du crépuscule intéresse à la fois le méde- 
cin et le magistrat, en ce sens qu'elle peut répandre un certain jour sur 
la perpétration de quelques crimes , sur la possibilité de prolonger des 
travaux, etc. Les physiciens ne sont pas d'accord sur sa durée : elle dépend 
de la quantité angulaire dont le soleil est abaissé au-dessous do l'horizon ; 
mais elle est modiûée en outre par plusieurs autres circonstances, dont la 
principale est le degré de sérénité de l'atmosphère. Immédiatement après 
le coucher du soleil, la courbe qui forme la séparation entre la zone atmos- 
phérique directement illuminée par le soleil et celle qui n'est illuminée 
que secondairement et par réflexion reçoit le nom de courbe crépuscu- 
laire. Quelque temps après le coucher, cette courbe traverse d'orient en 
occident la région zénithale du ciel : cette époque forme la un du crépus- 
cule civil, et c'est le moment où les planètes et quelques étoiles de pre- 
mière grandeur commencent à paraître. La moitié orientale du ciel étant 
soustraite à l'éclairement solaire, la nuit commence pour toute personne 
placée dans un appartement dont les fenêtres regardent à l'orient Plus 
tard la courbe crépusculaire disparaît elle-même à Thorizon occidental; 
c'est alors la fin du crépuscule astronomique i il est nuit close. On peut 
estimer que le crépuscule civil finit lorsque le soleil est abaissé de 6 de- 
grés sous l'horizoni et qu'il faut un abaissement de 16 degrés pour pro- 
duire la fin du crépuscule astronomique (2) . 

A&.T. XX. — De l'abiorptiott et du dégagement du calorique teloa la 

couleur des objets (3]. 

Les corps présentent, pour le calorique et les odeurs, des facultés absor- 
baates qui varient selon leur couleur. M. Stark, d*Édintbourg« ayant en- 
touré la boule d'un thennomètre de laine, de soie ou de oolon^ pbça le thor- 

(1) Ann. de chim. et de phys.^ t. XX, p. 435. 

(2) VojM Palria, t. I, p. 30. 

(3) Voyez le mémoire commuoiqué le 20 Juin 1833 à la Société royale de Lon* 
ères, paf rir Datid Brewster. 



ABSORPTION feT DÉGAQKIIKNT DO CALOUlQlîE SKLOft lIs COULEURS. 3 

momètre dans un tube de verre d'eilviton trois quarts de pouce de diamètre, 
et neuf pouces de long. Le tube de verre fut ensuite plongé dans un vase 
contenant de l'eau bouillante, et rexpérimentateur nota eiactement le 
temps que tnit le thermomètre à s'élever d'un point donné à un autre. 
Dans toutes ces expériences le thermomètre marquait 50 d^résF., ou 
10 degrés centigrades, avant d'être plongé dans l'eau bouillante, et on 
le laissa s'élever jusqu'à 170 degrés F. «= 76%66 centigrades. Enfin, 
l'appareil ressemblait à peu près à celcd dont s'était servi Rumford ; seule- 
ment le tube de verre employé par ce dernier se terminait en boule, pour 
correspondre à celle du thermomètre. La première substance avec laquelle 
on expérimenta était de la laine diversement coloriée et de la même 
finesse autant que possible. Les couleurs étaient le noir, le vert foncé, 
Técarlate et le blanc. On avait pris trente grains de chaque substance (1). 

La thermomètre, avec la laine noire, mit. • . • • • 4* 30* 

poïkt s*élever de 50 à 170 degrés F. , ou de 10 degrés à 76%66 centi- 
grades. 

Avec la laine vert foncé, il mit. 5" 0' 

Avec Ift laine écarlate 5 30 

Avec lé laine blanche. 8 

M. Slark répéta l'étpérience avec lés mêmes couleurs, mais en se ser- 
vant seulement de vingt grains de chaque laine« et il obtint les résultats 
suivants : 

La laine noire mit 6" 35' 

pour s'élever de 50 degrés F. à 170 d^rés. 

Léine vert foncé 7" 43' 

Laine écarlate. 8 3 

Laine blanche. • 8 45 

Une nouvelle série d'expériences fut faite avec le thermomètre à air, 
gradué I Qtt dixième de pouce en série descendante, sur la boule duquel 
il fit arriver du calorique au moyen de la lampe à gaz d'Argand^ et de 
réflecteurs d'étain poli, d'environ trois pouces de diamètre. La boule du 
thermomètre fut entourée, au moyen d'un petit pinceau, d'une couche de 
couleurs différentes. La couleur noire lui fut donnée avec de la fumée de 
bougie. Au commencement de l'expérience le fluide colorié était à 1 de-* 
gré. Dans une moyenne de quatre expériences^ le thermomètre : 



(I) Anm»0s d'kygiènê pubU^uê, I"* lérie, t. XD, p. 87. Paris, 1884. 



ABSOEFTION BT DÈGAGIIIBNT DU CALORIQUI 

Avec la coalear noire, deaceodit à 83* 

Le bran foncé, moyenne de trois eipérience à. • • • 74 

Le ronge orange, id., à. . • 58 

Le Jaane, td.« à 53 

Ij& blanc, td.» à. 45 

Ces expériences prouvent qoe la couleur, indépendamnient de la sub- 
stance employée, exerce une puissante influence sur rabsorptioa du ca- 
lorique. 

Dans une seconde série d'expériences, M. Stark étudia rinflnence de 
la couleur sur le rayonnement du calorique. Il se servit encore de laine 
noire, rouge et blanche, et prit trente grains de chaque. 11 en entoura 
complètement la boule d*un thermomèti*e, plaça celui-ci dans un tabe de 
verre, comme il Tavait fait dans la première expérience, et plongea le tout 
dans un vase contenant de l'eau, à la température d'environ 190 degrés F. 
= 87*,77 centigrades. Quand le mercure fut descendu, dans le ther- 
momètre, à 180 degrés F. = 82 degrés centigrades, il plongea cdoi-q 
dans de l'eau à k5 degrés F. =s 7*, 22 centigrades, et nota très exactement 
les différences de refroidissement. 11 obtint les résultats suivants : 

La laine noire mit. •..•.....•.........••...• 21* 

4 descendre de 180 à 50 degrés F., ou de 82 à 10 degrés centigrades. 

La laine ronge mil •.......•• S6* 

La laine blanche • 27 

D'où il résulte que la température baissa à peu près dans les mêmes pro- 
portions qu'elle s'était élevée dans les expériences précédentes. 

Une seconde expérience avec vingt grains seulement des mêmes espèces 
de laines, à la température de 170 degrés F., donna pour résultat : 

La laine noire mit. 15" 45* 

à descendre de 170 à 60 degrés F., ou de 76\66 ^ 15«,56 centigrades. 

La laine ronge 17" 0" 

La laine blanche 18 30 

M. Stark se servit ensuite de farine de froment colorée en noir, ea 
brun, en jaune et en blanc. Il prit cent grains de chaque échantillon» et 
les mit dans un tube d'environ trois quarts de pouce de diamètre ; il en- 
fonça ensuite la boule du thermomètre dans la farine, et chauffa le tube de 
verre dans de l'eau bouillante, jusqu'à ce que le thermomètre man|iiât 



8IL0N LA COULIDR DBS OBJETS. 5 

190 degrés F. Lorsque le mercure fut descendu à 180 degré F., il plongea 
le tube daos de Teau à /i5 degrés F. , et nota la différence de refroidisse- 
ment Il obtint les résultais suivants : 

La fariae noire mit 9* 50* 

à descendre de 180 à 50 degrés F. , ou de 82 à 10 degrés centigrades. 

La farine brane mit Il* 0' 

La farine Jaune 12 

La farine blanche iS 15 

Le docteur Stark entreprit une troisième série d'expériences, en recou- 
vrant de différentes couleurs la boule du thermomètre à air, et il obtint 
des résultats qui confirmèrent ceux qu*ii ayait obtenus déjà. An reste, Teau 
elle-même se refroidit plus ou moins lentement dans un vase, suivant la 
couleur de ce vase« 

Franklin déjà pensait que les vêtements noirs conviennent moins dans 
un climat ou une saison chaude que les blancs; que les soldats et les 
matelots devraient porter un uniforme blanc dans les pays situés entre 
les tropiques ; que dans Tété on devrait porter des chapeaux blancs, et 
que les murs des jardins à espalier absorberaient plus de calorique s'ils 
étaient noircis. Rnmford et sir Everard Home sont arrivés à une conclu- 
sion tout à fait contraire. Le premier dit que s'il avait à habiter un climat 
très chaud, il se noircirait la peau ou porterait une chemise noire ; le se- 
cond, d'après des expériences faites sur lui-même et sur la peau d'un 
nègre, donne comme une chose évidente que les surfaces noires ont 
la faculté d'empêcher les rayons solaires de brûler la peau des animaux, 
quoique la chaleur absolue soit plus forte, eu égard à l'absorption des 
rayons. Sir H. Davy pense que le calorique rayonnant, dans les rayons 
solaires, se convertit en calorique sensible. 

Dans les pays septentrionaux, plusieurs animaux changent de couleur 
à rapproche de l'hiver. Dans les climats tempérés, il est des hivers ri- 
goureux pendant lesquels les lièvres deviennent blancs. Un vêtement de 
cette couleur retient le calorique plus longtemps qu'aucun autre, et sert 
ainsi à conserver la température animale. 

Dans deux expériences entreprises pour déterminer les proportions dans 
lesquelles la rosée se déposait sur des substances diversement coloriées, 
U. Stark trouva que : ' 

Trente grains de laine noire avaient gagné. ••••••• 32 grains. 

Trente grains de laine écarlate • • . « • 25 

Trente grains de laine blanche 20 



% DR LABSORPTION OSÇ PDVURS S|l.ON LA CQUI.EOR DBS OBJETS. 

Ui même expérience, répétée quelques joqrs plus tard avec dis fraivt 
de bine, après un léger dége|, donna les réi»ultats suivants : 

La laine noire avait gagné é .......... • 10 gralni . 

Laine vert foncé. • 9 5/10 

Écarlate. 6 

Blanche • 5 

ART. I|I. — - Se l'«bforpUon des od«nrf félon |«^«giil«iBr 4aa objotf. 

La faculté absorbante des corps pour les odeurs varie d'une manière 
notable selon leur couleur, et la démonstration dé celte proposition est 
due encore aux travaux du docteur Stark. Se trouvant un jour en habit 
et pantalon noirs à l'amphithéâtre d'anatomie, il fut frappé de l'o- 
deur insupportable que ces vêtements avaient contractée, et qu'ils con- 
servèrent pendant plusieurs jours, tandis que rien de pareil n'avait lieu 
avec des habits d'une autre couleur. Des expériences le conduisirent à 
Constater que la couleur des corps, indépendamment de la nature de la 
substance, modifie notablement la faculté qu'ont les surfaces d'absorber 
et d'exhaler les odeurs. Ainsi il trouva que le noir absorbe le plus, en- 
suite le bleu, puis le rouge, puis le vert; le jaune fort peu, et le blanc 
à peine sensiblement. Toutes ces expériences furent faites avec de la 
laine dans laquelle on avait mis du camphre on de l'asa fœtida. Mais on 
ne pouvait s'en rapporter qu'à l'odorat, les substances employées n'ayant 
pas acquis une augmentation de poids appréciable. £u conséquence, le 
docteur Stark avisa à un moyen de s'assurer par une augmentation réelle 
de poids, si une couleur attirait invariablement plus d'une substance odo- 
rante qu'une autre. Il se servit d'un vase d*étain en forme d'entonnoir, 
ouvert aux deux extrémités. Cet entonnoir fut placé sur une plaque de 
fer, au milieu de laquelle il mit du camphre. Il introduisit ensuite, par 
l'ouverture supérieure de l'entonnoir, les différentes substances, dont le 
poids avait été pris exactement, et qui étaient fixées à un bout de fil de 
fer recourbé. Ensuite il recouvrit l'entonnoir avec un morceau de verre, 
il chauffa légèrement la plaque pour volatiliser le camphre; lorsque celui- 
ci fut volatilisé , et que l'appareil fut refroidi, il pesa exactement les sub- 
stances, et nota la différence en poids. Le pouvoir des couleurs de ren- 
voyer les odeurs était en rapport exact avec le rayonnement du cafori- 
que dans des circonstances semblables. Ainsi, il pesa très exactement des 
petites «artes colorées en noir, en bleu foncé, en brun, etc. , et les exposa 
à la vapeur du camphre, puis il les pesa de nouveau en les sortant de l'ap- 



iCTION DK LA LUMIBIIB 8UR LIS VÉGÉTAUX. 7 

ptreil. Il les laissa daos sa chambre pendant vingt-quatre heures, ol en 
prit le poids au bout de cet espace de temps. 

Il trouva que le carton noir avait perdu i grain. 

Le bleu à peu prêt autant. 

te brao. • • • f • 9/10 

Le rouge 8/10 

Le blanc. 5/10 

Six heures après, le noir et le bleu avaient totalement perdu leur cam* 
phre s le blanc en retenait encore 1/30 de grain. • Les murs des bèpitaux, 
des prisons, ou des appartements occupés par un grand nombre de per- 
sonnes, devraient donc, dit AL Stark,être blanchis à la chaux ; les tabkSi 
bois de lits et chaises, ainsi que Thabillement des iuGrmiers des hôpitaux, 
devraient être d'une couleur blanche. Un pareil règlement aurait |e dou- 
ble avantage de forcer à la propreté, et d'offrir la surface la moins absor* 
bante aux émanations méphitiques. D'après ce principe, il paraîtrait aussi 
que les médecins, en adoptant la couleur noire pour leurs vêtements, ont 
malheureusement ehoisi celle qui absorbe les exhalaisons odorantes avec 
le plus de iacilité, et qui est la plus dangereuse pour eux et pour leurs 
malades. » 



CHAPITRE II. 

DE l'INFLUENCB DE LA LUMIÈRE 8UR LES ÊTRES OlGAMIgtS. 
▲AT. X". — Aotion de la lainière »uv lei végétaux. 

I^ lumière joue un rôle très important dans la végétation. A rexception 
des plantes parasites, c'est sous l'influence de la lumière que se décom- 
pose Tacide carbonique dans les parties vertes des végétaux ; son impres- 
skm se manifeste aussi dans le sommeil des fleurs et des feuilles. 

Un grand nombre de plantes, de même que les oiseaux et les lépido- 
ptères nocturnes, fuient la lumière du jour ; les champignons, les parasites 
et la plupart des fougères sont dans ce cas. Les forêts qui favorisent l'exten- 
sion géographique des espèces végétales qui recherchent l'ombre, nuisent 
au développement àes plantes pour lesquelles la lumière et le grand air 
sont un besoin; plusieurs espèces supportent de grandes différences de 
lumière. Les plantes sont d'autant plus éclairées que leur altitude est plus 
considérable; plusieurs espèces réclament toute la lumière qui frappe le 
sommet des monugnes, aussi ne descendent-elles pas dans les plaines et ne 



8 ACTION DM LÀ LUMIBRI SOR LIS viOBTàUX. 

croissea^^dles jamais dans les lieux abrités. Les arbres exigent en général 
une vive lumière (1). 

La lumière agit principalement sur les couleurs. Aussi voit-on, dans les 
montagnes, des fleurs vives et brillantes portées sur des tiges courtes et ra- 
bougries, tandis que dans des lieuxcouverts on ne rencontre rien de sem- 
blable. On trouve encore des couleurs éclatantes dans les grandes plaines 
de la Sibérie où manque la végétation arborescente et où la longueur des 
jours remplace la vivacité de la lumière. 

L'absorption de Teau par les racines obéit également à Tinfluence de 
la lumière. Dans Fobscurité, une plante absorbe moins d*eau et n*exbale 
rien ; sous Tinfluence de la lumière du jour Teau pénètre par les racines, 
et les feuilles en dégagent une partie. Il résulte des faits qui précèdent 
que Taire de végétation d'une espèce végétale et sa dispersion sont plus 
ou moins dépendantes de l'action de la lumière. 

En faisant germer une plante dans une chambre éclairée par une seule 
ouverture, M. Payer Ta vue s'incliner vers celle-ci ; si la chambre avait 
deux ouvertures, la plante s'inclinait vers celle qui offrait la lumière la 
plus intense. D'après les expériences de M. Orfila, le Rhus toxicodendron 
ne d^age son principe acre que dans l'obscurité ; au soleil, il n'exhale que 
de l'azote et de l'eau. 

La plupart des plantes épanouissent leurs fleurs et procréent pendant 
la journée. Les fleurs de ïOxalis ne s'ouvrent qu'au soleil; cependant 
Bory de Saint-Vincent assure que la lumière artificielle les fait également 
s'épanouir. Le Convolvulus ipomœa possède une si grande irritabilité, 
qu'il ne supporte qu'une faible lumière solaire, et qu'il n'oovre ses fleurs 
que pendant la matinée. Le fleur s'ouvre le matin, entre trois et cinq heu- 
res, dans le Tragopogon; vers sept heures, dans le Nymphœa alba^ qui h 
sort alors de Teau, pour l'y replonger le soir, après l'avoir fermée ; de 
onsKe heures à une heure dans le Portulaca oleracea^ la plupart des plantes 
grasses et plusieurs autres végétaux. D'autres fleurs, qui demeurent closes 
dans la journée, s'ouvrent vers le soir, où, après avoir été fanées et ino- 
dores jusqu'à ce moment, elles déploient leur beauté, tandis qu'autour 
d'elles voltigent pendant la nuit des insectes qui avalent passé la journée 
dans le repos et la retraite : le Silena noctiflora s'épanouit à cinq heures 
du soir, et le MirabUis jalapa i huit heures; VOEnotkera biennis, 
qui se referme le matin, reste ouvert dans les temps froids et couverts (2), 

J) Leooq, TraUéde géographie botanique^ Paris, 1854, t. II. 
(3) Burdacb, Tra^é de phynoiagî», t. V, p. 184. 



ACTIOIV DB LA LUMIÈaB SUR LE RÈGNE ANtMAL. 9 

A&T, n. — AsUoii êm la Imnîèra fvr !• règn* «ainial. 

La génération est liée, chez divers êtres organisés, à un certain mo- 
ment de la journée. On en a la preuve dans la génération dite spontanée : 
jusqu'à dix heures du matin, on n'aperçoit aucune Cercaria ephemera^ 
et vers midi l'eau en fourmille; le soir, ces animalcules meurent, et le 
lendemain matin il en renaît d'autres. Nitzsch a observé ce phénomène 
six jours de suite. Le Cercaria major devenait visible vers dix heures du 
matin (i). Beaucoup d'insectes , tels que les mouches , les papillons 
diurnes, s'accouplent principalement au soleil , et vers midi. Le Cy^ 
prinus rutilus et d'autres poissons ne fraient ordinairement que vers le 
milieu de la journée. C'est aussi l'époque de l'accouplement des chauves- 
souris. Les chamois ressentent plus vivement le besoin de la copu- 
lation depuis dix heures du matin jusqu'à cinq heures du soir. Les 
éphémères, les cousius, les coléoptères, les papillons crépusculaires et 
nocturnes, s'accouplent vers le soir ; les vers de terre, après le coucher du 
soleil ou à la suite d'une averse; les chats, le blaireau, le renne» pendant 
la nuit ; la taupe et le rat d'eau à la clarté de la lune. Le coq de bruyère, 
fait entendre son appel pendant la nuit, et la femelle se rapproche de lui 
dans la matinée ; les petits tétras se réunissent avant l'aurore et se dis- 
persent peu après le coucher du soleil ; la biche, que le mâle poursuit dès 
le soir, lui cède principalement le matin. On dit avoir remarqué que les 
juments qui ont été fécondées dans la matinée ont une gestation plus 
régulière, ou mettent bas à une époque plus déterminée, après onze mois 
et dix jours (2). 

Les vers luisants veillent la nuit ; certains mollusques phosphorescents 
passent la journée dans les profondeurs de la mer, et ne viennent à la 
surface que pendant la nuit, de même que les phalènes, les guacharos, les 
martinets, le Corvus pyrrhocorax^ fuient la lumière et nichent dans des 
cavités souterraines (3); mais le rossignol, quelques merles et le gros- 
bec, chantent aussi de préférence pendant la nuit, et la chouette sait trou- 
ver sa proie durant les étés sans nuit des contrées arctiques; le héris- 
son et la taupe, animaux ennemis de la lumière, ne vont à la recherche 
de leur nourriture que la nuit, comme le renard, la martre, h loutre» 



(1) Beitrâge xur Infusorienkunde, Halle, 1817, p. 45. 

(2) Bechstein, Gemeinnûtxige Naturgeschichtef 1. 1, p. 255. 

(3) Homboldi, R9i9dindêejiSqitinoctkdg0genddn, t. II, p. 107. 



10 INfLUBNCI 01 LA LOlIlèHB 8UR LA PBODOCTION 

» 

le blaireau, la souris; uon-seulemeol des animaux carnivores profitent 
de h nuit pour aller surprendre leur proie, mais encore le guacbaro, 
qui ne vil que de grains, est un oiseau nocturne ; qfielques espèces de 
Dipm veillent pendant la nuit : le castor travaille même pendant Tobscu- 
rité, bien qu'il préfère le clair de la lune (1). 

Chez les animaux inférieurs, le sommeil est moins lié à des époques 
fixes que cbez ceux des classes supérieures. La plupart des oiseaux» le^ 
ruminants et les quadrumanes dorment régulièrement depuis le soir jus- 
qu'à Taurore ; quelques animaux ont coutume aussi de dormir à midi, 
comme le lion et plusieurs oiseaux palmipèdes et échassiers. Beaucoupd'en* 
tre eux, par exemple le sousiic, dorment quand le temps est couvert 

C'est pendant la nuit que la transpiration est le moins abondante. 
Stark et Reil (2) l'évaluent, terme moyen , à une once par heure 
de nuit, et à une once sept gros par heure de la journée, ce qui donne 
la proportion de 1 : 1,87. Celte proportion a été, pendant l'année en- 
tière, de 1 : 1,54, selon Keil et Linning, et de 1 : 1,30, d'après 
Martin. Reil assure qu'elle ne varie pas, soit qu'on dorme ou qu'on 
veille, et que même la différence du genre de vie, la diversité des in- 
fluences extérieures, ne l'altèrent point d'une manière sensible. Mais la 
transpiration arrive à son minimum vers minuit Elle augmente aussi, 
Indépendamment de la veille, dans la matinée, presque toujours vers sept 
heures, et atteint son maximum avant midi, époque de la journée à la- 
quelle elle est deux ou trois fois plus considérable qu'après midi. Ensuite 
elle va un peu en diminuant, s'accroit de nouveau pendant le flux du sang 
vers le soir, et baisse enfin aux approches de la nuit La sécrétion uri- 
naire semble suivre la même loi. La quantité d'urine rendue pendant la 
nuit, comparée à celle qui se produit durant le même laps de temps pen- 
dant la journée, est, terme moyen, pour toute l'année, de 1 : 1,20, selon 
Reil, et de 1 : 1,07, suivant Lining (3). 

ART. XIX. —]l« riqflacnoe d« U lomîèrtt sur U ptodiMltoa àm lPae*dtt 

oarboniqu« dei anioaaiis (4). 

D'après M. Aloleschott, la quantité d'acide carbonique produite sous un 

(1) Hearne, loc. cit., p. 164. 

(2, Deuttches Archiv. fUr Physiologie, t. VII, p. 359 à 369. 

(3) Op. cit., p. 376. — Voy. aussi P. Rayer, Traité des maladies des reins et 
des allérations de la sécrétion \irinaire. Paris, 1839, 1. 1, p. 63. 

(4) Comptes rendus ths séances de r Académie desscienceSt t. Xtl, 185;&i p. 363 
et 459. 



DS L*iCrBB CABBONIQDB DBS ANIIIAUX. Il 

frible degpé de lumière est à celle qui est exhalée sous one intensité de 
lumière très forte comme 5/i5 : 6^5 = 1 : 1,18. La valeur moyenne de 
la température a augmenté, lorsrfue le papier photomètre dont a'eat servi 
M. Uole9chott a indiqué les plus hauts degrés. Or, il est aujourd'hui dé- 
montré que, au moins pour Thomme, la quantité diacide carbonique ei- 
pire diminue lorsque la température ambiante augmente. L'augmentation 
de Tîicide carbonique correspondante h une forte action de la lumière 
ne saurait donc être expliquée par l'influence de la chaleur. 

Pour mesurer la quantité d'acide carbonique exhalée par des grenouilles 
{Hana escul^ntn), M. Moleschott a enfermé les animaux dans un verre de 
la contenance d'un litre environ, traversé par un courant d'air qui était 
privé d'acide carbonique, ayant passé par un appareil de Woulff à moitié 
rempli d'une solqtion dq potasse. Le courant d'air était produit ï l'aide de 
l'aspirateur de M. Brunner, et, dans le réservoir des grenouilles il allait 
de bas en haut, parce que le tube qui conduisait l'air du verre à potasse 
dana le vase des grenouilles touchait au fond de celui-ci ; tandis que le 
tube par lequel i'air devait sortir, se terminait tout près du liège par le* 
quel le verre était bouché. Ce dernier tube fut mis en communication 
avec un appareil de Woulff contenant de l'acide sulfurique concentré, et 
prolongé par un tube ^ chlorure de chaux. Après avoir traversé ces sub« 
stances desséchantes, l'air entrait dans un appareil de M. Liebig, renfer- 
mant la solution de potasse destinée à recueillir l'acide carbonique. L'ap- 
pareil de fâ. Liebig était uni à un appareil rempli de morceaux de potasse 
^be et celui-ci à l'aspirateur* L'aspirateur renfermait de l'huile dont 
U. Holeachott faisait écouler S^^Sô par heure. L'air traversait donc l'on 
après l'autre, une solution de potasse, le flacon des grenouilles, l'adde 
sulfurique et le tube à chlorure de chaux, puis l'appareil de M. Liebig, n'y 
déposait rien que de l'acide carbonique produit par les grenouilles ; tandis 
que la vapeur d'eau que l'air emportait était retenue par les morceaux de 
potasse sèche séparant l'appareil de M. Liebig de l'aspirateur de M. Brun- 
œr. En pesant les deux derniers appareils à potasse, avant et après l'expé- 
rience, il trouva la quantité d'acide carbonique produite dans une heure, 
durée de chaque expérience, par un poids connu de grenouilles. Pour 
réduire l'acide cjirbonique^ux mêmes unités de poids et de temps, M. Mo- 
lescbott a calculé combien d'acide carbonique serait exhalé par iOQ graw- 
Hftes de grenouilles eu vingt-quatre heures. Les bouchons nécessaires pour 
ajuster les tubes au flacon et à l'aspirateur étaient garnis d'un lut, pré- 
paré avec deux parties de colophane et une partie de eire jaune. La jonc- 



12 PBODOCTION DE l'aCIDB CARBONIQUE DES ANtMAOX. 

tion des tabès de verre entre eux était facile au moyen d'an tnbe de 
caoutchouc vulcanisé. 

Le nombre des grenonilies enfermées varia de denx à quatre. L*étude 
de l'action de la lumière fut d*abord faite par des jours sereins. On fit 
deux parts des grenouilles, dont Tune fut gardée en pleine lumière, l'autre 
dans l'obscurité. Lorsque les individus de la dernière catégorie respiraient 
dans le flacon, ce dernier était entouré d'un écran de carton gris, qui, en 
prévenant l'entrée de la lumière dans le flacon, refait si bien la tempéra- 
ture, que celle-ci ne diiïérait que fort peu pour les expériences faites ï la 
clarté ou dans l'obscurité. La température fut mesurée par un thermo- 
mètre qui perçait le bouchon fermant le réservoir des grenouilles. Dans 
les expériences comparées à celle-ci, les grenouilles étaient soumises à h 
lumière du jour réfléchie, et non à la lumière directe du soleil, qu'elles 
ne sauraient supporter sans succomber avec les symptômes d'une inflam* 
mation de la peau très violente. 

D'après les nombres obtenus en 3/i séries d'expériences, la valeur de 
l'acide carbonique produit dans l'obscurité est à celle de l'acide carbo- 
nique exhalé à la lumière, comme 522 : 65& = 1 : 1,25; tandis que la 
température dans le verre était plus grande de 2*,93 à la clarté que dans 
l'obscurité. La diflérence des valeurs d'acide carbonique ne peut être 
expliquée par la différence des températures, puisque la quantité d'a- 
cide carbonique expiré par l'homme diminue lorsque la température 
s'augmente. Par des journées très claires, M. iMoleschott a trouvé une 
quatrième partie d'acide carbonique de plus sous Taclion de la lumière que 
dans les ténèbres. H en était autrement |)ar un temps pluvieux, ou même 
si le ciel était couvert de nuages. En comparant les nombres moyens pour 
l'acide carbonique (512 et 50& milligrammes), on trouve que par un cid 
obscur Faction de la lumière du jour réfléchie n'est pas assez forte pour 
augmenter l'acide carbonique produit par des grenouilles (1). 

Après avoir reconnu que l'augmentation de l'acide carbonique exhalé 
par des grenouilles, produite sous l'influence de la lumière par un temps 
serein, ne se montre pas sous un ciel pluvieux ou couvert de nuages » 
M. Moleschott a cherché à mesurer l'intensité de la lumière propre \ exer» 
oer celte influence sur la respiration des animaux. Dans ce but, M. Mo- 
leschott a observé le degré de la décomposition du nitrate d'argent, en 
exposant à la lumière un papier épais non collé, imbibé d'abord pendant 

(I) Comipl/dÊ rmdm det téomccid» V Académie dwsctencM, i, XU, p. 469. 



iicrLusNcat di u Lumiai sur l'évolution du coefs. iS 

titrig miDiites d'ammoniaque caustique » puis séché entre des feuilles de 
papier Joseph pendant une minute et demie , ensuite imbibé d'une solu- 
tion ammoniacale concentrée de nitraie d'argent Les bandelettes de ce 
papier photomètre étaient conservées pendant une demi- heure dans une 
boîte fermée» et vers le milieu de l'expérience respiratoire, elles restaient 
exposées à la lumière, devant le flacon de grenouilles, pendant cinq mi- 
nutes. M. Molescbott s'était muni d'une échelle de vingt couleurs compa- 
râbles k celles du papier dont le nitrate d'argent était décomposé. Le 
premier degré de celte échelle correspondait à la couleur la plus faible; 
le vingtième degré, au noir le plus foncé obtenu par le papier photomètre. 
11 résulte d'une série de 2li expériences faites sur des grenouilles in- 
tactes, pendant que l'intensité de la lumière était mesurée, que la quantité 
d'acide carbonique produite sous un degré de lumière de 3,27 en 
moyenne, esta celle qui a été exhalée sous une intensité de lumière, de 
7,58 en moyenne, comme 545 : ^U5 = 1 : 1,18. La valeur moyenne 
de la température s'est élevée de 1",65, lorsque le papier photomètre a 
marqué les plus hauts degrés. Or, M. Yierordt a démontré que, pour le 
corps humain, l'acide carbonique expiré diminue, lorsque la température 
ambiante va en croissant. L'augmentation d'acide carbonique qui cor« 
lespond à une forte action de lumière ne saurait donc s'expliquer par 
l'action de la chaleur, et M. Molescbott conclut que l'influence exercée 
par fat lumière du jour réfléchie, sur la production de l'acide carbonique 
des animaux, peut être assez grande pour faire augmenter celle-ci d'en--' 
viron un cinquième. 

ART« XT. — Xl« rinfloeDce d« la lamièM rar l'évolotion da eovpt. 

L'influence puissante de la soustraction à la lumière sur le développe- 
ment de la graisse n'avait pas échappé à l'observation des anciens. Pour 
engraisser les poules et les oies, Columelle (t. YIII, 7} recommande les 
règles suivantes : « Locus ad hanc rem desideratur maxime calidus, et 
• minimi luminis in quo singulae caveis angustioribus vel sportis inclusse 
» pendeant aves, sed ita coarctatae, ne versari possînt. >• Ailleurs il ajoute : 
« Sintque calido et tenebroso loco, quae res ad creandas adipes multum 
» confert. » 

En général, le développement qui a lieu jusqu'à la naissance, époque où 
l'animal se débarrasse de ses en\eloppes, et se met, pour la première fois, 
en rapport avec le monde extérieur, s'eiïectue dans l'obscurité. Cependant 
il est des animaux dont les œub , fécondés au dehors, ne laissent pas 



i& ilfrLUINCI Dl LA LOMIÈRI SaH i'ÉtOLOrtON 00 GOUfi. 

d'éclore, quoiqu'ils soient exposés aux rayons dd soleil t de ce nombre 
sont les l>atraciens. M. W. Edwai^ a clierclié quelle est rinflttence 
de ia ininière, indépendamment de la chaleur, sur ce genre de défelop*- 
pâment A cet effet il plaça des œufs de grenouille a?ec de Teau danë 
des vases, dont Tun était rendu imperméable à la lumière par des en- 
veloppes et un GouTercle de papier noir, Tautre était transparent II les 
exposa de manière que leur température fût sensiblement égale, et que 
le vase transparent reçût les rayons du soleil. Les ceufs exposés à la 
lumière se développèrent successivement II n'en fut pas de même des 
oatifs dans Tobscuriié; aucun ne vint à bien. On observa cependant^ sur 
quelques-uns, des marques non équivoques du développement de i*em- 
bryon. 

Mais c'est surtout après la naissance qu'il était intéressant de déter* 
miner les effets propres de la lumière sur le développement du corps, 
|Mrce qu'alors presque tous les animaux y sont plus on moins ex- 
posés. W. Edwards a cherché à déterminer leur influence respective , 
d'abord en mettant des têtards de grenouilles dans deux grands vases 
contenant une disaine de litres d'eau, tous deux capables d'admettre la 
lumière : l'un de verre, mais avec un diaphragme à fleur d'eau, pour 
empêcher la respiration aérienne ; l'autre ouvert» pour laisseï* aux ani- 
maux la liberté de monter à la surface, et respirer l'air de l'atmosphère. 
Les uns et les autres jouissaient de la lumière ; il n'y eut de différence que 
dans le défaut de respiration par les poumons. Ceux qui en étaient privéft 
se transformèrent, à la vérité, plus tard ; mais ce délai fut si court, que 
l'influence de la cause que l'on voulait apprécier parut très faible. Il 
résulte de la comparaison de ce fait et du précédent, que l'absence de la 
lumière avait la plus grande part dans le retard de la transformation des 
deux têtards plongés sous l'eau, et dans la persistance de la forme de tous 
les autres. M. Edwards soumit cette conclusion à une contre-épreuve: il 
fit Texpérience sur des têtards de crapauds accoucheurs ; il laissa à tous la 
liberté de respirer à la surface ; il en enferma dans des vases où la lumière ne 
pénétrait pas; il en mit beaucoup d'autres dans des vases transparents. Il 
savait déjà, par le (ait rapporté plus haut , que la transformation pouvait 
avoir lieu en l'absence de la lumière : aussi un de ceux qui en étaient 
privés parvint-il à un développement complet; mais l'autre persista 
dans sa forme première, caractéristique du premier âge, tandis que tous 
ceux qui jouissaient de la présence de la lumière subirent le changement de 
forme qtd appartient à l'adulte. « Il est très important, dit M, Edward», 



INFLOmCI m LA LUMIÈRI SUR L'ÉTOLUTieN OU GO»». î 5 

d'observer que cette influence de Tobscurité sur la ibrme ne provient pas 
d'an dépérissement de l'individu. Il paraissait en parfaite santé, et, ce qui 
est très remarquable, il^acquit de graines dimensions. J'avais observé le 
même phénomène chez les têtards de grenouilles qui ne s'étaient pas 
transformés dans la botte de fer-blanc submergée dansla Seine. Voici ce 
que je remarquai. J'avais eu la précaution de peser chaque têtard avant 
de le placer dans un compartiment particulier, afin de pouvoir reconnaître 
le poids de chaque individu. Â l'époque où je commençai l'expérience, 
ils avaient à peu près acquis le volume où ils sont près de se transformer, 
lorsque les conditions extérieures sont favorables à ce changement. En 
effet, ceux qui jouissaient de la lumière et de la liberté de respirer à la 
sorface se métamorphosèrent promptement. £n pesant de temps en temps 
les têtards qui ne se transformaient pas sous l'eau, dans la boite de fer- 
blanc, je trouvai qu'ils augmentaient successivement de poids ; et plu- 
sieurs d'entre eux grandirent au point d'acquérir le double et le triple de 
leur poids primitif (1). » 

Oausles climats où là nudité n'est pas incompatible avec la santé, l'ex- 
position de toute la surface du corps à la lumière est très favorable à 
révolution régulière du corps : cette remarque est confirmée par une ob- 
servation de M. de Humboldt» dans son )^yageQnx régions équinoxiales 
[iu'h^^ Paris, 1814, p. 671). Voici comment il s'exprime en parlant des 
Chaymas : « Hommes et femmes ont le corps très musculeux, mais charnu, 
& formes arrondies. Il est superflu d'ajouter que je n'ai vu aucun individu 
qui ait une difformité naturelle ; je dirai la même chose de tant de mil- 
liers de Caraïbes, de Muycas, d'Indiens mexicains et péruviens, que nous 
avons observés pendant cinq ans. Ces difformités du corps, ces déviations, 
sont infiniment rares dans de certaines races d'hommes, surtout chez les 
peuples qui ont le sy^stème dermolde fortement coloré. Je ne puis croire 
qu'elles dépendent uniquement du progrès de la civilisation et de la mol- 
lesse de la vie, de la corruption des mœurs. » Quelle que soit la multiplia- 
cité des causes qui peuvent y influer, on ne saurait douter que l'action 
de la lumière sur toute la peau n'y contribue. D'autre part on peut aussi 
ocmclure que le défaut d'une lumière suffisante doit faire partie des causes 
extérieures qui produisent ces déviations de form^ dans les parties molles 
et dures chez les enfants affectés de scrofules. 

(1) W. Edmmls, De Vin^ktânee dmûgmUB phff9iqti9i mr to vie, Paris, p. 400. 



16 fNPLUBNCB 1NDIRBCTH DE LA LUMIÈRE SUR L'ORGANISMC. 

A&T. ▼. — I^mttoe mâ«r«ote de \m lnimèrn sur l*org«Bigia«, par tofte 

de floB «elîoii mr les yeoz» 

On aurait tort de regarder les yeux comme uniquement destinés à la per- 
ception des couleurs, des formes et des dimensions ; leur sensibilité exquise 
pour le fluide lumineux doit les rendre plus aptes que toutes autres parties 
du système nerveux à transmettre cette action de la lumière qui influe sur 
toute l'économie. La lumière, en agissant sur les yeux, ne se borne pas 
aux sensations de la vision , puisque Timpression d'une lumière, même 
modérée, sur ces organes, produit Texacerbation générale des symptômes 
dans plusieurs maladies aiguës. 

La science possède plusieurs exemples de paralysie des membres, 
qui ne se manifestaient que pendant la nuit, et qui cessaient le lende- 
main matin, dès que le jour paraissait On a pu voir d'ailleurs en 1855» 
à l'hôpital de la Charité, à Paris, une Jeune fille atteinte d'anesthésîe 
de la main ; pour mouvoir cette partie du corps, elle avait besoin de 
la voir, mais elle devenait incapable de donner la main, dès qu'on in- 
terposait un corps opaque entre ses yeux et sa main. 

Le lac souterrain de Zirknitz, en Carniole, est peuplé de poissons; on y 
remarque aussi des canards provenant des individus entraînés par les eaux 
dans ces immenses cavernes, et qui sont, lorsque les eaux s'accroissent 
extraordinairement, rejetés à l'ouverture du gouffre comme un corps léger 
vient à la bonde d'un tonneau plein. Alors ces canards sont aveugles et 
dépourvus de plumes ; mais, après quelques jours, ils recouvrent la vue, et, 
après quelques semaines, ils sont revêtus de plumes noires. 

A&T. ▼!. — Xofluenee attribuée à le lumière de la lane. 

On a attribué à la lumière de la lune la propriété de noircir le teint Ce* 
pendant une lame recouverte de chlorure d'argent, soumise pendant on 
temps prolongé, non à la lumière naturelle de la lune, mais à cette lumière 
condensée au foyer d'une immense lentille , ne perd rien de sa blancheur 
primitive. Le noircissement de la peau semble donc ne pouvoir être attri- 
bué à nue action directe de la lumière lunaire. Gomme l'a fait remarquer 
Arago, quand l'homme reçoit la lumière de la lune, le ciel est serein, et 
il doit s'opérer à la surface de peau tous les effets de rayonnement vers 
l'espace, dont la conséquence nécessaire est un abaissement notable de 
température. La peau, exposée à la lumière de la lune, semble donc devoir 



INPLUBNCE ATTEIBUiB A LA LOMliBB M U LUNE. 17 

êcre« comme des sobsuoces mortes {riacées dans les mêmes drcoostuiGes, 
de 6» de 7, de 8 et peat-étre même de 9 degrés aa-dessons de la tem- 
pérature de l'air. Il esc vrai que la chaleur animale vieot, à chaque in- 
stanty sur noire figure, sinon comI»ler entièrement, du moins atténuer le 
déficit résultant du rayonnement ; il est Trai encore que le refroidissement 
total n*est presque jamais assez fort pour que la peau se couvre de rosée. 
Néanmoins, qui oserait aflBrmer que les conditions physiques dans les- 
quelles un froid local très intense |riace l'épiderme n'altéreront pas la tex- 
ture, ne modifieront pas sa nuance ? Le bâle du bivouac, ce hêle qui 
se manifeste exdosiTemeui dans les nuits sereines , ne sembie-t*il pas 
ne pouvoir être considéré que comme l'effet du rayonnement de la 
peau? Dans cette hypothèse, la lune n'exercarait dans ces phénomènes 
aucune espèce d'action , et n'y figurerait que comme indice d'un ciel 
serein ; son rôle se réduirait à celui déjà attribué par M* Arago k la lune 
rocisse(l). 

Suivant Sanctorius, l'homme en santé g^neune on deux livres en poids 
au commencement du mois lunaire, et il les perd à la fin. Sanclorius 
fit les expériences sur lui-même, mais peut-être ne les continua-t-il pas 
assez longtemps pour avoir le droit d'en tirer une conclusion générale. 
Ramazzini rapporte que les personnes atteintes d'une fièvre épidémique 
qui régna dans toute l'Italie en 1693 , périrent en grand nombre le 
2t janvier, au moment d'une éclipse de luncu En août i65b, beaucoup de 
personnes s'enfermèrent , par ordonnance du médecin, dans des chambres 
closes , bien échauffées et parfumées , afin d'échapper aux mauvaises 
influences de l'éclipsé de soleil qui arriva ce jour-là. Les ecclésiastiques, 
tant la consternation était grande, ne pouvaient suffire à confesser tous les 
effrayés; ce qui fit dire à un curé, an prAne, que l'éclipsé avait été remise 
à la quinzaine, et qu'on pouvait en tonte assurance ne pas tant se presser. 
Yallisnieri assure qu'étant à Padone, convalescent d'une longue maladie, 
il éprouva lui-même, le 12 mai 1706, pendant une éclipse de soleil, des 
faiblesses et des tremUements inusités ; Bacon s'évanouissait, dit-on, pen- 
dant les éclipses de lune, et ne recouvrait ses sens qu'à mesure que l'astre 
revenait à la lumière. Maurice Hoffmann dit avoir vu la fille d'une mère 
épileptique, à qui le ventre enflait tous les mois pendant que la lune crois- 
sait, tandis qu'il diminuait au contraire, dans la période du décoors. Mead 
cite un enfant qui éprouvait toujours des convulsions au moment de l'op- 

(t) Ànnwêre du Burtwidêt langiiudêipour 1833, p. 230. 

11. 2 



IB KTIOLHMBMT, ALBiinSIII ET MiLANISm. 

{MMMtioii dp cet attre$ Mtnoret êeregMCre un cas di'épiiepM dont les 
Meès reveaiÎMic à b ptetae lune (1). Quoi qu'il en sok, tontes ceg obser* 
«nioBB, fnéme tapposéet jnMs» sont loin de prouver l'inflnence de la 
énnièiw de h inné «nr roDpnûnie, car rien ne démontre qne U iomière 
ioîc le «id moyen d'eclion de cet autre à distance. 

fin Végétant à Tombre, les plantes Jaunissent et blanchissent, et rinfluence 
tanméikie de rembre sur la pean humaine se manifeste, comme chez le 
«égétal, par la pâleur. Chez l'Européen la lumière affecte les parties du 
foifs dénudées x les mains et la face ; les autres parties, protégées par des 
vêtements, ne changent pas sensiblement. Les citadins des deui sexessem 
«BCOfia plus blancs sons le linge qu'anz parties exposées à la vue. « Dans le 
même pays, les habitants des campagnes sont plus hftléa que ceux de la 
ville; aux latitudes un peu distantes, les peuples de la province ou de la 
•ation diffèrent de teinte dans une proportion sensiblement en rapport 
nvee l'intensité de la himière solaire. Les peuples de l'Europe offrent trois 
variétés de couleur ; le brun olive avec cnl noir, chevelure et barbe noires ; 
b châtain k bailie fauve, œil azuré { le blond à barbe blonde, cendrée, mil 
Wen de ciel (2). • 

Les peaux blanches hissent voir plus fecilement les altérations impri- 
mées par la Inmière et la chaleur ; mais, pour être moins perceptibles, les 
^ihénomènes du hâleec de l'étiolement ne s'arrêtent pas là. « La race scythe 
arabe, dit M. de §aiies, n'a qn'une moitié de ses représentants en Europe et 
dans l'Asie centrale ; le reste descend vers l'océan Indien, en continuant h 
marquer, par des tdntes brunes croissantes, les ardeurs graduelles des di- 
mats. Les Indous de FHimaiaya wtA presque blonds; ceux du Oeccan, do 
GoTOOMudel, du Malabar, de Ceylan, sont plus foncés qiie plusieurs Iribas 
nègres. Les Arabes, olives et presque fak>nds en Arménie et en Syrie, sont 
basanée dans l' Yémeo et le pays de Mascate. >» 

Les Égyptiens offrent une gamme cbromatiqne ascendante du hiane an 
wnr en partant des bouches du Nil et rebroussant vers ses sources; même 
mnarqae pour les Twariksdu versant méridional de l'Atlas, qui sontsim- 
pieraentoliTâtres, tandis que leurs frères de l'intérlefir de l'Afrique nont 
Les monuments antiques de l'Egypte nous montrent celte nnance 



(I) itnmiatre du Bureau dn UmgUudespowr 1833, p. 242. 

(S) E. de Salles, IM. giéi. au rtien kmmÊkm. Paris, 1849, p. itf. 



ÉTfOLBMISNT, ALMNI8MB ET MKLANISME. 19 

des sexes encore plus proooocée par la différence d'haUtades et par les 
ressources du bien-être. Jjes bomraés sont toujours représentés rougë 
brun; ils vivaient en plein air; les femmes, toujours renfermées, n*ont 
que la teinte jaune. Un fard j^nne dont la coquetterie aurait recouvert le 
corps entier de la femme, même la plante des pieds» est, selon M. de Salles, 
an rêve de quelques archéologues embarrassés de la différence de teinte 
que les deux sexes offrent dans les monuments. 

Barrow assure que les Tartares mandchous sont blanchis p^r leur sé» 
Joer en Chine. Rémusat , Pailas , Gutslaff, décrivent des femmes chi- 
mHses remarquables par un teint blanc digne de l'Europe. Les juives du 
Caire ou de Syrie, toujoura cachées sous des voiles ou dans des maiâonS| 
ont le teint blafard des poupées chinoises et de quelques comédiens. Les 
abris, les maisons que plusieurs insulaires de l'Océanie possèdent déjà de- 
paisquelques générations, commencent à produire leur effet sur le teint des 
hommes, et plus encore sur celui des femmes, que la coquetterie a bientôt 
exercées èi l'hygiène. Dans les races jaunes des îles de la Soude et des îles 
ilddÎTes, les femmes abritées ont |e teint d'une pâleur de cire ou de suit 
Le teint hM se plombe ou prend une couleur bouguinée que les Hollandais 
d» Cap attribuent à la race boschimane, par analogie avec la nuance des 
BooguisderHeCélèhes. L'étiolement joue donc un rôle très important dans 
Télaboration de la beauté féminine, et les belles femmes, comme les beaux 
fruits, sont un produit de l'industrie humaine (i). 

Dans les races basanées de l'archipel indo-chinois« il natt souvent un 
kidividu i>lanc, qui grandit, vit et meurt avec un teint blanc m^t, et qui, 
k cela près, ressemble à ses parents par les traits. Le même accident est 
MMH commun à Ceylan, où J. Davy l'a observé chez une jeune fille ayant 
mutes les apparences d'une blonde finlandaise. M. Combes Ta vu chez 
pliisîeors races nègres et Gallas de l'Abyssinie, à son second voyage. Ab- 
dallattf en eile un exemple chez un Cophte. Les albinos sont très connus 
dans rindo-Chine sous le nom de Kacrelas; à Ceylan« sous le nom de 
Sêda8;€ù Afiriqoe, sous celui de Dondos; dans l'Amérique espag^nole^ 
wtm l'appeHaâon même adoptée par la science. Banks et Solander^ 
qui en avaieiK rencontré chez les races océaniennes, en virent auçsi 
dans l'Amérique moyenne ; et l'on s'est rappelé que l'empereur Uon- 
ténma «itretemit dans son palais des hommes offrant celle ^ingu- 
hffité, redierahée encore aujourd'hui par le roi de Bantam chez certaines 
femmes de son sérail. L'albinisme est comouw cbez lias animaux, cbe- 

(1) Op. cit., p. 833. 



20 DB l'hémèralopie 

vaux, lapins, pigeons. A Siam, il attaque parfois Téléphant, auquel il pro* 
cure, comme on sait, les honneurs divins (i). 

CHAPITRE III. 

DE l'hÉMÉRALOPIB OU CÉ€ITÉ NOCTURNE. 

Parmi les aiïcctions qui rendent souveut un grand nombre de militaires 
et de marins temporairement impropres au service actif, l'héméralopie 
occupe incontestablement un des premiers rangs. Deux opinions sont au- 
jourd'hui en présence : Tune attribue cette affection à Taction prolongée 
d'une vive lumière sur la rétine ; Tautre tend à rattacher sa production 
aux causes générales du scorbut. La première de ces opinions a été sou- 
tenue dans ces derniers temps par M. Fleury, la seconde par M. Grimai, 
tous deux chinirgicns de la marine. On comprend de quelle importance il 
serait, sous le rapport de Thygiène militaire et navale, d*6tre fixé sur ce 
point ciiologique, dont^ dépend nécessairement le choix des mesures à 
adopter en cas d'épidémie d'héméralopie. hà solution du problème dépend 
essentiellement de la juste interprétation de faits nombreux et bien ob- 
servés. Les documents suivants nous paraissent laisser la question encore 
indécise. 

Rappelons d'abord succinctement les principaux traits de l'héméra- 
lopie. La pupille est largement dilatée, sans déformation, mais insensible 
à l'impression de la lumière ; ces signes ne sont apparents qu'après le 
coucher du soleil, c'est-à-dire à l'heure où la cécité commence. Un ciel 
nébuleux , cachant le coucher du soleil, n'empêche pas le malade de sentir 
le moment de ce coucher. Les yeux à iris bleus ou gris présentent ces 
signes plus prononcés que les autres. La figure présente un air hébété, et, 
si la vue reste insensible à la lumière d'une lampe ou de la lune, elle peut 
arriver à une cécité complète. 

Un rapport de M Saillour sur le service médical de la division de Tocéan 
Indien constate d'une manière particulière la coexistence de l'héméralopie 
et du scorbut sur plusieurs navires, et surtout à bord de la Reine-B/anche, 
où ces deux affections ont régné épidémiquement pendant une longue tra- 
versée à Bombay et à l'Ue de la Réunion. M. Saillour signale la chaleur hu- 
mide et la mauvaise alimentation comme ayant été la cause évidente de leur 

(1) Lùc, eiL, p. 236.— Prichard, HisL nat, de Vhomme, Paris, i 843, 1. 1, p. 52, 1 06. 



ou CÉCITÉ NOCTUINE. 21 

développement ; il ajoute que les officiers et les maiires, qui échappent h 
rhéffléralopie, sont aussi les moins atteints par le scorbut (I ). 

£nl83i, la corvette la Bayonnaise, chargée d*une croisière dans le 
golfe de Guinée, va successivement de la Méditerranée à Fernando-Po, 
puis à iSerra-Leone et à Corée, et revient en France, n'ayant eu qu'un 
de ses hommes atteint d'héméralopie. La corvette la Favorite^ exécutant 
un voyage autour du monde pendant les années 1830, 1831 et 1832, 
n'eut à bord que deux héméralopes. L'affection se déclara devant la pres- 
qu'île de Màlacca ; elle est attribuée par M. Eydoux à l'extrême humidité 
produite par les vapeurs accumulées sur les immenses forêts de cette 
presqu'île. Dans une station faite à Corée de 1831 à 1832, M. Guiliard, 
chîrui^en-major de la frégate VHermione , constate dix-sept cas d'hémé- 
ralopie. En 1832, M. Néboux, chirorgîen-major de laconrette la Marne, 
moniHée dans la rade de Fort-Royal, en signale un seul cas. Pendant 
un voyage de deux années dans l'Inde, M. Gaudfemant, chirurgien- 
niajor de h corvette V Isère, n'en observe qu'un seul cas. 

Partie de France le 13 octobre 1836, la frégate V Andromède, qui de- 
vait accomplir cinq années de navigation dans l'océan Pacifique, se rend 
directement à Rio-Janeiro, où elle passe la plus grande partie de l'été ; 
de là elle se rend aux États-Unis et mouille à Hampton, le 30 mars 1837, 
De retour à Rio le 24 mai , elle se met en route pour Yalparaiso le 
2/i juin, double le cap Horn |)ar une température de 3 à 8 degrés au-des- 
sous de zéro, arrive à Yalparaiso le 30 juillet , et va jeter l'ancre, le 
17 août, dans la rade de Callao, où vingt hommes de son équipage sont 
presque subitement atteints d'héméralopie. Tant que dure ce mouillage, 
et malgré des soins de toute nature, l'héméralopie persiste; mais, à 
peine a-t-on fait voile pour Yalparaiso, que l'affection se dissipe comme 
par enchantement. L'année suivante et vers la même époque, V Andromède 
retourne à Callao, et l'affection reparait plus intense; cinquante- cinq 
hommes sont frappés simultanément Nouveaux soins, même ténacité de ' 
la maladie, qui ne se dissipe tout à fait que dans la rade de Talcahoeno, 
où le navire est assailli par des pluies torrentielles. De cette rade, l'^ln- 
dromède revient à Yalparaiso et va mouiller un peu plus tard devant 
Arica, où la chaleur était excessive, sans que l'héméralopie reparaisse ; 
mais, à peine a-t-elle pour la troisième fois reparu devant Callao, que, 



(1) Dutrooleau, Éludê$svkr\«smaladk$ matiUmes {Gazette médicale, 1850, p. 608 
à 610, patfim). 



22 M L'HiHBRALOnB 

pour la troisième fois aussi, les héméralopes abondsiit Cette fris encore, 
la maladie ne disparut que lorsqa'oyi eut fiût voile pour Valparaiso. Méaû- 
moins on était loin d*en être complélemeDl débarrMsé ; car, dit M. Au- 
doBÎt, si l'équipage traversa sans rechiit0s d'héméralopie les parages de 
Ckiquimbo et les froids du cap Born, à peine fut-il arrivé dans la fade de 
Rio-Janeiro, qu'il f eut aussitôt près de quarante récidives, et que depaie 
Rio jusqu'en France, les trois quarts de l'équipage furent atteints de cécité 
nocturne. 

D'après M* Lober, chirurgien-major du brick le Ducouédie^ qui resta 
pendant trois années en station devant Bourbon, de 1866 à i^M, l'h^ 
raéralopie, très commune II bord des bâtiments compris dans la statimi de 
Bourbon, n'a atteint qu'un petit nombre d'honunes ! bord du Ihu'ûué^ 
diCf elle s'est montrée eiclusivement chea les matelots ayant les yeux bleue. 
Un béméralope s'éuut présenté, il lui fut prescrit pour toute médica- 
tion de descendre dans le faux pont, aussitôt le ooucber du soleil, et de 
ne remonter sur le pont que le matin, après le branle^bas ; au bout de 
cinq ou six jours, la guérison était complète, et Ton peut crrire que n 
la guérison avait eu lieu après l'emploi de médicaments nombreux, il ne 
devait leur en revenir qu'une très faible part, les malades ayant été 
exempts de quarts de nuit pendant toute la durée de leur afiection. A 
partir de celte époque, le même ipoyen produisit le même résultat 

Dans les six premiers mois de son voyage, de 1867 à 1851, la Pour^ 
suivatUe^ qui comptait 676 bommes d'équipage, mouillei successivement 
à Malaga, ^ Algésiras, à Ténériffe, à Corée, à Rio-Janeiro et à Valparaiso, 
sans qu'un seul homme soit atteint d'héméfalopie. En 1868, elle va jeter 
l'ancre devant Callao, qui , sous le rapport de la cécité nocturne, avait été 
si fatal à V Andromède, Elle visite ensuite Goquimbo , Talcahoeno , les 
Marquises, Taîti, et les lies Sandwich, et, durant toute cette année, pas an 
seul béméralope ne se présente. L'année suivante, elle parcourt les deux 
Amériques, stationne de nouveau devant Callao, puis va visiter la Cali- 
fornie, et toujours avec la même immunité. Cette immunité se maintient 
encore durant les premiers mois de 1850, en dépit d'un nouveau s^enr 
devant Callao ; mais, vers la fin d'août, arrivée devant Bombay^ après avoir 
visité Manille, Singapore et Pondicbéry, l'équipage est frappé d'une véri* 
table épidémie de cécité nocturne. 

Durant le voyage eu Océauie que fit la frégate la Sirène^ de 18&6 à 
1850, l'héméralopie débute aussitôt l'arrivée du navire sous la zone 
torflde, et se perpétue durant toute la campagne. A Taiti, le nombre 



ou ciciTB NocTaMU. as 

des béméralopes a^élèf e ptfim jasqa'à ireatc, et dane kê envirane de 
lUo-JtDeiro , il eel plus GonûdéraUe eneore ; la maladie ceaae tout I 
conp, qoênà le oarire, parti de cette rade pour gagner la Franoë* se 
tnmte eotre le 26* et le 27* degré de latitude sud : Béasmoins âne 
domaine d*hém4ralopes rechutent dans les parages des Açores. La caoH 
pagne de près de quatre ans que fit la corvette la Bayonnam^ de iSftI 
4 1850. dans Tardiipel malais, la Chine et TOcéanie, fut marquée, par 
dîx*neuf attaques d'héméralopie (1). 

Sur la frégate la Beine-Blanche^ dont M. Lefrapper était le ohirargieB* 
major, les premiers cas d*héméralopie se manifestèrent dans b tra? ersée 
de Yalparàîso aux îles Marquises , après trois mois de campagne dans 
l'Amérique du Sud et le Chili ; Taffeclion se perpétua durant tout le 
séjour aux iles Marquises. Dans la rade d^Otalti, où Téquipage put 
abondamment se pourvoir en vivres de tonte espèce, l'équipage cessa 
d'être affecté par l'épidémie, et il en fut de même pendant une station 
de six mois dans l'Amérique du Sud. Pendant toute cette station sur diffé- 
rents points de la côte ouest de l'Amérique méridionale, rhèméralopie ne 
se reproduisit pas. Cependant on naviguait dans les mêmes latitudes, 
ta chaleur du jour était brûlante, les matelots exécutaient toujours les 
mêmes travaux; chaque soir, ils quittaient leurs hamacs, pour venir 
s*étendre sur le pont, à peine vêtus, et quittant la température tiède du 
navire, le corps couvert de sueur ; les nuits étaient très fraîches, et les 
vapeurs que le soleil avait formées pendant le jour se déposaient en 
se condensant sur ces hommes endormis péle-mêlè. Toutes ces causes, 
si souvent r^ardées comme les seules capables de produire cette affec- 
tion, l'exposition même aux rayons de la lune, également considérée, par 
les marins, comme la cause de rhèméralopie, se trouvèrent réunies pen- 
dant cette traversée. Mais l'alimentation avait été bonne à la côte d'Ame* 
rique ; en partant de ce point pour aller aux îles Marquises, plusieurs 
têtes de bétail furent embarquées et distribuées en rations deux fois par 
semaine. La scène change aux fies Marquises : l'équipage est de nouveau 
soumis à de rudes travaux ; l'alimentation est encore une fois composée 
entièrement de lard salé pris à la côte d*Amérique, de légumes secs de 
la même provenance, et de fromage. L'équipage, déjà fatigué de la lon- 
gueur de la campagne, se trouve de nouveau soumis k l'action d'une 
fotile de causes très débilitantes : aussi rhèméralopie se manifeste d'une 

(i) Thèse de II. E. Aodoaii, Sut Vhéniéralopi0, Paris, i Aivrier 1É9». 



3& DU MIRAGB IT DU RAGLB. 

manière fréquente, après un mois de séjour; elle réstsle longtemps aux di- 
vers agents, et elle reparaît brusquement» après une cessation complète (!)• 
Quelle que soit Timportanoe des faits qui précèdent , nous ne les 
croyons pas assez décisljfs pour trancher la question étiologiqne; nous 
pensons même que l'on serait plus près de la vérité en admettant le con- 
cours des deux influences, c*e8t-à-dlre : lumière vive agissant en même 
temps que les causes ordinaires du scorbut. Encore ne serait-ce là qu*an 
simple rapprochement de la vérité, rapprochement dont le médecin n*est 
au reste que trop souvent réduit à se contenter dans Tinterprétatioa des 
endémies comme dans celle des épidémies. 

CHAPITRE IV. 

DU MIRAGE ET DU RAGLE OU HALLDCINATION DU DÉSERT. 

ABlT» !•', — X>a mirage. 

Les objets éloignés, considérés dans certaines circonstances, peuvent 
donner lieu è des images droites obliques ou renversées, dont l'apparence, 
sans réflecteur visible capable de les produire, constitue le phénomène 
appelé mirage. Dans la basse Egypte, et jusqu*à une grande distance vers 
le désert, on remarque de loin en loin de petites éminences sur lesquelles 
s'élèvent des édiflces ou des villages. En temps ordinaire, lorsque Tair est 
calme et pur, au lever du soleil, les objets éloignés se distinguent avec 
netteté, et l'on peut alors embrasser un vaste horizon, qui n'a rien de mo* 
notone, malgré son uniformité ; mais, lorsque la terre est échauflée par 
le soleil et que les couches inférieures de l'atmosphère participent à la 
haute température du sol, des courants s'établissent, et il se produit dans 
l'air un mouvement ondulatoire prononcé : tous les objets éloignés ne don- 
nent plus que des images mal définies, qui semblent se briser et se re- 
composer à chaque instant. Ce phénomène, qui s'observe aussi dans 
nos climats pendant les chaleurs de l'été, n'est pas encore le mirage. Si le 
vent ne souffle pas, et si les couches d'air qui reposent sur la plaine res- 
tent parfaitement immobiles pendant qu'elles s'échauffent au contact de la 
terre, alors le phénomène du mirage se produit dans toute sa magnifi- 
cence. L'observateur qui regarde de loin distingue encore l'image 
directe des éminences, des villages et de tous les objets élevés; mais 
au-dessous de ces objets, il voit leur image renversée, et cesse de voir le 

(1) Thèse de M. Lefrapper* Paris, 13 avril 1850, 



DU ràglk ou hallucination du dbsbrt. 25 

sol où ib reposent. Ainsi tons les objets élevés semblent situés au milieu 
d'on lac immense, et l'aspect du ciel tient compléter cette illusion, car 
on te y mi aussi comme oa le terrait par réflexion sur la surface d'une eau 
tranquille. A mesure que l'on aranèce, on découvre le sol et la terre brû- 
lante au même lieu oà Ton croyait voir l'image du ciel ou de quelque autre 
objet Puis, au loin devant soi, on retrouve le même tableau sons un autre 
aspect Ce phénomène, souvent observé pendant l'expédition de l'armée 
française en Egypte, n'est qu'un jeu de la réfraction de la lumière, dont 
Monge a donné le premier une théorie satisfaisante (1). 

Toutefois ces manifestations sont loin d'appartenir exclusivement à 
l'apte, et des exemples du mirage s'observent même dans le nord de 
FEurope. Quand de Ramsgate on regarde du cOté de Douvres, on aper- 
çoit, par un beau temps, les sommets des quatre plus hautes tours du châ- 
teau de Douvres ; le reste de Tédifice est caché par une colline dont la crête 
se trouve A pçu près à douze milles de l'obseruateur ; la moitié de cetaspea 
est occupée par la surface de la mer. Le 6 août 1806, M, Vince, établi 
à Ramsgate, à peu près à 70 pieds au-dessus dé la surface de la mer, fut 
surpris, lorsqu'on regardant du cOté de Douvres, vers sept heures du soir, 
il aperçut non-seulement les quatre tours du château comme à l'ordinaire, 
mais le château kii-même dans toutes ses parties et jusqu'à sa base, aussi 
distinctement que s'il eût été tout d'une pièce transporté sur la colUne du 
côté de Ramsgate. Le phénomène connu k Naples et en Sicile sous le nom 
de Fata morgana parait n'être qu'un phénomène de mirage, 

ABLT. XZ. — J>ii ragle ou hanaeinalîon du désert. 

ce nom a été proposé par M. d'Escayrac de Lauture pour désigner 
une hallucination particulière à laquelle sont sujets les voyageurs qui 
parcourent le désert. La description qui soit est empruntée à une récente 
publication de cet auteur (2). 

Le mot ragle est dérivé du mot arabe ragl^ U . Les Arabes emploient 

l'accusatif adverbial raglan , ^ (en ragle}, pour désigner celui qui est 
sous l'influence du ragle. Le verbe, ragala^ JJ signifie : il a subi l'ac- 
tion du ragle. Ce verbe, à sa quatrième forme, a la signification de : il a 
traversé le désert, il a marché rapidement. 

(1) Pooillet, ÉlémmU de physique, 6«édit. Paris, 1S53, t. II, p. 739. 

(2) Voyez Mémoire $wr le ragU^ ou hattucmaUon du désert, adressé à 1* Académie 
4es sdences. Paris, 1855, 



I 



26 DU RAGLI 

Une loDgae privation de sommcii et b fitigue qui en rârake sont te 
causes ordiiiaireB dn ragle, qui peut se développer aussi sons rioflowtoe 
d'nae soif excessive, de la faim, peut4tre mêm» du Glia§riii» de k 
crainte, etc. Les sens sont émoossés, leurs perceptions deviennent oon» 
fbses et ne satisfont pas Tesprit, qui cherche à les compMter ; une sensa- 
tion imparfuie sert de point de départ et devient le rndioBênt sur lequel 
s'élèvent les constructions de la fantaisie ; renchatnemcnt des idées acconiH 
put cette transformation, qui a lieu suivant la pente des aspirations hahi*» 
tuelles du sujet ou dans le sens de ses préoccupations du momeujt. Les 
aberrations peuvent se rapporter à k vue, à Toui», au goût, it Todorat, 
peut-être même au toucher. Celles de la vue sont de beaucoup lea plus 
fréquentes. L*œil, en effet, se fatigue à chercher au sdn d'une deml- 
obscorité, ce qu'on a appelé des ténèbres visibles, k détail ou k véritabk 
fonne des objets. Les autres sens sont rarement soumis à une cauw 
analogue de fatigué. Le cas peut se présenter pour Touie^ lofsqa'wi 
milieu du tumulte d'un combat, à travers k grondement de l'artiUerie» 
l'éokt de b mousqueterie, rébranlement communiqué au sol et à l'iir 
par le galop des chevaux et le roulement des voitures, à travers les cris 
des blessés, les appels qui se heurtent et se confondent, k bruit des tam^ 
bours, k vacarme des clairons, k soldat cherche vainement , avec une 
attention soutenue, à distinguer la voix de ses chefs. 

La nature des aberrations ne présente pas, pour un même sujet et 
dans les mêmes circonstances, une grande variété. En général, pour ce 
qui concerne la vue, les pierres deviennent des rochers ou des édiGces; 
les traces des animaux, les ornières, donnent à la route l'apparence d'une 
terre hbourée ou d'une prairia Les ombres portées, lorsqu'il y a clair de 
lune surtout, figurent des puits, des précipices, des ravins; des ombres 
moindres présentent l'aspect d'êtres animés. On voit passer devant soi de 
kngues files de chameaux, des voitures, des troupes nooabreuses, des 
faatailkns dont on distingue les uniformes. On voit encore souvent s'ékver 
devant soi et autour de soi toute une forêt d'arbres très minces et peq 
touffus, mais d'une grande hauteur, et dont le feuillage cache une partie 
du ciel, sans voiler pourtant les étoiles. Suivant que l'œil est plus oti 
moins ouvert, ces objets prennent des apparences différentes. Les images 
paraissent souvent ne pas être éloignées de l'ceil de plus de cinquante cen- 
timètres à un mètre; elles ne s'en rapprochent guère davantage. « Il m'est 
atrivé , dit M. d'Escayrac, de traverser des murailles qui reparaissaient 
toujours devant moi; mon bras allongé plongeait dans k tnaçoanorn* 



ou HâLLUQNATIOR pq désbrt. 31 

iBoo colp0 ae la rencontrait jamais, elle s'ouvrait poor loi donner passage. « 

Une aberration fréquente est le redressement des surfaces boriion^ 

laies : des treillis s'élèvent aox côtés de la route ; l'horiaon défient an 

mur* on one eoceintOt on une inmiense cuve ; quelquefois il semble que 

l'on se trouve $sa milieu d*Qn eratère, au nailiea do val del Bove, ou de 

quelque gorge resserrée des Alpes. Un lait d'une nature analogue est k 

transformatioB de la partie du ciel qui est devant nous en une longue el 

étroite bande de gaie. Les rochers, les maisons et touâ les objets qui pré* 

sentent une surface, verticale, paraissent plus élevés qu'ils ne le sont^ sans 

paraître plus larges ; une maison d'un étage parait en avoir au moins deui^ 

Si l'on se trompe quelquefois sur la nature des étoiles, on ne se trompe 

jamais sur leur nombre, leur situation, leur grandeur. 

Le ragle se montre quelquefois le maliu , le soir et même en plein 
jour; alors l'aberration de la vue est causée par l'éclat insupportable d'ulM 
lumière éblouissante* Le phénomène est alors habituellement compliqué 
du mirage de la première espèce, à savoir : indécision sur la forme et la 
dimension des objets, déplacement et flottement des images. Les abeif- 
rations de l'ouïe^ beaucoup plus rares que celles de la vue, atteignent 
surtout ceux qui sont à jeun, les voyageurs soumis à l'influence du simoun, 
dont les Oreilles sont fatiguées par le vent, irritées par le sable , les 
gens sujets aux bourdonnements d'oreilles , les malades qui ont eu re»- 
cours au sulfate de quinine, etc. Des sdns réels, confusément perçus^ sont 
transfennés par l'imagination : le frôlement des berbes du désert, le cboe 
d'un caillou, le mugissement du vent, deviennent des chants mélodieux, 
des cris de détresse, des coups de fusil, etc. Cet enchainemenl d'idées a 
lieu suivant la pente des aspirations naturelles du sujet, ou dans le sefis 
de ses préoccupations du moment. Les aspirations naturelles d'honmies 
appartenant à la même race, ayant reçu une éducation à peu près pa- 
reille, ne sauraient différer beaucoup; il en sera de même de leurs 
préoocupalionsi lorsqu'ils se trouveront soumis % l'empire des mêmes 
drconstances. De mêmes rudimente seront pour eux la souroe d'aber- 
rations à peu près semblables. Aussi arrive-t-il presque constamment 
que des voyageurs pris simultanément de ra^^e toient se dérouler 
devant eux les mêmes images : si l'un voit des montagnes, l'autre en 
verra aussi i si l'un voit nue .maison, Tautre verra également une maison. 
Toutefois les montagnes de l'un et les montagnes de l'autre, la naaison de 
l'uQ et la maison de l'autre* pourront différer les unes des autres, et différer 
potabianieat^ 



28 DU RAGLE 

Chez des gens de race et d*éducatioii différentes, les hallucinaUons 
présenteront, dans les mêmes circonstances, une certaine analogie, maïs 
elles seront rarement semblables. Ainsi un Bédouin qui n'aurait jamais va 
d'arbres, et il y en a beaucoup dans ce cas, ne saurait voir s'élever autour 
de lui une forêt : là où nous verrons une voiture, l'Arabe verra un cha- 
meau ; là où nous verrons un clocher, il verra un minaret, et ainsi de 
suite. Un médecin qui se trouvait au Caire fut appelé de nuit aux Pyra* 
mides pour donner ses soins à un voyageur grièvement blessé. Il partit ; 
mais le sonuneil appesantissait ses paupières, l'impatience d'arriver assez à 
temps pour arracher un malheureux à la mort lui faisait trouver la route 
d'une longueur excessive. Préoccupé du moment où il verrait distincte- 
ment les pyramides se dresser devant lui , il ne tarda pas à les voir 
surgir du sein des ténèbres, et il allait les atteindre quand elles firent 
place au vide ; il les revit encore, elles s'évanouirent de nouveau, et cette 
vision se renouvda plus de vfngt fois en deux heures, sans qu'il hii fût 
possible de s'en débarrasser. Un des plus récents martys de la science, 
James Richardson, s'était perdu dans le désert. «J'étais accablé de 
fatigue (dit-il dans la relation de son voyage), mes sensations ressem- 
blaient à celles d'un homme ivre (my sensés began to réel like those ofa 
drunken man) ; tantôt je croyais entendre des voix qui m'appelaient, 
tantôt je voyais des lumières, tantôt encore un homme à dromadaire 
envoyé à ma recherche: ce qu'il y avait de plus singulier, c'est que 
tontes ces impressions étaient d'une vérité complète ; elles appartenaient 
bien à ce monde, non à un monde surnaturel. Je voyais à chaque instant 
des gens qui me cherchaient; je les entendais m'appeler sans relâche : 
Yakob! Yakob! J'étais d'autant plus le jouet de ces illusions qu*il faisait 
grand jour et que je ne croyais qu'aux déceptions de la nuit; chaque 
bouquet d'herbe, chaque buisson, chaque butte de sable devenait un 
chameau, un homme, un mouton, un être animé, etc. » Daus les tristes 
circonstances où il se trouvait, la préoccupation constante de James Ri- 
chardson était de retrouver sa caravane : de là toutes les hallucinations 
dont il parle. 

M. d'Escayrac rencontra un jour dans le désert des Bycharas un noir 
qui s'y était égaré. Depuis une soixantaine d'heures, ce malheureux n'a- 
vait rien pris. £n proie au ragle, il n'apercevait autour de lui que 
des sources d'eau vive , dont il croyait s'abreuver sans cesse; l'air sec 
du désert lui apportait des effluves humides ; il marchait avec précaution 
sur le sable, se croyant sur un sol détrempé. Quelquefois il apercevait le 



ou HALLUCINATION DU DÉSERT. 29 

Nil et le sentait ; il courait alors ou se traîuait jusqu'à ce que ses forces 
Tinssent à le trahir. Cet homme ne dormait pas; il n'était pas le jouet 
de rêves, mais d'hallucinalions; il avait beaucoup de fièvre, maïs le délire 
avait commencé avant la fièvre. Les perceptions du ragle ont une vérité 
pareille k celle de nos rêves; elles sont si distinctes, qu'on les rapporte 
aux sens ; si subtiles, qu'on saisit les moindres détails, les plus fugitives 
apparences des objets créés par rimagination. M. d'Escayrac, marchant 
une nuit au milieu d'une vaste plaine, il lui semblait côtoyer de hautes 
montagnes; à une profondeur immense, il voyait se dérouler une riche 
vallée; sur les bords d'un ruisseau coulant au milieu de cette vaUée, il 
voyait un champ de trèfle, il comptait les folioles de ce trèfle imaginaire, 
il distinguait même les étamines de ces fleurs ; mais là commençait le 
rêve, le ragle faisait place au sommeil. Les sens cependant perdent en 
clairvoyance tout ce que gagne l'imagination. L'œil, par exemple, quoi- 
que ouvert, ne voit plus ou presque plus, et les plus grands efforts ne 
suffisent pas toujours à faire apercevoir l'objet le plus rapproché. « Une 
nuit, dit M. d'Escayrac, je voyageais sans domestiques et accompagné 
d'un seul guide, sur une route très fréquentée et très apparente ; le 
guide se tenait à quelques pas en arrière de moi; j'étais^en proie an ragle. 
— Tu n'es plus dans la route, me cria tout à coup mon guide , appuie à 
gauche. J'appuyai à gauche et coupai la route sans la voir; rappelé de 
nouveau, je pris à droite et coupai encore la route sans la voir davan- 
tage. — Je ne vois plus le sol, dis-je alors à mon guide ; passe devant, 
je te suivrai sans peine. Lui-même était bientôt le jouet des mêmes 
aberrations, et devait descendre de son dromadaire pour chercher la route 
avec ses pieds et ses mains, à délaut de ses yeux. Les sens sont émonssés» 
l'imagination folle; la raison, cependant, toujours en éveil, n'est pas 
trompée par les jeux dé la fantaisie. On voit un palais, on en compte les 
fenêtres ; mais on sait à merveille qu'il n'y a point là de palais. C'est en 
vain ponrlant qu'on se roidit pour ne point voir ; les plus beaux raison-' 
nements n'y font rien. On sait qu'il n'existe pas, on agit comme s'il 
n'existait pas , mais on le voit toujours , à moins qu'on ne vienne à 
penser à autre chose ou que Timagination ne fasse du palais une forte- 
resse ou une ville. Au milieu du ragle, j'ai déclamé des vers ou psalmo- 
dié le Coran sans me tromper d'une syllabe ; j'ai soutenu des conversations 
très longues sans le moindre embarras, comme aussi sans le moindre 
soulagement ; j'ai essayé de résoudre des problèmes de mathématiques, 
et j'y ai réussi. J'ai fait mieux : dans mon dernier voyage, pendant que 



dO DQ HAGLE 

le ragle m'iibeédait » je Urai de ma poche un petit cartiet, et cimmie 
j'écris facliement à dromadaire, je m'aaittaai k noter eur ce carnet loales 
les impressions que je recevais da ragle. J'en étals rédoit à écrire % 
nions ; je ne voyais le carnet qae par intervalles, il prenait presque cou- 
Mttuaent à mes yens l'apparence d'un grand album couvert de très 
JMBUS dessins. Je reins le lendemain mes notes de la miit; lear rédnctkNi 
témoignait de la parfaite lucidité qni y avait présidé. ' 

» Lorsqu'on parcmut nne route sur laquelle on tait qu'il n'eiiste pas de 
ibréts, 09 peut donc, par l'effet du ragle, s'en voir entouré, sans que k 
raison s'y trompe on seal instant ; mais si Ton parcourt une route inomi* 
nuei on peut Isrt bien ajouter foi à des impressions contre la fausseté des- 
quelles on n'est point prémuni à l'avance, croire, par exemple, qu'il erisie 
iw fossé là oà Ton eu voit un. On peut enfin connaître bien la route, ra- 
voir suivie mille fois, et cette route étant luen frayée, ne pas (a voir od 
^Ue est et la voir distinctemeot oà elle n'est pas, et tout en ne donnant 
1^, tout en chantant, en causant, s'égarer complètement dans le dé- 
aert. Cette observation servira à résoudre une question de médecine 
légale susceptible d'être portée devant un conseil de guerre t Un guide 
qui ne peut prétexter son ignorance et qui ne dormait point, a égaré de 
nuit la colonne qu'il devait conduire % peut-on, sur ce seul bit, le déclarer 
coupable de trahison 7 Non évidemment ; car il pouvait être seus rinflueneu 
du ragle. La chose n'a rien d'improbable « ce guide est un paysan Mgué 
des travaux de la journée, requis le soir sans avoir eu le temps de souper, 
peu lHdi>itué au cheval et très effrayé des menaces qu'on lui a faites. 

9 Ou saura qu'un homme ragle, ai on le voit étendre les bras en avant 
cnoune pour écarter uq ofaetacle, écarquiller les yeux, chanceler sur sa 
seHe, agir sur la bride «ans motif apparent, ou s'il est à pied, marcher 
comme un homme ivre et se détourner pour éviter des objets imaginaires. 
C'est sur les éteies que les Arabes ee guident presipie toujours quand 
ils voyagent de nuit dans le désert; les étoiles ne trompent jamais oenx 
fui subissent le ragle ; d'ailleurs, la caravane a reconnu tout de soifte 
l'étoile choisie par le guide* et s'il venait à s'endormir, elle ne sortirait pan 
pour cela du bon chemin. Les Arabes, qui (M^nnent habitudlement pou 
de somoseil et sont brisés è toutes les fatigues du désert, souffrait moias 
que nous du ragle, mais ils en souffrent aussi. Leur manière de vivre « 
misénible est ne qui les y txfoae surtout : le Bédouin ne mange lias tous 
lesjoan. 

^9 tÊri^ t$ fioduit euftout enkw minuit et m ou sept heures du 



ou HALLUCINATION DU DtspftT. 81 

matin, il disparait habituellemeat pendant le jour; le ragle de jour est 
affreux, parce qu'il ne se montre jamais que si la fatigue est excessive. Le 
ragle se manifeste ordinairement par accès, dont la moindre durée est de 
quelques minutes. L'accès commence subitement, sans qu'on puisse s'en 
défendre ; il cesse tout d'un coup, presque toujoura sans cause apprécia- 
Ue. Au début, quelques distractions, des lotions d*eau fraîche, etc., 
peuvent mettre fin à un accès de ragle. On obtient quelquefois ce ré- 
sultat en fixant ks étoiles ; le café peut être employé avec avantage, mais 
la fatigoA générale et rirritatioo nerveuse en sont accrues, et le seul 
véritable remède qi)3 je connaisse au ragle, c'est le sommeil : un som- 
meil de quelques minutes procure un soulagement considérable. Mais 
souvent Tirritafion nerveuse rend le sommeil impossible. Le ragle pré- 
cède le i^qMneil de Tboquoe et en marque la fin ; c'est pendant cet état 
de somMiance que des esprits crédules eu timorés aperçoivent des fan- 
tômes, entendent des voix mystérieuses : la faiblesse d'esprit, ordinaire 
à ceux qui éprouvent ces hallucinations, fait quelquefois passer à l'état 
de maladie mentale dias aberrations pa88fl^reschezd'autr|s& 

» Le ragle présente une grande analogie avec l'ivresse piiadiiitt par les 
boissons alcooliques, par l'usage de l'opium, du haschich, du safran, de 
l'ambre gris, de la belladone, de l'éther, avec le délire de la fièvre et les 
baBucinations de quelques fous. C'est une espèce bien caractérisée d'un 
même genre. Le ragle, l'ivresse, l'hallucination diffèrent du rêve : 1" en ce 
qu*ils se produisent en dehors du sommeil sans que l'érétbisme normal des 
organes de la vie animale soit suspendu entièrement, et sans que la raison 
perde entièrement sa puissance; T en ce qu'ils procèdent toujours direc- 
tement de la sensation confuse de quelque objet, en un mot d'un rudiment 
réel, tandis que le rêve prend sa source dans le simple souvenir. Il est 
irai q«e ces souvenirs se présentent à l'esprit par suite d'un enchaine- 
mentd'idées, dont la première est née de quelque sensation qui a précédé 
le sommeil ; mus il n'y a aucun rapport entre cette sensation et le rêve. 
La viiMa du rag^e diffère de celle du -mirage en ce que, dans ce der- 
Bîer fàéMOène, ce que l'on voit existe réeliemeat: ainsi, si l'on croit roir 
de l'eân. c'est ifu'il s'est produit réeUemept l'image d'une surface bleue 
ffiinMtaote et na pe« agitée ; l'esprit se^ tixm^ie seulement en supposant que 
reuneace de l'eau est inséparable de la producUoo d'pue telle impie (1).« 

(1) Mémoirô sur le ragle, p. 24. 



32 DU smapK selon lbs biums et là LONOimim du jour. 

CHAPITRE V. 

DE LA FE^UENCE RELATIVE DU SUIQDB SELON LES HEURES 

ET SELON LA LONGUEUR DU JOUR. 

Ponr 33 032 suicides constatés à Paris de i835 à 18&6 inehuifement, 
M. Petit a trouvé la répartition mensneUe soiTante (1) : 

Temps Mndaot IloyanB* nentaelU 
T«mprfrtture oMyenne Uqml m loUit Un niIddM 

de Paris. est sur rkorisoB. par 94 hraret. 

h. m. 

Janvier 2*,05 269 20 6,06 

Février 4%75 281 7 . 6,48 

Mars 6%48 353 50 7,71 

Avril 9*,83 407 33 8,43 

Mai 14%55 470 52 9,46 

Jaia 16%97 480 30 10,07 

Joillet 18*,61 484 32 9,48 

Aot\t. 18%44 442 4 8,09 

Septembre i 5% 76 375 48 6,93 

Octobre 1 1%3S 332 19 6,55 

Novembre 6%78 274 4 5,83 

Décembre 3*,96 255 50 5,32 

On voit que le nombre des suicides augmente avec la durée des jours, et 
diminue à mesure qu'ils décroissent 

D'autre part, en étudiant les suicides par suspension, en France, sous 
le rapport des heures du jour, M. Guerry a trouvé la répartition sui- 
vante (2] : 

32 

84 

;04 

77 
84 
71 



De minait à 2 beares. 


77 


De midi à 2 beares. • 


2 à 4 


45 


2 à 4 


4 à 6 


58 


4 à 6 


6 à 8 


135 


6 à 8 


8 à 10 


110 


8 A 10 


10 à 12 


123 


10 à minuit*. • 



1000 

11 résulterait de cette répartition que les suicides par suspension 
raient quatre fois plus nombreux de 6 à 8 heures du nuitin, que de 
à 2 heures du soir. Nous nous bornons à constater ces iiaits, sans admettre 
pour cela une relation démontrée de cause à effet entre la lumière et leor 
manifestation. 

(1) Thèse sur U suicide. Paris, 1849. 

(2) Annales éC hygiène i^Mique. Parii, 1831, t. Y, p. 222. 



DU CADJl^TBB KT DF. I.A DKNSITË OB U POPULATION. 



33 



DEUXIÈME PARTIE. 

mwL vmmmME gonmséré au point »e yvb oiMMftAnDtiJE. 



LIVRE PREMIER. 

LOIS STATISTIQUES DU SOL ET DE LA POPULATION. 

CHAPITRE PREMIER, 

DU CADASTRE, DE LA DENSITÉ ET DU GROUPEMENT 

DE LA POPULATION. 



ART. Z". — Bu cadastre. 

La statistique est l'arsenal des sciences économiques et de riiygiène 
pablîque. Sans elle, aucun fait social ou hygiénique ne se démontre, et 
8oa importance trouve une preuve décisive dans son adoption par tous les 
peuples civilisés. On en rencontre la première trace sous le nom significatif 
à^arithmi dans le Peutateuque ; on sait d*ailleurs qu'gu rapport de Tacite, 
Auguste avait écrit de sa propre main la statistique de son empire. En tête 
des opérations de la statistique on peut placer le cadastre et le recense- 
ment de la population. 

Le cadastre a pour objet de déterminer l'étendue de la surface du sol, 
la nature des terres et la valeur de leurs produiu. 11 est prouvé par de 
nombreux témoignages historiques que Tancienne Egypte était cadas- 
trée. Lors de son expédition en Perse, Alexandre emmena avec lui Dio- 
gnète et Eeton , géomètres arpenteurs , qu'il chargea du cadastre des 
provinces conquises. Jules César en fit autant dans les Gaules. 

Toici quelle éuit, en 1852, d'après M. Hain, la supcrficiedes principaux 
États de l'Europe, évaluée en milles géographiques carrés (1 ) : 



BoMie d5 000 

Suède et Norwége 13 747 

Aotridie 12120 



France 9 525 

Espagne. 4.... 8 598 

Grande-Bretagne et Irlande. 5 712 



(1) J. Hain, Hanâbuch der SttUistik tlea Oesterr. KaUerstaates, Vienne, 1852, 
1. 1, p. 104. 

II. 3 



Sft DU CADASTRE BT DE LA DVNSITÈ DE LA FOPULATIOIV. 



Pnwseavec les deax Hohen- 

zollera 5 104 

Daaemarck et UlaDde • • • • S 451 

Deux-SicilM S 033 

Portugal et Açores 1 724 

Batière : i 39l 

ÉUts tardes 1 373 

Romagne 748 

Saitse 718 

Grèce 718 

Hanorre. 699 

Hollande 641 



Belgique 536 

Toscane 402 

Wurtemberg 360 

Bade 278 

Saxe (royaume) 272 

Meklembourg-Schwerin. . . • 22B 

Hetse électorale 209 

Hesse DarmsUdt 153 

Oldenbourg 114 

Parme 113 

Modène 110 



D'après les derniers travaux du cadastre, la France présente une super- 
ficie totale de 52,153, ift9 hectares 64 ares. Cette siq^erficie, qui ne coni* 
prend pas la Corse, dont le cadastre n'était pas terminé au moment de la 
publication du dernier volume officiel, se subdivise ainsi : 

Terres labourables 25,500,075 

Prés • 5, 1 59,179 

Vignes 2,088,048 

Bois 7,688.286 

Vergers, pépinières, Jardins 627,704 

Oseraies, aunaies, saussaies 64,429 

Carrières et mines 3,566 

Mares, canaux*d*irrigation, abreuvoirs 17,372 

Canaux de navigation 12,272 

Landes, pâtis, bruyères, tourbières, marais, rochers, 

montagnes incultes, terres vaines et vagues 7,138,282 

ÉUngs 177,168 

Olivets, amandiers, mûriers, ete 109,261 

Châtaigneraies 559,029 

Routes, chemins, rues, places et promenades publiques. 1 ,102,122 

Rivières, lacs, ruisseaux 439,572 

Forêts et domaines non productifs 1 ,047,684 

Cimetières, presbytères, bâtiments publics, églises. . • 14,742 

Autres terrains non imposables. • • 150,458 

AflLT. n. — 2>e la demîté de la popolalîon. 

M. Hain évalue ainsi qu*il snit la population spécifique de rEorope 
en 1852 (1) : 

(1) Op. cî<., p. 285. 



M LA DBNSITft DB LA POPDLATIOIf. 



35 



Voinbre d'habîUnU par mille géographique carré. 



Belgique • • 8103 

Saxe (rojaome) 6928 

Hesse-DamuUdt 5571 

Hollande 5039 

"Wartemberg 5006 

Bade ^. 4902 

Grande-BrelagiM et Irlande. . 4835 

Toscane 4614 

Ifodène 4391 

Panne 4221 

Dem-Sieiles 4214 

Romagne 3881 

France 3678 

Heste électorale • . • • 3635 

ÉUta sardes 3581 

Suisse 3380 



Bavière 3243 

Pmsse • ..••• 3813 

Autriche 3013 

Hanovre ^ 2516 

Oldenbourg 2439 

Mdclemboarg-Schwerin 2354 

Portugal 2170 

Espagne 1650 

Turquie 1600 

Grèce 1407 

Danemarck 960 

Danemarck sans rislandeet les 

Feroë 2000à 3000 

Russie 626 

Suède et Nonrége. . • 345 



D'après M. Legoyt, la deosité de la popalatioo des principaux États 
de TEarope varierait entre 6,02 habitants par kilomètre carré en Norwége 
et en Suède, dont plusieurs parties sont à peu près inhabitables, et 147,& 
en Belgique, maximum de densité constaté en Europe. Après la Belgique 
Tiennent par ordre décroissant : la Saxe, iSO; la Hollande, 93,6; le 
Wurtemberg, 90,23; l'Angleterre, 112,7; la Suisse, 58,63; la Bavière» 
58,04; le Portugal, ftl,62; le Hanovre, 37,02: le Danemarck, 36,95$ 
Russie, 12,27. Signe d'un développement industriel, commercial ou agri* 
Gole prononcé, la densité des populations peut exercer sur les principaux 
phénomènes économiques, et notamment sur les salaires, une influence 
qui mérite d'être étudiée (1). 

En France, la population spécifique était : 

En 1836, de 64,12 habit, par kilom. carré. 
1841, de 64,87 
1846, de 67,09 
1851, de 67,46 

Yoici quel était, en 1851, le nombre d'habitants par^kitomètre carré 
dans chacun des 86 départements de la France : 



(1) DteUonn. de Véoonom. poUlique, ParU, 1854, t. II, art. Popolàthni. 



36 



DK LA MiNSITi DE LA POPULATION. 



Tableau de la population spécifique eti 4851.* 






DÉPAKTEMEirrS. 



KOMMK 

ii'liabUai«M 

par 

ktlomctr« 

rarrè. 



Ain . . , 

Aline. 

Allier 

Alpes (Baf»n-)> • • • 
Alpflt (HaiitM-j. . . • 

Ardécne. ....... 

Ardeniift • . 

Ariége 

Aohe.. 

Aud 

Aveyron 

BoiicbeB.da-1llidfM!. . 

CaWailot 

Cantal 

Charente 

Charente-Inférieure. 

Cher 

Corrète 

Corie 

Côte d'Or 

Gôte»-Uo-Nonl. . . . 
Creiifc ........ 

Donloisnc 

Doiiba 

Drôme 

lure 

Eiii'e>et-Loir 

Flniaière 

Gard 

Garonne (Raote-) . . 

G«'r8 

Gironde 

Hérault 

ille-et-VIlaloe . . . . 

Indre 

Indre-et-Loire. . . . 

Itère 

Jura * • • • 

Landes 

Loir-et-Cher 

Loire 

Loire ( Haute-) • . . . 
Loire- Inférieure . . . 
Loiret 



64. 25 
76. 00 
46. Of 
21. Oî 
23. M 

68. 94 

65. 27 
54. 65 

44. 92 

45. 91 

44. 97 
«S. 45 
56. 96 
43. 84 
64. 40 

69. 06 
42. 54 
54. 70 
27. 01 

45. 70 
91. 56 
51. .16 
55 22 
56. 74 

50. 09 

69. 70 

51. 55 
91. 95 

70. 05 

76. 36 

46. 96 
63. 08 
62. 81 
85. 42 
.''»9- 93 
51. 63 
72. 79, 
62. 73 
32. 42 
41. 24 
99. 07 
61. 59 

77. 92 
50. 41 



RAPrOST 

le iKMBbrr 
•7,461- 



0. 958 

1. 426 
0. 662 
0. 325 
0. 554 
4. 037 
0* 938 
0. 840 
0. 666 
0. 680 
0. 667 
4. 237 
4. 549 
0. 650 

0. 955 

1. 024 
0. 631 
0. 844 
0. 400 
0. 677 
4. 362 
0. 764 
0. 848 
0. 841 

0. 743 
4. 033 
0.704 
4. 363 

1. «36 
t. 440 
0. 729 
0. 955 
0. 931 
4.266 
0. 592 
0. 765 
4. 079 
0. 95D 
0. 480 
0. 641 
4. 468 
0. 940 
4. 455 
0.747 



m 



DÉPARTEMEirrS. 




Lot 

Lot-et-Garonne. 

Loaèrr 

Maine-et-Loire. 

Manclie 

Marne. ..... 

Marne (Haute-). 
Mayenne. . . . 

Meunbe .... 

M6U«f 

Morbibau. . . . 
Moselle. .... 
Kiévre ..... 

Nord 

Oise. 

Orne 

Pas-de-Calais. . 
Puy-deDônie 
Pyrrnéf^ (H;iutes-). . . 
Pyréiié^!< (Basses-). . • 
PTrénées-Orientalea . . 

Rhin (Bas-) 

Bhin (Haut-) 

Rhône 

SaOne (Haute-) 
Sadiie-ct-Loire 
Sarthe. ..... 

Seine 

Seine-Inférienre 

Seine-et-Marne 

Seme-et-Oiae. 

Sèvres (Deux-) 

Soinme 

Tarn 

Tani-et-Gari»noe 

Var 

Vancluse 

Vendée 

Vienne 

Vienne (Haute-) 

Vosges 

Yonne 



France entière. Moyenn.' 67.46 4.000 



AB.T. m. — Ha gToap«aiMit de 1« population. 

La popolation de la France était répartie : 

En 1836 entre 37 140 communes. 
1841 37040 

1846 36819 

1851 36835 

Sur 10 000 habiunts en Europe , 2 019 appartiennent à la population 
des villes et 7 981 à celle des campagnes. C*est en Suède, en Suîsset en 



DU ghodpsiibnt db la population. 37 

Norwége ei dans le Wurteoïbeii; qac te chiffre de la populatioo urbaine 
est le moins éleyé, puisqu'il ne dépasse pas, en moyenne, 9/i6 sur 10 000. 
C'est en Hollande , en Saxe , en Prusse , dans les États sarttes et en 
Belgique (les documents anglais ne fournissent pas de renseignements 
analogues) que paraît se trouver la population urbaine la plus considéra- 
ble ; elle est, dans ces Étals, de 3 58^ , 3 500 , 2 807 , 2 683 et 2 519 sur 
10 000. Pour h France, d'après le dénombrement de 1851, et en consi- 
dérant comme appartenant à la population urbaine les habitants des villes 
de 5 000 âmes et au-dessus, au nombre de 6 &13 393 , elle est de 1 792 
sur 10000 (1). 

Lorsqu'il fut ^fuestion, en.l848, de mettre en application la nouvelle 
loi électorale, le gouvernement françafis dut procéder à un classement des 
communes basé sur le chiffre de la population. Il fut constaté que la 
France comptait, d'après le recensement de i%Uà : 

431 conunaoes ayant moins de 100 habitants. 



2,528 


de 


100 à 


200 inclosivement. 


4,075 


de 


201 à 


300 


4,654 


de 


301 h 


400 


4,049 


de 


401 à 


500 


11,908 


de 


501 à 


1,000 


4,413 


de 


1,001 à 


1,500 


2,100 


de 


1,501 à 


1,999 


877 


de 


2,000 à 


2,499 


539 


de 


2,500 à 


2,999 


815 


de 


3,000 à 


4,999 


275 


de 


5,000 à 


9,999 


96 


de 


10,000 à 


19,999 


59 


de 


20,000 et 


au-dessus. 



36,819 

On voit que, sur 36,819 communes, il en est 7 43&, ou uu peu plus 
d'un cinquième, qui comptent moins de 301 habitants. 

En £urope, on compte en moyenne 2163 familles pour 10000 habi- 
tants, soit A, 62 personnes par famille. C'est en France que ce rapport 
est le plus élevé, 2 /i29, et en Prusse qu'il Test le moins, 1 9^8. La 
formation des familles semble obéir dans toute l'Europe à des influen- 
ces qui en déterminent uniformément le nombre. Celui des maisons ne 
présente pas le même caractère. Il varie entre 2 476 pour 10 000 habitants 

(1) Dktion». de l'écoHom, poMiçtie, ait. Popoutior» 



t 



38 DBS RKCB91SK1U1ITS DB Lk POPULàTKHI. 

dans le Portugal (1) et /il/i seulement en Belgique. Il est en moyenne, 
pour 11 États (2) , de 1 5&6, soit un peu moins de 6,5 personnes par mai* 
son. £n rapprochant le nopibre des ménages de celui des maisons, on 
constate, en moyenne, Texisteuce de 6 522 ménages pour 10 000 maisons. 
Les États qui cooiptent le moins de maisons, à population égale, et on 
Ton doit, par conséquent, supposer aux habitations des dimensions pins 
considérables, sont : la Belgique, àl^ pour 10000 hahiunts; la Prusse, 
1 191 ; la Saxe, 1 179 ; le Hanovre, 1 k2k; l'Autriche, 1 451 ; le Piémont, 
1 &55. Les trois pays qui comptent le. plus de maisons sont : le Portugal, 
2476; la Sardaigne, 2093 (3). 

En 1851 , le nombre toul des maisons en France était de 7 662 5li5. Il 
résulte de là que la population moyenne des maisons était au-dessous de 
5 habitant^. On comptait : 

313,691 maisoQs ayant une seule oureriure. 
1,805,422 — deux ouverturet. 

1,483,642 — trois ouvertarts. 

996,348 — ifuatre ouvertures. 

692,685 — cinq ouvertures. 

2,220,757 ^~ SIX ouvertures et au-dessus. 

Le nombre moyen d'habitants était en 1851 : 

Pour OBc maison. Poar un menaso* 

En France 4,84 3,95 

Dans les villes 9,05 3,58 

Dans Paris 35,17 2,99 

Le territoire de la France est divisé en 126 210 19^ parcelles apparte- 
nant à 11 053 702 propriétaires. 

CHAPITRE IL 

DES REGENSEMEIITS DE LA POPULATION. 
A&V. !•'. •— Hûtorique d«s reoMuenMats et "•ouroet à eonpvlter. 



On entend par recensement on dénombrement, l'opération administra- 
tive destinée à faire connaître la population d*un pays. Le seul raisonne* 
ment démontre que dès qu'un gouvernement régulier a existé , il a dû 

(1) Receosement 4e 1838. 

(2) Prusse, Belgique, Frauce, Angleterre, Piémont, Sardaigne, Saie, HoUande, 
Autriche, Hanovre, Portugal, mêmes dates qu'à la note précédente* 

(3) Dict. del'économ. polifigiM, art. Populatim. 



BiSTOUQUi Dxs BBGBdsnairrs. aa 

procéder à la constatation di| nombre des liahitaDts, ne fûtH^e même qne 
poor donner une base à l'assiette de Timpôt. Anssi l'histoire des recen- 
sements remonte-t*eUe à nne haute antiquité. On appelle mouvement 
de la population, les mutations incessantes qui maintiennent, accroissent 
on diminuent le chiffre des habitants d'un pays. La constatation de ces mu«* 
tations remonta également à des temps très reculés. Ainsi, à Rome, une loi 
de Survins Tullius prescrivait de déposer, à chaque naissance, une pièce de 
monnaie dans le temple de Junon Lncine, une antre, à chaque décès, 
dans le temple de la déesse Libitine ; enfin une trdsième, dans le temple 
de Inventa, pour chaque jeune homme qui prenait la robe virile. Pen- 
dant tont le moyen âge, la constatation du mouvement de la population 
fat confiée au clergé. 

Voici la liste des principaux documents à consulter sur la population des 
difcn États de TEurope moderne : 

FiAH<x. — Statittiqae générale de la France, oouvelle lérie, vol. XV; cadastre, 
population. Paru, 1855. 

CoLomu nARÇAisu. — Notices statistiques sur les colonies francises. 

ÀLOtEiB. — Tableau des établissements français dans I* Algérie. Paris, 1837- 
1855. 

SuÈDi. — Rapports quinquennaux au roi ; recensement et moayement dé la po- ' 
pulation. (Kongel, Tabellcommissionens underdaaniga femaarsberaettelser.) 
NotwiCB. — Statistike Tabeller for Kongeriget Norge. Christiania, 1847. 

BsLGiQUB. — 1* MouTement de TEtat civil, publié par le ministre de rintérieur, 
années 1841 a 1850. 

2* Recensement général, 15 octobre 1846, publié en 1849. 

Suisse. — 1* Tableaux de la population de la Suisse, dressés d*après les résul- 
tats du dernier recensement fédéral, 18-23 mais 1850. 
T Franscini, Neue SUtistik der Schweitz. Berne,i848. 

Akglstsbu: -^ \* Annuai reports of the Registrar gênerai of births, deatké 
and marriages, de 1839 à 1855. 

2« Census of Great Britaio, 1801, 1811, 1821, 1831,1841 et 1851. 

Pedssi. — Tabellen nnd âmtlichc Nachrichten ûber den Preussicben Staat fUr 
das Jahr 1855, heransgegeben Yon dem statistischen Bureau. 

AnraiCHC. — l*" Statistischè Mittheilangen , berausgegcben von der Dîrectiou 
der administrativen Statistik, 1841 à 1851. 

T J. Hain, Handbuch der Statistik des Oestenreichiscben Kaisersteates, Wien, 
1852. 

Saxe (royaume de). — 1° Slatistiscbe Mittbeilungen ans dem Kœnigreich Sachsen, 
berausgegeben vom statistischen Bureau des Ministeriumdes Innern. Dresde, 1851 . 

S* Sland der Bevdlkorung ntch der Zihiung vom 3 Deoember 1849. Dresde, 
1851. 



AO HISTORIQUE DES RKCENSBMBNTS. 

BjiviftsE. — Beitrage zor Siatistik dei Konigreiches Baiern ans amtlichen Qoel- 
len berousgcgebea von doclor Hcrman. Muochen, 1850. 

HANovae. — Tellkampt, Die VerbaltniMe der Bev<>lkeniog im KGn. Hanover. 
Haoover, 1846. 

Wurtemberg. — Bickes, Bewegnng der Bevôlkerang. Tubiogeo and Stuttgart, 
1833. 

Duchés de Scbleswig , Holstein et Lauenburg. ^~ Stalistisches Tabellewerk^ 
Koppeahagen, 1846. 

DkAimAtCK. — 1* Zsbiung voo I*' fcbrnar 1850. 

2* Statislik tabelvœrkDy Rekke, fcersle biod. Kjobenbarn, 1850. 

Hollande. — 'Stattstifcb Jaarboekjc voor het konipgryk der Nederlaodea ui.tge- 
geven door het dcpariement van binncolandscbe zaken, 1851. 

Portugal. — 1* Rcvisao do recenseaniento da populaçao de Portugal en 1838, 
publicado no diario do goverao de 21 de abril de 1840. 

Étatc sardis. — 1' Informazioui statii^tiehe raceolte dalla regia commissioDe 
superiore, per gll Stati di S. M. in terra ferma (Cenaimenio délia popolaiione, 
1839| movimento délia popolazione, 1843). 

2" Ceusimento del regno di Sardegna, per Tanno 1 848. 

3* CeDsimento délia popolazione delPisola di Sardegna, 1846. 

4" Nengebauer, 5ardinien. Berlin, 1853. 

Italie. — Annuario italiano, 1852. 

0. Ferrario, SUtistica medica, 1838-1846. 

Iles Canaries. — Minutoli, Die Canartscben loseln. Berlin, 1854. 

A&T. Zl. — l>u receniement dans les prineipattx £tats. 

Ea Angleterre, le premier dénombrement remonte à l'année 1086. 
Il fut exécuté d'après les ordres de Guillaume le Conquérant, et les ré- 
sultats en sont consigués dans le célèbre Domesday book. Aujourd'hui, 
les recensements sunt décennaux et s'opèrent le même jour, et dans 
toute l'étendue du pays, par des bulletins imprimés que les proprié- 
taires ou locataires des maisons sont tenus de remplir exactement. En 
Angleterre, le dénombrement, au lieu d'être laissé aux soins des auto- 
rités locales, est confié aux agents de l'état civil laïques, ^Taste admi* 
nistration placée sous la main du gouvernement et dont la sphère 
d'action embrasse toutes les paroisses de la Grande-Bretagne. Il est vrai 
que le système anglais coûte à l'État environ 800,000 francs, mais Tîn* 
convénient de cette dépense est peut-être compensé, dans une certaine 
mesure, par la confiance qu'inspirent les renseignements recueillis. 

En Belgique, il ne s'est fait, depuis son érection en i^tat indépen- 
dant, qu'un seul recensement, qui est celui de 18&6. Il comprend le sexe, 
l'âge, l'état civil, le lieu d'origine, la langue, le culte et la profession des 



DU ftECENSBHSNT DAMS LIS PRINCIPAUX ÉTATS. Ul 

individoa. En Belgique, comme en Angleterre, le refas de répondre est 
frappé d*ane pénalité. En Hollande, les dénombrements sont décennaux 
et comprennent le sexe et Tétat civil des individus, l'origine, le culte, le 
nombre des familles. 

Dans les États sardes, les dénombrements sont décennaux et s'exé- 
cutent sous la haute direction d'une commission centrale et de commis- 
sions provinciales de statistique, institution empruntée depuis par la 
Belgique. Les deux plus récents ont eu lieu en 1838 et 18^8. Un dénom- 
brement spécial de Ttle de Sardaiglie a été effectué en 18/16. 

Une décision de l'assemblée fédérale du 22 décembre 18/i9 a prescrit le 
premier dénombrement général qui ait été exécuté en Suisse. Il a eu lieu 
eo mars 1850, par les soins combinés du conseil fédéral et des gouverne- 
ments cantonaux. En Prusse, les dénombrements sont triennaux comme 
dans les antres États du ZoUverein. On en compte 13 de 1816 à 1852. En 
Autriche, la forme et l'époque du dénombrement ne sont pas les mêmes 
pour tout l'Empire. Il est triennal depuis 1831 dans les provinces soumises 
an recrutement. Les deux derniers dénombrements généraux du Hanovre 
ont en lieu les l''* juillet 1842 et 18/i8. Le dénombrement est une institu- 
tîoD déjà ancienne en Suède. En 1749, un bureau spécial fut chargé de 
centraliser et de dépouiller les documents sur la population préparés par le 
clergé* En Norvège, l'opération du recensement est également confiée au 
dergé dans les caoqMgnes ; il y est procédé par les magistrats municipaux 
dans les villes. En Oanemarck, les renseignements recueillis par l'autorité 
comprennent : le sexe, l'âge, la profession elles familles. Des recensements 
annuels ou généraux s'opèrent en Russie pour assurer le recrutement ; 
mais aucune publication officielle n'a encore indiqué sous quelle forme ils 
ont lieu et les divers renseignements (autres que le sexe et l'âge) qu'ils ont 
pour but de recueillir. La population du Portugal a été dénombrée en 
1820, 1 838 et 1861. Le nombre des habitants en bloc et des maisons pandt 
seul avmr été constaté. En Espagne, aucun relevé numérique des habitants 
n'a été fait depuis les dénombrements de 1798 et 1803. Dans les États 
romains, le dernier dénombrement paraît remonter à l'année 1845 on 
1846. Enfin, aux États-Unis, le recensement est décennal : le premier 
a été effectué le 1" août 1790 ; le dernier et le septième le 1*' juin 1850 ; 
il est opéré directement par les agents fédéraux, sous la direction d'une 
commission spéciale, et comprend une statistique très détaillée de la popu* 

(i). 
(1) XNctJbfifi, do r&xMom. poUU^^ U U, Paris, 1853, art. RiunnuuiT. 



&2 DU BXCBNSBWNT DAKS LBS PRmCIPiUZ tTÂTS. 

£q France, le premier recensement est mentionné en 1700 ptr Phe* 
lippeaux, intendant de la généralité de Paris. « Du temps du roi Ghariea IX, 
dit cet auteur» il s*est fait un dénombrement des peuples et habitants du 
royaume de France, qui se trouva monter à 20 000 000 d'habitants* * Le 
second dénombrement connu a eu lieu vers la Gn du xyip siècle, par les 
soins des intendants des généralités. D'après ce document, publié en 1720» 
la France, qui ne possédait pas encore la Lorraine ni la Corse, comptait 
alors 39,016 paroisses, et 8 5&7 940 feux, lesquels, à raison de 5 1/2 per-^ 
sonnes par feu, donneraient 19 millions 1/2 d'habitants. Le recensement de 
1762 porte la population de la France à 21 769163. En 1786, M. de 
Necker, admettant qu'une naissance réponde à 25 1/2 d'habitants, é?aliui 
la population française à 24800000 habitants. Nous croyons cette esti- 
mation au-dessous de la réalité, car elle forcerait d'admettre un accrois- 
sement par trop considérable pendant h période de hi révolution, après 
laquelle, en 1800, le recensement poru lapopuiation de la France, ramenée 
à sa superficie actuelle , à 27 349 003 habitants. Toutefois ce dernier 
chiffre ne mérite lui-même qu'une médiocre confiance; si Ton considère 
qu'en 1805, le gouvernement, dans une circulaire aux préfets, faisait 
observer « que , parmi les auteurs du dénombrement de 1800 , les 
o uns avaient ex^éré la population, croyant par là donner plus d'impor* 
» tance aux localités, les autres l'avaient diminuée, dans l'espérance de se 
• dérober aux charges publiques. » Le recensement de 1806 donne une 
popubtioiv de 29107425 habiunts; celui de 1821 la porU à 30471 875. 
D'après une ordonnance royale de 1822, un dénombrement général de- 
vait avoir lieu tous les cinq ans; mais, en 1826, le gouvernement se 
borna à ajouter au tableau de 1821 l'excédant des naissances sur les décès, 
et déclara ce résultat, nécessairement très inexact, authentique pour une 
nouvelle période de cinq ans. Le recensement de 1831 porta la population 
à 32 569 223, ce qui donnait un accroissement de 6,92 pour 100 sur h 
période décennale de 1 821 à 1 83 i . Le dénombrement de 1836, opéré avec 
soin, donne une population de 33 540910; celui de 1841 de 34240711 
habitants. Les instructions pour 1846 furent délibérées par une rénnioB 
de statisticiens, qui exigèrent le signalement du sexe, de l'état civil, de 
Fâge et de la profession; le résultat du recensement conduisit au chifre 
de 35400486 habitants. 

Les dénombrements de 1801 à 1846 n'avaient constaté la population 
que par sexe et par état civil ; le recensement de 1851 y ajouta l'indica- 
tion de l'âge, 4i| cult^, de la nationalité çt des infirmités extérieure^ et 



COMPOSITION Dffô POPULATIONS SELON LBS AGIS. ki 

visibles. Le déaorabrement de 1851 est le huitième qui ait été effectué 
ea France depuis le commencement de ce siècle. La population s'élevait à 
35 781 628 âmes, et s*est accrue, depuis 18&6, de 381 1^2 ou de 7622B 
par au. C'est une augmentation de 1,08 pour 100 pour la période quin- 
quennale entière, et d*un peu plus de 0,21 pour 100 par an. Cette ai^[- 
mentation est notablement plus faible que celle des dénombrements pré* 
cédents. 

CHAPITRE m. 

COMPOSITION DES POPULATIONS SELON LES AGES. 
A&T. X*r. — Populations des divers iitats ea général. 

Sur 100000 individus de la population générale, on en compte 33190 
de moins de 15 ans; 9264 de 15 à 20; 8 911 de 20 à 25; 8264 
de 25 à 39; 7135 de 80 à 35; 652& de 35 à 40; 5847 de &0 à 
45; 5296 de 45 à 50; 4476 de 50 à 55; 3489 de 55 à 60, et 7 684 
de 60 et au-dessus. Le chiffre des individus de moins de 15 ans varie entre 
36047 en Angleterre, et 27 307 en France. Toutefois ce dernier terme 
de comparaison mérite peu de confiance, le dénombrement des âges en 
France, en 1851, ayant éprouvé des résistances qui en ont compromis 
i*exactitDde. Les États qui, après 1* Angleterre, comptent le plus d*in- 
dividusde moins de 15 ans sont : la Prusse, 34711; les États sardes, 
34210; le Danemarck avec les duchés, 34001; la Saxe, 33 388; la 
Styrie, 32 830 ; la Belgique, 32 300. C*est encore en Angleterre qu'on 
trouve le plus d'individus de i 5 à 20 ans, 9 962, et en France que Ton en 
rencontre le moins, 8 808. Pour les antres États, le chiffre des habitants 
de cet âge n'offre pas de différence sensihle. Môme résultat en ce qui con* 
cerne les adultes de 20 à 30 ans, dont le maximum se trouve en Angleterre, 
17 871, et le maximum en France, 16 346. Pour les autres États, il est de : 
17 698, en Saxe; de 17 280, dans les États sardes; de 17 260, en Styrie; 
de 17 071, dans le Danemarck et les duchés ; de 16 910, en Belgique. La 
France occupe la première place, et l'Angleterre la dernière, dans la série 
des États qui ont le plus d'habitants de l'âge de 30 à 40 ans. Les chiffres 
afférents à ces deux États sont : pour le premier, de 14 753 ; pour le se- 
cond, de 12182. La France est suivie par les autres États dans Tordre 
suivant : États sardes, 14 610; Styrie, 14210; Saxe, 13 773; Belgique» 
13 530; Danemarck avec les duchés, 13 289. La France et l'Angleterre 



Uk POPULATIONS DES DIVERS ÉTATS. 

conservent le même rang pour les individus de ^0 à 50 ans : le pre- 
mier de ces Éiats en^ compte 12^65, et F Angleterre seulement 9629. 
Viennent ensuite : la Belgique, 11 830 ; la Styrie, Il 080; le Danemarck 
et les duchés, 10923; la Saxe, 10863 et les ÉUts sardes, 10830. Le 
même ordre se maintient pour les individus de 50 à 60, la France en 
comptant 10170 ( nombre exceptionnellement élevé et d'nne exactitude 
douteuse), et 1* Angleterre seulement 6^26. Le nombre des individus de 
cet âge varie, pour les autres États, dans les proportions suivantes : Sty- 
rie, 8 l&O ; Danemarck et les duchés, 7 686 ; États sardes, 7 770 ; Belgi- 
que, 7 680 ; Saxe, 7 608. C'est encore en France que Ton trouverait, s 
Ton pouvait ajouter foi au dénombrement de 1851, le plus grand nom- 
bre de vieillards de 60 ans et au-dessus, 101(i9. La Prusse occupe le der* 
nier rang, 5 979. Les autries États se classent ainsi par ordre de longévité : 
Belgique, 8690 ; Danemarck et duchés, 7 /i83 ; États sardes, 7 160 ; Sty- 
rie, 7 2(i0; Saxe, 7 136; Angleterre, 7 123 (1). 

La race semble exercer une influence considérable sur la composition 
des populations au point de vue de Tâge. Ainsi, d'après le recensement de 
1860, on comptait sur 10 000 habitants aux États-Unis d'Amérique (2) : 

G«ns de couleur libres. EicliiTes. Blanci. 

Moins de 10 ans 2,884 3,394 3,1 61 

De 10 à 24 ans 2,831 3,141 3,027 

De 24 à 36 ans 1,993 1,910 1,786 

De 36 à 55ans 1,519 1,144 1,414 

De 55 à 100 ans 756 406 612 

De 100 ansetan-dessns... 17 5 m 

^m^^^^m^t^mÊm^Êa^mm m^m^rm^^^^mm^mmg^^Êm ^^mmÊ^^^mmmmmmm^mm 

10,000 10,000 10,000 

Il est digne de remarque que cette composition, que nous sommes loin 
toutefois d'attribuer exclusivement h une influence de race, est toute à 
Tavantage de la population libre de couleur. 

AHT. XX. — Vepulatioo de la Franee en parlMoUer. 

Le tableau suivant résume la population de la France, classée par àge« 
par sexe et par état civil, d'après le recensement de 1851. 



(1) Dietionn, de l'économ. politique^ art. Population. 

(2) E. Jarwis, Notice of sortie vital statislics of the United States {Journal of ihe 
MltaUxtkal Society ofLondon, t. IX). 



POPULATION DE LA FRANCR EN PAHTICULIBB. 



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UH COMPOSITION DBS POFULATUmS SELON LIS «OIS. 

Il résulte de ce tableau, que Ton compte : 

De TAge de 99 ans, 101 hommes et 223 femmes 

DeTAgede 100 ans, 62 — 180 — 

Au-dessus de... 100 ans, 40 ^ 102 — 

Parmi les hommes mariés, on trouve : 

4 hommes de 16 aos. 

845 — 18 aos. 

1,986 — 19 ans. 

Parmi les femmes mariéei$ : 

265 ont 15 ans. 
2,168 ont 16 ans. 

On compte : 

52 venft de 18 ans. 
100 — 19 ans 
231 ^ 20 ans. 

Parmi les femmes, nous avons trouvé : 

2 veuves de 15 ans. 

7 -r- 16 ans. 

46 — 17 ans. 

153 . — 18 ans. 

CHAPITRE IV. 

DE LA COMPOSITION DES POPULATIONS SELON LES SEXES. 

Divers recensements de la population ont donné les nombre^ ci-après 
de personnes du sexe féminin, pour 1 000 individus du sexe masculin : 



Danemarck, 1845 ••.. 1023 

Suède, 1805 à 1835 1081 

Norwége, 1835 1070 

Ecosse, 1851... 1105 

Angleterre, 1851 1045 

Irlande, 1851 1005 

Belgique, 1846 1005 

En France, voici quelle a été, depuis un demi-siècle, la proporlîoa 
relative des deux sexes sur 100 habitants : 



Hanovre, 1848 1009 

Saxe, 1834 à 1843 1057 

Wurtemberg , 1 833 à 1 837 . 1 050 

Bavière, 1849. . . . < 1051 

Sardaigne, 1848 981 

Toscane, 1832 à 1836 965 

Prusse, 1849 « 1001 



• 


Sexe maMulin. 


Sexe Mmlnlo. 


1801.... 


48,67 


51,32 


1806 


49,17 


50.82 


1821.... 


48,57 


51,42 


i831.... 


49,00 


50,00 



O0IIM51TION DBS POPULATIONS SBtX)N LES SEXBS. &9 





S«x« miteolin. 


8«z« UmltAn» 


1836 


49,07 


50,18 


1841 


49,50 


50,51 


1846 


49,55 


50,45 



Le nombre des personnes do sexe masculin était, en 1851 , de 1 7 79& 96& ; 
celai da sexe féminin s'élevait à 1 7 988 206. 

Depuis 1801, les divers recensements de b population française ont 
constaté les excédants ci-après, en faveur du sexe féminin : 



Aoiitfet. 


Excédanls. 


Années. 


EzcëdsnU. 


1801 


735,225 


1836 


619,508 


1806 


481,725 


1841 


445,382 


1821 


868,825 


1846 


318,788 


1831 


669,033 


1851 


185,890 



Ainsi, à mesure que l'on s'éloigne de l'époque des guerres de la Répu- 
blique et de l'Empire, on voit ^e rétablir l'équilibre entre les deux sexes, 
inévitablement rompu par la grande consommation d'hommes que faisait 
la guerre. 

On comprend que la proportion des sexes ne saurait être celle de l'Eu- 
rope dans les pays dont le peuplement est tout artificiel, tel que celui des 
colonies» Voici quelle était la composition de la population des colonies 
françaises en 1850 (1). 

VopQlatioii dff «oImùm firaDfaifct en 18M, 
Sexe matcalln. Sexe féminin. 

Martinique 57,961 

Guadeloupe et dé^ndancet ... 61 ,042 

Guyane françaiie. • ^ •• 8,475 

Réunion 60,1 97 

Sénégal et dépendaDces. ..... 6,226 

Établiss. français dans Tlnde. . 88,668 
llayolte et dépendances. .... 

Saint-Pierre et lliquelon 1,312 

595,604 

(1) Notices staUttiquet sur les colonies françaises. Paris, 1851, Imp. impériale. 
(2 et 3) Non compris les fonctionnaires et leurs familles, et la garnison. 

(4) Non compris les Indiens indigènes et la garnison, les sœars à voile, les fonc- 
tionnaires, les Madériens et la popnlation flottante. 

(5) Non compris les cnltivateors indiens et chinois et les autres travailleurs 
étrangers, les fonctionnaires, les sœurs à voile et la garnison. 

(6) Non compris les fonctionnaires et la garnison. 

(7) T compris les fonctionnaires, les sonirs et la garnison. 

(8) Non compris les fonctionnaires, les sccnrs et la garnison. 

(9) Y compris les fonctionnaires et les ouvriers, les gendarmes, les marins de 
la station, les pécheurs hivernanU, et 35 Anglais des deai sexes. 

II. ft 



64,859 


122.820 (2) 


67,943 


128,985 (3) 


9,123 


17,598 (4) 


40,514 


100,711 (5) 


8,631 


14,857 (6) 


91,864 


180,532 (7) 


• 


27,915 (8) 


884 


2,196 (9) 



$0 COMPOSITION DSS POPUUTIONS SELON US 8XXKS. 

En Algérie, la popuktîon européeuM a offert depuis 1834 la compo- 



sitioD suiYante : 






Hoinnci. 


F«mmM 


1834 


5,480 


1,890 


tasf 


9,f00 


8,190 


1842 


17,300 


8,200 


1844 


$2,600 


18,400 


1845 


40,100 


23,200 





Horomei. 


FemoMt. 


1846 


40,600 


25,000 


1841 


44,800 


80,S00 


1848 


48,700 


82.700 


1849 


46,700 


32,300 


1851 


53,351 


38,047 



Au 31 décembre 185(i, cette même population européenne comptait 
50662 himipes, 30112 femmes et 51 613 enfants des deux sexes âgés de 
moins da 15 ans. 

La population indigène comptait au 31 décembre 1851 : 



Province d* Alger 

— à'Qnn 

— deCoustiiDline. 



VOSOLIUHS. 



I 
I 



7.330 

a,ot8 

i4.S58 
#S50G 



i 



ft,S90 
11,670 



M 

e 

9 
U 



5,839 
4,0t8 
8,901 




NiGRES. 



E 

I 



19 

aoe 

887 



8 



i 

a 

i 



61 8 
130 448 
745|S66 



JUIFS. 



i 




1,704 
S.Oli 



I 

E 



1,790 
1. 186 

1,555 






3,767 
3,947 

1.301 




«^ 



I 

a 

I 

H 



37,8t4 
16.106 

41.865 



105,865 



Si Ton suppose ces chiffres exacts, on est contraint de reconnaftre l'im- 
possibilité matérielle de la polygamie dans la population musulmane de 
FAlgérie, au moins comme pratique générale. 

On peut en dire autant de plusieurs autres popalatioiia parmi lesquelles 
de récanls dénombrements ont constat^ un excédant cooaidéraUo d'hidi- 
¥idus du 86X6 masculin. Ainsi, le recensement de la population de Bombay 
et de Colaba, après le 1*' mai 1869, a fourni la composition suivante par 
sexes (1} : 



Sexe masculin. 

Jains, Lingaëts et Bouddhistes. . . 1,083 

Sectateur! de Brahma et Hindous 

d'autres castes 196,979 

IIOMlmant. 77,359 

60,967 

612 

, 4,810 

4,013 

3,495 

759 

4,003 



Parsift, .•• 

Juif». .••«.••...• 

Chrétiens indigènes. 
Indo-européens. . « . 
Européens (purs)... 
Nègres africains . . . 
Autres castes 



Sexe fi^miniq.^ 

819 

99,952 
46,796 
58,731 
820 

2,646 
2,707 
1,598 
150 
3,115 



Eu tout. 
75 

50 
60 
88 
84 
55 
66 
45 
20 
77 

59 



ToUos 354,090 212.029 

(1) Census of Uie hlands of Bombay and Colal>a^ on t^ 1*' of may 1849, — 
Jùum. delà Soc, destat. de Londres, t. XY, p. 336. 



DU NOMBRB 4NNIIBL DBS MABIAGB8 BT DB SA FIXITÉ. 51 

On voit ici une prédominance numérique marquée du sexe masculin, 
oon-seulement pour l'ensemble de la population, mais encore pour chacun 
de ses éléments pris en particulier. Le tableau suivant donne le nombre 
des personnes du sexe féminin par IDÛ individus du sçxe masculiPt i trois 
époques différentes de la vie. 

Personnel du taxe féminin 
po ur 100 iad ividnt dn •ezenuenlin. 

Att-desMot Aa-deMOiM Aa«deMoat 
de 14 ans. de 31 ani. de SI ans. 

Jains, Hngaëts et boaddhistes. 124 60 88 

Secte de Brahmt et antres lodooi. ... 60 48 58 

Mosulmans. 84 48 98 

PanU 99 82 90 

Juifs 89 81 89 

Chrétiens indigènet. 110 42 71 

Indo^enropéens 89 69 76 

Européens 77 42 46 

Nègres africains 55 13 138 

Antres castes. 111 67 89 

ToUux 82 53,5 74,5 

Bien que l'infériorité numérique du sexe féminin soit à peu près géné- 
rale, on voit qu'elle varie d'une manière notable, non^seulement s^lon la 
race, mais encore selon l'ige* Jl est à regretter que ce. curieux documoit 
ne soit accompagné d'aucun renseignement explicatif dans la source à la^ 
quelle nous puisons. 

CHAPITRE V. 

DES MARIAGES ET DE l'ÉTAT CIVIL. 
AMX. X***. — XHi nombre annvel des naariagM el de êm fixité. 

Dans les là principaux États de l'Europe, le rapport des mariages à la 
population, est de 1 sur 133,3 (Russie non comprise). Les extrêmes de 
ce rapport se rencontrent en Russie où il est de 1 sur (i9,3, et dans les 
États sardes où il est de 1 sur 55, pour la période 1828-37. Les autres 
États se classent dans l'ordre suivant : Belgique, 1 sur 15^, pour la pé- 
riode 18^2-^6; Bavière, 1 sur 15f ,3, pour la période 1835-89; Bade et 
Wurtemberg, 1 sur 1^1, pour la période 1833-/i2; royaume de Naples 
et Toscane, 1 sur 140, pour la période 1833-/i2; Portugal, 1 sur 143, 
pour la période 18&0-49; Suisse, 1 sur 183; Hanovre, 1 sur 131. pour 
la période 1832-41 ; Danenoark et Suède, 1 sur 129, périodes 1824-33 



52 DES MARIAGES ET DE L*ÉTAT OTIL. 

pour le Danemark et 1831-35 pour la Snède; Norvège, 1 sar 127, pé- 
riode 1826-35 ; France, 1 sar 123, période 1860-50 ; Saxe et A^n^eterre, 
1 sur 121, périodes 1832-38 pour la Saxe et années 18^5 et 18&6 pour 
l'Angleterre; Autriche, 1 sur 110, période 18b6-a9; Prusse, 1 sur 112, 
moyenne des années 1860, 63, 66 et 69. Sept pays catholiques occupent 
le premier rang des États qui comptent le moins de mariages; un État 
protestant occupe le dernier (1). 

En tête des circonstances qui exercent une influence sur le nombre an- 
nuel des mariages, on peut placer les années de disette, les épidémies, la 
proportion des individus âgés de 20 à 30 ans, le chiffre du contingent an- 
nuel du recrutement, etc. Ainsi, en 1867, année de cherté, le chiffre des 
mariages descend, en France, de 270633, en 1865, à 269 797, et en An- 
gleterre, de 165666 à 135 865; soit une diminution de 8 et 7 pour 100. 
En 1833 et 1835, années qui ont suivi les ravages du choléra, le chiffre 
des mariages s'élève, en France, de 256 256, moyenne des cinq années 
antérieures, à 266061 en 1833 ; et de 273025, moyenne des cinq années 
antérieures, à 297583 en 1850. Dans les trois années antérieures à 1869, 
en Angleterre, la moyenne des mariages avait été de 138238; en 1850. 
ils atteignent le chiffre de 152 738. Le très petit nombre de soldats qu'en- 
tretient l'Angleterre, par rapport à sa population, contribue à expliquer 
le chiffre élevé de ses mariages; mais ce chiffre est surtout déterminé par 
celui des adultes de 20 à 30 ans, qui est considéraUe en Angleterre. 

Le rapport des mariages à la population varie d'une manière sensible, 
suivant le culte et la race. Ainsi on a compté, en Prusse, les nombres d- 
après d'habitants pour un mariage : 





ProtettaoU. 


Calholiqiies. 


Nennonites. 


Jal& 


1831 


129 


136 


95 


155 


1834 


102 


103 


190 


129 


1837 


110 


109 


131 


142 


1840 


112 


113 


141 


127 


1843 


107 


113 


137 


123 


1846 


112 


122 


151 


134 


1849 


107 


111 


130 


174 



Un fait très remarquable est sans contredit la Oxité annuelle du nom- 
bre des mariages entre les diverses catégories d'ftge, comme le montre ie 
tableau suivant dans lequel M. Quételet a résumé les mariages contractés 
en Belgique de 1861 à 1865 inclusivement. 

M) Dkt. dôVécon.poUtique, art. cité. 



BÉPART1TK)N MKNSOBLLB DBS MARIAGBS. 53 

AGES. i84l. 1849. i843. 1844. 1845. 

HAmmMdA «fl/'SOansetaa-dMsoos.. 12,788 12,422 12,368 13,024 13,157 

«n^TTan nfî^î^O"*»^*»"' 2,630 2,626 2^406 2,375 3,438 

™.JL?°:™;Î45an8à 60 408 93 121 125 129 102 

•^"•"^^^"'••UO an» et au-dessus... 7 6 8 5 5 

Uomniea de 30/30 ans et au-dessous.. 6,122 5,803 5,617 5,948 5,810 

à 45 ans ac- ) 30 ans à 45 ans 5,531 5,396 5,100 5,205 4,981 

complisetfem-J45aDS à60 ans 529 542 479 493 532 

mesk.tf V60 anset au*des8n8,. . 18 12 18i 21 21 

Hommes de 45 /' 30 ans et au-dessous • . 376 346 380 355 346 

à 60 ans ac-\ 30 ans à 45 ans 896 879 896 951 993 

oomplisetfora-j 45 ans k 60 ans. 461 447 433 462 460 

mes \ 60 ans et au-dessus. .. 23 19 29 36 28 

„ . ^^/^ 30 ans et au-dessous.. 46 35 43 41 36 

-T^f^^nfu 30ansà45ans 139 147 133 112 145 

*f*"*^"®**) 45 ans à 60 ans 133 170 137 112 145 

et femmes. . . ^g^ ^^ ^^ ^^ ^^^^ 62 52 48 50 31 

29,876 29,023 28,220 29,326 29,210 

Assurément iJ est peu de circonstances dans la vie où l'homme ait plus 
d'intérêt à agir avec circonspection et à user de son libre arbitre, que 
lorsqu'il s'agit de son mariage. Certes, le jeune homme de moins de 30 
ans, qui épouse une femme de A5 à 60 ans et au-dessus, n'est point .mû 
par une passion aveugle, irrésistible; et cependant, dit M. Quetelet, il 
vient chaque année, payer son tribut à cet autre budget fixé à la fois par 
sa propre organisation et par celle de la société. Il y a plus, ce tribut ma- 
trimonial, l'homme l'acquitte avec plus de régularité que celui qu'il paye 
à la mort et au trésor de l'État. 

A&T. n. — Répartition mensiieUe de» niAriaget. 

Les mariages sont très inégalement répartis entre les divers mois de 
l'année, comme le montre le tableau suivant : 

Moyenne mensuelle des mariages en France et en Italie. 



Janvier 

Février 

Mars 

Avril 

Aiai* ••■••«• 
Juin. •••••• 

JttiUet 

Août 

Septembre. • • 
Octobre... •• 
Novembre... 
Décembre* . • 





ttilan/ 










France, 


onse ao liées 


Turin, 


Génet, 


Nople«, 


Pie'mont, 


i83l-40. 


a vaut 1846. 


l8«-37. 


18i8-37. 


f838-43. 


188837. 


30,345 


1,529 


863 


581 


1,262 


47,122 


43,156 


2,120 


1,010 


1,061 


1,539 


62,128 


15,236 


436 


451 


280 


1,046 


13,053 


16,217 


1,141 


840 


874 


1,270 


32,108 


20,301 


1,127 


757 


344 


1,711 


23,715 


25,237 


732 


671 


734 


1.774 


22,938 


21,230 


563 


664 


487 


1,670 


16,728 


16,208 


658 


653 


559 


1,602 


16,891 


18,852 


1,198 


662 


569 


1,788 


17,798 


22,436 


1,690 


609 


497 


1,508 


18,336 


31,871 


839 


679 


767 


1,480 


26,031 


14,132 


365 


480 


208 


1,356 


10,054 



Totaui... 276,221 12,398 8,339 6,961 18,006 306,902 



5& DBS POPDLATtONS SBLOlf L'ÈTAT CtViL. 

On voit qu*à retceptîon de Naples» les maiima correspondent au mois 
de février, et les minima au mois de décembre. Mais, ne perdons pas de 
vue que le tableau qui précède ne comprend que des pays catholiques (1). 

fin Angleterre et en Suède, pays protestants, le plus grand nombre des 
mariages est célébré en octobre, novembi'e et décembre. Le minimum 
des mariages tombe en janvier, février et mars, en Angleterre, en lé- 
vrier, juillet et août, en Suède ; en août, mars et décembre dans les autres 
États. Il semble donc évident que Tépoque des mariages est généralement 
déterminée par des intérêts locaux. 

AAT. m* — l>0f population! selon l*état «tvil. 

Sur 10 000 habitants» on compte en moyenne, en Europe, 3 062 en- 
fants ou célibataires du sexe masculin; 2 918 du sexe féminin; 1 726 
hommes et 1 722 femmes mariées; !82 veufs et 6S3 veuves. Cest dans 
les États sardes, que Ton constate le rapport le plus élevé des hommes 
mariés aux femmes mariées. Il est comme 8 09ft à 2 711. C'est en Saxe 
que ce rapport est le plus faible (2 9U9 à 2 951). 

On comptait en France, en 1851 : 

9,972,232 garçons. 
6,986,223 hommes mariés. 

836,500 venfi. 
9,351,795 filles. 
6,948,828 femmes mariées. 
1,687,583 veuves.^ 



Total.... 35,783,170 habiUnU. 

On voit que le nombre des veuves est juste un peu plus du double de 
celui des veufs, ce qui s'explique assez naturellement par cette double 
circonstance : 1° que les hommes se marient généralement à un âge plus 
avancé que les femmes; que les hommes exercent des professions qui les 
exposent à une mortalité exceptionnelle. Ceci soit dit sans préjudice d'au- 
tres causes dans Texamen desquelles ce n*est pas ici le lieu d'entrer. 

A&T. ZT. •— ton manago oontidéré ehet les div«M penplei | polygamie, 

polyandrie. 

• k Bénin et au Mexique, on trouve, dit Burdach (2), des hommes 

(t) t^ documents relatifs à ritalie sont empruntés h M. Ferrario {Slatistica m^ 
dicf». llilano, 1846), les autres ont été puisés dans la France stalûtifUêf de 
M. Legoyt. 

't) Traité de physiologie, U U, p. 86« 



DO MARIAdi GBBK LBS 0lVtM PEUPLES. 55 

qui ont J)i9qu*à cent fetûmes ; cbet les nègres, un homme du condoniD 
en adéox à iiix, un grand trois centà à mille. On prétend ordinaire- 
ment que la polygyûie est conforme k la nature dans té^ climats, parce 
qne le nombre des femmes y surpasserait celui des hommes ; cependant 
la question n*eet nullement décidée, et l'on ne raisonne que par hypothèse, 
puisqu'on n'a point de recensementsoflBciels(1).On cite quelques calculs ft 
l'appui de l'opinion qu'il y a plus de femmes que d'hommes dans les pays 
chauds; on dit, par exemple, que la proportion des hommes aux femmes 
est de 1 : 1,10 à la Nouvelle-Hollande, de 1 : 1 ,16 au Caire, de 1 : 1,20 
à Quito, au Japon et aux Iodes orientales, de 1 : 1,25 au Mexique et dans 
le centre de l'Asie, de 1 : 1,40 paniii les Guarines, eu Amérique (2). Mais, 
en supposant ces évaluation^ exactes, il ne s'ensuivrait pas encore que la 
polygynie fût conforme à la nature. On assure que la polyandrie règne 
chez quelques sauvages du nord de l'Amérique, au Neypal, au Thibet (3), 
au Boutan, à Geylan.^ Il existe, dit-on, sur les montagnes Bleues, au nord 
des Indes orientales, un peuple pasteur, celui des Todevis, chez leqttei tes 
frères, quel que soit leur nombre, ne prennent jamais qu'une seule femme 
en commun (k). -Les peuples les plus civilisés de la terre ont vécu dans 
b monogamie; U concubinage, substitué à la polygynie, n'a dominé 
qu'aux époques de décadence. Chez tous les peuples civilisés, le mariage 
a été considéré comme une chose sainte, consacré par des cérémonie» feli*- 
gîeuaes el contracté pour la vie* Le mariage n*est qu'une union tempo*- 
raire à Camboge, à Calicut, dans quelques-unes des ties Canaries et obeK 
les Pehuares, au Brésil. 

» £n Grèce, au siècle de Périclès, les parents ne vendaient plus leurs ftlles, 
comme jadis ; mais ils les mariaient, sans les consulter, à des hommes 
qu'elles ne connaissaient pas, et cette coutume existe encore aujourd'hui 
•B Chine. Chez les Romains, le mariage n'était une solennité que dans les 
fiamilles patriciennes ; pour le |)euple, il consistait li acheter une femme, 
ou à la garder pendant une année. Chez les peuples tartares, on achète 
les femmes , et lorsqu'elles ont atteint leur quarantième année, on les 
réduit à k '^condition de domestiques. 

» Chez la plupart des nègres, le mariage n'est qu'un simple marché. 

(1) Les derniers recensements de la population mauresque dans les villes de 
l'Algérie donnent 5 femmes pour 7 hommes. 

(2) Dict. des scwneesméd., t. XIV, p. 582. 

(3) Malte-BruQ, Précis de la géogr, unii)., 2* édit., l. IX, p. 301. 

(4) Dict. des sciences méd,, t. IIY, p. 506. — Virey, Hist, ruU. du genre hu- 
matfi, 1. 1, p. 218. 



Pê POLTGAIIII, rOLIANIlilE. 

Chez les Hébreux, les Turcs, les Persans, les Hindous, les Chinois, lesTar- 
tares, les Égyptiens, les Maures, les Marocains, les Grecs de rArcbipel, les 
Russes, etc., l'homme exige de sa nouvelle épouse les signes physiques de 
la virginité (1). L'autre extrême se trouve à Goa, à Galicut , aux îles Phi- 
lippines, où l'homme en iait l'abandon à d'autres; à Madagascar et chez 
quelques sauvages du Pérou, il choisit de préférence son épouse parmi les 
filles déflorées (2). p 

CHAPITRE VI. 

DE LA FÉCONDITÉ. 
AB.T. I«*. ^ Fécondité daai le règne wé^êiêl el dans le règne nnimni. 

La fécondité se détermine : i<* d'après le nombre des individus qui 
naissent dans un seul et même acte de procréation ; 2* d'après le nombre 
d'actes de procréation qui ont lieu pendant un laps de temps déterminé, 
ou pendant la vie de l'individu procréateur. Souis le premier de ces deux 
points de vue, il y a généralement quelque chose de fixe dans chaque espèce, 
c*est-à*dire qu'il se produit à peu près un uomhre égal d'individus dans un 
temps donné. Plus ce nombre est considérable, et plus aussi il y a de lati- 
tude pour les variations individuelles (3). Une tige de mais porte deux mille 
graine», et un pied d^tielianthus annutiê quatre mille. 11 y a des cas oà 
un pied d'orge donne quatre-vingt-dix épis, contenant chacun quatre- 
vingts grains. On parle de cent mille graines fournies par un platane, 
trois cents mille par un orme, trois cent soiiante mille par un pied de 
tabac, et sept cent mille par un giroflier (h). 

D'après Bufdach, « une Atcam nigrovenosa contenait sept cents petits 
vivants (5); un Dieloma hepaticum trois à quatre cents œufs, d'après 
Ramdohr; unEchinorkynchuB gigas^ plusdecent mille (6). Poli a trouvé 
un million d'œufs dans l'ovaire de VOstrea cristatat et deux millions dans 
VArca Noœ. G. Pfdflfer a vu une mulette rendre, dans l'espace de cinq 
heures, cinquante masses dont chacune contenait mille à onse cents ceufs, et 

(t) VIrey, Hist,nat, du genre humain^ t. I, p. 259. 

(2) ùktkmn, des sciences médicules, t. XIV, p. 481. 

(3) Bordach, Traité de physiologie, Paris, 183S, t. U, p. 103. 

(4) Treviraaus, Biologie, t. III, p, 356. 

(5) Rudolphi, Ehiozoorum hist. wU., 1. 1, p. 322. 

(6) Cioquet, AfuU^ des vers intestinaux, p. 97. 



PiCONDlTi DANS LIS R&ONIS VS6£TAL ST AMIMÂL. 57 

il a iroaTé quatre cent mille petits daûs les branchies d'une anodonte (1). 
Les papillons pondent de trois à cinq cents œufs, les fourmis quatre à cinq 
mille, les abeilles cinq à six mille. Réaumur a trouvé vingt mille petits 
dans le corps d'une espèce de mouche ; on évalue à trente mille le nombre 
des jeunes guêpes qui sont engendrées annuellement dans un nid de mé- 
diocre volume, attendu que ce nid contient dix mille cellules, et qu'il se 
produit trois générations par année (2). Une écrevisse donne environ deux 
cents œub. Les raies et les squales produisent cinquante petits. Suivant 
Nocb, le Cyprinus barbus contient huit mille œufs, le Dobula vhigt-six 
mille, le Ktm&a vingt-huit mille, le Ballerus soixante-sept mille, le Rutiluà 
quatre-vingt-quatre mille, YErythropbthalmus quatre-vingt-onze mille, le 
Jeses quatre-vingt-douze mille, le Carassius quatre-vingt-treize mille, le 
Blicca cent mille, \r Brama cent trente mille, le 7ïncadeux cent quatre- 
vingt-dix mille, le Gibelio trois cent mille , le Carpio trois cent trente mille, 
mais pvfois aussi six cent mille ; la Perça vemua soixante -quinze mille, la 
fluviatilis deux cent quatre-vingt mille, la Lucioperca trois cent quatre- 
vingt mille ; le Salmo salar vingt-sept mille, VEsox lueius cent trente-six 
mille, le Gadtts tmrhua de quatre à neuf millions (3). De tous les reptiles, 
les batraciens sont les plus féconds* La Salamandra terrestris pond qua- 
rante à quatre-vingt œufs, le ' 7W/on nt^er deux cents (U) ; le Bufo calor 
mita douze cents (5), 

» Il n'y a pas d'oiseau qui ne ponde qu'un seul œu£ On en compte six à 
huit dans les Lanius.minor^ seize dans les Tetraoperdix^ rufùs et totur^ 
nix. Faber (6) assure que ce nombre est toujours exactement le même 
chez certains oiseaux ; que la bécassine, par exemple, n'en pond jamais ni 
plus ni moins de quatre. Quelques-uns, le cygne chanteur entre autres, 
en donnent cinq ou sept, et jamais six. Parmi les mammifères, la vache, 
Taurocbs, le chameau, le dromadaire, la biche, le renne, le bouquetin, le 
chamois, la chèvre, la brebis, l'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, la 
baleine, le dauphin, le phoque, la jument, le zèbre, l'ânesse et les grands 
ainges ne font qu'un petit; la plupart des chéiroptères, les petits singes, 
l'élan, le chevreuil, l'ours, le raton en mettent bas deux ; la souris et le 



(1) NaturgetcMchie demscher JfoOttsiton, Weiinar, 1821, t. I, p. 115. 

(2) SmelUe, PhOouphie der NaturgeickklUe, t. II, p. 96. 

(3) Naturgeschichle der Fisctie, t. II, p. 217. 

(4) Ralhke, Beitrmge zur Geschichte der TMerweU, 1. 1, p. 29. 

(5) Spallamani, Expér, sur (a (^f^éro/ton, p. 33. 

(6) Vébcrias Leben der hocknordischen Vmi^. Leipiig, 1925, p. 168, 



58 rtœifDITÉ DANS LBS RÈGNES VÉGÉtAL Et AmHAL. 

èamster jusqu'à dix ; te surmulot , la musaraigne et te tùdïûn jusque 
quinze (1). Un couple de lapins, déposé dans une tie, avait produit six 
mille descendants en deux années, au dire de Worton. Suivant Réaomur, 
un puceron comptait déjà cinq mille neuf cent quatre millions de descen- 
dants à la cinquième génération. 

Parmi les mammifères, certains rongeurs, comme les souris, les lapins, 
tes cochons d*Inde , mettent bas toutes les cinq ù six semaines, pendant 
Tété. Les plantes annuelles et un très grand nombre d'insectes ne peuvent 
se reproduire qu'une seule fois dans leur vie ; tandis que le chêne, le til- 
leul, etc. , portent des fruits pendant plusieurs siècles. L'aptitude à proctto 
varie chez les animaux, sou le rapport de sa durée. Dans ceuk qui sont en 
état de se reproduire dès la seconde année, elle dure six ans chez la chèvre, 
sept chez ta vache, hoit chez la chatte, neuf chez la martre, dix chez le 
renard, onze chez la brebis, quatorze chez la chienne. Parmi ceux qni 
ne peuvent se reproduire que dans la troisième aûnée, elle dure nenf 
ans chez le lama, dix-huit chez la jument, le zèbre et la louve, vingt-sept 
chez l'ânesse. 

La fécondité est moindre dans les premiers et derniers temps de 
l'aptitude à procréer. L'élan, l'ours, etc., ne font d'abord qu'un seul petit, 
mais ils en ont presque toujours deux, et sur les derniers temps un seule- 
ment Le jeune hamster ne met bas que trois à six petits, tandis que celoi 
d'un âge plus avancé en fait huit à seize. La truie est dans le même cas. 

« La polygamie est polygynique ou polyandriqne. Un sedl mâle pour 
plusieurs femelles constitue la polygamie. On compte pour un seul 
mâle deux à cinq femelles chez l'autruche, trois à quatre chez te faisan à 
l'état de liberté, dix à vingt chez le coq domestique, vingt chez la mésange 
à longue queue, quatre chez l'éléphant, six à huit chez te lapin, six I dit 
chez le renne, huit à quinze chez te cef*f, dix à douze chez le sangtiet*, dit 
à quinze chez l'âne, quinze à vingt chez le cheval, dix à trente chez l'ours 
marin, vingt à vingt-cinq chez te mouton, vingt I trente chez te cochoft 
domestique. Vingt à quarante chez les bêtes à cornes , trente à cinquante 
chez les chèvres» La polyandrie, ou la combinaison dans laquelle une fe- 
melle a plusieurs fnâtes, implique contradiction avec Tidée de la fémininité. 
Aussi la nature ne nous en offre-t-elie que l'apparence chez tes abeilles et 
tes fourmis, où la fonction génitale femelle est répartie chez des individus 
différents. On compte, dans une ruche, environ cinq cents mâles et cinq 

(1) Burdach, Op, d(., t. II, p. 105. 



DB LA FBGONMTÊ CHBZ LA FIMMB. 59 

miJle femeUes, mais dont une seule, la reine, sert poar ainsi dire d'organe 
commnn de copulation, tandis que les autres remplissent toutes les autres 
fonctions de leur sexe (1). • 

A&T. ZXI. — l>e la ieoondité obex la femme. 

Pour calculer la fécondité des mariages, la plupart ded statisticiens se 
sont bornés à prendre le quotient résultant de la division du nombre annuel 
moyen des naissances par le nombre annuel moyen des mariages. Il est 
à peine nécessaire de foire remarquer combien cette manière d'opérer 
est défectueuse. En effet, il y a lieu non-seulement de séparer les naissances 
illégitimes du chiffre total des naissances, mais encore il faudrait tenir 
compte de Tâge des individus mariés et de la durée moyenne des maria- 
ges. M. Sadler, en étudiant la fécondité dans une série de familles de pairs 
d'Angleterre, a trouvé la répartition suivante : 

Age d« la femme. Rombf'e d>hfatils par 

roiiriage. 

12 à 15 ans /.. A,40 

16 19 4,63 

20 23 5,21 

24 27 5,43 

On voit déjli que la fécondité poorrait bien différer selon Tâge de la 
femme. Mais ces documents ne comportent point de déduction, eu ce sens 
qu'ils gardent le silence sur les mariages inféconds. 

D'après M. Hain, on compte le nombre de naissances ci-après par ma- 
riage (2) : 

France de 1817 à 1848..'.. 3,50 

Prusse de 1840 à 1849.... 4,16 

Autriche .... de 1830 à 1847 .... 4,29 

Hanovre .... de 1823 à 1843.... 4,03 

Bavière de 1836 à 1844.... 4,26 

Angleterre . . en 1849 4,07 

D'après M. Legoyt, le nombre moyen des naissances (enfants mort^nés 
compris) par mariage a été, en France, dans la période 18/!il-45, de 3,22 ; 
et dans la période 18/!i6-50,de 3,20. La diminution est de 0,62 pour 100; 
elle est donc peu sensible. En Belgique, la différence a été plus notabiet 
puisqu'elle s'est élevée de 4,32 dans la période 1841-45, 1 4,12, de 1846 à 
1850. C'est une diminution de près de 5 podr 100. En Prusse, les naissan->> 

(1) Burdaoh, op. cit., t. II, p. 103. > 

(2) Op. cit., p. 410. 



60 DK LA FÉCONDITÉ CHEZ Lk FBMIfK. 

ces ont diminué en même temps que les mariages, dans le rapport de 6,25 
de 1816 à 1821, à Zi,10 de 18S4 à 18!i9; diminution, 3,66 pour 100. En 
Autriche, le nombre des naissances s*est accru dans le rapport de A, 30 de 
1833 à 18^^, à U,ii2 de 18/!i5 à 1847; c*est une augmenution de 3,80 
pour 100. En Angleterre, il a diminué dans le rapport de 3,82 de 18ft2 
à 18/^5, à 3,70 de 1846 à 1840, ou de 3,24 pour 100. En Hollande, 
dans le rapport de 4,65 de 1840 à 1845, à 4,40 de 1845 à 1849» ou de 
5,68 ponr 100 (1). 

Voici d'après Moser (2), quel a été dans d'autres États le rapport des 
naissances aux mariages (3) : 

Suède, 1821-26 4,03 

Pays-Bas, 1825-30 4,83 

Belgique 4,40* 

Meklembourg^bweria, 1836... 4,69 

Wurtemberg, 1821-25 4,27"^ 

Gourlande, 1828 4,23* 

Islande, 1825-27 5,18 

Genève, 1844-33 2,75 

Tous ces documents ne peuvent être considérés que comme approxi- 
matifs, par les motifs indiqués plus haut. 

Suivant Marc (4), deux ou trois enfants seulement par année naissent de 
deux mille prostituées. Les filles que les Anglais envoient à Botany- 
Bay, et qui s'y marient, acquièrent dans ce nouvel état, au rapport de 
Péron, une fécondité qu'elles n'avaient pas eue auparavant (5). L'homme 
peut assurément procréer plus d'enfants avec plusieurs femmes qu'avec 
une seule, et l'on assure qu'il se trouve dans la Guinée des pères qui en 
ont soixante-dix à cent. 

D'après Burdach, la fécondité serait faible dans les pays fort avancés vers 

(1) Dict, de Vécon, polUiquCy art. Population. 

(2) L. Moser, Diê Gesetze der L^wisdauer. Berlin, 1839, p. 208. 

(3) Les chilAres marqués d*un * sont cenx dont on a dédait les naissances 
naturelles. 

(4)Parenl-DucbAtelet, De la prostitution dans la ville de Paris, 1. 1, p. 234 et 242, 
élèvecenombreblen plus haut, elle porte à 21 enfants snr 1 ,000 prostituées. Il ajoate 
que les filles publiques sont plus aptes à la fécondation qu*on ne Ta cm Jusqolci, 
mais qu'il faut, pour que celle-ci ait lieu, une réunion de circonstances, notammaii 
le concours de la volonté et du laisser-aller, que d'ailleurs beaucoup de prostitaéei 
avortent par le fait ou de Texercice du métier, ou de manœuvres criminelles. 

(5) Cette remarque a été pleinement confirmée par Parent-Duchàtelet, (oc. cit., 
Paris, 1837, 2« édit., 1. 1, p. 242, sur les prostituées de Paris. 



RAPPORT DES NAISSANCRS A LA POPULATION. 6i 

le nord, da soixante-^dixième au quatre-vingtième degré de latitude» chez 
les Lapons, les Groênlandais, les Esquimaux, les Samoîèdes, les Ostiaques, 
les Jakutes, les Kamtcbadales. La race à laquelle un peuple appartient est 
aussi une source de variétés. En Prusse, on compte selon Henke» 4,3 en- 
fants par mariage parmi les chrétiens, et 5,2 parmi les israélites. Suivant 
Bicker, les nations slaves sont plus fécondes que les peuples germaniques. 
Les négresses aussi sont très fécondes ; elles conçoivent aisément, font sou-« 
vent des jumeaux et accouchent avec une grande facilité et aiment beau*' 
coup les enfants, ce qui fait qu*eUes sont excellentes nourrices (1). Ger*- 
taines familles se font remarquer aussi par une grande fécondité. Une 
femme qui avait eu trente-deux enfants en onze couches était venue 
eUe-même an monde avec trois autres, et sa mère avait eu trente-huit 
enfiints. Une autre femme accoucha de cinq enfants à la fois^ et sa sœur 
de trois. Derham parle d*une femme qui avait eu seize enfants, dont onze 
seulement se marièrent ; cependant, lorsqu'elle mourut^ à l'âge de quatre- 
vingt-treize ans, elle comptait cent quatorze petits-enfants, deux cent 
vingt-huit arrière-petits-enfants et neuf cents enfants de ces derniers, en 
tout douze cent cinquante-huit descendants (2). 



CHAPITRE VIL 

DES NAISSANCES. 

* 

AAT. I*'. — Rapport des Daitsanoet à la populaiion. 

Le rapport moyen des naissances à la population, calculé pour 20 
États, est en Europe de 1 sur 29,09 habitants. Les deux termes extrêmes 
de ce rapport se rencontrent, le plus élevé en Russie, où il est de 1 sur 
22,/^ habitants ; le plus faible en France où il n'est que de 1 sur 36. Les 
autres États se classent dans Tordre suivant : Bavière, 1 sur 35,07 ; Bel- 
gique, 1 sur 32,9 ; Suisse, 1 sur 32,7 ; Danemark, sans les duchés, 1 sur 
31,21 ; États sardes, 1 sur 31,9; Suède et Norwége, 1 sur 31 ; duchés 
de Schleswig et de Rolstein, 1 sur 30,68 ; Hanovre, 1 sur 30,03; Por-< 
tngal, 1 sur 29,1 ; Angleterre, 1 sur 28,9; Hollande, 1 sur 28,^; royaume 
de Naples, sans la Sicile, 1 sur 27,3; Prusse, 1 sur 25,66; duché de 

(1) Diet, des sciences méd,, t. XIV, p. 547. 

(2) Bnrdach, TraUé de physiologie. Paris, 1838, t. II, p. 114. 



U DBS HOUT-NÈS 

Bade, i sur 25,7; Autriche, 1 sur 35,04; Saxe, 1 sur 25,0; Wurtem- 
berg, 1 sur 23,3 (1). 

En France le rapport des naissances à la population est descenda de 
i sur 35,6 dans la période de 18/i0-45, à 1 sur 36,7 de 1845 à 1849; 
c'est une diminution de 3,1 pour 100 d'une période à Tautre. Une dioii- 
ttutioH ausn caractérisée ne se retrouve dans aucun autre pays. Kn Angle- 
terre, les naissances ont augmenté, dans la dernière période décennale, 
de 1,74 pour 100. En Prusse elle diminue de 1834 à 1846» pour aug- 
menter dans Tannée 1849. En Autriche elles ont augmenté. Un accnni- 
sement peu sensible, après diverses oscillations, s'est inauifeslé en Hano- 
vre, en Bavière, en Daiiemarck et dans le grand^uché de Bade« On con- 
state une diminution notable dans les États sardes, moins sensible dans le 
Wurtemberg et dans les duchés danois. Elle est plus forte eu Hollande, 
on elle a été de près de 1 pour 100, dans la période décenuiile 1840-&9, 
mais comme il a été également constaté une diminution 4es mariagiM 
dans le même pays, celle des naissances en est la conséquence naturelle. 
Ce n*est donc qu'en France que la diminution des oaissances ccrilncide 
réellement avec l'accroissement des mariages (2). 

ART. IX. — Kort-nét. 

Le nombre des mort-nés, pour 12 États étudiés par M. Legoyt, est de 
444,6 sur 10 000 naissances. Les deux termes extrêmes de cette moyenne 
se trouvent : le plus faible dans les États sardes, où il est de 107,6 ; le plus 
fort en Hollande, où il s*élève à 526,3. Les autres pays se classent ainsi 
qu*ilsuit : duchés danois, 488,1; Belgique, 438,6; Saxe et Norwége, 
408,8; Hanovre, 389; Prusse, 385; France, 310,5; Bavière, 300; 
Suède, 264; Danemark, . 235. En France, pour la période 1840t49, oo 
constate 308 mort-nés 10000 naissances, et 534 daqs les villes. Môme ré- 
sultat en Hollande, en Belgique. 

AAT. XXI, — Pet naiisanoef multiples. 

« Dans l'espèce humaine, dit Burdacb, la proportion entre les naisna- 
ces simples et les naissances doubles est, en Allemagne^ d'après SifisB- 
milch, de 60 ou 70 : 1 ; en France, de 70 ou 80 : 1 ; en Angleterre, de 
72 : 1 ; à l'hospice de la Maternité, de 91 : 1 ; à l'Hôtel-Dieu, de 100 : i. 

(2) Dieu de Vécon, poliUqrte^ art. PoroLATiOM. 
(2) IM. 



DIS NAISftiNCS^ MUi^TiPLBS HT W SKXS DBS KNPiNTfi. 6d 

Od voit une naissance triple sur six à sept miUe naissances simples ; une 
naiiaance quadruple sur vingt- cinq à cinquante mille, et une naissance 
quintuple sur plusieurs millions de naissances. 

Le tableau qui suit résume le nombre des naissances doubles, constatées 
dans divers États de l'Europe (1) ; 

Nombres dçs naisiaacM 
Jumeaux. pour 1 naissance 

double. 

Sue 1831-^35 3,917 78 

Prusse 1826—31 38,556 87 

Wurtemberg....... 1821—25 2,547 86 

Westphalie , , , 1 826—29 87 

Coorlaode •.., 1831 281 63 

fiussie 1836 1,319 50 

Beriin 1825—27 275 88 

Leipzig 1801—31 443 86 

Himlioiirg l823-*-29 80 

Kiimigsberg 1837 35 60 

Stottgardt 1750—1822 92 

DobliD.... 1757—1824 2,156 50 

En ce qui concerne le sexe des enfants, on a compté sur 1000 nais* 
sances doubles. 

Garçons. Filles. Garçon et fille. 

En Pnifte ; 335,6 302,3 362,1 

Ditti le WurtmlMrg 306,4 339,7 353,9 

En Saxe , 357,0 319,3 323,7 

I^e rapport des naissances doubles ou triples aux naissances simples, 
d'après les recherches faites par M, Legoyt pour sept États (Belgique, 
Prusse, Angleterre, Saie, Bavière, Suède et Norwége) ne paraît être sou^ 
mis à avGune loi. C'est en Angleterre qu'il est le plus faible : 1 à 108 
pour les naissances triples. C'est en Suède et en Norwége qu'il est le plus 
élevé : 1 naissance double pour 64 en Suède ; 1 pour 65 en Norwége. 

On compte en France 17 naissances masculines pour 16 naissances 
féminines. Yoici les résultats constatés dans plusieurs autres États de 
FEurope. 

(1) L. Iloier, Die G^etze der Lebensdauer, Berlin, 1339, p. 217. 



%U RAPPORT DR8 NA1S8AMCBS NAT0RBLLRS AUX NAISSANCIS liGITIlISS. 



naiiM0C4M fëmtnlnu. 

FroMe, 1820-3i 1,060 

Prasse, popalatioo juive. . 1,112 

Pays-Bas 1,064 

Russie, 1812-27 1 ,089 

Ntplea, 1821-28 1,062 

Autriche. ••...••.. 1,061 

Wurtemberg, 1 820-28. . • . 1,057 

Bohème 1,054 

Graode-Bretagne 1,048 

Saède, 1816-25 1 ,046 

Gottrlaude, 18dl 1,023 

Milan 1,076 

Meklemboorg 1 ,071 



Nalnanc** in«eml. V% 

sur 1.000 sur 1,000 



Gorfou 1»116 

Belgique, 1816-25 1,065 

Berlin, 1789-1810 1,069 

Vienne, 1789-1810 1 ,041 

Rœnigsberg , 1789-^810. « 1,072 

Genève, 1814-1833 1,038 

Copenhague , 1 831-32 .... 1 ,068 

Leipzig, 1815-28 1,061 

Stuttgard, 1 81 5-28 1 ,000 

Amsterdam, 1816-29. • . • i,056 

Palerme, 1816-25 1,051 

Uvourne, 1818-24 1,038 

Philadelphie, 1821-30. .. 1,080 



Dans l'opinion de Ch. BernouiUi, le rapport des garçons aux fiUes 
serait déterminé par Tâge relatif des parents. Si le père est plus jeune 
ou do même âge que la mère , ce rapport sera plus petit que l'iuiité; 
il s'élèvera a?ec Tâge du père. Si les deux époux sont jeunes, il sera i^iis 
grand que s'ils sont d'un âge moyen , mais beaucoup plus faible que s*ib 
sont d'un âge relativement avancé. 



ART. ▼. — Rapport d«f nausaoeet nainreUef aux naîmaoei Ugîtîi 

Dans plusieurs États de l'Europe , le rapport des naissances légitimes 
aux naissances naturelles se trouve représenté par les nombres suivants : 



Piémont. • . . 

Suède 

Norwége. .. 
Angleterre. • 
Belgique. .. , 

France 

Prusse 

Danemark .. 
Hanovre...., 
Autriche. . .. 
Wurtemberg, 

Saxe 

Bavière. ... 





lfâittaoc«s 


NiiaMBCM 


Përïode. 


l^ftitimes sar 100. 


nalar. sar 100, 


1828—37 


97,9 


2,0 


1831—35 


93,4 


6,5 


1831—35 


93,3 


6,6 


1842 


93,2 


6,7 


1842 


93,2 


6,7 


1849 


93,0 


7,0 


1841 


92,8 


7,1 


1835—89 


90,6 


9,3 


1842 


90,1 


9,8 


1842 


88,6 


11,3 


1842 


88,2 


11,7 


1841 


- 85,0 


14,9 


1838—39 


79,4 


20,5 



D'après les documents de M. Legoyt, ce rapport, pour \k États euro- 
péens (1), peut être ainsi exprimé : pour 10000 naissances en Europe, on 

(1) États sardes, France, Belgique, Hollande, Angleterre, Autriche, Prusse, Ba- 
vière, Saxe, Wurtemberg, Hanovre, Danemark sans les duchés, Suède, Norwége. 



DE L'aCGROISSBMSNT DB U fOPOLATION. 65 

trouve en moyenne 899 naissances naturelles et 9 i 01 naissances légitimes, 
on en d'autres termes, un peu moins de 1 naissance naturelle sur 10 nais- 
sauces. Ce rapport varie très sensiblement dans les divers pays que nous 
avonsexaminés. Le maximum des naissances naturelles se trouve en Bavière, 
où le rapport qui nous occupe est de 2083 pour 10000 naissances, ou de 
plus du cinquième. Ce fait s'explique probablement par l'âge moyen très 
avancé relativement au mariage dans ce pays. Le minimum se rencontre 
dans les États sardes, où il n'est que de 212 ou de 1 sur Ul. Voici dans 
quel ordre se classeraient quelques autres pays : Saxe, 1 369 naissances 
naturellessur 10000 naissances; Wurtemberg, 1162; Autriche, 1070; 
Hanovre, 939 ; Danemark, sans les duchés, 892 ; France, 709 ; Belgique, 
745; Prusse, 729 ; Norvège, GS/i ; Angleterre, 675; Suède, 657; Hol- 
lande, 505. En Autriche, de 1830 ï 1838, sur lOOOO naissances, 962 
étaient naturelles, et de 1839 à 18/i7, 1 070. En France, de 1840 à 1845, 
761 ; de 1845 à 1849, 772. Dans le Hanovre, de 1824 à 1833, 813 ; de 
1834 à 1843, 1 065 ; en Prusse, 705 en 1825 et 737 en 1849. En Bavière, 
2050 en 1826 et 2101 en 1840. En Danemark, de 1835 à 1844, 1 098 ; de 
1845 à 1849, 1148. En Hollande, de 1840 h 1845, 498, et de 1845 à 
1849, 505. En Belgique, de 1841 h 1845, 694, de 1845 à 1850, 797. 

CHAPITRE VIII. 

DE LACCKOISSEMENT DE LA POPULATION. 

Voici quel serait, d'après M, Legoyt, l'accroissement annuel moyen de 
la population dans divers États de TEurope : 



Suède 

Norwége 

Danemark 

Russie 

Autriche 

Prusse 

Saxe 

Hanovre 

Bavière «.. 

Wurtemberg. . . • < 

Hollande 

Belgique 

Sardaigne 

Grande-Bretagne. 
ÊUU-Unis 

IL 





Sur iOO hiibiUnls. 


Diaprés les 


Diaprés Texcéilanldes 


recensemeuLs 


naissances sur les décès 


0,83 


1,U 


l,3fi 


1,30 


» 


0,95 


» 


0,61 


0,85 


0,90 


1,84 


1,18 


i,i5 


0,90 


)) 


0,85 


» 


0,71 


0,01 


1,00 


0,90 


1,03 


» 


0,76 


1,08 


o 


1,95 


1,00 


3,27 


» 



$6 DK l'agcroisseiibnt m U POroiATIOll. 

En ce qui concerne la France, il résulte des recensemenu mêmes que 
sa population s*est accrue depuis uu demi-siècle dans les proportions ci- 
après: 



Accrobsemeot 



Années. PoimlfttioD. Accroissemant. ^' ■ '^j^ Partn. 

'^ pofiT iB peruKtc 

evtiér«. 

1801 27,349,90S • » • 

1806 29,107,425 1,758,422 6»43 i,28 

1821 30,471,875 1,354,450 4,65 0,5i 

1831 32,569,223 2,107,348 6,92 0,69 

1836 33,540,910 911,687 3,00 0,60 

184t 34,240,178 689,268 9,05 0,4i 

1846 35,400,486 1,170,307 3,42 0,68 

1851 35,781,821 381,335 1,08 0,21 

Plusieurs économistes ont cherché à se rendre compte du temps nécessaire 
à une population pour doubler son effectif ; c'est ce qu*on a appelé période 
de doublement. Il est certain qne le chiffre de Taccroissemeat annuel une 
fois connu, le calcul est très simple. Mais, a-t-on bien réfléchi que tout ac* 
croisseraent d'une population est subordonné à Faccroissement des moyens 
de subsistances ? Or ces derniers , dit Malthus, croissent en progression 
arithmétique, alors que l'accroissement de la population se fait selon une 
proportion géométrique. 

Quoi qu'il en soit, selon M. Legoyt, la période moyenne de double- 
ment de la population des 16 États les plus importants de TEurope, 
d'après la proportion d'accroissement constatée pendant les périodes di- 
verses, serait, en chiffres ronds, de 109 ans. Ce terme varierait entre 
h^ ans pour l'Angleterre et 185 ans pour la Bavière. Après l'Angleterre, 
les États pour lesquels la période de dédoublement est le plus rapide sont: 
la Norvège, ^k ans; la Saxe, 59; la Prusse, 69; le Danemark, 72; la 
Suède, 78 ; la Belgique, 82; la Suisse, 101 ; la Hollande , 10& ^ le Hano- 
vre, 107; le Wurtemberg, 120; le Portugal, 123; les États sardes, 
126; la France, 128; l'Autriche, 172; la Bavière, 185. U est asseï 
remarquable que c'est dans les pays du nord qne la population s'accroft le 
plus rapidement. 

Colbert, Pitt, Napoléon lui-même, ont voulu accorder des primes aux 
producteurs de nombreuses familles, et le Parlement sarde abrogeait seu- 
lement en 1852 une loi rédigée dans cet esprit. Un édit de Louis XIV» 
de novembre 1666, offrait une exemption de charges publiques à ceux 
qui se mariaient avant vingt ans, ou qui auraient dix eniaiits légitimes. En 
1797 Pitt proposa un bill pour récompenser les pères de famille nom- 



VIB fROBÀBLB, y\t MOYBNKB ET LONGBYITÂ. 67 

brèmes. NapoléoD I*' promit à toute famille qui aurait sept enfants miles, 
d'en prendre un à sa charge. £n 1819, le roi de Sirdaigne exemptait de 
toute contribution royale et mobiiiaire, tout habitant du pays de Gènes 
ayant douze enfants. Au lieu d'encourager ainsi une multiplication' sans 
rapport avec les ressources des familles, peut-être serait-il plus sage de 
recommander la prévoyance et la chasteté. 



CHAPITRE IX. 

VrE PROBABLE ; YIE MOYENNE ; TABLES DE MORTALITÉ. 
AXL9. 1". — Vie probable ; vie moyeime et loDgévité. 

On appelle vie probable, Tâge auquel la moitié des individus qui nais- 
sent a cessé d'exister ; on entend par vie moyenne^ le nombre d'années 
que chacun vivrait, si la vie était la même pour tous, ou le quotient dont 
le dividende serait la somme des années vécues, et le diviseur le nombre 
des individus décédés. 

Yoici quelle serait, d'après M. Hain (1), la vie moyenne dans quelques 
États de l'Europe : 

Années. 

Pnuse 1849 28,18 

Hanovre 1833 à 1843 36,8 

Bavière i840 à 1844 34,3 

Angleterre 1849 35 

Danemark 1845 à 1849 37,6 

Schleswig, Holstein et Lauen- 

boarg 1840 à 1845 39,8 

BernonUi a donné les nombres suivants ponr quelques autres Etats de 
l'Europe : 

Années. 

Royanme de Saxe 29,05 

Bade 32,75 

Wurtemberg. 30 

Pay«-Bas. 34,05 

Naples 31,65 

France 36,45 

Il résulte des calculs de M. ( ;b. Oupin (2) sur deux séries d'années, de 1 7 76 
à 1803 et de 1803 à 1863, que pendant cette période de 67 années, il y a 

(1) Op cU., u I, p. 470. 

(2) Comptes rendus des séances de VAcad, des sciences, 12 juin 1851. 



68 VIB PROBABLE, VIE MOYENNE, TABLES DB MOBTALITB. 

eu en France, un allongement moyen annud de 60 jours et une finaction. 
Cette constante pour une période de deux tiers de siècle semble indiquer un 
temps considérable avant que l'accroissement moyen de la vie, dans i'ave^ 
nir, disparaisse ou subisse des diminutions très notables. Cependant 
M. Dupin constate des variations annuelles très sensibles dans ralloogo- 
ment de la vie. Par exemple entre 1803 et i8/i3, c'est à 1823 que l'aHoa- 
gement annuel de la vie se trouve le plus petit possible. Avant l'année 
1813, l'allongement de la vie croit plus vite que l'allongement moyen de 
1803 à 18^3, De 1813 à 1836 l'allongement de la vie croît moins vite que 
l'allongement moyen. Enfin, à partir de 1836 jusqu'à 18/i3, l'allonge- 
ment de la vie reprend une marche ascendante supérieure à l'accroisse- 
ment moyen. En s'arrêtant sur le premier résultat, on voit un accroisse- 
ment moyen et constant qui semble représenter une amélioration régulière 
et continue de la santé, du bien-être et des habitudes propres à l'ensemble 
de la population française. Cette amélioration pendant deux tiers de siècle 
(67 ans) produit un allongement de longévité qui n'est pas moindre de onxe 
années. Voulût-on n'évaluer la longueur de la vie que par le rapport de la 
population toule au chiiïre des naissances annuelles, cet accroissement de 
la longévité serait encore de neuf ans et demi. 

On cessera d'être surpris de cet énorme changement éprouvé dans 
l'existence de la population française, ajoute M. Dupin, si l'on veut com- 
parer cinq années consécutives prises vers l'origine de l'époque dont nons 
mesurons le progrès, et Tannée la plus malheureuse de ces derniers temps» 
l'année 1832, où l'invasion du choléra asiatique a sévi si rigoureusement 
sur notre territoire. Pendant cinq années consécutives du xviir siècle» 
sans qu'aucune épidémie extraordinaire ait sévi sur la population française» 
la perte annuelle l'emporte de 9,167 décès, par million d'habitants» sur la 
perte occasionnée en 1832 par l'immense invasion du choléra : la perte 
éprouvée au xvur siècle est de 33 pour 100 supérieure à la perte éprou- 
vée au XIX' siècle dans Tannée du choléra. 

Si Ton compare cinq années des plus heureuses du xvm* siècle à Tan- 
née 1832, on trouve que, pour les premières, la perte est encore de 10 
pour 100 supérieure à la mortalité de 1832, la pire année du choléra. 
Enfin, pour avoir une idée plus complète du sort de la population fran- 
çaise au xvnr siècle, M. Dupin a pris le total des décès pendant les quinze 
années, pour lesqueUes on les trouve consignés dans les Mémoires de 
r Académie des sciences^ et trouve par million d'habitants: 

Décès 33,840 



vu PROBABLE, VIB BIOTBNNB ET LONGÉVITÉ. 69 

Après avoir constaté , par cet ensemble de faits et d'observations » la 
snpérioritési reoKirquable acquise par la longévité de la population fran- 
çaise dorant lecours de deux tiers de ce siècle, examinons de plus près'^les 
différences profondes qu'offre cette longévité dans les idiverses parties des 
quarante-cinq années, 1801 à 18^5, pour lesquelles nous possédons des 
documents statistiques continus et complets. C'est en 182A que rallonge- 
ment progressif de la vie est réduit à son minimum, et ce minimum ne 
s'élève qu'à 19 jours et demi. A partir de 182/i, il faut reculer de 11 ans, 58, 
c'est-à-dire jusqu'en 1813, pour revenir à rallongement moyen de la 
vie pendant les quarante années, c'est-à-dire 60 jours un tiers. Il feut pa- 
reillement avancer de 11 ans, 58, c'est-à-dire jusqu'en 1836^ pour attein- 
dre de nouveau l'allongement moyen de la vie pendant les quarante an- 
nées. De 1803 à 1813 et de 1836 à 18/i3, l'allongement annuel delà 
longévité^ varie en suivant une marche beaucoup plus rapide qu'entre les 
deux époques intermédiaires de 1813 à 1836. 

A quels ordres de faits, physiques ou sociaux, faut-il rapporter les 
grandes inégalités périodiques dont nous venons d'indiquer l'alter- 
nance et les limites? Le temps écoulé de 1801 à 1803 est une épo- 
que de paix. Les copabats considérables ne recommencent qu'en 180/i 
pour finir en 1815. L'influence de la guerre appartient surtout à la pre- 
mière période ; les trois suivantes sont presque entièrement remplies par 
28 années et demie de paix générale. L'introduction de la vaccine a pro- 
duit son plus grand effet sur l'allongement de la vie moyenne dans la pre- 
mière période comprise de 1803 à 1813 ; il a dû se ralentir vers la fin de 
cette même période. A partir de 1813, ou si l'on veut de 1815, où les 
grandes causes perturbatrices sont écartées, combien sont grandes encore 
les inégalités progressives observées dans rallongement annuel de la vie, 
allongement qui descend, entre 1813 et 182/i, de 60 à 19 jours, puis il 
remonte, entre i82/i et 1835, de 19 à 60 jours, et qui, de 1836 à 18^3, 
s'élève de 69 à 130 jours par année, c'est-à-dire fait plus que doubler en 
sept ans. 

Quelles ont été les grandes causes retardatrices dont l'effet s'est mani- 
festé de 1803 à 1815, en les ajoutant à l'état de guerre, et de 1815 à 
1824, en les ajoutant à l'état de paix? M. Dupin a voulu savoir si les 
deux années de disette, 1817 et 1818, peuvent ou non compter au 
rang des causes de la diminution progressive de l'allongement de la 
vie, entre 1^13 et 182^. Mais il résulte de ses calculs que la mortalité, 
loin d'avoir été plus considérable dans les deux années de disette que 



70 vu PaOBàBLB, YIB MOTBNlfE, LONGiTlTlL 

dans les deux années de prix lolérable, se trouve moindre. M. Dapin 
signale encore un antre fait digne de remarque, relativement à ia morta- 
lilé dans la période comprise entre 1824 et 1836. Avant l'apparition du 
choléra, depuis sept ans les mortalités avaient pris un accroissement con- 
mdérabie dont on est frappé si Ton en fait la coniparaison avec les sept 
années précédentes. Quelle cause puissante a pu produire ce cbangemeat 
si brusque et si considérable de mortalités, qui se manifeste d'une période 
à l'autre par un accroissement de décès annuels égal, en valeur uioyenoe, 
à 51,800? Dans les premiers temps qui ont suivi la révolution de 1890, 
quelques causes retardatrices, dues peut-être à des circonstances, à des 
temps do trouble et de pénurie, ont pu s'opposer à l'allongemeni progressif 
de la vie , mais, dès 1834, ces causes disparaissent, et c*est ailleurs qu'il 
faut chercher les causes de cet allongement. Pendant le cours de onze 
années, les institutions restent les mêmes ; les arts se développent gn* 
duellement ainsi que l'agriculture, sans néanmoins offrir aucune de ces 
découvertes qui changent la nourriture des hommes ou qui modifient 
profondément leurs habitudes. 

M. Dupin termine ainsi : « Les périodes de onze à douze années doot 
nous avons signalé la succession, périodes si diverses dans la marché de la 
longévité, correspondent-elles à quelques modiOcations appréciables dans 
la santé, dans le régime de la population française ? Des maladies impor- 
tantes ont-elles prédominé dans les époques de retardation pour s'affaiblir 
dans les époques d'accélération qu'offre l'allongement de la vie des Fran- 
çais? Quelle part faut-il attribuer aux influences extérieures et variables 
des saisons et des années, considérées par séries* aux modifications météo- 
rologiques? » 

ART. IX. — Des tables de mortalité (1). 

Il existe, pour la formation des tables de mortalité, deux méthodes dis- 
tinctes, mais que l'on confond haituellement : l'une, plus expéditive, em- 
ploie les listes mortuaires seulement ; l'autre, rigoureuse et directe, ém- 
it) On pourra coosalter sur cette question les ouvrages suivants : 
Dictionnaire de V Économie politique. Paris, 1851, t. Il, art. Tables de mortalité. 
Natural andpolitical observations upon ihe bill of mortaliîy, etc. — (Observatioas 
physique» et politiques sur la mortalité, principalement à Londres), par le capi- 
aine John Grauut, 1'* édit. Londres, 1662, in-4 ; 5* édit., Londres, 1676, in-S- 
Observations concerning the increase of tnankind peopUng of countries. — (Ob- 
servations sur Paccroissement des hommes, sur le peuplement des pays, etc.)* pv 
Benjamin Franklin. Philadelphie, 1751, in-8. 



DB9 TABLE8 DE MORTALITÉ. 71 

ploie* av«c ks listes oiortnainîs, les chiffres de la population de chaque^. 

La méthode des listes mortoaires admet implicitement Thypothèse que 

la popolation de chaque âge reste annuellement la même, et, par suite, 

que les décès de chaque âge présentent aussi annuellement les mêmes 

chiffres : les listes mortuaires ne font que se reproduire identiquement 

d* année en année, et, en connaître une c'est nécessairement connaître 

toutes les autres. Cependant, comme dans la pratique, des circonstances 

accidentelles frappent parfois de préférence Tun ou l'autre âge, où prend, 

pour éliminer ces anomalies fortuites, plusieurs listes annuelles dont on 

déduit une liste moyenne qui représente la mortalité normale. C'est ainsi 

que flalley construisit la plus ancienne table de mortalité connue. 

La méthode directe sépare la population par âges et calcule directement 
la mortalité de chaque groupe. Ainsi, pour la France, on compte combien 
d'individus sont âgés de moins d'un an, de 1 à 2 ans, de 2 à 3 ans, etc., 
puis combien chaque groupe produit annuellement de décès : les rapports 
entre les premiers nombres et les derniers font connaître la mortalité de 
chacpie âge. 

Essai sur la probabilité de la viehumaine, par Déparcieux. Paris, 1746, iD-4. Un 
soppléoient parut en 1760. 

GcBttlichê Ordnung in den Verœnderungen des menschlichen Geschlechts^ etc. — 
(L*ordre dff in des mouvemeots de la population prouvé par la comparaison des 
naissances et des décès), par.J. Pt. Sùssmilcb, 4* édit. Berlin, 1775-76, 3 vol. 

An essay on the principles of population , as it a/fects the future improvemenis 
of Society. — (Essai sur le principe do population, etc.), par le révér. T.-R. Mal- 
thus, i" édit. liondres, 1798, 1 vol. in-8. 

Anaiifse et tableau de l'influence de la petite vérole sur la mortalité à chaque 
^e^ et de celle qu'un préservatif tel que la vaccine peut avoir sur la popuktUon et 
la longévité, par M. Duvillard. Paris, 1806, in-4. 

Becherches sur la population, les naissances, les décès, les prisons, les dépôts de 
mendicité, etc., dans le royaume des Pays-Bas, par J. Quetetet, Bruxelles, 1827, 

in-s. 

EilertSundt om Dodeligheden in \orge, ChristiaDÎa, 1855. 

Recherches sur la reproduction et la mortalité de l'homme aux différents âges, et 
sur la population de la Belgique (premier recueil ofticiel), par J. Quetelet, en so- 
ciété avec M. Ed. Smits. Bruielles, 1832, in-8. 

Die wahrscheinliche Lebensdauer des Mentchen, etc. (1^ durée probable de la 
vie dans les diverses professions), par Caspar. Berlin, Dummier, 1835, 1 vol. in-8. 

Die Gesetse der Lebensdauer (Les lois de la durée de la vie), par Louis Moser. 
Berlin, 1839, 1 vol. in-8. 

Researches into the physical history of Mankind. — (Recherches sur l'histoire 
physique deThomme), par J.-C. Prichard. Londres, 1841-44, 4* édit., 4 vol. in-8. 

Handbuch der PopukUionistik (Science de la population), par Christophe Ber- 
noulli. Ulm. Stettin, 1841, 1 vol. in-8. 



72 VIE PROBABLE, VIB ll0TB!l!fl. 

On part en général d'un nombre rond» iOOOQon 100000, qni repré- 
sente le nombre des naissances; ce nombre, après ia première année, 
doit être réduit proportionuellemeut à la mortalité de cet âge* Ce second 
iK)fflbre, à son tour, doit être réduit après la deuxième année et ainsi de 
suite. Ainsi, trois éléments concourent ici aux calculs : les naissances, les 
décès par âges et la population par âges. 

La méthode des listes mortuaires est beaucoup plus prompte dans b 
pratique, car elle n'emploie pour éléments de calcul que les décès de 
chaque âge, et elle suppose le nombre des naissances égal à la somme 
de tous les décès. Aussi en a-t-ou souvent ùii usage; mais elle admet im* 
plicîtement une condition qui se réalise rarement : c'est celle d'une popu- 
lation stationnaire pendant toute l'étendue d'un siècle. 

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, on appelle vie probable le nombre 
d'années après lequel la probabilité d'exister et celle de ne pas exister 
sont les mêmes, ou bien le nombre d'années après lequel les individus 
d'un même âge se trouvent numériquement réduits de moitié. D'après la 
table de Smart, la vie probable des enfants naissants était, pour la ville de 
Londres, vers le milieu du siècle précédent, de k ans seulement, c'est-à- 
dire qu'au commencement de la quatrième année, de 1 200 enfants sup- 
posés nés en même temps, il n'en restait plus que 600. D'après la table de 
Finiaison, la vie probable |)0ur l'eufaut naissant, chez les tontiniers, était 
de SSi^^sO, c'est-à-dire environ \k fois plus longue ; cette différence est 
énorme. Elle est plus grande encore si Ton compare h vie probable déduite 
de la table de Fiolaison ù celle déduite de la table de Sussmilch pour la ville 
de Vi^ne en Autriche, laquelle n'est que d'un an et demi environ ; le 
rapport est de 36 à 1. Quand un élément statistique peut varier entre des 
limites aussi larges, il est impossible de l'employer comme base de calculs 
offrant quelque valeur dans la pratique. 

Le tableau qui suit fait connaître la longueur de la vie probable aux dif- 
féreitts âges; les nombres sont classés en commençant par les plus favo- 
rables (1). 

(1) DkL de IVciMom. polU,^ art. Tables de mobtautb. 



DES TABLES DE MORTALITÉ. .73 

Vie probable d'après tes différentes tabtes de mortatité. 

DÉNOMIHATIONS. Naissances. ^ 

ons. 

Equilftble Society 41 ,8 46,4 

Carlisle, Milne 41,5 57,0 

France, De^rciem. . • • — 54,1 

Angleterre, Farr 45,4 55,8 

— FinlaiwD ,.. 55,6 53,4 

France, Demontrerrand 42,0 56,0 

Bdgiqoe, Qnetelet, B 41 ,6 53,5 

— — A 22,9 47,3 

Hollande, Kerseboom 30,9 47,0 

Suéde, Wargentin 33,2 51,3 

Brandebourg, SossmUch 25,5 51,3 

Canton de Vand, Mnret 41 ,0 52,9 

Allemagne, Baumann-Sossmilch. . 17,7 46 ,2 

France, DoTillard 20,3 45,7 

Northampton, Price 7,9 41 ,6 

Brealan, HaUey — 43,1 

Paris, bnpré de Saint-Manr 8,1 41,4 

Leipsig, Hnisse 21,1 44,2 

Berlin, Gasper. 21 ,1 43,0 

Londres, Smart 4,0 35,4 

Les statisticiens font souvent usage de la vie moyenne dans leurs recher- 
ches relatives à la population. Cet élément se calcule en suppo^nt qu'on 
fasse un partage égal de tous les âges des individus que Ton considère dans 
les tables de mortalité ; ainsi, d'après la table de Duvillard, la vie moyenne 
pour l'enfant naissant,. est de 28 ans et^emi. Ou remarquera que, dans 
ce calcul, on attribue la même valeur à une année quelconque, soit qu'elle 
appartienne à l'existence d'un enfant ou à celle d'un adulte. 

On peut, au moyen d'une table de mortalité, déterminer la probabilité 
de vivre encore un certain nombre d'années, à un âge quelconque. Si l'on 
demandait quelle est la probabilité de vivre encore 12 ans pour un Fran* 
çaîs âgé de 30 ans, on chercherait, dans la table de Demontferrand par 
exemple, combien il reste de survivants à 30 et à 1x2 ans, et l'on trouverait 
lesnoQibres 560 et 500 : ainsi le Français de 50 ans a 500 chances sur 560 
d'arriver à l'âge de U2 ans, et la fraction {^ exprime la probabilité de- 
mandée* 



10 


90 


40 


flO 


78 


aDK. 


ans. 


ans. 


«os. 


an*. 


53,0 


44,8 


29,4 


16,5 


7.7 


53.3 


44,8 


28,8 


14,1 


6,0 


51,8 


44,2 


29,0 


14,0 


5,8 


52,3 


44,1 


28,5 


13,5 


5,7 


49,4 


41,6 


28,0 


13,9 


6,6 


52,5 


44,1 


28,2 


12,9 


5,2 


50,0 


42,4 


27.1 


12,9 


5,6 


45,9 


40,1 


27,0 


13,1 


5.7 


44,9 


38,0 


25,9 


13,8 


6,0 


48,8 


40,7 


25,5 


12,2 


5,3 


49,5 


41,7 


25,7 


11,8 


4,7 


49,3 


40,6 


24,8 


10,7 


4,4 


43,8 


36,0 


22,5 


10,8 


5,5 


42,9 


35,8 


23,3 


11,1 


4,8 


40,4 


33,6 


21,3 


12,8 


5,9 


41,5 


34,3 


22,0 


11,9 


4,6 


40,1 


93,5 


21,8 


10,2 


4.5 


41,0 


33,4 


20,8 


9,7 


4,0 


39,7 


30,9 


20,0 


10,3 


4,6 


38,2 


26,9 


17,6 


10,8 


— 



74 



DB LA MORTALITÉ. 



CHAPITRE X. 

DB LA MOKTALITÉ. 
ABT. !•'. — Btortalité aelon Im lieux. 

La mortalité donne à la fois la mesure de h vie des hommes et celle de 
la salubrité d'un lieu ; c'est dire quelle est l'importance de son étude. 
Elle varie selon les temps et les lieux, selon l'âge, le sexe, la race et la na- 
tionalité des individus. 

En consultant un grand nombre de documents officiels, nous avons 
trouvé la mortalité répartie ainsi qull suit, dans divers Etats. 



Mortalité annuelle sur divers points du globe. 



Islande (1) 1840—45 

Norwége 1826^35 

Norwége 1836—45 

Saède 1841--50 

Suède 1849 

Russie 

Danemark 1 840 — 49 

Scbleswig-HQlitein et Laaenboarg 1840—45 

lies Shetland 1 835—45 

llesOrcades 1835—45 

Ecosse (campagne) 1835 — 45 

Angleterre t . . . . 1843—52 

Angleterre (année de choléra). . • 1849 

Hollande 1815—24 

Belgique 1841—50 

Prusse 1825 

Prusse 1 840 

Prusse 1843 

Prusse (année de choléra) ...... 1849 

Autriche 1839—43 

Bavière 1836—44 

Sa&e (royaume) 1832—36 

Bade 

Wurtemberg 1828—36 



Un dëcèi Nombre de déck 

nir lar 1,000 lukitaatt. 

37 babitanU. 27,0 



54,1 
55,7 
49,5 
50,8 
26,68 
47 
49 
103,6 
67 
49,2 
44.4 
S9,9 
38,9 

37,4 

S5,i 

a4,ii 

32,7 

33 

33,62 

d3,l 

29,4 

29,5 



16,4 

17,9 
20,2 
19,6 
37,4 
21,2 
20.4 
9,6 
14,9 
20,3 
22,5 
25,13 
26,3 
22,7 
26.7 
28,4 
28,7 
30,5 
30,3 
29.T 
80|S 
34,0 
33,8 



(1) P.-A. Schleisner, /s(and undersôgt fra et lœgevidenskabdigt Synspunkl.Co' 
penbague, 1849. 



.WRTALITÉ SELON LES L1I0X. 75 

vpii decèa NoMbre de ddoèt 

sur sur 1,000 habitants. 

Hanovre 1834—43 43,59 habitants. 22,9 

SoisM 44,43 22)5 

Naples (royaome) 1 820—30 36 .27,7 

Piémont 1828—37 35 28,5 

France 1817—50 40,59 24,9 

France 1846—50 41,97 24,0 

France (année de choléra) 1849 35 27,7 

France, villes (Paris compris). . . . 1346 — 50 37,32 26,8 

France, Paris 1846—50 32,35 30,9 

En ce qui concerne les colooies françaises, nous avons trouvé les ré* 
suitats suivants (1) : 

Un décès Décès sur t ,000 

sur habitants. 

Algérie, population européenne, de 1842 k 1853 inclus. i9,3h. 51,6 

Ali^érie, population .française, de 1847 à 1853 inclus. 16,1 61,9 

Martiuique,pop. bl.popdecoul., de 1843 k 1852 inclus, 36 27,7 

Guadeloupe, id. id. 31 31,3 

Guyane, id. id. 32 30,8 

Réunion, Id. id. 30 * 38,9 

Il résulte des documents qui précèdent que la mortalité annuelle est 
extrêmement variable selon les pays. 

Son miDimum est représenté par les lies Shetland, 1 décès sur 103,6 hab. 
Son maximum par T Algérie (pop. franc.), 1 décès sur 16,1 hab. 

D'après M. Legoyt, le rapport moyen de la mortalité à la population, en 
Europe, calculé pour 17 États, serait de 1 sur 37,93. Les deux termes 
extrêmes de ce rapport sont 1 sur 26,68 en Russie et i sur 51,25 en 
Norwége. Les autres États se classent dans Tordre suivant : Angleterre, 
i sur &6,14; Suisse, i sur 6/1, 53; Suède, 1 sur 43,79; Hanovre, 1 
sur (t3,59; Danemark, 1 sur^41,49; France, 1 sur /i0t92; Belgique, i 
sur 39,71; États sardes, 1 sur 38,67; royaume de Naples, 1 sur 36; 
Hollande, 1 sur 35,69; Prusse, 1 sur 35,i^7; Bavière, 1 sur 33,62; 
Saxe, 1 sur 33 ; Autriche, 1 sur 30, /i3 ; Bade, 1 sur 29,4 ; Wurtemberg, 
1 sur 28,87. Le rapport des deux sexes dans la mortalité est en moyenne 
de i 039 masculins pour 1 000 décès féminins. Les deux extrêmes de ce 
rapport se trouvent : le plus faible en Belgique, où il meurt presque au-' 

(1) Voyez Tableaux des établ. franc, dans l'Algérie, in-fol. Paris, 1837-55; et 
TableaiAx de population, de culture, etc., formant pour Tannée 1852 la suite des 
tableaux insérés dans les notices statistic^ues sur les colonies françaises. Paris, 
Imp. impériale, septembre, 1855, 



76 MORTAUTÉ SELON LIS MOIS. 

tant de femmes que d'hommes, 1 000 r i OOi ; le phis fort en Angleterre, 
où il meurt 1 085 hommes pour 1 000 femmes. £n France, on compte 1 
décès sur 31 dans les villes chefs-lieux d'arrondissement et i sar 50 
dans le reste de la population; en Belgique, 1 sur 35,70 et i sur (i2,15; 
en Prusse, 1 sur Z5,U5 et i sur ZU,k^ (1). 

Voici quelques exemples de diminution et d'accroissement : en 1838, 
le rapport des décès à la population en Angleterre était de 22h décès sar 
10000 habitants; en 18/i5 il était déjà descendu à 208. En France, od 
comptait, en 18(11, 1 décès sur t\2,U9\ en 1846, 1 sur 42,57. En Bel- 
gique, la diminution des décès est à la fois absolue et relative, 97,108 en 
1841 et 92,820 en 1850. Môme observation pour le Piémont, où la dimi- 
nution est plus considérable encore. On constate également une dimiou- 
tion sensible dans le Hanovre : 231 sur 10000, de 1824 à 1830, el 229 de 
1834 à 1843; en Danemark, 221 en 1835-44 et 204 en 1840-45; en 
Autriche, 359 en 1830-32 et 320 en 1839-47. En Prusse, au contraire, 
les décès se sont assez régulièrement élevés de 1 sur 36,06 en 1816, ï i 
sur 34,05 en 1846; en Bavière, de 1 sur 34,6 en 1836-39 à 1 sur 33,& 
en 1836-44 ; en Hollande, de 1 sur 39 en 18/i0 à 1 sur 32 en 1850. 

A3ELT. IX. — Mortalité lalon les moii. 

Cette question ayant été déjà traitée en partie dans le tome premier, 
nous nous bornerons ici à rappeler quelques données relatives à l'Enrope. 

Le maximum des décès dans les États sardes, en Prusse et en Angle- 
terre, tombe dans les mois, ramenés à un nombre égal de 30 jours^ de 
janvier et de février ; en Hollande, dans les mois de février et de mars; 
en France et en Belgique, dans les mois de janvier et de mars; en Au- 
triche, dans les mois de février et de mars ; en Suède, dans les mois 
d'avril et de mars. 

A Paris, les décès se répartissent ainsi selon les mois : 

Temp«rftture Nomlire moyen 

moyenne du mois des déc^ par fonr de 

do 1806 à 1S«6. IS39 i «84$ indus. 

o 

Janvier. ... 2,5 89 

Février. ... 4,75 90 

Mars 6,48 96 maximum. 

Avril 9,83 94 

Mai 14,55 87 

Juin 16,97 79 

(1) Dkt. de Vécon, poliUquet t. II, art. Popoutioh. 



MORTALITÉ SILON t'AOB Vt LB SUE. 



77 





Températare 

moyenne da mois 

det806fti826. 


Nonbre moyen 

des de'cès par jour de 

«839* 1848 iucliM. 


Joillet 


18,61 


74 


Août 


18,44 


72 


Septembre. • 


15,76 


69 ' 


Octobre. • . . 


11,35 


68 minimum. 


Norembre. • 


6,78 


70 


Décembre. . 


3,96 


79 



80,5 



AB.T, m. — BlorUlîté lelon l'âge et le 

De à 15 ans la mortalité, calculée pour 10 États, varie entre 5,647, 
maximum, en Saxe, et Z^liikf minimum, en 'Suisse, sur 10000 décès. 
Les autres États se classent ainsi : ÉUts sardes, (i,987 ; en Prusse, 4,825; 
Angleterre. 4.589 ; Hollande, 4,355; Suède, 4,030; Norwége, 3,954;^ 
Belgique, 3,900; France, 3,808. La moyenne pour 8 de ces 10 États est 
de 4 524, dont 2406 du sexe masculin et 2118 du sexe féminin; ainsi 
on compte près de la moitié des décès depuis la naissance jusqu'à l'ado- 
lescence. De 15 à 20 ans, la moyenne des décès est de 211,7 dont 105,2 
hommes et 106,5 femmes. A cet âge, qui est celui de la puberté, les 
décès féminins sont plus nombreux. De 20 à 25 la moyenne est de 344. 
dont 186 hommes et 158 femmes. Les femmes reprennent ici l'avantage 
pour le perdre deux fols, d'abord de 30 à 35 ans, âge auquel la moyenne 
des décès est de 329 dont 163 masculins et 166 féminins; puis.de 55 à 
60 ans, où l'on compte 206 -décès masculins et 208 décès féminins. On 
constate même un excédant de décès féminins, de 35 à 40 ans, en France, 
en Angleterre et en Hollande, et de 30 à 40 ans, dans ces trois pays 
d'abord, puis dans les États sardes, en Prusse et en Saxe. Il semble donc 
exister pour la femme trois âges critiques : le premier à l'époque de 
la puberté, le second à la maturité et le troisième au terme de la fé-» 
condité. La plus grande viabilité de la femme, déjà si évidente aux pre- 
miers âges, ne se manifeste pas moins dans les âges avancés, puisque de 
60 ans et au-dessus, le rapport des décès féminins aux masculins est comme 
i 138 à 1 317. L'âge auquel les hommes ont le plus de chances de vie est 
de 25 à 35 ; on pourrait dire qu'ils ont également deux âges critiques, l'uft 
de 20 à 25, époque de la virilité, et l'autre de 50 à 60, au seuil de la vieil- 
lesse. 

Une des plus importantes applications de la mortalité relative de l'homme 
aux divers âges de la vie se trouve dans la composition des armées. Quel 



79 MORTALITÉ SBLON l'4«B BT XB SBXB. 

est, par «xemjlJe, au point de vue de la résistance aux maladies, Tâge le 
plus propre au service des armes? Le tableau suivant, qui résume la mor- 
talité de Tarmée anglaise de 1830 à 1836, dans un graqd nombre de pos- 
sessions britanniques, nous semble répondre d* une manièM péremptoireà 
cette question (i). 



pES» 

Décts SDB iOOO HomiBS ggg 

De 18 De 23 De 33 De 40 e^Z^ 
à 95 ans. & 33 ans. à 40 ans. à SO ans. 2 



RoTânmP (^^««^^ **»^ **»® *^'« 26,7 1 5,3 

•f.j Cavalerie fcot««AoW 14,7 11,4 - 16.3 22,8 14,5 

'^'* Mofanterie de la garde 22.3 t2,5 17,7 27,5 21,6 

Gibraltar 18,7 28,6 29,5 S4,4 22,3 

Malte. 13,0 23,3 34,0 56,7 22,3 

Iles loDÎeDQes 12,2 20,1 24,4 24,2 19,8 

Antilles 50,0 74,0 97,0 123,0 67,0 

JamaïqiM 70,0 107,0 131,0 128.0 91,0 

Bermudes. ...^ 16,5 43,0 42,0 76 28,9 

Canada supérieur et iDférieur 19,7 27,7 37,7 35,7 25,7 

NouvelIe-Écosse et Nouveau-BruDSwick . . 14 22,5 30,8 41.5 20,3 

Cap de Bonne-EspéraDce 9 20,0 29,7 82,0 17,6 

Ue Maurice. ..* 20,6 38,0 52,7 88,7 S4,7 

Ceyian 24,0 55,0 86,4 126,6 18,3 

Nouvelle-Galles du Sud 9,8 18,2 17,6 20,9 i4,i 

Bombay 18,2 34,6 46,8 71,1 33.1 

Madraa 26 69,3 70,7 86,5 52,* 

BçH8«l«'-- 23,8 50,3 50,6 83,3 44,5 

Ainsi, contrairement à l'hypothèse généralement admise, on voit que h 
mortalité exerce ses plus grands ravages parmi les vieux soldats. Il est vrai 
que pour un grand «ombre de garnisons comprises dans le tableau qui 
précède, la prolongation de séjour dans les pays chauds vient compliquer 
l'influence de Fâge, mais on remarquera que l'accroissement de la morta- 
lité selon l'âge existe même parmi les troupes qui ne quittent presque ja- 
mais le Royaume-Uni. 

AAT. IV. — MorUlité selon U race. 

La racç exerce une influence prononcée sur h résisunce de rhomine 
aux agents qui l'entourent, et par conséquent, sur sa mortalité. Void 

(1) Nous sommes redevable de ces docomenls i feu H. Marsball, aucieu iospec- 
teur général de l'armée anglaise, à qui la science doit dMmportaats travaux sor b 
sUtisUqoe médicale. -^ Voy. aussi H. MarsM», MUUa^ mùcèUmv. Londres 
1846, in-8% 



MOATAUTÉ SBLON LA lÀCB. 19 

qndie a été de 1817 à 1836 inclusivement la mortalité annuelle* 1" des 
troupes blanches et des troupes nègres; 2" de la population civile n^re 
dans les possessions anglaises des Indes occidentales. 

Dicte SUR 1000 iwMvi Dua 

' Mègres civils 
Troopes TroapM dadenxMxes 

* blaocnes. nègr«i. et de tout ftge. 

Guyane S4 40,6 34 

Trinité 106.3 39,7 30 

Tabago 152,& 34,2 47 

Grenade 61,8 28,4 36 

Saint-Vincent 51,9 36,2 34 

BarbadM S8,5 46 31 

Saiate-Uiçie 132,8 42,7 35 

Dominique 137,4 35 35 

AnUgoa 40,6 28,9 30 

Satnt-Cbnstopbe. . . 71 46,3 30 

Moyenne.... 78,5 40 30 

On voit ici nue infériorité numérique prononcée du nombre pro* 
portionnel des décès parmi les troupes nègres, comparées aux troupes 
blanches ; d'autre part, on remarque parmi les troupes et la population 
nègres une certaine fixité numérique de mortalité sur les divers théâtres, 
qui ne se rencontre pas dans les troupes blanches. 

Dans la province de Madras, la mortalité annuelle moyenne, de 1829 à 
1838» a été représentée par les nombres ci-aprèi^ parmi les troupes an- 
glaises et indigènes (1). 

D4eèa annueU sur 1000 hommea. 

Chol^ eompKt : Choléra non comprit : 

Anglaii. Cipayes. Anglais. Cipnjes. 

Uttoral 37,4 15 33,3 12,2 

PUines 34,9 13,5 32,4 9,9 

Plateau 41 14,2 39,3 11,4 

On voit que dans chacun des trois ordres de stations la mortalité du 
cipaye est trois à quatre fois plus faible que celle du soldat anglais. 

Lorsque le gouvernement anglais entreprit en 1840 Texpédition du 
Niger, les équipages des trois bateaux è vapeur furent composés de 145 
blancs ayant tous navigué déjà dans les pays tropicaux, et de 158 nègres 

(1) G. Balfour, Statist. report on thê sickness and mortaUty among ihe troopi 
serving m ihe Madras presidency y 1847 (Edinburghmed. andsurg. Jowm.) 



Wilberfbrce. 


Sndas. 


Tolaax 


56 


27 


145 


48 


.27 


130 


7 


10 


40 


46 


21 


158 


3 


2 


11 


w 


» 


9 



80 MORTALITÉ SBLON LA RaCB. 

tons nés aux Antilles ou en Amérique. Le tableau suivant donne une idée 
de la différence des pertes éprouvées par Tune et par Vautre race à bord 
de cbacun des trois navires de l'expédition. 

Albert. 

Blanci ; effectif 62 

Atteints de fièvres . . 55 

Morts 23 

Nègres ; effectif. .... 91 

Atteints de fièvres • . 6 

Morts » 

Il résulte de ce document que sur lus blancs on a compté 130 malades 
et hO morts, tandis que 158 nègres n*ont pas eu un seul mort et n*ODt 
compté que 11 malades. 

Dans les îles de Bombay et Colaba on a trouvé de 1849 à 1851 » la mor- 
talité répartie de la manière suivante entre les divers éléments de la popu- 
lation civile (1). 

Mortalité moyenne des anaéei lM9f 1950 et 1851. 

Décès sur 1000 hab. 

Boaddbistes, sect. de Brahma, LingaëU. 109,2 

Hindous • . 22,9 

Mosnlmans « 21 ,5 

Parsis .' 6,4 

Chrétiens indigènes, Juifs, Indo-européens. 36,4 

Européens 52,3 

Mortalité moyenne.. 21,1 

En Tabsence de tous renseignements sur la situation relative des divers 
éléments de population, on comprend qu^une grande réserve est com- 
mandée dans les déductions que pourraient comporter ces faits. 

ABiT. ▼. — Morts neeîdentenes, exéonttons. 

Sur 10000 décès, 85 en France, 71 en Autriche, 160 en Prusse, 108 
en Suède et 358 en Norwége, sont le résultat d*accidents. Sur 100 décès 
par accident, il seulement, à peu près le dixième, sont féminins. Eu 
France, le nombre moyen annuel des morts accidentelles a été : 

(1) Censui of the hkmds of Bombay and Colaba^ on the Ist of moy 1849, 6y 
captain Baynes, Superintendent of Police (t. XV dn journal de la Société de 
statistique de Londres, p. 327). 



MORTS ACCIDENTELLES, EXBGCTIONS. 81 



Ed 1826—30, de.. 


4781 


1831—35, de... 


5271 


1836—40, de... 


6462 


1841—45, de... 


7681 


1846—50, de... 


8691 



Depuis 1836 on a indiqué dans les comptes généraux la nature des 
accidents qui ont déterminé les décès. Le plus fréquent est la submersion : 
ft9 85/i individus se sont noyés accidentellement de 1836 à 1850; c'est 
3 32& par année. On compte, année moyenne , 648 individus écrasés par 
des charrettes ou des chevaux; 630 victimes de chutes d'un lieu élevé, 
échafaudages, arbres, etc. ; 337 individus asphyxiés par le feu ou brûlés ; 
73 tués par la foudre; 263 victimes de l'usage immodéré du vin et des li* 
queurs alcooliques, etc. 

De 1825 à 1839, on a compté en France les nombres suivants de con- 
damnations capitales et d'exécutions : 



Anoëet. 


Condftmnfttion 
cuplulei. 


• 
Exécnlions. 


Annëes. 


Condamnatioi» 

capital». 


EucuUous. 


1825 


131 


114 


1828 


114 


75 


1826 


150 


1i1 


1829 


89 


60 


1827 


109 


76 












Nombre moyen.. 87. 






1830 


92 


38 


1833 


50 


34 


1831 


108 


25 


1834 


25 


^ 15 


1832 


90 


41 












Nombre moyen.. 31. 






1835 


54 


39 


1838 


44 


34 


1836 


30 


21 


1839 


39 


22 


1837 


33 


25 
Nombre mo 


yen.. 28. 







Ainsi ait exécutions à mort avaient paru indispensables ^ la sécurité 
publique en 1823, et 15 seulement furent jugées suffisantes dix ans après. 

A&T. TX. — Da suieîdfl et des moyens employé! par l'homme 

pour se donner la mort. 

• C'est en Hanovre, dit M. Legoyt, que l'on compte le plus grand 
nombre (1) de suicides, 50,78 sur 10000 décès, et en Danemark que l'on 
en constate le moins, 16,40. Les documents officiels en attribuent A6,82 
au Piémont; 65,22 h laNorwége; 36,20 à k Prusse; 28,20 ^ l'Angle- 

(1) Les donoéei de M. Legoyt lur le Hanovre et le Danemark, étant contraires 
à celles que nous a Ibaroies Teiamen direct des documents officiels, nous soopçiui* 
Dons ici une erreur typographique. 

II. 8 



M DU SOICIDE. 

terre; 25,90 à la Suède et 2(i,10 à la tYance. Sur 100 suicidés on ne 
compte que 48 femmes; ce n*est pas tout à fait le cinquième. Dans le 
Hanovre on compte 30, en France 32 et en Angleterre 45 suicides fé- 
minins pour 100 masculins Ce sont les États où la proportion est la plus 
forte ; c'est en Piémont qu elle est la plu^ faible l/i,9 pour 100 (1). » 

Nos recherches personnelles nous ont donné sur 100 000 habitants le 
nombre suivant de suicides (2) : 

Dërifiialion Période Suicidet lur 

de* pej*. d^obierralioD. 100000 habilaaU. 

Islande (3) 1846 2,0 

Autriche 1839—47 3,5 

Bavière 1842—44 4,9 

Angleterre 1840 5,7 

Saède 1841— KO 6,7 

France 1851 10,1 

Prusse 1835--41 10,2 

Norwége (4) 1841—50 10,8 

Danemark (5) 1845—49 23,1 

Rien de plus libre en apparence que le choix des moyens à l'aide des- 
quels rhomme se donne la mort, et cependant ce choix présente une 
remarquable fixiié annuelle, lorsque les conditions d'âge, de sexe, de rare 
et de nationalité se ressemblent. Dans la jeunesse, l'homme a recours i b 
suspension; plus lard, il se sert de l'arme à feu; le vieillard revient ï b 
suspension (6). 

Partout le suicide s'accomplit par des moyens variés, mais chaque peu- 
ple a son procédé de prédilection , et le caractère national perce jusque 
dans la préférence accordée à l'eau, à la corde ou au feu. Four mettre oo 
terme à ses jours, le Français se brûle la cervelle 3 à ^ fois plus souveot 
que l'Anglais, le Saxon, le Norwégien, le Danois; il se noie 2 à 3 fois plus 
que l'Anglais ; la corde semble préférée par les peuples d*origine gernu- 
nique. En effet, ou compte sur 1000 suicides les moyens répartis ainsi 
qu'il suit : 

(1) Dictionn. de Véconom. poUliquet art. Population. 

(2) Il importe de ne pas perdre de vue que les époques d*observatioo né sont 
pas identiques pour les divers pay;:, et que le suicide, loin d'être statioonaire, affecte 
au contraire presque partout une marche croissante d^année en année. 

(3) Schloisner, Island undera'ôgt fra et lœgevideiiskabeligtSynspunkL Copenhague, 
1849. 

(4) Eilert Sundt, orn Dodeligheden in Sorge. Christiania, 1 855. 

(5) Rayser, OmSelvmord, Copenhague, 1846. 

(6) A. -M. Guerry, Essai sur la statistique morale de la France. Paris, 1833, 
p. 68. 



MOYENS EMPLOYÉS FAR L'UOMMB POUR SE DONNER LA MORT. 

• RiPARTITIOH OB 1 000 StJlCIOEt 



83 



Pays divers. 

France 


Période 
d*ohservalion. 

1835—37 


par 

suspension 

et strangiilat. 

300 


par 
submersion 

327 


par 

coup 

de feu. 

199 


par 
d*aatr«» 
procédés 

174 


France 


1838—40 


310 


335 


164 


191 


France 


1841—43 


323 


348 


156 


173 


Irlande 


1831—41 


39i 


252 


80 


276 


Angleterre . . . 


1840 


440 


124 


52 


384 


Belgique • . . -« . 


1836—39 


471 


272 


158 


99 


Bade, 1835 et 


1840—43 


483 


180 


184 


153 


Saxe 


1830—34 


630 


224 


77 


69 


Norwégc 


1836—40 


646 


215 


52 


87 


Norwége 


1841—45 


650 


201 


49 


100 


Danemark.. .. 


1835—39 


660 


240 


41 


59 


Danemark... . 


1840—44 


666 


227 


41 


66 



Les moyens etDpIoyés pour la perpétration du suicide diffèrent aussi 
selon le sexe, comme le montre le tableau suivant qui résume les suicides 
commis en France pendant la période de 1835 à 18^9 inclusivement : 



HOMllEa. 

Strangulation, suspension * • . 11,240 

Submersion 9,443 

Armesàfeu. 6,917 

Asphyxie par le charbon. ... 1,739 
Insiruments tranchants, pii- 

quants 1,500 

Chute d'un lieu élevé 1,073 

Poisons 668 

Moyens divers 203 

Total 32,783 I 



Submersion 

Strangulation, suspension. •• 

Asphyxie par le charbon 

Chute d'an lieu élevé 

Poisons 

Instruments tranchants , pi- 
quants 

Armes à feu 

Uoyens divers 



5,010 

2,93i 

1,385 

671 

3S0 

249 

106 

38 



Total 10,710 



Ainsi, parmi les hommes, près du tiers des suicides a lien par strangu- 
lation ou par suspension, plus du quart par submersion ; chez la femme, la 
moitié des suicides a lieu par submersion ; Tarme à feu est chez elle un 
moyen exceptionnel, mais elle a recours, plus souvent que l'homme, Si 
l'asphytië et au poison. 

AHT. TZZ. — l>e l'influence de Part médioal snr In mortalité 

des populations. 

« S*il est ?rai, dit iL Quetelet, que te taux de la populatioii soit réglé 
sur le taux de la production, quelle est donc la mission de Fart de guérir ? 
Si je réponds qu'il ne peut sauver les uns qu'aux dépens des autres, et 
que si à force de soins II parvient à fermer quelques-une^ des cent portes 



fik INPLURNCI DE L*AHT MEDICAL 

ouvertes à la mort, les autres ne font que s'ouvrir davantage, et qu*il s'en 
ferme de nombreuses au besoin, j'aurais Tair de parler par scrupule, et 
cependant je n'aurais fait qu*etprimer la vérité. • 

Nous nous sommes proposé de soumettre l'examen de ce problème ï 
l'épreuve de la statistique; voici quelques faits qui pourront contribuer à 
sa solution. De 1822 à 18&9 la proportion des décès en Prusse et le nom- 
bre des médecins, par rapport ^ la population, se trouvent représentés 
ainsi qu'il suit : 





Nombre 

cThabitanU 

pour i médecin. 


Nombre 

a'hftbitanU 

pour 4 dtfeèt. 




Nombre 

d*liebiieiiU 

pour 1 médecm. 


Nombre 

d^b«bitanU 

poar 1 décèt. 


4822 


2,892 


37,0 


1837 


2,928 


32,1 


1825 


2,955 


37,4 


1840 


2,990 


35,6 


182S 


2,991 


34,1 


1843 


2.876 


34,8 


1831 


3,005 


28,1 


1846 


2,832 


34,0 


1834 


3,073 


31,8 


1849 


2,787 


32,7 



Ainsi, la proportion des décès est loin d'avoir diminué avec l'ac- 
croissement du nombre des médecins. Ainsi, tandis que la mortalité 
n'était que de 1 décès sur 37 en 1822 et en 1825, époque à laquelle la 
Prusse n'avait que 1 médecin pour environ 2 900 habitants, la mortalité 
était, en 1846 et 18/i9, de 1 décès sur 33, bien que le cbifire des méde* 
cins, comparé à celui des habitants, se fût élevé 2i 1 sur 2 800. On poor- 
rait objecter que c'est moins le nombre absolu que la répartition des mé- 
decins qui peut exercer une influence sur la mortalité d'un pays. Noas ne 
parlerons pas de la qualité des médecins, élément d'une plus grande im- 
portance encore, attendu qu'il n'est pas admissible que cette qualité fât 
inférieure en 18&6 et 1849 à ce qu'elle éuit en 1822. Le tableau suivant 
résume la mortalité de 1849 dans les principales villes de la Prusse, com- 
parée au nombre des médecins. 

Nombre d*bebitanli Nombre de dtfcès Nombre d*babiUBtt 
poHr 1 médecin. ponr 1 mddedn. pour 1 décèc 

Kœnigsbeig 4,031 

Gumbionen 7,842 

Daoïig 3,585 

Marienwerser 5,282 

Posen 4,863 

Bromberg 5,751 

PotMlam et Berlin .... 1 ,350 

Francfort 3,361 

Sl«(Un 3,189 

Gœslin 5,118 

9tralsund, 2,201 



123 


34,6 


207 


37,7 


150 


26,7 


216 


24,6 


200 


25,8 


321 


19,5 


39 


35,7 


87 


38,8 


91 


33,3 


117 


43,9 


61 


35,8 



SUR LA MORTALITÉ DBS POPOLATIONS. 



85 



Nombre d'habiUotB 
pour t Itoédecio. 

Breslau 2,297 

Appela 4,307 

LiegniU 3.147 

Magdebourg 1 ,905 

Menebourg 2,197 

Erftirt 2,525 

Ifnnster 2,133 

Miodeo • 3,239 

Arnsberg 2,64i 

Cologoe 1,708 . 

Dosseldorf 2,508 

CobleaU 2,622 

Trêves 4,303 

Aix-la-Chapelle 2,894 

2,787 



Nombre de decèi 


Nombre d^babilants 


pour 1 raédecio. 


pour 1 décèi. 


88 


26,5 


152 


28,5 


95 


33,5 


57 


34,0 


^4 


34,7 


68 


37,6 


49 


43,7 


84 


38,8 


64 


41,5 


51 


33,9 


64 " 


40,1 


67 


39,6 


102 


42,4 


73 


39,9 



86 



32,7 



On voit que le9 Tilles de Coealin et de Manstér oot une moriaiité iden<- 
tique, un décès sur &6 iiabitants, bien que le nombre des médecins soit : 

AGoMlin, de 1 sur 5,118 habitanls. 
AMaosler, de 1 sar 2,133 habitants. 

En passant en revue l'ensemble des villes, on constate une absence à 
peu près complète de rapport entre Télévatioii du nombre proportionnel 
des médecins et rabaissement de la proportion des décès. 

Nons sommes redevable à l'obligeance d'un médecin distingué de 
Christiania, M. Holst^ du document ci-après, dans lequel il a réuni les 
faits relatifs à la question qui nous occupe. 

Vôrwége dfl 1U5 à 1845. 



Années. 


PopitbUon. 


Difcès. ] 


Médecins. 


Années. 


Population. 


Dccis. 1 


Médecins. 


1815 


885,431 


17,95a 


99 


1831 




22,502 




1816 




17,767 


99 


1832 




21,254 




1817 




16,487 




1833 




23,656 


129 


1818 




18,016 


95 


1834 




26,356 




1819 




18,859 




1835 


1,194,812 


23,151 


139 


1820 




18,340 




1836 




23,134 




1821 




20,127 




1837 




25,218 


148 


1822 




19,421 




1838 




26,581 




1823 




17.958 




1839 




26,652 


159 


1824 




18,981 


116 


1840 




24,593 


186 


1825 


1,051,318 


18,201 




1841 




21,649 


209 


1826 




19,609 




1842 




22,847 




1827 




19,391 


120 


1843 




23,069 


220 


1828 




21,217 




1844 




22,297 




1829 




24,457 


123 


1845 


1,328,471 


22,303 


249 


1830 




22,161 













8^ INFLUENCE DE L'aRT MÉDICAL SDR LA MORTALITE. 

La mortalité Ddoyenne, a|oate M. Hoist, a été presque la iDême dans 
chaque période décennale, malgré qnel.;ues épidémies (choléra en 1832- 
33-3^-35; typhus en 1837-38-39<A0). 

Ainsi, en Norwége, de même qu*en Prusse, raccroissement notable 
du noitibre des médecins, depuis 1845 jusqu'en 1845, a été sans in- 
fluence sur le chtiïre de la mortalité générale. Tant il est vrai que cha- 
que nation, selon ses moyens de production et selon les besoins de ses ha- 
bitants, ne dispose que d'un certain nombre de places au banquet de la 
vie. « Quand par une cause quelconque il se trouve des privilégiés , dit 

M. Quetelet (1), ce ne peut être qu'aux dépens des autres citoyens 

L'art de guérir exerce |}eu d'influence sur le nombre des décès, mais il en 
a beaucoup pour améliorer physiquement le peuple. Il diminue la somme 
des douleiirs en même temps qu'il donne des consolations; cette mission 
est assez belle i)Our qu'on puisse ranger cet art parmi ceux qui servent le 
mieux l'humanité (2). » 



CHAPITBE XK 

RECENSEMENT OBS PROFESSIONS. 
A&T. X«r. ^ Pe» profflMÎoni en général. 

En France, la population se répartit ainsi qu'il suit sous le rapport des 
professions : 

(1) Ad. Quetelel, Du système social et des Uns qui le régissent, Paris, 1M8, 
p. 191. 

(2) Voici comment Montaigne envisageait la qaestton : « L^expérience m*a encore 
apprini cccy, qac nons nous perdons d'impatience. Les roaaix ont leur vie et leais 
bornes, leurs maladies et leur santé. La constitution des maladies est formée ao 
patron de la conslitution des animauli ; elles ont leur fortune limitée dez leur nais- 
sance, et leurs jours. Qui essaye de les abréger impérieusement, par force, au tra- 
vers de leur course, il les alonge et les multiplie, et les harcelle au lieu de les 
appaiser. Je suis de Tadvis de Crantur, qu'il ne faut, ny obstinéement s'opposer 
aui maulx, et à Pestourdie, ny leur succomber de mollesse, mais qu*ll leur faoU 
céder naturellement, selon leur condition et la nostre. On doit donner passage 
anx maladies, et je trenve qu'elles arrestent moins chez moy, qui les laisse faire; 
et en ay perdu de celles qu'on estime plus opiniastres et lenaces, de leur propre 
décadence, sans ayde et sans art, et contre ses règles. Laissons faire un peu k na- 
ture : elle entend mieux st§ affaires que nous. ««Mais un tel en mourut?» Si ferez 
vous, si non de ce mal le, d^un aultre; ei combien n*ont pas laissé d*en mourir, 
ayant trois médecins à leur ...? » (Liv. III, chap. xiii.) 



RBCENSBHVirr DBS PROrBSSIONS. 87 

Agriculteurs 14,318,476 

Grandes industries 1,331,260 

Petites iadnstries 4,713,026 

Professions libérales 9,267,960 

Domesticité 906,666 

Femmes et enfants à charge de leurs niafis et parents, et 

désignations diverses 12,245,782 

ToUl 35,783,170 

La population mâle» considérée séparément, se divise ainsi : 

Agriculteurs »... 7,771 ,929 

Grandes industries 799,803 

Petites industries 2,982,558 

Professions libérales * t ,524, 102 

Domestiques 287,750 

Mendiants, détenus, sans professions, in- 
firmes 288,822 

Enfants du sexe masculin 4,130,000 

Total 17,794,964 

On comptait en 1851 : 

Personnes. Hommes. Femmes. 

Domestiques 906,666 287,750 618,916 

Mendiants et vagabonds. 217,046 94,928 122,118 

Détenus 39,471 31,321 8,150 

Filles publiques 16,239 >' i 6,239 

Individus sans moyens d'existence connus. . 339,902 139,461 200,441 

Infirmes dans les hospices 71,113 33,112 38,001 

Propriétaires et rentiers 1,097,926 523,970 573,956 

Pensionnés de TËtat pu des communes. . . 73,364 63,238 10,126 
Magistrats, fonctionnaires, employés du 

gouvernement 117,485 112,848 4,637 

Enaploy es des communes 60,249 58,363 1,846 

Employés chez des particuliers 94,706 84,184 10,522 

MiliUires et marins 360,185 356,732 8,453 

Mécfecins, pharmaciens, sages-femmes 39,424 26,758 12,666 

Avocats, ofGciers miolstériels, agents d'aff. 30,050 29,262 788 

Instituteurs et professeurs 88,441 58,084 30,357 

Artistes 23,839 19,482 4,357 

Hommes de lettres 4,591 4,465 126 

Ecclésiastiques et religieux ., 88,371 52,885 29,486 

Étudiants des Facultés et des écoles spécial*. - 19,71 5 18,634 1,081 

Étudiants des établissements secondaires.. 109,760 76,553 33,207 

Autres professions libérales 65,854 38,6 44 37,210 

Voici |)onr la Prusse et pour la Bavière quelques résultats fournis par les 
derniers recensements. 



88 PROFEâSlON MfolCALX ET PHAMfACKUTIQOI. 

BAVlàu. 




Maitret. Aida*. MaitrM. 

Boulangm M,391 15,266 8,887 6,33s 

Booeben 18,372 9,397 8,864 5,435 

Gordomiiert 87,964 48,493 25,019 18,978 

Gantien 1,300 1,101 231 251 

Tailleurs 70,428 35,700 17,366 12,054 

Chapelten 1,475 939 619 676 

Ifeonisien. .p 42,069 27,970 

Barbiers 6,033* 2,431 2,435 1,178 

Coiffeurs 396 208 98 70 

A&.T. n* — Vrofeitîoii médioAle et pharmaeealiqne. 

En 1853, la France comptaît 11 217 docteurs en médecine» 7 221 offi* 
ciers de santé et 5 175 pharmaciens. 

Soit ; 1 médecin pour 1 940 habitants. 

1 pharmacien pour. • 6,914 

En partageant la France en sept zones, on trouve : . 





Population. 


DocUurc. 


Oflic. 09 Mille. 


ProportioB. 


Zone du nord 


5,982,683 


1,018 


1 ,356 1 


sur 2,140 h. 


du nord-est. . 


5,918,561 


1,402 


826 i 


l 2,656 


du nord-ouest. 


5,967,120 


1,349 


848 


l 2,716 


du sud 


4,739,381 


1,874 


1,314 1 


r 1,486 


du sud-est. . • 


3,203,704 


1,169 


492 


1 1,915 


du sud-ouest • 


3,216,484 


768 


657 


1 1,555 


du centre»... 


6,687,317 


1,357 


971 


1 2,286 



En additionnant les chiffres qui se rapportent aux zones du nord et 
ceux qui appartiennent aux zones du midi, on trouve : 

Dans le Nord, 1 praticien sur 2496 habitants. 
Dans le Midi, 1 — 1619 

Dans le nord, le chiffre des docteurs l'emporte seulement de 739 sur 
celui des officiers de santé ; dans le midi, au contraire, Je chiffre qui ex- 
prime cette différence est de 1 3/i8. Les départements riches ont moins 
de médecins que les départements pauvres ; le nombre des docteurs, com- 
paré à celui des officiers de santé, est plus fort dans les départements pau- 
vres que dans les départements riches. Il y a en France près de 600 villes 
on communes, d'une |x>pulation excédant 2000 âmes, et allant jusqu'à 
8 000, qui n*ont ni médecin ni pharmacien; 63 départements, dontplu- 
sieui*s parmi les plus riches et les plus peuplés, ont un certain nombre 
de communes dans ce cas. En 185A, Paris comptait 1 351 docteurs, 



CTATISTIQUB GÉNÉRALE DES CULTES. 89 

i6h olBciers de santé et UW pbarmaGiens pour une population de 1 053 262 
babitants (1). 

CHAPITRE XII. 

STATISTIQUE DES CULTES. 
ABT. Z«r. — SUilistiqae générale def evltef . 

Tout culte^ lorsqu'il est observé, implique un ensemble de pratiques 
dont les effets se traduisent inévitablement par des résultats plus ou moins 
appréciables dans Tordre physique, intellectuel et moral. On peut se faire 
une idée des profondes modifications qui doivent se produire à la longue 
chez certains peuples de TAsie, sous Finfluence d'une abstention plus 
ou moins complète de toute nourriture animale ; on comprend non 
moins facilement que la statistique morale d'un peuple n'est, en somme, 
autre^ chose que la traduction de ses croyances religieuses (2). L'importance 
de la connaissance du culte d'une population devient plus grande encore 
lorsque le culte est en même temps signe représentatif d'un type national 
fortement dessiné, comme on le voit dans le judaïsme. A ces divers titres, 
la statistique des cultes se rattache d'une manière étroite à l'élude de 
l'homme social et de la géographie médicale. 

Plusieurs géographes ont donné les indications suivantes sur la répar- 
tition des principaux cultes parmi les divers peuples du globe. 

JohasfOB. Malte-Brun. Grabarg. Piokerton. 

1SS5. 1837. 

ChriUianisme 290,000,000 228,000,000 236,000,000 235,000,000 

JndaXsme 6,000,000 5,000,000 5,000,000 5,000,000 

IsUmisme 124,000,000 110,000,000 120,000,000 120,000.000 

Brahmisme 1 30,000,000 60,000,000 60,000,000 60,000,000 

Bouddhisme 300,000,000 1 50,000,000 1 50,000,000 180,000.000 

Antres CQltes 100,000,000 100,000,000 115,000,000 100,000,000 

Totaux, é. 950,000,000 653,000,000 686,000,000 700,000,000 

Haisel. Balhî. Bcruhaus. 

iS47. 1S43. 

Christianitme 252,000,000 260,000,000 390,000,000 

Judaïsme 3,930,000 4,000,000 4,000,000 

Islamisme 120,105,000 96,000,000 200,000,000 

Brahmisme 1 1 1 ,353,000 60,000,000 1 70,000,000 

Bouddhisme 315,977,000 170,000,000 397,000,000 

Autres cuites 1 34,490,000 1 47,000,000 1 1 1 ,000,000 

Totaux 938,421 ,000 737,000,000 1272,000,000 

(1) Roubaud, Ann. méd. et pharm. de la France, pour 1854. 

(2) Ce monde, dit un grand génie, est un système de choses invisibles mani- 
festées visiblement ; un autre a dit : « Omne mobile à priocipio immobili, » et 
Malebranche le répète ainsi : n Dieu seul est tout à la fois moteur et immobile. » 



90 6TATISTIQUB GÊNBRALB DBS CDLTBS. 

II est à peine nécessaire de faire remarquer combieo ces écalnatioDs 
laissent à désirer, et combien sont vagues les documents qui ont pu Içnr 
servir de base. Pour arriver à des évaluations admissibles, il faudrait des 
recensemenls qui jusqu'à présent paraissent n'exister que pour quelques 
États de l'Europe et pour les États-Unis d'Amérique. 

On compte en 1855 en Europe, environ : 

Catholiques 134,000,000 

Grecs 64,000,000 

ProtesUnts 60,000,000 

Musulmans 5,000,000 

Juifs 3,000,000 



Totaux 266,000,000 

Le tableau suivant donnera une idée de la répartition des cultes dans les 
divers États d'Europe (i) : 

Nb« ÉTATi. Catholiques. Grecs. Prolestanti. Jui&. 

1. France, 1851 34,931,032 n 748,332 73,975 

9. Angleterre (royau^'-Uni, 

Malte et Gibraltar}. . . 7,956,000 » 19,760,000 15,000 

3. Allemagne 41,390,153 2,788,555 24^426,401 1,253,549 

4. Russie d^Europe, 1851. 6,750,000 50,565,000 3,415,000 1,610,000 

•t MuBultnans 
570,000 

5. Pays-Bas, 1850 1 ,164,000 » 1,834,000 59,000 

6. Belgique, 1850 . . 4,416,000 » 9,000 1,336 

7. Danemark (sans le Hol- 

stein et Ladenbourg), 724 » 1,845,000 3,941 

8. Suède 500 » 3,370,000 1,500 

?. Norwége 450 « 1,400,000 150 

^0. Suisse, 1850 971,809 » 1,417,786 3,145 

41. Portugal 3,470,000 » 2,800 1,200 

12. Espagne 14,200,000 » 16,000 (2) 

13. Piémont et Sardaigne.. 4,898,000 » 25,000 7,000 

14. Toscane 1,786,000 » 2,500 7,500 

15. Parme 493,912 » 175 650 

16. Modëne 583,425 » 212 2,821 

17. Romagne 2,880,042 » 800 12,900 

18. Deux-Siciles 8,801,790 » 950 2,150 

19. Iles looienues 4,800 190,500 6,500 18,000 

20. Grèce (peu certain).... 350 995,066 250 200 

21. Turquie d'Europe (3).. 640,000 10,150,000 35,000 125,000(4) 

et Muiulmani 
4,550,000 

(1) De Reden, Deutschland unddas ubrige Europa. Berlin, 1854, p. 28. 

(2) Les Juifs ne sont point tolérés en Espagne. On en comptait 1 272 à Gibrai- 
lar en 1835. 

' (3) D'après Ubicini, L ««ras sur ia Turquie. Paris, 1853. 
(4) Dont 37,000 à Constantinople en 1844, et 62,000 en Moldavie. 



RBPARTITION DES CULTES DANS QUELQUES iTkJS. Ul 

On compte environ 1 200000 juifs en Russie, ou 1 sur 57 habitants; 
769 000 en Autriche, ou 1 sur 57 habitants ; 2i 9 000 en Prusse, ou 1 sur 
75 habitants; 196 696 dans les 36 autres États de la confédération ser- 
maniqae, ou 1 sur 65 habitants; 73 975 en France, ou 1 sur 500 habi- 
tants; 15 000 en Angleterre, ou 1 sur 1 860 habitants. La plupart des 
juifs vivent du commerce ; Tindustrie agricole et manufacturière n'en 
occupe qu'un très petit nombre. Sur 1 000 juifs en Prusse, 9 seulement 
vivent des travaux des champs. Aussi habitent-ils en majorité les villes. 
Dans le même État, sur 218998 juifs, 175 000, en nombre rond, sont 
domiciliés dans les villes, et 66 000 dans les communes rurales; de ces 
derniers, 62 000 se livrent îi de petits commerces de détail, et 2 000 seu- 
Jement sont des agriculteurs (1 ). ^ 

A&T. ZX. — Hépartition des ouïtes dans quelques États en partieulier* 

France. — On compte en France d'après le recensement de 1851 : 

Catholiques 34,931,032 

Réformés 480,507 

ConfpssioD d*Aogsboarg. . . 267,825 

Autres cultes 26,348 

Cultes non constatés 3,483 

Juifs 73,975 

35.783,170 

Belgique, — En Belgique, le recensement de 1866 donne les indica- 
tions numériques suivantes sur la composition de la population ati point 
de vue des cultes (2) : 

Catholiques 4,326,873 

Protestants 6,578 

Anglicans 790 

Autres cultes } ,019 

Galles non déclarés 600 

Juifs 1 ,336 

Population totale 4,337,196 

Royaume des Pays-Bas, — D*après M. Johnston (3), la population se 
décomposait ainsi en 1855 : 

(1) Dict, de l'écon, politique , art. Population. 

(2) Stat. gén, de la Belgique, Braielles, 1852, p. 208. 

(3) Johnstoo, Physical Atlas, London, 1855. 



92 RÉPARTITION 0KS CULTES DANS QUBLQUBS ÈtkTS. 

Catholiques 1,203,92S 

Égliie réformée • • • . • •••••.. 1,600,000 

SéparatUtet 42,000 

Églises fraocaise, anglaise, écossaise. 10,000 

I^iathériens 54,000 

Luthériens séparatistes. 9,000 

Anabaptistes 38,000 

Arméniens 5,000 

Juifs 58,000 

Suisse» «^ D'après le recensement de 1851, la Suisse comptait : 

Catholiques 971,809 

ProtestanU 1,417,786 

Juifs 3,145 

Population toUle (1). • . . 2,392,740 

Mande. — D'après M. Johnston, l'Irlande comptait an commence- 
ment de 185& : 

Catholiques. 4,500,000 

ProtestanU 2,015,794 

Population toUle 6,515,794 

On comptait à la même époque : 

2,769 prêtres catholiques. 
3,224 ministres protestants. 

Empire d'Autriche. — On comptait en 18&9, sur 1 million d'habi- 
tants (2) : 

Catholiques. 703,900 

Grecs 98,700 

Grecs dissidents 84,400 

Protestants 57,700 

Protestants de la confess. d^Augsbourg. 34,300 

Unitaires 1 ,400 

Autres sectes chrétiennes 1 00 

Juifs • 19,500 

Empire de Russie. — On comptait dans l'empire russe, d'après le re- 
censement de 18^8 : 



(1) Sur ce nombre on comptait 71,570 étrangers. 

(2) J. Hain, Siatist, desœslerr. Kaiser stCMtes, Wîen, 1852, U I, p. 273. 



STATISTIODB MORALE. 93 

Grecs orthodoies • 49,000,000 

( Polog:ne 4,500,000) 

Catholiques JDsDs la Russie occidentale. 2,500,000 > 7,300,000 

^Dispersés 300,000 j 

Protestaots 3,500,000 

Ifasolmaas 2,400,000 

Arméniens catholiques et grégoriens • . . • 1,000,000 

Idolâtres 600,000 

Juifs 1,200,000 



CHAPITRE XIII. 

STATISTIQUE MORALE. 

0e même qae les maladies et la mort servent à mesurer la salubrité 
d*un pays et Tétat sanitaire d'une population, de même le nombre et la 
qualité des crimes peuvent, jusqu'à un certain point, donner la mesure 
de la moralité d'un pays. Nous nous renfermerons ici dans l'examen de la 
statistique criminelle de la France, dont les documents sont à la fois les 
plus complets et les seuls qui embrassent une période assez longue pour 
qu'il soit possible d'en déduire quelques lois générales (1). 

ABLT. Z*'. — Statûtîqtte morale lelon les départements. 

Pendant le quart de siècle écoulé de 1826 à 1850 inclusivement, les 
cours d'assises des 86 départements de la France, ont jugé ensemble, con- 
tradictoirement, l^/i003 accusations de toute nature, comprenant 185 075 
accusés ; c'est, en moyenne, 5 350 accusations et 7 /i03 accusés par année. 
Les accusations se divisent en accusations de crimes contre les person* 
nés et en accusations de crimes contre les propriétés. Les premières ont 
sensiblement augmenté ; de 1 Z5U que Ton comptait, année moyenne, pen- 
dant la première période (1826 à 1830), leur nombre s'est élevé progres- 
sivement à 1 778 durant la dernière période (18/i6 à 1850). Les accusa- 
tions d'assassinat ont augmenté de 22 pour 100 ; celles d'empoisonnement 
OQt été, durant la dernière période, en même nombre que pendant la 
première, après avoir été plus fréquentes dans la troisième et dans la qua- 
trième période. Le nombre des accusations d'infanticide s'est accru de 
49 pour 100. Les accusations de parricide ont presque doublé; de 9 seu- 
lement, en moyenne, de 1826 à 1830, leur nombre annuel s'est élevé à 
17, del8&6àl850. 

(I) Comptes rendus de la justice criméneUe en France^ Paris, 1S26 à 1850. 



9& STATISTIQOB MORALIC SKLON LES DBPARTKMBNTS. 

Les crimes contre les personnes qui ont éprouvé la pins forte augmen- 
tation sont les ?ioIs et les attentats à la pudeur avec ou sans violence, no- 
tamment ceux qui ont eu pour victimes des enfants de moins de seize ans. 
Eu eiïet, le nombre des accusations de ce dernier crime, qui n'était que de 
136, année moyenne, de 1826 à 1830, a été de 420, de 18^6 à 1850. Il 
a plus que triplé. On ne doit attribuer que pour nue très faible part cette 
augmentation à la disposition de la loi du 28 avril 18S2, qui a &itua 
crime de l'attentat à la pudeur commis sans violence sur des enfants de 
onze ans; car cet attentat restait rarement sans poursuites avant la loi du 
28 avril. Les accusations de viol et d'attentat à la pudeur ^ l'aide de vio- 
lence sur des adultes ne se sont accrues que de 3^ pour 100. 

Excepté dans le département de la Seine, où, de 1826 à 1830, on ju- 
geait déjà chaque année en moyenne 1 3 accusations de cette espèce de 
crimes, à peine en comptait-on de 3 à (i dans les quatorze départements où 
elles étaient le plus nombreuses. Dans vingt-quatre départements , les 
cours d'assises n'en jugeaient pas une par année en moyenne. Durant la 
dernière période, 18^6 à 1850, il en a été Jugé par année : 35 dans le dé- 
partement de la Seine; de 15 à 10 dans les départements du Rhône, de 
Seine-et-Oise, de Maine-et-Loire, de la Loire-Inférieure, de la Gironde, 
d'IUe-et-Vilaine et de la Seine-Inférieure. Six départements seulement 
n*en ont pas présenté un par année moyenne, de 1866 à 1850, savoir : k 

« 

Doubs, les Hautes- Pyrénées, le Canial, la Corse, la Creuse et la Lozère. 
Les départements où les attentats ont été le plus fréquents sont les dépar- 
tements industriels et possédant de grands centres de population agglo- 
mérée. Les accusations d'avortement ont été aussi beaucoup plus fré- 
quentes durant la dernière période que pendant la première. 

Les accusations de crimes contre des propriétés ont, dans leur ensem- 
ble, diminué de 16 pour 100, si Ton compare la première période à la der- 
nière. Cette réduction porte exclusivement sur les diverses esjjèces de vois 
qualifiés. Les accusations de fausse monnaie, de faux de toute espèce, de 
banqueroute frauduleuse, d'incendie, d'extorsion de titres ou signatures, 
ont, au contraire, éprouvé une augmentation sensible ; les incendies, 
notamment, ont plus que doublé. 

Pour la France entière, le nombre des crimes contre les personnes a été 
croissant chaque année pendant le quart de siècle qui vient de s'écouler, 
de manière à présenter pendant la dernière période (1866 à 1850], com- 
parée à la première (1826 à 1830], une augmentation de 31 pour 100. Le 
nombre total des accusations de crimes contre les propriétés a diminué de 



STATtSTiQUB HOItALB SELON LBS SBtES. 95 

16 pour 106, de la pretnière période (1826 à 1830} à la dernière (18&6 
k 1850). Dans toute la France, il a été jugé par les cours d'assises, année 
moyenne, de 1826 à 1850, un accusé par /i,568 habitants. 

Les départements placés au premier rang, pendant les vingt-cinq an- 
nées, par le nombre proportionnel élevé d'habitants (>our tin accusé, sont : 

L*AiD, un accusé par 10 523 habitants. 

La Crease 10 000 

L'Isère 8 305 

Le Cher 7 706 

UNord 7629 

Dans le département de la Seine, il y a eu, année moyenne, un accusé 
par 1 385 habitants; c'est le rapport le plus élevé. Ce rapport est pour la 
Corse, qui se place en seconde ligne, d'un accusé par 1,672 habitants, 
mais, pour des accusations de meurtre et d'assassinat; l'habitant du dépar* 
tentent de la Seine y est traduit le plus souvent pour des vols quaUfiés on 
des faux. Dans le premier, sur 100 accusations, on en compte 83 de cri« 
mes contre les personnes et 17 de crimes contre les propriétés. Dans le 
département de la Seine, les proporiions sont en sens inverse : 86 accu- 
sations de crimes contre les personnes. 

Après la Corse, les départements où Ton compte le nombre proportion- 
nel lé plus élevé d'accusations de crimes contre les personnes, sont : 
l'Ariége, 51 sur 100; les Pyrénées-Orientales, 50; la Haute-Loire, ^8; 
la Lozère, U5;\e Lot, l'Hérault, /i4 ; la Creuse, l'Ardèche, /i3; l'Aveyron, 
/i2 ; les Basses-Alpes, les Hautes-Alpes, l'Ain, ki ; la Corrèze, 40. Ces dé- 
partements appartiennent tous au midi, et ils sont presque exclusivement 
agricoles. Pour toute la France, le nombre proportionnel des accusations 
de crimes contre les personnes a été, en moyenne, pendant les vingt-cinq 
années, de 30 sur 100. 

AB.T. ZX. — Statistique morale selon les sexes. 

Les 185 675 accusés jugés de 1826 à 1850 se divisent en 153 154 hom- 
mes (83 sur 100), et 32 921 femmes (17 sur lOO). Tandis que, pour les 
hommes, on a le rapport de 1 accusé pour 2 722 habitants, pour les fem- 
mes, ce rapport est de 1 accusée pour 13 427 habitantes. Le rapport des 
femmes anx hommes, parmi les accusés, varie d'un département à l'autre. 
Dans la Corse, on ne compte annuellement que 4 femmes sur 100 accu- 
sés; 9 dans les Pyrénées-Orientales; 10 dans les Hautes-Alpes et l'Ardè- 



90 STATISTIQUE MORALE SELON LES SfiXBS. 

cbe. Il y a eu jusqu'à 27 femmes sur 100 accusés dans les Gôtes-da-Nord ; 
25 dans la Manche et la Creuse. Cette inégalité s'explique en partie par h 
nature des crimes jugés dans chaque département. Les femmes sont ton* 
jours proportionnellement en moins grand nombre parmi les accusés de 
crimes contre les personnes que parmi les accusés de crimes contre les 
propriétés. En second lieu, la population des divers départements ne se 
compose pas toujours d'un même nombre proportionnel d'hommes et de 
femmes. Ainsi, dans les Côtes-du-Nord, la Manche, FIUe-et-Yilaine, la 
Creuse et le Morbihan, où l'on vient de constater un nombre propor- 
tionnel assez élevé de femmes parmi les accusés, la population, par sake 
d*émigrations annuelles d'hommes, présente le rapport de 108 et 106 fem- 
mes contre 100 hommes, tandis que, pour toute la France, le rapport n*est 
que de 102 à 103 femmes contre 100 hommes. Il semble d'ailleurs que 
le nombre des femmes tende à diminuer parmi les accusés de crimes contre 
les propriétés. Elles formaient plus du cinquième (206 sur 1 000) du 
nombre total des accusés de cette catégorie, pendant la première période 
quinquennale (1826 à 1830); durant la dernière période (18i!i6 à 1850), 
elles n'en forment plus que le sixième (153 sur 1 000). 

Cette diminution du nombre proportionnel des femmes accusées ne 
saurait être attribuée aux variations qu'a subies le nombre des accusations 
de crimes de chaque nature, parmi ceux qui portent atteinte aux proprié- 
tés ; car le résultat est le même si l'on considère séparément chaque es- 
pèce de crimes contre les propriétés. 

Après les accusations d'infanticide, d'avortement, de suppression de 
part, qui sont plus spécialement propres aux femmes, celles qui présen- 
tent le nombre proportionnel le plus élevé d'accusés du sexe féminin sont: 
pour les crimes contre les personnes, les accusations d'empoisonnement, 
48 femmes sur 100 accusés; de parricide, 30 sur 100; d'enlèvement de 
mineurs, 25 sur 100 ; de faux témoignage et subornation, 18 sur 100. 

Les crimes contre les propriétés dont les femmes se rendent le pins 
souvent coupables sont : 1" les vols domestiques, on compte 37 femmes 
sur 100 accusés de cette espèce de crime; 2*^ l'extorsion de titres et si- 
gnatures, 30 sur 100 ; l'incendie d'édifices habités, 29 sur 100; le pillage 
de grains, 25 sur 100« 

Les crimes le plus fréquemment commis par les femmes sont, en géné- 
ral, ceux qui se préparent ou s'exécutent dans l'intérieur de la fomiOe. 
L'infraction aux lois de la pudeur et de la morale précède très souvent, 
chez la femme, l'infraction aux lois pénales. Il est constaté, tous les ans. 



STATISTIQUE MORALE SELON LES AGES. 97 

qu*un ciaquiëme des femmes traduites aax assises avaient ea des enfants 
natnreis on vivaient dans le concubinage. 

AAT. m. — Statistique morale lelon lei âge«. 

Les 185 075 accusés jugés de 1826 à 1850 se ctassent ainsi d'après 
iear âge : 

2,390, 13 sur iOOO, étëent âgés de moins de 16 ans. 

— 16 à 21 

— 21 à 2S 

— 25 à 30 

— 30 à 35 

— 35 à 40 
^ 40 à 45 

— 45 à 50 

— 50 à 55 

— 55 à 60 

— 60 à 65 

— 65 i 70 
_ ( 70 à 80 

f plus de 80 

185,075 1000 

Les accusés de moins de seize ans seraient plus nombreux, si un cer- 
tain nombre des individus de cet âge, bien que poursuivis pour des crimes» 
n'étaient traduits devant la juridiction correctionnelle, en vertu de l'ar- 
ticle 68 du Code pénal. 

La distribution des accusés d'après l'âge n'est pas la même pour les ac-> 
casés de crimes contre les personnes que pour les accusés de crimes contre 
les propriétés, pour les hommes accusés que pour les femmes accusées : 



29,594, 


159 


29,459, 


159 


31,708, 


171 


26,530, 


143 


20,605, 


111 


15,452, 


84 


11,277, 


61 


7,332, 


40 


4,520, 


25 


3.171, 


17 


1.T52, 


10 


106) 


7 



Age de» ucviét. 


Grimes contre 
les 
personnes. 


CrioMS conlre 

les 

propriétés. 


Rotnmes. 


Femmes. 


De moins de 16 ans. 


6 


16 


13 


13 


16 à 21 


121 


176 


166 


132 


21 i 25 


163 


157 


157 


170 


25 à 30 


186 


165 


170 


177 


30 à 35 


153 


140 


144 


140 


35 à 40 


111 


111 


111 


114 


40 à 45 


84 


83 


83 


88 


45 à 50 


62 


61 


60 


65 


50 k 55 


42 


39 


39 


42 


55 à 60 


28 


23 


24 


26 


plus de 60 


44 


29 


33 


33 


Totaux.... 
11. 


. . . 1000 


1000 


1000 


1000 

7 



98 STATtSTlQUK MORALE SSLON LB8 AOKS. 

Ainsi, itatit vingt ti im ins, It propens(od M erime est plot forte vcn 
les attentats contre les propriétés, et aux époques ultérfeores de la fie, 
surtout après cinquante ans, c*est le contraire qui a lieu. Les femmes en- 
trent plus tard que les hommes dans la carrière du crime. Sur iOÛO ac- 
cvtis du leKe OMMeulin, il y en a 170 âgés de moim de tingt et %xû «is« 
tandis que sur 1000 femmes accusées, 1^5 seulement n*ont pas fttttiBt 
leur vingt et unième année» Oo coaipM tpas tes ans ub grand nombre 
proportionnel de jeunes accusés ; panni ceux que juge la odur d'assises 
de la Seine, 220 sur 1000, en moyenne, ont moins de vingt et an ans ; 
pour toute la France, la proportion n*est que de 172 sur 1000. 

AAT. XF. -^ Statistique morale salon VéUX «ivil. 

Sous le rapport de l*état civil, les accusés se divisent de la manière soi- 
vante: 

Célibataires 104,197 soit 568 ivr 10OO. 

Ilariéi ayant dei enfanti. . 58,114 SI 4 

Mariéfl lais enfants 14,436 78 

Veufli ayant ées enfaoU. . . 6,478 35 

Veufs sans enfants 1,850 10 

% ToUnx 185,075 10OO 

D'après les recensements de la popiiiition Wls en 1986, en ItM ne en 
1646, voici comment se divisaient ks habittnts, en égard ft Télat dvH : 

En 1836. Bn IB41. Em ISIC 

Oélibataira», sur 1000 habitants.. 860 553 546 

Mariés , SVO 879 88< 

Veuls »... 70 69 4M 

1000 1000 iOOO 

La proportion des célibataires a été : 

De 1826 à 1830 559 suri 000. 

1831 & 1835 573 

1836 à 1840 582 

1841 à 1845 564 

1846 à 1850.. 540 

Ainsi le nombre proportionnel des accusés célibataires, après s'être 
accru de 1826 à 18^0, a diminué d'une manière sensible de 1^4l à 1850. 
La cause de celle diminution est due à la réduction, dniunt les dix der- 
nières années, du nombre des accusés de vol, parmi lesqneli les céliba- 
taires sont toujotirs très nombreux. 



ommet. 


Femme*. 


565 


553 


824 


261 


77 


86 


37 


77 


7 


23 



STATISTIQni MOIIALfi SSUW L*iT4T CIVIL. M 

» 

\a dittribatimi des accusés, eu égard k l'eut civil, n'est pas* la mime 
pour les hommes et pour les femmes ; void les propoitioBS : 



Célibataires 

' Marié» I *'^*°' ^** eofâots 

f \ sans enfaDU 

) sans enfants 

k 

1000 1000 

la 

Ge qui frap^ snitout en rapprochant ces chiflires, c*est le nombre pro- 

portieBiiel des femmes veuves, avec eu sans enfants, comparativement k 

eeliij des veufs. Mais, dans l'ensemble de la popnlatlon, on 'retrouve b 

p aiépie anomalie, ainsi qne le constate le tableau ct-après, qui résume les 

étmÊéuê des demiera ncensements : 

Hommef. FefAmn. 

Célibataires, sar 1000 habitants. . 566 526 

Mariés 390 382 

Venii. 44 98 

1000 1000 

L'influence de l*état civil sur la natune des crimes ne parait pas moixui 
réelle qne celle du sexe et de l'âge. Le nombre p|*oportionnel do»péh1>s<r 
tairez est tops les ans : 



Parmi lai asBasii d'inOnUcida, de 78 Sttrl08 

— da cpQps et blessures envevp les asceodauM. 49 viol 

et d'attentat k la pudeur sur des adultes 66 

— de coups et blessures graves, de crimes politiques. 54 
-— de meurtre, de rébellion et de violences graves. . 5Î 
-- de vM fi d'atlanUt à la pndeor sur ée$ anfanlf. 80 

— d*assassinat 48 

— de parricide 43 

-^ de faui témoignage « 8S 

— d'ea^ioisoninanint •••••..• 88 

Parmi tons lesaccusés da oûues contre les personnes ansamWa» • • f 2 

Panni les accusés de vols 64 

— de pillage et dégât d'objets mobiliers, de faui en 

matière de recmtemeot 58 

'- d*4ntres faut divers, d' in Q C i i # e # • . . 38 

— de pillage de grains 35 

— de concussion et de corruption 22 

— d'eitorsion de titres et de signatures 19 

Parmi tons les accusés de crimes contre les propriétés, ensemble. • 58 



192 STATISTIQUE MOHALB .SBLOPI LA PllOFl»SION 

La catégorie des accusés apfiartenaut aux fonctions libérales, fonction- 
naires et agents de la force publique, est la première par le nombre pro- 
portionnel élevé des accusés jugés pour des crimes contre les person- 
nes (1). Elle en présente &iO sur 1000. Après elle se place, sous ce 
rapport, la classé des cultivateurs, ^08 sur 1000. 

Les deux catégories qui présentent, au contraire, le nombre proportion- 
nel le plus faible d*accnsés de crimes contre les personnes sont les commer- 
çants (170 âur 1000), et gens sans aveu (22/( sur 1000). Les autres caté- 
gories s*écârtei)t peu de la proportion moyenne de tous les accusés sans 
dbtfnetion : 318 accusés de crimes contre les personnes et 682 accusés de 
crimes contre les propriétés. Le nombre dos gens sans aveu, c'est-à-dire 
qui n'avaient aucune profession, forme moins du vingtième de tous les 
accusés; mais ce nombre ne représente pas le total des accusés qui 
Vivaient dans Folsiveté, sans avoir des moyens d'existence assurés, parce 
qu'ils ne roulaient pas travailler et mettre à profit la profession que la 
plupart avaient apprise. Les individus vivant dans une habituelle oisiveté 
forment, chaque année, un septième (l/i2 sur 1000) du nombre total des 
accusés. Les autres travaillaient habituellement : 29S sur 1000 pour leur 
propre compte, comme chefs d'établissements industriels ou agricoles, 
et 505 pour le compte d'autrui, comme ouvriers, journaliers, domesti- 
qoetf, etc. 

Lés accusés complètement illettrés, partni ceux qui ont été traduits aox 
assises de 1826 H 1850 inclusivement, forment les onze vingtièmes 
du nombre total. C'est la proportion moyenne des vingt-cinq années. Mais 

cliaque période de cinq ans, prise isolément, présente des changements 

» 

qui témoignent des progrès de l'instruction en France. Sur 1000 accusés 
de crimes contre les personnes, il n'y en a, en moyenne, que 535 qui ne 
sachent ni lire ni écrire; il s'en trouve 562 sur 1000 accusés de crimes 
contrôles propriétés.' La diminution du nombre proportionnel des illettrés 

(1) Pendant la période de dix ans, de 1829 à 1838, on a compté sur 41679 
accusés du seie roascalin de plus de 25 ans devant les assises : 33 prêtres, 33 avo- 
6ats, 9 avoués, 73 notaires et 66 huissiers. En admettant, avec M. Fayet, an 
effMCirde 40447 prêtres, 8 998 avocaii, 8 486 avodës, 10098 notairea» 8flM 
hoiasiaraton trouve : 

8 accusés sur 10,000 prêtres. 
26 — — avoués. 
37 — — avocats. 

72 — — notaires. 

81 — «r huissiers. 



BT LB 1>8GHÉ D'iNâTlUCTION. iOS 

a été plus marquée parmi les accusés de crimes contre les propriétés que 
parmi les accusés de crimes contre les personaes. La cause de ces progrès 
tient uoiquament à ce que de lSft6 k 1850 les aoousés de vols ont été 
bien mpins nombreux que de 1826 à 1830, tandis que le nombre de faos* 
saires s*est sensiblement accru. Or, les derniers savent presque tous lire 
et écrire, et parmi les premiers il yen a beaucoup d'illettrés. 

On s*étonne souvent de voir le crime aufiuenUr avec Tinstruction. 
Mais qu'est-ce donc que Tinstructlon sans Téducation, sinon une arme 
de pim pour le mal? San« religion, la morale a*t*eUe aanlement une rai- 
son d'être (1)7 

« Je retombe volontiers, dit Montaigne, sur ce discours de Tineptla 4â 
notre institution : elle a pour sa An de nous faire, non bons et sages, mais 
sçavants; elle y est arrivée ; elle ne nous a pas appreius de suivre et em- 
brasser la vertu et la prudence, mais elle nous en a imprimé la dérivation 
et l'étymologic. Nous sçavons décliner vertu, si nous ne sçavons l'aimer ; 
si nous ne sçavons que c*est prudence par eifect et par expérience, nous le 
sçavons par jargop et par cœur... Les mmurs et lt$ propos des paywiftf 
je les trouve communément plus ordonnés selon les prescrjptign^ de l# 
vraie pbilosopbie, que pe sont ceux de nos philosophes. « Plus sjipit vul- 
• gus, quia taqtum, quantum opus est, sapit. » (L9ctance, /mtitut, m„ 
lib. IL } Qui nous comptera p^r nos actions et déportements, il s'ei) trour 
vera plus grand nombre d'excellenls entre les ignorants « qu'entre les 
sçavants, je dys en toute sorte de vertu... La perte de l'homme, c*e$t 
l*opiuion de sçavoir... L'incivilité, l'ignorance, la simplesse, la rudesse 
s*accompagnent volontiers de l'innocence ; la curiosité, la subtilité, le sça<- 
voir, traisnent la malice à leur suite ; l'humilité, la craintç, l'obéi^saucc^f 
la débonnaireté, qui sont les pièces principales pour la çopservation de 
la société humaipe, demandent une âme vide, docile et présumaut peu 
de soy (2). » 

▲JUV. ▼IX. — &ét«lt«t des poartnitef . 

ViJci quel a été le résultat des poursuites pour les lif 076 aecHaie 
jugés contradictoirement de 1826 à 1830. 

(i) Jnvënal exprime la même idée : 

Quis enim virtutem amplectitar ipsain, 
Prsmia il tollai. 
. 1%) NeMisna, gmk, liv. Il, ahap. IT ai te. 



10& STATI8TIQ0B MOKALB. 

— aui travaax forcés à perpétuité 5,133 

— am trayanx forcés à temps 29,860 

— à la réclusion , 22,514. •« i^* 

— à la déportation 35^ m,30z 

— à la détention 137 

— au bannissement 10 

— au carcan 32 

— à la dégradation civique 18, 

— à plus d*un an d>mprisonnement 47,931 

— à un an et moins d'emprisonnement .... 14,741 
-^ à Tamende seulement 1 222 } 63,81 3 

Envoyés dans une maison de correction (art. 66 du Code 
pénal) 859 

Remise à leurs parents (même article) 343 

Absous, mais placés sous la surveillance spéciale de la 
haute police, en vertu des art. 100 et 138 du Code ) 68,960 

pénal • 54 

AoquiUés 68,563 

Total 185,075 

Ainsi 52 302 seulement (28 sor 100) ont été condamnés à des peines 
aflSictives et inbmantes ; 63 813 (35 sur 100) Pont été à des peines correc- 
tionndles, et 68 960 (37 sur 100), plus du tiers, ont été acquittés. Trois 
dixièmes environ de ces accusés, 5/i861, étaient poursuivis pour des cri- 
mes contre les personnes; ils ont été : 25820 (47 sur 100) acquittés; 
13 891 (26 sur 100) condamnés à dés peines afflictives et infamantes, et 
151/tl (28 sur 100) à des peines correctionnelles. Les 130 21 & autres 
accusés (sq)t dixièmes) étaient poursuivis pour des crimes contre les pro- 
priétés. Ils ont été : 43131 (33 sur 100) acquittés; 38411 (30 sur 100) 
condamnés à des peines afflictives et infamantes, et 48672 (37 sur 100) 
condamnés à des peines correctionnelles. 

De 1826 à 1831, le nombre proportionnel jdes acquittements s'accroit 
sous rinfluence de la répugnance éprouvée par le jury ï faire appliquer 
des peines qu'il trouvait trop sévères. Immédiatement après la loi du 
28 avril 1832, qui attribuait aux jurés le droit d'admettre des circon- 
stances atténuantes, le nombre proportionnel des acquittements n*a cessé 
de décroître jusqu'en 1840, et il s'est maintenu statîonnairo, de 18&0 à 
1847, à 33 sur 100. 

L'introduction des circonstances atténuantes dans notre législation, ren- 
due nécessaire par les tendances du jury, n'a donc pas amené par dk- 
même l'affaiblissement de la répression, elle Ta consacré ea la régulansint 
Les verdicts du jury n'étaient guère moins indulgents avant cette loi» et 
ils ne l'étaient qu'an moyen de mensonges flagrants, puisque les jurés 



RÉSULTAT DK8 POURSUITES. 105 

écartaient souvent les circonstances aggravantes les mieu^ établies, pour 
faire atténuer les peines encourues par les accusés ; aujourd'hui ils attei* 
gnent le même but sans porter une aussi grave atteinte à la vérité. 

Parmi les diverses condamnations afflicti?es et infamantes, celles 
qui prononcent des peines perpétuelles ont le plus diminué. Le nombre 
des condamnations à mort, après avoir été de 111, année moyenne, de 
1826 à 1830, est descendu à 66 de 1831 à 1835, et à 39 de 1^36 à 
1840. De 1841 àl845 ilaétéde48, et de49de 1846 à 1850. Cet abaisse- 
ment est dû sans doute en partie à ce que certains crimes punis de mort 
par le Gode pénal de 1810 ne l'ont plus été que des travaux forcés à per- 
pétuité depuis la loi du 28 avril 1832. Ainsi, une quinzaine environ d'ac- 
cusés défausse monnaie et de vols accompagnés de circonstances aggra- 
vantes étaient condamnés à mort, chaque année, avant 1832; depuis lors 
ils n'ont pu l'être qu'aux travaux forcés à perpétuité. Mais il faut aussi 
attribuer la diminution des condamnations à mort, en grande partie à l'in- 
troduction des circonstances atténuantes dans notre législation pénale. 

De 1826 à 1830, les deux tiers environ des condamnations capitales 
(65 sur 100) étaient exécutés. De 1831 à 1835, il y en eut moins de la 
moitié (47 sur 100) ; la proportion fut des trois quarts (75 et 74 sur 100) 
de 1836 à 1840 et de 1841 à 1845. De 1846 à 1850, elle n'a plus été que 
de 64 sur 100. 

Parmi les attentats contre les personnes, ceux dont le jury frappe les 
auteurs avec le plus de séyérité sont : les viols et attentats à la pudeur sur 
des enfants; il n'en acquitte, chaque année, que 255 sur 1000. Ensuite 
viennent les accusés d'assassinat et- de meurtre : les jurés n'acquittent, 
année moyenne, que 279 sur 1000 des premiers, et 300 des seconds. Le 
parricide n'occupe que le cinquième rang dans l'échelle de la répression : 
plus du tiers, 351 sur 1000 des accusés de ce crime, sont acquittés an^ 
naellement. Les accusés de crimes contre les personnes qui obtiennent 
du jury la plus large mesure d'indulgence sont, tous les ans, les accusés 
d'enlèvement de mineurs, de rébellion et de violences graves envers les 
fonctionnaires ou agents de la force publique, de faux témoignage. En gé* 
Déral, les jurés se montrent beaucoup moins disposés à réprimer les atten- 
tats contre l'ordre public que ceux qui sont dirigés contre les particuliers. 
De 1826 à 1850, il a été prononcé, contradictoirement, 1563 condam- 
nations à mort. Ces condamnations se répartissent d'une manière fort 
inégale entre les 86 départements. Le département de la Seine en 
compte 91, prèsde six centièmes du nombre total ; la Seine-Inférieure, 81. 



î 



I 



106 STATISTIQDB M0R4LB. 

Puis vieniMiit la Corse, 38; Seine-et-Oiae, 36; Calfadot, M. Lai 
départements où il en a été le moins prononcé dorant ce quart de sièck 
sont : la Crease, 3; la Gorrèie et les Haatet-Pyréoées, 5; teBoadMe* 
da-Rhône, 6. 

La loi du 28 avril 1832 a diminoé le nombre des peines perpètudki t 
mais la moyenne des peines afflictites et infamantes temporaires s'eet seo* 
siblement aocme. Ainsi, de 1828 ï 1832, la dorée moyenne des condam- 
nations aux travaux forcés à temps était de 7 ans et 26 jours, celle des 
condamnations à la réclusion de 5 ans 9 mois 3 jours. De 1833 k IMO, 
cette durée moyenne a été, pour les condamnations aux trtTam forcés, 
de 9 ans 10 mois et 9 jours; pour les condamnations à la réclosioBt de 
6 ans et 27 jours. De 1841 à 1850, la durée moyenne des condanmalioiis 
aux travaux forcés s*est élevée à 10 ans 3 mois et 25 jour»; celle des eon- 
damnations à la réclusion k 6 ans 3 mois et 8 jours. 

Les condamnations k mort ou aux travaux forcés k perpétuité, qve le 
jury ne prononçait qu'avec une répugnance extrême avant h loi do 28 
avril 1832, sont réduites, depuis cette loi, k des condamnations aux tra- 
vaux forcés pour 20 ans et plus, qui, pour ceux qui les subissent, ne diill- 
rent guère des condamnations perpétuelles. 

AaX. TIXX. — Motift des htûbm. 

Les motib de la plupart des crieaes se révèlent d'eux^roteee. ¥oici 
comment se classent 18584 crimes d*empoisonnement, d'incendie, é*9§- 
sassinat et de meurtre, dont les auteurs ont été traduits aux assises, ds 
1826 k 1850. La haine et le désir de la vengeance oiit inspiré les trois 
dixièmes des grands crimes dont les motifs ont été constatés. La eupidité 
a été ensuite le mobile le plus puissant : 166 crimes sur iOOO. Les diseen* 
sioos domestiques et Tamour en ont produit un nombre k peu près égal ; 
les premières 126 ; le second 119 sur 1000. Les querelles de ceberec et 
de jeu ont donné lieu k 1 691 homicides pendent les vingt-einq aonéos qni 
font Fobjet de cet examen. 



STATISTIQUB 01 LA POPULATION On OLOBB. 107 



LIVRE DEUXIEME. 

ETHNOGRAPHIE DE L'EUROPE. 

châMtre premier. 

STATlSTtÛlIE DE LA POPULATtON DU GLOBE ET DES 
DIVERS ÉTATS DE l'eUUOPE. 

Il n*est pas sans intérêt de voir à quelles singulières évaluations sont 
arrivés plusieurs écrivains distingués en ce qui regarde la population du 
globe. Vers MUh, le théologien Canz évaluait cette population à 60 mil- 
lions d'habitants ; à peu près à la même époque, les autçurs de THistoire 
universelle anglaise la portaient à U milliards. Voltaire, qui se moquait de 
cette évaluation, exagérait lui-même le chiffre de la population du globe 
de près de 600 millions, en la portant à 1 milliard 600 millions. En 
i%dU, Volney proposait le chiffre de A 57 raillions, qui est probablement 
deôOO millions au-dessous de la réalité. En 1810, Malte-Brun estimait 
la population du globe à 660 millions, et Balbi, en 1828, la portait à 
736 millions. Voici les évaluations les plus modernes de quelques statisti- 
ciens : 

* 

1843. M. Berghaas. 1,272,000,000 
1851. M. Dieterîd. 1,030,000.000 
1853. M. deReden. 1,135,488,000 

En ce qui eoncertie la répartition de cette population entre les diverses 
parties du globe, \oici quelques données puisées aux sources leç plus 
respectables : 

Uftile-Brun 
eo 1804, 

Europe 1*70,000,000 

Asie 320,000,000 

Afrique 70,000,000 

Amérique 45,000,000 

Océaaie 20,060,000 



M. BcrglMU. 


Balbi 


en1S43(l). 


en IS47. 


296,000,000 


227,100,000 


652,000,000 


60,000,000 


275,000,000 


60,000,000 


47,000,000 


39,000,000 


2,000,000 


20,000,000 



625,000,000 1,272,000,000 736,100,000 



(I) OruÊêHn éer Ùtofraphie, Bftsitu, 184S. 



108 STATISTIQUX DS LA POPULATION DU GUHII 



Europe. . . 

Afie 

Afrique. • 
Amérique 
Océanie. . 



M. DIcterki 


M.d«ll«lM 


ea 1851 (1). 


«11I8SK. 


260,000,000 


266«543,00O 


610,000,000 


763,000,000 


108,000,000 


46,000,000 


50,000,000 


56,000,000 


2,000,000 


3,945,000 



1,030,000,000 1,135,488,000 

Malgré toate notre déférence pour les autorités que nous venons de 
citer» Texamen sérieux auquel nous nous sommes livré nous conduit à con- 
sidérer l'évaluation suivante, à laquelle noos n'accordons d*aiilears qa'mie 
valem* approximative, comme étant plus près de la vérité que les esliaia- 
tiotts précédentes : 

Europe. 266,000,000 

Asie 626,000,000 

Afrique 50,000,000 

Amérique 56,000,000 

Australie et Océaoîe 2,000,000 



Population du globe. ... 1 ,000,000,000 

Vers h fin de 1852, la population des divers États de l'Earope était 
représentée par les nombres ci-après (2) : 

vismvk'nùK des ^ats. Nombre cI'ImImIiibU. 

France 35,781,628 

Russie (ioMIQ'À rOural et au Caucase). 60,300,000 

Suède et Norwége % . . . 4,772,273 

Norwége seule 1,400,000 

Autriche (Empire] 38,088,400 

Turquie (avec les principautés, 1 844)^ 1 5,500,000 
Espagne (non compris les lies delà 

cAte d'Afrique 14,216,219 

Angleterre (Royaume-Uni) 27,758,266 

Prusse (Royaume) 16,935,420 

Italie (déduction faite des possessions 

autrichieanes) 19,513,905 

Danemark (avec le Holstein et Lauen- 

bourg) (3) 2,396,000 

Deui-Sidles 8,804,890 

Portugal (non compris les Iles de la 

cAte d'Afrique] 3,473,758 

(1) Mittheilungen des itatisL Bureau's in Berlin; 4i«r Jahrgang, Berlin, 1851. 

(2) De Reden, Deutschland und dos Ubfige Ewrapa, Wiesbaden, 1854. 

(3) On comptait en 1843 en Islande, 57 180 habitants, et 7 782 ans Feroë. 



n DIS DlVIâS ÉTATS DB L'IOEOPS. 
niiloilATiogi vu iriTS. Nombre dltabitanti. 

BtTière 4,559,452 

ÉtaU sardef 4,930,000 

Monaco • » 

Grèce 995,866 

ÉUU de YÉ%\iMe (1851) 2,893,742 

Saisie (CoaMéraiioD, 1850) 2,390,1 16 

Hanoyre • 1,819,253 

Hollande (avec Luiembourg et Lan- 

boarg) 3,305,680 

Belgique (1850) 4,462,241 

Toacane (avec Lncqnea, 1853) 1,796,078 

Wortemberg 1,733,269 

Bade / 1,356,943 

Saxe (Royaume) 1,987,832 

Mecklembonrg-Schwerin 542,763 

Heûe électorale 755,228 

Heue (Grand-duché) 854,314 

Oldenbourg (Grand-duché avecLubeck 

et Birkenfeld) 285,226 

Parme • 494,737 

Modène 586,458 

Nassau 429,060 

Monténégro ( principauté) 11 5,000 

Brunswick 267,177 

Saie (Weimar, Eisenach) 262,524 

Iles Ioniennes (1844) 219,800 

Mecklembouig-StreliU 99,750 

Saie (Meiningen, Hildbgh) 166,364 

Saxe (Cobourg, Gotha) 1 50,451 

Anhalt-Dessau-Koethen 1 1 1 ,759 

Saxe (Âltenbourg) 132,849 

Walde^ (avec Pyrmont) 59,697 

Lippe-Detmold 106,615 

Schwarzbouig-RudolsUdt I • . . 69,038 

Sdiiranbourg'Sondershaus 7 4,956 

Reuss (Ligne cadette) « . • • . 79,824 

Anhalt-Bernbourg 52,641 

Schaumbourg-Lippe 29,000 

LQbeck (avec moitié de Bergedorf). • • 48,425 

Hambourg (arec moitié de Bergedorf}. . 211 ,250 

Rensa (ligne atnée) ' 34,896 

Brème 88,000 

Hesse-Hombourg 24,921 

Liechtenstein 7,000 

Francfort-sur-Mein 73,150 

Sainl^Martai 8,000 



11)9 



440 DIVMIMS BTRHOOftAraïQUIS DE L'IUIOFI 



CHAPITRE II. 

ETHNOGRAPHIE DE L* EUROPE. 

TreDte-quatr« peuples habitent l'Europe. £o altaot iê l'occident à 
l'orient et ao nord, puis retournant de U au midi, on les trouve dans 
Tordre suivant : les Portugais, les Espagnols, les Basques, les Français, 
les bas Bretons, les Anglais, les Gallois, les Écossais, les Irlandais, les 
Hollandais ec FlaoïAiids, les Allemands, les DiBois, les Islandais, les Nor- 
wégiens, les Suédois, les Lapons, les Finnois, les Esthonîens, les Lives, 
les Russes, les Lettons, les Polonais , les Lusadens, les Bohèmes, les 
Yalaques, les Turcs, les Grecs, les Albanais, les Hongrois» les Serviens, 
les Croates, ks Wendes, les Grisons et les Italiens, sans compter trois peu- 
[ries qui, quoique répandus dans une partie de l'Enrope, lui sont restés 
étrangers : les Arméniens, les Bohémiens et les Juifs. On peut com- 
prendre ces trente-quatre nations en dou^e grandes tauùlles qui sont : 
les Basques, les Celtes, les Kimri , les Gemnains ; les peuples dont le» 
langues viennent du latin ; les Slaves, les Grecs, les Turcs, les Lettons, 
les Finnois, les Hongrois et les Albanais (1). 

MSLT. I**. — BasqiMff, Celtes et &îmrî. 

On trouve les Basques {Esettaidunac) des deux cftiés des Pyrénées, en 
France et en Espagne. Ils parlent une langue primitive et étrangère ï 
toutes celles qu'on connaît, à l'exception de quelques mois latins et ger- 
maniques. Los anciens appelaient du nom de Celtes tootf les peuples com- 
pris entre la mer Atlantique, la Yistule et les Alpes. Les Celtes eux-mêmes 
s'appelaient (jae7 ou Gael, mot dont les Grecs ont lait Keltes^ et les 
Romains GaUL A une époque aqtér^urct à celle oà cosuoiiK^ent nos con- 
naissances historiques sur le nord de l'Europe, ils s'étaieiit établis dans le 
pays qui, d'après eux, a été nommé les Gaules, dans les îles Britanni- 
ques, dans une partie de l'Italie, et (lans les contrées bordées au nord 
par le Danube, au sud par les Alpes, et ji l'ouest par la Pannonie ; c'est-à- 
dire dans la Suisse, la Souabe, la Bavière, les Crisons et T Autriche de 
nos jours. La langue celte existe encore aujourd'hui dans deux dialectes, 
en Irlande et en Ecosse. Le nord de la Gaule était habité par des Celtes 
nommés BreUMU. Ils en furent chassés par les Belges: les Bretons pas- 

(1} F. Scàoll, Tai^ea/ikdeipeufilesqwhalMmtVEurope, Paris, 1812, p. 19. 



BASQUfS, CSLTB6 BT «MIll. 111 

lèreot atoff It mer, et w âxèreni dans l'tfe qui jusqu'alors était iiommée 
Albion (paya élevé)» C'eat d'aprèa eux que ee pays prit le ftoni de Breta- 
gne. Ces Bretona ne restèrent pas longtemps possesaeurs tranquilles de 
kv fle ; lea noémea Belges qui les avaient chassés du nord de la Gaole, 
ks suivirent an deKi des mers. Alors les Bretons se retirèrent dans le 
nord de l'iie et en Irlande. C*est d'eux que descendent les Iriandais 
d*aaîo«rd*hni el lea Ecossais, aeuls restes purs des anciens Celtes. 

L'Irlande, dans la hnguedu pays, porte le nom d*Elrin ou Erin (de etr, 
oncatet m. Ile), dont les Romains ont fait Hibemia. Celte langue s'appelle 
jusqu'à nos jours, la langue ersê. Les Bretons-Celtes, qui probablement 
sa rélogtèrent dana eette tle, lors de la révolution dont nous venons de 
parier, et dont descend la majorité de ses habitants, furent désignés par 
répîthàle de êcoin ou scuitSy c'est-à-dire fuyards tm émigrés. Les Bre- 
lana<Ceites qni, lors de i'invaaion des Belges, se réfugièrent dans le nord 
ée ille, liirMt appelés Calédoniena on Gautois des montagnes (de Gael^ 
lianloii, ft dan, montagne). Après la retraite des légions romaines, leur 
paya fîat envahi, an commencement dn n* siècle, par les Scots d'Irlande, 
dont mne partie, après avoir repassé le canal de Saint-Georges, vinrent ee 
ixer daaa le àord-ofleai de Itle, ft côté des Picces (c'est-à-dire brigands), 
antre pe«pk celte qni demearakan nord-est Dès lors cette partie de l'Be 
bt nooMiée Scatia miftor on neva. La langue erse on gauloise y disparut 
aocceaRfemeac ponr faire place ft la langue anglaise ; mais la p rcmi è ro 
s'est oiainleBiie jasqu'ft nos jours dans la partie montueoae du nord^onest, 
appelée Highland en anglais, et Atèmieh en erse. C'eat dans cette langue 
0dioine ée la baote Éooaae que sont composés iea morcean de poésie qni 
ont servi à Macpherson, pour la composition de ses potoea d'Osaian. 

Les Kimri (1) s'établirent, plusieurs siècles avant notre ère, dans 
le nord de la Gaule; les Celtes les appelèrent alors Belges, c'est-ft-dire 
habitants d'un pays bas. Il paraît que c'est à cause de cette invasion que 
les Celtes du nord de la Gaule passèrent dans l'Ile Britannique. Quel- 
que temps avant Jules-César, une partie de ces Cimbres ou Belges se 
rendirent en Bretagne, forcèrent les Bretons de se retirer dans le mxà 

{\\ Dana le type iSali, la lète est a nti a ii e de manière à te rapprocher de la 
forme iiihériqae; le front eft moyeu* «a iie« bombé et toyant ven iei tempei ; les 
yeai sont grands et ouverts ; le nez, à partir de la dépression k sa oaitsanoe, est à 
peu près droit, c* est-à-dire qu'il n*a aucune courbure prononcée , l'extrémité en 
cet arrondie, aiuii que le menton; la taHIe est moyenne. Dans le type Kimri, la 
tète est longue, le front large et élevé, le nez recourbé, la pointe en bas, et saillant, 
la sutore hante. ( JMneine de te SooMMétftNotoffifiie, 1. 1, Ptaia, iSdl.) 



112 PEUPLES TEUTONS. 

de rtle et en Irlande, et s'emparèrent de la partie nommée aajoard'boi 
spécialement Angleterre. Ce sont là les Bretons auxquels Jules-César fit h 
guerre. Au V siècle, les habitants, ne pouTant plus se défendre contre les 
Pîctes et les Scots, appelèrent à leur secours les Saxons; ceux-ci débar- 
quèrent en Bretagne et repoussèrent l'ennemi, mais ils s'emparèrent 
en même temps du pays de ceux qu'ils étaient venus défendre, et les 
firent refluer vers les provinces de Galles et de ComwaUis ou Comouail- 
les; quelques-uns de ces Bretons trouvèrent moyen de se réfugier dans le 
pays d*Armorique, qui de tt a pris son nom de Bretagne ou petite Bre- 
t^e. C'est dans ces trois provinces, c'est-à-dire dans les pays de Galles 
et de Cornouailles et dans la basse Bretagne, que se trouvent encore les 
descendants des Kimri, et que s'est conservée leur langue^ Les Trais 
descendants des Bretons- Celtes se trouvent en Ecosse et en Irlande , 
et ce nom a été appliqué abusivement aux Cimbres. Celui de Galles 
{Wales) a été donné à ce pays par les Anglo-Saxons; il signifie étran" 
ger» Les habitants eux-mêmes s'appellent Kimri, et c'est de ce ooot 
que les Romains avaient fait celui de Cimbres. Ils ont conservé jusqu'à 
nos jours leur langue, dont la moitié est d'origine germanique, l'aotre 
composée de mois celtiques qu'ils ont adoptés pendant leur séjour en 
Belgique, et de quelques mots latins qu'ils reçurent des Romains. 

Quoique les bas Bretons ne soient pas de véritables Bretons on Geltes, 
mais des Kimri, ils se nomment Breysads, comme ayant demeuré long- 
temps en Bretagne; néanmoins la dénomination de Kimri n'est pas tout 
à fait oubliée parmi eux. Leur langage est plus mélangé que celui des ha- 
bitants du pays de Galles ; le fond en est germanique, avec beaucoup de 
mots latins et celtiques (1). 

AAT. H, — Pevples T«aloiis. 

La dénomination de Germains embrasse ces nations nombreuses que 
l'on trouve établies dès la plus haute antiquité, depuis la rive gauclie 
du Danube jusqu'aux extrémités do nord, et entre le Rhin et la Vistole. 
Ces peuples fonnent deux grandes familles, celle des peuples proprement 
Teutons , et celle des Scandinaves. Aussitôt que les Teutons parais- 
sent dans l'histoire, on les voit subdivisés en deux branches principales, 
dont les dialectes se sont consenés jusqu'à nos jours ; on les distingue par 
la dénomination de haut et bas allemand {ober und nieder Devtseh). Les 

(1) Scbcdl, TtMmu 4a$ peupla qui habUmU l'Europe, p. 25. 



PEUPLES TB(m)IfS. 113 

peuples d*origine teutonne sont les Allemands» les Hollandab et Fla- 
mands, et les Anglais. Le peuple que l'on nomme Allemand, a continué à 
se donner le nom de Deutsche ; on comprend sous ce nom tous les peu- 
(des dont la langue allemande est la langue maternelle, quelle que soit 
la domination sous laquelle ils vivent 

On trouve des Allemands : l** en Suisse ; ce pays que bornent à l'ouest 
le Jura, au nord le Rhin, à l'orient les Alpes du Tyrol, et au sud cdles 
de l'Italie, est habité par quatre nations d'origine et de langue différentes, 
par des Français, des Allemands, des Italiens et des Grisons. Les Alle- 
mands descendent du mélange des anciens Helvétiens qui étaient Celtes, 
avec des colonies allemandes , et, s'il est permis d'ajouter foi à une tra* 
dition populaire, des colonies Scandinaves qui seraient venues se fixer au 
milieu d'eux. La Suisse comptait en 1 855 , 2 392 7/iO habitants , ainsi 
répartis sous le rapport des langues : 

Parlant allemand 1,670,000 

fraocais 474,000 

iUlien 433,000 

roman 45,000 

2* En Alsace; la plupart des babitantsde cette province sont d'origine alle- 
mande, et descendent des anciens Souabes avec lesquels ils ne ibrmaient 
qu'un seul corps de nation. 3" Dans les pays situés sur la rive gauche et 
sur la rive droite du Rhin, k"" Dans les provinces illyriennes. Une 
partie de ce pays est habitée par des Allemands, qui s'y trouvent à côté 
des Slaves, des lUyriens et des Grecs. 5" Dans la monarchie autri- 
chienne. Une petite partie seulement de la monarchie autrichienne est 
exclusivement habitée par des Allemands (1) : on trouve cette même na- 

(1) En 1852 l'empire d'Autriche, avec Cracovie, comptait, d'après M. J. Haîn, 
37 533755 habitante, ainsi répartis par nationalités : 

Slaves 1 5, 282, 1 96 

Romans 8,104,756 

Allemands 7,917,195 

D^origine asiatique (*)•••• 6,279,608 

ToUl 37,583,755 

Ces chiffres donnent puur l million dliabitants : 

Slaves 406,617 

Romans 2 1 5, 645 

(*) M. Hain eomprend sous cette dèiominaticm tes Magyares, les JoiCs, les Bohëmiena et les Ar- 
, p. i90. 

II. « 



411 ETHNOGRA^mB M L'KUROPE. 

tion à edté dés SUves, en Bohème, en Moravlb et en SHésîe ; Il «d^ 
aussi de nonibrcases colonies dllcmandes en Hongrie ci stirtont en Tran- 
sylvanie. 6"* Dans la monarchie danoise. Le Ilolstein a fail partie de Vm- 
pire d'Allemagne josqa*en 1806. V Dans la monarchie prussienne. Li 
presque totalité de la monarchie prussienne est habitée par des Allemands; 
la Silésie et la finisse sont situées hors des limites de ce pays ; mais 
dans la première de ces provinces, les colonies allemandes ont pris iusea- 
sibiement le dessus sur les habitants polonais. 8* Dans les provinces de 
Fempire de Russie, telles que la Livonie, TEsthonie, l'Ingrle, qui ont 
autrefois appartenu I la Suède, et dans la Courlandc, province ancien- 
nement feudatrice de la Pologne. Toutes ces provinces sont habitées par 
deux classes d'hommes, les naturels qui vivent dans Tétat de servhude, 
et lès Allemands ou maîtres qui descendent des anciennes familles 
allemandes. D'après M. Berghaus, on comptait au Hl décembre 1854, 
54 000 000 d'Àllemauds, ainsi répartis (1) : 

Eiiiora. 

Allemagne S7 ,725,000 

Schleswig 200,000 

Suisse 1 ,550,000 

HûlIaDde 2,800,000 

Belgique 2,100,000 

France • 2,350,000 

HoQgrie et Galicie , i,3T5,C00 

TransylvaDic 300,000 

Russie 535,000 

Pays de Galles • • . . 60,000 

Irlaude • . . 5,000 

Total 49,000,000 

Afrique. 

Cap de Bonne- Espéraoce 168,800 

Saint-Georges del Mina 200 

Algérie 2,000 

Total 171,000 

Âllcmauds 210,655 

D'origine asiatique. 167,083 

A reporter . 49,171,000 

On comptait en 1846 dans tout Tempire : 17 3S4 arméniens, 93600 bohëmieni, 
et 749 851 juifs. Ces derniers sont répartis sur toute la surface de rrmpire, à 
l'exception de TAulricbe supérieure, et des proviacei de Styria, de Salzbourg et de 
Carinthie, où Ton n'en trouve aucun. . . 

(1) Physikali9cher Allas, BerUn, 1854. 



Report 49,1 71,000 

Ikdbs occidentalks et Australie. 5,000 

Amârique. 

Etats-tlDis 5,233,000. 

tlottveatt-Branswick 80,000 

aréril et Gli]rific bollêodaise ... 1 0,000 

Amiret États <to siid et Mevqœ. 1,000 

total 5,324,000 

Total G^ivUiL. . . 54»500,00# 

AMf!t, XIX. — ^Peuples toandînavei. 

La Scandinavie, c*esl ainsi qu*on appelle Tensemble des tiet et pénin- 
sules situées entre la mer Glaciale, la mer du Nord et la mer Baltique, a 
été peuplée dans les temps k'S plus reculés, par des nations germaniquea: 
leur langue, qui alors diflérait d(Jà, sous beaucoup de rapports^ de la laj»- 
gue teutonne , se partage en trois branches : le danois,, le oorwégiea , 
dont Tislandais est un diaiccle, et le suédois. 

Les Danois {Danske) s'appelaient originairement Juliens. Le nom de 
Danois se trouve pour la première fuis m^u Yi* siècle; Danemark veut dire 
paysdes Danois. Leur langue est, de loules les langues Scandinaves, celle 
qui se rapproche le plus ûqs dialectes frison et saxon. 

Les Norwégiens (Norske), célèbres par leurs expéditions maritimes» 
olbt fondé des États dans les îles Britanniques, en France, en Russie, à 
Naptes el en Sicile. La langue nowégicnne est peu connue au dehors; 
dans le pays môme, elle n'est guère usitée que dans les campagnes; dans 
les villes et parmi les classes bien élevées, on parle danois; dans les Iles 
Orcades, dont les habitants s'appellent Norna, et dans les îles Féroë, on 
parle norwégien. L'Islande , découverte en 861 , fut nommée d'abord 
Sflétandt, pays des netgcs : bientôt après on lui donna son noi;n actuel^ 
<|ii! Signifie terre glaciale. Cette île a été peuplée par des Norwégieaa; 
ÛB y établirent un État indépendant, gouverné par un chef qui portait le 
tîti« éc Logtnan, riiottime de la loi ; des troubles civils qui â*élevèrent 
parnti eut au bout de trois siècles, les engagèrent à se soiunettre, e& 
1261, aux rois de Norwége« 

Les Suédois {Swneke) étaient déjà connus sotis leur notn acttiel, dtl 
temps de Tacite, dans le i*^ siècle. Les Goths, peuples germanique, 
<)ttl, à une époque incertaine, sont allés s'établir dans la. péninsule, à 
côté des Suédois, ont eu beaucoup d'influencé ttir la foraiatioii de la lao^ 
gae qa'on y parler auj^iud'litil. 



lie KTHNOtillAFHIB DK L'KUROFS. 



A&V. FIT. — JPeoplei latin*. 



Les naiîons dont les langues se sont formées du latin, et qui* de cette 
manière , ont perdu leur caractère originaire , sont les Italiens , les 
Espagnols et les Portugais, les Français, les Grisons et les Wabques. Le 
nord de l'Italie fut peuplé par des Gaulois, une partie de la moyenne 
Italie par des Étrusques, peuples d'une origine inconnue et de même noe 
que les Rhétiens ; les côtes du midi furent occupées par des Grecs. Les 
Romains parvinrent à faire disparaître dans ces pays les langues celtique, 
étrusque et grecque, et rendirent général l'usage de la langue latine (1). 

Les Carthaginois, et après eux deux peuples germaniques, les Suèves 
et les Yisigoths, enfin les Arabes, ont exercé une grande influence sorla 
langue espagnole, dont cependant la romana rustica est restée la base; 
de manière que, de toutes les langues nées du latin, c'est l'espagnol qni 
lui ressemble le plus. La langue portugaise n'est autre chose qu'im dia- 
lecte de l'espagnol. Jusqu'au xii* siècle le portugais et le galicien for- 
maient un seul dialecte différent de celui de la GastiUe (2). 

Lorsque les Romains entrèrent dans les Gaules, ils y trouvèrent trois 
peuples différents : au sud les Aquitains, originaires d'au delà des Pyré- 
nées ; au milieu, les Celtes ou Gaulois; el au nord, les Belges ou K.ymri, 
nation mêlée de Germains ou de Gaulois. A Marseille on parlait grec 
De toutes ces langues, mêlées avec la romana rustica^ se forma la lan- 
gue romance. Deux peuples germaniques , les Francs et les Bourgui- 
gnons, occupèrent dans le y* siècle le nord et Test, pendant qu'un troi- 
sième , les Yisigoths , étaient maîtres du midi. Les Francs étendirent 



(i) En Jetant les yeux sur les bustes d'Auguste, de Sextns Pompée, de Tibère, 
de Germaaictts, de Claude, de Néron, de Titus, on peut, dît W. Edwards, se faire 
une idée exaete du type romain. En voici la détermination précise : le diamètie 
vertical est court, et par conséquent le visage large; comme le sommet du crioe 
est asseï aplati et le bord de la méchoire presque horizontal, le contour de la té(^ 
vue de face, se rapproche beaucoup d*nn véritable carré. Cette configuration est 
tellement essentielle, que si la tète s'allongeait tout en conservant la réunion dei 
antres traiu, quand même elle offrirait le portrait fidèle d'un ancien Bomaln, il 
ne serait pas caractéristique. Les parties latérales au-dessus des oreilles sont bom- 
bées, le fh»nt est bas, le nei vériUblement aquilin, c'est-à-dire que la courbure 
commence vers le haut et finit avant d'arriver à la pointe, en sorte que la base 
est horisonule. La partie antérieure du menton est arrondie. {Mémoirts dû is 
Sodélé 6thnolo§iiqiÊ€. Paris, iS41.) 

(S) SchœH, TMêom des peuples qui habitent VEurope^ p. 62. 



PXnPLBS SLATBS. il? 

saccesBÎveiiieat leur domination sur toute la Gaule, et conservèrent pen- 
dant pluneurs siècles leur langue tudesque ; Charlemagne lui-même n'en 
parlait pas d'autre. Mais comme ils étaient très inférieurs en nombre aux 
peuples vaincus, leur langue se perdit successivement : leurs descendants 
adoptèrent celle des Gaulois, mais non sans y ajouter un grand nombre de 
mots teutons. Dès le xiil* siècle, la langue française se divisait en deux 
dialectes, la langue d'oc dans le sud de la France et en Catalogne, et la 
langue d'oui au nord de la Loire. 

Le pays des Grisons était anciennement appelé Rhœtia, et ses habitants 
étaient de la même race que les Étrusques. Lorsqu'il fut subjugué par les 
Romains, la romana rustica y fut introduite, ainsi que dans les Gaules et 
en Espagne. Mais la nature sauvage de ce pays, qui a toujours maintenu 
une espèce d'indépendance politique, est cause que cette langue s'y est 
moins ressentie que dans les autres pays de l'influence des Barbares qui 
ont envahi l'empire romain. Elle est parliie par la moitié des Grisons; 
l'autre parle allemand ou un italien corrompu. Les Grisons appellent leur 
langue rumonsA. 

Les habitants de la Valachie se nomment eux-mêmes Romains ou 
Boumains (Rumanjé), comme descendants des colonies que les empe- 
reurs romains ont établies dans ce pays. Plus qu'aucune autre partie de 
l'Europe, cette contrée a été dévastée par les peuples asiatiques et par 
ceux du nord qui ont fait des incursions dans l'empire romain depuis 
le IV* et le v* siècle. Jl en est résulté un mélange de nations qui se ma~ 
nifeste par la langue, dont la moitié à peu près est latine ; l'autre est un 
composé de slavon, de grec, d'allemand, de turc, etc. 

AHV. T. — Feapl«f tUvet. 

Les Slaves habitaient originairement sur le Ba»-Danube et au nord de 
la mer Noire. Dans le iv* siècle, ils étaient sous la domination des Gotbs. 
Chassés, ainsi que ceux-ci, par les Ghazares et les Huns au iv siècle, les 
Slaves s'étendirent vers l'occident, et occupèrent les pays sur la Yistule, 
où avaient demeuré anciennement les peuples nommés Sarmates par les 
Grecs et les Romains, et que les peuplades germaniques venaient d'aban- 
donner. Lors de la destruction du royaume des Thuriugiens par les fils 
de Clovis , ils s'emparèrent des parties orienule et septentrionale de 
l'Allemagne jusqu'à la Saaie et au Holstein. Leur nom signifie nation; 
nelon d'autres, il vient du mot f/ot;o, et désigne un peuple parlant le 
mdme langage. Les principaux peuples slaves sont les Russes, les Ser- 



\i^ ETHNOGHà^BIM OB VBUilOPE. 

viens, les Croates, les liVeudes, les Polonais, le$ Bobémienatli ta LnoH. 
cieos. Le dénoiubrement des popuUtious sUtcs, publié p«r Siaibrkh 
en 1842, présenic un toul de 7ti601 000 appar(enaiu, savoir : 



SS,1I02,000 k la Ruâsle. 
16,701.000 k rAiilricbe. 
9,108,000 à la Prusse. 



6,100,000 à la Tarqiâe. 

430,000 à CrtcoTia. 

60.000 i la Sait. 



' Ces mêmes populations, d*après leurs cultes, se divisent ainsi : 

54,011,000 Église grecque ou oricutale. 

9,900,000 Grecs unis À Rome. 
19.359,000 Catholiqufs romaiiii. 

1,531,000 ProtesUoU. 
800,000 Mabomt^taas. 

Les fkisses sont les plus orientaux de tous les Slaves, dont ils fomcal 
um dea deux branches principales. Leur nom actuel date do ix* siècle. 
Originaires du Danube, ils furent expulsés de leurs demeures, dans h 
V* siècle, par les Bulgares; remonlaiit alors vers lo nord, ils fondèmntatenx 
Etats indépeudanls, celui de Nowogorod et celui de Kiew. En 86i, les 
Slaves de Nowogorod se soumirent à Ruric, chef des liYarègiiea Rasses, 
peuple normand, et peut-être suédois, d*après lequel ils furent nommas 
Rnsaes, ou Grands-Ausses. Oieg, successeur de Ruric, conquil FEiat de 
Kiew, et le réunit au sien ; depuis ce temps, les Slaves de Kiew ftiranl 
^pdés Petits-Russes. De toutes les langues slaves, la langue russe est cdk 
qui «mlient le plus grand nombre de mois étrangers, surtout d« aM>t§ 
finnois, grecs et mongols ; mélange qui provient des relatioDs que les Rnatn 
ont eues avec ces peuples. Il faut, au reste, distinguer deux dIaiecNe 
russes : le russe vulgaire, qui depuis le xviii* siècle est devenu la langue 
des livres ; et le dialecte usité dans la liturgie, que les Russes appellent 
ordinairement lii vieux russe ou le slavon (Siawenski) (I). 

Gk*aprèsle recensement officiel de 1846, la Russie européenne, pmprt- 
lAfntdite, comptait 52 546 3 S4 habitants. Dans les Kouverneoieuti de )a 
^bérîa occidentale, 2153558. Dana le royaume de Poleigne. api|inaûM- 
Hvement» & 800 000. Dans le grand-duchi de Finlande, 16000iW« OaM 
tak Transcaucasie, 3500000. 

, La pe|»ulatioii totale de l'empire peut être évaluée ii 65 000 000 4*habi* 
topts. Selon les races, on compte 38000000 de Russes et 1I2GIOO06 
J^umiaqnei} SÇOOOOO babiunts de la Russie htan«;he ; lOOUMO 

'"' (1} Sêhoir; TàhUauâes peuplés qui habiiênt rEùrùp9, p. 75/ 



PKOVLSJI SLAVES. %\^ 

LiUmaaieiis, Polonais, Finlandais et Lettons; S 300 000 Tartares, ycom- 
pris Içs tnabomélaos ; 2 aûO 000 ÀllçoiaQds ; 200 000 gaoNoieqs et ari^ 
niens; 1200000 juifs. 

Les Serbes (Scrblin), originaires de la Galicie, occupèrent, dans le 
Yir siècle, la province d'Illyrie, dé?»lée par<'le grand nombre de peuples 
^i l'avaient traversée pour envahir Tempire d'Occident On appelle Ras- 
çiensou Raîtz, les Servions (|ui demeurcni au sud de la rivière de Rasca. 
Le dialecte scrvien est ce qu*on appelle en Russie le vieux russe. 11 est 
parlé non^seulement par les Servieus, mais aus&i par les Bosniaques, les 
Bulgares d'aujourd'hui , appelés Walaques par les Slaves, les Uscoques, 
(es Morlaques (c'est-à dire Bulgares habitant sur les côtes de la mer), 
les Esclavoniens (seul peuple slave qui ait conservé le nom originaire 
de la nation), les Dalmates cl les Ragu.sois. Tous ces peuples sont aussi 
cooipris sous la dénomination générale d'Illyriens (1). 

Les Croates^ pro|)rement (Jiorvates ou Cbrobalcs, c'est-à-dire nM)nta- 
goards, sont venus de la Galicie, dans le vir siècle, avec les Sei viens, s'é- 
tablir dans le pays qu'ils habitent aujourd'hui; ils se servent du carac- 
tère glagolitiquc, et se nomment aussi Illyriens. 

Le mol d%'Wendes ou Vandales, d'origine allemande, désigne un peu- 
ple côtier. Il est kknlîque avee celui de Vénètes, et a été donné, dans 
différents temps, à des p^^nples d'origine diverse. Les W ondes sont Slaves, 
et se sont fixés en Styrie, en Carniole et çn Cariutbie. 

Les Polonais (Folakl), ainsi que les Rosses, babilaient anciennement 
le Danube; dans le v* siècle, ils se fixèrent snr la Yistnle ; et dans le ix% 
ils fondèrent leur monarchie. Ils s'appelaient originairement Lechs. Le 
mot de Pologne signifie un pays plat. La Ungne polonaise a presque entiè- 
rement disparu en Silésie, ancienne province polonaise, par l'inHuence 
des colons allemands. 

Les Bohèmes (2) s'appellent Czcchs(7'c^é>A'^), c'est -à dire les antérieurs, 
comoie étant la tribu la plus occidentale des ^ïlaves. Ils ont été nommés 
Bohémî^ns d'après le pays qu'Us occupent, et qui était anciennement le 
siège des Boii, avant que ceux-ci vinssent dans la Norique, qui, d'après 
«ei, Alt Bommée Bavière. Les Czechs s'établirent en Bohême vers le mi- 
Hev en vr siècle, lors de la destraction do royaume de Thuringe. 



(1) F. SciMfKll • Takl^M, dfs fmfflis% çtui MÀfê9{ l'Myti^iM. ?«ris. m% p. 7t. 

(2) Ne pas coofoodre avec les Bohémiens, peaple d'origine asiatique, et dont il 
Mn qoeation plus loin. 



13^ KTHNOGRAPHIK PI U'iUaOPp. 

de race tschoude ; en effet, leur langue est composée d*an grand nom- 
bre de mois finnois; mais on conçoit à peine qn*un tel peuple ait une 
origine commune avec la race la plus abâiardie que Ton copnaisse en 
Europe. li est plus probable que les Hongmis sont une tribu originai- 
rement turque ou talare, mais qui, dans ses migrations, s'est mêlée 
avec des Finnois, des Slaves et à'autres peuples. Les Hongrois habi- 
taient anciennement entre le Volga, le Tobol et le Jaik. Dans les vir, 
Tiii* etji* siècles on les trouve établis sur le Dnieper, vers la Gn de ce 
dernier siècle. Ils passèrent alors les monts Crapaks, et se usèrent daoi^ 
la Pannonie. La dénomination de Hongrois leur est étrangère, et leur 
t été donnée par les Allemands qui les confondaient avec les Huns. Le 
mot de madjar se trouve encore sur le Volga, dans les anciennes de- 
fnenres de ce peuple. Outre le finnois qui domine dans leur langue^ on y 
trouve un grand nombre de mois slavous, turcs, germaniques, même 
jpersans et arabes. 

« Les Albanais, dit Schœll (1), sont un peuple d*une origine inconnue, 
peut-être identique avec les Albanais de la mer Nuire; ils paraissent être 
les mômes que les Alains qui, dans le iv" siècle, ont envahi TEurope, et 
dont une partie peut s*ôtrc fixée dans Tancienne Illyrie. Les Turcs nom- 

4 

ment les Albanais Amaui; eux-mêmes s'appellent Skipatar, Ils n'habi- 
tent pas scurcment les côtes de la mer Adriatique, mais ils sont répan- 
dus dans tootTempirc turc. » 

Outre les douze nations que nous venons de passer en revue, on trouve 
encore en Europe quelques descendants d* Arabes à Malte et en Espagne, 
et des Samoû'des , peuple asiatique , dans le nord de la Russie euro- 
péenne. On trouve, de plus, trob nations originaires d'Asie, qui, vivant 
au milieu des Européens, leur sont restées étrangères et oat coa^eniltar 
caractère primitif. Ce sont les Arméniens, les Bubémiens el les Jiiik. 

Les Arméniens se donnent eux-mOmes le nom de BaikoM^ d*aprtl 
qa de leurs vois fabuleux, arrière petit-fils do iapl)et« Leur origine Qt Ifor 
histoire sont inconnues. Leur pays fait partie de reiupireUprG itAik 
Perse, Leur langue n*a d'affinité avec aucune langue connue. 

(I) TàblMu des peuples qui habitent VEurope. Paris, 1919« p. 99. 



CHAPITRE III. 

hïA BOHÉMIENS. 

Le noro de Bohémiens a été donné à un peuple errant ei vagaboncl 
qui, depuis le cQinuaeuccineu( du x\^ siècle, s est répandu i^fk% toute 
TEurope. Il parait déinonlré aujourd'liui , par les recbcrcbf» faites suf 
la langue de ce peuple, quil est Indien d*urigine; mais on ne trouva 
<JUns rhisioire aucune trace do son émigraiioUt qui semble cependant 
coiucidert selon Schœii, avec Tcpoque ^ luquvlle TimourBey (Tamerlan) 
dévasta rinde, en 1408 et 1409, Outre la lar.gue, on remarque danf 
les mœurs çles Bohémiens , plusieurs analogies a\ec celles des Hindeo;; ; 
telles sont leurs prédilections |X}ur les habits rouges, rcnclume de pierre 
dont ils se scrvcni pour Corger, les daiises licencieuses de leurs femmes, 
et le métier de; diseuse de boune aventure qu'elles exercent (1). 

tes Français, qui en ont peut-être reçu les premières (potions 4^ U 
Bobêa^e, 1rs ont appelés Bohémiens (2); les Hollandais les nomment 
Ifeidenen (idolâtres) ; en Danemark, en Suède et dans quelques parties d^ 
l'Allemagne, on admet qu'ils descendent des Tartares; les il||aures et )es 
Arabes, \oyan| leur ii.cliuation au vol» ont adopté le nom de Ckarami 
(f oleurs) (3) ; eu Hongrie, on les désignait autrefois sous celui de Pharoà- 
hites (Pharaoh nepek, peuple de Pharaon), et le peuple en Transylvanie Wf\r 
tinue de se servir de la même dénomination (4) ; les Anglais ne diderent pa^ 
beaucoup de ces derniers en les appelant Gjffm^s (Ég)'ptiens) \ de mtmi 
qi|« les Portugais et les liispag^ols les nomment. GitQr^ (&} ; les M>i- 

(1) Vq|qi Scbctll, Tiibl^u d«s ]Mup/«s, etc.; op. cit., p. i IQ. — • 2* Gr^llmaniii, 
Histoire des Bohémiens, trad. de l'allenuind sur la 2* édil. Paris, 1810, t vol. 
in-8. — 3* G. Borrow, The Zincali, or an account of Ihn Gypnies of Spain, Loodoo, 
1846, Védil — 4''EHerl Suodl, Deretning om Fanté-êlèer Landsêryger^lkeê. 
Cateiltiania, 185Q, I v«l. io-ie. 

(2) Booaventura Vulcanias, in Libro de lUteris et lingue Getarum : «ItaU Ciu- 
a> garos vocant, Galli Bohemos qood indidein ex Bobemia prima iUoram esset no- 
» tilia. » Voyez aussi Bayle, arl. OoiiKMiitNft- 

(3) Non Raselcherami , suivaat Cbarles Etienne; dans «on Dictîonaaiit biato- 
rique-géograpbique-poélique, édil. de Geoève, 1662, il dit: Ras ou Rea — El- 
cberami est, parmi tes Arabes, le oom d'un chef des Bohémien^. 

(4) Anzeigeii aus den sammllich. kai^erl. kOnÎQl, Erbland^m^ V. Jahr^ang. 
Wien, 1715, p. 47Q, 

(5) if ittbfnme, trOMls' U^ougk Spait^, London, tT79,^. fH. 



12& ETHNOGRAPHIE DE L*EUROPB. 

tants de h Synuie se servent de Tappellation de Madjvb (1), et les peu- 
ples de la petite Bucharie font usage de celle de Diojii (2); le nom de 
Zigeuner est devena général dans toute TAllemagne, en Italie et en Hon- 
grie [Tzigany)^ en Transylvanie (3), en Yalacbie et en Moidafie (Cy^- 
nis) (6). Les Turcs et d'autres peuples de l'Orient n'emploient que le 
nom de Tgchingenês» 

Les Bohémiens sont disséminés dans presque toutes les parties du monde; 
depuis plusieurs siècles ils habitent l'Europe, l'Asie et TAfrique; on ren- 
contre aujourd'hui lenrs tentes au Brésil et même dans l'Amérique du Nord. 
Leur quasi-cosmopolitisme est donc parfaitement établi. On estime leur 
nombre total i 600 ou 700,000. En Europe, ils forment plusieurs foyers. 
On en compte environ 250 000 en Yalacbie et en Moldavie ; de ^0 k 50 000 
en Espagne; 30000 en Hongrie; 18000 en Angleterre. On n'en rencontre 
qu'un petit nombre en France, en Allemagne et en Italie (5). 

« Nullam regionem , dit Bellonius, in universo orbe immunem esse 
» existimo ab erronibus illis turmalim incedentibus, quos falso nomine 
• jSgyptios et Bokemog appellamus : nam quum in Materea et Cairo es- 
» semus atque secundum Nilom, in pluribus Nili pagis magnas istorum 
» turmas invenimus, sub Palmis desidentes, qui non minus in iEgypte 
» exteri habentur, quam apud nos (6). » 

Le Bohémien résiste admirablement au froid et à la chaleur, et il n*est 
presque jamais malade. Sa sobriété est proverbiale, mais il a un goût pro- 
noncé pour la chair provenant d'animaux crevés. Presque tous les histo- 
riens accusent ce peuple de cannibalisme, et ils attribuent à ses goûts 
anthropophages les vols d'enfants qui lui sont imputés. 

Malgré le grand nombre de condamnations prononcées contre des Bo- 
hémiens, il nous reste des doutes sur la réalité du fait d'anthropopha^, 
sans cependant que nous entendions nier ni les vols d'enfants, ni le meur- 
tre. On se rappelle la profonde émotion produite dans le monde entier 
par la disparition, le 5 février 1840, du père Thomas dans le quartier 
des juifs à Damas. Alors aussi on crut d'abord k l'anthropophagie, mais 



(1) UngriKhes Magazin, 2* Band, st. I, p. 85. 

(2) Georgi, Beschreibung aUer Volker des Russischm Reichs^ p. 146. 

(3) Anseigm aus âen kaism-l. kOnigU Erblandem, 5' Jahrg., p. 181. 

(4) Hist. de la Moldavie et de la Walachie. Jatsy, 1777, p. 170. 

(5) Bellonius, Ùbservationum, lib. II, cap. 41. 

(6) Voyez Ttiomuias, Diuert. de Cingaris, 1 62. — 2* Stlmon, Geg^wart. 
SUuU det TUrkischen Rekks, t. I, p. 321. ^ 3* GrellmanD, op, eit.^ p. 63. 



LES BOHÉMIENS. 125 

renqoête prouva que les coupables s'étaient bornés à recueillir le sang des 
Tîctiines,,destîné, ditron, à entrer dans la composition des pains azymes (!)• 
N'y aurait-il pas, chez les Bohémiens, quelque chose d'analogue; en 
d'autres termes, le meurtre ne cacherait-il pas le sacrifice? 

Nous empruntons à Griselini les détails suivants sur l'hygiène alimen- 
taire de ce peuple (2). 

• Us s'abstiennent de manger des grenouilles et des tortues, abstention 
qu'ils partagent avec les Valaques, les Raises et autres chrétiens de ï Église 
grecque. Ils refusent aussi de se nourrir de certaines espèces de passons, 
telles que la brème rouge, la perche et la lamproie, dont les Égyptiens 
de la race de Likopolis s'abstenaient aussi. Les Bohémiens ont de l'aver-- 
sion pour les oiseaux sauvages, et surtout pour les oiseaux de proie; mais 
ils aiment beaucoup la cigogne, quand elle construit son nid sur leurs 
hottes; et personne n'ignore en quelle haute estime était, parmi les Égyp- 
tiens, l'ibis, qui ressemble tant à la cigogne. De tous les quadrupèdes, 
c'est le porc dont les Bohémiens préfèrent la chair. 

» Les Bohémiens sont dans l'usage de suspendre des oignons dans 
leurs demeures, mais ils n'en mangent jamais; on sait que les Égyptiens 
adoraient les oignons (3). Les anciens Égyptiens abhorraient l'odeur de; 
ftves; il en est de même chez les Bohémiens, tandis que leun^ voisins, 
les Valaques, aiment beaucoup ce légume. A Denta, district deCsakowa, 
la curiosité me conduisit un jour dans la hutte d'un Bohémien. La pre- 
mière chose qui fixa mon attention fut un jeune homme couvert de gale, à 
qui sa mère faisait manger une vipère ; de même, les Égyptiens employaient 
la chair de ce reptile comme le remède le plus efficace contre l'élépban- 
tiasis. » 

•Il est prouvé, dit Grellmann, par l'économie domestique des Bohé- 
miens, sans qu'il soit nécessaire d'autres preuves, que ce peuple est encore 



(1) Voyei tur cet oMge ei sur TafTaire de Damas': 1* Deqiième lettre de P.-L. 
Drach, ex-grand rabbio à Strasbourg. Paris, 1827. — 2* HamoDt, L'Egypte sofur 
Méhéme^AU. Paris, 1843. On lit dans cet ouvrage, 1. 1, p. 367 : «La fin tragi- 
que du P. Thomas ne causa pas le moindre étonnement en Egypte, où tout le 
monde est convaincu que les Juifs égorgent des esclaves chrétiens dont îla mêlent 
le sang aux pains azymes. » — 3* A. Laurent, Belaiion historique des affaires de 
S^rie^ et procédure complète dirigée en 1840 contre les Juifs de Damas. Paris, 
1846, 2 vol. in-8. 

(2) Griselini, Venuck emer politischen und natiMichen GêsehMUe des Temeswar 
Banais^ p. 191-212. 

{Z) Maiàôt^ De CepU H AUUs upud JSgypUùs. 



îSê BTHNOGlkArafK DS L'fcUROPK. 

ittel fgnoraiit, aMf groMier que fa nature fa (bf mé, ou l{ti'n i M 4e 
biéri faibles progrès vers la civilisation. Quelques Bohémiens ont û^ hâ- 
blutions (lîes, suitant la situation où ils st trou\ént. Parmi cette classe 
|l faut ranger cent qui tiennent auberge en Espâgtie, et d'autres qtli exer* 
eent quelque profession réglée en Hongrie et en T^ansylvanie : ces der- 
niers ont leurs propres huttes près d*Hermanstadt, de Cronstadt, de Bto^ 
tiritt, de Orend-Waradin, de Debretiu, d*Ëpetiés, de Karckan et d'autres 
tilles. Il y en a aussi un grand noitibre, esclaves des Boyars en Motda* 
?ie et en Valacbie, qui ne changent plus de lieu. Mais la majeure pertie 
des Bohémiens mettent une vie tout à fait différente : cenx-ci, ignorent les 
bienfaits attachés à une résidence fixe, errent par bordes, d'un canton 
à Tautre, sans avoir d'antre demeure que leur tente on quelques cav^r^ 
hes; et la plupart tnéine d'entre eux, surtout en Allemagne et en Espa* 
gne, ne portent pas de tentes avec eux ; ils se contentent de cfaercberttn 
abri contre le soleil sous des arbres ou derrière une baie, lis ont une pré* 
dilection singulière pour les saules , sous Ii>sque1s ils s*étabiiBsent I 
rapproche de la nuit. Il y en a qui vivent sous leul*s tentes tqu*ils appel* 
leni tscfwter), tant Tété que l'hiver ; et c'est la demeure qu'ils semblent 
généralement préférer. Kn Holtgrie, ceux même qui ont cessé de mener 
nne vie vagabonde et qui habitent des chaumières laitoent rarement pas* 
sef un printemps sans profiter de cette saison pour aller occuper tane 
tente élevée dans Tcndroit qu'i's ont choisi pour leur résidence d'été, t»è 
ils vivent au sein de leurs familles, sans songer I leurs maisons avant te 
retottr de l'hiver (i ). 

Comme lejnif, le Bohémien a peu de goût pour l'agriculture ; il aimeatt 
contraire Fétat de maquignon, de forgeron, de faiseur de tours de feree, 
de musicien ambulant. « Autrefois, dit Grelimaon (S), on employait 



(1) Grellmann, Histoire des Bohémiens ^ trad. franc., p. 83. 

(i) La même auieiir rapporte rancedote tuivante : « Un Jour on coadoiiait, en 
Moldftvis, ttDBobéoiieaoQ'fgpplice; deui fbuiolliei on prévôts, tmiét dt 
r^scortêienl, dii à douze curicui «uivaienl, ei Ton iherihiiil quelque Cyngani 
faira reiéoutaar. 11 ne te trouva qu^uo petit fieillard, très peo eiarcé è ta feoatioa 
qv'«o exigeait de lui, et encore moins itropre à pendre l'haanM vigaarevi ^*oa 
trmatiait eotre ses mains. Oo arriva enflo près d'un arbre qui devait aervir da 
gilMt. Uu fouiallie y plaça one table; le bourreau nioota et tira à lui le paiicni : 
mais la diriiculté était d^atlacher à uue br.inche la corde qui était autour du couda 
oflui-ci. Le petit Mciilard se dresse sur ses J&mbes et flt Uui par «es eObria qu'anSn 
celui qu'il voulait peudrc, et qu'il ne pouvait soulever, impatienté, lui éDotia aa 
aooffleietlejetaàterre. LesfotttallM«liasHata(a«ra alla bOQftuaa*aateii|flt; 



LES fcOlÉmKNl. \TI 

généralement les Bohémiens en Hongrie et en Transylvanie comme bour- 
reaux. Ils continuent à exercer, en Hongrie, le métier d*écorcheur, et 
celui de bourreau dans différentes parties rie la Transylvanie. Leur con- 
stance à tourmenter les prévenus et leurs inventions à les faire souffrir sont 
telles, selon Toppellin, qu'il semble que la natut*e les ait formés pour ces actes 
de cruauté. Quant au métier d'écorcbeur, ils ne l'exercent point comme 
profession, mais seulement lors(|u*il n*y a personne pour dépouiller ranima) 
qui vient de mourir dans le lieu où ils se trouvent. Ce u'est pas qu'ils 
fassent grand cas de la peau, qu'ils abandonnent ordinairement au pro- 
priétaire, satisfaits de se procurer par là une provision de viande pour leur 
&mille(l}. • 

« Tout culte religieux leur est étranger; ils ne sont ni mahométans ai 
chrétiens, et toutes les doctrines leur sont. également indiffiTeutes ; tout se 
borne chez eux à se faire circoncire en Turquie et à se faire bapiiser dans 
les pays chrétiens. Les Turcs sont si convaincus de leur peu de sincérité 
en matière de rcligidn, que, lors même qu'ils embrassent le mabomé- 
tisme et qu'ils font le pèlerinage de la iMecque, ils n'en paient pas moins 
le charadsch, tandis que les juifs en S!>nt exempts en apostasiaut. Tout 
Favantage qu'ils en retirent se borne à la permission qu'on leur accorde 
de porter le turban blanc, privilège dont les juifs reu^ts jouissent égale- 
ment (2). » 

cependant le Bohémien, qui savait qa*il devait être pendu, sans faire attention aux 
ftayards et à la hache quMs avaient laissée, remit iranquillement la corde autour 
de son cou« raccrocha à une branche, donna un coup de pied à la table, et se 
th>Qva parfiiitcmcut peodu. » 

(1) Toppeltin, Orig. et Occas. Transitv,, cap. VI, p. 56. «Habent etiam YÎIeî 
9 familias et abonjinabilrs ab ipsis Cyngaris contemtas unde per universnm Tran- 
a» silvaniam carnifices Bunt, horrendi. crudelcs. tetri et impH. Isti Cyngari carni- 
9 flces incredibilem ac per ulleriorem orbcm Chrislianum insuelum torture modum 
V Introduierunl. Criminalitcr conviclos, ve) per scmiplenas probatioiics suspectes 
a» inalefaclores tradunt in manus islorum; qui ignés coostruunt prumpli, follet 
» âdmovent, eisque l«ti auras recipiuot reddunlque, estera instrumenta etiam 
» eiponunt, forcipes nimirum, virgas ferreas et laminas, faccm pice impeiam. etc.» 

(2) Niebuhr, AufiOiz von den verschiedenen Sationen des Turkùchtn Beieht^ 
p.SS. 



128 BTHM06KAPH1K M L'BOROPB. 

CHAPITRE IV. 

LES JUIFS. 
AB.V. !•% — GomidéffAtioBi nénéralet. 

Dispersé an milieii de tous les peuples et sar tous les points de la terre, 
loin de la Judée, incroisé et incroisable, ayant ses maladies et ses immu- 
nités patiiologîqnes à Ini, partout acclimaté, seul peuple Yéritablement cos- 
mopolite, le juif représente dans le temps et dans l'espace, au physique et 
au moral (1) , le phénomène historique et ethnographique le plus surprenaoL 
Partout il est resté lui-même, gardant ses traditions, ses rites, ses traits, 
sa nationalité (2) et son type, semblable au Rhône qui traverse le lac de 
Genève, conservant toujours sa trace et la quaUté initiale de ses eaux. 

« Dbpersi, palabundi, et cœli et soli sui extorres, vagantur per orbem, 
B sine homine, sine Deo et rege, quibus nec advenarum jure terram pi- 
> triam saltem vestigio salutare conceditur (3). » « Sans prûocipe de vie 
apparente, dit Lamennais, le juif est partout; tonales peuples Font tu 
passer, rien ne pourra le détruire. » 

Que l'on examine avec soin les monuments égyptiens les plus anciens 
et, k chaque pas, on constatera des groupes dont les types sont encore 
les portraits frappants des juifs d'aujourd'hui. « Les traits des juitis, dit 
'W. Edwards, sont tellement caractérisés, qu'il est difficile de s'y tromper; 

(1) Tacite a dit : « Profana illia omnia qo« apad nos sacra; rarsum conceui 
a apad îlloa que nobia incesla. » Ce mot caractériae le contraste déjà admis il T 
t dix-hait siècles. Daos ces derniers temps, M. IsraêU , dans son spiritoel roman 
Conningsbyf a entrepris de démontrer la supériorité non-senlement iotellectuelle, 
mais même morale de sa race. La révolution fraoçaise, qui n'y allait cependant psi 
de main morte, s*était contentée de décréter la liberté, la fraternité et Végaiilé, 
L*bonorable membre de la cbambre des communes, quoique renégat, ne se con- 
tente pas de si pea. Parmi les illustrations judaïques , il cite Rossini, madame 
Pasta, et deux marécbauxde Firance^ etc.; malheureusement il oublie de donner 
les preuves de ces assertions. 

(2) On confond souvent deux choses fort différentes, à savoir la naturalisation 
et la nationalité. La naturalisation étant la position légale de l'individu, on com- 
prend qu'elle puisse se donner; quanta la nationalité, elle est la condition nata- 
relie de Tbomme social ; elle ne saurait donc ni s^acquérir ni se perdre. De même 
qu*il ne suffirait pas à une population française de se fixer en Palestine pour deve 
nir Juive, même avec des lettres de naturalisation, de même le juif naturalisé en 
France, ne devient pas Français, même en devenant cOoyen françai». Ceci n'est qoe 
de la logique. 

(3) Tertnllieo, Apoiog. adv, gmteu c. xvi. 



LES JUIFS. 129 

et comoie il s'en trouve dans presque tous les pays de l'Europe, il n*cst 
point de Ggure nationale plus généralement connue et plus reconnaissable. 
On peut les regarder comme des colonies de même race établies dans ces 
contrées. Depuis des siècles ils font partie de la population des paysoù ifs se 
sont fixés ; et s'ils n'ontpoint parlicipé aux bienfaits du gouvernement, on 
ne les a pas privés de la liberté d'habiter le même sol, de respirer le même 
air, de jouir du même soleil. Le climat ne les a pas assimilés aux nations 
parmi lesquelles ils habitent; et ce qu'il y a de plus important, c'est qu'ils 
se ressemblent tous dans des climats divers. Un Juif anglais, français, alle- 
mand, italien, espagnol, portugais, est toujours un juif, quelles que soient 
les nuances qu'il présente ; c'est-à-dire que tous ont les mêmes caractères 
de formes et de proportions, en un mot tout ce qui constitue essentielle- 
ment un type. Ainsi les Juifs de ces divers pays se ressemblent beaucoup 
plus entre eux qu'ils ne ressemblent aux nations parmi lesquelles ils vi- 
vent; et le, climat, malgré la longue durée de son action, ne leur a guère 
donné que des diversités de teint et d'expression, et peut-être d'autres 
modifications aussi légères. De ce qu'ils se ressemblent entre eux partout, 
il ne suit peut-être pas à la rigueur qu'ils étaient anciennement ce qu'ils 
sont aujourd'hui. Mais si vous voulez vous contenter d'uu espace de trois 
cents ans, je puis vous en donner une preuve irrécusable. Â Milan j'ai vu 
la Cène, de Léonard de Vinci ; ce chef-d'œuvre, tout dégradé qu'il est |>ar 
l'injure du tem|is et l'incurie des habitants, conserve encore distinctement 
les figures de presque tous les personnages. Les Juifs d'aujourd'hui y sont 
peints trait pour trait. Personne n'a représenté comme ce grand peintre le 
caractère national, tout en conservant aux individus la plus grande diver- 
sité. Vous le concevrez facilement si vous vous rappelez combien il aimait 
les sciences en général, et surtout l'histoire naturelle (i). » 

Les Juifs sont originaires de la Chaldée. Tharé, selon la Bible, quitta 
cette contrée et alla dans le pays de Chanaan, où ses descendants adop- 
tèrent la langue chananéenne, qui est l'ancien hébreu. La langue hébraï- 
que, une des branches des langues séinitiques (2), avait un rapjiort intime 

(1) Mémoires de la Société ethnologique, 1. 1, p. 13, Paris, 1841. 

(2> Eichhorn le premier, s*est servi de ce mot, qa*Adelung a adopté dans 
son Milbridate. On désigne ainsi les peuples nombreux qui demeurent dans l'Asie 
Mineure et rArméoie d'un cêté, et la mer des Indes de Tautre, depuis la Méditer* 
raoée Jasqo*à la Média, sur une surface huit fois plus grande que celle de la 
France. Adelung divise les langues de ces peuples en trois dialectes principaux : 
Tarméen dans le nord, le chananéeo dans la partie moyenne, et Tarabe au sud. 
Lf* dialecte arméen comprend le ehaldéen avec ses branches, et le syrien ; sous te 

II. 9 



1M BTHNOGRAPIII DB L'inROPB. 

aTec celle que parlsieM let PhéokitiM. Les aatrfi dialectes séa iti nae s 
étaient le cbaldéen, le syrien et Tarabe. Entre tous ces dialectes il régaail 
une grande analogiei quelques-uns ne différaient pas plus entre en que 
le dialecte ionien des Grecs ne diflKraîl du dorien et de l'ètriien ; et te«s 
les peuples qui habitaient depuis les bords de la mer de Syrie jusqu'à la 
Médie» avaient peu de peine à se faire entendre Tun à Tantre. Une coosé* 
quence de cette vérité est que les livres de l'Anciea Testament ont été 
écrits dans la langue que priaient, à cette époque, tous les peuples cbi* 
lises, honnis les Égyptiens (t). 

Dans leur exil à Babylone, il se forma, par le mélange de Thébrea 0t du 
cbaldéen, un nouveau dialecte qu*on appelle le vieux chtddéen^ et l'an- 
cien hébreu ne se conserva plus que comme langue savante Un troi* 
sième dialecte se forma, quelques siècles après, lorsque la Palestine fi' 
partie du royaume macédonien de Syrie; on l'appelle le nouveau ehal» 
dien^ le syro-chaldéen, ou Tarménien oriental; c'est la langue^qui, dans 
les livres du Nouveau Testament, est nommée hébraïque. Après la 
destruction de Jérusalem , une portion considérable des Juib resta on 
s'établit dans la Judée. Ils formèrent, par degré, un système régulier 
de gouvernement ou plutôt de subordination, qui lia les diflérenis corps 
de Juifs dispersés dans tout le monde. Ils furent divisés en Juifs d'orient 
et en Juifs d'occident Les Juifs d'occident furent ceux qui habitaient 
l'Egypte, la Judée, l'Ilalic et les autres parties de l'empire romain ; ks 
JuifB d'orient furent ceux qui s'établirent à Babylone, dans la Ghaidéeet 
en Perse. Vers l'an 1308, les Juifs furent expulsés de la Babylonie. Quel- 
ques-uns passèrent en Espagne, où se fixèrent des colonies nombreuses 
de Juifs, qui aidèrent les Arabes à conquérir la péninsule (2). Ils puri- 
fièrent alors le dialecte syro-chaldéen, et l'amalgamèrent avec l'ancien 
hébreu : c'est ce qu'on appelle V hébreu des rabbins. 

On divise les Juifs répandus en Europe, en trois classes : 1* les Juifi 
espagnols et portugais, qui se trouvent non-seulement dans la péninsule 
au delà des Pyrénéesj mais aussi en France et en Angleterre; 2* les Joils 
polonais qui se disent descendants des Galiléens. La dernière classe est 
celle des Juifs allemands, c'est-lhdire celle qui se trouve en Souabe et en 

cbananéen Adelung range le philiitin, le phéoicien, la langue punique et ThélMsa 
avec ses dialectes; TaratM eat divisé en vrai arabe, en maure, en éthiopien, ea 
mapolieo (ridiome des Arabes de Tlndostan) et en maltais. 

(I) Schœll, TahUau des peuples qui hatUmt l'Europe^ p. lOi. 

(i) Schall, op. cjt., p. 105* 



C08M0P0LITISI» JIT STATISTIQOt SIS JUIFS. iSl 

Ahace ; les Juifs du oord de TAUemagne sont de la même chsae que les 
Joils polonais. 

A&T. n. -^ Oomiopolitlniie et itatistiquë des Jttîli. 

Fixés depuis plus de 2 000 ans sur une foule de points de rancien con- 
tinent, depuis un demi-siècle les Juifs ont envahi l'Amérique et TAustra- 
IJe, et leur vaste réseau embrasse aujourd'hui les deux hémisphères, 
depuis le 33* degré de Thémisphère sud jusqu'au GO"" degré de latitude 
nord. L'ubiquité des Juifs est donc aujourd'hui un fait à la fois accompli 
et officiellement constaté par les recensements; mais ce cosmopolitisme 
dont seuls, parmi tous les peuples de la terre, ils possèdent le privilège» et 
qui confond la raison humaine, n'est-il pas plutôt l'indice d'une grande 
mission providentielle qu'un simple hasard? 

La population juive du globe a été évaluée : 

Par Hœnchelman, eu 1833 6,898,000 

Jobnston, en 1855 6,000,000 

Groeberg 5,000,000 

PinkerioD 5,000,000 

Malle Brun 5,000,000 

Balbi, ca 1829 4,000,000 

Bergbaua, eo 1854 4,000,000 

Hflssel 3,930,000 

Le Magasin catholique 3,260,000 

L'annuaire israélite de la Hollande , en prenant la moyenne de ces 
divers nombres, estime ressemble de la population juive à /i /il 1000. A 
l'exception des chiiïres donnés par Balbi, Berghaus, Hassel et par le Ma- 
gasin catholique j toutes ces évaluations nous paraissent être considéra- 
blement exagérées. Après avoir consulté une masse de recensements offi- 
ciels et de documents épars, nous croyons pouvoir proposer le chiffre de 
3 900 000 comme se rapprochant assez de la vérité. 

VAlmanach israélite de 1828 à 1829 indique la nêpartition suivante : 

Europe 1 ,699,800 

Asie 1,738,000 

Afrique 1,504,000 

Amérique 5,700 

Australie 100 

4,947,600 

Ce document support» à pekM TeiamMi; noua piopoooii» 1m chiibes 



132 BTHNOGRAPHIB DE L*SUaOPB. 

MÛYaiits comme représentant plus approximativement la véritable distri* 
bution des Jaifs : 

Europe 3,238,000 

Afie 200,000 

Afrique 450,000 

Amériqae 20,000 

Australie 2,000 

ToUI.... 3,900,000 

M. Johnstpn, dans son Atlas de géographie physique publié en 1855, a 
donné les chlOres suivants sur la population juive hors d'Europe : 

AMÉRIQUE. 

1851 . Canada occideoUl 1 03 Juifi. 

Canada oriental 348 

1851. Ctatt-I3nis 1(i.576 

1852. Guyane anglaise 1,500 

Antilles hollandaises 705 

AUSTIALIB. 

1 852 • Nouvelle-Galles do sud. • 979 

1851 . Victoria 625 

1850. Terre de Diemen 452 

AFMODK. 

Algérie 22,000 

Maroc 340,000 

Tunis, Tripoli (I) 32,000 

Egypte 7,000 

Abyssinie 30,000 

Ville du Cap 170 

CAte ocddeotale de I* Afrique. . • 6 

ASIE. 

Turkestan 4,000 

Turquie d'Asie 100,000 

Perse 100,000 

La population juive de la Palestine , d'après M. Schaitz, consul de 
Prusse à Jérusalem, se répartit de la manière suivante : 

A Jérusalem 7120 

Hébron 400 

(1) Dont 30,000, dit-on, à Tunis, et 2,000 à Tripoli. 



ÎT- 



m 



CAKTK 

1)K I.A Pl)Pri.AT10!S JUIVE 

ihuis les «6 l)q)«n™i™(s 

1)K I.A KHANTK 

i..„-J.CIi.M. Boudin. 



COSMOPOLITISIIB BT STATISTIQUB DKS JUtrS. 



133 



Japhel . . , 
Tibériade 
Ntplonse. < 
Schavram, 



400 

300 

150 

75 

8,445 

Les JoiA de Jérusalem se décomposenl ainsi : 

Joifs sujets de la Porte {Sephardim) 6,000 

Juifs étrangers [Aschkenazm) 1 ,100 

Karaïtes 20 

7,120 

Le reste de ]a populaiioii de Jérusaiem se cotuposc de 5000 musai- 
mans et de 3 390 chrétiens, en tout 1 5 510 habitants. 
Parmi les chrétiens on compte : 

Grecs 2,000 



Catholiques 
Arroéaiens. 
Coptes .... 
Syriens. . . . 
Abyssiniens 



900 

350 

100 

20 

20 



3,390 



FBAIfCE. 



En France, le premier recensement des cuites s*est fait en 1851, et 
nous lui empruntons la répartition suivante, non publiée jusqu'ici, de la 
population juive par départements. 



1. Lot 

3t, Mayenne .... 

3. Aveyron 

4. Côtes-du-Nord 

5. Lozère 

6. Vendée 

7. Ariége 

8. CanUl 

9. Haute-ivoire. • . 

10. Tarn 

il. Ardèche 

12. Corrèie 

13. Corse 

14. Creuse 

15. Basses-Alpes... 

16. Hautes-Alpet.. 



IVombro <lti {uifs. 


1 
1 
1 
1 
2 
2 
2 
3 
4 
4 
4 
5 
6 
6 



Nombre dct {atb. 

17. Eure 6 

18. Indre 6 

19. Orne 6 

20. Gers 7 

21. Deui-Sèvres 7 

22. Tarn-et*Garonne. • • . 7 

23. Dordogne •• 8 

24. Eure-et-Loir ....... 8 

25. llle-et-Vilaine 9 

26. Loir-et-Cher 9 

27. Manche 9 

28. Nièvre 10 

29. Allier 12 

30. Sartbe 12 

31. Cher 15 

32. Hautes-Pyrénées ••• • 16 



4a& 



STBNOOUfHII M L f OKOM. 



33. Ain 18 

34. Aode iS 

35. Charente 18 

36. Isère ftO 

37. Morbihan SO 

38. Aube Si 

39. Pjrénéet-OrienUlet. • Si 

40. Lot-el-Garonne 2S 

41. Ifaine-et-Loire 23 

42. Vienne 24 

43. Haute-Vienne 27 

44. Loire 29 

45. Tonne 33 

46. Indre-et-Loire 35 

47. Somme 86 

48. Calvtdos 44 

49. Oise 44 

50. Loire-Inférieure 45 

51. Jura 59 

52. Loiret 62 

53. Drdme 63 

54. Aisne 67 

55. Ardennes 73 

56. Var 79 

57. Charenle-Inférieure.. 80 

58. Finistère 80 

59. Puy de-Dôme 85 

60. Haute-Garonne 104 



61. 
62. 
63. 
64. 
65. 
66. 
67. 
68. 
69. 
70. 
71. 
72. 
73. 
74. 
75. 
76. 
77. 
78. 
79. 
80. 
81. 
82. 
83. 
84. 
85. 
86. 



Pai-deCalais 157 

Hérault 158 

Seine-et-Marne 165 

Saône-et-Loire 167 

Seine-et-Oise 216 

Seine-Inférieure 222 

Nord.« 271 

Haute-Marne 309 

Côte-d'Or 364 

Basses-Pyrénées • . . . • 394 

Marne 415 

Rhône 458 

Gard 494 

Haute-Saône 536 

Vaaclase • 673 

Meuse 699 

Doubs 745 

landes.. •• 836 

Vosges 1194 

Bouches-du-Rhône ... 1 37 1 

Gironde 2454 

Meurthe 5675 

Moselle. 7768 

Seine 10978 

Haut-Rhin 14882 

Bas-Rhin • 20935 



Tout 73975 



On vok combien la race juive se tixniYe in^Icment répartie sur le ter- 
ritoire de la France. Dans 27 départements la population jaive n'atteint 
pas même le chiffre de 1 ; 3 départements ne comptent que 2 juifs ; & en 
ont 1 ; 2 n'en ont pas du tout En revanche, 3 départements comptent plus 
de 10000 juifs. Pour rendre cette répartition plus saisissante, nous avons 
construit la carte ci-jointe sur laquelle quatre teintes graduées conespon- 
dent à quatre séries de départements. 

Dans la 1** série, 44 départements comptent de à 30 Jnifii. 
2* série, 15 départements en ont de 30 à 100. 
3* série, 1 1 départements en comptent de 100 à 400. 
4* série, 16 départements en ont de 400 à 20000. 

Le chiffre placé au centre de chaque département indique la population 
juive d'après le recensement officiel de 1851. 
fadépendamnif t de l'inégate répartition de la raoejnive, iacarce net 



ooMOPOLiniiig iT «rAivnQVB BBS nnH. lès 

en loflûte les deax gnades inYasions aUemande et portogaise, invasions 
qni se dessinent pr nne teinte noire pccupant trois grands foyers, dont 
deux dans le midi, et an troisième dans le nord-est de la France» Ce troi- 
sième foyer est le plus considérable, à telles enseignes que, sur 73 975 juib 
recensés, ob en eomple plos de 50 000, c'est-à-dire près des 5/7, dans cinq 
départements qui forment l'angle nord-est : Haut et Bas-Rhin, Vosges, 
Meorthe et Moselle. En regard de ces grands foyers, on voit la Bretagne, 
l'ouest et le centre de la France, les Pyrénées et les Alpes, échapper 
presque complètement k l'invasion judaïque. 



allevagnb. 



On compte en Allemagne environ 1 250 000 jolis ainsi répartis (1) : 



Antriche. 



Bavièrs 

WurtemtMrg 

Btde 

Grand-doché de Heue 

Hnse électorale. ..•••••.. 

Nassan(l85l) 

Rojaome de Saie 

Grand duché de Sate-Wei- 

mar 

Duché de Saie^boarf-Gotba 



749,8Si 

S26,868 

59,288 

il, 974 

23,700 

28,734 

14,422 

6,871 

988 

1,450 
1,600 



Duché deSaxe-lfeioiDgen.. 
Docile de 8aie*Alleohooig. 

Hanovre. 

Duché de Brunswick. • • • • • 
Grand-duché d*Oldeobourg • 



Hobteio-Lsnwilieurg , 

Litsembonrg ■ 

U»baarg(1849).... 
Duché de Anhalt. . . . 
Vilteiliiiref 



1,808 

1,400 

11,862 

980 

1,488 

676 

3,402 

326 

1,259 

1,400 

11,656 



En Autriche la pepulation juive se trouvait distribuée ainsi en 18ft6 (2}: 



Galide 335,071 

Hongrie ^19,760 

Bohème 70,037 

Moravie 37,1IT 

Baoat 16,270 

Bukowina. 1 1 ,58 1 

Transylvanie 7,000 

Veniie 4,760 

Basie-Autriche 4,296 

Littoral 3,530 



Lombardie 2,965 

Silésie 2,947 

Croatie et Slavonie. . . • 2,590 

Tirol et Vorarlheig • • • • tVS 

Frontière militaire. . • • 837 

Dalmatie 410 

Caroiole 2 

749,851 



En Prusse, la population juive estanssi très inégalement répartie; en 
ISftO, on comptait d'après M. Bemnann, sur i^OOO habitants : 



<i) De Beden, DmUêtOïkmd «nd des ^ibrige Burcp: Wânkaden» l«M, p. 26. 
(2) Hain, StaM. dn onCfr. Kakêntaaiêgp t. i, p. 213. 



136 OOSMOPOLITISIIB IT STATISTIQITK DBS JUIFS. 



Poien 396 jaîfs. 

Silésie 137 

Rhin 136 

PrusK 132 



Wettpbalie 71 Juilii. 

BraodebooiiS.. . . 71 

Poméranie 35 

Saie 22 



;, Italie. — L'Italie compte environ 37,000 juifa ainsi répartis ; 

ÉUts sardes 6,900 

Lombardo-Véoétie.. • • 4,140 

Parme 650 

Modèae 2,821 

Toscane 7,500 

États Romains 1 2,900 

Deoi-Siclles 2,150 

Hollande. — La population juive delà Hollande, qui n*était, en 1830, 
que de 66,^70 individus, s*élevait, en 18'40, au chiffre de 52.193.. 

Au 1*' janvier 1850, la Hollande compuit 58,518 juifedont 3,185 juifs 
portugais. Celle population était répartie de la manière suivante entre les 
diverses provinces (1) : 

Brabant septentrional 1 ,786 

Gneldre 4,192 

Brabant méridional 27,787 

Nord-Hollande 10,266 

Zélande 689 

Utrecht 1,527 

Frise 2,042 

Overissel 3,274 

Groningne 3,767 

Drenthe 1,941 

Limbourg 1 ,270 



58,541 

Dans les colonies hollandaises des Indes occidentales, on comptait, 

en i^k% : 

Curaçao 758 Jnjfs. 

Bon-AYre 1 

Araba 1 

Saint- EusUtins 2 

Saba » 

Saint-Martin 3 

Guyane, en 1848 1,500 

Guyane, en 1841 1,324 

(1) Coofoltex Tannuaire israëlite hollandais ayant ponr titre : Nederîanâscit' 
Israëlielisch Jaarboekje. Amsterdam, 1851, 1852, 1853. 



HOUTmXlIT DB LA POPULATION JUIVB. 137 

Belgique. — La Belg;iqoe eomptaît, lors da dernier recensement, c*est* 
^«dire en 18&6, 1336 jnife ainsi répartis : 

Anvers 373 

Brabant 647 

Flandre occidentale .... l 

Flandre orientale 1 06 

Hainant 16 

Liège 47 

Limboarg 4 

Luieinbourg 119 

Namur 23 

ABiT* m. — KouTement de 1« population juive. 

Dans tous les pays dont nous avons pu nous procurer des recensements 
rétrospectifs de la population juive, nous constatons un acx^roissement d*une 
rapidité insolite. En voici quelques exemples : 

Accroissement de la population juive dans divers Etats. 

Popalnlioa 

Coolrëei. Époques. JoItc rtrci-nsée. 

Belgique 1829 781 

1816 1.336 

Hollande 1830 45,482 

1840 51,138 

1850 58,541 

Saisie 1803 1,267 

1837 1,360 

1850 3,146 
Bavière rhénane (1) . . • 18L4 9,951 

1829 13,937 

1835 14,428 

Pmtie (rojaume) 1822 145,000 

1840 195,000 

1849 218,000 

Algérie 1849 19,028 

1851 21,048 
Hongrie (2) 1785 75,089 

1805 127,816 

1840 241,632 

1846 263,030 

1848 292,000 

Tille de Pett (2) 1840 7,771 

1843 12,800 

1846 14,320 

1848 16,512 

(1) Commnaication de If. F. A. Kolb. 

(2) Karl van Czoemig^ Ethnographie âêr œsterr. Monarchie. Wlen, 1855, t. 1. 



116 BinOttAflS 91 L'I 

Ces docmnMti doniieat, sur 100 kAimii» mi ■ecroiflwiiMit uuiae 
de : 

1,4 en Hollaade. 

1,8 en Proue. 

2,i dtos II Danire rfaéaane. 

3,1 eo Soisse. 

4,1 en Belgique. 

5,3 en Algérie. 

Un accroissement d'aoe teDe rapidité ne se voit chez aucun peuple de 
TEurope, comme le montre le tableau exposé plus haut, page 65. 

Passons à Texamen des mariages, des naissances et des décès. De 1822 
à 1840, on a compté en Prusse, sur 100 000 individus : 

Chréticni. Jntft. 

Mariages 893 719 

Naissances •• 4,001 3,546 

Décès, mort-Dés compris 2,961 2,161 

On voit que Taccroissement plus rapide de la population juive en Prusse 
ne saurait être imputé à une proportion plus considérable des mariages ni 
des naissances, mais qu'il se lie essentiellement à Texcédant plus marqué 
des naissances sur les décès, excédant tel, que sur 100,000 individus, on 
a compté annuellement une augmentation 1 385 parmi les juiis, et seule- 
ment de 1 0/iO dans la population chrétienne. 

Mais la cause de l'augmentation rapide des juifs tient-elle à une pro- 
portion élevée des naissances T Nous croyons qu'elle se rattache particuliè- 
rement à une mortalité moindre. Ainsi, en Prusse, on a compté en 1849 : 

1 naissance sur 23,8 protestants, 

t naissance sar 23 «0 cattioliqoet. 

t naissance sur 30.0 meoaonites. 

4 DOissaoce sur 28,8 Juifs. 

L'âge auquel les mariages se contractent dans la population juive mérite 
également d'être signalé. D'après M. Hoffmann (1), snr 1 000 mariages 
nouvellement contractés, on en trouve en Prusse : 

Chréiitn». Jalb. 

L*horome ayant moins de 45 ans, la femme moins de 40 ans. . 746 782 

L*homme ayant moins de 60 ans, la femme moins de 45 ans. . 212 170 

L^homme ayant plus de 60 ans, la femme plus de 42 ans 42 48 

(I) Onihe numher and increatê of ike Jmos in the prtMSta» tiain^ and their 
éUstri^mUon in the provinces and towns, by C. R. Weld, translated Cron a paper 
by M. HcrffimaMi (Journal of the tlaUstical Society,) 



COSKOrOLinSlll BT SfATBTIQIDI DB8 JTHFS. it9 

m, tout ravaotage des mariages jeunes, c'est-l-dirc eapahles de pro- 
des enfants, est ki en faveur des juifs. 
£n Plusse, la population juive ne compte qu'une faible proportion de 
naissances naturelles, circonstance d'une grande importance an point de 
vne de la conservation de la vie. 

Nombre des naissances légitimes pour 1 naissance naturelle. 

àmnén, PrtteflUmtt. Catholiqan. MennoniteB. Jaift. 

1831 il 16 108 S4 

1834 10 16 53 54 

1837 11 16 39 45 

4840 11 16 92 47 

1813 10 16 72 47 

1846 10 16 85 43 

1849 10 16 57 40 

Ainsi, tandis que l'on trouve 1 naissance illégitime pour 10 à 16 nais- 
sances légitimes dans la population protestante et catholique, ce rapport 
n'est, dans la population juive, que de 1 sur UO à 5&. 

La mortalité, aux diverses périodes de la vie, se montre plus faible dans 
la population juive ; ainsi, on compte en Prusse, sur 100 000 individus, 
le nombre de décès ci-après : 

Chrëtiem. Juifs. 

Mort-nés 143 89 

Avant rarcom plissement de la 

première anuée 697 459 

De 1 à 5 ans 477 386 

5 à 14 ans 202 151 

14 à 25 ans 155 123 

25 à 45 ans 834 231 

45à70ans 614 892 

70 ans et au-dessus 339 330 

2,961 2,161 

On a remarqué que les femmes juives travaillent rarement dans les 
fabriques, surtout lorsqu'elles sont enceintes ou lorsqu'elles ont de très 
jeunes enfants; aussi compte-on en Prusse, sur 100000 enfants : 

Clurëti«nB. Jaifo. 

Mort-nés 3,569 2,524 

Morts dans la première année 17,4 1 3 12,935 

Parmi les hommes, peu de jnifs embrassent des professions qni expo- 
sent à de grands dangers, telles qae celles de marin, de minenr, ^c. 



iàO MOCVBMKKT DB JLA POPULATION JOIVE. 

D'autre part, la sobriété est chez eux une habitude ; l'ivresse, au contraire, 
si commune dans la population prus^enne, leur est à peu près inconnue. 
Les juifs paraissent avoir peu de goût pour le travail des champs, et nous 
doutons que Ton trouve parmi eux une centaine d'agriculteurs en France. 
Dans les classes inférieures, ils sont par-dessus tout brocanteurs, fripiers, 
bijoutiers, bouchers et maquignons ; dans les classes supérieures, ils aflec- 
tionnent le négoce et la banque. Il n'est pas impossible que la mortalité 
soit plus ou moins influencée par des conditions professionnelles. 

En Autriche, comme en Prusse, on a remarqué une faible mortalité dans 
la population juive (1). En Algérie, les tableaux officiels représentent ainsi 
la mortalité pendant les années \SUk, 1845, 1867, 1848 et 1849 : 

DÉC ÈS iD> 1000 HABITANTS 

Juifs. Europëfln». 

1844 21,6 44,6 

1845 36,1 45,5 

1847 31,5 50,0 

1848 23,4 42,5 

1849 56,9 105,9 

Le suicide semble aussi être moins commun parmi les juifs que parmi 
l)eaucoup d'autres populations. Ainsi, pendant la période décennale de 
1836 à 1845, on a compté, dans le grand-duché de Bade : 

Parmi les chrétiens • . . 132 suicides. 

Inconous 23 

Juifs 

Sans doute ces notnbres devraient être comparés à ceux des populations 
respectives ; mais l'absence complète de tout suicide parmi les juifs daus 
une période de dix années, n'en est pas moins un fait significatif. 

On peut déduire de l'ensemble des faits qui précèdent que le Juif diffère 
d'une manière remarquable des peuples au milieu desquels il vit, sous le 
rapport des lois statistiques de la population. 

AB.T. TV. — BKaUdief dei jaifii et immunikéft pathologiquet (2). 

Les maladies opbihalmiques sévissent avec une certaine prédilection 
parmi les juifs. MM. Grelloiset Furnari ont signalé en Algérie l'hydroph- 

(1) Haio, Slatistik des œsterr. Kcùserstaaies, t. I, p. 431. 

(2) Voy. Boudin, Études de pathologie comparée selon les races {Ann, d'hygimê 

pui>Uque, 1" série, Paris, 1849, t. XUI, p. 60). 



MALADIES BT mMONITÈS PATflOLOGIQUBS DBS iOirS. ihi 

thaimîe comme ane propriété presque exclusive des individus de cette 
race. 

En ce qui regarde le choléra, tantôt les juifs en font seuls les frais, tantôt 
ils en sont pour ainsi dire seuls épargnés, et c'est en admettant la constance 
d'une de ces deux éventualités que plusieurs auteurs se sont trompés. L'é- 
pidémie de 1831 et 1832 s'est appesantie d'une manière particulière sur la 
race juive, tant en Europe qu'en Afrique (1). Depuis lors, les juifs ont 
été souvent complètement épargnés, alors même qu'ils habitaient les quar- 
tiers les plus malpropres et les plus agglomérés. Tout le moyen âge 
s'accorde à signaler rimmuoilé des juifs pendant les épidémies de peste, 
immunité qui devenait souvent contre eux un prétexte de persécutions. 
En parlant de la peste de 13&6, Tschudi (2), un ancien historien, dit 
textuellement : Ceiie maladie n atteignit les juifs dans aucun pays. 
Fracastor nous montre les juifs échappant complètement à l'épidémie de 
typhus de 1505 ; Rau (3) signale la même immunité dans l'épidémie de 
typhus observée à Langgœns en 182/i. Ramazzini insiste sur l'immunité 
des juifs lors de Tépidémie de fièvres intermittentes observée à Rome en 
1691. Degoer nous montre les juifs échappant, en 1736, à l'épidémie 
dysentérique de Nimègue. M. Eisenmann insiste sur l'extrême rareté du 
croup chez les enfants juifs. Selon AVawrucb, le taenia ne se rencontre 
pas dans la population juive en Allemagne {H). 

Il existe dans la province de Posen nue population composée de Slaves, 
d'Allemands et de juifs. Or , l'enquête du gouvernement prussien, en 
1843, a constaté ce fait intéressant que la plique frappe ces divers éléments 
dans des proportions complètement différentes. Ainsi, on a trouvé : 

29 malades sur 1,000 individus de race slave; 

18 malades sur 1,000 individus de race germanique; 

11 malades sur 1,000 individus de race Judaïque (5). 

Enfin, d'après J. R. Hûberlz, ou compte en Danemark, sur 1 000 habi- 
tants : 

3,34 aliénés ou idiots parmi les catholiques. 
3,85 parmi les juifs 

(i) Haser, Getchirhie der Medizm. lena, 1845, p. 880 et 881. 

(2) UtWn, Schivei^er Historié^ 1734. 

(3) Rau, Ueber die Behandlung des Typhus, HeideUt. Klin. Ann. B II, 1826. 

(4) T, I, p. 338. — Voir aussi Oesterreich. meditm. JcLhrbiicher^ 1841, n* 2. 

(5) Weese, Dw Weiduelgopf nach statisL Beziehungen, Berlin, 1845 



lU MALABIIS BT IMllimiTÉS PAnOLOOlQIffS DB8 JOUa 

StD8 doote^ qnelques-uDs des faits que bous Ycnom de cher peuvent 
avoir une cause plus ou moîos étrangère à la race proprement dite ; ce- 
pendant* considérés dans leur ensemble, ils ne laissent subsister aucun 
doute sur la puissante influence de la race. 



LIVRE TROISIÈME. 

DE L'ACCLIMATEMENT. 

CHAPITRE PREMIER. 

IMPORTANCE ET DÉFINITION DE l'aCCLIMATEMENT. 

La question de racclimatement est une des plus vastes et des plus ii 
portantes de la géographie médicale. Elle domine le grave problème 
de la colonisation et celui du choix des troupes destinées à servir dans le» 
contrées plus ou moins éloignées de la mère patrie ; elle touche donc aux 
plus hautes régions de Thygiène publique et de Téconomie politique et 
sociale. Abandonnée jusque dans ces derniers temps aux spéculations des 
théoriciens, la question de l'acclimatement a été diversement résoine» 
mais sans profit aucun, ainsi qu'il fallait s'y attendre, ni pour la science 
ni pour la pratique des gouvernements. 

On reste stupéfait, en voyant Boerhaave avancer la proposition que 
voici : «L'observation démontre qu'aucun animal pourvu de poumons ne 
peut vivre dans une atmosphère dont la température est égale à celle du 
sang.^ De deux choses l'une : ou Boerhaave ignorait que la température 
du sang de l'homme est à 37 degrés centigrades; ou que le thermomètre 
peut s'élever, à l'ombre, au delà de ^7 degrés, et, au soleil, au delà de 70 
d^rés dans certains paya où l'hoaune indigène jouit d'une santé parfaite. 

Écoutons maintenant un des plus célèbres géographes de notre époque : 
Une ferme résolution, dit Malte-firun, de ne point se laisser vaincre par 
une maladie, est de l'avis de tous les médecins, un des remèdes les plus 
efficaces, pour se roidir contre l'influence d'un climat nouveau; notre corps 
n'attend que les ordres de l'intelligence... Sous chaque climat, lesnerfe, 
les muscle», les vaisseaux, en se tendant ou se relâchant, en se dilatant on 



IMPOiTAMCI IT DÉFimTKni M L'ACCLIMATIMlirr. 143 

se ressemât, prennent bienl6t Tétat babiloel qui convitent tn degré de 
chaleur ou de froid que le corps éprouire (1). » 

Il est vraiment regrettable que les nombreuses générations européennes 
et même nègres qui, depuis les temps historiques, se sont succédé sur 
le sol égyptien, aient ignoré cette gymnastique muscnio-vasculaire que 
nous enseigne le célèbre géographe ; mais il est permis de douter qu'elle 
les eût préservées de cette complète extinction par suite de laquelle le voya- 
geur ne trouve aujourd'hui sur les bords du Nil d'autre population indi- 
gène que le Fellah, c'est-à-dire le descendant des hommes dont les por- 
traits sont gravés sur les monuments dont l'origine remonte à plus de trois 
mille ans. 

Où en est aujourd'hui l'opinion sur cette grave question? On peut, sans 
risquer de se tromper beaucoup, admettre que la presque totalité des 
médecins en sont, epcore de nos jours, à l'hypothèse de Malte-Bran, 
c'est-à-dire qu'ils croient généralement à l'homme cosmopolite. Si l'idée 
du cosmopolitisme, pour ceux qui la professent , signifiait seulement que 
Ton trouve des hommes sous tous les méridiens, et depuis l'équateur 
jusqu'au delà du cercle polaire, cette idée n'aurait rien de contraire à la 
vérité ; mais, si l'on prétend que toutes les variétés humaines sont aptes 
à vivre et à se perpétuer sous tous les climats, une telle assertion se trouve 
démentie par l'histoire et par les faits modernes les plus concluants. 

Nous définissons l'acclimatement, la faculté que possèdent les étret 
organisés de s'adapter, dam une certaine mesure, à un climat autre que 
celui dans lequel ces êtres ont pris naissance. Quant à la faculté en elle- 
même, elle est évidemment incontestable; ce qui est en question, et 
sont les limites de cette faculté. D'autre part, si pour la plante et l'ani- 
mal, le côté pratique de l'acclimatation peut se réduire à la simple con- 
servation de l'être et à l'acquisition (2) de certaines qualités qui permettent 
à l'homme d'en tirer un parti utile, il ne saurait en être ainsi de l'homme 
lui-même dont l'acclimatement intégral exige la conservation entière de 
toutes ses facultés physiques, intellectuelles et morales. Qu'importe, par 
exemple, que le nègre puisse réussir à vivre et même à perpétuer sa 
race dans la lone tempérée, s'il était démontré, comme on l'a avancé, qu'il 
y devient iou dans une énorme proportion? Ainsi, d'après un médecin dis- 

(t) Malte-Bran, Géographie univermUe, 5*édit. Paris, 1853, p. 560. 
(2) Le pécher, par exemple, est une dérivation de Tamandier, résultat d'ona 
cnltnre de qninse à dix-huit 



ii!|/k IMPORTAMCI BT DÉFINITION DE l'aCCLIMATIIUNT. 

tingoé des États-Unii, M. Nott, le nombre dei aliénés qai, dans la Loui- 
siane, n*est que de 1 sur &310 nègres, s'élève : 

Dans la CarolÎDe du Sud i 1 sur 2477 nègres. 

Dans la Virginie i i sur 1299 

Dans te Massachusetts à 1 sur 43 

Dans le Maine à i sur 14 (i) 



CHAPITRE II. 

DE l'acclimatement DES PLANTES ET DES ANIMAUX. 

Les végétaux des régions équinoxiales qui croissent sur les terres basses, 
voisines du littoral, s'acclimatent en généra), dans des expositions analo- 
gues, jusque sous le 30* degré de latitude boréale ou australe, c'est-à-dire 
à une distance de 750 lieues de leur point d'origine. Ceux qui naissent 
sous les tropiques ne peuvent guère être transplantés avec succès ao 
delà de 212 lieues vers le nord ou vera le sud, c'est-à-dire jusqu'au 36* 
degré, parce que les gelées se fout sentir jusque-là dans l'un ou l'autre 
hémisphère. Du 36* au 50* degré, tous les végétaux peuvent s'acclima- 
ter à 5 degrés de latitude plus au nord ou au sud de leur station pri- 
mitive ; mais ceux que la nature produit sous le 50* bravent impuné- 
ment la rigueur des frimas jusque sous le 60*. A partir de cette latitude, 
la végétation s'affdiblit d'une manière sensible et parait appartenir 
exclusivement à la zone glaciale. Beaucoup de plantes qui croissent dans 
la région montagneuse de Sa zone tonide peuvent s'acclimater dans la 
zone tempérée, attendu que l'abaissement progressif de la température 
suivant l'altitude du lieu où elles ont pris naissance les assujettit à un 
climat d'autant moins chaud qu'elles se trouvent à des stations plus 
élevées sur la montagne (2). 

Mais si la nature ouvre une large voie à l'expansion des végétaux sur 
la surface du globe, il est une faculté qu'elle n'accorde que rarement aux 
plantes acclimatées qui croissent et prospèrent dans les lieux où elle ne les 
avait pas produites. C'est la spontanéité de reproduction qui détennine la 
naturalisation complète dans le sens le plus absolu. Cette faculté de se 

(1) J. Nott, TiLO lectures <m the natural hUtory of the Caucasian and Xegro 
races. Mobile, 1844. 

(2) J. Berthelot, Considérations sur raccUmat. et la domestication, Paris, 1844. 



ACCLIMATEMENT DES PLANTES ET t>ES ANIMAtlX. i/!i5 

reproduire spoDlanéineiU n*a lieu, à quelques exceptions près, que pour 
les plantes indigènes. Un végétal acclimaté donne des graines fécondes, 
mais celles-ci ne germent naturellement que lorsque Tarbreou la plante se 
sont entièrement naturalisés. La propagation d*one espèce étrangère ne 
s'effectue dans le lieu d'acclimatement que par des moyens artificiels. II 
est rare qu'une plante exotique, surtout parmi les végétaux ligneux, ac- 
quière la spontanéité de reproduction, caractère distinclif des espèces ré** 
gnicoles. On peut dire que les végétaux introduits empruntent le sol sans 
le posséder ; ils peuvent s'acclimater, en s'accommodant au terrain et à 
la température, mais ils ne se naturalisent |)as. 

Le changement de climat imprime souvent des modifications profondes 
aux plantes. Un jardinier établi en Italie fit venir d'Allemagne, à diverses 
reprises, d^ graines de choux cabus^ mais toujours il ise forma des choux 
cavaliers ou des choux-fleurs. Selon Sturm, l'orge céleste se convertit 
souvent en orge commune sur les bords du Rhin. 

En ce qui concerne les animaux, leur acclimatement présente des 
difficultés plus grandes que celui des plantes; aussi, depuis la décou- 
verte de l'Amérique n'a-t-on acclimaté en Europe que trois espèces 
d'animaux du nouveau monde : ce sont le dindon, le canard musqué et le 
cobaie, vulgairement appelé cochon d*Inde. On se propose aujourd'hui 
d'essayer l'acclimatation du buffle, du chameau et du lama. 

Selon Bruce (i), aucune bête de somme ne parvient à vivre dans le 
Sennaar. Il en est de mémo du chien, du chat, du mouton. Ces animaux 
doivent être envoyés tous les six mois dans le désert. D'un autre côté, on a 
signalé une énorme mortalité parmi les chevaux, les moutons, les éléphants 
et les chameaux importés de l'Hindoustan dans la province d'Arracan (2). 

La grande majorité de nos animaux domestiques n'est originaire ni de 
notre climat, ni de climats analogues aux nôtres, et surtout plus froids ; 
presque tous, au contraire, habitaient primitivement des contrées plus 
chaudes. Dans nos ménageries, les animaux des contrées chaudes résistent 
mieux à l'action de notre climat que ceux des contrées très froides, la 
comparaison étant établie, bien entendu, entre espèces analogues. On 

(1) f No hone, mule, im or any beait of burden will breed or even live at 
Senaar. Poaltry do net live there. Neitber dog nor cat, sheep or bullock can be 
presenred a season tbere. Tbey must ail go every balf year to tbe sandi. » 
(Bruce, Voyages, t. Vf, p. 381 .) 

(2) « Eléphants (from Bengal and Htodoostan), borses, sbeep and bullocki died in 
great number at Arracan. Of tbe camels takeo to that part of tbe coantry, I do 
nol tbink one ever returned. » (Baraard, CalciOla Transact,, III, p. 84.) 

IL 10 



ik6 ACCLlMATEftiENT DE$ PLANTES £T DKS ANIMAUX. 

conserve plus difficilement à Paris l'ours bboc polaire qqe les petin q^ffê 
de rinde, l'isatis que le renard d*Alger et le chacal, le renne que les 
cerfs de TAmérique méridionale et surtout de Tlnde. Toutes choses égales 
d'ailleurs, et ce qui est vrai de chaque individu l'étant nécessairement de 
la collection et de la succession des individus, c'est-à-dire de la race, Û 
serait donc déjà naturel que les régions plus chaudes que la uôtre nous eus- 
sent plus enrichis de races domestiques que les régions comparativeQ)ei|l 
froides (1). 

Parmi les espèces domestiques actuelles, celles qui offrent à l'homme 
une véritable utilité, sont presque toutes originaires de l'Orient etsartoul 
de l'Asie, où leur domestication a été opérée dans TaDliquité la plus re- 
culée. Tels sont : 1° T.e chien. En Perse, VsnWkpieZend-Avegta^en Ghio^, 
le ChoU'kinQy d'une date plus ancienne encore, montrent d^ le chien 
domestique, et même modifié dans sa taille et ses formes. Oans les scènes 
de chasse peintes sur les monuments égyptiens, figurent des chiens II 
oreilles tombantes, fort semblables à nos braques, et des lévriers, ceux- 
ci, toutefois, à oreilles droites. £n revanche, le chien n'existait pas cbes 
les premiers Hébreux. 2^ Le chat, que Guvier disait encore originaire 
de nos forêts, et dont il croyait la domestication récente. M. Oureau 
de la Malle, dans un de ses savants mémoires, a réfuté ces deux asser- 
tions. La domestication du chat remonte à une haute antiquité chez 
plusieurs peuples, notamment chez les Chinois et les Égyptiens. 3* Le 
cochon, qui est domestiqué, de temps immémorial, en Asie. W et 5' Le 
cheval et l'âne, qui tous deux figurent sur les monuments de l'antique 
Egypte, et qui existaient aussi en Asie dans une haute antiquité. 
Plus de vingt siècles avant notre ère, le Chou-king montre le cheval 
employé en Chine dans les travaux de la guerre aussi bien que dans 
ceux de la paix. 6" V et 8M e mouton, la chèvre et le bœuf. Ces trois 
ruminants existaient de méuie très anciennement, à l'état domestique, eo 
Asie et en Afrique. Dans plusieurs pays du moins, le mouton parait avoir 
existé antérieurement au bœuf. Il n'était pas seulement animal alimentaire 
et industriel, mais aussi auxiliaire. Une peinture égyptienne, antérieure 
de mille ans à Hérodote, selon Champollion , représente des béliers em- 
ployés aux travaux de l'agriculture. Au surplus, il est des contrées de 
l'Asie où les moutons et les chèvres sont encore employés comme bêles de 
somme. Q** Le pigeon biset et la poule. Dans l'Asie occidentale, chez les 

(1) Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Domestication et naturaliuUion dei 
'Uiles, 3«édil. Paris, 1854. 



ACCLIMATEMENT DK l'HOMME. 1&7 

li^eux, par exemple, le pigeon paraît avoir été longtemps le seal oiseau 
domestique, mais le coq existait, à la même époqne, dans d'autres parties 
«le l'Asie. 10'' Le ver à soie, qui était cultivé en Chine dès le règne d'Yao; 
deui^ mille sept cents ans avant notre ère, les Chinois avaient trouvé Tart 
4e rélever (1). 

CHAPITRE III. 

DE l'acclimatement DE l'hOMME. 

Le problème de racclimatementde l'homme doit être étudié sous deux 
principaux points de vue : 1" celui de sa provenance, "1" celui du milieu 
¥ers lequel il se dirige, et que Ton pourrait appeler, par abréviation, le 
qiilieu de tendance. Sous le premier rapport, il y a lieu de considérer la 
r^ce, la nationalité et le séjour antérieur de Tindividu ; quant au second, 
il importe d'examiner ses conditions de latitude, de longitude, d'altitude, 
de sol et de climatologie spéciale, sans perdre de vue les maladies particu- 
lières auxquelles le nouveau milieu se trouve plus ou moins exposé. 

Il est des types de races qui semblent merveilleusement s'adapter à 
presque tous les climats, alors que d'autres supportent à peine les moin- 
dres déplacements. Parmi les premiers on peut citer le Juif et le Bohé- 
mien ; l'exactitude de cette proposition est amplement démontrée par les 
documents statistiques exposés dans le livre précédent. Parmi les peuples 
de l'Europe, nous croyons le Français du Midi, l'Espagnol et l'Italien 
plus aptes que les peuples du Nord à résister non-seulement aux pays 
chauds, mais même aux froids rigoureux des régions septentrionales. 
Parmi les peuples du nord de l'Europe, il y a encore d'importantes dis- 
tinctions à faire, dont quelques-unes seraient pent-être en faveur des races 
slaves. Nous renvoyons pour la justification de notre thèse au chapitre 
dans lequel nous avons traité de la congélation (2). Comme exemple de 
types subissant difficilement un dé|)lacement, nous croyons pouvoir citer 
le Lapon, qui, si nos renseignements sont exacts, supporterait déjà très mal 
le climat de Stockholm ; peut-être |)ourrait-on en dire autant de l'Islandais 
pour lequel le climat de Copenhague paraît être fatal. 

Les conditions d'acclimatation de l'homme varient selon que l'émi- 
gration se fait du nord au sud ou du sud au nord; selon qu'elle 
s'effectue dans le sens de ' la longitude géographique, ou enfin dans le 

(I ) iMd., p. 126. 

(2) Tome I, p. 400 à 415. 



168 ACCLIMATEMKNT DE l/BOMyK. 

sens (1c t*aliiiu(le, c*es(-à-diro de bas en haut ou en sens inverse. Sous 
ce dernier rapport, on sait tons les avantages que les Européens ont 
retirés, dans les pays chauds, de leur installation sur les lieux élevés, dont 
le séjour parait au contraire être fatal aux nègres. Sur 51 soldats de cette 
race placés en 1835 en garnison à Niuera-Elia, à 6200 pieds au-dessus 
du niveau de la mer, dans Tlle de Geyian, 15 avaient succombé avant la 
fin de Tannée (1). 

Mais si le séjour des montagnes est pernicieux aux nègres, Us jouissent 
en revanche d*unc certaine immunité contre les influences palustres. 
Nous en avons cité plus haut un exemple frappant , à l'occasion de l'ex- 
pédition du Niger; on trouvera d'autres preuves en faveur de celte pro- 
position dans plusieurs de nos Mémoires (2). 

Des les temps les plus reculés, le despotisme s'est servi, pour la des- 
truction des hommes, de leur exil dans des régions antipathiques à lear 
nature. C*est dans cet esprit, qu'après la destruction de Jérusalem, an 
grand nombre de Juifs furent envoyés eu Sardaigne, exil à l'occasion du- 
quel Tacite fait cette singulière réflexion : • Lors môme qu'ils eussent 
succombé sous l'empire du climat, la perte n'eut pas été grande (3). • Après 
la guerre de Morée, Méhémel-Ali, voulant se débarrasser de ta soldatesque 
indisciplinable des Arnaoutes, se borna à les envoyer sur le littoral de la 
mer Rouge, où 18,000 hommes se trouvèrent en peu d'années réduits à 
^00 hommes par la seule influence du pays. Dans d'autres circonstances, 
l'oubli de l'incompatibilité des races avec certaines contrées du globe a 
causé des pertes immenses en hommes et fait échouer de grandes et dis- 
pendieuses expéditions. En 1817, un i*égiment nègre, en garnison à Gi- 
braltar, fut presque entièrement détruit par la phthisie pulmonaire. En 
18/il, l'expédition du Niger échoua peut-être par le seul mauvais choix 
des équipages. Trois semaines après être entrés dans le Niger, 130 hom- 
mes sur 1^5 étaient atteints de fièvre, et ^0 succombaient. Sur 158 ma- 
telots nègres au contraire nés en Amérique, aux Antilles on sur la côte 
d'Afrique, 11 seulement étaient atteints de fièvres dont aucune ne se 
montrait mortelle. L'issue de l'expédition anglaise à Walcheren, en 1809, 
celle de l'expédition française à Saint-Domingue, sont des événements qui 
prouvent toute la gravité de la question qui nous occupe. « A peine l'ar- 

(1) Statklical reports on the tkknen^ mortaUiy and invaUding among the troops. 
LondoD, 1840. 
{2)Annalesâ^hygiènepubliqfie, Paris, 1845, t.XXXHI, p. 58, et 1849, t. XUI, p. S8. 
(8) • El si ob gravitateni coli interiitsent, vile damnam. » 



ACCLIMATIIIBNT DANS LUS LOCALITÉS PALUSTRES. 1^9 

mée commençait-elle à s'établir à Saint-Domingue, dit M. Thiers, qu*un 
fléan fréquent dans ces régions vint frapper les nobles soldats de Farmée 

du Rhin el de TÉgypte 20 généraux furent enlevés presque en même 

temps; les officiers et les soldats succombaient par milliers 15000 

hommes au moins périrent en deux mois De 30 à 32 000 hommes 

envoyés par la métropole, Il en restait à la Hn 7 h 8 000... A la même épo- 
que, Toussaint-Louverture, sinistre prophète qui avait prédit et souhaita 
ces maux, mourait de froid en France, prisonnier au fort de Joux, tandis 
que nos soldats succombaient sous les traits d'un soleil dévorant. Déplo- 
rable compensation que la mort d'un noir de génie pour la perle de tant 
de blancs héroïques (i). » .' j 

CHAPITKK IV. 

DE l'acclimatement DANS LES LOCALITÉS PALUSTRES. 

L'établissement du chemin de fer de Strasbourg h Dâle a forcé de défon- 
cer, sur divers points et sur une profondeur de 1 à 2 mètres, les champs 
qui le bordent pour leur emprunter les terres nécessaires anx terrasse- 
ments. Il en est résulté des excavations qui, en automne et au printemps, 
se remplissent d'eau^ et qui, en été, se convertissent en marais. Sous 
l'influence de ces marais, la commune de Boiwiller, sur une population 
de itik6 habitants, a offert le nombre croissant ci-après d'individus 
atteints de fièvres intermittentes (2) : 

En 1843........ 36 malades. 

18i4 166 

1845 743 

1846 1,166 

* 

La moyenne annuelle des décès qui, de 1836 à 1845, avait été de 36, 
s'est élevée en 1846 à 54; dans cette même année, la somme représen- 
tant les journées do travail perdues, les honoraires des médecins, les dé- 
penses pour médicaments, s'est élevée à 116,515 francs. Voici pour la 
commane de Feldkirch la marche croissante du nombre des habitants 
atteints de fièvre intermittente : 

En 1843. ...... * . 2 malades. 

1844 20 

1845 135 

1846 376 

(1) Jïtsloir« dvk Consulat et de t'Empire^ t. IV, p. 364. 

(2) Commonication du doctoar Baornaon à rinstitut, lèance da 10 mai 1S47. 



150 ACCLIMATEMBNT DE L'INDIVIDU ET DE LA RACE. 

Ainsi à Feldkirrh, comme à Boiwiller, les habitants» loin de s'acclimater 
aux émanations miasmatiques, ont fourni au contraire un nombre toujours 
croissant de malades. Dans la comnmne de Souitz, les quantités de sul- 
fate de quinine vendues ont suivi la même progression ; elles ont été : 

En 1843 de 1 20 grammes. 

1844 . 150 

1845 970 

U résulte de ces documents, auxquels il serait facile d*en joindre d'autres, 
que dans les localités palustres le nombre proportionnel des malades croit 
avec la prolor.gation du séjour. Ce fait a d'autant plus d'importance que 
la presque totalité des pays chauds se compose de foyers de fièvres palu- 
déennes, circonstance qui, à elle seule, constitue déjà un grave obstacle à 
l'acclimatation. 

CHAPITRE V. 

DE l'acclimatement DE L* INDIVIDU ET DE L* ACCLIMATEMENT 
DE LA RACE. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 

L'homme quitte sa terre natale tantôt pour y revenir, tantôt pour ne 
plus la revoir. De ces deux buts résulient aussi des conditions différentes 
à remplir au point de vue de l'acclimatement. Dans le premier cas, U lui 
suflit de vivre : dans le second, il doit {)ouvoir perpétuer sa race, et l'expé- 
rience démontre que l'acclimatement de l'individu n'implique nullement 
celui de l'espèce (1). 

On peut dire que l'acclimatement des individus s'opère, lorsque le nombre 
proportionnel des malades et des morts diminue à mesure que la durée du 
séjour se prolonge, et lorsque l'état sanitaire se rapproche de plus en plus 
de celui du pays de provenance. Pour l'espèce, l'acclimatemeot a lien 
lorsqu'une population parvient à se perpétuer dans le nouveau séjour, avec 
conservation de toutes ses facultés physiques, iiiteliectnelles (2) et morales, 

(t) Aiosi les mamelouki vivaient eu Egypte, mais leurs enfants ne vivaient pas, 
et ils étaient contraints de se recroter par Tachât d^esclaves circassiens. 

(2) On a vu plus haut que l'aliénation mentale semble augmenter aux États-Unis 
d'une manière notable dans la race nègre, à mesure que cette dernière s'éloigne des 
tropiques. D*aulre part, les faculiés inlellectuelles de la population créole de cer* 
taines colonies de Tocdan Indien paraissent baissera tel point, que le gouvernement 
d« la métropol« est cantraint d'y confier presque tous les emplois à 4m Emtopêtns. 



ÉTAT SAmtAlRB DES ARMÉKS HORS DE LEUR PATS flATAL. 151 

et sans le secours du croisement avec une race indigène ou avec des 
immigrants arrivés de fraîche date. On comprend que racclimatement est 
illusoire ou incomplet, lorsque, pour vivre et se perpétuer, une poplila^ 
tion immigrée est obligée de confier la culture du sol à la race indigène ou 
i deis travailleurs libres ou esclaves importés du dehors, ou bien lorsqu'à la 
seconde ou troisième génération, Tespôce est contrainte de revenir à la sou- 
che ou de se croiser pour échapper à la destruction physique ou au créti- 
nisme intellectuel (1). 

Ces conditions posées, il nous reste à examiner si l'homme parvient 
quelquefois à les remplir, et quelles sont les variétés humaines qui les 
remplissent le mieux sur les divers points du globe. 



CHAPITRE VI. 

ACCLIMATEMENT DE LlNDlVtDU. — ÉTAT SAfIttAlRB DES 
ARMÉES SERYAIfT HORS DE LEUR PAYS IfATAL. 

ABiT. Z«'. — Armée française. 

Les documents oflSciels sur Tétat sanitaire des armées sont, dans l'état 
actuel des choses, les seuls que Ton puisse consulter avec fruit pour Télu- 
cidation du problème de l'acclimatement de l'individu. 

De 16/i2 à 18^8t la moruiité de Tannée française servant à l'intéritar 
a été (2) : 



En 1842 


24,6 décès gur 1000 h. 


1843 


20,4 


1844.... 


15,6 


1845.... 


14,8 


1846.... 


17,8 


1847.... 


19,2 


1848 


21,8 



Moyenne annaelte. . 19,5 

Pendant la période décennale de 1838 à 18^7, la mortalité des garni- 
sons des colonies françaises autres que l'Algérie s'est répartie ainsi : 

(1 ) Ce Q*e»t qii*en se retrempant par le croisement avec de nouveaux inimigflAls 
que la population créole se maintient à Cuba, d'après M. Ramon de la Sagra. 
M. Kdox soutient cette même tbèse pour la race anglo-saxonne transportée aux 
Étata-Unia. (Yoy. R. Knox, The races ofmen, London, 1851.) 

(2) Communications nftM pg^ le tsavnnenMi mk «MemMlf^i Hglilillves. 



152 ÉTAT SANITAIRB DIS ARMÉIS HORS DR LBUR PATS NATAL. 

Anneet. Hartioiqm. Gaadeloape. Gvyant. 8én«gaL Rëaoion. Eaxiinbl«« 

1838. 79,1 192,6 48,0 152,5 32,4 110,6 

1839. i65,2 158,8 25,0 43,1 25,5 117,4 

1840. 103,5 156,9 19,1 65,5 20,0 98,4 

1841. 102^8 129,5 39,5 75,2 84,8 98«8 

1842. 86,8 42,1 26,5 62,0 30,5 52,1 
184S. 103,2 68,9 29,8 82,5 45,5 73,3 

1844. 78,0 72,1 19,2 66,2 28,t 58,8 

1845. 53,3 45,6 19,2 41,3 13,5 38,2 

1846. 93,6 25,6 46,6 27,6 19,7 37,4 

1847. 60,3 28,0 12,5 38,9 25,5 37,2 

Moyenne. 90,4 89,0 25,3 61,7 30,5 69,5 

En Algérie, les pertes de Farinée ont été de 1837 à IB&S : 

Aoném. Effectif moytii. Décèaïur iOOOh. 

1837 . 40,147 101,0 

1838 . 48,167 45,1 

1839 . 50,367 64,3 

1840 . 51,231 140,6 

1841 . 72,000 t08,0 
1842. 70,853 79,0 

1843 . 76,034 74,0 

1844 . 82,037 54,0 
1845. 95,000 50,0 

1846 . 99,729 62,5 

1847 . 87,704 39,2 
1818. 75,017 38,3 

Mais, les perles de l'armée en Algérie ne se résument |)as dans les 
senls décès constatés sur place ; d'après un document communiqué aux 
chambres législatives, on comptait en 18/i6, sur un effectif moyen de 
99700 hommes : 

Admissions aui bôpitaax d* Afrique 121,138 

Journées de traitement en Afrique 2,497,181 

ËTacaés sur la France 2,089 

Morts dans les h^pitaui d*Afrique 6,862 

Tués sur le champ de bataille 116 

Morts dans les hôpitaui de France 246 

Admis à la retraite 130 

Réformés 267 

En ce qui regarde les pertes de Tarméedans les combats, elles se rédui- 
sent en Algérie à un chiffre très faible ; en effet, elles ont été de : 

140 hommes par an (1), pendant les dix premières années. 
(1) CommuDication i la commission des crédits de 1840. 



ARMil FRANÇUSE. i5A 

• 

De 227 morU ea 1840 (1). 

349 en 1841. 

325 en iS42. 

84 en 1843 (S). 

467 en 1844 (2). 

iOO à la prise de ConiUntine (3). 

9 h Taffaire de la Smala (4). 

27 à la baUille d*Uly (5). 

La mortalité de la popolation civile masculine, âgée de 20 à 27 am, 
étant en France, d'après de Montferrand, de 11 décès sur 1000 individoa, 
OD arrhre àla progression saivante : 

OëcèstarfOOOh. 

Popnlation civile de 20 à 27 ans 1 i,0 

Armée française, intérieur, de 1842 à 1848. ... 19,5 

Gnyane, de 1838 à 1847 25,3 

Réunion, id 30,5 

Sénégal, id 61,7 

Algérie, de 1837 i 1848 77,8 

Guadeloupe, de 1838 à 1847. • 89,0 

Martinique, id. •.....• 90,4 

Ainsi, malgré le choix opéré par les conseils de révision, malgré les 
réformes prononcées pour cause dlnfinnités survenues après Tincorpora* 
tion, réformes (6) qui ont pour résultat de faire mourir dans la vie civile 
beaucoup d*hommes dont les infirmités ont été manifestement contractées 
au service; malgré toutes ces circonstances réunies, la mortalité de rarroée 
atteint encore des proportions de 2 à 8 fois plus considérables que celle de 
la population civile en France, non triée par le recrutement La diffé- 
rence devient plus saisissante, lorsque Ton examine la mortalité de quelque^ 
années en particulier. Ainsi on trouve : 

Dtfcèa sur 1000 1i. 

En 1830, à la Réanion.. 113 

1840, en Algérie 140 

1 821 , i la Martinique 253 

1 825, à la Guadeloupe 294 

1830, au Sénégal r • . • , 573 

M. Souty, chirurgien-major de la marine, a résumé dans le tableau 

(1) Communication à la commission des crédits de 1844. 
r2) Commonicatlon à la commission des crédits de 1845. 

(3) Dépèche du 7 octobre 1837. 

(4) BalleUn dn 20 mai 1843. 

(5) Bulletin du 17 avril 1844. 

(6) Le cbifflre des réformes a été de 1939 en 1844, etde2437ea 1845. 



!54 ÉTAT SANITAIRE DES ARMÉES HORS DE LEOR PATS NATAL. 

suivant les pertes éprouvées aux Antilles par les quatre premiers mille 
hommes qui ont figuré au 2* régiment d*infanterie de marine : 

ConvulcBCMiU kjnX 

Bommei Propor renvojëa Propor* qiiitirf 

r«fni. Mortf. tion. en Fi aoce. tiou. Ifc corpa* RosUoi. 

Jeanei soldats 2,008 618 isurS.f S'iS I sur 88 ^91 171 

Enrôlés Yoloataires. 492 122 i sur 4 41 1 sur 12 261 68 

Remplaçants 1,500 414 lsurS,B 148 1 sur 10,1 771 167 

Totaux. «.... 4,000 1,134 lsiir3,4 417 1 fnr9,5 SiQât3 406 

âitaél, ïur &000 hotnmes, 11 5û avaient succombé après qtlatre ans de 
séjour aux Antilles, 417 avaient été envoyés en congé de convalescence 
en France ; &06 seulement étaient encore présents au corps. Ajoutons que 
ce ne sont pas seulement les hommes du nord et du centre de la France 
qui paient ttn tel tribut ail climat des Antilles. En effet, M. Souty trouve: 

Pour les hommes danorè, 1 décès sur 3,3 
Pour les hommes du centre, 1 décès sur 3, 
Pour les hommes du midi, 1 décès sur 3,5. 

I^es pertes de Tarmée paraissent avoir «ubi dans ces dernières années 
une certaine diminution dans les colonies françaises, si nous en jugeons 
d'après le document suivant que nous empruntons à la Hernie colomoit* 

Sfombre annuel def décès sur 1000 hommet. 

Knntftft. Ilartlnique. Guadelonp*. Rëanlon. Sén^al. Guyane. Ensemble. 

4040. 65,1 3B>4 22,6 65,0 17,9 41,0 

1849. 62,6 29,8 25,1 68,3 14,4 40,9 

1850. 36,4 22,4 37,5 31,8 68,9 34,9 

1851. 35,7 20,3 32.3 35,1 125,0 37,6 

Moyenne. 51,0 25,6 29,0 50,6 52,9 89,0 

Malgré cotte diminution notable, on voit que la mortalité générale des 
cinq colonies dont il s*agit atteint encore des proportions qui sont aux 
pertes de la population civile masculine comme 39 à 11. En présence de 
pertes si considérables, on est heureux de voir les garnisons françaises 
des lies de TOcéanie faire exception, comme le montre le tableau suivant : 

OCÉANIB. 



▲anees. 


Cffeclif. 


D^ia. 


DéeèsiurlOOOa, 


1848. 


1414 


18 


12,72 


1849. 


983 


10 


10,17 


1850. 


505 


2 


3,96 


1851. 


418 


3 


7,17 



Total.... w 8896 88 8|t8 



ARMÉE FllÀNÇAISB. 155 

Si ce docament est exact, il y aurait au moins un point sur le globe où 
les pertes de Tannée française ne dépasseraient pas celles de la population 
civile de 20 à 27 ans en France. C^e serait à la vérité une exception 
unique, mais elle serait d'autant plus curieuse, que la température 
annuelle moyenne des possessions françaises océaniennes esr de 25 degrés 
centigrades (1). 

Le tableau ci-après permettra de comparer les pertes de Tarméê fran- 
çaise avec celles de diverses autres armées servant dans leur pays natal 



Xortslité d« pluiîeurt «rméet de l'Burop* et de V 



DesIfiiatioB è9t «rméei. 

Arméi françaile 



Armée piémontaifle (2). . 

— corps disciplinaire. 

— régiment sarde. . . . 

— inranterie 

— cavalerie 

Armée belge 

Armée prussien oe 

— infanterie 

— cavalerie 

— artillerie •• 

— génie 

Année anglaise 

Armée américaine 



Période 

Sëjoar. <l'ohi«rvution. 

France 1843— 4ê 

Algérie 4837—46 

Martinique 1848— Si 

Guadeloupe — 

Bourbon — 

Guyane — 

Sénégal » — 

Océanie — 

Piémont et Savoie • • 1834 — 43 

Sardaigne-^assari • . • 1839 — 43 

Sardaigne<Cagliari. . 1 837 —43 

Piémont et Savoie . . i 834—43 

— 1834—48 

Belgique 1843—48 

Prusse 1829—38 

Royaoroe-Uni 1 830—37 

États-Unis 1829—^8 

Région du nord. ... — 

Région du centre . • — 

Région du snd — 



Nombre annael 
dM dtfrèi sttr 1000 h. 

19,8 
T7»8 
51,0 
25,8 
29,(ft 
8S,9 
80,8 
9.9S 
15,8 
269,6 
23,5 
21,5 
10,8 
18 

12,1» 

9 
10,3 

6,1 
15,5 
44 
18,8 

52,3 



A&^. KX. — Araiée anglahe. 

Le tableau suivant résume la mortalité de Tarmée anglaise, tant dans 
rintérieur que dans les diverses possessions de Tempire britannique : 



(1) Voyez Carte physique et météorologique du glotw, 3* édit. Paris, 1855. 

(2) En Piémont, la durée du service militaire est de huit ans; là mortâlfti 3e 
la population civile mâle est i)e 9,2 décès sur 1000 par an. 



156 



BTAT SANITAIRE DIS ARMCfiS HORS DE LEUR PAYS NATAL. 



Royaume. (^^^•'*"«^r^'^^"--- 
Uni i Dragooi, garde ....... 

*^" • • * (infanterie, garde cl ligne 

Noavelle-Gallef da Sad 

Cap de Bonne-Espérance 

Nouv.-ÉcosM et Nonv.-Bronswick.. 

Malte.... 

Canada 

Gibraltar 

Ilei Ioniennes 

Maurice 

Bermudes 

Sainte-Hélène, 1816 i 1822, et de. 

Provinces de Tenasserim 

Présidence de Madras 

Bombay 

Ceylan 

Bengale 

Antilles et Guyane 

Jamaïque 

Bahama 

Sîerra-Leone 

CapCoast 



AotoriUt> 

Stat, Reports. 

D' Marshall. 
Stat, Reports, 



M. Quetelet. 

Stat, Reports, 
M, Quetelet. 
Stat, Repvrts. 



période 
d'obseryalioB. 

1830—1837 
1830—1837 
1830—1837 

1818—1836 
1817—1836 
1817—1836 
1817—1836 
1818—1836 
1818—1836 
1818—1836 
1817—1836 
1836—1837 
1827—1836 
1826—1830 
1826—1830 
1821—1836 
1826—1830 
1817—1836 
1817—1836 
1817—1836 
1819-^1836 
1823—1826 



Nomlirf 

de dtfcèt 

•urlOOOh. 

14,5 
15,3 
15,5 

il 

14.t 

15,5 

18,7 

20 

32,1 

28,3 

30,5 

32.3 

38 

50 

52 

55 

57,2 

63 

85 
143 
200 
483 
668,3 



Ainsi, pendant la période de 1817 à 1836, la mortalité de l'armée an- 
glaise, examinée dans l'ensemble des possessions britanniques, a varié de 
1&,1 décès à 668 décès sur un effectif de 1000 hommes. En prenant 
la mortalité du Royaume-Uni, 15,9 décès sur 1000 hommes pour uaîté« 
on obtient le résultat que voici (1) : 

Mortulile. 

Royaume-Uni 1 

Possessions en dehors des tropiques 1,3 

Possessions entre lés tropiques 4 

Sans doute les fatigues de la vie militaire peuvent revendiquer une 
certaine part dans cet accroissement des pertes hors du Royaume-Uni ; 
cependant en y regardant de près, on voit que l'élément de l'armée le 
mienx partagé sous le rapport du bien-être, que l'officier paie ^ lui aussi, 
un large tribut au climat, comme le montre le tableau suivant : 



(1) E. Balfour, On themeans offorming and maintainmg troops m Health, Lon- 
4oo» 1845. (Extrait du Journal de la soc. de itatist. de Londres.) 



ARMftR ANGLAISE. 157 



Mortalité dtft offieieri eoaparée à mIIm d«t loiic-ofitttrf, 

oaporaiix «t foldati. 

Tftovpis. Omcitas. 

. Période Ddcc^ Oérèt Période DifTé- 

d'obMrvalioo. sur 1000. <ur 1000. d'olMerration. rme«« 

9,5 1826^36 5,4 



Grande- ( ^■^'•'^'•® HoiuOiold, i 830^37 14,5) 

BreUgne. 1 ^'*«^"»' «•'f<'« — * ^'^ » 

vlafaot. garde et ligne. (!) 15,5 11,0 — 4,5- 

Canada 1817—36 20,0 10,9 1820—36 9,1 

NouY.-ÉcosseetNouY.-Branawick — 18,0 \ 

Terre-Neuve 1825—36 22,0 > 14,oj *®^®^^®jlO,1 

Bermudes. 1817—36 32,3; (1817—36) 

Gibraltar 1818—36 22.2 13,5 1818—36 8,7 

Cap, district dn Cap - 15,5 j 4822-24 

Cap, frontière orientale 1822-34 12,0) ' ^ "'" 

Maurice 1818—36 30,5 14,7 1S18— 36 15,8 

Malte 1817—36 18,7 16,9 1818—36 1,8 

Iles lonieonei — 28,3 17,5 — 10,8 

Ceylaa 1824—36. 54,5 33,2 ^ 1824—36 21,3 

Id 1817—36 75,0 46.0 ' 1818—36 29,0 

Antilles et Guyane 1817—36 85,0 42,0 1818—36 43,0 

Jamaïque 1807-- 36 143,0 83,4 1819—36 59,9 

C^le occident. d'Afrique, Sierra- \ 

Leone 1819— 36 483,0 1 209,0 1819—36 366,6 

CapCoast 1823-26 668,3' 

On voit que s1l existe une différence notable en faveur des officiers, 
néanmoins ceux-ci n'en sont pas moins exposés à une mortalité très con- 
sidérable, puisqu'elle s'élève : 

A la Jamaïque, i 59,9 décès sur 1000. 
ASierra-Leone, à 209,0. 

^ L*influettce du climat et du sol se révèle surtout si l'on compare les 
perles de Tarmée de terre à celles de la flotte. De 1830 à 1836 incla- 
sivement, la mortalité moyenne, dans la marine royale anglaise, n'a pa8 
excédé les proportions suivantes (2) : ^ 

(1) Troupes de ligne en général, de 1797 i 1828; les dépéts des corps en 
garnison dans les possessions des Indes occidentales ; infanterie de la garde^ de 
1830 4 1837. 

(2) Betums ofihe Health of the navy, London, 1840-1853, 3 vol. in-fol. 



159 ^TAT SANITAIRE DBS AbMKES UOBS DE LEUR PATS NATAL. 

DtcÉs 8UK 1000 Bonns. 

Ponr toaUt Pftr malidict 

i«s causes rëuniet. inUroM. 

Amériqae da Sud 8,9 7,7 

Indes occidenUlei et Amérique du Nord. . . 19,6 18,1 

Méditerranée 11,1 9,3 

Indei occîdemalet • 17,3 1&,1 • 

Cap de Bonne-Espérance et c6te d* Afrique. 25, S SS,5 

Royaume-Uni 19,7 8,8 

liiiaîons et correspondance 1 3,8 10,3 

Ainsi, la auirtalité du simple matelot est de beaucoup inférieure à celle 
de Toffider de Tarmée de Icrre, dont on ne saurait contester la supériorité, 
ap point de vue du bien-être. 

Dans ces derniers temps le gouvernement anglais est parrena k réaliser 
une diminution notable des pertes de Tarroée par un ensemble de me- 
sures hygiéniques et administratives qui commande l'admiration. Les 
principales mesures employées ont été : 1" adjonction aux troupes naiMH 
nales de troupes auxiliaires recrutées parmi les races adaptées au climat 
des diverses colonies ; 2** installation des troupes blanches sur des points 
élevés, dans les pays chauds; 3* renouvellement fréquent des garni- 
sons (1). 

La uiortalité des troupes avait été pendant la période antérieure à 
1836 (2) : 

Décès sur 1000 h. 

GibralUr 22 

Malte 18,1 

Iles Ioniennes 28,3 

Commandement de la Méditerranée. 23,5 

Pendant les deux années finissant au 31 mars 18&6, la mortalité s*était 
abaissée aux proportions ci-après : 



(1) NoA tenons le renseignement suivant de M. Smith, directeur général du 
service de santé de Tarroée anglaise. Il y a quelques aonées la mortalité annuelle 
des médecins servant sur la cd le occidentale de l'Afrique était de Soiiante-dix-huit 
SUR CKMT, et telle était rinteosilé du mal, que radministration ne trouvait plus de 
candidats pour les emplois vacants. On réduisit à une année le s^our des médecins, 
et la mortalité fut immédiatement abaissée à 25 sur 100. 

(2) Nous empruntons ces documents à une communication faite par notre ami 
le colonel Tuiloch à la Société sUUitiqae de Londres, le 21 Juin 1847. 



McèflSnriOQOlL 

Gibraltar 12,2 

Malte 18 

Iles lonieQDea 13,4 

Méditerranée 14 

Ces résultats présentent, en faveur de la période de 1844 à 1845, une 
diminution : 

IMcè* rar 1000 h. 

Ponr Gibraltar, de 9,8 

Malte 0,7 

lies foDieDoei 14,9 

Méditerranée 9,5 

Dans les quatre stations américaines dont les noms suivent, la mortalité 
était, avant 1836 : 

Dëcèi sur iOOQ h. 

Bermudes • 32,1 

Nouvelle-Écotie et Noaveao-Bninswick • • 17,8 

Canada 20 

Terre-Neuve 37,7 

En tout 21,2 

Fendant 1844 et 1845, cette morulité n'atteignait plus que les pfo- 
Dortions suivantes : 

^ Décht sar 1000 h. 

Bermades 11,6 

Nouvelle-Ecosse et Nonveau-Brunsvrick. • 10,3 

Canada 15,4 

Terre-Neuve 10,4 

En tout 13,7 

La diminoliop de la mortalité annuelle est donc : 

Bermudes, de 20,5 

Nou vel le -Ecosse et Nouveau-Brnuswick. . 7,5 

Canada.. 4,6 

Terre-Neuve 27,3 

Eotoui 7,5 

Enfin, les quatre stations dont les noms suivent éprouvaient, avant 
1836, les pertes annuelles suivantes : 



Décès sur 1000 h. 

Nouvelle-Galles du Sud 

Terre de Diémen 

Cap de Bonne-Espérance 15,5 

Sainte-Hélène $3 



I " 



Entoul 15 



160 KTAT SANITAIRE DES ARMÉES B(»ItS t:C I EUR PATS NATAL. 

PeDdaati8&4 et 18^5, la mortalité avait diminoé des chiffres ci- après : 

Dëccs sur 1000 h, 

Noafellf -Galles da Sud. . • ( ,_. 
Terre de Diémen ^'^ 



Cap de Bonne-Eipéraoce . • . 2,8 
Saiote-Hélène 24,2 



1844 cl 1846. 


Ëiil85«. 


Diminiilloa. 


14 


23,5 


9,5 


13,7 


21,3 


7,5 


12,8 


15 


2,2 



En tout 2,2 

Les faits qui précèdent peuvent se résumer ainsi : 

NOXBaS AHilOBL DU DÉCÈS sut 1000 h. 
BHcctif moyen. 

Premier groupe .... 7,766 
Deuiième groupe ... i 1 , 694 
Troisième groupe ... 6.748 

Totaux.'.... 26,208 13.6 21,8 8,2 

En appliquant à Tcffectif général de 26208 hommes la mortalité de h 
période antérieure à 1836, c'est-à-dire 21,8 décès sur 1000 hommes, on 
obtient 11^0 décès; or, la mortalité n*ayant été, en 18^4 et 1845, que 
de 711, il s'ensuit que les amélioralions hygiéniques ont sauvé la vie 9i 
629 hommes, dans la seule période de deux années. Si nous examinons 
les possessions britanniques réputées les pins insalubres, nous voyons des 
résultats plus satisfaisants encore. Ici la mortalité, qui, avant 1836, était 
de 84,2 décès sur 1000 hommes, s'abaisse en Wxk et 1845 à 42,1, 
chiffre qui correspond à une diminution de mortalité de 50 pour 100. 

Voici la mortalité de Maurice, de la Jamaïque, des Antilles et de la 
Guyane, enfin de Ceyian : 

EH'eclif moyen. 

Maurice. . • • i ,748 

Jamaïque 1,267 

Autilles et Guyane. . 2,877 

Ceyian 1,302 

Totaux.... 7,194 42,1 84,2 

Ici encore la mortalité a subi les réductions suivantes : 

Décès sur 1000 h. 

A Maurice ' 7,8 

A la Jamaïque 98,9 

Aux AntiUes età la Guyane 23,4 

A Ceyian 30,8 

Ebtilat;..... 42,1 



DÉCÈS sua 


1000 h. 


1844 et 1845. 


Avant IS3S. 


22,3 


.10,1 


29,7 


128,6 


59,1 


82,5 


44.2 


75 



PROLONGATION DU SéjOUR DANS LB8 PATS CHAUDS. 161 

En appliquant à Teflectif général de 7194 hommes la mortalité de la 
période antérieure h 1836, nous devrions avoir 1 212 décès; cette morta- 
lité n'ayant été que de 606 en iSlxk et 1865, il s*ensait que les dispositions 
prises par le gouvernement ont sauvé la vie à 606 hommes en deux années. 
En ajoutant à ce chiiïre de 606 hommes sauvés, celui de 1x29 cité plus 
haut, on voit que les perles sous l'ancien ordre de choses auraient été de 
i 035 hommes en deux ans. 

CHAPITRE VU. 

DE l'influence DE LA PROLONGATION DU SÉJOUR DANS LES 

PAYS CHAUDS SUR LA MORTALITÉ. 

AHT. X*'. — Armée françjiîse. 

Les faits exposés dans les deux chapitres qui précèdent ont mis en 
lumière l'élévation notable du chiffre de la mortalité des troupes qui des 
pays tempérés passent dans les pays chauds. Bien que ces documents 
soient peu favorables à l'hypothèse de l'acclimatement, ils ne sauraient 
néanmoins élrc considérés comme décisifs, attendu que la mortalité n'y est 
point envisagée dans ses rapports avec l'ancienneté du séjour dans les 
diverses colonies. Il reste donc à examiner si la prolongation du séjour 
dans les pays chauds tend à améliorer l'état sanitaire des troupes. 

Et d'abord, comment se comportent les pertes des troupes servant en 
Europe aux diverses époques de la vie militaire? En ce qui regarde l'armée 
française, il résuite des recherches du général Préval que l'ensemble des 
pertes de cette armée subit, dans les sept années qui constituent la période 
légale du service, les réductions ci-après : 

Pertct sur 4000 h. 

Première année 75 

Deuxième année 65 

Troisième année 52 

Quatrième année 45 

Cinquième année 30 

Sixième année 20 

Septième année 20 

On voit que les pertes de la première année de service sont, en 

France, aux pertes de la sixième année comme 75 à 20 ou comme 15 à & ; 

c'est-à-dire que les pertes diminuent en France d'une manière sensible 

à mesure que les hommes s'éloignent de l'époque de leur admission dans 

IL il 



162 PROLONGATION J)D SÉJOUR DANS LBS PATS C&ADDS. 

les rangs de Farmée, au indns pour ia période réglementaire du ser* 
vice. Il résulte de là que, si 1000 soldats français, après avoir perdu en 
France : 

75 hommes dans la première année de service^ 
65 dans la deuxième, 

52 dans la troisième, 

45 dans la quatrième, 

perdaient en Algérie ou ailleurs, &0 sur 1000 dans la sixième année de 
service, cette apparente diminution ne dénoterait cependant ni plus ni 
moins qu'une augmentation de mortalité de 200 pour 100. On voit par 
là combien le problème de racclimatement est complexe, et combien son 
étude exige de connaissances préalables. Les pertes de Tarmée française 
servant à Textérieur devront donc à l'avenir être examinées à ce nouveau 
point de vue, ce qui n'a pas eu lieu jusqu'à présent 

ABT. H. — Araiée anglaise. 

Les rapports statistiques publiés par le gouvernement anglais (1) con- 
tiennent plusieurs documents dans lesquels la mortalité des troupes est 
étudiée d'après la durée du séjour dans les colonies ; nous allons en donner 
un résumé succinct, en suivant l'ordre géographique. 

EUROPE. — MÉDITERRANÉE. 

Le tableau suivant résume la mortalité constatée parmi les tronpes an- 
glaises à Malte, à Gibraltar et dans le» îles Ioniennes. Les hommes sont 
classés par catégories d'âge qui, dans le cas particulier, peuvent être 
considérées comme correspondant assez exactement à l'arrivée plus on 
moins ancienne dans les possessions de la Méditerranée. 

W OMBHB DES DÉCÈB 8P B 1000 
.^ ^^"^^ -"•^ 

Gibraltar. Malte. Iles Ionienne!. 

Au-dessous de 18 ans. 10 13 6,6 

De 18 à 25 18,7 16 12,2 

25 à 35 23,6 23,3 20,1 

35 à 40 29,5 34 24,1 

40 à 50 34,4 56,7 24,2 

ToUl....... 22,3 22,3 19,5 

(1) SUUistical reports on the sickneu^ 9tc,,wnong (k^troofii, 5 vol. in^ol. 



ARMKB ANGUISB. , 163 

On voit que dans toutes les possessions de la Méditerranée, la mortalité 
du soldat anglais augmente avec Tàge, c'est-à-dire aussi avec la durée du 
séjour. 

AFRIQUE. — CAP DE BONNE-ESPÉRANCE. 

Le tableau suivant résume le nombre des décès constatés, de 1831 à 
1836, parmi trois régiments anglais, de force égale, arrivés au Cap à des 
époques diverses : 

74* 77* 98* TOTAL 

Anoees. arrive arrive vn\yé 

ea18S8. en 1831. en 1825. <Im d^èt. 

1831 8 8 10 26 

1832 13 9 4 26 

1833 12 6 10 28 

1834 16 2 10 28 

1835 13 10 11 43 

1836 8 13 12 33 

Totaux... 70 48 57 175 

ILE MAURICE. 

La mortalité de trois autres régiments, encore de force ^aic, est repré- 
sentée dans le tableau ci-après à diverses époques après le débarquement. 

29» 99* 87* 

SÂJOUB. arrivé en 1896. arrivé en I8S6. arrivé en 1831. 

1" année 13 7 13 

2« — 25 6 18 

«• — 19 10 12 

4" — ...... 13 14 15 

5* — ...... 17 15 18 

6* — 34 22 18 

7* — 17 15 » 

8* — 18 12 » 

9* — 18 18 » 

10* — 16 23 » 

!!• — 3 20 • 

ToUQX 195 162 94 

Moyenne 18 15 151/2 

On voit dans ces deux colonies la mortalité augmenter avec la prolon» 
gation du séjour, loin de subir une diminution, et ce résultat est d'autant 
plus remarquable que les fièvres paludéennes sont très rares à Maurice 
et même inconnues an Cap (1). 

(1) «La mortalité des étrangers au Sénégal, dit Théveoot, parait augmentera 
mesure qu'ils séjournent... Il n'y a point d*acclimatement possible... C'est en 



16À PROLONGATION DU SÉJOdK DANS LES PaTS CHADDS. 

AMÉRIQUE. — ANTILLES ET GUYANE. 

1er 1000 déci's se répartissent ainsi sons le rapport de l'ancienneté da 
séjour des individos décédés (1). 

1^ année de s^^Jonr 77 décèi» 

2* — 87 

y — 89 

V — 63 

5* — 61 

€• — 79 

7* — 83 

8« — 33 

9* — 120 

iO« — i09 

il* — 140 

1,000 
JAMAÏQUE. 

Les troupes ont éprouvé la mortalité ci-après : 

Individos ayant moins de i an de séjour. 77 décès sur 1,000 h. 

— de 1 an à 2 ans de séjour. 87 — 

— 2 ans de séjour. 81 — 
^- plus de 2 ans de s^our. 93 — 

En présence d*nn tel accroissement de la mortalité, il est permis de se 
demander si le défaut de bien-être n'aurait |)as une part plus ou moins 
prononcée. Pour répondre à cette obj'ection, nous donnons, dans les deux 
tableaux suivants, le nombre proportionnel des décès parmi les sous-oflS- 
ciers, les caporaux et les hommes de tous grades dans les deux divisions 
dont il vient d'être question* 

l"* AnUUes et Guyane. 

DÉCftS sua 1 000 BOH HBS. 

SoM<H(>fficUra. CaporaoK. Homawt dgtoai giaéci. 

1830 75 90 65 

1831 68 63 69 

1832 74 61 64 

1833 94 55 50 

1834 54 55 43 

Moyenne. ..•• • 73 64 57 

ftiyant que les marchands européens se guérissent ; c*est en restant que les soldats 
périssent engrand nonibre.»(7Va<(tf des maladies des Ewopéensdans les pays chauds^ 
p. 158 et 269.) 
(1) Staiist, reports on the sicknêss^ etc., attumg ike troaps. 



AaMIK ANGLAISE, 165 

Y Jamaïque. 

DÉCÈ S 8CR 1000 nOM MES. 

Soot-officiert. Caponinz, Bonmc» de loas grades. 
1830 91 66 97 

1831 178 147 133 

1832 w 65 105 111 

1833 79 83 86 

1834 111 89 93 

Mojenne» 108 95 109 

Ainsi, malgré la différence de solde, qui implique différence de bien* 
être; malgré la différence des fatigues des gardes, des factions et du service 
de nuit, l'avantage se dessine en faveur du jeune âge, et en faveur de 
Tarrivée plus récente du simple soldat. Cet avantage est plus prononcé 
encore pour la classe plusjeune des tambours, classe qui, au delà comme 
en deçà du détroit, ne se distingue pas toujours par une grande sobriété 
àTendroit des boissons spiritueuses. Dans la période de 1830 à 1834, on 
compte aux Antilles et à la Guyane 18 décès sur 68 tambours, on 52 sur 
1000 individus; à la Jamaïque, 11 décès sur 40, ou 55 décès sur 1000. 
Ces deux chiffres dénotent une mortalité inférieure à celle de toutes les 
autres catégories. 

Les documents publiés par le gouvernement des États-Unis d'Amérique 
sont d'accord avec les faits qui précèdent. Nous y trouvons en effet (p. 31 0} 
que les maladies et la moitalité des troupes américaines, loin de di- 
minuer, se sont, au contraire, accrues dans la Floride, sous l'influence 
de la prolongation de leur séjour dans cette province (I). D'un autre 
côté, les rapports de l'autorité militaire {Adjuiant generad Hetums) 
indiquent les proportions annuelles suivantes podr la mortalité dans cha* 
cune des trois grandes divisions des États-Unis : 

Nord 18,8 décès sur 1 ,000 hommes. 

Centre 44,2 — — 

Sad 52,3 — — 

ASIE. — CEYLAM. 

Pour Ceyian, les documents officiels donnent les indications suivantes 

(1 ) SkUUUccU Report on the sickneu and morUtUty In the army of là^ Uniici 
Siat0s. WailiiPfftOQ, 1840. 



166 PROLOiNGATION DU SÉJOUR DANS LBS PATS CHAUDS. 

sur la mortalité dans ses rapports avec la durée du séjour des troupes, 
pendant la période de 1830 à 1836 : 

MoiM-de 1 an de s^oiir 44 décès sur 1 ,000 hommes. 

De 1 k 2 ans 48,7 

Phisde2ans 49,2 

PRÊSIOENCB DE MADRAS^ 

Voici les résultats fournis en 18&7 par U 692 soldats européens de l'ar- 
mée de Madras. 

Darëe du séjour. Blalades sur 1,000 h. Morts sur 1,000 h. 

Moinsdelan 1,099 42 

DelanàSans 2,417 11,8 

De3à5iiis 1,639 13,1 

Des à 7 ans 1,555 23,4 

De7àlOaDS 1,188 12,6 

De 10 à 14 ans 1,671 30,S 

De 14 à 20 ans et au delà. 952 37,5 

Ainsi, la première année du séjour dans Tlnde est celle où TEuro- 
péen offre en quelque sorte le plus de résistance aux influences pathogé- 
niques, à telles enseignes qoe, entre la fin de la première année et le com- 
mencement de la quatrième, un effectif de 1 000 hommes fournit 2 &77 
malades aux hôpitaux, aloi^ qu'il en donnait moins de la moitié dans le 
cours de la première année. Quant à la mortalité, son maximum se mani- 
feste ici dans la première année ; mais^ après avoir diminué d*une manière 
sensible dans les quatre années suivantes, elle reprend une marche ascen- 
dante à l'expiration de cette dernière période. 

PRÉSIDENCE DU BENGALE. 

Dans cette présidence, Texamèn delà mortalité de 1184 officiers de 
divers grades a fourni les résultats suivants ; 

Grades. Age moyen. D^ès sur 1,000. 

Sous-lieotenants de 18 à 33 ans. 23,4 

Lieutenants • de 18 à 33 ans. 27,5 

Capitaines 36 ans. 34,5 

Majon 40 ans. 41, o 

LieateDanls- colonels 51 ans. 48,4 

Colonels 61 ans. 59,4 

Ici encore une fois, la mortalité croît en raison directe de Télévatioa du 



COLONISATIONS BUBOPtelINKS DAMS LES PATS CHAUDS. 167 

grade, tiéTation qui correspond ^ h fois à un âge |4n8 avancé et ordinai* 
rament aussi à un séjour plus prolongé dans Flnde. 

Le taUean suivant résume la mortalité des employés civils européens de 
la province du Bengale, pendant les quatre premières années de leur séjour. 





Ffombre 


Nomlire 






dat employés. 


dadëcit. 


Rapport à 1000, 


1" année de séjoor 


1 • • • «7 1 O 


19 


19,5 


2* — 


933 


22 


23,3 


y -^ 


906 


18 


20 


V — 


874 


19 


22 



De 1790 \ 1836, la mortalité des employés civils avait suivi, dans la 
même présidence, la marche ci-après : 



ak«. 


Années de aenrice. 


Décès sur iOOO 


20 k 25 


1 à 5 


19.9 


25 à 30 


5 à 10 


20,8 


30 à 35 


10 à 15 


16,6 


35 k 40 


15 à 20 


23,4 


40 à 45 


20 à 25 


35,4 


45 à 50 


25 k 30 


36,4 


▲Q-dMiont de 50 


30 


48»6 



Les employés civils sont autorisés, après leur dixième année de service, 
à faire une absence de trois années en Europe ; ils en profitent ordinaire* 
ment avant leur quinzième année de service aux Indes. Ceci explique Tap* 
parente diminution de la mortalité des fonctionnaires de la série de dix k 
quinze ans de service. 

CHAPITRE VIII. 

BSSAIS DE COLONISATION EUROPÉENNE DANS LES PAYS GHAVD8. 

Il y a près de deux mille ans, Vitruve s'exprimait ainsi, au sujet de 
rémigration dans les pays chauds : « Quae a frigidis regionibus corpora 
» traducuntur in calidas, non possunt durare, sed dissolvuntur. Quae 
» autem ex calidis locis sub scptenti ionum regiones frigidas, non modo 
» non laborant immutatione loci valetudinibus, sed etiamconfîrmantur (1). » 

On peut considérer cette proposition du grand architecte comme résu- 
mant Topinion du peuple romain. Depuis lors, Thypothèse d'un prétendu 

(1) De architectural Hb. I, eap. ly. 



168 BSSA18 DE COL(H«ISATiON BIJBOPilimB 

cosmopolitisme de l*homme, jointe à l'ignorance de Tbistoire et des doco» 
ments statistiques modernes, a longtemps fait admettre la facilité de fonder 
dès colonies européennes dans les pays chauds. ^L'hypolfaèse dont il s'agit 
semble désormais insoutenable, et l'impartial examen des faits vient chaque 
jour conGrmer une proposition que nous avons formulée depuis longtemps, 
à savoir que les établissements européens dans les pays chauds n'ont de 
chance sérieuse de réussite qu*à la condition d'un des correctifs suivants : 
1** Fixation du séjour sur les lieux élevés, exemples : Mexique, Pérou ; 
2* Culture du sol par des nègres : provinces du Sud des États-Unis 
d'Amérique, Antilles, Guyane, Brésil, Sénégal, Bourbon, Maurice; 
3* Culture du sol parla population indigène; Inde anglaise, PhUippines, 
Java. 

En Egypte, rien ne prouve qu'on peuple autre que le Fellah ait jamais 
cultivé la terre. Les dominations perse, grecque, romaine, arabe, mame- 
louk, turque, se sont succédé sur cette terre classique, mais aucune nation 
n'y a partagé, avec la race égyptienne, la culture du sol. « Le Fellah, dit 
M. Hamont, est l'habitant réel de cette terre antique ; ses instruments 
de labour n'ont pas changé ; il est l'agriculteur unique, l'agriculteur par 
excellence. • D'après Yolney, la généralité des cultivateurs y descendrait 
des Arabes, qui, à diverses reprises, se seraient rendus maîtres de 
l'Egypte. Mais, à ce compte, il faudrait que l'ancienne population, éva- 
luée à 5 millions d'habitants, eût été exterminée : or rien de pareil n*a 
jamais eu lieu. Les Arabes ont occupé l'Egypte militairement, ainsi que 
l'avaient fait, avant eux , les Perses , les Grecs , les Romains , c'est-à- 
dire en respectant, ou mieux, en exploitant la population agricole indi- 
gène, qui changeait seulement de maîtres. A\ant l'invasion perse, les 
Nubiens et les pasteurs Hiskos avaient envahi l'Egypte ; mais la population 
agricole ne fut jamais exterminée, d'abord parce que l'extermination d'un 
peuple n'est pas chose facile ; peut-être aussi parce que les dominateurs 
avaient compris qu'ils n'étaient pas propres à la culture de la terre. Marne» 
louks, Turcs, Nègres, tous ont échoué à produire une troisième géné- 
ration, même au moyen du croisement, et, sur 90 enfants, Méhémet-Ali, 
lui-même, avait pu à peine en conserver 4 ou 5 (1). 

Dans le nord de l'Afrique, la race romaine ne se retrouve nulle part, 
malgré sept siècles d'occupation, malgré les ruines géantes de monuments 
et de routes. Le Romain d'ailleurs habitait, selon toute vraisemblance, le 

(I) Gisquet, l*igypi9, les Turcs et l^ ÀraJt^, faris, 1847, 



DANS LES PATS CHAUDS. 169 

sol africain, non en coltivateur, mais en dominateur ; il ressemblait à 1* An- 
ghis dans l'Inde, non à TAnglais anx États-Unis. Il ne transportait pas sa 
famille, mais il transformait les Africains en citoyens romains. « On t'offrit 
la robe, dit Tertullien à Carthage, et tu devins Romaine. » C'est ainsi encore 
que Gtique était devenue colonie romaine. Après la bataille de Pharsale, 
Gaton, réfugié à Utique, convoque les 300 habitants romains de cette ville 
et leur offre de combattre à leur tête contre César. « Mais ces Romains, dit 
Plutarque, que le commerce et la banque avaient attirés en Afrique, ré- 
pondent qu'il leur paraît dangereux de s'enfermer dans une ville dont les 
halûtantssont Phéniciens. » Caîus Gracchus qui fit la première colonie de 
Carthage, raconte que son frère Tibérius conçut la loi agraire après avoir 
trouvé que la Toscane était déserte et parcourue seulement par quelques 
pâtres esclaves ou barbares. Dans un tel état de choses, il eût été diflBclle 
de peupler FAfrique de Romains, alors que l'Italie elle-mémeen manquait 
Les villes africaines étaient à Rome ce que sont anjourd'boi Bastia et Ajat- 
cio à la France ; les habitants de h Corse sont citoyens français, sans que 
leur Ile ait jamais été colonisée par des familles venues du département 
de la Seine (1). 

Sous l'empereur Trajan, dit M. Oureau de la Malle, le descendant d'un 
soldat de Jugnrtba, né loi-même à Lambèse (Tezzoote?), s'appelait peut- 
être Quintns-Ccecilius Looginus. Comme les jeunes soldats ne restaient 
pas dans le pays où ils étaient nés, il pouvait avoir fait ses premières armes 
à Amida (Diarbekir), avoir commandé une escouade de cavalerie à Sta- 
baria (Stein am Anger, Autriche), enfin, s'être marié à Juliobona (Lille- 
bonne) k une jeune Gauloise. Celle-ci descendait peut-être d'un chef mas- 
sacré par les soldau» de César. Tous les deux étaot enfants, l'un an fond 
de l'Afrique, l'autre sur les bords de la Seine, avaient jeûné aux ides de 
février (défaite et mort de Fabius), et, le 6 des calendes de mars (anniver- 
saire de l'expulsion de Tarquin), avait été pour tous deux un jour de fête. 

Dans le troisième siècle de notre ère, les Africains, comme corps de 
nation, avaient cessé d'exister ; il n'y avait plus que des Romains. L'empe- 
reur Severus était né à Leptis, dans la régence de Tripoli ; bien qu'il eût 
fait ses études à Rome, il n'en conserva pas moins toute sa vie l'accent 
africain, n Afrum quiddam usque ad senectutem sonans (2). » Quand sa 



(1) Voyei la distinction que nous avons établie plus haut, page 128, entre la 
nalùmaiiié et la naturalisation. 
{2) Spartian, Vita ^evm, p. i . 



170 ESSAIS DE COLONISATION B011OPÉSNNE 

sœur vint de Lepds ]e visiter à Rome, elle parlait h peine latin, c Viz 
latine loquens ; » l'empereur, très embarrassé ( « Cum de ilh mnl- 
» tnm imperator erubesceret, » ) s'empressa de la renvoyer dans sa piO"» 
vince. 

Tacite raconte que, sous Néron, les soldats envoyés comme colons à 
Tarente et à Antium, ne parvinrent jamais à repeupler ces contrées, et 
qu'ils mouraient sans postérité. «Neque conjugiis snsdpiendis, neque 
» alendis liberis sueti, orbas sine liberisdomos relinqoebant » {Ann* L XI¥, 
c. xxvii). Pense-t-on que lesessaisde colonisation militaire qui écbonaîeat 
en Italie, eussent mieux réussi en Afrique? On a parlé de trois cents 
évêchés qui auraient existé dans le nord de l'Afrique, dans les derniers 
temps de la domination romaine ; mais on a oublié que les évêques de 
cette époque étaient souvent moins que nos curés de village^ Saint Jé- 
rôme rapporte que le village de Maronia était la résidence de l'évêqne 
Théothée; Sozomène déclare explicitement que beaucoup d'évêques rési* 
daient dans des villages sans marchés et sans lien d'assemblée. En Crète, 
à une époque où moins du tiers de la population était converti au chris» 
tianisme, on comptait plus de cent évêques. 

Orose rapporte qu'au temps de Micipsa, une armée de 30000 hommes 
fut détruite près d'Utiquc, par la seule influence des maladies. « Ap«d 
» Uticam civitatem, triginta millia militum quae ad praesidium totios Afric» 
• ordinata fuerant exstincta atque abrasa sunt. » Telle était la mortalité 
dans le camp romain, qu'en un seul jour, on vit passer par une seule porte 
les cadavres de plus de cinq cents soldats. « Ut sub una die, per unam por* 
9 tam, ex illis junioribus plus quam quingentos mortuos elatos fuisse nar* 
» retur (1). » D'après Robertson, Charles-Quint, sur une armée de 26000 
hommes, presque tous vieux soldats, mosthj vétérans^ perdit en qud* 
ques jours 8000 hommes, bien que le débarquement des troupes se fût 
effectué le 20 octobre 15^1, par conséquent en dehors de la période épi- 
démique de l'année. Ce fut encore par suite de l'énorme mortalité des 
troupes, que le gouvernenicnt français se vit obligé autrefois d'abandon- 
ner, sur les côtes de l'Algérie, le fameux bastion de France, où une gar- 
nison de i!iOO militaires se trouva réduite, par la mort, à six hommes 
dans le cours d'un seul été (2). Poiret raconte qu'on ne pouvait enrôler, 
pour la pêche du corail, que des malfaiteurs fuyant la vengeance de la 



(1) Orosius, HUioriarwny lib. IV, c. xi. 

(2) Poiret, Voyage tn Bcurbarie. 



DANS LES PAYS CHAUDS. 171 

justice; il ajoute : « Si làCalie ne voulait que des honnêtes gens, eUe serait 
déserte. » 

Les Hollandais ont commencé à peupler le cap de Bonne-Espérance en 
1652, et Ton sait qu*ils n'ont épargné aucun sacrifice pour cette colonie. 
En 1830 le Cap, après 188 années d'énormes dépenses, ne comptait pas 
encore 100000 habitants libres. L'Angleterre a dépensé plus d'un milliard 
pour fonder un établissement européen à Sierra-Leone, et celte colonie 
compte aujourd'hui nn peu moins de cent habitants blancs, dont proba* 
blement un vingtième à peine est né sur le sol africain. 



CHAPITRE IX. 

GOtOniSATION FRANÇAISE EN ALGÉRIE. 
AHT. Z*'. — Examen des opinions. 

Nous soutenons depuis douze ans (1) cette thèse, que l'acclimatement 
de l'Européen dans les pays chauds, pour cesser d'être une hypothèse, a 
besoin de s'appuyer désormais sur des faits positif. Avant de procéder à 
l'examen de ceux qui peuvent contribuer à l'élucidation du problême de 
racclimatement de rËuropécn en Algérie, il peut n'être pas sans intérêt 
de connaître les opinions émises à ce sujet. 

Voici en quels termes s'exprime )c général Cavaignac : « Il faudrait 
savoir ju^u'à quel point l'homme d'Europe peut se naturaliser dans ce 
pays, et à quelles conditions ; jusqu'à ce jour l'expérience est douteuse (2). » 
« Tout homme faible envoyé en Afrique, disait le général Bugeaud, est un 
homme perdu (3). » Le général Duvivier est plus explicite : « On a, dit-il, 
de fausses idées sur l'acclimatement...; l'acclimatement d'un régiment est 
une illusion...; il y a triage par la mort; les cimetières sont les seules co^ 



(1) Boudin, Traité des fièvreu intermittentes et continues des pays ekauds et des 
taittréei marécageuses, Paris, 1842. — Id., Études sur la mortalUé et sur Vaccli^ 
mat0men$ de la population française en Al(jérie {Annales d'hygiène publique , 
t. XXXVII, p. 358). — Id., Colonisation française en Algérie ^ t. XXXIX, p. 321. 
— Id., De VoccupcUion des lieux élevés^ considérée comme moyen^ de dimini*er la 
mùrtaUtéen Algérie, t. XLI, p. 93. — Id., Uistairv statistique de la population en 
Algérie d'apràs hs documents officiels les plus récents, t. L, p. 281. — Id., Stati^" 
Hquê de lapoputathn de la Franoe et de ses colonies, t. XLVIII, p. 25f . 

(2) négenceé^ Alger, p. i52. 

(3) Chambre 4ea députés, séance du i9 février 1838. 



172 COLONISATION PEANÇAISB BN ALGÉRIE. 

tonies toujours croissantes de r Algérie (1). » Yoici comment s'exprimait 
à la tribune de la chambre des pairs (séance do 27 juin i8&6), un ancien 
ministre de la guerre : « C'est une erreur de croire que nos soldats 
s'acclimatent en Afrique ; au contraire, plus ils y servent, et plus ils 
s'affaiblissent... Demandez à l'Alsace combien de veuves, réduites k h 
mendicité , lui sont revenues après avoir laissé les ossements de leurs 
maris et de leurs enfonts sur cette terre de désolation. • L'opinion 
du général Thomas, alors chef du bureau arabe, est que « racclimatement 
de la race européenne présente de graves diflBcnltés, et qu'elle y arrive è 
une vieillesse anticipée (2). » Le général Fabvier déclarait à la chambre 
des pairs : «J'ai été effrayé du résultat de mes recherches sur la morta- 
lité des enfants en Algérie. » Le général Castellane a formulé la même 
opinion (3). a Les Européens qui habitent l'Algérie depuis huit ans, dit 
M. TroUiet, médecin en chef de l'hôpital civil d'Alger, ont donné la 
même proportion de malades que ceux qui ne l'habitaient que depuis un 
ou deux ans... Le désavantage semblerait même être pour les plus an- 
ciens (6). » « L'influence du sol africain, dit un autre médecin d'Alger, 
M. Bodichon, conduit les hommes qui y vivent vers une détérioration 
morale (5). ■ M. Périer, membre de la commission scientifique d'Afrique, 
cite au nombre des signes de l'acclimatement l'abaissement du phyâqne, 
l'abaissement du moral et l'oubli de la patrie (6). Il ajoute : < Le mariage, 
l'implantation d'une race de sang mêlé, telle est encore la pierreangulaire 
de notre édifice dans l'avenir. » 

Selon M. Vital, médecin en chef de l'hôpital de Constantine, et qui ha- 
bite l'Algérie depuis dix-neuf ans : « Les enfants nés dans le pays, de père 
et de mère européens, sont impitoyablement moissonnés; les enlants nés 

(i) Solution de la question de l'Algérie, Paris, 1 84 i, p. 19 et St. 

(2) De l'emploi des Arabes^ 1847, p. 11. 

{'^) Chambre dps pairs, séances des 29 et 30 juin 1846. 

(4) Statistique médicale de la province d"* Alger, Paris, 18i4, p. 158. 

(5) Considérations ewr l'Algérie, Paria, 1845, p. 137. 

(6) Annales d'hygiène pud/tgue, t. XXXIil, p. 314. M. Jacqoot ae prononce 
également en faveur de l'hypothèse de racclimatemeot, mais en proposant le croi* 
sèment de PEuropëen avec. la femme indigène. A ce sojet, il exprime le regret 
« que Tautorité n'ait pas compris cette haute et féconde question du croisement, n II 
ajoute : « Nous ne doutons pas que beancoap de musulmans vendraient ou mst- 
rieraîent, ce qui revient au même, leurs filles aui chrétiens. On m*obJeetera peut- 
être la moralité; mais c'est U un point très peu gênant en Afrique; d*abord les 
intérêts sociani et politiques sanctionnent tout. » (GaieUe médksale du 26 avril 
1848, p. 325). On ne saurait e^ vérité se moqlrer plus açoonmodant. 



SXAMEN DBS OPINIONS. 17S 

de pèro et de mère nègres sont plus maltraités encore (1). » EnOn, 
M. £. Bertherand» attaché pendant plusieurs années comme médecin I 
ondes boréaux arabes de TAlgérie, nous écrivait en 1855 : • La bonté 
do climat algérien est une assertion erronée; malheureusement ma parole 
n'aora pas assez d'aotorité poor faire revenir l'opinion publique d*nne 
erreur fatale à rim(dantation européenne, opinion qne cette erreur en- 
dort dans one trompeuse sécurité (2). » 

U nous reste à examiner les opinions émises en faveur de Tacclimate- 
ment; nous nous abstiendrons de toucher ici à celles qui proposent le 
croisement des Européens avecla population indigène, ce croisement étant 
manifestement one utopie et la négation implicite de Facclimatement. 

MM. Foley et Martin ont publié en commun, vers la fin de 18&7, un 
mémoire ayant pour titre : De C acclimatement et de la colonisation en 
Algérie^ mémoire dans lequel ils se sont proposé de combattre ce qu*ils 
appellent eux-mêmes les faits imposants qui militent contre Thypothèse 
de l'acclimatement. « Une question préjudicielle, disent-ils, est encore à 
l'état de problème ; c'est celle-ci : l'Européen, et plus particulièrement le 
Français, peut-il se naturaliser comme agriculteur en Algérie?» D'après 
ce début, il semblerait que les auteurs vont examiner la faculté d'accli- 
matation du Français agriculteur, dans l'ensemble de l'Algérie. Il n'en est 
rien ; leurs documents n'ont trait qu'à la population citadine d'Alger, con- 
sidérée en bloc, c'est-à-dire sans acception de nationalité ni de profession. 
MM. Foley et Martin assurent que les Carthaginois ont a organisé des colo- 
nies agricoles dans un espace de soixante-quinze lieues de long sur 
soixante de large. » Il est possible que les Carthaginois aient fait du jardi- 
nage; mais, à coup sûr, il y a loin de là à l'agriculture ; d'autre part, les 
Carthaginois étaient d'origine asiatique, circonstance d'autant plus digne 
de remarque, que nos documents prouvent que les Juifs, également d'ori- 
gine syrienne, sont anjourd'hui les seuls habitants des villes de l'Algérie 
pour lesquels le nombre des naissances l'emporte sur celui des décès. 

MM. Foley et Martin pensent «qu'aux Antilles, ce n'est pas l'inaptitude 



(1) GaxetU médicale de Paris^ 6 novembre 1852, p. 702. — Il importe de noter 
^ne Conitantine ett à 650 mètre« an-deorasdn niveau de la mer, et que IMofluence 
patafire j est presque nulle. 

(2) Un ancien ministre delà guerre nous écrivait il y a quelque temps : « Votre 
travail met an graod jour de tristes vérités dont it est temps de tenir compte, tant 
à llntérleor qu*en Afrique, où racclimatement des Enropéeos m*avaitparu depuis 
longtemps^une chimère. » 



17/i COLONISATION FRANÇAISE SN ALGÉRIE. 

des blancs à travailler la terre, mais bien leur orgueil qui leur fait eni- 
ployer des nègres. » Il serait intéressant de savoir si Torgaeil ne jouerait 
pas également le principal rôle dans la mortalité qui décime nos soldats à 
la Martinique et à la Guadeloupe. 

Dans un premier tableau MM. Foley et Martin donnent la proportioa 
annuelle des décès des enfants nés à Alger et des enfants immigrés, de «m 
à quinze ans. Pour obtenir cette proportion quant a«x enfants de la pre* 
mière catégorie, on comprend qu'il ne s^agit que de comparer avec le 
chiffre de la population annuelle moyenne de ces enfants, le nom- 
bre des décès constatés dans Tannée. On conçoit aussi que, dans une 
population aussi essentiellement mobile que celle d^une colonie naissante» 
il est indispensable de tenir compte des départs, tant pour rintérienr de 
TAlgéric que pour l'Europe. MM. Foley et Martin ne tiennent aocan 
compte des départs d'Alger; d'nn autre côté, au lieu de comparer k 
chiffre des décès à celui de la population annuelle moyenne, ils le com- 
parent au chiffre beaucoup plus élevé de la population au 31 décembre. 
Malgré l'amoindrissement manifeste de la mortalité résultant de cette ma- 
nière d'opérer, MM. Foley et Martin n'en arrivent pas moins à une 
moyenne de 191 décès sur 1 ÛOO enfants nés à Alger, alors que la morta- 
lité des enfants de zéro à quinze ans n'est, en Angleterre, que de 26 décès. 
D*après ces auteurs, la mortalité des enfants nés à Alger aurait été : 



Kn 1841, de.... 


63 décès sur 1000 


1842, de.... 


45 


1843, de.... 


79 


1844, de.... 


75 


1845, de.... 


78 


1846, de.... 


97 



Or MM. Foley et Martin trouvent (page 26) : « qu'il résulte de ce tableaa 
que la nouirtalité a constamment dt m mt/e depuis 18A0. » Enfin le môme 
document constate un chiffre de sept cent quatre-vingt-quatre enfants eu-- 
ropéens mort-nés dans la population d'Alger» soit 1 mort-né sur 22 nais- 
sances. Toutes nos remarques s'appliquent aux enfants immigrés. 

D'après MM. Foley et Martin, les villages d'Ouled-Fayet et de Saint- 
Ferdinand se trouvent placés en dehors de l'influence marécageuse et à 
l'abri des vents de la Mitidja. Malgré ces conditions favorables, la moyenne 
delà mortalité, pendant les années 18^^, 1865 et 1846, n'en a pas moins 
été, selon ces auteurs eux-mêmes : pour Ouled-Fayet de 59 décès, pour 
Saint-Ferdinand de 58 décès sur 1 000 habitants européens. 



KXÀMEN DES OPINIONS. 175 

Dans un quatrième chapitre, nous trouvons (page 37) un tableau sur 
la mortalité de l'armée dans la province d'Alger. i^Iais les décès des hôpi- 
taux de TAlgérie sont loin de représenter l'ensemble des pertes de l'ar- 
mée d'Afrique, pertes qui se complètent et de la mortalité dans les hôpi- 
taux de France, des réformes, des retraites, etc. En second lieu, les 
déplacements incessants des troupes d'une province à l'autre ne compor- 
tent pas de calcul spécial sur la mortalité d'une province considérée sépa- 
rément. Quoiqu'il en soit, de 18/!t0 à 18/!t6, la mortalité moyenne de 
Tarmée, dans la province d'Alger, aurait été de 63, 6 décès sur 1 000. 
Or ce chiffre, qui est au-dessous de la réalité, représente encore une mor- 
talité six fois plus considérable que celle qui pèse sur la population civile 
mâle en France. 

Pour MM. Foley et Martin, toute dhninution de mortalité en Algérie 
dans une série d'années serait de l'acclimatement. Mais pour qu'une telle 
opinion fût admissible , il faudrait que l'observation eût été faite sur un 
effectif ou sur une population non altérés par des départs pour la France, 
ni par des arrivées. Il est un autre fait important dont ces auteurs ne 
tiennent point compte : nous voulons parler de la diminution des pertes 
d'un effectif, même en France (1). 

Ajoutons enfin que les chiffres de MM. Foley et Martin, déjà en désac- 
cord avec les documents ministériels qui sont sous nos yeux, ne s'accor- 
dent pas même avec les documents publiés en \SU6 par M. Martin, dans 
son Manuel (Thygiène à l'usage des Européens qui viennent s'établir 
tn Algérie. Ainsi l'effectif de l'armée de la province d'Alger en 1844, 
porté par M. Martin à 41 780 hommes, est estimé par MM. Martin et 
Foley, à 43000 hommes... 

En somme, les documents que nous venons d'analyser, abstraction faite 
de l'exactitude contestable des chiffres qui leur servent de base , loin de 
Intimer des conclusions favorables à l'acclimatement, nous paraissent ac- 
cablants pour cette hypothèse ; ils peuvent se résumer ainsi : 

Enfants nés à Alger, moyenne de seize années 121 décès snr 1000 

— en 1846 97,8 

Enfants européens immigrés. Année 1846 (2) 41 

(1) Voyez pins haut, page 161. 

(2} Le gouvernement français refusait alors le passage aux enfants âgés de moins 
de douze ans; il s'ensuit que ces enfants immigrés ne devaient compter qu'une faible 
proportion d*enfants de zéro à cinq ans, les seuls, comme on sait, dont la morta- 
lité en Eun^ soit considérable. 



i% COLONISATION FRANÇAISE KN ALGÉRIE. 

Enfants de zéro à quinze ans, en Angleterre 27 

Population civile de Oaled-Fayet 59 

— de Saint-Ferdinand 58 

Popnlatiou française en France 23,6 

Mortalité de l'armée. Province d'Alger, i840 à 1846. . 63,6 

Mortalité de Tarmée en France, 1842 à 1846 18,6 

Il nous reste à examiner Topinion de M. Cazalas. On a vu au commen- 
cement de ce chapitre un grand nombre de généraux, de ministres, 
de médecins, se prononcer contre racclimatement en Algérie, ou au 
moins n'admettre celte hypothèse iqu'avec de grandes restrictions. Selon 
M. Cazalas : « Tout le monde sait, et personne ne songe à le contester^ 
qu'à raison de la merveilleuse flexibilité de son organisation, propre à se 
plier aux exigences des latitudes les plus extrêmes, Thomine peut vivre ei 
se perpétuer dans tous les climats ; que Thommé du nord peut s*acclimater, 
se multiplier et se perpétuer dans le midi, comme Thabitant du midi dans 
les climats du nord (1). » Ainsi M. Cazalas ne se contente pas d'admettre 
racclimatement du Français en Algérie, mais il va jusqu'à affirmer la fa- 
culté de l'homme, de vivre et de se perpétuer, dans tous les climats, d'où il 
résulterait que le nègre serait en état de se perpétuer en Islande, et qu*à 
défaut de madéricns, de chinois et de coulis, l'Esquimau poun*alt, au 
besoin, coloniser la Guyane. Quelle que soit la flexibilité accordée 
à l'homme, il est permis de douter, jusqu'à preuve du contraire, qu'elle 
parvienne jamais à réaliser un pareil tour de force ; mais passons des as- 
sertions aux faits. 

Selon M. Cazalas, « 18^7 et 1868 ont été des années à peu près nor-* 
maies, sans épidémies et sans immigrations exceptionnelles, sans défri- 
chemerits considérables. » Kh bien, dans ces deux années, du choix de 
M. Cazalas , la mortalité annuelle moyenne a été de plus de 46 décès 
sur 1 000 habitants européens, c'est-à-dire deux fois plus considérable que 
la mortalité normale de la France, et de 6li pour 100 plus forte que la 
mortalité de la France en 18/i9, année de choléra. Ajoutons toujours que 
l'Algérie n'a qu'une faible proportion de vieillards, que beaucoup d'habi- 
tants sont maltais ou espagnols, enfin que beaucoup de malades rentrent 
en Europe soit pour s'y rétablir, soit pour y mourir. Enfin, dans les deux 
années normales et exemptes d'épidémies, etc., les décès se sont élevés : 

(1} Moniteur algérien du 20 Janvier 1854. 



BXAMAMBN DBS OPfNIOfiS. 177 

A ConslAQtÏDe, à 50,1 sur iOOO h. 

MiliaDab 63»2 

Bli^ah..., 66,5 

Boafarick 91,6 

Aifisi , une mortalité normale, trois fois plus considérable que la mor- 
talité de la France dans une année de choléra, voilà en définitire les faits 
produits par M. Cazalas en faveur de racclimatement (1). 

Pour clore c-eltc discussion, donnons la parole à un juge aussi impartial 
qu'éclairé : « Les partisans de racclimatement , dit M. Fleury (2), ont 
substitué la théorie et Tutopie à la pratique et h la réalité des choses ; ils 
ont restreint la question aux proportions de Thygiènc privée, oubliant ou 
méconnaissant qn*il s^agit d*hygiènc publique et générale, de colonisation ; 
en un mot, d'une grave question d'économie politique et sociale... Tout 
le monde sait et proclame que la mortalité est beaucoup moins considé- 
rable dans les localités saines ou assainies que dans les localités malsaines, 
marécageuses. Mais ce qui importe, c'est : 1*' de savoir s'il est facile ou 
possible de séparer, en réalité ^ des conditions eswntielles du climat, ces 
conditions accidentelles que M. Jacquot en sépare si aisément, par la pen^ 
sée; 2* de constater si, dans les localités saines ou assainies, et au milieu 
de conditions hygiéniques aussi favorables que possible, la mortalité n'at- 
teint pas encore des chiffres, qui né permettent pas à la population im- 
portée de se perpétuer. Eh quoi donc, les marais, les eaux stagnantes, les 
effluves paludiques ne (ont-ils point, pour ainsi dire, partie intégrante, 
inévitable de pays chauds 7 Lorsque l'Europe est encore parsemée de marais, 
lorsque la France en présente encore ^50000 hectares, vous considérez 
comme facile, comme possible, l'assainissement de l'Afrique, du Sénégal! 
vous voulez en dessécher tous les marais, en canaliser tous les fleuves, en 
défricher toutes les terres! Vous parlez de croisement, d'assimilation de 

(1) Plusieurs médecins de Tarmëe d'Afrique, les nos collègaes, les antres chefs 
de M. Caxalas, nous ont adressé des docaments très peu favorables à ses propo- 
sitions optimistes. Nous D'en avons poiat fait usage, trouvant que M. Gualas 
s'était en quelque sorte réfuté lui-même. Nous garderons aujourd'hui la même ré- 
serve, en nous bornant à recommander aux partisans de Thypothèse de racclima- 
tement la méditation des vers du poëte : 

Tenlate diu quid ferre récusent 
Quid valeant hwneri. 

(2) Cours (fhygftàntf fait à la FooM de méâ&ik^ de Paris^ par L. Fleury, pro- 
fesseur agrégé, t. p. 348. 

IL 12 



478 COLONISATION FRANÇAISE EN ALGERIE. 

races, comme si déraciner les mœurs, les coutumes, la religion ; comme si 
anéantir ou absorber une nationalité, était la chose la plusfaciieda monde ! » 
« Qu'on nous prouve, s*écrient MM. Foley et Martin, que l'assainissement 
de l'Algérie est impossible , et nous-mêmes nous consentirons à inscrire 
aux portes de TÂlgérie la lugubre sentence du Dante. » « £h bien, après 
vingt ans d'efforts incessants, de sacrifices énormes d'hommes et d'argent, 
l'œuvre de notre colonisation est encore à créen Qu'attendez-vous donc 
vous qui avez été forcés de reconnaître qu'à Onled-Fayet et à Saint-Fer- 
dinand, villages placés en dehors de Tin fluence marécageuse^ la mortalité 
est de 50 sur lOUO habitants, mort-nés non compris? En présence de 
toutes ces considérations et de ces faits, en présence de l'Angleterre, tou- 
jours si intelligente lonMju'il s'agit de ses intérêts, nous pensons, avec 
M. Boudin, que la colonisation des pays chauds, par les Européens, n'est 
profitable qu'aux trois conditions suivantes, etc., etc. (1). » 

ART. XX. — Szament de§ faits. 

L'état sanitaire de nos troupes a-t-il subi, pendant la période de notre 
domination en Algérie, une notable amélioration, eu rapport avec les efforts 
incessants de l'administration de la guerre? C'est ce que nous allons exa- 
miner. Dans Fexpédition de Mascara en 1835, le 2* léger comptait à lui 
seul plus de (^00 malades. En 1837, le bataillon de tirailleurs d'Afrique, I 
Guelma, ne put, sur un effectif de 781 militaires, fournir que 250 hom- 
mes pour l'expédition de Constantine. A la même époque, le 3* régiment 
de chasseurs d'Afrique, à Bone, perdait 418 bonunes sur un effectif de 
1200. Dans la même année, le 71* de ligne, fort de 2&00 hommes, et 
dont deux bataillons étaient à Boufarik, et un troisième dans la provioce 
de Bone, perdit dans les huit derniers mois de Tannée plus de 600 hom- 
mes (3). Ces pertes seraient pkis considérables encore, sans l'évacuation 
sur la France, d'un grand nombre de convalescents, de malades, de mou- 
rants ; sans le renvoi incessant des hommes libérés, enfin sans la rentrée 
en France des régiments après un séjour de quelques années sur le sol al- 
gérien. En 18^1, le nombre des malades évacués sur France s'est élevé à 
6266, parmi lesquels Al ont succombé pcudant la traversée; de 1840 à 
1843, la moyenne annuelle des évacuations sur France a été de S B07 ma- 
lades. 

(1) L. Fleury, Op, cit., p. 349. 

(2) De l'armée ^ de $on appUcatitm uuœ itoMmt pMéeSf par le général Ou- 
dinot. 



EXAMEN DES FAITS. 179 

A Lalla-Magliiina, dans rnulomnc de 18^5, sur 523 hommes du 10* de 
cbasseui's à pied, 15 soldats seulement et 3 oOiciers n'éprouvèrent au- 
cune atteinte de fièvre. Du 23 seplciiibrc au l"" janvier 18û6, il y eut 
113 moris par la fièvre ou ses suites. Un bataillon du 15' léger fut plus 
maltraité encore. Pendant l'automne de 1847, sur 75 zouaves, 8 seule- 
ment étaient en état de faire leur service, et sur 110 hommes du Uk" de 
ligoe, 3 seulement restaient bien portants (1). 

« Après avoir élevé au Fondouk, dit M. Lesueur (2), des constructions 
coûteuses, op a Qni par reconnaître que l'homme n'y pouvait vivre ; après 
avoir bâti des casernes à Toumiciles, la mortalité nous en a chassés. En 
18.'i3, époque^ laquelle je fus chargé de la direction du service de santé 
au campd'£l-Arouch, on considérait ce camp comme ayant beaucoup 
gagné sous le rapport de la salubrité. Cependant je constatai dans les mois 
d'août et septembre que, sur une garnison de 500 à 600 hommes, plus de 
200 avaient été admis à l'hôpital, et que le chirurgien- major du corps 
n*en soignait pas moins d'une cinquantaine à la chambre : j'étais obligé 
moi-même de faire de fréquentes évacuations sur Philippeville. En 1844, 
de nombreuses améliorations faisaient espérer un résultat favorable dans 
Tétat sanitaire ; il n'en fut rien. Dès le mois d'août, les deux tiers de la 
garnison étaient à Thôpilal ou avaient besoin d'y entrer. La mortalité 
s'éleva à plus de 25 hommes sans compter les évacués qui allaient mourir 
aideurs. Ël-Arouch comptait une douzaine de familles, et chacune pouvait 
compter plusieurs naissances ; mais pas un enfant ne résiste. Sur plus 
de 25 naissances, pas un enfant, comme pourrait l'attester le registre de 
Téut civil, n'avait, en janvier 1865, pu dominer plus de six mois les in- 
fluences pestiférées de la localité. Quant aux parents, le degré de souf- 
france de leur physionomie pouvait servir à mesurer leur séjour à El- 
Arouch. Plusieni^s familles avaient déjà émigré, plusieurs autres n'étaient 
retenues que par l'appât du gain, et par l'espoir d'aller bientôt dépenser en 
France le fruit d'économies acquises au prix de leur santé. En supposant 
qu'un poste militaire soit nécessaire à El-Arouch, il faudrait en renouveler 
la garnison assez souvent pour ne pas donner le temps à l'organisme de 
perdre toute réaction contre les influences morbides de la localité. » 

Même après la rentrée en France, nos régiments continuent de payer à 
l'Afrique en riialades, en réformés et en morts, un énorme tribut. Pendant 
des mois, pendant des années entières, nos régiments produisent, même 

(1) Gazette médicale du 29 juillet, p. 588. 

(2) Union médicale du 10 avril 1847. 



180 COLONISATION ^RANÇAISK EN ALGÉRIE. 

sar le sol français, des maladies algériennes ; et, chose bizarre, mais incon- 
testable, on voit ces maladies africaines frapper souvent des hommes qui 
leur étaient restés réfraclaires pendant leur séjour en Algérie (i). Enfin 
la détérioration de constitution produite par le séjour en Afrique, devient 
fréquemment un motif d'exclusion |X)ur d'anciens militaires désireux de 
reprendre du service. Tantôt l'Afrique donne en France la maladie elle- 
même, tantôt elle prédispose Torganisme à des maladies nouvelles, à la mort 
Ainsi, nous avons vu en 1835, à Marseille, le choléra sévir d'une manière 
très inégale parmi les deux régiments de force égale, composant la garni- 
son de cette ville ; l'un de ces régiments, le 62* de ligne, venant de l'in- 
térieur, eut 86 malades et 30 morts; l'autre, le /i" de ligne, qui avait 
séjourné à Alger, eut 119 malades et /|8 morts. 

On est généralement assez porté à considérer l'élévation de la tempé- 
rature et les émanations marécageuses, comme les seules causes de ma- 
ladie et de mortalité en Algérie. La première expédition contre Constan- 
tine, en 1836, et l'expédition du Bou-Thaleb, en décembre 1845, ont 
démontré que le froid peut aussi revendiquer sa part dans les désastres 
de nos troupes, condamnées ainsi, selon la parole du Dante (2) : 

A sofferw tormenti caldi e geli. 

Dans l'expédition du Bou-Thaleb, la colonne du général Levasseur 
perdit en deux jours 208 hommes par l'action immédiate du froid, sur 
un effectif de 2 800 hommes, 2350 furent atteints de congélation partielle. 
Parmi ces derniers, 55 furent soumis à des opérations et fournirent 
3 morts ; 477 furent traités par des moyens purement médicaux et don- 
nèrent lieu à 19 décès (3). 

Dansl'Kurope septentrionale et centrale, la mortalité est moins consi- 
dérable dans les campagnes que dans les villes. Jusqu'ici le contraire s'ob- 
serve en Algérie. On se rappelle qu'en 1843, sur 38 trappistes établis à 
Staoueli, 8 mouraient dans le cours de l'année, et sur 150 militaires con- 
damnés mis à leur disposition , 37 succombèrent, les autres furent atteints 
de maladies graves. 

Voici comment s'exprimait le tnaréchal Bugeaud, dans un Mémoire 
distribué en 1847 aux membres des deux chambres (4): «II suffit d'ins- 
pecter de près nos villages civils pour se convaincre qu'il y a beaucoup de 

(i) BoadiD, Essai de géographk médicale. Paris, 1843. 

(2) Div, Comedia : Purgatorio^ canto III. 

(3) Voyez t. I, p. 408 à 413. 

(4) 00 la cotùniMOlion de V Algérie. Paris, 1847, p. 47. 



EXAMEN DES FAITS. 181 

familles qoi ne peuvent pas on presque pas travailler. Plusieurs ont perdu 
leur chef unique, il ne leur reste qu'une femme et quatre ou cinq enfants. 
An Fondouk, il y a déjà une trentaine d^orphelins de père et de mère, qui 
ne peuvent vivre que de la charité gouvernementale. Dans d*autres vil- 
lages on voit beaucoup d'hommes devenus célibataires. Les Prussiens sont 
à peine arrivés depuis deux mois et déjà on compte plusieurs hommes qui 
ont perdu leurs femmes et leurs enfants ; un plus grand nombre de fa- 
milles où il ne reste qu'une femme, vieille avant l'heure et décrépite, 
accompagnée de quatre ou cinq enfants, incapables de travailler. Enfin, il 
y a bon nombre d'autres familles qui ne sont composées que d'orphelins 
de père et mère, hors d'état de pourvoir à leur subsistance. Il faudra de 
toute nécessité que l'administration militaire ou civile les prenne sous sa 
tutelle pendant quatre ou cinq ans et quelquefois davantage. Ainsi l'on 
fait des dépenses énormes pour des bras inutiles à la production comme à 
la défense du pays. Mes colons militaires ne seront assurément pas ini« 
mortels, mais ceux qui mourront dans la première année ne laisseront 
qu'une femme et tout au plus un enfant. C'est bien moins embarrassant 
qu'une femme déjà vieille... La femme du colon militaire trouvera immé- 
diatement à se remarier. » Dans un autre passage, le maréchal s'exprimait 
ainsi : « A Mered ainsi qu'à Mahelu a, j'ai associé deux à deux les colons 
pour prévenir l'empêchement du travail et assurer des soins aux bestiaux. » 
Comment les choses se comportent-elles depuis 1847 ? Laissons répondre 
les documents officiels (1 ). Au 30 juin 18(i9, la population française des co- 
lonies agricoles de l'Algérie se composait de l.H/il8 individus. Cette popu- 
lation s'est accrue, du 30 juin l^</i9au 31 décembre 1850, par l'arrivée 
de 5185 individus. Pendant cette même période, il est né 543 enfants. Ces 
deux éléments d'augmentation, joints à l'effectif initial, donnent un total 
de 19146. Sur ce nombre, il restait, au 31 décembre 1851, 10376 indi- 
vidus, diminution causée : 1* Par le départ de 5 928 individus ; 2" Par la 
mort de 2842. Ainsi sur un effectif de 19146 individus, 5928 avaient 
quitté l'Algérie après moins de dix-huit mois; 2842 avaient succombé, ce 
qui représente une mortalité annuelle de plus de quatre-vingt^ix-huit 
décès sur 1 000 habitants. 



(1) Voir les deux rapports de M. Loais Reybaud, do 16 novembre 1849 et du 
6 avril 1850, ia-4''. Paris, imprimerie nationale. 



182 



COLONiSATION FRANÇAISE EN ALGÉUIE. 



A&T. UX. — BIottv«iiieiit de la population «n Algérie* 

Au 31 décembre 1854, la population européenne de TAlgérie se com- 
posait de U3387 individus, dont 86017 dans les villes, et 57268 dans les 
campagnes (1). Sous le rapport deTorigine, la population européenne se 
composait ainsi: 



Français 

Espagnols 

Portugais 

Italiens 

Maltais 

Anglais et Irlandais. 



79,577 

39,339 

185 

8, 138 

6,279 

434 



Belges et Hollandais. 

AUemands 

Polonais 

Suisses 

Orées 

Divers 



444 

5,887 
290 

1,916 

94 

814 



Voici quel a été, de 1833 à 185(i, le nombre des décès et des naissances 
dans la population européenne de l'Algérie : 



Aiiiiéet. 


NalBMDcei. 


Décès. 


1833. 


214 


221 


1834. 


344 


389 


1835. 


369 


606 


1836. 


437 


738 


1837. 


590 


909 


1838. 


721 


757 


1839. 


880 


1,342 


1840. 


1,101 


1,457 


1841. 


1,236 


1,637 


1842. 


1,467 


2,358 


1843. 


2,012 


2,604 



(I) Au 31 décembre 1854, la population des tribns indigènes était, d'après les 
derniers documents oniclels, de 2,056,098 individus» dont : 

Hommes 625,296 

Femmes 630,800 

Enfants 800,202 

Cette population se composait de : 

Arabes 1,1 78,901 

Kabyles 677,739 

Berbers 304.008 

Koulougbis 251 

Hommes 50,662 

Femmes 30,112 

Knfanls (♦) 51,013 

{*) L'administration parait ainsi dcsiguer les individus Agés de moins de quinze 
ans. 



MODVBMBNT Dt LA POPOLATION. 



183 



1844. 


2,709 


3,359 


1845. 


2»903 


4,113 


1846. 


2,943 


4,350 


1847. 


4,283 


5,163 


1848* 


4,347 


4,835 


1849. 


5,206 


10^493 


i850. 


5,166 


7,137 


1851. 


5,612 


6,828 


1852. 


5,961 


6,552 


1853. 


5,618 


5,427 


1854. 


6,111 


7,025 



Ainsi, à Tunique exception de 1853, toutes les années présentent un 
excédant plus ou moins notable sur les décès, preuve manifeste que si la 
population européenne de TAlgérie augmente, il faut en chercher la cause 
ailleurs que dans Tacclimatement 

On pourrait objecter que l'excédant des décès, bien que vrai pour 
i* Algérie considérée dans son ensemble, ne Test peut-être pas pour chaque 
province en particulier. Voici la réponse à cette objection. 



à nn^^a 


Province 


d'Alger. 


Province d'Oran. 


Province de ( 


*onstantinc 


Aiuifiefl. 


Naissances. 


Dëcès. 


Naissances. 


Décès. 


Noissunces. 


Décès. 


1830 


5 


2 


» 


» 


» 


» 


1831 


52 


115 


1 


4 


4 

M 


» 


1832 


136 


291 


21 


29 


8 


u 


1833 


251 


204 


30 


36 


24 


78 


1834 


195 


184 


59 


86 


65 


115 


1835 


265 


490 


80 


50 


74 


156 


1836 


320 


450 


94 


97 


76 


147 


1837 


459 


687 


101 


108 


90 


223 


1838 


515 


461 


166 


143 


129 


239 


1839 


663 


1,171 


179 


162 


181 


330 


1840 


666 


857 


226 


264 


242 


359 


1841 


950 


1,053 


244 


336 


296 


359 


1842 


779 


1,759 


344 


358 


332 


410 


1843 


1,328 • 


1,901 


481 


415 


361 


443 


1844 


1,720 


2,505 


612 


512 


489 


477 


1845 


1,983 


3,128 


637 


581 


513 


520 


1846 


2,391 


4,017 


860 


951 


610 


927 


1847 


2,521 


3.089 


1,018 


1,219 


744 . 


968 


1848 


2,281 


2,537 


1,320 


1,376 


743 


945 


1849 


2,684 


3,910 


1,627 


3,562 


900 


3,017 


1850 


2,645 


3,690 


1,716 


2,120 


816 


1,328 


1851 


2,622 


2,489 


1,939 


3,283 


1,051 


1,328 


1852 


2,900 


3,032 


1,812 


1,719 


1,249 


1,801 


1853 


2,618 


2,193 


1,930 


1,301 


1,007 


1,933 



Totaux... 25,411 34,979 11,755 13,692 7,734 12,097 



184 COLONISATION FRiNÇAI5B BN ALGÉRIE. 

Ainsi, dans chacune des années examinées sauf de rares exceptions, et 
dans chaque province, les décos excèdent les naissances d*une manière plus 
ou moins considérable, doù l'on peut conclure que l'accroissement delà 
population européenne tient exclusivement à l'arrivée de nouveaux immi- 
grants, et que, sans le secours de cet élément, la population européenne, 
dans les conditions actuelles, serait menacée de disparaître. Il reste à exa- 
miner les localités prises en particulier ; dans les trois tableaux suivants, 
nous allons passer en revue 169 localités, dont : 

66. appartiennent à la province d'Alger. 

71 à la proviooe d'Oran. 

32 à la province de Constantin^. 

Ces tableaux donnent, pour chaque localité en particulier, les naissances 
et les décès pour la période de 1830 à 1853. 

Province d'Alger. Naiissuocei. Décès, 

Alger 17,867 22,678 

Mustapha 1,733 2,317 

El-Biar 470 208 

Booiaréah, Poiote-Pescade 374 201 

Birmaodreis 173 101 

Birkhadem • 303 398 

Chéragas 121 lOO 

Dély-Ibrabim 313 598 

Drariah 186 151 

Fondoack 71 224 

Hassein-Dey 405 372 

Kouba 380 262 

La Rassauta, le Fort de TEaa 36 113 

OoledFayet 69 75 

Sidi-Perroch » 39 

L*ArbA 66 90 

Rovigo 7 15 

Douera 606 1 , 348 

Baba-Hussein 67 38 

Crescia 87 71 

Sainte-Amélie 40 47 

Saint,Ferdinand 39 39 

Maelma 70 47 

Chercbel 617 960 

Novî. ...» 42 80 

Zurich 46 145 

Tenez 635 777 

MoDtenotte 94 60 

Orléansville 293 644 

Ponteba, ,....«., , • . 42 Ai 



MOUVJSMBNT DE LA POPULATION. 

ProTÎqce d*Alger. Nubiance*. 

La Ferme 17 

Blidah \ / 

Mootpensier .^ | 2,0$4 1 

JoinviUe * \ 

Dalmatie 70 

Béoi-Mércd 155 

La Chiffa 20 

Blonzaïa 71 

Oued-el-HalIeg 5 

Castiglione 77 

Tefeschoun 17 

El-Affroan, Bou-Roumi 62 

Ameur-el-AYo. 4 

Boufarich 558 

Soama 55 

Koléah \ 

Dooaouda i 

Zéradla j 

Médéah 593 

Damielte 69 

Lodi 57 

Mouzaïa-Ies-Mines 43 

Miliaoah 569 

Affreville 8 

Bou-Medfa 4 

Dellys 154 

Dra-el-Mizao » 

Aumale 188 

Bourkika 1 

Mareogo i 08 

Boghar 25 

Médéab 3 

Vesoul-Beoian. ) 

AYo-Saltan i ^ 

Teniet-el-HAad 61 

Totaoi 30,581 

Proirtocfl d'Orao. NaiuancM. 

Cran 8,416 

Mers-el-Kébir 510 

La Seoia 127 

Mîssergbio 244 

Sidi-Chanii 83 

Valmy 45 

Arcole 22 

AïD-el-Tarck 17 



18S 



17 

2»680 

40 

84 

70 

135 

31 

82 

8 

65 

26 

157 

121 

1,231 

58 

613 

74 

70 

35 

474 

36 

39 

38 

699 

7 

45 

92 

1 

349 

1 

340 

42 

3 

28 

54 

40,204 

Déoèf. 

9,719 

563 

122 

302 

121 

54 

13 

8 



186 COLONISATION FRANÇAISE BN ALGÉRIE. 

ProTinca d'Oran. NaÎMancet. Vicié. 

Bou-Sefer S » 

Boo-Tlelis 12 20 

Arzew et sa banliene 456 680 

Mascara 664 910 

Saint-André 26 18 

Tlemcen 744 766 

Négrier 9 g 

Bréa 27 iS 

Mansoara g g 

Hammaya 17 iq 

Saf-Saf 5 6 

Mostaganem 1,713 2,027 

Pont-du-Chélîf 9 H 

Mazagran ; 69 70 

Anzéa • , )i n 

Vallée des jardins 53 28 

Ouled-Mimoun. n , 

L^Oaed-Choaly » a 

Pont de risser » ^ 

Bascbgoan. „ g 

Saint-Lea ) / 122 

Damesme ) ^^ | 33 

Sainte-Léonie 50 41 

Monley-Magonn 1 | 

Kléber 3g 59 

Mafessoar 27 53 

Saint-Cload 229 334 

Fleurus 59 121 

Assi-Ben-Okba 32 25 

Saint-Louis 50 218 

Assi-ben-Ferreah 23 82 

Assi-bou-Nif 29 9 

Assi-Amour 26 73 

Mangin 28 64 

La Slidia *. . . 104 109 

Toussin ) I 99 

' 38* ^ 



! 



Kbarouba .....* ] ( 9 

Ain-bou-Dinar 10 4 

Ain-TedeleM. ... « 86 83 

Soack-el-Mitou 38 41 

Bivoli 48 50 

Aïn-Noussi 40 32 

Aboukir 41 81 

Aln-Sidi-Chérif 9 19 

Bled-Tonarid 15 34 

Mascara 1 1» 

Nemours 143 96 

Lalla-Maghrnia 7 21 



MOUVEMENT DE LA POPULATfON. 

Province d'Orao. , Naissances. 

Saint-Denis-da-Sig 288 

AïD-Tencouebent 22 

Banlieue d'Oran 20 

Tiaret 29 

SaYda 17 

Daja < 4 

Sidi-bel-Abbôs 400 

SaîDt-Hyppolite \ f 

Oaed-el-Hammao | io ! 

Bou-Yaclef ) ( 

Sebdou 7 

Ammi-Mousga 3 

Bel-Assel » 

SaiDte-'Barbe. 5 

Kleisteb 2 

15,287 

ProTinco de ConsUntine. Naissances. 

Constaotioe ..«.....• 1,413 

Bône 3,793 

D'Uf crtille et fermes. . . /. i 

Bogeaad 5 

Mondovi • 52 

Barrai 26 

Gaelma 432 

Millesimo 74 

Héltopolis B8 

Petit 34 

La Calle 188 

Pbilippeville 2,507 

Gastonville 68 

RobertTÎIle 49 

Bougie 402 

Sétif 224 

Batna et Lambèse 2OO 

Biskara 10 

Gaelma 11 

Peothièvre , . , 1 

AYn-Beïda » 

Coudé 26 

Gonatantine • « . . « . 11 

TebctM i 

Djiiljelli...... 128 

Abmet-beo-Ali. * .«•••. 4 

El-Arrouch 102 

Jemmapes 82 

Saiot-Charles 2 



187 



De'cès. 

654 

58 

16 

38 

23 

8 

548 

8 

3 

3» 

15 

S 
8 
1 



18,712 

Décès. 

1,679 

5,551 

5 

5 

238 

73 

813 

431 

323 

80 

232 

3,863 

256 

144 

357 

209 

380 

45 

67 

50 

1 

13 

8 

i 

78 

26 

590 

259 

22 



188 COLONISATION FRANÇAISE EN ALGÊRIB. 

Province do ContUntine. Naissances. De'cis. 

SidiNassar A 19 

Bou-Sada 2 ^ .g 

Sétif , Bordj-boo-Aréridj 22 j 

9,937 45,831 

On voit que nos réflexions, concernant l'excédant des décès sar les 
naissances, s'appliquent non -seulement à l'Algérie considérée dans son 
ensemble, et à chacune des trois provîntes, mais encore à la grande ma- 
jorité des l^'i localités sur lesquelles on possède aujourd'hui des rensei- 
gnements. Cet excédant serait plus général et plus prononcé, s*il était 
tenu compte des colons malades qui viennent mourir en Europe. 

Quoi qu'il en soit, l'excédant des décès sur les naissances n'a pas« par 
lui-même, la valeur décisive que Ton serait tenté de lui prêter au premier 
abord. On comprend par exemple que cet excédant pourrait dépendre de 
ce que les naissances dans la population européenne de l'Algérie n'attei- 
gnent pas leur proportion normale. Ici encore, laissons répondre les faits. 
On a compté en France, de 1817 à 1850, année moyenne 29 naissances 
sur 1000 habitants. En Algérie, cette proportion s'est élevée, dans la po- 
pulation européenne, aux proportions ci-après : 

Étrangers. Françau. 

1847 37,1 45,0 

1848 48,3 37,7 

1849 40,5 51,5 

1850 35,1 47,2 

1851 39,7 45,7 

On voit que l'excédant de la mortalité ne saurait être attribué à l'abais- 
sement de la proportion des naissances, dont le chiffre dépasse de beau- 
coup celui des naissances en France. Il nous reste d'ailleurs à étudier 
le nombre des décès dans ses i*apports avec le chiffre de la population 
moyenne. 

Le tableau suivant résume la proportion des décès en Algérie sur 1000 
habitants européens de 18^2 à 1853 inclusivement (1) : 

(1) Ces cbîtnres sont emprantés aux documents ofBciels qai, malheareasement, 
ont commis la faute de prendre pour population moyenne de l'année, la popula- 
tion de Tannée an 31 décembre, circonstance qui tend évidemment à fausser le 
résultat, c*est-à-dire à diminuer le chiffre proportionnel des décès. 



MOUVEMENT DIS LA POPULATION. 180 



Années, Ddcèt sur 1O0O Iiol*. 

1848 42,5 ) 

67,6 



1842 44,2 \ 



1843 44,2 \ 44,3 

1844 44,6 j 

1845 45,5 ) 

1846 44,7 [ 46,0 

1847 50,0 ) 



Aauues. 


Décès sur 1000 hall 


1848 


42,5 ) 


1849 


105,9 


1850 


54,4 ) 


1851 


50,8 ) 


1852 


51,7 [ 


1853 


41,3 ) 



47,9 



Moyeane annuelle. ... 51,6 

Il résuite de ce document : V que la mortalité de la population euro- 
péenne de rAlgérie tend plutôt à- s'élever qu'à s'abaisser ; 2"" que la 
moyenne annuelle des décès (51,6) est à très peu de chose près deux fois 
plus considérable que la mortalité de la France de 18(i9, année de choléra 
(27,7). 11 importe aussi de ne pas perdre de vue que la mortalité de la po- 
pulation européenne de l'Algérie subît une diminution forcée par suite de 
plusieurs circonstances parmi lesquelles nous nous bornons à signaler les 
suivantes : 1" absence d'une proportion normale de vieillanls; 2* propor- 
tion notable d'individus nés dans le midi de l'Europe; 3** absence d^unc 
proportion normale de cultivateurs; W retour en Europe d'un certain nom- 
bre de malades plus ou moins graves. 

Si l'on examine séparément la mortalité des étrangei*s et des Français, 
on constate les faits ci-après : 



Années. 


Étrangers. 


François. 


1847 


48,4 décès snr 1000 hab. 


50,8 


1848 


41,8 


4i,7 


1849 


84,3 


101,5 


1850 


43,4 


70,5 


1851 


39,3 


64,5 


1852 


40,3 


55,6 


1853 


30,4 


47,8 



Ces chiffres donnent, pour la population française, une moyenne an- 
nuelle de 61,3 décès sur 1000 habitants, mortalité qui est à la moyenne 
de la France comme 2,5 à 1. A défaut de renseignements officiels sur une 
telle différence de mortalité en faveur de l'élément européen étranger, il 
est permis de croire que l'origine méridionale d'un grand nombre d'é- 
trangers est sans doute la cause principale de leurs pertes i*elativement 
moindres. On a prétendu expliquer le chiffre élevé de la mortalité euro- 
péenne par certains abus alcooliques, et notamment par l'abus de rab-* 
sinthe. Or, le sexe féminin fait peu usage de cette liqueur, et pourtant 
voici quelle a été sa mortalité comparée à celle du sexe masculin en 1852 
et 1853, seules années pour lesquelles les décès aient été distingués selon 
les sexes. 



190 MODVEMBNT DE Là POrULATION. 

itOMBRC DES Otcks 

18Sa «853 

Sexe RiMtc. Sexe féiii. Sexe musc. Sesbe fém. 

Province (TAIger 1,911 1,121 1,448 745 

Province d^Oran 1,050 669 793 608 

Province de Constantine. 1,169 632 1,230 703 

Total 4,130 2,422 3,471 2,056 

Au premier aspect, on ponrrait croire que la femme résiste mieux que 

* 

rbomme au climat algérien ; mais si l'on considère que la population fémi* 
Dine est à l'élément masculin comme 30,112 à 50,662, ou comme 3 à 5, 
00 voit que la mortalité des deux sexes reproduit sensiblement oeUe 
même proportion. 

Voici quelle a été, de 1867 à 1^53, pour chacune des trois provinces, 
b répartition des décès sur 1000 habitants. 

1847. 1848. 1849. 1850. 1851. 1852. 1853. 

Alger 49,7 41,8 67,7 61,4 43,6 47,2 32,7 

Oran 44,6 39,8' 100 47,5 70,3 41,4 29,8 

CoDStantine. 55,9 56,0 150 54,3 38,6 60,5 02,5 

Oti voit que la mortalité a varié : 

Dans la province d\41ger, de 32,7 à 67,7 décès sur 1000 habitants. 

d'Oran, de 29,3 à 100 
de Constantine, de 38,6 à 150 

Les trois mSnima représentent une mortalité supérieure à la mortalité 
moyenne de la France (23 à 2^ décès sur 1000 habitants) ; les maxima 
sont à cette même moyenne. 

Dans la province d'Alger, comme 3 à 1. 

d'Oran, comme 4 à I. 
de Gonçtanliue, comme 7 à 1. 

Si des provinces nous passons h Texamen des localités, le dépotrillement 
des documents oflBcids nous fournit les résultats suivants sur la mortalité 
pendant les huit dernières années (1). 

1845. 1847. 1848. 1849. 1850. 1851. 1852. 1853. 

Alger . 36,i 48,7 44,3 54,2 66,1 30,0 56,0 33,0 

Blidah 66,2 76,4 56,7 105,9 73,6 39,0 36,0 45,4 

Ténès 49,6 42,1 46,6 103,3 10,8 36,6 34,6 30,8 

(i) XiCs documents officiels n*out rien publié sur Tannée 1846; quant à Tannée 
1854, nous savons seulement que sa mortalité dépasse celle de 1853. 



POPULiTION INDIGÈNE DANS LES VILLES. Idl 

4845. 1847. 1848. 1849. 1850. 1851. 1852. 1853. 

Cherchell 60,9 50 43,6 323,6 72,3 67,7 35,5 31,5 

Médéah 16,0 30 21,7 36,1 41,0 37,4 64,5 36,5 

Milianah 25,6 57,5 69,0 100 68,8 30,0 29,5 35,2 

Boufarik 40,é 134 49,3 27,5 28,6 19,2 44,3 50,5 

Aamale. » » » » » » 59,0 37,4 

Oran 41,6 52,1 44.9 107,1 47,1 52,1 52,6 23,9 

M ostaganem. . . 37^0 25,5 27,5 116,8 45,6 67,4 77,1 39,0 

Tlemcen 17,6 47,2 32,9 35,2 46,8 11,9 48,2 39,0 

€oiMUntiDe. . . » 56,0 44,2 61,0 72,3 71,9 48,7 68,5 

Bone 28,2 47,0 46,8 103,8 54,1 37,7 100,0 88,8 

Philippeville. • 55,3 82,0 70 100 33,4 38,3 58,5 42,7 

Bougie 30,7 38,3 12,2 30 18,1 18,2 60,1 20,4 

El-Aroach.... 141,4 

Quelques-uns des minima de mortalité du tableau qui précède se pré- 
sentent avec une apparence assez favorable; malheureusement ils sept 
frappés de stérilité par plusieurs raisons que voici : 1° le chiffre de la 
population au 31 décembre qui leur sert de base, n*est pas la population 
nioyenne ; 2** la proportion des vieillards est faible en Algérie ; 3° il n*est 
pas tenu compte des individus qui, pour cause de santé, quittent l'Algérie 
soit h titre temporaire, soit d'une manière définitive. Quant aux maxima, 
ils atteignent, même dans les localités les plus favorisées, des proportions 
qui excèdent tout ce qui s'observe de plus triste en Europe, à telles ensei- 
gnes que Ton serait souvent tenté de révoquer en doute l'exactitude même 
4es documents ofiBciels. 

A&T. XV. — Population dite indigène à résidence fixe dans les villes 

de l'Algérie. 

Les documents officiels désignent sous la dénomination, d'une exacti- 
tude un peu contestable, de population indigène à résidence fixe dans les 
villes de l'Algérie : V la population mauresque ; 2" les nègres; y les juifs. 
Nous allons passer en revue ces trois éléments. 

En ce qui regarde la population mauresque^ on trouve k la page 11/i 
du volume des Tableaux de 1853, un aveu ainsi formulé : « La popula- 
tion musulmane des villes de l'Algérie tend à diminuer. » Il reste à 
savoir si la diminution signalée, résulte des émigrations ou d'un excédant 
des décès sur les naissances. Le tableau suivant donne pour six années, 
S3 306 décès contre 9 020 naissances, résultat qui dispense de tout com- 
mentaire. 



I9l^ POPULATION INDIGÈNit A RÉSIDENCE flXR DANS LBS VILLES. 





NâMianot. 


Décès. 


i845 


477 


2,115 


1846 


? 


?(1) 


1847 


1,467 


2,781 


1848 


1,454 


2,366 


1849 


2,055 


6,114 


1850 


1,128 


4,192 


1851 


2,439 


5,738 



L'excédant considérable des décès sur les naissances explique la dimi- 
nution de la population musulmane. Mais cette diminution est-elle Teflet 
de la misère, de la démoralisation; se rattachc-t-elle à la cessation des 
unions des femmes indigènes avec les soldats turcs; ou bien enfin, se itriie- 
t-elle à cette loi en. vertu de laquelle certaines races inférieures semblent 
destinées à disparaître au contact des races supérieures? Noos nous bor- 
nons à appeler Tattenlion sur ces diverses questions, dans Timpossibilité 
où nous place le défaut de renseignements d'en tenter la solution (2). 

Quant à la population nègre, elle comptait en 18Zi9, A 177 habitants, 
lesquels au 31 décembre 1851 se réduisaient à 3^88, d'où il résulte une 
perte de 689 individus dans la courte période de deux années. Ici, mal- 
heureusement, nous manquons de renseignements sur les naissances et 
les décès; toutefois, nous lisons dans la Gazette médicale du 6 novembre 
1852, la déclaration suivante de M. Vital : « Les enfants nés de père et de 
mère européens sont impitoyablement moissonnés. Les enfants de père et 
de mère nègres sont encore plus maltraités. On croirait h peine que, depuis 
vingt-cinq ans, sur une centaine de négrillons qui naissent annuellement, 
deux seulement ont pu atteindre Tadolescencel » Ainsi, toutes les popula- 
tions passées en revue offrent ce caractère commun, que leur mortalité 
excède plus ou moins les naissances ; le juif seul fait exception à la règle, 
comme le montre le tableau suivant : 



(1) Les docamcQts officiels ne doooeat aucun renseigDemeDt sur Tanoée 1846. 

(2) n Sans violer les lois de ta morale, dit le docteur Bodichon [Hevue d'Orient^ 
n* de Juillet 1851, p. 40), nous pourrons combattre nos ennemis africains par la 
poudre et le fer joints à la famine, les divisions intestines, la guerre, par Teau-de- 
vie, la corruption et la désorganisation... Sans verser le sang, nous pouvons, chaque 
année, les décimer en nous attaquant à leurs moyens d*alimentation ; en coupant 
les flguiers et les cactus sur tous les points de rAli;érie. » D'après les documenU 
que nous avons exposés, il semble superflu de recourir aux moyens proposés par 
M. Bodichon pour atteindre le but qu'il parait désirer. 



POPnLATION JUrVB EN ALGERIE. 193 







POPULATIOK 


JUIVE. 






NuiiSMorcs. 


Dvccs. 


1844 




731 


385 


4845 


0) 


787 


593 


1847 




725 


599 


1848 




661 


449 


1849 




' 712 


1.083 


1850 




1,128 


987 


1851 




1,320 


1,936 



Ici Ton trouve un excédant prononcé des naissances sur les décès, à 
l*exce|)tion des années 1849 et 1851 , pendant lesquelles le choléra a 
exercé des ravages insolites. L'excédant des naissances sur les décès expli- 
que l'augmenlation rapide des Juifs en Algérie, dont le nombre, d*après 
les documents officiels, se serait élevé du 31 décembre 1849 au 31 dé- 
cembre 1851, de 19028 à 21048. 

Faut-il conclure de l'ensemble des faits exposés dans ce chapitre que 
racclimatement de l'européen en Algérie est impossible 7 Bien qu'on nous 
ait souvent prêté cette opinion, nous répéterons ici que telle n'est nulle- 
ment notre pensée. Nous nous bornons à dire qu'en présence des faits 
connus jusqu'à ce jour, l'acclimatement e/ti Français à Vétat d'agriculteur 
n'a que la valeur d'une simple hypothèse ; en d'autres termes il reste à 
prouver. Nous insistons sur les mots : acclimatement du Français à l'état 
d'agriculteur, parce que là est la véritable question pratique, et que l'ac- 
climatement de l'Espagnol du midi et du Maltais, dont l'impossibilité abso- 
lue nous parait peu soutenable à priori ^ n'impliquerait en aucune manière 
l'acclimatement du Lorrain, de l'Alsacien, du Franc-Comtois, du Normaud. 
Nous disons plus : alors même que le Français ne réussirait pas à perpétuer 
sa race en cultivant le sol, dans toute l'étendue de l'Algérie, il ne serait pas 
impossible qu'il rencontrât des conditionsexceptionnellement favorables sur 
quelques points priviligiés du territoire algérien. I^lais ces points privilégiés 
ont besoin d'être xherchés et d'être étudiés avec soin, et c'est à démontrer 
leur existence par des faits concluants qu'il faut désormais s'attacher, au 
lieu de compromettre l'avenir de la colonisation algérienne, comme on 
l'a (ait jusqu'ici, par l'invocation sentimentale du cosmopolitisme de 
l'homme et par la proposition de l'utopie du croisement. 

(1) Les Tableaux des établissements français oe foaraissent pas de documents 
pour 1846. 

IL 13 



19/| POSSESSIONS fi(TROPKBNNBS EN ASIE. 



CHAPITRE VIII. 

POSSESSIONS EUnOPÉENNES EN ASIE. 

A. Possessions françaises dans l'Jnde, — Nous empruntoos à M. Collas, 
chirurgien-major de la marine, le tableau suivant daus lequel il résume 
les naissances et les décès de la population européenne et de la population 
croisée ou topas de Pondicbéry (1). 

Popalal. Evrop. NaifMiicei. Dêcèi. Popalat. Topas. Naiawoeet. Dtfcèi. 



1844 


792 


24 


20 


818 


33 


30 


1845 


803 


31 


20 


800 


32 


42 


1846 


817 


34 


20 


804 


32 


36 


1847 


817 


32 


27 


808 


42 


37 


1848 


808 


29 


35 


804 


34 


42 


1849 


807 


36 


33 


809 


36 


33 



Il résulterait de ce document non-seulement que la mortalité des Euro- 
péens à Pondicbéry serait assez considérable , bien que là encore, les dé- 
parts tendent à abaisser le chiiïrc des pertes; mais aussi, que la mortalité 
de la population croisée serait plus forte encore, a Cependant, il ne faut 
pas oublier, dit M. Collas, quMci nul Européen ne demande à la terre ou 
au travail de ses mains le pain de chaque jour. Tous peuvent être comparés 
è ces plantes des contrées équatoriales qui, cultivées dans des serres, vivent 
et produisent dans les climats tempérés. Aussi ce tableau ne démontre-t-ii 
qu'une seule chose : c'est qu'un européen, à Pondicbéry, peut vivre, mais 
non est vivere, sed valere vita, » 

B. Possessions hollandaises. — Voici en quels termes s'exprime le 
docteur Selberg, auteur d'un ouvrage sur Java (2) : « La moitié au moins 
de mes compagnons de traversée était le rebut des divers États de la con- 
fédération germanique... La plupart des hommes avaient déjà servi en 
Algérie, en Espagne, dans les Indes occidentales... Les Hollandais se com- 
posaient de condamnés auxquels on avait fait remise d'une partie de leur 
peine à la condition qu'ils serviraient dans un régiment colonial. La ville 
de Batavia avec les villages qui l'entourent, compte environ 3000 habi- 
tants européens, 23000 Javanais, U700 Chinois, 600 Arabes et 9 000 es- 
claves... Les fonctionnaires hollandais sont condamnés à seize années de 

(i) Voyez Revue coUmiàlef mai 1852f 

(2) Reis9 nach Java, Oldenhurg und Amsterdam, 1846. 



POSSESSIONS ANGLAISES DANS l'iNDB. 195 

service dans la colonie, s'ils ventent obtenir nn congé et le passage gra- 
tuit pour le retour sur un bâtiment de TÉtat... Un très petit nombre 
atteint ce but si ard^qampnt désiré. » 

C. Possessions anglaises dans VInde, — On sait que T Anglais dans 
rinde ne colonise pas, o'est-à-dire ne cultive pas, en sorte que Tétude de 
la population civile n'offrirait qu'un faible intérêt. Examinons donc TéUt 
saniuire de Tarrnée. Voici, pour la période de 1825 à \%hk inclusive- 
ment, l'effectif des troupes anglaises et leur mortalité dans chacune des 
présidences de l'Inde : 

Décès surf 000 h. 
Effectif. Décès sur 1000 h. p.ir choléra 

settlamant. 

Présidence de Bombay 50,9S7 50,78 5,65 

Préudence da Bengale 88,3S0 73,8 i 1 ,5 

Présidence de Madras i0t,210 38,46 4,27 

ToUil 240,^77 54,0 7,24 

Bn dé4nisaot de la mortaiiié générale )es décès causés par le choléra, 
on a les résultats suivants (1) : 

Décès sur 1000 }i. 

Bombay 45,13 

Bengale 62,3 

Madras... 34,19 

Total 46,85 

Le tableau suivant résume la mortalité 4e ces mêmes troupes, année par 
année, de 18/»5 à 18(i9: 

DÉCÈS SUR 1000 HOMMES 

Bombay. Bengale. Madras. 

1845 83 62,1 39,1 

1846 95,2 50,4 36,1 

1847 30,1 44,9 30,8 

1848 25,1 52,5 16,4 

1849 46 71,3 22,4 

On voit que la mortalité de Farmée est de trois à quatre fois plus élevée 
dans l'Inde qu*en Angleterre. Mais ces pertes ne sont rien, comparati- 
vement à celles que Tarmée a éprouvées en Chine de 18^2 à 18^5, époque 

(1) On voit combien est faible, dans Tlnde, patrie da choléra, raccroissement 
de mortalité caosé par cette maladie. En Algérie, au contraire, la mortalité de la 
population française qui était de moins de 42 décès sur 1000 habitants eo 1848, 
année normale, s'est élevée, en 1849, année de choléra, au delà de 101 décès svr 
1000 habitanu. 



196 ÉTABLISSRMENTS EUROPÉENS EN AMtEIQUE. 

à laquelle elles se sont élevées à près de 300 décès sur 1000 bomm^s, an 
née moyenne, comme le montre le tableau suifant (1) : 

HORTAUTÉ DE L*AB1IÉB ANGLAISE A BOHG-KOHC. 

Effectif mojen. Dtfcèt. Déeit inr 1000 b. 

1842 711 S28 320 

1843 845 344 407 

1844 949 276 291 

1843 1000 154 154 

ToUai... 3505 1002 285 



CHAPITRE IX. 

ÉTABLISSEI<ENTS EUROPÉENS EN AMÉRIQUE. 
AAT I*r. — Aégîoa tropicale. 

A Cuba, dit M. Ramon de la Sagra, qui a passé douze années dans 
cette île, la race européenne dépérit progressivement, et elle ne doit la 
conservation d'un peu de vigueur qu'au mélange incessant qui s'opère par 
l'immigration de nouveaux Espagnols venant de la Galicie, de la Catalo- 
gne, des Asturieset de la Biscaye (2). 

On sait que dans toutes les Antilles la culture du sol est abandonnée à 
la race nègre, ce qui réduit considérablement la difficulté de l'acclimata- 
tion en faveur du blanc. Malgré cette circonstance, on s'accorde à recon- 
naître qu'il est très rare de trouver aux Antilles une troisième généra- 
tion dans les familles créoles. 

La Guyane est-elle mieux partagée ? La réponse à cette question se trouve 
en quelque sorte dans les tentatives faites pour introduire dans ce pays des 
Madériens et des coulis (travailleurs venus de l'Inde). Au commencement 
de 185^, l'amiral Fourichon signalait au gouvernement français une mor- 
talité mensuelle de 59 et de 63 décès, sur un effectif de 2500 transportés, 
soit une mortalité annuelle de 288 décès sur 1000 individus (3). 

En ce qui concenic les Madériens, on lit dans la Revue coloniale^ an- 
née 1851, page 383 : Du 5 août 18/i9 au l*' mars 1851, il a été introduit 

(1) Nous sommes redevable de cette commanication à robligeaace de M. le 
colonel TuUoch. 

(2) Communication de H. Ramon de la Sâgra, membre correspondant de Tln- 
stitat. 

(3) Gazette des tribunauœ, 21 février 1854« 



CLIMAT DXS ÉTATS-UNIS. 197 

2ft8 MadérieDS, dont 202 provenant de Demerary (Guyane anglaise) et /i6 
▼enant directement de Madère; il en reste aujourd'hui (1851) 167. Le 
déficit profient de 35 décès et de 46 départs. Dans la Guyane anglaise, 
la mortalité annuelle a été de 7 décès sur 100 Madériens, de 1841 à 
1847 (1). En ce qui regarde les coulis, ils ont éprouvé de 1837 à 1844 
une mortalité annuelle de 42 décès sur 1000 (2). 

T. n. » 96 qwiqof partîealaritét dn elimat des ]fetoli*17MÎi. 



L*ensemble des faits qui précèdent se rapporte aux établissements eu- 
ropéens dans les pays chauds; nous croyons devoir signaler ici quelques 
différences notables qui distinguent le climat de la portion tempérée des 
États-Unis, du climat de TEurope. Les documents suivants sont empruntés 
à une notice de M. Desor, professeur à Neufchatel. 

• Lorsqu'un émigrant allemand ou suisse débarque à Nev^-York, il ne 
trouve pas en général le climat différent de celui de son pays. Peu à peu 
cependant, il constate des différences qui l'obligent bientôt è modifier ses 
habitudes, et lui font adopter au bout d'un certain temps la manière amé- 
ricaine qui avait d'abord été l'objet de ses critiques. Cette expérience que 
font la plupart des Européens ne laisse pas que de les étonner. Ils savent 
que les États du nord sont à peu près sous la même latitude que l'Eu- 
rope centrale; ils ont d'ailleurs fait l'expérience que l'hiver aux environs 
de Nevir-York et de Boston est à peu près aussi froid qu'aux environs de 
Francfort, de Bâle et de Zurich, et l'été au moins aussi chaud. Et pour- 
tant ils constatent des effets tout différents auxquels ils ne comprennent 
rien. Les phénomènes dont il s'agit sont de deux sortes, ceux qui se rap- 
portent à la vie ordinaire, et ceux qui s'observent dans l'exercice de cer- 
taines professions. A la première catégorie appartiennent les phénomènes 
suivants : Les femmes allemandes sont émerveillées de la facilité avec la- 
quelle le linge sèche même au plus fort de l'hiver, si bien que les lessives 
durent en général moitié moins longtemps qu'en Europe; c'est aussi ce 
qui, selon elles, rend possible cette coutume si généralement répandue 
dans les États-Unis, de faire la lessive toutes les semaines. D'un autre 
côté ces mêmes ménagères sont désolées de la rapidité avec laquelle le 
pain se sèche. Habituées dans leur pays natal à faire des provisions pour 
plusieurs semaines, elles sont désespérées de voir leur pain, bien que 

(1) ParUamentary papers, Lords, n" 250, sess. 1848. 

(2) Journal ofthû statut, society ofLondon^ t. XV, p. 2^, 



198 ÉTABLISSEMENT DIS BGROPAENS EN AMÉRIQUE. 

préparé de la même manière, se durcir et cesser d'être mangeable 
au bout de quelques jours ; elles en accusent la qualité de la iarinet 
celle de l'eau, et après un certain temps elles unissent par adopter la 
coutume américaine de faire du pain au moins tous les deux jours. Cet 
inconvénient est compensé par des avantages; ainsi la moisissure est moins 
à redouter aux États-Unis que chez nous; il est rare que les provisions 
d'hiver en souffrent. Les caves en particulier, à moins d'être placées dans 
des endroits huuiides et bas, sont excellentes» ce qui fait que l'on j con- 
serve les fruits et les légumes beaucoup plus longtemps et plus sûrement 
que chez nous. La même absence d'humidité s'observe d'une manière en- 
core plus frappante en hiver dans les appartements; les fenêtres y suent 
beaucoup moins que chez nous ; aussi les Allemands, habitués à voir chez 
eux les vitres couvertes d'arborisations pendant une partie de l'hiter, et i|di 
conçoivent difficilement une fête de rSocl sans Eisblumen (fleurs de glaces], 
sont-ils désappointés de ne pas les retrouver plusHéquemmetit eii Atnéri- 
que, et pourtant il y fait iout aussi froid et même plus froid k l'époque de 
Noël qu'à Mambourg ou à Munich. Â cSté de ces expériences qui sont du 
domaine de la >ie ordinaire, il en est d'autres qui touchent à l'hygiène et 
que tout le monde peut faire sur sa personne. Ainsi, les cheveux, au 
bout d'un certain temps, perdent considérablement de leur ilioiteur, d'où 
un plus grand besoin de pommade et d'huile, et partant un iiombre rela- 
tivement beaucoup plus considérable de coiffeurs. Ëien des jeunes gens 
qui en Suisse ou en Allemagne se seraient récriés à l'idée d'employer de 
la pommade, prennent peu kpeu le chemin du coiffeur quaiid ils oht sé- 
journé quelque temps aut États-Unis. 

» Les expériences faites dans t'exei*cicc des différcUls arts et métiers ne 
sont pas moins significalives. 1* Les entrepreneurs cti bâtiments ne con- 
naissent pas la nécessité de laisser les édifices se sécher pendant une 
saison avant de les livrer à l'habitation. Le maçon en est à peine sorti que 
déjà le locataire y entre sans aucune crainte d'y contracter des rhuma- 
tismes, ni aucune des infirmités qii'on gagne si facilement chez nous dans 
les bâtimeiils neufs. T Les peintres en bâtiments peuvent appliquer beau- 
coup plus rapidement que chez nous Utie seconde couche de vernis ou de 
détrempe, sans que la qualité du travail s'en resseilte. 3** En revanche les 
ébéùistes et surtout les fabricants d'instruments de musique sont obligés 
d'apporter beaucoup plus de soin au choix du bols qu'ils emploient. Du 
bois qui en Europe serait jugé amplement sec, ne peut être admis dans les 
ateliers d'ébéuisterie de Boston ou de New- York, oû il crevasserait en très 



CLtHAT DBS ÉTATS-UNIS. IM 

peu de temps. lies parc)uets surtout exigeât un som extrême, aussi n*en 
Toil-on que très peu, même dans les maisons les plus opulentes. G*est k 
cette tnême cause qu'il faut attribuer le grand succès des pianos améri- 
cains, tandis que ceux de \ienneet de Paris, bien qu'irréprochables pour 
TEurope, se détériorent très Tite. k"" Les menuisiers sont forcés de 
faire usage d'une colle beaucoup plus forte que celle dont ils se servent 
en Europe. 5" De leur côté, les tanneurs ont fait la remarque que les 
peaut se sèchent plus facilement qu'en Europe, ce qui leur permet de 
faire plus d'avance dans un temps donné. Ils sont surtout étonnés de la 
riipidité avec laquelle la dessiccation s'opère en hiver. 6* On sait quelle 
peine on a en Europe à proléger nos collections d'histoire naturelle contre 
l'humidité; ce n'est qu'à force d'entretenir de ki chaux ou d'autres ab- 
sorbants dans nos galeries, que nous parvenons à les mettre à l'abri de 
la moisissure, surtout dans les bâtiments neufs. A Boston, on voit des col- 
lections d'oiseaux et de mammifères dans des appartements que le gypseur 
vient de quitter, sans qu'on songe même à y placer des absorbants. Quand 
j'en fis la remarque à l'inspecteur, en lui témoignant mes craintes pour 
tant de précieux objets qui couraient risque de se gâter : « Vous oubliez, 
me répondit-il, que nous sommes dans la Nouvelle-Angleterre et non en 
Europe. 

» Tous ces phénomènes sont dus à la plus grande sécheresse de l'air. 
La quantité d'eau qui tombe aux États-Unis, sous forme de pluie ou de 
neige, non-seulemeht n'est pas inférieure, mais elle dépasse même celle 
qui tombe en Europe. Ainsi, il tombe annuellement : 

A Boston 965"" d'eau. 

Philadelphie H43 

SaiDt-Louls 812 

En Europe, la quantité annuelle est : 

£d Angleterre 812"" 

En France 635 

Au centre de rÂUemagne 508 

En Hongrie 430 

» Le nombre des jours de pluie aux États- Unis n'est pas non plus inférieur 
à ce (|u'il est en Europe, à l'exception peut-être des îles Britanniques et 
de la Norwége. En revanche, il paraît èlrc plus considérable que dans 
l'Europe orientale. Mais la contradiction qui ressort de ces données n'est 
qu'apparente, et malgré cette quantité d'eau plus considérable, le climat 



200 ÉTABLISSEMENTS EUROPEENS EN AMÉRIQUE. 

peut néanmoins être au total plus sec aux États-Unis qu'en Europe. La 
raison en est simple : par le beau temps Tatmosphère est moins chargée 
d'humidité que chez nous. L'air ne se maintient pas, comme en Angleterre 
et dans l'ouest de l'Europe, à un état voisin de la saturation ; mais du mo- 
ment qu'il cesse de pleuvoir et qu'un changement de vent ramène le beau 
temps, l'hygromètre baisse immédiatement» et le point de rosée se tient 
sensiblement au-dessous de la température ambiante de l'air. Il y a sous 
ce rapport analogie entre le climat des Étals-Unis et celui des Alpes. 
Nos montagnes ont donné lieu à des résultats en apparence non moins con- 
tradictoires; se fondant sur le fait qu*il y pleut plus souvent que dans la 
plaine, on on a conclu, avec trop de précipitation, que l'air y était moins 

» La cause de cette plus grande sécheresse du climat américain est facile 
à saisir. En Amérique, comme en Europe, les vents prédominants sont les 
Tents d'ouest (1). Sur nos côtes d'Europe, ces vents arrivent chargés d'hu- 
midité dont ils se sont saturés au contact de l'Océan ; de là vient qu'ils y 
amènent en général la pluie. Aux États-Unis c'est l'inverse. Les vents 
d'ouest n'arrivent sur la côie atiantique qu'après avoir balayé tout un con- 
tinent, et pendant ce trajet ils ont perdu une grande partie de leur humi- 
dité. Aussi ne sont-ils que très rarement accompagnés de pluie. Ils jouent 
le même rôle que les vents d'est chez nous, qui par cela seul qu'ils nous 
arrivent du continent, sont secs et avides d'humidité. Nous savons tous 
combien nos routes et nos champs se sèchent plus facilement sous l'in- 
fluence de la bise que sous celle du vent 

» Buffon avait remarqué que les espèces animales du continent améri- 
cain sont en général de plus petite taille que leurs congénères de l'ancien 
continent (2) , tandis que c'est à peu près l'inverse à l'égard des plantes. 
Quant à l'homme, il y a à peu près deux cent trente ans que les pre- 
miers colons vinrent s'établir sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre. 
C'étaient, comme l'on sait, des dissidents qui s'expatriaient pour cause de 
religion ; c'étaient à tous égards de vrais Anglais, ayant tons les traits phy- 
siques et moraux de la race anglo-saxonne. Aujourd'hui, après deux siècles 

(i) Voy. Carte physique et météorologique du globe terreeire, 3* édit. — Un 
simple coup d*œil sur cette carte fait voir que les États-Unis et TEurope se trou- 
vent dans la région des vents du sud -ouest, vents humides pour les o6tes occiden- 
tales des deui conllnenis, mais qui arrivent sur les côtes orientales épuisés de leur 
élément humide qui s'est précipité sous forme de pluie, de neige, etc. 

(2) 11 suffit de comparer le lion avec Tonce, le rhinocéros avec le tapir, le cha- 
meau avec le lama, etc. 



CUMAT DBS ÉTATS-UNIS. 201 

k peine, l'habitant des États-Unis n'est plus an simple Anglais ; il a des ca- 
ractères qui lui sont propres et qu'on ne saurait méconnaître, pas plus qu'on 
ne confond la physionomie anglaise airec la physionomie allemande. Il s'est, 
en un mot, développé un type yankee ou américain. Or, comme ce type ne 
peut être le résultat d'un croisement de race, puisqu'il est le plus prononcé 
dans les États de l'est, précisément là où la race est le moins mélangée, 
il faut bien qu'il soit la conséquence d'influences extérieures, au nombre 
desquelles nous croyons pouvoir ranger en première ligne celles du climat. 
L'un des traits physiologiques de l'Américain, c'est l'absence d'embon- 
point. Parcourez les mes de New-York, de Boston, de Philadelphie ; sur 
cent individus qui vous coudoient, vous en rencontrerez à peine un qui ait 
de l'embonpoint; encore se trouvera-t-il le plus souvent que cet individu 
est un étranger ou d'origine étrangère. Ce qui frappe surtout chez les Amé- 
ricains, c'est la longueur du cou : non qu'ils aient le cou absolument plus 
long que nous, mais parce qu'étant plus grêle, il paraît d'autant plus al- 
longé. A leur tour les Américains reconnaissent fecilement l'Européen aux 
caractères contraires. Il m'est arrivé souvent, en causant sur la nationalité 
d'individus que nous rencontrions à la promenade publique, d'avoir des 
doutes sur leur origine, tandis que les Américains se prononçaient sans 
hésitation. « Mais regardez donc leur cou, me disaient-ils, jamais Améri- 
cain n'a eu un cou pareil. » La même remarque s'applique aux femmes, 
d'où cette expression délicate tant vantée chez les Américaines. 

» La différence signalée entre les Américains et les Européens, n'est 
pas seulement le résultat d'un moindre développement du système mus- 
culaire; elle dépend aussi d'un amoindrissement du système glandu- 
laire, et sous ce rapport , elle mérite une sérieuse attention de la part 
du physiologiste t comme compromettant directement l'avenir de la race 
américaine (1). C'est ce que les plus intelligents ont pressenti. Ils ont 
compris qu'il fallait une limite à cette délicatesse excessive des formes; 
c'est pourquoi, malgré leur éloignement instinctif pour les Irlandais (qui 
fournissent le plus fort contingent de l'émigration), ils sont loin de 8*op- 
poser à l'immigration de cette race, qui par la plénitude de ses formes et 
la richesse de son système glandulaire, semble faite pour résister avec 
avantage aux influences du climat américain. On a souvent fait la remar- 
que que les plus belles femmes sont celles qui sont nées de parents venus 
d'Europe. 



(i) Cette opiniou est partagée aassi par II. Knoi. 



202 ÉTABLISSEMBNTS EUROPÉENS EN AMÉIIIQDB. 

» Au reste, cette influence de climat ne s'exerce pas seulement sur les 
générations ; elle se fait aussi sentir dans beaucoup de cas sur ies indivi- 
dus lorsqu'ils changent de continent Ainsi il est peu d'Européens qui 
engraissent auii États-Unis, tandis que les Américains qui séjouraent quel- 
que temps en Europe y prennent ordinairement un air de santé et de 
piH)spérité remarquables. Il en est aussi parfois de même des Européens 
qui reviennent en Europe après un séjour prolongé aux États-Unis. Ce 
qui caractérise l'Américain du nord encore plus que sa maigreur, ce sont 
ses cheveux roides. Quand certains journaux de Londres veulent faire 
la caricature du Yankee, ils le représentent invariablement avec un cou de 
cigogne et une chevelure longue et grossière, une vraie crinière. C'est le 
caractère exagéré, mais vrai cependant, de la chevelure américaine et de 
celle des Indiens. Le contraste à cet égard est surtout frappant entre les 
Américains et les Anglais. Ces derniers, on le sait, se font en général re- 
marquer par leurs cheveux soyeux. Il n'est personne qui n'ait admiré 
les beaux cheveux bouclés des enfants anglais. Vous chercheriez en 
vain une chevelure pareille chez les enfants américains, malgré la dépense 
de papilloites que font ies mamans. Et cependant on peut admettre, sans 
crainte de se tromper, que les enfants des premiers colons de la Nouvelle- 
Angleterre avaient, eux aussi, les cheveux bouclés. Cette modification qui 
s'est opérée dans la chevelure des habitants des États-Unis est importante 
à noter. Nous savons en effet que les cheveux se contractent sous l'in- 
fluence de l'humidité, si bien que c'est sur ce principe que de Saussure 
construisit son hygromètre. Or, les boucles étant l'effet d'une contraction, 
il n'est pas étonnant que les cheveux bouclés soient très communs dans 
un climat humide comme l'Angleterre, tandis qu'on doit naturellement 
s'attendre à les voir s'étendre et se roidir sous l'influence d'im climat sec 
comme celui des États-Unis. 

» Du moment qu'il est démontré que la plus grande sécheresse de l'air 
peut causer, sous des latitudes d'ailleurs semblables, des différences si 
notables, pourquoi lui refuserait-on une part d'influence dans d'autres 
domaines plus complexes, mais non moins dépendants de circonstances 
extérieures? Ceci nous conduit à dire uu mot des différences qu'on a si- 
gnalées, au point de vue moral et esthétique, entre les Américains et 
les Européens. Tout Européen, en débarquant à New-York, à Boston 
ou à Baltimore, est frappé de l'activité fiévreuse qui y règne de tous 
côtés. Tout le monde est pressé; les individus sur les quais et le long 
des trottoirs courent plutôt qu'ils ne marchent. Si deux amis se ren^ 



' DU NiGBS EXPORTA DANS LB8 PATS CHAUDS. 3(HI 

eoDtrent dans h rae, ils se bornent à se serrer la main, mais ils n*ont pas 
ie temps de causer. 11 est ?rai que l'on peut voir quelque chose de sem- 
blaUe datis les ports et les grandes villes d'Angleterre. Seulement, l'acti- 
vité des Anglais parait plus raisonnée; celle des Yankee est plus ins- 
tinctive» ie résultat de l'habitude et d'une impatience naturelle, plutôt que 
de la nécessité. Enfin, il est bien reconnu que les Européens, et surtout 
les Anglais, qui ont l'habitude de boire chez eux des vins et des liqueurs 
fortes sans en être incommodés, sont obligés sinon d'y renoncer, au moins 
de se restreindre considérablement, du moment qu'ils émigrent aux États- 
Unis. » 



CHAPITRE X, 

BU NÈGRE EXPORTÉ DANS LES PAYS CHAUDS 
ET DE l'esclavage. 

AHT. X*'. ^ th» «lègfe «sporté dani lei payi ehandt. 

On commence à croire que le nègre est peu propre à perpétuer sa race 
dans le nord de l'Afrique, et moins encore daiis les régions d'une latitude 
plus septentrionale; mais on admet encore généralement que le nègre 
transj)()rté loiii de son pays, s'acclimate parfaitement dans toute la zoiië 
intertropicale. Cette opinion est-elle fondée ? Pour répondre à cette nou- 
velle question, continuons d'interroger les faits. 

En 1776, il fallait, d'après Stedman (1), pour entretenir la population 
esclave de Surinam au nombre de 75000 individus, iine importation an- 
nuelle de 2500 nègres, chiffre qui représentait sans doute l'excédant an- 
nuel des décès sur les naissances. Dans les colonies françaises, le recense- 
ment de 1835, le dernier, selon M. Moreau de Jonnès (2), qui soit général 
et complet, a donné les résultats suivants : 

Naiuances. Décès. 

Martinique 1 sur 33,3 1 sur 33,4 

Guadeloupe 1 sur 49,6 1 sur 45,6 

Guyane 1 sur 48 i sur 31,3 

Bourbon 1 sur 61 1 sur 30,8 



Total 1 sur 45,1 1 sur 36,1 

(1) A. de Jonoès, Rech. statist, sur l'esclavage colonial. Paris, 1842, p, 91 

(2) Op. cil., p. 60. 



20b DU NteBK IXPOITi DANS LES PATS CHAUDS. 

De 18Sft À 1839, on a compté dans les quatre colonies que nons venons 
de citer, 28825 naissances et 36070 décès, soit nn excédant de 72ft5 
décès ou 1 lxl\9 par année. D'après les derniers documents oflBciels publiés 
en septembre 1855, par le ministère de la nuuine, ?oici quel a été dans 
la période de 1848 à 1852, le nombre des naissances et des décès pour 
Tensemble de la population (blanche, nègre et mulfttre.) 

Nainancct. Dëeèt. 

Uartioiqae 19,350 17,471 

Guadeloupe et dépendaocet. • . • 19,4Sé 20,326 

Guyane. 2,025 2,815 

Réunion. 16,711 17,419 

ToUl 57,570 58,031 

Ainsi, à l'exception de la Martinique, partout on trouve un excédant 
des décès sur les naissances. 

De 1816 à 1832 la population esclave nègre des Antilles anglaises a 
compté, année moyenne, 696171 individus, dont 3/i5320 du sexe mas- 
culin, et 350851 du sexe féminin; sur ce nombre, on a constaté dans la 
même période, année moyenne, 10390 décès et 8652 naissances du sexe 
masculin : 8826 décès et 8565 naissances du sexe féminin. Soit un décès 
sur 36 individus et 1 naissance sur ftO. Il résulte de là une diminution 
annuelle de 2 000 individus. Le tableau ci-contre donne les naissances et 
les décès pour chacune des colonies en particulier (1). 

Ce tableau met en lumière une décroissance très notable de la popula- 
tion esclave des Indes occidentales, à la seule exception de la Barbade. Il 
reste à examiner si Texcédanl des décès sur les naissances n'aurait pas 
pour cause une proportion trop bible des naissances. Nous avons montré 
plus haut (2), que Ton compte : 

En France, 1 naissance sur 36 habitants. 
En Bavière, 1 -- 35 

. En Belgique, t — 32 

En Angleterre, 1 — 28 

Or, on trouve : 

A Montserrat, 1 naissance sur 31 individus. 
A la Grenade, 1 — 36 

ABerbice, i — 37 

(1) M. Tullocb, Suuiiticiof the negro slave population in Ihe WeU Indies, m Br»- 
tish annals offnedicine. "^ 

(2) Tome II, p. 61. 



MI NÈGRB KXPOKTÉ DANS LIS PATS CBADOS, 



305 






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206 DU IfÈGRl EXPORTÉ DANS LIS PATS CHAUDS. 

Là décroissance de la population nègre dans les colonies dont il s'agit, 
tient donc nniquensent k' l'exagération de la mortalité. Le tableau qui 
précède met encore en lumière un fait d'une haute importance, à savoir 
qae dans toutes les colonies anglaises des Indes occidentales, sans excep- 
tion, la mortalitèdu sexe masculin excède d'une manière notable celle du 
sexe féminin. Cet excédant paraît se reproduire à l'Ile Maurice, où la 
population nègre des deux sexes a subi de 1827 à 1832 la réduction ci- 
après : 





Sexe matcalio. 


Sexe féminin. 


Population nègre en 1827 


42,621 


26,455 


-- 183S 


38,124 


24,932 



DiminntioQ en cinq ans. . . . 4,497 1 ,523 

Cette différence dans la résistance respective des deux sexes devient 
plus saisissante, si l'on considère que la mortalité est à peu près égale dans 
les deux sexes avant l'âge de vingt ans, d'où il résulte que la différence 
porte en quelque sorte exclusivement sur la population adulte. Il résulte 
d'un calcul fort intéressant auquel s'est livré à ce sujet le colonel Tulloch, 
que la mortalité de la population nègre de Demerara peut être représentée 
ainsi : 

hÈCÈM SUS 1000 INDIVIDU!. 
Sexe mascuiiii. Sexe féminin. 

Au-desson! de 10 ans. • 34 33,7 

De 10 à 20 ans H il 

Au-dessus de 20 ans , 41 ,7 28,6 

Ou voit que dans la population adulte, la mortalité du sexe masculin est 
près de deux fois plus forte que dans celle de l'élément féminin. Main- 
tenant, à quelle cause faut-il attribuer cette immunité de la femme 
nègre? Il serait difiBcîle de répondre à cette question. Toujours est-il 
qu'elle ne saurait s'expliquer par la différence des fatigues de la vie; car, 
comme le fait observer M. Tulloch, la femme nègre subissait un double 
esclavage, celui du maître et celui de son mari. Ajoutons que déjà la femme 
blanche paraît mieux que l'homme blanc, supporter le climat des Antilles; 
enfin, ne perdons pas de vue que si la mortalité du nègre esclave est con- 
sidérable, celle du soldat nègre est plus élevée encore, bien qu'il ait ea 
moyenne l'âge de vingt à quarante-cinq ans, que sa solde soit la même 
que celle du soldat anglais, enfin que sa conduite soit généralement assez 
régulièra. 



DB LA TRAITB ST DB L'BSCLAYAGB DBS NÈ6RB8. 207 

Jusqu'ici, le cap de Bonne-Espérance et la région méridionale ded État»- 
Unis, sont les seules contrées dans lesquelles le^ègre exporté paraisse a?oir 
réussi. En ce qui concerne les AiUilles anglaises, ?oici Topinion du colo- 
nel Tulloch, à laquelle les faits qui précèdent donnent, il faut le dire, 
une grande autorité : « Avant un siècle la race nègre aura presque cessé 
d'exister dans les colonies anglaises des Indes occidentales (1). « 

JJiT. X|. — P« 1» tr»rt« «t fie l'efel«v«g« cbi nègret. 

« La traite, dit M. Moreau de Jonnès, a duré plus de 320 ans et n'a 
pas tiré moins de 12 millions de nègres (2). » €e qu'il y a de certain, 
c'est que, depuis 1807 (8), époque de l'abolition de la traite en Angleterre, 
jusqu'en 1819, époque de l'établissement des croisières, 2290000 nègres 
ont été enlevés de la côte d'Afrique. Sur ce nombre, 680000 ont été 
expédiés au Brésil ; 615 000 dans les colonies espagnoles, et 562000 dans 
les autres pays. Le déchet, pendant la traversée, a été de ^33000. Depuis 
1819 jusqu'en 18/(7, le nombre des nègres exportés a été de 2758506 
ainsi répartis : Brésil, 1 121 800 ; colonies espagnoles, 831 027 ; déchet, 
688299; capturés, 11738U. Totaux, pendant les quarante années : es- 
claves importés an Brésil, 1801800; dans les colonies espagnoles, 
1 /i/i6027 ; dans les autres contrées ; 562 000 ; déchet, pendant la traver- 
sée, 1121299 ; capturés, depuis 1819, 117880. Ce qui donne en totalité, 
depuis la prohibition, 5068506 victimes de la traite. Ces chiffres attes- 
tent combien peu les mesures prises pour empêcher le transport des es- 
claves de la côte d'Afrique ont atteint leur but. Selon M. de Alolinari, 
non-seulement la prohibition de la traite et les mesures prises pour 
l'assurer n'ont pas arrêté ce trafic, mais encore elles ont eu poiir résultat 
d'aggraver les souffrances de ses victimes. Avant la prohibition, les 
nègres transportés étaient généralement bien traités pendant le voyage, 
car les négriers avaient intérêt à ce que leur marchandise arrivât en bon 
état à sa destination. Mais à peine les lois répressives de la traite furent- 
elles mises en vigueur, que toutes les précautions prises pour procurer 
quelque bien-être aux transportés disparurent. Les négriers n'eurent plus 
alors qu'un souci : échapper aux croisières. Dans ce but, ils réduisirent 
au minimum la place réservée à leurs cargaisons, et ils n'embarquèrent 

(1) Before theUrmmation of an other century^ thisrace wUl hâve almosiceased 
tû eçHst in our West India colonies, 

(2) Recherches statistiques sur Vesclavage colonial. Paris, 1842, p. 102. 

(3) Dici, deVécon. potiUque. Paris, 1852, art. Esclavage, par M. de MoliaaH. 



208 DS LA TRAITE ST DB l'SSCLAYAGB DBS NÈGRES. 

plus que les quantités d'eau et de vivres qui leur étaient rigoureusement 
nécessaires. Le résultat fut une augmentation de 11 pour 100 dans le dé- 
chet des cargaisons. Cette augmentation s'explique par les horribles souf- 
frances que les conditions actuelles de la traite infligent aux victimes 
de la cupidité des négriers. 

a Les esclaves, dit le docteur Gliffe (1), sont entassés pèle-méle et cou- 
chés sur le flanc, dans un mélange confus de bras, de tètes, de jambes, 
de sorte qu'il est difficile à l'un d'eux de remuer sans que la masse 
entière remue en même temps. Sur le même bâtiment on forme par- 
fois deux ou trois ponts, encombrés d'esclaves, et dont la hauteur ne 
dépasse pas un pied et demi ou même un pied. Ils ont ainsi la place 
nécessaire pour se tenir couchés, aplatis comme l'insecte visqueux; 
mais un enfant lui-même ne pourrait s'asseoir dans ces longs cercueils 
k compartiments. On peut dire qu'ils sont arrimés comme des bou- 
cants ou comme des livres sur les rayons d'une bibliothèque. Ils sont 
nourris par un homme qui leur descend une calebasse d'eau et une par- 
celle d'aliments. Un petit nombre d'entre eux, ceux qui semblent |rio8 
accablés, sont hissés sur le pont au grand air. Avant le redoublement de 
sévérité de nos lois, on leur distribuait leur nourriture sur le pont, par 
escouades successives ; mais aujourd'hui ce faible adoucissement ne leur 
est même plus donné. Jadis les négriers embarquaient avec eux un chirur- 
^en ; aujourd'hui il n'est pas de praticien de quelque valeur qui voulût les 
suivre. Les bâtiments perdent quelquefois plus de la moitié de leur car- 
gaison, et l'on cite même l'exemple d'un chargement de 160 nègres sur 
lesquels 16 seulement survécurent au voyage. Rien ne saurait donner une 
idée des souffrances auxquelles ces malheureux sont soumis, principale- 
ment à cause du manque d'eau : comme la présence à bord d'une grande 
quantité d'eau et de tonneaux expose les négriers à la confiscation, ils sont 
arrivés, après des calculs d'une odieuse précision, è reconnaître qu'en dis- 
tribuant une fois tous les trois jours à un individu l'eau contenue dans une 
tasse à thé, cela suBisait pour lui conserver la vie. Ils limitent en consé- 
quence leurs approvisionnements d'eau fraîche à ce qu'il faut pour em- 
pêcher les esclaves de mourir de soif. Rien ne saurait non plus donner une 
idée exacte de la saleté horrible d'un navire chargé de nègres. Amoncelés 
et en quelque sorte encaqués comme le sont les nègres, il devient à peo 

(1) Déposition du docteur Gliflle citée dans le Journal des économislest t. XXI, 
page 154. 



DB LA TRAITB BT Dfi I/BSCLAVAGB DBS NÈGRBS. 209 

près impossible de nettoyer le navire, qai est souvent abandonné, faute 
d*nn Hercule assez téméraire pour nettoyer ces nouvelles étables d'Augias. 
Les bAtiments que Ton a purifiés conservent une odeur particulière- 
ment acre et fétide, qui trahit leur destination première. Je reconnus 
qn*un vaisseau naviguant sur la côte d'Afrique avait servi à la traite, par 
les effluves caractéristiques qui sVn exhalaient. Il est certain que si un 
blanc était plongé dans l'atmosphère où vivent ces hommes, il serait 
immédiatement asphyxié. 

• Les rotules de ces malheureux présentent l'aspect d'un crâne dé- 
nudé ; leur bras est dégarni de toute la partie musculaire : c*est un os 
recouvert de peau ; le ventre est protubérant et comme gonflé d'une ma- 
nière maladive. Il faut qu'un homme prenne ces misérables dans ses bras 
pour les porter hors du bâtiment, car ils ne sont pas capables de marcher. 
Comme ils ne se sont pas tenus debout pendant un ou deux mois, leurs 
muscles sont affaiblis au point de ne pouvoir plus les soutenir. Ils ont un 
air hébété, hagard, et l'on peut dire qu'ils sont descendus jusqu'au der- 
nier degré d'abaissement au delà duquel il n'y a plus que la brute. Un 
grand nombre sont meurtris, couverts de larges ulcères, de maladies 
cutanées profondément repoussantes, et la chique se creuse, à travers 
l'épiderme et jusque dans les chairs, ses horribles refuges. Pour faire par- 
venir 65000 nègres au Brésil, il faut en enlever 100000 à la côte d'Afri- 
que, et, sur les 65000, il en meurt communément U ou 5000 dans 
les deux mois qui suivent leur arrivée. Avant l'interdiction de la traite, 
les opérations des négriers donnaient de 20 à 30 pour 100 de profit, 
tout au plus; depuis que la traite est devenue un commerce de contre- 
bande, les bénéfices qu'elle rapporte s'élèvent fréquemment jusqu'à 2 ou 
300 pour 100. Cette augmentation provient en premier lieu de la réduc- 
tion survenue daiis la concurrence des capitaux et des bras qui s'offraient 
pour faire la traite : les capitalistes honnêtes se sont retirés de ce com< 
merce lorsqu'il a été flétri par la conscience publique et poursuivi par les 
lois. » 

En 1831, le gouvernement anglais préluda à l'émancipation générale en 
affranchissant les esclaves des domaines de la couronne. Enfin, le 18 mai 
1833» lord Stanley présenta au parlement un bill pour l'abolition de 
l'esclavage. Adopté par la chambre des communes le 12 juin 1833, et 
par la chambre des lords dans la nuit du 25 du même mois, ce bill fut 
Sanctionné par la couronne le 28 août suivant. Voici quelles étaient les 
clauses de l'acte d'émancipation : 1* Une indemnité de 20 millions de 
11. U 



310 D9 U TRAITS 

liTres sterling était accordée aux propriétaires d'esclaves ; 2* les esdavei 
âgés de six ans et aunlessus, au 1"' août 183&, passaient k l'état d'apprentis 
travailleurs. Six années d'apprentissage forent imposées aux deux pre* 
œières classes, et quatre années à la troisième, à dater du 1*' août i8i3&. 
Les maîtres eurent droikau travail de leurs ci-devant esclaves devenus 
apprentis, à la charge de pourvoir à leur entretien. La quantité de travail 
exigible d'un apprenti fut limitée à U5 heures par semaine. Les travailleurs 
noirs eurent la faculté de racheter les années de travail qu'ils devaient 
fournir à leurs maîtres. 

Les populations esclaves des possessions anglaises soumises à l'acte d'é* 
maqcipation se composaient de 780933 individus. En calculant leur 
valeur d'après la moyenne des prix de vente de 1823 à 1830, soit k raison 
de 1 AOO francs par tête, on trouve un total de 1 132043668 francs. L'io- 
demnité pécuniaire, s'élevant à 500 millions de francs, soit à 635 fr. 61 c 
par tête, formait les 3/7'* environ de la valeur totaU; de la population ra* 
chetée. L'indemnité accordée en travail servait à couvrir les quatre autres 
septièmes. On évalue à 7 l//i années la quantité de travail que peut don- 
ner en moyenne une génération esclave aux Antilles anglaises. En confô* 
rant aux planteurs pour une période de quatre et de six années le droit 
au travail de la génération rachetée, on leur fournissait donc plus des A/?" 
de sa valeur, et par conséquent on leur payait lai-gement leur propriété. 

L'émancipation accomplie par l'Angleterre et par la France au prix dd 
tant d'efforts et de sacrifices dans leurs colonies, n'a abouti qu'à on simple 
déplacement de l'esclavage, qui s'est opéré au profit des nations les moina 
accessibles aux sentiments de justice et d'humanité. En dépit des efforts 
généreux qui ont été tentés pour arriver à l'abolition de l'esclavage, le nom^ 
bre des esclaves n'a pas cessé de s'accroître, et d'après un des derniers 
rapports de la Société pour l'abolition de l'esclavage, on compterait ao* 
tuellement (1} : 

Aux États-Unis (receosement de 1850) 3,178,000 

Au Brésil 3,250,000 

Dans les colonies espagnoles » ••,..., 9po,000 

Dans les colonies hollandaises • 85,000 

0ans les républiques de TAmérique du Sud 140,000 

Dans las établissements de la céte d'Afrique 30,000 

Total 7,583,000 

L'esclavage existe aujourd'hui aux États-Unis dans quatorze États : 
(i) DMofMi. de féom^m. pàit^tg^ê^ aH. EacuTiM. 



BT DB L'SSCLAVAGB DBS NÈGABS. 211 

Delaware, Miryhnd, Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Géor- 
gie, Keutucky, Tennessee, AlatKiina, Alississippi, Louisiane, Missouri et 
Arkausai et Tcias. Les Etats à esclaves se divisent en pays de production 
et de eousoounalion. Dans les premiers on élève les esclaves ; dans tes 
seconds on les applique à la culture du sol. Ou évalue à 80000 environ 
le nombre des esclaves qui sont annuellement transportés des Etats éle- 
f eura {breeding Stateg) dans les Etats consommateurs. Les Etats éleveurs 
sont le Delaware, le Maryland, la Virginie, la Caroline du Nord, le Ken- 
iDcky, le Tennessee et le Missouri. Le sol de ces Etats n'étant point propre 
aoB grandes cultures du sucre et du coton, et les denrées qu'on y cui- 
tif e, te tabac, le chanvre et les céréales n'exigeant en comparaison qu'un 
nombre peu considérable de travailleurs, les esclaves y sont nourris prini- 
eipalement en vue de l'exportation. L'élève de cette espèce particulière 
de bétail est devenue une branche importante de la production. Les éle- 
veurs l'ont organisée sur une échelle immense. Non-seulement ils s'atta-r 
chent à le développer de manière à proportionner leurs approvisionnements 
aui demandes croissantes des Etats du Sud, mais encore ils donnent une 
attention spéciale à Tamélioration de leurs produits. Les mulâtres se ven-r 
dant mteux que les nègres, ils ont encouragé, même par des primes, le 
mébnge des races. Le meilleur sang de la Vii-ginie coule dans les yeinea 
des asdaves, dit le R. JU. Paiton. On rencontre fréquemment desesdavas 
eotièrcmeot bbncs, et il faut être connaisseur pour les distinguer des blancs 
de race pure. 

L'élève des esclaves donne des profits élevés, et aucune propriété n'est 
d'un meilleur rapport que celle des jeunes négresses lorsqu'elles sont 
saines et fécondes. Aux yeux des éleveurs, la fécondité est regardée 
comme la plus précieuse des vertus : la stérilité, au contraire, est quel 
quefoia considérée comme un crime. On fouette les uégresaes stérites 
eft tes mères dont les enfants meurent. La valeur d'un esclave adtilte est, 
en moyenne, de 600 dollars, mais elle est sujette à des variations con- 
sidéraUee. « Ces outils vivants, dit U. de àlbUnari, se vendent plus ou 
moins cher selon l'état du marché du coton et du sucre ; loi^que ces 
articles sont très demandés, le prix des esclaves s'élève ; lorsqu'ils te 
sont peu, les esclaves se vendent à vil prix. Comme tous les autres pro~ 
ducteurs, les éteveura d'esclaves s'efforcent d'augmenter teurt débouchés 
et de se préserver de la concurrence étrangère. Ce sont les éleveui^ de la 
Virginie et de la Caroline qui ont été les plus ardents à demander l'an- 
nexion du Texas, et qui se sont montrés, en toute occasion, les plus 



2i2 DE LA TRAlTK ET DE l'ESCLAVaCE DES NKCRES. 

chauds adversaires de l'importation des nègres d'Afrique. Le commerce 
des esclaves n'est pas moins proGtable que l'élève, et les hommes les plus 
notables des Etats-Unis, des magistrats, des membres du clergé, ne se 
font aucun scrupule d'y engager leurs capitaux. Le président Jackson, 
par exemple, achetait des cargaisons d'esclaves dans le Nord pour les re- 
vendre dans le Sud. Les agents secondaires et les courtiers ont, en revan- 
che, une assez mauvaise réputation : ceux-ci vont acheter, à des époques 
périodiques, les cbLluves dans les plantations. Eu faisant leurs achats, ils 
n'ont aucun égard aux liens de |)arenlé ou d'affection qui peuvent exister 
entre les esclaves. Les enfants sont communément séparés de leurs mères« 
parce qu'ils n'ont presque aucune valeur dans le Sud; on attend, pour lea 
y transporter, qu'ils aient acquis la plus grande partie de leur croissance 
et de leurs forces. Après l'achat dans les plantations , les esclaves sont 
dirigés par détachements vers leur destination ; les prisons des Etats ser- 
vent d'entrepôts. » 

La vie moyenne d'un esclave importé dans le Sud paraît ne pas excéder 
cinq ans, et l'on estime le déchet annuel d'une plantation d'esclaves 
à 2 1/2 pour 100. Le travail excessif imposé aux femmes aussi bien 
qu'aux hommes fait obstacle à la reproduction, et l'esclavage disparaîtrait 
promptement des Etats producteurs, par le fait de l'extinction de la popu- 
lation esclave, s'il n'était incessamment alimenté par les importations des 
Etats éleveurs. • Chaque habitation, dit M. deMolinari, a son code parti- 
culier, ses tortures particulières : ici on oblige les esclaves récalcitrants 
à porter un collier comme les chiens de basse* cour; là on les marque à 
la joue avec un fer rouge; ailleurs on leur broie les rotules avec un tour- 
niquet Un des supplices que l'on inflige le plus communément aux es- 
claves échappés consiste à leur arracher les dents de devant. Cependant les 
évasions sont fréquentes, surtout depuis l'établissement des chemins de fer. 
Les propriétaires vont à la chasse des runaways avec des chiens dressés à 
chasser le nègre ; l'éducation de ces animaux est devenue une spécialité 
lucrative. Les chasseurs ne se font aucun scrupule de tirer des coups de 
fusil aux runaways; ils mettent toutefois leur adresse à ne leur casser au- 
cun membre, aûn de ne point trop en diminuer la valeur (1). » 

(1) DiclUmn. ée l'économie poUHque. Paris, 1852, t. I, p. 718-724. 



MOTKNS CAPABLES DB DIMIMUKR LA MORTALITÉ. 213 



CHAPITRE XI. 

MOYENS CAPABLES DE DIMINUER LA MORTALITÉ HORS DU 

PAYS NATAL. 

JJiT. I*'. — OonridérAtîoDf géDéralei. 

D'aprèsles faits qui précèdent, rhomine, au moins tel que nous le con- 
naissons aujourd'hui (1], n'est point cosmopolite, et sa faculté d'acclima- 
tation, essentiellement limitée, varie d*une manière notableselon les races, 
dont les unes peuvent subir sans dommage pour elles un déplacement plus 
ou moins considérable loin du pays d'origine et loin du sol natal, tandis 
que d'autres sont liées à une zone souvent très circonscrite. Nous ne mé- 
connaissons point que ces propositions s'écartent des théories qui ont eu 
cours jusqu'ici ; mais on nous accordera peut-être de les avoir assises sur 
one base expérimentale d'une valeur décisive. Que la médecine, l'hygiène 
publique, que l'économie politique elle-même, en prennent donc leur 

(1) Quelques esprits se sont préoccupés de la contradiction qu'ils ont cru entre- 
voir entre les faits qui concluent à In négation du cosmopolitisme et la théorie 
de Porigine primitive unique de l'homme, c*est-à-dire de sa provenance d*un seul 
coaple. Mais d*abord, nous ne voyons pat en quoi une théorie, quelque respectable 
qu*elle soit, pourrait infirmer des faits, en supposant ceui-ci bien constatés. En se- 
cond lieu, la contradiction est-elle bien réelle, ou n'est-elle qu*apparente? Nous sou- 
tenons le non cosmopolitisme et la faculté limitée d'acclimatation de l'homme tel que 
noua le connaissons aujourd'hui ; or, où donc se trouve la preuve que l'homme n'ait 
Jamais varié? En d'autres termes, que ses facultés actuelles soient identiques avec 
eellesdes temps primitifs? Les nombreuses variétés humaines qui peuplent le glolie 
ne démontrent-elles pas, à elles seules, que dans l'hypothèse de l'origine primi- 
tive unique du genre humain, les hommes ne sont plus aujourd'hui ce qu*étaient 
leurs premiers parents ? La contradiction dont on se préoccupe n'est donc en réalité 
qu'apparente. Tout le monde connaît la magnifique argumentation du comte J. de 
Maistre, sur le sauvage, qui, loin de représenter Thonmie primitifs comme le 
croyait J.-J. Rousseau, serait au contraire l'homme dégénéré. Eh bien, en nous 
plaçant pour un moment i ce point de vue, nous demanderons : Est-il bien prouvé 
que Ton puisse ramener l'homme devenu sauvage k son état de primitive per- 
fection? Évidemment non ; dès lors, à quel titre demanderait-on aui diverses 
variétés humaines actuelles de recommencer aujourd'hui, ou point de vue du 
cosmopolitisme, ce qui n'a pu être donné qu'à la souche primitive de produire? 
M. de Maistre dit textuellement : « Nous sommes précisément à l'homme primitif 
ce que le sauvage est à nous. » (Voy. Soirées de Saint-Péiersbourg^ t. 1, p. 81 
et 113.) 



914 DIMINUTION DS MOUTALITA HOHS DU PATS NATAL. 

parti. Elles peuvent, elles doivent même s'appliquer désormais à diminuer 
le mal, mais elles ne sauraient dédaigner un ensemble de faits qui en dé- 
montrent la triste et incontcstAble réalité. 

Les mesures capables de diminuer la mortalité des hommes transportés 
hors de leur pays natal varient selon qu'il s'agit d'un séjour temporaire ou 
définitif dans le nouveau milieu. Pour les troupes européennes servant 
dans les pays chauds, le gouvernement anglais a eu recours à trois grandes 
mesures : 1" substitution d'un renouvellement triennal des troupes, à 
Tancien système d'un séjour illimité, basé sur l'hypothèse de l'acclima- 
tement* 2° adjonction de troupes auxiliaires à l'armée nationale; 3' cam- 
pement des troupes en des lieux reconnus salubres. Nous avons exposé avec 
détail les résultats de ta première de ces mesures; il ne fiolis reste donc 
qu*à traiter les deux dernières. 

ÂMX» n. — H* la mortalité éeê tffo«p«s ««sUtaitM . 

Voici les pertes éprouvées par les troupes auxiliaires dans les diverses 
possessions de l'empire britannique (1). 

NoniLie annuel 

dos décès 
lur 4U00 hommes. 

Hommes servant dans leur pays natal. 

Corps des Fencibles (Maltais servant à Malte) (2). ...«•.. .t .. . 9 

Hoitentota servant au eap de Bonne-Espérance • • < 12,5 

Armée du Bengale (indigènes venant spécialement des provinces 

da Nord) . « * 13 

Armée de Madras (natifs de la péninsule de ri ode). ..«.•• 15 

Lofcorayns armés (natifs de Ceylan servant dans cette lle)é . . . 25,8 

Hommes servant hors de leur pays natal. 

Natifs de Hadras [Gun lascars et pionniers) servant dans les pro- 
vinces Tenasserim 12 



(1) Stalistical Reports on the sickness, etc, passim. 

(2) Le Maltais vit presque eiclusivemenl d*aliments végétaux, et ne fait 
que pas usage de liqueurs fermeotées ; le Hottentot, au contraire, employé presque 
constamment sur la frontière orientale de la colonie du Cap, reste, souvent ptn- 
dant plusieurs mois, privé de pain et de tout alimeai végétal. Dans ces circon- 
•tances, il consomme de 2 à 3 livres anglaises de viande par jour« et ae livrci eai 
même temps, avec eicës aux boissons alcooliques. Malgré cette différence dans la 
manière de vivre, Maltais et HottentoU jouissent d'un état sanitaire excellent, taot 
il est vrai que les diverses races présentent sous le point de vue de la physiotogic 
comme sous le rapport de la pathologie , des aptitudes et des immunités complè- 
tement différentes. 



MOlltALlTl DES TftOOPBS ÀUtlLlAlISS. HS 

Natifs de Madras et da Bangale (Gim lascars de Geylan) servant 
à Colombo (Geylan) • ; 13 

Malais de Java, Peoang, MaUeca et Singapore, en garnison h 
Ceylan 25 

Nègres, pionniers noirs, les uns nés à Maurice, les autres venant 
de Madagascar et de la cdte de Mozambique, de 1821 à 1836. 27,2 

Troupes nègres, colons militaires à la Jamaïque, de 1817 à 1836. 30 

Troupes nègres dans la province de Honduras • • 30 

Nègres venant d'Afrique et servant aux Antilles et à la Guyane, 

de 1817 à 1836 40 

Nègres servant à Bahama, de 1817 à 1836 41 

Natifs de Madras et du Bengale, servant comme corps de pion- 
niers i Geylan, de 1821 à 1823 43 

Nègres venant de Goa et de la côte de Moiambique, servant à 
Geylan • 61 

Nègres servant à Gibraltar, de 1816 à 1820 62 

Plusieurs enseignements découlent de ce document : d'abord Ten- 
semble des troupes britanniques auxiliaires présente une mortalité 
annuelle de 15,2 lorsque. ces troupes sont employées daus leur pays 
natal; leurs pertes s'élèvent à 35,8 en moyenne, lorsqu'elles servent 
hors de leur pays. Mais nous appelons l'attention d'une manière 
spéciale sur la mortalité des troupes nègres qui, à Gibraltar, c*est-à-dire 
à la pointe méridionale de l'Europe, s'élève fi un chiffre trois fois plus 
élevé que celle des troupes blanches, et qui, même dans la région tropi- 
cale, atteint encore l'énorme proportion de UO à 61 décès sur 1 000 hom- 
mes, alors que la population civile blanche, âgée de 20 à UO ans, perd 
en Europe à peine 10 sur 1 000 annuellement 

Dans les trois présidences de l'Inde, et de 1825 à 18^/!i inclusivement, 
la moyenne annuelle des décès sur 1 000 hommes a été représentée par 
les nombres ci-après : 

Troupes Troupes 

europëeones. indigènet. 

Bombay 50,7 12,9 

Bengale 73,8 17,9 

Madras 38,4 20,9 

Moyenne. • • i « . 54,0 18,0 

On voit que, pour l'ensemble des possessions de l'Idde, les pertes ét& 
troupes européennes ont été trois fois plus considérables que celles des 
troupes indigènes. Le tableau suivant donnera une idée de la différence de 
mortalité des troupes blanches et nègres dans plusieurs colonies anglaises, 
de 1817 à 1836(1) : 

(I) Voyez le tableau de la page 79. 



216 MORTAUTS DIS TBOUfSS AUXILliURSS. 

Dicte tDi 1000 HomEs. 

Troupes 
«nropéennet. Trôapes nigres. 

Geyian 57 61 

Baharoa 200 41 

Sierra-Leone 483 30,1 

AHT» Zn* — Ba oboû daa Iîm». 

Le choix des lieux peut exercer ane influence considéraUe sur Tétat 
sanitaire et la mortalité, et, chose digne de remarque, le lieu le plus 8a«- 
lubre se trouve souvent immédiatement à côté du lieu le plus malsain. 
« Quibus etiam in locîs (quod sane mirun), dit Baglivi, brevissimi inter- 
» valli discrimen , hic aliquantum salubris existimatur aer, contra noxius 
» et damnabilis (1). » Ajoutons que la cause réelle de la différence de sa- 
lubrité, bien que bée le plus souvent à des conditions appréciables, 
échappe dans certains cas à Tinvestigation la plus minutieuse, et ne se dé- 
montre que par le résultat Voici quelques exemples de différences de 
résultats observées parmi les troupes anglaises, de 1817 à )836, dans 
quelques groupes dlles plus ou moins voisines les unes des autres (2) : 

1* ILES lONlRIRBfl. 

Décèt 
•ar 1000 bommet. 

Corfou 20,1 

Cérigo 20,1 

Ithaque. • . • . • 26,1 

Cépbalonie 30,5 

Zaote 32 

Sainte-Maure 46 

2** ANTILLES. 

Décèi sur 1000 hom. 

Anligoa et Montserrat 40 

SaiDt-ViDcent 54 

Barbades 58 

Grenade. • 61 

Saint-Ctiristopbe, Névis et Tortola. 7 1 

Dans d'autres circonstances, c'est dans une seule et même île que se 
trouve cette gamme chromatique de salubrité. La mortalité des troupes 

(1) Prax, med»t lib. I, cap. xiv. 

(2) StaUstical Reports on the sickness, morMty and invcUiding among th^ 
iroops. London, I84O, tn-rol. 



Trinité 106 

Sainte-Lucie 1 22 

Dominiqoe 137 

Tabago 152 



DU CROISBMINT DES RACKS. 217 

bLiBcbes se troa^e ainsi répartie entre les divers postes occcupésà Ceylan 
et à la Jamaïque (1 ] : 

S* CBTLAR. 

Déoè$ sur 1000 hom. 



Galle... 23 

Nioera-Elia 24 

Ratnapoara • • • 42 

Colombo 51 



Kandy 60 

Trincomali • 91 

Badalla 97 



4* JAMAÏQUE. 

Décès sur 1000 hcmi. 



Phanii-Park 29 

Montpellier 30 

Marono-Town 32 

BfandeTille 35 

Fort Augoata 78 

Lncia 91 



StoDy-Hill 96 

Falmouth 1 10 

Port-Royal 122 

Up-Park-Camp 152 

Port Aotooio 162 

Spanish-TowD 177 



Dans ces deux lies, dont l*unc est située dans le golfe du Mexique et 
l'autre dans l'océan Indien, ce sont particulièrement les postes militaires 
d'une altitude considérable, tels que Maroun-Town, à 2 000 pieds d'é- 
lévation auHlessus de la mer, qui fournissent la mortalité la plus faible. 
Une faible altitude, comme celle de Up-Park-Camp, à 200 pieds, et Stong- 
Hell, à 1 360 pieds, loin de diminuer les pertes, peut au contraire donner 
lien à une mortalité plus considérable que celle à laquelle on serait exposé 
dans certains lieux situés même au niveau de la mer (2). Dans les colonies 
françaises des Antilles, des résultats analogues ont été observés, et l'admi- 
nistration retire déjà de grands avantages de l'installation des troupes au 
camp Jacob, à la Guadeloupe, et au camp des Pitons, à la Martinique. 

CHAPITRE XII. 

DU GROISBHENT DES RA€ES. 
ASkt, X*'. — Xtpèoe bnmaâne. 

Rien ne met mieux en évidence la faiblesse de l'hypothèse de PaccUoia- 

(1) Op. cit. — Voyez aussi : E. Balfour, Observations on the means of preser' 
ving the health ofthe troops, by selecling healthy localities. Londoo, 1844. 

(2) Boudin, Statistique de Vélat sanitaire et de la mortalité des armées de terre et 
demêr^ considérées dans des conditions variées de salabrité, de temps, de lieui, 
«l'âge, de race et de nationalité. {Annales d'kygiène^ Parjs, 1846, t. XXXV, p. 283.) 



318 DU CROL^SMEKT DBi ItACtS. 

temént en Algérie, que Tobligatibn dans laquelle se trouvent ses déféil* 
seurs de recourir à la proposition du croisement de ^Européen arec ta 
femme mauresque ou bédouine, ci On a longtemps et vainement cherché, 
dit un des partisans de l'hypothèse, dans Tordre des mesures politi- 
ques, les moyens d'assurer la t)Ossession de 1* Algérie. Il en est un qui 
n'est ni la destruction de la population indigène, ni la soumission défini- 
tive de cette population. Ce serait, ni plus ni moins, la création d'une race 
nouvelle résultant du croisement de la race conquérante avec la race 
conquise. Faites que le sang français soit réchauffe et revivifié par le sang 
arabe, que des Françaises et des Algériennes épanchent tour à tour sur 
le sol africain le produit de cette féconde alliance, et bientôt vous aurez 
une race qui aura tous les avantages de sa double origine sans en avoir les 
inconvénients. Parmi ces avantages, nous compterions, sans aucun doute, 
la fiiculté de résister aux influences délétères du sol, et peut-être ceux plus 
inattendus d'une organisation physique et morale digne d'un peuple non- 
veau. Mais comment atteindre un tel but? Les antipathies de nature, les 
préjugés de religion, les haines de peuple conquis à peuple conquérant* 
ne iont-iU pas des obstacles insurmontables? Nous ne le pensons pas; el 
quelques ùits particuliers sont de natpre ài laisser croire qu'en s'y prenant 
bieDf il ne serait pas impossible de les généraliser. Ce qui a réussi une 
fois peut réussir souvent, sinon toujours : le tout est de bien connaître les 
conditions d'un premier succès. Et puis, n'y aurait-il pas mille moyens 
d'encourager ces alliances, de les forcer en quelque façon (i) ?» M. Vital* 
après avoir reconnu qu'à Gonstantine , c'est-à-dire à 650 mètres aiv* 
dessus du niveau de la mer et sur un point presque complètement 
exempt de .fièvres, les enfants nés de père et de mère européens sont 
impitoyablement moissonnés, formule la proposition suivante : « Il est 
suivant nous, deux moyens de faire cesser l'incompatibilité actuelle da 
milieu africain. Le premier^ le |du8 direct, le plus prochainement profi- 
table, consisterait à favoriser les alliances entre les Européens et les fem- 
mes indigènes et à créer une race intermédiaire... Oui, si chaque com* 
mandant supérieur de camp usait avec adresse de son influence pour pro- 
voquer et aider ces unions, de nouvelles familles aralneuropéennes se 
constitueraient (2). » M. Jacquot exprime le regret que l'autorité n'ait 
pas compris ce qu'il appelle la haute et féconde question du croise- 
ment en Algérie, oh les intérêts politiques sanctionnent tout; il ajoute : 

(I) GaieUe médicale de Paris du 8 avril iSiS. 
(S) fM., e ûafemtt 1*52, p. 702. 



BSPÉCB HUMAINE. 219 

» Noas conliaiBflons de bons endroits où l'on a quelque chose de bien pour 
300 à aOO francs; ce n*est réellement ))a8 cher. Que la Marchandise soit 
trompeuse... ceci n'est point notre affaire (1). » 

Voilà cependant à quels eipédients se trouvent réduits les plus satants 
défenseurs de la théorie de racclimatement. On nous permettra de ne 
point nous y arrêter. Disons seulement que la population mauresque de^ 
villes qui compte deux fois plus de décès que de naissances, ferait bien 
de se tirer d'affaire elle-même. En second lieu, s'il est vrai, comme l'établit 
le dernier recensement (2), que cette population n'a plus aujourd'hui que 
cinq individus du sete féminin pour sept du sexe masculin, serait-il bien 
généreux de priver de leurs femmes des gens qui déjà n'en ont pas Stftaet 
pour lent* propre consommation? 

Les effets du croisement ont surtout fixé l'attention dans les contrées 
où deux facteurs très distincts donnent des produits plus prononcés. 
Aux colonies, l'opinion, en flétrissant le nègre, a créé un puissant intérêt 
à reconnaître ses descendants même blanchis par le croisement. Moreail 
de Saint-Méry et Franklhi les désignent par les appellations suivantes ! 
ttiulfltre, quarteron, métis, mamelouk, quarteronne, sadg-mëlé. Ces Sfai 
degrés réstiltent du mélange continu du blanc avec la négresse d'abord, 
puis avec les dérivés successifs du croisement de mulâtresse, quarteronne, 
métive, etc. Les castes de couleur dans leur retour vers le nègre ont 
noté avec la même précision leur gamme descendante. Le mulâtre et la 
négresse donnent le griffe ; mulâtre et griffe, le marabou ; griffe et né« 
gresse le sakatra (3). Dans les anciennes colonies espagnoles, les descen- 
dants de père européen et de mère indienne portent le notu de ladinon, et 
l'on observe entre eux et les zambos une hostilité imptac^ible. Quant à c(SI 
demierSf ils ont, selon M. Squier {k), tous les vices réunis des races nègrtf 
et indienne sans posséder aucune de leurs qualités, et presque tous léi 
criminels de l'Amérique centrale appartiennent à ce genre de Métis. Le 
doctetir de Tschndi fait la même remarque sur les xambos du Péfotii 

(1) GatHUméêUiale â» Pariés t848, p. 787 « 

(2) Voyez plus haut, t. 11, p. 50. 

(3) E. de Salles, Hist, gén. des races humaines. Paris, 1849, p. 273. 

(4) K. G. Squier, Nicaragua, ils people. New-York, t852, t. II, p. 153. « I ob- 
» iervedtbat roost of the crimmals were Sambos, miied negros and Indians, wbe seéM 
» 10 combine the vices of hotb races, y/'iih few if aoy of tbeir good qualities. Yet 
» pbysically tbey were botb larger and better proportioned tbaa the parent stocks. 
» Thera MifiaMween Itieoi and the Ladioos, or niied wbiles ênû lodiauf, é déeply 
» seated hostility. » 



220 DU CROISBMBNT DKS RACES. 

Selon lui, les ^/5*' des criminels des prisons de Lima sont des zambos, 
et c'est à peine si l'on trouve dans cette race un sujet passable sur cent 
individus (1). 

En 1842, un médecin américain distingué, le docteur Nott, de Mobile, 
après s'être longtemps occupé de l'étude du mulâtre, a émis les proposi- 
tions suivantes : 1° De toutes les variétés humaines, le mulâtre est l'homme 
dont la vie moyenne est la plus courte (skortest-lived). 2*" L'intelligence 
du mulâtre tient le milieu entre celle du blanc et celle du nègre. 3"* II est 
moins apte que le blanc et le nègre à supporter de grandes ùligues. 4* La 
mulâtresse est particulièrement délicate et sujette à certaines maladies 
chroniques spéciales ; elle avorte facilement, elle est mauvaise nourrice et 
ses enfants meurent jeunes. 5° Les mariages entre mulâtres et mulâtresses 
sont moins féconds que les mariages des mêmes avec des individus de 
race blanche ou de race nègre. 6** Lorsqu'un nègre se marie avec une 
femme blanche, les enfants tiennent plus du nègre que lorsque le ma- 
riage s'eiïectue entre un blanc et une négresse. 7° Enfin le mulâtre, de 
même que le nègre, possède un haut degré d'inmiunité contre la fièvre 
jaune, alors même qu'il n'est pas acclimaté. Depuis lors, M. Nott a reconnu 
que ses opinions de 1842 avaient un caractère trop absolu et qu'elles ne 
s'appliquaient qu'aux mulâtres provenant du croisement de la négresse 
avec le blanc d'origine allemande on anglo-saxonne ; le mulâtre dont le 
père est originaire du midi de l'Europe paraîtrait se trouver dans des 
conditions beaucoup plus favorables (2). 

S'il est douteux que le croisement des variétés humaines confère â ses 
produits des avantages constants, réels et durables sous le rapport de la 
perpétuation de l'espèce, en revanche il est une race incroisée qui sem* 
ble se prêter d'une manière merveilleuse à l'acclimatement, â l'ubiquité, 
au cosmopolitisme. Nous voulons parler de la race juive. £n Afrique, le 
Jnif se rencontre depuis les Etats barbaresques jusqu'au cap de Bonne- 
Espérance, et depuis les bords de la mer Rouge jusqu'à l'océan Atlan- 
tique, comme le montre notre tableau page 132. Mungo Park découvrit 
même plusieurs familles juives à Sansanding, à 800 milles à l'est de la 
côte occidentale du continent africain. « f^s nègres, dit ce voyageur, 
sont sans égards pour les Juifs, et les Maures me déclaraient que je valais 
beaucoup mieux, bien que je fusse chrétien. » En Algérie, les Jnib, mal* 

(i) TraveU in Peru, p. 84. 

(2) J. C. Nott and Glîddon, Types of mankind or eihnological retearckes. PhiU- 
de1phîa« 1854, siith édition, p. 373. 



CROISKMBNT DES ANIMAUX. 221 

gré leur agglomération dans des habitaiions malsaines, étroites, obscures 
et souvent souterraines, jouissent d'un état sanitaire qui l'emporte de beau- 
coup sur celui des autres populations. Ainsi, on y a compté : 

Européens. Mutttlmnnt. Juifs. 

En 1 844 42,9 ^2,4 21 ,6 déoès sur 1000 hafr. 

18i5 45,5 40,8 36,1 

En 1639, David Nasci, juif portugais, obtint de la Compagnie des Indes 
l'autorisation de former une colonie juive à Cayenne* Lors de la conquête 
de Cayenne par les Français, en 1664, les Juifs se retirèrent à Surinam 
où leur nombre s'accrut rapidement. Aujourd'hui on trouve des Juifs 
depuis le Canada jusqu'au Brésil, et leur nombre est d'environ 20000 en 
Amérique ; on en compte environ 2 000 en Australie. En Asie, on trouve des 
Jttifedepuis la côte de Syrie et de l'Asie Mineure, jusqu'à la côte orientale 
delà Chine, et, du sud au nord, depuis l'extrémité méridionale de la Pénin- 
sole de l'Inde jusqu'au delà du Caucase. Ils paraissent s'être introduits en 
Chine sous la dynastie de Han, vers l'an 210 de notre ère. Leurs principales 
résidences étaient, dit-on, Han-teken, Pékin et Kaisong-fou. En 1706, 
d'après un missionnaire de la Chine, le père Gozani, leur nombre était de 
sept familles. On a souvent parlé d'une secte habitant Cochin et désignée 
sous la dénomination de Juifs blancs et de Juifs nègres, Mosseh de 
Paiva, juif portugais, d'Amsterdam, qui visita Cochin en 1686, a publié, 
après son retour en Europe, un petit livre devenu très rare, dans lequel on 
trouve les détails suivants : « L'an 6130 de la création du monde, après la 
destruction du second temple par Titus, 70 à 80000 Juifs pénétrèrent jus- 
qu'à la côte de Malabar, où le roi Chcram-Iberimal leur donna la ville de 
Cranganor, qu'ils furent plus tard obligés de quitter pour se réfugier à 
Cochin... Quoique le climat de Cochin les ait basanés au point de les 
rendre presque mulâtres, ils se croiraient déshonorés s'ils priaient, man* 
geaient ou s'alliaient avec les Juifs nègres ou malabres, qui descendent 
d'esclaves an service des Juifs de Cranganor. » Les Juifs nègres, d'après 
Paira, étaient au nombre de 465 (1). 



LT. ZX. — Croûemcnt dM 

Lorsque deui espèces voisines s'unissent ensemble, il se produit un 
métis ou mulet • Le cheval et l'âne, dit M. Floorens (2), l'âne, le zèbre 

(1) Ch. Maio, Hist. des juifs. Paris, 1826, p. 468. 

(2) Floareni, De la longévité humaine et de la quantiié de vie tur le globe^ 
Par», 1855, 2«édit., p. 151. 



S23 ciûiamiNT ois aniuaux. 

et rbémione, Iç loup et le chien, le chien et le chacal, le bouc et le bélier, 
le daim et Taxis, etc. , s'unissent et produisent ensemble ; mais les indi-' 
vidus nés de ces unions croisées, ces individus mélangés n*ont qu*uoe 
fécondité bornée. On cite quelques exemples de mules qui ont produit 
avec le cheval ou Tâne ; on n'en cite point de mules qui aient prodoit avec 
le mulet. Les métis de chien et de loup sont stériles dès la troisième géné- 
ration ; les métis de chacal et de chien le sont dès la quatrième. Si l'on 
rétmit ces métis à Tune des deux espèces primitives, ils reviennent bien- 
tôt, complètement et totalement, à cette espèce. Tons les types ne sont pas 
également dominants et fermes. Le type du chien est plus ferme que celui 
du loup ; celui du chacal plus que celui du chien ; celui du cheval l'est 
moins que celui de l'âne, etc. Le métis du chien et du loup tient plus do 
cbien que du loup ; le métis du chacal et du chien tient plus du chacal que 
du cbien ; le métis du cheval et de l'âne tient moins du cheval qu'il ne 
tient de l'âne : il a les oreilles, le dos, la croupe, la voix de l'âne; le cheval 
hennit, l'âne brait, et le mulet brait comme l'âne. » 

Si l'on continue i unir de génération en génération le métis du cbien 
et du chacal avec le chien, le métis de seconde génération n'aboie pas 
encore, mais il a déjà les oreilles pendantes par le bout ; il est moins 
sauvage. Le métis de troisième génération aboie ; 11 a les oreilles pendantes, 
la queue relevée; il n'est plus sauvage. Le métis de quatrième génératkm 
est tout à fait chien. Quatre générations ont doue suffi pour ramener l'un 
des deux types primitifs, le type chien ; et quatre générations suffisent de 
même pour ramener l'autre type, le type chacal. Ainsi donc, ou les métis, 
nés de l'union de deux espèces distinctes, s'unissent entre eux, et ils sont 
bientôt stériles ; ou ils s'unissent à l'une des deux tiges primitives, et ils re- 
viennent bientôt h cette tige : ils ne donnent, dans aucun cas, ce qu'on pour- 
rait appeler une espèce nouvelle, c'est-à-dire une espèce intermédiaire du- 
rable. Soit donc, dit M. Flourens, que l'on considère les causes etteraee : 
la succession des temps, des années, des siècles, les révolutions du globe, 
ou les causes internes, c'est-à-dire le croisement des espèces, les espèces 
ne s'altèrent point, ne changent point, ne passent point de l'une à l'autre : 
les espèces sont fixes, v 

H nous reste à examiner le produit du croisement entre animaux de 
mAine espèce, mais de couleur différente. M. Colladon, pharmacien de 
Genève, pour multiplier les expériences sur les croisements de races et 
étendre nos idées sur ce sujet, éleva un grand nombre de souris blanches 
et de souris grises. Chaque individu des nouveaux produits était ou en- 



IMfLUXKCK DU PHEIfUBR MàLK FÉGOMPif^T. 383 

tièrement gris oo entièrement blanc, avec les autres caractères de la 
race pure; point de métis, point de bigarrure, rien d*intermédiaire, 
enfin le type parfait de Pund ou de Tautre variété. Ce cas est extrême, à la 
férité , mais le précédent ne Test pas moins;. ainsi les deux procédés sont 
dans la nature : aucun ne règne inclusivement. Quand les races diffèrent 
le plus possible, comme lorsqu'elles ne sont pas de la même espèce, telles 
que l'âne et le cheval, le chien et le loup et le renard, leur produit estcon* 
stamment métis. Selon AV. Edwards, les mêmes phénomènes se produisent 
chez l'homme, et dans les mêmes conditions. • Les races humaines qui 
diffèrent le plus entre elles donnent constamment des métis. C'est ainsi 
que le mulâtre résulte toujours du mélange des races blanches et noires. 
L'autre observation de la reproduction des deux types primitifs, lorsque 
les parents sont de deux variétés voisines, est moins notoire, mais n'en 
est pas moins vraie. Le fait est commun chez les nations européennes. Le 
croisement produit tantôt la fusion, tantôt la séparation des types; d*où 
QQUS arrivons i cette conclusion fondamentale, que les peuples apparte- 
nant à des variétés de races différentes, mais voisines, auraient beau 
s'allier entre eux, une portion des générations conserverait les types pri- 
mitifs (1). » 

JLB.T. ZXZ. — Se rînfluenoe ezereée par le premier mAle féoondent sur lei 

produits des f«6eoAdationf altérieurei (9). 

Chez les animaux, il n'est pas rare de voir des petits ayant, en dehors 
de la ressemblance avec les pères qui les ont engendrés, des traits de res- 
semblance plus ou moins marqués avec des mâles par lesquels leurs mères 
avaient été fécondées à une époque antérieure (5). Une jeune jument cou- 
leur noisette, aux sept huitièmes arabe, fut couverte en 1815 par un guagga 
(espèce d'âne sauvage d'Afrique niarqué à peu près comme le zèbre) ; 
après avoir porté onze mois et quelques jours, elle mit bas un hybride qui 
ressemblait au guagga pour la forme de la tête, les bandes noires qui zé- 
braient son dos et ses jambes. Eu 1817, 1818 et 1821, la même jument 
fut couverte par un arabe noir pur sang, et elle mit bas successivement 
trois poulains, tous trois portant des marques non équivoques de ressem- 



(i) Mémoire de la Soc. ethnologique, Paris, 1841, t. L 
(S) Voyez le mémoire de M. A. Harvey , d*At>erdeen, Gaz. médic. du 23 février 
iS55. 
(3) Aliaon, OuHines of physiology, 3* édit., p. 443. 



224 INPLUENCK D(J PREMIER MALK FÉCONDANT. 

blanceavec le guagga (1). Selon M. James M*G31ivray (2), lorsqu'un ani- 
mal de pore race a été fécondé par on animal d'une race différente, 
l'animal fécondé est croisé pour toujours; la pureté de son sang est à jamais 
perdue par le seul fait de son croisement avec un animal étranger. Il 
ajoute : « Si une vache de la race pure d*Aberdeen est accouplée avec un 
taureau à courtes cornes, race de Teeswater, le sang de cette vache est 
contaminé d'autant plus que !e veau qu'elle a mis bas ressemble davantage à 
ranimai qui l'a fécondée, et elle n'est plus capable de procréer un veau de 
pure race. «Lorsqu'une jument a été couverte par un âne, elle met bas un 
mulet; si cette jument est couverte ensuite par un cheval, le poulain qui 
résulte de ce dernier accouplement porte quelques-uns des caractères de 
l'âne (3). On cite des juments couvertes par des chevaux d'espèces (affé- 
rentes, dont les petits possédaient tous quelques caractères du premier 
mâle qui avait fécondé leurs mères. Dans le haras royal de Hampton- 
Court, plusieurs poulains engendrés par l'étalon Actéon avaient une 
ressemblance non équivoque avec l'étalon Colonel, qui avait couvert les 
mères de ces poulains les années précédentes. Un poulain ayant pour 
père le cheval Lancel, avait une si grande ressemblance avec un cheval 
nommé Camel, qu'on avait affirmé, à New-Market, que ce dernier ea 
était le père, tandis qu'il n'avait couvert la mère qu'à la portée précédente. 
Il a été d'ailleurs observé qu'une chienne de race pure, couverte une fois 
par un chien bâtard, si on l'accouple ensuite avec un chien de son espèce, 
ne peut plus produire, de deux ou trois portées, des chiens de race pure. 
Ces mêmes circonstances ont été remarquées à l'égard des truies. Une 
truie de l'espèce blanche et noire, connue sous le nom de Westem-breed^ 
fut couverte par un verrat sauvage de couleur marron foncé. I^ portée fut 
mélangée, cependant la couleur du verrat dominait. La truie fut couverte 
ensuite par un mâle de son espèce, et l'on retrouva dans la portée qu'elle 
mit bas des traces de couleur marron provenant du verrat sauvage. Ces 
mêmes caractères furent encore constatés sur une seconde portée de la 
même truie avec un mâle de son espèce. Les éleveurs de bétail remarquent 
souvent des faits analogues chez les vaches : une génisse de la race d'Aber- 



(1) PhUosophical Transactions^ 1821, p. 20. — Dunglison*! Human physiology^ 

3* édil., vol. Il, p. 387. 

(2) Journal d*Aberdeen^ mars 21 et 28, 1849. 

(3) Hallèr, Elementa physioL^ YIII, p. 104. — Becker, Physic, subterran, Lips., 
1738. Cité dam la Physiologie de Dangliion, vol. It, p. 387. 



SUI LES PRODUITS DBS FftCOND/lTIONS ULTiRIlUftlS. 225 

deen fat servie par un taureau pur de Tees-Water ; elle eut un veau de 
race croisée ; la saison suivante, elle fut servie par un taureau de sa race, 
mais elle ne produisit qu*un veau croisé ayant, à deux ans, de très longues 
cornes, quoique ses deux parents les eussent courtes. Une autre génisse, 
également de la race d'Aberdeen, bt couverte, en 18&5, par un bceuf 
croisé provenant d'une vache croisée et d'un pur Tees-Water ; la génisse 
produisit un veau bâtard ; accouplée plus tard avec un taureau de sa race, 
elle produisit encore un veau croisé, et pour la forme et pour la couleur (1). 

M.' Allen Thomson fait la remarque suivante : Une femme mariée 
deux fois a souvent des enfants du second lit qui ressemblent an premier 
mari tant au physique qu'au moral. Le docteur Olgive cite up exemple 
observé dans sa pratique. • Une femme d'Aberdeen, mariée deux fois» 
avait eu des enfants des deux lits. Tous ses en&nts étaient scrofuleux 
comme le premier mari de cette femme, quoique la femme elle- 
même, ainsi que son second mari, fussent tout à fait exempts de cette 
maladie. Il existe, dit M. Harwin, dans la famille humaine des races 
aussi distinctes que parmi les animaux; et il suflBrait d'observer avec soin 
si une femme blanche, fécondée primitivement par un nègre et ensuite par 
un blanc, transmettra les caractères du premier père aux enfants issus du 
second mariage, et, vice versa, dans une famille de nègre, si une né- 
gresse, fécondée primitivement par un blanc, transmettrait aux enfants i»- 
stts du second mariage avec un nègre quelques -uns des caractères de formes 
et de couleur du père de ses premiers enfants. Pour le premier cas, un 
médecin de mes amis m'en a cité un exemple arrivé dans son voisinage ; 
quant au dernier, si la théorie est applicable à la race humaine, les Indes, 
les États-Unis et d'autres pays encore doivent abondei^en faits de ce genre. 
Le docteur Dyce dit avoir connu un exemple de femme créole ayant en 
des enfants blonds d'un Européen, et qui, mariée ensuite avec un créole, 
avait eu de ce dernier des enfants ressemblant à son premier mari autant 
par les traits que par la complexion. • 

Nous ne citons ces diverses opinions qu'en vue de provoquer des re- 
cherches sur une question d'un incontestable intérêt. 

(i) M. Gillivray, loc. ciu 



II. 15 



820 GÉOGRAran ST STATiSIIOUB OBS MALAPItS KT DM IlfnftIIITiS. 



LIVRE TROISIÈME. 

GÉOORAPHIB £T STATISTIQUE DBS MALADIBS BT DBS 

INFIRMITÉS DE L'HOMMB. 



CHAPITRE PREMIER. 

DES LOIS DE L'ElVDAilGITÉ. 

La ooBnaisaaace de b dlstdbatioa géographique des maladies et des 
iafiriDÎtés de rhoiDine intéresse à la fois la scienoe, la médecine pratique, 
rbfgiène publique et l'administration. En même temps qu'eUe met en 
lumière Finfluence des climats, des localités, des nationalités et des races 
dans la production des roaladiesi elle guide le oiédecia dans le choix des 
Ueui les mieux, adaptés au s^our des malades; elle indique à rhygiéuiste 
les localités qu'il faut rechercher ou é? iter ; elle fournit une base expéri- 
mentale aux lois sur les quarantaines ; elle fait counaltre aux gouyer- 
nements l'aptitude militaire d'un pays et fixe l'adoûnistration sur les 
ressources de la population recrutable. Grâce à la statistique et à la géogra- 
phie médicales, on sait aujourd'hui que la population masculine âgée de 
vingt et un ans, est en France, année moyenne, de 205 000 jeunes geos; 
et que, sur 100000 individus examinés par les conseils de réfisioB» ou 
compte annuellement (1) : 

7693 eiemptions pour défaut Je taif le: 



9S75 


ttour Ctdblessè de cotiMftdtfori ; 


788 


poar perte de dsals; 


328 


pour aardité et mutiioie ; 


712 


pour gottre ; 


507 


pour claUdicatioa ; 


894 


pour tofo^ ; 


998 


pouf flcrofoies; 


297 


pour maladies de poitrine ; 


2192 


pour hernies; 


170 


pour épilepsie. 



(1) Les chiffres se rapportent à la période de 1831 à 1849, incluslTemenl. (Voy. 
Comptes rendus du ministère de la guerre sur le recrutement, et la thèse de M. X. 



Dévot. Paris, 29 août 1855.) 



DBS LOIS BtL L'fiNDÉMIGITâ; â27 

. Semblables aui plaates doDt plusieurs se reneentrent sur presque louis 
les points du globe, tandis que d'antres ne se montrent que d'une ma- 
nière endémique dans quelques localités, les maladies de Thomme sont, 
elles aussi, ou répandues sur toute la surface du globe ou liées k tërlstinés 
zones, ou enûn restreintes à dçs localités plus ou moins circonscrites. On 
peut donc dire avec une parfaite exactitude, des maladies, considérées au 
point de vue géographique* comme desvégétauxt qu'elles K)«t' leurs ha* 
bîtats^ leurs staHons^ leurs limites, sous le triple rapport de la latitudei 
de l'altitude et même de la longitude géographique. Ces habitats, ces 
stations* ces limites géographiques des maladies, sont plus ou moins su- 
bordonnées à des conditions météorologiques ou telluriques; quelquefois 
cependant, les causes de la présence ou de l'absence des espèces no$o«> 
logiques échappent à l'appréciation de la science. 

Certaines plantes ne prospèrent^ n'existent même que dans le voisinage 
d'une végétation spéciale; il en est d*autres qui semblent se repousser; le 
chardon hémorrhoidal nuit à l'avcHue, VErigeron acreàu froment* la sea* 
bieuse au lin. Quelque chose d'analogue s'observe entre les diverses for- 
mes pathologiques; l'endémicité du créiinisme dénote l'endémicité du 
goitre dans la même contrée ; dans l'Europe centrale, la fièvre typhoïde 
marche à peu près parallèlement avec la phthisie pulmonaire ; par contre^ 
les fièvres paludéennes et la fièvre jaune diminuant avec l'altitude et ces* 
sent même complètement à une certaine élévation* où elles sont rem- 
placées par d'autres manifestations morbides. 

La limite septentrionale du choléra se trouve, en Europe* à Arcban- 
gel (1)* par 6/i degrés de latitude nord; en Amérique, il a pénétré jusqu'au 
Canada ; jusqu'ici il a épargné l'Islande, le Groenland et la Sibérie. Dans 
l'hémisphère sud* il ne s'est montré que très exceptionnellement* et il j 
a atteint sa limite méridionale à Bourbon, par 21 degrés de latitude (2); 
Le Cap et l'Australie ont été épargnés jusqu'à ce jour ; la portion de 
l'Amérique qui s'étend dans l'hémisphère sud n'a été envahie que 
vers la fin de 1855. La fièvre, typhoïde ne se rencontre guère que 
dans la zone tempérée et froide de l'hémisphère nord ; elle parait fidre 
défaut dans la région tropicale, et même dans la région tempérée de l'hé- 
misphère sud. Elle commence à devenir très rare à partir de la ligne iso- 

(1) Mai I83i et juillet 4848. 

(2} Java a été envabi en 4819 et en 1826; Sumatra en 1853. 



228 DK6 LOIS DE L'ENBÉMICITK. 

therme de 16 degrés centigrades, et l*on peut lai assigner pour limite 
méridionale l'isotherme de 20 degrés (1). 

Le domaine de la pellagre endémiqne est compris entre le &6* et le &2* 
degré de latkude nord, celui du bouton d'Alep entre 38 et 33 degrés 
nord ; celui du béribéri entre 20 et 16 degrés nord (2). Les fièvres palu- 
déennes qui cessent de se manifester dès le 57* degré de latitude nord, 
8*élèvent en Russie jusqu'au 59* et elles vont même en Suède jusqu'au 
63* degré. Des limites analogues s'oliservent sous le rapport de la longitude 
géographique ; ainsi, la fièvre jaune ne s'est rencontrée jusqu'ici qu'entre 
LWounie et Acapulco, sur la côte occidentale de l'Amérique ; les verugas, 
espèce de frambcesia ne se trouvent au Pérou que sur (e versant occiden- 
tal des Andes, jamais sur le versant oriental, et toujours entre 600 et 
1600 mètres d'altitude (Tscbudi). Dans la péninsnle scandmave, on voit 
la radesyge particulièrement à ei*st, et la spedalsked à l'ouest des monts. 

Diverses maladies peuvent se manifester des m«is et des années entières 
après que l'homme a quitté le foyer de leur endémicité. A Marseille, nous 
avons TU des fièvres pernicieuses chez des militaires qui avaient quitté 
l'Algérie depuis un, deux et même depuis trois mois ; en France, le bon* 
ton d'Alep paraît s'être moutré chez des individus qui avaient quitté la Syrie 
depuis des années. Pour d'autres maladies, au contraire, la période d'in- 
cubation est très courte : celle de la peste paraît ne pas excéder huit jours; 
selon Matbaei, celle de la fièvre jaune ne dépasserait jamais r '*e jours. 

Quelques formes pathologiques semblent n'appartenir qu'à des contrées 
et même qu'à des localités très ciixonscrites ; telles sont les verugas au 
Pérou; la maladie appelée pinta ou ma/ de los pintos^ au Mexique, sur 
le versant occidental des Cordillères; le caak, en Nubie; la plique, en 
Pologne; le bouton de Biskara, en Algérie; les hydatides du foie, en 
Islande. D'autres alTectious s'observent sinon exclusivement dans certains 
pays, du moins avec une fréquence exceptionnelle; telles sont : le taenia, 
en Abyssinie; le croup, en Suède sur le lac de Wen ; le trismus des nou- 
veau-nés, dans nie Westmannoê, près de l'Islande; la gangrène du rec- 
tum, au Brésil ; le pemphigus, en Iriande ; l'idiotisme, aux lies Feroê, etc. 

Par contre, divers pays se font remarquer par l'absence de certaines 

(1) Voy. Carte physigve etmétéorol du globe terrettre. Paris, 1855, 3* édit. 

(2) Ce font là les Ifanites du béribéri endémique, sur la céte de Malabar. Coaune 
on le verra plus loin an chapitre spécialement consacré à celte maladie, le béribéri 
règne aussi à Ceylan, et il s^est montré à Aden, k Sumatra, k Maurice, à Bourbon. 



»'H 



, T 11, ht, ÎÎ5 



MARCHE ME! 




Longitude 
de Paris. 



INFLDBNCK DS LA TJCIIPiRATUlUS. 229 

alfectiona Ainsi, la pellagre manque en Sicile et en Sardaigne; la Suisse, 
l'Islande et les Feroë ont été jusqu'ici épargnées par le choléra; laphthlsie 
est presque inconnue en Islande, aui Feroë et dans les steppes des Kirghis; 
les fièvres intermittentes, rares à Saint-Pétersbourg et à Tile Maurice, man- 
quent complètement au cap de Bonne-Espérance. Le crétinisme semble 
inconnu en Amérique; le gokre est ti*ès rare au Pérou, au Brésil, en 
Nubie et en Egypte; les hémorrholdes manquent en Nubie; les calculs 
vésicaux sont rares à Pise, à Madrid, en Nubie, à la Guyane; les scro- 
fules, qui troàyent en Suède leur limite septentrionale, par 62 degrés 
nord, ne se rencontrent presque pas aux Fero^ et manquent complètement 
en Islande. 

Plusieurs maladies se montrent plus ou moins dépendantes d'un certain 
degré de température, et cette dépendance se révèle par leur prédilection 
pour des conditions déterminées de latitude, d'altitude et de saisons. C'est 
ainsi que la fièvre jaune semble exiger une température d'au moins 20 
degrés centigrades (1), pour revêtir la forme épidémique, tandis que la 
peste épidémique tend à dis|)araitro, au moins en Egypte, dès que le ther- 
momètre approche de 28 degrés. Le choléra épidémique, bien que moins 
étroitement lié à des conditions fixes de température, n'en est pas moins 
une manifestation particulièrement estivale. 

Le tableau suivant résume quelques exemples destinés à mettre ces vé- 
rités en lumière. La planche ci-contre, en exposant graphiquement la 
marche men^uelle de la tem|)érature dans plusieurs localités, donnera une 
idée de la marche que les maladies épidémiques peuvent affecter sur di- 
vers points du globe (2). 



(i) On a cru remarquer une prëdispositioD spéciale à contracter la fièvre Jauoe 
chei les chauffeurs de navires à vapeur. A Barcelone, les boulangers et les maré- 
chaux ferrants ont fourni une proportion considérable de victimes. Quelque chose 
d*analogne a été observé pour la colique végétale. Voir plus loin Tbistoire de cette 
maladie. 

(S) Voir aussi (i. I, p. 32) les deux planches relatives à la marche hebdomadaire 
de la mortalité à Londres, dans les années normales, et les années de peste ou du 
choléra. 



230 DBS LOIS DE L'BHDBMICrrÈ. 

TfMêot^ de k^ reparution tntn9HÊfi^,de$dMs c<H*t^ par lu fèwê jaiM»i« te jatHitfl 

pqr le choléra^ sur divers points du globe. 

fïkns lA^KS. Ptwrt, Pisn. ' Ciai4iA. CaoLiftA. 

Nouvelle-Orléans (I) Alesnndrie (S) Malte (3) Aneleterre Parit 

1883. • ' ' ' {gss. 1tl3. lIlO (4). 1840. 

Janvier i ^61 o Ç58 ? 

Février » 748 « 371 ? 

Ifan « 4,S5t » 303 573 

Avril u 1,91^ » iOl 1,929 

Mai..i 2 296 110 327 4,509 

Jaio Si 41 806 S,046 8,b6d 

Juillet 1,521 j. 1,505 7,570 865 

Août 5,133 u 1,042 15,872 1,382 

Septembre 982 » 674 20,379 i,14S 

Octobre 147 » 211 4,654 ii5 

Novembre '.. 28 2 53 844 ? 

Décembre __4 a w 168 f_ 

ToUl. ••*••*• 7,849 7,418 4,485 54,898 19,184 

II est permis d'admettre que si la peste revêt la forme épidémiqne Si 
Malte plus tard qu'h Alexandrie, la cause en est peut-être à ce que la tem- 
pérature n'est pas assez élevée à Malte pendant Içs mois de mars et d*avril. 

Une des conséquences les plus curieuses du rapport des maladies avec la 
température, est que la disparition de certaines maladies entraîne non-seu- 
lement une diminution dans le chiffre de la mortalité annuelle, mais qu'elle 
change ainsi plus ou moins complètement la répartition mensuelle des 
décès. Voici par exemple quelle a été la distribution trimestrielle des décès 
à Londres en 1838 et pendant quelques années de peste du xv* et du xyi* 
siècle (1) : 

Dicte SUR 1000 HABITANTS. 
Ann^e de pefte. Année 1858. 

1*' trimcitce, . . . 17 8,5 

2* 20 7,0 

s* 163 6,6 

4* 50 6,6 

250 28,1 ' 

(4) Beport of the êtmiiary comméiekm of NeW'Orleam on Ike epidemèo yeth^v 
/iNwrofiSSS. — New-Orleaiu, 1854, 1 vol. in-S'*, p. 460. 

(2) Pnu, Rapport à VAcad. royale de méd, sw lapesteei les qtMrantaines» Paris, 
1846, p. 640. 

(3) StaHstical reports on the stcfcness, mortaUty and invalidingamong ihe troops. 
LoDdon, 1839, p. 28. 

(4) Report of the mortaUty of choiera in England^ 1848-49. London, 1852, 
p. XLVII. 

(1) Tome I, p. 32. — Voir aussi second report of the Registrar gênerai, l^o- 
dou, 1840, p. 89f 



Ob foit que pendant ks années de peste, le trineatre le ploa charge de 
décès était précisément celni qui se montre anjourd'hoi le plus salolm. 

Depuis quelqtie temps, on s'est livré à l'observation do Hmom (t)r 
et l'on a cm remarquer une ceruine corrébtion entre la marcbo do 
oe modificateur et celle de quelques maladies. Ainsi , on a ta un- 
rapport entre la présence de Toione dans Tair atmospMrique et Fap^ 
parition des lièvres intek>mittentes. D'après le doetepr Bmckel, la ma-r 
laria se montrerait toujours avec le zéro d^ Toionoscope, et la mlmn 
chose aurait lieu quand les Qèvres paludéennes régnent aveo ont 
certaine intensité. Selon M. Scbœnbein, on a observé une quantité oon» 
sldéraUe d*ozono dans Patmospbère de Berlin pendant une épidémia d^ 
grippe et sous une conslltuiion médicale prédisposant aux afleotions do 
poitrine, et l'inverse a eu lieu sons le règne d'une oonstitotion gastnqM,^ 
D'après cet observateur, l'ozone a fait complètement défaut dans l'atmoi» 
phère de la même ville pendant une épidémie de choléra. Selon M. Bibo« 
kel, le même fait B*est produit à Strasbourg) la présimce du choléra y 4 
coïncidé avec l'absence d'ozone, et l'oione a reparu dès que le cbolév» 
a été en décroissance. M. Billard regarde la diminutiou de Tozoue comme 
la cause première de cette terrible maladie, et M. ^olf a confirme pour 
la ville de Berne, qu'il habite, les observations faites à Strasbourg. 

Quant aui propriétés anlimiasmatiques de l'ozone, elles ont été étudiées 
par M. Scbœuboin. Il choisit, à eet effet, un ballon de la contenanGO dVn^ 
viron 60 litres ; il y introduit 3 onces de cbaif en putréfaction et l'y laisse 
pendant une minute seulement ; puis, au moyen du phosphore, il ozonise 
Vaîr contenu dans le ballon, en même temps qu'il oionise de la même ma- 
nière r^iir pur d*un antre ballon semblable. Après quelques minute^ 
la réaction de l'oione est sensible dans ce dernier, tandis qu!elle m 
Tesl, dans le premier, qu'après douze minutes, «lors que la mauvaiM 
odeur était dissipée. Dans une seconde expérience, il procède d'une ipa-r 
nière inverse : il ozonise un ballon de même grandeur au point que le 
papier imbibé d'empois ioduré s'y colore instantanément en bleu ibncé ; 
il enlève le phosphore et l'acide qui a pris naissance (on sait qu'il se 
(orm^, daq# cei conditions, de l'acide azotique, comme par les décharges 
électriques); il lave Iç gaz s^yec de l'eau distillée et y renferme la vian4e 
en putréfaction ; le ballon (îst herméiiquemeut clos, et pendant neuf 
hepreu pn n^ 9Wi rien de partic^iie^ ; la réact^pn dQ l'ozone dimimye p^ 
^ P^i II )a naiivjii^ odeur preq4 1^ dessus. 

(1) Voy. t. 1, p. 160. 



2S2 8TATISTl(jOB KT UÂUGRAPHll 

PDDr coDstroire un osonomètre, oo laisse tremper do pspier à filtrer 
pendant quatre heures dans un empois formé de 1 |)artie dUodure de po- 
taoBium, 10 parties d'amidon et 200 parties d'eau. Le papier retiré de cette 
masse piteuse est séché sur une surface unie, sur un disque de verre et 
dans un lieu frais, à l'abri du soleil, du vent et de la poussière. Pour s'en 
servir, on le coupe eu lanières qui ont S cenlimètres de longueur sur 
1 centimètre de largeur, et on les suspend dans un endroit abrité contre le 
soleil et la pluie, mais balayé par lèvent, éloigné de tout d^gement de gaz 
hydrogénés ou d'émanations miasmatiques. On change ces morceaux de 
papier matin et soir, régulièrement aux mêmes heures. Ces papiers ainsi 
préparés sont d'un blanc mat qui représente le d'une échelle dont le 
maximum i correspond à h coloration bleue la plus foncée, à laquelle 
Toione peut amener ces mêmes papiers. L'espace ou plutêt les nuances 
comprises entre et 10 sont divisées en dix bandelettes variables en in- 
tensité de couleur et fonnent l'échelle ozonométrique construite par 
M. Schœnbeitt, k laquelle on compare la teinte du papier ioduré, après 
son exposition à l'air atmosphérique. 



CHAPITKE II. 

STATISTIQUE ET DISTRIBDTIOll GÉOGRAPHIQUE DES INFIUMITÉS 

APPARENTES EN FRANCE. 

La distribution géographique des infirmités peut être étudiée soos deux 
points de vue : l"* d'une manière générale, dans l'ensemble de la popula- 
tion ; 2^ d'une manière spéciale, sons le rapport du recrutement de l'ar- 
mée, c'est-à-dire dans la portion de la population masculine qui a atteint 
l'âge du service militaire. 

JAV, Z«F« — 99ê infirmitét apparantei 60Budéff4«fl èmùB r>BwmLto 

de la popolatîoa. 

Le recensement de 1851 est le premier en France qui ait abordé U 
tâche diflBcile du dénombrement des infirmités apparentes. Les résultats de 
ce dénombrement ont été publiés en 1855 par le ministère du commerce 
dans un des volumes de la Statistique générale de la France (voL XV, 
2* partie). D'après ce document officiel, on comptait en France en 
851: 



DIS IWIRIIITÉS APPARINTIS BM f RANCI. 23S 

37,662 «Yeagtoi, 

75,063 borgoeiy 

39,512 loards et miieU, 

44,970 aliéDéf doot 24,483 à domidle, et 20,587 dans des étabUneiiieot» 

particiiliers et publies, 
42,382 gottreoi, 
44,619 bossas (1), 
9,077 individas «jADt perda an oa deoî bras. 
Il ,301 iDdiYidos ayant perda one Jambe ou les dem Jambes, 
I 22,547 indiYÎdos atteiuU de pieds boU. 

En comparant ces chiffres à celai de la population de h France, on 
trouve, sur 100 000 individus : 

I 105 aTSugles, 

210 borgnes, 
82 sourds et muets, 
125 aliénés, 
r 118 goltreni, 

125 bossus, 

25 individus ayant perdu un ou deux bras, 
32 individus ayant perdu ane Jambe on deux Jambes, 
62 pieds bots. 

Tontes ces inBrmités sont très inégalement réparties entre les divers 
départements. -^ 
Ainsi, le nombre des aveugles s'élevait : 

Dans le Gard, à 151 sar 100,000 liabitanU. 

[ Dans Tam-et' Garonne, k 152 

^ Dans THérault, à 175 

En Corse, k 184 

Il s'atnissait, an contraire à 72 dans la Corrèse, 68 dans le Rbdne, 66 
dans la Nièvre et dans la Mayenne, 63 dans le Cher. La Seine comptait 
iO& aveugles sur 100000 habitants. 

On compuit sur 100000 habiunts : 302 borgnes dans la i^lancbe, 306 
dans les Vosges, 319 dans l'Oise, 363 dans l'Aube, 350 dans la Côte-d'Or, 
I 398 dans la Haute-Marne, /ilO dans la Meuse. 

i Cette proportion s'abaissait à : 161 dans la Gironde et dans la Hante- 

Yienne, 136 dans la Loire, 128 dans la Loire-Inférieure, 107 dans l'Allier, 

(1) L*appellation officielle est : Affligés de déviation de la colonne vertébmie, 



236 



STATISTIQUE ET GBOGRAFHlfi 



p. 



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DBS iNriKMITÈS APPARENTES EN PRANCE. 



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240 



DES INnRMiTÉâ GONSIDÉRtlS DANS LBUB8 BIPPORTS 



oirAinimTt. Namtfro 

d'ordre. 

Seioe-et-Bfani6 • • • • • 51 

Deax-Sèvret 52 

Ttro-et-Garooiie 53 

Hante-Marae 54 

Chareate-lDfériêare 55 

Aube 56 

Somme • • . . 57 

Maine-et-Loire 58 

Ari^e 59 

Haatea-Pyrénéet • • . 60 

Aude 61 

Lot-et-Garonne 62 

Nièfre 63 

Vienne. 64 

Landei 65 

Loiret 66 

Oise 67 

CanUI 66 

Nord 69 

Lot 70 

Charente •••• 71 

Hantes-Alpei 72 

Sarthe 73 

Loir-et-Gher 74 

Tarn 75 

Eure 76 

Indre 77 

Hante-Vienne 78 

Enre-et-Loire * • • • . 79 

Seine -Inférieure 80 

Gorrèze 81 

Allier 82 

Orne 83 

Indre-et-Loire 84 

Vosges 85 

Dordogne 86 

France 



On voit combien l'aptitode militaire diffère dans les divers départemeats ; 
en effet, 10000 examinés fournissent dans le Morbihan 7865 jeanes geos 
propres au service, et n'en donnent que /i933 dans la Dordogne; poor h 
France entière, on en trouve 624i , c'est-à-dire un peu moins des deux 
tiers. Même inégalité en ce qui regarde la taille. Ainsi, tandis que l'on ne 



Ifomlm 
d« ieua«i g«Dt 
proprat «u mctîm 
•ar 10000 
«ZMDintff. 


Rxcmpléi 

pour dëfimt 

il4i uille 

•ur lOOO 

•SBRiioës. 


naamc 
d'onira. 


6053 


39,0 


10 


6039 


47 


20 


6024 


81 


57 


6001 


37,6 


7 


5987 


55,9 


34 


5983 


44,5 


17 


5939 


3i 


5 


5932 


56,0 


35 


5920,9 


101,4 


71 


5920,1 


54,2 


29 


5920 


75,2 


49 


5919 


64 


44 


5871 


50 


S5 


5861 


T7.9 


53 


5839 


79,3 


55 


5833 


75,0 


48 


5803 


43,1 


14 


5786 


98,9 


6S 


5784 


33,8 


4 


5758 


112 


77 


5677 


114,5 


79 


5626 


98,5 


66 


5608 


76 


50 


5541 


95 


64 


5446 


103,8 


74 


5359 


53,6 


27 


5325 


97 


65 


5304 


176 


85 


5295 


52 


S6 


5293 


63,8 


43 


5290 


189 


86 


5234 


113 


78 


5134 


58,9 


39 


5120 


117 


81 


5086 


44,3 


16 


4933 


131 


83 


6241 


76,9 





AYSC LBS OPÉRATIONS DU RSGRUTSUKNT. 2^ll 

compte MinuelleroeDt, sur 1000 examinés, ([ue 23 exemptions pour dé- 
faut de taille dans le Dotibs» on en compte 189 dans la Gorrèze; pour la 
France entière, le nombre annuel des exemptions est de 76,9 sur 1000 
examinés. 

Sous l'ancien régime impérial la répartition du contingent de chaque 
département était basée sur le chiffre de la population générale ; mais à 
cetle époque, la conscription atteignait à peu près tous les homtnes va* 
lides, ce qui plaçait tous les départements sur le même pied. ].a loi du 
5 juillet 1836* maintenue jusqu'à ce jour, prescrit de répartir le contin- 
gent: 1* entre les départements, d'après la moyenne des jeunes gens 
inscrits des dix classes précédentes; 2*" entre les cantons, proportionnel* 
lement au nombre des jeunes gens de la classe appelée. Avec l'ap^^arence 
de l'équité, ce mode de répartition consacre une inégalité, nous dirions 
même une injustice, puisqu'elle ne tient aucun compte de l'aptitude 
militaire inégale dans les divers départements. Dans l'état actuel des 
choses, 1^ loi demandé le même nombre proportionnel de jeunes gens 
à la Dordogne qu'au Morbihan, bien qu'il résulte du tableau ci-des- 
sus que Taptitude militaire relative de ces deux départements est comme 
i!i933 à 78^5. Cette inégalité devient plus grande si, de l'examen des dé- 
partements considérés en bloc, oii passe à celui des cantons, dont Tap- 
titodti militaire est souvent au-dessous de 2800 (1). 

Le mode actuel de répartition du contingent présente des inconvénients 
pour les individus, pour les populations et pour l'État Pour les individus, 
la chance du tirage peut se trouver complètement annulée, ce qui est 
aussi contraire à l'esprit de la loi qu'à la justice. Quant aux populations, 
elles souffrent dans le présent de l'enlèvement d'une trop forte proportion 
et souvent de la totalité des jeunes gens valides, et les générations futures 
se trouvent compromises par la continuité des mariages dans lesquels la 
force physique fait défaut. Enfin, l'État lui-même souffre à la fois et de 
l'affaiblissement croissant de la population et du déficit qui résulte pour 
l'armée de l'impossibilité dans laquelle se trouvent certains cantons de four- 
nir le contingent qui leur est assigné. Pour remédier au mal, il suffirait de 
demander de chaque canton un contingent en rapport non pas avec le 
nombre des jeunes gens inscrits, mais avec celui des jeunes gens aptes 
au service. Ce dernier nombre pourrait être évalué soit d'après la propor- 
tion moyenne des jeunes gens reconnus propres au service dans les trois 

(I) Voyex notre mémoire sur le recratement, Ànnaiei d^hygiène publique, Paris, 
1849, t.XLI, p. 263. 

11. 16 



Vi2 hi> prriirrrts o:»5>n>c?n? »â3i« uns ^kmmrs 

aimées pr^Aïkn*^. mt par h vi<ite wdkale ée b irtrittr «^ h 
gem m<nt5 sur ies Iîma caototiales d^ PaBD^ ccMnaie, 

Le taÎK^aa qui pr^;<k mnntre «ntore b gnade iafgailé 4at» !« H 
tîtioo d^ exempth o> pr or d^Uut d^ uLk? entre les drreis dépar.-'j 
Ainsi, undîs que le Doabs oe c/^nrte» «nr iOOOO jeaMs ^eas ei.tj 
que 23 ei^-mj tkn*, h Ojrrêzie e« cr»mf^4e 189, c'est-à-dire «ne ^ m 
8 f'-b f4us ffifte. 

Si Ton embrasse dan^ leor enseinhle les 
crutement en France pendant b p-riode de dixHKof 
16^9 inciosiveroent, on tn^nve que sar 3295202 
00 a compté : 

254,093 eiemptiooi poar débrt et UOle. 
S'^ô.SOS eirmpCioos po«r 




Dans cette péri^ide, le maximam d'exemptioiis poar début de u1 
inGrmités, a été 39736 en i8!i3; le miaimam Zh 682 en 18^7 sur î I 
examinés ; la moyenne des diT-n<*uf années a été de 37 592^ Si do ct> 
nées généralos on passe à Fexaiuen délaiUé des dÎTerses causes dVierj 
en particulier, on trouve les résultats soirants : 

Drffaut ih tnille. ~ De 1831 à 18^9, on a compté 254093eieii 
pour ce motif sur 3295202 examinés. Proportion sor 100 000 eux 
maximum, en 1831, 92S9; minimum, 6039 en 1846; moTeaof Ti 
De 1837 à 1849 : minimum, 2 301 (Doubs) ; maximiiui. 18942 (C r 
sur 100000 examinés. 

Perte de dents, — De 1831 à 1849 3 y a en 25918 exemption? I 
portion sur 100 000 examinés : maximum, 895 en 1837 ; minimom. î 
en 1847; moyenne, 785. De 1837 à 1849 : minimam, 36 (Pu; 
Dôme) ; maximam, 6 760 (Dordogne). 

Surdité et mutisme, — De 1831 à 1849, on trouTe 10 805 exempt 
Proportion sur 100000 examinés : maximum, 483 en 1831 ; miiir^ 
268 en 1845 ; moyenne, 328. De 1837 à 1849 : mlnimam, 122 >i^ 
maximum, 713 (Indre-et-Loire). 

Goitre. —De 1831 à 1849, il y a eu 23 540 exemptions. Pnf 
sur 100 000 examinés: maximum, 860 en 1835; minimum, 542€fll^ 
moyenne, 713. De 1837 à 1849 : pas d'exemption dans deux ë^' 
ments (Finbtère et Morbihan); minimum, 6 (Ille-et-Vilaine] ; mati^^ 
8832 (Hautes-Alpes). 

Claudication. — De 1831 à 1849, il y a en 16734 ezeDplioB& ^ 
portion sur 100 000 examinés : maximum, en 1833, 608 ; miBiaiaÊ ^ 



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^f âTSG LIS OPÉRATIONS DU RECBI:TEMBNT. 243 

il i8/i0, &S5; moyenne, 507. De 1837 à i8/i9 : minimum, 175 (Indre); 
, ^ ^. maximum, 973 (LOt-et-Garonne). 

- jt >- Myopie. — De 1831 à 18û9, on a compté 13007 exemptions. Propor- 
- ^- t^oi^ ^^^ 100000 examinés : maximum, en 1831, 552; minimum, en 
^ 18&6, 28/i ; moyenne, 39(i. De 1837 à 18^9 : minimum, 51 (Indre-et- 
. . . Loire) ; maximum, 1181 (Bouches-du-Rhône). 

Scrofules. — De 1831 à 1849, on trouve 32921 exemptions. Pro- 
portion sur 100000 examinés : minimum, 1834, 734; maximum, en 
1846, 1144; moyenne, 998. De 1837 à 1849: minimum, 118 (Pas-de- 
'V/J CaJaîs); maximum, 2901 (Nièvre). 

* " ' Maladies de poitrine. — De 1831 à 1849, il y a en 9859 exemptions. 
Proportion sur 100 000 examinés : minimum, en 1833, 208; maximum, 
' ' ^' en 1843, 442 ; moyenne, 297. De 1837 à 1849 : minimum, 51 (Morbi- 
han) ; maximum, 1116 (Nord). 
1 '< ' Hernies. — De 1831 à 1849, il y a eu 72368 exemptions. Proportion 
i :. 'i sur 100000 examinés : maximum, en 1836, 2527 ; minimum, en 1847, 
■ , . :' - 1 872 ; moyenne, 2192. De 1837 à 1849 : minimum, 217 (Meuse) ; maxi- 
mum, 5 120 (Vendée). 

Épilepsie. — De 1831 à 1849, on compte 5 623 exemptions. Proportion 
sar 100000 examinés : maximum, en 1831, 269; minimum, en 1846, 
IM; moyenne, 170. De 1837 à 1849 : minimum, 41 (Puy-de-Dôme) ; 
maximum, 339 (Pyrénées-Orientales). 

Faiblesse de constitution. — De 1831 à 1849, il y a eu 307 795 
exemptions. Proportion sur 100000 examinés : minimum, en 1832, 6000; 
maximum, en 1846, 12089; moyenne, 9 375. De 1837 à 1849: mini- 
mum, 2035 (Morbihan); maximum, 21624 (Allier) (1). 






1 --- 



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* V 



CHAPITRE III. 

"^ STATISTIQUE DES MALADIES CONSIDÉRÉES COMME CAUSÉ 

DE DÉCÈS DANS DIVERS PAYS. 

ABLT. X*'. — Xlet nuiladiet caoïet de détèê dans le AoyanmeAUni. 

^ y* '^ Nous donnons, dans le tableau suivant, le nombre absolu et relatif des 
v^^ . maladies qui ont été cause de décès en Angleterre, pendant la période de 
tc:.-'^* 1838 à 1842 (2). 

(1) p. L. R. DeTOt, op. cit., p. 63. 
o 4 (2) Voy. Seventh annual report of the registrar generùl. London, i845, p. 62. 

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lUNS LB BOTAUMB-UNI. 241 

S'il €81 Traî que riuteosité de la mortalité babitoelte donne la mesure la 
phiB exacte de la salubrité d*un pays, d'autre part la constatation des ma- 
ladies, cause de décès, facilite les investigations étiologiqnes, et, par con- 
séquent, Tapplication des mesures hygiéniques les plus propres à com- 
battre le mal La connaissance de Ténormité du chiffre des décès causés 
par la variole a provoqué en Angleterre le vaccination-act^ loi en vertu de 
laquelle la vaccination qui, avant 18A0, était facultative dans ce pays, y 
est devenue obligatoire. En France, le projet d*unc taxe sur les chiens 
rencontrerait depuis quelques années une certaine hésitation ; toute dis- 
cussion nous semble devoir cesser en présence de 73 décès causés par 
hydrophobie dans un pays qui ne compte pas même la moitié de la popu- 
lation de la France. Enfin, le plus simple examen du tableau suffit pour 
démontrer combien est considérable le nombre des décès causés par mala- 
dies appelées eu Angleterre évitaUes, et, partant, combien Tétat sanitaire, 
déjà si satisfaisant de cette partie du Royaume-Uni, est encore susceptible 
de notables améliorations. Au point de vue scientifique, la comparaison 
de la fréquence et de la gravité relatives des maladies, ne constitue pas seu- 
lement la pierre angulaire de la pathologie géographique et historique ; 
elle sert encore de base à une science nouvelle sur laquelle nous avons eu 
plusieurs fois occasion d'appeler l'attention : nous voulons parler de la pa- 
thologie comparée des races humaines. Si l'on est frappé d'étonnement en 
présence d'un tribut annuel de près de 60 000 décès que l'Angleterre paie, 
avec une remarquable r^ularité, à la phthisie pulmonaire; d'autre part, on 
est contraint d'admirer la puissance de l'homme qui a su maîtriser un 
sol jadis classique de fièvres paludéennes, au point de réduire pour ainsi 
dire à néant la mortalité due en Angleterre à ce genre de pyrexies. Les ma- 
ladies de l'appareil respiratoire tiennent le premier rang; elles figurent en 
effet pour plus d'un quart dans le chiffre de la mortalité générale. Viennent 
ensuite les maladies épidémiqnes et endémiques ; le chiffre de la mortalité 
annuelle qu'elles provoquent varie entre 44000 et 50000 décès; dans 
cette classe nous voyons la variole figurer, en 1838, pour plus de 16 000 dé- 
cès. A dater de 1840, le vaccinatton-act reçoit un commencement d'exécu- 
tion ; peut-être est-il permis d'attribuer en partie à cette importante mesure 
la réduction des décès, suite de variole, au chiffre de moins de 3 000 en 1 842. 
La scarlatine donne lieu en 1840, à près de 20 000 décès ; le typhus tue an- 
nuellement de 14000 à lu 000 individus; le deUrium tremens, maladie 
presque inconnue en France, donne chaque année la mort à plus de 200 
Anglais. De 3000 à 4000 individus sont annuellement enlevés par une 



2h^ MALADIES COfISIDiliftBS COMME CAUSE DE DECES 

mort sabite, d'où il résalte que la proportion <les décès dos à cette cause 
est de 1 sur 1500 habitanis. Les décès signalés comme dus à la débilité 
séiiile old âge) figurent pour i/7* dans la morlatité générale. 

Les deux ubleaox suivants sont destinés è mettre en lumière les princi- 
pales causes de mort à Londres et dans huit des principales villes de 
rÉco8se« 

LONDRES (1). 

Tableau des maladies qui ont été cause de décès cfe1840âi853 incluswemetU. 

{14 années.) 

Nombre annuel 
Nocnbra île décès des dècèe sar 

cuDsIatës Pro|)orliun i00,ÛP0 pcrseoDcs 

Cuuses de dtfeèt* pendant 14 années, sor 100 décès* vÎTimtet. 

MaUdiei zymotique» 173,ilO 24 560 

Hydropisie, cancer, autres maladies de 

Ȏ$e variable 36,416 5 120 

AfTeetioDS tuberculeuses 132,974 18 437 

Bfaladies cérébro-spinales et du sys- 
tème nerveux ^> 85,800 12 282 

Maladies du système circulatoire.... 23,760 3 77 

Maladies de l'appareil respiratoire. . . 112,716 15 368 

Maladiesgastro-intestinalesetdufoie. 45,184 6 148 

Maladies des reins 6,964 1 22 

Suites dccoucbes, maladies de l'utérus. 7,215 1 23 

Rhumatisme, maladies des os 5,328 0.7 17 

Maladies de la peau et du système 

cellulaire 965 0.1 3 

PifTormités 1,920 0.2 6 

Naissance prématurée et faiblesse coo- 

géniUle 17,259 2.4 56 

Atrophie 13,853 1.8 44 

Age 38,934 5 129 

Mort subite 8,676 1 28 

Mort violente, froid, intempérance, 

foim 23,158 3 75 

■ ' ■ ' . . . 

Total des causes spéciflées. • . 734,232 100 2401 

Total des causes de décès. ... 739,105 2417 

ECOSSE, 

TableiM de quelques maladies qui ont été cause de décès dans les pnnc^aiM viUes 

de VÉcosse (2). 

Les périodes d'observation sont pour Edimbourg et Leith, celle de 

(1) Voir pour les maladies de Londres au xviii* siècle : R. Willan, Reports oniks 
diseases .in London^ particulary during the years 1796, 97, 98, 99 and 1800. 
London, 1801. 

(2) Journal of thc slalistical Society, t. XIV. 



PANS LE ROYADIIJ&^IJIIU 2A9 

i8&6-ft8 ioclosivcmeiit ; pour Glasgow, celle de 1839^/i4; Dundee, 1839- 
65; Paisley, 18&5-(i8;Greeooch, i8&3-67; Aberdeen, i837-&5; Penh, 
1838-61. 

En représentant le nombre total des décès par 1000« les maladies dont 
les noms suivent ont contribué à cette mortalité dans tes proportions ci- 
après : 

Edinboori. Ltlth* GImiow. DaadM. PaitUy. GrccDocb. Abcrdaen. P«rtli. 

Phthisie pulmonaire. 119 103 171 130 208 143 62 128 

TyphiuetflèT. typh. 163 102 113 114 122 220 73 86 

ScarlaUne. 34 56 43 81 19 35 16 29 

Rougeole 27 19 61 61 30 8 12 38 

Coqueluche 37 85 52 44 38 19 9 37 

Yariote 17 24 38 37 20 20 13 24 

Croup 12 14 22 22 15 19 3 23 

Maladiet cérébrales. 83 81 61 71 34 73 33 83 

Maladies du cœur. . . 18 19 7 12 6 14 3 8 

On Toit que dans toutes les grandes villes de l'Ecosse, aussi bien qu*à 
Londres, la phthisie pulmonaire, la fièvre typhoïde et le typhus constituent 
les principales causes de décès. 

En ce qui concerne Tlrlande, il n'existe jusqu'ici aucun document sur 
les maladies considérées comme cause de décès. En revanche, le recense- 
ment de 1851 s'est attaché à constater le nombre des malades des deux 
sexes dans toute la population irlandaise à un jour donné. C'est le résultat 
curieux de ce recensement que nous résumons dans le tableau suivant ; 

IRLANDE. 

Tabieau da maiadkt rûcmUet àam la popvlotioii de VlrUnidê fMmtoiK la wM 

da 30 mars 1851 (1). 

Ué»igiiuiion des maladlef. Sexe niotculia, 8ex« fe'viaio, 

IIaUNIS ZTIOTIQOCS 00 ÊPIOÉnQDBS, EltD*- 
MIQCEf KT C01ITA61EC8BV* 

Variole ..•• 448 440 

Rougeole • 478 557 

Scarlatine • 151 173 

Goqoeîcuhe. « • 144 215 

Croup 15 17 

Muguet .«•..•«« 4 5 

Pemphigof 7 12 

(1) Voy. The cemus of Ireland for the y^ar 1851, parL Ul; Report an Ikê tlatus 
ofdUease, presented to holh houses of ParliamotU by oomimmd of fier Majosty. 
Dublin, 1854, page 140. 



250 MALAIMIS COmUlfttilS OOHIB 



Dysenterie • 

Diarrbée 

Fièvre mUrmhleDte 

Grippe ...••• 

Fièvre {sic) 

Ér jflipèle 

Syphilis 

Morve 

OphtbalmSe 

Gonorrbée «..••«• 

Parotide. • 

ToUI 

Maladies du système cérélnr(h9pinal. 

Hydrocéphale 

Cérébrite 

Apoplexie 

Gonvulsioiu. 

Paralysie • 

Chorée. • 

Trismiu 

Ëpilepsie. • 

Deliriom tremens • 

AliénatioD mentale • 

Maladie nerveuse (sic) 

Maladies de roreille. 

8ardi-matité« .•••••*••• 

Céphalalgie 

Aveugles • 

Maladies da nez (sic) 

Idlotianie. « • • . • • • • • 

Total 12,398 

Maladies du système ctrcuiatotrs* 

Maladies du cœar 151 

Anévryame 12 

Hématémèse * 25 

Hémoptysie 41 

Hémorrbagie 11 

ToUI 240 

Maladies de Vappareil respiratoire. 

Angine « 136 

Pneumonie 1,426 

Bronchite; 650 

Phthisie palmoiiaire i,798 

Asthme (tic) 498 



CAOSK BK 


Dtcis 


Sexe mascnliii. Sexe CémUiii. 


3,305 


3,411 


1,628 


1,385 


161 


40 


1,743 


1,799 


6,448 


7,329 


117 


139 


236 


588 


5 


1 


1,424 


2,459 


13 


66 


15 


20 


16,342 


18;656 


27 


20 


39 


26 


30 


24 


40 


40 


712 


663 


1 


20 


8 


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293 


563 


7 


2 


2,^98 


2,566 


9 


33 


20 


20 


2.467 


1,870 


147 


224 


3,461 


3,823 


6 


13 


2,632 


2»216 



12,124 

214 

2 

18 

42 

18 

294 

136 
1,078 

830 
2,384 

631 



DiRS tX KOTAOrn-OHI, 



2Si 



Sexe iDascalm, 

Hydrothorax. • • 8 

Emphysème 2 

Affectioiu non f pécifiées «••.. 405 

ToUl 4,9SS 

Maladiôi de rapparml digestif. 

Dentition 10 

Ictère 53 

Vers • 137 

Coliques Si 

Fièrre gastrique {sic) 33 

Hydropisie 173 

Maladies de l'intestin (sic) 81 

Hernies - 61 

Affections da foie (sic) ; • • . • 223 

Péritonite. •••• 3. 

Entérite 33 

Marasme 370 

Maladies de l'estomac • 150 

HémorrhOïdes 51 

Dyspepsie 135 

Total 2.194 

Maladies des organes urinaires. 

Calculs s . 27 

Rétrécissements 12 

Épanehements d^urine {sic) i 

> Alfections des organes urinaires 149 

Diaiiète * 8 

Maladies de la vessie 24 

Maladies des reins • 10 

ToUl 231 

Maiadies des organes de la généraiion» 

Femmes en conches. •• • » 

Chute de Tuténu a 

Maladies des oTaires •••••• a 

Cancer utérin » 

Hémorrbflgie et aménorrhée » 

Maladies des organes génitaui • 30 

ToUl 30 

Maladies des organes locomoteurs. 

Rhumatisme 1,787 

Maladies des os et des articulations • « 439 

Coxalgie 157 

Maladies de répine. •«•«.•••.«.••• 160 

Fractures •«•«•• 339 



Sexe femioiii. 

4 

1 

52^ 

5,586 

11 

76 
146 

97 

20 
691 

86 

12 

290 

5 

31 
377 
234 

31 
210 

2,317 

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5 
» 
1 
34 
2 
9 
7 

553 
13 

4 

14 
77 

2 

663 

2,166 
320 
126 
178 
180 



252 MALAMIS COM&IDilÉIS OOKIIB CAUSI DB DÉCÈS 

8«st mateulin. Sexe femlnia, 

LuMlioDs 45 ^ 

AmpaUtioDS 40 18 

Paralytie ^ 1,548 1,280 

ToUl 4»524 4,298 

Àialadies dâi organes tégumenUùres, 

Ooychia et paronychia (tic). ^7 iO 

Ulcérationt (tic) 1 J56 860 

Scorbut et parpora » • • • . $6 63 

FUtoles • « 25 9 

Anthrax ••••• ••••• 13 s 

Childblainu 247 31 

Teigne 1 ,251 791 

Scabies 492 701 

. Pforiasis et aotret maladîei colanées. 36S 424 

Total...* 4,272 2,895 

Maladin de siège incertain. 

Inflammations non spécifiées 66 1 09 

Phlébite • • . i 7 

Gangrène 13 t5 

Plaies 189 89 

Fougns malin • o ^ 

Scrofules 4,437 1,217 

Goutte.... •...«.,,,«« 40 11 

Cancer 161 192 

.Tumeurs (sic) 70 51 

Abcès 416 298 

Mbilité et vieîllesse 2,399 3,602 

Total 4,805 5,591 

Causes acciéenteUes. 

Bràlures 107 121 

Blessures à la tète. , • . g » 

Empoisonnement, accidents 1 1 

^ Accidents ùon spécifiés 506 289 

Effets du f^oid ou de la faim. .••*•• 95 96 

ToUI 717 "507" 

Causes non spécifiées • • • • v* 379 453 

ToUl des raaIadiM de chaque sexe. . 51 ,053 S3,442 

Total général. • 104,495 

Ainsi, sur un ensemble de i0&&95 mahdes ou infirnies, on trouve 

51,053 personnes du sexe masculin. 
53,442 personnes du sexe féminiu. 



EN rBAHCI. 253 

La répartition diffère d'une manière bien p}us notable, comme bien on 
le pense, dès que Ton aborde l'examen des diverses classes de maladies, 
et beaucoup plus encore qnand on pénètre dans le détail de chaque affec- 
tion prise en particulier. Cette différence résulte tantôt des occupations 
spéciales et de Forganisation même des deux sexes, tantôt aussi de la 
difficulté de la constatation officielle de certains faits pathologiques. Ainsi, 
on voit à Tarticle syphilis, 588 femmes et seulement 236 hommes; il est 
évident que les premières doivent être en grande partie des filles publiques 
en traitement dans les hôpitaux, tandis que l'homme en traitement pour 
l'affection dont il s'agit n'est hospitalisé qu'exceptionnellement et qu'il a 
>i'ailleurs intérêt à cacher sa maladie. Parmi les maladies et infirmités qui 
diffèrent d'une manière plus ou moins prononcée dans les deux sexes, 
sans cause toujours appréciable, nous signalerons les suivantes ; 



llorTe 

Cborée..... < 

Ëpilepsie 

SardUmotité 

Aveugles.. < 

IdiotUme 

Maladies dn ccbuc • 

Phtbisie pulmonaire •.•• 

Ictère 

Hernie 

Galcots 

Maladies de la vessie. • . . 

Rbomatisme à 

Goialgie 

Fractures. ••• 

Luxations 

Amputation « 

Scrofule* • • 

Goutte 

Cancer • • . 



A&T. n. — Hcf ouikidiM 9onnèété9§ aoawia mum éè détèi 



8«i« moKolIn. 


Sne féminin 


K 


1 


1 


20 


293 


563 


2,467 


1,870 


3,461 


3,823 


2,632 


2,216 


i54 


214 


1,798 


2,384 


53 


76 


61 


12 


27 


5 


24 


9 


1,787 


2,166 


157 


126 


339 


180 


45 


30 


40 


48 


1,437 


1,217 


40 


11 


161 


192 (1) 



On ne possède jusqu'à ce jour aucun document sur la France prise daoa 
son ensemble, et nous sommes contraint de nons renfermer ici dans l'ex- 
posé des maladies considérées comme causes de décès à Paris. 

(t ) Non compris 14 cas de cancer de rutérui. 



26ft 



MALADIES GONStDÉftkSg COMMI CAUSI Dl DÉCÈS 



PARIS. 

TaMMMi des maiadiêsqui ont été cause âedécèsàParisâê i%^ àASM 

inékuioemmU {douge années) (1). 



Fièvre typhoïde (2) 

Variole. 

Choléra f 

Rongeole •. . • • . 

Croop • * 

Catarrhe polmoDaire • 

GoumUions. • • • • * . • 

Gastrite .••.«•••, 

Entérite 

Péritonite 

PéripneamoDie • 

Apoplexie • • 

Phthiiie palmoDaire, • 

Enfaata mort-nés 

Faiblesse de naissance* 

Hydrophohie 

Congestion cérébrale. • • • 

ToUI 266,531 



Nombre 


Propoitim 


de* décès. 


Mr tOO. 


24,380 


9,1 


3,790 


1,4 


19,186 


7,1 


3,962 


iA 


4,148 


1,5 


25,884 


9,7 


t8,f8l 


4^5 


i 1,234 


4,S 


32,420 


IM 


5,394 


2,0 


31,122 


11,6 


12,409 


4,6 


50,253 


18,8 


22,200 


8,3 


7,298 


2,7 


21 


0,007 


647 


0,2 



100,0 



ÂMT, m. — Ses mialttdiM oomme pe mÊW ûb déaès en Alléiiiagiie. 

Pour donner nne idée de la fréquence relative des maladies considérées 
comme cause de décès dans cette partie de l'Europe, nous avons choisi 
deux types : l"* la Bavière, qui représente en quelque sorte les États de 
Touest ; 2' la Prusse, qui représente le nord de FAlleaiagiie. 



(1) Nous avons construit ce tableau à Taide des docomtntt pubMél par If . Tré- 
buchet sar la mortalité dans Paris, dans plusieurs volumes des Ànn. d'hygiène fw- 
bliçiuef t. XUI, p. 350; \IIU, 5; XLIV, 71, 322; XLV, 336; XLVI, 5, 295; 
XLVin, 130. 

(2) On a compté à Paris, en 1851, le nombre d-après de décès sur 1000 indi- 
vidus vivants du sexe masculin : 

Pbthisto. 

De 15 à 20 ans 3,07 

De 20 à 2ls ans 8,31 

De 25 à 30 an....... 2,53 



Fièvre 








Cyphdide. 


Variole. 


Rougeole. 


PneamoDif. 


3,18 


0,47 


» 


0,76 


1,31 


0,59 


0,07 


0,61 


0,48 


0,34 


0,05 


0,6T 



m ÂUMumE, 



355 



BAVIÈRE (1). 

Tàbleattàeicaïun de décès dans le royawme de Bwièrei de 1844 à 1850 

inciu^vemeffU [sept années), 

ItOMBIfe ntSVicÈM, 



Sexe maicttlin. 

MortHiéf 17,435 

Naifsaooe iTant terme 7,722 

FaibleMe de coutiUUiOQ 26,876 

Fièrre • 18,459 

Inflaounatioas • 43,401 

Maladiei da cœur et def gros Taisseaax. . . 4,1 30 

Variole » 1,513 

Searlatine 4 ,66 1 

Rougeole 1 ,534 

Scarlatine miliaire. •.«•••....••• 3,883 

Sqwtrhe et carcinome* «••....•. 11,342 

Charbon 9«102 

Hydropiiie • 31 ,002 

Hernies étranglées. • . • 1 ,553 

Diarrhée chroni<iae 6,057 

Dysenterie 2,392 

Choléra asiatique. . • • •« • • . 10 

Apoplexie. 22,702 

Cooynlsions 69,789 

Paralysie 1,392 

Apoplexie palmonaire . « . • 10,924 

Asthme 1 2,665 

Rage 21 

Soite d'opérations chimigicale» 404 

Phthisie palmonaire (2) 58,909 

DébUité et vieillesse r ...... 4 ••• • 33,351 

Suicides 1.208 

lleurtres 846 

Exécutions •••.. 8 

Accidents. • 5,510 

Causes inconnues • 7,212 



S«xe fi^mloin. 

13,367 

. 6,219 

20,837 

22^587 

41,260 

3,088 

1,383 

4,282 

1,348 

4,786 

12,215 

8,«55 

39,610 

1,254 

5,681 

2,224 

11 

21,270 

56,977 

1,192 

10,817 

12,141 

18 

814 

57,735 

39,198 

377 

183 

1 

2,182 

7,049 



(1) Herrmann, BsctrOfe xwr StaMik des KOmgreêehes Itoyani, ttuDieh, 1850; 
la population du royaume de Bayière était, en 1849, de 4,520,751 habitants. Noos 
sommes redevable de ce document officiel à l'obligeance de M. Legoyt, chef du bu- 
reau de la statistique de France au ministère du commerce. 

(2) De 1840 à 1846, on a compté à PhôpiUl miliUire de Munich, sur 451 décès, 
118 décès par phthisie pulmonaire et 219 par fièvre typhoïde. (Voy. Besnard, 
KranKheit8P)rmen tm JHUnchener milU, Krankenbause ; Carrespondéngblatt bayer, 
ÂertMte.) 



356 MALADIBS œNSIDÊRteS COMIIS CADSB DR DÉCÈS 

PRUSSE (f). 

Sur 498862 décès constatés en 18&9, voici les causes qui se trouvent 
signalées dans les comptes rendus du gouvernement. 

ProporlkM 
Nombre de dëecs. sur fOÎDO décès. 

Mort-Dës 26»639 53,4 

Débilité sentie 52,550 105,3 

Suicides. i,527 3,1 

Acddents divers 6,495 i 3,0 

Suites de coacbes 5,486 1 1,0 

Variole 1 ,760 3,5 

Rage. 31 0,1 

Maladies aignës (sie) * 1S6,20O 31 1,1 

Maladies cbrooiqaes (iic) 1 64,302 329,4 

Apopleiies • 38,964 78,1 

Maladies eiteroes et blessures. •••••. 6,936 i 3,9 

Maladies bod spécifiées 38,966 78,1 

ToUl 498,862 1000,0 

Le nombre de suicides qui, en 1816, était : 

De 549 dans la population masculine, i suicide sur 9350 hommes. 
De 139 dans la population féminioe, i suicide sur 37 521 femmes, 

s*e8t élevé, en 18i!»9, à : 

1,222 dans la population masculine, 1 suicide sur 6679 hommes. 
307 dans la population féminine, i suicide sur 26 607 femmes. 



# 



JLAT. ZT. — 9«fl audadief oonme e^oMS de dé«èf dans le nord de rXarope. 

Les seuls documents que nous ayons pu nous procurer sur cette partie 
de l'Europe concernent la Suède, la capitale du Danemarck, et rrsiandr. 

SUÈDE. 
Cawes de mori en Suède de 1846 à 1850 inclusivement (2). 

Pendant la période dont il 8*agit, ou a compté, année moyenne : 

Canses de mort. Sexe musc. Seie fem. 

Suites de couches • » 468 

Variole « 196 164 

(1) Voir, pour plus de déUils, notre mémoire publié dans les Annaks d'kffgiène 
pubUque,U XUX, p. 126. En ce qui concerne Berlin en particulier, voyez :Wolbeiiii 
Versuch einer medii. Topographie und St€Ui»tikvon Berlin. Berlin, 1844, Hi-8*. 

(2) SpecifUcation of nagra hland Dodsorsakeme aren 1 846, med i 8:i0. 



DANS LE NOttD DE L'iaROPI. 257 

Catttea de mort. 8«xe mate. S«xe fcm. 

EDfanti étoufTés pendant le sommeil (fie) . • fil 109 

iDfanticides 7 iû 

Meurtres 46 8 

EséculioDS 5,4 0,4 

Saicides 181 47 

Suites d*abas alcoolique 55 5 

Mortsde froid 76 14 

Noyés 927 177 

Chutes et accidents 293 32 

Tués par la foudre. 5,6 5,6 

Asphyxiés 4 34 9 

Empoisonnements involontaires 4 3 

MorU de faim 2,4 0.2 

Causes diverses 88 45 

COPENHA613E. 
Malaiies et accidents qui ont été cause de mort de 1840 à 1844 inclusivement 

Nombre Proportion 

des de'eèt. tar 100 décès. 

Convulsions des nouveau-nés. ... 316 9,8 

Hydrocéphale. 63 2,0 

Nouveau-nés 110 3,4 

Affections glandulaires 78 2,4 

Autres maladies de Tenfance. . • • 17 0,5 

Vieillesse 263 8,1 

Pneumonie 205 6,3 

Encéphalite 59 1,8 

Uryngite s 29 0,9 

Maladies du bas-ventre (sic) . • • • 58 1,8 

Angine 4 0,1 

Phlegmasies gastro-intestinales . . 16 0,5 

Fièvre typhoïde 165 5,1 

I Variole 46 1,4 

Scarlatine •^.. 7 0,2 

Rougeole 7 0,2 

Fièvre puerpérale 77 2,4 

Érysipèle 26 0,8 

Rhumatisme • 4 0,1 

Coqueluche 47 1,5 

Phthisie pulmonaire 427 43,2 

Fièvre hectique 161 5,0 

Affections du cœur 54 1,7 * 

Affections du foie 34 i,l 

Hydropisies 52 1,6 

' Abus alcooliques. «t ••• 31 1,0 

' Maladies nerveuses chroniques. . • 139 4,3 

IL 17 



P 



^t^H MALADIES pm^^lDlIlKBS COMMC CAO» DB dACÈS 

Nombre Proportion 
dct décès. sur 1Q0 dccèa. 

Hémoirbagiei Il 0,3 

Maladies Gliroo.dulMMrentre(9ic) 77 2,4 

Heraiefl..* * 8 Ô,2 

Calculs Vésicaux. .««*•••• 3 0,4 

Cancer è . • é è . • 05 2,0 

Noyés 34 i,4 

Accidents et suicides •••••••••. 04 S,0 

ISLANDE. 
Maladies M aecidenU qui (m< éié cmws de mon, de 1821 à lOlt («Il êmnées) (i). 

ttombro Proportion 

émûémkê, Mr f OC décès. 

ConvalsioM des noQfera«oée. . . • 4,479 80,0 

Vieillesse 1,714 11,5 

Angine ^ . . 479 3,2 

Bronchite et pneomoDio •••••• . 192 1,3 

Pleurésie 242 1,0 

Fièvre inflammatoire (sic) 129 0,9 

Fièvre caUrrbale 949 0,4 

Fièvre typhoïde {Landfarsot). ... 891 5|9 

Scarlatine 119 0,8 

Fièvres éraptîTes 70 0,0 

Aatres fièvres («te) 381 M 

Coqueluche «... 80 0,0 

Maladies de poitrine (Brystsygé), 1,107 7,8 

Fièvre hectique 377 2,5 

Maladies du foie 192 1,3 

Ictère « 130 0,9 

Hydropisie 165 l^O 

Maladies chroniques diverses {tic). 388 2,0 

Hémorrbagie 40 0,3 

Rhumatisme 122 0,8 

Spedalskhed 184 1,2 

Scorbut 37 0,3 

Maladies abdominales diverses {sic) 1 7 8i 1,2 

tternies 8 Q,05 

Calculs vésicaux 33 0,2 

Maladies puerpérales 102 0,7 

Avoriement 4 0,03 

Cancer 37 0,3 

Exanthèmes chroniques 13 0,09 

(1) P. A. âchleisner, Island undersOgifra el kBgevidemk. Synipunki, CopeDhagae, 
1849, p. S7. La population de l'Islande éuit de 50,080 habîtaiiti en 1833, et de 
57,180 eft 1843. 



DANi lÈ NORD DE L'itinOPB. 259 

Nonil»r« ProporliuD 

4€Èéé%èê. rarlOOdéc*». 

firytipèle 6 0,04 

Abcè* t5 0,1 

ôtngrène.. •....••. t5 0,1 

Pliiêl... S 0,03 

Alkoolildi 10 o;07 

Mort subite (lie) 185 0,9 

Noyés ...•• 485 3,3 

MorU de froid 36 0,2 

Morts ptff toarbillooi de neige . • 08 0,9 

ChatM da ha«t des rochers . • • . 18 0,1 

Aatres accidents 80 0,3 

Saicides 6 0,04 

Maladies diterses Id4 1,3 

D'après M. Schleiner (page 39), kf fièvraa intemrittentea, h BypUUSi 
h chlorose et la pbtbisie polmonaire ne s'obsenrent pu en Islande ; il en est 
de même d'une afléclion glandolense spéciale appelée en Danemark kjif^ 
teliyge. Parmi les maladies les plus fréquentes dans Ttle» le même antenr 
cite les bydatides du foie (i), le rhumatisme, l'hystérie, la lèpre tnberca^ 
leuse : sur 2 600 malades notés par M. Schlei8ner« 828 étaient atteints 
d'hydatides; d'après le docteur Thorstensen, établi dans Tlle, on comp- 
terait 1 Islandais atteint de cette affection sur 7 habitants. Quant aux lé* 
preux, il en existait 280 en 17M et 128 en 1838 ; km- nombre était de 
66 aux Feroô en 1846. M. Schleisner difise les maladie» épidémiques de 
rislaode en deux catégories : 1* celles qui se développent dans Tlie ; 
2* celles qui y sont importées du dehors ; la fièvre typhoïde et la grippe 
appartiennent à la première classe. La fier re typhoïde se montre presque tons 
les ans ; la grippe afléde tantôt une forme bénigne, taniM elle exerce de 
grands ravages et augmente notablement la mortalité; la forme grave se 
reproduit avec une certaine régularité tous les neuf ans. On pent ajouter 
aux maladies épidémiques d'origine indigène la dysenterie, la parotidite* le 
scorbut, le croup, l'ktère. La variokide s'est souvent transmise» d'apiis 
M. Schleisner. de la vache \ Tbomme. Parmi les mabdies d'origine esté* 
rieure* k même antenr cite la vanoie» k rougeok, la scarkiine et k 
coqueluche* Quand krougeok est importée, elk atteint k popuktion en- 
tière, et tels sont ses ravages, que la mortalité normale s'en trouve par- 
fois doublée. En ce qai regarde la variole, elle a donné k mort, en 1 707, 

(1 } Morbus hydaiidosui hepatU, 



260 MALADIES CONSiDÊRiBS COMMI CAUSE DB DÉCÈS 

à 18000 habitants sar une population qui n*en comptait que 52000. I^ 
peste, importée en Islande en l/i02 par un navire norwégien, a enlevé les 
deux tiers de la population ; elle a été importée une seconde fois, en 1^93, 
pir un navire anglais. Les archives de File mentionnent le règne, en 1528 
et en 1551, d'une épidémie du nom de sdrasôU^ mot qui dans le langage 
irlandais moderne signifie syphilis. Ce fait est d'autant plus singulier que 
cette dernière maladie, ainsi que la gonorrhée, n'existent plus en Islande, 
d'après M. Scbleisner. Dans la petite ile de Westmaunô, près de l'Islande, 
les convulsions {trismus neonatorum) enlevaient, depuis une vingtaine 
d'années, 6^ enfants pour 100 entre le cinquième et le douzième jour après 
la naissance, et la population de cette île eût disparu complètement sans 
les immigrations. Toutes les recherches avaient échoué, lorsque M. Scblei- 
sner crut trouver la cause du mal dans l'emploi d'un combustible très azoté 
servant à l'écliiirage et au chauffage. On se sert, en effet, d'excrémenls 
d'oiseaux pour le chauffage, et d'autre part, un oiseau très gras, traversé 
d'une mèche, sert à l'éclairage. M. Scbleisner, chargé d'une mission offi- 
cielle par le gouvernement danois, (it construire une maisou spéciale d'ac- 
conehemeni où l'on adopta une meilleure hygiène ; depuis lors, le mal 
parait être presque entièrement dissipé. 

Dans les îles Feroê (1), les fièvres intermittentes sont inconnues; elles 
sont déjà tellement rares dans le Danemark, qu'elles n'y ont éié obsenées 
épidémiquement que deux fois pendant la période des trente dernières an- 
nées. Elles ont sévi avec intensité autrefois à I^aland, mais elles en ont 
disparu depuis, sous Tinfluencede la culture du sol. Dès 1833, elles ces- 
sèrent d'être observées dès la manifestation de la grippe, pour reparaître 
immédiatement lors de la disparition de cette dernière maladie. Après 
avoir disparu complètement du Danemark, de 1835 à \%k%, les fièvres 
intermittentes s'y montrèrent de nouveau en 1849 avec une extrême in- 
tensité, et M. Panum affirme qu'elles n'épargnèrent pas même les équi- 
pages des navires croisant sur les côtes, bien que les hommes ne descen- 
dissent nullement à terre. La non-existence des fièvres intermittentes aux 
Iles Feroê ne saurait être attribuée au froid, si l'on considère qoe la 
température de l'hiver ne descend pas au-dessous de 3 degrés centigrades 
au-dessus de zéro. L'absence de ces pyrexies coïncide ici avec la per* 

(1) Verhandlungen der physiologisch-medig . Gesellschaft in IVUrzhurg, t. UI. 
p. 16.— Panum, Ueberdas Verhalten einiger epidem, Krankheiten auf Farxi isUad 
und in Danemark. — Paoïim, Die nosograph. Verhnitnisse DUnemarks, Islands vni 
der Fflro Insein. — Manicus, in Biblioth., F. Ldgery I, 1824. 



Dans le nord de l'bu&opb. 261 

manence en qnelqae sorte eodémiqae de la grippe, de même que leur dis- 
parition temporaire coïncide en Danemark avec la manifestation temporai- 
rement épidémique de la grippe. D'après le docteur Kieruif, de Christiania, 
il n*y a point d'épidémies de fièvres intermittentes en Norwége, dont le 
sol se compose de terrains primitifs et des plus anciens terrains de transi- 
tion. On en rencontre des cas peu nombreux an snd des monts Dovre 
qui divisent transversalement le pays, encore sont-ce le plus ordinaire- 
ment des cas importés. Au nord de ces montagnes, et notamment dans les 
provinces de Nordiand et de Finnemarken, où ces maladies sont inconnues, 
k fièvre typhoïde se montre fréquemment en automne sur la côte sud* 
ouest. La grippe {/Crugm) se montre aux Feroë au moins une fois par an, 
le plus souvent an printemps, quelquefois eu automne, plus rarement en 
d'autres saisons. La seule île Saderoe, la plus isolée, est parfois complète- 
ment épargnée. On peut se faire une Idée de la gravité qu'acquiert sou- 
vent la grippe, si Ton considère qu'eu 1838 sa manifestation épidémique 
doubla le nombre annuel moyen des décès de la période de 1835 à 18&5, 
comme le montre le tableau ci-après : 

Désignutiou 
dei îlei Feruc. 

Hordstromo 

Sydstromo 

Ostéro 

Vaago 

Sando 

Nordero 

Total 160 96,7 

La grip|)e des îles Feroë épargne les étrangers, et sa manifestation coïn- 
cide avec l'arrivage du premier navire de la compagnie, dont les agents et 
employés sont aussi les premiers atteints. De ces individus, la maladie se 
propage à la ville de Thorshavn, et, de là, dans riutérieur des terres. Tel 
est au moins le résultat de l'observation de M. Plôgen, pendant un séjour 
de dix-sept années, et de plusieurs autres fonctionnaires consultés par le 
docteur Panum. Une fièvre catarrhale épidémique, appelée quef, sévit éga- 
lement an printemps tous les ans en Islande, et elle offre avec celle des îles 
Feroê cette analogie, qu'elle aussi épargne les étrangers, à moins que 
ceux-ci ne soient acclimatés, ou, si l'on aime mieux, créoUsés eu vertu 
d'un séjour de plusieurs années. Ici encore, elle exerce une influence pro- 
noncée sur la mortalité, car, sur une faible population, elle aurait, pen- 



Nombre 
des Jëeèi 
en 1858. 


Nombre annnel 

dei dtfcès 
de 1835 h 1845. 


15 


10.9 


41 


23,9 


47 


27.3 


12 


9,9 


13 


9,0 


32 


15,7 



262 MALADIKS GOMtlOiMH^ COMMI €iUl»l PB DÉCÈS 

dant la période des 100 dernières années, donné la mortà 90ë7 hafai- 
tants, £lle se montre ordinairement dans le Sod, d*où elle irradia dans 
Fintérieur ; son caractère transinissible est généralement admis. D*aprè6 
M. Schleisner, la fièvre catarrbale se moDtre dans les petites Hes Toisiaes 
de rislande avec l'arrivée des bateaux pécheurs. Elle a atteint une gravité 
prononcée (1) dans les années 1816, 1825, 183A et 18/i3, circonsunccs 
qui sembleront dénoter une certaine fixité dans la périodicité de ses mi- 
nifestatioDs, Kn Danemark, MM. Fenger et Bremer ont signalé trois 
épidémies de grippe pendant la période de 1825 ft 18&/i, marchant d'âne 
manière manifeste en sens opposé à la direction des vents, et épargnaat 
l'ile de Morso dans le Lilmfjord, tant que cette Ile resta isolée du ooa- 
tinent par Teflét du mauvais temps. La maladie causa en Danemark h 
mort de 528 individus du sexe masculin et de 917 personnea du leie 
féminin, dont 500 étaient âgés deVu* de 50 ans. On observe enoors box 
lies Feroé la fièvre typhoïde à laquelle on donne le nom de landfanot (3) ; 
elle y est généralement considérée comme contagiettse, et la faible intennlé 
de ses ravages se lie peut-être à la rareté des relations des habitants entre 
eux, ainsi qu'aux précautions dont ils s'entourent sous l'insfHration de leurs 
croyances contagionistes. Ordinairement tous les habitants d'une même 
ferme sont atteints successivement. 



AAV. ▼. — X>ef méUdiei muimi de déeèi dmma les pays ehAuds. 

Une période d'observations d'au moins quelques années étant indispen- 
sable pour donner une idée des causes de décès dans un pays, noos 
sommes contraint de nous renfermer dans on petit nombre de localité! 
pour lesquelles nos documents réunissent les conditions dont il s'agit 



lULTE. 

TaMêtm des maMin qui mi éié oatue âê décès pmâant irMte ans, de 1 822 à 1834, 
dam la popuiaHtm eMk de Maltû ; popuêlûHtm moyaima t00,2T0 hahUanHi {ïj- 



If ombre 
MaJt4iei. dei décès. 

Fièvres (non spécifiées) . 2, 7 4 3 
Rougeole 195 



Vomhn 
MtUdiM. émékkk 

Scarlatine. # 8 

Variole 1,169 



(1) La maladie prend alors le nom de quefsoi. 

(2) Mot à mot : maladie qui voyage à travers le pays. 

(S) SlaOsHeai rêporis oi» Ihe sieknmt ete., muonf ihe iraspi. Londoo, Ml 
p. 72. a. 



Dtlii IM PATil CHAUM. 



2«3 



Numbie 

MjlatJtes. des tJéc«!«. 

PneaiDooic ». 523 

Pleurésie 92 

Pblbisie pulmonaire. . . 4,267 

Catarrhe i,056 

Asthme 587 

Coqueluche. • . . 1 SU 

Maladies du foie.. . « • . 14S 

féritooite. ift 

Gastrite . • 47 

Eutërite 294 

Hématémèse. ........ 12 

Dysenterie i ,478 

Diarrhée. , * 2,901 



Noml»re 

Maladies. desUccès. 

Colique 143 

Choléra 12 

Dyspc|isie |8 

Phrénlte st 

Apoplexie • i ,140 

Paralysie êi 

Ëpilepsie. 4 . St 

Hydrocéphale 47 

Anasarque 816 

Aseîte 230 

Hydroihorax. ........ 1 ,457 

Maladies diverses 13,404 

ToUl 33,501 



Aucune réfloiion n'est poMÎbte tor las flèvrei do Malte, leur niture 
n'étant pm spécifiée ; tmitefoif, on sait que les fièvrea paliidéennta aoot 
très rares k Malte* Lea décéa cauiéa par phthisie figurent pour plus d*iin 
huitième dans le chiffre de la mortalité. La acarlatine paraît étra aaaoz 
rara La diarrhée et la dysenterie figurent pour un huitième parmi les 
causes do décès» 

ALQCR. 

Tableau de$ maladies qui ont été caute de décès en 1 852, 



Fièvres intermittentes H rémittentes 48 

Fièvres peruicieuses 66 

Fièvres typhoïdes 93 

Fièvres éniptivet > • • • • • 135 

Gastrite, gastro-entérite ....,•.•• 232 

Diarrh<ie, dysenterie. •.•••• 254 

Choléra 215 

Affections du foie ••.••.»• 20 

Affections de l'utérus 16 

Suites de couches • • . . . 2 

Ascite, anasarque 47 

Dentition 98 

Muguet 10 

Affections pulmonaires. 287 

Phthisie pulmonaire 1 20 

Coqueluche • 27 

Croup. . • « * 25 

(t) n aielte médicale d^ Alger ûa 25 Janvier 1856. 



1852, 


1853 01 1854(1). 


f88S. 


lasa. 


Total 

de 185S 

11884. 


46 


41 


132 


47 


66 


179 


53 


45 


191 


64 


219 


1,010 


152 


162 


»40 


163 


159 


576 


» 
20 


» 
20 


2^5 
60 


12 


13 


41 


14 


7 


23 


25 


40 


112 


53 


78 


229 


10 


6 


26 


256 


178 


72f 


136 


ISO 


S86 


12 


18 


82 


12 


8 


49 



26b 



MALADIES CADSB8 DB DtCiS DANS LB8 PATS CHAUDS. 



AflèctioDs du cœar 

Encéphalopatliles 

Épilepsie, éeUmpsie 

ConToliions 

Scrofules, racbilisme 

SyptailU 

Caneer • 

Maraime 

Ilort-nés * 

Mort flënile 

Ilort violente 

Maladies diverses 

ToUax 2,267 



1864. 


1853. 


1851. 


Total 

de 1858 

A 1«51. 


17 


21 


18 


56 


99 


99 


135 


333 


7 


1 


2 


10 


95 


86 


156 


437 


33 


23 


16 


72 


4 


2 


8 


14 


17 


12 


8 


37 


56 


61 


54 


171 


141 


130 


69 


330 


31 


16 


22 


69 


18 


9 


9 


36 


57 


68 


62 


187 



1,603 1,691 5,561 



Le principal reproche à faire ao document qui précède est de n'avoir 
pa8 distingué les diverses races; dans la population européenne, les non- 
veaux débarqués des anciens habitants; enfin, pour les anciens habitants, 
les maladies contractées hors d* Alger des affections contractées dans Tinté- 
rieur. Ce tableau est donc sans valeur au point de vue de Tétude étiolo- 
gique ; tout ce qu'il est permis d'en déduire, c'est que les maladies dont 
il renferme les noms peuvent devenir cause de décès à Alger. 



ILE SAINTE-HÉLÈNE. 

Tablwu des maladies qui ont été cause de décès dans la population civile et mUétairê 
pendant les six ann^s 1826, 1827, 1831, 1832, 1833, 1835. 



POPOLATION ANNCELLB MOTENNE 4,500 (1). 



Fièvref (sic) 

Fièvres typhoïdes. 

Pneamonie 

Phthisie 

Asthme 

Grippe 

Hépatite 

EDtérite 

Dysenterie 

Diarrhée 

Colique 

Encéphalite..... 
Apoplexie 



37 
2 

22 

58 
1 
5 

16 
6 

23 

16 
2 
3 

25 



Hydrocéphale. . . . 

Epilepsie 

Delirium tremens 

Ascite 

Rhumatisme .... 

Arthrite 

Ulcères 

ÉléphaDtiasis .... 

Angine 

Bronchite 

Érysipèle 

Tétanos 

Scrofule < 



10 
5 
1 

24 



3 
3 
S 



(1) Statistieal reports on thesiekness, etc., amongthe troops. tendon» 1840. 



MALADIES CAUâBS DE DÉCÈS DANS LES ARMÉES. 265 



Seorlmt 5 

Gangrèoe. • 1 

Cancer 2 

GonvulstoDs 37 

Morba« cordis (sic) 2 

Morbos cutis (sic) 2 

Suite de couches 1 

Fièvre puerpérale. •<•..• 5 

Maladie de Tutéms 1 

Du méseotère | 



Des organes urinaires • 4 

Faiblesse congénitale 21 

Vieillesse 66 

Accidents 34 

Noyés i 

Suicide • • • • 4 

Exécuté 1 

Causes non spécifiées é « 70 

ToUI 552 



Ce tableau semble indiquer une extrême rareté de la fièvre typhmde 
dans cette ile; les décès causés par phthisie pulmonaire figurent pour un 
dixième dans Tensemble de la mortalité ; les maladies les plus fréquentes 
sont ensuite l'apoplexie, la dysenterie, Fascite, Thépatile, la pneumonie, la 
bronchite. 

CHAPITRE IV. 

DES MALADIES CONSIDÉRÉES COMME CAUSE DE DÉCÈS 

DANS LES ARMÉES. 

AflLT. X*'. — Xinportaoee du sujet et sonroes diverses. 

Nous avons étudié dans le précédent chapitre les maladies comme cause 
de décès dans l'ensemble de la population; nous allons les examiner 
dans la portion masculine de la population qui constitue Tarmée. Il est 
presque superflu d'insister sur l'importance de cet examen, si Ton consi- 
dère que les plus graves intérêts politiques peuvent dépendre de l'état sani- 
taire des troupes, et que le meilleur moyen d'améliorer l'hygiène militaire 
est évidemment d'étudier les causes de maladie et de décès dans l'armée. 
Des documents du plus haut intérêt ont été publiés sur cette matière, 
depuis une vingtaine d'années, par plusieurs gouvernements, mais il n'en 
est pas de plus complets, de mieux élaborés ni de plus instructifs, que les 
comptes rendus du gouvernement anglais sur l'état sanitaire et la morta- 
lité de l'armée et de la marine britanniques (1). Ces rapports statistiques, 

(1) Statistical reports on the sickness^ invdliding and mortalily among the troops^ 
5 vol. r. London, 1838 è 1853. — Reports on the health ofthe navy, 4 vol. f*. 
London, 1840 à 1853. Les documents relatifs à Tarmée de terre sont élalH>rés au- 
Jonrd*hai par nos amis, M. A.-M. Tulloch, lieutenant- colonel attaché au ministère 
de la guerre, et par M. 6. Balfour, chimrgien en ctief de l'asile des Orphelins mili- 
taires à Chelsea. 



266 STATISTIQUK DBS MALAUIU. 

véritables modèiett ont répandu an grand jour sur plusieurs qiMitioBs 
économiques, militaires et scientifiques. En 18/»0, le gouvernement des 
États-Unis d'Amérique a publié, à son tour, la statistique médicale de 
Tarmée de ce pays (1). Le docteur Casper, de Berlin, a fait connaître des 
documents importants sur le recrutement et la mortalité de l'armée prus- 
sienne de 1829 à 1838 (2). En France, le ministre de la guerre a publié 
depuis 1816 la statistique des Causes d'exemption du service militaire dans 
nos 86 départements (3). La loi du 22janvier 1851, votée sur la propositioD 
de notre ami, M. Desjobert, alors membre de l'Assemblée législative, oblige 
le gouvernement à publier on ecmipte rendu annuel des pertes de l'armée ('4). 
Maibeoransement celte loi n'a pas reçu jusqu'ici son exécution (5). 



!T. SL — Stelîflîqiw des maladitw àm ranaéa wiglaÎM. 

Nous donnons dans le tableau suivant, d'après le cinquième volume des 
Tableaux statistiques officiels, les maladies qui ont été cause de décès sur 
1000 hommes, de 1837 à \SUà inclusivement, parmi les troupes anglaises 
en garnison dans le Royaume-Uni, et dans l'infanterie de la garde pen- 
dant son séjour au Canada. Noos y joignons la mortalité de la popnlatioo 
civile masculine ftgée de vingt à trente ans en Apgleterre. 

(1) StaHsf. report on îHe Heknett and mortalUy in thê eittny of the UnUoé-Stal», 
propmrêd tmdêr tk$ dirocUon of Thomoê Lawsm^ $nrg$on goneroL WaslilDistaB, 
1840, I vol. io-8^ 

(2) Casper, Denkwiirdigkeitm xur mediz. StatiMik, etc. Berlin, 1846. 1 toI.8'. 

(3) Comptas rendus annuels sur le recrutement depuis 18t6, poblicallon anoaelte, 
io»4*. Ces coMptêf rtudut ont ét4 résoméi dans une êieelisnta taèie par ne jeow 
flMemo mîHIaire distingoé, M. A. Dévot, ootrç fseréUira h Tb^Ut da Boule. 

(4) L'article 5 de cette lot est ainsi conçu : « Le compte rendn annuel rtUtifn 
recrutement présentera des renseignements statistiques sur Télat sanitaire de Par- 
mëe, dans les tableani indiquant pour chaque corps: 1* Teffectif moyen peailtst 
Taonée ; t* le nombre d'hommes traitéi aui bApttaai et aoi infirmeries r^glawa- 
taires, et calai dai louroées de traitement ; 3** le nombre d'hommes réfonné»; 
4* le nombre d'hommes décédés ; 5" l'indication des causes (maladies, blesiara, 
infirmités) qui auront déterminé Tadmission aux hApitaui où aux infirmeriei, ^ 
réformes et les décèt. n 

(5) L'instruction du 3 décembre 1851, rendue en exécution de la loi laisse trop 
à désirer pour qa*il soit permis d'en attendre d*atiles résultats. 



ARMSK AMGLAïa. 267 

P&iode de 1837 à 1846 inclmwemmt (1). 

Momèri» amwèl des déeèi fur un effectif de iOOO animas, avec indiccUion 

dei malaâiei qui ont été cause de mùrt, 

Popnla- InfaD- 

tion mile terie 

civile Gava- Infiin- Infiia- Cava- (6>rde) 

de Urie tnie ierie ieric «u 

10 i 40 ans. (ligne), (ligne), (gar.de). (garde). Canada. 

F!èYrw(si<î) l,î 1,4 2,5 2.4 *»^^ ) « | 

Fièvre» éraptivcs 0,3 0,1 0,4 0,3 0,15)^'* 

Maladies de l'appareil respiratoire 6,3 7,3 10,2 13,8 6,55 6,5 

Maladies du système hépatique. 0,2 0,8 0,4 0,2 0,25 0,1 

Maladies gastro-intestinales.... 0,4 0,4 0,8 0,5 0,04 0,9 
Miladici da ejMme eérébro» 

spinal 0,6 0,8 0,8 0,6 0,06 0,6 

Hydropisies 0,4 0,5 0,3 0,3 0,01 0,1 

Autres maladies 1,2 1,6 1,4 1,7 1,05 1,5 

Mort violente, suicide, etc 1,3 1,2 1,1 0,6 0»15 2,7 

Total des décès sur 1000 bom. 11,9 13,6 17,9 20,4 11,01 14,5 

Oo Tolt.que la mortatité de l'armée est plus considérable que celle de 
la population cifile, et que la cause principale de cet excédant dépend 
presque exclusif«ment des maladies deraj)pareil respiratoire. GesaffecUoDS 
pèsent tellement sur rélément militaire que l'iofuitme- de b gard« p«e4 
aannellement près de 1& homiiieB sur 1000 par ees seules maladies, alors 
que la mortalité totale de la population civile n'atteint pas même le chiffre 
de 12 sur 1000, Les rapports officiels attribuent cette différence au séjour 
permaneoi de la garde dans nue grande ville, ^ la débauche et aux fatigues 
du service de nuR (2). H est digne de remarque que les maladies de poi- 
trine figurent dans une proportion plus laible sous le climat rigoureux du 
Canada que dans le lloyaume-Uni. Enfin, si Ton considère les malades 
de l'appareil respiratoire de plus près, on trouve que la mortalité causée 
par elles se répartit ainsi qu'il suit dans les divers corps en garnison dans 

le Royaume-Uni : 

Dicfts ARHUKLS stm 1000 ncmmtsL 

tfalMttee liaU<nM 

aiguës. cfarooiaaos ÇS), 

Cavalerie househM 0,2 0,4 

Dragons, garde al liffiM 0,7 8,6 

Garde, infanterie 1 ,3 1 2,5 

Ligne, infanterie 1 ,S 8,9 

(1) StatisU reports,, etc., t. V. London, 1853. 

(2) Op, cit., p. 14. 

(3) Les rapports désignent ainsi : la phtbisie, le catarrhe chronique, rhémopty- 
sie, Tasthme. 



268 STATISnOUB DBS MÀLADIBS. 

Au Canada, nous trouvons h mortalité ainsi répartie : 

MitUdks aiguë». Maladiiet chroniques. 

De 1837 à 1841 2,0 4,28 

De 1842 à 1846 1,85 4,97 

La phthisie pulmonaire semblerait donc exercer moins de ravages sous 
le climat froid du Canada que cous l'influence du séjour dans les villes da 
Iloyaume-Uni. 

MÉDITERRàNÉE. 

Le tableau suivant résume la mortalité de l'armée et de la marine bri- 
tanniques dans la Méditerranée. Nous y avons joint la mortalité des troupes 
maltaises servant à Malte sous le nom de Fencibles. 

Décès annudi surlOOO hommes de 1837 à 1846 inclusivemânl. 

MALTE. 

Troupes Troupes méditbraajiés. 

un- mal- Iles ^ "* " ^^ ««. 

Gibraltar, glaises, taises. looienoes. Marine. Arm^ 

Fièvres 1,96)^^^ 0,3 ) ^^ 1.6 ] 35 

Fièvre» éroptives #» ) ' 0,3 ) ' 0,1 ) * 

Maladies de l*appareii respiratoire 5,82 7,93 3,8 6,22 3,1 5,9 
Maladies du système bépaiiqne* 0,09 0,76 0,9 0,38 0,3 0,5 
Maladies gastro-intestinales.... 1,87 5, 0,9 1,64 1,5 4,0 
Maladies du système cérébro- 
spinal 1,06 0,61 0,5 1,45 0,8 1,1 

Hydropisies 0,18 0,38 0,5 0,27 0,2 0,3 

Antres maladies 1,54 1,46 0,9 0,84 1,5 1.0 

Mort violente, suicide, etc 1 ,06 1 ,42 » 1 ,03 2^4 2,1 

ToUl des décès snr 1000 hom. 13,05 19,03 8,1 17,9 11,4 18,4 

Ici encore on constate une grande différence dans les pertes, différence 
tonte en faveur de la marine et surtout des fencibles- mallais. Ces diffé- 
rences si prononcées semblent se rattacher spécialement à Tinégalité des 
pertes causées par les maladies de l'appareil respiratoire. 

Le tableau suivant donnera une idée de la part prise par les diverses ma- 
ladies à la production des pertes des garnisons anglaises de chacune des pos- 
sessions de la Méditerranée, pendant la période de 1817 à 1836 inclusive- 
ment : 







AHMÉB ANGLAISE. 










269 




Décès sur 1000 hommes : 












• 

1 


• 

k 
a 

fl 
•.« 

i2 


• 

•«■ 

e 
.3 

a 

■5. 

3 


• 

1 

s 


• 

a 


& 

i 


*' « ' 

iif 

5-5 J 

y 


• 


• 

s 

2 

.a 

•.a 

O 


Fièvres (dod spécifiées) 


9,0 


37,6 


15,6 


10,7 


17,6 


8.7 


13,0 


10,0 


9,3 


Maladies da poumon. • 


4,8 


2,5 


6,0 


6,9 


4,0 


4,0 


4.8 


6,0 


5,3 


— da foie 


0,6 


0,6 


0.9 


1» 


2,0 


^\^ 


0,8 


1,1 


0.4 


— gastro-iDtestÎD . 


3,0 


2,0 


3,6 


2.3 


5,5 


2,0 


3,5 


3,6 


4,5 


— du cerveau.... 


0,9 


0,6 


1,6 


2,3 


1.3 


*,o 


1,0 


0,8 


0,5 


HydroDisies 


0,5 
1,3 


0,7 
2,0 


0,9 
1,9 


*,6 
2,3 


0,5 
1.1 


0,7 

>* 


0,6 
1,5 


0,4 
1.4 


0,3 
1,3 


Aaires maladies 

m 



TûUux 20,146,0 30,5 26,1 32,0. 20,1 25,2 16,3 21,4 

AMÉRIQUE DU NORD ET NOUVELLE-ZÉLANDE. 

Le tableau suivant résume les maladies qui, de 1837 à 18/!i6, ont été 
cause de décès parmi les troupes en garnison dans tas possessions anglaises 
du nord de 1* Amérique : 

Décès sur 1000 homrMs. 

Fièvres 

Fièvres énipiives 

Maladies de l'appareil respiratoire. 
Maladies da système hépatique . . . 

Maladies gastro-intestioales 

Malad. du système cérébro-spinal. 

Hydropisies * 

Autres maladies 

Mort violente, suicide, etc 

Total des décès fur 1000 bommes. 16,00 17,4 11,5 

On voit que la mortalité subit à peine une légère augmentation dans cette 
partie de l'Amérique septentrionale, et que les maladies de l'appareil res- 
piratoire sont loin de donner lieu aux pertes que Ton serait disposé à soup- 
çonner à priori. 

Le seul document que nous ayons pu nous procurer sur l'état sanitaire 
de l'armée anglaise dans la Nouvelle-Zélande, est le tableau suivant qui 
résume les malades traités à Auckland sur un effectif de 610 bomaies. 
Nous y joignons le nombre calculé des aialades que fournit en moyenne 
un même effectif de troupes en Angleterre (1) : 

(1 ) La colonne relative à l'Angleterre indique le nombre probable des admiitioas 
pour le même effectif en garnison dans ce pays* 



Ronvelle- 




Terre- 


Ecosse. 


Canada. 


Nenve. 


1.01 


2,13 


0,3 


» 


0,22 


M 


7,07 


7,44 


4,3 


0,03 


0,26 


1,3 


1,06 


1.11 


» 


1,35 


1,28 


1,6 


0,03 


0,26 


0,5 


1,05 


1,38 


1.6 


2,02 


3,34 


1,9 



230 STATISTIQUI MS MâLADIKS. 



FièVKI 

Fièvret éroptives. • 

MâUdies pulmoDâirei 

Maladies gastro-îDlaitioalti. . • . • 

Fièyres hépatiqnei • 

Fièvres cérébrales •••• 

Hydropisies • 

Rhamatisme ».. 

Syphilis • 

Abcès et alcères 

Blessures • 

Maladies des yeat 

Maladies de ia peau 

Autres maladies • . . . 



Auckland. 

Nombre 

ré«l. 


AMtetcrn 
nonbra 
calculé. 


S8 


75 


a 


3 


100 


148 


95 


94 


5 


8 


16 


6 


4 


1 


107 


50 


15 


181 


68 


183 


180 


126 


8S 


19 


10 


29 


83 


44 



Total**** 674 9«1 



AB.T. m. --» SteftifllîqM dsf maUdÎM oaoiM da déeèa 

MBdliaîrei àt ranné« ■■niaise. 



Le gouTernement anglate entretient sur un grand nombre de points dn 
globe des troupes auxiliaires recrutées dans diverses races ; nous wùOà déjà 
montré plus haut (t. II, p. 21/!i) que ces troupes subissent, sa point de 
vue numérique, des pertes complètement différentes de celles qui pèsent 
sur l'armée anglaise proprement dite. Il nous reste à examiner ks diffé- 
rences qui se présentent dans les maladies considérées comme csose de 
décès parmi les troopes des diverses provenances. Cette étode it laquelle 
nous avons consacré déjà plusieurs publications (1), n'est pas seulement 
d*un haut intérêt scientifique, par le jour qu'elle tend à répandre sur la 
question si neuve de la pathologie comparée des races humaines ; elle offre 
en outre un intérêt pratique incontestable, en éclairant les gouvernements 
sur le meilleur recrutement des armées destinées à remplacer, dans certaines 
répons du globe, les troupes nationales, lorsque ces dernières y sont erpo* 
sées, sous rinfluence d'un climat insalubre, à des pertes trop considérables. 
Nous allons successivement passer en retue les maladies considérées comme 
cause de décès : 1* parmi les troupes nègres ; 2"* parmi les troupes hatten- 



(1) Vssrsi entre autres ; i* Aiudci dé fMUhohgie eompafré$ des raoss 
(ÂwMÀei d'hyg. ptM,^ t. xui, p. 38); 2* SUUkUque de Vétal tanitain des armim 
de terre et de mer, etc. (Ann. d^hyg. pM,, t. 86, p. xxzvi); 3* voir plus haut, 
!• ft« Pb U%9 rartadt retatif ans sMlsdies K a«x imsMHiitée patholesînsss des 
Jnili. 



TROUPES AUXILUIRSS Dl L'aRMÉI ANGLAISE. 211 

totes; 3° parmi les troupes d'origine asiatique. Autaot qu'il sera possible, 
nous mettrons en regard des maladies des troupes auxiliaires celles des 
troupes anglaises proprement dites. 

S I". — PaiMogie comparée du tMot nègre et du loMol tmgkdt. 

Avant d'étudier le nègre, loin de son pays, il n*est pas sans intérêt de 
rexamiûer sur le continent africain, c'est4«dire, sinon dans son pays natal, 
du moins dans le pays d'où il tire son origine. Voici les maladies qui de 
1819 à 1836 ont été cause de décès parmi les troupes anglaises et. parmi 
les troupes nègres à Sierra-Leone. 



SICRRA-LEONK. 



ùi cÈ» «m 1 000 ttoMiiBs. 

Troopct Troap«t 



Pièms. 410,2 2,4 

Fièvres émptivei » 6,9 

Maladies de Tapparell respiratoire 4,9 6,3 

Maladies da foie 6,0 1,1 

Maladies gastro intestinales 41,3 5,3 

Maladies do système nerveux 4,3 1,6 

Hydropisies 4,3 0,3 

Antres maladies 13,0 6,t 



Totani 483,0 30,1 

On voit que dans le pays des nègres, la mortalité des troupes blanches 
s'est montrée 16 fois plus considérable que celle des troupes noires ; que 
les fièvres ont fait 160 fois, les affections gastro-intestinales 8 fois» les ma- 
ladies dû foie 5 fois plus de ravages parmi lés premières que parmi les 
secondes. Les maladies de poitrine seules ont fait plus de victimes parmi 
les nègres que parmi les blancs. 

GIBRALTAR. 

En 1817, qn régiment nègre d'environ 1000 hommes fut placé en gar- 
nison I Gii>raltar où il séjourna pendant vingt-deux mois. Durant cette 
période, il perdit 119 hommes, soit une proportion annuelle de 62 sur 
1000. Les maladies causes de décès sont résumées dans le tableaux sui- 
vant : 



272 



STATISTIQUE DIS MALADIBS. 



Fièvres • 

Maladies de Tappareil respiratoire 

Ifaladiei da foie 

Maladies gastro-intestioales 

Choléra épidémique 

Maladies da sysième nerreai . » . . 

Hydropbies. 

Autres maladies 

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DÉCÈS SUR 


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43,0 


0,4 


0.5 


2.1 


15,0 


2.2 


» 


0,5 


0,5 


0,3 


i.5 


i,3 


i,5 



21,4 



62,0 



Ainsi, à rextrémité méridionale de TEurope, on voit une mortalité trois 
fois plus considérable parmi les nègres que parmi les Anglais, les uns et 
les autres étrangers au sol ; malgré une température annuelle moyenne de 
18 degrés centigrades, la proportion des décès par maladies derappareil res- 
piratoire s*élèfe, pour les nègres, au chiffre énorme de U^ décès sur 1000. 
et la mortalité par phthisie pulmonaire à 33 sur 1000. 



MAURICE. 

Le tableau suivant résume la proportion annuelle des admissions ei 
décès sur 1000 hommes parun' les troupes blanches et nègres à Maurice : 



TROUPES BLAMCSE8. 



lie 1818 à 1836. 
EffRClif de 30516 b. 



Admis. Morts. 

FièTres 154,0 1,7 

Fièvres émptives 0,2 * 

Maladies de Tappareil respiratoire. 84,0 5,6 

Maladies du foie 82,0 4,0 

Maladies gastro-intestinales ...... 275,0 10,6 

Choléra épidémique 9,0 1,1 

Maladies du système nerveux 41,0 2,7 

Hjdropisies 2,3 0,3 

Affections rhumatismales 46,0 

Syphilu 115,0 

Abcès et ulcères 191,0 

Accidents traumatiques 1 34,0 

Punitions corporelles 31 .0 ^ ' 

Maladies des yeax 32,0 

Maladies de la peau 14,0 

Autres maladies 38,5 / 

Touux 1249,0 27,4 



noupss nÈwu. 

de i8«( à 18%. 
Effectif de 13951. 



Htf-tt. 



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12,9 

5,7 



4.3 




Admis. 
87,5 
» 
130 

25,8 
128,3 
» 

21,5 
2,9 
82,4 
73,2 
83,9 
99,6 
5,7 
22,2 
17,2 
50,2 

839,4 37,1 



9.5 



TROUPES AUXILlAlItlS DK L*AKIIBE ANGLAISE. 27S 

Ici encore nous voyons se reproduire dans la race nègre Textrême rareté 
des fièvres coïncidant avec une grande fréquence des maladies de l'appa- 
reil respiratoire. I>es décès par maladies gastro-întestinaies sont deux fois 
plus nombreux parmi les blancs que parmi les nègres; le contraire a lieu 
pour les décès causés par maladies de l'appareil cérébro-spinal. 

D'après les rapports oflBdels, la mortalité causée par maladies de l'ap- 
pareil respiratoire parmi les soldats nègres s'est élevée, dans diverses 
colonies britanniques, aux proportions ci-après : 

Proporlion «nnocUe 

dat 
dtfcèt »ar 1000 h. 

Côte occidentale d'Afrique 6,3 

Honduras • . . • 8,f 

Bahama 9,1 

Jamaïque • 10,3 

Maurice • 12,9 

AntiHes et Guyane 16,9 

Gibraltar 43,0 

On voit que la prédisposition du nègre aux maladies de poitrine s'accroît 
par l'éloignement du continent africain, soit qu'il s'effectue de l'est à 
l'ouest, soit qu'il s'opère de Téquateur au pôle. En ce qui regarde la 
phthisie pulmonaire en particulier, nous trouvons la progression ci-après : 

G6te occidentale d'Afrique 4,0 décès annuels nur lOûO h. 

Maurice 6,4 — 

Honduras. 6,6 — 

Bahama 7,0 — 

Jamaïque 7,5 — 

Antilles et Guyane 9,8 — 

Gibraltar 33,5 — 

On peut conclure dç ce document : 1" que la plus liaible proportion des 
décès par phthisie se trouve sur le continent africain, c'est-à-dire dans le 
pays natal* du nègre ou au moins dans celui de ses ancêtres; 2? que celte 
mortalité s'accroît aous l'influence de tout éloignement du continent afri- 
cain ; 3"* qu'elle est plus considérable dans le golfe du Mexique qu'à Mau- 
rice; fi* enfin, qu'elle atteint son maximum connu dans la partie méridio- 
nale de l'Europe. 

Nous terminerons cette étude par les deux tableaux suivants qui résu- 
ment la proportion annuelle moyenne des décès constatée dans seize 
colonies : i"* parmi les troupes nègres ; 2'' parmi les troupes anglaises. 

IL 18 



27/1 



ttTATlfiTlOOK l»ib MALAMIS. 



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TROOPIS AUX1LIA1RI8 DE LAMlftl ANGLAISE. 



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27ft STATI«T10UR DM MAI.^ftlRS. 

S H. — Pathologie comparée des irow^s hottôntotei ^ des troupes anglaises. 

CAP DE BONME-ESPËRAKCE. 
Frontière orientale, de 1822 à 1834. 

Le Ublcau suivant résume la proportion annuelle des malades et des 
morts sur 1000 hommes, tant parmi les troupes hollentotes que parmi les 
troupes anglaises, servant dans la colonie du Cap. 



Tiiopru BUkifcm. t booies aaitununs. 

Efleci if l> (OO hommes. E&rtif 4 |r« 

Sur tÛOU h. Sur fOUO b. 



^dmi». UwU. Adni*. 

Flèfres 8* *•« ^ ^^^ 

Fièvres éraplitw » • 2 » 

Maladies de rappareil respiratoire. 82 2,4 107 3,9 

Maladies du foie .•• 21 1,0 4 0,5 

Maladies gastro-intestinales 88 2,3 90 4,8 

Maladies du «yslème nenreui 10 0,6 4 • 

Hydropisies 2 . 0,5 1 

Rhamatisme 59 \ '^ \ 

SyphUis ^" ^ «^ ^ 

Abcès et ulcèTW (sic) 101 I 92 

Blessures et accidents traumat ... 1 66 l 1 ,8 * ^ \ m 

Punitions corporelles 25 f * 56 

Maladies des yeui *3 y 28 

Maladies de la peau lO S . 

Autres maladies ^ / *^ / 

Totaux «06 9,8 823 10,9 

Ce tableau met en lumière le chiffre très faible des pertes parmi les 
troupes des deux races, en même temps qu*il montre que les maladies des 
organes respiratoire et digestif font plus de ravages parmi les Hottentots 
que parmi les Anglais. 

g Hl^ Pathologie comparée des troupes d'origine asialiqw et des troupes anglaises. 

INDE ANGLAISE. 

Les trois tableaux suivants résument par groupes de maladies la propor* 
lion des admissions aux hôpitaux et des décès sur 1000 hommes, tant An- 
glais que Cipayes, servant dans la présidence de Madras. Pour les premiers, 
la période d'observation est celle de 183/i à 1838; pour les derniers, les 
faits se rapportent à diverses époques de la période de 1829 à 18^1 (1) : 

(1) G. Balfour, Statist. report on the sicknessand mortalily amomg îhe froof» sem 
img t» tke Madras presidency, 18A7 {Edinburgh med. and surg. Jourm.) 



TBOOPIS AUSILlAIRftS DE L kUUÈK ANtiUlSB. 



27Î 



LlTTOtAL. 



Anflait, 

Admit. MofU. 

Fièvrei • 246 2 

Fièvres éruptWei » » 

llaladies de Tappareil respiratoire. ... 82 2,9 

Maladies du foie •. 123 5,6 

llaladies gastro-intestinales 303 13,9 

Maladies du système nerveui ? ? 

Hydropisici .••••., •.,. ? y 



•HocUrtS(,0i9b. 



Ailmis. 

222 

4 

12 

1 

45 

4 
9 



Horlt. 

3,1 
0,1 
i,2 
0,1 

2,tf 
0,5 



PLAINES. 



AogUU, 
efUctir4,10ib. 

Admit. llorU. 

Fièvre» 371 6.2 

Fièvres éniptives m n 

Maladies de Tappareil respiratoire . • . . M6 2,2 

Maladies du foie 107 3,8 

Maladies gastro-iotestinales 183 12,9 

Maladies du système nerveai 15 2»2 

Uydropisies 3 0,2 



Cipsyat. 
•ffvctif 76^77 h. 



Admit. 

216 
9 
9 

1 

42 

3 

14 



MorU. 
3 

0.2 
0,9 

0,2 
1,7 
0,5 
2,2 



PLATSAUX. 



Anultii, 
•Hcciif M. Wa W 

Admit. Moi U. 

Fièvres 514 6,1 

Fièvres éniptives » 1 0,1 

Maladies de l'appareil respiratoire, é • . 66 1,9 

Maladies du foie 121 6,0 

Maladies gastro-intestinales 280 17,6 

Maladies du système nerveux Il 1,7 

Hydropisies 6 0,7 



€flecli 

Admit. 
359 

10 

10 

1" 

3 
3 



Cipuy^. 



ipuyct. 
(77,5( 



504 k. 

^^^^^**' «* 

HorU. 
4.7 
0,1 

l.t 

0,1 
2,2 
0,3 
0,T 



On voit que les hydropisies sont les seules maladies qui sévissent avec 
pins d'intensité parmi les Cipayesque parmi les Anglais. Cetfie particularité 
résulte dé la fréquence du beribetû parmi les premiers, maladie endémique 
dont le domaine habituel, sur le continent asiatique, est circonscrit par les 
parallèles de i6« et de 20* de latitude nord, et qui se rencontre spéciale- 
ment sur le littoral ou dans les plaines, ou du moins chei les individus 
récemment arrivés de ces localités sur les plateaux. Deux soldats anglais 
seulement sont signalés, dans les documents oflficiak, comme ayant été 



tJ% 8TAT18TIQ0B M» lUUDM* 

^iteîots du béribéri. Parmi les Cipayes, on a constaté les nombres d-afirès 
d*admi8Bîoii9 et de décès, causés par celte maladie : 

Malades Morts. 

Littoral 399 46 

PUine 677 97 

Plateaux. 69 19 

Parmi les maladies autres c(ne les hydropisies, les affections du lu^ 
digestif» et plus encore celles du foie, exercent leurs ravages avec une pré- 
dilection toute spéciale parmi les troupes anglaises. Le tableau suivant r^ 
sume pour les deux races la proportion annuelle des malades et des mous 
par suite de pbtbisie pulamiaire «t de maladies aiguës de poitrine : 

STiB tOOO iMnniES. 

^ UTTOftlL. KAOtES. VLàTtAOX. 

AnglMis Cipaycs Anglais Cipayes Angtai< Cipaje 

■dm. m. udm. m. adin. m. mdai. m, adm. itf« sda. Ii> 

Maladies aigdës 76 1,5 7 0,6 79 1,5 5 0,9 61 0,1 7 0,S 

Phtbisie pulmonaire. . 6 1,4 S 0,6 7 0,7 4 0.6 5 0,9 8 0.« 

On voit que si les maladies pulmonaires inflammatoires et catarrbale 
{inflammation of lunys and catarrh) sévissent avec une intensité très vd^ 
gale parmi les deux races, par contre la pbtbisie pulmonaire les épargne 
d'une manière à peu près uniforme. La mortalité par pbtbisie est reprêsn- 
tée, en ce qui regarde les troupes anglaises, par les nombres ci-après : 



I 



Littoral 1,4 déoèi fur 1000 h. 

Plaines 0,7 — 

Plateaui 0,9 — 

Ces cbiffres donnent, pour Tensemble de la province de Madras, nm 
moyenne annuelle de 1,0 décès sur 1000 bommes, et cette propor^nà- 
nime acquiert une signification d'autant plus rigoureuse de <:ette drcm 
stance que, dans la période de 1829 à 1838, à laquelle se rapportent > 
faitSi il n'y a eu que deux bommes réformés pour maladies de l'appanr 
respiratoire {thoracic diueaies). Dans le Royauinc-Uni, la mortalité F 
pbtbisie est représentée, dans les trois armes dont les noms siûveau ^ 
les proportions ci-après, dans la période de 1830 à 1836 : 

DragoDii, garde et ligae 5,5 décès sur tOOO h. 

Cavalerie [household). 7,5 — 

lofkfit^ri^, irtrf^. . . 1 1 .5 — 



THOUPBS ADXIUAIUS OB L'aIHBB ANGLAISB. 279 

4Joiitoos que, dans le Royaame-Uni, Ta réroilne tend à dimiaoer de 
beaocoop ta mortalité, comme le provYe le document aurrant : 

Mortalité génAnil*. %âtatmm. 
»v tOOO b. «or 1000 k. 

Dragoof <ie k garde et de la ligne. # . . 15^3 S6, S 

Cavalerie {houtehold) 14,5 18,1 

Infanterie de la garde. . . .' 21 ,6 36,4 

Il est donc é? ident que, même abstraction faite des réformes pro^n- 
cées pour cause de phthisie, l'armée anglaise subit, sons Tempiri d< 
cette maladie, des pertes de cinq à douze fois plus considérables dans lé 
Ro}aume-Uni que dans la province de Madras. En ce qui concerne la fré* 
quence des fièvres paludéennes, on trenve parmi les troupes «uropéefine» 
dans la protinee de Madras (1) : 

Littoral ... 3 692 «dmistiont pour flètres. 
Plaines ... 1 672 
Plateaux.. 11605 

ILE DE GEYLAN. 

Le gouferQement anglais entretient dans Tîle de Ceyian : t* trois corpè 
dits régiments de Geylan, dont le premier se compose de Malais recrutés ï 
Jata, à Penang, à Malacca, et à Sincapour; le second est composé de CK 
payes et le troisième de Caffries (2) ; 2* un corps de pionniers recruté 
dans les provinces de Madras et du Bengale ; 3' le corps des gun^lascarê^ 
ayant ta môme origine que les précédents ; h" enfin le corps des la$çoreyn$t 
recruté dans ta population du littoral de Ceyian. On verra par le tableau 
ci-aprôs que ces hommes, bien que soumis à des conditions hygiéniques 
et climatologlques identiques, obéissent néanmoins à des lois de mahdiés 
et de mortah'té complètement différentes (3). 

(l) Il ne peut 4tre question ici que de fièvres paladëenoes. Nous Usons, 
l c^^^' ' en effet, dans le récent ouvrage du professeur Morefaead, de Bombay : « La fièvre 
ftfU!^^' typhoïde, la fièvre à rechute {relapting fever)^ et le lypbus, sont inconnui dans 



}\^i^ riode (unknown m Inâia) » — Clinicat researches on disease in India^ 1. 1, p. SOT. 
^ . ■^- (2) Ne pas confondre les Caffries, de Goa et de la oAte de Mozambique, avec les 
r >'»***. Cfre». 
^..IDÎt ^' (3) SiatUtic^ répons on thg skknmSf 0fc.« amùng the troops strUing in CetfUm, 

i^ttPXondon, 1841| p. d et 4i. 



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STAllSTIQUe DSB HAUMU. 





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ABMBB rilANÇ4ISK. 281 

On voit que la mortalité afférente aox dif erses races présente les pro- 
gressions suivantes : 

GoD-LtKan (Bbdras^t Bengale) 1X,4 décèi inr 1000 h« 

LaMoreyni (littoral de Ceylao) 23,3 

Malais 24,8 

Pionoiers iMadras et Bengale) 40,5 

Nègres 50,2 

Troapts anglaises 69,8 

La mortalité causée par maladies du foie offre la progression ci-après : 

Lateoreyos 0,0 décès sur 1000 h* 

6oD*Lascars.. • 0,6 

Piooniers 0,6 

Malais 0,8 

Nègres • • 3,8 

' Troupes anglaises • 4,9 

Des différences plus sensibles encore se manifestent dans les diverses 
races sous le rapport des maladies pulmonaires. Ainsi on trouve : 

Laseoreyns • ifi décès sur 1000 h. 

Gun-Lascars. 1,9 

Pionniers. • • 2,5 

MalaU. 3,6 

Troupes anglaises 4,1 

Nègres • • . • 10,5 

Des différences analogues ont lieu en ce qui regarde la mortalité causée 
par les fièvres paludéennes et par le choléra. 

AB!T, IV. ^ Année fr^nfaiso. 

Nous avons en occasion de signaler la mortalité de l'armée française tant 
dans l'intérieur qu'en Algérie. En ce qui concerne les causes pathologi- 
ques des décès, on ne possède jusqu'ici aucun document relatif à l'ensem- 
ble de l'armée, et il en sera ainsi, tant que la loi du 22 janvier 1851 n'aura 
pas reçu son entière exécution (1). A défaut de documents sur l'ensemble 
de l'armée, nous allons exposer, dans les deux tableaux suivants, les noala* 
dies causes de décès : 1* à l'hôpital militaire du Roule, à Paris; 2* à l'hôtel 
des Invalides. 

(I) Cette loi à Padoption de laquelle nous sommes heureux d'avoir contribué, 
est, à notre sens, la base fondamentale de toutes les améliorations hygiéniques à 
introduire dans nos Institutions militaires» 



3S2 



STATISTIQUI ms MAfcADlRSu 



Hftpîtal militaire du Hoole. 

Tableau des maladies qui 



ont été 

i852, 1SS3, 

Maladies. Décèa. 

Fièyre typhoïde 342 

Phtbisie pulmoDaire 1 52 

Choléra épidémique 242 

Cholérine 3 

Variolf,.... « •.. 19 

Rjogeule 24 

êcaMatine : iO 

Érysip. delà face etdti cuir cheTelo 4 

Phlegmon et abcès 5 

Angine diphthëriqae 6 

Gastro-entérite aiguS 7 

Diarrhée chronique ftO 

Dysenterie 16 

ttépatite chronique... ........ 4 

Péritonite aiguë 4 

Péritonite chronique 25 

Hydropisie ascite, anasarque. ... 6 

Laryngite œdémateuse 1 

Bronchite générale 2 

Bronchite catarrhale 2 

Bronchite capillaire 17 

Pneumonie aiguë 31 

Pleurésie aiguë • . . é 1 

Pleurésie chronique 7 

Épanchement pleurétique 7 



cause de decèi pendant l$$ années 
1854 et 1SS5. 

Bfeladiei. 

Asphyxie suite d'intem • . • 

Hydropéricardite. ..•«.. 

Affection ovganiqua du ccear. . • . 

Néphrite albumineuse 

Scorbut ••...••••.. 

Infection purulente 

Cungeiition cérébrale 

Encéphalite 

Myélite aiguë 

Méningite aiguë • 

Méningite chronique 

Méningite cérébro spinale. • . • • . 

Cachexie paludéenne 

Carie 

Syphilis .....; 

Suicide 

.Hémorrhagie abdomiqale 

Morve •«••••* 

Aoasarque. •..••••*••.. 

Hydnrlbross . . * 

Albuminurie - • . . 

Spermatorrhée 

Ictère •••«•«•••• 






Total 



4§i5 



En faisant abstraction de 2&2 décès dus ali choléra, on voit que la fièîre 
typhoïde et la phthisie pulmonaire constitaent les [irincipales causes de 
mortalité dans les garnisons de Paris ; on peut même dire qu*il en est ainsi 
pour Tensemble de l'armée dans Tintérieur. En ce qui regarde la phthisie, 
il ne faut pas perdre de vue que la grande majorité des phthisiques est éloi- 
gnée des hôpitaux militaires par le moyen des congés de con?alescence et 
de réforme, d'où il suit que le chiffre des décédés dans les hôpitaux ne 
donne qu'une idée très incomplète des ravages de la phthisie dans l'ar- 
mée (1). Aux affections tuberculeuses il convient d'ajouter au moins une 
partie des décès causés par péritonite chronique. 

(1) Voir plus haut, pages 255 et 267, la mortolilé ptr phtliiste dans rAnBéelNh 
varoise et dans Tarmée anglaise. 



AIMÈI PRANÇAISI. 



as» 



Tableau des maladies qui ont été cause de décès en 1848, 1849, 1850, 1851 

et 1852 à V infirmerie des Invalides (1), 



Maladie*. 

Asphyxies : 2 par obstruction 
do pbâryni (gloatonnerie) 

1 par ivresse 

1 syDcopale 

1 par itraDgalatioD 

2 par saspeiisioD ....... 

3 par imniersioD 

Hémorrhagie cérébrale 

Congestion cérébrale 

Commotion cérébrale à 

Encéphalite chronique 

Epilepsie 

Chorée 

Méningite 

Démence séoile 

Paralysies, myélites. «.«.«.•. 

Tétanos 

Erysipèle facial 

Adjnamie sénile. é 

Bronchopneumonite 

Bronchite capillaire 

Apopleiie. congestion pulmon 

Catarrhe chroniqve .• • 

Phibisie pulmonaife. 

Pleurites 

Asthme 

Œdème de la glotte 

Angine pseudo-membraneuse 



Wcès. 



\ 



10 



125 

142 

10 

36 

3 

1 

6 

4 

»4 

1 

4 

154 

192 

12 

5 

108 

91 

17 

23 

1 

1 



MftMIèf, 

Aiïectîon organique du cour. . • 

Rupture du coeur <•••.. 

Plaie du cœur .•••• 

Péricardite 

Anévrysme aortique 

Gasiro-entérile, embarras gas- 
trique 

Iléus . « • 

Diarrhée chrooiqae 

Péritonite 

Ictère, hépatite, cirrhose 

(iholéra épidémique 

Choléra spofadique 

Néphrite 

Cystite chronique 

Hernie étranglée .«« *••« 

Gangrène sénile • . 

Affections cancéreuses internes. 

Affections chirurgicales 

Fièvres pernicieuses 

Fièvres typhoïdes 

Cacheiie f^croruleuse 

Cachexie scorbutique 

Caries • 

Fractures, plaies, etc 

Ascites. anasarques. • • • « 

Résorption purulente 



Total 



Dëcii. 

110 
5 
1 
3 
2 

51 

4 

33 

27 

22 

85 

i 

6 

35 

4 

7 

34 

10 

6 

6 

f 

6 

3 

40 

19 

11 

1532 



D*après ce tablean, les maladies qoi donnent lieu au plus grand nombre 
de décès, se rangent dans Tordre suivant : 



Broncho-pneumonies 

Adynamie sénile 

Congestion cérébrale 

Hémorrhagie cérébrale. . • 
Lésions organiques du cœur 
Catarrhes chroniques .... 

Pbthisie pulmonaire 

Myélites, paralysies 

Embarras intestiuaui. . . . 
Affections cancéreuses. . . . 



192 décès sur 1532, ou 125 pour 1000. 



154 
142 
125 
110 

108 
91 
54 
51 



100 
92 
81 
71 
70 
52 
35 
33 



44 dont 10 chirurgicales. 28 -^ 



On ?oit que la pbthisie pulmonaire est loin de prendre une aussi large 
part à la mortalité des invalides qu'à celle de l'armée ; quant à la fièvre 

(I) Nous emproototis ee tableau à un mémoire de If. Faare-Vlllars, publié dans 
If looie XIV, 2* série des Hém. 9emêâ,,d9ehir. etdepkarm. miM., 1854. 



3S& STATtôTlQUE DBS MALAOIBS. 

typhoïde, ooas ne la voyons Ggurer que par 6 décès sur une mortalité de 
1532 individus. 

AKT. ▼. ^ Année piéoiontaife (i). 



De 1834 à 18/i3, indusivement, le rapport des malades à l'effectif a été 
daas les principales garnisons : 

Turin 48 malalet sar 1000 fa. 

Géoes 24 

Alexandrie 54 

Chimbéry 45 

Caoeo 55 

Nioe 46 

Cagliari 56 

Sassari 72 

Pendant la môme période, les diverses catégories de malades se répar- 
tissent ainsi : 

Fiévreux 63,3 

Blessés 23,9 

VéDériens 7,3 

Galeux 5,5 

100,0 

Sur 1000 malades de chaque catégorie, on a compté la mortalité ci- 
après: 

Sur 1000 fiévreux 27,6 décès. 

filessés • 5,8 

Véoérieus 3,0 

En moyenne 19,1 

En comparant le nombre des morts avec le chiffre de l'effectif, on trouve, 
pour Tarmée entière, dont reffectif moyen est de 36000 hommes, une 
mortalité de 15,8 décès sur 1000 hommes, bien que la mortalité de la po- 
pulation masculine âgée de vingt à trente ans ne soit, en Piémont, que de 
9,2 sur 1000. Les pertes de l'armée s*élévent d'une manière surprenante 
en Sardaigne; ainsi, dans la période décennale, de 1834 à 18/^3, elles 
ont été : 

A Cagliari, de 23,5 décès sur 1000 liomuies. 
A Sassari, de 269,6 

En moyenne 170 

(1) Voy. InforfnaxionesUUistiche raccoUe âelîa A. cammmkmê swperiore per gU 
ttali d« S. Jf. tn Terraferma. StatisHca Medka. Torino, 1847 à 1852» 2 vol. in-A. 



ARIISBS MÉMONTAfôl ET BELGE. 285 

Il est digne de remarque que la garnison de Cagliari se compose de 
Sardes {indigeni delV Isola) ^ tandis que la garnison de Sassari se com- 
pose de continentaux {nativi délie provincie di terraferma), Etamiûée 
dans les diverses armes, la mortalité a été, dans l'infanterie, de 21,5 décès 
sur 1000 hommes: dans la cavalerie (1), de 10,8. Dans la période de 1775 
à 1791, on avait compté, dans Tinfanterie, 3l!i,9 décès sur 1000 hommes; 
dans la cavalerie, 18,1. 

Sur 5171 décès dont les causes ont été signalées, le rAle des diverses 
mahdies se trouve ainsi réparti : 

Nombre Proportioa 

des décès. sur 400 decèt* 

Phlegmasies pulmonaires aiguës 1 309 25,3 

Phthisie palmonaire 492 9,5 

Catarrhe rbrooique 443 8,5 

Gastro-eotérite 344 6,6 

Encéphalite 275 5,3 

Fièvre typhoïde • 239 4,6 

Fièvre iDflammat. rhomatismale {tic). 202 3,9 

Hydropisie 186 3,5 

Diarrhée, dyseotérie • 176 3,4 

Maladies chroniques • 1 65 3,1 

Rbamatisme 140 2,7 

Fièvre gastrique, bilieuse 1 28 2,4 

Inflammations... 102 1,9 

Apoplexie , 100 1,9 

Ainsi, plus du quart des décès a pour cause des phlegmasies aign^ de 
poitrine ; et plus du 1/6* de la mortalité est causé par phthisie pulmonaire. 
La fièvre typhoïde ne s*élève pas même à 5 pour 100 de Tensemble des 
décès. 

b€lge (2). 



De 1863 à 1868 l'armée belge a compté les nombres ci-après de ma- 
lades et de morts snf 1000 hommes : 

(1) La cavalerie éprouve asseï géoéralement des pertes plus on moins inférieures 
à eelles de Tioranterie, comme le montre le tableau suivant : 

nickA sua 1000 bohmes. 

Arin^e piënkoDtMise. Anntfe 

^,^' ^ ^ . ^1 ~^->^ Arinëé anglaisé. 

De «775 & 1791. 1834 à 1845. prassiaone. 1830 à 1188. 

Infanterie 34,9 21,5 12,9 21,6 

Cavalerie... 18,1 10,8 9 14,S 

(2) StaiUt. génér. de la Belgique {Exposé de la situation du royaume). Période 
décennale de 1841 à 1850. Bruielle», 1852, in-4*. 



ÎB6 



STATISTK^UB DBS MALAMM. 



Ea 1848.... 
1844. ••• 
4845.... 
1846.... 
1847.... 
1848*.... 

En mojenae p 



par jour. 


Norte 


Al 


1« 


51 


10 


52 


11 


53 


14 


59 


ii 


69 


iQ 


56 


13 



Pendant cette période, les malades et les morts se sont répartis ainsi 
qa'il suit entre les diverses garnisons : 



Le roTBpme. , 
LooTâio. • • . . 
TeriQoade.. 
Osteode .... 

Braget , 

Anvers 

Audenarde . . 

Ifalinei 

Ath 

DinaniU . . . . . 
Hay...:... 

Moof , 

Philippeyille. 
Diest. ...... 

Gand 

Bnixelles. . . . 
Toamay . . . . 

Arlon 

Kamar . • . . . 

Hasselt 

lienin 

Uége 

Nieuport. . . . 

Ipres 

Gharleroy . . . 
JtoaiUop . • . . 
Bevuerkao . . • . 



Mulades 
traiti'ê par iour 
sur 1000 bom. 



56 

50 

85 

75 

69 

68 

66 

65 

62 

60 

58 

56 

54 

53 

61 

50 

50 

48 

47 

45 

44 

43 

43 

48 

41 

38 

35 



♦ • 



Le royaume t*».»» 

BouillpQ *...« 

TeriQOode •...•.•• 

Ilooa > .. 

Hassêlt 

Bruges ...' 

Lmivain .....•«•• 

Ikalioet 

Bmiellei 

Philippevilie 

Anvers 

Alb 

Nieuport 

Ostcnde 

Gand i. 

Arlon 

J>inaQt. .fm, 

Huy 

Uége 

ipru • 

Audenarde 

Beverloo . < 

Menia • • 

Namnr • 

Tonrnay 

Diest 

Charleroy 



MorU 

jvr ;O0D hon. 
13 



33 



SI 
20 
19 
16 
16 
15 
15 
14 
IS 
12 
12 
li 
lO 
10 
10 
10 
10 
9 
9 
9 
9 
8 
7 
6 



ABlT, TZZ. — Armé« pnunanne. 



De 1829 à 1838 inclusivemeot, faroiée prussienne, sur un eflieetif imal 



ARMAIS PRDfiSIENIIB ST SUÉDOISE. X? 

de 1 506829 hommes, a compté 19751 décès, soit 13,1 sur 1000. Cette 

mortalité 8*est répartie ainsi entre les diverses armes : 

•»' ■ 

lefanterie 12,9 

Cavalerie • 9 

Artillerie 10,8 

Génie M ^ ' 



^ 



En ce qui regarde les causes de décès, M. Casper mentionne : 

Phtitisie fNtlmoDaire 4692 décès;) f 

Fièvre typhoïde « 6094 

Phlegmasies diverse»., 2427 

Choléra • 1822 

. Yinllesse , 670 

Bflfin, i lOS décès sont attribués^ l'apoplexie cérébrale et pulmonaire, 
à Itiémoptysie» à rbématémèse et à la dysenterie (1)! 



d n*existQ p^isde documents statistiques complets sur les causes de décès 
dans l'armée suédoise. Le tableau suivant (2) qui résume la mortalité de 
la^misonde Stockholm, de 1829 à 1851, donnera une idée des pertes 
causées par la phlbisie pulmonaire, pertes qui figurent souvent ppurplus 
de noitié dans le chiffre de la mortalité générale (3) : 



Annuel. 


Total 
det décès. 


Dérès par 
phUiisîu puliD. 


Annéu. 


Tolal 
dMdécèi. 


Décè* par 


1829 


181 


59 


1840 


95 


50 


1830 


160 


60 


1841 


78 


24 


«831 


118 


47 


1842 


85 


SO 


1832 


119 


52 


1843 


66 


SI 


4833 


144 


61 


1844 


•7 


21 


4834 


93 


39 


1845 


61 


16 


1835 


85 


47 


1846 


64 


18 


4*16 


88 


44 


1847 


78 


30 


1837 


407 


42 


1848 


66 


11 


1838 


164 


50 


1349 


76 


17 


1839 


78 


40 


1850 


76 


23 








1851 


73 


25 



(1) Casper, DtftifctiMirdi^iEetlm XMTfMàiz, Statistik. Berlin, 1846, 1 vol io-8. 
(S) Nous ftommes redevable de ce docameot à l'obligeance de notre ami M. Lil- 
Jaralj, médtcia efi chef de Tarroée suédoise, et médecin du rof de Saède. 

(89 90V 4f Caire «ne idée des pertai eaosées |Mir la phthisie puloioDaire, Il faut 



38$ 



ATATI»T100K PBS MALAmiS. 



dm ilaU«UnM d*AménqM (1). 

De 1829 à i838 inclusivement, rarmée de» États-Unis a compté : 



Hommct. Mbladet. 

Dans les provinces du nord« sur an effectif de 32,S4S 32,154 2St 
Dans les provinces du sud, 24,978 54,411 S23 

8oii, dans le nord, 18 décès sur 1000 hommes, 
dans le sud» 49 

Pendant cette même [)ériode, voici les naaladies qui ont été cause d'ad- 
mission aux hôpitaux ou de décès : 



DiyiSKm DU Moan. 



niVWIOH MJ SUD. 



Dcsination 

de* AdintMl«i|it 

maladÎM. «as bôpiUiiz. 

Fièvres iniermHteotcs 3,187 

Fièvres rémittentes 587 

Synoque 825 

Typhus • 54 

Catarrhe et grippe ..•••.. • . 9,538 

Pneumonie 610 

Pleurésie 652 

Phthisie 152 

Hémoptysie 83 

Dysenterie » 

Diarrhée 5,981 

Castro entérite 289 

Colique et choléra 3,221 

Choléra épidéniique 302 

Hépatite 98 

Méningite 18 

Apoplexie 6 

Épilepsie 166 

DeUrium tremens • • • 102 

Ivresse 1 ,370 



Décès. 

1 
12 

2 

8 

1 

8 

1 
46 

1 

4 

5 

1 

2 
103 

3 

3 

4 

5 

3 



r> 




ajouter que, de 1843 à 1851 inclusivement, 161 réformes ont été motivées pu 
cetta affection dans les armes ci-après, en garnison à Stocicholm : 

1<" régiment 83 

2* régiment 36 

Garde à cheral 5 

Artillerie 37 

161 
(1 ) StoÂiit. Beporl on the tkknpsi and fnoriaiity in the army of th» UmUd SlsM. 
prtpar^i und0r ihe d&eciionof Th» lawson^ Swrgean generoL Washinflon, ISiO, 
1 vol. in-8*. 



ABMKK RUSSE. 



289 



Division DU MORD. 



DIVISION DU SUD. 



DétigDation 

"0S Admis>iuiu 

maUditfg. aux hôpitaux. 

Nyctalopie 18 

Bhomatisme 3,41 2 

Gooorrhée ^.... 971 

SyphiKs 462 

Hydropisie 50 

Atrophie et lésions viscérales 

chroniques » 

Accidents » 

Morts sabites » 

Autres maladies » 

Totanx 32,154 



Derè*. 
» 

» 

1 

4 



35 
3 
U 

281 



Admi slont 
aas hôpitaux. 

791 

2,845 

929 

584 

206 

» 
» 
» 



54,411 



DéeU. 

1 

n 

» 

19 

16 
50 

7 
28 

823 



éif 



Il n*existe aucun document officiel sur la mortalité de Tensembie 
de cette armée. Nous avons publié, il y a déjà quelques années (1), 
un résumé des pertes de l'armée russe, d*après M. Arendt, médecin de 
l'empereur. D*après un journal allemand (2), une portion de l'armée russe, 
sur un eiTectif de 19283^ hommes, aurait eu iUtiZb2 malades et 75^1 
morts, soit 38 sur 1000. Parmi lest^auses de décès, on voit figurer la 
phthisie pulmonaire pour 2 400 ; la pneumonie pour 686. Le major 
Moltka a publié un travail important sur Tétat sanitaire et les pertes 
de Tannée russe dans la campagne de Turquie en 1828 et 1829. 
Nous allons en donner les principaux passages (3) : « Sur 115000 
Russes qui envahirent la Turquie d'Europe en 1828 et 1829, 10 ou 
15 000 seulement repassèrent le Prath. Le reste avait succombé dans 
les hôpitaux par les Gèvres intermittentes, la dysenterie et la peste. Le 
soldat russe, mal habillé, mal nourri, n'était nullement prémuni contre 
le climat des provinces danubiennes et surtout de la Bulgarie , où la 
température varie, entre le jour et la nuit, de 32 à 16 degrés Réaumur 
en été, et où la chute de la rosée produit l'effet d'une pluie fine et péné* 
trante. Dès que l'armée russe eut envahi les principautés, il se manifesta 
une fièvre contagieuse, accompagnée de bubons et de pustules ; on constata 



r» 






(i) Hygiène milit. comparée et statist, méd. des armées de terre et de mer, Paris, 
i848. 

(2) Médit. Zeitung itussland*s, 1844, n*" 8. 

(3) Voir aussi Gag, méd. de Parte du 15 avrU 1854. 

II. 19 



i9ù STATISTIQUE DtS MALADIES. 

' que cette maladie se coinmaniquait par le contact môme des Têtements, et 
l'on eut béàd séqdestrer, isoler les malades, établir des quarantaines et des 
cordons sanitaires autour des villages, le fléau ne s*en étendit pas moins dans 
les principautés et remplit de milliers de malades les hôpitaux de BucharesL 
Concurremment avec la peste, les flèvres intermittentes et putrides, les dy- 
senteries, le scorbut et les maladies inflammatoires de toutes sortes enle- 
vèrent un grand nombre de malades. Du muis de mai 1828 au mois de 
février 1829, il entra dans les hôpitaux et ambHlanees : 

Pour atteintes légères 75,226 hommet. 

Pour cas graves 134,882 

total 210,108 

» La plus grande extension des maladies eut lieu en septembre et octobre. 
Dans ce dernier mois, il entra dans les hôpitaux seulement 20 000 ma- 
lades. Le mois de février fut le plus meurtrier : plus du quart des malades 
succombèrent. Ces données sont insufiisautes )X)ur évaluer les pertes éprou- 
vées dans cette première campagne par Tarmée russe ; mais I on peut, sans 
exagération, les estimer à la moitié de son eflectif disponible, c'est-à-dire 
à près de &0000 hommes, y compris les morts sur le champ de bataille. 
Vers le milieu de mai 18'J9, la peste reparut sur la rive droite du Da- 
nube et gagna Varna, où étaient concentrées les réserves, les magasins, les 
patcs de toute Tannée, ainsi qu'un dé/ôt de f\ UOO malades. Elle éclata, 
dit-on, à la suite d'une distribution de munitions longtemps renfermées eu 
magasin, et qui avaient appartenu aux morts de la 16' division d'infante- 
terie; puis vinrent le scorbut et les flèvres malignes. On envoya quelqaef 
bataillons camper hors de la ville ; on ordonna aux soldats des bains de 
mer ; on ût aérer les tentes, aérer les munitions, brûler les effets des morts, 
et l'on parqua les pestiférés dans une enceinte à parL Dans le cours de joio, 
il entra à Thôpital 1000 hommes par semaine. Le 25, il en mourut 300. 
Le 26 août, on comptait 5509 entrées et 3 959 décès. Des 1550 malades 
qui restaient, 614 seulement survécurent; hU officiers de santé succom- 
bèrent. A Braïlow, la peste faisait 774 victimes sur 1200 malades, et n'é- 
pargnait aucun des médecins ni des infirmiers. Elle fit aussi irruption en 
Bessarabie. Elle épargna pourtant legtos de l'armée campée sous Schoumia, 
où elle ne se manifesta que par quelques cas isolés. La dysenterie y exerçait 
aussi d'affreux ravages. Dans la traversée des Balkans, 1000 hoiBiiies 
moururent en route, de la diarrhée, de la fièvre bilieuse él dm scoriNit. 
Dans la marche sur Andrfflople, bien ^ae ràrméts fût déjà nt peu refaite 



ARMÉE RUSSB. 2$! 

de ses longues privations, et que son moral fût relevé, survinrent d'autres 
maladies étranges : des fièvres chaudes accompagnées de délire et d*Dn ra- 
mollissement des vaisseaux capillaires tel que la plus légère contusion, le 
simple toucher même, produisaient au bout de quelques minutes une tache 
d*uu bleu rougeâtre d*un demi -pouce de diamètre ; ces malades mouvaient 
dans le délire ou le coma, le cinquième jour ; des dysenteries qui enlevaient 
la moitié des hommes, et des fièvres intermittentes graves accompagnées de 
prostration absofue des forces. En Bulgarie, dans le cours de juillet, on 
comptait 37 OUD malades. Les bôpitaui, au sud des Balkans, étaient encom- 
brés. A Andrinople, on avait transformé en hôpital la plus vaste caserne. 
Trois jours étaient à peine écoulés qu'on y recevait 1616 hommes; le 
1*' septembre, on en comptait 3 666, et le 15, 4646, c'est-&-dire le quart 
de toutes les forces disMonibles à cette date. La peste enleva presque tous 
les médecins attachés à cet hôpital. Des fièvres intennîttentei graves exer- 
cèrent aussi de grands ravages. Dans la seconde moitié de septembre, on 
n'observa plus que des dysenteries auxquelles plus de 1300 hommes suc- 
combèrent dans le courant d'octobre. Le 29 octobre il restait II Andrinople 
h1i)0 malades, 3 à &00 infirmiers, sous la protection du 6* régiment itt 
ôhasseurs, en tout 6U00 hommes, lorsque la peste se montra de nouTfiti 
si soudainement qu'elle envahit presque à la fois les trois cents chambres 
de l'hôpital. La peste d*Andi inople atteignit son apogée à la fin de décem- 
bre; elle enietait 50 à 70 hommes par juur, en tna 5 200 sur 6000^ et 
ne disparut qu'au mois de mars, faute de victimes. En 1S28> lamonalité 
avait été : 

Dans les ambulances de 5 pour 100 

Dans les hôpitaux 19 pour 100 

fin 1829« elle fut : 

Dans les ambulances de 14 pour 100 

Dans les hôpitaux 37 pour 100 

» Le nombre dee morts dans les hôpitaux seulement^ de mars à juillet, 
fut d'environ 28000. Il fut à peu près le même pour les cinq derniers 
mois ; en sorte que si Ton ajoute à ces chiffres les morts des ambulances et 
ceux des champs de bataille, on reste fort au-dessous de la vérité en éva- 
luant la perte des Husses en 1829 à 60 000 hommes. » 

Jusqu'ici, aucun document officiel ne nous est parvenu sur les pertes 
de TarnK'e russe dans la dernière campagne de Turquie et de Crimée ; 
nous pouvons en revanche donner un aperçu des pertes des armées alliées. 



292 sTATiSTiguE des maladies 

D*après le Moniteur de l'armée du 8 et du 11 juillet 1856, les perles en 
morts de Tarmée française ont été, depuis le 1'' mai ISSd, date du débar- 
quement des troupes en Turquie jusqu^aux 30 mars, époque du traité de 
paix, de : 

Officiers i2d7 (I). 

Sous-officiers, caporaux et soldat* .. 4406 
SoldaU 56 âl6 

ToUl des niorU ... % 62 51 9 

Pendant cette même période du 23 mars, les autres portions de l'année 
française ont perdu en hommes de tous grades et de toutes armes : 

En Algérie 5 246 

En iUlie 1 088 

Dans la Baltique 1 059 

En France 13635 

Total 21028 

Ces chiffres perdent une grande partie de leur imponance par le sileoce 
gardé sur Felièctif de diverses parties de Tarmée. Quant à l'armée piémoD- 
taise, sur un effectif total de 17 584 hommes, elle avait perdu, dès le 
31 octobre 1855, 1632 hommes, dont 1 211 du choléra, 170 de fièvres 
typhoïdes et 251 par suite de blessures et d'affections diverses. Dans œ 
nombre, ou compte 56 officiers, 1 563 sous-officiers et soldats, et 13 em- 
ployés d'administration. Depuis le 31 octobre jusqu'à l'évacuation, quoi- 
que les chiffres officiels ne soient pas encore complètement arrêtés, on 
peut, dit un Journal italien, estimer les pertes du corps expéditionnaire 
sarde à environ 900 hommes, ce qui donnerait un total de 2 532 hommes. 
Enfin, en ce qui concerne l'armée anglaise, voici ce que nous comino- 
nique M. Smith, directeur général du service de santé militaire : sur on 
effectif général de 102 255 hommes débarqués, tant en Bulgarie qu'en 
Crimée, l'armée anglaise a perdu : 

Sur le champ de batalUe 2 500 liommes. 

Morts de leurs blessures on de maladies. 1 7 634 
Réformés ou retraités (disckarged), . . • 2800 

Total 32934 

(1) Dans ces pertes figurent 14 généraui, 20 officiers d'élat-major et 70 offi- 
ciers de santé. 



MALADIBS ENDÉMIQUES. 293 



LIVRE QUATRIÈME. 

endémies, géographie et statistique de quelques 

Maladies et infirmités. 

IXTROSUOnOV. 

Nous pous proposons, dans ce dernier livre, de passer eu revue les uia* 
ladies endémiques et de réunir, sur les autres maladies et infirmités, les 
documents géographiques et statistiques les plus intéressants aa double 
point de vue de la science et de la pratique. Nous espérons contribuer 
ainsi k combler une grande lacune dans les divers traités de pathologie 
où l'on regrette trop souvent de ne pas trouver même le nom de certaines 
affections qui, dans des régions autres que TEurope, réclament, d'nne ma- 
nière plus ou moins incessante, toute la science du médecin et de l'ad- 
ministrateur. S'il peut suffire au praticien d*une petite localité, n'ayant que 
peu ou point de communication avec l'extérieur, de connaître les mala- 
dies de sa modeste circonscription, il n'en est pas ainsi du médecin habi- 
tant une grande ville ou un port de mer, en rapport avec toutes les 
contrées du globe, que les progrès de la navigation tendent de plus en 
plus à rapprocher. Plus d'nne fois nous avons rencontré, sur le littoral de 
la Provence, des fièvres pernicieuses chez des individus venant de la Corse 
ou de l'Algérie, fièvres cédant rapidement à la médication antipériodique, 
et dans lesquelles des médecins civils d'un incontestable mérite, mais peu 
Ibmiliers avec les maladies des pays chauds, inclinaient à ne voir que 
des congestions sanguines des centres nerveux, congestions exigeant avant 
tout, selon eux, des déplétions sanguines. En juillet 1834, le navire sarde 
YArgo ayant débarqué au lazaret de Marseille un grand nombre de malades 
atteints de fièvres pernicieuses, dont plusieurs à forme tétanique (1), nous 
avons vu l'intendance sanitaire disposée à considérer ce fait insolite comme 
une importation de typhus, exigeant toutes les rigueurs de la quarantaine 
la plus sévère. 

Des erreurs analogues se commettent hors d'Europe pour des maladies 

(I) Voy. t. r, p. 142; voir aussi noire E<$ai de géographie médicale. Pari», 
1S43, p. 54. 



296 MALADIES ENDÉMIQUES» GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE MÉDIC4LBS. 

sentaient de la contracture, des spasmes des muscles, des crampes, des 
tressaillements. Les mouvements devenaient fréquemment ^ diflBciles, que 
les malades ne pouvaient plus se servir de leurs doigts, et la paralysie des 
extrémités inférieures était souvent telle, qu'ils ne pouvaient marcher 
qu'en traînant par terre la pointe du pied. Ces diverses altérations de la 
motilité étaient loin de se montrer isolément; oA les voyait habituellement 
se succéder chez le même sujet. Dans le cours de la maladie on voyait ap- 
paraître, principalement aux pieds et aux mains, des éruptions de diverse 
nature. C'étaient des papules, des pustules, des taches cuivreuses, et même 
des phlyctènes ou des furoncles; enfin une desquamation de plus ou 
moins longue durée, et se renouvelant plus ou moins fréquemment Chez 
plusieurs sujets on a observé des sueurs des pieds et des mains. Â la suite 
de ces phénomènes, on voyait Tépiderme s'amincir, se ramollir, et parfois 
le corps muqueux être mis à nu ; la sensibilité des parties était alors 
très exaltée. Un phénomène caractéristique était la rougeur érytbéma- 
teuse des pieds et des mains, occupant les deux faces dans cette dernière 
partie, et bornée à la face plantaire dans les extrémités inférieures. Elle 
se montrait aussi dans d'autres parties du corps; dans un assez grand 
nombre de points, notamment sur l'abdomen et aux plis des articula- 
tions, on voyait apparaître une teinte brune ou noirâtre de la peao, 
qui n'était pas le phénomène le moins remarquable de cette singulière 
affection. Dans la première période de la maladie, et parfois dès le début, 
on notait des troubles variables du côté des voies digestives. C'était assez 
souvent une simple perte de l'appétit, avec tension et pesanteur dans U 
région éplgastrique; parfois des vomituritions ou des vomissements , des 
coliques, un dévoicment quelquefois considérable et alternant avec de la 
Constipation ; enfin, des selles sanguinolentes, et même des vomissements 
contenant un peu de sang (1). « Dn œdème, le plus souvent partiel, 
mais quelquefois général, survenait, dit Dance, ordinairement dès le 
début chez la plupart des malades (les deux tiers environ). Il se remar- 
quait principalement à la face, sur les lèvres et les joues, aux pieds 
et aux mains, quelquefois sur tes parois abdominales, ou même dans 
toute l'habitude extérieure du corps, produisant alors une sorte de 
bouGBssure générale. Cet œdème était ordinairement peu douloureux, 
peu considérable, ne conservait pas l'impression du doigt, et faisait peu 
varier la couleur de la peau, si ce n'est dans certains cas où elle sem- 

(1) F.-L.-J. VaUeiz, Guide du méd, praL, 3* édit,, Paris, 1854, t. V, p. 313. 



4LIÉNATI0N MENTALE. 297 

• 

blah plaspftie ou comme tachée par des ecchymoses... Fréquemment 
on observait en même temps une rongeur des yeox bornée à la con- 
jonctive oculaire ou palpébrale, quelquefois au bord libre des paupières, 
et accompagnée de larmoiement, de sensibilité de Tœil à la lumière, et sur- 
tout de picotements, d'élancements, ou de la sensation de graviers inter- 
posés entre les paupières, sensation imitant, par leurs variétés, celles dont 
les pieds et les mains étaient le siège. Ces phénomènes s'observaient quel- 
quefois sans qu'il y eût de rougeur aux yeuï. » Tantôt la maladie cessait 
après quelques semaines, tantôt elle se prolongeait pendant plusieurs an- 
nées; elle ne se terminait que très rarement par la mort (1). 



CHAPITRE H. 

DE l'aliénation MENTALE. 

En France, de 1835 à \SU\ , les divers établissements, tant publics que 
privés, comptaient les nombres d'aliénés ci-après (2) : 





Nombre des atle'oét 


Nombre d'alUoët 


ADDMt. 


r0ceo»ift. 


lor 40000 hab. 


i83.S 


14,486 


4,3 


1836 


15,314 


4,6 


1837 


15,870 


4.Î 


1838 


16,892 


5,0 


1839 


18,113 


5,4 


1840 


18,716 


5,6 


1841 


19,738 


5,8 



Ainsi, de /i,3 qu'elle était en 1835, la population des aliénés se serait 
élevée en 18^1, à 5,8, sur 10000 habitants. £n 1851, la France comptait 
U,970 aliénés ou idiots (3) : 

20,537 dans les établissemeots publics ou particuliers, 
24,433 à domicile. 

Ces chiffres donnent 1 aliéné ou idiot sur 795 habiunts, soit 12,8 sur 
10 000. Nous avons montré dans notre Statistique de la population de la 
France (^), que cette proportion s'élève dans le département du Rhône à 

(1) Consultez : SchwenkfM^ Btrichl von der Krampfsucht^ 1577. 

(2) Statistique officielle, 

(3) La sUtisttsqae publiée par le ministère du commerce n'emploie que PappeU 
lation aliénés^ mail il y a lieu de croire qu*elle comprend en même temps lesidioU. 

(4) Ann. d'hyg. pubL, t. XLVIH, p. 251. 



300 MALADIES ENDÉMIQUES, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE MÉDICALES. 

Dans le Royaume-Uni (1), on comptait en 1847, en Angleterre et dans 
le pays de Galles, 1-5 06U aliénés sur une pojmlalion de 16 885 324 habi- 
tants ; en Ecosse, 2 417 aliénés sur 2 7 ''l 683 babiunts; en Irlande, le 
nombre des aliénés en 18^8 était de 3 738 sur 8175124 habitants. 
Ces chiffres supposés exacts donneraient les proportions ci-après : 

Angleterre et pays de Galles, 1 aliéné sur 1,120 habitants. 
Éfosse, — 1,150 . 

Irlande, — 2,187 

Les documents ofiSciels publiés sur TÉcosse (Statisttcal accoimt of 
Scoiland), tendent à établir que la fréquence de Taiiénation mentale dans 
cette portion du Royaume-Uni est en grande partie le résultat des mariages 
fréquents entre proches parents (2), mariages impossibles dans la catho- 
lique Irlande. 

En consultant les documents officiels de divers états, nous avons trouvé 
les rapports ci -après entre le nombre des aliénés et le chiffre de la popu- 
lation : 

Piémont (3) 1840 i aliéné sur 5812 habiUoU. 

Savoie i8i8 •— 1306 

Irlande 1848 — 2187 

Ecosse 1847 — 1150 

Angleterre :.... 1847 — 1120 

Danemark (4) 1845 — 1230 

Islande (5) 1845 — 1299 

Norwége(6) 1845 — 596 

Orkney 1841 — 632 

Shetland 1841 — 839 

Belgique 1842 — 961 

Bas Canada (7) 1845 — 2251 

Haut Canada 1845 — 703 

États-Unis d'Amérique. 1850 ^ 

Population blanche -^ 1 295 

Population libre de couleur. — 1 355 

Population esclave — 11011 

(1 ) J. Stark, Contribution to the vital stalislics of Scotland. — Journal of ihe 
skUist, Society of London, t. XtV. p. 54. 

(2) The inîermarriages uhich hâve taken place among them hâve formed thtf^ 
tnto an extended communily ofbloo:l relations, vol. X, p. 436. 

(3) Informazione statistiche, t. II, p. 541. 

(4) Hûbertz, De Sindstyge % Danmark. 

(5) Schleisner, hland unders'ùgi fra et lœgevid» Synspunkt, Kjobmhavn, 1849. 
(6; F. Holst, Sindsyge in \orge i 18i5. 

(7) Le bas Canada est habité par des descendants des Français ; la population du 
haut Canada est d'origine britannique. 



ALIÉNATION MBNTALX. 301 

Ce tableau suffit pour donner une idée de Tinégaie répartition des ra« 
vagesdeTaiiénatiou mentale dans les divers pays. Toutefois, pour apprécier 
Tinfluence du climat ei des localités, il faudrait pouvoir comparer des po- 
pulations d'origine identique* et offrant au moins une certaine analogie au 
point de vue moral et intellectuel. Or on comprend combien la réunion de 
telles conditions est difficile. 

Aux îles Feroë, l'aliénation mentale est très fréquente et elle se présente 
le plus souvent comme manie religieuse (1). 

Il est des populations qui semblent ne payer qu*uo très faible tribut à 
raliénation mentale. Telles sont, par eiemple, les peuplades qui habitent 
rOcéan Pacifique (2). En 1860, la présidence du Bengale et les provinces 
du N. 0. de. Tlnde Anglaise, ne comptaient que 639 aliénés sur une po- 
pulation de 72 millions d'habitants. Les provinces de Madras et de Bombay, 
dont la première compte 13 millions, et la seconde 6 millions d'habitants, 
n'ont, l'une et l'autre, qu'une seule maison d'aliénés. D'après M. iMacpher- 
son, il n'est nullement prouvé que l'aliénation mentale frappe une plus 
grande proportion d'Européens dans les pays tropicaux que dans leur pays 
natal (3). 

Nous avons déjà fait remarquer plus haut (p. 14^) la tendance que pa- 
raît avoir le nègre à être frappé d'aliénation mentale à mesure qu'il 
s'éloigne des tropiques. Mais des diiïérences semblent se produire aussi 
dans le mode de manifestation de la folie dans la race nègre. « En général, 
dit M. Rufz, la folie du noir est moins bruyante, moins difficile à contenir 
qoe celle du blanc ou de Thomme de couleur. Nous ne savons si c'est par 
suite de l'habitude de l'obéissance contractée durant l'esclavage, mais le 
noir fou résiste nM)ins aux moyens de répression. La folie du noir 
est plus taciturne, moins bruyante; le plus grand nombre se promè* 
nent des journées entières, sans dire un mot, la tête basse et le regard 
de travers; beaucoup aiment à être nus, et se couchent au soleil à ses 
heures les plus brâlantes. On n'en voit guère qui viennent lier conversa- 
Il) Pannm, Pkyxiol. Bihlioth. f. inger^ /, 1847; voir tossî : Verhandl, der 
physiol. meâiz. Gesellschafiin Wurzburg, t. II et ili. 

(2) During the whole ofmy intercourse ameng the natives of Ihe SotUh Sea^ I mei 
wiUi no deranged person, and I am satin fled thaï insanity is a disease incidental 
aUrne to civilised life, {Capt, Wilkes, command, of the Un.-St, Exploring expedit. 
in a letter to Dr Bregham, 285 } 

(3) Report on Insanity among Europeans in Bengale founded on the expérience 
of the Calcutta Lunalic Asylum. By John Macpbenon, M. D., in Médical Charge 
ofihe Asylam, i853. 



362 MALADIBS ENDÉMIQUES, GEOGRAPHIE ET STATISTIQUE MÉDICALES. 

tion d*eux-mêmes et qui poursuivent les visiteurs de leur imporlunité. 
Ou leur arrache, eu général, difficilement des paroles (ce qui rend leor 
observation pénible), même dans les jours dVxcilation. Quelques heuro 
dé fauteuil de force suffisent pour dompter les p^us indociles Les coops 
et les violences entre eux, sans être rares, ne sont pas cependant très 
fréquents (iette soumission est-elle le résultat de Texcitahilité cérébrale 
iiaturellement moindre chez le nègre, ou bien une continuation de Tinti- 
midalion nécessitée par Tesclavagc? Toujours est-il que cela contraste 
beaucoup avec la turbulence du blanc et de l'homme de couleur, dont la 
folie se rapproche beaucoup plus de la folie des Européens. Mêlés aux 
noirs, dans les cours, ils s'en distinguent par leur loquacité ; ils sont vo- 
loittaires, insoumis, fanfarons. C^cst chez eux qu'on observe en relief l'eu- 
^ration du caractère créole ; ils parlent duels, batailles, richesses. C'est 
(Mirini les mulâtres que l'on trouve des orateurs politiques : ce sont eux qui 
se plaignent de persécutions, de machinations, qui oiit des ennemis, qai 
invoquent la frat-mité, Végaliié^ font des menaces et prétendent aax 
places. Il n'est pas rare qu'on soit obligé de retenir au fauteuil de force un 
blanc ou un mulâtre durant des mois entiers : rarement nous y a\ons vo 
un noir pendant plus d'une semaine. Au contraire, la division où se troo- 
Vent des femmes noires est plus bruya.'ite que celle que l'on réserve aux 
femmes blanches ou de couleur, ce qui indiquerait l'influence des habi- 
tudes sociales sur les formes de la folie. C'est parmi les négresses que Ton 
trouve surtout la forme querelleuse ; c'est pour ainsi dire un feu rouJaot 
de propos incohérents d'attaques et de ripostes jetées au vent ; on dirait 
(|uelquefois un marché public, un jour d'émeute, en pleine efferves- 
cence (1). » 

Les divers pays ne se distinguent pas seulement par la proportion diffé- 
rente des aliénés, mais encore par la nature spéciale des dérangements in- 
tellectuels. M. Jeannel, professeur de philosopliie k la Faculté des lettres 
de Itennes, vient de publiek* une relation intéressante sur l'aboiement ob- 
servé dans certaines localités de la Bretagne (2). Les aboyevies deJosselin 
rappellent l'espèce de ramage des ûlles de Kiniorp en '1552, le béleineBl 
im nonnes de Sainte- Brigitte en loi 3, le concert miautiqne des or- 
phelins d'Amsterdam en 1560, épidémie dont on trouve la relation dans 



(i) Ann, à^hyg, pti6., Paris, 4856 2* série, t. V, p. 425. 
(ï) G. Jeanai'i, Les Aboyeuses de Josselin, eicurMon en Bretagne an mois d^ 
mailSSS. Rennes, iS55, in-12. 



▲▼imlLl^ BT BÛRÛNBS. SOS 

le Basant bovriige de M. Calmeil (i). Les aboyeusês sont considérées eh 
Bretagne comme de vériiahles possédées, réfi actaii eii à tous les moyens 
médicaux, el curables seulement par l'emploi de certains moyens religieux. 
Cette infirmité rappelle encore les femmes de la commune d*Amoo près 
4'Ac<|8, ftuf lesquelles P. de Lancre, conseiller au parlement de bordeaux, 
s'exptittie ainsi (2) : « C'est chose monstrueuse de \ôir parfois à l'église en 
cette petite paroisse d'Amou, plus du quarante personnes, lesquelles toutes 
à là fois aboyent comme chiens, faisant dans la maison de Dieu oh con- 
cett et une musique sî déplaisante, qu'on ne peut même demeurer eil 
prière : elles aboyent comme les chiens font la nuit, lorsque la luue est en 
son plein, laquelle, je ne sais comment, remplit alors leur cerveas de plus 
de mauvaises humeurs. Cette musique se renouvelle à l'entrée de chaque 
sorcière qui a donné parfois ce mal à plusieurs. Si bien que son entrée en 
l'église en faict layra, qui veut dire aboyer, une infinité, lesquelles com- 
mencent à crier dès qu*elle entre. Lorsqu'en l'absence de la sorcière le 
bmI les prend, ce qui advient aussi fort sou\ent (car elles peu\ent leur 
ââvatioer le mal et les faiie aboyer quand elles veulent), elles les réclament 
el les appellent par nom, Dieu leur ayant donné en leur alOiction cette 
préeamiont de nommer celles qui leur ont baillé ce maléfice pour les no- 
tifier et comme les déférer b sa justice, laquelle sur ce seul indice s'en saisit 
parfois si heiireuRment, que plusieurs ont confessé volontairement, eteo 
ont dècovTert un grand Mombre d'autres qu'on a menées depuis en la con- 
ciergerie de la cour ; la chose éiant déjà si commune que la |)ersonne 
malade criant dans son logis, le mari, serviteurs et parents ne font nulle 
difficulté d'aller et courir aussitôt en la rue, et «^oir qui passe au-devant la 
maison; si c'est celle que la malade nomme, on la retient..., ce qui a 
souvent si bien réussi que plusieurs ont volontairement avoué le ma- 
léfice. » 



CHAPITRE III. 

AVEUGLES £T BURGNEft. 

Le recensement dé 1851 a constaté en France 37662 aveugles et 

(1) L.-F. Calmeil, De la folie considérée sous le point devue p<Uhologiqu$f phUo- 
sophique, historique^ etc Paris, 18*5, t. 1, p. 501. 

(fi) PïttTt de Lancre, Tableau de Vinci^nslancè des mauvais anges et déthons, 
Paris, 1613, in-4% p. 357. 



504 MALAMSS BNDÉMIQIES, GÉOiiRAPHIfi BT STATISTIOUB MÉDICAUS 

75063 borgnes, soit 105 aveugles et 210 borgnes sur 100000 babitaols. 
De plus, le tableau que nous avons donné, page 235-237 « monUt 
combien ces deux iuGrmilés sont inégalement réparties entre tes diren 
départements, puisque Ton trouve sur 100000 habitants 63 aveugles dans 
le Cher, et 184 en Corse; 105 borgnes dans le Rhône, et 302 dansb 
Manche. Jusqu*ici, les éléments manquent poiir apprécier les causes de 
cette inégalité de répartition. 

En Irlande , le recensement fait le 30 mars 1851 ( 1 ) , a doDoé 
7 587 aveugles dont 3 588 du sexe masculin, et 3 999 du sexe féminin. Ici 
encore la répartition est très inégale, car on trouve : 

Dans la province de Leioster, 1 aveugle iar 849 habitants. 

— llanster — 767 

— UUter — 920 

— Coonaught -— lOOl 
Ensemble de rirlande — 864 

Le maximum des aveugles en Irlande s'est trouvé à Limerik, 1 sm 
376 habitants ; le minimum à Drogheda Town, 1 sur 1 685. Sur les 7587 
aveugles, on en comptait 5081 au-dessous de quinze ans. Trois cas seo- 
lement de perte absolge de la vue ont été observés chez des aliénés. Soœ 
le rapport des professions, on a noté qu'avant d*étre frappés de cécité, 
18 individus étaient forgerons, 14 instituteurs, 73 dessinateurs, 173 
domestiques. Sous le rapport de la couleur des yeux, le recensement si- 
gnale : 

AlteinU 
^ AnaurotiqQM. de caUracte. 

Yeux gris 110 160 

bleus 20 49 

bruns 31 36 

chàlaios 25 36 

Il est superflu de faire remarquer tout ce que ces derniers documents 
laissent à désirer. 

En Bavière, ou comptait en 1840, selon M. de Hermann (2), 
1 483 aveugles du sexe masculin, et 1 537 du sexe féminin, soit 6t8aTea- 
gles sur 10000 habitants. Dans 25 familles, se trouvaient 2 indifidos 
aveugles; 8 familles en avaient 3; dans une seule famille, on compltit 
6 enfants aveugles ; 353 individus étaient aveugles de naissance. 

(1) The census of Ireland for the year 1851. Dublin, 1854, T p. 40. 

(2) Hain, Handbuch der Stalistik des œsterreich. KaiserskuUes.Wimt 1853, 1. 1 
p. 317. 



AVBU6I,BS ET BORGNES. 305 

418 étaient devenus aveugles avant leur 5* année. 
173 de 5 à 10 ans. 
145 de le à 20 
156 de 20 à 30 
167 de 30 à 40 
251 de 40 à 50 
390 de 50 à 60 
488 de 60 à 70 
354 de 70 à 80 
71 de 80 à 90 
2 après 90 ans. 

Chez ^88 individus, la perte de la vae était due à rafTaiblissement sénile, 
chez 30^ à la Tariole, chez 230 à des maladies des yeax, chez 157 à des 
causes tranmatiques. 

En comparant les documents officiels de divers états, on trouve les ré- 
sultats ci-après : 

ATtfuglea Nombre (l''hnbilatilt 

Epoque. recensés. pour I aveugle. 

Prusse 1349 9579 1724 

Bavière 1840 3020 1470 

Saie 1849 1563 1212 

Ecosse., 1841 2385 1008 

Belgique 1835 3 892 998 

France 1851 87 662 952 

Irlande 1851 7 587 864 

Norwége 1845 2753 482 

En admettant Texactitude des documents qui précèdent, on voit que le 
maximum de la proportion des aveugles correspondrait à la Norwége, le 
minimum à la Prusse. 

En ce qui concerne le sexe, on trouve les aveugles ainsi répartis : 

Sexe. 

Époque. Mascultu. Féminin. 

Saie 1849 733 790 

Prusse 1849 5111 4468 

Belgique 1835 2462 1430 

Bavière 1840 1483 1537 

Irlande 1851 3588 3999 

On voit qu*à Texception de la Belgique où les aveugles du sexe mascu- 
lin sont à ceux du sexe féminin comme 12 : 7 (ce qui peut tenir aux ra- 
vages de rophthalmie dans Tarmée), dans tous les autres étais Tinûrmité 
se partage d*une manière assez égale. 

Quant à l'influence de la race, voici le seul document que nous ayons 
IL 20 



306 MALADIES ENdAmIOUBS, GKOGRAPHll ET STATISTIQUES MtolCAUS. 

pu nous procurer. Le recensement de 1851 de TÉUt de MarybDd(l] 
(États-Unis], donne les nombres ci-aprèa d*aveugles dans les diverses 
catégories de la population. 

Nombre ATeaglet 

d^baMlunta. recensés. 

Population blanche 417,943 193 

Population libre de couleur. ... 74,TS3 71 

Population esclave 90,368 43 

Il résulte de ce document que Ton compterait 1 aveugle 

Sur 2165 individus dans la population blanche. 

Sur 1 053 •*- dana la population libre de oonleor» 

Sur 2101 — dana la population eiclave* 



CHAPITRE IV. 

DU BERIBERI OC BARBIERS. 

D*après Marshall, le nom de cette maladie serait dérivé do mot Beri 
qui, dans la langue des indigènes de l'île de Ceylan, signifierait faiblesff 
ou inaction ; la répétition du mot indiquerait Tintensité. Selon d'autres 
auteurs, le nom viendrait du mot hindou Beri, brebis, et ferait allasioii 
à la marche incertaine de ces animaux. Voici comment s'exprime Boih 
tius à ce sijûct (LI, p. 115) :« Affectus quidam admodum molestas 
hic bomines infestât» qui ab incolis Béribéri (quod qvem souat) Tocatar, 
credo quia, quos malum istud invasit, nictando genibus ac elevaodo 
crura, tanquam oves ingrediuntur. Nam motum sensumqae manoom 
ac pedum imo vero aliquando totius corporis dépravât ac tremere facit. 
— Adest spontanea universi corporis lassitudo ; motus ac sensus prccipae 
manuum ac pedum depravatur ac hebescit, ac in iis seutitur plemoMpie 
titillatio queedam. — Tum etiam vox aliquando ita impeditur, ut aeger vix 
articulate loqui posslt. • 

Le béribéri est endémique dans l*ile de Ceylan, et, sur la cote de Ma- 
labar, entre les 16" et 20'' degrés de latitude nord, de Mazulipatam à Gin- 
jam (2) ; toutefois il a été observé aussi à Sumatra, en Chine dans le 

(1) La Marylaod est situé au sud des ÉtaU du centre (middtle statos), entre 38* 
et 39''44' de latitude nord, et 75*>iO' et 79''20' de loogitude à Toncst du ai^ndico 
de Greenwich. 

(2) Boudin, Carte de géographie médicale (sous presse). 



BBRIBBRI OU BARBIERS. 307 

/i2' régiment d'iofanterie anglaise (i), à Aden dans le 20' régiment, à 
Bourbon et à Maurice. Dans cette dernière île, il a atteint en 1812 jus- 
qu'à 87 soldats anglais dont /il ont succombé (2). Selon Hamilton, le 
béribéri se montre rarement à plus de hO milles de la côte, et sa manifes- 
tation a lieu particulièrement à Tépoque des changements des moussons. 
Le docteur Christle dit n'avoir pas observé un seul exemple de cette affec- 
tion sans un séjour d'au moins six mois dans un foyer, mais on Ta vue 
après soixante*dix-buit jours de navigation se développer à bord du na- 
vire Faize^Allum qui» sur 65 hommes d'équipage, eut 35 malades dont 
10 succombèrent (3). 

Pendant la période de 1829 à 1838, on a compté dans l'armée de la 
province de Madras, une moyenne annuelle de 9 admissions aut hôpitaux 
pour cause de béribéri, et de 1,9 décès sur 1000 hommes. La maladie a 
sévi particulièrement parmi les troupes indigènes, et 2 soldats en ont été 
atteints (&). Parmi les indigènes, nous trouvons : 

Sur le littoral 399 admiMiooi et 46 décès. 

Dans les plaines 677 — 97 

Sur les plateaux 69 — 15 

Les principaux ouvrages à consulter stir cette maladie sont les suivants : 

J. BoRTius, De mcdicina Ifidorums Lugd. Batav., 1642, p* 115. — J)€ paralyteos 
quadam speciequam Indigenœ béribéri vocant. 

J. Li!<D, Essai on the diseases incidental lo Europeans in hoi climales with themC' 
thod ofpreventing their fatal conséquences, London, 1768 et 1808. 

W. Haxilton, Observations on the nature^ causes and treatmenl of béribéri {medic. 
vhirurg» transact, of Edinhurgh, vol. II). 

RoGEttS) Disp, de béribéri, Edinb., 1808. 

J. Davt, Account of the interior of Ceylon and of its inhabiiants. London, 1821. 

J. RtDLET, An account on endémie disease of Ceylony entilled béribéri {in Dublin 
hMpHal Reports^ vol. II). 

W. Himm, On the diseaseîincidental to Indian seamen or Lascars on long voyages. 

J. Johnson, The influence of tropical clinuUes on european constitutions. Ixmdon, 
1 827, p. 304. 

1) Revue coloniale^ mai 1852, p. 402. 

2) Statist. Reports on the sicknesSt morlality^ and invaliding among the troops 
in the Maurititu, Loodou, 1840, p. 14 C. — L'effectif moyen des troupes, en 1812, 
était de 3788 hommes. 

^^) Biorehead, Clinieal resemrehes on disea» ofindia. Loodon, 1856, t. Il, p. 697. 
^i) G. BalfooTy Op. cit., p. 60. 



308 MALADIES BNDiMIQDBS, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE MÉDICALES. 

J.-G. MALGOuifloir, Euay onth9 hiHory and tretUmefU ofber&mri. Madru, 1835. 

H. Mabsrall, CeyUm^ a gênerai deacriplion of the isUmd and iU k^hahétoêU, Ln- 
don, 1846. 

Cyclopmdia ofpratioal medicme, art. Bbiibcri, par M. J. SootL 

G. BALFOca, Statut. Report on the sickness and mortality among the troops Mrràj 
in the Madrae presidency {Edinb, med, and swrg* Joumalf &* 173, année 
1847). 

Observations recueillies à Ponàkhéry, par M. Colas, chirargien de l** eUsse, cbd 
du serviee de santé de la marine. (Revue coloniale, mai 1852.) 

Du Béribéri, par M. Yinson, médecin k VWe de la Réunion. (Mémoires de la So- 
ciété de biologie, t. Y, année 1853, p. 287 à 294.) 

Cabter, Transactions ofthe Bombay médical andphysical sodety^ n* 8* 

Cb. Mobkhead, Clinical researches ondisease m India^ London, 1856, t. H, p. 6^* 
700. 

Tantôt le béribéri affecte une tnarcbe lente, tantôt il se produit avec ooe 
grande rapidité. Dans le premier cas, après quelques jours d'abattement, 
on voit apparaître dans les membres et surtout dans les membres abdonii- 
naux une certaine sensibilité, de la douleur, de la roideur, de rengoonlB- 
sèment, deTœdème. Il y a de la dyspnée a?ec oppression et la sensation don 
poids ix Tépigastre. L'oedème s'étend au tronc et à la face qui derleot 
bouffie; les lèvres sont livides. A l'engourdissement des jambes succède b 
paralysie; à l'oppression épigastrique, le vomissement. Les urines soot 
rares, très colorées et manquent souvent complètement La soif est pro- 
noncée ; le pouls, d'abord faible et petit ou normal, devient Irrégulier, io* 
termittent. Après des palpitations compliquées de suflbcaticm, le poob 
tombe et la mort survient (1). 

A l'ouverture du corps des individus qui ont succombé à la maladie, oi 
trouve le tissu cellulaire sous-cutané gorgé de sérosité, les poumons œdé- 
matiés, et dès épanchements séreux plus ou moins considérables dans la 
plèvre, le péricarde, dans le péritoine et dans la cavité crânienne. Hamillon 
a trouvé 3 à 4 litres d'eau dans le péritoine; Young en a constaté jusqu'il; 
ce dernier a trouvé 250 grammes de sérosité dans le péricarde (2). 

Le traitement consiste à prévenir et à combattre les épanchements sé- 
reux, à rendre aux membres la sensibilité et la mobilité qu*ils ont perdues 
Pour remplir la première indication, il importe de connaître les caasesdo 

(!) Ch. Morehead, Op. cit., t. II, p. 686. 

(2] Médical topography of Aurungabad ; transact. of the medic. emi f^y^*^' 
Society of Calcutta, i. I, p. 337. 



BBRIBBBI OU BABBIBBS. 309 

béribéri dont il sera qàestioa plus loin. En ce qui concerne là seconde* 
Gbrisde a recommandé Tadministratiôn du calomel poussée jusqu'à la sa* 
lÎTation aidée des sudorifiques, des véskatoires et bains chauds. D'autres 
ont préconisé la saignée; 

Les rapports statistiques de l'armée anglaise constatent l'immunité 
des officie» pendant le règne du béribéri à Kandy (Geylan) en 1829. La 
grande majorité des victimes était représentée par des hommes usés, bien 
que l'on rencontrât des exceptions Ir cette règle. l>ans la même année, les 
militaires habiunt l'intérieur de la ville de Kandy à l'abri des vents ré- 
gnants, furent tous épargnés, et la maladie ne se manifesta que parmi les 
hommes casernes à l'extérieur, et sur des hauteurs exposées à toute la vio«- 
lence des vents (1). Ghristie et Rogers considèrent comme cause prédis- 
posante une aiimenUtion insuffisante et le séjour dans certaines localités do 
l'Inde, mais cette hypothèse est infirmée par Marshall qui lui oppose des 
Daits nombreux (2). On a remarqué que celte maladie se montre spéciale- 
ment en décembre , janvier et février. Voici l'opinion de Bontius sur 
l'étiologie du béribéri : « Causa hujus nwrbi prsecipua est crassus ac 
lentua bumor pituitosus, qui nocturnis temporibus, praesertim pluvio 
coelo (pluviae autem hic assiduœ cadont ab initie novembris usque 
ad Mail initium) nervos corripit, dom nimirum homines diumis labo- 
ribus defaligaii, nocte omne tegumen ac lodices a se rejiciunt, unde fadi- 
lime, jam in cerebro praecipue genitus, nervos iste hunior phi^maticus 
invadit : uam noctes in his locis, comparatione caloris diurni, frigidae ap- 
peliari possuut..... Qoamvis autem hoc malum plerumque per gradus 
ac pedetenlim homines invadit, tamen aliquando valde subitum est, duat 
nimirum homines, aestu defatigati, polum e Palma indica copiose ac con* 
festim ingerunt. » 

Du béribéri observé à Vile de la Réunion. — Al. Vinson a adressé en 
1853 à la Société biol(^que un mémoire sur cette maladie observée par 
lui à la Réunion. Nous allons donner un extrait du compte rendu de ce 
travail publié dans le bulletin de celte société par M. Livois. « Le béribéri 
se caractérise par de la fièvre, des douleurs violentes dans les mem- 
bres, aux lombes, sur le trajet de la colonne vertébrale; par une 
paralysie momentanée ou permanente des membres abdominaux ou tho- 
racîques, s'étcndant quelquefois à des organes plus importants. Le plus 

(1) Slalist. reports on thesickness, etc. among the troops serving in Ceylon. Loq- 
doDl841, p. 31. 

(2) Notes on the médical topography ofthe interior of Ceylon, 



810 MALADIES ENDiyiQUBS, CtOORAPHII BT STATISTIOUB MÉDICAUS. 

«mvent elle mt annonGée par des prodromes qui consisteDt en de U pi- 
santeur de télé , un malaise prononcé , des picoteaienis dans tant le 
corps, mais priocipalement dans les membres abdominaui oa thoraciqaa. 
Bientôt après la fièvre survient ; elle s'accompagne de moQTemenls tpas- 
modiques on convulsifs des membres abdorainaut oa tboradques qoi 
se propagent quelquefois à tout le corps; de Yioleotes douleurs se dé- 
clarent à la région lombaire, aux membres abdominaax, à la partie ex- 
terne et interne des cuines, au thorax. En même temps, la paralysie se 
manifeste, en affectant le plus ordinairement les membres infèrieun, qnd* 
quefois les membres supérieurs ou tout autre appareil musculaire. Ce pre- 
mier mode d'invasion est celui que Ton observe le plus ordittaireineit; 
les cas dans lesquels la paralysie précède la fièvre et les dooieun, mit 
beaucoup plus rares. Ce n'est que lorsqu'il règne épidémiquement, qii*a 
voit le barbier ses montrer dans le cours d'une autre maladie, et devenir 
hii-même l'affectiou dominante. La fièvre qui accompagne le birbien à sa 
début est en général violente. Les douleurs se manifestent aux lombes am 
une constance remarquable ; elles affectent en même temps les jambes et 
les cuisses à leur partie externe et interne ; elles s'annoncent qudqoefn 
aùx lombes par des tiraillements ou par un engourdissement douIooreDi 
qui se fait sentir également dans les jambes et dans les cuisses. Dans k 
reste do corpd, elles se révèlent par des picotements assez tifs; ooe M 
déclarées, elles sont vives, atroces, gravatives, et tellement violentes lu 
membres, que le plus léger attouchement arrache des plaintes et des cm 
au malade. La cessation de ces douleurs, qui ne déterminent ni chaleor, 
ni rougeur, ni tuméfaction dans les parties qui en sont le siège, est os 
signe que l'amélioration est survenue, ou que la maladie passe è ïèuA 
chronique. 

» Les douleurs précèdent en général la paralysie ; cependant quelqoefûi> 
la paralysie apparaît spontanément et sans sytnptOmes précurseurs notables. 
Elle est momentanée ou permanente ; tantôt elle se produit brusquemeot, 
et d'autres fois le mouvement s'affaiblit graduellement avant de se perdre. 
(iette paraly»e affecte le plus ordinairement les membres abdominaox, et 
en général les deux côtés h la fois ; les membres supérieurs en sont pii» 
rarement atteints. Elle s'étend parfois aux muscles du tronc, et goo- 
proinet ainsi les fonctions des organes thoraciques et abdominaux, l^ 
malades sont alors dans l'impossibilité d'éternuer, de tousser, d'expectorer> 
la déglutition est entravée ou pénible : il y a de la dyspnée et de Topprey 
mn. L'excrétion de l'urine peut devenir rare ou cesser complétemeffi. 



BUttlRI OU iAUURS, SU 

Dans quelques cas peu commuosi on observe» eu même temps que b fmy 
ralysie« la contracture de certains muscles ; à ce phénomène se rattachent 
les mouvements convulaifs que quelques malades offrent dans la période 
aiguë du barbiers, comme la distorsion du col, la contraction de la bouche» 
la coostriction violente 4u sphincter de l'anus, etc. Cette contracture lU 
fectant les muscles des membres a phisieurs fois déterminé des luxations 
irréductibles. La perte de la sensibilité n*est pas aussi constante dans le 
barbiers que Test celle de la myotilité, et lorsqu'elle existe, c'est le plue 
ordinairement aux extrémités pelviennes qu'elle se montre. Elle coïncide 
avec un refroidissement notable des parties paralysées. Aux symptômes 
qui précèdent, peuvent s'en ajouter d'antres qui, pour la plupart, sont sous 
la dépendance de la paralysie musculaire ; de ce nombre sont ; le ballon- 
nement du centre, la météorisation, la distension des intestins par les ma-t 
tières locales, celle de la vessie par l'urine, l'obetructioo des voies aériennes 
par les mucosités, enfin la dyspnée. 

• Lorsque le barbiers doit avoir une terminaison fnnesle, le pools aug« 
mente de fréquence avec la gêne de la respiration ; la face se couvre d'une 
sueur abondante et froide ; le teint devient terne et jaunAtre ; les traits 
s'altèrent et prennent une expression de profonde stupeur i le corps mai^ 
grit avec une effrayante rapidité. Au milieu de ces graves désordres, il 
n'est pas rare de voir l'intelligence rester dans un état d'intégrité parfaite^ 
Dans les cas légers, qiiand la paralysie reste limitée aux membres pelviens 
ou thoraciques, la fièvre cesse bientôt, et la guérison ne se fait pas longtemps 
attendre. Quelquefois le retour à la santé s'effectue encore, malgré le 
nombre et la gravité des complications survenues dans le cours de la ma« 
ladie. Mm lorsque les organes respiratoires sont atteints et que la dyspnée 
se manifeste avec quelque intensité, le cas peut être regardé comme fatal, 
et le malade succombe alors dans un état de coma et d'asphyxie. 
Le barbiers a one durée variable. Cependant, en général, la guérison 
a lieu du sixième au huitième jour, dans les cas mêmes oà la maladie s'est 
offerte dès l'abord avec des symptômes akrmants. D'autres fois, la guéri- 
son est lente et la convalescence entravée par des rechutes successives que 
provoque avec une déplorable facilité te moindre écart de régime, ou le 
plus léger refrmdissement. Du reste, quelle que soit la rapidité de la gué* 
rison, l'organisme est longtemps è se remettre de l'atteinte profonde que 
lui a fait subir le barbiers. Aussi, chez les femmes, la menstruation reste 
irrégulière pendant plusieurs années; chez les jeunes filles, elle s'établit 
difficilement ou tardivement. Les hommes sont pendant longtemps inca- 



3ia MAL4D1ES ENDÉMIQUES, GÉOGRAPH» ET STATISTIQCB MÉDICALES. 

pables de supporter les fatigues et les travaux qui exigent une certaine 
durée. EoGn il n'est pas rare de voir le barbiers laisser des traces indélé- 
biles de son passage. Telles sont : Tatrophie et quelquefois Ja momificatioQ 
des parties paralysées ; la rétraction des phalanges, la déviation de certaines 
articulations; te distorsion du cou, de la bouche et inéme dn tronc sur le 
bassin. 

s A rîle de la Réunion, le barbiers ne se montre qu'à des époques assez 
éloignées les unes des autres. Depuis le commencement de ce siècle, oo 
ne Ty a vu que quatre fois, en 1805, en 1821, en 1838 et en 18/i7. Les 
épidémies de 1828 et 1867 furent très légères, mais les deux autres ont 
fait des mvages si affreux dans la colonie, qu'il en est resté une idée 
d'épouvante dans Tesprit des créoles. Dans d'autres parties des Indes 
orientales, è Sumatra, à Ceyian, sur la côte du 51alabar, le barbiers est 
endémique; il atteint même souvent les équipages des bâtiments qui oari- 
gucnt dans ces parages. On Ta observé dans toutes les saisons, cependant 
):lus fréquemment dans la saison des pluies.* P^rmf tes causes occasion- 
nelles les plus actives, on cite le refroidissement subit. Le barbiers attaque 
beaucoup plus fréquemment les enfants que les adultes : jusqu'ici il n'y 
a pas d'exemple qu'un vieillard en ait été atteint. 

» Quelques auteurs ont tenté de rapprocher le béribéri de la colique vé- 
gétale, mais la douleur intestinale, si remarquable par son intensité, et qni 
constitue le phénomène essentiel, le caractère vraiment pathognomoniqne 
de la colique végétale, manque entièrement dans le barbiers. Il est vrai 
qu'on observe souvent aussi dans la première de ces affections des dooleais 
aiguës, comparables, jusqu'à un certain point, à celles que nous aroDs 
signalées dans la seconde ; pourtant elles sont, en général, plus dissémi- 
nées, plus superficielles, et ne suivent pas avec la même régularité le trajet 
des gros troncs nerveux. Quant à la paralysie qid survient parfois dans la 
colique neneuse, elle ne saurait être comparée à celle qui constitue le 
symptôme principal du barbiers ; elle n'en a ni la constance, ni Télendoet 
ni la gravité. Elle rappelle plutôt, par sa mobilité, la nature des paralyse» 
hystériques, et, d'ailleurs, il y a toujours absence de fièvre dans la colique 
végétale, tandis que le barbiers est une maladie essentiellement fébrile. 
M. Yinson pense que l'affection désignée sous le nom de barbiet^s cod* 
stitae une véritable unité morbide, ayant ses caractères propres et méri- 
tant une place à part dans les cadres nosologiques. Il a, de plas, \^f 
Téludc attentive des symptômes et des phénomènes qui le caractériseut. 
par rcxauicn des entités morbides auxquelles elle donne lieu, été condait 



BBRIBBBI OU BABBIBBS.. 313 

à cette autre conclusion : qu'elle n'est point de nature rhumatismale, ainsi 
que l'avait prétendu M. Rivaud, dans une thèse soutenue en 1811 devant 
la Faculté de médecine de Paris, mais qu'elle doit être rangée parmi les 
maladies de la moelle épiniére. « Pour nous, dit M. Yinson, le barbiers 
est une véritable myélite propre à nos climats, ne différant de celle d'Eu- 
rope que par sa spontanéité, sa forme épidémique, son endémicité, sa 
prédilection pour les enfants et quelques autres traits qui ont été accusés 
dans la physionomie de cette maladie, quand nous avons décrit les sym- 
ptômes. Chez un enfant de huit ans qui avait succombé à une violente at- 
taque de barbiers, M. Vinson a trouvé la moellç épiniére ramollie au point 
d'être déliquescente; le ramollissement existait dans toute l'étendue du 
cordon médullaire. Les méninges rachidiennes étaient vivement conges- 
tionnées et présentaient comme un réseau remarquable de sang noir. Les 
membranes du cerveau offraient le ménie phénomène à un degré moindre. 
La substance de cet ei^ane ne paraissait pas sensiblement altérée. 

» Dans le traitementdu barbiers, c'est aux antipblogistiques, aui saignées 
générales, aux applications de sangsues le long de la colonne vertébrale, 
aux boissons sudorifiques, aux bains, que M. Viusona recours dans lapre^ 
mière période de la maladie. Dans la seconde, il dit s'être bien trouvé de 
la méthode révulsive employée avec énergie ; des vésicatoires volants étaient 
alors appliqués le long de l'épine en même temps qu'étaient administrés 
ks purgatifs doux ou drastiques, suivant la résistance des organes digestifs ; 
des lavements laxatifs ou savonneux, voire môme des vomitifs, si la dyspnée 
était à vaincre ou si les bronches se remplissaient de mucosités. Les para- 
lysies que le barbiers laisse si souvent à sa suite ont quelquefois été amé- 
liorées et même guéries par des applications de moxas ou des cautères sur 
la région lombaire, de chaque côté de la colonne rachidienne ; par remploi 
de Télectricité, de Turtication, par l'administration méthodique et prudente 
de la noix vomiquc. Un changement d'air a souvent la plus heureuse in- 
fluence sur les désordres que la maladie détermine dans réconomie. Déjà 
Lind avait remarqué que l'air de la mer, pendant la traversée, devenait plus 
cflicace que toutes les espèces de topique dont on s'était servi jusqu'alors. 
A l'appui de cette assertion, M. Vinson cite l'exemple d'un de ses amis qui, 
dans l'épidémie de 1821-1822, avait pris le barbiers. Il était resté telle- 
ment boiteux, qu'au collège sou infirmité était devenue un sujet de raillerie 
pour ses camarades. Dans un voyage qu'il fit en France, ses membres se 
forlifiùrent au point qu'il perdit toute trace de l'infirmité et de la claudi- 
cation dont il était affecté. » 



su DU BICSO. 

CHAPITRE V, 

DU BICHO. 

Les Portagais appellent ainsi ane espèce de gangrène da reetnm, en- 
démique au Brésil, donnant lieu à d'atroces douleurs et soment soiviede 
mort Voici un extrait de la description qu'en donne Pison (1) : « Bdoc 
aifectum Lusitani Bicho del culo abusive vocant, fel quod dokir pranens 
principio sentiatur, Tel quod gaognenam, Aque ar pedum iHi fennicoli 
inférât Usquam tcrrarum adeo quam in Brasilia hoc malum grassari i iK- 
mine observatum memini. ^îl autem aliud est, quam incendium et cor- 
ruptio ani cum ulcère depascente, sine vel cum sanguinis fluxu dolorifioa 
Hune morbum, aut praecedunt fluxiones dysenterie» cum intestiDoram 
caloribus; aut perse, et citra ullum morbum praevium ingruit. Gumdy- 
senteriam praecedentcm habet, et ob medicinam adhibitam symptonnn 
excretionesque cessant, non nimium Bdendnmest :nisi forte sndor calidos 
et muitus pnlsusque ac cœtera otnnia respondeant. Detenta siquidem on* 
teria acerrima, a cabine nimio jam accensa, maximeque a squalleoteet 
sordida corporis colluTie intus alta, magnum putridinis gradum, coin un 
atroci dolore et inflammatione acquirit, ut musculnm sphincterem atqm 
ora venarum hsmorrhoidalium statim exedat. Unde fluxus cruentosexo- 
rituraltiusque;adintestinomm tunicas ascendit,tam deformi aspecia.Qt 
anus late diductus cloacae instar livido et plnmbeo colore appareat, ac tor- 
piter patescat Nonnunquam vitinm hoc per se manifestatur, nimiram n 
dolore, cum retentione excrementorum, qus jecinoris ac mesarei calore 
arefecta atque indurata, nonsinemaximadifficultateetcruciatuegerantor, 
cgestaqne; nigricantia apparent Aliquando vero, ingenti licet conito, 
nihil prorsus ejicitur (ut ipse in me qnoque expertus sum) ano mnltoiQ 
prominente. HInc atroces saepe dolores ex retentis faecibus suscitantur, 
quos febres postea , lassitudincs, Tigilis, pulsus véhémentes, concitatio 
stomachi, ac capitis imprimis dolores et ardores sequuntur. » En ce qui 
concerne le traitement, voici les conseils donnés par Pison : • QoaiS' 
obrem, antequam malum serpat (serpit autem citissime) internis et extemis 
laxantibus et refrigerantibus remediis resistatur. Clysteres ejnsdem geoeris 
semel atque iterum admoveantur. Supposiloriis, înunctionibus ia^acris, 

(1) Guil. PisoniSy De medicina BrasHiensi libri qualuor, Lugdun, BatavorufRf* 
Amxtelodami, 1648. EIzevîr, f*. De ulcère et inflammatione ant^ p. 31. 



BIGHO. 315 

balaeû, suflamigiis perpétua insigtenduin. Venœ sectiones praacipue oon 
nc^gautur. Quibus omnibus si morbus non brevi cedat» procul dubio in 
letbiferum 4egenerabit iMultotiesprieterea fieri consuevit, ut nullo morbo 
intestinali, vei quovis aiio ngno pnecedenti, parti minus sensibili semina^ 
rium dam iosinuetur, ipsumque sgrum et medicum in prtncipio bteat. 
Quod, quonîam gangrasnam non raro inférât, incurabile babetur. Si autem 
prodat se maium, praevia ut cumque bac diagnosi Geri solet, ut spontanea 
lassitndine, capitis et membrorum doloribus, appetentiœ cibi languore, 
calida totiuscorporis intempérie, insomniis, puisu arteriarum inœquali ni- 
misque céleri, ahtque manifesta podicis afflictione, nisi forte aliquo pru- 
ritu aut inani exonerandi alvum desiderio. Quamobrem in omni intesti- 
nali prspipue affectu, de ani dispositione medici percontari soient Quo 
incoiae eropirici non contenti, visu et tactu implorant podicem, num ali- 
quid preternaturaie appareat; mox pulpas limonom affrictu partes illas ten- 
tant et dolores excitant. Diiïert autem ab hœmorrbotdibus bic affectus, se- 
quentibus potissimum signis. Gravis capitis dolor adest, ac hiantis late ani 
ostium faiiscit. Dein, ratione prognoseps, quod morbus hic bicho (ut bar- 
bare loquar) nonounquam mprtem et quidem confesiim adferat, baemor- 
rhoides autem non item, que eisdem, quibus in Europa medicameutis, 
imo solis hirudinibus brasjliensibtts curantur, et liquore pulpae nucis cocoç 
putrebct» saepius admoto, mitigantur. » 

CHAPITRE VI. 

DU BOUTON d'alEP ET DU BOUTON DE BISKARA. 
ÂMLT. I«'. ^ 9u botttm d'Alfp (1). 

Alep ou Haleb est l'ancienne Berœa, ville dé Syrie, sur le KoTk, par 
3li*50' long. E., Se^'li'lal N. (2). Elle a été presque entièrement détruite 
en 1822 et 1823 par deux tremblements de terre, et la crainte de nouvelles 
secousses empêcha les habitants, réduits à moins de 120000, de relever 
leur ville. Dans Fantiquité, le pays d'Alep s*appelait Chalybonitis du nom 
syrien Chalybon qui était celui de sa capitale. Sa petite rivière nommée 
Chalus est mentionnée par Xénophon (3). 

(1) Les Turcs lai donnent le nom de Dausel kourmati, les Arabes celai de Be$s 
cl (emeur, I/une et l'autre de ces appellations sigoiflent mal des dattes. 

(2) Voy. Carte phys. et météorol du globe terrestre^ 3* édit. Paris, 1855. 

(3) Bouillet, Dicîionn. univ, d^hUt. et de géogr,^ 9* édit., art. Alep. —Voir aussi 
K. de Salles, Pérégrinatùmfi eti Orient. Paris, 1840, 1. 1. p. 201. 



316 MALADIES ENDÉMIQUES, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE MÉDICAUS. 

Une affection cutanée, connue sous îe nom de bouton d'Alep, règne 
d'une manière endémique dans toute la proTlnce. On tronve le premier 
document sérieux sur ce bouton dans un Kvre publié, en 1756, par Âkt 
Russel {The natural history of Aleppo and parts adjacent. London, 1756, 
in-Zi*. — Editio secundo notis Pair. Russel tiiustrata. London, 1781^, 
ïn-W*). Le Journal de médecine de Roux Destiilets (1782, t XLYIII, 
p. liii) contient sur la même aflection une note du docteur Holbnd. Le 
docteur Bo en donne une relation dans les Mémoires de ta Société de mé- 
decine. £n 1829, la Revue médicale ^ numéro de juillet, p. 62, publia qd 
article d*Âlibert sur cette maladie qu*il nomme pyrophlycide endémique. 
La Gazette médicale de Paris (1832, p. 556) a publié une notice de 
M. Disant, Tice-consnl de France à Alep, accompagnée de réflexions sor la 
nature de cette afTectton. En 1833, M. Guilhou fitduboutond'AlepIesojet 
de sa thèse inaugurale à la Faculté de Paris ; il a^ait accompagné Pariset 
dans son Toyage en Orient, et avait séjourné trois semaines à Alep. Ccsti 
l'aide de ces divers matériaux que M. Rayer a composé {Traité des m- 
ladies de la peau, 2* édit , t. III, p. %Uti) l'article consacré à Texan- 
thème alepin. Cest surtout dans la thèse de M. Guilhou que M. Gazeoan 
a puisé les éléments de sa description publiée dans le Répertoire dtf 
sciences médicales (t. V, p. 570). Il a paru, depuis, trois courtes notices 
dues à deux médecins allemands et à un médecin russe; la première est 
due au docteur Pruner {Die Krankheiten des Orients, 18/^7, p. ikh)\ ^ 
seconde est de M. Rafalowitsch, qui a visité TÉgypte et la Syrie. [Can- 
statt's Jahresberichtj 18^8, L II, p. 352.) On peut en dire autant de celle 
du professeur Bigler, de Constantinople {Die Tûrkei und deren Bevoohm, 
1852, t. II, p. 68). Tel était TéUt de la science sur le bouton dAlep. 
lorsque M. 'Willeroin en reprit Tétude pendant son séjour à Alep, en juillet 
1852 ; ce médecin a publié le résultat de ses recherches dans un mémoire 
remarquable qui nous servira de guide spécial dans ce que nous allons ex- 
poser (1). 

Cette affection est loin d'être particulière à Alep ; on la rencontre dans 
les villages des environs arrosés par le Coîk, à Autab, situé à dii-boii 
lieues au nord, où cette rivière prend sa source et où la maladie semble 
offrir plus de gravité. Elle se retrouve à Orpha, Diarbékir, sur les bord^ 
de rEuphratc, h Mossoul, à Bagdad. D*après une communicatioa de 

(I) A. WillemiD, Mémoire iur le bouton d'Alep. {GaieUe méd, de Pan5,ûUtl 
1854. 



BOUTON D*ALEP. 317 

M. Lachèze, le bonlon existerait encore depuis Teheraa jusqu'à Tau- 
ris, c'est-à-dire sur tout le revers sud-est des montagnes de la chaîne 
d'Arménie. On dit l'avoir observé aussi dans l'île de Candie. Selon 
M. Pruner» il se rencontrerait même au Caire et jusqu'à Suez, mais 
M. 'WiUemin,. qui a parcouru l'JÉgypte, d'Alexandrie à Suez et des bouches 
du Nil jusqu'à la première cataracte, n'a jamais rencontré rien de sem- 
blable au bouton d'Alep, soit dans l'intérieur du Delta, soit dans la haute 
Egypte. Seulement, dans un district près d'Alexandrie» nommé le Ka- 
ryounit pays de marécages, formés soit par des débordements du canal du 
Mabmoudyé, soit par des infiltrations d'eau salée, il parait exister une 
affection, sinon identique, du moins analogue (par sa marche, sa durée, 
le siège qu'elle occupe) au boulon alepin. ' 

A Alep même, le bouton attaque sans exception tous les indigènes. Il se 
développe toujours danslapremiëi-e enfance, ordinairement pendant les deux 
ou trois premières années. Il est rare qu'un enfant né à Alep, de père et de 
mère alepins,. ait atteint sa septième année sans avoir eu le boulon. Quant aux 
étrangers, s'il est vrai que quelques-uns en aient été affectés après n'avoir 
résidé que peu de temps, quelques jours même, dans la capitale de la 
Syrie, d'autres ont séjourné de longues années dans celte ville sans en être 
atteints. Chez dix étrangers cités par M. Willemin, il s'est développé 
après : 

1 mois, -^ 2 mois, -^ 5 mois, — S mois, — 1 m, — 14 mois, 
20 mois, — 21 mois, — 2 aos 1/2, — 3 ans. 

Il peut se déclarer sur des individus longtemps après qu'ils ont quitté 
Alep. D'après iM. Viliemin, un négociant de Tripoli avait passé, en 1832, 
un mois et demi dans cette ville ; huit ans après, et sans y être retourné 
dans l'intervalle, il fut attaqué du boulon, c'est-à-dire de sept ou huit 
tubercules caractéristiques et qui durèrent un an. £nûn, l'exanthème 
aurait éclaté chez le père du chancelier d'Alep , qui avait résidé plu- 
sieurs années dans cette ville, trente-cinq ans après qu'il l'eut quittée. 
Nous reproduisons cette opinion, bien entendu, sous toute réserve. 

La maladie débute ordinairement sans prodromes, sans mouvement fé- 
brile. M. Willemin cite trois enfants, âgés de sept à dix ans, dont deux 
étrangers, chez lesquels l'apparition du bouton avait été précédée de fièvre 
intermittente. Le bouton d'Alep est originairement constitué par un ou 
plusieura tubercules, qui se manifestent pour ainsi dire exclusivement à la 
face ou aux extrémités. Le tubercule apparaît d'abord sous la forme d'un 



318 MALADIES BNDÉMIQUKS, GROGRAPHIK ET STATISTIQUE HBDICALBS. 

bouton de la grosseur d*uD pois ou d'une fè\e, le plus souvent indolent et 
accompagné de peu de rougeur. Le développement en est lent ; il emploie 
plusieurs mois à doubler ou à tripler de volume. A sa surface, od toH 
de petites aspérités blanchâtres, comme écailleuses, qui tombent et se re- 
produisent alternativement. Lorsqu'arrive la période de ramollissement, il 
se forme à la surface du bouton une exhalation de sérosité limpide, qui, 
en se coagulant, finit par constituer une croûte. Gelle^i augmente peu ^ 
peu de consistance ; quelquefois humide et assez facile à détacher, le plus 
souvent sèche et fortement adhérente, elle tombe soit spontanément, soit 
arrachée par le malade ; mais elle ne tarde pas à se reformer, pour se déta- 
cher de nouveau. Quand la croûte est tombée, ou, ce qui s'observe le plus 
ordinairement, lorsqu'elle s'est crevassée et séparée en plusieurs fragments, 
on aperçoit au-dessousd*elie un fond communément lissé, assez ooL Taniôi 
au niveau des téguments voisins, tantôt, et généralement, sltaéplusbas,cc 
fond est dépourvu le plus souvent de bourgeons charnus, tels qu'on les ob- 
serve dans les ulcérations ordinaires. Les bords de l'ulcère sont inégioi, 
entourés d*une ceinture de petites saillies tuberculeuses qui se pronon- 
cent de plus en plus; il s'en développe aussi au voisinage. Le liquida 
sécrété a rarement le caractère d'un pus bien lié ; il est le plus souTeot 
séreux ou séro-puroleut, parfois limpide et ordinairement inodore. Cette 
lymphe est très plastique, aussi la croûte se formc-t-elle promptement 
L*exfo)Mtion de la croûte se répète cinq, six fois de suite ou un plus grand 
nombre de fois encore; cette période dure plusieur» mois. Pendant la pé- 
riode de réparation, la saillie de la tumeur s'aflaisse peu à peu, rinflim- 
matioH des tissus voisins diminue; une dernière eroûte se forme et per- 
siste jusqu'à la gtiérison. A sa chute, on voit une plaque de tiasu inodo- 
laire, d'une teinte rougefttre, qui pâlit d'abord au eentre, de telle sortf 
que parfois le milieu du cercle est déjà revenu à une coloration presque 
normale, quand subsiste encore la bordure de petits tubercules dont j'u 
parlé. Ceux-ci, contigus d*abord, finissent par se séparer, par suite do 
retrait de quelques-uns d*entre eux. A la loupe, ou voit le champ deii 
plaque inodiilaire, couvert de petites lamelles blanchâtres, comme écail* 
leuses, égales entre elles, exactement juxtaposées. Une fois tonnée, b 
cicatrice dont les bords sont plus ou moins irréguliers, dont la surface est 
généralement an niveau des téguments, quelquefois un peu plus profoiKk. 
la cicatrice, de teinte blanchâtre, ressemble à celle que laisse une brûlure; 
elle est indélébile. Pendant toute la durée de la maladie, qui est d'un ao 
h peu près, la santé générale ne semMe nullement altérée. Les aftctiott 



BOUTON D'ALEP. 319 

intercarrcntes ne modifient en rien la marche du boaton, et les maladies 
antérieures ne sont point* modifiées par lui. 

Le bouton d*Âlep se développe presque exclusivement à la face et aux 
extrémités. Â la face il présente en général plus de gravité; ordinairement 
les étrangers, moins sérieusement atteints que les Alepins, le sont aux ex- 
trémités. A la face, c*est plus particulièrement le milieu de la joue et 
souvent des deux joues, le côté du nez, la paupière supérieure, le front, qui 
en sont affectés. Aux avant-bras, c'est l'extrémité inférieure, plus spécia- 
lement le poignet, toujours à sa face dorsale; c'est également la face 
externe de Tavant-bras, de même à la jambe ; au pied c'est encore le dos 
de l'organe qui est exclusivement le siège de l'exanthème. M. Guilbou 
cite un Français qui l'eut aux parties génitales. On verra plus loin que le 
bouton de Biskafa se manifeste particulièrement aux jambes, aux avant-^ 
bras ; cependant on Ta observé aussi à la face, sur Je sommet de la tête, sur 
la langue et même sur le gland. 

Après être restée longtemps renfermée dans le système cellulaire sous- 
cutané, l'affection s*étendau tissu même de la peau, qu'elle finit par per- 
forer et ulcéren Les cartilages sont rarement attaqués. On a cité des 
feux détruits par les progrès du bouton développé aux paupières. Le 
nombre des boutons varie beaucoup. Les gens du pays les distinguent en 
mâle, n le bouton est unique, et en femelle quand 11 est multiple ; le der- 
tiief cas est le plus commun. Oli a cité des individus atteints de soixante 
boutons et plus. L'étendue de l'ulcère qui succède au ramollissement du 
tubercule peut atteindre jusqu'à 0",0û ou 0",05 de diamètre. 

Le bouton d'Alep, très lent à se développer, rarement douloureux, peN 
si^te des Semaines, des mois entiers, sans modification appréciable, si ce 
n'est une légère exfoliation épidermique ; quand le tubercultî s'est ramolli 
et ulcéré, cette croûte ordinairement épaisse, sèche, en général très 
adhérente aux tissus voisins dans lesquels elle semble enchâssée, lente par 
conséquent aussi à se détacher ; cet ulcère, dont les bords sont le plus 
souvent élevés, inégaux, offrant une disposition tuberculeuse caractéris- 
tique, et se reliant par une pente insensible avec le fond de l'ulcère, lequel 
est généralement lisse, sec, uni ; le siège, d'ailleurs constant, de la mala- 
die, à la face ou aux extrémités, et presque toujours à la face dorsale de 
l'avant-bras, de la main ou du pied ; sa durée assez régulière d'un an : tels 
sont, ditM. Willemin, autant de caractères pathognomoniques, particu- 
liers à cet exanthème. Toutefois, dans certains cas, le bouton d'Alep, par. 
venu à l'ulcération, offre des caractères qui s'éloignent plus ou moins de 



320 MALADIBS ENDÉMIQUES, GÊ06BAPHIB ET STATISTIQUE MÉDICALES. 

ceux qui viennent d*étre indiqués. II n*est presque pas une mabdie de 
la peau dont il ne puisse emprunter les traits. C'est particulièrement am 
certaines aflections pustuleuses, Timpétigo, et plus encore, Tecthyma, 
qu'au premier aspect on pourrait le confondre. 

La durée du bouton d'Alep est ordinairement d'un an « et il parait eo 
être de même à Antab, à Orpha, à Bagdad; de là son nom arabe de 
hkabb el seneh (bouton d'un an). Cependant quelquefois la goénson est 
complète en six ou huit mois. Chez un jeune honrnie qui eut, il estTrai. 
la face presque toute entière envahie par l'exanthème, celui-ci dura cioq 
ans. On verra plus loiit qu'en général le bouton de Biskara ne dure pas 
plus de six semaines h deux mois. Le bouton contracté à Orpba oa ï 
Bagdad ne préserve pas de celui de Mossouloud'Alep, et réciproquement, 
bien que l'affection paraisse identique dans ces différentes localités. LU 
domestique du général Stein eut deux fols le bQuton à trois ans de 
distance : le premier à Orpba, sur la joue gauche , le deuxième i 
Antab, sur la joue droite. Le colonel Massar-Bey contracta le boolooi 
Diarbékir ; de là il se rendit à Conslantinople, où il guérit de son exan- 
thème au bout d'une année. Trois ans après, il partit pour laSvriesé 
croyant parfaitement h l'abri d'une nouvelle éruption ; à peine arrivé ï 
Alep, il fut atteint de plusieurs boutons, pour la plupart assez bénins. £oOq 
le ûls d'un général turc, qui avait eu le bouton de Bagdad, fut pris de 
celui d'Alep. Néanmoins on ne voit pas à Alep un individu prendre deni 
fois le bouton. 

Il existe à Alep, selon M. li^'illemin, une deuxième éruption, moio> 
répandue que la première, cependant très commune. Se manifestant 
surtout chez les,sujets faibles, lymphatiques, chez de jeunes filles im- 
pubères, ehcz les femmes sur le retour de l'âge, elle apparaît quelqueA)i> 
chez les enfants, peu de temps ou du moins peu d'années après la guérboa 
du bouton d'Alcp. Elle peut se développer sur le siège même du 
premier exanthème. La durée de ce second exanthème est aussi géoi' 
ralement d'une année ; elle dépasse même ce terme plus souveot qu^ 
ne le fait le pi*emier bouton. D'après M. 'Willemiu, cette éruption qaiak 
même siège géographique que le bouton ordinaire d'Alep, le même n'ég^^ 
anatomique que lui, est formée par un tubercule qui présente les m^oie» 
caractères de dureté, d'indolence, qui se développe lentement pour se re- 
couvrir quelquefois aussi d'une croûte plus sèche, plus adhérente qu<^ ^ 
première, se détachant aussi pour se reformer bientôt, et ainsi de sét 
En un mot, ce serait là le bouton d'Alep en miniature, u'abouiL^oi 



BOUTON D'aLBP. 321 

pas forcément, comme le bouton ordinaire, à Ja suppuration; du moins 
le phénomène est- il à la fois plus rare et moins prononcé, comme tous 
ceux qui appartiennent à ce second exanthème. M. Willemiii y voit une 
seconde et moins puissante manifestation de la maladie produite par un 
agent spécifique, laquelle a pour première, quelquefois |K)ur unique ex- 
pression, ce que Ton appelle vulgairement le bouton d'Alep. Si, dans 
sa. seconde forme, le bouton présente en général une moindre exten- 
sion, si son déieloppement est plus lent, moins complet, sa durée est 
plus considérable. Enfin, examinée à la loupe, cette dernière éruption offre 
les mêmes caractères que la première. Leur analogie et par suite Tidentité 
de leur cause productrice ne semblent donc pas pouvoir être contestées. 
Il existe, selon Russel, outre les boutons mâle et femelle, « une troisième 
» espèce de bouton qui, bien qu'elle soit habituellement attribuée à la 
morsure ou à la piqûre d'un milie-pieds {waod-louse)^ semble être 
absolument de la même nature, seulement d'un plus faible degré. » 
Le nom arabe de cette éruption est effectivement Khars el Umm-- 
Alt/, morsure de la mère d*Aly ; ce dernier terme désigne le cloporte 
{Oniscus murarius de Tordre des isopodes), et la croyance populaire 
veut que cet exanthème soit causé par la piqûre de cet Insecte. La pré- 
tendue morsure de cloporte n'est autre chose qu'une deuxième, une 
troisième éruption, toujours due à l'influence de l'agent morbide qui a 
produit la première. Russel avait reconnu son identité de nature avec le 
bouton d'Alep ordinaire, mais il n'avait pas noté que ce second exan- 
thème ne se développe que chez ceux qui ont déjà été atteints du premier. 

Le pronostic du bouton d'Alep n'a ordinairement aucune gravité et ses 
suites les plus fâcheuses sont des cicatrices plus ou moins disgracieuses 
par leur siège et leur étendue, mais dont les Âlépins se préoccupent peu. 
L'ulcération d'un des cartilages du nez doit être un phénomène très 
rare, la perte d'un œil encore plus. A Orpha, â Mossoul, 5 Bagdad, le 
bouton est, dit-on, plus grave qu*à Alep ; il y aurait même dans certains 
cas causé la mort. Le bouton d'Alcp n'a pas de saison; il se manifeste tout 
aussi bien pendant l'hiver assez rigoureux de cette contrée que durant 
les chaleurs de l'été. Le bouton de Biskara, au contraire, règne particu- 
lièrement de la première quinzaine de novembre à la première quinzaine 
de février. 

« Ce n'est pas dans l'air, dit M. >Villemin, qu'il faut chercher la cause du 
mal, car des villages situés dans des directions différentes, à une ou deux 
lieues seulement d'Alep, en s'int exempts. D'un autre côté, la mêmeaffcc^ 
If. 21 



322 Maladies endémiques, gbogeaphis et statistique mbdious 

tfotf sérit dsmtf lésr toralités dont l'élévation, la tempéralare, toain Ift 
conditibn^ atmosphériques offrent autant de différence que le peuvent faire 
Alb)), dr(5ha, Diarbékfir, situés dans de hautes vallées, Mossool, Bagdii 
cett^demière ville assise dans une plaine voisine de la mer, avec unttb- 
I(!d1*btin]ide presque constante. Depuis longtemps ropinîon s*accordeâ 
allilboér la cause du mal à l'eau employée en boisson. Rosscl et Volne^ 
ont adopté cette supposition qu'a appuyée iM. Guilbou. De hauts emplojfe 
«fttoiûans, entre autres l'un des derniers cadlsd*Âlep, eurent la précaotirn 
de ne faire boire à leurs femmes et â leurs enfants que de l'eaD à'm 
source très pure (Ayn beyda) voisine de la ville ; or personne, dans ces hi- 
rems, n'aurait été atteint du bouton. Alêp est baigné par une petite risière. 
leKoTq, dont l'eau se boit, soit pore, soit mêlée à celle de quelques source 
situées à 8 kilomètres de la ville. Si cette eau est réellement chargée du prin- 
cipe morbifiqae, toxique, les villages qui en boivent doivent être aiïecie 
du bouton ; et, comme contre-épreuve, ceux qui s'abreuvent à d'autm 
sources, doivent en être exempts. Or, les résultats de l'obsenatioo 5oqi 
parfaitement concluants et confirmaiifs de cette supposition. C'est ce qo'a^ai^ 
déjàannoncéM. Guilhoudans sa thèse inaugurale, à laquelle se trouve joiotr 
une carte qui représente le coun de la rivière avec les villages situés dan* 
levxiisinage. Ceux qui boivent de l'eau d'un ruisseau, d'un afflaeut quel- 
conque du RoTq, sont préservés do fléau ; les autres (indiqués paruocerc!« 
rouge), en sont tous affectés. • 

M. Willemin voulant s'assurer par Ini-mêmé de la vérité da faii. 
fit unef premlfre excursion au hameau du Reilao, à 8' kilomètres mm 
an nord d'Alep , et marqué sur la carte de M. Guilhou du sigoe bd 
n ^nmina une grande partie de ses habitants, et il ne vit en tool qo^ 
deux enfants et une jeune fille de treize ans, qui portaient le bootoo. Il 
commençait à craindre pour sa théorie, mais il apprit que ces paysans se 
boivent de l'eau ni du Koîq, ni même des sources qui alimentent, coq* 
cnrremment avec la rivière, le canal d'Âlep : ils boivent de l'eau de poit^ 
M. WHIemin se dirigea ensuite sur le hameau d'Ansary, à 3 kilonièiro 
an N.-O. d'Alep, sur une hauteur, dans une position saiobre. Cette 
localité est encore flétrie du cercle rouge par M. Guilhou. DouUe er- 
reur en ce que d'une part ses habitants ne boivent qu'excepilonueDe- 
ment de l'eau du Kuîq, pendant les chaleurs de i*éié, alors que leot^ ci- 
ternes sont à sec, et, d'autre part, en ce que le bouton est loin dV étit 
endémique. Il vit plusieurs enfants et les adultes qui n'en présenleol ^ 
lument aucune trace, m^lgré^ les comiQunicatioQs; nêéessairèmeot fre 



BOUTON D'ALEP. 323 

quentes» de ce village avec la ville voisine, et malgré i*us»ge quelquefois 
forcé de l*eau de la rivière. Un vieillard du pays lui fil observer que» ceux 
des villageois qui se rendent souvent en ville y sont plus exposés que les 
autres parce qu'ils boivent de Teau (ÏAulab : allez une heure plus loin, où 
les communications avec Âlepsont plus rares, vous ne trouverez plus de 
bouton, u M. Willemin se trausj)orla au village de Bellaron, à 6 kilo- 
mètres au N.-O. d*Âlep, village bien situé, où Ton boit toute l'année de 
Teau de pluie. Il le visita en détail, examina presque chaque chaumière; 
le bouton n*y existe pas. Il se rendit enfin au hameau de Cheik-Saîd, à 
5 kilomètres au S.-0. d*Alep, encore sur une hauteur et à lU minutes du 
Koîq, d*où il tire exclusivement son eau. Le bouton y est très comumn. Ces 
faits paraissent péremploires à M. Wilicmin. Maintenant, quel est Télé- 
meut toxique que charrie Teau du Roîq, élément qui se retrouve, sans 
doute, dans les eaux que Ton boit à Orpha, à Mossoui, à Bagdad ? M. "Wil- 
lemiu n'a |)U le rechercher, mais ils*est assuré, en faisant réduire par i'é- 
bullition au dixième de Teau du Koîq, toujours bourbeuse et rougeâtre, 
qu'elle ramenait au bleu le papier de tournesol légèrement rougi. « Si 
l'eau de la rivière est réellement chargée d'une substance toxique, di| 
M* Willemin, il semblerait bien simple de s'abstenir de son usage pour 
la boisson ; or on le pourrait à Alep. L'aqueduc qui y conduit l'eau des 
sources d'Heilan n'a reçu que postérieurement à sa construction une 
branche de la rivière ; ce mélange pourrait être facilement supprimé. 
Ensuite il existe dans la \ille un assez grand nombre de puits, dont l'eau 
n'est rien moins que saumâtre, comme le prétendent les Alépius, qui évi- 
tent d'en boire. Peut-on admettre qu'en ne buvant de Teati de rivière 
qu'aiguisée par un peu de jus de citron ou d'alcool, on neutralise ainsi 
l'élément morbifique? 

Pendant l'occupation de l'Egypte par les Français, on a fait pinsieure essais 
d'inoculation, qui ont produit, dit-on, un bouton de peu de durée. On parle 
à Alep de deux jeunes gens auxquels on inocula le pus d'un chien (1). Chez 
tous deux, il se serait développé un léger bouton; l'un aurait succombé 



(1) Le chien est rajet à la même affection que Thomme, et le docteur Lonts 
prétend, avec Russel, que le chat l'eid énalement ; il étend même cette commu- 
nauté aat oiseaax carnassiers; M. Wiliemio a vu deux chiens atteints du bouton 
â rextrf^mité du museau. (I.a maladie était aussi constituée par de |)etites croûtes 
arrondies, verdàtres, sèches, paraissant fortement adhérentes. La peau voisine 
offrait dp petites excoriations et une légère deaquamation furfuracée; la maqoeuie 
piinlUire éuit parfaitamenl falna^) 



32^1 MALADIKS EMUÈmUUKâ, GÉOURAPHIJS KT STATISTIV^UE MKDICALIS. 

quelque temps après, mais l'autre aurait vécu ooxe aus à Alep, ans cuo- 
tracter raffection endémique. M. Wiliemin reprit ces essais, et il 'mcà 
16 individus avec de la lymphe sécrétée par des boutons d^boroma I^ 
16 sujets inoculés étaient 6 eniants âgés de quelques mois à quelques in 
liées, Alépins, non encore atteints de la maladie ; 9 étrangers, la plapan 
adultes, résidant depuis un temps variable et impunément à Alep ; enfin ur 
jeune Alépin, âgé de dix-huit ans, d'origine française, et qui avait été ai- 
teint dans son enfance de l'exanthème endémique. Sur les 6 enfants, h sut 
lement purent être suivis pendant quelque temps, 2 furent réfractaire. 
nonobstant une double inoculation faite âTun d'eux; chez les 2 autres. 
l'opération fut suivie de résultat. Sur 8 des 9 étrangers, elle ne prodoia' 
aucun effet significatif. On avait pratiqué à chacun, sur la région deliot* 
dienne, trois incisions très superficielles, et imprégné les petites plaies, de 
la lymphe, soit fraîchement puisée, soit délayée dans une goutte d'ean. h 
deuxième jour, les piqûres étaient légèrement irritées ; au troisiènk 
jour, on vit chez uu certain nombre de sujets les bords des petites plab 
se soulever, comme si une vésicule allait s*y développer ; mais ce phé- 
nomène fut de courte durée, et dès le quatrième ou le cinquième jour, 
la cicatrisation était complète. Chez le neuvième sujet, ainsi que chez le> 
deux enfants et sur le jeune Alépin antérieurement affecté du bouton, b 
rhoses se passèrent différemment. Dès le quatrième ou le cinquième jour, 
il s'était formé de petites pustules recouvertes à leur sommet d'une croùtf 
mince (résultant du rapprochement des lèvres de la plaie}. Quelques-ona 
se desséchèrent rapidement. L'épiderme ou la petite croûte s'élaol diia- 
cbé, on vit de petites ulcérations superficielles, qui ne tardèrent pas à n: 
couvrir d'une croûte plus épaisse que la première, brune, sèche et adbé 
rente. 

En ce qui regarde le traitement, il est permis de demander tout d*abonl 
si le bouton d'Alep gagne quelque chose à être traité ; nous nous perDiei- 
tons d'eu douter. « Si le bouton occupe une partie cachée, l'avant-brasouli 
jambe, et qu'il ne soit pas situé au-devant d'une articulation, auquel ca$il 
cause parfois d'assez vives souffrances, on peut, dit M. Willemiu, aban- 
donner la maladie à elle-même; mais s'il siège à la face, au nez, an voi- 
sinage de l'œil, par exemple, il semble que Fart devrait intervenir. Cm'^ 
cieu médecin d'Alep, M. Salina, a préconisé le feu ; d'autres ont soi^^' 
des incisions cruciales, pratiquées sur le tubercule avant la période de ra- 
mollissement. 



OOrrON DE BISKARA. .')25 



AAT. IX. — Su booton de Biskara, boalon des Sibaoi chancre 
da Sahara, fnoa ou hhahh des Arahet. 

I^ boulon do Biskara présente avec le boalon d*Alep des analogies assez: 
nombreuses pour justifier le rapprochement des deux affections dans un 
seul chapitre. On trouve le bouton de Biskara à i*état endémique dans 
toutes les oasis des Zibans, à Tougourt, à Ouargla et jusque dans le désert, 
où il est connu sous le nom de fnna ou de hhabb; M. Cabassc dit 
l'avoir rencontré dans le 31aroc, sur les bords de la Malouîa. Il parait 
n'avoir pas épargné les anciennes garnisons turques de Biskara , sous 
la domination des Deys (1), mais il n*a été l'objet d'un véritable exa- 
men scientifique que depuis la prise de possession de cette ville par l'armée 
française en i%hk, époque à laquelle il a commencé à se manifester parmi 
nos troupes. Voici les principales publications dans lesquelles le tonton de 
Biskara se trouve décrit ou au moins mentionné : 

PoGGioLi, Thèse sur le bouton de Biskara, Paris, 1847. 

('«BASSE, Relation de la captivité des Français ches les Arabes, Thèse, Montpellier, 
i8i8, p. 83. 

ItF.VLOT, yolke topographique et médicate sur Biskara [Bec, de métii. de méd.^ de 
dm: et de pharm, mtU,^ t. XI, 2* série, p. 210). 

Massif, Kssai sur le bouton de Biskara, {Bec, de mal, miULf t. XI, 2* série.) 

J. H. DKDié, Essai de topographie médicale sur Biskara, Thèse, Paris, 1849. 

QoKSMor, BelaUion méd.-cftir. de Vexpédit* de Xaatcha en 1849. {Bec, des tném, de 
méd.^dechir. et de pharm. milit,) Paris, 1851, p. 242-244. 

Veroalle, Quelques notes sur le cliinat des Ziban, Thèse de Montpellier, isni, 
p. 34 h 39. 

Ao. Ariiano, l'Algérie médicale, Paris, 1854, 1 vol. 8*, p. 420-423. 

(iiYox, Voyage d* Alger aux 7Aban, Alger, 1852, p. 199. 

Weiss, Essai sur Va/fection cutanée épidémique des Zibans, connue généraleiueut 
sous le nom de bouton de Biskara, (Gaz. mêd, de Strasbourg, 1855, 21 juin.) 

E. L. Bebtberano, Médecine et hygiène des Arabes. Paris, 1855, 1 vol. 8", p. 44S* 
454. 

A. Nettes, De Vétiologie et de la nature de Vaffcction connue sous le nom de bouton 
de Biskara. Strasbourg, 1856, 8*. 

Les Ziban (2), constituent la partie méridionale de la province de Con- 

(1) Les Tares appelaient le booton le mal des dattes. 

[2) Pluriel du mot xab. 



326 MALADÎBS KNDÉMIQrSS, GBOGRAPHIB BT STATISTIOUB HiOiaUS. 

stantinc et forment le passage du Tell au grand désert ; ils tienneni do Tell 
par ses parties montagneuses, dont la plufiart sont au nord, et du Sahara par 
ses plages sablonneuses qui sont au sud. ils sont limités au nord parooe 
chaîne de montagnes qui court est-ouest, laquelle est fermée k i*cst [vât 
TAurès, etàTouest parles montagnes des Ouled-Sultan, qui se termineoti 
M'gnous. A Test, les Ziban confinent avec la portion de larégeocedf 
Tunis connue sous le nom de Beled-el-Djértd (pays des dattes), et ï i'oaesi 
avec rOndna, plage d*alluvion qui semble les continuer dansTooest, ag 
point de \ue de leur fiosition entre le Tell el le Sahara. An sud, lesZiban 
confondent leurs sables a^cc ceux de cette deniicre contrée, avec laquelle* 
il9 n'ont pas de limites déierminées. « Celte province, dit Léon TAfricaiD, 
est au milieu des déserts de Nuniidie, laquelle prend son commencement df 
la partie du ponant aux confins de Mesila, et se termine, du côté de Tra- 
montane, au pied de la montagne du royaume de Buggie; de vers levaoi, 
an pa)8 des dattiers, qui répond vers le royaume de Thunes; et, do d^- 
de midi, en certains déseï (s par lesquels passetit ceux qui veulent s'acb^ 
miner de rhechort (Tuggurt) à Guargala. » Il ajoute : « Elle est assise en 
lieu fort chaud et sablonneux, au moyen de quoi il s'y trouve peu d'eau d 
terres labourables, mais il y a inOnies possessions de dattiei^s; il y a auiN 
grand nombre de villages et vingt-cinq cités, desquelles nous ferons, [ur 
ci-aprés, une particulière et ample description (i). » On pénètre, dans b 
Ziban par la brèche ou fissure que les habitants du Tell désignent sous k 
nom de Porte des Ziban, ou Porte du Sjhara ; on y pénètre encore aopoiii 
où est M'gaous, et où se terminent les montagnes des Ouled-Sulian (2] 
La ville de Biskara se compose de sept villages arabes, groupés an iniiia: 
d'une forêt de palmiers, ayant près de douze kilomètres de circonférence 
Elle est située aux limites nord du désert de Sahara, et sur la rive droite 
de la rivière salée Toued-cl-Kantara, par 'iW 03 de latitude nord el3'^^ 
de longitude esL Le sol sur lequel est bâtie la \ille n'est qu'à 75 roè(n> 
au-dessus du niveau de la mer. La population indigène de Bi!>ka^ae^! 
de 3000 à ^OUO habitants. 

L'affection cutanée appelée bouton de Biskara se manifeste oixiioairt^ 
ment vers la fin d'octobre ou au commencement de novembre, et elleà^ 
paraît vers la fin de féviier. En 1845, l'épidémie du bouton a coto- 
mencédaos la deuxième quinzaine d'octobre; en 1847,lagarnisonfran€ai» 



(1) T. n,p. 123. 

*?) tJu)<iu* Voyagea Alger aux Ziban. Alger, 1852, p. 199. 



ilOUTOM DS VSKAIU. 327 

de Biskara, de 762 hommes, eut 105 liommes atteints du boulon eudé- 
mique, dont 30 eu novembre, 59 en décembre et 1$ en février 4^68. Le 
bouton attaque indifféremment lei; hommes et les femo)#s. mais les fpte-- 
miers paraissent y être plus prédisposés. L*âge adulte paraît aussi le idus 
propre au développement du bouton ; il n'est pas rare cependani de mirdes 
cnlaatseoétreatieints. Pres^pue tous les malades signalés îusqu*ici habitaiem 
les localiiés plusieurs mMs avant les ferles chaleurs, pendant lesquelles ils 
ont bu beaucoup d'eau ; plusieurs d*enlre eux ont eu la sur{acedu corps cou* 
verte d'une éruption mîliaire ou pusivleuee. Cet exanthème avaic été pré- 
cédé , le plus souvent, par de la diarrhée, et, sous rinfloence d'une tem- 
pérature pltts douce et même (iroide pour le pays, l'éruptiou mîliaire avait 
dîa|)aru. On vit plus lard, quarante k cinquante jours après, ae déielopper 
le boulon de Biskara. Les malades observés par M. Massip étaieot la 
plupart des militaires de vingt-cinq à trente>cinq ans, pleins de force, fai- 
sant rarement des excès alcooliques ou autres. Au contraire, pendant les 
fortes chaleurs de juillet et d'août {kU et k^"" k l'ombre, f»5 à 70^ Bm^ 
rayons do soleil), ces hommes, toujours inondés d'une transpiration abon- 
dante, voulant apaiser la soif qui les tourmentait nuit et jour, buvaient une 
très grande quantité d'eau de VOued, la seule que l'on pût boire dans la 
localité. La quantité d'eau bue était presque incroyable, et la plupart des 
hommes atteints du boulon de Biskara ont affirmé qu'ils avaient bu jus- 
qu'à huit, dix et douze litres de cette eau dans les vingt-quatre heures. 
Quoique la quantité d'eau con.sommée fût considérable, les urines étaient 
néanmoins très rares et peu abondantes. ^1. Beyiot cite plusieurs individus 
dont la peau et la chemise se recouvraient d'une poudre blanchâtre cris- 
talline et d'un aspect salin. {Op cit., p. 23^.) 

Pour la symptomatologie du bimton de Biskara, nous suivrons spéciale- 
ment la description qu'en a donnée M. Massip. « Un des principaux signes 
de l'afTeclion dont il s'agit, consiste en une pustule ou bouton cutané, 
formant bientôt un ulcère rongeant. Il attaque le plus souvent les membres 
principalement les jambes et les avant bras : il n'est pas rare cependant de 
voir la face et le tronc atteints par cette ulcération. Plusieurs hommes ont 
eu les ailes do nez, les oreilles et d'autres parties de la face, rongées par 
l'envahissement de la maladie. Ordinairement, un ou deux mois après que 
les fortes chaleurs ont diminué d'intensité, la peau parait tendue k la place 
que doit occuper le bouton. Bientôt le malade ressent un léger prurit qui le 
force à se gratter; le prurit augmente pendant la nuit. Jusque-là, le ma* 
lade ne s'arrête pas h ces signes précurseurs et il n'aperçoit rien d'extraor* 



328 MALADIES ENDÉMIQUES, GtOtiBAPBlB ET STATISTIQUE MÉDICALES. 

dinaire dans la texture, ni changement dans la couleur de la peao. 
il \ient un moment où Ton sent sous les doigts un ou plusieurs petits 
tubercules arrondis ou inégaux, dont le volume varie depuis celui d^anetrès 
petite lentille à celui d*nn gros pois. Ce tubercule parait prendre niissaoct 
dans répaisseur du derme, qui bientôt forme une légère saillie. Il est, a 
eflet, dans l'épaisseur du derme et nVst pas adhérent aux muscles, poisqua 
formant un pli à la peau, entre Tindex et le pouce, ce tubercule paniise 
détacher et s*isoler du tissu cellulaire sous-jacent Alors la peau est souveot 
le siège d*une démangeaison assez vive. » 

Le bouton endémique est unique ou multiple, c^est- à-dire qu*nn indÎTidii 
peut être porteur d'un seul bouton, comme aussi un plus ou moins grand 
nombre de boutons peut paraître simultanément sur une ou sur différenifê 
parties du corps. Le l)outon peut aussi se trouver sur un membre, abn 
que deux ou trois autres boutons se présentent sur une antre région 
dans ce cas, ces boutons forment un groupe, mais ils sont isolés les ne 
des autres. Lorsque Tulcèrc est unique ou isolé sur une des parties de b 
périphérie du corps, il affecte ordinairement la forme circulaire; sonda- 
mètre varie depuis celui de 1 à 5 centimètres, c'est-à-dire de 3 à 15 en- 
timètres de circonférence. Si un ulcère se trouve très rapproché d'un aatrt, 
leurs bords se rencontrent bienrôt et se confondent, pour ne plus former 
qu'une seule ulcération ovalaire, ellipsoïde, et même très irrégulièr?. a 
plusieurs ulcères se sont réunis. Ces derniers sont environnés parfob (k 
petits boutons nombreux et superficiels , qui font éruption et se sèchent 
bientôt: ceux-ci n'ont plus le caractère du bouton de Biskara. 

Période d*érup(ion. -^ A la démangeaison, qui passe souvent inaperço? 
pour le malade, succède de la rougeur, une légère saillie de la peau, et 
bientôt il se forme une pustule. Cette petite éminence, ainsi que les partie 
voisines qui paraissent se gonfler, se couvrent d'une rougeur ér^sipéb- 
teuse d'abord peu vive. Il est certains moments oà la douleur et b 
démangeaison, qui s'étaient déjà montrées, semblent se calmer peDdaot 
quelque temps, pour reparaître plus tard, surtout pendant la nuit; ceqoi 
engage le malade à se gratter pour calmer le prurit qui l'incommode et lœ 
occasionne de l'insomnie. Il y a rarement fièvre ou inappétence. Cet état 
reste stationnaire plusieurs jours (quinze à vingt), pendant lesqm^ 
Tépiderme, recouvrant le bouton, paraît se dessécher; il se fendilie,^' 
soulève en écailles minces qui se détachent par plaques ou zones circiiisir^ 
pour se renouveler ensuite. An premier abord, on croirait avoir affaire «i 
une dartre crustacée dont l'épidcrme, extrêmement mince et nacré, ^ 



BOUTON DE BISKARA. 329 

détaohe et se reproduit facilement, au far et à mesure que les frottements 
multipliés le déchirent. Bientôt on aperçoit « sous Fépiderme couvert 
d'écaillés furfuracées et au centre de la surface delà peau enflammée, une 
saillie conoîde, siège du bouton. Il vient un moroeut où le contact et les 
frottements multipliés des vêtements on des ongles déchirent et détachent 
répiderme qui recouvre le sommet du cône formé par le bouton ; alors une 
gouttelette d*une sérosité citrine, limpide, quelquefois purulente, surgit 
de rintérieur de la pustule enflammée. 

Période d'ulcération. — Première forme. — Cette goutte de sérosité 
qui paraît être plastique, se dessèche bientôt et se détache, soit par quelque 
cause externe, soit par l'accumulation d*une nouvelle quantité de ce liquide 
qui soulève la croûte; on découvre alors à la place qu'elle occupait une 
cavité ulcéreuse d'un rouge vil G*est le commencement de Tulcéraiion qui 
ronge toute l'épaisseur du derme, envahit, de jour en jour, la peau frappée 
de maladie, et s'élargit indéfiniment jusqu'au moment où l'ulcère est 
parvenu à son plus grand développement. Les bords de l'ulcère, frangés, 
coupés à pic et comme gaufrés, forment un bourrelet très épais; dans 
certains cas, ces bords sont renversés, il s'est fait une plus ou moins grande 
perte de substance, ce qui donne à cette vaste ulcération un aspect dégoû- 
tant; le fond de cet ulcère est couleur de chair vive et à surface ondulée, 
présentant des circonvolutions et des anfractuosités , ces dernières cou- 
vertes d'une matière séro-purulente. Cette surface ulcérée sécrète une 
assez grande quantité de ce pus sanieux, et exhale une odeur sui generis. 
Une auréole d'une rougeur érysipélateuse entoure et couvre le voisinage 
de i'ulcèi-e ; elle s'étend au loin, perd peu à peu de son intensité et se fond 
bientôt avec la couleur naturelle de la peau. Une cuisson vive se fait sen- 
tir pendant quelques jours, jusqu'au moment où l'ulcère ne fait plus de 
progrès. L'ulcération parvient à son plus haut degré de développement, 
sans avoir occasionné aucune douleur au malade. Les symptômes d'inflam- 
mation paraissent cesser, et l'ulcère reste dans cet état indolent plus ou 
moins longtemps (trente à quarante jours) ; alors, plus de prurit ni de 
douleur. Les principaux troncs des vaisseaux lymphatiques voisins de l'ul- 
cère, ainsi-que les ganglions correspondants s'engorgent parfois et devien- 
nent douloureux. 

Période de cicatrisation. — Un ou deux mois après le début de l'ul- 
cération, les bords de l'ulcère paraissent s'affaisser et son fond s'élever, de 
sorte que ces différentes parties se trouvent bientôt sur le même plan. Les 
bords frangés se rapprochent insensiblement yers le centre et remplissent 



380 MALADIES BNDÉIIl^UBS, «KOGRAPglE ET STATISTIQUE MÊDICALIS. 

bienlôtle vide formé par Ja perle de {substance. La cicatricese forme elaera 
bientôt parfaite : mais, loirsqu'elle eat effectuée, ellea ua aspect Uvide,d*iiae 
couleur brune violacée. Peu à pou J'auréole èrysipélateasc en^iroonaote 
perd de son inteaiûté, iiAlît et se confond avec la teinte ordinaire de ia 
peau. la cicatrice qu| recouvre la perte de substance a perdu pour jami» 
Tapparence du tissu de la peau ; elle acquiert l'aspea résultant d*une cica- 
trice de brûlure au trai&ic^ne degré, et conserve les caracières d'oot 
membrane serrée d'un blanc mat : elle est indélébile. Cc^e cicatrice e^ 
déprin^e vers son centre, et il est bpk de recon^atue ^v'.elle recaorrr 
un vide, suite de solution de cootiiuiité. 

Deuxime forme de bouicn. — Deuxième variété. — Dans certaik> 
cas, le bouton, au lieu de former un ulcèr» j^food , rongeant, à b^nés 
frangés et coupés ^ pic, offre queli;ues caracières remarquables: ce soot 
d/ei» végétations qui sembleD^ surgir du centre du bouton et qui cooireBi 
ses bords, de telle sorte qu« le bontpa p^'end un aspect qui le rappruduv 
rait d'une framboise ou d'une fraise vermeiiki quaot è la fornae etàb 
couleur. 

Troisième forme, — Troisième variété, -r* 14 bouton ne s'ulcère pu. 
mais toute sa surface se couvre d'une croAte tris épaisse d'une oMiIew 
brune, gi*isâu*e, à surface convexe et crevassée; elle est alors d'un aspect 
repoussant et répand une odeur nauséahondit. Cette dernière forios an 
bouton de Biskara est celle qui attaque le plus souvent la face. M. Nassip^ 
rencontré cependant plusieurs de ces boutons sur les membres, et alorf ili 
étaient isolés. Cette croûte, de plus d'uii centimètre d'épaisseur ven m 
centre, persiste ordinairement fort longtemps; on pourrait l'arracberî 
l'aide de pinces, mais avant, il serait bon de ramollir celte croate, à'm 
dureté remarquable, par des émollienls. Une cicatrice ineffaçable reD* 
place toujours l'ulcère; celui-ci ne paraltpas avoir une influeoce fâcbeufr 
sur le reste de l'économie. 

« Le traitement du bouton endémique, dit M. Massip,doit dire local ei 
général , ou externe et interne. Il doit varier selon les périodes et h 
symptômes qui se présentent à l'observateur. Ce sont les toniques, les sudo- 
rifiques à l'intérieur, à l'aide des décoctions et sirops de salsepareille, le 
purgatifs légers, surtout avec le calomel. Les inercuriaux employés à Fii* 
térieuret a l'extérieur paraissent être Tantidotc de celte horrible affeciiofl. 
L'ulcère doit être modifié en même temps, suivant les cas; aiust, loirqa'ii 
y a de la douleur, une rougeur trop vive autour de l'ulcère, ce soat lc$ 
lotions et les cataplasmes émoilients que l'on met en usage; bmIs ceaiK 



30DT0N DK BISXARA. 331 

le plus souvent l'olcère est indolent, les applications d'an plumassean de 
charpie, enduit d'onguent mercuriel double, doivent être cx)a(inuées malin et 
soir jusqu'à parfaite cicatrisation. Lorsque Tulcère se couvre de bourgeons 
charnus qui dépassent de beaucoup ses boitb, on se conduit coiuroe pour 
les plaies ordinaires : il est nécessaire de les réprimer à Taide de la cauté- 
risaiion avec Tazotate d'argent fondu. Il en est de même pour les chairs 
fongueuses ou excroissances qui s'élèvent parfois du centre de l'ulcère, 
de (elle sorte que ces végétations, molles et spongieuses, prenuent la 
forme, la couleur et le volume d'une grosse fraise. Dans ce dernier 
cas, il vaut mieux avoir recours à l'excision, puis à la cautérisation. 
Chez quelques sujets, l'ulcère, au lieu de se cicatriser, se couvre d'une 
croûte qui s'épaissit de plus en plus, de manière à affecter bientôt 
une forme demi-sphérique de plus d'un centimètre d'épaisseur à son 
centre. On peut Teulevcr à l'aide de pinces, mais, dans ce cas, il 
arrive que les bords se déchirent et il se manifeste une l^ère hé- 
morrhagie. Il vaut mieux alors placer sur la croûte des cataplasmes 
émollients renouvelés toutes les quatre heures; en agissant ainsi, au bout 
de cinq à six jours, la croûte, imprégnée d'humidité, se détache, et l'on • 
remplace alors les cataplasmes par des applications d'onguent mercu- 
riel, etc. Pour soustraire l'homme à l'influence de l'affection de Biskara, 
il est utile de recommander de ne boire qu'une quantité modérée d'eau, 
toujours unie à du vin ou à du café; de clarifier l'eau saumâtre, chargée 
de corps étrangers, de détritus de végétaux, d'animaux infusoires, qui se 
putréfient bientôt. L'eau, puisée pendant l'été à la rivière ou dans un des 
ruisseaux qui coulent aux pieds des palmiers, se corrompt en moins de 
vingt-quatre heures, et répand au loin une odeur nauséabonde, chargée 
^ d'hydrogène sulfuré. Cette eau, la seule qui existe dans la localité et dont 
i font usage les habitants ainsi que la garnison, pe peut être bue qu'avec 
une certaine répugnance. » Comme moyens hygiéniques complémentaires, 
iM. Alassip conseille : l'usage de vêtements de laine en toutes saisons, les 
\ frictions sèches ou aromatiques sur toute la sqrface du corps, les fumiga- 
i lions, les bains de vapeur sulfureux ou aromatiques. 
I On a indiqué comme cause du bouton de Biskara Tusage des dattes 

I nouvelles, mûres ou non; les excès alcooliques, la mauvaise alimen- 
I tation, la syphilis, l'usage de Teau saumâtre de l'Oued -el-Kantara qui 
i passe à Biskara, enfin la répercussion de la transpiration. M. Massip 
pense que l'on pourrait trouver les causes dans l'état de Tatroosphère, 
prat-être dans l'usage de l'eau de Biskara, si ce n'est dans les deux i la 



$ 



ZZh UAUDIBS ENDÉMIQUES, GBOGRAPHLE ET STATISTIQUE MÉDICALES. 

in maiiibus, et pedibus in palriâ ; si veroeos olcerarî contingat, maienaiu 
lentam, et gummosam a se reddunt, atlameo tain acrem, et mordacem, ot 
profunda et cava ulcéra indc orianlur cutn labiis callosis et iiiTcrsis; f<^ 
dam et déforme malum, et cuoi lue venereâ convenions, nisi quod taiti 
dolores non advint, nec caries in ossibus tam facile oriatur, nisi per corai- 
tis incuriam. Hic aflectus originem irabit, primum ex pecoliari cœli et 
soli istius genio ; tum ex aère, vaporibus falsis, e mari undique ascendeih 
tibus infecte ; cibis prœterea crassis, et melancholicîs ac pituitosis, ut sqdi 
pisces marini, quorum magna captura est, quibns insulae assidue vescoo- 
tnr, quod reliquae annonx sit salis iudtga regio. iMagnumeliam momentuoi 
huic malo adfert usus placentorum, quas vice panis, |)er totum istoiD 
tractum edunt; et ab incolis sago vocatur, et uti corlicibus arborumex- 
cussa farina. Ad hase confert potus împortunus ltc|uori8 cujusdam sagner 
vocati, qui ferme eodem modo ex arbore elicitur, quo e pal ma iudica sei 
coques arbore liquor iste, quem incolae Towac, Ldsilani vino de paloà 
vocant. » 

CHAPITRE VIIL 

DES CALCULS BILIAIRES ET DES CALCULS URINAIEfiS. 

AAT. X•^ — Oaleoli biliaires. 

La science de possède encore rien de positif concernant riofluence de 
climats sur la production des calculs biliaires. Suivant Haller, les habiunts 
de Gœttingue seraient peu sujets aux calculs urinaires et beaucoup au 
calculs biliaires; selon Ganstatt, ces derniers s'observaient assez fréquem- 
ment dans la Souabe, à Gœltingue, dans le Hanovre et dans quelques coa* 
tréesde l'Angleterre et de la Hongrie (1). >1. Morehead, pendant une loo- 
gue pratique dans Tlnde anglaise, n*a rencontré que U cas de calcub bi- 
liaires. Sur 83 individus atteints de calculs biliaires, Waltlier (2) note : 

1 iodivida de 20 ans, 
27 iodividos de 30 à 40 ans, 



u 


— 


de 40 à 50 ans, 


19 


— 


de 50 à 60 ans, 


8 


— 


de 60 à 70 ans, 


13 


— 


de 70 à 80 ans, 


1 


- — 


de 90 ans. 



(Ij B. Virehow, BaxMùeh d$t spexièUen PtUhoioffie tmd Thérapie. EHéo|n 
1855, t. VI, p. 622. 
(2) Miêsewnanat.y t. Ht. B«roliBi, 1805. 



CALCULS BlLiAlHSS. 335 

m. FaaconneaU'DofresDe cite qaatre exemples de calculs biliaires chez 
des^Dou veau nés; en ce qui concerne lé sexe, Wahher note Hl femmes 
contre Ûà hommes; M, Fauconneau- Dufresne a trouvé 78 femmes et seu- 
lement /I3 hommes. L'influence héréditaire est admise par M. Petit, par 
RttdolpK', Scb^ediels et J. Frank. 

Les principaux ouvrages à consulter sur les calculs biliaires sont : 

C. A. Flchiiuio, Ein Beilrag. zur genaueren Diagnose gr'ôsserer in âen Gàltèh- 
gdngen eingehlemmler Gallensleine. Leipzig, 1832. 

Bom^soii, De là bite, de ses variétés physiologiques^ de ses altérations morbides. 
Montpellier, 1843. (Voir aassi la tradactioo allemande de Platoer, avec anno- 
ta tiens. Marbourg, 1849.) 

Fauconneau-Dcfeesne, De VaffecHon calculeuse du foie et du pancréas. Paris, 1851* 

Lebmarn, Uhrbuch derphysiol. CItemie. Leipzig, 1853, 1. 11, p. 6t. 

Ch. MoasBEAD, CUnical researches on disease in India. Loûdon, 1856, t. U, p. 152. 

ART. u. — Hef ealoulc arinAÎrec. 

Nous avons eu occasion d'étudier dans le premier volume de cet ou- 
vrage, pages 80 et 8 1 , les rapports de raflection calculeuse avec la nature 
géologique du sol. U nous reste à examiner la distribution géographique 
de cette affection ainsi que sa répartition entre les deux sexes et les 
divers âges. Le tableau suivant résume, sous ces différents points de vue, 
la distribution de 5 900 calculeux observés sur divers points du globe, de 
1820 à 1830 (1). 

TcMeau général des calculeux j de 1820 à 1830. 

5ointire SeYC. Age. 

Localitëf. cutculeuz. Hom. Fem. Bnf. Adultes. Vltltl. liiconn. 

Atitriehe 19? 181 . 16 55 92 23 9T 

Bavière 386 355 31 116 96 27 147 

Bohême 106 91 15 28 46 52 *> 

Bueoos-Ayres 6 6 » 3 2 1 » 

Daimatie 49 49 » 22 21 6 » 

Danemark 287 255 32 14 75 56 14t 

Egypte 42 41 1 1 41 s» » 

Espagne (Malaga) 6 6 » 1 5 » » 

France 2834 2711 123 1347 969 506 12 

Iles Ioniennes 29 27 62 15 15 » 

Irlande (Corke) 16 16 » 12 3 1»* 

Lombardb-Vénitieo (royanme). 1104 104T 57 796 205 22 81 

^1) Civiala, TraUéde Vaffèction cai(^iteusê^ Pirh; 1839; p. 5!f6 ef 'sûltlmtel. 



336 MALADIES BNDÉU1QUK5, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE MÊDUIALIS. 

Nombre Sexi. Ace. 

Localitéf. calcaltiu. Boni. Fem. Eof. Adallet. Vicill. Iicoos. 

Malte 4 4 » 9 4 ■ ' 

Naples 308 298 10 1S9 148 31 > 

Romagoe 49 Àl 4 10 XI 18 > 

ÉtaU sardea 213 207 6 97 35 8 73 

Saie 28 21 7 8 15 5 • 

Suède • 94 » » » » > 94 

TéDériffe 15 14 1 1 8 6* 

Wurtemberg (Ulm) 127 123 4 64 63 1 • 

5900 5497 309 2710 1863 751 57S 

' Ainsi, sar 5 900 calculeax, on trouve : 

5497 individas da neie maicoHii, 

309 ÎDdmdos da seie féminin, 
2710 eofaota, 
1863 adultes, 

751 vieillards, 

576 individus d*an âge non spécifié. 

On comprend que ces docaments, foumis en grande partie par les bôpi- 
laux, ne représentent guère que les calculeux de la classe indigente. 

Un certain nombre de faits semblent indiquer l'existence, dans plosieon 
familles, d'une prédisposition héréditaire à raffection calculense, inpi' 
renum calculosa constitution comme disait Fernel (1). ftl. CÎTiale cite 
la famille de M. Lepage opéré par lui : la mère de ce malade avait eu !i 
pierre; Fun de ses enfants en est mort, et un frère de celui-ci en a en de 
atteintes. Ce chirurgien a également lilhotritié deux frères, dont legnod* 
père et deux oncles avaient été affectés de la pierre. Le tableau du dépar- 
tement de l'Aude indique trois calculeux dont les parents avaient eab 
pierre. Prout parle d'une famille dont le grand-père et le père ont été atta- 
qués de pierres d'acide urique, et dont le petit-GIs, âgé de treize ans, eâ 
très disposé à la maladie. Le tableau du département dn Tarn* où la piefn? 
est très rare, cite un malade tourmenté de coliques néphrétiques, qui ro- 
dait de gros graviers par l'urèthre, et dont deux parents avaient sobi b 
taille. A Brescia, trois frères ont eu la pierre, mais leurs parents en éuieoi 
exempts. 

Le tableau suivant donnera une idée de la mortalité parmi les cab- 
Icux opérés (2) : 

(1) Po^Aoio^ia, 1, 6, cap.XH.^Voy. aussi P. Frank. Traité de méd. pfa/.P«r>»> 
1842, t. Il, p. 355. 

(2) Conlson, The Lancet, 22 Janvier, 1853. 



CAU:DL8 ITtlRAIlIRS. 



3S7 



,. Calenltfui 

HAplUI de LoDéville 1 492 

Hdtel-Dfeu (1 SOS- 1 830) 1 00 

La Charité (1806-1831) 70 

BeaqJoQ, Pitié . Mais, de santé. 56 

Dii départements de. la France. i 1 

Pratique de Dapaytren 356 

Autriche 133 

Bavière.. 136 

Lombardie i0i4 

Naplei 308 

Wurtemberg 4 20 

Bohème 26 

Dalmatie 40 

Étau romains 33 

Sardaigne 21 

Suède ft 36 

DaoemarlK .... « 35 

iDflrooierie de Cork , 15 

Hdpitil Saiot-Tbomas. ..... 1 44 

lofirmeric de Bristol « . 354 

luflraiefie de teeds » 19T 

HôpiUl 8te»Marie à Moscou. . 4^1 

Hôpital de Pensylvante 83 

Opération bi-Iatérale 42 

Cheselden 21 3 

Liston . 115 

Infirmerie de Norwichii 7ru 

TotauXf . . . . . 6369 



Uorf*. 


Proportion 


i4r 


1 snr 10 


28 


1 3 


35 


* ^ 2 


iS 


i 3 


54 


t 4 


61 


1 5 


25 


i 5 


28 


i 4 


217 


1 4 


47 


1 6 


7 


1 17 


4 


i 1» 


4 


1 10 


3 


1 11 


6 1 


\ 3 


5 ' 1 


1 7 


12 1 


l i 


» ^ 


1 u 


15 1 


7 


'79 1 


! - 4 


28 1 


7 


42 . 1 


9 


10 1 


8 


9 1 


4 


20 1 


10 


16 1 


7 . 


93 1 

• 


7 



958 



Ainsi, sur 6 369 opérations de lîthotoinie, dont plus des denx tiers ont 
été pratiquées depuis le commencement de ce siècle, on compte 958 morts, 
ou 1 mort sur 6 calculeux. La mortalité pour l'Angleterre setïle (1763 cas) 
est de 1 sur 7. Il est bon de faire remarquer que dans le tableau de M. Cool- 
son sont compris presque tous les procédés opératoires. 

Le nombre des malades soumis à la litbotomie décroît, et la mortalité 
augmente à chaque période décennale de la vie. Au-dessous de 10 ans, 
cette mortalité est de i sur 13 ; elle augmente ensuite graduellement de 
1 à 80 ans, de manière à offrir les proportions de 1 sur 9 ; 1 sur 6 ; 1 snr 
(t ; 1 sur 3,65 ; 1 sur 3,23 ; 1 sur 2,71. Les tables de M. Couison donnent le 
résumé stiivant : 



H. 



22 



iii IIALADIBS SNDÈMlOrES, GÉOGRAPHIE ItT STATISTIOIIB MCDIULIS. 
MoriaiUé cauiée par la lUholomie suivant i«i4|fei. 

Citlculeas. MorK, Proporlion. 

De I à 10 40f, 1466 112 1 sur i3,0S 

lié 20 «as, 731 71 1 sur 10,20 

21 h 30 ans, 205 31 1 sur 6,61 

31 h 40 »ps, 141 24 1 sur 5,83 

41 à 50 «us, 123 27 1 sur 4.59 

M à 60 «Ds, 161 44 1 sur 3,65 

Cl à 70 MIS, 126 33 1 sur 3.23 

71 à 80 «PS, 19 7 1 sur 2,71 

2Q62 355 ^ 1 MF 8i37 

Il était intéressant de savoir riiil1uenc<î que le poids da câlenipeai 
exercer sur la mortaUté. Pour résoudre celle question, M. (>)u]son a iioa- 
gtné de penser tous les calculs qui se tn.uvaient dans la collectîoo de^or- 
wich, et de comprer leur poids avec les résultats de ropéraiion oonsigDr 
dans des registres spéciaux* Tous ces calruleux représenUitent un nombre 
de 703^ qui donnent le résultai suivant : 

C«lciil«Mi. -IImIs. PmffÊttlm. 

Aa-dessud del oûce (32 grain, env.)* 529 47 f nir 11,25 

De 1 oncô à 2 119 18 I sor ^M 

S oDces à 3 35 16 f sur lis 

3 onces à 4 Il 7 1 tar i.'û 

4 onces i5 5 3 Itar 1,66 

5 oncf 8 àO 2 1 nir 2 

6 onc«i à 7 ... • 2 2 1 sur 2 

703 93 1 sor 7,56 

V 

Ce réaqlut montre la rareté des calculs d*un poids au-dessus de qo^tn 
MciM| onces, ainsi que Fiofluence que le volume de la pierre exerce sur 
les résuUatidc Topératiou; la mortalité est en effet à peu près en w' 
directe du poids du calcul. 

feltAKOR. '— Sur une population moyenne d'environ 56 000 habitaQ'À 
o« a compté, pendant la période de 1837 à 1837, 33 décès causés pir^J 
pierre, proportion évidemment considérable et qui dénote la fréquenc«ii<> 
calculs nrinaires eu Islande (1). 

Suède et Norwège. — U pierre paraît être rare en Norvège. ?ta- 
dant une période de quatre années, il n*a été reçu qu'un seul calcolein 
dans rtiôpital général de Christiania, où trois mille deux cent onze mi^ 

(1) Voir plu» haut, t. II, p. 255. 



I 



CALCULS lîfllNAtRBS. 33^ 

oiu été traités. Cette ville renferme une population de vingt mille âmes. 
Aucun médecin, mé^me parmi les plus âgés, ne se souvient d'y avoir vu 
pratiquer la taille. Les malades atteints de la pierre, qui 8*y rencontrent, 
sont tous des hommes, adultes ou vifîUards ; raffcction M t'observe jamais 
cliez les femmes, les enfants, iri les pativres. Gothenbourg, dont la popula- 
tion s*élève à vingt-six mille âmes, est dans le même Cas. Celte ville, la 
plus gi'andc du royaume, après Stockholm, possède un hôpital de soisaote 
lits, dans lequel aucun calcaleux o'a été reçu, depuis cipquaate aof 
qu'il existe. En quinae années, eu n'a vu à G«thenbourg que quatre cal<« 
culeux. A peine connaît-on la maladie calculeuse dans la province de Bohus, 
qui renferme la ville de Gothenbourg, et dont la population est de cent 
vingt mille âmes. Le professeur Ëkstrom, premier chirurgien du roi, a 
transmis à M, Civiale Ve résumé des rapports faits par soixaule^huit mé- 
decins ; quinze seulement avaient eu occasion d'observer de» ealculeux, 
au nombre de trente-neuf, dont quiuze avaient succombé â leurs souf- 
frances, seize vivaient avec la pierre, et huit seulement avaient consenti 
à s'en laisser débarrasser par Topération. M. fkstrom luî-niême a recueilli 
environ cinquante cas de ce genre, à l'hôpital de Stockholm (i). 

Danemark. — La pierre paraît n'être pas une maladie fréquente dans 
ce royaume. Sur une impu tati o n de deux millions cinq cent mille âmes, 
il n'a fourni, en dix années, que deux cent quatre-vingt-seize ealculeux, 
dont un cinquième enviro4i étaient ainsi répartis dans les princip^^les villes : 



LocaUlM. 

Aarhvus 

Altooa 

Cop^nhagae ...... 

Elieeeur *• 

Hoiuffi... 

Kiel 

Ofttensee 

Teodem* ...«•... 





Nombre 


PopuUtton. 


des calculeus. 


4,000 


3 


20,000 


2 


ioo,odo 


49 


7,000 


2 


4,000 


1 


7.000 


â 


8.000 


7 


9,500 


1 



152,500 6S 



Aottnt la pierre est rare en Danemark^ autant la gravelle y est «Mamtooe* 
Anglëterub. ^ Pendant la période de 1838 à 18/^2, on a com^ les 
iMUD b re s ci-aprës de décès causés par la pierre (2) : 

(1) Civiale, Op. cit., p. 580. 

(2) Voir plus haut, t. II, p. 246. 



3&0 MALADIBS INDBUIQUIS, GBCN2IUran >T STATISTIOUB HiDiaUS. 

PraportioD 
Nombre wr f millfon 

Aanées. drj dëeèt. dliahitaDU. 

1838 320 22 

48S9 299 SO 

1840 303 90 

1841 261 17 

1842 304 . 19 

Bavière. — Ce royaume, dont la popolatjon dépasse éeui mite 
d*hibitaAt8, a offert, en 10 années, 386 calculeux, nombre anqaei m 
des prîncîfMle» villes ont contribué de la manière soivénte (1) : 

Nombre 
Villes. Po|>a)aiioD. des caicuVcot. 

Augsbourg » . . . . 30,000 i l 

Bcyrbalh 14,000 \ 

Erlangeo 10,000 3 

Landau 3,000 1 

Landshut • • . . 7,000 4 

Munich 70,000 20 

Nordiingen 6,000 2 

Raiitboonf «... 19,000 4 

Spire 5,000 . 1 

Straubing 7,000 12 

Wtirzbourg. 15,000 23 

186,000 . 82 

Ce tableau donne une moyenne de 1 calculeux pour en?lroD Tl^' 
habitants. Les documents détaillés reçus de ta Bayière par M. Ovif 
signalent encore d'autres particularités non moins remarquables. Tdr 
sont surtout la proportion des enfants, qui est moins élevée que àm 
beaucoup d*autres pays, et le nombre des calculeux non opérés, qui ^^' 
passe ce qu*on voit aillenrs. La frayeur qu'inspire la taille est udp ^ 
principales causes de cette dernière circonstance ; elle avait frappé si ^i^^ 
ment plusieurs malades entrés à Thôpital de Munich, qu'on fut ohii:*' ^ 
les renvoyer sans pouvoir les décider à accepter Toperai ion. Le non^^'^ 
des calculeux ayant la pierre dans Turèthrc surpasse de beaocoop cH^ 
qu'on a coutume d'obsei*>'er« puisque, sans en compter treize, qoi ^ 
rendu spontanément leur calcul, il s'en est trouvé dix-sept qui ooi ^^'^ 
ruréthrotomie> et dix pour lesquels il a suffi de dilater la canal 

Fraisce. — La pierre parait être fréquente daus les départeutentsq^ 
correspondent aux anciennes provinces de la Lorraine vi du Barran 

(1) CivialP, Op. cit., p. r.5R. 



CALCULS aRINAlRKS. 341 

C'est sang doote ce qui atait engagé Stanislas de Pologne à fonder, à Luné- 
ville, un établissement particulier pour le trailement des calculeux indi- 
gents. Vorei le nombre des calculeuxsignalésàM. Civiale, pariO départe- 
ments, pour la période de 1820 à 1830 : 



l>eptirtemeots. 

Aobe 

Landes 

Loi 

Lotère 

Maroe (Hante) 

Sarthe 

SeiDe-«t- Marne 
Sèvres (Deui) 

Tara 

Var. 



• • • • • 



Popalalion, 


Nombre 

des 
calcialeoz. 


Sbzs. 

HomAet. Feminot. 


246,361 


23 


22 




281,504 


1 


1 




284,805 


9 


8 


M 


138,178 


' 5 


5 




240,827 


39 


38 




446,519 


11 


6 




303,000 


22 


20 




280,000 


24 


17 




314,000 


9 


. 8 




305,100 


51 
194 


49 
174 


2 


2,849,294 


20 



Dans le Var, la maladie semble avoir attaqué également toutes les classes 
de la société. La nature du terrain, qui est siliceux et granitique sur le Ut- 
toral, et calcaire dans rintérieur, ne paraît pas établir de différence sen» 
sible dans la disposition des habitants à être atteints de Taflection calcu- 
leuse. Les conununes où Ton boit des eauï séléniteuses et incrustantes 
n*oiïrent pas plus de calculeux qu'il ne s'en reuconlre ailleurs. En Amé- 
rique, d'après le docteur T^'ah*en, de Boston, la pierre est fort rare dans 
le pays de Massachussets, et presque inconnue dans les localités où le sol 
granitique domine, tandis que, dans d'autres points où le sol est calcaire, 
on en voit quelques exemples (1). 

AUTRICHE. — Le tableau suivant que nous empruntons à fiff. Springer (2), 
indique le nombre des calculent observés dans Tempirc d'Autriche, de 
1820 à 1 830 ; nous y avons ajouté la population des diverses provinces en 
1837: 



Province au-dessous de l'Enos 

Province au-dessus de PEnns ê 

Styrie •••• 

Carinlbie et Caroiole. ..•.•••••.. 



( 1 ) Civiale, Op. cil. 

(2) Spi\nger,Statislikdes'6sterr. Kaisersiaates. Vf ien, 1840, t. I, p. 178« 



des «alculeus 
de tMU-1830. 


Nombre 
d'hiibilMUla 
en 1837. 


94 


1,328,794 


18 


839,901 


10 


935,576 


2 


737,471 



3&2 MALADIES ENDÉMIQUES, GÉQUKAPHIB ET STATISTIQUE llBDiaU& 

Pays de la Côte S9 48S,40S 

Bohème lOS 4 ,00 1 ,eSS 

Moravie •( Silésie .. , 30 t.074,t46 

Gallcie 19 4,511,360 

Tyrol 11 » 

Vioise 278 ^,074,118 

Lombardie 794 2,460,079 

Ualinati^* ••••••«••••••••iff*ft 49 373,4 1 9 

Tout en tenant compte de la tendapce de malades è se porter vers cer- 
tains centres médicaux où se trouvent d*habiles opérateurs, on peot iofénr 
de ces documents que raffection calcuiruse est très inégalement répartk 
entre les diverses provinces de r^utricbe; qu'elle est rare en Suri". 
en Carîntbie, daos la Caruîole, dans la fialicie, tandis qu'elle laitdegnfid} 
ravages dans les provinces iialiennes* 

Tobleau de% ealculeux au royauvM lotiibard*v^t(ian, do 1820 à 1830. 

Nombre Sbic. 

Praftnces- Popolation. cfllenleax. HoAinet. ftmutn. 

Btrgama....... 409,210 168 150 18 

Breicia 329,100 175 174 l 

CrémoDe 270,530 119 III % 

Lûdi 71,560 84 80 i 

Manloue 278,910 15 13 S 

Milan 540,000 127 123 i 

Pavie 472,000 108 106 3 

Bellune 126.870 15 15 • 

Paduue 238.332 50 49 1 

Rovigo 135,750 4 4 > 

Trévise 224,000 34 33 1 

Udine 394,270 49 4r» 4 

VcnUc , 159,000 98 90 « 

Vérone 289,210 7 7 • 

Vioence 317,940 51 49 « 

4,256,682 1104 1047 57 

États-Saroes. — I^ pierre esl rare <i Gênes, qui, avec ses envir*^ 
sur un rayon de six lieues et une |)opuiation d'environ deux cent vs& 
habitants^ n*a compté en sept années (de 1823 à 1830) que vingt cjIcs- 
leux, admis \ l'hôpilal. Presque tous ces ealculeux étaient des ariisaa>^ 
des marins. A Turin, Thôpital de Saint- Baptiste reçoit chaque anoéetn» 
mille cinq cents à quatre mille malades. Depuis 1821 jusqu'en 1830. oc^ 
a compté cent quatre-vingt-huit ealculeux, savoir : quatre-vingl-qoatnrr' 



DK LA CALENTUHK. 3(^3 

au-dessous de dix ans, cinquante- trois de dix à vingt, seize de vmjgi \ 
trente, neuf de trente à quarante, six de quarante à cinquante, deux de 
cinquante h soixante, cinq de soixante à soixante-dix, trois de soixante* 
dix à quatre-vingts ans; en tout, cent quatre-vingt-trois Iminmes et cinq 
femmes. Treize seulement de ces calcuieux étaient de la ville ; les autres 
habitaient les campagnes environnantes. Â Nice^ la pierre et la gravellesont 
rares. Cette ville possède deux hôpitaux, qui chaque année reçoivent, l'un 
six cent cinquante, l'autre d#ux cents malades ; cependant elle n'a fourni, 
eu dix années, que cinq calculeuXt pour la plupart nrôme étrangers à son 
territoire. 

Bengale. — Le Bengale n'est point li l'ahri de Taffection calculeiisp. 
h'hô}iital de Bénarès reçoit annuellemem sept mille malades ; or, dapi 
un relevé général^ de 18,26 à 1830» on a trouvé treize individus qui^vaief^ 
été atteints de la pieri'e et soumis à I9 cystotomi^. Un de ces calculai)* 
avait cinq ans, un sept, un huit, un neuf, deux dix, deux douze, un (reize| 
deux quinze et un seize aus. Le$ calculs étaient composés surtout d*acide 
urique, quelques-uns d'oxalate de chaux, et plusieurs d'urale d'ammo- 
niaque. D'autres villes dci'indeont présent^ des calculs urinaires. >l. AJor 
rehead insiste 3ur Ja frécjuence des calculs urinaires dans l'Inde (1). L'afn 
fection calcuieuse paraît ne pas ôtre commune k Haïti, mais elle n'y 1^ 
pas non plus inconnue. Quelques ras de gravelle y ont été observés pjir 
M. JobeL 

CHAPITHK IX. 

Di: LA CALKISTURE. 

(le nom soulève une question préjudicielle : d'abord, cxisto.-1-il une in- 
dividualité morbide qui puisse justifier le maintien de la calenturc dans le 
cadre nusologique?» Li caleniure, dit M, Fonssagrivcs (2), es( on délire fé- 
brile, subit, particulier aux pays chauds et dont le caractère spécilk|ue est 
d'ioapirer au malade le désir de se jeter à la mer. «liii antre chirurgien de 
la marine, M. Behser (3), lai assigne p:)ur cause priudpatercncombreiOMfl 
et la chaleur du faot-fxml peudant la nuit, une journée 1res chaude aveo 
calme plat, Ja jeutu^sse, la constitution pléiboriqae, etc.« bref, tout ce qui 

• 

(1 ) Clinical researvhes on disease in India^ t. II, p. 302. l.ondon, I85ti. 

(2) Tratlë d'hygiène navale. Paris, 1856, p. :)94. 

(3) Dissertation sur la calenluic, tlièse de Montpellier, 11" 73, 1832. 



S&b MALADIBd BNDBMIQOKS, GÉUURAPHII ST STATISTIQUB MÈDICALBS. 

favorise les congeittions cérébrales. M. Fonssagri^es dit n'en avoir pas ro- 
contré uu seul exemple pendant quatre années de navigatîoQ sur la côle 
d* Afrique, sur on effectif de 3 000 hommes. Diaprés ces diverses considé- 
rations, nous ))ensons que l'existence même de la calenturc est au moins 
fort douteuse. 

CHAPITRE X. 

DU CANCER. 

D*aprés les recherches de M. Walshe, c'est en Europe que le emoer 
paraît le plus fréquent; en Asie, il est beaucoup plus rare. D'après la sta- 
tistique de rhôpital de Calcutta, sur 4 080 hommes admis à l'hôpital da» 
Fespace de trois ans, on ne comptait que 3 individus affectés de cancer, et 
sur 701 femmes admises dans l'espacede deux ans, 2 seulement qui avalât 
un cancer siégeant à la matrice. Parmi les Indoos, la maladie parait être 
généralement fort rare. En Chine, au contraire, le cancer semUe beat* 
coup pins fréquent. Les habitants de l'Afrique paraissent peu exposés» 
cancer* M. Clôt insiste sur sa rareté en Egypte. D'après Bax» la maladk 
serait rare au Sénégal ; ri en est de même des parties tro|HcaIesde YSmt- 
rique du Sud, Dans l'Amérique du Nord, il paraît beaucoup plus rare 
qu'en Europe (I). 

En Islande, on a compté dans la période décennale de 1827 à 1831, 
37 décès par suite de cancer. En Angleterre, le nombre des décès causés 
per des affections cancéreuses a été (1) : 

Ed 1838 9448 soit 166 décès Mir 1 milItoD d*liabitaBt$. 

1830.... 2691 178 — 

1840..... 2786 181 — 

1841 2746 176 ~ 

1842 29il 186 >> 

E/a Irlande, le recensement fait dans la nuit du 30 mars 1851 a ooosiaté 
l'existence de 161 individus du sexe masculin, et de 206 personnes do 
sexe féminin en traitement pour affections cancéreuses. Nous avons moDirt 
plus haut (pages 164 et 265) que le cancer ne manque ni à Alger ni méoe 
dans nie Sainte-Hélène. 



(1) Lebert, Ttaiié prcuique des fnaladies cancérewes. Paris, 1851, p. 13:;. 
^2) Voir plus bout, p. 244. 



CANCBR. 3&5 

D'après les recherches de M. d'Ëspioe, le cancer serait plus fréquent à la 
ville qa*à la campagne. Sur 66 cas de mortalité annuelle moyenne par suite 
de cancer, il y en a 38 à la ville et 28 à la campagne. Cette proportion plus 
grande a été constatée en général pour toutes les grandes villes, mais il ne 
faut pas perdre de vue que beaucoup de campagnards atteints de cancer 
vont séjourner, pendant les derniers temps de leur vie, dans les grands 
centres, où ils espèrent trouver des secours plus efficaces. 

Le cancer est beaucoup plus fréquent chez la femme que chez Thomme, et 
l'on sait que le cancer de Tulérus et du sein, organes le plus fréquemment 
atteints dn cancer, sont les principaux éléments de cette prépondérance 
numérique. Voici la proportion à laquelle est arrivé M. Lebert dans 3&9 cas 
de véritables cancers, dans lesquels le sexe a été noté . 131 hommes et 
218 femmes, ce qui établit la proportion de 0,38 à 0,62, et Ton peut 
dire que le cancer est d*un tiers à la moitié plus fréquent chez la 
femme que chez Thomme. ]Le résultat auquel est arrivé M. d'Espine se 
rapproche tout à fait de celui de M. Lebert. Sur 66 cas de mortalité 
moyenne à Genève, il y a eu 23 hommes et (i3 femmes, ce qui donne la 
proportion de 0,35 à 0,65. 

« Sur 377 cas de cancer dans lesquels Fâge a été noté, 7 se trouvent jus- 
qu'à Tâge de cinq ans, dont li de cancer de l'œil, 1 de cancer des os, 1 de 
cancer des reins et un de cancer des poumons. Entre 5 et 10 ans, on 
a 6 cas dont également U de cancer de l'œil ; de 1 à 15 ans le Cancer est 
rare ; M. Lebert n'en note que deux cas de 15 à 20 ans. Il y en a 7 de 
20 à 25 ; 5 de 25 à 30. H commence à être plus fréquent ; de 30 à IxO cette 
fréquence va en croissant, s*élevant au nombre de 60, et par conséquent 
de moitié plus grande que la somme de tous les cas avant UO ans. 
C'est de UO à 60 que Ton trouve la moitié de la somme totale. De 60 à 
70 ans, le décroissement commence; cependant, la proportion est plus 
grande que de 30 à i!iO. Entre 70 et 80, la décroissance continue, cepen- 
dant la maladie y est plus fréquente que pendant l'enfance. H y a, du reste, 
de& différences assez notables ponr la répartition selon l'âge, selon les 
divers organes, ce qui influe naturellement sur l'âge moyen que nous 
avons vu varier entre 32 et 64 ans. Le cancer de l'œil est celui qui offre 
l'âge moyen le moins élevé, celui de 32 ans. Aussi, sur 22 cas^ en rencon- 
tre-t-on 8 avant l'âge de 10 ans, pas un seul ensuite etitre 10 et 25, et 
les autres cas, à une exception près, jusqu'à 60 ans. Le cancer du testicule 
offre l'âge moyen de 35,12. Mais ici, le mal ne commence que lorsque 
l'organe a atteint son complet développement ; près d'un quart des cas se 



366 MALADIBS ENDÉMIQUES, GÉOGRAPUIB ET STATISTIQUE MÈDICAUS. 

trouve déjà entre 15 et 30 ; le maximum, pins de la moitié, entre 30 et 
hO, et la décroissance entre UO et 55. Eu troisième liçne, vient lesysièiLe 
osseux pour lequel Tâge moyen est de 39,50 ; sur 32 cas, on en reDcoD- 
tre 3 de 1 à 15 ans, et ensuite une distribution presque égale de 5 eo 
5 ans jusqu'à la veillesse; cVst sans contredit le cancer le pias égaleuieal 
réparti sur les divers âges de la vie. Le cancer du cerveau a pour i:* 
moyen ÙU.OU; aussi quoique à un moindre degré que pour le précédent li 
distribution est plus égale entre Fenfance, l'âge de la force et la \ieilieiw^ 
que pour les autres localisations. Vient ensuite le cancer de l'utérus, de 
Tâge moyeu est de 64,12. Mais ici, la répartition n'est plos égale. Il}i 
absence de la maladie dans les observations de >1. Lebert avant Taged^ 
25 ans^uo cinquième seulement entre 25 et 35 ; fréquence prédonoioaDte. 
la bonne moitié des cas, entre 35 et 50, et répartition égale des ras, pè 
tout à fait un tiers, après Tâge de 50 ans. On trouve, pour le cancer de b 
langue, Tâge moyen de 67,16 Le cancer du sein donne Tâge moyen ^ 
50 ans. Un seul cas jusqu'à 30, et 6 entre 30 et 35, mais ensuite u& 
augmentation graduelle entre 35 et 55, les deux tiers du nombre loti 
et prés d'un quai't dans la vieillesse proprement dite, passé 55 ans. Tà^ 
moyen pour le cancer des glandes lymphatiques est de 50l à 65 ; celui é?i 
voies respiratoires, de 52,33 ; celui du péritoine, de 53,28. Mèh poorcaf 
trois localisations, les chiffres sont trop peu considérables pour eu tirer d^ 
déductions. M. Lebert a obtenu l'âge moyen de 56,59, pour le caoo^ 
de l'estomac qu'il n'a commencé à observer qu'entre 30 et U5 ans; il*^^ 
ensuite assez uniformément réparti, avec une plos grande fréqueoft 
Cependant entre 50 et 60^ époque qui répond au tiers du nombre (ota. 
Vient a|>rès le cancer de la vessie avec 55, '53. Celui des intestins a^^ 
55,50 est assez uniformément répandu sur la seconde moitié de la vioavec 
prédominance de fréquence dans îa vieillesse. Pour le cancer de la gland; 
thyroïde on a 57,33; pour celui de la peau, le chiffre de 57,64; po»:' 
celui du foie 57,5; pour les reins 59,00; pour l'œsophage 60,00 ;i»0Gr 
le cancer de l'arrière-bouche 66,00 (I). »» 

(1} H. Lebert, Traité pratique des maladies canvcreuses. Paris, ^851, p. ^^ 
Î40. — Traité d'anatomie pathologique générale et tipedate, Paris, 1856, io-Wi». 
p. 307 et ftiiiv. 



CHOLÉRA MORBUS ASIATIQUE. 



1 I 



CHAPITRE XI. 

DU CHOLÉUA MORBUS ASIATIQUE (1). 
JkWLT, I*r. — Marehe générale du choléra dapois Taottée 1817 

La première apparition du choléra daus Tlnde est signa 
époque à laquelle cette maladie exerça ses ravages dans un c 
en station à Ganjam, ville du littoral de la côte de >Ialabar, 
N.-E. de Madras. L*année suivante, elle se manifesta dans I 
cette dernière ville. Apr^s un assoupissement de pHs de 
choléra fut sigualé de nouveau en 1817, à Jessora, petite ville 
Il mit quatre ans pour atteindre les bouches de Tlndus, où 
en 1820 (2); un an plus tard il remontait le golfe Persiquc 
Bagdad, Bassora et Ispaban en 1821. En 1822, le choléras'^ 
Mésopotamie et arriva jusqti'aux rives sud-est de la méritoire 
parut à Astracan, menaçant pour la première fois l'Europe, 
remarquer qu'outre sa disposition à rayonner autour des contr 
lé choléra montrait une tendance particulière de translation 
ouest. En 1818, un an après son débuta Jessora, le chol i 
sait Agra et Delhi, c'est-à-dire qu'il avait parcouru plus de 3 
Dord-ouest, tandis qu'il ne paraissait sur la côte de Coromant i 
lan, à 2 et 300 lieues au sud de Jessora, qu'en 1819, époque 
vaut sa course occidentale, il s'approchait de l'Indus, au bo i 
s'établit dès 1820, à 500 lieues de son point d'origine. En 18! 
nifestait à 1500 lieues nord-ouest de Jessora dans la ville d'Ast 
dant les trois années suivantes, !e choléra parut s'afîaiblir be< i 
toutes les contrées qu'il occupait. En 1827, il reprit unegr 
site au Bengale et dans l'Inde; pour la première fois, il pai 
nord de l'Himalaya, qui avait semblé jusqu'alors comme une 
le centre de l'Asie; ces montagnes ne furent dépassées que ve 
pansions occidentales. Le (.aboul, la Boukarie, et les rives ori ' 

(l> Nous avoDS tu occasion de toucher un grand nombre de fois à lii 
cfaolérâ. tant daus ce volune que dons le tome premier. Yoy. t. I, p. il 
et t. II, p. 227 et 230. 

(2) Voir le mémoire de M. Marc d'Espine, publié en 1849, sous <: 
roni^nOiu le choléra à Genève? 



3/iS MALADIKS BNDÉMIQUËS, GEOGRAPHIE ET bTATlSTIQDE MÉDiaLKâ. 

mer Caspienne et du lac Aral, furent envahis. En 1829, le choléra, qui 
s'était rallumé sur les rives orientales de la mer Caspienne et du lac Âral 
où il était venu de Boukarie, ainsi qu'en Perse et en Géorgie, se déclin 
avec une grande intensité à Orembourg pour la première fois, et peu apris 
en juillet 1830, à Âslracan pour la seconde fois, six ans après la preœijfe 
apparition. Les ravages furent grands dans ces deux villes, et le Iuou\^ 
meut, soit de rayonnement, soit de translation au nord-ouest, fut très n- 
pide. 21 jours après avoir débuté à Astracan, le choléra paraissait à Santc: 
sur le Volga, à 130 lieues nord-ouest d' Astracan. £n septembre il parut à Li 
fois à Odessa et à Moscou. D'Odessa, en rayonnant dans toutes les directioQ.\ 
il passa rapidement eu Moldavie, puis en Hongiie, et enfîn il arriva à \km 
en août 1831. De Saratof et Moscou, il chemina principalement ve^vi^ 
sources du Volga qu*il atteignit trois mois et demi après le début à A^li- 
can; il gagna Riga, la vieille Prusse, l'Elbe et Hambourg eu octobre 1N3I. 
Entre ces deux lignes, le choléra s'étendit aussi parallèlement sur b 
Galiicie, la Pologne, la Boliénie, la Moravie, la 8axe« Mais reiïort \tT^ 
l'ouest s'arrêta au sud et au centre de rAllcinagne, vers les Alpes du T}pI 
en Bavière, en Frairconie; les pays ri\erains du Rhin furent é[)argné.\ <!t 
le nord-ouest offrit seul un échappement au courant épidémique. Le Dasc 
mark et la Norwège, placés au noid de l'Allemagne rhénane, furenJ^ 
premier entièrement préservé, la seconde fort peu entamée. Stocibali 
fut presque le seul point de la Suède vihilé par l'épidémie. 

De Hambourg, le choléra passa en ttoib semaines à Sunderland surb 
côte orientale d'Angleterre, le 26 octobre 1831. Londres et ÉdiinbuQil 
furent atteints en février 1832, Dublin en mars. Â la même époque 
(mars 1832), Paris et Calais furent à la fols les premiers foyers en Fraocé. 
Durant les mois d'avril et de mai, toute l'Irlande et toute la portion septen- 
trionale de la France furent envahies; mais le rayonnement au sud de Paris 
n'était pas de 30 lieues, lorsque la translation nord-ouest atteignait Qoimp^ 
eu Bretagne, à 120 lieues au moins de Paris. Le choléra n*était |« 
encore en juin à Dijon, à 60 lieues de Paris, que déjà il se manifestait as 
Canada, à Québec, puis h Montréal. Le choléra se répandit rapidemax 
dans les principales villes des États-Unis; le l*"' juillet 1832 il éclauità 
New- York ; peu après à Philadelphie, à Baltimore ; le reste de Tété acheta 
loccupation de l'Amérique du iNord; la Nouvelle-Orléans fut envahie ei 
novembre 1832. En 1833, le Mixique fut entamé; en juin le choiériti^ 
buta à Mexico ; en août, à la Vera-Cruz, et c'est pendant que Ti^tbo^' 
des deux Amériques était en pleine épidémie, que le choléra, déjà éteiot 



350 MALADIBS ENDÉMIQUES, GBOGRAPHIR ET STATISTIODB MKDICALSS. 

à Gènes, â 60 lieues Est de Marseille, tandis qu*au même moment il armih 
à Avignon, à 2U lieues au nord de cette >ille. Presque à la même époque 
il arriva à Livoume et à Coni, au-delà de la chaîne ligurienne. Enfin il en- 
veloppait Turin, occupait 22 \illes du Piémont, se signalait par quelques 
cas à Florence, qu'il n'avait pas encore atteint Valence, où répidémie dé- 
buta en août. La Lonibardie fut envahie en septembre, Venise etTrieste 
le furent en octobre, époque où Tépidémie était presque entièrement 
éteinte dans toute la France méridionale. 

« En résumé, le choléra, parti en 1817 du Bengale, tendit dès rorigiDe 
\ s'étendre vers le nord-ouest. Cet eflbrl fut d'abord impuissant à franchir 
de grandes distances; il s'épuisa par le fait même du degré d'extenaoa. 
Mais, le (byer d'origine se rallumant avec une nouvelle vivacité, envoya à 
chaque recrudescence des rayonnements d'autant plus prolongés qu'ils se 
dirigeaient dans le sens du nord-ouest. C'est ainsi qu'après des recrudes- 
cences répétées pendant 13 années successives, la force de translaiion 
poussa l'épidémie jusqu'en Europe, qui fut traversée obliquement en 2 ans 
L'Amérique deviut, en 1833, le terme de l'expansion cholérique, après 
quoi le fléau suivit une direction réflexe, et traversa l'Europe par le sad, 
encore en 2 ans, |K)ur aller regagner son lieu d'origine. Telle a été la loi 
d'évolution de cette sorte de comèle épidémique dont l'Europe a essoyéle 
premier passage en 1831 et 1832, et le retour en 1835. Les contrées sitoées 
en dehors de l'ellipse ont été, ainsi que celles qui se trouvaient à son cm- 
tre, généralement préservées. Les premières ont été : Lue partie du nord 
de la Russie et de la Finlande, presque toute la Sui'de et la Norwège, le 
Danemark intégrale m <'nr. Les secondes aussi peuvent être exactement indi- 
quées : la Suisse d*abord, formant avec ses Al|)es en quelque sorte le noyao 
du continent Eurof.éen, la portion la plus montagneuse du Tyrol, le Vor- 
arlberg, la Savoie, iQute la France et rAllemagne rhénane jusque ren 
Cologne, ainsi que la France rliodanienne jusqu'au delà de Lyon. Il im- 
porte de noter que le Rhin et le Rhône, qui partent de la Suisse, par- 
courent des pays et des terrains qui peuvent être considérés comoe 
des prolongements des terrains alpins. Depuis l'année 1836 jusqu'à Tan- 
née 18/i7, l'Europe, délivrée du choléra, ne s'en occupa plus. En 18&7i 
le clioléra reparut, comme en 1830, à Astracan, et, comme alors, il 
s'avança veis le nord-ouest, envahit Moscou la même atiuée, y régna 
pendant l'hiver 18\8, ainsi qu'il avait occupé cette ville en 1831. 

■ Chose remarquable, dit M. d'Espine, la grippe régnait a?ec une grande 
mtensilé pendant ce même hiver 18&S dans tout Toccident de f Europe. 



chutera db Moscou et de la grippe de l'occident en 1831. A quelques diffé- 
rences près, le cholét'i de i^UB et l8fi9 suivi! ^n Europe une marche gé- 
nérale tort nnaloguc i cette de 1831 i 35. Comme eu tSZO et 31, il s'é- 
lendil sur lonie la liussie mOridiotiale et centrale, et une (urtie des régions 
septentrionales, pendant qu'une épidémie considérable de giîppc l'aniiotH 
çail en Occident; puis il piissa en Foiogni' et en Prusse, en m^me temps 
qu'il passait en Gatlicie et en Bohême, en Hongrie et en Autriche. De h 
Prusse il arriva le long de l'Elbe â Hambourg ; de Hambourg il passa «n 
Anglelerré, d'AngIcieire ï Paris, d'ot'i il rayonna dans les divers dépar- 
tement!), comme en 1832. V.nCia, il passa d'Europe en Amérique. ■ 

Voici les dilTéreiiccs les plus nolal)k<s. ¥.a 1833, la HulUnde et la Bel- 
gique n'avaient pas reçu le choléra par tr.inslatioh occidentale de Prusse 
et de Hambourg, mais par le rayomiPiiient des épidémies d'Angleterre i 
Schweiiiiiigea, en juillet piîur la Holtaiide, et de FraiiceâCoutray, en mai 
pour la Belgique. Cette fuis, ce Tut de l'Alteiiiague que ces deux pays reçu- 
rent le clioléia avant son arrivée en France, la ^orwége aiaït éié touchée 
eo octobre 1832, posté Heure m et il à l'invasion du iléau en France, et 
probablemeut par suite des dernières n'C ru drsr onces en Prusse. Cette 
fois, c'est en janvier 18'i9, un peu avant l'invasion en France, et 
pendant celle d'Angleterre, que Berghem, |>eot-éire la seule ville de 
Norwi'ge, reçut le cIioIcTa. 1,'Amérique, an lieu de le recevoir, comme 
en 1832, fur le Nord, c'cst-ï-dire |>ar le Canada , postérieurement i 
l'iitrasion de la France, te reçut à [a fin'de 18fi8 par ta >'ouvelle-Or- 
léans, avant l'arrivée du fléau en France, et peu après son entrée en 
Angleterre, qui probablement servit cette feîs- d'intermédiaire entre 
l'Europe et l'Amérique. En 1832, le choléra avait sauté tout droit de Lon- 
dres i Paris, d'où iL s'était ensuite étendu, par le rayouiienient, dans les 
départements qui séparent Londres de Paris. En 18Ii9, le choléra passa 
d'duglelerre ï Fécaïup, à Douai, puis it d'autres villes du nord de la 
fronce, pour aniver ainsi du proche en proche jusqu'à Paris. Autre dilTé- 
reuce:lors de l'épidémie de 1831-35, c'est en Amérii|Hi', jieiidant l'année 
1833, que n'éiait dessinée ia marche réflexe; et après avoir épuisé son 
xiioD dans l'Amérique du .Nord, le choléra traversa de nouveau l'Atlan- 
tiquCk pour regagner par l'Europe méditerranéenne son lieu d'origiue; 
en 1M9, pendant la dii«éminalion américaine de réjiidémie, c'eit en 
France que l'épidémie retourna en giiguaut la Méditerranée, pour de U 
prendre ta direction orientale. En 1632, tHarseille avait été épargné et 



352 MAUDIIS KMDftMIOUBS, GB06BAPHIE BT fiTiTISTIQfJl HtlHailS. 

réservé pour 1835. En i8/i9, le choléra, après avoir gagné lesdépam- 
menu de la Charente» puis de la Gironde, le Languedoc , le Gard, Imà 
en particulier, arrjva à Marseille en août 18^9, sept mois après le délm 
de Paris. Dès lors, la translation deTooest à Test se caractérisa; Toukn. 
Nice, Gênes, furent plus ou moins touchés. Pendant ce temps, k rayon- 
nement de Marseille vers le Nord s'opéra comme en 1835. 

Lors de T^pidémie de 1831 k 35, Timmunité sétendit surunephe 
grande surface qu*en 18^8 et 69. En 1832, les rives du Rhin furriii pré- 
servées sur 4in parcdUfsde plus de 200 lieoes, tandis qu'en 18/i9, Colo^. 
Manheim, et même HeiIbronn« tout près de la frontière septentrionale è 
la Suisse, furent visitées par Tépidémie. te Tessin fut aussi entamé à Meo- 
drisio, vers ses expansions les plus méridionales. 

M. d'Espine pense que les hautes montagnes qui forment le centre de 
continents sont antipathiques aii choléra . et paraissent préserver ptr 
leur voisinage les pays qui les environnent « On pourrait, dit-il, objectff 
à cette conclusion le passage du choléra des Indes dans l'Asie centrale. 
malgré THimalaya, en 1 827 ; le passage de Perse en Europe, malgré le Cau- 
case, en 1830. Mais rien ne prouve que, pour arriver en Boukarie, le cho- 
léra n'ait pas tourné la chaîne centrale de l'Asie, et tout montre au txmwàif 
que, sans l'Himalaya, le choléra qui a éclaté au sud de cette cbaineen 181". 
aurait rayonné vers le centre de l'Asie aussi rapidement qu'il l'a faitverslt^ 
sud, te qui n'a pas eu lieu. Quant nii Caucase, il ressort assez des détai 
q[ul précèdent, que c'est le long de la mer Caspienne et non par leCaocast 
que le choiera a passé de la Géorgie dans la Russie d'Europe. « 

AHT. U. — Un cboMrA ea 7r«Dee et «i Belgique. 

FAANGE. 

Des manifestations du choléra en France danslefiri^ rapports an( 
ta nature géologique du sol (1). — Le choléra s'est développé, à di- 
verses époques, dans tes trois grands bassins tertiaires de la France: 
en 1832, dans ceux de Paris et de la Gironde; en 183i!i et 1835, datf 
le delta du Rhône, après avoir suivi le littoral de la Méditerranée. A b 
première époque, progressant du nord au midi, il a régné en Breiagix; 
à la dernière, allant en sens op])osé, il 'a sévi deux fols à Marseille. £i 
suivant ces deux directions, il s'est arrêté au pied des monugnes * 
l'Auvergne et du Cantal; il n'a point franchi le plateau central. f<^ 

(i) F^nrcanlt, Cammunicalitms faites à V Académie den sciences. 



formées également de terrains incieiis, et qui peut-être ont préserré 
le bassin tertiaire de l'Alsace. Telle parait aroir élu l'inflnence des 
terrains de transition des Ardennes, de la Bourgogne et de la Nor- 
mandie. Les formations tertiaires et rarbotiiféres, encaissées dans des 
roches primitives, comme celles du plateau central, par exemple, ont 
été préservées. Le choléra a sévi, au contraire , avec la plus grande 
intensité sur les formations carbonifères du nord de la France, de la 
Belgique et de l'Angleterre, qui ne sont point protégées, isolées par de 
semblables roches. En France, comme en Russie, en Polc^ne, en Alle- 
magne, en Angleterre, l'épidémie de 1832 a suivi, avec une constance 
remarquable, le littoral de la mer, les fleuves, les rivières navigables ou 
noti navigables ; elle a sévi au pourtour des lacs, des étangs, près des mis- 
seaux dont l'eau est claire et limpide, comme sur les bords vaseux de quel- 
ques cours d'eau ; presque jamais elle ne s'est montrée i> la sontxe des 
neuves ; leurs emboocbures ont été le théâtre où elle a exercé le plus son- 
vent des ravages ; elle a paru s'arrêter dans les régions où ils coulent sur 
des roches primitives, là u£i l'on trouve peu de terre d'alluvion. On a 
remarqué l'activité singulière de la cause essentielle du clioléra, suivant le 
cours des rivières, sur des formations secondaires, tertiaires, et surtout sur 
les terrains d'alluvion. Au lieu de suivre b ligne droite pour passer du 
bassin de la Seine dans celui de la Gironde, en traversant le haut Poitou, 
le plateau central, le choléra a parcouru le cours de la Loire, le littoral de 
la Vendée et celui de la Charente-Tuférienre, et il a évité des obstacles géolo- 
giques insurmontables. Dans la presqu'île granitique de la Bretagne, oà les 
obstacles se multiplient, la marclie a été très lente, et c'est sur le littoral 
qu'il a offert le caractère épidémique. Dans l'intérieur de la Bretagne, lï où 
l'on ne trouve que des terrains primitifs ou de transition, il a épaignë une 
nombreuse population, et il était i l'eut sporadique dans quelques localités. 
Pendant le r^e <les deux épidémies qui ont étendu leurs ravages en 
1832, 183fi et 1835 dans le nord et dans le midi de la France, le choléra 
a enlevé 11 ù 716 individus. On trouve 9fillO décès dans le bassin de 
Paris, en y comprenant la Champagne et la Lorraine; 11 £i16 dans le 
bassin du RhAne ; 1 283 dans celui de la Gironde ; 6 218 en Bretagne et 
1 689 dans divers départements où cette affection a paru à l'état sporadique. 
On a compta : 

11. 23 



SSft MALADIES BNDÈMlOntS, GioCftAMlt Èf StATtSTlQUB MÉMaUS. 

Dam le leul déparlemeat de la Seioe 23,55 décès itar 1000 htb. 

te bassin de Parts 7,65 -* 

le bassio de ta Oirunde • • • • é 1,38 ^ 

la BreiagM • 1,45 «« 

le bassio du Rbôoe 6,44 — 

Mortalité comparée des deux années de choléra, 1832 et 18W (1). 

Bn 1832, le nombre des naissances élaot de îUiU 

le nombre des décès s'est élevé à 9337U 

raccroissemeot de la population est donc descendu k • 4 iSi 

KM 4849, le nombre des naissances a été de. « . 995Sèl 

In nMBbre des décès de. * • • • « • • • • 9M0fî 

raceroisaefiieol annuel a donc été de l3iU 

Poor apprécier les pertes relalhes supportées aut deux époqoo aiai 
fOlies 811 parallèle, Il fiât les comparer avec le total de la popvliM 
française. 

Première époque : i 832. >- Décès annuels 9S3 :r^ 

P^ulatlon toule S3M7m 

%e rapport de ces deui nombres donne par million d'babitants : déoèa. i^^ 

Deuxième époque : 1849. — Décès annuels « . 982(K<« 

Population totale SMST 73i 

Lé rapport de ces dent nombres donne par million d*babitant8 : décès. 27 4M 

Il réMlte de là qu*en i849 la mortalité, par million rhabiUnU, aal 

de 1,203 décès moindre qu*en 1832. Si maintenant on calcula la 

moyenne des décès annuels de cinq années antérieures à 1832, et 

par conséquent pendant lesquelles le choléra o*a point eu d*effet, 

M trouve que le nombre est par mlllloti d'habitants, dé • SSMi 

La nombre des décès pendant Tannée 1832 éUot, par million d^habi* 

tanU, de ' n^ 

On en dédoit que la mortalité qu'on peut attribuer au choléra de 

1832, par mlllron d'habitants, est de. ... • 3NS 

VfMù antre c4té, la moyenne des décès annnets des cinq années im* 
médialement antérieures à 1849 est, par million d'habitants, de. ^^ 

Décès pendant l'année 1849, par million d'habiUnts 37 4M 

t.a mortalité qu'on peut attribuer au choléra de t849, par million 

d'babitanU, est donc de 4Sll 

fin définitive, on arrive à ces résultats : le choléra de 1849, comp»» 
rativement ani décès moyens des cinq années précédentes, présente 

un accroissement, par million d'habitants, égal à 43^ 

Le Choléra de 1832, comparativement aut décès moyens des cinq 
•nuées précédentes, présente nu accroiasemtnt, par «lillîon d'ka« 
bitants, égal à i^ 

(1) Voy. la Communication faite à l'Académie det sciences, par If. Ch. D19A 
Iel9jninl852. 



La mortalité qu'on peut attribuer à l'invasion du choléra pr^eiile doac, 
d'après o« données, enl8'i9, un accroiKement qui l'emporte dt 238 mil- 
lièmes sur la mortalité comparable de 1832. 

M. et). Dupin termine par un rapprochement sur i'allotigeniènl de la 
vie moyenne, ea France, depuis quatre-vingts ans. 

De ITT! t tTSO inclailveiuenl, la iDorl«lilé moyEaat, par inillîoD 
d'habitiDti, uns épidémies eitraordina ire», l'élcTiil k 33 OOt 

En 1B33, premlèfe tpoqne d'iOTiiiOD du cboléra, la mortalité l'é- 

Ure i 1 1 36 689 

Ed 1849, deuilème époque d'iavaiton cholérique, la morMUlé l'é- 
lève à 26 021 

1^1- édtiSéquent : t" si l'un avait doublé la morlalité due âii cholé^a en 
1R93, là totalité des décès par million d'hommes n'abf-ait pis encore 
égalé Id mortalité (elle qu'elle eiistait de 1771 i 1780, sans épidémies 
«xtMordillaires ; 3* Si l'on avait triplé la tnorialilE due ail choléra daifs 
l'inuéi! f8t9, h totalité deS décès par million d'hommes n'aurait |ias 
encore égalé la mortalité telle qu'elle existait de 1771 i 17S0, Saiis épi- 
dëmiM estraordlnalres. 

Parallèle des trois épidémies de Pafîs (1). — Les trois épWétnies 
cholériques qui ont alteiut Paris, depuis 1832 jusqu'en 183Jt, ont dilTéH! 
entre elles : par U durée qai, de itept i huit mois, s'est étendue i, quatorze 
pour la dernière ; par la saison dans laquelle s'est manifestflfl la maladie, eu 
mars les deul pfeinitFes fois, en novembre la lroisiëii1Ë| mais celle-ci 
prenant la fin de mars pour point de départ d'une seconde période, pliu 
grave même que la preinièie. Elles ont dilTéré par la rapidité de l'évotu- 
tJM de l'é|>idémi«, dont le point calminant «si sarvena : 
Polir lB32, en moins de quinie jour»; 

1BI9, et) troîi mois DMins quelque* Josn; 

l853-t85i, en huit moU. 

Par l'intensité évaluée d'après le cliiffi e des décès et d'aprin le Doinbre 
constaté DU supposé des malades : 

1S32 t8,6St 39,403 

1849 19,184 3S,449 

t8S3-lS34 9,096 1T,T9S 

(1) Voj. F. Blonde), inipefleur de l'adminiatralion générale de t'atsiatinm pu- 
blique. Rapport fur Céptàérnie cholérique de 1853-I8r.4. dans lei tiabliaementi 
dépendant de f administration générale de ratiiilance publique de ta ville de Paru. 
Paris, I83&. — Bouvier, .Wr'm. sur la morlaiili comparée il» quartiers de Paritdmu 
l'^idémiedeeMéradetM9[aémMVAcad.detn/â. Paris, t8S3.t. XVn.,p.33»). 



^ 



356 MALADIES ENDÉMIQUES, GÉOCKAPHIB BT STATISTIQUE MfiOICAUS. 

On a compté d'ailleurs : 

En 1832 1 décès, à domldle et dant let hApitaoi, rar 45 bib. 

1849...... 1 — — 65 

1855-1854.. 1 — — 13S 

La comparaison du chiffre total des victimes avec Tensemble de b 
population donne : 

En 1832 5 décès 8/10 sur 100 hakitanU. 

1849 4 4/10 — 

1853-1854 4 » ^ 

Parmi les analogies la plus frappante est la similitude d'action du cholén, 
Si chacune de ses phases, sur tous les points de la ville, à Tégard de touta 
les classes de personnes; similitude telle que les mêmes dates, presque b 
mêmes heures, marquent le commencement, le maximum d'effet et ia 
décroissance de chacune de ces périodes, pour tous les quartiers, comme 
pour toutes les catégories d'habitants. 

Pendant l'épidémie de 1853 à i85/i, on a étudié la durée du séjour à 
Paris de U 730 cholériques admis dans les hôpitaux, et cet examen a doDoé 
les résultats suivants : 

264 malades étaient è Paris depnîs 1 è 15 Jours. 

55 — 16 à 29 

426 — 1 à 2 mois. 

665 — 3 à 6 

2,988 — plus de 6 mois. 

Sur UlkO malades du dehors, 6 359 ont avoué avoir eu la diarrhée 
avant l'admission à l'hôpital. J)es 6359 derniers, 2691 avaient ressenti de 
la diarrhée pendant : 

1 Jour, 
1 635 de 3 à 9 jours, 
233 depuis 10 Jours au moins. 

Sur 1 953 individus frappés de choléra pendant leur séjour dans i«s 
hôpitaux, on a trouvé comme maladies extérieures : 

Fièvres typhoïdes 207 

Maladies des organes de la respiration 200 

Cas de chirurgie 1 82 

Saites de couches • • • . • 100 

Maladies des organes de la digestion 93 



^ Eu Belgique, la première des dtui épidémies cholériques débuu, le 

2& avril 183^, dans une peiiie coniniutie de la province de Hainaut, celle 
de Vaulx. arrondissement de Toumay. Quatre jours après, la maladie se 
u^^ montrait eo même iem[>s à Courtray elîi Veiieren. Les localités où elle se 

manilesla dans le cours du mois suivant sont les villes de Fumes, de Gand, 
de Saint- Gbislai», de Pcruwelz, de Tournay, el les communes de Ghlin, 
de Bruyelles et de Calonne. Eu juin, elle parut dans les provinces d'&nvers 
et de Srabant, ei, eu août, dans celle de Limbourg, oit elle s'éteignit bien- 
tdl. la province de Liège en fut exempte jusqu'au 17 septembre; i celte 
eiixiLi- époque, la maladie était jiartout en décroissance. i:uc seule commune du 

\t,'>]-u- Luxembourg belge, celle de Habay-la-Nen\e, Tut eiivaliîe par l'épidémie. 

te-t- f L'hiver arrêta la marche de la maladie, el ce n'est qu'au mois de juillet 
i4U«' ' qu'on la vit reparaître. Les provinces qui eu soulTrirent le plus furent 

iirt^o'^f cellesde Liège, d'Anvers et de la Flandre orienlale Elle disparut de nou- 

veau à l'arrivée de la saison froide, pour ne plus se montrer que dans six 
ulglv'- communes, dont une de la province de Braluiii. Celte troisième invasion 
Mtfifif du choléra dans la ville de Gaud, eu iii'ik, donna 301 malades et 2(lt décès. 
Les cinq communes rurales réunies n'eurent (jue 22 victimes. 

Le premier malade de la seconde épidémie cholérique fut obserté 

■ ur* au port d'Anvers, le 28 octobre IS&ti; c'élail un matelot du bltimentk 

> i ^ vapeur i'Amicilia. arrivé la veille de Itutterdam, où la maladie sévissait 

* j depuis lungieuips. Quelques autres cas, lous isolés, ne lardèrent pas i se 

^^jD» montrer dans la ville même. La maladie semblait avoir cessé sur se point, 

lorsqu'on la vit éclater presque simullanémeiit dans les provinces de la 

toué )'^ Flandre orientale, de Hainaut et de Liège. I^ cliuléi'a s'éteignit i Itlons et 

1^, ')!i91 >'^ ' i, Anvers vers le 12 janvier, mais il se maintint à Liège, sans y prendre, 

jusqu'au 17 du même mois, un mouvement sensiblement ascensionnel. 

Le nombre journalier des morla, qui avait été jusque-là de ù i 5 au plus, 

s'éleva à 17 et, au 1" février, cinquantième jour de l'eiistence de la ma- 

^^ ladie, on constata qu'elle avait déji fait 2U0 victimes. Eu janvier 18A9, h 

maladie fil invasion dans les villes de Visé, d'Anloing, de Gandet snr pla- 

sieurs autres points des provinces de Liège, de Hainaut et de la Flandre 

orieataie. Le nombre des commanes infectées, qui n'élail alors que de 31 , 

atteignit, ï ta fin de mai, le chiffre de lùO; ï celle époque, le fléau re- 

{I) SUilùU<]»e ■jénénlt rk la Belgique, p, 515-548. 



Itll*'^ 



360 MALADIES ENDÉmOUBS, GiOGRAPHlB ET STATISTIQUE MÊDICALBS. 

La comparaison du chiffre des décès a?ec celui des malades établit que 
les deux points extrêmes de la vie out donné la mortalité la pins élevée, et 
que la période où elle a été la moins forte est celle de trente à soixaDte m. 
A partir de Tâge de quinze ans jusqu'à soixante, le nombre des décès a loo- 
Jours excédé la moitié du chiffre des malades. 



>T. m. — Ha flholérA mn SaâsM et «■ B 

SUISSE (1). 

Le choléra s'est montré pour la première fois à Genève en i85&, maisi! 
n'a fait que paraître et disparaître en n'emportant que deux malades. Ea 
1855, serrée de près par le fléau épidémique, qui sévissait croellemeDi 
dans -une ville du voisinage (2), Genève a fini par lui payer son tribal 
L'année précédente, le choléra s*était bien approché des frontières, mais 
il avait été beaucoup moins meurtrier que celte année dans la locaiiu 
envahie (3). L'épidémie de Genève a été nue des moins étendues que Foo 
ait observées, le nombre des malades n'ayant pas dépassé 92 dans la ii 
et le canton réunis qui comptent à peu près 66 000 âmes (A). Elle a ooffl* 
mencé à la fin du mois d'août et fini dans les derniers jours du mois d'oc- 
tobre ; sa durée a été d'environ soixante jours. 

«La proportion des cholériques sans prodromes, dit M. Rilliet, aéif 
peut-être plus considérable que dans la plupart des autres épidémies; ain 
je suis certain que sur un cinquième au moins de mes malades^ le chol^'- 
a paru brusquement au milieu d'un bon état de santés et sans êtrepr^ 

(1) Le choléra à Genève en i855, par M. Rilliet, médeeia en chef delliâpiU 
de cotte ville (Union médicale du 22 mars 1856U 

(2) A Seyssel, i 30 kiiomètref aa-destoui de Genève (tSOO cas sur 10000 bik- 
tanU). 

(3) Eo 1854, le choléra a régné i Annecy (72 cas sur 10000 habitaoU). 

(4) Les chiflVes saivants donnent noe idée du peu d'intensité de l'épidéow ^ 
Genève comparée à d'autres . 

Nombre dM CM 
Années, Noms det YUlet. Mr 10000 h^ 

1832 Paris 400 

1835 Turin 29 

1854 Gènes 531 

1 854 Milan 29 

1854 Turin 158 

1854 Annecy • 72 

1855 Bàle 120 

1 1855 Seyssel 1500 

1855 Genève 21 



CHOLÉRiL MORBUS ÀSUTIQUB. 

cédé d'aucun symptàme abdominal ou autre. Il va sans dire 
enqois des antécédeots dans les plus grands détails et avec 
scrupuleux. Â toutes mes interrogations j*ai reçu cette réi)oi 
« NouH étions en parfaite santé, nous n'avions point perdu 
• digestions se faisaient bien, nous nous étions couchés I 
» lorsque le choléra nous a pris. » 

BAVIÈRE. 

En Bavière,. M. Pettenkofer a cherché à montrer que le 
développe ni d*après les lois des maladies purement coniagieu 
celles des épidémies miasmatiques, mais que les personne: 
diarrhée, même légère, pendant la durée de Tépidémie cholér 
répandre elles-mêmes le germe de la maladie. Ils*appuie su 
Tants: 1° Les 225 surveillants du palais deTIndustrie (à Mun : 
renl le choléra dans leurs quartiers respectifs, n*étant eux-m : 
que d'un léger dévoiement. 2' Â Ebrach, Tépidémie éclata d i 
à la suite de l'arrivée d'un prisonnier venant de Munich ei 
qu'une légère diarrhée. La blanchisseuse qui lava son linge s* . 
matières fécales succomba promptement au choléra. 3* A B < 
teneur de livres de la fabrique de porcelaine revint de Munich i 
rhée; deux jours apiès le choléra se déclara dans sa maison, 
cinq locataires le suivirent en peu de temps, ti" Dans la priso i 
heim, même résultat : arrivée d'un étranger venant d'un lieu i 
croyant bien portant, ne présentant qu'un léger dérangement ; 
période d'incubation de huit à vingt et un jours, suivant 1* i 
moins humide de l'atmosphère; l'épidémie éclate, elle a sa péi i 
gression, sa période stationnaire, sa période de diminution et • 
recrudescence, surtout si de nouveaux étrangers suniennent 
lité. La marche du choléra à Nuremberg lui parait prouver l'ii i 
quartiers bâtis sur le roc. Le côté de Saint- Laurent, bâti si 
de sable, fut décimé, tandis que l'autre moitié de la ville, cl 
roc, eut peu de cas qui ne présentèrent jamais la forme épidémiqui 
et à Nuremberg, les lieux bas et humides souffrirent beaucouj: 
longtemps, dit M. Pettenkofer, à décider si celte étrange <i 
influence du sol agissait sur la prédisposition individuelle, ou sui 
tion même du poison. Diverses observations me convainquireni 
nature du sol, dépendait la quantité de matière septique produi 
composition, et surtout le plus ou moins d'humidité de sescouc 



^(3 MALADRS BNDBMIQUK^, ÇftOGIAFQ^ ET STATIFTIQUE MÈDICALSS. 

Hflfi grande inflaence »iir k développement du ebolénu • M^iffi ^ Im 
r))oinipe au sol ? Selop M* Peit^nkofer, il y laissa son urine et aei çicrè- 
ments, modifiés, infectés, ayant subi Tinfli^eoce d*un milieu oO règpe W cbo- 
l^ra et posséd9n( dès lors, pourvu qu'ils rencontrent un sol propice, b 
propriété de reproduire ^^ noiaspaes, 1q polsout le choléra enfin. Us on- 
tières infectées subiraient dans la terre hunaide upedivisipQf apeferpieQti- 
tion lente, et produiraient, outre les gaz ordinaires, le viras cbolérique. 
Chaque organisme résiste plus ou moins au poison : le premier degré dVoh 
poisonnepieot serait cette diarrhée reproduisant les iniasines empoisonoés. 
le second degré serait la cholérine, le troisième le choléra. 90 fois sur (Û^ 
le choléra s*est déclaré de minuit à six heures du matin, ce qi^i peut eut 
attribué au défaut de renouvellement de Tair ou à Téut de faiblesse (k 
l'oi^anisme pendant lesou^meil. Les femmes chargées d*enseveUr les mom. 
auxquelles Tusage abandonne les derniers vêlements, furent peu atteiota, 
tandis que la mortalité de ces femmes était énorme dans Ifs cais- 
pagnes. )1 est vrai que les premières, ayant trop d'occupation, faisakit 
javer le linge par d*antres personnes, tandis que les campagnardes se chir- 
saient elles-mêmes de ce soin. Pn résumé, pour M. Pettenkofer, le cbe- 
léra a pour capse le développepiept d'un miasme pixiduit par la fenneDU- 
tippi la d^conoposî^<)n ^^i l^ putréfaction des excréments humains dansn 
qpl poreux et humide, excréments provenant d'individus 4^^ atteint$à 
cbQléra , ou du moins ayant contracté |a diarrhée daps uoe localité » 
^vii l'épidémie. 

A&T. TV, — On eholérA en Angleterre, en Denem^rk, en BoMn et en Hnm 

ANGLETERRE (!). 

}f épures préventives. Dès le commencement de novembre 18^8, c'eU- 
i-dire au début de l'épidémie, le conseil général de sanfé publia te 
instructions détaillées ^t des observations destinées à mettre en laini^ 
cet enseignement que c'est dans les parties les pliis malpropres et les pt^ 
hun^ides des villes, là où il n'y a ni égoutsou canaqx pour le dé^erseroî^ 
4es immondices, ni cours d'eau pour faciliter leur écoulement, ff^^ 
choléra se montre de préférence et exerce le plus de ravageg. |1 %*Vf^ 

(1) Report ofthe gênerai hoard ofheallh^ on Ihe épidémie choiera ©/"IS**'' 
4849. Consaltfz aussi : Report on choiera in England^ 1849*1849. Las*" 
1888, 8*. C« dernier rapport, énMoé de radniniitrytion do legislraint gio*n^** 
pfécfdé d*iine lavapte iptroduetion da« à M. F^rr* 



^D choléra cuoGrinée, les mesures 4'assaiiiisBenient furent cpqdoites «vac 
diligence dans les localités, telles que Loadres, où l» population pinvre 
e| |ea autorité municipales les avaiçpt entièrement négligées. Des ordres 
furent doopés pour le nettoyage complet et le lavage k eau courante def 
rue^ étroites et {ualpropres et des cours intérieures qui servaient de récep- 
Uclesaux immondices, pour le lavage des murs intérieurs de; m^isonSt 
pour l'orgaaisation des secoure Qti instit|ia un service réguljer de visjtes 
qgoiidieqnes dans toutes jes maispns, d^ns le but spécial de cotpbattfQ || 
dian'hée prodi'omique ; on requit uo nombre sufrisatit de ipédecins; QR 
Otjfritdea maisons de secours temporaires; on créa de nombreu); dispep* 
saires et seulement quelques liâpitaui uiiiqucnieot aHeçtés aux cholëriqueSi 
Tel fut le système de mesures adopié. Les résultai!, au dire du rapport, 
ODt dépassé les espérances et constituent une expérience décisive. \tÇ iw- 
feur Sutberland faisait pratiquer le lavage des rues i grande e^u, au moy^n 
des pompes i incendie. Il cite notamment la \ille de Sunderland, où ce 
procédé hygiénique amena les plus heureux effets. Ij maladie, qui était 
dans toute sop intensité, déclina immédiatement. Rlle offrit, il^lTi^j, 
quelques JDUrs plus tard, une recrudescence ; mais bientôt elle disparut) 
' presque complètement, après une pluie torrentielle. Le lavggp des Riuni 
intérieurs des inaisons était fait i l'eau de chaux. On |e pratiqua partout 
en même temps, et les autorités locales eurent ordre d'enrôler un certain 
nombre d'ouvriers partout où le choléra sévissait avec intensité. ^ Edim- 
bourg, où ce moyen avait été employé atcc surets pendant la première 
épidémie, on le renouvela dans les paroisses les plus insalubres, et sur une 
grande échelle. On joignait ordinairement au lavage des (umigalions. Or 
la morlaliléii Édimbour^a été inlérieure de moitié il celle de 1832; le con- 
traire a eu lieu dans toutes les villes où les mesures hygiéniques n'ont pa^ 
été appliquées. 

Le rapport général établit trois choses : la première, c'est que, dans 
"toute l'Europe, l'apparition du choléra épidémique a été constamment 
annoncée par un gr>ind nombre de cas de diarrhée, f.n Itussie, à Berlin, 
'â Hambourg, h Bristol, ï Huit, à Manchester, i l.itcr|>ool, i Londrep, 
Lparlout la même surcession. Le serund fait mis hors de doute, c'est 
que, pendant le règne du choléra, la diarrhée continuait d'envahir une 
Krpnde partie des populations. A Glascow, elle n'j épargné presque |>cr- 
^|ine; ii {^oatbridge, surliOOO babitaiits, fiQO seulement ont éçb9p|>é ) 



36& MâLADIBS BNDÉMIQUES, GB0GR4PH1B IT STATISTIQOB MBDICiLIS. 

ses atteintes. Enfin il a été démontré que, dans rimmense majorité des 
cas, les attaques de choléra avaient été pi écédées de diarrhée. M. Sq- 
therland ajoute que sur 500 cas examinés avec soin, la diarrhée a eiL^ 
presque sans exception Le rapport affirme que la diarrhée, toutes les {ob 
qu'elle règne épidémiquement en même tem|)S que le choléra, coostiUH 
un signe prodromique du choléra lui-même; qu'elle n*est pas seuieiotai 
une cause prédisposante, mais bien une partie de cette dernière affecikfi. 
dont elle marque le début 

Les médecins se distribuèrent les localités envahies, de manière àpt» 
voir visiter toutes les maisons, et à traiter sans i*etard ces indispositions, e 
apparence légères, que Tincurie ou le soin des affaires porte trop som^L 
à négliger. Cette mesure produisit les résultats qu'on était en droit dVi 
attendre. Dans toutes les localités où elles furent rigoureusement eikuiit 
le chiffre des cas de choléra ne tarda pas à baisser ; en même temps, • 
nombre des diarrhées paraissait augmenter, comme si elle eussent pà>.. 
place du choléra proprement dit. Pendant les huit semaines que dora ccf^ 
opération, on découvrit et on traita 43 737 cas de diarrhée, 987 ca^c 
choléra commençant, et 780 cas de choléra confirmé ; 52 fois seoieme. 
le choléra se développa malgré le traitement préventif. La commi^i^! 
regarde l'ouverture des maisons d'asile, lorsqu'elles sont situées dans ^. 
localités salubres, comme un auxiliaire indispensable des visites à domiri . 
M. Suthertand affirme que, dans les villes de province qu'il a parn 
rues, 87 fois sur 100 les cas de choléra se déclaraient dans des ivam 
où des malades avaient déjà séjourné. Quand l'aiïection se montrait en m^ 
temps dans plusieurs maisons contiguës, il y avait grand danger pour)' 
habitants à rester dans leurs demeures ; un grand nombre d'entre eoi >"> 
tardaient pas à être frap))és. Si, au contraire, ils se réfugiaient dans i^^ 
habitations éloignées et convenablement disposées, ils étaient atteints èr. 
une proportion infiniment moindre. Ainsi, dans la dernière épidétnîe, >a 
270 entrants H la maison d'asile d'Edimbourg, aucun cas de choléra ? 
s'est déclaré A Glascow, sur 807 admissions, il n'y eut que 25 cas decl'i 
léra et 8 morts. A Dundee, sur 250 personnes, U cholériques seuioD^ 
Dans les villes et villages dépourvus des ressources suffisantes pour 1 1-' 
blissement de maisons de secours, la commission fit donner des mi' 
qu'on dressait en plein air et sous lesquelles se reliraient les habitants^ I- 
sieurs fois cette mesure arrêta les progrès de l'épidémie. Quant aax &" 
pitaux spéciaux proprement dits, à ceux qui étaient affectés aux cbolérit/^" 
le comité d'hygiène a craint les fâcheux effets de l'entas^teinent et a pK- 



CHOLÉRA MORBUS ÀSIATIQUL SCS 

s*attacher, moyeonant rétribution, un nombre sufGsant de personnes char* 
gées de soigner les indigents dans leurs foyers, sous la direction de méde- 
cins visiteurs. Le rapport compareles résultats du traitement des cholériques 
dans les hôpitaux et à domicile , et cette comparaison n*est pas à l'avan- 
tage des établissements hospitaliers. Cette remarque avait déjà été faite en 
1832. Suivant M. Sutherland, les trois hôpitaux de cholériques de Glascow 
et les quatre de Livcrpool, sur 2 QUO cas, ont donné 1 099 morts ou 
53,8 p. 100 ; dans les mêmes villes, les malades traités à domicile ont 
donné, sur 5168 cas, seulement 1 909 décès ou 36 p. 100. 

Le fond du rapport est tout entier dans cette croyance que le choléra se 
propage exclusivement par infection, jamais par contagion (1). L'infection 
peut avoir des sources nombreuses: les miasmes des égouts, des étangs, 
des vidanges, des cimetières; elle peut émaner d'un rassemblement 
d'hommes; mais, dans aucun cas, un individu atteint de choléra ne peut, 
à lui seul, transmettre le mal à un individu sain. Dès lors, les voies de la 
prophylaxie sont toutes tracées. Il est indifférent de laisser communiquer 
deux personnes dont l'une est cholérique et l'autre bien portante; mais il 
faut disséminer les populations ravagées par le fléau, il faut les éloigner des 
foyers êpidémiques, les transporter dans des maisons bien aérées, exemptes 
d'émanations nuisibles, ou les faire camper dans les plaines sous des tentes. 
Il faut tarir les diverses sources d'infection, laver les égouts, les ruisseaux 
stagnants, dessécher les étangs, prévenir les ûltrations dans les fosses d'ai- 
sances, blanchir à la chaux les murailles grasses et imprégnées d'émanations 
putrides. 

Résultats des diverses méthodes de traitement. — 2 749 cas ont 
été rangés en trois groupes : l** ceux qui se sont produits dans les hôpi'> 
taux de Londres, au nombre de 1 106 ; 2"" ceux qui se sont présentés 
dans les districts métropolitains, en dehors des hôpitaux, au nombre 
de 1665; 3" ceux qui se sont montrés dans les districts de province. Ces 
trois classes ont été elles-mêmes subdivisées, suivant le caractère prédo- 
minant du traitement employé: 1" traitement par les altérants; 2" parles 
astringents; 3'' par les stimulants; 6" par les vomitifs et les purgatifs. Sur 
les 2769 on en compte dans les hôpitaux de la métropole 680 traités pa|* 
les altérants, 231 traités par les astringents, 86 par les stimulants, et 100 
par les évacuants; et dans les districts de la métropole, eu dehors deshô- 



(1) Il va de loi que nous lainoDs au Rapport du conseil général de santé d'An« 
^leterre tonte la responsabilité d'une théorie si absolue. 



Mè Maladies xndbmiquss, GÊOcftAPfitK et stati$»tique mèdicalis. 

piuiat, 97? traités par les altérante, ft26 par les astritlgents, 196 pirl» 
stimtllants, û6 par les éliminateurs. Les tableaax du rapport foorni$«^. 
h condamnation formelle da traitement par les évacoants. tls semblent 
fémoigdêf en<ïore contre le traitement par les stimulants, excepté comn^ 
ressource dans les cas ettrêmes. Ils accordent un avantage marqué aax ùf- 
faiits, surtout au calomei associé à l'opium ; ils reconnaissent une sopc- 
riorité plus tranchée aut astringents, en particulier i la chant unk : 
ropidff). La mortalité tno^enne est, en effet : 

Dans le triitemeot par les évacaaats de 71 ,7 pov io 

— par les stimulaats 5i 

— par les allérants, calomei et opinm. 36,2 
•^ par les astringents, chaoi et opiam. S0,3 

Pour juger exactement de la valeur de ces preuves, il serait nécesn 
d'apprécier le degré de gravité des malades, et le seul moyen que U on- 
mission eût sous la main pour fixer sa conviction était de rechercher i 
proportion relative des cas de coliapsus par ra[>port au nombre des dr. 
dans chacune de ces classes respectivement. En comparant le nombre <i^^: 
cas de coliapsus à celui des morts, on trouve que le calomei et Tofiiui 
occupent le rang le plus élevé dans l'échelle des succès, et Tordre de pr- 
férence se trouve le suivant : 

Calomei et opiaid « • • • de 59,2 pour 100 

Calomei à hautes doses 60,9 

Médication saliae 62,9 

Chaui et opium 63,2 

Calomei à petites doses 73,9 

Huila de ricio ...•••• 77,6 

Acide sulfuriqne 78,9 

Là chaut, associée & Topium qui se trouve à la tôte de la liste daûs i 
tlioyeilnè générale, tant dans la pratique civile que dans les hûpte 
fi'occupe donc plus que le quatrième rang, si l'on compare les cas i 
follapsus atec le nombre des décès. Dans les relevés des bôpîuoi. ^ 
nombre des cas de coliapsus est beaucoup moindre ; mais, en reviiK^* 
JiMstfltede remploi de cette espèce d'astringents, le nombre des accide:' 
fébriles consécutifs dépasse de beaucoup la moyenne. On pourrait adm^^^* 
qu'une bonne méthode de rendre compte de cette différence des réMi !^ 
fournis par les astringents, en général et dans les cas graves, serait deta 
noie de la propotlioo relative des iccidems fébriles consécntife dans b ^-' 
graves; on en conclurait alors que Ce (raiteaietit a affêté le passage ) r^ 



CttOLBRA HokfiDS ASIATIQUE. 367 

de collapsds pour augmenter le nomlii-e iei passages à l*éUt fébrile dans lès 
cds qui ont survécu. Les divers modes de traitement suivis daos les hôpitâul 
ôtit fbuf ni des résultats dans un rapport tout à fait semblable à ceux que ces 
métfles méthodes de traitement ont donnés dans la pratique privée, tl est 
difflelte, quand plusieurs remèdes dut été employés simultanément ou suc- 
cessivement, de faire la part de l'Influence de chacun d*eut; néanmoins, 
on peut arriver approximativement â apprécier la valeur de ces moyens en 
particulier, en agissant sur un grand nombre de cas, et en comparant teS 
résultats dans les cas dans lesquels ces moyens ont été employés, et dans 
ceux dans lesquels ils ne Pont pas été. Prenons pour exemple l'emploi déS 
tomiiifs, des lavements de térébenthine ou d'eau glacée. Sur 1 100 caé 
Observés dans les hôpitaux de la métroi)oIe, 6/iS ont eu des vomitifé AU 
début;surce nombre.^lOonteuducollapsus, et i&Odes accidents fébriles 
Consécutifs; 344 sont morts, ou 53,4 p. 100, et en lie teilant compte que 
descasdecollapsus, 83,9 p. 100. Âucontraire, /i57 cas n*ont pas été traités 
f>âr les vomitifs ; sur ce nombre, il y a eu 303 coUapsus, 106 flévres consé- 
cutives et 226 morts {U9A p. 100, ou 71^,6, en ne tenant compte que des 
cas de coUapsus). Sur ce même nombre de 1 100 cas, 102 ont eu des lave- 
rnents de térébenthine, avec divers autres traitemcns, 87 ont eu du cOl- 
lapsus, 59 ont succombé (57,8 p. 100, ou 67,8, en tenant compte seule- 
ment des Cas de coUapsus). Le uombre des malades qui n'ont pas eu de ces 
lavements a été très considérable, 998; il y a cu626 cullapsus et 511 décès 
(SI, 2 p. 108, ou 81,6, en tenant compte des cas de coilapsus seulement}. 
l>e même encore, sur les 1 100 cas, 11 eu est /i96 dans lesquels l'eau à Id 
glace a été employée en même temps que divers autres traitemens ; sur ce 
nombre, ùO(» ont passé au coUapsus, et 2tiS sont morts (50 p. lOd, ou 
61 1 p. 100, par rapport aux cas de coUapsus); tandis que sur les 604 cas 
dans lesquels il n'a pu être donné d'eau à la glace, 3U9 ont passé au coi- 
lapsuftf 322 ont Succombé (53,8 p. 100 et plus que le nombre des cas de 
<X)Uapsos). 

Sur 272 cas de fièvre consécutive, un peu plus des deux tiers prirent des 
salins, 1/5* du calomel, et il furent traités par l'alimentation simple) sai- 
gnées locales dans 6 cas, générales dans 2 ; vésicatoires dans 12 cas ; toniques 
dans 1/5' des cas. Proportion des décès, 73, ou 26,8 p. 100. 54 cas ont 
passé il la lièvre consécutive sans avoir passé par le coilapsus. Dans les dis- 
tricts de la métropole, en dehors des hôpitaux, 296 cas de fièvre consécu- 
tive ; an peu moins des deux traités par les salins, 1/10* par le calomel; 
!2 3 irtfités par l'alimentitkNi seole ; toniqoeB dans 1/1 0* des cas s 
I 



368 MALABIIS INDimQUBS, GiOGRAPHIK IT STATISTIOUB MÉDIQLIS. 

dans t/9«. Proportion des décès, 92 on 31 p. 100. Dans 9& cas, h fièvR 
consécutÎTe est venue sans que la maladie eût passé parlecollapsns. Lamor- 
taiité moyenne excède d'an peu plus de 5 p. 100 celle causée par ia fièm 
typhoïde. Les 1 104 cas traités dans les hôpitaux métropolitains, qai four- 
nissent des renseignements sur les périodes du choléra confirmé, ne donoeai 
malheureusementquedes renseignements très rares,relati?ementkiapéno(k 
de diarrhée simple ou prodromique. Dans 1 008 cas. il n'est pas diisi| 
avait eu ou non un traitement à l'époque de la diarrhée simple ; 73 k\k 
n'avaient pas été traités; 23 seulement avaient été soumis à un traiieneii 
danscette période. Dans 1,005 cas, il n'est pas dit non plus s'il y avait eu oi: 
traitement à la période de diarrhée cholériforme ; dans M cas, il o'y m 
pas eu de traitement du tout, et dans 5 1 seulement un traitement avait & 
mis en usage. Dans 123 cas enfin, il est dit que la diarrhée simple et clic- 
lériforme avait fait défaut. Reste donc un bien petit nombre de cas dis 
lesquels on a fait connaître les moyens employés contre la diarrhée my 
et la diarrhée cholériforme. Relativement à ces deux espèces de diarrbtr: 
on voit figurer dans le traitement les astringents, les altérants, les si> 
mulanis, les évacuants ; ces cas étant |)eu nombreux, la commise * 
cru devoir utiliser tous les documents qu'elle avait reçus relativemeot i 
la diarrhée prodromique, et qui portent sur un chiffre important 6 
17 333. Ces documens témoignent en faveur des astringens. Le tabieio 
suivant donne la proportion des cas de diarrhée qui ont fKusé au cbolèr: 
confirmé, sans que la maladie ait pu être arrêtée dans sa première pérîoe 
ou dans celle de la diarrhée prémonitoire. 

Traitement salÎD 13.6 — » > 

Miitore de chaui 8,9 — 13,6 

Calomel et opium 6,9 — 7,1 

Opiam » — 2,6 

Calomel 2,4 — » 

Chani, opium, calomel et astriogenls 1,5 — 1,7 

Acide salfuriqne, opium, calomel 1,3 — 1 .S 

Acide salfurique et opium » — 0.3 

^ Chaui, opium, ammoniaque et cachou 0,2 — » 

Acide sulforique avec ou sans opium et associé quel- 
quefois au calomel 1,33 — 1,54 

Chaui avec ou sans opiam avec confection aromatique 
et ammoniaque, cachon, kioo, bois de campéche, 

calomel, comme moyens auiiliaires 1 ,31 — 1,55 

Pendant l'épidémie de 18/!i9, la mortalité des deux sexes a été pour ' 
(1) En V ajoutant les cas de mort par diarrhée, considérés oomme t 



Lonqoe le choléra s'est terminé par la mort, sa durée a été, depois 
rinfasioo : 

De 50,9 pour la miladei tgh de IS i 3S mu, 
4S,8 — 35 i as ut, 

4)|3 — S5 IDI el aa-detiDi. 

En étndiant en AiQlelerre et dans le pays de Galles les décès seloo les 
joan de la semaine, on ■ irooTé la répartition d-aprës (1) : 

Lundi 7693 décèi. 

Uanti 7BSe 

Hercredi 76SI 

Jeudi 7601 

Vendredi 7I6T 

Samedi 7T49 

Dimtncbe 7610 

Horenne 16U 

OnToitqae, de tous le^ jours de lasemiiae, lereiidredi aéléincompa- 
raUement le moins chargé de décés^ 

DANEMARK ET SDËDG {3). 

* Le choléra, dit U. Hobertz, s'est montré pour b première fois à Co- 
penhagaele 12 juin 1S53; pendant 30 i 30 jours, l'épidémie marcha len- 
tement et irrégulièrement, puis elle devint plus intense et pins rapide. Son 
apogée eut lieu le 27 juillet; elle reprit ensuite peu à pen sa marche lente et 
îrrëgolière.jusqu'ï sa disparition, le 1" octobre; sur 7 219 malades, 4737 
succombèrent, soit 557 maladeset 365 décès sur 10 OOU habitants. Le seie 
féminin fut on peu plus atteint que le seie masculin. L'Age de 1 i 20 ans 
fut le plus épargné ; l'âge de 3 ï 10 ans et celui de 20 1 35 ans monlràrent 
moins de tendance !i contracter la maladie que les antres. L'ige de 1 5 Ji 
30 ans offrit la mortalité la moins élerée, l'ige de 3 li 15 et celui de 
20 i 35 ans eurent une mortalilé assez modérée. Pendant les pre- 
mières semaines, la maladie attaqua principalement les personnes dans la 

(I) Voir l'iatrodaclioD du docteur Fima nfpoit c\li iti Mgiflraire gé»iril, 

(3) J. B. Mnberti, Btrtliùfig om chûJara tpidemitn i Kjobenhavit (ftappirl de la 
:VNnmiMfm ravato dfNMWtur FéplMmte il ekoUra » Copenhagiti m 18S3. Co- 
I, ISSiV. 



370 MALADIES ENDÉMIQUES, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQCB MÉDICâllS. 

force de Tâge, et les enfants et les gens âgés furent alors atteints nreoeiiL 
Plus tard, la maladie se répandit avec une grande violence dans tons b ^a 
et elle flnit comme elle avait commencé, en cherchant pendant quelques 
semaines ses victimes parmi les hommes et les femmes robustes, oé^ 
géant les enfants et les gens âgés. La maladie eut sa plus grande gnvitép^i- 
dant la période qui précéda Tapogée. Depuis le iS juin jusqu'au 27 jailk 
il mourut 69,8 malades sur 100 ; depuis le *2S juillet jusqu'au l^octobn 
la proportion des décès fut seulement de 58,6 sur 100. 

A Copenhague, les rues, dont l'élévation au-dessus du niveau de bar 

est à peu près égaie, présentèrent des diiïérences marquées daosia moiii- 

lité. Dans les mêmes rues, où il n'y a point de diffférence d'altitude, i 

trouva une très grande différence de mortalité de chaque côté. Âimà, le 

quartier de Sainte-Ânne-Oster et celui de Christiauhavn, dont l'altitude ei 

de 5 à 10 pieds, eurent, l'un 811, l'autre 535 décès sur 10,000 hablU]it> 

le quartier du Strand, dont l'élévation est la même, n'eut que 35 décî- 

sur 10 000 habitants. La rueNihavu, de l'un des côtés da canal, eniii' 

décès sur 10000, et de L'autre côté 716. Dans le quartier du StraDd,t 

plus grande élévation est de 10 pieds ; les habitants de 5 rues forent bi\' 

pés, et les décès ont été, dans la rue Nabolos, ; dans ta rue Amagerlrûr, < 

Loederstrœde, 34; Gammektrand, 57 ; et dans la rue de la Bourse, H- 

sur 10,000 habitants. Le quartier Rosenborg a une élévation de 2i)i 

2 5 pieds ; les habitants de 1 4 rues furent attaqués dans les proportioos ^' 

vantes: 0, 54, 95, 98, 128, 182, 208, 227, 232, 262, 270, 208,3:3 

531 décès sur 10,000 habitants. Ainsi la ruelle Saint-Gjertrustœde a dV 

côté 127 décès et de l'autre 308 ; la ruelle conliguë, Tornebuskegade,()^^ 

côté 39, de l'autre 270 décès sur 10 000 habiUnls. Onze localités, où « 

population est de 8 à 12 habitants sur 400 pieds carrés, ont dom '> 

84, 98, 112, 169, 182, 200, 308, 352, 355 décès sur 10,000 babiusti 

Cinq rues, où la densité de la population est de 12 à 16 habitants par V 

pieds carrés, ont donné 224, 402, 498, 531, 584 décès sur 10,000 lui 

tanls. 

£n ce qui concerne la Suède, nous recevons, au moment de tem^* 
ner, divers travaux importants ; nous sommes obligé, vu l'étendue <ief 
très grande de ce chapitre, de renvoyer le lecteur aux ouvrages >& 
Ttnts : 

llAGNTjg Husi, Om Svcrget endemiska Sjukdomar, Stockholm, 1852. 

F. Ta. Bus, Biàrag tUl Siwriget tnedkin$ka Topographe ooh StatUtik, MÙ0 
1853. 



372 MALADIES INDiMlQUBS, GÉOGRAratB BT STATISTIQUI MiMCALIS. 

arrivèrent à Chagres, le choléra séTÎasait à bord La mahdie se ré|Biiditi 
Chagres, saWit la route que prennent les voyageurs, dévasta Crocès, Gcr- 
gona et arriva k Panama, où il Gt les pins grands ravages; mahfliesc 
répandit nullement dans les bourgs et villes de Tlsthme, qui n*0Dt, ans» 
de leurs mauvais chemins, presque aucune communication avec les pon- 
de mer. De Chagres le choléra se propagea aussi ï Cartbagène, et r 
riva à Sania-Marta. Après y avoir fait un grand nombre de victimes,'' 
remonta le Rio Magdalena, seule route ouverte au commerce, et défs^ 
Baranquilias, Monpor, Hondas, tous les villages situés sur la borà:i 
fleuve, et ne s'arrêta qu'aux plateaux élevés, où se trouve Saoïa-Féi 
Bogota, qui se trouva heureusement épargnée. Dans ce trajet, h m^- 
ne s*étendit pas aux villes et villages, situés en dehors des lignes dn cr 
merce. En 1869, le choléra avait éclaté à Panama, il y dura quelqaesE - 
et disparut avant Tannée 1850; mais il se répandit dans les poii'> 
Mexique, tels que Mazatlan et Acapulco; or ce sont précisément les h: 
où touchent les steamers qui font le service entre Panama et San-Fraocfr 
et où relâchent presque tous les bâtiments à voile qui font ces tm-- 
voyagos. Depuis lors, Tépidémie a régné constamment dans les ports 
Mexique situés sur Tocéan PaciGque, tandis que les républiques de Go^^ 
mala et de Costa-Rica, qui ont des villes populeuses, mais qui aTiipit 
peu de relations avec les lieux envahis, furent épargnées. Le choléra a rii. 
une seconde fois à Panama ; mais cette fois, au lieu d*étre venu p): * 
États-Unis, il a été apporté des ports du Mexique. Le vapeur améncai 
Panama, venant de la Californie, toucha vers le 8 du mois de juillet Iv 
à Acapulco, où refait l'épidémie. Les passagers descendirent à terrer ! 
séjournèrent assez longtemps ; Ton se rembarqua. Quelques jours apr^* 
maladie se déclara à bord, et avant d'arriver à Panama, c*est-è-dire(i^ 
huit jours, il mourut dix-huit personnes du choléra. Le sénat àt\i^ 
velle-Grenade ayant dans ces derniers temps prohibé les quarantaine^^ 
laissa débarquer les malades à terre, et les passagers se dispersèrent^ 
la ville. Tous ceux qui étaient roahdes périrent, et avec eux un assez f<^ 
nombre de ceux qui étaient arrivés bien portants. La nuit mêffleqoi-^ 
le débarquement des hommes, la maladie commença à se répandit p^ 
les habitants de la ville. Une femme qui coucha avec un des eio^^ 
du vapeur fut, dans la nuit même, attaquée de choléra, et périt (^f 
ques heures. Le lendemain, an autre cas se présenta sur un P^^ 
domicilié à Panama, et tous les jours le nombre des victimes i^ 
La maladie se répandit sur tout le chemin qui fait eommuniqoerro^ 



CHOLERA MORBUS ASUTIQUK. 

Pacifique à l'océan Atlantique entre Gbagrea et Panama. Les I 
furent éfMurgnés. » 

AHT. TX. — • Aéfamé de quelques fkîls relatîfii au mode de 

du oholéra. 

Dans les derniers jours de juin 1833, la frégate la Melj > 

Lisbonne où régnait le choléra, pour se rendre à Toulon, i 

le 11 juillet, après avoir perdu 9 marins pédant la traversée. I 

en quarantaine, elle reçut à bord quatre gardes de santé et é i 

quante cholériques au laiaret où furent envoyés quatre inûi i 

sous la conduite d*uo garde chiounne. D^ le soir de l'arrivée î 

des gardes de santé fut pris du choléra et mourut en huit heu ! 

main deux autres gardes furent atteints et moururent ; le qus i 

fut frappé aussi, mais il se rétablit. Des quatre forçats, deux : 

choléra le premier jour et succombèrent le lendemain ; un tn < 

et le garde chiourme moururent peu de jours après. Aucun I 

miers, venus de Toulon où le choléra ne se montra d'ailleurs i 

plus tard (juin 1835), n'avait mis le pied sur la Melpomm 

U^ctèrent le choléra dans les vastes locaux parfaitement aéré 

' la maladie épargna complètement les nombreux employés du i 

^ dans le voisinage des infirmeries, mais séparés par une grille ( 

' Manifestation du choléra d Paris ^ i%k^, — Lorsqu'en 1 I 

léra se manifesta à Paris, il régnait depuis six semaines à Saint I 

' iMtaiUon de chasseurs, parti de Douai pendant le règne de la u i 

^ perdu.'plttsieurs cholériques (2). Dès le surlendemain de son an i 

\ Denis, le 31 janvier, il envoyait un cholérique à l'hôpital de a I 

ville; un autre le 1*' février. Le premier des deux malades, le i 

ï toine, chasseur, succomba le 2 février; le second, Bernard, le ! 

( UMHS. Tous deux offraient les symptômes pathognomoniqoes d i 

I dien dans sa forme la plus tranchée. D'autres décès dus au cti i 

i constatés à Saint*Denis dans la seconde quinzaine defévriei 

( première quinzaine de mars. Trois décès eurent lieu le 27 I 

\ la maison de détention. Un cholérique du 11* léger mourut i 

$ h mars; un autre du même corps le 5. Le 7, on enregistrait 

r 

(1) Voy. Mémoire sur le choléra qui a régné à Toubm pendant l 
par M. Regnaud, premier chirurgien an chef. Paris, Imprimerie r 
' p. 40. — Voir auisi : Levicaire, Brodiuresur U toléra, Toaloo, 18; 
(S) Gazette méd. de Paris, 1854, p. 353. 



Zlk MALADIES BNDBMIQniS, GiOGBAPHIB Wt STATISTIQDB MÉmCALKS. 

cholériques civils, 1 do i 1* léger le 9, et le chifire des indindos qn aîaient 
succombé au choléra dans SaÎDt-Denis s'élevait déjà à 18 qoaadlamabdK 
se manifesta à Paris (1). 

Faits observés à Nogent-le-RotroueniSti^ (2) . — A. Depuîsplos de si 
semaines, le choléra avaitentièrement disparu de Nogent-le-Rotroa.PenàiiL 
toute la durée de l'épidémie qui avait ravagé cette ville, la commane à 
Masles, arrondissement de Mortagne (Orne), distante de Nogent de 8 tdb^ 
mètres, n'avait pas offert un seul cas d'affection cholérique. D'un autreccté, 
l'influence épidémique n'avait pas franchi l'enceinte de Nogeot et ne s'éui 
manifestée ni dans le département de l'Orne ni dans celui de b Sartbe. U 
commune de Masles se trouvait ainsi au centre d'une circonférence (k 
60 kilomètres au moins de rayon, dans laquelle il n'existait pas b pi& 
légère influence cholérique. La femme G. (de Masles), jouissant d'une bosK 
santé, va voir à Paris sa fille convalescente d'une attaque de cbolén, f 
passe quelques jours avec elle, puis revient à Masles avec de la diairbè 
Le 15 septembre, huit jours après son retour de Paris, elle est atteioteà; 
choléra. Sa mère, qui était venue lui donner ses soins, est, elle-même, frappa 
le 10 et meurt le 20. Le jeune enfant de sa fille était près de là en nov- 
rice, on l'apporte chez sa grand'mère malade; il succombe eo trei; 
heures à la même affection. Après cela, le choléra ne frappe personne d» 
toute rétendue de la commune de Masles. 

^.Une femme de 5^ ans, demeurant à Nogent, meurtdu choléra leîjm 
Son mari, pressé d'aller habiter Gondé-sur-Huisne, bourg da départefs^ 
de l'Orne, distant de Nogent de 8 kilomètres, emporte les effets et lelior 
de sa femme sans avoir la précaution de les faire blanchir. Une voistne qn^ 
se portait très-bien, visite ce linge pour le pettoyer; elle meurt eocë- 
quante heures du choléra. Avant et après ce cas, il n*y eut pasuniRi 
eiemple de choléra dans toute la commune de Goodé. 

C. Le 1"^ juin 18/i9, une femme part de Gourville où régnait le choléne 
se rend aux Aubées, village disunt de Gourville de 24 kilomètres. Elle tf 
prise le soir môme du choléra et meurt le 3. Sa voisine, qai seule Pau 
soignée, est atteinte le 5 juin et meurt le 7. Le 9, sa fille, qui étifle^ito* 
du village de la Brivollière, près des Aubées, pour lui donner des sens, ef 

(1) PeltariD, Gai. méd, de Paris, 18S4, p. 353. 

(2) Broebard, Du mode de propagation du choléra et delà nature oomtëgk^f 
celte maladie {ReUUion médicalô de l'éfhdémie de choléra qui a ré$mé pamdamt r»«« 
1849, à Nogent'le-Rotrou), i vol. io-S*. Paris. 



CLA0BICAT1ON. 375 

frappée à son tour et succombe le l^i. Il n'y a eu, ni avant ni après, au- 
cun antre cas de choléra dans toute la contrée. 

Faite observés à Bone en 1 850. — Le bateau à Tapeur le Sphinx, qui fait 
le service de la correspondance de Tunis à Marseille, parti de Tunis le 
19 juin 1850, a mouillé sur la rade de Bone le lendemain, ayant \ bord 
160 passagers pour notre ville. La veille de son départ, on avait constaté à 
Tunis 1 &0 décès cholériques ; pendant sa traversée, qui est de vingt heures, 
il y eut 8 décès à bord. Les 160 passagers furent internés au fort Génois 
pour y subir une quarantaine de cinq jours, à partir du jour oft il n'y aurait 
plus de décès. Depuis leur débarquement jusqu'à ce jour 6 juillet, 7 pas- 
sagers ont été atteints par le choléra dont 5 sont morts. Un officier de santé, 
un élève eo pharmacie et gardes de santé ont été installés dans le fort 
pour le service intérieur; une compagnie d'infanterie du IxV régiment fut 
campée en dehors du fort, pour former un cordon sanitaire et empêcher 
les conimunicatloiis. Le 27 juin, le nommé Blanguet, soldat di| 41}% faisant 
partie du cordon sanitaire, est atteint de choléra algide. Le'28, le nommé 
Lajous, fusilier au même corps, employé au cordon sanitaire, e«t atteint 
et meurt après treize heures de maladie. L'autopsie, faite avec soin en pré- 
sence de plusieurs médecins, ne laisse aucun doute sur l'existence du cho- 
léra. La cyanose a envahi les membres et la partie supérieure du tronc. 
L'intestin est rempli par la matière riziforme caractéristique du choléra. 
La vessie, contractée, est complètement vide. Ces deux militaires n'avaient 
pas communiqué directement avec les passagers. Le 29, un garde de santé, 
préposé à la surveillance et au service des passagers dans le fort même, est 
atteint par la maladie ; ou observe chez lui renfoncement des orbites, les 
crampes, les vomissements et la diarrhée de matières riziformes. Les urines 
étaient supprimées. Le 2 juillet, un élève en pharmacie, envoyé, ({^puisle 
22 juin, au fort ix>ur préparer les médicaments^ offre tous les symptômes 
cholériques. Le 3, ce malade meurt dans l'état algide (i), 

CHAPITRE Xn. 

DB LA CLAUDICATION. (2) 

L'étude de la distribution géographique de la claudication» loin de con* 



(1) Lettre 4ê M. Mareau, médecin à Béoe, Gaz. méd, de Paris, 1850, p. 760. 

(2) La claudicalioD n*est considérée ici qu>u point de vue du service militaire. 
i' Voy. Compt$9-rmdut du minittère de la guerre sur le recrutement^ et P. L. A. Dévot, 
f Op, cU. 



376 MALADIBS KNDimQUKS, GÎOGBAPHIK ET STATlâTlQUK MiDIOLIS. 

8ti(uer une simple question de cnriosité Bcientifiqtte, toocbe, an oontnii?, 
de très près an grave problème du recrutement, en ce sens que cette ■- 
firmité est une des causes d*ezemplion du service militaire. Daosh péncè 
de dix-neuf années, de 1831 à 18A9 inclusivement, on a cooptés 
3 295 202 jeunes gens examinés, 16 73& exemptions pour came de àsà- 
cation. Pendant cette même période, la moyenne annuelle des exeoptifiË 
sur 100000 examinés a été de 507; le maximum de 608, en lS}};k 
minimum de &35, en 1860. De 1837 à 1869 inclusivement, c'est-à-àt 
pendant une période de treize années, les exemptions pour anse de da- 
dication, se sont réparties ainsi qull suit entre les 86 dépaitemeois de a 
France: 



BocempiioM pour mum d$ élaMOkêtUm 9ur 100000 jmMSS gms txmmu 

d$ 1837 à 1849. 



dl*ordr«. lMparU«i«DU. 

i Indre 175 

% SeiM-et-Olie 191 

3 Rb^ne 206 

4 Seine 208 

5 Var 210 

6 Pas-de-Calaii 215 

7 Enre 225 

8 Avefron 25l 

9 Loir-et Cber 274 

1 Seine- Inférieure • 277 

it Bu-Bhin 282 

12 Sarthe 288 

1 S toire^Inférienre 292, 1 

14 Loire 292,9 

15 Ai>ne....« 294 

1 6 CAtei-dn-Mord 299 

17 Nièvre 302 

18 Landei 320 

19 Doubt 322 

20 Calvadof 330 

21 Batte»-Pjrénéef 335 

22 Haote-Vienne 353 

23 Maine-et-Uire • 354 

24 Orne 364 

25 Meaie 367 

26 OUe 368 

27 Seine-et-Maroe 3C9 

28 Gard 372 

29 Gironde 376 

30 Somme 381 

31 llle-et-Vilaine 393 

32 Meurthe 410 

33 Yonne 413 

34 Hérault 417 



15 Corse 



120 



flwméfo 

«Tordre, OcpartemeBU. 

36 SaAne-et -Loire 

37 Tarn 

38 Indre-et-Loire 

39 Hante-Garonoe . • . • 

40 C^te-d*Or. 

41 Dordogne 

42 Loiret 

48 Boochet-do-Rhôoe. . 

44 Aube 

45 Tam-et-Garroone... 

46 Jura 

47 Corrèze 

48 Lozère 

49 Ardècbe 

50 Eure-et-Loir 

51 Marne 

53 Moielle. 

53 DrOme • 

54 Voiges 

55 Hant-Rbin 

56 Hautes-Pjrénéea . . . 

57 Morbihan 

58 Charente-lDférieore 

59 Isère 

60 Manche 

61 Mayenne 

62 Deni-Sèvrea 

63 Puy-de-Dôme 

64 Vauclose • • « • 

65 Nord 

66 Crcoie 

67 Pyrénéea-Orientales 

68 Aude 

69 Ariége 

70 Hante-Saéne 



m 

433 

441 
4S! 

m 

47§ 

4«: 
m 
m' 

497 
517 
S» 
536 
5» 
537 
541 

552 
553 

569 

579 

571 

57» 

589.! 

5S9.Î 

S91 

591* 



• • • 



605 













H«ih)-llÉriK.... 


... 638 






81 AHier 

8S Haubs-AlpM 






























7B 


Gen 


... 691 





Oa voit combien la clandication est iné^tement répartie, pnisqDe le dé- 
partement de rindre compte cinq fois moins d'exemptions poor cette cause 
que le Cantal, la Haute-Loire, la Vendée et le Lot-et-Garonne. Bu dépit 
d'une grande in^uIaTÎté de répartition, on remarque néanuMiias un grou- 
pement prononcé de maxima dans la moitié méridionale de la Fnuice, 
groupement qui semble correqxNMire i des pays montagneux. 



CHAPITRE XllI. 

DE LA COLIQDE VÉGÉTALE 00 COLIQUE SfeCHB (1). 

Cette maladie, décrite par Mouson Smïth en 1747 [2], a été peu étudiée 
dans la litléraiore médicale anglaise moderne, et noos ne b trouvons 
pas même mentionnée dans le livre récent du doctenr Martin (3) sur les 
maladies des tropiques, ni dans le grand ouvrage du professeur Morehead, 
de Bombay, sur les maladies de l'Inde (U), ni dans les comptes rendus sta- 
tistiques sur l'eut sanitaire de l'armée et de la flotte de la Grande-Bretagne. 
Nom ajouterons même, qu'ayant tout récemment interrogé M. le pro- 
fesseur Horehead sur la colique végétale, le seul nom de la maladie parut 
l'étonner beaucoup. On peut dire que cette affection n'a été étudiée avec 
soin que dans ces derniers temps par les médecins français, et noum- 
■nent par les chirurgiens de notre marine, parmi lesquels nous citenKU 
particulièrement les travaux de MM. Foossagrivcs, J. Rocbard, Dutroulan, 
et les thèses de MU. Uauduyt, Lemarié, Bartbe, Le Tersec, Bories, Lecoq, 
Colson, Delarue, Petit, etc. C'est en consultant ces travaux, presque 
tous récents, que noas aurons souvent occasion de citer, que nous avons 
élabcvé l'histoire de la colique végétale. 

(1) 1^ Dam anglaii de li colique lèche eal dm MJy aek. 

(3) HoofOD Smiib, D« colka apud ineolai CnrOûiuM trtdtmiea, Lerde, 1717. 

(3) Martin, The JnfliMiKa of IropicaJ cUimIm on mÈropea» conKtlNtfoM. Loadoa, 
1856. 

(4) BlorfbMit, CtMral rmaivluf m (te diMOM rn /ndte. Loodon, 18U. 



878 Maladies Kin>iinQuis, otOGiAnoi it STAnsnoni MtoicàLK. 

La colique végétale, une des maladies les plus graves des ptys dnoè. 
s'observe particulièrement à bord des navires et surtout à bord des luvim 
à vapeur. Très commune sur la côte occidentale et orientale de rAfnqQe.ta 
Sénégal et dans le fond du golfe de Guinée, elle est rare à la côte d'Àngt^ 
et inconnue sur la côte septentrionale du continent africain. Elle règne»» 
dans rindo-Gbine et dans Tlnde, I Madagascar, à la Nouvelle-Zéldf 
aux Antilles, à Cayenne, au Brésil et dans la Plata. Elle est à la fois nwb 
fréquente et moins grave k terre qu'à bord des navires. 

Symptômes (1). -^ La douleur est le symptôme qui marqiae ï'm 
sion, la durée et la gravité d'une attaque primitive de colique végéts^ 
et celui qui semble avoir le plus d'importance, et les suites de < 
maladie paraissent être eu rapport avec son intensité. On observe ati^^ 
une sensibilité, pitis ou moins vive <t la pression, de divers poiou t 
ventre, qu'il ne faut pas confondre avec la douleur de la colique, dooi t'- 
est très-distincte ; on la dirait plus superficielle. Le caractère de la dook 
propre à la colique est de ne pas augmenter par la pression. Après b ki- 
leur, la constipation est le symptôme le plus constant; elle commeoce^r 
dinairement et finit avec la douleur; quelquefois cependant elle préeiis'- 
celle-ci; d'autres fois elle peut avoir cessé, que la douleur existe eoc^n 
quoique affaiblie. Dans la grande majorité des cas, elle marque avec li ^^ 
leur le début et la fin, ainsi que l'intensité de l'attaque de la colk|iie,f 
quand on parvient à la faire cesser, tous les accidents cessent comme f^ 
encbantement. Lorsque la constipation cesse, la forme OTillée des mwt 
rendues a été signalée comme caractéristique. Après ces deux symptéiT'^ 
le vomissement est le plus fréquent de ceux que fournit l'appareil dig^ 
Il est très fatigant pour les malades, et souvent un obstacle à lamédkao^ 
Le vomissement se montre ordinairement dès le début, et reparaît peoii^ 
les exacerbatlons de la colique. Les matières vomies sont le pins m^^ 
des matières bilieuses, vertes, porracées, pouvant exhaler une odew> 
fecte, et même l'odeur de matières fécales, dont elles ont alors l'apputi»» 
La langue est blanche, épaisse, tremblante, conservant sur ses bonif li^^ 
pression des dents ; elle n'offre de teinte limoneuse, avec roogeorsrls 
bords, que dans les cas assez rares d'embarras gastrique persîstaot Ur 
est à peu près nulle, ou du moins le malade craint de la satiaftirc, ïc& 
des nausées et des vomissements que provoquent les liquides ingénu ' 

(f ) Voy. AreMv. gén. de méd,, déetmbte iSKS et jaavier 1656, Lii mof ^' 
coUque végétale, par If. Datroulaa, médecin en chef de la marine à la ^' 
niqne. 



OOLIQUR TiOBTALB OD GOLIQUB SÈCHB. 370 

y a anorexie complète. Le ventre est le plus habiloellement rétracté, 
sonple, se laissant facilement comprimer; quand on le presse, il y a une 
sorte de soulagement à la douleur. On sent qu*il est vide, et si des gaz Tien- 
nent à s'y développer, on peut suivre leur marche chez les sujets maigres, 
comme celle d*une houle qui roulerait dans l'abdomen. Dans la mdjorité 
des cas, les urines sont notablement diminuées : elles sont ronges, épaisses 
et sédtmenteuses ; rémission en est très difficile et cause un sentiment de 
brûlure prononcé. Il n*y a pas rétention d'unne dans la vessie, mais bien 
suppression de la sécrétion urinalre. Les testicules sont quelquefois, une 
fois sur huit à peu près, le siège de douleurs vives qui remontent le long 
des cordons ; ils semblent rétractés et tiraillés vers Tafodomen ; les boorses 
ne partagent pas cette rétraction. Dans on cas où cette douleur testiculaire 
était développée, M. Dutroulau a vu survenir une paralysie des fonctions 
génératrices qui s'est prolongée pendant plusieuni années. Pendant une 
attaque de colique, le pools tombe presque toujours aa^dessous de son 
rhytbme normal. Sans être moins plein, il est pourtant plus faible. Cet af- 
faiblissement va quelquefois jusqu'à la syncope. Lorsque les violentes don- 
leurs sont calmées, le pouls reprend sa fréquence. La température de la 
peau suit en général les variations du pouls : elle baisse quand il diminue 
de fréquence, et se relève quand il se ranime ; rarement elle est couverte de 
sueurs, si ce n'est après la réaction d'une violente douleur; sa couleurest 
en général pile, euangue, mais jamais d'un jaune îctérique. Dans pres*- 
qne toutes les attaques intenses, la respiration est plus ou moins gênée, 
ia voix est cassée, comme soufflée, et la poitrine semble avoir de la peine 
à se dilater. Le nulade n'a pas toujours conscience de cet état, mais quel- 
quefois il existe un sentiment de constrictîon à la base de ia poitrine^ et 
aiore il éprouve de la diflBculté à aspirer l'air. . 

Les douleura vagues des membres et du tronc sont les plus fréquentes, 
si elles ne sont pas les plus intenses. Parmi les douleurs localisées la ra- 
ehialgie et la douleur des lombes et du racbis sont les plus fréquentes et 
les plus ÎBSupportables. Après viennent les douleurs des membres, celles 
des avant-bras et des jambes en particulier, pois les douleurs aitieolaires. 
La céphalalgie et les douleurs testiculaires sont rares (1). 

Dans l'ordre d'apparition des accidents, c'est la paralysie qui snocède à 
l'arthralgie; elle succède toujours, et plus on moins promptement, à la 
Couleur des membres. £lle attaque d'abord les muscles douloureux, et peut 

(f ) Dutroulau, Op. eil. 



380 UALADIBS IMDÉmQUBS, GBOGaiPHll IT STATISTI^^UI MÎMCALIS. 

s'étendre plus tard à la totalité des quatre membres ; elle attaque aon b 
mascles de la vie organique. Comme dans la colique saturnine, œ soot 
surtout les muscles extenseurs des membres qui sont atteints, et U dioK 
des poignets, ainsi que Tincerlitude de la marche, font Cacitement recoi- 
naltre ce genre de paralysie. Rien n*est déplorable à ?oir, dit M. Dotnis* 
lao, comme un malheureux arrivé i un degré avancé de la colique fégétak: 
sa maigreur squelettique, la teinte exsangue de sa peau, la résolutioD de tou 
ses membres, la titubation de sa marche, en font un véritable squelette as- 
bulant. La durée de la paralysie est très variable ; quand elle est incoo- 
plète, elle cesse ordinairement peu de temps après la fin de l'attaqDedt 
colique et après la cessation des douleurs ; quand elle est complète, à 
peut durer fort longtemps, et exister encore après que les accidentseDcépb:- 
lopathiques ont disparu. Enfin elle peut, par ses progrès, et en atteignit 
les muscles de la vie organique, devenir cause de la mort. L'encéphalo{s^ 
thie végétale succède le plus ordinairement aux accidents précédemmat 
décrits ; quelquefois cependant elle éclate à une époque assez rtppnck 
de l'époque des coliques, sans que la paralysie existe, et elle parait sièv 
que la progression toujours croissante des accidents primitifs. D'antres lot 
elle constitue une période distincte, et ne se déclare qa*après on dk£ 
assez prolongé, mais toujours sous l'influence de Faction persistante de i) 
cause spécifique qui a &it naître la mahdie. Elle présente plnsîeunfoniv^ 
qu'on peut observer isolément ou réunies sur un même malade. 

Marche et durée. — La marche et la durée diCEferent suivant que h nui^ 
die est primitive ou récidivée. Quand elle est primitive, elle peut parcov" 
toutes ses périodes ou se borner à la première, qui est la colique proprenxi 
dite, et ce dernier cas est le plus fréquent L'attaque de colique aHuàs- 
donc toute la maladie, ou bien elle n'est que l'introduction à des acôta^ 
plus graves qui compromettent l'existence du malade. « L'attaque de ooiiq? 
est, dit M. Dutroulau, la période aiguë de la mahdie, par l'intaisitéèsB 
symptômes ; eHe est constituée par la douleur abdominale surtout, et pire 
constipation qui l'accompagne presque toujours; les douleurs du ndus^ 
des membres, ou les autres variétés de douleurs déjà signalées, es ks^ 
partie 9 fois sur 10, et en augmentent encore les souffrances ; la par^'' 
même peut apparaître pendant son cours, quand elle se prolongt C^ 
pendant cette période qu'ont lien les vomissements. Ces accidents W 
pas continus, bien qu'ils ne disparaissent pas complètement ; ib wuàfi^ 
par paroxysmes. L'attaque de colique qui n'est suivie d'aucun iO^ 
grave a une durée presque constante. U est bien acquis cependant aux ^ 



COLIOUB VioftTALI OU COLIODI StCHB. 381 

médecins cokmiaiix qui ont va h colique pendant longtemps, que ses 
attaques ont une durée presque fatale ; qu'elles ne dépassent presque jamais 
le septième jour, et qu'elles cessent rarement avant le cinquième; pour 
eux, c'est la constipation qui règle cette durée. Quand celle-ci eiiste, l'appa- 
rition des selles est suivie d'une amélioration subite dans les douleurs. Il 
est rare, quand l'attaque de colique cesse, que le malade passe immédiate- 
ment à la santé ; presque toujours les douleurs arthritiques ou les paralysies 
commençantes le tiennent affaissé pendant plusieurs jours. Mais souvent 
aussi une rechute de la colique a lieu, et peut offrir des accidents aussi 
graves que le premier accès, ce qui prolonge beaucoup la durée totale de 
l'attaque. Quand la colique est récidivée, il y a plus d'irréguhirité dans 
la succession des symptômes et dans leur durée; mais c'est surtout quand 
la maladie suit tout son cours qu'alors les symptômes se croisent, et que la 
durée totale peut aller très loin. On peut admettre trois périodes dans la 
colique végétale, quand sa marche est régulière : la colique proprement 
dite forme la première ; l'arthralgie et la paralysie, la deuxième ; et Tencé- 
phalopathie, la troisième. Mais il ne faut pas considérer ces périodes comme 
tellement distinctes, qu'elles n'empiètent le plus souvent les unes sur les 
autres. Ainsi la colique et la constipation reparaissent à diverses reprises 
dans le cours de la maladie, et laissent toujours une aggravation dans l'état 
général; la paralysie et les tremblements commencent fréquemment pen- 
dant la première attaque de colique, quand elle est violente, persistent 
pendant les accidents encéphalopathiques, ou peuvent se prolonger long- 
temps après encore ; enfin les diverses formes de l'encéphalopatbie peuvent 
se montrer peu de temps après l'attaque de colique, surtout si elle est en 
récidive et que le malade soit déjà très anémié. La durée de la maladie com- 
plète est fort longue, comparée à l'intensité des symptômes, et l'on est en 
droit dese demander comment l'homme peutsupporter pendant si longtemps 
de si atroces douleurs. C'est par mois que se compte cette durée, et elle 
n*est pas moindre de trois à quatre mois. La marche de la colique végétale 
complète parait essentiellement continue, mais à paroxysmes quelquefois 
assez éloignés, et pouvant être séparés par des intervalles de mieux qui se 
rapprochent de la santé. Dans les localités i endémie paludéenne, si le 
malade était atteint de fièvre intermittente avant la colique végétale, on 
peut voir ses accès reparaître dans le cours de la maladie, mais toujours 
dans les moments où la colique se tait, et sans exercer d'influence sur elle. 
M. Raoul admettait qu'alors la quinine peut enlever la fièvre et la colique 
en même temps* » 



382 MALADIES RNDiMIQUIA, OtOOftAPSIl 8T 6TATISTIQ0I MiMCAUS. 

JHagnosiic différentiel. — Les symptômes sonl les mêmes que Gen 
de la colique saturnine ; les phénomènes consécutifs, la paralysie, ksacd- 
dents cérébraux offrent les mêmes caractères, inais les maladies de plombsoii 
précédées par une période prodromique, et dont les signes sont asKz mâ- 
chés pour être souvent reconnus par les chefs d*atelier et par les ooTiier» 
des fabriques. Us consistent, comme on sait, dans une saveur sucrée, ase 
odeur spéciale de Tbaieine, une coloration de U peau, désignée sous le ooa 
d*ictère saturnin, dans un liseré, dans une teinte grisâtre des genci¥es. Rkn 
de tout cela ne s'observe a>ant,riuvasion de la colique sèche, rien, pasméot 
le liseré gingival de Burton, qui n'a jamais été signalé avant le débuté: 
la maladie, et qu'où ne trouve même pas d'une mjinière constante pendaot 
son cours. MM. Dutroulau et Fonssagrives ne Tout jamais vu chei lear> 
malades ; M. Lecocq ue Ta rencontré que chez la moitié des siens; beau- 
coup d'observateurs n'eu parlent même pas. M. J. Rochard l'a coosui^, 
mais il l'a vu manquer souvent; par compensation, il l'a reourqoc 
plusieurs fois sur des sujets revenant des colonies dans un éui de 
chloro-anémie profonde, mais sans avoir eu la colique sèche. Lis- 
toxication saturnine la plus grave peut survenir sans coliques. £ile pcti 
apparaître, pour la première fois, sous forme d'arthralgie, de paraly», 
d'encéphalopathie. Dans la maladie qui nous occupe, c'est toujoun» lî 
colique qui ouvre la scène. La marche de la colique sèche, dans les at 
graves, est beaucoup plus rapide et le nombre proportionnel des décèf 
plus considérable. En général, les malades ne succombent à l'intoxicatio; 
saturnine qu'après de nombreuses rechutes, au bout d'un temps parfois 
fort long. Dans la colique sèche la mort arrive, le plus souvent, apnb 
trois ou quatre mois de maladie, et quelquefois plus tôt. Dans qaekpià 
cas, l'encéphalopathie a été si promptement mortelle, qu'on a pu la qoh 
lifier de foudroyante. D'après M. Tanquerel, /i809 cas d'intoxicatioc 
saturnine n'ont causé que 111 décès; or, la colique sèche, danscerUiii; 
pays, enlève un tiers des malades. Ainsi, V Eldorado, station du Séoégal. 
a eu 1/i malades et U décès; ï Espadon, station du Séuégal, 21 mataJe» 
et 9 décès; la Capricieuse, mers de Chine, US malades et 4 déc^: 
VErigone, mers de Chine, a perdu 60 hommes, dont 20 de colique sèdK. 
Dans les ateliers, dans les fabriques, où le plomb est partout, dans i'a:^ 
que respirent les ouvriers, sur leurs vêtements et jusqu'à la suriace de 
leur peau, il n'en fait périr qu'un petit nombre, il ne choisit guèi^i^ 
victimes que parmi les malheureux qui, poussés par le besoin, par ont 
sorte de fatalité professionnelle, reviennent, après chaque guériioB, » 



GOLIQUB TiotTâLB OU COUQin SÈCBI. 3M 

replonger dans le milieu qui les tae ; et ce mfime agent, dit M« Rochard, 
tellement atténué i bord de nos navires (en admettant pour un instant 
qu*il y eiiste), qu'on ne peut en découvrir la trace, serait la cause de ces 
accidents si promptement, et si fréquemment funestes! Al. Fonssagrives 
résuitie ainsi le diagnostic différentiel de la colique végétale et de la co- 
lique saturnine : 



COUQUK VÂGÉTÀLB. 

1* Début brusque. Les aggravations 
et les récidives semblent dominées par 
ane cause épidémique, et se manifes- 
tent en même temps chez plusieurs in* 
dividus. 

2* L*embarras gastrique et des vo- 
missements verts porracés sont des sym- 
ptômes constants. 

3** Le ventre conserve sa forme habi- 
tuelle. 

4** Le début n*est DuUement annoncé 
par de la constipation; il n'est même 
pas rare de voir un peu de diarrhée le 
Joar même ou la veille du début. 

5** AI arche continue , mais paroxys- 
tique. 

6» L'anémie est le cachet habituel de 
la colique sèche. 

7** La paralysie ne survient toujours 
que consécutivement. 

8** Les eitenseura de Pavant-bras 
sont à peu près exclusivement atteinu. 

9* L^encéphalopathie de la colique 
végétale est curable si le malade eflectue 
sou retour dans les pays froids. 

IC Un abaissement de température 
modiûe favorablement les cas existants 
de colique sèche et arrête la marche 
d'une épidémie. 

11" Dans le cas de paralysie, les 
muscles atteints cohservent leur con- 
iractilité électrique. 



COUQUE DE PLOHB. 

1* Début lent, annoncé par des pro- 
dromes variés. Les cas que le hasard 
on l'influence d'une même cause rap-: 
proche les uns dés autres ti*ont entre 
eux aucun lieu» aucune toUdarité de 
marche. 

2*^ On ne les trouve qu'accideotelle- 
ment dans la colique de plomb. 

3" Il est UHûoun plus ou moins ré- 
tracté. 

4** Constipation plus ou moins opi- 
niâtre, mais constante. 



S"" Les attaques sont séparées par des 
intervalles dans lesquels il n'y a pas de 
douleurs. 

e^ Coloration toute difTéreiile : teinte 
plombée ou ictère saturnin. 

7* Elle peut ouvrir la scène dans 
Tempoisonnement par le plomb. 

8 " Les membres inférieurs sont très 
souvent paralysés, dans la colique de 
plomb. 

9* L*encéphalopathie saturnine est 
habituellement mortelle. 

10" La production des accidents sa- 
turnins ne reconnaît, pas plus que leur 
marche, l'influence de la température 
ou des saisons. 

11^ Les muscles restent Inertes à la 
faradlsation. 



384 IIALA0IIS BHDÈMIQUIS, GiOOaAnni BT STATISTIOOB HiMCAUS. 

Pronosiic. — Le pronostic de la colique végétale varie soifaotqoeh 
maladie 8*arréte à la colique ou qu'elle parcourt toutes ses périoda II ot 
douteux que l'on ait observé un seul cas de mort après une attaqoe de co- 
lique simple, quelque intense qu'elle fût On guérit donc toujound'oH 
colique primitive qui n'est pas suivie d'accidents graves, et on peatlefan 
d'une manière radicale, c'est-à-dire sans qu'il y ait désormab ancuier^ 
cidive et bien qu'on ne quitte pas le lieu où on l'a contractée. C'est Ta- 
ception, mais cela a lieu à terre. Si ce genre de guérison est l'eioeptiK. 
c'est donc que la récidive est la règle, et que les accidents de la seooo^ 
période, souvent, et ceux de la troisième, plus rarement, accompagnenif 
suivent la colique ; alors le pronostic est toujours grave, et, quand le na 
lade ne meurt pas, il reste pendant longtemps affaibli ou exposé i dite^ 
accidents qui en font un être impropre à toute occupation nécessitant Tx- 
tivité de l'esprit ou du corps. A terre, la mort a lieu rarement ; m 
à bord des navires, où elle a le plus souvent le caractère endémiip 
le pronostic change. VArtémise^ à Mayotte, a M aussi des pertes cn- 
sidérables ; à Cayenne et aux Antilles, au contraire, on n'observe pas cet: 
grande mortalité. Les accidents observés à la suite de la colique sont 1' 
plus souvent des paralysies ou des tremblements musculaires, qui pem 
tent pendant un temps plus ou moins long et peuvent durer même p 
sieurs années (1). 

Ktiologie. — La colique sèche, dit M. Rochard, n'est pas un empoi^- 
nement saturnin (2) : 1" parce que l'agent toxique n'existe pas à bord de»: 
navires, sous une forme qui lui permette de déterminer des acc)deGi> 
2* parce que la maladie qu'on lui attribue se développe dans des C(mditk> 
qui excluent toute possibilité d'intoxication ; 3'* parce qae, si les dec 
affections se ressemblent par leurs symptômes, elles diffèrent par la 
dite de leur marche et par la gravité de leur pronostic Pour que lepk 
puisse être absorbé et pour qu'il s'introduise dans l'économie, il faut qt 
soit mêlé à l'air atmosphérique, aux aliments ou aux boissoas ; aossi t 
a*t-on successivement accusés de receler l'agent toxique. Les vrir^ 
de guerre sont peints en totalité à l'époque de l'armement, et cofl* 
l'armement se fait dans les ports de France et que la colique sèdv 

(I) Dntnmlaa, Op. ct<. 

(3) J. Rocbard, secood chirurgien en ebef de la marine du port de Brest, > > 
fum-iàemlUé de la colique de plornb et de la colique tèche des pays chaudt {Vm» ^ 
diealedei 8 el 10 janvier 1856). 



«■' 



COLIQUE VÊGÊTALB OU COLIQUE SÈCUB. 385 

n'y règoe pas » Téquipage et Tétat-major vivent au milieu de cette at- 
^ mosphère, sans qu'on la voie éclater. Ce n'est que plusieurs mois, par- 
I fois on an après, lorsque le bâtiment arrive dans la sphère d'action de cette 
^ maladie, qu'elle se déclare. Parfois, en cours de campagne, on rafraîchit 
la peinture du pont et de la batterie ; comme la température est élevée, 
que ces parties du navire sont bien aérées, la dessiccation en est rapide, et 
cette mesure n'a pas d'inconvénients. Enfin, on a substitué, depuis plu- 
sieurs années, le blanc de zinc au blanc de plomb, dans la préparation de 
la peinture employée à bord des navires, et cependant la colique sèche n'a 
pas diminué de fréquence. 

L'eau qui se consomme à bord provient de deux sources : de l'approvi- 
sionnement fait au départ et qu'on renouvelle à chaque relâche, et de la 
cuisine distillaroire introduite, depuis quelques années, à bord des bâtiments 
de l'État. La première est conservée dans des caisses de tôle, et par consé- 
' quent «i l'abri de tout soupçon. Quant aux cuisines distillatoires, elles sont 
' en cuivre étamé, ainsi que leurs tuyaux de conduite, et, depuis leur intro- 
' duction, les cas de colique sèche ne sont ni plus ni moins nombreux qu'au- 
-' paravant. Les goélettes des stations locales ne consomment pas d'eau distillée 
" et la colique sèche y est aussi commune que partout ailleurs. La contre- 
' épreuve se présente d'elle-même : le brick l'Abeille^ par exemple, pendant 
^ sa station au Sénégal, n'a pas présenté un seul cas de cette maladie,, bien 
que l'équipage ne fît usage que d'eau distillée. Des analyses ont été faites 
' à diverses reprises et dans des conditions différentes, par M. Fonssagrives, 
' à bord de V Eldorado, au Sénégal ; à bord de i'Armide, aux Antilles, par 
'M. Lecoq et par le pharmacien de la frégate (1) ; par M. Le Tersec, à 
bord de la Capricieuse^ dans les mers de l'Inde (2). Le résultat a toujours 
. été négatif. Dans quelques circonsUinces, dit iM. Le Tersec, ou a pu re- 
'cueillir à la surface de l'eau, dans la cale, une matière grasse, verdâtre, 
:qui n'était autre chose que du margarate de cuivre; mais, dans ce cas, 
'eau n'a pas été distribuée comme boisson et l'on s'est même assuré qu'elle 
> )c tenait en dissolution aucune trace de cuivre sensible aux réactifs. Dans 
, os rares circonstances où l'appareil a été démonté, pour être visité, avant 
I *être remis en place, chaque boulon de cuivre était enduit d'un corps gras 
i ont l'excédant était entraîné par la vapeur, dans les jours qui suivaient la 
^paration. Ainsi, ni l'eau des caisses, ni celle qui provient de la cuisine dis- 
L llatoire ne contiennent du plomb ; mais, dira-t-on peut-être, les vases, 

^ (i; Lecoq, thèse, Paris, 1855. 

(2) Le Tenec, (Aése. Ifontpenier, 1855. 

ir. 2:> 



386 MALADIES ENDÉMIQITKS, GÈOGRAPHIB ET STAÎISTIQUB MKDIQLES. 

dans lesquels on la délivre à féquipage pourraient en renfermer. Or, \m 
que consomment le commandant, l*état-major, les aspirants et lesnuittô 
est conservée, comme à terre, dans des filtres, des vases de terre, de ferrr, 
ou de porcelaine, ce qui ne les empêche pas de contracter la coliqae sèche. 
comme les autres ; celle qui est destinée à Téqufpage est contenue dânsi 
réservoir en bois nommé charnier ; les hommes aspirent le liquide, ï h^ 
de tubes métalliques fixés) ce réservoir. Les tubes sont de fer-blanc oof!' 
zinc; et, sous les tropiques, dans les longues traversées, alors qu'il deiF: 
indispensable d'économiser Teau et d*empêchcr les matelots d'en faire g 
abus préjudiciable à leur santé, on distribue la ration dans des bidom. 
bois, ce qui ne les préserve nullement de la maladie. 

En ce qui concerne le vin, l'État l'achète directement aux propriétu^ 
de vignobles ; il ne sort pas des mains de ses agents, et personne n'a ioi^ 
à lui faire subir une altération. Le même vin est d'ailleurs délivré it' 
les navires, quelle que soit leur destination ; il serait surprenant qo ic 
fensif pour la majorité des équipages, il réservât son action toxique ^^ 
les bâtiments des stations intertropicales. Quant au vin pris eu coor ' 
campagne, dans les colonies, il n'est pas dans le même cas; sa pureté pji 
fait être suspectée ; mais, s'il renfermait du plomb, comme tous les homii' 
de l'équipage en consomment chaque jour la même quantité, les mk' 
accidents devraient se montrer chez tous à la fois ; à des nuances d'iotte. 
près, ils devraient éclater au même moment ; or, c'est ce qui n an 
jamais. H est des pays, Pondichéry, par exemple, où, d'après M. Colb. 
colique sèche est ^ peine connue, tandis qu'on la voit fatalement écbi? 
bord des navires qui séjournent sur cette rade. L'attribuera-t-on 2Q ^ 
pris % terre et que la population consomme sans inconvénients, on àc^ 
que le navire a pris en France, et dont l'équipage a fait usage, pendantes 
ou cent vingt jours qu'à durée la traversée? D'ailleurs ces vinsooi- 
soumis aux mêmes analyses que l'eau, et toujours avec le même rést- 
négatif. « Nous avons inutilement cherché, dit M. Fonssagrives, i coibU 
la présence du plomb dans le vin donné à l'équipage, nous n'en aTOD>^ 
trouvé un atome, v Le vin du bord, dit M. Lecoq, a été soumis à li^ 
lyse et examiné avec le plus grand soin, je dirai même avec l'iota ' 
d'y découvrir du plomb, et toujours sans succès. « J'ai soamis.^ 
M. Barthe, plusieurs fois à l'analyse les aliments et les boissons delv 
page, j'ai notamment traité le vin par l'acide sulfhydrique, sans obt^- 
de résultats qui puisse dénoter la présence du plomb. » (Thèse it^' 
gurale.) M. Raoul, pendant qu'il centralisait le service médkai^' 



COLIQUE VÉGÉTALE OU COLIQUE SÈCHE. 38? 

Station des côies occidentales d'Afrique, avait cru remarquer que les 
Anglais qui y comptent plus de navires que nous, ne connaissent pas la 
colique sèche. Il Tatlribua à ce que leurs hommes ne boivent pas de vin et 
reçoivent en échange une ration de grog. Mais, s*il en était ainsi, comme 
^ ce régime réglementaire est le même partout, les Anglais devraient jouir 

• de la même immunité dans toutes les mers, et c'est le contraire qui 
' arrive. « Les chirurgiens anglais de Bombay (1), dit M. Lemarié (thèse, 
' iVJontpellier, 1851), reçoivent un grand nombre de malades atteints de 
: colique sèche des postes et des bâtiments du Sind et du golfe Persique ; 

ceux de Calcutta, de la navigation du Gange et du golfe de Bengale, n 
Quant aux aliments solides, jamais ils ne sont en contact avec une 
; parcelle de plomb. Les farines, les viandes salées sont renfermées dans 
des barils; les légumes secs, le biscuit, dans des soutes de bois ; rien de 
tout cela ne peut donner prise au moindre soupçon. M. Hétet a exa- 
miné les urines, la salive, le mucus buccal des malades; jamais il n*a 
pu découvrir la moindre trace de plomb. Enfin, chaque jour on admi- 
nistre des bains sulfureux aux malades qui reviennent des colonies, et il 
n*est pas arrivé une seule fois de déterminer la coloration de la peau qui 
se manifeste dans Tintoxication saturnine. 

« 

Tous les navires sont soumis aux mêmes règles, aux mêmes influences 
hygiéniques, à part le climat. Si la colique sèche dépend de Tune d'entre 
elles, pourquoi n*éclate-t-elle jamais dans les escadres de la Méditerra- 
lée, dans les stations des côtes d*£spague et de Portugal, de Terre- 
Veuve, etc. ? Pourquoi la voit-on se montrer à la mer à bord de bâtiments 
3oar lesquels rien n'a changé que la latitude (2) ? 

f> Au mois de juillet \SU6, dit M. Lecoq, nous partons de Brest pour aller 
^rendre le commandement delà station de Tlndo-Chine (à bord de la frégate 
1 Gloire) : nous arrivons après sept mois de traversée dans les mers de 
ihine, où nous visitons successivement Macao, Canton, puis Tousane 
n Cochinchine. Pendant une période de quatorze mois, pas un seul 
as de colique nerveuse ne se déclare parmi notre équipage. Au mois 
*août 18i^7, nous faisons naufrage sur les côtes de la Corée et nous 
3US réfugions sur une île inhabitée, où nous formons un camp en atten- 
int les navires qui doivent nous rapatrier, couchant sur le sol, à Tabri 

* tentes formées avec les voiles de nos bâtiments. Quinze jours après 

(1) Cette proposition n'est pas tout à fait conforme à la déclaration, rapportée 
as haaiy de If. le professeur Iforebead, de Bombay. 

(2) Rochard, Op. cU.^ UnUm médicale du iO janmer 1856. 



388 MALADIBS ENDÉMIQUES, GÉOGRAPHIE ET STATISnQUE MKDiaiiS. 

notre débarquement, sur cette île, des cas nombreux, très grafes, (k co* 
llque nerveuse éclatent parmi notre équipage. Celui de la ooneltt i 
Victorieuse^ notre compagne d'infortune , fut aussi maltraité qiK m 
et paya un large tribut à Taffection que nous venions de constater à^i 
notre débarquement, sur Tile que nous habitions depuis quinie ï ^ 
jours. Voilà la maladie, où en est la cause? Est-il lo^que d'aller Ucy- 
cher dans le plomb de nos navires que nous avions abandonnés def 
plusieurs jours? Dans la iitharge du vin, dont nous étions à peap 
complètement privés après notre naufrage? » M. Marroin, chinirgleap 
cipal de la marine, chargé, pendant les années 1850, 185tetl851' 
la direction du service de santé à Montevideo, s'exprime ainsi [{) *. « ^• 
soigné des capitaines et des matelots du commerce, arrivant des AB:L'^ 
L'investigation la plus minutieuse ne m'a fait découvrir de plomb ni ^^ 
peinture qui était à la chaux, ni dans la cargaison de lears bâtiment^ 
m'est arrivé maintes fois de soigner les patrons on les matelots des barf; 
qui font la navigation des affluents de la Piata ; leur commerce cm^ 
uniquement en tabac, fruits, cuirs. Où auraient-ils absorbé du plodi^ 
Le plomb est un des poisons les plus généraux, il n'est guère d'idiot'' 
crasie qui lui résiste. Sans doute il épargne quelques individus; tos^ 
ouvriers ne sont pas atteints avec la même violence, mais en somme, s> 
suppose un certain nombre de personnes soumises à la même dose è 
agent toxique, la presque totalité en subira les atteintes. C'est le cootn 
à bord des navires, où la colique sèche n'atteint en général qu'ooe fracij 
de Téquipage. Le plomb est toxique à tous les âges de la vie, il n'épa^ 
pas les enfants ; ils contractent la colique avec la plus grande facilité! 
fréquemment même que les adultas. La colique sèche épargne les eo^^ 
dans les colonies et les mousses à bord des bâtiments ; or, si lesrègleu 
n'accordent pas le vin aux mousses, chacun sait qu'il n*en sont pispr 
pour cela et qu'ils prennent part à la ration des hommes de leur pli- 
La colique sèche n'est pas une affection propre aux navires; :i 
â part quelques exceptions, elle règne dans presque toute h région 
picalc. Elle sévit souvent dans les garnisons de nos colonies, bien q^^ 
soldats y habitent des casernes peintes à la chaux et qu'ils n*y boi\t^:i 
d'eau distillée. Souvent les cas les plus nombreux et les plus gn^^i 
viennent des postes établis dans l'intérieur. La colique sèche ofiire i 
haut degré le caractère épidémique, et les médecins qui l'cmlo^ 

(1) Voy. Nouvelles Annales maritimes, août 1852. 



COLIQUE VÉGÉTALB OU COLIQUE SiCBE. 389 

lui reconnaissent» pour condition indispensable, une température élevée ; 
pour cause essentielle, un état spécial de Torganisme caractérisé par une 
débilité profonde ; pour cause occasionnelle, les variations atmosphériques 
et les refroidissements. 

La colique sèche ne règne que dans les pays chauds. Pendant une longue 
station dans les mers de Chine, à bord du Cassini^ M. Pallier dit avoir 
remarqué que jamais elle ne se montrait lorsque le thermomètre était 
au-dessous de 22'' centigrades; le nombre et la gravité des cas nouveaux 
et des rechutes s'élevaient et s'abaissaient avec ce chilTre. La colique 
sèche est d'autant plus fréquente et d'autant plus meurtrière qu'on l'ob- 
serve sous un climat plus ardent La côte occidentale d'Afrique, le pays le 
plus chaud du globe, certains points de l'Inde et de la Chine, qui s'en 
rapprochent sous ce rapport, marchent en première ligne ; les côtes de 
Madagascar, les Comores, Cayenne, le Brésil, les Antilles, jouissent d'une 
température plus supportable, et la colique sèche y sévit avec moins d'in- 
tensité; on l'observe sous une forme encore plus atténuée, dans les 
mers du Sud, et sur les bords de la Plata. (!ette règle n'offre que peu 
d'exceptions. C'est pendant la saison la plus chaude de l'année, pendant 
l'hivernage qu'elle sévit avec le plus d'intensité. Dans toutes les stations, 
les bateaux à vapeur, qui doivent à leur machine un surcroît de chaleur, 
sont plus cruellement éprouvés que les navires à voiles. M. Fonssa- 
grives assure n'avoir pas vu, peadant quatre années passées sôr la 
côte d'Afrique, un seul navire à vapeur qui n'eût souffert de la colique 
sèche; les bâtiments à voiles, avec un effectif phis élevé, jouissaient d'une 
immunité relative remarquable. Elle affecte une sorte de prédilection 
pour les chauffeurs, les mécaniciens, les hommes chargés de la cuisine 
distillatoire, les boulangers, les cuisiniers et les hommes qui leur sont 
adjoints, les infirmiers qui préparent les aliments des malades. Â bord de 
r Espadon, sur 21 malades, 8 appartenaient à ces diverses professions; 
à bord du Cassini, elles ont offert à M. Pallier huit fois plus de 
coliques sèches que les autres ; le Crocodile, à Madagascar, a vu tous les 
chauffeurs successivement atteints. 

Cette maladie ne se montre guère que chez les hommes affaiblis; 
mais, pour quelques médecins, cet état d'anémie suffit pour la produire 
quelle que soit d'ailleurs la cause qui l'ait amené, tandis que les autres le 
considèrent comme le résultat d'une infection miasmatique. La colique 
sèche présente dans son invasion, dans sa marche, dans ses apparitions 
capricieuses et jusque dans ses symptômes tous les caractères des maladies 



S90 MALADIES RNDÉyiQUES, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE HtmaUS. 

■ 

infectieuses. Mais on ne saurait la regarder comme une forme de Imtoii- 
cation paludéenne , car alors elle devrait se montrer plus frèqotii? 
et plus grave à terre, au voisinage des marais, qu'à bord des navire. 
moins immédiatement exposés à leur influence, tandis qu'elle attaque p 
particulièrement ceux-ci. D'autre part on la voit souvent éclater dais (i<s 
parages exempts de fièvres, chez des hommes qui n'en ont jamabéii at- 
teints; enfin, le caractère des affections paludéennes est la périodicité, f 
la colique sèche ne le présente pas. Lorsque les influences prédisposâoi'^ 
ont agi, il ne faut à la maladie qu'un prétexte pour éclater, et les variane 
brusques de température, les refroidissements, les suppressions de tnosfr 
ration sont là pour le lui ofl'rir. Toutes les relations médicales, tootesIes&S 
servations particulières signalent cette étiologie. I^ relation de cause ^é 
est trop manifeste, dans la plupart des cas, pour qu'on puisse élever c:^ 
doutes. Leschaufleurs, les mécaniciens, les boulangers quittent leonsfa:!- 
naises aussitôt que le service le leur permet, pour aller respirer l'air (r«b 
du^dehors, le corps baigné de sueur et la poitrine nue; les matelots, ft^ 
tassés pendant la nuit dans le faux pont ou dans la batterie, soumis ï u» 
chaleur accablante, plongés dans une atmosphère à peine respirai»^ 
viennent, en dépit des conseils qu'on leur donne, se coucher et doru- 
sur le pont 

Nature de la maladie. — M. Fonssagrives résume ainsi qu'il soliy^ 
opiniqns sur la nature de la colique végétale : 

i"* La colique endémique des pays chauds, quoique ayant une anakf ' 
symptomatologique assez grande avec la colique de plomb, en difTer 
cependant par un grand nombre de traits ; elle a une cause spéciôqt 
particulière, coinrm; la colique de plomb a la sienne. Ce soot an- 
maladies parfaileme\it distinctes; 

2"" Les désordres nerveux qui constituent cette maladie, dérivent d'iis' 
altération du sang, d'un empoisonnement miasmatique, dont la oatorc^ 
inconnue. 

3" L'air est le véhicule du miasme toxique. 

U* L'influence de l'altération spécifique du sang sur les centres oeneu' 
ne se fait pas toujours sentir, en premier lieu, sur le grand sympathiqo^ 
les nerfs cércbro-rachidiens sont plus souvent atteints que les premier 
comme l'indiqueni les névralgies du début. 

5"* Le résultat du contact d'un sang vicié avec les centres neneoi ^ 
la production d'une névrose, qui place l'innervation normale, uotôt^^ 
dessus de son type (coliques, névralgies) , tantôt 9u-dessous (paralysie • 



COLIQCB TiGÉTALB OU COLIQUE SiCHB. S91 

6" Sans vonloir assimiler en rien les effluTes qui engendrent la colique 
nerveuse des pays chauds à ceux d*où dérivent des maladies paludéennes, 
néanmoins les uns et les autres peuvent se produire dans des conditions 
identiques, et leurs manifestations réciproques se mêlent quelquefois d'une 
manière digne d*être notée. 

7^ La douleur intestinale est le phénomène essentiel de la maladie ; 
c*est elle qui produit et entretient la constipation : celle-ci résiste tant 
qu'on n'a pas éteint cette sensibilité morbide. De là dérive l'indication que 
l'on peut considérer comme capitale dans le traitement delà colique sèche^ 
de recourir, en premier lieu, aux agents thérapeutiques qui sont de nature 
à enrayer la douleur, et de n'arriver qu'ultérieurement aux purgatifs. Il 
en est du pian charnu de l'intestin comme de tous les autres muscles ; 
toute fibre musculaire douloureuse est perdue pour la contraction régu- 
lière; elle reste forcément ou paralysée ou agitée de mouvements con- 
vulsifs (spasmes cloniques), ou bien encore frappée de contractions (spasmes 
toniques). 

8° Le résultat intime de cette névralgie intestinale paraît être de déter- 
miner une contraction tonique de l'intestin, laquelle, au lieu d'accélérer 
les fèces, les retient au contraire fortement emprisonnées. Cette hypothèse 
paraît confirmée par les particularités suivantes : 1° forme ovillée des ma- 
tières; 2" nature constrictive des douleurs; 3° contraction du sphincter; 
/i** expulsion en jet du liquide des lavements; 5" sensation accusée par 
beaucoup de malades d'un picotement intestinal ; 6* consiriction le long de 
l'œsophage; 7** mobilité des douleurs abdominales; S"" l'existence d'un 
véritable globe hystérique ; 9** dyspnée s'accompagnant d'un sentiment 
grave de constriction, au niveau de la division des grosses bronches; 
i 0** possibilité de vaincre la constipation sans purgatifs, et par le seul fail| 
de l'administration de la belladone. La contraction tonique de la plupart 
des muscles de la vie de nutrition explique tous ces phénomènes d'une 
manière satisfaisante, et les subordonne, à titre de symptômes, à un même 
état organique qui les domine tous. 

9" Enfin la désorganisation de l'encéphale, qui clôt cette douloureuse 
affection, est due à la perpétuité de souffrances horribles que l'on voit 
quelquefois se prolonger pendant trois ou quatre mois, et cela presque 
sans répit. 

Traitement. — • Il est rationnel, dit M. ^Dutroulau, de chercher 
à calmer la sensibilité et à rétablir les fonctions de l'intestin» Ceux 
qui regardent la constipation comme donnant la mesure de U dnrép et 



89& MALADIES INDiMIQUES, GÉOGRAPHIE BT STATISTIQOB lfiDICiIJ& 

cine militaire^ un travail intéressant sar les congélations de Crito^ 
observées par lui dans les hôpitaux de Constantinople pendant rhiver dt 
185/i à 1855. Nous croyons devoir donner ici un résumé de cenomez'j 
document (1). 

La température ne s'était jamais abaissée au-dessous de — 7^ oo -'^ ; 
elle s'était maintenue en moyenne entre — U* et 5*; des neiges abondaQ^ 
avaient couvert le sol pendant une grande partie des mois de décembre, p 
vier et février ; il était tombé des quantités considérables de pluie; les u.: 
de sud-ouest avaient le plus souvent régné. 1^ température à laquelle a\L 
été soumise Tarmée avait donc été généralement froide et humide; à pei 
avait-elle pu compter quelques jours de froid sec ; presque sans bob, si 
abris suffisants, un grand nombre d*hommes étaient restés plus de qor 
jours sans pouvoir sécher leurs vêtements; les troupes de garde aox in^- 
chées passaient vingt-quatre heures presque immobiles, soit dans h c.': 
jusqu'à mi-jambe, soit dans une boue glacée de neige fondue qu^elbn^ 
trouvaient à leurs bivouacs. 

Les gelures au premier degré, dit M. Legouest, ont été rares, sortootL. 
pieds ; elles se présentaient avec une tuméfaction plus ou moins asm:- 
rable des doigts ou des orteils atteints; une coloration d'un rouge Tili 
d'un rouge brun de la peau; une tension des téguments coïncidant son< 
avec la première coloration; une douleur ou un prurit modérés le }r 
quelquefois nuls, mais s'exaspérant le soir au point de ne peimetin 
sommeil qu'à une heure assez avancée de la nuit. Souvent on obsen^ir 
épaississement notable du derme et du tissu cellulaire qui le double. s- 
coloration rouge-brun : cette altération occupait quelquefois une ^i^'- 
étendue; elle siégeait habituellement sur la face dorsale des pieds eiia:/ 
externe des jambes; la peau avait perdu sa souplesse et sa mobilité sur ^^ 
tissus sous-jacents ; son épaisseur était souvent double de l'épaissenr or ' 
naire; sa teinte bistre, uniformément répandue, était assez netteœcjt r 
mitée, et la sensibilité avait totalement disparu dans ces limites m(P^ 
Quelques malades marchaient sans ressentir l'impression du sol; d'3)«' 
pas la conscience d'avoir |)osé le pied à terre, leur marche était iodt^'' 
jusqu'à ce que l'habitude l'assurât. Ces accidents mettent un iem^'-' 
long à s'amender. La coloration, l'épaississement et la dureté da d<^ 
disparaissent les premiers ; la sensibilité revient la dernière. 

(i) Legouost, Des congt'lat ions obscnéea à Constantinopk pendant rWrff*'*' 
à 1855. — Voir Recueil de mévwire de méd,^ de chir. et de pharm, niUU., f^ 
^ XVI, p. 275. 



CONGÉLATION. 395 

Le second degré était beaucoup plus fréquent : constitué par des phlyc- 
tènes renfermant une sérosité blanchâtre, quelquefois grumeleuse, il se 
montrait principalement sur la face dorsale des doigts, des orteils et des 
pieds. Ces phlyctènes, entourées d'une auréole très limitée d*un rouge 
brun, disparaissaient, les unes en laissant au-dessous d'elles un épiderme 
reconstitué, fin, rosé, un peu ridé, très sensible ; les autres, des ulcéra- 
tions grisâtres, insensibles, très lentes à se cicatriser, très difficiles même 
à modifier. Souvent ou voyait des épanchements de sang sous Tépiderme ; 
aux maius, toujours aux pieds, à la face plantaire des orteils, à la plante du 
pied même ou au talon, très rarement sur la face dorsale des membres. 
Les épanchements sanguins affectant spécialement les parties où l'épiderme 
présente la plus grande épaisseur, différaient beaucoup des phlyctènes séro- 
sanguinolentes que Ton rencontre dans les gangrènes ou les fractures : 
ils s'étendent en nappe sous Tépiderme, qu'ils colorent par imbibition en 
noir très foncé. Ces épanchements étaient quelquefois très vastes; ils occu- 
paient la moitié antérieure de la face plantaire, y compris les orteils, on bien 
le talon tout entier; ils étaient durs, non douloureux, à moins d'une pres- 
sion très forte ; aucune auréole ne les limite ; ils sonnaient à la percussion,, 
absolument comme des tissus momifiés. Quand on perforait l'épiderme, le 
sang ne s'écoulait pas : dans le principe il était visqueux ; mais après un 
temps très court il se convertissait, sur la face dermique de l'épiderme, en 
un dépôt plus noir que l'épiderme lui-même, et prenait l'aspect d'un vernis 
desséché se détachant par écailles. La chute de cette masse de sang concret 
et de l'épiderme qui la recouvre, se faisait attendre longtemps; en l'enlc- 
vaut, ou lorsqu'elle tombait spontanément, on trouvait au-dessous le derme 
avec un épiderme reconstitué, ou bien le derme rouge-brun, ulcéré, et ne 
tardant pas à pousser des bourgeons exubérants renversés en champignons, 
noirâtres, saignant facilement, donnant une suppuration abondante, et 
présentant une sensibilité des plus vives. Quelquefois les épanchements, 
dont le siège de prédilection est la face plantaire du pied, se rencontraient 
aux orteils, dans leur totalité, ou le long des bords et surtout du bord ex- 
terne du pied, faisant toujours suite à ceux des orteils. Au début, ils offraient 
un peu de mollesse et ujie coloration bleuâtre qui permettait, avec un peu 
cl*attention, de les distinguer de la gangrène mqmifique; mais quand on 
les examinait après un certain temps de leur existence, ils étaient noirs, 
durs, un peu ridés, aussi bien à la face dorsale qu'à la face plantaire des 
orteils, que l'on était tenté de croire frappés de mort. 

Le degré suivant était caractérisé par des taches d'une coloraljon bleu^ 



396 MALADIES ENDÉMIQUES, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE MtDiaLË. 

noirâtre, quelquefois diffuse, quelquefois bien limitée. Ces taches, de b 

largeur de nos pièces de menue monnaie, siégaient habitaeilemeoi û 

au talon, soit au bout du gros orteil, soit sur la tête du premier ië- 

tacarpien, ou sur la tubérosité postérieure du cinquième ; Ilots penb 

souvent au milieu des tissus sains, plus souvent dans le centre de tim> 

devenus bruns et présentant les caractères des engelures chroDiqoes. G& 

taches noires sont des eschares molles, que l'on aperçoit à travers l^ji 

derme non soulevé et conservant sa transparence ; elles se détacbeot oii' 

nairement à une époque très reculée, et sont remplacées par uneulcén- 

(ion fongueuse, bourgeonnante, donnant naissance à une abondât 

suppuration, saignant souvent et au moindre contact, supportant a ^ 

sommet une portion gangrenée du derme irrégulièrement frdngée. D'ao^ 

fois leur chute s*opère avec une délimitation très eiacte et très oti' 

comme à Femporte-pièce, et au-dessous se présentent des lissos ta 

geâtres, à peu près secs, au niveau des téguments externes, et n'ay^ 

nulle tendance à la cicatrisation. Les différences dans les résaltaiu 

la chute des eschares paraissaient être en rapport avec la profondeord 

Taltération des tissus, plus grande dans le premier cas et atteigoan' - 

muscles, moindre dans le second et se bornant au derme. Dans Tuo cm^ 

dans l'autre, les malades n'accusent que fort peu de douleur. Lor^ 

le froid a agi sur les tissus avec une intensité plus grande encore, d'ao^ 

phénomènes se présentent à l'observation : colorées en bleu foncé, h'^ 

les parties sont un peu tuméfiées ou plutôt semblent gorgées de iiqni- 

conservent l'impression du doigt, se relèvent lentement, et ont perdu ir: 

sensibilité; elles sont frappées de mort. La gangrène atteint soaveB'- 

orteils entiers ou en partie, souvent Tavant-pied jusqu'au milieu des r^ 

tatarsiens et plus haut encore, quelquefois le pied tout entier et la janip . 

une hauteur plus ou moins grande. L'épiderme ne présente que nresiA 

desphlyctènes, qui, dans ce cas, sont remplies de sérosité roussâtre.-ej^ 

il se détache facilement sous un frottement un peu rude, et se cmp' 

comme celui des cadavres qui sont restés longtemps sous Peau. Il e^d 

fort difficile alors, sinon impossible, de dire jusqu'à quelle distincede 

sont parvenues les atteintes du mal; mais la congélation en totalité se' 

produisant la plupart du temps que sur des parties recouvertes pa^ ^^' 

couche mince de téguments ou de tissus, ces derniers sont frappés de ^■"'' 

dans toute leur épaisseur ; et, dans presque tous les cas que nous aT(Hi>''' 

sous les yeux, les os ont été dénudés complètement, ou pltis ou wm^' 

pouillés des couches musculaires et tégumentaires qui les recoonaK^ 



CONGELATION. 397 

Cette noortîrication, dit M. Legouest, est poar ainsi dire nne gangrène 
d'emblée ; elle diffère essentiellement de celle qui peut suivre la réaction 
dans les tissus où rabaissement de la température a amené la stase du sang : 
aussi bien que de celle qui s*empare des parties qui ont subi des modifi- 
cations incompatibles avec la vie. 

Après on temps qui varie suivant Tâge, la force, la constitution et la 
race des individus (ce temps est de moitié plus court chez les nègres), mais 
toujours après un temps assez long, la dessiccation s^empare du membre, 
en commençant par les orteils, qui se rident, s'amoindrissent, se momi- 
fient, et acquièrent la dureté et la résonnance du bois. Selon que l'effet 
du froid s'est fait sentir plus ou moins haut sur le membre, les phéno- 
mènes se produisant de proche en proche remontent vers le tronc, et le 
sillon éliminateur, dont la place est marquée d'avance par la limite de la 
coloration bleuâtre des téguments, se creuse entre le mort et le vif. L'es- 
chare restant à Tétat humide dans l'étendue de 0°>,03 environ, les parties 
demeurées vivantes se comportent de deux manières différentes. Une in- 

* 

flammation légère se borne, la plupart du temps, aux environs du cercle 
éliminatoire ; elle n'envahit les téguments que dans l'étendue de 0,01 à 
0,02 centimètres. Quelquefois, au contraire, dans une étendue de 0,15 
à 0,20 centimètres, on remarque sur toute la circonférence du membre 
une coloration rouge-brun, accompagnée de dureté et d'empâtement ; les 
parties ainsi altérées sont douloureuses à la pression; un pansement un 
peu trop serré, et surtout l'action intempestive de l'instrument tran- 
chant, y déterminent rapidement des points gangreneux. 

Le sphacèle complet du membre, quand il se produit d'emblée, a 
une grande analogie avec la gangrène sèche, ou avec la gangrène sénile. 
Mais la momification des parties, bien que très générale, n'a pas toujours 
lieu, et quelques membres congelés ont parcouru les phases de la gan- 
grène humide : les tissus se sont détachés en eschares molles , laissant à 
nu les os qui mettaient un temps fort long à se séparer du membre, soit 
dans leur continuité, soit dans leur contiguïté. Cette gangrène secondaire, 
produit d'une congélation moindre ou consécutive à la réaction, doit être 
rangée, au contraire, à côté des gangrènes humides : dans les cas rencontrés 
par M. Legouest, elle n'a pas montré de tendance à s'étendre au delà des 
parties primitivement affectées par le froid ; elle n'a jamais amené la mortifi- 
cation d'un membre dans sa totalité; mais, occupant souvent une très vaste 
surface, elle n'en a pas moijis eu de funestes résultats. Elle s'est le plus 
fréquemment montrée avec les phénomènes suivants: les membres mode- 



398 MALADIES BNDftmQUIS, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE MÉDiailS. 

rément tuméfiés, assez résistants, présentaient une coloration rooge-^iolet. 
marbrée de taches noirâtres ; ils étaient chauds, douloureux. Pende leiup^ 
après, les taches noires perdaient la consistance des tissas voisins, se n* 
mollissaient et devenaient fluctuantes ; si Ton n'intervenait pas avec le bb- 
touri, les tégoments s'amincissaient graduellement, s*nlcéraient de deda& 
en dehors, se rompaient, et laissaient s*écouler un liquide composé 6 
sang, de pus et de détritus gangreneux, sans aucun mélange de giL Co 
foyers de liquide avaient la plupart du temps pour siège le tissn cellulilrr 
profond intermusculaire, et, dans ce cas, ils étaient mal limités, fuâier 
et provoquaient des décollements sous les téguments et entre les masse 
musculaires. D'autres fois, ils siégeaient dans Tépai^seur des muscles eni 
mêmes, creusés de vastes pertes de substance parfaitement circoosait& 
D'autres fois encore, les muscles et le tissu cellulaire ambiant avaient seni 
à les former ; la gangrène s'emparait, dans les limites exactes du foyer, es. 
ses parois tégumentaires, et l'on voyait apparaître des hémorrhagies. lu 
ou plusieurs de ces foyers envahissaient les jambes, quelquefois les coisse, 
donnant aux membres un aspect analogue à celui que leur imprimeQt h 
tumeurs charbonneuses à leur dernière période. 

Celte gangrène ne marchait pas avec la rapidité de la gangrène trannu 
tique ; elle ne procédait pas des extrémités sur le tronc. Car sonvcot Tip- 
parition de foyers gangreneux supérieurs précédait celle de foyers se pr^ 
duisant plus bas; elle se bornait aux parties primitivement altérées d^ 
leur volume, leur consistance et leur coloration. La plupart de ces deniiT; 
cas, et tous ceux de mortification d'emblée remontant jusqu'à mi-jamh^^ 
se sont terminés par la mort 

Ces deux genres de gangrène ont eu les mêmes causes, mais une marcip 
et des débuts différents. Les gangrènes d'emblée se sont produites saosqoe 
les hommes eu eussent eu conscience autrement que par TinseuMbilité qsi 
succédait à un sentiment douloureux de froid excessif. Après qoelqQ» 
heures de séjour dans la neige fondue, ils ne pouvaient plus se souteDir 
immobiles ; quelques-uns se traînaient péniblement, ne sentant plas km' 
pieds, selon leurs propres expressions ; pour la plupart, la marche eut 
devenue impossible, et ils étaient rapportés par leurs camarades. U^ 
pieds se coloraient légèrement en rose ou devenaient tout à fait pâles ;i> 
étaient un peu tuméfiés, et, le lendemain on le jour suivant, ilsprésenuî^> 
les phénomènes que nous avons décrits précédemment. Les gangrènes s^ 
condaires atteignaient surtout les hommes plus vigoureusement coostitû^ 
ou plus énergiques, sur lesquels le froid avait moins d'action, qui cfa^* 



congAlation. 399 

chaîent à le combattre parle mouvement, qui excitaient en un mot la réac- 
tion. Chez ceux-là, les parties présentaient d*abord un gonflement assez 
notable ; elles étaient marbrées de teintes rouges, blanches et violettes, 
durcissaient un peu, et passaient, dans les premières vingt-quatre heures, 
à l'état signalé plus haut 

A Tautopsie, les eschares produites d'emblée ne présentaient rien de 
spécial; elles se comportaient selon la profondeur à laquelle les parties 
avaient été atteintes. Dans les tissus qui avaient éprouvé une réaction on 
rencontrait l'infiltration séreuse ou purulente des couches cellulaires ; des 
traînées gangreneuses suivant les os et aboutissant soit à des ulcérations, 
soit à des foyers purulents. Les os étaient devenus plus friables. Ils pré- 
sentaient une raréfaction de leur substance, dont les aréoles étaient imbi- 
bées d'un liquide jaunâtre, glaireux, sanguinolent ou purulent. Cette alté- 
ration se remarquait surtout vers leurs extrémités, qui se laissaient facile- 
ment entamer par le scalpel. Il était rare qu'un os n'eût pas souffert du 
voisinage de la mortification des tissus, alors même qu'une certaine épais- 
seur de ceux-ci le recouvrait encore ; et, une fois atteint, il l'était généra- 
lement dans toute sa longueur. Ce dernier phénomène donnait lieu, dans 
les tissus sains, à tous les accidents provoqués par la carie ou la nécrose, et 
compromettait gravement l'existence des parties primitivement respectées 
par le froid. Souvent on constatait dans l'épaisseur du tissu cellulo-adipeux 
de la plante du pied, chez des hommes qui n'avaient eu que>quelques orteils 
congelés, ou chez lesquels les pieds étaient intacts, de petits épanchements 
sanguins en nombre très considérable, renfermés dans les mailles cellulo- 
adipeuses mêmes. Le volume de ces épanchements variait de celui d'un 
grain de millet à celui du fruit de l'épine vinette, avec lequel ils présentaient 
la plus grande ressemblance. Le sang était congelé et ne s'épanchait pas, 
alors même que l'on ouvrait la vésicule qui le contenait. Ces épanchements 
ne se rencontraient pas seulement dans la masse cellulo-adipeuse de la 
plante des pieds, mais très fréquemment dans le tissu cellulaire avoisinant 
les vaisseaux et les nerfs, dans leurs gaines mêmes, et accolés soit aux uns, 
soit aux autres, dans une certaine étendue. Trois fois M. Legouest a 
constaté une décoloration des muscles de la plante du pied; elle existait 
sur un seul pied, l'autre pied conservant sa coloration normale. 

Cet état des pieds ne s'était révélé par aucun phénomène pendant la 
vie. Quant au piqueté sanguin et aux épanchements de la plante, il était 
possible de les prévoir, les malades se plaignant quelquefois de vives dou- 
leurs, quelquefois n'en accusant aucune, et l'absence ou la présence des 



ftOO HALADIBS BNDBMtQUBS, GBOGRAPfllB BT STATISTIQCB MBOICiLES. 

altérations précitées ne venant pas, à Tautopsie, donner raison do slkDr! 
des organes des uns, pas plus que des douleurs accusées par les aoi^A 
D'après les faits qui précèdent, M. Legouest propose de rapporter les a:- 
gélations à cinq degrés : le premier, constitué par l'engelare, toujoorsfid' 
à diagnostiquer, et ne méritant pas, à proprement parler, non plus que ^ 
suivant, le nom de congélation ; le second, indiqué pardespblyclèi^^r 
des épanchements sanguins, avec ou sans ulcérations consécutives; le lo- 
sième, présentant des eschares peu profondes n'intéressant que le dos- 
ou la partie la plus superficielle des muscles sous-jacents ; différeocë :: 
possible à diagnostiquer à pr tort; le quatrième, intéressant rarement ce: 
manière uniforme les muscles et le tissu cellulaire intermusculaire ï nr* 
plus ou moins grande profondeur; le plus souvent dans plusieurs eo(in> 
séparés, quelquefois voisins, quelquefois à une assez grande distance '- 
uns des autres ; le cinquième, frappant les membres de mort dans ht&t> 
lité, soit d*emblée, soit consécutivement. 

La plupart des malades, aussi bien ceux dont les membres avaieot * 
soumis à des degrés divers de congélation, que ceux qui n*en portak 
aucune trace, présentaient un amaigrissement notaUe, une coloration >> 
rique de la peau, et se plaignaient de douleurs dans les membres. ( 
douleurs apparaissaient surtout après les contractions muscubires. ^■ 
quelques-uns on observait, dans les parties qui avaient été partiel. 
remeut exposées au froid, une rigidité ou une contracture partielle; '• 
seul malade, ayant eu les deux avant -pieds gelés, a succombé aotu 
nos. Souvent il existait un cedème fugace de la face, des paupières ^■ 
tout ; quelquefois l'œdème était général. Une lenteur extrême des nx)c>^ 
ments, une paresse, «une sorte de torpeur générale, un sommeil de pioé 
se faisaient remarquer chez le plus grand nombre ; beaucoup étaient aitii^ 
de diarrhées incoercibles , quelques-uns de dysenteries sans doal'" 
abdominales. La diarrhée au plus haut degré s'observait surtout chez r 
hommes dont les extrémités inférieures avaient été. congelées en tota> 
pas un d*eux n*a survécu. Chez le plus grand nombre des malades* ^ 
premiers phénomènes signalés ne tardaient pas à s'amender ; chez d'aotr^ 
ils persistaient un temps fort long sans s'aggraver. Un ou plusieurs k< - 
de fièvre qu'on aurait pu confondre avec des accès rémittents, jog^^ 
le mal dans ces deux catégories, et semblaient être la crise nécesitain^ 
l'établissement de la convalescence; chez d'autres, eufin, on voyait af/ 
raltre tous les accidents du scorbut, si l'on en excepte TaltératloQ ^' 
gencives qui était fort rare. 



CRABK. hO\ 



CHAPITRE XV. 

DU CRABE. 

Le crabe est considéré comme une complication ou comme une suite du 
pian ; quelquefois, cependant, il se développe chez des individus qui n'ont 
jamais éprouvé les atteintes de ce dernier. Il semble être plus fréquent 
chez la femme que chez Thommc ; plus encore que le pian, il parait 
être le partage de la race noire. 11 s'annonce par des gerçuies et des 
fissures irrégulières qui peuvent être comparées aux pattes et aux pinces 
du crustacé connu sous le nom de crabe. Tantôt il présente, dit M. Le^ 
vacher, après la chute de son fongus, un trou semblable à celui que fouille 
le crabe ; tantôt il ronge et entame la plante des pieds à la manière dont cet 
animal creuse la terre. Le crabe affecte dans sa marche trois variétés dis« 
tinctes : la première n'endommage que la peau {crabe sec ou courant des 
Antilles); la seconde, à fongus rouge, petit, profond et pédicule, forme la 
variété du crabe k (ongus rouge ; la troisième, plus développée que la pré- 
cédente, à fongus large, saignant, noirâtre et marbré, constitue la variété 
du crabe à fongus hématode. La première variété trace des gerçures sur 
Ja face plantaire du pied, et rarement sur la face palmaire de la main. 
£lle atteint particulièrement le rebord plantaire de la portion du talon. 
Ses formes et ses dimensions sont toujours irrégulières, et les parties 
qu'elle affecte s'entr'ouvrent et deviennent écaiUeuscs. Ses fissures sont 
douloureuses et suppurent quelquefois. « C'est une véritable altération 
squirrheuse de la peau avec gerçure et induration des premières couches 
du tissu cellulaire sous-cutané. Sous ce rapport, elle diffère de l'éléphan- 
tlasis en ce que ses désordres sont toujours superficiels (1).» 

« La température de l'atmosphère et la qualité propre de certaine portion 
du sol, celle des terrains argileux particulièrement, et, dans quelques 
années, la fréquence des grains de pluie , suivis de coups de soleil brû- 
lants, paraissent contribuera la production du crabe sec ou courant. Cette 
variété ne s'observe en effet , le plus souvent, que durant les mois d'hi- 
vernage, dans les habitations humides et les localités marécageuses. Elle 
seule semble être étrangère au pian. Les pieds des nègres, directement 
eu contact avec la chaleur et l'humidité du sol, avec une boue, tantôt 

(I) Voy. Levachefi Guide mcdical des AniUles, Paris, 1840, p. 307. 
II. 2G 



Ù02 MALADIES ENDÉMIQUES, GEOGRAPHIE ET STATISTIQUE MÊDlaL£^ 

d*argilc, tantôt de tuf, tenace ou légère, et d'autres fois noire et n- 
scuse, acquièrent bientôt une épaisseur extrême. La face phniiire>it 
leurs pieds devient cornée; c*est presque une semelle naturelle, afecli- 
quelle il leur est plus facile de se souteoir et de courir, qu*à Vaiàe Là 
souliers qui, dans cet état, les gêneraient en les privant de la contncik 
libre et entière des orteils, si utile à leur marche. Cette induration des ai' 
faces plantaires et Taltération de la peau, qui ne sont que le résolut dr 
causes énumérées, ont aussi une part considérable dans la naissance è 
différentes espèces de crabe (i). 

j) Je suis d'autant plus conTainca de cette opinion, dit H. Levacte 
qo*il ne m'est jamais arrivé d'observer aucune des variétés du crabe «t 
les jeunes noirs, qui ont, dans la première enfance, les pieds aussi teoèe 
et aussi délicats que les nôtres ; et que les blancs qui dans des drco 
stances exceptionnelles avaient pu contracter la maladie, marchaient a!& 
nu-pieds et se trouvaient, par la misère, dans des conditions sm^ 
blés à celles des nègres les plus malheureux. Le crabe sec ou courant ? 
guérit en évitant l'humidité , en bassinant les parties affectées avec tu- 
solution de nitrate d'argent fondu, de sulfate de fer ou de cuivre;»! 
saupoudrant d'oxyde rouge de mercure, et mieux encore, de sublimé r^r 
rosif. s 

Le crabe à fongus rouge naît constamment sous la plante des pietK ' 
débute par la présence d'un point fixe , douloureux, qui ne laisse apff 
cevoir d'abord auctme altération de la peau. Après quelques jcr 
le derme et Tépiderme blanchissent dans une étendue circulaire d : 
quart de pouce. A cet endroit la peau devient humide, de plus en i 
douloureuse, et ne tarde pas k laisser suinter un peu de sérosité. Bi^^ 
elle s'altère, se détruit, et découvre un fongus d'un rose vif et ru<: 
très sensible, et qui ne présente aucune tendance à s'élever ao-de^' 
de son niveau. Dès lors 11 s'en écoule continuellement un pus idionr 
qui semble provenir de la circonférence du fongus. Celui-ci est as^ 
profondément pédicule; il s'étend jusque vers la coudie adipeuse m- 
cutanée, quelquefois même sur les couches musculaires aous-jicec-^ 
Son pédicule est étroit, son corps est arrondi et peut atteindre le voit 
d'une petite olive ; son sommet est plus large que sa base, et sa farine ^ 
celle d'une pyramide renversée* Cette deuxième variété du crabe p^ 
d'après M. Letacher, reconnaître pour cause l'humidité et la roiif^ 

(t) Levacher, Guid» m<dkal âeBÀniiUes, Paris, 1840, p. 310. 



CRAIIB. &0S 

proté, mais elle est le pins soovent uoe affection concomitante du pian. 

Il est encore pioa important ici de maintenir les malades dans un repos 
absolu. « Il convient aussi presque toujours, dit M. Levacher, de les sou- 
meure aux tisanes sudorifiques et à la liqueur de Yan Swieten. Lesfongus 
seront pansés avec des caustiques. Quelquefois ces médicaments les minent 
simplement et les détruisent peu à peu sans les détacher; d'autres fois ils 
provoquent au bout d'un certain temps leur chute entière, et la cavité qui 
en résulte semble d'autant plus profonde, que la plante des pieds du nègre 
est d'une épaisseur toujours considérable. Rarement le fongus se détache, 
ou guérit avant deux ou (rois mois ; il peut même quelquefois résister plus 
longtemps (1). » 

Le crabe à fongus hématode s'observe plus rarement que le précédent 
Il occupe une plus grande étendue des surfaces plantaires, et des sym- 
ptômes plus graves l'accompagnent dès son début Une douleur atroce 
indique et circonscrit le point de naissance de la maladie. La peau, dans 
cette limite, devient blafarde et humide ; elle s'élôve, se boursoufle, s'en- 
tr'ouvrc et laisse apercevoir dans uoe ouverture circulaire, qui n'excède 
jamais la largeur d'une pièce de cinq francs, un fongus marbré, noirâtre, 
h tête arrondie comme le champignon, parsemé de bourgeons d'une 
extrême sensibilité et baigné dans une sanie fétide, dont la résorption, 
jointe à la réaction douloureuse de la tumeur, cause de violents accès 
de fièvre. Lorsque l'insouciance des malades leur a fait négliger les soins 
et les pansements que cette affection rédame dès son origine , il n'est pas 
rare de voir le fongus s'élever à un centimètre et plus au-dessus de la 
surface de la peau. « Dans ces cas, les parties environnantes sont imbi^ 
bées et altérées par le pus; elles répandent une odeur repoussante. La 
durée de cette variété peut se prolonger jusqu'au delà de quatre , 
cinq ou six mois. Il est des nègres qui préfèrent la mort k l'assujettis- 
sement d'un long traitement ; rarement quelques - uns d'entre eux 
consentent à en essayer les avantages, et la seule idée de s'y soumet- 
tre, et surtout d'y être contraints, est pour tous une source profonde 
de chagrin. Cette espèce de crabe, constamment grave, ne survenant 
dans la généralité des cas que sous l'influence du pian, doit être avec 
raison considérée comme la conséquence de cette dernière affection; 
Lorsque le fongus hématode s'élève au-dessus du niveau de la peau , 
l'excision doit s'effectuer le plus promptement possible. Le soulagement 

(i) Levacher, Op» cii»^ p. 314. 



UiiU MALADIES ENDÉMIQUES, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE MÉDiULtS. 

qui en résulte et la propreté de la plaie la rendent doublement uiik 
L*opéralion est suivie d*unehémorrhagie considérable, mais quéji.^ 
plumasseaux de charpie sèche gradués , et un bandage comprd: 
en triomphent facilement. Il est prudent de ne relever rapparàl f. 
lorsque son imbibition annonce que la suppuration est bien éubi 
L'excision est inutile si le fongus n'excède que de quelques l^De> - 
niveau de la peau; il suffit alors d'employer la poudre de sublimé, oq^ 
recouvrir avec des plumasseaux de charpie imbibés dans lasoIotioQ'^ 
sulfate de fer ou de cuivre. La jambe et le pied sont placés sur an coa^ 
résistant et disposé sur un plan horizontal; le repos doit êtreabsolo 1' 
fongus, après son excision, présente une organisation presque semblab't 
celle des tumeurs hématodes : son tissu est plus serré , plus dense >. 
d'une couleur plus foncée; les nervures, les sillons et les veinules qu' 
parcourent sont également mieux dessinés. Le crabe hématode qni aniv 
même longtemps après la disparition du pian, peut dénoter que Cirt 
dernière affection n*a pas été combattue primitivement d'une imck 
convenable. 

» Le crabe hématode qui se montre immédiatement ou peu de ter 
après la suppression du pian dont la disparition s'est effectuée sans tni: 
ment, réclame non-seulement les moyens extérieurs dont il vient d^^ 
question, mais encore l'usage intérieur de la liqueur de Yan Swietec ' 
des sudoriGques. Sous l'influence de cette médication, Taffection Tpnm' 
ne tarde pas à reparaître, pour s'effacer bientôt. Mais celui qui sam 
immédiatement après un long traitement du pian, ou même pendant r 
ce traitement se poursuit , ne doit inspirer aucune inquiétude : il ^^' 
simplement combattu par des applications extérieures , auxquelles cl 
voit toujours céder. Les nègres affectés du crabe ne peuvent s'api^^^ 
sur le pied malade , sans éprouver une douleur souvent extrême. I^ 
efforts qu'ils s'imposent et la réaction douloureuse que cette a^'^ 
transmet aux tendons sont tels , qu'ils donnent à leurs pieds un a.v' 
particulier de difformité. Les mouvements de flexion ne peuvent avoir a: 
sans provoquer de vives angoisses, et l'action des extenseurs, celle enp^ 
ticulier des muscles péroniers qui domine alors, détermine la rétnc:* 
des orteils, et les porte en haut et en dehors (1). » 

(1) Levacber, Op, cU,, p. 310. 



CRÉTINI8IIB ET GOITRE. MS 



CHAPITRE XVL 

DU CR&TINISHË ET DU GOItRE (1). 
I A&T. X*'', — Cbniidérationf généimlef . 

' On a donné aux crétins les appellations les plus variées. Désignés 
dans les Pyrénées sous le nom de cagots ou capots (2) , ils prennent, dans la 
Navarre, celui de ca/fos. En Piémont, on les connaît sous le nom de pazzi; 
dans le Salzbourg sous celui de Fexei^n Styrie et en Garinthie, leur nom 
est Dosten^ Trotteln, Gacken; en Sonabe, Simpel^ Dackel^ Lalle^ Kralle^ 
Trop f, etc. 

Les anciens ont gardé sur le crélinisme un silence absolu, à moins qu*il 
ne soit permis de voir une allusion à celte affection dans un passage de 
Vitruve, qui signale une eau de l'île de Scio, laquelle» bien qu'agréable 

' au goût, avait Tinconvénient de pétrifier l'esprit : vôa> ircrpo; ô Iv^it 
irtuv. Le silence des anciens sur une infirmité à la fois si grave et si 
palpable est d'autant plus surprenant, que le goitre leur était parfaitement 
connu, comme le montre déjà le vers de Juvénal : 

i< Qais tumidam miratur gattur in Alpibus ? » 

Le crétinlsme est mentionné pour la première fois au commencement 

(1) La question du crétioisme et du goitre a d^ été abordée dans le tome I''', 
pages 81, 99, 201 ; et daus le tome 11% pages 23i et 235. 

(2) A la bataille de Yoaglé, près Poitiers, doDoée en Tan 507, les Visigoths fu- 
rent défaits par les Francs. Les plus éminents d*entre enx se retirèrent en Espagne; 
ceux qui restèrent en France se soumirent aux vainqueurs ; mais ils étaient de la 
secte d*Anus. Mêlés aux descendants des Alains, des Suèves, des Hernies et des 
Huns, et persécutés comme eux, ils se réfugièrent dans les lieux les plus inhabi- 
tables, et par conséquent les plus malsains de la France. Ne formant plus qu*une 
caste abhorrée et maudite, ils y furent en proie à la plus affreuse misère. Dans les 
solitudes de la petite Bretagne, et dans un âge un peu plus civilisé, à peine leur 
permit- on de vaquer aux professions de cordonnier et de tonnelier qu'ils avaient 
embrassées. Le parlement de Rennes fut obligé d'intervenir pour leur faire accorder 
la sépulture. On les trouve alors désignés sous le nom de cacoux et de caqueux; 
et les ducs de Bretagne avaient ordonné qu^ils ne parussent point sans une marque 
disiinctive. VcrsTAunis, on retrouvait leurs pareils cachés dans l'Ile de Maillezais. 
La Rochelle était peuplée par les coliberts ou esclaves. Ils reparaissent sous le nom 
(Je cahets en Guyenne et en Gascogne. Dans les deux Navarres, ils s'appellent quel- 
quefois caffos. On les découvre enfin dans les montagnes duBéarn, de la Bigorre, 
des quatre Vallées et du comté de Gomminges. Là ce sont des cajots ou capota (de 



&06 MALADIES ENDÉMIQUES, GtOGRAPRlB ET STATISTIQUE UÉDIUUS, 

du XVI* siôcle, par Félix Plater (1). Voici comment s'exprime cet auiecr: 
« Sunt et aliqui stulli qui praster inoatani stultitiam vitiis qoibuski 
» notati sunt a natura ; quorum aliqui passim occurrunt, maxime \£n 
u in certis regionibus frequêntiores inveniuntuf , nti in Yalesio p^j 
» Brem appellato ; plurimos in viis sedentes, quorum aliqui id i:^ 
» Sedunuin delati fuerunt, an forte aliquid auxilii ipsis adferre ^m 
• f idi câpite informi, interdum lingaa immeun et tumida, mutot, m- 
a moso aimul aliqaando gutture, aspectu deformi, qui, ante soas a^^ 
coliocati, tono visu solem intuebanlur, ac bacillis digitoram iotentk:^ 
» inditis corpusque varie torquentes, oreque deduclo, cacbinnom et « 
« mirationem paetereuntibus movebant » Vers i57/i, Simier, darur 
description du Valais, s'exprimait ainsi sur le même sujet : « QoodVti 
» tianos spécial in quibusdam pagis complûtes gutturosi inteoioDii: 
» in aliis prorsus nuHi, in quibusdam pauci admodum. AUam qw 
» pagam se iilis nosse amicus quidam ad me scripsit, in que ploresck: 
9 dicant, quum in proximo pago nemo lali vitio laboret Item par' 
» esse in qnoplnres bomines fatui inveoiuntnr, quos ipsi Gauehen tocaDt.iîi 
» vix bomines nominari merentur, bestiissiroilesutqQinallociboliDci^i 
n utantur ; se enim vidisse qui stcrcore equino uteretur, ailamqai(: < 
» alios qui nudi tota bieme incederent» et varia hujusmodi IDO!^ 
» quorum causa in occulto latet. m 

En Asie, le crétinisme a été observé dans TUimalaya, dans ksm 
gnes du Thibct, de la Tartarie, de la Cbine. En Afrique, divers vo}^, 
disent Tavoir rencontré dans la vallée du Mger, dans le Baink' 
Madagascar. En Europe, il a été constaté particulièrement dans les ^> 
les Pyrénées, le Jura, le Hartz et dans les Carpatbes (2). 

En ce qui concerne le gotire, son endéroicilé, très répandue enl " 



caa» goth, clilen deGotb); il ne leur est permis que d*étre bâcherons ou d-a* 
tiers, et ils doivent, en cas d'iDcendic, marcher les premiers au feo. Oo k^'' 
lègue et vend comme esclaves. Ils sont réputés ladres et infects, n'entreniâ '- 
que par une petite porte séparée, et y trouvent leur bénitior particoliw-: 
siège à part. En plusieurs lieux, les prêtres ne veulent pas lej recevoir à Iicjo'^^ 
On croit même leur faire honneur en prenant sept témoins d^ntre em |k^* ' 
un témoignage. Enfin, ils furent, en 1460, Tobjet d*une réclamation d«' 
Béarn, voulant qu'il leur fût défendu de marcher pieds nus dans les rues: i 
d'infection, et qu'ils portassent sur leurs habits leur ancienne marque dis 
le pied d'oie ou de canard. 

(1) F. Plateri, Observationes in hominis affectionibus plerUigu^. Basilijp. :* 

(2) Boudin, Carte médicale du globe (sous presse). 



CEÉTINISBIB ET GÛITBE. ft07 

a été constatée : 1* en Asie, dans les montagiies qui entourent le phteao 
de Gobi, dans TOural et le Caucase, à Sumatra ; 2° en Afrique, dans Tatlas 
de Fez, selon Léon l'Africain, et au pied du mont Kong, d'après Mungo 
Park; 3- en Amérique, au Chili, au Pérou, et à Ëdmonton, près la rivière 
de Saskathayan, sous le 35' degré de latitude nord. Il est digne de 
remarque que l'Indien américain est beaucoup moins sujet au goitre que 
l'Ruropéen et le Créole (1). D'autre part, il y a une trentaine d'années, 
la Société médicale de Metz mettait au concours la question suivante : 
« Pourquoi la femme juive est-elle exempte du gottre? » 

Parmi les travaux publiés sur le crétînisme depuis une vingtaine d'an« 
nées, nous signalerons les suivants : 

J, M'C|«BLLAWD, Gwlogy ofKemaon (DMin Journal^ 1837). 

Dkii»k« Ueber endûnUschen Crelmwnus^ Eigmihum der Mlungsanslall fUr Cre^ 
tinen auf dem Alendberg, Bern, 1840. 

DuE«, Vortrag Uber CreUnismus und die Môglichkâit demselhem vorzubeugen. Ham- 
burg, 1842. 

OtboTbieme, Der CreUnismus, Weimar, 1842, ia-4° avec 5 plaachei. 

Bosch, Di$ Sliflung fur Crelinenkinâer auf dem Ahendberge» Stultgard, 1842. 

BERCHTOLD-BcAUPnÉ, Dissertation sur It créUnismo , Fribourg, 1843. 

TwiNiNG, Some accounl of crelinism and the institution for its cure on the Abend- 
berg in Switzerîand. LondoD, 1813. 

Extracts from the first Report of the Institution on the Abendberg for the cure of 
crelins, translated by doctor W. Twining, Londoo, 1843. 

Maffei rXD Buscn, A>ue Vntersuchungen ilher Cretinismus, Erlangen, 1844* 

MiCHAELis, Skiszen von der Verbreitung des CreUnismus im Kanton Aargau, AaraUi 
1843. 

Edward Welu, Essay upm cretinismand goUre, London, 1815. 

D.*A. Chavannes, Des crétins sur V Abendberg {Journal de la Société vaudolse d'util 
Htépubtiquet n* 145. Lansanne, 1844). 

Vâfhandlungên der Schweiz, naiurforschenden Gesdtsehaft Uber Cretkiismus gu 
Freyburg, ZiirtcA, Lausanne, Chur und Genf, 1840, 

Beobachtungen Uber den CreUnismus, eine ZeUschrifl herausg, v. d. Aerzien der 
Ileilanstalt Mariaberg. S. Hft., grand in-i. Tubingeo, 1850. 

H. Lebert, Véber den Kretinismus im Kanton Waadt in der Schweis, 

L. A,GosiA,DeVéliologiedu goitre et du crétinisme, T* partie* Genève, 1853, 10-4'. 

Happort de la Commission créée par S, M. le roi de Sardaigne pour étudier le cré" 
tinisme, Turin, 1848, in-4''. 

(I) Aie. d'Orbigny, Voyage pittor. dans les deux Amériques, p. 455. 



408 MALADIES ENDEMIQUES, CéOGRAPHIB ET STATISTIQUE MÉDICAUX. 

Marc d*Espimc, C<nnpt$ rendu iur V ouvrage précédent {Gat, méd, de J^arîsy. Joim 
1850. 

J. GucgenbQhl, Die Heilung und Werhiitung des Cretinismus und ihre «(ht^^^i 
ForUchritte. Beround St-Gallcn, 1853, in4*. 

J. GdggenbQrl, RaccoUa de retasione, Jettere ed articole diiersi concementi k fs 
hilimenlo delV Abendberg, Genova, 1854, in 8*. 

B. ScDXEFP, Études sur te crétinUme {Moniteur des hôpitaux, 1855» n* 67). 

Grangr, Rapp, sur le goUre et lecrét. (Arch. des miss, scient. Paris, 1850). 

G. Ferrus, Mémoire sur le goitre et le crétinistre. Paris, 1851. Ditcustkm àiÀ:> 
demie impér, de méd. sur le goitre et le crcl. Paris, 1851, ia-8* de 89 pages. 

NiÈPCC, Traité du goitre et du crétinisme. Paris, 1831-1852, 2 yoI. ia-S". 

ABLT. ZI. — Falbologî« du créttnifme. 

Le crétin ne naît pas crétin ; ordinairement le crétinisme coaimena 
5 se montrer peu après la naissance ; d*autre part, il n'y a pas d*cie.R- 
plc qu*un enfant sain, parvenu à sa septième année, soit jamais dcMn 
crétin plus tard, quelque intenses que puissent être les influences mor- 
bides du pays qu'il habite. M. Maiïei fixe à la quatrième année de h 
vie la limite de la possibilité du développement de la maladie. Qui- 
quefois Tenfant nouveau-né, menacé de crétinisme, présente déjà Uu*: 
tôle volumineuse et dilTorme, qu'il tient difficilement droite ; les fontaml^ 
sont plus larges qu'à l'état normal; le front est presque entièremen: 
effacé par des cheveux épais, qui se rapprochent beaucoup des sourcils 
\c nez est écrasé, la bouche large, la langue épaisse, le concourt, souveo: 
déjà pourvu d'un goitre. Dans d'autres cas, il n'existe aucun signe qii 
permette de présumer le futur développement du crétinisme. 

M. Ferrari croit pouvoir pronostiquer le crétinisme, lorsque le poids il^^ 
Tenfant est moindre que celui d'un nouveau-né sain, bien que le voIuDK'dii 
corps en soit plus considérable. Pour M. Guggenbûhl, il y a menace de créti- 
nisme lorsqu'un enfant a la tête volumineuse, la physionomie stupide, le oez 
épaté, la langue volumineuse, la voix aiguë et tremblotante, les mains grosses, 
de l'indifférence h la lumière, au bruit, de la diflBculté à tetcr et de fré- 
quentes convulsions. Une fois que le crétinisme apparaît, il se maoifesie 
successivement par l'alanguissemeni de toutes les fonctions. I^ dcntiiioa 
est difficile et tardive ; les dents sont rares ; elles noircissent vite, et noefiié 
tombées, elles ne sont pas remplacées par une seconde dentition. A septam. 
le créiin est encore si faible, qu'à peine il peut se tenir sur ses jambes; 
à cet âge , où l'enfant sain est vif, gai , et se livre avec impétuosité m 
jeux de sou âge, le crétin demeure apathique; il marche amsi lersla jo- 



CRÉTINISME BT GOITRB. /^09 

berté sans modification notable, si ce n'est que la peau devient rugueuse 
et que la physionomie grossière prend rapidement l'expression qu'elle doit 
consenrer tonte la vie. Pour le crétin il n'y a pas d'âge moyen entre l'en* 
fance et la puberté, pas plus qu'il n'y en a entre l'Age pubère et la vieil- 
lesse. L'enfance se prolonge jusqu'à la puberté, et à celle-ci succède 
immédiatement la décrépitude sénile. 

La stature des crétins, parvenue à son plus grand développement, 
dépasse rarement 1 mètre 1/2; dans les vallées d'Âoste et de Maurienne, 
ou en rencontre qui ont moins de 1 mètre de hauteur. Le crétin est 
ordinairement maigre et grêle, et son volume apparent se lie souvent 
à l'oedème. La pean est d'un jaune sale et foncé. Le faciès, qui dénote 
l'état négatif des fonctions intellectuelles, ne subit que peu de change 
ments sous l'influence de l'âge. Voici quelques autres traits qni méri- 
tent d'être notés : os du crâne durs, épais, beaucoup d'os wormiens ; 
cheveux épais, crépus, châtain sale, cuir chevelu bosselé, encroûté 
de crasse et d'insectes parasites; face stupide et n'ayant aucune expres- 
sion, en sorte qu'elle n'offre aucune différence selon les âges; nez 
éi)aié, ligne de jonction du nez avec les joues dépassant d'un, tiers la 
longueur du bord antérieur libre ; yeux souvent affectés de strabisme 
convergent, distance de UO à 50 millimètres séparant les angles in- 
ternes ; sourcils et cils ordinairement courts et rares ou longs et enche- 
vùirés; bords libres des paupières souvent collés aux angles externes de 
manière à rendre l'oeil petit; couleur de l'oeil brun indécis; regard stupide ; 
protubérance zygomatique considérable, bouche très grande, lèvres lumé- 
fjées, ainsi que la langue, mâchoire inférieure très forte ; face dégarnie de 
poils, cou garni d'un goitre chez presque les deux tiers des crétins, et ceux 
qui ne l'ont pas ont le cou gros, court et difforme; thorax difforme, tantôt 
large, tantôt aplati sur les côtés ; colonne vertébrale à gibbosités, ou ver- 
tèbres mal articulées ; mamelles des femmes tout à fait crétines très peu 
apparentes; abdotnen très volumineux, quelquefois même pendant; bassin 
presque toujours déformé ; organes génitaux plus ou moins atrophiés dans 
les deux sexes chez les crétins complets ; membres grêles, retirement des 
jambes et des pieds, genoux tombant en avant , talons en arrière; mains 
grosses, courtes, ongles très durs et larges ; pieds tournés en dehors, plats, 
malléoles internes touchant le sol. 

Les fonctions végétatives, quoique moins atteintes par le crétinisme que 
celles de la vie de relation, n'ont cependant pas chez le crétin le même 
essor que dans l'état normal. La respiration serait ralentie d'après le 



&10 MALADIES BNDBIIIQUBS, OÉOGBAnm BT 8TATIST1QUB HBlUaU) 

docteur Savayen, c'egt-k-dire qu'aa lîea de dix^boit respîntiotfpiriih 
DQle, le crétin en moyenne n*en aurait que quinte* Le poids, seknk 
même antenr, aurait en moyenne quatre ou cinq pnlsatioDsdeinoiiiSja' 
minute ; enOn, la température du corps, au lieu de 38 degrés, senhà^ 
à 36 degrés. Quoique l'appétit soii considérable, les digestions sootiffîp 
faites; plusieurs sont sujets à des diarrbées babitaeUes. La fooctjnik 
reproduction est nulle dans les deux sexes chez les crétins coid|^ 
la menstruation est tardi?c , difficile et très irrégulière chet les crèim 
Les sujets moins profondément atteints ont l'instinct du rapprochaifiri 
des sexes, ils peovent même concourir efficacement à la reprodncm. 
mais les exemples en sont moins fréquents qu'on ne croit, etsoriostu 
grossesse survenant, Taccouchemont est le plus souyent difficile i m 
des vices de conformation du bassin. On parle à tort des tendances btcr^ 
du crétin ; les habitudes impures sont aussi beaucoup plus rares chfz^ 
qu'on ne l'a prétendu. 

a Les aiïections, dit M. Marc d'Espine, sont presque nulles cba •* 
crétins complets ; les causes excitantes en sont l'alimentation, les ^i: 
les cadeaux , dont ils sont objets. Ils témoignent cette affection preç 
indifféremment à des personnes, à des animaux et à des objets ioaniiL- 
Chez les demi-crétins les ciffections s'étendent un peu plus. Hsdisceror 
un peu davantage ; mais elles diffèrent encore essentiellement de cd:- 
de l'homme le plus médiocrement doué. Un fait remarquable est ÏV' 
sion prononcée que les crétins éprouvent les uns pour les autres, l^ 
sensations nouvelles et imprévues les effraient facilement, tandis f;' 
les dangers qu'ils ne sont pas à même de prévoir ou de juger ùi 
alarment pas. La douleur provoque chez eux plutôt la colère que 
plaintes. La joie des crétins complets se manifeste par des grimaces: ^ 
demi*crétins l'expriment par un rii*e stupide. Les sentiments isorr.'> 
la justice, la prudence, la mesure de ses actions, sont pour le créiio •" 
sentiments inconnus (1). • Le crétin ne se montre ni bon ni méchaoï- 
ne manifeste de malignité que lorsqu'il est contrarié dans ses désirs ' 
Le docteur Krauss rapporte 1c fait suivant : « Le 5 jauTier 1850, la> 

(i) Marc d*Espine, Op, cit. 

(2) Dans un voyage que nous fîmes ea Italie en 1S48; nous reneootrlB^' 
Saini-Jean-de-Mauricnne une femaie crétine, ayant dans set traits qaelqoe''' 
de la vache; nous lui donnions une vingtaine d'années, mais nous i0^- 
qu'elle en avait soixante, et rbabitaot qui nous fournissait ces rense^^ ' 
ajouta : Elle est méchante comme une gale. 



r 

1 



CBiTIKISMl BT QOITEB. 411 

mille Kober. compoiée du père, de la mère, de leur fils Louis atteint de 
crétiniame, et de leurs deux filles, se trouvait réunie. Le père invite Louis 
à cirer ses bottes, mais celuio-ci ne tient nul compte de cet ordre, I^ père 
réitère sa demande, et le fils lui répond avec humeur. Alors survient une 
scène dont nous ne connaissons pas les détails, puisque les acteurs et les 
assistants sont morts à Texception du meurtrier et d*unc sœur imbécile. 
Toutefois nous savons que le père est allé chercher sa canne dans la 
chambre voisine ; que le fils a tiré aussitôt un couteau de sa poche. Le fils 
déclare que les premiers coups de couteau qu'il a donnés à son père ont été 
portés dans le ventre. La mère venant au secours est tuée de même, ainsi 
que Tune des sœurs ; l'autre sœur allait avoir le même sort, si un vigou- 
reux voisin n'était parvenu è 4'arracher, au risque de sa propre vie, des 
mains du crétin furieux. Deux autres hommes, accourus avec des fourches 
sont sérieusement blessés. On ne serait pas parvenu à saisir le crétin si, 
par de vigoureux coups assénés sur la tête, on ne l'eût fait tomber en 
syncope. » 

De tous les sens, celui de la vue est le plus développé chex les crétins ; 
ils sont rarement myopes ou presbytes, et plus rarement aveugles. Au 
contraire, l'ouie est fréquemment altérée. La conformation de leur nez 
les rend peu impressionnables aux odeurs; leur gloutonnerie el leur 
dispostion à manger les aliments les plus grossiers avec autant d'avidité 
que les mets délicats laissent à penser que le goût est peu prononcé 
chez eux. Enfin leurs mains rugueuses sont peu exercées à percevoir 
les nuances du tact. Les forces musculaires et les mouvements volon* 
taires sont en rapport avec l'apparence grêle de leurs membres. Les 
crétins sont faibles, lents et titubants dans leurs mouvements : de là leur 
tendanceà l'oisiveté et à la paresse. La faiblesse peut être telle chez lescrétins 
qu'on en voit fréquemment, dans la vallée d'Aeste, qui sont entièrement 
incapables de se mouvoir, quoique aucune maladie ne justifie cette incapa- 
cité. La volonté, la liberté morale, et par conséquent la responsabilité, peu- 
vent être nulles. Aucun crétin avancé n'est capable d'un acte de jugement 
sur les choses abstraites; aucun ne discerne les attributs des corps ni' les 
différences de nuances. Le raisonnement esta peu près nul chez tous; 
chose remarquable, et qui est sans exception parmi les crétins, d'après 
Maffei, c'est que tous sont sujets une ou plusieur& fois par jour à des 
phases d'absence complète pendant lesquelles leurs yeux sont fixés en 
haut. Leur physionomie est immobile ; de sorte que pendant ces instants 
il y a comme une suspension totale des manifestations de l'être. L'aptitude 



412 MALADIES BNDÉIIIQUBS, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE VEOiaLES. 

aa travail, l'esprit de sociabilité , le goût pour les arts sont nak, et ^ 
réduisent à peu de chose pour les crétins incomplets. Les plosdérdgpp^ 
parmi ceux-ci sont employés à faire quelques simples commissioos,: 
garder les enfants au berceau ou des porcs et des bestiaux à Tétable. » 

£tt somme, les signes du crétinisme peuvent se résumer aissi:t': 
mai conformée, écrasée en avant et en arrière, saillante sur lesoôiè 
manque de proportion entre les diterses parties du corps ; nntritioD m- 
parfaite; impuissance ou faiblesse des organes générateurs; abseï 
d'énergie musculaire ; imperfection ou manque du langage articulé, ioi^ 
ligence faible et souvent nulle. 

Les crétins sont rarement malades, ils sont peu soumis aux pei.^ 
incommodités qui affligent l'espèce humaine en général ; ils sormoDte 
facilement les maladies de l'enfance et jouissent d'une certaine immor 
quant aux influences épidémiques. Les alternatives atmosphérique <: 
peu de prise sur eux: ils restent pour ainsi dire impassibles aux cauv 
morbiûques ordinaires. Un bon tiers des crétins est affecté d'an gti 
souvent volumineux. Plusieurs enfants prédisposés à devenir crétins lu.^ 
sent avec un rudiment de goitre. D'autre part, il y a aussi des crétins (3; 
plets entièrement privés de goitre, et le degré de crétinisme n'est pas t!>: 
jours proportionné au volume du goitre ; enfin on rencontre d'énom'^ 
goitres chez des individus qui n'offrent aucun indice de crétinisaK;. l 
goitre est quelquefois congénital, d'autres fois l'enfant n'apporte que la p 
disposition à le contracter ; en général c'est vers la puberté qu'il prend ^'X 
plus fort développement. Chez les femmes, qui y sont beauooop i^- 
sujettes que les hommes, c'est b la première grossesse que le gofire r 
développe surtout. Il frappe quelquefois des familles entières, ^ '' 
épargne complètement d'autres ; il est souvent hérédiuiire, sortoot f 
les mères. Les crétins sont assez sujets à l'épilepsie et à rédamfEsi' 
quoique ces états morbides n'aient par eux-mêmes aucun effet sar 
développement du crétinisme dont ils ne sont que des accidents po^' 
blés, dans le cas surtout où le crétinisme est accompagné d'hydrocéj'U 
chronique. On a signalé aussi quelquefois des accès de manie /uritiv 
survenant chez certains crétins. Les hernies sont fréquentes chez i-^ 
crétins. Enfin le crétinisme peut s'associer avec la pellagre. 

On confond souvent avec le crétinisme la surdi-mutité, le rachiii>'^' 
les scrofules, l'idiotisme. Le sourd- muet ne parle pas parce qu'il hVj 
teud pas , et son intelligence est telle qu'il supplée au langage par ^^ 
signes et parvient à lire , écrire et calculer. Le créliu avancé, :1^ 



GRÈTINISHB ET GOITRE. h\Z 

méiue qull entend , ne parle pas à raison de son manque d'intelfagence, 
et il est incapable d'arriver par l'éducation aux opérations intellectuelles 
auxquelles le sourd-muet s'élève. Tout ce qu'on peut dire en faveur 
d'un rapprochement entre ces deux états constitutionnels, c'est que 
les pays où l'on trouve des crétins renferment assez de sourds-muets, 
et que même certains crétins sont sourds-muets. — Quant au rachi- 
tisme, c'est une disposition spéciale, un ramollissement du système 
osseux qui se rencontre rarement chez les crétins; d'autre part, les 
rachitiques ont une vivacité d'esprit , une grâce et une facilité à s'énon- 
cer qui les distingue entièrement des crétins. Un état scrofuleux très 
prononcé offrirait plus de traits de ressemblance avec le crétinisme ; 
aussi l'opinion qui fait du crétinisme une variété spéciale des scrofules 
n'est-elle pas dénuée de vraisemblance. l^Iais alors les caractères distinctifs 
sont plus que suflSsants pour distinguer très nettement le crétinisme de 
toute autre forme de scrofules. Le scrofuleux a la tête grosse et saillante en 
arrière, là où elle est aplatie chez les crétins. Le premier a la peau blanche, 
rosée, son visage offre une rondeur gracieuse ; le second a une peau 
sèche, jaune, olivâtre , son visage est anguleux. C'est la lèvre supérieure 
qui est grosse et empâtée chez les scrofuleux, tandis que ces caractères 
appartiennent à la lèvre inférieure chez le crétin. Enfui les scrofules cou*- 
firmées sont un état maladif qui entraine un certain nombre de désordres 
foDctionnels, tandis que le crétinisme confirmé peut se combiner avec un 
état de santé complet. En ce qui concerne les idiots, ils ne diffèrent des 
hommes ordinaires qu'au point de vue intellectuel et moral, et leurs formes 
peuvent rester complètement normales, tandis que le crétinisme implique 
détérioration du corps, sans entraîner nécessairement, au moins quand 
il n'est pas très avancé, l'altération des facultés morales et intellectuelles. 
Fédéré et M. Guggenbiihl citent plusieurs crétins remarquables par leur 
aptitude pour le dessin, la musique et le calcul. On a dit que le crétinisme 
seul était endémique, et que l'idiotisme ne Tétait pas, mais c'est une erreur 
grave. D'une part le crétinisme se rencontre même à l'état sporadiqae, 
et l'idiotisme est endémique dans certaines contrées, par exemple aux îles 
Feroë. 

A&T. XXl. — Aa crétinîfme danf lef ÛtmU fardes. 

La commission sarde définit le crétinisme : « Une dégénération de l'es- 
pèce humaine qui se manifeste dans certaines parties du globe, et se ca- 
ractérise par un degré plus ou moins prononcé d'idiotisme, associé à un 



•1 A 



tliU MALADIES ENDÉMIQUES, GBOGRAPHnC IT STATISTIQCB MÉDiaii^ 

habitas vicié da corps, et qui doit sa production à des causes teM" 
étendues, qu'une grande partie des individus indigènes s'en r^m. 
plus ou moins dans la beauté de ieurs formes et dans le déTdop|>:D^ 
de rintelligence et du corps (1). » 

Le centre du crétinisme endémique dans les États sardes est repré» 
par les vallées des Alpes qui entourent le Mont-Blanc , par k fallée c 
Doirc-Bahéc, la vallée de l'Isère, de l'Arc, de l'Arve, et parcelk 
rOrco. Sur une population de /il257&0 habitants, le gouverDemen! -^ 
montais a accusé en 18/!i8 : 

21 841 goitreux, 
7 084 crétiof. 

Ces deux catégories d'infirmités étaient ainsi réparties : 

Popnlatioa Crr ■• 

eu 1858. GoUrcQX. Crétins, podrito- 

Savoie propre 1 48 844 587 304 2,0 

Haate Savoie 49758 1054 363 7,2 

Cbabiftû 54686 133 87 U^ 

Faucigoy 101792 741 504 4,9 

Genevois 100005 » 12 0,i 

Mauriennc 62344 4329 1418 V 

TarenUise 46688 2160 679 U.^ 

Aoale 78110 3554 2180 âV 

Turin.. 369677 20 29 0,T 

Ivrée 160574 1643 418 V 

Pignerol 126998 594 189 l.i 

8oit 78036 82 32 0,é 

Goni 168796 1831 361 1- 

Albe 111007 2 18 0,1 

Saluces 148112 4485 325 V 

Aleiaodrie 109739 27 27 0.^ 

Acqui 92777 55 » 

Asti 127973 110 18 0,1 

Tortone 53570 18 9 0,1 

Novare 186159 4 49 ^' 

PaUanza 95598 15 7 o; 

Nice 112428 p 11 <^^ 

Oneiilc 57 435 397 45 Ô,T 

Ce tableau donne pour l'ensemble des provinces continentales da '^^ 
sardes 1,7 crétins sur 1 000 habitants» proportion que l'on peut pc'- 

(1) 11 est superflu de faire remarquer combien cette défiDÎtion laisse î d^''- 
tant il est vrai que le crétinisme est d*une définition difficile, pour ntp' 
Impossible. 



CRBTINISME ET GOITRE. 415 

à 2 sur 1 000, si 1*(mi tient compte de quelques omissions. La répartition 
diflère au reste très notabletnent suivant l'altitude et la configuration do 
sol. Ainsi» on compte sur 10000 habitants: 35 crétins dans les mon- 
tagnes, et seulement k dans les plaines; iOO goitreux dans les monta- 
gnes, et seulement 1,6 dans les plaines. On trouve des crétins à Mau- 
riciine, à 1151 mètres; à Bramans, à 1256; à Notre- Dame-du-Villard, 
h 1&0&; au montCenis, à 1382; à Albiez-^le-Jeune, i iZSii; à Mont- 
Pascal, à 1553, et à Albiez«le-Vieux, à 1566 mètres. Dans ce dernier 
endroit, on compte même jusqu'à 90 cas de goitre ou de crétinisme sur 
1 000 habiunts. 

\oici les renseignements fournis sous le rapport du sexe : 

Seœ 

Mbsc. Fcm. 

Goitre 4 323 5236 

Crétins sans gottre i i 20 891 

Crétins avec gottre i 943 1 959 

Le crétinisme s*est manifesté : 

De la naissance à 2 ans, chez. ...•.••• 4 440 individus. 

De 3 à 5 ans 187 

De 5 à 12 ans 202 

De 12 à 20 ans 31 

De 20 ans et aa-dessus. • 28 

Age non spécifié 2196 

7 084 

Sous le rapport de Tâge, les crétins du Piémont se répartissent ainsi : 

Au-dessous de 10 ans. # . é * . • • • 331 

De 10 à 20 ans 1332 

De 20 à 30 ans . • 1339 

De 30 à 40 ans 1021 

De 40 à 50 ans 444 

De 50 à 60 ans k 322 

De 60 et au-dessus 168 

Age non spécifié • 2129 

7084 

Chez les crétins goitreux, le gottre a commencé \ paraître : 

De la naissance à 2 ans 2333 

De 2ft 5 ans 199 

De 5 à 1S ans «...«•« 449 



&16 MALADIES ENDEMIQUES, GÊOGBAPUIE ET STATISTIQUE yÉI/lCaCi 

De 12 à 20 ans 457 

De 20 ans et au-dessus. 43 

Age non spéciûé 7tl 

3912 

Sur U 009 pères de crétins on trouve : 

Nés dans on lien infecté 3915 

Nés dans un Heu non infecté €2 

Sans désignation • 32 

4009 

Parmi les pères de crétins, on compte : 

Ni goitreux ni crétins 2494 

Gottreui ^62 

Crétins 51 

Goitreux et crétins 106 

Sans désignation 396 

Sur /i 015 mères de crétins, le rapport signale : 

Mères nées dans un lieu infecté 3S81 

Mères nées dans un lieu non infecté 70 

Mères sans désignation • • • • • • • • 64 

4015 

En général, les vallées les plus riches en crétins sont les Tilléi» 
fondes, étroites, tortueuses, et fermées à leur extrémité: teUesiootia^ 
de Maurienne et plusieurs des vallées latérales à celle d*Â08te. Leorcr 
tion ne parait avoir aucune influence sur la fréquence du crétinismeii- 
autour du soulèvement du Mont-Blanc, les vallées de Tlsère, de Fin 
la Doire-Baltée et du Rhône, dans le Valais, ahondent en crétins, :s«< 
la direction très différentes de ces vallées. Une autre observation e^t i 
les villages les plus infectés se trouvent dans des vallées secondaires, 
posées de manière que le vent y domine constamment dans oik' • 
direction. La Yalpelline, la vallée de Tournancbe et celle de Brossoo<"' 
le duché d*Aoste, ouvertes aux vents du midi et fermées pour toota" 
vent, en sont un exemple. Le crétinisme semble dominer dans les ^^•' 
resserrées. Les vallées qui appartiennent au centre des soulèvemeDb4 * 
la iMaurienne , la Tarentaise , Âoste , le Faucigny, sont toutes pro 
et étroites ; leur fond dépasse rarement l'étendue d'un kilomètre :» 
souvent , le pied d'une montagne touche la base de celle qui I' 
opposée. Au contraire , les vallées de la Savoie propre et de ceri^' 



y: '. 



t K 



CnÉTINISME BT GOITRE. 417 

parties du Faacigiiy, du Cbablais et du Genevois , moins profondes el 
pins spacieuses, ou ne contiennent pas de crétins, ou n'en contiennent 
qu'un nombre moindre. La Tallée de l'Isère et les plaines des provinces 
de Coni et de Saluces font exception à cette règle; malgré l'étendue 
et la largeur de ces contrées, le crétinisme s'y rencontre à l'état endé- 
mique. 

Dans toutes les contrées où l'on trouve le crétinisme ou rencontre en 
même temps le goitre; de plus, les trois cinquièmes des crétins re- 
censés par la commission sont en même temps goitreux. Le recense- 
ment des goitreux n'a pas été fait généralement ; on s'est borné à indi- 
quer les goitreux bien caractérisés de toutes les contrées exposées au 
crétinisme. C'est en ce sens qu'il faut entendre le chiffre de 21 841 
goitreux non crétins signalés par la commission. Il n'existe des goitreux 
et des crétins que dans les vallées alpines, c'est-à-dire dans les portions 
septentrionales et occidentales de la ceinture de montagnes, et toute 
la chaîne ligurienne est exempte, sauf la portion occidentale par laquelle 
elle se relie aux Alpes. Quelques vallées au nord de Nice et d'OneilIe oiïrent 
des cas sporadiques de crétinisme et de goitre ; au delà on ne rencontre 
plus rien. Les vallées seules renferment les crétins et les goitreux ; les 
habitants des plateaux élevés et des hauteurs alpines sont entièrement 
préservés ;c'est une loi générale. Parmi les vallées, celles qui tiennent aux 
Hautes, Basses-Alpes et aux Alpes maritimes, depuis Suse jusqu'à Nice, 
renferment, relativement à celles qui forment le front septentrional du 
Piémont, infiniment moins de goitreux et de crétins. Sur les 7 08& 
crétins inscrits, 5 500, c'est-à-dire les quatre cinquièmes, appartien- 
nent aux vallées de Savoie et du duché d'Aoste, et sur les goitreux 
inscrits 13 000, c'est-à-dire plus des trois sixièmes se rencontrent dans ces 
mêmes vallées. Toutefois, quoique les goitreux des diverses provinces, 
comparés entre eux, suivent à peu près la même loi que les crétins, de 
telle sorte que là où le crétinisme est le plus intense, là aussi les goitreux 
sont les plus nombreux, cependant on trouve une anomalie qu'il importe 
de signaler ; le maximum des goitreux se rencontre dans la vallée de la 
Maurienne, qui en compte à elle seule U 329; il est vrai que cette vallée 
renferme aussi 1 618 crétins; mais le val d'Aoste, qui en compte 2 180, 
et qui parait être le principal foyer crétinique du royaume, n'est qu'au 
second rang pour les goitreux dont le nombre s*élève à 3 55&. 

Le crétinisme n'est pas aussi généralement répandu dans la Savoie 
qu'il l'est dans le duché d'Aoste ; les vallées très larges et les plaines 
H. 27 



A18 MALADIBS BNDÉMIQUBS, GÉOGRAPHXB BT STATISnQUB MiMOUS. 

de la Savoie en sont presque exemptes ; si Ton compte sur mt b 
population savoisienne 60 crétins pour 10 000 habitants, c'est-à-dire ikl^ 
fois plus de crétins que dans l^ensemble des États, il y a une gnodedicV 
rence d'une province à l'autre. Dans le Genevois, dont le chef-IieQ'> 
Annecy, et qui est en grande partie formé de plaines, on ne compte \^ 
1 crétin sur 10000 habitants, tandis que dans la Tarentaise, proTï: 
encaissée dans les montagnes, on en compte l(i5, et dans la M^iim: 
province formée d'une seule vallée étroite, 227 sur le même mi 
d'habitants. Le duché d'Aoste seul dépasse cette proportion, et foon^ 
^79 crétins sur 10 000 habitants, c'est-à-dire presque 3 crétins sur!. 

n ressort de ce qui précède que le crétinisme et le goitre sontl'apaBi 
des habitants des vallées alpines, et que l'intensité ainsi que le degré dcç 
néralité de ces inCrmités sont proportionnels à l'étroitesse et à la profocé 
des vallées. Toutefois cette loi n'est pas sans exception, car loii otsR 
des crétins et surtout des goitreux dans les plaines qui environnent Salon 
tandis que certaines vallées dont la configuration est identique avecct^ 
qui fourmillent de crétins, telles que la vallée de Gressoney, dans le d» 
d'Aoste, ne renferment ni goitreux ni crétins. 

Quoique l'étroitesse de la vallée ait ordinairement une influence tM^'^ 
trouve aussi quelques vallées larges, telles que celles de l'Isère, en Sat 
de Maira, de Yaraita, de Stura, en Piémont, qui renferment beancos; 
crétins. La direction de la vallée n'est d'aucune importance; wà 
vallées courtes et fermées brusquement à leur origine sopénenrt 
manière que le vent n'y souffle que dans une direction, comme cda i 
serve dans les vallées secondaires, sont évidemment très favorable! 
développement du crétinisme et du goitre. 

Les villages de crétins sont assez généralement placés dans les a 
rentrants des vallées, dans les lieux où le vent tourbillonne sur plac 
lieu de renouveler l'air sur son passage. En général ces villages sont ( 
de la lumière solaire directe pendant plusieurs heures du joar, soit ï 
de l'élévation perpendiculaire des montagnes voisines, soit à cause di 
bres touffus au milieu desquels les habitations sont disséminées. 1k% 
le défaut d'une insolation suffisante n'est pas à lui seul une coa 
absolue pour le développement du crétinisme. 
' Quelques auteurs ont fait jouer un rôle important aax variati*] 
température, parce que, dans plusieurs localités à crétins, on voi 
quemment, dans une même journée d'été, le thermomètre ^ 
15* et 18* centigrades au milieu du jour, à 0« le soir ou la noiL li^ 



GRBTINISMB BT GOITRB. &i9 

transitions sont tout aussi fortes sur les montagnes qui encadrent les vallées 
dont il s'agit, et cependant les vallées renferment des crétins, tandis que 
les stations élevées sur les montagnes n'en ont point MM. Ferrari, Rendu» 
évoque d'Annecy, Billet, archevêque de Chambéry, attribuent aux dépôts 
schisteux entraînés dans les vallées par les eaux des montagnes uneinfluence 
importante dans la production du crétinisme, et ils se fondent sur un fait 
avéré, c'est qu'en Savoie les crétins abondent surtout là où les schistes 
finissent et où commencent les formations calcaires. Mais en étudiant le 
crétinisme hors de la Savoie, en Suisse par exemple, et dans les Alpes Non- 
ques, on trouve des crétins aussi bien sur les terrains de calcaire jurassique 
qu'ailleurs. D'autres attribuent au contraire le crétinisme aux dépôts cal- 
caires. Entre ces deux hypothèses, les auteurs du rapport placent le fait 
les vallées de Logre et de Gressoney, du duché d*Aoste dont la nature géo- 
ogique est identique et dont Tune renferme beaucoup de crétins, tandis 
]ue l'autre n'en a pas un seul. 

La commission signale des eaux stagnantes près de tous les villages où 
lomine le crétinisme, en même temps qu'elle insiste sur la diminution du 
lombre des crétins là où il a été pratiqué des dessèchements. Les eaux 
>otable8*de8 localités à crétins sont signalées comme très chargées en sels 
alcaires, et privées de brome et d'iode. Ces données perdent cependant 
e leur valeur, si l'on considère qu'à Ivrée, où l'eau est très mauvaise, il 
'y a ni goitres ni crétins, tandis que les deux affections abondent à 
aint-Vincent et dans le val d'Aoste, où l'eau potable semble ne laisser rien 
désirer. 

De l'examen des localités dans lesquelles le crétinisme a été observé dans 
i États sardes du continent, la commission piémontaise déduit les pro- 
silions ci-après : 1* Le crétinisme endémique est limité aux vallées et aux 
lines appartenant aux grands soulèvements alpins, lesquels ont pour centre 
. trois cimes du mont Viso, du Mont-Blanc et du Mont-Rose. L'infection 
[umence dans les premières ramifications des Alpes maritimes ; elle aug- 
;nte dans les Alpes cottiennes, et atteint son plus haut degré dans les Alpes 
^cques et pennines. 2" Les conditions des différentes vallées infectées, 
elle qu'en soit la direction, se ressemblent entre elles au point que celui 
i les parcourt successivement peut croire n'être jamais sorti de la même 
lée. 3* Les vallées les plus infectées sont les plus profondes, les plus 
serrées, les plus humides, et celles qui sont le plus privées d'air et de 
lière. U* Les crétins se rencontrent plus particulièrement dans les habi- 
ons écartées du chef-lieu, dans les lieux les plus mal exposés, les plus 



/l20 MALADIES ENDÉMIQUES, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE HÎDKiLL^ 

mal bâtis, éloignés des voies qae suit le commerce, ou voisiiis de qu^q^ ' 
marais. 5"* Dans les villes et dans les bourgs les plus considérables, oô pen- 
sent fréquemment des étrangers, ce n^est ni toute b ville ni tout le boii; 
qui contiennent des crétins, mais seulement la partie la plus Tîxxk q 
centre; ce sont les mes et les maisons dans lesquelles TexteDsioada U' 
merce et les progrès de la civilisation n*ont pas encore fait sentir h 
heureuse influence. 

La commission sarde conclut à l'adoption des mesures soiTani^ 
i <" Défricher les marais, principalement le long de la Doire-Baltèe, deristr 
de l'Arc et de l'Arve, et canaliser les eaux de ces rivières, sujettes à è^i 
der ; 2° convertir les lieux délaissés de ces rivières en champs laboonl:'^ 
aussitôt que les atterrissements seront terminés, au lieu de lesiiis^t 
prairies, attendu qu'avec celles-ci on ne parviendrait pas à dissiper Ibnit 
dite ; S"" abattre les plantations de haute futaie à la distance au mu 
50 mètres de toute habitation, afin que l'air puisse librement circuler,] 
l'humidité n'y soit pas stationnaire et que la lumière solaire y puisse p 
trcr; U* dans les pays où l'analyse chimique ou l'expérience ont prj 
Texistence d'une eau potable nuisible, dériver l'eau d'une bonoc m 
ou, s'il n'y en a pas, corriger ce défaut le mieux possible, en étabi 'i 
des citernes d*eaux pluviales ; 5° démolir les habitations qui, par \esi 
position ou par leur construction vicieuse, sont reconnues très \tisk\ 
et incapables d'être améliorées ; 6" défendre de construire dans les loca 
reconnues malsaines ; 7' obliger les propriétaires à construire sà)C 
règles de l'hygiène, à choisir une bonne exposition, à établir des ff3< 
grandes et nombreuses dans les nouveaux bâtiments, à en ouvrir dt 
velles ; à construire sur deux étages, à élever le rez-de-chaussée aodi 
du niveau du sol, avec un pavé ou un plancher de bois sur un lit de i 
de charbon ou de cailloutis, à rendre les étables élevées, spadeos 
aérées ;8'' dans la construction des nouveaux villages, s'éloigner d 
des vallées, les placer sur les hauteurs et dans les points les plus expî^ 
soleil et au vent, y tracer des routes spacieuses et pavées avec descaii 
9** établir des lois sévères pour maintenir partout la propreté, rèsen 
lieux écartés pour y entasser le fumier et les immondices; 10* cr^ 
chef-lieu de mandement une junte de santé, composée principaleti» 
médecins, en donnant à cette junte plein pouvoir pour faire exécuter 
pêcher ou modifier directement tout ce que peut exiger la salobn 
communes; 11'' établir de sages lois annonaires pour prévenir kr. 
rissement excessif des aliments les plus nécessaires à la vie, pour pu 



CRÊTINISUE ET GOITRE. /l21 

l'usage immodéré des spiritueux ; 12* vendre le sel de cuisiue au plus bas 
prix possible, afin que tout le monde en fasse une plus grande consomma- 
tion ; 1 3° encourager l'usage de la viande ; 16* favoriser, par tous les moyens 
possibles, le commerce, afin d'occuper un grand nombre de bras pendant 
rhiver; 15* ouvrir de nouvelles routes et faciliter les communications d'un 
pays à l'autre, afin d'attirer les voyageurs. L'exemple delà Maurienne suflBt 
pour prouver le grand avantage que présentent les pays de passage, même 
sous le rapport hygiénique ; il n'est pas douteux qu'en ouvrant la route du 
petit Saint-Bernard, la Tarentaise et le duché d'Aoste ne gagnassent beau- 
coup non-seulement sons le rapport matériel, mais encore sous le rapport 
delà santé; 16* établir des jeux publics de gymnastique; 17* empêcher, par 
tous les moyens possibles, les individus qui ont une tendance au crétinisme 
ou qui appartiennent à des familles dans lesquelles le crétinisme parait 
héréditaire, ou qui sont rachitiques et scrofuleux à un haut degré, de con- 
tracter mariage; favoriser le croisement des races; 18* régulariser le ser- 
vice des accouchements; 19* engager les femmes qui appartiennent aux 
familles dans lesquelles le crétinisme est fréquent à habiter les hauteurs 
des montagnes ou autres lieux salubres pendant leur grossesse , pendant 
l'accouchement, et pendant l'allaitement de leurs enfants; 20* instituer des 
prix d'encouragement en faveur des mères les plus soigneuses de leurs eii- 
fants; 21* établir des salles d'asile et des écoles; 22* populariser les pré- 
ceptes de l'hygiène par tous les moyens possibles; 23* recueillir les crétins 
dans un établissement semblable à celui del'Abendberg^ety réunir spécia- 
lement ceux qui laissent quelque espoir d'amélioration. 

La commission sarde n'a reçu de notes nécroscopiques que de cinq 
médecins qui paraissent n'avoir ouvert qu'un setA corps chacun. Malheu- 
reusement les renseignements laissent beaucoup à désirer. Les os du crâne 
sont signalés comme très épais par deux auteurs, tandis que les trois 
autres ne disent rien sur ce point Deux auteurs signalent le petit volume 
du cerveau, et les trois autres gardent le silence. La consistance du cerveau 
est notée par quatre médecins ; un le trouve induré, deux autres l'ont vu 
ramolli ; un quatrième i*a trouvé induré dans un hémisphère et ramolli 
dans l'autre (chez un crétin hémiplégique). Un seul médecin signale la 
rareté de la substance grise, un seul la présence de la sérosité dans les 
Tentricules chez un crétin mort d'ascite. Un seul indique le peu de 
proéminence des corps striés et des couches optiques, des éminences ma- 
jmiUaires; trois parlent des sinus de la dure-mère, l'un les ayant trouvés 
gorgés de sang, un autre offrant des traces d'inflammation, le troisième 



&22 MALADIES ENDBMIQCBS, OÉOCBAPHIB ET STATISTIOUB MtDfCALIS. 

peu apparents. Un seul parle des anfractuosités cérébrales qa'il dit a^» 
trouvées peu profondes; au seul des pédoncules cérébraux qn*il aesiio: 
plus grêles que dans Tétai normal ; un seul du pont de Varole qu'il tm^ 
moins couvert de filaments nerveux que d'ordinaire ; un seul des mrj 
de la vie de relation qu'il a trouvés indurés. La moelle allongée a c. 
trouvée mince, presque dépourvue des éminences pyramidales et oliviirt 
et ramollie, par un seul; la moelle épinièreest indiquée saine parc 
antre, tandis qu'il y a silence complet sur ces deux points dans ks tr 
autres descriptions. La petitesse du cervelet n'est indiqpiée qu'une sc^ 
fois. Enfin, on n'indique qu'une seule fois non plus le petit calibre c 
artères basilaires et vertébrales, les bosselures de la colonne épiur: 
et l'amincissement des os des membres dans leur corps, tandûq: 
leurs extrémités sont hypertrophiées. Les seuls faits signalés parl-^ 
auteurs , et dont les médecins qui ont relaté des nécrosoopies à 
commission ne parlent pas, sont les suivants : l"" Le défaut de syivi 
des deux lobes cérébraux ob^rvé par MM. Guggenbûhl et Valeci 
2* l'aplatissement de l'apophyse basilaire, son horizontalité et la perf»^- 
dicularité du trou occipital indiqué par Malacame, Prochaska, Micbr 
et Ackermann , tandis qu'Autenrieth et Iphofen trouvent le conr^i''' 
3" la presque obturation des trous déchirés qui livrent passage r. 
nerfs vague, glosso-pharyngien et accessoire de Willls, signalée uniqs^ 
ment par Malacame; U* la présence du sérum sur les surfaces endpli 
liques, signalée par Ackermann, et la largeur des ventricules, indiquée fi 
Donati. 

AST. rv. ^~ Ha offétuione et du goitre en n«nee. 

En Frauce il n'a été fait jusqu'ici aucun recensement de l'ensemUe^ 
crétins. Depuis 1850 , à la vérité , les comptes rendus du oiinistère d*" - 
guerre sur le recrutement signalent les exemptions prononcées pour cas» 
de crétinismey d'idiotisme et ^imbécillité. Mais la réunion même de <* 
trois infirmités s'oppose à l'évaluation du nombre des crétins; d'as*/ 
part, les documents du ministère de la guerre n'ont trait qu'aux indi^u^ 
du sexe masculin âgés de vingt ans. Quoi qu'il en soit, il résulte de cesrtf- 
seignements que, dans la période de 1850 à 1852, il a été exempté lîi' 
individus pour cause de crétinisme, d*idlotisme et d'imbécillité. Le nomi^' 
des jeunes gens examinés pendant la même période ayant été de 4S5^'' 
il s'ensuit que la proportion des jeunes gens de vingt ans atteints de cr 
nisme, d'idiotisme ou d'imbécillité est de 353 sur 100000. £n appliq»^ 
par hypothèse cette même proportion à la généralité de la populatioBr ^ 



CBATINISME et GOITBE. &2S 

troaTerait un total de 123 555 individus idiots oa imbéciles pour l'ensemble 
de la France, 

£n ce qui concerne le goitre, on possède aujourd'hui deux documents 
officiels relatifs à Tensemble de la France : Tun est le recensement des 
goUreux en 1851, dans les 86 départements, publié par le ministère du 
conunerce, et dont nous avons reproduit plus haut, page 235, les princi- 
pales données ; Tautre, beaucoup plus authentique, en ce qu'il a pour ga- 
rant l'autorité des conseils de révision, est la collection des comptes rendus 
annuels du ministère de la guerre sur les opérations du recrutement de 
l'armée. 

D'après ces documents officiels, le nombre annuel des exemptions, sur 
100 000 examinés, se présente ainsi dans la période de 23 années, de 1831 
à 1853 inclusivement : 



Anntfa*. 


EsemplioM. 


▲nné««. 


ExamptioM. 


knné^ê. 


EzcmpUoM. 


1831. 


655 


1839. 


753 


1847. 


542 


1832. 


740 


1840. 


724 


1848. 


617 


1833. 


752 


1841. 


687 


1849. 


665 


1834. 


835 


1842. 


687 


1850. 


673 


1835. 


860 


1843. 


722 


1851. 


662 


1836. 


848 


1844. 


688 


1852. 


722 


1837. 


756 


1845. 


620 


1853. 


558 


1838. 


779 


1846. 


608 







On voit que dans cette période de 23 années le chiffre des exemptions 
pour gottre a varié entre 562 et 860 sur 100000 examinés. 

Noos avons donné, dans le premier volume, pages 82 et 83, un tableau 
du nombre des jeunes gens exemptés pour cause de goitre dans chacun des 
86 départements, sur 100 000 examinés, pendant la période de 18S7 à 18M 
inclusivement C'est ce même tableau qui a servi de base à la construction 
de la carte ci-jointe dans laquelle les départements sont classés en cinq 
séries, distinguées par des teintes graduées, de telle sorte que la teinte h 
plus foncée correspond aux départements dans lesquels on trouve la plus 
forte proportion d'exemptions pour cause de goitre. Le chiffre inscrit an 
centre de chaque département représente le numéro d'ordre du tableau 
de la page 82 (tome I"*}. Les cinq séries se présentent ainsi : 

1'', de 28 départ., comptant de à 94 exempt, sur 100000 eiaminés. 

2*, de 21 — 101 à 374 — 

3*, de 15 — 400 à 978 — 

4*, de 15 — 1021 à 1895 — 

5% de 7 — 2769 à 9166 — 

ToUl. 86 



l^2U MALADIES ENDEMIQUES, g60GHAI*H1E ET bTATlSTlOOE MÉMCUiS 

La carte met en lumière le fait remarquable de Timmunité relative • 
tout le littoral de la Manche, de l'Océan et de la Méditerranée, etUluv 
lisation spéciale des principaux foyers dans une partie de la Lomir 
de l'Alsace et de la Franche-Comté ; dans une portion des Pyrénées; l. 
dans les Alpes, et sur les deux rives du Rhône. 

Département du Bas- Rhin, — Le goître et le crétinisme ont été L': 
part des médecins cantonaux de ce département l'objet d'une étadt: v 
ciale, et leurs travaux ont servi de base à un rapport de M. G. Toonh 
dont nous allons donner un résumé (1). Le goitre et le crétinisme, se;, 
sentent dans ce département avec une extension que sa richesse ne Ux 
pas prévoir. Des témoignages unanimes attestent que cette dégradaiior 
l'espèce humaine devient d'année en année moins profonde et pin» n- 
bien qu'elle existe encore dans des proportions dignes d'appeler raaeii> 

Arrondissement de Strasbourg, — Quatre cantons et seize coœnj:: 
de cet arrondissement renferment les nombres ci -après de crétins n 
goitreux: 

Grelins. GoUr«a. TouL 

Banlieue de Strasbourg 26 60 86 

Canton de Geispolibeim. 25 2A 49 

Canton de Brumatb 5 2 S 

Canlon de Biicbwiller 43 76 119 

Total.. 99 160 2S9 

La Robertsau présentait autrefois, aux portes mêmes de Strasboc' 
le spectacle du crétinisme endémique dans des proportions coc.'- 
rables. Cet état de choses est aujourd'hui complètement changé. Le c 
nisme et le goitre ont presque entièrement disparu sous l'infloeacrt 
améliorations hygiéniques et des travaux de dessèchement. Les filk^ 
Meuhof et de Nendorf sont bâtis sur un terrain couvert de bas-fonds mt 
coupé en tout sens par des fossés et des canaux, bordé par le Rhin 
rill, et sujet à des inondations périodiques. Le crétinisme et le g% 
étaient autrefois très communs ; aujourd'hui encore le nombre des nul 
reux atteints par cette infirmité est assez considérable. Sur 21 créiii& 
censés par M. Schaaf, on compte 8 hommes et 13 femmes ; sur Ies2^ 
treux, 7 hommes et 22 femmes. La plupart étaient dans l'âge adulte. (,> 
que soit l'élévation actuelle de ce chiffre, le nombre des crétins. • 
une vingtaine d'années, n'en a pas moins diminué d'une manière $t^ -^ 

(1) Gaz, méd, de Strasbourg du 21 novembre 1S32. 



• i 



CHÉTINISME £T GOITRE. /i25 

Cette diminution paraît due aux travaux d'assainissement qui ont amené 
un abaissement dans le niveau général des eaux et ont ainsi rendu le sol 
et les habitations moins humides. Autrefois la population de ces villages 
se composait de familles qui s'alliaient entre elles ; aujourd'hui , grâce à 
l'afiSueuce des étrangers qui sont venus se Gxer autour de Strasbourg, la 
population est formée d'éléments très hétérogènes, et l'influence du croi- 
sement des races s'y fait sentir. Jadis on conservait les crétins au foyer 
domestique ; aujourd'hui on s'empresse de les faire recevoir dans les asiles 
de charité. On s'oppose ainsi à la propagation héréditaire du mal. Trois 
communes sur quatorze dans le canton de Geispolsheim sont atteintes par 
le goitre et par le crétinisme endémiques. Toutes ces communes sont 
>ituées en deçà de rill, sur les terrains bas et humides compris entre cette 
nvière et le Rhin. La Wantzenau, dans le canton de Brumath, située au con- 
luent del'Ill etdu Rhin, présente aussi quelques traces de l'endémie. Sur 
es vingt et une communes du canton de Bischwiller, il y en a dix où l'on 
>bserve le goitre et le crétinisme endémiques. Sur ces dix communes, huit 
iont riveraines du Rhin, placées sur des terrains humides et exposées à des 
nondations fréquentes. L'âge des crétins semble indiquer que la génération 
ictuelle échappe en partie à cette infirmité. La banlieue de Strasbourg, les 
cantons de Geispolsheim , de Bischwiller et de Brumath , sont les seules 
>arties de l'arrondissement atteintes. L'endémie règne dans seize com- 
nulles riveraines du Rhin et de l'iU ; on y a compté au moins 99 crétins 
t 16Û goitreux ; c'est un total de 259 individus atteints à divers degrés de 
ette dégradation de l'espèce humaine. L'âge des individus affectés indique 
n affaiblissement progressif dans l'activité du mal. Les médecins canto- 
aux sont unanimes pour reconnaître que le goitre et surtout le crétinisme 
Dt notablement diminué depuis une trentaine d'années. Quelques analyses 
liniiques démontrent la présence de la magnésie dans les eaux de plu- 
eurs communes où le crétinisme et le goitre endémiques n'ont jamais 
ciste f et dans les eaux d'autres communes où ces affections, naguère 
•pandues , ont aujourd'hui notablement diminué. Ainsi , M. Oberlin a 
ouvé, dans l'eau du Rhin, 0,015 de magnésie (sur 1000 grammes) ; dans 
>au de rill, 0,00^; dans l'eau de deux puits à Strasbourg, 0,019 et 
077; au Neuhof, 0,020 ; sur la route du Polygone et dans une maison 
^ibitée par des crétins, des traces; à la Robertsau, dans les puits de deux 
aisons de goitreux, 0,017. M. Litscbgi a également rencontré des sels 
.^gnésiens dans les eaux de Molsheim, de Wolxheim et de Gresswiller, 
1 le crétinisme est inconnu. Quatre cantons de l'arrondissement de 



&26 MAUDUS BNDtMIQDBS , GÈOGEAPBtB BT STATISTIQCB HtaXOIlS. 

Scheiestadt, Ville, Erstein, Benfeld et MarckoisheiiD, sont atteûits pclt 
goitre et par le crétinisme endémiques. Dix-sept communes decaipir! 
cantons ont présenté un total de 26 crétins et de 655 goitreux ; 681 ;&î- 
Tîdus au moins sont atteints à des d^rés divers. Les quatre autres m- 
tons de l'arrondissement sont, au contraire, exempts. L'absence d€ !& 
demie est surtout remarquable dans les cantons de la montagne, os ^ 
trouvent déjà des vallées élevées et profondes. Le val de Yllié lait seoi s- 
ceplion. C'est à l'entrée de la vallée, à ScberwiUer, dans la plaiDe,qK!' 
trouvent les cas les plus nombreux ; c'est aussi là presque exclnshei'i 
que l'on rencontre des crétins. Mais le goître endémique est dis^iiui 
dans les autres communes, et la maladie remonte même jusqu'à Sié^^ 
haut de la vallée. Les autres cantons, Marckolsbeim , Benfeld et îj'i.t, 
où régnent le goître et le crétinisme, sont situés près du Rhin; lesà-:.! 
communes atteintes par l'endémie sont toutes placées entre rill etle fier 
Le sol de l'arrondissement de Wissembouig s'abaisse près le Rbin,i(^i 
présente quelques marécages; il se relève ensuite et devient légèrpr J 
montueux, il s'étend à l'ouest sur le versant des Vosges. Le crétinisi^ 
est presque entièrement inconnu ; le goitre n'existe qu'exceptioDDelknit i 
et dans des proportions trop peu considérables pour pouvoir être coBst.- 
comme endémique. Le canton de Seltz est en grande partie limitro^wi 
Rbin ; le canton de Lauterbourg ne touche au fleuve depuis 1815 qo^'^ 
une étroite langue de terre. MM. Bernauer et Huber n'ont rencontré f-i 
des cas isolés de l'une ou l'autre de ces affections. Cette partie du défr^ 
ment, quoique riveraine du Rhin, est épaignée par l'endémie qui i r 
haut son foyer principal, le long du fleuve. Mais ici les rives du Rhin c^ 
gent de nature ; elles se relèvent et deviennent plus sablonneuses; l'tl^ 
tion de leur niveau rend les inondations moins fréquentes et moios ga- 
rnies. Les communes voisines du Rhin sont d'ailleurs peu nombreuses ! 
l'exception de Seltz et de Beinheim, la plupart des villages sont ëoig^^ 
fleuve. Les autres cantons de l'arrondissement sont situés en partie d^ 
la plaine et en partie sur les premières collines des Vosges. Le crétiBi^ 
et le goître n'y existent pas à l'état endémique. M. Mctzmann signale pc: 
le canton de Wissembourg quelques cas isolés de goître, particolièroD?'' 
chez les femmes, dans les villages rapprochés de la montagne. M. Pooi^*' 
dans le canton de Soultz-sous-Forêts, a aussi constaté le goître chez qœif *' 
femmes de la commune de Lembach. M. Sadoul a observé la mémeii^- 
tion dans les deux communes de l^ngensultzbach et de Neewiller. 5ie^ 
bronn, tout à fait dans la montagne, ne présente ni goitre ni aéàà0 



CEÈTINISIIB BT 601TRX. &27 

M. RQbn a constaté l'abseDce de cette endémie dans les vallées de ce can- 
ton qui comprend déjà les cimes élevées des Vosges. 

Amndiisement de Saveme. — Canton de Saveme. 

CrtftlAt. Goitreux. 

Ottersthal *- 20 

Ernolsbeim qnelcpies cai. 30 

Saint- Jeao-des-Clioax.... ) 

EckarUwiUer j ^ ^"«>^«» ^• 

L'arrondissement de Saveme occupe les plaines accidentées qui précèdent 
les Vosges et s'étend sur les deux versants de ces montagnes. Le crétinisme 
et le goitre n'existent à l'état endémique que dans quatre communes de cet 
arrondissement Ernolsbeim et Ottersthal, du canton de Saveme, suivant 
M. Hirtz, sont atteints par l'endémie dans des proportions assez considé- 
rables. Ces deux communes sont situées dans la montagne et ont asset 
d'analogie l'une avec l'autre par leur position topographique. Il y a une 
trentaine d'années, l'endémie y faisait un plus grand nombre de victimes. 
Le goitre n'est endémique dans aucun des autres cantons. 

M. Tourdes résume ainsi les travaux des médecins cantonaux : 1* Le 
crétinisme et le goitre existent encore à l'état endémique dans le dépar- 
tement du Bas-Rhin. Le recensement effectué en 1852 constate les résul- 
tats suivanl5 : 

Nombr* 
de commanes Vombre Konlire 

Nlteinlei. de cre'Uai. de goîlreuz. Total. 

ArrondiwemeDt de Strasbourg. .. . IG 99 160 259 

^ de SchelesUdt ... i7 26 655 981 

— de WiBsemboorg • l » 8 8 

— de Saveme 4 » 50 50 

Total 38 125 873 998 

Il existe donc dans le département du Bas-Rhin trente-huit communes où 
régnent le crétinisme et le goitre endémique ; elles comprennent au moins 
125 crétins et 873 goitreux, c'est un total de 998 individus atteints à di- 
vers degrés de cette dégradation de l'espèce humaine ; ce nombre môme 
o'est qu'un minimum évidemment dépassé par la réalité. 2** Le goitre et le 
crétinisme ont pour siège principal les bords du Rhin; deux vallées dey 
Vosges sont aussi le siège de l'endémie. 3* Vingt-neuf communes sur 
trente-huit sont situées sur les bords du Rhin; elles contiennent 11& cré- 
tins et 77& goitreux. Dix-huit de ces communes sont placées entre le Rhin 



A28 MALADIBS ENDÉMIQUES, GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE MÉDIUllv 

et rill. La portion du territoire comprise entre le Rhin et 1*111, psqa 
confluent du fleuve, peut être considérée comme le principal foy€r. i 
une longueur d'une cinquantaine de kilomètres, les terrains^ sitoè & 
la rivière et le fleuve sont bas et humides, exposés à des inondatiûfk^ i 
queutes, et malgré de grands travaux d'assainissement, couverts eoccre 
marécages. U* Dix autres communes sont situées dans le voisinage do Rli 
au delà de Tembouchure de TllI, sur les terrains humides que traversent è 
de ses affluents, la Zorn et la Moder. On y compte envriron 43 créùsi 
76 goitreux. Les bords du Rhin changent plus loin de nature; ils se r^ 
vent et deviennent sablonneux ; Tendéroie cesse ; elle n'existe plus (boi 
cantons de Seltz et de Lauterbonrg. S"* En général, les vallées des Toé 
qui appartiennent au département du Bas-Rhin sont exemples da d^ 
nisme et du goitre. Le val de Ville, dans Tarrondissement de Scbebti 
un groupe de quatre communes dans l'arrondissement de Saveme, s 
les seules parties des Vosges comprises dans le département où Yot 
constaté l'existence du créliuisme et du goitre endémiques. Ces viLi 
renferment une douzaine de crétins et environ 90 goitreux. Les qb^î 
l'endémie n'ont point été déterminées, mais les communes où elle rr| 
surtout celles du val de Ville, comptent parmi les plus pauvres du déf<r 
ment. 6« La partie moyenne du département, les plaines et les coliia«^i 
s'étendent du Rhin et de l'Ill aux Vo^es, sont entièrement exemples. 7 1 
a constaté la présence de la magnésie dans les eaux de quelques comui'J 
où régnent le goitre et le crétinisme ; la même substance a été reoco!- 
dans les eaux d'autres communes où l'endémie est en décroissance e 
elle est même entièrement inconnue. 8*" Le sexe féminin a prédominé c^ 
manière évidente parmi les victimes de l'endémie. 9* Le goitre et le cr^: 
nisme ont notablement diminué dans le département du Bas-Rhio ; U 
de la plupart des crétins indique que la génération actuelle échappe i 
grande partie à cette infirmité. La décroissance de l'endémie a parties:' 
rement coïncidé avec l'assainissement du sol et avec le dessécbejnetf ^ 
marais. 

A&T. ▼• — Du crélioMme et da goitre en Allemagne et en Swax, 

Dans le royaume de Wurtemberg, le docteur Rœsch» (!) à^ 
en 18i!il, par le gouvernement d'étudier le crétinisme de ce pays, a trcr 
sur une population de 1 530 515 habitants, 4 967 crétins, soit 1 n^- 
sur 320 habiunts (page 125). De ce nombre, 2 918 crétins ontek^ 

(t) Roscb, Unlwsuchiingen iiber dm Cretinnmus, Erlangen, 1844. 



CRftTINISUE ET GOITRE. &29 

sa part lobjet d'une constatation directe; les autres 2 0/i9 ont été 
signalés au gouvernement par des rapports oflSciels. Les crétins de la 
' première catégorie se divisent ainsi : 

Ses* mBsc. 8m« tém, 

Racbitiqaes • 121 84 

I Imbécillei 507 508 

Soardf-moetf • 268 231 

IdioU 495 566 

Crétins à no haut degré 60 78 

1451 1467 

Sur 2 901 individus dont l'âge a été noté par M. Rœsch, on comptait : 

Au-dessous de 1 5 ans 769 

De 15 à 30 ans 1193 

De 30 ans et au-dessus 939 

Total 2901 

D'autre part, le docteur Maffei, dans ses recherches sur le crétinisme 
dans les Alpes Norîques, donne les renseignements statistiques suivants, 
relativement à 31 crétins observés par lui: 17 appartenaient au sexe mas- 
culin, 1^ au sexe féminin ; 23 étaient crétins, 8 étaient demi-crétins; 
16 étaient nés dans la montagne, 13 sur le terrain calcaire, 2 sur legrès. 
L'altitude du lieu de naissance était (1) : 

De 1394 à 2000 pieds pour 12 crétins. 
2000 à 3000 — 12 

3000 à 3400 — 7 

« Les crétins, dit M. Maffei, jouissent assez généralement d'une excel- 
lente santé. Ils traversent avec facilité les maladies de l'enfance, et ils ne 
prennent que rarement part aux maladies épidémiques. ■ (Page 87.) 

Dans le canton de Berne, le docteur Schneider a trouvé en 1836 le 

nooibre des crétins de 1 306, dont 690 appartenant au sexe masculin et 

616 au sexe féminin. Ces idiots étaient ainsi répartis au point de vue du 

sol (2) : 

Formation jurassique ..••• 1 crétin sur 614 habitants. 

Mollasse 1 — 271 

Formation alpine. 1 — 361 

(1) Maffei, Der Cretinismusin den Norischeti Alpen, Erlangen, 1844. 

(2) Meyer-Ahrens, Communication historique sur la distribution géographique 
du crétinisme en Suisse avant 1840, dans Beobachtungen iiber den Cretinismus. Bine 
Zeitschrift von den Aertzten der HeilanstaU Mariaberg. Tobiogen, 1850. 



&30 lULÀDIBS XNDimQUXS, GÉOGRAPHIS BT STATISTIOOK VÈDIOLU. 

Pour M. Gosse (op. cit, p. 23), c'est moins la composition e^it 
gique et chimique du sol que la qualité physique du terrain super&ci^<{ 
produit la prédisposition au goitre et au crétinisme : a Plus le temisa 
perméable et poreux, moins il permet à Thumidité de séjourner au cms 
du sol ; plus il est compacte et dense, plus il empêche Feau de ikd 
?ers le baSb Aussi voit-on le goitre endémique disparaître dais les terni 
rocailleux et calcaires, facilement perméaUes et peu bygroinétriqDes,ffi 
il se développe le plus fréquemment dans les terrains schisteui et tok^ 
dans les formations de mollasse, sur les terrains d*alluvion» oùse trwn< 
presque constamment des couches d*eau, terre argUeuse compacte, fon 
par les détritus de roches ardésiennes, qui, non-seulement consene bs 
temps l'humidité, mais qui, n'étant pas perméable, maintient Ym i 
surface du sol et alimente de nombreuses sources. » M. Gosse appliqc^ 
même raisonnement à la configuration du sol. 

En ce qui concerne l'influence de certaines localités sur la prodocti 
do goitre et du crétinisme, le fait suivant nous paraît digne d'être siçD< 
Lors d'une enquête faite par le gouvernement autrichien en iS^ii, 
Symitz, près Klagenfurt, M. Willeger fit la déposition sniracK 
« Mon père a observé que les domestiques étrangers qui arrivaient i 
le pays, pour habiter sa ferme, avaient bientôt le coa très gros, 
de temps à autre, à mesure qu'ils y séjournaient plus longtemps, ils < 
venaient plus goitreux, et respiraient avec plus de difficulté ; en mt 
temps, les genotix se tuméfiaient, les pieds devenaient le siège de doaln 
lancinantes, se roidissaient et s'affaiblissaient A mesure que cet eu: 
faiblesse et de roideur augmentait, l'intelligence s'affaissait aussi : après i 
années, l'intelligence s'altérait au point de passer au crétinisme. Les ^> 
nés dans la métairie sont atteints de cette infirmité à un plus haut degi 
elle était autrefois occupée par une famille composée de quatre eofii 
crétins et un oncle demi-crétin ; le père des quatre enfants avait été H 
lement demi-crétin, ce qui n'avait pas empêché les deux frères 
parvenir l'un à l'âge de cent cinq ans et l'autre à cent ans. On coosutr 
même dégénérescence dans le bétail, surtout dans le bétail à cornes, 
point qu'on ne pouvait élever de jeune bétail sans remarquer des vice> 
croissance et des maladies intestinales, et qu'il fallait importer 
retraiter les bêtes de trait Le propriétaire des domaines de la seigoeo' 
d'Abbeck, après avoir fait l'achat de ce bien, y arriva avec sa femme, L^ 
portant Celle-ci est morte goitreuse et à demi-crétine, et le prapnéoi 
avec sa seconde femme ont aussi passé au demi-crétinisme. Les c: 



PXHTB DBS DBNTS. &S1 

enfants da premier lit sont idiots ; leur cou est épais» et leur corps est 
roide. Les enfants du second lit, i*un âgé de trois ans, l'autre de un an, 
sont encore en bonne santé, mais ils doivent s'attendre au même sort que 
leurs frères aînés, car ces deux derniers aussi étaient bien portants dans 
leur première enfance. A la torpeur générale du corps, à Thébétement des 
facultés intellectuelles, se joignent aussi des vices de Touie et de la parole, 
qui s'aggravent avec Tâge; il est d'observation que des enfants nés bien 
portants ne commencent à éprouver cette maladie que dans les dernières 
années de l'enfance, et qu'à mesure qu'ils croissent, leur état s'aggrave 
jusqu'à tourner au crétinisme. Le contraire a lieu lorsque des individus 
atteints de crétinisme changent d'habitation et boivent une autre eau. • 

Parmi les asiles consacrés au traitement, et principalement à l'éducation 
des crétins, se trouve celui qui fut fondé en 1840 par le docteur Guggen- 
blihl, dansle canton de Berne sur le sommet de l'Abendberg. Sept ans plus 
tard, le roi de Wurtemberg, après avoir visité l'asile de la Suisse, confia 
la création d'un établissement semblable au docteur Rcesch; le vieux mo- 
nastère de Mariaberg reçut cette affectation. Depuis lors il a été créé un 
grand nombre de ces asiles : un dans la Prusse rhénane, à Bendorf, près 
de Goblentz ; un dans le duché de Bade, près de Mûhlheim, dans l'ancien 
cloître de Biirgelen ; un autre dans la vallée d'Aoste par l'ordre de Saint- 
Uaurice et de Saint-Lazare; des établissements analogues sont en voie de 
XMistraction en Bavière, en Autriche, dans le Danemark et en Norwége. 

CHAPITRE XVII. 

DE LA PERTE DE DENTS (1). 

Indépendamment du rOle physiologique qu'elles remplissent dans la 
oastication et dans l'articulation de la voix , les dents ont encore dans 
1 carrière militaire un usage spécial d'une haute importance, celui de 
écbirer la cartouche. Aussi la loi française exempte-t-elle du service mili- 
lire : i* lorsqu'il y a |)erté ou carie des dents incisives ou caninesd'une des 
lâcboires; 2* lorsqu'il y a perte, carie et mauvais état de la plupart on 
*an grand nombre des autres dents. De 1831 à 18&9 inclusivement, les 
onseils de révision ont prononcé l'exemption pour mauvaise denture de 
5 918 jeunes gens sur 3295 202 examinés, soit une moyenne annuelle 
e 785 exemptions sur 100 000 examinés. Le maximum annuel a été de 

(i) Considérée au point de vue du lerfice militaire. 



&32 MALAD1KS ENDBIflOUES, OiOGRiPHIE ET STATISTIQCB lifiDkiLE> 

895 (en 1837) ; le minimum de 6^3 (i8&7). Le lableaa suivant doo]»^ 
répartition proportionnelle des exemptions pour perte de dents, eotr 
quatre-vingt-six départements, pendant la période de i837à i8&9k 
vement (treize années), sur i 00 000 jeunes gens examinés (i). 



Exemptions pour perte de dents, 

flaniërot 

d'ordre. DépartenwDti. 

1 Pay-de-Dôme 36 

2 Haote-Loire 41 

3 FiDiitère 60 

4 RhAne 85 

5 Caotal 99 

6 Corrèze 102 

7 Loire • iil 

8 Morbihan 119 

9 Mayenne 133 

10 C^tes-du-Nord 137 

11 Drame 139 

12 Aude 146 

13 Tarn 156 

14 Gard 165 

15 Ille-et-Vilaine 175 

IG Allier 178 

17 Haut-Rhin 184 

18 Pyrénées-Orientales .. • 186 

19 Ain 188 

20 Moselle 194 

21 Gers 197 

22 Hérault 211 

23 Meurthe 215 

24 Lozère 221 

25 Ardèche 222 

26 Saâne-el-Loire 251 

27 Isère 254 

28 Hautes-Alpes 255 

29 Aveyron 265 

30 Vaucluse 271 

3! Corse 274 

32 Nièvre 282 

33 Cher 283 

34 Tarn-et-Garonne ..... 284 

35 Haute-Saâne 286 

36 DeusSèvres......... 290 

37 Lot 31 1 

38 Vosges 319 

39 Jura 323 

40 Creuse 356 

41 Manche 377 

42 Haute- Vienne.. ...... 397 

43 Charente 404 



— Proportion sur 100000 eaoammfs. 



Ifamérot 


d*onlre. Dëpartomeolft. 


44 


0oaba * 


45 


Bas-Rhin « 


46 


Haute-Garonne 


47 


Sarthe » 


48 


Basses-Alpes 


49 


Nord 


50 


Seine 


51 


Var 


52 


Marne 


53 


Chareote-Inférieore. ... 


54 


Ariéae ► 


55 


Loir-et-Cher '• 


56 


Indre ...•••.••••.... 


57 


Loiret • 


58 


Vienne •••••• 


59 


Gdte^'Or 


60 


Bouches d u-R hône .... '* 


61 


Meuse 


62 


Aisne ' 


63 


Vendée ^ 


64 


Yonne ^ 


65 


Aube ^ 


66 


Haute-Marne 


67 


Pas-de-Calais 


68 


Indre-et-Loire < ' 


69 


Basses-Pyrénéea ' 


70 


Seine-et-Marne ' 


71 


Ardennes 


72 


Lot-et^GaroDoe. ^ 


73 


Hautes-Pyréoées < 


74 


Eureet-Loir 


75 


Orne î 


76 


Somme . • * 


77 


aivados • 


78 


Landes -' 


79 


Gironde 


80 


Loi re-Inférieare. •..-.• '' 


81 


Maine-et-Loire 


82 


Seine-et-Otse 


83 


Oise 


84 


Seine-Inférieore 


85 


Eure 


86 


Dordogne 



(1) Comptes rendus sur le recrutement^ et P.-L.-A. Deyot. Op. ctt., p. 2<i. 



DLSTOMS ET ANCYtOSTOME u'ÉGYPTE, kZZ 

On voit par ce tableau qae la perte de dents, considérée comme motif 
d'exemption du service militaire, est à son mtoimum dans le Puy-de-Dôme s 
qu'elle atteint son maximum dans la Dordogne ; en6n que le minimum est 
au maximum comme 1 à 18. Au point de vue géographique, les minima 
d'exemptions forment deux groupes, dont l'un est constitué par une grande 
partie de la Bretagne; l'autre, beaucoup plus considérable, occupe le pla«* 
teau central de la France, et se prolonge pour ainsi dire jusqu'à la Médi* 
terranée, en suivant les deux rives du Rhône. Les maxima^ au contraire, 
se présentent seulement dans les départements de l'ancienne Normaudie» 
à l'embouchure de la Garonne, de la Dordogne, de la I/iire et de la Seine. 
L'ensemble de ces documents parait établir que, si l'influence du sol est 
évidente, d'un autre côté il y a lieu aussi de faire la part de la race. 



CHAPITRE XVIII. 

DU DISTOME ET DE l'aNCYLOSTOME d'éGYPTE (1). 

Le distome, de la classe des trématodes, est très commun en Egypte. 
MM. Criesinger et Bilharz, qui en ont fait sur les lieux Tobjet d'une 
C*tude particulière, aflirmeiit même que la moitié des fellahs et des 
Coptes en sont atteints. Il n'est pas rare parmi les Nubiens qui habitent 
'Egypte, mais M. Bilharz ne l'a rencontré qu'une seule fois chez le nègre. 
>n ii*est pas encore fixé sur l'existence du distome chez le Turc et l'Euro* 
yéen, dont les corps sont restés jusqu'ici soustraits aux recherches anato- 
liques. Les distomes de l'homme n'étaient représentés, jusqu'à ce jour, 
tjc par deux espèces, rarement observées, le D. hepaticum et le D. lancée^ 
ittirn^ fréquents chez les herbivores et surtout chez les ruminants, 
r. I^ilharz en a découvert deux autres en Egypte, le />. heterophyes^ qui 
ï rapproche des précédents, et le D. hœmatobium^ qui s'en éloigne par 
séparation des sexes, et surtout par la forme du corps. La longueur de 
s clcrnier est de quatre lignes, tantôt plus, tantôt moins, selon que l'ani- 
al s'étend ou se contracte. Le mâle a le volume d'un gros fil à coudre; 
osC d'un blanc de lait. Le premier huitième de son corps est aplati de 
( £j t en bas, en forme de lancette ; il est garni, & l'extrémité antérieure, d'un 
io43ir buccal percé, et k la face ventrale, d'un suçoir ventral non perforé. 

( 4 } Àrchiv fiir physM, HeUkunde $ i85$. ^ Wimer medi*. Wochensehrift^ 
t.->a, n" 4 et 5. 

II. n 



A3/i MALADIES ENOtMIODBS, GÏ^GRAPHIl BT STATISTfQUB MiDlOLB. 

Derrière celui-ci, les parties latérales do corps se recoorbentcn basi 
manière à se toucher sur la ligne médiane du ventre. La plus grande pari 
du corps prend aussi la forme d'un tuyau fendu dans sa longneor. Ceto^s 
est destiné à loger la femelle. Celle-ci n'a été rencontrée encore que èi 
son réceptacle ; elle est beaucoup plus grétei plus fine que le mile, et tru 
parente comme du verre. Elle n'a pas de canal caudal. Les indhki 
adultes de cet entosoaire ont été trouvés dans le tronc et les branches 
b veine porte, dans la veine spiéuique, les veines mésentériques etlepit^i 
veineux du rectum et de la vessie. Ils se nourrissent de sang, dont b s 
l^les remplissent toiijours le canal intestinal. Les œufs ont été renconi 
dans le parenchyme du foie, entre et dans les tuniques de rioiestinn 
mais surtout, en quantité énorme, dans le tissu cellulaire sons-moqiK! 
dans la muqueuse de la vessie, des uretères, des vésicules séminales t 
la fin du gros intestin, ainsi qu'à la surface de cette muqueuse (1). 

Peu d'habitants de l'Egypte semblent posséder les organes urinair 
l'état normal ; une de leurs affections les plus familières est le eau 
de la vessie et des uretères. A l'état aigu, on trouve par plaques la muqo 
un peu gonflée et ramollie, d'un bleu ou biunrouge, entourée de uks 
capillaires variqueux, recouverte d'une couche de mucus tenace, Tïtr 
renfermant souvent des gouttelettes de sang, retenues souvent eocoi 
partie dans la lumière béante d'un petit vaisseau sanguin. Les saitî 
cette affection sont : 1** l'iiiduration ; 2" des excroissances polypti 
3** l'ulcération. Les deux premières , surtout la première, sont b 
fréquentes et occupent ordinairement des surfaces étendues. Dans ' i 
ration, la muqueuse est épaissie, coriace, de couleur jaune verdàu 
grisâtre, anémique et criant un peu sous le scalpel. Elle est farcie 
grand nombre de petites granulations luisantes, qui ne sont que d s 
de distome morts, remplis en partie de graisse, mais surtout de carb 
calcaire. La surface de ces placjues est tantôt lisse, tantôt ruguei^ 
dernier état provient d'une couche de cellules fusiformes agglutinûi 
tremêlécs de beaucoup d'œufs, contenant rarement de Tacide uriqm\ 
rencontre souvent des concrétions liihiques, de la grosseur d'un gn 
millet, dans rinlérieur desquelles on irou\e parfois des œufs, l/hjp^ 
phie polypeuse est moins fréquente. Elle est constituée par desexcmbî 
de différentes formes, jusqu'à la grosseur d'une fève, parcouruc> 



(t) Zeiischrift fiir ivUsensckaftl, Zoologie, t. IV, f 852.53, p. 52 et pU« 
et Supplément, p. 454, et table XVIL 



DI8T0MI ET ANCYLOSTOMB d'ÉOTPTB. &35 

réseau capillaire développé, à vaisseaux souvent élargis, aa point de former 
des cavités commoiiiquant entre elles, et renfermant parfois des exem- 
plaires de distome adultes. Le parenchyme dé ces végétations contient un 
grand nombre d*œufs, ordinairement frais. L*ulcération n*a été observée 
qu'une fois dans la iressie, et le fond de Fulcère n'était pas exempt d*amas 
d'cBufs. 

Selon M. Bilhan, le dépôt d'œuDsdaïas les capillaires, dans le tissu sous- 

luaqueui et dans la muqueuse de la vessie et des uretères, est alors la 

cause immédiate de Tinflammation. En effet, il a toujours trouvé de grandes 

quantités de ces œofiidaDS les parties malades. 2* La quantité et l'état des 

ceofs est dans un rapport constant avec l'intensité et le développement de 

la lésion. Les places saines ou peu malades ne conliennent pas ou peu 

d'œufii; plus elles sont malades, plus elles en conliennent. Les endroits où 

siègent rinflammatioo aiguë et les végétations polypenses, renferment dé 

préférence des œufs frais, remplis de masses de vitelline ou d'embryons; 

les endroits indurés, an contraire, sont parsemés d'œufs morts, remplis de 

produits de décomposition. S* Les lésions anatohiîques décrites coïncident 

avec la présence de Thelminthe. En Europe, où ce ver n*a pas encore été 

constaté, les altérations pathologiques n'existent pas, du moins dans leurs 

formes tranchées. Les cadavres de nègres n'ont présenté ces lésions qu'une 

seule fois^ et c'était aussi le seul cas où le distome eût été trouvé. Lésions 

analomiques et distomes sont au contraire très fréquents chez les Égyptiens, 

Voici la théorie étiologique proposée par M. Bilharz : Un mâle, portant 

dans son canal gynécophore une femelle fécondée, pénètre dans le plexus 

veineux de la vessie. Dans les vaisseaux un peu larges, il se meut surtout 

au moyen de ses deux suçoirs, et dans les canaux plus rétrécis, les poils 

roîd^s de la surface de son corps lui viennent en aide. Arrivés dans un 

[capillaire trop étroit, la femelle dépose les œufs probablement réunis en 

un globule par une masse gélatineuse, qui peut«étre les colle encore contre 

a paroi du vaisseau. La présence de ces obuIIb, ainsi que celle des animaui 

>tax«m^nies, produit une hypérémie passive de ce capillaire ; et si cette 

altération se fait dans plusieurs vaisseaux et reste permanente, il s'ensuit 

loe exsudation de lymphe plastique et la déchirure de quelques vaisseaux. 

par ce dernier mécanisme, les œufs seront ou portés à la st^faee de la 

Kiumciueuse et entraînés par l'urine à l'extérieur, où ils |)euvent continuer 

r évolution, ou bien déposés dans les tissus , dans lesquels ils entre- 

L'inflammation, à la manière des corps étrangers. C'est par cette 

*,3ison que la résolution parait ne pas pouvoir se faire. L'indwration en 



436 MALADIES BNDKMlQOlâ, GKOGEAPflll XT STATI8TI0CI MtmUUS. 

est la terminaisoo U plus fréqoente« Alors les parties Uqnides de l'eisidi- 
tion sont absorbées; les solides restent» compriment les capiUaira, h 
rendent imperméables, et s*oppo6ent ainsi à de nouvelles hypérèùe^. 
ioflammations et hémorrbagies. L*entoioaire est obligé de changer de ré» 
dence ; le contenu des œub déposés se transforme en graine, pois n 
carbonate de chaux ; le dépôt d*acide urique dans l'enveloppe de ï^^. 
est rare et ne se montre guère qu'à la snrface de la muqneose. \^ 
d'autres cas, il en résuUe une dilatation permanente des capilUires. ^ 
formation nouvelle de tissus et de vaisseaux. Les excroi86anoespolTpei&* 
molles sont prédisposées aux hémorrhagtes, et paraissent se prêter lo^^: 
temps aux dépôts d'oBufs frais. Les vaisseaux de leur substance w dila'iî 
parfois en des cavités spacieuses, qui peuvent loger fiiiuieure vers. L'> 
cération est très rare. Elle peut provenir de rdbiitération subite desisb 
seaux d'une portion de la moqueuse, déterminant la mortificatioD ée * 
tissus. 

La maladie est d'un diagnostic facile au moyen du microscope. Oo c 
couvre les œofo dans le dépôt muqueux de l'unne, et surtout dans les ^' 
coagolums sanguins. M. Rayer, médecin an Caire, conGrme non-seoief.' 
la relation de cause à effet , entre la présence des œufe de distome et i 
maladies des voies urioaires, mais il insiste surtout sur les suites de 
maladies, qui donnent souvent naissance à la pierre, par suite de la o< 
étendue et persistante. Pour lui les concrétions qui se rencontrent ssr 
surface rugueuse de la muqueuse altérée peuvent devenir directemeci 
noyaux de calculs, et il cite un calcul qui présent^^it au centre une a^ 
renfermant une masse brunâitre, ratatinée, reconnue pour delà Gbiiik 
contenant des quantités innombrables d'oeufr de distome. 

Indépendamment du distome dont il vient d'être question, on reoa*^ 
fi*équemment en Egypte VAncyloêiamum duodenale. C'est un ntuf* 
de /i à 5 lignes de longueur, qui habite la partie supérieure de Tini^ 
grêle, et se trouve quelquefois en nombre prodigieux ; il 8*enfooce ^^' 
muqueuse et se trouve quelquefois dans une petite cavité remplie de« 
dans le tissu sous-muqueux. M. Griesinger considère la présence i*- 
çntozoaire dans l'intestin comme la cause d'une maladie particnii«^ 
rÉgypte, qu'on rencontre à la ville comme à la campagne, dans tr-^ 
rangs de la société, maladie quelquefois incurable et qnMl désgc^^ 
le nom de chlorose égyptienne. Cet auteur estime que le quart aa i 
de la population égyptienne présente cette affection ; il en tnniw < 
scrits dans ses registres, mais un nombre au o^oins triple de cas co^ 



DRAGONNBAU. A37 

quaient d'autres maladies. Les symptômes caractéristiques sont tout à fait 
ceux de Tanémie. Après on certain temps, la peau devient jaunâtre on 
verdâtre ; les malades tombent dans le marasme et traînent une vie misé* 
rable; ils meurent souvent hydropiques. On a attribué cette forme parti- 
culière de la chlorose à la présence de nombreux ancylostomes dans l'in- 
testin grêle, où tous correspondaient à autant de petites cavités. 



CHAPITRE XIX. 

DC DRAGONNEAU (1). 

Le dragonneau a été signalé par Galien : • Quemadmodum in quodam 
Arabiae loco (ut aiunl) in tibiis hominum dracuncuii vocati nascuntur, ner- 
vosa natura, colore, crassitudineque, lumbricis similes (2). 9 Aviceune a 
aussi signalé le filaire {S). 

Parmi les ouvrages qui ont traité du dragonneau, nous mentionnerons 
particulièrement : 

ScBEHCK, Obs, médic, lib. Y, Dû dracuncuJis jEthhpitfi et India propriis. 

J. Gbkgoh, Médical tketckês ofthe expédition to Bgyptfrom India. Londoo, 1804. 

F.-J. L*HERMiiuBii(de la Guadeloupe), Dissertation sur ledragimneau et sur les cinq 
vers qui se trouvent le plus communément dans Vintestin de l'homme. Thèse de 
Paris, 182e,n" 169. 

Smyttau and BitD, Dracunculus, as prevailing in the artillery whUe stationed at 
Maloongha in the island of Bombay, (Voir les premiers volumes des Transactions 
of the médical and physical Society of Calcutta.) 

MornsHiAD, On dracuneulus m the 4*^ Ught Dragoom^ at Kirkee, t. VI et VIII des 

Transactions de Calcutta, 1833 et 183:v. 

l>i7i«CAi(, On dracuneulus at Bhewndy, t. VII des Transactions de Calcutta. 

FoBBES, On dracuneulus at Dharwar, in 1836 and 1837 {Transact, of the medic. 
andphysic, Society of Bon^ay, n* 1). 

H- J* Cautkr, Note on dracuneulus in the island of Bombay {Transact of the med. 
andphys. Soc, of Bombay ^ 1853). 

(1) Voir l'article Dragonnsau, t. I, p. 343. Le dragonoeaa est le areug el Me- 
aine (ver de Médiue) des Arattes. 

(2) Galeni opéra, De locis affectis, lib. VI. — OSvr^ médicales de Galien, trad. 
par Ch. Daremberg. Paris, 1856, t. Il, p. 671, 

(3) Liber quartos. De vena Medini, 



438 MALADIES ENDÉMIQUES,' G60GRAPHIB ET STATIStlQDS MDMÙlLLv 

I>e dragonneau . se rencontre particulièrement dans rArabie Pétm, 
sur le littoral du golfe Persique, sur les bords de la mer Caspienne; as 
rinde, la haute %ypte, en Abyssinie, dans la Gainée; il n'agomcu 
observé en Europe que sur des voyageurs revenant de ce8di¥enpif$;s 
Amérique, on le rencontre sur des esclaves venant de rAiiique. Seki 
Dampier et Jacquin, on l'observe à Curaçao indifféremment cha ]a)èa6 
et les nègres. 

La fréquence du dragonneau se montre dans une dépendance éat'.' 
desdivers mois de Tannée, comme le roontreie tableau suivant, qûrési- 
la répartition mensuelle de 2927 admissions aux hôpitaux pour caose i: 
dragonneau dans la province de Bombay (1) : 



des 



A rhApitaL 

Janvier 46 

Février 64 

Mars 165 

Avril 273 

Mai.. 448 

Juin. 480 

Juillet 428 

Août 337 

Septembre ;. 246 

Octobre 234 

Novembre 123 

Décembre • 93 



2927 

On voit que le dragonneau est dix fois plus fréquent en juin qu'es. s 
vier. Il habite plus spécialement le tissu cellulaire sous-eatané; w' 
le rencontre beaucoup plus fréquemment aux membres inférieurs qa > 
supérieurs. Il peut affecter toutes les parties du corps ; od Ta vu s'enr^J 
autour de la malléole, s'étendre le long d*un membre, serpenter scs^i 
téguments du ventre et de la poitrine. Ordinairement oo trouve ^fsst^ 
filaires chez le même individu: Andry en a vu vingt-trois, et Poupée^'i 
portes cinquante dans un seul malade. Sur 181 observations recueiliieJ 
Grigor, le dragonneau était fixé 12(i fois aux pieds, 33 fois aux ji^' 
11 fois aux cuisses, 2 fols au scrotum et 2 fois aux mains. Rcmp^ 
rencontré dans le tissu cellulaire du creux du jarret et an scrotom;- 

• 

(i) Morebead, CUnical researches on thê dtieaf» In Mdla, t. II. 



DRAGONMBAO. ft99 

Fa trouvé dans celui de la tête, du col et du trôna Bajon dit l'avoir ren* 
contré deux fois sous la membrane muqueuse du globe de Tceil. 

Plusieurs auteurs ont. attribué le dragonneau à la mauvaise qualité de 
Teau, à l'usage de certains aliments, tels que le poisson, le froment de 
l'Inde, à l'exercice immodéré des organes génitaux, à l'habitude de cou* 
cher sur la terre» de se promener les bras et les jambes nus, dans les pays 
où on l'observe. « Selon quelques-uns, dit M. l'Herminier, le dragonneav 
est une larve d'insecte; selon d'autres, c'est un gordius aquatique. Si c'é-^ 
tait une larve, on devrait voir l'insecte qui Ta déposée; elle acquerrait 
l'état parfait, et sortirait du corps comme les oestres, mais c'est ce qui n'a 
pas lien. Si c'était un gordius, on devrait le trouver dans l'eau des con- 
trées où on en est affecté. Lœfler et Lind, qui l'y ont cherché, ne l'y ont 
jamais vu ; Pallas a rencontré dans le lac de Waldei un nombre de gordius 
plus grand que partout ailleurs, et jamais les habitants de la contrée ne 
sont affectés du dragonneau. De toutes ces causes, il n'y en a aucune dont 
l'action soit prouvée. On rencontre, en effet, le dragonneau aussi bien 
chez les personnes qui se sont soumises aut causes énoncées que chez celles 
qui s'y sont soustraites. Relativement à l'eau potable, Cromer cite un gé- 
néral hollandais, résidant à Angola, qui ne put s'en préserver, bien qu'il 
ne fit usage que de boissons et d'aliments venant d'Europe. Le baron Jac- 
quin raconte que pendant son séjour à Curaçao un de ses compagnons, 
qui buvait constamment du vin, parce qu'on l'avait averti que l'usage de 
l'eau donnait le dragonneau, en fut néanmoins atteint, tandis que lui- 
même qui buvait du vin et de l'eau en fut exempt (!}. 

Les limites assignées à la longueur du dragonneau sont loin d'être fixes. 
Albucasis dit avoir vu des filaires de trois à trente pieds; Bruce assure 
qu'il est rare d'en voir au-dessous d'un pied et demi et an-dessos de six. 
Il peut, au dire de Barère et de Bajon, présenter jusqu'à six aunes de long. 
Budolphi croit que sa taille peut varier de deux à douze pieds. Ces dimen- 
sions peuvent paraître exagérées, mais l'on sait que Bremser déjà avaR 
trouvé, dans des sauterelles, des filaires de quinze et même de trente 
pouces de long. 

Le plus souvent, c'est après plusieurs mois de s^ur dans les iienx ci 
se trouve le dragonneau, que les étrangers en sont affectés. Sa présence 
s'annonce par une démangeaison désagréable et par la formation d'une tu* 
ineur furonculeuse dans la partie du corps qu'il occupe. Quand c'est un 

(1) L^Herminier, DUsertation sur le dragonneau, thèse de Paris, 1826, o* 169, 
p. 23. 



ft&O MALADIES ENDBMIQUSS, GBÛGRAPHIB ET STATISTIQLE VÉDiaib. 

membre, il éprouve de la roidenr, et (dos ou moins de g^e dans ses m- 
vements. Quelquefois on sent à travers la peau la saillie du Ter, et h 
nodosités qu'on pourrait confondre avec un cordon lymphatique cl- 
gorgé, ou une veine variqueuse. Dans quelques cas, le malade qvt. • 
de vives souffrances, des phénomènes prononcés d'une inflamnatioD ka 
de la fièvre avec frissons et nausées; d'autres fois, ces phénomèDesirr 
quent entièrement. Bientôt il se forme une pustule vésiculense roQ;:e^j 
avec un point noir au centre. Du pus s'accumule sous répidenDe;ce!ir 
se rompt, et l'on voit paraître une portion plus ou moins longue deTeitr^ 
mité céphalique du ver, reconnalssable à sa couleur blanche. Il ^^i 
qu'abandonné à lui-même, loin de sortir du corps, il s'y multiplie, (k<.. 
lieu à des abcès plus ou moins nombreux, et peut épuiser le niabde w 
l'abondance de la suppuration. C'est sans doute dans la craiote d . 
terminaison fâcheuse qu'on s'accorde généralement i faire l'eitnctioiu 
ver aussitôt qu'il se présente ; une fois qu'on l'a extrait, l'ulcération qoi n 
a donné passage se cicatrise avec une rapidité surprenante. 

Il résulte des recherches de H. Jacobson, que certains dragonneaoi ^ 
composent, non d'un individu unique, mais d'un ensemble d'indh^ 
vivants sous un même fourreau. Une portion de la substance interne c 
dragonneau extraite par ee médecin, et soumise pr M. de BlaioTil]e.i 
microscope, s'est trouvée formée en presque totalité de petits animaux ti 
à fait conformes à la description donnée par l'anatomisle danois. V J 
Blainville pense toutefois qu'il y aurait lieu de vérifier si tous les dn: 
neaux présentent la même composition (1). 

On extrait le ver en exerçant sur lui des tractions de denx manitt^ 
i* en agissant sur une seule des extrémités; 2" en agissant sur cbi 
d'elles alternativement, après avoir soulevé sa partie moyenne. Dans k-} 
mier cas, on saisit la portion du ver qui se présente après la ruptore dt 
vésicule; on la fixe à l'aide d'un fil, et on la roule autour d'un petite 
lindre de bois ou de diachyion; on tire avec précaution jusqu'à ce f 
éprouve de la résistance ; on s'arrête alors, on panse l'ulcération et Too ^^ 
le cylindre au moyen d'une compresse; on répète les tractions, et lV>fi 
le pansement deux fois par jour, jusqu'à la sortie complète du ver. Knr 
fut deux fois assez heureux pour extraire en un seul pansement le ver, r 
siégeait dans le scrotum. Le plus souvent il faut trois on quatre scib^^ 
pourobtenir la guérison; die peut se faire attendre plusieurs nioisi;^ 

{\) Gaz. méd, de Parif^ 183», p. 216. 



DTSBNTBRIB. UM 

le nombre de vers est considérable. Le second procédé, conseillé par Lœfler, 
consiste, après avoir mis le membre dans le relâchement, à faire une inci- 
sion de quatre lignes sur le point des téguments qui répond à la partie 
moyenne du ver. L*écartement des lèvres de la plaie le fait reconnaître à la 
blancheur de son corps ; on le soulève à l'aide d'une pince à disséquer, on 
e saisit dans une petite fourche de bois et l'on exerce sur un de ses côtés 
les tractions jusqu'à ce qu'il résiste ; on conûe alors à un aide la portion 
extraite et l'on agit sur celle qui est encore enfoncée dans les tissus. En tirant 
linsi sur deux points du ver à la fois, on l'extrait plus rapidement que 
)ar le premier procédé. Gregor, Ninian, Bruce et Péri recommandent 
e dernier mode de traction. De quelque manière que l'on tire sur le dra- 
;onneau, on doit le faire avec beaucoup de précaution, aGn d'éviter sa rup- 
nre qui paraît avoir été suivie de la gangrène et même de la mort. Quand 
s ver s'est rompu, ou quand il résiste aux tractions, on couvre la partie 
[u'il occupe de fomentations émoUientes. Pour extraire le ver sans traction, 
Uncroft et GrifBth proposent de recourir à l'emploi bizarre des moyens 
aivants : Appliquer sur la tumeur un cataplasme fait avec des oignons, de 
a mie de pain et du lait bouilli ensemble ; aussitôt que la tête du ver se 
)résente, l'envelopper dans du coton sans tirer sur elle. Le malade doit 
aire usage d'une teinture faite avec du poivre noir, de l'ail pilé et de la 
leur de soufre. Un ou deux jours après l'emploi de cette médication, disent 
*s auteurs cités, on trouve sous le cataplasme le ver diversement con- 
ouroé. 

M. L'Herminier a vu le dragonneau déterminer la mort des malades par 
excès de la suppuration. Péri cite un jeune nègre réduit au dernier degré 
e m arasme par suite des ravages occasionnés par un dragonneau dont on 
e supposait pas la présence, et promptement rendu à la santé aussitôt 
u*oa en eut pratiqué l'extraction. 

CHAPITRE XX. 

DE LA DYSENTERIE. 

Cette maladie se rencontre dans toutes les parties du globe, mais avec une 
équence et une gravité très variables, comme le montre le tableau sui- 
int, dans lequel se trouvent résumé, d'après les documents officiels et pour 

presque totalité des possessions britanniques, l'efTectif général des troupes 
anches, ainsi que les admissions aux hôpitaux et les décès causés par 
v'scntérie. 



A62 MALADIES ENDÉMIQUES, GÉOGBAFHII ET STATISTIQUE VtDlCiLIS. 

TàMeau numérique des admissions aux hôpitaux ei des décès oya** potf-nï 

la dysenterie. 

Période Etrectifgcfnéral l»f- 

d'ohicrra- de« ér^c 

Stutions. liou. lioupes. Muladet. Morts. Mtc-i-* 

Antilles et Guyane ... 70 ani. 86661 17843 1367 1 iiir i' 

Jamaïque 20 51567 4909 i86 t»r^^ 

GibralUr 19 60269 2653 64 1 snr 1' 

Malte 20 40826 1401 94 1 rar t 

Iles Ioniennes 20 70293 3768 184 1 sor : ! 

Bermndes 20 11721 1751 36 1 sor 4' 

Nouvel le- Ecosse \ 

et [20 86442 244 18 1 fv l> 
Nouveau-Brunswick. • • ) 

Canada 20 64280 735 36 1 nr ^ 

Afrique occidentale... 18 1843 370 55 1 rar ' 

Cap de B. -Espérance.. 19 22714 1425 44 1 sar ^^ 

Sainte-Hélène 9 8973 751 69 1 nr l. 

Maurice 19 30515 5420 285 1 sur H 

Ceylan 20 42978 9069 993 1 for ? 

ProT. de Tenasserim.. 10 6818 1460 137 1 nr 10 

Madras 5 31627 6639 559 1 sur 12 

Bengale 5 38136 5152 411 1 nr I' 

Bombay 5 17612 1879 151 1 sur li 

Ce tableau suffit pour donner une idée de l*inégale répartitioo dt^ 
TBges de la dysenterie dans les diverses parties du globe. En coiop^n' 

nombre des malades et des décès à TeiTectif général des troupes, 'J 
avons obtenu le résultat ci-ap/ès, qui servira à mettre mieux encore t£ 
mière la proposition qui précède : 

MalsdM O' ^ 

rar 1000 bom. iv i» ^* 

Antilles et Guyane 205,9 W 

Jamaïque 95,2 3,6 

GihralUr 44,0 l.<^ 

Malte 34,S S.3 

Iles Ioniennes 53,6 -,<> 

Bermudes 14,9 3,0 

Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick. . . 2,8 0,i 

Canada 11,4 O.S 

Afrique occidentale 200,7 19,8 

Cap de Bonne-Espérance 62,7 1,9 

Sainte-Hélène 83,7 7.8 

Maurice 177,6 9J 

Ceylan «... 211,0 11,) 

Province de Tenasserim 214,1 -'8'^ 

Madras 209,9 17.6 

Bengale 135,0 10<' 

Bombay ^ 106,6 V 



! DTSBNTÉRIR. liUZ 

Les diverses races paient à la dysenterie un tribut fort inégal, comme 
le montre le tableau suivant dans lequel nous résumons la proportion des 
malades et des morts parmi les troupes anglaises et cipayes dans la province 
le Madras (1) : 

PaOPORTION SUR iOO O HOmi ES. 

Anglais^ Cipàtu. 

Malades. Morts. Malades. MorU. 

Littoral 271 13,7 26 2,1 

Plaine 160 12,7 21 4.3 

Plateau 236 17,4 30 1,8 

L'intensité de la chaleur ne semble pas produire à elle seule la dysen- 
lérie, comme le montre la répartition mensuelle suivante de 56^ admissions 
loz hôpitaux pour cause de dysenterie aiguë dans la garnison anglaise de 
ilalte, pendant la période de 1816 à 1823 (2] : 

Janvier 35 admissions. 

Février 19 — 

Mars 21 — 

Avril 18 — 

Mai 18 — 

Juin 37 — 

Juillet 52 — 

Août 50 — 

Septembre 67 — 

Octobre 75 — 

Novembre 111 — 

Décembre.... • 61 — 

564 

On voit que le maximum des admissions, loin de correspondre à l'été, 
3rrespond au contraire à la fin de Tannée. 

De 1830 à 1863 (3), on a compté, dans la Méditerranée, sur un effectif 
plierai de 10066/i marins et de 10221/i hommes de Tarmée de terre, les 
ombres ci-après d'admissions aux hôpitaux et de décès par suite de dysen- 
jrie : 

Armée 
Bbria*. dm terre. 

Malades 1152 3688 

MorU 32 157 

(1)6. Balfoar, Statut, report on the sickness and mortalUy among ihe troops 
Tving in the Madras presidency . Edinburgh, 1847. 

(2) Henneii, Médical topography of the Méditer ranean^ p. 610. 

(3) 1840 n*e§t pas compris; la période est donc de dooie années. 



!illU MALADIKS ENDÉMIQUES, GBOORAPHIB BT STATISTIQUE MÉDIULb 

Ainsi, à terre on trouve trois fois plus de malades et cinq fois plus 
décès qu*à bord des navires (1). Nous croyons devoir rappeler à r 
occasion qu'en pleine mer la température h plus élevée parût Dejr^ 
excéder 30 à 31 degrés centigiades (2). 

La prolongation du séjour dans les pays à dysenterie diminoe-t-à 
tendance à contracter la maladie et les chances de mort ; en d'aoïrestri'' 
y a-t-il acclimatement? Voici ce que répondent les faits. Enexamioui:: 
décès causés par dysenterie dans la garnison de Maurice (île deFni 
on trouve la répartition suivante au point de vue de Tâge (3) : 

De 18 à 85 ans 6,7 décèsnrl^Xi 

25 à 33 aos 11,8 — 

33 à 40 ans 19,7 — 

40 h 50 ans 26,6 — 

« Or, disent les rapports officiels, les hommes les plus jeunes, cV 
dire principalement des recrues arrivées depuis peu dans lUe (conu j 
principally of recrut ts but a short time in the coiany)^ n'ont éproinr | 
le quart des pertes des hommes âgés de AO à 50 ans, dont la majorité a^! 
selon toutes les probabilités, fait un séjour de plusieurs aonées da^i 
colonie. • 

Le même fait se reproduit dans la garnison anglaise do Ge;bn ûà,p 
dant la période de 1830 à 1837, la mortalité causée par dysenterie .h ^ 
sente ainsi : 

De 18 à 25 ans 10,0 décès sur K^ 

25 k 33 ans 20,2 — 

33 à 40 ans 31,2 — 

40 à 50 ans 25,3 — 

Cet accroissement de mortalité avec l'âge est acconapagné dans h 
cuments officiels des mêmes réflexions concernant la durée du séjoori 
nie. II semble donc permis de déduire des faits qui précèdent qocJ 
les pays chauds, il n'y pas acclimatement du côté de la dysenterie. 

(1) Statist, report on the sicimess, etc^ among the troops, Loodon, 18:»3, 

(2) Voy. Cktrte physique et météorol, du globe terrestre ^ 3* éétU 

(3) Statut, report of the sicÂcfM», mortalUy and mvaUdmg asnong Ihi fnJ 
the Mauritius. London, 1840, T, p. 11 c. 



fcl^PHAMTUSIS OIS ARABES. AAâ 



CHAPITRE XXI. 

t 

DE L*ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES. 

Cette affection est endémique à la Barbade, sar le littoral S.-O. de Geyhn, 
lans le voisinage de Gochin, sar la côte de Malabar, en Chine, à Java et à 
>umatra, en Egypte, en Abyssinie et dans une grande partie de TAfrique 
eptentrionale (1). Elle est appelée dal fil et dul-asad^r les Arabes, 
:orah par les Persans, ara mianny tvarmy par les habitants de Ceylan, 
'}ar a Azar par les Hindous, matoung par les Chinois. A la Barbade, la 
)opolation nègre en avait été seule affectée jusqu'en 1706. Dans cette 
innée même on blanc en fut atteint pour la première fois, et vers 
1760 la maladie y était déjà très répandue parmi la population d'ori- 
gine européenne. Dans Tîle de Ceylan, Téléphantiasis paraît ne frapper 
|ue les indigènes, les métis et les créoles. Les Européens, les Malais et les 
lindous, lorsqu'ils habitent Ttle depuis peu de temps, en sont ordinaire* 
neot épargnés. On ne cite dans Ceylan qu'un seul Européen atteint d'élé- 
)hanttasi8, mais il habitait l'île depuis une trentaine d'années (2). En Âl-* 
;érie, la maladie se rencontre spécialement chez le Kabyle, très peu chez 
'Arabe. Cette maladie attaque tous les âges; selon Ainslie, le sexe féminin 
^ serait moins sujet que le sexe masculin. Le même auteur admet que Thé- 
édité, la misère, le froid et l'humidité, l'usage habituel du poisson comme 
liment, constituent des causes prédisposantes. Pour Ainslie l'éléphantiasis 
Tononcé s'oppose à la reproduction de l'espèce. 

Parmi les publications relatives à l'éléphantiasis des Arabes, noussigna« 
irons les ouvrages suivants : 

. Hendt, a treatise on the gîandular disease of Barbadoè's. Loodon, 1784. 

XARD, De V inflammation des vaisseaux absorbants, lymphatiques, dermcUdes ^sous* 
cutanés^ etc. Paris» 1824. 

V. AiMSLiB, Ofnerv. on the Lepra Arabum {Transact. of the royal Asiaiie Society ^ 
1826). 

iLOSFELD, Ueberdie Lepra in den Ostseeprovinzen Rwslands {Journal de Hum fetand^ 
sept. 1836). 

ucus, De lepra Arabum. Thèse, Wiirztraarg, 1831. 

f ASSKLAAB, Beschryving der in de Kolonie Suriname voorkomende Elephantiasis en 
Lepra. Amsterdam, 1835. 

;ater, Traité théor, et prat. des maladies de la peau. Parts, 1835, t. III. 

(1) Carte médicale du globe (sous presse). 

(2) Voy. CyelùpeMiofpracL medidne, art. EutniAimASis Aun» (par M. Scott). 



kM MALADIES BNDÉMIOUSS, GBOGIIAraiB VT STATISTIQDV MlDICiUS 

SiHPSOH, Anliquarian notices of leprosy and leper ho$pitais m ScoUdmd aa^ 
gland [Kdinb. med. and$urgic. Journal^ oct. 1841). 

Sncz, De elephanlian Àrabum. Disseri. inau^. Tarici, 1842. 

Hehlb uhd Peicvret, ZeUschrift fiir rat. Medicm^ 1842, t. I, p. 86. 
G. Soioii, Dia HautkrankhmUn. Berlin, 1851, p. 51. 

On désigne sous le nom d'élépbantiasis des Arabes certaines iots: 
cences chroniques des membres, du scrotum, des grandes lèTro, i 
face, etc., ordinairement avec hypertrophie de la peao. L*éiéphaLi 
des Arabes frappe plus souvent les membres inférîears; orfLci 
ment un seul membre se trouve affecté. Quelq[uefois rintaiDesceoc^ 
membres s'annonce d^une manière aiguë par une dookur vive dam I 
ou le jarret, et par la manifestation d'une raie rouge, d'une corde i 
noueuse, tendue, ressemblant à un chapelet de petites tu meurs soqsh 
nées, depuis le pli de Taine jusqu'au genou ou à la malléole, on n 
par un érysipèle. 

Presque toujours la peau prend une teinte érythématense, et le tiss:] 
Inlaire sous-cutané devient le siège d'une tuméiactioo considéraUt 
articulations voisines sont roides et contractées; souvent, dèsledt 
frissons prolongés, soif vive, malaise, anxiété, efforts violents pour vr^ 
vomissejnents, parfois délire, puis chaleur intense accompagnée de i 
tractions plus fréquentes du cœur, et suivies de sueurs générales oc ; 
tielles et de la cessation des symptômes fébriles. Dans l'espace d*uD r< 
plusieurs mois, ces phénomènes reparaissent sous forme d'accès àdt^ 
tervalies plus ou moins éloignés. Ces accès, dont le nombre et la dar^ 
peuvent être prévus ni calculés, sont suivis d'une augmentation prc: 
sive du volume du membre. Plus tard celui-ci devient dur et ne conv 
plus l'impression du doigt. Les ganglions lymphatiques de l'aine, m^ 
devenus plus volumineux, sont quelquefois sains et indolents. A ceii 
conde période, la maladie existe sans trouble autre que celoi qu eoi-] 
inévitablement la déformation du membre, qui peut acquérir alors le» f< ! 
les plus bizarres et des dimensions complètement disproportionnées < 
celles des autres parties. En effet, tantôt la tumeur est pleine et unie an. 
un sac rempli ou comme une outre; tantôt elle est par étages, àe >. 
que chacun des accès paraît avoir fait sa tumeur particulière. Après i<^f 
mières attaques, la peau est ordinairement lisse et sans cbangenia'' 
couleur, des vaisseaux rampent quelquefois au-dessous d'elle et lui ii(u 
une teinte rembrunie; peu à peu elle acquiert de la rudesse, sortoots^ 



iLiPHANTIASlS DBS ABàBIS. khi 

« 

i Toisinage de Tarticalation du pied; elle se convre de mamelons, de pè- 
tes veines, et l'épiderme devient plus épais comme dans richthyose. En6n 

se forme quelquefois des gerçures et des crevasses sur le membre, qui 
eirient d*une difformité extrême (1). 

L*éléphantiasis des Arabes attaque plus rarement les membres sapé-> 
eurs; M. Âlard en cite quatre exemples. Dans Tun le gonflement dur et 
ermanentdn bras gauche était survenu après l'application d'un vésicatoire; 
ans Tautre, le bras droit acquit un tel volume qu'il pesait deux cents livres 
e Gènes, dont quatre-vingt de sérosité; la tumeur formée par le bras et 
avant-bras ressemblait à une outre pleine ; les artères, les veines et les 
erfs n'avaient subi aucune altération ; les vaisseaux lymphatiques, très di* 
ités, étaient gorgés de lymphe. Dans le courant du mois de février de 
année 1755, on vit régner dans Tile des fiarbades des fièvres avec frissons 
e quatre à cinq heures; chaleur, céphalalgie et quelquefois douleurs dans 
i dos. Elle était parfois éphémère et parfois n'avait qu'une durée de deux 

trois jours ; mais le plus souvent elle se prolongeait, et il survenait alors 
u moment de l'invasion une inflammation dans la jambe semblable à celle 
[ue produit la fièvre de l'éiéphantiasis, mais sans tumeur de la glande et 
ans corde dure. La partie enflammée était d*un rouge vif; il s'élevait çà 
t là des petites phlyctènes, comme dans l'érysipèle, et la desquamation avait 
ieu après la cessation des symptômes inflammatoires. La même épidémie 
e renouvela pendant le mois de février de l'année 1757, avec quelques 
ariétés importantes, qui purent tenir à l'extrême chaleur qu'on ressentit 

cette époque. Cette fois la fièvre, qui débutait, comme dans le premier 
as, par le frisson et de la chaleur, était de pins accompagnée de mal d'es* 
>mac, de nausées, de toux, quelquefois de délire et de coma. L'affection 
>€alese portait sur les pieds, les jambes; les bras de l'un ou de l'autre 
ôté, jamais de deux à la fois, et produisait le même gonflement et la même 
ougeur que dans l'éiéphantiasis, et ce gonflement augmentait après la 
isparition de la fièvre. Le mois suivant, quelques personnes n'eurent d'au- 
res symptômes qu'une toux qui s'arrêtait aussitôt qu'il survenait une tu- 
aeur au bras ou k la main. Cette maladie continua jusqu'en juin, époque 
i laquelle elle éprouva de nouveaux changements. La chaleur fut plus con- 
idérable, la soif plus grande, les douleurs du dos et d&s membres beaucoup 
»lus intenses que dans le commencement, et les tumeurs passèrent iacile- 
uent à la suppuration au lieu de se dissiper comme les mois précédents (2). 

(I) Ba^er, Op. cit., t. Ht, p. S21 et soiv. 
(8) Rayer, Op. cil., p. 84«. 



UkS MALADIES BNDBMIQUBS, GBOGRAPBIE BT STATISTIQUE IICDiCU 

L'élépbantiasis du cuir cheTelu est rare. Scbeack cite on homoKid 
tête surpassait en grosseur celle d'un bœuf; la face éuît entièreo^r; 
couverte par le nez, de telle sorte qu*il fallait soulever la masse qui 
mait pour donner à ce malheureux la faculté de respirer. Cette Jâ 
donne aux mamelles un volume souvent extraordinaire. Après les m» 3 
inférieurs, le scrotum est la région du corps affectée le plus soQient: 
altération a été improprement désignée sous le nom de sarcocèkd Li 
(Larrey), de hernie charnue (Prosper Alpin), ou d*bydrocèle eodro 
du Malabar (Kaempfer). 

Les individus affectés d^éléphantiasis des Arabes peuvent être autJi 
maladies aiguës ou chroniques avant ou après le développement den 
tumescences, qui surviennent quelquefois après des attaques r^i 
d'eczéma. L'éléphantiasis des Arabes peut se terminer spoDtaném^ 
la goérison. Après avoir éprouvé plusieurs attaques, un bomme a 
d'un éléphantiasis du scrotum fut réveillé un matin par une bomidi 
nante autour des cuisses ; c'était une eau qui s'épanchait par une cv 
de la peau malade. On recueillit environ six onces de cette humeur. F 
mois après cette attaque, le malade en eut une autre, acoompagnêe 
pareille évacuation, par le scrotum, à la suite de laquelle celte part 
presque réduite à son état naturel. 

On combat les symptômes inflammatoires de la première périd 
l'éléphantiasis par des applications émollientes, des bains tièdes ei 
émi»sions sanguines. Dans la période chronique, la saignée a été n 
dit*on, d'un soulagement au moins momentané; lorsque les voMi 
plaignent d'un sentiment de tension douloureuse dans les membres aff^ 
M. Rayer dit avoir obtenu d'heureux effets des saignées locales id F^ 
l'aine ou au creux du jarret, des aisselles. La partie affectée doit étr? 
cée, autant que possible, dans une position qui facilite le retoor do 
vers le cœur. On a préconisé les bons effets de Toxyde de zinc sobâ 
et Hendy assure même que ce remède calme les vomissements ^ 
anxiétés qu'éprouvent les malades lors des exacerbations pcriodiqo'^ 
l'éléphantiasis. Plusieurs médecins de l'île Barbade, frappés de la pn< 
tion de vomissements pendant les accès, ont cru nécessaire deie^ 
voriser et même de les provoquer. On dit avoir guéri un certain i^a^ 
de malades à l'aide de la compression seule ou combinée avec d'^ 
moyens. Fatigués par le poids énorme des parties afTectées, des oui»»'* 
ont réclamé l'amputation ; mais M. Alard assure que ceux qui oot $sr' 
ont été atteints de nouveau de l'éléphantiasis sur d'autres régions do c^^ 



ÉMLBPSIV» &&9 

OU bien qo'ik n*oiit pas tardé à soecomber à des aflections viscé- 
rales. 

» 

CHAPITRE XHlh 

DE LéPILEPSIE (t)« * ' 

Au point de vue du service militaire, Fépilepsie constitue un cas 
manifeste d'exemption et de réforme; dans les conseils de révision, Tépi- 
lepsie se constate par la notoriété publique, c'est-à-<lire par des certificats 
de trois pères de bmille domiciliés dans le même canton, et dont les fils 
sont soumis à l'appel ou ont été appelés. De 1831 à 1853 inclusivement 
(vingt-trois années), on a compté sur ^036 372 jeunes gens examinés par. 
les conseils de révision, 6627 exemption^ pour cause d'épilepsie, ou 16& 
sur 100000 examinés. Pendant cette même période, la proportion des 
exemptions sur 100 000 examinés a varié ainsi qu'il suit : 



Ann^ea* 



BxempUt. 



1842, 



155 



Années. 



ExempUi. 



1831 

1892 


269 

220 


1843. 

1844 


153 

163 


1883 


198 


1845 


141 


1 83i 


178 


1846 


147 




159 

1 51 


1847,.* 


•••... 173 


1836 


1848 


170 


1837 


154 


1850 


167 


1838 


169 

168 


141 


1839. .. ..,••• 


1851 


•••••• 140 


1 840 


160 


1852. •••è. .. 


1 24 


1841 


143 


1853 


• ••••• 1 i»* 

13H 



Il ne faudrait pas se presser de conclure de ce tableau, que le nom- 
bre des épîleptiques a diminué en France depuis 1831. Une conclusion 
>Ius légitime serait peut-être : qu'à dater de 183^, et surtout de 1833, 
es opérations du recrutement se sont faites avec plus de justice. Il 
*st digne de remarque, en eiïet, que depuis cette époque la propor^ 
ion des exemptions pour épilepsie a offert une fixité prononcée. 
;^uoî qu'il en soit, si l'on considère qoe la moyenne des jeunes gens 
lu sexe masculin âgés de 20 ans accomplis est, année moyenne, d'en- 
riron 300 à 310 000, on peut conclure de la moyenne ar.nuelle des 

(1)U M. (ottail, Essai imrl\pilepsifif thèff de Paris, 18ni,28acAt. 
II. 29 



&S0 MALADIES ENDÉMIQUES, ciOGRAPHIB ET STATlSTtQUB HtMOllv 

exemptions pour cause d*épilep$ie (16& sur 100 000) qu'il m- 
France environ 3 X 16^ = ^^2 jeunes gens épileptiques âgés de 2C 
Il reste à examiner quelle est la répartition de Tépilepsie entre bi' 
départements. Le tableau suivant résume pour la période de 1837 ï i 
inclusivement la proportion des exemptions annuelles pour cause d'éj i 
dans chacun des 86 départeineiiis : 

Proporlkm des ôxempiioM pour caut» <t4pUep$i9 mit 100 000 wm*à 



Vaméro» 

d^ordre. Départ «mcoU. 

4 Puy-de-Dôme 

2 Manche 

3 Haute-Vienne 

A Loiret • 

5 Seioe-et-lilarDe 

Yonne , • . . # . 

7 Tara-et-Garonne .... 

a Aude 

9 Indre 

10 Rbéne 

il Bleurthe 

13 Cdte-d*Or 

1 3 Doubs 

i 4 Oeux-Sèvrps 

15 Finistère 

10 Aio 

17 Bas-Rhin 

1 8 Vosges 

19 Calvados 

20 l'Ot 

21 Ardennes 

22 Jura....... 

23 Cantal 

2i Tarn 

25 Saôoe-el-Loirc 

26 Moselle 

27 Hautes-Alpes 

28 Charente 

29 Orne » 

30 Charente-Inférieure. . 

31 Côtes-du-Nord 

32 Eure. 

33 Gard 

34 Ardèche. 

35 Loire 

36 Seine 

37 Creuse 

38 HautrRbin 

39 Cher 

40 Dordogne 

41 Corse 

42 Aisne •• •• 

43 Allier 



41,5 

60,2 
76,2 
78,4 
82,1 
82,6 
85,9 
86,â 
87,6 
88,5 
93,5 

93,9 

98.3 
100,5 
105,9 
106,8 
109,8 
1H.5 
113,7 
117,9 
118,5 
120,7 
123,7 
124,4 
125,3 
127,7 



11 



) 



30,9 



131,1 
132,2 
133,4 
133,4 
133,9 
134,6 
137,6 
137,7 
138,0 
139,2 
144,1 
145,5 
i50»3 
150,4 



Numéros 

d*orctie, Dëparlemeiits. 

44 Pas-de-Calais 

45 Nord 

46 Basses-Alpei. 

47 Aveyron 

48 Gironde... 

49 VaoclQse 

50 Nièvre 

5f Sfaioeet-Loire 

52 Haute-Saéne. 

53 Vienne 

54 llle-et- Vilaine 

55 Seine-et-Oise 

56 Oise 

57 Lot-et-Garonne 

58 Eure-et-Loir 

59 Drûme 

60 Indre-et-Loire 

61 Hautes-Pyrénées . . . • 

62 Loiret-Cher 

63 Hérault 

64 Landes 

65 Isère 

66 Gers 

67 Morbihan 

68 Sarthe 

69 Haute Marne 

70 Haute-Loire 

71 Var 

72 Somme 

7 3 Haute-Garonne 

74 Mayenne 

75 Vendée. « « • • • 

76 Marne 

7 7 Basses-Pyrénées . . . . 

78 Bouches-du • RbAue. . • 

79 Ariége 

80 Loi re-Inrérieore 

-8 1 Seine-inférienre 

82 Lozère 

as Aube 

84 Corrèze 

85 Bieuse 

86 Pyrénéei4)ricntalcs 



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• •• 



ÈPILBPSIB. /Î5i 

Oii voit ({de le tninimum des exemptions est au matîmum comme 
lii esta 339, soit comme 1 à 8, preuve manifeste de Tinégale répartition de 
répilepsie dans les diverses parties de la France. Peut-on conclure de ce 
qui précèaeque Tépilepsie soit, dans certains cas, une affection endémique 
proprement dite? Nous ne pensons pas que nos documents autorisent cette 
léduclion, et il ne serait pas impossible que Textrême fréquence relative de 
'épilepsie dans certains départements se rattachât à des influences d*héré- 
lilé, peut-être même de race. Toutefois nous sommes loin de nier d*une 
uanière absolue la possibilité d'une influence endémique. Quelques auteurs 
)nt pensé que Tépilepsiè était, tout égal d'ailleurs, beaucoup plus fréqtlénte 
laus les montagnes que dans les plaines. Le tableau qui précède est contraire 
I cette proposition si on la généralise. £n effet, on voit que le minimum des 
pilcptiques se trouve précisément dans le Puy-de-Dôme, tandis que le 
épartement des fiouches-du-tlhane , très peu montagneux compara- 
ivcment, compte annuellement 257 exemptions pour épilepsie sur 
00 000 examinés. 
£n ce qui concerne l'âge des épileptiques, F. Hoffmann déjà disait : 
Patent adfeclui maxime omnium pueri, posteâ adolescentes, rarissime 
qui in provectiori jam aetatc sunt constituli. » Cette maxime setuble àii- 
lurd'hni confirmée par les recherches statistiques de M. Moreau, qtii 
lit trait à 995 individus ainsi répartis : 

Epileptiques de naissance. » , 87 

Le àont devenus dans l'enfance 25 

De 2 à 10 ans 281 

De 10 à 20 ans 364 

De 20 à 30 ans Itt 

De 30 à 40 ans 59 

De 40 h 50 ans 51 

De 50 à 60 an« * 13 

De 60 à 70 ans 4 

995 

Le nom de aeXr^viaxoi (lunatiques) donné aux épileptiques par les Grecs 
>uve quelle influence les anciens attribuaient à cet astre dans la pro- 
Dtion des accès. Les recherches de M. 31oreau, portant sur tous les accès 
s i 08 épileptiques ont éprouvés dans le cours de cinq années, accès qui 
lïignent le chiffre de /i2 637, tendent à établir que l'influence de la lune 
les attaques d'épilepsie doit être niée d'une manière absolue. En effet, 
accès se trouvent ainsi répartis : 



&52 VALADIKS ENDimOUBS, GtaÇKAPHIS ET STATISTIQOI XiHC&LLv 



Pendant les phases Innaires t63Si m. 

Dans riotervalle K3I3 

Différence en Tavenr de ces derniers 8989 «eè. 

D'après M. Morcau, il en serait de la températare, des saisons, dsi 
fluences atmosphériques, considérics sous le point de vae de leurs: 
prédisposante dans le développement de Fépilepsie, comme de VÎQh^i 
de la lune. Voici la répartition mensuelle de A2 637 accès éprooTè 
108 épileptiques pendant la période de 1866 à 18iii9 exclusiireiueot 1 



Janvier 
Février 
Mars • . 
Avril . . 
Mai... 
Jnin . • 



3944 
3709 
3794 

3732 
3972 
4025 



Juillet 

AoOt 

Septembre. 
Octobre. . . 
Novembre . 
Décembre , 






Total i 

Les causes morales paraissent avoir une grande supériorité sur ks, a 
physiques. La peur a été notée 31 A fois sur kkU; il faut ajoQit^ 
émotions vives, la vue d'épîleptiques, le viol, qui expriment des \a\ 
sions à peu près identiques ; ce qui donne en réalité pour la frayen 
chiffre total de 36.'i. D'o4 il résulte que ce sentiment estvis-àL<Tisii4 
très causes morales dans la proportion de 6 à 1 environ. Le tableau ^ 
résume les observations de MM. Bouchet, Cazaovieilh, Beau, HaisoDo 
Gadmeil et Moreau : 

Causes physiques, 

Oaaoîsme 

Chutes sur la tête 

Ivresse 

Age critique 

Règles supprimées 

Chutes 

Accouchements 

Coups sur la tète 

Insolation 

Épistflxis supprimées 

Syphilis 

Croûtes à la tète 

Asphyxie par te cbarboo. . • 

Mercure 

Refroidissement 

Empoisonn. par le camphn. 
Opération chirurgicale . . . • 

Dentition • 

Indigestion 

I 

(1) Moreau (de Tours) , De Vétiologie de Vépilepsie et des indicaiions •;»« 
des causes peut fournir pour le traitement de cette maladie (.Vemotresde T.! 
m^dertne. Paris, 1H54, t. XVIII, p. 99). 



Causes morales. 

Frayeur 314 

Chagrin 42 

Émotion pénible 24 

15 
14 
11 
7 
6 
5 
3 
2 
1 



Vue d'épileptique . . 

Contrariétés 

Viol 

Mauvais traitements 

Colère 

Joie • • ' 

Crainte.. ......... 

Misère.. 

Peur en rêve 



444 



FACALDINK. &53 

Les recherches statistiques de 31. Moreaa sur 4*influence de Théfédité 
ompreunent : l"" 12ii faits recueillis par lui-même, soit à Bicêtre, soit à 
1 Salpétrière, soit en ville ; 2° 240 observations d'épilepsie recueillies il 

I Salpêtriôre pendant les années 1821 et 182.\ par M. Calmeil. Total des 
lits : 366. En groupant ces faits relativement aux phénomènes anormaux 
résentés par les parents, et prédisposant, suivant M. Moreau, à l'épilepsie, 

II obtient les résultats qui suivent, si Ton a le soin d'éliminer 67 cas où 
i n*a pas été possible d*avoir des renseignements certains. Les parents 
es épiieptiques out eu des parents (plus ou moins éloignés) : 

Épileptiqoes. , 62 

Hystériques . • 18 

Apoplectiques ou paralytiques 87 

Aliénés 38 

Réputés sains.. 127 

Atteints de maladies diverses 195 

476' 

En d'autres termes! parmi 366 épiieptiques qui ont pu fournir des 
enseignements sur l'état de leurs parents (père